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REVUE 



DBS 



ÉTUDES JUIVES 



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ES. — I&lPniMERIES CERF, 59, RUB DUPLBS8IS. 



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REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBUCATIUN THIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME TRENTE-SIXIÈME 



PARIS 

A LA LIBRAIRIE A. DURLACHER 

83 •*•, RUB LAFATBTTB 
1898 



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LA 

3N DE JOSÈPHE 

n ALEXANDRE LE GRAND 



itile que vouloir prouver, par le récit de 
' d*Âlexandre en Palestine , que ce grand 
tes rapportaient leur fondation, est entré 
ilem et y a offert des sacrifices dans le 
relations des auteurs grecs et latins, qui 
nt toutes les entreprises conduites par 
^e et qui décrivent d'une manière si précise 
che le long de la côte phénioo-philistine, 
te prétendue pointe en Judée. En outre, 
devrions trouver au moins une brève men- 
érusalem, indique clairement qu'Alexandre 
I de Gaza, d*où Josèphe prétend qu*il partit 
luse [Anabase, III, 1, 1) et qu'il avait hâte 
uinte-Curce, IV, 6, 30) *. Il n'est donc guère 
it après son long arrêt devant Oaza, il ait 
) rendre en personne dans Tintérieur de la 



iet Volkes Israël^ II, 324 et s., et la litlérBture indiquée 
, 138, note 1 ; enfin, Niese, Oesehichte d$r grieehischen 
'.j 83, et Willrich, Juden und Qriechen^ p. 1 et suiv. 
ible qu'Alexandre, dans sa marche de Tyr à Gaza, eût 
thèse a pour elle ce détail que Gaza est située plus au 
que Josèphe parle de la réception faite à Alexandre à 
Jérusalem. Mais ici aussi, il y a lieu d^exprimer les 
le détour qu'il aurait fait en patlant de Gaza; Voir 

1. 1 



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2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Si ces graves considérations sont de nature à affaiblir la vrai- 
semblance du récit des Antiquités ^ le chapitre entier de cet 
ouvrage n'est pas non plus conçu de façon à inspirer confiance. 
Il s*y trouve des contradictions et, dans la disposition des faits, des 
irrégularités qui prouvent indubitablement que le récit a été formé 
de l'assemblage de plusieurs relations différentes par le contenu, 
la valeur et l'origine. 

Pourtant^ il convient de faire remarquer que le silence des 
divers historiens sur ce point n'a pas par lui-même une impor- 
tance telle qu'on doive refuser toute créance au récit si étendu 
de Josèphe et renoncer à en rechercher l'origine et la valeur. 
G*est ainsi que M. Schûrer, par exemple, ne le considère pas 
comme historique quant aux détails, tout en admettant que le fait 
en lui-môme n'est pas impossible ; mais le savant historien néglige 
d'appuyer la première partie de sa proposition sur aucune preuve 
tirée des sources et d'examiner, comme il le fait habituellement, 
les particularités du récit. Récemment, M. Willrich, dans le 
premier chapitre de son ouvrage consacré à la littérature Judéo- 
hellénique, a essayé de résoudre ces questions si importantes au 
point de vue de la falsification historique, en étudiant l'origine et 
la tendance de la relation de Josèphe. Cependant, tout en exami- 
nant avec beaucoup de sagacité les débris qui restent de la litté- 
rature judéo-alexandrine, qui forme une des principales sources 
de Josèphe pour l'époque des Ptolémée, il n'apporte pas dans 
son étude une critique personnelle assez sérieuse ni ne sait s'é- 
lever assez au-dessus de l'esprit de parti pour arriver à un ré- 
sultat vraiment scientifique : <x II n'y a pas à douter, dit-il (p. 10), 
que, pour l'auteur du passage des Antiquités, XI, 8, 5, c'est 
Marcus Agrippa, l'ami de l'empereur Auguste, en l'an 15 avant 
J.-Ch., qui a servi de modèle pour Alexandre, et que tout le récit 
de Josèphe reflète la lutte entre les Samaritains et les Juifs sous 
le procurateur Cumanus en l'an 52 après J.-Ch. » La méthode 
qui le conduit à cette conclusion , qu'il prétend incontestable , 
et à d'autres conclusions analogues est un fâcheux résultat de 
son éducation philologique et historique et montre bien com- 
ment les préjugés peuvent troubler les facultés de l'esprit, 
môme chez les savants. Nous ne voulons pas nous arrêter plus 
longtemps sur ce point; nous nous proposons seulement de mon- 
trer les diverses parties dont se compose la relation de Jo- 
sèphe, d'étudier celle-ci autant que possible au point de vue de 
ses sourceà et d'en déterminer la tendance et l'époque de la com- 
position. 



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LA RELATION DE JOSÈPHE CONCERNANT ALEXANDRE LE GRAND 



LA RELATION SAMARITAINE ET LA RELATION JUIVE 
AU SUJET D'ALEXANDRE. 



Un coup d'œil superficiel jeté sur le récit des Antiquités, XI, 8, 
permet d*y distinguer immédiatement trois parties. 

L^une traite de Sanballat et de son gendre Manassé et des rap- 
ports de Sanballat avec Alexandre ; la deuxième partie traite des 
rapports du grand-prétre Jaddua et des Juifs avec ce même 
monarque ; la troisième contient une courte description de l'expé- 
dition des Macédoniens contre les Perses. Fait digne de remarque, 
ces trois parties peuvent être disjointes sans difficulté. Elles nous 
donnent un récit d'ensemble des expéditions et des victoires 
d'Alexandre depuis le moment où il a passé THellespont jusqu'à 
son invasion de la Pamphylie, Ant., XI, 8, 1 * ; dans 8, 3 (§ 313-314 
de l'éd. Niese] nous avons ensuite les mesures prises par Darius ; 
§ 316, la défaite de l'armée persane ; le § 317 raconte la marche 
d'AJexandre sur la Phénicie jusqu'au siège de Tyr ; le § 320 décrit 
la prise de cette ville et l'expédition contre Gaza en même temps 
qu'il nomme le général perse qui défendait cette cité. Josèphe ne 
fait pas d'autre mention des expéditions d'Alexandre, ce qui s'ex- 
plique par le fait que l'auteur ne s'intéressait qu'aux événements 
antérieurs à l'entrée d'Alexandre en Palestine. Il raconte donc 
sous une forme très concise toute Thistoire de la guerre en Asie 
jusqu'à Gaza et pas plus loin. Une seule chose dérange l'en- 
chaînement du récit, devenu continu par suite de l'élimination 
de certains passages, et éveille ainsi des doutes sur l'achèvement 
définitif et l'unité de la composition, affirmés par M. Willrich (p. 
6). En effet, après avoir annoncé, 8, 3 (§ 320), l'arrivée d'Alexandre 
devant Gaza, Josèphe dit, 8, 4 (§ 325) : « Après sept mois passés au 
siège de Tyr et deux mois au siège de Gaza, Sanballat mourut, et 
Alexandre, ayant conquis Gaza, s'avança à marches forcées vers 
Jérusalem. »Les dates sont si précises qu'elles peuvent être tenues 

^ L'énumération des provinces conquises n'est pas complète, car il manque la 
Pisidie. Ensuite, le passage se termine par les mots xaO()t>; êv ôcXXoi; Sê^ifjXwrai, 
qne Josèphe emploie principalement dans le récit de l'histoire non-juive et qui 
indiquent qa*il s'est borné à reproduire ce qui intéressait seul le sujet, bien qu'il en 
sût davantage. Cf. à ce propos mon article dans Jetoish Quarterly Revieto, IX, p. 318 
et 8uiv., et Unger^ dans Sittungiberichten der bayerischen Académie^ 1897, p. 233 
et snÎT. 



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^m" 



A REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pour des indications précieuses à cdté des autres renseigne- 
ments déjà mentionnés sur Alexandre. On peut seulement se 
demander pourquoi ces dates se trouvent ici au lieu d*étre à leur 
vraie place, ou, pour parler plus exactement, pourquoi Tauleur a 
répété en partie le récit de la conquête de Tyr. Il faut probable- 
ment en chercher la raison dans les événements qui sont rapportés 
en connexité avec le récit en question, c'est à dire la mort de 
Sanballat, dont la relation forme le noyau du récit. 

Nous avons déjà remarqué que ce sont les intrigues de San- 
ballat qui forment le contenu d'une partie de la relation qui 
nous intéresse. Il faut dès à présent appeler l'attention sur ce 
point que, dans tout le récit de 8, 1, jusqu'à la fin de 8, 5, il 
n'est pas dit un seul mot contre les Samaritains eux-mêmes et 
qu'il n'en est môme pas fait mention. Il est question exclusive- 
ment du gendre du gouverneur Sanballat, Manassé, et de ses rap- 
ports avec son beau-père; Manassé est le personnage principal 
autour duquel tout se meut et qui fait agir également Sanballat. 
Le récit commence par exposer la position de Manassé à Jérusa- 
lem, puis rapporte sa déclaration touchant Sanballat et la ré- 
ponse décisive de ce dernier, et, enfin, raconte comment Manassé 
et son parti s'éloignèrent de Jérusalem pour se rendre auprès 
de Sanballat. Dans 8, 3, l'auteur raconte les démarches de San- 
ballat pour accomplir la promesse qu'il avait faite à son gendre de 
lui assurer la dignité de grand- prêtre. Il espérait l'obtenir de 
Darius, mais, quand celui-ci fut défait, Sanballat se détacha de lui 
pour embrasser la cause d'Alexandre (8, 4), et cela, comme il 
est dit formellement, au début du siège de Tyr. C'est pendant ce 
siège quMl atteignit son but; il mourut après les sept mois du 
siège de Tyr et les deux mois de celui de Gaza. Ce détail chro- 
nologique, donné par Josèphe, que Sanballat se rendit auprès 
d'Alexandre lorsqu'il commença à assiéger Tyr, se concilie diffi- 
cilement avec la succession des faits racontés par notre auteur. 
En efiet, quelques lignes auparavant, là où est mentionné 
l'échange de lettres entre Alexandre et Jaddua, Josèphe rapporte 
déjà la conquête de Tyr et le siège de Gaza ; il y est donc déjà 
question d'événements postérieurs à ceux qu'il raconte dans notre 
chapitre. Comme il est impossible d*accuser Josèphe de légèreté 

et qu'il est certain que No(x{(ia; Se xaipbv eTuiTiiSeiov eyeiv Sav^aXXà- 

'^fi^i 'ri'iç è7cipoXï|ç Aapeiou {jlsv àTuéyvo) (8, 4, § 321) n'est pas la suite 
de ce qui précède immédiatement, mais du récit de 8, 3 (§ 316) 
relatif aux défaites de Darius et à la marche en avant d'Alexandre 
en Syrie, il en résulte que nous avons ici deux relations juxta- 
posées. Or, nous avons déjà vu qu'une autre mention se trouvant 



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LA RELATION DE JOSÈPHE CONCERNANT ALEXANDRE LE GRAND 8 

à la an du récit de Sanballat, et concernant la durée du siège 
de Tyr, dérange également l'unité du récit. Il résulte de ces 
deux constatations que la mention de rechange de lettres entre 
Jaddua et Alexandre n'est pas à sa place véritable et interrompt 
fâcheusement la relation sur Sanballat. Si nous éliminons ce 
passage, les récits se suivront ainsi : « Alexandre s'avança alors 
en Syrie, prit Damas, assiégea Tyr (8, 3). . . Sanballat jugea cette 
situation favorable à Texéoution de son projet, etc. (8, 4). » Nous 
voyons par là que le récit de Josèphe se compose d'une rela- 
tion sur Sanballat et d'une antre traitant de Jaddua, et que la 
première est interrompue par un paragraphe qu'on y a ajouté de 
la seconde. Comme celle-ci traite d'événements qui se passèrent à 
la môme époque que les faits racontés dans la première relation, 
et comme ces événements, malgré leur simultanéité, sont décrits 
dans deux relations différentes, on peut en conclure que les deux 
récits sont indépendants l'un de l'autre et, autant que l'ana- 
lyse que nous en avons faite ici autorise un jugement, qu'ils ne 
peuvent guère provenir d'un seul et même auteur. La réunion des 
deux relations peut être attribuée à Josèphe lui-même, qui, 
comme nous aurons encore l'occasion de le voir, a encore apporté 
d'autres remaniements aux récits quMl a utilisés, ou bien elle a pu 
déjà exister avant lui. Le but du récit concernant Sanballat, qui 
est le seul que nous ayons examiné jusqu'ici, peut être déduit avec 
vraisemblance du contenu : c'est le désir de Sanballat de con- 
struire, pour son gendre Manassé, un temple dont celui-ci pourrait 
être le grand-prêtre. L'auteur n'a pas voulu se contenter de don- 
ner simplement cette indication en passant, pour se consacrer 
plus particulièrement à Texposition des campagnes d'Alexandre ; 
cela ressort de l'ensemble de la relation, du commencement à la 
fin, et surtout de la conclusion qui, après le récit de la construc- 
tion du sanctuaire, ne mentionne plus que la mort de Sanballat. 
C'est que l'intention de l'auteur était probablement de donner 
l'histoire de l'origine du temple du mont Garlzim. 

La troisième partie de l'histoire d'Alexandre, dans Antiquités^ 
XIj 8, traite, comme nous l'avons déjà dit, des rapports du 
grand-prêtre de Jérusalem avec le roi. D'abord, l'auteur rapporte 
la lettre d'Alexandre à Jaddua, le sommant de se soumettre et 
de mettre à sa disposition des soldats et des vivres, ensuite la 
réponse négative du grand-prêtre et la menace provoquée par 
celle-ci de la part d'Alexandre. C'est cette relation qui inter- 
rompt le récit concernant Sanballat et qui, comparée aux dé- 
tails de ce récit, donne lieu à des constatations intéressantes. 
Tout d'abord nous devons signaler brièvement une première dif- 



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6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Acuité. Alexandre menace de châtier le grand-prétre, aussitôt 
qu'il en aura fini avec Tyr. Pourtant, cette ville une fois prise, 
Alexandre ne marche-pas contre Jérusalem, mais contre Gaza, et 
notre auteur omet de dire pourquoi le roi a renoncé à son projet. 
Ce silence nous parait encore moins compréhensible si nous réflé- 
chissons qii'il aurait été plus vraisemblable qu'Alexandre marchât 
de Tyr, le long de la côte, jusqu'à Joppé et de là sur Jérusalem, 
plutôt que de partir de Gaza, qui est située plus au sud. Il me 
semble donc que, d'après le récit primitif que Josèphe a eu sous 
les yeux, Alexandre s'est rendu eflfectivement, comme il avait 
menacé de le faire, de Tyr à Jérusalem et que c'est le compila- 
teur, en refondant maladroitement ce récit, qui a indiqué Gaza 
comme point de départ d'Alexandre. 11 est vrai que cette opinion 
est contredite par la fln du récit qui nous montre Alexandre mar- 
chant de Tyr contre Gaza et commençant le siège de cette der- 
nière ville. Mais si Ton tient compte des considérations ci-dessus 
indiquées et qui seront encore corroborées par une autre, cette fin 
doit être regardée comme étrangère au récit concernant Jaddua S 
tandis que la remarque de 8, 4 (§ 325) : « Alexandre, après avoir 
pris Gaza, marcha contre Jérusalem », ne peut être expliquée que 
comme une intercalation de celui qui a remanié ces récits. 

En tout cas, nous voyons Sanballat, comme Jaddua, en rapports 
avec Alexandre à Tyr, le premier en personne, l'autre, par cor- 
respondance. Ces rapports ont-ils réellement existé et ne sont-ils 
pas imaginés d'après la vraisemblance? Car Alexandre avait, 
en effet, consacré les loisirs que lui laissait le siège de Tyr à pré- 
parer la soumission des populations syriennes^. Or, si la dernière 
hypothèse est vraie et si nous sommes en présence d'une fiction 
partielle, qu'y a-t-il au fond de cette histoire de Sanballat et de 
Jaddua mis en scène simultanément, quoique de façon si diffé- 
rente ? Droysen (Oeschichte des Hellenismus, III, 2, 201 et suiv.) 
prouve qu'Alexandre aurait séjourné dans diverses parties de la 
Palestine, à Jéricho en deçà du Jourdain et, au delà, à Dium et 
à Gérasa, ce qui serait en faveur de la véracité de la relation de 
Josèphe. Willrich (p. 18 et suiv.) a contesté avec raison la force 
probante des passages cités par cet auteur. Car, dit-il, si Pline 
\Hist. Nat.y XII, 25, § 117), en décrivant les plantations de 
baume de JérichO; dit : « A)exandro Magno res ibi gerente toto 

^ Il est certain que ce récit n'a pas parlé de la marche d'Alexandre contre Jéru* 
salem, puisque nous voyons qu'il ne s'occupe que de Sanballat ; la phrase de S, 4 
(§ 325) : < Alexandre, après la prise de Gaza, marcha à la hftte contre Jérusalem >, 
n^en fait donc plus partie. 

1 Droysen, I, 288 ; Niese, I, 80, 



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LA RELATION DE JOSÈPHE CONCERNANT ALEXANDRE LE GRAND 7 

die aBstivo unam concbam impleri jastum erat », cette mention 
n'est faite très probablement que pour déterminer exactement la 
date. Mais il eût dû encore faire remarquer que Pline, en ce qui 
concerne les plantations de baume de Jéricho, copie textuelle- 
ment Théophraste * ; il est donc vraisemblable que le renseigne- 
ment qu'il lui a emprunté concernant Alexandre provient d'une 
source presque contemporaine de ce roi. A supposer môme 
qu'Alexandre ne fût pas à Jéricbo, ses soldats y furent sûrement, 
et c'est sous leur protection que les savants qui suivaient l'armée 
ont pu s'y livrer à leurs recherches. L'assertion de VEtymologi^ 
cum Magnum que Gérasa fut fondée par Alexandre et celle 
d'Etienne de Byzance relativement à Dium * ont une valeur histo- 
torique, malgré la fausse étymologie donnée à propos de la pre- 
mière ; elles indiquent, en tout cas, que ces deux villes ont été 
fondées par les généraux qui commandaient dans les environs. 
De même, M. Willrich (p. n), sur la foi du Syncelle et d'Eusèbe, 
montre que Samarie fut transformée en colonie macédonienne 
par Perdiccas, sur Tordre d'Alexandre. Il est donc clair que les 
généraux ou gouverneurs d'Alexandre ont séjourné dans diverses 
régions de la Palestine. Il est vrai que tout cela a pu avoir lieu 
après qu'Alexandre eut quitté la Syrie, pendant les années d'ad- 
ministration. Toutefois, les rares renseignements que nous avons 
sur la prise de la Syrie laissent supposer que la Palestine aussi 
dut être conquise par les armes macédoniennes. Car Arrien (II, 
20, 4) raconte qu'Alexandre employa le temps nécessité par les 
préparatifs du siège de Tyr à faire une incursion chez les Arabes 
de TAnti-Liban ; de môme Quinte-Curce (IV, 3, 1). Déjà précé- 
demment la Célésyrie, qui a Damas pour capitale, avait été attri- 
buée à Parménion et conquise par lui (Quinte-Curce, IV, 2, 1 ; cf. 
Arrien, II, 13, 7j. On voit par là qu'Alexandre avait envoyé en 
avant une troupe pour s'emparer des alentours de la ville, qu'il 
prévoyait devoir l'arrêter assez longtemps. Des faits analogues 
ont pu se passer pendant le siège de paza, et, en effet, Arrien 
(II, 25, 4) rapporte que le reste de la Syrie, nommée Palestine, 
était déjà tombé au pouvoir d'Alexandre, avant que Gaza ne se 
fût rendue. Comme, d'autre part, Arrien raconte la marche rapide 
d'Alexandre contre Gaza, il est clair que Samarie et Jérusalem 
avaient déjà dû tomber au pouvoir des Macédoniens pendant le 
siège de Tyr. Le silence des chroniqueurs permet de supposer 
qu'elles se soumirent sans résistance. La relation concernant San- 

* Voir Bernays, Theophrastos* Schrift ûher Frômmigkeit^ p. 110, nolel; Reinacb, 
Textes d'auteurs fft-eet, 275, notel ; Schûrer,^ 1,^13, note 36. 
« Voir Schûrer, U, 100, noie 24I, et 102, et Quinle-Gurce, IV, 5, 13. 



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8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ballat répondrait donc à la réalité ; mais s'il est permis d'établir 
des conclusions d'après la vraisemblance» la relation concernant 
Jérusalem devrait quand môme son origine à la action. Pourquoi 
cette fiction? 

Il faut d'abord encore examiner dans quels rapports la partie 
du chapitre de Josèpbe dont nous avons parlé en premier lieu, 
c'est-à-dire la description des campagnes d'Alexandre, se trouve 
vis-à-vis des deux autres : fait-elle partie du récit consacré à San- 
ballat et à Manassé ou de celui qui se rapporte à Jaddua» ou bien 
a-t-elle été intercalée par Josèphe, comme un supplément destiné 
à résumer toute cette histoire? Cette dernière hypothèse s'applique, 
selon toute vraisemblance, à 8, 1^ le paragraphe d'introduction au 
récit des victoires d'Alexandre en Asie-Mineure ; en efiet, on re- 
connaît que ce paragraphe est de la main de Josèphe, non seule- 
ment à la phrase finale xaôùx; év aXXoiç oeSVjXcoTat, mais encore à ce 
que son contenu n'a aucun lien avec les événements rapportés ici. 
Par contre, 8, 2, forme la suite immédiate de 7, 2. Aucun de ces 
deux indices ne se trouve dans les morceaux intercalés dans le récit 
lui-môme, de sorte qu'ils ne peuvent guère ôtre attribués à Josèphe. 
Car, si dans 8, 3 (§ 313-314), nous essayons d'éliminer la descrip- 
tion des pertes subies par Darius, nous aurons dans Thistoire de 
Sanballat une lacune sérieuse, et ses actes ultérieurs deviennent 
tout à Tait incompréhensibles. Le paragraphe 315, le seul qui, dans 
ce morceau, traite de Sanballat, ainsi que le passage Aape(ou 8(ivToç, 
dans 8, 2 [§ 314), supposent l'exposé des rapports de Sanballat avec 
Darius. Nous sommes donc ainsi amenés à reconnaître que les ren- 
seignements concernant Darius font partie intégrante et indispen- 
sable du récit relatif à Sanballat. Il en résulte, avec vraisemblance, 
que le dernier paragraphe de 8, 6, quoique séparé du récit de San- 
ballat par un long morceau, en fait également partie. Car il parle 
des troupes amenées par Sanballat à Alexandre, dont il est ques- 
tion dans 8, 4, et on ne le comprend que grâce aux explications 
données en cet endroit, tandis que ce passage n'a rien de commua 
avec les détails rapportés immédiatement avant. Du reste, il 
s'adapte fort bien comme suite à la nouvelle de la mort dans 8, 4 
(§325). 

Une autre considération nous fait encore croire que les détails 
concernant Alexandre et Darius appartiennent à l'histoire de San- 
ballat. En effet, si on compare celle-ci avec le récit relatif à Jad- 
dua, au point de vue particulier des indications qu'ils contiennent 
au sujet des rapports d'Alexandre et de Darius, on constate aus- 
sitôt que l'histoire de Jaddua^ quoique égale en étendue à l'autre 
histoire, ne contient pas môme un mot sur les entreprises et les 



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LA RELATION DE JOSÈPHE CONCERNANT ALEXANDRE LE GRAND 9 

victoires d*AIexandre, rien enfin qui soit en dehors des événements 
qui eurent pour théâtre la Judée *. Par contre, le récit concernant 
Sanballat contient une description exacte, quoique brève, des pré- 
paratifs et des défaites de Darius ; cette description est bien plus 
longue toutefois que cela n*est nécessaire pour Tintelligence des 
résolutions de Sanballat. 11 en résulte que nous ne pouvons guère 
attribuer ces renseignements au chapitre relatif aux rapports 
d'Alexandre avec les Jérusalémites, mais au chapitre concernant 
Sanballat, où ils se trouvent effectivement. Il est vrai qu'il ne s'en* 
suit pas que ces détails sur Darius se soient trouvés sous la forme 
qu'ils ont actuellement dans la source où Josèphe a puisé. Il est 
plus vraisemblable que Josèphe a ajouté ici beaucoup de détails 
empruntés à l'ouvrage historique qu'il a utilisé dans 8, 1 . Mais, 
comme une grande partie de ces détails sont nécessaires, ainsi 
que nous Tavons déjà montré, pour Tintelligence de la conduite 
de Sanballat, il faut qu'ils se soient trouvés à cette place avec des 
renseignements de môme nature qui s'adaptaient mieux au con* 
texte. L'auteur de ce récit était donc familiarisé avec l'histoire des 
victoires d'Alexandre dans l'Asie antérieure, et on ne peut déter* 
miner les modifications qu'il a apportées au texte qu'il avait sous 
les yeux pour le faire cadrer avec ses propres récits. Il semblerait 
plutôt que c'est le contraire qui fut vrai et qu'il a pris les événe- 
ments arrivés du temps d'Alexandre en Phénicie comme cadre 
fixe pour y introduire habilement ses propres matériaux. Car, 
malgré toutes les tentatives d'interprétation, on ne peut nier que 
Sanballat, qui disposait des pouvoirs mentionnés chez Josèphe ', 
était un contemporain de Néhémie ^ et, comme il n'est guère pos* 

< Cette constalaUoD eei une nouvelle preuve que la mention si précise concernant 
le siège de Gaza, à la fin de 8, 3, ne fait pas partie du récit de Jaddua, mais a été 
probablement intercalée par Josèpbe. Originellement, il devait y avoir, à la place de 
cette mention, une autre, qu^il a remplacée par celte indication plus exacte. 

* Il faut s^en tenir fermement à ce que Wellhausen fait justement ressortir {Israël. 
«. jêd. OescAichie, p. 148, noie 1) : c'est que Samarie était païenne, qu'elle n'était 
pas en relation avec les Samaritains et était le siège de fonctionnaires persans. Nous 
n'avons pas de renseignements sur ces derniers à l'époque d'Alexandre, mais il me 
semble probable que Tauteur de ce récit a emprunté à une source qu'il avait sous 
les yeux des traits relatifs au gouverneur persan de Samarie qu'il a prÔlés à Sanballat, 
afin de pouvoir y rattacber l'origine du sanctuaire sur le Garizim. Toutefois, Wellbau- 
sen, en désignant Sanballat comme satrape des Sicbémites, et en s^en référant à ce 
sujet à Josèphe, commet une inexactitude, car celui-ci ne parle nulle part des Sama- 
ritains et de Sicbem, et, de plus, il est difficile de croire que la petite ville de Sichem 
fût le siège d'une satrapie. 

' Wellhausen {tàid., p. 146, note 2) identifie Sanballat avec le contemporain de 
Néhémie, qui, il est vrai, n'est désigné nulle part comme gouverneur persan, mais 
qui était certainement en rapports avec lui, comme on le voit par Néb., m, 34. 
IVaprès cela, l'auteur avait fait du fils de Jolada un frère de Jaddua, et il avait 
encore fait de plus graves accrocs a la chronologie en présentant Jaddua et San- 



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ir- 



10 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



sible que rhistorien qui traitait de Torigine du temple samaritain 
n'ait pas connu la haute antiquité de ce sanctuaire, il faut qQ*il 
Tait rajeunie avec intention, et cela pour montrer que le temple 
édifié sur le Garizim devait son origine à ce grand roi. 

Si cette hypothèse est admise, nous devons reconnaître que le 
narrateur n'a pu être qu'un Samaritain, un partisan du sanctuaire 
de Sichem, car seul un tel auteur pouvait s'intéresser à la preuve 
admise*. En outre, on voit que cette narration visait cette caté- 
gorie de lecteurs qu'elle pouvait impressionner, c'est-à-dire les 
Grecs d*Alexandrie et d'Egypte. Elle voulait leur démontrer que 
le temple samaritain pouvait revendiquer le privilège d'avoir été 
construit par l'autorisation spéciale d'Alexandre, ce qui devait 
produire sur eux un certain effet. La preuve que l'auteur tient à 
célébrer l'origine du temple qu'il révérait, résulte de la manière 
dont il parle de Sanballat, qui se donna tant de peine pour le fon- 
der, et de Manassé, qui en fut le premier grand-prêtre. Il repré- 
sente le premier comme un gouverneur persan, pouvant lever dans 
sa province jusqu'à huit mille hommes ; il a une influence telle 
qu'il peut promettre à son gendre de le faire nommer grand- 
prêtre et gouverneur du territoire qu'il administre pour lui et 
attribuer à ceux qui embrasseront la cause de Manassé de l'ar- 
gent, des terres et des terrains de construction. Alexandre aussi 
Taccueille amicalement et se rend sans hésitation à ses vœux. De 
même pour Manassé. Celui-ci n'est pas un prêtre quelconque, mais 
le frère du grand-prêtre de Jérusalem, ayant lui-même des droits à 
la dignité pontificale ; les autres prêtres sont aussi originaires de 
Jérusalem. Ce ne sont pas des expulsés, ils ont quitté volontai- 
rement Jérusalem et leur départ y a provoqué des désordres. Le 
fait qu'ils épousent des filles du gouverneur persan ou des femmes 
de son entourage ne peut passer comme une chose déshonorante 
ni aux yeux des Samaritains ni surtout aux yeux des Grecs 
d'Alexandrie, de sorte que l'auteur peut indiquer, sans autre 
explication, la raison du désaccord entre Manassé et les Jérusa- 

balist comme coatemporaios et en les mettant en rapports avec Alexandre. Cf. en- 
core Willrich, p. 7 ; Meyer, Die Entstehung des Judenthums, p. 128 ; Schûrer, II, 
6, note 15. 

^ Willrich, p. 158 et suîv., soutient contre Freudentbal que les Juifs d^Egypte, 
en leur qualité de partisans du temple de Léontopolis, considéraient aussi le sanc> 
tuaire de Garizim comme Tégal du temple de Jérusalem, depuis que celui-ci avait 
été profané par Ântiochus Epipbane, et que, pour cette raison, Eupolemos n'avait 
pas craint de traduire Argaritin par < la montagne du Très-Haut ».0q ne peut sou- 
tenir une telle thèse qu'en méconnaissant la réalité des faits et en oubliant les dis- 
cordances existant entre les Juifs d'Egypte et les Samaritains au sujet du temple de 
Garizim. La situation respective des deux partis vis-à-vi^ du temple de Léontopolie 
sera élucidée dans une autre étude. 



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LA RELATION DE JOSÈPHE CONCERNANT ALEXANDRE LE GRAND 11 

lémites. A côté de ces détails favorables pour le temple de Gari- 
zim, on ne trouve, dans toute la relation, rien qui ressemble à 
un reproche contre les Samaritains, et cette circonstance à elle 
seule suffit pour empêcher d'attribuer la relation à un auteur juif 
d'Egypte ou de Palestine. Qu*on considère aussi qu'on ne fait 
pas allusion au côté religieux de la construction du temple et 
qu*on ne s'occupe que du côté politique; c'est que la relation 
était destinée à des lecteurs païens, pour lesquels toute discus- 
sion religieuse fût restée lettre close. Une particularité qui de- 
vait aussi produire de l'impression sur les Egyptiens, c'est celle 
que l'auteur fait ressortir en disant que Sanballat mit huit mille 
hommes à la disposition d'Alexandre qui devaient le suivre en 
Egypte et surveiller le pays, après avoir obtenu des concessions 
territoriales dans la Thébaïde. 



LA GLORIFICATION DU TEMPLE DE JÉRUSALEM. 



Mais quelle raison a pu motiver le récit de la fondation du 
temple samaritain ? Est-ce l'amour de l'exactitude historique 
ou simplement la vanité d'un partisan de ce sanctuaire voulant 
montrer aux Alexandrins que ce temple avait été fondé par le 
même prince que leur cité? Si l'attention des Alexandrins ou 
des Egyptiens ne s'était pas tournée quand même vers ce sanc- 
tuaire, cette relation n'aurait pas eu de sens. Or, nous savons par 
Josèphe que les Juifs aussi prétendaient qu'Alexandre le Grand 
avait honoré leur temple à Jérusalem, non pas en aidant à le fonder, 
car il existait déjà, mais en y offrant des sacrifices, en en favorisant 
particulièrement les prêtres et en y adorant le Dieu des Juifs. 11 
en résulte clairement qu'il s'agit là d'une rivalité entre les par- 
tisans des deux sanctuaires, qui prenaient, en quelque sorte, 
comme juges de leur querelle les Alexandrins, chacun des deux 
partis s'efforçant de faire pencher la balance en sa faveur en 
exposant la conduite tenue par Alexandre vis-à-vis de son sanc- 
tuaire. 

Cette hypothèse, iftspirée par l'analyse des deux récits de Jo- 
sèphe, est aussi confirmée par un passage explicite des A^itiquités, 
XII, 1 (§ 10). On y raconte que les Juifs et les Samaritains 
d*Egypte discutaient entre euTÇ ^u sujet ^e la sainteté dç leurs 



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REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

es respectifs de Palestine et, dans AnliquUés, XIII, 4, 4, 
joute que cette querelle avait été portée devant le roi lui- 
aoique la valeur de ces indications soit fortement con- 
néme niée complètement, le fait môme de la dispute ne 
considéré comme une invention. Eu tous cas, il faut 
re qu'elles confirment les résultats acquis, et nous pou- 
lettre qu'il y eut sur cette question une polémique litté- 
a donné naissance aux récits de Josèphe. Il n*est pas pos« 
déterminer à quelle époque la relation samaritaine s'est 
ru l'absence de tout indice à ce sujet; Josèphe dit {Ant,, 
) que la dispute eut lieu sous Ptolémée Philométor, mais 
tion doit être considérée comme douteuse, tant qu'il n'y 
d'autre preuve à l'appui. Si on peut prendre en considé- 
fait que^ d'après notre relation, le temple existait alors 
ir le mont Garizim, cette relation doit remonter à l'an 128 
C, époque où régnait Ptolémée Physcon ; cependant rien 
ave. 

avoir étudié de près le récit concernant Sanballat, voyons 
nt celui qui concerne Jaddua. Quoiqu'il nous apparaisse 
I chef suprême des Juifs dans Jérusalem, que ce soit à lui 
ndre écrit pour obtenir leur soumission, qu'il lui ré- 
se place à la tête du cortège pour le recevoir à Jérusalem, 
inue à négocier avec lui, on ne dit nulle part, dans tout 
re, qu'il était accompagné de soldats. C'est que l'auteur 
s faire .voir que le grand-prêtre s'appuie, non sur une 
lais sur la foi en Dieu, qui le pousse à ouvrir toutes les 
la ville et qui lui vaut d'être glorifié en même temps que 
luple juif. On pourrait considérer comme intentionnel ce 
I avec la conduite de Sanballat, décrite dans la première 
si l'on était sûr que celle*CL était déjà sous les yeux de 
ie notre récit. En examinant si cette opposition se re- 
ncore en d'autres traits du récit, nous découvrons un 
essant. Sanballat, pour atteindre son but, ne craint pas 
défection à son prince, qu'il abandonne dans le mal- 
siddua , au contraire, malgré les menaces d'Alexandre , 
nne pas le parti de Darius, parce qu'il a juré de ne pas 
( armes contre lui. La fidélité de Jaddua n'aurait-elle 
}posée intentionnellement à la défection de Sanballat dé- 
par l'ambition? Ce point mérite d'être considéré avec 
. Toutefois, c'est le contraste présenté par le temple et 

niqueur samaritain pouvait rapporter ce trait aaus avoir à craindre que 
it accusé de trabiaon par les lecteurs alexandrins, parce qu'il avait adhéré 
/Alexandre. 



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LA RELATION DE JOSEPHE CONCERNANT ALEXANDRE LE GRAND 13 

le grand-prétre qui ressort le plus vivement et auquel Tauteur 
parait avoir attaché le plus de poids. Alexandre, grâce à la 
soumission de Sanballat et guidé par des considérations poli- 
tiques, accorde la permission de construire un temple, mais ne 
s'y intéresse pas autrement. Gomme cette brève indication con- 
traste avec les larges développements décrivant les honneurs 
qu' Alexandre a rendus d'abord au grand-prétre du sanctuaire de 
Jérusalem et ensuite à ce sanctuaire lui-même! Sanballat se rend 
auprès du roi en suppliant, pendant que le roi s'incline respec- 
tueusement devant Jaddua, le saluant le premier et déclarant qu'il 
a adoré le Dieu que Jaddua servait. Pour faire bien ressortir Tim- 
portance de cet acte de vénération, notre auteur décrit d'abord 
Tattente de Tentourage d'Alexandre avant la rencontre, ensuite sa 
stupéfaction et, enfin, la déclaration du roi lui-même, qui présente 
le grand-prêtre comme un être surnaturel devant le diriger dans 
ses expéditions futures. L*auteur décrit ensuite en détail les sa- 
crifices offerts au temple, les distinctions accordées à tous les 
prêtres, la répartition des présents au peuple, et Taccomplis- 
sèment des vœux exprimés par le grand-prêtre concernant la 
libre observance des préceptes religieux en Palestine et hors de la 
Palestine. Sanballat offre ses troupes à Alexandre, qui laisse aux 
Juifs le choix d'entrer dans Tarmée macédonienne, en leur assu- 
rant la liberté d'y observer leur religion. Tous ces contrastes 
me paraissent avoir été indiqués intentionnellement par l'au- 
teur et me font croire que l'histoire de Jaddua est une imita- 
tion du récit relatif à Sanballat, imitation motivée par le désir 
de placer en regard de la glorification du temple samaritain 
racontée aux Alexandrins, la description des honneurs rendus 
par Alexandre au sanctuaire de Jérusalem. On veut prouver 
ainsi que celui-ci fut l'objet de la protection miraculeuse de 
Dieu et de la vénération du plus grand des conquérants, et que, 
par suite, — c'est la conclusion à laquelle on voulait amener 
le lecteur, — ce sanctuaire doit être placé bien au-dessus du 
temple samaritain. 

La constatation que nous avons faite, que ce récit n'est qu'une 
imitation tendancieuse , nous empêche de lui accorder une va- 
leur historique ; on ne peut considérer comme réels que les détails 
qui sont indépendants de la préoccupation du narrateur et les élé- 
ments qui ont servi à former cette relation. Jusqu'à quel pomt notre 
auteur connaissait-il les événements qui se sont passés du temps 
d'Alexandre? La preuve qu'il était familiarisé avec les sources, 
c'est le parti qu'il a tiré du songe d'Alexandre à Dium (8, 5, § 334). Il 
en résulte, en effet, qu'il a appris par ses recherches qu'Alexandre 



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f4 



REVUB DES ÉTUDES JUIVES 






a séjourné dans cette ville» y a médité sur la conquête de l'Asie 
et s'y est laissé influencer dans ses desseins par des rêves et des 
apparitions. Ceci prouve que, pour ces détails, l'auteur a puisé à 
une source plus abondante que les ouvrages des écrivains qui 
nous ont été conservés (cf. Diodore, XVII, 6, 3-4;- Plutarque, 
Alexandre j § 14; Arrien, I, 11). Cette source contenait-elle un 
trait semblable d'un prêtre d'un autre temple, peut-être de celui 
d'Ammon et aussi quelque apparition dans un rêve, et notre 
auteur a-t-il transposé ces faits en les attribuant au grand-prêtre 
juif, ou bien tout le récit est-il de sa composition et s'est-il borné 
à s'appuyer sur des relations concernant Dium ? La question est 
impossible à résoudre, car aucune des relations sur Alexandre 
que nous avons ne donne de renseignements détaillés sur Dium, 
et Diodore seul cite cet endroit à propos des mêmes circonstances 
que Josèphe. En tout cas, l'auteur a relevé cette particularité de 
propos délibéré et a édifié là-dessus son récit, qui devait agir 
sûrement sur les Alexandrins. Il est probable que c'est aussi par 
cette source qu'il a appris l'attitude si franche et sans réserve de 
Parménion vis-à-vis d'Alexandre. Mais, à ces indications exactes 
sont mêlées de grandes erreurs, puisque le narrateur nous montre 
Alexandre en Palestine, entouré non seulement de Phéniciens, mais 
aussi de Chaldéens et de rois de Syrie (8, 5; § 330, 332), qui espé- 
raient voir Alexandre tourner sa colère contre les Juifs, faire mettre 
à mort le grand-prêtre et détruire Jérusalem. Une autre inexac- 
titude, c'est la requête attribuée au grand-prêtre pour demander 
à Alexandre de permettre aussi aux Juifs de Babylonie et de Médie 
de vivre selon leurs coutumes, cette requête supposant la con- 
quête de ces pays déjà réalisée, exactement comme le passage 
cité précédemment où il est question de la présence des Chaldéens 
dans la suite d'Alexandre et de la « Proskynèse », qui fut seu- 
lement introduite durant le séjour en Perse. On pourrait voir là 
de légères additions de l'auteur, peu familiarisé avec son sujet, 
si ces erreurs mêmes, qui trahissent une certaine logique, ne sug- 
géraient l'hypothèse que l'auteur a travaillé d'après un modèle 
qui décrivait la réception faite à Alexandre dans quelque ville per- 
sane et dont il a rapporté les particularités à Jérusalem. 

On peut encore émettre une autre hypothèse qui ferait regarder 
ces erreurs comme intentionnelles. Freudenthal [Hellenistische 
Studien^ I, 96 et suiv.) a montré que des écrivains samaritains, en 
raison de la prétendue origine sidonienne de leur peuple [Ant., 
XI, 8, 6 ; XII, 5, 5), glorifient les Phéniciens en racontant l'his- 
toire biblique, et, d'autre part, traitent avec des ménagements 
particuliers les Babyloniens et les Mèdes, dont ils se proclament 



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LA RELATION DE JOSÈPHE CONCERNANT ALEXANDRE LE GRAND 15 

également les descendants. Les écrivains juifs anti-samaritains 
ont utilisé cette particularité pour donner cours à leur animosi té 
contre les Samaritains, en parlant des Phéniciens et des peuples de 
même race que les Samaritains ^ Or, il n'est pas invraisemblable 
que Tauteur de ce récit, dirigé contre les Samaritains, pour dési- 
gner les plus acharnés ennemis de Jérusalem qui avaient conseillé 
à Alexandre la destruction de cette ville et de son temple, ait 
choisi intentionnellement les aïeux des Samaritains de son temps 
qui étaient animés des mêmes dispositions malveillantes, les Phé- 
niciens et les Chaldéens ou Syriens (car ces deux noms me 
semblent identiques). De même, la Babylonie et la Médie, dont 
les habitants juifs, sur la demande du grand-prêtre, obtinrent 
d'Alexandre la liberté de pratiquer leur religion et qui étaient la 
patrie des Samaritains, désignent les pays où, à Tépoque de 
Tauteur, les Juifs n'avaient pas la liberté religieuse. 

Pour terminer cette dissertation sur la valeur historique de ce 
récit, remarquons encore que l'auteur ne parait pas avoir utilisé 
de source juive sur Jérusalem à Tépoque d'Alexandre, car son 
récit, à l'exception des vœux transmis par Jaddua au roi, et sur 
lesquels nous reviendrons, ne contient rien qui indique qu'il ait 
fait quelque emprunt. Tout ce qu'il dit des impôts payés aux 
Perses, de la situation du grand-prêtre, des ennemis des Juifs et 
de plusieurs autres faits, notamment de la prédiction relative 
à la destruction du royaume de Perse par les Grecs dans le livre 
de Daniel, il peut l'avoir emprunté à la Bible, tandis que les 
renseignements généraux sur les prières publiques, sur le culte 
des sacrifices dans le Temple, sur les vêtements du grand-prêtre, 
des prêtres et des citoyens pouvaient lui avoir avoir été com- 
muniqués par ses contemporains. Le récit n'offre donc rien d'in- 
téressant pour l'histoire des Juifs à l'époque d'Alexandre. 



m 

L'ÉPOQUK de LA COMPOSITION DE LA RELATION JUIVE 
SUR ALEXANDRE. 

Le but de toute la relation de Josèphe nous parait maintenant 
prouvé. Mais quand a-t-elle été composée? Les vœux que le 

* Ainsi s'expliquent la manière dont Eupolemos traite les Phéniciens et le fait qu'ils 
sont nommés a côté des Samaritains chez Eupolemos et d'autres écrivains Judéo- 
grecs, comme je pense le démontrer en détail. 



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16 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

grand-prôtre exprime à Alexandre au nom de tout le peuple 
qu'il autorise les Juifs à vivre selon leurs lois, les dispense des 
impôts pendant Tannée sabbatique et permette le libre exercice 
de la religion aux Juifs du dehors, ces vœux si singuliers re- 
flètent certainement la situation des Juifs à Tépoque de la rédac- 
tion de ce récit. Car il est impossible d'admettre que Tauteur, 
obéissant à une inspiration subite, ait choisi arbitrairement ces 
points pour prouver ainsi la bienveillance d'Alexandre envers 
les Juifs. Si l'époque où vivait l'auteur n'avait pas offert l'oc- 
casion de reconnaître la haute importance de ces privilèges, 
ils n'auraient pas pu servir d'exemples caractéristiques. Dira- 
t-on qu'il savait par des informations que les rois de Perse 
avaient mis de^ entraves à l'exercice de la religion des Juifs 
et que c'est pour cette raison qu'il mit cette supplique dans 
la bouche du grand-prôtre? Mais, on ne possède aucun ren- 
seignement permettant d'afflrmer que les Perses aient empêché 
les Juifs de pratiquer leur religion, et cette hypothèse est impos- 
sible. En Palestine, des mesures de ce genre n'ont été prises 
que sous Antiochus IV Epiphane ; hors de Palestine, et notam« 
ment en Egypte, d'après l'indication de III Macch., ii, 28 etsuiv. 
(Cf. Contre Apion, II, 5), elles ne furent mises en vigueur que 
sous Ptolémée VII Physcon, tandis que dans tous les autres pays 
elles ne se produisirent que sous les Romains. Ainsi, nous aurions 
comme limite extrême l'an 168 avant J.-C, qui parait également 
indiquée par le fait que notre récit cite le livre de Daniel. Mais 
jusqu'où faut-il descendre pour trouver l'autre limite? 

Willrich {Juden und Griechen, p. 9) voit dans la description de 
la réception solennelle d'Alexandre l'entrée de Marcus Agrippa à 
Jérusalem, parce qu'on ne connaît aucun autre grand personnage 
que les Jérusalémites aient accueilli aussi amicalement. Ainsi Jo- 
sèphe (i4w^,XVI, 2» 1) raconte : « Hérode emmena Agrippa aussi à 
Jérusalem, où tout le peuple vint au devant de lui en habits de fête 
et lui présenta ses vœux de prospérité; Agrippa offrit à Dieu une 
hécatombe, traita tout le peuple, et ne se laissa surpasser en ma- 
gnificence par aucun des grands. Quoiqu'il eût aimé séjourner 
encore quelques jours à Jérusalem, il dut repartir à cause de la 
saison qui était avancée ; il devait, en effet, se rendre en lonie. » 
Un an après, Hérode traversant l'Ionie avec Agrippa, celui-ci, en 
réponse aux plaintes des habitants juifs, que lui exposa Nicolas 
de Damas, leur accorda le privilège de vivre selon leurs lois, de 
ne pas être cités en justice les jours de fête, de pouvoir envoyer 
librement l'argent destiné au temple de Jérusalem, de ne pas être 
appelés au service militaire ni astreints à des contributions de 



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LA RELATION DE JOSÈPHE CONCERNANT ALEXANDRE LE GRAND 17 

guerre {ArU., XVI, 2, 3, comparé avec 2, 5, § 60, et 6, 2). Philon 
{Legatio ad Catum, §37) décrit aussi la visite d*Âgrippa à Jéru- 
salem ; toutefois il ne dit rien de la splendeur de sa réception, 
mais s'exprime ainsi à propos de son départ : « Il fut accompagné 
jusqu*à la mer, non seulement par les habitants de Jérusalem, 
mais par ceux de toute la contrée, qui le couvrirent de couronnes 
et de fleurs et célébraient sa grâce. » 

J'ai exposé ici toute la démonstration de M. Willricb, afin qu'on 
puisse plus facilement se rendre compte des points de ressem- 
blance qu'offrent ces passages avec le récit de la réception 
d'Alexandre, car l'hypothèse de M. Willricb a certainement des 
côtés séduisants. Mais un examen attentif nous montre que cette 
ressemblance se réduit aux choses les plus générales, tandis que 
ce que nous comptions y trouver en est absent. Il n^était pas 
besoin à l'auteur de recourir à une autre source pour dire que le 
peuple se rendit au devant du roi en habits de fête ou que la 
foule le salua. Le fait que celui-ci ûi des sacrifices dans le temple 
n'est pas tout à fait commun; mais il est étonnant que notre chro- 
niqueur, qui tenait à faire ressortir le respect d'Alexandre pour le 
temple en citant des détails, n'utilise ni la mention de Théca- 
tombe d' Agrippa dont parle Josèphe ni celle de l'admiration que lui 
inspira le service divin, auquel il assista plusieurs jours, ni l'éloge 
formel du sanctuaire qui se trouve chez Philon, surtout si, comme 
M. Willricb le croit, il a écrit après l'an 52, c'est-à-dire après 
Philon. Mais il y a encore une objection plus grave. On ne trouve 
rien d'analogue, dans le récit concernant Agrippa, aux privilèges 
qu'Alexandre aurait concédés aux Juifs. Josèphe, qui s'en réfère 
au récit explicite de Nicolas de Damas, ne parle que de la splen- 
deur des banquets organisés à Jérusalem en l'honneur du peuple, 
sans faire mention d'une mesure quelconque prise par Agrippa. 
Par contre, Philon dit : « Après avoir comblé le temple de tous les 
dons qu'il pouvait lui offrir et gratifié les habitants de tous les 
bienfaits qu^autorisait l'intérêt de l'Etat, il fit ses adieux à Hé- 
rode » ; il laisse ainsi croire qu'Agrippa prit certaines mesures 
gouvernementales. Or si, parmi ces mesures, il y avait eu celle 
qui concernait le libre exercice de la religion, le roi juif Agrippa î^' 
ne l'eût pas passée sous silence dans sa lettre à Caligula, où pré- 
cisément il n'est question que de la suspension de la liberté reli- 
gieuse par l'empereur. 

11 est vrai que, si nous comparons les négociations et les déci- 
sions de Marcus Agrippa, si exactement et minutieusement rap- 
portées par Josèphe, concernant les Juifs de Tlonie, nous trouvons 
dans la question du libre exercice de la religion juive une certaiile 

T. XXXVI, !!• 71. 2 



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18 REVUE DES ETUDES JUIVES 

concordance entre Alexandre et Agrippa. Mais la proposition 
qu'Alexandre fait aux Juifs palestiniens d*entrer dans son armée 
en leur assurant une complète liberté religieuse ne s'accorde sur 
aucun point avec les dispositions d^ Agrippa concernant le service 
de guerre des Juifs en lonie. Même, abstraction faite de la diver- 
sité des pays, le contenu n'est pas du tout semblable. Il faudrait 
admettre que l'auteur du récit concernant Alexandre a d'abord 
appliqué à Jérusalem les dispositions prises pour l'Ionie et les a 
ensuite modifiées en sens contraire. 

Comme je l'ai déjà fait remarquer, c*est le détail si frappant rela- 
tif à l'année sabbatique qui peut servir de base pour déterminer 
répoque de la rédaction de notre passage. La demande de la 
remise des impôts pendant la septième année suppose que les 
Juifs étaient tenus de payer l'impôt. Cela peut donc s'être passé 
sous les Séleucides jusqu'à 143-142, où Simon le Hasmonéen 
brisa leur pouvoir, ou sous les Romains, à partir de Pompée. 
Nous savons avec certitude que Jules César fit remise aux Juifs, 
pour Tannée sabbatique, des impôts auxquels ils étaient assu- 
jettis, en récompense des services qu'ils lui avaient rendus (Anti- 
quiléSy XIV, 10, 6)*. Comme cette disposition ne fut renouvelée 
nulle part, autant que nos sources permettent de le constater, 
on est porté à admettre que la conduite de César vis-à-vis des 
Juifs a inspiré Tidée des privilèges qu'aurait accordés Alexandre 
le Grand. Dans ce cas, le grand-prêtre qui représenta devant lui 
les Juifs serait Hyrcan II, qui apparaît, en effet, comme le re- 
présentant de tous les Juifs ; sous la désignation de Juifs de la 
Bâbylonie et de la Médie seraient compris tous les Juifs du dehors 
que visaient les rescrits de César, ceux de l'Ionie auxquels il ga- 
rantit le libre exercice de leur religion {AniiqitUéSj XIV, 10, 8 
et 10, 20-24), aussi bien que ceux d'Egypte, dont il confirma expres- 
sément les droits civiques à Alexandrie en les faisant graver sur 
une stèle (Antiquités, XIV, 10, 1 ; Contre Apion, II, 4). La ga- 
rantie de tous les droits du pontificat et du sacerdoce, accordée 
par César, garantie qui suppose la liberté de pratiquer la religion, 
correspondrait à Tautorisation donnée par Alexandre aux Juifs de 
Palestine d'observer librement les lois de leurs pères. 

Le second point caractéristique, je veux dire Toffre qu'aurait 
faite Alexandre à tous les Juifs qui entreraient dans son armée de 
les laisser vivre selon leurs propres lois, amène à la même con- 
clusion que nos démonstrations précédentes. La même promesse 
se retrouve dans la lettre du roi séleucide Démetrius P' à Jona- 

I Cf. mon étude dans U Festtchrift de Steinschneideri p« 91 et suIt. 



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LA RELATION DE JOSÈPHB œNCERNANT ALEXANDRE LE GRAND 19 

than et a été faite par d'autres princes séleucides, comme M. Wlll- 
rich Ta déjà mentionné en renvoyant à I Macch., x, 36 et suiv., et 
XI, 40. Le passage qui nous intéresse est celui de x, 36 : « Qa*on 
enrôle jusqu'à trente mille hommes parmi les Juifs dans Tarmée 
du roi et qu^on leur donne la paie qui revient à tous les autres 
soldats du roi. Qu'on en choisisse parmi eux qui seront placés 
dans les grandes garnisons du roi et qu'on prenne aussi parmi eux 
des hommes de confiance pour gérer les affaires du royaume. Que 
leurs chefs et leurs capitaines soient des leurs et qu'ils vivent se- 
lon leurs lois, comme Ta ordonné le roi en Judée. » Ainsi que le 
prouve le contexte, il n'est pas question, dans ravant-dernière 
phrase, des Juifs en général, mais de trente mille soldats juifs. 
On leur promet ici de pouvoir vivre selon leurs lois, comme 
Alexandre le leur avait promis. De quelle époque est cette lettre, 
considérée avec raison comme fausse? De prime abord, il y a 
lieu d'admettre que cette relation, où l'on exagère par calcul, en 
vue des païens alexandrins, la considération dont la Judée a 
joui auprès d'un de ses conquérants, a été composée en un 
temps où la situation de la Judée pouvait faire croire à la vrai- 
semblance de ces faits, c'est-à-dire lorsqu'il y avait effectivement 
des soldats juifs dans les rangs des armées étrangères, et qu'on 
leur confiait des places honorifiques et des postes de confiance 
dans des forteresses. Autrement, cette description eût paru une 
simple vantardise et provoqué la raillerie. On songe ici immédia- 
tement à Onias et à Helkias, les généraux de Cléopâtre, mère de 
Ptolémée VIII Lathyre {Antiquités, XIII, 13, 1-2) ; mais rien de 
ce qui est dit dans I Macch., x, 29 et suiv., de la Judée ne répond 
à la situation du temps de cette reine. Il est vrai que des Juifs 
combattirent aux côtés d'Antiochus VII Sidète contre les Parthes, 
sous la conduite de Hyrcan I, mais ce fait non plus ne corres- 
pond pas aux détails de notre récit. Par contre, une série de 
particularités correspond très exactement à la situation créée en 
Judée par César. En effet, sous la conduite d'Antipater, trois 
mille hommes combattirent pour César à Péluse, et, pendant toute 
la durée de la campagne d'Egypte, ils lui rendirent des services 
signalés {Antiquités, XIV, 8, 1-3; Bellum judaicum, I, 9, 3-5); 
Ântipater s'empara aussi de villes et de camps égyptiens et fut 
certainement pendant quelque temps en haute considération chez 
les Romains. Les dispenses d'impôts que César accorda comme 
récompense ainsi que les droits donnés aux grands-prêtres, se 
reflètent dans les actes attribués à Démétrius. Mais, ce qui est 
particulièrement caractéristique et probant, c'est Tédit concernant 
la remise des impôts des trois districts de Samarie et de Galilée 



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20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

réunis à la Judée (I Macch., x, 30) et celui qui est relatif à leur 
dépendance vis-à-vis du grand-prôtre (x, 38). En effet, César 
ordonne {Antiquités, XIV, 10, 6) que les droits du grand-prôtre et 
des prêtres s^étendent à Lydda, qui faisait partie précédemment 
de Samarie (I Macch., xi, 34), ainsi qu'à la plaine d'Ësdreion et à 
d'autres localités syriennes qui appartenaient au territoire de 
Samarie. La situation de Ptolémaïs (t, 39) rappelle celle de Joppé 
du temps de César ; la permission d*élever les murs de Jérusalem 
(x, 45) se retrouve identiquement dans les Antiquités^ XIV, 10, 5. 
Pour terminer, mentionnons encore le passage de x, 34 : « Que 
toutes les fêtes et les sabbats, les néoménies, les jours solen- 
nels, et les trois jours avant les fêtes, et les trois jours après, 
soient pour tous les Juifs de mon royaume des jours de pleine li- 
berté et immunité. » On pense aussitôt à Tordonnance de l'empe- 
reur Auguste au sujet des Juifs d'Ionie, prescrivant expressément 
qu'aucun Juif ne soit cité en justice le sabbat et la veille du sab- 
bat à partir de la neuvième heure ( Antiquités, XYl, 6, 2). Cette 
disposition est précédée de cette remarque : xaôojç è/pb>vTo k-nl 
*Ypxavou àp^^iepécDç ôeou uij/kttou, c'est-à-dire, comme il est dit immé- 
diatement avant, que les Juifs continuèrent à jouir de tous les 
droits qui leur avaient été concédés par César. Il est donc clair 
que César a aussi tenu compte, dans son ordonnance, des fêtes 
des Juifs et que la lettre du roi Démétrius qui se réfère à ce pri- 
vilège appartient à l'époque de César. Ceci admis, il en résulte 
une autre conséquence pour fixer l'époque de cette particularité, 
mentionnée par Josèphe (Contre Apion, II, 4), qu'Alexandre le 
Grand, en récompense de la vaillance et de la fidélité des Juifs, 
exempta d'impôts le territoire de Samarie. On chercherait vaine- 
ment dans toute l'histoire d'Alexandre une occasion où se seraient 
révélées ces qualités des Juifs, â moins d'admettre qu'ils les ont 
manifestées sous les yeux de ses fonctionnaires lorsque Andro- 
maque, préfet de Syrie en Samarie, fut brûlé vif (Quinte-Curce, 
IV, 8; Eusèbe, Chronique, II, 114; Schùrer, II, 108), ce qui est plus 
qu'invraisemblable. Or, nous avons vu qu'effectivement César 
accorda au territoire samaritain l'exemption des impôts, et qu9 
cette mesure fut provoquée par la fidélité et la vaillance des Juifs 
durant la campagne d'Egypte. Il devient donc manifeste que par 
Alexandre il faut entendre César. 

Josèphe raconte aussi (Contre Apion, II, 4, §3.5; Antiquités, 
XIX, 5, 2) qu'Alexandre conféra les droits de citoyen aux Juifs 
d'Alexandrie, lors de la fondation de la ville. Malgré les doutes 
exprimés à ce sujet, ce détail doit être vrai, mais il faut noter 
cependant que ce fut César qui confirma les Juifs d'Alexandrie 



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r^ 



LA RELATION DE JOSÈPHE CONCERNANT ALEXANDRE LE GRAND 21 

dans ]a possession des droits de citoyen (Antiquités, XIV, 10, 1 ; 
Contre Apion, II, 4). Il résulte de toutes ces considérations que, 
pour Texposé des faveurs attribuées à Alexandre le Grand et à 
Démétrius I^, ce sont les ordonnances de César qui ont servi de 
base. Il paraît alors tout naturel qu'Alexandre, dans Thistoire de 
Josèphe, ainsi que la lettre de Démétrius engagent les Juifs à en- 
trer dans Tarmée avec la promesse qu'ils pourront observer les 
lois de leurs pères comme soldats. Car cette invitation a pu effec- 
tivement leur avoir été adressée par César, à la suite des rensei- 
gnements favorables sur les services rendus par eux dans la 
campagne d'Egypte. Pour terminer, remarquons encore que ces 
éléments ont dû être utilisés, pour Thistoire d'Alexandre, immé- 
diatement après l'expédition de César en Egypte, alors que l'au- 
teur pouvait compter sur l'impression produite par les événements 
pour trouver créance auprès du lecteur. 

Il reste pourtant à examiner si le récit des rapports de San- 
ballat avec Alexandre le Grand, dont nous avons dit qu'il a précédé 
le récit juif concernant Jaddua et Ta influencé, correspond à 
l'époque indiquée. Nous avons vu que ce récit se borne, en grande 
partie , à placer des événements réels qui se sont passés sous 
Néhémie à l'époque d'Alexandre, et que, sauf les rapports de San- 
ballat avec Alexandre, il n'ajoute rien qui trahisse les traces d'une 
époque postérieure ; il ne contient donc, en somme, rien qui contre- 
dise ni qui corrobore notre hypothèse. Seul le fait d'insister sur ce 
détail historique que le premier grand-prôtre du temple de Garizim 
était le frère de Jaddua, détail qui est, en tout cas^ étrange dans 
la relation d'un Samaritain, pourrait peut-être servir d'indice pour 
prouver que le grand - prêtre de Jérusalem jouissait chez les 
Alexandrins d'une considération si haute, que les Samaritains eux- 
mêmes, qui étaient les adversaires du temple de Jérusalem, jugè- 
rent à propos de faire ressortir leur parenté. Ce détail pourrait 
aussi s'appliquer à Jonathan le Hasmonéen, qui fut comblé d'hon- 
neurs par le gendre du roi d'Egypte, Ptolémée VI Philométor, le 
roi Alexandre Balas, et cela en présence de ce dernier, à PtolémaYs 
^IMacch., X, 57-65). Mais ces honneurs ne pouvaient guère pro- 
duire une impression profonde sur les Egyptiens. Hyrcan P% qui 
régnait lorsque Ptolémée Physcon s'immisça dans les affaires sy- 
riennes, n'accomplit aucun exploit qui ait pu porter sa renommée 
à Alexandrie, et il était certainement haï des Samaritains à cause 
de la destruction du temple de Garizim. Nous ne connaissons non 
plus aucun exploit d'Alexandre Jannée qui pût lui conquérir l'admi- 
ration des Samaritains mêmes. Nous sommes donc amené encore 
à Hyrcan II, comme dans notre démonstration précédente, pour 



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1 



UDES JUIVES 

i relation juive sur Alexandre, 
on qui provoqua alors la compo- 
ition du sanctuaire samaritain, 
lu grand-prêtre juif sur le terri- 
érêt de la population pour les 
amaritain proâta-t-il de ces dis- 
aussi au premier plan le temple 



cas PAR ALBXANDBB. 



chapitre de Thistoire d'Alexandre 
les rapports ultérieurs des Sama- 
^mière vue, on s'aperçoit qu'il se 
[u'à présent. Il parle du rejet de 
us avaient formulée pour être 
rendant Tannée sabbatique et, de 
ite par Alexandre, d*aller visiter 
as seulement Tattitude réservée 
articulantes qui établissent une 
itre et les précédents. Les Sama- 
IMÏ est habitée par des dissidents 
arie était le théâtre de l'action, 
la montagne de Garizim était 
i; Sichem n'était pas mêmemen- 
I les promesses qu'il prodiguait à 
notion de Sichem au rang de ca- 
de 8, 2-4, il ne s'était écoulé que 
3 de Sanballat avec Alexandre, 
ission de bâtir le temple au dé- 
:raire, il est déjà question de la 
ist invité à aller visiter leur sanc- 
1 y eût travaillé pendant les sept 
ois du siège de Gaza, malgré toute 
uraient pu être avancés au point 



irent aux côtés des Egyptiens contre Cé- 
viendrons. Cf. Antiquités, XIV, 8, 1, 2; 



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LA RELATION DE JOSÈPHE CONCERNANT ALEXANDRE LE GRAND 23 

qu'on eût pu inviter Alexandre à visiter le temple. D'ailleurSi n'au- 
rait-on pas rappelé, dans la demande qui lui était adressée, ce détail 
important que c'était le sanctuaire bâti avec son autorisation en 
récompense des services rendus? Ces considérations suffisent pour 
prouver que ce paragraphe ne peut émaner des mômes auteurs 
que le récit concernant Sanballat; il n*en est pas non plus la suite, 
puisqu'il ne tient pas compte de ce qui précède. Un examen plus 
approfondi des détails montre que, dans ce paragraphe, l'auteur n'a 
pas une idée claire de la direction des marches d'Alexandre. Car 
les Samaritains l'invitent devant Jérusalem à se rendre à Si- 
chem ; on devrait donc penser qu'il marcherait vers le Nord. Il pro- 
met de venir les voir à son retour; il est donc sur le point de se 
rendre en Egypte. A moins que le narrateur n'ait cru possible 
qu'Alexandre fit le voyage de Sichem, par égard pour les Sama- 
ritains, comme il avait entrepris un voyage dangereux pour se 
rendre au sanctuaire d'Ammon en Egypte. II manque aussi de 
précision quand il dit qu'Alexandre se rendit de Jérusalem dans 
des villes voisines, où il fut accueilli avec enthousiasme. On ne 
peut savoir facilement à quelles villes l'auteur a pensé si vrai- 
ment Alexandre, comme nous le savons par l'histoire, s*est 
dirigé vers l'Egypte. Peut-être veut-il parler des villes de la côte ; 
mais Alexandre les avait déjà visitées. On ne rencontre pas chez 
lui la connaissance des événements telle qu'on la trouve dans le 
récit touchant Sanballat. La dififérence des deux relations se trouve 
donc aussi confirmée par ce point-là. 

L'auteur ne peut non plus être un Samaritain. En effet, un 
Samaritain n'eût pas traité les adeptes du temple de Sichem 
comme des dissidents ; il aurait passé sous silence ou, du moins, 
atténué le refus qui leur fut opposé. En ne tenant même nul 
compte de la remarque concernant l'indication étrange et peu 
certaine de leur origine, et qui émane certainement de Josèphe 
lui-même (§ 341), et en ne relevant pas plusieurs traits ayant 
la même origine, nous devons pourtant reconnaître que le ton 
d'animosité contre les Samaritains qui règne dans tout le récit, 
et qui rappelle Antiquités^ XII, 5, 5, fait croire que celui-ci est de 
source juive. 

On ne peut établir facilement dans quels rapports ce chapitre se 
trouve avec la relation qui le précède immédiatement et qui parle 
de Jaddua. Il fait bien allusion à la dispense des impôts accordée 
pour l'année sabbatique et à la visite d'Alexandre au temple de 
Jérusalem, mais rien ne montre que l'auteur a tiré ces indications 
de notre récit. Il en est de même de 1 allusion concernant les sol- 
dats de Sanballat amenés à Alexandre et l'histoire de Sanballat 



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24 REVUK DES ETUDES JUIVES 

qui précède. Peut-ôtre avait-il, pour les rapports de Sanballat et 
des Juifs avec Alexandre, une autre relation dans laquelle on éta- 
blissait une démarcation sévère entre les Sichômites, qui étaient 
absolument inconnus à Alexandre, et le peuple de Sanballat, qui 
s*était déjà rapproché de ce prince. Il arrangea ces éléments pour 
attaquer les Samaritains, après que ceux-ci, par suite de leur 
attitude souvent hésitante vis-à-vis des Juifs d*Egypte, avaient 
mérité le reproche de manquer de caractère, attitude qui, dans 
notre récit, leur est imputée comme datant d*une époque plus 
reculée. 

La dernière phrase de la relation : cr Alexandre ordonna aux 
soldats de Sanballat de le suivre en Egypte, où il voulait leur con- 
céder des terres; il leur en donna bientdt en Thébaïde, où il leur 
conâa la garde du pays », contraste, sous deux rapports, très favo- 
rablement avec le contexte. Tandis que celui-ci ne donne aucune 
indication précise sur Alexandre ou les Samaritains, nous voyons 
ici clairement que le roi est sur le point de se rendre en Egypte et 
que Fauteur est au courant des dispositions prises par lui dans ce 
pays*. Cette particularité suffit pour que nous séparions cette 
phrase du paragraphe 8, 6, comme élément étranger et que nous 
la rattachions à la relation qui montre la môme connaissance de 
rhistoire d'Alexandre. C*est la relation du Samaritain sur Sanbal- 
lat dans 8, 4, où cette phrase doit, d'ailleurs, se placer en raison 
de son contenu, car elle suppose Tantériorité du récit relatif aux 
soldats que Sanballat a amenés auprès d'Alexandre. Comme nous 
avons vu que l'auteur mérite créance, nous avons là une indication 
digne de foi qui prouve que le fondateur d'Alexandrie avait déjà 
établi des soldats du district de Samarie en Egypte, ce que les 
Samaritains de ce pays rappelaient avec fierté. Les Juifs, dési- 
reux de pouvoir se vanter également devant les Alexandrins d'un 
séjour très ancien, afin de ne le céder en rien aux Samari- 
tains, relevèrent aussi le fait qu'ils avaient été transplantés par 
Alexandre dans la capitale et établis, en quelque sorte, comme 
gardiens du pays [Aristée, éd. Schmidt, p. 20; Contre Apion^ 
II, 4; Antiquités, XII, 1, 1). 

Pour pouvoir déterminer l'époque de la composition de ce der- 
nier paragraphe, il faudrait établir quand les Samaritains eurent 
Toccasion de se rattacher à une autre origine que celle qui leur était 
attribuée. Il me parait très invraisemblable que cette indication se 
rapporte à des événements arrivés en Palestine, car le passage des 

> Voir Lumbroso, LBgitto dei Grm (1895), p. 81 et suiv.; cf Philologut, LVI, 
1897, p. 193 et suiv. 



n 



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LA RELATION DE JOSÈPHE CONCERNANT ALEXANDRE LE GRAND 2Î5 

ArUiquilés, XII, 5, 5, où, devant Antiochus IV Epiphane, ils se 
déclarèrent d*origine sidonienne, doit préalablement être exa- 
miné en ce qui concerne sa valeur historique. Ce passage, comme 
celui que nous avons, ne prouve qu*une chose, c'est que, devant 
an roi qui les prenait pour des Juifs, ils se déclarèrent Sido- 
niens. Ceci a pu se passer en Egypte, mais nous ne savons à quelle 
occasion. M. Willrich (p. 10), pour expliquer le reste de notre his- 
toire, • cherche dans les rapports des Juifs avec les Samaritains 
une situation qui, aggravant les querelles et les contestations ha- 
bituelles, provoqua un danger sérieux de la part d'une puissance 
étrangère, mais qui, finalement, se dissipa d, et il la trouve dans 
Antiquités, XX, 6, 1 et s., où on raconte la querelle des Juifs et 
des Samaritains sous le procurateur Cumanus, en Tan 52 après 
J.-C. Inutile de réfuter cette hypothèse, qui n'a en sa faveur 
aucune apparence de preuve, quoique M. Willrich dise que les 
événements qui eurent lieu sous Cumanus se reflètent claire^ 
nient dans la relation sur Alexandre. S'il est vrai, comme nous 
le supposons, qu'en faisant le portrait d'Alexandre, l'auteur a pris 
César pour modèle, la dernière partie du chapitre dans Josèphe, 
d'après notre hypothèse, pourrait être attribuée à peu près à la 
môme époque, sans qu'on puisse dire à ce sujet quelque chose 
de précis. 

Résumons maintenant brièvement les résultats de notre étude. 
La relation de Josèphe sur le séjour d'Alexandre en Palestine et 
ses rapports avec les Samaritains et les Juifs est composée de trois 
parties différentes, qui peuvent facilement être séparées l'une de 
l'autre, parce qu'elles sont, en grande partie, juxtaposées. Il en est 
deux qui sont d'origine juive, la troisième est samaritaine. La 
première traitait des Samaritains, la seconde des Juifs, sans tenir 
compte de leurs voisins du même pays ; la troisième est hostile 
aux Samaritains et rapporte avec une joie maligne le refus qui fut 
opposée ceux-ci par Alexandre. La première relation juive est 
probablement une réponse à celle des Samaritains, qui, pour une 
raison quelconque, voulaient montrer aux Alexandrins, en ratta- 
chant à l'histoire du Sanballat de la Bible des détails, d'ailleurs 
exacts, sur la lutte de Darius avec Alexandre, que le temple de 
Garizim devait son origine à Alexandre le Grand. Le récit juif fut 
composé immédiatement après l'expédition de César en Egypte et 
attribue les nombreuses marques de bienveillance de ce prince à 
Alexandre ; il est donc sans valeur pour l'époque plus reculée. Le 
récit samaritain et la seconde relation juive pourraient aussi être 
de cette époque. On ne peut déterminer si l'assemblage a été fait 



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EVUE DES ÉTUDES 

sListait avant lai 
bails concernant 1 
renseignements 
• les rapports eni 
itoire littéraire d 
t Tère chrétienne 
parvient encore à 
factions de la p( 



)1897. 



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LE 

TRAITÉ TALMUDIÛUE « DÉRECH ÉREÇ » 



GARACràRB DU TRAITA. 



Parmi les traites da Talmud appelés « les petits traités » , 
le traité Déréch Eréç^, en raison de son contenu entièrement 
consacré à l'éthique, tient une place prééminente. Bien qu'à 
yrai dire, il n'appartienne pas à la Mischna, il a pourtant ce ca* 
ractère commun avec la Mischna qu'il est écrit en hébreu pur 
et est divisé également en Perakim, chapitres. Gela explique 
aussi qu'il soit souvent appelé Mischna par les anciens et ait 
pour eux la valeur de la Mischna'. Il était aussi considéré à 
régal de la Mischna en ce sens qu*on y ajouta, comme à celle-ci, 
des explications, qu'on peut appeler avec raison Talmud ou Que- 
mara •. Un ouvrage d'un genre littéraire apparenté de très près 
au D. E., le traité Kalla, a été, en effet, publié récemment avec 
des additions qui sont désignées dans le manuscrit comme haralta^ 

> Nous désignerons ce traité par les lettres D. fi. ; Déréeh Bréç Ràbha^ par D. B. 
R., Déréeh Bréç Zouta^ par D. E. Z., ou le premier par R. et le second par Z. 

* Cette question est traitée à fond par M. Sohechter dans l'Introduction (p. vii) 
de son édition des Abot di R. Nathan (Vienne, 18S7). — Ibid,^ p. xi, la dénomi- 
nation t^-|fi( ^nn pHD est citée d'après le ms. 15299 du British Muséum. Dans j. 
Sabbat, % a, «"nTa ^^m. Dans Beraeh,, 4 a, il y a la formule ^^2 n73K^ ; de 
même Homlliny 91 a, pour la phrase "inn X^l^'O ^bn73ïl (Z., xv), cela paraît faire 
une distinction. 

* Luzzatto, ^Tsn tinS, VII, 216, diaprés un ms. du Nord de l'Afrique. Dans cems. 

il j a aussi y-n» ^Ti niDbn, cf. Birach., 22 b : ntDbrw nn« pno nab nDtt) 

{t^li Kalla^ éd. Coronel, 15 b, La situation de notre traité par rapport à celui de D. 
B. mentionné dans le Talmud n'est pas tout à fait claire. Dans Du jûdUehe Littê» 
ratur de MM. Winter et Wûnsche (I, 631), notre D. E. est défini i l'amplification 
des «"T mDbn du Talmud .. 



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28 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mais qui, au fond, ne sont autre chose que la guemara sur la par- 
tie tannaïtique du livret L'expression de haraïla [wrnsL) ne con- 
vient mieux pour ces additions que parce qu'elles sont brèves et 
serrées, comme la Mischna elle-même, et qu*au Heu de longues 
discussions, comme celles qui sont habituelles dans le Talmud ba- 
bylonien, celles-ci se meuvent dans le cadre étroit de Yinterpré- 
tation. Les additions que nous possédons effectivement sur D. E. 
R., dans le traité mentionné de Kalla, et que nous ne connaissons 
que partiellement sur D. E. Z., ont tout à fait le môme caractère 
que la guemara du Talmud de Jérusalem. Par un hasard remar- 
quable, la dénomination baratta * se trouve aussi pour la gue^ 
mara de ce Talmud. Dans le texte de D. E., qui est maintenant 
sous nos yeux, la guemara parait être fondue avec la Mischna — 
si on peut s*exprimer ainsi — ou avec le texte, et cela de telle 
sorte que le texte original ne peut plus en être distingué. Dans le 
cours de cette étude, nous tâcherons de rétablir le texte original 
de D. E., en éliminant les additions ou la guemara^. 



II 

DIVISION DU TRikITi. 

La division usitée dans les éditions du Talmud pour notre traité 
— na*i Y^ yn et fccant "p» ^*nn — est évidemment analogue à celle 
de fi^n^ imVM et fixait in^b^^, mais elle ne semble pourtant pas être 

> Commêntariot çuinfUây edidit Nalhan Coronel, VieDoe, 1S64. Cf. lotroducUon, 

p. Yiii : KiTaan ^mD ••• yn« ^m nDDaTa D'^nan nanïi. Dans rédiuon Coro- 

nel, ces additions sont désignées par fi^n^^a, par exemple ^31S p*1D, avec Passerlion 
de B. Jada; puis vient le commentaire (baralla, guemara). Diaprés cela, le texte de 
ï^bS r3073, dans les éditions ordinaires, est pour ainsi dire la Mischna, à laquelle 
àe rapporte Tédition Coronel comme guemara. Ce rapport a été supprimé dans Tédi— 
tien Romm, de Vilna, et remplacé par une indication erronée, car ici, outre le texte 
(Mischna) et les additions, on fait encore une disiinction entre tir\l2^ et MP^^na. 
Raschi, sur Berach,, 22a, parait faire une distinction; n^n blD tiSn^ est appelé 
par lui baraîta, Tautre morceau p^D; cette distinction convient, en effet, pour les 
deux traités. 

* Dans le traité Sabbat, 17(2, éJ. Cracovie et Krotoscbin, il est dit : "ibMin 
nin-^na dnb IDNSt» «b irDOb^ d'^p'nD r::ran«n « Dans les quatre chapitres 
présents, nous n'avons pas trouvé de baraïtot s*j rapportant > , ob baraîta est évi- 
demment l'équivalent àt guemara. Cf. l'appendice sur Ntdda, 

• Dans le ïl^in ^M27Df ms., de R. Jacob ben Hananel, on cite, entre autres, 
comme sources (Neubauer, Jewish Qmrierly Review, II, 334) : «"T 1)33 «Û^T «"T 
ï^an K''T. D'après ce que nous avons dit, il n'est pas impossible que par 1733 (lire 
'1733 = ri)33) on ait voulu désigner la guemara de D. E. 

^ Les deux écrits se ressemblent aussi en ceci quHls sont déjà mentionnés tous 
les deux dans le Talmud. 



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LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DERÉCH ERÉÇ » 29 

primitive ^ Le contenu n*explique nullement cette division « et 
les témoignages des anciens auteurs y sont formellement opposés. 
Ainsi, Tauteur du Mahzor Viiry ne connaît que la dénomination 
D. E. et ignore la division en R. et Z '. Par contre, Fauteur des Ha- 
lachot Guedoloi appelle précisément R. la partie que les éditions 
désignent par Z '. Il est donc impossible de considérer la division 
en R. et Z. comme authentique. En soi, la division en deux par- 
ties est vraisemblable, étant donné le caractère de ces deux par- 
ties, car elles se distinguent nettement par la langue et le plan ; 
mais cette division a dû avoir lieu sous un autre nom. 

Sous le rapport de l'étendue, Z. n'est inférieur que de peu à R. 
Cette circonstance ne peut donc avoir donné lieu à la dénomina- 
tion Zouia a petite » ; en ce qui concerne le contenu, la valeur de 
Z. est bien plus grande que celle de R. Les phrases de D. E. Z. 
sont plus brèves, plus nerveuses, plus expressives, et se rap- 
prochent plus du genre de la gtiomé et de Tépigramme, que celles 
du D. E. R. ; en outre, on trouve dans ce dernier beaucoup de 
passages narratifs, qui sont, il est vrai, propres à illustrer les 
maximes et à mettre une certaine vivacité dans l'exposition, mais 
qui néanmoins sMnsërent fort bizarrement au milieu de sentences 
isolées et interrompent l'ensemble du texte. Par sa composition 
lâche et sa langue terne, D. E. R. ne peut avoir servi de modèle à 
la compilation de D. E. Z., si bien construit et si substantiel, de 
sorte que Z., par rapport à R., est antérieur, et non postérieur. 
D. E. Z. n*est donc ni un remaniement de R. ni un extrait de ce 
dernier ; mais c'est plutdt une production littéraire indépendante, 
ayant un caractère particulier. Ce caractère spécial se mani- 
feste dans le nom que ce petit ouvrage porte dans le Mahzor Vi- 
try* : c'est l'ensemble des règles des docteurs (n^bn btt) 'JD'Vt 

* On sait que les déoomioalioos de KSn et Î^SâlT dans d'autres ouvrages, tels que 
Sider Olam, Pesikta, etc. ne sont pas plus authentiques. 

* Mahzor Vitry, éd. Uorowilz (Berlin, 1893), p. 724. Zunz, GottesdUnstliche 
Vortrâge^ 2* éà,, p. 94 a, fait la remarque que Nabmanide considérait probable- 
ment les deux D. B. comme un seul traité ; Voir son commentaire sur Nombres, 
XV, 31 : yn« ^m "^pnca '»n'^Nm « J*ai tu dans les Perakim de D. E. ». Je 
ne considère pas la preuve comme décisive, car K"T ^p^D peut aussi désigner les 
chapitres d'un seul traité; cf. ci-dessus, note 1. Des mois M"T DSOTS )S^n» àauB 
Tosafot Tebamot^ 166, il ressort avec certitude que les Tosafot ne connaissaient 
qu^an seul D. E. 

* nnbna niDbr:, éd. Hildesbelmer (Berlio, 1888), p. 644-652. La division est 
ici tout à fait spéciale. Les Perakim du milieu de notre Z., v-vxii, se retrouvent 
ici sous le nom de K1^3^T ^"1 en tôte de la collection; c^est seulement ensuite que 
Tiennent les premiers chapitres sous le nom de D. E. R. Le cb. ix de Z. appartient 
aussi à cette partie. 

* Les mots D'»»Dn ^Tî^Dbn b'O pn^ • Règles des rabbins » semblent peu 
convenir comme titre d'un ouvrage^ et il doit être difficile de trouver une analogie à 



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30 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

trns^n). A répoque talmudique, les rabbins avaient adopte une 
manière de vivre qui les mettait fort peu en contact avec les gens 
non cultivés ; ils formaient, en quelque sorte, une classe particu- 
lière de la société. Ainsi se développèrent des règles de bien- 
séance, des habitudes, des mœurs et des vues spéciales, et il 
est hors de doute que D. E. Z. était destiné en première ligne 
à cette classe sociale ^ Dans les écoles populeuses de Pales- 
tine et de Babylonie, qui étaient plutôt des sociétés savantes 
que des établissements d'instruction, il dut se former dans le 
commerce journalier de leurs membres un genre de vie spécial. 
On établit probablement des règles sur la manière dont les élèves 
devaient se comporter vis-à-vis des chefs de Técole, les disciples 
vis-à-vis de leurs condisciples, les docteurs vis-à-vis de leurs col- 
lègues et du public. Il y eut là quelque chose d'analogue aux 
règles des couvents et des universités du moyen âge. Ce serait 
Juger faussement la collection du D. E. Z., que de perdre de vue le 
fait que la collection était destinée à ceux qui sont versés dans 
les Ecritures. Le genre de vie spécial des savants en société, tel 
quMI nous est présenté dans ce petit traité, dura, comme on sait, 
plusieurs siècles, en Palestine, et il est naturel que ces règles et 
sentences n'aient pas eu besoin d'être formulées à nouveau, 
mais qu'il ait sufâ de les rassembler et de les compléter. Plus 
tard, on considéra ces règles destinées uniquement aux savants 
comme étant également obligatoires pour toute la communauté, 
procédé qui, comme on sait, s*est souvent renouvelé dans le ju- 
daïsme et qui lui fait honneur. On voulait aussi posséder pour les 
autres règles de vie un recueil dans lequel les sentences dis- 
£(éminées dans le Talmud et le Midrasch seraient présentées au 
peuple sous une forme plus facile à comprendre. La formation de 
D. E. R. est donc postérieure à celle de Z. ; Z. est le modèle et R. 
l'imitation, et non le contraire, comme le croit Zunz, l. c.^ De 

ce cas. Qu'on sonj^e toutefois que ce ne soDt que quelques courts chapitres qui 
portent celte suscriplion, et non un gros ouvrage. 

* Ou peut aussi prouver ce po:nl par divers détails : i, au début : b© \yy^ 
D^ttDH "^T^Tabn « Tusage des docteurs » ; cf. DHK ^33 bU3 *|Dm « l'usa^ye popu- 
laire », dans R., xi, vers la fin; m, vers la fin : T^Tobna TITOfiO niTO Trmy tt5î2n 
bSn * quinze règles ont été dites au sujet des docteurs > ; iv, au début : ^^"^^bn 
ïniDHa O'^fi^î Û^TOl^n « les docteurs excellents en confrérie » ; v, au début : "s^ 
03H n^Tobn KiniD « celui qui est docteur » ; vi, au début : 0*^13^ n^^a^N 
Ûn^-^Tjbrb "^NSi « quatre choses sont honteuses pour les disciples • ; vu, au début : 
les qualités c^u ûbl3 « sot » et du DDîl « 8a<?e » ; immédiatement après, ^J'^^it n"n 
N!T^TD « le docteur doit être... » ; tiii : n"n bD « tout docteur... » Pareillement 
en beaucoup d'autres passages, mais, comme on le voit, le plus souvent en tête 
des chapitres, ce qui indique, avec une clarté suffisante, le but des règles. Ce trait 
caractéristique manque dans D. B. R. 

* A« J. Tawrogi, Der talmudiseke Tractât Derech Srez Sutta, Kœnigsberg, 1885, 



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LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DÉRÉCH ERÉÇ » 31 

cette manière, on s'explique pourquoi, dans D. £• R., des pas- 
sages entiers proviennent de la Mischna Abot et des Abot di 
Rabbi Nathan : comme il s'agissait de faire un recueil pour le 
peuple^ le principal sujet d'enseignement ne pouvait naturelle- 
ment consister qu'en règles de bienséance ou en règles de morale ; 
comme on avait déjà un recueil de règles de morale, il est na- 
turel que celui-ci ait servi de modèle et môme de source. Par 
là se montre une différence essentielle entre D. E. Z. et R. : 
Z. contient principalement des règles de bienséance, R. des 
règles de morale; Z. était destiné originairement aux cercles 
savants, R., à la foule. Nous avons ainsi dans les deux traités 
de D. E. deux collections différentes qui diffèrent visiblement 
par l'époque de leur formation, leur but, leur contenu et leur 
structure. 

Chacun de ces traités se divise en plusieurs chapitres. Dans les 
éditions ordinaires du Talmud, R. embrasse les chapitres i-xi, 
Z. i-x, sans compter le DibiDn p*nD « chapitre de la paix », qui y a 
été ajouté. La numérotation des chapitres n^est pas une tradition 
établie avec certitude. La différence tient, en premier lieu, à ce 
que les deux traités n^avaient pas toujours la môme étendue. 
Ainsi, il a été déjà souvent remarqué par les anciens auteurs, par 
exemple par Raschi (sur Berahhol, 22 a), que R. commence par 
le chapitre de Ben Azaï, qui, dans les éditions actuelles du Tal- 
mud, est le III*'; en outre, dans Z., après le chapitre iv, il est dit 
que les chapitres suivants proviennent du Mahzor Vilry (cha- 
pitres v-viii) ; pour les deux chapitres qui suivent dans Z. (n®" ix 
et x), toute indication relative aux sources fait défauts Dans le 
texte de Z. que nous avons sous les yeux, les diverses phases de 
sa formation sont encore clairement reconnaîssables : les cha* 
pitres i-iv forment un groupe à part et ont une conclusion évi- 
dente dans ces mots yaob •^n'nnn nb« •'lan • « j'ai exposé devant 

dit, dane son Introduclioo, p. m, (note 1) : « Pour ce chapilre (ch. ix de Z.), 
il semble que le 4* chapitre de la V* collection a servi de modèle. Les mots du dé- 
but soai empruntés au 1*'' chapitre de la 1'* collection •. — Celte assertion est er- 
ronée. La priorité appartient à Z. et non à R. Z. ne saurait être considéré comme 
postérieur a R. que si les dénominations de 17^^ et MZ^IT étaient authentiques, ce 
qui n'est pas le cas. 

* Voir le «zaïT "J^nN ^m nD073, avec les commenUircs Qn-sn *W] et mm» 
Û^^ elles noies de Blia Wilna, édité par J. E. Landau (Wiina, 1872, Introduc- 
tion, p. 3. héb.) : « Je ne sais pas d'où les chapitres ix et x proviennent. Si c'est d'un 
D. È. antérieur à Pépoque du Mahzor Vitry^ comment des chapitres du Mahzor 
Vitrtf ont-ils pu s'y introduire au milieu des autres; si D. E. finissait primitive- 
ment au ch. IV, que viennent faire ici les chap. ix et x • ? Par la publication du 
Mahzor Viiry, nous savons maintenant que les chapitres en question n'y sont pas 
intercalés, car dans Mahzor Vitry et Halachot Quêdolot^ le chap. ix suit le chap. xv. 

^ Ces mots manquent dans Mahzor Vitry» 



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n 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

» ; le groupe v-viii n*est désigné qu'au commence- 
$ mots D^n Tttbn finïTO ■»» « celui qui est docteur » 
3rit spécial et, à la an, il n'y a aucune indication. Le 
chapitre ix, qui suit, forme un petit ouvrage à part, 
i circonstance qu il porte en tête le nom de B. Elié- 
ar et ressemble en cela au « chapitre de Ben Âzaï » 
, comme nous l'avons déjà remarqué, forme le com- 
lu R. primitif; le chapitre x qui suit commence par 
Schimon b. Yohaï » et forme un petit ouvrage spé- 
; autres chapitres commencent par une sentence ano- 
I pouvons donc dresser le tableau suivant des deux 



!S des savants (d'^Mn •'Tttbn b« \sm), Z., i-iv. 

s de bienséance pour les savants, Z., v-viii (d'après 

ahzor VUry) ». 

itre de R. Eiiézer ha-Kappar, Z., ix. 

itre de R. Schimon ben Yohaï, Z., x*. 

hapitres de Kalias R., i *. 

apitre des méchants (l''pTT5tîi), R., ii. 

tre de Ben Azzaï, R., m. 

) Leolam (obvb), R., iv-v. 

pnc, no 1, R., vT-vii. 

pnc, n« 2, Rm viii-ix. 

pn», n*»3, R., x-xi. 

le R. n'a pas encore été faite jusqu'ici à ma connais- 
le sera-t-il pas superflu de la donner en détail. On 
îpuis longtemps que les deux premiers chapitres ne 

pnD commence par ^^b 13 J?Ï)1?V 'l IttKi mai» ce chapitre 

)té avec D. E. 

D'ïieDs ignoraient la différence entre Man et MS31T) ainsi que Je l'ai 

cette dénomination en dehors de celte division et je ne parle que 
irai. 

pe il n'y a que des règles de bienséance ; dans le l*c groupe on ne 
descriptions morales. Par analogie avec n"n bU) lD"i^ on pourrait 
i groupe û5n n^wbn NiniD ^73. Si on élimine ce groupe, n» 3 

et nous avons alors le môme système que dans Mahtor Vitry^ 
fzer ha-Kappar doit être compté avec *|DTÎ. 
'quer que 3 et 4 en un seul chapitre sont au moins aussi grands 

chapitres du groupe 1 et 2. 
les chapitres qui appartiennent à vrai dire au traité de Kalla ; voir 

le contenu, le premier Pérek est un petit traité sur la pudeur 
somme on le soutient dans Winter-WAosche, /. c, p. 630, dans la 
rek pourrait porter la suscription : • Des vicieux et des vertueux » 



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LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DÉRÉCH ERÉÇ » 33 

font pas partie da contenu primitif du D. E. R., et cela résulte 
aussi des indications des anciens auteurs. Mais le fait qu*ils appar- 
tiendraient au traité de Kalla, quoique les modernes le soutien- 
nent généralement*, n'est pas prouvé historiquement*. On ne peut 
attribuer à Kalla que le premier chapitre ; le second a un thème 
tout différent. Sans doute, on pourrait admettre que Kalla se ter- 
minait par des règles de morale générale, comme c'est le cas de 
beaucoup de traités de la Mischna (par exemple ikfacco^), et consi- 
dérer tout le traité D. E. R. comme faisant partie de KaXla, comme 
dans réd. Coronel. Mais au petit traité de Kalla un grand appendice 
comme le chapitre ïTpTttCi (ch. ii de D. E. R.) ne saurait convenir. 
Voici commentée m'explique l'addition de grands chapitres de mo- 
rale dans Kalla ^, L'idée de "p» ^^n, qui, comme nous le verrons 
plus loin, est aussi appliquée aux relations conjugales» a été prise 
dans le sens le plus étendu, et toute la série de ces petits traités, 
savoir nb^, tm^n •^T^bn b« p^rr et le plus petit "pN ^^n, a été dé- 
signée du nom collectif y^ X^ ; le chapitre ïibd se distinguait de 
ce groupe comme p^n, '^wy p et diVotî du D. E. actuel. Dans ce 
groupe il faudrait donc distinguer : 1<» Kalla^ le chapitre ainsi 
nommé actuellement avec le chapitre 'Q'rpjyn (= D. E. R., i), 
qui n'a été séparé du premier que parce qu'il n'y est plus ques- 
tion de la nouvelle épousée, mais de la femme en général ; — 
2^ le chapitre trpinxn, qui manque dans Kalla, éd. Coronel, mais 
qui devait pourtant former une partie ancienne de cette série, 
puisque dans Abot di R. Nathan^ il s'en trouve aussi un frag* 
ment, ainsi que dans Eliyahou Rabba ^, où Ton voit que la version 
de D. E. R. est primitive « ; — 3» "wy p jusqu'à la fin du D. E. R. 
actuel ; — 4<> lomsn nnabn b« p^n, ch. i-iv de D. E. Z. ; — 5« le 

> Goldberg, Derech Ere% Rabha (Breslau, 1888) ; voir Winter-WQnflche, U c, 
p. 646. 

» Pour le second chapitre (d^pnstîl)» il est prouvé, au contraire, par Véà. Co- 
ronel qu^il ne fait pas partie de Kalla, car ce chapitre manque dans l'édition 
Coronel. 

» Déjà R. Elia Wilna a ratUché tt^npwrj et n'opina:!! à Kalla, Dans TédiUon 
Coronel, ce qu'on peut appeler D. E. forme deux tiers de l'ouvrage, du chap. m à 
la fin, p. 6 a-190. 

♦ Version II, ch. xxxv, p. 43 de l'éd. Schechter. 

* L'édition de l^T^b^ "^D^ M3n, dont je me sers, est imprimée à Lemberg, 1869; 
elle n'a pas de pagination et a une mauvaise division des chapitres; de là vient que 
mes citations sont quelque peu embarrassées. Le passage visé ici se trouve dans 
'Bliyahou lUibba, ch. XT, paragraphe 2, au milieu. 

• Le mot difficile l^snriT, remplacé dans Bliyakou Rabha par l^nSJia (dérivé de 
rmsn), ne se trouve pas dans Ahot di R. Nathan, La transition pour passer aux 
gens vertueux (l'^sbl^^ p'^MI l^abj^S^t) est développée ainsi dans SUyahou Rabba : 

Y^'^^y ïrfin ^"«aiby im» '^ ba«. 

T. XXXVI, w* 71. 9 



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a4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

reste de D. E. Z. ; — 6« Pérek R. Eliézer; — Tf^ Pérek R. Schi- 
mon ; — 8<» DiVwi pn». 

Ne voulant m'occuper ici que des deux D. E., je laisse de côté 
le traité de Kalla et je commence l'analyse de D. E. R. par le 
Pérek »ip»îi (n« 5 de notre tableau). Sauf quelques phrases*, 
rien dans ce chapitre ne prouve qu'il ât partie de Kalla, mais son 
contenu permet néanmoins de l'appeler le chapitre Kalla du 
traité D. E. 

Le chapitre sur les impies {uyrrsm), par son contenu et sa 
structure, a tout l'air d'un ouvrage indépendant, quoiqu'il y manque 
une introduction et une conclusion. Ce qui distingue ce chapitre de 
tous les autres du traité, c'est la symétrie de composition, l'em- 
ploi de versets bibliques après chaque sentence et le groupement 
de certaines catégories de gens vicieux et de vertueux. Vicieux 
et vertueux se subdivisent respectivement en douze groupes : 

Vicieux : 1« û-'D^np^fion û">B3rcTi ty^m^tn m^nnottSTï tnprrsKi % Job, 
XIII, 16; —2* V3ntt«n (en tout 6 catégories), Psaumes, xxxvii, 
IT* ; — 3<» ^ û'»«mn (4 catégories). Psaumes, xxxv, 6 ; — 4*» •fwa 
-Tnoa (4 catégories) , Nombres, xvi, 33 ; — 5« mi^ vtstv (5), 
Amos, VIII, 7 ♦ ; — 6<> û-^BDlti d'après la correction de R. Elia 
Wilna *, avec 3 catégories (Les éditions qui ont les mots Ytim ibfin 
1'»«"»n'W3, etc. interrompent la composition, qui est excellente, et 
y introduisent un élément hétérogène), Job» xiii, 16 (comme au 
u« 1), et Psaumes, ci, 7 ; — 7* û'^td û'^amn (d'après la correction 
d'Elia Wilna «, avec 5 catégories), Ps., xxxvi, 12; — 8» tw) •'bVntt 
tn2'0 (4), Ps., IX, 18, et Ecclés., i, 15 ; — 9^ vnrtn '^oa (5), Malachie, 
III, 19; — 10** ^capn laab ïton fir«»îi (3), Deut, xxix, 19; — 
11* l'^ÊOirt (4), Ezéch., XXVII, 27; — 12* nom» by np-non (5), Jé- 
rémie, xvii, 10. 

1 En tout, environ trois phrases : d^*n*T3a "p^lD '^HT) b«, ensuite «n© ^^ ^^^ 

D'»5D nttînn ib et 137373 tt na'^M T^r^y nm n^i^nn bs. i>«ds x:ana propre- 
ment dit (éd. Coronel, 1 b) l'expression V^fi^ *|m n'apparaît qu'une fois. Cf. *p*T 
bx^©^ msa dans Nombres rabba, ch. ix, 16; Texpression manque dans 5i/W, 
Nombres, § 11, et Ketoubot, 72 a. 

* Snr b^3^)SnirT, voir mes remarques dans Jeioûh Quartârlif Bêpiêw, IX, 515. 

* Cette phrase est remarquable perses expressions relativement difficiles. ^"^Sn^SMlTT 
est bien expliqué par Bosch Easchana, 17 «, Tisat!! bj^ îm^n*^ ms"»» b^û73n. Au 
lieu de l^înoa, Yabei lit, avec raison, I'^3m'^a. L'expression •j'^întlT est une expres- 
sion isolée et, pour cette raison même, tout à fait authentique. 

* Au lieu de ^^2^1^, il y • dans Baba Batra^ 90 by ^*n3t1K, ce qui est plus exact. 
Dans mnbfi^^D le passage est cité comme pn, v. Zunz, h c, p. 117. 

^ Cependant dans ma classification je ditfère quelque peu d'Elia Wilna. 
« Dans les éditions niDîn^TT mmOîaiTTT l'^pl'ÎStim, presque comme le !•' mor- 
ceau; d^31^3 D^llltlïl se trouve dans les éditions an numéro suivant. A remarquer 

l'exprestton «j^ttanîTii ii»w rTansam. 



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LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DÉRÉCH ERÉÇ >» 35 

Vertueux : !<> û-^aVur •j-'în •{"•ab^^ïn (4), Juges, v, 31 ; — 2^ û-'ovttart 
ûTprM (4). Is., XLix, 7 ; — 3*> nDîDN -«b^^a (4), Ps., ci, 6 ; — 4« aïTwrr 
nncfi^ n» (4), Job, v, 24, 25 ; — 5» r5D« n« am«ïi (4), Isaïe, lviii, 
9; — 6o p^a ^artî^n l-^nD^îi (4). Isaïe, lviii, 8 ; — "T^ pT^a 1'»5Ti 
(4), Ps., Lxxiii, 1 ; — Soi-^nîKDn (4). Isaïe, lxi, 3 ; — 9^ pttrrrr (5), 
Isaïe, III. 10 ; — 10* û-'-twi (5), Job, xxii, 28 ; — IP ïmna tr^ttanTî 
(4), Proverbes, viii, 34 ; — 12» p*nt '^m (4), Nahum, i, 7. 

En face de cette composition si claire, la partie suivante du cha- 
pitre offre un réel contraste. S'il était permis de parler d'un traité 
des trp^ratn, je désignerais la partie suivante, dans laquelle les 
mots tr'Tan 'n V^a«a sont répétés quatre fois dans des paragraphes 
de môme grandeur, et qui se termine par une sentence de B. Dos- 
taï b. Juda, comme un second chapitre, auquel on pourrait encore 
rattacher la phrase commençant par nbjnsb na*nz)*^ 1*^. La dernière 
partie du chapitre pourrait être appelée le 3^ Pérek ; il commence 
par t3^«n irTWi et parle de la majesté divine en des termes qui 
rappellent le style des ouvrages mystiques de l'époque des Gao- 
nim *. Le traité û'»pTT3tn est précisément un des "p» 'îpn yno dont 
il a été parlé plus haut. 

Le Pérek '^wy la, qui forme le n^' 7 de notre analyse, a dans 
les mots •'D'^oa rroth ib i*W3fcO« "jn rinbina mabrro ina mm wx une 
conclusion bien reconnaissable et doit être considéré comme un 
morceau spécial du D. E. 

Tiennent ensuite deux Perakim commençant tous deux par le 
mot &bvb. Us contiennent des règles pour les savants et leurs dis- 
ciples. Tous les deux chapitres sont illustrés par des versets bi- 
bliques et des contes édifiants et ont, en tout point, le même carac- 
tère. A la fin vient une sorte de conclusion : "ja TDUn^ 'n itt« "jé^d» 
troo'^bD y^T^Tn ûn« "«Da ba ntr ûbvb •'ib, etc. Le fait que cette 
phrase est placée à la tête d'un chapitre du traité de Kalla, éd.. 
Coronel, p. 17 a, sous le nom de R. Josua b. Lévi, ne change rien à 
la chose^ car dans ce traité de Kalla la plupart des phrases sont 
commentées spécialement et sont placées en cette qualité en 

^ Zunz, /• e,, appelle avec raison celte coaclusion une agada étrangère; p. 117, 
note M, il la désigne comme étant empruntée à une doctrine secrète. — Le premier 
morceau D'^naT Wan«, à cause de îlOmNttn m^^D et de nat aa«73, 
conviendrait mieux au )S^p72n plD. Cependant on peut aussi établir la preuve 
qn'il fait partie de D^pin^Hi car dans la phrase suivante on mentionne 
nnobo ^ania, etc., nom formé de deux mots, comme dans la 1'* partie du 
chapitre. Dans le Mahtor Vitry^ p. 727, le morceau ID^tMlTT n'e>t pas la fin du cha- 
pitre, mais est suivi sans interruption du contenu du Pérek '^^'^y ^a. Le chapitre 
en question débute dans le âfaktor par les mots a^^aT tTTJ^anMI D^*1U97) morceau 
qui ne se trouve que dans le Mahtor Vitry et dont on n*a pas établi la source. Ce 
nombre est certainement le pendant du nombre de morceaux étudiés par noua. Il faut 
donc admettre que notre collection a été très abrégée dans le Talmud. 



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86 EEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tôte d*un chapitre. Je ne considère les deux morceaux commen- 
çant par bb'v^b comme un seul chapitre que parce qu'ils pré- 
sentent une apparence d'identité. L'histoire concernant Schimon 
b. Antipatros (Dncsw^cs^K la liratD), qui se trouve au chapitre vi du 

D. E. R., est placée dans Kalla éd. Goronel, p. 16b, dans lePérek 
^ûD-^ b», c'est-à-dire au v« chapitre. Or, cette histoire de Schimon 
b. Antipatros est également citée dans Tohasin, éd. Filipowski, 
p. 21 a, d'après «"n hiDbîTr 'n p^no. Ceci prouve, non seulement que 
ce récit est dans nos éditions placé inexactement, mais encore 
que ce morceau fait partie du Pérek dbvb, qui est précisément ca- 
ractérisé par l'insertion de pareilles historiettes. 

Ensuite viennent trois chapitres que j'ai désignés plus haut par 
DS^an n<>* 1, 2 et 3. Le motif de cette division est non seulement dans 
la répétition du même début, mais aussi dans l'indication d'une 
conclusion après chaque morceau. Dans Dd^^n n^ 1 (ch. vi et vii 
de R.), la dernière phrase est ^an bm ibte, etc., ce qui est tout à 
fait convenable pour une finale (le ch. v de Z. se termine par les 
mômes mots); dans D^^sn n® 2 (ch. viii et ix), après un récit 
se trouve ce résumé m ^an b:> «w^na mtDDî ttib« (dans Z., viii, 
où cette histoire se trouve au milieu du chapitre, ces mots man- 
quent) ; — la fin de Oî^n n*» 3 se confond avec la conclusion de D. 

E. R. Le fait que dans la Mischna aussi deux ou trois chapitres 
qui se suivent peuvent avoir les mômes noms est prouvé par les 
chapitres xv et xvi de Yebamot, qu'on désigne d'une épithète dis- 
tinctive dibtD iw«n et ima rrztxn, ou par les deux nawn (vi et vu) 
Jans Baba Mecia, ou les trois "Tanîan (iv, v, vi) dans Baba^Ba- 
ira. Il faut, du reste, observer que dans les anciens temps, outre 
les trois Perakim t^'^yn, il y en avait encore d'autres, car, à la fin 
du chapitre viii de Z., il y a encore deux phrases (dans Halachot 
Guedoloi, trois) avec dï^îïi ne pouvant se rattacher à ce qui pré- 
cède et devant, par conséquent, être considérées comme un Pérek 
spécial. 

La division de ce traité en ses parties nous donne la meilleure 
preuve du peu d'unité que présente le traité de D. E. C'est une 
raison de plus pour rechercher la raison pour laquelle ces mor- 
ceaux ont reçu le nom uniforme de D. B. 



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LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DÉRÉCH ERÉÇ » 37 

m 

l'idée de "P» Y^. 



Dans le traité de D. E. même, Texpression fit'n ne se trouve 
qu'âne fois, tant dans Z. que dans R. ; «"na ^"noTO an«n * (Z., m, 
comme seconde plirase du cliapitre), expression qui ne s'emploie 
nulle part ailleurs dans toute la littérature rabbinique et qui fait 
partie du fond primitif du morceau rf'n \m p^ii. Quelle que soit 
Fimportance de la sentence émise dans cette phrase, cette unique 
sentence ne suffit pourtant pas à expliquer le nom du traité. Dans 
R., V, la phrase dsn b« «b» n'i nr 'p» « ceci n'est l'usage que du 
savant » se lit aussi dans un morceau qui ne se trouve nulle 
part ailleurs. Cf. vu : ^T»a «y» «"Ti ïtdn bti:» d:Dn « tu es un grand 
savant et tu as de l'usage », dans un morceau qui, sans aucun 
doute, fait partie de D. E. (voir plus bas). Il en est de même des 
mots : nfiib bH îf n tea «•» ûh ûspn p-nnb « 11 faut vous examiner 
pour voir si vous avez de l'usage ou non » (viii). L'expression 
nrnart ^îtstd « usage mondain » (Z., v, fin; cf.R.,vii, fin) n'est pas 
tellement significative au point de vue du contenu du traité qu'elle 
puisse expliquer le nom uniforme de \^^. Il faut donc que nous 
cherchions à nous expliquer ce nom d'une autre manière. 

On sait qu'en hébreu biblique, le mot ^nn en lui-môme signifie 
déjà «r coutume, genre de vie ». Dans la phrase composée yn« ^nn, 
la phrase a le sens qui se rapproche du langage biblique, dans 
Josué, XXIII, 14 y"u«i te ^nna din ^biïi -^ds» (cf. I Rois, ii, 2), 
où on veut dire que la mort est une loi de la condition hu- 
maine ; dans Genèse, xix, 31, «pôtti te T^'i^, où l'expression 
indique que les relations conjugales sont une chose naturelle. Il 
semble donc que la phrase entière est yntei b^ ^nn, expression 
que je n'ai trouvée dans la littérature rabbinique que dans Exode 

> Ealaekot GuedoL, p. 649, et Kalla, éd. Coronel, ch. m, p. 11 « : 'pi« ^nib; 
cependant ^"113 vaut mieux. Dans R., vi, fia, M""T^ 0*^3)8 ; mais c^est une Ba- 
ratta citée dans Bèça^ 25 d, et pMohim^ 86 3. Le fait que Torigine est dans le Tal- 
mud et non dans D. E., comme Zunz. /. c, Padmet, est prouvé par la circon- 
sunce qae, dans D. E., la Baratta précédente (dans Bèça et Pesahim^ fir3n*1) est 
commentée par la question ï^ntO*^*! KÏIU)*^ ÏITS^I* Ces mots, sont le commencement 
de la Baralta ou Guemara. — Dans H., v, au début, "JTQ H"l D*7N b^ 1%b'^1 
DipTSÏl ; mais Elia Wilna biffe tout le passage. Ibidem^ m, dans le récit de la mort 
d'Eléazar ben Azaria, Elia Wiloa lit D'^'^n nin*niM, selon Beraehot, 28 b ; dans 
les éditions, IHË^ 'la^. En araméen, t<:^*nfi< TWï^t par exemple dans Berachot, 62 è. 



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38 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ràblal ch. xx, 11. Sans te, mais avec l'article déterminatif rt, on 
trouve yn2( yn dans le passage déjà cité plus haut de J. Sabbat^ 
8 a, et j. Pèa, lld, ainsi que dans Pesikta Rabbati, ch. xxi, 
p. 100 &, éd. Friedmann, expression à laquelle correspond très 
bien dbvn ^Ti dans Abot di R. Nathan, version I, p. 4, éd. 
Schechter *. Dans le passage de la Pesikta, y^ ym est employé 
dans un sens qui est fort rare dans la littérature rabbinique. Il y 

est dit : "^inb D»3 w« byp dbva« amsa pW! yrrt^ Twbb ^b to-^ 

b'^^TH hiDjr « Tu peux le savoir par les dispositions de la nature, 
grâce à Torganisation des sens, une voix pénètre dans dix 
oreilles. » «"n est encore employé dans ce sens physique, quand 
on veut désigner par là les relations conjugales, comme dans la 
Bible, par exemple dans Gittin, 70 a, H^^a y^ lï-WD •% ; cf. Brou- 
bin, 100 ô; Genèse rabba, ch. xviii, fin, ot Levy, Neiihebr. Wôr- 
terb., I, 424 ô. A remarquer aussi le passage i'Eliyahou Zouta, 
ch. m : mît dttb ïto« •j'^fiwiîtt «•» H^na "p n-ma :>a*T« "O ; de môme 
ibid., ch. XVI, mais sans l'expression "p» Yn. Cf. surtout Kohel. 
rabba, x, 8 : «"na mn» m^-^i. 

Partant de l'ordre physique de la nature, on employa l'expres- 
sion «"n pour désigner le genre de vie physique de Thomme. En 
ce sens, «"n signifie l'occupation physique de Thomme, par oppo- 
sition avec les occupations spirituelles, par exemple, Abot di R. 

Nathan, version I, ch. i : «"nb ttTD, ou Abot, ii, 2, TttDbn 

tK"^ ^ mm. Comme les occupations spirituelles embrassent non 
seulement la Tora, mais la Mischna, on dit dans Mischna Kid^ 
douschin, i, fin : 1» •tt'^ «"na yh^ naiûtta «bi finptta «b •«•wD bsi 
a'WD'tT (cf. Abot di R. Nathan, vers. II, ch. xxxvj ; là le mot (voir 
Kiddouschin, AQb) n'a pas encore le sens de bienséance, mais 
celui de pratique (5TOTO, par opposition avec niTabn = théorie). De 
ce sens dérive, avec une petite nuance, une autre signification : «"n 
signifie la vie sociale limitée à l'acquisition des biens terrestres, 
comme il ressort de Abot, m, 5 : «"n bv. C'est à cette diflërence 
entre les choses terrestres et les choses spirituelles que se rap- 
porte la phrase é'Eliyahou Rabba, ch. i, au début : ir "^Ti n«mtt«b 
min . . .tmn yy vCx suivant l'expression connue rwrp rrtm 1"^ 
rmnb'p«']Ti«. 

Cette dernière expression nous fournit une transition pour une 
nouvelle signification du terme H^n. H^n est aussi quelque chose 
qui mérite d*étre connu, un sujet d'enseignement dont la science 
fait honneur aux docteurs de la loi. C'est le genre de vie spécial 

« Dans j. Sahbat, VI, 3, Sa, yn« ^^13 "^înl, nom du traité ; cf. b« laïTDtt 
db*)^» qui est fréquent dans le Talmud. 
* Jalkout sur Genèse, § 34. 



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LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DÉRÉCH ERÉÇ » 39 

et plus noble qui s*impose aux docteurs de la loi, c^est la bien- 
séance, les bonnes mœurs. Le docteur de la loi, ou nnn, mène 
un genre de vie spécial ; il doit posséder des vertus particu- 
lières; cf. j. Demaî, 23 rf, ^in ^nn l'^am, ou le passage du Talmud 
de Jérusalem cité dans Tossafot, Kiddouschvif 40 ô, où celui qui 
est tenu à des bienséances spéciales est appelé TTDbn (c*est le TTabn 
ûDn), et d'où Tossafot déduit avec raison que ces règles de bien- 
séance concernent les savants : « ces règles ne sont que pour 
les savants; d'autres les suivent. » Nous avons tiré la môme 
conclusion du texte même du D. E. Nous avons aussi déjà fait 
la remarque que la première collection de ces règles concernant 
les savants est le traité de A\)Oi et que le savant qui observait 
ces règles était en môme temps un homme pieux, c'est-à-dire que 
les savants étaient aussi les gens pieux. C'est là le sens de cette 
maxime émise dans Baba Kamma, 30 a, '^tT!Qb "^j^nn \s^ "ïNrt 
n"0«n •'b^ tT'^pb KTDn « Celui qui veut être dévot doit observer 
les choses de Abot » *, et dans le môme traité il est dit (ii, 5) : 
Ton ynÊer ttf> «bn t rignorant ne peut être pieux » *. C'est pour 
cette raison aussi que le traité D. E. est appelé d'^on rhyn^ « le 
rouleau des dévots ». Cf. Eliyahou Rabba^ ch. xviii, 9, Ton 

Je crois donc qu'au début "pN ^Ti ne signifiait pas mœurs, 
bienséance, mais seulement <r genre de vie », ainsi que le mot 
l'indique, et par là il fâut entendre le genre de vie des savants et 
des gens pieux, comme le prouvent les témoignages littéraires et 
historiques. Dans Berach,, 22 a, les savants réclament précisé- 
ment l'enseignement de 'p« ym parce que celui-ci est nécessaire 
à leur état. Par là nous comprenons aussi l'expression souvent 
répétée : «"n ?mn m^b * a La Loi a enseigné déréch éréç », car du 
moment que ce genre de vie spécial était devenu l'objet de l'étude, 
on le fit dériver lui aussi de la Bible. C'est seulement lorsque des 
règles de morale vinrent s'ajouter aux formes de la vie noble, 
que Ton appliqua le terme «"n à toute espèce de préceptes réglant 
les relations humaines, non seulement au point de vue général, 

» Cf. Kalla, éd. Coronel, 11 h, «"-m '^b'^!^^; Pesahim, WZa, «5Db:^1 '^b'^TD; de 
même Beraehot^ 7 h ; Sabbat, 33 b. 
« Ceci correspond à Taulre phrase ^"'] *p^ ÎTnin •{"fi^ bM [Aôot, iv, 17). Cf. 

le traité Kaiia, au début : N"n na ■;■«« VD b:? (n)naiy nninï! X>»^ ^12 b^, 

aiuai que dans l'édition Coronel, 1 b. 

• Abot di R, Nathan, vers. II, ch. xxvii, p. 56, d'^*T^on ni^bîTin; ibid., p. 82, 
D'^TOrr nb-^^ï:. Au sujet de Û'^*TOn nbntt dans Sifrè, v. Zunz, /. c, p. 112. 

* Cf. Sifrè, Nombres, § 102 : «"t TlWb ; Sota, 44 a : N"t rmn m73"«b, de 
même EouUin, S4 «, Oen, rabba^ xx, 12, Yalkout^ Psaumes, 871 ; Midrasch Samuel^ 
▼u, 5; Gen, rabba, xxxi, 10, etc. 



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40 RBVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mais aussi au point de vue moral. Aux règles concernant les sa- 
vants et la morale vinrent s'ajouter aussi, avec le temps, des con- 
seils pratiques pour le commerce et les professions, pour les soins 
de la santé, et tous ces genres de règles sont maintenant réunis 
dans notre D. E. *. 

Comme, par la suite, le grand public, c'est-à-dire les cercles 
qui ne faisaient pas partie de la classe des savants, s'attacha 
aux règles de D. E., il se forma encore pour les savants d'autres 
règles de vie morale, plus flnes et plus subtiles que les autres, et 
c'est ainsi que s'explique l'expression y^» ym '»nnD a secrets de 
dérech éréç » qui se trouve surtout plusieurs fois dans Tanna di 
de Eliyahou *. 

Ces petits chapitres, au nombre de onze, ne pouvaient être dési- 
gnés que par le nom de "p» "yn^ car ce nom seul est propre à 
servir de suscription à des écrits aussi hétérogènes, puisqu'il 
exprime tous les aspects de la vie sociale, morale et pratique, en 
commençant par le côté physique de l'homme. 



IV 

LES SOURCES DU TRAITÉ. 



Je n'ai pas l'intention d*indiquer ici les sources anciennes des 
phrases, sentences et expressions isolées qui se trouvent dans 
D. E. ; cette tâche est réalisée presque dans chaque édition du 
Talmud, et, comme on le sait depuis longtemps, le contenu de R. 
se retrouve dans des écrits rabbiniques plus anciens. Je ne veux 
relever que les emprunts qui montrent la façon dont s'est consti-^ 
tué notre traité. 

Sa dépendance vis-à-vis de la Mischna saute aux yeux. Mais ce 

> Nous trouvons un exemple spécial de |f*iH *y\1 traitant des règles de bien- 
séance dans Yoma, 46 : ïibnn "Xix^yp 5"«N iT^an d:^ dn« naT^ «b© «"t. 

le même passage se trouve aussi dans Nombres ràbha, xit, 21 . 

* yn» yn •'inDl rmn A'inO, Ahot d% R, Nathan, vers. I, ch. vin, p. 36 ; cf. 
Sifrè, Deut., 305, et Bliyahou Zouta, xvi. Dans Eliyahou Babba^ xnr, au commence- 
ment, il y a cette tournure remarquable : fc^^T nt I'^fi< fi<"T fiOn 1T "^Dl. Ibid., xiv : 
matîDn nWDI N"n ûrra tO-^tt) y^^n •^ÎDJ ; de môme xxvn ; Eliyahou Zouta, xiii, 
au début :N"T Tl^bbl natDTsbl «-îp!Qb liaCl; ibid., «"la d'^poiyi. — 
Dans JBeraeh,, 62 a, à propos de quelques règles relatives à MODH D'^a, qui se 
trouvent aussi partiellement dans D. B. R., vu, on emploie deux fois la phrase solen- 
neUe : «^-njt "ï^N m»bbl «''ïl m^D. 



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LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DÉRÉCH ERÉÇ » 41 

ne sont pas des passages entiers qui sont empruntés à Abot, ce 
sont seulement des expressions et des phrases. Je vais en donner 
la preuve en détail : Z., m : mr)T tp^ ^n-^an n« in ^^=^AI)ot, i, 6; 
toutefois le contexte est tout différent et la sentence n*est pas 
anonyme; — Z., ibid,, aiû d« rop = Abot, ii, 7; — Z., ibid., 
Tïsb ic-^an VN = Ab.y II, 5 ; — Ibid., robro a'^ttîai I-^md Vki© = 
i&., V. 7 ; — Ibid., %bb 73":^ TOibi = Ab.^ iv, 5 ; vi, 6. Dans le 
troisième chapitre du Z., où se trouvent les mots yn'^ *y^yi2 aniDn 
■pK et qui appartient au fond primitif du traité, la phraséologie 
de Abot est employée cinq fois, sans qu'une seule sentence entière 
soit empruntée à cette Mischna. Des autres chapitres de Z., je 
citerai encore : Z., i, bsn n« ûdid txtw ansD^ = Ab., v, 15; — 
Ibid., nrnan dk nm» = .lô., vi, 1 ; — Jbid., ^îTirn ^aa^ = .!&., 
II, 4 ; — Z., II, a-^ttDïib bnaa = ^&., v, 1 ; — Ibkt., n53fia V:' nm» = 

il&., V, T ; — /Wd., ina menb n^m d^a-^^n b« = ^&.. iv, 5 ; — 

/Wd., d'^^ioron nfcn mrDnnn n« aïTi«= Ab.y vi, 6; ^ Ibid., 

nnimonb m:i toenb bp = i4&., m, 12 ; — Ibid., ïibp truxb y^ "^irr 
= Ab., II, 1 ; — Ibid., nw l-^iwa Ti = Ab., m, 1. 

Ce style, qu'on pourrait appeler à bon droit le style de mo- 
saïque*, ne se trouve que dans les quatre chapitres de D. E. Z. 
dont nous avons parlé, c'est-à-dire dans ces parties du D. E. que 
nous avons désignées plus haut comme formant le morceau à 
part, rTn b» "pnrt. Cette partie, contenant les règles concernant 
les savants, n'a que des réminiscences de Abot, mais n'en a rien 
emprunté. Comme il n'a rien des parties purement morales de 
Aboi, il est permis de croire qu'il est aussi indépendant d«s autres 
écrits. Lorsqu'il y a concordance entre )yin et d'autres écrits, 
l'originalité appartient toujours à pnn. C'est ce que je vais égale- 
ment essayer de prouver. 

Z., I : mr'Db rr^rtn )m ^v'^an )J2 m-^aj^ ^t^ vrn'nTi i» pmn 
« Eloigne-toi de ce qui conduit à la transgression, de ce qui est 
laid et de ce qui ressemble au laid » se retrouve, quant à la 
seconde partie, dans HouUin, 44 &, avec cette formule intro- 
ductive d'^ttDn ruxK ba^ « mais les sages ont dit » ; mais on voit 
au premier coup d'œii que cette phrase est ici une citation qui 
n'est appliquée qu'à un cas spécial. Dans D. E., la phrase a 
encore un membre antérieur et un membre postérieur. Dans 

' Ce style de mosaïque est fait non seulement de réminiscences de la Mischna 
d^Abot, mais d'emprunts à TEcriture Sainte, comme on le montrera plus loin, dans 
le chapitre sur la langue. Il est également impossible de méconnaître que D. E. ren- 
ferme beaucoup de réminiscences du Talmud et du Midrasch, non pas tant du Tal- 
mud et du Midrasch sous leur forme définitive que des sentences isolées sutâsam- 
ment connues dans les écoles et attribuées aux rabbins. Quant à donner à ce sujet 
des preuTes en détail, cela nous mènerait trop loin. 



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REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

In, II, 24, p. 503 de Téd. Zuckermandel, la phrase est 
ngue, et la Tosefta ne peut être la source de D. E. 
R, Nathan, version I, ch. ii, la phrase est conçue 
). E., mais immédiatement après d'autres sentences 
s sous cette forme d'^ttsn T\12» ^D'^Db « c'est pourquoi 
dit » ; comme ces sentences ne se trouvent que 
que D. E. est une des sources des Abot di R. Na- 
gent guère songer à cet ouvrage comme source de 
Midrasch Eagadol, sur Deut., xxi, 5, qui a été 
aent par D. Hoffmann (1897, p. 24), cette sentence 
compagnée de ces mots m-^nya d'^rtt^ ^fm»rp «V© 
le te soupçonne pas de transgression «. Ces mots ne 
le dans D. E. ; donc l'auteur du Midrasch Hagadol 

D. E.>. 

Nathan a encore une autre citation qui est sûre- 
1., appelé en cet endroit d'^Ton nb^a» ; la sentence 
^e avec quelques modifications dans D. E. Z., ii*. 
^n*' "^î-^H ^ib ^Dwb Ti^b « Habitue ta langue à dire : 
(Z., m) est citée dans Berach,, 4a, avec Tintroduc- 
t on a dit », et Raschi, in loc, renvoie avec raison 

ixime yait2 ibra*^ ^Vo n» ^Vb irfcw nbtaî dN « Si tu as 
t'appartient pas, on te prendra ce qui t'appartient » 
ouve presque identiquement dans Abot di R. JYa- 
n, ch. xxxii, p. 36. Sans tenir compte de la rédac- 
ise, le contexte plaide aussi en faveur de la priorité 
p^i), car il y a là plusieurs maximes de ce genre 
construction '. 

rrtfù nï-^ÉW» îtttd finp!Qa povn est citée dans Baba 
îomme une baraïta l^n^ isn ; mais comme elle ne se 
aucune collection de baraïto, cette formule intro- 
i5n vise peut-être la collection D. E. (Z., iv). Nous 
la môme sentence dans j. Sabbat, 15 cf. 
manbttJ Tittb roir dn» b^ ■;■»«« « Tout le monde 
r la chance de s'asseoir à deux tables (jouir du 

>. 120, note a, dit que *ni^^^ no se trouve que rarement dans 
et il ne cite que Houllin ; toutefois le mot se trouve également dans 
)t cela en deux endroits, l^hus , Tosefta Tebam., iv, 7, il se trouve 
exemple manque chez Tawro^i, l, c.^ p. 5. 
éd. Cor., III, comme Tindique M. Schechler (p. 52), on ne trouve 

E. Nathan, la maxime est attribuée à Rabban Gamliel {'n'>^ K1!l 
eux maximes provenant de R. Gamliel sont si diverses de langue, 

de suite dans les idées qu^il nous faut considérer comme erronée 
R. Qamliel. 



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LE TRAITÉ TALMIJDIQUE « DËRËCH EREÇ » 43 

bonheur déjà en ce monde) » * n*est à sa véritable place que 
dans D. E., où elle est précédée de phrases introductives. Dans 
Berach.y hh, la sentence de R. Yohanan n*est employée que dans 
un cas spécial, mais il est visible qu*elle n*a pas pour auteur 
R. Tohanan. R. Yohanan doit donc déjà avoir connu le recueil 
D. E. 

Les SIX maximes examinées ici sont presque les seules du mor-^ 
ceau appelé *p^ qui soient désignées en marge des éditions du 
Talmud comme étant aussi mentionnées ailleurs, et pour toutes 
nous avons pu établir la priorité de D. E. A part peu de passages, 
que nous éliminerons plus tard, ce morceau ne contient que des 
sentences très nettement formulées, exprimées avec les plus belles 
expressions de la littérature rabbinique. La langue est de Thébreu 
par, le style clair et concis, ayant presque toujours une allure 
d'épigramme. Mais ce morceau a encore un trait caractéristique, 
que je veux relever. Vers la fin du chapitre iv, c'est-à-dire à 
la fin du morceau p'in, l'auteur du recueil fait parler Dieu à la 
première personne : t|»i ytxd^ NXn '»b« èt^d nrrattja "^^nn ir^y &K 
tn^a yca, ^b ^wm ^nfinpb tm^ "^^isj^ta "^în « Si tu as accompli mes 
préceptes avec joie, ma cour sortira à ta rencontre et moi aussi, 
et je te dirai : Que ta venue soit en paix. » La personne qui parle 
ici ne peut être que Dieu. D'après cela, la conclusion ïibfi^ "nan 
*p:6b T»'nnîi, etc. pourrait aussi être conçue comme émanant de 
Dieu. Par cette tournure de style, la langue et Tesprit du mor- 
ceau "js^ s'élèvent à une certaine hauteur morale et la collection 
se rattache aux meilleures productions de la poésie gnomique*. 

Le morceau de p^n est aussi le seul, entre tous ceux du traité 
D. E. ou il soit question de pureté iévitique. Il en est parlé en 
deux passages : 

1" I : ty^ttrip "^^ïp bbnn «aà 'p«rr û:> lïts tM> dnb tenn b« ^ « Ne 
mange pas de pain avec un prêtre ignorant, de peur de profaner 
les choses saintes. » D'après Ahot di R, Naihan, version II, 
ch. XXXIII, p. 72, la maxime a été dite par R. Akiba en môme 
temps que d'autres maximes se rapportant également à la pu- 
reté iévitique. Une collection où une pareille maxime a trouvé 

* Zouta, r?. 

« Dans le morceaa intitulé p*11, la plupart des maximes ont une forme semblant 
indiquer que le maître enseignait ainsi à ses disciples; ce qui aussi est une preuve 
d^antiquité. 

' Les mêmes mots se trouvent aussi dans D. E. R., i (U)*1p^!l p^D)» ^^^^ ^^ 
nom d'Âbba Hilfaï : 0^7D)23 "^UJlpD ^b'^SN'^ É«7Dffi. Nous complons ce cas avec 
ceux où, dans D. B., on donne intentionnellement la préférence à l'anonymat; cf* 
cependant Nedarim^ 20 a, ou ces mdmes mots forment une partie d^une baraïta 
rapportée avec le terme M^n. 



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44 REVUE DES ETUDES JUIVES 

place doit au moins être contemporaine de Tépoqae talmudique*. 

2<» III : inb^SM X^^ inrnaa i-^a d'^©npn "vni ^^inn « Fais attention 
aux choses saintes, soit lorsque tu les donnes, soit lorsque tu les 
manges. » La maxime qui se trouve un peu plus loin nnmsira nVm 
D*o^b nn& peut néanmoins se rapporter également à Timpureté 
lévitique. 

Pour les quatre chapitres de D. E. Z. (v-vni) qui suivent ou 
pour ce qu'on appelle les Perakim du Mahzor Viiry, il est impos- 
sible de relever des indices établissant leurs rapports avec d'au- 
tres parties de la littérature rabbinique. Dans ce morceau, les 
renvois en marge à d'autres écrits sont nombreux. La langue est 
moins nerveuse et serrée que dans pi^, et on y trouve fréquem- 
ment des énumérations, telles que dnn^ W3^, v et vi; tt^'ho 
rh rry^y^, etc., iMd., v; dbi:jn d'^^an wau?, vu; iniûbiDïs nvM, 
VIII, style qui rappelle vivement Aboi, v, et Ahot di R. Nathan. 
C'est pourquoi j'admets que le début du septième chapitre : wnt) 
bbi^a d-^nan provient de Ahot di R. Nathan, version I, ch. xxxvii, 
p. 110, qui provient à son tour de A bot, v, 7 *. La maxime ïTobioa 
iD^sai lo-^sai loida nd-^î dn» d"»*ian « L'homme se fait connaître par 
trois choses, par son verre, sa bourse et sa colère », qui, selon 
Eroxibin, 65 &, a été dite par R. Haï, est modifiée dans D. E. Z., 
V, et on y met quatre objets en ajoutant le mot ino-^rM^ai « et par 
son costume », qui interrompt la belle assonnance Did, tro et tn\ 
par la phrase 'Tia'^na q» n""»! « d'autres ajoutent : par sa parole • 
on ajoute déjà à cette expression une sorte de guemara. Suivant 
le traité Eroubin, la maxime vise l'homme en général; dans 
Aboi di R. Nathan, version II, ch. xxxi, p. 68, une maxime du 
môme genre (d^r^rr pk l'^p^rna d'^'ian 'aa) vise également l'homme en 
général; dansD. E., la maxime a donc dû être seulement appli- 
quée aux savants, ce qui explique aussi l'addition de '[PD'^û^^ai *. 
Il est donc permis de soutenir qu'en cas de concordance entre les 
chapitres de D. E. et du Tanna di bè Eliyahou, l'authenticité est 
du côté de D. E., car là on dit, par exemple, R., v : d^È^ kît» dbvb 
a)Dr «nrt "^^ bstfi^ rm, tandis que dans Eliyahou Rabba, xii, il y a 
déjà l'expression a des savants » nmnn n« hibiJ2 tam rfn dÈ^i*. Les 

> Neuburger veut prouver que l'observance des lois de pureté lévitique n^a duré 
que jusqu'à Tépoque d^Uadrien (MonaUschrift, 1873, p. 433 et suiv.]. Toutefois, j'ai 
déjà démontré le peu de fondement de cette opinion dans Magyar- Zstdô-S^twle, VII, 
385, et la preuve tirée de D. £. vient encore s'ajouter aux raisons que j'en ai 
données, 

* Les mots ddtia ^aV)*l manquent dans Eaîachot Quedolot^ p. 645. 

s Les savants se distinguaient aussi par leur costume, comme cela ressort des Evan- 
giles. Au commencement de D. Ë. Z., la leçon iniD3 C|k3^n93*1 est donc préférable 
à la leçon ^niDD &|3U931 ; elle veut dire que le savant doit se vêtir décemment. 

* Voir plus bas les mœurs des Jérusalemites. 



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LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DÉRÉCH ERÉÇ » 4K 

chap. IX et x de D. E. Z., comme on sait, montrent peu d'origi- 
nalité. 

D. E. R. semble avoir utilisé Tanna di bè Eliyahou comme 
source. La maxime de la fin du chapitre vu : x^^ w^ rta^^ «b 
CTDisn « il ne faut pas se réjouir près de ceux qui pleurent », se 
trouve dans Eliyahou Zouia, ch. xvi, en langue araméenne ; la 
traduction en hébreu, faite par D. E. R., est un signe certain de 
jeunesse. Cette maxime est aussi rapportée dans Eliyahou Zouta 
au nom de Samuel le Petit : ''Da \skn ^ roan Kb b-^m «bn W bmn «b 
«bn d:^ TT»n »bi n'ina «bn d:^ n-^rran «bi -ïssa «bn d:^ "^atan «bi 
rits^ns a«nn mtsv) ^ru « N'aie pas peur à côté de celui qui n'a pas 
peur ; ne pleure pas à côté de celui qui ne pleure pas ; ne mange 
pas à côté de celui qui ne mange pas ; n'aie pas de soucis à 
côté de celui qui n'a pas de soucis ; ne ris pas à côté de celui 
qui ne rit pas, de peur que tu ne sois pris pour un fou. » La 
remarque finale dans D. E. : ■'îai iTan T^rm nnrr dn» ««■» b« 
m» « Il ne faut pas penser autrement que les autres » est 
exprimée dans Zouta, v, fin, en ces termes : yrmin dn» n:©"^ b» 
n-pnan « Il ne faut pas s'écarter de l'usage du monde. » L'ex- 
pression nr'iart se trouve aussi dans R., vi, vers 1^ fin, dans 
la maxime analogue : na^i:^ difi^ b« vun ton d'^^an in53« 1«D53 
m"nart t3J?, et c'est le seul endroit du traité D. E. où se trouve la 
phrase : « C'est à cause de cela que les sages ont dit ^ » La 
maxime même 'na m^n «rm ne se retrouve nulle part ailleurs, et 
pourtant la formule introductive Ij^dtd semble indiquer une cita- 
tion*. Il semble qu'il y a là une indication du fait que l'auteur 
de ce morceau connaissait des chapitres de D. E. que nous ne 
possédons plus, ce qui confirme l'hypothèse que nous avons ex- 
primée plus haut de l'existence de plusieurs chapitres (d'^pno) de 
D. E. Le fait que D. E. R. môme s'en réfère à un autre D. E. 
est une nouvelle preuve de la jeunesse relative de D. E. Rabba. 
Il faut seulement mettre à part le •»«?:> "ja pns, qui forme un petit 
ouvrage distinct et qui fait partie du fond primitif du D. Ë. R. 

Dans le premier Pérek de R. («Tpîan), presque chaque maxime 
provient des traités du Talmud babylonien. Les maximes qui sont 

* D. E. R., IV, au milieu, il y a eacore d'^Wan 1^73N *]ab. La phrase cilée dans 
celle formule : riîpa ^[1 ^M^ se trouve, en effet, dans Z., viii, au commencement; 
mais la suite forme une sorte de guemara. Le fait que le mot nSpa ^1 "^lîl est an- 
cien eet prouvé précisément par la citation d^TOan 1*i?afii *jab ; dans Ahot di R. 
Nathan, version I, xu, p. 66, il y a in»i< l^a^. D'après Taanit, 20 h, le mot 
provient de Eléazar b. Schimon; voir plus loin le chapitre sur les parties nar- 
ratives. 

« Cf., plus haut, Û'^ttan in53« ^a-^ob, dans U maxime ^Ijr'^an 1» pmïl- La 
formule Q^sn yV2^ est aussi usuelle pour les citations de Sira. 



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46 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

. leur place dans D. Ë., parce qu'elles ont un caractère mo- 
évèlent beaucoup d'originalité, par exemple la maxime : 

) -na^ Mb» w« nnrmo bD© ïTOwn tM> sim© nann «b « Ne 

le pas beaucoup avec les femmes, car leur conversation ne 
que sur l'adultère », qui parait môme avoir été employée 
Mischna Abot, i, 5 *. — Le Pérek dT?Ti2Ki a déjà été analysé 
laut, et il suffit de dire que ce chapitre, sauf sa fin mys- 

fait partie des plus anciens ouvrages de la littérature 
E. 

ci comment je résumerai les résultats de cette analyse. Les 
laux intitulés pTi avec nupn ^ty<^ '^ pno, ^w:^ «ja et dT?Ttsci 
Isent pas à d'autres sources, mais sont originaux et s'appel- 
"n "^piD ou «'n n"obsi dans le sens ancien. Ces morceaux sont 
tilisés dans le Talmud. Les Perakim de Z. dans le Mahzor 
font des emprunts au Talmud et à Aboi di R. Nathan; les 
im iv-xi de R. empruntent à Z. et aussi à Eliyahou Rabba 
mta ; Pérek i de R. et Pérek x de Z. ne sont que des com- 
)ns sans caractère indépendant ; Pérek bnb^n est une agada 

et ne doit être considéré que comme apparenté au 
D. E. 

S. Erauss. 

{A suivre.) 

Oeiger, dans Zeitsckrift der d^utich. morgenl. GeselUehaft, XII (1S58), 
et Derenbourg, Stsai sur VhUtoirê dû la Paleêtinôt p. fiO, note 1. 



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LE CANTIQUE DE MOÏSE 

(DEUTÉRONOME, XXXII) 



Si ce cantique, dont l'ensemble est très clair, renferme quel- 
qaes passages obscurs, cela tient surtout, selon nous, à un cer- 
tain nombre de lacunes, qui n'ont pas été suffisamment remar- 
quées. Nous avons été amené à admettre ces lacunes, d'abord, par 
l'examen des versets difficiles à expliquer. Nous avons observé, en- 
suite, que la plus grande partie du chapitre était composée de dis- 
tiques, exprimant chacun une pensée distincte. On reconnaît avec 
évidence des distiques dans les versets 4, 6, 1, 10, 11, 13, 17, 20, 
21, 22, 23.24 a, 24 0-25 a, 25 &-26, 27, 28-29, 30, 32, 34.35 a, 35 ô- 
36 a, 36 0-37, 38, 41, 42, 43, Si l'on met à part les versets 1 à 3 qui 
contiennent l'introduction du poème, il y a quarante-huit lignes, 
sur soixante-six, qui forment des distiques. Cette simple consta- 
tation autorise à croire que le cantique entier (sauf l'introduc- 
tion) était, à l'origine, composé de distiques. Seulement, le texte a 
souffert par suite de nombreuses omissions, de sorte qu'il manque 
des hémistiches, des stiches et même un distique entier, sinon plu* 
sieurs. Dans les distiques intacts, on peut le plus souvent res- 
pecter la division traditionnelle des versets. Parfois aussi les ver- 
sets sont mal coupés. Nous allons examiner maintenant les 
versets qui présentent des obscurités ou qui ne cadrent pas avec la 
division en distiques. 

Les trois premiers versets, qui renferment une invocation, 
comprennent un stiche, un distique et un stiche. Le cantique lui- 
même ne commence qu'au verset 4. 

Le verset 5, qui a donné tant de mal aux commentateurs, n'a 
qu'un stiche, dont la première partie est inintelligible. Le dernier 
essai tenté pour l'expliquer est de M. Castelli [Z.A.W,, 1897, 
p.337). qui lit vhrh pour «b ib et traduit : Leur faute eût perdu^ 
^Us n'eussent été ses fils^ une génération perverse et tortueuse,. 



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48 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Mais la construction de la phrase hébraïque s'oppose absolument 
à cette explication, et, de plus, le verset suivant n*aurait pas de 
sens. A notre avis, ib nm» ne peut signifier que : (Israël) s'est cor- 
rompu envers lui (Dieu). Or, le verset 5 est, de toute façon, 
trop court pour exprimer la défection d'Israël. Il nous semble 
donc qu'il devait y avoir là un distique dont nb nn« est le com. 
mencement et rw «b, etc. la fin. Toute une ligne manque entre 
ib et Nb. Pour les mots tWDi!Q rîn ^b, nous adopterions partielle- 
ment la correction proposée par KIostermann et nous lirions È^b 
to-^stD» -^sn, parallèle à bnbriD-i iûp:> ^rt, et analogue à 20 b. 

Dans Sbj les mots bw^itt)"» "^îa nDD^ob ne s'adaptent pas bien à ai^-» 
to-^TD:^ mbn:». Or, 8 et 9 n'ont que trois lignes. Si nous supposons 
que 8 & se rattache à 9 , et qu'il manque l'hémistiche paral- 
lèle à ^^'n:^ niba:^ n^*^, ainsi que l'hémistiche répondant à iwth 
bN^n -^ja, nous aurons peut-être trouvé la cause de l'incohérence 
de 82). 

Le verset 12 n'a qu'un stiche, qui se sùfilt à lui-même, mais 
qui pouvait avoir son pendant dans un autre stiche omis par un 
copiste. 

Nous rentrons dans l'obscurité avec les versets 14 et 15. On re- 
marque, d'abord, que rhémistiche to-n^ nbn d:^ est bien court. 
Aussi faut-il y rattacher to-^b^n de la ligne suivante (voir Dill- 
mann, a. L). Ensuite, rmn nvb^ abn to^ se rattache mal à l«a •'în 
to'^inn:^'!, et l'image de la graisse des reins du froment est très 
singulière. On rencontre bien la graisse du blé (Nombres, xviii, 
12) et la graisse des reins (Lév., m, 4), mais nulle part les reins 
du blé. Enfin , nvbD nbn d:> ressemble étrangement à abn to^ 
to'^'TD, qui se trouve juste au-dessus. Nous sommes porté à croire 
que les roots [to-^b»] nvbd abn d:> (d'après Is., xxxiv, 6) sont une 
variante de to-^bî^i d"»na abn d:^, et que le mot n^n fait partie du 
distique suivant. L'hémistiche répondant à d-^mnn "[toa "^îa manque, 
en réalité. Du premier hémistiche du distique suivant, qui répon- 
dait à %n nniDn aï:? toTi, il ne reste que nran. C'est à ce même 
distique que nous rattacherions volontiers, avec M. Perlés 
{W.Z.K.M,, t. X), les mots n-^uja n-^aj^ nîJDO, ces verbes étant à la 
deuxième personne comme mwi, tandis que û^^a*»*! l^*» iTstD'^i doit 
être rapproché de nrwy nbî^ «^"^1. Le distique est complet, si on 
écrit, d'après la Septante, 3?atD'»i apr> baN-^i, après ûya-^i yw^ )iyû^\ 

Le verset 16 n'a qu'un stiche. Au lieu d'admettre avec M. D. 
H. Millier (chez Perlés, l. c.) que to'nû'rn, etc., dans le verset 17, 
est une glose, il nous parait plus naturel de croire qu'une ligne 
est tombée après le verset 16. Le verset 17 donne un excellent 
distique. 



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LE CANTIQUE DE MOÏSE 49 

Les versets 18 et 19 sont probablement, eux aussi, incomplets. Ils 
pourraient à eux deux former un distique, mais il n'est pas vrai- 
semblable qu'un mArae distique renferme deux idées différentes. 
Un indice de Taltération du texte nous est fourni par y«3"»i, car ce 
mot n'a pas de complément direct, et 0:073 est difâcile à com- 
prendre. Aussi a-t-on proposé la correction ingénieuse consistant 
à lire dj^D"^"» au lieu de djots et de transposer ce verbe avec yso'>\ 

Le verset 23 n'a qu'un sticlie, mais nous croyons que le ver- 
set 24 a doit y être réuni. Il n'est pas sûr du tout que ■'Tîd et '^tznb 
soient des participes, le parallélisme avec nisp indiquerait plutôt 
des substantifs, expliquant le sens de "^^n. Ensuite, 24 & va très 
bien avec 25 a, de même que 25 & se comprend bien mieux comme 
complément anticipé de drp&<DK que comme suite de 25 a; donc 
25 & et 26 forment ensemble un distique. 

On doit réunir aussi 28 et 29. 

Les dilficuUés reviennent avec csni^ t^tcl'd «b "«D. On ne voit 
guère comment cette phrase se lie avec ce qui précède et elle 
ressemble beaucoup à Thémistiche qui est au-dessus d'elle »b tsic 
tmD73 onia: "^d. N'en serait-elle pas une variante? En ce cas, il 
ne resterait du distique qui suit le verset 30 que les mots énigma- 
tiques. to-^Wo ira"«"iNi Pour les comprendre nettement il faudrait 
suppléer trois hémistiches, ce qui est délicat. 

Au verset 32 il semble manquer dn^D'TO après tnny rû^i^m. Le 
verset 33 n'a qu'une ligne ; il est possible qu'une autre ligne ait 
disparu. Le verset 34 doit être complété par 35 a, tandis que 
35 & et 36 a vont ensemble ; de môme 36 b et 31. Entre 37 et 38 il 
y a sûrement une lacune, car on passe brusquement du Dieu d'Is- 
raël aux idoles. On doit donc supposer qu'il manque au moins un 
distique. 

Le verset 39 comprend cinq hémistiches. C'est trop ou plutôt 
trop peu ; car il est à croire qu'il est tombé un stiche parallèle à 
nny lan, etc., tandis que d-^ïd» "^^k exprime une idée différente. Il 
est visible aussi que devant b'^STD '^r*^ x^s^') il manque un hémistiche. 

Enfin, le verset 40 est incomplet, car Tapodose de fi<iDK "^d est 
absente. 

Si Ton tient compte de ces observations, le cantique de Moïse 
doit être écrit de la manière suivante : 

•'nnnN.bûiD btn -^npb ^Vi^'D rpy-^ 

T. XXXVI, N«» 71. 4 



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REVUE DfeS ÉTUDES JUIVES 



Nnn -ns-îT p"«^ir 

Snbnen opy -m 
tosn Nbn bM d3^ 

-1*11 -n n3« ira 
^b mttfc^'^n 'T^spT 

b«n«"» "«33 -iDo?ab 
inbn3 ban ypy^ 

Xn^'> bb-i nrrnm 

tin-p "i-^brri by 
inna» b:^ in»©'^ 

1D3 b» ')'j2y V^T 

^no naiîn bDK'^n 
-ns ttî-^^bn^ 17301 

a-^bKi û-^-iD abn û:^ 



2n rrnujn asy uni 
r-i-^oiD ïT'ay nD730 

j'aû'^i apyi baÉf^i 
iny©*» ma: bas*»*! 



ibs^s tD-^wn -nxn 
Siy i"»«i rî2i?3« b« 

ib nmo 

o-^si):» "^sa «b • • • 

n»T ib?3in 'nbn 
^Dp T^a« Nin ï^bn 

']iy^^ T^a« bfittt) 

to'iia IT^by bnsna 
U'>72y nibiai aa:*^ 

iTûy 'n pbn ■'^ 

irTDDia*^ irjîaao"» 
iDp i^:?"^ no3S 

irns"^ lia 'm 



yhoi2 «:an i^rps^i 

1«x abm npa r-i«»n 
to-^ninyï ^tta -«sa 



nan 



^Tvs^y nb« «ta^i 



D-^nTa inNap-' 



toiyn*^ Nb D-^nb^ 
DD'^niaN ûinyo «b 

^bbn73 b» nsoni 



nb« r^b d-^itob ihat"' 
iNa anpT: D'^onn 

"•«în ^Vd"^ ma: 



û**b« nvbD abn or. 



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LE CANTIQUK DE MUISE 



ol 



tonn '>iDV2 anbm 
■nnTo aapi 

na^o «-«N ty p3v 
tansT t:i3N73 nir^a©» 

rfi<T bs byti "n «bi 

DnnnNb ira"» 

d-i-^son 'm 

û"^b"^bD nra-'Ni 

173b nn*i7a mbso» 
noôt d"»5nD"o«n 



tan» -«aD ï-ït^don n73ôn 
ÏT7DÏ1 ndonn nT7 ■'S 

b« «ba ••3N3P fiîi 

Û5^ Nba ÛK"^DpN -^SNI 

••BNa rtnip la» ta 
rîba-^T y-ij< ba^m 

ma^-i ^i2<^y ncoN 
ciian •»rnbT a3»-i "«tto 

aa nbtt5« mTona iioi 
ann ba^jn yinjj 

nbina ûa mna d^ 
drî-^NSN '>m73N 

ma» a"»n« oya "^bnb 

nTsn t-ni:3> na» -^n:» -"a 
n«T ib'^auî"' i^an ib 

qb» in« ciin*^ na-»» 
» tonaîD dm» "»a «b ta» 



&3d:x d"io id:»73 ^a 



■^n^iiSNa dinn 
dbn ûi»n n:rb 

aiT:^i m»:^ odnt 
ia T^on *Ti» 



•^ijûS^ ona N1Î1 «bïi 
dbttîi ap3 -«b 

tsT»» di*» anp ^a 
173:^ '!! V'T' "^^^ 

n"» nbTN "«a riN-r^ -^a 

ITS*» nbN "^N -ÎTSKI 



» VtrUnte j ûmx 13115:3 «b *» v 



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REVUE DES ÉTUDES JUIVES 









b'»2:73 "»'T^73 l"^»! 



rr^n»! n'>73M •'3M 



•^T» D*^»© b» ^«5M -^3 



dbON •^K3073bl 

n«a b3«n -«a-im 
a"»nN nyno «N-itD 

dnp"» T^nay d^i "»3 



'>ann pna «^mTO d« 
■»-i3:b dp3 a-nD» 

n-^aet bbn dna 

r-i3:b a"»©"» dp3n 



t sans doute tentant de combler les lacunes, mais ce 
gereux. C'est d^jà beaucoup que de savoir qu'il y a des 
. Dans beaucoup de passages bibliques les copistes ont 
des morceaux plus ou moins étendus. Dans ce cantique, 
lisme et Tuniformitë du poème permet de se faire une 
icunes ; mais ailleurs il est bien difficile d*en déterminer 
I et rimportance. 

Mayer Lambert. 



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r-'iir 



LE CHAPEAU JAUNE 

CHEZ LES JUIFS COMTADINS 



On sait qae dans le Gotnté-Venaissin, comme en beaucoup de 
pays, les Juifs étaient astreints à porter des signes infamants. 
C'était d'abord la roue ou rouelle jaune que les conciles d* Avi- 
gnon, de 1326 et de 133*7, imposèrent à tous les Juifs, à partir de 
l'âge de quatorze ans pour les garçons et de douze ans pour les 
filles. Cette mesure humiliante ne fut jamais acceptée sans pro- 
testation, et les Israélites comtadins ne reculèrent devant aucun 
moyen pour s'y soustraire. Tout nous porte à croire que, malgré 
toutes les ordonnances, ils parvinrent souvent à s'en affranchir 
complètement. De là le grand nombre d*édits reprenant, tout en 
les modifiant parfois, les anciennes prescriptions violées ou tom- 
bées en désuétude ^ Rappelons-en les principales'. 

La bulle de Pie II (1459), imposant aux Juifs la roue ou autre 
signe jaune, si grand et d'une telle largeur qu'il puisse être vu en 
dehors des plis de Thabit, fut renouvelée par Alexandre V[ (1494) 
et par Clément VII (1525), qui menaça les contrevenants d'une 
amende de 100 ducats d'or^. Mais dans la pratique, on se montra 
certainement plus tolérant. Les Juifs eurent recours à la ruse et, 
s'ils portaient le signe infamant, ils savaient à l'occasion le cacher 
aux regards indiscrets. 

* Voir Ulysse Robert, Êtudt sur la rou$ des Juifk depuis le xiii* siècle^ dans la 
Revue^ t. VJ, p. 90 ; Bardinet, Condition civile des Juifk du Comtat Venaissin^ ibid.y 
p. 6 et SUIT. ; Israël Lévi, Clément VJI et les Juifs du Comtat Venaissin, t. XXXII, 
p. 70 et suiv. 

* A en croire Cambis Velleron (ms. de la bibliothèque d* Avignon), les Juifs du 
Comtat portèrent longtemps des habillements pariiculiers, parmi lesquels était letalei. 
Ce ne serait que dans le courant du xiit* et môme du xiv* siècle qu'ils abandon- 
nèrent leur costume oriental pour prendre le costume européen. Le chapeau jaune 
n'ayait donc pas de raison d'ôlre avant cette époque, 

» Archives de Vaucluse. G. 42, P»12. 



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REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

' mettre an k ces agissements, Clément YII remplaça le 
1 1525 la roue par un objet plus apparent, le chapeau ou 

jaune. Mais sur la protestation des Juifs, cette mesure fut 
. Paul IV y revint en 1555. Mais, dès 1560, un nouvel édit 
me pape autorisa les Juifs à se coiffer du chapeau noir 
)s bourgs et villages oti ils avaient coutume de trafiquer ^ 
à le porter dans la ville môme de leur carrière, il n*y 
qu'un pas que beaucoup, surtout les Juifs aisés, n*hési- 
pas à franchir, grâce à la bienveillance intéressée de cer- 
igents du pouvoir. Aussi Pie V voulut-il mettre ordre 
état de choses. Par une bulle de 1566, il confirma celle 
prédécesseur Paul IV, et en demanda la rigoureuse mise 
;ution. C'était l'époque la plus douloureuse de l'histoire 
fs comtadins ; un décret d'expulsion avait été rendu con- 
:, et le moindre sujet de mécontentement pouvait en hâter 
nation. Pour ne pas irriter leur souverain, déjà si mal 
I à leur égard, les Juifs durent se soumettre complète- 
lux prescriptions pontificales et se coiffer du couvre-chef 
îtesté. Ils le portèrent de même, malgré quelques vaines 
ves d'affranchissement, pendant toute la première occupa- 
inçaise'. Mais les papes, en reprenant possession du pays, 
itrèrent beaucoup plus tolérants. Malgré les statuts d'Avi- 
le chapeau jaune disparut complètement* pour céder la 
u chapeau noir avec pièce d'étoffe jaune sur la partie supé- 

Cette pièce môme ne fut pas obligatoire pour certains 
oyageant et commerçant dans les villages'. Un règlement 
Te Lacrampe, inquisiteur général d'Avignon, du 20 octobre 
upprima cette liberté relative. Il imposa de nouveau le cba- 
empiétement jaune « à peine de prison ipso facto et autres 
arbitraires et môme corporelles en cas de récidive ». Cette 
ance resta en vigueui* jusqu'en 1*751, où une autre la mo- 
; la façon suivante : <c Les hommes porteront la marque de 
r jaune sur le chapeau, bien cousue dessus et dessoua les 

I était la situation lorsqu'en 1776, les Juifs, voulant suppri- 
tottt jamais ce signe humiliant, encore trop visible, deman- 
au pape de les autoriser à porter simplement, à la partie 

othèque de Carpentras, ms. 2904 ; mÔme ordonnance de Tauditeur général 
n, année 1564. Ibid. 
Pièces justificatives. 
Us d'Avignon, année 1698. 
Pièces justificatives. 
loth. d'Avignon, ms. 2863, f» 84. 
iolh. d'Avignon, ms. 2945, art. XX. 



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LE CHAPEAU JAUNE CHEZ LES JUIFS COMTADLNS 55 

sapérieare de leur chapeaa noir, un morceau d'étoffe jaune. Le 
moment était on ne peut mieux choisi. La discorde régnait entre 
)e$ députés du pays très hostiles aux Juifs et, par conséquent, 
partisans déterminés du chapeau jaun*", et le cardinal Durini, re- 
présentant de l'autorité pontificale. Le cardinal avait qualifié très 
sévèrement les actes de l'assemblée comtadine et sVtait même 
permis de ne pas écouter les explications qu'elle voulait lui don- 
ner. Les prétentions des Juifs, étant combattues par les députés, 
ne pouvaient avoir que les sympathies de Monseigneur Durini. H 
n'allait cependant pas jusqu'à les défendre et les soutenir ouver- 
tement, il se contenta d'une bienveillante neutralité. Malgré toutes 
les avances de la représentation comtadine, il ne consentit à faire 
aucune démarche, et l'assemblée dut se rabattre sur Tévéque de 
Carpentras, Monseigneur Vignoli, qui se joignit à M. Celestini, 
chargé d*affaires à Rome, pour prendre en main « la cause du 
pays ». 

Quels étaient les arguments des Juifs ? Nous ne les connaissons 
que par le mémoire de l'assemblée rédigé dans la séance du 

la juillet me. 

En voici le résumé. Le chapeau jaune n'est pas une fin, mais un 
moyen de distinguer les Juifs des chrétiens. Or, ce moyen a aou* 
vent changé, et puisque le chapeau noir avec pièce d'étoffe fait 
suffisamment reconnaître le Juif, pourquoi lui imposer le chapeau 
complètement jaune ? 

Kn second lieu, cette prétention n'a rien d'excessif. D'autres 
Juifo des terres pontificales, ceux de Rome et d'Âncône, ne portent- 
Ils pas, depuis longtemps, le chapeau noir avec la pièce d'étoffe? 
Rien ne justifie cette différence de traitement. 

Enfin, dans les pays environnants, et particulièrement en France, 
les Juifs ne portent pas non plus le chapeau jaune. 

A ces raisonnements, l'assemblée oppose la réponse suivante : 
La loi est formelle, elle indique clairement et le but et le moyen. 
C'est à la tourner ou à la violer que tendent les prétentions des 
Juifs. La marque jaune peut facilement être cachée ou enlevée. 

Quant aux Juifs d'Ancône et de Rome, ils ne ressemblent en 
rien à ceux d'Avignon et du Comtat. Les premiers sont pauvres, 
avilis, misérables; les seconds riches, insolents, couverts de 
bijoux. Ils roulent carrosse,' ont les plus beaux chevaux, vivent 
familièrement avec les chrétiens. Tout le commerce est entre 
leurs mains ^ Uien ne les dislingue plus des chrétiens que le cha- 

< De nombreux documents prouvent, au contraire, que la situation des Juifs élait 
loio d'être brillante. 



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56 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

peau jaune; ils veulent s'en défaire. Il faut, au contraire, le main- 
tenir pour les humilier. 

Pour ce qui est des Juifs de France, ils ne vivent dans ce pays 
que par contrebande et en dépit des lois qui leur en interdisent 
Taccès. Pour éviter une expulsion, ils doivent nécessairement 
s'iiabiller comme les chrétiens, afin de passer inaperçus. 

Contre toute attente, l'assemblée eut gain de cause. Le 20 no- 
vembre 1776, le saint office rendit un édit confirmant, en les 
aggravant encore, les bulles de Clément VII et de Pie V. Les Juifs 
étaient contraints de porter le chapeau jaune et personne, pas 
même les légats et les canlinaux, n'eut plus le droit de leur accor- 
der la moindre dispense. Malgré cet échec, les Juifs ne se con- 
sidérèrent pas comme définitivement battus ; fis continuèrent leurs 
démarches sans arriver à un résultat plus favorable. Ils étaient 
condamnés à se coiffer de l'humiliant chapeau jusqu*à la Révolu- 
tion française. 

Chose curieuse! après avoir lutté avec tant d'acharnement pour 
l'abolition de la marque infamante, ils continuèrent à la porter, 
alors que rien ne les y contraignait. Le chapeau jaune, en effet, ne 
disparut pas avec la Révolution. Deux ans après, il se dressait 
encore sur le crâne de beaucoup de Juifs comtadins. Comment 
expliquer ce singulier phénomène? Les Juis voulaient-ils, comme 
on nous Ta dit, porter, par économie, leurs chapeaux jusqu'à 
complète usure ou bien, par une application bizarre du fameux 
« 'Houkat Hagoy », le couvre-chef détesté était-il devenu le signe 
extérieur de la piété et de l'orthodoxie ? Quoi quMl en soit, il fallut 
une ordonnance pour le faire disparaître. Le 25 janvier 1791, le 
maire de Carpentras fit, en eiïet, afficher une proclamation en- 
joignant, au nom des principes de la Constitution française, à tous 
les Juifs de se défaire de leurs chapeaux jaunes, sous peine de 
douze livres d'amende. 

Jules Baubr. 



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LE CHAPEAU JAUNE CHEZ LES JUIFS COMTADINS 57 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 



Permission aux Juifs de porter le chapeau noir en votaob 
dans le comtat. 

A Mgr Illusirissime et excelUntissimê vice-légai d'Avignon, 
Supplient très humblement les nommés Jassuda Grémieu et José- 
Ain Grémieu, juifs de la ville de Garpentras, et représentent à votre 
Excellence comme étant en obligation de faire souvent des voyages 
dans les villes et lieux du Gomtat pour les affaires de leur commune, 
ils sont très souvent exposés aux insultes et injures des enfants et 
des personnes indiscrètes, ce qui les oblige d'avoir recours à la bonté 
et à la générosité de Mgr le vice-légat, atin qu'il lui plaise de leur 
accorder la i>ermission de porter le chapeau noir dès qu'ils seront 
sortis de la juiverie dudil Garpentras pour aller dans le Gomtat et à 
Avignon passer et repasser librement sans leur donner aucun empê- 
chement ny faire aucune violence. G*est la grâce que lesdits sup- 
pliants espèrent obtenir de sa clémence et ils prient Dieu pour la 
conservation et la prospérité de Mgr le vice-légat. 

Abraham ^KMiKi^ToJuif d$ Litourne, 

avec son camarade et deux valets. 
Année 4693. 

iBiblioth. d*ATignon, ms. 2863, f« 84.) 

II. 

Extrait d'une lettre écrite a Monseigneur Vionolt, évéque 
DE Garpentras (en séjour a Rome.) 

Garpentras, 6 juillet 4776. 

Nous vous prions très instamment de faire en sorte, avec 

votre zèle ordinaire, que Si Siintelc nous reu<ie justice au sujet de 

notre administration que Mgr le Gardinal Durini a trouvé bon de 

critiquer, dans tout le public, sans avoir daigné nous entendre, de 

l'éclaircir et d'obtenir encore de la bienfaisance de notre souverain 

qu'il rejette l'instance que les Juifs font pour obtenir le chapeau noir 

contre les titres les plus sacrés et les plus authentiques dont votre 

grandeur trouvera ici copie (Suivent les bulles de Glément VII et 

de Pie V). 

Les élus du pays. 

(ArchivM de Vaucluse, G. 41, f« 1006.^ 



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58 REVUi!: DES ÉTUDES JUIVES 

III. 
ASSBMBLÉB ORDINAIRE DU PATS : ht JUILLET 4776. 

En laquelle il a été fail leclure du mémoire qui a été dressé, à 

la suite de la délibératiou prise par l'assemblée ordinaire du deux du 
couraot» au sujet de la demande faite par les Juifs de pouvoir quitter 
entièrement le chapeau jaune pour prendre le chapeau noir avec une 
pièce d'étoffe au-dessus. 

Après laquelle lecture, ledit mémoire ayant été approuvé par ladite 
99S«9iblée, elle f délibéré de Teoregistrer à la suite des présentes et 
4*«Mi envoyer une copie à M. Gelesiitii, agent du pays en la Cour de 
liome* afin qu*il en fasse Tusage convenable en employaui môme les 
êvocats qu*ii croira nécessaires aûu d'empêcher l'efTet de la demant^e 
de« Juifs. 

(ArchiTM de Vaucluae, C. 42, f« 11.) 



IV. 
El^TRAIT DU MÉMOIRE DBS EtaTS DU CONSKIL VENAISSIN AU SUJET DKS 

Juifs qui y pont établis. 

Ck)mme la tète est la partie la plus apparente du corps, c*est 

aussi sur la tète qu*on a eu Paiieutiou d'ordonner que soit placé le 
signe distinctif. Paul IV, dans sa constitution du M juillet 4553, 
ordonne très expressément que les Juifs porteront le bonnet ou cha- 
peau jaune et les Juives une autre marque sur la tète qui ne puisse 
être cachée en aucune manière. Ce souverain pontife comprenait 
combien l'obligation imposée aux Juifs de porter le chapeau jaune 
était nécessaire, puisquMl défendait a tous tes légats, présidents et 
vice-légats de les en dispenser. 

Le saint pape Pie V.confirmaot, par sa constitution du 48 avril 4566, 
celle de Paul IV, ordonne très expressément que, pour ôter toute 
équivoque, le bonnet ou chapeau des Juifs doit être en couleur jaune. 

Le premier concile de Milan, rapporté dans le volume XV des 
conciles généraux part. IV, page 332, De Jtuieis, Ht la même ordon- 
nance sur le chapeau jaune. Nous pourrions citer bien d^autres lois 
(énérales également précises et respectables par lesquelles 11 est 
ordonné que les Juifs seront obligés de porter le chapeau jaune, mais, 
pour raison de brièveté, nous nous attacherons surtout à celles qui 
ont été expressément et particulièrement faites pour les Juifs d'Avi- 
l^non et du Comté Venaissin. 

Nous voyons dans le statut d*Avignon que, conformément à la dis- 
position des constitutions apostoliques, 11 est ordonné que pour que 
les Juifs puissent être distingués des chrétiens, ils seront obligés de 



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LE CHAPEAU JAUNE Cmi LES JUIFS COMTADLXS »a 

porier le chapeau de couleur jaune et les Juives UQ sigae 9ur la tétfi 
de même couleur (Livre I, Rubric. 34, art. V). Ce qui est disposé jk 
cet égard par les souverains pontifes relativement aux Juifs établi^ à 
Garpeniras et dans le Comté Yenaissiu n'est pas moins clair V\Q II» 
dans sa buUe datée de Mantoue du 5^ janvier 1459, youlant pourvoir 
aux avantages des habitants de Garpentr^s et à ceu^ dtl Comté Ye- 
naissiQ, daigna confirmer ce qu*il avait établi dans une aulre de ses 
constitutions, que les Juifs de Carpentras et du comté Yenai^sia 
osaient enfreindre, et il ordonnait en môme temps que Içs Juifs por- 
teraient une raie ou un autre signe de couleur jaune si |fraad et 
d'une telle largeur qu'il dût être vu du dedans et du debor^ de 
Vhabit. 

Mais les Juifs de Carpentras et d'Avignon ne tardèrent pas d*éluder 
des ordres aussi précis et aussi nécessaires; ils s'appliquèrent aus- 
sitôt à cacher le signe prescrit par Pie II, et a trouver par là le moyen 
d'être moins distingués des chrétiens. Les habitants du pays furent 
obligés de recourir de nouveau au Saint-Siège. 

Le pape Clément YI[ ne tarda pas d'avoir égard à des plaintes 
aussi justes; il fit une constitution datée de Rome du 43 juin 45)5. 
On voit dans celle bulle : \^ que les Juifs établis dans Avignon, 
Carpentras et dans les autres villes du Comlé Yenaissin, poussés par 
leur propre témérllé et enflés d'orgueil, afleclaient de porter les hdbits 
des chrétiens et de marcher comme les cbréliens eux-mêmes et 
qu'ils osaient quitter ou cacher la marque qu'ils devaient porter sur 
la poitrine; %^ le souverain pontife, voulant réprimer un pareil 
attentat, et croyant nécessaire d'employer des précautions propices 
pour que les Juifs fussent parfaitement distingués de tous les chré- 
tiens, ordonne que, sans exception ni retard et sous peine de cent 
ducats d'or, payables à chaque contrevenant, et en cas d'insolvabilité 
par la communauté des Juifs, les mêmes Juifs établis dans Avignon. 
Carpentras et le Comté Yenaissin eussent à prendre le cfiapeau jaune 
ou bonnet jaune sans oser le quitter. 

A la vue de titres aussi clairs du souverain lui-même, qui aurait 
pu croire que les Juifs d'Avignon et du Comté eussent la présomp- 
tion de s'y sousiraire? C'est pourtant ce qu'on vient de voir au très 
inrand scandale des chrétiens et surtout des gens de bien. 

D'abord, comme ils ont en horreur la couleur jaune, sans dout^ par 
etU seul qu'il leur est ordonné précisément de la porter, quelques- 
uns des Juifs avaient commencé à porter le chapeau d'une conleur 
tirant sur le rouge de sorte qu'on voyait une partie des Juifs, c'est-ft- 
dire les riches et les jeunes fanfarons, portant des chapeaux rougeà- 
tres très élégamment ajustés, taudis que les pauvres et quelques 
vieux tant seulement conservaient le chapeau de couleur totalement 
jaune. Nous savons que dès lors, les supérieurs animés d'un saint 
zèle contre un pareil abus avaient pris le moyen de le faire cesser 
et de remettre les constitutions apostoliques dans leur parfaitf et 
étroite exécution. Mais la prise du Comtat et d'Avignon qui survint, 



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60 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dans ces circonstances, empêcha Theureux effet d*un dessein aussi 
juste et aussi louable. 

Les Juifs n*ont pas laissé échapper le temps de la domination fran- 
çaise pour tâcher de la mettre à profit et se soustraire au chapeau 
jaune, sinon en tout du moins en partie, mais grâce au zèle des admi- 
nistrateurs publics, ils n'ont rien pu obtenir. 

On se flattait qu'enfin le pays étant retourné sous la domination 
du saint siège, tout reviendrait dans Tordre primitif, mais combien 
les chrétiens ont été trompés dans leurs espérances! Ce retour si 
désiré n*a pas été plutôt arrivé que Ton a vu les Juifs quitter totale- 
ment le chapeau jaune et prendre le chapeau noir comme les chré- 
tiens, se contentant seulement de mettre un morceau d^étofîe sur la 
forme du chapeau, et, qui plus est, les chrétiens ont la douleur d'ap- 
prendre que les Juifs remplis comme à l'ordinaire d'espérances les 
plus flatteuses, comptant sur des protecteurs qu'ils n'ont que trop 
souvent l'art de surprendre, font à Rome les plus grands efforts pour 
obtenir cette fatale permission qu'ils désirent avec tant d'ardeur de 
quitter le chapeau jaune et de prendre le chapeau noir avec la seule 
pièce d'étotfe sur la forme du chapeau^ affectant d'insinuer que la 
pièce d'étoffe est une marque suffisante pour les faire distinguer des 
chrétiens (Suit une série de compliments au pape et l'énumération 
des raisons nécessitant le maintien du chapeau jaune). 

Il est difficile d'imaginer quels sout les motifs sur lesquels 

les Juifs peuvent se fonder pour oser se flatter qu'ils pourront 
réussir à obtenir le renversement de tant de constitutions apos- 
toliques. Nous apprenons que ces prétextes sont au nombre de 
deux. 

En premier lieu, ils disent que la pièce d'étoffe appliquée sur la 
forme du chapeau noir est une marque suffisante pour les faire dis- 
tinguer du chrétien; ils n'ignorent pas que le statut d'Avignon les 
oblige à porter le chapeau jaune, et, par cela, ils insinuent que la fia 
pour laquelle le chapeau jaune a été ordonné aux Juifs qu'ils puis- 
sent être distingués des chrétiens. Ce sout les paroles du statut, et 
ils ajoutent que la pièce d'étoffe étant suffisante pour remplir cet 
objet, la disposition du statut en reste accomplie, sans qu'il soit 
nécessaire de recouvrir un chapeau jaune, lequel est non la fin du 
statut mais un simple moyen pour y parvenir qui peut très bien 
être rempli par equipotens, c'est-à-dire par la simple pièce d'étotfe. 
C'est donc ainsi que, pour la première fois, les Juifs découvrent l'esprit 
de la loi, prétendent se soustraire à la lettre qui véritablement est 
meurtrière pour eux, ou pour mieux dire, c'est ainsi que, par le 
secours d'un simple sophisme, ils prétendent éluder l'esprit et la 
lettre de la loi la plus claire 

Mais on serait encore bien plus indigné contre les Juifs, si 

Ton avait vu la manière avec laquelle ils portent cette pièce. 

h^ En élevant les ailes du chapeau qui sont totalement noires, ils 
viennent à bout de cacher, dans sa plus grande partie ou même dans 



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p "1 1»" ■ 



LE CHAPEAU JAUNE CHEZ LES JUIFS GOMTADLNS 61 

sa tolalilé, la pièce d'étoffe qui couvre à peine le dessus de la forme 
du chapeau. 

2<» Quaod le Juif est grand et qu*il a son chapeau sur la tôte il est 
impossible à ceux des chrétiens qui sont petits de stature de voir la 
pièce qui n'est que sur la partie supérieure de la forme du chapeau 
noir. 

3^ Les Juifs dédaignent même de porter cette pièce d*éloffe de 
couleur jaune; ils la perlent impunément de couleur grise ou 
blanche, il y en a même qui se contentent d'y mettre un morceau de 
papier. 

4<» Ils ont l'adresse d'attacher cette pièce d'étoffe quelquefois avec 
de simples épingles, mais toujours si facile à pouvoir la détacher 
qu'ils l'ôtent quand ils veulent. 

5<> Il est aisé de concevoir que le chapeau jaune en tout temps et 
toute occasion est aperçu, mais que le chapeau noir, avec une simple 
pièce d'étoffe, ne l'est point, surtout lorsque le jour commence à faire 
place à la nuit 

Nous savons bien, et nous ne le nions pas, que le port du 

chapeau jaune a été ordonné par la bulle de Glémeot YII, comme 
un distinctif qui doit exister entre les Juifs et les chrétiens, mais il 
faut convenir, en môme temps, qu'il a été ordonné comme un dis- 
tinctif seul suffisant pour un objet d'une aussi grande considération. 

Il faut convenir encore que le chapeau jaune a été ordonné dans 
la bulle de Clément YII, comme une punition de leur infraction à la 
bulle de Pie II, en cachant malicieusement ou en cessant de porter la 
roue ou le signe jaune sur l'habit comme Pie II leur avait enjoint. 

En second lieu, les Juifs d'Avignon et du Gomtat, pour obtenir les 
fins d'une prétention aussi inouïe et à laquelle on n'aurait jamais 
dû s'attendre, ne manqueront pas d'alléguer l'exemple des Juifs de 
Home, d'Ancône et d'autres états d'Italie qui tous ont le seul dis- 
tinctif du chapeau noir avec la pièce d'étoffe. Nous respectons cer- 
tainement tout ce que les princes trouvent bon d'ordonner dans leur 
état, à plus forte raison respectons-nous ce que les papes, nos 
augustes souverains, ordonnent dans le leur; mais il nous sera permis 
de dire si quelque raison, quelque usage particulier rend suffisant à 
Rome le seul distinctif de la pièce d'étoffe, cette raison et cet usage 
n'existant pas dans le Gomtat, on ne doit pas se servir de ce qui se 
pratique à Rome pour en faire une loi pour Avignon et le Gomtat. 

Nous dirons plus, nous ajoutons qu'il y a dans Avignon et le 
Gomtat, des raisons et des usages particuliers qui font que ce qui 
s'observe à Rome ne doit point affecter le Gomtat et même que tout 
doit concourir à empêcher que la tolérance que l'on a à Rome pour 
les Juifs relativement au chapeau jaune ne soit admise dans le 
Gomtat. 

A Rome, les Juifs, en général, sont pauvres, avilis ; ils n'exercent 
point la mercature publiquement, ils sont bornés à la friperie, ils ne 
cherchent pas à se confondre, à se mêler avec les chrétiens, rien ne 



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REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lupprimer et à cacher leur distinclif, ils ne petlvetit 
^n aucune émulalion, aucune jalousie, 
t autrement à Avignon et dans le Gomtat, ils s'y sont 
)ut le négoce. Leurs richesses, leur opulence sont 
is haut point. Non contents de rivaliser avec les chré- 
ircent même de les surpasser dans leurs parures, dans 
3t toute sorte de luxe ; ils affectent d'avoir des ser- 
valels chrétiens qu'ils emploient aux oflïces les plus 
^nt dans les villes sur les plus beaux chevaux ou dans 
arées, le commerce et certains arts qu'ils exercent ne 
it que trop d'occasions de fréquenter les maisons chré- 
aller, môme la nuit, contre la teneur des ordres les plus 
^s de tant d'avantages, il n'y a qu'un seul objet qui les 
ect, les inquiète et les humilie: c'est le chapeau jaune, 
it est donc de le secouer. Ils n'oot que trop facilement 
m d'en venir à bout, depuis environ deux ans, en subs- 
peau jaune le chapeau noir avec une pièce d'étoffe, 
ut pas tardé d'abuser d'uue pareille permission, non 
isi qu'il a été ci-dessus observé, ils trouvent le moyen 
out ou en partie, ce distinctif équivoque et de le rendre 
il y en a qui par la qualité et la couleur de l'étoffe et 
) dont ils la portent, paraissent vouloir en faire comme 

yons pas que les' Juifs du Gomtat et d'Avignon veuil- 
emple des Juifs qui se trouvent en France et qui y 
luement le chapeau noir, car il suffirait d'observer 
non seulement les Juifs n'y vivent pas en communauté 
i libre et public de leur religion, mais encore, suivant 
aume, ils ne peuvent et ne doivent y être tolérés en 
re. Si donc, contre la teneur de ces lois, il parait quel- 
is le royaume de France, ils doivent y paraître néces- 
îgal des chrétiens, comme n'y étant point connus, sans 
lent être soumis à toute la rigueur des lois. Ainsi il 
comparaison à faire entre les communautés des Juifs 
l et les quelques Juifs qui peuvent être éparpillés en 

B Vaucluse, C. 42, (• 11 etsuiv.) 



V. 

Assemblés ordinaire du pats. 

)t cent septante-six et le vingt novembre, 
exposé qu'enfin le renouvellement de Tédit du Saint- 
it les Juifs vient d'arriver et d'être publié dans cette 
t porté par l'article XX dudit Edit que Sa Sainteté 



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LE CHAPEAU JAUNE CHEZ LES JUIFS COMTADINS 63 

adhère non seulement à la bulle de Paul IV, renouvelée par Pie Y, 
mais spécialement au bref de Clément Vil en date du 43 juin 4525, 
soit directement pour l'État d'Avigoon et selon le statut de la même 
ville^ Livre I, titre DeJttdaeis, Rubric 34, article 5, ordonne et com- 
mande que les Juifs de l'un et l'autre sexe qui habitent à présent ou 
habiteront dans les villes d'Avignon et Carpentras et dans le Comtat 
Venaissin soient obligés de porter la marque de couleur jaune, c'est- 
à dire que les hommes doivent porter le chapeau tout de couleur jaune, 
sans aucun voile ou bande par-dessus, et que les femmes doivent 
pareillement porter la marque de couleur jaune à découvert sur leur 
tôte; qu'il est porté par l'article XXI qu'à l'avenir on n'aura nul 
éi^ard à aucune permission émanée de quelque tribunal que ce soit, ou 
de personnes de quelque dignité, grade ou office qu*ils puissent ôtre, 
quoique vice-légat même d'Avignon, évèques, majordomes, cardinal, 
légat ou camerlingue de la sainte Église. M. le syndic a ajouté en 
conséquence : les Juifs sont obligés de quitter le chapeau noir avec 
pièce d'étoffe et de reprendre le chapeau entièrement jaune. 

(C. 42, f« 81.) 

VI. 

ASSSMBLÉS ORDINAlBB DU PATS. 

L'an mil sept cent septante sept et ce second janvier. 

M. le syndic a encore exposé, à cette occasion, qu'il est venu 

à sa notice que les Juifs du Comté Venaissin et de la ville d'Avignon 
renouvellent leurs efforts à Rome pour obtenir la révocation du susdit 
édit et, en conséquence, qu'il leur soit permis de reprendre le chapeau 
de couleur noire avec le seul distinctif d'une pièce d'étoffe et qu'ils 
font même les offres les plus spécieuses pour obtenir cette grâce. 
M. le syndic croit inutile de remettre sous les yeux de cette assem- 
blée les justes et puissants motifs qui l'ont engagé de faire à Rome, 
avec son zèle ordinaire, les représentations convenables. L'assemblée 
décide d*écrire des lettres à Mgr le cardinal Pallavicini, ministre et 
secrétaire d'État, et à son Eminence le cardinal Torrigiani, secrétaire 
de la sacrée congrégation du Saint-Office à Rome. 

(C. 42, î* 97.) 

VIL 

ÂSSEMBLéB GÉNÉRALB DBS SBIGNBURS BT MESSIEURS LES ELUS, SYNDIC 
BT PROCUREUR QÉMÉRAL DES TROIS ÉTATS DU GOMTÉ VbNAISSIN. 

..... Suit un nouveau vote pour le maintien rigoureux du cha- 
peau jaune. 

IC. 42, f* 136.) 



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REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

VIIL 

Proclamation. 

s, maire et officiers municipaux, en suite de la péti lion faite 
société des Amis de la Constitution, à la demande de M. le 
de Gourthezon et de M. le commandant des Gardes nationales 
ises, au nom desdits Gardes qui ont volé à noire secours en 
de la délibération du Conseil général du jour d*hier et ensuite 
rincipes de la sublime constitution française, ordonnons aux 
le potier le cbapeau noir, à peine de douze livres d'amende, 
s très expresse inbibilion et défense à toutes personnes de les 
er, sous peine de douze livres d'amende, et déclarons que les 
seront responsables des insultes que pourront faire les 
is. 

arpentras, dans la maison commune, ce 25 janvier 1794. 
lés : D'AuRBL, maire, Damian, Barjavbl, Flandrin, J. Escop- 
Allib Tainé^ Durand, J.-J. ësclaroon, Atmk, Barjavel, 
'S municipaux K 

ce trouyée chez M. Abr. Lu net, de Carpeatras, qui a bien voulu nous per- 
d'en prendre une copie. 



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UN MANUSCRIT DU MISCHNÉ TORA 



. Autour du remarquable manuscrit du Mischné Tora^ de Maï- 
monide, ayant appartenu aux petits-flls de Don Isaac Abravanel 
et à la bibliothèque d'Abraham ben Menahem Rovigo, et qui est 
arrivé il y a environ une dizaine d'années en la possession de 
M. Julius Hamburger, marchand d'antiquités à Francfort-sur- 
le-Mein, par l*acbat de la bibliothèque du marquis Carlo Trivul- 
zio, de Milan S il s*est formé une légende qui a fait considérer ce 
manuscrit, déjà si précieux par lui-même, comme une vénérable 
relique. On a prétendu que c*est le môme ouvrage pour lequel 
Isaac Abravanel aurait, dit-on, payé trente mille ducats *. On di- 
sait même, pour rehausser le glorieux éclat de ce manuscrit, que 
c*e8t de la main d'Abravanel qu'émane cette note, écrite en hé* 
breu, d'une encre pâlie : « C'est ici, à Venise, que j'écris ceci, le 
cœur brisé au souvenir des jours bénis, moi Isaac Abravanel, le 
plus petit parmi les hommes. » Les petits-flls de Don Isaac au- 
raient racheté plus tard à Ferrare, au prix de cinq cents ducats, 
ce trésor de famille qui avait été aliéné, comme on le déduit du 
titre de vente lui-même, avec toute l'apparence d'une érudition 
sérieuse >. Sur le premier acte de vente que contient le manus-^ 
crit, Moïse Nahmanide aurait signé comme témoin (1351) ; tou- 
tefois, on ajoute consciencieusement que cette signature est « dif- 
ficile à déchiffrer « 9. 

A la vérité, la lecture qu'on a proposée de la prétendue note de 
censeur doit déjà éveiller nos doutes. Le censeur aurait écrit au 
bas du manuscrit, à la date du 15 décembre 1574, les mots sui- 
vants * : Venuus p. me Sausen7iii frangelliU ou, d'après le se* 

' Caialog der Antiquitaten-Sammlung von Juliui Hamburger, Francfort-suf- 
Mein, 1888, p. 75-76. 

« D'après une fable du mmiïl fcmp, p. 125. 

' nifi^nOIS '^^13'^;D Abwûkhungen des gedruekten Teatet de» Jad BaehMoka^ 
Francfort-Bor-Mein, 1889, préface. 

♦ CateUog, p. 76. 

»iJ<rf., p. 75. 

T. XXXYI, M' 71. 5 



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REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

échiflfrement * : Revisits p. me Laureniiù FrangueUù. 
^idemment le fameux censeur Laurent Franguella qui com- 
, à partir de 1571; à expurger les imprimés et manuscrits 
X, qui composa lui-môme un Manuel pour les censeurs de 
ittérature et qui fut encore envoyé en 1595 comme censeur 
toue pour examiner tous les livres rabbiniques de cette 
mauté*. 

I détail est à peu près exact, sauf quelques altérations, on 
t deviner, par contre, après un examen minutieux du ma- 
, comment on y a vu les autres indications qui ont rendu 
tument si fameux. Grâce à l'obligeance du possesseur ac- 
i manuscrit, M. Hermann Kramer, de Francfort-sur-le- 
3t de M. Frauberger, de Dùsseldorf, qui a exécuté les pho- 
lies des documents de ce manuscrit, à mon intention, sa 
le et authentique histoire peut maintenant être établie et il 
e plus rien des affirmations formulées Jusqu*à présent. Mais 
; apparaître toute une série de faits qui rendent ce ms. en- 
lus remarquable, malgré la disparition apparente de son 

5. 

origine de ce précieux monument de Tart des copistes et 
neurs juifs reste provisoirement enveloppée de mystère, 
i nous n*avons aucune donnée ni sur le scribe ni sur 
e et le lieu où le manuscrit a été écrit, Thistoire de ses 
pes et de ses divers propriétaires peut, du moins, être éta- 
i partie, avec clarté et certitude. 

remier des trois actes de vente conservés à la fin du ma- 
, au bas de Tavant-dernière feuille, — particularité qui a 
les noms des témoins méconnaissables sur la photogra- 
- nous apprend que, le vendredi 6 mai 1351, le ms. a 
idu à Avignon. Le premier possesseur, Don Luis ben Sa- 
e Lagarde^, vend ce magnifique manuscrit (l'acte de vente 
le pas des miniatures) à Manassé ben Jacob de Navarre, 
lié à Avignon. L'intermédiaire qui a conclu la vente, en- 
le prix, donné quittance en présence de Tacheteur et des 
s, en se déclarant responsable sous garantie de sa fortune 
devant le tribunal papal d* Avignon et toute autre juri- 
contre toute revendication, porte le nom d'Eliot Joseph 
laye, c'est-à-dire, d'après la coutume existant déjà à cette 

©, l. cit. 

j. Sacerdote, dans la Rnue^ XXX, 271 et suiv., et M. Slero, Urkundlicki 

Hber die Stellung der Pàpste su den Juden^ 165. 

«^eubauer, JUvue^ IX, 215, note 2, et U. Qross, GoUia Judaica^ p. 16/134 ; 

llndex, p. 685, est une faute dUmprettion. 



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UN MANUSCRIT DU MISCHNÉ TORA 67 

époque de faire suivre le nom du âls da nom du père comme 
deuxième nom S Ella bon Joseph, surnommé probablement de 
la Haye, du nom d'une localité. Le prix auquel le manuscrit avait 
été vendu a été effacé plus tard intentionnellement dans le docu- 
ment, sans doute pour en tirer une somme plus élevée à la pro- 
chaine vente. Ainsi 8*explique la seule lacune existant dans le 
document, d'ailleurs parfaitement conservé. 

Vingt-deux ans plus tard, le 25 février 13*73, encore un ven- 
dredi, à Arles, le manuscrit passe de la possession de Don Abra- 
ham Vidal de Bourrian en celle de Juda ben Daniel, au prix de 
cinquante florins d'Avignon*. Devant les témoins, David ben Da- 
vid Abigdor et Isaac ben Tiçhar Kaslia ', le vendeur déclare avoir 
reçu intégralement le prix de vente et s'engage en échange à ga- 
rantir le nouveau possesseur contre toute revendication. Le ven- 
deur était peut-être le père de ce Vidal Abraham de Bourrian qui, 
en 1387, a joué un si triste rôle, comme faux témoin, dans le 
procès de Maître Duran de Gadenet et de sa prétendue fiancée 
Méronne, fille d'En Salves Gazin d'Arles *. David Abigdor, un des 
signataires du contrat de vente, pourrait avoir appartenu à cette 
famille considérée, dont est issu également le traducteur proven- 
çal Salomon ben Abraham Abigdor '^. 

Il s'écoule environ cent soixante-quinze ans jusqu'à ce que nous 
ayons de nouveau une indication précise sur le lieu où se trouve 
notre manuscrit. Nous ne savons pas ce qu'il est devenu lors de 
l'expulsion des Juifs d'Arles, en 1493. Sa présence nous est ré- 
vélée seulement par un acte authentique à Ferrare, 1547, où il fut 
de nouveau vendu un vendredi, le 18 novembre. Le vendeur 
comme l'acquéreur et les témoins sont des personnalités bien 
connues dans l'histoire juive. Abraham ben Menahem Finzi, de 
Rovigo, le possesseur du manuscrit, qui a fait partie plus tard du 
rabbinat de Ferrare ^, était sans doute le petit-fils de R. Abraham 
de Rovigo et le neveu de R. Israël, chef de l'école de Ferrare, que 

1 Cf. H. Gross danslt Monatuehrift^ 1S80, p. 409, note 1. 

* Zunz, Zwr Oegekiekte, p. 563. 

* H. Qross, Gallia Judaiea^ 621 , rapporte au nom de M. Isradl Léyi cette leçon : 
?TÈPb«p 'nrot*^ X^ pnx*^ et voudrait corriger Kaslia en '^nNbWp « de Caslar ». 
Toutefois, la leçon ïlfiobtDp est tout à fait sûre, et cVst seulement 1*132 dont on 
voudrait faire S^n^ mot qui pourtant s'écrit ^U) d'une façon constante, qu'il faut 
corriger en l^. 

« Cf. H. Gross, Monatitekr., iSSO, 408 et suiv., et Qallia Judaica^ p. 87 et suiv, 
' MonatMseÂr,, p. 410, note 1. 

* il signa, en effet, avec Haskito et Abraham Bondia, le 22 Marheschvan 5327, 
à Ferrare, on acte du rabbi&at ; cf. Mortara , M^^M^S'^M "^SH niSTni P* 24 
(d'après 0"n 31), 



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68 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Guedalya ibnTabya* nomme tous deux ses maîtres, qui lui ont con- 
féré l'ordination rabbinique. Son père, Menahem, avait deux frères, 
Eliézer et Elyakim, avec lesquels 11 s'occupa de réunir les éléments 
d'une bibliothèque. D*après une note du mois de juin 1512, consi- 
gnée sur un manuscrit en parchemin du commentaire sur le Pen- 
tateuque d'Abraham ibn Ezra, qui est actuellement en ma posses- 
sion, ce manuscrit a été acquis avec d'autres livres par les trois 
frères, Eliézer, Elyakim et Menahem, fils d'Abraham Rovigo de 
Ferrare». En 1527, la bibliothèque fut partagée, à Mantoue, entre 
les trois frères '. Cinquante-six manuscrits et imprimés devinrent 
la propriété du seul Menahem, qui en a consigné la liste exacte sur 
la dernière feuille de notre ms. Le ms. môme, qui a sans doute mérité 
par ses miniatures d'être qualifié de « beau », se trouve en tète 
de la liste. Abraham ben Menahem de Rovigo, son héritier, ne con- 
serva ce'précieux ouvrage que pendant vingt ans. En 154*7, il se 
défait de ce trésor, qui évidemment avait excité Tenvle des deux 
principaux membres de la communauté de Ferrare, les frères Don 
Jacob et Don Juda AbravaneP. Lors de l'expulsion des Juifs de 
Naples, ils étaient venus à Ferrare, en 1540, avec leur père. Don 
Samuel Abravanel ', le grand bienfaiteur des Juifs napolitains. Don 
Samuel était déjà mort lorsque ses fils, continuant les traditions et 
les vertus de la famille, qui s'était toujours imposé comme un 
devoir de cultiver et de protéger la littérature hébraïque, entrèrent 
en possession du précieux manuscrit de Maïmonide. 

Les témoins étaient fiaruch Uziel ben Baruch Hazak, appelé 
généralement Hazkito ou Forti ®, qui plus tard a fait partie du 
corps rabbinique de Ferrare, et Moïse Tabéç ; ils déclarent 
qu'Abraham ben Menahem Finzi di Rovigo a vendu de son plein 
gré le manuscrit aux frères Abravanel, en renonçant à la plus- 

^ ïlb^ptl nbtDblD, éà, de Venise, f» 65 5 ; Menahem ben Abraham de Royigo 
mentionDÔ dans un ms. HaU)erstam, riTsblZ) nbnp, était sans doute sod père. 

• -^srïD tanna» 'iN^a -^atîD tanïTsi û'^p'«bNi ^T^-^bec iîso^ "j-^ïp 

rrns^TD laynn lam» ia t-nanb i3^r 'rr any t^-^ît^ în-i-^D rro 'i3r 
tabiy nyn. 

* SuiysDt le catalogue des ouvrages, dans l'appendice. 

^ Juda ben Joseph ben Juda Abravanel, qui mourut à Ferrare le jeudi 15 dé- 
cembre 1583, et dont J. B. Lévi (D"»73^n m:pn, éd. S. J. Halberstam, Brody, 
1879, p. 10) a découvert la pierre tombale à Ferrare, était sans doute le petit-fils de 
ce Juda. 

» nbapn nb«b©, 65 b. 

« Zunz, nTan OnDt V, 155. Josef ben Matatia Trêves, à propos de la dispute 
de Samuel ben Moïse de Perugia avec Josef Tamari de Venise, en 1566, fait une 
allusion blessante au nom de Hazkito en lui appliquant ces mots HMl 'pXttn 
rtD-îrt de Nombres, xm, 18 (voir Û'na'in nb», 8 a, avant la fin). 



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UN MANUSCRIT DU MISGHNË TORA 69 

value* qu*il pouvait acquérir et en s'engageant à les défendre 
contre toute prétention éventuelle à la possession de ce document. 
C'est le môme Hazkito qui a composé en Thonneur de Don Isaac 
Abravanel une courte biographie *. 

Le prix que Rovigo a reçu pour son manuscrit n*est pas indi- 
qué * ; on ne trouve non plus dans le manuscrit aucune trace du 
nom d'Isaac Abravanel, que ce dernier aurait écrit lui-môme. Ce 
qu'on a pris pour un cri de douleur arraché à cet homme qui avait 
été chassé de ses foyers, c'est Tintroduction d*une liste de nais- 
sances qui, selon l'antique usage juif, furent inscrites dans ce pré- 
cieux manuscrit. Si, comme je le suppose, cette liste provient de 
la famille Rovigo, elle prouverait que ce trésor se trouvait déjà 
dans cette famille au commencement du xvi* siècle. Le nom 
d*Abraham revient souvent dans cette génération. A la date du 
27 mai 1509, on trouve la naissance d'une fille du nom de Sara, 
et à la date du 1 mai 1511, à Mantoue, celle d*un fils nommé 
Abraham. Si c'est cet Abraham qui a vendu notre ms., il aurait 
eu trente-six ans à Tépoque de la vente. Cette liste nous apprend 
aussi la naissance de deux frères, Ëlia, né à Mantoue, le 1 août 
1515, et Ruben, né à Rovigo, le 17 juin 1503 (?). 

Des cinquante-quatre manuscrits et imprimés dont Menahem 
di Rovigo, le père d*Abraham, a dressé le catalogue lors du par- 
tage, et dont neuf restèrent à ses frères, à savoir cinq imprimés, 
qui étaient des traités du Talmud, à son frère Eliézer pour servir 
de livres d*étude à ses enfants, et quatre manuscrits à son frère 
Elyakim, à qui Menahem les laissa pour ses neveux^, il doit sûre- 
ment encore en exister plusieurs qui sont disséminés dans les 
bibliothèques publiques ou privées, et il sera sans doute possible 
de prouver, par les inscriptions qu'ils contiennent, qu'ils faisaient 
partie de ce fonds. Provisoirement, on ne connaît avec certitude 
que Texistence de deux d'entre eux : le Commentaire du Penta- 
teuque d'Abraham Ibn Ezra, que j'ai dans ma collection, et le ms. 
du Mischné'Tora qui a fait partie de la Trivulziana. Il n'est 
guère possible d'établir quand ce ms. a passé de la main des frères 
Abravanel à des mains étrangères, vu l'absence de notes manus- 

1 Dans "^^l^*^, préface, ces mois sont aÎDsi rendus : • J'atteste eu même temps 
que dans ce livre ii n*emttepa$dt faute ; si les sus-dits seigneurs, que Dieu les pro- 
tège, y trouvaient néanmoins une faute, je déclare notre contrat nul. • 

« Voir n3^1TD*^n '^V^yi^ d*Abravanel. 

* Dans "^^IS^, préface, Abraham ben Menahem, appelé ici Maranik^ déclare : 
• J'en ai reçu trois cents ducats d*or •. 

^ Voir le Catalogue. Un beau- frère de Menahem portait, comme nous rapprenons 
là, le nom de YekuUel Poggibonzi. Il dit que les deux derniers mss. étaient en sa 
possession depuis 1517. 



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70 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

crites et de tout renseignement sur le nom des propriétaires 
ultérieurs. 

Nous avons apporté, pour notre part, notre contribution à la vé- 
rité en dissipant les légendes répandues sur la provenance et This- 
toire de ce ms. Il appartient maintenant à la science de se consa- 
crer à l'étude de sa valeur artistique et de déterminer la place 
qu'occupent les miniatures dans Tart de Tenluminure des manus- 
crits Juifs. 

David Eauebiann. 



APPENDICE 



nbb •iioN ^îDT C|or "na îrbN '"n «a î-taio '^ttinn to^w wsca 
>-T«3a 1T7 T*b 15m mîDT Sts Yi'db bsa i»nm lanST ta-^na^ "^^y vn 
M^anN ia «■'© ^"isrt rrt ^''b viNarrttS nTon^a irî'^iN mrr '^'^'nî mp-^ 
nittbnn -^nDO by in»*»» la» rr©» iran binan a*nn anan ta-^neo nmy 
•^ïN©:? ï^b PTaNi ï^rinab -^n bNiî3« nb lin rrb^sïi t-iN» mbo -^Sîm 
ï-ro3tt inn "^^ '^nr^T^ ■'^ T<*nan m» '^Dvhm ^nm rc b^ pn nD«a n-^b© 
nn'«a s-TD «^nNaïi ^^îsîïi nsoïi rrr n^Tïn tib ]rt tn»» bap 'nstîn 
nb y\i PNTD rrTDTin "^td i-^n© nm» -«a»» mbm n^tsïi moa» \n 
n«T b^ î-rap^m "^fiopT "^0^5 ib na^ttSNCi -«sn ib imD7DN« ^stan 
'nic^ na^nn» na «•»« néon rrî nb 'n^ia ■^sîïi -^n-^œy pi rrr^^wn 
S-TO5Î3 lin rrsm ta^-^ssa •^T'b it» Stana ••ïnt» ^stan nnn nco 
•^Dis^ nb nay^tt ''ïN ï-rrb û-^K-n tan«tt3 i»^ ^on "^n-^b imî 'nstan 
•nyny^i ï^a-^tD n^ny»i i^nsa b^ pbobi nn-^b *n^tirt ï-tt T'Tsynb '^o^si 
•nSTSïi BiOT' 'la lïT^b» 'n -^std i3^»u5 nb» û-^nan n» •'^ it nn-^^Ta by 
n^T3ïi ^oïi bapi nswïi ïTO3» "jin "^sDai «^'^•«ïibT tpv taT^b» î-r^ia^n 
'na^n n^TD^^ïibi naTsrr "toïi b:^ iToat:^ na^©i irsoa ^awn nïrbx 'n 
ba nabi nmn tan^'' niD-^oNn lï^nn» ^xn nab T^oain nîsatj^ na^«i 
^9'l^'Ki^ ^y^^m "^ym» ba bisaaa nann îtoîtd (lin) lin nat-i-^ia nstni natn 
mn-'a): '»nt3« ba nîsm m-^nma nt ï-rn-^a» 'noia n:cnm nr*nnNi 
'ïy'^n '1 ûT' arrr lî-'isb ïTïitts ïiîsi û'^Mn iipna ta-'-^n^ayrr m^mm 
issnïT isttnm lïana •^«•^lan qb^b o^nob n«y niiNi n«tt nîtts 't^'^éi «nnb 

.linatbi ïTfcnb ^nann mas» "jin Tb 
bÉn-'i ta*iaN inn rtbysn t^a roTDNî ni*!^ rraîs ••^nnn ù'^iy is-^sea 
Saa lanai û'^na^ ^by T^rr isb ^itdk pi -^nb^iN ïid '^-nan» lèrman 
n)3nm minn n3^ia« •'îtttt ibapi •iitda i-^îpa "^î^îs i^pn mat b« ";i«b 
tana» •»5« T^« m^b ib t-iT^nb Sfiosn nia ïnnïr. n nb^^n ra nim 



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UN" MANUSCRIT DU MISCHNÉ TORA 71 

5-r«3iûMb t^bn «^«•'■^pT t^'^'niû rm*na n«nnrr M^^t^ rrn» •^stîti 

tarY^ 'm''DB«n liann»?: û-^rriB ta-^tD^n "py^ nsnrr nmri'^ 'n nb^^în 
•»Tb in-'tt ta^STïrr ant û-^ms ta-'TDTsnrT fam» -^nbap î-tsïit imti 
j^nn 13 p"»Tnnb m«*nn hd ib imî t^anbi inm '^siti nn^i mîsbttsa 
na^nauja ^f2'zy S^ •'Sn bapTan ûb^bn lan t^^r» irea t3'»«aïi bsi 
rrnnbT mXDb riîpfcm •'wpn -^o^tï b^ •'îr nay«î3i *ni»A i-^apai nmnti 
n5T5îi -iBon nî nTStt b:? na^vbn inyob «a-^uj "i^i^i^ b^i i^^ir: ba» 
m)3b«a t-n:?î3rt -^nbapi rranbm rr^riMA î-n-^aîs nniN •^n^naa naa -^a 
irsp nsnrr mim "n nb^sn nttspab tannnïi by d-Naïi laroNT natDa 
D'^'*pb minrt n^^na» n^-^sca a^aiûîi mwa ^''^p^ 'i^tsïi ûna« inn n-^» 
D-^Kabn *iaT3rt rmtr n nb^^n Ta ni-^rr i^^bn mn nedïiîs m'^a^sïi 
•nb'iN î-TB ns-^niTsT» lïttnni i5ana t-narbi î-pfcnbn tnnna^b nna^s 
nN-^nab «btt^T û-^^bion ï-tntsi w^th» nican nîio -^att) *nnN «nn t5«na 

.fabior 

n^na-^aN nnn la mn 
nS-^ î-t^-^b^p ^nnat-^ la prrst'' 

t^a ïTiSn-^D ns tabi:? n^-^nab rrîTsiUT tni»73 «5b«i û-^sb» tms73n 
ni-'i-nTa ■'Sîd tans» n^saa isr'^ tannax nîsa i^aîi S-^a^DTaïi lï-'SDb 
lanai mio aa» m^a n^na 15»» iDpi û-^ny nrba^ nirr iDb n»«i S^t 
t3"»*!iDïi d-^riN 'nî^iDWi D-^w^ttJDïi i^b iDnm ïT^N-n niât h^ yivb baa 
ûbiDî! taann n-^onn p'^'nsn -^aa iat*» nmïT^ in n»ai apy-» i^n nwa 
DmiDnT»T ûna ''«a 'T'ai tan-^a m-^nb Sir bNsana» bNi^© lin nion 
aiûn ■'«D3 iistna T«« tabjbi pn ï^73T» p rr'fini m^yb tarr^nn» 
anïi ^amo d-^-idd n^n b« rrmn ns^îsn t^inia ^noon J-rt "^nnaT: 
Ix'» î-nirp pm ap^^-^ in û-'nNïi Sn b^r y\j:'>'>i2 p niD» ira-i binan 
T»» tobiD73 ma "^^T "»nbapi t^îa-^-^pi Nnma ïimîsa rrr^aTa Sïn 
1T m-»a73a m-^sib bai^tj rrNînN n» m:ra ba "^sn bmîsi û-^auîinîsa Tb 
:?ao3T ton» -«nbapo ^oïiTa nni'» mo n-'no n» ba nniTsa ïiînwa imsi 
t^bi -«aK t^b ûbva ii^^ab t^b«3 tp my-'pna rm^sn s-r^^iaoa "^a» 
hyQ pbob bsn pp •••a '»5n nmsi tnectn rïn''a)3n by -^^D^a fa-^nn» 
ï-TOK i« ©•'N tabvn tnim'n 3^anN73 t^a-^ttj •»» Sa b'srr ta-^n^rr 
S^T -^b^ "Tibapi nNtn ï-in"»a73ïi b^^ n^^n^^bi yi^vh "^Nan» in •^nirr» 
■no© Sa nî3im m-^nni^a m nsa© nTaini m-^nn» "^^riN •^©•it^ 
^<b^^ 'nSTDOwa t^bn Sfin^-^a '-^am^n &'»'7iay©i msnîsi t-nn-^a^a 
naa ^nottb -«ïn T^n3^©T ■^n^noa© ni^^m» ba bisaaai -^nD^n t^DBioa 
ï» N«3''3pn : •'^^Tiw iina -^boaTsT i^an ^i^nt '^^«■^b Saa nr na;a 
ÏTT &''n«n Q-^n^n Sn ban la-^nnîs "^atse tannaN ^Toa S-^a^Taïi 
S^j^b ©nom ainan ï-t» ba by Ssn îst"» bN^ana» miïr» inm npy^ 
•ûana ban rna©^ ©nm tan-^a n©3^5© îiwi n-^a «^"^apwb n^an t^awa 



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72 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

.û-^pn 'n'^n© SsïTi lînTD'^nn nnn nn'^ 

ban bÎT na-^Yi-n» "^ifcîD ûro» 'asa iama« -^în 

nspbrwîs na-^Tî-nio «^ataD ûnj» -^sn «^pbnb nr»art '^neon ûnîDO •'«na 
manb "^r^r rTam iy»b 'n td-i 'aTa-^nna û'^ncei ns-^ra rranaatta tamît 

••n^D» ninnrtn bs tiio na^ "^j^nî -^j^nn "^sé^ taa 

ï|bpa oittbnpa rtc-^ iab« tt'Sn ïtî tannp 
C|bpa onttbnpa mb'^:itt «ttm mnsaBnïi U9 b^^^ «Tann 'n 

tjbpa oiabnpa n^b-^a» «am mnDDnn U9 «o^io» pp «ain '» 

ï|bpa onabnpa ûb« '•»ain5 'n 

t|bpa owbnpa pn-i «tt^d da^ '■^b'^n '« 

tjbpa onttbnpa ''^ai««'n '•»finaa '« 

tjbpa onabnpa ^annn» '■»K'»aa '« 

oncna 'T'aa pnn «in-^D ûa^ "^ai©N"i '^«-^aa 'n 

onsna 'r^aa pin «jn-^D ûa^ '■^annUK 'waa '« 

Bibpa oittbnpa -ja^nn «tt^d ûa^ ar» •ido '» 

t|bpa oittbnpa bna û-^tt)n« '« 

t|bpa oi»bip3 ^im» pbn '» 

onena -T^aa ♦d^t ms-naa 'aa '« 

onsna -n-^aa na«tt 'aa '« 

oiena •Y^a •j'^nnaon l-^Yip» ^na '« 

onena T^a wan pâa 'aa 'n 

onena -r^aa maa-^i mr^na©» '73a '» 

oicna T^aa aaa '»a '« 

oiona *T»aa l'abîma 'aa '« 

ntbTa np-'bKA ianb« 'îas oncna Taa •îann 'tta '« 

C|bpa onabipa n-^ras©» rta-^n!)» aèo '» 

C|bpa oiabipa nnaatt)» ï-ta-^naa ■^an^n» '« 

T^aa oiena '^io wa^n» '« 

onena -r^aa npi-n '» 

t = HttkiU). 

» = •^Krt mîa^a, 

« C'est-à-dire le traité de Bèça. 

» = rrbi:^ rmïan t-'bnn. 



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REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Oisns •l'<53 (?) ^M '»a '« 

'ist*^ -^n^a T^îa ^nnxb 'lat*^ '•un '•»p'^bK 'itts 
C|bpa oiwbnpa «a*n rYnDfcna '« 

cjbpa oiwbnpa '-^Das «« '» 
C|bpa onTDbipa "<*nnD nba» 'k 

li^ttb 'ist^ -^ba m^ibin -ji^iîDtb Hbyts^ îid 

bttta ûïrb:? O'^asîDn n^^Tina ûbtîa a^^T' 

1»N aia 

ô^. n^tt t5 na -^b nbi5 rtiri rwaiat btnn îniD-na nanoa 

)nnb nbnrn J-tbnpa 3^a«'^ rt rr*itt5 î-tî3« bÉn^-^a nfinpïn 
aa rre-^ '^'n^rn nnatttn rrnnna û-^peiy ûi^a nb irr^n û-^aio 

•l»» 'tt^j^aa 
T^»» 'T 'n ûT» la -^b nbna îibia^i 'nwi brtti na*na ns^a 
ipn HT^TDTDip &anK ^biNi niûne îiantaaîsa ^\^y^ ùb h 'j'^a 
na-^i ta-'TaNbi D'»'ia ii^n a» inan*» 'rr p tan^ia» i!0)û 
1 T^biïibi rrsnb oaanb itian in-nn niabnbi nn»n*^bT 
» «iTs'^ t^b a-^nûT t^np la û'»'«p'»i niatTDi rrnina la-^pons^ 

ia« 'T T tan*' p *»b nbna ïibis^i n)3i2t bT73i tiana rta^isa 
ir\ ^b ata'^'^ pab t-itt^no ni:?tt) n?b ^jitdo rranââîaa îian 
tsnnbi nmnb nrrbna-^ 'rr p nn-^b» n^ia bÈn^j'^a r<npai 
•^nfcoi miar^an rr^ma û-^poia^ &'«aa T^binb inan ta-^aita 

.pN psrn '^rr^ p 
^ r a b-^b p "«b nbia nbn:^i n^aiat btîai î-o-ia wuja 

T ba nfc« rt maa t^b^'^i nionD tib-^bsi ni^na la-^nina ion 
' "^aiN n'<i2)«n Niïin «be p t^iïi •'a i^^tm i»i» SNno'»a 
)nbi t-nnnb inan inN-r^bi ina!i«b rt inbia-^i rr^ïr^ binai 
nn ïiana nb irr^i ma:)3i mina a-^poia^ D-^aa n-^bitibi o-^aira 
.173» iiatn "^rr^ p T^n*^ moa^Ta baa 



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LA YIE COMMERCIALE 

DES JUIFS COMTADINS EN LANGUEDOC 

AU XVIIP SIÈCLE 

(fin*) 



III 

LES JUIFS ET LES COMMUNAUTÉS D'ARTS ET MÉTIERS. 



Dans toates les villes du Languedoc se trouvaient, à côté des 
petits métiers ambulants, des corps ou communautés de mar- 
chands, régis par des règlements royaux et a contribuant au 
soutien de TEtat par le commerce et les droits qu'ils payaient au 
Roi >. Les privilèges attachés à ces corporations avaient depuis 
longtemps créé un antagonisme profond entre elles et les colpor- 
teurs en général. Cette haine sourde qui animait les « honorables 
communautés » s*accentua, en Languedoc, lors de l'entrée dans la 
province des Juifs du Comtat. 

Toutes les suppliques des communautés aux pouvoirs publics 
contiennent un plaidoyer en faveur de leurs monopoles indus- 
triels. Et le raisonnement sur lequel il est fondé ne manque pas 
de logique. 

Posé le principe invoqué par elles, à savoir que le commerce 
et l'industrie sont le privilège d'une collectivité, organisée dans 
une ville par les règlements royaux, pourvue de statuts, autorisée 

» Vdr Bêvuê, t. XXXIV, p. 276, et t. XXXV, p. 91. 



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REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ttres patentes « registrëes au Parlement de la Province » et 
onférant le droit exclusif de fabriquer ou vendre les ou- 
I de leur métier» avec permission de visiter et saisir les 
^es similaires fabriqués ou vendus par d'autres contraire- 
lux règlements, posé ce principe, il s'ensuit logiquement que 
nmunautés et les boutiquiers patentés ont seuls le droit de 
ine guerre impitoyable aux colporteurs, parasites du com- 
et de Tindustrie. En effet, le boutiquier payant patente ou le 
re d'une communauté industrielle est un négociant « établi », 
jet, puisqu'il paye les impositions fixées par l'Etat, bon in- 
il, puisqu'il contribue chaque an pour sa quote-part aux 
!S de sa communauté. Le colporteur, au contraire, vaga- 
ar tempérament ou parce que son métier l'exige, n'a d'autre 
le que l'hôtellerie ou le cabaret de la grande route. Mauvais 
», s'il est Français, puisque l'Etat ne le connaît pas, et pire 
, s'il est étranger, puisque l'argent qu'il a amassé en France 
ec lui quand il retourne dans son pays. On voit d'ici Tallu* 
1 Juif du Comtat. Mauvais commerçant, puisque soustrait 
cherches de la justice, il se livre à des falsifications sans 
e sur ses marchandises. La conclusion, disent les commu* 
, s'impose d'elle-même. Détruisons les colporteurs, bannis- 
3S Juifs, leurs émules, a II révolte trop que dans un Etat 
;brétien et aussi policé, il subsiste une odieuse milice, où 
senrdle que pour commettre le crime et d'où si souvent on 
; que pour aller au gibet. Il faut donc les bannir du royaume 
ne sont dans leur négoce que des coureurs de pays qui 
nt le public et ruinent le véritable marchand. Il est honteux 
français d'aimer mieux courber le dos sous une balle de 
mdise que d'aller à l'ennemi tête levée, un bon mousquet 
3aule *. » 

est, esquissée à grands traits, l'argumentation verbale des 
mautés d'arts et métiers du royaume. Mais, sous les mots, 
imuiait l'idée « de derrière la tète » des marchands privi- 
à savoir la suppression de la concurrence faite aux bouti- 
patentés par les colporteurs de toute nation. Et, pour se 
ir contre la milice remuante des marchands ambulants, peu 
lit aux corporations d^avoir à leur service et la rigidité de 
^glements et la « vertu » de leurs privilèges, s'il leur man- 
ette arme derrière laquelle elles rêvaient de s'abriter : la 
d'Etat. Seule, la raison d'Etat eût été capable de décréter le 

. de l'Hérault, C. 2799. Mémoire tu Roi par les marchands des Tilles 
I colporteurs, 175S. 



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LA VIE œMMEROALE DES JUIFS COMTADINS EN LANGUEDOC 77 

bannissement en masse des colporteurs du royaume. Sans elle, 
tout effort, si bien dirigé qu'il fût, restait vain. 

En effet, que servait aux corps de métier de faire fermer à 
Montpellier une boutique indûment tenue par les Juifs, s'ils la 
rouvraient à Béziers ? Â. quoi bon stériliser le zèle des jurés-gardes 
des marchands en des saisies de marchandises juives, saisies 
infructueuses, ruineuses pour la communauté tout entière ? Les 
boutiquiers urbains avaient beau s'épuiser en une surveillance 
inquisitoriale sur les agissements des colporteurs Israélites, leur 
commerce prospérait en Languedoc, « à la faveur, disent les com- 
munautés, de mille abus, contrebande, mauvaise qualité et fabri- 
cation défectueuse de leurs marchandises ». De tant d'efforts 
déployés vainement, que résultait-il pour les communautés du 
pays, si les Intendants de la province ne prêtaient aux saisies, 
confiscations et autres modes de vexations usitées contre les tra- 
fiquants le concours de leur politique et les bras de leurs gens de 
police ? Amener les Intendants à seconder ces vues intéressées, 
acquérir à Taide de mille subterfuges les bonnes grâces des pou- 
voirs provinciaux, c'est à quoi s'efforcèrent d'arriver les marchands 
du Languedoc dans la lutte entreprise contre les Juifs du Comtat. 

Le début du xviii^ siècle la vit commencer. A cette époque, tout 
le monde se plaignait en Languedoc. Les cahiers de doléances des 
Etats sont là pour l'attester. La Province avait supporté pendant 
les dernières guerres de Louis XIV des charges énormes ; pendant 
la paix, ç'avaient été de lourdes impositions; et voilà que la guerre 
recommençait, plus âpre que jamais, guerre au dehors, guerre au 
dedans. Les levées d'armes pour combattre la coalition en Alle- 
magne, en Italie, dans les Pays-Bas, pour réduire les Camisards 
dans les Cévennes, avaient saigné la Province. Elle se vidait 
d'hommes et d'argent. Le crédit épuisé par les dettes qu'elle avait 
contractées, les denrées invendues, une industrie languissante, 
un commerce défaillant : toutes raisons qui n'étaient pas pour sti- 
muler le zèle des négociants languedociens, devant lesquels se 
dressaient leurs souples concurrents, les Juifs comtadins. 

C'est contre eux que les marchands en soieries donnèrent 
l'alarme les premiers. Aigris par des ventes à perte, par le dépé^ 
rissement de leurs marchandises, ces petits boutiquiers, détailleurs 
pour la plupart, ne virent pas sans colère des Juifs comtadins 
ouvrir boutique à Montpellier. Pareille infraction aux règlements, 
si elle se perpétuait, ne manquerait pas, à les en croire, d'amener, 
à bref délai, la ruine de leur petit commerce *. Et déjà, exagérant 

* P«r les itatuts des corporations, défense est faite aux Juifs et en général « à 
tontes personnes autres que ceux qui sont reçus marchands de tenir boutique ou ma- 



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78 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à plaisir leurs craintes, ils prédisaient le jour — prochain peut- 
être — où tout le commerce de la province deviendrait Tapanage 
des Juifs ^ D'ailleurs, les premiers effets du séjour c illégal » des 
Juib en Languedoc se manifestaient, disaient-ils, par le déclin des 
manufactures de soie de Nîmes, de Toulouse et par ces vols, qui, 
depuis Tarrivée des Juifs, se multipliaient dans les boutiques des 
marchands *. Il se trouvait cependant — ce qui indignait les mar- 
chands patentés — des personnes d'assez peu de religion et de 
patriotisme pour receler chez elles la pacotille frauduleuse de vils 
colporteurs 1 

Dans les villes de la province où se débitaient les soieries, à 
Nîmes surtout, à Toulouse, on redoutait les Juifs marchands « en 
soieries » du Comtat et leur actif négoce. On savait qu'en c Avi- 
gnon » ils fabriquaient, comme à Lyon, des damas, brocatelles, 
florences, demi-florences, serges, palais-royals et autres étoffes 
qui se vendaient à meilleur marché qu'on ne les vendait en Lan- 
guedoc. De là, la terreur de voir la province envahie par les soieries 
des Juifs. 

Le danger parut même si menaçant * que les marchands en soie- 
ries du bas Languedoc se coalisèrent contre l'ennemi commun. 
En 1732, ils chargèrent leurs mandataires, les députés de la 
Chambre de commerce de Montpellier, de prendre en main leurs 
intérêts, c Chassés de toutes les autres provinces, disent en parti- 
culier les jurés-gardes de Montpellier, les Juifs se jettent en foule 
sur le Languedoc, où, à l'abri de l'asile qu'ils y trouvent, ils 
trompent le public et ruinent le commerce^ ». En 1740, nouvelles 

gada ni d'y faire aucun commerce dans toutes les yilles où il y a jurande ». Arch. 
de l*Hérault, B. 193. Supplique des marchands en soieries du Languedoc au Roi. 

A Arch. de l'Hérault, B. 193, ibid. 

> « Dès que les Juifs sont dans une ville, des yols sont commis chez les mar- 
chands, soit par les garçons de boutique ou leurs propres enfants, car ils yendent 
aux Juifs ce qu'ils ont volé. • Arch. de THérault, C. 2743. Note des marchands de 
Montpellier. Môme accusation est portée contre les Juifs par les marchands de 
Verdun. 

* « Donc, il est très nécessaire d'empêcher les Juifs de venir vendre, ni débiter 
dans cette province, sans quoi les marchands seront forcés d'abandonner leur com- 
merce, ce qui actièvera de ruiner celui de cette province qui n'est déjà que trop 
ruiné. > Arch. de l'Hérault, B. 200. Placet des marchands de Montpellier et villes 
drconvoisines contre les Juifs d'Avignon. 

^ Arch. de l'Hérault, C. 2745. Mémoire des Jurés-gardes du corps des marchands de 
Montpellier, 1739. Citons, dans le mÔme ordre d'idées, cette opinion des marchands 
de Gien. < Les sujets du Roi ne seraient plus que les spectateurs des fortunes que 
les Juifs feraient à leur préjudice pour les transporter dans les pays étrangers, è la 
raine du royaume. Indépendamment de ce que, s'ils parvenaient à se rendre maîtres 
du commerce, ils donneraient a leurs marchandises le prix arbitraire que leur cupi> 
dite leur suggérerait, et bien loin que le public proût&t de l'abondance qu'ils paraî- 
traient procurer, il Mrait dans Pimpotsibillté d'acheter les choses les plus néoetiairai 



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LA VIE œMMERaXLE DES JUIFS COMTADINS EN LANGUEDOC 79 

plaintes plus véhémentes ^ C'est merveille de voir comme les 
marchands languedociens savent composer les traits de la phy- 
sionomie du Juif de la légende. Dans ces suppliques larmoyantes, 
pas une couleur ne manque au tableau. Le Juif y est représenté 
infidèle, rusé, trompeur, fraudeur. On ne comptait plus, au dire 
des marchands, le nombre de leurs exactions en tous pays. « Je ne 
séparais pas, dit un contemporain*, Tidée d'un Juif de celle d'un 
homme au teint basané, aux yeux ternes, au nez plat, à la grande 
bouche. Je croyais enfin que Dieu avait imprimé sur leur front un 
caractère de réprobation. > Grande fut donc sa désillusion en ce 
qui concerne les Juifs du Comtat, car il ajoute après réflexion : 
a Ceux d'Avignon ont rectifié ma façon de penser * et je les crois 
soumis comme les autres (sic) à l'influence du climat et des autres 
causes naturelles qui produisent tant de variétés dans l'espèce 
humaine. » Naïve croyance que ne partageaient pas — tant s'en 
faut — les marchands languedociens, pour qui les Juifs étaient 
comme l'incarnation vivante d^un fléau déchaîné sur le Languedoc 
par la colère céleste. 

De toutes ces requêtes, le ton seul est à retenir. U n'aurait pas 
été si vif, si les Juifs, dont elles incriminaient l'intelligence com- 
merciale et la supériorité de l'esprit d'association, n'avaient eu pour 
eux la faveur du public. La vérité était là pourtant : les marchands 
du Languedoc étaient furieux de rencontrer sur les marchés, où 
Jadis ils régnaient en maîtres, ces infimes colporteurs qui leur en* 
levaient à leur barbe les gains séduisants de la vente au détail. 
Mais leur colère n'avait d'égale que leur surprise de découvrir 
chez le citadin ou le paysan des sentiments qu*ils ne s'attendaient 
pas à y rencontrer, sentiments d'indulgence tolérante pour le né- 
goce des Juifs. 

Les plaintes alors d*alier leur train. « Etaient-ce les Juifs ou 
bien les marchands patentés qui payaient les impositions, le 
dixième, l'industrie, les rentes, les dettes des communautés, les 
deniers royaux ? Etaient-ce les Juifs ou les marchands de la ville 
qui fournissaient Téqulpement des troupes en campagne?» On 

par rexorbitance du prix où il plairait aux Juifs de les porter. Les Juifs s'empare- 
ront bieotôt du commerce de la France. > Toujours la même idée les hante. 

^ < Cette nation juive, infidèle et trompeuse, se répand tous les jours dans nos can- 
tons. Ils ont des établissements fixés dans les principales villes. Des personnes leur 
prfilent asile et nom. Malgré Texpérience qu'on a d'Ôtre trompés par cette nation, 
i'appftt du bon marché leur procure toujours de nouvelles dupes. Nos marchands ne 
font presque rien. Les Juifs pillent les sujets du Roi. • Arch. de l'Hérault, C. 2745. 
Les députés du commerce de Montpellier à Orrj, cont. général, 25 avril 1739. 

« Van de Brande, ouv, eité\ voir Rôvue^ U XXXV, p. 101. 

* Les Juifs comtadins qui fréquentaient la Provence et le Languedoc vivaient très 
fifflilièreiiMAt avM les chrétiens. 



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80 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

voit à quel degré d'irritation était montée lear exaspération. A dire 
vrai, sur le chapitre des impositions, les doléances des boutiquiers 
étaient justes, mais ils n'avaient garde de dire que les Juifs avaient 
aussi leur part de contributions à payer *, de vexations à essuyer. 
Les marchands s'en doutaient bien, mais faisaient sur tous ces 
faits la conspiration du silence. Ils n'ignoraient pas non plus que le 
commerce des Juifs n'allait pas sans des déplacements fréquents et 
coûteux. Mais que pesaient ces considérations en regard des inté- 
rêts mercantiles des boutiquiers languedociens? Convaincus que 
les Juifs comtadins étaient en passe de devenir les favoris du pu- 
blic, ils prirent un malin plaisir à entraver leurs opérations com- 
merciales, à l'époque des foires. Ces tracasseries se produisaient 
sous mille formes. Sur vingt ballots de soieries, deux ou trois 
plombs du contrôle manquaient-ils à deux ou trois d'entre eux, 
c'étaient aussitôt des contestations à n'en plus finir, des chicanes 
pointilleuses, le tout à la grande joie du public, que ces visites de 
jurés-gardes, faites pour effrayer les forains, divertissaient beau- 
coup. Ou bien une pièce de soie n'avait pas le nombre de fils exigés 
par les règlements <x colbertistes » ; d'où, sa confiscation au profit 
des établissements hospitaliers de l'endroit. Le trouble était jeté 
dans les affaires des Juifs, le public s'ameutait, l'autorité interve- 
nait, qui renvoyait les parties (marchands et Juifs) dos à dos. 

Toutefois, les Juifs, encouragés par de très hauts personnages, 
ne se laissaient pas écorcher sans crier. A la foire du Pont-Javénal, 
près Montpellier, les cavaliers du marquis de Grave, propriétaire 
dudit lieu, les protégeaient. Postés aux portes et avenues du 
Château de Grave *, où les Juifs entreposaient leurs étoffes, ils 
s'opposaient souvent à l'entrée des Jurés-gardes, suivis de leurs 
huissiers, dans les appartenances du logis seigneurial. LMntendant 
usait alors de son pouvoir modérateur : Juifs et marchands s'in- 
clinaient, pour le moment, devant sa haute juridiction *, et peu 

^ Les droits de péage, sans compter les droits seigneuriaux que juifs, comme chré* 
tiens, avaient à acquitter quand ils pénétraient dans une foire établie sur la terre 
d'un seigneur. Exemple : la foire du Pont-Juvénal, è Montpellier, pour les colpor- 
teurs juifs, et pour les maquignons la foire de Montgiscard, près Toulouse. 

> Ces soldats étaient à la solde du marquis de Grave, qui s'en servait pour la po- 
lice de sa foire. Aussi bien n^est-ce pas le seul exemple d'un seigneur offrant au 
XYiii* siècle sa protection, intéressée il est vrai, aux Juifs. Bn 1752, les Juifs de 
Saintes entreposèrent leurs marchandises dans le logis de M. de Saint-Simon, mestre 
de camp des armées du Roi. Les jurés-gardes du corps des marchands de Saintes 
ayant verbalisé contre eux, ce gentilhomme les fit incarcérer. D^où scandale. A 
Montpellier mdme, les juges-consuls furent invités à se solidariser avec leurs con- 
frères de Saintes pour laver Taffront infligé à une corporation. Arch. de l'Hérault, 
B* 204. Les consuls de Saintes aux consuls de Montpellier, 25 juin 1752. 

' Les intendants du Languedoc évitent souvent de prendre parti pour ou contre 
les Juifs ou leurs concurrents. Bxemple : à la suite d^une visite des jurés-gardes à 



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LA VIE COMMERCULE DES JUIFS. COMTADINS EN LANGUEDOC 81 

après la guerre recommençait entre eux, vive, acérée, mesquine. 
A Toulouse, la haine des marchands contre les Juifs était aussi 
vive qu'à Montpellier. Les drapiers, toiliers ou débitants de laine 
ou de soie, membres des corporations toulousaines, avaient cou- 
tume de fréquenter les petites foires et marchés, où ils détaillaient 
leurs étoffes; mais à Toulouse, comme à Montpellier, ils se heur- 
taient à la subtilité, « à Tambition commerciale » des Gomtadins. 
« Cette nation juive, s*écrient les députés de leur chambre de 
commerce, ne semble ramper que pour s'élever et s'enrichir ^ » 
Des mesures d'exception sont aussitôt réclamées contre les Juifs 
du Comtat. Les Juifs, disent les marchands de Toulouse, achètent 
aux banqueroutiers les effets que ceux-ci ont mis à couvert. Ils les 
ont ainsi à vil prix, ce qui amène la dépréciation des bonnes mar- 
chandises, ruine le commerce de la ville et fournit aux faillis 
l'occasion de frustrer leurs créanciers. Les Juifs achètent «à l'œil 
et à forfait», alors qu'eux, bons marchands, achètent à l'aune ou 
au poids. Ainsi leur trop grande honnêteté en affaires les ravale 
au-dessous de leurs rivaux, moins scrupuleux. L'alarme, on le 
voit, régnait parmi les négociants de Toulouse, a Aux foires der* 
nières, gémissent-ils, nos boutiques ont été désertes et sont encore 
souffrantes. Triste situation pour l'avenir. » Tant était grande 
1 animosité contre les Juifs que le subdélégué de l'Intendant Lenain 
en avertit son supérieur. Il écrit : « Tout le monde court aux mar- 
chands juifs, alors que les toulousains se trouvent abandonnés » 
(1745)*. Mais ceux-ci se vengent de leurs concurrents, par quels 
procédés, on va le voir. Minutieusement ils inspectent les étoffes 
des Juifs, lesdéploient dans toute leur étendue, souvent sous la pluie, 
au risque de les défraîchir; les jurés-gardes retardent, autant 
qu'ils le peuvent, la visite des marchandises des Juifs, dans le but 
de gagner du temps et favoriser ainsi la vente des marchands du 
pays. Souvent même, dans leurs contestations avec les Juifs, on 
voit les Toulousains invoquer contre les Gomtadins la juridiction 
qu'ils supposent leur devoir être favorable, quitte à se retourner, en 
cas d'insuccès, vers les juges dont ils avaient, dès l'abord, nié la 
compétence '. L'exécution des arrêts contre les Juifs est, de la part 

laquelle s'étaient opposés les agents de M. de Grave, Bernage accorda aux jurés de 
caUir les marchandises juives. Averti, d*aulre part, que les Juifs se soumettaient à 
la visite, il suspendit la saisie. Ârch. de THérault, C. 2745. Novembre 1740. Pièces 
diverses. 

* Ârch. de Pllérault, G. 2746. Les députés toulousains aa contrôleur général, 
2â décembre 1744. 

* Arch. de l'Hérault, C4. 2746. Le subdélégué de Toulouse à Lenain, 2 mai 1745. 
' Les marchands, après avoir attribué la compétenca la plus large aux capitouls, 

puis au Parlement, se ravisent et s'adressent à rintendant (1745). Ârch. de THérault, 
T. XXXVl. N<» 71. 6 



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82 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

du corps de bourse de Toulouse, Tobjet d'un soin méticuleux. 
Certains marchands * allèrent jusqu'à soutenir que les lois d'ex- 
ception promulguées contre les Gomtadins devaient s'étendre à 
tous les négociants étrangers qui venaient à Toulouse pour y tra- 
fiquer, passé le temps des foires. Au reste, à cette époque, les 
esprits des Toulousains étaient si excités contre les Juifs, que 
donner asile aux Juifs, à Toulouse, était comme passible de mort*. 
La cabale contre les Juifs avait été montée par les seuls mar- 
chands de laine ou de soie languedociens; ils obtinrent, peu après, 
l'appui de leurs confrères, les fripiers- chaussetiers du pays. 
Ceux-là non plus n'étaient pas gens à laisser entamer le moindre 
de leurs privilèges par les colporteurs, Juifs et autres « proxé- 
nètes » •. Ils le prouvèrent bien. Ne s'avisèrent-ils pas de vouloir 
faire payer aux Juifs de Montpellier certaines contributions que 
leur communauté acquittait, par exemple la n fourniture » des 
miliciens? A quoi les Juifs répondirent qu'ils la paieraient, si les 
fripiers a daignaient les admettre dans leurs rangs », proposition, 
comme bien l'on pense, repoussée avec des clameurs indignées par 
les fripiers, qui, jugeant qu'ils avaient fait jusqu'alors beaucoup 
trop de cas de méchants colporteurs en leur faisant l'honneur de 
commercer avec eux, leur refusèrent, en fin de compte, la contri* 

C. 2746. CoDtesiaiioDS entre les marchands do laine ou soie de Toulouse et les 
Juifs, 1745. 

* Celle affaire, connue sous le nom d'afTaire Ader-Braudelac et classée aux arch. de 
PHérault et de la Haute-Garonne sous la rubrique « Juifs », quoiqu'il ne s'y agisse 
que de marchands forains, se résume ainsi : « Le 15 février 1754, le corps de bourse 
de Toulouse délibéra sur les moyens de veiller à Texécution des arrôts contre les 
Juifs marchands de toile et de soie. La Bourse chargea Braudelac de cette mission, 
en qualité de syndic du corps. Bn 1755, deux marchands toulousains requirent la 
saisie d^étoifes appartenant à Âder, marchand de Lyon et déposées chez Âder de 
Toulouse, sous le prétexte que ces marchandises appartenant à un éiran^fer étaient 
vendues hors le temps des foires. Braudelac requit la saisie, qui fut opérée. Les 
Ader furent assignés devant les capitouls, qui les condamnèrent. Cette ordonnance fui 
par les Ader attaquée au Parlement de Toulouse, où Braudelac fut intimé. Il fit as- 
sembler la Bourse en 1756. Le prieur proposa de ratifier les procédures faites par 
Braudelac. Deux partis se formèrent au sein du corps. Les opposants prétendirent 
que Braudelac avait outrepassé ses droits, attendu que les marchandises saisies 
étaient entreposées chez un né;^ociaiit de Toulouse, qui les vendait en commission. 
Démission de Braudelac, élection d'un nouveau syndic, procès engagé par celui-ci 
devant le Parlement (1756), cassation de la saisie et condamnation de Braudelac aux 
dépens envers les Ader, de Lyon. « Dans la délibération du 15 lévrier 1754 — no- 
tons-le — il ne s^agissait que de présenter une requête à Pintendant contre les Juifs 
et il est donc faux que le syndicat de Braudelac s'étendit contre des marchands 
autres que les Juifs. > Arch. de THérault, C. 1359; Arch. de la Haute-Ghroone, 
G. 323. (Affaire Ader-Braudelac). Marchands forains (Juifs), 1754-1761. 

* Arch. de l'Hérault, C. 1573. Sénéchal de Toulouse. Judith Prévost, accusée 
d'irréligion pour avoir fourni asile aux Juifs à Toulouse et favorisé leurs cérémonies 
(1741). 

* Expression dont on se servait pour désigner les courtiers, revendeurs de vieilles 
bardes. 



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LA VIE œMMEROALE DES JUIFS COMTADINS EN LANGUEDOC 83 

bution qu'ils offraient en échange du droit de débiter du vieux 
linge. Aussi bien n'est-ce pas à cette époque fait rare, que de 
voir des marchands exiger des Juifs le paiement des Impositions 
qui pesaient sur les industriels ^ 

Leur raisonnement était simple : pourquoi les impôts ne seraient- 
ils pas payés aussi par ceux qui réalisaient les gros bénéfices en 
affaires? Les Juifs de riposter que, du moment où ils participe- 
raient aux charges d*une communauté, il n'y avait pas de raison 
pour les empêcher d'en faire partie. 

En thèse générale, les marchands chrétiens voyaient bien des 
inconvénients à les admettre dans les communautés d*arts et mé- 
tiers. Deux raisons primordiales militaient contre les Juifs : 
!• leur qualité d'étrangers dans le royaume. Or, les commu- 
nautés industrielles ou commerciales étaient des associations de 
véritables fonctionnaires, dotées de règlements royaux, légalement 
instituées ; 2^ leur religion. Or, les corporations avaient un ca- 
ractère confessionnel très accusé, caractère se manifestant, on le 
sait, lors des fêtes de la communauté placée sous le patronage 
d'un Saint. 

D'autres raisons étaient invoquées contre l'admission des Juifs 
dans les communautés. On disait que leur mauvaise foi commer- 
ciale désorganiserait les corporations, que fidèles à leur amour 
pour le négoce cosmopolite, ils se sentiraient bientôt gênés dans 
les cadres étroits d'une communauté et que, rejetant le rôle passif 
d'artisans privilégiés, ils réuniraient tôt ou tard tous les métiers 
en leurs mains, qu'on les verrait enfin introduire dans ces corps 
les fraudes qu'ils pratiquaient dans les foires ou sur les grandes 
routes et revenir au métier louche de vendeur « sous le manteau et 
de la main à la main y>. 

Malgré cet interdit général lancé contre eux, les Juifs n*en ten- 
tèrent pas moins de forcer l'entrée des communautés d'arts et 
métiers, hostilement groupées contre les deux ennemis : les Juifs 
et les forains. 

En Languedoc, la question de leur admission dans les corps se 
posa, en 1*784, à Nîmes. Les Juifs y briguaient les titres de maîtrise 

^ Eu 1775, le Juif SoloD, do Nîmes, domicilié dans celte ville depuis 1767, se plai- 
gnit qa*on l'eût compris au rôle de la capitalion et industrie, bien qu'il n'eût jamais 
M imposé et qu'il ne fit partie d'aucune corporation. < Le sieur SoUon, juif, a lieu 
d'espérer, est-il dit dans sa supplique, que le Contrôleur général voudra bien or- 
donner aux officiers municipaux de Nîmes de ne plus le comprendre dans les rôles 
de leurs impositions... si mieux, ils n^aiment lui permettre de tenir boutique ou- 
verte. . . 6006 les offres qu*il fait de contribuer aux impositions royales et autres atta- 
chées au corps où il sera agrégé. > Arcb. de TUérault, C. 2005, au Contrôleur géné- 
ral, d'Ormesson, 16 août 1775. 



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84 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dans le corps des marchands bonnetiers ^ Le bruit courut que des 
fabriquants de bas avaient passé avec des Juifs comtadins des 
contrats d*apprentissage et que, contrairement à la bonne foi 
qu'on se doit entre confrères, ils en avaient pris d^autres, sans 
contrat, pour leur apprendre le métier à bas. Ainsi donc, Nimes 
allait associer à la confection de ces fameux bas de soie qui ali- 
mentaient jadis les vaisseaux des armateurs de Cadix, ces Juifs 
que Tinspecteur des manufactures de Languedoc, Laussel, dénon- 
çait, de Nîmes môme, à Saint-Priest*, intendant de commerce. Les 
bruits les plus divers couraient sur eux : on les soupçonnait, vu 
leur alliance avec leurs frères d'Avignon, de faire passer en con- 
trebande des soieries volées en Avignon et des bas de soie achetés 
en Espagne et qu'ils avaient l'audace, disait-on, de revêtir d'un 
plomb de contrôle de la fabrique de Nîmes. On se rappelait qu'ils 
s'étaient immiscés naguère dans le commerce de la toilerie, de la 
draperie aux dépens des manufacturiers du Languedoc, bien que 
ce genre de commerce leur eût été interdit par arrêt du Conseil. 
Grande était à Nimes l'irritation contre les corps des marchands 
de bas qui avaient eu le front de prêter leur nom aux Juifs. L'Ins- 
pecteur des manufactures blâmait hautement ces procédés. L'In- 
tendant, en homme avisé, trancha le débat. Les Juifs n'eurent pas 
à se louer de son jugement. Autorisé par Tarrêt qui, le 14 août 
1774, avait interdit aux Juifs de Paris ' l'entrée dans les corps de 
métiers, il défendit formellement auxdits corps de Nîmes de rece- 
voir les Juifs, soit comme apprentis, soit comme maîtres, sous 
quelque prétexte que ce fût. L'assemblée des bonnetiers délibéra 
sur le texte de la lettre de l'Intendant. Les décisions qu'elle prit 
furent nettement prohibitives à l'endroit des Juifs. Au cas où un 

' Arch. de THérault, C. 2747. Extrait du registre des délibérations du corps des 
marchands bonnetiers de Nimes, 23 janvier 1784. 

* Arch. de l'Hérault, C. 2747. Laussel à Saint-Priest, fils, 8 mai 1784. Une autre 
lettre de Laussel (17 janvier 1784) est curieuse par l'analogie de forme et de fond 
qu'elle présente avec le mémoire de M* Goulleau, avocat à Paris, signataire de la 
< Requête des marchands de Paris contre l'admission des Juifs au commerce de la 
mercerie » 1767. Typique est Pérudition que Laussel et GouUeau déploient l'un et 
Vautre, non sans pédanterie. Ils n'ont garde dans leurs mémoires respectifs d'omettre 
les expulsions de Juifs... sous Dagobert et Philippe-le-Long. Ces messieurs avaient 
la rancune tenace. < La majorité des maîtres m'ayant demandé, dit Laussel, f'il 
n'était pas possible d'expulser ces Juifs, je leur ai répondu que je ne croyais pas que 
les Juifs, chassés de France sous les règnes de Dagobert et de Philippe-le-Long et 
n'étant pas encore rappelés, dussent être regardés comme citoyens. » Voir pour la pé- 
tition des Juifs de Paris dans cette Revue, Monin, Les Juifs de Paris sous Vancien 
régime^ t. XXIII. 

* Arrêt du Conseil déboutant les Juifs de la demande qu'ils avaient formée pour 
être autorisés à faire le commerce de la draperie et mercerie à Paris (7 février 1777). 
Cet arrêt avait été la conséquence de l'arrêt « du propre mouvement • de Louia XVI 
(14 août 1774], révoquant les brevets de maîtrise accordés aux Juifs. 



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LA VIE COMMERCIALE DES JUIFS COMTADINS EN LANGUEDOC R5 

Juif aurait, par d'insidieuses manœuvres, extorqué un brevet d*ap- 
prentissage, le maître du corps d'état qui aurait présenté ce brevet 
à l'enregistrement devait être poursuivi et dénoncé à l'Intendant. 
Défense était faite aux maîtres de prêter leur nom aux Juifs. 

Cette hostilité du corps des bonnetiers ne désarma les préten- 
tions des Juifs, ni ne découragea leurs efforts. Le privilège était 
alors une forme de droit ; quoi d'étonnant si les Juifs le revendi- 
quaient pour eux-mêmes ! En 1788, plusieurs Juifs, marchands 
toiliers* et un tailleur*, offrirent aux maîtres des corps des toi- 
liers et tailleurs de Nîmes de payer les contributions qui pesaient 
sur la corporation, sous condition d'y être reçus comme membres. 
Le corps des toiliers et tailleurs répondit que « la ruine de leur 
commerce suivrait de près l'admission des Juifs parmi eux, par 
les infidélités qu'ils commettraient sans scrupule ». Les corps de 
métier, disaient les toiliers, n'avaient été institués que pour ga- 
rantir au public la bonne qualité des objets que l'on y fabriquait. 
Y introduire des Juifs, ce serait vouloir ouvrir la porte aux 
fraudes, dans le prix, dans la façon et la qualité de la matière. A 
quoi serviraient les statuts homologués des corps de métiers, si le 
droit exclusif, qui y était porté en faveur des maîtres de travailler 
et de vendre tout ce qui faisait partie de leur profession, ne leur 
était conservé particulièrement contre les Juifs. Ce serait désarmer 
les corps de métier, les livrer sans défense aux Juifs. Ceux-ci 
alors sommèrent les deux corps de faire droit à leur requête, 
qu'ils prétendaient juste et conforme à l'édit de 1787 touchant les 
non catholiques. De ses dispositions résultait, en effet, que le Roi 
permettait aux non catholiques d'exercer leur commerce sans 
que, sous prétexte de leur religion, ils pussent être inquiétés. La 
question d'interprétation de l'édit se posait ainsi : Les Juifs de- 
vaient-ils être compris parmi les non catholiques qui bénéticiaient 
de redit ? Oui, répondaient les Juifs, cet édit étant loi générale 
de grâce et de faveur, embrassant tous les non catholiques sans 
exception, partant les Juifs. A cela, les corps de métier répon- 
daient par la négative, invoquant les précédents, qui tous témoi- 
gnaient contre l'incorporation des Juifs dans les communautés. A 
Nîmes, tous les marchands étaient prêts à attester, sous la foi du 
serment, qu'ils n'avaient jamais eu de Juifs pour collègues. L'an 

' Areb. de THérault, C. 2747. Mémoire de Laudes et Fabre, syndics du corps des 
toiliers à BallainyiUiers, inteDdaat, 1*' avril 1788. Lettre des mômes à Ballainvil- 
Hers, 6 avril 178b. Mémoire de Mardocbée Carcassonne, Juif de Nimes, à Ballaia- 
villiew, 25 avril 1788. 

* Arcb. de THérault, C. 2818. Acte signifié par Monteil, Juif, aux syndics des 
tailleurs de Nîmes (12 mars 1788). Pièces diverses du 13 mars, 23 mars, 12 avril 
1788. 



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86 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1788 avait vu la demande des Juifs de Paris tendant à obtenir 
Taccès dans les Six-Corps de commerce de Paris, rejetée par 
arrêt du Conseil. Sur l'interprétation du mot « non catlioliques v, 
pas le moindre doute à avoir, disaient les marchands, car par 
« non catholiques », Tédit de 1787 entendait les protestants. 
Luthériens ou Calvinistes, avec qui c^s mêmes marchands 
nlmois s'étaient associés au plus fort de la persécution di- 
rigée contre eux. Mais de ce que Tédit admettait les protes- 
tants à jouir du bénéfice de ses clauses, s'ensuivait-il que les 
Juifs eussent le droit d*aspirer aux mêmes privilèges qu'eux? 
Les marchands de Nîmes ne le pensaient pas, le terme de « Juifs » 
n'étant ni cité, ni spécifié dans l'édit de 1787. 

Pour mettre fin au débat contradictoire qui menaçait de s'éter- 
niser quant à l'interprétation du mot a non catholiques «, le 
pouvoir central intervint. Lamoignon de Malesherbes, garde des 
Sceaux, et le ministre Breteuil interprétèrent, à leur tour, l'édit 
de 1787, dans un sens qui n'était pas pour satisfaire les Juife *. 
D'après eux, les Juifs ne pouvaient participer à la faveur que le 
Roi accordait à ses sujets protestants « qu'autant que Sa Ma- 
jesté elle-même croirait devoir expliquer ses intentions à leur 
égard d'une manière spéciale ». 

Les corps de métiers de Nîmes triomphaient donc. Ils avaient 
jeté aux Juifs l'anathème traditionnel : « L'infamie semble les 
suivre. On répugne à fraterniser avec eux. Les Juifs sont une 
nation séparée des autres nations. Elle a son gouvernement 
théocratique, qui fisole et qui rend les Juifs étrangers dans les 
autres états. Un Juif n'est citoyen nulle part, et quoique né Fran- 
çais, il est étranger dans chaque ville. 11 ne saurait donc aspirer 
à être admis dans les corporations de commerce réservées aux 
seuls sujets du Roi. » Telle était l'argumentation des commu- 
nautés de Nîmes. 

A la fin de l'ancien régime, les sentiments des corporations à 
l'égard des Juifs restent les mêmes *. En 1789, quelques mois 
avant la réunion des Etats-Généraux, figées dans leur attitude 
hostile, irréductible, contre les Comtadins, elles persistent à les 

> Arch. de PHérauU, C. 2747; C. 2818. BtllaiDvilliers au subdélégué de N!me«, 
21 avril, 22 avril 1788. il transmet lee lettres explicatives de ces ministres. 

* Cependant an Juif, Mardochée Carcassonne, laisse entendre que les corps d'arts 
et métiers de Montpellier u^avaient pas fait montre à Tégard des Juifs de cette ville 
de la même auimosilé que ceux do Nîmes. « On a vu, dit -il, les marchands de 
Montpellier, aussi jaloux de leurs prérogatives que ceux de Nîmes, recevoir sans 
scrupule et sans opposition, sous les yeux de Tlotendant, divers Juifs dans leurs com- 
munautés. » Ârch. de THérauU, C. 2747. Mémoire de M. Carcassonne, Juif, 25 avril 
1788. 



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LA VIE COMMERCJALE DES Jl IFS COMTADIXS EN LANGUEDOC 87 

écarter. Dans les cahiers de doléances de la provinces pour les 
Etats-Généraux, on surprend des plaintes, écho nullement affaibli 
des préjugés sociaux et théologiques du moyen âge contre les 
Juifs. Ainsi, Louis XV avait créé, à Montpellier, suivant Texemple 
qu'il avait donné à Paris en 1767 \ huit lettres de maîtrise dans 
tous les corps de métiers. Plusieurs de ces lettres furent, comme 
à Paris, achetées par des Juifs dans le corps des fripiers-chausse- 
tiers. Scandale sans précédent aux yeux des marchands ! Deux 
fils de Juifs avaient été reçus au rang de maîtres par le Juge- 
Mage de la ville, sans y avoir été autorisés par la communauté. 
Aussitôt les fripiers d'insérer leurs doléances à ce sujet dans 
leur cahier (1789J '. Ils réclament qu'on les sépare de ces Juifs 
« qui pourraient infecter » toute la communauté ; événement 
qualiôé par eux de « sinistre » et qu'il n'est pas possible de 
prévoir sans frémir. L'éternelle doléance retentit : « Le commerce 
de tous les membres du corps a diminué à un si grand point 
depuis l'étrange introduction des Juifs, que les fripiers se verront 
contraints de l'abandonner pour jamais, si on ne leur tend une 
main secourable et si on ne seconde leurs vœux. » Appel dé- 
guisé — on le voit — à TEtat-Providence. Et voici maintenant 
par où éclate le préjugé social : « Il n'est personne, disent-ils, 
qui ne porte en son cœur la conviction du mal que le peuple juif 
fait dans tout l'univers ». Voici maintenant le préjugé théolo- 
gique, fc L'Etre suprême, dans la création de la nature, voulut 
expressément que cette race fût renfermée dans un certain terri- 
toire et lui défendit de communiquer en aucune manière avec les 
autres nations. » Toutes opinions qui, exprimées avec tant de 
hardiesse, prouvent la corrélation qui existait, à la veille de la 
Révolution, entre la question de l'émancipation des Juifs et 
l'émancipation du travail; si intime qu'entre les partisans du 
maintien des barrières, entre les diverses communautés d'arts 
et métiers, et les partisans du a ghetto » pour les Juifs, il n'y 
avait qu'une différence de degré, non de nature. 

Ce sont là les plaintes des marchands privilégiés, des corpora- 
tions vieillottes, traquant de ville en ville des colporteurs dont le 
principal crime, à leurs yeux, était de savoir commercer et d'ap- 
porter sur les marchés du Languedoc des marchandises abon- 
dantes et peu chères. Les Juifs y répondaient par des placets où 
dominait le sentiment très vif que, la liberté du commerce et de 

* Voir, pour cette affaire, Monio, Les Juifs de Paris sous Vaneien régims^ dans 
cette Revue, t. XXIII. 

* D'Aigrefeuille, Histoire de Montpellier ^ t. IV, p. 648. « Cahier de doléances des 
fripier »-cliau86etiera de MontpeUier », 1789. 



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REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

trie étant un des éléments constitutifs de la vie organique 
>rovince et du royaume, les pouvoirs publics devaient les 
er dans leurs tentatives d'affranchissement du commerce 
industrie lang^uedociens. 

ela, ils partageaient, en matière commerciale, les avis des 
listes, théoriciens du « laissez faire, laissez passer », et 
ière industrielle, les croyances des défenseurs de la liberté 
ail. Ils pensaient de môme que ces négociants de Toulouse 

l'788, dénonçaient à Louis XVI «c les ravages du monopole, 
)nvénients des privilèges, les pertes, les dégâts, les faux 
B découragement, qui sont la suite des droits locaux, des 

des visites, des pièges, des vexations, en un mot, de 
les entraves qui obstruent le commerce et emmaillottent 
rie ». 

, disaient les Juifs, que les pouvoirs publics rejettent les 
s des communautés, comme ne répondant plus aux aspira- 
ouvelles des commerçants et industriels français ! Elles se 
ient de la concurrence des Juifs. De bonne foi, qui les em- 

de lutter contre elle avec avantage? Si les boutiques 
rchands du pays n'attiraient plus les chalands, à qui la 
inon à Tincroyabie avidité des boutiquiers languedociens ? 
-on pas vu — le subdélégué de Tintendant Tattestait * — 
on pas vu, à Nîmes, deux ou trois marchands s'entendre 
dndre à des prix exorbitants leurs étoffes et s'étonner 
qu^elles n'eussent pas plus de faveur auprès du public? A 
lonne*, une minorité de marchands en étoffes s'indignait 
oncurrence des Juifs, sans se plier au moindre sacrifice 
aire au public. Au reste, nul pouvoir n'empêchait les 
s de fréquenter les boutiques des Juifs. Leur profit était 
s'y tenaient. Les Juifs, que les marchands de Nîmes accu- 
le passer en contrebande leurs marchandises, se faisaient 

prouver les menées de ces Nîmois, qui écoulaient des bas 
$s dans les Gévennes au mépris des règlements '. 
poste des Juifs à ces accusations était, on le voit, facile, 
î, Intendant, n'hésitait pas, en 1740, à reconnaître les 
fments qui assuraient le succès de leurs opérations com- 
Bs : le bon marché, l'abondance, la variété *. En termes 

de rilérault, C. 2743. Le subdélégué de Nimes a Bernage, 19 septembre 

de THérauIt, C. 2743. Le subdélégué de Carcassonne à Bernage, 9 sep- 
29. 

de THérault, C. 2504. Lettre des intendants et subdélégués ; observa- 
DSpecleurs des manufactures, 
de l'Hérault, C. 2745. < Les marchands de Montpellier sont mal assortis... 



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LA VIE COMMERCIALE DES JUIFS COMTADLNS EN LANGUEDOC 89 

non ambigus, il réduit à de justes et minimes proportions Ten- 
flure démesurée des imputations des marchands languedociens*. 
Son sens clair et droit, sa justesse d*esprit démêlent aisément, 
dans les doléances des uns et des autres, le vrai du faux. Il sait 
qu*il est Intendant en Languedoc pour veiller aux intérêts géné- 
raux de la province et que tous, Juifs ou marchands, ont droit à 
sa justice distributive, à condition de n*en point abuser pour s'en 
servir les uns contre les autres *. Les marchands de Montpellier, 
lui écrit Orry, contrôleur général( 1740), ne seront écoutés qu'au- 
tant qu'ils se feront un devoir d'être bien assortis et se conten- 
teront d*un profit légitime >. Ces mots laissent deviner bien des 
fraudes *. Aussi les marchands de Montpellier feignent-ils de ne 
pas les comprendre. En 1774, Le Nain, Intendant, les leur fit 
entendre. Il défendit aux syndics des corps des fripiers-chausse- 
tiers de Montpellier d*exercer aucune poursuite contre les Juifs 
qui y étaient domiciliés ^» les menaçant même» s'ils récidivaient, 
de révoquer leurs lettres patentes, ce qui mit le comble à leur 
fureur. Cette même année (1744), les notabilités de Montpellier 
prirent sur elles de délivrer aux fripiers juifs un certificat de 

lieDDeDt leurs étoffes à des prix si excessifs que quoiqu'ils disent sur la mauTaise 
qualité de celles que portent les Juifs dans les foires, elles ne valent pas mieux par 
les prix auxquels ils les vendent que celles que Ton trouve dans les boutiques des 
marchands. Les Juifs en ont de toutes qualités, a tous prix. Je n'ai pas ouï dire 
qu'ils en portassent qui ne fussent point marquées du plomb de fabrique. Par consé- 
quent, c'est la différence du peu de profit auquel les Juiis se réduisent à l'excessive 
cherté des prix que les marchands mettent à leurs étoffes qui a déterminé le public 
à se pourvoir dans les foires plutôt que de donner des commissions à Lyon. > Ber- 
nage à Orry, le 31 mai 1740. 

' Il ne croit pas que les Juifs puissent nuire aux fabriques et il est « fort peu tou- 
ché de l'allégation des marchands sur le tort que les Juifs pourront faire au bien du 
royaume en faisant passer leurs fonds à l'étranger ». Bernage à Orry, 11 novembre 
1740. Arch. de PHérauU, C. 2745. 

* Joubert, syndic général, pense que les Juifs ne nuisent pas au commerce et que 
le public y trouve son avantage. Joubert à Le Nain, 27 août 1744. Arch. de l'Hé- 
rault, C. 2802. < Si les Juifs éiaieut exclus des foires, je suis persuadé que cela 
ferait un vide dont souffriraient les fabriques. > Orry i Bernage, 2 décembre 1740, . 
C. 2745. 

* Arch. de l'Hérault, C. 2745. Orry à Bernage, 2 décembre 1740. 

* Arch. de l'Hérault, C. 2745. Orry à Bernage, 2 décembre 1740. « Les marchands 
vendent à des prix usuraires. Il y en a qui achètent à Paris et à Lyon des galons d'or 
et d'argent, poids de marc, et qui ne se font pas scrupule de les vendre i Montpellier 
le même poids de table en y augmentant de 10 0/0 ». — Le poids de marc := 8 onces 
ou la moitié de la livre de Paris. Le poids de table, en Languedoc, différait du poids 
de marc. 

* Arch. de l'Hérault, C. 2802. Ordonnance de Le Nain, 1*' novembre 1744. ~ 
Le Nain au Contrôleur général, 5 février 1745. < Je rendrai sur cette contestation 
(entre fripiers et Juifs) ordonnance conforme a la décision contenue dans votre lettre du 
29 janvier et je préviendrai les fripiers, ainsi que vous m'en chargez, que s'ils don- 
nent lieu à des plaintes de la part du public, on révoquera leurs lettres patentes. > 



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90 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bonne vie et mœurs ^ Les habitants de la ville ne dissimulaient 
pas leur antipathie pour des corps de métiers qui, quoique com- 
posés de chrétiens comme eux, semblaient prendre à tâche de les 
rançonner. Tous, ils s'intéressaient au commerce des Juifs, dé- 
solés à la seule idée que les mesures prohibitives projetées par 
les métiers contre les Juifs pourraient avoir leur exécution un 
jour ou Tautre, prévoyant à coup sûr Tarrogance sans bornes des 
boutiquiers de la ville le jour où les Juifs leur auraient cédé la 
place *. Aussi, quand s'éleva, entre les marchands de Montpellier 
et le marquis de Grave, la contestation au sujet des Juifs fré- 
quentant la foire du Pont-Juvénal, la population prit-elle parti 
pour les Juifs, chez qui elle trouvait à bas prix les objets que 
les boutiquiers vendaient très cher en ville. 

C'est un épisode curieux de la question juive, en Languedoc, que 
la suite des démêlés du marquis de Grave avec les communautés 
de Montpellier. De bonne noblesse, caractère altier, turbulent, le 
marquis allait entrer dans la lice où l'attendaient des boutiquiers, 
gens de rien. Sans doute, dans toute cette affaire, l'intérêt per- 
sonnel le guidait, mais, la passion s'en mêlant, passion de gentil- 
homme contre les roturiers, il entreprit un siège en règle contre 
les gens des métiers, qui, dans un zèle intolérant mis au service de 
leurs monopoles, allaient jusqu'à douter de la valeur des privilèges 
inhérents à ses droits de propriété sur les foires du Pont-Juvénal. 
Pour le coup, c'était trop, le marquis ne fit qu'en rire. Tout de 
même, il se plaignit à Bernage (1741) : « De quel droit, lui demanda- 
t-ii, des marchands qui volent le public — le mot était dur — 
prétendent-ils en imposer au Roi contre le teneur de mes titres' »? 
Ces titres, il les montrait aux yeux de tous, ils étaient patents. 
Malgré tout, l'on voyait les marchands de Montfiellier « avancer 
faussement que le marquis donnait à ses foires une extension qui 
n'était pas comprise dans les titres de leur fondation * ». Ils en 

* Ârch. de l'Hérault, C. 2802. « Certifions que de tout temps les Juifs ont été à 
Montpellier pour trafiquer aux vieilles hardes, faisant le profit du public. Ils ont été 
fort utiles, sans avoir fait aucun tort à personue. i Si.'ué : Nadal, lieutenant du 
maire de Montpellier, Comte, consul, Caropan, conseiller auditeur, 28 octobre 1744. 

* • Le commerce des Juifs à Munipellier est très avanta^^eux aux habitants. Ils y 
sont aussi utiles que pour les campagnes les maquignons juifs. Les poursuites que 
les fripiers font contre eux ont répandu Talarme parmi les habitants qui s^intéressent 
tous à ce que les défenses proposées n'aient pas lieu. Si ^autorisation donnée aux 
Joifs leur était ôtée, le public en souffrirait infiniment parce que les fripiers ne man- 
queraient pas de se prévaloir de leur éloignement pour se rendre encore plus diffi- 
ciles dans les achats et ventes quUls feraient des vieilles bardes. • Arch. de l'Hé- 
rault, C. 2802. Le Nain au Contrôleur général, 2 novembre 1744. 

* Arch. de l'Hérault, C. 2745. Le marquis de Grave à Bernage, 29 janvier, 
4 mars 1741. 

* Arch. de l'Hérault, C. 2745. Le marquis à Bernage, mars 1741. 



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92 REVUE DES ETUDES JUIVES 

commissionnaire des Juifs ne répugnait donc nullement aux bou- 
tiquiers. L'Intendant Bernage savait même que « le corps des 
marchands de Montpellier, par avarice, usait à Tégard des com- 
missionnaires des Juifs d'une singulière tolérance ». Il les admettait 
au nombre de ses membres, recevant par là l'argent que les Juifs 
fournissaient à leurs commissionnaires, en général pauvres hères. 

Aussi bien n'était-ce pas la première fois qu'un Intendant du 
Languedoc pénétrait les secrètes menées des marchands d'une 
ville. A Toulouse, Le Nain (1745) porte sur eux un jugement ana- 
logue à celui de Bernage sur les métiers de Montpellier. « Le 
meilleur parti qu'ils puissent prendre, écrit-il à Orry, c'est d'as- 
sortir leurs magasins des mômes qualités de marchandises que les 
Juifs y apportent et de se contenter dans la vente d'un profit 
moindre que celui qu'ils font ^ » Ainsi ils arriveront à dégoûter les 
Juifs de se rendre à leurs foires. Au reste, Orry encourageait Le 
Nain dans cette ligne de conduite : il fallait, d*après lui, redoubler 
de sévérité contre des marchands qui entravaient le commerce des 
Juifs. Garquet, inspecteur des manufactures royales du Languedoc, 
se voyait adresser un blâme officiel pour avoir secondé les agisse- 
ments des jurés-gardes toulousains contre les Comtadins *. Il re- 
cevait l'ordre d'intimer à ces trop zélés fonctionnaires d'avoir à 
cesser leurs molesta tions '. A dire vrai, de très hautes influences 
encourageaient les Juifs à Toulouse. La Présidente d'Aspe *, ayant 
personnellement recommandé à l'Intendant Saint-Priest, le père, 
les Comtadins, ce fonctionnaire l'assura que ses vœux seraient 
exaucés ; il écrivit aussitôt au subdélégué de Toulouse de veiller 
i ce que les Juifs ne fussent pas inquiétés *. 

L'Intendant était appuyé par le sentiment du public, qui trou- 
vait son intérêt dans une concurrence permanente entre Juifs et 
métiers. Ce sentiment se fit jour à diverses reprises. Il y avait, à 
Béziers, deux ou trois marchands d'étoffes qui se piquaient de 
fournir à eux seuls toute la ville. La présence des colporteurs 
comtadins aux quatre saisons de l'année les exaspérait. Leurs 
plaintes systématiques eurent le don de lasser l'Intendant, Le Nain, 
qui défendit aux Juifs de commercer dans Béziers (1745) *. Mal 

* Arch. de l'Hérault, C. 2746. Le Nain a Orry, 12 mai 1745. 

< Arch. de PHérault, C. 2746. Le Nain à Carquet, 15 août 1745. 
s Arch. deTHérault, C. 2746. Saint-Priest au subdélégué de Toulouse, 14 août 
1751. 

* De la famille de robe des d'Aspe, qui comptait deux présidents à mortier au 
Parlement de Toulouse, Jean et Bernard d'Aspe. 

« Arch. de l'Hérault, C. 2746. Saint-Priest au subdélégué, 14 août 1751. 

* Arch. de l'Hérault, C. 2748. Ordonnance de Le Nain, 18 décembre 1745, rendue 
sur requête de Bernard Cabanon, marchand d'étoffes en soie, de Béziers. 



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LA VIE COMMERCIALE DES JUIFS COMTADÏNS EN LANGUEDOC 93 

approvisionnés, vendant cher, les marchands de la ville ran- 
çonnèrent les acheteurs, tant et si bien que la « plupart des 
messieurs et dames de Béziers » adressèrent au subdélégué leurs 
doléances pour lui signaler les vexations dont les Juifs étaient 
Tobjet de la part des boutiquiers,lors de leur passage à Béziers ^ 
Une occasion se présenta qui permit au subdélégué de se déclarer 
ouvertement en faveur des Juifs et hostile à la coterie tyrannique 
des métiers. Des Juifs, passant à Béziers pour aller débiter leurs 
marchandises à Toulouse, déposèrent, comme de coutume, leurs 
étoffes dans un cabaret. Le bruit s*en répandit, d*où affluence 
nombreuse autour d'eux. Les marchands de Béziers alléguèrent 
alors que les Comtadins avaient vendu malgré les ordonnances et 
intimèrent aux prévôts des marchands Tordre de saisir leurs 
marchandises. Accusation fausse, au dire du subdélégaé Boussa- 
nelle, car les Juifs n'avaient pas déplié leurs étoffes, malgré les 
instances du public. Dans le but de concilier Juifs et marchands, il 
intervint; en pure perte. Les marchands s*obstinèrent à refuser de 
rendre aux Comtadins les étoffes confisquées. Le subdélégué, dont 
ils bravaient les sages remontrances, en référa à Le Nain, sous 
forme de réquisitoire contre les marchands de Béziers *. « Toute la 
ville, dit-il, est révoltée contre leurs procédés et nous sommes à 
portée d*entendre le murmure que l'arrestation des Juifs a causé à 
Béziers. Si les marchands se plaignent du préjudice que ces Juifs 
leur causent, c'est leur faute. Ils ne doivent pas écorcher le public 
et chercher à faire des profits considérables. » Le Nain cassa la 
saisie. Le subdélégué l'informa aussitôt que les Juifs étaient très 
satisfaits de ce jugement, de môme que les habitants^, informés, 
comme lui, de la vexation des marchands de Béziers. Grâce à la 
vigilante attention des pouvoirs publics, les intérêts des acheteurs 
étaient encore une fois sauvegardés. 

Tel est le type, entre mille, des contestations qui s'élevaient 
entre Juifs, partisans de la liberté commerciale et industrielle, et 
les marchands réunis en corps de métiers, défenseurs de leurs pri- 
vilèges et monopoles, attaqués par les Juifs. Mais ceux-ci, malgré 
leurs efforts assidus, ne réussirent pourtant pas à pénétrer dans 

^ Arch. de rHérault,G. 2748. Boussanelle, Bubdélégué*à Béziers, à Le Nain, 11 Juil- 
let 1748. « II est vrai, dit-il, que ces marchands ont des statuts autorisés par arrêt 
du Parlement leur accordant des privilèges exclusifs, mais le public souffrant à l'oc- 
casion de ces privilèges qui produisent tous les jours de nombreux abus... je tous 
en informe. » 

* Ârcb. de l'Hérault, G. 2748. Mémoire de Boussanelle, subdélégué à Béziers^ à Le 
Nain, 23 Juin 175u. 

* Arch. de l'Hérault, G. 2748. « On y souhaiuit ardemment qu'il fût permis aux 
JuîCb de vendre leurs marchandises ou du moins qu'ils fussent libres de venir tenir la 
foire du 4 octobre pendant huit Jours. • Mémoire de Boussanelle, 23 Juin 1750. 



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94 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ces communautés que protégeaient contre eux Tétroitesse des pré- 
Jugés en cours et la politique des pouvoirs publics. 



IV 

LES JUIFS ET LES POUVOIRS PUBLICS. 



Au milieu des vives haines suscitées tant du côté des marchands 
du pays que du côté des Juifs, Tintendance du Languedoc a pra- 
tiqué, à regard des uns et des autres, une politique ferme autant 
que souple, où se reflète la pensée des ministres et des contrô- 
leurs généraux. 

Dans la conduite à tenir vis-à-vis des Juifs comtadins, en Lan- 
guedoc, les divers intendants de cette province, au xviii® siècle, 
songent avant tout à deviner les intentions du pouvoir central. 
Aussi, il faut voir avec quel tact, quelle prudence, ils s'ingénient 
à interpréter, chacun selon son tempérament, les instructions de 
Versailles. 

De 1685 à 1718, c'est Lamoignon de Basville, « Tautocrate », 
prêtant peu d'attention, dans le tumulte des affaires des religion- 
naires, à ces Juifs comtadins, qui passaient trois ou quatre fois 
l'an sur les grands chemins, fiasville n'avait qu'à tenir la main à 
Vexécution de l'arrêt général de bannissement des Juifs (1615] et, si 
les Comtadins l'enfreignaient, les expulser, malgré les ordonnances 
contraires du Parlement de Toulouse. Cet intendant reçut aussi 
mission du Conseil d'Etat de veiller ' sur les Juifs bannis du Lan- 
guedoc, par arrêt du 29 février 1716. A partir de cette date, la sur- 
veillance des Juifs rentre dans les fonctions policières de l'Inten- 
dant, vu leurs apparitions fréquentes dans la province et la colère 
des marchands du pays, irrités par leur concurrence. Requêtes et 
placets des uns et des autres sont adressés à l'intendant à Mont- 
pellier : la rapidité et le peu de frais de la procédure de Tintendance 
leur convenaient Les marchands invoquent le secours de Basville 
contre les Juifs, car ils le considèrent comme le protecteur - hé 
de leurs intérêts. C'était, non des leurs, mais de ceux de la pro- 
vince, en général, que Basville était le soutien. C'est ce que les mar- 
chands ne voulurent pas comprendre. Ils crurent l'Intendant prêt 

* LamoigDOQ de BasTille, intendant du Langaedoc, « exécutera l'arrêt > il mars 
1*716. Ârch. de IHérault, C. 2743. Extrait des registres du Conseil d'âtat. Arrêt da 
Conseil du 29 Uyriet 1716. Le duc d'Orléans était régeot, PhtUppeaux, chancelier. 



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LA VIE COMMERCIALE DES JUIFS COMTADLNS EN LANGUEDOC 9» 

à les suivre dans toutes leurs vexations contre les Juifs. De là, leur 
déception. 

Du successeur de Basville à Tintendance nous ignorons la 
politique à l'égard des Juifs, en Tabsence de documents sur ce 
personnage. 

Son fils, Louis Basile de Bornage, joue un rôle important dans 
rhistoire des relations de Tintendance avec les Juifs. Dès 1729, 
il entame avec les contrôleurs généraux une correspondance 
à leur sujet. Le débat portait sur leur situation irrôgulière dans 
le Languedoc. Sur Tordre de Le Pelletier-Desforts, contrôleur 
général, il fait ouvrir une enquête par les subdéiégués de Nîmes, 
Montpellier, Carcassonne, Toulouse, où Ton signalait les Juifs 
comtadins (1729). Sur leur avis, Bernage les expulsa (1729), 
exécuta le nouvel arrêt du Conseil (20 février 1731), qui leur 
interdisait de séjourner en Languedoc. De cette époque datent 
les rapports officiels échangés journellement au sujet des Juifs 
entre Orry, contrôleur général (1730-1745), et Bernage. Sous Tin- 
fluence des nouvelles idées en matière de commerce et d*industrie, 
les prescriptions de l'intendance à Tégard des Juifs perdent de leur 
rigueur. Aussi la question juive prenait en Languedoc le caractère 
d*une lutte entre marchands du pays, que Tintérêt poussait à dé- 
fendre leurs monopoles, et Juifs comtadins, que l'intérêt excitait à 
les attaquer. Le Conseil d'Etat voyait, lui, d*un œil hostile s*étendre 
les monopoles des métiers. Rien d'étonnant, dès lors, à ce que 
l'Intendant permit aux Comtadins de fréquenter les foires, dont ils 
stimulaient les transactions par leur concurrence. Cette politique 
de Tintendance ne recevait-elle pas l'approbation du contrôleur 
général Orry ' ? 

Un progrès sensible se manifeste dans le sens de la tolérance 
envers les Comtadins. Le Nain, successeur de Bernage, en donne 
la preuye dans cette lettre où il offre au contrôleur général de 
donner aux Juifs des permissions temporaires de séjour. Et le 
contrôleur accueille cette demande avec faveur, avertit même Le 
Nain qu'il révoquera les lettres de privilèges de certains mar- 
chands s'ils donnent lieu à de nouvelles plaintes de la part du 
public par leurs tracasseries à l'endroit des Juifs*. Toujours 
l'éternelle lutte du travail privilégié contre le travail libre. 

' 11 n'y a pas qu'en Languedoc où l'Intendant semble tolérant pour les Juifs. On 
lit dans ^Inventaire de la Chambre de Commerce de Bordeaua^ qu'en 1734, llnten- 
dant de Quyenne sollicitait un délai pour les Juifs expulsés du royaume. Les mi- 
nistres n'étaient pas toujours hostiles aux Juifs. En 1729, le contrôleur général, avant 
de statuer sur le projet de règlement des drapiers-merciers de Bordeaux, s^enquiert 
des préjudices qui en résulteraient pour les Juifs portugais (29 décembre 1729). 

' Ces marchands que le Contrôleur morigénait ainsi étaient les fripiers-chausse- 



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% REVUE DES ETUDES JUIVES 

En 1751, Saint Priest, suppléé longtemps par son fils, arrive à 
l'intendance. Trudaine, ministre, avait averti Saint Priest père 
(1755) des progrès qu'avaient faits auprès du bureau du commerce 
de Paris les nouvelles idées sur la liberté du commerce et de Tin- 
dustrie. Dans une lettre adressée à Trudaine (1761), Saint Priest 
fait allusion à Gournay, qui avait dénoncé les inconvénients de la 
réglementation industrielle. Or, quels étaient les défenseurs de ces 
règlements, sinon les marchands et industriels privilégiés qui ne se 
gênaient nullement pour brûler * et attacher au carcan les étoffes 
apportées par les étrangers et les Juifs du Comtat ? La haine de la 
concurrence, d^ou qu'elle vint, les possédait, eux et leurs corps de 
métiers. Saint Priest s'en rendit très bien compte. Une lettre * de 
rintendance (1761) nous laisse, à ce sujet, entrevoir les grandes 
lignes de la politique des Intendants dans la question des privilèges 
industriels ou commerciaux. Les privilèges, Saint Priest ne les 
admet que s'ils servent au bien du public. Le rôle de l'Intendant, 
d'après Saint Priest, est de stimuler le commerce d'une province» 
de protéger les marchands du pays, certes, mais sans étroitesse 
d^esprit ni préjugés, a Pour que le commerce se maintienne au 
profit de l'Etat, il faut le laisser libre dans tous les pays, mais de 
façon pourtant que chaque pays reste libre dans son propre com- 
merce. » On comprend, dès lors, l'attitude des Intendants du Lan- 
guedoc vis à vis des Juifs. Quand ils interdisaient aux forains, aux 
Juifs du Comtat, la vente en détail, hors le temps des foires, ils 
prenaient ces mesures dans le but de « faciliter aux marchands 
domiciliés la vente de leurs marchandises et le paiement de leurs 
eng>igements ». Mais permettre aux Juifs et à tous étrangers de 
vendre en gros sur les champs de foire, afin qu'ils répandissent 
sur les marchés de la province l'abondance des marchandises, 
inciter les Juifs à rivaliser avec les marchands indigènes, c^était 
pour les Intendants se montrer fidèles à leur rôle de protecteurs 
du commerce de la province. Et pour mieux dévoiler le fond de sa 
pensée. Saint Priest de s'écrier : « La récompense d'une nouvelle 
industrie, l'excitation d'une ancienne qui languissait dans une 
concurrence sans émulation ont été, et peuvent être encore, les 
motifs légitimes de plusieurs privilèges du commerce, mais la 

lie» de Montpellier dont le corps était ligué contre les Juifs vendeurs de Tieuz. 
Ârch de l'Hérault, C. 2802 (pièces relatives a cette contestation). 

1 Dans un mémoire des marchands en soierie et draperie de Bordeaux aux direc- 
teurs de la Chambre de commerce pour demanJer que les Juifs d^Avignon fussent 
exclus des foires, on lit t qu'il fut brûlé à Tours une partie considérable de leurs 
marchandises >. Inventaire de la Chambre de commerce de Quienne^ C. 4378 (1757). 

* Arch. de la Haute-Garonne. Le Secrétaire de Saint Priest à Amblard, suhdé- 
légué à Toulouse. 4 mai 1760. 



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LA VIE COMMERGULE DES JUIFS COMTADLNS EN LANGUEDOC 97 

durée indéfinie de ces privilèges et leur transmission entre les 
mains de leurs hoirs ne sont-ils pas propres à étouffer Tindustrie 
et éteindre cette même émulation qui est véritablement l'âme du 
commerce ^ ? » Rapprochons de ces paroles de Saint Priest le lan- 
gage de Bernage à Lepelletier-Des forts, contrôleur général' : « Je 
puis vous assurer, écrit-il, que je n*ai accordé la permission (de 
commercer dans la province) à aucun Juif, quoique j*aie été souvent 
sollicité, ne croyant pas que cela dût convenir. . . sinon dans les 
cas où les marchands voudraient s'obstiner à vendre leurs mar- 
chandises à un prix excessif et pour les réduire à la raison. » 
Qu*est*ce à dire, sinon que, dans l'esprit de Bernage comme dans 
celui de Saint Priest, il s'agissait d'opposer aux privilèges envahis- 
sants des métiers, la menace de la concurrence juive? Nous sai- 
sissons alors le sens des atténuations apportées par Tintendance à 
la législation rigoureuse qui excluait les Juifs du séjour et du 
commerce dans la province. Les Juifs comtadins n'étaient dans la 
main des Intendants que les instruments d'une politique asservie 
au pouvoir central et, par-dessus tout, aux intérêts généraux de la 
province. 

Les derniers Intendants du Languedoc s'écartèrent peu ou point 
du pian tracé par leurs prédécesseurs. Mais ni Guignard de Saint 
Priest, qui avait remplacé son père en 1764, ni Ballainvilliers ne 
prêtèrent attention aux réclamations des Comtadins tendant à faire 
consacrer par les pouvoirs publics leur situation de fait en une 
situation de droit. 

On connaît la fin de non-recevoir que le pouvoir central (1788) 
opposa à leur demande d'admission dans les corps de métiers, à la 
suite de la promulgation de l'édit sur les non catholiques. « Sans 
affubler, comme l'a dit M. Monin^, Louis XVI du titre de protec- 
teur des Jui&, qu'il n'a ni ambitionné ni mérité, on doit reconnaître 
alors le rapide progrès des idées. La loi — et spécialement l'édit 
touchant les protestants '-, ne procédait plus contre les Juifs par 
prohibition et par prescription, mais par prétérition. » Les Inten- 
dants s'en doutaient si bien que Ton découvre dans la correspon- 
dance échangée entre Saint Priest, Ballainvilliers et Amelot, mi- 
nistre, maintes traces d'une tolérance habilement déguisée *. C'est 
en s'abritant sous l'autorité des Intendants que les Juifs comtadins 

*■ Arch. de la Haute-Garonne, C. \ 48. Note de Tlntendance. 

* Arch. de l'Hérault, C. 2743. Bernap^e au Contrôleur général, 6 septembre 1729. 

* Voir, dans cette Revue^ Les Juifs de Paris à la fin de Vaneien régime, t. XXIIl. 

* Voir aussi une lettre de Saint Priest (1782) demandant à M. de Morville, direc- 
teur de la caisse des pensions des nouveaux convertis, une pension sur les écono- 
mats, en faveur d*un Juif hollandais, échoué à Béziers, Juif converti, il est vrai. 
Arch. de l'Hérault, C. 522. 

T. XXX VI, H® 71 7 



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98 REVUE DÉS ÉTUDES JUIVES 

itcqu]t*elit utie résidence fixe dans là province, f plàcètétit lëtiH 
c£lt)ltatil, se ârent accepter par la population, en attendant qUe ïi 
Révolution leur donnât le droit d'y vivre et d'y commercer îibre- 
metit (1790). Lear émancipation coïncidait avec la fin de là Itittë 
eritre la réglementation à outrance et le travail libre. 

Ce ti'est pas à dire que les plans des divers Intendants de Brfs* 
Ville à Ballainvilliers apparaissent avec netteté. Bien souvent, le^ 
compétitions locales qui s*agitent autour d*eux impriment des 
heut*ts à leur politique, des flottements à leur ligne de conduite. 
Quelquefois, la superstition du monopole Industriel ou commercilll 
est tellement ancrée dans les esprits que les Intendants hésitent I 
rattflqoer de front. Les alternatives de mesures tolérantesl et tê" 
pressives envers les Juifs Indiquent assez qu'ils n*osent parfois 
combattre les préjugés des corps de métiers. Surtout, ils avaient ft 
compter avec les pouvoirs provinciaux, toujours prompts à saper 
leurs prérogatives : en premier lieu, le Parlement de Toulouse. 

La politique de ce corps judiciaire à Tégard des Juifs se réduit 
le plus souvent à une lutte d'influences contre l'Intendant. Les 
Juifs comtadins semblent avoir trouvé près des magistrats du Par- 
lement une assez grande tolérance. On connaît les arrêts qui, à 
partir de 1695, leur permirent de commercer, notamment à Tou- 
louse, arrêts qui amenèrent le conflit entre Saint Priôst et le Par- 
lement (1755). 

A côté et au-dessous de lui, les magistrats locaux adoptaient tl5i- 
à-vis des Juifs diverses lignes de conduite. A Toulouse, I6s C^pl- 
touls, assistés du Conseil de bourgeoisie, tantôt défendent Jaldtlâe- 
nlent les privilèges des métiers, tantôt accordent aUl Juifs ièÉ 
concessions inattendues *. Par contre, le corps de la Bourse leur est 
nettement hostile. Il n'en pouvait être autrement, les jUges qtll le 
cothposaient étant issus du corps des marchands et chargés âé 
veiller sur leurs intérêts. 

Les mêmes laits, les mêmes procès, les mêmes hésitations ad 
sujet des Juifs comtadins se répètent dans les Autres Villes thanU- 
facturlôres du Languedoc : à Narbonne, où les collecteurs dé- 
crivent un Jdif sur les rôles de la capitatlon; à Nlme^, â Mont- 
pellier, où depuis les Consuls Jusqu'au Juge-Mage, en passant pit 

^ ËD 17ï^5, ils accordent aux JuiFs les huit jours « francs de fôte et de dimanche >. 
En 1765, les Juifs de Bordeaux avaient offert d^acheter à Toulouse pour cinq mil- 
lions l'ile de Tounis pour y établir des manufactures de savon. « Ces propositions, 
dit à Saiot-Priest le subdéiégué, sont invraisemblable^, mais on les aurait acceptées 
ro^me à un prix plus bas. • Cette olfre prétendue est niée par Tabbé Chëoiibon, 
curé de Beauregard et Bersac en Vivarais dans un mémoire Sur les utaniaget fw4 À 
Soi et rBtat peuvent tirer de la tille de Toulouse^ présenté en 1713 a Fabbé Tertà^. 
Histoire générale du Languedoc, t. XIII, p. 1226-1228. 



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LA VIE COMMERCIALE DES JllFS COMTADINS EN LANGUEDOC 9^ 

Ifl Cour des Comptes, aides et finances, tous s'occupaient des Juifs, 
les Consuls pour statuer sur leurs litiges avec les marchands do- 
miciliés, le Juge- Mage pour les juger, la Cour des Comptes ou le 
Général des monnaies pour les dénoncer à la sévérité des arrêts. 

Les Btats proYinciaux du Languedoc n'eurent pas à intervenir 
dân^ les querelles suscitées dans la province par la question 
Juive. 

A maintes reprises, les Juifs essayèrent de gagner les boilnes 
grâces des personnages influents auprès des Intendants. Saris 
doutêf ils n*eui*ent pas à se louer des offices des députés du com- 
merce de la province, qui, mandataires des intérêts des marchanda 
et industriels languedociens, se méfiaient d*eux, mais la protëctioh 
des syndics généraux du Lani^uedoc, MM. de Montferrier et dé 
ioubert, n*était-elie pas suffisante pour eux? 

Entre ces diverd pouvoirs, les Juifs louvoyèrent durant lout le 
cours du xviii< siècle. Au fond, malgré les vexations, suite natu- 
relle de leur condition « d*aubains » placés hors du droit commun 
vis-à-vis des Languedociens, la vie des Comtadins fut assez facile 
dans la province. Le Languedoc était pour eux terre de prédilec- 
tion. Chassés de cette province, à plusieurs reprises, tout récem- 
ment en 1615, ils s'étaient retirés dans le Comtat, où ils se sen- 
taient protégés par le Vice- Légat '. Au reste, Texpulsion générale 
de 1615 n'eut jamais un caractère définitif. Leur séjour et leur 
commerce se prolongèrent bien après cette date. Leurs apparitions 
furent si fréquentes, qu'un siècle après, le Conseil d'Etat fut forcé 
de sévir contre eux. Fait curieux. Tannée où fut rendu l'arrêt qui 
les chassait à nouveau du Languedoc (1716), loin de marquer le 
terme de leurs incursions commerciales, leur imprima une vigueur 
nouvelle. A partir de cette époque, ils se multiplient dans la pro- 
vince, s'y fixent à demeure, s'infiltrent lentement dans la population 
languedocienne, si bien que la Constituante, en décrétant (1790) 
rémancipation définitive des Juifs avignonnais, ne fit que con- 
sacrer, en ce qui touchait le Languedoc, une fusion depuis long- 
temps accomplie entre Juifs et habitants du pays. Ajoutons la 

* Pendaoi le xvii* siècle, les Juifs n'eurent qu^â se louer de la bienveillance du 
Vice-Légat d'Âvignou. Exemple : en 1621, le Vice- Légat permet aux communautés 
et aux particuliers juifs de résider dans tout le Comtat {Invent, des ArcA. de Vau» 
elnêê, B. 2499; Cour de Ifatan), En' 1626, le cardinal Aldobrandini, camérier du 
Pape, accorde à Isaac et Simon de Lattes, juifs, frères, un induit pour tenir pen- 
dant dix ans une maison de prêis sur gages, à Avignon, en percevant jusqu'à 
1S 0/0 d'intérêts par an, ainsi que cela est toléré pour les banquiers juifs d'Ancône 
{IHd,^ B. 586). Cour êéant au Palais apostolique d'Avignon, — En 1636, un moni- 
Uûre de Jules Mazarin, légat, défend de molester les Juils, lorsqu'ils se livrent a la 
gestion de leurs affaires. [Ibid,, B. 608.) En 1701, une ordonnance du Vice-Légat 
défend d'incarcérer les Juifs pour dettes civiles (Ihid.^ B. 763). 



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SVUE DES ÉTUDES JUIVES 

'être accueillis par le public et Tintendance 
s capables de battre en brèche les privilèges 
striels et commerçants, trop âpres au gain, 
[ue le commerce de colportage auquel ils se 
comme un apprentissage des plus surs à la 
actifs. Aussi le décret qui leur accorda les 
}) ne surprit-il ni les Juifs du Comtat établis 
Languedociens habitués depuis un siècle à 
eurs côtés. 

) » ne fut donc en Languedoc qu'une des 
concurrence entre marchands indigènes et 
seurs de vieux privilèges et partisans de la 
commerciale. En 1790^ les barrières étant 
t les Juifs comtadins des chrétiens du Lan- 
dive » s'éteignit d*elle-méme. 

N. ROUBIN. 



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102 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ta», qui a induit le copiste en erreur. Il y a eu donc double ditto- 
graphie verticale. 

Dans Ez., xvi, 4, le mot ^^ninbi^i, absolument inutile, est la re- 
production du même mot écrit une ligne plus haut. 

Ibid,, XXXV, 4 : nritnom, qui est superflu et embarrassant, est 
séparé par vingt-neuf lettres du même mot. 

Enfin, nous nous hasarderons à expliquer de la môme façon la 
présence des mots 'n h« après «3*^» '^n'^sp dans Gen., iv, 1. Ces 
mots n'ajoutent rien à Tétymologie du nom de Caïn et n'offrent 
pas de sens satisfaisant. Un copiste n'aurait-il pas, par inadver- 
tance, reproduit les mots mn n» de la ligne précédente, et mn 
n'est-il pas devenu ensuite le tétragramme? 

Il est probable qu'on trouverait facilement bien d'autres pas- 
sages qui servira iei]it à prouver que la longueur des lignes dans 
les anciens manuscrits était la même que dans les éditions cou- 
rantes. 

Mayer Lambert. 



LE VERBE nma 

hepiel du verbe m)3, qui se rencontre neuf fois dans la B|^Ie, 
est traduit, dans tous les dictionnaires que j*ai pu consultpf*, par 
ff fuer ». Or, dans six passages sur neuf, cette (orjfne do}t mapi- 
festement être rendue, non par « tuer », m^i3 par « ^pt^pypr» dpf)- 
^er 1^ coup de grâce ». Dans Ji^ges, ix, 54, Abimélech a le cjrâne 
ff*acd3sé quand il demande à son écuyer de le faire mourir. Daqs 
l Sam., xiv, 13, Jonathan frappe les Philistins, et son écijyer les 
achève. Jl)id., xvn, 51, Goliath est déjà abatttj par le cailloin 
(aqcé par David, quan4 celui-ci le perce de sa propre épée. Enfin, 
4'»prè3 le récit de TAffi^lécite, Saiil avait déjà ressenfi l^ frisçqn 
de ia mort, quand Tétr^ngier a porté la main si;r lui (II Sam., i, 9, 
10, 16). 

Dans les passages poétiques de Jér.,xx, 17; Psaumes, xxîjv,22, 
et cix, 16, le sens de nm?3 est moins net. Cependant, dar>§ \e ijef- 
ftier passage, il s'agit d'un homme au cœur brisé ; nm» pourrait 
dohc avoir le sens d'achever. Dans l'autre citation des Psaumes, 
pette signification est possible sans être certaine. Dans le seul pas- 
sage de Jérémie, le sens d'achever ne convient pas, puisqu'il 
s'agit d'un nouveau-né. Mais il est à remarquer qife \^ i^prceau 



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&, 



104 REVUE DES ETUDES JUIVES 

usage pour leurs enfants. Comme c^était un nom particulièrement 
vënéré, on craignait sans doute de le profaner en remployant. On 
s'expliquerait ainsi pourquoi d'autres noms, également très vé- 
nérés, tels que ceux de Moïse, Aaron, David, Salomon ne sont 
non plus portés par aucune personne de l'époque talmudique, bien 
qu*on en fit plus tard un usage très fréquente Cest qu'Abraham 
était le premier patriarche, le fondateur de la vraie religion. 
Moïse l'intermédiaire de la Révélation divine, Aaron le premier 
grand-prôtre, David le fondateur de la maison royale, Taïeul et 
le type du Messie, Salomon le plus sage des mortels. On n'uti- 
lisait pas ces noms, auxquels on peut peut-être ajouter celui 
d'Isaïe, le premier des grands prophètes, et celui d-lsraël, parce 
qu'ils avaient été portés par les plus illustres personnages des 
temps bibliques et qu'on ne voulait pas les exposer à être pro- 
fanés. Plus tard, on se plaça à un point de vue tout opposé pour 
donner, au contraire, aux enfants les noms de ces hommes véné- 
rés ; on espérait que ceux qui porteraient ces noms prendraient 
exemple sur la vie des personnages qui les avaient portés avant 
eux. C^est ainsi que du temps des Gaonim, on montrait justement 
une certaine prédilection pour les noms d'Abraham, de Moïse» de 
David et de Salomon. On choisissait même, à cette époque, comme 
je l'ai déjà montré {Revue, XXVIII, 289 s.), des noms qui rappe- 
laient le Messie et l'ère messianique '. 

Il me semble pourtant que même à l'époque talmudique, on 
trouve le nom d'Abraham, dissimulé sous un autre nom très fré- 
quemment employé, celui d'Abba Knst. Ce nom, porté par un grand 
nombre d^Amoraïm babyloniens et palestiniens, se rencontre déjà 
à Tépoqne des Tannaïtes. On voit notamment par la légende de 
TAmora Samuel [Berahhot, 18 h), dont le père s'appelait Abba bar 
Abba, qu'il était d'un usage très fréquent en Babylonie. En Pa- 
lestine, le premier personnage connu qui portait ce nom est le 
père de Bar-Abba dont il est question dans les Evangiles (Mathieu, 
XXVII, 16). On trouve un Juda bar Abba parmi les docteurs de 
Jabné (Mischna Édouyot.vi, 1, d'après la leçon du Vouhcisinei 
celle de la Mischna de l'édition Lowe). D'après le Lexique de Levy 
(I, 4 a), le nom de «a», qui a aidé à former ceux de fian et mn, 
est « un titre honorifique comme ceux de monsieur^ maitre, iden- 
tique à nn, et qui est employé souvent comme nom propre ». Mais 
il est peu probable qu'on se servait d'un titre honorifique pour don- 

1 Nous trouToas pourtant en Babylonie un Moïse ei un Aaron, le premier au 
IV* siècle (Arakkin^ 23 a\ Baha Batra, 174 b), et le second au V Bihc\e(Bëia Zammo, 
i09 b;Men€hot, 74»). 

* Aux noms que j'ai indiqués, on peut ajouter QlblZ) ^12) (iMie, ix, 5) et D'HKtD . 



y*^. 



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NOTES ET MÉLANGES 105 

ner un nom à un enfant au berceau. Souvent, il est vrai, t^nM est 
ajouté au nom de personne comme titre honorifique ou pour 
quelque autre raison (bim) &»», etc.)i comme ~ pour des femmes 
— ixa» (cf. Levy, I, 92a). Mais on ne peut pas admettre qu'après 
avoir été un simple titre honorifique, t^nfit soit devenu exclusi- 
vement un nom propre. Il serait possible d'expliquer de cette 
manière Torigine du nom de K3fi( : un père ayant donné à son 
enfant le nom de son propre père, c'est-à-dire du grand-père, et 
ne pouvant pas, à cause de Tusage existant S prononcer ce nom 
propre, le remplaçait par le mot de m»^ « père », désignant 
par ce mot Tenfant qui portait le nom de son grand -père. A la 
suite de cet usage, le mot ksm est devenu nom propre, et son sens 
originaire fut oublié. Cest là une explication plausible, mais Je 
préfère m'arrôter à ma première hypothèse, c'est que le nom 
d* Abraham se trouve dissimulé dans ce nom d'Abba. On ne réussit 
pas seulement à préserver ainsi de la profanation le nom d'A- 
braham, mais on a également un des principaux éléments étymo- 
logiques de ce nom (^, cf. Grenèse, xvii, 5) et on rappelle en 
môme temps le titre d'Abraham comme « père » xar' e^o/^v 
(HT'M tamati ; cf. Isaïe, lxiii, 16). 

W. Bâcher. 



APIPHIOR 



Mon article sur ApipMor, nom hébreu du pape [Revue, 
XXXIV, 218-238), a soulevé des contradictions. J'essaierai d'y ré- 
pondre dans la présente notice. En môme temps, je voudrais 
ajouter quelques données qui sont venues depuis à ma connais- 
sance. 

Avant tout, je dois fournir la preuve de l'identité de TcaTraç ou 
icaicocc avec naicioc. A la page 233 de mon travail, j'ai bien fait 
remarquer, sur la foi d'une communication épistolaire d'un émi- 
nent philologue, que chez Ëustathius icaic{a<; est usité comme 
synonyme de icdL^ac, mais je n'ai pas consulté Ëustathius lui- 
môme. Je cite maintenant le texte littéral (j^ ^^ s^^s servi des 
Eustathii. . . Comme>itarii in Homeri Iliadem, Florence, 1135, 

* Voyez Kiddifmehm^ 31 b. 



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m Re:v|jp pës ëtubeis ^ijives 

tOjfq^ ï, G. pi, f=» I2q9). On y cite, d'après \^n \ev<iw de r^éjong^e 

(^Tjjop^îcbv XeÇixov), |^ glpse SUiyante : IJaTciriÇeiv * xb TcxTCTcav xaXeTv x«l 
çfltfçiqpf. PuT({> Bè Tby «q^répa ol '4'rTixoî uTroxopfCovTau Papp§9 pt 

p^ppi^f sont dopp d^s ppips f|'amiM0 ; tous deux signiQei^f père. 
I^ jsavant <îditeur, Ale^candre PoK^u^, remarque k ce sujpt ç^^ï\s 

mf^P nqt^ : ^cainraç t/j *Pa>jiqpi(ov (pçovy^ waTepa <rïj[jLaive^, ce q|i^i VBJlt 

^jrp flw f}»ns la langue ^es Grqcs, qu'on app^lai^ ^ipr» rpfn^jpp, 
îFaTTCK 3|gnifla « père » ; le mot ne sprait dppc pas pp fPQt de 41^- 
^^p^p, mj)|9 flu grec popqlaire. Mais, s'ij s'agit fje$ vjént^btea 
Bpfpajps, c'eat-i-djre flps l^aMn», pette glose 8>d§pts fort })|«p 
4 potre bypoth|ès^ de }'i(Jent|té de ^rp-^sfi^ avec irq^TCTr^, PW^qitp 
i^cfTfTciQfç serait apasi un terme romain- pn effet, ce qi^'op djf ic| ()^ 
çaTcqpç pst dit dan^ le EtymologicuYn magnum de tt^tctci^ç : I|gp7ç- 

;fiQpç wqppà To îtiTpqp, ô cTrj[jLqpivpi tvi tûv * Pwfigtfcov ywvv^ tov TjotTçpa. « Z^^- 
j^flf^Romqpj xoct' sÇoxv vocamws Roroan^m eumque catbPlIPPï» 

Popiiflpfpi Tjaxefwv Traxépa », dit PolitUS. Celttl-pj appe|lp ffP^^i T^f' 

t^ntion ppr l'analogie de ji.a[jL[jLaç z=|jLafi.iitaç pour « mère ». ]||. ppr- 
gès a montrd par un docupient juif du xii*" siècle qi^e 1§ pqpe ç'^p- 
pplalt cftez Je9 Juifs OT»DC (ff^rw^, XXXV, 11 J). \\ est d^sorf»§i3 
prouvé par ce document : 1^ que les Juif^ se aenr^iepf* pppr 
désigner |e pape, du même mot que les chrétiens ; 2"* que ce mot 
est le mot grec ^aTc^'aç, car dtdo ne peut être que la transcrip- 
tion de TroTCTTiaç, puisque -kol-ktzt.^ ou ^raTcaç n'aurait donné que DiDfi 

ou C^DD. 

Mais comment de TraTc^a; a-t-on fait Apiphior ? Maintenant que 
j'ai vu l'ouvrage d'Eustathius, je pourrais employer, pour expli- 
quer ce phénomène, une tout autre méthode que celle dont je me 
suis servi dans mon article. Dans la bouche du peuple, le mot 
TcaTiiaç est devenu àircpàpioç. Cette langue populaire est celle de la 
))as3e classe des comédiens et des filles de mauvaise vie, le demi- 
mon.do grec. Je vais donner ci-après le passage dans l^ textp prj- 
ginal. Pollux : ^auXoTOCTiq 8è xai r^ Tcapà toTç veoiç Kb>(j.ci>So7c aTc^ia, x^l 
àirpxpiov, véoç Se7iroivir|ç uTcoxopicpLara. Sed et 07roxopi<Tp.a est to xTccpaptov 
fraterculorum et sororcularum. . . Meretriculae ad amasiunculp» 
suos (Politus, note 13). — Ihid., note 15 : Ab hoc u^coxopiajtaxi 
Tou TraTpdç putabat Eustathius, àir^àpia, quae At|)^ni^nse9 mer^^H- 
culae per blanditias vocabant, maxime intelligenda ^sse t^^ %^i^ioL. 
Sic enim ipse appellat, quasi videlicet palerculo$. — F? 1210. 
note 1, il est dit, en outre : « chez Callimacbns, âi^iF« >»• Là 
Cessas, il y a cette remarque : et To àTCTca vitio balb^ti^nti9 |ingp§^ 
facile transiit in <xic(pa. Inde «1^90^, blanda patrie appeliatlp». Opnc 
àw<puç = petit père ; à7c<pa =z sœur; àTccpioç =z petite sœur. L'empe- 
reur de Russie, le pape de l'église orthodoxe, s'appalle, çopm^ie on 



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NOTPS ET MÉLANGES 107 

sait» « petit père ». Il n*est donc pas impossible que le pape ro- 
main fût aussi appelé « petit père »> c'est-à-dire : àTccpapioç. Le 
mot hébreu ^rs-^D» se rapproche beaucoup de ce dernier terme. 
Cependant, nrrc'^Dfi^ ne s'identiâe pas encore complètement avec 
iicçàpioç, et il me semble, du reste, tout à fait impossible que 
l'Eglise romaine officielle ait employé, pour désigner son chef 
suprême, an terme qui n'était usité que dans la langue des filles 
4p jQ^Hfv^ise vi^. Il n'est pas nécessaire non plus ()e proiiyer gue 
fifl j^e furepi; p^s les Juifs qui s'approprièrent ce mot, car rqu^ 
pfpyoQs que les Juifs n'ont pu employer pour désigner 1^ papiB 
g|l^ le mot qui était officiel dans l'Eglise chrétienne. 

M. forgés soutient, Il est vrai, que les Juifs auraient tr^us- 
fprfp0 jnteptioDnellement le mot 7ra7r{aç, parce que c'est une rèp;le 
^|^)^jdiq^e d'altérer les dénominations provenant des cultes pon 
Jll)^ lAboda Zara, 46 a). Ceci s'adapte sans doute à notrp sys- 
tfypà^. Surtout dans les relations hébraïques sar les croisades aux- 
glf^llps DVDD a été emprunté, les sanctuaires chrétiens sont dési- 
gné;^ p^r les noms les plus injurieux. Cependant, le fait mên^e d^ 
rpflfploi de oros prouve qu'on n'a pas altéré le nom du pape. Si 
pu av^it voulu le faire, on avait sous la main des dénomination^ 
fjomipp ^nîi -jrD (voir Revue, XXXIV, 237). Du reste, quelle 
^raif la déformation que le mot nre*^©» jurait subie ? Sor^s 
p^tte (orme, le mot n'a aucune signification odieuse, tandis que 
Ip9 expnaples cités par M. Porgès û"im, m:p, etc., contiennent ep 
même temps une malédiction. 

^. Porgès suppose aussi que la forme nro'^SK a pu se forpier 
fl'i^n^ dptre manière. Il dit : « Ce nom, grâce à sa similitude avac 
|p njpj t^lniudique, est devenu ensuite nro-'ON. » Mais pour le mot 
^lipudique Apiphior, M. Porgès accepte l'explication de M* Th. 
^inacb ; nrD*^Dfi< dans le Talmud ^st donc (p <p(^poç ; au moyen âge, 
c'^^t le ipot nrD-^BN provenant d'une corruption du mot orsD, pré- 
cisément sur la foi d'une réminiscence talmudique. Or, je de- 
man(|e si entre oroD (prononcé papios ou papyos) et nrD^'DN (pro- 
noncé apiphior) il y a une si grande ressemblance que Tun des 
mots rappelle l'autre ? La chose prend un autre aspect si, comme 
Je l'admets, le mot nrs-'Dô^ du Talmud et nro-^ofi^ au moyen âge 
fpnt un seul et môme mot (Traitta;). Dans ce cas, il a suffi d'em- 
prunter an mot qui se trouvait tout fait dans le Talmuc). Ce qni 
prouve qu'on a effectivement procédé ainsi, c'est l'emploi du mot 
{pT®^3 pour désigner le pape, comme jai essayé de le soutenir 
dans mon article. Ou bien «outiendra-t-on que TraTctaç = otdd rap- 
pelle aussi nécessairement finrc'^^ ? 

S. Krauss. 



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R£VU£ DES ETUDES JUIVES 

MENAHEM AZARIA DI FANO 

.ES OUVRAGES DE MOÏSE CORDUERO ET ISAAC LOLRIA 

lem Azaria était déjà en rapports avec les cabbalistes de 
luand il était encore jeune homme. D'ailleurs, il avait 
le bonne heure une grande notoriété, grâce à son illustre 
à son savoir et à sa fortune, et il rapporte lui-même * que 
lorduero, informé de son zèle ardent pour la Cabbale, lui 
son Pardès Rimmonim, Lorsque Joseph Karo fît imprimer 
I, dans Tannée même de sa mort, son commentaire Késséf 
i sur le Mischné-Tora de Maïmonide, c'est à Menabem 
qu'il confia le soin de surveiller l'impression de cet 
*. Le petit-fils de R. Joseph, Yedidya Karo, raconta plus 
David Conforte', dans l'école de Salonique, combien il 
5 impressionné par Menabem, dont l'extérieur aussi était 
»osant, et avec quelle cordialité il avait été reçu dans sa 
lors de son voyage en Italie. Enfin, nous savons que 
m s'était mis en rapports, pour la publication du commen- 
^braham Galante sur les Lamentations^, en 1589, avec 
erson, de Safed, qui, déjà très avancé en âge, était venu 
comme correcteur à Venise *. 

la mort de Moïse Corduero, décédé à Safed le 26 Juin 
denahem put facilement se mettre en relations avec des 
iir acquérir le droit de faire copier les ouvrages laissés par 
t. Le souvenir de ce fait était encore présent à toutes les 
3s quand Schlimel ben Hayyim Meinsterl, de Lundenburg, 
ivie, arriva en 1602 à Safed. Mais la légende s'en était 
parée, car on racontait que R. Emanuel de Réç (c'est-à- 
Reggio) — c'est ainsi qu'on appelait alors Menabem di 

1152nïl nbo nDD52 Nina «niTtlT:, préface, 2 h : ^^yn n^«s "^"Z 

b3> on-iDn 100 ^h nb© nwsnn Tin«b yn»3n -^pTan T»3T»b 

3. En Italie, on vénérait alors généralement SaFed comme le centre delà 

mudiqueet cabbalislique. Samuel Ârchevolii y adresse ses demandes (comp. 

artirli/ RevieiOf X, 269) et Isacbar Béer Eilenboarg y chercbe l'approbation 

O nôO (v. préface). 

te, mm'in «mp, édition D. Cassai, 42*. 

[1 est possible que Conforte se trompe en faisant alors séjourner Mena- 

a i Mantoue. 

D ns-^p. Cf. mm'rn «nnp, 4i «. 

n fimp, 48*-* et 42 h, 

ledalya Corduero, mJ^îH niK, 39 h, et Zunz, Monatstagt, p. 35. 



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NOTES ET MÉLANGES 109 

Fano — avait payé ce droit * un millier de ducats d'or à la veuve 
de Corduero, qui était la sœur de Salomon Hallévi Alkabéç, et 
qu'en outre, il avait donné de l'argent aux intermédiaires, vingt 
ducats à Joseph Karo et Salomon Alkabéc * et dix à Moïse Al- 
scheikh. Azoulaï^ a encore vu la copie de la quittance par laquelle 
la veuve de Corduero reconnaît avoir reçu de Menahem, en 1583, 
la somme de 250 sequins en argent et, pour les autres 500 sequins, 
cent exemplaires d'une édition de la Mischna avec deux commen- 
taires, probablement ceux de Maïmonide et de Bertinoro, et 
cinquante exemplaires du Mischné-Tora avec le Kesséf Mischné 
de Joseph Karo ; ces exemplaires lui ont été remis par l'entremise 
de son fils Guedalya. Celui-ci, qui avait huit ans à la mort de son 
père, déclare qu'il doit tout ce quMl sait aux sacrifices que sa mère 
s'est Imposés pour son instructon *. Lors de sou séjour à Venise, 
en 1587, il était reçu avec bienveillance et protégé efficacement 
par ce Menahem Azaria qui était, en Occident, le plus illustre par- 
tisan de son père Moïse Corduero '• 

Pourtant^ la date de la quittance (1583) n'indique pas le moment 
exact où Menahem entra en possession des ouvrages de Corduero. 
Nous savons, en effet, par une noie inscrite dans un des seize 
volumes in-folio contenant ces ouvrages, et conservés à la biblio- 
thèque de Modène®, que le dernier volume était déjà copié le 
30 novembre 1581. Le scribe, du nom de David ben Jacob, dit 
explicitement à la fin de ce dernier volume, qu'il a copié tout 
l'ouvrage pour Ëmanuel di Fano. Mais quelques parties étaient 
probablement encore plus tôt entre les mains de Menahem, car 
une note d'un des ouvrages de Corduero, copié à Asti en 1581 
et se trouvant actuellement, sous le n^ 412, dans la collection de 
M. D. de Gunzbourg, à Saint-Pétersbourg ^ dit que cet ouvrage 
avait été apporté de Safed pour Menahem Âzaria ben Isaac di 

* Voir a la suite du ÎTODnb C|nS^ de Joseph del Medigo, 42 «. 

* Le ms. que je possède de !l"nbT '>"")Nn ^"72 bttJ Û'^D3 n^3^53 dit expressé- 
ment que ce R. SalomoD est Alkabéç : yapb» H^bo YnnTDb D'^niÛJ^I. 

» D"^bmari Dtt), éd. Benjacob, II, 4, aiQ b:;:^:: (Livourne, 1879), !• 9 *. 

♦ :ny^ nn». 39 b : inN^p» miynbi n-innb -^aip -^aînm -«îsno n»T 

» Guedalya, iàid., 3*, appelle Menahem : l"n3 n3ND» 3^"73nîl ûbttDrt DStin 

pm nna -nmmn •^ain ib nn^b inx ntSN Nin 173«3 -«aN rr^a bDa 
nan«b i«73. 

• Dans Azoulaï, D'^bl'iarT Û)2), II, 4, il faut sans doute lire TDTnb 'Tl 'n ÛT» 
naC3, au lieu de '^ 'ti Q^. Le Catalogue des mss. hébreux de Modène, de Jona, 
traduit en allemand par M. Grûnwald, dit inexactement : « Jeudi le 16 Tebet ». 

' Voici la note de Senior Sachs : «nn TT^m-np d"nrR3tt ïlbapS ma-H 

'la ap:^*' '^ -rb «a 1373^1 iînd» pnit*» na !-7'»^t:? dtotd 'n "^"y r\t^i2 
«"»© nitts -^aoNa ...tannaN 'n p'^nyi2Ti Tb itdi nM-t-^iD -^ann». 



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v'*!^if^.T*r?r- 



iiÙ REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Jâtld, puis était devenu la propriété de Jacob bett MafddchâT 
I^oggetto*. à Asti, et était arrivé enfin entre les mains d'dtt 
certain Abraham, qui en fit une copie en 1581. 

t)ans son zèle pour la Cabbale^ Menahem ne se contenta pas de 
se procurer les œuvres de Corduero. Sous l'influence d'utt élève 
d'tsaac Louria, Israël Sarouk*, qui, lors de ses voyages à traverti 
TÊurope, Tinitia aux doctrines de son maître, Menahem était, en 
eâet, devenu un admirateur et un fldèle partisan de ces doctrines. 
Aussi, lorsqu'il publia en 1600 son résumé des œuvres de Cor- 
duero ', que son maître Ezra di Fano corrigea*, n'était-il plus en 
communauté d'idées avec Corduero, au-dessus duquel il plaçait 
iiOuria, bien qu'il prétendît avoir conservé le même respect et la 
même reconnaissance pour son ancien idéal *. Ce changemertt dans 
les idées de Menahem ne fut pas sans exercer une certaine actlod 
sur les esprits. Lorsque Schlimel Dresdnitz en eut connais- 
sance, il résolut d'émigrer à Safed pour puiser à la source mémo 
la connaissance des doctrines de Louria ; là il épousa la flilë 
d'Israël Sarouk, qui lui apporta en dot tout un lot d'ouvrages 
inédits de Louria. Nous savons, par une lettre qU'un membre de là 
communauté de Carpi adressa de t^alestine en Italie, qu'en 1625 6H 
répétait encore dans la Terre-Sainte que Menahem Azaria itôtiiti 
le môme zèle à acquérir les manuscrits de Louria qu'il avait mani- 
festé auparavant pour les ouvrages de Corduero. Du reste, oH 
peut dire que, par ses propres œuvres, Menahem di Fano d cort- 

* On lit dans le ms. 175 de la colleclion Gunzbourg : inasb n"bn ûb©51 dn 

ap^^"^ -i"r!72D inn^m nbcn n"n nai^n m73 bnn nb^^sm aaujan bo mni 

ptb d"iDn naa. 

« On lit dans )^'n1r^ nbo, a a : ^"nn ">-n73 ni* -r^^^n niôosr 'n "«bib 
moa nb«n mst-iNn bsa mtt:m73 s^api pnnn y^N» «a n®« Y'na bÈno*» 

nmnb nrDT «b my) D'^niD"'. Cf. Conforte, /. c, 40 6. Scblimel, qui modifie le 
telle, ajoute explicitement, 42 <t : pilO bNITD'^ n"in52. 

* On dit que Joseph del Medigo a également résumé les œuvres de Corduero dans 
un livre intitulé n^DDH mm^aa; cf. n^satlb tp^n, préface. 

^ tSe rabbin est mentionné par B. Naflali ben Joteph, de Safed, é(6bli 2 Téfaite, 
dans son ouvrage "19^23 '^"ITSfrt» 39 a, où il lui attribue cette remarque que leà lettrée 
ièiHîales et les lettres finales des mots tddd, mi et rî7:TD2 valent 613. Voir, idt Birt 
éi Fano, Zunz, dans 17311 Ûia, Vil, 122 et suiv. 

* Voir 1^731!^ TlbD, 3 b. Menahem Azaria fait allusion ici aux jugements |>oH4l 
piir leâ disciples de Louria sur les œuvres de Corduero, et exprimés dès 1592 dans 
\ék lettres de Samson Bak, que j'ai éditées. Voir Jeruialem^ de Luncz, H, 144^ 
note i. Gomp. Ch. N. Dembitzer, "^DT^ nb'^bD, H, tT^p i et suiv. Voir aussi le jugé- 
idehi de H. Yesaïa Hourwitz et son récit sur la bibliothèque d'Alexandre Cohn, son 
garent, à ^rancfort-sur-le-Mein, dans la préface de Josef del Medigo i son fllbzhS 
n73dn, f»2*. 



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xlOtES Et SffeLANGfeS 411 

tHbtië p\ÛÉ qû'âticdh âûive écrivain à la propagande dès doctririet 
cabbâiistiqttés de l'école de Safed *. 

David ÊAtPriANN. 



ENCOttÈ L'INSCklt^TlON N^ 206 DE NARBONNE 



Cdmtllë flous avons maintenant sous les yeut le fac-sliiiilé de 
rillscription de Na^bonne^ il est f£lcile de résoudre lësi difdcultéil 
qu*elle présentait et qui ont inspiré à plusieurs collaborateurs de 
cette Revue de si ingénieuses combinaisons. Le mot énigmatique 
de la troisième ligne doit être lu certainement mbay, mot qui dé- 
signe la femme du défunt, par allusion à Juges, xiv, 18. Cette 
ligne présente donc le sens suivant : « Deux jours après la mort 
de sa femme, il a pris le môme chemin. » L*auteur de cette ins- 
crit)iiôn i probablement choisi ce terme singulier de nnbâi, ait lieu 
du mot nnu3&(, pour imiter le langage poétique de la Bible, et aussi 
à cause du nom du défunt, qui s appelait David. En effet, une des 
femmes du roi David portait le nom de nb:o^, nom qui, diaprés le 
Talmud *, oii l'on rappelle également le passage de Juges, xiv, 18, 
désignerait Mikhal, allé de Saiil. 

Le fac-similé confirme aussi Thypothè^e de M. Kaufmann, qui, 
â la deuxième ligne, a proposé de lire "»733> nnno», au lieu de idt:^, 
qui ne donnerait aucun sens. L'auteur fait parler la tombe, qui 
dit : € Oui, David est abrité en moi, en moi il est caché ! » (mhd '^m). 
Il a tenu à paraphraser certaines expressions bibliques, sans pour- 
tant les imiter complètement, parce qu'elles ne donneraient ici 
aucun sens. 

Je ferai encore remarquer qu'à la dernière ligne, il faut lire r, 
et non pas r, car les Juifs ont toujours Thabitude de désigner le 
chiffre 16 par Tb. 

Il est donc question, dans cette inscription, d*un certain David, 
décédé le 17 Heschvan (fannée est inconnue, car, comme Ta fait 

» Cf. Bévue, XXXV, p. 85, noie 7 : T|3^-| DÏT^n-nao b^b Û-'ÎD n"»Nrî «im 

non DO»T D'^pmn i^n utû') n"»-i nr-i ins an'>3"«a uî-idh NK?a® 'npjû bria 
tmnbi y-i^b n-»«n« mi?3N73n bD n^y^ bDi». 

» Cf. Refnte, XXXlV, 302 ; XXX V, 292-296. 

Jiii/.,iixv,295. 

♦ Ssnkédrin, 21 a : ^<^y na-^a^D nb^:? ï-TTaiD N-)pD n^îbn bD-^Ta 1T nbay n"N 
"OT vibaj^a ûn«5-)n ■'bib N"rrDi nba^D. 



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REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

)r M. Lévi, les points sar les lettres sont douteux), deux 
es la mort de sa femme. Par quels mots faut-il compléter 
3me ligne? Il est bien difficile de se prononcer avec certi- 
sajet. On sait seulement que cette ligne doit se terminer 
pour rimer avec la deuxième, comme la troisième rime 
remière. 

rsovie, février 1898. 

Sâmubl Poznanski. 

ban, de Leipzig, nous a envoyé également sur ce sujet 
où il propose la même lecture que M. Poznanski, en la 
mr ces mêmes citations. Nous déclarons nous rallier sans 
L leur explication. I. L.] 



BLE MANUSCRITE DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE 



ious proposons de publier bientôt le Catalogue des mss. 
ément bébreu de la Bibliotbèque nationale de Paris, ou 
mes ajoutés à ce fonds depuis 1865, année où a paru le 
I imprimé. En attendant la réalisation de ce projet, voici 
>tion du n^ 1314, le premier d'entre eux. Ce n*est pas le 
a le plus de valeur, mais c'est celui qui a coûté le plus 
opératrice Eugénie Ta payé, dit-on, 25,000 francs, et Ta 
\ B. N. en 1867, en raison de Tantiquité fictive de ce 
Voyons à quoi celle-ci se réduit. 

ine Bible ms., en deux grands volumes in-4% vélin. En 
[&-2a, dans un cadre de deux pages placées vis-à-vis 
*autre, sur fond bleu à larges bandes rouges, sont figurés 
ûles du Tabernacle : chandelier à sept branches, vase à 
able et pains de proposition, autels, Schofar, pelles; le 
ntouré, en bordure, des versets de Nombres, viii, 4, et de 
ïxx, 21-8, xxxvii, 23, en lettres de relief or. 

on lit, en écriture cursive orientale, l'attestation hé- 
*abe suivante : 

8te que la trace de trois lettres, probablement *i3M. 



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NOTES ET MÉLANGES 113 

b3?i "Tpn ii«n iDnna onNatbN nnn «b» bpns» -^bps^b» i»i i^ariv^ï "''^ 
.û"»pi n'^-)© b^m D-iNatbK niNT n-'n ip-^^nb D'«n'«y» id« nr 

t Ceci est mon héritage, par... (mon père), ^'heureuse mémoire, à 
moi rhumble Aron ben Yahia Schalem Abner le Cohen, 'Araqi, qu'il 
ait la paix. 

» Transmis au serviteur de Dieu, à David b. Saïd AIçarem : en ses 
mains il y a un contrat de vente des vendeurs Abraham et David, de 
la famille Cohen b. Yahia, à Abraham Texécuteur * des décisions du 
tribunal, et par cet exécuteur ce volume a été transmis à David AI- 
çarem au mois de Heschwan 507. Nous Tattestons, pour mettre en 
possession David AIçarem ; ce dont acte. > 

Suit alors la signature à peu près illisible des témoins. A défaut 
de lecture de ces mots, en voici le fac-similé : 




Au-dessous, on peut lire, d'une écriture plus récente, ces mots : 
tpr "I ■'O'W nV»n3. fst'-» cpv nb-^na « Héritage de Joseph. — Héritage 
de Moussa (Moïse), fils de Joseph. » 

F. 3aà 14&. Autour de dessins à la manière persane, en deux 
couleurs, rouge et bleu, il y a sept pages d'arabesqaes en écriture 
microscopique, comprenant toute la Bible, véritable tour de force 
et de patience, que même un micrographe de profession ne sau- 
rait exécuter sans loupe. Plus ces pages sont merveilleuses, et 
plus elles démontrent la modernité relative du manuscrit. — Au 
milieu de ce texte, cinq pages (f. 7 & à 9 a) sont occupées complè- 
tement par la transcription d'un grand nombre de règles masso- 
rétiques, puis par le tableau des Haftarot de toute l'année, sab- 
bats et fêtes, suivi de la mention des Psaumes afférant à chaque 
section hebdomadaire du Pentateuque. C'est un repos pour l'œil. 

Au f. 15 a, se trouve une longue dédicace à un opulent person- 
nage pour qui cette Bible a été écrite. Le scribe lui attribue une 
généalogie royale, qu'il fait remonter tout directement jusqu'à 
Adam! — On retrouve ce même texte, sauf quelques variantes peu 
importantes, dans une Bible de Soria, décrite ici par M. Cazès' ; 

' Lt première leUre de ce nombre est graUée; au ri qu'il y avait sans doute 
d'abord, soit (5)507 = 1747, on a voulu substituer un rt, de façon a faire supposer 
la date 5107= 1347. 

' Littéralement : le transmetteur. 

* B€vu$, XX, se et suiv. 

T. XXXVI. N» 71. 8 



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REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

abauer l'a publié dans ses Jetoish Mediœval Chronicles 
18), ce qui nous dispense de reproduire cette page. En 
ce seul détail concordant entre ce ms. et celui de Paris, 
3 de ressemblance entre eux; celui qui nous occupe ici 
' bien des points, par les nombreux préliminaires, par 
;ion du texte en trois colonnes (non en deux), par la 
régulière des livres de la Bible, surtout par la date 
1 bas de cette page, 
est exprimée ainsi : 

e appose donc la date, sans nom de lieu (ce qui est déjà 
et), par un chronogramme qu'il est difficile d'expliquer, 
ppute la valeur numérique des deux mots surlignés, 
on a le nombre '783 « de l'ère de la création ». Or, va 
tt le contexte, il ne saurait, d'une part, être sérieuse- 
tion de Tan (4)783, et, d*autre part, nous ne sommes 
. On est réduit à supposer un prolongement plus ou 
lu de la surligne du premier mot sur le second mot, de 
reste à supputer seulement arû*«i, ou (5)438 = 1678, date 
ble pour l'ensemble des deux volumes : elle confirmerait 
ait la date de la transmission précédemment citée, 
commence le texte de la Genèse, à trois colonnes, pour 
vre ainsi jusqu'à la fin du H* livre des Rois. Le texte 
sse entouré de notes et variantes massorétiques, en ca- 
inuscules, mais fort lisibles à l'œil nu, affectant encore 
icement des lignes fantaisistes, 
iume, écrit de la même façon, contient les Prophètes et 
raphes. 

Moïse Schwab. 



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r 



BIBLIOGRAPHIE 



RETUE BIBLIOGRAPHIQUE 

2« SEMESTRE 1897 ET 4«' TRIMESTRE 1898. 

( Lei indieatioMi $n français gui tuhênt les titrts kébreua ne sont pas ds Vautour du liws, 
mais de Vauisur de la bibliographie^ à moins ^'elles ne soient entre guillemets» 



1. Ouvrages hébreux. 

D^'^M n^ n^j^K Agadath Sbir Hashirim, edited from a Parma manu- 
script, annotated and illuslrated with parallel passages from numerous 
mss. and early prinls, with a postscript on the history of the work, by 
S. Scbecbter. Cambridge, Deigbton Bell et C*«, 1896; in-8o de 112 p. 
(Reprinted from tbeJewish Quarterly Reviow.) 

Ce Midrasch est le même que celui qu'a publié M. Salomon Buber [Aft- 
drasch Suta, Berlin, 1894), et les deux éditeurs ont reproduit le même ms. 
{a" 541 de la Bibliothèque de Rossi à Parme). Or, les divergences sont 
considérables. (Nous appellerons B. Tédition de M. Buber, S. celle de 
M. Schechier.) Par exemple: B., p. 4, mD^TaD '«b ïlNSn n73 n^«73 n»« 

"•a^rr nTanb» mi2D)2i b-^Nin; s., i. 44, anïT» rnanb»... La première 

leçon ent incompréhensible. Le Messie déclare : Quel intérêt aurai-jp à dire 
roi, puisque « l'oint de la guerre m'aura tuéf > Dans le Talmud, Soueea^ 
52 a, d'où est tiré ce passage, il est dit : f Le Messie fils de David, voyant 
que le Messie fils de Joseph aura été tué.. . » La leçon de M. S. est con- 
forme à ce .texte. — S., 1. 48, 1» mpoiD nvDbTan n^«t3 «a'^lCDI 
mTan nX I'^W^^ID «nm ûbnjn. m. s. fait remarquer que peut-être 
«nm — qui est inexplicable — doit être corrigé en ja-^fc^l (il faudrait plu- 
tôt \n\ comme le montre Psaumes Bahba^ 21). Pour que M. S. s'ar- 
rête sur cette erreur, il faut supposer qu'elle existe dans le ms. Or, M. B. 
met ta'^TDJfian ûbl^^n. .., supprimant ainsi la difficulté.— P. 5, B., 
mtr^mîDI m?nT; S., nirr^m^l ; mais peut-être est-ce une faute typo- 
graphique en B. — Nous pourrions allonger cette liste des divergences 
entre les deux éditions, on verrait que la copie de M. S. a, en général, été 
faite avec plus de soin. Ce qui ajoute à l'intérêt de la publication de M- S., 
ce sont les références nombreuses, en particulier au Midrasch Hagadol. 
Mais que de questions soulevées par ce cnrieux Midrasch que les éditeurs 
n*ont pas résolues I Pour ce qui est de la date, nous la croyons plus récente 



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116 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

que ne le voudrait M. S. Notre savant confrère s'appuie sur la rencontre de 
notre Midrasch avec un Paltan du nom de Salomon b. Juda qui a vécu i 
la fin du X* siècle. Pour que ce Midrasch, dit-il, ait eu quelque prestige 
aux yeux de cet auteur, il faut quMl ait vu le jour un certain temps aupa- 
ravant. Mais l'argument fondé sur les analogies n'emporte la conviction que 
si l'un des deux textes qui se ressemblent a gardé les traces de Pemprunt, 
ce qui n'est pas le cas ici. L'indice fourni par une autre rencontre de notre 
Midrasch avec le "irr^fiT 'n *)p")E) ne me parait pas beaucoup plus déci- 
sif, c'est vouloir prouver obscurum per obscuriw^ car ces petits traités mes- 
sianiques ne se laissent pas dater facilement. Je ne crois donc pas qu'on soit 
en droit d'affirmer, avec M. S., que notre Midrasch soit de la {)remière moitié 
du ix« siècle. Il me parait seulement que cette œuvre ressemble beaucoup à 
celles qui ont vu le jour dans l'Italie méridionale. La langue est toujours 
de rhébreu et non de Taraméen ; l'auteur aime les longs développements à 
la manière du Tanna dtbé Sîiahou (Certains de ces morceaux, consacrés 
à la charité, ne manquent pas d'élévation). Bnfin, on lit dans le dernier 
paragraphe deux passages très curieux, qui n'ont pas encore été suffisam- 
ment expliqués (M. Buber avoue n'y avoir vu goutte), mais qui, sans aucun 
doute, font allusion à Home, désigné sous le nom énigmatique de ITStinN 
h73in"lK dans Téd. B.). Est-ce un de ces mots volontairement défigurés? 
J*ai fait remarquer ailleurs (Feitsehrift,,. St9in$ehneider*$) que le nom de 
bMTSrn'^f auteur italien du xi« siècle, nom qui, il est vrai, est biblique, 
rappelle singulièrement ce vocable. 

E)D6^t1M Annuaire littéraire et pratique pour Tannée 1897 (4^ année), édité 
par la Société « Ahiasaf ». Varsovie, impr. Schuldberg, 1896 ; in-8® de 
322 -f 18 p.— Id. pour Tannée 1898. Varsovie, impr. Schuldberg, 1897 ; 
in-8« de 364 + 25 p. 

ni^M '0 avec un commentaire &'^31!33 'yO'^Tù et une introduction, par David 
Straschun. Wilna^ impr. Rosenkrantz et Schriftsetzer ^ 1897 ; in-8® de 
252 p. 

p")^ y^M Limites de la Palestine transjordanique depuis les temps les 
plus anciens, par Hayyim Rechlin. Varsovie, impr. Alapin, 1896 ; in-8^ 
de vu + 88 p. 

tsh^y n^*)3 'D Dissertations théologiques sur la rémunération, Timmortalité 
de Tftme et la résurrection, la Révélation et la Providence, par A. J. 
Schlcsinger. Jérusalem, 1898 ; in-4* de 16 + 1^4 p. 

^xniD"^ ■>»•» '^im 'O. Geschicbte der Juden von D»" H. Graetz, nach den Ur- 
queuen neu revidirt, mit Bemerkungen u. Eriâuterungen versehen u. ins 
Hebrftische ûbertragen von P. Rabbinpwitz, mit Noten von A. Harkavy. 
VI. Band, I-VI Heft. Varsovie, impr. Schuldberg, 1897 ; in-8» de p. 1-382 p. 

'M2D 1D3^ HDD Corrections et novelles sur les Commentaires de Raschi, le 
Talmud, etc*, par David Teitelbaum. F* partie. Varsovie, impr. Unter- 
halter, 1897 ; in-f<> de 276 p. 

Û'^Dnttîfinn mnin Dorot Harischonim. Zur Geschicbte der jûdischen Lite- 
ratur von Isaac Ilalevy. lil. Theil. Umfasst den Zeitraum vom Abschlusse 
des Talmuds bis zu den letzten Gaonim. Presbourg, impr. Ad. Alkalay, 
1897; in-8«de316p. 

Notre excellent collaborateur, M. A. Bpstein, rendra compte dans le pro- 
chain numéro de cet ouvrage, dont nous avons publié ici {Eevue^ XXXIII, 
1) les premiers chapitres. Que l'auteur, pour Tamour de Dieu, veuille bien 
dresser une table des matières et surtout adopter un autre système de ré- 



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BIBLIOGRAPHIE 117 

daciion ! Les chapitres enjambent Tan sur Tautre, ayec un parti pris désespé- 
rant. 11 faut aToir pitié da lecteur et ne pas le condamner aux maux de tdte. 

QT nnn &*! Sang pour sang, drame en cinq actes, en vers, par Juda Leb 
Landau, avec une préface de J. S. Fuchs. Cracoviey impr. J. Fischer, 
1897; in-3Me XVI + 160 p. 

Û-^ribN n;>T Histoire de la théologie juive, par S. Bemfeld. 1" et 2« parties. 
Varsovie, impr. Schuldberg, 1897; in-8<* de 214 p. (Publication de la So- 
ciété « Abiasaf »). 

OB'HAfc^l onnin Etude sur Hérodo et Agrippa I d'après les sources talmu- 
diques, par N.-S. Lebowitsch. New -York, impr. Rosenberg, 1897; in*8® 
de 12 p. (Tirage à part du Ner Hamaarabi). 

L'idée seule de ne consulter que les sources talmudiques pour juger deux 
hommes dont Phistoire est racontée tout au long par Josèphe suffit pour 
caractériser cette étude. Le panégyrique d^Àgrippa I n'est plus qu*un jeu, 
si on fait abstraction des renlseignemenls fournis par Tbistorien juif. 

Û'^bU)!! rtar 'O Explication de passages difficiles de la Bible et du Talmud, 
par Moïse Galant, avec des notes de Moïse Haguiz, éd. par Moïse Stem- 
berg. Cracovie, Stemberg, 1898 ; in-40 de 92 + 30 p. 

TW12 yn'DI The cup of bitlerness, lamentations in memory of. . . Baron 
Moaes de Hirsch, bj Reuben Sinaj Cohen. Manchester, impr. Massel, 
1897 ; in-80 de 64 p. 

Û^^3D ^n*nn '0 Considérations morales et religieuses, par 1. R. Omstein. 
Cracovie, impr. Fischer. 1897 ; in-4o de 80 p. 

C]DD DTl^ 'D Commentaire du Cantique des Cantiques, par Menahem Man* 
del Krengel. Cracovie, impr. Fischer, 1897 ; in 8^ de 118 p. 

pnSL? ^^ 'D. Novelles sur le Talmud et MaTmonidc, par Isaac Cohen Aro- 
nowski. Wilna, Romm, 1898 ; in-4« de 94 + 12 + 96 p. 

Dmo"^ ■nmi ncnata D'^nirr*»!! Histoire des Israélites en France, par David 
Schapiro. Cracovie, impr. Fischer, 1897 ; in-8<* de 168 p. 

•pl^ 'J«»E"^b aiza Ûl'^ 'n Biographie et bibliographie de L. Zunz, par S. P. 
Rabbinowitz. Varsovie, 1897; in-80 de 361 p. 

Etude bien conduite, mais que d'ambitions on prôte à Tillustre savant, qui 
assurément Tauraient fait sourire ! M. R. ne veut pas s^aviser que Zunz s'est 
voué à une œuvre purement scientifique, sans aucune arrière-pensée. S'il 
a employé ses rares facultés a Tétude de l'histoire et de la littérature juives, 
c'est parce que son éducation première et sa pratique des livres hébreux le 
tournaient naturellement de ce côté. Il y était encore attiré par la difficulté 
du sujet. Zunz a pensé, avec raison, qu'il était bon, une fois, de s'orienter au 
milieu de la fordt touffue de la littérature anonyme et impersonnelle des 
Midraschim et de ces innombrables productions du moyen â^e. Mais quMl 
ait été un tribun ou un précurseur du Sionisme, il faut de singulières lu- 
nettes pour le découvrir. — Les critiques de M. R. ne sont pas toujours 
heureuses ; en particulier pour ce qui concerne les Qottetdienitl. Vortràg$^ je 
serais toujours disposé à donner raison à Zunz contre son contradicteur. Mais 
il faut louer Pentreprise de M. R., qui fera connaître au public russe qui lit 
Phébreu un des savants qui ont honoré le plus la science juive en ce siècle 
et d'initier les lecteurs à une foule de questions intéressantes. 

■1T3^^bfi< taipb" Recueil, par ordre alphabétique, de Tafrada du Talmud et 
des Midraschim, par Sussmann Sofer. Nouvelle édition. Paks, impr. Ro- ^ 
senbaum, 1897 ; in-80 de 131 fif. (Va de M à 3). 



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«18 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fit^ââïl ll^*1*^ Traduction hébraïque de Tétude de Lazarus sur Jérëmie, par 
Brainin. Varsovie, impr. Schuldberg, 1897 ; in-S"* de 85 p. (PublicaCion 
de la Société c Ahiasaf »). 

0*^73:311 ^133 '0 Explication de passages difficiles ou hyperboliques du Tal« 
mud et des Midraschim relatifs au Pentateuque, d'après Tordre des ver- 
sets, par Chaim KnoUer. Przemysl^ Chaim KnoUer, 18d8; in-8* de 26 
+ 14 + 18 + 16+26 ff. 

\T01 nimb Lichot (sie) Sikoron enthaltend Epitaphien von Grabsteinen 
des Israël. Friedhofes zu Krakau nebst biographischen Skizzen von Bem- 
hard Frledberg. Drohobycs, Zupnik, 1897 ; in-8'' de 95 p. 

'Yr\y ^)3b '0 Commentaire du Traité Meguilla d'après les explications de 
TArouch, avec des consultations du père de Tauteur, par Balomon 
Bamberger* Zennheim (Alsace) [Berlin, impr. Itzkowski], 1897; in-8^ de 
46 p. 

nBO nba» Autobiographie de Jacob Emden (Y"^^'^)y ^d. par David Kabna. 
Varsovie, impr. Schuldberg, 1896; ln-8<» viii + 230 p. (Publioatioo delà 
Société c Ahiasaf»). 

K)3iran V^^yti Midrasoh Tanhouma avec un commentaire Intitulé nbll3 
)^7a'^3â, par Benjamin Epstein. Zitomir, impr. Kesselmann, 1898; in-8<^ 
de 512 p. 

*)irttlb Ttl^'y t3*^Db m Critique de divers ouvrages par Eléazar Atlas. Var- 
sovie> impr. Alexander Gins, 1898 ; in- 8* de 76 p. 

a'ïO tDV •nDiabîa '0 Novelles sur le Lebousch, section Orah Hayyim, 2« par- 
tie, par Lipmann Ueller, avec additions, sous le titre de ^31*173 p*^3t9 
par Isaao Hacôhen Feigenbaum, éd. par Elle Marder. Varsovie, impr. 
Baumritter, 1897 ; in-8° de 142 + 72 p. (La F® partie a paru en 1895}. 

Qlbusa SmnbX}. ^ar in peace, a religious dispute between two friends (un 
juif et un éhrétien), bj A. Benjaminson. New- York, impr. Roseuberg, 
1898; in-8ode92p. 

''na^l niTtlTab «nattl nnoa Einleitung u. Register zum Machsor Vitry von 
Rabbiner S. Hurwitz mit Beitrftgen von D*^ A. Beriiner. Berlin, impr* 
Itzkowski, 1896-1897 ; in-8o de 201 + 16 p. (Publication de la Société 
Mekitzé Nirdamim). 

Voir Eivue, XXXV, p. 308. 

nbDbDn '»mo"« 1« n«)iarn ^mp» Principes d'économie politique, par 
S. W. Mendelin. Odessa, impr. Belinson, 1896; in-8<> de p. 11 (sic) 
— 56. 

annaata-^a lnn« "«Dm» 'n m. a. Qûnzburg (1795-1846) und seine litera- 
risohe Thàtigkeit, mit einem Portrait. Bine biographische Skizze, von 
D. Maggid. Saint-Pétersbourg, impr. Berman, 1897 ; in-8^ de 82 p. 

TWû rWÛ12 'D Explication allégorique des récits fabuleux de Rabbah bar 
bar Hanna> par Moïse Bidelstein. Vilua, impr. KatzenellelK>gen, 1896 ; 
in-4<> de 48 ff. 

na**: abll^ nno Seder Olam Rabba, die grosse Weltchronik, naôh Hdschr. 
ù. Druckwerken hrsgg. mit krit. Noten u. Erkl&rungeti von B. Rainer. 
Vilna, Romm, 1897 ; in-8« de 152 p. 



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BmUOORAPHIE 119 

Pour apprécier en eonnaissance de cause rédition d'un texte, il faut 
presque avoir essayé le travail soi-même ; autrement le jugement ne sau- 
rait être que superficiel et incomplet. Nous n*avons jamais préparé la réédi- 
tion du S^der Olam Rahha^ celte pseudo-chronique ancienne: aussi som- 
mes-nous en mauvaise posture pour répondre au désir de Tauteur, qui 
tient à connaître notre sentiment sur son ouvrage. Cependant, ayant eu 
Poccasion d'éludier de près certains passages du Séder Olam et, ayant con- 
fronté les résultats de nos recherches avec ceux auxquels arrive M. H., 
nous sommes autorisé, tout au moins, à déclarer que son commentaire mérite 
tous les éloges. Les variantes des mss* et des ouvrages qui reproduisent le 
Séder Olam sont signalées minutieusement, la bonne leçon est généralement 
reconnue avec sûreté, les références témoignent de lectures très étendues, 
les hypothèses des savants qui se sont déjà occupés de cette chronique sont 
discutées très consciencieusement et l'opinion de Tauteur est généralement 
digne d'être suivie. Est-ce à dire que nous soyons toujours d'accord avec 
M. K. ? Dans les questions de cet ordre, où le sentiment décide le plus sou- 
vent, le consentement universel est presque impossible. Un exemple seule- 
ment pour montrer les cas où nous refusons d'en croire sur parole le savant 
commentateur. La Mischna d'2?(^o»yo^, II, 10, est ainsi conçue: ■ Le même 
[R. Akiba] disait : Il y a cinq choses d'une durée de douze mois : la puni- 
tion de' la génération du déluge, celle de Job, celle des Égyptiens, celle de 
Gog et Magog dans l'avenir, celle des méchants dans la Géhenne, parce 
qu'il est dit : D^un mois au [même] mois. R. Yohanan ben Nouri dit : [La 
punitipn des méchants dans la Géhenne] dure de la Pûque à la Pentecôte, 
car il est écrit : D'un sabbat à l'autre. > Ce texte se retrouve dans le Séder 
Olam, mais déchiqueté en plusieurs morceaux et disposé autrement. 
Au ch. III, il est d'abord dit que les plaies infligées aux Égyptieus ont 
duré douze mois, et Ton cite, a ce propos, le verset sur lequel s'appuie 
cette idée. Mais cette opinion n'est pas attribuée à R. Âkiba. Puis il est 
parlé de la punition de Job, de Gog et Magog, et des méchants dans la 
Géhenne. C'est au ch. iv qu'arrive seulement la mention relative à la durée 
du déluge. D'après M. R., la version du Séder Olam serait antérieure a 
celle de la Mischoa d'Edouyot. Or, à première vue, il semble bien, au con- 
traire, que la disposition adoptée par la Mischna soit plus rationnelle. Il 
est visible que l'auteur du Séder Olam a dérangé le plan primitif. Ce 
n'est pas tout. Après le paragraphe où il est parlé de la punition des mé- 
chants, qui dure douze mois, le Séder Olam ajoute : « R. Yohanan b. Nou- 
rit dit : « Elle dure de la Pâque à la Pentecôte. > L'intervention de ce 
rabbin dans ce passage ne se comprend aucunement ici, tandis qu'elle se 
justifie parfaitement dans la Mischna. Dans le Séder Olam, le nom d'Akiba 
n'a pas été prononcé ; l'opinion de son contradicteur n'avait aucune raison 
d'être invoquée. ^. R. est obligé de s'appuyer sur cette circonstance qlie 
H. Yosé, Tauteur auquel est attribué le Séder Olam, cite parfois dans la 
Tosefia et ailleurs le dire de ce rabbin. Pour nous, la solution est plus 
simple : le rédacteur du Séder Olam, utilisant la Mischna à^Bdouyot, a 
conservé à son insu la preuve de son emprunt, en gardant ce restant de 
discussion qui n'avait que faire dans son exposition. Cet auteur a procédé 
à coups de ciseaux. Et ainsi s'explique ta disparition du nom d'Akiba : 
n'ayant pas pris le passage tout d'abord au commencement, il a laissé 
tomber ce détail. Toutefois la confrontation de la Mischna avec son imi- 
tateur montre peut-être qu'elle était à l'origine plus étendue et contenait 
les raisons scripturaires de ces cinq assertions de R. Akiba. — Nombreuses 
seraient \éê discussions du même genre que provoquent les notes de M. R. 
Mais, comme on le voit, ce sont des discussions sur des points d'aiguille. 
Nous disions, au moment où M. R. a fait paraître Tlntroduction au S. 0. 
[Rtvue, XXVIII, 301), que ce savant était • une nouvelle recrue pour les 
études d'histoire littéraire dont il est permis de beaucoup attendre ». La 
présente édition a dôhué raiëon â notrd prédlctlbn, et nous sommes heu- 
reux d'en féliciter M. Ratner. 



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120 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

iîmD'' mnDO Traduction hébraïque de la JUdizche Literatur do M. Steln- 
schoeider, par Malter, avec des corrections et des additions de Tauteur. 
y partie. Varsovie, impr. Schuldberg, 1897; in-8® de 90 p. (Publication 
de la Société « Âbiasaf »). 

^b%3 HXf 'D Allocutions prononcées par Ephralm Salomon Zalman (Wein* 
gotl). Varsovie, 1897; in-8o de 116 p. 

^my^ pa^no Franck et les Francklstes, par Alexandre Eraushaar, trad. 
[du russe?] par N. Sokolow. P« partie. Varsovie, impr. Lewinski, 1897 ; 
in-8» de 287 p. 

Ce qai fait Tintérêt de cette nouvelle histoire de Franck et des Franc- 
klstes, c^est qu^elle est fondée sur des documents inédits et qui paraissent 
très dignes de foi. Mais on a eu le tort de ne pas les discuter. 

^ bT yap Sammelband kleiner Beilr&ge aus Handscbriften. Band VII, 
Jahrgang XII -XIII (1896-97). Berlin, impr. Itzkowski, 1896-97 ; in-^^ de 
42 -|. 11 -f 14 + 47 + 46 + 23 p. (Publication de la Société Mekllzé 
Nirdamim). 

Ce volume contient : 1» rj'»»r01 fiOTT bT ^Din^'D. CommenUire sur Ezra 
et Néhémie, de Benjamin ben Juda, de Rome, édité pour la première fois 
par Heinrich Berger ; — 2« ïn^nM nDV)^ par Abraham Berliner. Dans 
Pédition de Constantinople (1561) des Consultations d'Elia Mizrahi, 
manque un document envoyé par ce rabbin aux Juifs de Candie, au sujet 
de son fils Gerson, qui avait été accusé de s^ôtre converti. L^éditeur n'a 
gardé que la fin de la lettre d*Elia Mizrahi. M. B. comble la lacune à 
l'aide de plusieurs mss. ; — Z^ CS^boi ^"^"lU), traduction partielle du 
1er li-vre des Macchabées, publiée par M. D. Cbwolson, diaprés un ms. de 
la Bibliothèque nationale, de 1160-1180. M. Cbwolson suppose que cette tra- 
duction est TcBuvre d'un Italien, qui vivait dans le cercle de savants d'où 
est sorti Pauteur du Yosiphon. Ce qui est certain, pour nous, c'est qu'elle a 
été faite sur le latin et non sur le grec. En effet, les Romains y sont appelés 
Û'^Dïai"! = Boman%\ or le grec dit 'PcDiiaîoi; — 4» TO^^D n3D3t '0 Poésies 
de R. Isaac b. Scheschet (Ribasch), de Schimon b. Sémah Duran, éd. avec 
un commentaire explicatif par Isaac Moreli, avec additions et corrections de 
H. Brody; — 5» 513733 T>"T> Op5D Archives hébraïques de la commu- 
nauté de Bamberg, publ. par David Kaufmann ; — bfi^H^^a niS^I^*^ 'D 
épisode de Thistoire des Juifs de Moravie après la mort de Charles Vi, 
raconté par Benjamin Israël Frënkel, éd. par Emmanuel Baumgarten. 

ïl^DTa nbnp Bibliotbeca Friedlandiana. Catalogus librorum impressorum 
hebraeorum in Museo asiatico Imperialis Academiœ scientiarum Petro- 
politanœ asservatorum. Opéra et studio Samuelis Wiener. Fas. 111 (A et 
n). Saint-Pétersbourg, 1897; in-4o de p. 225-315. 

Catalogue, fait avec le soin le plus louable, d'une admirable bibliothèque, 
riche particulièrement en éditions hébraïques sorties des presses de la Rus- 
sie. Description très minutieuse des ouvrages, avec l'identification du nom 
des auteurs, quand c^est nécessaire, et une notice sur eux, la mention des 
< approbations • et le renvoi aux recueils de catalogues imprimés quand il 
y a lieu. 

Snin *)1fc( V-^IP Recueil trimestriel de Novelles , Consultations, etc., 
dirigé par Abraham Aron Sonnenfeld et Abraham Yobanan Blumenthal. 
l'« année, P»" fascicule. Jérusalem, 1897; in-8« de 67flF. 

bfinv)'^^ DID^:^ ïllD3^t3 n'^Ctn Les commencements de Timprimerie hébraï- 
que, par Daniel Cbwolson^ trad. du russe en hébreu par M. B* Eisen- 
stadt. Varsovie, 1897 ; in-8« de 47 p. 



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BIBU06RÂPH1E i2i 

Traduction du russe faite par M. Eisenstadt, à l'occasion du Jubilé de 
l'auteur, IHllustre orieutaliste Daniel Cbwolson. Cette histoire de Timpri- 
merie chez les Juifs, de 147K à 1500, se lit avec plaisir et abonde en ren- 
seignements et en aperçus intéressants. M. C. fait remarquer que Timprimerie 
n''appanit pas aux Juifs comme une bête deTApocalypse, son introduction 
fut saluée avec Joie, on y yit un secours merveilleux pour la diffusion des 
connaissances religieuses. Au Portugal, les Israélites avaient déjà une 
imprimerie en 1487, alors que leurs compatriotes chrétiens ne se servirent 
des presses qu^en 1495. Les premières imprimeries hébraïques furent éta- 
blies à Reggio («n Calabre) et à Piove, près de Padoue. De la première 
sortit, en février 1475, le commentaire de Raschi sur le Pentateuque, de 
la seconde le Tour, mdme anoée, Juillet. L'invention se propagea rapide- 
ment chez les Juifs : à Mantoue, 1475; Ferrare, 1477; Bologne, 1482; 
Guadalaxara, 1482; Sonciuo, 1481; Casale Maggiore, 1484; Naples, 1486; 
Para (Portugal) et Samora [Espagne), 1487; Lisbonne, 1489; firescia et 
Leiria (Portugal) 1492, et Barco près Brescia, 1496. — Ce n'est qu'à 
partir de 1489 qu'on commence à se servir de titre en tôle du volume, et à 
partir de 1483 qu'on indique le foliotage. — L'un des pionniers de l'im- 
pression hébraïque fut Abraham Conat, qui, aidé de sa femme, commença 
à imprimer à Mantoue. Il publia le T&ur Orah Eayyim en 1470, le com- 
mentaire de Lévi ben Gerson sur le Pentateuque, même année. C'est pro- 
bablement à cette époque qu'il fit paraître le Toiipkon. M. C. insiste 
beaucoup sur cette édition, lui attribuant une valeur qui nous parait sur- 
faite. M. Trieber, Zur Kritik des Gorionides, professe le même respect 
pour cette version, et c'est ce qui lui a fait émettre des hypothèses si mer« 
veilleuses et si naïves sur l'importance de cette chronique pour l'histoire 
juive. D'ailleurs, prochainement M. le baron David de Gunzbourg pu- 
bliera la reproduction diplomatique de cette édition , dont les exemplaires ne 
sont pas si rares que le croit M. C 11 en existe deux à Paris, à la Biblio- 
thèque nationale et à l'Alliance Israélite. Feu Rabbinowitz en possédait un 
en parchemin, dont les premiers feuillets manquaient, autant que je me 
rappelle. — A Lisbonne, l'imprimeur Eliézer Toledano, renommé pour sa 
piété, fit sortir de ses presses, à partir de 1489, de nombreux ouvrages 
in>folio, entre autres le commentaire de Nahmanide sur le Pentateuque, 
Aboudarbam et surtout un admirable Pentateuque avec le Targoum d'On- 
kelos et le commentaire de Raschi. Après l'expulsion des Juifs du Portu- 
gal, les caractères de cette imprimerie furent transportés en Turquie; c'est 
ce qui explique que des ouvrages édités de 1515 a 1522 à Salonique ont 
l'aspect typographique de ceux de Lisbonne. — Les plus célèbres impri- 
meurs de cette époque furent les Soncino, qui formèrent une dynastie d'im- 
primeurs qui essaima eu différentes villes d'Italie, à Constantinople et à 
Salonique. Ou les voit à l'oeuvre de 1483 à 1547. Le plus connu est Geréon- 
Jérôme. La famille descendait d'un R. Moïse de Spire, mentionné dans les 
Tosafot Touques. Le nom de Soncino fut pris par Israël Nathan, fils de 
Samuel, qui vint s'établir dans la ville de ce nom. De 1483 à 1490, furent 
imprimés sept traités du Talmud, les Prophètes et les Hagiographes, avec 
commentaire de David Kimhi, les Ikarim, le Semag, le Mischné Tora, le 
Tour, la Bible avec points-voyelles et accents (1488). En 1486, Josué Son- 
cino, avec son frère Moïse, fonda une seconde imprimerie à Casale Mag- 
giore; il y publia le Mahzor de Rome. Gerson, fils de Moïse, très instruit, 
fit de nombreux voyages pour recueillir des mss. C'est ainsi qu'il se rendit 
en France, à Chambéry, pour y trouver des Tosafot. En 1490, les Soncino 
établirent une nouvelle imprimerie à Naples; c'est là, en 1492, que fut 
publiée la célèbre édition de la Mischna avec le commentaire de Maîmo- 
nide. Puis ce fut le tour de Brescia et de Barco. M. C. examine ensuite 
le degré de fidélité dont les imprimeurs ont fait preuve à l'égard des mss. : 
trop souvent ils les ont corrigés à leur façon. Un Eliézer b. Samuel n'a pas 
craint d'insérer dans un ouvrage de Maïmonide son opinion personnelle en 
contradiction avec celle du Maître. — Le nombre des incunables antérieurs 



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BEYOE DES ÉTUDES JUIVES 

à 1500 est de cent environ, mais il était sûrement plus grand; certaines 
éditions ont disparu, comme celle du Tl^t'l'^^ 'D de Jona Qerundi et du 
th^y nîD^bM, du Talmud de Lisbonne. Les auto-da-fés n'en ont pas peu 
supprimé. — M. C, après un chapitre consacré aux éditions complètes ou 
partielles de la Bible, cherclie à déterminer le goût du temps d'sprès le 
choix et le nombre des éditions des ouvrages imprimés alors. On s'adonnait 
plutôt à la lecture des ouvrages de théologie, de morale, de poésie qu^à 
celle des Novelles sur le Talmud. On se contentait des Compendium clas- 
siques pour la halakha. Mais il faut ajouter que ces conclusions nWt de 
valeur que pour l'Italie. Tel est le résumé de cette courte monographie, 
pleine de faits et d'idées, où se joue et se délasse le savoir si étendu d'an 
des écrivains qui honorent le plus la science Juive de nos jours. 

1 'D ExpHcalions de passages difficiles de là Bible et du Midrasch, 
icob Horowitz. New- York, impr. Aronsohn, 1898; iii-8« de 66 p. 

D M^)3 p y") Vie de Smolioskin, par Brainin. Varsoyie, impr. 
et Eisenstadt, 1896 ; in-8» de 162 p. (Ptiblication de la Société 
5chia »). 

)tX^ 'O Consultations sur les quatre parties du Schoulban Âroucb 
ÎT^Wn^ n»)a»7 homélies et considérations diverses, par Hayyim Jé- 
Pletisberg. Wilna. Romm, 1897 ; in-f» de 50 + 40 fif. 

1 Û"nî173 n"ntt5 'O Consultations de R. Mëir de Rothenbourg, d'après 
de Prague, 1608, avec commentaire et réfeVences aux sources, 
tion, publ. par Joseph Sternberg. Budapest, Sternberg, 1896; 
de 88 ff. 

n*^^ Weltliche Qedichte des Abu Ajjub Soleiman b. Jahja Ibn 
>1, unter Mitwirkung namhafter Gelehrter nach Uandschriften u. 
v^erken bearbeilet u. mit Anmerkungen u. Einleitung tersehen von 
3dy. Heft L Berlin, M. Poppelauer, 1897; in-8« de 32 p. 

Les notes des pièces de ce fascicule sont dues à MM. Bâcher, Bhrlich et 
D. Kaufmann. 

lb)D Schulchan Aruch in jOdisch-deutscher Sprache, ron Salo- 
;chûck. Cracovie, impr. Fischer, 1896; in-8° de 128 + 89 + 12 + 

{ 'D Sepher Haschoraschim. Wurzelwôrterbuch der hebrftischen 
lie von AbUlwalld Merwan Ibn Ganah, aus dem Arabischen in'a 
ische iibersetzt von Jebuda Ibn Tibbon. Aus den Handachr. der 
ma u. des Escurial zum ersten Maie herausg. u. nach dem arab. 
lale berichtigt u. vervoUstândigl, sowie mit einer Einleitung ûber 
îben u. die Schriflen Abulwalid's versehen von B** Wilhelm Bâcher. 
;eft. Schluss, Register u. Einleitung. Berlin, impr. Ilzkowski, 
7; in-8« de 481-597 + xlii p. (Publication de la Société Mekizë Nir- 

Il n'est plus nécessaire de mettre en relief le mérite d'Ibn Djanah, qui 
fut sans conteste le plus grand grammairien juif du moyen âge, de cent 
coudées au-dessus de ses successeurs. La publication de ses ouvrages 
grammaticaux en avait apporté la démonstration la moins équivoque; tous 
les lecteurs avaient pu en juger, son principal traité, le Rikma^ ayant été 
traduit en hébreu et en français et le texte original en ayant été édité. Mais 
le complément de cette grammaire, le Dictionnaire, n^était jusqUld acces- 
sible qu'aux arabisants. Circonstance fâcheuse nozi seulement pour les 
études historiques, mais pour Tëxégèsé bibliqtie, otr grand est le profit 



^ 



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BIBUOGRAPHIE 123 

qu'on peut eacore aujourd'hui tirer des notices lexicographiques et des 
opinions exégétiques contenues dans cet ouvrage. Gesenius déjà Pavait 
reconnu, et très souvent il a eu recours aux lumières de son devancier. La 
lacune vient d'dtre heureusement comblée par la Société deq Mekitzé Nir- 
damim. Reprenant le projet de M. S. J. Ualhersam, qui avait mis en train 
le travail» elle a entrepris la publication de la traduction hébraïque de ce 
Dictionnaire, œuvre de Juda ibn Tibbon, encore manuscrite. Personne, sur- 
tout depuis la mort de notre regretté maître J.Derenbourg, n^était mieux qua- 
lifié, pour mener a bonne fin cette édition, que notre excellent collaborateur 
M. W. Bâcher. On sait la compétence du savant professeur de Budapest dans 
toutes les matières ayant trait à Tliistoire de l'exégèse et de la grammaire 
hébraïques ; on connaît aussi les beaux travaux qu'il a j|éjà consacrés à 
Ibn Djanah', la part qu^il a prise à Sédition arabe du Rikina. Nous possé- 
dons aujourd'hui le texte complet de la version de Juda Ibn Tibbon, enri- 
chi d'un commentaire perpétuel, où sont signalées les divergences de la 
traduction et de roriginal. Dans le texte sont restitués les mots sautés par 
le traducteur et nécessaires à Tintelligence de la pensée de l'auteur. Par 
contre, sont signalées les additions du traducteur. En outre, toutes les eitao 
tiens sont identifiées. — M. Hacher ne s'est pas borné à nous donner une 
édition parfaite, il a voulu mettre les lecteurs qui ne savent pas les langues 
occidentales en état de s'initier aux résultats des recherches de Munk, de 
J. Derenbourg et des siennes propres. Le présent fascicule contient, en 
effet, une introduction hébraïque consacrée à la biographie et a Téiude des 
œuvres d'Ibn Djanah. Nous n'aurons pas l'impertinence de louer M. B. 
pour la manière dont il s'est acquitté de cette partie de sa tâche. Disons 
seulement que la langue de M. B. est digne d'être proposée en modèle à 
ceux qui écrivent en hébreu des ouvrages scientifiques; simplicité, clarté, 
exclusion des expressions prétentieuses et du jargon moderne, que souvent 
comprennent seuls ceux qui s'en servent, ieîs sont les caractères qUi la 
distinguent. Le volume se termine par des tables qui seront très utiles aux 
savants : !<> des auteurs cités, 2° des citations de Hayyoudj, 3« des cita- 
tions anonymes, 4" des citations des autres ouvrages d'Ibn Djanah, 5-7» des 
citations du Targoum, du Miilrasch et de la Massera, 8» des passages où 
l'hébreu est comparé avec la langue de la Mischna, Taraméen et l'arabe, 
9" des termes particuliers employés par Juda ibn Tibbon avec leur équi- 
valent arabe, 10« additions et corrections d'après l'arabe au Se fer Bariktna, 
éd. Francfort. 

D'^bfrn 'O Les Psaumes avec le commentaire Û'^'^H "^"i^^ttî de Hayyim Sofèr, 
celui de Raschl et l^^at n"n3t73. Presbourg, impr. Alkalay, 1897; iii-8« 
de^SÔff. 

D''3ianpn mt^n -^a:^ mnb-in Traduction hébraï(îue de l'Histoire de 
l'Ancien Orient de Maspero, par A. Ludvipol. 1'® partie. Varsovie, impr. 
Schuldberg, 1897; in-S® de p. 1-70. (Publication de la Société c Ahiasaf »). 

11» ?mn 'o Pentateuque avec le Targum d'Onkelos. le commentaire de 
Haschî, Toldot Abron (références au Talmud), Kiççour tikkoun Sofrim, 
traduction allemande et commentaire ^^3^ n")k39 de S. R. Hlrsch, avec 
les Haftarot, trad. et commentées par M. Mendel Hirsch, publ. par Moses 
Salomon Aronsohn. 1^^ et 2^ fascicules. Wilna, Romm, 1898 ; in-8^ de 
p. 1-140. 

d'"lTîn ïmnîn 'o Traduction hébraïque de Oeschichte des Srziehunpstoesens 
«4 ékr Cultur der abendlândischen Juden wàhrend des MittelaUers, de Gû- 
demann. par Friedberg. Y^ partie. Varsovie, impr, Schuldberg, 1896 ; 
ia-^ da xvi -f ^^ P' (Publication de la Société a Ahiasaf »). 

C'est la traducUon du volume consacré à la France «t à rAUetaiâgn* aux 



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REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

x*-xiv« siècles. Nous ne pouvons qu^applaudir à l'excellente idée qu^a eue 
la Société Ahiasaf de faire passer en hébreu ce beau travail, si riche en 
faits et en aperçus. M. F. s^est acquitté de sa tâche avec le plus grand 
succès. 



2. Ouvrages en langues modernes, 

iBZ DE Pbraltà (Josuë A.). Bstudios de oriental ismo. I. Iconografia 
bolica de los Alfabetos fenicioy hebraico. Ensayo hermeneutico a cerca 
as enseminzaB esotericas cifradas en los respectivps nombres, figuras 
ocablos der valor numéral de las XXII letras de ambos alfabetos. 
Irid, Bailly-Baillièro, 1898 ; in-8» de xlviii + 215 p. 

Ce titre seul révélera, le caractère de cl essai. Résumons seulement Tar- 
ticle consacré à Valef^ pour faire voir que Tannonce n'est pas trompeuse. 
AUf est un mot phénicien signifiant « bœuf, taureau >. Le taureau, dans la 
biérographie orientale, était le symbole du créateur. Alef se compose de bftt 
< Dieu > et de h s=s t^Q < bouche • ; c'est le verht divin. Comme valeur nu- 
mérale, cette lettre s= i. Or, un se dit en hébreu nrifit, mot formé du chai- 
déen ^tl « un » et de V^ prosthétique, lequel vaut un 1 également. D'où 
V\5n'Uniquê^ etc., etc. 

M (D. W.). Jewish law of divorce according to Bible and Talmud. 
dres, Nutl, 1897 ; in-S» de 224 p. 

BJB qu8B fertur ad Philocratem epistulœ initium, apparatu critico et 
imentario instnictum, éd. L. Mendelssohn, conlegœ venerandi opus 
^umum typis describendum curavit M. Krascheninnikov. lëna, Stro- 
1897 ; in~8^ de 52 p. (Acta et commenlationes imp.* universitatis 
evensis, vol. V.) 

LANAZB (M.). Tempus loquendi. Ueber die Agada der pal&stin. Amo- 
, nach der neuester Darstcllung. Strasbourg, Engelhardt, 1897; 
J« de 82 p. 

iptio (The) of Moses, translated from tbe latin sixth centuryms., tbe 
mended text of which is published berewilb, together with tbe text 
ts restored and critically emended form, editcd witb introduction, 
18 and indices by R. H. Charles. Londres, Black, 1897 ; in-8^ de 
+ 117 p. 

iBR (Simon). Die Geschichte Josefs. Eine Ueborsetzung u. kritik. 
andlung des Midrascb Berescbit Rabba. Par. 84, 5-22 u. Par. 86, 
:, 3. I. Theil (Dissertation inaugurale). Berlin, 1897 ; in-^*" de 47 p. 

'SGH (B.). Gei^cbichtsconstruction oder Wissenscbaft ? Ein Wort zur 
stftndigung ûber die Wellbausens^cbe Geschichtsauffassung. Vortrag. 
ie, Krause, 1896 ; in-8' de 50 p. 

s. An apparatus criticus to Chronicles in tbe Pesbitta version. Witb 
scussion of the value of tbe codex Ambrosianus. Cambridge, University 
js, 1897, in-8° de xxxiv + 63 p. 

TBiN (Henry). Tho Targum of Onkelos to Gcnesis, a critical enquiry 
tbe value of tbe text exbibited by Yemen Mss. compared witb tbat of 
european recension togetber with some spécimen cbaptera of tbe 

ntal text. Londres. Nuit, 1896 ; in-8o de 100 p. 



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B1BU06RAPH1E 125 

Comme le titre Tindique, cet opuscule contient surtout une comparaison 
minutieuse du texte du Targoum, diaprés les manuscrits Tenus du Yémen, 
avec le texte des éditions européennes. M. Barnstein montre que les manus* 
crits orientaux sont de beaucoup supérieurs à Tédition de Sabionète, réim- 
primée par M. Berliner. Les différences perlent nop seulement sur la ponc- 
tuation, mais encore sur les formes grammaticales, le genre, le nombre, 
etc., et le vocabulaire. M. B. résume d'abord ce que l'on sait et ce que 
l*on pense du Targoum Onkelos ; puis il traite de Torigine de la ponctua- 
tion superlinéaire. M. Barn, se range à l'avis de MM. Margolioutb et 
Friedlaender d*après lesquels le système superlinéaire simple serait le sys- 
tème palestinien primitif. Ces savants invoquent surtout le silence de 
Saadia sur Torigine babylonienne du système superlinéaire. Mais j'ai 
prouvé {Bévue, t. XXXI, p. 306) que Saadia, au contraire, connaît les 
deux systèmes et attribue aux Babyloniens le système où les gutturales 
présentent le moins d'irrégularités, par conséquent, le système superli- 
néaire. La supposition que cette ponctuation aurait servi dès l'origine 
pour le Targoum et l'autre pour Tbébreu, est également très risquée. Il est 
vrai qu'on trouve des manuscrits où les deux systèmes sont ainsi em- 
ployés, mais rien ne prouve qu'il en ait été ainsi primitivement. Le Tar- 
goum Onkelos était devenu babylonien, il est naturel qu'on l'ait ponctué i 
la babylonienne, tandis que, pour le texte bébreu, la vocalisation des écoles 
de Tibériade a fini par prédominer. 

La seconde partie de l'étude de M. Barnstein contient le détail des va- 
riantes que présentent, les manuscrits yéménites. A la fin se trouvent 
quelques spécimens du Targoum. 

Bien que n'apportant pas de résultats très nouveaux, le travail de 
M. Barnstein mérite d'être lu par ceux qui s'occupent de la littérature tar- 
goumique. ~ Maytr Lambert, 

Bbbr (G.). Der Text des Bûches Hiob untersucht. 2 Hft. (ch. xv à fin). Mar- 
bourg, Elwert, 1897 ; in-S» de xvi + p. 89-258. 

Berlinqbr (J.). Die Peschitta zum I. Bucb der Kônige u. ihr Verh&ltniss zu 
Mas. Texte, LXX a. Targuzn. Francfort, J. Kaufimann, 1897 ; in-S^ de 
50 p. 

Blagh (Adolf). Biblische Sprache u. biblische Motive in Wielands Obe- 
ron. Briix, impr. Herzutns, 1897 ; in-8* de 31 p. (Separatabdruck ans dem 
Jahresbericbte des k. k. Staats-Oborgymnasiums in Brûz fur 1896-97). 

6LUDA.U (A.). Die alexandriniscbe Uebersetzung des Bûches Daniel u. ihr 
Verhaitniss zum massorethischen Text. Fribourg en Brisgau, Herder, 
1897;in-8odexii + 218p. 

BoNWBTSCH (G. N.). Die Apokalypse Abrahams. Leipzig, Deichert, 1897 ; 
in-S® de 95 p. (Studien zur Geschichte der Théologie u. Kirche, hrsgg. 
▼on Bonwetsch u. Seeberg. I. Bd., I. Heft). 

Cette Apocalypse, qui ne s'est conservée qu'en slave, ne se confond pas 
avec le Testament d'4àraham publié en )892 par James. Elle est d'origine 
juive,^ avec des interpolations cbrétiennes. Les Beeognitionet clémentines y 
font allusion, il resterait à déterminer le milieu juif dans lequel cet écrit 
aurait pris naissance ; ce ne peut être ni la Palestine, ni le monde rabbi- 
nique. 

BaiOGS (G. A.). The higher criticism of the Hexateuch. New edit. New- 
York, Scribner, 1897; in-8'> de xn + 288 p. 

BaooKB (A. E.) and Me Lean (N.). The book of Judges in Greek, according 
to the text of Codex Alcxandrinus. Cambridge, University Press, 1897 ; 
iii-8® de vu 4" 45 p. 



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126 REVUE DES ETUDES JUIVES 

BrOgknbr (Martin). Die Komposition des Bûches Jes. c 28-38. Ein Rekons- 
traktionsversuch. Halle, Krause, 1897 ; in-8® de 84 p. 

Bruston (E.). De justitia divina secundum Jobeidem. Thèse. Montauban, 
impr. Granië, 1897 ; in-8« de 47 p. 

BuTTENWiESER (M.). Die hebr. Elias-Apokalypse u. ihre Stellung in der 
apokalypt. Litteratur des rabbinischen Schrifltums u. der Eirche. I. 
Hflifte. Ëritische Ausgabe mit Erlâuteningen u. Einleitung nebst Ueber- 
setzang u. Untersuchung der Abfassungszeit. Leipzig, Pfeiffer, 1897 ; 
in-8o de 82 p. 

Ganongs (a.). La femme dans l'Ancien Testament. Thèse. Montauban, 
impr. Granië, 1897; in-8®de 74 p. 

Castelli (David). Il poema semitioo del pessimisme (Il libre di Job) tradotto 
e commentato. Florence, Paggi, 1897 ; in-8^ de xii -{- 159 p. 

Chmbrkimb (N.). Les conséquences de TAntisémitisme en Russie. Préface 
de G. de Molinari. Paris, Gillaumin, 1897 ; in-8* de xliv + 188. 

CoBLBNz (Félix). Ueber das betende Ich in den Psalmen. Ein Beitrag zur 
Erklârung des Psalters. Francfort, Eaufifmann, 1897 ; m-9^ de 190 p. 

Lorsque le Psalmiste parle a la première personne, exprime-t-il ses idées 
personnelles et raconte-t-il les événements de sa vie, on bien fait-il parler 
la communauté d'Israël ou des justes? Cette question, sur laquelle on a beau- 
coup écrit, en Allemagne, dans ces dernières années, avait été mise au 
concours par la faculté de théologie de Berlin, et c'est M. Coblenz qui a 
remporté le prix. 

M. G. commence par exposer (p. 1-15) les opinions des exégètes sur le 
moi dans les Psaumes, et les résume de la manière suivante. D'après les 
uns, le sujet qui parle est toujours ou presque toujours la communauté. 
D'autres, au contraire, croient que le poète énonce ses sentiments person- 
nels et expose sa propre histoire. D'autres, enfin, admettent que dans 
certains psaumes, c'est la communauté qui s'adresse i Dieu, mais que 
dans certains autres c'est le poète lui-même qui parle. M. Coblenz s'arrête 
à cette troisième opinion. Il montre, à l'instar de Smend, que déjà dans 
la Bible on trouve la communauté d'Israël personnifiée ^. D'autre part, 
dans uno foule de psaumes il est impossible que le poète parle pour son 
compte personnel*. Il s'oppose constamment aux nations. Il invite les 
justes à se réjouir de son triomphe. Il lance les plus effroyables malédictions 
contre les impies. Toutefois, d'après M. C, certains psaumes ont un ca- 
ractère individuel, par exemple, xxxix, lxxiii, giv. De plus, lorsque les 
idées d*un psaume sont générales, mais qu'il contient des traits personnels, 
par exemple, lorsque le poète sort des rangs de ses frères, c'est alors un 
membre de la communauté qui est censé parler. Il est souvent difficile de 
déterminer si la communauté dans les psaumes collectifs désigne Israël en- 
tier ou seulement les gens pieux. 

Ensuite M. C. passe é^ Pexamen des différents psaumes où l'on rencontre 
la première personne : quarante sont collectifs et c'est Israël personnifié 
qui parle ; dans six, ce sont les membres individuels de la communauté ; 
dans vingt et un, c'est la communauté des hommes pieux; dans dix ce 

> Quelques exemples donnés par M. C. laissent à désirer : Habaqonq, m, Isaïe, 
XXV, 1, et Ex., xvzi, 15, sont insignifiants. Dans Is., lxiii, 3, le poète parle de lui au 
singulier et d'Israël au pluriel. Ibid.^ 15 i, le texte est altéré. Dans Lam., i, et Michée 
TU, le moi est une femme. 

* Là encore les exemples auraient besoin d'être triés» Ps. xxvii, 3, 4, contient de 
simples métaphores. La résurrection, Ps,, xxz, pourrait désigner la guérison. 



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— l™^- 



BIBLIOGRAPHIE 127 

sont les membres individuels de cette collectivité ; dans dix-neuf, c'est 
le poète lui-même. Il y a deux psaumes où Ton ne peut déterminer qui a la 
parole ^. 

Nous n'avons pas eu la patience de lire tout le commentaire des quatre- 
vingt-douze psaumes. Mais il nous semble que, dans sa classification, 
M. C» perd de vue ud point de sa théorie qui est la personnification de la 
communauté. La communauté est incamée dans un individu, non pas 
abstrait, mais concret, qui bien souvent sans doute se confond avec le 
poète. A tout instant M. C. dit que c'est la communauté qui parle et il 
omet le mot personnifiée. L'absence do ce mot change complètement l'as- 
pect de la question. Autre chose est de faire parler une collectivité, autre 
chose de faire parler le représentant de cette collectivité. Si les idées géné- 
rales nous font penser i une communauté, ce n'en est pas moins un indi- 
vidu qui, dans ce genre de littérature, chante et peut se servir de termes 
impropres pour une collectivité. Pour ma part je n'arrive pas à saisir la 
différence entre le psaume m et le psaume vu *. Parce que dans le premier 
se trouve la phrase : c Je me suis couché, je me suis endormi , Je me suis 
réveillé, car Dieu me soutient •, ce psaume est individuel. Û faut au 
poète une c expérience personnelle ■ pour savoir qu'on se réveille après 
s'être endormi. De tels arguments sont quelque peu ridicules. Il en est de 
même pour les psaumes iv, vi, etc., où M. C. découvre un caractère per- 
sonnel. Il n'y a qu'à se rappeler que celui qui parle personnifie la commu- 
nauté, pour qu'il puisse tantôt s'exprimer comme "un individu, tantôt comme 
une collectivité. Il est également inutile de supposer un membre individuel 
de la communauté comme prenant la parole. 

Il nous semble donc que M. C, oubliant son point de départ, est allé 
parfois un peu à la dérive. Nous n'en rendons pas moins hommage a son 
travail, consciencieux et méritoire. — Maysr Lambert. 

CoHBN (M.). Petite histoire des Israélites depuis la destruction du premier 
temple jusqu'à nos jours. Philippopoli, impr. Pardo, 1897 ; in-32 de 
i94p. 

Pourra rendre quelques se/vices. 

Constant (le R. P.). Les Juifs devant l'Eglise et l'histoire. Paris, Gaume» 
1896; in-8odex+371p. 

CoWLBY (A.) et NstiBAUER (Ad.)- Ecclesiasticus XXXIX, 15, to XLIX, 11, 
Iranslated from the hebrew arranged in parallel columns with engl. revi- 
sed Version. Londres, Frowde, 1897 ; in-8<> de 78 p. 
Traduction, sans le texte hébreu, revue et corrigée. 

Davidson. The exil and the restoration. Londres, Clark, 1897 ; in-18 
de 116 p. 

DsDT^GH (Gotthard). The theory of oral tradition. Cincinnati, Bloch [1897] ; 
ln-8» de 49 p. 

Dkulapoy (Marcel) « Le roi David. Paris, Hachette, 1897; in-16d6 358 p. 

^ L'un de ces psaumes est xci. M. C. accepte pour les versets 1-2 la correction qui 
consiste à mettre "^niDM devant 31D^ et à changer n^N eu nt)K. H nous paraît 
plus naturel de corriger nÇ"» en nÇ^ plbn'' en pnbnn et n:Q« en nfe». I>e la 
sorte on comprend les deuxièmes personnes qui suivent. Au verset 9 il faudrait lire 
nn73« ■'^ plutôt que [nnîD»] rtn« "^S, qui serait trop long. 

* En passant, il faut admirer la puissance de divination des exégètes, qui savent 
que ce psaume a été composé à la fin du règne d^Artaxerce Ochus* 



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128 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

DuHM (B.). Das Bach Hiob. Fribourg-en-Brisgau, Mohr, 189Tf ; in-8o de 
XX +71 p. 

DuHM (B). Die Entstehung des Alten Testaments. Rede. Fribourg-en- 
BriBgau, Mohr, 1897 ; in-8'> de 31 p. 

Bnoblkbmper (W.). De Saadiae Gaonis vita, bibliorum vcrsione, berme- 
neutica. Gommentatio theologica. Munster, Schôningb, 1897 ; in-8^ de 
69 p. 

Epstbin (à.). Glossen zu Gross' Gallia Judaica. Berlin, Calvary, 1897; 16 p. 
(Tirage à part de la Monatsschrifl). 

C'est jusquMci la seule critique sérieuse faite de l'ouvrage capital que 
notre Société s^honore d'avoir édité. Ce sont principalement des notes, rec- 
tificatives ou complémentaires. ^ 

Fragments of the books of Kings according to tbe translation of Aquila from 
a ms. formerly in Ihe Geniza at Gairo, now in the possession of G. Taylor ' 
and S. Schechter, edited by F. Crawford Burkitt, with a préface by 
G. Taylor. Gambridge, University Press, 1897 ; in-4® de vu + 34 p. plus 
6 fac-similés. 

Franco (H.). Essai sur Phistoire des Israélites de l'Empire ottoman. Paris, 
Durlacher, 1897 ; in-8<» de vi + 296. 

FriedlIbndbr (M.). Das Judenthum in der vorchristlichen griechischen Welt. 
Ein Beitrag zur Entstehungsgeschichte des Ghristenthums . Vienne, 
Breitentstein, 1897 ; in-8® de 74 p. 

Gàtt (G.). Die Hûgel von Jérusalem. Neue Brklftrung der Beschreibung 
Jerusalems bei Josephus Bell. Jud. V, 41 u. 2. Fribourg-en-Brisgau, Herder, 
1897 ; in.8<» de vu + 66 p. + un plan. 

GA.UTIBR (Lucien). Au delà du Jourdain. Souvenirs d'une excursion. 2fi éd. 
Genève, Eggimann [Paris, Fischbache^, 1896 ; in-8° de 141 p. 

Récit, plein de charme, écrit dans une langue souple et aisée, d'une 
excursion faite à Sait, Djérach, Tancienne. Gérasa, Amman, Tancienne 
Rabbat-Ammon, la Philadelphie de l'époque gréco-romaine, et Arak el- 
Amir. De nombreuses vues photographiques, très réussies, achèvent de 
donner à ce petit volume un air attrayant. M. Lucien Gautier, qui autre- 
fois a enrichi la littérature d^une excellente traduction de la Perle précieuse 
de Gazali, puis s'est tourné vers les problèmes bibliques, s'est voué en ces 
derniers temps à Tétude de la géographie de la Palestine. Il faut le re- 
gretter pour Tarabisme et l'exégèse, mais il faut s'en féliciter pour la con- 
naissance de la Terre-Sainte. 

GiBSEBREGUT (F.). DIc Berufsbegabung der alltestam. Propheten.' Got- 
tingue, Vandenhoeck et Ruprecht, 1897; in-8^ de 188 p. 

Gaabtz. Histoire des Juifs, trad. de Tallemand par Moïse Bloch. Tome V, de 
Tépoque de la Réforme (1500) à 1880. Avec une préface de M. Zadoc 
Kahn, grand-rabbin de France. Paris, Durlacher, 1897 ; in-8® de vi -f- 
461 p. 

Grunwald (M.)- Ueber kananaeischen Volksglauben. Vortrag. Francfort, 
impr. Brônner, 1897 ; 12 p. (Séparât- Abdruck aus Dr. A. BrùlVs « Popul&r^ 
wissensch. Monatsbiatter »). 

Grunwald (Max). Spinoza in Deutschland. Berlin, Calvary, 1897; ln-8« 
de 880 p. 



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r 



BIBUOGRAPHIB 129 

GûoBMANN (M.)* National-Judenlhum. Vienne, Breitenstein, 1897 ; in-S** 
de 43 p. 

Le judaïsme est-il une religion ou une nationtlité? Cette question 
qu'avaient résolue les Juifs de France en 1789 et, à leur suite, ceux de 
presque tous les pays, en demandant à devenir citoyens dans leur patrie 
d^adoption, cette question est redevenue actuelle depuis que les Sionistes, 
sous la pression de Tantisémitisme, déclarent que les Juifs n'ont d*espoir 
de recouvrer une véritable liberté et une égalité effective qu'en formant de 
nouveau une nation. M. G. s^applique à montrer Terreur d'une pareille 
théorie. 

Hrrriot (E.). Philon le Juif. Essai sur l'Ecole Juive d*Alexandrie. Paris, 
Hachette, 1898; in-8« de xix + 336 p. 

HoMMEL (Fr.). Die altisraelitische Ueberlieferung in inscbriftlicher Beleuch- 
tuDg. Ein Einspruch gegen die Aufslellungen der modernen Pentateuch* 
krilik. Munich, Lukaschik, 1897; inS^ de xvi + 356 p. 

Jahres-Berîcht des jiid.-lheolog. Seminars Fraenkerscher Stiftung. Voran 
geht : Die Psychologie bel den jûdischen Religions-Philosophen des Mit- 
telalters von Saadia bis Maimuni. Heft I. : Die Psychologie Saadias, 
von S. Horowilz. Breslau; impr. Schatzky, 1898; in-8° de vi + "^5 
+ 13 p. 

Jahresbericht (IV.) der israelitiscb-lheologischen Lehranstalt in Wien fur das 
Schuljahr 1896-97. Vorangeht : Die bermeneutische Analogie in der 
talmudischeu Litteratur, vom Rector Prof. D' Adolf Scbwartz. Vienne, 
IsraeL-theol. Lehranstalt, 1897 ; in-8*» de 217 p. 

Jahresbericht (20.) der Landes-Rabbinerschule in Budapest fur das Schul- 
jahr 1896-97. Vorangeht : Das mosalsch-talmudische BesiLzrecbi von Prof. 
Moses Bloch. Budapest, 1897 ; in-8^ de 60 + 31 p. 

Jastrow (Marcus). The bistory and tbe future of the talmudic text. A lec- 
ture. Philadelphie, 1897 ; in-8o de 29 p. (Reprinted from Gratz Collège 
Publicaiion n** 1). 

Jastrow (Morris Jr.). Tbe weak and gemiuative verbs in hebrew by Abu 
Zakariyya Yahya ibn Dawud of Fez know as Hayyug, the arable text 
now published for the first time. Leyde, Bull, 1897; in-8*' de lxxxv 
+ 291 p. 

Karpelbs (Gustav). A sketch of jewisb bistory. Philadelphie, the Jewish 
publication Society of America, 1897 ; in-8o de 109. 

KAYSBRUNa (M.)* Ludwig Philippson. Eine Biographie, mit Portrftt und 
Facsimile. Leipzig, Mendelssohn, 1898 ; in-8^ de 344 p. 

Kbrbbr (G.)- I^ie religionsgeschichtliche Bedeutung der hebr. Bigen- 
namen des Alton Testamentes. Fribourg-en-Brisgau, Mohr, 1897 ; in-8*' 
de 99 p. 

KôMiG (Fr.-Ed.)* Hislorisch-comparative Syntax der hebrftischen Sprache. 
Schlnsstheil des historisch-kritischen Lehrgeb&udes des Hebrâischen. 
Leipzig, Uinrichs, 1897 ; in-8° de ix + 721 p. 

Laub(L.). Die Ebed-Jahwe-Lieder im IL Teil des Jesaia, exegelisch-kri- 
tiach u. biblisch-theologisch untersucbt. Wittemberg, Wunschmann , 
1898;in-8ode74 p. 

T. XXXVI, «• 71. 



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130 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Lehmanm (Joseph). Assistance publique et privée dans Tanlique législation 
juive. Paris, Durlacher, 1897 ; in-8® de 40 p. 

Lehranstalt (Die) fur die Wissenschaft des Judenthums in Berlin. Rûck- 
blick auf ihre ersten fûn-und-zwanzig Jahre (1872-1897). Berlin, impr. 
Itzkov7Ski, 1897; in-é^ de 38 p. 

Lévi (Israël). L'Ëcclësiastique ou la Sagesse de Jésus, fila de Sira. Texte 
original hébreu, édité, traduit et commenté, l^^* partie (ch. xxxix, 15, à 
XLix, 11). Paris, Ernest Leroux, 1898; in-8® de lvii + 149 p. (Biblio- 
thèque de TEcole des Hautes-Etudes. Sciences religieuses. Dixième vo- 
lume, fascicule premier). 

On n'attend pas de nous que nous fassions nous-même la critique de cet 
ouvrage, dont personne, cependant, ne connaît mieux que n^^us les points 
faibles. Nous désirons seulement indiquer brièvement l'esprit dans lequel 
il a été conçu. Nous nous sommes proposé avant tout de contrôler, et de 
rectifier au besoin, la lecture de nos devanciers, MM. Cowlej et Neubauer, 
puis M. Smend. Nous nous sommes acquitté de cette partie de notre tâche, 
qui n*a pas été la moins pénible, avec la plus grande impartialité. La lec- 
ture du ms. une fois établie, nous en avons discuté la valeur, ne craignant 
pas, quand il le fallait, de le corriger. Pour cela, il fallait d^abord se rendre 
compte de la cause des divergences que présentent souvent les versions 
grecque et syriaque avec Toriginarl. Aussi avons-nous consacré une place 
importante à cet ordre de recherches, qui fait le principal intérdt de notre 
commentaire. Dans l'introduction, que nous avons réduite aux plus simples 
dimensions, nous avons cherché à déterminer les résultats qu'on peut tirer 
de la découverte de l'original de cet apocryphe fameux. Nous espérons 
pouvoir bientôt compléter cette publication : M. Sehechter nous a écrit 
avoir envoyé à l'impression les autres fragments, qu'il a si heureusement 
retrouvés. 

On nous permettra d'indiquer ici quelques errata. P. 28, au bas de la 
page, lire « sauvent » au Heu de « souvent ». — P. 32, 1 d, Tpoçi^v, au 
lieu de xpo^/ifiv. — P. 32, 2d, remarquer que, Psaumes, ix, 19, ÏTTpn est 
également rendu par les Septante par Oico(tovVi. ^ P. 36, ligne 2, vors. 8, 
mettre un crochet au commencement de la ligne. Dans les variantes, trans- 
porter 11 à la page suivante. Dernière ligne !V*Tbnn au lieu 41e sj^b^n. 
— 44, vers. 23, mettre les deux points finaux après Ï13S^. — 104, 22 c, 
lire [']n]b[rD1 *{p]b[n •']'»^ "^ttî». — 23 *, fermer le crochet à la tin. — 108, 
l'» ligne, 11133 ^Ssb, au lieu de 11133^ 3Db. — 118, mettre entre cro- 
chète 3bn Ïlbî3. — 119, commentaire, 18, niST, au lieu de l'^at- — 125, 
comm., 8, T1*T de la marge, dans la pensée du scribe ou du glossateur, 
doit être placé au commencement du verset : lïHM 13b 7^3 "l^l*! 
irnZ39. On ne voit pas, il est vrai, la nécessité de cette addition puisque 
jusque-là • David • a été le sujet de tous les verbes. — P. 127, 4* ligne 
avant la fin, 15 i, au lieu de 15. — P. 133, manque la concordance avec la 
numérotation fautive du grec. ~ P. lv (introduction), ligne 7. La phrase 
est mal construite. Lire : « Nous avons adopté également la division des 
chapitres et versets de cette édition (Pritzsche), qui sous ce rapport encore 
remporte sur celle de Swele. • 

Lippe (D^ med. E.)- Rabbinisch - wissenschaftliche Vortrâge. Drohobycz, 
impr. Zupnik, 1897 ; in-S^ de 112 p. 

Lôw (Loopold). Gesammelte Schriften, hrsgg. von Immanuel Lôw. IV.Band. 
Szegedin, Engel, 1898 ; in-8» de 536 p. 

Contient les articles suivants : Der synagogale Ritus (Ursprung der 
Synagogen, Baust&tten der Synagogen, Architektonische Normen, Lage 
der Synagogue, Frauenabtheiluog) ; — Brustwehr und Gitter der Frauen- 



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BIBLIOGRAPHIE 131 

galieriea ; -^ Die Âlmemorfrage ; — Was lehrt der Talmad ûber Schta- 
spiel, Musik und Gesang ; — Der Gesang in den orthodoxen ungarischen 
Synagogeo ; — Die Zeit des sabbatblichen MorgeDgottesdieoates ; — Keine 
Religioosprocesse ; — Die Hora'ah; — Was war, wis ist und wassoll der 
Rabbiner sein; — Der Titel Rabbi und Rabbin; — Die Amtstracbt der 
Rabbiner; — Die Fusion der deutscben u. sefardiscben Ritus in Paris ; 
— Eabbalistich-iituriisiscbe Reformen; — Fahren am Sabbat; — Send- 
scbreiben an Joseph Szekacs, Prediger der evang. Gemeinde za Pest; — 
Znr Ëmancipationsfrage ; » Schicksale u. Bestrebungen der Juden in Un- 
garn; — Zur Grescbichte der uogarischen Sabbatthaer; — Die Orthodoxie 
u. das Rabbiner-Seminar; — Die ungarischen Municipien a. die Juden ; — 
Reaction u. Emancipation ; — Die ungarischen Juden vor dem Forum der 
ungarischen Akademie; — Brennende Fragen des jûd. Sohulwesens; — 
Frankfurt u. Ofen-Pest ; — Die Denksobrift der Orthodoxie. 

LôwENSTBiN (L.). Beitrftge zur Geschichte der Juden in Deutschland. II. 
Nathanael Weil, Oberlandrabbiner in Karlsruhe u. seine Familie. Franc- 
fort, J. Kauffmann, 1898 ; in-8^ de 85 p. 

LdwBNSTBiN (D' med. Ludwig). Die Beschneidung im Lichte der heutigen 
medicinischen Wissenschaft, mit Berûcksichligung ihrer geschichtl. u. 
unler Wûrdigung ihrer religiôsen Bedeutung. Trfeves, Stephanu», 1897 ; 
in-8^ de 75 p. (Sonderabdruck aus dem Archiv filr klinische Chirurgie 
Bd. 54., H. 4.) 

Mamdelkern (Salomon). Veleris Testamenti Goncordantiae hebraicae atque 
chaldaicae quibus continenlur cuncta quae in prioribus concordantiis 
reperinntur vocabula lacunis omnibus expletis, particulae, pronomina, 
nomina propria separatim commemorata. Leipzig, Veit [1897] ; in-8^ de 
VIII + 1011 p. 

La concordance de M. Mandelkern dont nous avons déjà yanté les mérites 
divers {Retue^ XXX.U, p. 288) avait deux inconvénients inévitables : elle est 
peu maniable en raison de son volume et n'est pas à la portée de chacun en 
raison de sa cherté. M. M. a tourné la difficulté en composant cette nouvelle 
concordance^ d*un format manuel et de prix abordable. Il donne exactement 
tout ce qui se trouve dans Painée, mais, au lieu de citer en entier les phrases 
où entre la forme du mot dont il est traité, il se contente de renvoyer au texte 
de la Bible. Ainsi !1K. !U(b, ^6^3, etc. ont chacun leur rubrique, mais au 

T T I T t 

lieu d*6tre encadrés dans les phrases où ils figurent, ils sont simplement 
suivis de la mention : Gkn., 44, 19,20, etc. Or, le plus souvent ces indications 
suffisent pour les recherches. — Pourquoi M. M. a-t-il renoncé an système 
de pagination, conforme aux habitudes sémitiques, qu'il avait suivi dans 
Tautre concordance ? La correction laisse à désirer, ainsi nous relevons au 
hasard, p. 231, Prov. 11, 18, au lieu de 11, 8 ; p. 535, Ps. 42, 22, au lieu 
44, 22. Par contre, il faut féliciter Tauteur d^une innovation très heureuse : 
il a mis en italiques les renvois aux versets de tout point semblables à 
d'autres déjà citée. 

Mabti (K.). Geschichte der israelitischen Religion. 3. verbess. Auflage von 
August Kayser's Théologie des Alten Testaments. Strasbourg, Bull, 1897 ; 
in-8<* de xii + 830 p. 

Mémajn (L*abbé), Notice sur le calendrier pascal des juifs et des chrétiens 
depuis Moïse jusqu*à nos jours. Paris, librairie de rœuvre de Saint-Paul, 
1896 ; in-8<> de vu + 99 p. 

MoiisNEs (Bmile de). Torquemada et Tinquisition. La jurisprudence du 
Saint-OMce, Tenfant de la Quardia, le cœur et l'hostie, sortilèges et 



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132 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vëDëfices, sentences et autodafés, Texpulsion des Juifs, les procès à la 

mort. Paris, ChamUel, 1897 ; in-18 de 236 p. 

L'auteur analyse ou reproduit en français les documents relatifs à l'affaire 
du Saint enfant de la Quardia, documents que le R. P. Fidel Fita a publiés 
en partie dans ses Sstudios htstorieoSy t. Vil, Madrid, 1887. M. de M. pré- 
tend que « c'est dans Tintimité, malheureusement trop étroite et peu commu- 
nicative, des saTants espagnols qu'est restée depuis cette découverte (du 
P. Fidel Fita), sur l'importance de laquelle il est inutile d'insister » (p. 6). Il 
ignore que ce sujet a été traité en France par Isidore Loeb (^Eevue^ t. XV, 
p. 203 et suiv.) et par M. Samuel Berger (Le T^noignage, 8 oct. 1887). 
L'étude de M. de M. n^a pas le caractère rigoureusement scientifique de ces 
deux travaux, mais elle se lit avec intérêt. 

MoMiOLiANO (Felice). Migliorismo o pessimismo ebraico. Milan, bureau de 
la Gritica Sociale, 1897 ; in-S^ de 20 p. (Extrait de la Critica Sociale}. 

MouLTON (G.). The modem readers Bible. Jeremia. Londres. Macmillan, 
1897 ; ia-16 de 254 p. 

MouLTON (W. F.) et Gbdbn (A. S.). A concordance to the Greek Testa- 
ment, according to the texts of Wescott and Hort, Tischendorf and the 
English Revisers. Edimbourg, Clark, 1897 ; in-4<* de 1037 p. 

NiKiTiTSCH (Iwan). Das LichtdesEvangeliums. Ein Commentar zum Neuen- 
Testament fur Christen u. Israeliten. Charlottenburg [Beriin, Albert 
Katz], 1695 ; in-80 de 328 p. 

Obstbbrbighbb (J.). Beitr&ge zur Geschichte dor jildisch-franzdslschen 
Sprache und Literatur im Miltelalter. Czemowitz, Pardini, 1896 ; in-8* 
de 32 p. 

Pavly (Jean de). Ï1JT ÎTIT» yny inbtt) Rituel du judaïsme, traduit pour 
la première fois sur Toriginal chaldôo-rabbinique et accompagné de notes 
et remarques de tous les commentateurs. Orléans, Herluison, 1897 ; in-8® 
de V + p. 1-32. 

Pfbifpbr (R.). Die Religiôs-sittliche Weltanschauung des Bûches der Sprû- 
che. Munich, Beck, 1897 ; in-8<* de 264 p. 

[Plbssnbr (Salomon)]. Biblisches n. Rabbinisches ans Salomon Plessner's 
Nachlass, hrsgg. von Elias Plessner. Francfort, J. Kaufifmann, 1897 ; in-8^ 
de 74 + 88 p. 

Proceedings of the first Conyention of the National Council of jewish wo- 
men hold at New- York, nov. 15, 16, 17, 18 and 19 1896. Philadelphie, 
the jewish ublication Society of America, 1897 ; in-8® de 426 p. 

Program of the hebrew Union Collège, 1897-1898. The philosophy of 
jewish history bj Prof. G. Deutsch. Cincinnati [1897] ; in-8^ de 140 p. 

Publications of the amerioan jewish historical Society. N® 5. [Washington], 
1897 ; in-S» de 234 p. 

Contient les articles suivants : Morris Jastrow, Jr., Documents relating to 
the career of colonel Isaak Franks ; « John Samuel, Some cases in Pennsyl- 
vanie wherein rights claimed by Jews are affected ; — Henri Cohen, Henry 
Castro, pioneer and colonist; — Herbert Friedenwald, Matériel for the his- 
tory of the Jews in the British West Indies ; — Hollander, Naturalisation 
of Jews in the American Colonies under the act of 1740; — > George Alezan- 
der Kohut, Who was the first Rabbi of Surinam? — M. Kaytarling, laaae 



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BIBU06RAPH1E 133 

Aboab, the fîrst jewish author in America; — Max J. Kohler, The Jews and 
the americao anii-slaYery movemeot; — Abraham S. Wolf Rosenbach, 
Docnments relative to Major David S. Franka wbile aid-de-camp to gênerai 
Arnold ; — du môme, Notes on the first settlement of Jews in Pennsylvania, 
1653-1703. 

Publications of the American jewish historical Society. N^ 6. [Baltimore, 
impr. Friedenwald], 1897 ; in-S® de xi + 180 p. 

Contient : M. Kayserling, A mémorial sent by Grerman Jews to the pré- 
sident of the Continental Congress; — J. H. Hollander, Documents rela- 
ting to the attempted departure of the Jews from Surinam in 1675; — Henry 
Cohen^ A modem Maccabean; — Gratz Mordecai, Notice of Jacob Morde- 
cal^ founder and proprietor from 1809 to 1818 of the Warrenton Female Se- 
minary ; — Herbert Friedenwald, Some newspaper advertisements of the 
eighteenth Century; — Max J. Kohler, The Jews in Newport; — Civil 
statuts of the Jews in colonial New York; ~> G. A. Kohut, The oldest tomb- 
stona-inscriptions of Philadelphia and Richmond ; — A literary autobio- 
graphy of Mordecai Manuel Noah ; — Taylor Phillips, The congrégation 
Shearith Israël ; — David Sulzberger, Growth of Jewish population in the 
United States. 

Publications of the Gratz Collège. I. Philadelphie, 1897 ; in-8o do 
IX + 204 p. 

Contient : Sabato Morais, Italien Jewish literature; -~ Marcus Jastrow, 
The history and the future of the tezt of theTalmud ; — Aaron Friedenwald, 
Jewish physiciens and the contributions of the Jews to the science of medi- 
cine ; — K. Kohler, The Psahns and their place in the liturgy. 

Rabbi Issà*ghâr Bàer. Commentaire sur le Cantique des Cantiques, traduit 
pour la première fois de Thëbreu et précëdô d'une introduction. Paris, 
Chamuel, 1897 ; in-8® de 54 p. 

Inutile de dire que le traducteur est un fervent adepte des sciences oc- 
cultes. Il fallait une foi mystique pour découvrir dans ce commentaire insi- 
pide et sans la moindre originalité des beautés cachées aux simples mortels. 
Les contre-sens, comme toujours, n'ont pas peu servi à ces admirables trou- 
vailles. 

Rbinagh (Joseph). Raphaël Lévy. Une erreur judiciaire sous Louis XIV. 
Paris, Delagrave, 1898 ; in-8'> de 205 p. 

Ce récit d*un drame célèbre dans l'histoire juive est un modèle du genre 
et l'on ne sait ce qu^on doit louer le plus de la clarté dans Texpo^ition, de 
la rigueur dans le raisonnement, de la précision dans Pinformation ou de 
la fermeté et du charme du style. Pourquoi M. Joseph Reinach, que les 
circonstances ont par hasard amené à traiter ce sujet, n*appliquerait-il pas 
les rares qualités d'historien et de littérateur qui le distinguent à l'étude 
du passé du judaïsme? Ce qui manque généralement aux savants qui se 
vouent à ces recherches, ce sont les connaissances générales, sans lesquelles 
Terreur est presque forcée, et le talent d'écrivain, sans lequel leurs travaux 
sont condamnés à l'obscurité et, par conséquent, frappés de stérilité. 

RÉVILLE (Albert). J^sus de Nazareth. Etudes critiques sur les antécédents de 
l'histoire évangélique et de la vie de Je'sus, 2 vol. Paris, Fischbacher, 
1897 ; in-80 de x -f" 500 + 524 p. 

RODKiNSOK (Michael L.) New édition of the Babylonian Talmud, original 
text, edited, . corrected^ formulated and translatod into english. Section 
Moed, Tracts Shekalim and Rosh Hashana. Volume IV. New- York, New- 
Talmud publishing Company (sic), [1897] ; in-8<> de xviii -j" 36 -f- p. xix- 
XXVIII +20 p. 



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t: 



134 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Rot (H.)* Die Volksgemeinde u. die Gemeinde der Frommen im Psalter. 
Gnadenfeld, libr. de rUniversité, 1897 ; in-S» de 80 p. (Jahresberiobt 
des theolog. Seminariums der Brûdei^gemeinde in Gnadenfeld, 189G/97). 

RuGKBBT (K.)« Die Lage des Berges Sion. Avec un plan. Fribourg en 
Briigau, Herder, 1898 ; in-8« de vu + 104 p. 

SA.CBRDOTB (Gustavo). Catalogo dei codici ebraici délia Biblioteca Casa- 
natense. Florence, slabilimenlo tipografico fioreutino, 1897; in-8* de 
189 p. 

Quelques addilions et corrections seulement. ^dcb)DKp*T J^U)1ÎTt Pro- 
priétaire du Rituel avignonais, n* 95, est Josué de Caslar (= Caylar), au- 
teur de poésies synagogales qui, d'après Zudz, a vécu peu après 1540 et 
dont le nom figure dans un document français de Tannée 1558, sous la déno- 
mination Josué du Cayslar (voir Gross, Q allia Judaiea^ p. 621). — SIDV 
)1lDKC3nip^» propriétaire d'un ms. analogue, n» 96, est Joseph de Cour- 
thezon, dans le Vaucluse. Ce nom était déjà ainsi orthographié au xiii* 
siècle {ibid.^ p. 574). — Le n° 98 porte, eutre autres, les noms de C|0*)^ 
V)filï3Kb*T et de 3fi^^b'^)aT blDlbs^, ce sont ceux de Joseph de Lattes et 
de Dieulosdl de Milhaud. Ces noms figurent aussi dans an document de 
1583 (ibid,^ p. 610). Disons, à ce propos, que le nom de Bizous, qui se 
trouve parmi les signatures de cette pièce, et qui s'écrit de différentes 
façons, désigne sûrement Métiers. Dans un ms. de Porcalquier, de 1320-1, 
appartenant à un marchand chrétien de cette ville et renfermant des notes 
écrites par ses clients juifs, TéioiTe connue sous le nom d'éearkue de Béziert 
est rendue en héhreu par « écarlate de Bizès >. La question soulevée par 
M. Gross (p. 97) est donc tranchée aujourd'hui. Ainsi doit se comprendre 
le mot Bezes qui revient si souvent dans les listes des Juifs de Carpentras 
au XVI» siècle (Bê9Uê, Xil, 199 et suiv.). — nû:^ miïT» et t|OV 
^K3lbra36<D*T) qui figurent dans la môme suscription datée du 8 nissvu 
585 (sB 1585), sont Joseph ben Halafta de Pampelune et Juda ben David 
Atar, rabbins qui ont signé un document daté d'Avignon 1577 et un autre 
de 1583. Mais que signifient nS3lb avant le nom de t|OV et fit^DSms après 
celui de ^£33^? — Le mahtor avignonais va* 99, porte les noms de Joseph, 
Léon, Jacob et Samuel Rouget. Léon Rouget a sigué le même document 
de 1577. — CS'^'^AIsbM'T prDt^, dont le nom se lit sur un autre ms. avigno- 
nais, n'est pas isaac Poggetto, mais Delpuget, nom très répandu dans le 
Comtat. 11*TJ^D^t qui >e Ht dans le mÔme passage, a-t-il été bien lu ? J'en 
doute fort. — Dans le maktor^ n* 105, il est question de trois kattanim^ 
Lunel le petit, Joseph FarisoL et Baruch Naquet (CS^pS), qui allèrent, revê- 
tus de leur talit, en 1533, avec la femme de nfi^^3H (n'est-ce pas pfiTS^S 
= Boniac, ou est-ce Bonet?) devant le rot et la reine qui se tenaient 
llbns (à la fenêtre?) de Dona Blanche. — La signature du Rituel avi- 
gnonais, n» 107, y"^ TT»^att5''tt5bi nû ûiD -j'Ts's'a min*» ■•a» 

nfcOb'»atn)3 «)■»« ■•bKXa'^aTïS doit se transcrire : Moi, Juda, fils de Schem 
Tob de Sisteron, le Provençal, de Marseille. On trouve plusieurs per- 
sonnes qui s^appelaient aussi Provençal de Marseille (Gross, ibid., 383). 

Ainsi se confirme l'hypothèse de M. Gross à propos de *1'^C3V)lDbfin* 

N<* 117, les ConsulUtions de Jacob V)nifi^173 sont celles de Jacob de 
Marvège et non de Viviers, — Pourquoi appeler le Pirké R. EUézer 
Û'^piD de Eliézer b. Uyrcanos et pourquoi en faire uu ouvrsge hieto» 
ri^ue et mystique? Pourquoi enfin des titres comme celui-ci : Nehonia 
ben ha qanah *l'«rtan 'O '^ A qui sont destinées des indications de ce 
genre? Aux profanes? — elles les tromperont. Aux savants? — ils sou- 
riront. 

SA.LEifjLNN (C). Judaeo-Persica, nach St. Petersburger Handschriften mit- 
geteilt. I. Chudâidât. Ein jiidisch-buchâr. Gedicbt. Saint-Pëtersbourg, 



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BIBLIOGRAPHIE 135 

Woss, 189*7 ; in-4- de viii + 56 (Extrait des Mémoires de l'Académie im- 
périale des sciences de Saint-Pétersbourg). 

SiLFBLD (Siegmund). Das Marlyrologium des Nùrnberger Memorbuches. 
Berlin, Simion, 1898 ; in-8* de xxxix + 520 p. {Quellen zur Geschicble 
der Juden in Deutschland). 

Nous nous contentons d'annoncer aujourd'hui cette importante publication, 
que nous venons seulement de recevoir. 

ScHiLLiKG (D.)- Methodus practica discendi ac docendi linguam bebraicam, 
accedit antbologia cum Yocabulario. Paris et Lyon, Delbomme et Briguet, 
1897 ; in-80 de xii + 182 p. 

SCHLATTBR (A.) Das neu gefundene bebrâiscbe Stûck des Siracb. Der Gloâ- 
sator des griecb. Siracb u. seine Stellung in der Gescbicbte der jûd. 
Théologie. Giiterslob, Bertelsmann, 1897 ; in-8® de vu + 191 p. (Boi- 
trôge zup Fôrderung cbrisllicher Théologie, 1897). 

Scbulcban Aruch. I. Tbeil. Oracb Cbajlm in deutseber Uebersetzung, von 
Pb. Lederer. Francfort, Kauffmann, 1897 ; in- 8^ de 106 p. 

Sellin (Ernst). Beitrftge zur israelit. u. jûd. Religionsgescbicbte. 2. Hefl : 
Israels Giiter u. Idéale. I. Hdlfte. Leipzig, Deicbert, 1897 ; in-8^ de 
VIII + 314 p. 

Simon (Max) et Cohbn (L.)« Un nouveau Mapbtëacb. Clef pour identifier 
facilement les dates juives et chrétiennes et pour calculer la férié (jour 
hebdomadaire) d*une date quelconque pour les années 4105 — 5760 
A. M. = 345 — 2000 A. Chr., avec un tableau des përicopes pour tous 
les sabbats de Tannde. Berlin, Poppelauer, 1897; in-4^ de 40 p. 

Nous ne savons pas d'après quel principe ont été construits ces tableaux; 
en tous cas, il faut reconnaître qu^ils sont très pratiques ; aucun calcul com- 
pliqué à faire. Ainsi, supposons qu'on veuille déterminer la concordance du 
10 kislev 5621 avec le calendrier chrétien. Sur une liste des années juives se 
lisent, en face de 5621, les chiffres suivants : 17, 1860, 12. 17 signifie que 
Tannée commence le 17 septembre, 1860 = Tannée chrétienne, et 12 ren- 
voie à la colonne des calendriers. A la colonne 12, on voit que le 1*' kislev 
correspond au 15 novembre; 15 + 9 :== 24, soit le 24 novembre (1860). 
Inversement, pour convertir le 24 novembre 1860 en date juive correspon- 
dante, on consultera la colonne 12 du calendrier, on trouvera que le 1*' no- 
vembre = 16 heswan. Reste à savoir si heswan a vingt-neuf ou trente 
jours : un signe placé en haut de la colonne indique que Tannée est défec- 
tueuse et, par conséquent, que heswan n^a que vingt-neuf jours. Donc le 
24 novembre = 10 kislev. 

Smrnd (R.). Das bebr. Fragment der Weisheit des Jésus Siracb. Berlin, 
Weidmann, 1897 ; ïn-4^ de 34 p. (Abbandl. d. k. Gesells. d. Wissenscb. 
zu Gdltingen. 2. Bd. Nr. 2.). 

Nous avons d<^jà signalé l'apparition de cette édition des fragments hé- 
breux de l'Ecclésiastique (Betue, XXXV, 46]. Nous rendons volontiers 
hommage au soin avec lequel M. Smend a examiné le ms., mais nous de- 
vons dire qu'avec la meilleure volonté du monde, il nous a été impossible de 
découvrir sur l'original le plus ^rand nombre des gloses ou restants de 
traits qui, à en croire ce savant, auraient échappé à Taltention de 
MM. Cowley et Neubauer. M. S. a certainement rectifié heureusement plu- 
sieurs passages que les premiers éditeurs avaient mal déchiffrés ; que ne 
s'est-il borné à consigner seulement les lectures incontestables ! 



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136 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Stbimsghnbidbr (m.)* Vorlesungen ûber die Eunde hebraischer Hand- 
schriften, deren SammluDgen a. Verzeichnisse. Leipzig, Harraisowitz, 
1897. in-8<»dex+110p. 

Vbnbtianer (L.)- Die Eleasinischen Mjsterien im jerusalemischen Tempel. 
Francfort, impp. BrOnner, 1897 ; in-8* de 18 p. (Tirage à pari des Popu- 
lar-wissenchafll. Monatsbl&Uer deA. Brûll). 

Vbrnbs (Maurice). De la place faite aux légendes locales par les lirres 
historiques de la Bible. Paris, impr. nationale, 1897 ; iu-8^ 84 p. (Rap- 
port annuel de TEcole pratique des Hautes-Etudes, section des sciences 
religieuses). 

Vettbr (p.). Die Metrik des Bûches Job. Fribourg en Brisgau, Herder, 
1897 ; in-8^ de x -f 82 p. (Biblische Studien, hrsgg. Ton Bardenhewer, 
2. Bd., 4. Heft). 

VOLZ (P.). Die Torexilische Jahweprophetie u. der Messias in ihrem Ver* 
hftltniss dargestellt. Qottingue, Yandenhoeck et Ruprecht, 1897 ; in-8^ 
de viïi + Ô3p. 

WoLP (B.)« Die Geschichte des Prophelen Jona, nach einer karschun. 
Hds. der k. Bibliothek zu Berlin. Berlin, Poppelauer, 1897 ; in*8<^ de 
54 + XIV p. 



3. Périodiques, 

The Amerlean Jonrn»! of senittle langaages and llteratores. 

(Chicago, trimestriel). 14» vol. = = N«» 2, janvier 1898. A. R. R. Hut- 
ton : Hebrew tenses. — W. HajsWard : Bel andthe Dragon (dansPico- 
nographieassyro- babylonienne). — C. Levias : A grammar of tho aramaic 
idiom contained in the babylonian Talmud. 

The Jewish qnarlerly RevIew (Londres). Tome IX, 1897. == N® 36, 
juillet.W. Bâcher: The hebrew text of Ecclesiasticus (voir Revue, XXXV, 
87). — Ad. Neubauer et Gowley : The word CJ'^bnn in Eccl. xliv, 17, 
and Prof. Smend's emendations (MM. N. et G. nous paraissent avoir le 
plus souvent raison contre M. S.; peut- être môme lui font- ils trop de 
concessions). — G. Buchanan Gray : A note on the text and interpré- 
tation of Ecclus., XLi, 19 (le mot Dnp» serait déjà employa dans TEcclé- 
siasttque comme synonyme de « Dieu », conjecture inadmissible). — T. 
K. Cheyne : The text of Job. — F. C. Conybeare : Christian demonology 
(stUie). — Moritz Steinschneidcr : An introduction to tho arable lite- 
ratur of the Jews (suHe, n** 37). — Morris Joseph : Jewish religions édu- 
cation. — B. N. Adler : An elcventh century introduction to the hebrew 
Bible. — The installation of the egyptian Nagid. — A. Neubauer : Note 
on the egyptian Megillah. — Critical notices. ==Tome X. == N^ 37, 
octobre. S. Schechter : The labbinical conception of holincss. — T. K. 
Cheyne : On some suspected passages in the poetical books of the Old 
Testament. — R. M. Wenley : Judaism and philosophy of religion. — 
I. Abrahams : Some egyptian fragments of the Passover Hagada. — 
David Philipson : Tho progress of the jewish reform movement in the 
United States. — H. Hlrschfeld : Historical and legendary controversies 
between Mohammed and the Rabbis. — D. Kaufmann : A hitherto un- 



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B1BU06RÂPHIE 437 

known messianic movcment among the Jcws, particulary those of Qer- 
many and Ihe Byzantine empire. — Samuel Poznanski : Ben Meir and 
ihe origin of Ihe jewish calendar. — D. Kaufmann : The egyplian Nagid. 

— S. J. Halberstam : Notes to J. Q. R.. IX, p. 669-721. — W. Bâcher : 
~ Statements of a conlemporary of the emperor Julian on the rebuilding of 

the temple. — Thomas Tyler : Two notes on the « Song of Deborah ». 

— Ludwig Blau : The pope, the father of jewish approbations. — David 
Farbstein : On the study of jewish Law. — G. Buchanan Gray : Gritical 
remarks on Pss. lvii et lis. — T. K. Cheyne : Grfttz's corrections of the 
text of Job. — Gritical notices. ==^0 33^ janvier 1898. S. Schechter : 
Genizah spécimens : Ecclesiasticus (eh. xlix, 11 — l, 22). — F. C. 
Burkitt : Âquila. — Joseph Jacobs : The typical characler of anglo-jewish 
history. — Samuel Poznanski : The anti-karaite writings of Saadiah 
Gaon. — Leopold Cohn : On apocryphal work ascribed to Philo of 
Alezandria. — O. J. Simon : The Progress of religious Ihought during 
the Victorian reign. — Samuel Krauss : The great Synod. — Eb. Nestlé : 
A hebrew epilaph from Ulm. — Thomas Tyler : Notes on Deuter., 
XXXII, 42. — D. Kaufmann : Notes to the egyptian fragments of the Hag- 
gada. — Bâcher : Notes to the J. Q. R., IX, p. 666 sqq., X, p. 2-102. -— 
D. Kaufmann : Tho ûrst approbation of hebrew books. 

JoHFBal Asiatique (Paris, bimestriel). 9« sërie, tome IX. — = N® 2, 
mars-avril 1897. J. Halévy : La prétendue absence de la tribu de Siméon 
dans la bénédiction de Moïse. =:= Tome X. = := N® 1, juillet-août. 
M. Karppe : Mélanges assyriologiques et bibliques. ===== N'' 8, novembre- 
décembre. M. Schwab : Transcription de mots grecs et latins en hébreu 
aux premiers siècles de J.-C 

■oiuiiaschriri t&r Gesehlehte and l/Vissenschaft die^ JadenlhaniA. 

41* année, 1897.==N°7, avril. M. Ginsburger : Zum Fragmenlenthargum 
{fin, n9 8). — A. Epstein : Schemaja, der Schûler u. Secret arRaschi*s (fin), 

— Horowitz : Zur Textkritik des Kusari (fin). — M. Steinschneider : Mis- 
cellen 39 u. 40. — Gustaf Dalman : Aramâische Dialektproben.=:= N** 8, 
mai. D. Kaufïnann : Das Wort tl'^bnn boi Jesu8 Sirach. — W. Bâcher: Eine 
sûdarabische Midraschcompilation zu Esther. — M. Griinwald : Hand- 
schriflliches aus der Hamburger Stadlbibliotek (fin, n*> 12). — D. Kauf- 
mann : Zu Jacob Emdens Selbstbiographie [fin, n° 9). — Jos. Cohn : 
Elnige SchriftstCicke aus dem Nachlasse Aron WolfBSohns. = ^ N® 9, 
juin. Feuchtwang : Assyriologische Studien {suUe, n° 13). — M. LÔwy : 
Messiaszeit u. zukûnftige Well. — Aus einem Briefe Elkan N. Adler's. 
= = N* 10, juillet. Lcop. Treitel : Die Septuaginta zu Hosea. — H. Dal- 
man : Die Handschrift zum Jonathantargum des Pentateuch, Add. 27031 
des Britischen Muséum. — S. Poznanski : Eln Wort ûber das ^^912 
•^^M^T. — D. Kaufmann : Zur Biographie Maimûni's. — A. Epstein : 
Glossen zu Gross* GalUa Judaica. — A Ehrlich : Dlb'^DN, l'ib'^DN. = = 
N^'ll, août. Adolf Bûchler : Das Sendschreiben der Jerusalemer an die Ju- 
den in Aegypten in IIMakkab. 1, 11-2, 18 (Jln,n^ 12).— W. Bâcher : Eine 
verschollene hebrâische Vocabel. — D. Kaufmann : Der angebliche Na- 
gid Mordochai. — L. Munk : Die Judenlandlage in Hessen-Cassel. = = 
N^ 12, septembre. Samuel Krauss : Bari in der Pesikta Rabbathi. — A. 
Epstein : Die « Ergânzungen » und « Berechtigungen » Poznanski 's zu 
meinem « Schemaja ». = = N^ 13, octobre. D. Simonsen : Erklârung einer 
Mischnastelle (cf. Bévue, XX, 307 ; XXXI, 281). — M. Weinberg : Die 



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138 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Organisation der Jûdischen Ortsgemeinden in der talmudischen Zeit (suite 
et fin, n«» 14 et 15). — W. Bâcher : Bari in der Pesiltla Rabbati, Berytus 
in jBibel u. Talmud. •— D. Kaufmann : Das Freundschaftsepigramm Juda 
Halewi's an Salomo )bn Almualiim. — G. Wci'theim : Emanuel Porto*! 
Porto astronomico. =: =: N° 14^ novembre. M. Rahmer : Die bebr&ischen 
Traditionen in den Werken des Hieronymus {{suUe et fln^ 1898, n®» 1 et 3). 

— Dayid Kaufmann : Zu den Gedichten R. Isak Bar Scbescbet's u. R. 
Simeon b. Zemacb Durants. — M. Grûnwald. Die hebr&iscben Frauen- 
namen. = = N*' 15, décembre. M. Rahmer : Nachlrag zu dem Ârtikel 
Die hebr. Traditionen bel Hieronymus. — D. Feuchtwang : Erklârang 
einer Talmudstelle. — H. Brody : Zum Freundschaftsepigramm Juda 
Ha1ewi*s an Salomon Ibn ÂlmuUim. — > David Kaufmann : Ein Brief 
R. Benjamin Cohen Vilali's in Reggio an R. Josua Heschel in Wilna 
aus dem Jahre 1691. = == 42« année, 1898. == = N*^ 1, janvier. David 
Rosin : Die Religionsphilosophic Abraham Ibn Esra^s [suite , n^* 2 
et 3). — Moritz Steinschneider : Die italienische Literatur der Ja- 
den {iuitûy n°* 2 et 3). — David Kaufmann : R. Joseph Aschkenas, der 
Mischnakritiker von Safet. = = No 2, février. J. Bassfreund : Der Bann 
gegen R. Elieser u. die verânderte Haltung gegenûber den Schammaiten. 

— Max Freudenthal : Zum Jubilâum des erston Talmuddrucks in Deutsch- 
land (suitey n^S). === N® 3, mars. Martin Schreiner : Samau'al b. Jabyft 
al-Magribi u. seine Schrift « Ifhàm al-Jahûd ». 

ZeUschrin fttr die ait (esta mentliche Wissenschoft (Giessen, semes- 
triel). 17 année. = = No 2. Schmidt : Die beiden syrischen Uebersetzun- 
gendes I. MaccabSerbuches. — Jacob : Beitrâge zu einer Einleitung in die 
Psalmen {suite^ 1898, n® 1). — Techen : Syrisch-hebrftisches Glossar zu 
den Psalmen nach der Peschita. — W. Max Mûller : Miscellen, Sanheribs 
MÔrder, KÔnig Jareb. — D. Castelli : Una congettura sopra Deutero- 
nomo, 32, 5. — Klostermann : Ein neues griechisches Unzialpsalterium. 

— Peiser : Miscellen. — Stade ; A. Hilgenfeld's Bemerkung und W- 
Staerk's Erwiderung. = = 18« année. = = No 1. Weinel : n)D73 und 
seine Derivate. — W. Bâcher : Ein alter Kunstausdruck der jûd. Bibelexe- 
gese *13*Tb "IDT. — Zeydner : Kainszeichen, Keniter u. Beschneidung. — 
Schwally : Ueber einige palftstinische Vôlkernamen. — Kittel : Cyrus und 
Deuterojesaja. — Cheyne : Gen. 6, 14, Gopher Wood. — Kittel : Ein 
kurzes Wort iiber die beiden Mandelkern* schen Concordanzen. 



4. Notes et extraits divers. 

- = La propagande juive aux environs de Vère chrétienne et le culte du Dieu 
suprême (6cd< &{/totoc). — M. Emil Schûrer, le savant historien des Juite 
aux environs de Tére chrétienne, vient de publier une monographie ex- 
trêmement intéressante sur les « Juifs de la région du Bosphore et les 
confréries de «(Wiievoi lebv Oïj/wtw dans ces pays » [Die Juden im bospora- 
nischen Reiche und die Oenossenschaften der «^(Jfievoi 6t6v 0<|h«tov ebenda^ 
selbst, dans Sitzungsberichte der k. preuss. Akad, d. Wissensch, %u Berlin j 
Berlin, 1897, in-8o de 26 p.) M. Franz Cumont a ajouté de nouvelles 
preuves à lappui des conclusions de M. Schûrer (Hypsistos^ Bruxelles, 
1897, 15 p. 4- une planche, supplément à la Revue de Pinstruction publique 
en Belgique), Résumons ces conclusions et les additions de M. Cumont : 
Au commencement de Tére chrétienne, comme le prouvent des inscrip- 



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BIBLIOGRAPHIE 189 

lions d^couyerles dans la Russie méridionale, il existait dans le royaume 
du Bosphore une puissante colonie juive, qui exerça une action profonde 
sur la religion du pays. De nombreuses confréries, sans s'astreindre à se 
conformer aux pratiques de la vie juive, avaient adopté le culte exclusif 
du Dieu suprême Hoc 0<|naToç (= l^^b^ bK ; remarquer, à ce propos, rem- 
ploi presque abusif que Ben Sira fait de cette appellation divine). Cette 
action dépassa le Pont et s'étendit dans tout TOrient. la péninsule des 
Balkans, à Homo môme. Peut-être le nom de Hoc O^^totoç n'était-il que la 
transformation de Zeus hypsisCos. Mais ce changement lui-même a dû 
s'opérer sous Tinfluenco de la religion juive ; il est Tœuvre des ocp6)tcvot 
9t^ Gtj'taTov. Des communautés adorant Dieu sous ce nom persistèrent 
jusqu'à la fin du iv" siècle et se continuèrent dans la secte des Hypsis- 
tarienSy répandus, entre autres, en Cappadoce, secte où, suivant le témoi- 
gnage des Pères de l'Eglise, des éléments helléniques se mêlaient à des 
traditions juives. L'existence de ces confréries fut un point d'appui solide 
pour le développement du christianisme naissant, qui fit ses premiers 
progrès dans cette région. — M. Gumont cite, entre autres inscriptions 
relatives à ce sujet, une dédicace à ^hç Oijwcoç i«i(xooc (trouvée en Ser- 
bie) ; elle provient d'un thiase (confrérie) consacré à Sabazius. Cette di- 
vinité phrygienne avait donc reçu le nom de celle des Juifs. L'identi- 
fication était d'autant plus séduisante que Sabazius rappelle Sabaot. 
M. Cumont explique ainsi le fameux passage de Valère Maxime disant 
qu'en 139 « Judseos qui Sabazi Jovis cultu Romanos inficere mores conati 
erant repetere domas suas coegit ». Sabazi, ici, veut dire Sabaot ; mais la 
confusion ne provient pas des Romains, ils n'ont fait que s'emparer de 
l'identification faite en Asie mineure, où les Juifs étaient nombreux. — 
Avec les progrès du christianisme, les prêtres païens de l'Asie mineure 
se tournèrent vers ces confréries et leur empruntèrent l'idée du theos hyp- 
mtos, qu'ils fondirent avec celle de leur divinité particulière. Plusieurs 
oracles montrent ce synchrétisme. Ainsi, celui que rapporte Macrobe 
d'après Cornélius Labien (ii® siècle) et que M. Cumont considère comme 
authentique. *ld«, identifié à Zeus, Hadès, Hélios et Dionysos, y est pro- 
clamé le Dieu suprême. Un autre ouvrage du ii^ siècle, XF^9|jidl tûv 
i^T^vtxcûv Oittv, contient une série d'oracles analogues. Le dieu déclare que 
trois hommes seulement ont obtenu de voir Dieu face à face, Hermès 
Trismegiste, Moïse et Apollonius de Tyane ; il n'y a qu'un Être suprême, 
dont le nom ne peut être prononcé, Appn^oc, qui doit être honoré en tous 
lieux et qui connaît toutes nos actions et nos pensées. Les autres divi- 
nités sont ses serviteurs et sont les intermédiaires entre lui et les 
hommes. Ailleurs, il enseigne l'immortalité de l'âme et la vie future. En- 
suite, il dit : Le Très Haut est le dieu suprême, éternel, créateur et con- 
servateur auquel chacun, quelles que soient ses croyances particulières, 
doit rendre hommage. M. Cumont dresse, ensuite, une liste complémen- 
taire des localités où les inscriptions révèlent l'existence du culte d'Hyp- 
sistos : Cerdilium (Macédoine), Mytilène (Lesbos), Brousse, Sinope, 
Tralles, Coula (Lydie), Sari-Tsam (Lydie), Hiérocésarée, Nacoleia (Phry- 
gie), Termessos (Pisidie), Golgos (Chypre), Beyrouth. (M. Cumont cite 
une invocation magique, publiée par Wessly, Griech, Zauberpap. von 
Paris u. London, p. 128, 47 : èv dvd(uiTi toû (t^loxou Oeo6 9a(idf pi^O. Il vou- 
drait voir dans ce dernier mot samas « soleil ». C'est tout simplement 
sckem hamephorasch « le nom ineffable ». M. Schwab l'a reconnu dans son 
Vocaktlaire de Vangélologie,) 



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140 REVUE DES ËTUDES JUIVES 

z=z ^=z La guenita du Caire. — Les trésors si prëcieuz rapportes du Caire par 
notre excellent confrère M. Scbcchtcr commencent à être livrés au pu- 
blic. M. Schechler a dëjà publié àdJis\Qjewi$h Quarterly Review [janvier 
1898) le chapitre de VScclésiasiigue relatif à Simon le grand-prêtre. Nous 
croyons savoir que les autres fragments de cet ouvrage ont dëjà été dé- 
chiffres et envoyés à Timpression. Le savant anglais continuera d'insérer 
dans la même Revue d'autres documents provenant do ce fonds. D'autre 
part, M. Burkitt, comme on Ta vu plus haut, a publié les palympsestcs 
contenant des fragments de la traduction grecque d*Aquila du livre des 
Rois. M. Abrahams a reproduit les variantes fournies par une Haggada 
trouvée dans ce dépôt. Chose curieuse, dans cet amoncellement de 
pièces de toute nature se trouvait un morceau d*un poème français, em- 
porté sans doute par un des rabbins qui partirent pour la Palestine au 
commencement du xiii^ siècle. Ce fragment a été édité par M. E. Braun- 
holtz, dans la ZeiUchrift fur romanische Philologie, XXII, p. 91 {Frag^ 
ment einer Aliscaruhandschrift)» 

=: = Le Bulletin de Correspondance hellénique, janv.-août 1897, contient, 
p. 47, la copie d*une inscription trouvée à Tafas, en Syrie. Elle orne une 
longue pierre formant le linteau d'une porte et est ainsi conçue : 
^dx«>po< xal £t|iOuvi^ xol 
KX'niidtioc xarijp avxcôv 

Ces noms de Jacob et de Samuel paraissent bien juifs. Par contre, celui 
de Clématios ne s'est pas encore rencontré, à ma connaissance, dans 
Tonomastique post-biblique. Peut-être est-ce celui d*un prosélyte. 

= = La librairie Clark, d'Edimbourg, publie le premier volume d'un 
Dictionnaire de la Bible, A Dictionary ofthe Bible dealing with its Un- 
guage^ literature and contents, in cluding the biblical theology. La di- 
rection en a été confiée à M. James Hastings, assisté de MM. John 
A. Selbie, Davidson, Driver ,et Swete. Le spécimen que nous avons 
sous les yeux montre que ce dictionnaire, d'un format commode et 
enrichi d'illustrations, rendra de grands services. Il formera 4 volumes 
de 900 pages. 

= = On vient de commencer l'impression d'une traduction de la Bible 
qui sera l'œuvre collective des rabbins français. 

= = En rendant compte de l'apparition de VHehràische Bibliographie de 
M. H. Brody (Revue, XXXII, S08], nous protestions contre la prétention 
de réditeur déclarant que la bibliographie hébraïque n'a pas d'organe. 
Nous citions, pour prouver le contraire, plusieurs périodiques qui peu- 
vent, sous ce rapport, entrer en comparaison avec le nouveau recueil. 
Dans cette liste nous avons oublié de comprendre VOrientalische Biblio'- 
graphie de M. Lucian Scherman. Cette revue, qui paraît tous les six mois 
à Berlin, contient le dépouillement le plus exact et le plus complet de 
tous les ouvrages et articles relatifs aux Juifs. Les matières sont classées 
sous des rubriques très intelligemment choisies. Sous chaque titre d'ou- 
vrage sont mentionnés les divers comptes rendus qu'ils ont provoqués. 
Un index détaillé contribue à rendre cette publication des plus utiles aux 
savants. 

= = M. Kayserling continue à dresser, dans les Jahresberichte der Qe^ 



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BIBLIOGRAPHIE 141 

schiMstoissensckaftj le tableaa de la littérature de Tannëe sur le Judaïsme 
après la destruction du temple. C'est un autre instrument de travail des 
plus précieux. 

= = La Société ^At^â(/' continue le cours de ses publications intéressantes. 
Elle a fait paraître, en 1897 : 1^ la traduction hébraïque de Texcellent ou- 
Trage de M. Gûdemann, Qeschichêe des Sniehungswesens und der CuUur der 
Juden wâhrend des MitUlalten ; 2^ une histoire de la théologie juive par 
Simon Bemfeld ; S** Tautobiographie de Jacob Emden (1^33^*^), publiée 
par David Kabna ; 4® « Zunz » par P. Rabbinowilz ; 5^ la traduction du 
Jérémie do Lazarus, par Brainin ; 6® b»-)^"» ''^ab Û'^Ta'^rt '^nm Histoire 
populaire des Israélites, par M. Braunstein; 7° mt73n ^K^y mbin 
D^aiTîTpîl Histoire de TOrient, traduction de louvrage de M. Maspero, 
par Ludvipol; 8® bfii'ilD'' mnDO, traduction do Touvrage de M. Stein- 
schneider Jûdiscke Literatur, par Malter. 

= = La Société Touschia ne ralentit pas non plus son activité, elle 
a publié, entre autres, deux histoires populaires des Juifs, ninbin 
D'^mn'^rï, par Jacob Frônkel, bén©*» Uy mibin, par A.- S. Rabinowitz 
(qu'il ne faut pas confondre avec le traducteur do PHistoire des Juifs de 
Graelz). 

= = Notre savant collaborateur, M. David Kaufmann, a extrait, pour la 
BjfzanUnische Zeitschrifly de la si curieuse chronique d*Ahimaaç tous les 
renseignements qui intéressent les études byzantines {Byzant. Zeitschr.j 
1897, p. 100 et suiv. : Die Chronik des Âchimaaz ûber die Kaiser Basiltos 
lu. Uon VI). 

= = M. Louis Brandin, ancien élève de TÉcole des Chartes, a soutenu 
avec succès une thèse sur les Loazim de Gerschon ben Juda, Il a identifié 
cent vingt-deux de ces gloses; quelques-unes au nombre de six sont 
restées indéchifirables. Il a étudié également le ms. hébreu 302 de la 
Bibliothèque nationale, qui renferme un glossaire hébreu-français, com- 
posé après 1288. Le dialecte est celui de Troyes. 

= z=z Der Urquell, cette excellente Revue de foïk-lore dirigée par M. F. -S. 
Krauss, contient dans chaque numéro des notices intéressant le judaïsme. 
Dans le n^ 3-4 de Tannée 1897, nous relevons une bien jolie légende de 
la pauvreté [De Maisse vUn Dalles)^ publiée par M. J. Ehrlich : Un pauvre 
Juif avait six petits enfants. Obligé de quitter son logement (sel Dire), il 
prend ses quelques bardes (seine pur Schiwre Kejles), les met sur une 
charrette avec ses enfants. Mais, s*apercevant qu'il a oublié quelque 
chose dans son logement, il y retourne. Quand il revient à la voiture, il 
y trouve un enfant de plus, qui est nu-pieds. Le pauvre homme lui dit : 
Qui es-tu et que veux- tu ? Je n*ai déjà pas à manger pour mes enfants, 
faut-il que je te nourrisse aussi? — Je suis le Dalles (la pauvreté), je 
vais avec toi dans ton nouveau logement. — Pour mes péchés (Che- 
tuïm), s^écrie le pauvre Juif, pourquoi ne vas-tu pas plutôt chez le riche 
(den Kutzen) qui demeure dans l'autre rue, que de Rattacher à un mal- 
heureux Juif comme moi? — Je préférerais aller chez le riche, mais je n^ai 
pas do souliers et j'aurais honte d*aller choz lui nu-pieds, car il me met- 
trait à la porte. « Pour me libérer (pattem) du Dalles, se dit en lui-môme le 
pauvre Juif, il faut tout faire ». Il prend donc vite sa lampe, va la vendre 
et achète des souliers pour le Dalles. « Tiens, voilà une paire de souliers, 
mets-les tout de suite et va-t*en chez le riche. » Le Dalles essaie les sou- 



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i42 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

liers, mais ne peut les entrer : « Ils sont trop petits pour moi I — Schma 
Jisrul, crie le Juif, que faire maintenant : Je n*ai plus de lampe, et lo 
Dalles est toujours là? » Il se saisit de deux couvertures du lit, mais 
cette fois prend la mesure des pieds du Dalles et va lui acheter des sou- 
liers. Ils sont encore trop petits. Et pour ne pas faire entrer le Dalles 
dans sa nouvelle demeure, il vend successivement tout ce qu'il a. Plus il 
faisait, et plus le Dalles grandissait : aucune chaussure ne lui allait. Et 
le pauvre Juif ne put se délivrer du Dalles tout le temps qu'il vécut. Le 
malheureux est mort depuis longtemps, mais le Dalles vit toujours ; il 
marche toujours nu-pieds ; voilà pourquoi il a honte d'aller chez les ri- 
ches et reste chez les pauvres gens. — Cette légende, recueillie chez les 
Juifs de Bohdmo, rappelle le proverbe talmudique : « La pauvreté marche 
derrière le pauvre. » — Le même numéro contient une variante bohé- 
mienne du moo^ /«OKr y^«cAoMo«^ dont Tair et les paroles s'écartent de celui 
de l'Alsace, par exemple; des proverbes espagnols recueillis chez les 
Juifs de Tatar-Bazardjik. — Dans le numéro suivant, figure un recueil de 
proverbes et de locutions des Juifs do Moravie, Bohdme et Hongrie, par 
le regretté Edouard Kulke, le romancier populaire des Juifs d'Autriche- 
Hongrie. 

= = Dans la RevUta crttica de historia y literatura espdnolas, portuguesas 
è hispano-americanas (2* année, 1897, n» 5-6), M. M. Schiflf rend compte 
de la découverte d'une traduction espagnole manuscrite du c Guide des 
égarés » de Malmonide. 

:=zz=iLe9 Pattoureauw et la Conspiration des J.épreux» — M. P. Lehugeur, dans 
sa belle Histoire de Philippe le Long (Paris, Hachette, 1897), n'a pas man- 
qué de consacrer un chapitre aux souffrances qu'eurent à subir les Juifs 
pendant les douloureuses années 1320 et 1321. Nous le louons fort d'avoir 
expliqué les persécutious dirigées alors contre eux par le vent de folie 
superstitieuse qui soufflait alors. « Ces ftmes désaccordées, d'où se retire 
la foi primitive, et où ne pénétrent pas encore la religion de la patrie et 
le culte de la science, sont remplies de ténèbres et peuplées d'hallucina- 
tions. On ne parle que de prophéties sinistres, de Gog et de Magog, du 
déchaînement de l'Antéchrist. Tous les maux ont alors des causes surna- 
turelles : la guerre, la famine, la misère, tout fléau est mis au compte du 
diable, de Saturne, de Jupiter, ou de « l'estoille comète . . . , signe du ciel 
qui plusieurs jours, à la nuitée, fut veue, dénonçant le détriment du 
roiaume de France »... La croyance aux sorts et aux « voults » ou en- 
voûtements paraît générale. » — C'est au milieu de cette misère physio- 
logique et intellectuelle que naissent les folies populaires. « Les Pastou- 
reaux de 1320 sont des paysans, surtout des bergers et autres € menues 
gens » ; la plupart ont moins de vingt ans. ... Ce sont des illuminés qui 
ont soif de combats, d'aventures et d'extravagances. ...Mais, comme 
toujours, les naïfs à idée fixe sont exploités par des «c trufeurs », c'est-à- 
dire par des meneurs sans scrupule, particulièrement par un prêtre inter- 
dit, « qui a été dépouillé de son église à cause de ses méfaits » et par un 
moine défroqué, déserteur de l'ordre de Saint- Benoît. Les vrais croisés, 
les mystiques rôveurs sont noyés dans le flot louche des malfaiteurs de 
droit commun, des gens sans foi ni loi, sans feu ni lieu, ribauds, rou- 
tiers, rôdeurs et bandits qui ne cherchent qu'à assouvir leurs haines et 
leurs passions mauvaises ; les mystiques sont conduits par des mystifica- 
teurs... Enhardis par l'impunité..., ils se répandent en Languedoc, au 



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aPAhi i 



BIBLIOGRAPHIB i43 

nombre d'au moins 40,000 ; . . • leur folie furieuse 8*atlaque de préférence 
aux Juifs : bergers et bandits rivalisent de cruauté envers ces parias que 
personne n'ose défendre : les Juifs périssent en foule. Le massacre de 
Verdun-sur-Garonne est resté célèbre. . . Partout ils ont pour complice la 
populace, parfois le peuple et la bourgeoisie, tous ceux qui applaudissent 
au massacre des Juifs ou qui craignent Timpopularité s'ils font mine de 
les protéger. A Albi, les consuls essaient d'arrêter le flot aux portes de la 
ville, mais les Pastoureaux forcent le passage en criant qu'ils viennent 
tuer les Juifs ; la populace les accueille comme des amis et comme des 
frères {laeto vuliu) t par amour du Cbrist contre les ennemis de la foi ». 
A Lézat, les consuls font cause commune avec les Pastoureaux. Il arrive 
môme à des officiers de s'associer au fanatisme populaire. Ce fut seule- 
ment dans la sénéchaussée de Garcassonne qu'on parvint à les arrêter. Le 
peuple refusa, comme partout, de se joindre au sénéchal pour défendre 
les Juifs détestés, mais le sénécbal, aidé du camérier du pape et par le 
clergé, put réunir des hommes d'armes en nombre suffisant. )» — Nous 
parlerons, dans le prochain numéro, du paragraphe consacré à la Cons- 
piration des Lépreux. 

= = Le Boletin de l'Académie royale d'histoire de Madrid n'est plus si 
riche qu'autrefois en éludes relatives aux Juifs d'Espagne. Nous n^avons 
à relever, depuis juillet 1896, que de courtes notices de Témlnent R. P. Fi- 
del Fita sur la communauté de Belorado (octobre 1896), de M. Narciso 
Uergueta sur la Juderia de San MiUan de la CogoUa y la hataUa de Najera 
(juillet- septembre 1896), de M. le marquis de Monsalud sur la synago- 
gue de Saragosse (janvier 4898), de M. Ramon Alvarez de la Branca sur 
la synagogue de Bembibre et les Juifs de Léon (février 1898). 

= = Depuis 1897 paraît à Drohobycz (Qalicie) une Revue hébraïque inti- 
tulée p*^2S Zion, hebrâische Monatsschrift fur die Wissenschaften des 
Judenthums, hrsgg. von A.-H. Zupnik (abonnement, 7 francs). 

= = Depuis 1896 paraît à New- York une Revue mensuelle, rédigée en 
hébreu, '^a'nJ'Wn ^3, et dirigée par M. S.-B. Schwarzberg. Ce recueil 
contient principalement des articles de fantaisie, poésies, nouvelles, etc. ; 
il fait une place aussi aux études historiques. Nous n'avons pas à en ap- 
précier la valeur. 

ISRABL LfiVL 



Kdmo (Eduard). Hisiorisch-eomparative Syntax der hebraïschea Spra- 

che. Leipzig, Hinricbs, 1897 ; io-S» de x + 721 p. 

Ea publiant la Syntaxe de la langue hébraïque, M. KÔnig, profes- 
seur à l'Université de Rostock, a achevé sa grande grammaire, dont 
le premier volume avait paru en 4881 et le second en 1895. Cette 
troisième partie est d'autant plus importante que la syntaxe 
manque dans les grammaires de Bôttcher, Olshausen et Stade. Les 
grammaires d'Ewald et de Gesenius contiennent, il est vrai, une 



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144 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

syntaxe; mais la première a beaucoup vieilli, et la seconde est 
plutôt destinée aux étudiants qu'aux savants. M* KÔnig a donc com- 
blé une véritable lacune ; et tous les sémitisants lui seront recon- 
naissants d'avoir entrepris et mené à bonne fin une tâche des plus 
longues et des plus difficiles. 

La Syntaxe de la langue hébraïque a 620 pages (index non com- 
pris), et cependant M. Kônig a consacré moins de place que dans la 
morphologie à la discussion des théories grammaticales. Il a dû sou- 
vent se contenter d'indiquer les idées qu'il rejette sans donner les 
arguments sur lesquels on les a appuyées. M. Kônig a toutefois exa- 
miné attentivement ces arguments avant de se décider pour Tune ou 
l'autre opinion ; une ligne est parfois, chez lui, le résumé de mini- 
tieuses recherches préliminaires. On trouve dans le présent ouvrage 
des renvois à une foule de livres, de dissertations et d'articles de 
Revues ; la littérature synlactique y est, à peu de chose près, 
complète. 

Dans la Syntaxe, M. Kônig fait preuve, en général, de la même sû- 
reté de jugement qu'on apprécie dans les volumes antérieurs, et de 
la même indépendance vis-à-vis des grammairiens et exégètes an- 
ciens et modernes. C'est ainsi que (§ 329 i) M. Kônig maintient avec 
raison Texplication de nn^U) ^w par t ramener un retour », au lieu 
de c ramener la captivité )>, Interprétation défendue encore récem- 
ment. Cependant M. Kônig nous parait pousser trop loin la défiance 
à regard des théories nouvelles. Par exemple, quand M. K. discute 
(§491(1^-/) les exemples du futur en é, énumérés par M. Barth, il 
trouve seulement possibles ceux que nous jugeons certains, et 
n'admet pas ceux que nous trouverions possibles. L'absence du hifil 
dans la plupart des verbes à futur é n'a pas été assez soulignée par 
M. KôQig. 

M. Kônig s'est efforcé de ranger dans un ordre rationnel les ques- 
tions dont il avait à s'occuper, et il a fait rentrer les phénomènes 
syn tactiques dans des catégories aussi générales que possible. Ainsi, 
l'emploi du lamed devant le complément direct se trouve, non pas au 
chapitre des prépositions, mais à celui du complément direct. Celte 
innovation déroute peut-être au premier abord ; mais à la réflexion, 
elle paraît très justifiée, parce qu'il importe de trouver ensemble les 
difiérents procédés à l'aide desquels le langage a indiqué le complé- 
ment direct. En effet, ces procédés n'ont pas été employés simulta- 
nément, ils ont été plus ou moins usités selon les périodes de la 
langue hébraïque ; c'est ce dont on ne pourrait se rendre compte si 
les signes du complément direct étaient traités dans des chapitres 
différents. Il est, d'ailleurs, très facile, avec les index, de retrouver 
les divers emplois du lamed. 

Ce qu'on ne saurait trop admirer, c'est la richesse des matériaux 
réunis par M. Kônig et l'énorme force de travail qui a été nécessaire 
pour les mettre en ordre. Tous les passages bibliques intéressants 
au point de vue syntactique ont été cités, et, grâce à de copieux iu- 



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^ '■▼I 



BIBLIOGRAPHIE 145 

dex, Touvrage de M. Kônig forme le commentaire synlacUque le plus 
bref et le plus complet de la Bible. Par là, le professeur de Rostock 
a rendu un très grand service, non seulement à la philologie sémi- 
tique, mais encore à Texégèse biblique, et la Syntaxe sera consultée 
avec fruit par les commentateurs des Ecritures. 

Nous donnons ici un certain nombre d'observations faites au cou- 
rant d*uoe lecture, forcément superficielle, de la Syntaxe. Le livre 
de M. Kônig est fait, avant tout, pour être consulté, et, pendant long- 
temps, il servira de base aux études relatives à la syntaxe hé- 
braïque. Aussi, les quelques critiques que nous apportons ici ne 
doivent-elles être considérées que comme une faible contribution à 
Tœuvre colossale si vaillamment et si patiemment exécutée par 
M. Kônig. 

S 30. Traduire yizy na:33 par tu as abandonné èa nationalité^ c'est 
faire entrer dans la Bible une idée bien moderne. Il faudrait tout 
au moins, ^'ûy ''Dm, et l'oo ne dit pas à un peuple : ton peuple. 
Il est plus vraisemblable que nno:33 se rapporte à Dieu, et n''^ 
3p7^ peut être une dittographie des mêmes mots à la ligne pré- 
cédente. 

§ 49t c. Les Masorètes n'ont certainement pas pensé au futur impé- 
ratif dans les nombreux passages où le verbe C|D'^ a un é. Ils ont mis 
cette voyelle parce que la tradition le voulait ainsi. S'ils ont parfois 
mis un i (même sans yod), c'est qu'ils ont aussi subi l'influence du 
bas-hébreu, qui emploie V\u^ au hifil. La tradition, pour ce verbe, 
n'était sans doute pas uniforme, comme cela est arrivé pour d'autres 
mois. — De même(§ 194^), pour oinn «b, il n'est pas sûr que les 
ponctuateurs aient voulu mettre le futur pour l'impératif. On doit 
noter que Dînn est toujours suivi de X^y. La substitution &q Ô h où 
peut avoir une cause phonétique. 

§ 494. M. Kônig pense que le ton miileél de mots comme Dp^^ doit 
s'expliquer ainsi : « La syllabe qui marque le sujet de l'action ten- 
dait à se faire ressortir, et elle a pris le ton quand les conditions 
phonétiques s'y prêtaient, à savoir lorsque cette syllabe était ou- 
verte. Par analogie, on a étendu cette accentuation de la syllabe 
ouverte aux formes Ï3n2*% ïî'P^^]. » Mais n*est-il pas plus simple de 
dire que, ]orsqu*une forme verbale se termine par deux syllabes 
dont la première est ouverte et la seconde fermée, la syllabe ouverte 
tend à prendre le ton. Il est inutile de rechercher si la syllabe ou- 
verte exprime le sujet ou non. La cause phonétique se suffit à elle- 
même sans qu'une raison psychologique ait à intervenir. Quant à la 
première personne ûp^n, le ton millera doit plutôt s'expliquer par la 
présence de deux syllabes ouvertes que par la force de la gutturale 
K, qui ne fait pas plus ressortir le sujet que la consonne n ou ^. 
D'ailleurs, l'orthographe presque constante opjsn, au lieu de Dnp«n, 
prouve qu'on a pendant longtemps prononcé tsp&^i. D'une manière 
générale, les causes mécaniques et les raisons ^phonétiques valent 
mieux que les causes finales et les raisons psychologiques. 

T. XXXVl. N« 71. 10 



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146 HKVUK OES ÉTUDES JUIVES 

^ t09i. M. K. aurait pu ajouter bien des exemples de hifil avee 
lesquels on sous-entend un complément direct, d'autant plus que \m 
théorie des causatifs directs, c est-à-dire des hifii exprimaol une 
action qui a pour objet la personne même qui agit, ne satisfait guère 
Tesprit. On n*aperçoit pas la difiéreuce entre les causatifs directs et 
les réfléchis. Si Ton admet, au contraire, qu^avec un certain nombre 
de causatifs le complément direct est sous-entendu, on peut croire 
qu'il en est de même des autres hifil intransitifs. Le souTenir du 
complément direct primitif a pu s'oblitérer. En tout cas^ on regrette 
de ne trouver ni dans la première partie de la Grammaire, ni dans 
la Syntaxe, les hifèt, tels que iu>n, 3^-irï, nniDn. pTnn. Pour les trois 
premiers, il faut sous-entendre iDm, pour le dernier ^T. Due énu- 
inération complète des hiffl intransitifs eût été utile. 

§ 234 a, La comparaison de '«a3£^ avec tfa?^ laisse à désirer. En 
effet, le dagaesck du second mot est nécessaire, parce qu'on ne peut 
maintenir de sckeva mixte devant un autre scheva (cf. I, p. 131). 

S 236 fl. M. Kôoig paraît croire que D'^pj'S (Gen., iv, 40) est Tat- 
tribut de bnp(cf., S 349 e). En réalité, D'^p^^it qualifie m et est em- 
ployé attributivement (accusatif d'état). Avec bip on sous-entend 
3^72123^. D'ailleurs, bip n'est jamais le sujet d*un verbe signifiant dire 
ou crier. 

§ 248^, note 2. Il est possible que anb [Ps., civ, 4) soit pour nanb, 
et que le n soit tombé après le a. De môme (§ 254 i) tn?3?3 pour 
ran7373 (I Rois, vu, 45). Le n est peut-être tombé devant le D du 
mot suivant dans arriTT: (Esdras, viii, 27). 

S 254 /*. Le mot ny n'est pas masculin dans ïs., viii, 2î^, car p^Énn 
n*est pas l'épithète de n^D, qui est ici l'équivalent de Tfit ^'D ou ^5 
rrriT (v. Tarticle très judicieux de Kobler, dans Geiger, Zeitschrift fur 
Wissenschaft und Leben, VI, p. 21). 

§ 254 i. Rien ne prouve que bbp soit un adjectif; c'est sans doute 
un substantif, complément de n^^i^ns. 

§ 255 a et g, riniDD, n:2n, ïii^^td désignent, selon nous, le lin, le fro- 
ment, Torge en tant ^\x'es;pèces, tandis que û'^n^CD, D'^an, D'^nytî les dé- 
signent en tant que matières. C*est pourquoi la forme du singulier 
est plus usitée dans les énumérations que la forme en DV. 

§ 264 a et suiv. M. K. voit dans les nombreux pluralia tanûum de 
Thébreu des pluriels (ïextensité et d'intensité, mais il n'explique pas 
pourquoi ces pluriels n'ont pas de singulier. Ensuite, un pluriel ne 
peut marquer Texteosité ou l'intensité que par rapport à un bingulier ; 
mais si celui-ci n'existe pas, le pluriel n'indique plus rien de parti- 
culier. Enfin, il serait intéressant de savoir pourquoi certains noms 
sont usités au singulier en poésie et au pluriel en prose, comme û^bô^ 
Q-'tt^ibp^ tandis que, pour d'autres, c'est l'inverse, comme fi*^"»», 
nu(3Kn73, ii3*T3. nn^is. Là aussi les explications psychologiques soot 
sujettes à caution. 

§ 321 f. La ponctuation "^nà^^ avec méieg, est probablemeai 



^. . Digitizedby VjOOQIC 



liiHLIOGaAPHiE 147 

fausse ; même si le Mnu3 était mixte et remplaçait une voyelle, il ne 
faudrait pas de méteg. "^nçï^^ d'ailleurs, n'est pas un vrai pluriel. 

§ 325 c. M. K. s'efforce d'expliquer le yiyp de "^sn et D3n par Tana- 
lagie de t{b. Mais le yti'p ne présente pas la moindre difficulté, 
puisque a est la voyelle primitive du noun de ïijn, pour hinna (= 
irnusr^ en arabe). Ce qu'il s'agirait d'expliquer, c'est le chaugemeni 
de fl en ^ dans rtjn (cf. !iT pour zâ)y comme dans le suffixe îj- dae 
noms. 

^^ 32o g et 3520. Il est bien plus naturel de rapprocher l"*» de Tarabe 
aitML « où? 8 et de le rattacher à la particule interrogative "^M^ que 
d'en faire un prétendu substantif signifiant t disparition ». Le chan- 
gement de ^'^N en 1*^ ne prouve absoluiAent rien, et, au contraire, 
puisque Y^ s'emploie même après le substantif, il ne peut être un 
état construit. 

§ 334/". Gomme exemple de désaccord apparent entre le substantif 
et Tadjectlf ïT»n csd est mal choisi, car rr^n est un substantif et «503 est 
à réfat construit. Sur les nombres ordinaux après Dn^, voir Revue, 
t. XXXI, p. Î79. 

§ 339 r. On n'aperçoit pas la difficulté phonétique qui empêcherait 
absolument de faire dériver riTaj? bD de nTa^bs. D'abord, le changement 
de bo en bD n'a rien d'extraordinaire, surtout si Ton prononçait koul 
comme en syriaque. Ensuite, rmy bD a pu subir une double influence 
analogique, celle de Taraméen bsp b^ et celle du mot bd « tout ». Le 
fait que r\izy et bsp ne se rencontrent pas sans la préposition b est 
un argument qui a quelque poids et qu'il n'aurait pas fallu passer 
sous silence. 

§ 348 j. Comment la brachylogie peut servira expliquer le désac- 
cord entre T^DnaTS et Ti'i^, c'est ce qu'on comprend difficilement. 
De plus, le parallélisme de "^bbp?: avec T»Dna?3 est très significatif. 
M. Kôuig objecte à ma théorie, qui fait intervenir l'analogie des suf- 
fixes du pluriel, qu'il y a des centaines de mots qui ont conservé le 
suffixe du singulier. Mais tous ces mots sont-ils dans les mêmes con- 
ditions phonétiques et analogiques que T»Dna73 ? 

§ 349^. Le masculin dans ïTOj"j. Nb rîDNb?3 br) n'a pas pour cause le 
motbD; mais rtiûr*» est impersonnel et ïiDNbîa bD en est le complé- 
ment direct, d'après le § 408. Il en est de même pour pn*T tiia "^ 
(§349^). 

§ 350 a. Dans ^aTDi» rrïT' "pfi^ '^3»tD73, le sujet est "^att)!» et TaU 
tribut 'p« "«373073. De même dans TiSiD n'^rr' a'>'7p3 , c*est ^n5« 
qui est le sujet et û'»'7p3 l'attribut. Le verbe s'accorde donc avec son 
sujet. 

§ 365 rf. D'après M. K., ma supposition que qatal avec le ton sur la 
première syllabe était un imparfait et avec le ton sur la deuxième, 
un parfait, serait (indémontrable et inutile. Or, cette suppositioa 
B'est pas inutile, car elle explique d'une manière très simple le 



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148 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

double emploi de la forme qataU laodis que M. K. est obligé de re- 
courir à la prétendue analogie de la forme yaqtul. Parce que yaqtul 
s'employait pour le futur et le passé, on aurait, par amour de la sy- 
métriei donné deux significations opposées à qataL Ensuite, mon hy- 
pothèse n'est pas indémontrable, puisque je me suis appuyé, pour 
rémettre, sur la différence de ton entre "^nbap et Tibûpi, sur la 
forme assyrienne ipaqqid et Téthiopien yefaqed, 

§ 370^. Au Heu de croire que la coordination des verbes parallèles 
a précédé la construction asyndétique (sans conjonction) de ces 
mêmes verbes, par exemple dans boa j^iD DD©, c'est cette dernière 
construction qui parait primitive. On a, en arabe, un cas analogue 
dans la suppression du vâD entre les synonymes. Les verbes paral- 
lèles conservant la môme forme dans la construction asyndétique, 
on comprend qu'ils aient reçu plus tard la conjonction tav^ sans mo- 
difier leur forme, et aient ainsi favorisé la substitution du vav coor- 
dinatif au vav conversif. 

§ 387 «. Sur rr^n n», voir Revue^ t. XXVIII, p. 285. 

§ 398 a. Dans abnn m, le sujet est ûbnn et m est l'attribut, exac- 
tement comme dans nnirirt nNT, c'est nNT qui est Tattribut ïrnnn 
le sujet. Dbnn n'est donc pas un infinitif attributif. 

§ 399 ei^. Il est difficile de croire que SiDa soit l'infinitif piel^ car le 
piel de ce verbe est peu usité, et il faudrait niDS. Il est bien possible 
qu'il faille corriger Ï1D3 en [mjnDb ; conf. I Sam., iir, 43. 

M. K. est moins familiarisé avec la littérature rabbinique qu'avec 
la Bible. I) n'est donc pas étonnant qu'il ait laissé échapper quelques 
inexactitudes dans Tinterprétation de la Mischna ou dans les citations 
des écrivains juifs du moyen âge : 

§ 82. Dans nnNTa ïind (Péa^ III, 4), nnN)3 ne qualifie pas nm, 
mais est le complément de ima et se reporte à nMisnn nnsnbT^. 

§ 206^. Le texte d'Ibn Kzra porte 101^ TT7 et non iDin 'i. Il faut 
traduire nonn (= arabe 'adah) « bonnes manières » plutôt que t mo- 
destie ». 

§ i09a. L*arabe muta'addin aurait été hébraïsé par Aboulwalid en 
•na:^n». M. K. a, sans doute, voulu dire : par le traducteur d*Aboul- 
walid, Juda ibn Tibbon, car Ibn Djanah lui môme a écrit en arabe; 
il aurait mieux valu, d'ailleurs, citer le texte original du Loutna' que 
la traduction ; cf. S 240 *. 

§ 251 e. La ponctuation du mot niD^i-i'^^ n'a rien de certain. Je lirais 
plutôt niDiTij pluriel de tjiTî;, car la forme bi3^D^ avec yi^l^ inva- 
riable, s'emploie en araméen pour les noms de métier. 

§ 253 c. Le commentaire de Daniel, attribué à Saadia, n'est pas du 
Gaôn, mais d'un disciple de Raschi. Le pseudo-Saadia et Ibn Ezra 
ayant expliqué le mot nbiDDsn au verset 33, 11 n'y avait pas de raison 
pour y revenir au verset 44. La supposition que les commentateurs 
auraient passé sous silence la défection des Israélites n'est donc pas 
justifiée. 



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BIBLIOGRAPHIE 149 

§ 284 ». Quel rapport y a-t-il entre l'emploi du 5 pour le géoilif et 
les mots M"»?:^ 'nb a-iTDDn? «a'^pa^ '-ibest le complément du verbe 

§ 289 m. Le lamed de TT';û?3ïi r\M2'h ne marque pas le complément 
direct, mais a son sens ordinaire de pour. La phrase elliptique 'n bs 
moTQn m73"»b «"^anb doit être traduite ainsi : Le mot bs vient ajouter 
(robligalion de mentionner la sortie d'Egyple) po«r les temps mes- 
sianiques. 

§ 329 ^ Nous ne comprenons pas bien ce que signifie la phrase : 
« Dans l'hébreu postérieur on trouve :?"I73^ QN [Berachot, II, 2) ». Les 
mots y^^yQ dn rr^m reproduisent simplement le texte biblique et 
servent de titre pour le paragraphe tiré de Deut.,xi, 43-21. On ne 
voit pas davantage ce que vient faire la citation CJD'^ C)3n73. Ces deux 
verbes forment deux propositions distinctes et n*ont pas la môme 
racine. 

§ 334 r. Si 3>-irî dans y"in y^y était un adjectif, il faudrait n:^irt. On 
doit lire V? à l'état construit. — iDTipn mn (Fipam, i, 9) est une 
faute pour «mprt mn. 

§ 345 c. yyri (^^acA^^, 1,2) est une lecture fautive pour "j^ïi^ qui est 
l'infinitif. On doit lire aussi yan [IHd., m, 5). 

§ 387 r. Il est probable que Slip est la préposition araméenne D*i)j)y 
et que la lecture traditionnelle û^îp est erronée. Le vav peut très 
bien représenter le hatâf qemâs. 

§ 399 tJ. Les formes biû'^b, N'tD'»b, etc. sont bien l'infinitif des verbes 
bas et MU): précédé de la proposition b. L'infinitif se modèle en hé- 
breu rabbinique sur le futur. Déjà dans la Bible on aperçoit cette 
tendance, car les verbes qui ont pour deuxième radicale une des con- 
sonnes n'^SDian prennent souvent un daguesch qal à Tinônitif pré- 
cédé delà préposition lamed, par exemple Tsob. L'analogie du futur 
a dû y exercer sou influence. 

§ 404 X. bN-'bTaa '13 rî©773 signifie : il est arrivé à R. Gamliel, et non 
pas au temps de^, Gamliel. 

§ 409 e. Il faut ponctuer "'N^n, au lieu de "'N^l. Valef est une 
simple maUr lectianis. 

En terminant^ nous réitérons nos félicitations à M. KÔnig, qui, 
plus heureux que beaucoup d'autres, a pu voir l'achèvement de 
l'œuvre à laquelle il a consacré tant d*années. 

Mater Lambert. 



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lîk) REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



SoawABz (Adoir), Die hermeneuliMehe Analogie In dmv tmlmndlnehen 
Lllterntur (IV. Jahresbericht der israelitisch-theologischen Lehranstalt in Wien 
fQr das Schuljahr 1896-97). Vienne, 1897, in-8« de 195 p. 



Hillel fut le premier à coordonner les règles qui servent à l'inter- 
prétation du Pentateuque ; c'est lui aussi qui en fixa le nombre à sept 
(-ît/hi, introduction, fin; Tosefia Sanhédrin, vu, fin; Abotdi Babhi Na- 
than, ^'•« version, eh. 37; Schechter. p. 140, nna 3^aiC ; cf. Tosefta Pe- 
sahim, iv, et Pesahim, 66 a), A peu près un siècle plus lard, B. Ismaêl 
porta ces règles au nombre de treize par Tex tension de la règle du 
« général et du particulier » (miTD mtD3^ ©bis, Sifra, introduction ; 
voir les citations du Talmud dans Fraokel, Darhe Hamischna, p. 49, 
p. 408 et s.)* Ëliézer, fils de José le Galiléen, qui appartenait à la 
génération qui suivit Ismaël, compte trente-deux règles, qui, selon 
toute vraisemblance, ne se rapportent pas uniquement à TAgada 
(voir Séfhr Keritout, 3« partie ; Se fer Nelibot Olam, % éd. Wilna, 1859 ; 
Reifmann, Méschib Dabar, Vienne, 4866 ; Zunz, GotUsd. Vortrdge^ p. 50, 
S3, 86, 305, 324, et surtout 325-327). Evidemment, ce dernier nombre 
s'explique par l'adoption de la méthode d'interprétation précooisée 
par Akiba, qui a exercé une si grande inûuence sur ses contempo- 
rains. Si, contrairement à l'opinion de M. Bicher {Agada der Tan- 
naUen, II, 293), on mettait en doute rautheniicité de la baraïta des 
trente 'deux règles, celle des sept et des treize règles est incontestable. 
Pour déterminer l'âge de Vanalogie herméneutique^ dont il va être ques- 
tion, nous avons donc une date certaine : Tépoque de Hillel. 

Mais, de même que la pensée est plus vieille que la logique et la 
langue plus ancienne que la grammaire, ainsi Texégèse est anté- 
rieure aux règles exégéliques. Les règles herméneutiques ne soQt 
pas la cause, mais le produit de rberméneutique.Il faut que les sept 
règles aient été déjà employées un certain temps avant qu'on en eût 
conscience. C'est pourquoi, quand il est dit : « Voici les sept règles 
que Hillel l'ancien a exposées devant les anciens de Betèra », tout cri- 
tique sera forcé de reconnaître que ces règles sont antérieures à 
Hillel, car il n'est pas admissible que Hiilel, dans l'embarras où il 
était de répondre à la question qui lui était adressée, ait inventé ces 
règles ad hoc ou même une seule d'entre elles. Il serait vain de vou- 
loir trouver la date exacte de leur origine, vu l'absence de traditions 
permettant d'étudier l'application de ces règles herméneutiques. 
M. Hoffmann (Zur Einleitung in die halachischen Midraschim, p. 4) 
dit à ce propos : « Il ressort cependant de beaucoup de passages tal- 
inudiques que les règles (middol) sont une tradition du Siuaï » » 
mais sans prendre trop au sérieux cette affirmation des textes talmu- 
diques. M. Schwarz déclare (p. 2) : € On peut admettre que les règles 
herméneutiques ont la même ancienneté que la doctrine orale et que 



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BIBLIOGRAPHIE 151 

particalièrement les sept middoi de Hillel sont d*origine sioàltique. 
Celte hypothèse ne pourra sans doute jamais èire prouvée scienlifi- 
quement et restera probablement toujours un article de foi; toute- 
fois, elle n*est pas en contradiction avec la science. » Reste à savoir 
ce qu*il faut enlendre par sinaïtique. D*aiUeurs, l'auteur parait ne 
pas tenir à cette opinion, car, à la page 4 4, il dit textuellement que 
« dans les textes il n'y a absolument aucune trace de Torigine sinaï- 
lique de VIssorhem (= mttJ niT:;) ». L'auteur veut, sans doute, dire 
que les textes ne rapportent aucune guezèra schava donnée comme 
d'origine sinaïtique, car, d'après la tradition ', la règle elle-même a 
déjà été connue lors de la révélation. Comme, pour nous, la tradition 
commence, à vrai dire, à Hillel, attendu qu'on ne connaît guère plus 
que le nom des rabbins antérieurs, on peut soutenir avec confiance 
que les miidot sont préhistoriques. Elles peuvent déjà avoir été em- 
ployées sciemment un siècle ou deux avant l'ère chrétienne. Mais 
nous ne comprenons pas comment on a pu croire que ces règles au- 
raient existé quinze cents ans avant Hillel sous ces dénominations 
néo-hébraïques, tout eu étaut attribuées à Hillel. L'étude historique 
ne peut partir que du moment où ces règles apparaissent dans 
les documents de la tradition V M. Schwarz a donc eu raison de se 
borner à rassembler, examiner et discuter les matériaux relatifs à 
l'analogie herméneutique. 

Au sujet de la signification du nom de m® mw, l'auteur cite, 
p. 6, note 1, plusieurs explications, parmi lesquelles il omet celle de 
Reifmann (Mesckib Dabar^ p. i6), suivant laquelle mu est identique à 
ÏT1T5 (Ez., xu, 42; Lament., iv, 7) ; lui-même prend ce mot dans le 
double sens de i^no^ymu %\. d'analoçie. de sorte que m'^:^ signifierait 
à la fois mol et jugement. Or, le seus de moCy quoi qu'eu dise Joseph 
Karo et Ahron jbn Hayyira, ne peut être prouvé par les documents 
de la tradition. En outre, il est tout à fait improbable que le même 
moi ait comporté ces deux sens. Il faut partir de la signification que 
rnr> a en araméen et en néo-hébreu. Eu de nombreux passages, il 
est employé pour désigner « la loi»; ainsi, par exemple, dans le 
Targoum de Genèse, xlvii, 26, et Juges, xi, 39. pn est traduit par 
inT:i. Le livre des Lois des Sadducéens s'appelait Mniu "i&o. Si on 
n'avait pas cherché dans l'expression ni^ niu l'expression tech- 
nique du procédé logique indiqué par celte règle, on s'en serait tenu 
à ce sens du mot, sans le rattacher artificiellement à nnnsn nnn. 

» Sifri, Deutér., 3ia, éd. Kriedminn, 134 6 : l'^b'û miairt m«:^a inaaia"^ 

TVû^ D'^yn'n la û-^bsnoTD b^-iO-^ vm n"apn •'o» »xt^ ma-inn ïr^n® 

13 r^'^yO nVW. Par l"p et ^"Oi il semble que ce texte veuille indiquée les sept 
règles de Hillel ou des treize règles dUsœaël qui débutent par ces deux règles. 
Dans Sanhédrin, 99 a, par U5":H l"p il est également probable qu'on a voulu dési- 
gner les sept ou les treize règles. Ct. Scbwarz, Ôl, uole 2; 50 et 87, note 9. 

* Je présame qu« Tordre de tuccesiiion des règles a une signification chronolo- 
gique ; le syllogisme herméneutique H^HI bp) serait donc la règle la plus ancienne, 
ce qoi est évident • priori. 



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132 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Partant des mêmes idées, M. S. veut trouver dans t3"A le sens 
iïlsorrhem * et d'analogie. Cependant, ceci n*est pas exact, comme 
nous le constatons au surplus par quelques exemples de guezera 
schava, qui, pour la plupart, ont été traités ou effleurés par notre 
auteur ; «Tnob IND D'^aiDa rt» ,rrvo ïi-r^nb û'»5'id3 itti D-'SiDa m «b« 
ïiis»n 173 «n^Db ibnb m^Nn D"'3nD3 ttii t|N Tcciixn \n (Mechilta^ 
Bahodesch, 3 ; Schwarz, p. 67) ; ïiTD ©"ab û-'bTO D^bnî D"»» •» D'^tî'' b"n 
'iDi (^i/ra, iJcA^mm, III, 3 ; Schw., 73);N73a-' «b N?3CD"« «b b'n 
Nb C|N «Taa"» «ba a-^-^m Na*» «ba a-^-^n V'Da -ii»«n K»ai »b n» «"ab 
b"n K^û*» «bai «a-^ «ba a'^-'n n"aa 'r^-n^r^ ntou"^ (*5î/ra, Emor, II, H); 
'1D1 ibnb mTDKn 3^73i« larN rtTD TD"ab 3>73n« iss-^n 2^7310 ■|33"«N 
(5'i/r(^, Deut., 243; Schw., 82) ; û-^-ian mb"»b3^ D'élan mb"»b3^ 
'1DT ibnb 1153»^ Dnan mb^by nn «"ab (t^., 235 ; Schw., 82). 

Il est clair que dans ces passages, l'expression îTiiD mnb signifie : 
« en vue d'une même décision, d'une même loi », car on ajoute aus- 
sitôt de quelle loi il s'agit \ Le mot ^"a ne peut vouloir désigner la 
similitude des mots, car cetle circonstance est déjà mise en lumière 
par le rapprochement des deux mots servant de point de départ. La 
règle en question a été nommée x^"^ parce que, dans les raisonne- 
ments où celle-ci est employée, ce mot est le terme constant et le 
plus caractéristique. Ailleurs encore, une raison de ce genre a dé- 
terminé la dénomination de certaines règles, comme les formules 
talmudiques bien connues, b-^Nirr, ia?3, y\T\i2, qui servent à rappeler, 
au moyen du terme constant et caractéristique du début, la propo- 
sition tout entière. 

Dans nTsm bp, la dénomination est empruntée aux éléments de la 
conclusion, par exemple : nmTDnïi na© ...bprt aia QT' n^, où un 
bp et un n^n sont réunis en vue de la conclusion. On peut conclure, 
en vue d'une atténuation, de ce qui est plus grave à ce qui est moins 
grave, et, pour une aggravation, de ce qui est moins grave à ce qui 
est plus grave : a majori ad minus et a minori ad majus. Le mot n'p 
n'indique pas le procédé par lequel on arrive à la conclusion, mais 
rappelle les éléments constituant les deux espèces de conclusions. 
On ne peut donc, si on veut s'exprimer avec précision, traduire n''p 
par « de ce qui est moins grave à ce qui est plus grave », comme on 
le fait habituellement, car on n'aurait ainsi qu'un des modes de con- 
clusion. Il faut le traduire par : * une chose moins grave (bp) et une 
chose plus grave (nTan) », en d'autres termes cette règle est caracté- 
risée par un bp et un iTsn. 

Tandis que par ïinu) nnw on désigne le résultat et par n?3m bp les 
éléments de la conclusion, la dénomination de la troisième règle, 
ait l'^sa, indique en même temps l'énoncé du principe et la mé- 
thode de conclusion, car cette dénomination est empruntée à la 

* Mot forgé par M. Schwarz pour désigner ^n^ rHTA dans le sens de « mois 
semblables •. 

« Cf. 5»w, Deut., r;39 : ûiN b^a mc -^sob» N'^n rïT»T:in. 



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ÈÊ^J 



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BlfiUOGRAPHlE 153 

phrase a« ^33 ïiT « ceci forme une base » [Sifrè, Nombres, 464). 
Toules les trois règles, comme les autres, sont dénommées d'après 
les expressions caractéristiques qui s'y rencontrent. 

Après cette petite digression, revenons à la guezèra schava (T2>"a). 
Nous croyons que cette règle était appliquée avant d'avoir une dé- 
nomination et que le terme 'Q"^ a encore sa signification primitive 
dans les exemples cités et dans d'autres analogues. A mon avis, 
dans la formule : «"a hîww] yikr^n imbi ©'•pïib n3Dn)3(cf. Schw., 40, 
note 4), qui ne se trouve que dans les Midraschim de l'école de 
R. Ismaéi (Hoffmann, Zur EinL in d. halachischm Midraschim, p. 6, 
44, 67), la signification primitive de cette expression se retrouve 
encx>re. Il faut^ en effet, traduire ainsi : « Tel mot est superûu (ou 
pour mieux dire vide), mais il sert pour le comparer à un autre et eu 
tirer la même conclusion. » La base de la conclusion est exprimée par 
le mot n3Di7a. Tapplication par n373"«n inbi «•»pnb, le résultat par 
O^a. Cf. Mecàilta, BOy ^ïi ; Mischpatim, i et x (plusieurs exemples 
sans 137373); Sifrè, Nombres, 66; Deut., 249 (Schw., 83); Sola, k^b 
«"A ^yn'>T^ pnb ^y1y^J^^^ ann^n n3-»o (Schw., 79). Dans celte dernière 
formule, Xi"y ne peut naturellement manquer, mais dans la formule 
rapportée ci*dessus, XD"a est souvent omis comme superflu. Du reste, 
une comparaison des diverses formules montre que les plus com- 
plètes sont les plus anciennes et les plus brèves les plus modernes. 
Les Amoraïm emploient déjà couramment "Q"^ comme terme tech- 
nique pour désigner la règle, sans se préoccuper du sens originel. 
C'est ce qui a déciié les méihodologues à trouver dans cette déno- 
mination la base propre du terme de cette règle *. 

L'auteur n'a pas examiné de près si, dans des sources non judaï- 
ques, on trouve une règle pour Tinterprétation de la loi analogue à 
l'analogie herméneutique. Joël iBlickein die Religionsgeschichte, I,?9) 
croit que c Texégèse halachique des Taunaïtes présente de l'ana- 
logie avec la manière dont les juristes romains procédaient vis à vis 
de la loi des douze tables ». En note il cite Qaii Institut iones y 1, 465, 
où se trouve une déduction par analogie « qui rappelle tout à fait la 
r:no rtnna ». il n'est nullement invraisemblable que, non seulement 
le t'p et V3"3, mais aussi d'autres règles talmudiques, dont les middot 
de Hillel, d'Ismaél et même d'Eliézer ben José ne forment qu'une 
petite fraction, aient leurs parallèles non judaïques. 

Ces questions préliminaires étant réglées, analysons la monogra- 
phies si substantielle de M. Schw., afin de donner au lecteur une 
faible idée de la richesse des matériaux mis en œuvre et des résul- 
tats obtenus. 

Ce travail se divise en trois parties. Après une introduction géné- 
rale, que nous avons déjà étudiée, l'auteur traite des conditions aux- 
quelles est soumis VIssorhem ^ Elles sont au nombre de deux. La 

^ Cf. Scbwarz, p. 9. 

> Comme nous l'avons déjà dit, cette dénominaiioo montre que pour M. Schw., 
ÏT^tD nnU signifie « deux mots semblables •. 



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154 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

première est ainsi conçue : iTDity^a «"a p û^ifit yn {Pêsahim, 66 «, et 
Nidda, i^b; j. Pes., VL 4), c'esl-à-dire, d'après TexplicatioD de 
Raschi, il faut que la «"a soit d*origine sinaYliqne. M. Schw. dé- 
montre, par des éléments tirés des sources, que les Tannaltes n*ont 
pas connu cette condition, énoncée seulement dans les passages ci- 
dessus et attribuée à Hillel, attendu qu*i)s créent eux-mêmes des 
^"Jt et que, selon eux, deux analogies contradictoires sont conciliées 
par une troisième ou par un raisonnement, etc. (45-24). 1^ deuxième 
condition, c*est que la guezèra schava soit ns&i): « superflue », c*est- 
à-dire un mot qu'on puisse facilement laisser de côté*. L'auteur 
montre ensuite avec sagacité que Ja seconde condition est en oppo- 
sition avec la première, car une analogie transmise du Sinaï ne peut 
être subordonnée à une condition quelconque. Si l'analogie est un 
procédé de logique, elle n'a pas besoin de la tradition sinaîlique ; 
est-elle, au contraire, une tradition du Sinaï, alors elle perd le ca- 
ractère d'opération logique de la pensée, que possèdent les autres 
middot (p. 14). L'auteur constate, eu outre, que dans toute ta litté* 
rature tannaïtique, on ne trouve aucun D'^Tlst '373 roEi», qui ne peat 
donc pas dater de l'époque des Tannaïies ; ceux-ci parlent seulement 
de riDDiTO tout court (84-28) *. 

L'auteur nous donne ensuite un lumineux aperçu des diverses 
manières dont la guezèra schava a été employée par les écrivains 
du moyen âge. Il appelle l'atteutioti sur le fait remarquable que 
nulle part, dans le Talmud. il n'est fait mention de l'origine sinal* 
tique de la c"a, car dans les deux passages de Nidda, 49d, et Pe<., 
66 a, où Ton soutient la thèse n73i::^73 '0"a p ai«1''», il nesi nulle- 
ment question de tradition sinaïtique. Haschi (p. 28-30) fut le premier 
à dire : '^3'»o 13^ ian73 nb:2p D"» «b», et celte interprétation est si bien 
entrée dans les esprits que même Nahmauide et Simson de ChUioa 
la citent sous cette forme, comme si elle se trouvait dans le Talmud. 
En présence des difficultés qui s'élèvent dans le Talmud contre cette 
explication, R.Tam (p. 34) émitl'avis que ce ne sout pas les ©"a elles- 
inémes qui ont été transmises du Siuui, mais seulement leur nombre 
total ; ce qui fait que des controverses ont pu avoir lieu à ce sujet. 
Ce serait donc le nombre des analogies qui est sinaïtique. Voici 
la théorie de Nahmanide (p. 33) : Les lialachot reposant sur une «"a 

* L^auteur aurait encore dû ajouter qu'un mot peut aussi être n3D^7l3 quaod il a 
été choisi intenlioDnellement^&u lieu u^un autre. 

* L'auteur est ici en contradiction arec les deux Talmud, qui prétendent que, 
d'après R. Akiba, la ;s"3 n'a pas besoin d'être n3D*l73, tandis que R. isma«t eu faii 
vne condition inéluctable. Hoifinann [l, c, p. 6, notes 3 et 4 ; p. 44 et 67) prétend 
que l'expression ^"i 137373 *l'\lb^ V^pTh 7133173 caractérise l'école d'Ismaë!, le 
prouvant non seulement d'après j. Yoma^ VlU, 45 a, et Sanh.^ VU, 24, mais aussi 
d'après le langage courant des Midrascbim tannuïiiques. M. Scbw. (2'?), au cou- 
traire, dit : < Ce qui est digne de remarque, c'est que nous ne trouvons pas une 
seule fois dans le» ^"^ employées par H. Ismsël l'exoressiou mouphné, » Mais il 
landrait que M. Schw. renversit toutes les preuves de Hoffmann, qui sont très so- 
lides, au lieu de les passer sous silence. 



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BIBUOGRAPHIË 1S5 

soQt une tradition du Sinaï ; quant aux ^"o> elles-mêmes, il fallait 
préalablement les établir. Ou savait par tradition que telle ou telle 
balacha s*appuyait sur une ïii^ mn, mais on ne savait pas qiMls 
mots constituaient la Ca ; de là des controverses. En un mot, « il y 
aurait des analogies transmises par tradition, mais pas d'isorrhéwiê 
révélés par tradition » (p. 35). Simson de Ghinon (p. 35), auteur de Tou- 
vrage de méthodologie Se fer Keriiout , fait une distinction entre les 
fTa et croit qu'il y a : 4<> des ^"3 traditionnelles; S^ des analogies 
Iraditionueiles ; 3o des x^"y non traditionnelles. R. Josua ben Joseph 
ha-Lévi (p. 39) combine Topinion de Nabmanide et celle de Simson. I) 
soutient € qu'il n'existe en tout que deux sortes de «"a, celles où 
l'analogie est traditionnelle et celles où la ^"y seule est tradition* 
nelle ». Les méthodologues postérieurs dépendent la plupart de ces 
derniers et ne méritent pas sous ce rapport d'être pris en considé- 
ration. 

Il résulte de ce qui précède que c'est la tradition qui est la base de 
la guezèra scbava. Le premier qui a émis cette opinion est Raschi^ 
suivi ensuite par tous les autres. Maîmonide a émis une opinion 
contraire en disant que c'est la logique qui est le fondement de la 
guezèra scbava. Raschi et Maïmonide représentent donc ici, comme - 
en beaucoup de questions fondamentales, des tendances diverses. Il 
est vrai que Maïmouide ne s'est pas prononcé directement sur la 
Z\ mais comme il ne compte pas les halacbot établies au moyen 
des treize règles d'interprétation parmi les six cent treize Miçvoty 
on peut en conclure qu'il ne partage pas Tavis de Raschi. Hanania 
Kasès, dans sou D'^IDIO nN3p (parue en 4740), a réfuté l'opinion de 
Raschi. Sans qu'il eût connu Kasès, R. Mordechal Plungian s'esl 
également élevé contre l'opinion de Raschi dans un écrit spécial sur 
la guezèra scbava (nrobn, 1849). «Dans toute notre littérature mé- 
thodologique, ce sont les travaux de ces deux savants qui révèlent 
uu vrai sens critique», dit M. Schw., et c'est à eux que notre auteur 
se rattache, quoiqu'il n'approuvé pas la division des \»"a ni d'autres 
points chez PluDgiau, qu'il caractérise ainsi avec beaucoup de ju»* 
tesse : « Il traite plutôt des mia mn'«Ta que de la m« nnu ». 

Après avoir nié la provenance sinaïtlque de l'analogie herméneu- 
tique, tout en maintenant fermement son caractère traditionnel, il 
faut chercher l'/jpoque où elle s'est formée. Kasès croit que la gue- 
zèra schava remonte au grand Sanhédrin, tandis que Plungian la 
place à une époque où la langue hébraïque était encore une langue 
vivante. Tous deux ont en vue l'époque postérieure à Ezra (p. 43-60). 

Une fois qu'il a démontré que la x:"y ne remonte pas jusqu'à la ré- 
vélation du Sinaï, l'auteur fait l'historique du développement de cette 
règle. Dans la première période, on ne forma d'autres «:"a que celles 
qui reposent sur des termes deux fois répétés ; l'auteur les nomme 
é« ^erdjieva. Le «l< XtydiAevov est la iD":i primitive, qui consiste précisé- 
ment à établir des dispositions légales identiques là où un même 
ferme est répété dans deux passages différents. Elle est, au meilleur 



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REVUE DES ETUDES JUIVES 

lu mot, une opération de la pensée, puisqu*un mot unique, au- 
n ne peut rattacher d'habitude qu'une seule idée, devient, grâce 
s opération, le véhicule de toute une série de pensées et 
i [p. 63). Un mot est également considéré comme existant seu- 
b deux fois quand la même forme grammaticale ne se retrouve 
Heurs. Des formes diverses de mots sont aussi 8l<; Xe^diieva quand 
ont les seules de leur racine. 

I mot unique et Identique, on passa à l'expression identique 
(posant de deux ou plusieurs mots » (p. 64). Plus tard «onélar- 
cercle du nombre deux, en ce sens qu'on retendit de deux 
à deux lois. . . ; désormais, la règle de la guezèra schava pou- 
tre appliquée, non seulement quand il y avait deux exprès- 
identiques, mais aussi quand il y avait deux objets ou deux 
entiques ; du simple Sic on fit un icepl duoiv. Sans s'inquiéter de 
;uente répétition de la môme expression, on ne porta Tatten- 
je sur le point de savoir si elle n'était pas employée plus que 
ieux objets dans la Tora. Ces irepX «uoîv Xeydjisva rencontrèrent de 
stance, et cela à bon droit, car on devait craindre que la ^"Ji, 
à élargir son domaine, étendît ses limites toujours plus loin, 
it, en effet, ce qui est arrivé... L'extension du ic£p\ «uoiv ^e-rd- 
ut pour conséquence une extension du Sic XcYd{jLe*.'ov, en ce sens 
mr les expressions composées on tenait bien encore compte 
iments constitutifs isolés, mais nullement de l'ordre dans le- 
Is se suivent » (p. 65). Ainsi, d'après la théorie de l'auteur, les 
ères analogies étaient celles qui avaient pour base une forme 
t ne se trouvant que deux fois dans le Pentateuque ou deux 
le même racine : 6U Xe^djuvov. Après celles-ci vinrent les analogies 
pour base des mots ou formes de mots employés exclusive- 
à propos de deux objets : «cpi 8ootv Xevôjjieva. Dans la troisième 
e de développement apparaissent les faux Sic Xefèjisva et «épi 
ydliev* qui provoquèrent de l'opposition. L*auteur (66-I24) cite 
e à l'appui de ses théories des preuves puisées dans toute la 
ture tradiiioDnelle.il examine quarante Sic XcYôiava, dont quinze 
impruntés au Sifra, et seize «epi Suoiv ^eytffuva, dont six appar- 
ut au Sifra ; il examine aussi treize cas irréguliers, en tout 
tte-neuf exemples. Ce chiffre paraît ne représenter que la neu- 
partie de toutes les mi© mn"^n, car dans le Talmud babylo- 
eul, il doit y en avoir près de quatre cents, dans le Talmud 
halmi environ cent cinquante et dans la Tosefia trente (p. 84, 
. Si on y ajoute encore les ^"i des ouvrages halacbiques et 
es sources, il y aurait, défalcation faite des nombreux passages 
^les, un total de six cents. L'auteur remarque toutefois exprès- 
it que ce n'était pas son intention de réunir tous les cas et 
i voulu simplement illustrer sa théorie par des exemples, 
n examine attentivement la théorie de l'auteur, on sera forcé 
onnaltre qu'elle est séduisante et construite avec beaucoup de 
té. Il est vrai que l'auteur n'a tenu compte ni des docteurs aux- 



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BIBLIOGRAPHIE 157 

quels il a emprunté ses exemples ni de leur époque. Mais ceci n'af- 
faiblit nullement sa démonstration, si nous avons bien compris son 
sj'^sième, car ces docteurs ne sont pas nécessairement les auteurs 
des o"3 en question; ils peuvent en être considérés comme les 
simples rapporteurs. Le trop grand nombre de déductions par ana- 
logie ne pouvant être rangées dans les trois premières phases n'em- 
barrasse pas non plus notre auteur, car il est naturel qu'à Tépoque 
de la floraison de la tradition, ces interprétations, elles aussi, aient 
été en pleine floraison. Cependant, en faisant ces concessions, nous 
ne pouvons nous dissimuler que la théorie exposée avec tant d'in- 
géniosité par notre auteur est une construction a priori. Si la théorie 
est exacte, les exemples cités sont anciens, et si les exemples sont 
auciens, la théorie est exacte. Mais la question est de savoir si la 
théorie est exacte et si les exemples cités représentent les formes les 
plus anciennes de la déduction par analogie. On se trouve donc dans 
un cercle vicieux. M. Schw. prétend que les guezèrot schavot qu'il 
a examinées, du moins la plupart, sont antérieures à Hillel. Il nous 
semble que Tauteur, dans la démonstration de son opinion, déploie 
trop d'ingéniosité et de finesse pour qu'elle soit vraie. Le fait de 
limiter les '0"> aux véritables 2k Xsydfieva et d'exclure toutes les autres 
suppose uue connaissance si complète de cette règle qu'il est 
impossible de croire que cette connaissance fût déjà si parfaite à 
rorigine de ce genre de déduction. Les premiers docteurs n'ont sans 
doute pas pu examiner toutes les guezèrot schavot. Une autre diffi- 
culté ressort du fait que la théorie de l'auteur se fonde entièrement 
sur l'analogie des mots, tandis qu'originellement^ comme nous 
avons essayé de le prouver au début, on tenait surtout compte de 
l'analogie des objets, et que le nom de TiW rrîW doit son origine, non 
pas au procédé de raisonnement, mais à ses résultats. Les savants 
ayant étudie l'Ecriture longtemps avant Hillel ont dû certainement 
être frappés de cette catégorie d'aualogies qui consistent dans* la res- 
semblance de deux lois. Ëusuite, ils tirèrent des conclusions de 
l'identité d'expression, sans s'inquiéter si cette expression se trouve 
une ou deux fois dans l'énoncé de la loi où sa signification est 
claire. Ce qui est certain, c'est qu'à l'origine on a tenu compte, pour 
la ^"3, de ce qui frappait en premier Tintelligence, et non pas de ce 
qui n'est que le résultat d'une interprétation ingénieuse et forcée de 
PEcriture. Nous considérons donc la théorie de M. Schwartz comme 
exacte, mais seulement pour l'époque qui a suivi Hillel, lorsque l'in- 
terprétation de l'Ecriture avait déjà traversé une longue phase de 
développement. Nous serions heureux si ces objections engageaient 
l'auteur à soumettre sa théorie à un nouvel examen et l'amenaient 
à la consolider ou à la modifier. 

On sait qu'Akiba et son école font les déductions par ai^73l "^131, 
là où ïsmaël et son école emploient le aiDi bbD. En ce qui con- 
cerne la 0":^, Ismaël, en opposition avec Akiba, exige qu'elle soit 
Î13S173, c'est-à-dire qu'elle soit indiquée par un mot superflu ou spé- 



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f 58 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ciai. Ho/fmann (/. c, 5-42), en caractérisaDt Texégèse de ces deux 
docteurs, a aussi indiqué ce point comme trait distinctif des deux 
écoles. M. Schw., au contraire, est d*avis que u^ym ''inn est « d'ori" 
gine Echammaïie » et « aurait été créé dans une idée d'opposition 
contre la «"a » (p. 426). Il croit aussi que la lutte entre "«lan et u:"a était 
déjà terminée à Tépoque d'Ismaël et d'Àkiba, car<»n se mit d'accord 
pour admettre qu'une "Q''^ ne peut exister que lorsqu'il y a un mot 
superflu ou, en termes lechniques, qu'une ï3"a est nSDiTa lorsqu'il y 
a un "^131 (p. 4 29). Il eût été Q désirer que l'auteur nommât au moins 
le savant qui, en dernier lieu, s'est occupé de cette question et la 
discutât avec lui. Les choses eu sont, en etiét, au point suivant : 
Akiba, avec sa méthode du "^nnn, combat, non seulement les guezèrot 
schavot, mais aussi toutes les autres espèces d'interprétation qui ne 
remplissent pas la condition du mouphné. Si môme tous sont forcés 
de reconnaître que dans les quinze déductions (p. 426-482) citées 
d'après Mechilta^ Sifra et Sifrè^ le ^lan est en lutte contre la gue- 
zèra schava, on ne pourra pourtant pas encore eu tirer cette conclu- 
sion, comme le fait M. Schw. : « •^lan est une arme forgée contre la 
ï)'% non pour la détruire par un combat acharné, mais simplement 
pour la repousser et mettre une barrière à ses empiètemeuis » (482). 
Car, dans ce cas, le mode d'interprétation par "^inn n'aurait pas été 
employé là où il n'est pas question de lD"a, ce qui, comme on sait, 
eut contraire à la réalité. Là où il y a les particules tjK, D:i, dm et 
leurs contraires p'n, ^^ et d'autres ''inn, on ne peut pas découvrir la 
moindre trace d'une lutte contre la u?":i. A l'appui de son hypothèse, 
l'auteur n'a besoin que de prouver qu'entre "^lan et ^"y il y a eu une 
iutte qui a amené la conception du mouphné. Il est donc superflu d'af- 
faiblir cette preuve eu afârmant que la règle du *«i!3n doit unique- 
ment son origine à l'idée de faire opposition à la ^"^. 

Après avoir établi que "^lan et ©"a se combattent, l'auteur expose 
dans un chapitre final que « "^nsn et n^GiTS sont identiques par es- 
^nceet ne sont que des dénominations différentes d'une seule et 
même chose » (p. 485). Voulant expliquer pourquoi cette nouvelle dé- 
nomination a été imaginée, l'auteur (p. 4 85, n. 4) dit « qu'il était plus 
aisé de former un participe hophal de "^3D que de ''ni ». A la fin, 
l'auteur émet encore l'hypothèse que les deux conditions auxquelles 
est soumis l'emploi d'une ©"a, c'est-à-dire ittas:^» ï:"a p Dn» 1"»K et 
n:cn7a, se réduisent à une seule. Gomme nSDiTS est un équivalent de 
•^la-i, la règle a dû être formulée ainsi à l'origine : ^^''^in m» ^i* 
mp b» ■'13173 Nb« 1533:^73 « Nul n'a le droit de créer de son chef une 
V"^, excepté dans le cas où l'abondance de mots du texte biblique 
i.'y pousse impérieusement », ou « personne n'a le droit de tirer une 
tD":i d'une expression ayant sa raison d'être, constituant un élément 
lAdispensable du texte, mais seulement d'une expression superflue » 
(p. 194-492). D'après la première traduction, i73^:?73se rapportée ûi«, 
d'après la seconde à Knp, Au point de vue de la langue, les deux 
manières de traduire sont impossibles, parce que i»3::^73 et bv '^^'y^J^ 



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BIHLlOiiHAIMIIK 139 

îTip ne peuvent former une opposition. Aussi cette hypothèse, formée 
a rimitalion de celle de Rasés, qui complète ainsi la phrase : D*7M ^N 
bilan T^n n-^a "^bîs «b« iwafca^» 'C'y *w ne serait pas admise même par 
ceux qui, quant au fond, approuvent Pauteur. 

Dans ce qui précède, nous avons donné un aperçu du procédé de 
recherches et des principaux résultats de Cjçtte monographie savante 
et complète, sans épuiser à beaucoup près son contenu. On y trouve 
ea graad nombre des interprétations très sagaces, des remarques 
ififénieuses sur des points isolés et des observations critiques. Pour- 
tant, BO^)s devons nous élever résolument contre une des assertions 
(le cet ouvrage. Page 5, Tauteur s*exprime ainsi au sujet de i'iii- 
fluence de la doctrine naissante du christianisme sur le judaïsme : 
« Il est vrai que seul l'avènement du chrisilanisme, qui faisait dé- 
pendre loul salut de la foi, a provoqué le microcosme de Tobservance 
judéo-religieuse. Il n'est pas moins vrai que l'importance attachée à 
ce qu'on appelle la loi cérémonielle n'est devenue si grande et si in- 
tense quau début de l'ère chrétienne. .. Sans doute, nous devons 
au christianisme les tours et les remparts élevés par le Talmud 
autour de la loi; mais les premières palissades ont été élevées par 
l'hellénisme. » Cela est complètement faux, car les judéo-chrétiens, 
les chrétiens palestiniens, qui seuls peuvent être pris ici en consi- 
déraiiofi, n^étaient pas des adversaires des pratiques, mais, au con- 
traire, de rigides observateurs de la Loi de Moïse et de la Tradition. 
Paul, quia proclamé avec ie plus de succès Tabrogation de la Loi, 
était particulièrement détesté des judéo-clirétiens de la Palesiioe 
(Of. Joël, Blick% I, 25 et suiv. ; Ghwolson, Das ktzte Pussamahl 
CàrisHy 9$ et surtout 99). 

A propos de Texplication du passage de Sifré^ p. 475, je ferai re- 
marquer que la correction proposée par l'auteur ne supprime pas 
tomes les difficultés. Ainsi, le texte ne serait pas expliqué dans 
Tordre où les versets se suivent dans la Bible, car ^^B3 m« bsa pn 
(Deut, XII, 45) devrait se trouver au commencement du chapitre. Si 
M. Scbw. admet qu'il existe une deuxième source pour le passage 
corri^, oe qui me parait probable, Tobjection qu'il élève contre les 
deux interprétations de pn n'a plus de raison d'être. 

Auerbach a reproché à Zunz d'écrire « Mardechaï » ; Zunz s'est 
expliqué sur ce point (Ges. Schriften, III. 409). Nous voudrions que 
M. Schw. changeât aussi cette orthographe (p. 37 et 55) en « Mor- 
dechaï ». 

Pour terminer, disons que cet excellent travail, qui est une con- 
tribution importante à Thisloire de la méthodologie talmudique, 
nous fait souhaiter que M. Schw. s'acquière un nouveau titre à la 
reconnaissance des savants, en publiant l'historique de toutes les 
règles herméneutiques. 
Budapest. 

L. Blau. 



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ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



XXXV, p. 218 ot suiv. — Graetz, comme me le fait remarquer 
iDski, a déjà reconnu que la page de Kiddomchin^ 66 a, est le ves- 
c ancienne chronique écrite dans le style biblique [Qeschichte der 
U note xi). En regrettant d'avoir néglige de consulter Tillustre bis- 
ss Juifs, ce dont je m'accuse humblement, je ne peux m'empôcher 
)r d'dtre arrive, sans le savoir, aux mômes conclusions. Ce pa- 

de mon article e'tait surtout destiné à montrer Tabsence de 
} chez moi dans Tcxamen dos sources talmudiques de Thlstoire 

Israël Zévi. 

. — Déjà en 1857, dans le Jeschurun de Kobak, IIÏ, p. 78-79, partie 
li proposé au nom de mon oncle, M. 6. Meisels, de corriger dans 
I, 97*, d'après j. TaanU, 63 6, le mot «b» par N'-l'?'». Plus lard, 
Weiss adopta cette correction dans Hamaguid, 1867, p. 254. Mais 
[nann veut s'en tenir à la leçon Mbît [Bei Talmudy 1882, p. 119, 
Sn tout cas, cette dernière leçon est très ancienne; on la trouve dëjà 
manuscrit de Florence de 1177 (cf. Rabinowitz, Variœ LecUonet), 
is ce ms. aussi manque le passage : 1"^K b^llO'^ DK1 J'ttî^rp 'n V'fit 
K nm^n l'^OI^^, et c'est peut-être à cause de cette lacune que le 
écrit Nb» au lieu de N'n'5'N. — 5.-/. Balberstam. 

XV, p. 289. — L'hypothèse de M. Félix Perles, qui voit dans les 
3 DDDD de la prière 6<w2n b3^ une corruption de *Tni31 ^SDD (Revud 
Î89), est ingénieuse et séduit au premier abord. Mais il paraît sin- 
'on ne trouve nulle part de Irace de la leçon originale. Il faut donc 
ie se rendre compte, sans la corriger, de Texpression 1TVD nsD3, 
elle soit unique. A mon avis, elle est une imitation des mots 
Lxxiii, 15 : inoa ^12m2 T^DD *nyi3. C'est ce verset qui engagea 
nconnu de la prière KCSn by à associer les mots Vp et *^TVD pour 
« la main qui ne repousse pas les présents corrupteurs ». C'est 
ment par euphonie qu'il remplaça le masculin S|3 par le féminin 
'on ne trouve pas, il est vrai, au singulier, mais dont le pluriel 
rencontre dans I Sam., v, 4 ; II Rois, ix, 35 ; Daniel, x, 10 (cf. 
I des Cantiques, v, 5). Ce pluriel, dans la pense'e de l'auteur, a 
justifier l'emploi du singulier, d'autant plus qu'il n'est pas rare 
entrer des nëologismes de ce genre dans la poésie liturgi- 
W. Bâcher. 



Le gérant 

Israël Léyi. 



VERSAILLES, IlfPBIMBBIKS CBRV, 50, HUE 0'J?LES8IS. 



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ASSEMBLÉE GÉNÉRALE 






SÉANCE DU 5 FÉVRIER 1898. 

Présidence de M. Maubice Vernbs, président. 

M. le Président prononce, en ouvrant la séance, Tallocution 
qu'on trouvera d'autre part (p. v). 

M. Moïse Schwab, trésorier, rend compte comme suit de la situa- 
tion financière : 

En décembre 1896, comme vous le savez, la Société a été 
reconnue d*utilité publique. Vous avez donc à examiner pour la 
première fois Texercice financier accompli sous ce nouveau régime ; 
il ne dififère guère des précédents exercices, malgré quelques modi- 
fications de détail, que voici : 

A tort ou à raison, on avait de tout temps imputé au compte de 
Tannée écoulée les frais de publication du dernier numéro de la 
Revue, le numéro d'octobre à décembre, soit environ 1,800 francs, 
(frais d'impression et honoraires des auteurs), bien que ce numéro 
parût en janvier (ou parfois plus tard) Tannée suivante, et que, par 
conséquent, il fût payé sur Texercice suivant. Pour Tannée 1891, 
vous ne trouverez au budget que la dépense des n^* 67, 68,. 69, 
puisque le n^ 66, quoique paru en 1897, a été attribué à Tannée 1896. 
Grâce à cette rectification, nous avons eu le luxe de ne pas toucher 
aux intérêts des fonds placés chez MM. de Rothschild. Puisse Tombre 
de feu Michel Erlanger se réjouir de cet heureux état de caisse, qui 
est exceptionnel depuis que nous avons perdu notre premier trésorier ! 
AoT. wt cour. A 



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]I ACTES ET CONFERENCES 

Par contre, l'amorce d'une future publication se trouve inscrite 
aux dépenses ; c'est un premier versement de 500 francs consacré à 
la traduction des œuvres de Flavius Josôphe, dont la Société a 
conûé la direction à M. Théodore Reinach. — Nous saisissons cette 
occasion de rappeler que la Société, au lieu de thésauriser, emploie 
ses économies ou excédents de recettes à publier des travaux de la 
plus haute importance pour l'histoire juive, recherchant seulement 
les bénéfices moraux et littéraires. S'il faut en croire les encourage- 
ments venus de tous côtés, nos efforts sont appréciés et notre pro- 
gramme a recueilli les suffi^ages du public savant. 

En dépit des vides laissés parmi nos sociétaires de France, vous 
verrez par le tableau suivant que le total des recettes n'a pas di- 
minué, grâce aux nouveaux adliérents, qui se recrutent principale- 
ment hors de notre pays : 

RBQBTTBS. 

Souscriptions et produit de la vente de collections. . . 8. 183 fr. 80 
Produit delà vente du volume dWta/u^ti?a 1.322 > 

— — — Textes grecs et latins. 84 » 

— par le libraire, années et numéros divers. . • 1 .246 » 
Souscription du ministère de l'Instruction publique. 375 » 
Espèces en compte courant chez MM. de Rothschild. 1 .822 30 

Total des recettes 13.033 fr. 10 



DÉPENSES. 

Impression du n^ 61 1 .322 fr. » 

— — 68 1.066 » 

— — 69 1.136 » 



Honoraires du n« 6T 786 fr. » 

— — 68 713 60 

— — 69 726 20 



3.524fr. 



2.225 80 



Arriéré d'impressions en 1896 547 55 

Assemblée générale, conférence, gratifications 401 » 

A reporter 6.698 fr. 35 



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ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 5 FÉYtllER 1898 lU 

Report 6.698 fr. 35 

Timbres - poste et d'acquit, frais de bureau, copies, 

reliure 328 15 

Encaissements : Paris, province, étranger (net) .... 100 » 
A la librairie Cerf, part sur la vente du volume 

Gallia et débours 584 Ib 

Distribution de quatre numéros, expéditions diverses, 

bandes d'adresses 410 » 

Magasinage et assurance 150 » 

Secrétaire de la rédaction et secrétaire-adjoint 2.400 » 

AiriQce pour traduction de Flavius Joséphe 500 » 

Total des dépenses 11 . ni fr. 25 

L*excéâent dee recettes est donc de 1,861 fr. 85 c. 

Ces comptes ont été vus et approuvés par le cmsmr^ M. Edouard 
de Goldschmidt. 

D'autre part, vous voudros bien noter que la vente du volume 
Oallia jvdaka a donné de beaux résultats ; la somme de 1,322 francs 
acquise de ce chef provient de trois sources : 1^ la vente faite par 
la Société; 2© celle du libraire-éditeur, M. Cerf; 3<* une subvention 
de 300 francs, obtenue par un de nos vénérés membres du Conseil. 
C'est une bonne aubaine, que je vous souhaite de voir se renou- 
veler souvent. 

Enfin, outre la vente de collections de la Revuê^ cédées à des 
bibliothèques, vous remarquerez TaugmentatioA des ventes d'années 
ou de numéros par libraires, c'est-à-dire acquises par des étrangers; 
ceux-ci compensent heureusement, comme je le disais tout à l'heure, 
la diminution presque fatale du nombre de nos adhérents de la pre- 
mière heure. Us prouvent, de plus, en quelle estime votre œuvre est 
tenue dans le monde scientifique, de quelle infiuence elle jouit parmi 
les lecteurs sérieux. 

M. Lucien Lazard, secrétaire, lit le rapport sur les publications 
de la Société pendant Tannée 1897 (voir, plus loin, p. xv). 



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ACTES ET CONFÉRENCES 



it procédé aux élections pour le renouvellemeat partiel du 
et le remplacement de M. Astruc, démissionnaire. 

élus : 

ibraham Gahbn^ grand rabbin, membre sortant ; 

Jbert Cahbn, professeur au Ijcée Louis-le-Grand, membre 

sortant ; 
lubens Duval, professeur au Collège de France, membre 

sortant ; 
lajer Lâmbbrt, professeur au Séminaire Israélite, membre 

sortant; 

ylvain Lévi, professeur au Collège de France, membre sor- 
tant; 
PPBBT, membre de Tlnstitut, professeur au Collège de 

France, membre sortant ; 

alomon Reinaoh, membre de Tlnstitut. membre sortant ; 
liéodore Reinaoh, membre sortant ; 
•aron Alphonse de Rothschild, membre de Tlnstitut, membre 

sortant ; 
trael Lévi, rabbin, professeur au Séminaire Israélite, maître 

de conférences à TÉcole des Hautes-Études. 

flu président de la Société pour l'année 1898 : M. Joseph 
!<Ny directeur du Séminaire Israélite. 



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ALLOCUTION 

PRONONCBB 

Par m. Maurice VERNES, président 
a l'assemblée générale du 5 février 1898 



Mesdames, Messieurs, 

Il j a un an, à cette même place, M. Salomon Reinach vous 
rappelait, avec la double autorité de sa fonction et de sa personne, 
que notre Société n*a un caractère ni confessionnel ni religieux; 
c*est un groupement libre et volontaire d*hommes d'étude et d*amis 
du judaïsme, résolus à mettre en lumière, par le concours de leurs 
recherches, Thistoire, singulièrement complexe de la plus extraordi- 
naire combinaison ethnique et morale dont Thistoire fasse mention, 
d'un petit peuple appartenant à ce que nous désignons, d*une façon 
un peu vague et toote conventionnelle, comme la fiimille sémitique, 
plus exactement, d'un peuple faisant partie du groupe sjrien-phéni- 
cien-arabe, peuple mêlé pendant des siècles aux violentes secousses 
d'une région que TÉgypte, l'Assyrie, la Chaldée, la Perse, la Grèce 
et Rome s'arrachèrent tour à tour et pour lequel, au rebours de ce 
qui se passe pour les autres, une vie nouvelle commence au jour 
même où cesse l'existence politique. 

De peuple, Israél devient religion et, comme religion, son rôle 
grandit, puisque les ûls d'Abraham, dispersés sur toutes les parties 
de ranoien continent et plus tard du nouveau, prennent une part 



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ACTES ET CONFÉRENCES 



rable au mouvement philosophique, économique, social, cour- 
comparables de rinternationalisme, de la pénétration mu- 
es races et des nations, qu'ils étaient excellemment faits pour 
, mais qui devait, malheureusement, échouer devant la 
3 infranchissable de Tesprit théocratique et féodal, esprit de 
i, de suspicions, de haines, dont la récente résurrection colore 
plus inquiétants reflets le dernier quart du dix-neuvième 

tâche immense, qui consiste & accumuler avec méthode les 
,ux authentiques, propres à retracer Thistoire du judaïsme 
ses origines anciennes, forcément obscures et dont on peut 
[*, jusqu'à nos jours, vous Tavez entreprise avec les qualités 
iution et de précision de Tesprit français. C'est un honneur 
[)i d'avoir été un des premiers non-israélites que la nature 
s travaux ait engagés à entrer dans vos rangs, et vous 
bien, il y a un an, récompenser mon solide attachement à 
uvre en m' appelant à vous présider après m'avoir accueilli 
le longues années dans votre conseil directeur, 
û constitue une haute distinction pour tous ceux que vous 
)ien élever à cette fonction enviée de la présidence, a donc 
iicoup plus pour moi, puisque, par un libéralisme dont peu de 

analogues eussent donné l'exemple, vous ne vous êtes laissé 
dans votre choix, ni par la circonstance de mes relations 
intes, ni par la hardiesse des propositions que j'ai défendues 
origines religieuses d'Israël. 

lUS prie d'agréer l'hommage de ma respectueuse et profonde 
le pour le très grand honneur que vous m'avez fait, 
dvanche. Messieurs, qu'il me soit permis de profiter de cette 
Q solennelle pour vous déclarer, non en qualité de chrétien, 
je ne me sens pas qualiûé pour parler au nom de ce qui a été 
ion de ma jeunesse, — mais comme philosophe, comme libre- 
* entièrement dévoué aux idées de tolérance et de progrès 
pour vous déclarer, dis-je, que je réprouve de toutes mes 
de toutes mes énergies, l'abominable, l'odieuse campagne que 
s malfaisants personnages ont entreprise contre le judaïsme, 
audissement d'un public ignorant que l'on trompe, avec la 



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ALLOCUTION DE M. LE PRÉSIDENT VII 

connivence plus ou moins avouée des représentants attardés de la 
théocratie, — campagne dont le succès, impossible d'ailleurs, nous 
ramènerait à l'époque abhorrée des tribunaux de Tinquisition, des 
ghettos, de la persécution religieuse. 

C*est une honte pour notre pays, c'est une honte pour notre ca- 
pitale, que cette campagne, d'origine étrangère comme est étranger 
le nom d'antisémitisme dont elle se couvre, n'ait pas été, dès le pre- 
mier jour, condamnée et ûétrie par le mépris public, qu'elle ait été 
accueillie par les uns comme une opportune diversion, par d'autres 
comme une sorte de revanche, par des lettrés, enûn, par des écrivains 
spirituels et sceptiques, comme un phénomène curieux, presque 
amusant et dont il aurait été dommage que notre époque n'eût pas 
le spectacle. 

Je considère, quant à moi, cette campagne de l'antisémitisme 
comme un phénomène morbide de la plus haute gravité, indice de 
la situation singulièrement troublée d'une grande nation, oublieuse 
de son passé, insoucieuse de son avenir et qui est menacée d'être 
conduite aux pires aventures si, par un effort vigoureux, elle ne se 
ressaisit pas elle-même dans le sentiment du droit et de la justice. 

En attendant cette évolution bienfaisante, dont je ne veux pas, 
dont je n^ai pas le droit de désespérer au double titre de philosophe 
et de patriote, dont je relève quelques signes avant-coureurs dans 
l'attitude récenament prise par d'éminents publicistes et écrivains, 
— évolution à laquelle, vous, âls d'Israël, travaillez avec une abné- 
gation et une modestie dignes des plus grands éloges, en associant 
d'une façon indissoluble vos traditions religieuses à l'amour de la 
France, — je vous apporte aujourd'hui, Messieurs, l'expression pu- 
blique de ma plus haute estime, de ma plus profonde sympathie. En 
vous adressant ce témoignage public dans une situation troublée, 
dans des semaines qui paraissent longues par l'obsession d'un pé- 
nible cauchemar, j'obéis à un besoin de mon cœur, je donne satis- 
faction au cri de ma conscience. 

Messieurs, 

Au cours de l'année qui s'achève, nous avons fait plusieurs pertes. 
Nous avons perdu dans la personne de M. Alfred Hejmann, un de 



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Vm ACTES ET CONFÉRENCES 

nos membres les plus dévoués. M. Paul Oppenheim, enlevé par une 
mort prématurée à Taffection des siens et à tant d^œuvres auxquelles 
il apportait sans compter le concours le plus intelligent, le plus 
éclairé, est un de ceux dont la disparition a été le plus vivement 
ressentie par le judaïsme français. Vice- président du Comité des 
écoles, vice-président de T Alliance Israélite, sa mort laisse dans ces 
deux conseils, et dans plusieurs autres encore, un vide difficile à 
combler. Je dois enfin une mention à Tun de nos anciens confrères, 
M. le grand rabbin Wogue, dont le souvenir restera parmi ceux qui 
appréciaient sa science exacte et la correction de sa forme,.conmi6 
celui d*un maître éminent entre tous. M. Wogue laisse de son long 
et fructueux enseignement au séminaire Israélite de Paris deux ou- 
vrages importants, une traduction française du Fmtafeuque avec 
texte en regard, travail d*une sévère et élégante exactitude, muni 
de notes judicieuses et solides, où se trouve le meilleur et le plus 
substantiel des interprétations rabbiniques, et une Histoire de la Bible 
ef de t exégèse biblique jusqu* à nos jours. Dans cette seconde publica- 
tion, M. Wogue s*est maintenu également sur le terrain des expli- 
cations traditionnelles, marquant d*une façon très claire et avec une 
incontestable autorité Tétat de Texégèse juive dans la phase anté- 
rieure aux grands travaux qui ont complètement renouvelé de nos 
jours la position et la solution des problèmes bibliques. Son Histoire 
de la Bible constitue un document d*une haute valeur pour ceux-là 
même, j'allais presque dire pour ceux-là surtout, qui se placent sur 
le terrain de la recherche historique et littéraire telle que la con- 
çoivent les modernes. 

J'arrive ainsi. Messieurs, par une transition toute naturelle, aux 
quelques réflexions que j'avais Tintention de vous présenter et qui 
porteront sur la méthode historique telle que nous l'appliquons aux 
études juives, réflexions que vous m'excuserez de développer quelque 
peu en profitant de cette circonstance, que l'ordre du jour de ce soir 
ne comporte pas de conférence. 

Ce que notre Société a entrepris de faire il y aura bientôt vingt 
ans, réunir, en dehors de tout lien confessionnel, des hommes 
d'étude et de bonne volonté pour travailler en commun à mettre en 
lumière tous les faits et documents propres à faire connaître à nos 



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ALLOCUTION DE M. LE PRESIDENT IX 

coDtemporains le passé du judaïsme, on n'en aurait pas conçu Tidée 
il j a un demi-siècle. Une pareille entreprise aurait paru alors sans 
objet si elle n'avait pas été dominée par une pensée, sinon propre- 
ment dogmatique, tout au moins apologétique.Yers la même époque 
où votre Revue venait au jour, je fondais la Revue de Vhistoire des 
reUgionSf où j'entreprenais de grouper, en dehors de tout propos 
dogmatique, polémique ou apologétique, pour Tétude parallèle de 
toutes les grandes religions anciennes et modernes, religions de 
rÉgjpte, de l'Assjrie, de l'Inde, de la Perse, religions juive, chré- 
tienne et musulmane, religions de la Grèce et de Rome, les hommes 
compétents dans les différentes provinces de cet immense empire. 
L'événement m'a donné raison contre les objections de ceux que 
troublait dans de vieilles habitudes la confusion volontaire et nette- 
ment avouée de deux domaines jusque-là jalousement distincts, le 
domaine sacré et le domaine profane. Et aujourd'hui, c'est sur les 
terres classiques de la théologie protestante, en Allemagne, en 
Hollande, en Angleterre, une éclosion de Manuels d'histoire des 
religions, où fraternisent les grandes croyances du passé et du 
présent dans une même subordination au seul principe que puis- 
sent avouer en commun des savants de confessions, d'opinions 
et de compétences absolument disparates, l'étude rigoureusement 
critique des documents historiques et littéraires soumis à leur 
appréciation. 

C'est du même principe que vous vous êtes inspirés en vous pla- 
çant sur le terrain neutre de la recherche exacte et désintéressée, et 
vous vous en êtes bien trouvés, ayant compris dès le premier moment 
qu'il j avait lieu de préférer à la satisfaction toute morale des sen- 
timents de piété ûliale d'une famille religieuse, l'autorité que confère 
à une enquête de Tordre historique la rigueur d'une méthode ac- 
ceptée de tous les travailleurs du monde civilisé. 

Et d'ailleurs, en atteignant ce second but, n'aviez-vous pas la cer- 
titude de répondre également au sentiment si respectable que je 
viens de rappeler ? Cette histoire exacte et documentée n'est-elle 
pas un témoignage éloquent en faveur d'une branche religieuse que 
quinze siècles de persécutions violentes ou sournoises n'ont pu ni 
faire fléchir dans sa foi, ni ébranler dans sa confiance en un avenir 



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ACTES ET CONFERENCES 



meilleur, qui doit être celui non seulement du judaïsme, mais de Thu- 
manité tout entière? 

Permettez- moi aussi de le dire, les annales des minorités persé- 
cutées sont de celles où Thiàtorien relève le plus volontiers les 
traits de courage et de dévouement, tandis que le succès est une 
terrible épreuve, tandis que la possession du gouvernement entraine 
avec soi bien des tares ou des crimes. Autant le régime théocra- 
tique établi par un Calvin à Genève nous semble attentatoire à la 
liberté intellectuelle et morale, telle que Ten tendent les modernes, 
autant brille pure et touchante la modeste lumière du protestantisme 
français au fviii^* siècle, du protestantisme a sous la croix d, du 
protestantisme « au désert ». Dans le premier cas, le protestantisme 
était le maître ; dans le second, il était Topprimé. Et le Luther 
avant le succès, le Luther des débuts, le Luther de Wittemberg et 
de la diète de Worms, n*est-il pas infiniment plus intéressant que 
le Luther qui a triomphé et défend durement Téglise qu*il a fondée 
contre les dissidents de toute sorte ? 

Si je cherche à définir Tesprit de la méthode historique moderne, 
je ne peux mieux le désigner que comme un esprit de respectueuse 
liberté. Respect et liberté, dira-t-on peut-être^ voilà deux termes 
qui s'excluent; Tun implique qu*on s*incline devant une autorité 
supérieure, Tautre qu'on la critique. Eh bien I Messieurs, voici com- 
ment nous les concilions : nous sommes résolus à ne donner notre 
respect qu'à bon escient, à subordonner notre approbation aux 
résultats d'une rigoureuse enquête qui nous aura permis de dis- 
tinguer le vrai du faux, à une analyse exacte qui aura fait le départ 
entre l'or et le plomb. Nous ne donnons à l'avance notre adhésion 
ni à un homme, ni à un document, quel que soit le prestige d'anti- 
quité, de vénération consacrée par une longue tradition, avec lequel 
ils se présentent à nos jeux. 

Et cette méthode. Messieurs, qui est devenue celle de la recherche 
historique, je prétends que nous nous trouverions fort bien de l'ap- 
pliquer à tous les objets du monde intellectuel et moral, aux rouages 
de l'organisme social comme aux personnes investies de fonctions 
ou de ministères divers. 

Prenez la religion. Dois-je m'incliner devant elle comme devant 



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ALLOCUTION DE M. LE PRÉSIDENT XI 

on tout, à la fois invérifiable et consacré, et accepter docilement les 
directions de ceux qui ont fonction de la défendre, de Texercer et de 
renseigner ? Mais d*abord, quelle religion ? J*en vois quatre ou cinq 
(sans compter les sectes de moindre importance) qui se présentent à 
moi avec des titres infiniment respectables, avec l'autorité de Texpé* 
rience, d'un long passé, des services rendus. Qui suis-je moi, 
homme de culture moyenne, pour départager par mon adhéâion 
réfléchie les différents clergés qui m*as3urent qu'eux seuls possèdent 
la vérité et qu'auprès des autres je ne trouverai que Terreur? La 
statistique, d'ailleurs, m'enseigne que, bon gré mal gré, l'immense 
majorité des hommes adopte simplement le culte dans lequel elle a 
été élevée. Ne pouvant adresser mon respect à un dogme que je suis 
incapable d'apprécier, à une morale, d'une incontestable élévation, 
mais qui ne prendra de valeur réelle qu'en se manifestant dans la 
pratique, je déplacerai la question. Je considérerai des hommes 
religieux en particulier, un groupe de croyants associés dans la 
communion du culte, et si je constate que la foi développe et affermit 
dans leur pratique courante les idées de tolérance, de justice, de 
fraternité sociale, je donnerai mon respect à ces hommes, à ce 
groupe. Si la foi qu'ils professent a un efiet différent, je réserverai 
mon estime pour d'autres, sans me laisser séduire par les subli- 
mités de la doctrine, les magnificences du culte ou Taustérité de la 
morale. 

Respectueuse liberté, — j'en userai dans mon jugement sur la 
propriété ; celle-ci ne devient digne de respect que dans la personne 
des possesseurs — en est-il beaucoup de cette espèce î — pour qui 
la richesse constitue avant tout une obligation sociale, une respon- 
sabilité, constante et effective envers la grande masse des non-privi- 
légiés. A ce propos, une citation. <{ Une dame pieuse, raconte un 
ingénieux et autorisé conférencier *, m'affirmait que les riches sont 
les intendants des pauvres; si mauvaise que soit la réputation des 
intendants, j'ai refusé de la croire, les maîtres sont vraiment ici 
trop pillés, trop mal logés, trop mal nourris, ils ne pourraient man- 
quer de s'en apercevoir. » 

1 M. Gabriel Séailles, Les affirmations de la eomcience moderne, 1897, 



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XII ACTES ET CONFÉRENCES 

Respecterez-Yous une justice qui s'exercerait sans contrôle, sans 
publicité, où rinstruction préparatoire, qui doit être le premier pas 
dans la voie qui mène le prévenu au plus eïïroyMQ châtiment, se 
ferait sous la pression d'une opinion publique affolée, où le juge- 
ment se rendrait dans des conditions d'indépendance douteuse, 
l'autorité à laquelle ressortissent les juges s'étant déjà et à l'avance 
prononcée pour la condamnation? Assurément non. 

Vous inclinez*vous devant la notion de patrie qu'on prétend de- 
puis quelques mois nous imposer, devant cette conception étroite 
qui se fonde sur la haine stupide de Tétranger? L'intelligente con- 
ception, de représenter la France comme jalousée et détestée de 
tous, au lieu de relever son crédit dans le monde en développant 
et en affermissant ses qualités natives de droiture, de loyauté, de 
générosité ! Et, d'ailleurs, cette France qu'on nous propose d'ériger 
sur le piédestal isolé d'un monstrueux orgueil, dans le vide affireux 
qu'aura fait autour d'elle sa superbe et insolente ignorance, on aura 
commencé par la débarrasser de tous les éléments qui souillent sa 
robe d'hermine, des juifs, des dissidents du catholicisme, des libres- 
penseurs. Non, la patrie, devant laquelle nous nous inclinons, la 
patrie que nous aimons et respectons, n'est pas celle-là. C'est la 
France reconnaissant à tous ses enfants des droits égaux, la France 
s'efforçant de réaliser la justice et le droit, de pratiquer la fraternité 
et Tégalité, dans tous les rouages, dans toutes les branches, dans 
tous les domaines de l'organisme social. C'est la France sachant 
tenir avec dignité sa place dans le concert — oh ! point dans le 
concert diplomatique, qui est tout autre chose — dans le concert, 
dis-je, des nations civilisées qui sont décidées à placer l'humanité 
comme but supérieur au-dessus de l'égoïsme national, dans le con- 
cert des penseurs et des philosophes qui se refusent à admettre qu'il 
j ait opposition entre l'idée de patrie et l'idée d'internationalisme, 
qui voient, au contraire, dans celle-ci le complément et le couron- 
nement naturel de la première. 

En vérité, si le vent de folie qui s'est déchaîné sur notre malheu- 
reux pays continue ses ravages, nous en serons à demander si 
c'est à Berlin ou à Moscou, si ce n'est pas plutôt encore dans 
quelque ilôt perdu de la Polynésie, que s'est produit ce fait, jadis 



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ALLOCUTION DE M. LE PRÉSIDENT XIU 

assez connu, qui a nom la Révolution française. H faudra que TEu- 
rope prenne soin de nous le rappeler à nous-mêmes, puisque nous 
nous faisons gloire de Toublier. 

Messieurs, je n*ai point perdu de vue notre point de départ. Il 
s'agissait d'illustrer par quelques exemples lesprit de respectueuse 
liber lé, qui est celui de la méthode historique appliquée à nos re* 
cherches sur le judaïsme. Oui, nous savons admirer, oui, nous 
savons respecter, mais à bon escient, après que Texamen précis, 
rigoureux, nous a démontré les beautés et les bontés du livre^ de 
ridée, de Thomme. 

J*en suis arrivé, pour ma part, à cette formule : Ne s'incliner 
devant aucune autorité extérieure quelconque. Deux cas ici se 
présentent. — L'autorité en question prétend slmposer sans preu- 
ves. En ce cas, je ne discute pas, je me contente de passer outre. 
Dans le second cas, on me soumet des arguments ; je les examine 
et n'admets que ce que je suis en mesure de vériûer. Dans l'une 
comme dans l'autre hypothèse, il n'y a plus d'autorité extérieure. 

C'est là, Messieurs, la loi admise par l'unanimité des travail-* 
leurs modernes en matière d'études historiques; elle n'est pas 
moins appelée à triompher, malgré les résistances d'un passé me- 
nacé dans ses privilèges, en matière philosophique, morale et 
sociale. 

Messieurs, 

En terminant ces quelques réflexions, d'où il ressort jusqu'à quel 
point les questions de science pure confinent au domaine des idées 
morales, il est inutile que j'insiste auprès de vous sur l'obligation 
où nous nous trouvons d'écarter toute préoccupation étrangère au 
cercle de nos études régulières. 

Cette distinction légitime et nécessaire, vous l'avez toigours 
observée, et votre autorité scientifique s'en est accrue dans les 
cercles savants de la France et de l'étrange. Est-ce à dire que 
vous aviez formé le propos de vous réfugier dans la tour d'ivoire 
— autrefois on disait, d*une façon moins poétique, le fromage de 
Hollande — du sceptique égoïste ou spéculatif? Assurément non. 
Attentif aux mouvements qui se produisent autour de vous, vous 



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ACTES ET CONFÉRENCES 



tzemple que tous donnez de la méthodique povsaite 
et ardues recherches au milieu des haines et dea 
linées, est la marque d'une confiance assurée dans 
ipérieurs dont les nations modernes doivent attendre 
is les idées de justice, de droit, de liberté, qui peu- 
9S quelquefois, mais qui, au sortir de la tourmente 
ndiront, d*un éclat plus vif encore, au ciel de notre 

^ons en nous-mêmes cette confiance, rendons-la à 
couragement enyahit et, sans avoir cure des ou- 
Yons résolument notre route vers la lumière, vers 



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RAPPORT 



SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ 

PENDANT L'ANNÉE 1897 

LU A L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 5 FÉVRIER 1898 
Par m. Lucien LAZARD, sbcrétairb. 



Mesdames, Messieurs, 

Les miracles, qui n'ont dû être fréquents à aucune époque, se sont 
fiaits de nos jours d*une rareté désespérante : aussi faut-il n'être pas 
trop discret quand on en peut signaler un — ou, à défaut d*un mi- 
racle authentique, quelque chose qui s'en rapproche. 

L'existence pendant de longues années de votre Retme est une 
sorte de prodige. Certes, votre recueil n'a fait aucune concession 
sur le sévère programme que lui avaient tracé ses fondateurs, il n'a 
sacrifié aux grâces que dans une mesure restreinte, il s'est tenu à 
l'écart de toutes les polémiques sur les questions du jour, celles 
même où les intérêts du judaïsme paraissaient le plus fortement en 
jeu; et, malgré la règle austère qu*il s'est imposée, il a grandi, il a 
prospéré et il entre aujourd'hui dans sa dix-huitième année, cons- 
cient de l'estime des érudits des deux mondes, fier des progrès qu*il 
a pu faire accomplir à l'histoire et à la critique bibliques, à l'étude 
du passé du judaïsme dans tous les temps et dans tous les pays. 

n est toujours délicat de faire l'éloge d'un groupement auquel on 
appartient; cependant votre rapporteur est par lui-même — et 



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XVI ACTES ET CONFÉRENCES 

croyez bien qu*il le regrette — trop étranger aux progrès de la 
science juive pour croire qu*on lui attribue jamais aucun des mé- 
rites qu*on reconnaît à ceux qui la cultivent et la font progresser ; il 
est donc tout à fait à son aise pour dire tout le bien qu'il pense de la 
Bsime et de ses collaborateurs : il tient à proclamer qu'on lui doit 
en France la connaissance d*une foule de travaux sur la langue et 
la littérature hébraïques, travaux rédigés surtout dans les pays de 
langue allemande et anglaise, qui, jusqu'à l'apparition de la Revus 
des Études jtdves, étaient trop ignorés dans le public français érudit, 
qu'elle a mis en lumière, dont elle a révélé les conclusions, qu'elle 
a souvent développées, quelquefois combattues, étant par elle-même 
et par les œuvres qu'elle a suscitées ou inspirées la mère de tous 
les progrès en matière d'études sémitiques. Je viens d'avancer une 
proposition, il est temps d'en faire la démonstration. 

En 1896, une découverte de la plus haute importance est faite en 
Orient : ce sont des fragments du texte original de la Sagesse, de 
Jésus fils de Sirach^ vulgairement connue sous le nom de VEcclé- 
élastique et n'existant jusqu'à il y a deux ans, que sous la forme 
d'une traduction grecque due au petit-fils de l'auteur. Une décou- 
verte de cette importance, il y a vingt ans, n'eût peut-être pas passé 
complètement inaperçue en Fraoce ; elle eût été probablement si- 
gnalée dans le Journal de la Société Asiatique ou dans le Journal des 
Savants ; on eût regardé l'article d'un œil distrait et on aurait passé 
bien vite à autre chose. Que les temps sont changés! À. peine 
MM. Cowley et Neubauer ont-ils publié ce texte, que paraissent 
dans votre Betme deux travaux considérables de MM. Israël Lévi 
et L. Blau, qui vont alimenter pendant bien des années les études 
bibliques ' . 

Je devrais, en ma qualité de rapporteur, vous exposer les ré- 
sultats considérables que l'on peut tirer dans tous les domaines de 



* Israël Lévi, La Sagesse de Jésus, fils de Siraeh, Découverte d*n» f)ragmeiU ds 
Voriginal hébreu^ XXXIV, 1. — Le m6me, La Sagesse de Jésus, fils de Siraeh, 
XXXIV, 294. — Blau (L.) et Israël Lévi, Quelques notes sur Jésus ben Siraeh 
$t son ouvrage, XXXV, 19. Cf. Perlés (Félii), Notes critiques sur le texte de 
r Ecclésiastique, XXXV, 48, travail très savant sur la partie de rBcolésiastique 
dont l'original hébreu n'eot pas encore connu. 



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RAPPORT SUR LBS PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XVil 

cette ilécou verte que M. Israël Lévi appelle un véritable événement, 
je préfère vous renvoyer à son article paru dans notre tome XXXIV : 
lisez-le et vous verrez qu'il n'a pas été au-dessous de la vérité en 
parlant ae cette trouvaille sur un ton à la fois juste et lyrique •. 

L'année n'eùt-elle fait naître que ce travail, qu'elle n^aurait pas 
été stérile, mais que d'autres études importantes elle a produites ! 
C'est, en première ligne, l'article du colonel Marmier sur la géo- 
graphie du pays de Juda, intitulé : La Schejela et la Montagne de 
Juda éC Offres Le livre de Josué *^ la continuation des minutieuses re- 
cherches de M. Bûchler sur Les sources de Flavius Josephe dans ses 
Antiquités^, et surtout le travail de M. Théoâ<]re Reinach : JosbpJie 
sur Jésus ^, Dans ces vingt pages, écrites avec un charme qui en 
rend la lecture des plus agréables, Tauteur établit d*une façon irré- 
futable — ce qui n'empêchera pas, d'ailleurs, l'erreur et la calomnie 
traditionnelles de se répéter et de se propager «- que la con<Iam-* 
nation de Jésus est exclusivement l'œuvre des Romains ; que c'est 
à une cause uniquement politique, la prétention au titre de roi de 
Juda, qu'elle est due ; et l'on ne peut qu'applaudir aux éloquentes 
paroles qui sont la conclusion de l'œuvre de M. Théodore Reinach : 
« Jésus a été frappé par une loi inexorable, barbare si Ton veut, 
» mais formelle; et pour un fait qu'il a tacitement avoué. Le ju- 
» daîsme expie depuis plus de seize siècles, par des humiliations quo- 
» tidiennes et des persécutions incessantes, un prétendu crime qu'il 
» n'a pas commis, qu'il n'aurait pas même pu commettre. Ce n'est 
o donc pas le supplice volontaire de Jésus, c'est le long martyre 
o d'Israël qui constitue la plus grande erreur judiciaire de This- 
» toire. » 

Il faut citer encore, dans la période qui nous occupe, la notice de 
M. Léopold Goldschmid : Les impôts et les droits ds douane en Judée 
sous les Romains ^, ensemble de recherches considérables sur les sept 
espèces de contributions perçues par Home dans cette contrée et 

» T. XXXIV, 1-50. 
« T. XXXI V, 51-69. 
» T. XXXIV, 69-94. 
* T. XXXV, 1-19. 
» T. XXXIV, 19J-218. 

ACT. KT CONF. t 



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XVm ACTES ET CONFÉRENCES 

sur le personnel chargé de les recueillir. En parcourant, même ra- 
pidement, cette œuvre consciencieuse, on est réellement étonné de 
Tabondance de renseignements qu'elle contient. 



II 



Le judaïsme talmudique n'a pas droit à moins de considération 
que le judaïsme biblique et, à vrai dire, il nous touche de plu3 près 
que les époques antérieures de notre histoire, puisque c'est lui qui 
a transformé la législation d'un peuple en celle uniquement d'une 
religion, transformation lente, patiente, d'une minutie qui nous pa- 
rait souvent exagérée, mais dont les prescriptions multiples ont 
seules permis aux Juifs de conserver leur foi et leur originalité 
propre dans toutes les contrées de la terre et à travers les vicis- 
situdes pénibles de leur existence. L'importance de cette législation 
nouvelle n*a échappé à aucun des grands esprits qui se sont donné 
la peine, sinon de l'étudier, tout au moins d'en connaître l'existence, 
et elle a été reconnue, avec une justesse et une impartialité qui lui 
font honneur, par un des plus illustres écrivains et un des plus pro- 
fonds penseurs de tous les temps : Montesquieu. Dans cet ordre de 
travaux, nous avons publié les articles de M. Bank sur les Juifs de 
Perse et de Babjlonie au moment de la formation du Talmud de 
Babjlone * ; une notice de M. Bâcher sur Rome dans U Talmud et h 
Midrasch * ; la composition de ces passages fait plus d'honneur à 
l'imagination des écrivains talmudiques qu*à leur exactitude — c'est 
là qu'on rencontre des affirmations dans ce goût : 

« Elle (Rome) a 365 marchés suivant le nombre de jours de 
l'année solaire » 

« Il s'y trouve 3,000 bains qui ont chacun 500 fenêtres. » 

Nous avons aussi donné la un de l'œuvre de M. Isaac Halévi, 
La clôture du Talmud et h s Sahoraïm ^. Ajoutez à cela de noin- 

* T. XXXIII, 161-187, Rigla, Riglé, Schabhata DerigU, 
» T. XXXIII, 187-197. 
» T. XXXIV, 2il-251. 



^7^.^ 



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RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XIX 



breuses notes sur des points divers de grammaire et d^exégèse dues 
à MM. Poznanski, Mayer Lambert, Sulzberger et Théodore Reinach, 
et vous aurez une idée très approximative de l'activité de nos col- 
laborateurs. 



III 



Le moyen âge et les temps modernes n'ont jamais cessé d'être 
consciencieusement étudiés dans notre Retnie; toutefois ils pour- 
raient et devraient être, pou^ la France en particulier, Tobjet de 
recherches encore plus nombreuses. La littérature juive médiévale 
est aujourd'hui connue d'une façon assez satisfaisante, Thistoire est 
encore pleine de mystères. L'homme qui le premier a tenté d'en 
débrouiller au moins les points les plus obscurs, vous l'avez tous 
connu et apprécié à sa juste valeur, il a été pendant de longues 
années l'inspirateur de votre œuvre et son collaborateur le plus 
actif : j'ai nommé Isidore Loeb. Certes, avant lui on avait écrit 
l'histoire des Juifs et, sans parler de la compilation de Basnage, des 
livres réellement trop incolores des Bail, des Beugnot et des Dep- 
ping, nous possédions les œuvres de Jost et de Graëtz ; mais c'est 
à Loeb que revient incontestablement l'honneur d'avoir introduit la 
méthode critique dans ce genre d'études, d'avoir soumis à de minu- 
tieuses recherches les annalistes et les chroniqueurs juifs et chré- 
tiens, d'avoir contrôlé leurs affirmations par l'examen des docu- 
ments contemporains et d'avoir de la sorte introduit dans notre 
pays la science en matière d'histoire juive. 

En dehors de ses livres de critique biblique et talmudique, il a 
produit une foule d'articles qui ont alimenté pendant des années vos 
numérqs et dont la quintessence se trouve, en quelque sorte, dans 
cette brochure, qui est un des chefs-d'œuvres historiques de notre 
siècle : Le Juif delà légende et le Juif de Vlmioire, 

De nombreux disciples heureusement ont suivi ses traces, et leurs 
travaux, ceux de cette année et ceux des années précédentes, 
peuvent se placer à côté de ceux du maître illustre que je viens de 
nommer. 



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XX ACTES ET GONFËRBNGES 

En Orient, M. Poznanski a mis ôd lumière rintéressante figure de 
i-ahOkhari^ chef d'une secte juive au ix« siècle*. M. Kauf- 

a terminé la publication des documents relatifs à la situâ- 
tes Juifs de Corfou, situation des plus satisfaisantes et qui dut 

à Tépoque de la Renaissance, bien des envieux parmi leurs 
gionnaires des autres pays *. 

I. Bâcher et Israël Lévi ont étudié le passage relatif au Messie 
la letire de Maimmide aux Juifs du Yémen ^. 
Kaufmann a pu dresser une généalogie du célèbre rabbin Me- 
ci Azarîa de Padoue ^, et donner de précieuses indications sur 
t à Taide de poésies élégiaques qui lui ont été consacrées^ 
in, MM. Kaufmann et Freimann ont publié la vue de la tombe 
îée d'un Juif italien du xvi® siècle, MescJioulîam Cusser de 
, et d'intéressantes notes sur ce personnage et sa famille, 
judaïsme français doit avoir naturellement la place d*honneur. 

études qui lui sont consacrées ne sont pas très nombreuses, 
sont, en revanche, très soignées, d'une critique très serrée et 

lecture des plus intéressantes. Elles ne remontent pas très, 
d'ailleurs, puisqu'il n'en est aucune qui traite un sujet anté- 
au xiv« siècle, et encore le travail de M. Schwab sur le 
re de Venfant de chœur du Puy **, se rapporte-t-il non à Thia- 
mais à la légende. 

st bon de dire que c'est là une répétition de raccusation 
ionnelle du meurtre d'un enfant chrétien par les Juifs qu'on. 
), du XII* au XIV* siècle, dans la plupart des villes de 
e, à Orléans, à Paris, à Blois, au Puy, sans que jamais il ait 
ssible de découvrir quoi que ce soit — je ne dis même pas un 
ent judiciaire — mais simplement un texte authentique con- 
rain, de quelque nature qu'il fût, faisant un récit acceptable 

prétendus meurtres : leur existence est toigours révélée soit 
î3 chroniqueurs ecclésiastiques d'une sincérité très suspecte, 

XXXIV. 161-192. 
XXXIV, 263-275. 

XXXIV, 101-106. 

XXXV, 84-91. 
XXXV, 111. 
XXXIII, 277-282. 



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RAPPORT SUR LES PUBUCATIONS DE LA SOCIÉTÉ XXI 

soit par des poésies liturgiques auxquelles on ne peut ajouter qu'une 
confiance des plus médiocres. La légende du meurtre de Tenfant de 
chœur du Puj ne fait pas exception à cette règle : aucun document 
contemporain ne la confirme ; elle paraît être tout simplement une 
manifestation de plus de cette forme, en quelque sorte nécessaire, 
de Tesprit du moyen âge, qui ne pouvait séparer Tidée du Juif du 
besoin de sang chrétien et qui constitue, en dernière analyse, un 
phénomène dont Tétude relève plutôt de la psychologie que de 
rhistoire. 

C'est dans une région plus riante que le paysage sévère où est 
assise la ville du Puy que se passe le terrible drame raconté par 
M. Bauer, dans son travail intitulé : La Peste chez les Juifs ^Avi- 
gnon *. Rien de plus lamentable que ces épidémies frappant des mal- 
heureux entassés dans les abominables ghettos d'Avignon nommés 
carrières, n'osant sortir de leurs cahutes étroites et demander un 
secours â Thôpital de la ville, sans s'exposer aux tentatives plus 
quindiscrètes des convertisseurs. Le tableau tracé par M. Bauerest 
des plus émouvants, et ce serait en aflfaiblir la vérité que d'essayer 
de vous le reproduire. 

Je me reprocherai de passer sous silence la note que M. Schwab a 
consacrée aux inscriptions hébrcâques de la France * ; l'auteur a noté 
les plus intéressantes et constaté en terminant Texistence de cent 
quarante textes lapidaires hébraïques du vii« au xiii* siècle. C'est 
un chifire assez respectable et qu*on peut citer à ceux qui demandent 
où sont, sur le sol de France, les tombes des ancêtres des Juifs 
actuels . 

Mais l'œuvre historique la plus considérable qu'ait publiée cette 
année la Revue des Etudes juives^ est due à M. Roubin, et porte le 
titre suivant : La Fie commerciale des Juifs comtadins en LtanguedoCy 
au xviii* siècle*. Un pareil travail, digne de la plus haute estime « 
ne saurait pourtant s'analyser, c'est le tableau, déjà fait bien des 
fois dans notre Revue^ des efforts tentés par les Juifs au xviii^ siècle 
pour s'incorporer dans la nation française, pour tâcher d y déve- 

» T. XXXIV. 251-263. 

• T. XXXIV, 301-305. 

* T. XXXIV, 276-2W ; l. XXXV. «I-IOO. 



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ACTES ET œNFERENGES 



* leur commerce et celui de la France en même temps, et 
se des difficultés, des résistances qu*ils rencontrent et que 
la Révolution française pourra briser. Rarement, d'ailleurs, 
de ce genre a été faite avec le luxe de preuves et la rigueur 
thode qu'apporte M. Roubin, et qui sont d'autant plus méri- 
que celui qui veut éclaircir un point de Thistoire civile des 
n'a pas, comme l'écrivain qui raconte le passé d'un peuple, 
province ou d^une ville, un ensemble de documents constitué, 
loit aller chercher ses renseignements dans toutes les séries 
lépôt d'Archives. 

(t dans l'est de la France que nous transporte M. Maurice Aron ; 
)mpte rendu est relatif à V Histoire des Juifs de Lorraine^ de 
r, principalement au commencement du xyiii® siècle, et du 
mportant d'entre eux, le banquier Samuel Lév;, exploité et 
}ar le duc Léopold de Lorraine. Le fait n'est pas sans analogues, 
nd on aura rassemblé une collection de récits du même genre, 
pourra faire un livre dédié aux antisémites de tous les temps *• 
Qbre de fois déjà on a publié des opinions d^écrivains de toutes 
oques sur les Juifs, rarement il a été donné d'en connaître 
issi curieuse que celle de l'auteur anonyme d'un livre édité a 
rdam en 1*7*76, et publiée dans notre Revue par M. Camille 
sous le titre L'opinion publique et les Juifs au xvin* siècle*. 
lur de l'ouvrage n'est pas un philosophe, et s'il demande qu'on 
le les Juifs en France, il ne s'appuie pas sur des considérations 
3S ou intellectuelles d'un ordre bien élevé, mais sur des né- 
s économiques et sociales que soupçonnaient bien peu de ses 
iporains et qu'ignorent encore beaucoup dus nôtres. 
3S travaux originaux, il faut, si Ton veut être complet, ajou- 
revues bibliographiques fort nombreuses cette année et dues, 
la plus grande part, à votre infatigable secrétaire, M. Is- 
évi. Parmi les lecteurs de la Bévue des Etudes Juives^ il en 
lucoup — j'en connais pour ma part — qui, eflrayés par la 
té de certains de nos articles, se bornent à dépouiller ces 



urice Aron, L9 duc de Lorraine Léopold et les hraélUety XXXIV, 107. 
XXXV, 112, 



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RAPPORT SUR LES PUBUCATIONS DE LA SOCIÉTÉ XXllI 



consciencieuses bibliographies : ces lecteurs ne sont peut-être pas les 
plus mal partagés de tous. 

Il serait injuste de ne pas mentionner, à côté des travaux de 
M. Léyiyles savantes recensions dues à MM. Bâcher, Belleli, Kont, 
Lambert, Porgôs, Schwab, Castelli. 

L^activité intellectuelle de la Société des Etudes juives ne se 
manifeste pas seulement par la publication de sa Bévue, elle se 
prouve aussi par des conférences. Deux vous ont été données cette 
année et vous vous souvenez encore avec quel succès : Tune faite par 
M. Maurice Bloch, qui sut, suivant sa vieille habitude, être à la fois 
spirituel et émouvant, sur la valeur militaire des Juifs ; l'autre, de 
M. le grand rabbin Lehmann, pleine des renseignement? les plus 
curieux, sur V Assistance puUiqne et privée chez les Juifs aux époques 
biblique et talmudiquej organisation d'une sagesse et d*ane pré- 
voyance infinies, et dont les législateurs contemporains pourraient 
encore s'inspirer. 

A côté de ces conférences solennelles où l'orateur vient apporter 
devant vous les résultats acquis dans un ordre d'études déterminé, 
votre Comité a pensé qu'il devait j avoir une place pour les simples 
renseignements et la contradiction. Aussi a-t il établi à chacune de 
ses séances mensuelles un ordre du jour comprenant l'exposition et 
la discussion d*un sujet scientifique traité par l'un de vous. 

Dans deux séances déjà, des débats de ce genre ont eu lieu : le 
24 novembre 1897, M, Salomon Beinach a exposé une nouvelle 
théorie sur l'arche d' alliance ; le 30 décembre 189*7, M. Théodore 
Reinach a fait une communication sur VemikmUicité des fragments 
d'Hécatée d'Abdère relatifs aux Juifs. D'autres sujets sont proposés 
et seront traités dans les séances de votre Conseil de l'année 1898. 

Vous le voyez, Mesdames et Messieurs, pas un instant l'activité 
scientifique de la Société des Etudes juives n'a faibli ; bien plus, 
grâce à l'heureuse institution dont je viens de vous parler, elle 
est devenue, en quelque sorte, un courant ininterrompu. Puisse ce 
travail consciencieux et continu, secondé par votre précieux con- 
cours, aider à l'avancement de la science et à la destruction des 
préjugés 1 



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PROCÈS-VERBAUX DES SEANCES DU CONSEIL 



SÉANCE DU 18 FÉVRIER 1898. 
Présidence de M. Lbhmann, président. 

M, Vernes invite M. Lehmann à prendre la présidence. 

M. Lehmann remercie M. Verneâ et les membres du Conseil de 
riionneur qu*ils lui ont fait en le présentant aux suffrages de la So- 
ciété. Il remercie également M. Yemes des paroles empreintes d'un 
libéralisme si élevé qu*il a prononcées à la séance de rassemblée gé- 
nérale. 

Il est procédé à l'élection des membres du bureau. Sont élus : 

Vice^ésidents : MM. Albert Ca.hbn et Rubens Duval; 
Secrétaires : MM. Maurice Bloch et Lucien Lazard ; 
Trésorier : M. Moïse Schwab. 

Sont nommés membres du Cotait^ de publication : MM. Abraham 
Cahbn, J.-H. DERttNBOuaa, /.-H, J)reyfus, Zadoc Kahn, Théo- 
dore Rbinach et UamiAoe Fwiwi. 

M. Sduoab^ trésorier, |HC«ésente le projet de budget pour 
raimée 1S08 : 

Rbgettbs : 

Cotisations et ventes par le libraire 8,000 fr. 

Souscription du Ministère 375 

Ventes diverses 200 

Intérêt des valeurs et compte courant 2.125 

En caisse au l*»" janvier 1,860 

Total 12,560 fr. 



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J^^-^ 



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PROCËS-VBRBAUX DES SÉANCES DU œNSEIL XXV 



DÉPBNSBS : 

Impression de 4 numéros de la Revue. 4,500 fr . 

Droits d'auteurs 2,800 

Secrétaire de la rédaction et secr^ftîre-acyoint 2,400 

Fnû» éiverad» bur e au et d'encaissement. 400 

Distribution de la Revue, magasinage, assurances, etc. . 550 

Total 10.650 fr. 

iaSBBBBBttB 



Peut-être convient-il de prévoir une dépense de 1850 francs pour 
la traduction de Josèphe^ 

L'ordre du jour appelle la communication de M. Maurice Vernes 
sur Jéêus et la propagande chez les non-^israélites. 

M. Vernes expose qu*il a été frappé de l'intérêt que présentent 
les mots suivants du témoignage de l'historien Josèpbe sur Jésus de 
Nazareth : « Jésus a séduit beaucoup de Juifs et aussi beaucoup 
d'Hellènes », que M. Théodore Reinach commente d'une façon très 
intéressante dans son récent travail : Josephe sur Jésus *. 

Tandis que M. Reinach se rallie à la solution, généralement dé- 
fendue par les exégètes modernes, d'après laquelle Jésus aurait 
c limité sa mission aux seules brebis d* Israël yt, M. Vernes estime 
que la discussion des textes des Évangiles, notamment de celui de 
Mathieu, peut amener à une conclusion se rapprochant de l'opinion 
énoncée par Josèpbe. 

On ne saurait fournir la preuve que Jésus a orienté sa réforme 
religieuse dans le sens du paganisme, mais on peut admettre que la 
primitive église, en s'ouvrant largement aux non-israélites, a agi 
dans l'esprit même de Son fondateur. 

On conteste cette manière de présenter les choses en relevant 
plusieurs déclarations, foncièrement jtuMsanies, que les Évangiles 
mettent dans la bouche de Jésus, notamment : « Je n*ai été en- 
voyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël d (Mathieu, xv, 

« Bévue, l. XXXV, p. 1. 



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XXVI ACTES ET CONFERENCES 

21-28), Tordre donné aux apôtres envoyés en mission : t N'allez 
pas sur la route des païens. . . allez plutôt vers les brebis perdues 
de la maison d'Israël » (Mathieu, x, 2 suiv.). 

Par une circonstance, en apparence contradictoire, Tévangile de 
Mathieu se montre très sévère pour le judaïsme, soit dans l'épisode 
de la guérison de Tesclave d'un centurion romain (viii, 5-13), soit 
dans la conclusion de la parabole dite des méchants vignerons (xxi, 
33-43). 

L'énigme semble indéchiffrable si l'on tient ces différentes décla- 
rations pour émanant réellement de Jésus ; elle est susceptible d'une 
solution acceptable de tous, si l'on j voit l'écho des attitudes di- 
verses que le changement des circonstances a recommandées à la 
jeune église chrétienne. 

Dans une première phase, l'église, dont la rupture avec le ju- 
daïsme vient de se consommer, prononce avec amertume une con- 
damnation sans appel contre le milieu religieux dont elle est issue. 
De là les passages anU''judaï8ant8. 

Dans une phase ultérieure, l'église répond aux reproches des 
Juifs, qui lui contestent le droit dlnvoquer la tradition biblique : 
Malgré les efforts de Jéstis, qui s'est adressé tout d'abord et exclusi- 
vement à ses compatriotes^ vous avez rejeté le Christ ; il a bien fallu 
alors vous abandonner à votre aveuglement, à votre obstination. 

La preuve que Jésus s'adressait tout d'abord et spécialement aux 
Juifs est fournie par les i^eLSSSLgesjiidaïsants de l'évangile de Mathieu, 
qui constitueraient, d'après M» Vernes, non des documents histo- 
riques, mais des arguments de polémique. 

Dans cet ordre d'idées, M. Vernes estime que plusieurs des textes 
invoqués dans le sens du caractère anti-paganisant du christianisme 
primitif tombent d'eux-mêmes ; il admettrait, en conséquence, que 
le christianisme, soit dès Jésus, soit aussitôt après sa mort, s'est 
orienté vers les païens. 



Le gérant, 

Israël Lévi. 



VERSAILLES, IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 



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NICOLAS ANTOINE 

UN PASTEUR PROTESTANT BRÛLÉ A GENÈVE EN 1632 
POUR CRIME DE JUDAÏSME 



C'est une liistoire étrange que celle de ce Nicolas Antoine, pas- 
teur protestant, né dans le catholicisme, qui fut brûlé à Genève 
en 1632 pour crime de judaïsme. Voici le résumé qu'en donne 
M. E.-H. Vollet dans la Grande Encyclopédie (s, t\ Anihoine) : 

« Nicolas Anthoine, ou Antoine, né à Briey (Lorraine), appar- 
tenait par sa naissance au catholicisme et il avait achevé ses 
études classiques à Trêves et à Cologne, sous la direction des Jé- 
suites. Il rentra dans sa famille, vers Tâge de vingt ans, conçut 
des doutes sur les doctrines de son église et s'adressa au pasteur 
de Metz, Paul Ferry, qui le convertit au protestantisme. Désireux 
de se consacrer entièrement à la religion qu'il venait d'adopter, il 
se rendit à Sedan et à Genève, pour y étudier la théologie. L'en- 
seignement qui se donnait en ces académies, outrant les preuves 
tirées de la prophétie, ébranla complètement la foi chrétienne 
chez Antoine, qui ne trouva point justifiés pour Thistoire les 
textes alors invoqués pour démontrer que Jésus-Christ est le 
Messie promis. Il fut ainsi amené à le considérer comme un im- 
posteur et il résolut de faire profession du judaïsme. Il revint à 
Metz pour se faire admettre dans la synagogue ; mais les Juifs 
de cette ville, n'osant l'accepter parmi eux, l'adressèrent à ceux 
de Venise ; ceux-ci le renvoyèrent à leurs coreligionnaires de 
Padoue. — Il était presque impossible, en ce temps-là, de vivre 
sans porter une dénomination religieuse officiellement classée* Ne 
pouvant faire profession du judaïsme, que sa conscience avait 
embrassé, et comme l'a écrit Paul Ferry, intercédant plus tard 
pour lui, pressé par la nécessité de beaucoup de choses, Antoine 
dissimula sa fol et reprit à Genève l'étude de la théologie protes- 
tante, simulant toutes les apparences d'un chrétien convaincu. Il 
T. XXXVI, «o 72. it 



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1^2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

se fit admettre aa ministère par le synode de Bourgogne, assem- 
blé à Gex, «'engageant à suivre la doctrine de rAncien et du 
Nouveau Testament et à se conformer à la confession de foi et à 
la discipline des Eglises réformées de France; par suite, il fut 
nommé ministre à Divonne, dans le pays de Get. En ses fonctions 
publiques, il se soumettait à tous les usages de TEglise qu'il ser- 
vait ; mais il ne prenait le texte de ses sermons que dans TAn- 
cien Testament et il évitait de parler de Jésus-Clirist dans ses 
prières et dans ses exhortations. — Les longs efforts nécessaires 
pour soutenir cette dissimulation, le danger imminent d'être dé- 
couvert, les agitations de sa conscience finirent par rendre fou ce 
malheureux. Dans ses accès de folie, il proféra des blasphèmes 
contre la religion chrétienne ; et un matin on le trouva à Tune des 
portes de Genève, prosterné dans la boue et adorant le Dieu d'Is- 
raël. Il fut mis à l'hôpital ; mais après sa guérison il reprit ses 
protestations contre la religion chrétienne, et il passa de l'hôpital 
dans la prison. Ni le souvenir du supplice de Servet, ni les me- 
naces ni les prières ne purent l'amener à renier ses dernières 
croyances. — Avant de prononcer une sentence déflnitive contre 
lui, le Conseil de Genève consulta les ministres de cette ville et 
les professeurs en théologie de l'Académie. Les avis furent par- 
tagés, mais la majorité opina pour la peine capitale. Meste- 
zat, ministre de l'église de Chârenton, et Paul Ferry, de Metz, 
intervinrent en vain par des lettres, pour conseiller Findulgence. 
Le 20 avril 1632, le Conseil condamna Antoine à « être lié et 
mené en la place de Pleinpalais, pour être là attaché à un poteau 
et étranglé, en la façon accoutumée, et après son corps brûlé et 
réduit en cendres ». Cette sentence fut exécutée le jour même. 
Parmi les papiers d'Antoine, on trouva des formules de prières 
attestant une véritable piété; une petite feuille contenant onze 
objections contre le dogme de la Trinité ; un long écrit dans lequel 
l'auteur fait confession de sa foi en la religion d'Israël, confession 
en douze articles, accompagnés de leurs preuves. Antoine avait 
fait remettre cette dernière pièce au Conseil, pendant sa détention ; 
>1 y apposa sa signature, en signe de confirmation, le jour môme 
de son exécution. » 

La vie de Nicolas Antoine a été déjà racontée souvent par les 
historiens du protestantisme et par ceux de la ville de Genève. 
Récemment M. Sammter en a fait l'objet d'un article de journal 
dans VAllgemelne Zeitung des Judenthums (année 1894). Mais 
jusqu'ici, à notre connaissance, on n*avait pas publié les actes 
authentiques du procès de cet hérétique endurci. M. Balitzer, de 
Genève, a pu se procurer la copie du registre de la Compagnie des 



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NICOLAS ANTOINE Hxî 

Pasteurs de Genève où sont relatés les derniers incidents de la 
vie d'Antoine. Nous la publions ci-après, nous réservant de re- 
prendre réiude de ce document quand nous serons en possession 
d'antres pièces inédites sur ce sujet dont M. Balitzer nous annonce 
renvoi prochain. Disons seulement, dès à présent, qu'il faut louer 
les scrupules dont firent preuve plusieurs Pasteurs de Genève à 
une époque de foi ardente où Ton brûlait des hérétiques dont le 
cas était moins grave que celui d'Antoine. L'opposiiion que firent 
certains d'entre eux à l'exécution du malheureux est tout à leur 
honneur, et digne admiration est le courage qu'ils déplo3'èrent 
en un temps où l'indulgence passait pour de la tiédeur et où le 
zèle pieux réclamait une sévérité inflexible envers les ennemis de 
la religion. 



APPENDICE 



I. 

Des le Vendredi 23 Mars iusque au Vendredi 27 Apuril 1632 II n'y a 
rien eu qui aisl été jugé digue de demeurer sur le Registre for l'his- 
toire delà fin tragique de Nicolas Â^ntoine. 

Nicolas Antoine de Brieu en Lorraine arriva premièrement en cesle 
ville* Tan 4624, en juillet, apportant tesmoignage à MM. les Pasteurs 
de TEglise de Metz, qu'il estoit fils de Père et Mère Papistes qui 
Tavoyent iusque alors entretenu aux estudes et ce au Collège des 
Jésuiles au Pont à Mousson et ailleurs, mais que Dieu lui ayant 
donné eogooissance de la Religion et ayant abjuré la Papauté il dési- 
roil poursuivre ses estudes pour se vouer à la Théologie, pourtant 
qu'ils le recommandoyent comme un Jeune homme qui auroit de 
bonnes lettres, sur ledit tesmoignage on le reçeut au nombre des 
estudlants mais la Compagnie des Pasteurs a eu toujours soin de lui. 
Des ce temps la Compagnie lui ayant fait assistance lui aida à trou- 
ver condition en divers lieux afin que gaignant sa nourriture il peust 
continuer ses estudes. Il a été recongnu bigearre et difficile en con- 
versation tellement qu'il quitta ses conditions et se retira en une 
autre maison où il vivoit à ses pièces et parfois en pension, allant 
repeter des Eseholiers les uns en Philosophie, autres en la langue 
fratrçoise, autres en grammaire en diverses maisons es unes des- 
quelles il s'estoit acquis quelques tesmoignages, es autres s'estoit fait 
recognoislre comme un esprit ombraigeux que le mit en soupçon à 

^ Genève* 



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la'i REVUE DES ETUDES JUIVES 

quelques uns des plus anciens pasteurs d'estre un homme dange- 
reux surtout à cause de son institution aux Jésuites. 

Cest néantmoins pendant es temps là qu'il a eu Tapparence non 
seulement de scavoir et érudition mais aussi de probité, car il alloit 
aux saintes prédications et y assistoit avec dévotion, il disputoit es 
eschole de Philosophie pressant fort les arguments et s*ospinia8trant 
à l'opposition et faisant le mesmes (?) et disputes en Théologie eo 
public et particulier avec plus de retenue et modération, soustenant 
aussi avec contentement des Professeurs sans aucun scandale. 

Depuis survenant quelque cherté en la ville, il pensa de faire un 
voyage estant appelé par MM. de l'Eglise de Metz* où il alla à regret 
selon qu'il le fit entendre à ses plus intimes, mais y ayant demeuré 
quelques temps et communiqué comme il a dû (dit?) avec les Juifs du 
dit lieu touchant leur croyance, qui le mirent en doute, et n'estant 
assez fort pour respondre à leurs arguments il s'en alla à Sedan où il 
séjourna quelque temps et communiqua avec Mons-de-Rambour, 
qui à son jugement, ne satisfit point à ses doutes, lui disant qu'il 
faloit croire ce qui en estoit révélé sans donner lieu à la raison 
humaine. De là il vint à Metz ayant desbauché un jeune Philosophe 
estudiant à Sedan promestant de lui enseigner la Philosophie, dont 
estant repris il le mena en Italie et le réduisit à des extrémités. 
Mais estant un esprit inquiet qui ne se pouvoit arrester couvant 
quelque monstre d'opinion en son âme^ il part de là et se transporte 
aux Grisons, ou la guerre estoit sans toutefois porter les armes, 
passeau païs des Yenetiens et comme on a sçeu ayant enseigné la 
Philosophie particulièrement à Bresse*, de là s'en vint à Venise où 
il communiqua avec quelques Rabbins Juifs, ausquels il se présenta 
pour estre reçeu au Judaisme en la Synagogue et recevoir la circon- 
cision, ce qu'ils lui refusèrent disans ne Toser faire. 

Après quoi il prit résolution de retourner par deçà, et estant arrivé 
se présenta premièrement à quelques honorables estudiants ses 
familiers et depuis au Recteur priant de lui aider, ce qu'il fit lui don- 
nant entrée chez une honorable vesfe*, tenant des pensionnaires et 
lui fournissant quelques chose pour sa pension ; quoi fait il commença 
à se remettre et enseigner ici et là les Escholiers en Philosophie et 
Philologie sans oublier son estude en Théologie. 

Estant survenue la vacance de la Philosophie et tous y estant coa- 
vies par un programme public, il se présenta et fit quelques exercices 
sur le livre des Elenchie depuis de anima avec lesmoignage d'érudi- 
tion des principaux de la Seigneurerie et Accadémie. Quoi fait sans 
interromspre la Théologie et estant recongnu pour homme docte et 
propre à instruire la jeunesse, il fut reçeu pédagogue en la maison 
d'un personaage de qualité Pasteur et Professeur en ceste Eglise et 
Eschole, où il se comporta sans reproche tant au regard de sa vie et 
mœurs que de la doctrine. 

^ Brescia. 
» Veuve. 



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NICOLAS ANTOINE 16o 

Estant là dedans et le collège ayant besoin d*aide à cause de la 
maladie et mort du Premier Régent, il fut prié de faire les leçons en la 
dite classe jusques a ce qu*on eust pourveu, ce qu'il fit avec contente- 
ment, et depuis la charge ayant esté pourveue et lui remercié avec 
quelque recognoissance qui lui fust faite par M. le Recteur par ordre 
de la Compagnie des Pasteurs et Professeurs, il continua non seule- 
ment en la charge qu'il avoit de précepieur en maison particulière, 
mais sur tout en ses estudes et disputes et propositions sans qu'on 
apperçeust en lui aucun indice de ce qui a paru depuis. 

En suite de quoi le pasteur de Divonne ayant esté appelé à la pro- 
fession de Philosophie en ceste ville, et Téglise de Divonne ayant 
besoin d*un pasteur, le Colloque de MM. les Pasteurs du Bailliage de 
Gex le demanda pour l'employer au St Ministère ou il comparut avec 
tesmoignage de TÂcadémie de Genève tant de sa probité que de son 
érudition ; lequel tesmoignage fut vérifié tant par les propositions 
latine et françolse que par l'examen particulier en langue Grecq et 
Hébraïque, mais surtout en la Théologie où il monstra un contente- 
ment orthodoxe en tous les points de la Religion Chrestienne et sur 
tout touchant la personne divine et éternelle, comme aussi l'union 
de la nature humaine à ceste personne du Fils de Dieu, comme 
appert par les articles escrit de sa main sur lesquels il fut examiné. 

C'est ce qui fit que le dit Colloque le reçeut volontairement au 
S^ Ministère après serment preste de croire et confesser comme aussi 
d'enseigner en l'Eglise ou il estoit appelé la doctrine et Religion 
Chrestienne contenue au symbole des S^» Apôtres, et en la confes- 
sion particulière des Eglises de France. 

Le commissaire du Roy assistant au dit colloque ne s'opposa point 
à ceste réception, veu que sur la difficulté qui se présentoit de ce 
qu'au tesmoignage accadémique de Genève il esloit qualifié Lotha- 
ringien, le dit S' Commissaire lui fit prêter serment, qu'il estoit 
naturel subjet du Roy, il jura et fit le dit serment quoi qu'en son 
ame il sceust qu'il estoit subjet du Duc de Lorraine. 

En quoi il monstra le fruist de son instruction en l'eschole dès 
Jésuites, comme il l'a fait paroistre depuis en ses responses sur la 
demande qu'on lui faisoit 4^ pourquoi il avoit accepté le S^ Ministère 
ayant ceste pensée monstrueuse contre la sacrée Personne de nostre 
Seigneur et contre la S«» Trinité, 2« pourquoi il avoit signé la confes- 
sion chrestienne des Eglises de France, 3*> pourquoi 11 avoit récité le 
symbole en l'Eglise croyant tout le contraire. Respondant au 4» que 
c'estoit pour visvre ne sachant plus que faire et par fois que c'estoit 
pour avoir vocation et enseigner publiquement ce qu'il croyoit en 
son âme. Respondant à la seconde question qu'il avoit promis d'ensei- 
gner selon ceste confession avec une restriction mentale comme doit 
les Lloyolithes (Jésuites) en tants^ quelle seroit véritable et conforme 
à l'Escriture de l'Ancien Testament. Respondant à la 3» question qu'il 

» En tant. 



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166 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'avoit récité comme un formulaire, par conséquent par acquit pour 
cousvrir son hypocrisie selon la doctrine des Jésuites qui permettent 
aux émissaires de leur secte ou autres en Angleterre, en pals bar- 
bare et ailleurs de se déguiser en Gentilshommes, de se trouver es 
prédications, faire la cène avec les Réformés, de tous les aider de 
vraye communion soubs ceste restriction pour exécuter plus aisé- 
ment leurs desseins sanguinaires et diaboliques. 

Le temps a fait depuis esclorre et manifester ce que~estoit caché 
dans ceste ame noire, dont il avoit qudques indices sur lesquels 
toutes fois la Charité Chrestienne empeschoit de fonder aucun 
soupçon, veu que Tun des Professeurs en Théologie prit garde qu'en 
une dispute de Trinitate, le dit Antoine opposant dit que le mystère 
de la Trinité n*estoit point fondé en TEscriture, mais plus tost que 
le contraire se trouvoit en icelle. 

L'un et Taulre estant nié il demanda qu'on lui donnast des pas- 
sages de l'Ancien Testament où il fut contenu, à quoi le Professeur 
ayant respoudii dignement, le dit Antoine feignit d'estre satisfait, et se 
jetta aux oppositions que le Professeur remarqua n'avoir esté prise 
que des Livres de Moyse, d'Ksaie et des Psaumes, ausquelles ayant 
esté respondu le dit Antoine acquiesçant, depuis il dit aux Esludiants 
en Théologie que le Professeur ne lui avoit pas satisfait non plus 
qu'es Leçons ou le dit Professeur avoit traicté de Tautborité de 
l'Ancien Testament et refuté les arguments des Juifs. 

1632. 

A esté aussi remarqué que pendant sa demeure en la maison ou il 
estoil Précepteur il ne mangeoit point ou rarement de chair de pour- 
ceau. Et dès qu'il a esté au Ministère il ne vouloit point de sel en 
ses viandes, et ne mangeoit aucune cliair de pourceau. Que dans la 
chambre qu'il avoit là où il es.loit Précepteur il a escrlt divers pas- 
sages sur la porte et es parois à la façon des Juifs, louschant l'unité 
du Dieu d'Israël, et le mesme s'est trouvé en sa chambre de Divonne 
crayonné de charbon. 

Que souventes fois parlant avec les estudiants en Théologie, il avoit 
dit qu'il n'y avoit qu'un Dieu, que les passages alléguez par les Apos- 
tres au Nouveau Ttistament estoyenl forcés et déiorquex, sans passer 
plus avant, qu'en la maison où il estoil Précepteur se comportant 
autrement honorablement, il manquoil souvent à l'exercice de la 
prière, et toutesfois on le trouvoit souvent en prière particulière 
ayant devant soi la Bible Hébraïque. 

Ny ayant donc aucun qui doutast ou qui eust soupçon de ce qui 
est advenu, il entra en Texercice du S' Ministère à Divonne, où le 
Sieur Baron du dit lieu le Chastelain et les Paroissiens avoyent 
grand contentement de ses prédications l'estimant homme docte et 
fidèle, le dit Seig' et ses subjets lui contribuant volontairement 
ce qu'ils lui avoyent promis pour son entretien, ne prenant pas 



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r 



NICOLAS ANTOINE 167 

garde à ce qu'ils ont remarqué depuis. G*est que le jour de Noël et de 
li S** Cène il exposa le Pseaume 23 sans faire aucune mention de la 
J^îrsonne et de la naissance bien heureuse de noslre Seigneur; depuis 
et auparavent il n*a presché que sur les Pseaumes et sur TAnc. Test. 
Que récitant le symbole des quelque temps il passoit et marmon- 
noîlenlre ses dents ce qui csloit de la Personne et office de Jésus 
Christ sans qu'on le peust entendre, maudissant en son cœur celui 
dont il est parlé en cest endroit, que sur toutes choses il preschoit 
qu'il n'y avoit qu'un seul Dieu, et n'y en avoit aucun autre, que qui 
parle et croit autrement croyoit et adoroit les idoles, ce qu'on ne 
pensoit point qu'il entendist de la Personne du Fils et du S' Esprit 
vrai Dieu avec le Père béni éternellement. 

Dereschef a esté remarqué que donnant la bénédiction au peuple 
il la dounoit au Nom d'un seul Dieu sans nommer le Fils et le 
S' Esprit. 

La patience de Dieij ne pouvant donc plus supporter ce monstre 
crachant son venin contre le ciel et brassant de corrompre TEglise 
a voulu que cela aist eslé mis en évidence afin que le jour* et le feu 
du Seigneur repurgeast l'Eglise de cette peste. Car le Dimanche 6/16 
de féburier preschant en la dite Eglise, et exposant le Pseaume 2 
où il est parlé clairement de la Personne et office de Jésus Ghrit 
le Fils de David mais engendré du Père éternellement, à qui est 
promis lEmpire de tout le monde, ce que David n'a jamais eu, à 
qui Dieu commande qu'on face hommage qu'on le baise et adore, 
qu'on mette sa confiance en lui, ce qui ne peust estre appliqué 
à David qui n'esloit qu'homme, néant moins il dit que cela ne se 
pouvoit entendre que de David et non de Jésus Christ, qu'il n'y 
avoil qu'un Dieu, le grand Dieu d'Israël, seul en Essence, seul en 
Personne, que tout le reste n'estoit qu'idoles et fictions, il finit par 
la prière sans faire aucune mention de Jésus Christ, et après disné 
alla à Grilli. 

C'est alors et dès ceste action que ce grand Dieu et Sauveur fist 
paroisire sa gloire, que le feu et la fumée sortit de devant sa Majesté 
pour confondre ce blasphémateur le troublant en son Esprit. Car il 
fit l'action fort courte avec beaucoup de trouble et de confusion. 

Le laudemain matin estant en son logis ordinaire il pria l'hoslesse 
de lui bailler sa Bible, laquelle ne la trouvant pas, lui présenta un 
Nouv. Test, lequel il jetta là, disant que ce n'estoit pas la Bible, 
laquelle on lui apporta et lisant dedans ayant oui quelque bruit en 
la chambre au dessus, il jetta un grand cri efl*royable, auquel le 
Baron et autres estant accourus le trouvèrent allant à quatre contre 
terre jusques à ce qu'il fust un peu remis, après quoi le Baron le 
voulant mener en son chasteau, il dit qu'il n'y vouloit pas aller, mais 
qu'il vouloit venir à Genève se faire brusler pour maintenir la gloire 
du grand Dieu dlsrael contre les idoles et surtout Jésus Christ. 

* Allusion au jour de Dieu des Prophètes, synonyme de punition. 



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168 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Ce qui ayant donné grand scandale tant au Baron du dit lieu comme 
aussi aux plus notables et à toute l'Eglise, oyans ces blasphèmes 
avec horreur» néantmoins impuians cela à quelque manie et aliéna- 
tion d'esprit procédant de quelque humeur mélancholique ou hypo- 
condriaque, taschèrent premièrement à le consoler et ramener par 
S^^* exhortations attribuans cela à sa maladie de corps et d'esprit, et 
en outre y apportèrent toute aide et soulagement à eux possible par 
médicameus, la soignée et autres remèdes, pendant lesquels à la 
vérité il estoit hors de soi mesme, mangeoit peu, et avoit quelques 
propos et discours esgarez et extravagans, mais au reste il discouroit 
et persistoit en son opinion, disoii que depuis huit ans il avoit eu la 
mesme pensée laquelle il n'avoit point mise en avant mais que 
maintenant il estoit forcé par la vérité, et ne la pouvoit plus cascher. 
C'est qu'il rCy avoit qu'un Dieu teuiy et que CEtatigile et Jésus Christ 
estoit une fable et une idole que le peuple Chreslien adoroitau lieu du 
vrai Dieu, 

Donc ceste poure Eglise affligée et outrée avec le Sieur Baron du 
lieu prièrent les Sieurs Depreaux, le Clerc et Gautier pasteurs plus 
proschcs de les assister tant pour consoler et ramener le dit Antoine 
à son devoir si possible estoit, que pour combattre ses blasphèmes 
et maintenir la gloire de ce vrai Dieu d'Israël, Père Fils et S^ Esprit 
contre les horribles propos de ce blasphémateur, lesquels estant 
arrivés avec toute sorte de zèle à la gloire de Dieu, prudence et 
Charité Chrestienne parlèrent au dit Antoine Tesllmant transporté 
d'Esprit et mélancholique, le consolèrent et exhortèrent d'invoquer 
et donner gloire à Jèsus-Christ vrai Dieu et vrai homme nostre Sau- 
veur, de se déporter de ces blasphèmes et ne scandaliser plus ceste 
poure Eglise. À quoi tant s'en faut qu'il donnast lieu, qu'il persévéra 
en ses blasphèmes contre la S^<» Trinité et Personne Sacrée de nostre 
Seigneur Jesus-Christ. 

Particulièrement fut remarquée ceste circonstance que le trouvans 
étendu en la rue les pieds en la fange, il pria que ceux qui lui 
avoyent mis ses souliers les lui estassent au nom du grand Dieu 
d'Israël, ce qu'ayans fait à sa requesle et ayant les pieds nuds à la 
Judaïque il adora à la façon des Juifs touschant la terre de son front 
disant qu'il avoit \eincu. Il fit le mesme en présence de quelques 
estudiants de Genève qui l'estoyeut allé trouver le croyans mélan- 
cholique, et déslrans le soulager, en présence des quels il vomit tous 
ces blasphèmes, quoi voyant les dits estudiants se retirèrent tous 
effrayez, emportans quant et eux quatre feuillets de papiers pris en 
son estude par permission du Chastelain, lesquels ont esté remis 
aux Pasteurs de ceste Eglise le premier contenant une suite d'argu- 
ments contre la S^° Trinité, l'autre une prière composée de divers 
passages de l'Ane. Test, pour son usage particulier avant l'estude ne 
faisant aucune mention de Jésus Christ, le 3« une prière du soir très 
longue sans aucun mot de Jésus Christ, le 4« une prière pour faire 
après le presche de mesme parlant de la loi et sans aucun mot de 



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MCOLAS ANTOINE 169 

l'Evangile excepté qu*au derrière du dit papier est escrite la confes- 
sion de foi ou le Symbole avec des nombres a costé de chaque article. 
Mais le Sieur Baron du dit lieu affligé et outré de ses blasphèmes, 
ayant imploré Taide des Pasteurs susnommés qui firent tout leur 
possible envers le dit Antoine et le suspendirent de son ministère, 
le recommandant à la miséricorde de Dieu, finalement lui ayant dit 
que s'il conlinuoit à blasphémer ils le feroient brusler, quoi qu'il 
eust dit- aux dits Sieurs Pasteurs qu'on fit apporter un rechaut 
plein de feu et qu'il y mettroit la main pour maintenir sa croyance, 
et qu'ils en fissent autant pour leur Christ, néantmolns il se trouva 
eslonné de cesle menace, et print sa résolution de s'osler de là 
demandant qu'on le laissast aller, ce qu'ils empeschèrent tant qu'ils 
peurent, mais estant eschappé de leurs mains, le dit Sieur envoya 
quatre hommes après lui qui le suivirent allant devant eux à pied et 
portant ses pentoufles en la main, jusques à ce qu'il fut proche de 
la Ville*, et lors l'abandonnèrent, tellement qu'il arriva à la porte 
environ les 8 à 9 heures du soir tenant divers propos qui estonnè- 
rent fort la garde qui estoit hors la ville ne sascbant en quel estât il 
estoit, si démoniaque ou frénétique, ce qui leur fit donner advis à la 
garde de la porte qu'un certain homme estoit arrivé qui demandoit 
d'entrer avec des paroles estranges. Sur quoi l'un des Sénateurs fai- 
sant office de sergeant-Major, commanda à la garde de dehors d'avoir 
soin de lui, qu'il ne se fist aucun mal, à quoi ils obéirent le tenant 
près du feu avec eux, jusques à ce qu'environ une heure après mis- 
nuit il voulut sortir, et se tint sur une pierre prosche le pont de la 
ville criant, que le Dieu d'Israël soit besni et arrière de moi Satan et 
ce à diverses fois. Jusques à ce que le jour estant venu et la porte 
de la ville ouverte il se fascha au Capitaine et aux soldais, et estant 
entré dans la Ville il se prosterna à la façon des Juifs et de là alla 
au logis de l'Escu de Genève, où estoit logé l'Ambassadeur du Sere- 
uissime Roi de Suède, disant qu'il vouloil parler à l'Ambassadeur et 
le saluer de la part du Village, ce qu'oyant les gens du dit Seigneur 
Ambassadeur et ceux du logis demandèrent que c'est qu'il lui vouloit 
dire, et trouvèrent bon que le Secrétaire du dit Seigneur fist sem- 
blant d*estre l'ambassadeur, auquel il dit quelque chose mais fina- 
lement conjecturant que ce n'esloit pas le dit Seigneur, il dit qu'il lui 
vouloit parler, s'en va à la porte de sa chambre où il heurta fort rude- 
ment, ce qui fit que l'ambassadeur ouvrit lui demandant ce qu'il 
vouloit, et le trouvant esgaré en ses paroles et discours commanda 
au logis qu'on lui donnast quelque chose. Ce qui fat fait incontinent 
pas rhostesse qui le mena vers le feu, lui fit prendre un bouillon, lui 
présenta à manger, tellement qu'il se reprit un peu se plaignant désire 
las et harassé, et demandant d'eslre mis au lict, ce qui fut fait aus- 
sitost, rhostesse lui ayant fait bassiner son lict où il fut quelques 
temps, mais finalement il se leva courant au Rhosne qui est tout 

1 Genève. 



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no REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

prosche le dit logis pour se précipiter, n*eust esté que les gens du 
logis et les voisins avec les pages du dit Seigneur coururent après 
lui» et le ramenèrent au logis où il fut gardé soigneusement, tant 
que la Compagnie des Pasteurs et Professeurs en ayant eu advis et 
Messieurs du Conseil pries d'en avoir compassion, le faire oster de 
là, et recevoir en l'Ilospilal, deux des Seigneurs Syndiques comman- 
dèrent qu'on Tallast prendre, et emporter a l'Hospilal pour estre 
traicté comme forcené et mélancholique. Ce qu'on tlt avec beaucoup 
de peine icelui résistant et ne se voulant laisser emporter, invoquant 
le grand Dieu d'Israël et le priant pour la destruction des idoles, au 
nombre desquelles il met toit Jésus Christ nostre Seigneur, tellement 
qu'il le fallut lier à la chaire, et l'emporter ainsi garrotté à THospital 
le Hi2i feburier où on le Iraicte en tousle douceur lui tenant tou- 
jours quatre hommes pour le soulager et garder de se raesfaire, 
lui fournissant la nourriture, envoyant le médecin ordinaire de la 
maison qui lui fit tirer du sang au bras, lui fit appliquer des sang- 
sues, et fit prendre quelques autres médicamens mesme après une 
consuUe de six docteurs médecins, lesquels ont fort bien réussi en 
sorte que ces manies ont cessé, le corps et Tesprit sont venu en une 
grande tranquillité. Mais comme avant ce trouble et aliénation d'es- 
prit il avoil prémédité ces maudits blasphèmes, et s'y estoit fortiflé 
le mesme a continué en sa furie et melancholie continuant ses hor- 
ribles propos dont on ne feroit pas estai, n estoit que dans les inter- 
valles dilucides de son mal il en parloit encore disant qu'il n'y avoit 
qu'un Dieu, tout le reste n'estoit qu'idole, nonobstant la prière et 
exhortation de divers Pasteurs, contre lesquels il crachoit il s'esle- 
voit disant qu'on ne le feroit pas taire et crachoit en face des assis- 
tants en despil dit il de vostre Maistre. tous imputans cela à la mala- 
die d'esprit et à la melancholie dont on le croyoit détenu, mais la sei- 
gnée et autres remèdes ayant faist leur oppéralion le lundi suivant 
estant visité par quelcun des Pasteurs avec un des Sénateur exhorté 
de sentir la main de Dieu et recourir à Ja grâce de celui qu'il avoit 
blasjihémé, il s'escria le Dieu d'Jsrael soit bcsni eletnellement, qu'il ne 
croyoit sinon le grand Dieu d'Jsrael. A quoi lui estant objecté qu'il 
invoquast Jésus Christ le vrai Dieu avec son Père qu'il misl sa 
bousche sur la poudre comme Job qui ne l'avoit pas blasphémé et 
maudit comme lui, Il continua en son propos et dit qu'il ne croyoii 
sinon le grand Dieu d'Israël, que ce qu'adore et sert toute autre genly 
idolâtres font. H di': si ce Christ est Dieu^ que toutes les malédictions de 
la loi et les foudres tombent sur moi, mais s'il ne l'est pas qu'elles tombent 
sur TOUS, que ce Christ estoit une idole, et par un blasphème horrible te 
7iomme ce vilaiUy le diable. 

Dont le dit Pasteur ayant horreur se relira priant Dieu d'avoir 
pitié de ce misérable, tout effrayé des paroles procédant de ceste 
bousche infâme avec des gestes et grimaces d'un démoniaque. Tout 
cela néantmoins estoit attribué à la fureur de la manie et melancholie. 
laquelle produit des effects et paroles estranges en divers autres, et 



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r ■ 



NICOLAS ANTOINE 171 

parmi laquelle le diable se mesle souveates fois estant appellée Bal' 
nenm diaboli, a un qu'il se servent, de la bousche des hommes pour 
blasphémer Dieu tellement qu'on continua à le traicter et de nourri- 
ture et de medicamens au mieux qui fut possible. Ce qui réussi en 
sorte que dès le Mardi au soir il commença à reposer estre coy et 
paisible à manger assez bien, avoir bon poulx, discourir et ratiociner 
comme un homme sâin sans aliénation d'esprit mais continuant tous- 
jours en ses maudits blasphèmes, disant que dès huit ans il avoit 
cesle cognoissance, qu'il ne la pouvoit plus cascher, et qu'il n'y avoit 
qu'un seul Dieu, rejeitant et réfutant tous les passager du Nouv, Test, et 
ne voulant mesme donner lieu à l'interprétation des passages de l'Ane. 
Test, qui monstre clairement la vérité des trois Personnes en l'essence 
de Dieu, de la Personne et office de Jésus Christ. Ce qu'il fit encore 
plus impudemment le jour suivant, un des Pasteurs avec le Professeur 
Hebrieu l'estant allé visitera sarequeste, lui traduisant les passages 
Hébrieux, le Professeur mesmes lui lisant du Thalmud pour monstrer 
l'absurdité et l'impiété des Juifs. Ceux là estant retirés, un autre des 
Pasteurs y vint, et en présence des Médecins et autres personnes com- 
muniquant paisiblement avec lui l'exhorta à revenir à soi mesme, et 
avoir honte du passé ouvrant sa bousche pour glorifier celui qui avoit 
esté blasphémé, afin que s'il y avoit eu du mal, on Timpulast à la mala- 
die qu'il avoit eu auparavant, et néantmoins qu'il en demandast pardon 
à Dieu. A quoi tant s'en faut qu'il acquiesçât qu'il dit au contraire 
qu'il croyoit bien qu'il y avoit eu quelque transport et maladie, de 
laquelle ilfe trouvoit délitré, quil se porùoit bien excepté qu'il se senloit 
un peu faible, mais que quant aux choses qu'il atoil dites, il s'en soure- 
noil bien et les rouloil luainttnir jusques à la mort, et parmi tous les 
tourments du monde, reu qu'il s*estimeroit heureux de souffrir pour la 
gloirô du grini Dim d*Israel, ettoutesfois quil désireroit bien qu'on le 
laissast aller et qu'il se rttirfroit en un bois afin de demeurer là (t de 
persévérer ei cesle croyance. Lui estant demandé si à son dernier voyage 
en Italie il avoit parlé à quelques Rabbi à Venise qui l'eusl forlifio en 
cest opinion, il dit que non et qu'il ne scavoit ce que croyoyenl et 
enseignoyent les Juifs mais qu'il croyoit à la parole de Dieu conte- 
nue en l'Ane. Test. Lui estant répliqué qu'il y en avoit un Nouveau 
de mesme Authorité auquel Dieu nous avoit parlé en ces derniers 
jours par son fils que c'estoyent les deux chérubins de dessus le Pro- 
pitiatoire l'Urim et le Bumin * du Pectoral les deux mammelles de 
nostre mère spirituelle qui est l'Kglise^ il dit qu'il ne croyoit que l'Ane, 
Testament. A quoi estant opposé ce passage de Jérémie allégué par 
Tapostre. Heb. 8. Je traiterai un Nouveau Testament, Il dit que c'est 
que Dieu veut reîioftveller Valliance que le peuple avoit violé au désert et 
qu'il le vouloit sanctifier pour observer sa loi^ mais quHl n'est point parlé 
de Jesus-Christ. Sur quoi le Pasteur insistant et disant que Jeremie 
parle des derniers jours, que cela ne pouvoit estre fait sans un Mé- 

* Toumim. 



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172 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

diateur vrai Dieu, et vrai homme qui accompli ces choses au vrai 
Israël, Il retourna à son opiniastreté, n'ayant point de raison, et il 
dit quHl n'y avoit qu'un seul Dieu^ qm Dieu est simplicissimus, et que 
la pluralité de personnes emportoit pluralité de Dieux que la loi dit, Il 
y a un seul Dieu, et tu n'auras point d'autres Dieux, et choses sem- 
blables que les passages de TAncien Testament allègues au Nouveau, 
estoyent tous falsifiés et détorqués tiré par les cheveux, celui du 
PS. 8, Héhr. 2. Celui du PS. 89. Hébr. 4. 4-22 Héb. 4. Celui du PS 404. 
Héb. 1. A quoi estant respondu vivement le Pasteur s'arresta sur un 
Passage du Ps. 440. disant que la distinction des personnes et Toffice 
de Jésus Christ y est spécifié, il respondit que non, mais que les 
serviteurs de David Tavoyent fait à Thonneur de David auquel Dieu 
prometloit de veincre ses ennemis. Sur quoi le Pasteur le prenant à 
la letre dit que puis qu'il estoit Juif il faloit qu'il se tinst à la letre, 
que le tistre estait PSeaumes de David, que les Pharisiens Tavoyent 
entendu du Messias et qu'il estoit pire qu'eux. Il persista en sa 
malice et un des assistans ayant dit qu'en ce mesme PS. est dit tu 
seras mon sacrificateur selon Tordre de Melchisedec, Ce qui ne pour- 
roit eslre dit de David qui ne fust jamais sacrificateur, par une malice 
et cavillation estranges, il dit que si, et que Datid avoit distribué du 
pain et du vin au peuple, 1. chroniq. 46. Ce qui n'a point esté une 
action de sacrificateur mais une libéralité royale. De là il continua à 
éluder les autres passages prouvans la S^e Trinité. Celui de Qenèse 49. 
que V Eternel pleut feu et soulphre, de par V Eternel, disant que c'était 
de par soi mesme comme il est dit que Pharao chassa Moyse de devant 
Pharao. Du passage du 7. Esaie que cela s'entend non d'une vierge qui 
deust concevoir sans cognoissa'nce d'hommes, mais de la femme du pro- 
phète qui lui devoit enfanler deux tnfanls, donc Esa dit me toici et les 
enfans que lu m'as donnés, A quoi lui fut respondu qu'il est parlé de 
double signe, l'un des enfans d'Esa, L'autre d'un Fils de la Vierge nom- 
mé Immanuel, Il persista et dit qu'il n'estoit parlé que d'un enfan 
desjà né — Sur le passage Esa. 9. où il dit que Tenfan sera appelé le 
Dieu Fort, il dit que le mesme dit du Prince en Ezechiel sans spé- 
cifier le lieu. Il en dit de mesme de tous les autres passages, du 
PS. 45. Dieu ton Dieu t'a oinct, et du Testament de Jacob, Gen. 49, 
et de là vint à se moquer des deux passages de Matthieu 2 : Il sera 
appelé Nazarien et j'ai appelé mon ûls d*Egypte comme aussi de celui 
deZacharie où le nom de Jeremie est mis, dlsans que cela ne s'entend 
pas du Messias mais d'un meschant Pasteur que Dieu voulait punir. A 
quoi ayant esté respondu pertinement il ne laissa point de continuer 
en sa rébellion, et a persévéré en cela jusques à maintenant, nonobs- 
tant que par commandement de la Comp. des Pasteurs le Lundi 20 fé- 
burier les deux Professeurs en Théologie et un des Pasteurs s'estans 
transportés là l'ayant adjurer de donner gloire à Dieu seul Père Fils et 
S^-Ësprit et à ce mesme Fils Immanuel, lui ayent leu les passages 
Hebrieux et monstre le vrai sens d'iceux, celui d'Esa. 9 et 53. de Zacb. 
43. où il est parlé d'un bon Pasteur frappé, Celui de Dan. 9, celui du 



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NICOLAS ANTOINE 173 

PS. 2 et PS. 22. à quoi il a répliqué malicieusemeDt et diaboliquement 
qu'il ne croyait qu*au Dieu d'Israël et ne recog^ioissoit point d* autre, qu'il 
est dit» noa suMbis deos alienos que le second Pseaume ne parle que 
de Datidy le passage d'Esa 55. ne parle que du peuple et non du Afessias 
que cesl Immanuel et Dieu Fort promis par Esaie. c'est Josias, que s'il 
est dit qu'il a mis son ame à la mort il est aussi dit par Debora, 
Nepbtali a exposé son ame à la mort, que le passage du PS. 22 : Ils 
m'ont percé mes pieds et mes mains s'entend des afflictions de David 
et non du Messias, que s'il est Dieu c'est une absurdité de dire que 
Dieu délaisse Dieu, que s'il est dit Ils verrons celui qu'ils ont percé, 
c'est celui qu'ils ont offensé assavoir Dieu, et qu'au reste tous les 
passages de l'Ancien Testament allègues au Nouveau estoyent forcés 
tirés par les cheveux et crioyent tous miséricorde. Le tout après que 
sur l'exhortation sérieuse à lui faite par M. Diodati pendant laquelle 
on lui voyoit trembler les jambes quoi que dans le lict, finalement il 
dit qu'il estoil en une extrême angoisse, que des sa jeunesse il avoit 
tasché de servir Dieu dès qu'il avoit eu l'aâge de discrétion, qu'estant 
en la Papauté, et depuis il avoit eu des scrupules touchant la Trinité, 
que lui ayant esté donné un Nouv. Testament, il avoit trouvé qu'elle 
estoit bien prouvée par le Nouveau, mais que ces scrupules lui 
estans revenus il ne trouvoit point que ce dogme fust prouvé par une 
autre Escrilure qui estoit l'Ane. Test, et qu'il trouvoit tout le con- 
traire, veu qu'il est dit qu'il n'y a qu'un Dieu, et ne peut croire 
ni comprendre que cela puisse subsister avec la Trinité. En quoi les 
dits Professeurs et Pasteurs voyant une humeur maligne et invétérée 
une pertinacité en son erreur, ils prirent occasion de l'adjourner 
devant le throne de ce grand juge qu'il blasphemoit malicieusement 
lui alleguans avec larmes les passages plus exprès capables d'es- 
branler et de faire trembler les puissances infernales, dont il ne fut 
point esmeu, mais dit que toutes leurs menaces ne l'espouvante- 
royent point, et qu'il estoit résolu de mourir martyr, que Dieu le 
fortifieroit, lui ïeroit grâce pour l'amour de son nom, sans vouloir 
avouer ni confesser en quelques façons que ce soit Jésus Christ nostre 
Seigneur, quoi voyans les dits Pasteurs se retirèrent. 

Les mesmes exhortations et adjurations lui ayant esté faites par 
divers autres Pasteurs et plusieurs des Seigneurs du Conseil et 
autres des plus notables de la Ville sans aucun fruict, sinon qu'il ne 
proféroil pas les blasphèmes en termes exprès contre la sacrée per- 
sonne de Jésus Christ, mais bien disoit il ne se retracter point, au 
contraire vouloir maintenir ce qu'il avoit dit sans donner aucune 
gloire à Jésus Christ et pour preuve de son impieté ne vouleu donner 
aucun lieu aux passages du Nouv. Testam. ni à la vérité et vrai 
sens des passages de l'Ane. Testam. finalement les Pasteurs et Pro- 
fesseurs voyans que nonobstant l'advis des Médecins fait en consulte, 
s'il y avoit eu quelques melancholie et manie c'estoit après que 
non seulement il avoit couvé ceste impieté, mais qu'il avoit tasché 
d'en jetler des semences en ses prédications, tellement que c'estoit 



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17/i RKVUli: DES KTUDES JUIVES 

plus tost un indice du jugemeut de Dieu, que non par une maladie 
oalurelle, et que des qu'il avoil eslé trauquille et hors de toutes ap- 
parences de fureur et alieuatioa d'esprit il avoit persévéré eu son 
impieté s'efforcaos de prouver ses blasphèmes, et aiosi que des loog- 
temps il avoit couvé et prémédité ceste malice eu sou cœur, qu'outre 
les parjures contre son Baptême, et celui qu'il avoit commis contre 
le serment par lui piesté estant receu au S* Ministère, Il maintenoit 
une hérésie et blasphème directement contre la S^^ Trinité, et contre 
la personne sacrée de Jésus Christ comeltant un crime de Leze Ma- 
jesté divine au Premier chef, il esloit en un sentiment pire que 
les Ânlitrinitaires, que les Turcs voire que les Juifs mesmes disaut 
que plusieurs pseaumes et oracles que les Juifs disent eslre du 
Messias, toutesfois n'appartiennent pas au Messias, que c'est un 
exemple horrible et inoui qu'un homme ayant ceste pensée et impres- 
sion se soit malicieusement présenté pour e^tre receu au S^ Ministère 
pour prescher l'Evangile et administrer les S'* Sacrements, que veu 
sa rébellion il y avoit apparence qu'il avoit esteint et outragé 
l'esprit de grâce, 1rs Pasteurs dis-je voyans ces choses après avoir 
invoqué le nom de Dieu prirent conclusion d*en donner leur advis au 
Magistrat leur remonstrant que la douceur dont on avoit usé envers 
lui ne servoit de rien, les remonstrances et adjurations y avoyent 
esté inutiles, et qu'il y alloit trop avant de la gloire de Dieu, que 
qui n'aime le Seigneur Jésus doit estre analheme. Pourtant qu'il leur 
pleust peser meurement ces choses, et voir si la rigueur et sévérité, 
n'y seroit point plus à propos, tant pour essayer de ramener ce pes- 
cheur, si possible est, que pour ester le scandale, et ainsi qu'il seroit 
bon de Tester de 1 Hospilal où il estoit bien traicté, et où trop de 
gens alloyent pour estre tesmoins de ses blasphèmes et le mettre eu 
prison en chambre close. 

Ce qui ayant esté représenté dignement par le Modérateur, et le Ma- 
gistrat ayant acquiescé à cet advis, ne désirant pas toutesfois qu'on 
escrive encor dehors en diverses Eglises, if fut osté de IHospital le 
25 feburier et porté aux prisons entre six et sept heures du soir, 
n'ayant pu ou voulu cheminer. 

Ayant esté quelque temps en prison, bien nourri et medicamenté 
avec deux gardes près de lui continuant en son opiniastreté, finale- 
ment il fut visité par deux divers Sabmedis de deux Pasteurs et sur 
sepmaine de quelques autres l'exhortant à son devoir et offrant de 
satisfaire à ses doutes ausquels il ne donna aucun contentement se 
roidissant en sou mal, jusqu'à ce que le Sabmedi 42 Mars on prit un 
escrit qu'il avoit fait de sa confession, lequel il tenoit caché derrière 
son chevet, dont il le laissa prendre ayant entendu que c'estoit par 
authorité du Magistrat. Le dit Escrit contenoit douze articles, le !«' de 
Tunité de l'essence sans aucune distinction de personnes. 2. du 
moyen d'estre justifié par la seule observation de la loi. 3. que la 
circoncision doit être en usage jusques à la fin du monde. 4. que le 
propre jour du sabbat doit eslre observé. 5. la distinction des viandes 



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NICOLAS ANTOINE ITÎi 

mondes et immQndes. 6. le basUment du Temple de Jérusalem 
7. la restauration des sacrifices. 8. du Messias qui doit venir et no 
doit estre qu'homme. 9. qu'il n'y a point de péché originel. \0. qu'il 
n'y a point de prédestination, mais un franc arbitre et qu'un vrai 
juste peut deschoir tout a lait. H. qu'il n'y a point de satisfaction 
pour nous, mais qu'un chacun doit satisfaire pour soi. 15. que le 
Nouv. Teslam. ne s'accorde ni avec soi, ni avec l'Ancien, lesquelles 
propositions il s'efForceroit de prousver au dit escrit par l'Ancien tes- 
tament et la raison, réfutant les objections des chrestiens. Mais 
n'ayant mis ses preuves prétendues que jusquesau 8« article, Il pré- 
senta une requesie au Magistrat le lundi matin 4 3 Mars dressée du 
jour précèdent aux fins qu'on lui rendit son escrit qui estoitimpar- 
faict disoit il pour le corriger et achever. Le soir auparavant on lui 
rendit son escrit par advis de la Compagnie des Pasteurs, auquel il 
continua d'adjouster les preuves de son impieté, éludant les preuves 
des Chrestiens s'estendant sur tout en contradictions prétendues du 
Nouv. Testament, avec l'Ancien, et avec soi mes me, continuant par 
une exposition impie et extravageante du 53 chap. d'Esaie. et par 
une imprécation de malédiction à qui croiroit le contraire à qui crie- 
roit blasphème contre lui. Ceste addition assez longue ayant esté 
faite des le dimanche au soir, jusques au Mardi matin, il se ressentit 
frappé en son esprit, tellement que le Mardi on le vit troublé, et la 
frénésie revint, ayant les yeux esgarez, ne recognoissant pas bien 
les personnes sur tout deux Pasteurs, dont l'un lui avoit porté la 
Bible Hébraique qu'il avoit demandé, et l'autre estoit survenu pour 
tascher ensemble a le ramener. Mais le vo^^ans en cest estât on se 
contenta d'une simple exhortation à recogaoistre et invoquer le vrai 
Dieu d'Israël tel qu'il s'estoit révélé en sa parole, donner gloire à 
celui qu'il avoit blasphémé, à quoi il respondit, qu'il n'a voit point 
blasphémé et ne le croyoit point ; qu'il invoquoit le grand Dieu d'Is- 
raël, mais que quant à Jésus Christ crucifiô il ne Tinvoqueroit ni reco- 
gnoistroit jamais, et se tournoit despilant et murmurant par la 
chambre plus tost mille morts, hochant la leste. Ce qu'oyaus les dits 
Pasteurs et lui dénonçant le jugement de Dieu s'il ne se repentoit se 
retirèrent, Après cela il continua en ses esgarements le reste du jour 
et la nuit suivante, jusqu'au lendemain auquel il revint ô sa première 
fureur vomissant et proférant des blasphèmes horribles contre nostre 
Sauveur. Ce que quelques-uns imputoient au t'rouble du cerveau re- 
venant au renouvellement de la lune, et à la suite de sa mélancholie, 
mais d'autres rattribuoyent à un jugement signalé de Dieu, veu que 
comme au commencement Dieu Tavoit frappé quand il prescha que 
le PS. î n'appartient qu'à David non à Jésus Christ, où qu'il n'appar- 
tcnoil à David mais que par figure on l'attribuoit à Jésus Cbrisl, Aussi 
ayant voulu prouver ses blasphèmes par TEscrilure et combattre la 
dignité du Seigneur Jésus béni éternellement et la vérité du Nouv. 
Testament, il estoit dereschef frappé de ce mesme doigt de Dieu 
abandonné et livré à Tesprit de blasphème. 



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176 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Eq ce temps fut trouvé une requeste en sa pochette adressée à 
la Seigneurie protestant de la vérité de sa créance, rendant raison de 
ce qu'il avoit pris le Ministère, et conjurant qu*on ne mist point de 
sang innocent sur la Ville en le faisant mourir, outre diverses autres 
raisons, et surtout que selon la créance et les loix de la Ville et de 
la religion Chreslienne il croyait qu'ils estoyent obligez à le faire 
mourir. Mais qu'ils pensassent bien à ce qu'ils feroyent de peur 
d'attirer malédiction sur eux, et leurs enfans, veu que s'il avoit pris 
le Ministère ayant ceste croyance on ne lui pouvoit Imputer à crime 
4° parce qu'à Venise il s'estoit adressé aux Juifs qui ne l'avoyent 
voulu recevoir, mais lui avoyent dit qu'il pouvoit vivre parmi les 
Ghrestiens gardant sa croyance. 2^ que ce qu'il en avoit fait estoit 
pour se tenir à part, et se marier, mais au reste qu'il avoit esté 
amené ea leur Ville par un certain transport, quel est ce transport. 
Dieu le scait, et ainsi qu'ayant esté amené comme miraculeusement 
ea Ville, ils s'avoyent bien à penser comment ils y procederoyent. 

Ceste requesie veue par le Magistrat on sursoya de penser à son 
affaire, le voyant troublé et aliéné d'esprit jusqu'au Vendredi 45 de 
Mars, auquel la Gomp. des Pasteurs assemblée, et entendant qu'il 
avoit quelques intervalles, donna charge à 4 députez du corps de le 
voir lors qu'on le trouveroit en estât, lui représenter ses blasphèmes 
proférés de bouche et par escrit, et faire quelques briesve et solide 
response à ceste impie confession qu'il avoit dressée, pour scavoir 
de lui s'il vouloit persister en son impiété. Mais avant que cela fut 
fait, l'un des PasXeurs qui à son tour va aux prisons faire une exhor- 
tation aux prisonniers l'estanl allé trouvé en sa chambre, le Sabmedi 
47 auquel comme jour de sabbat ancien l'on a remarqué qu'il se tient 
dans le lict, ne voulant violer le sabbat, et qu'il est beaucoup plus 
opiniastre, ledit Antoine lui dit d'abord, es tu un diable, ou un 
homme mortel, le Pasteur lui ayant respondu qu'il n'estoit point un 
diable, mais un homme mortel seivltcur de Dieu qui le venoil 
exhorter et adjurer de s'amender et croire à l'évangile, à défaut de 
quoi il devoit attendre le jugement de Dieu qui avoit desjà paru sur 
lui, et qu'il pensast à la An de Judas, d'Arrius et de Julien l'apostat 
au lieu de donner lieu à ces sérieuses remonstrances, il se remit à 
cracher et faire des coQlenances de furieux et enragé, ce qu'il con- 
tinua jusques au lendemain dimanche, auquel le Médecin restant 
venu trouver, il le trouva comme en une espèce de desespoir, disant 
qu'il avoit fait et dit des choses horribles, quïl s'estonnoit comme on 
ne l'avoil assommé, qu'il avoit péché contre le S* Esprit, qu'il vau- 
droit mieux pour lui qu'on le ûst mourrir, parce que si on le relas- 
chait il craignoit que le Diable ne l'emportast en corps et en ame, 
qu'il avoit esté mis en la puissance des démons, et autres paroles 
horribles, ausquelles le médecin ayant pertinemment respondu en 
l'exhortant à prendre courage se retira. 

Mais après midi se trouvant en mesmes frayeurs, il demanda qu'on 
lui fist venir un Ministre, ce qui fut fait, auquel il dit, qu'il estoit en 



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NICOLAS ANTOINE 177 

grand peiae, qu'il scavoit bien, avoir dit et escrits chosed horribles 
contre Dieu, mais qu'il prioit qu'on intercedast pour lui envers 
Messeigneurs qu'il vouloit rétracter tout ce qu'il avoit dit et escrit, 
signer noatre confession et croyance, mais après (^u'on lui auroit 
donné sauf conduit et qu'il seroit hors des prisons, sur quoi le Mi- 
nistre rayant exhorté de faire sur tout sa paix avec Dieu et reco- 
gnoistre Jésus Christ, il dit le vouloir faire soubs ces conditions. Et 
estant visité au soir par deux autres Pasteurs lui représentans ses 
fautes passées, Tadjurani de le recognoistre envers Dieu pour essayer 
s'il y auroit quelque voye à grâce, et si Dieu voudroit faire ses mer- 
veilles Tarrachant de la puissance de Satan où il estoit tombé si 
avant, pourtant qu'il donnast gloire à Dieu, il dit qu'il vouloit donner 
gloire au grand Dieu d'Israël et lui estant répliqué que c*estoit bien 
fait qu'il n'y en a aucun autre, mais qu'il le faloit recognoistre tel 
qu'il s'est manifesté, Père, Fils et S' Esprit, il le faloit adorer en 
son Fils par lequel il s'est donné à recognoistre. Il dit s'il est vrai 
Dieu avec le Père je le veux adorer. Lui estant respondu qu'il ne 
faloit point parler ainsi puis qu'en effect il estoit vrai Dieu, il dit qu'il 
l'adoroit, qu'il vouloit retracter ce qu'il avoit dit et escrit mais qu'on 
priast pour lui envers Messeigneurs. Sur quoi les dits Pasteurs lui 
ayant dit que c'estoit peut esire par hypocrisie par crainte de la 
mort, qu'il estoit en ôel très amer, et en liens d'iniquité, et pourtant 
qu'il fist paroistre que sa repen tance estoit sérieuse par une vraye 
et franche confession par tesmoignages extérieurs, Il dit qu'il le 
feroit, ce que toutesfois on n'a point apperceu veu qu'il a continue 
en ses blasphèmes en l'absence des Pasteurs, et en présence de ses 
gardes, qui le tenoyent lié au lict, de peur qu'il ne se mesfist, dont 
estant despité il les nommoit diables, disoit qu'il voudroit estre 
libre et avoir un Cousteau pour s'en donner dans le cœur, et qu'il 
les estrangleroit, mesme la nuict de Mercredi ayant esté lié plus légè- 
rement, il se deslia les mains, et tint ses maillots cachez en sa main. 
Ce que les gardes ayant aperceu et lui demandans pourquoi il avoit 
fait cela, il leuV respondit qu'il estoit en train de se deslier du tout 
pour les estrangler puis après. Avant cela qu'en ses prières il ne 
priast autre que le grand Dieu d'Israël sans faire aucune mention 
de nostre Seigneur Jésus Christ, ne lui demandant pardon, et ne tes- 
moignant aucun regret du passé, ayant demandé au Geôlier si on le 
laisseroit tousjours là, et s'il ne sortiroit jamais, le geôlier lui ayant 
respondu que cela ne pouvoit estre jusques à ce qu'il recognu son 
sauveur et donner gloire à Jésus Christ., après quoi Messeigneurs 
auroyent pitié de lui, et les Pasteurs intercederoyent pour lui, fina- 
lement il demanda du papier où il escrivit qu'il croyoit la S^ Trinité 
et que Jésus Christ estoit le Fils de Dieu, le vrai Sauveur et Rédemp- 
teur du monde. Ce que toutesfois il ne signa point disant ne le vou- 
loir faire jusques à ce qu'il fust hors de prison. Cela donnoit quelque 
espérance de conversion n'eust esté qu'en )ses prières et propos il ne 
faisoit aucune mention de Jésus Christ ne tesmoignoit aucun regret 
T. XXXVI, W 72 12 



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178 REVUE Des KTUDES JUIVRS 

(le son impieté passée, mais bien dit il au médecin le Mardi précè- 
dent, qu'on Tavoit abusé lui promeslani que pourveu qu'il promist 
de retracter ce qu'il avoit dit et escrit et en dresser une confessioD, 
il sortiroit de prison, Cependant il n'en voyoit aucun effect, mais 
qu'au reste il ne Tavoit point signé, et que le diable l'avoit escrit, Il 
esloit toujours en sa croyance première, et que mille morts ne la lui 
arracheroyent jamais du cœur, et autres semblables paroles, cou- 
fermées parce que jamais en présence de ses gardes il ne prioit Jésus 
Christ, ni Dieu par Jésus Christ, mais seulement le grand Dieu 
d'Israël, et la mesmes nuict du Mardi les gardiens l'ayant exhorté de 
prier et invoquer le Seigneur Jésus, il dit, Ce diable et autres tels 
termes, il répéta dereschef ses blasphèmes, ainsi que les gardes et le 
portier le dirent le lendemain à deux Pasteurs qui le visitèrent, les- 
quels rayant trouvé comme endormi, et lui demandans s'il dormoit 
il dit que non, et qu'il les recognoissoit bien tous deux les nommant 
par leur nom, et disant qu'il croyoit qu'ils ne luy vouloit point de 
mal. Estant interrogué en quel estât il estoit, et s'il pérsistoit en ce 
qu'il ayoit dit le dimanche précédent, il dit qu'oui, Puis dit-il que 
vous m'asseurez qu'il y a une Trinité, et que Jésus Christ est le Fils 
de Dieu, je le croy et veux retracter ce que j'ai dit et escrit. Lui 
estant respondu que c'estoit parler bien froidement, qu'il y avoit 
apparence que ce fust par hypocrisie et par crainte des hommes* 
qu'il avoit blasphémé si avant, s'estoit préparé à cela de longtemps 
s'y estoit affermi, qu'il estoit bien à craindre qu'il ne fust yenu bien 
près du péché irrémissible, que Dieu seul çt sa conscience le scavoit. 
Il respondit sans larmes, sans esmotions qu'il n'y a si grand péché 
que la miséricorde de Dieu ne soit plus grande, et lui estant 
monstrées les absurdités de ses paroles et escrits dit que ce n'estoit 
pas lui^ que c'estoit le mal qui le lui avoit fait dire, qu'il vouloit tout 
retracter acquiesçant à tout ce qu'on lui disoit, et ne se justifiant 
que bien légèrement, et lui estant dit qu*on ne voyoit rien de sin- 
cère en sa procédure, que la mesme nuict il avoit blasphémé et 
jamais invoqué Jésus Christ, que ce n'estoit qu'hypol^risie, qu'il n'y 
avoit ni larmes, ni regret ni soupirs, ni confession de son péché, U 
avoua de n'avoir point invoqué Jésus Christ., ni Dieu par Jésus 
Christ, mais dit froidement qu'il le youloit faire ce après, puis qu'on 
l'asseuroit qu'il estoit le vrai Dieu, que de vrai il ne jettoit pas des 
larmes, mais c'est qu'il n'estoit pas accoustumé à pleurer, à quoi les 
gardes s'opposèrent disans que la mesme nuict priant le grand Dieu 
d'Jsrael il jettoit des larmes en abondance, toutesfois il persista ea 
ses protestations» qu'il les disoit de bon coeur, sans toutesfois teçmoi- 
gner aucune esmotion, se compleignant seulement de la violence des 
gardes qui le tenoyent lié si estroitement monstrant les blesseurea 
que lui avoyent fait les manottes, et disant que c'estoit à ses gardes 
qui la traictoyent §i rudement, qu'il avoit dit, ce diab(a, Qt que s'il 
avoit escrit diverses choses avant sa maladie, c*est qu'il étudioit, tra* 
vailloit à voir les objections des Juifs, et avoit trouvé des contcadic* 



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r ••• 



NICOLAS ANTOINE 179 

lions au Nouveau Testament tant avec le Yiel, qu'avec soi mesme, 
qui Tavoyent mis en fi:rand scrupule, mais qu'il acquiesçoit à nos 
responses, Tun desdits Pasteurs lui ayant dit que s'il se faut arrester 
à ces apparences de contradictions il y en a autant au Viel qu*au 
Nouveau, es livres des Rois et Chroniques, et pourtant qu'il ne faut 
conclurre qu'il se contredisent à soi mesme, non plus aussi le Nou- 
veau Testament, mais qu'il faut recercher la vérité, que si es pas- 
sages du Messias il y a diverses circonstances qui semblent ne lui 
appartenir, il faut distinguer ce qui appartient à la fîgure et au type 
de ce qui appartient à la vérité : mais qu'au 2 Pseaume toutes les cir- 
constances appartenoyent à Jésus Christ, veu que David, n'avoit point 
esté oinct en Sion, mais en Hebron, où il a esté oinct par ceux de 
Juda et dlsrael en diverses fois etSalomon en Guibon tellement que 
cela n'appartient qu'à un seul Jésus Christ, dont il est dit Je t*ai 
engendré, et après Baisez le Fils, Bienheureux qui se confie en lui, 
à quoi il répliqua encore que ce in a en lui » se pourroit rapporter à 
Jesoua, et non à ce Fils, néant moins qu'il le croyoit et acquiesçoit à 
ce qu'on lui disoit. 

En quoi il fît semblant de persister jusques à ce que voyant que sa 
fi^intise et dissimulation ne servoit point à sa libération il prit réso- 
lution sur la fin de Mars de se descouvrir tout à fait et désadvouer la 
rétractation de ses erreurs. Car la Compagnie des Pasteurs ayant 
donné charge à quatre députés de le visiter pour sonder ce qu'il 
àvoil dans Tame, le Magistrat le désirant à cause de la grande des- 
pense qu'il faisoit en prisons estant bien nourri, et ayant tousjours 
deux gardes à grands frais près de lui, et à cause du grand scandale 
que cest homme avoit donné, d'en faire quelque résolution finale. 

Après avoir oui les Pasteurs, cela n'ayant pas esté fait à l'occasion 
de la sepmaine avant Pasques en laquelle les Pasteurs sont occupés 
extraordinairement, le 31 Mars finalement il fut visité par le Ministre 
allant à son tour aux Prisons lequel le conjuras t d'ouvrir son cœur et 
continuer en Testât auquel il avoit esté de renoncer ses erreurs pour- 
veu que le tout fut fait sincèrement, il respliqua [que si on lui mons- 
troit que Jésus Christ fut vrai Dieu qu'il le feroit, et lui estant 4it 
qu'il ne faloit point dire, si, mais parler franchement, veu que tel 
desguisement ne lui serviroit ni devant Dieu, ni devant les hommes — 
pourtant qu'il priast Dieu ardemment de le deslier des liens deSatan^ 
Il dit qu'il prieroit tous jours le grand Dieu qu'il lui fist miséricorde. 
Et lui estant dit pour l'amour de qui — il respondit pour l'amour de 
qui il veut estre prié, finalement pressé s'il ne recognoissoit pas Jésus 
Christ vrai Dieu, 11 dit, Non, parlant soubs la couverture du lict, 
dont estant repris il dit qu'il n'avoit pas dit, Non, mais demandoit 
tousjours qu'on lui montrast que cela estoit vrai, et alors il lecroiroit, 
sur quoi lui estant dit qu'à lui qui estoit Chrestien et avoit cogneu la 
vérité on ne s'asubjectiroit pas à monstrer que le soleil est le soleil, 
que le Nouveau Testament estoit vrai estant chose assez prouvée, 
Enfin estant interrogué s'il n'avoit plus escrit un billet de confession 



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180 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

que Jésus Christ est vrai Dieu et sauveur du monde, Qu*il y a trois 
personnes et une seule essence pourquoi il le retractoit, Il dit qu'il 
ne scavoit ce qu'il en avoit escrit que s*il avoit escrlt quelque chose 
c'esloit par crainte de la mort, et au reste enquis s'il voudroit bien 
soustenir et signer les articles de sa maudite confession. Il dit pour- 
quoi non, s'ils sont vrais, et si on ne me monstre du contraire, Mes- 
mes le jour suivant il dit au sieur Procureur gênerai que quand on 
lui monstreroit Jésus Christ estre vrai Dieu, aussi vrai que le jour 
luit, il ne le croiroit point, endureroit plus tost mille morts. Dieu 
donc descouvrant Thypocrisle de ce monstre, cela ôst que les Pasteurs 
députez prindrent résolution de lui parler sérieusement^ et le conju- 
rer une bonne fois de donner gloire à Dieu et ainsi se trouvèrent 
es prisons le 8<» Apuril, ou après avoir fait venir ledit Antoine, 
et lui avoir représenté le misérable estât où il estoit, et qu'il 
estoit nécessaire de commencer par la prière, lui demandant 
s'il ne vouloit pas bien prier Dieu avec eux, Il dit qu'il invo- 
queroit toujours le grand Dieu, et sembla donner assentiment. Il 
vouloit prier Dieu avec eux, toutesfois se mit à genoux avec diffi- 
cultés, et baissa la teste contre terre à la Judaique, s'y tint coy pen- 
dant la prière qui fut faite par l'un desdits Pasteurs et jusques au 
récit de l'Oraison Dominicale où il désista de sa prostration et incli* 
nation comme la desadvouant, la prière estant finie et les Pasteurs 
levez, il demeura tousjours à genoux priant jusqu'à ce qu'on lui 
commanda de se lever ce qu'il fit ayant fait le mesme geste d'adora- 
tion judaique comme dessus. 

Après quoi M*^ Diodati chef de la députation lui représentant le 
misérable estât où il avoit esté et combien d'occasion il avoit de pen- 
ser à soi, veu les blasphèmes par lui proférés en sa manie, et depuis 
qu'il avoit esté remis, veu le trouble et confusion d'esprit que Dieu 
lui avoit envoyé» Pourtant doit il penser que cela venoit, si de Dieu, 
ou de l'Esprit malin, au lieu de respondre à cela il pria qu'il lui fust 
permis de prier Dieu pour soi en particulier. — Et lui estant demandé 
s'il n'avolt pas prié Dieu avec lesdits Pasteurs, a réitéré ladite 
demande, de laquelle estant esconduit et lui estant dit qu'il estoit à 
craindre que sa prière ne tournast en péché, veu les gestes et singe- 
ries qu'on lui voyoit faire, neantmoins il respondit s'il y avoit du 
mal à prier Dieu, et baissant la teste contre terre dit qu'il invoquoit 
de tout son cœur le grand Dieu dlsrael qui a fait les cieux et la terre. 
Et exhorté de bien prendre garde à soi et au jugement de Dieu qui 
est sur lui, et qu'il estoit à craindre que la gueule du puits ne fust 
fermée sur lui, pourtant qu'il donnast gloire à Dieu resjouist les 
entrailles des Pasteurs et de toute l'Eglise grandement scandalisée de 
ses deportemens passez mais aussi affligée et ayant pitié de lui. 
Que donc il dit clairement en quel estât il se trouvoit, si troublé d'es- 
prit et tourmenté comme il avoit esté auparavant, Il respondit que 
non, qu'il estoit à soi bien disposé prest à mourir pour le salut de 
son âme. Interrogé s'il ne recognoit pas d'avoir esté possédé et pre- 



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NICOLAS ANTOINE 181 

Tenu par TartiQce du malin esprit duquel il y a bien apparence que 
ce fust l*esprii de Saul auquel il avoit esté livré, le bon Esprit s'es- 
tant retiré, n*y ayant en cela aucune trace ni ressemblance de TEs- 
prit par lequel ont esté poussez et incités les S^" prophètes soubs 
l'Ancien Tesiament.: A respondu là dessus que ci devant il avoit 
demeuré chez une femme à Divoone, et qu*estant là dedans il se mit 
à chanter le Pseaume 74. D'où vient Seigneur que tu. et priant Dieu 
ardemment qu'il voulust restaurer son peuple dlsrael fust ce à la 
damnation de son âme, alors un esprit le saisit qui le ût lomber par 
terre, et le fit aller à quatre tout au tour de la chambre. 

Sur quoi lui estant demandé s'il recognoit cest Esprit pour bon, où 
mauvais esprit, Il dit qu'il ne scavoit, mais qu'il recognoissoit 
bien un jugement de Dieu sur lui pour tant de péchez commis, mais 
qu'il lui demande pardon de tout son cœur, le prie qu'il Tiliumine 
s'il n'estoit pas au droit chemin, le confirme s'il y est. Sur cela on 
prit occasion de l'exhorter à prier et recognoistre le péché pour lequel 
Dieu lui avoit envoyé ce jugement, à quoi il respondit qu'il croit que 
le péché quil a commis c'est de ne s'eslre pas retiré du milieu de 
flous, et ne s'estre pas allé tenir en un désert, veu qu'il y avoit long- 
temps qu'il avoit esté en scrupule et avoit esté travaillé, mais qu'il 
avoit trouvé qu'il y avoit qu'un seul Dieu, qu'il avoit esludié à sca- 
voir la voye du Salut pour s'y confermer et servir Dieu en pureté de 
conscience. Lesdits Pasteurs députés voyant ses obliguitez et tergi- 
versations dirent qu*il y avoit bien apparence qu'ayant arraché Jésus 
Christ de sa pensée par une afieclation volontaire il avoit chanté ce 
Pseaume. et que par un jugement de Dieu le malin esprit Ta voit saisi 
et pourtant afin d'avoir response claire lui dirent que puis qu'il 
croyoit estre bien disposé, et non troublé en son esprit, ils desiroyent 
qu'il respondit sur les questions qui lui seroyent proposées. Puis que 
premièrement 11 avoit blasphémé horriblement Jésus Christ, avoit 
dressé des articles de sa damnable confession et croyance, avoit 
résisté à toute vérité, et depuis avoit fait semblant de se retracter, 
tellement qu'on ne scavoit en quel estât il estoit. 

4<> Il lui fut donc demandé, voulez vous souscrire à l'Evangile 
lequel a esté révélé par Jésus Christ, par les S'* Apostres si puis- 
samment, si dignement et majestueusement. 

Il respondit qu'il souscrira à ce qui est véritable. 

V^ Tenez vous donc TE vangi le pour une fiction et invention humaine 
un conte à plaisir et à dessein. Il répondit. Je ne sçai. 

3. Youlez vous renoncer à la révélation de l'Evangile, il respondit 
en souspirant qu'il scavoit que la mort lui estoit apprestée. Je veux 
souscrire et me tenir aux articles que j'ai baillez, et estant pressé 
finalement, dit je ne croi point à l'Evangile, ni que ce soit la doctrine 
de Dieu. 

4* Croyez- vous au Fils de Dieu. Rep, Je croi qu'il y a un seul Dieu. 

5. Croyez vous à Jésus Christ. Rep. Non. 

6. Croyez vous qu'il y a un S* Esprit en l'Essence de Dieu, et l'en- 



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182 REVUE DES ETUDES JUIVES 

voi (le cest esprit au cœur des hommes. R. Je croi que Dieu est 
Esprit, et l'Esprit de Dieu est Dieu. J'ai eu dit il, de bous mouve- 
mans, je ne scai d'où cela venoit sinon de Dieu, car je ne croi qu'un 
seul Dieu, sans division ni distinction. 

7. Ne sentiez vous pas auparavant plus de paix en vostre ame 
croyant à TEvanglle que maintenant. R. Je me sentois plus porté au 
péché qu'à présent. 

8. Voulez vous donc renoncer à la marque sacrée de Baptesme que 
vous avez receu. R. Oui je renonce mon baptesme. 

Sur quoi estant conjuré de penser comment il pourroit compa- 
roistre devant Dieu chargé de tant d'anathemes et crimes. Il respondit 
par la miséricorde de Dieu. 

9. Navez vous pas escrit un billet, Je croi que Jésus est le Christ^ 
le Fils de Dieu, le Sauveur du Monde ? etc. R. Je ne scai, et finale- 
ment Tadvoua, mais on me Ta arraché et extorqué, dit-il, c'estoit par 
crainte de la mort, C'est que les gardes me tourmentoyent. 

Et lui estant objecté que quelques jours auparavant il avoit renoncé 
ses erreurs et protesté aux sieurs Ghabrei et Spanh[eim] qu'il acquies- 
coit à tout, qu'il detestolt ses blasphèmes, qu'il se vouloit ranger à 
son devoir, Il dit qu'il avoit eu de graudes tentations, et en frayeur 
de la mort et du supplice, mais qu'il estoit en sa première résolution, 
et vouloit se tenir à ses articles. 

Puis estant objecté que par une maudite obstination il avoit dit que 
quand on lui monstreroit Jésus Christ estre vrai Dieu, il ne le croi- 
roit pas, 11 nia l'avoir dit, finalement lui estant soustenu il advoua 
disant qu'il estoit ferme en sa croyance, et qu'on ne la lui arraeheroit 
pas du cœur. Toutesfois lui estant leue une ietre de sieur Ferri', dont 
il desiroit n'ouir la lecture» il fut grandement esmeu, et jetta des 
larmes disant toutesfois qu'il ne pouvoit rien changer à sa réso- 
lution. 

Après cela lesdiis Pasteurs se retirèrent, et le lendemain ayant fait 
rapport à leur Assemblée des responses faites par ledit Antoine fut 
résolu de scavoir du Magistrat quel ordre il desireroit qu on tinst 
au jugement de cest affaire, s'il agreoit plus qu'on lui portast Tadvis 
des Pasteurs par quelques députez du corps, ou tout le Corps de la 
Compagnie en oplnast devant eux. Ce qui estant représenté au Magis- 
trat et les réponses abominables de ce meschant, leur estant aussi 
présentées les letres des sieurs du Moulin, Ferri, et Mestrazat Pas- 
teurs en France, touschant ledit Antoine, lesdits Seigneurs du Conseil 
ayaus appelé les députez, leur dirent qu'ils desiroyent qu'on visitêst 
encor quelques jours ledit Antoine, soit tous les députez ensemble, 
soit séparément selon leurs commodités pour tascher de le ramener, 
mais qu'on ne permist point l'abord et approche à autres personnes 
qu'aux Pasteurs, et qu'au reste ils attendoyent que tout le Corps 
des Pasteurs se trouvast devant eux le Lundi suivant 9« Apuril 

' Son ancien maître. 



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NICOLAS ANTOINE IR'i 

pour conférer ensemble de l'ordre quUl faudroit tenir en cest affaire. 

La Compagnie sachant l'iolention de Messeigneurs, assemblée à 
l'ordinaire le 6 Apufi!, trouva bon de faire une preconsuUation de 
eest affaire non pourestre tous de mesme ^dvis, chascun estant en sa 
liberté, mais pour s'entr'ouir et aider mutuellement en cest affaire. 
Tous à la vérité jugeans ces blasphèmes horribles et insupportables, 
dignes de mort, crimes de Leze Majesté divine au premier chef, et au 
plus haut poinct de la Religion, mais les uns estimans que cela doit 
avoir lieu en une personne qui est bien à soy, non prévenue de 
mani^, fureur et trouble d'Esprit, que si bien les choses sont hor- 
ribles tant à qu'il n'estoit ni Manichéen, Arrien, ni Glrconcellion (?) 
aios qu*)l s'estoit jette au Judaisme qui blasphème à la vérité Jésus 
Christ, mais qui est une profession tolérée au milieu de la Chres- 
tienté, que le grand Malesloit qu'il avoit pris le ministère : mais que 
bors cela tout ce qu'on pouvoit faire estoit de le flestrif , le déposer et 
exhantorer du ministère, le bannir et chasser au loin, les autres 
>ugeans qu'il suffiroit de la suprême excommunication de TEglise. 
Les autres que ces blasphèmes et ce crime esioit digne de mort, mais 
que ceste manie froide rendoit l'affaire suspect et que la sévérité 
d'un supplice apporteroit plus de mal que de bien, soit que cest 
houime estant tranquille d'Esprit persistast en ces opinions et blas- 
phèmes invoquant le grand Dieu d'Israël, ce qui pourroit donner 
d'estranges iifipresslons au peuple, soit que sa manie et phrenesie le 
saisit allant au supplice, qui seroit une chose absurde de voir sup- 
plicier un homme hors du sens, toutesfois qu'il ne le faloit point 
relascher, ains le tenir eu prison estroite quelque temps, le faire tra- 
vailler de ses mains afin de voir si sa manie le reprendroit à certains 
interralles, et prendre advis des Médecins de dedans et de dehors 
meeiae des Académies et surtout des Eglises de Suisse ainsi qu'on 
avait fait de Servet, et en cas qu'il lui eschappast des blasphèmes le 
fouetter et ehastier rudement essayant si ceste sévérité le pourroit 
retenir. Les autres jugeans le faict plus atroce, et que ceste mante 
survenue ne le pouvoit excuser estant survenue après une longue 
préméditation et préparation à ce blasphème, comme un jugement dé 
Dieu qui l'avoit livré à Satan, partant que si on punit un luxurieux 
adolièré incestueux sans avoir esgard que cela vient de l'humeur san- 
guine, un meurtrier sans avoir esgard que cela vient de la bile et de 
la colère, aussi faloit il punir un blasphémateur provez quoi qu'il soit 
sciai de quelque melancholie, veu qu'es intervalles dilucides il conti- 
Duoit en son impiété, et n'y avoit point d'extravagances comme es 
poures phrenetiques, mais il maintenoit des dogmes blasphématoires, 
les avoit mis par escrit, produisoit ses arguments, eludoit les oppo- 
sitions, detorquoit les textes et ainsi montroit qu'il y avoit plus de 
malice qâe d'humeur et qu'au reste toute la Chrestienté nous regar- 
doit, tant Papistes que Reformés, cest homme ayant une complicité 
de divers crimes. 

4. Va grand souppçon d'avoir desbauché un Jeune Gentilhomme 



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184 REVUE DES ETUDES JUIVES 

fraDçois,que en faisoyent foy les letresdu sieur Moulia; 2. Une apos« 
tasie générale de la Religioa Ghrestienne, parjure et renoDcemeQt de 
soD baplème, parjure derechef en la promesse faile en la S^ Cesne, 
et finalement ayant pris -le S^ Ministère promettant de prescher 
Jésus Christ, qu'il renioit en son cœur, et estant prest d^espandre 
son venin, une hypocrisie horrible avant couvé dès longtemps ceste 
impieté en son ame, comme il conste par ses escrits, et ainsi qu*il 
estoit pire que ne fut jamais Arrius, Manee et les autres, pourtant 
qu'ils le jugeroyent fils de mort, et que tout délai qu'on pourroit 
apporter n'estoit nécessaire si non pour monstrer Testât qu*on faisoit 
des advis de dehors, et peur estre fortifié es conclusions et résolu* 
tiens qu'on pourroit prendre sur ce subjecl contre les blasmes que 
plusieurs ont jette contre ceste Eglise à roccasion du supplice de 
Servet antitrini taire, lequel ayant esté puni en ce lieu et exécuté à 
mort, comme ceste sévérité a esté louée par plusieurs et mesme par 
Bellarmin Jésuite, aussi a elle esté blasmée par plusieurs autres 
Libertins, Anabaptistes, et qui plus est par quelques orthodoxes 
trop scrupuleux et consciencieux, les uns par trop de tendreur, les 
autres par maximes d'estat, craignant les conséquences surtout en 
ces temps là où les feux esloyent allumés de toutes parts, et les 
Papistes jugeoyent estre blasphème, ce qui estoit dit contre le Pape 
et Thostie de la Messe, comme si on eust parlé contre la Trinité et la 
Personne sacrée et glorieuse de nostre Seigneur Jésus Christ. 

Mais pour revenir à nostre Juif blasphémateur avant le Lundi 
designé par le Magistrat pour ouir les advis des Pasteurs suivant 
l'intention du Magistrat, conjurer et exhorter de penser à soi, et 
renoncer à ses erreurs, Cela mesme un autre jour lui fut réitéré par 
un des Pasteurs y allant avant Theure de l'Assemblée, l'exhortant 
au Nom de nostre Seigneur Jésus Christ qu'il taschast de se recon- 
cilier à Dieu ; à quoi il respondit qu'il feroit ce qu'on voudroit 
pourveu que ce ne fust point contre le Salut de son ame. Mais dit, 
Pensez-vous Monsieur N. qu'un homme soit meschant qui pense 
faire son Salut en accomplissant la loi de Dieu, et estre justifié par 
l'accomplissement de ceste loi ? à quoi estant respondu qu'un tel 
homme estoit meschant puis que la loi n'est pas donnée pour jus- 
tifier, mais pour estre un pédagogue afin d'amener l'homme à Jésus 
Christ, et que c'est renverser le mystère de piété, Il dit, je ne croi 
point qu'un tel homme soit meschant, et lui estant dit que c'est 
establir sa propre justice, renverser celle de Dieu, selon les paroles 
de S^ Paul, la force et la vigueur de ses démonstrations, l'admirable 
rapport de l'Ëvangile avec la loi et le service ancien, il ne scavoit 
que dire, sinun qu'à son accoustumée il se jetta sur les passages de 
l'Ancien Testament alléguez au Nouveau, Celui d'Osée allégué par 
S^ Paul, et par S^ Pierre disant que cela est de torque, Celui de 
Zacharie des Galates ou il est dit non point aux semences, mais à 
ta semence. Celui où il est parlé de SinaY nommée Agar disant que 
toutes ces interprétations ne sont point en l'Ancien Testament et que 



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NICOLAS ANTOINE 185 

S* Paul de vrai esloit éloquent et disert» mais qu'il fondoit mal ses 
démonstrations. A quoi lui estant respondu que rien n'avoit esté 
allégué mal à propos, et que TBsprit de Dieu ayant parié par les 
prophètes avoit eu la liberté de parler par les Âpostres selon la 
prophétie de Joël, que le mesme Esprit a?oit peu esclaircir ce qui 
avoit esté dit plus obscurément, 11 répliqua que toutes ces raisons 
et distinctions ne serviroyent pas pour convertir un Juif qui se tient 
à TAncien Testament et par quel moyen on le pourrait conveincre. 
Sur cela lui fut dit qu*on tascheroit de cooverlir un Juif lui mons- 
trant les passages exprès de TAncien Teslameut qui monstrent la 
S^ Trinité, Les passages qui monstrent que le Messies promis est 
vrai Dieu et qu*il devoit prendre chair humaine, Le temps desi- 
gné et marqué par les S^» Oracles, la prophétie de Jacob, celle 
de Daniel 9. les prédictions de David, les efifects advenus en ce 
temps et sur tout la vocation des Gentils qui ont quitté leurs 
idoles dont les oracles qui ont cessé à la prédication de l'Evangile. 
Il dit, mais ne voyez vous pas Tidolatrie parmi les Ghrestiens les 
diverses sectes qui y sont? Sur cela lui fut dit que la raison ne 
concluoit point veu que cela estoit arrivé par la malice des hommes, 
et le juste jugement de Dieu prédit par les S^* Apostres. et quant 
aux Sectes que le Schisme de Samarie, ni le Temple de Garizim n*em* 
peschoit que l'Eglise de Heriesalem ne fust la vraye Eglise, non plus 
que les sectes des Pharisiens. Essennites. Sadducceens., et veu que 
la loi et les prophètes demeuroyeut en leur entier, et ceux qui y 
adheroyent estoyent le vrai peuple de Dieu. Pourtant qu'il estoit 
uisé de conveincre un Juif par ses passages, jusques à ce qu*ayant 
cognu la vérité de TEveogile il fust rendu capable de comprendre 
les mystères révélés aux S^» Apostres et laissés par iceux à i*Eglise,et 
au reste qu'il est tresaisé de voir que la Religion Judaïque en Testât 
où elle est n*est qu*uue vraye superstition, et un corps sans ame, 
lant pour ce qu'ils ne recognoissent pas le vrai Dieu tel qu'il s'est 
manifesté aux S^* Patriarches assavoir Père, Pits et S^ Esprit, que 
pour ce qu'ils ne recognoissait pas ce Fils venu en chair et ayant 
accompli l'œavre de nostre Salut, dont à bon droiet il sont livrés à 
un esprit d'aveuglement, leurs synagogues estant uoe pure confu* 
sion sans révérence ni dévotion, avec des cris et des hurlements 
estranges et des gestes indecens. Il respondit à cela que c'est d'au- 
tant que les Juifs sont en deuil. Et lui estant demandé la cause de ce 
deuil, il dit que c'est à cause du Messies qu'ils attendent afin d'estre 
délivrés de leur dispersion, mais lui estant objecté le 9^ de Daniel et les 
sepmaines à la fin desquelles range Gabriel ayant dit que le Christ 
viendroit pour consumer le péché, faire propitiation pour l'iniquilé, 
amenerla justice des siècles, ce Christ estoit apparu au mesme temps 
designé et avoit accompli ces choses, après cela le Christ avoit esté 
retranché, et le peuple du Conducêeur avoit destruit la Ville et le Sanc- 
tuaire, il répliqua que ces sepmaines de Daniel estoyent autant de Ju- 
bilés et que cela faisoit mille trois cens ans. dont on prit occasion de 



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186 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lui dire que cela ne pouvoit estre veu que les Romains esioyent venus 
au boni des sepmaines d'années, et avoyent deslruit le Temple après 
que le Christ a voit esté retranché partant que ces Sepmaines ne se 
peuvent estendre si loin, mais au reste que donc le temps estait 
expiré de ces mille trois cens ans, et ne faloit plus attendre ce Mes- 
sias, Jl dit que ce retardement est à cause des péchez du peuple, Et 
quoi qu'on lui dit que jamais les péchez du peuple n'avoyent 
empesché qu'il n'accomplist ce qu'il avoit promis, au temps assigné 
en la délivrance d'Egypte, en celle de la captivité de Babylone, Il dîl 
voyez vous pas que Dieu avoit promis qu'il n'y auroit que 400 ans 
de la captivité d'Egypte, cependant il est cal[culé] qu'il y a 430 tns, 
dont on lui fit voir le sophisme de son objection parce que de vrai 
il y a 430 ans des la promesse, faite à Abraham jusques à la publica- 
tion de la loi en Horeb, mais quant à la sortie d'Egypte il est dit que 
Dieu ayant designé le temps, qu'en la mesme nuict toutes les bandes 
d'Israël sortirent d'Egypte. 

Et estant adjuré sur cela de recognoistre ses impietés, en avoir 
horreur, donner gloire à Jésus Christ, Il dit qu'il ne le feroit jamaiSi 
quoi qu'on lui monstrast qu'il estoit si miséricordieux qu'il avoit 
promis que le blasphème proféré contre lui seroit pardonné au pes- 
cheur repentant. Ledit Pasteur s'estant retiré avec horreur laissa ce 
misérable en cest estât où il a continué jusques à présent. 

Le Lundi 9 avril estant venu les Pasteurs et Professeurs au nombre 
de 45 se présentèrent au Conseil et après le commandement à eux 
fait par le premier Consul, de dire leur advis sur ce faict, après quoi 
le Magistrat verroit comment il avoit à procéder, Apres la prière faite 
à haute voix par le Pasteur pour lors Modérateur de la Compagnie 
des Pasteurs, on commeuça par la démonstration de Timportance de 
cest atraire» et qu'estant un faict qui à peine avoit esté veu dés la 
Beformation, au prix duquel n'estoit rien l'affaire de Servet, de 
Valentin Gentil, et autres hérétiques. Il y faloit marcher avec meure 
délibération, Y apporter le Zèle de Dieu, mais avec science et pru- 
dence, que de vrai les choses estoyent atroces, le crime énorme qu'un 
né Chrestien baptisé quoi qu'en TEglise Romaine, neantmoins au 
nom de la S^^' Trinité, et en la possession de Jésus Christ, venu à 
l'Eglise Reformée détestant l'idolâtrie Papistique, et depuis venu à 
Testude delà Théologie, finalement au S^ Ministère après avoir pro- 
mis de prescher et annoncer Jésus Christ et tout le mystère de la 
foi Chrestienne, ayant participé aux mystères et sacremens de 
l'Eglise, vinst à un tel degré d'impiété, non seulement de quelque 
erreur ou sentiment particulier ou blasphème indirect, et par consé- 
quent tel que ceux de l'Eglise Romaine et autres sectes mais qu'il 
vinst à une totale apostasie et abnégation du mystère de .pieté ren- 
versant les fondements de la foi et les principes de la Religion 
Chrestienne, Se portant à des blasphèmes horribles et exprès contre 
la Majesté du Fils de Dieu, les ayant proférés en la manie dont il 
estoit saisi, mais après s'estre préparé à cela plusieurs années aupa- 



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Ma)LAS ANTOINE 187 

ravant comme il appert par ces escrits et méditations faite de longue 
main et de rechef par Tescrit de sa confession quil a dressé depuis 
qu'il est es prisons laschant de prouver sa maudite croyance, et se 
roidissant à cela renonçant son baptesme, et mettant bas tout senti- 
ment du Christianisme, mais d'ailleurs qu'il faloit faire considération 
Uela manie et fureur. en laquelle on Tavoit veu et dont la violence 
pouvoit avoir extorqué ces l)lasphemes de sa bouche, de rechef que 
cela avoit esté suivi de quelque retractation, dont toutesfois on ne 
Toyoit point la suite, et ainsi qu'on pouvoit peser là dessus les advis 
qu'on avoit eu de dehors, afin que si on se portoit à quelque resolu- 
tion plus rigoureuse, neantmoins on n'encourust aucun blasme. — 
Ce discours fut suivit d'un autre monstrant que les choses estoyent 
atroces et estranges à la vérité, et n'y a?oit bonne ame qui n'eust 
iiorreur des blasphèmes de ce misérable, neantmoins que ce n'estoit 
qu'un dogme et croyance, que Jésus Christ ayant dit laissez Vyvroye 
de peur que vos etc. sembloit indiquer qu'il faut tolérer ces choses 
attendant le temps de la dernière moisson, que de vrai 11 y a eu cer- 
taines sectes dont les sectateurs avoyent esté condannez punis et re- 
tranchez comme celle des Ophites et Adamites dont les uns avoyent 
un serpent qu'ils nourrissoyent et recevoyent de sa bouche l'Eucha- 
ristie, chose horrible et diabolique, Les autres estoyent tout nuds 
ensemble et commettoyent choses énormes, composoyent l'Eucha- 
ristie avec farine la chair et le sang d'un enfant qu'ils esgorgeoyent 
y mesloiyent mesme du sperme humain avec autres cérémonies hor- 
ribles et pour tant qu'à, bon droict ils avoyent esté condannés,mesine 
telles sectes renaissant en Amsiredam On s'y estoit opposé, que Pris- 
cillian avoit esté condanné au synode de Bourdeaux, et livré au 
bras séculier non tant pour son dogme que surtout pour divers 
adultères dont il avoit esté conveincu. Il n'y avoit ici rien de sem- 
blable, sinon qu'on sceust par indices et autres moyens qu'il eust 
commis quelque crime énorme dont la letre de Sedan sembloit donner 
quelque apparence. Au reste que cest homme n*embrassoit ce dogme 
pour aucun profit et avantage qu'il en peusl prétendre, mais seule- 
ment par une impression qu'il avoit prise de longue main, d'ailleurs 
qu'il faloit faire estât de la manie et melancholie où on l'avoit veu 
de peur que le traictant capitalement on ne fust accusé d'avoir agi 
sur un maniaque, un homme hors de sens, dont il ne pouvoit réussir 
que du mal, soit en ce que allant au supplice il vomiroit ses blas- 
phèmes ce qui donneroit grand scandale et mesme on serolt en 
doute le faisant mourir en cest estât si on ne perdroit point le corps 
et l'ame tout ensemble. 

Pourtant qu'il seroit plus à propos après l'avoir déposé publique- 
ment du Ministère l'avoir fleslri et condanné à faire amende hono- 
rable de le congédier n'estant pas à craindre que parmi les Chrestiens 
il se trouvast aucun qui voulust adhérer à ses opinions. 

Cest advis fut relevé, et monstre qu'en toutes ces sectes allègues il 
n'y avoit rien de semblable à celle ci, où il y avoit une apostasie 



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188 liEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

générale un blasphème direct contre la Majesté du Fils de Dieu, pre- 
mièrement un faste et orgueil que ce misérable avoit nourri suivant 
les préceptes de la Philosophie, et surtout de Métaphysique qu'il avoit 
appris des sa jeunesse suivant laquelle il vouloit mesurer et com- 
prendre la hauteur de la Majesté de Dieu et personne de Jésus Christ, 
la divinité des mystères du Nouveau Testament, que de cest orgueil 
il estoit venu à la curiosité de la curiosité à la doute, de 9a doute à 
l'opposition contre ces mystères, de là à une totale résolution, et qu*il 
y avoit plus d'apparences que ceste manie et frénésie fust pénale et 
subséquente, que non pas antécédente, Dieu l'ayant frappé en son 
esprit quand il voulut commencer de vomir son venin en 1 Eglise, Bt 
pourtant qu'il n'y avoit point de doute et ne faloit point hésiter que 
si jamais il y eust blasphème punissable par le glaive ceslui Testoit. 
et que si Dieu a frappé Arrius et autres hérétiques ce n'est point 
pourtant que les hommes ne doivent faire et employer le glaive où. 
ils voyent choses semblables, que la loi de Dieu disant du faux pro- 
phète, tu esteras ce meschant, ne dit point s'il sera maniaque, fréné- 
tique, mais en parle absolument, néantmoins que eu Tesgard à Testai 
où cest homme avoit esté veu, le danger de perdre le corps et Tame, 
les fascheuses conséquences que son obstination pourroit apporter en 
un supplice public , il seroit à propos de le garder encor quelques 
mois pour travailler à sa réduction avoir advis de diverses Eglises et 
Académies de Suisse et ailleurs, après quoi on pourroit venir à une 
dernière résolution . 

A ceste résolution se joignirent quelques uns monstrant qu'il 
estoit nécessaire d'attendre, et que, tout ainsi que Arrius avoit esté 
frappé de Dieu, Dieu feroit aussi son jugement sur ce meschant sans 
que les hommes y missent la maio, que David avoit toléré Seimhi et 
Joab, et qu'on en pou voit faire de mesme en ceste affaire. 

Mais plusieurs autres s'y opposèrent les uns disaos que s'il y a 
chose où il faille monstrer du zèle c'est en celle ci, n*y ayant point 
de doute que ce ne fust le haut poinct de blasphème condamné par 
la loi de Dieu, et que cest Estât et Eglise rendroit compte à Dieu si 
elle manquoit d'y apporter une juste sévérité, les autres disans que 
de vrai l'église ne juge pas du sang, et n'appartenoil pas aux Ecclé- 
siastiques de déterminer des peines corporelles, partant qu'il suffi- 
soit d'indiquer au Magistrat le poinct et degré d'impiété où estoit 
venu cest exécrable, afin qu'il vist ce qu'il auroit à faire tant pour 
s'acquiter de sa conscience que pour satisfaire à l'attente du juge- 
ment de cest affaire et qu'au reste si le Magistrat est obligé de punir 
avec zèle la transgression de la ^^^ table de la loi, il est obligé de 
redoubler ce zèle pour maintenir la première qui concerne le service 
de Dieu. Mais que pour faire un droit jugement il le faloit faire pro— 
céder du faict. Ex facto jus orlt. Et estans leues les réponses catégo- 
riques par lui faites aux Pasteurs députez, qu'il estoit aisé de voir 
qu'il y avoit en ceci concurrence de divers crimes et impietez, Prépa- 
ration et préméditation à blasphème, hypocrisie horrible, renonce- 



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NICOLAS ANTOINE 189 

ment à son baptesme, parjures redoublez tant en ce renoncement, 
qu'en ce qu'ayant pris le S*-Ministère, et juré de prescber Jesus-Gbrist 
il se disposoit à faire le contraire, les blasphèmes exprès prononcés 
en sa manie, mais aussi après icelle, et maintenus et souslenus par 
escrit et démonstrations impies, par conséquent qu*iln*y avoit point 
ici à hésiter que ce ne fust un crime et iniquité toute jugée, Ëncor 
plus s*il avoit sollicité le Jeune Gentilhomme nommé Villemand au 
Judaïsme dont la loi dit Eum qui servum sive ingenuum ad judaicos 
ritus transduxerit capitis pœna dignum censemus, Et qu*au regard 
de la croyance si les Empereurs en leurs Constitutions parlant des 
Saroarites ou Samaritaines et autres qui passent du Christianisme au 
Judaïsme en ont jugé plus doucement, ne leur imposant que la pros- 
cription ou déportation, et les privans de tester et succéder, c^estoit 
in primordiis Christianae religionis, c*estoit envers ceux qui avoyent 
la croyance contraire mais sans blasphème exprès, c'estoit en des 
personnes particulières, mais non en des Pasteurs, qui eussent près- 
ché, administré les sacrements, pour puis après renier tout cela, et 
exposer en diffame les mystères de la Religion Ghrestienne, c'estoit 
en ceux qui se contenoyent sans dogmatiser, mais qu'à bon droict 
Charles ^^ en Tan 4540 punit un Roi de Tybur es costes de Tartarle 
près Tocéan Scythique (où il y avoit encore ces résidus des dix lignées 
transportées en Arzareth fisdras 4) lequel vint en ces temps là parmi 
les Chrestiens, et après avoit parlé à François Premier, es France 
passa en Italie s'addressa à Charles 5« et aux princes d'Italie les solli- 
citaus à quitter le Christianisme et venir au Judaïsme ^ Ce que 
voyant cest Empereur il le fit brusler publiquement à Mantoue. 
Derechef qu*a bon droict les parlements de France ont condanné à 
mort ceux qu*on a trouvé, induisans, faisans le sacrifice du Coq, 
ayans attiré divers à leur abomination et que ceslui ci estant en leurs 
mains n'eust point manqué de recevoir la punition méritée. Pourtant 
qu*il estoit nécessaire de procéder en ceste afi'aire sans vaciller ni 
hésiter, mais que comme au faict de Servet on eut Tadvis des Suisses 
et autres lieux, ainsi faisant le mesme on se pourroit fortifier en sa 
résolution contre les divers jugements qu'on pourroit donner sur 
ce faict. 

Le suivant priant d'estre excusé s*il n*estoit point deTadvis de ses 
frères, et ne pouvoit consentir ni au bannissement, ni au délai de la 
peine et punition de cest exécrable, et monstrant le danger qu*ii y 
avoit de supporter plus longtemps cest monstre, dit que Tadvis de 
dehors ne pouvoit causer que du mal veu que on contenteroit les 
uns, on mescontenteroit les autres, et que plusieurs s*estonnoyent 
de ce retardement, on mestoit en danger plusieurs du populaire de 
croire ou ne croire point la S'« Trinité, et si Jesus*Christ est Dieu, 
par une telle tolérance et delay, que la manie et frénésie ou mélan- 
cholie de cest homme ne le pouvoit excuser en ses blasphèmes non 

1 II Ml fait ici allusion à David ReQbéni. 



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190 REVUE DES ETUDES JUIVES 

plus qu'un adullere n*est pas toléré à cause de Thumeur sanguine, 
un meurtrier à cause de l*huraeur cholérique, un autre du phlegme. 
Et que pour le danger qu'on craignoit de le faire mourir en son en- 
durcissement il faloit faire son devoir, et laisser les evenemens à 
Dieu, qui avoit mis cest homme en mains du Magistral pour esprouver 
son zèle, et qu'on n avoit pas eu ces considérations en divers autres 
jugez à mort sans craindre ces conséquences, et dont on avoit déter- 
miné plus absolument. Pourtant concluoit à rigueurs, adjoustant que 
si le Testament d'un melancholique ou furieux est valable, s'il coqste 
«qu'il Ta fait dans l'intervalle dilucide, aussi la melancholie et manie 
ne peut excuser un homme lorsqu'il continue en ses blasphèmes 
hors de la manie, ayant le discours et la ratiocination entière et 
estant revenu à soi. 

Quelques uns des autres Pasteurs conclurent au délai pour le$ 
raisons susmentionnées tant pour voir s'il estoit bien revenu à soi 
mesme, que pour avoir advis de dehors, mais la pluspart panscherent 
i la sévérité, monstrant qu'il estoit question d'un monstre et noa 
d'un homme, qui de vrai avoit eu quelque aliénation d'esprit, mais 
par un juste jugement de Dieu contre lequel il s'estoit roidi, et avoit 
persisté non seulement en son impieté, mais aussi avoit tasché de la 
maintenir avec subtilitez et sophismes ayant compilé divers passages 
pour preuves de ses propositions abominables, avec tel artifice qu'oa 
voyoit qu'il estoit bien à soi mesme, et que s'il avoit quelque melan- 
cholie, la malice predominoit, laquelle Dieu n'avoit pas permis qu'il 
cachast longtemps soubs ceste hypocrisie et feinte retractation le 
livrant à l'Esprit reprouvé par un jugement du tout estrange, telle- 
ment que le Magistrat pouvoit bien recogooistre jusques où il estoit 
obligé de procéder en tel cas. 

A quoi un autre adjousta que Dieu parlant si exprès, Tu racleras le 
meschant du milieu de toi, monstroit que telle atrocité ne permettoit 
pas de délai, et pour fortifier cest advis fut dit par l'un des autres, 
que sll avoit proféré ces blasphèmes ce n'estoit point seulement in 
furore, mais, ante et post furorem, et que le jugement de Dieu avoit 
fait que le mal avoit esclaté per furorem, pour descouvrir la malice 
que cest homme couvoit, dont le suivant conclud que veu Tatrocité 
de ces choses il n'y avoit rigueur qui ne deust estre exercée contre 
ce meschant. 

Le Magistrat ayant oui les advis des Pasteurs et Professeurs les ea 
remercia, déclarant que suivant iceux il adviseroit comment il auroit 
à faire. Et le lendemain le Corps du Conseil estant allé es prisons 
pour le faire respondre, on le fit venir en la Chambre Criminelle où 
d'entrée il se prosterna à la Judaïque approchant le front fort proche 
de terre. Et estant trouvé entièrement rassi d'esprit sans aqcuu 
indice de frénésie et fureur, respondit à toutes les demandes qui lui 
furent faictes par le Premier Syndique et autres Sénateurs avouant 
d'avoir tenu toutes les paroles ci devant mentionnées, les unes pen- 
dant son transport, disoit-il, les autres en pleine santé. Et estant 



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NICOLAS ANTOINE i9l 

pressé de renoncer à ses meschantes opinions dit qu*il ne le pouTOit 
faire, pour le salut de son ame, dit par trois fois qu*il renonçoit son 
baptesœe, ne voulant recognoistre en façon que ce soit Jésus Christ, 
ni comme vrai Dieu ni comme vrai homme, non plus aussi la 
S* Trinité, avouant d'avoir escrit sa confession avec les démonstra- 
tions des articles et ne s'en vouloir départir. Ce qu'oyant le Magistrat 
après avoir travaillé deux heures à tascher de ramener ce misérable 
à son devoir, on se retira avec horreur. Mais on ne procéda point au 
jugement, que quelques jours après, tant pour lui donner loisir de 
penser à soi, que pour voir s'il n'y auroit aucun retour de manie et 
môiancholie qui eust peu rendre le jugement suspect à diverses per- 
sonnes, finalement il fut condamné à estre bruslé ayant auparavant 
esté estranglé à un posteau. 

Le jour du supplice estant venu avant lequel le Magistrat avoit fait 
entendre aux Pasteurs la sentence donnée contre ledit Antoine, afin 
qu'ils se disposassent à le voir es prisons dès le matin pour tascher 
de le réduire à son devoir ou pour le moins résister vivement à ses 
impietés, sur le scrupule que quelques uns faisoyent que en hastant 
trop le supplice de ce misérable obstiné, on ne laissast tousjours 
quelque soupçon aux estrangers de s'estre trop précipité, qu*on ne se 
naisl en danger de perdre le corps et Tame tout ensemble, qu'on ne 
ilonnoit aucun lieu à quelque advis de Pasteurs signalez qui avoyeiit 
requis qu'on ne vinst point aux extremitez. Et pourtant qu'il seroit 
à désirer que pour le moins le Magistrat surcoyast l'exécution de 
quelques jours ou de quelques sepmaines le tenant renfermé, à quoi 
concluant la Gomp. des Pasteurs elle députa deux de son corps au 
Magistrat le priant de considérer ces raisons et voir s1l y auroit 
moyeu de dilayer, à quoi le Magistrat respondit qu'ils ne pouvoyeni 
donner lieu à la demande des Pasteurs, que ce qu'ils en avoyeot fait 
estoit par zèle à la gloire de Dieu, lequel zèle n*estoit point sans 
eognoissance, veu les escrits et paroles atroces du criminel les res- 
poDses abominables qu'il leur avoit fait par deux fois sans aucun 
indice et apparence de manie ou frénésie, que d'ailleurs ils l'avoyent 
fait après avoir oui l'advis des Pasteurs par lesquels il avoit esté 
jugé non seulement hérétique et blasphémateur, mais coupable d'une 
apostasie générale de la Religion Ghrestienne, criminel de Leze Ma- 
jesté divine au premier chef, fils de mort, indigne d'estre supporté, 
mais plustost méritant d'estre retranché du monde^ partant ne pou- 
▼oyent révoquer ni surcoyer Texecution de ce jugement. Ains or- 
donnoyent que tous les Pasteurs allassent incontinent vers le pri- 
sonnier criminel, de quoi le rapport ayant esté fait à la Compagnie, 
la pluspart des Pasteurs surtout ceux à qui selon l'ordre il escheoit 
d'aller aux prisons y allèrent incontinent, plusieurs des autres y assise 
ierent et s'employèrent vivement à conveincre cest esprit d'erreur. 

Ayant dit qu'on amenast le criminel, et icelui estant veau lui fut 
dit par l'un des Pasteurs que veu les choses passées, sa préparation 
de longue main à s'affermir en ses doutes et blasphèmes, veu qu'il 



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102 REVUE DES ETUDES JUIVES 

s'esloit jette au S^ Ministère ayant une créance contraire en son ame, 
veu qu'il avoit profané et honni les S^' Sacrements de TEglise Ghres- 
tienne, veu son parjure manifeste, veu ses blasphèmes proférés 
de bouche, ses doctrines abominables couchées par eserit directte- 
ment contre la foi Chrestienne, son opiniastreté et résolution à persé- 
vérer en ceste impiété, nostre Magistrat avoit esté justement poussé 
et induit à venir à des remèdes extrêmes, et pourtant qu*il avoit occa- 
sion de penser à soi, si jamais, qu'il n'estoit plus question de repli* 
ques, contradictions, rebellions, mais qu'il faloit recourir à Dieu avec 
un cœur tout brisé rompu et froissé du sentiment de sa douleur pour 
essayer s'il y avoit encore quelque lieu pour lui en ce grand abisme 
de ses miséricordes et compassions, quelque voye à repentance, 
si la gueule du puits n'estoit point encore tout à fait fermée, 
mais que pour bien se préparer à cela il faloit recourir à Dieu, 
par prières ardentes, lesquelles on feroit pour lui et lesquelles 
11 suivroit du cœur pour implorer la grâce de Dieu, à laquelle 
parole il se leva et demanda s*ii estoit condamné à mort, si on lui 
venoit annoncer la morr, et lui estant respondu, qu'oui, qu'il ne 
faloit pas laisser passer le peu de temps qui lui restoit sans Tem- 
]»loyer à faire son salut et reparer les horribles scandales par lui 
commis, il dit, il me faut donc mourir, et baisant terre dit, le S« Nom 
du grand Dieu dlsrael qui a fait le ciel la terre soit bénit éternelle- 
ment. Et estant exhorté de se mettre à genoux pour prier avec les 
Pasteurs il dit, Je prierai Dieu pour moi, vous prierez Dieu pour 
vous, si vous voulez, ne se voulant mettre à genoux, ni faire aucun 
acte de dévotion avec eux, ô l'occasion de quoi les Pasteurs direut 
qu'il faloit qu'il obeist, et le geôlier s'estant approché, pour le con- 
traindre de s'agenouiller, il fit semblant de vouloir obéir, mais aux 
premiers mots de la prière il se releva incontinent secouant la teste, 
et se couvrant, marmonnant quelque chose entre ses dents. Ce que 
voyant le geôlier et les sergens le voulurent contraindre de s'age» 
nouiller, ce que toutesfois jamais il ne voulut faire, se séant sur 
terre, et finalement s'estendant sur terre tout son long, jusques à ce 
que la prière fust finie, après laquelle 11 demeuroit tousjours couché 
de son long la face baissée contre le plancher, jusques à ce qu'estant 
commandé de se relever et escouter ce qui lui seroit dit il se releva 
parlant et mourmonnant quelques prières au grand Dieu dlsrael, et 
lui estant représenté avec larmes et paroles véhémentes le regret 
qu*on avoit du misérable estât auquel il s'estoit plongé et duquel 
auparavant il ne s'estoit soucié de se retirer quelques remonstrances 
sérieuses qui lui eussent esté faite, pourtant quMl estoit temps où 
jamais de penser à soi puis que dans peu d'heures il faloit aller com- 
i)aroir devant celui que tant il avoit nié et blasphémé. Il respondit 
qu'il n*avoit point blasphémé, Jlnvoque et adore, dit-il, le grand 
Dieu d'Israël qui a fait le ciel et la terre, qui a fait ce beau Soleil, 
dès ma jeunesse j'ai tasché de servir à Dieu en conscience, de suivre 
le droit chemin, J'ai trouvé qu'il n'y a qu'un Dieu, ne me pouvant 



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NICOLAS ANTOINE 193 

résoudre qu'il y eust trois Personnes, J*ai trouvé que par le Nouveau 
Testament cela estoit maintenu, mais sachant qu*il y avoit une autre 
Escriture assavoir l'Ancien Testament, J'ai Irouvé qu'il n'y avoit 
qu'un Dieu, et qu'il n'est jamais parlé de trois personnes, et autres 
telles paroles qu'il avoit dites à diverses autres fois auparavant. Pour- 
tant qu'il ne pouvoit ni ne devoit donner lieu à ^ine autre croyance 
que ce seroit eslre contre sa conscience. A quoi lui estant objectés 
les passages de l'Ancien Testament tant pour prouver la Trinité que 
la personne et office de Jésus Christ, il éludoit le tout comme aupa- 
ravant, dit que les sepmaines de Daniel se dévoyant entendre de 
sepmaines de sepmaines assavoir autant de Jubilez qui fait 4300 ans, 
dont lui estant monstre l'absurdité en ce qu'il est monstre du Conduc- 
teur du peuple à venir qui devoit deslruire la cité par les ailes abo- 
minables et lui mesme advouant que ce Conducteur estoit Vespasian 
ou Titus son ûls il n'estoit pas recevable de dire que à l'esgard du 
Christ les sepmaines fussent sepmaines de sepmaines^ des qu'à l'esgard 
de la destruction ce n estoyent que sepmaines d'années, veu que cela 
est contenu en la mesme prophétie et annonciation de l'ange Gabriel 
Daniel 9. Il n'eut que répliquer à cela ni à plusieurs autres passages 
qui lui furent alléguez sur tout des PSeaumes 2 et 440. sinon qu'il 
detorquoit divers passages qu'il opposoit et ne vouloit jamais donner 
lieu à aucune retractation de ses erreurs et blasphèmes. . 

Lui fut aussi demandé quelque chose de certaine confession qu*il 
avoit faite pendant sa maladie dans sa prison, ses gardes lui ayant 
oui demander pardon à Dieu de quelques souillures et vilainies, il 
dit qu*il n*estoit pas tenu d'en respondre. que nous n'estions pas dés 
prestres pour recevoir des confessions auriculaires. A quoi estant 
répliqué que non mais puis que lui mesme l'a voit dit et que cela 
donnoit scandale il estoit obligé si la chose estoit vraye de reparer le 
scandale par sa confession, Ce qui fit qu'il en parla et dit n'avoir 
jamais pensé à aucune meschanceté de telle nature, qu'il avoit esté 
en Italie et avoit esté mené en un bourdeau à Bresse, mais qu'il n'y 
avoit rien commis et n'avoit touché personne. 

Lui estant demandé à la requeste de quelques Pasteurs du bail- 
liage de Gex qui estoyent présents comment il avoit baptisé les 
enfans, si au nom du Père du Fils et du S^ Esprit, il dit qu'oui, et 
qu'il en avoit très grand regret, finalement sur la requeste faite par 
les Pasteurs au Magistrat que les escrits d'icelui ne fussent pas 
bruslez mais plus tost renfermez afin qu'on eust un mémorial de ce 
pourquoi il estoit condanné à mort, et que ce n'estoit pas pource 
qu'il avoit esté Papiste, et eslevé entre les Jésuites, mais pour des 
horribles blasphèmes proferez et escrits contre la S^<> Trinité, en la 
Personne de nostre Sauveur, et tous les mystères de l'Evangile, 
Le Magistrat ayant ordonné que ses escrits seroyent gardez après 
qu'il les auroit signez de sa main, le secrétaire d'Estal estant venu es 
prisons, et lui ayant produit ses escrits demandant s'il les recognois- 
soit et les vouloit signer, Il advoua les recognoistre, s'approcha pour 
T. XXXVI, n"* 72. 13 



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lUi REVUE PBS ÉTUDES JUIVES 

les signer, dont les Pasteurs le voulans destourner et Usob^os de V^ 
froyer afia qu'il eus! quelque horreur. Il se roidit plus qu'auparavaal, 
prend la plume et signe le tout en trois endroits assavoir au bout dç9 
douze articles, la démonstration d'iceux, et Tex position ou plus tost 
dépravation duô3<> d'Ësaie. Depuis continua tousjoursàrejetter tout œ 
qui lui estoit dit par les Pasteurs sans doaner aucun lieu à la Vérité 
ni rétractation de ses blasphèmes jusques à ce que le Lieutenant da 
la Justice estant venu, et lui ayant commandé de le suivre pour ouir sa 
sentence il fut mené devant le Tribunal attendant la venue des Syn* 
diques. C'est là où les Pasteurs lui reprochant l'atrQcité de son crime, 
le gouffre où il estoit prest de tomber, les ardeurs elernelleii qui lui 
estoit préparées s'il ne se retirolt de ses blasphèmes abominables, e4 
ne donnoit gloire à Dieu tant s'en faut qu'il donnast lieu aux exhor- 
tations et adjournements qui estoyent faits à sa conscience qu'au lieu 
de donner gloire à Jésus Christ devant le S^ Tribunal duquel 11 alloit 
comparoir beaucoup plus terrible que celui des Juges terrestres, 
jamais il ne le voulut recognoisire, mais dit, il n'y a qu'un Dleu^ 
J'adore le grand Dieu d'Israël qui a fait le ciel et la terre. Et lea Synn 
diques estant monstez sur le Tribunal après la lecture du procès 
faite par le Secrétaire d'Ëstat, à laquelle il ne contredit point Vescoi;h> 
tant fort attentivement, avant le recri de l'arrest ou sentence, le Pre«^ 
mier Syndique lui disant que c'est qu'il avolt à dire là dessus, el 
qu'il demandoit estant exhorté par les Pasteurs de se jetter à 
genoux et demander miséricorde à Dieu, et au Magistrat, ûfita^menit 
il se jetta par terre et adora à la Judaïque et disant béni soit Ve grand 
Dieu, le seul Dieu d'Israël, J'adore ce seul Dieu qui a fait le ciel et la 
terre, après quoi le Syndique ayant donné l'arrest au Secrétaire en fut 
faite lecture, par lequel il estoit condamné à estre lié, et mené en la 
place de plein palais, et là estre estranglé à un posteau et puis brual^. 
Là dessus le Lieutenant commanda à l'exécuteur de le saisir pouv 
le lier et mener au supplice, et lors les Pasteurs s'eQorçana de coavai-» 
tir ceste ame endurcie lui representans la grandeur de son crime,, lea 
liens éternels dont il alloit estre lié, le gouffre où il s'allait preci* 
piter, et ainsi qu'il donnast gloire à Jésus Christ et Fils eterneil de 
Dieu éternel qu'il avoit tant blasphémé afin de trouver grâce devaul 
lui, iX ne cessa de continuer ses exclamations du grand Dieu d'Iaraet* 
et au chemin lui estant dit le passage du PSeaume % Baisea le Fila» 
en Hebrieu^ il acheva le dit passage et en adjousta plusieurs autres 
en Hebrieu, sans jamais vouloir donner lieu à aucune remoostjranoa. 
Estant près du buscher ou posteau où il de volt estre exécuta, Ua 
Pasteurs Tadjurants et conjurans à ceste heure là et en ce teaupa de 
penser à soi qu'il y avoit encor temps de recourir à la misericorda 
de Dieu confessant son péché, confessant Dieu tel qu'il s'est inaai* 
festé au Ylel et au I^^ouv. Testament^ que ce Jésus ChrLsi qu'il avaU 
blasphémé et blasphemoit avoit pardonné à un poure brigand, qu'U 
avoit dit que tout blasphème prononcé contre lui pouvoit es.tra pav* 
donné, pourveu qu'il n'y eust point d^ blasphème contre l'Es^vil- \ 



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NICOLAS ANTULNE 195 

quoi au lieu de respondre il commença à grincer les dents et tourner 
les yeux, disant qu'il n'y avoit qu'un seul Dieu, et qu'il vouloit 
mourir pour la gloire du grand Dieu disrael, prit son chapeau et le 
le jetta en Tair disans, Allons, allons mourir pour la gloire du grand 
Dieu disrael. Il n'y en a qu'un, \\ n*y en a point d*autre. 

Sur quoi lui estant répliqué que nous ne recognoissions qu'un 
seul Dieu, mais qu'il estoit un avec le Fils et le S^ Esprit, en cestd 
S^® Trinité, et que sans le Fils et le S^ Esprit il ne recognoissoil 
point le vrai Dieu disrael, mais qu'il se forgeoit un Dieu de Turc, 
un fantosme, il s'escria il n'y a qu'un Dieu, ne croyez pas ce qu'on 
vous dit. Je n'en recognoi point d'autres, grinçant les dents et secouant 
la teste faisant des gestes estranges surtout quand on lui parloit de 
nostre Seigneur et Sauveur Jésus Christ, ce qui donna occasion à 
l'un des Pasteurs de dire au peuple, Mes frères voyez vous ici l'en- 
nemi de nostre Sauveur qui blasphème et maudit nostre Seigneur 
Jésus Christ, qui ne le veut point recognoistre, à laquelle parole tout 
le peuple frémit et^ut telle horreur que de tous costez on entendît 
un bruit sourd, de quoi au lieu de s'esmouvoir, il se roidit en sa 
malice, et dit non il n'y a qu'un Dieu, puis qu'il n'y a qu'un Dieu 
il ne peut pas y avoir trois Personnes. Je ne veux point recognoistre 
tout cela, Je ne recognoi que le seul vrai Dieu d'Israël, seul en es- 
sence, seul en Personne, tout le reste n'est point. A ceste parole l'un 
des Pasteurs lui disant que s'il continuoit à parler ainsi on lui cou- 
peroit la langue, il se moqua de cela et tirant la langue fort avant dit, 
Tenez là, faites la couper, persistant toujours en ces propos abomina- 
bles, sur quoi ayant esté fait signe à l'exécuteur qu'il lui serrast tant 
soit peu le garrot afin qu'il fust empesché de parler et qu'il escoutast 
la prière et les exhortations des Pasteurs, la prière estant commencée, 
ou les Pasteurs faisoierU mention d'un seul Dieu Père, Fils et S^ Esprit, 
parlant de Jésus Christ nostre Seigneur, quoi qu'il ne peust parler à 
ceste parole il grinça les dents, et jetta un soubris de rage et de 
mespris, frappant du pied sur le buscher, et monstrant des signes 
et indices qu'il mouroit en son impieté, finalement la prière estant 
achevée et le bourreau l'ayant deslié du posteau où il avoit esté 
estranglé on le vit remuer la teste et les jambes lors que le feu fut 
mit au buscher, tellement qu'il sentit encor l'un et l'autre supplice 
en son corps, avec grande apparence que son ame en allolt souffrir 
un autre plus severe, siuon que Dieu par ses miséricordes infinies 
et incompréhensibles aist voulu faire triompher ses grandes compas- 
sions par dessus la malice de cest exécrable lui faisant la grâce de le 
recognoistre en la dernière heure de sa vie. Mais cela estant caché 
par devers Dieu, cest exemple doit donner une juste frayeur à un 
chacun pour se rendre docile à croire ce que Dieu nous a révélé en 
sa parole, sans l'assubjectir à nos sens et raisons, Veu que Dieu ne 
laisse point impunis ceux qui par une curiosité audacieuse veulent 
sonder ces mystères par dessus la révélation, et celui qui veut son- 
der la Majesté de Dieu sera abismé par la gloire. 



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REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



Page 29 du même registre : 

redi 19 May 4626. 

(lu'il y avoit ici un estudîant en Théologie de Metz nommé 

ine recommandé à la Compagnie qui a présent estoit fort 

9 la fiebure et en nécessité, partant la Ck)mpagnie estoit 

lui tendre la main. Advisé de lui bailler quatre talers, ce 

fait. 



Page 78 du même registre : 

' Antoine estudiaut en Théologie se retirant d'ici, et 
ir fournir aux frais de son voyage a esté recommandé à la 
la Compagnie, laquelle lui a ordonné quatre ducatons 
u de Mons. Prévost, outre quelque chose de Mons. le Rec- 
indredi 24 Mars, il n*y a eu autre. 

l suivre.) 



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ERREURS RÉCENTES 

CONCERNANT D'ANCIENNES SOURCES HISTOWQDES 



H. A. Schlatter, professeur de théologie, qai est conna par des 
trayaux, parus en 1893, sur la topographie et l'histoire de la Pa- 
lestine S a publié récemment une étude* qui forme, en partie, la 
suite de ses travaux antérieurs. Dans cette étude, il expose à nou- 
veau le soulèyement des Juifs de la Palestine sous Barkokhba et 
les éyénements qui ont précédé cette révolte, en s*appuyant prin- 
cipalement sur les indications fournies par la littérature tradition- 
nelle des Juifs. La thèse que M. Schiatter oppose à ceux qui ont 
raconté avant lui Thistoire du temps d'Adrien, et en faveur de la- 
quelle il s'efforce d*invoquer les assertions des Tannaïtes, peut se 
résumer ainsi (p. 1) : Dans Tannée 130, Adrien rendit aux Juifs 
remplacement oii s*élevait autrefois le temple. Cette marque de 
bienveillance et les travaux commencés pour la reconstruction du 
temple réveillèrent dans les cœurs les espérances messianiques et 
eurent pour conséquence rétablissement de la royauté messia- 
nique de Barkokhba. Survint alors la guerre de Barkokhba (132- 
134) ; celle-ci terminée, Adrien fit construire la ville nouvelle 
d*Aelia. 

Il est certain qu*à la lumière de Tinterprétation nouvelle de 
M. Schl., plusieurs faits se comprennent mieux et qu*en dépit de 
Tabsence de tout renseignement direct, on trouve moins étrange 
Tespoir nourri par les Juifs de restaurer Jérusalem et le culte du 
temple dans la première année du règne de Barkokhba. LMdentiû- 

1 Znr Topographie und QetehichU PûlâHina*i. 

* Cette étade, iatitulée : Die Toge Trajam und Hadrians» a paru dans les Beiirâgo 
9ur Fordorung chrittliehor Théologie^ 1'« anoée, 3* fascicule, Gûtersloh, 1897, 
p. 1-100. Ce fascicule contient, à la fia, uq trayail de M. A. Foss, Leb$n und Sckvif- 
Un Agobërdê^ Brobiêchofs pon Lyon^ qui présente égalemeat de Tintérôt pour This- 
toire des Juife. 



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198 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cation qu'il propose d'établir entre 1?T5n 'nt^^b», c'est-à-dire le grand- 
prétre des monnaies de Barkokhba, et TEléazar ben Harsdm des 
sources talmudiques qui, d'après le traité de Semahot, viii, vivait 
rris^Don n:^^n, semble également assez plausible. Mais il n*est pas 
moins vrai que l'argumentation de M, Schl. ne réussit pas à con- 
vaincre, parce que notre auteur n'est pas suffisamment familiarisé 
avec les sources où il puise ses renseignements et qu'il ne sait pas 
les utiliser avec une clairvoyance assez sagace. Son travail pré- 
sente encore un autre point faible : par une sorte de dédain pour 
ses devanciers, il néglige de mentionner leurs opinions et surtout 
de les réfuter, présente presque comme des axiomes ses propres 
opinions, qui sont parfois très sujettes à caution, et fait ainsi 
douter de la justesse de ses vues. Néanmoins, pour l'étude de l'his- 
toire juive, on devra tenir compte dorénavant des importantes 
recherches d^ M. Schiatter, et nul ne pourra sérieusement traiter 
des temps de Trajan et d'Adrien sans connaître ses travaux sur 
cette période. Mais il me parait utile de rectifier ici certaines er- 
reurs commises par M. Schl. en recourant aux sources. On verra 
que si notre auteur s'est trompé, ce n'est pas seulement parce 
qu*il n'a pas su tirer tout le profit possible des sources qu'il avait 
sous les yeux, mais aussi parce qu'il n'a tenu aucun compte des 
recherches et des opinions de ses devanciers ^ 

1. Page 9, M. Schl. dit : « Du cdté juif aussi, on établit une dif- 
férence entre la persécution d'Adrien et celle d'Antiochus Épi- 
phane, car les docteurs disent : Lès premières eaux firent manger 
de )a viande de porc, les dernières causèrent la mort [Midrasch 
rabba sur Nombres, § 20). Les édits d'Adrien ne forcèrent pas les 
Juifs à manger de la viande de porc, mais firent prononcer de 
nombreuses condamnations à mort. » Ainsi, d'après notre auteur» 
les « premières eaux » désigneraient allégoriquement les persécu- 
tions d'Antiochus Epiphane et les « dernières eaux » les persécu- 
tioas d'Adrien, sans doute d'après Psaumes, cxxiv, 4-5. Cette 
interprétation lui parait si certaine qu'il n'a pas cru nécessaire 
d'ajouter au passage cité un mot d'éclaircissement. Or, il se 
trompe absolument. Aussi bien dans les sources secondaires qu'il 
cite {Nombres rabba^ ch. xx, éd. Wilna, § 21) que dans la source 
primitive, c'est-à-dire le Talmud de Babylone [Yomay 63^, et 

1 Comme trait caractéristique de la légèreté avec laquelle M. Schiatter indique 
parfois les sources, je citerai ici le fait suivant. Page 31, il indique comme source, 
nour la formule de bénédiction a'^:37am DICDH "TTia, le Miiroich rabba sur 
Nombres, ch. xxiii, au lieu de citer les Traies sources, qui sont le Talmud de Jérusalem 
{Taanit, 69a),- celui de Bab^rlone (Berachot, 48 6 ; Taanit, 31a; Baba B^fà, 121 h] 
et Echa rahbati sur ii, 2. 



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ERREURS RÉCENTES CONCERNANT DES SOURCES HISTORIQUES 199 

HmlUn, 106 d), Oh reconnaît facilement que d-^aTiDÉnïi û*^» dési- 
gnent Teâu avec laquelle on de lave les mains avant le repas, et 
Û'»3*nn»n tn^ celle qui sert après le repas. En négligeant de se 
laver les mains avant ou après le repas, les personnes dont parlent 
certaines anecdote^ racontées ailleurs s'exposaient aux consé- 
quences fâcheuses énumérées dans le passage talmudtque. 

2. P. 21. « Juda ben Baba faillit être considéré comme pro- 
phète, titre que nul ne posséda depuis Samuel le Petit. Les dis- 
ciples de ce dernier (pas ceux d'Âkiba) voulaient proclamer à 
propos de Juda qu'il était inspiré de l'esprit saint, mais l'heure 
fut troublée, c'est-à-dire la guerre éclata [Tosefta Sota, xiii, 
éd. Zuckermandel, 319, ligne "7). » Un simple coup d'oeil jeté sur 
le texte montre que M. Schl. ne l'a pas compris. Voici, en effet, ce 
que dit la Toseftt : biû i^rTDbn nTDib n«pn «aa la mw 'n b:? C|« 
rvmti nDlûW »bît bandai». M. Sch. semble avoir traduit ainsi : « Les 
disciples de Samuel voulurent aussi dire de Juda [qu'il était animé 
de l'esprit saint], mais. . . » Mais rn-^^bn est une faute pour iTTabn, 
et n^nb "WJpa n'a pas de sujet déterminé, ou plutôt le sujet est : on. 
Le texte du ms. d'Erfurt imprimé dans l'édition Zuckermandel est 
défectueux dans ce passage ; il est plus complu et, comme le 
prouve le contexte, plus correct dans la variante indiquée par Z. 
en note d'après le ms. de Vienne et les éditions, variante dont 
M. Sch. n'a tenu aucun compte. La voici : «aa p "^"n h:^ C|«l 
'i::tp^ btrm^ b« rrnbn tdh «n rjy «a vby i-^n^i» 'Xrr^ lî-^nn. Ce 
passage doit être expliqué ainsi : De môme qu'on a prononcé sur 
Samuel le Petit ces paroles élogieuses bt) iT^bn Ton iXn T^a:? txn 
bbîi, de même on aurait exprimé cet éloge sur Juda ben Baba, à la 
mort de ce docteur, si les circonstances, c'est-à-dire les persécu- 
tions d'Adrien, n'y avaient fait obstacle. Voir les passages paral- 
lèles dans j. Sola, 24«>, ligne 39, et b. Sota, 48 &, où 11 y a égale- 
ment iTDpa comme dans le ms. d'Erfurt. Mais M. Sch. a négligé 
ces passages. 

3. P. 24. M. Sch. corrige, dans Mischna Taanit, iv, 8, oitsiooidn 
en DtaiDOiDô^, mot dans lequel il \o\t apostat. Cette correction n'est 
pas nouvelle. On la trouve déjà dans VAriich de Kohut, I, 222 Z?, 
citée au nom de M. Hochstaedter, qui croit que cet apostat est 
Alcime. Mais, comme le mot grec àiroaràTr,; ne se retrouve nulle 
part ailleurs dans la littérature talmudique et midraschique et 
qu'il est très vraisemblable que la Mischna désigne par son nom 
Iliomme qui, le 17 tammouz, a brûlé la Tora, la correction pro- 
posée ne parait pas admissible. M. J. Derenbourg (Essai sur Vhis- 
taire de la Palestine, p. 68 s.) pense au nom de Postumus ou Sep- 
timus, nom qu'aurait porté le soldat romain qui, d'après Josèphe 



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200 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

(B. /., II, 12, 2), a déchiré et jeté au feu un rouleau de la Loi. 
D'après M. Halberstam [Revice, II, 127), oitticaDiDN, avec une légère 
correction, serait Faustinus, nom que portait Jules Sévère, le gé- 
néral d* Adrien. Mais en admettant môme la correction proposée 
par M. Schl., nous ne pourrions jamais voir dans cet apostat, 
comme le fait notre auteur, Elischa ben Aboiiya, désigné par les 
Tannaïtes sous le nom de Ahèr. Car on ne comprendrait pas pour- 
quoi il ne serait pas appelé ^una^ ici également, ni qu*il eût accom- 
pli une action aussi abominable et, s*il s*en était réellement rendu 
coupable, que son disciple Méïr fût resté en relations avec lui. 

4. P. 2'7. « Les p-oudeta (musées) — mÉr^Di» "^n -^ que les païens 
ont fait construire pendant la persécution sont interdits môme 
quand la persécution a disparu. » Cest ainsi que M. Schl. traduit 
le passage de la Tosefta Adoda Zara, v, 6 (éd. Zuck., p. 468, 
1. 26). li prend donc Tinitiative, sans autre explication, d'enrichir 
le lexique talmudique de ce mot nouveau et introduit pour la 
première fois dans l'histoire de la Palestine Tidée que ce mot 
représente, en songeant probablement au Musée d'Alexandrie. Il 
continue alors par les réflexions suivantes : « C'est un trait carac- 
téristique d'Adrien que cet empereur, au moment môme où il 
ordonnait de sanglantes persécutions, conservait Tlllusion d'ôtre 
le bienfaiteur des Juifs. Dans sa pensée, il les guérissait de leurs 
superstitions et les initiait à la civilisation grecque... Ce fait est 
encore important à un autre point de vue : il prouve que la persé- 
cution a duré plusieurs années. Car il fallait du temps pour élever 
de tels édiâces, qui n'ont certes pas été construits pendant la 
guerre. La Halakha mentionne seulement les {xouoreïa et non pas 
les temples, parce qu'elle n'avait plus besoin d'interdire aux Juifs 
de fréquenter les temples des païens. » Toutes ces observations et 
déductions de M. Schl. ne reposent, en réalité, que sur une leçon 
incorrecte du ms. d'Erfurt de la Tosefta. Car ce ms. seul écrit en 
deux mots le terme que M. Schl. rend par (xou<Teîa et qui partout 
ailleurs est écrit nrott'^n, de p<ojjL<i;, « piédestal pour des idoles » ou 
a auteU. Cf. Levy, I, 219. La leçon exacte est nvo»in; elle se 
trouve dans la Mischna éditée par Lowe [Aboda Zara, iv, 6) : 
M.lniN l'^T'^awu) "^50» l'^nni» ib» "^^ û-^^dV» \m nro^ia. Voir aussi, 
pour ce passage de la Mischna, les explications à^Ahoda Zara, 
53 b. Il aurait suffi que M. Schl. se rappelât que le mot T^jm ne 
peut pas signifier « élever une construction » pour éviter de se 
laisser égarer par la mauvaise orthographe (nn'^Di): "^i) du ms. 
d'Erfurt. 

5. P. 29, note 1. M. Sch. cite le mots nîûin V© rrrT de j. Aboda 
Zara^ 39 d, et les traduit exactement^ ce semble, en leur faisant 



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ERREURS RÉCENTES CONCERNANT DES SOURCES HISTORIQUES 201 

designer le marché tenu près da térébinthe, dans le voisinage 
d*Hébron. Mais il omet de mentionner le passage parallèle de Ge^ 
nèse ràbha, ch. 47, fin, et de rappeler que d<*jà M. Neubauer [La 
Géographie du Talmud^ p. 262} a établi un rapprochement entre 
pDn 'm'> de Genèse rabba et la localité de Betanin qu'Eosèbe place 
dans le voisinage d*Hébron. 

6. P. 31 s. D'après M. Schl., le récit de Meïla, ITô, « rappelle 
les événements qui provoquèrent Tédit de tolérance » par lequel 
Antonin le Pieux mit fin aux persécutions ordonnées par Adrien. 
En réalité, ce récit, où Eléazar, fils de Yosé ben Halafta, joue un 
rôle, se rapporte à une époque ' postérieure, peut-être à Tannée 
163, année où Simon ben Yohaï chassa — selon ce môme récit 
— un démon du corps de la fille de l'empereur (cf. Revue^ 
XXXV, 286). 

7. P. 42. « L'assertion suivante est attribuée à R. Judan, doc- 
teur du iii« siècle : Aucun des forts de Jérusalem n'était destiné 
à être conquis en moins de quarante jours [Midrasch rabba sur 
Lam., II, 3). Ce passage ne se trouve pas au milieu des matériaux 
qui se rapportent à Tan 70, mais avec ceux qui font connaître les 
souffrances infligées par Adrien. » Autant de mots, autant d'er- 
reurs. L'auteur de cette assertion, Y^v 'n, n'est pas du m® siècle, 
mais florissait vers le milieu du w. L'assertion elle-même, qui se 
rapporte à ce texte : rmm na "^^ata» vi-a:?a onn, est ainsi conçue : 
D-'ja-iKTD mno «aanb rr-'i^n nn-^n «b û'«b©in'»a nn-^nia rn-'m n-r^a ba 
...Dnn ni3v ittniiTD Iran dr. 11 ne faut pas traduire : « Aucun des 
forts de Jérusalem n'était destiné à être conquis en moins de qua- 
rante jours », mais <f chaque fort était assez solide pour résister 
au moins quarante jours, mais la colère de Dieu, provoquée par 
les péchés d'Israël, amena plus rapidement la chute de ces forts. » 
Rien, dans ce passage ou dans le contexte, ne prouve qu'il se rap- 
porte à l'époque d'Adrien. L'agadiste pensait sans doute avant 
tout à la destruction de Jérusalem par Titus, mais rien ne démon- 
tre qu'il n'ait eu en vue la victoire de Nabuchodonozor. Les con- 
clusions tirées de ce passage par M. Sch. ici et dans son ouvrage 
précédent (Zur Topographie, p. 140 et 146) sont donc inexactes. 

8. P. 47 et 51. Lorsque R. Yosé dit que « la modestie de in rvUDi 
oibnpaN a causé l'incendie du temple o {Tosefta Sabbat, xvi, 13; 
éd. Z., p. 135, 1. 12), il a en vue, d'après M. Schl., un événement 
du temps d'Adrien. Mais notre auteur s'abstient de comparer l'as- 
sertion de R. Yosé avec celle de R. Yohanan, qui en découle 
{Guiitin^ 56 a), bien que les mots de R. Yosé ne se comprennent 
que par le récit de Guittin (voir aussi Echa rabbati sur iv, 2). Or 
ce récit se rapporte sans contredit à la destruction du temple par 



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202 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Titus et aux événements qui ont précédé cette catastrophe. Il est 
vrai que M. Schl. place aussi Tincident de Kamça et Bar Kamça à 
l'époque d'Adrien (p. 60). M. Schl. se tronape également en corri- 
geant oibnpaN en Euptolemos. Ce Zacharia ben Dibipa» ou, selon 
une variante, oibip*^» est aussi mentionné par Josèphe, B. /., IV, 
4, 1, qui l'appelle Z. b. Amphikoulos (cf. Derenbourg, Essaie 
p. 267). M. Schl. prétend que la discussion entre les écoles de 
Schammaï et de Hillel à propos de laquelle on cite l'opinion de 
Zacharia ben onbip^fi^, dans la Tosefta, ne peut avoir eu lieu 
qu*après l'an ^O, mais cette assertion ne s'appuie sur rien. 

9. P. 50. a Yohanan dit au nom du patriarche Juda P' : Kohab 
sortit de Jacob (Nombres, xxiv, H); il ne faut pas lire Kokab, 
mais Eozeb (Midrasch rabba sur Lament., ii, 2). o Le passage cité 
par M. Schl. est la reproduction de ces mots ù'Echa ràbbati : Tt)R 
ariD »bN aDi5 -^npn b» apjn» sdid yrr ^^n rm "^nn •^"n. Mais, comme 
je l'ai établi dans mon Agada der Tannailen, I, 291, ce passage 
a forcément le môme sens que le passage de j. Taanit, 68 d : ''sn 

Dans Echa r., "^"n ne désigne pas R. Yohanan, mais R. Juda ben 
IlaY, et "^n^i ne désigne pas le patriarche Juda P% mais Akiba (bar 
c'est un disciple d'Akiba qui parle et qui dit : mon maître, "^an). 
Ce fut, en effet, Akiba qui eut recours à la méthode favorite de 
*«nph h^ pour appliquer la prophétie messianique des Nombres à 
celui qu'il avait reconnu comme Messie. Au lieu de 3313, il lut 
alors nn3 ou «ans, c'est-à-dire «nna na « l'homme de Kozéb », qui, 
à la suite de l'interprétation d'Akiba, fut appelé «aats na. Ce nom 
signifiait, aux yeux des adhérents de Bar-Kokhba, que sa mission 
était déjà indiquée dans la Bible, comme l'avait expliqué Akiba. 
On aurait donc tort, comme l'ont fait MM. Derenbourg (J^^^ai, 423) 
et Schiirer [Qeschichte des jûiischen Volkes, I, 510), de donner 
au mot ana, dans Echa r., le sens de « trompeur^ ». De plus, 
M. Schl. expose inexactement les faits, quand il dit (p. 52) : « Le 
vrai nom, celui de Bar-Kohhba^ disparaît pour faire place à celai 
de Bar-Rozéba, que les Juifs déçus avaient sûrement formé 
d'après le premier. » Les deux noms donnés à celui que R. 
Akiba avait reconnu comme chef sont exacts. Il s'appelait [Simon] 
bar Kozéba et fut nommé Bar-Kokhba par ses partisans. Mais 
après son échec, on cessa naturellement de le désigner par ce 
dernier nom, qui ne fut maintenu que dans les sources chré- 

' M. J. Derenbourg dit lui-même dans Bds « Quelgaes notes sur la guerre de B«r 
KôzebA (Mélanges publiés par l'École des Hautes-Etudes, Paris, 1878, p. 158) : 
« Kôzôbâ est le nom d*une localité mentionnée 1 Cbion., iv, 22, probablemeni iden- 
tique avec Tancien Kt^tb (Gen., xxxviii, 5), dont c'est la forme artméenne. » 



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ERREURS RÉCENTES CONCERNANT DES SOURCES HISTORIQUES 203 

tiennes. Dans les milieux chrétiens, on continua, sans doute par 
moquerie, de l'appeler « Fils de Tétoile ». La tradition juive a 
conserTé seulement le nom primitif, mais rien ne prouve qu'on 
n'ait également songé à Pétymologie du mot nsn^, lieu natal de 
notre liéros. 

10. Dans j. Berakhot, 13 &, en bas, et j. Aboda Zara, 40a, il 
est dit que R. Oamliel, se promenant un jour sur la montagne où 
s'ëleyait le temple (et non pas sur remplacement du temple) et 
apercevant une belle païenne, prononça une formule de bénédic- 
tion. M. Schl, dit (p. *74) qu'il s'agit de Gamliel IL Cela est pos- 
Bible, car ce docteur a visité les ruines du temple en compagnie 
d'autres Tannaltes. Mais je crois plutôt qu'il s'agit de Oamliel I et 
que ce fait s'est passé avant la destruction du temple. Le passage 
parallèle A" Aboda Zara, 20 a, nomme h^^^^ la x^m^ la*i, au lieu 
de Verbtta 'n. Si c'est là la bonne leçon, ce docteur serait Simon, 
fils de Gamliel I«^ 

11. Dans son argumentation (p. 76) sur le passage de Tosefta 
Beràkhot, vu, 2, et les passages parallèles relatifs à Simon ben 
Zôma, M. Schl. part de cette hypothèse que l-^oibDi» ,NOibDn« dé- 
signe exclusivement une troupe de soldats. Or, ce mot s'applique à 
une foule quelconque (Voir mon Agada der Tannaiten^ l, 430 s.). 
Les explications qui suivent la formule de bénédiction proposée 
par Ben Zôma émanent de ce docteur lui-même ; dans Berakhot, 
58 a, elles sont introduites par les mots n^n» rr^i acm. 

12. P. 80 s. M. Schl. prétend qu'Ëléazar b. Çadok et Abba Saûl, 
fils de la Batanéenne, étaient établis à Jérusalem après Tan 70 et 
que tout ce qui est raconté relativement au séjour d'Eléazar à Jé- 
rusalem a eu lieu après 70. Mais ses arguments ne sont nullement 
probants. On peut continuer à s'en tenir à l'opinion admise jusqu*à 
présent, qu*il s'agit de l'époque antérieure à la destruction de 
Jérusalem par Titus. Il est certain que M. Schl. n'a pas raison 
quand il identifie notre Abba Saûl n'^^un in avec Âbba Saûl 
à*Abot, II, 8 (p. 83). Ce dernier est un Abba Saûl plus jeune et 
plus connu ; l'assertion qui est mentionnée en son nom dans Abot^ 
II, 8, est une tradition que, d'après une version des Abot di R. 
NcUhan, il a rapportée au nom d'Akiba (cf. Agada der Tannai- 
ien, II, 366). 

13. Les mots n^-ï»»!! piT de Tosefta Pesahim, ii, 11 (éd. Z., 
p. 159, 1. 9) sont traduits par M. Schl. (p. 85) « le chef des prêtres 
Zenon ». Mais nsn):^, dans ce passage, ne désigne pas cette dignité, 
mais le surveillant de l'école. Ce môme Zenon est appelé une fois 
tîrm inrt 'n (j. Berachot, 7rf ; cf. Levy, III, 142a). 

14. Les réflexions de M. Schl. (p. 92 s.) sur Pappos ben Juda et 



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204 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ses rapports avec Akiba ainsi que sur l*incarcëration de ce der* 
nier supposent comme certaine Tidentité de ce Pappos avec son 
liomonvme. le frère de Julien. Or cette identité n*a en sa faveur 
rpolation du Sifra sur Lévitlque, xxvi, 9 (éd. Weiss, 
)8t manifestement incorrecte. Tout le récit de M. Schl. 
c sur des données incertaines. Notre auteur ne fait 
les arguments plus sûrs quand il afârme que le récit 
rabba^ ch. 64, où Josua ben Hanania calme le peuple 
ir rinterdiction de reconstruire le temple, a en vue la 
ion qui avait été autorisée par Julien TApostat, et que 
[)n de Josua ben Hanania est un anachronisme imagi- 
\ s.). Jusqu'à présent, on avait toujours admis que ce 
ssant de Genèse rabba avait un fond historique. 

»t, avril 1898. 

W. Bâcher. 



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W'^. ■■■ 



LE 

TRAITE TALMODIQUE « DÉRECH EREC » 

( SUITE*) 



parubs narrativss 



Les parties narratives da traité D. E. réclament on examen 
approfondi, car le caractère gnomiqae de cet ouvrage est sérieu- 
sement altéré par Tintercalation de ces anecdotes (nroM). 
Qooiqae nous soyons habitués à rencontrer dans la littérature 
rabbinique de pareilles historiettes édifiantes, ici, dans ce recueil 
de courtes hiaximes, il est douteux que ces contes aient figuré 
originairement. Dans le modèle des collections de ce genre, dans 
le traité Abot^ ces historiettes manquent presque tout à fait * ; tous 
les récits qui s*y rattachent ont trouvé place dans Touvrage se- 
condaire intitulé Abot di R. Nathan. Le morceau -n^bn ^ pm 
krasn, que nous avons si souvent désigné comme la partie la 
plus ancienne de D. E., ne contient pas un seul récit, et cela est 
vrai aussi du chapitre de R. Eliézer ha-Eappar, qui, selon le 
Mahzor Viiry^ fait partie du t^Tl^ Même dans les chapitres de 

« Voir Befme, l. XXXVI, p. 27. 

» Âh>t, 1, 17 : d-ïTa^rm •j-'a ■^nbna ■»»'^ b^ ; u, 6 : nbnabna n«n tn^t S)M ; 
n, 8 : 'T "jn pm*^ inib T^n t]'»*T»73bn n«73n ; vi, 9 : '>T\'y>7\ nn« w^ 

^*T3 ^brT72< Ce dernier ces feul peut Ôire compté dtas it cttégorie des ni^\D77a» 
•I là tusei l^historiette ne se trouTe pas dtns le Téritable Ahot^ mtis dtns It bt- 
nlta rnin ^'^Sp* d^n* un chapitre qui a élé inséré entièremeot dans Kalla^ éd. 
Goronel, p. 13 h, comme le ^"W^ 'n P^D. 
* De même, d'après HaUtcKot ^uedoht, comme nous en ayons déji souvent fait It 



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206 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Z. dans le A/. V, (vin), il n'y a pas encore de contes. Une fois 
où un récit de ce genre serait nécessaire pour illustrer ce qui 
vient d'être dit, il n'est indiqué que brièvement (vin : im iwrjs 
13a n« n-^an byn a'^m); mais dans R., ix, à la fin, cette histoire est 
contée tout au long. Dans le même chapitre viii de Z., on lit encore 
le récit de R. Akiba : o^iù^n "^aob '»\D'*)DTDn r-ib-^rm mrr ^a. La même 
histoire est citée par Tosafot dans Ketouboty 17 a, d'après rnTDbn 
p« "îj-in; dans MeçtuUla^ 29a, d'Kprès yiK ^in r-oo»; danÉ 
Mahzor Vitry, p. "722, cette histoire est rapportée au même en- 
droit. Cependant je ne crois pas que ce récit serait ici à sa véri- 
table place, tant il contraste avec le caractère de cette partie de 
D. E. Z. Tosafot cite aussi cette histoire d'après Semahot, iv, à 
la fin, où elle se trouve en effet et où elle est à sa place, car il y 
vient d'être question de l'enterrement d'un cadavre trouvé en 
plein champ '. Dans j. Nazir, 56 a, la mêm3 histoire revient avec 
le môme contexte. Comme suite à cette anecdote, il est dit dans ce 
Talmud : y^-^n «bap •>)3'^Dn «jw-»© «bn nttiN mn Ém « Il disait aussi : 
Celui qui n'a pas fréquenté les sages est digne de mort». Cette 
phrase a été modifiée ainsi dans D. E. Z., viii : •>-ûn by lawi Vsi 
bDiD boiDn tel irn'D y^^n a^'uon * « Et quiconque transgresse les 
paroles des sages est passible de Karet,.,y>; c'est seulement 
parce que cette phrase précède ici le récit, au lieu de le suivre 
comme dans le Talmui palestinien, qu'on a trouvé n>oyea d'y rat- 
tacher le récit, et ceci prouve bien qu'il n'est pas ici à sa plaee 
primitive. 

Aucun récit ne fait donc partie des neuf chapitres de D. E. Z* 
Les récits sont, au contraire, très nombreux dans D. E. R. I>é)i, 



remarque. 11 feui encore mealionaer ici que daa» ifsWr Vitr^ il y t d*i 
morceaux qui sont compiés comune faisaat partie de *pnT et qui, dans les 
éditions, ont une place lonle différente, par exemple la maxime D*TS^ ^T3T bs 
Vby nrnan «TITD «::nn « Tout l© temps qu'un homme pèche, il a p«ttr d« 
l'opinion >, qui chez nous se trouve dans Z., viii ; ensuite 1^ni?sb 0233^1, à U fi» 
du môme chapitre, morceau dont nous avons déjà dit plus haut qu'il n'est pas à sa vé- 
ritablo place. Dans le môme chapitre, la phrase I732iy nî^ b^tTDtan 53 e»t ainsi 
CMCue dans HalacKot Gutdol. : Sdi imîl f"'n^3:i73 n7DX:> f^ V»D«W3n bs 

b"»Dian ma:im rman nbouîn. Dans les éditions, u y a nttjs^ n» b^^ooTan b^ 

TTiriTSlD rs^ 'pilDTS, ce qui est sûrement faux et mâme incompréhensible ; le verset 
biblique ne s'y trouve pas. Il se conGrme donc que ce chapitra n'a pas été conservé 
tel qu'il était primitivement. 

* Au lieu de ■»UÎ"»73ian nb'^nn, il y a là -^mST nbTin, vnc cette conel«Miott t 

trànn rwT^n nt nTDi» rr^n t<n^py 'n "«aob m nan» tai» rm^D-v 

^D13T« L'expression ni3T convient beaucoup mieux à cette phrase parce «fu^if est 
question d'une dispute pW^j^a n7:im bp '^nSI ; dans D. E. Dnb "«mJMt) i S^ 
mahot serait donc plus authentique que D. Ë. 

• Au lieu de niD l^'^n, il y a dans Halachot Gindolof^ ÏTr"»» a'^'^H ; W MOI 
rin^Ta correspond mieux à rexpression primitive filbc^p* 



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LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DÈRECH ERÉÇ » 207 

dans Pérek "^ly p» il s^en trouve un concernant la leçon qu'à sa 
mort, Eléazar bon Azaria donna à ses disciples. Le morceau pro- 
vient de Berachoi, 282) (toutefois dans les éditions il y a ^tr^VM, 
au lieu de "it^^bn), où il est précédé de Tintroduction isan xx>. Cette 
formule ne peut se rapporter à notre D. Ë., car ce traité met des 
paroles toutes différentes dans la bouche d^Eléazar mourant; les 
mots si importants iv^^m p ts^'^sn T^dTsi manquent dans D. E., 
ainsi que dans Aboi di R. Nathan, version I, où ce récit se 
trouve môme deux fois avec beaucoup de variantes, ch. xix an (p. 70) 
et cb. XXV (p. 80). Si ce récit avait fait partie primitivement du p'v 
'wy 11» il serait plus net et plus concis. Ce récit doit donc être 
retranché de l'ancien "wt^ la pnD. Il est vrai que, dans ce cas, il 
ne resterait guère que la moitié du -^tx^y p pno, et ce chapitre se- 
rait trop court pour avoir formé un ouvrage à part. A cela on 
peut répondre que le chapitre qui suit» et qui est classé iv® dans 
les éditions, a fait partie, & Toriglne, du '^ix^y in pn&, car dans les 
anciennes éditions du Talmud, par exemple dans celle de Landau 
(Prague, 1840), se trouve cette note : ixp^t vcm «na'»m -nmtta, ce 
qui doit vouloir dire que ce chapitre faisait partie de'>Mt:^p*. 
Quant à savoir quelles parties de ce chapitre appartenaient à p 
'^y, nous ne pouvons rétablir. L'histoire, qui y est racontée tout 
au long, du pardon que Simon , fils d'Ëléazar, dut demander à un 
homme qu^il avait injurié, n'y était certainement pas contenue*. 
Outre Abot di R. Nathan, version I, ch. xli, ce récit se trouve 
ausai dans Taanit, 20a-b, où il y a toutefois un exposé très ingé- 
nieux sur la nature du jonc el des cèdres auquel se rattache, par 
une suite naturelle, la baraïta nspD ^^ tsn» acv tsbn^b l^nn nan^ 
Dam D. E. R., au contraire, où les mots n:pD y^ «m ne se 
trouvent pas avant, mais après le récit, celui-ci n'a pas de véri* 
table lien avec ce qui précède * ; il faut donc supposer les cha- 
pitres iii-v de R. sans ces récits qui les interrompent. Alors nous 
avons le chapitre •>«T3^ la avec les belles sentences de Ben-Azzaï 
et de R. Eliézer bea Jacob, puis la phrase rifi» &^n ûbnyb 

* C'est, à mon a^is, comme s'il y avait [aTipH Uy] THN p*1B fiOïl ; cela forma 
im seal chapitre avec le précédent > ; oa ne peut avoir voulu dire que DblJ^b «et le 
pranler chapitre , puisque ^fitT7 '(3 pis e&L do temps immémorial considéré 
comme \b i". Dans Mcthzor VUr^y &bl3^b est le commeocement d'un nouveau cba^ 
pitceavec le n* 3^ mais cela est dii'ticileroeut exact, puisque les q«' 1 et 2 manquent. La 
confosion vient sans doute de ce que ^fitT^ 1^ ne forme pas un chapitre particulier 
dans le Mahzor^ ce qui est contraire au témoignage des anciens, et par là toute la 
numéroUiion du Mahxor Vitrjf est fausse. 

* Cette bisloir« n*a pas de lien avec ce qui précède. 

' Duis KaUa, éd. Coronel, p. 13 a, cette histoire est au môme endroit que dana 
les éditions du Talmud ; seulament le chapitre, au lieu du n« 4, porte le n« 6. Dan» 
lêiU Saààati^ dans la gfande édition du Talmud de Wilna, le chapiUa an quastioià 
porte le n* 7. 



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1 



20» REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

^nD"»5M, qui ne se trouve nulle part ailleurs, avec quelques expli- 
cations qui manquent dans notre recueil, puis la phrase ^^ txv 
nspD commençant aussi par Qbn:^^ comme dans Taanit, et, enfin, le 
commencement du v^ chapitre to^K ^od"» b» tabvb, qui achèverait 
le morceau de "^m^ p. Nous aurions ainsi également trois cha- 
pitres thxfb, comme, immédiatement après, il y a trois chapitres 
commençant par OîD^n. 

Presque tout le reste du ch. iv de R. traite de la manière dont 
un disciple doit respecter son maître. L'essentiel de ces prescrip- 
tions se trouve aussi dans Yoma, 37 a, avec la formule introduc- 
tive to^n, qui se rapporte peut-être à notre D. E., puisque là notre 
baraïta se présente sous une forme beaucoup plus authentique 
et avec dés citations bibliques; les mots inb ^k d-^^n irmon 
présentent un sérieux caractère d'originalité et assurent Tante- 
riorité du D. E. R. *. Vers la fin de ce chapitre, une phrase parait 
avoir été omise ; la phrase vnnô«3 nDt^b •»n)»*i wk lan 'nn» ^hnrx 
mon 13)3)3 Via"»© n:> « Celui qui marche derrière son maître ne doit 
se séparer de lui qu'après lui en avoir demandé la permission », 
n'est pas exacte, car dans Yoma^ l. c, on lit cette sentence ano- 
nyme : -^DJi» nT "nr: lan •»-nn« ma nr/^in lan na:s ^Vrwn tr^rtn 
rvrtn « Il est cependant dit dans une baraïta que... celui qui 
marche derrière son maître est un hautain », d'après cela, il se- 
rait donc interdit de marcher derrière le maître*. La formule 
M'^sn montre aussi que cette phrase comme celle dont nous avons 
parlé précédemment se trouvait originairement dans D. E. C'est 
pourquoi, je propose de lire dans D. E R. ainsi : na*i •>nnÉ^ ^Vim 
'•en vnriNW "laD-^b "^êW)") nr^ tobvVn rmn '^oyn Tti "^^^i. On peut prou- 
ver par cet exemple qu'en mettant à part les récits, il ne s*en suit 
pas nécessairement que certains chapitres du D. E. R. ont été ré« 
duits, puisque, selon toute apparence, beaucoup de sentences ont 
été omises en faveur des nrttîJ^. Dans le traité de Kalla, éd. Co- 

> Ces mots se rapportent a Lotb recevant les anges. Dans Toma, il n^est pas ques- 
tion de Lotb. Mahzor Vitry^ p. 728, a ^)3« ÛDn n)3Dn, le petit mot "jnb manque, 
et cela se conçoit. Dans Kalla^ éd. Coronel, il n'y a que DSn ri)3Dn- 

« Les mots l^nHKTS HUD^b no peuvent avoir d'autre sens que les mots de Toma : 
*13n "niriK. Quant a la permission de s'en aUer, quMl faut demander au maître, 
il en est question dans une autre phrase mUD ^3^nn lb n)31K ...13173 naD3m. 
Cependant, dans Kalla Rabbati^ la rédaction de cette phrase est la même que dans 
les éditions. Il est a remarquer également que la même phrase se trouve encore im- 
médiatement après, au commencement du chapitre y, de sorte que nous l'aurions 
trois fois, tandis que la phrase conservée dans Toma ne se trouverait pas même une 
fois. Il me semble donc indiqué de faire ici une correction. Dans Abot di R, Nathmn^ 
version 1, chap. xxxvii, p. 56, la phrase ne Hgure, en effet, qu^une fois, à propoa de 
l'altitude de Dieu vis-à-vis d'Abraham près de Sodome ; dans la version II, ch. xl, 
cette attitude ne sert que de preuve pour la maxime : '^■la'T *Tinb 03^33 ^S'WI 
l^l^in» niais il n^est pas question du congé à prendre. 



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LE TRAFTÉ TALMTJDIQUE « DÉRÉCH ERÉÇ » 20» 

panel, ch. vi (p. 13 a), immédiatement après le passage dont il 
vient d^ôtre parlé, c'est-à-dire dans le môme chapitre que This- 
toire de Simon, fils d'Eléazar, de Migdal Eder, il y a le célèbre 
conte * des quatre docteurs s'entretenant avec un philosophe pen- 
dant une traversée pour se rendre à Rome, où celui-ci reconnaît 
la haute distinction de ses interlocuteurs à la politesse de leurs 
manières. Dans notre D. E. R., ce récit se trouve au chapitre v. 
De nos jours, on a cru reconnaître en ce philosophe Thistorien 
Josèphe Flavius *, que le traité D. E. serait seul à nommer de 
tous les ouvrages de la littérature rabbinique. Comme ce pas- 
sage a déjà été étudié à fond par plusieurs auteurs, je me borne 
à remarquer qu'il appartient, selon toute apparence, à la rédac- 
tion primitive du D. E. et n*a pas été intercalé plus tard. 

Le plus considéré de ces quatre docteurs était Rabban Gamllel. 
Ce n'est donc pas sans à propos que dans D. Ë. R., v, ce récit est 
suivi aussitôt de cette maxime : x>ywn tan» "^sa te T>ïr tzhyh 
:i'-û l^aîD» im\ la^DO'»te ^^seb « Considère tous les hommes 
comme des voleurs et honore-les comme R. Gamliel ». Cette sen- 
tence est illustrée par l'histoire arrivée à R. Josué. Toutes ces 
parties du chapitre se suivent si naturellement qu'il n^y a aucun 
motif d'éliminer les morceaux constitués de récits. Dans Kalla, 
éd. Coronei (p. 16 &], Thistoire de R. Josué est séparée de celle 
des quatre docteurs par de grands morceaux, ce qui est sans 
doute contraire au plan de fauteur du recueil. 

C'est aussi le nom de ce R. Josué qui sert de lien entre le récit 
suivant (ch. vi de R.) et le précédent. Un certain Simon b. Anti- 
patros, qui paraît avoir été un homme considérable, invite comme 
hôtes des docteurs de la Loi qui font le vœu de ne pas manger 
et n'observent pas leur vœu. En les congédiant, Simon leur fait 
donner quarante coups de bâton. A la prière de R. Yohanan b. 
Zakkaï et d'autres docteurs, R. Josué entreprend une enquête sur 
l'affaire *. Le thème de ce conte, c'est-à-dire la conduite énig- 

> On ne sait pas par quel lien ce conte se rattache à ce qui précède. 

* N. Brûll, JahrblUher, IV, 42 [Monatischrift, 1877, p. 355) ; Bâcher, Revue det 
Studii juives, XXll, 134; Zimmels, iàid., XXill, 318, particulièrement imporUnt à 
cause du renseignement que les vieilles éditions et les manuscrits avaient en réalité 
inO OlDDlbOT Tnfi^ nan; d'après cela, il y aurait dans OtOOI^D un nom 
propre ; voir capendant VogelsteiD-Rieger, Gesekiehte der Juden in Mom, 1, 33, note 3. 

* Nous parlerons plus loin de l'étal du texte de ce morceau. Le maître de maison 
s'appelle Schimon b. Anlipatros, sans le titre honorifique de Rabbi, quoiqu'il ressorte 
du récit qu'il appartenait au cercle des savants. Il faisait donc encore partie de cette 
vieille génération où le titre de Rabbi n'était pas encore commun. Le nom du père 
est, en effet, dans les éditions ordinaires OICûC^îaSK = Avritcarpoc ; dans Mahtor 
Ft*ry,p. 729, TouhaHn, p. 21 a, Kalla, éd. Coronei, p. 16 i, et Kalla, éd. Wilna, 
IX, il y a pourtant O^DD^K svec élision du second t, chose qui se présente aussi 

T. XXXVI, »• 72. 14 



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240 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

matique d*un homme qui s'explique ensuite d'elle-même et se jus- 
tifie avec éclat, se retrouve aussi souvent dans Abot di R. Nathan 
(p. 38) et surtout dans Tanna di bè Eliyahou (dans les Gesta Ro- 
manorum, il y a encore de nombreux exemples similaires). Dans 
les écrits rabbiniques, la constante conclusion des récits de ce 
genre est : t-nDt vp\ ^m« i-^t îYa'pn ^d t-nDt tph tï^to tatD^ 
a Puisse Uieu te juger favorablement comme moi je t'ai jugé favo- 
rablement 1 » Cette conclusion se rencontre aussi dans le récit sui- 
vant relatif à la généreuse femme de Hillel TAncien. Le thème est 
toujours le môme ; la femme sert le dîner tardivement, et c^est 
seulement après coup que le mari apprend qu'elle avait donné aux 
pauvres les mets qu'elle avait préparés antérieurement. Ce récit 
se rattache donc logiquement au précédent, et son authenticité est 
assurée. Le récit qui suit celui-ci immédiatement se rapporte 
presque au môme thème : il s'agit encore d'une femme et de 
R. Josué, dont le nom se retrouve ainsi pour la troisième fois. 
R. Josué reconnaît la supériorité d'une femme prudente et ex- 
prime celte pensée en ces termes : mo» Hb« tan» •'srott vh "^tt^ 
tnpwni pirm it « De ma vie je n'ai été vaincu que par cette 
femme, par un garçon et une fille ». A la suite, on raconte aussi 
les deux autres incidents. Tous les trois faits se suivent dans le 
môme ordre dans Eroubin, 53 ô, avec cette différence que dans 
Eroubin^ R. Josué parle toujours à la première personne, tandis 
que dans D. E., l'histoire est racontée par l'auteur du recueil. La 
priorité appartient, en tout cas, à la rédaction à'Eroubin^. Ce- 
pendant l'intercalation de ce récit a dû déjà ôtre dans le plan pri- 
mitif de l'auteur de D. E., car, comme nous le savons, ce récit se 
rattache très bien aux précédents. 

Le septième chapitre de D. E. R. contient deux récits. Le pre- 
mier sert à illustrer quelques maximes concernant la bienséance 
à observer à table : on y raconte que R. Akiba mit sous ce rapport 
ses disciples à l'épreuve '. L'histoire môme ne se retrouve nulle 

dans le nom de It viUe d'Ântipalris dans leTalmud; voir mon Wôrterbuek der 
griechitchen uni laMnisehen Lehnwôrter im Talmud^ 8, v, 

* Voir aussi les remarques de R. Elia Wilna. La différence entre les formolea in- 
troducUves s*explique parle contexte. Dans D. E., Phistoire de la femme est racontée 
d'abord comme appendice à ce qui précède, et rinlroductioo doit être nécessairemeoi 
ainsi conçue : npnS-^m pISTlT IT n®ô< «b» Û*7N "«Sn^î «b ^7Û"'73 ; dans Brûuhin, 
au contraire, toutes les histoires sont racontées d'un seul jet et, en raison de cela, 
il est dit mpD'^m p13^n !lU5fi<73 Vin. Des divergences plus grandes sont cons- 
tatées dans i'iùstoire de la femme ; les mots '^^T d'^^DDH l'ITûN ^D filbl manquent 
tout à fait dans D. E. Dans Thistoire de la jeune fille, les mots nnK ÏIS'^^ feÔS73*1 
manquent à leur tour dans Broubin. En ce qui concerne l'histoire du garçon, les 
mots caractéristiques ^3 Dptl^ tlU "^âDTS manquent dans Erouhin. Cependant 1« 
priorité, comme on Ta déjà remarqué, appartient au Talmud. 

» nNb Û« «"n ÛD*T>a tt)"^ D« ÛDnN pmb. Dans Tour Orak Hayjfim, § 170, il 



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LE TRAITÉ TALifUDIQUE « DÉRËGH ERÉÇ » 211 

part ailleurs et doit faire partie du fonds primitif du D. E., sur- 
tout parce qu'on y trouve encore ces mots : *j5 te CDDb ti^^ nbl 
■«b ta« "p» ^nn cdsts «"^ û« tosrw pnab hîw « Je n'ai fait 
tout cela que pour vous éprouver, pour voir si vous avez du sa- 
voir-vivre ou non ». Viennent ensuite quelques belles et fortes 
sentences, entre autres la sentence Hosn t-nab OîDan. Pour Tillus- 
tration des règles relatives à ce sujet, on raconte de nouveau une 
histoire d'après laquelle R. Akiba se rend compte par lui-môme 
de la manière d'agir de R. Josué. C'est donc la quatrième fois 
que le nom de R. Josué se retrouve dans ces récits. Ce récit se 
rattache, du reste, aussi par son thème et par la personne de 
R. Akiba au récit dont il a été parlé précédemment. Il se ren- 
contre plus étendu et en compagnie d'un conte semblable dans 
Berachot, 62 a, avec la formule introductive fcoan qui vise pro- 
bablement notre D. E. ; seulement il faut admettre, en ce cas, que 
l'auteur de D. E. s'est permis quelques légères modifications et 
d'importantes abréviations. 

Dans le chap. viii de D. E. R., la maxime yr'sirh tan» rb^ vh 
p» rro \y in"»i \^ V© tn-^an « 11 ne faut pas envoyer à quelqu'un 
un tonnelet de vin et mettre de Thuile au-dessus » est illustrée 
par une histoire^ d'après laquelle un hôte, en découvrant que le 
tonneau contenait de l'huile au lieu de vin, se suicida. Après le ré- 
cit, viennent encore une fois les mots mfc^ nbiD"» b« d'>)Dah in)3K \\san 
matib, etc. La source de cette prescription, comme celle des autres 
prescriptions contenues dans le chapitre viii, fin, est la Tosefla 
BàbaBatra, vi, 15 (éd. Zuckermandel, p. 406), où la môme recom- 
mandation est faite pour un tonneau d'eau. Mais le récit y manque. 
Au contraire, D. E. est complètement d'accord avec Eoullin, 94 a, 
de telle façon toutefois qu'on remarque encore que D. E. est déjà 
un remaniement. Ainsi, par exemple, nrktD'^ est remplacé par ^b^^, 
et tD'^vrm ina» 1to%3 est une addition de style, à la manière du 
D. E. La prescription même se trouve, tant dans Tosefla Baba 
Baira que dans Soullin, en compagnie de plusieurs autres sen- 
tences de ce genre, de sorte qu'il faudrait, en tout cas, admettre 
que l'auteur du D. E. a procédé à d'importantes abréviations. 

y a quelques variantes : au lieu de ÎI'TIJ'D, il y a !imi5)3 ; au lieu de «3 (hébreu 
biblique) il y a ^tl (langage rabbinique) ; les mots ûp'^n inD bDfitI des éditions ont 
une apparence plus ancienne que l^ab HD bSfi^T dans Tour. Mahtor Vitry est ici 
en tout d'accord avec les éditions. Nous remarquons déjà ici, ce que nous motive- 
rons encore plus loin, que la recension espagnole du traité D. E. diffère de la nôtre ; 
R. Simha, le Français, a adopté naturellement dans son Mahtor la recension 
franco-allemande. 

* Les mots de la fin ?in^73M ^*1^ ITV) paraissent déjà se rapporter à Tissue tra- 
gique de Pbistoire qui suit. Dans Éoullm^ 94 a, ces mots manquent. Cf. néanmoins 



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212 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Néanmoins, le morceau appartient au fond primitif du D. E. R., 
auquel il s^adapte complètement. 

Dans Houllin, 94 a, cette histoire de suicide est immédiatement 
suivie du récit connu où un maître de maison, en une année de di- 
sette, parce que ses hôtes avaient distrait une partie des faibles pro- 
visions pour les donner à Tenfant de la maison, étrangla d'abord 
l'enfant, puis, voyant que la mère s'était tuée aussi de chagrin, 
se jeta lui-môme du haut du toit. L'anecdote finit par ces mots : 
or R. Eliézer b. Jacob a dit : à cause de cette chose, trois personnes 
ont péri en Israël. » Dans D. E. R. *, ce récit est séparé de l'autre 
par tout un chapitre et ne se trouve qu'à la fin du chapitre ix. 
Comme dans tout le chapitre précédent il est question des règles 
de conduite pendant le repas, ce récit aurait pu être déjà cité plus 
tôt ; toutefois la place qu'il occupe lui convient également. Cette 
anecdote est précédée de deux récits où R. Akiba a le rôle de 
rhdte et où il est question de la tenue à observer à table. Dans le 
chapitre ix, assez court, de R., il n'y a donc pas moins de trois 
récits qui font de cet ouvrage un livre d'édification. Tous les trois 
récits font partie du fonds primitif de D. E. R. ; les deux histoires 
où figure R. Akiba ne se trouvent nulle part ailleurs. 

Dans le chapitre x de R. se lit une petite historiette. R. Qam- 
liel étant très faible, on fit couler pour lui de l'huile sur le marbre, 
mais il ne voulut pas en profiter. Après Thistoire racontée plus 
haut de la rencontre avec un philosophe à Rome, cette anecdote 
sur R. Gamliel est une des plus anciennes de tout D. E. ; aussi ne 
comprend-on pas très bien le texte. Il est dit d'abord : ymA osDsrj 
«•'«îi \:p nnniDtt wm "i:»^n)D nu-^fc^i \fï2yr\i2 w« « Celui qui va au bain 
ne doit pas (trop) se fatiguer, ni se rouler, ni se disloquer sur le 
marbre (c'est-à-dire sur le pavé du bain). » Au lieu de *iatirflo, qui 
a pour lui le texte de la Mischna Sabbat, xxii, 6, Elia Wilna lit 
*nMitt*, comme le porte effectivement Kalla, éd. Coronel, p. 18 &, 
qui donne un meilleur sens : qu'on ne se laisse pas étriller (sans 
doute parce que c'était une coutume des Grecs et des Romains 
idolâtres, dans les bains desquels la stHgilis^ en grec dTXeyYU, ne 
pouvait manquer) '. Le mot Wh^ doit sans doute se rapporter à 

« Au lieu de t^d^ ^XMK pTIJ^tt), il faut remarquer ici la leçon plus facile TTTW. 
La conclusion npy^ "[n nT^^bô* '1 "infini devrait plutôt, selon Tanalogie de la con- 
clusion du chapitre v (b"a'^'l ^53» ^ND»), être conçue ainsi :n»K ÏIT IIT b:^, etc. 
Dans le récit même, il faut remarquer les mots élégants n'^l^l "^^V) « années de 
disette » et irDanp fiib)3 nïT^n^rri « il réleva de toute sa hauteur t. Le père, 
ayant pris l'enrant, le balança au-dessus de sa tôte et le lança ensuite contre le sol. 
Cf. Texpression l^iaî InT^ipn dans Houllin, 60 a, et Texplication de Tosafbt à 
ce sujet. 

• Dans les éditions de la Mischna, il y a aussi Pexpression plus exacte "JVî"Tinft. 

' On sait que les Romains avaient poussé le luxe en ce qui concerne les bains 



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LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DÉRÉCH ERÉÇ » 213 

la gymnastique assez pénible à laquelle on se livrait dans les 
bains et qu*on considérait aussi comme une habitude païenne. 
Pour se fortifier le corps, les païens se roulaient nus sur le pavé 
de marbre de la cabine de bain, comme cela se fait encore aujour- 
d'hui ; l'expression narwDïa « se briser » est très bien choisie pour 
exprimer cette idée. Il est dit ensuite : ishn \DiVn îTimD Ji^^ia twyfz^ 
iap fiibi ^'^Ti I^TD ib. Sous cette forme, ces mots n'ont pas de 
sens. Je me borne à ajouter le petit mot b:f devant «)'«u3n, et on 
a on sens : « Pour R. Gamliel, qui était de faible complexion, on 
fit couler de l'huile sur le marbre, pour que la pierre ne lui fût 
pas trop dure, cependant il ne l'accepta pas », ce qui illustre bien 
la prescription mentionnée. Immédiatement après il est dit yn'«)hi 
*Twn V» yr^rt «•*« ^y nnno^an n73"w, ce qui donne maintenant un 
excellent sens, et il n'est pas nécessaire de lire 1*T)iD)3n au lieu de 

Outre les deux récits que nous avons éliminés comme n'ayant 
pas appartenu primitivement à R., nous ne comptons, dans les 
chapitres y-x de R., pas moins de douze récits qui témoignent 
suffisamment du caractère édifiant de D. E. R. et de son emploi 
comme livre de lecture populaire. Si nous rappelons encore une fois 
qu'il n'y a dans D. E. Z. aucun récit, nous aurons prouvé le motif 
de la caractéristique donnée par nous plus haut, à savoir que Z. 
est une sorte de règle d'école pour les savants, et R. un ouvrage 
d'édification pour le peuple. Il convient encore de rappeler que le 
chapitre xi de R. ne contient aucune espèce de récit et que, sous 
ce rapport comme sous celui de la citation de nombreux versets 
de la Bible, il ressemble au chapitre d'^pin^l (ch. ii). 

encore plus loin que les Qrecs. J'ai pris les données nécessaires pour noire passage 
sur riostallatioD des bains romains dans Pouvrage de Guhl-Koner, Das Lehen der 
Orieche» und borner (fierlin, 1876), p. 279. On veut parler de bains de vapeur (Trvpiai, 
icvpt«( xT^Tcia). A cause de la cbaieur du feu, il y a aussi dans la prière cette sup- 
plique «ab y^nyb nn NSTT'^TaT nT)D ■^3b">a:m (R. x, au commencement). Les 
mois dnblDb '*3N'^arim ûnb^b '^:0"»DDn^ ne s'adaptent qu'à une prière de 
voyage et manquent, en effet, aussi dans Berachot^ 60 a, où se trouve préci- 
sèment la prière de vojrage qui dans D. Ë. fut confondue avec la prière du bain. 
— Les baignoires étaient encastrées dans le plancher, et c'est là le marbre (U^'^U?) 
dont parle notre passage. Comme les cabinets de toilette (àTrofivnipi'a] ne furent en 
usage que plus tard, il est probable que les prescriptions si minutieuses sur la ma- 
nière de s'habiller et de se déshabiller proviennent d'une époque où il n'y avait pas 
encore de cabine de toilette et où on s'habillait et se déshabillait, pour ainsi dire, 
devant le public. Les autres prescriptions au sujet des bains sont très obscures, ainsi 
la défense de se laisser mettre la main sur la tôle par un autre baigneur ou de se 
Irouver habillé dans la chambre de sudation, parce que c'est voler le public. En tout 
cas, ee sont des réminiscences classiques des usages romains* 



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214 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



VI 



TANNAIM ET AMORAIM 

Pour bien apprécier le genre littéraire que représente le traité 
de D. E., il faut tenir compte de ce fait qa*on y rencontre relati- 
vement pea de noms d^auteurs. Aucun produit de la littérature 
rabbi nique n*en contient un si petit nombre, et le modèle de toute 
cette branche de la littérature, la Mischua à^Ahot^ mentionne, au 
contraire, de nombreux auteurs. J*ai relevé dans D. E. R. des 
chap. II à XI (le cliap. i fait partie de KaUa) et dans D. E. Z., 
chap. I à X, vingt-sept noms de docteurs, dont quelques-uns se re- 
trouvent plusieurs fois ; la plupart y paraissent seulement une fois. 
En voici la liste par ordre alphabétique : 

pm'^ la '»0"»K «a«, Z., ix, fin. L'édition Riva di Trente a, comme 
Tawrogi, p. 52, l'indique, pn «a»; un ms. a l^nr la t|or «a»; 
■^O'^» est. comme on sait, l'équivalent de -^or, S|DV. Aba Isi dit au 
nom de Samuel le Petit : ûn« b\D W3> bA:;b imn ntn labwi « Ce 
monde ressemble à la boule de l'œil humain ». Ce passage 
manque chez Bâcher, Agada der Tatinaîten, II, S'Tl, où il est 
question des divers auteurs de nom dlsi. D. E. Z. est donc 
Tunique source qui nous ait conservé le nom de ce Tanna. 

rr^iy la ^lybti^, Eléazar b. Azaria. Ce Tanna bien connu est 
nommé dans un récit dont il a été question plus haut (R. m), mais 
nous avons déjà remarqué que les autres sources lisent Eliézer. 
Son nom est également cité (R., v) comme celui de Tun des quatre 
docteurs qui se rendirent à Rome. Au chapitre xi, Tabrévia- 
tion «"n doit sans doute être lue Eléazar et rapportée à Eléazar 
b. Azaria. Dans Z., viii, K^n désigne aussi Eléazar b. Azaria; ici 
il n^est mentionné qu'occasionnellement. Nous ne trouvons qu*nne 
seule véritable maxime d'Eléazar, dans D. E. : iTan tnû< nofwn 
tD'^1 "^DDi©» f n a Celui qui hait son prochain est un meurtrier », 
où on cite Deut., x'x, 11 (R. xi). Cette sentence pourrait tout 
aussi bien se trouver dans un ouvrage midraschique, et ce n'est 
que par hasard qu'elle apparaît dans D. E. Eléazar b. Azaria est 
aussi souvent cité dans Aboi di R. Nathan (voir Schechter, Intro- 
duction, p. xxxv). 

^pn ^ly'bni , Eléazar ha-Kappar. Dans toutes les éditions de 
D. E. Z. (Varsovie, 186S ; Talmud Wilna, Romm; Talmud Prague. 
Landau ; Mahzor Vitry, p. '722, etc.), il y a *nTr»V« ; chez Tawrogi 



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LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DËRËCH £REÇ » 215 

seulement il y a (p. 45) la leçon exacte ii^y^. La sentence d*Elëa- 
zar se trouve en tête du chap. ix, dans Z. : nttv*im 1» pmnïi 
txuarh tçwm ta'nn» \y twnhn tmo « Eloigne-toi des murmures, 
car tu pourrais murmurer contre les autres et pécher ». La sen- 
tence d'Eiôazar parait aller jusque là ; ce qui suit est dëjà ano- 
nyme*. Or cette môme sentence se retrouve dans le chap. i de Z. 
sans que le nom d'Eléazar soit donné. Il s*ensuit avec certitude 
que dans le traité D. E., on rapporte aussi de cea sentences ano- 
nymes dont Tauteur nous est connu par un autre passage. Nous 
pourrons. faire encore cette constatation dans quelques autres cas. 
On emploie sans doute ce procédé parce que l'impression de la 
sentence est plus forte quand il n*y pas de nom d*auteur, mais je 
ne pois expliquer comment il se fait que, dans la môme collection, 
une sentence est rapportée, tantôt sans le nom, tantôt avec le 
nom de Tauteur. Dans le Mahzor Vitry, où le chapitre ix de Z. 
appartient à pnrr, les deux sentences se trouvent dans un seul et 
môme chapitre. — Dans ce môme chapitre ix, vers la fin, nous 
lisons encore : vcnûr\ ûibion r^ arjK 'Ttt'iK *TCpn *iT:^b« •^a'n n^ pi 
mpiVmsn DM ce Eléazar ha-Kappar a aussi dit : Aime la paix et 
hais la discussion » [Mahzor Viiry laîiK et •W3«n) . Les deux sen- 
tences d*Eléazar ha-Kappar, dont il est question ici, s'adaptent 
très bien au contenu et au ton des maximes de sagesse ordinaires 
de D. E. Les mots de Abot^ iv, 21 : l-^firstitt Tiasm ïti^ntti rtîeprt 
dVwi 1» m«n m« et surtout la sentence si remarquable "^îm ^k 
^aa-T "^bya pnu) rr^y^ "^lyn bnn:; «nîit) ^ iDcb tn-^n *?«•) \r\b pnpr 
dans Abot di R. Nathan, version II, chap. xxxiv, p. 76, qui, par 
sa composition en plusieurs parties, fait fort bonne impression 
et qui, par sa troisième partie qui est presque incompréhensible, 
trahit beaucoup d'originalité, affectent le môme ton. La sen- 
tence rapportée dans D. E. Z., i, sans nom d*auteur : s-iDiptDfiO rm 
ïia *\wi teïTO nsnnnnn et qui, au chap. m, vers la fin, est rap- 
portée plus au long, mais aussi sans nom d*auteur*, est attribuée 

» Dans dnîay an nnO (Varsovie, 1865), p. 30, pmn au lieu de pninn. 

* Voici quelle en est la teneur diaprés rédition de Tawrogi, p. 22 : Kïin bK 

bD cinob na y^^i baniD nsinnnn rtDipoND -«nn Nb« a-^bann nD:i57Di25 

riTTan:? ÏTOipT^a K*^m nnOD T^Dan. Le passage est conçu tout a fait de la môme 
manière dans Ahot di R. Nathan \ seulement là il y a encore cette partie supplémen- 
taire : mDi:ir"ID nybaTaU) r:3Vb:^n nonpOKD Nbn. Ces mots n'ont pas de sens, 
et comme nsn^bj^H MDIpO'^ô^ n'est autre chose que 'I";'»b:>ïl Clip^TD, cette phrase 
détruit mâme la symétrie. Cependant jMncline à considérer cette phrase comme 
authentique, car ce n'est pas sans nécessité qu'on introduit dans le texte des mots dif- 
ficiles comme mDnsrnO n:^ba)3125. Je considère plutôt iT^bj^n 6liptt59DD comme 
une addition, qui manque, en elTet, dans les éditions ordinaires de D. £. Z. et qui 
est surprenante à cdté de tlDipOK qui est répété deux fois; t3Tfi< T*« X^tX^ est 



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i'.;-:- 



216 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à R. Eléazar ha-Kappar dans Abot di R, Nathan, vers. I, 
chap. XXVI, p. 42. Le second passage dans Z. est, par rapport aa 
premier, comme une sorte de baraïta, phénomène que nous avons 
déjà souvent observé. En môme temps nous avons un cas nouveau 
où on donne l'avantage à Tanonymat. La sentence anonyme brx^ 
ûnVi»n, suivant la maxime ûnbw n« anrifi^, provient, selon Sifrè, 
Nombres, § 42, p. 12&, éd. Friedmann, de R. Eléazar, fils d'E- 
léazar "icpn; on trouve aussi dans Sifrè, dans un passage pré- 
cédent, une sentence commençant par ûibiorr bnna qui est d'Eléazar 
ncpîi môme ; les mômes mots forment aussi dans piV«n pno qui, 
dans les éditions du Talmud, est placé après D. E. Z., un refrain 
qui revient fréquemment ; trois de ces passages appartiennent à ^3 
«nop, le fils d'Eléazar (voir Bâcher, Agada der Tannaiten, II, 
500). Nous avons donc dans le môme cycle de TAgada, le père et 
ses deux fils*. Par cette série des sentences d'Eléazar ncpn, on 
voit, en tout cas, que ce docteur occupe une situation considé- 
rable dans la littérature gnomique. 

Vfi^V»^ *pr\ est cité une fois dans un récit de R., v et x, et dans 
Z., x, comme auteur de la sentence «a *m latD m*7, qui, comme 
on sait, a sa place véritable dans Sanhédririy 97 a (où elle est 
rapportée au nom de R. Juda). Sans doute on a placé ces phrases 
commençant par «a m p\D ^nn ou to^ à la fin du traité, afin que 
ce soit Tespérance consolante de la venue du Messie qui en forme 
la conclusion *. 

Au lieu de mnrr *na "«ittioin 'i dans D. E. R., ii, l'auteur de la 
sentence disant qu'on a le droit de faire la guerre aux impies * est 
dans Berachot, Ib, et MeguUla, 6&, R. Dosthay b. Mathoun 
(X^rtn)' Dans D. E. R., cette sentence n'a de lien ni avec ce qui 
précède ni avec ce qui suit et, en outre, elle parait avoir été modi- 
fiée intentionnellement (par Taddition des mots du débat t]bn9b), 

aussi très plat. Au lieu de n:>b3a^, je lia nbanîD© ; cf. la leçon d'Elia Wilna, 
D^SDÏl n5< ban?a^ Dans les éditions ordina'res de D. E. Z., la seconde partie est 
ainsi conçue : "iPOnb riDIOT t\y^'; IT^ \>y D^T^n bD« n-^J^lTTa^D. Ici aussi le 
root C)3^1T est très caractéristique (voir les dictionnaires rabbiniques, t. 9. n^T et 
assure rauthenlicité de U phrase. Je lis ; (DD^IT) 'D^IT !T^by SOT^H bDO 
nnonb noiDI.— Cf. j. sanhédrin, IZb, r^Vi^'^0\X:i ^m« n©:?. — La sentence b« 
^T^b:?n Cl^pOÏD^ Nïin d'Eléazar ha-Kappar manque chex Bâcher, Agada der Tan- 
naîten. II, 5U2. 

* Peut-être faut-il précisément y joindre le fait du rattachement du p^c 
blbv^rt à D. E. Z. Ce chapitre a dû alors avoir été placé à l'origine avant le 
chapitre x de Z. — A la fin du traité de Kalla ae trouvent aussi plusieurs maximes 
sur la paix; toutefois la dernière phrase parle de la Tora, 

* En ce cas, il faudrait admettre que les phrases d'un autre genre qui se trouvent 
dans ce chapitre ne sont pas à leur véritable place. 

» ûvujna nnanTD mn dbn:^b, dans Berachot n^y^D^n m-iannb «nni»; u 

même pensée est exprimée également dans une phrase précédente. 



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LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DÉRÉCH ERÉÇ » 217 

de sorte que nous pouvons affirmer qu*elle n'a pas dû se trouver 
à cette place à Torigine. 

On a déjà parlé de Hillel plus haut, à propos des contes. Son 
nom e^t cité après la sentence vi^ivo ^via inop ûw «rr «b (R., vi). 
C*est sans doute Texpression ywp qui a provoqué cette mention ; 
cf. Tep"» »b Vxn, Sabbat^ 31 a. — Dans le même chapitre, est 
nommée encore l'école de Hillel en opposition, cela va sans dire, 
avec celle de Schammaï, à propos de la manière de saluer une 
flancée. La même controverse est encore citée, avec la formule 
^5an "lan, dans Ketonboty 17 a, formule qui désigne sans doute 
notre traité ; tout ce thème n*est, d'ailleurs, placé ici qu'à cause de 
la phrase finale : m-nan û]> nan-mD ûw Vo nn:>n v(rvr\. 

rtpnn 'n figure dans Z., i, avec cette sentence : mmr\ n« ann« 
pn Mttîi nfii «301 « Aime le peut-être et déteste le qiie m'importe » 
(d'après le texte de Tawrogi, p. 5). C'est une des rares maximes 
rapportées au nom de R. Hidka (Bâcher, ibid., i, 44*7). Les mots 
d'introduction : mn« iwba (m53n« rm) i5Dn« »pin *% trahissent un 
soin particulier dans la manière de colliger ces sentences, car la 
maxime de Hidka ne se distingue de cdlle du rédacteur ordinaire 
— sMlest permis de s'exprimer ainsi — que par cette unique 
expression *pa mart, au lieu de rna ■»Dîi * . 

La leçon tc^n 'n •'înque nous trouvons dans Z., vu, à la fin, 
n'est pas assurée. Elia Wilna biffe ces mots. Effectivement, dans 
Tosefta Pesahim, ix, 9, p. 1*70, il y a seulement" : md*» r»»» p'^» 
l'^D^ob nttnn[i] Vp trttDhV rrpTm, ce qui concorde avec Pesahim, 
99 a : tr^^n rmn^ l&OTa; dans j. Pesahim, ix, à la fin, 3*7 a, la 
phrase est citée avec ces mots &nDp nn "«^n. Gomme on peut ad- 
mettre avec beaucoup de vraisemblance que cette maxime est 
citée sous un nom déterminé, je suis porté à donner la préférence 
à la leçon finop "^3, ce rabbin, comme nous avons déjà montré plus 
haut, s'étant quelque peu occupé de littérature gnomique. 

rnofir 'n est cité dans R., xi, au commencement, dans une 
baraïta : naV *pia fiarn (d'après Yoma, 21 a, firan). Cette baraïta, 
quant au thème, ne fait nullement partie de D. E., et elle inter- 
rompt très fâcheusement la fin du chap. x, où il était question de 
bains, et le commencement du chap. xi, où il en est encore ques- 
tion [ym'ùb 03M). 

* rW "«Dn et *T53 ÏITan sont des manières de parler dédaigneuses pour dire : 
< QaMmporte > I ou c bien sûr > ! Au lieu de ^D3 MT^n. il y a dans Kalla^ éd. 
Coronel, p. 9 a, el éd. Romm, f» 53 tf, ^"IDT^ÏI, ce qui est une faute d'une élour- 
derie incompréhensible. 

* Cependant Zuckermandel marque aussi la variante n73(<, ce qui permet de croire 
qa*il a été omis un nom. 



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218 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

B. Josaë, nom qaMI faut compléter en ajoutant : ben Hananya, 
est cité dans R., v, vi, vu, et Z.« viii, mais toujours uniquement 
dans des contes. 

R. Josué b. Léyi figure comme auteur de la maxime Ttr bVu^V 
d-^tDOte '|'^3'»:^a d*%t ■'^a te (R., v, à la fin). C'est Tunique Amora 
qui soit nommé dans le traité D. E., avec son petit-fils "«or^ 
(R., If fin). Celui-ci vivait au iv« siècle. Mais le chapitre xûrxfitin où 
ce nom se trouve ne fait pas partie de D. E., comme nous Tavons 
déjà vu. 

R. Jnda, sans doute le fils dllaï, est l'auteur d'une sentence 
concernant la diflférence entre les coupes de vin en Oalilée et en 
Judée ^ Cette sentence ne se retrouve nulle part ailleurs et fait 
partie du fonds propre de D. E. 

Yohanan b. Zakkaï n'est nommé qu'occasionnellement dans un 
conte (R., vi). 

>Dr % sans doute "^V^V:;:!, est l'auteur de la sentence suivante 

a'wV pbn * fw ann li«b noo^ai ^vn (R., xi). Celte sentence fait 
partie du fonds primitif de D. Ë. Dans Z., x, R. Tosé est égale- 
ment nommé ; mais d'après Sabbat, 152 a, celui-ci serait "la \xr^ 'n 
KttDp. La sentence est en langue araméenne : « Il vaut mieux deux 
que trois (c*est-à-dire mieux valent les deux jambes de la jeunesse 
que les trois jambes des vieillards, la troisième étant le bâton); 
malheur à cause de celle qui est passée et ne revient pas (c'est-à- 
dire, d'après Hisda, Sabbat^ 152 a, la jeunesse) ». Cette sentence 
si énigmatique convient fort bien à cette collection de maximes ; 
la forme araméenne achève de lui donner le caractère d'un véri- 
table proverbe*. Deux autres sentences dans Z., x, commençant 
par les mots *nttT« ïTrt Kti — phrase qu'on rencontre fréquemment 
surtout dans la Mischna Aboi — sont attribuées à R. Yosé b. 
Kosma', mais ailleurs {Kiddouschin, 82a, et Eroubin, 55&), 
celles-ci sont citées sous une autre forme *. — Le chapitre xi de 
R. contient cette sentence : d'Wî ■»MT«tt fn •j'^inip ^T« pnsr» -^a^ 
^3n dn ^y rûxny «b '-d ^wa V^dn ^^bn vh *^^w ». Aucun renvoi à 

> il est facile à reconnaître à ces mots : d'^^ITSM d'^^3^ t^72^, car c'est là sa ma- 
nière de s'exprimer habituelle. 

* En dehors de ce passage, on ne trouve que peu d^aramalsmea dans D. B. Je 
mentionnerai ^731D dans Z., m, où le mot n*a, d'ailleurs, aucun sens (nibpM Dfit 
n*^nNa Vpnb '^DIO nn» maria bpnb ^Wne). Le mot manque, en effet, dans 
Tédition Tawrogi, p. 18; ensuite, H^'^XÛ K73'^31f mois qui n'ont également pas de 
sens et qui ne sont guère écUircis par la glose marginale. Etant donné le caractère 
purement hébreu de la langue, ces aramaïsmes doivent certainement être éliminés. 

* Au lieu de fi^T^D'^p* il faut lire partout MTSDIp* 
^ Voir Bâcher, ibid,, I, 402, note 3. 

s Cea derniers mots d'après Elia Wilna. 



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LE TRAITÉ TALMDDIQUE « DÉRÉGH ERËÇ » 219 

un passage parallèle ea marge et riea à ce propos dans les com- 
mentaires. Le mot X^Tmp est une véritable énigme. Cependant dans 
Abot di R. Nathan, vers. I, ch. 31, se trouve cette phrase : vm 
triBi Vo wm m irr^a l'»^ip finai dbva X^Tmp ; M. Schechter dit à ce 
sujet qu'il ne comprend pas ce terme. Le mot1*^2fcnip s'explique bien 
parle mot biblique ynp. Outre X^y "utnp*» (Ps., xxxv, 19), vr^a ymp 
(Prov., VI, 13), V^ ynp [ibid., x, 10), on lit aussi TnD« ynp (i&wT., 
XVI, 30). Ainsi s'explique le terme Mm ymp. Le mot fnitnip en 
lui-môme, sans tTMfi^, signifie quelque chose comme « celui qui est 
aux écoutes, espion ». La sentence signifierait donc : « Il existe 
dans le monde des êtres qui sont aux écoutes (une espèce d'ani- 
maux^ cf. la sentence immédiatement antérieure bVn^a nn rm) 
et il existe aussi dans Thomme des « guetteurs «>, les « oreilles ». 
Comme cette sentence, dans Abot di R. Nathan, est de R. Yosé 
•'V'Vxn, je suppose que dans D. E. on a vu à tort prûf» dans "^"-ï et 
que c'est de R. Yosé qu'il s'agit. La sentence veut dire que les 
espions sont des assassins. C'est ainsi, d'ailleurs, que dans TËcri* 
ture Sainte, après la prescription : « Tu n'iras pas médisant 
parmi ton peuple » viennent les mots : « Et ainsi tu ne seras pas 
coupable de meurtre ». 

A R. Méïr on attribue la sentence : noD^rt n'^a ib «''« •% bD 
STTPtt y^'m t=3«b ^bti WÉn rp^a « Qui a une synagogue dans sa 
ville et ne la fréquente pas est coupable de mort»^ La même 
maxime se trouve aussi au nom de Méïr dans Abot di R. Nathan, 
version I, cbap. xzxvi, à la fin. Là elle est suivie immédiatement 
de ces mots : ib "pÉt ts^rx^n ^rthrh \d53053 irfiw •'tt E|fi^ 'Ttt'w a^ni 
»sn bVi^b pbn « R. Akiba dit que celui qui ne cherche pas à s'ins- 
truire n'a pas part à la vie future. » C'est ainsi qu'il faut lire 
aussi dans D. E., car le second ^w» ^"n n'est pas à sa place ; il 
faudrait, au moins, qu'il y eût *!»•« îq"-! nyn rcn ; au lieu de *»» te 
Ttta TttVn «"nû, lire taDn T»bn, et tout le reste concordera avec 
Abot di R. Nathan. 

îTTDTO 't (Z. x). La sentence de ce docteur «a *m p© ^rt n'est 
pas à sa place ici. Voir plus haut ce qui est dit de Oamliel. Il en 
est de môme de -w^tTi h *. 

'^wy 13 est nommé en tête du chap. m de R. et nous savons déjà 
que le chapitre porte son nom. La sentence qu'il formule ressemble 
étonnamment à celle que nous trouvons dans Abot, m, 1, sous le 
nom d'Akabia b. Mehalel, et la rencontre ne s'explique pas. La sen- 

* On en lire une déduction pour ©n^TQÏl n'^a ; c'est déjà là une sorte de gue- 
mara. U résulte de Abot di B. Nathan que R. Méïr n'a parlé que de «nTOfl n-^D 
et que la variante nOS^Îl n'^D a été faite en TaTeur de la déduction. 

* R. Nehoral est aussi nommé dans le traité Kalla. 



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220 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tence de Ben Âzzaï est avec celle d'Akabia dans le môme rapport 
que la baraïta vis-à-vis de la Mischna ^ Une sentence du même 
genre est aussi rapportée dans Z., iv, mais sans nom d'anteur. Ben 
Azzaï est encore nommé dans R., xi, comme auteur de la sentence 
trw •^DBTTDtt fn irm^ n« tKvmn « Qui hait sa femme est un meur- 
trier ». Ni Tune ni l'autre de ces sentences n*est particulièrement 
caractéristique pour D. E. ; elles pourraient se trouver tout aussi 
bien dans un autre recueil. Cependant il semble que Ben Azzaï 
a contribué au développement de la littérature gnomique, car la 
sentence si expressive : ia fcW»TnV idio mm •'•nna ba»ittrt te 
« Quiconque s*expose au mépris à cause de la Loi s*élèvera un 
jour par elle », qui est rapportée sans nom d*auteur dans Z., yiii, 
émane, selon Oen. Rabba, 81, de Ben Azzaï (cf. Berachot^ 63 &, 
où cette maxime est citée au nom de Samuel b. Nahmani, tandis 
que Abot di R. Nathariy version I, chap. xi, p. 46, indique Ben 
Azzaï comme en étant Fauteur ; de môme Yalkout, Prov., g 964). 
— La sentence anonyme rtbp irci'Kh "p irm « Empresse- toi d'accom- 
plir un précepte peu important » (Z., ii) provient, selon Abot, iv, 2, 
de Ben Azzaï; cf. ibid., ii, 1. Je rappellerai, en outre, le carac- 
tère anonyme de la sentence inbj^ â'mV ta*nnn twy (Z., ii), qui 
est rapportée presque dans les mômes termes dans Nidda, 62 a, 
par Eléazar ben Zadoc. En ce qui concerne Ben Azzaï, cf. j. Sche- 
kalim, 48 dy au sujet de la n^^n; dans Berachot, Slb, et dans 
Aboi di R. Nathan, version I, chap. xl, p. 128, on attribue à Ben 
Azzaï une piété particulière (niTonV rroif^ taibna -^«t:^ larwi^); 
cf. plus haut notre remarque sur tan^on nba». Peut-être môme les 
noms ont-ils été intervertis, et au lieu de n^^nb m^*^ fe^iT 1^, doit- 
on lire •^kt:^ la •. 

C'est aussi Ben Azzaï qui instruit R. Akiba en matière de con- 
venances. R. IX : tnioiiD np«» nn» -^n^a "ry M'^p:^ '^vay la iV ^ûoh 
)*«)3ira» : « Jusqu*à quand donneras-tu à boire des coupes déjà en- 
tamées ? » Outre ce passage, R. Akiba apparaît dans deux autres 
récits, dans R., v et vu. Quant au récit de Z., viii, nous avons 
prouvé plus haut qu*il ne fait pas partie de D. E. ' 

i Dans Kalla^ éd. Coronel, 12 a, on demande, en effet, *^73Mp '^^102 « Qoe 
dit-il? » 

* Au sujet de Ben Azzaï, « disciple des sages • xar' i^oxVjv, voir Bâcher, ibid.^ 
if 409. On sait que Ben Âzzaï est du nombre de ceux dont le Talmud dit qu'ils ont 
pénétré fort a vaut dans la science spéculative. Plusieurs sentences caractéristiques 
de Ben Azzaï, qui sont au nombre des meilleures maximes talmudiques, sont citées 
par Bâcher, ibid, 

• Dans Kalla, vers la Bn, R. Tarfon dit de R. Akiba : ^t^htlC^ ÎTTa^fO '^^'l 
V^'T2. D'après cela, R. Akiba lui-même était versé en y^M ^*11, st cependant il re- 
çoit des leçons de Ben Azzaï. 



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LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DÉRËGH ERËÇ » 221 

R. Jada le Saint n'a pas fourni non plus de sentences au D. S., 
car son nom n*est mentionné qu'une fois occasionnellement (R., 
IX ) : -^an n»« ta'^^nn 'n. Ce passage a sa source dans Bera^ 
chot, 50 &. 

R. Simon b. Eléazar (ou, d*aprës une meilleure leçon, R. Elié- 
zer b. Simon) n'est mentionné qu'une fois, dans un récit (R., Iy)^ 

R. Simon b. Gamliel est Fauteur de la sentence xir^ '^ ^"xmnrt 
(R . x), dont nous avons déjà parlé ci-dessus. Cette sentence n*a 
pu être formulée que par une personnalité de rang élevé, car elle 
suppose que Fauteur était au courant des mœurs de la société 
distinguée du monde romain. 

R. Simon b. Yohaï est l'auteur d'une sentence na'm la» m» 
(Z., X, au commencement) ; mais toutes c«s maximes proviennent 
de Sanhédrin^ comme nous Tavons déjà indiqué. 

En mentionnant encore ^Titm Ma», auteur de la sentence knpnbms 
eaVvn \ann \^ n'^a (Z., ix, fin), et en ajoutant, enfin, qu'antérieu- 
rement une sentence analogue est rapportée au nom des â*^:3n*, 
nous aurons épuisé la liste des Tannaïm et des Amoraïm qui 
ligurent dans les deux traités du D. Ë. La plupart des auteurs 
nommés sont cités dans des contes, ou mentionnés comme auteurs 
de sentences qui proviennent d'autres ouvrages de la littérature 
rabbinique et qui, dans D. E., ne sont que de.s emprunts. En fait 
d'auteurs ayant aidé au développement de la littérature gnomique, 
nous n'avons qu'Eléazar nepn et Ben Âzzaï ; tous deux ont, d'ail- 
leurs, donné leur nom à un chapitre du traité. Mais, môme pour 
les sentences formulées par ces docteurs, on remarque la ten- 
dance de les rapporter sans nom d'auteur, de sorte que nous 
sommes amené à reconnaître que le compilateur de D. E. a 
voulu leur donner le caractère anonyme. Mais, comme ce traité 
n'est qu'un fragment de ce genre de littérature, nous pouvons 
aussi en tirer une conclusion pour ce qui concerne le caractère 
<ies parties perdues ; peut-être cette branche de la littérature 
s'est-eJle précisément perdue parce que les sentences étaient ano- 
uymes. 

S. Erauss. 
(il suivre.) 

' ^^^, dans R., m, est peut-être auBsi Simon b. Eléazar. Immédiatement après 
n'ent nu^ sentence de Sp^*^ p K"l qui, dans Ahot di B. Nathan, version I, cha- 
pitra ^i:at, p. 70, est attribuée a R. Simon b. Eléazar, ce qui ne peut 6tre exact, car 
^%niK x>. g il y aurait alors deua maximes du m6me auteur et il faudrait dire 

..j ^*^» loin nous aurons cependant Toccasion de faire remarquer que, diaprés la 
^*^^« leçon, les t3'^73Dn ne >ont pas mentionnés ici. 



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1 



LES SABORAÎM 



Les Saboraïm occupent dans Thistoire rabbinique une situation 
originale. Ils sont les intermédiaires entre deux périodes fonciè- 
rement diverses, entre la période des Âmoraïm, qui créèrent le 
Talmud, et la période des Gaonim, qui le présentèrent déjà comme 
un Canon fermé et s*appliquèrent à l'interpréter et à le répandre. 
L'activité des Saboraïm s'exerce à la fois dans le domaine de 
la législation et dans celui de l'interprétation. Par leurs dis- 
cussions théoriques, incorporées au Talmud, ils ressemblent aux 
Âmoraïm, et par leurs gloses explicatives ils se rapprochent tout 
à fait des Gaonim. On sait depuis longtemps que les derniers ré- 
dacteurs du Talmud babylonien furent les Saboraïm, mais on ne 
peut établir avec certitude l'étendue des additions qu'ils y ont 
faites. Nous ne savons guère non plus d'une manière précise la 
durée de l'activité des Saboraïm. Une profonde obscurité re- 
couvre encore la période où ils ont vécu. Les renseignements que 
nous possédons à ce sujet sont peu abondants et se contredisent 
mutuellement sur beaucoup de points. 

Dans ces derniers temps, la période des Saboraïm a été l'objet 
d'une étude approfondie de la part de M. Isaae Halévi^ Il est 
arrivé à des résultats qui sont en opposition absolue avec les re- 
cherches de ses prédécesseurs. Les lecteurs de cette Revue ont pu 
en prendre connaissance dans les volumes XXXIII et XXXIY. 
Dans lés pages qui suivent, je tâcherai d'en contrôler l'exactitude. 
Habile talmudiste, M. Halévi a découvert dans le Talmud des 
traces des Saboraïm là où Ton n'en soupçonnait pas jusqu'ici, et 
la science lui en saura gré. Quant à ses thèses nouvelles en ma- 
tière d'histoire, je me sens porté à les combattre résolument. 

Pour les historiens, c'est de l'an 499 de l'ère chrétienne que 
part la période des Saboraïm ; ils en placent la fin à Tan 540 ou 

« Dui0 son ouvrage bÊn»-^ '>^db ^'Oi'^ "nan •iDO .d-^îTOinn mnn. 



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wr^^ 



LES SABORAIM 22t 

à Tan 550. Us limitent, par conséquent, cette période à 4D ou 
50 ans. M. Halévi trouve cet espace de temps trop court pour 
Tactivité des Saboraïm. D*une part, il avance leur apparition 
jusqu'en 4*75 ou 476 et, d'autre part, il place la an de la période à 
Tan 589. Dans cet intervalle de temps presque double du premier, 
M. Halévi prétend que deux sortes de Saboraïm, de caractère tout 
différent, ont exercé leur activité. J'examinerai chacune de ces 
assertions isolément. 



I 

LES PREMIERS SABORAÏM. 

On est généralement d'accord pour admettre que la période des 
Saboraïm commence à la mort de Rabina, le dernier Amora de 
Sora. Comme toutes les sources qui citent l'année de la mort de 
Rabina indiquent Tannée 499, cette année passe généralement 
pour la première de la période des Saboraïm. On ne tient aucun 
compte, pour cela, de l'opinion de Samuel ha-Naguid * et d^Ibn 
Daud*, pour qui le début de la période en question tombe en 
Tan 477, car, en ce qui concerne les Saboraïm et les Gaonim, l'au- 
torité de Scherira est acceptée sans réserve par tous les savants 
—et par M. Halévi aussi. Or, M. Halévi prétend que cette date est 
erronée et qu'au lieu de «nn = 500 «, il faut lire i^cmn = 475 ou 
ftmn = 476. Voici comment M. Halévi motive son désaccord avec 
les historiens juifs : « On a le tort, dit-il, de ne citer de Scherira que 
quelques paroles, notamment celles que nous avons invoquées au 
début de notre étude, et c'est sur ce passage tronqué qu'on a cons- 
truit tout un échafaudage pour déterminer l'année de la mort de 
Rabina, celle de la clôture du Talmud et, en général, toute la 
chronologie de ce temps. Nous sommes étonné qu'on n'ait pas 
mieux étudié le contexte de ce passage, qui présente certaines dif- 
ficultés. Il sera bon de citer le texte en entier : « Après lui fut 

1 Cité dans Korè ka-Dorpi, p. 2 ^ ; voir la fin de ce chapitre. 

* Ghex Neabauer, Aneedota Oaoniêntia, I, 61. 

* Dans la suite de cette étude je n'indiquerai que les chiffres du comput ordi- 
naire. J'ajoute à l'ère des Contrats le chiffre 3449 et j'obtiens ainsi Tannée de l'ère de la 
création. Pour avoir ensuite Tannée de Tère chrétienne, j'ajoute aux années de la créa- 
tion le chiffre 239 ou 240, suivant que Tévénement a eu lieu avant ou après le 
Nouvel-An. Là où il n'est pas nécessaire de tenir compte de cette dernière circons- 
tance, je déduis de l'ère des Contrats le chiffre 311 pour trouver Tannée chrétienne. 
Ainsi, au lieu de 811 de Tère des Contrats, j'écris Tan 500 et, au lieu de kislev 811 de 
celle ère, kisleT 499. 



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224 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

R. Idi b. Abin, qui mourut en 452. . . Le mercredi 13. kislev de 
Tannée 499 mourut notre maître Abina, âls de R. Houna^ alias 
Rabina, qui fut le dernier des Amoraïm (rrfinti tpo Éitti). Puis fat 
R. Rehoumi, ou, d'après d'autres, Rehoumoï * ; il mourut en 456, 
lors d'une persécution décrétée par Jezdegerd. Puis fut président 
de récole R. Sama, âls de Rabba. . . En 474 furent fermées toutes 
les synagogues de Babyloné, et des enfants juifs furent remis aax 
mages. En 476 mourut R. Sama, fils de Raba ; puis présida 
R. José. . . » Scherira part de la mort de R. Aschi et va jusqu'à la 
mort de R. Sama et à Tavènement de R. José. Quant à l'ordre 
chronologique, il commence par Tannée 427 * et finit avec Tannée 
476. Gomment donc expliquer que tout d'un coup la chaîne du ré- 
cit se brise et qu'apparaisse la mention de la mort de Rabina en 
499?... Il faut donc, de toute nécessité, qu'une erreur se soit glissée 
dans les chiffres : au lieu de 499, il faut lire 475 ou 476... On dira 
peut-être que la mort de Rabina est mentionnée après Thistoire 
de Técole de Sora parce que c'est par cet événement que Tauteur 
a voulu clore Thistoire de cette école pour passer ensuite à celle 
de Poumbadita. Cette objection est réfutée, d'abord, par le fait que 
même dans la seconde partie, Scherira parle encore de Técole de 
Sora*... » 

Comme on le voit, M. Halévi croit que la date de 499 n'est pas 
possible, parce que la chaîne du récit de 427 à 476 s'en trouve in- 
terrompue. Mais M. Halévi ne s'aperçoit pas que le chiffre 475 
proposé par lui interrompt aussi le récit et que, dans son ieœtey 
cette date est suivie du chiffre 456, tandis que dans tous les autres 
textes exacts il y a même le chiffre 433. Les chiffres 456 et 433 ne 
peuvent-ils venir qu'après 475 et non après 499? — M. Halévi 
s'est laissé induire en erreur par un texte sans valeur. S'il 
avait consulté une édition tant soit peu correcte, il aurait davan- 
tage tenu compte de l'objection qu'il a effi^urée lui-même. Il 
aurait vu notamment qu*en réalité Scherira traite d'abord de la 
dernière génération des Amoraïm de Sora, et que c'est seulement 
après avoir fini d'en parler qu'il passe aux derniers Amoraïm 
de Poumbadita. Il est donc tout naturel que Scherira ait dû reve- 
nir en arrière quant à la chronologie, car le dernier des derniers 
Amoraïm de Sora vécut beaucoup plus tard que le premier des 
derniers Amoraïm de Poumbadita. 

* Au sujet des erreurs du texte cité ici, voir plus loin. 

* M. Halévi écrit 426, parce qu'il déduit 312 de Tëre des Contrats, comme le font, 
du reste, beaucoup d'auires auteurs. Mes indications diffèrent donc toujours de celles 
de M. Halévi d^un an. 

• Bê9U0, xxxm, p. 9 et s. ; cf. to-^sitt^^nn T\r^^x p. i-s. 



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r 



LES SABORAIM 225 

La fameuse Lettre de Scherira a été d^abord publiée par Samuel 
Schullam comme supplément au Youhasin, qu*il édita à Constan- 
tinople en 1566 ; de là elle passa dans les éditions suivantes du 
Youhasin. L'édition de Schullam fque je désignerai par S. J.) n'est 
digne de confiance sous aucun rapport ; elle est corrompue et 
il y manque des phrases entières, comme Rapoport Ta déjà re- 
connu. Heureusement la Lettre a été éditée de notre temps plu- 
sieurs fois d*après divers manuscrits. La dernière édition, pourvue 
de nombreuses variantes, est celle de M. Neubauer (S. N.). Les 
éditions nouvelles montrent combien Tédition de Schullam est 
défectueuse. Or, c'est précisément cette édition que M. Halévi 
a utilisée ici, sans tenir aucun compte de toutes les autres. Il 
aurait dû d'autant plus le faire que toutes les éditions diffèrent 
très avantageusement de S. J., comme nous nous en convaincrons 
bientôt. C'est dans ce but que je reproduis ici le passage en ques- 
tion, tel qu'il se trouve chez Schullam et chez M. Neubauer, ainsi 
que dans toutes les autres éditions. 

Neubauer, Anecdota Oxoniensia, f, 33. Youhasin, éd. Cracovie, 17 a. 

nnna ^bm n"iii»n nîttja a^^ï)'! a-i rr^-inai .a"720n n5«a a-'D;»'! 

HDi 'n»'»'» a-i r^-^on» r^n^aa Xo^n n3ï)a a"»D':5i i"«a5< na •^t»» 

■»T'Nanrmnai.a''»tt5nn2«an'»«D3 a"»D;3i Nsirr a-i la vana a-i n"»-i»nai 

.(a-^îU)) :^''o^n nî^ûa a"«a:ûT i-^a» na Y'^^t ...ft^n^:^ bon .i"oï:n nsiDa 

y^zm N3in an na iTaro an rrnnan na n?^ r^^nm "^wraa an «"'onjoa 

^b^i .Mr^TTSTO bc3i .V'ouîn n3'::a "^N^itja 'Sy^r\ nr^a a-^a-ûi -«Oi* an 

n» Kim "«ttraîa an «•'onT: «n73a nxDoin an n-^nnai .tomoart dp 

a'':^t3n n3«a a-^iD^i "^«în an na «atDa 3?ani<ai .5<"D"::n n3;aa a'^aoi 

nan mnnai .D'^msarr &t» \>is:i7:a a-^DO «"-^nn nsaa iboaa a"-» «im 

.t^DOn n:«5a a-^a^i m^Doin «nm «nn ann rr^na «a-ta» Nsan 

iboaa nn-'bn «im «aoa j^an^ai s-innai .ïiî^mn tjiD Nim .«s-'an 

rpna «ra» an a-'D© «"-«nn naiDa .* n'^Tsinn an "^obni n-^xi ,'»?i'in'»n an 

C|io «nm .«ran «im r^snïi an-n r^n^so p:^a o"an n:aa a-'a-Di 

.rn»mn t^ro an ^b^ r^nnai .n-ianr nTn 

toioa niDbtt i-^s'û v^^^^t =i''^^ T"Dan nD-^rai ...t^am nna 

b-^na -«a» «n^^aa an «n-^na an Y-^ ^''"'^^^'^ -'^^'^"^ ^"'"^^^'^^ ^"^ 

?T»nnan .n"wtt5n naisa a-^aoi d'^-doki ni<mn t|io n^'Tarai ,-»ot> 

a'>ao'i t^n^na taio It: tonon la-^ao-^^maD pam «anm .«TiTobn 

,'^î3"in'«n an n-^nnai .Y'D^n natja &"»3n5<a lan'^D "^am ni:23^i7a û"^r::a 

a-^aui ,"'»73nn'^3 an v°^nî3T n"»«i .tD'»)3'^n "^nana tDn"»3inaT "»nDoa 

» Lisez : ■>^nn"»3. 

T. XXXVI. w« 78. 15 



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226 REVUE DES ETUDES JUIVES 

-îW^ t^ntt© 113^3 o"«n tnswn rr^^na «»D «ia'n 3'^:d« V'ûnn r5«a 

«!»30 an a'>DUî T"Dtt5n nauîai ...«a-in 
.•^DT» '-1 ^^73 !rT«nnai .«a-n n'^na 
.«nittbn d"»'>noNi ntm^n jq-io rrttr an 
to-^i^a la-^D© "^N-nao pam r^aim 
■^-iDOa d-'aïKi iidt^d -«Dm /mû3?i73 
V'Mnn na^Dan .d-^jm "^^ana dn'^3in:DT 
r^am irr^na r^wo r^aan a^3Uî 
M.lT>oa înmïT» 

On volt combien S. J. est corrompu et défectueux. Les phrases 
imprimées entre parenthèses dans S. N. ont disparu dans S. J. 
sans laisser de traces. D^abord la phrase qui suit le premier a'^Dtti 
manque, notamment de nd)Da jusqu'à nd)Da. Ensuite, il y manque 
les phrases depuis "jn^Kan jusqu'à n^aicn avec les mots d'intro- 
duction fctn'^na diDa -ob» l'>:«: l'^yMi, qui forment la transition de 
Scherira entre Sora et Poumbadita. Si M. Halévi avait tenu compte 
de cette transition, il aurait compris que ce n'est pas là une inter- 
ruption du récit, mais le début d'un nouveau récit. Ainsi la preuve 
que M. Halévi donne à l'appui de sa correction et, par suite, son 
objection contre les historiens se réduisent à rien. 

La preuve tirée par M. Halévi du Talmud n'est pas plus solide. 
Il prétend déduire de quelques passages du Talmud que Rabina U* 
était déjà un homme fait vers 430, et il trouve invraisemblable 
que Rabina ait vécu jusqu'en 499, ce qui lui eût donné à peu près 
rage de cent ans. Cette preuve n'est nullement décisive, car Tby- 
pothèse d'un âge aussi avancé n'a rien d'impossible. Nous savons, 
d'ailleurs, que Scherira et son fils Haï vécurent près de cent ans. 
En outre, il n'est pas établi que, dans les passages que M. Halévi 
invoque à son appui, il s'agit de Rabina H plutôt que de Ra- 
bina P. 



^ La preuve, donnée comme nouvelle par M. Halévi, de Vexislence de deux Ra- 
bina {Revue ^ ibid.^ p. 9, et dans son ouvrage, p. 2) aurait pu dire laissée de côté, 
car Grftiz, BiQll et Krocbmal la donnent déjà. Ce dernbr savant prouve suffisam- 
ment qu'il est question dans le Talmud de Rabina 11 (dans ses mn^^m d^)D^*1^, 
p, 65) et M. Halévi aurait dû au moins le citer. En tout cas, il n'aurait pas dû dire, 
dans son ouvrage, p. 2, que les historiens admettent quatre R«bina. L'auteur 
du livre y 3^ 1K3, qui a imaginé les quatre Rabina et que M. Halévi combat, ne 
représente pas notre école bistorique. 

* Je ne voudrais pas m'engager ici dans des discussions balacbiques et je me bor- 
nerai à remarquer que le Rabina qui n'était pas venu a Hagrounia (Revue, XXXHI, 
p. 13 et 15) est le môme Rabina qui, en opposition avec R. Âscbi, a permis de tra- 
verser un fleuve le sabbat. S'il dit néanmoins : • Ne partages-tu pas ropioioQ de 
R. Âscbi, qui le défend? », cela n'était qu^une réponse évaaive, parce qaUl ne voulait 



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r 



LES SABORAIM 227 

M. Halévi invoque encore à Tappui de son hypothèse Tasser- 
fion dAbraham ibu Daud, qui aurait placé la mort de Rabina en 
475. Or, Ibn Daud n indique pas du tout Tannée de la mort de 
Rabina. En mentionnant les persécutions de Tan 474. il dit seu- 
lement : « Â cette époque, Rabina fut pendant un an chef de 
Técole » •. Ceci est aussi confirmé par ce que rapporte Scherira, à 
savoir qu'en 474 les synagogues furent fermées et les jeunes gens 
juifs furent emmenés chez les mages*. Sans doute, Técole de Sora 
fut fermée bientôt après, et Rabina n*a pu la présider que pendant 
un temps très court. Mais il n'en résulte nullement que Rabina 
soit mort en 475. Du reste, nous savons qulbn Daud a utilisé 
des sources qui diffèrent beaucoup de Scherira, et il n^est pas per- 
mis, par conséquent, de tirer dlbn Daud des conclusions pour les 
leçons de Scherira. 

On ne peut donc guère élever d'objection sérieuse contre la date 
de 499. Par contre, des faits importants militent en faveur de 
cette date et contre le chiffre de 475, ou 476, proposé par M. Ha- 
lévi. Toutes les éditions de la lettre de Scherira donnent le 
chiffre 499. Ce chiffre est aussi indiqué par toutes les éditions 
ànSêder Tannaîm we-Amoraim, Nous trouvons encore la môme 
date en toutes lettres chez Nissim Gaon '. L'unanimité des 
sources est la meilleure preuve de l'authenticité du chiffre 493. 
Ensuite, Scherira dit que Rabina est mort le mercredi 13 kislew. 
Cette indication du jour de la semaine et de la date du mois exclut 
l'hypothèse de Tan 474 et de 475 aussi bien que Tan 476. En 474, 
le 13 kislew tombait le samedi, en 475 le vendredi et en 476 le 
mardi. Par contre, en 4260 = 499 le 13 kislew tomba, en effet, le 
mercredi *. 

Ici je dois appeler l'attention sur le fait suivant. M. Halévi dé* 
signe R. José comme Sabora ». Or, R. José n'est présenté comme 

pas dire la raison véritable pour laquelle il ne s'était pas rendu chez le Rescb Ga- 
buta. Les autres réponses de Rabina sont également évasives. Dans Ketoubot^ 69 a 
{Hevuty p. 12), il est question, i mon avis, d'un Rabina plus ancien. Rabina 11 était 
beaucoup plus jeune que Mar bar R. Âschi et placé sous son autorité, ce que 
M. Halévi concède lui-môme (dans soa ouvrage, p. 14 et s.). Il est donc invraisem- 
blable que Rabina II ait entrepris une exécution de Mar bar R. Aschi J^S^am) 

(■»©« nÎT ïrna nw73 •*tdn a-n rr^n-inb n-^nsN. 
* nn« mo na*»©*^ idîti «s-^an mn (nj;D) r!:a nniNai (Neubauer, i, 6i]. 
» il dit : n-a ia-»p3n'«iiT bam npc-'sd "^a ba inan-'x n"D'::n nr^aai 

^OnattXb ■'ûmrr (Neubauer. I, :i4 ; voir noie 13). 

» Dans la préface de son nnD?a. p. 3^, il écrit : n^ntt^Û n:Ca N^an nn^T 
mnaiDb ^^^y Tnct-, mXTD. VoirHalévi, p. 312. 

^ Cela eut lieu aussi en 4233 = 472 ; mais il n'est pas possible d'avancer autant 
Tannée d3 la mort de Rabina, car son prédécesseur, Rabba Tosphaa, ne mourut 
qu*ea 474. 

» P. 13«, 



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228 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tel que par Samuel ha-Nagaid et Ibn Daud, qui, en s*appuyant 
sur d^autres sources, font commencer la période des Saboraïoi 
en 4T7. Mais pour Scherira, R. José est incontestablement un 
Amora, car il place R. José à la an des Amoraïm à Poumbadita et 
passe ensuite seulement aux Saboraïm. Scherira dit, en effet : 
« Et en Tan 476 mourut R. Sama, fils de Raba. Après lui ce fut 
R. José qui présida. De son temps (rp)Dvai), la période des Amo- 
raïm finit (n«mn tiiD) et le Talmud fut achevé. Et la plupart des 
Saboraïm moururent en peu d'années... * ». R. José suit imraé- 
diament R. Sama sans aucune transition, précisément parce que, 
comme lui, il était un Amora; seulement pendant le temps où 
vivait R. José, la période des Amoraïm finit et le Talmud est 
achevé. En outre, dans beaucoup d*éditions, la phrase suivante 
commence par ces mots : « Et les Saboraïm vinrent' ». Il est 
donc évident qu'ici R. José est compté avec les Amoraïm ^. M. Ha- 
lévi ne paraît pas s'arrêter à ce point, uniquement parce que 
cela est absolument contraire à son hypothèse, car si Scherira 
d Uait la période des Saboraïm de Tan 475 ou 476, comme M. Ha- 
lévi le prétend, il ne pourrait guère compter R. José au moment 
de son entrée en fonction en Tan 476 parmi les Amoraïm. 

Il est donc établi que Scherira date la période des Saboraïm de 
Tan 499. Si Samuel ha-Naguid et Ibn Daud placent R. José en tête 
des Saboraïm, c'est sans doute uniquement parce que R. José 
fut, en effet, Sabora à partir de Tan 499. En tout cas, on ne peut 
tirer de Samuel ha-Naguid et Ibn Daud des conclusions relatives 
à Scherira ; leur indication comparée à celle de Scherira ne mérite 
guère de considération. 

^ Neubauer, p. 34. 

* "^«T^SO 1531 1l!in. Ainsi lo porte l'édit. Goldberg, Mayence 1873, p. 38 ; 
Wallerstein, p. 18; de môme dans bfi<17att) "^bbD (daos D"^ltt5^ n73n), p. 29. 

• Qu'on remarque, en outre, que Scherira n'emploie i'expressioQ *tb?3 « il devint 
président • que pour les Amoraïm et les Gaonim, et non pour les Saboraïm. Au 
sujet de R. José, Scherira dit ^0")^ 'l ^^73 ÏT^inSI, précisément parce qu'il éuit 
un Amora. Kn outre, il laut tenir compte du fait que Scherira ne dit pas en cet 
endroit quand R. José est mort, comme il le fait pour loua les autres Amoraïm. La 
raison en est sans doute que la mort de R. José tombe dans la période des Sabo« 
raîm. C'est pourquoi R. Scherira, dans sa relation relative aux Saboraïm, revient à R. 
José en disant: * Eu l'an 515 moururent R. Tuhna et Mar Zoutra, les liis de IIiDéna» 
et R. José Gaou resta encore quelques acnées a Técoie > (Neubauer, ibid ). R. José 
mourut donc comme Sabora après 515, environ viu^l ans après le début de la période 
des Saboraïm en /i99. D'après ce système, Scherira comptersit R. José jusqu'en 
499 avec les Amoraïm et à partir de cette date parmi les Saboraim. C'est aussi en 
celte double qualité que R. José uouà apparaît dans le Talmud, car il discute aussi 
bien avec TAmora Rabina qu'avec le Sabora R. Aha (M. Halévi, dans son ouvrage, 
p. 4 et s., et, déjà avant lui, M. firûll, Jahrbûcker^ 11, 26, noto 25). Du reste, il 
n'est pas tout à lait certaiu que le R. José qui, après 515, était encore a Pécoie lût 
le môme R. José qui arriva a la présidence en 476. 



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LES SABORAiM 229 



II 



LES DERNIERS SABORAIM. 

Scherira parle des Saboraïm en deux passages différents de sa 
Lettre. En premier lieu, il en parle là où il traite de Tactivité des 
Amoraïm et de la formation du Talmud. Il dit que Tactivité des 
Amoraïm consista dans Tinterprétation critique de la Mischna, 
qu'on désigna par le terme r»fi^^in. Scherira, après avoir démontré 
que le Talmud est composé de ce genre dMnterprétations, qui 
s'étalent accumulées dans le cours des temps, continue en ces 
termes : « Et ainsi la riK-nn fut augmentée de génération en géné- 
ration, jusqu'à Rablna. Après Rabina elle cessa... Mais quoiqu'il 
n'y eût plus de nfi^mn, il y eut des Saboraïm, qui ajoutèrent encore 
des interprétations ressemblant à la rtfinirr. Les maîtres qu'on ap- 
pelait Saboraïm expliquèrent tout ce qui (dans le Talmud) était 
resté indécis, comme par exemple R. Rehoumi, R. José, R. 
Aba de Hatim... et R. Rabaï de Rob... Les savants (i^n^i) di- 
sent que R. Rabaï était un Gaon et qu'il a atteint un âge très 
avancé. La Guemara contient beaucoup d'explications (*«*-aD) qui 
proviennent des derniers docteurs, comme, par exemple, de 
R. Ina et R. Simona. Nous savons par nos devanciers que tous les 
passages..., toutes les objections et réponses qui sont exposées 
dans la Guemara sont l'œuvre des docteurs postérieurs, des Sabo- 
raïm, et ont été introduits par eux dans le Talmud. Nous con- 
naissons encore d'autres faits analogues *. » 

Dans le second passage, Scherira donne une liste des Saboraïm 
suivant Tordre chronologique et dit : a La plupart des Saboraïm 
moururent en peu d'années, comme le relatent les Gaonim en leurs 
mémoires historiques. En Siwan de l'année 504 mourut R. Sama b. 
Juda. On dit qu'il, a été juge de la communauté («nm w^*^^). Le 

* «3'»3n nnm «ran *!:> r^ii nnnn K-in î-T«nin NDonn"»» -^Dïn toisbi 

■^«n Sdi •'fimao l^nn t^n«"inn -^^n •^-ip-'^^i ï-iN-iinb "^a-ip^Dn '^i25i-)'»d 
t^riK an cioi*^ a-ii (rram) •^îairi'^i n-i y\^^ mujns ■>«pi ■•bn nin^ 
"T^-nNi nnn p^a •««an a-n isan nrNi ...an-i73 •^«an a-ii ...toTin "^a^ 
ix^'^y a-i 115D "^N-ina laan^ i"ir«n i^-i7:aa n^^ap*^» nao riTsiDi «aia "«a» 
■^pn-i-iDi '^iD^j> ^3■•N nnbiD ...r^-iwaT \><7:p i» lD"»Mp5 t^siTs-^o a-n 
•^^3 nrn mm inr^^api in3'»2-in "^N-nao -^«nna i^an csn7::\a '^amnan. 

Nqabtuer, p. 25, Sur '>733 rTS"^^ "nni, cf. BrQll, JahrbUeher, I, 215. 



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230 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dimanche 4 (lire le 3) Adar 506 mourut R. Ahaï b. Houna. Au mois 
de Nissan de la même année mourut R. Rihimaï ou, selon d'autres, 
R. Nihimaï. Au mois de Kislev 506 mourut R. Samuel b. Juda de 
Poumbadita. Au mois d*Adar (507) mourut Rabina d'Amacia. En 
Tan 508 mourut R. Houna Resch Galouta. — Le jour de Eippou- 
rim de Tan 510 mourut R. Aha b. Rabba b. Abouha (ou R. Aha b. 
Abouha) pendant une tempête (kd:^t). En 515 moururent R. Tahna 
(ou Tahina) et Mar Zoutra, les âls de Hinena. Et R. Joseph Oaon 
resta quelques années seul à TAcadémie. Ensuite, R. Ina résida à 
Sora et R. Simona à Poumbadita. Ensuite, il y eut R. Rabaï de 
Rob. Il était de notre Académie et on dit qu'il a été un Gaon. Dans 
les dernières années du gouvernement persan, il y eut des persé- 
cutions et des calamités ; on ne put se livrer à renseignement, 
fonder des écoles et exercer les fonctions des Qaonim, ju8qu*au 
moment où nos docteurs vinrent de Poumbadita dans la région 
de Nehardaa, dans la ville de Firouz-Schabour. Et voici les 
Gaonim qui furent dans notre Académie de Poumbadita, lors des 
événements susmentionnés, arrivés à la fin de la domination per* 
sane : à partir de Tan 589, ce fut Mar bar Rab Hanan dlskia qui 
présida. Après lui, ce fut Mar Rab Mari, notre aïeul, fils de R. Dimi 
Homo (Horgo ou Sorgo), qui présida. Son Académie de Firouz- 
Schabour est appelée encore aujourd'hui TÂcadémie de R. Mari. 
A son époque, il y avait à Sora Mar Rab Mar b. Mar R. Houna 
comme Gaon ; c'était en l'an 609 ». 
Scherira remarque que R. Rabaï, selon Topinion de certains» 

* to-^aiwr^ iTD'T'D *^3îT7 nia:?'i73 to-^2©a ^y^^)D "^fi^maD lian^r t^mm 
r*<)3D t^sa-i 3'»Dtt) i"::nn n3©m .to-^tt-^n •^-innn tarT'3n-i:DT "«noDa 
3?3-iN Nim Naï53 inm .mn «aan «d'»'^ti i-^-iûni m-irr» j^oann rma 
ïstn^n icsai .r^3in an -ia '»«n« an a-^axD y^nn na» m«a (i. Knbn) 
iboD-a y"^r\r\ nD^ai .'^N»in'»D an T^obn^an n"»»"! ■»N7ann'^n an a-'^© «n 
]J2 t^ran a-^DiD mi<ai .«n-'ia tono pn min*^ na b^i?:© an a'»DTD 
"i^n^ DT^a a"Dnn nroai .6<mba c^n «D"in an a-^Dto a^-^nn n3«ai .n-^it:» 
.maNiNn» an ou) ma» na rrann ïT>na «n» an 2^^^^ ndj^t rTin 
.t^3rn an "«sa NnaiT nm (t^D'^nn ou) «snn an a-^D^D i"Dnn n3)Da-i 
t^s-^j^ an "»3n nna-i .i-^a© n?2D mna-^nioa ii^a sjot» nan 'n"»"»nxD"»«i 
1731 .ann!o "^«an an "^Dïn ^nai .t^n-^na caioa t^rîo'^o am t^onoa 
mnsti 172)2: -«i® T>"^im .mn iiNan i-^nw^i ,mn ib-^n Kra-^nia 
t^naTi)3 •^a'^niNi "^p^^ yapTab i'^t)iD^ iin «bi cr^onD mDb» qnoa 
t^n-»na73"iD73 j^sb-^n laan in«n t^s© riTaa nna nj» D-^ai^r^ an:a nanm 
«na-^DTsa iim ca-^DiNa ib-^^i .ma«© Tin'>Dn Nns^n^ab ^^^nn^ ma'>aob 
p"nn DDu:» .ûvono mDb?: ci"ioa y^b'^iz l'^b'*» nna «n-tnattiDa «ïb-n 
"njzi n"»na laspr -^nts an n^o ^b» r-mnan .N'^'^p««73 i:n an nîa *^b73 
an ^a j'ma mau) nn-tDa i^smT: n-^ai (i:inio ,"iamn ou), -onin •^ïa'^n nn 
fionn an nîo p ntj an n?: r^nnoa n"»n i"»»'^ai .ïim &Tm nr -^nia 

.(Neubauer, p. 34) ^''pnn n3\Da I^Ka 



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LES SABORAIM 231 

était déjà Gaon * ; d*après cela, R. Ina et R. Simona auraient été 
les derniers Saboraïm. Cette opinion parait aussi avoir été par- 
tagée par le Sèder Tannaîm we-Amoraîm, qui ne compte pas R. 
Rabaï parmi les Saboraïm et prétend que R. Guiza (sans doute le 
môme que Ina) et R. Simona étaient les derniers Saboraïm. 

Les historiens se sont ralliés à la dernière opinion. Comme, 
d*après Ibn Daud, Simona est mort en 540 et que Scherira ne 
contredit pas cette assertion, cette année passe pour le terme 
de l'activité des Saboraïm. 

M. Halévi rejette cette théorie et prétend que R. Guiza et R. Si- 
mona du Sèder Tannaîm we-Amoraîm ne sont nullement iden- 
tiques à R. Ina etR. Simona dont parle Scherira. D'après lui, les 
derniers Saboraïm R. Guiza et R. Simona doivent plutôt être cher- 
chés parmi les savants qui avaient émigré de Poumbadita à Fi- 
rouz-Schabour peu de temps avant 589 *. La période des Saboraïm, 
d'après M. Halévi, s'étendrait donc jusqu'à 589. 

Contre cette hypothèse il faut observer d'abord que, si R. Guiza 
et R. Simona étaient d'autres personnes que le R. Ina et le R. Si- 
mona de Scherira, celui-ci n'aurait pas négligé de les nommer. 
Scherira, qui est si minutieux et si précis, n'eût pas manqué de 
citer les deux maîtres qui clôturent la période des Saboraïm. 
Scherira ne consacre au séjour des docteurs à Firouz-Schabour, 
où M. Halévi place les prétendus derniers Saboraïm, que quelques 
mots, précisément parce qu'il ne s*y est rien passé d'important. 
En outre, une comparaison des noms des Saboraïm dans le Sèder 
Tannaîm we-Amoraîm avec ceux qu*on trouve chez Scherira, met 
hors de doute le fait que les docteurs dont il est question sont 
identiques. Il est vrai que le texte du Sèder Tannaîm est confus et 
corrompu, mais beaucoup de noms s'y sont conservés fort bien et 
sont faciles à reconnaître chez Scherira. C'est notamment le cas 
pour les cinq derniers Saboraïm qui nous intéressent ici. Dans ce 
qui suit, je juxtapose ces noms tels qu'ils sont cités dans les deux 
sources. 

' Ici Scherira parait vouloir dire par ^")KA que R. Rabaî, d'après ropinion d'autres, 
était le premier y\^^ (contre Graetz, V, 424). 

* D"»Dni3Énn mm*!»?. 3o et s. 



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232 REVUE DKS ÉTUDES JUIVES 

Scherira. Sèder Tannatm we-Amaraïm •. 

(w^nn ou) «snn an ^t^^-'i^p a-i 

«srn an '^aa «ntaiT n^DT »rr5:n 'n ^a finaiT am 

sioT» nan . . • 

(à Sora) ac^y an • («n'^i ou É<a'^T ou «m ou) ■•«ait an 

(à Poumbadita) «SITD'^O an ^«SITD'^O an 

ainto •'«an an 

On voit que dans le Sèder Tannatm we-Amoraîm, R. Joseph et 
R. Rabbaï ont été omis. Des cinq noms qu'on y trouve, quatre cor- 
respondent incontestablement à ceux que Scherira nomme. On 
peut donc admettre avec certitude que '^fiCiT = txr^ est identique 
au R. Ina de Scherira. 

L'hypothèse de M. Halëvi est donc insoutenable sous tous les 
rapports. Il est établi que la période des Saboraïm a pris fin vers 
540 avec R. Ina et R. Simona. Tout au plus pourrait-on encore, 
avec Scherira, compter parmi eux R. Rabbaï *. Mais il n'est pas 
possible d'y comprendre aussi l'époque qui va de R. Rabbaï au pre- 
mier Gaon, R. Hanan dlskia. 



III 

l'activité DBS SABORAÏM. 

Déjà N. BrûlP partage les Saboraïm en premiers et derniers 

> D'après le ms. du Talmud de Munich, n* 95, imprimé par Taussig dans n^M^^ 
îlTsb^, p. 4, et diaprés le commeulaire ms. d'un Mahsor de l'an 1301 (en ma poft- 
sessioo), r*81(^. 

> Ed. Qoldberg. 

» On sait que ^'la'infi^ est une abréviation de ^n3K*T WIÉ^. 

* Corruption de M3^nn, comme le remarque avec raison BrQll, Jahrbûchery 11, 107. 

* D'auires mss. ont «»n am ma «naiT an .t^a-'ap na -^lann» an (voir 

K^rem Himéd^ IV, 187). Il est évident que K3^ap (fiO^nn) fut fait par erreur le 
père de Âhdebolet que tXT2T\ est une corruption de K33'^n> ^^ môme temps, ■>33 fut 
changé logiquement eu rt^na. La transition se trouve marquée dans Mahsor Vitrât 

p. 483, où il est dit «3n an "^îa Nnt3iT n7ai ^y^-p na -^lann» an. 

* D'après GrsCzetBrÛll {Jahrbilcher^ II, 41), ce Sabora serait identique à R. Guiu, 
qui s'était réfugié à Nabr-Zaba. 

7 Aiusi le portent toutes les éditions. Seul le Mah§or Vitry a fiOlïl au lieu de 
Simona, ce qui est certainement une corruption. M. Ilalévi, dans son hypothèse, 
utilise ce nom et prétend que R. Houna a été un des derniers Saboraïm. 

* Samuel ha-Naguid et Ibu Daud comptent aussi les Gaonim jusqu^à Mar Schi- 
schoua (vers 680) parmi les Sahoralm, mais ceci n'est pris au sérieux par personne. 

» Jahrbûchir, 11, 47 et s. 



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LES SABORAÏM 233 

Saboraïm et troave qull y avait uoe différence essentielle dans 
leur activité. M. Halévi trouve cette distinction chez Scherira et 
prétend que Scherira nomme les premiers Saboraïm ■>fi^n'îaD 
■no'TDîQn ou Minvib ■>a-ip)Dn ■>fctmaD*. C'est là-dessus qu'il établit sa 
théorie sur ractivité des Saboraïm. Celte prétention est égale- 
ment insoutenable, car elle repose aussi sur le texte corrompu du 
Youhasin. Le passage auquel M. Halévi se réfère est ainsi conçu 
dans les édition correctes : rm mn ^b rtînin '^^n V'w '^^'n nnni 
nîermb ■'anp^n •^toi^r^c •^«■iMn '•«mao*. Comme on le voit, l'adjec- 
tif ■•a^pTD^ ne se rapporte pas à "^fi^^iaD, mais à ^^ry^t. Scherira 
veut dire par là : des interprétations qui sont proches de la rifimn. 
Or, le mot ^rr^t a été omis dans S. J., et le passage y est conçu 
ainsi : rtK*Tinb '^yypw •^wbot "«fimaD im (.Youhasin, éd. Cracovie, 
p. 114 &]. M. Halévi n'a pas vu qu*il manque ici un mot et il dit 
ïTïntib ■>a^Tp^n '»fimao, bien que cette dénomination soit impos- 
sible grammaticalement Scherira, ainsi que le Sèder Tannaîm 
toe-Amor^aîm, ne fait pas de distinction entre les premiers et les 
derniers Saboraïm. M. Halévi commet une erreur en rapportant 
tout ce que Scherira dit de l'action des Saboraïm aux premiers 
Saboraïm et tout ce que le Sêder Tannaîm en dit aux derniers. Ce 
que ces sources en disent se rapporte plutôt aux Saboraïm en gé- 
néral, notamment à ce genre d'activité par laquelle ils se dis- 
tinguent si nettement des Âmoraïm et des Gaonim. Pour bien 
comprendre Scherira, il nous faut revenir à sa description de 
Tœuvre des Amoraïm. 

L'œuvre des Amoraïm consista en ce qu'ils expliquèrent la 
Hischna au point de vue critique et la comparèrent à d'autres 
écrits des Tannaîm. Cette œuvre est appelée par Scherira et 
d'autres Horaa (nfinti) % et les analyses, Talmud ou Guemara*. 
La Horaa commença ainsi après la clôture de la Mischna par 
Rab > et finit avec Babina. Pendant tout le temps qui sépare 

* d''51©Knn m^m^T, p. 2<i, 11 a, 12 a et suiv.; cf. lUwue, XXXIIl. p. 4. Brûll 
n'est pas cité par M. Halévi. 

' Ainsi le porte Téd. FiUpowski dans th^T\ l'^Dm'^, p. 49, et Neubauer, p. 25. 
D'autres éditions n'ont pas ici le mot '^î^'Tiao et portent : ^"y^ "^KIT 1'^D?1 '11131 

rjfimnb i'>a'»np ""nKaoi •^tt5nn"»D «d-'k r^^r\ nin «b h^mm (éd. Goidberg, 

Mayence 1873, p. 4; Wallorstein, p. 14). 

* Soraa signiûe dans le Sèd$r Tannaîm loe^Amoralm et chez Scherira, non pas dé- 
cision en général, mais le genre de décision qui repose sur les analyses de la Mischua. 

Samuel ha-Naguid* (m»bnn «1373) dit : T^D^nna© mj^iTDUîn «"^H n«mn 
nîmn tniinp:^ êtïti msra \^^y:i m^-n^Dai mbinpn ca-^TsDnb. 

* Raschi sur Btrakkot, 47 b : «1303 ÎT^lbnn N^I^D^H «in Ti'D «73C «b'C 
t^t3 r:Wl2 '»*13nb ta"»DniD rmO ; cf. Raschi, sur Sovcca, 23 a. 

» Sèdtr Tênnaïm loe- Amoraïm, ï-ÎKlins b'TCin «m ^31 31 [K&em B^med, 
IV, 188). 



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234 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ces deux Âmoraïm, on travailla activement à Tinterprétation de 
la Mischna. Les interprétations qui furent approuvées furent 
enseignées dans les écoles et acquirent ainsi une autorité uni- 
verselle. On veilla à l'uniformité et à la correction de leur 
version. Par leur autorité universelle elles se distinguèrent des 
interprétations onlinaires que chaque maître pouvait donner 
selon son ïd^e^. Chaque génération apporta de nouvelles inter- 
prétations de ce genre, qui, avec le temps, s'ajoutèrent aux maté- 
riaux déjà existants dans les écoles*. Le Talmud babylonien est 
une agglomération de ce genre d'interprétations qui s'étaient mul- 
tipliées pendant la période des Âmoraïm. Tant que dura la ffo- 
raay les maîtres s'appelèrent Âmoraïm. Quand elle finit vers l'an 
500, les maîtres s'appelèrent Saboraïm. 

L'exposé si lumineux de Scberira nous fournit d'abord pour les 
Saboraïm un signe distinctif négatif: ils ne s'occupèrent plus de 
la fforaa, c'est-à-dire ils n'expliquèrent plus la Mischna à la 
manière des Âmoraïm*. Ils ne produisirent donc pas de maté- 
riaux pour le développement ultérieur du Talmud, et celui-ci 
fut réputé achevé. Cependant il n'était pas encore complètement 
terminé, et il ne reçut sa dernière rédaction que des Saboraïm. 
Les matériaux considérables n'étaient pas suffisamment triés 
et étaient d'un examen difficile. Les Saboraïm mirent de l'ordre 
dans les traités accumulés^, y insérèrent des gloses explica- 

> Scherira : )Mib n'»N ïii^r ïHT^i in-'înTaT «n^bn '^yi YpDirt nnai 
ï-T'»b l'^o-iai "^3-1 naD«T iyi -NTsp nnonb iinb nnn t^b-i ...t^TiTsbn 
133 t^icT'Di isns» r*^3''2©no7an t^nujm '^«■»-i''d ii^d t^b» nn» no 
ïstab a:'»''» •»3-n ït';3dd noi !-T3©7i r^^anno*»» "id ...N5b'»T •^T'^bnb 

rT»0ia>3bn «TI7:bn apb^b ID-ia^N^^I (éd. Goldberg, Mayence, 1873, p. 20-24). 

« Scherira : )^o^yi «nn:^7:o pnb n%s mn -^nn i"»^*'» "i^ «"^"t» ^'^^ ^^^-i 
Tim r*^nn:^73i25 ■jart -«inai ...n'>nn n-inn lînb "pinoTST irtbiD lîan mb 
TDT ...•^D"»-in.>< •»U3in'»D î-T^T>72bn5 ■»;d-io7: rran bD r^wb^ "^biD inb "cna 
û-^antD^-i iHDnb -^a-^D mm -^b-^Ts ^3m «ab t^yn-û t^i-'nnN r^nn inx 
t^7ab:^ r<biD T'D-'-is: t^bn •^toi-i'^D 1"i3D mm iin'>T»7abnb innoi 
'\'\rt «pn (iTn) N-n Ninna t^niDn nm — N-iTaaa Ii3'^3?"^np73bi ina-^D-^n^Tab 
inb i^^apn Nnan^aa !-T'>b i-jtdni «D-r^aa iia-'j^apTab T'Dnxi ■»p"»DD ma 
r^-in r^TiTabn S|0"in"«N i^tb^Ta l"»yNa ...pan ■»nbnD inb "^onai t^nTsaa 
«nn nnaT {iàid., 25-28). — ^nai r^-n n^'^^i^ t^DOin'»» "^Dn Caiobi 
!-TN-nn •»«i"n a"3^"K "^dh nnai «pos*^» fiO'»aNn nnan ïsj3"»aN-i ^j? t<m 

■>fin"iaO "inn mn r*^b (Neubauer, p. 25). 

' Les rares expIicatioDS des Saboraïm sur la Mischna sont relatives à des quettions 
linguistiques ; voir Biûll, p. 48. 

♦ Sèder Tannaïm we- Amoraïm : «b» dnbD ton:?*T73 "li'^bDn «bl ID'^Olîl «b^ 
in'IOD "^rnsn bD b«5 ■♦p-lD 13pn (^^rm ^^ffi«rf, IV, 189). Raschi, sur Souee; 

286, explique «sn-ion ainsi : •'Nni»»! «nn3?7au) pi ...înao fin?TO niTDbn '«'nan 
naiottïi •^-lai ^in5D ta-'HTab p© ^pinpn bbD» r^bfct nwa p-^fiws- 

De même, le Sèder Tannaïm wt- Amoraïm dit en un autre passage : M^IDIp b^l 



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LES SABORAIM 235 

tiyes', les pourvarent de signes mnëmotechniqaes et d*èxpres- 
sions techniques *, et, en cas de besoin, se prononcèrent pour l'une 
des opinions divergentes '. Ils furent d*habiles rédacteurs du Tal- 
mud qui se préoccupèrent aussi de sa mise en usage. Ils se dis- 
tinguèrent des Gaonim en ce point : les Gaonim enseignèrent le 
Talmud, le commentèrent et consignèrent leurs décisions dans des 
consultations et des mémoires formant des ouvrages spéciaux, 
sans exercer aucune influence sur la forme du texte talmudique *. 
Les sources ne renferment pas d*indices sur le fait que Taction des 
Saboraïm aurait varié suivant les époques. L'élaboration du Talmud 
par les Saboraïm parait se placer principalement entre 500 et 531. 
A cette époque, les Juifs de Babylonie eurent beaucoup à souffrir des 
persécutions sous Kawadh I (488-531), et probablement les écoles 
ne comptaient alors que peu ou point de disciples. Les savants qui 
n'étaient pas occupés à enseigner pouvaient consacrer tout leur 
temps à la rédaction du Talmud. Ils s'occupaient d'ouvrages, et 
non d'enseignement '^. Lorsque la situation se fut améliorée sous 

'^^^^^ b^yO (Kérem Hinud^ lY, 200). Scherira emploie aussi le mot en ce sens, 
Toir Seiaari Çédek, p. 71 a. 

« Scherira : '^12 bDT Sifimïib "^a^pan '^^v^'^iD "'«nDwn "«N-nno ï-inïi 

■ïfinna. Neubauer, p. 25. 

* An sujet des addiUons des Saboraïm, voir BrQll, p. 44, et les auteurs cités par 
lai. Au sujet des moemonica, iiifd., p. 5S. 

* M. Halévi (p. 13S) nie quHl y ait dans le Talmud des décisions des Saboraïm 
et donne comme argument ce que Scherira et d^autres disent de la Horaa^ k savoir 
qu'il n'y en eut plus après les Amoralm. M. Halévi comprend par tlN*n^ïl des dé- 
cisions en général, ce qui est inexact. BrOU, p. 72, a signalé assez de décisions 
des SaboraTm se trouvant dans le Talmud et commençant par fi^HDbîll ou n'^bl 
fitnab^T> Rapoport a signalé des décisions émanant de SaboraTm qui se rapportent 
& des assertions des derniers Amoraïm et commençant par fi^^n fi^bl. M. Weiss et 
M. Kalévi objectent a tort contre Rapoport que ces décisions pourraient provenir des 
Amoraim qui ont vécu plus 'tard. Les Amoraïm ne passent pas pour avoir fait de 
pareilles remarques sur les assertions de leurs prédécesseurs. M. Halévi croit quç, 
Rabina II étant nommé, d'après lui, dans le Talmud, Rabina peut ôtre Tauleur de 
ces décisions. Or, on connaît depuis longtemps le fait que Rabina est cité dans le 
Talmud. Ici il ne s'agit pas de savoir qui est nommé dans le Talmud, mais qui y a 
mis des gloses. Or, ceci n'est pas Thabilude des Amoraïm, tandis que nous savons 
avec certitude que c'était celle des Saboraïm. L'attaque dirigée par M. Halévi (dans 
sou ouvrage, p. 13S) contre Rapoport et moi n'a donc pas de valeur. 

* Quelques Gaonim seulement font exception. Au sujet de R. Houna de Sora 
(vers 670), voir Korèha-Dorot^la. Des auteurs anciens attestent que plusieurs pas- 
sages du Talmud ont pour auteur Yeboudaï Qaon (mort en 763); voir BrQll, p. 75 
et 121. M. Halévi, qui ne recule devant aucun moyen pour présenter le Talmud 
comme un ouvrage resté intangible, prétend que les additions de YehoudaT furent 
d'abord mises en marge et u^oot passé que plus tard dans le corps du Talmud par 
la faute des copistes. Les snciens étaient moins conservateurs, et le pieux et savant 
Menahem Meïri écrit naïvement : n^D anDlD "JINa «mn** 31 1)3 DÏT^inNI 
K1tt:ia Û^ODI nfir^:no (IntroducUon de son ouvrage ÏTT^naïl IT^a, éd. Vienne, 
p. 16 a.) 

' J^ai déjà remarqué que Scherira n'emploie jamais pour les Saboraïm l'expression 



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236 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ghosraa I (531-578), les conférences furent reprises dans les 
' à Sora sous la présidence de R. Ina (ou R. Guiza) et à 

idita sous R. Simona (mort en 540). A R. Siraona succéda 
Ti, qui est déjà compté par quelques-uns parmi les Gaonim. 
ormizd IV (578-590), les persécutions recommencèrent et 
es durent être fermées. Quelques docteurs émigrèrent de 
idita à Firouz-Schabour, où ils purent se livrer à Tensei- 
t. Au bout de peu de temps, vers 589-590, ils retournèrent 
ur patrie et reprirent leurs conférences dans la vieille 
e de Poumbadita. Vingt ans après, l'école de Sora fut éga- 
*ouverte. La période des Gaonim commence avec Tinsti- 
le TAcadémie à Poumbadita. 

A. EPSTEIN. 



présida > et j^en conclus qu'ils n'étaient pas chefs d*école. Dans la ques- 

?e a Scherira, il est dit aussi : ^''?73 ''731 Tn03 IST'^D "^«-nao iSam 
et, (Idus sa réponse, Sclierira dil même : ^fi<m20 ^331 '|1P"'jaTl 

n 173T ^mN72 iirr^nn» "jb?;] "^731 r^a-^ai -^nn» i-inoa ^^-^n. 

p. 26). C'est donc seulement ai^rèi les Siboraïm qu'il y eut des « pré* 
De K. Joseph, Seherira dit seulement ^ifi^:; tlOI^ !ia"l T^'^nCÔ^T 
I fi^na^DT^a « K. Joseph Gaoo (l'ancien président) resta seul dans l'Aca- 
leurs années >, et il ne mentionne pas qu'il présida Técole. R. Ina, K. Si- 
Rabaï étaient bien les présidenii des écoles de Sora et de Poumbadita, 
urquoi Scherira dit où chacun d'eux a vécu. — Samuel ha^Nagid, Ibn 
monyme dans Neubauer, Anecdota, 11, 77, sont également sur ce point 
différent de celui de Scherira et présentent les Saboralni comme "^OfiTI 
B qui me semble bien invraisemblable pour les Saboraîm jusqu'en 5'i1. 



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LE 

TOMBEAU DE MARDOCHÉE ET D'ESTHER 



Les Juifs de Hamadan (Perse) montrent avec orgueil un monu- 
ment quMls appellent le tombeau de Mardochée et d'Esther. Nous 
en reproduisons ici le croquis, qui a paru déjà dans le Jewisli 
Clironicle du 4 mars dernier et dont Téditeur a bien voulu nous 
fournir le cliché. 



g^^ monument a souvent été décrit par les voyageurs. Citons 
ly, ^^ïnent les relations les plus récentes. Ainsi Vexprime 



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2M REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le monument qui renferme ces précieuses reliques s*élèTe sur une 
pelKe place, au milieu des ruines d'un quartier abandonné aux fa- 
milles israéliles. Son antiquité ne parait nullement authentique 
d'après son architecture. Le dôme et Textérieur n'offrent aucune dif- 
férence avec le style des sépultures musulmanes appelées Imam- 
Zadehs, que Ton rencontre partout en Perse. L'intérieur se divise 
en deux salles. La première est fort petite ; on y pénètre par une 
porte très basse ferpnée par un battant en pierre d*un seul morceau; 
elle est obscure et n'est édlairée que pour les solennités, au moyen 
de petites lampes qu'on allume dans ces occasions. La porte qui 
conduit dans la seconde salle est encore plus basse que Tautre ; il 
faut, pour la franchir, ramper sur les genoux. De l'autre c6té de 
cette ouverture on se trouve dans un réduit obscur que traversent 
quelques faibles rayons de lumière qui permettent à peine de dis- 
tinguer les deux cénotaphes en bois noir sculpté, qui y sont pla- 
cés l'un à côté de l'autre. Ils sont exactement semblables, quant à 
la forme et aux détails, mais celui d*£sther est un peu moins grand. 
Sur les parois des murs, blanchis avec soin, sont gravées plusieurs 
inscriptions en hébreu qui font remonter à onze cents ans la cons- 
truction du monument actuel. Elles portent textuellement qu'il est 
dû à la piété des deux fils d'un certain Ismaïl*, Israélite, établi alors 
à Kachân*. 

Cette description s'accorde . avec celle de J. PoIIak, médecin du 
schah, qui nous apprend, en outre, que le monument a 60 pieds 
de haut'. Lui aussi dit que certaines inscriptions -— la généalogie 
de Mardochée et d'Eslher — se trouvent sur le couronnement 
des murs. 

Lycklama a Nijeholt, qui cite la relation de Flandin, ajoute : 
< Sir John Malcolm reproduit la traduction qui lui avait été 
fournie par Sir Gore Ouseley, ancien ambassadeur britannique 
à la cour de Perse, de l'inscription gravée sur le dôme même, 
et non sur une paroi intérieure, qui donne la date de la con- 
struction du monument. La voici : « Le jeudi, quinze du mois 
d'Adar^ dans l'année 4474 de la création du monde, fut finie la con- 

* Au lieu d'Ismall, on verra plus loin qu'il faut lire Israël. 

* Eugène Fiandin, Voyage en Perse^ Paris, 1851, t. I, p. 384. Flandin dit encore 
que « les Israélites d'Orient accourent de toutes parts en péleriua^çe au pied des 
deux tombeaux qu'ils ont en 1res grande vénération. Us viennent y célébrer, de cette 
manière, l'une de leurs grandes lêtes appelée Parim [sic). > Hamadaa, diaprés lui, 
compte deux ceuts familles israéliles. 

* Jahrhuch fUr Jsraeliten, de Werlheimer, nouv. série, 3« année, 1856, p. 147 et 
8Utv. Cette noie de Pollak nous a été signalée par noire excellent ami, M. Moïse 
Schwab, t[ui a publié autrefois une Bibliographie de la Perse. Nous lui devons sussi 
la connaissance de Touvrage de Lycklama dont il va dire question. 

« Lire Eloul. 



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LE TOMBEAU DE MARDOCHÉE ET D*ESTHER 239 

struction de ce temple sar les tombeaux de MarJochée et d*Esther, 
par les mains des deux bienveillants frères Elias et Samuel, fils 
de feu Ismaïl de Eachân*. » Malcolm dit encore : « ...Les tombes, 
qui sont d'un bois noir, sont évidemment d*une très grande anti- 
quité; mais le bois n'est point altéré et les inscriptions liëbraïques 
dont il est couvert sont encore très lisibles. Ce sont les versets sui- 
vants du livre d'Esther, avec le changement d'une seule expres- 
sion : <( Alors à Suse, dans le palais, il y avait un certain Juif dont 
le nom était Mardochée, fils de Jaïr, fils de Shemei,fils de Kish, un 
Benjamite. » t Car Mardochée, le Juif, était le second:sous le roi 
Ahasuérus, et grand parmi les Juifs, et agréable à la multitude de 
ses frères, cherchant le bien de ses frères et parlant le langage de 
la paix à toute CAsie. . . » Le terme plus général, YAsiet a pro- 
bablement été ajouté par la vanité de Técrivain de l'inscription * ; 
mais il est possible que celle-ci n'ait pas été littéralement tra- 
duite ^. » 

Lycklama a Nîjeholt* a reproduit le fac similé d'un dessin fait 
sur sa demande par un Israélite de Hamadan. Voici, d'après ce 
graphique naïf, la disposition intérieure de cette construction. La 
porte d'entrée, placée, non au milieu, mais à gauche, donne accès 
à une salle extérieure. A droite se trouve la tombe d'un médecin 
et, à côté, un escabeau, des lampes et de Thuile. A gauche, la tombe 
d'un savant. Un mur, que le dessinateur déclare d'une grande 
beauté, sépare la partie sacrée de la salle extérieure. A l'extré- 
mité occidentale, nouvelle porte, conduisant à la pièce principale. 
A droite, le tombeau de Mardochée, à gauche, celui d'Esther, sé- 
parés Tun de l'autre par un corridor « par où les pèlerins font le 
tour des sarcophages, qu'ils embrassent avec ferveur. A gauche et 
à droite une salle où les gens pieux (nbnD '>Tn'>) font des prières. 
Dans une niche placée dans une de ces salles, à droite, est un Rou- 
leau de la Loi. Sous le dôme est suspendu un œuf d'autruche®. 

Les inscriptions de ces deux cénotaphes sont ainsi représentées 
dans ce dessin : 



1 Le cicérone qui conduisait Pollak lui dit que c'étaient deux médecins du roi, venus 
de Tabriz, qui easaite se rendirent a Bafçdad pour y élever uu monument en l'hon- 
neur d'Ëzécbiel. 

' On verra plus loin ce quMl faut penser de celte prétendue correction. 

3 John Malcolm, Histoire ds la Perse^ Paris 1821, t. I, p. 384. 

* Voyagt en Ru$iie, Perse ei Syrie ^ Amsterdam et Paris, 1872-75, t. II, p. 521. 
' Large de deux pieds, dit Pollak. 

* A limitation des tombeaux persans. 



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240 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Satcophagè de Mardochée. 



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LE TOMBEAU DE MARDOCHÉE ET D^STHER 



241 



» Cest pourquoi mon cœur se réjouit, et ma gloire chante 
joyeusement, môme ma chair demeure en paix, car tu n'aban- 
donnes pas mon âme au Scheol, tu ne laisses pas celui qui est 
pieux envers toi voir la destruction. Tu me fais connaître le che- 
min de la vie ; devant ta face est satiété de joie, et à ta droite des 
délices éternelles. » (Psaumes, xvi, 9-11.) 

< Le travail de ces arches en ce qui concerne les inscriptions 
en relief, la belle gravure^ des belles arabesques tout autour 
de l'arche a été terminé en Tannée 1628 de Tère des Contrats » 
(=1317). 

c Ce dessin a été terminé et écrit Tan 624 (= 1864). » 

Sarcophage d'Esthet. 





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» npi^n, iap«uf pour npnpn. 

T, XXXVI, «*» 72, 



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242 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Au centre : « Voici Tarche dans laquelle est enterrée Esther la 

juste. Que son mér'Ue nous protège ! Amen, ainsi soit-il, amen ! » 

Dans les deux bandes contigués au carré central, à droite et à 

gauche : « Ceci est l*arche d'Esther la juste. Que son mérite nous 

gel Amen. » 

tour : a Et la reine Esther, fille d*Abihaïl, et Mardochée le 
icrivirent avec toute leur autorité pour confirmer cette sç* 
3 lettre de Pourim. » (Esther, ix, 29.) 
It Tordre d*Esther confirma Tinstitution de Pourim et cela 
crit dans un livre. Et le roi Assuérus imposa un tribut au 
et aux lies de la mer, etc. * (ibid.^ 31 et x, 1.) 
Tout cela écrit en lettres en relief autour des sarcophages. » 
haut : c La tête de ce tombeau a été faite sur Tordre de la 
et pieuse Djimal, les médecins préposés Merwa-i-Djimal al- 
et, Ezéchias et Djimal el-Dewlet, et le travail a été fini en 
688 du petit comput. Tout cela sculpté et orné sur les tables 
rche tout autour. » 

le faut pas être grand clerc pour s'apercevoir tout de suite 
lexpérience de Tamateur auquel a eu recours notre voya- 
II est hors de doute que la face des sarcophages n'est pas 
)rte de ce dessin S <^'est par une 'fiction maladroite que le 
lateur improvisé a mis sur le même plan les inscriptions qui 
nt tout autour du sarcophage '. Lui-même le déclare, d'ail- 
> en propres termes. 

outre, le dessinateur ne s'est pas piqué de fidélité, autrement 

arait pas mis A'elc. Bien plus, certaines phrases sont sûre- 

de son invention. Tels les mots : « Voici Tarche, etc. Ceci 

arche, etc. ». Ainsi surtout la note : « Ce dessin a été 

é et tracé (sic) en 624 », qui est, en quelque sorte, sa signa- 

Pour les versets qui sont gravés sur les cénotaphes, sa 

lissance de la Bible Ta préservé de toute incorrection. Mais 

copié exactement la mention relative à cette femme aux 

de laquelle est due la confection d'un des cénotaphes ou 

partie du monument? Il ne le semble pas. En efifet, la cons- 

on de la phrase indique incontestablement une transcription 

qui, sur le dessin, forme le rectangle central est certainement le plat supérieur 

M>phage. # 

B sarcophages, d'après PoUak, ont la forme suiyante : 



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inscriptions courent sur les trois parois. 



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LE TOMBEAU DE MARDOGHËE ET D'ESTHER 243 

Aative : il manque UDa copule entre le nom de la femme et celai 
des frères ; cette femme s'appelle Djimal, terme que nous retrou^ 
tons plus loin dans le composé Djimal-el-Detolel « beauté de 
Tempire » ; des frères dont il est question ensuite Tun est dit fils 
de Djimal el-Dewlet, Tautre n*a qu'un prénom et le troisième 
s*appelle justement Djimal el-Dewlet. Quant aux dates, on ne 
Yoit pas où les a trouvées le dessinateur. Celle du cénotaphe de 
Hardochée serait Tannée 1628 de Tère des Séleucides (=1317), 
celle du tombeau d'Esther l'an 1688 (= 1377). 

D'après Lycklama, « les bandes extrêmes qui forment Tenca- 
drement du tout, ne contiennent que des mentions modernes ayant 
traita la confection du dessin et faisant connaître que le travail 
des inscriptions anciennes de ces tombeaux a été achevé en ca- 
ractères incrustés (lisez : en relief) et eu belle gravure ornée 
autour des dalles de la tombe (celle de Mardochée), Tan 1688 de 
Tère des contrats ». 

S'il fallait une preuve du peu de confiance que doivent inspirer 
ces copies dues à des Orientaux, il suffirait de comparer le dessin 
fait par cet amateur avec ceux que M. Morris Cohen, de Bag- 
dad, a apportés à notre excellent confrère M. Israël Abrahams. Le 
savant et aimable directeur du Jewish Qtmrterly Review a pris 
068 dessins pour fondement d'un article qu'il a fait paraître dans 
h Jewish Chronicle^. Avec une obligeance qui nous a beaucoup 
toodHét il nous a remis ces deux graphiques. Nous en reprodui- 
sons laa parties les plus importantes. 

A la partie supérieure au-dessus des sarcophages se lisent ces 
mots : 

bwTsa tnn» npnstn rrwyn ïT««n m«j^b rtnn^ mj^^aïi nt ttî«^ 
b» bîoaài H^ptrp nbirr b» bNwà ta-^tDDnîri û-^TpDïi ta-n^m onNo. 
VVt^ ^n^ b9 p^«ri nDNb» izhm ïi''a"at"3"n bNi^-^i ruitt)*» nbiin 
.nn-'at'^b tr-im ia-Mob» 'n nw b^T nni» 'nDa o^ttJiaN 'nn^ i-^sj^m 

« La tète de cette caverne a été faite sur Tordre de la digne et pieuse 
dame Djimal Sâtim et des frères, les préposés et sages Djimal el- 
Dewlet, Ezéchias et Djimal ei-Dewlet, Jésua et Yemouel, que leur 
âme soit liée dans le faisceau de la vie. Le travail de l*arche a été 
terminé par les soins du pieux et humble Abou-Schams, fils d*Ohad, 
eo l'année 461 S de la créaiion (= 858). » 

Sur Tautre copie l'inscription est ainsi conçue : 
^ Niméfo da A mars dernier. 



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REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

n «'^ptm tnbnn b» bNw? "^ndi^îi û'»*T'pDrT ta-^n^m tan»© 
1ÎT1K la ta«ia« •»n'» Sj^ linNïi rT««3^ mdbrz ûb«3 .s-iMtsn 

.trnn tibei 

i tète de cette caverne a été faite sur Tordre de la digae et 
dame Djimal Sâtim et des frères les préposé'^-médecins Djimal 
iet et Ezéchias, et Jésua. Que leur âme soit liée dans le fai- 
le la vie 1 L'œuvre de la confection de l'arche a été achevée par 
as d*AbousGham, fils d'Ohad, en Tannée 461S. )> 

variantes ne sont pas peu nombreuses. L*arche, c'est-à-dire 
otaphe^ s'est transformée en caverne. Le nom delà femme 
nrichi d'un mot, tun^D « SÂtim ». La copule, qui manque dans 
sin de Lycklama, n'est pas omise. Par contre, le nom de 
I a disparu. Il est vrai qu'à la fin, apparaissent deux noms 
ïux : Jésua et Yemouôl. Dans l'autre copie, ce dernier mot 
le. 

1 suite de cette inscription en vient une nouvelle dont il n'a 
i fait mention jusqu'ici. Elle porte que la confection du cé- 
le est due à Abou-Schams, fils d'Ohad (Abou-Scham dans 
copie] et que ce travail a été achevé en Tan 4618 de la créa- 
= 858), ou, d'après l'autre copie, en 1618, sans doute de Tère 
leucides (= 1307). 

r ce qui est des inscriptions sculptées sur le tombeau, sMl 
s*en rapporter à ces deux copies, elles seraient beaucoup 
longues que celles dont nous avons déjà parlé, 
le sarcophage de Mardochée on lirait d'après Tune de ces 
notions : 

lû^n mm nbDn m^bw «laba '^b^rr •^sobn k^-» ■•annm 
« ,(Esther, viii, 15) (ynxi^r^ "pa 'r^'TDm irhirt^) l'a iTn Vro^ 
•(Isaïe, Lviii, 8) rr^witti mrro ']roi"wi "^y» *vtod 

rès l'autre, le verset d'Esther s'arrête à nm, mais le texte 
continue : 

.^DON*» 'ïi ma^i ipn» ^^^tb "^bm 

riptions du sarcophage d'Esther d'après la première copie : 

ipn ba PN •^'nïT'ïi ■»3n-i73i b-^ma» na nDb^n nno« anam 
T^n «b ■'a naab p©*» "^-i^a t\» •'maa bri -^ab mo« pb 

.bwob 
i texte, le verset : 
D p n'^N'» p "^ann» i^d^di ?TT»aïn itDi«a rrîi ^iît «■•« 



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LE TOMBEAU DE MARDOCHÉE ET D'ESTHER 245 

Sor les parois de la salle figure la généalogie de Mardochée : 

b-iNTD p n«"ia'»Dtt p HD"^» p t^b**» p t^xn» p na^a p jt^ts^î 
t*oT3^ p ta-^nn© p rr^D» p tn-nsa p nist p b^-^aî* p w^p p 
•jin-^D p bNino p «"^Mtt) p nirr^TD^ p bw-'b» p bND^ p p^D-^^) p 
n73« p b^'cb» p -naî p t^3^3n p ûmn-» p b^ain*» p ^b^ p 
.«"j^'»T 'j'^n'»3a p ^'ba p rmim) p «"^naî p 

Enfin^ l'auteur de ce déchiffrement a transcrit Tinscription dont 
Malcolm donne la traduction. Elle est ainsi conçue : 

î-iV3f»b r^^m to-^Db» '1 n3« bnb» tt)*Tinb 'ica natoa ■'ttîTîna 
nno bDn 'atïi nnoNT •'Dinw lî-'ann» "jt»» S« 'jia'^brt pp-^n tab«3 

.n^axan nn-^bNn 

Le jeudi 45 Eloul de Tannée 4474 de la création fut terminée Topéra- 
tion du blanchiemeut du monument de notre maître Mardochée et 
d'Esther la pieuse et toute la généalogie depuis : « Un Juif » jusqu*à 
« Benjamin le juste » par les soins des frères Samuel et Elle. 

L'autre copie porte : « ... par les soins d'Elie et de Samuel, 
fils d'Israël Easchi ». Il y est dit également que cette inscription 
se trouvait sur une pierre d'agathe (pO'>), Il parait qu'elle a disparu. 

Vraisemblablement, au lieu de 4474 (=714), il faut lire 5474 
(= 1714). En effet, d*après une autre inscription sur marbre, la 
construction de la cour extérieure fut faite en 5497 {= 1737) par 
les soins de Schalom et de Sara, sa femme. Ces divers travaux ont 
été faits probablement dans le môme temps. 

D'après sir Robert Ker Porter *, les inscriptions, qui lui furent 
déchiffrées par un certain Sedak Beg, seraient ainsi conçues : 

taïT» ï-rabttïi nnoNi pnstn •^:3Ti>3 bu5 it^ïïi n» nsp-^n to-^n» -«atE) 

.Y:f"n 'T n3« b^nu)*^ -«sa b«nttiDi ivb^ 
nîwa n"'»-in« nattîa nno«T -«a^n» n-nap n» NDinrr bn:i p^r oai 
roiD iibyf2 b« ria'^iD'^a i^îpana^) nor» D'»^© abp "j-ia^nn Dm pnnnïi 

.û-^aiD yp û-^Db» 

c Deux frères ont édifié le monument de Mardochée le juste et 
d*Esther la reine, Elie et Samuel, fils d'Israël, Tan 4674. 

Pareillement le grand médecin a édifié le monument de Mardochée 
et d'Eslher en 4618 après la destruction du temple, ce qui fait 132 ans 
depuis la construction, et 2370 après leur mort. » 

* Trapeli in 6$0fgia, Pertia, Armenia,,. (Londres, 1822), t. II, p. 114. C'est 
M. Elkan Adler qai m't signalé cet ouvrage. 



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246 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ce Sedak Beg a simplement écrit le résultat de son travail, et 

c'est la rédaction de ses notes que le voyageur a prise pour la 

copie des inscriptions. Croyant que Tannée 1618 était celle de 

rère de la destruction du temple (= 1688), Sedak Beg a eu soin 

er qu'il y avait» par conséquent 132 ans depuis Térection 

nument (soit 1818, date du voyage de Porter). Le compte 

70 ans écoulés depuis la mort de Mardochée et d'Bsther, est 

iprès la tradition rabbinique ^ 

échiffrement du D"* Pollak mérite plus de confiance. D'après 
r le sarcophage de Mardochée se trouvent Isaïe, lviii, 8 ; 
M)té de devant Esther, ii, 5, et autour Ps. xvi, 9-11. Sur celle 
ar, Esther, ix, 32; x, 1 ; ix, 29. Sur lô côté de Rêvant : 

3K»a npnstïi mwDïi ïiiOKïi nm«j^b nmx napn nt mtn 
nb-mb» bNtt:i ■»ni*i7: û"»«Dnnn ta-^n-^pen ta-^ttDnri (œ) ta!Tïi«n 

^oUak traduit ainsi ces mots : t So hat es angeordnet die 
e Frau al Dschamal Satam den gelehrten Briidern den 
Dschamnal al Dawalat Jechiskia und Dschamnal al Dawa- 
ia Jemuel im Jahre 1621. » 
^ollak ne parle pas de Tautre inscription. 

r débrouiller cet écheveau de renseignements contradic- 
ou, tout au moins, divergents, il faudrait, à défaut d'une 
monument, un estampage des inscriptions. Une bonne for- 
ons a mis entre les mains ce moyen de contrôle. Un Israé- 
\ Perse, de passage à Paris, a fait présent, il y a quelques 
I, à M. le Grand Rabbin Zadoc Kahn d'un calque des prin- 
I lignes sculptées sur les deux cénotaphes. On Ta obtenu en 
rant d'encre les lettres en relief des sarcophages et en ap- 
nt dessus fortement des bandes de papier. C'est donc, en 
, un véritable estaçipage, qui mérite toute confiance. Ce 
s va nous permettre de rectifier tout d'abord les lectures 
it peu fantaisistes dont l'incohérence nous avait arrêté. 
irersets qui ornent les cénotaphes sont les suivants : 

des copies de M. Morris Cohen porte les notices suivintes : « Mardochée 
I l'an 3289 de U créaiion du monde. Il avait 15 ans de plus qu'Bslher. U 
4 ans avant la destruction du premier temple et v<^cut 434 ans. Bsther est 
DS avant la destruction du premier temple et vécut 429 ans. » 



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LE TOAIBEAU DE MARDOCHËË ET D'ESTHER 247 



Sarcophage de Mardochée. 

ij-ît bDb ûib«) naim n^s^b aica «^T vn« 

« Il y avait à Suse, la capitale, uq Juif nommé Mardochée, fils de 
Yaîr, fils de Schimeï, fils de Kisch, le Benjamile (Bsther, ii, 5). 

Car le Juif Mardochée était le second du roi Assuérus et grand 
parmi les Juifs et bien vu de la multitude de ses frères, recherchant 
le bien de son peuple, et parlant pour la paix de toute sa race 
(Jbid., 3) «. » 

Les caractères de cette inscription, hauts de six centimètres, 
sont ornés de volutes gracieuses. 

De même style sont les caractères (trente-sept millimètres de 
hauteur) de l'inscription suivante : 

■»«D3 atJ^n «b ■'a Hûab id©-» ■'^©a e|« -«Tias by^^ -^ab ma» pb 
n-irraa 3^a« ta-^Ti m» la^^mn nmo mïnb ^T^on inn «b biÊWîb 

Ce sont les versets 9-11 du Ps., xvi, que nous jugeons inutile de 
traduire à nouveau. 

B 

SarcopJiage d^Esther. 

D'^pb cjpn ba n« •niti^rr '^^^^'^'n^ b'^rra» na nabwn nnoN anam 

n-'sœïi n^tn D-^iDn nna« n» 
^Doa anD3T nb«n û-nsn -^naT û^'p nno« n»fi«3i 
û-'n ■»'»Ni ynwn bj^ o» «mion» ^bttïi d^'^i 

Ce sont les versets d'Esther, ix, 29 et 32, et x, 1, que nous avons 
déjà traduits plus haut. 

Les caractères sont plus épais que ceux du cénotaphe de Mar- 
dochée et cependant ils sont moins grands (5 cent. 1/2 de haut). 

Mômes versets du Psaume, xvi, en caractères de 28 millimètres, 
de même style que ceux des phrases d'Bsther, ix, 29 et 32. 

Les deux pièces qui offrent le plus d'intérêt sont assurément 
les suivantes dont nous publions la reproduction photographique. 

^ U M peut que d'autrtt Terseti soient encore sculptée sur le oénotephe. 



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§•1 

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LE TOMBEAU DE MARDOCHÉE ET D^ESTHEÏl 249 

A 

Sarcophage de Mardochée. 




« Celte tôle du tombeau a été faite sur Tordre de Thumblo Abou- 
Schams, fils d'Ohad, le médecio, que le souvenir du juste soit une 
béDédiction, Tan 4618 (s= 1307 de Tère cbrétienne). » 

Peut-être ^tm» doit-il se lire Ohad, nom d*an fils de Siméon 
(Gen., xLTi, 10), ou Ehud, nom d*un juge. Mais il est plus probable 
que c'est un mot arabe. Si c'était ^rtn^, le nom signifierait 
« Tunique, Tincomparable ». 

Tous ceux qui parlent de cette inscription la placent sur le céno- 
taphe de Mardochée. Mais les caractères sont du môme style que 
ceux du sarcophage d'Esther. 

B 
Sarcophage d'Esther. 

D'»»ann D-^rwrt û« nno bw^a npistn nn«Dïi niû^rt in«j^b rrmx 

Npin«b b«ian w«-» 

« Fait sur Tordre de la digne et pieuse Djimal. . ., mère des frères, 
savants, préposés, médecins, Merwa ibn Djimâl aUDaulab et Ezéchias 

ibn Djimâl al-Daulah , Tan 1621 [de Tère des Séleucides] (= 1310 

de Père chrétienne). » 

Nous attribuons cette inscription au cénotaphe d'Esther, pour 
nous conformer aax descriptions de Pollak et de Lycklama, mais 
la forme des caractères ferait plutôt croire qu'elle appartient à 
celui de Mardochée. 

Manque-t-41 les mots nspn t)fin m « Cette tète du tambeau d^ 
ainsi que J'affirment les diverses reproductions que nous avons 
citées plus haut? C'est vr^semblable. Ces mots se trouvaient» 



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250 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dans ce cas, au-dessus et non à côté de notre cartouche, et c'est 
par inadvertance qa'ils auraient été oubliés par Tauteur de notre 
décalque. 

Quel sens faut-il attribuer à ce terme de « tête du tombeau »? 
Il y a tout lieu de croire qu'il désigne le cénotaphe placé au-des- 
sus du tombeau lui-môme. 

L'M du nom de la femme a la forme de la ligature htK et la lettre 
précédente peut être un %); on a ainsi bmA, c*est la lecture 
adoptée par plusieurs de nos devanciers ; — ensuite vient un 
mot nriD ou to dont nous ne parvenons pas à découvrir le sens. 
En découvrirait-on un qu'il serait difficile de concevoir un com- 
posé de cette nature hd bm:^. bmri est un nom abstrait arabe qui 
signifie beauté — nous le rencontrerons deux fois à la ligne sui- 
vante ^ ; ce mot doit être déterminé par an substantif précédé de 
Tarticle b», comme dans rùrfy» Vmqa « beauté de Tempire ». Or, 
tel n'est pas le cas ici. 

A notre avis, le lapicide a commis ici une faute et a mal inter- 
prété ^THMi *:^ « dame Esther » qa*il avait sous les yeux. Nous di^ 
rons tout à l'heure à la faveur de quelles circonstances cette con- 
ftision a pu se produire. 

Quant à notre lecture des noms des fils de cette femme, elle 
prête à des objections sérieuses. Le mot vcna est-il l'abréviation de 
Merwan, ou le 1 final s'est-il confondu avec celui qui, pour nous, 
représente le mot Ibn qui suit? Le trait que nous lisons ainsi, et 
qui a été pris pour un yod, n'a pas la forme ordinaire de cette 
lettre parce qu'il se raccroche à une volute. Gelai que nous lisons 
ainsi plus loin ressemble plutôt à un waw ; mais dans les versets 
qui accompagnent cette inscription le noun final est toujours 
ainsi écourté. Ainsi seulement se comprend la répétition des mots 
a Djimal al-Daulah » qui suivent immédiatement après le nom 
d'Bzéchias. Merwa et Ezéchias étant frères, il est tout naturel 
qu'ils soient fils du môme père. 

Les deux groupes de lettres que nous avons laissés sans tra- 
duction sont probablement des eulogies. Malheureusement nous 
n'avons pu en trouver l'explication . Aucun des auteurs, en par- 
ticulier Zunz, qui ont dressé les listes des formules consacrées 
ne connaissent celle-là. Aussi ignorons-nous si elles appellent la 
protection de Dieu sur des vivants ou sur des morts. 

Mais à dire vrai, nous sommes peu certain de notre déchiffre- 
ment, et pour les raisons suivantes : l^ le trait qui suit MTtD et 
qui est surmonté d'un point peut difficilement être identifié^ 
2^ l'absence de copule entre ce premier nom et srrptm serait 
inexplicable ; 3<» berîr est un nom propre qu'on rencontre dans la 



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LE TOMBEAU DE MARDOGflËE ET D'ESTHER 251 

Bible ; dans ce cas wm> (et non ww^ qu'on serait tenté de lire) 
serait lui aussi un nom propre, peut-être tVTO'^ ce Isaie ». Seule- 
ment si Ton se contente de lire les noms des frères tels qu'ils sont 
énumérés, on obtient une phrase incompréhensible : a . . . Djimâl 
al-Daulah, Ezéchias ei Djimâl al-Daulah, Isaïe, Teouel ». La seule 
conjonction qui y figure ne se trouve pas à la place où on l'atten- 
drait, et la répétition de Djimâl al-Daulah offre une énigme. 

Ici encore, comme dans la ligne précédente, il faut supposer 
que le sculpteur a mal reproduit le texte qu'il avait sous les 
yeux*. 

Maintenant quel était ce texte ? 

Peut-être simplement la co'pie des inscriptions primitives, car 
tout semble indiquer que celles de Tencadrement inférieur rem- 
placent une ligne qui avait disparu. C'est ainsi que se com- 
prennent les notes qui, d'après Tauteur du dessin reproduit par 
Lycklama, accompagnaient cette inscription. LeD'Pollak s'arrête, 
lai, aussi, sur ces additions et en conclut que cette ligne n'est 
qu'une restauration. 

Ces résultats s'accordent ayec les renseignements donnés à 
Porter. Le monument aurait été détruit par Tamerlan (1370-1400) 
et il ne serait resté que les sarcophages. Lors, donc, de la res- 
tauration de cette construction, on confectionna un nouvel enca- 
drement des cénotaphes et on y recopia, mais avec des erreurs, 
le texte primitif. 

Mais quant à Taulbenticité des dates, le doute n'est pas permis ; 
elles ne sauraient être fictives. 

Quoi qu'il en soit de ces points de détail, il ressort avec évi- 
dence de ces deux inscriptions que les deux cénotaphes ont été 
effectués au commencement du iiv* siècle. 

Un autre fait en résulte, si notre conjecture est exacte, c'est la 
coïncidence du nom de l'auteur d'un de ces monuments — Esther 
— avec celui de la princesse juive à laquelle, d'après la tradition 
des Juifs de Hamadan, serait dédié l'un des cénotaphes. Est-ce 
une simple coïncidence? Personne ne le croira. 

Enfin, il faut s'arrêter sur le nom Djimâl al-Daulah « beauté de 
Pempire ». Il évoque invinciblement le souvenir du fameux mi- 
nistre d'Argoun Khan, Sa*ad al-Daulah. 

On connaît l'histoire de ce ministre dont le nom, à ce que nous 
a rapporté M. Elkan Adler, est encore aujourd'hui populaire en 
Perse. Il commença par être l'un des médecins d'Argoun, tout en 
demeurant à Bagdad. Ses confrères s'étant plaints de ce qu'il né- 

> C'est ainsi qu'an lieu de ^ppTrPt il faut peat-6tre lire rrpTtTI. 



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252 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

gligeait son service tout en parlicîpant aux li))éralités royales, il 
fut appelé à la cour, et ce fut Torigine de sa fortune. Spirituel, 
adroit, instruit, connaissant à la fois la langue des Turcs et celle 
des Mongols, il sut rapidement se pousser en avant. Ayant la 
chance de guérir le Khan d'une indisposition, il entra dans ses 
bonnes grâces. En causant avec son maître, il parla des dilapida- 
tions commises par les intendants du pays de Bagdad. Argoun, 
pour mettre à l'épreuve ses services, l'envoya percevoir les reve- 
nus de cette province et examiner les registres des comptables. Le 
succès de sa mission dépassa les espérances du roi. Le médecin 
juif sut recouvrer d'anciens arriérés, percevoir les impôts nouvel- 
lement échus et revint chargé d'une somme considérable. Il n'en 
fallut pas plus pour le faire nommer contrôleur des revenus du fisc 
dans le gouvernement de Bagdad. Le roi lui présenta de sa main 
une coupe de vin, ce qui était une faveur insigne, et le fit revêtir 
d'une robe d'honneur (128*7). Il continua avec le môme succès à 
remplir les caisses du trésor royal et bientôt, en 1288, le roi, sur 
le rapport d'un de ses officiers généraux, lui confia le département 
des finances de tout l'empire. Il devint rapidement tout puissant, 
et toutes les affaires durent passer par ses mains. 

Argoun n'était pas un khan ordinaire : il avait l'esprit large, 
témoin les relations qu'il noua avec le pape Nicolas IV *. Il per- 
mit à son ministre de prendre pour agents du fisc des chrétiens 
et des juifs, mesure qui devait éveiller les haines des Musulmans. 
Aussi n'y eut-il pas de crimes qu'on n'imputât à ce ministre inso- 
lent. On prétendit qu'il voulait persuader à Ârgoun de fonder une 
nouvelle religion par le glaive, qu'il avait arrêté le projet de con- 
vertir la Caaba en temple d'idoles et d'obliger les Musulmans à 
se faire païens ; on ajoutait même qu'il se préparait à faire une 
expédition contre la Mecque. Il avait envoyé de ses coreligion- 
naires, avec une liste de suspects, dans le Ktiorassan et le gou- 
vernement de Schiraz, pour mettre à mort les notables les plus 
honorables et même les chefs de la religion. Tous les actes tyran- 
niques, les nombreuses exécutions que le caractère sanguinaire 
du roi lui inspirait, étaient l'œuvre du ministre tout-puissant et 
hérétique. Les haines particulières des seigneurs à qui il avait fait 
rendre gorge soufflaient sur le mécontentement des seigneurs, ja^ 
loux des faveurs obtenues par l'intrus. 



1 C'est probablement à tort que Graetz suppose que Sa*ad al-Daulah lui inapirm 
cette détermination, car déjà à la date du 10 avril 1288, le pape euypTaii au Khan 
une lettre, alors que Sa*ad al-Daulah n'avait pas encore reçu le titre de ministre. — 
C'est également Ârgoun qui envojra une lettre i Phiiippe-le-Bel, lettre qui s'est 
conaervée. 



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LE TOMBEAU DE MARDOGHÉE ET B'ESTHER 2â 

Peal-être Sa*ad al-DauIah ne sut-il pas assez teair compte des 
préjugés en éveil. Il associa à sa fortune les membres de sa 
famille ; il donna la ferme des revenus du fisc à ses frères Fakhr- 
al-Daulah et Emm al-Daulah, à son parent Schams al-Daulah, à 
son cousin Âbou-Mansour, le médecin, et à Lebid, fils d'Abi-Rabbi. 
Il réunit autour de lui des savants, et des littérateurs, qu*il encou- 
ragea dans leurs travaux ^ aussi composa-t-on à sa louange un 
grand nombre de pièces en vers et en prose. Une partie de ces 
éloges fut môme recueillie dans un volume auquel on attacha son 
nom. A en croire le continuateur de Bar Hebraeus, « de toutes les 
parties de la terre, accouraient vers lui nombre de Juifs qui di- 
saient tons que c'était pour leur salut et pour être glorifié par son 
peuple, que Dieu avait enfin donné cet homme aux Hébreux ». 

La haine qui Tenveloppait allait bientôt pouvoir se satisfaire. 
Le roi fut frappé d*une attaque de paralysie. Sa* ad al-Daulah fit 
tous ses efforts poar le guérir, sachant que la fin de son maître 
serait son arrêt de mort. Un mois après, Argoun rendait Tâme. 
Aussitôt ses ennemis (c rugirent contre lui » et le firent périr 
(29 février 1291). « Ensuite ils envoyèrent des exprès dans toutes 
les provinces pour faire arrêter ses frères et ses proches, qui furent 
jetés dans les fers et privés de tous leurs biens ; on enleva leurs 
fils, leurs filles, leurs serviteurs et tout ce qu*ils possédaient. Il est 
impossible de décrire la persécution qui éclata à cette époque sur 
la nation juive. » Mais dès que le nouveau khan, Gaikhatoun, fut 
sur le trône (22 juillet 1291), il fit arrêter les seigneurs qui avaient 
commis ce crime. 

Or, d'après le chroniqueur qui nous rapporte ces événements 
et qui en fut contemporain, Abd- Oullah, fils de Fazel-oullah *, 
c'est le ministre juif qui prit, pour la première fois, à Tin^tar 
des princes de la dynastie des Pouyides, un surnom se terminant 
par Daulah. C'est à son imitation, sans doute, que ses frères et 
proches se choisirent des surnoms analogues : Fakhr al-Daulah, 
Emm al-Daulah, Schams al-Daulah. On peut donc supposer, avec 
grande apparence de raison, que Djimâl al-Daulah était un pa- 
rent du célèbre intendant des finances *. 

Qu'on relise maintenant les versets qui entourent la tombe du 
mystérieux Mardochée : ne sera-t-on pas surpris d'y voir relevé 
que Mardochée était le second du roi et qu'il fil du bien à son 

^ Le célèbre auteur du Zitab Tadjgiyet ul-Bmssar we Te*djiy9t ul-A^ssar, plus 
connu BOUS le titre de Vaêsaf-uUHatrtt, 

* "Voir, sur toute cette histoire, d'Ohsson^ Hittoira dês MongoU, t. IV. 



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354 RSYUK DES tTUDBS JUIVSS 

peuple. Ces traits ne s'appliquent-ils pas exactement à Sa*ad*«l- 
Daalah * 7 

Par une coïncidence curieuse, d*aprës une conjecture de Oraetz *, 
le nom hébreu de Sa*ad-al-Dau)ah aurait été précisément Mavdo- 
chée. Un manuscrit de la Bibliothèque Bodléienne a conservé le 
fragment d*une poésie arabe, composée en Thonneur d*un Mardo- 
chée, qui ressemble trait pour trait à Sa*ad al-Daulah. C*est un 
ministre, parti de très bas, qui a gagné la faveur de son maître ; 
des poètes lui ont dédié leurs chants et Tont célébré à Tenvi ; il a 
étendu sa fidroleciîaià sur ses frères; de son temps, Dieu a rendu 

Le Juif de Perse à qui est dâ le sareophaga éb liardochée, que 
ce soit Abou-Schams ou la mère des Djimal-al-^Ilaalah» tarait 
donc voulu élever un monument commémoratif à la mrtcniffa da 
bienfaiteur de ses frères. 

Les restes du ministre d*Argoun furent -ils transportés el 
inhumés en ce lieu ? G*est ce que nous ignorons. Sa*ad al-Daulah 
a dû trouver la mort à Tabriz, séjour ordinaire de la cour, à une 
assez grande distance de Hamadan. 

Au cas où ce serait la mère des médecins-fonctionnaires de la 
flaaîUede I]^mal al-Daulah qui aurait fait élever ce sarcophage, 
on s*ezpliqu«rail mieux encore cet acte de piété : elle aura voulu 
payer sa dette de reconnaiiwânce au protecteur des siens. 

Ainsi, si les Juifs de Hamadan sont victimes d*une pieuse con- 
fusion, en vénérant ce tombeau comme celui du personnage bi- 
blique, leurs respects ne sont pas voués cepen^batà une chimère, 
ils Yont à la mémoire d*un homme qui, dans Thistoire de la Perse 
du moyen âge, a joué pour les Juifs le rôle le plus éclatant et dont 
la fortune a le mieux rappelé celle du ministre juif d*Assuérus. 

Mais que vient faire Tautre sarcophage à côté de celui de Mar* 
dochée*? Est-ce celui de cette femme, nommée Esther, qu'elle 
aurait commandé de son vivant? Et, dans ce cas, pourquoi a-t-on 
gravé sur le monument justement tels ou tels détails relatifs à la 
reine Esther, en particulier qu'elle envoya des lettres pour pres- 
crire la célébration de la fête de Pourim et que le roi décréta des 
impôts sur tous les peuples de son empire ? Autant de questions 

> Si le Tenet Bsther, tiu, 15, qui parle des vêtements royaux que reçut Mardo- 
ehée, figurait réeUemeut, sur le cénotaphe, ce serait une allusion à la robe d'honneur 
dont Ârgoun fît revdlir son ministre. 

* A laquelle s'est rallié GusUt Weill, Tauteur de VHUioin in K^lifeê. Voir 
GmMthtê d$r JudM^ t. VII, note. 

* Remarquer que celui-ci, à dessein sans doute, a été fait moins grand que Tautre. 



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LE TOMBSAU DE M ARDOGHES ET D'ESTHER 255 

que nous n^osons môme pas essayer de résoudre» quoique beau- 
coup d'explications nous viennent à l*esprit. 

Nous avons été frappé de la coïncidence entre le nom du per- 
sonnage auquel est consacré Tun des sarcophages de Hamadan et 
celai du fameux ministre Juif; notre étonnement est devenr *^*~'' 
vif en observant que le monument commémoratif a été érig 
d^années après la mort de Sa*ad al-Daulah * ; enfin, par une 
contre surprenante, il se trouve que ce nom de al-Daulah i 
sur le monument. Ce sont ces coïncidences que nous avons 
plement voulu signaler, sans nous dissimuler les nombr 
objections que soulève notre hypothèse. — Nous serions hei 
si notre essai — malheureux — servait au moins à provoque 
recherches plus approfondies et mieux orientées. 

Israël Lévi. 



I GboM plus curieuse «ncore, It date de lIoBcripiion qoe nous tTons lue i 
platôi 1603, car la lettre prise pour un kaph a la forme d'un bit. Il est vrai 
Upidde aurait dû écrire ann», mais peut-être a-t«il voulu éviter le mot 
< cédrat *. Dans ce cas, le sarcophage aurait été confectionné en 1292, juste 
d« la mort de Sa*ad al-Daulah ! (Dans Thypothèse que cette inscription se n 
an tombeau de Mardochée). 



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LA LUTTE DE R. NAFTilLI COHEN 

CONTRE HAYYOUN 



Pendant Tautomne de Tan 1711, le ghetto de Prague Ait le 
théâtre d*une lotte décisive entre deax hommes que la destinée 
avait amenés là de contrées lointaines pour les mettre en pré- 
sence. R. Naftali Cohen était déjà, en arrivant à Prague, un vieil- 
lard fatigué et ayant besoin de repos. S*élevant de degré en degré, 
il avait été promu successivement du poste rabbinique d^Ostrogh à 
celui de Posen, et de là au siège de Francfort-sur-le-Mein ^ Dans 
la nuit du 14 janvier 1711, an incendie qui éclata dans sa maison 
lui flt perdre à la fois son repos et son honneur, le dépouillant du 
môme coup de sa fortune et de tout ce qui constituait le bonheur 
de sa vie*. On Tavait mis en arrestation, bien à tort d'ailleurs, 
car son innocence était évidente, mais le séjour de la commu- 
nauté lui était devenu impossible. Il portait comme un stigmate 
indélébile le nom odieux d'incendiaire. Dans sa détresse, il avait 
porté ses regards vers le berceau de ses ancêtres, pour y chercher 
du secours. Il s'était senti attiré vers Prague, la cité où s'étaient 
développées les branches de son arbre généalogique*. Là, le grand 
génie tutélaire de sa race, le vénéré R. Loeb, vivait encore dans la 
mémoire de tous et comptait de nombreux descendants. Résidence 

1 Perles, Gesekichte dtr Jwhn m Posen, p. 79 ; M. HoroTilz, Ftûmkfkrttr £Mi- 
n0r, II, 60 et suiv. 

• Kaufmann, UrkundlichjM, p. 67-71. 

• Voir Tarbre généalogique dressé par R. Méir Perles pour le frère de Nadali, 
R. Jesaia de Brody, l'^OHl'^ rb^^, éd. Varsovie, p. 33, et ma note dans les F*- 
milien Prags de S. Uock, p. 188, note 2. La date indiquée par Perles, qui devait se 
trouver sur le magnifique rideau de sauctuaire dont Liebermann Chalfan a fait doa 
à la Âltneusynagoge, dans les mots ^^y *IDT, doit être rectifiée diaprés Vins- 
eription elle -môme en rttt)^^ "JDT. Celle-ci est conçue en ces termes : rmîT 

^DT pmt^ n^nn ma mu) main ^obn ijona-'b t^-ipD Vt pra*' Y-n p 



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LA LUTTE DE NAFTALI COHEN CONTRE HAYYOUN '257 

de sa nombreuse parenté et patrie de ses plus proches, Prague 
était pour lui un refuge tout indiqué, le port unique qui lui offrit 
un asile sûr. C*était le lieu d*orlgine de son grand-père, le rabbin 
de Lublin, dont il portait le nom, ainsi que de sa grand*mère, la 
fille du très estimé chef du rabbinat de Prague, R. lesaya Lieber- 
mann ou Lieberles. Là, vivait sa tante Vôgelé*, réponse de Feiwel 
Banzlau, un des rabbins de Prague, la sœur de son père R. Isàk, 
qui, comme le grand-père, fut rabbin de Lublin. Mais ce qui le 
détermina surtout à se tourner vers la capitale de la Bohème, 
c*était le voisinage de ses fils, dont quatre occupaient en même 
temps d'importants postes rabbiniques en Moravie *. Pinchas Isaac 
occupait le rabbinat de Eremsier, Jacob Mardochée celui d'Un- 
garisch Brod*, Schealtiel celui de Prossnitz et Azriel celui de 
Oewitsch. Sorti sain et sauf des tribulations de la guerre et des 
persécutions des hommes, ayant eu à lutter contre le feu et contre 
le fléau plus terrible encore de la calomnie, il espérait pouvoir se 
reposer enfin * dans cet asile, heureux de préparer là un nouveau 
foyer à sa chère épouse Esther Schondel et à ses petits -enfants, 
sans doute les enfants de sa fille Kéla, morte prématurément^ 
ainsi qu*à leur père Juda Loeb'^, fils de R. Gabriel Ëskeles. Là, 
dans le voisinage des siens, il espérait oublier, sans en garder le 
moindre ressentiment, les horreurs dont il avait souffert^. 

Mais la coupe de ses souffrances n'était pas encore pleine. La 
goutte d'amertume qui vient des peines qu'on se prépare à soi- 
même ne devait pas y manquer. De la résidence habituelle des 
cabbalistes, de Safed, en Terre Sainte, un homme avait entrepris 
des voyages à travers l'Europe, dont la vie, malgré son âge avancé, 
ne devait pas finir sans qu'il eût mis en ébullition les plus paisibles 
communautés et semé la discorde et la haine partout où il passait. 

' Hock» iHd,y 178, et ma note ibid.^ note 1. 

* Cf . l6 tesUmeiti de R. NafUli, vers la fia, et Brana dans la JuMtehri/lf de 
Qraêtz, p. 233, note 6. 

* Cr. Kaarmann, Monatuehrift, XLI, 362. 

^ R. NafuU oe pouvait avoir à ce moment- là plus de soixante-deux ans, son 
grand- père, dont il portait le nom, éiaot mort le 21 septembre 1648. Voir Josef 
Cohn-Zedek, D'^n©'> nn (dans \rùr\, I, éd. S. A. Horodezky), p. 13, note 18. 

* Cf. le Testament, vers la fin, et Dembilzer, iDT> nb'^bD, II. Î3"0. 

' Schndt, JûdUehe Merckwûrdigkeiten^ II, 113, répète des dires sans fondement 
qoand il écrit : « Mais R. Naftali, aussitôt qu'il eut échappé à sou emprisonnement, 
se hàla de partir et de se rendre à Prague, où il vécut dans le silence et pour ainsi 
dire en cachette pendant un certain temps et où il fut entretenu par Oppenheimer de 
Vieime et d'autres riches Juifs de Prague. • Cependant c^est de cette déclaration que 
s'est inspiré Graetz, Be$ck%ckie^ X, 82, en rapportant que R. Naftali s'est rendu 
i Prague pour se placer sous la protection de D. Oppenheim. Drann aussi répète, 
iM.^ 232, qu*après une longue détention, il se fixa à Prague auprès de R. David 
Oppenheim. 

T. XXXVI, «0 72. 17 



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258 HEVUE DES ETUDES JUIVES 

R. Naftali Cohen était à peine ûxé dans le Ghetto de t^rague 4ae 
le malheur vint le visiter sous les traits de la mystérieuse et, en 
apparence, si majestueuse personnalité de Nehémia Hayyoun, le 
pèlerin d*Orient. C*était dans l'automne de Tan 1711. Expert dans 
Tart du charlatan et d'un extérieur imposant, cet hôte, revêtu de 
r^légant costume des Orientaux, avait fasciné tous les habitants 
dii Ghetto, pour qui cet homme de Dieu, faiseur de prodiges, était 
entouré d'une auréole de légendes pieuses. On se pressait autour 
de lui et on s'estimait heureux de le recevoir et de le combler 
d'honneurs. Son compagnon et secrétaire, sans doute Elia Tara- 
gon, reçut Thospitalité, pour la durée de son séjour à Prague, 
dans la maison toujours si hospitalière de Samuel Tausk*. Cétait 
le restaurateur de la « Altneusynagoge », et le président de la 
communauté; il appartenait à une famille où la dignité de présN 
dent fut pendant des générations^ pour ainsi dire, héréditaire, et 
lui-même s'était rendu célèbre dans les annales de la communauté 
par sa générosité envers les écrivains'. Quant à Hayyoun, le saint 
homme qui ne vivait que pour la vie spirituelle, comme il le pré- 
tendait, il se contenta de la demeure plus modeste de Ànschel 
Ginsbourg, célèbre par l'éclat de son origine et son éradition 
r^bbinique. Mais il n'y accepta que le logement ; son véritable lieu 
de séjour fut la maison princière du grand rabbin David Oppen- 
heim, alors en voyage pour affaires. Là , il se laissa servir et aduler. 
Lés Jeunes membres de la famille et surtout le fils unique de la 
maison; Joseph, gendre de Samson Wertheimer, rabbin de Hol- 
leschau en Moravie, et Hayyim lona Teomim, le Jeune gendre de 
David Oppenheim, dont il avait épousé la fille, Tolza, recher- 
chaient avec avidité la société du thaumaturge. Comment Naftali 
aurait-il pu résister à l'enthousiasme général 7 Plus que tous les 
autres, il était prédisposé à céder au magique attrait du pèlerin 
inconnu. De tout temps, les messagers de la Terre-Sainte avaient 
trouvé chez lui porte ouverte. Le costume oriental et le prestige 
de la cabbale avaient toujours exercé sur lui une force d'attraction 
irrésistible. Déjà Abraham Conque, le missionnaire envoyé de 
Hébron, avec qui il était lié depuis 1688 par une étroite amitié, 
l'avait conquis tout à fait '. L'école du malheur ne lui avait pas 

*■ Hock, ibid,, 145, et ma note, ibid,, note i. Selon p3ab ITID, (^ f5è, PetM 
trouva dans sa maison, entre autres rabbins, R. Mose b. Israël de Sluck. An sujel ém 
Sluck, cT. Friedberg, linST Dimb, p. 27, note 15. Au sujet de son gendre, R. B«- 
ruch Austerlili, voir i^aulmaon, Die Utite Vertrtihung dtrJuden mu ITtfi», p. lit, 
note 3. 

' Kaufmanu, Sanuon Wirtkeimer^ p. 97, note 1, et 96, note i. 

* Voir Tapprobation enthousiaste qu*il donna i l'ouvrage, d'ailleurs suspect, de 



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LA LUTTE DK xNAFTALl COHKxN CONTHE HAYYOL'X 25U 

appris la prudence et le soupçon, et ii se livra à ce rusé person* 
nage avec une naïveté enfantine. Du reste, Juda b. Josef Perei» 
qui, plus tard, fut tant vilipendé et acquit une si douteuse répu- 
lationf n*avait-il pas trouvé auprès de lui un cliaud défenseur^ t 
Un homme de la taille de Ilayyoun, investi du prestige de la 
science rabbinique et cabbalistique, devait le trouver absolument 
sans défense. Le rusé Vénitien, son acolyte et secrétaire, lui avait 
flrayé la voie par ses mystérieux récits sur les rapports que riiomme 
de Dieu entretenait avec les puissances surnaturelles. Hayyoua 
aviva encore la curiosité déjà en éveil en refusant d'accomplir, an 
terre étrangère, les prodiges qui étaient sa besogne habituelle. 
Une sorte d'ombre, disait-il, s*était posée sur ses yeux, lorsqu*!! 
qailta la Terre-Sainte, et il dut poursuivre son voyage, à demi 
aveugle *, sur de recouvrer la vue, aussitôt que son pied toucherait 
de nouveau le sol sacré. Il voulait aller sans trêve d*un endroit 
à rautre. Môme dans une communauté comme celle de Prague, il 
déclarait ne s*accorder qu'un répit de quinze jours. Nul ne devait 
pouvoir se vanter d*avoir profité de son assistance miraculeuse 
ou d'avoir reçu une amulette de sa main. Certes, il eût aimé ini- 
tier un homme comme Naftali aux mystères les plus profonds da 
la cabbale, mais, avant d'entrepi'endre son voyage, il avait fait vesa 
de renfermer en lui-même les doctrines ésotériques durant tout 
son séjour sur un sol non consacré. Son but était uniquement de 
fiiire imprimer en Europe les manuscrits où était consignée ai 
seience mystérieuse. En demandant simplement une approbation 
pour ces précieux ouvrages, il entendait accorder une véritable 
faveur. Choisissant prudemment parmi ses papiers, il voulait, avant 
tout, s'assurer à Prague, vu l'absence de R. David Oppenheim, de 
l'adhésion de R. Naftali Cohen. Il garda par devers lui les parties 
eoiapromettantes de son ouvrage, se bornant à choisir dans les 
deux écrits, qui, plus tard, entourèrent comme deux commentairee 
le texte de la doctrine secrète des Sabbatariens ou du mystère de 
la Divinité', les passages qu'il soumit à sa victime pour lui arra- 
cher son approbation. R. Naftali sut, sans doute, lire le manuscrit 

Conque D'^nCIO p3M. Cf. S. Mandelkem, dans le prochain fascicule du n*)Tt)93 
a*)J^93tt1 de Braioio. 

* Le inaab me a élé approuvé par R. Naflali a Prague, le 5 juin 1712 : '«a 
^nSi5 ?in73tt) na T^ma^^a© n"l na^an. R. Mosé Hages s'exprime fort dure- 
beiil âur Perez dana ses leltres manuscrites adressées à R. Juda Briel de Manloue. 

• Par là s'explique rexpressioo û"^:^ "^D imin D'^S'^y niNT^ «"''^n ÏT^ttrO, 
dans la déclaratioo d'approbation, du reste stigmatisée comme ayant été faussée, de 
M. Gabriel Bêkelef, rabbîB régional de Nicolsbourg, sur rr^TSnS '>"^21 ai Mnia^\^73 
«bDT. Cf. Ksarmann, npim, il, H et suiv. et 66 et suiv. 

* Qraetz, ihid.^ zzxi, et suiv. 



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260 REVUE DES ËTUDES JUIVES 

sefardi plus couramment que le rabbin de Francfort-sur-le-Meîn S 
Joseph Samuel de Cracovie, qui avait déclaré ne pas savoir lire le 
manuscrit d*Abraham Conque *. 11 n'y trouva rien qui pût troubler 
sa candeur. Plus d*un demi-siècle s'était écoulé depuis que Sab« 
bataï Cevi avait jeté dans les esprits tant d'erreurs et de doutes ; 
les dernières traces du mouvement, naguère si puissant, sem- 
blaient avoir disparu, et dans l'esprit des gens paisibles il restait 
à peine un pressentiment que le vieux levain pût encore une fois 
produire une fermentation dangereuse. Pour flairer et découvrir le 
sabbatianisme secret, il fallait une autre disposition d'esprit que 
celle où se trouvait R. Naftali. Dans les passages qui lui furent 
soumis, il retrouvait le courant bien connu de la cabbale. Ne se 
doutant pas de Tablme au-dessus duquel il avait passé en glissant, 
il écrivit, à la date du 5 novembre 1711, Tâpprobation queHayyoun 
lui avait fait l'honneur de lui demander ^ 11 était tombé dans le 
piège du vieux renard, et, désormais, il était hors d'état de lui 
nuire. Hayyoun pouvait laisser tomber son masque. Les deux 
semaines de séjour étaient devenues des mois. Son refus de fabri- 
quer des amulettes avait pris fin rapidement. Maintenant il pouvait 
se vanter sans scrupule de ses relations avec le ciel et proférer 
des blasphèmes, par exemple en disant qu'il avait fait descendre 
le char du trône de Dieu dans sa chambre ; qu'il dialoguait fami« 
lièrement avec le prince de la face, avec Métatron ; môme avec 
Dieu il s'entretenait, et il pouvait forcer les anges de son entou- 
rage à venir près de lui comme des serviteurs. Il eut l'audace de 
montrer une lettre que le prophète Ëlie lui avait écrite et de 
s'attribuer la puissance de conjurer les morts, de détruire des 
mondes et d'en créer de nouveaux. Désormais, il n'avait plus 
besoin de l'auréole de la sainteté. Le vieillard, hier encore aveu- 
gle, se divertit au jeu de Thombre et, las des mortifications, prit 
plaisir à assister aux grands festins. Seul Taveuglement de ses 
partisans était inguérissable, et la confiance de ses fidèles restait 
inébranlable. Ses manières devinrent de plus en plus hardies et ar- 
rogantes. Ses amulettes devaient éloigner la mort et être un moyen 
de préservation au milieu du danger. Le retour de R. David 
Oppenheim avait si peu mis fin à ce vertige, qu'il donna lui-même 
son approbation aux écrits de Hayyoun, à la date du 9 février 1712, 
et qu'il fut sur le point d'être obligé d'abdiquer son autorité dans sa 
propre maison en faveur de cet intrus. Celui-ci n'avait-il pas, 

* llorovitz, ibid.y II, 56 et suiv. 

« Approbation de D-^nDIO pn» ; TT>D» inDO ns-^riDa "T^D» '»2'»WD a"a3^«1 

M2y D-^DpT uyo") iDDDna ub'€V2 nm"»a T>tt)D:^n dij^wd ■»r»'»'»n. 

> Cf. le texte dans Tappendice A. 



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LA LITTE DE NAFTALI COHEN CONTRE HAYYOUN 261 

contrairement au conseil et à la volonté du chef de la famille, 
obtenu par le don d'une amulette, que le favori de la maison, le fils 
unique de Josef et de Tolza Oppenheim, jeune enfant d'une beauté 
extraordinaire, fût exposé au danger d*un voyage à Carlsbad, 
où il périt en tombant, sur la route, en bas de la voiture* ? 

En vain la désillusion vint pour R. Naftali. Il ne lui servit de 
rien de reconnaître bientôt qu'il était tombé dans les filets d'un 
sabbatarien masqué. Habitué naguère à faire acte d'autorité et à 
voir ses volontés exécutées, il dut maintenant se consumer dans 
une haine impuissante contre ce fauteur de mal. Celui-ci n'avalt-il 
pas obtenu de lui tout ce qu'il pouvait encore en attendre ? Ses 
entretiens avec le secrétaire furent inutiles. [Celui-ci ne voulant 
dénoncer ce maître en fourberies, R. Naftali dut porter comme un 
remords rongeur le soupçon d'avoir été la victime d'un des Don- 
meh, les partisans secrets de Sabbataï Cevi à Salonique ^. Prague 
n'était pas un endroit propice où l'on pût entreprendre quelque 
chose contre ce séducteur souple, sachant gagner tous les cœurs 
et échapper à tous les dangers, d'autant plus que le chef de la 
communauté s'était également livré à lui par sa signature et son 
sceau. 

Sans môme prendre congé de R. Naftali, Hayyoun s'était rendu 
de Prague à Vienne^, pour répandre de là dans la Moravie et la 
Silésie les nouvelles erreurs sabbatariennes, qui troublaient les 
esprits et empoisonnaient les cœurs. Les tristes conséquences que 
produisit le sabbatarisme renaissant partout devaient montrer 
combien était fondé le soupçon qui ne vint que tardivement à 
R. Naftali. Bientôt on vit se rallumer le feu qui couvait encore 
sous les cendres laissées par la première explosion. Une des pre- 
mières victimes fut Lobele Prossnltz. Ce partisan de Sabbataï, 
originaire d'Ungarisch Brod et établi à Prossnitz, sous le poids de 
l'excommunication suspendue sur sa tête par R. Meïr de Schi- 
dlow, plus tard rabbin d'Eisenstadt, était devenu silencieux^, 
comme un pécheur repentant, lorsqu'à l'approche de Hayyoun les 

• Cf. Emden, niNjpïl mnn, p. 63. Le mariage de Josef Oppenheim avec Tolza, 
fille de Samsoa Wertbeimer, eut lieu en 1707 ; voir KaufmaQo, Urkundliehet aut dem 
Lehen Samson Wertheimers ^ p. 5. 

« Cf. A. Danon, dans Revue des Etudes juives, XXXV, 264. 

» Les mots Isifc^ n^ND Tl^T^ t^bl Û-»niarï bir« a-l IITDTD a-^tSm, dans la 
lettre de R. Naftali, n« 1, sont traduits par Graetz, Geschichte^ X, p. 83 : « Et 
il fut pourvu là de ressources abondantes par de riches chrétiens ». Il ne serait pas 
impossible que Û*^ntt?ïl désignât les fournisseurs de la Cour, les grands Juifs de 
Vienne. Nous savons, du reste, que Meyer Hirschcl avait mime dans sa maison 
Lôbele Prossnitz ; voir Kaufmann, Samson Wertheimei\ p. 83, note 3. 

♦ a. D. Kohn, dans m-ICOri nitIN, I, ^^nm niN, p. '.3 et suiv. 



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262 REVUE DES ETUDES JUIVES 

•ilês qui lui avaient été rognées lui repoussèrent. Le faiseur de 
miracles de Safed s*était vanté de posséder un miroir avec teqiMl 
il prétendait pouvoir apercevoir le fond du cœur et découvrir !•& 
pensées secrètes de Thomme. C'est avec ce miroir qu*il voulait, 
disait-il, évoquer Tâme de Lobele Prossnitz et déclarer publique- 
ment s'il le trouvait innocent ou coupable. Il ne manquait plus 
au vieil hypocrite, qui n'attendait que la résurrection de rautifte 
erreur, que d être proclamé un saint par ce sage d'Orient qui pré- 
tendait sonder les reins et le cœur. Lobele eut de nouveau aes 
partisans, dont le nombre s^accrut encore. 

Ainsi, le fléau se répandit de lieu en lieu, partout où Hayyoun 
dirigea ses pas. Lorsque H. Naftali arriva à Breslau durant Tbiver 
da l'année 1713, il ne reconnut plus la communauté qu*il avait 
visitée autrefois ^ La semence jetée là par Hayyoun, durant aofi 
aourt s^our, avait poussé comme par enchantement. Vainemeut 
R. Naftali essaya de faire connaître le vrai caractère deoet bomiDa 
néfaste. Sur ces entrefaites, celui-ci était arrivé à Berlin, où il 
avait mis aussitôt à exécution son projet, principal but de son 
voyage : l'impression de ses écrits. Il ne se troubla môme aueu^ 
nement d'une rencontre avec R. Naftali lui-môme. L'ayant trouvé 
un dimanche soir à la synagogue de Berlin *, il lui tendit sans 
hésiter la main, mais R. Naftali refusa de la prendre. Cependant 
il ne réussit pas à rentrer en possession du certificat qu'il lui 
avait donné si malencontreusement. Hayyoun chercha à se dé- 
rober à toute nouvelle rencontre, il évita de fréquenter la syna^ 
gogue et alla se loger dans la maison d'un chrétien ; enfin, il sut, 
eu se plaçant sous la protection du gouvernement, se mettre à 
Tabri de toute tentative de contrainte en vue de la restitution du 
certificat d'approbation. 

Il n'attendait que l'achèvement de ses deux ouvrages, Les pa- 
rcie$ de Néhémie et le Mystère de la foi, avec ses deux com- 
mentaires % pour se rendre sur le véritable théâtre de sa propa- 
gande, à Amsterdam. Tandis que R, Nafcali était encore dans l'in- 
certitude au sujet du but du séjour de Hayyoun à Berlin, les deux 
ouvrages avaient été imprimés en toute sécurité avec l'approbation, 
désormais devenue indélébile, de R. Naftali. Peut-être son oppo* 

1 D'après le témoignage de son approbation donnée au d^'IDID p^fit de son ami 
Conque, datée du 24 Âb 1713, pendant les troubles de Pologne, il séjourna dé|à i 
Breslau comme fugitif (I7aip>373 nm^n). 

* H est question d'une visite de K. Naftali à Berlin, pendant qu1l séjourna i Pc- 
ssn, dans le TfOlZ 1112^ n'^in de Moi^é b. Yesaia Wengrab, 3a; il Youlait maiira 
à hnterdit l'imprimeur dâ la parodie de D'elle n3073 de Sulzbacb. Cf. Van Biema, 
Nachtrag tu Bebr. Bibliographie, XIV, p. 19. 

» Cf. L. Undsbuth, ûU?rï ''Oa» miblP, p. 14 et suiv. 



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LA LUTTE DE NAFTALI COHEN CONTRE HAYYOIN 263 

ffiUûQ eut-elle, du mointi, ce résultat que son approbation ne fut 
pUd iqiprimée et) tète des deux ouvrages à la fois. Mais il n'y eut 
pl^9 moyen d*écbapper au triste sort de voir son nom placé en 
télé ù\\ plus petit et plus dangereux de ces écrits. 

Cependant R. Naftali n'atait encore eu aucun pressentiment de la 
véritalile responsabilité quMI avait assumée par sa malencontreuse 
apostille. Il 8*en voulait d*étre tombé dans le piège tendu par un 
l^jrpocrite suspect, et il dédirait à tout prix détruire la preuve qu'il 
9'4tait laissé tromper dans sa candide crédulité par un disciple 
secret de Sabbataï. C'est seulement maintenant qu'il reconnais- 
anit aa faute d'avoir couvert des doctrines erronées, visiblement 
sabbataïques, de l'autorité de son nom et d'avoir donné >a re- 
nowfntndation à des blasphèmes et à des hérésies. Une lettre de 
R. Çebi Ascbkenazi *, d'Amsterdam, lui arriva et le frappa com- 
me d'un coup de foudre, en lui révélant pour la première fois à 
fqelle étrange entreprise il avait prêté la main par un inconcevable 
aveuglement. Désespéré, il fut pris de violents remords. Son voyage 
i^ Breslau était resté sans effet, et ses espérances ne s'étaient pas 
réalisées quant au rabbinat de Posen ' : il était résolu ^ retourner 
i Prague^ où il avait déjà renvoyé ses bigages. Il comptait 
revenir par la prochaine voiture de poste auprès des siens, lors- 
qu'il r^çut la nouvelle que Prague venait d'être ravagée par un 
tremblement de terre et que sa femme, sa sœur et ses petits-fils 
étaient obligés do camper en rase campagne. 

ifalgré sa tristesse, R. Naftali comprit cependant qu'il était 
nécASsaire qu'il se séparât ouvertement de l'hérésiarque. Il 
trouva le courage de se confesser devant l'héroïque apôtre de la 
foi, le rabbin d'Amsterdam. Le 27 août 1713, après avoir passé de 
nouveau en revue tous les incidents de sa vie, si riche en souf- 
frances, il écrivit une première lettre à R. Cebi Aschkenazi ^, 
qu'il tenait en haute vénération et qui était aussi lié avec lui par 
des liens de parenté^. Ce fut pour lui une véritable délivrance. 
Contrit et abattu, plein de confusion et de repentir, il avait étouffé 
en lui tout mouvement d'amour-propre et toute tentative de justi^ 

' SursoD origine, cf. Kaufmanii, Die letite ErstUrmung Ofens^ p. 23 et suiv. 

> PerlM, QeschiekU dw Juden i» Posen ^ p. 79 ; Brann, ihid., p. 233. 

* J'empruDle le texte des lettres de K. Naftali a un manuscrit qui est en ma pos- 
session et qui contient toutes les lettres et les traités de polémique qui virent le jour 
durant cette lutte contre Ilayyoun. 

^ Les relations des deux familles tiennent au fait que H. Arié Loeb, le fils de 
it. $«ûl at le petit-tils de H. Heschel. fut choisi par K. Cebi comme gendre. R. Arié 
Loeb, que B. r^aftali, dans ses lettres à R. Cebi, saline toujours spécialement, était un 
cousin d^ iuda Loeb, le gendre de Naftali Cohen, mort prématurément. Cf. 
Emden, HBO rhxn , éd. D. Kohn, p. 65 et suiv. 



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264 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

flcation intérieure, pénétré de la conviction qa*il n*est qu*un seul 
moyen de triompher des fautes et des péchés: les reconnaître 
ouvertement et s'en repentir sincèrement. La lettre qu'il écrivit 
devint comme le miroir des événements qui s'étaient déroulés 
depuis deux ans. Il avait, disait-il, été induit en erreur, aveuglé 
par le préjugé et les apparences; il avait donné son approbation 
inconsidérément et sans réflexion, car le livre néfaste auquel il 
voyait maintenant son nom indissolublement attaché ne lui avait 
pas été mis sous les yeux. Il n'avait rien su du plan et de la 
disposition des deux commentairen, et le passage dans lequel il 
avait cru voir la partie principale de l'ouvrage lui avait paru irré- 
prochable et digne d'approbation *. 

R. Ndftall,dè5 qu'il eut pleinement conscience de sa faute, était 
décidé à édicter les peines les plus sévères contre Hayyoun et 
ses ouvrages, dût-il ressentir le contre-coup de ces mesures, en 
raison des accointances qu'il avait eues avec lui. Ce que R. Cebi 
Âschkenazi lui avait soumis maintenant du contenu de l'ouvrage, 
muni de son apostille, n'avait jamais passé sous ses yeux. Com- 
ment pourrait-il survivre à la honte d'avoir prêté son nom à un 
livre qui touchait audacieusement à la plus chère doctrine du ju- 
daïsme, à l'unité de Dieu et à la pureté de sa conception de la Di- 
vinité? La destruction de cette œuvre de mensonge, Toilà la seule 
chose à laquelle sou âme aspirait. Aucune subtilité d'interpré- 
tation, aucun subterfuge ne devait être accepté de la part du mis- 
sionnaire des Sabbatariens. D'après R. Naftali, il fallait brûler 
tous les exemplaires de ces livres, et R. C^-bi devait désormais 
prendre à cœur de les détruire radicalement. 

Son projet de se rendre à Prague était désormais abandonné, 
et il était uniquement préoccupé de la lutte contre Hayyoun. 
Grâce à l'esprit de décision de R. Cebi et de son fidèle lieutenant 
R. Mosè Hages, le combat contre la nouvelle tentative des Sabba- 
tariens s'était allumé sur toute la ligne. Un allié s'était présenté 
en la personne de Léon Brieli, rabbin de Mantoue, qui dans cette 
lutte contre Hayyoun, valait à lui seul une armée. La défense de 
Hayyoun, prise assez mollement par Salomon Aelyon et la com- 
munauté sephardite d'Amsterdam, devait fatalement échouer de- 
vant une attaque si supérieurement menée. A peine R. Naftali eut- 
il repris contenance et se fut-il recueilli suffisamment pour prendre 
connaissance de la contre-déclaration de Hayyoun et d'Aelyon, 
queR. Cebi lui avait fait parvenir, qu'il rédigea presque aussitôt, le 
13 septembre 1713, une nouvelle lettre adressée à R. Cebi contre le 

* On ne peut donc parler d'un mensonge commit per R. NefUli (Gr«eU, 
t*irf., 83). 



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LA LUTTE DE NAFTALI COHExN CONTRE HAYYOUN 265 

fauteur d'hérésies. Il ne pouvait comprendre qu*un rabbin comme 
Aelyon se mit encore à la remorque de ce fourbe, maintenant que 
le caractère dangereux de l'ouvrage avait été démontré. L*excuse 
que le livre se bornait à reproduire les anciennes doctrines bien 
connues du Zohar ne pouvait être admise un instant. Le danger 
des hérésies qui y étaient contenues et qui ébranlaient la vérité 
fondamentale la plus sainte du judaïsme, Tunité de Dieu, était, 
selon lui, d^autant plus grand qu'elles pouvaient, d'une part, pro- 
voquer au dehors des malentendus et des calomnies de la part. des 
savants non-juifs à qui cet ouvrage tomberait sous les yeux, et 
que, d'autre part, elles étaient de nature à réveiller les anciennes 
hérésies sabbatariennes. Personne ne devait s'étonner, ajoutait 
Naftali, de ce qu'il était venu de si loin pour s'ériger de son chef 
en juge d'une querelle qui intéressait en premier lieu la commu- 
nauté d'Amsterdam. Il se sentait poussé irrésistiblement par le 
zèle pour la cause de Dieu, que nul ne pouvait défendre plus 
ardemment et plus passionnément que lui-môme, et, de plus, lui 
surtout^ trompé par Hayyoun, avait le devoir d'élever la voix 
et de lancer an cri d'avertissement contre le sectaire. Il se voyait 
donc dans la nécessité de persévérer dans sa demande de me- 
sures pénales, et, d'accord avec les hommes qui ont ouvert ce 
combat pour la foi, de prononcer Tinterdit contre l'ouvrage et 
l'auteur, interdit qui ne pourra être levé que si le coupable donne 
des preuves certaines d'un repentir sincère. Les exemplaires du 
livre néfaste devaient être retirés de la circulation; par ég^ird 
pour ce qui pouvait s'y trouver de de juste et d'exact, ils ne 
seraient pas brûlés. Cependant l'excommunication devait être pu- 
bliée dans tous les pays pour déterminer ceux qui se trouvaient 
déjà en possession de cet ouvrage, à le mettre à l'écart sous peine 
de tomber eux-mêmes, en cas de désobéissance, sous le coup de 
l'excommunication prononcée contre l'auteur. 

Si jamais R. Naftali eut le sentiment de ce qu'il était devenu, lui 
homme pacifique, privé de sa fortune et des fonctions rabbiniques 
qu'il avait exercées dans de grandes et importantes communautés, 
il dut surtout en être chagriné pendant sa lutte contre Hayyoun. 
Dans sa troisième lettre adressée à R. Çebi, le 18 octobre 1*713^ il 
reconnaît ouvertement combien il se trouvait impuissant et quelles 
sévères mesures il eût prises contre le corrupteur du peuple, s'il 
en avait encore eu la force. Il n'était plus lui-même qu'un hôte to- 
léré dans la communauté de Breslau. Cependant la protection de 
Lazarus Pôsing*, fournisseur de la Monnaie, homme des plus in- 

^ Braon dans JubêUckri/t de Graetz, p. 238 et f uiv. 



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966 mSUE DES ÉTUDES JUIVES 

ilii0nt$, lui valait beaucoup de considération. Aussi, iorsqu^arri- 
vèrent les nouvelles de Nicolsbourg, la communauté dirigeante 
de Moravie, siège du rabbinat régional, et même de la commu- 
nauté voisine de Lissa, apprenant que des menaces on avait passé à 
Texéoution au sujet de l*excommunication, H. Naftali ne resta pas 
en arrière. Les membres les plus considérés du rabbinat et de la 
communauté de Nicolsbourg, les plus réputés par leur érudition 
talmudique, avaient prononcé solennellement Tinterdit contre 
Hayyoun, sous l'influence de leur chef, le grand rabbin de la Mo- 
ravie, R. Gabriel Eskeles, beau-père de la fille de H. Naftali. La 
même mesure avait été prise par trente membres de la comom- 
nauté de Lissa, éminents par leur savoir. R. Naftali reconnut alors 
q\x'\\ avait eu tort de parler, dans sa dernière lettre, de la possibi- 
lité de trouver dans le livre de Hayyoun des passages inoffensifs 
et d'en épargner les parties intéressantes. L'appui qu'il avait trouvé 
semble l'avoir fortifié dans sa conviction de la culpabilité de 
rhomme et dé ses ouvrages. Quiconque avait Taudace de prendre 
le parti de Hayyoun devait appartenir évidemment à la séquelle sab- 
bataïque, qui d*abord s'était livrée à ses agissements scandaleux en 
Terre-Sainte et qui était redevenue assez hardie pour recruter 
aussi des partisans dans d'autres contrées. Il devait faire partie de 
ces malheureux égarés qui portaient sur eux -le portrait de Sab- 
bataï Cebi pour le baiser au milieu de chants bachiques et en 
récitant des prières. Un seul châtiment était assez sévère contre 
ce fauteur d'hérésies, la destruction par le feu de son livre et le 
décret de l'excommunication majeure contre l'auteur, excommu- 
nication dont il ne pourrait se relever quà la condition de se dé- 
clarer prêt à accomplir, avec repentir et soumission, la pénitence 
publique que lui imposeraient cinq rabbins compétents. Pour cinq 
motifs déterminants, pour l'amour du nom divin, de sa Loi sainte, 
de la chaîne infinie des saints ancêtres, pour l'amour de la com- 
munauté dlsraël, qu'il fallait préserver des pièges et de la séduc- 
tion, pour sa propre dignité acquise de rabbin, R. Naftali se voit 
forcé de passer des paroles aux actes et, suivant l'exemple de ses 
prédécesseurs, de ne pas différer plus longtemps à prononcer Tex- 
communication contre Hayyoun. Semblable au patriarche Jacob, 
selon la parole du Midrasch, il se sentait armé comme de cinq 
amulettes pour terrasser son ennemi. Personne ne pouvait l'acou- 
ser de partialité. Dépourvu de toute fonction, en pleine indépen- 
dance, inaccessible à toute influence, il se trouvait, disait-il, en 
quelque sorte, en dehors de la communauté des vivants, n'agis- 
sant et ne se déterminant que par son zèle pour la cause de Dieu. 
Si quelque considération le retenait encore de mettre son projet 



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LA LUTTE DE NAFTALI COHEN CONTRE HAYYOUN 267 

immédiatement à exécution, c*était le contraste que semblait ffé- 
ganter la communauté de fireslau, composée d'éléments dispi- 
rates et venus du dehors, avec une communauté comme Nicols- 
bourg, de fondation ancienne et réputée au loin. L*adbésion de 
cette petite communauté, qui n*aurait que peu de retentissement, 
serait-elle suffisante et ne provoquerait-elle pas plutôt les raille- 
ries? Aussi songea-t-il un moment à convier une communauté 
importante du voisinage à livrer Tassant contre Hayyoun. La 
communauté de Glogau, par le grand nombre de ses membres 
adonnés à Tétude de la Loi, était prédestinée à ce rôle mieux que 
toute autre. B. Naftali crut devoir s*adresser à elle, surtout parce 
que le vieux rabbin, Juda Loeb b. Mosé*, qui était son paren(, 
avait accordé lui aussi son approbation aux deux ouvrages de 
^ayyoun. Il voulait lui envoyer la correspondance qu'il avait 
échangée avec la communauté d'Amsterdam, les lettres manua^ 
crites ainsi que les déclarations, imprimées dans Tintervalle, reia-r 
tives à la lutte contre Hayyoun, pour le décider lui et sa com- 
munauté à s*associer à ses efforts. Aussitôt que la nouvelle de 
Texcommunication prononcée à Glogau contre Hayyoun lui se- 
rait parvenue, il se promettait d'en instruire sans délai R. Çebi. 

Il se produisit alors probablement une circonstance qui décida 
K» Naftali à faire intervenir la communauté de Breslau. Peut* 
être craignait-il une interprétation fâcheuse s'il 3*abstenait de 
manifester son zèle par une action directe. Aussi, après avoir 
tant temporisé, devint-il un assaillant furieux, qui crut ne pas 
devoir attendre une scnoaine de plus et qui mit son projet i exé- 
cution dès le samedi suivant. Ce jour, 21 octobre 1713, la com- 
munauté de Dreslau devait affirmer solennellement sa rupture 
avec Hayyoun. R. Naftali convoqua l'assemblée, qui, de con- 
cert avec lui, allait prononcer l'excommunication dans la syna- 
gogue de Lazarus Zacharias, ou Pôsing, le fournisseur de la 
Monnaie*. Il avait réussi à réunir à Breslau, qui naguère lui 
paraissait un si petit centre, quinze hommes de renom et de consi- 
dération, qui n'hésitèrent pas à s'associer à cet acte important. 
Mais, outre les invités, une foule nombreuse était accourue pour 
être témoin de cette cérémonie, qui était alors encore entourée 
d'an sombre éclat, où R. Naftali allait, après un sermon dont le 
sujet était emprunté à la section sabbatique {Noah), lancer Tex- 
communication contre Hayyoun et quiconque embrasserait son 
parti. 

I^e !«' novembre niS, il raconte à Cebi, dans une nouvelle 

» Chr. Wolf, Sibl. Bêh,, III, 330. 
* BitBB, ibid,^ p. 333, note 1. 



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268 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lettre adressée à Amsterdam, les incidents qui s'étaient produits, 
se plaignant en même temps de ne pas recevoir de réponse à 
ses deux dernières lettres. Il attendait aussi avec impatience Tim- 
pression de ses deux premières lettres avec le reste des pièces du 
procès et l'envoi d*un certain nombre d'exemplaires, pour les ex- 
pédier aux communautés et à des particuliers. Il attachait surtout 
de rimportance à ce que les Sefardim, dont Tappul donné à 
Hayyoun lui paraissait incompréhensible, pussent avoir les pre- 
miers connaissance des fourberies de leur protégé. La lutte qu*il 
avait entamée contre ce trompeur l'avait délivré d'un vif re- 
mords. Ce n'est pas sans un sentiment de profonde gratitude qu'il 
songeait à R. Cebi, qui, en signalant à temps le danger, lui avait 
préparé les moyens de salut. 

Quand l'écrit de Hayyoun lui fut soumis sous sa véritable 
forme, il lui parut dépasser encore de beaucoup ce qui lui en 
avait été rapporté par R. Cebi et R. Mosé liages. Plein d'hor- 
reur pour toutes les hérésies qu'il contenait, il se hâte de s'épan- 
cher auprès de son ami et compagnon de malheur, R. Gabriel 
Eskeles de Nicolsbourg, du nom duquel Hayyoun avait aussi abusé. 
Les hérésies de ce livre, disait-il^ dépassent tout ce qui a jamais 
été affirmé publiquement par les sectes juives. Aussi est-ce le 
devoir de tout croyant de les combattre, et surtout de ceux qui 
sont versés dans la connaissance de la Loi et du Talmud. Cette 
déclaration, dont R. Naftali envoya la copie à R. Cebi le 1*' dé- 
cembre 1*713, parut si importante à Hages qu'il s'occupa aussitôt 
de la répandre partout. 

Dans l'intervalle, les premières lettres de R. Naftali avaient paru 
à Amsterdam et étaient tombées sous les yeux de Hayyoun. 
Celui-ci n'eut rien de plus pressé que de nier et de railler dans 
une protestation publique tout ce qui y était contenu. R. Naftali 
se trouvait en bonne compagnie, Hayyoun ayant aussi accablé de 
ses railleries des hommes comme R. Gabriel Eskeles et R. Léon 
Drieli. L'homme naguère si plein d'urbanité, disait-il en parlant de 
Naftali, est devenu un rustre. Naftali accepta cette injure comme un 
titre d'honneur. Les docteurs n'avaient-ils pas donné aussi au pro- 
phète Ezéchiel ce nom de villageois [Berachoiy 58 &)? Avec le voyant 
qui a annoncé un Dieu unique, une Loi unique et un Pontife 
unique, il voulait être un villageois, rejetant bien loin de lui toute 
relation avec le fauteur d'athéisme et d'hérésie. Quant aux décla- 
rations des premières lettres que Hayyoun ne sut réfuter autre- 
ment qu'en les traitant en bloc de mensongères, R. Naftali les 
maintint à nouveau avec solennité dans toute leur intégrité. Loin 
de s'être rendu coupable d'une exagération, il n'avait, disait-il. 



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LA LUTfE DE NAFTALI COHEN CONTRE HAYYOUN 269 

reprodait que la plus faible partie de ses blasphèmes. Si Hayyoun 
cherchait à affaiblir la protestation de Naftali en ce qui concerne 
les amulettes, en lui rappelant qu'il s*était lui-môme adonné à des 
pratiques cabbalistiques, celui-ci lui répliqua que c'est en voyant 
ses procédés frauduleux qu'il a acquis la conviction qu'il n'y a 
aucune doctrine secrète, mais une coupable imposture, un manège 
criminel de sorcellerie, dans son système de taches (Vencre et de 
signes planétairesy qu'il avait osé donner comme des amulettes 
saintes ayant des facultés curatives et qui avaient déjà été stig- 
matisées comme des fraudes de bas aloi dans une lettre de Josef 
Ibn Sayyah envoyée à Jérusalem en 1549 *. D'ailleurs, Hayyoun 
lui avait avoué lui-même qu'il n'y avait là qu'un but de vil lucre; 
car, un jour qu'il l'avait pris à partie au sujet de ces mani^i^ances, 
il lui avait répondu textuellement qu'il n'y avait pas là de question 
religieuse, mais de l'argent à gagner. 

Toutes ces tentatives de nier la vérité, maintenant que l'excom- 
munication avait été prononcée partout contre lui, sont désor- 
mais aussi inutiles, ajoutait Naftali, que les blasphèmes qu'il a 
lancés contre un homme aussi vénérable que R. Gabriel Eskeles. 
Les vaines rodomontades ne sont plus que des propos sans consis- 
tance, maintenant que les rabbins de l'Orient, qui le connaissent 
le mieux, l'ont mis en interdit. Du reste, il est avéré par des 
renseignements venus de son pays qu'il a toujours été un fourbe, 
préférant les jongleries et les tours de magie à l'étude et à la 
piété. Enûn, un pieux Jérusalémite qui avait rencontré Hayyoun 
en Egypte, avait raconté comment il avait été démasqué. Hôte de 
Zecharia Gatigno, dont l'influence et la renommée étaient si consi- 
dérables en Egypte, il avait partagé la chambre du rabbin de la 
famille, le savant et pieux Israël Lubliner. Celui-ci, troublé et 
effrayé pendant toute la nuit par des cris et des sifflements, re- 
connut trop tard que son camarade de chambre était un exorciste 
et un nécromancien. A l'aube, R. Israël ût part de ce qui lui était 
arrivé au maître du logis, qui chassa Hayyoun. 

Les partisans sephardites de Hayyoun qui faisaient cause com- 
mune avec lui sont aussi menacés de l'excommunication par Naf- 
tali, qui l'étend également aux imprimeurs qui se risqueraient à 
imprimer ses écrits. L'invincible habitude du mensonge apparaît 
encore maintenant, disait-il, dans sa manière de se défendre, puis- 
qu'il envoie à ses amis son petit opuscule, Le Mystère de l'unité •, 
comme si c'était de cet écrit qu'il s'agissait et non de son ouvrage 
plus volumineux, tout rempli d'hérésies. 

* Voir Azoalaî, d'^bllin Û«, éd. Benjacob, 1, 82. 

• >mm Nn (Venise, 1711), 16 «. 



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im REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Au début de cette lettre, que R. Mosé Hages communiqua, le 
d février 1*714, à R. Léon Brieli à Mantoue^ R. Naftali exprime 
don chagrin au sujet du projet de H. Cebi de quitter Amsterdani, 
projet que celui-ci ne tarda pas à mettre à exécution. Si le départ 
de t'illustre champion de la foi était déjà pénible pour R. Naftalf, 
rinceftitude dans laquelle il se trouvait au sujet de la nouvelle 
rédidence de son ami et du sort de sa Tamille était accablante pour 
lui. Mais il se sentait réconforté par l'espérance que le sort de 
riiamme qui avait bravé si courageusement la haine et k persé« 
6\x[lotï pour la glorification du nom de Dieu, qui avait sacrifié 
imn hésitation sa position et son gagne-pain pour la cause de la 
A3i, ne tarderait pas à s'améliorer. 

R. Cebi Ascbkenasi avait dû quitter Amsterdam, mais il pouvait 
le faire avec la conviction d'avoir assuré le triomphe de la cause 
à laquelle il avait sacrifié sa tranquillité. Qu'importait que la 
lutte continuât encore pendant quelque temps par des lettres et 
des protestations plus ou moins acerbes, des déclarations et des 
contre-déclarations, des traités et des livres I La mauvaise se- 
mence dont les fruits auraient pu être si funestes, avait été étouffée 
dans le germe; la propagande sabbatarienne avait été arrêtée au 
moment où elle se préparait à prendre son essor. B. Cebi, comme 
une hirondelle dont on avait démoli traîtreusement le nid, était 
obligé d'aller d'un endroit à l'autre , mais la cause à laquelle It 
s*était attaché était en bonnes mains. 

Cependant R. Naftali devait avoir encore l'occasion de consolider 
les liens, momentanément rompus en apparence, qui l'attachaient 
^ l'homme qu'il tenait en si grande vénération. Ce n'est pas en vaia 
f ue les deux champions s'étaient rapprochés, et leur destinée ne 
devait pas s'accomplir sans qu'ils eussent uni leurs familles d'une 
manière durable et établi ainsi un signe permanent de leur alliance 
intime. 

L'interruption de la correspondance entre R. Naftali et R. Cebi 
avait à peine duré un an, lorsqu'ils se retrouvèrent ensemble à 
Breslau. R. Cebi Ascbkenasi arriva dans cette ville quand il se 
rendit avec sa famille en Pologne ; il était venu de Londres par 
Bmden, Hanovre, Halberstadt et Berlin <. R. Naftali n'avait pltt« 
espéré voir encore de son vivant l'homme qu'il avait appris depuU 
longtemps à aimer et à vénérer. R. Cebi rappela au vieillard, qei 

* Je publie, sous le no* VII et Vlla, la même leUre de R. NafUlt, pour moalrtr df 
quelle manière on se permellait de faire des abréviations en communiquant et en ré^ 
pendant les lettres reçues. 

• Cf. KmdeD, nDO nba», p. 37-8. 



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r 



L-\ LUTTE DE 5AFTAL1 COHEN CONTRE HAYVOIX 271 

le serrait avidement dans ses bras, son propre sort et les fâcheuses 
conjonctures qui avaient marqué sa vie. 

Dans la famille du fugitif, qui avait, d*ailleurs, conservé toute 
sa force d^âme, il y avait un jeune homme, le fils et favori de 
R. Çebi Aschkenasi. Il fut, dès leur première rencontre, l'objet de 
l'attention et de la sympathie de R. Naftali Cohen. Les familles les 
plus riches avaient jeté leurs vues sur le fils de R. Çebi pour avoir 
l'honneur de s'allier à sa maison. R. Naftali Cohen lui-môme avait 
reçu mandat de l'un des plus riches et des plus distingués membres 
de la communauté de Wilna de choisir pour sa fille le jeune 
Jacob, qui, plus tard^ sous le nom de R. Jacob Emden, put presque 
rivaliser de réputation avec son père. Mais dès qu'il l'aperçut, sa 
résolution fut prise inébranlablement d'attacher ce jeune homme 
qui donnait de si belles espérances à sa propre maison *. En 1716, 
le mariage de Jacob avec Rachel, fille de R. Jakob Mardochaï, 
rabbin d*Ungarisch Brod, petite-fille de R. Naftali Cohen, fut cé- 
lébré à Breslau. Kaleb Feiwel Pôsing, alias Philippe Lazarus, le 
fournisseur de la Monnaie, dans la synagogue duquel l'excommu- 
nication avait été prononcée contre Hayyoun, servit d'assistant au 
fiancé *. 

Dans le cœur du jeune homme, dont le mariage symbolisait les 
sentinaents d'affection cordiale des deux illustres champions de la 
lutte contre Hayyoun, un grain de semence tomba alors qui devait 
lever un jour d'une manière inattendue. C'est pour la dernière (bis 
qu'il Tit son père et son nouveau grand-père avant de quitter 
Breslau, mais leur image resta vivante dans son cœur et lui appa- 
rut à l'heure décisive allant plus loin qu'eux, il poursuivit le mal 
jusqu'à ses racines, et, dans sa lutte contre les excroissances de la 
cabbale, il n'hésita pas à nier la sainteté généralement admise du 
Zohar et son entière authenticité. Si les convictions personnelles 
de l'homme suffirent à le décidera faire delà guerre au sabba*^ 
taïsttie qu'il traquait partout, l'unique objet de ses préoccupations, 
il se sentait aussi poussé à cette lutte par les traditions de sa 
fàtnille. 

David Kaupmann. 



« i*., p. 39. 

* Cf. KaurmanD, MoMttsckrift , XLI, p. 365 et suiv. 



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272 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



APPENDICE. 

A 

l'approbation de r. naftali. 

ne:: nn bo ri-^bca '^«'^ ï-i'^nbnsi ■*i<'^ N-jn t^sbapb '^n»i «53 ^n 
'■^pbN -lan 'N /•'•^npn •^^-ip n-^a -^-nn»^ d'^'^noa nosTsi nbi73 raobn 
S-^nsn ni:^^ r^^bon "^d "lonn [n](«)b") '-^pb^b ty ■'D isj^tstd it ts-^no 
•nnn ^.-^n ■miD-'na ,t«jn"«n no^^ '"«b-na rnzD .n-^niD ^d^d .s-potti 
'"•pb» mn 3>">Din ^cnt: icn*^. bî< '"«Tan rn*^ mn-» .rr^as: ■»73N"in •>:» 
V7j"«7a "iT3nb ima .lus-nrDT naiissD ipTn t^^'^n 'n b» nom» n'^aa 
toDnn bn^n a^n ^<^n i^np -lan n« nar -^a ,"iï5'n\m nan© '-^att»: 
nSnToa .bbio "^stj^T» ^"•bi^ bbnT?o np"» t^"«3rntt ,bibm ï-nai nn bbnan 
•^isisr-^s "«auD ,aain noi: Htw pw ■»pbx baip73 irn t<^n î-mro 
OTiD nco"! -l'^LO nDD72"i nai73 omp 't^ '•^ïsnpn "^«Dip n-^an '"«fintT^ nn» 
S^n nnan tjia i-^ntû -ino aia "^a nmoi tabin nmoT rma nonm 
la nuDN ï-n'»n'^ n2"«a la"»! l'orra a'>;a7an b«"i« 'j"»37aa ,3^ï5n t^bi 'wy 
ca"»73n nx T^T •j'^bj? ne» in-n« np-^i n-^brab niTs© nsri» ^^^^ nnw:? 
biba to"»:«3b instn'»-! ,c^m nn "^s-ip bra uj-^bi t^-^aba fO*^© "^aa» 
mm n3> •^scm /-«©npn «Jnp n-^a 173© 'pa '•««■•Tanna t^biTs» ,'^TO\/h 
,ni:ni:"> t-n[ni3:n3ta') .nsrn^w nn^n ibna iiain'^DT tonno nan iTDiab 
'■^aia '«a cams^n /■»pbNb tij? M2^ t<ip '\maa bs» maaîa naTO 
pbn pina '^n"»np') '-^an na n^^ttja towansb '-«lî^n '^a"»anaT Soa 
©nn n73fir '•b -«b nw^ian T^n Sa *«n"iai .■'anb ^sK'n ipriTsi main» 
^:n n"ii< ton« nwttja 'n n3 inaa u)t t^ttJYi^aa «nn^in nttin 'j"»tta 
rin -«i^Tiai '-^ppiTT: D"»'^nyao '-«pnob ipbn*^"» '■'pnoan l'^'inn^ np"nab ne 
to"«ao?3 "^SDn p b^ n«N ,t^in p fin miw rnin» m^an nm^a 
pipnb b«n«"» "«ppnb -^ab"» o-jonn m-^ab 'naTan rnso t^anb "in^^ 
nn5?3 nnNDnbi tot:bi nbnnb t-n"«nb mnoij^n Sîna sa^^a vb^» 
■'nnT:^ ,"ia ij^a-» ^p"«nss n^u) t^iaTai û'^s'^y nno nvnb nnan: linaT 
annb &bi:^a •^^nsn t^Tsns pT-^n iTana*» Nb\D tobn^a '•«0'»Dittn ba Sy 
^TOtt 't^a t:n"»3« in ton?: '» b"2n ^noon 0"»Dnnb ï^b« 'tan naman 
•»b TttiTam nanTsn ann t-nu3n -^nba aiDnn mba tsT»» '•»3» s-n«y 
i-^DT: ^"in«a '■»"»pT t^nas «nnnb ï-npau5 ••nan Sa^ naïa^m noa p©*» 
5>a«"» n3Nn ^213 n'^nûibn n-nnn x-ibs^Taa nainn •»d ^r^y^ biaa 



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LA LUTTE DE NAFTALI COHEN CONTRE HAYYOUN 273 

nrrVy ii«n «nnb bjnTD-^ ^na-^ ja maoi na 'vn p .n-^aîrix m-is 
: pan -^brisa '-•smin d-^w^n ^^12 b^i2 iix nb 

B 

LETTRES DE R NAFTALI. 

I 
[27 eoùl 1713]. f. Sa. 

DO-TiDTan bnnan ii»5n airr 'hd;» a-^nan t|"i57a t-in«a mx pnj^n 

i^-ia bnan pan "«brisî n^nniTD Tonn "«pVxn baipîan 

'nsn "^aa 'b?o 

t^in «mp '"^pb^ o\s n:? yn Y^ ^"^"^ û"ti::o^x p^b 

l'a» '-^pb^n «•»» banp'arî DDmcwn b^ian •|ix:^n "^amn» "«ain» nms 
Y'ax i"n3 o-i"«n "«ass n"-imtt '-h^dt: i^o nias r;"D r"y •»"3 y-i 7o"-n 

: naTia n3\"i mxa mî< t-n5»i b"TT 

'n n-nna n'»73m r:in -^aas .p"ob i"yn bibx 'n '« toi*^ r^bo^^ia 
mb "»icina '-«Ta-^j^s vami vma%-i3 -loi^ .T'as-) b-^nos paia inx-i'»3n 
q^nn saamD^an bnan inswn -^amna -«aini^ n"n ,T'73nn n:"i« mn: 
•>33C -i^-irPTa '•«niOT: iï3î5 i"-i 73"-n T'afici bman baip^n '-^bx c"^« "^pam 
nan / '•»?•• ''^^^^^ ly '■9naD ysi:n'«i /-•p'^isb n:an mxa -i"^»*^ i"-i3 uît^h 
ms-^p mb"«:i7a pn;^n ,n9:^ nb-^a?: nsina toai ."sy-^an inb:^?: hîwt *n"'>a 
Drp"»na n«» nsn p «in pn ^•«"•♦"•n «b fi<-ia5 N^anan xann :ty"«o-i -^itrî^ 
ma '■»^ibn -10 î^ '-«np-^^n i"-» baai irp:i?2î<a moab ♦'tt: '-•"•"inp 
^rTP3« ncn^ :>onn ïiti iTin"«a T»n'» v^^ ""^^ V^'i '«^ ^'^ ^^^PV" 
o^a tmo/5 n73 tmai y^i'D a-^^anb '^3373 "♦îosn i"»» n)3»a nsm 
ïn:?nn a-na*» t^aDnit tn"Dyi2 V2d «a-i t^naab ansai .nin bj^-^ban 
"»iab rts \-»n»ï53 nî)» n^a "»a-in ■'nianira •♦Ta:? p «bi .ï-ibnbi: r^m 
,a«-ît3 mnn30 tdj^-i.-t v^ ''nbarn t^b « ^j^p '-»3s -»d»i ."^nab t^bi 
i5«t" '^n'«a -«ssi \n«i«i ^mnj^ ta^ rTn:^ «in ^;Dfit riT.-r b^nan T3:y-im 
eaoansb '^t>3 v^^t /ï^3« "«nj^T» «bn '••3nn miûn •>3d bn ,nbnaa 3^373 
3?mn3 ta")» '"»»•» nT'»:t -«a V2'zy r-ix 3?'»p3.ib -^ti '■>3in tan^j dip73a 
•»nma rrn "«s ,'»n'»ab 5»-iDb ï-ra -^t» nnn n^n mox ba -^rinbo nann 

> Jusqu*d U résurrecUon des roorls« 

» P*., xxif, 30. 

s Honllin, 19a. 

T. XXXVI. K<» 72. 18 



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27i REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

no \n^5<©5n iD^^nn nbVi •^s'^a •^rm ,i«2?3 D^b a"ï?«cn ?r D"n» :^0'^b 

•»iD3 ba^T nto-ncTsn npns:n '»m:^3 n«« b^'i ,Ti3pT n^^b -^bîTs y^'^ 
•'^•^nnb:? V'S''"^'^ ''''^^P» r« "^3 /■^cîca Dnsn ï-t3«^t '"^aicn '^iinan 
TiDD -^îD» *7« ,nT3 bman nana ■»®Nn o-^aanb -^nid -^r» ï-tp^^i /lan 
N3pb w^n o'^SDn n«5« nnb^^îa nwHD di-i maan ,mnn«n nn p-^mnb u^tzid 
nc« i"n *''3"i73D bpb-iptta rrbpbpn T^bin© ^nraT .mNasr 'n P»Dp 
/'•:"»73 nDD i-iDO by -^nïsDDn ib -^nnsuj "^t» nnn73 nbiDD^jn rTNX"» 
v»mn -^D-^n t^nai^^n t^s'ia ir» îr^b t^7:''«i .t^^t» t^b "d "^PKan 
lODNnTD n"^n «••••n rsT ,ibu5 nD"ion nv^yi nni a"«nDb «a td-^nh ntis 
loa^n» ï-i-^n ibto noiDni ,i"n5 r^-nsitra b"*^©:» n"nn"i7D V^P^ ^^^^ 
i"N-iDa n^a© aoncnî t^^t ,i"3f^ bNi^ia n"nn» T"wnDn •^srin^ m-^aa 
•^5D Sapb \T^ab ^ai ,a"ain noSTa Caan '-^pb» «\>< t^ao t»» 
n:^')y t^nn*^ ipr d\s -^n-K-i nsm ,e<''i''33^Tit: t^-irrû ib;^ -^Dion a? 
'"••^a^b n«7: aipb t«7j -anTi .t^-^-'^j.^p l^a nna 'j"»"«i3:7a"i S-^j» 
13» vsDa t^bia im» b-^nan -iDiorsïJ oncan ^tn^tanb -."p '•••»-î-iîo 
■^3hT;;n)m '••73:»d n^ja "^b^N rr^m T»b:» nnro ^"^-^pn mnc '?:«■) ,D"»?3cb 
t^b» vrN3:?2T ,ny:i7a ï-rna n*» "«t» n^» "^sa nnosi nbw T^rjb i^^itt: 
Sip 3>"»7jiam /■»"»TiDD -^ai^n -^b-n^To t^ino a"5 T^by -^nnam ,-iaT 
"lamb an^ab ï-ixt^ -^a ,&\n;a m^ia© t^"a y'«-iDa aajb ï-rxi-i ■i:"««t: 
^b-^b p-i aa:»b bna-» '»3-^«i ^"la'»;»?^ "ina t^s-'^^i ipr la*»» r^in -«a ,^'^^5 
ini i:>'»'»ob Ii7i7:a p mbij^Dn Sa ib '>rT«tt33? '■»?3\-î iniNai .rj^o^b 
/••pb»b Tir 173^ N-ip Ti5« T'ana» a:'*73 -^b nx^n '•>73"'n im^ai ,-iai baa 
T«ni ,'^ziM^ yu^ la mn «b ^.ujn aian ba r-ix apb t^in «^KTiai 
'jn-'b'j rîTa ©•>«:> a-ipb Tbab nnbsra ■H'» ii?:^'' '^m /^nvû '"«-la^ la 
ta^ n5<©3« ♦n-'nnna ï-ib5n3 nbn ns naao nn« î-i:m .niaaan "ib 
,i"-t3 ra«n iiNan maa n-^ab abp^ ^^^yb 03a3i .cjmnn t-n»*^ ba 
qai'» ^"-im53 a^n n"n t^nn i:a T»3a pn nir^aa m^n «b ii»5n Tjaai 
la-tp Dm ,&n"»T'^-i73 anTin^i i"-)3 n3'i'» n"nm73 ann n"n n"a«n •;nn'> 
'^ya 'ûyû nb:4n3"i '"anj^wn baw ^b n^n^ T^wn nn-nx anm-iNa in» 
a«T> t^im ibia mnb ï-iaa-i7an ba nx Tn-ino 'n C33?on ^i-'-ipo 
^«wN Pia-i rrsna") ,rT3''aian uy nan caan '-^son t^ :3"a73 bsr» pan^: 
oba "i"«r:i nba nN72:3 naai^^n a:» 73"on px T»-nn© '?j« d:»d"i .aapab «"ws 
VBT ïiT\^ nxnn dtsi ,nb ^73^73 rr^n ir^rra 73''om n-^seb '^mca '"lar 
'^-lan bai .pvabnr «inab bia-» nTau5 ,«">a3n "in'^VN?^ pi:i\><rî Nina 'TDfin 
rrTsa 'pa ibia t^'»3oa5« p'^aa m^Qy^ ï-173 D573N /Vdts -^p:»?:!: ib» 
riTsbi '>3Db7j nna?2 rr^ab T»pb«ï5n ,a-i pTOTa ya-^pi P"iy'»72p n^ai 
n««i «r.ai .rria t» t^:!-;) "^b c» &y»a piJ'-'Tap î-tt'»» ''b !-tj«-i7: irx 
Tionb r-ibia*^ iT^a «"^la '73x1 nT» phpt: ^y^iù-p r^X"» «b tabi3»«« 

' Q'^IDia PaD73, c. 21 (é.l. MiiUer, xi.iir, el 303, note A\\ 

* Haba Batra, 1(i9 /*. 

* Ketoubot, 61) rt-//. 

* HouUin, Us h. 



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LA LITTK DE NAFTALl COHEN CONTHE HAYYOUN 275 

rrc^f^ «b» pnaîbT nnwb va^:^ nns nr ma^^an ,i^^b^a man t)» b^na 
ba rroa^^ t»t ,rr:> lîtoyi'» A>ib lîiTaa Dam ,S"na nai tai» 
■•b:? -133^ Tm /t^nr^-^^p ï-TttD ibi25 e^30D« n^aa 'na nafitai -i-^mbiJ^D 
•^b î-mi25 •^naïi» ^jc^n .ï-rmaa ï-twtd vnfio» •'D itn-ib ï-TwHîp mn 
h*VTD T»73 Ti^Danm taan «•»«< ï-rmD -ibo ntio ^n« TinbtDi vby 
,'»>'»5>bHoa ''»nttii25tt73 «imon y^r»?! «5'»Nn b«D i-nc-iDn Tn-^Tabn i» '« 
•ib« ■w>on n« t-nn-^pn 'Ta -nnpm ,"^nau?m3 byi "^nj^na rtnby ^a 
""bmD «pria •^nsam *r:rw StD miro nnt nno ^h '•»'^dû ï-iddt 
T»D ^^in» vba-s^îLinb '>nb'ia"> t^b to573«n ,n73«n "^nsiiD© T»a'''»33> 
*1'»Dnn3» ^bj^an aônoa '-«ban b« «ans -^rn^ -«a ."n*»» TiTaaon b"ia"»b 
rrrr «in da -^fitn^a irr^aa Y'a« tûd rr^r^ nb«i .tktdd -^né^ tarx "^bo 
«••fitrr rpn «b id D3î:« 'idi Nm'«'^-i« l-nn l-^an mô^aar 'n nwp fitsp» 
,31^ yn Sr '73^b '>5'»'»5af ba mnab * rrr^na î-in'«n ''^nb'»n i"»Da"i ^in-'aa 
ba bam .n'^an -^îa^î '« bab p-^brra n-'n mpbn Ticoa V'an «''ficn 
,«na73ib» ''^n^'p'û V'ia'^î^pa pin^i rrn^i nb-^awa T"n:^a m»na '"»3ttTn 
a^'nfin .«-nnon '»nb'>« n:^ TT\'>iNn ba too «b^i .rrra nfit): t^in «^pai 
nffio TiyT» e^bi /•^ntDn bji» an in»» a-nam t^^'r'^'nb d«?3 N3t"» 
ca«i-i maj^ inensf^T .bba '>37Dia n«-i nb-^aa "«ba a"«nD73 ï^x-'t ,1d"i« 
r»73pa do î-nn «bi .Snna ■{•^aTb ^b n^nno i-'mT'^npTa '« •^T'b n«aia 
''3'»» n73aa '^^^^12 'm"»^ N"a na^a^n diu5 t^b^i a» ai^J «b «inn 
nab "^a-Dia 't tan '"»m^3:n» 't:»"! .Siia t>i notî t-ia-^nm '"»3>ia3: 
•^nj^na •'nabnm mbna nT^m» n 'iro ïi-^n laina pn /•^biio '•^a'^'^aj^ 
,r»on'^ nas" -i«5k baa-i ,ï-T«7:ic3n a« htt^x p inn rîT»m» 'nno 
s^b nb"»n •»'*n '»>3'' bat) n'^^am v\ov n"-in73 n^n p nb"«b '« y-^^ap inaia 
nb"«n m» S^aïi «"^firr lnfirx"»b "«n"» 'n -nn»") "^b-in taio nb j^-t^*» 
l'orna?» ra"»TO ba ^-n t^a'^'^iiTa nna^'^oa *nn« nain Sba ,yn i-^a^a 
a"»nnn a^^wa t^-'aab -iTDara^ p"»Tnm -nDy» t^b n\»«< "»tt?3>73 m^y v'Ta^b^ai 
'•»ianm ^1212 na '-^a-t^fitT:© mna mna naai .^vnn^na ma">"i?3n ba 
*ny"^a"» nrm) it^ by rtiOTa© rij^n 'n ï-ibij?D n^a« pn annabn "^^5*^ 
'r^ rvDy^ domewa "j^'-^aai-tBa mrna nboaTam binan mo-^^n n» 
î-rnDn ba p'^mm cnnia rr^a nb !-rni rpnbxb a^^na t^aab 1732:^ 
rrrras t*^b"i nann ypn^a a"n«i ^V'-on nai^«a nb® •manrr bai 
m-^-ian tn» nij^anb rroy nwfit "«y-in T>mb")ann na^mina -^a n^n?3 
•««1 -imîi iTa-^nnïTi /•^^in^^n vn t»®3>72\d ©na «bn r-nnn "^a "ry 
*!nb'»ann m-ionan an pT ï-tt '-^na-rn nbaanan viaa^^ b:^ annna^s 
^-^DO ns?3 b«n5bi e^-'aab do pTmm «"-«■^n «b TO-^^n nT «naa a"n«i 

» Cflii^ r., fo25/i. 

* AUusiou à Berachot, 28 /L 
s Kiddovsehin, 76 ^. 

* Megilla, 31 6. 

^ Allusion à Bwachot^ 63 A. 

* il*o</tf iTtfrif, 10fl-11 *. 



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276 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ï-TTa© ,n»^tt nr« ib c^tD ï-n^^n bnpb '««i .^npici ib« mpbn 
C7att ©"^01 «D"^»n ma nto-np «■• ta» vnn'^i 3^1"^ «nn rifin^n 
•^TwN nn73 n^Di ,'\»b i» -ib ï-roa^j i">n5 t^b«i '"^mnpn ^-lan np»a 

DT ia '"^pbit m-n ,nn»i3 t^osT «inp -C"^» t^in \D^xn ï-rro 
a t-nbnp b-^npT:! n-nob nrn «"xn nt mm .tan n»» 
n»-a na '••s*?:»?^ ïinj^ ,rT5n;3îna ia la-^Ts^n t^bo ''^sjsxn 
n •{«ab -^nfita'û tj-iinn m73"»an ,toTDTD nï3« -^s» "^b inDO 
^^»i ^o-^Kî! nî< -i»73 nb-^i^m ma-^aon ba^s rrmnj^© 

bD r-nœ^b bsT^o yn^y n»Dnm tonbnp ^^n •»"«!: t^aD 
■^721 .nbiTt nr» no^o iT'sn t^b bax ,yp v^'^ tobirao 
;p '^ira>3S c"^»!i ï-iTtt p-^mnb «•^•^n va i«î3 mDwn banna 
'•^m .V'tDn ■^T'TsbrT: t^in -^a vnaTO nan taiTDb i"»»xnb 
aiTH T'nKT /vnn ■i'»03^»t i-rnbiann ba ino ï-rbstti b-'D-i 
n73 n73 \-iyT' «bi ,t=© «m da n-'m /l'^bna p''pa 'n*^ 
) /on n» ononb ta© tn-^n^ rno^sb t^nb-»» «ba-»» rrrji 
i«a 5"Dnaa '« qj^d pn d« -^nm •»7a'^ ba T^n-^^n «bi ,t» ^n^^T» 
Nb -^D .ûTD •^nrn "«Ts"» ba T>n''»n «b aiTDT ib "^nninn «bi 'ib« 
■'na *i'^o'^pya T^bj^ «ab w -^ns^^a rrm ,d^d anoa a^anaa 
■n li'^yn n« ddidts ■*n"»'»m t^td^ts n« Donobn •^riTsaon nrrn 
r mna 'ab ipbnî "^an i«ba ï-ibrrpn ■'a '^n'tm T»-ip»T 
ba '•»attT * inb t-^n-^a «-r^pcnai '•'s:-tDP73 '•^am [rraa nTi] 
rr^n ©•'«n ïit toioa .ibNa '-^csÉta b^pm dï5c3 pannnb 
-lain b"ipT ,inm:?D ta-ip^n in-rn nmn a© 't*^ •'li rr^aa 

^r«-i"»i pbV ï-iai3 rm»a cao '^r'^^rt ^a»T ,^"^73 t-nabTDb 
« lyj^y* b« i-t?3fit naan ,-im"> 'n bbnn">n nb-^bn tab mn» 
i^a*» n^i"» n« laDa*^ 'n ifi< ■ r^-^i-nb rT"«pat5 •»rnr»T * mao 
« 'r^aa -173:? "^i"» ,rT)3-tn nniT'^nTsb riTn ©■'«n t^a« bjibsrî 
»:i-i «b t^ban t^m37a"»ntt 'p3n 'tt»73n nabsi labb tmqi 
■) r!T73 ^i:^ ''^î:")n"'D 'a ncr» mann nnai ,na n:^ Trjto 
rn t^b nbo mbcn •^lyir, bai ,'i"^n'»fin t^b 3":^ nnon rsT 
? tobirTsi ,pianrî cj^a '»nana noî^a i-^sn nr« p-i ^-^av 
inri ,mon ï-tt b^i t^bai t^m5tt">n73 'on ï-it ba? -«nraon 
ia:?inT3 inbj?» "*.nd tam "«b nb^a© pnrnnîs fnnbi 'ai '5 
n b3^ '"•:?"ip '"^oiabTcn ba h^bttb rT»n ■^lao «•^fitn imx 
D lacm ,mT nana ■^nb«5a30 ''•a»-! miro %-iân^ ^inan 
ip b:^ lana 'i-i^ûx tono C"«.<n nr mo3^ '■»3t> mw» nnv 

6. 

Tamma, 113 tr. 
,13a. 
32<?. 
32 a. 

, XXVI, 10. 
, ch.137 m. 



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LA LUTTE DE NAKTALI COHEN CONTRE HAYYOUN 277 

Sx-iO"« niitiDn bD3 O'^zi^n mbTDb nann marin tvdt t^iïri 'idi 
Sm rTNT» baa tos-i«3b 'nDan S:^ T-nDnb tsta-^ujoi nnn n-i"^ca 
l-^aa^a l'anal "prib o-^xn m ninn"» "«d t|ôn .ûain» nnbb -no«T ,«^7D"^ 
p br ,rTa:-f «b t^in bi:iD 157:73 baip"> t^b 'ao newai m-j^îcn 
■»3fin ,t-ntt}:rb hts ma TT*b rniam n^ann "inbm ^é^d an ta:» 
Syjaa pbn -^b T^xo b«-iia^ -^sa la-^n» n^îi 'n ni3 batsn^aa •'n«a 
p •'nri: ainj^i ,N^nn mn pk p'»m73 ■»:« tabiy^i t»» -^a ,^Trr 
Sia*^ -^s:"»» 'nann nbnnna Tiana ^••s«a "«mafim •^mniai ni:n 
^nxa nsn^^n b^rri .nsspb inTiwa opToa "^t» nx iTsNbi nv T^nwnb 
na ,n3:ab nnxa v^ /"^^^^ rr^^a'' -ja« orn anp'»'! .nsr?: •^ssibm 
oir ■nu5«a mnan '■»73"»n ba n"«n ispittot i3?:n3 na^nj^ tn-^n:^ 
^nab iva t-n-no73 nianam .irian -braî ^aiin i^^dt "^-isn •'Ddts 
: i^-iî a-^b rnn» n''nm73 sbcittn •«sann Tia^n n"n -^snin^ n:nn n» 



II 

[13 septembre 1713] f. 13a. 

rarrr -^pb^rr baip^n too-nswn "jnÉcan 'mattî 'ran t|i>73 pMn 

.■i"-i3 binan pan "^bnDs n^nni?: 

naT .na-iaTs 'n lan'ipb ,k"3>"» to"Tî:3«5ttfit p"pb ,anan '»ai bro 

Sman pj^an "^sninTs -^ainN ï-i"n .maa n?3iN nba iba"»na ,naT3 ana 

maa '-«pbNn ©■»« Sman ba-ipwn 73"-n Y'aNn •,bN-i«''a taa-ncTDn 

,")"Nbo3>na b"m b":n p"pn 73"m n^a» i"-i3 «n\-ï ■'ax n"-tm7a 

baipttn aa'nsTsn inxan ■»3mn73 -^airr» in"«3 «m .n-i**»»!! K-^-ibpDOfit 
'"•-i»D73 n730 inaa .ptnn «"«aD "^"r •^"3 /a"-n ra«n /■•pbxn «"»» binan 
'■nnb '^nbia'» t^b nsn .-r^nan ^"i»a t^n'^ n"n3 cn"«rs -^ass •n"nm73 
■»n««") X3?'» axns p"p3 -ic« o^nn t-iTarw n?^ bTiaTa r-ra iy ■>!"» 
•»:d by '1:0 ba by. .ï-r-i-'ab pn tania t|.^ rn-'U) -^-ïnasi "«"n n''3anrî 
«nnj?»«T '^'ûy ^a -«ab nr3> aai /•'ann Tisiiya ba i"»»a '•>3in mcn 
t3"%o Tiaaa ^^-liob t^bia isdix br nan 'inab *t^mbx '^yn nia 
•nisN 'lann "^msinja ■•t^ rnn naa nbcawn rm-^n niCNa s-ib-^bn 
t^bn i^srpn nta n-* "«iNin» ïi^n n©» a-'-^nn n» \n'iaT •^n^o'^nna 
1530 .-io« '"^sisia maa •^^'^na m"»"» m-» ifi< Spo*^ bnpo "«a .t^ na yan 
■^staipn iDn3 ï-ttdj^ts "i-ia^Tai nwtt) "jrn "iï?x riT ions n7:a) csîvob 
-i^aNn b'\^:^n insan^ pnj^nn '»r'i«-iai ,\><-ti3 by (^mabn nan ^;s» 
■*-iisab bxno"^ •'sa b:^ nsab '■'pbNb t^:p nox n"a')a:?a j>"p^ tt"-n 
'^•'anbi 'K^i2 T^isa t^no nvnb «ir"^:: t^b-i «ma «narî •'î^na ''t» 
«135 "^xn by mn^i2 ac) rrTSTsa ao t^n^uîi •'"nsn cs-in «an t^-ns 

* Amop, V, 9. 

• MeguiUa, 28*. 

> Ahoda Zara, 26 a* 



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27d REVUE DES ETUDES JUIVES 

t^b» my'^n T»«"i tobi^^ri v^ ins^a'^ 'vzoïp -nDoa isi'ib hnoo ^yi 

) "^n-^n cs:dn ,m3yim "»2")Ottp t^b7a t^in© lab "»p7jy72b 

oïio ^njia ^nab^^ no» (b"3n bj">ban «\Hn) bxfit n-rns 
n7:»n "^b -î'^anb no-ion b:^ t.^ "^n-tw ^'^''p-'sibwoaiD '•^-ididî! 

<7t nn^^T ,Ti«5»nn -^aroa inb:'?: n»Db -^rarD n\c«D nii:?72n 
»» nwbo 'n''nr!?3 '"^nncon p"pn ?3"m ^"2H ann b:> -^r^a 
it -)«» NiTn:i n»^na *î"aT rrr^ay ^^ai:^b 'v»-073 ne» T"ai 

'on Saa i«cn« laran /ms «b Ti3« nibxsnnn 'ra 
n nmrn ■'-lan dn tsba p*n rr^i»?: na i5«»tt wbn N'^Dissa-i 
Dan ba mbnb t-nT52nia ^aia ta-^îTNbT m»in 'jao '■'^yb 
3D -iDTin« t^n TT^ t^b 1.S731 ,ompn ^mia bna ib-^Na 
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bnTsn nT mrb na in: '^m r'^^Dp nbn a"i ton "«"m n"5n'i 

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y ûannb n-^n «b ■»ai '■'"lain ^a anob s^STasn 1^ •noî* 
pn K3fc"« na-ttJi nta-^uj boa -na» «^bc* nbiasn pn^^nn 
D^ ntt3ai\D73n ton^^'ib &ni '"•Dînai '"«D-inn t^b« is*»» ^bai 
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ba '■•'-lai^^TD tan» •'3a '■•btaas ^-^^yi .ton» ■*3a m»73 
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ï-iba nmiayb («ban t^m373''n7:) taïaa iN-npb '■^•^nb «bi 
a ■'3N absbTon b3> «b ï-ism /isi on-'pb» ■'b'^oo ynnnn i-^id 
na t^bu5 •'T t^b .-^nay •'n-tn n'»aN b"3n Y'an Ma-iaTan b:^ 
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iD7:n 1» tannon Ti?3bb na''3 Can-^nan ©n-i^t iban"") bar.n 
' D«i ^rnb-'bn "•nx): ipt-^m p-^Tnb nan^^a inaia ï-iran i:s:n 

?fl^'a, 12*. 

,110*. 

i/«m, 83*. 

V jSa**a, XX, 10. 

)t, 39 a. 

N, 53 a. 



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LA LirrK DK NAKTALl COHKN CONTRK KAYYOUN 279 

ï-rbD n-nnn bD '•»''p?3i nn?2a p**ns: t^ina ^tt nD« Nin 'jncrîîi ,"i''n 
n\y ,a"ny'? pbn ib i-^x r-nr^D ï-it aaab ta:^ nc« V'^^» i^wS tofi< 
,po nsn nnin min ,nx cinn'» -«pts n:r 'ipbx 'n ^\-in'»3:ii *7n«:p 
/-i-t©" ^pn "i73rb nnb -^ro ^n bj? imbana ^la: m*» m nna^an 
ti» '"^n-^n "^D ipixav^nai» p-^ii: nvnb nœ-r: f-inn «nn ï-tt "^di 
bbp o-^wn ïiT® tsaoa ^-ji^fit iba© abi^^a -ina^na 'j'^ns'» :?oni ,a\-j^b 
n«i tsnna-n SMita-» h^s^-^n ''^p^^ ,pan -^ab» n^n n-^pb^i '-«Db^a 
^ppbn Sbnpn ittûd nbbp «ab*^ «in ïnpyi iPiianb t^^-r^n T»pbj< 'rr 
nsm ,mî3 n>3a mis ara-» S« "«p^i» taa^i "^-^nn 'Ois n»*^ ynôta 
tspyi ib^jïî r^Taa ^« nTDno tan-'nan lîarao rroa y:n '-^Tsann 
'p3 ï-TT i^^ '-^ap-jai na«b v®"^"''' Té* t^soaa w:^ nnbxspna 
rraittîp «■> Y^'^ ts» /lai &"a73nn D"c73a a"© rt^ipa '■•sd rrb^TD 
V« &5^« ,es"a73-in pj^nb t^pm a";D m"ipa ''•:d nba?: 'pa riTO 
n-npa ''so rrbsT: 'p3 «bo csn-^iaia rrn^ ib -^a nbx bab '•^a'^ns: 
ciiob n-i-^b bia"» ••^v^ 'lai "^''cn ^cn o-idt: 'r^o b"«aoaia lanai a"o 
£aî< ibo pnirT: nai v"^*'^^ î^T^ ain-^-ian ■•73 tan-^-ian tinabi tsnyn 
m*»bn "'iT^an r-n'^nb «b s« ipimn -^ts Sni®*^ ba pmin t»^in 
nbo r-ivpb«n moi y"on mai?:» T^nr csaaba '■^p-'TnT: an tsM 
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,-ip"»ya -iDia bba» NSt** t^b tannan -^cb 'lai '-«sd nb:j» bba» t^st*^ 
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Sy "«an ,ma insp*»» taba Dimp-^DN inp^«n '12^:1 a-^^m insn bai 
"•Tabrin-» niTsbnaT «^baa niTabpa noia t^in «bn NSt*' t^in naba "«''©-i 
rts««n br inaba rT3a«5 Y-'^'^ ^^'^ ^"^ * ''^^^ nn^bna «nicTs n«« 
' na-i o-nTD a"a ^«■lm « V'^'apis "'Nn b:^ -ttbTan-i''n m5î< b"T"i /lan 
iT^jnnn'^ /nai —ipo -^pota rraTabî^n '73« an .-^wb^n'' t-inax t^imo 
t^"ia p-tDP"» 'lai no ta© -^td i-^b» 'n 'TaN-»-! «"na .ipppp®*» pnsp"» 
Sj^ t-n-tann .i3>73to»a ippppTO'^ 'nai '••72ibN '-^T^b^T: isnD» nsnn 
T131 jmxaa ,i''pma73 p"«pj^no '-'-lan pn:^ ,tabiy b« ip-^is: p-^ix 
t^bx i:-^» !-r«aP73a t<nn':3 ma a ,a"7aa om •^Sît '731b n5<3P73U) ht 
a''n:^b pbn "ib V-"^ TT'an pbpa naan72n -^ar 'n '73N .niaPTsa 
■]3na a-i rm rr^tpa a-'Pa n?: ,«"a t^b ''^Tsbiyn •'n Tiaaa naanTsn 
'•>p?« maa •^ib 'n '73» .^aia an nwa ib •^n*' b» ^•»«'>n'^b naost -na» 
r*na3Ta73 nan mpn '••pbx maai tsbis^n t^naa r^bo iy -lan npon 
awi ,t=ia aipan ba ia '■^••p"» \^Tiai Npna» ■'«m '-«Da ^"yi .esbis^n 
••Dx ,b"T "'TDan •'-lan ba b:? pbin '•^'^aaioian T>3T«j^na t^nj^-o ipT ■'xn 
s^bia bai too "iniawa '•'p'»3P72'7 ♦ n-s'^ob b^'s© t^:^">ia-i t^-'ao '72n« 

* Haguiga^ 16n. 
» J.jJa-/., II, 77f. 
» /^«>\ i2a5^a, 1 . 
« Berackoty iOa. 



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2S0 RI£VUE DES ÉTUDES JUIVES 

S:> on ï^btt) bDO ïnta h^t'^ ï-TTai /lïn nb "«inn laip nias b:^ on 

^v'^.w tt-^t^ ^3 p'*o-i:i Nib r<D-»onn nbxD i5-o-i5 '•^n"»:P73T r^;a"»na« 
»n bji ,ï-T'»b 5"»bD "[«TÛT ;:^a:-in r-in«ona -^Dib-^n •»:'»o nna 
•.72 nxbn nb^D r-irs:^ P^^P^ '•"c^ mb "pn ^b-'b '■•-lyax» 
:.^a -i;3X ''•D'^DiTan •»C5na'»C73 s^nniD ncDxi vb^ ttinn "^o» 
n '!:"«'rr 8^D"«a sssiisbDi caaraa "|"»io ï^i^'^Dît bs t^-i72an 
-.73 '-^pb-inTa Nc-'oi N;a'»n r-ivnb maiTa ns^t iprrp'r "«ob 
a t^b nbfit ba s^bn ,t^niy«-i:ib ï-tti 8^ni"»byttb ï-tt /"«na 
n*:? Ï-T73 npn^pn b:> '^i» •>:»•» ,^n:^-^^73 ï^pht: «nna aba 
ib»a iiïjb vby bDia l"»x tnnSTam " liïîb s^nno "^nm iTsb 
iTa '■»cn-i"»D '^zvz ï-T7:a c^ -«a D"i-np"»Dxb a-^iant: tnj2 Ti 
t^npttai T)73bnao nianpb nTsa» tebna^b s^a «b nb«a 
sipra ^n«\a3 r-i72ï35ma ■icnn"'si s^-iaa s^bo nb na ■nTrfit 
)73X teTDi .t-Tpy» TK ïnb aiao ti"ia ssio nb nxi5 isib-i 
b ï-T7305n br -iTsa naac) ■ir"»rTi ,t*5d bs^ iir^-^bo ^onno 
13 nrîTn *îbn «ba s^-^bo i"»«n .s^-^bttjn î-naria naan qnan 

«"in ny-ib teba r« ^■•-iD73n rT>«"»btt5 na mri .ineînn 
I boan "157:72 aia i:"»«ba in7:ana tn"y Y^7:n ïTTab© n"»b:f 
ij^n n"«n«b s^ît-'o Cj^n ,T»«*în nba Nibo pn 8^"»br73 ïtt'S'^ 
) a"ia V^ r^îanb :?t» Nib 'i"»nro "jT»a ,tab"i3^b fi<a s^b nbxa 

t^p '■»^o-i ■♦:'»7a tnbnai ,S"3n s-robca^î ï-r^^-nin r-rTOn 
:mntt5 nb •»'in-i '■♦n"»:n73 ^o •îC5")n"»D ^n^^ mm T^n^ mi 
ni2r* t^-^n iro cj» ,asri:?b «a s^b ib»a acna r-i vnb î-m 
iT ta t-^irTsn^b aona s^nn banoTDn ht naa incbcao 
>ir:3 ^Di bia i"«"i V''''»'^ ^""^•^ '•^^o &5«a Sssn lann 
rb «a 8^b ib^a t^nn ï-tt ta /«p*S"»:^bi«n y^DC» 
!< ■•:« nij^i ,N'»:^"«o-n an-^nia^^a ysrpbi ûrracjb r^WTT*© 
NJ^"»-!»! ,na KXiT'a'j t*4:>"»«n "««n by cncb s^a tnpai7:n 
inN '-«D onsb la-^-^n i:"ip nnaa Sy on r^b® ^Jz San 
a on nr» 'pa nanOD -«Db p V'an on-jnp'^sxn '"«Da '•^nnmon 
:i-i"«n '"«Da ix 'non rro^^n b^ V'^^'-o snaa-,» ^b73b bc?: 
I ,tzbi:?b «a t^b nbxa nb na •^.nman ^3*1 ^ron '9b» 
biabaai t^:7:ai Niaa in«3*, ,3^*173 '^y^v ba "«aob •pnxnb 
^^b^ irb:^ asnci to ^^o "«t: '?:xb in-nm 'n •^am«T3 

taca ,"in?ax'3 ■•7373 t-i73«n "ibap"»"i m:«T no^n r-n^aj: 
on» "^ra "»a iboa-^ r^bo * n-'aija oaarsb -^a^ nnaira mipn 
n-in7:a •'3>« rrnri ."«nTaron Tina m'»a7 "^nairb r-^^^a^ia 

k, X, 28 c. 

13*. 
35; j. Bevaekot, I, 3 *. 

i Ketoubot^ 111a. 



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[■■■■ 



LA LUTTE DE NAFTALI COHEN CONTRE HAYYOUN 281 

•«îsrt "^ssn /«TDS r^naa ■•ô<m ÉC-^n ï-rsm 'td bfino'*7:n 'rrr '•^•♦ps 
vnDO ta3> »^«n im« r-in'»nb nsD "«sinTO csm« û:^ ''»Donb idi» 
nbiin Vnp bît-jïî'^ r-nonp b'Du 0-101721 bravai $-^1:731 tanm^: 
mco Sd n'^n l'^œy» S:^ a-inn"»i naitsn Sap"» ittxj^a 'n;Di< ^y 
■na ^o« nnsio Sd rît taa 8|o«bi ikx»*» bai ixt» baa «''bç) «ti^ 
axi ,Pc?bTD T»n ^-^«o ûip72a -iTaio^ni J3i:i^n ûip7:a ta^iîîbi nD73 
ib "p» n«i ,ain-in ^in bsn minobi nnnsD ibb«3 bs r» yapb •^nntti^ 
••bia i^-» ,«aiy»73b I5"»;a'»''n ta:»» ,«nbt: NTaiDiob aim ib 'p^'^y aini 
t^«733 '"«Dît 'r^a ••"ax-j '7:«7:di ai:3 nan rrr» ia «1:733 » "»bi»i -^Kn 
«■♦Kn nnx) ^ineta csip-^bi naia nrDsn 'D"y .s^ptitt: 8^*în rra 
r©rtt ^orraa n"»n s^in no«D nnoa c=oi riDo^i bos n^y^ -io« 
,pias TTab ba •^05< innin ba T»ronb ••ibaa 157373 *'v-id51 nnoai 
nibs:nn "«anD ''^'d r-i« qiD^b niiatb n"ai '"^tioot n"a»73 "«nopai 
t^in ^icnsi ,n^ r-inn is©-» ^«« vcts i:?ba trasinb taa '••oonsn 
bnsn tain bna C33^a pipnb r-iiixb -^^^nts r-im» d^ nï5« •»n'» n«5« 
tan-îbi KX73'» ï^^ttn n»« ûip73 baa tabi^n p in^ab 'on by s-ttïi 
wb ta«i ,t^nnn taip^a tao tanapb ûttip» isp no« niasTo tnTsai 
nc« yiTDD «"D '"^ronn p t^b 'tdix -«afit nTDbttn b^i n73ibn by 
i« lo-^b^*^ no« biisn tannn miatna '-nabs tabai ,ni-i iîdih 
1225 taiTn .^n-^a b« rraj^in «"^an r^bi i73'»"»p'« pi .mn 'oa in73b'» 
,»in e:nn •'d laaj^rn a^^m laspon V'P''^ ^nb '73«n nî: mi 
carn'^73 r^rm '-^bai^n nn-^Tsi taniaca *iy taaiob aanno'^ i«b taxai 
Sai ,tani73^y by Cînisiy ''nni ,san-iiap Ninn tiTsn nniapi 
la ••«Dp laiwn •»:« •»3» ,aia t-iana vry s^an '■»73an "»-ian '•^p73n 
<inb ■»''3H bxno'» ^-la•> Y^ '"* ''^■* '"^"'" ^^^p on3Di J-r*»:?-!!» •»X3p 
laaba Tianni rrr^bi c.hi mo ;3-io teaa o*^ 1d « 'ob -^"b v'mi 
y^i^ '-^jan ••sipi ib nbo *m ï-rair» s^b 'i5i -«b Tr^r*^ 'ibo '73«b 
aian ^b7:â tan'»b5' binan ''d '•^p'^ns: i-iTia-^ p-^is: t-iisip în:7373i-in 
r.ia-iam ,pan -«bnDs n^OT bna ^rsra •'inai *î»73 mnarr ,p"Db 
aboi»i 8^bDi73n -^sann "^sninn ^snin^a i:nn r-i5<Tiab iT«b tninioTs 

: i"i: a-«b s^iin'» n-ini72D r,"y v'3 t-rnina 



m 



[18 octobre 1713] f. 79 6 

oaib nis-!« bab s^in "«a^ .p"Db n"3?n "»-i«n n"D 'i 'r t^boyna 
,r-iii:^n Sna ,r-nsin tn'»-ipi 'a n"»-ipa 17:0 p-iin ^2^ mi:bn73 
maini? ,DD-ii373n ii»an bnan ain '»373«3 '»5nin73 "»ainw^ m-»: t^in 

* Uaguiga^ kb. 

* il*o/, IV, 4. 

» == bibn. 



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28-2 HEVUIi DES ETUDES JUIVES 

bbnn73 173125 niaD >biDn ddh «bs^tDi 5Wî^n •^pb^n baip^an ciD-ian 

: » ï5"bK2i -^''-iD c-i"».-î -«ax Y-imi3 

®-n«5 ^V'T'n «^"■••Jn '>'po:^ naïai .r-nDiD^r 73"nn ■•T'^a-i n:^ ï-Tnn«3n 
»*tn"'0?3b i"»3:^ia 1\ST ,nx-i"»a b:^ r^"»-nabn nan n©« ■•îittnpn «ro 
ncN mxbo: ia i-i;»iy "»n'^"»n t3"rp7:=) '■'bttJnTa rtcsTsn "«T^a rr^n nb-'in 
'■•iwib rtD ciiD«b ■^n-Daxi ,v-i»n rrisp ny ynxn rtspn n^n «b 
'':mn75 nia^^ nï:«D pD:i •^^«-iD t^oiaDa b'^na ta^a'^-innb '"««xasrt 
nî'^n^T ?3"-n n"a» n"n3 Sxnai 'n"nmî3 T^onn taomcian "j^wn 
:i-nD«5bp''5 p"p'i5 DDioD 15%^ 0^5573 D37:» yniDtDbp-^î T)"pi^ D'^nm« 
•<-i"»D73i vnv '•^Tainnn Sdi /ncio b»n '•'«Dn biD rtbni n**:^ r^n 
Mb .ta^Din nio"):^ -^NTia tan'^iDJ^ta nc« ■^baipïD ''•n'^on '•^c'^nn -nÉt© 
,nT bK HT aip Mb ncTa nri nc7: nr '"tspib?: '"^icsfi^ j-td -^noy p 
•«a in''«5"» "«D ,ï-ïb"»bn nab tn'^rt^ loi ,Dbi3^b *n«3 nr» no DirD") 
rt^:?:^'» Mb \sTian 'idt '"«Tsmn n-^n Mb tabiDin'' •»ï53Ni ,n:^® •^atjv 
MD"»«T bbD7a '••sixoôn ">anDn ba •^nprrn •»n''ii53^ mxT ba« ,&«"n 
ipT DoiiD^n pN:in a-in "♦smn» T'b •^nnbis'i .oïDiai 'msa '-^sTin» 
^-^nmn '^"j'^m '■•sa-in i-'b» ciONb "»anaa vnnTT ,na'«c'»a acn 
taipTs '-«pb^b H'oMy ^"»:^ M-^n •'D ,teia '■♦NSTOsn '-^iboiTo '"^n^ibi 
M"»n n*:5N Tan M"5iba p"p M"«n '•^nDion '"«Tian îrîNb?^ n*':? imsnn 
j-T-nna *«man ^Mn-r^-^o •^n-'a© Mn^« baai ,i«D73 * n-^x-in rtaiTso 
:?'^5n3i .n-^pb^b M3p?3 v^^^'' '^^'^'î p-'ixi taan »■*« Min -a rvoy^ 
'•»iT ^'■•sanb ■i^:»'^ rrnna pso -«nba ^.«n •'b» aanaa tarî\"nn72» 
,ï-j73-in "n"»b ûnbïîb r-T«-iN ■^T'b :?"»rï:a t*)3i ,tabn?n 173 ta-ip^? 
nia^n n^as 'î-t nN:p r-naT » ,nb« '-»3^"»73p ïncTsn pn "«naa "|-k rtn^^i 
«-inabD n-^ia^D nu3x nujnprr nmin nian ,dt^ b3^ bbnnTo n'iO» nw 
t-TTan "pNa t»z5« '-^la-npn -rnawx r-iiaTi /•'airr i2"«m:i"i3>a tsT^ by 
î-tsp n:^n '"»7:t:n ï-ja:p73 ûo-)nD7a tawMî n*::» yn» "^sixa •'m^n ba?: 
tabiy ns-iîna tnna '•^730110» ''^5iKa m"»onai n-nna '■•abcnTs v^.ficn 
la •'i^sp pan pn» p -iTs^b» p onsD *ît «naia ba» «b-^yb nbapa 
ynn tasntaba nbuja*^ Mbu5 isa "^ibn ï-i\-î'> -iia» '-^ann r-naîi .-^ficp 
/"»*înN '"^-laTi '« ns«5 '« S«b '"^nai^ t'H""! c=2i:iaa ■'^spr Mbn 
,'»:Db n;a« "^n-nn ay?3 r^iaîn ,V2Zi<^ n»-^3^ tsab pbn m\nb m^i 
ia"»«n *î53 ï-JDibcn "'73-inai -^a-ina Miin-^ -^sfi^ .Vrx ■«J7ap r^tDizn tmara 
'■«'»a-nD73i ''>Ti372n '"»7:-in-73 ï-TToîrr*^ l'^n^^oToi ©"-> i"''''" «^"T'n byban 
nbbpan a'::a bbipTon î-ibisrr bnp St<-)U5"» t-i^j-np baw ''•biaiTai 
Ma Nb -n'^N T'i-)7:b pna bb'>pia î-ibbpan .in-^-r^ tnx ^^cin*^ bb"»pc 
n"p T^pMnTsn t^ijdto p'»na Mab rr'iitn it ï-rbbp /-«-nasa 'n r-nrrb 

* — ûibcj ib nc:ô< bai- 

^ Sauhcdi'in^ 29 a. 

* Stinhi^'irin, vill, 7. 

* Aîegùla, Zb. 

^ Bevnchit R.y 76. 
« Btrachot^ 31 6. 



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I,A LITTK UK NAFTALl COHKN CONTRE HAYYDUN 283 

ann -iTDina nm« np-'Tn'^ Vnic» Sdi o'ssr^a bbn^sn s^iîrrtD rbti 
h4S ,T»m)a« 'TîD p'^nnnbn /r^ nb-^b tns-^b cjn nb in-^b Nibn bnnarr 
n^^in iD-n» anu)"»- -«d -ry 'n n«cr» Dna n®K b«niD"» «d nn^DN'» t^7a» 
«•jn noN '-«ann min'»n ,ynN '»5i«a moT^rwa n^so-noTs rraiicn bnp-^i 

pmias «jTpn m-n ,'»:a n-^a rt^j^TSD Dnb jn«'» Nibu) iK-i-^^n /'»:n5T 
Sarm "«nn» hd Mba id**»-) .'•b^w ipnn "^d Sna^ ^a i»actt nw 
i^aa ipT '«1 'M ba by aran*» -^s /•*ntti:>i '•»nnitt ï-TTsm ^-iban*»-! 
^nsnrm nba r\no mab bnc^b :>inT •'bj^a '-^Tryi ,ïnnitti n-no lan 
h^a ,nT nsttî i^'^asn"' »b tan» nM *n«« irosb Tttrnb ■»:{« niûai 
mnm ^bn^n •)»« ^y onn*» h4b rwb n"apn on i^b nniaa S:> 
niBnixn mmntt» '"'c-^bn» ^n^n ncôia -^^bcnn p« '»-i:in s-rnin 
^5« moa n\D« ,tan''3'»3^a "»7aan "^nn ,anù :^m :>-i aiab ••■nDi^'j 
13 ^fiD*» Mbn ■•n«M "^aoTa «'»« ons*» ntt)«D oir v-ianb nnm N-r^n© 
ib»a Sba nn"»a\D'» bM tarnab tar ^735m ,n'»bib''^ bipuj ann 
^ttK "^730-jns»n n^n y""cn "«nai^ "^no*» -^nba '■•^■•bja "^aia "«anan 
vtn *«'»'«a f»4^a ^nrjra tnvy '^"» ban «"aain tabcn"» pn na"»nnn 
,m^ni^n baa inTDPS^î •i3''5'»a '^p'^^ pcn i'^"»iy') nsn-^ab a-^nn.sn 
nx a-'-innb '■•«patti nDi?3 '-'lapa^ ds"» i'»'«'m .rr^bon ^ina 
,l^orj n3n73Na '•»pvn73n nian an t^bn toaba «an aann ,t3bi:?n 
^•«•j-ina yv^n by -rav^s iTavi na©' b'»ba Dn-^o^a pas »b •»:n"» n)3n 
nsiTDn cap-'HTs ûnôtT» t3'»K"»3:n^tt5 an^ ï-r^oa ,aba s^s-'ai i'»Din:n 
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Yn 'ibo m;ayb ta» i"p .n5a:p«n yp«3n «)-ns7a ï-Tn"»Dani n-i7an 
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na^abi ina^bn taionoa s^inn 'on pn ciin^jb ynn aD'::?an pbi 
,*na?abi masb bia-» nr^x ma-'» •'sra baa n\aD«n baa tabia^n i?a 

» Saukédrin, 64 ff. 
» Jîfl*a i^mfl, 59 a. 

* Pesahim, 5». 

* /*«/., 84 a. 

» Btreschit R,, 20. 
« Dealer., xii, 3-4. 
' (8i7W, Deut , XII, 4. 



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RKVUK DES ÉTUDES JUIVES 

j*n"»i •»Vr:i ,T»2at:^ b:^"»b3n itsd :3:^"»r7Di .miîocm m73-ïnn 
nnb rtb« bD 't-iiD •'a» '»'Ti2Db s^bo ,tabi^n n\-n '»nï5 "«îa 
to:< aiiapn t^^bs^a •'a» nnjr. ^.ofit r^in ^isnai ,m5nnbi 
I ,îic"):nn nDrî-iaa ntt55< *nTn û:^b na^ •»Da«'j /-^ba^ '■'-iriit mîj-i 
)n '^«nan ,nbn b:^ mn ao©)3 T«72ynb ï-rcyn mj^a^ 'r: n»:p 
itt'«ao'^ m3>T ^tapai ï-rsop -^nsa '•»oanbn y-iN '»5i»5 rr73D ■•n» 
r rjDb \-nx pn bsi /n nanb nnm N-i*».-: b^i ,y-iN •»3ièo bD 
■• D'^Tsob %-i2-nD i-'ît© a«in n^x 'yaixm ,t3"«730n ^^ iniD'^i"' ro 
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n ann n^an lann •^amn» ••ainxb 'iboi insn -^bpsa -ïfitia 
n^an ip"»a r-i"»a-i7a bDbi ip"»a •'aa 'ibo &r 'b ^"-im» ■»a'»an 

: an 3^®"»i 



IV 



Kïtobre 1713] f. 110^. 

■i«rr bab r^nn "«ax .p"Db n"Tp •^iujp n"D 'i 't» '•ba^nn 

pixin n-'-ipi -120 r-i"»npa iTaï) p-np v^^ /t-nirbrra aaib 
iD7aîn 1i«3n binsn ann "»3)3«a ■•apina ^"-in^a «m mara^n 
bbnan fiaan :ibDn»ni t^bsiTan ,'»pbxn banp?:n .Doan ï-ia-ny 

,TS73 napD» ■•ay»a!n r:3n ,n"-i3 on^n "«a^ -i"-i.-r?3 bbin?3 it:© 
t^-'in •»paa^ -la^ian ,ipba^73 n.XD ûTi)a n-^acn n-i:ix "a^"»::: 
5 ^■•ayia V-^"^ ,ixma ba^ i"»">ia'^b*T na-î ^o» •»3i7ûnpn cns am® 
D3 ia nx^y '^D'^^r* ,t3np7aD '-^b^aiTa î-ria^n "»1''a rr^n V?ôn 

ns r|io»b \-in»«T ,ynxn narp na^ ' >^-i«n narp?: rj*».-: «b -i«î< 
5 Tixy -ic«a ,11331 "^iK-ia s^-'o-îsaa b-na D73"»-!nnb '"xstTaan 
n 7a"m *T"a« r-ia b«naa ^"-in?^ 'T'onn taa-nsTan p^cn 
p^p*:? ,t3a©D laxx ûnasTs taa?3.x ,a"-nD'obp^a p^pii f-nn-iy» 
1 •»:>nT^ '''Ta'iPnn bai '-^nsio b^i ''»7aan bo nbna n*»:^ «'^n a^-nso 

D«i-i n;aiy \xiia Dn"»;aa^7: n«.>« '-«baipTa '"•i-on '••D-'-in nTama 
Pixa^ 'n pj<3p PiDT ,ib:< '-»^-»7ap 'n pn "^naa 1%^ npa^i .ns •^nTDar 

p-ca^s no» nanpn lap-iip pian ïzît» b:^ bbnPTa lOit n«T 
ran v-i«a t:?« '"«'ûnpn -«piax Pian /••a-in i3"Pi3ii:'a dt' br 

nsp n:^ '■»73tt5n rta:p73 DoiiD'a taTa*:? icî» "j^-ix •'aixa '•'•na:n 

ûbi^ tnaina pna '•»7ao-iio73 '■•ai.\5 piT«anai mira '"^sboira 

ois, m, 7. 

pn-py p. 



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r 



LA LUTTE DE NAFTAU COHEN œNTRE HAYYOUN 285 

j"in taanoba nb^D*» r^bo nsa -^ibn rr-rr» 'n«5« '•»a-iïi mDfi ,•»»:? 
'^-îH» 'naTj 'r^ nso 's^ b^b '■•nm:> rm ,c=3id«53 Tapa*» «bn- 
,'»:Bb nofit *n-nr ù^td niDn tiTaCK-^ nn:? teib pbn rrnb s^bi 
own n53 rroib^cn ■'73-inan -^anna s^asi'» •'s» Vr« '*y"»73p 'n mr^Ts 
'•nD-iciTîn '"m37ai '•^«nm» nTan^D ,t»13^o»") d"-» irn r^'»n'»n ba^-^ban 
nbbpan ta©a "^bbnpTDT ï-rbisn bnp bî<n©'» t-î«3inp bD» ''»bTni73'i 
n-iTJ^b N3 «b n;SK n-i73b p-ia bbp» nbbpm imn*^ n« j^cirr» bbpo 
v:ît i^p •T'pnnTa'j n-^n^^o» p-na s^ab •»^^<-l it rrbbp /"«-na^a 'n 
bi-î^r. a-im nTsina nm» np'^Trp b«nc"» bai iTDxya bbni:n t^nno 
r^a »ar ,vm73« 'T^a p-rnnbi /s^ nb-^b n3"»b cii< ib in-^b s^bn 
r^y-^n nami3 a-nD*^ "«a tj^ 'n ^«dp^d tana -ic« b^no*» ^43 •j-jt:»'^ 
r<2n no« ••»ana min'^i yni< ■♦3n«5 'htd n^oni973 rtaixn bap-^i 
rm '-^y^y mn tirnn "«a 'J2M< ■•:« T^p-^mm i-^tj^ots b:^-i ,vpbxb 
nrmx cipn m-n ,'^30 • n"»a n-ayra anb r-i»-» t^bo i^n-^cn '^5i:t 
Sann -^nn» na s^ba ■jab'»i "»br?2 npm •'d bi:^ -^a \S3:?3 rr?3 
t<ii:7: ipT 't^ 'ï^ ba by 't-iai"» "«a '-^n^i^n "^-inn?3 tnfzTi^ ,'ibrîa'»i 
.nxnnsn nba tnms -nab bns-'b ^i-it "^bra "»t»p:^t ,ï-T-ntDi n-no "jai 
^"3 nt n3a ix-^xr 8^b tan^a rroa no» iT*03b *i^y:ynb ••s}^ maai 
mim rbiisn iîdo bj^ onm t^b n^ab n"apr! oim s^b ns-^maa by 
tmsYi^n rrm-!rN ''»3'»bn72 "no» nD«a ''obsnn po •^nsn rrnn 
■»3ît maa ,-\OvH ^car^a-^ja '•^«an "^"in »3^n ai:3b"i aia :^-ib 'nrn^sn 
13 jîc 8^bi "«nan ^Z£J2 c» [oi3"»] no«a 013-» 'n -lanb nnm «n^no 
ibxa bba "imao'» ^«i ,D3-»n:ib '-^sd t:^ -i?33rn ,ïT»bib72 bipo a-inn 
n:5» ''»ca-ins72n nrn y^ian -«lair '"»t:5'^ "»rba D'»5:'»b7: '•'aîa '^anan 
\Hrî «•^•«a r^r-^a i3''7D"»a rrny •»"« ban ,a"a"in csboin"» tn» nannn 
mna n"»3:-.xn baa inTorso Vj-^z^n *îp-i7a pon i"»'»"ïr"i isn-ab a'»nnNT 
tobirn ba r-i:< annnb '^opa^an naiTD '^opa?: cas^jt ^-^^lyi ,tnx^^rt 
^ncn /Y^on tn3n73xa '•^p-'inTan n7an c=n t^bn aaba s^an aa-in 
T«sinna )^"an by naT»7a /"j^t^i nao b-^ba an''D>3 pas s^b •»:n'^ 
y^on ^317:4-1 Dp^nTD an»-)-» ''»»'^i:n7ao arî73 rtTaa aba t^rai v^^'^^^i 
n» 'v::?:'! 'vn?3n nbx '"«ai073 n-»»-! v^'^a73 1\>< pb /•«pos'aT ''»pan7an 
an'»bj? TON nsiT nsx ^-n p -^a rnra a-naT .arr^oj^» ^c^7aa^ mnan 
.nn-^a nrs bx a-ipn b«i ^a-n ï-rvrTD pnin cipn rma 'nn '7:5< 
•j^n nij^a i"»j< -«a \nn3-n -^-ii?: "•snnxs \n-i7:« ,ban73n 'on 6)1:1 iin:ai 
n'^on nn5j<a Tiarao -^bs» rî"»n mrai ^nD-»-)» s^b» novao -nî<o 
njti imfit i'»DntOT rr^n^pb en ■•3"'3'^i< aia -lai na t^sTO"» -bijo "^bo 
omoTS m'»sam 'n73n i^a -^a ,i''73 lanao '07a na-in :?-i3i n-mnaT» 
/bnan n?:© nnTDa nnoxb o-'î* l-^a 'ibia mos^b ca» i^p oaxpcn y^^an 
Énnn «•♦xm ,Ti:^w ''»ai a'»onb !m''Dan a^ns^bn ,i3"ipb 'ibo in-'b i'-p 
e:max-i *j7303 pb /ons^ ynn i'»»D-in?3 bam ,"i3i:> r-iN î^o"» nnab 
D73Ï3 Tiax a^ji nta «•» a» «n ^tsa-^pb» 'nb p iio:^n «b û730 nx 
^riyi by rrba^n ^an S«"«b7aa p-i om rto''-i ,110^4-1 riT ims i7aa 



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286 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

^ cin-iœb y.nn aswTsn pbi /idi taD'»«:?7ûa n^nin «b 8^b« /idi 
1 T::D«n bsa tabn^n p inrabn -na^bi ttionca i^nnn 'on 
K '0 iT^b :^'»nD •»» 531 m^^abi naxb biD-» î-tnîW5 "na» «^ra 
iiDn orrpbît '^b^ot 'ipdh C3d«73D nc-^-itt^a nsiT' t^bi nanrr 

Db NbttJ tabi^n n-'m '7:ko •»73 ■•Dsb ^^iT^n ««ibai ,V2^y:i b:^"»ban 
•»5» nn3^ n«5« ï^in ^lonsi ,mannbi b*îannb ï-rb» ba 'ma •'DN 

û:^b na:^ •'a:fifi ."^bj^ '"nr» tm^n i**» noô< aiiDpn t^Tsbja 
nb n»T nuD:^n m»aa: 'n nx5p îrm rionann na maa -io« 
ibn yi» "«infi^:! n^sa Tn» nr'^ipn ■•«Tian ^ï-rbn b:^ nîn aoc» 

»n"»n San ,yn&^ •»Di»a ba la»:^ n73'»aa"» ti3^i .opsi rtjtap ■»!« 
aiNm ,D"»73©n v^ inin*^ na maT rjab -^n*!» pn ban 'n imb 
;3 "^a ,t3"»-i'^ai -nîna r5D ^Drin-^ ta-'Ts^b -«nsia v^w: a«in 
n ,i*î« tannb '"^ja^n it: ''»"»m 'ib;sT ,ta'^''D« nrai ,S3'^'»na 
,n72K3i '•'^ana n^aTipn nn&^i'^i nnToan bsai nbsra '■♦DDinoTsn 
mnan ''»72'^n ba aa 'nb^a i:73«3 nsmn?^ -.132:3 nairîwH ina^ nai 

: inan •>bnî: 

(il suivre.) 



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f 



R. BAN ASCHKENASI, EXÉGÉTE 



R. Dan Ascbkenasi lait partie du petit nombre d'israéiites alle- 
mands qui ont émigré en Espagne vers la un du xiii^* siècle et au 
début du xiV, lors des terribles persécutions dirigées contre les 
Juifs d'Allemagne, imitant en cela la conduite de R. Asclier b. Ye- 
liieM.La rareté du nom de Dan nous oblige ou nous autorise à attri- 
buera une seule et môme personne toutes les assertions relatives à 
R. Dan, môme quand ce nom n'est pas accompagné de la dénomi- 
nation plus précise d'Aschkenasi. Or, les jugements portés sur 
R. Dan étant très variés et môme contradictoires, la réputation de 
ce rabbin est devenue celle d'un « personnage mystérieux »*. A vrai 
dire, la contradiction qui règne entre ces données s'évanouit après 
un examen plus approfondi. R. Salomon Ibn Adret a jugé R. Dan 
assez méritant pour lui répondre d'une façon détaillée et appro- 
fondie, non seulement par la Consultation portant le n*" 1229, 
comme on Ta cru jusqu'ici % mais par cinq autres (n*>* 1229-1233). 
SI, dans I, 529-530, il semble se prononcer sur son compte fort sé- 
vèrement, c'est parce qu'il suppose que R. Dan ne peut avoir sou- 
tenu ce qu'on rapportait en son nom ou, du moins, ne peut l'avoir 
dit sous la forme que lui avaient donnée ceux qui ont posé la ques- 
tion. On constate môme qu'Ibu Adret, en dépit de son ton virulent, 
regrette d'être amené à jeter le nom de R. Dan dans le débat*. 

La déclaration attribuée à Ibn Adret concernant R. Dan, « que 
le protégé de celui-ci, muni par lui d'une lettre de recommanda- 
tion, ne méritait pas plus d'égards que le protecteur lui-môme » a 
encore moins d'importance pour la mémoire de R. Dan '. Loin de 

* Les CoDsuItalions ù'ibn Âdret nous révèlent aussi \\u R. Jonolhan Aschkenasi 
(le Tolède ; voir Perles, Ji, Salomon b. Abraham b, Aihreth, p. 10. 

> Per'.e?,' tbid,, p. 63, note 20. 

» J. D. Azoulaî, D^bn:irr DC éd. Benjacob, I, 37 i ; Perles, ibid, 

* 1. 530 : nVôï3 nvj^::! v^'^^'^s "i^^ ^-"^ r-iDOwS "•=) p -*,"n ^b rroy n?3 

' Perles, ihul.^ p. T. Pour réfuter ce'lc Iraduclion, je donne ici d'après I, 548, 
les paroles mîmes d'ibn Adret, qui deviennent encore plus claires par le contexte : 



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288 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

professer à son sujet une opinion pareille, Ibn Adret exprimait, 
au contraire, le doute que R. Dan fût Tauteur de la lettre qui cir- 
culait SOUS son nom. La communauté d'Avila, qui consulta Toracle 
de Barcelone au sujet du fils du scribe Abraham ', transformé su- 
bitement d'ignorant en auteur de révélations littéraires, avait 
déclaré à Ibn Adret qu'elle avait reçu un messager qui s'était pré- 
senté au nom de Salomon Ibn Adret et se disait envoyé par lut et 
qui prétendait être doué de facultés extraordinaires. Ibn Adret, 
qui ne reconnaissait à personne le don de prophétie, eût-il fait des 
miracles sous ses yeux, et qui ramenait toutes les visions surnatu- 
relles dont il lui fut parlé souvent à des hallucinations, lui qui ne 
voulait pas qu'on confondit le magnétisme avec la prophétie, lai 
qui fut le persécuteur d'Abraham AboulaAa * et qui avait condamné 
froidement Abraham de Cologne ', le prédicateur et thaumaturge 
ambulant qui avait réussi à arriver jusqu'à Alphonse X, ne pouvait 
croire qu'un savant comme R. Dan eût pu se laisser aller, par 
légèreté, à devenir le protecteur d'un aventurier, cherchant évi- 
demment à faire des dupes. 

Mais, quoi qu'il en soit de la lettre de R. Dan, il est certain que 
cet étranger a trouvé chez les rabbins les plus considérés de TEs- 
pagne estime et considération. Déjà le fait qu'un homme du rang 
de R. Yomtob b. Abraham de Séville engagea une controverse 
avec lui, prouve la considération que R. Dan avait acquise dans sa 
nouvelle patrie. Un des successeurs d'Ibn Adret au rabbinat de 



"non n:?5 Inds iny t3'«u5nn niaiDD ï-tt "«d &d5 -ï'^:ix nn:?i r-rmx 
'>z'>yn nain r^^n rï\m»nD-i p -«an a-i.-r "t»» rî^inn tn-ia5< n-^m ab 
man m-^pn ^ns-a na •'d r-iyin mapb m r-ix na*::n *\y^ rrrp 
T»j^73D aan '-ip'»» o-»» aina-^ nn^'pn.T ba la '\p^^0'> t<o o^tta*» 
p-i r^yi7\ ■•'»p3b TiD r-nx-» «bi oan -^nai nb-^fit i"»»i tn72« njtT 

rr^îjnn CST^T» nr'ô^^n Nbl abn ■^incab. L'interpréuiiou de Perles te Iroutr, 
il est vrai, aussi chez Jacob fimden, qui^dans mwapï! nmn, éà, Lemb*rg, p. 10*, 

faii celle remarque : ^"nm^D Tn^a bn^ inan snb b«-nC"» b® inw y? 
r-nODai myi r-nbpb irTDNnbi nn^.sb nn'»)3» bî li. 
« Idid,, lan tnxT: ans "^bj^ «;di3 «j-^î^ 3^-»an caa-iso s^a omp C33 

ta'^Oa "^a-l S^nnn ••D-^.^n '^aô< naiarr tamaX. Le porleur de la lelUe s'ap- 
pelait doQC Nissim. Perles, ibid,^ p. 5, par suile d'une fausse iDlerprétatioa de cet 
mois, nomme Tauteur d'écrils merveilleux d'Avila R. Nissim b. Abraham. Or, Iba 
Adret n'aurait certes pas appelé ^a*1 un homme désif^oé comme : yyv> V^MH D7 

IDD ûn«3 by 'l'ûy t^bi on» oio d:^ 'ainn t^bcv 

« Perles, ibid., p. 5, et p. 63, noie 22. 

» Ces paroles dUba Adret : rr^H laiTSn ini«0 'ISI n\1 HT QH^aXT 
•n^bXt d*aprës lesquelles Abraham lui-môme désignait son démon familier ooome 
étant filie, Jellinek, évidemment trompé par l'abréviation '12< [= n)31M]t <iu^il li^i^ * 
IK, les traduit dans son Auswahl kabbalisticher Myttik, 1, 30, ainsi « Ou bien ce 
fut Abraham lui-même ou le prophète Elie qui parla ainsi *. 



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R. DAN ASCHKENASl, EXEGETE 289 

Barcelone, R. Nissim b. Reuben de Gérone, nomme avec respect 
B. Dan dans ses Consultations *. 

La réputation de R. Dan comme exégète devait être encore 
mieux établie que sa réputation de savant talmudiste. Babya b. 
Ascher de Saragosse, ordinairement si avare de citations, rapporte 
deux interprétations expressément sous le nom de R. Dan, avec 
lequel probablement il se trouva personnellement en relation *. 
Le fait que Moïse a pris un prêtre madianite comme beau-père 
et que TEcriture sainte insiste sur le grand nombre des âUes de 
Jetbro est expliqué par R. Dan en ce sens que, chez les Egyp- 
tiens, les prêtres étaient sous la protection de la loi religieuse et 
que Moïse était sûr de trouver là un asile sûr, ce qui, selon 
Exode, II, 21, le détermina à jurer ou à faire le vœu de rester chez 
cet homme. 

La hardiesse de son système d'interprétation biblique, qui s'é- 
levait an-dessus des exigences et des lois d'une saine exégèse 
pour s'attacher au contexte, se révèle mieux dans le second 
exemple qui nous a été conservé par Bahya. L'indication si étrange 
d*Exode, xxiv, 11, concernant les principaux dlsraël qui, après 
avoir été favorisés de l'apparition divine, mangèrent et burent, a 
donné lieu aux interprétations les plus différentes. Juda Halévi ', 
avec sa sagacité ordinaire, a cru y trouver un contraste avec 
Moïse, qui seul eut le privilège d'être affranchi de tout besoin pen- 
dant qu*il était plongé dans la contemplation de la divinité. R. Dan 
explique ce passage d'une autre manière : <f Nous apprenons par 
Exode, xxxiii, 6, qu'Israël s'est dépouillé de la parure dont il 
s^était revêtu au moment de la promulgation de la Loi sur le 
Horeb. Comment est-il possible de penser que ce fait ne soit pas 
mentionné dans le récit sur la Révélation ? Maïs cette mention a 
simplement échappé, et elle se trouve dans le verset en question *. 

» Ed. de Rome. p. 72, n» 32 : «"^îl tnnDTn nM3« '"in p '3n«n n73«3 

ibbn d'anal nafio ^j*^». 

* Cf. B. Bernstein, Magasin fûr die WUtentchaft des Judenthums, XVIII, (1891). 
98, noie 36. 

* Cité dans le commentaire d'Abraham ibn Ezra, tu loc. Bahya b. Âscher men- 
tionne cette opinion sans citer le nom de Tauleur sous celte rubrique : '^SO ^"^l* 

* -inît n5'»ar'D« •'îdts ■»d in'»®"'n n"»3 ^^np •in«'»n ibDK-^T «nob «5-» nn^n 
Vtnan ^DiDrt nan s^bn T>b3> my «>•»« iniD s^bi 'i5:?-nDa n-nn ^diz 
m •'D 1ND Ti73nb ^-latin pb rrmn in73 niD-isa ï-tth n^y^yn iinm 
rrwo DVT»«i l'onri s^inn ^iTn nniD«3 Niin t3"»nbfi<n n» imo 
p "«m '>ïii2 '^Dy'n^ nr mn^jan ï-rb-^Dwa n73«i narrsia "^Tsa «join. Le 

sens figuré du mot < parure • avec la signification de la foi doctrinale qu'Israël aurait 
perdue selon Exode, xxxiii, 4, se trouve aussi indiqué par Lévi b. Gerson, in loc.^ 
et Nissim Gerundi, ^'nTl mïDnn, *• sermon. 

T* XXXVI, K* 72. 10 



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290 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Les principaux d'Israël n'ont pas mangé et bu, comme on croit 
devoir interpréter dans leur sens grossier les paroles de l'Ecri- 
ture, mais ils ont joui et se sont parés de cette auréole de lumière 
qui venait de leur extase, provoquée par ce grandiose événement, 
jusqu'au moment où ils perdirent cet éclat lumineux par le péché 
du veau d^or. » 

Mais ce ne sont pas là les seuls témoignages qui nous ont été 
conservés de l'art exégétique de R. Dan. Dans un recueil sur le 
Pentateuque, ms. de Dresde, £b. n"" 399, composé en 1343 par 
Isaac b. Abraham Navarro, ou, du moins copié par lui, R. Dan est 
cité trois fois à propos d'opinions que l'auteur a recueillies de sa 
bouche. Il est remarquable qu'elles se rapportent également 
presque toutes à l'Exode. 

L*ange ou le messager qui, selon Ex. xxiii, 20, devait être en- 
voyé au-devant du peuple dlsraël pour le garder sur son chemin, 
a été identifié tantôt avec leMétatron* et MichaeP, tantôt avec 
le prince des armées célestes % tantôt avec l'Ecriture sainte même, 
tantôt avec TArche d'Alliance^. R. Dan Aschkenasi le retrouve en 
Josué, qui prit, après Moïse, la direction du peuple. Cette interpré- 
tation, transmise par tradition, fut de nouveau bientôt oubliée en 
Espagne, car jfious la trouvons mentionnée par Isaac Abravanel ' 
comme une invention des Garaïtes. — A partir du moment où Moïse 
apparaît dans l'Ecriture sainte, il n'y a pas de chapitre oh soq 
nom ne soit indiqué, à Texception de la section de Teçavé. R. Dan 
Aschkenasi savait aussi une explication sur ce point. Dans son 
horreur de la défection du peuple d'Israël et de son retour à son 
ancienne idolâtrie, Moïse, selon Exode, xxxii, 32, avait demandé 
à Dieu de l'efilacer de son livre ou, pour employer d'autres termes, 
il avait, dans sa colère, maudit la vie. Or, comme la malédiction 
d'un juste s'accomplit sans condition , son nom fut réellement 
effacé du livre divin, c'est-à-dire du seul chapitre qui, dans TEcri- ' 
ture sainte, précède le récit de la malédiction prononcée par Moïse 
contre lui-même. 

La dernière des interprétations de R. Dan rapportées dans ce ms« 
est également relative à TExode. C'est l'explication du passage où 
il est question du péché de Moïse dans Nombres, xx. 10. Il sembla 
improbable à R. Dan que Moïse qui, selon Exode, xvii, 6, obéis- 
sant fidèlement à Tordre divin, avait provoqué avec son bâton le 

1 Sanhédrin, 38 b. 

« Voir ibn Ezra, in Icc, 

» Voir Samuel b. Méïr, in lot. 

^ Cité dans le commentaire d'iba £zra, in loc. 

» Dans le commenUire, in loc, p. 184 a : ^y ntri n«b»n '"«B D'»finpn ^Dm 



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R. DAN ÀSCHKENASI, EXÉGËTE 291 

miracle de la source jaillissante, eût désobéi la seconde fois à- 
Tordre du Seigneur et montré ainsi de la tiédeur dans la foi. De 
fait, ce n*est pas en cela que consista la faute de Moïse. Gomme 
la première fois, il avait reçu l'ordre de frapper le rocher pour 
que l'eau en jaillit. Le mot qu'on croyait devoir interpréter par 
< parler » signifie aussi en hébreu « atteindre, frapper >», de même 
qu'inversement on a l'habitude de désigner le parler du prophète 
par le terme « firapper » (Isaïe, xi, 4). La faute de Moïse ne con- 
siste donc pas dans le fait qu'il se servit de son bâton, au lieu de 
la parole, mais en ce que, au lieu de mentionner Dieu seul, qui 
devait faire jaillir l'eau de ce rocher, il n'a parlé que de lui-même 
et d'Aaron, se laissant aller à dire : « Ferons-nou^ sortir pour 
vous de l'eau de ce rocher? » 

L'auteur du recueil du ms. de Dresde était aussi un disciple 
d'Ascheri, au nom duquel, chose remarquable, il rapporte plu- 
sieurs interprétations que nous connaissons par le commentaire 
du Pentateuque de son fils R. Jacob, l'auteur des Tourim. Quand 
il mit par écrit ces explications qu'il se rappelait, R. Ascher 
comme R. Dan étaient déjà morts. Tout indique que R. Dan a 
survécu à R. Sàlomon ibn Adret. Nous serons donc forcés d*ad- 
mettre que la formule de bénédiction, ajoutée d'habitude aux noms 
de personnages défunts, qui, dans le commentaire du Pentateuque 
de Bahfa b. Ascher, commr^cé en Tan 1291, accompagne le nom 
de R. Dan, a été ajoutée seulement plus tard par lui-même ou par 
les copistes qui ont reproduit son ouvrage. 

S'il était vraiment établi, comme Perles l'admet, que la lettre 
d'Ibn Adret à Avila a été écrite entre 1290 et 1295, il faudrait 
admettre pour la date de l'établissement de R. Dan en Espagne 
les dix ou même les vingt dernières années du xin« siècle. Cepen- 
dant il n'est nullement sûr encore que le fils d'Abraham Sofer» 
naguère parfait ignorant et devenu subitement auteur fécond« 
doive être identifié avec le prophète d' Avila qui, diaprés la rela^ 
tion de l'apostat Abner* de Burgos, plus tard nommé Alphonse 
de Yalladolid dans ses Balallas de Bios, a prédit l'arrivée du 
Messie pour l'an 1295 ^ Nous ne pouvons donc, jusqu'au moment 
où de nouveaux documents seront trouvés, risquer une indication 
précise ni quant à la date de l'immigration de R. Dan en Es-» 
pagne, ni quant à Tannée de sa mort. 

David Kaufmann. 

^ Perles, ihid^^ pi 64) note 24, et le. Loeb, dans Rivue, XVIII, 58. Chez Zunz| 
00S. Sf^riftHi III) 227, oelte prétendue année de le^délirrance n^çst pee ii^diqu^: 



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2d2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



APPENDICE. 

F. 23 a ! «^n^TDO ba» '■»D« rT73 ^"C'^t 'nai *{«b7D nbi« «^dd» nan 

n"»m i^"nDi û'»D«b73 û"»ïr3Dn a-'finpD® 13*^3^73 tm^np» maDan 

.(II chron., ixivi, 16) û^^nb» ■'Dfitbtta t3"»a'»:^bî: 

F. 26 « : irwf: nbi3®» î-mna rrttn ma» ta^nnon bas r^ctan 
[#c. s-natn tnnvn] nnoM n? laba» natî i^ïto nnin m©» n^ 
■«îDb '»« rTU5tt« -«Db û:?o b"T '^T3D«» p 'nn ^d» •^ns^a^ji in4\*i 'n-^m 
nna^T nanD niD« T\Doa «3 -^sn» ■;■»» ûfin :^n ba:^ nb-rw b:^ rfap 
ta-'SDb ^b ï-n»y« rf arr 'a« n^a •»«3nb bj^ "^d» ûan nbbp "man 
nn»i iDoa 'iba "nana n«« ntDrr p ^tt« 'rw» "j-nn t-inw» 
i^b« ûttJi'i nn«:>« sibbpn r^rr iti »^^n -«d '»3Db -^nana© m^tn 
.mo!i ma ma» b« ia« -iaT3 »b "^a b-^a^an ta« ia« r^npa 

F. 43« : i^m-iD û^a ûab M-^arns rrm :^bo!i ^wn tam^n r^ 13^« 
(Nombres^xi.s) ûnb '»{« n^aîii :»boîi lan n«« b:^ innîn ma» wsw© 
i^bi (^*irf., 12) n"«n 'nai va-^TD "jnDn tarp3'»:^b 3^bon b« tamam 
ta'nDv n^M i^b nb-^fii na-i mainp n*»?! ■'a 'iai ■'3Ta'npnb «^a tanawin 
rfy •»T3a«« p 'nn -^Dta -^nyatt) p« ybon b« nab ma-n pn Jtdj^ 
nwa innanb s-f an ib mar pi tan"»am 'ib m:nn tannan ''■« 'o 
iKSfn -inata t-i-^am (Exode, xrn, 6) nb«a mcnoa '••nai nawen ûa^Da 
n3'>a'»a nnsnaa i^a-na rrvDWïi by man «n-i"»© n»an ns^an (0'»a-i) û*»?: 
laon «^D3 p "laa 'abjfa "nna-na b"nn (Je«., xi, 4) vd ûa«a ro'» 
(Nombres, xx, 10) n-i7D«« b^ i«3M îi» bjf p ûfii n"Én ûrTom onnaii 
^la'rn nbm ta'^a 'ab t^'»ati'' 'anb taïib n-^m ta*^» ûab t^atia 
ma» «•'fien taa (•*«., xn, 3) ^mba^rra t-i«-iD b'»:^b ''^d« n^a fcaatya 
bat» 'T'Tn Vn mn© '••an ma^a iniTaa «-^k b"T a-iM Vn nwo 13^ 
nn-^n nTûÉt û-niab "ji«ba îia^iû rr^M T^« nntsn r-it rmCi]^) 'n*» enian 

/•nonsna nni «b« vn miita 

F. 21 « : a'^TiT (Kxode, xxi, 1) orpaob D'élan *n«« û-^ctoan rrben 

•»3D ï^î? tarp3Db mîiâ irn tarrai bwan û^^ttan û^'atin ûît3© tSK 
.•i"-i3 •»T3aiDN -!«{« 'nn •niTs "^DTa iip-^iais fcrrô nasnrr 'n'»rr a^ 

F. 41 * (à la marge) : '731» Vîi n» (Nombre?, xi, 27) rî3m3a ta^itasnia 

r^n nt 0"»3a73 3f«irp là p^â iiaDa msn n^â iip'»-ioi3 a^ÉÎâfriTi 

•b'natt -i»« 'n ann onfiih]C')a3 



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NOTES ET MÉLANGES 



NOTES EXÊGÉTIQUES 



I. ExoDE^ xxit« 22. 

Ce yerset a une allure embarrassée à cause des deux phrases 
conditionnelles tm rrxfn tr^y bdt et *«bfi( prz'^ pTt M *«:3, qui se 
suivent d'une manière insolite. De plus, les pronoms se rappor- 
tant à la veuve et à l'orphelin sont au singulier au lieu d*ôtre au 
pluriel. Ces difficultés nous amènent à croire que la phrase bK '^^ 
pyae, etc., n'est pas à sa place et devait suivre» à l'origine, la dé- 
fense d'opprimer l'étranger (20 a). Les mots yn&ia brr^ti b'na *>d 
ïï^nXQ (20b), qui se retrouvent dans Lévit., xx, 34, ont été pro- 
bablement ajoutés, et c'est peut-être cette addition qui a amené le 
déplacement de ^ bit "«d, etc. Le verbe py^ aurait donc pour 
sujet *-D. La phrase pjr^ bât rs, etc. est explicite par elle-même (cf. 
V. 26) et n'a pas besoin d'être complétée par le verset 23, qui est 
la suite directe et nécessaire de 22a : « Si vous humiliez (la veuve 
et l'orphelin), ma colère s'enflammera. • . » 

On attendrait, il est vrai, dans 22 a bnâi au lieu de tim; mais il 
se peut que Taltération de bni^ en *in2i se soit justement produite 
sous l'influence de 22 &, une fois que cette moitié du verset avait 
été déplacée. Quant à l'alternance deinsj^ et r^'^n, s'il n'y a pas de 
foute, le passage du pluriel au singulier est fréquent dans ces cha- 
pitres. Les versets 20 à 23 s'expliqueraient donc de la façon sui- 
vante : « Tu ne vexeras ni n'opprimeras l'étranger (car vous avez 
été étrangers en Egypte), car s'il m'implore, j'écouterai sa plainte. 
— Tous ne tourmenterez pas la veuve et l'orphelin. Si vous les 
tourmentez, ma colère s'enflammera contre vous et Je vous frap- 
perai par le glaive, etc. » 



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294 REVUB DES ÉTUDES JUIVES 

II. ^3 ET tr>:nr). 

Oënéralement on ne fait pas de distinction entre ces deux mots, 
et on les tradait Tun et Tautre par « nsare » ou « prêt à in« 
térôt ». La différence entre les deux mots ne porte pas sur la na- 
ture de l'objet prêté, comme on pourrait le croire, en se fondant 
sur Lévit., xxv, 3*7, où yo^ est appliqué à l'argent et tv^yyû (= 
tr^:n)) aux aliments ; car dans Dent., xxiii, 20, le mot "poa est 
employé à la fois pour les prêts en espèces et pour les prêts en 
nature. Knobel, suivi par Dillmann, dans son commentaire sur le 
Lévitique, a l>ien compris que Fun des deux mots devait désigner 
le prêt usuraire, par lequel on se fait rembourser une somme su- 
périeure à celle que Ton a réellement prêtée, et Tautre le prêt à 
intérêt, mais il a interverti les significations des deux termes. 
D*après lui, n*«a*n serait le prêt usuraire et yo^ le prêt à intérêt. 
Or, Tétymologie de yo^ et de mn^in exige Tinterprétation inverse, 
car ^), morsurCt serait une expression bien vagae pour le prêt 
à intérêt ; c'est, au contraire, un terme précis, s'il désigneTopé- 
ration qui consiste à retenir immédiatement une partie de la 
somme prêtée. L'usurier mord ainsi sur ce qu*il avance. D'autre 
part, rpa*n ne signifie pas, comme Enobel le dit, augmentation, 
mais multiplication et indique très clairement le prêt à intérêt, 
dans lequel il y a une multiplication partielle ou totale de la dette, 
par suite du payement réitéré d'une somme convenue. On doit donc 
traduire ^3 par usure (au sens moderne du mot) et rrtann par 
prêt à intérêt. Il est à remarquer que la MIschna {Baba Mecia^ 
V, 1) explique *^a comme nous l'avons fait ; mais elle entend par 
h*«3*n une spéculation sur le marché à terme. Il est peu probable 
que la Bible y ait pensé. 

Mater Lambert. 



LA MORT DE TEZDEftERD D'APRÈS LA TRADmON JDITE 



Scherira, dans sa fameuse épitre historique, rapporte que,* 
d'après des traditions relatées dans d'anciennes chroniques, Yez- 
degerd [II] aurait fait subir des persécutions aux Juifs de Porse, 
mais que, Rab Sama bar Babba et Mar bar Rab Aschi ayant 



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NOTES ET MÉLANGES 29S 

adressé leurs prières à Dieu, un monstre vint dévorer le roi dans 
sa chambre. Ce fut la un de la persécution. 

Tezdf>gerd II mourut en 457. D'autre part, Scherira et le Sèder 
Tannaîm we Amoraïm disent que la persécution sévit dès 455, 
date de la mort de R. Nahman bar Houna. Ces divers renseigne- 
ments concordent très bien. A quoi il faut ajouter que Tezdegerd, 
sous rinfluence des Mages, ayant édicté des lois sévères contre 
les Chrétiens et les Manichéens, il est vraisemblable qu*il a en- 
globa les Juifs dans les mômes mesures. 

Les traditions enregistrées par Scherira ont donc jusqu'ici tous 
les caractères de la vérité. La cause de la mort de Yezdegerd, on 
en conviendra sans peine, est moins vraisemblable. Fabuleuse par 
nature, elle contredit, en outre, les données de la véritable his- 
toire, qui dit que ce roi mourut à la guerre. Un tel genre de 
mort n*est pas assez extraordinaire pour donner naissance à une 
légende. 

D*où vient donc cette fable, qui, sans doute, avait cours chez 
les Juifs? Il n*est pas impossible de le découvrir. Voici ce que 
Tabari raconte de Tezdegerd I. 

Yezdegerd était un homme intelligent, mais, lorsque la cou- 
ronne lui éjchut, il se départit de ces bonnes dispositions et commit 
des violences... Il versait beaucoup de sang, et ses sujets^ complè- 
tement réduits [sic) entre ses mains, invoquèrent Dieu dans leur 
affliction. Il s'en alla de Madâïn dans la Perside, de là dans le Rer- 
mân pour se rendre dans le Khorasan, et partout où il allait, il com- 
mettait plus de cruautés. Alors on l'appela Yezdegerd aUAthim «le 
Méchant), et quelques-uns Yezdegerd al Khasckn (te Dur), à cause 
de 80D injustice. Il régna vingt et un ans. Quand son terme fut 
arrivé, un cheval indompté vint et s'arrêta devant son palais. On 
n'avait jamais vu un cheval aussi beau. On en informa le roi, qui 
ordonna de seller et de brider le cheval. Mais personne n*osait rap- 
procher. On le dit à Yezdegerd. Il sortit, caressa le cheval, lui mit 
la selle et la bride et le sangla. Il voulut aussi arranger la croupière ; 
alors le cheval lui lança une ruade et Tatteignit au cœur ; Yezde- 
gerd mourut. Le cheval prit sa course, rejeta la bride et la selle et 
déchira la sangle. Personne ne sut d'où il était venu ni où il alla. 
On dit : C'est un ange que Dieu a envoyé pour nous délivrer '• 

Firdousi, dans son Schah-Naàmé (V, 519), a reproduit une tra- 
dition analogue. Yezdegerd le Méchant, souffre d'un saignement 
de nez rebelle à tout remède. Un Mobed lui conseille de se rendre 
à la source de Saou ; il y trouvera la guérison. Il y va, se met un 

^ CkrùnifUê de Tabari, trad. Zottemberg, II, p. 103-104. 



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296 REVUE DES ETUDES JUIVES 

pea d*eau sur la tête, et incontinent le flux de sang s*arréte. Ss 
gaérison ne lui inspire que de la présomption. Alors sort de Teau 
un cheval blanc d'apparence Tantastique. Il ordonne à son escorte 
d'entourer le cheval. Un vaillant pâtre part avec deux chevaux 
dressés, une selle et un lacet pour le prendre. « Hais que savait 
le roi du secret de Dieu qui avait amené ce dragon sur son 
chemin ? > Le pâtre ne peut Tatteindre. Le roi, alors, prend lui- 
même la selle et la bride et s'avance vers le cheval : la bête doci- 
lement se laisse brider. Le roi la sangle, « et ce crocodile ne 
bouge pas encore de place». Yezdegerd passe derrière pour lui 
mettre la croupière. Â ce moment, le « cheval aux sabots de 
pierre » pousse un cri et le frappe sur le front des deux pieds 
de derrière, puis, le roi mort, se précipite vers la source bleue, 
où il disparaît. 

Assurément, la trame de la légende persane, qui est probable- 
ment Tœuvre des Mages, n'est pas tout à fait identique à celle de 
la tradition juive. Néanmoins, l'air de famille est indéniable. 
Un Yezdegerd meurt d'une façon surnaturelle, par le fait d'un 
monstre, envoyé par Dieu. 

Les Juifs se sont bornés à une transposition. Yezdegerd I, dont 
le principal crime parait être d'avoir résisté aux conseils des 
Mages, fut, dit-on, bienveillant pour les Juifs de mêiQe que pour les 
Chrétiens de ses Etats. Par contre, Yezdegerd II, entièrement 
dominé par les Mages, fut hostile systématiquement à tous les dis- 
i^idents, y compris les Juifs. La transposition s'imposait. 

Ces lignes étaient écrites et imprimées quand je me suis avisé 
de lire l'article consacré à Yezdegerd par Rappoport dans soa 
Erech MUlin, Cette lecture ne m'a pas décidé à jeter au panier les 
quelques mots qu'on vient de voir. En effet, voici comment s'ex- 
prime en résumé ce savant : Le récit de Scherira ne ressemble 
pas à ceux des historiens persans. D'après ceux-ci, Yezdegerd n 
ne serait pas mort de celte façon singulière, mais soudainement. 
Les peuples de l'empire, et en particulier les Juifs, qui avaient 
beaucoup souffert du règne de ce tyran racontèrent chacun à sa 
façon son trépas. Peut-être les ofdciers eux-mêmes furent-ils la 
cause de ces divergences. Peut-être, enfin, s'est-il mêlé au récit 
de son décès, celui de la mort de Yezdegerd I. On disait aussi de 
Bahramgour, père de Yezdegerd II, qu'il avait péri en tombant 
dans un puits ou dans la boue. 

L'hésitation qui se manifeste dans ces diverses hypothèses mises 
sur le même rang provient du laconisme des autorités auxquelles 
8*en est référé Rappoport. Il renvoie à Baumgarten, Allgemeine 
Welthesioriej IK, § 651 et 659; Richter, Histor. kHi. Versueh 



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IfOTBS ET MÉLANGES 297 

ûber die Arsaciden = wid Sassaniden Dynastie \ s. v. Bahram- 
goitr, et Malcolm, Eistoire de la Perse, I, p. 99 (lire p. 165). Or, 
cet auteur, le mieux informé des trois, se contente de dire, en 
parlant de Tezdegerd I : « Les Persans nous présentent ce mo- 
narque comme un prince cruel, dénué de vertu, abandonné à la 
débauche, et l'on nous dit que la nation se réjouit lorsqu*après un 
règne de seize ans, il Ait tué par un coup de pied de cheval. » Si 
Rappoport avait eu connaissance des relations fabuleuses de la 
mort de Yezdegerd, peut-être aurait-il affirmé avec plus d'assu- 
rance la transposition. 

Mais, timide en ce point, Rappoport ne craint pas d'avancer une 
conjecture singulièrement hardie. Qui sait, dit-il, si ce ne sont pas 
les historiens persans qui se trompent et si ce n*est pas en réalité 
à Tezdegerd II qu*à Toriglne aurait été rapportée cette histoire 
fabuleuse ? En efifet, ajoute-t-il, Scherira doit nous inspirer plus 
de confiance que les écrivains persans, ayant, lui, consulté des 
documents plus rapprochés des événements. Il a mis à profit les 
chroniques des Saboraïm, qui ont vécu peu après la mort de Yes- 
degerd. 

Rappoport a trop tiré sur les termes de Scherira. Celui-ci dit 
simplement : na 'win ïTb-n pnc nm^an «ann ïrna ôwd an ^b» îTinai 
■«lam '»:^a'7 ûnmnaT nsoa ains is-^Nm n-^îi^DH-in i% y^ywi ■»;dk an 
vmm bîaan naaiD» n-^aa fiob» T^wrh fitt-'sn rr^ban « Après lui présida 
Rab Sama, fils de Rabba. A. cette époque et au temps de Mar bar 
R. Aschi, nous avons appris des ancieiis et nous avons lu dans 
leurs chroniques qu'ils prièrent et un dragon engloutit le roi Yez- 
degerd dans sa chambre à coucher. Alors cessa la persécution. » 
Or le mot anciens ne désigne pas sûrement les Saboraïm, il peut 
tout aussi bien viser les Gaonim, antérieurs de quelques généra- 
tions à Scherira. 

On n'attend pas de nous que nous discutions autrement la thèse 
de Rappoport. 

Israël Lévi. 



Leipzig, 1804. 



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298 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

UN FRAGMENT DE L'ORIGINAL ARABE 

DU TRAITÉ SUR LES VERBES DÉNOMINATIFS 
DE JUDA IBN BAL ÂM 



On s^itqa'outre son commentaire de la Bible et quelques autres 
écrits sur lesquels nous ne possédons pas de renseignements 
précis \ Juda ibn BalAm, qai florissait vers la fin du xp siècle, a 
publié trois petites monoprraphies lexicales. Ces monographies, 
conservâmes seulement dans une version bébraTque et sur les* 
quelles M. Derenbourg, le premier, a appelé Tattention *, sont les 
suivantes : 

1** Le livre des homonymes. Le fameux ms. de Paris (n« 1221, 
f» 1-17), le seul qu'on connaisse de cet ouvrage, présente des la- 
cunes ; il ne commence que par la fin de la lettre a. M. Dukes en a 
donné des extraits*. Estorl Parhi* cite l'article fcn)D dont il est 
souvent question, et il appelle ce traité o^^ynn n&D. Ce titre est 
probablement la traduction de Tarabe D*^3iunb^ ns^no. Nous devons 
pourtant faire remarquer qu'Isaac ben Samuel lia-Sefardi, qui 
cite ce même article dans son commentaire sur II Samuel, vi, 13, 
fait précéder sa citation de ces mots : "^d nb tiphixn "«d rrvffv 'n Vaip 
D3fiû%3b2n pafiimsbK '^. Il ressort en même temps de cette citation 
ciiez lâaac beu Samuel que la traduction hébraïque est incomplète, 
fait que M. Steinschneider avait déjà constaté ^ d'après la citation 

i Ces éerils sont : Un traité cité par Ibn Balftm lui-même aoua le nom de r03 
K*^p73bK <iin8 son commentaire aur Nombres, zx, 19 (éd. Pucha, p. tiii ; cf. ê«ê 
notes, p. zxix) ; un traité sur lea miraclea de la Bible , frmnbK nMT2a^?3 *t^:^ 
nC^ISSVfin, mentionné par Moïse ibn Bzra dans sa Poétique (cf. Ripue, XVII, 180), 
et enfin ^iCUSndcbM, cité par Inn Baroûn (éd. Kokowzow, p. 21), que M. Derenbourg 
identifie à tort avec le Éfnpn T^TIH (cf. OpuseuleSy p. xlvii ; voir autei Stein- 
schneider, Die hebr, Uebers., p. 914, note 63). Ce dernier ouvrage s^appeileen arabe 
*1NpbK ÏTN*in et n'est probablement pas dlbn BalAm. Voir Wickea, ^t)3^0 
n"»», p. 104. 

* Wissentch. ZeUsehr, /*, Jûd. Théologie^ V, 408. Nous devons faire remarquer que 
M. Derenbourg ne tient pas compte de la première monographie, celle des homo- 
nymes. Voir Fuchs, npiTlH, I, 117, note 2, et Studien ûber Ibn Baiâm, p. 7, note 12. 

* Ltbl. d. Orients, Vil, 659 661 ; IX, 456-458. 

* mon mnBD, ch. Lvm. 

* Publié (.ar M. Murgoliouih dans Jemitk Qnarterly Sêview^ X, 397. 

* Jikl. Ztitickrift de Qeiger, II, 309. 



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NOTES ET MÉLANGES 290 

de ce même article dans les « règles de la jugulation », en arabe, 
de Samuel ibn DJami*. 

2* Le livre des particules. Le titre arabe de ce traité, attro 
*^3M973b&( tfnn, est indiqué par Ibn Balâm lui-même dans son com- 
mentaire sur Deut., xxiv, 20 * et le titre hébreu, û-^ri^^ nrmH *idd 
se trouve dans le ms. de Paris ((^ 17-34) ^ M. Fuchs a commencé 
la publication d*une très bonne édition de ce ms. ' ; malheureuse- 
ment, par suite de la mort prématurée de Téditeur, cette publica- 
tion s*est arrêtée au mot &ei. 

^ Le livre des verbes dénominaiifs. D'après le passage du 
commentaire d'Ibn Balâm mentionné ci-dessus, ce traité formait 
un appendice à ce qui précédait et, par conséquent, n*avait pro- 
bablement pas de titre particulier^. La traduction hébraïque, in- 
titulée nittîDn m^vn tatro trb^n "iw *, a été publiée d'abord par 
0. Pollak dans \>rran, III, 221-222 et 229-230, d'après le ms. de 
Leyde (ms. Warner 56, (^227-230), puis par B. Ooldberg dans ^^ 
fibv, II, 53-61 (Paris, 1879), d'après le ms. de Paris (n® 1221, 
P> 34-47). Enfin, M. Hirschensohn avait commencé la publication 
d'une nouvelle édition dans n^i-noTan, 1, 21-23 et 42-47 (Jérusalem, 
1885), d'après un troisième manuscrit appartenant à un particulier, 
et l'avait accompagnée d'un commentaire étendu, mais étranger à 
l'ouvrage ; il n'a pas dépassé la lettre m. 

Comme nous l'avons dit, ces monographies ne se sont conser- 
vées que dans une version hébraïque. On ne trouve des débris de 
l'original arabe que dans les gloses dOxford sur le Kilâb al-OusotU 
d'Âbou-1-Walld. Ces gloses, sur lesquelles M. Fuchs avait appelé 
l'attention ', et qui ont pénétré en partie dans le texte du Kitâb 

* Bditioû Fuchf, p. xx : p rrpniDTab» bb«D»bN nnn p nnDT npi ••• 

^DW73b« t\m afitriD ni» "«D nnb^X nbnâ «WO«b«. Mais dans son com- 
meniaire inr Isale, vu, 4, il l'appelle CjlinbK aKPS (voir la note de M. Deren- 
bourg êd, /. el npifin, 1, 118, note 1). 

• L'autre ms. de Paris (n»1251, f« 91-108) n'est qu'une copie du n» 1221 ; voir 

npinn, i. 200. 
' npirn, i, 113-128; 193.206; 340-342; 11, 73-83. 

* Voir note 3. Dans ses gloses sur Isale, m, 16, Ibn Balftm le cite aussi 

sans titre spécial : p iji) «riî» vyym nb^DJ "«D nbobb» Tnn n-iD'î npn 
*îb« so^y «nb q-'nxn «b ■«nb» M7:DfitbM p r:?anpN «73» (bNj^cNbx. 

Moïse ibn Ezra dit, dans sa Poétique [cité par M. Derenbourg, dans Bevus, XVil, 
173, note 5), qu'Ibn Balftm n'a pas épuisé le sujet : [tic] t|innbfi< TilT^ ^Dl 

rïb^ «rD73 3^t)à V't nybn p «^dt ■•n^b t[^M2 «wD^b» \J2 npn«9:bK 

ÉKTO bipbfit )T?nD"» obi rinbNX. D'un autre côté, ce iraiié ne paraît pas nous 
dire parvenu en entier (cf. ib,, note 4). 

' Salomon d'Urbino, qui cite plusieurs fois cette monopraphie dans son b^7fit 
*1T(12 (•rticlc» bba, yW% bpTD\ l'appelle simplement û^b^^DH 1D0. 

• npinn, i, 122. 



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1 



300 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

al'Ousoûl, sont incorrectes et incomplètes. Tout autre vestige de 
l'original arabe semblait avoir disparu, quand le hasard m'a mis 
en possession d*un fragment du troisième traité. Récemment, la 
bibliothèque synagogale d'ici (Varsovie) a acquis de M. Eauffmann, 
de Francfort, quelques fragments de compositions liturgiques qui 
viendraient d'Egypte, et parmi ces morceaux j'ai trouvé le flrag- 
ment en question. Il se compose de quatre petites feuilles, d'une 
écriture orientale très nette, et contient depuis le paragraphe yn 
jusqu'à bon ; ce qui forme environ le cinquième de la totalité. 
Je me réserve pour une autre occasion la publication et l'exa- 
men de ce fragment et fiiis remarquer ici, en passant, qu'il con- 
tient un paragraphe (pns) que la traduction hébraïque a totale- 
ment omis. Le voici : r^TsobM npna» fran:^b« '»dt pna pina pna 

On a sans doute omis ce paragraphe parce qu'il ne présente de 
rintérét qu'au point de vue de l'arabe. Il se rencontre encore 
d'autres passages qui se rapportent à la langue arabe et qae le 
traducteur a abrégés ou laissés de côté, phénomène qu'on peut 
constater, d'ailleurs, dans d'autres versions hébraïques d'ouvrages 
arabes. C'est ainsi qu'à la fin de l'article i)&n, la traduction dit 
simplement bKratD*» ^nv)bn nt *)7:d*), tandis qu'on lit dans Toriginal : 
(b'»pnbK , c'est-à-dire) pnb« p bnpnoTa bjc rrbo miDT *^nbi^i ^ot 
m:fn "^rn «npnrn ■»« iidt «rein ikdi «nb» iîi»^ib '>y»y^b»2 pnb» 
!n«73n iis^w» nnTTan n6^ i^wm iKmpb« i^ Kinb« rh^p rv^i vnixtn 
n3«aip n^up •'D^^Tan ûnDb» mip ans^b» û«bD ■»Dn *. 

Même remarque pour le deurièroe article nTsn, qui est ainsi 
conçu dans l'original : ûD«bfit p qnitntt bn)b« «i^a m^nm ^«n 
^t IT»:^ xn ànà"» nctb» Dfinp '»d ma» "^la im n»pbK ît:« b"»p k» yD^ 
tshy» nbbKi ^^ï^ 1» a-^np im ncpb» j^ji*»» mo ûàim •p»b«. 

La version hébraïque présente encore d'autres inexactitudes 
et lacunes. Elle dit, par exemple, à l'article ûQ^ : nsv 'n "tstn 
•nnoDtt ima ys. Or, l'original dit expressément qu'il s'agit du 
Kilâb al'taschwlr d'Abou-1-Walld, ouvrage qui a été perdu. Voici 
le passage : ^xynn \ù )^rr^ bn iwa tt-naa» û-'ian ■»bana «■»?! d«a 
•^D ïm^T ann» mo T»bibK ■»a«bi û3?t ûT»a n^a^a ïN«bi roTan nanb« 
!i73ttDa nn'^ «b i»a 6^730» nb:^i n"»i«nbx ria >. 

< Ce ptraf^rtphe se trouve, tvec de légères varianted, dans les gloses d*Oxford 
sur VOuiùûl (col. 114, noie 69) ; enlre autres corruptions, oo y lit ")^n fiT* eu lieu 
de T»T «•». 

* Ce paragraphe aussi se retroave en partie dans les glotes sur VOuaûl (ool. 167, 
note 49) ; cl. Ibn Balftm sur Isale, z, 33; Lomm%^ 143, 7, et 147, 14, et OpuêcuUt, 
174. 

* Cf. Om^ûl^ <. 9 , ol OputeuUs^ p. xbié 



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NOTES £T MÉLANGES 301 

Enfin, nous reproduirons encore ici Tarticle ivrt qui mentionne, 
à côté d*Al)ou-l-Waltd, Âbou Ibrahim ibn Taschooscb : *UT*) 'n^^'i 
c'est-à-dire), pn«6^bK fcnn bPTai pn nera n»« na^n1 1» îi3id ainb 
p v^^b» nbn^^ttb» 1» (b"9n ,c*e8t-à-dire) pn nafc^ »b« (pfc«pniD6^bfii 

ma*»-! rb» s^n» ûnoon ■»m3'»a VnTa ^4tib« ciiîn» rrs» rpD Î5« fn 

Ce dernier extrait montre que la traduction hébraïque, qui fait 
précéder la citation d*Ibn Yaschousch de ces mots : prDt*» 'n n^sMi 
pnpTi "-UDDa y? W9f> p, n'est pas tout à fait conforme à ToriginaK 
Car le traducteur change la Kounia arabe (Abou Ibrahim) en son 
équivalent hébreu (prDr>) et ajoute le titre de Touvrage d*Ibn 
Taschousch. Dans le ms. de Leyde (ou «"nD** est devenu par cor- 
ruption «rrp), on ne trouve pas les mots pn-ipin ncoa. 

Ce petit nombre d*extraits qui nous avons donnés sufflsent pour 
prouver Timportance de Toriginal arabe et fait comprendre que 
nous souhaitions de voir paraître Touvrage tout entier. 

Vtrsovie, tvril 1898. 

Samuel Poznanski. 



R- SABBATAÏ 

AMORA PALESTINIEN DU IIP SIÈCLE» 



Les halakhot formulées par cet amora sont rapportées par 
Assi* et Krouspedaï*, disciples de Yohanan. A propos d'une règle 

' Ce p«ragrtphe se UouTe également en partie dans les gloses sur Ousoûl (col. 
152, nota 43, et eoU 153, note 62). Cf. Dukes, daos UbU d. Orients, IX, 509, note 21 ; 
Steinschiieider, Stèr. BibUogr., XX, 9 ; Fuchs, npiriTIi 1, 166, et Studien, p. 19. 

* Extrait du 3« volume de mon Agada dirpalâtt. Amorâerj ch. XXI, paragraphe 81, 
▼olume qui Ta paraître prochainement. 

* J. ÈalU^ 58 c, 1. 35 (Hiyya b. Abba rapporte la même halakha au nom de 
Simon b. Lakisch) ; J. Sanhédrin, 28 a (dans b. Sanhédrin, 69a, c'est Krouspedat 
qui rapporte cette halakha); j. Baba Batra, 17 c, l. 27 (= j. Guittin, 50 e, l. 19) ; 
j. Sanhédrin, 2\d,\. 22; Baba KamwM, 112&, où il faut lire "^DM % au Heu de 
*nDfi( '-1 (cf. Dihdouhè So/brim, XII, 272). Dans Mebâ, 124 a, Frankel soutient à tort 
que ce ^Ofit est identique avec Yosé, le collègue de Yona. 

^ Sanhédrin, 69a; Nidda, 46 a. Voir aussi la note précédente. Sur Krouspedal, 
voir Agada der pal, Awwrêer, \, 219. 



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302 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de procédure que Sabbataï établit, le Talmud cite en même temps 
Tobjection faite à cette règle par Yohanan et Tapprobation de 
Yosé bRU Haiiina*. Sabbataï lui-môme rapporte diverses asser- 
tions de Hizkiyya b. Hiyya «. Après la mort de Sabbataï, ses fils 
accusèrent la veuve devant Eléazar ben Pedat de dissiper la for- 
tune de leur père ^. Les halakhot de Sabbataï sont pour la plu- 
part de caractère Juridique, et deux de ses agadot se rapportent 
également aux juges et aux procédés quils doivent employer. 

Comme on demandait jusqu'à quel point le juge devait se montrer 
patient à Tégard des plaideurs, il répondit en invoquant l'exemple 
de Moïse (Nombres, xi, 12) : « Gomme le nourricier supporte son 
nourrisson^. » Pour indiquer que Tintégrité doit être le premier 
dpvoir du juge, il s'exprime en ces termes pittoresques ' : a Le juge 
doit être aussi innocent que le bâton et la lanière (c'est-à-dire les 
instruments qui servent à exécuter sa sentence), afin qu'il n^arrîve 
pas que lui soit suspect tandis que le bâton et la lanière sont con- 
venables®. » D'après le Talmud de Babylone% c'est Tobanàn qm 
a rattaché une recommandation de ce genre à Deutér., i, 16. 

A propos de l'histoire du païen Dama ben Netina, Sabbataï fait 
remarquer que Dieu agit toujours avec justice, et, s'appuyant sur 

^ BûhaKamma^ 1123. 

' J. GuUtin^ kkd, 1. 50 (b. Guittin, 26 3); Baba Batra, 163a. Dans Niidtiy 27 h^ 
Sabbataï rapporte une balakha d'isaac de Magdala ; mais, diaprés une autre leçoo, 
c*e8t ce dernier qui l'a rapportée et c'est Sabbataï qui en est l'auteur. 

* J. Sota^ 19 <l; j. Baba Batra^ 16(/. G^est probablement à ce môme fait que se 
rapporte la déclaration de Dimi relaiire à la bru de Sabbataï, dans Kêfoubot^ 96 •. 

* Sanhédrin, Sa : "^nn^ 'H K73'«n'*«n iDn 'n. H faut peut-être corriger pn en 

s Ces mots, dans Pesikta r., cb. xxxiii (149 b), sont rattachés à une asserUon da 
tanna Eléazar (b. Schammoua) ; cf. Agada d. Tann,^ II, 281, et Ag, d.pal, Amor,^ I, 
59, Us s'appuient également sur ce fait que D^£3S1)Z) et D^^SSIID sont placés l'un à 
côté de l'autre. Dans Deut. rabba^ ch. v, § 5, on trouve une autre leçon, commençant 
par ^n^K I^S^- Elle débute par les mots UCI^D *1£31lDn fitïl^, qui éUient sans 
doute ainsi à l'origine : *1k31)D^ DSI^Dïl MmD. Mais il se peut aussi que dans 
Deutér, r, il s'agissait de Tintégriié, non pas du juge, mais du fonctionnaire chargé 
d'exécuter la sentence. Dans Tanhouma sur D^SSDlâ (éd. Buber, § 3), ce passage a 
disparu. 

* 'nm 'Tom ^^wn »iv Nb© îij^nsrnn •^Dbfi] bpwn -^cb «rr« \^t^ yn'Z 

Û'nU5D. L'expression NimDTD "^sb, après îlJ^nitnn ''Db, signifie probablement : 
tout autre instrument avec lequel on applique le châliment. Q^n)D3, par opposition 
à *7*))Sn, est une bonne correction proposée par M. Friedmann, pour &^nV)p. Le 
mot D'»bl*12l qui précède doit être rayé. 

^ Sanhédrin^ 7 b : T*>1T Nnn ns^litm bp)3 *ia33, en d'autres termes, sois ausn 
zélé comme Juge que le b&ion et la lanière le sont comme agents d'exécution. Le 
« bftton et la lanière i sont également personnifiés dans Qênète rabba^ ch. xxvi, § 6, 
où Bléazar b. Pedat (II, 23) déclare qu'un homme seul peut se rendre coupable en 
offensant des hommes et où Houna b. Qorion ajoute i ïlJ^l^tH ib^Cfil bp?9 ib^CM 
« Le bftton et la lanière peuvent aussi se rendre coupables • en outrepassant leur 
droit. 



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NOTES ET MÉLANGES 303 

le verset de Job, xxxvii, 23 : a II n*opprime pas la justice », il 
déclare que Dieu récompense également les bonnes actions des 
païens *. Enfin, deux assertions de Sabbataï se rapportent à la 
légende de la captivité du roi loïakira *. 

Une agada de caractère e;$chatologique racontant que Dieu 
traite les Justes au Paradis comme des enfants gâtés, daprës 
Psaumes, cxli, 5, est attribuée à Sabbataï', mais elle parait être 
moins ancienne, et le nom de Sabbataï ne semble se trouver là 
que par une pseudépigrapbie ^. 

W. Baguer. 



' J. Péa, 15(7 ; j. Kiddoutekin, 61 b ; P^siàta r,, ch. ixxn (124a). 

* Zéoiiiçmâ rabba, ch. xiz, à la fin. 

> SeAokêr Tob, ad l. 

4 Voir Réfmê, XXXIII, 46, et XXXV, 227. - M. kradl LéTi croit que le Sabbataï 
de la Peêikta^ ch. xxzui, est un auteur plus récent, probablement originaire d'Italie, 
ou UD personnage ima^dnaire, comme dans Srhoker Tob (Bsvuê^ XXXIl, 281). Mais 
set aigoments (ib,, XXXV, 225 s.) ne me paraissent pas probants. 



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BIBLIOGRAPHIE 



REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

2* TRIMESTRE 1898. 

{L$$ indMêÙHU en françaii gui tuitent le$ titra héhreua ne sont pus de Pêuteur du lf9i% 
mais de Pauteur de la hibliograpkie^ à moins qu'elles ne soient entre çuilleuêetê^) 



1 . Ouvrages kétretw. 

nmûm m^M 'D Dissertations sur le Judaïsme, par J. J. Reines. Vilna> 
Romm, 1898 ; gr. in-S® de viii + 245 p. 

pAM Hagoren. Abtaandlungon ûber die Wlsscnscbafl des Judenthums rc- 
digiert von S. A. Horodezlcy. L Bucli. Berditschow, impr. Scheflcl, 1898; 
in-8» de 102 + 86 p. 

Très intéressant recueil d^étadei scientifiques. Il reDferme les articles sui- 
TtQts : Moïse Isserlès, par l'éditeur ; — Notes de Senior Sachs, publiées 
par M. S.-J. Halberstam; — Biographie de Mahram Lublin, par Joseph 
LœweDStein ; — Etude sur le mSme, par Téditeur; •» Les surnoms des rab- 
bins du Talmud, par S. Laulerbacb; — Explications de passages difficiles 
des deux Talmuds et des Midrascbim, par W. Bâcher; •» Biographie de 
Hirsch Hanau et lettres de David Oppenbeim le concernant, par D. Kauf- 
mann; — Extraits inédits de Saadia, par À. Harkavy ; — Notes et correc- 
tions aux extraits du Dictionnaire dlbo Djanah publiés par Luzzatto dans 
le Kérem Hémed, III, p. 34-47, par W. Bâcher; — Salomon Louria et la 
CSabbale,par Téditeur; — Prières composées par Naftali Cohen, TadTersaire 
de Hayyoun, publiées avec des notes par Péditeur; — Généalogie de la 
famille Louria, par Joseph Katz. 

&^11p ny^ 'D Notes biographiques sur les familles Eisonstadt, Bach- 
racta, Gunzbourg, Heilprin, Merowitz, Mintz, Friedland, Kalxenellen- 
bogen, Rappoport et Rokëab, sur les Juifs qui furent victimes d'une ac- 
cusation de meurtre rituel à Razinal, en Lithuanio (1650), par IsraCl 
Tobia Eisenstadt, avec Tëdit d*interdil lance par Jacob Pollak contie 
Abraham Mintz , en 1520, et une liste des rabbins d*Italie de 1518 h 
1818, par S. Wiener. Saint-Pétersbourg, Bermann, 1897-8; in-8* de 216 
+ 80 + 80 p. 



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5>: 



BIBLIOGRAPHIE 30^) 

^"^^■^ Jérusalem. Jahrbuch zur Bcfôrderung einer wififlenschaftlich ge- 
l'^^T^ Kenntniss des jelzligon u. des allen Palâslinas hrsgg. von A. M. 
'*'^Ci^, BaDd V. Ileft 1. Jérusalem, chez l'auteur, 1898 ; in-S" de 92 p. 

ContieDt : C. Schick, L'emplacement du temple, avec notes de Téditear; 
- — Friedmann, Asie ; — Luncz, Habbins et savants palestinien", par ordre 
alphabétique; — A. Harkavy, lettre de Jérusalem du xiii* siècle, racontant 
^es persécutions subies par if s Juil's do cette ville; — D. Kaurmano, Lettre 
envoyée de Palestine à la communauté de Carpi en 1625. 



rr\t\ 

ni^^^rt^ « Caftor Va-Phorah. par Estori ba-Parchi, le premier explo- 



, de la Terre-Sainte. Nouvelle ëdilion, avec nombreuses notes et 

^•^^alions, par A. M. Luncz ». T. I. Jc'rusalem, impr. Luncz, 1897; 
^*X«^ de xLii 4" 3Tf6 p. (1^ volume d'une « Collection d'ouvragci sur la 
^^%.ine»;. » 

M. L. a été bien inspiré en publiant de nouveau Touvraj^e fameux d'Bs- 
tori'Wrhi, édité en 1949 à Venise, puis à Berlin en 1H59, mais avec 
de nombreuses fautes. L auteur, comme on le st>it, e»t le premier des 
rares rabbins du moyen Age qui se soient occupés de l'archéologie de la 
Palestine. Exilé de France en 1306, après un court séjour à Perpignan et 
i Barcelone, il a'était rendu, en s'arrôtant au Caire, à Jérusalem. Soit qu'il 
efcomptftt Parrivée prochaine du Messie , soit amour de la Palestine, il 
résolut de réunir toutes les lois qui se rapportent à ce pays et qui seraient 
applicables en cas de restauration de l'État juif. Pour cela, il se proposa, 
avant tout, de tracer les limites du pays. Dans ce but, il consacra sept 
années à l'exploration de la Terre Sainte. En 1322, son travail était ter- 
niDé : il avait relevé les frontières, identifié les noms géographiques de la 
Bible et du Talmud, décrit la flore, comparé les dimensions du temple 
d'après le Talmud avec celles do la montagne où il s'élevait, déterminé 
Téquivaleuce des anciennes monnaies et me£>ures avec celleti de son temps. 
« Son ouvrage est donc une mine de renseignements, particulièrement pour la 
Idéographie de la Palestine. 11 note avec soin la dislance des localités entre 
elles et leur nom arabe actuel. Pour faciliter l'étude que mérite cette première 
archéologie juive de la Palestine, M. L. s'est avisé d'un excellent expé- 
dient. 11 a imprimé en lettres rabbiniquesles passages qui traitent de ques- 
tions accessoires, en petits caractères ceux qui sont consacrés à la halakha^ 
et en caractères plus forts les parties qui ont un intérêt pour l'histoire, Par- 
chéologio et la géographie. Ce n'est pas le seul service qu'il ait rendu aux 
travailleurs : les notes dont il accompagne le texte et où se déploient sa 
connaissance de la Palestine actuelle et son érudition talmudique sont un 
secourt très précieux. En outre, il a écrit une biographie de l'auteur où tout 
l'essentiel est dit, et dans une langue excellente. Nous taisons des vœux 
pour que le second volume voie bient<M le jour, d'autant plus qu'il contien- 
dra des indices, qui faciliteront encore davantage les recherches. 

n3îlD nr^ '0 Keser Kebuna. Gescbichte des Slammbaumes des beriihmten 
Casuisten Sabbatai Koben, Verfasser des Sifse Kohen, seine Biographie, 
ncbst Biograpbien seiner Enkel u. sciner ganzen Nacbkommenscbaft , 
von Bemhard Friodberg. Drohobycz, impr. Zupnik, 1898; in-8<» de 
41p. 

nati )yo Considëratlons sur le Kaddisch et règles relatives à cet usage, 
par J. Krausz. Bacs, impr. Rosenbaum, 1898 ; in-8° do 20 p. 

D'^TI ^^Ip'O Mekor Cbaiim. Ausfûhrliche Biographie des Rabbi Chaim ibn 
Altar, Minbage Trefot der jûdiscben Gemeinde in Fez, von Rabbi Juda 
ibn~Attar, mit einer krit. Einleitung u. der Biographie des Verfassers 
Ton Jakob Nacbt. Drohobycz, impr. Zupnik, 1898 ; in-8* de 40 p. 
T. XXXVI, IfO 72. 20 



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306 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ptTX^ nbnp '0 Novelles agadiqaes sur le Pentaleuque, par Isaac Nisan 
[Holtbord]. Wîlna, impr. Romm, 1897; in-8<» de 224 p. 

pnit^ rimbin 'O vie d'Isaac Elhanan [Spectorj , par Jacob Lévi Lip- 
schûlz. Varsovie, impr.Halter et Eisenstadt, 1898 ; in-S'^de 138 p. 

2. Ouvrages en langues modernes, 

ÂDDis (W. £.)• Documents of Ibe Hexaleucb, translated and arranged ia 
chronol. order wltb introduction and notes. II : The Deuteronotnical 
wilters and the prieslly documents. Londres, Nutt, 1898 ; in-S^ de 498 p. 

AOLBN (A.-S.)- Lessons in Old Testament history. Londres, Arnold, 1898; 
in-8« de 468 p. 

Baneth (ë.) Maimuni^s Neumondsberecbnung. Voir Bericht (16.)* 

Baum (J.)- Dor Universalismus der mosaischen Heilslebre. II-lII. Franc- 
fort, J. Kauflfmann, 1898 ; in-H*» de 120 + p. 1-48. 

Bloch (isaac. Sermons. Paris, Durlacher. 1898 ; in-8° de 329 p. 
Bloch (Philipp). Heinrich Graelz. A memolr. Londres, D^. Nutt, 1898 ; în-8** 
de 86 p. 

BÔHMER (J.j. Das bibliscbe « Im Namen ». Eine spracbwissenscballlicbe 
Untersucbung ùbor die bcbr. D^3 und seine griecbiscbe Aequivalente. 
Gîcssen, J. Riclter, 1898 ; in-8<> de 88 p. 

BBNA.M0ZBOH (Bllo). BibUolbëque de rhëbraî<^me. Publication mensuelle de 
ses manuscpits inédits. N° 1. Livourno, S. Belforlo, 1897; gr. in-8* do 
10+10+16 + 16+ 12 + 4. 

Le sous-litre dit mieux que le titre la peosée de Pauieur. M. B. to propose 
de publier, par fascicules meosueis, tous les travaux et notes qu'il a enoora en 
poitefeuille. Chaque livraison est i'ormée de plusieurs morceaux qui pourront 
ensuite se relier à part. Voici Us matières qui y sont traitées : i* Exégèse 
biblique; ce sont les notes qui ne sont pas entrées dans le corps du commen- 
taire de l'auteur sur le Pentateuque. Exemple : « nV 6'osr. Le principe 
du philosophe napolitain Vico que la peur causée aux premiers bommes par 
la iuudre les obligea a re chercher une retraite, à fonder les familles par des 
mariages stables et religieux, on peut le voir réfléchi dans oclle racine 
hébraïque qui signifie à la fois craindre ti s'unir Q^T7 '>^p 1^\^X^ (Psaumes, 
Lix, 4 ; voy. Ibn Ezra) les petiU de plusieurs aoimfux [lire probablement ei 
les petits...]. Et que les premiers bôles furent les noyaux des premiers 
serfs apparaît dans le parallélisme ^mSlTSKI ^IT^a ^15 (Job, xix, 15) • . 
— 2*> Sources rabbiiiiques des six premiers siècles de Té.v. Recueil dé 
notes prises au hasard. Voici seulement la liste des premiers ariielel» : 
charilf^, commerce, famille, aubergistes^ aliments, mariage, boulanger... 
Au hasard aussi le choix de la matière de ces articles. Ainsi commerce : 
• Le commerce produisait au temps des Tannaims le quadruple de ce aQ*il 
aurait produit placé en intérêt. On disait : t Cinquante monnaies qui ire- 
vaillent rendeut autant que deux cents qui ne travaillent pas • : fkmifU .* 
« La belle-mère dirigeait les affaires domestiques. D'elle on oit qu'elle 
aime le bon ordre de sa fille et l'estime de son gendre. Voy. Stischne 
DemaT, ch. 111. > — 3» De l'origine des dogmes chrétiens. — A^ Tbéelegie 
et philosophie : De Pâme dans la Bible. — 5<» Théosopbie. On celmsi^ Tes 
idées de l'auteur sur ces différents points; inutile d'insister. — 6" Histoire 
et littérature. Sous cette rubrique entrent les articles : Déluge, Saddocéens, 
Sanhédrin, Moïse et Blie, etc. 



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BIBLIOGRAPHIE 307 

BEftiCHT (115.) ûber die Lehranalalt fur die Wissenschaft des Judenlhums 
Jû Berlin. Mit einer wissenschafllichcn Beigabo von Dr. E. Baneth : 
Màtknatii's NeUmondsberechnung. Theil I. Berlin, itnpr. llzkowski, 1898; 
in-4» de 40 p. 

BRkNKAN I M.-S.). The science of thô Bible. Saint-Louis, Herdcr, 1898 ; in-8o 
de 390 p. 

Briickmbk (Martin). Dio Eomposilion des Bûches Jes. c. 28-33. Eio Re- 
koûslruktlons-Versuch (Inaugural-Dissertation), llallo/ Krause, 1897; 
Ih-go de 84 p. 

L'auteur a minutieusement étudié les chapitres xxviti-xxziii dlsale, qui 
MiiUeitoetit des morceaux de tendances diiréreutes, et il y reconnaît, à 
riasiar des derniers commentateurs de ce livre, des fragments écrits par 
Isaie, ei d'autres qui sont dus à des écrivains bien postérieurs. Les frag- 
ments attribués à isaKe, quoique se rapportant presque tous a l'alliance 
projetée, puis conclue «ulro les Israélites et les Égyptiens, ue se relient pas 
les uns aux autres. M. BrQckner pense qu'ils ont dû êlro extraits d'un 
grand ouvrage historique que le prophète aurait composé sur ses démôlés 
* avec les chefs du peuple (et le roi?]. L^idée mérite Tattention, bien que 
le verset xxx, 8, sur lequel elle s'appuie soit loin d'en apporter la preuve. 
Les morceaux qui ne sont pas d'haie dateraient du commencement du 
II* siècle, et auraient été ajoutés pour apporter la consolation à côlé des 
ttieQaces contenues dans la partie ancienne du livre. Ils seraient donc à peu 
près contemporains de TEccIésiasiique, et ils seraient postérieurs de cinq 
atècles aux morceaux authentiques ! La dilTércLCc de style entre les uns et 
les autres n'est cependant pas si considérable, tandis qu'elle est si grande 
entre les Proverbes et Touvrage de Ben Sira ! Plus la critique progresse 
et plus les questions de style deviennent difticiles à tirer au clair. Les rap- 
prochements que M. BrQckner établit entre certains passages sont parfois 
nn peu forcés ; mais il fait preuve de pénétration et il montre une défiance 
louable vis a vis des solutions trop faciles, notamment en ce qui concerne 
la liaison des différents paragraphes. — Maytr Lambert, 

BtJOOB (K.). Das Buch der Richter erkllirt. Fribourg en Brisgau, Mohr, 
1697; iB-8* de tiiv + 147 p. iKurzor Iland-Commentar zum Alten 
Testament, hrsgg. yen K. Marti. VII. Abteilung). 

Clbrmomt-Ganmbau (L.). Los tombeaux de David et des rois de Juda e 
le lunnel-aitueduc de Siloc. Paris, impr. nationale, 1898 ; in-8<' de 48 p. 

JDaUéaii (Gnstaf). Die richterliche Gerecbligkeit im Alten Testament. Son- 
d^rabdruck ans der Kartell-Zeitung akad. theol. Vereino auf deutschen 
Hochschulen. Berlin, 1897 ; in-8<» de 19 p. 

Le mot ïlp*l£ a déjà eu Phonneur de maintes monographies. Dans la 
Brochure présente, M. Dalman a étudié ce mot dans son application au 
jUge. U eat curieux, en elTet, de voir que la eédaqa dans la littérature rab- 
biniqoe désigne la mansuétude du juge, tandis que dans la Bible elle in- 
dique la stricte justice. Le lien entre les deux acceptions est, selon M. D., 
le solvant : La Justice a pour but de rendre à chacun ce qui lui est dû, 
elle proclame l'innocence du juste et la faute du coupable, mais, d'un autre 
cdté; éllè délivre l'opprimé de l'oppresseur, et se confond ainsi avec la cha- 
rité. Le joge modèle, c'est Dieu. M. D. combat Terreur commise par quel- 
^tfèfi-uiis (Jui interprètent la nî:^5fc, quand elle qualifie le Dieu libérateur, 
toffime la fidélité de Dieu à son pacte et à Tordre régulier du monde. Les 
idées exposées par M. Dalmsn sont intéressantes ; toutefois nous croyons 
que le mot pli est arrivé à prendre le sens de j^iD^ « victoire » par une 
iutre Toie que celle qu'indique M. D. Il est à remarquer que yvs, est bien 



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308 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



plus usilé que jTpliS dans ce sens. Pour nous, pTiS • triomphe t 
lâche à p^'lit « celui a qui les juges dounent raison, celui qui l'e 



se rai- 
l'emporte 
dans le procès ». De la, le sens de victoire. 1^'pi'Z 'n dans Jér., xxin, 6, 
nous parait signifier, nou pas < notre Dieu juste *, mais « Dieu est notre 
triomphe >, c'est-à-dire : « c'est par Dieu que nous triomphons i. — 
M. D. termine en attribuant à l'influence de Taraméen la transformation du 
sens de ï^p^iS, qui àe justice est devenu bonU. — Mayer Lambert. 

Dalman (G. -h.). ïJ'inî^ ^^inb Aramàisch-neahebr&isches Wôrterbuch «a 
Targum, Talmud uncj Midrasch. Untcr Mitwirkung von P. Thcodor 
Scbârf. Teil I. Mit Loxikon dor Abbreviaturen von G.-H. Handler. Franc- 
fort, J. Kauffmann, 1897 ; in-8«. 

M. Dalmaa, le savant auteur de la Grammaire de l'araméen jadéo-pales* 
tinien, publie de nouveau un ouvrage destiné à faciliter Tëtude des textes 
rabbiniques. Ce lexique n'a pas la prétention de dépasser les grandes 
œuvres de Lovy et de Kohut, il résume simplement les travaux de ses pré- 
décesseurs, qui sont trop vastes et trop coûteux pour les besoins des com- 
mençants. C'est à ceux-ci que M. Dalmans^adresseprincipaleroent, car, pour 
une élude approfondie, il faudra toujours consulter les deux Theiaurus de 
la lexicographie rabbiniquc. En elTet, excepté pour les Ttrgoumim, nous 
ne trouvons pas de citations, ce qui est très fâcheux, surtout quand un 
root a plusieurs significations. Bn outre, Pauteur n^ndique pas le nom des 
savants auxquels sont dues les élymologies des mots venant du grec ou du 
latin. Nous ne pouvons donc pas distinguer ce qui appartient à M. D. lui- 
même et ce qui est emprunté à des ouvrages plus anciens. Pour les mots d'ori- 
gine persane, M. D. n'indique jamais l'étymologie, f parce que beaucoup lui 
paraissaient là encore très incertaines > . Je ne comprends pas cette timidité, 
car n'a-t-on pas reconnu d^une façon incontestable des douzaines de mots per- 
sans et dans les Targouroim et dans le Talmud babylonien, et n'y a-t-il pas, 
d'un autre cdté, beaucouii'de mots grecs et latins dont l'explication est presque 
impossible? Parmi les travaux préparatoires pour un futur dictionnaire des 
roots persans, M. D. a oub!ié de nommer les œuvres de mon père, qui en 
expliquent un grand nombre : EtymologUcke Studie^ (Breslau, 1871); Zmr 
rabbinisehen Sprach-und Sagenkunde (Breslau, 1873) ; Beitragê sur rabb, 
Sprach-und AUertumskunde {^vm\^^^\^^^). â ce propos, je ferai remarquer 
que plusieurs étymologies persanes données par Fleischer dans ses addi- 
tions au Dictionnaire de Levy ont déjà été trouvées par mon père long- 
temps avant lui. Ce célèbre savant, et par son érudition et par ton carac- 
tère, est au-dessus de tout soupçon, mais personne ne m'en voudra de 
rappeler ici la priorité pour mon père de ces trouvailles. Fleischer'Levy, 

I, 284 a : inN'»T«a bdzyârân\ cf. Etym, Stud,, 24-26. — I, 287 « : 
Npnoa bestu ; cl. £tym. Stud,, 59. — J, 288 a : «tna berih ; cf. Btym. 
Stud., 16. — 432* : «pnmii ,«pma g^rêk; cf. Zur rabb. Sprack^nd 
Sagenk., 31 — 1, 440* : n^Ti dâoar ; cf. Htyw. Stud., 119. — I, 359* : 
NpnDnn refuh f cf. Etym. Stud,, 10. — I, 563 * : -ï^aST ^angi; cf. Etym. 
Stud.y 85. — I, 563* : «pinST i^ndân ; cf. Etym. Stud.^ 130. — II, 210a : 
NDaDû tacht: cf. Etym. Stud., 28. — 11, 210 a ; H^pOl^ TaÇt;. arabe opCD ; 
cf. Etym. Stud., 108. — 11, 212 * : «pHlDû tetektek; cf. Etym. Stud., 47. 

II, 448 a : Mia ITH nôO ehâr hetâr gûueh ; cf. Etym. Stud., 16. — 11, 
452* : ND7DD kâmeh; cf. Etym. Stud., 85. — II, 454 a: «D01D kutpek: 
cf. Etym. Stud., 21. — lll, 3U7 * : :3n73 arabe mahata (moucher la mèche); 
cf. Etym. Stud., 7. — III, 718/» : pn73n3 numruk ; cf. Btym. Stud., 28. — 

III, 719fl : mn©3 nusehâdir ; cf. Etym. Stud., 48 (Lagarde, Ges. Abk.^ 9 
auquel Fleischer renvoie ne cite pas la forme rabbinique). — III,. 726 à : 
NpOIS'^0 sepûseh; cf. Z. rabb. Sprach.-und Sagenk., 31. — IV, 228 « : 
banD pergàl; cf. Z. rabb. Sprach.-und Sagenk., 30. 

M. Dalroan a pu se servir de beaucoup de manuscrits des Targoumim «i 
il en donne la vocalisation, qui est souvent préférable à celle de nos édi-> 



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f 



BIBLIOGRAPHIE 30U 

lions. C'est surtout Onkelos que l'auteur a étudié avec atteotioa, et il a 
marqué spécialement les mots qui se trouvent dans ce Targoum. Le dic- 
tionnaire des abréviations sera le bienvenu pour beaucoup de lecteurs, et 
ai Ton peut lui faire un reproche, c*est qu'il est trop riche. Beaucoup 
d'abréviations qui ne sont Justifiées que par le contexte et qui ne devinrent 
jamais usuelles grossissent inutilement le recueil, — Les corrections qui 
suirent ne doivent pas diminuer la valeur de l'œuvre de M. D., dont la tin, 
espérons-le, ne tardera pas à paraître : *^^3fi<, nom du célèbre Âmora, 
manque. M; D. ne cite qu*un nom ^nM, abréviation de ^T^Sfi^. ^^3fi( dérive, 
comme on le sait, de la racine syriaque (<^3 • consoler • [= ^373n3). — 
0173^2^ n^est pas Evv6(juxoc, bien que Torihographe semble plaider pour 
cette étymologie, mais Olvôfiao;. — nmp'^aaN, Hre n03p'*DDfit (v. Mo- 
HoUsekrifi, XXXV1I,377], àvxixévawp. — nVjiaDÉi dérive de tuoutïvttj {Z, 
rahb, Sjtr., 22). — "niabs esl probablement "^-niab^O («u lieu de •^mubaa 
de notre texte) iigUUura ; voir mes Analeklen^ 7. — fidpDlb^l dérive de 
x£pPixàptov (Et. St., 6). — D'^TOn mb''^:k signifie principalement la cka- 
rite (v. Rev%n, XXXV. 50, sur Sira, m, 31). — «131:» (omis par Fraenkel, 
Aramàitche Fremdwôrter^ 238) se trouve déjà dans une inscription sabéenne ^ 
et n'est donc pas emprunté au grec XoOv5a. — 1î30Nn, comme Ta bien vu 
Fleischer (Levy, I, 556 a) dérive du persan hestu • en effet •, — lirT^H 
• gage * dérive du verbe sémitique l'^n^ïl? qui se trouve en arabe aussi, 
et n'a aucune parenté avec àppa^v. — «k3n^ • diable » n'est pas sémi- 
tique, mais persan : Yaht [Monattschrift, XXXVll, 6). — Félia PerU$. 

David (M.). Das Targum Scheni, nach Handschriften hrsgg. u. mit eincr 
Einleitung versehen. Berlin , Poppelauer, 1898 ; in-8o de viii + 48 p. 

Driver (S.-R.). Tbe bocks of Jocl and Amos, witb introduction and notes. 
Cambridge, University Press, 1897 ; in- 12 do 244 p. 

DuBNOW (S.-M.). Die jùdiscbe Geschichlo. Ein geschichtsphilosophischer 
Versuch. Berlin, Calvary, 1898; in-8<* de vu + 89 p. (Traduit du russe 
par J. F. Berl). 

Garland (G.-V.;. The problcms of Job. Londres, Nosbcl, 1898; in-8« de 
378 p. 

Ga^nos (X.) Etude historique sur la condition des Juifs dans l'ancien 
droit français. Thèse de doctorat. Angers, impr. Burdin, 1897 ; in* 8° 
de 25i p. 

Gautier (Lucien). Souvenirs de Terre-Sainle. 2« ddit., avec 60 illustra- 
tions. Lausanne, G. Bridel, 1898; in-8^ de 348 p. 

GiNSBURO (C.-D.). The hebrew Bible. A séries of 18 fac similes of mss. 
priated in CoUotype by J. Hyat. Londres, Unicorn Press, 189.S ; in-f». 

GoLDSCHMiED (Rabb. D''L.). Modernes Judcnthum. Vienne, Breitenstein, 
1898 ; iu-8» de 74 p. 

Brocbure pleine d'idées et de faits, qui se lit avec le plus vif intérêt. 

GoLDSGHMiDT (Lazarus). Der babylonische Talmud. IIL Band, 1. Liefe- 
rung. rO^0 nD073. Der Traklat Sukkah, ûbersetzt. Berlin, S. Calvary, 
1898 ; in-4« de col. 1-216. 

Ont déjà paru les 1. 1 et II contenant Berachot, Zeralm, Sehabbat^ Bronbin, 
Pesakim et 7 orna, avec texte, notes et traductions. Le présent fascicule inau- 
gure une autre forme de publication. A côté de l'édition avec textes et notes, 
paraîtra la traduction seule. 

* ^:J^ sur la stèle de Marib (communication de M. Ilommel). 



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310 REVUE DES ETUDES JUIVES 

GuNMiNa (J.-U.). Jesaja xl-lxvi. Ilobreuwsche Teksl. RoUerdam, Brcd<fc, 
1998 ; in-80 de 56 p. 

Texte de ces chapitres restauré d'après las oonJactUPts de l'auteur« 
Exemples : xl, 5, i^U)-» n)2)a Vd IwHin, «u Heu de mv^ ; I, rm "ipin 
^np», au lieu de nÇJin ; Ti^VH y^O n-nrt bDI, au lieu de nncH; 20,' 
rï3'\»n 1?073rT, au Uau de n7:i"in \^OpT\ ; JÇLI, 1, ihn^ D"«a«bi 
•^nnDinb, au lieu de HD nD-^bTT» : !»-iaV Mil n«a, au li«H de T« IID^ 
^ns^*^* C'est donc une leniaiiTe analogue à cel^ de Gofaill at à celle de 
Graelz; seulement^ à la dliférence de ces exégèles, Pauieur n*iBdiqoe pas les 
moiifs de ses corrections : sont-elles suggérées par les Tariantea des andennea 
versions ou sont-elles imaginées d'après le contexte? sont-ailes nouvelles, ou 
n^onl-elles pas été proposées déjà ? c''e8t ce qu*il ne dit pas. Nous n^avons pas 
trouvé sans surprise des restitutions fondées sur le sjstèma que nous avons 
esquissé à propos de l'Ecclésiastique. Ainsi ^nHDinb ibn^, pourTTD ID'^bfPi 
suppose l'écriture de ces deux mots en abrégé. — A ca propos, bous ferons 
remarquer que Ben Sira prouve peul-Ôtre que la leçon massorétique était 
déjà courante, car ch. XLiir, 10-11, le parallélisme, bip ITD'nîl 'H "^bliTa 
et riD no'^bnn T^73?ûTn7a ressemble à une imitaliou de D"^*^ ^bH ICnm 
riD 1D"^bn^ D'^73ô<bT de ce verset d'kaïe. — L'autear va si loin en suivant 
ce système qu'au verset 2 du même chapitre, il corrige ^fP en DTS^r. 
correction bien peu heureuse, car la phrase signifierait : < Soa épée les ré- 
duit en poussière, sa flèche en paille volante. > Or, si l'on comprend très 
bien Timage : « 11 fait de son (de leur d'après les Septante) épéa de la pous- 
sière et da sa flèche une paille vuldnle » (c'est-à-dire il rend inoifentives leurs 
armes », rien ne serait plus étrange que d'assimiler des cadavres a la paille. 
M. G. a été séduit par l'analogie de Q^;sn *^73D m^a^l, versai \\ om^s 
la, la figure conviant admirablement à la pensée et au contexta. Outra cas 
corrections des leçons de la Massera, les versets sont distribués autrement 
que dans le texte reçu. Ainsi, entre zl, 19 et 20, est inséré xli, 7. 

Hastinqs (J.) et Sblbir (J.-Â.). Dictionary of tbe Bible, dealing with Us 
language, literalure and contents including the biblical theology. Vol. 
I : A. Feasts. Edimbourg, Clark, 1898 ; in-4<> de 880 p. 

UoLLM^NN (R.). UnlersuchuDgen ùbcr dio Erzvâter bei don Prophoten bis 
zum Beginn des b^bylonischcn Exils. Jurjew, Karow, 1698; io-S* de 
84 p. 

IIUMMKLAUBH (F. von). Nochmals dcr biblische Scbôpfungsbericht. Fri- 
bourg on Brisgau, Herder, 1898 ; in-S® de ix+ 132 p. (Biblische Studien, 
hrsgg. von 0. Bardenhcwcr. 3. Band, 2. Heft.) 

Jastbow (Morris\ Tbe weak and geminative verbs inbobrew by Abu Zaka- 
riyya Yahiâ ibn Dâwud of Fez known as llayyûg, the arabic text now 
publisbed for the first time. Brill, Leyde, 1897 ; in-8* de Lxxxv e4 »7I 
pages. 

Il y a longtemps que l'on attendait la publication du texte original des 
oeuvres de Ilayyoudj sur les verbes faibles et les verbes géminés. M. Jas- 
trow, qui s'était chargé de cette tâche, l'a heureusement terminée et acms 
l'en félicitous sincèrement. Si l'on ne doit *pas s'attendre à ce que le lexte 
arabe de Hayyoudj fournisse des résultats nouveaux pour l^iêtoire de la 
grammaire hébraïque, il est néanmoins agréable de posséder l'œuvre du 
grand grammairien, tel qu'il l'a écrite. On avait les traductioas d'Ibn Ezra 
et d'Ibn Chiquitilla, mais l'une est imprimée d'une maniète déCaciueuse et 
l'autre a été parsemée d'additions qu'il était difficile parfois de distinguer 
du texte original. — Dans sou introduction, M. Jastrow retrace brièvement 
la vie de Hayyoudj, d'ailleurs imparfaitement connue, et éuumère et ctrac- 



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BlBLIOGHAl'HlIi: 311 

lériie 89S œuvrf^s. M. Jasirow indique ensuite les BMDuacriU qu''il • eus à 
sa disposition. Il est regrettable que les manuscrits de Saint-Pétersbourg 
u'sient pu Ôtre utilisés par M. Jastrow qu'après que son texte avait déjà 
été établi. Les variantes ont été mises dans la liste des notes qui viennent 
à la suite de l'iotroduction et qui remplissent treotecinq pages. Ces va- 
riantes ne sont pas toutes importantes et portent souvent sur des différences 
orthographiques. C^est dans la môme liste que se trouvent les corrections 
que M. Jastrow a apportées a son texte et qui sont assez nombreuses. Un 
index des passages bibliques cités par Hayyoudj eût été Tort utile, car 
beaucoup de mots irréguliers sont expliquas incidemment. M. Jastrow ou 
Tun de ses élèves rendrait servjce aux hébraïsants en faisant ce petit tra- 
vail, sans lequel la publication des œuvres de Ilayyoudj reste incomplète. 
— Nous signalons en terminant quelques fautes non relevées daus l'errata. 
P. 3, 1. 10, il faut certainement (<D^Mp. au lieu de 2<DK'^p> en parallé- 
lisme avec N1?3nD?a- — P. 8, I. 9. le da^uesch du yod de 131^1 et 
laTO"*! doit être supprimé. — P. 16, 1. 8, lire S|T13?73bô<, au lieu de 
ft'i1J?7Dbô«. — P. 184, ^12 wV'^bp est très correct comme locution adver- 
biale. ~ P. 26, l. 13 et passim. Les manuscrits onl-iLs réellement &(T su 
lieu de "^ÉIT, qui e.sl la forme correcte? — Mayer Lambert. 

KiSSLitR (Heinricb)- Judenlbum und modcrner Zionismus. Vienne, M. Brei- 
tcostoin, 1897; iD-S*" de 31 p. 

Krauss (Samuel). Griecbische und lateiniscbe Lebnwôrter im Talmud, 
Midro^ob und Targum, mit Bemerkungen von Immauuel Lôw. Toil I. 
B«rUD, S. Calvary, 1898; in-S*» de xvi + «49 p. 

Un de nos collaborateurs reudra compte prochainement de cel important 
travail. 

MonoNA (Leonello). Rime volgari di Immaauele Romano, poeta del xiv se- 
eok), nuovamente riscontrato sui codici e fin qui note. Parme, impr. Pel- 
lopMnl, 1898 ; ln-8« do 42 p. 

Vavlt (Jeaa de). yr\T inb© Rituel du Judaïsme, traduit pour la première 
f^ls sur Poriglnal cbaldëo-rabblnique et accompagne des notes et re- 
marques de tous les commentateurs. T. II. Orléans, impr. G. Micbau, 
1898;io-8«dcî70p. 

Pavlt (Jean de). rT5?3«5 rmp. La cite juive. Orléans, G. Micbaû, 1898; 
ia-4» de 85 p. 

C'eal lu pretiière partie d*un travail sur Pesprit du judaïame. « On y 
examine la quinlessence de la loi, de la morale et des croyances. Le seeond 
volume, formant la partie pratique, nous familiari>e avec la vie publique et 
privée du Juif. « J'ai pensé, dit Tauleur, que, pour arriver à définir le 
Judaïsme, il valait mieux procéder en seus inverse de la méthode habituelle 
ii\ étudier l# vie d'un Juif pour en counaitre les convictions intinke», les 
sentiments qui l'animent; en d'autres termes, j'ai pensé que ce n'esl pas 
l'étude de la religion qui nous iera connaître le Juif, mais qu'au contraire il 
fallait surprendre la religion juive là où elle a fait véritablement sa demeure : 
<^aD8 use eilé de vrais croyants. Partant de ce principe, j'ai essayé de re- 
construire par la pensée une cité juive telle qu'elle existait avant la disper- 
sion du peuple d'Israël. Je me suis servi, à cet eiïet, de ces parties de la 
Mticha« seulement qoî ne sont pas contestées; des sentences et d#s récits 
des Thanellhs des deux Talmuds et des Midrashim, qui ont enseigné peu 
après la destruction de Jérusalem; enfin, du Zfohar dont le fondateur, déjà 
Memaié (SitnéoB, fils de Johai; commencé par cet auteur, le Zohar a été 
achevé è 1* fin du vu* sièele), ainaî que les principaux, rédacteurs o^ vécu 
vers la même époque. Cest à l'aide de ces documents authentiques tt kré- 



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3i2 BEVUE DES ETODES JUIVES 

futables que j'ai reconsiiiu^ U vie publique et privée des Juifs primitifs. • 
Nous croyions tout d'abord que M. de P. se proposait de décrire les 
croyances, iostilutioDS et mœurs des Juifs de dos jours et de délermioer ainsi 
Tidéal qui, à leur insu peut-êlre, les dirige. Le travail eût été très itisiructif 
et on eût compris ainsi que le Zohar fût invoqué pour l'histoire de certaines 
idées et coutumes qui sont aujourd'hui celles da beaucoup de Juil's, mdora 
de ceux qui rejetleut Tautorité Je la Cabbale. Mais, puisque M. de P. veut 
reconstruire la cité des Juifs primitifs, le Zohar, à notre avis, qui est celui 
de tous les savants juifs, ne saurait pas fournir Ue matériaux. Il est impos- 
sible, pour celui qui a jamais comparé les passages du Zohar à ceux du 
Talmud et des Midraschim qu'il copie, de ne pas reconnaître que Tauleur 
de cette compilation a utilisé les monuments les plus récents de la littérature 
talmudique et midraschique. M. Bâcher a ici niôme montré qu'il atait même 
emprunté la technologie des exégètes espagnols du xii* siècle. Il faut donc 
résolument écarter le Zohar pour cette œuvre de restauration. En outre, 
même les documents dont rauthenlicilé n^est pas douteuse, comme ceux du 
Talmud et des Midraschim, doivent encore Ôlre classés; ils ont conservé, 
même pour la période des Tannaîm, les traces de conceptions diverses, de 
tendances opposées, de phases successives dans le développement de U 
pensée et des institutions juives. Il faut donc se garder de mettre sur le 
même plan tout ce qui peut se rapporter aux six siècles qui précèdent et 
suivent l'ère chrétienne. Encore plus faut-il s'abstenir de faire entrer dans le 
même tableau des traits empruntés a la littérature rabbioique palestinienne 
et a celle des apocryphes ou philosophes proprement alexandrins. La 
Sagesse n'a pas exercé sur les Juifs de la Palestine la même influence que 
l'Ecclésiastique (que l'auteur nomme souvent PEcclésiastc), si même elle a 
jamais été lue. En d^uutres termes, au point de vue scientifique, une recons- 
titution de la cité juive avant la dispersion d'Israël ne nous paraît pas pos- 
sible avec les matériaux recueillis par M. de P. L'ouvrage d'Edersheim, très 
incomplet, puisqu^il élimine les croyances, et quoique empreint de partialité, 
nous parait mieux remplir le programme. Mais ces réserves faites, nous sommes 
heureux de rendre hommage à la science de l'auteur, à son réel talent d'ex- 
position, à l'élévation de ses pensées et à la solidité de son érudiiiou. Ancien 
professeur à l'École du Sacré-Cœur de Lyon, il n'en a pas moins de sympa- 
thie pour les idées et les mœurs qu'il décrit, il sait les apprécier avec impar- 
tialité et même les défendre avec chaleur et autorité. La lettre dédicntoire au 
cardinal Sera&ni Cretoni, qui est en tôte de l'ouvrage, est à la fois un 
témoignage de haute raison et un ^te de courage. Il faut tant d'héroïsme 
aujourd'hui pour ne pas craindre de dire la vérité I 

PbiloDis AlôxamiriDÎ opcra quac supersunt cdiderunt Leopold Cohn ot 
Paulus Wendiaud. Vol. U. éd. Paulus Wendland. Berlin, Rcimer, 1897; 
in-8^ de XXXIV + 314 p. (De postcritato Caini, De Gigantibus, Quod 
deus sit immutabilis, De agricultura, De plaatatioDO, De ebrietate, De 
sobriclate, De coufusioue liuguarum, Do migratione Abrabami). 

HosbnblOth (S.)- I^iG Seelenbcgrififû im Alten Testament. Berne, Steiger 
1898 ; in-8^ de 62 p. (Berner Studien zur Philosophie und ibrer Gescbi- 
cbte, hrsgg. von L. Stein). 

SA.CHS (Hirscb). Die Partikeln der Miscbna. Inaugural-Dissertation. Berlin, 
Maycr et Mûller, 1898 ; in-8° de 51 p. 

Samtbr (N.). Judenlhum und Proselytismus. Vortrag. Breslau, Jacobsobn, 
1897 ; in-80 de 40 p. 

Sax (B.). Le prisme de Sennacbérib dans Isaïe. Paris, Leroux, 1897;'6p. 
in-4°. (Extrait de la Kevue d'auyriologie et d'archéologie orientale^ vol. IV, 
n<> 2, 1897), 



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BIBLIOGRAPHIE 313 

Isoïe, z, 13-14, fait ainsi parler )• roi d'Assyrie (Sennacbérib) : « El j^at 
déplacé les bornes des peuples, et leurs proTisions, je les ai pillées. . . Et 
ma main a trouvé comme dans un nid les richesses des peuples... » Or 
l'inscription du prisme découvert par Taylor et qui est répétée sur les tau- 
reaux de Kouyoundjik, met dans la bouche du môme roi c«ts mots : • Mais 
Ezécbias n'avait pas l'ait sa soumission..., j*-ei emmené captives 200,150 per- 
sonnes... des femmes, des chevaux, des ànc», des mulets, des chameaux, 
des bœufs et des moutons sans nombre. Quant a lui (Ezéchias), je Ten- 
lermai dans la ville d'Ursalemmi, sa capitale, comme un oiseau dans une 
cage... J*ai séparé de leur pays les villes que j'avais prises ; je les ai don- 
nées à Metenti, roi de la ville d'Azdod ; à Padi, roi de la ville do Migron, 
et a Ismt-Bel, roi de Gaza. J'ai diminué son royaume... > Puis rient Pénu- 
méraiion de la partie la plus riche du butin. La coïncidence de ces deux 
discours, et, en particulier, des images comme d'un oiseau dans une cage et 
eoptme dans un nid, fait supposer a M. Sax qu^lsaîe avait sous les yeux 
Tinscription assyrienne. — Le même prisme de Taylor se rencontre avec 
un autre passage du prophète, Isaie, xxxvii, 24 et 25 : « Par tes serviteurs 
tu as outragé le Seigneur et tu as dit : « Avec la multitude de mes chariots, 
je suis monté sur le haut des montagnes^ dans la partie la plus extrême du 
Liban et j*ai coupé les plus élevés d» ses cèdres et les plus beaux de 
ses cyprès» et je suis arrivé jusqu'à son estréme sommet^ à U fofêt de 
son Carmel. J'ai creusé et fai bu de /Vaw, et j'ai desséché, de la plante 
de mes pieds, tous les torrents encaissés. » Inscriptions du prisme : 
Sennacbérib parlant des tribus du pays de Nipour dit : « Elles avaient 
perché leurs demeures comme des nids d'oiseaum, en citadelles impre- 
nables, au-dessus des mouticules du pays de Nipour sur de hautes mon^ 
tagnUy et ne s'étaient pas soumises. Les débris des torrents, les fragments 
des Âautts et inaeeessibles montagnes^ j*en façonnai un trône, j'aplanis une 
des cimes pour y poser ce trône, et je bus l'eau de ces montagnes, l*$au 
auguste^ pure^ afin d'éancber ma soif. Quant aux hommes, je les surpris 
dans les replis des collines boisées.., » M. Sax déleimine ensuite la date de 
rédaction de ces divers passages. — A supposer que les rencontres d'expres- 
sions soient tout à fait convaincantes, il laudrait qu'lsafe lût allé en Âs~ 
syrie et y eût déchilTré ces ligues écrites en caractères cunéiformes, ou 
qu'une copie, traduite en hébreu, lui eût été apportée en Judée. C'est une 
objection que nous prenons la liberté de soumettre à l'auteur de cette 
curieuse notice. 

Schwab (M.) Inscriptions hébraïques en France du vu*' au xv* siècle. 
Paris» imprimerie nationale, 1898; iu-8<> de 40 p. (Extrait du Bulletin 
archéologique, 1897). 

Le présent mémoire a été lu par notre excellent confrère et ami M. S. au 
dernier Congrès des Sociétés savantes. Il répondait à cette question du pro- 
gramme : t Hechercher les épitaphes, inscriptious de synagogues, graffites, 
eu langue et en écriture hébraïques, qui n^ont pas encore été signalés, ou 
impsrfaitement publiés jusqu'à présent. • Giâce au zèle de M. S., nous 
possédons maintenant un catalogue complet de toutes les inscriptions juives 
de France connues jusqu^â ce jour. A celles qui avaient été déjà publiées, 
et dont M. S. a rectilié le déchilFremeut, en sont jointes de nouvelles, entre 
autres celle de Narbonne, dont il a été traité dans cette Bévue. Ces docu- 
ments ne jettent pas une grande lumière sur l'histoire des Juifs de ce pays ; 
mais il était bon qu^on les réunit, et il faut savoir gré à M. S. de s'Ôtra 
chargé de cette tâche et de s'en ôtre acquitté avec succès. 

SiNOKR (Wilhelm). Das Bucb der Jubil&eu oder die Leptogcnesis. I. Theil : 
Tendenz und Ursprung. Zugleich ein Beitrag zur Religionsgescbicbte. 
Stuhlweissenbarg (Hongrie), Ed. Singer, 1898 ; in-8'> de 323 p. 
Compte rendu dans le prochain fascicule. 



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314 KEVUE DES ETUDES JUIVES 

SIti^GK (HermaniHL.)* KinUilung îd das Alto TesUmeul eiuscbliesslich 
A|Mkryi»hen uad Pteudepigrapheo, mit eingebonder Angaba dar Lilte- 
rtim. Fûofte, tielfach yarmebrie und Terbeasorte Auflage. Muolob, C.-H. 
B«Qk, 1898; m-8' de viii + SB3 p. 

Cette Introduction à U Bible et aux Apocryphes en est à sa ciuquième 
édition, ce qui prouve U succès qu'elle a obtenu auprès des théologiens. 
Tout en étant bref, M. Strack a suffisamment développé les points essen- 
tiels de la critique biblique, par exemple, le vocabulaire des différentes 
60Utce4 du Peatatsuque. La littérature exégétique et critique est donnée 
d'une manière aussi complète qu'on peut le désirer, et M. Strack l'a mise au 
CoUfttnl des derniers travaux. Sous ce rapport, l'Introduction de M. Strack 
efct particulièrement utile à consulter. — M» L. 

SfBiNtfOHNKiDER (MoHIz). Dio bebrâischen Handscbriften der K. Hof-u. 
Slftatabibllolbek in Mfkncben. 2. grosaenteils umgearbeitele Auflage. Mu- 
nich, Palm, 1895 ; in-8*» de x +277 p. 

Noms venoaa un peu tard pour rendre compte de cette deuxième édition 
du Catalogue des mss. hébreux de la Bibliothèque de MnnicU, mats nous 
ayons pour excuse que Touvrage ne nous a été envoyé que récemment. 
Noua reconnaissoas sans peine, d'ailleurs, qu'il nous faudrait beaucoup de 
temps encore pour juger avec compétence une œuvre de cette nature. Ou 
sail ce qui distingue les catalogues dus au Nestor de la bibliographie 
hébraïque. Quand même ils n'imitent pas le fameux Catalogue des livres 
hébreux de la Bodléienne, catalogue qui est, en réalité, une histoire dé- 
taillée de la littérature juive, ils oITreut ceci de commun arec cet opttt 
maynum de l'illustre savant d'être des répertoires manuels d'un prix inesti- 
mable. Kl. S., en effet, ue se borne pas à décrire les mss., à relever dans 
chacun les notices intéressantes pour la vie de l'auteur, ou pour la sdeitcc 
SB général, il indique toujours les autres mss. semblables (|ui se trouvent 
dans las diverses bibliothèques, les comparant entre eux ou avec les impri- 
més, il apprend si l'ouvrage est inédit et, dans le cas contraire» énumère 
les éditions qui en ont été faites ; bien mieux, par des notes concises, qui 
out parfois l'air d'équations algébriques, il dit l'essentiel sur l'ouvrage en 

Î|ues|ioB et renvoie aux plus importants travaux qui lui ont été consacrés. 
l sufiit donc qu'un livre se trouve en ms. dans les bibliothèquee dont il a 
dressé le catalogue, pour qu'on en sache immédiatement l'essentiel. Une 
deuxième édition d'un de ces Catalogues n'est pas seulement utile pour la 
eo^naisfanee des acquisitions nouvelles de la Bibliothèque à laquaUa «1 e«t 
consacré, mais pour celle des études récentes provoquées par les ouvrages 
qui figuraient dans la première édition. Comme de )u8ta, le Calak>gue se 
termine par d'excellents indices^ des auteurs, des copistes, des proprié- 
taires des mss., des titres, des anonymes, des localités. En outre, plusieurs 
appendices donnent : 1* la liste àes autorités citées par Zahravi, par Isak 
Akko, par fauteur du nSKp k3pb> des passages du Zohar qui se trouvent 
dans tes divers mss. de Munich avce renvoi à l'éditiioB éê Mantoue — 
l'ordre suivi est celui des chapitres du Pentatauque, — la eopia d'un texte 
de Mordechaï Rossello intéressant pour l'histoire, etc. — Si Yoû sa rap- 
f9\h que M. S. a célébré il y a deux ans son quatre- viagtièma anniver- 
saire, on ue pourra qu'admirer la fécondité d'une vieillesse toujours jeune 
qui noua vaat de si remarquables travaux. 

WcissiKia (Max). Die neubebrâische Aufklârungs-Literaiur m Galizien. 
Eine literar-hiatorische Cbarakteristik. Vienne, M. Breitenatate, 1898; 
in-8* de 88 p. 

WiLBMsqi» H).>. Die Spruche. Friboufg en Brisfau, Mokr, 1897 ; in-âP de 
XXIV + d5 p. (Kunar Hand-Commentar zum Allan Taalamoat, hragg. icon 
K. Marti. XV. Abteilung). 



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BlBLIOGRAPUlIi; 31ë 

Yeir ]»ook of GenUal copfcrence of American rabbis for 1807*96 = 5658. 
CUïàcimiati, May et Kreidler, 1898 ; in-8° de lviii + 79 p. 

Goolient let conféreBoet auiv^nAes, qui ob4 IouIm ua carMlira j^u- 
Uirç : The ih^ology of ihe old Pwyar = Book, par Mas MaiffoUa ; — The 
Hahbi «8 a public man, par J. L. Leucht ; — Ëulogy in memory of Rabbi 
Uraêl Joseph, par Habbi Joseph Stolz ; — A few words about funeral 
rafctriflf, par Léo M. Frauklin ; — Gibi aa Dogmen in Judealkum, par 
II. Felaenthal. 



4. Noies et extraits divers, 

tB = |f. DaTÎd Kaufmann vient de palier, dans le» Archiv fuf Qâêâkhhte 
dêr PUotopkit (t. XI, fasc. 8) de Ludwig Siein, une renoarquable éUido 
sur kl diffuaton du Guide des égaeéi de Maîmonide dans la liiWffalure 
untveraelle {JHt c FUhrer » MaimûtU's in der WeltlUterahir). Noua ik>us 
réseîTOBS d*en rendre compte dans le prochain numéro. 

= ^ Un nouveau dicUannaîre héàreu, — C'est de Jcvusalem que nous yieni ce 
nouTçl instrument do travail. Jusqu'ici la Palestine ne nous envoyait que 
des novelles et consultations rabbiniques, des élucubralions miriôquejS ; 
Toici qu'une révolution s'opère dans ce pays devenu le point de mire do 
tant de Juifs do nos jours. Une gënëration nouvelle ne croit pas être infi- 
dèle aux traditions en cultivant la langue hëbraïquo et en dtudiant avec les 
exigences modernes les œuvres du passe'. Les publications de M. Luncz 
en sont une preuve entre beaucoup d'autres, celle de M. Ben Jehuda le 
démontre égalemcnl. Sous le titre de 1*1^73. cet auteur, connu par son 
journal hébreu "«nitn, a entrepris de dresser le vocabulaire de tous les 
mots anciens et modernes qui peuvent servir à la re'surrcction de l'hé- 
breu comme langue vivante. Si Pouvrage n'avait que cette destination, 
nous pourrions en discuter rulililé. Mais il offre des avantages bien plus 
sërieux. Celui qui dtudie les divers monuments de la litte'rature juive, 
est obligea, pour la përiodo ancienne, de recourir à plusieurs diction- 
naires, à celui de la Bible, à ceux du Talmud, des Midrachim. Quand il 
aborde le moyen dgc, son embarras est grand : aucune aide pour la 
langue des poètes hébreux de ce temps, des livres de science, traduc- 
tions ou œuvre originales, philosophie, théologie, grammaire, sciences 
exactes, etc. S'il s^avise de vouloir comprendre les termes employés dans 
le nëo-hdbreu, il est encore plus désorienté. Le dictionnaire de M. B. J. 
▼lent rôpendre à tous ces desiderata : on y trouvera le matériel de la 
langue béiwajque aux différentes phases de son développement. L'ou- 
vrage e»t rédigé en hébreu, mais tous les mots dont il est traité sont ren- 
du» en Iraoçaia et en allemand. 11 se publie par livraisons et formera quatre 
volumes. Nous souhaitons bon succès à l'auteur^ dont l'entreprise «st 
digne de toutes ces sympathies. 

= = II. Bmile Durlcheim, professeur de sociologie à la Faculté des lettres 
de Bordeaux, a entrepris de rendre compte annuellement de tous les 
travaux rentrant dans le domaine de la sociologie. La science des reli- 
gions en faisant incontestablement partie, M. D. a accordé une place, dans 
son Ann^e sociologique (Paris, Hachette, 1898), à la bibliograpfiîe dea 
Ouvrages et articles relatifs à la religion d'Israël. L'idée est excellente, 
mais Tapplication n'en est pas facile. Il faut, pour cela, des savants con- 



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316 REVUE DES ETUDES JUIVES 

DaissaDt, d'une pari, les questions relatives à la religion hébraïque et 
juive — et combien y en a-l-il en France? — et, d'autre part, sachant en 
tirer ce qui intéresse la sociologie. Outre ces comptes rendus, VAnnée 
sociologique renferme des mémoires originaux ; celui de M. D* sur la 
prohibition de V inceste et ses origines mérite la plus sérieuse attention. 

=:=z VantiséMitismeet l'accusation de meurtre rituel. — Un ecclésiastique, 
le Père Constant, a publié, en 1896, un ouvrage. Les Juifs devant VBglise 
et l'histoire (Paris, Gaume et C'^), où il essaie de démontrer que les me- 
sures prises par l^Egliso contre les Juifs sont empreintes de la plus pro- 
fonde sagesse. Afîn de faire pénétrer plus facilement la conviction dans 
Tesprit de ses lecteurs, il a cru nécessaire, comme il dit, de présenter le 
peuple juif sous son vrai jour. Suit alors la longue série d'absurdités, de 
calomnies, de fables ridicules répétées depuis des siècles par tous les 
ennemis des Juifs. La collection ne serait naturellement pas complète 
s*il y manquait la fameuse accusation de meurtre rituel. Pour prouver 
que cotte odieuse accusation est vraie, le Père Constant invoque la béa- 
tification de roufdnt Simon de Trente, l'autorité des papes, la science des 
BoUandistes et. . . la France juive de M. Edouard Drumont ! 

Une revue calholique anglaise, The Month, dans son numéro de juin, 
public, sous la signature de M. Herbert Thursion, une réfutation de cette 
dernière accusation {Antisemitism and the charge ofritual murder, p. 561- 
574). Les arguments oppos<^s par le publicistc an^^Iais au Père Constant 
sont ceux qui ont déjà été exposes mainte et mainte fois par des écri- 
vains juifs et cbiéliens. M. Herbert Thurston les résume ainsi : 

P On ne rencontre absolument aucune trace do prescription concer- 
nant le meurtre rituel ni dans le Talmud ni dans aucun autre ouvrage 
religieux, car depuis trois siècles qu'ils scrutent tous les livres hébreux 
avec un zèle avivé par la haine, les ennemis des Juifs n'ont pas décou- 
vert un seul passage qui prouve l'existence d'un tel usage. 

2^ Nous savons, non seulement par les déclarations solennelles de 
Juifs honorables, mais au;isi par le témoiguage de rabbins convertis au 
christianisme et de la plus haute moralité, qu'il n'existe chez les Juifs 
aucune tradition orale qui justifie cette accusation. 

3** Dans les cas où un meurtre a été effectivement commis par des 
Juifs sur un enfant chrétien \ Tenquôtc a seulement démontré la réa* 
lité du crime, mais n'a jamais pu prouver qu'il s'agissait d'un meurtre 
rituel. 

4^ On connaît de très nombreux cas où cette accusation a été dirigée 
contre les Jtiîfs, mais où le» juges, malgré la surexcitation et la colère de 
la foule, ont eu le courage de proclamer Tinnocence des inculpés. 

50 Plusieurs papes et de hauts dignitaires de l'Bglise ont déclaré for- 
mellement, après de minutieuses recherches, que le judaïsme ne prescrit 
pas le meurtre rituel. 

6^ La béatification de Simon de Trente et d'André de Rinn, ces pré- 
tendues victimes du fanatisme juif, ne prouve nullement que l'Eglise 
croit au meurtre rituel, car la bulle pontificale instituant le culte de ces 

* M. Herbert Thursion mentioane eo note deux cas de ce genre, dont Tun tst 
rbbtoire du Baiol enfant de la Guardia. On se rappelle peut-être Tétude que 
M. Isidore Loeb a publiée dans la Hevue, XV, 203-232, et où il a montré que cet em^ 
fant »'« jamais existé. 



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mBLlOGRAPHlE 3i7 

soi*disant martyrs dit quMls ont été toéa in odium fldei, mais non pas en 
vue d*nn usage religieux. 

Mais rintërôt de cette e'tude du Montk est peut-être moins dans les 
arguments présentés contre Taccusation do meurtre rituel, que dans ce 
fait que cette revue, qui est un organe catholique (a cathoUc Magazine)^ 
reproche vivement aux croyants catholiques qui répètent avec tant de 
complaisance cette infâme calomnie contre les Juifs, d'oublier que des ac- 
cusations analogues ont été portées, et cela tout récemment encore, par 
les « antipapistos » contre les catholiques anglais. « Ni les protesta- 
tions, dit M. Herbert Thurston, ni la force de Tëvidence ou do la lo- 
gique, ni les affirmations des personnes les plus autorisées, ni les 
preuves attestant la mauvaise foi ou l'ignorance des accusateurs ne 
peuvent empêcher que ces calomnies ne soient sans cesse répe'tëes.. . et 
Ton admet comme un principe que la déclaration la plus solennelle d'un 
catholique est sans valeur s'il essaie de défendre l'honneur de sa reli- 
gion. » Bt il termine son étude par ces lignes que le cardinal Manning a 
écrites, au sujet de l'accusation de meurtre rituel, à M. le grand-rabbfn 
Adler, de Londres : « Vous avez raison de croire que je réprouve absolu- 
ment des accusations aussi odieuses. » — Moite Bloch. 

ISRABL LiVt. 



VncBTtAMBR (Ludwig). Die eleuslnlnehen VyAterlen Im leranalemlficheii 
TeBi|»eU Beltraff zar {Odlnrhen RellgloiiMifefirhIehte. (Séparât- Abdruck 
•U8 D' A. BrûU's • Populftr-wisseQScbafllicbe Monalsblfttler >). Francfort, Brônaer, 
1897 ; 18 p. in-8\ 

La fête éleusinieDue retrouvée que M. Venetianer dans le rituel de 
Jérusalem est la naNiian rr^a nnTS» « fêle du puisement de Teau » ou 
« de la maison de la puiseuse » (p. 6), qui commençait le soir du 
premier jour des Tabernacles. Les prêtres et les lévites descendaient 
dans le parvis des femmes, éclairé par de hauts candélabres d*or ; 
des hommes pieux, porteurs de flambeaux, venaient chanter et dan- 
ser devant les candélabres ; au chant du coq, on se mettait en roule 
pour la fontaine de Siloé; on y puisait de l'eau dans des vases d'or, 
puis l'on rentrait au temple. Deux vases de gypse placés à Test et à 
l'ouest de Tautel devaient recevoir, le premier du vin, l'autre de Teau ; 
le prêtre faisait la libation et versait dans le vase de l'ouest Teau du 
Siloé, en ayant bien soin de lever les bras. La Bible ne fait aucune 
allusion, au moins apparente, à ces cérémonies. Elles sont décrites 
dans Mischna Soucca, v, 4-4; iv, 9; Tosefta (éd. Zuckermandel), 
Soucca, IV, 4-9, et Talmud Soucca, 50a-53*. M. V. y voit une contre- 
façon de la fête des ic^i)(Aoxoai, célébrée le 6^ jour des Grandes Eleusi- 
nies : les initiés allaient puiser dans deux cruches de terre Teau qui 
devait être versée au pied de Tautel. De part et d'autre il y a deux 
libations, l'une du côté de l'Ouest, l'autre du côté de l'Est, de part et 
d'autre mômes chants, mômes lumières, môme joie mystique. Les 



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3l8 REVUE DEÔ ÉTUDES JUIVES 

datéB dés deux fètisd concordent (45 tiséhri, 15 H^tétàMén). M. Y. fte 
donne beaucoup de mal pour multiplier les analbgtieâ. 

Gt-aelz allribuait l'instilulion de la'na&^nicn h->3 nn7a»à là feine 
Salomé Alèxandra (78-69); M. Y. la croit plus ancienne. Ce sont les 
grands-prôtres hellénistes du temps des Macchabées qu'il rend res- 
ponsables de la contamination du culte juif par les mystères d'Bleu- 
sis. — Leur imitation me semble trop discrète. Il y a plutôt entre tes 
deux fêtes analogie que similitude. — M. Y. conclut bien tite au ai- 
lehcè absolu de l'Ancien Teatament. L'allusion est au moins posâible 
danstsaîe, xit, 3*. Accordons à M. Y. que ce passage n'est pas uti do- 
cument suffisant; mais n'y vit-on qu'une métaphore, encote fondrait- 
il Texpliquer. Je vois une allusion plus lointaine au môme rite dans 
I Samuel, vu, 6*. 

L^absence de toute prescription dans la loi au sujet du puisemeni 
de Teau prouve simplement que le rite n*a pas été interdit ou mo- 
difié. Il disait partie de l'ancienne religion populaire d'Israël, dont 
les débris, chers aux Pharisiens, étaient rejetés par les Sadducéena. 
— Une fêle semblable était célébrée à Hiérapolis (Membedj). On 
allait deux fois l'an en procession puiser de l'eau à TEuphrate, on la 
rapportait dans des vases scellés et on la versait daus le temple*. — 
A Babylone, le % Nisan, à la première heure de la nuit, le grand prêtre 
va prendre dans sa main de Teau de l'Euphrate, qu'il doit répandre de- 
vant Bel ^ G^était probablement un charme pour faire tomber la pluie* 
Le rituel des fêtes agraires comporte un épisode où les eaux, )ès 
sources, les fleuves jouent un rêle (bain sacré, aspersion, été.). Un 
même rite put être pratiqué indépendamment à Jérusalem et à 
Eleusis. 

Hknri Hubbbt. 



* «nrt ûva 0P"ittfin nji«'»n '•3-'y?3îD iiujttja û-»» Dna«©i. 

* ^.ucieo, De Dea Syrta, 48-9; Rob. Smilh, Helig, ofike Sémites, p. 232. 

* IV It. 46, i sqq. 



U gérait, 
ISftABL LÉYI. 



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TABLE DES MATIÈRES 



REVUE. 



ARTICLES DE FOND. 

Bachbr (W.) Erreurs récentes conceruant d'aûciennes sources 

hisloriques 4 97 

Baukr (J.). Le chapeau jaune chez les Juifs comtadins 53 

BiicHi.KK (Ad.). La relation de Josèphe concernant Aleiatidré 

le Grand ,. \ 

Epstbin (A.). Les Saboralm tîi 

Kaufmann (D.). I. Un manuscrit du Mischné Tor» 65 

IL La lutte de R. Naftali Cohen contre Hayyoutt tW 

III. R. Don Ascbkenasi, exégète 287 

Krauss (S.). Le traité talmudique « Déréch Ëréç » 27 et 205 

Lambert (Mayer). Le Cantique de Moïse (Deut., xxxii) 47 

Lrvi (Israël), Le tombeau de Mardochée et d'Esther 237 

Nicolas Antoine, un pasteur protestant brûlé à Genève en 4632 

pour crime de Judaïsme 461 

RouBiN (N.). La vie commerciale des Juifs comtadins en Lan« 

guedoc au xviii^ siècle (fin) 75 

NOTES ET MÉLANGES. 

Bachbr (W.). I. Contribution à Tonomastique juive 403 

II. R. Sabbatal, amora palestinien du iii« siècle a04 

Kaufmann (D.). Menahem di Fano et les ouvrages de Moïse Cor- 

dueroet dlsaac Louria 408 

Krauss (S.). Apiphior 405 

Lambert (Mayer). I. La dittographie verticale 401 

II. Le verbe nm» 402 

IIL Notes exégétiques 293 

LÉvi (Israël). La mort de Yezdegerd d'après la tradition juive. 294 

Poznan&ki (S.). I. Encore l'inscription n» 206 de Narbonne 444 

II. Un fragment de Toriginal arabe du traité sur les verbes 

dénominatifs de Juda ibn Bal*am 298 

ScBWAB (M.)- Une Bible manuscrite de la Bibliothèque nationale. 442 



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320 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

BIBLIOGRAPHIE. 

Blàu (L.). Die hermeneulische Analogie in der talmud. Lite* 

ratur, par Ad. Scbwabz 450 

HuBBRT (Henri). Die eleusinischen Mysterien im jerusaiemi- 

schen, Tempel, par L. Yenbtianer 317 

Lambert (Mayer). Historisch-comparative Syntax der hebr. 

Sprache, par Ed. Kônio ^ 143 

LÉv[ (Israël). Revue bibliographique (S*" semestre 4897 et l^^* se- 
mestre 4898) 445 et 304 

ACTES ET CONFÉRENCES. 

Allocution de M. Maurice Vernbs, président v 

Procès-verbal de TAssemblée générale du 5 février 4898 i 

Procès-verbaux des séances du Conseil XxiV 

Rapport de M. Lucien Lazard, secrétaire, sur les publications 

de la Société pendant Tannée 4897 , x v 

Rapport du trésorier i 



FIN. 



YBR8^II.LB8, IMPRIMBRIBS CBRF, 59, RUB DtrPLBMIS. 



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EVUE 



DES 



S JUIVES 



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ER8AILLES. — IMPRIMERIES CERF, 'iU, RUE DUPLBSSIS. 



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REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIV 



FUBLlCAÏlOiN THIMESTHIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME TRENTE-SEPTIÈME 






N 



PARIS 

A LA LIBRAIRIE A. DURLAGHER 

83 "•, RUB LAFATBTTB 
1898 



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QUELQUES DATES IMPOKTAKTES 

LE LA CHRONOLOGIE LU 2' TEMPLE 

A PROPOS D'UNE PAGE DU TALMUD (Aboda Zara, 8 b) 



RAPPORTS BNTRB ROME BT LA JUDÉE. — DURÉE DBS DYNASTIBS ASMO* 
NÉENNB BT HBRODIBNNB. — APOQÉE DB LA PUISSANCE DBS ASMO- 
MÉENS. — DÉCADENCE DU JUDAÏSME EN JUDÉE. «- ÈRE NATIONALE 
DURANT LB SECOND TEMPLE. 

U est dit, dans Aboda Zara, 8 2^, à propos des fêtes non-juives : 
<x Qu'est-ce que la fête de cratèsis? R. Jada dit, au nom de 
» Samuel : C'est le jour où Rome se saisit du pouvoir royal *. 
i» Objection : Une baraïta, énamérant également les fêtes non- 
» juives, compte comme deux fêtes distinctes et la fête de cra- 
» tésis et l'anniversaire du jour où Rome s'empara du pouvoir 
» royal? R. Joseph répond : C'est que deux fois Rome se saisit du 
» pouvoir royal : à l'époque de la reine Cléopatre et à Tépoque 
» des Grecs*. 

» R. Dimi dit : Par trente-deux fols les Romains livrèrent ba- 
» taille aux Grecs. Ce ne fut qu'après s'être associé les Juifs 
> qu'ils devinrent victorieux '. Voici quelles furent les conditions 
» du pacte conclu entre Rome et les Juifs : Le chef suprême 
2> (iitt. le roi) et Thyparque seront choisis alternativement l'un 
» parmi les vôtres, l'autre parmi les nôtres. . . Ce pacte, pendant 
t> vingt-six ans, les Romains l'observèrent fidèlement. Plus tard 
» ils réduisirent les Juifs sous le joug. » 

' De l'hégémonie. 

* Par les Grecs, le Talmud entend la dynastie des Séleucus de Syrie. Cette dynar-* 
tie prit fin en 64, détrônée par Pompée. 

* An sujet de Taide fournie par les Juifs à César, à Alexandrie, Toir Antiq., XI V^ 
Tiu, i,2, 3; B. /., I, iz,3, 5. 

T. XXXVII, H» 73. 1 



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2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ce changement de la politique des Romains à regard des Jaifs 
est confirmé, d'après le Talmud, par la tradition suivante : 

« R. Eahana dit : Quand R. Ismael, âis de R. Tosé, tomba ma- 
9 lade, les sages lui mandèrent : « Rabbi, dis-nous encore les deux 
» ou trois choses que tu nous as enseignées au nom de ton père. » 
» — Il répondit : « Cent quatre-vingts ans avant la destruction du 
» Temple» Tempire s'étendit sur Israël ; — quatre-vingts ans 
9 avant la destruction du Temple, on décréta Fimpureté de la 
9 terre des gentils et des vases de verre ; — quarante ans avant 
» la destruction du Temple, le Sanhédrin alla siéger au Bazar. » 
Ce qui signifie, d'après R. Nahman b. Isaac, qu'il cessa volontai- 
rement de prononcer des sentences capitales. 
D'autre part, R. Yosé avait dit : 

« L'empire persan domina sur Israël, avant la destruction da 
» Te»ple,34 années; l'empire grec domina sur Israël, avant la des- 
» truction du Temple, 180 ans ; la dynastie asmonéenne, avant la 
> destruction du Temple, 103 ans ; la dynastie d'Hérode, avant la 
» destruction du Temple, 103 ans. » 

Or, comme, d'après le Talmud, il est indubitable, d'autre part, 
que Rome domina la Judée pendant les deux dernières périodes de 
l'histoire politique d'Israël, celle de la dynastie asmonéenne et 
celle de la dynastie d'Hérode, dont le total, d'après R. Yosé est de 
206 ans, le Talmud concilie l'assertion de R. Ismaël avec celle du 
père de celui-ci, en disant que, pendant 26 ans, les Romains agirent 
avec les Juifs en alliés sincères et loyaux, laissant aux Juifs leur 
liberté, et que durant 180 autres années ils les réduisirent à l'état de 
vassaux ou de sujets. C'est dans ce sens qu'il faudrait comprendre 
ces mots nis!»» nDiDS, le mot nTD^^s désignant incontestablement, 
d'après le Talmud, l'empire romain. 

Be pluS) en additionnant les 206 années de ces deux dernières pé- 
riodes avec les 180 années de la période de la domination « grecque » 
et la période de la domination persane, de 34 ans, d'après R. Yosé, 
on obtient la somme de 420, ce qui est le chiffre donné pour la durée 
complète du second Temple dans le passage suivant de Voma, 9 a : 
« Rabba bar bar Hanna disait au nom de R. Yohanan : Le pre- 
» mier Temple dura 410 ans ; dix-huit pontifes le desservirent suc- 
» cessivement. Le second temple dura 420 ans et fut desservi par 
» plus de trois cents pontifes. Si on retranche du chiffre total les 
» 40 années du pontificat de Siméon le Juste, les 80 années du 
» pontificat de Jean Hyrcan, les 10 années du pontificat d'Ismael 
» b. Fabi et, d'après quelques-uns, les 11 années du pontificat de 
» R. Eléazar b. Harsom, il ne reste plus, en moyenne, une année 
9 pour chacun des autres pontifes» j> 



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DATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2* TEMPLE 3 

T eut-il vraiment, darant le second Temple, tant de pontifes 
successifs? Josèptie en compte cinquante et un *. Il doit en oublier. 
Mais, sans nous arrêter à ce chiffre de trois cents pontifes, chiffre 
parement hyperbolique, dans ces deux passages qui sont corres- 
pondants et semblent se compléter mutuellement, que d'assertions 
étranges, les unes manifestement contraires à la vérité, d'autres 
sans intérêt appréciable, sans lien entre elles et n'ayant de com- 
mun qu'une inexactitude en quelque sorte flagrante 1 L*une, par 
exemple, appartenant à Thistoire politique, se rapporte à l'éta* 
blissement d*un régime ; une autre touche à une question de rite ; 
la troisième à une modification dans le fonctionnement de la ma* 
chine judiciaire. Quel rapport entre ces trois faits dont, je ne 
dirai pas la succession, mais la réalité même reste encore à 
prouver et paraît extrêmement douteuse? Enfin, quel intérêt si 
grand y avait-il à savoir la date exacte et précise de Tannée où 
les rabbins lancèrent l'interdit sur les terres des gentils? Cette 
mesure, qui n*était pas nouvelle, d'ailleurs, avait-elle une valeur 
quelconque pour d^autres que pour ceux qui la décrétèrent en 
même temps qu'ils décrétaient Timpureté des vases faits de telle ou 
telle matière? 

Il n'est pas vrai, d'autre part, que Rome ait dominé en Judée 
dès Tavènement de la dynastie des Macchabées. Si elle intervient 
entre les princes de cette maison d'une façon souveraine, c'est en 
63, pour trancher en faveur de Jean Hyrcan II le litige que por- 
tèrent devant Pompée Hyrcan et Aristobule. C'est en 163, d'après 
le livre des Macchabées et de Josèphe, que Juda envoie une am- 
bassade à Rome, que Rome, si le fait, bien douteux d'ailleurs, est 
vrai, est devenue ralliée des Juifs. Le premier de ces deux faits 
nous reporte à 233 ans, le second à 133 ans avant la destruction 
du Temple, c'est-à-dire à une distance l'un de Pautre, non de 
vingt-six ans, mais juste d*un siècle. Dans tous les cas, le chiffre 
de 180 appliqué à la durée de la domination romaine en Judée ne 
répond à rien de réel. 

Il n'est pas vrai non plus que la domination persane n'ait duré 
que trente-quatre ans. Il y a là une des plus grosses erreurs qui 
aient pu porter #ur un fait de Thistoire. Il n'est pas vrai, par 
conséquent, que la période complète du second Temple ait été, 
comme l'affirme le passage de Yoma^ de quatre cent vingt ans. 
L'erreur dans la somme est naturelleiftent égale à celle qui porte 
sur le chiffre particulier. Elle atteint, comme on le sait, le chiffre 
énorme de cent quatre-vingts ans ! 

I Ant,^ XX, X, 2 et s* 



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4 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Nous nous proposons de répondre à toutes les questions que 
nous venons de poser, de rechercher les parcelles de vérité ren- 
fermées dans ces traditions diverses, le caractère commun de ces 
faits d'une nature si variée, ce que cette page du Talmud, trop dé- 
daignée, à notre avis, par les historiens du judaïsme, peut valoir 
comme contribution à Tensemble des documents qui ont formé 
les matériaux de Thistoire de la dernière période de la nationa- 
lité juive. 



I 



Remarquons, tout d*abord, que les traditions rapportées dans 
les deux passages du Talmud ont été recueillies par des docteurs 
vivant assez longtemps après les époques ou les périodes dont ils 
ont prétendu vouloir axer la date ou la durée. Le plus ancien 
d*entre eux, R. Yosé, florissait un siècle après la destruction du 
Temple. Les autres, R. Nahman, R. Dimi, R. Eahana, R. Jo- 
seph, sont de beaucoup postérieurs. Ces traditions leur sont par- 
venues, le plus souvent, par voie orale, témoin le fait môme de 
B. Ismaèl, fils de R. Yosé. On veut recueillir, à son lit de mort, les 
souvenirs qui lui sont restés de son père et qu*il avait révélés une 
première fois d'une façon orale ...laV nnTafiW Dnan ...rh n»». 
Quelquefois ces traditions, ils les ont trouvées mentionnées dans 
ces livres de généalogie, \>om^ nco ou \'^om^ nV^a» *, qui ont formé 
la matière des livres des Chroniques, d*Ezra et de Néhémie* et 
dont les indications toujours très brèves, parfois obscures, n^ont 
pas toujours été bien comprises et souvent ont été mal interprétées. 

En premier lieu, il est deux des assertions du passage d'Aboda 
Zara dont il est aisé de démontrer l'exactitude. Les deux dynas- 
ties des Asmonéens et des Hérodiens ont, toutes deux, même du- 
rée, 103 ans, concordance de chiffre bizarre et qui, par cela méme« 
éveille la défiance. Cette concordance n'en est pas moins réelle. 
Prenons la première de ces deux dynasties, celle des Asmonéens. 
Josèphe, à la fin du XIV« livre des Antiquités, lui assigne une du- 
rée de 126 années. Elle aurait ainsi commencé eiyl'an 163, l'année 
de la mort d'Antiochus Epiphane. A cette époque, Juda Mao- 
chabée n'était guère qu'un chef de partisans, chef héroïque, il est 
vrai, et dont les exploits, grossis sans doute par l'imagination po- 
pulaire, sont souvent couronnés de succès ; mais son pouvoir est 

* P$Mhim, 62*. 
■ Néhémie, vu, 5. 



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DATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2- TEMPLE 5 

encore bien précaire et sans assises. Le gouyernement officiel est 
représenté par le général Syrien, Baccbides, et le grand-prêtre 
Alcime. Jonathan (160-149), successeur de Juda Macchabée, par- 
vint à devenir le vassal des rois de Syrie. N*est-il pas plus naturel 
de faire commencer la dynastie asmonéenneen l'an 140, l'année où 
une grande assemblée nationale conféra solennellement à Siméon 
et à ses descendants la dignité de prince et de pontife, dont il rem- 
plissait les fonctions depuis trois ans et dont il est dès lors investi 
d^une façon légitime? De 140 à 37, année où finit la dynastie, il y 
a 103 ans. 

Il faut observer, d'ailleurs, que Josèpbe ne dit pas que les Âs- 
monéens aient régné efiectivement durant cent vingt-six ans, 
mais que leur primauté (Jt^xh) ^ duré ce laps de temps, chose par* 
faitement soutenable. 

Voyons maintenant quelles sont les dates extrêmes de la dynas- 
tie hérodienne. Hérode monte sur le trône Tan 37 avant l'ère 
chrétienne. En Tan 66 de cette ère, l'arrière-petit-flls d'Hérode, 
Agrippa II, roi de Chalcis, qui, comme descendant des rois juifs, 
avait conservé, de la part de Rome, le droit royal de nommer 
et de déposer, à son gré, le souverain pontife et ainsi, dans une 
certaine mesure, possédait la suprême direction de la nation 
Juive, soupçonné d'intelligence avec les Romains, chassé d'abord 
de Jérusalem où il avait failli périr, devient ennemi public. 
De 37 antej date de Tavènement de Hérode, à 66 post, date de 
la dépossession finale d'Agrippa II, aux yeux des Juifs, il y a 
103 ans. 



II 



Le chlfl*re 180 n*a aucun sens, nous l'avons dit, et ne rdpond à 
rien si on le rapporte à la domination romaine. Que se passe-t-il 
réellement cent quatre-vingts ans avant la destruction du Temple, 
c'est-à-dire 110 ans avant l'ère actuelle ? 

Jean Hyrcan avait soumis l'Idumée, obligé les habitants de ce 
pays à embrasser le Judaïsme. Dès lors, du cdté de la frontière 
méridionale, plus d'enclave pouvant servir de base d'opérations 
ou de refuge aux tribus pillardes arabes ou aux partis égyptiens 
désireux d'envahir la Judée et de menacer Jérusalem. Restait en- 
core du côté du nord; entre la Judée et la Galilée, la Samarie, ha- 
bitée par d'implacables ennemis du nom Juif et dont la présence 
dans ce territoire était un obstacle insurmontable à l'union des 



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6 revue: des études juives 

provinces de la Palestine. Jean Hyrcan entreprend la conquête 
de la Samarle, envoie deux de ses dis à la tête d'une armée qui , 
après avoir vaincu le roi de Syrie, Antiochus de Cyzique, accouru 
avec toutes ses forces au secours des assiégés, s'empara de la 
capitale ennemie, Tan 110, le jour même de Eîppour. On pré- 
tendit — cette légende se trouve à la fois dans Josèphe et 
dans le Talmud* — , qu^ayant pénétré dans le Saint des saints pour 
y porter Tencens, le pontife y entendit une voix lui annonçant le 
triomphe de ses fils. Il devint, dès lors, Tobjet de la vénération 
populaire *. 

Ce fait d'armes si brillant assura, pour un temps, Tindépendance 
de la Palestine et produisit incontestablement dans imagination 
des Juifs une Impression profonde et durable. La royauté nationale 
des Âsmonéens s*était, à ce moment, étendue sur tout le pays 
d'Israël, biniD'* by n*Db» SiDiDt. C'était là révénement considérable 
qu'aux confins de sa vie, le tenant de son père, R. Ismaêl racon- 
tait, trois siècles après, sans en connaître la signification ni même 
sans doute la véritable nature, croyant sans doute, de même que 
ses auditeurs, que le ni^b)3, la domination, dont il racontait l'ex- 
tension, c'était la domination romaine. Quoi qu'il en fût, la tradi- 
tion qu'il rapporte dans des termes très vagues, d'ailleurs, ne 
fut pas comprise par ceux qui vinrent après lui : R. Kahana , 
R. Dimi, R. Joseph. 

Il n'y a donc nul rapport entre les 180 ans de la tradition de 
R. Ismaôl, qui sont une date précise dans l'histoire des rois Âsmo- 
néens, et le nombre 206, somme des années qui s'écoulent entre 
l'an 140 ante, année de l'investiture de Siméon, et l'an 66 de 
rère chrétienne, année de la révolte déclarée de Jérusalem. Il 
deviendrait, dès lors, superflu de rechercher ce que devien- 
nent, à ce compte, les 26 ans formant la différence, difiérence 
complètement imaginaire, entre le nombre 206, nombre cardinal 
qui s'applique à une somme d'années et l'année 180, nombre or- 
dinal, date d'un événement qui se réalise à une époque déter- 
minée de l'histoire. 

Toutefois, il n'est pas inutile de remarquer que la tradition rab- 
binique, pour ce qui concerne la durée des rapports de Rome 
avec la Judée autonome, n'est nullement contraire à la vérité. En 
140 les ambassadeurs envoyés par Simon Macchabée pour con- 
clure une alliance avec Rome reviennent de Rome, rapportant 
l'instrument diplomatique de cette alliance. De 140 ante à l'an 66, 
il y a 206 ans. 

» Totèfta 8ota, xcii, 5. 

* Josèphe, Antiq,, XIU, %, 7. 



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DATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2* TEMPLE 7 

Dans cette confusion de traditions diverses mal comprises et 
mal rapportées, il est impossible, sans aucun doute, d^expliquer 
d'une façon mathématique jusqu'au moindre détail. Cette période 
de vingt-six années d'alliance sincère et loyale entre Rome et la 
Judée, qui semble avoir été l'âge d'or de cette alliance, à quelle 
époque se produit-elle? Nous n'en savons rien. Prenons toutefois ce 
chiffre de 26 pour l'expression numérique d'une tradition, réelle 
peut-être, mais confuse comme toutes celles qui ont été rapportées 
dans ce passage, et essayons, dans cette hypothèse, de retrouver 
le moment où, portées l'une vers l'autre par une confiance absolue, 
d'une part, par une bienveillance incontestée, de l'autre, Rome 
et la Judée entretenaient des rapports tels que, de loin, pour des 
esprits ignorants de la politique romaine comme les talmudistes de 
Babylonie au iv® siècle, ou, comme longtemps avant eux, l'auteur 
naïf du P' livre des Macchabées, il semblait y avoir égalité de 
droits dans le pacte contracté entre le petit état oriental et l'empire 
tout-puissant de Rome. Remarquons, en effet, que le Talmud n'a 
pas, le premier, conçu de cette façon l'alliance avec Rome. L'au- 
teur du P^ livre des Macchabées, qui vivait à une époque où la 
Judée était indépendante, stipule de même, sinon dans les mêmes 
termes, les conditions du traité : selon les circonstances, les 
troupes juives devaient obéir à des chefs romains, les troupes ro- 
maines à des généraux juifs ^ Telle est en substance, selon lui, 
l'alliance contractée, en 161, à Rome, par les envoyés de Juda 
Macchabée. 

Cette clause, Josèphe, racontant cette négociation, se garde bien 
de la reproduire parmi les engagements conclus alors et qui , 
d'après lui, furent gravés sur les tables d'airain déposés au Ca- 
pitole*. 

Cette alliance fut renouvelée dix-huit ans plus tard, en 143, par 
Jonathan ^ ; vingt-quatre après, en 137, par Siméon ^ ; puis en- 
core, en 128, par Jean Hyrcan"*; alliance, pendant très long- 
temps de pure forme, ce semble, et dont, durant près de cent ans, 
les effets ne se manifestent qu'une fois, par les lettres commina- 
toires adressées, en 137, aux voisins hostiles de la Judée, mais qui, 
donnant aux Romains le droit d'intervenir dans les affaires inté- 
rieures de la Judée, préparent, comme on sait, l'asservidsement et 
la ruine de celle-ci. 

> I Macchab., nn, 28 sa. 
« Ant,, XII, X, 6. 

• 1 Macchab., xii, n, 46 ; Àni„ XIII, v, 8. 

* I Macchab., xv, 16-24 ; Ant., XIII, vit, 3. 
s Ibid., XUI, IX, 2. 



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8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ces vingt-six années dont parle le Talniud*, pendant lesquelles 
Rome, étroitement unie à la Judée, a pour celle-ci tous les égards, 
ce n*est pas dans cette période de cent années qu'on les retrouye ; 
ni, à notre avis, de 69 à 39 durant le principat d'Hyrcan II, pen- 
dant lequel la Judée est pillée tour à tour par Scaurus, Pompée, 
Gabinius et Crassus; ni pendant les trente-trois années du règne 
d*Hérode, qui par ses bassesses envers les Romains et la prodi- 
galité de ses largesses, s*assure une autorité absolue, sinon dans 
le gouvernement de sa famille, du moins dans Tadministration de 
son royaume ; mais cette période où Rome, quoique maîtresse 
souveraine et effective de la Judée, semble avoir joué dans les af- 
faires intérieures de ce pays, le rôle d*une alliée fidèle, c*est plutdt 
après la déposition d'Archélaûs, à partir de Tannée 6 de Tère ac- 
tuelle, quand Rome a pris directement en main le gouvernement 
de la Judée. 

La dynastie Âsmonéenne, si glorieuse et si aimée à ses débuts, 
n*avait pas longtemps conservé son prestige. Illégitime aux yeux 
de beaucoup, ayant usurpé un pouvoir que lui déniaient les prin- 
cipes constitutifs de la nation, ainsi que le déclaraient dès Tan 
63, à Pompée, les représentants autorisés de la nation, elle avait 
bientôt perdu toute autorité, ruinant la Judée dans des compétitions 
fratricides et intervenant dans les querelles religieuses de la façon 
la plus abusive et quelquefois la plus cruelle. Hais quel ressen- 
timent de haine soulevait dans les cœurs le souvenir de Tatroce 
tyrannie d'Hérode, l'étranger, Tlduméen, Tesclave des Âsmonéens 
et leur meurtrier, le meurtrier de ses enfants, de sa famille, de 
Télite de la nation! Comme une grâce, le peuple juif sollicitait 
qu'on le délivrât de ses rois, le gouvernement de Rome lui sem- 
blant la délivrance, le salut. Dès la mort du tyran, la nation tout 
entière* encouragée par le gouverneur de Syrie, élut cinquante 
députés auxquels se joignirent huit mille hommes, toute la com- 
munauté juive de Rome, pour porter devant Auguste les plaintes 
amères de la nation et son vœu d*étre gouvernée par des préteurs 
romains. C*était pour eux le moyen d'obtenir leur autonomie, 
c*est-à-dire le droit de se gouverner eux-mêmes suivant leurs 
propres lois, sous la protection de Rome '. 

Dix ans après, les vœux du peuple juif étaient exaucés. Arché- 
lëûs, le digne fils et successeur d*Hérode, fut déposé, ayant uni 
dans la même réprobation Juifs et Samaritains et Jusqu'à ses 

> Période de vingt-trois & viogt-quatre ans. Il est eoienda que ce ohifTre de 26 
n'a qu'une valeur approximative. 

* Ant,y XVII, XI, 1, Kpe<76é(xlov$xt(i>v. ,. .., yv(o;xri toû (Ovovc. 

* CTcèp alTriaco); aOrovopLtac. 



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DATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2- TEMPLE 9 

propres parents, Rome prenait en main le gouvernement de la 
Judée et, pour la première fois, pendant de longues années, la 
tranquillité régna dans ce pays. 

Sous les premiers procurateurs, la Judée n*a, pour ainsi dire, pas 
d*histoîre. Elle est gouvernée suivant ses lois, par ses propres ma- 
gistrats. La seule question qui la trouble — dans un parti d*esprits 
inquiets — est de savoir si la religion permet de subir le cens, de 
payer le tribut à César. Les enseignes romaines ne pénètrent même 
pas dans la ville sainte, leur vue pouvant froisser les préjugés re- 
ligieux des Juifs. Ponce Pilate, procurateur, vingt ans après que la 
Judée est devenue province romaine, est obligé de faire sortir de 
Jérusalem les enseignes romaines pour ne pas blesser les senti- 
ments des Juifs. 

Ponce Pilate est le premier, d'ailleurs, dont les Juifs se plaignent, 
et leurs griefs ne sont pas toujours justifiés. Ce ne fut que vingt- 
neuf ans après rétablissement de la domination romaine, en Tan 
35, qu'éclate un conflit sérieux entre Pilate et les Samaritains et 
que ceux-ci obtiennent son rappel. N*est-il pas vraisemblable que, 
Rome gouvernant la Judée avec tant de modération, de sagesse et 
de ménagement, les Romains, durant les vingt-six premières an- 
nées de leur gouvernement, parurent aux Juifs moins des maîtres 
que des alliés ? 



m 



a Quatre-vingts ans avant la destruction du Temple, on décréta 
rimpureté du pays des gentils et des vases de cristal. » 

La pureté ou l'impureté étaient, pour les Juifs, idées ou choses 
purement relatives. Si, à Tégard des gentils, les Juifs se considé- 
raient comme purs *, il y avait parmi les Juifs eux-môraes, en ma- 
tière de pureté, de nombreux degrés ^. L'homme du peuple était im- 
pur relativement au savant, celui-ci à Tégard du Cohen, les membres 
du Sanhédrin rendaient impur, par leur seul contact, le souverain 
pontife', le Cohen était moins tenu à l'observance des lois de pureté 
que le Nazir ^ ; le Temple lui-môme n'était pas assez pur pour les 
Esséniens, qui s'abstenaient de s'y rendre. Le Temple, néanmoins, 
était sacro-saint à leurs yeux; ils y envoyaient leurs offrandes '^. 

« Jean, xvni, 28; An(., XVlII, iv, 3; 5. 7., II, vin, 10 ; VI. ii. 2. 

* Mischoa Haguiga^ ii. 7. 

* Ihid.^ Para / m, 7 ; Tosefta, ibid.^ m, 8. 

* Mischna Natir^ tu, 1, opinion de R. Eliézcr. 
» Ant., XVIII, I, 5, àvaeyjjiara. 



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10 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Déjà à l'époque des plus anciens prophètes, la terre des gentils 
paraissait impure, ainsi que nous le voyons dans Josué, xxii, 19, 
et dans Amos, vu, 17. C*est pour cette raison sans doute que, 
lors de Tédit de Cyrus, parmi les Juifs qui retournent en Pales- 
tine, la proportion des Cohanlm est si forte, 10/100, 4,000 sur 
40,000. Cette impureté n'était pas chose très grave aux yeux de 
tous les prêtres, car il en reste alors en Babylonle, témoin la 
famille d'Ezra, Cohen, comme on sait, celle de Hananel, qui fut 
appelé de Babylonie pour être grand-prêtre au commencement 
du règne d'Hérode *. L'autorité religieuse s'y prend à plusieurs re- 
prises * pour la faire passer dans ses lois et celle-ci semblent 
avoir eu un caractère politique plutôt que religieux, les circons- 
tances au milieu desquelles elles sont faites le prouvent. Tel pa- 
rait être le décret dont R. Ismaêl a conservé le souvenir et flxé la 
date. 

Se passa4-il donc quelque chose qui pût motiver le décret des 
sages, quatre-vingts ans avant la destruction du Temple? 

En l'an 10 avant l'ère actuelle, Hérode inaugure la ville de Césa- 
rée, dont il fit, sinon sa capitale, — le Talmud l'appelle la métro- 
pole des rois ' — du moins sa résidence favorite, qu'il peuple de 
vétérans de ses troupes, c'est-à-dire de mercenaires étrangers 
libérés du service, et de Syriens, qu'il décore avec magnificence, 
où il construit des temples à l'usage des colons idolâtres, un temple 
surtout qu'il consacre à Auguste. Pour célébrer l'inauguration de 
cette ville, qui semble avoir été construite en haine de Jérusalem, 
qui deviendra son ennemie^, que Josèphe déclare être la plus 
grande ville de la Judée ^ et que le Talmud appelle la fille d'Edom^, 
Hérode institue des courses de chars, des jeux gymniques, des 
combats de bêtes féroces et de gladiateurs. Il y attira une immense 
multitude, y reçut de nombreux ambassadeurs des rois et des 
peuples voisins, célébra, pour recevoir tous ces étrangers, des 
fêtes de jour et nuit avec une profusion qui flattait son orgueil, qui 
faisait l'admiration de ses hôtes si magnifiquement traités et le dé- 
sespoir de ses sujets, car, ainsi qu'à maintes reprises l'histoire 

1 Les Juifs de Babylonie veulent, à force d'inslances, relenir parmi eux Hyrcan II, 
^ancien grand-prêtre, Ant.^ XV, n, 2. 

' Schabbaty 15. La première fois cVait, ce semble, sous le ponliBcat d^Alcime. Yosé 
b. Yoézer, qui la fit décréter à cette époque d'après le Midrasch, fut la victime de 
ce prôtre, son neveu. Bereschit Rabha^ 65. 

< MeguiUa, 6 a, 

♦ Ibid. 

' (ieYi<rrr,v 'louîatwv 7ro>{v, B, /., III, ix, 1. Tacite l'appella JudéK» Capui, 
Hist,, 2, 79. 

* Meguilla^ ibid. Le Midrasch Schir Easehirim^ i, 5, Rappelle la ville de blasphè- 
mes, K'^D'n'^:;') «•^Dnn'^m p3'«i». 



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DATES IMPORTANTES DE LA CFIRONOLOGIE DU 2* TEMPLE tl 

le répète, rien n'aliénait davantage à Hérode et n'exaspérait tant 
contre lui les cœurs des Juifs, que ces orgies où étaient violées 
toutes les lois de la décence et de la pudeur, que ces jeux cruels 
et impurs du cirque introduits par lui en Judée au mépris des plus 
saintes traditions et altérant si gravement les mœurs nationales ^ 

Césarée, bien que située en Judée, était considérée comme terre 
des gentils ', le décret rendu par les Pharisiens en Tan 10 empê- 
chait les Cohanim et les gens scrupuleux, désireux d'éviter toute 
impureté, de se rendre à Césarée, d'assister aux jeux et aux fêtes 
de cette ville, jeux qui, ainsi que Hérode Tavait prescrit, devaient 
se renouveler tous les cinq ans. Par cette mesure on faisait le vide 
autour du tyran et de sa résidence favorite. S*il est vrai, ainsi que 
l'assure le Talmud, qu'en Tan 10 on décréta d'une façon générale 
que Ja terre des gentils serait réputée impure, cette mesure était 
de la part des Pharisiens, un acte d'opposition, inattaquable en 
principe, puisqu'elle n'était pas spéciale à Césarée et qu'elle visait 
des ordonnances antérieures ' et qui, de cette façon, entrait com- 
plètement, sous ce double rapport, dans le système de l'opposition 
qu'ils faisaient à Hérode *. 

Par le même décret, en déclarant impurs les vases de verre, ils 
ruinaient Tindustrie de la ville naissante ou en arrêtaient le dé- 
veloppement. Césarée était située sur une côte sablonneuse *. Le 
sable de cette cdte, d^une couleur éclatante, servait à fabriquer le 
verre blanc, si estimé, au dire du Talmud. Le produit de cette fa- 
brication était de nature à donner à ce territoire une valeur au 
moins égale à celle des meilleurs terroirs de la Palestine *. 

* Ant., XV, VII, 10; vm. 1. 

« J. OnUtin, I, 5; J. Natir^ ix, 1 ; Oholot, xvii;, 9; Tose/Ha, ibid., xviii, 16; Aclea 
des Apôlres, xii, 19 ; xxi, 10. Cette impureté majeure nécessitait uue période de lus- 
IralioD de sept jours, durant lesquels le Cohen était éloigné du sanctuaire, ne pouvait, 
sans 8*exposer aux plus terribles châtiments, participer aux 6acrifices,aux prémices de 
la pâle (Halla), des fruits (Bikkourim), aux prélèvements consacrés (Terouma), qui 
étaient la majeure partie de ses revenus. 

* ScAabbat, \}i a. 

* Ant.y XVII, II, 4. « Les Pharisiens peuvent le mieux faire de Topposition aux 
rois, et très prudents, et de la façon la plus prompte et la plus avisée, trouvent le 
moyen d'entrer en lutte et de blesser. • paaiXeOdi 6uvà|jLevoi {laXtcrra àvriirpàiffeiv 
irpo|iT}Oeic, x50é tov irpoÛTrrou eîç t6 icoXepLEîv Tè xai pxàirtetv àityipfxWoi. 

* nbinn p rra©-», MeguUia, 6 a. 

* Jbid, 



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12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



IV 



c( Quarante ans avant la destruction du Temple, le Sanhédrin 
fut exilé (da Temple)..., cessa de rendre des sentences capi- 
tales. » 

Ce texte, d*après la plupart des savants, n*a aacane valeur. 
D*une part, se fondant sur un texte de Josèphe, diaprés nous, mal 
compris, on admet qu*en droit, les pouvoirs du Sanhédrin ont été 
restreints, au point de vue judiciaire, bien avant l'époque indi- 
quée par le Talmud. 

De Tautre, les traditions rattachées aux textes évangéliques au 
sujet du procès et de la condamnation de Jésus, d'Etienne et de 
Paul et le témoignage de Josèphe relatif à la condamnation de 
Tapdtre Jacques semblent démontrer d*une façon considérée 
comme péremptoire qu*en fait, dans certaines conditions, le San- 
hédrin exerçait encore le pouvoir de prononcer des sentences ca- 
pitales. 

Voyons d'abord le texte de Josèphe : 

1. En Tau 6, Ârchélaûs, fils â*Hérode, ayant été déposé et la Ju- 
dée étant réduite en province romaine, Coponius, chevalier ro- 
main, est nommé procurateur de la Judée, reçoit pleins pouvoirs, 
|xèypi Tou xT6(veiv Xapiv eÇou<T{av *. Donc, à partir de cette époque, 
c'est-à-dire soixante-quatre ans avant la destraction du Temple, 
le Sanhédrin était dessaisi, à ce que l'on prétend, du droit de 
condamner à mort*. Cette interprétation du passage de Josèphe 
et l'induction qu'on en tire nous semblent absolument erronées. Si, 
dans ce texte, il s'agissait de prérogatives judiciaires, il en résul- 
terait, non pas que le droit de prononcer les sentences capitales 
aurait été exclusivement réservé aux procurateurs romains, les 
autres restant de la compétence des tribunaux juifs, mais que le 
représentant de l'empereur aurait prononcé en tous les cas, y com- 
pris les causes pouvant entraîner une condamnation à mort. Il 
aurait été investi, dès lors, de ce qu'on appelait autrefois le droit 

» B,J., II. ▼III, i. 

* Graelz, III, uoto 25. Voici, en résumé, pour quelles raifODS Grielz conteste l'as- 
sertion du Taimud : 1* on ne voit pas par suite de quels faits le Sanhédrio aurait été 
dessaisi de ses prérogatives en l'an 30 ; 2* en droit, le grand Sanhédrin n'était pas le 
seul compétent en matière criminelle ; chaque ville importante possédait un Saohé^ 
drin de vingt-trois membres jugeant les affaires criminelles; 3^ il ne se peut pas que 
pendant le règne d'Agrippa I, le Sanhédrin n'ait pas recouvré lUntégrité de ses 
prérogatives. 



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I ■ 



DATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2» TEMPLE 13 

de haute, de moyenne et de basse justice, toute autre juridiction 
cessant de fonctionner en Judée, chose que personne n'a encore 
pensé soutenir. 

Pour se convaincre que le mandat de Coponius était politique et 
non judiciaire et, par conséquent, ne limitait pas, à Torigine du 
moins, la juridiction du Sanhédrin, il suffit de comparer au texte 
précité de la Guerre juive^ le passage parallèle des A^UiquUés * : 

2. En 63, le procurateur Albinus étant en route pour aller occu- 
per son poste en Judée, le grand prêtre Ânan, mettant en pratique, 
en matière de justice pénale, les principes de la doctrine saddu- 
céenne, à laquelle il était attaché, convoque un Sanhédrin, fait 
condamner, comme violateurs de la Loi *, Jacques, frère de Jésus 
« surnommé Christ », et quelques autres encore, et les fait lapider. 
Ceux qui parmi les Juifs, dit l'historien, étaient les plus vertueux 
et les plus appliqués à Tobservance scrupuleuse des lois' pro- 
testent auprès du roi Agrippa, le prient d'empêcher que le pon- 
tife agisse encore ainsi dans l'avenir, car ce qu'il avait fait était 
contraire au droit. D'autres, ajoute-t-il, se rendirent à Alexandrie, 
à la rencontre d'Albinus,lui disant que le pontife n'avait pas le droit 
de convoquer un Sanhédrin sans l'autorisation du procurateur. 

De ce passage * il ne résulte pas autre chose qu'en l'an 63, c'est- 
à-dire trente-deux ans après l'époque dont parle le Talmud et 
beaucoup plus longtemps encore, près de soixante ans après le 
premier établissement de la domination romaine en Judée, alors 
que le statut réglant le régime judiciaire avait pu et dû subir 
plus d'une modification, le pontife n^avait pas le droit de convo- 
quer un Sanhédrin sans l'autorisation du procurateur. Mais cette 
autorisation une fois donnée et ce Sanhédrin régulièrement et 
légalement constitué, quelles limites avait son autorité, sa com- 
pétence ^ quelles peines il avait pouvoir de prononcer, dans ce 
passage il n'en est nullement question. 

Remarquons ici, remarque qui, à nos yeux, a une très grande 
importance, qu'il est question ici d'un <Tuvéop(ov xpiTù>v, et non 
pas du grand Sanhédrin, que le Talmud appelle ^nxn ^i rr^a ou 
Thn^^rt Yirrn'^o et Josèphe to duvéSpiov, notamment dans Aut., XIV, 
IX, 3, 4, 5 ; XV, vi, 2 K 

» ^n/., XVllI, I, 1. 

* Les Phtrisiens. 

* Inalile de rappeler toutes les discussions portant sur rauthenticité de ce passage. 
Voir Basnage, 701. 

* Voir encore Fito, t2. 



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l/i REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le mot (TuvéSpiov est, en effet, tantôt nom propre, tantôt nom 
commun et désigne ainsi, ou bien le conseil souverain des Juifs, 
l'ancienne ye^oufjia, dont les membres sont appelés ^^'yo^ "^apr et 
dans la Mischna &'>2pTrr, ou bien un tribunal quelconque constitué 
d*une façon ordinaire ou extraordinaire par Tautorité compétente. 
C'est ainsi que le conseil convoqué à Béryte, avec TautorisatloQ 
d'Auguste, par le roi Hérode, pour juger les deux fils de celui-ci, 
était un duvéSpiov, et il ne comprenait probablement aucun des 
membres du grand Sanhédrin. Il était composé de fonctionnaires 
romains, de princes amis d'Hérode, de parents des accusés et était 
présidé par le père de ceux-ci, à la fois juge et accusateur. Ce auvt- 
Spiov était, en un mot, constitué en dehors de toutes les règles de 
la législation juive et en contradiction absolue avec elles ^ 

Dans le passage du XX° livre relatif au tribunal du pontife 
Anan, tout prouve quUl s'agit d'une juridiction spéciale et extraor- 
dinaire, sorte de jury choisi par Anan uniquement pour un procès 
déterminé. Le texte dit xaôiCet <Tuvé8ptov xpirâîv, un tribunal de juges. 
S'il avait été question du Sanhédrin, Josèphe aurait sans doute 
employé le mot pouXeuTôv ou TrpedêuTépwv, litres donnés aux séna- 
teurs juifs ',ou simplement le mot (ruvéSptov sans complément. 

D*autre part, les mots xaO(;ei duvéSpiov, employés deux fois dans le 
même passage (xaOii;ei et xaO((jai} et qui sont la traduction littérale 
de l'expression hébraïque }an^^l a'nDTn, ne sauraient s'appliquer, 
pour quiconque est tant soit peu familier avec la langue hébraïque, 
qu'à des juges ad hoc. Anan, en instituant un tribunal de son chef, 
avait violé la loi qui ne concédait ce droit qu'à Tautorité souve- 
raine, le grand Sanhédrin, d'après Tantique législation juive*, à ses 
commissaires* ou délégués avec pleins pouvoirs, Ya "«mbiD, ou par 
le représentant de l'empereur après la réduction de la Judée en 
province romaine, n*DV)â. En instituant un tribunal mènfe pour un 
mandat unique et en exécutant de son autorité propre leur arrêt 
de mort, le grand prêtre Anan avait commis une double forfaiture. 

Les témoignages de Josèphe écartés, il reste, en apparence, 
contre le texte d^Aboda Zara, les récits évangéliques se rappor- 
tant, ainsi que nous l'avons dit, aux procès de Jésus, d^Etienne et 
de Paul. 

1 Ant,^ XVI, II, 1) 2. Inutile d'indiquer les flagrantes illégalités de cette procédura 
tu point de vue juif. 

* Math., 3txî, 23; xxvj, 3, 47, 59; xxvii, 1, 20, 41 ; xxviii, 12; Marc, xi, 27 ; 
xiT, 43, 59 ; XV, 1, 43; Luc, xx, 1 ; xxir, 52, 66 ; xxtii, 13, 35, 50; xxiv, 20; Jean, 
III, 1 ; VI!, 48, etc. Dans le 4* évangile les membres du Sanhédrin sont communé- 
ment désignés par ^expression âpxovre;. 

• Sanhédrin ^i, \. 

♦ V%ta,\k\B, J., II, XX, 5. 



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DATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2- TEMPLE V6 

Les récits évangéliques, pour ce qui concerne le procès de 
Jésus, en ce qu'ils ont de concordant et d'admissible — il ne sera 
pas difficile de le voir — , peuvent se concilier avec notre texte du 
Talmud. Il y a, dans les Évangiles, au sujet de ce procès, deux 
traditions opposées, celle qui est rapportée par Mathieu et Marc, 
d*ane part; de Tautre, celle du troisième synoptique, Luc, et de 
Jean. Les relations de ces deux derniers, abstraction faite d'un 
certain nombre de détails d'importance diverse, concordent dans 
le fond et sont d'accord, en outre, avec le témoignage de Flavius 
Josëphe. 

Examinons les diverses circonstances de ce procès, si diverse* 
ment rapportées par les Évangiles. 

D'après Mathieu, xxvi, 59, les chefs des prêtres et le Sanhédrin 
tout entier^ réunis dans la maison du grand prêtre Caïphe, cher- 
chent un faux témoignage pour faire mourir Jésus et n'en trou- 
vent pas, quoique plusieurs faux témoins se fussent présetités. 
Affirmation inadmissible, se détruisant elle-même par sa propre 
exagération : comment des juges qui cherchent de faux témoi- 
gnages, qui ont devant eux des témoins prêts à dire ce que Ton 
voudra, ne trouveraient-ils pas de faux témoignages et quelle peine 
auraient-ils à concilier les contradictions de ceux-ci ? 

D'après Marc, xiv, 55, les princes, les prêtres et le Sanhédrin 
tout entier * cherchent seulement un témoignage, vrai sans doute 
et concordant. Ils n'en trouvent que des faux qui ne leur paraissent 
pas acceptables*. Conséquemment, la loi juive ne reconnaissait 
d'autres accusateurs que les témoins^ les témoignages discordants 
étant nuls, il n'y avait plus d'accusation, d'après la Loi, et le procès 
était terminé ou devait Têtre aussitôt. Néanmoins, au dire des deux 
Evangélistes, à la suite de Taveu de Jésus, séance tenante, la nuit 
même, dans cette maison privée, à huis clos, Jésus fut con- 
damné ^. 

Les récits de Marc et de Mathieu sont contredits par le 3° synop- 
tique. Luc ignore ou semble ignorer cette séance de nuit dans la 
maison de Caïphe. Pour lui, il n'y a eu ni témoignage, ni procé- 
dure, ni condamnation, par conséquent. Les sénateurs, les princes, 
des prêtres, les scribes se réunissent le matin, constatent l'identité 

* n est inutile de faire remarquer la signiScaliou tendancieuse de ce qualifica- 
tif 5Xov. 

* laid., 56, 59. 

* Le droit juif, dans sa lettre comme daas son esprit (Deut., xix, 15^ accepté 
donc à la fois par les Sadducéeos et les Pharisiens, esigef pour toute condamnation 
criminelle, rafQrmation concordante de deux témoins ; l'aveu de l'inculpé n'a aucune 
Taleur juridique. Le jugement devait être readu dans un lieu public ; tous avaient le 
droit et le devoir d'y assister (ibid.^ xxi, 19, 21). 



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16 REVUE ÙKS ETUDES JUIVES 

de Jésus, lai demandent s'il persiste à se déclarer Messie, et sa 
réponse, bien qu'ambiguë dans la forme, étant, au fond, affirma- 
tive, ils vont le dénoncer à Piiate*. 

Laissant de côté, pour Tinstant, cette grave divergence entre les 
récits de Mathieu et de Marc d'une part, et celui de Luc de l'autre, 
constatons que les trois synoptiques sont d'accord que le seul 
grief allégué contre Jésus devant Piiate, c*est d'avoir usurpé le 
titre de roi des Juifs et excité le peuple à se révolter contre 
Rome', inculpation d'un caractère essentiellement politique qui 
n'avait de gravité qu'au point de vue des autorités romaines et 
dont le jugement et la répression étaient et ne pouvaient être que 
de leur compétence exclusive. S'il était vrai, selon la croyance gé- 
néralement admise, qu'à cette époque, la juridiction juive conti- 
nuait d'être en vigueur ainsi que les lois juives, l'autorité romaine 
se réservant uniquement le droit de donner son exéquatur aux 
condamnations capitales, pourquoi, si réellement Jésus a été jugé 
et condamné par le Sanhédrin pour un crime religieux, pourquoi 
les Juifs ne se contentent-ils pas de demander à Piiate d'autoriser 
l'exécution d'une condamnation rendue dans les formes légales et 
pour un fait qualifié crime par la loi du pays? Les Romains ne 
refusaient pas d'accorder leur sanction aux sentences rendues 
conformément aux lois du pays, à l'époque où cette sanction était 
indispensable'. Ils autorisaient môme, en certains cas, l'applica- 
tion de ces lois ou de lois plus rigoureuses à l'égard des soldats 
romains et des citoyens romains, ainsi que nous le voyons dans 
Ant,, XX, V, 4; ^. /., II, xii, 2; VI, ii,4^ 

On peut donc affirmer sans hésitation, en se fondant, à la fois, 
sur une vraisemblance qui approche de la certitude et sur le témoi- 
gnage de Luc, qu'avant de comparaître devant Piiate, Jésus n'a 
pas été jugé par le Sanhédrin dans le sens exact du mot. Pour 
arriver à cette conclusion, nous n'avons pas môme besoin de rap- 
peler ni l'affirmation si claire de Tacite, Annales^ xv, 44 », ni le 
texte de Josèphe que M. Reinach a si ingénieusement rétabli et 
dont il a fait ressortir la valeur documentaire critique, l'examen 

' Luc, SX II, 66 : « JF/ çuand le jour fut venu, le corps des aDciens de la nation se 
réunit. . . et ils le firent conduire devant leur assemblée. > 

* Mathieu, xxYti, 11; Marc, xt, 2, 6, 12 ; Luc, xxiii, 2, 3. 

* Voir dans la Bévue des Études juivee^ XXXV, l'article de M. Théodore Reinach, 
dont nous n'adoptons pas toutes les vues tout en aboutissant aux mêmes concludons. 

* Le procurateur Cumanus fait décapiter un soldat romain qui avait déchiré an 
livre de la Loi. Les gouverneurs romains permettaient aux Juifs de punir de mort 
tout gentil, même citoyen romain, qui s'introduisait dans la parUe du Temple réterrée 
aux seuls Israélite^. 

» Voir i?«i«*, t. XXXV, p. I. 



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DATES IMPORTANTES DE lA CHRONOLOGIE DU 2« TEMPLE 17 

Impartial des Evangiles suffit. D*après Jean, xviii, 31, non seule- 
ment les Juifs n'auraient pas jugé Jésus, mais ils se seraient re- 
fusé à le faire : a Pilate leur dit : Prenez-le vous-mômes et le 
» jugez selon votre loi. Mais les Juifs lui répondirent : Il ne nous 
» est pas permis de faire mourir personne^ 'HjxTv oûv e?e<jTiv àuo- 
» xTetvat oùSéva. » Les termes dont se sert Jean méritent d'être 
médités. Il en résulte que : 

V L'autorisation du procurateur, son assentiment, nettement 
exprimé, ne pouvaient, à l'époque de Pilate, conférer au Sanhédrin 
le droit de prononcer des sentences capitales ; 

2<' Pilate devant assurément connaître la loi qui axait ses pou- 
voirs, si les Juifs prétendaient qu'il ne leur était pas permis de 
prononcer des sentences de mort, ce ne pouvait être évidemment 
du fait du statut établi par les empereurs et appliqué par le pro- 
curateur, mais uniquement parce que les autorités indigènes 
avaient décidé volontairement, pour des raisons connues par les 
Juifs, que les tribunaux juifs ne jugeraient plus de procès capi- 
taux. La forme de la phrase '-r^filv oûx l^eativ est, à ce point de vue, 
très significative*. 

* Cette renonciation du Sanhédrin au droit de haute justice devait 
être récente, puisque Pilate ne parait pas en avoir eu connais- 
sance. Au dire du Talmud *, ce n'est, en effet, que deux ou trois 
ans auparavant que le Sanhédrin avait été dessaisi de ce droit. 
Etant donnée l'extrême rareté chez les Juifs des procès crimi- 
nels ', c'était, sans doute, la première fois que le Sanhédrin avait 
l'occasion de manifester sa volonté de s'abstenir. 

Ainsi, pour conclure, en ce qui concerne la condamnation de 
Jésus, des quatre traditions évangéliques relatives à cette condam- 
nation, la quatrième, celle de Jean, est absolument d'accord avec 
notre texte ù^Ahoda Zara et la confirme d'une façon on peut dire 
incontestable; la troisième, celle de Luc, ne la contredit pas; les 
deux premières, abstraction faite de leurs manifestes invraisem- 
blances et de leurs contradictions, affirment que Jésus a été accusé 
d'un crime politique, crime dont seul Pilate avait à connaître et 
dont la répression entrait directement dans les attributions du 
procurateur; que, par conséquent, la condamnation attribuée par 
eux au Sanhédrin et que celui-ci n'aurait pu prononcer qu'en 
s*affranchissant de toutes les formes légales n'a eu aucun effet 

' Il ne nous appartient en aucune façon, ni dMosister sur les divergences des récils 
des Evangélisles ni de rechercher laquelle de leurs traditions est la plus acceptable. 

* Ahoda Zara, l, e, 

* Maecotf 1, 17. Un Sanhédrin qui condamne à mort une fois tous les sept ans ett 
un tribunal meurtrier. R. Eliézer b. Aztria dit : une fois en soixante-dix ans. 

T. XXXVII, «• 73. 2 



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18 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

direct sur le sort de Jésas; ces deux traditions ne sauraient infir- 
mer la tradition positive consignée dans notre texte, d'après 
laquelle, contrairement au préjugé général, l'exécution et la con- 
damnation réelle de Jésus ne sauraient être attribuées aux repré- 
sentants de la nation juive ni ne peuvent, en toute justice, être 
imputées aux Juifs, ainsi que Ta prouvé, d'ailleurs, par d'autres 
arguments M. Théodore Reinach. 

Ce qu'il faut retenir encore des textes évangéliqaeSi c'est 
qu'ainsi que l'affirme le texte à\iboda Zara^, le Sanhédrin, à 
l'époque de la mort de Jésus, ne se réunissait pas dans le pavillon 
du temple, lischhhat haggazU, affecté à son usage, mais soit au 
domicile privé du grand-prêtre, soit dans un lieu quelconque de la 
ville. Nous trouvons une autre preuve de ce fait dans les Actes 
(iv, 6) lors du premier procès des Apôtres : « Le lendemain, les 
chefs du peuple..., les sénateurs, les scribes... avec Anne le 
grand prêtre, Caïphe. . . s'assemblèrent dans Jérusalem. » 

4<> On ne saurait opposer à la tradition transmise par R. Yosé 
la relation soit du second procès des Apôtres, soit de celui du 
diacre Etienne. Le premier n'aboutit pas, en fait, à une condam- 
nation capitale. A la vérité, l'auteur des Actes dit que les juges 
délibérèrent de faire mourir les Apôtres, mais cette délibération 
devant légalement être faite en l'absence des accusés *, et dans le 
secret, la publicité en étant légalement et moralement interdite', 
il était et il est difficile de savoir ce qui s'est réellement passé au 
cours de cette délibération. Certains détails de ce procès sont, 
d'ailleurs, d'une vraisemblance plus que douteuse : la déclaration 
de Pierre^ le discours de Oamaliel ^. 

Quant à Etienne, s'il faut admettre, dans une mesure quel- 
conque <*, ce que les Actes rapportent de sa mort^ il ne fut ni con- 
damné ni jugé. Il n'y eut — le récit en exclut même la supposition 
1^ ni délibération, ni sentence, ni exécution judiciaire. S'il com- 

• Sanhédrin, m, 11. 

• Ibid. 

^ Le Sanhédrin déclintit la responsabilité de la condamnation de Jésus, en di-* 
sant : Vous voulez nous charger du sang de cet homme (y, 28), Pierre n*a pu donc 
lui dire : « Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus que vous avez fait mourir en le 
pendant sur le bois. > Jésus, au dire de Luc et des autres Ëvangéliste', n'a pes été 
pendu, mais mis en croix. Quant à Gamaliel, qui est resté un des plus Termes doc- 
teurs du judaïsme, comment croire à l'adhésion éventuelle quïl aurait faite à U nou- 
velle doctrine^ d'après le verset 39 de ce chapitre ? 

■ Dans un discours d'une extrême prolixité, il parle de tout excepté de raccnsation 
dont il est Tobjet, raconte Thistoire sainte en cinquante versets et, comme conclu* 
sion de celte histoire et pour toute défense, se contente en trois versets d'injurier les 
juges et l'auditoire. 



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DATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2* TEMPLE 19 

parut devant des juges, il périt victime d'une émeute populaire ^ 
5*" Quelles raisons sérieuses le Sanhédrin aurait-il eues, se dé« 
pouillant de ses prérogatives, pour s'interdire ainsi toute condam- 
nation à mort? Peut-être, étant données la répugnance bien connue 
et proverbiale, en quelque sorte, des Pharisiens pour les répres- 
sions sévères*, la douceur extrême de leurs sentiments', leur aver« 
sion pour la peine de mort, qu'en fait, beaucoup d'entre eux auraient 
voulu abolir^, ont-ils voulu profiter d'un prétexte quelconque 
pour s'abstenir d'appliquer d'une façon générale une peine qui leur 
causait une invincible horreur? La baraïta qui reproduit la tra*- 
dition attribuée à R. Tosé ne donne, à ce sujet, aucune explica* 
tien. Le Talroud l'explique par une raison paradoxale et qui 
néanmoins est, sans doute, la vraie : cr Voyant, dit-il, que les 
» meurtriers devenaient de plus en plus nombreux et qu'ils ne 
9 pouvaient plus les juger, ils se dirent : il vaut mieux que nous 

> nous exilions d'un lieu à un autre lieu, afin de n'être plus tenus 
» à les Juger. » 

Nous savons, en effet, par Josèphe, qu'à l'époque précise dont 
il est question, c'est-à-dire peu de temps avant le procès de Jésus, 
les meurtres étaient extrêmement fréquents en Judée, organisés 
par le procurateur romain lui-même. Pour maîtriser les mouve- 
ments qu'il avait excités contre lui en employant arbitrairement à 
des travaux publics l'argent consacré déposé au Temple, Pilate 
avait imaginé de faire habiller à la mode Juive un très grand 
nombre de soldats cachant des poignards sous leurs vêtements, qui, 
à la faveur de ce déguisement, mêlés à la foule des manifestants, 
perçaient de coups, à un signe donné, leurs voisins désarmés et 
sans défiance. Le fait est raconté par Josèphe immédiatement 
avant le passage consacré à Jésus <*. 

Cet odieux stratagème réussit, mais, dès lors, toute sécurité dis« 
parut dans le pays. Chacun était tenté de voir dans tout inconnu 
un ennemi déguisé. De là des rixes, des luttes à mains armées^ 
des meurtres fréquents dont la répression devenait de plus en 
plus difficile. Ainsi, sans doute, s'explique la décision du San- 
hédrin. 

Celte année 30 est le début d'une période de profonde et Crois* 

> Ibid,, VII, 54>56. • Que s'ils (les Juifs) lapidèrent Saint-Etienne, ce fut tumuU 

> tuairement et par un elfort de ces emportements séditieux que les Romains ne pou* 
* vaient pas toujours réprimer dans ceux qui se disaient alors sélateursi » Bossuet, Dis* 
court tur VHittoirt universelle, 11* partie, cbap. xxii. 

« Ant.y XIII, X, 6. 

• Ânt., XVIII, 1, 2 ; P. /.. II, viii, 14. 

^ liaeeot, i, fin. 

' Ant., XVllI, ui, 2. 



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20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

santé tristesse. De sombres pressentiments, de sinistres présages 
annonçant des calamités prochaines, troublaient les âmes. R. Çadoc, 
d'après la légende, commence en Tan 30 son jeûne qui, se succède 
pendant quarante années ^ Le jour de Kippour, aucun signe, 
dit-on, n'annonçait plus que Texpiation publique accomplie par le 
pontife était agréée*. La nuit, les portes du Temple, ajoutait-on, 
s'ouvraient d'elles-mêmes avec fracas ^. L*exil du Sanhédrin ne 
semblait être que le prélude des exils futurs qui devaient être le 
sort de la nation. 



Dans la première partie de ce travail on a essayé de prouver 
que, comme indication de la durée des divers régimes qui se sont 
succédé en Judée, pendant la période du second Temple, le chiffre 
de 103 assigné et à la dynastie asmonéenne et à la dynastie héro- 
dienne, si étrange que puisse paraître cette identité, n'a absolument 
rien d'arbitraire. L'une, en effet, la première, inaugure une ère 
nouvelle en Tan 140 et va jusqu'à l'an 3*7 avant l'ère actuelle; 
l'autre entre en possession du trône en cette même année 37 et est 
expulsée de Jérusalem dans la personne d' Agrippa II en l'an 66 de 
cette ère (37 + 66 = 103). 

D'autre part, le chiffre 180 assigné à la durée de la domination 
grecque exercée soit par les Séieucides de Syrie, soit par les 
Ptolémées d'Egypte n'a également rien d'inacceptable, bien au 
contraire. Sans doute, c'est en 333 que, frappée à la tête, suc- 
combe la monarchie persane ; mais elle subsiste encore quelque 
temps dans ses tronçons, du moins ceux-ci vivent quelque temps 
encore de leur vie propre et la domination grecque qui lui succède 
met un certain nombre d'années à s'organiser. Alexandre meurt 
en 323. Laomédon reçoit à gouverner, du régent de l'empire, la 
Syrie et la Palestine, mais c'est en 320, c'est-à-dire exactement à 
la date marquée dans le Talmud (140 + 180 = 320), que Ptolémée 
Soter, fils de Lagus, s'empare de Jérusalem, un jour de sabbat et 
à la faveur du repos sabbatique, ainsi que le raconte rhistorien 
grec cité par Josèphe * . 

Ces chiffres, donc, n'ont rien d'arbitraire et sont au contraire, 
on doit le dire, d'une rigoureuse exactitude. Mais là où l'inexac- 

« Ibid. 

^ Agtthirchide, Josèphe, Ant*, XII, i, 1 ; Contre Apion^ i, 22. 



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DATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE OU 2« TEMPLE 21 

titude est manifeste et, il semble, injustifiable, c'est lorsque le 
Talmud donne à la domination persane, une durée de 34 années, 
c*est-àdire réduit juste au sixième le chiffre réel, qui est de deux 
cent quatorze ans. 

A la rigueur et souvent nous Tavons pensé, on pourrait dire que 
la baraïta a entendu parler de la seconde « domination » persane 
rétablie par le roi Ochus, en Egypte, Palestine et Phénicie, après 
ses campagnes victorieuses de 359 à 338. La Palestine a pu être 
remise sous le joug persan en Tan 351. Mais on ne s'expliquerait 
pas pourquoi, dans la supputation des divers régimes qui s*y suc- 
cèdent en Judée, la baraïta a omis cette longue série d'années pen- 
dant lesquelles la royauté persane exerce son autorité sans con- 
teste et puis la période d'anarchie qui a séparé les deux régimes 
persans. Cette explication ne justifie pas, d'ailleurs, l'assertion de 
Yoma, 9 a, qui fixe à 420 années la durée du second Temple, 
chiffre qui est le total des chiffres de la baraïta de Aboda 
Zara (103 + 103 + 180 + 34 = 420«). 

Cette explication, il faut donc absolument l'écarter, et Terreur de 
la baraïta reste entière. 

Est-ce une erreur vraiment ou plutôt ne serait-ce pas une inexac- 
titude voulue, une fantaisie, une chronologie symbolique, comme 
l'a dit, avec une indulgence pleine de bonhomie, Isidore Loêb dans 
un travail paru en 1889 dans cette Revue (tome XIX, p. 202) ? 

La période du second Temple, disait-il en substance, dure en 
réalité 607 ans et, d'après le Talmud Yoma, 420 ans. Ce chiffre 
était arrêté dans l'esprit des Talmudistes et ne devait pas être dé- 
passé. S'étant cru obligé de fixer à 386 ans le total de la durée des 
régimes successifs de la Palestine autres que celui de la royauté 
persane, il ne restait plus que 34 années pour atteindre le nombre 
420. C*est à ce chiffre que le Talmud a volontairement, de parti 
pris, réduit la durée de cette royauté, la diminuant de cent quatre- 
vingts ans sur deux cent quatorze et, pour arriver à cette suppu- 
tation étrange, n'hésitant pas à commettre, de propos délibéré, 
tous les anachronismes imaginables^ confondant à plaisir les indi- 
vidus, Cyrus avec Darius, et Artaxercès, faisant vivre Zoroba- 
bel, Josué, le grand prêtre, Aggée et Zacharie du vi« siècle avec 
Ezra et Néhémie du v» : inexactitudes préméditées avec pièces ou 
plutôt fausses pièces à l'appui^ faisant entrer violemment choses 
et gens dans un cadre construit d'avance. 
Ce cadre, ce sont les soixante-dix semaines d'années prédites 

< Il Cf l ÎDutilc de ftiiro remarquer que dans les divers calculs faits précédemment, 
le terme des diirérenls ré^^imes qui se succèdent en Palestine et dont la durée totale 
est de 420 ans est l'année 66, antérieure de quatre ans i la ruine du Temple. 



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22 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

par Daniel, commencées avec Texii de soixante-dix ans annoncé 
par Jérémie et au terme desquelles auront lieu la profanation du 
sanctuaire, Tabomination de la désolation et d*autres calamités 
encore. D*aprè8 le Talmud, cette prédiction aurait été réalisée 
lors de la prise de Jérusalem par Titus. L'exil de Jérémie ayant 
duré soixante-dix ans, sur les 490 années qui forment le produit 
des soixante-dix semaines d*années de Daniel, il ne reste plus que 
420 années pour la durée du Temple. 

Cette explication est très simple, mais elle ne nous parait guère 
acceptable. S*il n'y avait pas eu, en dehors du livre de Daniel, une 
tradition, erronée sans doute, mal comprise assurément, mais cer- 
taine et reçue généralement, sur la durée du second Temple, ni R. 
Yosé ni aucun des talmudistes qui ont accepté le chiffre fourni par 
lui n*aurait cru ou feint de croire que le terme des soixante-dix 
semaines de Daniel coïncidait avec la ruine de Jérusalem. Ces 
soixante-dix semaines ont été le tourment, on peut dire le cauche- 
mar des théologiens et des commentateurs juifs. Une des catas- 
trophes qui devaient se produire dans la soixante-neuvième ou 
soixante-dixième semaine ou dans les environs de cette époque, 
c'était le retranchement d'un personnage appelé mo» par Daniel, 
vrùy\ ibl-^fio tvW2 (ix, 26). Ce Messie, disent tous les polémistes 
chrétiens d^un commun accord, de Justin S au ii« siècle, à Bossuet* 
et comme argument sans réplique, ce Messie retranché à l'époque 
fatidique, qui cela peut-il être sinon le nôtre, celui qui s'est réclamé 
de ce titre et qui pour cela a été retranché, c'est-à-dire mis à 
mort? En effet, s'il est admis que chronologiquement la prédiction 
de Daniel doit être accomplie à une époque à peu près contempo- 
raine de la destruction du Temple, il devient extrêmement em-» 
barrassant, au point de vue juif, de trouver un personnage à qui ce 
titre de rr^^ puisse être donné. Ce Messie a retranché », c'est-à- 
dire mis à mort, Raschi, parmi les commentateurs juifs le seul qui 
cherche à découvrir cette personnalité 3, prétend que cette déno- 
mination s'applique à Agrippa II, explication vraiment peu sou- 
tenable et qu'il est trop aisé à Bossuet de détruire *. 

De quel immense poids n'eût-on pas soulagé les cœurs des théo- 
logiens et commentateurs juifs en leur disant que, d'après la sup- 
putation des années, il est de toute impossibilité que la prédiction 
de Daniel s'applique à aucun des personnages de l'histoire Juive 
contemporaine de la destruction du Temple par Titus; que 

< Dialogue avec Tryphon. 

* Discours sur V Histoire universelle^ 2* partie» chap. xiiii. 

* D*8prè8 Ibn Ezra, ces mots veulent dire : Les Juifs n'auront plus de chef. 
^ Discours, l, «., fin. 



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DATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2» TEMPLE 23 

l'échéance de cette prédiction était de deux siècles antérieure 
à cette catastrophe ; que le personnage qui y est visé, c'est 
le grand prêtre Onfas, Hls de Siméon II,.massacré aux environs 
d'Ântioche en 172, par Tun des lieutenants d'Antiochus Epiphane, 
massacre qui est comme le prélude des persécutions d'Ântiochus 
et qui sera suivi de la cessation du Tamid\ de Tinstallation 
dans le Temple du &%3\D!d yipu)^. Il n'y a plus, à ce sujet, aucune 
hésitation. 

Ce n*est donc nullement (cela parait manifeste pour peu qu'on y 
réfléchisse) à cause de la prédiction de Daniel que, d'après 
R. Yosé, la période du second Temple dure 420 ans et, si entre 
ces deux choses il y a une relation quelconque de cause à efifet, 
il faut renverser les rôles et il faut substituer l'effet présumé à la 
prétendue cause et dire : c'est parce qiCon a cru, de la façon 
la plus sincère et pour des raisons restées inconnues^ que 
la période du second Temple avait été de 420 ans, que Von 
a pensé que la prédiction des sonaines s'appliquait à cette 
période *. 

Ces raisons, il convient de les rechercher. 

1. Il est Incontestable qu'il y avait parmi les Juifs, bien anté- 
rieurement à la chronique de R. Yosé, des traditions fort diffé- 
rentes relativement à la période du second Temple. Auiv*» chapitre 
du VI* livre de la Guerre des Juifs, Josèphe affirme que le second 
Temple dura six cent trente-neuf ans et quarante-cinq jours *. Cette 
indication, d'une précision si minutieuse, concorde assez avec les 
indications chronologiques résultant de Thistoire sommaire des 
grand s-prétres qui se trouve dans Tavant-dernier chapitre des 
Antiquités. Il compte trois séries de grands-prétres, se contente 
pour la première et pour la dernière d'énumérer en bloc le 
nombre total des années pendant lesquelles fonctionne la série 
tout entière, en mentionnant, pour la dernière, le nombre des 
pontifes de la série et nomme en détail les pontifes de la 
série intermédiaire et le nombre d'années pendant lesquelles 

* DaDiel, ix, 27 ; viii, il, 12. 

» Ibid,, IX, 27. 

> Saadia, Raschi, commentaires de Daniel, ix, 27. D'après Gersonide, la durée du 
second Temple fut de 437 ans. D'après l'auteur du mi riTDÎt (David Gans, 1592), 
le Teropîe dura 434 ans (62X7). Bossuct, qui, cola va de soi, counaissait la chrono- 
logie vraie, ne laisse pas d*éire fort embarrassé : pour lui les 62 semaines d'années 
commencent Tan 462, c'est-à-dire 142 ans après la date indiquée dans le livre de 
Daniel, ix,25, hypothèse absolument arbitraire, à coup sûr. 

^ Il faut croire que Josèphe connaissait par une tradition qui nous est restée in- 
connue la date du jour où commence la coustruction du Temple, car la Bible indique 
la date de Tinauguialion, qui fut le 23 Adar {Ant., XI, iv, 7). D'après Ezra, vi, 15, 
ce fui le 3 Adar. Du 23 Adar au 10 Ab, il y a non 45 jours, mais 128 jours. 



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2i REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

chacun d*eux exerce son ministère. Le total pour les pontifes 
des trois séries, y compris un interrègne de sept ans, s*élève à 
634 ans. Cette différence de 639 à 634 est insignifiante. Où Jo- 
sèphe a-t-il puisé cette tradition? Au commencement du I^^*" livre 
Contre Âpion^ il nous apprend lui-môme quels sont les matériaux 
de riiistoire juive. ,C*est, d*une part, les écrits composés par les 
prophètes ; puis, de Tautre, les livres généalogiques que devait 
fournir, pour être admis à jouir des honneurs et des droits du sa- 
cerdoce, chaque prêtre, non seulement ceux de Palestine, mais 
ceux d*Egypte, de Babylonie et de tous les pays de la terre où se 
trouvaient des colonies juives de quelque importance ^ Ces livres 
étaient portés à Jérusalem, conservés dans le pavillon du Temple 
où étaient déposées les archives publiques '• Outre les noms des 
parents, des ascendants paternels et maternels jusqu'à la qoa* 
trième génération inclusivement ', ces livres contenaient les noms 
des témoins nombreux^ se portant les garants de la pureté de 
l'origine des prêtres, les noms des juges qui avaient reçu et 
vérifié les témoignages^ puis toutes les indications d'événements 
avec leurs dates, faits historiques, décisions dogmatiques ou ju* 
ridiques dont la mention pouvait augmenter la valeur et l'autorité 
de ces actes, mettre hors de doute leur parfaite authenticité *.Dans 
ces registres généalogiques figuraient non seulement les familles sa- 
cerdotales et les faits les concernant, mais aussi celles de tous les 
personnages qui aspiraient à l'honneur de leur alliance, qui ainsi 
avaient accès aux hautes fonctions publiques et qui avaient, de cette 
façon, intérêt à faire reconnaître la noblesse immaculée de leur ori- 
gine*, les niirob I^N'^tt)». Les prophètes, ajoute Thistorien, à qui 
seuls était confié le soin de conserver ces écrits, nous ont ainsi 
raconté les choses anciennes que Dieu leur avait révélées et celles 
qui s*étaient passées de leur temps. Moins dignes de foi sans doute'' 
que les livres des prophètes qui nous ont rapporté l'histoire de nos 
ancêtres depuis Moïse jusqu*au temps d'Ârtaxercès , les autres 
écrits*, les livres généalogiques ultérieurement écrits, nous ont 



» Contre Apion, 1, 7. 

* Mischna Middot, fin. 

* Mischna Kiddousekin^ iv, 4, 5. 

♦ xive; o'i itapTvpouvre;... iro».ov; (lapîvpa;. 

• Ces actes ou livres s'appellent l'ïOm"» nb^tt, J. Taanit^ 68 a ; Pesahim, 6*, nOO 
X^Onv ; Quittin, 67. Voir Rascbi, I ChroD., ix, 1. 

• Kiddousehin, xv, 5. 
' Sanhédrin f iv, 2. 

* . ., (ATQTe ToO uiroYpàçeiv avTeÇoy<y(ow irà<yiv ôvxoç... àXXà |i6vov xwv iz^Ofr^xCri. 

• YéYP«TPT«i jtèv SxavTOc. 



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DATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2« TEMPLE 25 

transrais le souvenir de tous les événemenls survenus jusqu'à 
nous*. 

Nous avons ainsi, dit-il ailleurs, conservé dans nos mémoriaux 
la succession de nos souverains pontifes, leurs noms et les noms de 
leurs parents pendant deux mille ans*. 

Josèpbe avait donc à sa disposition de très nombreux docu* 
ments de ce genre, étant prêtre, de race pontificale et en relation 
personnelle avec les grands-prêtres et avec les membres du grand 
Sanhédrin. On sait que la fonction permanente du Sanhédrin était 
la vériflcalion des titres généalogiques des prêtres'. Mais ces do- 
cuments ne sont pas toujours sûrs et surtout ne concordent pas 
toujours, de même qu'il n'y a pas toujours accord entre le texte 
hébreu de la Bible et la version des Septante. De là, dans Thisto- 
rien, toutes ces contradictions qui ont fait le tourment de ses 
commentateurs^. Ce fut sans doute grâce à des documents de ce 



• Ibtd., 8. 

^ Uid.^ 7. Les noms des grands-prôlres se trouvent dans les Chronique?, que le 
Talmud appelle le livre des généalogies, et dans Néhémie jusqu'à Jaddus. Les noms 
des successeurs de Jaddus, Josèphe nous les a conservés. Le nombre 2000 est un 
nombre rond. Diaprés la chronologie de Josèphe, il a y des pontifes pendant 17iiO ans 
environ. 

s Middot, Gn. 

• Dans la préface des Antiquités Josèphe dit: « Nos livres^ contiennent le récit de 
cinq mille ans (la chronologie juive compte 3408 jusqu'au retour de Pexil de Baby- 
looe) ». Deslinon, qui a fait, sur Josèphe, des études très intéressantes, prétend que, 
dans la pansée do Phbtorien,ce chiffre de cinq mille comprend toute Phistoire jusqu'à 
la destruction du second Temple. Cette explication ne s^accorde pas avec les termes 
et, en soi, elle est inexacte. D'après un des diiïérenls systèmes adoptés simultané* 
ment par Josèphe, il y a réellement dans la période biblique de Tbistoire Juive cinq 
mille ans et môme beaucoup plus. Ainsi, dans le premier livre, pour la période anté- 
diluvienne, il compte 2056 ans au lieu de 1656, et du déluge à la naissance d*Abra~ 
ham 992 au lieu de 292. Abstraction des autres différences, rien qu'avec ces deux 
éléments de compte, la chronologie, diaprés lui, dépasse le total de cinq mille ans 
pour la période biblique. En additionnant les éléments de ses comptes, on arrive au 
total de 5577 pour le retour de Texil de Babylone. Pour les deux premières périodes 
de l'hisloire, cette différence provient de ce qu'il compte cent ans de plus que le texte 
hébreu de la Bible pour ^intervalle entre le commencement de chacune des dix gé- 
nérations (les Septante fout cela pour les sept premières) antédiluviennes et les sept 
premières postdiluviennes. Ces chiffres, d'ailleurs, il ne les maintient pas ; il se con- 
tredit parfois dans le m$me chapitre et adopte communément 1656 comme date du 
déluge et compte 292 ans du déluge à Abraham, ainsi que cela résulte du texte hébreu 
lAntiquités^ VIII, m, 1 ; X, viii, 4). Certaines erreurs ou contradictions de Josèphe 
sont certainement le fait de copistes ignorants. Ainsi il dit {Ant.y X, viii, 4) : « La 
destruction du Temple eut lieu : 

» 470 ans 6 mois et 10 jours après sa construction, 

• 1062 ans 6 mois et 10 jours après la sortie d'Egypte, 

• 1957 ans 6 mois et 10 jours après le déluge, 

• 3513 ans 6 mois et 10 jours après la Création. • 

Or, d'après Josèphe, la création eut lieu en Tischri (I, m, 3) ; la sortie d'Egypte, 
le 15 Nissan; le Temple, commencé le 1*' lyar, fut inauguré le 7 Tischri et il fut 
détruit, d'après il Rois, ixv, 8, le 7 Ab ; d'après Jérémie, lu, 12, le 10 Ab (l'incen- 



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26 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

genre qu*il a pu« dans ses livres, fixer l*année exacte où 
Isaïe prédit Tavènement de Cyrus, « la deux cent dixième avant 
l'événement, dit-il, et la cent quarantième avant la des- 
truction du Temple », indications contradictoires d'ailleurs^ ; 
Tannée où le prophète Nahum prédit la destruction de Ninive • ; 
le nombre exact d'années, trois cent soixante et un, qui sépa- 
rent la prédiction du prophète de Judée, contemporain de Jéro- 
boam, et Taccomplissement de cette prédiction sous le règne de 
Josias. 

2. Le livre de Daniel est un autre document précieux pour fixer 
l'état des traditions juives, à un certain moment, sur les époques 
qui se succèdent durant le second temple. D*dprès ce livre, il 8*é- 
coulera (ou il s*est écoulé) ' soixante-neuf semaines d*années entre 
le commencement de l'exil de Babylone sous Yoïakim (?) et la pro- 
fanation du sanctuaire et la cessation temporaire du sacrifice per- 
pétuel qui durera ou aura duré un peu plus de trois ans*. Or, c'est 
en 1*72 qu'eut lieu cette profanation. Il s'est donc écoulé, d'après 
l'auteur de Daniel, du retour de l'exil jusqu'à l'an 172, 434 années, 
soixante-deux semaines d'années, 483 années ou 69 semaines de- 
puis le commencement de l'exil. Sur la base de cette tradition, la 
période du second temple comprendrait donc 434+ ITO + 70, au 
total 676 années et, en retranchant de ce total les 18 années qui 
séparent le retour de l'exil de l'inauguration du second temple, 
six cent cinquante-huit ans '. 



die dura trois jours). Josëplie avait mis sans doute « ... 10 mois 6 jours après la créa- 
tion ; 10 mois après IMnauguration du Temple ». Quant à la concordance entre la date 
de la sortie d*Bgypte et celle de la destruction du Temple, elle eft purement imagi> 
naire et du fait du copiste. — Les anciens, il faut le reconnaître, avaient plus a cœur 
de conserver les traditions que de les vérifier et les consignaient toutes, même quand 
elles étaient ou peu concordantes ou même contradictoires. C'est ainsi qua les auteurs 
du Canon ont admis dans la Bible les livres des Chroniques malgré leurs contradic- 
tions avec les livres des Rois. Voir, à ce sujet, le commentaire des Chroniques attri- 
bué à Raschi, I, ii, 11 ; vu, 12, 13 ; vin, 1, 29 et l'introduction de Kimhi i son corn* 
men taire sur les Chroniques. 

> Antiq., XI, 1, 2. 

* 115 ans avant la destruction de celte ville, c'est-à-dire en 740 (Ninive est détmîta 
en 625), Ânt., IX, xi, 3. 

* Le Talmud dénie à Daniel la paternité de l'œuvre qui porte ce nom, dans le très 
ancien document relatif au Canon (Baba Batra^ 15). 

* Jos^phe prétend (Ant,, XII, vu, 6) que le Temple fut purifié le 25 Kislev, trois 
%ns jour par jour après avoir été souillé. Ce n'est pas exact. Diaprés le 1*' livre des 
Macchabées, i, 57, Vidole de In désolation fut dressée sur Tautel le 15 Kislev, mats 
le sacrif\ce perpétuel avait cessé quelque temps auparavant déjà. Ce qui parait con- 
firmer la prédiction de Daniel relative aux 2300 matin-soir (1150 jours) de Tinter- 
ruption du sacrifice (viii, 13-14). 

> D'après Josèpbe. XII, vit, 7, la prédiction de Daniel fut réalisée au bout de 
408 ans, 26 ans avant le terme fixé. 



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