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REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



VERSAILLES — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS 




REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME QUARANTE-QUATRIÈME 



PARIS 



A LA LIBRAIRIE A. DURLAGHER 



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83 bis , RUK LAFAYETTE _ (JW 

1902 ^fe 







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LES 



COLONIES JUIVES DANS L'AFRIQUE ROMAINE 



Les Israélites, comme on le sait, sont aujourd'hui fort nombreux 
dans le Nord de l'Afrique 1 . Au recensement de 1901, on en a 
compté près de 60,000 en Algérie 2 . Tl y en a environ 18,000 enTri- 
politaine, dont 10,000 à Tripoli; 60,000 en Tunisie, dont 40,000 à 
Tunis; 80,000 au Maroc 3 . C'est donc un total de plus de 200,000 
Israélites dans l'ensemble des pays qui constituaient l'Afrique 
latine. La plupart des Juifs établis dans les villes de la côte y sont 
venus à des époques relativement récentes, soit d'Espagne ou de 
Portugal, soit d'Italie ou de France, soit même d'Asie Mineure et 
d'Orient. Mais bien des Israélites étaient déjà fixés dans la région 
au moyen âge, et ils sont mentionnés fréquemment par les chro- 
niqueurs arabes. Ceux-là descendaient des Juifs qui habitaient le 
nord de l'Afrique sous la domination romaine. Sur leur origine, on 
ne trouve presque rien chez les meilleurs historiens . du peuple 
juif. Cependant nous avons là-dessus beaucoup plus de rensei- 
gnements qu'on ne le croit d'ordinaire. C'est pourquoi il nous 
paraît intéressant de préciser ce que nous apprennent les textes 

1 Sur les Israélites du nord de l'Afrique, cf. Cazès, Essai surf histoire des Israélites 
de Tunisie, Paris, 1888; Bertholon, La population et les races en Tunisie. IV, Les 
Israélites (Olivier, La Tunisie, Paris, 1898, p. 88 et suiv.); Lapie, Les civilisations 
tunisiennes, Paris, 1898, p. 52-60; 123-135; 164-170; 220-226; Wahl, L'Algérie, 
2 e éd., Paris, 1889, p. 214 et suiv.; Isaac Bloch, Inscriptions tumulaires des anciens 
cimetières israélxtes d" Alger, Alger, 1888. 

s Temps du 22 novembre 1901. 

3 Ces chiffres sout ceux de l' Alliance Israélite, qui nous les a obligeamment com- 
muniqués, avec divers renseignements. 11 y a dix-huit ans, M. Loeb comptait 6,000 
Juifs à Tripoli, 55,000 en Tunisie, 43,500 en Algérie, 100,000 au Maroc (article Juifs 
dans le Dictionnaire universel de géographie de Vivien de Saint-Martin, Paris, 1884). 
Voici les chiffres donnés tout récemment dans l'article Africa de The Jewish JEncy- 
clopedia (New-York et Londres, 1901, t. I, p. 225) : au Maroc, 100,000 à 200,000; 
en Algérie, 50,000; dans le Sahara, 8,000; à Tunis, 45,000; en Tripolitaine, 6,000. 
— Nous avons tout lieu de croire que les données de Y Alliance Israélite sont les plus 
voisines de la réalité. 

T. XLIV, n° 87. 1 



2 REVUE DES ETUDES JUIVES 

anciens, les documents épigraphiques ou autres, sur le nombre, 
l'organisation et l'histoire des communautés juives de l'Afrique 
romaine * . 



Existait-il déjà une colonie juive dans la Cartilage punique? On 
l'a souvent supposé 2 , et c'est en effet assez vraisemblable; mais, 
jusqu'ici, nous n'en avons pas la preuve. On a relevé notamment, 
sur des inscriptions puniques de Cartilage, le mot Sallum, qui fait 
songer au Salom des épitaphes hébraïques ; mais le punique était 
si étroitement apparenté à l'hébreu, qu'on n'en saurait rien con- 
clure. Des traditions postérieures s'expliquent peut-être par un 
vague souvenir de vieilles relations entre Carthage et le monde juif. 
Le Tarschisch ou Tharsis de l'Ancien Testament a été identifié 
avec Carthage par les Septante, par les Targoums araméens, puis 
par saint Jérôme ; et c'est ainsi que les Carthaginois figurent dans 
a Vulgate latine 3 . D'après une tradition judéo-chrétienne, des 
Cananéens, chassés de leur pays par les Hébreux, s'étaient réfu- 
giés en Afrique. Parmi eux, suivant le Talmud 4 , se trouvaient les 
Girgaschites ou Girgaséens. Saint Jérôme nous dit aussi que Ger- 
gesaeus établit des colonies en Afrique 3 . Procope prétend même 
que les descendants de ces fugitifs avaient conservé leur physio- 
nomie et leur nom jusqu'au vi e siècle de notre ère: « Ils habitent 
encore le pays, dit-il, et ils se servent de la langue phénicienne. 
Ils construisirent un fort dans une ville de Numidie, là où est 
maintenant Tigisis. On y voit, près d'une grande fontaine, deux 
stèles de pierre blanche, couvertes de caractères phéniciens qui 
signifient : Nous sommes ceux qui ont fui devant Josué, fils de 

1 Les grandes Histoires des Juifs de Grâtz et de Schlirer sont tout à fait incom- 
plètes sur ce point. M. Théodore Reinach lui-même, dans son excellent article Judaei 
du Dictionnaire des Antiquités de Saglio, ne mentionne de colonies juives qu'à Car- 
thage, Hammam-Lif, Sétif, Cirta, et un prosélyte en Numidie. Sans revenir sur les 
questions qui touchent à l'histoire générale du peuple juif sous l'Empire romain, 
nous nous proposons ici de compléter, en ce qui concerne l'Afrique, le savant mémoire 
de M. Th. Reinach. 

2 Cazès, Essai sur l'histoire des Israélites de Tunisie, chap. i; Bertholon, dans la 
Tunisie d'Olivier, p. 50 et 89; P. Delattre, Oamart ou la nécropole juive de Carthage, 
Lyon, 1895, p. 48. 

* Ezech., xxvn, 12 : « Carthaginenses negotiatores tui, a multitudine cunctarum 
divitiarum, argento, iérro, stanno, plumboque, repleverunt nundinas tuas. » — Cf. 
The Jeioish Encyclopedia, t. I, p. 226. 

* Yer. Schab., vi, 36 c. Cf. The Jewish Encyclopedia, t. I, p. 225. 
5 Onomastica {Sacra, éd. Lagarde* 



LES COLONIES JUIVES DANS L'AFRIQUE ROMAINE 3 

Navé 1 . » S'il fallait en croire une légende juive du moyen âge, ce 
ne seraient pas seulement des Cananéens, mais aussi des descen- 
dants d'Ésaù qui se seraient établis dans le nord de l'Afrique. Le 
Yosippon raconte que Sepho, fils d'Eliphaz, fils d'Esaù, fut em- 
mené prisonnier en Egypte par le vice-roi Joseph, qu'il s'échappa 
et se réfugia à Garthage, où il fut nommé général par le roi An- 
gias 2 . Mais, en somme, ces légendes, si elles paraissent attester 
d'anciennes relations entre l'Afrique et la Palestine, ne suffisent 
point à prouver que des Israélites se soient réellement fixés dans 
la Carthage punique. La question ne pourra être tranchée que par 
de nouvelles découvertes. 

Au contraire, sous la domination romaine, l'existence de nom- 
breuses colonies juives en Afrique est attestée par une foule de 
textes et de documents archéologiques. A priori, le fait serait 
déjà très vraisemblable. Sans parler d'Alexandrie ou de l'Orient 
grec, ni de Rome, dont les communautés israélites sont bien con- 
nues, on constate la présence de Juifs dans tous les pays qui en- 
touraient l'Afrique latine : en Cyrénaïque 3 , en Sicile 4 , en Sar- 
daigne 5 , aux Baléares 6 , en Espagne 7 . Il eût été bien surprenant 
que l'Afrique seule fût restée en dehors de ce mouvement d'immi- 
gration. D'ailleurs, saint Jérôme affirmait dans une de ses lettres 
que les colonies israélites formaient une chaîne ininterrompue 
« depuis la Maurétanie, à travers l'Afrique et l'Egypte » jusqu'à 
l'Inde s . Tout fait supposer que l'affirmation de saint Jérôme est 
à peine exagérée, du moins en ce qui concerne le nord de l'A- 
frique. Une série de colonies juives, toutes antérieures a l'inva- 
sion arabe, ont jalonné ce pays depuis la frontière de Cyrénaïque 
jusqu'au fond du Maroc 9 . 

De toutes ces colonies, la plus considérable paraît avoir été 

1 Procope, De bello Vandal., II, 20. 
8 Yosippon, I, 2. 

3 I Macchab., xv, 23; Act. apost., n, 10; vi, 9 ; Josèphe, C. Apion*, II, 4; Procope^ 
De Aedific, VI, 2; Corpus inscript, graec, IV, 5361. 

4 Corpus inscript, graec, IV, 9895; Grégoire le Grand, Epist. VIII, 25; IX, 38; 

5 Tacite, Ann., II, 85; Grégoire le Grand, Epist., IX, 195. 

6 Severi episcopi epistula de Judaeis, dans la Patrol. lat. de Migne, t. XX, p. 731 
et suiv. n 

7 Corpus inscript, lat., II, 1982; Chwolson, Corpus inscript, hebr., n. 83. 

8 Saint Jérôme, Epist., 129, 4, ad Dardanum : c ... a Mauritania per Africam et 
iEgyptum, Palaestinamque et Phœnicem, Cœlen Syriam et Osrhohenem, Mesopo- 
tamiam atque Persidem tendunt ad Indiam. Haec est, Judaee, tuarum longitudo et 
latitudo terrarum ; in his gloriaris, super his te per diversas provincias ignorantibus 
jactitas. • — Cf. Schùrer, Geschichte der Juden, 3e éd., t. III, p. 19 et suiv. 

9 Nous adressons nos remerciements à M. Cagnat, à M. Salomon Reinach, et à 
M. Gsell, qui ont bien voulu nous aider à compléter sur quelques points nos re- 
cherches. 



4 REVUE DES ETUDES JUIVES 

celle de Cartilage. Elle nous est connue par les documents les plus 
divers : textes d'auteurs, tombeaux, épitaphes en latin ou en 
hébreu, tablettes magiques en grec, lampes de terre cuite, témoi- 
gnage du Talmud. 

Parmi les auteurs chrétiens d'Afrique, qui presque tous parlent 
souvent des Juifs, Tertullien mérite ici une place à part, en raison 
de la précision de ses renseignements. Non seulement il a fré- 
quemment attaqué les Israélites de Carthage et écrit contre eux 
un traité spécial (Adversus Judaeos), mais encore il nous les 
montre à l'œuvre. Il peint leur jalousie contre les chrétiens, leurs 
intrigues, et les manœuvres par lesquelles ils poussaient les païens 
à la persécution 1 ; il décrit une caricature du Christ, qu'un juif 
promenait dans les rues de Carthage 2 . Il met en scène un pro- 
sélyte juif qu'il avait lui-même entendu discuter 3 . Il nous apprend 
que les juives de Carthage ne se montraient, hors de chez elles, 
que voilées 4 . Il se moque aussi des païens judaïsants 5 . 

Les récentes découvertes archéologiques confirment entière- 
ment le témoignage de Tertullien. La grande nécropole qu'on 
visite au nord de Carthage, près de Gamart, n'est autre que le ci- 
metière de la communauté israélite à l'époque romaine. On y a 
exploré plus de cent caveaux creusés dans le Djebel-Khaoui, et 
chacun de ces caveaux contenait de 15 à 17 sépultures, quelquefois 
plus. La disposition des tombes est conforme aux prescriptions du 
Talmud ; le chandelier à sept branches est souvent tracé ou peint 
sur l'enduit des chambres, et les menues trouvailles faites au cours 
des fouilles achèvent de prouver que des Israélites ont été ense- 
velis dans la plupart de ces caveaux 6 . Soit à Gamart, soit à la 
Marsa, soit à Byrsa, soit sur d'autres points de Carthage, on a 
découvert des épitaphes juives, accompagnées du chandelier â sept 
branches, la plupart rédigées en latin 7 , quelques-unes avec le mot 
hébreu Salom en caractères hébraïques 8 . De plus, l'on possède 
aujourd'hui toute une série de lampes juives, ornées du chandelier 
à sept branches, et trouvées à Carthage 9 . 

1 Tertullien, Apolug., 7; Scorpiac, 10. 

2 Apolog., 16; AU nation., I, 14. 

3 AUvers. Judaeos, 1 

4 De coron., 4 : « Apud Judaeos tam sollemne est feminis eorum velamen capitiSj 
ut inde noscantur. • 

5 Apolog., 16. 

6 P. Delattre, Gamart ou la nécropole juive de Carthage, p. 35 et suiv. ; Corpus 
inscript, lat., VIII, supplem., 14097-14114. 

7 Corpus inscript, lot., VIII, 1091 =*= Additam., p. 929; supplem., 14102; 14104; 
P. Delattre, Vépigraphic chrétienne à Carthage, p. 12; Qamart, p. 41-42. 

8 P. Delattre, Cosmos du 24 mars 1888, p. 465; Gamart, p. 31; Carthage autre- 
fois, Carthage aujourd'hui, 2« éd. (Tunis, 1902), p. 142. 

9 P. Delattre, Gamart, p. 40-44; Musée de Carthage, III, p. 37; pi. IX, 2; Car- 



LES COLONIES JUIVES DANS L'AFRIQUE ROMAINE 

Parmi les nombreuses tablettes magiques qui ont été décou- 
vertes dans les fouilles soit de l'amphithéâtre, soit des nécro- 
poles, il en est qui accusent nettement une influence judaïque. 
Au milieu d'autres divinités ou démons, on y voit figurer Iao ou 
Jéhovah, le dieu des Juifs *. On y lit même des formules comme 
celle-ci : « Je vous adjure encore par le Dieu du ciel, qui règne 
sur les Cherubim, qui a délimité la terre et en a séparé la mer, 
Iao, Abriao, Arbathiao, Sabao, Adonaï... 2 . » Le magicien grec • 
qui imagina ces formules, ou celui qui les transcrivit à Carthage, 
devait travailler surtout pour les Juifs. 

Enfin, le Talmud nous fournit quelques renseignements com- 
plémentaires sur cette communauté israélite. A plusieurs reprises, 
il mentionne des rabbins de Carthage, Abba, Hanna, Isaac, et 
d'autres 3 . Ces rabbins carthaginois paraissent avoir vécu entre 
le 11 e et le iv e siècle de notre ère. 

En dehors de Carthage, on rencontre des communautés juives 
ou des Juifs isolés dans plusieurs localités de l'ancienne Procon- 
sulaire. Sur la plage d'Hammam-Lif, là où s'élevait, sans doute, la 
cité de Naro, on a découvert les ruines d'une synagogue d'époque 
romaine, avec des mosaïques et des inscriptions qui mentionnent 
la sinagoga et un arcosinagogus*. Dans une inscription d'Utique 
figure un archon, titre ordinaire du principal magistrat des com- 
munautés d'Israélites s . Dans un passage de la Cité de Dieu, où 
saint Augustin raconte un miracle qui s'était produit à Uzali, 
près d'Utique, au sanctuaire de saint Prenne, il est question d'un 
sorcier juif G . Un sermon africain atteste la présence d'Israélites à 
Simittu (Chemtou), dans la Numidie Proconsulaire 7 ; non loin de 

thage autrefois, Carthage aujourd'hui, p. 139-142; La Blanchère et Gauckler, Cata- 
logue du Musée Alaoui, p. 201 : k. 589-591. 

1 Corpus inscript, lat., VIII, supplem., 12509; 12511; P. Molinier, Mémoires des 

Antiquaires de France, t. LVIII, 1897, p. 2 12. et suiv. ; Wiinsch, Defixionum tabellœ, 
Berlin, 1897, praefat.., p. XVII; Gsell, Mélanges de VEcole de Rome, 1901, p. 205. 

2 Corpus inscript, lat., VIII, supplem., 12511. — Cf. P. Delattre, Un pèlerinage 
aux ruines de Carthage, Lyon, 1902, p. 65. 

3 Cf. Muenter, Primordia ecclesiae africanae, Hafniœ, 1829, p. 165; Neubauer, La 
géographie du Talmud, Paris, 1868, p. 411 ; Hamburger, Real-Encyclopâdie fiir Bibel 
uud Talmud, article Karthago. 

* Corpus inscript, lat., VIII, supplem., 12457. — Pour la bibliographie, voyez plus 
loin, § II. 

5 Corpus inscript, lat., VIII, 1205 == Additam., p. 931. 

6 Saint Augustin, De civ. Dei, XXII, 8, 21. — On ne voit pas clairement, dans 
le récit d'Augustin, si ce sorcier juif était d ; Uzali ou de Carthage. 

7 t Audeo dicere : Vicinam civitatem vestram imitamini? Vicinam civitatem Si- 
mittu imitamini?... Nemo ibi intrat in theatrum... Nullus Judaeus intravit. » (Ap- 
pendice des Sermons d'Augustin, sermo 17,9. — Patrol. lat. de Migne, t. XLV1 
p. 881). 



6 REVUE DES ETUDES JUIVES 

là, aux environs de Souk-el-Arba, une localité porte aujourd'hui 
le nom à'Aïn-el-Iondi. 

En Byzacène, les traces des Juifs sont plus rares. Cependant, 
saint Augustin nous signale des judaïsants aux bords du lac 
Triton, à Thusurus (Tozeur), où révoque lui-même donnait 
l'exemple 1 . Une curieuse inscription découverte récemment à 
Henchir-Djouana, à l'Ouest de Kairouan, paraît se rapporter à des 
païens judaïsants - ; une localité voisine, entre Sufes et le Djebel 
Trozza, se nomme Henchir-Ioudia 3 . Enfin, la grande ville mari- 
time de la région, Hadrumète, eut aussi sa colonie israéltte ou 
ses judaïsants. On y a trouvé une série de singulières tablettes 
magiques, où le dieu des Juifs, sous ses divers noms, Iao, Sa- 
baoth, etc., joue un grand rôle 4 . Tantôt Jéhovah est invoqué au 
milieu d'autres divinités, tantôt il est invoqué seul. Dans ce der- 
nier cas, la formule magique n^st qu'une longue paraphrase de 
versets bibliques, et l'on y relève des passages comme celui-ci, 
plusieurs fois répété : « Je t'adjure, esprit démonien qui es ici, 
par le nom sacré, Aoth, Abaoth, le dieu d'Abraham, et l'Iao 
d'Isaac, Iao, Aoth, Abaoth, le dieu d'Israël. . . 5 » Sans doute, ces 
tablettes pouvaient reproduire des formules magiques rédigées 
en d'autres pays, notamment en Egypte ; mais le rôle exclusif 
attribué à Jéhovah et l'usage de ces formules toutes juives 
ne s'expliquent pas sans la présence d'Israélites à Hadrumète. 
Ces incantations paraissent dater du 11 e ou du m siècle de 
notre ère. 

Nous connaissons en Tripolitaine deux communautés juives 
d'époque romaine. Saint Augustin nous fait connaître celle d'Oea 
(Tripoli). On sait que l'évêque d'Hippone refusait d'accepter dans 
son Eglise la nouvelle traduction de l'Ancien Testament faite par 
Jérôme d'après le texte hébreu. Il lui reprochait de s'écarter trop 
du grec, et insinuait que le traducteur ne savait peut-être pas 
l'hébreu à fond. A ce propos, il conte malignement à Jérôme une 
petite scène assez piquante qui s'était passée récemment dans la 

1 Saint Augustin, Epist. 196, Asellico episcopo. — Cf. surtout 196, 1; 4 (14); 
4 (16) : « Aptus iste nescio quis, de quo scripsisti quod doceat judaïzare chris- 
tianos. o 

* Cagnat, Bull. arch. du Comité des trav. histor., 1901, n. 9, p. 114-115. — Cf. 
notre article intitulé Païens judaïsants, essai d ^explication d'une inscription africaine, 
dans la Revue archéologique de 1902. 

a Tissot, Géographie comparée de la province romaine d'Afrique, t. II, p. 630. 

* Collections du Musée Alaoui, Paris, 1890, p. 57 et suiv. ; 101 et suiv.; C. R. de 
VAcad. des Inscript., 1892, p. 226 et 231 ; Wûnsch, Rheinisches Muséum, t. LV, 1900, 
p. 246 et suiv.; Gsell, Mélanges de l'Ecole de Rome, 1901, p. 205; Héron de Ville- 
fosse, Bull, des Antiquaires de France, séance du 11 décembre 1901. 

5 Collections du Musée Alaoui, p. 102-103. 



LES COLONIES JUIVES DANS L'AFRIQUE ROMAINE 7 

communauté d'Oea. L'évêque de cette ville avait reçu la version 
nouvelle de Jonas. Il la fit lire un jour dans son église. Soudain, 
en entendant un verset qui était populaire dans le pays 1 , le 
public donna des signes d'irritation ; les fidèles se plaignirent 
qu'on eût altéré le texte, et les Grecs crièrent au faussaire. 
L'évêque promit de soumettre le cas aux Juifs de la ville, c'est- 
à-dire, sans doute, à des rabbins. Ceux-ci condamnèrent l'inter- 
prétation de Jérôme, et l'évêque dut corriger le passage 2 . Cette 
anecdote laisse supposer la présence d'un groupe de Juifs lettrés, 
et probablement de rabbins, dans la cité d'Oea. On a d'ailleurs 
découvert à Tripoli des antiquités juives 3 . 

Au Sud-Est d'Oea, non loin de la frontière de Cyrénaïque, une 
station du littoral de la Tripolitaine, VIscina de Ptolémée et de 
Y Itinéraire d'Antonin, la Scina de la Table de Peutinger, porte 
aussi, dans ce dernier document, le nom significatif de Locus 
Judœorum Angusti A . Il y avait là évidemment, sur quelque do- 
maine impérial, un groupe important de colons ou d'esclaves 
juifs, probablement établis sur cette côte à la suite d'une guerre. 
L'endroit s'appelle encore Medinat-es-Soultan, la « ville de l'em- 
pereur », ce qui équivaut à Viens Augusti. Il est vraisemblable, 
d'ailleurs, que d'autres communautés juives de l'Afrique romaine 
avaient une origine analogue ; aujourd'hui encore, l'on signale, 
dans le sud du Maroc, l'existence de Juifs qui sont de véritables 
serfs de la glèbe. — Quoi qu'il en soit, les Israélites, depuis fort 
longtemps, sont en nombre sur les rivages de Tripolitaine. C'est 
ce que montrent encore les noms de lieux. Un peu à l'Est de 
Leptis Magna, près de l'emplacement de Simnuana, un petit cap 
s'appelle Ras-el-Ihoudi, le « Promontoire des Juifs 5 ». Entre 
Iscina et la frontière du pays de Barca, une localité, qui cor- 
respond à la station antique de Presidio, porte encore le nom 
de Ie/ioudia, la « Juive » 6 . De l'autre côté de la frontière, en 
Cyrénaïque, la première ville qu'on rencontrait, Borion, ren- 
fermait beaucoup d'Israélites, au témoignage de Procope 7 . 
Depuis la petite Syrte, toute une série de colonies juives 
jalonnait le chemin des grandes communautés de Cyrène et 
d'Alexandrie. 

1 Jonas, iv, 6. 

2 Saint Augustin, JSpist.^ 71, 3, 5. 

3 Cazès, Revue des Etudes juives, t. XX, 1890, p. 78 et suiv. 

4 Tissot, Géographie comparée de la province romaine d'Afrique, t. II, p. 237. 
« Ibid., t. II,' p. 223. 

6 Tissot, ibid., t. II, p. 238. 

7 Procope, De aedific, VI, 2. 



8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

En Numidie, voici d'abord la communauté israélite d'Hippone, 
dont parle Augustin dans un de ses sermons 1 . A Cirta, l'on a 
trouvé plusieurs épitaphes de Juifs et de Juives-. A Henchir 
Fuara, dans le voisinage de Morsot, près de la route de Souk- 
Ahrras et Mdaourouch à Tebessa, une colonne de calcaire, ornée 
de chandeliers à sept branches, porte les mots : « [Deus Abr]a- 
ham, Deus Isac z ». Au Ksour el-Ghennaia, entre Lambèse et 
Diana, une pierre découpée à jour dessine une inscription qui se 
rapporte à un metuens ou prosélyte juif 4 . 

Les Maurétanies renfermaient d'importantes colonies d'Israé- 
lites. A Sitifis, sur deux épitaphes de femmes juives 3 , figure un 
certain M. Avilius Januarius, qui portait le titre de Paier sina- 
gogœ; ce qui prouve naturellement l'existence d'une synagogue 
dans cette ville 6 . De même, l'on a trouvé à Auzia (Aumale) l'épi— 
taphe d'un Juif 7 . A Tipasa, d'après la Passio sanctœ Salsœ, 
les Israélites construisirent une synagogue vers le milieu du 
iv e siècle; cette synagogue s'élevait au centre de la ville, sur la 
colline dite « des temples » qui s'avance dans la mer en forme de 
presqu'île; elle y avait remplacé le vieux sanctuaire du dragon, 
et elle fut remplacée à son tour par une basilique chrétienne s . A 
Caesarea (Cherchel) existait de même une synagogue ; les Acta 
Marcianœ mettent en scène un arehisynagogiis, nommé Buda- 
rius, et, avec lui, tout un groupe de Juifs 9 . Des Israélites s'étaient 



1 Saint Augustin, Sermo 196, 4 : « Duo gênera hominum hic sunt, Christiani et 
Judaei... Faciunt illud Judsei? » Ce sermon a été sûrement prononcé à Hippone : 
t Absens eram : sed, sicut comperi, per disciplinam christianorum presbyteri permoti, 
quibusdam dignam et ecclesiaslicam disciplinam dederunt... Ecce episcopus prœ- 
monet; moneo, praedico, denuntio... » (ibid., 196, 4.) 

2 Corpus inscript, lat., VIII, 7150; 7155; 7530 (= Additam., p. 965); 7710. 

3 Ibid., supplem., 16701. 

4 Ibid., 4321 = Additam., p. 956. 

5 Ibid., 8423; 8499. 

6 Une autre inscription de Sétif parait se rapporter à un juif converti (ibid., 8640). 
C'est du moins ce qui résulterait d'une nouvelle lecture de M. Gsell, qui, aux lignes 
7-8, a lu : € Q(tii) Mosattcs... Judeus ». Il s'agirait d'un juif, appelé Moïse, qui, 
devenu chrétien, aurait changé de nom. 

' Corpus inscript, lat., VIII, supplem., 20760. 

8 Passio sanctae Salsae, 3 : « Ubi enim dudum templa fuerant instituta gentilium, 
postmodum ibidem diabolus synagogam constituit Judatorum ; sed nunc meliore vice 
migravit ad Christum... » . 

9 Acta Marcianœ, 4 : « Subito de Budarii archisynagogi domo, quae in vicino 
fuerat, ab ejus filia vel filiis, vel aliquantorum Judatorum vocibus gravissima exacer- 
batur injuria.. . » Cf. ibid., 5-6. — Dans une épitaphe de Cherchel figure le nom de 
Martha, qui peut l'aire supposer une origine juive (Corpus inscript, lat., VIII, sup- 

plem., 21188). Il en est de même du nom àAsterius dans l'inscription de Yarea de 
Cherchel (ibid., VIII, 9585). Nous avons la preuve que ce nom à'Asterius ou Aster 
était commun chez les Israélites d'Afrique (ibid., VIII, 8499; 12457 e; P. Delatlre, 



LES COLONIES JUIVES DANS L'AFRIQUE ROMAINE 9 

établis jusqu'au centre de la Tingitane : on a découvert à Volubi- 
lis une inscription hébraïque, qui date des premiers siècles de 
notre ère, et que M. Philippe Berger traduit ainsi : « Matrona, 
fille du rabbin Iehoudah. Qu'elle se repose * ! » 

Nous avons signalé à Garthage, et dans quelques localités de 
Byzacène ou de Numidie, la présence de païens ou de chrétiens 
judaïsants. Notons encore qu'au iv° siècle la secte judaïsante des 
Cœlicolœ paraît avoir eu des ramifications dans une bonne partie 
de la Numidie et de la Proconsulaire 2 . Enfin, la propagande juive 
s'était exercée avec succès jusque chez les tribus berbères des 
Hauts -Plateaux et du désert. A l'arrivée des Arabes, nombre de 
ces tribus étaient affiliées au judaïsme, notamment en Tripoli- 
taine, dans l'Aurès et dans les Ksour : « Une partie des Ber- 
bères, dit Ibn-Khaldoun, professaient le judaïsme. . . Parmi les 
Berbères juifs, on distinguait les Djeraoua, tribu qui habitait 
l'Aurès, et à laquelle appartenait la Kahéna, femme qui fut tuée 
par les Arabes à l'époque des premières invasions. Les autres 
tribus juives étaient les Nefouça, Berbères de l'Ifrikia ; les Fen- 
delaoua, les Mediouna, les Behloula, les Ghiatha et les Fazaz, 
Berbères du Maghreb-el-Acsa 3 . » 

De tous ces faits l'on peut conclure que l'immigration juive a 
eu dans l'Afrique romaine beaucoup plus d'importance qu'on ne le 
croit généralement. Il y a eu des communautés israélites, ou des 
Juifs isolés, dans toutes les provinces africaines, surtout le long 
des côtes, mais aussi dans l'intérieur du pays, sur les Hauts- 
Plateaux, jusqu'aux confins du désert. On se rendra nettement 
compte de la répartition géographique de ces colonies juives 
d'après le tableau suivant, où nous distinguons les communautés 
proprement dites, les localités où l'on constate seulement 
l'existence de quelques Juifs, et celles où l'on rencontre des 
judaïsants : 

Gamart, p. 27) et d'Italie [Corpus inscript, lat., X, 1971 ; Ascoli, Iscrizioni greche, 
latine, cbraicke, di antiohi sepolcri giudaici del Napolitano, p. 21 et 52). 

1 Ph. Berger, Bull. arch. du Comité des trav. hislor., 1892, p. 64-66. 

* Saint Augustin, Epist. 44, 6, (13) ; Philastrius, Liber de haeres., 15. 

3 Ibn-Khaldoun, Histoire des Berbères, trad. de Slane (Alger, 1852-1856), t. I, 
p. 208. 



10 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



COLONIES JUIVES DANS L'AFRIQUE ROMAINE, 





PROVINCES. 


COMMUNAUTÉS 
JUIVES. 


JUIFS ISOLÉS 
(OU COMMUNAUTÉS?) 


JUDAÏSANTS. 






Proconsulaire (Zeu- 
gitane, Byzacène 
et Tripolitaine). 


Carthage (nécropole; 

des rabbins). 
Naro (synagogue). 
Utique (un archon), 
Oea. 
Locus Judaeorum 

Augusti. 


Simittu. 
Uzali (?) 
Hadrumète. 


Carthage. 
Thusurus. 
Henchir-Djouana (?) 
Berbères de Tripo- 
litaine. 




» 


Numidie. 


Hippo Regius. 


Cirta. 
Henchir Fuara. 


Ksour-el-Ghennaia . 
Berbères de PAurès . 






Maurétanies ( Siti— 
fîenne, Césarien- 
ne, Tiûgitane). 


Sitifis (synagogue). 

Caesarea (synago- 
gue). 

Tipasa (synagogue). 

Volubilis (un rab- 
bin). 


Auzia. 


Berbères des Ksour. 





II 



Les textes et documents anciens, qui nous renseignent avec 
assez de précision sur la répartition géographique des colonies 
juives en Afrique, ne nous fournissent que peu d'indications sur 
l'organisation de ces communautés. 

Quatre synagogues africaines, datant du temps des Romains, 
nous sont connues : l'une par des ruines et des inscriptions, celle 
de Naro l ; les trois autres par des textes, celles de Sitifis 2 , de 
Tipasa 3 , et de Caesarea 4 . 11 n'est pas douteux, d'ailleurs, que les 
Israélites aient eu en Afrique bien d'autres temples, dans les villes 
où ils formaient de véritables communautés, là surtout où nous 



1 Corpus inscript, lat., VIII, supplem., 12457, 
* 7^., VIII, 8499. 

3 Passio sanctae Salsae, 3. 

4 Acta Marcianae, 4. 



LES COLONIES JUIVES DANS L'AFRIQUE ROMAINE 11 

savons qu'ils avaient des magistrats ou des rabbins, à Carthage, à 
Utique, à Volubilis. Carthage nous révélera peut-être un jour les 
ruines d'une de ses synagogues ; en tout cas, la capitale de l'A- 
frique est déjà brillamment représentée, dans le domaine de l'ar- 
chéologie judaïque, par sa nécropole de Gamart. 

On relève aussi, dans ces communautés israélites de l'Afrique 
romaine, quelques noms et quelques titres de magistrats ou de 
docteurs. Un archon à Utique » : comme on sait, c'était le titre 
ordinaire du premier magistrat des communautés, du chef de 
l'administration. Un arcosinagogus, nommé Rusticus, à Naro 2 , 
et un archisynagogns, nommé Budarius, â Caesarea 3 : ce titre, 
quand il n'était pas simplement honorifique, désignait le chef de 
la synagogue, peut-être le grand rabbin, parfois Yarchon. Un 
pater sinagogœ, du nom de M. Avilius Januarius, à Sitifis 4 : 
c'était, semble-t-il, un titre d'honn >ur. Plusieurs rabbins à Car- 
thage; le rabbin Jucla, à Volubilis 5 ; probablement, d'autres 
docteurs à Œa°. — Toutes ces fonctions et tous ces titres se 
retrouvent dans les anciennes communautés israélites des autres 
provinces de l'Empire, notamment en Italie 7 . Il est donc fort 
probable que les colonies juives, dans l'Afrique romaine, avaient 
la même organisation que dans les autres pays d'Occident. 

Quant à la disposition matérielle des synagogues et des cime- 
tières, nous la connaissons en partie par des découvertes ou 
explorations archéologiques qui datent de ces vingt dernières 
années. Nous en pouvons juger par la synagogue de Naro et la 
nécropole juive de Garthage. 

La synagogue dite « de Naro s » a été découverte en 1883, sur 
la plage d'Hammam-Lif, au pied du Djebel-bou-Kourneïn 9 . Les 
ruines en sont aujourd'hui fort endommagées. Mais on a pu en 

1 Corpus inscript, lat., VIII, 1205 = Additam;, p. 931. 

* Ibid., VIII, supplem., 12457 b. 
3 Acta Marcianae, 4. 

* Corpus inscript. lat. t VIII, 8499. 

5 Ph. Berger, Bull. arch. du Comité' des trav. histor,, 1892, p. 64. 

6 Saint Augustin, Epist., 71, 3, 5. 

7 Cf. Th. Reinach, article Judaei dans le Dictionnaire des Antiquités de Saglio, 
p, 624 et suiv. 

8 Le nom ancien de cette localité nous est connu par les inscriptions trouvées dans 
la synagogue : « Synagoga [m] Naron [itanam]... . (Corpus inscript. lat., VIII, sup- 
plem., 12457 a) — « servi tui a Narone » (ibid., 12457 c). 

9 Schlumberger, Rev. arch., 1883, t. I, p. 157 et suiv.; Renan, ibid., 1884, t. I 
p. 273 et suiv.; pi. V1I-X; Kaufmann, Revue des Etudes Juives, 1886, p. 46 et suiv. 
Th. Reinach, ibid., p. 217 et suiv.; de Rossi, Archives de l'Orient latin, t. II, p. 452 
Héron de Villefosse, Bull, des Antiquaires de France, 1895, p. 150; Cagnat, Gau- 
ckler et Sadoux, Les monuments historiques de la Tunisie, t. I (Temples païens, Paris, 
1898), p. 152 et suiv. 



12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

relever le plan; on a sauvé les inscriptions, qui sont au Musée du 
Bardo ' et une partie des mosaïques, qui ont été depuis trans- 
portées à Toulouse -. 

L'ensemble des constructions connues formait un carré presque 
régulier, d'environ vingt mètres de côté. Il existait, semble-t-il, 
une entrée secondaire au milieu du côté Sud-Est, à l'extrémité 
d'un long couloir, et une porte de dégagement dans le côté Nord- 
Ouest. Mais la façade principale, précédée d'une cour extérieure, 
était au Sud-Ouest. Cette façade était ornée de deux colonnes, qui 
soutenaient sans doute un fronton. La porte monumentale donnait 
accès à un portique, qui était flanqué, à droite, d'un long mur 
plein, à gauche, de deux petites chambres. Par ce portique, on 
gagnait un vestibule rectangulaire, de même largeur, mais moins 
profond. A gauche du vestibule, une petite porte conduisait à une 
chambre. En face de l'entrée monumentale, une large porte faisait 
communiquer le vestibule avec le sanctuaire. Sur le seuil, une 
inscription rappelait les noms des donateurs qui avaient fait les 
frais du pavage en mosaïque : « Asterius, filius Rustici arcosi- 
nagogi, Margarita, Riddei (filia), partem portici tesselavit 3 . » 

Le sanctuaire proprement dit était un rectangle allongé, d'en- 
viron 10 mètres sur 6 mètres de côté. Il présentait, à l'Ouest, une 
niche arrondie, qui rappelle le mihrab des mosquées. Le sol était 
entièrement couvert d'une mosaïque, divisée dans le sens de la 
largeur en trois champs de dimensions différentes. Près de 
l'entrée, et au fond, étaient représentés des oiseaux, des quadru- 
pèdes, des fleurs, des fruits, encadrés par des rinceaux. La mo- 
saïque du milieu, plus étendue à elle seule que les deux autres, 
était partagée elle-même en trois compartiments disposés en sens 
inverse, c'est-à-dire en longueur, et s'étageant devant la niche. 
En haut, l'on voyait un paysage maritime, des poissons, des 
oiseaux aquatiques. En bas, c'était un paysage terrestre, des 
palmiers ombrageant un cratère, et, sur les anses du cratère, 
deux paons affrontés. Dans le compartiment du milieu, une dé- 
dicace, encadrée d'un cartouche à queues d'aronde, entre deux 
chandeliers à sept branches et d'autres instruments liturgiques, 
apprenait aux dévots ou aux visiteurs que le sanctuaire avait 
été pavé en mosaïque aux frais d'une dame nommée Juliana : 

1 La Blanchère et Gauckler, Catalogue du Musée Al aoui, A. 15-18 (p. 12); Corpus 
inscript, lat., VIII, supplem., 12457. 

s Héron de Villel'osse, Bull, des Antiquaires de France, 1895, p. 150 et suiv. 

3 Corpus inscript, lat., VIII, supplem., 12457 b. — Nous donnons le texte de ces 
inscriptions de Naro d'après la dernière recension, faite en 1898 pa? MM. Gagnât et 
Gauckler (Temples païens, p. 152 et suiv.). 



LES COLONIES JUIVES DANS L'AFRIQUE ROMAINE 13 

« Sancta(m) Sinagoga(m) Naron(itanam) pro salutem suam an- 
cilla tua Juliana p(uella) de suo proprium teselavit *. » 

Au Nord-Ouest du sanctuaire, mais sans communication avec 
lui, derrière la niche, s'étendait une grande chambre rectangu- 
laire, tournée vers l'extérieur. Dans l'angle Sud-Est du sanctuaire 
s'ouvrait un long couloir, qui donnait accès à plusieurs salles, deux 
à gauche, trois à droite. Dans le mur Est, en face de la niche, 
étaient percées trois portes, qui menaient à autant de chambres. 
La première de ces chambres servait de dépôt pour les instru- 
ments du culte et les livres sacrés, comme l'annonçait une in- 
scription encastrée dans la mosaïque du sol : « Instrumenta 
servi tui Nar(on)itanus ; — instrumenta servi tui a Narone 2 . » 

La synagogue proprement dite, abstraction faite des annexes, 
comprenait donc environ quinze pièces, groupées autour d'un por- 
tique d'entrée, d'un couloir transversal et du sanctuaire. La des- 
tination de la plupart des salles est inconnue. Beaucoup étaient 
ornées de mosaïques. Outre les tableaux que nous avons décrits, 
on a retrouvé bien des débris du pavage. La décoration était fort 
variée : chandeliers à sept branches; animaux divers, lions, 
hyènes, coqs, perdrix, pintades, canards, poissons; arbres et 
corbeilles de fruits ; un buste de jeune homme , aux longs 
cheveux, tenant sur l'épaule un bâton recourbé; un buste de 
femme casquée, portant une haste ; etc. Les donateurs avaient 
bien fait les choses. Par les motifs et les caractères de la déco- 
ration, la synagogue de Naro rappelle les villas africaines du 
temps de l'Empire. Elle paraît dater du 111 e ou du iv e siècle de 
notre ère. 

A défaut de synagogue, Garthage a conservé sa nécropole juive, 
située au Nord de la ville, près du hameau de Gamart, sur le 
revers des collines du Djebel-Khaoui. Signalée jadis par Falbe et 
Barth, puis fouillée partiellement par Davis, Beulé, Sainte-Marie 
et d'Hérisson, qui croyaient y rencontrer des tombeaux puniques, 
cette nécropole a été enfin identifiée de nos jours et systémati- 
quement explorée par le P. Delattre 3 . On y visite environ deux 
cents caveaux, creusés dans le calcaire, et semblables aux 
hypogées de Palestine, du moins à ceux de la dernière période, 
aux hypogées à loculi, dits « fours à cercueils. » On a constaté 
que les prescriptions talmudiques y ont été minutieusement 

1 Corpus inscript, lat., VIII, suppléât. , 12457 a. 

* Ibid., 12457 c. 

3 P. Delattre, Gamart ou la nécropole juive de Carthage, Lyon, 1895. — Cf. Corpus 
inscript. lat. y VIII, supplem., 14097-14114; de Vogué, Rev. Arch., 1889, t. I, p. 163 
et suiv. ; Babelon, Carthage t Paris, 1896, p. 175 et suiv. 



14 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

observées : dans les dimensions des caveaux, dans la profondeur 
des niches, dans le nombre et la disposition des lociili, trois au 
fond de la chambre, un à droite et un à gauche de l'entrée, deux 
rangées égales dans les deux parois latérales. Les épitaphes et les 
lampes juives trouvées dans les. fouilles, les débris d'inscriptions 
hébraïques, la représentation fréquente du chandelier à sept 
branches, ne permettent point de douter que ce cimetière soit 
celui de la communauté israélite. 

Extérieurement, sur l'emplacement de la nécropole, on n'aper- 
roit rien, sauf de nombreux trous circulaires ou carrés, qui ont 
été creusés dans le rocher. Ces trous, dont le diamètre ou le côté 
varie de m 30 à 1 mètre, et la profondeur de 1 mètre â m, 75, 
n'atteignent pas le plafond des chambres, et, par conséquent, ne 
peuvent être considérés comme des puits funéraires. On s'est 
demandé naturellement quelle était la raison d'être de ces fosses. 
Après bien des explications singulières, on est tenté d'admettre 
qu'on les a creusées simplement pour planter des arbres et assainir 
ou égayer le cimetière. 

On gagne l'entrée des caveaux par des escaliers ou des plans 
inclinés, d'orientation différente. Cette entrée, large de m 90, était 
fort simple; elle est quelquefois un peu cintrée au-dessus, mais, 
le plus souvent, rectangulaire. Elle était fermée soit par de gros 
moellons, soit par une dalle de pierre. 

L'intérieur des hypogées est légèrement pyramidal ; le plan est 
ordinairement rectangulaire. On compte presque toujours, dans 
chaque caveau, de 15 à 17 niches, dont une à droite de l'entrée, 
une autre à gauche, et trois au fond, cinq ou six dans chaque paroi 
latérale. Ces niches sont rectangulaires, profondes de 2 mètres, 
et larges de m 42 à m 50. 

Quelques hypogées présentent des dispositions exceptionnelles. 
Souvent il n'y a qu'une niche près de l'entrée ; quelquefois 
manquent les deux lociili voisins de la porte. Ailleurs, les niches des 
parois latérales ont été réunies deux par deux, ou trois par trois, 
sous des arceaux saillants que soutiennent des pilastres. Enfin, 
certains hypogées sont d'une forme toute particulière. L'un d'eux 
comprend deux compartiments et comme deux caveaux ; tout le 
pourtour, sauf l'un des côtés du couloir qui réunit les chambres, 
est percé de loculi, au nombre de 24. Un autre hypogée, étroit et 
long, ne présente pas de niches au fond ; mais il y en a huit dans 
chaque paroi latérale. Ces dispositions exceptionnelles ont été 
déterminées évidemment par des nécessités matérielles, la résis- 
tance du roc, le défaut de place dans un sens, surtout le voisinage 
de caveaux plus anciens. 



LES COLONIES JUIVES DANS L'AFRIQUE ROMAINE 15 

Les parois des hypogées étaient enduites d'un stuc fin et poli, 
très résistant, et d'une blancheur éclatante. Autour des niches, 
surtout au-dessous, on a relevé des inscriptions funéraires, 
gravées à la pointe, ou peintes en rouge sur le stuc; la plupart 
sont en latin, mais on a trouvé des traces de caractères 
hébraïques. 

Sauf des lampes, les caveaux paraissent n'avoir pas contenu de 
mobilier funéraire. Mais les murs étaient ordinairement décorés 
de dessins en relief ou de fresques : sujets symboliques, chande- 
liers â sept branches, oliviers, palmiers, vignes et vendangeurs, 
génies ailés, cavaliers, navires, bustes, le tout dans des cadres 
de rinceaux. 

Certains hypogées ont une ornementation plus riche ou mieux 
conservée. L'un d'eux présente beaucoup de traces d'une colora- 
tion rouge et verte; dans un angle du plafond, on distingue une 
corniche â festons, et un vase en forme de cratère. Dans un autre 
caveau, large de 2 m 25, long de4 ra 85, les murs étaient entièrement 
couverts d'un stuc travaillé en relief et peint : au-dessus des 
niches, une frise; deux cadres rectangulaires, larges de m 53, où 
l'on voit un cavalier, et un personnage armé d'un fouet, près d'un 
arbre; des panneaux de forme ovale, alternant avec les cadres; 
au fond, deux génies ailés, qui tiennent un médaillon où était sans 
doute un buste en relief. Un autre caveau était encore plus riche- 
ment décoré. Dans le plafond, on avait découpé quatre cadres 
rectangulaires et deux cadres circulaires qui enfermaient des 
sujets en relief. Entre les cadres, des génies ailés, portant des 
guirlandes. Aux angles, des palmettes et des branches de vigne. 
Au-dessus des niches, une curieuse frise, qui représente une scène 
de vendange : des hommes portant des amphores ; des tonneaux ; 
deux personnages, l'un à pied, l'autre à cheval, se dirigeant vers 
une femme qui est debout près d'une cuve. Tout cela, d'un joli 
ton, et vivement esquissé l . 

Le nombre des hypogées et le luxe de cette décoration attestent 
la prospérité de la colonie israélite de Carthage, et la richesse de 
quelques-unes des familles de cette colonie. Ornementation, noms 
et formules des épitaphes, rôle prédominant du latin dans ces 
inscriptions, tout prouve que la nécropole de Gamart date de 
l'époque romaine. 

1 P. Delattre, Gamart, p. 32 et suiv. 



16 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



III 



Quelques traits de l'histoire du judaïsme africain dans l'anti- 
quité nous sont connus soit directement, par les inscriptions et les 
documents archéologiques, soit indirectement, par des textes 
d'auteurs, à cause des polémiques et des querelles qui ont souvent 
mis aux prises les Juifs et les Chrétiens du pays. 

Comme nous l'avons dit, on ne sait rien de précis sur la période 
antérieure à la domination romaine. Il est vraisemblable que des 
Juifs étaient déjà établis dans la Cartilage punique ; mais on ne 
peut actuellement l'affirmer, en dépit des légendes ci-dessus men- 
tionnées. 

En revanche, nos informations sont précises et, sur plusieurs 
points, très explicites pour l'époque romaine. Les Juifs paraissent 
avoir été nombreux en Afrique dès le 11 e siècle de notre ère. Là, 
comme ailleurs, ils ont dû s'établir surtout après la destruction 
de Jérusalem par Titus, puis après la grande insurrection du 
temps d'Hadrien. Des prisonniers juifs semblent avoir été attachés 
comme colons ou serfs aux grands domaines impériaux de la 
contrée ; on ne peut guère s'expliquer autrement ce nom de 
Lochs Judaeorum Augusti, donné par la Table de Peutinger à 
la ville de Scina ou Iscina, en Tripolitaine. Tout porte à croire que 
telle a été l'origine de plusieurs des communautés israélites 
d'Afrique. 

Quoi qu'il en soit, dès le règne de Septime Sévère, la colonie 
juive de Carthage était importante et influente. Nous ne revien- 
drons pas sur les preuves tirées de l'archéologie ou de l'épigra- 
phie : la nécropole, les épitaphes ou les lampes juives, dont plu- 
sieurs paraissent dater de ce temps. Les témoignages deTertullien 
sont encore plus décisifs, parce qu'ils nous fournissent des don- 
nées chronologiques certaines 1 . Notons que la propagande juive 
était dès lors assez active à Carthage, comme à Rome 2 . Tertullien 
se moque de ces païens judaïsants qui « consacrent le jour de 
Saturne au repos et à la bonne chère, s'écartant eux-mêmes de la 
coutume juive, qu'ils ignorent 3 . » Et plusieurs des tablettes niagi- 

1 Tertullien, Apolog., 7 et 16; Ad nation., I, 14; Advers. Judaeos, 1 ; De coron., 4 ; 
Scorpiac, 10. 

2 Sur les judaïsants de Rome, cf. Horace, Sat., I, 9, 69; Ovide, Ars amat., I, 76; 
Sénèque, cité par Augustin, De civ. Dei, VI, 11; Perse, 5, 184; Suétone, Domit., 
12; Juvénal, 14, 96-100; 6, 543. 

3 Tertullien, Apolog., 16. 



LES COLONIES JUIVES DANS I/AFRIQUE ROMAINE 17 

ques trouvées à Cartilage semblent avoir été utilisées par des 
judaïsants *. 

Vers le même temps se sont constituées sans doute plusieurs 
des communautés israélites dont nous avons parlé : celles d'Uti- 
que, d'Hadrumète, de Sitifis, de Cirta, d'Auzia 2 . Remarquons, à 
ce propos, que bientôt Commodien partira en guerre contre les 
judaïsants 3 ; ce qui prouve qu'il en connaissait beaucoup autour 
de lui, et la présence de judaïsants implique celle de Juifs bien 
plus nombreux. 

En Afrique, comme dans la plupart des autres régions, c'est 
dans les synagogues que fut d'abord prêché l'Évangile et que la 
religion nouvelle trouva ses premiers prosélytes 4 . Nous en avons 
la preuve pour Carthage. A en juger par certaines épitaphes de 
Gamart, les premiers chrétiens de la ville furent inhumés dans la 
nécropole juive 5 . Le christianisme et le judaïsme vécurent donc 
d'abord en très bons termes. Mais les deux religions ne tardèrent 
pas à se séparer et à se regarder en ennemies, sans doute à la 
suite des progrès rapides du christianisme. 

Dès la fin du n° siècle, la rupture était faite entre l'Église et la 
Synagogue. En 197, Tertullien accusait nettement les Juifs d'ex- 
citer les païens contre les chrétiens, et cela, disait-il, « par 
jalousie 6 . » Il affirmait, un peu plus tard, que « les synagogues 
des Juifs » étaient « les sources des persécutions 7 ». Et, dès 
l'année 197, il en citait un bien curieux exemple. Vers le début 
du règne de Sévère, en un temps où recommençaient les vio- 
lences religieuses, un Juif, bestiaire ou valet à l'amphithéâtre, 
promenait dans les rues de Carthage une sorte de tableau, où il 
avait barbouillé une caricature du Christ. On y voyait un person- 
nage en toge, au pied fourchu, aux oreilles d'âne, qui tenait un 
livre en main. A côté, on lisait cette inscription : « Le Dieu des 
chrétiens, Onocoétès (qui couche avec les ânes) s . » — Dès lors, 
la lutte se poursuivit sans trêve entre les deux religions sœurs. 
Elle devait se terminer par la victoire de l'Église. Cette victoire 
est figurée, et comme symbolisée, par une très curieuse lampe 

1 Corpus inscript, lat., V III, supplem., 12509; 12511; P. Molinier, Mémoires de 
Antiquaires de France, t. LVIII, 1897, p. 212 et suiv. 
* Voyez plus haut, § 1. 

3 Commodien, Instruct.. I, 24 et 37. 

4 Duchesne, Origines du culte chrétien, 2» éd. (Paris, 1898), p. 6 et suiv. 

5 P. Delattre, Gamart,, p. 49; de Vogué, Rcv. arch., 1889, t. I, p. 163 et suiv.;- 
Babelcn, Carthage, p. 176 et suiv. 

6 Tertullien, Apolog., 7 : « Tôt hostes quot extranei, et quidem proprie ex aemnla- 
tione Judael. » 

7 Scorpiac, 10: « synagogas Judœorum, fontes persecutionum. » 

8 Ad nation., I, 14; Apolog., 16. 

T. XLIV, N° 87. 2 



18 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

chrétienne de Cartilage. On y voit le Christ debout, nimbé, vêtu 
d'une ample tunique plissée, qui foule aux pieds le serpent infer- 
nal et le frappe avec une longue croix ; au-dessous est représenté, 
mais renversé en signe de défaite, le chandelier à sept branches, 
type de la Synagogue *. 

Tertullien ne s'est pas contenté de se plaindre de l'animositédes 
Juifs ; il a mené contre eux une assez vive campagne. Dès ses 
premiers ouvrages, il parlait d'eux durement 2 . Dans plusieurs 
traités, il a raillé leur aveuglement et leurs malheurs, allant môme 
jusqu'à les injurier 3 . Il reprochait aux Juifs du temps de s'obsti- 
ner, de fermer les yeux à la lumière 4 . 11 disait que les Juifs, « en 
espérant seulement des biens terrestres, perdent les biens 
célestes 8 ». 

Enfin, entre 200 et 206, il a composé un traité spécial Contre 
les Juifs. Récemment, à Cartilage, s'était engagée publiquement 
une discussion entre un chrétien et un « prosélyte juif », c'est-â- 
dire un païen converti au judaïsme. Il s'agissait de savoir si les 
Gentils étaient exclus des promesses divines. Le Juif contestait 
ainsi la légitimité de la prédication chrétienne. Le public s'était 
passionné ; les assistants avaient pris parti pour l'un ou l'autre ; 
on s'était querellé jusqu'au soir, sans arriver à une solution G . 

Tertullien paraît avoir assisté à cette discussion. En tout cas, 
il crut devoir reprendre la question, et y consacrer tout un livre. 
La question, dit-il au début, semble tranchée par le fait seul que 
la thèse de l'exclusivisme juif a été défendue non par un Israélite 
de race, mais par un païen converti au judaïsme 7 . Puis il discute 
le problème en lui-même, et retourne contre le judaïsme les rai- 
sonnements qu'on opposait au christianisme: le peuple élu, ce 
sont désormais les chrétiens, et la Loi nouvelle s'ouvre à tous. 
Pour justifier cette thèse, l'auteur s'appuie sur un témoignage que 
ses adversaires ne pouvaient récuser : les textes de l'Ancien Tes- 
tament 8 . Il montre en terminant que l'aveuglement des Juifs vient 
de leur ambition et de leur orgueil; car ils rêvent toujours, et 
uniquement, de grandeurs terrestres 9 . 

Au cours de ces polémiques, Tertullien précisa ses idées sur les 

1 P. Delattre, Gamart^ p. 40-42; Musée de Carthage, III, p. 37, et pi. IX, 2. 

1 Tertullien, Apolog>, 21 ; Ad nation., I, 14. 

3 De baptism., 15 j De oratione, 14. 

* Advers. Marcion.^ V, 11. — Cf., iUd. t III, 7-8; 12-21; 23. 

5 De resurr. carn., 26. 

6 Advers. Judaeos, 1. 

7 Ibid., 1. 

8 Ibid., 2-13. 

9 Ibid., 14. 



LES COLONIES JUIVES DANS L'AFRIQUE ROMAINE 19 

rapports des deux religions. D'après sa comparaison pittoresque, 
le judaïsme était un sauvageon sur lequel avait été greffé le 
christianisme '. Donc le christianisme était sorti du judaïsme, 
mais pour s'en écarter aussitôt. Tertullien admet une évolution 
de la loi divine. L'Ancienne Loi était une loi provisoire, que Dieu 
se réservait d'améliorer et de changer 2 . Dieu l'a fait en envoyant 
le Messie. Les Israélites ont été reniés par lui. Aujourd'hui « dis- 
persés, errants, seuls, exilés loin de leur ciel, ils vont au hasard 
à travers le monde, sans homme ni dieu pour roi, sans qu'il leur 
soit permis, même à titre d'étrangers, de fouler et saluer du moins 
le sol de leur patrie 3 . » Désormais, le judaïsme est un étranger 
pour l'Église. Tertullien ne veut pas que le christianisme « se 
cache à l'ombre d'une religion fameuse, qui du moins est auto- 
risée 4 ». L'Église doit rejeter de l'Ancienne Loi tout ce qui a été 
condamné par le Christ et les apôtres 5 . La justice chrétienne 
doit « déborder par-dessus la justice des scribes et des phari- 
siens 6 ». 

Dans le courant du m e siècle, à l'exemple de Tertullien, mais 
généralement avec moins d'âpreté, les auteurs chrétiens d'Afrique 
ont renouvelé les escarmouches contre les Juifs. Minucius Félix 
est assez dur pour eux, mais il ne les attaque qu'en passant 7 . 
Cyprien les a spécialement visés dans le premier livre des Testi- 
monial composé vers le début de son épiscopat. Dans sa préface, 
il indique nettement l'objet de ce livre : « Je me suis efforcé, dit-il, 
de montrer que les Juifs, suivant les prédictions, se sont écartés 
de Dieu ; qu'ils ont perdu la protection du Seigneur, dès long- 
temps accordée et pour l'avenir promise à leur race ; qu'ils ont eu 
pour successeurs les chrétiens, fidèles au Seigneur, venus de 
toutes les nations et du monde entier s . » Il prouve la déchéance 
des Juifs et la vocation des Gentils par une série de vingt-quatre 
thèses, qu'il justifie par de nombreuses citations bibliques grou- 
pées en autant de chapitres. Très différentes de celles de Tertul- 
lien, les polémiques de Cyprien contre les Israélites n'ont rien de 
violent ni d'agressif. Sa plus grande malice consiste à les assimiler 
aux hérétiques 9 . Il maintient seulement contre eux la thèse chré- 

1 De testim. anim,, 5 : « Judaeorum . . . , in quorum oleastro insiti sumus. » 

2 Advers. Judaeos, 2. 

3 Apolpg.^ 21. — Cf. De praescripL kaeretic, 8; Advers. Judaeos^ 8; De pudicit., 8 

4 Apoloff., 21 : « Quasi sub umbraculo insignissimte religionis, certe licitae. » 

5 Ad uxor.) I, 2. 

6 De monogam., 7. 

7 Minucius Feiix, Octav., 33, 4-5. 

8 Saint Cyprien, Testimon., I, prooem 

9 De bono patient., 19. 



20 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tienne et la nécessité d'un retour à l'Église : « Le seul moyen pour 
les Juifs, dit-il, d'obtenir le pardon de leurs péchés, c'est de laver 
dans le baptême du Christ le sang du Christ tué par eux, c'est de 
passer à l'Eglise et d'obéir à ses préceptes ». » — En tout cas, les 
Juifs africains ne gardèrent pas rancune à l'évêque de Cartilage. 
Au contraire, suivant Augustin, ils vénéraient la mémoire de 
Cyprien, et des Juifs lettrés célébraient même avec les chrétiens 
son anniversaire 2 . 

Tout autre a été l'attitude de Commodien. On suppose que ce 
poète-évêque avait lui-même judaïsé, avant de se convertir au 
christianisme. Plus tard, dans ses deux poèmes, il a sans cesse 
attaqué Juifs et judaïsants ; ses railleries mordantes ont souvent 
une âpreté qui rappelle Tertullien et trahit une rancune. Il a 
dirigé contre les Juifs trois acrostiches de ses Instructiones 3 . On 
jugera du ton par cette apostrophe : « Toujours pervers, de tête 
dure et récalcitrants, vous ne voulez pas être vaincus ; aussi 
serez- vous déshérités. Isaïe a dit que vous aviez le cœur endurci. 
Tu vois la Loi, que Moïse a brisée dans sa colère. Et le même 
Seigneur lui a donné une seconde Loi. Il a mis son espérance en 
elle ; mais vous en ricanez dans votre orgueil. C'est pourquoi 
vous ne serez pas dignes du royaume céleste 4 . » Dans deux autres 
acrostiches, il s'est moqué des païens judaïsants : « Pourquoi, 
leur dit-il, pourquoi cours-tu à la synagogue, en te dédoublant? 
Est-ce pour gagner la miséricorde de Celui que tu nies volontai- 
rement? Puis, tu sors de là, et, de nouveau, tu cherches tes tem- 
ples : tu veux vivre entre les deux, mais ainsi tu périras s . » Et 
ailleurs : « Eh bien ! veux-tu donc être à moitié Juif, à moitié pro- 
fane? Mais ainsi tu n'échapperas pas, après ta mort, au jugement 
du Christ. Tu étais aveugle, et tu entres chez des aveugles, sot 
que tu es; aussi l'aveugle entraîne l'aveugle dans la fosse... 
Demande d'abord ce qui est ordonné dans la Loi ; eux-mêmes te 
diraient s'il est permis d'adorer les dieux... Si vous placez en 
eux votre espérance, vous vous trompez complètement, en ado- 
rant à la fois Dieu et les idoles °. » Outre ces attaques directes, 

1 Testimon., I, 24. — \JAppendiœ des œuvres de saint Cyprien contient trois opus- 
cules contre les Juifs. Mais aucun d'eux n'a rien à voir ici. Le De duobus montibus 
[Appendix du Cyprien de Hartel, p. 104) et le Adversus Judaeos [ibid., p. 133) pa- 
raissent êire de simples traductions du grec. Quant au De judaica incredulitate 
{ibid., p. 119), il est africain, mais date du temps des Vandales; et nous en parlerons 
plus loin. 

* Saint Augustin, Sermo 310, 1. 

3 Commodien, lustruct., I, 38-40. 

4 InstrucL, I, 38. 

5 Ibid., I, 24, 11-14. v 
« Ibid., I, 37, 1-4, 9-10, 21-22. 



LES COLONIES JUIVES DANS I/AFRIQUE ROMAINE 21 

l'auteur des Instructiones lance en passant bien des railleries à 
ses adversaires. Ainsi, un acrostiche sur l'Antéchrist se termine 
par ce trait: « En se rappelant leurs Écritures, les Juifs crient 
pareillement au Très-Haut qu'ils ont été trompés ' . » 

Le Carmen Apologeticum montre encore mieux la pensée de 
Commodien 2 . Il y est à peine question des païens. Le poème tout 
entier, même dans les parties où l'auteur semble exposer simple- 
ment la doctrine chrétienne, vise les Juifs, qui sont traqués et 
injuriés d'un bout à l'autre. Une longue digression, motivée par 
leur refus de reconnaître le Christ, est spécialement dirigée contre 
eux 3 . Le poète y raille leur aveuglement 4 , leur vaine prétention 
de se croire toujours le peuple élu 5 , leurs prescriptions relatives 
au bain 6 , leur propagande 7 , leurs infortunes s . Et toujours, à 
tout propos, il revient à la charge. 

Cette satire n'a rien d'abstrait ni de convenu. C'est bien aux 
Juifs de son temps et de son pays qu'en veut surtout Commodien. 
A propos de leur ingratitude d'autrefois envers le Dieu d'Israël, 
il affirme qu'ils n'ont pas changé : « Cette nation ingrate n'a pas 
voulu se soumettre au joug des bons préceptes; de plus en plus, 
elle se roulait et s'épanouissait dans son crime ancien. Et elle n'a 
jamais changé. Aujourd'hui encore^ elle reste la même; elle 
néglige Dieu et préfère les luxures du monde 9 . » Il reproche à ses 
contemporains de descendre des gens qui ont scié Isaïe, lapidé 
Jérémie, décapité Jean-Baptiste, étranglé Zacharie, crucifié le 
Christ 10 . » Il leur en veut d'appartenir à une race « trop entêtée 
et toujours rebelle 11 », une race « que n'a pu briser ni l'exil, ni la 
servitude même 12 », une race « déshonorée, cruelle, aveugle, 
orgueilleuse, qui devrait pleurer la mort du Christ, et qui y 
applaudit 13 ». — La rancune du poète poursuit les Juifs jusqu'à la 

1 Instruit.., I, 41, 19-20. 

2 Le poème, dans la plupart des éditions, a pour titre Carmen apologeticum adversus 
Judaeos et Génies ou Paganos. Ce titre, qui ne figure pas dans le manuscrit, et qui a 
été imaginé, par le premier éditeur, est d'ailleurs inexact. Le poème contient un 
exposé de la doctrine chrétienne, avec de longues digressions satiriques contre les 
Juifs. 

3 Commodien, Carmen apolog., 617-744 (éd. Dombart). 
* Ibid., 617-666. 

8 Ibid., 667-676. 

6 Ibid., 677-692. 

7 Ibid., 693-706. 

8 Ibid., 707-744. 

9 Carmen apolog., 199-202. 

10 Ibid., 221-224. 

11 Ibid., 261. 
" Ibid., 390. 

13 Ibid., 479-480. — Cf. ibid., 525 sqq. ; 539 sqq.; 707 sqq. 



22 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fin du monde. Dans son récit, ils font cause commune avec l'Anté- 
christ Néron et les païens ! ; ils déchaînent une terrible persécu- 
tion contre les chrétiens 2 . Je ne sais quel tour les Juifs avaient 
pu jouer à Commodien ; mais, évidemment, il voyait en eux des 
ennemis personnels. 

Dans la première moitié du iv e siècle, le judaïsme semble avoir 
été florissant en Afrique. A cette époque appartiennent, outre les 
communautés déjà mentionnées, les synagogues de Naro, de Cae- 
sarea, de Tipasa ; sans doute, aussi, le rabbin de Volubilis, et les 
rabbins carthaginois que mentionne le Talmud. Mais la guerre 
continuait entre les deux religions sœurs. Par exemple, nous 
savons que Lactance songeait à écrire un ouvrage spécial contre 
les Juifs 3 . 

En certaines villes, les Israélites se sentaient alors assez forts 
pour prendre l'offensive. Rien n'est plus significatif à cet égard 
que certains épisodes des Acta Marcianae. La scène se passe â 
Caesarea (Cherchel), en Maurétanie. La vierge Marciana, coupable 
d'avoir renversé une statue de Diane sur une place publique, avait 
été enfermée par ordre du juge dans une école de gladiateurs, qui 
était voisine de l'amphithéâtre. Tout près de là était la maison de 
Budarius, Yarchisynagogue. Un jour, Marciana fut injuriée par 
un groupe de Juifs, qui l'avaient aperçue des fenêtres ou des ter- 
rasses de cette maison. Alors elle eut comme une inspiration pro- 
phétique, et lança cette malédiction : « Que cette maison soit 
dévorée par le feu du ciel ! Et que jamais elle ne puisse être rebâ- 
tie ! Que les pierres mêmes de ces ruines entraînent à jamais la 
ruine de tous les édifices où on les placera 4 ! » Le jour du martyre, 
à l'amphithéâtre, Budarius et les Juifs excitèrent encore les païens 
contre Marciana 5 . Mais ils furent cruellement punis, si l'on en 
croit le chroniqueur : « Au moment où l'âme de la pieuse vierge 
sortit de son corps, à ce moment même, la maison du blasphéma- 
teur Budarius, avec tous ceux qui s'y trouvaient, fut dévorée par 
un feu divin. Souvent les Juifs ont tenté de reconstruire cette 
maison, et toujours elle est retombée en ruines. Et même, bien 
des gens qui avaient amassé des pierres pour cette construction, 
ont cru les porter bien plutôt pour leur sépulture. Aujourd'hui 
encore s'appesantit sur cette maison l'éternelle malédiction de la 

1 Carmen apolog., 835 sqq. 

2 Ibid., 847-860. 

3 Lactance, Divin. Instit., VII, 1, 26: « Sed erit nobis contra Judaeos separala 
materia, in qua illos erroris et sceleris revincemus. » 

4 Acta Marcianae, 4. 

5 Ibid., 5. 



LES COLONIES JUIVES DANS L'AFRIQUE ROMAINE 23 

martyre bienheureuse, malédiction qui doit durer â jamais 1 . » 

A Tipasa, Chrétiens et Juifs ont dû se quereller de même au 
iv e siècle. L'auteur de la Passio de sainte Salsa nous apprend 
qu'une synagogue y avait remplacé le sanctuaire du dragon, mais 
que cette synagogue avait été ensuite transformée en église *. 
Cette transformation ne s'était pas faite sans difficultés, et les 
Juifs n'avaient pas dû se laisser exproprier sans résistance. 

La situation des Israélites en face des Chrétiens était, d'ailleurs, 
bien changée depuis Constantin. Le christianisme l'emportait 
décidément ; après avoir été si longtemps persécuté, il devenait 
religion officielle et, naturellement, persécutrice. Nous n'avons 
point à parler ici des mesures communes à tout l'Empire, de toutes 
les constitutions impériales qui de plus en plus assimilèrent les 
Juifs aux hérétiques 3 . Nous mentionnerons seulement deux de 
ces constitutions, parce que, d'après le texte même, elles ont été 
affichées à Carthage, le 8 des Ides de Mai 336. L'une avait pour 
objet de protéger les Juifs convertis au christianisme contre les 
mauvais traitements de leurs anciens coreligionnaires 4 . L'autre 
défendait aux Juifs de circoncire leurs esclaves chrétiens s . — 
L'attitude nouvelle du pouvoir central rendit sans doute les 
Israélites plus prudents. Vers la fin du'iv e siècle, on nous dit 
qu'ils n'aimaient pas â donner leur avis sur des questions bibliques, 
pour éviter toute occasion de dispute avec les Chrétiens 6 . Et ils 
sont à peine mentionnés dans l'Afrique de ce temps 7 , tout absor- 
bée par les querelles entre Catholiques et Donatistes. • 

Saint Augustin, dans presque toutes ses œuvres, parle fréquem- 
ment des Juifs. Mais, ordinairement, il s'en tient aux lieux 
communs de la prédication, de l'exégèse ou de la polémique 
chrétiennes. Nous nous arrêterons seulement â ce qui intéresse 
spécialement l'histoire du judaïsme africain. 

"D'abord, saint Augustin nous fait connaître l'existence de plu- 
sieurs communautés israélites dont nous n'avions pas entendu 

1 Acta Marcianae, G. 

2 Passio sanctae Salsae, 3. 

3 Cf. Th. Reinach, article Judaei dans le Dictionnaire des Antiquité'* de Saglio. 
k Cod. Theorf., XVI, 8, 5 = Constit. Sirmond., 4 : « Eum, qui ex Judaeo chris- 

tianus factus est, inquietare Judaeos non liceat, vel aliqua pulsare injuria... P(ro)- 
p(osita) VIII. Id. Maii Karthagine, Nepotiano et Facundo coss. » 

s Cod. Theod., XVI, 9, 1 =. Constit. Sirmond., 4 : * Si quis Judaeorum chris- 
tianum mancipium vel cujuslibet alterius seclae mercatus circumciderit, minime in 
servitute retineat circumcisum, sed libertatis privilegiis, qui hoc sustinuerit, po- 
tiatur... P(ro)p(osita) VIII. Id. Maii Karthagine, Nepotiano et Facundo coss. » 

6 Saint Jérôme, Epist. 112 ad Augustinum. 

7 Cf. saint Optât, De schism. Donat., III, 10; V, 1; V, 3 : « Si Judaeus, inimicus 
est christiani baptismatis. > 



24 REVUE DES ETUDES JUIVES 

parler jusque-là ; dans sa ville épiscopale, à Hippone ■ ; à Simittu 
(Chemtou) - ; dans la cité d'Oea, en Tripolitaine 3 . Il nous apprend 
qu'à Thusurus (Tozeur), sur les bords du lac Triton, on comptait 
beaucoup de judaïsants *. Il nous parle aussi de la secte judaïsante 
des Caelicolae, qui paraît avoir recruté alors beaucoup de prosé- 
lytes en Numidie et en Proconsulaire. L'évêque d'Hippone invita 
Y Ancien des Caelicolae à une conférence contradictoire ; mais 
nous ne savons comment fut accueillie cette proposition 5 . Cette 
secte bizarre paraît avoir mêlé à des idées chrétiennes et juives 
de vieilles superstitions païennes ; peut-être même rendait-elle 
un culte à la Déesse Céleste de Cartilage G . 

Non content de discuter avec les judaïsants, Augustin a visé 
les Juifs eux-mêmes dans un traité spécial, le Tractatus adver- 
sas Judaeos 7 . Il y peint d'abord l'aveuglement des Juifs s . Il en- 
treprend ensuite de prouver que l'Ancien Testament annonçait le 
christianisme, et que ses préceptes sont mieux observés par les 
Chrétiens 9 ; que le changement de l'Ancienne Loi a été prédit par 
les Psaumes et réalisé par le Christ 10 ; que les Juifs interprètent 
mal certaines prophéties li . En terminant, il invite ses adversaires 
à se convertir 12 . 

En lui-même, cet opuscule ne contient rien de très neuf. Il est 
intéressant, néanmoins, et assez vivant, parce que l'auteur y vise 
des contradicteurs bien connus de lui et répond à des objections 
précises. Par exemple, à propos de certains passages des Psaumes: 
« Quand les Juifs, dit-il, entendent cela, ils répondent, la tète 
haute : C'est nous, c'est de nous que cela a été dit, c'est à nous 
que cela a été dit, car c'est nous qui sommes Israël, le peuple de 
Dieu, nous nous reconnaissons dans les paroles de Dieu... — 
Allez maintenant, ô Israélites selon la chair, et non selon l'Esprit ; 

1 Saint Augustin, Sermo 196,4. 

2 Appendix des Sermons de saint Augustin, sermo 17, 9. — Patrol. lat. de Migne, 
t. XLVI, p. 881. 

3 Saint Augustin, Epist., 71, 3, 5. 

* Ibid., 196, 1, 4 (14-16). 

5 Ibid., 44, 6 (13) : « Jam enim miseramus ad Majorem Caelicolarum, quein au- 
dieramus novi apud eos baptismi institutorem exstitisse et multos illo sacrilegio se- 
duxisse, ut cum illo, quantum ipsius temporis patiebantur angustiae, aliquid loque- 
remur. » 

• Philastrius, Liber de haeres., 15 : t Haeresis de Fortuna Caeli. Alia est haeresis 
in Judaeis, quae Reginam quam et Fortunam Caeli nuncupant, quam et Caelestem 
vocant in Africa, eique sacrificia otFerre non dubitabant. » 

7 Patrol. lat. de Migne, t. XLII, p. 51-64. 

8 Advers. Judaeos, 1. 

9 Ibid., 2. 

10 Ibid., 3-6. 
" Ibid., 7-9. 

11 Ibid., 10. 



LES COLONIES JUIVES DANS L'AFRIQUE ROMAINE 25 

allez maintenant, et osez contredire encore la vérité la plus évi- 
dente. Quand vous entendez ces mots : Venite, ascendamus in 
montem Domini, et in domum Dri Jacob, alors dites : C'est nous. 
Mais, comme des aveugles, vous vous heurterez contre la monta- 
gne, vous vous briserez la face et vous vous meurtrirez le front. 
Si vous voulez en toute vérité dire : C'est nous, — alors dites-le, 
quand vous entendez ces mots : Ab tniquitatibus populi mei duc- 
tus est ad mortem. Car cela a été dit du Christ, que vous, dans 
vos parents, vous avez conduit à la mort. . . Mais vous êtes à ce 
point aveugles que vous voulez vous reconnaître là où vous n'êtes 
pas, et que vous ne vous reconnaissez pas là où vous êtes *. » 

L'évêqùe ne veut point désespérer de la conversion des Juifs 
qui l'entourent : « Pendant bien longtemps, leur dit-il, vous n'avez 
pas cru, et vous nous avez contredits. Mais vous n'avez pas péri 
encore, parce que vous n'êtes pas encore sortis de votre corps; 
maintenant vous avez du temps pour vous repentir, maintenant 
venez à nous. Sans doute, vous auriez dû le faire depuis long- 
temps ; néanmoins, venez à nous maintenant; les jours ne sont 
point encore finis, pour celui dont n'est pas venu encore le dernier 
jour 2 . » On voit pourtant, par les derniers mots de sa pérorai- 
son 3 , qu'il ne se faisait guère d'illusions sur l'accueil réservé à ses 
pressants appels. Il se consolait à la pensée que les Juifs devaient 
se convertir et se réconcilier avec les Chrétiens avant le jugement 
dernier 4 . 

On trouve, à la suite des œuvres de saint Augustin, un opus- 
cule qui parait d'origine africaine, et qui est intitulé Dialogue 
sur la querelle de V Église et de la Synagogue 5 . Malheureuse- 
ment, le titre promet plus que ne donne l'auteur. L'opuscule est 
médiocre et ne contient guère que les lieux communs tradition- 
nels. D'après les allusions aux rescrits impériaux, il doit dater du 
commencement du v e siècle. Mais il n'a d'autre intérêt que de 
montrer, autour d'Augustin, la persistance des polémiques entre 
les deux religions. 

Nous savons peu de chose sur la situation du judaïsme africain 
au temps des Vandales et sous la domination byzantine. Les 
polémistes du v e et du vi e siècle, Victor de Vita, Fulgence de 
Ruspae, Facundus, Primasius d'Hadrumète, Junilius, Ferrandus, 

1 Advers. Judaeos, 7, 9-10. 

* Ibid., 8, 11. 

3 Ibid., 10, 15. 

* De civ. Dei, XX, 29. 

5 De altercatione Ecclesiae et Synagogae dialogus, dans la Patrol. lai. de Migne, 
Appendice des œuvres de saint Augustin (t. VIII, p. 1131). 



26 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Victor de Tunnima, Liberatus et d'autres, mentionnent assez 
fréquemment les Juifs, mais presque toujours en termes généraux, 
pour traiter les lieux communs de l'apologétique ou de l'exégèse 
chrétiennes sur les rapports du christianisme et du judaïsme. 
A peine relève-t-on quelques traits qui disent plus particulière- 
ment les Israélites du temps. Victor de Vita écrit, par exemple : 
« Ne nous laissons pas émouvoir par le scandale des Juifs, qui 
nient le Fils de Dieu, qui n'adorent pas l'Esprit saint 1 . » Voco- 
nius, évêque de Castellum en Maurétanie, avait écrit contre les 
Juifs °- . 

De la fin du v e siècle date l'opuscule intitulé Ad Vigilium épis- 
copwn de judaica incrediditate , et dédié à Vigilius, évêque de 
Thapsus, par un certain Celsus 3 . C'est une lettre assez longue, 
qui servait de préface à une traduction latine du Dialogue entre 
Jason et Papiskos sur le Christ, composé en grec par Ariston de 
Pella vers le milieu du 11 e siècle 4 . Au début de sa préface, 
l'auteur s'indigne contre l'entêtement des Juifs. Il les trouve 
encore plus endurcis que les païens : « Je m'aperçois, dit-il, que 
la folie du peuple juif résiste plus encore au nom du Seigneur, 
même aujourd'hui, avec une obstination endurcie et l'iniquité 
qu'ils ont héritée de leurs pères. . . Elle se maintient et elle dure 
encore et, je pense, elle durera toujours jusque dans leur der- 
nière postérité, la perfidie sacrilège et innée de leurs pères. For- 
tifiée pour la haine du nom du Seigneur par la folie de l'incré- 
dulité, elle ne peut être amenée à connaître la vérité, ni être 
instruite pour la crainte de Dieu, ni convaincue par ses propres 
enseignements. . . 5 » 

Ces rares témoignages prouvent seulement que les Israélites 
étaient encore en nombre dans l'Afrique des Vandales. Nous 
sommes un peu mieux renseignés sur la condition des Juifs dans 
l'Afrique byzantine. Les Grecs libérateurs s'étaient présentés 
moins en défenseurs des Romains contre les Barbares, qu'en 
défenseurs de l'orthodoxie contre l'arianisme. Aussi Justinien 
mit-il immédiatement le pouvoir civil au service des rancunes de 
l'Église. Tous les dissidents furent cruellement frappés. En vertu 
des édits de 535, les Juifs, assimilés aux ariens, aux donatistes 
et aux païens, furent exclus de toutes les charges publiques, et ne 

1 Victor de Vita, Persec. VandaL, 11,23, 100 (éd. Halm). — Cf. ibid., II, 17, 51 ; 
III, 20, 70. 

2 Gennadius, De vir. ill., 78. 

3 Ad Vigilium episcopum de Htdaica incredulitate, 10 {Appendix du Cyprien de 
Hartel, p. 119 sqq.). 

* Ibid., 8. 
5 Ibid., 1. 



LES COLONIES JUIVES DANS L'AFRIQUE ROMAINE 27 

purent avoir des esclaves chrétiens ; leurs synagogues furent 
transformées en églises ; leur culte fut proscrit, et toutes réunions 
leur furent interdites * . Sur l'ordre de l'empereur, on convertit de 
force les Juifs de Borion, sur la frontière de Cyrénaïque 2 , et pro- 
bablement ceux d'autres communautés. Un peu plus tard, Ferran- 
dus, diacre de l'église de Garthage, insérait dans son recueil 
de règlements ecclésiastiques plusieurs canons des conciles qui 
visaient les Juifs ou les judaïsants 3 . 

Cependant l'administration byzantine se relâcha peu à peu de 
ces rigueurs. Vers la fin du vi 6 siècle, l'empereur Maurice interdit 
de convertir les Juifs de force et leur fit rendre leurs synago- 
gues, en leur défendant seulement d'en construire de nouvelles 4 . 
Le pape Grégoire le Grand donnait lui-même l'exemple d'une 
large tolérance et intervenait en faveur des communautés israé- 
lites de différentes provinces, notamment de Sicile et de Sar- 
daigne 5 . Nul doute que le pa'pe n'ait envoyé les mêmes instruc- 
tions aux évoques africains, et que ces instructions n'aient été 
suivies. 

Les persécutions de Justinien avaient eu une conséquence 
imprévue : elles avaient contribué à l'expansion du judaïsme 
africain. Traqués dans le pays romain, ou même expulsés, beau- 
coup de Juifs s'étaient réfugiés chez les Berbères des massifs 
montagneux ou du désert ; et, là, ils avaient repris leur propa- 
gande. Si bien qu'à l'arrivée des Arabes, nombre de tribus ber- 
bères étaient plus ou moins gagnées au judaïsme, surtout en 
Tripolitaine, dans l'Aurès et dans les ksour du Sahara 6 . 

Sous la domination arabe, les Israélites du nord de l'Afrique 
eurent des communautés florissantes ; on connaît surtout celles 
de Tunis, de Kairouan, de Gonstantine, de Bougie, d'Alger, de 
Miliana, de Tenez, d'Oran, de Tlemcen, de Tanger et de Fez. 
D'après les chroniqueurs, les Israélites étaient presque seuls alors 

1 Justinien, Novell., XXXVII, 5; 7-8. — Cf. Diehl, L'Afrique byzantine, Paris, 
1896, p. 40. 

1 Procope, De aedific, VI, 2. 

3 Ferrandus, Breviatio canonum, n. 69; 185-186; 196 [Patrol, lat. de Migne, t. 
LXXXV11I, p. 822; 827-828). 

* « Sicut legalis definitio Judœos novas non patitur erigere synagogas, ita quoque 
eos sine inquietudine veteres habere permittit. » (Grégoire-le-Grand, Epist., IX, 195 
— edit. Ewald et Hartmann, Berlin, 1891-1893, dans les Monumenta Germania 
historica). — Cf. ibid., VIII, 25 : « Sicut Judaeis non débet esse licentia quicquam 
in synagogis suis ultra quam permissum est lege praesumere,ita in his quœ eis con- 
cessa sunt nullum debent praejudicium sustinere. » 

« Ibid., VIII, 25; IX, 38 et 195. 

6 Ibn-Khaldoun, Histoire des Berbères, trad. de Slane, t. I, p. 208-209; Fournel, 
Les Berbers, t. I, p. 217; Diebl, L'Afrique byzantine, p. 328-329. 



28 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à exercer les divers métiers, et le commerce de l'Afrique avec 
l'Espagne était entièrement entre leurs mains. Leurs écoles de 
Kairouan et de Fez étaient célèbres. Ils eurent alors des docteurs 
renommés : à Kairouan, Isaac Israeli, Jacob ben Nissim, Huschiel, 
Hananel ; à Fez, Moïse et Isaac Alfasi ; plus tard, à Tunis, 
Abraham Zacuto, Léon l'Africain et bien d'autres. Natronaï ben 
Habibaï quitta Babylone pour l'Afrique, et Moïse Maïmonide, 
fuyant l'Espagne, se fixa quelque temps à Fez. Pendant plusieurs 
siècles, surtout du vm e au x e , le nord de l'Afrique fut un des 
principaux centres du monde israélite ' . 

Depuis le xn e siècle, l'élément juif a été renforcé dans la région 
par de nombreuses immigrations. Au xn e siècle, pendant que les 
Almohades, venus d'Afrique, dévastaient l'Espagne, des milliers 
de Juifs espagnols se réfugièrent en Afrique. Depuis le xv e siècle, 
à bien des reprises, se sont établis dans la contrée, des Juifs 
arrivés d'Espagne, de Portugal, du midi de la France, d'Italie ou 
d'Orient. La population israélite actuelle de la Tripolitaine, de la 
Tunisie, de l'Algérie, du Maroc et du désert, est donc d'origine 
très mêlée ; mais une partie descend certainement des Israélites 
établis dans le pays au temps de l'Empire romain, puisqu'on peut 
suivre l'histoire du judaïsme africain depuis le 11 e siècle jusqu'à 
nos jours. 

Paul Monceaux. 

1 Cf. The Jewish Encyclopedia, t. I, p. 227, 



CONTRIBUTIONS 



A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 



ET DES PAYS VOISINS 



(SUITE *) 



E. La côte phénicienne. 

La collection d'El-Araarna renferme une cinquantaine de ta- 
blettes adressées au Roi par Rib-Addi de Byblos ; c'est là une 
mine précieuse pour la géographie de la Phénicie. 

Le nom qui revient le plus souvent, après celui de Gebal (By- 
blos), dont la position est bien connue, est celui de Tsoumouri, la 
Sijxupa de Ptolémée, située au sud du fleuve 'EXsuGspoç 2 , frontière 
de la Cassiotide et de la Phénicie, le Simirra de Tiglath-Piléser III. 

Elle était assise au bord de la mer et avait des vaisseaux : « Vois 
Tsoumoura : comme un oiseau pris dans le filet, ainsi est Tsou- 
moura. Les fils d'Abdachirta du côté de terre et les gens d'Arvad 
de la mer jour et nuit... » (84); « les vaisseaux de Tsoumoura, 
de Birouta, de Zidouna » (81). Son site ne saurait donc être 
Shoum-ra de la carte du Liban; il doit être cherché sur la plage 
voisine. 

La côte entre Gebal et Tsoumoura était très peuplée : « Je ne 
puis pas marcher sur Tsoumoura, écrit Rib-Addi: Ambi, Ghigata, 
Oullaza, Jada sont soulevés contre moi » (86). 

1 Voir Revue des Études juives, t. XXXV, p. 185 et t. XLIII, p. 161. 

* Aujourd'hui Nahr el-Kebir. Movers [Phœnicier, I, p. 666) voulait rattacher ce nom 
à celui de Kabyres. On sait, d'autre part, que Beitgibrm (Betogabra) a porté le nom 
d'Eleuthéropolis, et il est curieux de lire dans le commeutaire d'Abdias par saint 
Jérôme : in fiuibus est 'EXsuôspOTtoXsto;, ubi ante habitaveraat Horrei qui interpre- 
tantur liberi, unde ipsa urbs postea sortita vocabulum est. 



30 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Oullaza est plus particulièrement associé à Tsoumoura : « Que 
le Roi lui demande si je ne garde pas Tsoumoura et Oullaza » 
(38); « ils ont pris Oullaza; si tu tardes dans ces conjonctures, ils 
finiront par s'emparer de Tsoumoura » (86) ; a vois Tsoumoura 
et Oullaza » (119) ; « Tsoumoura, Oullaza » (75). Oullaza doit 
donc être cherché dans le voisinage immédiat de Tsoumoura : le 
site d'Ard Arthousi (l'Artésie des Croisés, Ortosias de la carte de 
Peutinger à XII m. de Tripoli, 'Opôaxnàç d'Hiéroclès, 'Opôwaia de 
Ptolémée, Orthosia de Pline) à l'embouchure du Nahr el Bered 
(mutatio Bruttus de l'Itinéraire d'Antonin à XII m. de Tripoli) 
conviendrait parfaitement. 

Ambi et Ghigata sont également presque constamment associés : 
« Placez-vous à Chigata jusqu'à la sortie des troupes, afin qu'il ne 
réunisse pas tous les GAS et ne prenne pas Ghigata et Ambi » (54); 
« et maintenant il a réuni tous les GAS contre Chigata et Ambi et 
ils ont pris. . . ces deux villes » (56) ; « pourquoi négliges-tu Tsou- 
moura? car tout le pays passe à Azirou de Gebal, à Ougarit; la dé- 
fection s'étend à Chigata et Ambi. Vois, il a amené des vaisseaux... 
devant Ambi et Chigata, et il n'est pas possible de ravitailler Tsou- 
moura » (123). Les deux localités étaient donc voisines et sur le 
bord de la mer. L'une est incontestablement Enfé — Anf el Hadjar 
d'Edrisi, Nephyn, Nefin ou Niffin des Croisés et des portulants — , 
l'autre se retrouve à faible distance du village de Chakka. 

Les tablettes parlent également à maintes reprises de Birou- 
nou : « Depuis que la bande d'Abdachirta s'est saisie de la ville 
Maar ». . ., ils cherchent à conquérir le pays de Gebal et la ville 
de Birounou. . . Les deux villes qui me restent, ils essaient de les 
soustraire à la main du Roi » (60) ; « il ne me reste que deux 
villes. . . et vois, maintenant, je suis dansBirouna » (62) ; « toutes 
villes en son pouvoir, Birouna reste, et il cherche à la conqué- 
rir » (63) ; « Gebal et Birouna me restent » (64). Ces passages as- 
signent à Birounou un site plus rapproché de Byblos que les loca- 
lités précédentes. Ce ne peut être Beyrout, Biroutou ; c'est sans 
nul doute Batroun, le Boutron des Croisés, Botrum de Burchard, 
Boterim de Wilbrand, Bdcrrpuç d'Hiéroclès , la mutatio Bruttos 
alia de l'Itinéraire d'Antonin à XII m. d'Alcobile (Djebeil), Botrus 
de la carte de Peutinger à XII m. de Biblos, Boxpuç d'Etienne de 
Bysance, de Ptolémée et de Polybe, BoVrspa de Strabon, Botrys de 
Pline et de Mêla. 

Dans les environs de Tsoumoura se trouvait Irqata : « Tsou- 
moura et Irqata sont restés au rabou. Que le Roi, mon Seigneur, 

1 Site inconnu. 



CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 31 

envoie des troupes de garnison à Tsoumoura et à'Irqata » (78). 
C'est manifestement l'Arachas ou Archas des Croisés, l'Erek 
d'Aboulféda, la Mansio Archas de l'Itinéraire d'Antonin, 'Apxau 
d'Hieroclès, "Apxv) d'Etienne de Byzance, "Apxa de Ptolémée, 
Arqaa des inscriptions assyriennes, aujourd'hui Tell e Arqa. 

Irqata eut à souffrir de l'hostilité de la ville de Chaankou : ses 
habitants s'en plaignent dans la tablette 122. Chankou correspond 
peut-être à l'oppidum Synochum ou Syn que le moine Burchard 
place à une demi-lieue à l'est du château d'Arachas sur le bord de 
la plaine. 

Une localité qui paraît avoir été en rapport avec Tsoumoura 
et Irqata est Chikhlali (126). On n'en connaît pas plus le site que 
celui de Ouch. . . (126), que l'on trouve associé à Tsoumoura. 

Au groupe Ambi-Chigata, il faut rattacher Jikhlia et Ardata : 
« Sache le Roi, mon Seigneur, que Boumaboula, fils d'Abdachirta 
est entré de vive force dans Oullaza, Ardata, Jikhlia, Ambi, Chi- 
gata, toutes ces villes lui appartiennent» (86). Jikhlia peut-il être 
retrouvé dans un tertre du nom de Montecuculli situé au sud- est 
de Tripoli et au bord de la mer *, on n'oserait l'affirmer. Ardata, 
par contre, répond incontestablement à la localité d'Ardât. 

Dans le voisinage de Chagata se trouvait Ammia, aujourd'hui 
Amioun : « Abdachirta s'est maintenant emparé de Chigata, et il a 
dit aux gens d'Ammia : tuez vos seigneurs et faites comme nous, 
alors vous aurez le repos, et ils ont agi d'après ces paroles » (55). 
Ammia est l'Ammi de la tablette 64. 

A la suite de ce mouvement révolutionnaire, Abdachirta écrivit 
aux gens de Bit-Ninib : « Rassemblez-vo^s et nous tomberons sur 
Gebab » (55). Aucune localité de la région ne rappelle le dieu ba- 
bylonien ; il est naturel de supposer que son culte a été effacé par 
un autre culte, ce qui appelle l'attention sur la localité Deir 
Ba'achtar, voisine d'Amioun, et surtout sur la localité de Deir 
Bechtoûdâr, plus rapprochée de Djebeil. 

Ardata et Ammia avaient comme Irqata un roi : « Vois Azirou, 
Adouna, le roi d'Irqata, il l'a tué. Le roi d'Ammia et le roi d'Ar- 
data et le rabou, il les a tués et pris leurs villes » (119). 

« Vois la conduite d'Azirou envers le Roi, il a tué le roi d'Am- 
mia et le roi d'Ardata et le roi de Nii » (120). 

Nii doit être cherché dans l'intérieur des terres : « Si ses gens 
et chars (du Roi) tardent, Azira nous fera comme à la ville de 
Nii », écrivaient les habitants de Dounip (41). On en reparlera 
plus loin. 

• 

1 Rey, Les Colonies franques en Syrie, p. 370. 



32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Entre Tsoumoura et Byblos se place la ville de Jiboulia : « Les 
gens que j'avais envoyés à Tsoumoura, il (Aziron) les a capturés 
dans la ville de Jiboulia » (81). Localité à rechercher non loin de 
Tsoumoura. 

Plus près encore de Byblos était Chouarbi : « Maintenant il a 
pris Birouna et il marchera contre moi. Vois Chouarbi est la porte 
(-aboullou-) de Goubla » (65). A chercher dans les environs immé- 
diats de Djebeil, peut-être Abellineh. 

Au début de la lutte contre Abdachirta et ses fils, Byblos tirait 
sa subsistance du pays de Tsoumoura (88) ; quand cette ressource 
lui manqua, il s'adressa au pays de Jariimmouta ou Jarimouta 
(88), situé sur la côte (59) de la Basse-Egypte *. La lutte se conti- 
nuant, les communications avec la contrée de Jarimout devinrent 
sans doute précaires, et l'on dut songer à exploiter des pays voi- 
sins. 

« Quand mon Seigneur m'a écrit au sujet de : de Za- 

loukhkhi et de la ville de Ougariti vous devez faire venir », « je 
ne puis pas envoyer là mes bateaux. Azirou me combat, tous les 
chefs lui sont favorables. Au gré de leur désirs leurs navires vont 
et font leurs provisions » (104). 

Ce pays était au sud de Byblos; on lit dans une lettre de Tyr : 
« Le Roi nous a écrit : Ce que tu apprendras du pays de Kinaa- 
khna, mande-le-moi. . . Sache le Roi : la ville Ougariit a brûlé, la 
moitié a été consumée, la moitié non » (151). Comment ces détails 
auraient-ils pu être connus à Tyr si la ville Ougariit devait être 
cherchée au nord de Tsoumoura ? 

Entre Tyr et Byblos se trouvaient Sidon et Beyrout, villes hos- 
tiles à Byblos (81-93). Le champ des recherches est donc immédia- 
tement circonscrit et limité aux territoires arrosés par le Nahr- 
Ibrahim (l'Adonis des anciens) et le Nahr el Kelb, l'ancien Lycus. 
Cette côte a été décrite par Strabon (xvn, p. 755) : El-a [i-sxà xau- 

TTjV "Aocoviç 7tûTa[i.bç xai opoç xÀt[xa; >caï BuêXoç, slô' 6 Auxo; TTOTajj.6; xod 
Btiputôç, et en sens inverse par Pline (V, 1*7) : « Berytus colonia, 
quae Félix Julia appellatur. Leontos oppidum ; flumen Lycos. 
Palaebyblos : flumen Adonis ; oppida Byblos. » 

La carte de Peutinger indique entre Berilzo (Beyrout) et Biblo 
BaWyblos. 

Ainsi, sur cette côte se trouvait une ville rattachée à Byblos par 
des liens étroits; il est naturel de penser qu'à un moment donné 
son territoire a pu venir en aide à Byblos. L'on doit, d'ailleurs, se 

1 Neibuhr, Die Antarna-Zeit, p. 8. 



CONTRIBUTIONS A LA GEOGRAPHIE DE LA PALESTINE 33 

souvenir du passage où Strabon relate que les embarcations des 
Aradiens chargées de marchandises remontaient le cours du Lycus. 
Or, au confluent des deux rivières qui par leur réunion forment 
ce fleuve, est le -village de Btoughrin ou Bet-Oughrîn, forme qui 
pourrait être rattachée à Ougarit. 

Beyrout, Biroûton, est représenté dans la collection des tablettes 
par quatre lettres, 128, 129, 129 bis, 130 ; Sidon, Zidouna, par deux 
147-148. 

A la côte de Phénicie, il faut encore rattacher les tablettes 202 
et 203 d'Abd-tirchi, le roi de Khazoura cité dans une lettre d'Abd- 
milki de Tyr : 

« Le roi de Zidouna, le roi de Khazoura a abandonné sa ville et 
ils se sont alliés aux SA-GAS » (154). 

A Test de Saïda se trouve une localité d'Azour. 

Appartenait également à la région le roi de Danouna, sur lequel 
Abimilki de Tyr fournit le renseignement suivant : « Le roi de 
Danouna est mort, son frère lui a succédé, son pays est tran- 
quille » (151). 

Ce nom de Danouna semble pouvoir être rapproché d'Adnoun, 
Adnonum des Itinéraires, aujourd'hui Adloun. 

Pour achever cette énumération des villes côtières, il faut enfin 
mentionner Ouzou (150), voisine de Tyr, et qui, à ce titre, rentre- 
rait plutôt dans le cadre des villes palestiniennes. 

Le nombre des tablettes pouvant être rattachées à la côte de 
Phénicie est de 94 : 36, 39-40, 42-124, 126, 128, 129, 129 a, 130, 
137, 147, 148, 202, 203. 



F. La Syrie centrale. 

La tablette 141 émane d'Ara..., amil de Koumidi ; la tablette 
142, qui a pour auteur un certain Namjavza, occupant Koumidi, 
fait mention de Damas, Di-rnach-qa. Ce rapprochement des deux 
noms remet en mémoire un itinéraire d'Aboulfeda : « On lit dans 
l'Azizi qu'il y a vingt-quatre milles entre Saïda et Maschghara, 
l'une des plus jolies villes de cette région, située dans une vallée 
d'une extrême beauté, remplie d'arbres et de ruisseaux ; qu'il y a 
six milles de Maschghara à la ville appelée Kâmid, qui jadis fut la 
capitale de cette contrée ; dix-huit milles de Kàmid au village Aï'n 
al Djarr et, enfin, dix-huit milles d'Ain al Djarr à Damas. » 

T. XLIV, N° 87. 3 



ai REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

La voie antique passait par Djezzin, Maschghara, le pont de 
Kerdoun sur le Litani, Kera'oun, Rafid, el Biré, Bskka, Yauta, 
Deir el Achâir (ruines d'un temple antique), KMn Méitheloun, 
Khân Dimas et Doummar. Le report des distances sur la carte 
établit la correspondance de Kera'oun avec Kàmid et de Deir el 
Achâir avec Aïn al Djarr. 

Kouraidi est incontestablement le Qamadou des listes de Seti. 

La tablette n° 142 nous fournit de précieux renseignements sur 
la contrée avoisinante. Dans un passage où apparaît le nom de 
Damas, elle relate les plaintes de Namjavaza au sujet d'actes des 
rois de Bououtsrouna et de Khalouounni. Bououzrouna comman- 
dait un chemin du Roi, à en juger par cet extrait de la tablette 
n° 145 : bi kharrani chari MU (ia) adi [aln) Bououtsrouna. De 
ces deux noms on rapprochera ceux de Batroûny et de Heloua. 

Les deux rois cités, en ouvrant les hostilités, cédaient, d'ailleurs 
aux instigations d'un certain Biridachja : « Vois l'acte de Biri- 
dachja : il a détaché de moi la ville Jinouamma, verrouillé la porte 
derrière moi et il a placé des chars dans la ville d'Achtarti, et l'a 
livrée aux SA-GAS et ne la livre pas au Roi mon Seigneur. Vois, 
le roi de Bououzrouna et le roi de Khalouounni, ils ont commencé 
les hostilités avec Biridachja contre moi. » 

Jinouamma est une ville voisine de Koumidi, comme le démontre 
le détail de la porte verrouillée; ville importante figurant sur les 
listes de Seti et souvent mentionnée dans les inscriptions égyp- 
tiennes, notamment dans la fameuse ville de Minephtah. Un des 
registres de Karnak nous en a conservé une représentation ; 
c'était une ville forte située sur le bord d'une rivière et entourée 
d'arbres. 

La tablette n° 142 nous fournit d'autres renseignements intéres- 
sants : « Artsavaja est venu à Giizza, a appelé les soldats d'Azi[ra] 
occupé Ghaaddou et l'a livré aux SA-GAS ; mais il ne le livre pas au 
Roi, mon Seigneur. Maintenant vois, Itaatkama a anéanti Giizza 
et vois Artzavaja avec Biridachja, ils anéantiront le territoire 
d'Abitou. » 

Le premier des personnages nommés semble être Arzaouia de 
Roukhiizzi, dont se plaint Akiizzi de Qatna dans la tablette 139. Le 
second est l'ennemi acharné de Byblos, comme l'établissent les 
deux passages suivants : « Itagama a pris la ville Kiidchi, et Azirou 
a commencé les hostilités contre Namjavaza. J'ai appris la rupture 
de Zimrida (de Sidon), qu'il a rassemblé vaisseaux et gens des villes 
d'Azira. . . contre moi (151, tablette d'Abimilki de Tyr) ». — « Un 
amil a su que tu étais allié avec l'amil de Kiidchi pour lui fournir 
aliments et boisson, et c'est vrai (150, lettre du Roi à Azirou). » 



CONTRIBUTIONS A LA GEOGRAPHIE DE LA PALESTINE 35 

Le troisième personnage, Itakama, avait sa résidence sur les 
bords du lac de Homs, ainsi qu'il sera dit plus loin. 

Giizza se trouvait, par suite, au nord de Koumidi ; ce pourrait 
être Ghazzi sur les bords du Litani. 

Chaaddou doit être rapproché de Saadneyl, Neyl étant un quali- 
ficatif de pays, comme le prouvent les noms de la même région, 
Tha'nâyil, Kurnayil, Bidneil. 

Le territoire d'Abitou répondrait à la Bekaa. 

Namjavaza de Koumidi écrit dans la tablette 144 : « Mon Sei- 
gneur est le soleil au Ciel . . . Vois, moi ayec mes gens et mes chars 
avec mes frères et mes SA-GAS et mes Chouti, je me tiens à la 
disposition des troupes, là où ordonne le Roi mon Seigneur. » 

Cette expression le Soleil au Ciel est très rarement employée 
dans la correspondance d'El-Amarna ; on ne le retrouve que sur les 
tablettes 2^6 de x et 216 de Dagan-takala, ce qui rattacherait ce 
dernier à la région. On est confirmé dans cette manière de voir 
par le petit nombre de tablettes mettant en scène simultanément 

les SA-GAS et les Chouti : 144, 216 et 283 de Il(?)-hha C'est 

dans la tablette 216 que se trouve le passage souvent discuté: 
« Délivre-moi de la main des SA-GA-AS, des Khabbati (pillards) 
et des Chouti. » 

On a fait plus haut allusion aux plaintes d'Akizzi de Qatnâ 
contre Arzaouia de Roukhiizzi ; il faut revenir sur ce sujet. On 
lit sur la tablette 139 d'Akizzi : « Seigneur, Tiouvaatti, de la 
ville de Lapana, et Arzaouia, de la ville de Roukhiizzi, adhèrent à 

Aidaggama, et il dévaste par le feu le pays le territoire de 

mon Seigneur » ; et plus loin : « Seigneur, si Arzaouia de Rou- 
khiizzi et Tiouvaatti de Lapana s'établissent dans le pays Oubi, 
si Dacha s'établit dans le pays Amma, alors mon Seigneur peut 
savoir que Oubi n'appartient plus à mon Seigneur. Journellement 
ils dépêchent à Aidaggama et lui disent : Viens et conquiers Oubi. 
Seigneur, comme Timaachgi dans le pays Oubi ...» 

Ce passage a été bien souvent rapproché de l'indication de la 
Genèse (xiv, 15) relative à la poursuite des rois «jusqu'à Hoba 
qui est à la gauche de Dammesseq (Damas). » 

Qatna — on va l'établir — appartient à la région de Homs: 
Roukhiizzi et Lapana, s'il en est ainsi, devaient être situés entre 
le lac de Homs et Damas. Lapana rappellerait dès lors le Libo des 
Itinéraires, aujourdhui Leboué, et Roukhizzi le Djebel oyoun ar- 
ghouch à l'ouest de Leboué. 

Qatna avait un temple du Soleil : « Le Chamach, le Dieu démon 



36 REVUE DES ETUDES JUIVES 

père, le roi des Khatti l'a emporté », écrit Akizzi (138). A Homs a 
existé pareillement un temple du Soleil : l'empereur Héliogabal en 
fut prêtre. L'antiquité de la ville de Homs est attestée par Ammien 
Marcellin (xiv, 8, 8) : « Sidon et Berytus iisdemque pares Emissa et 
Damascus sœculis conditaB priscis. » 

Emissa est, d'ailleurs, une forme corrompue. Constantin Por- 
phyrogenète 1 écrit : Kepfrpoi xb 'Ejxsacra. Pline (v, 19), nous a 
conservé la liste suivante des villes et populations syriennes : 
« Cyrrhestica, Cyrrhum, Gazatas, Gindarenos, Gabenos, tetrar- 
chias duas quœ Granucomatse dicuntur, Emesenos, Hylatas, Itu- 
reorum gentem, etc ; » cette liste est dressée par ordre alpha- 
bétique ; la véritable leçon était donc Hemesenos. Le nom de 
Qatna se retrouve, d'ailleurs, sur le bord du lac : à l'extrémité 
nord-est, au pied d'un tell est le village de Qatine (Qottine), 
appelé communément Atine, et de là le nom vulgaire du lac, lac 
de Koteineh. 

Peut-on admettre que le soleil, avant d'avoir un temple à Homs, 
en ait.eu un dans une localité voisine appelée Qatna? Il faudrait 
négliger et les observations maintes fois faites sur la survivance 
des lieux du culte, et le renom d'antiquité de Homs chez les an- 
ciens; il paraît plus simple de voir dans Qatna le nom primitif de 
Homs. 

Ikatama — dont le nom est transcrit sur les tablettes sous les 
formes diverses, Aidaggama, Itaatkama, Itakkama, Itagama — 
était amil de Kinza (131, 132, 133) : le nom de Kinza est reproduit 
à deux reprises dans la tablette 140 d'Akizzi de Qatna. 

Kinza devait appartenir au pays de Giidchi ; Itakama écrit au 
roi d'Egypte : « il m'a chargé, Namiavaza, près de toi, mon 
Seigneur, et pendant qu'il me chargeait près de toi, il a occupé 
mon patrimoine dans le pays Giidchi, et mes localités, il les a 
livrées au feu » (146); et, un peu plus loin : « Vois, Namiavaza a 
livré toutes les villes du Roi, mon Seigneur, aux SA-GAS dans le 
pays Gidchi et dans le pays Oubi. « Le pays Gidchi était, d'après 
cela, fort étendu, puisqu'il est mis en parallèle avec le pays Oubi. 
Les variantes Itagama, Itakama établissent l'équivalence des 
signes ga et fta, on a traduit le plus souvent Giidchi par Kadech, 
et l'on fait de Kinza la localité la plus importante du pays de 
Kadech, la ville de Kadech elle-même. 

Il est vrai, Abimilki de Tyr écrivait au Roi : « Itagama a pris la 
ville de Kiidchi (151) ». Mais ne serait-ce pas, sous une forme dé- 

1 Constantin Porphyrog., de Thematib. et Adm. Imp. % éd. Bekker, p. 113. 



CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 37 

naturée, la nouvelle transmise au Roi par Namjavaza : «Itaatkama 
a anéanti la ville Giizza (142)? » On ne saurait dissiper complè- 
tement l'obscurité ; il semble toutefois qu'on ne peut mettre en 
doute le voisinage de Kinza et de Homs. 

De môme, en voyant Namjavaza et Itagama se plaindre, cha- 
cun à son tour, des attaques exercées par l'autre, il convient 
d'attribuer à l'un et à l'autre une situation importante, et d'ad- 
mettre qu'entre eux il n'y a place que pour des chefs de rang bien 
inférieur. 

Itagama se fit l'allié des Khatti, ainsi que l'annonçait au Roi 
Rabimour de Byblos : « Itakama a battu tout le pays Amki, et main- 
tenant il a envoyé ses gens pour occuper Amki et les localités que 
détruisent ses ennemis (du Roi), le roi du pays Khaatta et le roi 
du pays Narima (119). » Addou. . . et Batiel confirment l'invasion des 
Khatti : « Les gens du pays Khaatti Loupaakkou ont pris les villes 
du pays Amki ; de là les villes d'A- Addou ils ont pris » (125). 
D'autre part, Biiriamil de Khachabou (131), Ildaja..., amil de 
Khazi (132), un troisième de nom inconnu (133) écrivaient au Roi : 
« Vois, nous assiégeons, dans le pays Amki, les villes du Roi, mon 
Seigneur. Là est accouru Idagama, amil de Kiinza, à la tête des 
gens du pays Khaati. » 

Ce pays Amiki paraît correspondre à VAulon basilicos des au- 
teurs classiques, la haute vallée de l'Oronte. 

On remarquera que Biiri de Khachabou (131), Ildaja de Khazi 

(132), l'auteur de la tablette (133), que varzana, un autre 

amil de Khazi (134), appellent le Roi d'Egypte mon Seigneur, mon 
Dieu, mon Soleil, qu'Azirou lui donne les mêmes titres (42, 43, 47, 
48, 49, 51), que Rib-Abdi de Byblos l'imite à deux reprises (64, 74), 
qu'Ilkha.... un voisin de Koumidi, fait de même (283). Ce qui 
amène à se demander si tous ceux qui font usage d'une formule 
monothéiste n'appartiendraient pas à la même région. Sans doute, 
il faut écarter Biridija de Meguiddo (192) et Jabni-ilou de Lakich 
(218), qui l'emploient exceptionnellement ; mais Ghoutarna de Mou- 

chikhouna (232, 233), Chatija, amil de (249), Jamiouta, amil 

de Ga (?) dachouna (267), sont bien du terroir. La formule 71 des 
sept prosternements répétés clans la poussière ne se retrouve 
que sur les tablettes des amils de Khachabou, de Khazi, de Mou- 
chikhouna et de Gadachouna ; la formule 66 n'est employée que 
par Azirou, Rib-Addi, l'amil de Khazi et Chaija, la formule 40 que 
par ces deux derniers. 

On met ainsi en évidence l'usage fait d'une formule monothéiste 
par des individus d'une même région. N'est-ce pas l'indice de 



33 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'existence au milieu d'un monde polythéiste d'une race étrangère 
installée dans le pays! Renseignement particulièrement précieux, 
parce qu'il s'agit de la région habitée par les ancêtres du peuple 
hébreu au sortir de la Ghaldée. 

Un autre personnage monothéiste est l'auteur de la tablette 127, 
qui se plaint d'avoir été dépossédé par son frère de Toubikhi, ville 
de son patrimoine. Toubikhi nous est connu par le récit du Moharr : 
« Tu n'as pas pris la route par Qadech et Toubakhi » : la tablette 
127 parlant du pays d'Amouri, il y aurait lieu sans doute de cher- 
cher le site de Toubaki dans la direction Homs — Kala't es Hôsn. 

Au nord de Qatna, il faut placer sans doute différents pays énu- 
mérés par Akizzi dans la tablette 139 : « Seigneur, comme 
j'aime le Roi, mon Seigneur, ainsi de même le roi du pays de 
Noukhâchchi, le roi du pays de Ni, le roi du pays Ziinzaar et 
le roi du pays de Kinanaat, car ces rois sont tous serviteurs de 
mon Seigneur. » 

Le premier nommé, le plus important incontestablement, est le 
roi de Noukhâchchi. « Les rois de Noukhâchchi me sont hostiles 
et prennent mes villes sur l'ordre de Khatib et à cause de cela je 
n'ai pas reconstruit Tsoumoura », écrivait Azirou (51). 

Pour se rendre de l'Amourou dans le Noukhâchchi, il fallait 
passer par la ville de Dounip : « Le roi du pays Khaatti est dans 
le pays Noukhâchchi : il y a deux routes sur Touou(m)niip et 
je suis inquiet (47, d'Azirou). » « Le roi du pays Khaatti est dans 
le pays Noukhâchchi, et j'éprouve des craintes, et je redoute 
qu'il vienne dans le pays Martou et que la ville Douniip tombe, 
car double le chemin au. lieu où il est (46, du même). » 

D'après ce passage, Dounip aurait été sur la lisière du pays 
Martou; cela concorde bien avec le récit de la cinquième cam- 
pagne de Toutmès, qui, venant de la côte, détruit la ville de 
Tounep, avant d'arriver sur le territoire delà ville Kadeschou. 

Noukhâchchi rappelle la Chalois ad Belum de Pline (V, 19), 
localité qui devait appartenir à la même région que la Seleacia ad 
Belum, du même auteur. 

Gomme il n'y avait, à son dire (V, 19), en Syrie que trois villes de 
Séleucie, la fameuse Séleucie au nord d'Antioche, Seleucia ad 
Euphralem et Seleucia ad Belum, les deux articles qu'Etienne de 
Byzance consacre à SsXsuxôêYjXoç, aussi appelée 2«Xcuxsi« rcpfcç fo 
ByjXoo, et à SéXeuxoç concernent une même localité, située dans le 
voisinage d'Apamée. Ptolémée place en Gassitide, c'est-à-dire sur 
la rive droite de l'Oronte, au nord-ouest de Larissa, SsXeuxo; : \ 



CONTRIBUTIONS A LA GKOGRAPHIK DE LA PALESTINE 39 

SeXEuxeiairpbç B-^Xo). La région dans laquelle il faut chercher Se- 
leucia ad Belum et, par conséquent, Ctialcis ad Belitm est donc 
bien définie. La position du royaume de Noukhâchchi sur la rive 
gauche de l'Oronte, en face de l'Apamène, s'ensuit. 

Tounep, placé entre le Noukhâchchi et Tsoumoura, devait être 
au sud du Noukhâchchi, là, sans doute, où s'éleva, plus tard, la 
Mariamme d'Arrien 1 et de Ptolémée 2 , centre des Mariammi- 
tains de Pline 3 , aujourd'hui Mariamin 4 . 

Le troisième des pays énumérés par la tablette 139, le pays 
Ziinzaar, correspond, on le sait, à la Ec'Çapa d'Etienne de Byzance, 
à la Larissa des Séleucides, aujourd'hui Kalat Sédjar. 

Il est, par suite, impossible d'admettre pour Ni un emplacement 
sur les bords de l'Euphrate. Sans doute, la grande chasse aux 
éléphants, à laquelle, d'après l'inscription d'Amm-em-'heb (22-24), 
Toutmès se livra près de Ni, eut pour théâtre un terrain riche 
en eau; mais de tels sites se rencontrent sur les rives de l'Oronte. 
Les listes de Karnak attribuent le n° 127 à Tounep, le n° 132 à Ni, 
ce qui paraît impliquer des relations de voisinage. On n'est donc 
pas étonné de voir les gens de Dounip écrire : « Si ses (du Roi) 
gens et chars s'attardent, alors Azira nous fera comme à la ville 
Ni » (41); mais on est surpris de retrouver mention du même fait 
dans une lettre de Rabimour de Byblos : « Vois la conduite d'Azi- 
rou vis-à-vis du Ro ; , [il a tué] le roi d'Ammia et [le roi d'] Ar- 
data (?) et le roi de Ni (120) », parce que l'on ne saisit aucun lien 
entre Ammia et Ardata d'une part, et Ni d'autre part. C'est là, 
d'ailleurs, tout ce qu'il est possible de dire sur la position de Ni. 

Le quatrième pays, Kinana, énuméré par la tablette 139, 
rappelle la forteresse de Kanana, que l'on place sur les bords de 
l'Oronte, non loin de Hamah 5 . 

Le nombre des tablettes provenant de la Syrie centrale est de 
26 : 37, 41, 127, 131-136, 138-146, 215-216, 232, 233, 249, 267, 
283, 290. 

G. Alachia et Mitani. 

On possède huit lettres du roi d'Alachia au roi d'Egypte. Quelle 
était la situation de ce pays ? Il s'étendait sur le littoral de la 

1 Arrien, Anah., II, 13, 8. 
* Ptolémée, V, 15, 16. 
3 Pline, H. N., V, 23, 12. 

*■ Cette localité a été visitée en 1896 par M. Dussaurî, qui a signalé son importance 
dans l'antiquité, Voyage en Syrie, p. 13. 

5 F. Lenormant, Les Origines de l'histoire, II, p. 231. 



/iO REVUE DES ETUDES JUIVES 

Méditerranée ; le roi d'Alachia possédait au moins un vaisseau 
(29). Ce pays n'était pas une île, puisque le roi d'Alachia demande 
au roi d'Egypte de lui envo} r er un char doré et deux chevaux, ce 
qui implique la possibilité de se rendre d'un pays à l'autre par la 
voie de terre. Il était au nord du territoire soumis à l'Egypte ; 
dans la tablette 81, Rib-Addi se plaint du blocus de la côte de 
Byblos par les navires ennemis et relate ses efforts pour faciliter 
à un courrier du Roi le voyage d'Alachia. 

On a voulu rejeter ce pays en Gilicie : l'on ne saurait s'arrêter 
à cette opinion en voyant le roi d'Alachia expédier en Egypte du 
cuivre (25-27, 30-33) et demander, en échange, beaucoup d'argent; 
à l'époque de Salmanasar, le pays de Qa'ua verse de l'argent, de 
l'or, du fer (obel. 134-135) ; la Ville de Tarzi de l'or et de l'argent 
(obel. 138). 

C'est plus au sud que l'on relève les tributs de cuivre : le pays 
de Patin verse 3 talents d'or, 100 talents d'argent, 300 talents de 
cuivre, 300 talents de fer, 1,000 vases de cuivre (Mon., II, 22) ; 
Khayana, fils de Gabbari, habitant au pied del'Amanus, (?) talents 
d'argent, 90 talents de cuivre, 90 talents de fer (Mon., II, 24-25) ; 
Sangara de Karkemich 2 talents d'or, 70 talents d'argent, 30 
talents de cuivre, 100 talents de fer (Mon., II, 27-28); Girparoundi 
de Patin, de l'argent, de l'or, de l'étain (?), du cuivre, des vases 
de cuivre (bas-reliefs de l'obélisque, 5). Alachia correspondrait 
donc plutôt à la vallée inférieure de l'Oronte. 

Une des lettres du roi d'Alachia (28) fait connaître que les gens 
du pays de Lououkki pillent tous les ans, dans son pays, la ville 
de (Z)iikhra. Ce nom rappelle Schoghr, le célèbre passage de 
l'Oronte, Loukki, les gens de Leka qui figurent dans les con- 
tingents asiatiques opposés, à Qadesch, à Ramsès II et peut-être 
aussi la Asoxt) àxxï], d'Etienne de Byzance. 

On possède neuf tablettes de Douchratta, roi de Mitani, le 
Grand Roi ; son grand-père avait nom Artataama ; son père, 
Chouttarna ou Chououttarna, son frère Artaachchoumara ; sa 
sœur, Giloukhipa, épousa le roi d'Egypte Nimmouria, et sa fille, 
Taattou(m)khipa, le fils et successeur de Nimmouria, Napkouria. 
Ces mariages mettent bien en évidence la position élevée des rois 
de Mitani. 

Un scarabée d'Amenkhotp relate son mariage avec Kirgipa, 
fille de Satirna, chef du Nhrna ; une des tablettes de Douchratta 
porte, en manchette, l'inscription en caractères hiératiques : lettre 
de Naharina. Les rois de Mitani auraient donc été souvent dé- 
signés sous le nom de rois de Naharina. 



CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 41 

De ces deux noms, il faut rapprocher celui de Khanigalbat ou 
Khanirabbat, employé dans trois tablettes : 

« La femme de mon frère, la maîtresse du pays de Miizrii 
(Egypte), je veux donner et on l'amènera à mon frère, alors 
( vivront en paix ) Khanigalbat et Miizrii » ( 18 , lettre de 
Douchratta ) ; 

« Lorsque Nimmouria, ton père, me prit en amitié, Nimmouria 
ton père me dit : toujours, je ferai en sorte que l'or de Miizrii 
soit en quantité suffisante en Khanigalbat (21, du même) » ; 

k Lorsqu'Achournadinahi, mon père, envoya vers Miizrii, on 
lui expédia 20 talents d'or ; lorsque le roi de Khanigalbat envoya à 
ton père en Miizrii, 20 talents lui furent expédiés, et, comme tu as 
expédié au roi de Khanigalbat, tu dois m'expédier (15, d'Achou- 
rouballit, roi d'Achchour). » 

Ce troisième nom paraît indiquer la première patrie des Mitani ; 
c'est le Khanigalbi de Tiglat Pileser I (V, 34), avec Milidia comme 
ville principale. On est confirmé, dans cette opinion, en retrouvant 
le nom du dieu national des Mitani, Techoub, dans les noms de 
chefs du pays de Koumouch 1 , Kali-Techoub, Kili-Techoub, Chadi- 
Techoub. 

Artataama fut le premier roi de Mitani qui donna une fille en 
mariage au roi d'Egypte (Toutmès IV) ; il ne l'accorda qu'à la 
septième démarche et, pour ainsi dire, contraint. Les relations 
des Mitani avec l'Egypte avaient été auparavant tout autres : 
primitivement le roi de Mitani était V ennemi de tes pères, écrit 
Rib-Addi , de Byblos , et effectivement l'hymne à Amon, de 
Toutmès III, met dans la bouche du dieu la déclaration suivante : 
« Je suis venu, je te donne d'écraser ceux qui sont dans leurs 
marches , si bien que les terres du Mitani tremblent sous la 
terreur. » Le mot qui est traduit par marches aurait, d'ailleurs, 
plutôt la signification de pays d'étangs*, ce qui donnerait à penser 
que les Mitani étaient installés dans TApamène aux nombreux 
étangs. L'hymne à Amon parle, d'ailleurs, de Veau de la grande 
courbe de Neharaina. 

Par contre, les Annales de Toutmès, dans les parties, du moins, 
qui nous sont parvenues, ne mentionnent pas les Mitani; après la 
campagne contre Tounep et Kadech, elles donnent le total des 
prisonniers du misérable Neherina. 

On écrira plus tard : les misérables Khètas qui sont au terri- 
toire de la ville de Tounep, dans le pays de Neharan. 

1 W. Max Muller, Asien und JSuropa, p. 281. 

' Winckler, Altorientalische Forschungen, V, p. 460. 



42 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le pays du Neharina s'étendait donc en dehors de la région 
occupée par les Mitani, et rien ne s'oppose à l'existence simultanée 
d'un roi de Mitani et d'un roi de Neharina. 

Ce dernier porte sur les tablettes d'El Amarna le nom de 
Nakhrima : « Sache le Roi, mon seigneur, que le roi de Khatti 
prend tous les pays koutites, le roi de Mitani, le roi de Naakh(ri)ma 
(79, de Rib-Addi de Byblos). » 

Les pays koutites paraissent correspondre au Qode des ins- 
criptions égyptiennes, c'est-à-dire à la région à l'ouest de TOronte 
et comprendre, par conséquent, le pays de Noukhâchchi. 

Le Qode, s'étendant jusqu'à la mer, pourrait bien avoir englobé 
pareillement le Khaachchi (si tant est que ce pays diffère du 
Noukhaachchi) dont parle Abd-khiba de Jérusalem : « Aussi 
longtemps que des vaisseaux étaient sur mer, il a, le puissant bras 
du Roi, maintenu le pays Naakhrima et le pays Ka(ach)chi (181) ; 
et Rib-Addi de Byblos : « Abdachirta est un chien, et il s'agit de 
prendre toutes les villes du Roi le Soleil pour le roi de Mitani et 
pour le roi de Kaachchi (56) » ; « Les fils d'Abdachirta, créatures 
du roi de Kaachchi et du roi de Mitani, ils sont et ils conquièrent 
le pays du Roi pour eux (86) » ; « Les fils d'Abdachirta ont pris le 
pays du Roi, créatures du roi de Mitani ils sont, et du roi de Kachi 
et du roi de Khata (87). » 

On ne saurait, en effet, songer un instant à un roi Gosséen de 
Babylone; il faudrait imaginer un nouvel État, correspondant 
peut-être au Casius, si l'on voulait distinguer entre le royaume 
de Khaachchi et celui de Noukhaachchi * ; mais comment le roi 
d'Alachia serait-il resté muet sur le compte du voisin turbulent ? 
Il nous parle seulement de ses relations avec le roi de Khatti et le 
roi de Chankar (25) et, ce faisant, il ne laisse pas que de soulever 
un problème embarrassant. 

Les Annales de Toutmès parlent du tribut apporté par le roi 
de Sangar à l'issue de la campagne de l'an 33, dans laquelle 
Toutmès III élève une stèle à l'est de l'eau du Naharina et à côté 
du monument édifié par Toutmès I er : ce tribut consistait en 
différentes espèces de lapis-lazuli. Elles ne font pas mention du 
Mitani. L'hymne à Amon parle, au contraire, du Mitani et est 
muet sur Sangar. Les tablettes 17, 18 et 19 d'El Amarna relatent 
des envois de lapis-lazuli faits par le roi de Mitani au roi d'Egypte. 
Le pays de Singara produisait une huile spéciale ; les tablettes 16 

1 On ne saurait s'arrêter à la pensée d'identifier le royaume de Kachchi avec celui 
d'Alachia en lisant dans la tablette 81 ce que dit Rib-Addi au sujet de ses efforts 
pour faciliter à un courrier du roi d'Egypte le voyage d'Alachia. Ce pays n'était 
donc pas hostile. 



CONTRIBUTIONS A LA f.EOGUAPWE DE LA PALESTINE 43 

et 22 apprennent que le roi de Mitani expédiait de l'huile au roi 
d'Egypte. Sur les listes de Seti, après la Neharina, le haut et le 
bas Ruthen, figure Sangart, à la place où l'on s'attendrait à trou- 
ver le Mitani, dont il n'est pas parlé. Sangar et Kheta réunis 
s'inclinent devant toi, est-il dit dans une hymne triomphale en 
l'honneur de Ramsès IL 

Toutes ces remarques tendent à faire du roi de Ghankar le roi 
de Mitani, et quand on songe à l'extension de la puissance des 
Mitani dans la Mésopotamie actuelle, à la conquête qu'ils firent, 
au temps d'Agoum-Kakrimi, de la Babylonie, on en vient à se 
demander si Amraphel, roi de Schounguir, le premier des quatre 
rois qui attaquèrent Sodome, Gomorre, Adma et Bêla (Genèse, 
XIV), ne serait pas un roi des Mitani. 

Le pays des Mitani s'étendait, d'ailleurs, au sud des pays Kheta, 
puisque Douchratta eut à repousser une attaque des Khatti. Il les 
tailla en pièces et adressa au roi d'Egypte un char, deux chevaux, 
un garçon et une fille prélevés sur le butin fait en territoire 
ennemi (16). Cet insuccès n'arrêta pas, d'ailleurs, la marche de 
l'invasion des Khatti : le pays de Noukhaachchi fut conquis (45, 
46, 47) et Qatna pillé (138); des bandes se répandirent dans l'amki 
(119, 125, 131, 132) et dans la région de Byblos (104). 



H. Tablettes d'origine incertaine. 

C'est d'abord la tablette 260 de Rououtsmania, amil de la ville 
de Tarouna.Il emploie pour signature une formule (66) qui se rap- 
proche singulièrement de celle de l'amil de Koumidi (42), qui s'en 
différencie, cependant, par une servilité plus grande, mais qui lui 
est bien personnelle. Il se distingue, de même, de tout autre par 
ses salutations; mais il se rencontre avec le roi de Khazoura (203), 
Ghaijta (249) etX (273) pour déclarer : Je suis un fidèle serviteur 
du Roi mon Seigneur. C'est un polythéiste qui a des contacts 
avec les monothéistes. Il est naturel de placer Tarouna au sud 
et près de Koumidi : peut-être à Schékif Tairoun, la roche de 
Tairoun. 

Puis ce sont l'amil de Doubou ou Goubbou (250), l'amil de 
Qanouou (251), Abdmilki, l'amil de Chaaskhimi (252); ce sont Ar- 
tamaanja, amil de Zinbachani (161), l'amil de Nazima (263) et 
Amajachi (253) qui, dans des billets presque identiques, accusent 
réception des ordres du Roi et se déclarent prêts à appuyer les 
troupes royales avec leurs gens et leurs chars. On a proposé de 



44 REVUE DES ETUDES JUIVES 

retrouver dans Chaaskhimi le Schekem de la Genèse (xxxiii, 18), 
mais il serait plus logique de chercher une localité moins éloignée 
de la ligne principale de marche des armées royales. On n'a, 
d'ailleurs, rien à proposer pour les autres localités. 

Il faut enfin parler de la tablette de Mout-Addi (237). Elle parle 
du roi de la ville de Bikhichi, de la ville Achtarti, de différentes 
villes du pays Gari : Oudoumou, Adouri, Ararou, Miichtou, 
Maagdalim, Khinianabi, Tsaarqi, Khavani et Jabichi. On a voulu 
reconnaître dans Oudoumi, Edom ; dans le Gari, la vallée du 
Jourdain, le Ghor; dans Iabichi, Iabesch de I Sam., xxxi, 13. Il 
nous paraît impossible d'accepter cette opinion ; la tablette 237 
parle d'un roi ; or, tous les rois mentionnés sur les autres tablettes 
sont étrangers à la Palestine 1 . Le Jourdain sur les listes égyp- 
tiennes est appelé Aardana. 

On peut se demander si la ville Achtarti de la tablette 237 est 
la ville de ce nom mentionnée par la tablette 142 et relever dans 
la région avoisinante les noms Kfeir Yabous, Sarghaya, Ain el 
Garra ; on hésite, néanmoins, à se prononcer sur le pays d'origine 
de cette tablette. 

G. Marmier. 



1 Ces rois sont de Kardouniach, d'Achchour, de Matani, d'Alachia, de Kaachchi, 
de Noukhacbchi, de Ni, de Tinzar, de Kinanat, d'Irqata, d'Ammia, d'Andata, de 
Birouta, de Sidon, de Khazouri, de Boutzrouni, de Klalounni. Toutefois la tablette 65 
de Rib-Addi, dans un passage d'ailleurs inexplicable, parle du roi d'Akka. 



LE RETOUR DE RAB EN BABYLONIE 



D'APRÈS M. ISAAC HALÉVY 



Rab, étant encore jeune, quitta la Babylonie et alla en Pales- 
tine, afin d'y étudier auprès de Juda I (Rabbi), et de R. Hiyya, 
qui avait émigré auparavant dans ce pays. Après un certain 
temps, Rab retourna en Babylonie et fonda à Soura la première 
école supérieure de cette région, école qui exerça l'action la plus 
profonde sur le développement du judaïsme rabbinique. 

Il est donc intéressant de déterminer Tépoque à laquelle Rab 
revint en Babylonie. Mais, en outre, cette question est étroi- 
tement liée à d'autres problèmes importants, tels que la durée 
de la vie de Rabbi, la date de la rédaction de la Mischna, l'iden- 
tité de l'Antonin qui aurait été en relations d'intimité avec Rabbi. 
Aussi les hisotriens se sont-ils donné beaucoup de peine pour 
fixer la date du retour de Rab dans sa patrie. Ils ont réuni et 
examiné toutes les indications qui s'y rapportent et étudié avec 
persévérance les textes concernant ce sujet. Malheureusement, 
leurs recherches laborieuses n'ont abouti à aucun résultat dé- 
finitif. Les uns admettent comme date du retour de Rab 
l'année 189 de l'ère vulgaire, les autres, l'année 219, ce qui fait 
une différence de trente ans. Mais tous sont d'accord que Rab 
revint en Babylonie du vivant de Rabbi. Les premiers, en effet, 
soutiennent que Rabbi mourut quelques années après 189, tandis 
que les derniers cherchent à démontrer que Rabbi vivait .encore 
en 219. 

M. Isaac Halévy, dans le second volume de son Dorot Hari- 
chonim\ a émis une autre opinion. Il conteste que Rab soit 
retourné en Babylonie du vivant de Rabbi. Il admet, d'une part, 
que Rabbi est mort vers 192, et, de l'autre, que Rab a quitté la 

1 û-oniaantt nrm, 2» vol. 



46 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Palestine seulement en 219 , pour s'établir définitivement en 
Babylonie. Je crois que cette opinion ne peut être maintenue. 
Dans les pages suivantes, je me propose d'examiner les objec- 
tions que Halévy fait aux historiens antérieurs et les preuves sur 
lesquelles il étaye ses hypothèses, et de montrer ensuite les diffi- 
cultés que ces hypothèses soulèvent. 



I. — État de la question. Objections faites par Halévy 

AUX HISTORIENS ANTÉRIEURS. 



Dans Sanhédrin, 5 a, on raconte que, lorsque Rab voulut aller 
en Babylonie, R. Hiyya obtint pour lui de Rabbi l'autorisation de 
prendre des décisions religieuses et juridiques 1 . Cette narration 
est mise d'ordinaire en rapport avec le retour définitif de Rab en 
Babylonie, et l'on en conclut qu'à cette époque, Rabbi vivait 
encore. 

Scherira, de son côté, raconte dans sa lettre bien connue : 
« Au temps de Rabbi, Rab alla en Babylonie, en l'an 530 de l'ère 
des Grecs (219 de Tère vulgaire 2 ). Ici [après Rabbi], R. Schila 
était président de l'école (ou des docteurs). . . Lorsque R. Schila 
mourut, il y avait ici Rab et Samuel. Rab céda la préséance à 
Samuel, car Rab ne voulait pas être le supérieur de Samuel et 
voir celui-ci assis devant lui (comme élève). Samuel, non plus, ne 
voulait pas être le supérieur de Rab, ni le faire asseoir devant 
lui.. . C'est pourquoi Rab laissa Samuel à Nahardéa. . . et s'éloi- 
gna dans un endroit où il n'y avait pas d'instruction, c'est-à- 
dire à Soura.. . Rab mourut en Fan 558 (247 de l'ère vulgaire 3 ). » 

Enfin, le Séder Tannaïm weamoraïm porte : « En l'an 530 
(variante 506), au temps de notre saint maître (Rabbi), Rab alla 
en Babylonie 4 . » 

1 rm ■'mnN fa 'nb t*mn ^an i-ro n*:a baab an mna î-wn *o 
.♦.^m ?*pTi ,JT)T ? ïttp baab 

2 Dans les éditions postérieures on donne aussi Tannée de la création du monde. 

3 .«JT [rmabtt] "pab nw b"pn t-\îW2 baab an t-pna '•an'i rrwai 
,b m ïmDDa m nai ,['n nna] pan ^a j^zrn t**b^ 'n ^aîn mm 
M5i [!~n»ptt] bKintDb an î-nnanNi [roîij banaïai an r»ïi t-ab^ia 
u 5prwatt ï|ôo .n^p bfiraœb mmkbi rvby t^icn "nrmb an "^au^N 
rsn t:iia»i mfp&p anb lawmbi am mb? Nizpn ^xndb ■»3:»wn s**b 
ira [m#] ïrin i^bn t^ronb pmrp«n fojHnïraa bNisarab an ï-rpatt! 

...n'D'p'n D3ï5a an a^aOl H ,NnO Nim ï~imn. Neubauer, Anecdota, I, 28. 

4 baab an nn^ œvTpï'J iran wa û^ara b"pn (Y'pn) rrwpa, Kérem 

Hémed, IV, 18b' ; JUahzor Vitry, p. 482 ; Introduction au Talmud dlbn Aqnin, p. 28. 



LE RETOUR DE RAB EN BABYLCLNIE i7 

En se Tondant sur ces relations, on admet généralement que 
Rab revint en Babylonie déjà du vivant de Rabbi et s'y établit 
détiniti veinent. 

Rapoport pense que Rabbi ne peut plus avoir vécu dans l'année 
530 des Contrats (219 de l'ère v.); selon lui, Rabbi mourut déjà 
vers 192. Aussi corrige -t-il le chiffre de 530 chez Scherira et dans 
le Séder Tannaim weamoraïm en 500 (189 de l'ère v.). Rapoport 
s'en réfère à Zacuto, qui affirme, dans le Youhasin, avoir trouvé 
la date de 500 chez tous les auteurs ; Samuel ben Hofni, seul, 
aurait le chiffre 530 " . 

Rapaport, cependant, montre que la leçon 530 est beaucoup 
plus répandue qu'on ne pourrait le croire d'après l'affirmation de 
Zacuto, et suppose qu'elle émane des annales de Soura, tandis que 
la le<;on, plus exacte, 500 provient des annales de Nahardéa et de 
Poumbedita. Rab, lors de son retour en Babylonie, arriva tout 
d'abord à Nahardéa ; il y aurait séjourné, selon Rapoport, pen- 
dant trente ans, et de là, il alla à Soura, où il fonda l'école de 
cette ville. Rapoport suppose donc que les annales de l'école de 
Nahardéa et Poumbedita notèrent l'arrivée de Rab à Nahardéa, et 
celles de Soura, la date de son arrivée à Soura. C'est pourquoi 
Samuel ben Hofni, qui était de Soura, a le chiffre 530, et Sche- 

1 tsï"N ,a"3>"pnn ><"} rrnp baab an nn* 1 abn? nmn bj>a Tûnn ana 
t-nnaisb b"pn rnaia anaia iiwn ">asn p bs-iM 'n ^imb "jwaa nt 
ta^abs 'a ï-\îv xmw a^aur ta a a^ann saison baa nsau:» lanaNi 
../w t-na pnnb rtara a"p mnaœb p"n DTO £3"»pnm. Tel est le 

texte dans l'édition de Samuel Schullatn, Constantinople et Cracovie (f° 105 è), 
où l'éditeur abrège et modifie les paroles de Zacuto. Dans l'édition Filipowski, les 
paroles mêmes de Zacuto sont moins affirmatives. Les voici (p., 83) : f 72^727» nam 

Srm .rrroab p"n pnnn — in« a^aia a"p D"»pnm '*s>bN 'a naœ 
Jnauî mrjïïb b"pn Jns©a ^a -»3san p bKTaia an by n;72a "nrnn 
b"pn nr^2i nb B**-ptta i**bi fiarajon man sttïi iaœ ma pnnb f'p 
ana pi ts^ann nbrai (?) a^ann n^o© ^aan p baiEta an ana 

•••"O î~T2ia a"p t^ima tlfcOa inV baN .n"n- P. 198, Zacuto écrit de nouveau : 

Y'brr bapttn t^ir; 15 ïzmprj iMn s^nma "»an ^naT b? lïiai -naai 
STrorb C3 w 53pnm t|b« 'a naia î^wb V'annb D "P tna^a -«a lançai 
i-iTa ba« om bu: imapTa i-ttfcnn anna rmowb p"n nîffl ï^ttib 
b'p'n naraa ^a par; -osn p baiEia an fiÉwri "iNSi72tf5 pao nwaa 
spoin nn aminab û^artr; ba nbiûi nararr d^o ï« rmaiob 
iris bra "172a îaaiaio ncns ^3N» D^aann bas ^rh nau; trtabœ 
i-pa pnnb ama a"p mnarab p"n t*»nrï ^a waari Donnai "pnb 
an n»«ia 172a nn-n ta^tabia p ïtïi ^an bra V72" 1 rpaa ">biNi /ot 
mi ba^aïai an baN .baraizai an "jnaann nffli ..pasn- ^a baittus 
nanaa s»»rirra ©Vïpn na^an bm vw tnob -an un na ï-nm bnnb 
D^ûba nuîbta naiûa "»asn p baiTaiD an "pawb r<a r;Ti mn^cb b"pn 
■>a iTO^nn n^nb nfiwn r<naan ^aa î-it mnidi ...ï-in^^b û^pnm 

♦pnnb a"p mnabb p"n naU3 ?njD72~ anna. Ici Zacuto ne s'en réfère qu'à 
des auteurs français et allemuuds. 



48 REVUE DES ETUDES JUIVES 

rira, qui était de Poumbedita, le chiffre 500 (Erech Millin, p. 138 
et s.). Rapoport ajoute qu'il est possible que Rab, après avoir reçu 
de Rabbi, en 189, l'autorisation dont nous avons parlé, soit resté 
encore trente ans en Palestine et ne soit arrivé qu'en 219 dans la 
Babylonie (Md., p. 142 et 276). Il pense que, en ce cas, on pour- 
rait maintenir la date de 530 chez Scherira. Mais il estime que 
cette hypothèse est, pour certaines raisons, invraisemblable, et il 
ne dit pas comment il faudrait alors expliquer les paroles de 
Scherira. 

D'autres historiens, Jost, Graetz, etc., s'en tiennent à la leçon 
530 sans rien ajouter et prétendent que Rabbi vivait encore en ce 
temps-là. 

M. Isaac Halévy admet, avec Rapoport, que Rabbi est mort 
vers 192, et promet de donner, dans le volume suivant de son 
ouvrage, de nouvelles preuves à l'appui de cette opinion. Seu- 
lement, d'après lui, Rab, après avoir reçu l'autorisation, ne partit 
pas pour toujours en Babylonie ; il y vint, mais n'y resta que peu 
de temps, afin d'y régler des affaires de famille. Puis, Rab serait 
retourné en Palestine et y aurait passé un temps assez long. C'est 
seulement en 219, sous Juda II, que Rab retourna définitivement 
en Babylonie. Mais quand Scherira dit : « Au temps de Rabbi, 
Rab alla en Babylonie (bnnb nnrrro ?TTi îrovai) », il faut corri- 
ger ces mots, d'après Halévy (f° 108 de la pagination hébraïque), 
et lire « au temps de R. Juda Nesia » (ïwto rmïT» Wtt irvaTOl). 

On voit que Halévy se place au même point de vue que Rapo- 
port et ne s'écarte de lui que sur quelques points. Mais ce que 
Rapoport considère comme une possibilité invraisemblable, à 
savoir que Rab soit resté en Palestine jusqu'en 219, Halévy en 
fait une certitude (sans nommer Rapoport), et à cause de cette 
supposition invraisemblable, il corrige toute une phrase de Sche- 
rira, contrairement à tous les textes, tandis que Rapoport ne 
voudrait supprimer que la lettre lamed, en s'appuyant sur l'affir- 
mation de Zacuto. Pour faire de cette nécessité vertu, Halévy 
entame une campagne violente contre Rapoport^ et « les savants 
allemands ». 

Halévy croit tout d'abord que sa correction est justifiée par le 
texte même de Scherira, et il dit : « Il doit y avoir une faute, car 
autrement Scherira se contredirait dans une même ligne, en di- 
sant : « Dans le temps de Rabbi, Rab partit en Babylonie, et R. 
Schila était ici le chef de l'école après Rabbi. » R. Schila fut donc 
nommé chef de l'école après Rabbi ; Rab retourna en Babylonie 
longtemps après la nomination de R. Schila ; comment est-il donc 
possible que Rab soit retourné du vivant de Rabbi en Babylonie ? 



LE RETOUR DE RAB EN BABYLONIE W 

C'est pourquoi Halévy déclare que, chez Scherira, il faut lire 
« dans le temps de R. Juda Nesia » [Ibid., 107 et 108). Or, la dé- 
monstration de Halévy est fausse. Les mots « après Rabbi » man- 
quent dans plusieurs éditions, non seulement dans celle de Gold- 
berg, que Halévy suspecte sans raison ', mais aussi dans celle de 
Wallerstein (p. 15). Et si même ces mots sont authentiques, ils ne 
contredisent nullement le commencement : « au temps de Rabbi ». 
Car Scherira parle, au commencement, du départ de Rab de la 
Palestine, et cet événement s'est produit au temps de Rabbi. 
Ensuite Scherira passe à l'émigration de Rab de Nahardéa à 
Soura, et celle-ci eut lieu longtemps après Rabbi. C'est pourquoi 
Scherira dit : « Et il y avait ici R. Schila après Rabbi ». Par les 
mots « après Rabbi », Scherira veut indiquer qu'il parle d'une 
autre époque que dans la phrase précédente. Si Halévy avait étu- 
dié son thème avec plus de soin et moins de haine contre « les 
savants allemands », il aurait pu voir facilement que l'argument 
qu'il invoque appuie nettement la thèse de Rapoport et réfute la 
sienne, comme nous le verrons plus loin (III, 2). 

Page 222, Halévy fait la remarque suivante contre Rapoport : 
« Les plus anciens élèves de Rab moururent vers 300, ils commen- 
cèrent donc au plus tôt à étudier auprès de Rab vers 240. Donc 
auparavant Rab n'exerçait pas l'enseignement en Babylonie. Or, 
si Rab avait émigré en 189 en Babylonie, comme Rapoport le pré- 
tend, on devrait connaître des élèves de Rab pour la période anté- 
rieure à 240. » Contre cette objection, il suffit de rappeler que, 
d'après Rapoport, Rab était resté, après avoir émigré en Babylo- 
nie, trente ans à Nahardéa ; c'est seulement en 219 qu'il partit 
pour Soura, où il fonda l'école. A Nahardéa, Rab n'avait pas 
d'élèves ; c'est à Soura que des jeunes gens se formèrent sous sa 
direction (V. Eréch Millin, p. 143). Si Halévy croit que Rab aurait 
dû forcément avoir des élèves avant d'avoir fondé l'école de 
Soura, qu'il veuille bien nous dire comment il s'explique que Rab 
ait fait un long séjour en Palestine sans y avoir formé d'élèves ! 

Halévy dirige contre Graetz Une attaque violente, mais hors de 

1 Halévy s'est servi, dans sa dissertation sur les Saboraïm (3 e vol. 1-8), du texte 
corrompu de la lettre de Scherira, telle qu'elle est imprimée chez Samuel Schullam 
dans le Youhasin, sans tenir compte des autres éditions. Il n'a pas remarqué que ce 
texte est très altéré et que des phrases entières y sont omises, comme je l'ai mon- 
tré dans la Revue, t. XXXVI, p. 225. Pour excuser cette négligence, Halévy a pré- 
tendu que le texte de Schullam était le seul exact. Mais un coup d'oeil jeté sur le 
Youbasin suffit pour moutrer que le texte de Schullam est profondément altéré, ce 
qui a déjà été indiqué par Rapoport (Biographie de R. Nathan, notes 24 et 32). 
Halévy lui-même avoue en beaucoup d'endroits que le texte du Youhasin est cor- 
rompu et a recours à d'autres éditions qui ont été faites sur d'excellents manuscrits; 
voir t. III, 64; II, p. 410, 249 et 259 de la pagination hébraïque, 498 et 504. 

T. XLIV, n° 87. 4 



50 REVUE DES ETUDES JUIVES 

propos, en disant : « Graetz, clans le quatrième volume (deuxième 
volume delà traduction hébraïque), note 1, dit de Rab : Durée des 
fonctions de Rab et date de sa mort. Son arrivée à Soura en l'an 
530 de l'ère des Contrats (3979 de la création). Il mourut, d'après 
la leçon la plus répandue, en 558 de l'ère des Contrats (4007 de la 
création). Zacuto assigne à son émigration en Babylonie une 
date antérieure et, par suite, place l'année de sa mort 28 ans plus 
tôt ». Halévy trouve naturellement à faire mainte objection à cette 
prétendue assertion de Graetz et il conclut ainsi : « Tout cela 
vient de ce que chez eux (les historiens juifs) toute la science juive 
et l'histoire juive reposent sur le déchiffrement d'abréviations. Ils 
ont complètement oublié que nous avons à notre disposition tout 
le Talmud pour découvrir les choses *. » 

Cette plainte sur la légèreté des historiens modernes, qui re- 
vient fréquemment, aurait pu nous être épargnée. Si Halévy avait 
lu attentivement Graetz dans l'original, il aurait pu voir facile- 
ment que jamais cet historien n'a commis le non sens qui lui est 
attribué. Graetz écrit dans la note 1 (IV, 415) : « Durée des fonc- 
tions de Abba Areka, ou Rab, et sa mort. Commencement de l'an- 
née 530 des Seleucides = 219 (V. ci-dessus). La leçon la plus ré- 
pandue met le dernier événement en 558 = 247 de l'ère vulgaire 
et compte pour la durée de ses fonctions, d'après cela, 28 ans, 
chiffre altéré en 25 dans V (Mahzor Vitry) et S. Ch. (c'est-à- 
dire Simson de Chinon). » Comme on le voit, Graetz dit seule- 
ment que l'année 219 est la première année des fonctions de 
Rab. La date de la mort étant, d'après la plupart des actes, 247, 
ses fonctions ont duré, par conséquent, 28 ans. De l'arrivée 
de Rab en Babylonie, de Zacuto, de la date antérieure de la mort 
de Rab d'après Zacuto, Graetz ne dit pas un mot. Halévy 
s'est laissé induire en erreur parle traducteur hébreu (II, 463). 
Mais déjà le nombre 28 aurait dû faire voir à Halévy que ce 
traducteur s'était trompé, car, s'il s'était agi d'une date antérieure 
pour la mort de Rab, la différence aurait dû être de 30 ans. Les 
28 ans sont simplement la durée des fonctions de Rab, de 219 à 
247. Qu'on juge par là où se trouve la plus grande légèreté. Quant 
à Rapoport, il a prévenu une pareille supposition en disant dans 
son Eréch Millin, p. 275, que Tannée de la mort de Rab reste 
toujours la même (247), quand même on prendrait l'année 189 
pour la date de son émigration en Babylonie, car si on voulait 

1 hy "p*n nnTi \>snw n^n br> na iT^ra ï-t» pn tna ï"»T b:n 
—nnb tabiz) o"id 12b îzjita "nEab îroisi ,mairi ^an ^vp^ 

.♦.tara ùnnnn 



LE RETOUR DE RAB EN BABYLONIE 51 

prendre l'année 217, les autres dates concorderaient difficilement. 
Halévy impute à Graetz un non sens qu'il n'a jamais commis et le 
combat; il passe sous silence Rapoport, et il a le courage de pro- 
noncer des diatribes contre les historiens juifs ! 



II. — Les arguments de Haléyy a l'appui de ses hypothèses. 



Halévy croit pouvoir apporter la preuve que Rab a vécu et 
exercé des fonctions en Palestine longtemps après la mort de 
Rabbi et même jusqu'à l'avènement de son petit-fils Juda IL Ses 
arguments reposent ou bien sur des méprises ou sur des textes 
corrompus. Examinons-les de près. 

Dans leTalmud de Jérusalem, Aboda Zara, n, 8, on rapporte 
ce qui suit : Isaac b. Samuel b. Martha alla à Nisibis et entendit 
que R. Simlaï, dans une de ses leçons, déclarait que Rabbi et 
son tribunal avaient permis l'huile des païens. Samuel usa dès 
lors de cette huile, tandis que Rab s'en abstint. Samuel menaça 
Rab de le dénoncer comme maître rebelle, parce que la mesure 
émanant du tribunal suprême était obligatoire pour tous les Juifs. 
Rab répondit à Samuel — d'après ce qu'a compris Halévy — i 
« Lorsque j'étais encore en Palestine, j'ai su que celui qui s'était 
indigné (contre l'interdiction de l'huile des païens), c'était Simlaï.» 
Samuel lui répliqua: « Simlaï ne Ta pas dit en son propre nom, 
mais au nom de Rabbi. » Là-dessus, Rab céda *. Comme on admet 
d'ordinaire que c'est Juda II qui a supprimé l'interdiction de 
l'huile des païens, Halévy (p. 216) tire des paroles de Rab : 
« Quand j'étais encore là-bas » une preuve décisive que Rab était 
établi en Palestine jusqu'au temps de Juda II. 

Cette preuve repose sur une grossière méprise. Les paroles de 
Rab : *t asa \nr\ k3îh is ne peuvent pas signifier : « Lorsque j'étais 
encore là-bas, je savais », car, en ce cas, Rab aurait dû dire, au 
parfait : rwr j«n pn rwn 19. La préposition 19 suivie du présent 
ne peut signifier que : « avant que », comme dans Echa r., I, 48 : 
wirp •pVw iznMn ain •pnma uns» mi 19. « Avant de soumettre 
les barbares, viens soumettre ces Juifs. » La phrase de Rab doit 

1 i»mtt ">Nb»iz5 nstaN t»niattb nw r^m» -d bNittta *-a pnsr 
b^p t^b an b3N bfirata (*-i72N) pian "in^nii wi mai ian ta m avn 
Ipî ^b? nro X3N p j^bn biS« bénira mb '- i»n ♦bw» ïrb5> 
■wbaia mb* ti* -jne 9*p >*îx pn ^nt *& *rb ^"^ .1*05373 
rn-jN ,80103 pv 'i araa no îmana ûuia —m mb "la» ,win 
bs&n -nb*. 



52 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

donc être traduite : « Avant d'être là-bas (à Nisibis ou en Pales- 
tine) je sais (déjà) qui a fait de l'agitation contre cette mesure. » 
Halévy apporte une seconde preuve tirée du Yerouschalmi, 
Ketoabot, i, 6, et Meguilla, iv, 4, où il y a : Hinena b. Salamya 
au nom de Rab dit : « Un cas semblable s'est produit devant Rabbi, 
il a voulu décider en faveur des docteurs (les adversaires de 
R. Simon ben Gamliel). Alors R. Eléazar b. Parta, petit-fils de 
R. Eléazar b. Parta, lui dit : Rabbi, tu nous a enseigné au nom de 
ton grand-père... 11 se rétracta et se conforma à la déclaration de 
R. Simon b. Gamliel 1 . « Simon b. Gamliel étant désigné ici 
comme le grand-père de Rabbi, il faut entendre par Rabbi 
Juda II, car Juda I er était le fils de Simon. Par là il serait démon- 
tré, d'après Halévy, que Rab était encore en Palestine au temps de 
Juda II. Mais ce passage du Yerouschalmi est corrompu, comme 
les commentateurs l'ont déjà remarqué (V. Frankel, Introduction, 
p. 114) et comme Halévy le concède lui-même dans la note 21. 
Probablement *ppT est une faute pour ^paa. En fait, d'après le 
Babli, Ketoubot, 101, la scène se passe sous R. Juda I er . Ensuite 
on doit considérer que le passage parallèle dans Yer. Sanhédrin, 
i, 2, porte : « Et il se conforma à la déclaration de R. Gamliel. » 
Or, celui-ci était le grand-père de Juda I er . Yehiel Heilprin {s. v. 
Eléazar b. Parta) corrige, d'après cela, les deux autres pas- 
sages du Yerouschalmi. Vraisemblablement ce Talmud avait 
dans la Mischna R. Gamliel, et non R. Simon b. Gamliel. En 
tout cas, le texte altéré du Yerouschalmi n'a aucune force pro- 
bante. 

La preuve qui vient ensuite repose sur un texte qui est notoire- 
ment corrompu, et qui, de plus, est reproduit faussement par 
Halévy. Celui-ci (p. 218) cite le passage suivant de Moed Katon 
21 a : Chez Rabba bar (bar) Hanna il y eut un cas de deuil, et ce 
docteur pensa qu'il ne devait pas faire de leçon publique. 
R. Hanina lui dit : « Il est enseigné (dans une Baraïta) que si 
beaucoup de gens (la communauté) ont besoin de lui (de la personne 
en deuil), il ne doit pas se laisser arrêter (par le deuil). Il (Rabba) 
voulut placer auprès de lui un Amora (explicateur), mais Rab lui 
dit : « Il est enseigné : Seulement, il ne doit pas placer près de lui 
un Amora 2 . » Halévy dit là-dessus (p. 110 delà pagination hé- 

1 laanfc njsi ^an inip ônai* t**nN m û^a j^ttbia -ia fiarri 
t**b 'n j^ans p Tr*,b tm \ btû i^a p s^-jhd p wb 'n ib —itûn /pans 
S&rbBa p ii^atD ha naji ia irm .»t**b« ^pT ûu;a naivttnb p. 

2 a^p-rab pD"w î^ibn nao t^nb"»» rra x:nmtf rwn ha) na nan 

"iao .23ED irw ib ■j^^i: tra-i i^n un N^n r<:"on h mb n»« 
ï»rnn tw^ t^bta naban t>i^n an S"a trôy >vrm» " , »"ip^b 



. LE RETOUR DE RAB EN BABYLONIE 53 

braïque) : « Ce passage à lui seul confirme pleinement notre as- 
sertion. Il est certain que ce fait s'est produit en Palestine, car 
il est dit clairement que R. Hanina était présent et c'est lui qui a 
dit à Rabba bar Hanna : La personne en deuil ne doit pas s'abstenir 
de faire la leçon quand beaucoup de gens ont besoin de lui. Il est 
également sûr que l'histoire s'est passée quelque temps après la 
mort de Rabbi et de R. Hiyya, car indépendamment de ce que 
tout était décidé par eux, aussi longtemps qu'ils étaient en 
vie... l . » 

On n'a qu'à ouvrir Rabbinowicz 2 à cet endroit pour voir que 
cette preuve est fausse. Au lieu de aran 'n Va (et R. Hanina lui 
dit), qui est dans nos textes, les manuscrits et les Halachot 
Guedolot ont : twin m Va (Rab lui dit : nous avons appris), '*» 
fctt^n est donc une faute pour wan m. L'argument apporté par 
Halévy se réduit donc à rien, car la scène de la narration se passe 
en Babylonie et non pas en Palestine, comme Halévy Ta cru en se 
basant sur un texte erroné. On doit noter, en outre, que Halévy 
cite inexactement, en mettant „.tMn un aran aw^n 'h irpb itta 
(R. Hanina lui dit : Il est enseigné) ; dans nos textes, il y a : itta 
fc^m dn firt^n '"i StV. Le petit mot a-on n'y existe pas et a été 
ajouté par Halévy. C'est justement de l'absence du mot aoan que 
Rabbinowicz conclut que nos textes sont altérés, et que la leçon 
des manuscrits et des Halachot Guedolot est la seule juste. Halévy 
ajoute le mot fcron sans faire de commentaire et il ne remarque 
même pas qu'il y a une autre leçon, et il veut nous démontrer en 
se fondant sur un texte faux et falsifié que Rab était encore établi 
en Palestine après la mort de Rabbi! 

La preuve suivante de. Halévy ne vaut pas beaucoup mieux : 
Il cite ce passage du Yerouschalmi (Sabbat, ni, 1) : « R. Simon ben 
Karsena dit que lui (Rab) nous a enseigné comme R. Ismaël b. 
R. Yosé », et il ajoute : « Simon b. Karsena est un Palestinien qui 
n'a jamais été en Babylonie. » Il pense avoir démontré avec cela 
que Rab a exercé en Palestine son activité comme docteur. Mais 
cet argument est également fondé sur un texte mal cité. Dans le 
Yerouschalmi, il n'y a pas \h sm « il nous a enseigné », mais 

Le premier fc^OSn après R. Hanina ne se trouve pas dans nos textes et est ajouté 
par Halévy. 

1 *jsm ht i-tttt *d ir-on bas m nain-n -ds *nb i-rri-î mp^rn 
'm Dn?2y to^n 'n tau; '^ï-na tim&fc ■ni-ro bfcnur> yn&o J-rrrca 
.22733 ir» ïtô 'pa'nat n^m oaws rran nn rtmb rmma «irs t*o:n 
Dï-pTia© : — 173 *nb 15 r*o-<n 'm 'n m?: nnis "jet nnab ï-:t '*ïvn \N-n pi 
...tarra by pi û v ^-,r vt-i 

1 Halévy paraît, en général, ne pas connaître les célèbres Varice Lectioncs de Rab- 
binowicz, pas plus qu'il ne connait les œuvres solides de M. Bâcher sur l'Agada. 



54 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

•pb cm « il leur a enseigné ». Il est donc ici question de l'auditoire 
de Rab en Babylonie, mais nullement d'un auditoire de ce docteur 
en Palestine. 

Page 220, Halévy rappelle que, dans les deux Talmuds, l'opinion 
de Rab est souvent réunie à l'opinion d'autorités palestiniennes, 
comme R. Hanina, R. Jonathan, et il y voit un appui à sa 
théorie que Rab est resté longtemps en Palestine après la mort de 
Rabbi. Cette conclusion n'est pas du tout justifiée. Tout d'abord, 
même du vivant de Rabbi, Rab peut avoir émis tel ou tel avis en 
Palestine, car alors déjà il était un savant considéré. D'autre part, 
des avis que Rab avait émis en Babylonie ont pu parvenir en 
Palestine par écrit ou verbalement et être réunis là aux avis de 
docteurs indigènes. 

Je citerai ici un exemple de ce genre, qui est très instructif pour 
la question qui nous occupe. Dans Yer. Sabbat, xiv, 3, et Lév. 
rabba, ch. 16, 8, sont réunies les opinions de Rab et de R. Hanina 
sur le mauvais œil. Là-dessus on lit : « Rab et R. Hanina ont 
suivi chacun leur propre opinion (♦«STW'fcD ^). Rab, qui habitait 
là-bas (en Babylonie), où le mauvais œil se rencontre souvent, 
disait... R. Hanina, qui habitait à Sepphoris, où le froid domine, 
disait... » On voit donc que l'avis de Rab a été émis en Babylonie 
et avait en vue ce pays, et pourtant il est joint à l'avis de R. 
Hanina, qui était également Babylonien, mais qui habitait Sep- 
phoris et tenait compte des conditions climatériques de cette ville. 

Dans Yer. Nedarim, ch. vin, on raconte que Rab, après la mort 
de Rabbi, demanda à son fils R. Gamliel que l'autorisation que lui 
avait accordée Rabbi fût étendue. Mais R. Gamliel dit : « Je 
n'ajoute rien à ce que mon père t'a donné ! . » D'après Halévy on 
peut en déduire que Rab a vécu encore en Palestine après le décès 
de Rabbi. Rapoport a déjà parlé de ce passage {Erech Millin, 
p. 141 et 144) et il pense que Rab a pu en entretenir R. Gamliel 
dans un de ses voyages en Palestine. D'ailleurs, Rab peut avoir 
demandé par écrit à R. Gamliel d'étendre l'autorisation de Rabbi. 
ïrb ntttf s'emploie aussi pour une déclaration écrite, comme dans 
Moed Katan, 24 a. Là R. Yohanan demande un renseignement à 
Samuel, et la réponse de Samuel est introduite par les mots 
ïrb tek 2 . Or. R. Yohanan n'a jamais eu de relations personnelles 
avec Samuel ; la question a donc été faite par écrit, comme Halévy 
lui-même le reconnaît (p. 402). 

1 *aa t^3>3 ^p^-n )i2 .û^arû m&nbi imna wiftb ^sn irmâo an 
N2N *p "jnDU) i-itt hy ^b tpo-i» ^n mb "von ^mnsa ^i» ï-nna. 

* naisa mb^a» pN im nauîa mb^aa w btxvzwn ïsrm 'n mrtt N?a 
naraa mb^aN pN !-pb n?2N. 



LE RETOUR DE RAB EN BABYLONIE 55 

Enfin, Halévy remarque (p. 111 de la pagination hébraïque) 
qu'on voit par Kiddoaschin, 72, que lors du décès de Rabbi, 
R. Ahi b. Yoschia était encore vivant en Babylonie. Mais à 
l'arrivée de Rab, ce R. Ahi était mort depuis longtemps. Donc le 
retour de Rab en Babylonie doit avoir eu lieu longtemps après la 
mort de Rabbi. Ilalévy renvoie ici au chapitre 7 de son ouvrage. 
Mais là on cherchera vainement la preuve que R. Ahi ne vivait 
déjà plus à V arrivée de Rab en Babylonie. Halévy enregistre en 
ce chapitre les passages où il y a : « Rab ordonna à la famille de 
R. Ahi. » De là on peut seulement déduire que R. Ahi est mort 
avant Rab, nullement qu'il l'était avant l'arrivée de Rab en Ba- 
bylonie. R. Ahi peut être mort vingt ans et davantage après cet 
événement. 

Toutes les preuves de Halévy sont donc bâties sur le sable ; 
elles reposent en partie sur des méprises, en partie sur des textes 
faux ou inexactement reproduits. 



III. — Impossibilité de l'hypothèse de Halévy. La Mischna 

et l'école supérieure a Soura. 

Halévy corrige les mots wi irTOttil, (du temps de Rabbi), dans 
la relation de Scherira sur le retour de Rab en Babylonie (Neu- 
bauer, Anecdota, 28), et lit ïiaraa nyi!tp 'tj frottai (du temps de R. 
Juda Nasia = Juda II). Rab, d'après Halévy, serait né en 155 de 
l'ère vulgaire (p. 403). Vers 175 il serait allé en Palestine, où il se- 
rait resté jusqu'en 219. Du vivant de Rabbi, Rab aurait entrepris 
un voyage en Babylonie, qui dura un ou deux ans, et qui avait pour 
but d'arranger des affaires privées. A cette occasion, Rab obtint 
de Rabbi l'autorisation de prendre des décisions religieuses et 
juridiques. Rab serait retourné, après ce voyage d'affaires, en 
Palestine. C'est seulement en 219 qu'il revint définitivement en 
Babylonie, et y fonda l'école supérieure de Soura. La correction 
que fait Halévy et sa manière de présenter les événements se 
heurtent, quand on les examine de près, à des difficultés insur- 
montables. 

1° La substitution de swu» rtllîT "Ti iTWM à rail srorai est 
violente et ne peut être admise dans le texte de Scherira. 
R. Juda II n'est mentionné nulle part chez Scherira. Par contre, 
Rabbi (R. Juda I), comme rédacteur de la Mischna et comme 
dernier Tanna, forme pour lui une limite dans l'histoire de la 
tradition. « Avant Rabbi » et « après Rabbi » sont chez lui des 



f o6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

locutions courantes comme en fait foi la collection des passages 
suivants : 

.(p. 8) m.^TI -ots "pan -iap^i 

•(p. 9) ...s^nb^a Nr^yno'w ■'ann s-réarm 

^smafi iV»» i» nab ..^an*! ^lop» ipso?: mîi n» Mirwsba t]*o 

.(p. io) ...i-nnnan ^ûrmn^ra 
.(p. 13) „,î-pnna ^n isnnna 'nn frwa *w 
.(p. 14) ...'pstnrna 'nn mwan luan ^»n lit*» 
...ï-mnm "onn î-wnai ...«■Hpfi i^an ^p mîn baan pam 

.(p. 16) „^an nnan ^ni^N pam 
■wa wntt ijoa wn u/van nas^ai n^ -TOp •pïib tiïi r^bi 

.(p. 20) '-|*1 

"m ■p^ûiD 'm ins 'n i^a> &nn i» wn tow •n?i ^an nnai 

.(p. 22) „ è i33 b^bm 

*ttiNna t^bi baaa fWtt lift N*mb:& të*na m ^-las-wn nsn 

.(p. 27) .'..swiaTua 
iani ïrwm ...baaa mba u^n t-^p t^w-itt an mn 'nn îrorai 

.(p. 29) ,„baaa toirr ann rrasw na 
^a nw ***b^ -1 t^aïi tnïri ...baab an n-ro wi mwai 

.( P . 28) (M ['n nna] pan 

Dans ces conditions, il est inadmissible de rayer p. 28 (et p. 27, 
voir Halévy, p. 406) la formule si fréquente ^ann "Wan et de la 
remplacer par wiz» tmi-p 'ni ■flavai, contrairement à tous les 
textes et à toutes les citations des anciens auteurs. Car tous les 
textes de la lettre de Scherira portent mn WM, et c'est ainsi 
qu'est rapportée la phrase chez les auteurs les plus différents. 
Nissim b. Jacob (Maftéah 39) lit ainsi et il a eu sûrement un 
texte exact devant lui, car c'est à son père que la lettre a été 
adressée (III, 312, Halévy corrige aussi le texte de Nissim). 

2° Scherira dit : Et il y a eu ici [après Rabbi] R. Schila (v. ci- 
dessus I). L'addition des mots « après Rabbi », si elle est authen- 
tique, prouve avec certitude que Scherira date de Rabbi le retour 
de Rab. S'il le datait de Juda II, les mots ^an nna seraient super- 
flus. On sait bien que Juda II a vécu après Juda I. Il en est 
autrement si Scherira commence avec Rabbi : il fallait alors re- 
marquer que R. Schila a vécu après Rabbi. 

3° Dans le Séder Tannaïm weamoraïm on lit : En l'an 530 
(variante 506), dans le temps de notre saint maître (Rabbi), Rab 
alla en Babylonie et enseigna les choses défendues et permises et 
les Halachot à Nahardéa. Il trouva R. Aba qui exerçait l'autorité 
en Babylonie. Aussi longtemps que celui-ci vécut, Rab n'exerça 
aucune autorité jusqu'à ce que R. Aba mourut. Et Samuel (ou Rab 



LE RETOUR DE RAB EN BABYLON1E 57 

et Samuel) et R. Houna I étaient les chefs à Nahardéa. Et Rab 
exerça l'autorité à Nahardéa 28 (ou *25) ans et mourut * . . . 

Le Séder Tannaïm weamoraïm est altéré, et l'exposé des faits 
est confus, mais on voit tout au moins qu'il commence avec 
Rabbi. Pour prévenir une objection de ce côté, Halévy (p. 214, v. 
p. 227) prétend que le début du récit se rapporte au temps où 
Rab aurait fait le voyage dont il a été question et séjourné â 
Babylone, tandis que dans la suite on parle du séjour définitif de 
Rab en Babylonie. Le texte ne permet pas une telle interpréta- 
tion, car il n'y a aucune trace d'un retour de Rab en Palestine. 
On raconte, au contraire, tout d'une traite quand Rab est venu en 
Palestine et ce qui lui est arrivé dans ce pays jusqu'à sa mort. 
Le Séder Tannaïm weamoraïm confirme donc notre leçon dans 
la lettre de Scherira. Samuel b. Hofni a aussi : ^ria baab n;bri an 
«Trmznai ^sn « Rab alla en Babylonie du vivant de Rabbi et avec 
son autorisation » (Joseph ibn Aknin, Introduction, chap. 10, et 
Yonhasin, éd. Filipowski, p. 198 et 199 ; voir Kaftor wafèrah y 
ch. 5). 

4° Si Rab n'avait entrepris le voyage qu'il fit du vivant de 
Rabbi en Babylonie que pour un temps court, pourquoi aurait-il 
eu besoin d'obtenir de Rabbi l'autorisation d'exercer certaines 
fonctions? Celui qui visite un endroit pour peu de temps ne s'oc- 
cupe pas d'y trouver des fonctions 2 . Si donc Rab et son cousin 
Rabbah bar Hanna ont reçu avant leur départ l'autorisation 
d'exercer des fonctions en Babylonie, ils étaient certainement dé- 
cidés à s'établir pour toujours dans leur patrie. Parfois sans 
doute tous deux allèrent en Palestine, même après qu'ils s'étaient 
établis en Babylonie et avaient accepté des fonctions , comme 
d'autres savants babyloniens avaient l'habitude de visiter de 
temps â autre la Palestine; mais ils revenaient bientôt en Baby- 
lonie, siège de leur activité. 

1 t-nbbïn nmï-n hib^ rmm baab an t-f w\ipn naan wa 
i-prra pT > bai baaa mnno wn$n r<aN 'n fin t*ws7:n .r^nnrm 
»nn am bfin»ta am ,t^aN 'n r-ittia n? mnno an am t**b a^p 
ta^u; n"a w-nraa miio an arroi .^rnnrrta »:pn3?a vr? r^ttp 

,«nï3D51 [Kérem Rémed, IV, 186). 

* Halëvy croit pouvoir indiquer un cas analogue : Dans Sanhédrin, 5£, on raconte 
que R. Yohanan accorda une autorisation ainsi conçue : • Sois en possession de notre 
autorisation jusqu'à ce que tu viennes vers nous. • Comme le Talmud en conclut que 
l'autorisation peut être donnée pour un temps et que Raschi dit là-dessus • par 
exemple, un an ou deux >, Halévy en conclut que les autorisations qui furent accor- 
dées à Rab et à Rabbah pouvaient être nécessaires pour un voyage d'affaires. Mais 
ici R. Yohanau pose la condition que son autorisation n'est valable que tant que le 
personnage autorisé séjourne bo"s de Palestine : s'il revient elle prend fin. Il n'en 
résulte pas du tout que quelqu'un qui va n'importe où en voyage doit se pourvoir 
d'une autorisation (Halévy ne cite pas exactement Raschi). 



58 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

5° Les chefs de l'école de Soura rattachaient leurs droits à 
l'autorisation que Rabbi avait accordée à Rab. Dans Sanhédrin, 
5 a, en effet, on raconte : « Quand Rabbah, le fils de Houna (il était 
l'élève de Rab), avait des contestations avec les gens de l'exi- 
larque, il avait coutume de leur dire : « Ce n'est pas de vous que 
j'ai reçu l'autorisation, mais de mon père et maître, mon père et 
maître de Rab; Rab, de R. Hiyya et R. Hiyya de Rabbi 1 ». On 
regardait donc comme une chose connue que Rabbi avait par son 
autorisation accordé à Rab le droit d'exercer en Babylonie des 
fonctions publiques. Rab était donc sûrement déjà décidé, lorsqu'il 
fit son voyage en Babylonie, à y fonder une école. 

6° Le retour de Rab en Babylonie a été mis en relation avec la 
rédaction de la Mischna. Samuel b. Hofni (Joseph ibn Aknin, 
Introduction au Tamuld, ch. 10 ; Youhasin, éd. Filipowski, p. 198) 
et Samuel ha-Nagid (Estori Haparhi, Kaftor waférah ch. 5), 
rapportent que Rabbi renvoya dans leur patrie Rab et les autres 
savants qu'il avait rassemblés chez lui dès qu'il eut fini de rédiger 
la Mischna'. Cette donnée, qui repose sûrement sur d'anciennes 
sources, suppose que Rab retourna en Babylonie déjà du vivant de 
Rabbi. 

Halévy méconnaît la relation intime qui existe entre la rédaction 
de la Mischna et la fondation des écoles supérieures en Babylonie. 
11 pense que tant que l'école et le tribunal des patriarches exis- 
taient en Palestine, il était impossible de créer des écoles supé- 
rieures en Babylonie. Il croit, au contraire, que l'école fondée par 
Rab était, à l'origine, une école ordinaire et ne se transforma en 
école supérieure ayant des droits spéciaux qu'après la mort de 
Juda II, lorsqu'en Palestine l'école et le tribunal des patriarches 
eurent cessé d'exister, et que des écoles dirigées par des particu- 
liers eurent surgi (p. 166, 404 et suiv.). Cette conception n'est pas 
fondée et est contraire aux données de Scherira et de Samuel b. 
Hofni. D'après ceux-ci, les événements auraient pris le cours 
suivant : 

Lorsque Rabbi se mit à la rédaction de la Mischna, il réunit 

1 îNb : 1)2$ mmba ©n ■■m ^i-n isb^e î-ntt ra toir: m -d s-rm 
3"i?3 "n» n3ni /n» Nara jvsmun fiocrpa jtxm&i xyû^î "D^e 
■ontt n*^m 'm ^^n 'nw n-n. 

* Un point qui mérite d'attirer l'attention, c'est que Saadia lui aussi place la clô- 
ture de la Mischna en l'an 530 des Séleucides (219 de l'ère vulgaire); voir Harkavy, 
Studien und Mittheilunr/en, V, p. 195, et Schechter, /. Q. R. t XIV, p. 45. Naturel- 
lement cette date s'applique également au retour de Rab en Babylonie, comme chez 
Samuel b. Hofni. Par là est confirmée l'hypothèse ingénieuse de Rapoport, d'après 
qui la date de 530 provient de l'école de Soura (voir plus haut, i). Saadia, en effet, 
a exercé ses fonctions à Soura. 



LE RETOUR DE RAB EN BABYLONiE 59 

autour de lui, pour l'aider de leurs conseils, beaucoup de savants, 
parmi lesquels se trouvait aussi Rab. Après avoir terminé la 
Mischna, il congédia les savants. Rab et Rabbah bar Hanna se 
pourvurent de l'autorisation de Rabbi et retournèrent dans leur 
pays natal avec l'intention d'y exercer certaines fonctions. Rab 
fonda à Soura l'école supérieure qui devait devenir si célèbre et 
durer si longtemps. 

Jusqu'à la rédaction de la Mischna, les Juifs de la Diaspora 
dépendaient, pour les questions religieuses, des patriarches pa- 
lestiniens. Jusqu'alors, en effet, dans tous les domaines de la 
loi orale, les opinions étaient très partagées et les règles des 
diverses écoles étaient en circulation. Il était très difficile de se 
décider pour l'une ou l'autre, d'autant plus que souvent des ques- 
tions de principe étaient en jeu. Les Babyloniens ne se sentaient 
pas en droit de répondre à des questions qui avaient été jadis du res- 
sort du Sanhédrin. Le tribunal du patriarche était regardé comme 
l'héritier du Sanhédrin, et dans ses mains seules reposait la juris- 
prudence. Lui seul pouvait prendre des décisions dans les cas dou- 
teux. Il est vrai que les Romains lui enlevèrent le pouvoir exécu- 
tif, mais, pour les Juifs, le tribunal du patriarche restait la suprême 
instance. L'exilarque, en Babylonie, possédait une autorité illimi- 
tée sur les Juifs. Il fixait leurs impôts et nommait des juges pour 
les communautés, et les arrêts de son tribunal étaient obligatoires. 
Par contre, les Babyloniens ne pouvaient guère contribuer à l'édi- 
fice de la loi orale. Donc, tandis que la Palestine était le siège de 
la théorie, la pratique régnait en Babylonie. C'est pourquoi une 
baraïta explique les mots de l'Écriture : « La verge ne se retirera 
pas de Juda (Gen., xlix, 16), en disant : Ce sont les exilarques en 
Babylonie qui gouvernent Israël avec la verge, et sur les mots : 
« ni le législateur d'entre ses pieds », elle dit : Ce sont les descen- 
dants de Hillel (comme patriarches en Palestine), qui enseignent 
la Tora en public (Sanhédrin, 5 a). Il y avait sans doute des écoles 
aussi en Babylonie, et l'une d'elles était sous la protection del'exi- 
larque; mais la loi y était exposée comme elle avait été transmise 
sans être traitée scientifiquement et sans être poussée plus loin. 
Les savants babyloniens qui se sentaient aptes à contribuer à 
l'édifice de la loi orale durent émigrer en Palestine, comme Hillel, 
Joseph hababli, Nathan hababli, R. Hiyya et d'autres. 

Il en fut ainsi jusqu'à ce que la Mischna fut rédigée. Mais après 
que le code de Rabbi, obligatoire pour tous les Juifs, eut été ter- 
miné, les Babyloniens cessèrent de dépendre du tribunal palesti- 
nien. Avec le secours de la Mischna, chaque homme instruit pou- 
vait se tirer d'affaire dans les cas les plus compliqués. Au lieu de 



60 REVUE DES ETUDES JUIVES 

fouiller dans les diverses traditions, il n'avait besoin que de con- 
sulter la Mischna, et celle-ci pouvait aussi bien être étudiée en 
Babylonie qu'en Palestine. Ainsi, avec la rédaction de la Mischna 
la prépondérance de la Palestine prit fin. 

Comme la loi mosaïque, au temps d'Esdras, passa des prêtres et 
des lévites dans les mains du peuple, de même, au temps de Rabbi, 
la loi orale, au moyen de la Mischna, passa du tribunal du pa- 
triarche à tous les savants. Celui qui pouvait commenter exacte- 
ment la Mischna était en état de résoudre les questions les plus 
difficiles, qu'il se trouvât en Palestine ou en Babylonie. Rab, qui 
avait assisté à la naissance de la Mischna et connaissait exacte- 
ment les intentions de Rabbi, était bien le plus à même de tirer 
pour sa patrie les conséquences nécessaires de l'œuvre de son 
maître. Aussitôt que la Mischna eut été rédigée, Rab se pourvut de 
l'autorisation de Rabbi et partit en Babylonie pour y ouvrir une 
nouvelle ère. Il fonda à Soura une école supérieure, qui avait 
presque tous les droits du tribunal du patriarche en Palestine. 
C'était l'instance suprême et elle était tout à fait indépendante 
du patriarche comme de l'exilarque. Pour la forme et le fond, 
elle répondait au Sanhédrin. Le chef de l'école, avec les soixante- 
dix savants, qui étaient assis en sept rangées, répondaient 
au collège des soixante-et-onze dans le Sanhédrin 1 . L'école 
était destinée aux recherches théoriques. L'objet principal des 
études était la Mischna. Pour les cas pratiques il y avait dans 
l'école un tribunal suprême dont les arrêts étaient décisifs. L'école 
de Soura fut la première, en Babylonie, qui exerça une autorité 
législative. Bientôt après, l'école de Nahardéa, qui jusque-là avait 
été sous la dépendance de l'exilarque, s'appropria les mêmes 
droits et l'indépendance à l'égard de l'exilarque. Dans les deux 
écoles, Soura et Nahardéa-Poumbedita, se forma le Talmud de 
Babylone, et ce n'est pas autre chose qu'un commentaire de la 
Mischna, qui, du temps des Amoraïm, était enseignée et expliquée 
dans ces écoles, comme Scherira l'expose fort bien dans sa lettre 
(voir Revue, t. XXXVI, p. 233). 

Scherira nous fournit également des renseignements sur i'im- 

1 Pour la période gaonique, voir Nathan hababli chez Neubauer, Anecdota, II, 87. 
A.mram Gaon écrit dans les Consultations des Gaouim, éd. Lyck, n° 58 : b^731 

ifcTip ■rça "pi frbTO f*w»o Dipwn tsmii d^raorr tp^nn 

ÏIDtûp ^"nriDO d"lp}33 ÛtTCÎ (l. "^"PO). De même chez Sémah Gaon dans Ben 
Chananya^ IV, 141 ; voir Halberstam, Yeschouroun, V, 136. Ben Méir aussi men- 
tionne le grand et le petit Sanhédrin, comme les rangées de la yeschiba (voir Revue^ 
XLII, p. 181). Les sept rangées dans la yeschiba de R. Yohanan sont mentionnées 
dans Baba Kamma, 117 a. Dans Houllin, 137 a, R. Yohanan mentionne "JTltfJ T"" 1 , 
peut-être doit-on lire *pY»25 'T- Mais Scherira (Neubauer, 22) et d'autres lisent ï"ï. 



LE RETOUR DE RAB EN BABYLONIE 61 

portance de l'école fondée à Soura par Rab. Il insiste tout d'abord 
sur ce que, jusqu'après la mort de Rabbi, il n'y avait pas eu 
d'écoles supérieures possédant l'autorité législative, et il dit : 
« Et eux (les Babyloniens) avaient des exilarques de la race de 
David, mais il n'y avait pas chez eux de présidents d'écoles et de 

Sanhédrin et jusqu'à ce que Rabbi mourut, ils étaient sous la 

direction de l'exilarque et non pas des présidents d'écoles ni des 
patriarches ; ceux-ci présidaient en Palestine le Sanhédrin... (Neu- 
bauer, Anecdota, I, 27) *. » Puis, dans la narration du retour de 
Rab en Babylonie, Scherira dit de nouveau : « Et lui (Rab) réunit 
beaucoup d'élèves, répandit l'enseignement et y fonda un tribunal. 
Et il y eut depuis ce temps en Babylonie deux tribunaux suprêmes, 
l'un à Nahardéa, qui était déjà là, et l'un à Soura, qui fut fondé 
par Rab [ibid, p. 29) -. » L'ère nouvelle de l'activité babylonienne 
date donc de la mort de Rabbi, c'est-à-dire du temps de la 
rédaction de la Mischna. Cette œuvre donna aux Babyloniens la 
possibilité de travailler par eux-mêmes dans le domaine de la loi 
orale. L'école que Rab fonda à Soura eut dès le début le caractère 
d'un Sanhédrin ou tribunal suprême, quoiqu'elle puisse s'être 
approprié certains droits seulement à une époque postérieure. 

Nous devons donc regarder la rédaction de la Mischna comme 
le premier motif de la fondation de l'école de Soura. La Mischna 
de Rabbi rendit les écoles babyloniennes possibles et nécessaires. 
Rab, qui avait été au berceau de la Mischna, l'apporta en Baby- 
lonie et y fonda un établissement où elle fut l'objet des études 
pendant toute la période des Amoraïm. La question de la date de 
la rédaction de la Mischna et de la mort de Rabbi n'est pas encore 
mûre. Mais très vraisemblablement le retour de Rab en Babylonie 
se rattache à la rédaction de la Mischna et doit s'être produit dans 
les dernières années de la vie de Rabbi 3 . 

A. Epstein. 



1 [y-nrtion] ^na^n» "nûfin baa Ttt n^att nTba "nz:&n lïlb mm 
^aaa ïwia mn t^mba tcna w -icaBW tji ...fira mtt t^b 

..♦[mm s**i;i] 

* dïï rap-i [nanri] rrnn tau; ya-n t^aiu i*rabn [ûnn] rpa-i 
im -iaa mm wTirm m n-bm yw via isb [baaa] mm .-i"a 
...an m*apn Nmoa 

3 Qu/il me soit permis de répondre ici à deux attaques très injustes dirigées 
contre mon article sur les Saboraïm (Revue, t. XXXVI). J'y ai prouvé (p. 225) 
que Halévy s'est fondé, pour sou travail sur les Saboraïm, sur un texte incomplet 
de la lettre de Scherira qui se trouve dans le Youhasin. On m'a reproché d'avoir 
lu à la hâte l'œuvre de Halévy et de n'avoir pas vu que les éditions de Neu- 
bauer et de Goldberg y sont utilisées. Singulière réfutation ! Je n'ai pas prétendu 



62 REVUE DES ETUDES JUIVES 

que les éditions de Neubauer et d'autres n'étaient pas mentionnées par Halévy. J'ai 
constaté que dans le paragraphe en question Halévy a utilisé exclusivement le texte 
corrompu du Touhasin. C'est en ce sens que j'ai écrit : « Or, c'est précisément cette 
édition (Youhasin) que M. Halévy a utilisée te*, sans tenir aucun compte de toutes 
les autres. » Halévy peut en d'autres endroits s'être servi des éditions de Neubauer 
et de Goldberg, mais e'ct, dans la chapitre sur les Saboraïm, il cite uniquement le 
texte du Youhasin et fonde là-dessus sa nouvelle théorie. Halévy ne pourrait se jus- 
tifier que si l'on pouvait démontrer que le texte du Youhasin n'est pas altéré et in- 
complet. Mais personne n'y parviendra, d'autant plus que Halévy ailleurs (III, p. 64) 
accorde que le passage en question est tout à fait corrompu dans le Youhasin. 

La seconde attaque est encore plus maligne. J'ai écrit, ibid. y p. 228 : t En outre, 
dans beaucoup d'éditions, la phrase suivante commence par ces mots : « Et les 
Saboraïm vinrent ». J'ai renvoyé en note à l'édition de Goldberg, Mayence, 1873, 
p. 38; à celle de Wallerstein, p. 18, et aux bNIttlD "bblS (dans tp-]^ nttn), 
p. 29. On m'a opposé que cette assertion dénaturait les faits et que la phrase que 
j'ai citée ne se trouve dans aucune édition de la lettre de Scherira. Mais je prie le 
lecteur d'examiner les écrits que j'ai cités et de voir si mon indication est exacte. Il 
y trouvera sans peine la phrase incriminée. 



MÉLANGES JUDÉO-ARABES 1 



IX. 

Isra'iliyyat, 



Un fait curieux à noter, quand on étudie l'influence juive 
sur l'Islam, c'est que, dans les anciens documents islamiques, les 
éléments agadiques et rabbiniques apparaissent avec beaucoup 
plus de fidélité que les éléments bibliques, quoique les prétendues 
citations de la Bible s'y rencontrent à chaque pas, tandis que les 
citations directes d'écrits rabbiniques ne s'y voient guère. On 
connaît les innombrables citations fausses de la Taurât (Tora) et 
du Zaboûr (Psautier). Au contraire, les emprunts faits à la litté- 
rature rabbinique revêtent une forme tout à fait anonyme, ou bien 
ils se donnent purement et simplement comme des productions 
originales de l'Islam lui-même. 

Parfois une sentence rabbinique est aussi citée comme passage 
de la Taurât 2 , ou bien une parole de la Bible est reproduite avec 
le sens que l'interprétation rabbinique lui a donné. 

Voici un exemple de ce dernier phénomène : Mâlik b. Dinar, 
célèbre ascète de Baçra (mort en 744), dit : « J'ai lu dans la Tora : 
Celui qui travaille de ses mains est heureux dans la vie et dans 
la mort 3 . » Gomme on le voit, la citation de Ps., cxxvm, 2, est 
combinée avec l'interprétation rabbinique : ^b aiai ï'ïwn •j'ntz}» 
n'rrob {Abot, iv, 1). 

Si les emprunts agadiques circulent le plus souvent sous une 

1 Les caractères arabes employés dans cet article viennent de l'Imprimerie Na- 
tionale. Voir Revue, t. XLIII, p. 1-14. — Rectifions ici les fautes d'impression sui- 
vantes : P. 3, 1. 3, au lieu de <^l*j, lire ^l-i. — P. 9, dernière ligne : au lieu de 
yarkab, lire tarkab. 

» Cf. Z. D. M. #., LV, p. 712 en haut. 

5 Ibn Challikàn, éd. Wûstenfeld, n° 561 : J.>b »>^o J.jo ^JJI y! ÏK^JI j cyl^J 



6'i REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

forme anonyme, en dissimulant leur origine, la raison en est, sans 
doute, que l'Islam ancien redoutait de paraître puiser dans le 
judaïsme post-biblique. Déjà, dans les temps anciens, la tradition 
exprime ce sentiment ; on fait adresser au prophète par Omar la 
question suivante : « Nous entendons les Juifs nous faire maints 
récits qui nous plaisent ; pouvons-nous en mettre par écrit ? » 
On fait répondre là-dessus au prophète : « Voulez-vous donc 
courir de gaîté de cœur à votre perte, comme les Juifs et les chré- 
tiens l'ont fait? Je vous ai apporté des hadîth sages et purs ». » 

Si, à côté de tels avertissements, on a conservé les aphorismes 
tels que : « Répandez tranquillement les communications que vous 
recevez des Banoû Israïl : il n'y a là aucun scrupule » (fiaddithoû 
'an Bani Israïl walâ haradj)*, c'est une preuve que, dans le 
cercle des docteurs du 11 e siècle de l'Islam, cette question était 
controversée et avait fait naître différentes théories. En général, 
les rationalistes, aussi bien que les orthodoxes, redoutaient les 
récits qui, malgré toutes les exhortations qu'on leur opposait, 
avaient pénétré des cercles juifs dans l'Islam, tandis qu'Abou-Tâlib 
al-Mekkî (mort en 996) parle, entre autres faux prophètes, égale- 
ment de ceux « qui répètent les paroles des Juifs et des Chrétiens 
pour faire étalage de leurs connaissances ». Ceux-là entrent dans 
la cinquième division de l'enfer 3 . 

Cette opinion vise sans doute les gens qui, dans leurs confé- 
rences populaires, voulaient en imposer au commun du peuple par 
leurs connaissances exotiques et qu'on appelait houççâç (narra- 
teurs de légendes édifiantes). Ceux-ci ornaient volontiers leurs 
sermons de choses étrangères et provoquaient la critique sévère 
des savants sérieux. Us avaient l'habitude de développer à leurs 
auditeurs leurs connaissances dans l'Agada et de s'en rapporter 
à des traditions israélites 4 . On ne paraît pas, il est vrai, avoir 
pris au sérieux leurs abondantes citations. Leur présence d'esprit 
était invitée à résoudre des questions d'érudition qu'on leur posait 
par ironie. Tantôt on voulait apprendre d'eux comment s'appelait 
le loup qui, dit-on, avait déchiré Joseph ; tantôt on demandait le 
nom de la vache que Dieu, d'après la Soura II, versets 63 et 
suiv., avait ordonné aux Juifs d'offrir et dont cette Soura tire 

1 Voir les passages des hadîth dans mes Muhammedanische Studien, II, p. 137, où 
les preuves de ces conceptions sont données d'une manière plus étendue. 

1 La plus ancienne source à ce sujet est la Risâla de l'imam Scbàh'i (édition du 
Caire), 1310, p. 101; 1312, p. 105. 

3 Koùt al-kouloûb, I, p. 166. Ghazali a repris cette caractéristique d'une catégorie 
de savants pour son époque (xi e siècle) et pour son entourage {Ihyâ, Kitâb al-Hlrn). 

* J'en ai donné des exemples dans mes Muh. Studien, II, p. 166 et suiv. Cf. 
encore Djâhiz, Le livre des Avares, éd. Van Vloten, p. 114. 



MÉLANGES JUDÉO-ARABES 65 

son nom. Un narrateur, appelé Abou-'Akîl, qui à Rakka s'en ré- 
férait toujours aux Banoû- Isrâïl se vit poser cette dernière ques- 
tion par un certain Haddjàdj, dont la mère se nommait Hantama ; 
il répondit, sans se déconcerter, que la vache s'était appelée Han- 
tama. Et lorsqu'on lui demanda de quel livre il tirait sa science, 
il cita le « livre de e Amr b. al-Âç » l . 

C'est de ce genre que paraissent être principalement les choses 
Israélites (al-Isrâiliyyât) qui, d'après les théologiens de l'Islam, 
devaient être bannies du milieu des matériaux religieux. Par cette 
expression on entend, dans la littérature mahométane, différentes 
choses. En premier lieu, on comprenait par là des légendes prises 
au sérieux, et qui complétaient le peu que le Coran racontait sur 
l'histoire des personnages bibliques, en particulier les prophètes 2 . 
C'est donc ce que Gustave Weil appelle « les légendes bibliques des 
Musulmans » et ce que les Mahométans eux-mêmes appellent Kiçaç 
al-Anbiyâ, les légendes des prophètes. Ces récits proviennent de 
communications faites par des Juifs convertis; ils ont été accueillis 
dans les exposés historiques sérieux (p. ex. chez Tabari) et dans 
des commentaires estimés du Coran 3 , et ont été aussi réunis et 
coordonnés dans des ouvrages spéciaux. Ce n'étaient pas les récits 
de ce genre pour lesquels on montrait tout d'abord de l'aversion. 

Ensuite on a entendu par Isrâiliyyât des récits qui n'ont aucun 
rapport avec les personnages bibliques, qui ne proviennent pas 
non plus d'informations données par des Juifs, mais qui sont 
nommés ainsi uniquement à cause du cadre chronologique dans 
lequel ils sont enfermés, les événements qu'ils rapportent se pas- 
sant au temps des anciens Israélites, fî 'ahd Bani Isrâ'il,' et cette 
détermination chronologique doit marquer la haute antiquité de 
l'événement raconté. Ce n'est pas un élément essentiel et carac- 
téristique, si, dans une telle narration, un des personnages figure 
réellement comme Israélite 4 . 

Enfin, on désigne du même nom, peut-être par analogie avec les 
légendes dans le genre de celles de Bar-bar-Hana, des histoires fa- 
buleuses soi-disant empruntées à des sources juives, que Mas'oûdi 
range dans la même catégorie que toutes sortes de contes fantas- 
tiques et « les descriptions des merveilles de la mer 5 ». 

Si les recommandations dirigées contre les récits empruntés aux 

1 Djâhiz, Kitâb al-bayân (éd. du Caire), II, p. 163 : J-à)y»>\ c^~> <j& dOvs?« 

* M. Lidzbarski, Z)s propheticis, quœ dicuntnr, legendis arabicis (Leipzig, 1893) 
p. 4. 

3 Souyouti, Itkân (éd. du Caire, II, p. 221,1), taioârîkh isrâ'iliyya. 

*■ On doit noter la désignation : al-âthâr al isrâ'iliyya chez Khalîl al-Zâhirî, 
Zubdat Kaschf al-mamâlik, éd. Ravaisse, p. 78, 5. 

5 Les prairies d'or, IV, 26. 

T. XLIV, N° 87. 5* 



66 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sources juives visent le plus souvent ceux qui ont un caractère 
fabuleux, elles comprennent aussi, pour des appréciateurs plus 
sévères, tous les autres éléments post-bibliques que les Mahomé- 
tans ont tirés de leurs conversations avec des savants juifs et ont 
pu introduire dans l'Islam. Il vaudrait la peine de rechercher ces 
éléments de la littérature des hadith. Il serait de la plus grande 
importance, pour la connaissance des influences exercées par les 
écrits juifs sur l'Islam, de montrer les sentences et les enseigne- 
ments rabbiniques qui sont cités tout bonnement comme des 
sentences et des enseignements de Mahomet ou des anciennes 
autorités. 

Dans le numéro suivant, nous verrons un exemple de ce genre, 
tiré d'un chapitre célèbre de la morale islamique. 



X. 

Le groupement des vertus cardinales. 



Déjà dans la société arabe pré-islamique, visiter les malades 
était considéré comme une des manifestations les plus élevées de 
l'amour du prochain. Les 'âyidât, 'aivâ id 'onwwad (visiteuses 
des malades) qui apportent des paroles consolatrices ! à celui qui 
est cloué sur son lit de douleur et qui lui accordent leurs soins, 
appartiennent aux figures constantes de la poésie des anciens 
Arabes. 

L'Islam n'avait donc qu'à se conformer à la tradition du paga- 
nisme arabe, quand, dans sa doctrine des devoirs, il a insisté tout 
d abord sur la vertu charitable de la visite des malades ("iyâdat 
al maria). Cette pratique compte, au point de vue religieux de 
l'Islam, comme l'une des formes les plus nobles de l'amour du 
prochain, et une récompense divine abondante est assurée à celui 
qui l'accomplit : « Si quelqu'un visite un malade, il se plonge, pour 
ainsi dire, dans la miséricorde (divine). » Ainsi est conçue une 

1 Si l'on voulait étudier cet acte d'humanité dans un champ historique plus étendu, 
on devrait considérer particulièrement un document de Tell Amarna très intéres- 
sant sous ce rapport : Bourrabouriasch, roi de Kardouuiasch, dans une lettre écrite 
au roi d'Egypte, lui fait de durs reproches parce qu'il n'a pas salué le prince du 
Nord pendant sa maladie : « Lorsque ma santé n'était pas bonne, dit-il, et que mon 
frère ne m'a pas consolé, je me suis irrité contre mon frère et j'ai dit : « Mon frère 
n'auraitnl pas appris que j'étais malade ? Pourquoi ne m'a-t-il pas consolé ! > (Edi- 
tion et traduction de H. Winckler dans la Keilinschriftliche Bibiiothek, publiée par 
E. Schrader, V, p. 23, n° 10.) 



MÉLANGES JUDÉO-ARABES 67 

ancienne sentence du hadîlh '. « Si le Musulman visite son coreli- 
gionnaire malade, il est constamment dans la moisson du paradis 
jusqu'à ce qu'il revienne (de cette visite) 2 . » « Fais un mille pour 
visiter un malade ; deux, pour mettre la paix entre des ennemis ; 
trois, pour chercher un frère en Dieu 3 . » « Visiter les malades 
fait partie des belles actions. Cet acte est parfait si tu mets la 
main sur le malade et lui demandes comment il se trouve 4 . » Et 
dans beaucoup d'autres sentences traditionnelles que nous ne 
citerons pas ici 5 , la visite des malades est considérée comme un 
des actes d'humanité les plus louables et recommandée aux 
fidèles. 

Au point de vue qui nous intéresse ici, nous devons remarquer 
surtout parmi ces hadîth les sentences dans lesquelles la visite des 
malades est jointe à d'autres œuvres pies qui sont regardées 
comme les vertus cardinales de l'Islam. Dans un hadîth d'Aboû 
Houreyra, tendant à faire reconnaître Abou-Bekr comme l'homme 
le plus vertueux de la communauté musulmane, on fait adresser 
par le prophète à la communauté les questions suivantes : « Qui 
de vous passe le jour présent en jeûnant ? qui de vous a accom- 
pagné aujourd'hui un convoi funèbre? qui de vous a aujourd'hui 
reçu un pauvre ? qui de vous a visité aujourd'hui un malade ? » 
Abou-Bekr répond chaque fois qu'il l'a fait. « L'homme qui réunit 
ces vertus, dit en terminant le prophète, doit forcément entrer au 
paradis °. » D'après cela, les vertus cardinales consisteraient à 
jeûner, à accompagner les morts, à nourrir les pauvres et à visiter 
les malades. 

Un autre groupement des principales vertus égalant la Hyâdat 
al-ynarîd est beaucoup plus répandu. C'est le suivant, qui est 
enseigné dans un hadîth rapporté de différentes façons et dont 
les variantes reposent sur une sentence attribuée chez Boucharî 7 
au compagnon Barâ' b. 'Âzib : « Le prophète nous a ordonné 
sept choses 8 et défendu sept choses... Il nous a ordonné d'ac- 

1 • Châda al-rahma », Mouwatta\ t. IV, p. 161. Variantes chez Abou-1-Layth al- 
Samarkandî, Tanbih-al-(jhûfilîn (Caire, 1304), p. 200. 
» Revue, t. XXXVIII,' p. 271-2. 

3 Dahabî, Mizân al-i'tidâl, II, p. 216. 

4 Usd al-jjhâba, I, p. 52. Le visiteur doit réciter une Fâliha au lit du malade 
(d'après Hâûz, Dîwân, Noûn, n° 18). Pour la Hyâda on emploie ici l'expression 
persane bepurs âmeden. 

5 On en trouve beaucoup chez Tha'âlibî, Bard al-ahbâd [î-l-a'dâd (Chams rasâ'il, 
Stamboul, 1301, p. 125); cf. Nestlé, Marginalxen und Materialien, p. 61. 

6 Mouslim, V, p. 145. 

7 Bouch., Mardâ, n° 4. D'autres groupements se trouvent chez Boucharî, Nikâh, 
n° 71 : cf. Jakoubi, éd. Houstma, II, p. 115, 12. 

8 Cette énumération (trois commandements) ne répond pas au chiffre précédent; 
de telles inexactitudes dans le hadîth ne sont pas rares. L'énumération complète des 



68 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

compagner les convois funèbres, de visiter les malades et de 

répandre la paix : f»5U*Ji &*.*:>) j&>jU :>^*^ y^4- £*•'■& yt Uj*i^ • 
On remarque facilement que ce groupement a son modèle dans 
la doctrine rabbinique, dans laquelle les vertus principales sont 
rangées ainsi : *nanb ûia )^ aibta naari û^bvi mpa niïfi rmbn ' . 
On trouve, d'ailleurs, dans les sentences du hadîth concernant la 
visite des malades beaucoup de passages rappelant les concep- 
tions juives. 

Ce qui montre bien que la doctrine mahométane se rattache 
étroitement en ce point aux sentences rabbiniques qui l'ont in- 
fluencée, c'est le fait que même la formule qui termine rénumé- 
ration des bonnes œuvres : ûb*D l^a min "iitobm « l'étude de la 
Tora les dépasse toutes », est également reproduite dans la litté- 
rature du hadîth à la même occasion : dans une tradition d'Aboû 
Darr on dit qu' « assister à une réunion qui s'occupe du l Um, 
c'est-à-dire de la science religieuse, est préférable à la visite de 
mille malades et à la présence aux obsèques de mille per- 
sonnes * » . 

Cette relation entre la doctrine mahométane sur le hiqqoûr 
hôlîm et les idées courantes dans les cercles des pieux israélites 
se montre encore particulièrement dans une sentence citée du 
recueil des traditions de Mouslim (l. c, p. 23 et suiv.) : « Dieu 
dira au jour de la résurrection : mortel, j'étais malade et tu 
ne m'as pas visité. Là- dessus l'homme dira : mon maître, 
comment pouvais-je te visiter, toi qui es le maître de tous les 
mondes? — Ne sais-tu pas — lui répliquera Dieu — que mon 
serviteur un tel était malade ? Si tu l'avais visité, tu m'aurais 
trouvé chez lui 3 ! » 

Cette doctrine s'accorde complètement avec l'idée agadique 4 
appuyée sur le Ps. xli, 4, que la ScheUhina est présente au lit 
du malade (yny ïtrom ïibifi), ou, plus exactement qu'elle est 
au-dessus du chevet de son lit : bia vmtB&n» nb*»b ns'otDiB i3B» 
■m un? b* iratn 'n iïïi«tt) ïibltt. Dans le commentaire de Raschi 
[ad. L) se trouve encore une addition au texte, qui est : *npn btf 
13'W sba iïw, en rapport avec l'araméen ^yo « visiter ». 

A cette idée de la présence divine de la Schekhina au lit du 

sept ordres et des sept défenses se rencontre dans le Mousnad Ahmed, IV, p. 28 et 
suiv. 

1 Voir les passages du Talmud cités par A. Geiger, Jûdische Zeitschrift, t. VI, 
p. 239. 

» Koût-al-kouloûb, I, p. 149. 

* Cf. le hadîth de Abou Ya'là au nom de Anas chez Zarkânî, Mouwatta, IV, o. 173, 
15 : Le malade se trouve à l'ombre du trône de Dieu [inna-l-marîd fizill al-^arsch), 

4 Bal>. Sabbat, 12*. 



MÉLANGES JUDÉO-ARABES 69 

malade se rattache aussi l'agada mahométane d'après laquelle 
les anges de Dieu font une visite aux malades qui tiennent ca- 
chées leurs souffrances — l'Islam a ajouté cette condition 1 . Car 
les plaintes que le malade profère sur son état ne se concilient 
pas avec le devoir de l'humble résignation que l'Islam exige de 
ses adeptes, a Les gémissements du malade sont inscrits (dans 

son livre des fautes) », &*ày» & o^XI ^ajî c^£>, telle est une sen- 
tence du hadith. Quelques hommes pieux ont même, comme le 
rapporte Al-Balawî, refusé toute visite pour n'être pas tentés de 
se plaindre de leur mal auprès d'amis s'intéressant à eux 2 . La 
Schekhina n'est présente que chez les malades qui supportent 
leur épreuve sans plainte. 'Imrân b. Houçeyn raconta au prophète 
que pendant quelque temps deux hommes inconnus étaient venus 
le visiter et le toucher de leurs mains. C'étaient des hommes 
d'une beauté et d'une grâce sans égales. Subitement ils avaient 
cessé de venir. Alors le prophète lui demanda : « N'étais-tu pas 
blessé et n'as-tu pas d'abord tenu cachée ta maladie ? Ensuite, tu 
as parlé de ta blessure à tout le monde. Si tu avais continué à 
garder ton secret, les deux anges t'auraient rendu des visites 
jusqu'à la fin de ta vie 3 . » Toutes ces idées se sont dévelop- 
pées de la conception que la Schekhina est présente au lit du 
malade. 

Le rapport entre le hadith et les idées rabbiniques se mani- 
feste encore dans les détails de moindre importance. D'entre la 
série d'exemples que l'on pourrait citer nous choisirons une règle 
qui est isolée dans le hadith et d'après laquelle on ne doit pas 

rendre de visite au malade avant que trois soient passés : àv*> ^ 

o^S' *Xx^ ^î (jA^Ju 4 . Selon un usage répandu généralement dans 
la langue arabe, le nom est souvent omis après le nombre 5 . 
Il est très vraisemblable que l'on pense à trois jours (à propre- 
ment parler nuits : layâlï). Cette règle des convenances maho- 
métanes a pour source une coutume mentionnée dans les cercles 
juifs 6 . On peut toutefois admettre comme possible qu'après le 
nombre, la chose nombrée soit restée indéterminée, et qu'il 

1 Mouwatta, IV, p. 153; cf. Al-Scha'rânî, Kaschf al ghoumma (Caire, 1282), I, 
p. 382. 

5 Kitâb Alif-bâ, II, p. 33. 

3 Kâmil, p. 779. 

* M. Dahabi, Mizân al-i'tidûl, I, p. 306. 

8 De même dans l'hébreu, par exemple, ïl^Uîn *J3 , ït^SID *p (mois), Yebamot 
iv, 2; Gen. rabba, 14, etc. 

6 Yer. Pe'a, m, fin : r»T '-)b i^pm *ppbo ï"Ppm "Tl OH^Û '-n amn '"1 



70 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

faille suppléer, non pas le mot jours, mais le mot heures. Selon 
une règle que le Talmud pose pour la visite des malades, on ne 
doit pas aller les voir dans les trois premières heures de la 
journée, car ils sont encore alertes à ce moment et sont moins 
assurés d'exciter la compassion l . 



XL 

Une ancienne faute de transcription. 

Parmi les eulogies dont les Mahométans font suivre la mention 
du nom d'un homme pieux décédé, figure la formule : « ^ C*àù 

*fc^j • Dieu veuille faire briller (au paradis) la face (du dé- 
funt) 2 . » Ce vœu est fondé sur le Coran, Soura, lxx, v. 22, où il 
est dit du jour de la résurrection : « Il y aura ce jour-là des vi- 
sages qui resplendiront » ïyàb *xl^ »j=^j , à savoir les visages de 

ceux qui seront reconnus comme justes. Il n'y a rien d'extraor- 
dinaire à ce que cette eulogie, fondée sur une phrase du Coran, 
ait été employée dans la littérature juive. Elle se rencontre, par 
exemple, chez Aboulwalid à propos de Hayyoudj chez Bahya 
à propos d'Aboulwalid 3 et ailleurs. On a encore admis bien 
d'autres formules qui ont un cachet spécialement islamique 4 , il 
est vrai dans une mesure plus restreinte que chez les Samari- 
tains 5 . Il est cependant probable qu'en adoptant de telles formules, 
les écrivains rabbiniques en ignoraient l'origine coranique. 
On connaît la particularité des manuscrits judéo-arabes qui 

1 Babli Nedarim, 40 a : «rYWp "tfti) nbrû &6 «-PStp 1153 "W TOO^b «b 

nbn vzni 1» ïtwi ncnb êôt rr>:-: 13 nwt fiwmna ^ui nbna KbT 
rrnabnn rrpn 'rmnn ïrwi «nm 'n^^ip ^tb. 

2 Cf. l'eulogie ajoutée exclusivement au nom de Ali : ^^5 *M *>5 ; la formule 

complète est : aJL^I j 3 1 J , et nous la trouvons ainsi, par exemple, encore chez Ta- 
baràni, Al-Mou'd'jam al-çaghîr (lith. Dihli), p. 190, 193, 206, 213, 232. 

3 Opuscules et traités, éd. J. et H. Derenbourg, p. 1, ligne dernière : a^I *ç-^ 

*#^3 yà3 5 . Kaufmann, Théologie des Bachja, p. S, 1. 12 du texte arabe (avec la 
transcription fautive). 

* Cf. Revue, t. XXXVIII, p. 270. 

5 Voir là-dessus mou article intitulé : Sur les eulogies des Mahométans, Z. D. M. 
G., L, p. 108, note 1. Sur l'effort des Samaritains pour se mettre d'accord avec les 
Musulmans, il y a une notice remarquable chez Dimischki, Cosmographie, éd. 
Mehren, p. 201, 1. 3. Cette tendance est également constatée maintenant pour le 
domaine des lois religieuses par Wreschner, Samaritanische Traditionen mitgetheilt 
unà nach ihrer geschichtlichen Entwickelung untersucht (Berlin, 1888). 



MÉLANGES JUDÉO-ARABES 71 

consiste à confondre les consonnes i et à dans l'orthographe. 
Par suite, la formule dont nous parlons était exposée à une mé- 
prise et pouvait se lire : nnii nbbN i»5, comme si elle signifiait : 
a Dieu veuille regarder sa lace ! » La formule ainsi écrite a 
pu passer des mss. dans les éditions. En effet, Munk, dans 
son édition de l'introduction du Kitàb al-Louma* , où la même 
eulogie que nous avons vu appliquée par Aboulwalid à Hay- 
youdj est ajoutée au nom de Saadia, l'a transcrite en carac- 
tères arabes : £ y^> \ et il a traduit : « que Dieu lui accorde 
un regard propice 2 ». De même dans l'édition complète de ce 
livre (1886) on a imprimé lùa (p. 3, 1. 19). D'après ce que nous 

avons dit, on ne peut douter qu'il faille lire y** et niu. 

Cette confusion remonte déjà à l'époque des traductions judéo- 
arabes. On la trouve dans la traduction que fit Abraham b. 
Hisdaï du livre de Ghazâli : Mizân al ' amal , ce qui oblige 
alors à admettre que cette traduction a été faite sur un texte 
écrit en caractères arabes. On y lit, p. 46 : inx tDrt ■)£« "p bsn 
Miz> ïw:p p nruo inbn aafai ■wen yaw^n ba V3D nwn ibp 

T ' T T : 

watt d^n nnv 3 . Sans même avoir à sa disposition l'original 
arabe de l'ouvrage du Mîzân de Ghazali, qui m'est inaccessible, on 
peut reconnaître ici sans difficulté la traduction d'une sentence 
du hadîth qui est très courante et se retrouve dans beaucoup de 

versions : Le hadîth est : I — g.— îâ-A-a^ Ul^i ^cJûù» £** \y>\ aMÎ ^a3 

« Dieu veuille faire briller un homme qui entend mon discours, 
l'accueille, le conserve dans sa mémoire et le transmet très fidè- 
lement à d'autres : car maintes gens transmettent la science à 
d'autres qui sont plus versés qu'eux-mêmes, et il y a des gens qui 
transmettent la science et qui ne sont pas des savants 4 ». 

Les mots tdû 'T\ ^ao trahissent la méprise sur le mot yà>* 

Abr. b. Hisdaï l'a lu Jà3 et l'a traduit par une phrase biblique 
qui y correspond tant bien que mal. 

1 Notice sur Aboulwalid, etc., p. 135, 1. 14. Dans la traduction hébraïque de Juda 
Ibn Tibbon (p. v, 1. 21) la formule est rendue simplement par b"T ; de même dans 
la traduction de M. Metzger [Le. livre des Parterres fleuris, 1889, p. 4, 1. 12), par: 
« d'beureuse mémoire » . 

1 Ibid., p, 165. 

3 p"J2£ "OîNtt ISO, éd. J. Goldenthal (Leipzig-Paris, 1839), p. 40. 

♦ Tirmidi, Sounan (Boulak, 1292), II, p. 107; Ibn Mâdja (lith. Dihli, 1282), 
p. 21 ; Lisân-al-'arab, s. v., VII, p. 69 (après Nihâya, IV, p. 152). 



72 REVUE DES ETUDES JUIVES 



XII. 

Un proverbe arabe chez Ibn Ezra. 



Dans un petit poème célèbre ! , Abraham ibn Ezra imagine que 
les astres, à sa naissance, se sont conjurés contre lui : « Si je fai- 
sais le commerce de chandelles, dit-il, le soleil ne se coucherait 
Jamais, et si je m'occupais de la vente de vêtements mortuaires, 
ma vie durant personne ne mourrait (&6 ■ps'nann *,mD îtîik ib 

Le thème : « Si je faisais tel ou tel commerce, la possibilité de 
l'exercer et d'en tirer ma subsistance me serait enlevée dès 
l'abord », se rencontre dans les proverbes en arabe vulgaire, no- 
tamment en Egypte, avec les variations les plus diverses, et un 
philologue arabe en a récemment réuni plusieurs dans un recueil 
de proverbes populaires 2 . On appelle un homme à qui on ap- 
plique de tels proverbes : l adîm al-bacht, c'est-à-dire un mal- 
chanceux. 

C'est de tels proverbes, qui circulaient sûrement déjà de son 
temps, qu'Ibn Ezra a tiré la phrase relative à la vente de vête- 
ments mortuaires. En fait, parmi les proverbes de ce genre, qui 
sont courants aujourd'hui en Egypte, se trouve le suivant : Tâgir 
bilahfân batalet en nâs temoût : « Si j'étais un marchand de 
vêtements mortuaires, les gens cesseraient de mourir 3 . » Cette 
phrase n'est donc pas de l'invention propre d'ibn Ezra : il l'a 
puisée à une source arabe. 

I. Goldziher. 

1 Rosin, Reime und Gedichte des Abr. b. Fzra, n° 59. 

2 Katâif al-latà'if. par M rae R. S. (Caire, 1889), p. 243 et suiv. C'est un recuei 
de récits populaires, de poésies, sentences et d'usages vulgaires en Egypte. Dans ce 
recueil le commerce de vêtements mortuaires ne figure pas. 

3 Kitâb zara'if al-latâ'if (aussi sous le titre Hadîkat al-fakâha, par Ibrahim 
Fâris (Caire, 1892), p. 195. 



UN RECUEIL 

DE 



CONSULTATIONS INÉDITES DE RABBINS 

DE LA FRANCE MÉRIDIONALE 



(suite et fin *) 



XVII 
Fol. 146 b. 

.n^uî^n maab Nïp niû« T*fcbnft oimsip oarj 

)^yb ma Nb ta* 1 an ^po* b* mita îsm», ann r-rma 13373 
n^pb anpiï tana \^y ia^a isn ,vbN naar: saa ^nian inaia 
•n»* "iTouîrn s-w bt* 13a mmn inbo bs> ^aioan rr-nan ->3a 
irtfT tfb ainb ta^nbp ûbrai tarera a^n ^b n^b nw3 wianîm 
■o '-nn -inianam to^ia lat* r-pn733 *pN "ifim ifittfc "lïnpna 
ta$n pn nas3 "pat qb^ 1573 nn« nïi33>N >ib 173^ ainb yism ta» 

IN i^Di naiJJ i3N 15N3 mob "Jiatt 133i« jC^tTOJ i?Stt HW [?V"lNïl] 

•pan nnnN i-uabai i-rsia ijwbn man73 û^ra "piab qibrtTai w 
pb ,i73iûtf "piab "pai ^bo 173 inbiT ^niob V 3 ^ T N ^ ^ba s— tt 
n-n t3a?3 nna nb©i ©m» xbi ï-t3073 Nb ib yntîib irma "pa 
1N3731 tawEbnn 173 nriN i3« \-i73p p by .iiNnrr "nos "ib a*,na*i 
ama 133m non i*m b^ imas îaima maoaai .NU^na i'bnn73 i-ni 
ine maïa^n i-rna" 1 ^nn t^n ^a tsinaarj won ^nna nib» 
taraan a-^nan naion ibinnn ana TOup nn« ï-rmpfi tampai 

: n^iNi naoa 
■piûantt Qiann 130 taisntûNnb ai3N£73 t^T yma i-npibnn ïam 
tan»* an *pn t^nm nsn b? aba "pin bj> onpi t^b w bas 

1 Voir ifcwe, t. XXX VIII, p. 103 et suiv. ; t. XXXIX, p. 76 et suiv.; p. 226 et 
suiv. ; t. XLIII, p. 237 et suiv. 



74 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

î-iaa pn twauiiiB isa "pai amibn to^a» ba&* tonm ïiau 
by tûip^ w bas -wm : nar mpibna nain fca£j>a spbn Nirraî 
hwtrb '•'s nbnnab p mwb ib *pwa b'^ni ï-nt*vnD ama ï-n ■»« 
■o^an an m bannie îram ^aabN pnsr iran "pi tom nbnn "rm 
■pi s— it îttfcïa smm .amiosn ami ï-prni ï^am mi '"12 annaa 
wnn nm nmmw npn Nim tawi na> s-w»tt5 &6 rm^bia 
t^nrr sb Sba unp^ e<b «pt Sua t^nrti camn 'n Ht mniN 
aanii î-rt nttai nsn b^ Nbi ji^rt b* t<b -ib^awa nna r*<bi 
psrpb ï-mrmn npi b* iiaw tan»? an na>i r^m nttt ï-ibnn 
s-mn» nhnîib ywz: srrw* npi ina na> n^aai ,brw ib^a ï-rbm 
: s — tt nbiî ma>ia *pa Srmaniin ima*^ ib^sKto tamaitt tpoa n?aNi 
■nna ana na>i s-nn ï-itu: ib t-r^nn mia ainia ï-ian nwaai 
j-it nai maib iiaub rtnbm inttt» amn p>ab fiaub ion" 1 abtt 
r^im ntainfc nnnN n*i matti rna>in nw an* r^mu: n^aai nm 
ito m»«i ib imp** nna NbN bba son taip^ abw i"m bai las 
rnm;b W'nb rtnbm ^ataa ma>;a ii^ana m>ma ittai .a'faran ma>i 
r^bttî mttibnm J-naTVoiïi iba (ba) N^am .mNaaui i?aa inJi mt 
iman mmno m n^Nai s-imnoïi ^ania bba tawr iawa aum 
p^san abi .orna'n am« î-in-p yw innsa Nbw ninaa ib">DN vbam 
jpbsM) 12 mTnom maman!! ibaa «wntt t^bw iim^ti ï-it ib 
'•n^sî-nB nn^n ."i^npwa n"»atwa ^^a abny ^n»y b^ nann na^b 
■na n-i5Nn mai ba b^ anD ba y^stNi ■'rvwiîTO !-i»a wniN mr 

: naii mai ba ba> naw bapb 
mw^n miipi ba aabis^ tamaoti un tablai : niaNi -«nai 

: taama ni^nnb a^ mmab anw annan ^a aab^K arw 
by iiufl mnpi ba isb^N yvrvxû n^ann ^i ti^^bn ^nai 
n?3N mi a-» *în manm ini» yn^^ mn« «bm nnn mai 
,mmnîi mnpi Sau: inïï ^msya îiam yp t^ni s-rban bab 
m^aw i?ûa m^m-« aa^pnia m©DN ^n ^37373 am^aban taa^amm 
t^npuj V2 Sa« ii^s "m:>tt) s^ipaïi imana ïamtt ann i-it 
hJiTa isan^ V N ^"^ n;?1 ^P ^ ^*^ r^ ^ mma?a i7air^ 
: nm mam ^aaii aab *jint]n t=N ^a ï— it i^n amiw^am tamiipin . 
Szan^a» an maa ins^* >ô ^a Nin p n72Nn :m^i ^nan 

: nai naawa mnaa it rteratt mn^n n^ia dôni ^ana mbwa 
«Bba pai bna imbn b^ n^ian mn mbsanna :i^bnn ^nai 
Saa n^i aan in "jiw ûwa n»«b îiaaab aixn ï^m"> t^b 1,^1 
m73 nw«a m inbiî myia i^n maïuin irnsm"» ib^&NtD i^br n^ibi 

: ûnn Nin^Nia lab ï^bi i>abb ib tT»îitt3 ^aott T*b* wa^ai t=i^y 
T»b^ cann?ûN ii^n mai wys mio^ nina> 13 : *-nA,Ktt ^nai 

: non bN *jmn V 2 ^^P?i pr»^ 1 » mnn ma;, ma^ab 
maia m t^saz^a m^i "j^a ï-tnii ^n amai "non i^bn ^nai 
laiwba n^ia^a ii^ïi a^ia t^bm ii^n mai ba> t^mn a^an iami!n 
nxan^ itta naîi b^ r<bN wipb ib f» non b^ lab fcawia ^ss»» 



UN RECUEIL DE CONSULTATIONS DE RABBINS 75 

tanin û'Wttïi w i-i73N3ia r^in tano iNaia tn"-tt iW by ?aa 
n"m ^ a 1-172 '*i t-n-mn ibrra 13b iiamBia ijaa wrna ann andia 
xirr p ï-it b2> n3-n?3 inana r*taiB "ptabîTi : a> " a nftïlE ûmaN 
t^bi a^non r pr»ar wtmi nriN t^bt* f^in unp^ î^bi mao nïiaifit 
•na-i b* masn r<bta •*« m-in moa diide ^ '72Np pti ^ ^'P 
pan ^721 inaitana b**5£»iib 172a 2 'tti rtbioa -p nnai ma^a m"a 
ùtû j-jt t^mta fun bs> mnn misa piab p^an Nnarr© ^vnw 
iaa"aui-i t>tbm -iNawa 17335 nain aa»iab "p-ra t^irua p-i «Tpi r<b 

?<b« 1723>ia t^SIÏ-î Ï-ÏT ^3573 t>ibl 3 1U5TT^D3 MTÏ1 p^bil ^a!l t^lït d3 
-|72Np ?<723>'l3 "pN3 d-|733> 31*T t^lîTî nNld721 in"JU5 "plb miï^lOlD 

'pâma iv ma m^-j ^731 .mmiaoa -in ba m3Np ï^73^"j ia"-n 
NTobja anai ^ian naïab r^ba m pN nôtîft îrmriïi ba pn n-inb 

: bbd n:m ïTtfïa r^ba 
HiiTaa maa» rnara pTi ba> ramp dd-wa ^a t|N : ma»n inai 

: ïi3>i72Ui ttmab ^ik 
e^btaa raantaa a^iau: ttaai ri3>C3 nvatfa m73d : ■niobn i^'ai 
ï^dniû 13^3 iNanm ,13-1172 a-iîi pu;b par-sb a>m xb in ïian 
nutab tzip73 in pan iniN iwn '-1 ma b^ Ymnatuara muprt 
nnd pia&nrr "éca t^bim ,p-i ma bu) r->ipi3\-ib isibn panbi 
d^72dn ppn i3>72OT wi ï-sï piiabi ,i3ipn -ipa>73 s^ianp np3*?ab 13-1172 
■p^a i-idT72 'bwi Nnd72DN ïn p da andi /isd anm "piab pa72 bdb 
•J72 tt5"a nt wrffl ausnri aitûm "psi d" i mndn72 ï-îbdp ^ai niïi\u ii3db 
nb ^© miir72 -i73N tnb^j mtrs s — jt -iN-»a ^an -isom ;mihn 
rt3>in-i ^y?3 -ib uî^id ^72 bdw 3»^ "niai mron bé ïi^2» mi£72d mbnïi 
rsiiT72m mn-i^î dis^ ir» naia srrbnan nn-in ^d bdt5i72 diia i^atti 
*^5> in p^n 53H td^-id^d na^!-r rî-tpb K^m m-iin b^iî ^"'nuj 
mmn bii5 ïtU2> niit72d mbnn mb o^i d^-isio "«naitt f^^n nsn 
Sa &wn fca^aûpMi d^^ mb^sa p psuj rj73 rta n-iiapsi m-1172^ 
nauj nmyo'ai mta d3iphi t3a^72dn miiT73 -ipr nm^ ba« m? 
mba ^np p« -ipr d^ Nffnsi nwy a^a-i ia^n nia» in 3312m 
ï^nn d2>i b"«dN ?<bT er»ao r<bi ï^^aid a^i ï-mj'o taip73d 
I3n2id72 mn^ d3">Ni 173dm d-«n-i j^tb d^pi723» tzi^iaT dn «mTm 
-!3in !-W5p mm m;n72^b m c^-ip\a ^mm ^^n bs> ai\iî3 ba^ 
waibrs ^2?n ddnb t<-ip nn« m^^r: mii72a -oî3i 2172U572 m^s ib 
ib« tandnrj la^uîn bina ^u3">-i saa fcaanrt ^n ib ^73^1 mano ^iba 
*vn^ ^72^2 by ^mN m-rna mb72nïn nn-«n ^anïi 11172 jht» m^n 
■^in ^72b ïit ami m^n ibN -i72iN mtrî bu5?aï-î by "«b^ ^m-1^72 
mi3-»pai ai^a inj-i ^53» ba> t<-np mn d^irs ^72b -«la^ ->7ab 
m,3Hr! 113-1 ia Sana Tpim rp rrd73 m^mauj d^nrr ta^-ianai 

1 Pesahim, 106 J. 
* Berachot, 51 £. 
3 Pesahim, tb. 
k Nazir, 4 a. 



76 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

N*ba tj* 'pN 'ptapa : la-man vroNt» ijaaa ^ntoNîi wnft a*nh 

. • 'si na^n 
naw i:n inrj^ i-iu5a> mn sai ïit Maitt) un : r-naatt i^iai 
tan an ûrîi lins "jos* 1 i-rab ï-iîïi ^aa>n aau5 tact in namaifc npa» 
r<bn r>np t^bia ■*» *îbb nb^BK ntt&ob iana *<b dm ï^ki^si ibN 

: bbaa iûm t^bi t-titt) 
rt-nossa val "t^naia ttïmtt t**bi -»bn r<b fwaaat^fcbn *nan 
t**b ï-rabï inaatt ib "Mîtb uni ib iiûvb e^b baiN ratai t^npra nuîBfco 
*pdb» ï-ir rjstt ït*i t^b 3 Nns^N tmptt î-nn ^ antza "paaiib aab *jna 
Nim t^nsn îrrb Na^m iN?ab s-it t^in cnn ^n^ipu) ûw tzanp 
impb minfi mat» ^ipr ba> cpia ttmpa d-nsio ^p-np^a n-na 
^■nsio nanft baam iTTHD nsi rp"»* *jnbtt vasb "j^d nm dnanai 
nriN t>ibT t^nn ï*<b bbaa «^pi t>*b -1721N î-pto î-nayri înanb baia 
naaia s — xt ban naaa>a s-nasi ua&iaa anaip ^binm fc-rjosa ïiaïaart ï« 

: i-iï ^asb -ïamtt maman 
an^r /pfcwin n*nb raia nan n^aiN Tiazn iwai : nnaNrt ^na^i 
^bai rîbsn irbiNab tpn lïâ iî trntD "jbaa 4 ms^n 'a*n ^ rdiai 
^a> nna> uni pocn ia">8 î-rn nnsn tidus lauati ^nbit posïi canna 

: dibaa ™a> t^b ï-7T 
ï-ixm û^vb^aj nnaiN ntt&ô nfcriûn -saanb b*m : T*»bn 1-1:3*1 
canan naiN ta -m *n»bn TOa>N û^aan "nan ba> tpiN erai&wb 
^?ao «bua ^53 ba> ittao -pin dbwa itn ûny»ia ab 1733*2 n:H» 
ï-mnn i» *»*nwi maa^ttort ibaaa tznbaa nwy xb nbsnb t-ibi»a 
Nin^n» ^'ti c^tn ;J-nvirt 1» dnui ï-ibsm n^maa^aïai uî"p ajaaa^n 
t^nany da ->ibT bNi7au)*i sm*H t^nana> nai'nb n^m t«<in ^n^^ia 
^Tabb ib ï-nn d^72T dniN d^^iv t-npna^nnu) ^"laaiT n^n wra*! 
ï-tt nan -ipa>u: ^sb rïîi ïiU5a>u: n^a T^DDrt t<b "yno t<hw 'd^n^5 
^a^ -«bNiai niât ■>"■' nna anrsi t^in K»ban ^kok maa^jaort 
^ "^bwn^aï dnrt n^ba> t^an^n buî7an nt ba> rnvi rnar drn vs 
r>*:auî ^to b^za inirrNb nttin t^irt î~i7ab nbsnb rjb^a ^toid na^^a 
: ïiTai n^nnïib ^-nar "j-w '^ ^b»M ^af ^jb» bua inns ba» pcm 
nanb ittaza* n^on d^nan dNi noima ro^aob C]aan : n-ia^rj ^naii 

: dibaa 5i^a> t^sb in» 
n-imoin srNinnn inmm nonaa na>n72 p da ï-it : n^wbn ^am 
nn^aNM) Nn^naa rtm«a a>^ ^b Ninuî ïi^inrr i»n nnNnaiTa n^aN nnn 
8 nsaaT noaa t^b ibwaa vba» yfyyn ï-nafeïa ^n^ naa^aob rtN^a' taaxu) 

niDi^sai D^NmTaNrt tnpbnwi 

(Manquent plusieurs feuillets.) 

1 Ncdarim, 41 a. 

a Jowîfl, 22 ô, et Baba Kamma, 20 b. 

3 Pesahim, 106 ô. 

* Berachot, 42 <*, etj. ti., 2i. 

* <S*/rfl, Vayikra, 3, 4. 



UN RECUEIL DE CONSULTATIONS DE RABBINS 77 

Fol. 149 a. 

: ï-ï3>dn :>pai i-rmm *pa -avait 
t<6i bai ba>3 ttnpn !-srrp\a t**ifi ^na 73"73 : m San i-ia-i 

: 'i3i Frobob nnaiftoa nb^aart ïinT 
batt uii-ipn nrrrta inb'i&a ni3u:b ib 2-1? fin* : -n73bn ina*i 
*>*ir-na vb^ i-iïïnd rp2 irrn nbnn anauî 173a nsnn no^n 13373 bai 

: rrra na-ib "oan "pan inob 21373 b^ nana 
Ninb^i Niimb iDiiprt nriN "pt biuib •pwbi : nn^Nn i-ia-i 
taaaiain win 1112a 13373 e**b uni i?3ip73a H3173 x*m T'a&nn maa 

: -111732 d-Haifcn di73a 
mi» air: i3Bb î-ftii s^npttïi ^iTN laaoï-rcîa : rpttbn nsi 
taiannynït» -mu: î-t» miiba imwa ia taab îan isb *-)»« 
barr nbN73u:b 131731 "pa tonn ït f<b -toîn n3i ba> dWi tzrbarrn 
narri ï-ibujr:73rt b2a taaïrb* bi73nb -oa-nz) roffla t^rirt ia ib Sin73 
taabi? "»bn^73 ihn bs> rwnrs -121b 12b iab73 "pN ">a biri73b iian p« 
"nnm bi3ib 132-1 nrmïi ibi-tt ba îrhtf itoto ira nbisrr 11173:? 
iNip tznp»ti 1» d^sm iw*a bm n-iso 12» rmbïiai iiaïaisi 
dittm û^b lab ?<*32r ba -nn b«n rmian baa banai ba mina 
ïn^?3 ïi"373 *rm *ao* ba^ i-nrorr Saoni: 173 aiaan t^b îro 173 
inm o\*TO r^bx d73^t3T tonnai anpy pan ï^bttD ïiïb *i xbi 
Tirn b:? d73inrai 1213*23 ï-nn 121b -i-n^an d"nai7aïi d^wa taatarn 
iro >*^rvn i33i^b 13373 r-sï î-nri nb -o aab 12m mon ï-int 
aifi i3-n73 bffi mm m rta ,î-n b? **<tti 3>a73 t^bi s^ib^oa 
i*D t^nb^T t^mnb tib"«t33a bii^n 133-1 m^n -ipy isb -n^ai 
•jrta ï-ianab dip73 ^n© ï-îîto mN2733n r-iiw^i^m ^"a i-ian ta^pb 

: sprat tinsz ^i^b -o ?<-iaD!i73 pnu:N ^3N bax 
ta^Toan ^n bs> -iiay naaa wnpn biarr dNi:n-i^Nn -«-ian 

: 'nai bba Nri73n ï-tt ^n 
"nana otp t<b i?3Ni i^aNi t>:-iip -»3N ïit byini73bn ^nan 
-173N"» d3>s -ihn ib u:ip"«\a -173^ ta^s d*na*T ^aia-iy bam ?<nBDinïi 
n*«33 dN bpn j^inrr nonn byu: ^-itsin t><in i^^i ^nttab baa^ 
t^uî73 nïi ia^ i-i73N ^iNiasi da^an "nm b:? naiy non r>rrna 
ïnin^^i no73 t><73biT B^b"»bm Nma« -173N-; p^a t*<373iT î^nn ïr»b 
.ï-ît ba 13-iNa *i3ai Tnst 13->N j^53 txbu: ib -ina dxia rt3-«73i ^si 
ta3ibn barr ni nbiTi b73T«i n^Tn bi?73 JiTb ^uî^sn ba^3 1^1:733 
"nia-ri 1-1730732 rr^wa 1113^-3 di^b -iNsnira n73 piû ba ii-ins r<ba 
t-nnnrr bai i"n uj"-i mara -]bn baau: -i73Nu: ri73i s £^n3ao t^Bibm 
diyinynn )ms inarus iitn ^n iin mta ia t<tb?a io-ia 11^^73 yrôte 

: annri pa 
3 'iai ninnuî i^i a™ buis i^ayja isina^nu: ï-î» jn^i^Nr: inan 

* Ketoubot, 91 a, et ifafa ^afra, 151 b. 

• 4Wa ^am, 28 b. 
3 Houllin, 106 6. 



78 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la^aiBN r*nw r^nb^a n-nra •o nabap na« : *pabn "nai 
ta** "pin s^nrt îit ba» manirb Sia^ ^aa ûvïi ba ba> ib^aan l î-na 
^aauj ri72T y riTb J-ra^Tn ■patna in tarn tt)i«îi *na ib -laanîa 
ta^aan "ppna i-ibanb i-rb'rçaa id^id û"naïN i3N ïrb^aa fat r-p-iniaia 
Tnanb ^jtis ^*n û^ay^Tm tawn ^pibn ûin p aa> i-rb^aab tt-n 

: nmiDn bapi f<b aa"npa>n mw ba taa> ^a 
B^ama ban bai baa "b anioa ^abus-i-pn ynab : r-ina^n "nai 
"-irn Sa naKpi lab tsataai ^abb >*a rn -nn na^a .i-na 
taiM ïrpiaaa mabaibaîi m-pa naib ftan I npi»a *pbab na imto 

j nvaia taon"H 
t^an ia-na anrj ib ma a ïb *pwa ^a ïpatn i-iaa : *pabn in ai 
nb-ON inKïi a->as -^aiz: t^tbis nb^a^b î-rb^aa "ppn *pwa 'îavïm "ib 
' — i5aNsrî npwn *pbab )wb n^i i-rpraa ibnaau: ba -arc m na 
^azab rspiaaa nb-»aN na>a ima "poiasaro nan naiba 'w^a 
n"« s-naaai \iab»vr»a maa t-ranim 'nia n&m t^a na im« 
naaria pirn ï-iaan 1255373 mabaiba i^aïi î-m *ï*ra»iivin n"a nîa>ba 
?<^rï nabrrï-; "— ipa^n anaia ria nwaa t^intû i7aa nta «paTO na 
Mb ^laaaai na mbean n-piaipn nwa aa> ï-ipiaaa nbiaots ban 
•p^rpiw riras» ^p-np^i ban .mua >rob "O *pa ïirmtaa t^bi p aa 
•pN nbpaa imaa oaaa B^rrno *jma *<iaan ^ba»ab nanb ï-pïto 

: "in" 1 bana ï-nart ^a a^ianb ^mas 
Sba cipvNij 'îan t-naob abia>b pua -aat pbima>an nai 

: mnai p-inai mrtDi ^a ™aau5 wn "paab aa^maa Tnam 
r-iaao iny>aa nttîN !tt?i "main aip^aa lî^aa^a : *ppbn ^naT 
ma^n r-iNT aa^p^rr^ biû inbaba Sa» anna mm anïi "iab ^-iwn 
a>n mnr na pam «îaaa a>"iapn ^bnrr ^a taab 1^1 5 nnnN 
inaa inra t<irr "«binnuî "«aaTa Epaa a>iapr:5a ï-iaaorîïi ïiwpn 
^iN^aa tn rian looa in xinn pbnrt no nia^an tanN.n ipbnaia 
s^Nfi riT Sbi^tt "î^n n«n ♦MTana a^^n ba>a nmar t<ba aba aa*nsn 
toian "jisbTab inb"«bn "inan ^aa> ia"nb on^ia ib n t^b miaïa^n i» 
maaa^a Tm© ' — i?anb> nmbao mfin»™ iy 1a Swnnb nm?aa 
"na^ Sa» û^a^ba "raia aaiar: mai mnai pinaT t-nnai ^1^73 
t^b innao î^i^u: naa b"n i-iîa iaa> ipbn^a a^b^a naai fca">aan 
ib-isNT ta^n D^nb» "nai ibai "ibs t*<bm i^ba» naia ïituî naa 
•naaaus -na*i niTab ib îrn t^b i^ba» ia»u)ai ia"n na>n ^aïi 
na»nr»a p© ba ta-'amam r-na^Tam mNbpnrr ibsa a->bnana 
^au: ta^atNb ^n na *<arpaai iaa73 ib nVbn nb om« t^nnn 
ba^b t^np nt ï-tdïit ,ama anaaa 6 mNin ^au: ta"wbi r-na»aiii5 

1 Voir Rabbénou Tam, Tossafot Houllin, ib. 
s j. Berachot, 12 a. 

3 Berachot, 12 a. 

4 Houllin, 106 a. 

5 Sanhédrin, 104 a. 

• Pesikta fiabbati, 11 ; éd. Friedmann, 44 a. 



UN RECUEIL DE CONSULTATIONS DE RABBINS 79 

r^-iii -nan ^5 * "»Tn ïrbïa *nn in*»» ikVi a"*fio la'nain tpoa ^m 
mainn bj> maaipi f*»n rii->p im s-wm a-^p nwVi manbi maab 

TDb "03"» ta3372N .tTS* maTWa TTOpTOm VmNH Sa^ttJttl 1UJD3 

byi *-i73K nma n73N3i rit i-iip nan miaatp™ ba> ^a "piNnfib 
i lattiwn i^d 'jp'HaF ^na-ip yana ta^uîN isrn ^aasrr mtaa -pian 
ana ia bj> rtan ri^ viiai 03>ai ma 73 la an tr-naarj ^i3i 
tana^ia ^ma^ca pTnm niNbaaai mbraa -pana rabia ss^jd anri 
: a^n mn aria îa-na ï-m m t^tbi iw ûna ^na<:£73 t^b iiûn 
vna mi?: ann ê**bïn ht s^in ta-^n ba?a mn 5 T*33bn "na^ 
t^b f-nma yna riTDNan /îïTrab ïmaa?b "nama 173a nanaa-i T*sa iNiaan 
: taarai t^bia ^73 ina*£72-> ^« -o wie ^naia nw t^iiS7a"- 
aa-1273 ïwj D'Haï»?! îaan in» -nna nia rpm : r-naan *nan 
nu: r<i!i ïto arrn w*k "nanasii ^a trna> -iNian bai m art bnpa 
■<3a* Y*\p\ ri; ^n-iTaNia mnan in îa^rt c^iïi ^a«:*n?abn «nai 
,8-n bj> ^b nrNi ï]ba ^a nab nna* msn K»anb "pis ^ao -1731a* 

: ta-w *b*a bab nvban r-n»o*na73n' na73 niîii 
*a j-naa>b ï^bia 13-1173 anrt i3is: aanrt bauaia mbroa pia* ban 
n^nan ia uî"a i»bb a^baruab p*i nnapb iar>baruab a^iarib -»arra73 ya* 
■pa*a nabnrt hma b^aïa^ra nsb r<73:nn mbaua pia* tar» a^bp 
SiDTa yrn rtarama bvbn t^rman yiiabai pnnrt T" b? iiî^an 
■©aiba ia"-isa ta"naiort m^ aa ,s-tï naa s-rrr ii73 "pmn miznb 
,i3b£NtD D'nai-pD ama r-tain naai p nna* isi^b» ^NiaTD abnbi 
ib «3^ 1^3720 ûiy^îa ;^aa uî-psu; ^mqo "Ji^wa t-intoa û"nrï ■y-m 

: taann ïit ^Db unias bar:i msbrtrt np^73 rrnain 
t^buj aïr^br i»» "nuJN i2-n?3 anb tiiati pn fcaiib^ïl b^i 
*-nN iN-i t^bi pn2t "^aas tzibpu573 obsa y^i yaio an^a nabarû 
^a^72 r-T3^pi vît» na«5b t»o -^na an-'bj' maab ap m bri 'iai 
n^pnai ':^ai n->373 ^an?a Nt^nbc nboi p72-ia min d-»Nb» anw ï-r^b 
t3^72 ta i^n ma ^i-nuî72n ^biNi frnnrr ^2 inpr: p ^73^73 n^a 
# «na^si i^n r<ir:i t^^-»p-ia rr^b^ "»na»n 2>^inb nt br Dp tàwi 
nsn^^b ^"ittTi Mn^ïï bip y^72u:n in:?nbi tuî ^ba ib au:n mai 
t^bi ■'«nab n73T ^-inb aia^N n73^u: wt^i mTam nb«M ^"in nsn 
■»nn rtsp btt ^in dn wava ï-im aia^n an73iN isn ba^ , s înbap 
aana>tt a->bai-iïi i^îia mayi m-12 ibip onn buj >nrt bas* yi^n t^in 
rm^73T ta jb72n £22:372 ^b^ -iai73rî ^d : imnwn bpbp73T bipn hs 
■«a D^3ia ai\ab ^buj npibn72 ^i-i^b njf !ma*n ïnnn73 ^b -,73iNn 
Î-IN73 a^nbi ybn -«b n y ip ^ ^jr n15 ^ ^v, tt 13aw ^ a p nni ^t, niy 

: b"iN\ub *ina a^n^ayT 
♦n"a3 bm»u3 na piw pipii ^ttbnrr 

1 Meguilla, 3 a . 

2 Jowa, 21. 



80 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

XVII [ 
fol. 171a. 

•nttïEN vnttN lanb ■pb» fia "o pN dni ma^b ^pbain t^a nan 

: » fcp-tiÊ vjn Tiîabbi c^n min ia nsap 
•'bapptf t**b nlt iriam r^absb im awi "jwa ^nïi laan laiîab^ 
s-nb iïïni -nna t^pa^tn ^bapp^n n»a t^abs Ninrn îtvw*T03 
'jiTObi tit wtb ibiapb mnat to. a-iaa r^innb i-ny^n ban 
ma N'a in nia yttttan ^sa *pi *p irw ^an nun t^abs t^panb 
rrnnn Mb in rrnn Napnaab fpnma irnno it ^aa ta^tap dn 
y-ian r-iNTa a-nai? tsa^N uni /»abD *pan nban mwan ansp 

: ^n^n riTa rabrraa 
ï-iT73 ^rrnn niNTaa w "vnp iam»73 laan ^pa^an in t^ir^N 
S^a i^oi taeo .r<b in pnnn ^yo aïo php "p^n ïhï oaa-> dn 
rrnnoa rrmn ^b rmnoïi mma ipbn bap»a s^ba laa^wa nv»fi 
s^a rttïi r-îu:3>7arî .piNE-in ^ap?a m s-pït un rrmîTO n^aai ï-toin» 
Tabp toisa *ps ba? œ-ns t**b *n fnîi *ppnb wra pan la^b 

: 'iai *pb:n naan pauma D^aapn ^^7abp?3 
iaana->;a ib nib?3ia ana^n ba> vpanb ï-ttntttt "o ^na an s ttaiiap 
î-raervn naziazp r-nan fî*mn imbEia anajsrra npv i-niu ana» 

: * pagina 
ibin J i^ba» la^ain une anaTan b* nan ttibfcïi pia py*r» maai 
s-ooan s^narai ibiT >ô "w inis baa ib^san nsoip ^n p^n» ^d 
/Wp«a *<ana73 bwm ba> ib^diétt s**iïi onm ."iidn r^raima ^aa 
ï-neatMa rnnîi payai Nin miTaa pnn ^n r>npa>53 nap» ba« 
ïmbîa tion mb?3 s-rba "»ki 4 lvipa t^absi tnba t<abs t^poyn n^w 
t^ab-n ^anpN Nnnn ^BpTn NPabn p^b^i ib t^Ta^pT bba Nmia 
r-niPT j^a"«ïi pu) ba t^poy pa vm ^a ib^BNi Nmi t^a"»b 
(sic) nn *]-n t^in ?<73n ana itit ^maiNb ^ya "w 8s^n intaisîB ma» 
^ams ■"jpfcrcjb ©ma .i^»n an ">tit iba ^an tasiuî^ai p^an pa^i 

•pror ?iaittNb 

XIX 

fol. 156 6. 

inbano ^Tn»b aan^a ï^-iaa nan K-na^r watna r<-nnaa n^îiawb 
msn p ïittbttî 'n ann bilan p pwas© ^17373 ■pwo "V'nfi pn n^an 
taana ^biu:a aiuî?a nioN Nim tin biu msa ia^ pawo niN b© 
■m r>îbN û^ia ->biu:a r^npa i^n© D^n ia"»an bo i?a^?3 "Wîara 
ipiiayb pbia^ i^n© ba« pianpDNn iiaa ^a ibioi ^a ipbnpia 

1 Berachot, 62 a. 

* Baba Kamma, 61 £. 

» /*.. 98 b. ; ; 

k Ib., 104*, et ^a^a Batra, 70 J. 



UN RECUEIL DE CONSULTATIONS DE RABBINS 81 

ira û2d ita ara Tisna nmwb ï*bw iî baa nwnnîaa in nan73a 

: û*na ^bioa *pi in "pN "p^ab 
r**bi anp»a t^tb T»n îrst» r**b *pab ■ynara naaniB rfnai 
mm rnD*»m aroa misto aibnrt b? ■p:>na53ia iTnbna r^bi naiBMa 
ï©-û» ywa i^^bm t*r«aOT visn .laiara nrs&E r^b naama 
ymnre *iwdh ^imi bbnrt b* "pana» rtliab 'nawi mbin S* 

1173^73 pN Ï1UJ73 13^11 3n373T1 b* *pana73 pNtt ■'•810 ^Dabi* ïffl 

,un->a p 173a 
r**n mswa ïwhn rrnnn 173 mit» yw» nsai-no rnaN ■rçmpMi 

•nnm "ns n73WTa TTan im rrnnrt yn 
■pa-ia» w? ,p fwti i-nnab yana»^ ranima ©np niaa73i 
*-i3 b© ï-rb-«au ysa nb'flan nnab r<bN ,^1? ©np» i3"w amp 
•nn t<b Taa *jaa cjn "nn an s^oa;. toèh nb^aan in&ô "pa73© 
mnab Tisa t^b "yîwtn ^3«1 ,vnriNb *pab i3pn pb ©ip *i©n *pab 

: mannb r<b« air? b* 

XX 

Fol. 159a. 

noia 173a miapn n-«a73 pinn p© yaiwi ib&n .r-iba© 11* 
1733» t^ab "parip ybia"> aa ^3© a'^a n73 anb n73i maaia '1 in 
yaa n73n pa? bab v-inaa pan rrm© binai ypn73N ^73 maab 
ba m©yb r^b^n in nnapn ma 12 mao-ia 'n in '*i 173? nabb 
binai i^nttNi s^nn wnsn in nttïi bu: nap "pas n73 b© laïaa -m 

: maa f<in© a"j>ai t<b t^3"nriN .vr^aa ba« "pai ïrm© 
"•312: a'^a laanfcb pn© naf'npl >nn ^asa ri73a73 im73i 3"\©ï"n 
: t«o© t^sb 1733 t^m mas t^ini bwisi n73 b© 1213a i3\^© b"?k 
•pTainna p pNUJ !i73 t**n*»"iw*ra !naNb73 ax t^nrs wnpi n^i 
am-n&n ^n t^b rnsons ^"73 ib^DN p73"inn nan^ ->3a-i inbai Na-^b&n 

.anmaib mptm mbna m^n wam 
■niaa ai^73 ta i 4 b"T -«"U5nai ^on n^b n^bi t^^nbi n^n wi 
\sn ba p^T^i -iann73a ib^aN ^733 mb "012731 ^■^DN1 ^n p^iay 
nnx tara ^a »rs"an. ana pi ^30 t^b ^733 nsh maa ûi^Ta 
n73- nns a-^oiaa labrn ^30 ^"i-»a naiira na^w "»«n ^a 3?-i^ 
r^nb^73 i^b arr^by T^spini î^73^u *Nii53i art^by i^apn n"n ta373N 
nniN ^3ai ï-riin ^:a D3\s naoa ^3a tanb nboi n^apn irrisi r^^rr 
y^ uni t^in ^Q3N mn73 t<^n ^pb"<73 i«b r^m ,îmn ^a n^yn 
■bm y7373y "^ by ib^aN -itdn "nïib "jiujni C3""ia n-nn "»aa 13» 
na\a î*<naa73a ann B^rrwib 'ai ^73733* la îpo^n^ t^b na^a ^3a ^1>3N 
nb«tD3tb nbN© b* ionn"»ba i-i^nn a"»3iN^r: r.aitona ii3>i j 8 ybln pis 

: an r-rnin ^a anb ia^r;i y» aa nnn ^3a an a« anb 

1 Beça, 6a; cf. Schabbat, 150 5. 

* Cette citation du S. Haterouma est empruntée aux To.saibt, Schabbat, 139 5. 

3 Schabbat, 139 6. 

T. XL1V, n° 87. 6 



82 REVUE DES ETUDES JUIVES 



XXI 

Fol. 160_a. 

-1205 •ptznjtt) i-nta*b fia» ïwjprro nn«l TON3 ï-iwyn n? 
rnnn r*<3io d*np tawbi ^aa *r»b nsaïi r-o r<bi nn72i mm 
i-w» Tnn nmriii hnban ^bn *pk» irai "nso iN3 wa *rb 

tt«3Kfi n«)^pnu) marna r-rsa ims r-inb brjpn n?33on r-imm 
: ttnpn bra ma mis» tomisb d^bio-» tais wîi ^aon ^d hs ibwai 



XXII 

Fol. 162 J. 

taa bopb -imau) ta^naun nirp oiod nN£M tin nnno m y 
bsn rib t^in mon d-ni)?a nnyr» t**bm nnwi t^bo laiiaa nttîab 
Y'3 i»a i:npb boi^ math "osa mMun no rro^ on nbwo ï-st 

inbop n»iryo moNn îbfio Va nu^a nb r-rc^i 
i-riDKn Tb mn W dna ibadb Taiwan bar on nb^u: nsn 

nbopi mbra ira© in« 



XXIII 

Fol. 167 3. 

rm ^bn (nb^ai ^narfl ^3 î-ib^a mr^m nens mb^a riN3 ruas 
i-ib*aa yw na '■Y'aa n^nb : ' tonïi nsa r*npM; ûi25 na*nl naia 



XXIV 

Fol. 194 a. 

ba b"T wia n"a pn*r "i nnn nbuita owip obtm 
: b"T ûuna la "nb 'n win?i spoib^n donn 
1103 rçnb^a t^oo d^o-n ^aibu: w» d^rsbN bn^rs rmart 
Hwmm s-raaïi npbnan *-m b* marna ^aaarf iMnan .tobub 
"f-nsoi -m30 toiparï b^w pis rma o-in bi-wn parr pai fra 
tnan ' — nnn -an^n ûbuîn dir: ^pm&m imin nobaa by tnai 
3oio -anara i^Tn mbao û© ^n i-n*!n wip d? *3n&np î-ib*an 
imn d'nw» td->a^pn d^ooon tara nibran nb^o "anna d->araa 
tppan ipna pirn nb pbn ï"w ttba*n "pria rnpao -aai yipnn 
■«pis W 3"«u:nb "«b nnbizî !-inNU5 "«nio ^3^n »sn d^ pmttîi nbon 
^ndouîs h ]ii3ob 9Vr*n yn d^ tasva ^«n o^onbi ^^«7:^ fit 
vi i-b^ nnn Tib3b t^inrs i^nna njaw Tipbo toa^binn d*»72^n 
■»n»som ^by -^nbop *n30 ^3nw r-ra»» d^i tniso ^in-i moob 
ibN 3iT3»bi mpibna;-! ib«3 r<i:i^03 ">oi72bip3 ^niir^b ifcssja 
^nn ï-jt3 1^ myn-' ni3Db nt daij tanb d^iNib maipan 



UN RECUEIL DE CONSULTATIONS DE RABBINS 83 

yr* ">3nNb!-s ï-wa» n;a îiî ■pw» *"»» ^-ttanî-jfi Sn onv ^bia aainatb 
imaiB t*<b n^nan - "nriNi TflaaariE *anwn "nnatt wawiïi i-ipînn 

: imaiû 'Misa n;aa>?abi 
■^nnarna amia r<baam nrtNïi a-nai TDiaa aairo ^n naa»N taancaï 
^a> T»n nw»pttart mwb*n Trmtt» infini ^ne iitt ^sb nfioa 
rria*ïi ttimn tbo msbia»?a ■»£« aiott nvpa ni^abisn "Wb ^aa 
t-patan mafia r-iïttiia n?aa nvraîi b? nna» nnsn yx nmonm 
■mm a &iasH aniN ba ba» pnpib n'ar bnan aiïi naaa î-iw niTOi 
-iran ûtti r*nnro ûons>»n pi a^aïab taana -nn-ia-iau: *m ^lax 
ï-raim watt mian misi sbvaa ^atfn^b mmam r-iban m^rn 
t*<bu3 "îaba b* rmm ï-it nawbpfi* am a^aia n?aa ï-it "ia»au t**ar 
r^7aa mna bâ> iTafinta nip^ -ib^afin iiia»;an aina nb^DN VTDaa mnab 
■>aa maîb lanbi a^aa ib m&nnb nafi* a^a-m ntta N*aa San 
.awirratt V 2 s^nnia Titta ^iitta ba» "niïfinuia "jaui ba lanba^ 
ini "n^fi* "man imfi^a am^ia i^a tabiy» tn» "i^a» laana ï-iai 
nna» aa ntti /maa laa naaiuîba anuritt Ta naiwiaa wmn rvaa ■"p^a* 
laiba» ï-iTa aa # *tbW3 ifioa ttîa i?a\anb i^iu; i-iaiOT na">iaa a^ban 
a» m fion ttfin «bu: n?aïï -iaiaa lanaa fiaia î-raa iw tav>ba»nb 
ba aan -ia^a»?a ta^pinm *iaiia7a trasT fcmatt nab orm ia?a72 
la-naî «au: ni: ht ^ ba» narrra latœ ï-in ba» ,na*a Tina iraïaa if! 
mb» ma iNai ^b-ifi* naab ba» riTTa nba»ta tta ainab la&a ibfi* ^a 
*^aa Yinp n^*axn ba> rr^ann N^nu: nanaia ^an ùn?a pv m»nnu373 

: iab ï-it n^aa-'is^ to^aan 
rprrno rr^aa "»a y"-» ab^rj anr: ^^by Nban?a ^aN nu5N ^a^rs nain 
ib^DN i^na «bu: -in "p^ ^^^ 5 DN paiD7a aaa n^aN rrsn^ ■•» 
npibn "^bi ^b rta "j^a Nb^ rrpnb moia imi ma»iïiu: ï-t^ït^w 
r-nbaia nn« »b dn ninraw bioa 1» na»-iTa m^rp ta» i7aira»b uîth^ 
îrrTbrj' litrr ba» ^aTr t^tn ^aN taa a^a^a ni nNX^ '-naa ^na^T 
r-r?a ir-m ia tu"! ba» ï-ibna»n rsbaN "j-nan i-iTa amab ^anu:pa ntiN 
mana»?a irti» Nbi anp ^-na»K Nb bin*» Stnm y»tt5"» ynwn 
tan?aa» lab , -i^N?a to^an ^n^a^^a vba» b^rrpN jsbi ^na»^ ibap n^Nb 
ï-iton ^ba»a ù^rib» a"»aan tzi^bna a^aan ta^pin-n a^ainp touan ^ 
Nb ri-ip- 1 ^b« frort n\aM ^jmai» nain i^ nairb Nb« tianan ^n ^a 
•paa»n a»^a^a ^ba7a ïiîa lanaiau: ma a b^nna riantti : nt nbiT 
tzmnn tanairs iwd man^ab taarma n-na^rr ^nai t^bn nan7ars 
'-ina -j'jnb Ta^a a^n : '-uasan baa ' — nirpn ba i^aa taa»N nbaab 
ia^rt r^nn -iTa^^aa mna^n snarpa laifinu} n?a7a ^-na-n niai ba 
l^u: nttNa ïiîbi "-lain^a n>ab aiip mttaln bna "-iTaNTab taa^a^i: 
npia^na ï;^pb «51-n iam"> 'n ^po^aia ia^po?a «b -him n«N?a nnx nftwa 
ttî^ npbn^arsTa î-ini^ "a h — i»ib i^ba» laTaaoïiu: ï-T7a la^batt) "inNi 
rt?aaonn\a Nim .rtbnn na "na-ib ^N"i!i I7ai bab rn«3 niE tau: 
NbT taa^auj nwa» nba»a taa» rjuj^rr rtnïtttîttî "nn^ ^a ia nbaia 
r-7i7au:?a ^?a^ai< *na Ka^bnn an ^nana ^^-iïib ims jwbiD" îinb'» 



84 REVUE DES ETUDES JUIVES 

xtnrm i73na a-n saiii aïo» a^paiar: avi waoï-na iTaai * baratin 

TWPB3 V'T "nbn -PN73 13^1 !1T ^STttJ 1725 i-Fa^ba '•rçra 

^m antta tanai wa fcaa^a jittmrffi "i^a nacpb ta-> toaTaN 
■ptabjai t**bï« "^dn 3i i)2N STnïr ans barasn anb^a £»<a-)3>73 
^Tabtavpa tsta ■nExta 173a ïf«ba a>73ta73 ab t>wiaa 13m t^am 
rtî r^an naai 2 ysiata iaa>73ta t^arata iaa>73ta b&ratïH t**07373 ba* 
ibpta iTana am Nam tsiujTa w 'J-Ymnaa '^sa S"t baaarj iaai' 
an ^73** mw an *nnni sa^ba ï^bi Na^bnn ani t^a^bN niai 
15-jt ,5^733»:: aawi *o^ t^ana? lanaa* t^b èo-ibi r*<bpta7a ^on 
taananana fcFpnoéh ^b-nab ta^ta V'aayai tzntanajan înazp npi 
ï-tt ba> i-naaa ttji aip73 ba?a r-naïaa nnao t^a^bnn ana pas^ab 
anm pmr 'n anr: yaa nanar ^b-naTa amnnNrtta tau .piapa 
^-naTia m^om ^hn nai7a ni™ f<bN naia Tv»nii b"T yna '"i 
yn^b forma iaap ^ab p yasna "pN vtaaa>ta anb ûomaan Nhïin 
"!»«■» fwmtta oa nab ywa ^73 wn ,tama ynab rtazin lia» t^^aiiai 

: nan- N733> ^73 "nn piai p 

Fol. 196 a. 

ynriNrj anaa Nata niî-îïi "ptabn ba? raNTarr narnï-r ^nw ban 
i-i73 pî inuîNb ïï^n ya ta^naTan fsîaapî-n a^iii yaa>a n;b mbtafr 
iTaa frar Nb t^73ta ay^ taaa» "mtaa paira i-nta 157373 i-i&nata 
laana î-raï ab pisan yaaWi ^ab a-npïi fcaaa> a-nîn nbiîa mrîffl 
na a*nn tanna iaia>ta maa taaNta îrn ^NTa n&raw fit bnoa nan !-jt 
îiacapn rtnea S"n 'm tatart73 taaia* inT p ta» nars in»r ^b^a 
l^Ttt nttî^anïn ^bna t=ia>Larr ï-ît ^int nnv ïi^n p taaNi ûïr^a^a 
tanuî narapm ana ^iNn s-nirptt ^a nar abui ^ai ^aia>n É ]m73 
r-niana airna t-173 ^a a»nTi ^iba taa^am .bba «373 t— rtn arrb y» 
by Nbi ^aaia>n naz ba> «b 'n^ au:rr73 aaiD73 na^s in^naai tan^n 
"hnuî anu: 173a £nNr-i73 rin^naa mtataptn ta"»a^n rtam inbiT 
naapn b^an^n iN73b ^-na^rr na»uî73 ï-it miaNb ia^N *pa *>a jm*iaa»!n 
n-i^Ta73 a^73U5!-i V 2 û^ 2 Nati^an nu:^anm -^binri baa ï-tt y m \*w iTaa 
ca^73^ i^a ^aaai n^n 1^73^1 iiy Nba y-no- 1 y« aiTaNai 'n^ &man 
taa">73u: ^Ta rsa^\a taa^73\a n&rn 173a ^ts^N ^"«a ta^nan a^aaz 
Nïiaia Nnaaa -OT^n riî ba> ea^iio inr ar? anî "nrrpn a- | ip73m 
nb^a a^a-n 5 nmpnpN ba^ i^wn t^anpa^ai nuit j^ama a^aii 
-inta^ «b ^a paa yxi mb^ba? iaana nb -mjn 'n-* a^an nnaï5rî73 anu5 
^a-r-nat73 in rrr^ay ba> "niTa^ ^b^ 173a in\a«b uj^n ya naap &«5rt 
n-in^a a^-naaa mtâopïn anrr i^rr 'naa p taai matTaîi» n^saa !-it 
ta5Ni /^nar: y« rrrm rira ta-vniaaNUî n^anrn ^binn 173a ,iTa 173a 

1 Ketoubot, 77 a. 
' j. Guittin, 5 </. 
• Voir Tosaf'ot Yebamot, 64 a. 
K Voir Ketoubot, 30a, et Berachot, 33 £. 

5 Nedarim, 41a. Notre texte a la bonne leçon, qui est altérée dans les éditions 
du Talmud. 



UN RECUEIL DE CONSULTATIONS DE RABBINS 85 

■— ina taws-pû U53i3> n^ïi rtï^n r-naa^b iriaî «bM-natt 1721N *nKw 
b^ tSm»a usaiyn *i*i»e ïiî pac nnaiian ï-rawain avp>2 ïiï ana^b 
ta^ r™ n» *j»t matïl nbibia -pi72 Sas rnafcttïi fcaT>p72 W»5Eîi 
1 ni72bb ïrtDM din ban 173 Nb 172a mbiT72 ^idi^ iTiTUJ toan ï-it 

tZJ^ t3NU5 DU) 1172« ÏIT'bl 2 mND^DÏlb ïiaiT t=)lN biïl "J72 N5 1172N1 

i-ï&nanrt mat -w sbu; iujsnuj ï-it laNDT 1 ab naNa-pta ^72 taia 
bmN» tau: afiTO 172a iia^N *!:* ia ■pwa nriNïifc naanua^ î-iî72 
^raan mmMrtti b« p la a ï-it iaim ^brai-p™ ta^fiwrpfi û^tiania 
a^ino a^tna &-172N72 rmana Nit^a naai : na^ai a^a^m rrmatb 
•ptiîptt "pan 4 Nbî732 Nba Nnb72 sobn «mata «b iwai s tama bt72 172a 

: nai baa a^mnn tnantûn te ^i72ob ■Himw ari72 

Fol. 199 a. 

■bi-n n^rp îiwipw na^ca ani-fri ba> *pa72ia "pai vwn i-ibn^n 
p« bpnb t^nbœ «irtn ba> ia7aa ûtt nao Sba ima bj> i^iia-« nai£ 
naTa Sbaï-na la-iNau? 172a t^aitcn natû?2 J-it ■para ^iTaoa ab 
D^aaa ab\a paa taïua ia^bj> oaaa abus mnan *nia êôn 'paia "pata 
werça bjn m72 iab nb">bn 'pna «bra !-rofiJ»tt caa paaa lajair? 
an Y 5 nu53> na^aïaia nmaai *N72U5n na ama ^in ara an 1-172^ nta 
ib^awa mai72£ wa ib^aa V172&0 . 6 paai-i *j72 pbnorn nan n;b napi 
a^aiNan nnaab . n;nn aip7aa ib^a&o taba naiira "nbn nbipn !mm 
w»ri mow pta ba *pin iwoti t5aia>72 rwm ba ia anan 
.ï-ia2-n?a"i mmn pi bu) T*ma*r *pa annn iau) T'a mn^i r-nnna 
nïa -«"in-iïi n^ti : — raï-i a^u; t^n^ bab n^aan ^ lab^au: nriNT 
la^^a nb^ Nbi tatiTj^ ^n^n nta nabnnuïrt naan nujpa ^m m«53»b 
nt naiba i^a ht72t ^nn» «bi ^n« xb . ann ta^^n mab "«uîpb 
na ba naïauj mmsn nb« tana is^an airn nana ^pa^ by ii72a 
»iab ^7272 ^z>y by «b^ mpbrt72n ta r;n"»n «bi anrr^b in awib 
taïî^n û" , s" , ai72n a^abin wra^a moapim tzi^a^-in t»s p taa TN721 
tamN i^an nu5Nn b^atsa nnj> a^^rou; m:3»ùM nb« "172a naaau 

„,^3»an sb in N^n 

Fol. 205 a. 

^7272 nujpatî 172a j^i!-i!i anan sm^N^a ainab ^man p iy 
ht ï-r»n ^a vhy pip^b o^u: ri72 y^ yip Sa Sj» ^npnpnus ibaxs 
b-i^ian pn j-i^a -n^aai ,^ia naaisnaia ta^au: ^a^a taa /jvin "1^72 
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tâ?"irn 'in&yn b^a la^aii apy laam U5a^72 p« la^ani û^iwïi n3>i 

1 

1 Eroubin, 47. 

2 j. Ketoubot, 35 é?. 

3 Tebam., 64 3, et Schabbal, 156 #. 
* jl/ocrf £«*., 20 a. 

5 Z>^recA ^r^p Zoutta, 3. 

7 #a£a 5a/ra, 85 6. 



86 REVUE DES ETUDES JUIVES 

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XXV 
Fol. 118a. 

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Vpaittrt dio bwûan aabai b&ouîrj aabd ait: ndna Nan amby 
nba>73 ^dbd ->ad bwaaïi ^diN ^b ww ab uatû n« ^Nbd fcoîi ^i7abdln 
mba» -«Dd-Ta nnN m^pn d^ïi da>n "jhn "pxrb êôn ïan* wa'MD Sdi 
bbidïi tddnïi in^Nb p*rii matin ^a naiin ^Nbttïi vwi» taa&n 
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,1 i3*5Sjt ttjaaNi^»^ ma» 'na ï&m» lias rata ï-jî 

1 = cai»^ ba dbiyb piist. 



QUATRE POÉSIES JUDÉO-PERSANES 



SUR LES PERSÉCUTIONS DES JUIFS D'ISPAITAN 



Après avoir mentionné le manuscrit hébreu 1356 de la Biblio- 
thèque nationale [Revue, t. XLIII, p. 101), je vais en donner 
maintenant une notice plus étendue 1 . Ce manuscrit, qui con- 
tient 190 fol. (20 lignes par page), est, en dehors des dix derniers 
fol. occupés par les Azharot , un recueil de poésies judéo- 
persanes, œuvre d'un poète, sur le nom duquel nous reviendrons 
et qui raconte les persécutions subies par les Juifs de l'Iran. Ce 
recueil se divise en deux parties : la première comprend les 
fol. la-140 6 et renferme les poésies relatives aux persécutions 
des Juifs sous Schah Abbas I 2 et sous Schah Abbas II 1 dans les 
différentes villes de la Perse, à savoir Ispahan, Hamadan, Ka- 
chan, etc. La seconde partie, qui comprend les fol. 141a-180&, 
renferme les poésies relatives aux persécutions des Juifs sous 
les premiers rois afghans, qui commencèrent à régner en l'année 
1729. Cette partie est interrompue vers la fin par un poème 
du même genre d'un poète nommé b^D^i p rpttîtt, composé en 
l'honneur de trutt ûi-roa 4 . 

Le commencement du manuscrit manque. La première partie 
débute par la fin d'une poésie. Vient ensuite un poème sur la 
légende d'Abraham jeté dans la fournaise par Nimrod ; puis un 
poème introductif, relatant les causes qui ont poussé l'auteur à 
composer ces poésies. Il y est dit que dans l'année 5416 (= 1656) 
commença une nouvelle série de persécutions. Puis viennent les 
poésies qui racontent ces persécutions. Le poète raconte en plus 

1 M. le professeur W. Bâcher a bien voulu revoir ce travail et nous donner de 
précieux avis dont nous le remercions. 

* Mort en 1628. 

' Il régna de 1641 à 1666. 

* Ce poème occupe les fol. 164 a-166 b, où, au bas de la page, le copiste recom- 
mence les poésies de notre auteur. 



88 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de vingt poèmes les persécutions des Juifs d'ispahan, depuis le 
règne d'Abbas I jusqu'à la fin de celui d'Abbas II. Puis il rapporte 
dans le môme ordre chronologique les persécutions des Juifs de 
Hamadan, de Chiraz, deFarahabad, de Kachan et de Yezd. La se- 
conde partie s'ouvre par une préface ; le poème suivant est rela- 
tif à la légende de Moïse jeté dans la fournaise 1 ; puis se lit un 
poème sur le sacrifice d'Abraham ; ensuite viennent des poésies 
sur les persécutions qui eurent lieu sous les rois Mahmoud 
Aschraf et Tahinas, premiers rois de la dynastie afghane. 

Depuis, M. E. Adler, de Londres, a eu l'obligeance de m'en- 
voyer son manuscrit 291, que j'appellerai B (pour le distinguer 
de celui de Paris, appelé A). Ce manuscrit a l'avantage d'être 
plus correct que celui de Paris et possède le commencement. 
Grâce à ce manuscrit, j'ai pu corriger certaines fautes et nous 
savons aussi que la poésie par la fin de laquelle débute le ms. A 
est relative à Moïse et qu'elle est la deuxième, la première étant la 
préface. 

Maintenant, qui est ce poète? Pour la première partie, nous sa- 
vons positivement que le poète s'appelait tpib p ■«fcoan et qu'il 
était de Kachan, ville de la province de l'Irak, car le dernier 
vers de la seconde poésie, le sixième à partir du commencement 
dans le manuscrit de Paris, est ainsi conçu : 

« Alors le fait sera rappelé par celui dont la poitrine est blessée, 
qui est Babaï, fils de Loutaf à Kachan. » 

En outre, à la fin de la plupart des poésies, le poète s'adresse 
à lui-même, sans mentionner le nom de son père. Puis le ms. B, 
qui possède le commencement, porte comme en-tête de ce dîwân 
•^NiBfcO tp"ï3>tt rp"ib p *>N2Nn 'mft&Ji « Récits de Babaï, fils de Lou- 
taf, connu sous le nom de Kachanien 2 . » Mais en tête de la 
seconde partie, qui n'est pas dans B, on lit : g Le second recueil 
des récits de ^ms p ^èoèw ». Est-ce une erreur de copiste pour 
rpnb p, ou bien était-ce un autre auteur qui s'appelait Babaï et 
qui imita le premier en s'adressant à lui-même à la fin de plu- 

1 11 y est raconté que Moïse, avant d'être exposé sur le Nil, fut jeté par les siens 
dans UDe fournaise pour le soustraire aux recherches des espions égyptiens. La 
fournaise fut transformée pour lui en un verger plein de fleurs. Moulla Schàhîn, qui 
a versifié le Pentateuque en judéo-persan vers le milieu du xv* siècle, a consacré 
un long poème à cette légende. 

* Le ms. Or. 4731 du British Muséum renferme un petit poème de Babaï ben 
Loutaf. Mais, il est d'un autre genre : ce sont des quatrains et le mètre en est 
le radjaz. 



QUATRE POÉSIES JUDÉO-PERSANES 89 

sieurs de ses poésies? La répétition des poésies sur les légendes 
bibliques avant le récit, et le fait qu'elles sont rangées dans le 
même ordre nous porteraient à croire que c'est un autre Babaï, 
qui a essayé d'imiter le premier sur tous les points et que le co- 
piste a mis par erreur : « Deuxième recueil des récits de Babaï, 
fils de Farhad ». Seulement Moulla Schahîn, que j'ai mentionné 
plus haut (voir p. 88, note 1), a fait précéder L'Exode de préfaces 
semblables à celles qui précèdent la Genèse. 11 est donc possible 
que ce soit le même poète et que Farhad soit une erreur du copiste. 
Si nous avons là deux poètes différents, on peut supposer que 
Babaï ben Loutaf fut contemporain des troubles qu'il raconte. 
Ce qui est certain, c'est que le second Babaï fut contemporain 
des persécutions narrées dans la seconde partie, car dans une de 
ses poésies il parle : « des persécutions de notre époque ». 

Toutes ces poésies sont des mesnevi *, avec le mètre ha j ad j 

mahdhoûf (w \^ i v--n) 2 . L'original a dû être écrit en 

caractères arabe-persans, car 1° certaines fautes qui se trouvent 
dans les manuscrits n'auraient pas pu se produire si l'original 
avait été écrit en caractères hébraïques ; 2° la différence de trans- 
cription entre les deux manuscrits, dont je me suis servi, montre 
que les copistes avaient devant eux un texte écrit en d'autres 
caractères. 

La transcription est la même que celle des azharot, publiées 
précédemment dans cette Revue. J'ajouterai qu'en général la 
transcription est peu soignée. Le copiste a mis très souvent un s 
au lieu d'un it, comme par exemple MDp pour fêta; un n au lieu 
d'un a, comme nniô pour *ia*ô, un ù au lieu d'un i, comme nNÛ 
rifcn. Ces erreurs se produisent parce qu'en persan le son de la 
lettre remplacée est le même que celui de la lettre remplaçante. 
Comme particularités, il faut relever les suivantes : La lettre gh 
est souvent rendue parp, peut-être plus souvent que par à. Ainsi, 
on voit pan pour sac ; m^pn pour masa, etc. Le n remplace très sou- 
vent le n du fatha long et surtout lorsque la consonne qui porte 

1 Le mesnevi est un poème dont chaque vers a une rime particulière, chaque 
paire d'hémistiches rimant ensemble. Ce genre de poésie est surtout employé pour 
les poèmes épiques et historiques. Ainsi, Firdousi, Maulawî Roûmî, Djâmî et Ni- 
zâmî ont composé leurs diwâas en mesnevi. Il a été aussi préféré par les poètes ju- 
déa-persans, car. en dehors de notre poète, les poésies publiées par P. Horn dans 
Z. D. M. 67., XLVII, et celles de Khodaidâd publiées par M. Salemann à Saint- 
Pétersbourg, sont aussi des mesnevi. Qu'il me soit permis à cette occasion de recti- 
iier un oubli que j'ai commis dans mon introduction aux Azharot, en disant que 
tout ce que Ton counaît des poésies judéo-persanes, ce sont les poésies publiées par 
P. Horn. J'ai oublié d'ajouter les Khodaidâd. Maintenant je peux ajouter deux poé- 
sies publiées- récemment par M. W. Bâcher, dans Z. D. M. 67., LV, 2i1, et aussi 
dans l'avant-dernier numéro de la Jew. Quart. Revieto, t. XIV, p. 126. 

* C'est le mètre de toutes les poésies judéo-persanes précitées. 



90 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cette voyelle est aussi un a et qu'alors les Arabes et les Persans 
se servent d'un medda. Ainsi, on a toujours "pN pour}S; iïïin 
pour ^ttS- Mais parfois aussi le i remplace le a après une autre 
consonne, comme yya pour "jNtt, etc 1 . Par contre, le i quiescent, 
en dehors de la voyelle ou, manque toujours ; par exemple : diiaô 
pour DrtNïb, khàhem; xenb pour ©i-ô, hhisch. Le n final d'un 
verbe au parfait pluriel manque souvent quand on n'en a pas besoin 
pour le mètre ; ainsi yra est pour 'wis ; }n£r) pour isnsn, etc. * 
La voyelle i finale, amenée par l'état construit, dans un mot se 
terminant par un si quiescent et où les Persans mettent le signe 
appelé hamzé sur le Si, est représenté tantôt par 'n, tantôt par ^ïi, 
comme 'ma, bereï, et Wfiô, hhaneï. Parfois on rencontre même 
un ^ à la fin d'un substantif à l'état construit se terminant par 
une autre consonne, pour indiquer la voyelle i, comme "•Vr pour 
bl t dili. Une autre particularité de la transcription, dans notre 
manuscrit, est qu'il y a presque toujours ni pour i£ et très sou- 
vent •ô pour î-d. 

Dans un colophon à la fin du ms. on lit le nom du copiste : Sa- 
lomon Halévi, fils de Moïse Halévi. Il l'a écrit pour un nommé 
Israël, fils de feu Ismail, et l'a terminé le mercredi, 8° jour du 
mois schebat, an 5602 (le 19 janvier 1842). L'écriture est d'un 
beau et régulier raschi ; cependant jusqu'au fol. 20 r°, elle est 
d'une autre main moins habile. 

Il serait, certes, intéressant de publier le dîwân tout entier , 
comme a fait M. Salemann de S l -Pétersbourg pour celui de Kho- 
daidad. Mais c'est un travail très long et délicat qui demande 
beaucoup de loisir. J'en extrais seulement quatre poésies relatives 
aux persécutions des Juifs d'Ispahan sous Abbas II 3 . La raison 
pour laquelle j'ai choisi ces pièces est la suivante : M. Carrière 
doit publier dans ce même numéro une notice relative à ces persé- 
cutions qu'il a tirée d'Arakel, 'auteur arménien du temps 4 . Or, sauf 
quelques détails, les récits de ces deux auteurs concordent sur 
l'ensemble des faits, si ce n'est que l'auteur arménien les raconte 
comme historien et l'auteur juif comme poète. Si certains faits, 
racontés par Arakel, manquent dans Babaï , c ? est qu'il les ra- 
conte dans d'autres poésies. En ce qui concerne le vol du poi- 

1 La prononciation de la voyelle avec un "| ressemble à celle de la voyelle avec un 
N et c'est pour cette raison que ces deux voyelles riment ensemble. 

' La même suppression du *7 s'observe dans les Khodaidâd. Voir les remarques 
sur ces poésies de Th. Noldeke, Z.B.M.G., LI, 548 et suiv., et celles de W. Bâcher, 
ibid., LU, 197 et suiv. 

* Elles occupent les fol. 32 b-ki a. 

*■ Depuis que ces mots sont écrits, M. Carrière a été enlevé à la science qu'il ho- 
norait. Nous ne savons si ses héritiers mettront à exécution ce projet. 



QUATRE POÉSIES JUDÉO-PERSANES 91 

gnard dont l'or aurait été vendu à deux Juifs d'Ispahan et auquel 
le poète attribue la cause de ces persécutions \ ce fait si roma- 
nesque au premier abord est vrai en soi. Chardin, Voyage en 
Perse*, tome VIII, p. 154, raconte, en effet, que dans l'année 
1666 un vol important fut commis par trois cavaliers de la haute 
société, qui étaient descendus dans le trésor souterrain. On ne s'en 
serait pas aperçu, si leurs dépenses folles n'avaient pas excité des 
soupçons. La police fut chargée par le roi 'Abbas II de traquer ces 
trois cavaliers, et elle finit par découvrir l'un d'eux, portant dans 
son sein un manche de poignard qui valait environ 30,000 écus, 
et qu'il allait vendre à un Indien. Le fait est donc authentique. 
Seulement la version de Babaï diffère de celle de Chardin en trois 
points essentiels : 1° Babaï fait remonter le vol à une dizaine 
d'années plus tôt ; 2° d'après lui le poignard fut volé dans le jar- 
din ; 3 9 le voleur aurait vendu l'or à deux Juifs. Mais comme les 
orgies de Schah 'Abbâs II étaient notoires, il n'est pas étonnant 
que les Juifs aient placé le vol du poignard à cette époque. Il est 
aussi très probable que le mot hindi « Indien » a été tourné par 
les Persans malveillants en Yahondî « Juif », et Babaï crut y 
trouver la cause de ces persécutions. 

M. Seligsohn. 



I 



o&«ab« ittà yrb ai:n î-hoéo paa m ^ari oaa? ï-iwa in£n 
■flWfl "WP *&** m-wi] &n *)$$ laapaa inovi p&n tt an 
^DNn oaa:s> ïiwd u3*d tt ïNbinttii yni) tnafcï irons t<n banian 

: -ma 
num ti Ti5N fana ï-jwd ntaa niawa ^.anàa i^tn me "p !ii 

^Nians nîrzi ^rta^nffla itn inaNrti nm sroi nrta wia 

Yhoâ ï-!2i73n •p-via 12)"»^ ina ■wn m Dbp tk nari ^ïi 5 non TOtt 

• -îNnons ■obia *irr ™aa inaa woa HG1 mara» -in *na Ma 

1 Ce récit occupe les deux premières poésies. 

* Édition d'Amsterdam en 10 vol., 1711. 

3 Les mots entre crochets manquent en A. Il faut certainement corriger les deux 
derniers mots en 'jY'Tm "liliâ. 

* La rime entre *p et "jtf est assez fréquente dans ce dîvân. 
5 B : ^f ■>ftï"ï, qui a le même sens. 

* A : "ifcoi 11B "Ob?2, ce qui fait un vers faux. 



92 

miNâ nNTa in pNna> -1*7 n»N"o 

n?3^a nnii "jNa n-^No pnaa 

INvri 273a in© -abNaana 

pNT babai ba. ■«£> niaeôa 

noraaa riN73T nôâa in pnNia ni 

n^Npa tn ^72 no nn nàn ni paa 

nNTnâ •'ttîNa ma nana naN 

ONTabN WNI I" 1 î»na ni Ï«KT3 

ta-^Np nNa it orna NniN nsaa 
ONTann nna a>:£n73 2 t,n naïNoa 

nam ininhoin naaâ wnaa 

s-ÎNbN janat in wt nn m**aa 

nsNi ON73bN p^Nn na ïêo» 
•jn na ON73bN nasà pNna 

n?30p hlcONa pia nnna en pN ni 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nain bNO nnTNin nn pi nrota 

n?3Na pNa nn ncn nn "p ntp 

•jnt>731 T,N3Nà tô"«6 nn ïnàna 

pNn lannaa nu: m nNnéN ©©a 

no73no nœa » vittna wa nia ni 

n->Nnn pN iaian in 172 tn na^n 

nNintfî m tanna Nn bn n^na 

DN?ûinn nwa iz^a min tn na?3 

a^an rnaan *pan sms onT 

ON735N nna nn ■naaâ mtonsa 

no m ON73bN ^Nn naawaa 

nN\a naT na 1^73 Nn in an na 

n^NTjT iNnwa niais nn maisT 
^Nm'nb nta T,N5Nia nwa pN ni 

ntttam p^N «a niaNn na lar» 



noa n?3 naNn norcam nN^aan t,n">73 no73no pNa nn nsa nN\a n\a t,ntj 



•^Ninoa aNa nNaaiN nnaa 

noNa na oNTabN nasâ in 4 mna 

Saso na>a rn^aa NnNnba na 

îaianâ aNâ 'ma aNa t,n naTa 

n&o Nn naian in ■nm nai nmiN-o 

nTaiN nNam "«s t^DN aibs 

■^nNas nbvin nn tn nmifirn 

nNa ne DNTabN naaâ "jn mna 

7 hTann 1731n qba* nn nna iNna 

ï-iNbN n7aN tn nna nn nra 

nnaâa rail pNaT n73iN lama 

t^n in ^ndi pN non nan[-«n](na)a 

pNa m 8 t,n paa to ma 

nna nta ^na^ ^niia naN^a 
î-TNiuanu: tn non *pN ma 'jnoaNii 



^aN^a oNTabN naaô "ina *;Nna 

ndNâ na ^Na n7aiN pnNi: naiir ni 

Saba *î53N7a pi m n\a ■jNin 

uî-iTaNnô Nn naaâ nb7ûa tn nnaa 

• 

nNW -«bn Na in nNauj n*i3N nsna 

nTa^N pNa nn "jNapNa Nn NTp 

">nN^a nNa DNnNn Nn n72N*>a 

nN"«oa 6 nitp iNnnaN n^nnaa 

n7a^p nN^oa naaâ in nsna 

nNaNsa «jn^ND nin ^s^nn 
n*>nTna NniN ûin tin i^n ni 

NniN noauîa iNns maN nnaa 
ON7abN naNn naaâ p tn naan 

nnTa in nniN nnu;a Nn «"««bra 
iNn pu: 9 in nNa-n ^t ^Na» n 



• >t 



1 b : n72N na 172^3. 

* A : TN- Cette faute n'est pas rare dans A ; cela prouve que l'original était en 
caractères persans, où l'on contond facilement le 3 avec le T. 

3 C'est probablement pour "pn^nàî l'N est pour la rime. 

* B : n^na « il ne vit pas ». 

5 B : aNâ pi ma, qui a le même sens. 

6 Le mètre n'est pas bon, à moins qu'on ne traduise : « 11 se promena longtemps 
au crépuscule. 

7 b : n73nâa N*n in t\by fN nna. 

8 A : TN. 

* A : un nNa m, mais il n'y a pas de vers. B : IN nn "H. 



QUATRE POÉSIES JUDÉO-PERSANES 



93 



ni&M nop în vzbmy ynoa 

INpm non ^N'5 p^n in i3N73a 

DNay nN\a noia -ion ifitris 

1ni-i3 ^nâ "WTâ "— înw 130 

toip» in73 1^ roi na nsia 

-ino m p^n nnoia 1731N r<no 

an ■pna m in m *m buis 

-1DN073 D3N3 d310 "V3 n3 nai 
03N13 NH^N 173 ftS 13N1 NID 

1 0N73bNi b?b i-ri d^nn nirm na 

■^Nin rn ririons -P31N éwd 

nNa dN-in DtiNUJ- n733>3i 1N3 no 

nonNia nan im 173 -n «ni 

INpm 1-173 un -h i:imw3 

net naaâ nnoia 173N wd 

1Nn3s moi no3a onNnoiN no 

■*38na diront dinn no 

isnoouj on -n 1N731NÔ n-i îa-io 

t*n 1N733 ?b in 3 [ilp-ia n333 

dm?» '«ÏWID blN NPD3 m 

-in*^ haïrai )^yh in n^n 
pNabuîa ni ^naia bN73 ma in 

nnrpa ninn în in aN3>3N dïii 

niïa On nnsl3 N73 pN3N 

pn-jt y->n * marra -ia oo Nn no 
macro nNtf: inîn i3-ro-ina 



pi tdisn -ia Nbù in laima 
l^nsD no an in i«h nrwia 

ON73bN p^n "jn ! m non nsi NTp 

1«n3S nl*1B ÎN ÏNI ^n 13N733 

dmi nÔN3roa ni p^n in m ni 

narr n-173 ^no iNm nNro nàsa 

an in "wn nnNi3 nna nj-d 

ihana banna in 173 Na ijq 

03Nn3 n«u) "wo nn73 in riE3a 

ONa? nawï ^nd ^nô na aop 

•^nô 3>n *pa oo no Nnôs ronro 
ini "jNa^Na i^n 1733 NnNiD nsaa 

nonNUÎ bN73 TN ^N nO 0nD3N13 

•jn ^a -il i-o larm vn nD " lS 

nèa ^assa^at n-iin nNro rom nis 

•jNpnn -j-173 onnn -ini ujon^ 

■^DNID TN EnN073-|125 "J7 2 ^ 

i:noa non N-no nN\a iitonèa 

N-i "jNaàNa m» 131-10 ab-j 

toip73 in "jn ni n?3iN mm 

-INI NTOND"! T>bD 1*173 N^N 

àNa i^ni N-1N73 1^30 "^no^ in 

n^ô in ^i-n"iN"»3 û-ina ans 

■man t^n ini ^733 *»m? ^733 

nNDN073 i-lNI 1^310 ^33-» 1130 

^nay ii-in in i^ira 1-10 aba 



5 m3 b->i n *jn 131-10 nNu: nao Tâba il(nn) ^n -iaN-ia -il iné-ia 

■^i-io ni N73 ^Nbsa 13 -ia N^a ^nrr ^n dd3 in™ ï-inu; 1^1 nis 

in 1-10 -ia -|^ -in mi-iviN ni no t^73 DNTsbN 110 ni s<«n -inN*i3 



8 nNO -n rm r^bsa ^73 û^Tia 
nN73 nai -in73 non ">oi73 ^ia 

1NU5^-1D 1-173 ^NO TD3 *JNpnna 

miDO "«^ôu? *pa N"» ^nôn-is 
-in-; pa "^i* pn nna ^3N73T 



-iNn in nNU3 aN"i3 -in insaa 

7 nNU)3ntt ->N 1T1 N73 D^ONa^ST 

1nu:">n -iNnD3 i^n nNï: i^uja ni 
nia n± t*o«n ^o don-i 13 173a 
-1N0 no3 nNU3 iino iNpm nD33 



' A : mi "«1-173 ^"li 1NT3. 

* B : DN73bN1 T3 -inN13 173 din3. 

% J'ai suppléé le "j, autrement il n'y aurait pas de vers. 

* A : iaNn3. 

* A : "p3 bnT ; mais il n'y a pas de vers. 

* B : -|N1. 

7 a : nNiaanra m t^73 no d^oaiaan. 



94 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

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TRADUCTION. 



I. 

Schah Allas II va à Baghi-Kamé 8 , où il perd son poignard couvert 
de diamants. — Le jardinier, ayant trouvé ce poignard, le cache dans 
un endroit d'où il est volé par son aide- jardinier. — Le voleur le vend 
à des Juifs, qui sont trouvés coupables devant Allas IL — Le poète dit : 

Lorsqu'un certain temps fut passé après ce que nous venons de 
raconter, le roi du monde parcourait les vallées et les déserts. 

1 Les deux hémistiches entre crochets manquent dans A. 
J Mauvaise orthographe pour DNT. 

3 B : rilîO « ne fais pas mention ». 

4 A : "aNin "'a nN « si tu peux ». 

5 Cela veut dire, « jardin du désir ». Ce nom se trouve aussi dans un poème pré- 
cédent en rapport avec Abbas I. Cependant les voyageurs européens ne mentionnent 
pas ce jardin, tandis qu'au contraire, Kaempfer, Amenitates exotice (Lemgoviae, 
1712), p. 192, dit : Outre les jardins contigus au harem, le roi possédait plusieurs 
vergers hors de la ville, où il recevait ses hôtes. Ces vergers étaient splendidement 
ornés et pourvus de grottes, pour qu'au besoin il y pût cacher des femmes. Un de 
ces vergers s'appelait Baghi-Komek « jardin du corps de réserve ». (Je dois cette indi- 
cation à M. A. G. Ellis du Musée Britanique). Il est possible que notre poète, n'étant 
pas d'ispahan, n'ait pas connu^le nom|exact t de ce jardin. 



QUATRE POÉSIES JUDÉO-PERSANES 96 

De la mer jusqu'à la montagne, du désert jusqu'à la plaine, il 
traversait chaque ville opulente. 

Il allait dans chaque district de son royaume, il menait une vie 
agréable comme Ghosroes '. 

Il fit construire beaucoup d'édifices ; il peupla chaque contrée 
soumise. 

Puis, dix ou douze ans de plus s'étant écoulés 1 , cette lune resplen- 
dissante vint dans l'Irak 3 . 

Uu jour, par hasard, il alla à Baghi-Kamé, où l'on porta une 
ombrelle et une toile pour faire une tente. 

Sur ses pas marchaient des Khans et des Emirs ; à sa suite étaient 
tous les vizirs. 

Une nuit, il lui plut de dormir dans ce jardin, au pied d'une rose et 
d'un rossignol qui chantait *. 

Lorsque la moitié de la nuit fut passée, il devint ivre, il s'endormit 
comme un faucon et la lune se coucha '. 

Ecoute de nouveau ce récit de moi, regarde quels événements 
extraordinaires fondirent sur nos têtes. 

Présente ton cœur, afin que j'y verse les perles précieuses si tu es 
disposé aies acheter. 

Par haShrd depuis l'époque de Schah Tahmas *, il y avait dans 
ses 7 trésors un diamant unique. 

Il le gardait comme un bonheur éternel; il y tenait beaucoup ; il se 
disait : « Je le rendrai éternel par une œuvre d'art. » 

Tahmas ordonna donc de fabriquer pour lui un poignard incrusté 
de petits diamants, 

Et que les maîtres orfèvres missent dans le poignard recourbé 
le diamant unique avec les autres, 

Afin que le roi le ceignît autour de sa taille et qu'il vît à chaque 
instant cette œuvre divine. 

Ainsi, de génération en génération, les rois de cette époque por- 
taient sur eux ce diamant incomparable. 

Lorsque ce roi des jeunes gens devint Feridoûn 8 , on mit sur lui !e 
poignard porteur du diamant. 

Il le ceignit avec cérémonie et pompe, comme on le lui avait décerné. 

Dans cette nuit où le roi dormit ivre dans le jardin, il ouvrit sa 
ceinture et s'assit jusqu'à ce que la lune s'enfuit 9 . 

1 En persan, Khosrou, surnom royal, d'après le nom d'un roi de Perse. 
1 L'avènement d'Abbas II eut lieu en l'année 1641, de sorte que celte date corres- 
pond à celle que donne ailleurs le poète, qui est 1656. 
3 C'est l'Irak persique, dont Ispahan est la capitale. 

* Le poète entend par ces deux noms une femme du harem. 

* C'est-à-dire lui-même, puisqu'il est comparé à la lune. 

* Le deuxième roi de la dynastie des Sophis, mort en 1523. 
7 C'est-à-dire de Tahmas. 

* C'est le nom d'un roi légendaire, le Salomou persan. 

* Jusqu'à ce qu'il s'endormit. 



96 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Il déposa le poignard royal de diamants, et s'endormit d'un som- 
meil princier. 

Lorsque la vraie aurore vint, il se leva de sa place et il vit que le 
poignard de diamants était à sa place. 

Il se promena dans le verger comme un rossignol, pour sentir les 
roses, le jacinthes crépues. 

Il oublia complètement le poignard, —peut-être ce sommeil était 
celui d'un lièvre. 

Il alla chasser 1 d'un cœur joyeux, et, pendant quelques jours, il ne 
se ressouvint pas de son poignard. 

Le hasard voulut que le jardinier entra dans ce jardin, qu'il y vint 
comme une panthère sur les traces de sa proie. 

Il parvint jusqu'à la couchette du roi ; il y était venu de la porte de 
l'asile du bonheur \ 

Il se promena longtemps dans cette enceinte; enfin il aperçut le 
poignard de diamant plein d'art. 

Il saisit le poignard de grande valeur, le cacha dans du foin, puis 
s'enfuit. 

Tout à coup, sans qu'il s'en doutât, par la volonté de Dieu, un 
autre individu vola le voleur 3 . 

Quand ce second voleur l'eut volé, il sortit du jardin, souriant 
joyeusement; 

Il porta le poignard dans un endroit caché, le mit en pièces, — plus 
tard on coupa la main de celui-ci et le pied de celui-là *. 

Il arracha le diamant unique du manche du poignard, — il avait 
été monté dans un anneau d'or pur. 

Cet homme-là porta l'or dans la ville, et tout d'un coup, il traversa 
la rue des Juifs*. 

Deux vauriens le croisèrent en chemin, mais ils ignoraient que (l'or) 
était la propriété du roi. 

Ils achetèrent cet or pour peu de chose ; ainsi ils plongèrent un 
monde dans le chagrin'. 

Le voleur cacha les pierres précieuses, et l'épée déparée se trouva 
dans la main d'un paysan. 

1 Le fait qu'Abbas II s'adonnait à la chasse est raconté longuement par Tavernier 
et Chardin. 

* Il faut comprendre le verbe avourden dans le sens de âmedm, ainsi que plus 
bas, vers 73. M. Bâcher m'a proposé de traduire : « Il apporta de la sécurité de la 
porte du bonheur », c'est-à-dire qu'il fut favorisé par le bonhe r de ne pas être 
dérangé. Mais devlet penahi est une expression consacrée en persan pour désigner 
le palais royal. En outre, dans le vers 73 on ne pourrait pas expliquer autrement le 
verbe avourden. 

3 Lit. : frappa le voleur d'un vol. 

k C'est-à-dire la main du second et le pied du premier. Chardin, VI, 300, raconte 
le fait du poing coupé au voleur. 

5 Chardin, VIII, 120, dit : Il y a (à Ispahan) encore une rue nommée rue des 
Juifs, où est leur principale synagogue. 

• Lit. : ils ont détruit un monde par le chagrin. 



\ 



QUATRE POESIES JUDÉO-PERSANES 97 

Par le destin, cette épée ornée de diamants vit plusieurs mains, et 
finalement elle tomba entre celles du roi Abbas. 

Il n'y a pas de secret caché pour le ciel ; Dieu qui fait tourner les 
sphères les révèle. 

Lorsque le roi eut vu cette épée, il la reconnut à l'instant, il saisit 
par la main l'homme susmentionné '. 

Le roi du monde lui dit : « fourbe ! comment est venue entre tes 
mains une épée ouvragée avec des perles ? 

Où as-tu porté ses pierreries, où as-tu porté ce joyau choisi ? 

Dis-moi ce que tu as fait des pierreries, sinon je ferai voyager ton 
âme. » 

L'homme répondit : « roi du monde ! Dieu sait que je ne le sais 
pas moi-même, 

Je jure par la poussière qui est sous les pieds de Schah Abbas, que 
je n'ai vu ni les pierreries, ni les rubis, ni le diamant. » 

Le roi lui dit :« Mais, enfin, cette épée déparée, comment est-elle 
venue entre tes mains dans ces parages? » 

Il dit : « Le pain et la faveur de mon roi me sont sacrés 1 c'est ce 
jardinier qui me Fa donnée. 

Je ne savais pas que c'était la propriété du roi ; Dieu est mon 
témoin dans cette vallée. » 

On prit cet homme et on alla chercher le jardinier; on amena 
immédiatement le villageois s . 

Le roi, aussitôt qu'il l'eut vu, lui parla ainsi : « Gomment est venu 
entre tes mains un poignard pour lequel tu n'as pas payé? » 

Le villageois lui répondit aussitôt : «Mon maître, après l'avoir 
cherché, le trouva et le cacha. 

Mais, moi j'ai honte de mon ignorance ; car j'ai volé ce que mon 
maître avait caché. » 

Le roi ordonna qu'on lui liât les mains, que les serviteurs lui 
fracassassent aussitôt la tête. 

On chercha le jardinier, on amena garotté le voleur avéré. 

Aussitôt que le voleur susmentionné se présenta, le grand roi lui 
dit d'abord : 

« homme immonde, faiseur d'actes ignobles ! ô voleur maudit et 
vieux rusé l 

Tu as cherché mon poignard dans ce jardin, tu as emporté injus- 
tement la propriété royale. 

Pourquoi ne m'as-tu pas rapporté mon poignard ? Je t'aurais 
gratifié de toutes les meilleures récompenses. 

Tu as mangé le sel et volé la salière, tu Ves aussi rapidement 
approprié notre foyer. 

Maintenant dressez bien pour lui la potence de rétribution, afin que 
personne n'élève aucune plainte» 

1 C'est-à-dire le paysan qui avait le poignard. 
* C'est-à-dire le jardinier voleur. 

T. XLIV, n° 87. 7 



98 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Après cela on alla chercher les deux Juifs, qui tremblèrent devant 
ce roi chasseur. 

Ces deux bêtes de gibier marchèrent ensemble et pleins d'angoisse, 
se prosternèrent devant le roi. 

Le roi du monde, les voyant, dit : « Juif ! viens, dis-moi l ce que 
tu as fait de notre or. 

Que sont devenues les pierres précieuses? Qu'a fait chacun de vous 
de notre diamant * ? » 

Ils répondirent au roi religieux : « Nous n'avons vu ni l'or ni l'épée 
ouvragée avec des joyaux. 

Nous ne connaissons pas le voleur, ô roi ! par la loi de Moïse, par 
le soleil et par la lune ! » 

Le roi, ayant entendu leurs paroles, dit au paysan: «O homme 
malheureux ! 

Dis-moi la vérité, qu'as-tu fait de ceci, l'as-tu vendu ou bien l'as-tu 
donné à quelqu'un ? » 

Le paysan dit : « O roi bienfaiteur ! pour Dieu, prête-mol ton oreille 
un instant. 

Dieu sait que je ne l'ai pas volé ; je me suis promené en cherchant. 

J'ai cherché le bon poignard, artistiquement ouvragé, je l'ai caché 
afin de le rapporter au roi. 

Je ne savais pas qu'une personne m'épiait de loin, tel un loup 
meurtrier en embuscade. » 

Lorsque le roi habile eut entendu ces paroles, il sortit* une se- 
conde fois pour le voleur. 

Le roi lui dit : « O voleur criminel! prends garde, dis-moi la vérité. 

Dis-moi ce que sont devenues les pierreries ; l'or qu'il portait et le 
diamant, que sont-ils devenus?» 

Le voleur répondit une seconde fois : « O roi du monde ! Je suis 
un pécheur. 

J'ai caché toutes les pierreries, et l'or je l'ai donné à des Juifs. » 

Le roi resplendissant, ayant entendu ces paroles, fut stupéfait et 
entra en fureur. 

Il dit de nouveau majestueusement à ces Juifs : « Pourquoi niez- 
vous la vérité devant moi ? 

Par cette religion et ce rite que je professe, par la vérité de l'Etre 
pur et omnipotent, 

Que dans cette affaire du poignard, qu'il vaille peu ou beaucoup, je 
vous frapperai tous ensemble. » 

Les Hébreux dirent : « O roi juste I nous n'avons aucune connais- 
sance de cette terrible affaire. 

Nous jurons par la tête du roi du monde, par la loi de Moïse que 
nous craignons tous le vol. » 

1 Le singulier est ici employé pour la rime. 

* Lit. : qu'avez-vous fait descendre sur la tête de notre diaraan 1 1 

' Voir plus haut, p, 97, note 2. 



QUATRE POÉSIES JUDÉO-PEBSANES 



99 



Le roi lui dit: « Juif! j'ai quelques voleurs dans mes fers. 

Je ferai sortir maintenant les voleurs du poignard afin qu'ils disent 
si vous étiez leurs complices. 

Après cela je vous ferai tuer; je vous livrerai tous aux bourreaux. » 

Viens écoute-moi avec attention ; dans nulle affaire n'aie l'habi- 
tude de mentir. 

Ecoute ce qui est arrivé à la communauté à cause d'un irrécu- 
sable mensonge. 

Babaï ! autant que tu le peux, ne dis pas un autre mensonge, tu 
en sais la suite. i 



II 



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p l&ttttim ■n-'a» an ï*n ^n 
da i&*na nn i-ma niin ^d 

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Ti-n naab tn naa î^tt a-n&ns 



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ni iwa n:&ôi * i^a-n ûaan "^n f<n i&wj i^inîi doN3\d 5^riN\d ns^d 

■^dN3U5 ï^^i i«uj"«n !id ins^ wa ^«s ni in na«na wnifira 

5 no3^3 "i3d nèna yn tn Niba no™ na [N]nsa nn nn tn mrti 

1 B : dblT. 

* Ces deux vers sont répétés dans A, avec la variante '1T '"lîTTttT à la fin du 
second. 

3 Le mètre exige lN"Pa ^IN- 

* a : n3Nd-i an rnn ds^n. 
5 : noa^aa. 



100 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



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■»jaanrn nabapa aaNi nttïi 

î-iNnjaa onan iaii na nïi *pN no 
"i-is n:pT nos "jn© nna n^Naa 

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tana pu^a nNn wna ■ton 

NOIN3D Û5 0bN5> "JNÏINUÎ no 

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nbo\z:a rtisâ )ik ^nai pttt 

natis Tiaa>7a tn nn ^aN' 1 nôaa 

nnNi T-io TaNna a-na ^onna 

hnt "vnNî na ><n ïina nn^aa 

p naTNT ono na bo-nn 



II. 



les deux Juifs mentent devant le roi Abbas; le roi se mit en colère 
contre tous les Juifs d'ispahan. 

1 A : THpn. 

2 A : nnT TN. 

3 B : ^* 

4 L'orthographe arabe et persane de ce mot est gjitN, mais ici il se peut que J au- 
teur lui-même ait mis un pour montrer que c'est un nom hébreu. 



QUATRE POESIES JUDEO-PERSANES 101 

Mon Dieu ! agis selon ta science ; fais aussi du mal le lot des 
ennemis. 

Chaque tyran qui est injuste pour l'opprimé, tu le fais disparaître 
rapidement du monde. 

Ces deux Juifs ont commis une injustice sans borne ; ils ont jeté 
tout un monde dans des douleurs cuisantes et dans des lamentations. 

Car au moment où on les amena au roi du monde, dont le cœur 
était affligé, 

Ils jurèrent par la tète du roi, le maître du monde, et leurs paroles 
attristèrent le roi. 

Le roi de tous les grands leur dit encore une fois ; « Juifs 1 
faites cela pour moi ! 

Dites-moi la vérité, qu'avez - vous fait de l'or et des pierres 
précieuses ? >♦ 

Ils répondirent de nouveau: «0 roi, maître du monde! nous 
n'avons aucune connaissance ni du poignard, ni d'une chose pareille. » 

Le roi, aussitôt qu'il eut entendu ces paroles, devint furieux; il 
dit : « Faites sortir les voleurs menteurs 1 . » 

On fit sortir les deux voleurs et on les mit en présence des Juifs. 

Le roi, irrité, leur dit de nouveau : « voleurs ! dites-moi encore 
des paroles sincères : 

A qui avez- vous vendu l'or et les pierreries du poignard?» 

Un des voleurs — c'était un grand voleur — parla ; il délia la lan- 
gue en invoquant le roi : 

« roi ! des milliers d'âmes sont ta rançon, sous tes pieds sont deux 
cents tètes comme la mienne. 

J'ai donné l'or aux Juifs, j'ai acheté dejla nourriture et du pain 
pour mes petits enfants. 

Je les ai tous rassasiés et j'ai récité une prière pour le roi, pour le 
Khan et aussi pour l'Emir. » 

Le roi lui dit de nouveau : « voleur intelligent ! si tu vois les 
Juifs, les reconnaîtras-tu»? 

Le voleur répondit: «0 roi ! je les connais tous les deux, je connais 
aussi leur boutique et leur maison. » 

On amena ces deux rebelles ; puis on dit au voleur : « Les re- 
connais-tu »? / ■ 

Aussitôt que le voleur les eut vus de loin il s'écria : « C'est celui- 
ci ! c'est lui qui m'a pris l'or et l'a mis dans un endroit caché*. » 

Lorsque le roi eut entendu ces mots, il devint furieux et dit ainsi 
à ses Khans et à ses Emirs : 

«Hissez ces deux-là à la potence, coupez à ces deux rusés le ventre 
en morceaux 3 . » 

1 C'est-à-dire faites sortir les jardiniers voleurs de leur cachot pour les confronter 
avec les Juifs. 

* Lit. : il (l'or) est en dépôt caché. 

â Cette manière de couper le ventre à un criminel est racontée par Chardin, VI, 
300, et par Tavernier, p. 552. 



102 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

On lia à tous les deux les bras avec des courroies, on les traîna 
tous les deux jusqu'au milieu de la place publique. 

Mais, comme il avait été ordonné par le destin divin, ils arran- 
gèrent finalement cette affaire 1 . 

Le Khan et les Emirs dirent tous d'un commun accord : « Ne les 
tue pas à cause du poignard. 

Il ne faut pas verser leur sang sur la terre, car ils sont des gens de 
mauvaise bouche et de dents impures. 

Leur sang ne doit pas souiller le roi des rois', il ne faut pas les tuer 
de cette manière. » 

Le roi du monde dit au Khan et aux Emirs : « Faites-les immédia- 
tement Musulmans. » 

Quelqu'un dit: roi du monde ! puis-je dire, étant à ton service, 
un mot que je sais ? 

Ton grand-père 3 a fait des Musulmans d'une communauté, mais ils 
n'ont pas apporté de foi à notre religion. » 

Quelqu'un même dit : «Ils sont là au complet, il faut les tuer tous 
et les excommunier. » 

Tout à coup le grand vizir du roi dit : « Ceux-ci sont d'une mau- 
vaise race et des vagabonds misérables. 

Ils sont tous immondes, femmes et hommes, il faut agir autrement 
avec eux 4 . 

Si tu me donnes la permission, aujourd'hui je les chasserai tous 
de la ville. 

Je leur donnerai un endroit où ils se feront des maisons, et ils ne se 
donneront plus de mouvement parmi nous, 

Si tu veux que je les fasse Musulmans facilement 5 , sans que j'aie 
besoin de chaînes ni de courroies. 

Le roi du monde, le roi à la tête élevée dit : « Mon aïeul avait déjà 
fait cette chose 6 . 

11 ne connaissait aucun endroit où les faire parvenir et ils avaient 
tous perdu leur chemin T . » 

Asaf* parla ainsi : roi, tête des rois du monde, asile des Dem 9 ! 

Je parie avec le roi de l'époque que je les chasserai hors de leurs 
maisons, 

1 C'est-à-dire ils l'arrangèrent autrement. 

* Lit. : que leur sang soit interdit au roi. 

* C'est Abbas I. Babaï raconte ces faits dans quelques poésies. Chardin, VI, 315, 
dit : Abbas-le-Grand donnait jusqu'à quatre cents francs à chaque Juif mâle qui 
abjurait sa religion, et trois cents aux femmes, et il en gagna beaucoup ainsi. Abbas II 
fit la même chose. 

4 C'est-à-dire, si tu les tués ils souilleront le sol. 
8 Lit. : en jouant. 

6 II fait allusion à ce que Schah Abbas I avait attiré les Juifs à l'Islam par l'argent. 

7 Ils faisaient fausse route en gagnant les Juifs au moyen de l'argent. 

8 C'est le surnom des vizirs, d'après Asaf, fils de Berakhya, supposé vizir de 
Salomon. 

9 Surnom royal d'après Djemschid, roi légendaire. 



QUATRE POÉSIES JUDÉO-PERSANES 103 

Que je serrerai leurs entraves à leurs pieds, et je les ferai Musul- 
mans par un miracle l 

Non seulement toute cette communauté, mais l'empire tout entier 
deviendra Musulman. 

Je ferai un nouveau tableau 1 comme le roi du monde qui fit le 
tableau du monde pendant six mois. 

Aujourd'hui je deviens le peintre des Juifs, je dessine un nouveau 
tableau dans tous les pays d'Iran. 

Demain, par le prophète de Dieu ! nous aurons tous des visages 
blancs et nous serons justes. 

Lorsque le roi eut entendu de pareilles paroles de son ministre, il 
s'épanouit comme un bourgeon, par suite de la joie et du plaisir 
qu'il ressentait. 

Aussitôt, son cœur étant vide*, il accorda la permission au minis- 
tre ; il lui dit : « Dieu t'en fournira l'occasion. » 

Israël est une brebis sans secours qui, dans la crainte du loup, ne 
peut pas se défendre. 

A chaque génération, un loup cruel s'empare d'une brebis et elle 
pousse des cris. 

Babaï ! garde-toi des loups ! Aie confiance en Dieu, le généreux 
et juste. 

(A suivre.) 

1 Je créerai une nouvelle nation. 
1 C'est-à-dire vide de sagesse. 



EUE SCHWAB, RABBIN DE HAGUENAU 



(1721-1747) 



La ville de Haguenau, capitale de la préfecture du même nom, 
fut réunie à la France en 1648 par le traité de Westphalie. A 
cette époque déjà il y avait dans cette ville une communauté juive 
assez importante, et, si Ton y ajoute les Israélites habitant les 
différentes localités de la préfecture, on peut dire qu'il n'y avait 
pas moins de cent familles dans ce pays ». Il est donc plus que pro- 
bable qu'à ce moment déjà il y avait un rabbin à Haguenau, et, 
en effet, un nommé Eliakim Phœbus, rabbin de Haguenau et vi- 
vant encore en 1633, est mentionné par Carmoly (Revue or., II, 
236), et un certain Hayyim (Rheinveld), médecin et rabbin, origi- 
naire de Landau et demeurant à Haguenau depuis 1633, par 
M. Scheid (Juifs de Haguenau, p. 23, 31, 34) et par Carmoly 
(Revue or., I. c); mais ce n'est que dans la seconde moitié du 
xvii e siècle que nous trouvons d'une manière sûre l'existence d'un 
rabbinat à Haguenau. C'est Méïr Trêves, ou Dreyfus, qui en fut 
le premier titulaire. Dans les mémoriaux de Haguenau et de 
Nidernai il porte le titre de linrtnrt b^b:n is^Nï-n T'a» « président 
du tribunal à Haguenau et dans la Basse- Alsace ». Je suppose 
qu'il est mort vers 1697, car c'est en cette année que son suc- 
cesseur, Wolf Hohenfelden (Revue, t. XLI, p. 122), fut nommé 
rabbin de Haguenau et de la Landvogtei. Après son décès, qui 
survint sans doute en 1721,06 fut Élie Schwab qui fut appelé à 
prendre sa succession. 

Schwab était originaire de Metz, où sa famille était l'une des 
plus connues 2 . Son. père, Jacob (apï 1 ), était le quatrième fils 
d'Abraham Schwab (mort le 7 Adar II 1704) et d'Agathe (air), 

1 Voir Revue d'Alsace, 1859, p. 564. 

* Les notes généalogiques proviennent des mémoriaux de la communauté israéiite 
de Metz. 



ËLIE SCHWAB, RABBIN DE HAGUENAU 105 

fille de Joseph Élie Gomperz, de Glèves (morte le 18 Kislev 1*709) 
Élie Schwab portait donc le nom de son aïeul maternel et était pa- 
rent de la fameuse Gluckel de Hameln, car la fille de cette der- 
nière, Esther, était mariée à Moïse Schwab, frère de Jacob et, par 
conséquent, oncle de notre rabbin. Cette parenté devint encore 
plus étroite par suite du mariage d'Élie Schwab avec Bella, fille 
de Moïse Schwab et d'Esther de Hameln. Bella mourut en 1771. 
Gomme cette famille a joué un certain rôle dans l'histoire des 
Juifs à Metz ainsi que dans d'autres villes, il me paraît utile de 
donner ici les renseignements que j'ai trouvés dans les différentes 
sources que j'ai pu consulter. 

Le premier membre de cette famille signalé à Metz est un 
nommé Samuel Ghevaube, qui signe une déclaration de différents 
Juifs de cette ville en 1628 (Revue, t. VII, 116), mais, comme le 
nom de Samuel ne se retrouve plus dans la famille Schwab, il 
n'est pas absolument sûr qu'il s'agisse ici d'un membre de cette 
famille. 
Nous commencerons donc notre table généalogique par : 
1° Méïr ben Abraham Schwab, président de la communauté 
israélite de Metz pendant près de trente ans. Voici ce que dit de lui 
le Memorbuch de la communauté de cette ville : 

dîtdn '-i'n!-! la ^-pwa "i"»d jbimBft oa-isri i^aai n\û^ wr 
poy -M5N !■»» a^iûbrab ainp tm maya 'rmb r«5* b"T asmia 
*]-na t-ob Jii&ria pnsi w»a 'n "^sb ^bm navaNa -nair vansts 
bai syr» ^bani ^ya nb t-pn "jn in manania ïjni s-raTOi Wft 
Y»Ti ynan ba anpa ^bn warara *iy rtan narna v*mi vv&v 
527b smi p?2b tanb mm mao diptta y-isa Twyb b^n nia* 
î-naisa mby»a maya Toasy in» a^mïii *pa lab iwaa «b tabia»» 
pbn Da ma-naa nban bbsnrtb ïiab a^ymi traiam mw* nn^i 
û^pb "Hiwam iiaasa dm pn p-nnm D^an ^TEbnb ttanïi maa 
non ">bxna N^ip E^oann jfvim muaNa la snpaibi 'n na nanab 
taav> *m non mb^abn trnnb 'nb mrayb ny yap iTa^ya n»« bio 
taroisn to^ay b« ï-ramb mno ab mb i-mrr da nata baa iTa-na 
■jmb p aa mas îmn *:sbn trrori mn?ai tts^ ri37a dïib "jmbi pbnb 
T**n ■»» "j-nxb mTDfii rwp inpn rrnnb a"-) D"»»rh nwa ^d 

.moa mç ^ptj pbnb min *n»bm irrba noaam 
napai *y«» rri pv b^b câôâ ncasa Iïïn wao iirâay riaacan Ta 

: psb dnri T«8 'a 'n dv 

Que Dieu S2 souvienne de l'âme du juste et fidèle, du président 
et syndic Méïr, fils du savant R. Abraham Schwab (que sa mémoire 
soit béuiej, avec les âmes d'Abraham, Isaac et Jacob, Sarah, Rébecca, 
Rachelet Léa! Pendant près de trente ans il s'occupa des besoins de 



106 REVUE DES ÉTUDES JUIVES ' 

la communauté avec conscience et il marcha devant l'Éternel avec 
honnêteté et justice, suivant modestement le chemin droit. Quoiqu'il 
fût bien vu auprès de Sa Majesté le roi et auprès de tous ses con- 
seillers et princes, et qu'il fût très aimé, de sorte qu'il était connu 
dans tout le pays et que dans le danger il pût souvent venir en aide 
à ses coreligionnaires, néanmoins il ne s'en enorgueillit point, il se 
conduisit avec modestie , se distiugua par ses qualités et ses 
mœurs. Il allait à la synagogue matin et soir pour faire la prière 
avec ferveur. Il fut très bienveillant pour les savants et les secourut 
de sa personne et de sa fortune, afin d'accomplir la parole de l'Écriture 
(Deut., xi, 22) : d'aimer l'Éternel et de s'attacher à lui avec sincérité. 
Dans la sainte société de ceux qui remplissent personnellement les 
devoirs envers les défunts, il fixa un temps pour travailler en l'hon- 
neur de Dieu en étudiant la Loi et en accomplissant journellement 
des œuvres de charité pendant toute l'année. Son cœur était ouvert 
largement aux pauvres honnêtes et il leur distribuait des au- 
mônes. Avant sa mort il ordonna également d'affecter aux pauvres 
une somme de 150 Reichsthaler comme capital, dont les intérêts 
devaient être employés au profit des pauvres de la ville, pour doter 
annuellement de pauvres filles et pour l'étude de la Loi. Ii décéda avec 
une bonne renommée la nuit de samedi, jour de néoménie du mois 
d'Iyyar, et il fut enterré le dimanche, 2 du mois d'Iyyar 448 (= 4 688). 

La femme de Méïr Schwab s'appelait Bella ; elle était la fille de 
Raphaël Grumbach; c'est pour ce motif que les membres de cette 
famille portent souvent aussi le nom de Grumbach. Bella mourut 
le 20 Veadar 1693 ». 

2° Méïr et Bella ne semblent avoir laissé qu'une fille Nenné 
(morte le 24 Iyar 1700) et un fils, auquel ils donnèrent le nom 
de son grand-père paternel, Abraham. Il se maria avec Jachet 
ou Agathe, fille de Joseph Élie Gomperz de Glèves. Abraham 
mourut le 7 Veadar 1704, Jachet le 18 Kislev 1709. Peu de 
temps avant sa mort (le 17 Schevat 1704), Abraham fonda, avec 
le consentement de sa femme et de ses fils, une académie rab- 
binique (Archives isr., V, 388 et suiv.). Je suppose que cette 
même maison servit également de synagogue et que ce fut une 
espèce de Klaus, car il existe encore aujourd'hui à Metz le Me- 
morbuch de la synagogue de R. Abraham Grumbach. Gomme son 
père, Abraham s'occupa de l'administration de la communauté ; il 
fut élu membre de cette administration le 12 Eloul 459 == 1699, 
puis le 27 Ab 462 — 1702. Dans les documents il est nommé : 
^nfcvtt di-raN nnrib, mais lui-même signe : nn "p arma û&w 
a&mra Vt n-wo (Revue, t. XIX, 118 et 119). 

1 C'est dans sa maison que furent conservés les objets de culte sauvés de l'incen- 
die de Worms (Kaufmann, Memoiren, 295). 



ÉLIE SCHWAB, RABBIN DE HAGUENAU 107 

3 9 Abraham et Bella eurent plusieurs enfants. Voici d'abord les 
noms que j'ai trouvés dans le grand Memorbuch : 1° Bendit Ba- 
ruch, mort le 2 Tamouz 438 = 1678 ; 2° Réchélé, morte le 20 Sche- 
vat 444 = 1684 ; 3° Rachel Sarah, morte le 5 Tébet 492 = 1731 ; 
4° Moïse, mort le 8 Schevat 496 == 1736. Le Memorbuch de la 
synagogue de R. Abraham Grumbach mentionne : 5° Ruben, mort 
le 23 Heschwan 492 == 1731 ; 6° Salomon Salman, mort le lende- 
main (n&) de Pésah 504 == 1744. Nulle part ne se trouve le nom 
d'un autre fils, probablement parce qu'il n'est pas mort à Metz : 
7° Jacob, qui signa également l'acte de la fondation de l'académie 
rabbinique et qui fut le père de notre rabbin, comme nous le 
verrons plus bas, ainsi que d'une fille; 8° Kenendélé, qui fut 
mariée à Samuel Lévy, rabbin de la haute et basse Alsace et, plus 
tard, trésorier de Léopold, duc de Lorraine. ,< 

4° De ces huit enfants, cinq seulement eurent des descendants, 
à savoir : 1° Jacob, qui eut deux filles : Recula (morte le 4 Tischri 
467 = 1706) et Reichélé (morte le 3 Nisan 511 = 1751). Son fils 
Élie est également mentionné dans un des mémoriaux de Metz, 
mais sans le nom du père et sans la date de sa mort ; 2° Ruben, 
qui eut trois fils et deux filles, savoir : Elie Noah (mort le 7 Sivan 
506 ou 508 = 1746 ou 1748), Sadoc (mort le 21 Sivan 544 = 1784), 
le fiancé Abraham Joseph (mort le 11 Iyyar 501= 1741), Bella 
(morte le 18 Adar 532 == 1772) et Jachet (morte le 9 Iyyar 507 = 
1747) ». 3° Moïse, marié avec Esther, fille de Hayyim Lévy de 
Hameln (morte le 20 Eloul 504 = 1744), qui eut deux filles : Hen- 
délé Sippora (morte le 16 Ab 497 = 1737) et Bella, épouse du rab- 
bin de Haguenau (morte en 531 = 1771 ; la date est illisible), et 
deux fils : Élie Moïse (mort le 21 Iyyar 522 = 1762) et Abraham 
Moïse (mort le 1 er jour de R. H. Sivan 522 = 1762) ; 4° Salomon, 
qui eut deux filles : Miriam Jachet (morte le 4 Eloul 525 = 1765) 
et Frommet (morte le 8 Tischri 515 = 1754), et un fils : Moïse Méïr 
(mort le 12 Tischri 512 = 1751) ; 5° Kenendélé, qui laissa une fille 
mariée à Olry, fils de Moïse Rothschild, surnommé Alcan 2 . 

1 Une troisième fille se convertit au catholicisme en 1729 et prit le nom d'Angé- 
lique (voir Léon Kahn, Les Juifs de Paris au XVIII* siècle, Paris, 1894, p. 128). 

8 Le grand Memorbuch mentionne encore un Abraham Grumbach mort avant 1665 
et qui eut cinq filles: Reizchen (morte le 12 Tébet 423 = 1663); Dinah Rachel 
(morte le 21 Ab 445 = 1685); Hindélé, femme d'un rabbin (mD3*l) (morte le R. II. 
Adar 449 z= 1689); Michla (morte le 7 Eloul 459 = 1699), et Bella (morte le lende- 
main, hiS, de Pésah 461 = 1701). S'agit-il là du père et des soeurs de Méïr Schwab? 



108 REVUE DES ETUDES JUIVES 



TABLE GÉNÉALOGIQUE • DE LA FAMILLE SCHWAB • GRUMBACH DE METZ. 



Méïr ben Abraham Schwab uxor Bella, fille de Raphaël Grumbach. 

! 

Nenné — Abraham Schwab-Grumbach uxor Yachet (Agathe) Gomperz. 
| 

Bendit Baruch — Rechélé — Rachel Sara — 
Moïse — Ruben — Salomon — Jacob — Kenende'le' 

uxor ! ! 1 uxor 

Esther Elie Noah, Miriam Jachet, Rechla, Samuel Lévy 
! Sadoc, Frommet, Reiche'lé, I 



Hendélé Sippora, Abraham Joseph, Moïse Méïr. Elie. Une fille- 
Bella Bella, 

uxor Jachet, 

Elie de Hag., Ange'lique. 

Elie Moïse, 
Abraham Moïse. 

Il paraît que Jacob ne put pas tomber d'accord avec les autres 
membres de sa famille au sujet de l'héritage de ses parents, car 
il y eut un procès entre eux [Revue, t. VIII, 259 et ss.). Nous ne 
savons pas exactement le fond ni l'issue de ce procès, mais, en 
tous cas, Jacob ne resta plus longtemps à Metz, car, à la. fin du 
mois de novembre 1*707, il obtint, avec Samuel Lévy, son beau- 
frère, Isaïe Lambert et Moïse Alcan de Léopold, duc de Lorraine, 
la permission de s'établir à Nancy, et, en 1712, ces commerçants, 
devenus les agents monétaires de Léopold, vendirent à l'hôtel de 
la Monnaie de Nancy pour plusieurs millions d'espèces françaises 
d'or et d'argent, de sorte que, le 14 juin 1712, l'intendant de Metz 
signifia à la synagogue de cette ville de les rappeler tous dans le 
plus bref délai et, s'ils n'obéissaient pas, de les exclure de leur 
domicile (Baumont, Éludes sur le règne de Léopold, Nancy, 
1894, p. 401 et 404). Je crois qu'Isaïe Lambert, ou Willstàlt, ainsi 
que Jacob Schwab, retournèrent alors à Metz, quoique Gluckel ne 
cite que le premier, car dans l'acte d'exclusion publié à Metz, 
le 29 juillet 1712, il n'est question que de Samuel Lévy, Moyse 
Alcan et Olry Alcan (Arch. is., V, 570). 

Revenu dans sa ville natale, Jacob Schwab parvint à rendre de 
réels services à M. de Montalais, premier secrétaire du garde des 
sceaux en cour, et celui-ci, pour le récompenser, recommanda 



ÉLIE SCHWAB, RABBIN DE HAGUENAU 109 

chaudement son fils Elie à M. de Corberon, président du Conseil 
souverain à Golmar {Pièces justificatives, 1). 

Elie Schwab dut, en effet, bientôt avoir besoin de recomman- 
dations, carde tous les côtés on cherchait à lui faire de l'opposi- 
tion et à lui créer des difficultés. Dans les lettres patentes délivrées 
en sa faveur, le 22 novembre 1721, par le roi Louis XV il était dit: 
« Les Juifs de la Basse-Alsace nous ont fait représenter que Wolff 
de Halgfelden l leur Raby étant décédé, ils ont fait choix d'Elie 
Schwab, Juif de la ville de Metz, pour remplir sa place, etc. » 
(P.J.,11). Ces lettres patentes devaient être enregistrées au Conseil 
souverain d'Alsace pour être valables, mais, le 10 juin 1*722, le Di- 
rectoire de la Noblesse forma opposition auprès du Conseil sou- 
verain, disant qu'aucun Juif, depuis qu'il y en avait dans la pro- 
vince, n'avait exercé de juridiction dans ses terres en qualité 
de rabbin que de son consentement, et qu'actuellement c'était Sa- 
muel Weil, demeurant à Ribeauvillé, qui avait été nommé rabbin des 
Juifs habitant les terres du Directoire ; « c'est lui qu'il a intérêt à 
soutenir conformément à ses privilèges ». Il soumit en même 
temps au Conseil l'acte de nomination du rabbin Samuel Weil, de- 
meurant alors à Obernai, et des deux préposés, Samuel Lévi de 
Lingolsheim et Raphaël Lévy d'Odratzheim, nomination qui fat 
confirmée le 22 janvier 1722 (P. /., III et IV). 

Le Directoire ne fut pas seul à former opposition à la nomina- 
tion d'Elie Schwab. Jean-René, comte de Hanau-Lichtenberg, 
s'adressa également au Conseil souverain, le 13 juin 1722, disant 
qu'il avait le droit de recevoir et de congédier les Juifs de ses 
terres et, par contre aussi, celui de donner des provisions au 
rabbin pour y exercer ses fonctions et qu'en effet, il en avait 
accordé au nommé Isaac Behr; mais, comme Elie Schwab avait 
obtenu des lettres patentes « pour estre Raby des juifs de toute la 
Basse-Alsace qu'il voudrait faire registrer », il se voyait forcé d'in- 
tervenir (P. ./., V). 

Elie Schwab et son père ne restèrent pas inactifs ; ils s'a- 
dressèrent à leur protecteur de Montalais, et celui-ci écrivit de 
nouveau à M. de Corberon, le 20 juin 1722, en le priant de bien 
vouloir soutenir « son homme » contre les vexations du rabbin de 
la Haute-Alsace (Samuel Weil). Il ajoutait qu'on ne comprenait 
pas bien « sur quoy peut être fondée son opposition, par ses pro- 
visions il n'est établi rabbin que de la Haute-Alsace et Schwab par 
les siennes rabbin de la Basse-Alsace 1 » (P. /., VI.) 

Samuel Weil ne fit pas attendre sa réponse ; en sa qualité de 

1 C'est Hochfelden, près de Strasbourg. 



110 REVUE DES ETUDES JUIVES 

rabbin des terres de l'Évêché de Strasbourg, il adressa, le 
30 juin 1722, une requête au procureur du Conseil, François- 
Antoine "Wilhelm, demandant une déclaration positive d'Elie 
Schwab que c'était par erreur qu'il avait inséré dans sa re- 
quête les terres de l'Évêché, dans lesquelles il n'était pas rabbin 
(P. /., VII). 

Le lendemain, 1 er juillet 1722, M. de Corberon communiqua 
enfin à M. de Montalais tous les motifs qui avaient fait retarder 
l'enregistrement des lettres patentes d'Elie Schwab. Il lui annon- 
çait également, dans cette lettre, que même les Juifs établis par 
le corps de la Noblesse de la Basse-Alsace avaient donné une 
requête d'intervention en faveur de Samuel Weil et que ceux de 
l'Évêché de Strasbourg et du comté de Hanau allaient faire la 
même chose — ce qui fut fait le 8 juillet 1722 (P. /., VIII, IX 
et X). 

M. de Corberon était d'avis que l'Évêque, le comte de Hanau 
ainsi que le Directoire avaient le droit de nommer des Rabbins 
dans leurs terres et que Schwab devait se contenter « de ce qui a 
vaqué par la mort de son prédécesseur » ; il pourrait alors espérer 
obtenir dans la suite ce qu'il désirait de gré à gré des seigneurs qui 
conféraient les places lorsqu'elles deviennent vacantes. 

Il ressort de cette lettre qu'Elie Schwab avait écrit à son 
père pour lui demander ce qu'il devait faire. 

Peu de jours après, le 15 juillet 1722, M. de Corberon écrivit 
pour la seconde fois à M. de Montalais, lui disant qu'Elie Schwab 
avait déguisé au Roy la, vérité, en exposant à Sa Majesté qu'il 
avait été élu par les Juifs de la Basse-Alsace, puisque son pré- 
décesseur n'avait été rabbin que de la synagogue établie dans le 
grand bailliage de Haguenau. Aussi Elie Schwab n'avait qu'à 
déclarer qu'il ne prétendait pas troubler ses opposants dans leurs 
fonctions, et l'affaire serait terminée (P. /., XI). 

Elie Schwab fit cette déclaration le 29 juillet 1722, et ses lettres 
patentes furent enregistrées le 25 septembre 1722 ; elles portent 
le titre : Permission aux juifs de la Basse-Alsace de se servir 
du nommé Elie Schwab pour Raby. (Arch. dép. de Colmar, 
enregistrement du Conseil souverain d'Alsace, l re série, vol. XIII, 
fol. 147.) 

Bien plus longue et plus acharnée fut la lutte qu'Elie Schwab 
eut à soutenir au sujet du rabbinat d'Ober-et-Niederbronn. Ces 
deux localités formaient avant leur réunion à la France une 
seigneurie indépendante avec la qualité d'État d'Empire. Elles 
appartenaient, au commencement du xvm e siècle, à la princesse 



ÉLIE SCHWAB, RABBIN DE HAGUENAU 111 

douairière de Hessen - Hombourg et à la baronne de Sinclair, 
comtesse de Linange-Westerbourg, sa sœur. En 1722, il n'y 
avait pas moins de soixante familles juives dans la seigneurie 
d'Ober-et-Niederbronn, de sorte qu'il leur fallut un rabbin. C'est 
à Issachar ou Isaac Behr, rabbin du comté de Hanau-Lichtenberg 
et résidant à Westhofen, que furent transmises les fonctions de 
rabbin d'Ober-et-Niederbronn, fonctions qu'il exerça jusqu'à son 
départ pour Mayence en 1730 (P. /., XIV; voir aussi Revue, 
XLI, p. 126). 

Entre temps, la princesse douairière de Hessen-Hombourg et la 
baronne de Sinclair, comtesse de Linange-Westerbourg, qui 
avaient été en possession de la seigneurie, décédèrent. Leurs 
héritiers étaient : Charles-Philippe, comte de Hohenlohe, époux 
de Frédérique, princesse de Hessen-Hombourg; Jean -Louis- 
Guillaume, comte de Linange-Dabo, époux d'Eléonore-Sophie- 
Elisabeth-Jeanne, comtesse de Linange-Dabo, et les comtes de 
Linange-Dabo, mineurs, représentés par leurs tuteurs Christian- 
Philippe de Kirchheim et Frédéric Zentarov. 

Lorsque le rabbinat d'Ober-et-Niederbronn devint vacant en 
1730, ces seigneurs se trouvaient à Paris. Elie Schwab profita 
de leur absence et, moyennant une somme de 24 livres, se fit 
recevoir rabbin des seigneuries d'Ober-et-Niederbronn par un 
de leurs officiers, le 19 juin 1730. (P. </., XVI.) Peu de temps après, 
le 3 juillet 1730, dix-sept Juifs signèrent à Reichshofen un acte 
par lequel ils constituaient Elie Schwab comme leur rabbin et lui 
promettaient un salaire annuel de six florins, les autres revenus 
étant au même pied qu'à Haguenau (P. J., XVI). 

Elie Schwab exerça ces fonctions jusqu'en 1734, sans que 
personne s'avisât de réclamer. Ce n'est que le 6 mai de cette 
année que les co-seigneurs dressèrent son acte de congé, qui lui fut 
signifié le 24 de ce mois. Ils alléguaient, dans cet acte, que sa 
réception avait été faite d'une manière illégale, par un seul 
officier, qui n'y était point autorisé; pour ces raisons et d'autres, 
ils n'avaient jamais reconnu Elie Schwab comme rabbin et ne le 
reconnaîtraient jamais pour tel. Ils lui offraient en même temps 
de lui restituer les douze florins qu'on avait exigés de lui pour les 
seigneurs et les six florins pour la chancellerie. Elie Schwab n'ac- 
cepta pas ces dix-huit florins, qui restèrent consignés au greffe de 
la ville de Haguenau (P. J. , XVII et XVIII) . 

Schwab avait eu vent probablement de ce qui se tramait contre 
lui, car déjà le 9 mars 1734, il avait fait signer par 34 Israélites un 
acte par lequel ils déclaraient qu'ils n'obéiraient jamais à Samuel 
Maennel, rabbin deBouxwiller, qu'ils n'avaient aucun grief contre 



112 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Elie Schwab, que le rabbin Samuel n'avait aucune valeur comme 
rabbin, etc. (P. J., XIX). 

C'est, en effet, Samuel (battra) Maennel Seligmann, rabbin du 
comté de Hanau-Lichtenberg, de la seigneurie de Herrenstein ou 
Dettwiiler, appartenant à M. le comte de Rosen, et des terres de 
l'abbaye de Marmoutier, qui avait été nommé rabbin par les co-sei- 
gneurs d'Ober-et-Niederbronn suivant un acte du 24 mai 1734 
(P./., XX). 

Elie Schwab interjeta appel de cette nomination au Conseil sou- 
verain d'Alsace le 26 mai 1734; le même jour, il signifia au rabbin 
de Bouxwiller un acte d'opposition à sa réception de rabbin 
d'Ober-et-Niederbronn, disant qu'il n'était pas capable d'exercer 
la charge de rabbin, parce qu'il était un âne de son naturel. En 
même temps, il lui faisait parvenir l'acte de sa propre réception, 
du 19 juin 1730, celui du 3 juillet 1730 et celui du 9 mars 1734, 
signés par des Juifs. Enfin il prit commission, le 2 juin 1734, 
contre Samuel Maennel et contre les co-seigneurs d'Ober-et de 
Niederbronn, et l'assignation leur fut donnée le 8 de ce mois. Il 
demandait « à ce qu'il soit dit que les lettres patentes du 22 no- 
vembre 1721 et l'arrêt d'Enregistrement du 25 septembre J722 
seront exécutés selon leur forme et teneur », c'est-à-dire qu'on 
défendît à Samuel Maennel d'exercer les fonctions de rabbin à 
Ober-et-Niederbronn, parce que c'était lui qui, par lettres pa- 
tentes, avait été nommé rabbin de la Basse-Alsace (P. J., XXII). 

Les Israélites d'Ober-et-Niederbronn, ayant appris les diffé- 
rends survenus entre leurs seigneurs et le rabbin Elie Schwab, 
n'eurent rien de plus pressé que de se rendre au greffe d'Oberbronn, 
où ils déclarèrent par écrit que la pièce que le rabbin de Haguenau 
les avait obligés de signer au mois de mars de la même année ne 
leur avait pas été lue et qu'on ne leur avait pas permis de la lire 
eux-mêmes. Us révoquèrent donc et annulèrent librement et de 
propos délibéré tout ce qui pouvait être compris dans cet écrit. 
Cet acte est daté du 18 juin 1734 (P. /., XXI). 

Peu de temps après les co-seigneurs firent dresser contre Elie 
Schwab un long mémoire, qu'on trouvera plus loin (P. /., XXII). 
Outre les faits déjà mentionnés, il y est dit : 

1° Que les seigneurs avaient été dans l'ignorance de l'établisse- 
ment d'Elie Schwab comme rabbin à Oberbronn, jusque vers la fin 
de l'année 1733 ; qu'un officier, qui fait en même temps la recette 
des amendes, avait remontré que, depuis l'établissement de ce 
rabbin, il n'en recevait point d'amende, quoique de sa connaissance 
il en eût prononcé plusieurs, qu'il avait écrit à ce rabbin une lettre 
fort honnête, le priant de lui envoyer un état des amendes qu'il 



ÉL1E SCHWAB, RABBIN DE HAGUENAU 113 

avait infligées aux Juifs sans qu'il eût daigné l'honorer d'une 
réponse ; 

2° Qu'Elie Schwab avait le caractère orgueilleux, puisque dans 
l'acte de réception du 3 juillet 1730, qu'il s'était fait donner par 
les Juifs d'Oberbronn, il se qualifiait d'illuminé rabbin, de puis- 
sant dominateur, tandis qu'il disait de son concurrent Samuel 
Maennel qu'il était un âne de son naturel; 

3° Qu'il avait prétendu exercer une autorité souveraine, ce qui 
était prouvé par les pièces jointes au mémoire [P. J., XXII à 
XXVIII). 

Pour des raisons que nous ne connaissons pas, cette affaire en 
resta là jusqu'au commencement de l'année 1738. A cette époque» 
Elie Schwab s'adressa directement au roi avec une requête ten- 
dant à ce qu'il plût à Sa Majesté « ordonner que les lettres de 
Rabbin du 22 novembre 1*721 seroient exécutées selon leur forme 
et teneur et en conséquence maintenir et garder le dit suppliant 
dans le droit d'être seul Rabbin des Juifs de la Basse-Alsace ; et 
faire très expresses inhibitions et défenses à tous autres Juifs de se 
dire Rabbins ni d'en faire les fonctions dans aucune des villes, 
terres, seigneuries, bailliages et prévôtés delà Basse-Alsace, et 
aux Juifs de ladite Basse-Alsace de reconnoître aucun rabbin que 
le suppliant, comme aussi faire défenses à tous seigneurs possé- 
dant terres, seigneuries, bailliages et prévôtés dans la Basse-Alsace 
d'établir dans leurs dites terres ni de nommer aucun Juif pour y 
faire les fonctions de Rabbin. » Mais, comme il eût été facile de le 
prévoir, Elie Schwab fut débouté de sa demande, par des lettres 
patentes du 23 avril 1738 qui furent enregistrées le 27 septembre 
de la même année et qui maintinrent l'évêque de Strasbourg, le 
prince de Hesse-Darmstadt, comme tuteur du comte de Hanau- 
Lichtenberg, et le Directoire de la noblesse de la Basse-A.lsace 
dans le droit de nommer des rabbins aux Juifs habitant leurs 
terres; la même chose fut faite en faveur du magistrat de Stras- 
bourg par un arrêt du Conseil d'Etat du 19 août 1739. Elie Schwab 
dut se contenter du rabbinat de la Préfecture royale de Haguenau 
et des bailliages supérieurs et inférieurs de Lauterbourg et de Flex- 
bourg, des villes de Landau, Fort-Louis et Wissembourg (De 
Boug, Ordonnances, II, p. 196 et p. 212). 

C'est alors que recommencèrent les discussions. Samuel Weil, 
rabbin à Ribeauvillé, fut de nouveau le premier à faire des récla- 
mations. C'est que les villes d'Oberenheim (Obernay) et de Rosheim 
et le village de Scherwiller, situés dans le département de la Basse- 
Alsace, faisaient partie de son rabbinat, et comme, d'après ses 

T. XLIV, is° 87. 8 



114 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dires, Elie Schwab prétendait les comprendre dans ses concessions, 
il s'y opposa devant le Conseil souverain, par une requête du 
25juinl738(P. 7., XXIX). 

Elie Schwab, se trouvant alors à Paris, adressa une procuration 
à sa femme, Sibille (Bella), le 30 juillet. Celle-ci comparut devant 
le Conseil souverain, le 18 août et, assistée de Léon Nathan Cahen 
de Metz, qui était à ce moment à Colmar, fit, au nom de son mari, 
la déclaration « qu'il n'entendait et ne voulait étendre ni exercer 
les fonctions de rabbin sur les dits trois endroits de Rosenheim, 
Oberenheim et village de Scherwiller » . Sur ce, Samuel Weil retira 
son opposition (P. J., XXX). 

Le rabbin de Bouxwiller, Samuel Maennel Seligmann, revint 
également à la charge. Le 11 août 1738 il fit écrire par un certain 
Helmbrecht de Saverne à M. Lamblé, procureur au Conseil souve- 
rain d'Alsace à Colmar, qu'il voulait s'opposer à l'enregistrement 
des lettres patentes nouvellement obtenues par Elie Schwab 
(P. J., XXXI), et, le 13 du même mois, il lui fit envoyer par le 
même Helmbrecht un mémoire, en le priant de bien vouloir 
prendre ses intérêts et en lui promettant de lui en être recon- 
naissant; enfin, il demandait quelle somme d'argent il devait lui 
envoyer (P. /., XXXII). 

Samuel Maennel dit, dans ce mémoire (P. /. XXXIII) : 1° que 
Wolf Hochfelden n'avait été rabbin que de la préfecture royale 
de Haguenau ; donc Elie Schwab, son successeur, devait se con- 
tenter du même district; 2° que lui, Samuel Maennel, avait été 
nommé rabbin du comté de Hanau, d'Ober-et-Niederbronn, du 
bailliage de Marmoutier, etc., et que ces mêmes pays étaient tou- 
jours détachés du rabbinat de Haguenau 1 ; 3° s'il n'avait pas plus 
tôt formé opposition à Elie Schwab, c'est qu'il avait été occupé à 
faire l'inventaire et le partage de la succession de feu Maennel, juif 
de Marmoutier, et qu'il savait que l'arrêt du Conseil d'Etat n'était 
pas encore enregistré ; 4° que l'abbaye de Marmoutier, le comte de 
Linange et le prince de Rohan s'opposeraient également à l'enre- 
gistrement de cet arrêt ; 5° qu'une grande partie des administrés 
d'Elie Schwab étaient mécontents de lui, tandis que lui, Samuel, 
était aimé de tous. 

En effet, les différents seigneurs ne tardèrent pas à s'opposer 
aux nouvelles lettres patentes accordées à Elie Schwab. Le comte 
de Rosen (28 août 1738), l'abbé de Marmoutier (2 décembre 1738), 
Bernold de la Valderie, seigneur de Westhausen (6 mars 1739), 

1 Je n'ai trouvé la nomination de Samuel Maennel que pour l'abbaye de Marmou- 
tier, P. /., XXXIV. On voit, par cet acte, que c'est grâce à son beau-père habitant 
Marmoutier qu'il obtint ce rabbinat. 



EUE SCHWAB, RABBIN DE HAGUENAU 115 

vinrent successivement soutenir leurs droits auprès du Conseil 
souverain. Toutes les pièces se trouvent dans le dossier E. 4313, 
aux archives départementales de Strasbourg, mais comme elles 
ne contiennent pas de fait nouveau, je n'ai pas cru devoir en don- 
ner la copie. 

Elie Schwab signifia ses nouvelles lettres patentes aux seigneurs 
d'Ober-et-Niederbronn, le 24 novembre 1738 (P. /., XXXV). Le 
3 décembre suivant, Samuel Maennel s'engagea par écrit à in- 
demniser ces mêmes seigneurs de tous les frais qu'ils pourraient 
courir et qu'ils avaient déjà faits par suite de leur procès contre 
Elie Schwab [P. /., XXXVI); le lendemain ils firent parvenir leur 
acte d'opposition au Conseil souverain. 

Il paraît qu'Elie Schwab eut gain de cause, car dans une lettre 
du 6 avril 1739, adressée à M. Lamblé, Samuel Maennel dit que le 
rabbin de Haguenau avait fait distribuer parmi les Juifs de la sei- 
gneurie d'Ober-et-Niederbronn un arrêt du 11 mars 1739, par 
lequel il prétendait prendre possession de la charge de rabbin de 
cette seigneurie. A la fin de cette lettre, Samuel Maennel prie le 
procureur de bien vouloir examiner son affaire avec attention 
(P. /., XXXVII). 

Je n'ai pas pu trouver d'autres renseignements sur cette affaire, 
mais comme nous voyons par un document postérieur (Arch. 
dép. de Strasbourg, E. 4329) que Lazare Moïse Katzenellenbogen, 
rabbin de Haguenau, fut en même temps rabbin d'Ober-et-Nieder- 
bronn et que ces deux communautés font encore aujourd'hui par- 
tie du rabbinat de Haguenau, nous pouvons peut-être en conclure 
que Samuel Maennel ainsi que les co-seigneurs furent déboutés de 
leur demande et qu'Elie Schwab fut maintenu dans ses fonctions 
de rabbin de la seigneurie d'Ober-et-Niederbronn. 

Elie Schwab vint à Haguenau le 11 janvier 1723 et remit au 
magistrat de la ville les lettres patentes du roi données à Paris 
le 22 novembre 1721 et enregistrées au Conseil souverain d'Alsace 
le 25 septembre 1722. Le magistrat lui ordonna « d'exercer les 
fonctions de rabbin en cette ville à charge que des amendes pro- 
noncées contre les Juifs de cette ville, la moitié en reviendra 
comme d'ancienneté à la ville » (P. J., XXXVIII). 

Dès la première année de son séjour à Haguenau, Schwab put 
apprendre que ses ouailles n'étaient pas faciles à gouverner. Il est 
tout naturel que dans une ville comme Haguenau, où le magistrat 
jouait un si grand rôle en ce qui regardait les pouvoirs publics, 
la Commission administrative des Juifs possédât également plus 
d'autorité qu'ailleurs. L'honneur de faire partie de cette adminis- 
tration était donc très recherché ; aussi voit-on tout de suite que 



116 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cet état de choses devait faire naître des disputes entre le rabbin, 
qui voulait être le chef des affaires religieuses, et les préposés, 
qui bien souvent cherchaient à empiéter sur ses prérogatives. 

Ce fut d'abord un certain Juda fils de Schilen, qui, disant que 
son père lui avait encore de son vivant « cédé la place de préposé 
de la communauté », eut maille à partir avec le rabbin, probable- 
ment parce qu'il s'arrogeait des droits qu'il n'avait pas; aussi 
fut-il excommunié. Mais Juda ne se tint pas pour battu; il s'a- 
dressa au magistrat, le 24 novembre 1123, lui demandant d'en- 
tendre les deux préposés, Macholé et Abraham, pour savoir si le 
rabbin seul avait le droit d'excommunication et de lui donner acte 
de leur déclaration, ce qui fut fait; mais, non content de cela, 
Juda se fit confirmer préposé de la communauté, le 2 décembre 

1723, par M. d'Angevilliers, Intendant d'Alsace, et, le 20 mars 

1724, par le magistrat de Haguenau (P. J., XXXIX et XL). 
L'année suivante le même Juda, ou Judel, trouva encore une 

fois l'occasion de vexer le rabbin. Lorsque Feistel Moch demanda 
au magistrat d'être confirmé comme préposé de la communauté, 
Judel s'y opposa, disant qu'il était parent du rabbin et des autres 
préposés. Mais le magistrat ne tint pas compte de cette inter- 
vention et, considérant que Moch avait été élu par la majorité de 
la communauté, confirma son élection, le 24 janvier 1725, en 
observant que, s'il y avait des différends entre les Juifs, ils pour- 
raient les faire régler par des rabbins impartiaux (P. /., XLI). 

Ce ne fut pas tout. Le rabbin, étant issu d^ne des plus riches 
familles juives de Metz et possédant lui-même sans doute une 
fortune assez considérable, donnait souvent l'hospitalité à des 
Juifs étrangers. Ainsi, il demanda, le 8 avril 1726, au magistrat, 
la permission de prendre chez lui un Juif de Metz, ce qui lui fut 
accordé. Le 29 janvier 1731, il demanda le même droit pour le 
nommé Jacob Lévy, qu'il désirait garder chez lui, disait-il, comme 
serviteur, ce qui lui fut encore accordé. Mais, dès que les deux 
préposés Abraham Moch et Judel l'eurent appris, ils demandèrent 
au magistrat de ne pas recevoir à la manance Jacob Lévy, ni per- 
mettre qu'il se mariât à Haguenau, « attendu qu'il était étranger, 
que, d'ailleurs, il suscitait toutes sortes de discussions » ; le ma- 
gistrat décida, le 12 février 1731, que Jacob Lévy serait toléré 
tant qu'il serait serviteur ou précepteur chez le rabbin, mais ne 
pourrait se marier ni être reçu à la manance [P. /., XLII à 
XLÏV). 

Une autre affaire du même genre eut des conséquences plus 
fâcheuses pour Elie Schwab, et probablement encore du fait de 
ses ennemis. 



EUE SCHWAB, RABBIN DE HAGUENAU 117 

Le 16 février 1729, il eut la visite de son beau-père, Moïse 
Schwab de Metz, accompagné d'un autre Israélite, qui était sans 
doute un autre membre de sa famille. Ceux-ci restèrent chez lui 
pendant plusieurs mois; au mois de mai nouvelle visite de deux 
autres Juifs étrangers, dont l'un était le précepteur de ses enfants, 
de sorte qu'il n'y avait pas moins de quatre étrangers chez lui. 
Il avait fait sa déclaration dans les billets de nuit dès leur arrivée, 
mais d'après l'ordonnance du Maréchal du Bourg, il fallait dé- 
noncer la présence des Juifs étrangers aux supérieurs et remettre 
chaque jour les billets de nuit au magistrat. Il fut donc porté 
plainte, le 31 mai 1729, contre Schwab par le fiscal Kestler 
devant le magistrat, qui le condamna à l'amende de 10 écus et lui 
enjoignit de renvoyer les deux Juifs; il pouvait garder chez lui 
son beau-père et son précepteur. 

Ce même Kestler se plaignit de nouveau, le 6 mai 1733, auprès 
du magistrat au sujet d'un Juif étranger qui logeait chez le rabbin 
« cause de certaines friponneries commises à la dernière foire » 
(P. J.,XLVetXLVI). 

Lorsque Schwab était venu à Haguenau, il y avait trouvé un 
Schohet d'un certain âge, nommé Schmuhlen ou Samuel, et qui 
prit son parti. Cette attitude paraît avoir suffi aux préposés pour 
les indisposer contre lui et lui créer toutes les difficultés pos- 
sibles. Samuel s'en aperçut bientôt; aussi demanda-t-il, le 3 sep- 
tembre 1725, au magistrat d'être maintenu dans ses fonctions. Le 
magistrat s'y prêta volontiers; mais les deux préposés Macholé 
et Judel protestèrent contre le décret du magistrat et réclamèrent 
le droit « de choisir leur ègorgeur attendu qu'ils le salarient »; 
le magistrat ne tint pas compte de cette protestation et confirma, 
le 2 décembre 1726, son décret du 3 septembre 1725 (P. /., 
XLVIIetXLVIII). 

Judel, un des ennemis les plus acharnés d'Elie Schwab, mourut 
probablement au commencement de l'année 1737, car, le 4 dé- 
cembre de cette année, c'est Jacob Alexander qui fut reconnu pour 
préposé à sa place ; mais ce changement n'eut pas une grande 
influence sur la situation du rabbin. Son propre parent, Aaron- 
Feistel Moch, qui avait un procès avec un certain Libermann 
Bonus, n'attendit pas la décision du rabbin, comme on avait l'ha- 
bitude de le faire à cette époque, mais s'adressa à la juridiction 
du magistrat. Ensuite ce fut encore le Schohet qui eut à sup- 
porter les vexations des préposés. Il fut destitué au commence- 
ment de l'année 1742 pour cause d'infirmité, et remplacé. Samuel 
adressa une plainte au magistrat contre les préposés, et celui-ci 
prit la décision d'entendre le rabbin et la communauté avant de 



118 REVUE DES ETUDES JUIVES 

porter un jugement; cela se passait le 12 février 1742 [P. y. , 
XLIX à LI). 

Au mois de septembre de la même année un fait analogue se 
produisit pour le chantre ou ministre-officiant, Loeb Schloss. Pour 
une cause que nous ignorons, il s'était attiré l'inimitié des pré- 
posés et de la communauté, de sorte que ceux-ci firent une 
assemblée, où il fut décidé de le congédier. Mais le rabbin prit 
parti pour lui et demanda au magistrat, dans une requête datée 
du 5 septembre 1*742 : 1° d'ordonner que Schloss fût gardé et 
maintenu dans ses fonctions; 2° d'ordonner que lui-même fût 
maintenu en la possession de ses droits d'assister et de présider à 
toutes les assemblées qui se tiendraient entre les préposés et la 
communauté à raison des règlements, réception ou démission des 
chantres, choses concernant les cérémonies de la loi judaïque; 
3° de défendre aux préposés et à la communauté de faire aucune 
assemblée sans son consentement ; 4° de les condamner pour 
l'avoir fait à 500 livres d'amende. 

Les préposés et la communauté alléguèrent que, le chantre 
étant à la charge de la communauté, il lui était permis de le 
nommer et de le congédier sans le consentement du rabbin. 

Le magistrat décida que provisoirement Schloss resterait con- 
gédié et que le rabbin et les préposés devaient, dans le courant du 
mois, soumettre les preuves de leurs allégations réciproques au 
stettmeister. Les documents ne nous indiquent pas l'issue de ces 
deux affaires [P.J., LU). 

D'autres faits nous montrent clairement qu'on savait recourir 
aux services du rabbin toutes les fois qu'on en avait besoin. 
Meyer Anschel, Alexandre et Meyer, fils d'Aaron, ayant refusé 
de payer leur part des contributions aux frais du culte, avaient 
été mis au ban de la synagogue par le rabbin sur l'ordre des pré- 
posés. Le magistrat qui fut saisi de la chose ordonna, le 31 jan- 
vier 1725, que les récalcitrants paieraient, mais défendit au 
rabbin et aux préposés de faire aucune levée d'argent sans pré- 
venir la communauté (P. J., LUI). C'est encore l'aide du rabbin 
qui fut invoquée par les cabaretiers Schmule et Senderlé, qui se 
trouvaient lésés dans leurs intérêts par des coreligionnaires qui 
vendaient du vin par mesure et demi-mesure et qui logeaient des 
Juifs étrangers. Ils prièrent le magistrat de faire défendre publi- 
quement par le rabbin à la synagogue de faire pareille chose à 
l'avenir; il fut fait droit à cette demande le 9 juillet 1731 (P. /., 
LIV). 

La seule affaire dont nous ayons connaissance et où les préposés 
furent d'accord avec Elie Schwab est celle de David Reims. 



ÉL1E SCHWAB, RABBIN DE JIAGUENAU 119 

C'était là encore un de ces frondeurs toujours disposés à faire 
une opposition systématique au rabbin. Le seul moyen dont dis- 
posait ce dernier était l'excommunication, c'est-à-dire l'exclusion 
de tous les droits religieux. Ce moyen fut employé contre David 
Reims, qui, paraît-il, s'était mal comporté à son égard. 

Mais, au lieu de s'excuser ou de se repentir, Reims dénonça le 
rabbin au magistrat et demanda qu'il fût forcé de retirer l'ex- 
communication, injustement prononcée contre lui, et qu'il fût 
condamné à 500 livres de dommages-intérêts et aux dépens. Le 
magistrat ordonna, le 2 mai 1729, que l'affaire serait jugée dans 
les vingt-quatre heures par l'ancien rabbin-commis Moyse-Lévy 
Gelhaùser [Revue, XLI, p. 132) et les trois préposés Macholé, 
Abraham Moch et Feistel. Ceux-ci prononcèrent leur jugement le 
10 mai ; David Reims fut condamné 1 (P. /., LV). 

Quelques jours après il adressa une nouvelle requête au magis- 
trat, afin d'annuler le jugement prononcé contre lui par l'ancien 
rabbin et les trois préposés et de condamner Schwab à 150 florins 
de dommages-intérêts et aux dépens; le magistrat, loin de com- 
mettre une injustice pareille, ordonna, au contraire, le 16 mai, à 
David Reims de faire ses excuses au rabbia dans sa maison et en 
présence des quatre préposés, de donner trois cierges à la syna- 
gogue et le condamna à l'amende de 3 fl. et aux dépens; par 
contre, l'excommunication prononcée contre lui devait être levée 
par le rabbin après la réparation des torts commis envers lui. 
L'obstination de David Reims fut si grande que même alors il ne 
céda pas, il interjeta appel devant le Conseil souverain et parvint 
à faire condamner le magistrat aux dépens. C'est ce qui ressort 
d'un extrait du procès-verbal de la séance du magistrat, daté du 
29 novembre 1729. Il serait intéressant de connaître le texte de 
cet arrêt du Conseil souverain (P. /., LVI et LVII). Dix ans après 
Reims fut mis une seconde fois au ban de la synagogue, parce qu'il 
avait cité le nommé Hirtzel Lévy, qui avait proféré des injures 
contre lui et sa femme, non pas devant le rabbin et les préposés, 
mais devant le magistrat. Il porta de nouveau plainte, et le ma- 
gistrat enjoignit au rabbin et aux préposés, sous peine de 50 écus 
d'amende, de lever et annuler le ban prononcé contre lui en 
pleine synagogue (P. J., LVIII). 

Outre ces nombreux ennuis, qui provenaient de ses collègues 
et de ses ouailles, Elie Schwab subit aussi plusieurs malheurs 

1 Je n'ai pas pu trouver dans les archives israélites de Moutzig le document cité 
par J.-H. Weiss (G-eschichte und rechtliche Stellung, p. 47). Le nom exact du rab- 
bin-commis est Gelnhâuser = de Gelnhausen. 



120 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

domestiques. Il fut volé par son propre substitut, Salomon Hirtz, 
qui, après avoir été arrêté, fut relâché, parce que le rabbin n'avait 
pas porté plainte (P. J., LIX). 

Ensuite il y eut un incendie dans sa maison ; lors de son arrivée 
à Haguenau, il habitait la maison du nommé Jean Wernert, bour- 
geois de Strasbourg, qui lui devait de l'argent. Mais celui-ci lui 
fit intimer l'ordre, le 26 janvier 1724, de vider les lieux dans le 
délai de trois jours, attendu qu'il voulait le payer. Plus tard, Elie 
Schwab habita une maison qui lui appartenait, car, après le 
sinistre, il fut condamné, sur le rapport du procureur fiscal, du 
24 février 1*744, à 40 livres d'amende, à 15 livres pour les salaires 
et les droits des personnes qui avaient amené les pompes et qui 
étaient montées sur son toit lors du feu, et aux dépens. Il lui fut 
enjoint « très expressément de faire nettoyer incessamment les 
cheminées de sa maison, de continuer à faire ramoner au moins 
six fois par année celle de sa cuisine, où il faisait du grand feu et 
les autres à proportion, comme aussi de démolir le tuyau de son 
fourneau et d'y faire faire une cheminée bonne et assurée, et en 
attendant de s'abstenir d'y faire du feu, le tout à peine de lui être 
le feu interdit, et de 100 livres d'amende même de plus grande, s'il 
y échet, et de tous dommages et dépens » (P. J., LX et LXI). 

Lorsque cette cause parut devant le magistrat, le rabbin était en 
deuil d'un de ses enfants qui venait de mourir, de sorte qu'il ne put 
pas se présenter pour se défendre ni même donner des instructions 
à son avocat M. Brendlé. C'est pour ce motif qu'il forma oppo- 
sition contre sa condamnation, mais il ne parvint qu'à faire ré- 
duire son amende de 40 livres à 21 livres, le 27 mars 1744 (P. /., 
LXII). 

Comme si tout cela n'avait pas encore suffi, une nouvelle affaire 
vint tourmenter Elie Schwab, en 1747. Le nommé Etienne-Louis 
Bernard, huissier, sergent royal, demeurant à Oberberckheim et, 
sans doute, juif baptisé, qui avait demeuré autrefois à Haguenau, 
demanda au rabbin un certificat de la circoncision de son fils 
Marie-Louis Bernard, né dans le judaïsme, à Haguenau. Comme 
Schwab refusait de donner ce certificat, parce que ce n'était pas 
lui qui avait fait la circoncision, Bernard adressa, le 4 mars 1747, 
une requête au magistrat tendant « à ce qu'il plaise au Magistrat 
de condamner le rabbin, même par corps, à lui délivrer incessam- 
ment un extrait de la circoncision de son fils >>. 

Schwab fit déclarer par son avocat, M. Rothjacob, qu'il « n'avait 
point et que ce n'était point à lui non plus d'avoir et tenir ces 
sortes de registres, mais toujours celui qui fait la circoncision et 
cela provient de ce qu'il n'est que fort rarement et accidentel- 



ÉLIE SCHWAB, RABBIN DE HAGUENEAU 121 

lement appelé à ces cérémonies, que l'usage étant tel parmi eux, 
il est dans l'impossibilité de satisfaire le demandeur. » 

Le magistrat après avoir entendu Aaron Moch, l'un des pré- 
posés, qui confirma les dires du rabbin, ordonna que Bernard 
devait se pourvoir devant le rabbin et les préposés des Juifs de 
Haguenau, pour obtenir d'eux un certificat et une déclaration en 
hébreu et en allemand du jour de la naissance de son fils et 
« enjoint à iceux de lui délivrer sous les peines de droit » (P. J., 
LXIII). 

Il est facile de comprendre que tant de malheurs durent avoir 
une influence fâcheuse sur la santé d'Elie Schwab. M. Scheid 
(Histoire des Juifs de Haguenau, p. 81) prétend qu'il fut frappé 
d'aliénation mentale, mais je n'ai pas pu trouver la source de ce 
renseignement. En tous cas, il fut atteint de tant d'infirmités que 
vers la fin de 1747 il dut se démettre de ses fonctions. C'est donc 
une erreur, si M. Scheid prétend qu'il est mort en 1746. Le 13 dé- 
cembre 1747, Samuel Halberstadt fut nommé à sa place (P. /., 
LXIV). 

Je n'ai pas pu découvrir la date exacte de la mort d'Elie Schwab. 
Les mémoriaux alsaciens ne le nomment pas et celui de Metz 
n'indique que son nom, sans aucun autre renseignement ; malgré 
les recherches réitérées que M. Marc Lévy, rabbin, et M. Picard, 
instituteur à Haguenau, ont bien voulu faire au cimetière de cette 
communauté, ce dont je les remercie ici encore, il n'a pas été pos- 
sible de trouver le monument funèbre de notre rabbin. 

Soultz (Haute- Alsace), 14 novembre 1901. 

M. GINSBUR3ER. 

(A suivre.) 



NOTES ET MÉLANGES 



NOTES EXÉGÉTIQUES 



1. Genèse, xli, 16. 

La phrase prononcée par Joseph : tmbtzî n« ïw* t^ïibN ^3>ba 
îians n'a pas paru difficile aux exégètes, qui s'accordent à tra- 
duire : a Gela ne dépend pas de moi ; Dieu répondra pour le sa- 
lut de Pharaon. » Mais avec cette explication, la préposition na 
est tout à fait détournée de son sens. Et ensuite comment Joseph 
peut-il dire, avant de connaître le songe, que Dieu l'interprétera 
pour le salut du roi? Quoique toutes les versions aient lu le mot 
ûibui, il est permis .de se demander si le texte primitif ne portait 
pas ùibn. La phrase signifierait alors : c'est Dieu qui répondra 
au songe de Pharaon, c'est à dire l'interprétera. L'expression ré- 
pondre à un songe est, il est vrai, inusitée, mais elle est au moins 
compréhensible. 

2. Exode, xiv, 20, et Psaumes, cxxxix, 11. 

En araméen btTtin signifie soir, et Tia est employé avec le même 
sens dans la Mischna de Pesahim, i, 1. En partant de là, on est 
en droit de soutenir que la racine ms peut avoir le sens d'être 
obscur, et c'est dans cette acception qu'il faut, selon nous, 
prendre le verbe *ïin dans deux versets de la Bible : na -ifcm 
Jib^bn (Exode, xiv, 20), et ^ava tin î"M*ti (Ps., cxxxix, 11). En 
effet, dans le premier passage on dit que la colonne de nuée vint 
se placer entre les Hébreux et les Égyptiens, et qu'il y eut obs- 
curité complète. Pour conserver à ^lam le sens de « éclairer », 
on a été obligé de recourir à l'explication midraschique d'après 



NOTES ET MÉLANGES 123 

laquelle il y eut de la clarté pour les Hébreux et des ténèbres pour 
les Égyptiens. Le texte lui-même ne le dit pas. 

Dans le verset des Psaumes les mots ^ua Titt ï-iVôïn sont pré- 
cédés de ^Diur» ^ibm ^n ^ittiO, phrase qui paraît signifier : j'avais 
pensé que les ténèbres me protégeraient (peut-être faut-il lire "Oarw» 
pour ^diut). Donc <wn -na nb^bi-n doit exprimer la même idée. 
Comment tin a-t-il pu arriver à signifier « être obscur » ? Peut- 
être a-t-on dit : une nuit éclatante pour une nuit noire, profonde. 



3. Exode, xxxix, 40, et Nombres, iii, 26. 

Dans le premier de ces deux versets on rapporte au mot ^ûfctt 
aussi bien le suffixe masculin de vttp» que le suffixe féminin de 
ïTrïrrv*. On explique cette anomalie en disant que *iatn est des 
deux genres, et Ton en rapproche l'anomalie toute semblable des 
mots VTfiaa» et sraiN (Exode, xxxv, 17), qui se rapportent à nirn. 
Toutefois l'irrégularité est ici plus étrange, parce que vnrvtt est 
aussi précédé des mots Wtta» et Wia avec des suffixes féminins. 
Dans Nombres, m, 26, on retrouve encore vnmtt, qui, à première 
vue, semble se rapporter aussi à *istn. Mais ici la plupart des com- 
mentateurs (Raschi et les modernes) s'accordent, en dépit de l'ap- 
parence, à rapporter le suffixe de ce mot à piaio, qui est dans le 
verset précédent. En effet, d'après le verset 37, les cordages de 
l'enceinte étaient confiés aux Merarites. Donc les cordages confiés 
aux Gersonites ne peuvent être que ceux du tabernacle. Mais il 
est étonnant alors que les planches et les piliers (avec les che- 
villes) soient tous confiés aux Merarites, et toutes les étoffes aux 
Gersonites, tandis que les cordages, qui sont les accessoires des 
uns ou des autres, sont répartis entre les deux familles de Lévites. 

M. Wogue (a. I.) rapporte vnrviï dans Nombres, ni, 26, à tssh, 
comme dans Exode, xxxix, 40, et il distingue entre les cordages 
inférieurs, qui assujétissaient les toiles de l'enceinte et revenaient 
aux Gersonites, et les cordages supérieurs, qui étaient l'accessoire 
des piliers et revenaient aux Merarites. Cette distinction est ingé- 
nieuse, et elle s'appuie sur Nombres, iv, verset 26, d'après lequel 
les cordages des étoffes du parvis sont confiés aux Gersonites. Il 
est seulement surprenant que dans iv, 26, on dise Dïrnm» et dans 
m, 26 vnmtt, et l'anomalie grammaticale d'Exode, xxxix, 40, 
reste à expliquer. Aussi croyons-nous que dans nos deux pas- 
sages "mr-rVE se rapporte non pas à i^n, mais à *x£nn *vtvb 'pfc = 
-i^nn nns ^073, qui précède immédiatement. Il n'y a donc plus de 
difficulté grammaticale. On comprend aussi alors que les cor- 



124 REVUE DES ETUDES JUIVES 

dages soient mentionnés avant les chevilles (rvnm) dans l'Exode. 
En effet, tandis que les cordages des piliers sont les accessoires 
des chevilles, les cordages du rideau ne dépendent pas des che- 
villes. Dans Exode, xxxvn, 18, et dans Nombres, ni, 37, il s'agit 
des cordages qui s'attachent aux chevilles des piliers, aussi bien 
du tabernacle que du parvis, et le tout est confié aux Merarites. 
Dans Exode, xxxix, 40, et Nombres, ni, 26, il s'agit des cordages 
du rideau dont sont chargés les Gersonites, et dans Nombres, 
iv, 26, il s'agit également des cordages attachant le rideau, mais 
aussi les toiles du parvis, puisqu'il y a ûïTimtt, au lieu de T'Wfc. 
Remarquons, en terminant, que dans Exode, xxxv, 17, il est 
possible qu'il faille lire tsïrrrtf au lieu de iwra, car le suffixe peut 
se rapporter à riw, comme dans xxvn, 10. 

4. Nombres, iii, 31, et iv, 5. 

Dans le verset ni, 31, tout le monde, excepté Ibn Ezra, entend 
par ^Dtt, le rideau intérieur du tabernacle, appelé d'ordinaire 
rcis. En effet, les rideaux d'entrée du tabernacle et du parvis 
sont confiés aux Gersonites et non pas aux Kehatites (v. 25 et 26). 
M. Wogue s'étonne avec raison de l'opinion d'Ibn Ezra et va jus- 
qu'à supposer une faute de copiste. Cependant on peut dire à la 
décharge de ce commentateur que l'explication courante présente 
aussi une grave difficulté. En effet, ici, le rideau est mentionné 
après les différents meubles du tabernacle comme s'il était em- 
ballé à part. Or, dans iv, 5, on dit que les fils d'Aron envelop- 
paient l'arche sainte dans le rideau intérieur. 11 est donc étrange 
que dans ni, 31, on ait séparé les deux objets. Que cette difficulté 
soit surmontable ou non, elle peut servir d'excuse à Ibn Ezra, qui 
aurait dû cependant penser à ni, 26, et elle mérite d'attirer l'at- 
tention des exégètes. 

Mayer Lambert. 



UN DIEU NABATÉÈN IVRE SANS AVOIR BU DE VIN 

Le Dieu d'Israël, ému par le spectacle de Jérusalem et du 
temple en ruines, vers 536 avant notre ère, et par le repentir de 
son peuple, a résolu (Isaïe, li, 22) de restaurer la ville sainte et 
de lui « prendre des mains la coupe de l'enivrement, le calice de sa 



NOTES ET MÉLANGES 125 

colère ». Il l'interpelle avec compassion (id. y li, 21) * : « Or donc, 
écoute ceci, ô malheureuse, toi qui es ivre, mais non de vin. » 
L'hébreu l^tt N"bi rVipiôi est traduit en arabe par Saadia (édition 
J. et H. Derenbourg, p. 79) : n»h yn ab *1Db AT». 

Ce passage biblique me revenait en mémoire, tandis que je lisais 
dans le Journal asiatique de 1901 (II, p. 382) l'inscription palmy- 
rénienne si exactement déchiffrée par M. Enno Littmann, le même 
savant dont j'ai ailleurs loué la restitution complémentaire de l'al- 
phabet safâitique \ C'est une dédicace à un dieu qui est appelé (I. 4 
et 5) : *inn anus ab *i anstûn ana arjbtf dpba y^h. La traduction 
ne me paraît pas douteuse : « A Schî'a al-Kaum, le dieu bon et 
ivre sans avoir bu de vin. » Pour le moment, ne nous occcupons 
que des épithètes. ana anba ±= 'AyaôoSat^cov ne fait pas difficulté. 
Quant à écdizj, M. Littmann le traduit par « rémunérateur », in- 
terprétation qu'il ne justifie par aucun rapprochement. En tout 
cas, si étymologiquement elle peut se défendre, elle concorde mal 
avec la déclaration que le dieu était aoivoç « sans vin 3 », antithèse 
naturelle avec un dieu « ivre ». 

De quelle nature était cette ivresse surnaturelle qui n'avait 
rien de dionysiaque? L'exaltation poussée jusqu'au délire de la 
Pythie de Delphes, envahie par la révélation d'Apollon, affolée 
par la vision du dieu, possédée par le démon de l'oracle, saisie de 
vertige sur son trépied dans un nuage de fumée enivrante éma- 
née du sol, voilà l'image que me paraît évoquer cette divinité ins- 
piratrice et inspirée, souverainement bonne, que le Nabatéen 
'Obaidou, fils de 'Anmou, fils de Sa'dlât, cherche à se rendre 
propice. Dans quel panthéon se cache quelque autre dieu ainsi 
caractérisé ? Je pose la question aux archéologues, aux mytho- 
logues et aux folkloristes. 

C'est à ces frères en études, reliées entre elles par l'exégèse des 
représentations figurées, que je demanderai aussi de m'éclairer 
sur les analogies et les parentés du dieu mpbtf y^ Schî'a al- 
Kaum 4 . Je me bornerai à quelques comparaisons qui, si elles sont 

1 Pour « l'ivresse sans vin », cf. Isaïe, xxix, 9, dans un tout autre contexte. 

* Ecole pratique des Hautes Études. Section des sciences historiques et philolo- 
giques. Annuaire de 1902, p. 87. 

3 L'araméen exprime le vin par le même terme que l'arabe. Rappelons que M. Litt- 
mann attribue cette sobriété, non pas au dieu, mais à l'homme, auteur de la dédicace. 

* Ce même dieu, je crois le reconnaître dans un autre texte nabatéen ; voir 
Dussaud et Macler, Voyage archéologique au Safâ et dans le Djebel ei-Drûz (Paris, 
1901), p. 187, n° 62 a, où les trois dernières lettres du nom divin ne sont plus 
visibles. L'identification avait frappé avant moi mon confrère Clermont-Ganneau ; cf. 
Répertoire d'épigraphie se'mitiçue, publié par la Commission du Corpus inscriptionum 
semiticarum, I (1901), p. 71-74, où le même savant a exposé sa conception provisoire 
de « ce dieu nouveau ». 



426 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

admises, contribueront à un déblai provisoire du terrain. M. Litt- 
mann a avec raison assimilé ce dieu nabatéen au dieu safâ'itique 
ûpïi y®, avec orthographe écourtée et substitution de l'article ïi, 
comme en hébreu, à l'article arabe bs. Il n'y a donc pas lieu de 
rappeler les noms théophores hébreu trp^ba et sabéen tnpba 
Halévy, 389, 1. 3 et 6), mais plutôt l'un des attributs arabes 
d'Allah : Al-Kayyoïïm [Coran, n, 256; m, 1; xx, 110) «le 
stable, l'immuable ». Plus extraordinaire est l'identité conson- 
nantique avec l'énigmatique dnpba [Proverbes, xxx, 31) dans le 
membre de phrase obscur, peut-être altéré : i^y Dnpba ^jbtt. Si 
c'est le dieu nabatéen qui y a pénétré par effraction avec main- 
tien du second mot dont son nom est composé, ^btt et y^v 
doivent être synonymes. Or, je lis dans le Psaume gxliv, 10, 
qu'Elôhîm est d^pbftb swtftn ïniair Dieu accordant aux rois la 
puissance d'être ce que l'inscription appelle un y^a des hommes, 
c'est-à-dire, si je ne m'abuse, leur protecteur. De telle sorte que le 
dieu, peut-être le demi-dieu, dont le culte est attesté par notre 
texte, serait avant tout désigné comme la divinité tutélaire de la 
région. Un composé tel que ùïpba 3^id (respectivement ûpîi y©) 
« le protecteur des hommes » ne présente rien de plus étrange 
que l'appellation du dieu unique en éthiopien : égzîabhêr, qu'on 
le traduise littéralement par « le maître des pays » ou par a le 
maître des mers ». 

Hartwig Derenbourg. 



SUR QUELQUES NOMS PROPRES TALMUDIQUES 

Dans les lignes suivantes je me propose, en me fondant sur des 
inscriptions récemment découvertes et sur d'autres données, de 
faire quelques additions à mon travail intitulé : Beitrdge zar 
nordsemitischen Onomatologie (Vienne, 1900), et qui a pour 
objet l'explication des noms propres talmudiques. Je range les 
noms dans l'ordre alphabétique : 

1. JsraN (?) (j. Soucca, 53 a). Sur ce nom on peut comparer le 
nom syriaque que l'on rencontre dans The booh ofthe bee [Anec- 
dota oœoniensia, I, 2 e partie, p. 137 du texte syriaque) \n ...fip&M 
. . ."pB^m a::aiB, et qui désigne l'un des traducteurs de la Bible. 
La ponctuation fait lire « Abbâyâ » (cf. le texte anglais dans 
Budge, p. 121, note 4). Le grec 'Aêêouou (voir mes Beitrdge, 



NOTES ET MÉLANGES 127 

p. 6) est mis par Lidzbarski (Ephemeris, II, p. 216) en rapport 
avec ">a? = ^ps, ce que je ne puis admettre. 

2. "iïtVn ans (b. Sanhédrin, 113). Ce nom se trouve dans les 
inscriptions sous la forme 'A6osX(a (Beitrâge, p. 9), et l'on ren- 
contre un pendant intéressant dans le persan soba ta&o; cf. 
Bâcher, dans ZFHB, V, 1901, p. 81, note 1. 

3. T^rna [Beitrâge, s. v.) est expliqué par Schlatter (Ver- 
hanntes Griechisch dans Beitrâge zur Forderung christl. Théo- 
logie, IV, 4, p. 50) comme étant le grec Aiviaç, qui se rencontre 
dans des inscriptions de provenance sémitique. 

4. "Wû (Sanh., p. 17; Beitrâge, s. v.) est comparé par J.-H. 
Mordtmann (dans une lettre) avec Baoco/iaç, nom d'un évoque de 
Dora (Reland, Palestine, p. 531). 

5. npVQ {Beitrâge, p. 15) se rencontre à Palmyre, sous la 
forme NpVû ; cf. Répertoire d'épigraphie sémitique, 1901, I, 
p. 36; n° 43; Lidzbarski, Ephemeris, II, p. 207, Waddington, 
n° 2016, Bapxaïoç, nabatéen pp-û et sabéen ûp^û. 

6. W7 [Beitrâge, p. 17) est, d'après Schlatter, l. c, p. 58, une 
abréviation de Aï^xpioç. 

7. arat (ib., p. 20) est à mettre en rapport avec Zaêïvaç qui se 
rencontre chez Josèphe, Antiquités, XIV, 9, 3 (Krauss). 

8. an-an (ib., p. 21) est fréquent dans les inscriptions. On peut 
comparer maintenant le palmyrénien •n'on ^û "O^an [Répertoire, 
ib., p. 37, note 44). Sur le phénomène que j'ai signalé incidemment 
(p. 13, n. 1), à savoir que le père et le fils portent le même nom, 
on peut comparer, pour une époque postérieure, la liste des géné- 
rations portant le nom de m chez Bâcher [Hebrâisch-persisches 
Wôrterbuch, p. 7). Le Corpus inscr. grœc, n° 9900, présente 

aussi le nom « 'Iaxwê 'Iooaoêou ». 

9. *jTin. A ce nom palmyrénien, qui est peut-être attesté par le 
Talraud (cf. ib., p. 22), on peut joindre un passage du premier 
livre des Macchabées, II, 5 : « 'EAéaÇap 6 knixalou^evoç Aùapàv ». 
Voir déjà M. Levy dans le Jahrbuch fur Geschichte der Juden 
und des Judenthums , II, 1861, p. 293. 

10. amn [Moëd Katan, 29a) est expliqué par Nôldeke (dans 
une lettre) par sage-femme (contre les Beitrâge, p. 22). 

11. ancbri (ib., p. 23). Pour ce mot fréquemment employé, on 
peut comparer le mandéen anDbïitt chez Pognon, Inscriptions 
mandaïtes, 1898, n° 1. Noldeke ( WZKM, XII, p. 144) en rapproche 
le grec 'AvTiyovoç et l'abyssinien Kâsâ ; voir aussi Répertoire, 
p. 39, n° 48. 

12. DIB'rça. Sur ce nom, qui est surprenant chez les Juifs (voir 
Beitrâge, s. v.), on doit comparer maintenant le nom qu'on lit 



128 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dans une inscription : Tt'xoç Upeùç 'Iaùoa, et sur lequel Dussaud et 
Macler (Voyage archéologique au Safâ, 1901, p. 213) font la 
remarque suivante : « Il vaut mieux admettre que l'inscription 
est mal rédigée et lire : Tfroç 'Iaùoa Upeùç. 'Iaùoa est pour 'IoùSa, 
nom essentiellement juif. Ce 'IaùSa; dut abjurer la foi juive 
et donner le nom de Titus à son fils en l'honneur d'Antonin le 
Pieux. » 

13. aiïnb (Beitràge, p. 27). On peut y comparer encore jnrib ; 
mais cette leçon n'est pas sûre; cf. Eroubin, 63 &, où les mss. 
donnent 173m (Rabbinowicz, a.L). L'on peut en rapprocher l'arabe 
û!m. R. Hananel lit ï»n; cf. \a$n sur un sceau hébreu chez Lidz- 
barski, Ephemeris, I, p. 12, n° 5. 

14. ^NJQtt. Sur ce nom (L c, p. 28), on peut comparer mainte- 
nant Clermont-Ganneau, Recueil, IV, § 16, p. 99-112(1900). 

15. ybi2 (ib., p. 29). A ce mot talmudique on peut comparer 
MaXw^a (au génitif) chez Waddington, no 2608 (J.-H. Mordt- 
mann). 

16. ■waib*. Sur ce nom talmudique (Tos. Ytbamot, I, p. 241, 
1. 25), cf. maintenant le palmyrénien ipbv (Répertoire, L c, p. 3*7, 
n° 44). 

17. aa^py. Ce nom du Tanna bien connu se trouve sur une ins- 
cription palmyrénienne, ap?n2 *ia fcCPp*; cf. Gottheil, Journal of 
the american oriental socieiy, 1901, vol. XXI, p. 111. 

18. Kïm. Ce nom du rédacteur du Talmud est expliqué ordi- 
nairement comme venant de ar^aa, d'après l'étymologie talmu- 
dique de Baba Meçia, 86 ; mais on le rencontre dans une in- 
scription nabatéenne, C. I. S., nabatéen, 287. Les rédacteurs du 
Corpus lisent Nrrnn ou aa*^. Clermont-Ganneau, Recueil, IV, 
p. 122, n° 1, lit a:n£ri. Dussaud et Macler, au contraire (L c, n° 12, 
p. 185 et s.), y voient avec raison N^an ; ils y rattachent le naba- 
téen ioam, qui se trouve dans une inscription bilingue : 'PaSàviq; 
Mo[e]i'Çou : WWa.fittÉWl. 

19. ^nau: (Beitràge, s. v.). Sur ce nom on peut comparer le 
mandéen ansata dd = naia na, née le sabbat (Pognon, L c, n° 11 ; 
Nôldeke, L c, p. 143). 

20. nr*B (m e ou iv e siècle, p. e. Sabbat, 23&). On peut y com- 
parer ana dans une inscription araméenne chez Nôldeke (Sitzungs- 
berichte der Berliner Acad., 1884, p. 816), qui dit que ce nom 
vient soit de l'araméen arc) « sauver », soit de l'arabe anJ, « être 
sec, maigre ». 

H. -P. Chajes. 



NOTES ET MÉLANGES 129 



UNE ACCUSATION DE MEURTRE RITUEL 

A WALDKIRCH EN BRISGAU (1503) 



Sous le titre de Die Kindermorde zu Benzhausen and Wald- 
kirch im Breisgau, un des derniers fascicules de YAlenian- 
nia x contient une assez importante étude de M. Pfaff, consa- 
crée à une de ces accusations de meurtre rituel qui se 
multiplièrent vers le début du xvi e siècle. C'est l'histoire d'un en- 
fant de sept ans qui aurait été vendu par son père à des Juifs de 
Waldkirch en Brisgau et mis à mort par eux aux approches de 
Pâques 1503. Cette affaire a déjà été examinée par M, A. Lewin 
dans son travail sur les Juifs de Fribourg 2 . Elle avait, d'ailleurs, 
laissé des souvenirs dans la mémoire populaire : une chronique 
polonaise, reproduite dans les A cta sanctorum 3 , en fait mention; 
il se conserve à Buchheim, près de Fribourg, un tableau qui rap- 
pelle cette « terrifiante histoire » (erschôckliche hinstori), et Jean 
Eck, dont on connaît la belle impartialité à l'égard des Juifs 4 , y 
consacre une partie d'an de ses libellés 5 , où il raconte comment 
il a vu le cadavre et touché la blessure 6 . Enfin au début du 
xvi e siècle avait été imprimé, sans date et sans nom d'auteur, un 
poème de huit cents vers intitulé : Ein seltzame Kouffman- 
schatz, wie ein man sein leipliche kind nûwlich den Juden ver- 
koufft hat und das kind zu tod gemarlert worden ist.. 

C'est ce poème que réédite d'abord M. Pfaff, en l'attribuant soit 
à Eck, soit plutôt à Murner. Mais l'intérêt de cette publication est 
surtout dans les pièces tirées des archives de Fribourg qui ac- 
compagnent cet article, et que M. L^win semble n'avoir pas 
toutes connues. Ce n'est pas que ces documents ne laissent sub- 
sister aucune obscurité. On y voit comment des Juifs furent brus- 
quement arrêtés, relâchés, arrêtés de nouveau, non seulement à 
Waldkirch, mais à Villingen, à Mulhouse, à Colmar, à Bollwiller, 

1 T. XX VII (Fribourg, 1900), p. 246-297. 
' 2 Juden in Freiburg in B. (Trêves, 1890; in-8°), pp. 93-96. 

3 20 avril, avril II, p. 839, appendice. 

4 Graetz, Histoire des Juifs, trad. M. Bloch, V, pp. 75-76. 

5 Ains Judenbùe<hlinsverlegun<] (Ingolstadt, 1541, in-i°). Voir sur cet ouvrage 
Th. Wiedemann, Dr. Johann Eck (Uegensburg, 1865), p. 636. 

6 Mais la questiou est de savoir si ce cadavre est celui dun enfant tué par des Juifs. 

T. XLIV, n° 87. 



130 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

etc. ; puis transportés de Waldkirch à Fribourg, de Fribourg à 
Ensisheim ; on y voit l'instruction dirigée par Nicolas Ziegler, 
plus tard vice-chancelier de l'Empire, dans un esprit qui n'est 
guère celui de la pure justice 1 , se poursuivre si lentement que 
plusieurs des accusés meurent en prison; on y voit l'hostilité des 
habitants de Fribourg, qui avaient réussi en 1401 à faire expul- 
ser les Juifs, après le meurtre d'un enfant à Diessenhofen, et qui 
espèrent bien par le même prétexte leur faire interdire, malgré 
l'empereur, tout passage à travers la ville ; on y voit l'excitation 
populaire arrivée à ce point que les malheureux accusés sont, dit 
une pièce officielle, plus en sûreté en prison que chez eux. Mais 
on n'y voit pas de manière décisive sur quelles preuves et Jean 
Eck et le poète anonyme appuient leur conviction. 

Deux individus, Hans Giesebrecht et Michel Huhn, ont été ar- 
rêtés pour vol : en veine d'aveux, ils déclarent avoir aidé des Juifs 
à tuer un petit chrétien, puis ils sont allés distribuer le sang re- 
cueilli à différents Juifs d'Alsace. Ils ne s'arrêtent d'ailleurs pas 
en si belle voie : il y a huit ou dix ans à Tettenbach, ils ont de 
même assisté le Juif Salomon et un de ses coreligionnaires dans 
un de ces meurtres d'enfants, et il y a trois ans, c'est le fils d'un 
charbonnier deSiegelau qu'ils ont vu « sacrifier ». Et encore pen- 
dant l'automne de 1503, Huhn a dû repousser avec indignation les 
offres d'une bande de Juifs qui lui demandaient de leur livrer un 
jeune chrétien. A examiner de près ces interrogatoires, on s'éton- 
nera de certaines invraisemblances ; mais il en est une qui frappe 
l'esprit : Que viennent faire ces chrétiens dans cette cérémonie 
rituelle? Les lecteurs du Mystère du sang, de M. Desportes (si 
nous osons citer ici un tel livre) savent de quel mystère les Is- 
raélites entourent leurs pratiques sanglantes. Pourquoi mettre des 
étrangers dans ce « secret 2 ». 

Deux chrétiens auraient assisté au meurtre de 1503? Or, 
si l'on en croit Giesebrecht, les Juifs étaient au moins cinq ou 
six : étranges massacreurs qui éprouvent encore le besoin de s'ad- 
joindre deux hommes pour pratiquer une saignée — car ils ne 
voulaient pas le tuer — sur un enfant de sept ans ! Mais il faut 
surtout remarquer qu'on ne tira aucun aveu des Juifs : la torture 
n'amena qu'une vague promesse de conversion de la part d'un 

1 Un rapport de Ziegler à Maximilien du 16 juillet 1504 montre suffisamment cet 
état d'esprit. Voir ses réflexions sur le judaïsme [Alemannia, l. c, p. 281), sur la 
rétractation d'un des accusés chrétiens (p. 280). Il juge bon d'accompagner ce rap- 
port d'un récit d'une affaire analogue (Endingen, 1470) à la suite de laquelle les 
Juifs avaient été brûlés « bien qu'ils n'eussent pas non plus avoué ». 

* Livre III, ch. i. 



NOTES ET MÉLANGES 131 

d'eux. Par contre, un des chrétiens, au moment de l'exécution, 
s'était rétracté et avait reconnu fausses ses accusations contre 
les Juifs. Enfin, une requête des habitants de Fribourg à Maxi- 
milien (5 avril 1505) nous fait connaître le jugement définitif : 
les Juifs furent remis en liberté. — Dès juillet 1504, deux chré- 
tiens, sans compter le père de la victime, avaient été exécutés. 

On voit l'intérêt des documents publiés par M. Pfaff. Nous re- 
grettons que l'éditeur n'ait pas cru devoir — ne fût-ce que d'un 
mot — critiquer la valeur de ces textes et la portée de ces accu- 
sations. La question mérite d'être examinée de plus près. On ne 
saurait oublier ici que le célèbre enfant de la Guardia , qui — 
comme chacun sait — fut massacré par les Juifs, n'a peut-être ja- 
mais existé. 

Paul Hildenfinger. 



BIBLIOGRAPHIE 



D^IUÎN"!;! mill Dorot Harischonim. Die Geschichte und Literatur Israels, 
von Isaac Halevy. Th. II. umfasst den Zeitraum voa der Beendigung der Mischnah 
bis zum Abschlusse des Talmuds. Francfort, impr. Slobtzky, 1901 ; in-8 8 de 
619 p. 



M. Isaac Halévy a publié son grand ouvrage historique en com- 
mençant par la fia. Quatre ans après l'apparition de la troisième 
partie l , qui embrasse la période s'étendant de la clôture du Talmud 
aux derniers Gueonim, nous recevons la seconde partie, qui forme 
un volume double du précédent, et qui va de l'achèvement de la 
Mischna à la clôture du Talmud. Dans la courte préface de la troi- 
sième partie, Fauteur déclarait qu'il était superflu de faire une in- 
troduction sur le but et la méthode de son œuvre, parce que la 
science de l'histoire juive (b&nur ^aab DWn "nm nE^n), surtout 
en ce qui concerne les périodes des Tannaïm, Amoraïm, Saboraïm et 
Gueonim, en est encore à ses débuts : ce qui a été fait jusqu'à pré- 
sent dans ce domaine ne peut être considéré que comme un essai 
servant à poser les fondations. Un nouveau travail n'a donc besoin 
ni de justification ni d'excuse. 

Ces quelques mots de la préface marquent la position que prend 
l'auteur vis-à-vis de ses prédécesseurs, mais ne laissent pas du 
tout soupçonner le genre de critique qu'il exerce à leur égard et le 
ton qu'il emploie. 

Si je relève ce point dans le compte rendu que je fais de la se- 
conde partie, c'est pour indiquer la particularité saillante de cette 
œuvre, au point de vue de la forme. Le livre de Halévy, et cela est 
encore bien plus vrai de la seconde partie que de la troisième, n'est, 
en dépit de son étendue et de son contenu remarquablement riche 
et important, qu'un 'pamphlet contre la science juive moderne. Non 

1 d^aiTÛÉn!! mTH, 3 e partie, Presbourg, 1897, 316 pages. (Le titre allemand 
contient encore l'indication Zur Geschichte der jUdischen Literatur.) Quelques cha- 
pitres ont paru en français dans les volumes XXX11I et XXXIV de cette Revue. 
Voir aussi l'article de M. Epstein sur les Saboraïm, Revue, XXXVI, p. 222-236. 



BIBLIOGRAPHIE 133 

seulement Halévy critique avec âpreté et sans ménagement ceux 
qui ont traité avant lui les questions historiques dont il s'occupe, 
mais il joint à sa critique, d'une manière constante et fatigante, des 
attaques malignes, parfois vraiment venimeuses, contre toute cette 
science de l'histoire juive que nous sommes habitués à regarder 
comme une des conquêtes les plus considérables du xix e siècle. Il 
ne lui suffit pas de rectifier les erreurs et les méprises de Rapo- 
port, Frankel, Weiss et Graetz — il ne s'occupe guère des autres 
historiens ; — mais il en tire la conclusion que toutes les re- 
cherches scientifiques des savants allemands (Ï33U5N ^tt^H est le nom 
général des représentants de l'histoire juive moderne) ne valent 
rien, et que l'histoire du judaïsme, spécialement pendant la pé- 
riode talmudique, a besoin d'être exposée d'une manière nouvelle et 
plus exacte et que, pour cela, il faut utiliser et fouiller la litté- 
rature talmudique mieux et plus profondément qu'on ne l'a fait. 
Halévy lui-même donne dans son ouvrage une contribution à cet 
exposé ; car, à côté de la polémique contre les théories et les opi- 
nions de ses devanciers, il consacre de nombreux paragraphes de son 
ouvrage à transformer les données isolées et les indications fournies 
par les sources en un tableau cohérent des personnalités et des évé- 
nements. Je ferai ressortir plus loin les passages de son œuvre 
qui contiennent des conceptions et des points de vue nouveaux, 
mais je remarque déjà ici qu'on ne pourra les apprécier dignement 
que lorsque la première partie, dont Halévy est encore débiteur, 
aura paru, et que l'on y verra sur quoi se fondent les idées de Ha- 
lévy concernant le développement de la tradition. Pour le moment, 
nous en sommes réduits à deviner les prémisses sur lesquelles il 
s'appuie en nous aidant des différents renvois au contenu de la pre- 
mière partie; mais nous ne pourrons saisir complètement la ma- 
nière dont Halévy conçoit l'histoire que lorsque cette première par- 
tie aura été publiée. 

Avant d'examiner de plus près la deuxième partie de l'œuvre de 
Halévy, j'en résumerai le contenu, car l'auteur a négligé de donner 
une table des matières. La première division contient, en six cha- 
pitres, une introduction à la fin de la période des Tannaïm (p. 4-18). 
La fin de cette période elle-même est traitée en quarante chapitres 
(p. 49-161) et forme la seconde division. La troisième (p. 162-252) a 
pour titre : b&my yn&o ban et comprend vingt-quatre chapitres qui 
sont consacrés aux relations entre les écoles de la Palestine et celles 
de la Babylonie à la fin de la période des Tannaïm et sous les pre- 
miers Amoraïm. La quatrième division (p. 253-603) a pour objet la 
période des Amoraïm ; les quarante premiers chapitres (p. 253-399) 
sont réservés aux Palestiniens et les autres aux Babyloniens. Le 
livre se termine (p. 605-619) par des additions et rectifications. 

Gomme on le voit, nous avons dans ce volume une histoire des 
écoles de la Palestine et de la Babylonie du m e au v e siècle. Ce 
qui est en dehors de ce laps de temps n'est mentionné qu'incidem- 



134 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

méat ; l'auteur ne tient pas du tout ce que promet le sous-titre 
allemand de l'ouvrage : « Histoire et littérature d'Israël ». Même 
dans l'utilisation de la littérature traditionnelle, l'auteur sans s'ex- 
pliquer là-dessus, se borne presque exclusivement à prendre pour 
sources le Talmud babylonien et le Talmud palestinien et il laisse 
de côté toute la littérature midraschique, même le midrasch tannaï- 
tique. De là vient, par exemple, que le dernier chapitre de la 
deuxième division (p. 152-161), qui traite desBaraïlot désignées sous 
le nom de Tanna di bê R. Ismael, ne touche pas aux questions 
qui se rattachent au Midrasch de l'école d'Ismael et de l'école 
d'Akiba, non plus qu'aux Midraschim tannaïtiques eux-mêmes, dont 
la rédaction finale appartient à la clôture de l'époque des tannaïm. 
On doit encore relever comme lacune dans l'exposé que fait Ha- 
lévy de la période des Amoraïm, d'avoir exclu de ses recherches 
l'Agada et les Amoraïm les plus éminents dans ce domaine. 

Nous avons déjà dit que Halévy, en critiquant la science juive 
moderne, ne vise que les principaux représentants de cette science. 
Mais celui qui condamne en bloc les recherches des « savants alle- 
mands » et les résultats qu'ils ont obtenus, comme fait l'auteur, 
aurait dû élargir la base de son jugement. Il n'aurait pas dû se con- 
tenter d'indiquer les erreurs qui se rencontrent dans les œuvres de 
Rapoport, Frankel, Graetz et Weiss, mais il aurait dû consacrer à 
ces œuvres un examen approfondi et général; il aurait dû ensuite 
étudier et critiquer les autres représentants de la science moderne 
du judaïsme. 

On me permettra de citer une série de passages du présent vo- 
lume où l'auteur aurait eu pour devoir de renvoyer à mon ouvrage 
sur l'Agada et en aurait profité pour éclaircir les points particu- 
liers dont il est question dans ces passages. 

P. 27. — Gomme citation pour l'Amora Mani l'ancien (Mani I) H. 
indique j. Sabbat, i, 2 (2 c 24), où Hiyya b. Abba adresse une ques- 
tion à Mani (Frankel, Mebô, 11 4#, a fait de même). Mais on doit lire 
au lieu de r<3N -û fr^Ti '"i, nin 13 >om 'n, et l'interlocuteur est 
Mani II, voir Ag. d. pal. Am., III, p. 444. 

P. 52 et suiv. — Que Sinaï est compté parmi les Tannaïm, c'est ce 
que j'ai démontré péremptoirement, Ag. d. Tann., II, p. 543. 

P. 62. — Sur "p-nn n*m t^mn et la leçon ï^ran pour amni voir 
Ag. d. pal. Am., III, p. 566. 

P. 64, remarque. — Sur la leçon corrompue "MTP p 1"I3>M '"), au 
lieu de p12MÏT la "p^Eiû 'n, voir ib., I, p. 121, 1. 

P. 68. — Gomme élèves de Josué b. Lévi on nomme Simon ('"i 
1WO) et Simon b. Pazzi. J'ai montré que "pto^O 'n n'est autre que 'n 
■>TD p "pyatt), dont le nom entier ne se rencontre que dans le Tal- 
mud babylonien , tandis que les sources palestiniennes portent 
VWTO 'n. Voirie, I, p. 130; II, p. 43; III, p. 160. 

P. 185. — Sur le Tanna Isaac, voir Ag. d. Tan., I, p. 397 (cf. Revue, 
t. XXIX, p. 81). 



BIBLIOGRAPHIE 135 

P. 190 et suiv. — Sur le message des autorités palestiniennes à 
Hanania le neveu de Josué, voir ib., I, p. 390. 

P. 248. —Sur Mar Ouqba le jeune, voir Ag. d. babyl. Am., p. 74, 
note 9. 

P. 258 et suiv. — J'ai montré, dans Ag. d. pal. Am., I, p. 1 et suiv., 
que Hanina b. Haraa est venu de Babylonie en Palestine. 

P. 265, note. Cf. ib., I, p. 341, 2. 

P. 277. — Sur Hanina, le lecteur de la Bible (r*np ro^fi '-)), 

voir ib., I, 6. 

P. 293. — Les relations de Yohanan avec Hizqiyya et Juda, les 
fils de Hiyya, sont décrites d'une manière incomplète. Voir un ex- 
posé plus exact, ib., I, 49. 

P. 297 et suiv. — Le court chapitre sur Jonathan (dont le nom com- 
plet, Jonathan b. Eléazar, n'est pas du tout mentionné) aurait pu 
être complété à l'aide deYAgada des Amoraïm palestiniens, I, p. 58 et 
suiv., de même le chapitre précédent sur Josué b. Lévi, à l'aide du 
même ouvrage, I, 124 et suiv. 

P. 318. — Sur la situation de Simon b. Lakisch dans l'école de Ha- 
nina à Sepphoris, voir ib., I, p. 346- 

P. 328. — Pour l'origine babylonienne d'Eléazar b. Pedat, voir 
ib., II, p. 1. 

P. 357-362. — Les développements de Halévy sur Yirmeya et ses 
relations avec les écoles de la Palestine et de la Babylonie n'ont 
d'autre contenu que ce que j'ai expliqué d'une façon plus brève, ib, y 
III, p. 96. 

P. 393. — Les relations de Yosé avec Jacob b. Acha ont été expli- 
quées plus exactement par moi, ib., III, 232. 

P. 435 et suiv. — J'ai essayé de résoudre les difficultés des don- 
nées talmudiques sur l'âge de Rabba et d'Abbayé dans l'étude chro- 
nologique qui se trouve en appendice à VAgada des Amoraïm baby- 
loniens, p. 148 et suiv. 

P. 458.— Sur Abba l'ancien, voir Agada d. pal. Am,., Ut. p. 51T 
et suiv. 

P. 500 et suiv. — Sur Nahman b. Yishak, voir ib., p. 134 et suiv. 

P. 502. — Sur le passage de j. Sabbat, ix, 2 (12 a) cité en note, voir 
Ag. d. pal. Am., III, p. 673, n. 1. 

P. 577. — Sur le rapport de Hananya (de Sepphoris) avec Mani II, 
voir ib., III, p. 447. 

Cette énumération de passages, qui ne concerne que mon livre sur 
l'Agada, peut servir d'exemple pour montrer comment Halévy 
néglige la littérature moderne, qu'il condamne, comme on l'a vu, en 
bloc d'une manière si sévère. Ce jugement est fondé sur les nom- 
breuses méprises et erreurs que Halévy, grâce à une grande péné- 
tration et une connaissance approfondie des sources, a relevées dans 
les œuvres des auteurs nommés ci-dessus et qu'on doit sans réserve 
reconnaître comme telles. Mais il est clair que la découverte d'er- 
reurs et d'inexactitudes isolées, si nombreuses qu'elles soient, ne 



136 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

donne pas le droit de condamner sans appel l'œuvre dans laquelle 
elle se rencontrent^ ni l'auteur de cette œuvre, ni tout le mouvement 
auquel l'auteur appartient. Si l'on usait de ce droit envers Halévy, on 
serait amené à porter sur lui un jugement tout aussi rigoureux et 
à tenir pour non avenus les nombreux résultats nouveaux et cer- 
tains de ses recherches. En fait, Halévy, dans le présent volume, a 
assez fréquemment utilisé d'une façon inexacte les données des 
sources et usé d'une argumentation erronée, comme je vais en 
donner maintenant des exemples. 

P. 13. — Halévy cite, pour déterminer le temps où a vécu Si- 
mon b. Yohaï, la Baraïta qui commence par les mots Tfcbna ïitiî^tt 
^n», et donne comme fin de la Baraïta les mots : 'n Tttbn "im&o 
FT1Ï1 ^m* 1 p "p^atû. Mais ces mots n'appartiennent plus à la Ba- 
raïta; ils sont placés au bas du morceau entier comme indication 
anonyme du Talmud, et c'est pourquoi on emploie l'araméen ?nïi (non 
pas ï"PÏT). Cette indication, reposant sur une opinion quelconque de 
l'école, ne peut pas être considérée comme historiquement exacte 
(voir Frankel, Darlihi Mischna, p. 168 ; Agadad. Tannaiten, IT, p. 7 
et suiw), ni, par conséquent, servir à des déductions chronolo- 
giques. 

P. 55. — Dans l'entretien qui est rapporté entre R. Jonathan et 
R. Simaï {Baba Mecia, 90#), le Tanna Jonathan serait, d'après Ha- 
lévy, Jonathan b. Joseph, Télève d'Ismael. Mais comme, d'après Ha- 
lévy, lui aussi, Simaï était un des derniers Tannaïm et était donc, de 
toute façon, plus jeune et moins considéré que le Tanna Jonathan, 
on ne comprend pas comment la question de Jonathan à Simaï peut 
être introduite par les mots "Wo^D 'ntt ïrOT 'n t-p^tt nss et com- 
ment la réponse de R. Simaï débute par les mots : ï~inN *p:aN mnto 
Tttb.Dela tournure de l'entretien on voit que Jonathan s'adresse 
à Simaï, celui-ci étant plus considéré et plus âgé. Il s'agit donc de 
Jonathan b. Eléazar, l'Amora. J'ai trouvé la confirmation de l'ori- 
gine sacerdotale de ce docteur dans l'épithète de ÏYTOïi "îU) et ibto 
ÏTTOÏ1 qui accompagne son nom (Agada d. palaestin. Am., I, p. 58, 
n. 2). L'argument que Halévy a tiré contre cette origine, de Berachot, 
1 8 a, n'a pas de valeur, carie récit parallèle que l'on trouve dans 
j. Berachot, hc-d (cf. Koh. rabba sur ix, 5) et que Halévy a négligé, 
tout en le citant à une autre occasion (p. 76), montre que la conver- 
sation entre Jonathan et Hiyya a eu lieu pendant que tous deux 
marchaient devant le cercueil du Tanna Simon b. José b. Lakonia. 
Bien que Jonathan fût prêtre, cela ne l'empêchait pas de rendre les 
derniers honneurs à son maître 1 (voir Ag. d. Tann., II, p. 489, n. 2; 
526, n. 3). — Je signale encore la conjecture émise par Halévy 
(p. 65, note 15), d'après laquelle, dans la phrase de j. Teroumot, ix, 4 
(46 d, 1. 9) Trr p ïijot 'n ns bNU5 a:rp3> 'n, les deux noms se- 

* Cf. j. Berachot, 6 a, où l'on répond à la question 'Tûib N'^u" , 1D 1FW3 "JÎ"D 
"Dl; j. Nazir, 56a. Voir aussi les Tosafot sur Ketoubot, 103 b, s. v. 0"Pn "imtf. 



BIBLIOGRAPHIE 137 

raient altérés : "p3>M 'n serait pour "W^O 'n (et on y aurait ajouté 
Tvn p), et y""[ serait pour 3"" 1 h, une abréviation de 'prrp '"i. Cette 
hypothèse est non seulement tout à fait forcée (il n'y a pas d'exemple 
de 5""' pour 'jni'P), mais elle est encore inutile. On doit plutôt ad- 
mettre que l'Amora Abin a rapporté la question adressée, d'après 
le Talmud de Babylone, par Jonathau à Simai comme une interro- 
gation qu'Akiba aurait posée à son élève Simon b. Yohai à titre 
d'épreuve. Des traditions divergentes de ce genre ne sont pas rares. 

P. 58. — Dans la Baraïla de Baba Kamma, 59 #, un morceau hala- 
cbique est introduit par les mots suivants : ntttt fttW p *p3>M '■) 
ï^03ia p "p ta es) 'i û"iM. Dans le passage parallèle, Ketoubot, 39 a, 
les mots t*oo5tt p manquent. Halévy tient la première leçon pour 
exacte et ajoute les mots manquants dans Ketoubot. Il trouve cette 
correction si évidente qu'il en tire des conclusions pour fixer 
l'époque de Simon ben Yehouda et y revient ensuite (p. 59 en bas) 
en disant : 'n ûti:^ niïNti) naansœ tt» "nbïï !-mm p "pyaizj 'ni 
t»^05» p "p^fttD. En réalité, c'est la leçon de Ketoubot qui est exacte, 
car d'après le témoignage de Rabinowicz (tome XII, p. 429) les mots 
î^D373 p manquent dans tous les manuscrits, y compris celui de 
Munich, dans le passage de Baba Kamma. Ce qui prouve encore la 
justesse de cette leçon, c'est le fait que Simon b. Yehouda ne trans- 
met presque partout que les enseignements de Simon b. Yohaï, tan- 
dis que Simon b. Menasia rapporte, lui aussi, les opinions de ce 
docteur. 

P. 59 et suiv. — Des mots de la Tosefti Kilaïm, ch. in : JVEtî '") 
*p5>7.:t2 -O W^N 'n Dits*: ntoiN ïrrti-P p, Halévy tire la même con- 
clusion que de la fausse leçon de Baba Kamma, 59 a- Mais ici aussi la 
leçon exacte 'pJ^tD "i, au lieu de V^MID "^ W^S '"), se trouve non 
seulement dans l'édition de Zuckermandel (p. 77, 1. 22), mais aussi 
dans la Baraïta, négligée par Halévy, du Talmud de Jérusalem, 
Kilahn, v, 7 (30 a, 3). Simon b. Yehouda ne rapporte donc pas ici 
non plus un enseignement d'Eléazar b. Simon, mais de son père 
Simon (b. Yohaï). Comme je l'ai constaté dans Ag. d. Tann., II, 
p. 77, n. 2, Simon b. Yehouda dans les passages, au nombre de plus 
de trente, où il est mentionné dans la Tosefta, relate une seule fois 
(Baba Kamma, vi, 21) l'opinion d'Akiba et outre cela toujours celle 
de R. Simon b. Yohaï. 

P. 105. — Yehouda b. Simon, au nom duquel Yohanau rapporte 
une opinion (Baba Batra, 114 #), est désigné par H. comme apparte- 
nant aux derniers Tanuaïm (û^Yinxïi D'Wnï'iE). Ce n'est prouvé par 
rien. Il résulte bien plutôt des données réunies par moi [Ag. d. pal. 
Am., III, p. 60't et suiv.) que Y. b. Simon (écrit le plus souvent 
■pjEta "Wa p"P 'n) est un contemporain de Yohanau plus âgé que 
lui et était en controverse avec les maîtres de Yohanau, Yannaï et 
Hanina, par conséquent était un des anciens Amoraïm. 

P. 176. — Dans la phrase ïlabn bspi rsb^T D"ODm tû-m (j. Pe- 
sahim, 33 a en bas) l'auteur semble n'avoir pas bien saisi le sens de 



138 REVUE DES ETUDES JUIVES 

d^don, car il dit sur cette phrase : ■^btiirpn "nal 'p*© psd 'p&o 
falptt ÎN ÏTfi î^b b33 bdN "inat^W p Û'COÏTl TDTl Nlïltt) t**ltt 
!-mn ^DTâd iTQdDÏTÎ i-undn. Il prend donc, seruble-t-il, û^DOtt 
dans le sens de j^wn, décider, établir. En fait, d^doïi a ici la 
même signification que !"Dbïrb û^om (j. Zehahim, 13 a : œnYï !inN 
ïiJlttttîb d^do^i). Hillel interpréta les passages de l'Ecriture en ques- 
tion, et les résultats de son interprétation concordèrent avec la ha- 
lacha, telle qu'elle était enseignée en Palestine, sans qu'il connût 
lui-même la halacha. Lorsqu'il alla ensuite en Palestine, il reçut lui- 
même la halacha traditionnelle. 

P. 177. — La supposition de Halévy que Hillel serait allé deux 
fois de sa patrie en Palestine, et que, avant de s'établir pour la se- 
conde fois et définitivement dans la Terre sainte, il avaitïait un long 
séjour en Babylonie, est possible, mais ne peut pas se démontrer 
à l'aide des citations que Halévy invoque à l'appui de son opinion. 

P. 180. — Halévy croit que dans la phrase de R. Eléazar b, Yosé 
{Nidda, 58 a): ûTTraiû d^ddtt b^N \nami5di, les sages du sud sont 
les élèves célèbres de R. Akiba : Méir, Yehouda, Yosé, Simon, Eléa- 
zar b. Schammoua, parce que, dans un récit concernant les élèves 
de R. Akiba (Yebamot, 62 0), il est dit : b^N s^irptf '1 t^3^ "J* 
DWidtiJ naman. Mais le passage parallèle à celui de Nidda, 58 a, qui 
se irouve dans la Tosefta de Nidda, vu, 1, porte : birtf vifioiesi 
■nart, et cette donnée se retrouve aussi dans une relation semblable 
de Eléazar b. Yosé [Tosefta Mikwaot, iv, 7). Sans aucun doute, le texte 
de Nidda, 58 a, avait aussi primitivement ûWara i-ian bi£tt. Le mot 
■nan, ou plutôt l'abréviation de ce mot 'art, a été échangé en d^an. 
Il serait, d'ailleurs, très surprenant qu'Eléazar b. Yosé eût appelé 
les grandes autorités palestiniennes, dont faisait partie son père 
Yosé (b. Halafta), « les savants qui habitent dans le sud », alors 
qu'ils demeuraient presque entièrement en Galilée. Tout au plus 
aurait-il dit : d'n^iauî "i^man bi£N, expression qui se rencontre 
dans la relation sur les élèves d'Akiba. De cette relation, qui a sûre- 
ment un fond historique, on peut déduire que les élèves en ques- 
tion, lorsqu'ils reçurent la communication d'Akiba, séjournaient 
dans le sud ; ce qui était le cas au temps de la guerre de Bar Ko- 
cheba ou peu auparavant. Sur les compagnons d'Eléazar b. Yosé, 
dont son père lui-même parle une fois [Pesahim, 117 a ::*lïJ>btf 
von vhy "ppibm ...win 13a), on peut voir Ag- d. Tannait., I, 
p. 387 ; II, p. 412. — Ce qui confirme la correction proposée plus 
haut, c'est que les mêmes mots se retrouvent dans une relation 
semblable de Yosiya, l'élève de R. Ismael (Sota, 25 a; Sanà., 88 0). 11 
est vrai que Halévy, mais très arbitrairement, admet là aussi qu'il 
s'agit des élèves précités d'Akiba (p. 81). 

Dans le même passage Halévy soutient que le Tanna Yosiya, 
dont il vient d'être question, était bien plus jeune que R. Méir et 
était son compagnon (...TW3 '"in ïim^ï TWfr). Comme unique 
preuve à l'appui, il invoque le chapitre relatif à Simaï (p. 52 et 



BIBLIOGRAPHIE 139 

suiv.) dans le volume présent. Mais dans ce chapitre, le seul ar- 
gument tendant à démontrer la jeunesse de R. Yosiya est fondé sur 
le développement concernant Jonathan, le collègue de Yosiya, qui 
était en rapport avec Simai, le Tanna postérieur. Mais on a vu plus 
haut que l'argumentation de Halévy(p. 55) repose sur une supposi- 
tion erronée. 

P. 181. — Halévy émet une opinion arbitraire et contraire à la 
chronologie exacte, quand il prétend que Yosiya et Jonathan, élèves 
d'Ismael, dont les sentences sont conservées principalement dans le 
Midrasch tannaïtique, ont survécu à Juda I, le patriarche, et sont 
identiques avec bsttil frai ïrttSfiT '1 et Ina "1 (lire lna«n 'n), qui, d'a- 
près Scherira (éd. Neubauer, p. 22), auraient été tannaïm encore 
après Juda I. Mais chez Scherira ina '") est la leçon juste, et il 
s'agit de Nathan, qui était d'origine babylonienne, mais appar- 
tenait aux autorités de Palestine, et qui apparaît, dans la Halacha, 
surtout comme contradicteur de Juda I. Scherira pouvait fort bien 
le désigner comme autorité palestinienne (dnïi 173). Au contraire, 
Yosiya de Houçal est une autorité babylonienne et ne peut pas être 
identifié avec Yosiya, l'élève d'Ismael. Pour le distinguer de Yosiya, 
le contemporain d'Eléazar b. Pedat, on nomme Yosiya de Houçal 
!"ni i-p^N" 1 'n (voir Ag. d. 'pal. Am., III, p. 600). Il est possible que 
Yosiya de Houçal soit un fils du Tanna Ahay b. Yosiya, qui mourut 
en Babylonie et qui est lui-même considéré avec vraisemblance 
comme le fils de Yosiya, l'ancien Tanna de l'école d'Ismael (voir^. 
d. Tann., II, p. 393). D'après Halévy, Ahay b. Yosiya était un fils de 
Yosiya b. Houçal identifié avec l'ancien Y r osiya. 

P. 184. — Halévy cite des passages où l'on rapporte des contro- 
verses entre !"PttîfiP '"i et ina 'n. Mais dans ces passages ina 'l est, 
comme souvent, une abréviation de lna"p "i (voir Ag. d. Tànn., 
II, p. 353) ; et même pour celui de Sabbat, 108 #, nous savons par Ra- 
binowicz {Diqdouqé Soferim, VII, p. 236) que le ms. de Munich et un 
autre ont positivement 1na"P 'n, et non ina '"i. 

P. 191. — H. cite l'anecdote de Houllin, klb en bas, qui com- 
mence par les mots : TilH ibrw 531 ina 'n i-pn-ab by ©?n na^an 'n 
et il admet, sans plus amples recherches, que !"paan 'n est le neveu 
de Josué b. Hananya, que ina 'n est le Tanna connu et que la scène 
se passe en Babylonie. Mais tous les manuscrits et aussi les an- 
ciennes citations n'ont pas rpaan, mais Na"»an ; et, au lieu de ina 'n, 
un manuscrit (et aussi l'Or Zaroua) porte lam^ 'n (de ce mot une 
erreur a fait lna"P 'n, qui a été abrégé ensuite en ina ,m \). Voir 
Diqdouqé Soferim, ad loc. (XVI, p 52#). Dans l'anecdote il est donc 
question de l'Amora Hanina b. Hama ; le visiteur est le célèbre Yo- 
hanan, et la scène se passe à Sepphoris. Les visites que fit R. Y r oha- 
nan à son maître Hanina à l'occasion de sa maladie sont rapportées 
également ailleurs (voir Ag. d. pal. Am., I, p. 6 et suiv.) 

P. 202. — Le Babli [Berachot, 63a-b) et le Yerouschalmi {Nedarim, 
40 a ; Sanhédrin, 1 9 a) relatent parallèlement le message des auto- 



140 REVUE DES ETUDES JUIVES 

rites palestiniennes adressé à Hananya, le neveu de Josué b. Ha- 
nanya (voir Ag. d. Tann., I, p. 390 et s.). Halévy combine les deux 
relations en admettant que, même d'après le Talmud de Jérusalem, 
les messagers n'étaient pas Yiçhak et Nathan, qui y sont nommés, 
mais les savants moins connus, nommés dans le Babli, à savoir 
Yosé b, Kipperet Zacharia b. Keboutal, taudis que Yiçhak et Nathan, 
qui demeuraient en Babylonie, reçurent le message et le transmirent 
à Hananya. Je ne veux pas discuter ici en détail ce comprcmis. 
Mais un point doit être considéré comme établi, c'est que dans 
la relation du Talmud palestinien, telle qu'elle se trouve devant 
nous, le mot 'j'npl&n « et il les honora » ne peut se rapporter qu'aux 
Tannaïm qui y sont mentionnés, Yiçhak et Nathan, et non pas aux 
messagers mentionnés seulement dans le Babli. Le Talmud de Jé- 
rusalem ne connaissait que Yiçhak et Nathan comme ayant apporté 
le message à Hananya. 

P. 208. — Halévy dit que Ammi et Assi, les élèves de Yohanan, 
étaient d'origine babylonienne (voir aussi p. 427) ; mais ce fait n'est 
connu que pour Assi, tandis que Ammi, selon toute apparence, était 
né en Palestine. 

P. 213. — Dans l'indication de Scherira Gaon sur Schéla, le chef 
de l'école de Babylonie, les mots ^n inn ne sont pas une leçon cer- 
taine (voir éd. Neubauer, p. 28); ils sont en contradiction avec les 
mots rm ïtoyoi, qui introduisent la phrase. 

P. 215. — Dans l'indication chronologique fournie par Scherira 
Gaon, les mots ïTT^b a"2pnn ù^sbN r\lV sont une addition posté- 
rieure ; voir éd. Neubauer, p. 28. 

P. 224. — De ce qui est dit dans Sabbat, 59 b, Halévy conclut que 
Lévi b. Sisi n'est venu en Babylonie que longtemps après que Rab 
s'y était établi et que les relations entre Abba, le père de Samuel, 
et Lévi doivent se placer à cette époque. Mais ces relations pa- 
raissent être de date plus ancienne ; Ion peut admettre simple- 
ment que Lévi avait séjourné en Babylonie déjà avant l'arrivée de 
Rab, et que ce qui est raconté dans Sabbat, 59$, se rapporte au mo- 
ment où. Lévi y vint pour y demeurer définitivement. Car Lévi 
mourut en Babylonie, et le père de Samuel fit son éloge funèbre 
(j. Berachot, 5 c). 

P. 226. — Halévy cite la phrase de Yerouschalmi Sanhédrin, x, 1 * 
(28a, 1. 42) : t^WT 'n "Wp "^3 anaï nn s*o 'n et remarque que'") 
an^T, à qui Abba b. Zabda, contemporain de Ammi et de Assi, 
adresse sa question, ne' peut pas être Zeïra, l'Amora bien connu de 
la Palestine. De fait, les noms des deux docteurs doivent être inter- 
vertis. Car le passage parallèle (négligé par Halévy) de j. Sabbat, 
80, 1. 25, donne la leçon exacte : ï^at -D t*o 'nb b&Wi r^T^ï '-). 
Donc Zeïra est celui qui interroge et Abba b. Zabda celui qui esi in- 
terrogé (voir aussi Ag. d.pal. Am., III, p. 16). 

1 Au lieu de Y'S, lire V'd. 



BIBLIOGRAPHIE 141 

P. 272. — Le rapport entre Hanina et Hiyya prend un autre as- 
pect, quand on tient compte de la notice, non mentionnée par H., 
que fournit sur leur discussion le Talmud Ketoubot, 4 03 £, Baba, 
Mecia, 85 #. 

P. 273, note. —A propos du passage de b. Yebamot, 93a, il aurait 
fallu citer aussi le passage parallèle du Talmud de Jérusalem, Demai, 
26a, 1. 59. Ilalévy passe sous silence les autres relations entre Yannaï 
et Hiyya (Ag. d. Tann-, II, p. 528 ; Ag. d. pal. Am., I, p. 35). 

P. 293. — De Sabbat, 112 b (où il faut d'ailleurs biffer Ml) il ne ré- 
sulte pas que Yohanan était vis-à-vis de Hizqiyya, le fils de Hiyya, 
dans la situation d'élève à maître. Les autres passages où ces deux 
docteurs sont nommés ensemble sont contraires à cette supposition. 
Il y a des controverses halachiques entre Hizqiyya et Yohanan ou 
entre les deux fils de Hiyya et R. Yohanan : ar>Ti 'l "^a ïia jpbs 
i"Tl. Voir Ag. d. pal. Am., I, p. 49. 

P. 294. — Halévy parle des relations de Josué b. Lévi avec Bar 
Kappara et ^a-pa lôptt nî^bN 'n . Il ne sait pas que ce dernier 
nom désigne Bar Kappara lui-même, comme je l'ai démontré dans 
Ag. d. Tan?i., II, p. 500 et suiv. S'il avait tenu compte, en citant le 
Babli, Aboda Zara, 43, du passage parallèle que présente le Yerou- 
schalmi {Aboda Zara, 44 a en haut) il aurait aperçu l'identité de fm \ 
•nnm -îspn -)T3>ba et de N"iDp na. 

P. 297. — Yohanan, dans Houllin, 45 a (cf. Gittin, 78#), dit, à propos 
d'une explication qui lui est communiquée au nom de Jonathan : 
N»ya "Wi "O "Wiab "Wbaa "pian p*T. Halévy croit que le mot 
■wbaa "p^an désigne Jonathan (\xbaa ynan prrp 'n "ib anptz) ÏTH) 
sans réfléchir qu'il est question des « compagnons babyloniens » au 
pluriel. Mais on ne peut même pas déduire de cette phrase que 
R. Jonathan était d'origine babylonienne ( malgré l'explication 
de Raschi dans Gittin, 78 b), car on voit par une réponse de Jona- 
than à Simlaï qu'il était Palestinien (j. Pesahim, 32a en bas : rniOE 
•V3"i-nb abi -»baab ab ma» nwbb abia vnaaïï *T3). La déclara- 
tion de Johanan doit être expliquée autrement que ne le fait Halévy. 
Elle semble être une locution proverbiale, exprimant une opinion 
peu flatteuse pour les compagnons babyloniens, c'est-à-dire les Baby- 
loniens qui faisaient leurs études dans les écoles palestiniennes. Une 
telle explication, veut dire Yohanan, est du même genre que celles 
données par les compagnons babyloniens. 

P. 303 (cf. p. 313). — La narration que donne Kiddouschin, 44 a, 
semble indiquer que Zeïra était déjà en Palestine au temps où 
R. Y r ohanan et Simon b. Lakisch exerçaient ensemble leur acti- 
vite. Mais dans Agada der pal. Amorâer , III, p. 400, j'ai ren- 
voyé à la courte relation parallèle donnée dansj. Gittin, 48 a, 1. 25 
(= j. Kiddouschin, 62 # en haut) et exprimé une opinion qui s'adapte 
mieux à la chronologie des Amoraïm, à savoir que la narration nous 
est présentée sous une forme abrégée et que la discussion entre Yo- 
hanan et Simon b. Lakisch a été exposée à l'école longtemps après que 



142 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ces docteurs étaient morts et est rapportée dans la narration comme 
s'ils avaient été présents. 

P. 304. — L'assertion déduite de Aboda Zara, 39 a, que Lévi, l'aga- 
diste, élève de Yohanan, mourut du vivant de son maître, est une 
erreur chronologique. Mais Halévy aurait pu voir par l'anecdote 
parallèle, rapportée dans le Talmud de Jérusalem [Ab. Zara, fin du 
ch. ir, 42#, 1. 60), que le passage qu'il cite du Babli ne parle pas de 
R. Lévi, le célèbre agadiste, mais de son homonyme et contemporain 
plus âgé, qui est appelé dans le Talmud de Jérusalem, l. c, et 
ailleurs (Schebiit, 36 d, 1. 42 ; 39 a, 1. 39) amMSfc "nb, Lévi de Senna- 
baris. D'ailleurs, le manuscrit de Munich a aussi dans le Babli "nb 
au lieu de "nb '""), ce qui doit être la leçon primitive; il ne s'agit pas 
de Lévi b. Sisi, mais de Lévi de Sennabaris. 

P. 305. — D'après Halévy, le docteur 5CPT '*) qui, dans le Talmud 
de Babylone, est souvent nommé avec Rabba b. Nahmani et toujours 
en second (&n"»î 'm 1~or\) ne serait autre que Zeïra, qui avait acquis 
en Palestine une grande réputation et qui doit être regardé comme 
une autorité palestinienne. Mais il est sans doute plus juste d'ad- 
mettre qu'on pense au Zeïra babylonien, qui est nommé aussi avec 
les élèves de Rabba, Abayé et Raba. 

P. 311 (cf. p. 363). — L'opinion que Yirmeya a été, avec Yona, l'au- 
diteur de Y^ohanan est contraire à toutes les données chronolo- 
giques. Halévy le conclut de j. Yoma, i, 1 (38 a, 1. 30), où Yona dit à 
Yirmeya : mttbN TaN tfb Tr^tt ^y . Si nous examinons tout le 
passage dans le contexte, nous reconnaissons que ce n'est pas Yo- 
hanan, mais Hiyya b. Abba que les deux docteurs ont entendu et 
dont ils ont reçu la décision de Yohanan, disculée dans l'endroit 
précité. Dans l'indication "pim '"i ûian n^l" 1 '1 [ib. 1. 28) le chaînon 
intermédiaire (nsn m N"v>n '-i ùu:a ) manque, comme cela arrive 
souvent. Y r irmeya, qui a rapporté principalement les décisions de 
Hiyya b. Abba (voir Ag. d. pal. Am., III, p. 97) et a appris notam- 
ment de lui les décisions de Johanan, était bien le maître de Yona 
[ib., III, p. 224), mais il pouvait avoir entendu avec lui Hiyya b. 
Abba, de même que dans b. BechorotÇSOa en bas) tous les deux 
sont désignés ensemble comme élèves de Zeïra : ïT^-p "ni irfi-p "-> 
NTW^ttbn (voir ib., III, p. 225, note 1). Il est impossible qu'ils 
aient tous deux reçu l'enseignement personnel de Yohanan. 

P. 311. — De Kazir, 55 # en haut, Halévy conclut que Y^osé, le col- 
lègue de Y r ona dont nous venons de parler, était, avec Jacob b. Aha, 
l'auditeur d'Eléazar b. Pedath. Y^ona était un élève de Jacob b. Aha 
(voir A g. d. pal. Am., III, p. 282) ; mais celui-ci (voir ib., III, p. 713) 
n'est nullement mis en relation avec Eléazar. En réalité, on doit com- 
prendre tout autrement que Halévy le passage qu'il a cité. Y r osé dit 
à Jacob b. Aha : '1 nttNT ...im^Nl Tîaa ïW^p JWim n« -1M3 
..."îT^bN. Par là il rappelle à Jacob b. Aha une décision d'Eléazar 
que l'on citait dans le collège où Jacob b. Aha et d'autres, parmi 
lesquels Yosé, s'occupaient du traité Nazir. Il n'est pas dit qu'Eléa- 



BIBLIOGRAPHIE 143 

zar lui-même y ait donné son opinion et c'est impossible d'après la 
chronologie. 

P. 314 (cf. p. 330, 440). — L'indication donnée par Scherira qu'Eléa- 
zar b. Pedat mourut dans la même année que Yohanan, mais ne lui 
survécut que d'un mois, a été contestée avec raison par Frankel, et 
Halévy ne la justifie par aucun argument valable. 

P. 312. — Halévy identifie Isaac b. Eléazar, qui florissait au 
iv° siècle à Gésarée, avec Isaac b. Eléazar qui prononça l'éloge fu- 
nèbre de Yohanan conservé dans b. Moed Katon, 25 #. Mais c'est 
chronologiquement impossible. Il doit y avoir eu un plus ancien 
Isaac b. Eléazar (à Tibérias), que Ton retrouve ailleurs (voir Ag. d. 
pal. Am., III, p. 718). 

P. 313 et suiv. — La relation entre Yehouda b. Parci et Zeïra n'est 
pas exposée exactement par Halévy. Le premier n'était nullement 
une des autorités palestiniennes, "THïi "•bi-tf, lorsque Zeïra arriva. 
C'était plutôt un jeune docteur, et il est de ceux qui rapportent les 
décisions de Zeïra (voir o. c, III, p. 463, 1. 3). 

P. 321 et suiv. — Halévy croit que le récit qui se trouve dans Baba 
Kamma, 117 a, est historique dans tous ses détails, et il ne fait pas 
attention que ce récit a reçu une forme babylonienne, et que l'orga- 
nisation et les désignations usitées en Babylonie ont été appliquées 
à l'école de Tibériade. 

P. 362 et suiv. — Yirmeya, élève de Zeïra, qui était d'origine baby- 
lonienne et qui parvint, en Palestine, à une grande réputation, au- 
rait encore eu, d'après Halévy, des relations personnelles avec Yo- 
hanan, Yosé b. Hanina et Eléazar b. Pedat. Halévy veut le prouver, 
pour chacune de ces autorités, à l'aide d'un passage talmudique 
spécial. En ce qui concerne le passage relatif à Yohanan, nous avons 
vu plus haut (sur p. 311) que la démonstration était fausse. — 
Dans Zebahim, 108#, on trouve une conversation qui eut lieu entre 
Yosé b. Hanina et Yirmeya. Je crois vraisemblable que l'on y a fait 
à tort de l'abréviation ■>"*) ,ÏWF 'n au lieu de \snv '"». Même d'après 
Halévy il faudrait admettre que Yirmeya, du temps de Yosé b. Ha- 
nina, était encore jeune et peu important, de sorte que Yosé b. Ha- 
nina ne lui aurait pas adressé une question halachique. Par contre, 
nous voyons souvent que Yosé b. Hanina (voir o. c, I, p. 421) 
adresse des questions à Yohanan (voir Yebamol, Tib ; j. Baba Batra, 
14 a, 1. 28). — Quant à Eléazar b. Pedat, le passage cité par Halévy 
[Houllin, 30 a) doit être aussi rectifié. Le cadre de la discussion 
est le suivant : '-i irb TûN .,rrw> "i îrb "i»N ../wba '1 :rntt 
fnb T3N .«ÉOK. La première objection a pour auteur R. Eléazar ; la 
seconde, qui doit réfuter la réponse faite à la première, serait de 
R. Abba, comme si R. Abba s'était simplement substitué à R. Eléa- 
zar. Mais, en réalité, c'était R. Abba qui avait fait la première ob- 
jection et en avait dirigé une seconde, contre la réponse de Yirmeya. 
"nT^ba 'n, dans notre texte, provient de K"~i (= t^*aN '")), par suite 
d'une fausse lecture de l'abréviation. Je remarque, à ce propos, que la 



144 REVUE DES ETUDES JUIVES 

réplique faite à la seconde objection est encore de R. Yirmeya, car 
le nom de R. Abin qui se trouve après rr>b n^N a été pris par erreur 
de la phrase suivante ("paN '") a^ntt). Le manuscrit de Munich n'a 
que îrb "153N, dont le sujet ne peut être naturellement que l'auteur 
de la première réponse, Yirmeya. Halévy ne connaît pas d'autres 
preuves à apporter pour établir les relations personnelles entre Yir- 
meya et ces trois autorités plus anciennes. 

P. 369 et suiv. — Halévy argumente d'une manière assez étrange 
pour prouver que le nom de D^pplN ne désigne pas seulement Ur- 
sicinus, le général bien connu de Gallus, mais qu'il a existé plu- 
sieurs généraux romains, oppresseurs des Juifs de Palestine, qui 
ont porté ce nom, quand bien même l'histoire ne sait rien d'eux. 
Les textes talmudiques n'indiquent pas non plus qu'il y ait eu plu- 
sieurs Ursicinus. 

P. 371. — Halévy identifie la question que, d'après j. Megilla, 
13a-b, les habitants de Sennabaris adressèrent à Yona et Yosé, avec 
celle que, d'après Gittin, 60 a, les habitants de la Galilée [b"k> "03) 
adressèrent à Helbo, et que celui-ci posa à Yishak Nappacha, en 
même temps qu'une autre question liturgique, et que ce docteur, à 
son tour, apporta à l'école. Il n'y a aucune raison pour cette identifi- 
cation. Par les autorités qui sont nommées on voit bien que ces ques- 
tions appartiennnt à différentes époques. Il ne peut pas s'agir ici de 
deux traditions différentes d'un même cas. 

P. 381. — Yosé b. Aboun aurait eu, d'après Halévy, des relations 
personnelles avec Simon CjWO '")) , qui avait au moins un demi- 
siècle de plus que lui. Il tire une preuve pour cette assertion de j. Be- 
rachot, 1 1 a [= j. Megilla, 75 b), où il est dit : mb lïïN ••• 1 "jwo 'n nttN 
rpb^ nN ^in» un "pa 'na iov 'n. Mais le petit mot mb après nttN 
doit être effacé (voir Ag. d. pal. Am., II, p. 449, n. 2). On l'ajouta en 
prenant à la lettre la formule Cpb" 1 n« (= "173b nnN) comme une parole 
adressée à l'auteur de l'explication. 

P. 387. — La démonstration que fait Halévy à l'aide des passages 
dans lesquels Zeïra se rencontre avec Yosé (= Assi) n'est pas con- 
vaincante. Il est plus exact de penser à Assi et à Zeïra l'ancien, et 
non pas à Yosé et à Zeïra le jeune. Même dans j. Sabbat, le, où Zeïra 
est traité de Babylonien par Assi, il peut être question de notre 
Assi, car celui-ci, étant devenu depuis longtemps une autorité pa- 
lestinienne, pouvait traiter dédaigneusement de Babylonien Zeïra, qui 
avait quitté récemment sa patrie (sur les relations de Zeïra avec Assi, 
voir Ag. d. pal. Am., II, 153 ; III, 7). 

P. 461 et suiv. — J'ai montré (ibid., III, 23*) que Yosé b. Zebida 
n'est pas identique avec Yosé, le collègue de Yona, comme Halévy 
est disposé à le croire, d'accord en cela avec Frankel. L'argument 
que j'ai invoqué est rapporté par Halévy (note 1 11), mais il ne le con- 
sidère pas comme assez fort. 

1 II est singulier que Halévy écrive constamment "pa^O sans vav. 



BIBLIOGRAPHIE 145 

P. 462. — Halévy croit que "OT 'n, qui est nommé avec Abayé 
dans Sabbat y 35 b, est identique avec Yosé, le collègue de Yona (on ne 
sait rien du séjour qu'il aurait fait en Babylonie). En réalité, ^D"P 'n 
provient ici de Sp-p 3"l. Les manuscrits et même les anciennes édi- 
tions ont la leçon exacte : E]D"P 3% et, comme l'atteste Rabbinowicz 
{Dikd. Soferim, VII, p. 74), c'est l'édition de Benveniste qui la pre- 
mière en a fait "^DT 1 "l. Halévy a donc tort de désigner la rectification 
qui se trouve en marge des éditions du Talmud comme oiseuse 
(il dit: rpv b"£ "jybaa liTâiT] ian ûan wafci). —De même dans 
les deux passages talmudiques que Halévy cite dans la note 112 et 
dans lesquels W 1 'n a été corrigé en "^ON "Ol ou t|D*P 3""1, : « Yosé » 
est de fait, une leçon inexacte. Sur Berachot, 4 b, voir /?££<£. Soferim 

I, p. 41 : le manuscrit de Munich et aussi le Siddour du Gaon Amram 
ont ''ON W; sur Sabbat, 32$, voir Z?i£<2. Soferim, VII, p. 64 : le ms. 
de Munich et d'autres sources (ainsi que l'édition de Gonstantinople) 
ont : ion 'Ti N3tf "n a^n 'n. Cette leçon seule est juste, car il ne 
peut être question d'une controverse entre Hiyya b. Abba et Yosé, 
à qui Halévy a pensé, et qui élait beaucoup plus jeune, que si l'on 
réduit arbitrairement les périodes chronologiques. Kn ce qui con- 
cerne les relations de Assi avec Hiyya b. Abba, voir Ag. d. pal. Am., 

II, p. 152). 

P. 463. — Halévy ne tient pas compte de ce que dans Baba Batra, 
19$, tous les manuscrits, ainsi que l'édition de Pesaro, ont NDH m et 
non awn 'n {Dikd. Soferim, XI, 89); de même dans le passage paral- 
lèle, B. B., 25$ [op. c, IX, p. 111). Pour le dernier passage quelques 
sources ont même wan '"% et un manuscrit lam^ '"I. 

P. 464. — Un passage parallèle à celui de b. Sanhédrin, 111 à, se 
trouve dans le Midrasch Schocher Tob sur le Ps., lxliii, à la fin, et 
là le narrateur est Haggay lui-même et la scène se passe à l'école de 
Tibériade. Cette version palestinienne, que Halévy n'a pas mention- 
née, paraît être la version primitive. J'ai montré dans Ag. d. pal. Am., 

III, p. 700, 1. 7, comment on peut la concilier avec celle du Talmud 
de Babylone. 

P. 466. — Dej. Kiddouschin, i, 6(60^,1. 69) on ne peut pas con- 
clure, comme le fait Halévy, que R. Hizkiyya (qui était docteur à 
Césarée au iv e siècle) était l'élève de son contemporain Yosé. D'autre 
part, le Talmud de Jérusalem présente encore deux récits racon- 
tant la visite que les trois collègues Houna, Hiskiyya et Pinhas 
firent à Yosé (Pèa, M d, 1. 46 = Gittin, 48 b, en haut; Baba Mecia, 9 c, 
!.. 46). Sur la véritable relation entre Hizkiyya et Yosé, voir Ag. d. 
pal. Am., III, 234, 273. 

P. 467. — Hizkiyya, qui rapporte les décisions d'Abayé, dans 
Sabbat, 38$, 105$; Houllin, 111 $, était, selon Halévy, le docteur de 
Césarée dont il vient d'être question. Mais pour les trois passages la 
leçon îrppTn 31 est bien attestée. Il s'agit donc d'un Amora babylonien 
de ce nom (voir Dikd. Soferim, VII, p. 78; XVI, p. 152a). — Dans 
Sanhédrin, 97$, Halévy lit avec raison STpTn '*\ pour mpTri; il aurait 
T. XLIV, n° 87. 10 



1-46 REVUE DES ETUDES JUIVES 

pu confirmer cette correction à l'aide de la tradition parallèle rap- 
portée dans j. Berachot, 13 d, en bas (voir Ag. d. Tann., II, p. 74). 
De même Kiddouschin, 33$, porte î-ppîn, et j. Bikhourim, 65 d, l. 40, 
rppm 'n (voir Ag. d. pal. Am., III, p. 537, n. 4). 

P. 476. — Dans Baba Kamma, 97$, en bas, la lecture rtnn rejetée 
par Halévy et remplacée par c^m est juste, déjà par la seule raison 
que le contexte (m-JH^lb ÏTTim mb ïim mb n»N) indique Rabba, qui 
était bien plus rapproché de R. Yehouda pour le rang et l'âge que 
Rabba. De plus, ïim est aussi attesté par les manuscrits (DiM. Sofe- 
rim, XII, p. 235). 

P. 477. — Dans Berakhot, 15 a, le ms. de Munich porte aussi la le- 
çon exacte et attestée par ailleurs ïrn, au lieu de ann {DiM. Soferim, 
I, p. 66). C'est Rabba, et non pas Raba, qui peut avoir eu des rela- 
tions personnelles avec Hiyya b. Abba. 

P. 478. — Dans Ag. d. Bab. Am., p. 151, j'ai essayé de résoudre la 
difficulté chronologique que présente la narration de Ketoubot, 63 a, 
en admettant que N3TJ FPia £|OV m, envoyé par son père à l'école de 
Rab Joseph (à Poumbedita), n'est pas Joseph, le fils du célèbre Raba, 
qui lui-même était un élève de Joseph, mais Joseph, le fils de 
Abba (mn 2-n ÏTH3 tp^ m), qui d'après Eroubin , 7b, Baba 
Kamma, 112$, était aussi un élève de Schéschet. Dans i'autre passage 
cité par Halévy (p. 479), Yebamot, Mb : N3"n rma tp-P mb *-!»« 
tp*P m?: !rr» "M «mb, c'est très vraisemblablement de Joseph, 
le fils de Abba, qu'il s'agit ; celui-ci était, comme Raba, un élève 
de Joseph, et il demande à Raba d'adresser une question à Joseph. 
Par là disparaît aussi la difficulté que présente le récit, à savoir que 
Raba fasse de cette façon une demande à son propre père. Par là 
aussi on évite d'avancer l'époque où a vécu Rabba aussi loin dans le 
m e siècle que Halévy le veut. 

P. 479. -—De l'expression Drtrr ïTttTi, employée par Scherira (éd. 
Neubauer, p. 29), Halévy déduit à tort que déjà lorsque Rabba b. 
Abouha vint à Mahouza, Joseph b. Hama, le père de Raba, avait une 
situation dominante. L'indication de Scherira signifie simplement 
que, à Mahouza, pendant la période qui a suivi la destruction de 
Nahardéa, il n'y a eu aucun autre savant digne de mention que Jo- 
seph b. Hama, en dehors de Rabba b. Abouha, qui est venu finale- 
ment s'y établir. 

P. 482. — La conclusion que tire Halévy des paroles de Zeïra à 
son fils Ahaba : "liib *an pis (Eroubin, 96$), m'est incompréhensible. 
Si Raba tient compte de ces paroles, cela revient à dire que, dans les 
discussions des écoles babyloniennes, on tient compte des opinions 
émises dans les écoles palestiniennes. Gomme preuve de relations 
étroites entre les écoles des deux pays, cela n'a pas plus de poids que 
les innombrables exemples par lesquels le Talmud nous montre 
qu'il y avait des relations entre les diverses écoles et que les Baby- 
loniens connaissaient les décisions des Palestiniens. 

P. 541 (cf. p. 545). — Dans Zebahim, 406$, iizîh snb est une leçon 



BIBLIOGRAPHIE 147 

fautive pour "^aNb. Non seulement cette leçon est corrigée dans 
la nirmptt ïia^ttï, citée par Halévy, mais les manuscrits ont ^"ONb, 
de même qu'immédiatement avant les manuscrits portent "^aN pour 
"paN 'l. Par conséquent, les conclusions que Halévy tire de ce pas- 
sage pour déterminer l'époque de Aschi tombent. 

P. 581. — Yehiel Heilprin cite et approuve la leçon "miN an, au lieu 
de •'ON an, dans Taanit, 12 b ("ab 3>bp^N ->^N ann irna yiaiï-p ,ta n 
"'ON an). Halévy déclare que c'est une leçon erronée (ntfîanuJtt NOTA 
PTOWi "no b:>a anïnb -ib ttSE^Ta). Mais la leçon ■'tdn an est, au 
contraire, bien attestée, et se trouve aussi dans le manuscrit de 
Munich (Dikd. Soferim, III, p. 65), Halévy a surtout négligé le pas- 
sage parallèle de Sabbat, 11 a, où il y a "^n an, sans la variante an 

"'ON. 

P. 587. — Dans Sabbat, 37 b (am rtnjp r^^Np mfi ^n an n?3N 
éWiït) Halévy veut corriger "nzJN an en ■'ïîn an na ntt et N3in an 
serait le docteur postérieur de ce nom. Mais c'est inutile. Au lieu 
de Win ann les manuscrits ont la leçon exacte : N3FD am {Dikd. So- 
ferim, VII, p. 76). 

P. 588. — Dans la phrase "nDN anb ï-otr an rpb n^N [Sabbat, kl a) 
un manuscrit (Z>. S., VII, p. 84) a r^an au lieu de «a in an, et c'est 
la leçon exacte. 

P. 590, note. — Dans Baba Mecia, 8 a, Halévy corrige am îrna 
t^nN en Nann !ma. Mais les manuscrits présentent la leçon exacte 
n^n ann tma (Z>. S., XIII, p. 18). 

P. 59 1. — Dans la phrase nanb iiûn an irb nttN, Halévy corrige 
nanb en N2^an. Le manuscrit de Munich porte (N^an — ) 'an mb ntoN 
"naN anb; les autres manuscrits ont N«rD anb ■'ibn an b"N (Z>. S., 
XII, p. 284). 

Cette longue liste de rectifications et d'objections n'épuise pas tous 
les points de détail dans lesquels les thèses et les remarques de 
Halévy ont besoin d'être corrigées ou repoussées. Mais elle suffit 
à montrer qu'il faut accueillir les démonstrations et les nouveautés 
exposées par notre auteur avec une grande prudence et une critique 
vigilante. Chez un chercheur qui insiste tellement sur les détails 
et qui met à profit si habilement et si ingénieusement les particu- 
larités du texte talmudique en apparence les plus insignifiantes, on 
doit regretter qu'il n'ait pas utilisé du tout la collection inestimable 
de variantes réunie par Rabbinowicz. On ne doit pas s'en étonner, 
il est vrai, car Halévy ne tient pas compte des recherches modernes 
sur le Talmud à l'exception des travaux de quelques coryphées de 
la science, sur lesquels il exerce une critique impitoyable. C'est 
donc par principe qu'il ne s'est pas occupé de la collection de va- 
riantes de Rabbinowicz. Il est intéressant de noter que Halévy 
(p. 590) corrige pour des raisons intrinsèques dans Zebahim, 91 a, an 
■rçjN am ima NriN en Nam irna NriN an (Nam a été pris à tort pour 
une abréviation de "•lEN ann) et que cette correction est confirmée par 
le manuscrit de Munich (D. S., XIV, p. 174). De même, il déclare 



148 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

(ibid.) que dans ifca a*n ima t^riN an [Yoma, Si a) TOâ ani est une 
fausse interprétation de f<a"n considéré comme une abréviation, 
ce qui est également attesté par des manuscrits (D. S., IV, p. 282). 
Dans la lettre de Scherira Halévy (p. 495) retranche de la phrase : 
f<aTï X^m "pba baai le mot fr<rV7; et, en fait, l'édition de Neu- 
bauer (p. 32, 1. 5) montre que ce mot ne se trouve que dans un ma- 
nuscrit et manque dans l'autre. Dans Pesahim, 81 a en haut, Halévy 
corrige "nttia é^wœin "i niïpi en t^JEiN 'l W» et rétablit ainsi 
la leçon exacte, telle qu'elle est dans les manuscrits (D. S., VI, 
p. 244). Ailleurs également Halévy ne recule pas devant des correc- 
tions, lorsqu'il s'agit de rendre le texte intelligible. Dans j. Baba 
Balra, ni, 1 (12 d, I. 44) il biffe (p. 472) avec raison devant la phrase 
pris:'» ,ta n n^N les mots incompréhensibles NTon an, qui sont venus 
de la phrase suivante, et considère les mots priiT 1 'n comme une 
mauvaise interprétation de l'abréviation ^"n [= "»OV "l), en se fondant 
sur le passage de j. Kiddouschin, 60 d, 1. 24. Dans j. Sanhédrin, 78a, 
1. 67, il lit (p. 69) mnp ^a-iNi tmi253>a au lieu de nmp Y'aa , sans 
dire qu'il corrige ainsi le texte, comme Graetz (Monatsschrift, 1884, 
p. 547) l'avait déjà fait 1 (comparer pour ce passage les remarques de 
Bùchler dans J. Q. R., XIII, p. 720, et mon explication, ibid., XIV). 

De même que Halévy dédaigne, pour la constitution du texte, de 
se servir des ressources qu'il a à sa disposition, de même, dans une 
question de géographie talmudique, il dédaigne de recourir à un 
moyen d'information qui s'impose, à savoir la topographie réelle. Il 
cherche à déterminer par la dialectique la distance des villes de Sep- 
phoris et de Tibériade sans en vérifier le résultat à l'aide de la réa- 
lité, qui ici n'est nullement enveloppée de mystère (p. 72 et suiv.). 
Nous avons vu plus haut que Halévy a usé du même procédé (p. 369) 
en émettant, pour appuyer ses thèses et contrairement aux témoi- 
gnages historiques, qu'il y a eu plusieurs généraux, oppresseurs des 
Juifs palestiniens, qui portaient le nom d'Ursicinus. 

La chronologie de la période des Amoraïm qui est, comme on sait, 
une construction chancelante, sans bases solides, est corrigée sou- 
vent par Halévy ; mais là aussi, il faut lui reprocher diverses asser- 
tions arbitraires. La seule date fixe que nous possédons pour la chro- 
nologie des Amoraïm palestiniens, à savoir l'année de la mort de 
Yohanan (590 des Séleucides = 279 de l'ère vulgaire) et que Sche- 
rira a puisée dans des notices des écoles babyloniennes, n'est pas 
admise par Halévy , parce qu'elle est en contradiction avec ses 
théories sur l'époque d'autres Amoraïm. Il corrige chez Scherira 
y"pn en U"2pn (p. 310), mais ne tient pas non plus cette date (599 == 
288) pour juste, car il dit (p. 309) que Yohanan est mort vers 290 
('3 û^sbN /ta i rtiîB "p^a). Mais il allonge également la vie de Yohanan 
dans l'autre sens. En effet, d'après lui (p. 212) Juda I est mort en- 

1 Toutefois mD"Vp, chez Halévy ne peut guère être qu'une faute d'impression, 
car à la page suivante nous trouvons la leçon ordinaire rVPTp. 



BIBLIOGRAPHIE 149 

viron vingt-cinq ans avant 219 (530 des Séleucides, date connue de 
l'arrivée de Rab en Babylonie), donc vers 4 94 (dans un autre pas- 
sage, p. 308, Halév3' met la mort de Juda I entre 4 90 et 4 95) et Yoha- 
nan à la mort de Rabbi avait environ quinze ans, donc il doit être 
né vers 4 80 et a atteint ainsi un âge de cent dix ans. Or, si Yohanan 
avait eu une longévité aussi extraordinaire, les sources talmudiques, 
qui parlent de lui plus que de n'importe quel docteur, n'auraient pas 
manqué de mentionner ce fait. 

Une autre date à peu près fixée dans la chronologie des Amoraïm 
palestiniens perd sa valeur chez Halévy, c'est le séjour du général 
Ursicinus en Palestine. Il est historiquement établi que ce séjour 
eut lieu dans les années 354 et suiv. D'après Halévy, à l'époque d'Ur- 
sicinus, général de Gallus, le seul qui soit connu dans l'histoire, 
l'activité des écoles palestiniennes prend lin. Les années d'environ 
320 à 354 sont, pour lui, la clôture de la période des Amoraïm en Pa- 
lestine (p. 351 : t^iruz: i^p trcba 1 iy 's û^sb» ,h z *py yn Jûtîta. 
bfcW* ynK3 D'wnioNïï ^ tpo ^-ns). Il resserre dans ces années 
tous les docteurs auxquels jusqu'ici on assignait la seconde moitié 
du iv e siècle et parmi lesquels il passe sous silence, par exemple, un 
homme aussi important que Tanhouma, quia fait époque dans la 
littérature midraschique. Il paraît de prime abord impossible de ré- 
duire ainsi la période des Amoraïm de la Palestine (voir aussi p. 26), 
ce qui amène à admettre des généraux plus anciens nommés Ursici- 
nus, et les raisons que l'auteur invoque pour soutenir cette théorie 
ne peuvent être que spécieuses. Ce n'est pas ici le lieu d'y insister; 
mais il est certain que Halévy n'a pas utilisé complètement les ma- 
tériaux concernant les derniers Amoraïm de la Palestine, que son 
exposé présente, par suite, des lacunes et ne peut pas servir de 
norme, pour déterminer comment les docteurs se sont succédé et 
lesquels ont été contemporains parmi les halachistes et les agadistes 
du iv e siècle. Pour ne relever qu'un seul point, ce que Halévy dit 
des docteurs de Gésarée fHD^p 1 ! P^n) peut être complété essentiel- 
lement par l'article que je leur ai consacré dans la Monatsschrift, 
4901, p. 298-310. 

En indiquant maintenant pourquoi l'œuvre de Halévy, en dépit de 
tous ses défauts et de toutes ses fantaisies, doit être reconnue 
comme une production extraordinaire, enrichissant d'une manière 
peu commune la science juive, je rappelle de nouveau qu'on n'en 
pourra apprécier les idées fondamentales et juger les opinions sou- 
vent éloignées des conceptions traditionnelles, que lorsque le pre- 
mier volume de l'œuvre aura paru. C'est seulement par le contenu 
de ce volume que l'on comprendra une grande partie de ce que pré- 
sente le second volume, surlout dans les chapitres du début. 

Le mérite de Halévy consiste surtout à avoir étudié à nouveau 
l'histoire des écoles palestiniennes et babyloniennes et de leurs prin- 
cipaux membres et a avoir soumis ces sources à un examen ap- 
profondi. Les matériaux qui doivent servir à déterminer l'époque 



1150 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de ces écoles sont extrêmement difficiles à utiliser. Les périodes 
des Tannaïm et des Amorïm n'ont pas de cadre chronologique 
solide, et l'on est obligé de recourir à des points de repère pris 
au dehors. Une quantité de personnes portant le même nom n'ont 
pas de signes distincts et, en raison de la manière dont les écrits 
talmudiques sont composés, les noms et les relations provenant 
de plusieurs siècles sont présentés pêle-mêle. Cet état des 
sources a suscité des difficultés les plus diverses à ceux qui en 
ont tiré des travaux de critique et des exposés, et si le mérite de 
ceux qui ont abordé avec succès ce domaine en est plus grand, 
ils courent aussi plus de risques de se tromper. Nous avons dit 
au début que l'auteur qui a le plus récemment écrit sur l'époque 
talmudique n'a rien su dire du mérite de ses prédécesseurs, mais 
qu'il met en relief leurs erreurs, et les critique de telle sorte que 
son livre devient un acte d'accusation dressé contre toute la science 
moderne de l'histoire juive. Toutefois ce manque absolu d'égards 
dans les parties négatives et critiques de son livre ne diminue pas 
la valeur de la construction positive de l'histoire qu'il a édifiée. La 
partialité dont il fait preuve vis-à-vis de ses prédécesseurs ne nous 
autorise pas à dénier à son œuvre la reconnaissance qui lui est due. 
On doit avouer que, de fait, Halévy a indiqué de nombreuses et 
grosses erreurs dans l'exposé et l'argumentation de ses prédéces- 
seurs, et qu'il a montré comment ils ont assez souvent mal inter- 
prété les sources et les ont incomplètement mises à profit. Ensuite, 
et c'est en cela que consiste la principale supériorité du travail de 
Halévy, il s'entend à reconstruire l'histoire de la période talmudique 
en tirant de nouvelles pierres des nombreux matériaux dont il dis- 
pose et qu'il arrange avec habileté. C'est sur quelques-uns de ces 
résultats nouveaux que je veux brièvement attirer l'attention en 
terminant ce compte rendu, sans vouloir en faire la critique. Ce sont 
des thèses et des explications qui ne résistent pas toutes à un juge- 
ment approfondi, mais qui, alors même qu'elles ont une valeur infé- 
rieure, poussent à étudier la matière de plus près et auront pour 
conséquence d'amener un examen plus approfondi des sujets en 
question. 

Avec Juda II, petit-fils de Juda I, la période tannaïtique est close 
(p. 19 et suiv.). — Relation des premiers Amoraïm avec la Mischna 
(p. 21 et suiv.). — Signification du terme l^mm dans la tradition 
tannaïtique, mis en rapport avec la clôture officielle de la Mischna 
(p. 42 et suiv.)- — Originalité plus grande du texte des traditions 
conservées dans le Talmud de Babylone vis-à-vis du Talmud pales- 
tinien (p. 45). — Cessation des taqqanot admises universellement 
avec la fin de la période des Tannaïm (p. 48). — Différence entre le 
Talmud de Jérusalem et le Talmud de Babylone pour la désignation 
de Juda I et de Juda II, son petit-fils (p. 49). — La signification de 
h m rr*n (p. 70). — Le rapport de Juda I avec la Mischna (p. 56 et suiv.; 
90 et suiv. ; 117). — L'ancien texte de la Mischna (p. 90). — Les Ba- 



BIBLIOGRAPHIE 151 

raïtot comme explication de la Mischna (p. 419 et suiv., 120 et suiv.), 

— De l'accord du Talmud de Jérusalem avec celui de Babylone 
(p. 140 et suiv.). — L'érudition des écoles babyloniennes au temps 
des Tannaïm (p. 467 et suiv.). — Les Tannaïm babyloniens (p. 189). 

— L'érudition des écoles babyloniennes au temps des Tannaïm 
(p. 467 et suiv.). — Les Tannaïm babyloniens (p. 489). — Sur Tin: 
8W dans le Talmud (p. 209). — Le séjour de Rab en Palestine après 
la mort de Juda I (p. 218 et suiv.). — Samuel et Rab (p. 220). — 
L'Amora babylonien Assi (p. 236 et suiv.). — Deux Amoraïm du nom 
de Zeïra (p. 4 42 et suiv.). — Les archives des exilarques (p. 254). — 
L'école de Yannaï (p. 274 et suiv.). — Sur les différences dans la ma- 
nière de nommer ceux qui rapportent les halachot (p. 296). — Res- 
semblance dans l'enseignement des écoles supérieures de la Baby- 
lonie et de la Palestine (p. 310). —Sur l'expression K3^n anima dans 
le Talmud de Jérusalem (p. 322 et suiv.). — Eléazar b. Pedath et 
Simon b. Elyakim (p. 331 et suiv.). — Zeïra le jeune (385 et suiv.). — 
Relations de l'école de Rab avec Samuel après la mort de Rab (p. 409). 

— Machouza et Nahardéa (p. 416). — Relations de Juda et de Nah- 
man avec Houna à Soura (p. 418 et suiv.). — Sens des expressions 
*71M93, bisbs (p. 424 et suiv.). — Rapports étroits entre les écoles de 
Palestine et celles de Babylonie (p. 472,482 et suiv.). — Sens de 
l'expression "6 NU51D?: ^mh (p. 485). — Soura et Poumbedita 
(p. 493 et suiv.). —Apologie de Papa (p. 508 et suiv.) — Amémar 
(p. 515 et suiv.). — Les deux N3!"!i m (p. 518 et suiv.). — Carac- 
tère littéraire du Talmud de Jérusalem (p. 528 et suiv.). — Ra- 
bina, l'élève de Raba (p. 540, 543 et suiv.). — Aschi, contemporain 
de Raba (p. 546). — L'enseignement babylonien devant Aschi (p. 551 
et suiv.) — Rédaction successive du Talmud (p. 558). — Contempo- 
rains de Aschi (p. 572 et suiv.). — Mata Mehassya et Soura (p. 596). 

Cette énumération des sujets que traite Halévy, soit en usant de 
matériaux plus complets qu'on ne l'a fait avant lui, soit en introdui- 
sant de nouveaux points de vue, peut servir à compléter la courte 
table de matières que nous avons donnée plus haut. On peut dire 
de l'œuvre qu'elle est écrite studio sed non sine ira. Si l'on passe les 
sorties irritées et, par conséquent, injustes qu'il dirige contre les 
hommes de haut mérite qui ont jusqu'ici exploré le domaine de 
l'histoire talmudique, on lira ses recherches avec un intérêt soutenu 
et un grand profit. 

Budapest. 

W. Bâcher. 



152 REVUE DES ETUDES JUIVES 



Bâcher (W.). Ein kebruisch-persisches Worterbuch au«* déni 

XIV. Jalirliumlert. Budapest, 1900 ; in-8° de 135 + 76 p. 



Il y a quelque temps déjà, utilisant un ms., à la vérité incomplet, 
de la bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg, M. Bâcher avait 
publié quelques articles sur un dictionnaire hébréo-persan d'un cer- 
tain Salomon b. Samuel {Zeitschrift fur alttestamentliche Wissensckaft 
de Stade). Grâce à l'obligeance du célèbre bibliophile M. Elkan 
N. Adler, M. Bâcher a obtenu quelques fragments de l'ouvrage qui 
comblent heureusement les lacunes du ms. de Saint-Pétersbourg. 

Maintenant qu'on possède l'ouvrage en entier, M. Bâcher consacre 
à l'auteur et à son écrit une de ces monographies dont il est coutu- 
mier et qui font admirer chaque jour davantage son infatigable et 
féconde activité. 

Après quelques remarques sur les divers mss., vient la biographie 
de Salomon. Du temps de cet auteur la paix régnait généralement 
dans l'empire des Mongols; au cours de différents voyages, il fit 
connaissance avec les Ougoures et les Ghatayes, qui étaient convertis 
au bouddhisme et dont le pays était probablement le Turkestan 
oriental, au nord de l'Inde. Il est intéressant, à ce propos, d'observer 
que Salomon identifie les idoles des temples bouddhiques avec le 
Nemrod de la Bible. En raison des clochettes fixées aux idoles, il 
appelle le pays habité par ces tribus û^533 bttbil ynN (faisant allu- 
sion à Is., xviii, 1) ; par Kousch, il entend l'Inde voisine. 

M. Bâcher, après avoir relevé ces détails anecdotiques, s'occupe 
des connaissances linguistiques de Salomon : outre la langue persane, 
sa langue maternelle, il possédait très bien l'arabe, pour laquelle il 
emploie la désignation de Tâzi, usitée en Perse. Il devait également 
entendre le syriaque et un peu le grec. 

Pour ce qui est des ouvrages dont s'est servi Salomon, il faut citer, 
en dehors de la Bible, du Targoum, du Talmud et du Midrasch, les 
Halakhôt Guedolot, le livre de Ben Sira , une « Chronique du se- 
cond Temple » , qui probablement n'est qu'un extrait du Yosip- 
pon, le « Livre Asaph », écrit médical, que David Kimhi mentionne 
également dans son Comm. sur Osée, xiv, 8, enfin plusieurs autres 
écrits anonymes. 

Le dictionnaire, fait avec soin, au moins en ce qui concerne 
la disposition, monlre dans l'utilisation des sources diverses inexac- 
titudes et manque d'esprit critique. Une des curiosités du sys- 
tème de l'auteur, c'est la mention, à propos d'un mot, du plus 
grand nombre de significations possibles; dans la section VI, 
M. Bâcher cite comme exemples les articles T et ïiW9. L'auteur 
s'applique beaucoup à l'étude des synonymes. Dans la section VII, 



BIBLIOGRAPHIE 153 

l'éditeur traite des comparaisons que l'auteur fait de l'hébreu avec 
.le néo-hébreu, l'hébreu-araméen et l'hébreu-arabe. Particulièrement 
intéressants sont les mots, très nombreux et autrement inconnus, 
dont certains, sans doute, ne sont dus qu'à une transcription diver- 
gente. Une partie s'explique aussi comme emprunts au syriaque, au 
grec, au persan et à l'arabe. 

Après une esquisse (section IX) des connaissances assez pauvres 
de Salomon en matière de grammaire, M. Bâcher s'occupe, dans le 
x e chapitre, des variantes du texte biblique qu'on rencontre dans le 
dictionnaire, mais qui, pour une part, doivent être attribuées à son 
inexactitude. Cependant certaines de ses leçons se retrouvent dans 
la Septante et dans certains mss. Le chap. xi traite des variantes du 
Targoum. Le chap. xn, qui clôture la première partie, rassemble 
l'interprétation de divers passages bibliques. 

Dans la deuxième partie, en hébreu, M. Bâcher relève d'abord 
quelques articles du lexique, puis des explications de mots bibliques, 
des exemples de simples observations lexicologiques, de synony- 
mique, d'étymologie, de transposition par métathèse. Une troisième 
partie est relative à la lexicologie talmudique. La quatrième partie 
relève 1089 mots qui ne se trouvent que dans le dictionnaire de 
Salomon — mttbja mb?a — dont la signification est acquise grâce 
aux explications persanes que fournit l'auteur. M. Bâcher accom- 
pagne régulièrement les termes persans de gloses latines. 

Tel est le rapide sommaire du contenu de l'important écrit que 
vient de publier M. Bâcher. L'excellent savant voudra bien nous 
rendre accessible l'ouvrage entier, qui marque une grande érudition 
et un effort véritablement scientifique chez Salomon. 

L'ouvrage de Salomon ben Samuel est intéressant à divers titres : 
il nous fait connaître un représentant de la science juive dans une 
contrée éloignée, où se propagea fort tard l'activité intellectuelle, 
qui sous l'influence arabe-islamique s'était développée dans d'autres 
pays. Ce qui, par-dessus tout, est remarquable, c'est l'essai que 
Salomon a fait de la comparaison des langues, à l'aide du néo-hébreu- 
araméen et de l'arabe, arabe qui influe sur sa manière d'écrire 1 . 
Salomon signale une quantité de précieuses analogies qu'on ne re- 
trouve pas chez les auteurs connus et qui aident puissamment à 
l'intelligence du texte biblique'. A côté de la métathèse, il se sert 

1 Outre l'arabisme rTi££p (p. 25, note 3), pour « s'exprimer clairement et correc- 
tement • , signalé par Bâcher, nous mentionnerons l'expression 1j?2?3T, par quoi 
Salomon indique que le mot mentionné se rattache à un mot déjà désigné plus haut 
(Bach., p. 53, note 3, à la fin), qui correspond tout à fait au terme arabe H27jT, 
employé par les écrivains arabes. Citons également 'yi = "v^n « il pense, c'est- 
à-dire ». 

* M. Bâcher cite des comparaisons de l'hébreu biblique avec l'arabe, p. 69 et suiv. 
Cf. l'introduction de mon article sur la philologie comparée hébr. -arabe de Juda ibn 
Koreisch [Monatsschrift, XLV1II, p. 491 , 3). — Quelques remarques à propos des cita- 
tions de M. Bâcher (H. == partie hébraïque ; B. = la l r « partie.). H., p. 17, note 16, 
on explique nb 1 !, Caut., vu, 6, comme désignant la partie de la tête où se trouve 



1S4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de certaines permutations de sons peu ordinaires que nous ne sau- 
rions que difficilement admettre 1 . 

Nous nous proposons de compléter les observations de Bâcher 
pour ce qui concerne les sources de Salomon et ses rapports 
avec les autres auteurs. Nous négligeons la question de savoir si 
tous ces lexicographes lui ont servi de sources directes ; nous ne mar- 
querons donc les points de contact et de concordance que d'une 
façon générale, surtout pour quelques auteurs plus récents. 

\ . Talmud et Midrasch. 

Outre les emprunts cités par M. Bâcher ■, il faut considérer comme 
tels l'explication de certains noms propres * qu'il a tirée de l'Agada 
même K ou de Raschi 5 . Notre auteur a pu avoir sous les yeux des ver- 
sions à nous inconnues, ou bien il a pu se tromper dans ses citations. 

Ainsi, pour le nom de a&ttiN, qu'il explique ainsi : a&o b3>ab HN 
trsa hy aa anna dbasb, tandis qu'il est dit dans Sanh., 102 b, et dans 
Yalkout sur le livre des Rois , § 207, 'lin û^aana nna3>b a&o MN 
ibv i-rab na a^nan t^Etab (Prov., xvn, 47) 6 . 

A remarquer l'explication de "jttïi comme signifiant TWtta $*\ 
par allusion à aaittîi (Ezéch., v, 7) T , qui ne se retrouve, à ma con- 
naissance, dans aucun ouvrage midraschique ; de même pour S^p 
(Gen., xxxviii, 5), que Salomon explique par tibuî !ia lbi3U5 "p* 
-tfjnb ib^auja aîau) 1 ; de même encore pour ïiafcbœ, par lequel mot 

le cerveau, tpafi hî)2 KtU31 "nbn t<^Ti "tt nbl Nnp21 ; on le rapproche de 

ïibl « élever • et on le compare, dans le sens de crâne ^pTp, avec l'arabe ïïbl. 

Quoique le mot ressemble à l'arabe b"T dans le sens de « crâne », d'après 
M. Barth il n'a rien à faire avec l'arabe dans le sens de « élever », pas plus 
qu'avec l'arabe btfb'T ou bb*7 cité par Ibn Koreisch, Ris,, 69, 16, Ibn Djanah, 
Dict. x 159, 16, et Abr. ibn Ezra, dans le sens de « boucle » ; cf. Goldziher, dans 
Bâcher, Abr. ibn Esra als Grammatiker, p. 165, s. v. La version de Saadia 
du Cantique des Cantiques (éd. Merx, p. 33) a 'TON'"! ^ND niNI, dont le sens est 
« lever la tête », mais aussi « caqueter », comme me le dit M. Barth. Remarquez 
aussi l'observation du commentateur anonyme du Cantique dans Mathews [Stein- 
schneider-Festschrift, partie hébraïque, p. 182) : 'ba «"X'Hïa ï"Pl?tt} PJ^bp !"IT 
in an blD 1fa**0 y"y nb'lïl "1525- Le terme français est, d'après Mathews, p. 239 : 

« tresse •. — Dans Bâcher, p. 79, Vn^î "^a (Job, xli, 26) est expliqué par y*a\23 
a. s'élever». Joseph Kimhi l'explique dans le même sens, mais d'après l'araméen, 
Sabbat, 62b (cf. mon édition des Fragments du commentaire de Jos. Kimhi sur Job, 
dans la Revue, XXXVIII). 

1 Par exemple, p. 70 : tlTÔft = ÏTPba ; mn3, Jos., vin, 16 = JT^. 

* P. 114-115. 
3 H., p. 18. 

* Ibid., le nom de ^3ta, Nombres, xxv, 15, d'après Sanh., 82 b. 

5 Ainsi les noms de TlW, Gen., x, 8; ÏT"|D1D, Ex., i, 15. 

6 Sur nN, cf. Raschi, dans le Talmud, ad loc. 

7 Dans H., I. c, il y a par erreur Ez., xx, 7. 

8 Cf. les différentes explications dans Raschi, ad l., et l'édition de Raschi de 
Berliner, Appendice, p. 365. L'explication qui se rapproche le plus de celle de Sa- 
lomon est celle de Tobia b. Eliézer, Lékah Tob (éd. Buber, p. 192) ; cependant les 
noms y sont interprétés en rapport avec la vente de Joseph. 



BIBLIOGRAPHIE 155 

Onkelos traduit le nom de mp (Nombres, xxiv, 21), et qui est ex- 
pliqué par : bttb btrw fo tnbttJ tojib. Ajoutons encore que Salo- 
mon, à propos du nom de yny* (I Chr., iv, 9), donne l'explication 
fournie par la Bible même. 

2. Saadia*. 

Parmi les explications de Saadia citées* et utilisées 5 par Salomon, 
signalons encore les suivantes : nn^ïi nb'W (Ps., xxn, \) k signifie 
« la force du matin » — ^ifiobtt ïïip — ; Saadia le prend dans le même 
sens dans son commentaire. — Il fait dériver !"îD3 (Ps., lxxxi, 4) s de 
l'araméen ; ce mot signifie « jour d'immolation »; cf. ïinos (Ez., vu. 
18) •. Saadia en donne exactement la même explication, ad. /., et à 
propos de Prov., vu, 20 7 . — ^53 (Ps., lxxx, 16)' signifie « rameau » 
— tp* — . Telle est aussi l'explication de Saadia 9 . — Pour ^mbDD 
(Is., xxxin, 1), Salomon donne en second lieu l'interprétation sui- 
vante : •"û'nûM» Va ^mbSD '731N u)«n, « car 'a et '3 peuvent per- 
muter. » Une glose du ms. de RoueD du dictionnaire d'Ibn Djanah 
attribue expressément cette opinion à Saadia 11 , bien que notre 
texte de la traduction de Saadia le prenne dans le sens de inttb 
« se fatiguer », ce qui se retrouve chez Salomon pour le même 
mot ". — npïib (I Sam., xix, 20) 1S doit s'expliquer par transposition 

1 Nous citons les passages par ordre alphabétique, conformément à la disposition 
de l'ouvrage. 

* Cf. B., p. 44 et suiv. 

3 Cf. les indications de Bâcher. 

* B., p. 129, ad. I. 

5 Cf. la critique de Dounasch suï Saadia, n° 100 (p. 26-27), Ewald et Dukes, 
Beitrâge, I, p. 24. D'après M. Sylvain Lehmann, de Berlin, qui prépare une édition 
des chap. xx-xr.i de ce commentaire, l'original du ms. de Munich est ainsi conçu : 

ribsb V2 t-*pnra bsaba* nbsù iï«b nàsba ^batt nnptt nV»K moD 
Nb «mba àiàttbx rtabba naao t^tabn s-ïpNt: *M ^ba mbnn b\* 

' ' T T V 

*WDbN ybUft nbï? Tàfi&M rrpNU bipn "JN "{Onnon. D'après cela, Saadia s'ap- 
puie sur l'arabe pour traduire « lever » au lieu de « force ». D'après B., p. 129, Sa- 
lomon entend autrement ce passage. 

6 Cf. B., p. 126, sur Ez., vu, 18. 

7 Ainsi dans Saadia sur Ps., lxxxi, 4 (ms. de Munich, cod. ar. 236, fol. 60 a), 

dans la traduction ÏTTBit et dans ' e commentaire, ibid. : NDOID3 H3T ÛlJnn "J&O 
OIS'n uniai ^b"im. Prov., vu, 20 (éd. Der., p. 44), il y a également tZ5"P 

Yrôtb'K; cf. Der., ibid., note 1. 

8 H., p. 20, no 32. 

9 Cf. Ewald et Dukes, I, p. 57, et Ibn Djanah, Dict., 324, 2-4. 

10 H., Le., n°33. 

11 Cf. glose 87, dans Ibn Djanah, Dict., 437, et Isaïe, éd. Der., p. 48, note 11. 

A remarquer que le glossateur dit ici : nb^p Niïl « celui-là dit », par où il enteud 
sûrement le commentateur. Cf. aussi ses autres renseignements sur la traduc- 
tion et l'explication par Saadia de ûbl3)2 (Job, xv, 29) avec le texte de la traduction 
et du commentaire dans l'éd. de Bâcher, p. 51, et avec ce que publie Ewald, dans 
Beitrâge, p. 95, des trois versims du ms. d'Oxford. 

11 Cf. Isaïe, éd. Der., I. c, et H., p. 21, note 8. 

J » H., p. 21, n°s io et 17. 



156 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pour nbîip, dans le sens de rr^N^i « assemblée, réunion » ; le Tar- 
goum le rend par n^o. C'est là une opinion souvent exprimée par 
Saadia *. 

3. Haï Gaôn. 

Salomon a utilisé son commentaire de la Mischna ', comme le 
prouve , par exemple , l'explication qu'il donne de bnnn (Job , 
xxn, 6) dans le sens de « corrompre, gâter, ruiner' ». Cette 
façon d'entendre ce mot n'apparaît que dans le Hâwi de Haï, qui 
rend ainsi *jb "isbnn binn (Néh., i, 7), en mettant à contribution la 
langue arabe 4 . 

4. Ibn Djanah. 

Salomon ne cite nulle part cet auteur, mais il a sûrement connu 
son œuvre 5 . Ajoutons aux citations de M. Bâcher* les suivantes: 
trb^K (Ex., xxiv, 11 7 ) sont, d'après la racine bjfcN, « ceux qui ont 
été séparés pour l'initiation », suivant l'explication étymologique 
qu'en donne Ibn Djanah 8 . — Le 1, dans tûl? pttîtt'm (Amos, m, 12) 
= nizîN 9 . C'est aussi l'opinion d'Ibn Djanah, qui rappelle le "H ara- 
méen et l'arabe ,0 . — 133?"» (Osée, n, 23) ll signifie « faire pleuvoir » ; 
ï"J3rn (iô., v. 24) signifie « faire croître ». Nous ne trouvons celte in- 
terprétation que chez Ibn Djanah, qui s'appuie sur l'arabe ll . 

5. Raschi. 

Salomon le cite expressément 13 . En dehors des passages signalés 
par M. Bâcher, nous mentionnerons l'explication de tfîpb (Amos, vu, 
1) « regain » : ïTvatpfil nr^tt ^na nbi^n «im. Les deux interpré- 
tations se réfèrent au Targoum u . 

I Cf. Saadia dans le com. sur i)TÛ (Ps., xxn, 16) publié par S. Baron, Saadia 
Al-Fayûmis arab. Psalmennebersetzung nebst Comtn. Ps. 50-72, Berlin, 1900, 
p. 64, note 5, et, en outre, dans le comm., sur "^53?^^ (Ps.,lxxii, 16),.t#.,p. xxvm : 

bntt (• être riche ») niD^n ÛNptt Nmbptt i""T3Nb NN35 115*^ nbw 
'rb'î MDU5NT b^îpT npïlb. Cf. aussi la glose marginale 13, dans Ibn Djanah, Dict., 

347, ripiâ im nbnp bn». 

3 Cf. Bâcher, p. 46. 

3 L. c, p. 133. 

4 Cf. l'original dans mon étude sur Ibn Baroûn, Revue, XLII, p. 144. 
s Cf. Bâcher, p. 45-46. 

6 Cf. ses observations sur les extraits des explications bibliques de Salomon. 

7 H., p. 17, n« 10. 

• Cf. Ibn Djanah, Dict., 66,30-31 (trad. hébr., éd. Bâcher, p. 45). 
9 Bâcher, p. 127. 

10 Cf. Rikma, éd. Kirchheim, p. 33-34 ; cf. aussi Munk, Commentaire de R. Tan- 
houm sur Habakouk, Paris, 1843, p. 100-101. 

II Bâcher, p. 126. 

li Cf. Ibn Djanah, Dict., 537, 15-16, et ibid., 22-23 (trad. hébr., p. 377-87). 
13 Cf. Bâcher, p. 44etsuiv. 
14 Cf. Bâcher, p. 127. — Ibn Djanah, Dict., 359, 6-7, met ce mot en rapport avec 



BIBLIOGRAPHIE 157 

6. Ishakibn Baroûn (commencement du xn e siècle). 

Salomon est d'accord avec cet auteur pour l'explication de ûtwn 
(Is., xv, 8) ' = û^N « réservoir ». Autant que je sache, Ibn Baroûn 
est le seul à expliquer ce mot ainsi d'après l'arabe, à propos de 
bù ibaa (Job, xxxviii, 28)'. 

7. Joseph Kimhi. 

Salomon regarde comme transitifs et intransitifs les termes d^n«b 
et I73£3>b 3 , particularité propre à Joseph Kimhi *. — Les mDOM "6*3 
(Koh., xii, 11) 8 sont les membres d'assemblées savantes ; c'est aussi 
l'explication de Kimhi 6 . — "Oatt (Job, xxviii, 11) signifie: "p^tt rv*03 
hTlïT5?l f ; il compare le cours du fleuve aux larmes répandues par 
les yeux, selon la même étymologie que Kimhi 8 . — bsna (Job, xiv, 18) 
signifie « grand », de même trbisa (Gen., vi, 4) 9 ; c'est l'explication 
de Kimhi ,0 . 

8. Abraham ibn Ezra. 

Dans bTP ûtftt (Is., xliv, 14) ", ùttJi a le sens de « corps », comme 

IDIpbw, parce que cela croît grâce à la pluie tardive, et il cite (ib., 10-12) comme 
analogie arabe, pour la désignation des plantes, le mot 1*73 « humidité, pluie », 

parce que celle-ci en est la cause : fWOb "H3 N^tf nNS3 m^ba ÏTiEOn 
"mfàbitfdT ï"n. L'auteur de cette explication est Saadia, qui, dans le comm. sur 
Job, ix, 4 (éd. Gobn, p. 32), fonde sa traduction de aab par Uby « savoir », sur 

T" _ . , W, 

ce que le cœur est le siège de la connaissance, en disant : "JD072 abp5N "JÊO 
"H5 r-NDSbN m?bN ^5on N^SI Eab^btf De même, il dit, à propos de 
Prov., xv, 32, ab (éd. Der., p. 82) : rtîQSttbN apb \0* îia to£b 

^-îiaabN a-i^ba rSon r-osa nbpba *b nbnn ->n in abpbaa 

Î^EObtf \Ï2 ïlblTSb ^NttO- Cf. Mehren, Rhetorik der Araber, p. 80, n° 6. 
D'autres emploient ce mot dans le même sens : David b. Abraham chez Pinsker, 
Likkouté Kadmoniot, p. 165, et un lexicographe anonyme, ib., p. 229, où il est 
dit : ïinbS DONa "nablS ï"rnDn. — Ibn Ezra l'entend comme Ibn Djanah, tandis 
que David Kimhi dit : ■ibJQÏl TO3 IZJpb S*np3 rwnn«a NXI^n aUi*n 
lïîTpbfa "ITnnNïl, ce qui sans doute repose sur une manière erronée de comprendre 
Ibn Djanah. 

1 Bâcher, p. 123, et ib., note 3. 

2 Cf. Mouwazana, éd. Kokowzolf, p. 27, s. v., et Bâcher, dans la Z.A. T. W. de 
Stade, XIV, p. 244. 

3 Bâcher, p. 98. 

*• Cf. mes études sur Joseph Kimhi, dans la Monatsschrift, XLI, p. 85, où il 
faut ajouter le commentaire de J. Kimhi sur Job, dans Schwarz, 1251DN mpD, 
p. 161. 

5 Bâcher, p. 125. 

6 Séfer Hagalouy, p. 27. 

7 Bâcher, p. 123. 

. 8 Séfer Hagalouy, p. 74, s. v. *T3, Cf. mes observations dans Monatsschrift, XL, 
p. 370. ' 

9 Bâcher, p. 118, sur b^b, Nombres, v, 22. 

10 Cité par Jacob Ascheri dans le commentaire sur le Pentateuque, Gen., vi, 4. Cf. 
mes remarques dans Monatss., I. c, p. 310-311. 

11 Bâcher, p. 125. 



158 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'arabe boâ; cette interprétation ne se retrouve que chez Ibn Ezra 1 —, 
Salomon a peut-être emprunté à ce même auteur les explications sui- 
vantes que celui-ci n'a pas adoptées: awN (Deut., in, 4) ressemble 
à inn « motte 1 » (Job, xxi, 33); c'est donc npaTTOÎ"! ynN et une 
partie du pays de "jbu, ainsi appelé : marnât Nbtt Nimzs "^Dtt. Ibn 
Ezra, Deut., /. c., rejette cette interprétation comme forcée, *]~\1i 
îipim 3 . — ^tfîn UJOT (Ex., x, 21)*. Il faut rapprocher UiTTl de ttîttN, 
ce qu'Ibn Ezra déclare inadmissible. 

9. David Kimhi. 

Voici quelques points que notre auteur a en commun avec cet 
exégète : TlOttJINntt (Is., xlvi, 8) 5 signifie : « ressaisissez-vous! »; 
David Kimhi déclare que c'est son opinion personnelle 6 . — "03 (Job, 
xxvin, 11) signifie « l'égouttement de la pluie 7 », ainsi que l'ex- 
plique David Kimhi 8 . 

Enfin, il nous reste à signaler les points de contact de Salomon 
avec le karaïsme, qu'il a sûrement connu 9 . Dans les morceaux que 
nous avons sous les yeux, Salomon l'a suivi pour l'interprétation de 
trois passages bibliques. Outre les passages mentionnés par M. Bâ- 
cher — "H3 (Ex., xxiii, 19) dans le sens de « doux !0 », "m* Dnb (Deut., 
xvi, 3) dans le sens de « pain d'orge " », d'après Anan li — , Salomon 
explique le 'à dans lima (Deut., xxv, 4) ,3 dans le sens de tnaa 
c avant », comme dans MNiaa (Lév., x, 19), aaba^a (Nombres, xv, 
19), mb*a (Juges, xiii, 20), irom (Prov., vin, 27) u . Pour ce qui 

1 Bâcher, Abraham ibn Esra als Qrammatiker, p. 165, s. v. 

* H., p. 17, n° 11. — Salomon entend donc par ">a;n (Job, xxi, 33) et Û^351 
[ib. t xxxviii, 38) des mottes de sable. Ainsi l'expliquent à l'encontre d'Ibn Dja- 
nah, Dict., 663, 18, Ibn Baroûn, Moutv., p. 88, s. v., et Ibn Ezra, qui le rendent 
par l'arabe !"iaÎH ; Samuel ibn Masnouth, Comment, de Job, « Mayan ganim », 
dans les deux passages (éd. Buber, p. 69 et 26) ; cf. surtout p. 126 : fc^ïTtïî yiNÏII 

a«in ni? yi^ba ïib f-mp ttmft "hm imio mrrn "isr. 

3 Cf. aussi Bâcher, Abr. Ibn Esra als Grammatiker f p. 161, s. v. 

* H., p. 22. nM1. 

5 Bâcher, p. 125. 

6 Cf. *£., note 2, et mes observations dans Monatss., I. c, p. 370, note 3. 

7 Bâcher, p. 123, note 4. 

8 Dict., s. v. Cf. aussi Monatss. , l. c, p. 370-71, note. Ainsi l'explique encore Ze- 
rahia ben Schaltiel de Barcelone, dans son commentaire de Job, ad l. (Schwarz, mpn 
12513N, p. 227). Citons un autre point de contact entre Salomon et Zerahya : Salo- 
mon (Bâcher, p. 123) explique (Job, xi, 12) aia5 comme étant le contraire de D1Ï2N 
« bouché » : nb b?a !"PÏT nms» 1Z5"W; cf. Zerahia, ad l. (I. c, p. 222) : ÛINH 

aab^ ï-naan bapb bibn labrai "pa^n. 

9 Cf. Bâcher, p. 15. 

10 Bâcher, p. 117, et ib., note 7. Cf. le court commentaire d'Ibn Ezra sur l'Exode, 
ad l. (éd. Prague, p. 68). 

11 Bâcher, p. 92, n° 767. 

12 Cf. té., note 1. 
* 3 H., p. 23, n<> 3. 

'* Sur ce passage, cf. le commentaire du pseudo-lbn Eeiq édité par Horovitz 



BIBLIOGRAPHIE 159 

est de ito^a, Abr. ibn Ezra en repousse expressément l'explication 
comme étant celle des D^tfîTDtt, des Karaïtes. 

Il est donc probable que Salomon a connu le dictionnaire du ka- 
raïle David b. Abraham l . Peut-être lui a-t-il emprunté l'explication 
de !-j!"n (Prov., xvn, 22) comme désignant « le teint du visage * », 
explication qui, en dehors de Juda ibn Koreisch 3 , que notre auteur 
n'a sans doute pas connu, se retrouve seulement chez David b. 
Abraham, qui le compare à l'arabe î-jrn k . 

S. Eppenstein. 

(Francfort-sur-le-Mein, 1881) sur Prov., vu, 23, &bl*tt (p. 8), où le 'ft reçoit le 
sens de &nC33 , avec la remarque : 'isïi Ï1T •TTltt 1"nb*tt plDDÏlT 
T^nriN Û^NDHl. Saadia (éd. Der., p. 51) traduit le 'D du verset 27 et suiv. par 
y)2 « en même temps », comme il l'explique dans les passages du Pentateuque men- 
tionnés plus haut. 

1 Bâcher, p. 46. 

1 L. c, p. 131. 

3 Mis., p. 60, 17, et 92, 7-8, où l'auteur le compare à l'arabe in&Ù, ou plutôt 
ï"nÀ- Voir mon étude sur la comparaison de l'hébreu avec l'arabe dans Ibn Koreisch. 
{Monatsschr., ibid., p. 496, note 6). L'explication concordant avec celle d'ibn Ko- 
reisch, HisaL, p. 68, de Fn"UN (l Sam., n, 36) comme signifiant « prix, salaire », 
Salomon (Bâcher, p. 68, n° 2) l'a empruntée à Ibn Ganah, qui, d'ailleurs, la combat. 
Cf. mon étude, s. v. [Monatsschr., ibid., p. 495). 

4 Cf. Pinsker, Likkouté Kadmoniôt, p. 142. Cf. aussi Bâcher, dans l'appendice sur 
les comparaisons linguistiques d'ibn Djanah entre l'arabe et l'hébreu, p. 74, et mon 
observation dans l'étude sur Ibn Koreisch. Dans l'introduction [ibid., p. 491, note 3) 
je fais un rapprochement entre Salomon et David b. Abraham au sujet de l'expli- 
cation de inftnT (Job, xxxiii, 20) par l'arabe DÏ1T «dégoût ». 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



T. XLIII, p. 120. — Au lieu de maib» priSf , il faut sans Joute lire, 
conformément au texte de l'inscription portugaise, "1TY1573 pn^" 1 . Mal- 
(l)ogrado n'est pas un nom propre, mais signifie « privé » et ici « défunt ». 

— M. Kayserling. 

Ibid., p. 120. — Voir Publications of American jetvish historical Society, 
n° VII, p. 3, où l'on trouve un « Juan Pacheco de Laon, alias Salomon 
Macqorro ». — Richard Gottheil. 

Ibid., p. 127, note 3. — Au lieu de « 1639 et non 1636 », lire « 1839 et 
non 1836 ». — M. Kayserling. 

Ibid., p. 133. — J'ai publié, dans la Revue, la plus grande partie do la 
correspondance manuscrite de Jean Buxtorf fils avec les savants juifs. 
Cette correspondance est conservée dans la Bibliothèque de Bâle (G. 1). 
J'ai parlé aussi en détail des correspondants- C'est ainsi que j'ai donne' les 
lettres hébraïques de Jacob Roman (Revue, t. VIII, p. 87 et suiv.), d'Isaac 
Abendana (t. XIII, p. 273 et suiv.), d'Abraham Braunschweig (t. VIII, 
p. 84\ des Lettres de Gabriel Luria et de Jacob Hamel, de Léon Siaa, 
de David Cohen, de Lara, etc. Les lettres de SalomoD Gaï et de Florio 
Porto Cohen, ainsi que les deux lettres d'Emmanuel Porto (voir pour le 
détail Revue., t. XIII, p. 267) m'avaient paru trop insignifiantes pour être 
données en entier. Je m'étais donc contenté d'en indiquer le contenu et 
d'en reproduire le de'but (t. XIII, p. 261 et suiv.). La seconde lettre d'Em- 
manuel Porto commence par : b!D «"113 "îmtttZ)"* D*nn .^pisn ("00 non) ^O 
(D"m!M non) d*HW?l. La lettre hébraïque d'Hilaric Prache à Buxtorf, sur 
laquelle nous reviendrons prochainement, n'est pas dénuée d'intérêt. — 
Ibid., p. 134, 1. 2, il faut lire Dalnaki au lieu de Dalmaki. — M. Kayserling. 

Ibid., p. 158. — Lire : Mordecaï Noah, car Noah était un nom de famille. 

— Richard Gottheil. 



Le gérant : 

Israël Lévi, 



VERSAILLES, IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 



ANAN ET SES ÉCRITS 



Non seulement l'origine du Caraïsme, mais la personnalité même 
du fondateur de cette secte, Anan ben David, sont enveloppées de 
ténèbres qu'il sera difficile de dissiper entièrement, parce que les 
maigres renseignements qui nous restent sont tous influencés par 
l'esprit de parti. Les sources caraïtes (et les sources musulmanes 
qui en dépendent) appellent Anan le « chef de l'exil » (mba rcan), et 
l'exaltent comme ayant incarné toutes les vertus et fait triompher 
la vérité. Au contraire, les sources rabbanites l'accusent d'avoir 
manqué de piété et affirment que c'est par ambition déçue qu'il se 
révolta contre le judaïsme traditionnel et provoqua un schisme. 
Dans ces derniers temps, Harkavy ' a méthodiquement coordonné 
tous les renseignements qui nous sont parvenus et il les a soumis 
à un examen critique. La conclusion à laquelle il est arrivé, c'est 
que les documents caraïtes sont altérés à dessein d'une façon in- 
vraisemblable, que les documents rabbanites, au contraire, s'in- 
sèrent logiquement dans le cours des choses et peuvent, par con- 
séquent, revendiquer une plus grande vraisemblance. Ce sont 
d'abord ces diverses sources que nous allons examiner nous-mème 
très sommairement. 

Il va de soi que les Caraïtes ne peuvent pas admettre que le 

' Les recherches de M. Harkavy sur ce sujet ont été exposées avec le plus de 
détails dans son travail sur la secte caraïte, qui a paru, depuis 1896, dans la revue 
russo-juive : Woskkod, sous le titre : htoritscheskiye Otscherki Karaimstwa (Histoire 
abrégée du Caraïsme). Les trois premiers chapitres de cette élude, consacrés à l'ori- 
gine du Caraïsme, à Anan et à son Livre des Préceptes, ont été tirés à part, comme 
1 er fascicule (Pétersbourg, 1897, 61 p.). Harkavy a traité le même sujet plus suc- 
cinctement dans son travail : Zur Entstehung des Karàismus (dans l'Histoire deGraetz, 
vol. V, 3 P éd., Leipzig, 1895, p. 413-429), dans son article sur Anan dans: Jahrbuch 
fur jM. Geschichle ». Litteratur, IL (Berlin, 1899), p. 107-122, et dans la Jewith 
Encyclopedia, I, 553-556. Comme on le verra dans la suite de ce travail, je m'appuie 
souvent sur Harkavy. 

T. XI IV, N° 88. U 



162 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Caraïsme soit une secte dont Anan serait le fondateur. Le Caraïsme 
n'est-il pas le véritable judaïsme, hérité de Moïse et des Prophètes, 
qui a été exposé à des altérations dans le cours des siècles et que le 
principal devoir des Juifs véritablement pieux a été d'épurer et 
de ramener à sa première forme ? Qirqisâni, le plus ancien auteur 
caraïte qui nous ait conservé des renseignements sur Anan, nous 
fait, au 2° chap. de la l re section de son Kitâb al-anwâr (com- 
posé en 937), section qui traite des sectes juives, le tableau suivant 
du développement du judaïsme jusqu'à Anan ' : 

Le premier qui provoqua une scission dans la religion juive fut 
Jéroboam, qui éleva deux veaux d'or, permit à des laïques d'offrir 
des sacrifices, remit la fête des Cabanes à un autre mois, etc. Après 
lui parut aussi la première secte juive, celle des Samaritains ; et 
c'est ensuite seulement, à l'époque du second temple, que viennent 
les Rabbanites, qui s'érigèrent en chefs de toute la nation. Le 
premier d'entre eux fut Simon le Juste, qui passe pour avoir été 
en même temps le dernier membre de la Grande Synagogue. Mais, 
en réalité, les Rabbanites n'ont fait que poursuivre l'œuvre de Jé- 
roboam. En face d'eux s'élevèrent les Sadducéens, dont les chefs 
furent Sadoc et Boéthos. Sadoc fut le premier qui se déclara l'ad- 
versaire des Rabbanites et qui les combattit dans son ouvrage (ou 
ses ouvrages); il aperçut une partie au moins de la vérité 2 . 
D'autres sectes suivirent, jusqu'à ce qu'enfin, sous le règne du 
calife al-Mansoûr (754-775), parut Anan, le «chef de l'exil». 
Anan fut le premier qui trouva la vérité tout entière sur les lois. 
Il était aussi très versé dans l'enseignement des Rabbanites, et 
personne ne pouvait rivaliser avec lui. Ceux-ci attentèrent à sa 
vie, mais Dieu le protégea contre leurs coups 3 . Qirqisâni passe 
ensuite en revue, dans les chapitres suivants de la même section, 
les différentes sectes. Mais il énumère d'abord, au chap. III, les 
points sur lesquels les Rabbanites se séparent de toutes les autres 

1 Ed. Harkavy, p. 281-285. Cf. aussi Yéfet sur Cant., m, 1 (éd. Barges, texte, 
p. 38-42; trad., p. 5o-61j. 

1 ...oimai pins ûttanan rrpvrsbs "paa-ibK *-\-\nu n*a inui 
3?bt3Ni fiarpb* ejababa — irjàNi ■psNanba cjcnd p bia i- pn^i 

ÏTD nrON (^ute d'impression pour fcONrO) Narû *{Tn pnbfit *J73 r«01D 

mm "ï2 ^b? asp^ ûb n:wN -na tamb* ï^absi *p38anb« abri yn 

"ib^ t^b^bl !"îbiXp- Nous verrons plus loin que d'autres Caraïles parlent des 
« écrits » de Sadoc. 

3 naa*j i2N t3N\x *a ^bii ï-nbaâba oan )aa»y i&wtp -12a i^ai 

twssty ison V^iDbiN ^d pnba rïbaâ r* 13 P ' 1N ^ nl itsafcb» 

nrînâN *7pi M.ttttba» ^ pm p lame p n abi "p^a-iba Hmapaa 
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AN AN ET SES ECRITS 163 

sectes juives, et pour lesquels ils transgressent l'Ecriture et 
suivent la tradition de Jéroboam ' ; au chap. VI (et en partie au 
chap. VII) il parle des Sadducéens, au chap. X des divergences 
entre les Rabbanites de la Palestine et ceux de laBabylonie, diver- 
gences qui prouvent, selon lui, la non-authenticité de la loi orale 2 ; 
enfin, au chap. XIII, il explique les opinions particulières à Anan. 
Le même exposé se retrouve chez les Caraïtes postérieurs, chez 
Hadassi 3 , l'auteur du tranpm D^mn pibn *, Yéfet b. Gagîr 5 , Ibn al 
Hiti 6 , et, avec les inventions les plus fantaisistes, chez les auteurs 
du xvm e et du xix e siècles : Simha Isaac Lutzki 7 , Mordechaï 
b. Nissan Koukizow s , Salomon Troki et Abraham Firkowitsch 10 . 
D'après eux, Anan fut nommé. « chef de l'exil » par tous les partis, 
à cause de sa piété et de sa science. Mais, comme il commença à 
s'élever contre la loi orale, les Rabbanites voulurent le tuer et le 
livrèrent au calife, qui l'épargna. Quand Anan comprit qu'il ne 
pourrait pas convertir les Rabbanites à la vérité, il se démit de ses 
fonctions et, après avoir reçu l'autorisation du souverain, il s'exila 

1 p. 28o : -nba bip?» "je ïY^Nmba m nnsn n7td nb«nbN a«ab« 
nana coNinaa t<ïï:j«n ...rpTimbis p^nsêôn y^ni ïtb tainsbeô 
Ti ê**ïtb isbaô TibN "panabN riin in t»obp ^p ï^to ^b"i«n 
arrra w srnfictb» rrin ib« f-tmsrn&nrp ...ara'-p )$ rirnann'obN 

8 p. 30s : -^aa-n DNttîbN "3Nnn ïto S|br6? r^ï?3 na4 "»B niaôwbN aeobN 
taïiarwin >ni bpaba i» niOT tsfc baa^ s*rin )m m.]WWK 

^b» ïïiaabN "J? fTTDNft. H s'agit des Û^!"!j7;2 •'Dlbn entre les Palestiniens 
et les Babyloniens, auxquels les Caraïtes paraissent s'être particulièrement intéressés; 
c'est pourquoi Joseph al-Baçîr, par exemple, les a également relevés dans son 3NI"D 
INSanDNbNî voir Harkavy, gtudim u. Mittheil., IV, 394. 

3 Cf. Harkavy, Altjildische Denkmàler au s der Krim, p. 212. 

* Chez Pinsker, p. 104. L'époque de cet auteur n'est pas encore bien établie; 
d'après Pinsker, il aurait vécu au xnr siècle. 

5 Voir Jost, Geschichte d. Judent., II, 294, note 2. 

6 Dans sa Chronique des docteurs caraïtes, écrite au xv c siècle, éd. Margoliouth, 
(Je io. Q.Eev.AX, 432), il ditd'Anan (cette Chronique n'était pas encore connue d Har- 
kavy) : pnbN tjiaaa xn: ))2 bvia maa inma» ys* T^obN ûïib.n»„, 

■»a« in7:t "<s i«a ri3N b^pi now m»b m^m nwapan nn^ûan *iyn 
van "j^ai rhànbb Y'bp roo riBKbaba ssbin "HbK '-nsMttbN iMâ 
pnba n b« •paNanba* p FWK»â -m ninaa 13 b«w r-na ba rrnba 
■Tar t**mp73 13a arrna im. Les mots pnbN spaa î^hd 173 bn« prouvent 

qu'il a puisé dans Qirqisàni ; voir Zcitschr. fur hebr. Bibliogr., II, 79. Qu'Anan ait 
exercé à Bagdad, c'est ce que nous apprend aussi un auteur arabe, voir infra, p. 166. 

7 D" , p'H]£ mtf, éd. Vienne, i'° 17-19. Cet auteur sait même qu'Anau a paru 
en 640! Ci'. Jost, l. c. 

8 'D'HTa Tt, éd. Vienne, passim, et mab?J Œiabj éd. Neubauer, p. 30-30. 

9 ITHSN, éd. Neubauer, p. 4-6 et 11. 

10 rV^Bn amn (imprimé dans Û^tf}" 1 nrOE), f°56a. 



164 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à Jérusalem, y construisit une synagogue, qui appartient encore 
aujourd'hui aux Caraïtes, y mena la vie pieuse d'un ascète, et 
ordonna à ses fidèles de se séparer complètement des Rab- 
banites ■ . 

Cet exposé des faits est de la plus grande invraisemblance, 
sans même parler de la fiction qui consiste à faire dériver le Rab- 
banisme du schisme de Jéroboam. D'abord, il est impossible, 
comme Harkavy * le remarque justement, qu'Anan ait été exi- 
larque. En effet, l'exilarque était choisi par les Gaonim, et c'est 
ensuite que son élection était ordinairement sanctionnée par le 
prince régnant. C'est seulement en cas de contestation que les 
souverains se prononçaient en faveur de l'un ou de l'autre pré- 
tendant. Il faudrait donc admettre, s'il était vrai qu'Anan ait été 
exilarque, ou bien qu'il a dissimulé sa doctrine et reconnu l'ensei- 
gnement des Gaonim, ou bien que cet enseignement n'était pas, à 
cette époque, entièrement établi sur le terrain du judaïsme tradi- 
tionnel, affirmation que les Caraïtes eux-mêmes ne veulent pas 
soutenir. Il est impossible, de même, que les Rabbanites aient 
attenté à la vie d'Anan, ou qu'ils l'aient seulement persécuté, 
parce qu'à cette époque les chefs du judaïsme, soit par négligence 
du danger, soit pour d'autres causes, se montraient au contraire 
très indulgents pour les hérétiques 3 . Natronaï, qui fait suivre 
d'une imprécation le nom d'Anan, se prononça pour un traitement 
bénin à l'égard d'un autre hérétique qui avait rejeté, non seu- 
lement le Talmud, mais même une grande partie de l'Ecriture 4 . 
C'est Saadia qui commença à combattre le Caraïsme, et encore 
n'était-ce qu'une guerre de plume. D'ailleurs, les Caraïtes insistent 
quelquefois sur ce qu'ils ont joui, dès le commencement, de la 
faveur des souverains, ce qui les faisait craindre par les Rab- 

1 Lutzki, l. c, f° 19 a. Le voyage d'Anan à Jérusalem est mentionné pour la pre- 
mière l'ois dans le Hillouk. 

1 Otscherki, p. 36-37. 

3 Harkavy (L c, p. 23) allègue encore contre les renseignements caraïtes le fait que 
la peine de mort ne fut pas prononcée après la destruction du temple (D^SI 1 n N 
TlTTl "p2T2 fr— ITCÎD3 ">j' , n) ; c'est pourquoi aussi, au xi* siècle, Joseph ibn al- 
Faroudj (ou ibn Farusal) al-Qabri, en Espagne, avait été persécuté par les Caraïtes, 
mais non mis à mort (voir ïfbapïl 1DO d'Abr. ibn Daud, éd. Neubauer, p. 79 : 

■nxan b^73 û«3"iai ..."HapbK s-nabx "pa rp-p 'n RTOatt pînnsiû i*... 
■pN© ttfnnb s-on r**b» ^d» anb fnDs; pp "ina iznnn yin ^r^b^attp 

riTTT *J73TD tniIDDD "^H Û" , D ta l)- Mais les Caraïtes eux-mêmes ne disent pas que les 
Rabbanites ont condamné' juridiquement Anan à mort, mais plutôt qu'ils ont attenté 
à sa vie. Au contraire, pour Joseph al-Qabri, s'appuyant sur le pouvoir que lui 
avait accordé le roi Alphonse VI, il s'agissait d'individus qui ne pouvaient être mis 
a mort que par une mesure officielle et légale. 

*■ Voir sa réponse ccnuue sur le pseudo-messie £3^"T125, dans plit "H3HB, VI, 
10 ; cf. aussi les observations remarquables de Schorr dans V"lbnM, VI, 70-72. 



ANAN ET SES ÉCRITS 165 

banites 1 . Que si aucun danger ne menaçait Anan, il n'avait 
aucune raison de s'expatrier à Jérusalem 2 . Ainsi, de tous les 
renseignements caraïtes il ne reste rien de positif. 

Parmi les auteurs arabes qui parlent d'Anan, se trouve d'abord 
al-Biroùni, qui a écrit vers l'an 1000*. Il cite les Ananites 
(rTDN^bs), ainsi appelés d'Anan, « chef de l'exil », comme formant 
une branche des Miladiya (rviNb^bN), c'est-à-dire de ceux qui 
l'ont commencer le mois avec la conjonction (ibitt). Chose remar- 
quable, il dit qu'Anan a paru il y a environ cent et quelques 
années, ce qui le placerait en 880-890 4 ; mais ce renseignement 
remonte probablement à une source défectueuse. Le même auteur 
donne une généalogie d'Anan ; il l'appelle : Anan ben Daniel ben 
Saùl ben Anan ben David, etc. 5 . Or, le gaon Natronaï ben Hilaï, 
dans le passage connu sur Anan, appelle celui-ci « grand-père 
de Daniel » 6 . Ce Daniel, qui était jusqu'ici une énigme, devait 
donc être, au temps de Natronaï (857-867), un chef notoire des 
Caraïtes et il avait un fils Anan qui vécut précisément vers 
880-890, et que al-Biroûni (ou la source à laquelle il a puisé) 
a confondu avec son grand-père, le fondateur du Caraïsme, 
qui portait le même nom. A la vérité, les sources caraïtes con- 
naissent surtout un seul fils de Saùl, Josia % mais celui-ci pou- 

1 Voir, par exemple, ce que dit un ancien auteur caraïte, dans Pinsker, p. 73 : 

ran ï-rri Ca^finpn bia "pop ^n*: ^sa ^anb iba-n t^bi d^by 'i 

ïiyyiï") (1. ^iin). Anan et ses successeurs se sont concilié cette faveur, en partie, par 
diirérentes concessions à l'Islam, voir in/ra, p. 168. 

» Cf. Frankl, dans Ersch u. Gruber, II sec, vol. XXXIII, p. 22, note 62. 

* Chronologie des peuples orientaux, texte, éd. Sachau, p. 58-59; trad. angl., 
p. 68-69. Haïkavy, «è.,p. 25-29, cite en détail et littéralement tous les documents 
arabes. J'ai trouvé inutile de les reproduire ici. 

6 p»a an^y an -mo, foi. 38 a ■. -priai pwbai py»ja ibbï-i >on,.. 
©bvcan a*in barai bia ton ">aN n^u: apT p? Trbbm b"Tn "nan 

'151 mr^ttai ^013. Pinsker, p. n» (cf. p. 189), et Ilarkavy, p. 29, note 2, vou- 
draient identifier ce Daniel avec Daniel al-Qoumsi, mais ce rapprochement est im- 
possible, ne serait-ce que parce que celui-ci, dans les dernières années de sa vie, a 
méprisé Anan et Ta appelé D^b^ODH 1Î3N"1 {voir Qirqisâni, éd. Harkavy, p. 280 
ligne 18). 

7 C'est seulement dans les généalogies que Josia figure comme fils de Saùl (Pin- 
sker, p. 53 ; "«Dm» 11, 5a; d^p"*!^ TTlN, 21 a), mais nulle part dans les rares 
citations des auteurs caraïtes {Eschkol, Alphab.. 258 p, fol. 98<2; Hillouk, dans 
Pinsker, 106 [ici il est mentionné après Boaz, et Yeheskiya est son frère] ; Gan 



166 REVUE DES ETUDES JUIVES 

vait encore avoir un frère Daniel, qui, de son côté, avait un 
fils Anan l . 

Parmi les auteurs arabes qui parlent encore d'Anan et l'appellent 
le « chef de l'exil» figurent Schahrastâni (mort en 1153), dans son 
livre sur les sectes 2 , et Maqrîzi (1364-1442) dans sa Géographie 
et Histoire de l'Egypte 3 . Le second ne le cite pas moins de trois 
fois 4 ; il nous donne des détails qu'on ne trouve plus ailleurs et 
qui sont pour la plupart fantaisistes 5 . Mais il parle, comme ibn 
al-Hiti, du séjour d'Anan à Bagdad, et comme la fondation de 
cette ville a commencé seulement en 763, nous aurions là un 
terminus a quo certain pour l'apparition d'Anan. Mais peut-être 
n'a-t-il commencé à jouer un rôle qu'en %7 G . 

Toutefois les auteurs arabes, suivant la juste remarque d'Har- 
kavy, ont puisé, directement ou indirectement, à des sources 
caraïtes, ne serait-ce que parce qu'ils donnent à Anan le titre de 
« chef de l'exil » (mbaiba oan), sans même parier d'autres parti- 
cularités. Ils n'ont donc, en aucune façon,.la valeur de documents 
originaux. 

Il en est tout autrement des renseignements rabbanites, qui 
paraissent provenir de deux sources indépendantes. La première a 
été recueillie par l'auteur du Hillouli et remonte, comme Pinsker 
l'a bien reconnu, à Saadia, si bien que nous avons peut- être là un 
fragment de son ouvrage contre Anan ()w *by *nb« ans) : . La se- 
conde a été transmise par Abraham ibn Daud dans sa Chronique s . 
D'après la première, Anan, plus âgé et plus savant que son frère, 
Hanania, avait droit à la succession de l'exilarcat. Toutefois, les 
docteurs du temps, c'est-à-dire probablement les Gaonim, ayant 
remarqué qu'il n'était pas assez pieux, ni assez modeste, lui 

Eden, Ù^2 mo» § G, fol. 144 d, et, d'après cela, dans Aderet Eliyahon, 1*10 

ta^u», § i). 

1 Faut-il rapprocher de cette hypothèse les inventions de Firkowitsch (tsmn 
n^55P| l> c.) sur les deux Anan? 

2 Ktiâb al-milal w^al-nihal, texte arabe, éd. Cureton, I. 167; trad. allemande de 
Haarbriicker, I, 253-54. Voir Pinsker, p. £3 sqq., et Harkavy, p. 26. 

3 Kitûb al-mawâ'iz iifal-i^tibâr fi dhikr al-hitat w'al-athâr. Cet ouvrape a été im- 
primé à Boulak en 1270 (1853/4 ; v. Brockelmann, Geschichte d. arab. Litteratur, II, 
39) ; mais les passages relatifs à Anan sont connus depuis longtemps par les extraits 
de la Chrestomathie de de Sacy. 

k De Sacy, l 2 , 91, 100-101 et 108. Voir Pinsker, p. 1 sqq., et Harkavy, p. 27-29. 

5 11 parle, par exemple, d'une exemplaire de la Mischna [rmn Î"I2\D72 ?) copié de 
la main de Moïse et possédé par Anan, etc. 

6 Voir infra, p. 168, note 1. 

7 Pinsker, p. 103 ; cf. ib., p. 98, et Jew. Quar. Rev., X, 242. Je néglige ici les pa- 
roles de Natronai, citées plus haut, p. 165, note 5, parce qu'elles ne nous donnent au- 
cun fait touchant l'apparition d'Anan; voir aussi l'appendice, n° 1. 

8 ïlbDpïl HDD, éd. Neuhauer, p. 63. 



AN AN ET SES ÉCRITS 107 

préférèrent son frère cadet. Mais Anan avait ses partisans, qui l'é- 
rigèrent en anti-exilarque. Cette compétition fut connue du gou- 
vernement, et Anan fut jeté en prison pour être pendu comme 
rebelle. Il connut dans la prison un vieux docteur musulman, qui 
lui conseilla de se faire passer pour l'adepte d'une autre re- 
ligion que son frère. Grâce aux présents qu'il fit à des vizirs, il 
parvint à obtenir la permission de parler au calife. Il lui dit, 
entre autres choses : « D'après la religion de mon frère, la néo- 
ménie est déterminée par le calcul, et l'année embolismique 
par la Tekoufa; d'après la mienne par l'apparition de la lune 
nouvelle et la maturité des épis. » Ce propos plut particuliè- 
rement au souverain, parce que sa religion observait les mêmes 
règles touchant le calendrier, et il mit Anan en liberté. De 
même Abraham ibn Daud. dans sa Chronique, nous apprend en 
peu de mots qu'Anan et son fils Saùl florissaient à l'époque de 
Yehudaï Gaon, dont ils étaient les disciples 1 . Anan était un 
savant docteur qui descendait de David. Mais son immoralité 
l'empêcha de devenir gaon ou exilarque. C'est alors que son 
ambition déçue le poussa à rejeter le judaïsme traditionnel et â 
inventer de nouvelles lois. 

Des considérations psychologiques et historiques confirment 
ces récits. C'est seulement quand la lutte pour l'exilarcat eut 
éclaté que l'on s'explique l'intervention du calife et l'emprison- 
nement cl'Anan comme rebelle ; d'ailleurs, l'opposition que lui et 
ses partisans faisaient â l'exilarque légitime, confirmé par le 
calife, ne pouvait pas rester longtemps un secret. Les présents 
considérables qu'Anan fit aux vizirs et le conseil que lui donna le 
savant musulman n'avaient pour but que sa mise en liberté. Har- 
kavy est même parvenu à retrouver, dans un document caraïte, 
le nom de ce savant : ce n'était rien moins que le célèbre Abou- 
Hanîfa, le fondateur de la jurisprudence hanifite de l'Islam 2 . 
Abu-Hanîfa, ayant (à ce qu'on croit) participé à la révolte des 

1 Abraham ibn Daud nous apprend, en un autre endroit, qu'Anan et Saûl ont été 
les disciples de Yehoudaï (iè., p. 78 : V'^tf) «153 b")N\D*l ^UJ~l^t "J33> "HÏTO.M 

dira t-*ba irrbnç bsn toï npbm vrr b"p-i£T wiït 3n bizî Y^abn 

'l'DI dbl^dtiî H52S3). De ce renseignement et de la mention de Saul, je conclus 
qu'Ibn Daud avait encore d'autres sources que celle de Saadia. Nous apprenons en 
môme temps que l'affaire d'Anan se produisit quand ce personnage était dans lYige 
avancé et alors que son fils avait déjà été disciple de Yehoudaï. 

1 Ce passage est cité dans le Woshhod, février 1898, p. 9, note 4 : '{N fab^N 

■pN rninbb 5p îiso ">d Tituba taKENba* rwyy rûNri. Les doutes de 

Schreiner (Studien iïber Jeschûa ben Jeh>.;da, p. 68-69) sur ce récit ne me paraissent 
pas fondés. 



168 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Alides de Médine, fut, en effet, condamné à la prison par le calife 
al-Mansoûr, et il mourut captif en 767 (150 de l'hégire *}. Anan 
suivit son conseil et fit ressortir un point qui paraissait une con- 
cession à l'Islam ; d'ailleurs il ne reculait pas, en général, devant 
de telles concessions 2 . Mais, en reconnaissant que sa religion 
n'était pas la même que celle de son frère, il renonçait eo ipso à 
la dignité d'exilarque. Bien plus, il était poussé par cette décla- 
ration sur la voie de l'hérésie et obligé, par la force des circon- 
stances, de provoquer un schisme. Il fonda alors la secte des 
Ananiya, d'où sortit peu après le Caraïsme. 

Ainsi, quand bien même tous les détails des récits rabbanites 
ne seraient pas historiques, l'ensemble n'en est pas moins rigou- 
reusement conforme à la réalité. 



II 



L'apparition d'Anan se serait perdue dans le sable, s'il n'avait 
trouvé un terrain favorable à son opposition, en d'autres termes, 
si le terrain du judaïsme officiel n'avait été miné de son temps. 
Cette époque fut une époque de fermentation en Orient, et de 
nombreuses sectes, qui s'éloignaient plus ou moins du judaïsme 
officiel, naquirent alors, comme les champignons sortent de terre. 
Ainsi que nous le montrerons plus loin, Anan chercha à se 
joindre à ces sectes et leur fit maint emprunt ; mais surtout il se 
rattacha à une branche presque morte, à laquelle il insuffla une 
nouvelle vie. Cette branche, c'était la secte des Sadducéens. 
Geiger a, le premier, établi avec force, dans différentes études, la 
filiation entre les Sadducéens et les Caraïtes 3 ; il a soutenu que la 
doctrine sadducéenne, qui se distinguait de celle des Pharisiens 

1 Cf. Brockelmann, /. c, I, 169. Harkavy essaie de démontrer que le système 
d'Abou-Hanifa ne resta pas sans influence sur les réformes postérieures d'Anan 
(voir Jahrbuch, l. c, 112-113, et Jew. JEncydop , I, 554 b), particulièrement en ce 
qui concerne la méthode d'analogie (CÊOp, "Cp^H) qu'il employa. Ce n"est point le 
lieu ici d'entrer dans des détails sur ce sujet que nous réservons pour une autre 
occasion. 

* D'après Maqrîzi (chez Harkavy, p. 28, note 2) Anan se serait même exprimé 
favorablement sur Jésus et aurait reconnu la propbétie de Mahomet, qu'il regardait 
comme envoyé par Dieu aux Arabes. D'après Harkavy, Anan aurait suivi en cela 
Abou Isa. qui tenait le même langage (voir Qirqisàni, p. 312, l 6), et après Anan, 
d'autres Caraïtes, par exemple Qirqisàni ( . 305, l. 9); Hadassi (voir Jew. Quat. 
Rcv., VIII, 436) , Al'eiidopolo (voir Steinsclineider, Catalogue de Leyde, 393), etc. 

* Holdheim l'a fait également, en partie, dans son rVNS^NÎl ""iTSNTQ, ouvrage 
posthume. 



ANAN ET SES ECRITS 169 

par ses tendances politiques et hiérarchiques plutôt que religieuses, 
dut nécessairement disparaître, à la surface, avec la destruction 
du second temple, mais que les principes en persistèrent, Lien qu'a- 
vec peine, jusqu'au moment où ils furent rajeunis par les Caraïtes. 
Geiger croit même qu'il y avait encore au temps d'Anan de véri- 
tables descendants des Sadducéens, qui durent se rallier volontiers 
à l'opposition. Quoi qu'il en soit, Anan trouva là des alliés dans 
sa lutte contre la loi orale ', et c'est pourquoi il put tenter l'aven- 
ture et se mettre à la tête d'un schisme nouveau, mais qui était en 
réalité très ancien. Pinsker a trouve aussi ces relations vraisem- 
blables, et même psychologiquement et historiquement néces- 
saires, et il en donne 'cette preuve que beaucoup d'auteurs 
rabbanites regardent également le Caraïsme comme la simple 
continuation du Sadducéisme. Cette interprétation, qui présente 
les caractères de la plus haute vraisemblance 3 , est aussi celle 
d'Harkavy, qui a coordonné avec méthode tous les renseigne- 
ments qui s'y rapportent 4 . C'est ainsi, par exemple, qu'on lit dans 
le traité mentionné plus haut, qui a été cité par l'auteur du Hil- 
lonk et qui a probablement Saadia pour auteur s : « A cette époque, 
Anan et, avec lui, tous les scélérats qui formaient le reste de la 
bande de Sadoc et de Boèthos, rivalisèrent [contre le judaïsme 
officiel], et résolurent clandestinement de susciter une division, etc.» 
Abraham ibn Daud dit de même, à la fin de sa relation déjà citée e : 

1 Le rejet de la tradition est, comm3 on sait, dans le Talmud, un trait caractéris- 
tique des Sadducéens. voir, par exemple, Sanhédrin, 33 b. et passages parallèles : 

m-h an ^2 "np b^t "ia y*rm ■ppnsrro nana n^a. 

1 Page 3\ sqq. 

3 Rapoport (dans Kâmpf, Nicktandalu&ische Poésie, II, 240-242), Gottlober (p*lp^ 
û^tnprï JnYlbinb, p. 12), Frankl (dans Ersch. u. Gruber, l. <?., p. 12], et Weiss 
t"Pw")*m *TH in, IV, p. 83) nient une filiation directe et admettent que les opi- 
nions sadducéer.nes et les opinions anti-halachiqncs analogues ont été connues des 
Caraïtes par l'intermédiaire du Talmud, qui les rapporte et les combat; cependant cf. 
infra, p. 173 sqq. C'est à Frankl queRyssel, dans son article sur le Caraïsme (dans la 
Realencyclopàdie fur protestantische Théologie de Herzog, 3 e éd., 10 e vol., p. 61) doit 
avoir emprunté le renseignement que l'opinion (soutenue par Geiger et, après lui, par 
Furst) et qui rattache les Caraïtes aux Sadducéens, est très douteuse et aujourd'hui 
presque universellement abandonnée. Ce n'est pas tout à fait exact; voir ib., p. 882. 

*■ Dans Graetz, V, 3 e éd., 413 sqq ; Otscherki, p. 1 sijq. 

5 Dans Pinsker, p. 103 : b^bai 3>"1 'C\S bai NTî p? NjpnD P^ïl IPIN^,,, 

.'■oi nn:3 npnbrroa (ou pzn:i) "pianai oirrai pii^ mnnna D"nman 

6 Ed. Neubauer, p. 64 : 1122*0 ly b*P*HXf1 lblb"7n3 n^3n pin "ItTN "»3 
ûp"m 'l'y. U est remarquable seulement qu'Abraham ibn Daud, qui était bien in- 
loimé et dont le sens historique était solide, confond les Sadducéens et les Sama- 
ritains, voir»'*., p. 52 : in^OI p^-I^r: "PRETEE bap 1DTO ©^H OISiPÛSH 

nai by imbwa oirv^ài pinxi ...tznnaya v-n b« naia mn c^in 
pnpa b« nabm «nb* ipbm "PTrobn vn fcam ...■nna'ia tidd. Dm ...ïit 
k":] û^eîti û^rnsft T»a fit ry^a dus *raan û">U3fiob Dis "Pïn û^ma nn 



170 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

« Après la destruction du [deuxième] temple, les Sadducéens 
déchurent jusqu'à l'arrivée d'Anan, qui les fortifia. » De même 
les autres auteurs mentionnés par Harkavy : Juda Hallévi 1 , 
Abraham ibn Ezra 2 . Samuel ibn Djâmi 5 , Maïmonide 4 et Nah- 
manide 5 . 

Toutefois on pourrait croire que tous ces auteurs rabbanites 
ont établi une liaison entre les Caraïtes et les Sadducéens par 
pure haine ou par défaut de jugement historique. Mais on voit 
que les premiers Caraïtes avaient conscience de cette filiation, 
et qu'ils parlent des Sadducéens avec respect. C'est ainsi que nous 
avons déjà vu plus haut ce que Qirqisâni dit de Sadoc, à savoir 
qu'il a découvert une partie de la vérité, au rebours d'Anan, qui 
a trouvé toute la vérité . Joseph al-Baçîr dit aussi, dans son 
"■jKttah&tfba aarû, qu'à l'époque du second temple, les Rabbanites, 
qui s'appelaient alors Pharisiens, devinrent les maîtres, tandis que 
les Caraïtes, qui étaient alors connus comme Sadducéens, eurent 
le dessous 7 . L'auteur du Hilloiik, qui a eu sous les yeux des 
sources anciennes et sûres, dit 8 : « Nous remontons plus haut 

i Kotkri, M, § 65. 

* Dans son Commentaire du Pentateuque, cet auteur appelle souvent les Caraïtes 
Ù^pVJlt, voir, par exemple, Lév., m, 9 ; vu, 23 ; xi, 19, etc. 

3 Dans ses « Règles de l'abatage », écrites en arabe (citées par Steinschneider, 
dans la Jûd. Zeitschr., de Geiger, I, 241) : pi &D"irn:nbfiO fc^pïl^bN 

"pN piônp t:0N3 ]"iEom ■pSba rn&nSba ■wbiKn dï-n tzï-imn. 

Que l'auteur de ces « Règles », qui s'appellent '{N'pnbN rPD'im INïTObN H2NO% 
soit bien notre Samuel, c'est ce qu'avait conjecturé, à juste titre, Halberstam, dans 
b72"0!-î, III (1863), p. 215, et c'est ce qui est formellement confirmé maintenant 
par un manuscrit Yéménite (ms. Br. Mus. or. 4104, cité par Neubauer, J.Q.R., 

m, 619) : ïKïnaba frbttoh -^a* rtbfittnba [i. anwt) mai: \n ibni 

b"it 3p3^ p bjOEU) -172b lN"pnbK lrPb*îni. v oir aussi l'appendice, n» 14. 

4 Voir Comment, sur Abot, i, 3 ; c'est de lui que se sont inspirés Meïri et Simon 
Duran dans leurs commentaires, i. I. David Messer Léon, dans son ^Ti *p73 (pu- 
blié par Schechter , Revue, XXIV, 126; cf. ib., XL, 210), soumet cette identi- 
fication de Maïmonide à un examen très détaillé et il arrive à un résultat négatif. 

5 Dans sa lettre, conuue où il fait l'apologie de Maïmonide (fnSIIZJn V^lp 
ù" 3 72 ""ITT, éd. Leipzig, III, i'° Sd; cf. Monatsschr ,1860, p. 187), il appelle les Caraïtes 
tantôt ÛipVTit, tantôt Ù"iDin" , 3. 

6 Voir supra, p. 162, note 2-3. Ailleurs (p. 304, 1. 16), Qirqisâni dit, au nom de David 
al-Mouqammeç, que les Sadducéens auraient cru a la corporalité de Dieu et auraient 
interprété littéralement les passages de la Bible qui s'y rapportent ('nan ^m 

bà ^-lanbN f-i^oSn *ùto tara» rppYiatba )y MnS yyz ^d fntt *p 
d^oinba aânn inba s^tt-iabN )k aandb» m ns^i nts *pbttm m*eh 

r^ïnïTNU ^b^), et, chose remarquable, il ne l'ait aucune remarque là-dessus. 

7 Cité dans l'original par Harkavy dans Graetz, l. c.,415; la même chose en hébreu 
chez Jacob b. Reouben dans son "T£J3>Ï1 'O sur le Pentateuque (dans Pinsker, 84). 

8 Chez Pinsker, p. 101 : ^T»13 m 1372721 tD!l72 laflMt tâ^lffifim... 
'iDT *J"i" , Din">3T l^pl^Ilitl l pm72'©l , {" l 72blD"H'V Harkavy cite encore quelques 
auteurs caraïtes qui parlent de la présence de bonne heure des Û^piNîfn ÛTDÎOÎ1 



ANAN ET SES ÉCRITS 171 

qu'eux (les Talmudistes); de nous descendent les Jérusalémites, 
les Schammaïtes, les Sadducéens et les Boéthuséens. » Le seul 
Garaïte ancien qui, à ma connaissance, soit défavorable aux Sad- 
ducéens, est Yél'et ben Ali, qui s'exprime ainsi dans son Commen- 
taire sur Zaçharie, v, 4 (ms. Br. Mus., 2401, f° 169 b ; 2550, f° 82a): 
&ip -»rN na n v a^ *r "naitt a:m in awb» t-Wn in isip bapi ... 
V: toiwtt ai-»i ^ 'pni MM*» -n^:n sibbs asna ^ ip-o ^b« 
^najn IN "r^p "je earwtti rrprwfcba Snja ^moba "jy e^maa yps 
rrnnbN ^d ne t|tfbâa atiartn wb sonnai n^a *by i-ibba aana 
*pK nb nb«b*i (var. «rrairsi) «nb'^âi ttbba a&tna p àaabN pinoan 
«... D'après quelques-uns, il faut entendre par le voleur [dont il 
est question dans ce verset] un homme qui dérobe les paroles de 
Dieu, c'est-à-dire qui dérobe l'Ecriture, en en changeant le 
sens. Cela peut se faire de diverses façons. Tel supprime diffé- 
rentes choses de ce qui est écrit [dans la Tora"], à la façon des Sad- 
ducéens; tel autre s'efforce d'expliquer l'Ecriture contrairement 
à son sens et d'exposer des idées qui contredisent celles qui se 
trouvent dans la Tora, puis il soustrait quelques mots de l'Ecri- 
ture et en fait des preuves favorables à son opinion, etc. * » 

Ce sont seulement les Caraïtes postérieurs qui s'élèvent de 
toutes leurs forces contre ce rapprochement avec les Sadducéens, 
surtout parce que ceux-ci ne croyaient pas à la résurrection. A 
"ce point de vue, une glose manuscrite du Commentaire de Yéfet 
sur Gen., i, 14 (ras. Brit. Mus. 2461, f° 21 a.) est particulièrement 
intéressante. Yéfet dit, à cet endroit-, que, de son temps, tous 
les Israélites fixent la néoménie de deux manières, soit par le 
calcul (comme les Rabbanites), soit par l'observation de la lune 
(comme les Caraïtes et toutes les autres sectes, sauf les Tiflisites). 
Quant aux « partisans de la pleine lune », c'est-à-dire ceux qui 
font commencer le mois avec la pleine lune 3 , et quant aux Saddu- 

« ceux qui gémissent et se lamentent », cf. Ez., ix, 4; tels sont, par exemple, Sahl 
b. Maçliah (chez Pinsker, 35) et Ali b. Souleyœân ; mais ceux-ci n'ont à vrai dire 
rien à faire ici. 

1 Par ces derniers mots il désigne les Rabbanites. Cf. aussi le TO^n '"IBd de Jacob 
ben Reouben,t. I. (éd. Guzlow, fol. 20d), où le passage est certainement mutilé: N"*7 

•na^» naaa -naat d^ain dm d""fi d^nba n^a ton a:mfi ba td 
ïmna ainarra nai -porpœ »i a^ssia hv aaiam diwnris isbm 'n 
Uu^-i] D^p-ns v®y® i53a. 

* Voir le texte, J. Q. R., X, 265, note 2. 

3 Yeschoua b. Yehouda parle explicitement de ces partisans de la pleine lune, 
-nabN aNrt^N, dans son Na-| m\û&na (ms. Leyde, 41», fol. 89 sqq.), et les ap- 
pelle JÏ^TiabN. Il est à remarquer que d'après Qirqisâni (p. 304, 1. 13) les Magâriya 
eux aussi commençaient le mois avec la pleine lune : OVl Sann ÏTHNSfabN 

«wba min i-na'rto iNânna ^bS ^ bîibi babnba -na» ^n -nmab» 

nn»Nbs>i nrnuba o&n ^d dababa iba. 



172 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

céens, qui, dit-il ailleurs, paraissent avoir eu des mois solaires 1 , 
il ne veut pas en parler, car ils n'existent plus. Le glossateur 
anonyme, qui a d'ailleurs compris les paroles de Yéfet comme si 
les Sadducéens faisaient également commencer le mois avec la 
pleine lune, l'ait la remarque suivante sur le mot ï^npYiatbfin : 
i3îo tartSN in -nabs a^n^N aanba 'ipi tawrTObtn B^vnfcbK es?! 
àîba nb*»b vn iia'n "inpbM bas** In npi inisbtf o&n nb^b viàn"» 
w 'nba ûît^td"»i ^pœ mu tj*p*ttbfin "psHaabN bip yr-n*» &nm 
ksd (1..13TTK) „.y*\x xi23 ins ib D^p-n^ba toïi û""flnpb« "jn 
■»b »*inb« (i. iinai) "narn na&o ■nbfi* [aa]nb3>D ^s taïrô* Tiàa 
pn *o9 naia ûna«b ûmb? nroi tab pb fittsabè •jbni nirob» sp» 
aœn arw bipabs am -prisa «aib* tsnana o^bo fcraaab&t r?:n 
taa^ns iien ûïts bipn K&tti "«du inn "pa pa nain -pnaa 
npo "naii ^d nsc ^a np\a ipets ï-j^b^p ':i to^tt» Sôtoto 
npo *& -j^na ïwn ab b^ ûït*Wi ûn^aai « Par le mot « Sadukiya » 
on entend les Sadducéens et les Boëthuséens. Les mots du savant 
[c'est-à-dire de Yéfet] y açhâb al-beder désignent ceux qui re- 
gardent comme première nuit du nouveau mois celle dans la- 
quelle la lune devient pleine, c'est-à-dire la quinzième nuit. Ces 
paroles confondent ceux qui se rendent coupables de mensonges 
et de faux témoignage en prétendant que les Caraïtes sont les 
mêmes que les Sadducéens. Car, s'il en était ainsi, nous devrions 
imiter ces derniers, en ce qu'ils commencent le mois (reli- 
gieux) au milieu du mois (astronomique). Or, nous faisons tout 
autrement. Toutefois, il ne faut pas s'irriter outre mesure 
[contre ces menteurs], car ils profèrent également des mensonges 
contre Dieu (loué soit-il!) et contre les Prophètes. Leurs men- 
songes à notre égard ne sont donc pas importants. C'est d'eux 
qu'il est dit : « Tu viens parler contre ton frère, tu outrages 
le fils de ta mère » (Ps., l, 20), et encore : «Ainsi parlent vos 
frères, vos ennemis, ceux qui vous rejettent, etc. » (Is., 
lxvi, 5) - ; « Que les lèvres de mensonge deviennent muettes » 
(Ps., xxxi, 19) ; « Que la bouche de ceux qui parlent fausse- 
ment soit fermée » (ib., lxiii, 12). Ils ont déjà mérité ce châ- 
timent en transgressant le commandement : « Tu ne rendras 
pas de faux témoignage contre ton prochain (Ex., xx, 16) 3 . » 

1 Qirqisâni nous apprend que les Sadducéens avaient des mois solaires de trente 
jours environ, p. 304, 1. 3 ; NmDKa ITSTOb» lb?â CnPpVTfcbM ''fit) DïttNS NSTNI 
N73T 1 "pnbîi "pribfl (de là probablement dans Eschkol, Alphab. 97 p). De même, 
Yéfet, sur Lévit., xxm, 5 (voir J.Q.R., X, 265, note 1). On ne peut décider ac- 
tuellement si c'est là un renseignement historique. 

2 Depuis longtemps déjà les Caraïtes appliquent ce verset aux Rabbanites. 

3 Hadassi (Alphab., 358 T sqq) reproche également aux Rabbanites d'enfreindre le 
neuvième commandement par leurs interprétations matérielles de Dieu et des person- 
nages bibliques. 



ANAN ET SES ÉCRITS 173 

Mais les rapports entre les Caraïtes et les Sadducéens peuvent 
encore être établis par des preuves intrinsèques, c'est-à-dire par 
les nombreuses interprétations législatives communes aux deux 
sectes. Geiger a également été le premier à indiquer ce point 
avec une grande perspicacité et il a ainsi exposé sa théorie connue 
de l'ancienne et de la nouvelle Halacha. Pendant le cours des 
temps, dit-il par exemple 1 , le dissentiment des Pharisiens s'est 
accusé de plus en plus avec le progrès d'une autorité victo- 
rieuse et est devenu de jour en jour plus tranché, soit sous 
la pression des circonstances historiques, soit par un déta- 
chement volontaire des Sadducéens. Dans l'histoire même des 
Pharisiens, on peut distinguer deux époques différentes, la plus 
ancienne qui conserve encore des attaches avec la doctrine repré- 
sentée par les Sadducéens, et la plus récente, qui rompt tous les 
liens avec elle. On peut trouver des traces de l'ancienne Halacha, 
à côté de la nouvelle, dans des passages, quelquefois remaniés, de 
certaines œuvres, comme la Mechilta, le Sifrê et le Targoum pa- 
lestinien du Pentateuque (?). La secte sadducéenne, de plus en 
plus déchue (et de même l'ancienne Halacha devenue caduque), se 
conserva misérablement chez les Samaritains et se rajeunit au 
sein du Caraïsme. Dans plusieurs de ses études, Geiger a prouvé 
cette thèse par différents exemples et il a montré que les Caraïtes 
n'ont pas seulement repris les dispositions législatives qui sont 
expressément désignées comme sadducéennes, par exemple l'inter- 
prétation de naOT mma», la loi du talion (}■*:> nnn "p?) 2 , etc., mais 
aussi celles qui ne se manifestent qu'après des études profondes 
d'anciennes théories sadducéennes, par exemple l'explication des 
mots mna *w (Lév., xn, 4), l'usage de la viande d'un animal 
malade abattu avant la mort (nîsiDtt ou oïdd"d), etc. 

Ce n'est point ici le lieu et il n'entre pas dans le plan de ce 
travail de soumettre à un examen les théories de Geiger, en rec- 
tifiant, d'une part, un grand nombre de ses hypothèses insoute- 
nables et exagérées, et en les fortifiant, d'autre part, par de nou- 
veaux exemples. Mais l'idée générale est juste et elle a été 
acceptée aussi par Harkavy. Je ne peux que répéter ici ce que j'ai 
déjà dit ailleurs \ que chaque fois que Ton trouve une loi contraire 

1 Jiïd. Zeitschr.) II, 11 sqq. Il fautajouter d'abord à ce passage son œuvre capitale 
Urschrift et ensuite divers travaux dans la même revue, ainsi que dans Vlbnrf, 
t. VI, et dans différents volumes de la Zeitschr. d. Dcutsch. Morgenl. Gesellschaft.Qï ', 
aussi Chwolson, Bas letzte Passamahl, p. 13 sqq. 

1 Cf. Monatsschrift, XLI (1897), p. 204-205. Voir aussi mes remarques en ce qui 
concerne la loi d'héritage dans J. Q. E., VIII, 691, note 3. 

3 Kaufmann-Gedenkbuch, p. 173 (tirage à part, p. v). Au passage de Yéfet sur Lévit., 
xxiii, 15 (cité note 4), il faut en ajouter un autre sur Gén., i, 14 (voir supra, p. 171, 



174 REVUE DES ETUDES JUIVES 

au Talmud chez n'importe quelle secte, on peut admettre a priori 
qu'elle est très ancienne et qu'elle remonte aux Sadducéens. Je 
me suis étendu à ce sujet à propos de la défense édictée par Anan 
d'épouser une nièce. On trouvera plus bas (§ V, C) un autre 
exemple, c'est-à-dire l'offrande du sacrifice pascal le jour du 
sabbat. Je voudrais du moins exposer ici un autre cas, l'inter- 
diction d'avoir du feu le samedi. 

On sait qu'il n'est pas seulement défendu selon les Caraïtes d'al- 
lumer du feu le samedi, mais même de le laisser brûler. On trouve 
même dans leurs codes religieux une controverse sur le point de 
savoir si l'on doit, ou non, éteindre le samedi une lumière. Cf., p. 
ex.,Eschhol, Alpliab., 150 n (f°57a) : paTïors w baai "pun ©n -nan 
tien nânai tznp wa imaa ntoiai ma "wn ûb?3 dn -isnai itdï 
rsïirros œnp av ba bbirr t*tbi inaD^ -iiaa'n niD^ y"3 "•btara 
rïT235?i ab m en anai "pn wa irwiarwtt maa i>*£B3rï y^na n^ia 
'iai *]unp mEm nTD 1 . L'opinion générale est que les Caraïtes 
déduisent ce précepte des mots T-uan ab, en interprétant le mot 
*#a aussi bien par « allumer » que par « laisser brûler». Mais un 
examen plus approfondi montre que cette défense résulte de la 
définition du mot fDNbtt « travail ». 11 s'agit, en effet, de savoir si 
par « travail » il faut entendre uniquement celui qu'on exécute soi- 
même le sabbat, ou même celui qu'on a commencé avant le sabbat 
et qui se termine ensuite de lui-même pendant le sabbat. Les Ca- 
raïtes, du moins les anciens Caraïtes, sont d'avis que le second 
genre de travail est également compris dans l'idée de ïiwi ab 
naab» ba et est, par conséquent, interdit. Joseph al-Barîr enseignait 
seul que le premier genre de travail est considéré comme tel dans le 
sens le plus étroit du mot (nïïNïi ^"n b*, en arabe np^pnba pna *by), 
tandis que le second l'est seulement dans le sens le plus large 
(narfcïi yn b^ = Tfcràba p^TJ ^) -. Qu'il faille ainsi comprendre 

note 2) • "na îtp5 ■pSKanbN t|b&o p-ns b a iïid mnb«a ^b^pb» wo*œ 

mm "JN^TD^. Cf. aussi sup., p. 163, note 1 , les paroles de Qirqisâni : r"J3 TlDn frW^D 

î-p-nrpbi* pinsDNb» an m à ma ansbâa nb« Snpba p jvaKaibK. 

1 Des paroles d'Auan qui vont être citées il ne faut pas conclure qu'il a égale- 
ment ordonné d'éteindre le samedi um; lumière allumée (car £*»onb "^a peut si- 
gnifier aussi : il faut l'éteindre avant que le sabbat ait commencé); c'est ce que dit 
pourtant Baschiatschi dans Adéret, nT*a *pj^, chap. xvn : i^n "OT C11D... 

aa.^T^N-in Dm nn«n i-nin- mbYM nmn ^niûb Tpbna taranpn 
rmEiN ■p- n^i©*' "iran -m i? Tnrra a^Dcnam iay na^an aanna 
©HÏTO n^ bauî in 72 an r^an t**b iftaw:» t^nn rjpbnnïi ^-noNra 
naisa ïim» naaiia ain ï~it b:n i^ba û"nai2* i:n ibao naïaa npbi- 

'-Ql Jnpbn r»ji<il732Da. Mais comme nous allons le voir, il est inexact de dé- 
duire cette défense uniquement de "H^Dri E^O, du moins pour ce qui est des pre- 
miers Caraïtes. Cf. aussi Frankl, l. c, p. 20, note 56. 

2 Cf. lïschkol, Alphab., 176n sqq. (fol. 72«sqq.); G an Eden, P3U: "par, ch. vu 
fol. 27); Adc'rct, l. c. ch. vu. 



AN AN ET SES ECRITS 175 

la chose, cela ressort des propres paroles d'Anan, qui s'exprime 
ainsi • : abintt !ra*ia»aN ^a ba« T»&«1 tm «naun -ma^aNVi mEN \^ 
t**b 3na*i jn n:'3n Nb fO»m nna Mnaœa irpaiz^Tab ^?û*i tdw 
ro&bja ^72 iwsna nn (1. imo«) "pio» irrmn asab» ba niaa>n 
é^ôtii "•apïa ^birro ^a b^nna*^ as ba* c|tt TOa»n Sb :ia a^nan 
t**b ma a">nan 1533 ©ni riw*a b? t)&* lna»btt« n»ma va t^nnc 
(ou Naa^b] «a-nb va snaia «b^m "vapïa «birra amanai aa ba» C|N -nann 
fb *pon "pan tan naa nasibb *|b maai "pa^fi ^a art rDKbw htsi 
N1U131 &ma ba rai t^onia V 3 paTOb "jb ton ^pb^ri ^"nns* ^aa^b 
bânayi Nnm baa.Nnauja. Ainsi, ce n'est pas parce que le mot "tfa 
signifie aussi « l'aire allumer », mais parce que le fait de laisser 
brûler du feu doit (Hre considéré comme un travail (naabft). A ce 
raisonnement devait servir l'assimilation (mta îTiïa) des deux n, 
qui, comme nous le verrons plus loin, est bien dans le caractère 
de l'enseignement d'Anan. Naturellement les mots na»an Nb doivent 
alors également signifier : « vous ne laisserez pas brûler une lu- 
mière* », et Ton se pose, dans la littérature caraïte (tout comme 
dans la littérature talmudique), la question suivante : pourquoi un 
verset spécial existe-t-il sur cette défense '? On en donne plu- 
sieurs explications , dont quelques-unes sont passablement 
étranges 3 . 

Nous croyons maintenant retrouver cette interprétation que les 
premiers Caraïtes font du mot naabft clans l'ancienne Halacha, à 
savoir dans la Mischna Sabbat, 1; 5 sqq, où les Schammaïtes 
défendent un certain nombre de travaux, si l'on n'est pas sûr 
qu'ils prendront fin d'eux-mêmes avant le commencement du 
sabbat, mais que les Hillélites permettent : "pa tmttiN "W© ma 
bbn mai nv nyatt vrtu™ n *ia t<b« amenai fca^EEOi vi "jmu? 
■vonïi ""jinb ïniua bia "paiN 'pâma 'px te^w» ifiwaœ rma .'p-pnE 
ûibpro "Ha t<b« rn-nb miz- n« abn dt> iiynz ib^àrma -na xbN 
'ian 'pmniï bbn mai "pam. Qu'il y ait au fond de cette discussion la 
divergence d'interprétation du terme « travail » et qu'il ne s'agisse 
pas (comme le déclare le Babli, f° 18a) du « repos des objets » 
(û^ba rimas)), c'est ce que nous apprend le Yerouschalmi, i. I., 
(P 3 d, 7° ligne d'en bas) "naari taw main "»NEia mm jinnsta ttfcl 
man iirvnsu ïitti nv 112112 mana. ^naabE ba /jnaRbn ba mwi 
'ian avai ^raa»E nwn ûw niais bbrt (de même dans le Tosefla, 1, 

1 Harkavy dans Graetz, V 3 , 424 ; Otscherki, p. 43, note 2. 

2 Saadia déjà a combattu cette double interprétation; voir, par exemple, Pinsker, 
90. Elle se trouve également chez David b. Abraham al-Fâsi, voir ib., 219. 

3 Voir, par exemple, le motif donné par Yeschoua dans Gan Eden, l. c, fol. 27 d\ 
et aussi iè., ch. ix (fol. 28è) ; qui ressemble à une des raisons données par Saadia ; 
voir les Œuvres complètes de celui-ci, IX, 170-171. 



17G REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

21, p. 111, éd. Zuckermandel) *. Ainsi les Schammaïtes sont pour 
la définition large de l'idée de travail et représentent, comme ail- 
leurs encore, l'ancienne Halacha, qui se rapproche davantage 
des Sadducéens. Ajoutons que les Samaritains (et de même les 
Falaschas en Abyssinie) défendent également de faire du feu le 
sabbat et interprètent comme les Caraïtes les mots Vtfan ab *. 

A ces preuves extrinsèques et intrinsèques des relations entre 
les Caraïtes et les Sadducéens est venue, dans ces derniers temps, 
s'en ajouter une autre plutôt littéraire. En effet, Harkavy nous a 
appris ce fait surprenant que les anciens Caraïtes avaient sous 
les yeux les écrits attribués à Sadoc, le chef des Sadducéens. 
Ainsi Qirqisâni, dans un passage que nous avons déjà cité plus 
haut, dit de Sadoc qu'il a composé un ouvrage dans lequel il s'est 
élevé contre les Rabbanites et a formulé contre eux beaucoup 
d'accusations, sans prouver d'ailleurs ses allégations 3 . 11 res- 
sort de ces paroles que Qirqisâni avait cet ouvrage sous les 
yeux. Il a donc dû y puiser sur les Sadducéens beaucoup de 
renseignements qui ne sont pas connus autrement et qu'il ne 
rapporte pas au nom de David al-Mouqammeç. D'autre part, 
un commentaire anonyme de l'Exode, dont le manuscrit se 
trouve à Saint-Pétersbourg et dont l'auteur, d'après Harkavy, 
pourrait être Sahl b. Maçliah, s'exprime ainsi, dans un pas- 
sage dirigé contre Saadia 4 : bi^bnbi* laba*» t*wipba fao npa 
•pi-iz. ri ni )i2 '■p 4 } annb-j ^d aapba l&o (TOvobai *p*o ■»») bip^o 
s^tdtd ■*« >*rrs 0*131 rppi-œba ano oa«b;s "pa t]Ti5>^i oinrai 
rès NrnarjN t>niB« pns ano 13 ï-tjn "jbn'î bânbs ^rîn rna-r 
rpn rraano "»d yno nïïi r^rrpm ■pasnpb» ^d 131D nia "»d ■jirjNaibs 
■rovsba mai xkk in^i « Les anciens se sont déjà donné du mal 
[pour observer] la nouvelle lune. Saadia affirme que la raison en 
fut [l'apparition de] Sadoc et- de Boéthos 5 . Mais les ouvrages 

1 Cela résulte aussi de ce que, d'après Implication du Babli, c'est la raison pour 
laquelle les Schammaïtes, dans "T2n I~Pa "PjJHZJ, renoncent à leur opinion, parce 
que l'accomplissement de ce travail, même le jour du sabbat, ne constitue pas un 
travail cardinal (PNZ2n a^rP73 f>îb naian inb 11 a y "'NT). Mais si le seul 
motif élait Û^ba nrïiatZÎ, la défense devrait s'étendre aussi à ce cas. Cf. aussi Tosa- 

tot, foi. 18 *, s. v. iNEia niabi. 

2 Geiger traite également toute cette question, mais brièvement, dans Z.D.M.G., 
XX, 532 sqq. (= Nachr/elass. Schr.< III, 288), et ne fait que l'esquisser. Tout 
récemment ce thème a été repris dans la revue hébraïque, nbon, VIII (1901), 
p. 294, mais l'auteur, ignorant les travaux de ses devanciers, s'est trompé en beaucoup 
de points. 

3 Voir stipra, p. 1G2, note 2. 

* Cité dans Qirqisâni, p. 254, note 4 ; Otscherki, p. 11, note 3. Cf. Stud. u. Mit- 
theil, V, 225. 

3 C'est-à-dire : Saadia a affirmé que de tout temps on a déterminé les mois par le 
calcul. C'est seulement quand les disciples d'Antigone, Sadoc et Boethos, se 



AN AN ET SES ÉCRITS 177 

sadducéens sont connus de tous et ne contiennent rien de ce 
que cet homme [c'est-à-dire Saadia] avance. Dans les écrits de 
Sadoc se trouvent différentes objections qu'il a dirigées contre les 
rabbanites à l'époque du second temple, celle, par exemple, rela- 
tive aux sacrifices, etc. Mais on n'y voit rien de ce que le Fayyoû- 
mite a rapporté. » C'est ainsi seulement que s'expliquent les paroles 
de Ben Maschiah, citées par Hadassi '. Également dirigées contre 
Saadia, elles sont ainsi conçues : b"2T txiprt rriatt p "ib rrurï pi 
■»a ûna "p^ne v*o tarmsDa airp c^on oiM'^ttH maya mamo 
D ,, p'H£ nana Nbrn ^"ot^o 'j fcarrê ma^u; "oab sn-r* nan «in ï**b 
ta-nai [»]b« —im riT7j inat ï***bi bants" 1 *pna (i. tarp-ns ■'ans) 
r-na (i. maanp) maann Tiaya a^a^n S^ wiomo ta^na 

Bien plus, Saadia lui-même semble n'avoir élevé aucune ob- 
jection contre l'authenticité de ces écrits. Dans son commen- 
taire sur Gen., i, 14, Yéfet parle en détail de différentes ques- 
tions relatives au calendrier et, à ce propos, il cite textuellement 
beaucoup de passages au nom de Saadia 4 ; il dit, entre autres : 
mnàr ûb ana* «-mb» a«mtN ab«sr (na-nfcba 0Nn *w) nia aan 
&nb b^pa "îb"»o nîn ûrtnTn bapa û^bxa nnroN n™ an ù irp©* 
^-ibk aa2^ apa n"»ab«a nnnoN r>riND ^îniaba b^bn bNbnbN l»a "jn 
*ny îm ^b^i yn n£-i3> >«b ï-ibbN taaNpa *rp yorpi 'nniabK 
ïnànn» "UNna S^bna îabia enas NbiN Si à av 'ÎNân&n av S 
tarr Nna -ùnna ne s]«bâ "ô* pris «m ànns ^b» tav 5p ïnspa. 
« Puis, il [c'est-à-dire Saadia] alléguait contre les partisans de 
l'observation [de la lune] le cas où ils ne pouvaient la voir [c'est- 
à-dire la lune] le soir du vingt-neuvième jour, parce qu'elle était 
voilée par les nuages. Il s'exprimait ainsi : J'ai trouvé que 
lorsqu'on leur [aux Caraïtes] demande : c'est d'après la nouvelle 

sont soulevés et ont affirmé, entre autres choses, que la Tora prescrivait de fixer la 
néoménie par l'observation de la lune, qu'on a commencé à assigner les témoins pour 
faire la déclaration de la nouvelle lune, afin démontrer que le calcul et l'observation 
coïncident entièrement. Cet argument est formellement exposé dans le Commentaire 
de Hananel sur Ex., xu, 2 (bfi<j3n b*7573, p. 32; cf. aussi a^Tjan Tiaa de David 
Messer Léon, éd. Bernfeld, p. 59, et J.Q.R. % XIV, 204). Hananel, ici comme très 
souvent, reproduit simplement Saadia, sans le nommer. Voir Monatsschr., XLI, 209, 
note 1 . 

1 Dans Pinsker, p. 95. Frankl (Monatsschr., 1882, p. 77sqq.) a démontré que 
l'auteur du fragment qui est publié à cet endroit est Hadassi. 

2 D'après Harkavy il s'agit de trois signes de la nouvelle lune ("îrH^îaïTl m"P2£ 

3 Ne faudrail-il pas couclure de ces mots que le Commentaire arabe de l'Exode, 
qui est anonyme, a pour auteur non Sahl, mais Ben Maschiah ? Il est, en effet, 
douteux qu'à l'époque de Sahl (fin du dixième siècle) il circulât encore des « écrits 
sadducéens ». 

fc Cf. ;.Qi„X, 246 sqq. 

T. XLIV, N° 88. 12 



178 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lune qu'on détermine [selon vous] le [commencement du] mois ; 
mais comment faire quand elle est cachée par les nuages pendant 
toute la nuit, il n'y a alors pour vous aucune possibilité de fixer le 
mois ? A cela ils répondent : Dieu nous a déjà indiqué un moyen, 
qui consiste à compter trente jours et à regarder le trente-unième 
comme le premier [du mois suivant]. Mais quand on leur de- 
mande une preuve tirée de l'Ecriture, ils la tirent du récit des 
cent cinquante jours 1 , par lequel Sadoc a prouvé tout juste le 
contraire de ce qu'ils veulent prouver. » Ainsi Saadia aussi pa- 
raît avoir su que les paroles de Sadoc, qu'il avait pu connaître 
directement ou indirectement, étaient conformes aux Caraïtes et 
il les retourne ensuite contre eux. 

Il va sans dire qu'il est difficile d'établir, au moyen de ces cita- 
tions peu nombreuses, de quels écrits il s'agissait 2 , quand ils 
furent composés et à quel titre ils portaient le nom de Sadoc. 
Mais nous pouvons, du moins, tenir pour certain qu'ils contenaient 
des idées sadducéennes et que les Caraïtes y puisaient sans en 
être formalisés. Ces ouvrages pouvaient également être connus 
d'Anan, qui y trouva consignées différentes opinions des Saddu- 
céens. 

Ainsi Anan semble avoir pris à ceux-ci les fondements de sa 
doctrine, mais il a dû aussi, selon la remarque très juste de Har- 
kavy 3 , faire maint emprunt à d'autres sectes juives qui étaient 
alors très nombreuses, et c'est pourquoi ces sectes furent ab- 
sorbées ensuite par le Caraïsme. Ce doit avoir été le cas particu- 
lièrement pour les Isawites ou Isounites, dont le fondateur, Abou- 
Isa ou Obadia d'Ispahan, a vécu sous le règne du calife Abd-el- 
Melek ibn Merwân (685-705), c'est-à-dire environ soixante ou 
soixante-dix ans avant Anan, et pour les Youdganites dont le fon- 
dateur fut Youdgân, disciple d'Abou-Isa *. Chez les premiers comme 
chez les seconds, il est défendu de manger de la viande et de boire 
du vin pendant l'exil, prohibition qu'édicta également Anan 5 . Les 
premiers ont encore considéré Jésus et Mahomet comme prophètes 

* C'est-à-dire des cent cinquante jours du déluge. Cf. à ce sujet, ih.\ p. 241. 

1 Dans les citations que nous avons données, on emploie alternativement les mots 
« écrit > (3NrO) et « écrits » (3rD), et Harkavy croit qu'il y avait un écrit divisé 
eu plusieurs parties. Mais il peut y avoir eu plusieurs écrits attribués à Sadoc et tan- 
tôt on en cite plusieurs, tantôt un seul. D'ailleurs, en pareil cas, il ne faut pas de- 
mander une exactitude minutieuse. C'est ainsi que Qirqisâni, parlant de Daniel al- 
Qoumisi, dit tantôt DNrû, tantôt 3113. Voir J.Q.B., VIII, 681, note 1. 

3 Graetz, l. c, p. 417-418; Otscherki, p. 14-19. 

* Voir sur ces sectes Qirqisâni, p. 284 et 311-12. 

8 C'est ce dont témoigne Qirqisâni, section XII, chap. xxxm (voir Woskhod, févr. 
1898, p. 9, note 3). Cf. Monatsschrift, XXXIX, 443, et -patt, II, 97. 



ANAN ET SES ÉCRITS 179 

des peuples païens, ce que fit ensuite Anan, d'après Maqrîzi 1 , 
etc. Si Abou-Isa respectait les rabbins et les mettait presque sur 
le même pied que les Prophètes, il le fit, d'après Qirqisâni, pour 
des raisons intéressées. Mais à part cela, toutes ces sectes, par le 
fait même de leur existence, faisaient opposition au judaïsme tra- 
ditionnel représenté par les Gaonim et c'était leur caractère 
commun qui les rapprochait d'Anan. 



III 



Le mot d'ordre qu'Anan écrivit sur son drapeau était alors : 
Séparation d'avec le judaïsme officiel et rejet du principe qu'il 
représente, à savoir l'existence d'une loi orale, complément de 
la loi écrite, d'origine divine comme elle et transmise de géné- 
ration en génération par une tradition ininterrompue. Seule la loi 
écrite est divine; de plus Anan mettait sur le même pied que le 
Pentateuque toutes les parties de la Bible demandant que l'on les 
considérât de la même manière 2 . Cette loi est entièrement suffi- 
sante et, en en creusant profondément le sens, on peut en déduire 
toutes les prescriptions nécessaires à la pratique religieuse; ainsi 
non seulement la loi orale n'est pas divine, mais elle n'est même 

1 Voir plus haut, p. 168, note 2. 

* Graetz [G-eschichte, V 3 , 441) aie premier indiqué avec justesse ce point, qui est un 
trait particulier à Anau.Mais la différence entre les Talmudistes et les Caraïtes, sur 
ce point, ne consiste pas dans le fait lui-même, car le Talmud emploie aussi quelquefois 
les Prophètes et les Hagiographes comme sources de prescriptions religieuses (voir des 
exemples chez Oppenheim, dans la Jûd. Zeitschr., de Geiger, XI, 83-84, et chez 
Weiss, "piaTm *iV7 *rn, IV, 76) ; elle consiste plutôt dans la façon dont les Ca- 
raïtes utilisent les parties de la Bible autres que le Pentateuque, et même les 
parties non-législatives de celui-ci (voir Weiss, l. c, 7o). Le principe talmudique 
cité par Graetz : f^sb^ N*b !"îbap "nmtt mm "HTr {Hagiga, 10 b, et pas- 
sages parallèles) et cet autre, cité par Oppenheim, ÏT"|"in "HT7D S"" ïbap "Ha*7 
Vil [Rosçh Uaschana, \9a) n'ont rigoureusement rien à faire ici. Le premier si- 
gnifie que les paroles de la Tora ne peuvent pas être interprétées par celles des 
autres livres bibliques au moyen de l'analogie de mots (fITlD ÎT1T5) ou autrement. 
Au contraire, le second veut dire que les institutions des Prophètes n'ont pas be- 
soin d'être renforcées (plTtl) comme celles de la Tora (Cf. aussi Frankl dans Ersch 
u. Gruber, l. c. \6a, note 34). On remarquera, d'ailleurs, que la dix-septième règle 
d'Eliézer b. Yosé Hagueliii, qui appartient au même ordre d'idées (l^iXlD ^3*172 
""iriN ÛlpttS îriDnttl "Ittlptta Unsntt), est la même que la septième de Ha- 
dassi (Alphab., 168bsqq. ; fol. 6ia-c) :Nim rPS^atfJ J-HE» 13K ta^ttlb 

ï-nu?: ifla^i i»inoD nns cip?aa unsnttn "itnpïïa ïî-ishe irNiz) -iihïï 

'1D1 rmrtttt t2\TQ3!-5 ID-PDU: H'y fcS'Waatt a». (Cf. Bâcher, Monats- 
schrift, XL, 78). Ainsi, si l'on ne regarde que le principe, on ne peut constater 
aucune différence. 



180 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pas nécessaire 1 . Que si la Bible seule suffit et s'il n'y a pas, pour 
l'expliquer et la compléter, de tradition reconnue et qui fasse 
autorité, il n'existe pas, naturellement, de règle qui puisse nous 
lier dans l'interprétation de l'Ecriture sainte, et chacun a le droit 
et le devoir de l'étudier et de corriger les fausses explications qui 
en sont données, quelle que soit la personne qui ait commis l'er- 
reur. C'est sur ces considérations que s'appuie le principe fonda- 
mental d'Anan, qui est cité pour la première fois dans son inté- 
grité, autant qu'on sait jusqu'ici, par Yéfet ben Ali dans son 
commentaire sur Zach., v, 8 2 : ban "para «m*» mata iiBan 
inynbj'nayiDn « étudiez la loi à fond et ne vous en rapportez 
pas à mon opinion ». Mais ce principe devait être fatal à Anan 
et au développement ultérieur du Caraïsme, comme nous allons le 
montrer à présent. 

Et d'abord, pour ce qui est de la première partie de la phrase, 
elle recommande le retour sans réserve à la Bible et le rejet 
absolu de la loi orale (ou l'ignorance voulue d'un développement 
plusieurs fois séculaire), qui s'est organiquement greffée sur le 
judaïsme, au point qu'il est presque impossible de l'en détacher 
complètement, sans ménagement. On vit, en effet, bientôt qu'Anan 
lui-même, qui avait posé ce principe, ne lui resta pas, ne pouvait 
pas lui rester fidèle. Il était profondément imbu de l'esprit tal- 
mudique et ne pouvait pas s'en dégager. Non seulement il a, en 
composant son Livre des Préceptes, emprunté le style et les ex- 
pressions du Talmud, comme nous le verrons plus loin, mais il a 
même conservé sa méthode et son système d'interprétation de 
la Bible. Il s'est entièrement approprié les treize règles de 
R. Ismaël 3 , sauf qu'il en a souvent abusé, dans sa passion du 
nouveau et de l'extraordinaire, et qu'il a tiré de la Bible des 
choses qui ne pouvaient venir à l'idée de personne : il a ainsi créé 
un nouveau Talmud, mais un Talmud étriqué et défiguré*. Les 
paroles que Natronaï lui prête à ce sujet et qu'il aurait adressées 

1 On le sait, le fait que les prescriptions bibliques sont parfois inconcevables et 
insuffisamment expliquées et exigent, par conséquent, une interprétation orale, a 
été le point décisif de la polémique contre le Caraïsme, chez Saadia, par exemple 
(voir Zeitschr. f. hebr. Bibliogr., III, 172 sqq.), chez Abr. ibn Ézra (voir ib., 173, 
note 8), etc. 

» Voir plus loin, p. 184 (où la leçon est toutefois: ,m O*\ ÎTT1 D3 "ItfîDn). Cf. auss 
Harkavy, B'W a 3 a^ttHn, VII, 33. 

3 Voir les citations chez Graetz, V 3 , 432; Steinschneider-Festschrift , p. 208 ; 
Harkavy, Otscherki, p. 50-51, etc. Cf. aussi Weiss, /. c, 83. 

4 Un exposé des enseignements d'Anan, qui confirmerait ce que nous avançons, 
n'entre pas dans le plan de ce travail, consacré uniquement à Anan lui-même et à 
ses écrits. On trouvera un exposé détaillé de ce que Ton sait jusqu'ici sur ces ensei- 
gnements chez Harkavy, dans les études citées plus haut, p. 161, note 1. 



ANAN ET SES ÉCRITS 181 

à ses partisans : Abandonnez les paroles de la Mischna et de la 
Guemara, et je vous donnerai un nouveau Talmud de mon inven- 
tion *, sont justes. 

Il y a mieux. Plus on connaît le Livre des Préceptes d'Anan, 
plus on se convainc qu'à part les théories divergentes qu'il a 
empruntées çà et là aux Sadducéens ou à d'autres sectes, il ne 
s'est pas très éloigné du Talmud et que les plus grandes diffé- 
rences qui l'en séparent dépendent de deux causes. Les unes pro- 
viennent de son fidèle attachement à la Bible et de ses singulières 
interprétations ; de là viennent probablement certaines facilités, 
telle que l'abolition de la défense de manger de la viande avec du 
lait; mais, de là aussi un grand nombre d'aggravations, en. parti- 
culier celles qui se rapportent aux lois du sabbat. D'autres dif- 
férences sont tendancieuses ; Anan voulait montrer que les Rab- 
banites traitaient avec la plus grande désinvolture un grand 
nombre de prescriptions, reproche qui leur est adressé par les 
Caraïtes, depuis Qirqisâni jusqu'à Firkowitsch -, et il en vint ainsi 
tout bonnement à trouver des aggravations de toutes sortes. 
Ajoutez à cela qu'Anan penchait vers l'ascétisme, et, par con- 
séquent, couvrait son enseignement d'un sombre manteau 3 . Mais, 
en dépit de tous ses efforts, il ne parvint pas à se détacher com- 
plètement du Talmud. 

Les Caraïtes se sont bien rendu compte de ce fait, et ils affir- 
ment, contre Qirqisâni, d'après lequel Anan trouva la vérité tout 
entière dans le domaine des lois religieuses, qu'il commença le 
mouvement anti-talmudique, mais qu'il n'alla pas jusqu'au bout ; 
ils établissent ainsi une distinction entre les Ananiya, c'est-à-dire 
Anan et ses successeurs immédiats, et les Caraïtes proprement 
dits, qui continuèrent les premiers 4 . Mais les véritables Caraïtes 
eux-mêmes ne pouvaient pas lutter contre la force des choses et 
ils durent avoir recours à une tradition, sui generis à la vérité, 

1 "p&w y"-\ itto, i. c : Miy vnna fca^iTiri d^inn bsb i\:y) iemb 
'•oi ïbia» rinbn ûsb ï-iis*n ysm mabm ns^a -nm. 

* Voir, par exemple, Qirqisâni, chap. III (p. 285 sqq.) ; Salmon chez Pinsker, 18, 
et dans Kaufmann-Gedenkbuch, 187; Tobia (voir plus loin, p. 186), Hadassi passim, elc . 
Cf. aussi Weiss, l^mi ")"H "11*7, IV, 72. 

a A cet ordre d'idées appartient, par exemple, la défense de manger de la viande 
pendant l'exil, qui remonte à Anan (voir plus haut, p. 178, note 5). Le Caraïte men- 
tionné p. 7, note 2, dit entre autres choses d'Anan : ^ibNO *J*P:£ ""b^SN )12 *p? "JÊOT 

"pute a swb"n ribttâ tonbbN b^N yaaa ^rnattbK im û-nonDb» ri-p^iv 

*^bN "tàbDNn. C'est l'origine de la croyance qu'Anan s'est exilé à Jérusalem et qu'il 
y a fondé ia communauté de c ceux qui gémissent et se lamentent » (voir supra, 
p. 170, note 8). Cf. Harkavy, Woskhod, février 1898, p. 9, note 4. 
k Voir Pinsker, p. f»»o sqq. ; Graetz, l. c, 430. 



182 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'une part, parce que le peuple observait un grand nombre de 
prescriptions qu'on ne pouvait abandonner, mais qui ne pouvaient 
s'appuyer sur aucun texte de l'Ecriture " ; d'autre part, parce que 
beaucoup de phrases bibliques avaient besoin d'une interprétation 
traditionnelle et qu'elles embarrassaient, par conséquent, les pre- 
miers Caraïtes 2 . Dans ces conjonctures, ils voulurent du moins 
sauver les apparences en donnant des noms nouveaux à des idées 
anciennes, afin de les faire passer, de la sorte, pour des choses 
tout à fait différentes. Ainsi, on disait d'abord qu'à part l'Ecriture, 
il fallait observer les lois que tout Israël avait acceptées d'un 
commun accord, bien qu'elles ne se trouvent pas formellement 
dans la Bible. C'est ce qu'ils appelèrent plus tard yiap ou ïto, 
« [consentement de la] communauté ». Mais c'est au fond la même 
chose que la tradition, et c'est ainsi qu'on eut bientôt les déno- 
minations npsn3>ïi, ïibap, « tradition », ou encore wn*J 2sa « joug 
de la transmission » 3 ; ces expressions elles-mêmes se rappro- 
chaient déjà singulièrement du mot ïid b3>ma rmn « loi orale ». A la 
vérité, il y en avait qui ne voulaient rien admettre de ce qui ne 
se trouvait pas dans l'Ecriture. Que la communauté ait accepté des 
lois, disaient-ils, cela ne prouve rien, la communauté elle-même 
peut se tromper 4 . Mais ceux-là ne firent pas prévaloir leur 
opinion. Ceux qui avaient adopté la théorie contraire cherchèrent 
probablement à se donner le change en affirmant qu'ils n'accep- 

1 Telle, par exemple, l'obligation de la prière, que les Caraïtes déduisent de dif- 
férents versets, et en particulier, à l'exemple des Talmudistes, de Ex., xxm, 25 
(voir Cran Eden, fol. 69 a); de même l'abatage, de Gen., ix, 4, et Deut., xu, 21; cf. 
cependant, ib., fol. 82 b. 

' Je rappellerai, par exemple, l'établissement des travaux défendus le samedi. 

3 Les termes les plus anciens paraissent être ïTï^ et "^ISp (voir Hadassi, Alphab., 
168 S sqq.) ; baO est aussi ancien. L'expression fîpn^fï a peut-être été employée 
la première lois chez les Caraïtes par Tobia (voir Adéret, prélace : Datl!"! TEfcO 

rrr y 1 ** ainas-t \n 3>to nb ■para npn^n ra^i» naiNia 153 ba;a n^tj '-i 

'■Dl fortrt Ï"n3fc»3 "153*15 T '{"n^p» r^btf), mais on le trouve aussi chez 
Haï Gaon (voir Harkavy, Stud. u. Mittheit., IV, 24, LU; cf. #., 351, 1. 3, et 394, 1. 8 
du bas), et on sait qu'il est fréquemment employé par Ibn Ezra. L'expression Ï"îb3p 
se trouve peut-être la première fois chez Hadassi (Alphab., 169 3). Comme ce dernier 
le dit, tous ces termes signifient une seule et même chose : b'3Dm ÏTï3>ÏTl.«« 

'i5*i totib in» pin niSTObïi swan npn^nm nbnpsi (par conséquent 

les expressions musulmanes ^NfcàN et ÏÏ20 se confondent ici en une seule idée et 
les termes caraïtes peuvent bien être imités de celles-là, mais non empruntés). Ce 
n'est pas le lieu de parler ici du terme qui se rapproche de ceux-là : « analogie » 
(DfcTp, lûpiïl). Cf. Grsetz, l. c, 439-443. 

4 Hadassi, l. c, 168&* : 3>7ûlZ3723 Ca^ai (lis. 13113 3) t3U33 'b^illD i» lûil 

■n* 'ein ttt mïSTTnttVT* bao !"vwa ïTr-p t^bi laprm (Bible nn3 =) 

'npn^n S33 ^pttob i-ian *pni tnyn Sb33 'wiû ï-rbsD ibiN 13 
(Lév.,iv,i3) mnaa rnyrj bbaa nwiD bisn 13 iras» tjh 13 pua*»! 
'•Di ^3132 bba (i. n"$n) ïf'an na*i ab^3i w* i»"i* ba uni. 



ANAN ET SES ÉCRITS 183 

taient que les traditions qui ne contredisaient pas le sens de l'E- 
criture, n'ajoutaient rien aux paroles de l'Ecriture et avaient un 
appui dans l'Ecriture *. Mais, nous l'avons dit, c'était une façon de 
se tromper soi-même. Le principe était détruit et la raison 
d'être des Caraïtes mise en question. L'autorité d'Anan reçut 
alors une atteinte, d'abord parce qu'en dépit de son principe, il 
était encore trop près du Talmud, et ensuite parce qu'il n'avait 
pas pu suivre ce principe et que celui-ci, au cours du dévelop- 
pement de la secte, fut reconnu insoutenable. 

Mais ce qui nuisit encore davantage à Anan et au mouvement 
qu'il provoqua, ce fut la seconde partie de son principe, qui reje- 
tait a priori toute autorité et qui devait nécessairement conduire 
à permettre à chacun d'interpréter les lois bibliques à sa fantaisie, 
de sorte que les Caraïtes manquaient de toute unité. Qirqisâni se 
plaint déjà de cet inconvénient en ces termes * : « Pour ce qui est 
des Caraïtes d'aujourd'hui, on en trouverait difficilement deux qui 
s'accordent en tout. » Mais les Caraïtes n'y faisaient pas attention, 
prenaient ce fantôme pour un progrès et se donnaient orgueilleu- 
sement le nom d' « hommes de recherche et d'examen » (^baa 
ŒTisnb&n -iÙ3b&n nmbN bïtN ,iûisn!i; 3 , par opposition aux Rabba- 
nites qu'ils désignaient par « les hommes du Taqlîd » (nartta 
T»bpnbN), c'est-à-dire des hommes qui suivent aveuglément les 
anciens et leurs chefs, sans s'être convaincus d'abord de la 
vérité de leurs affirmations 4 . Ainsi, la plupart des docteurs 



1 Voir les paroles de Tobia, citées plus haut, p. 182, note 3. De même Aron b. Joseph 
dans la préface du Mibhar (fol. 9a) : ta^2U33 13*138 DM23 13*T*3 "pStob ) a W1m« 

ara-irs nomi-J ï-ï33^n np^ynn it npnaw; ban uîpnrt bah mrùn ba> 

'1351 !-Tpri3>3 ÏTplbna Ï13"W ïnttN 3n33- Puis Baschiatschi, Adevet, -pa» 

rrj^nuj, ch. i : anron nasa t-myy rwwz) rrbap bat» n'y a^ann nTa&o 

'131 yS^Xf Ï""ïb3p3 aman \12 3>VO rtb tt^l. Cf. aussi Hadassi, 169 5 : Wl 

r^mi S3ïï3 tnw"pnîo -innn -«a Caïman t-i^yo S"n *i?aN) 
'irôtD rra t-noTirr '3^ iibn J-rbapm baw mn '3Eéo ïnbapai 
^iiba rrnn '03. 

» Ed. Harkavy, p. 285, 1. 22 : ^pND ..."tiltfbN ^ïl bïTN I^N^p S^END 

"pa ^ ba "6a» •ppsn» 3!i3)3 'pana làn laan t^b. 

3 La dénomination de UÎTDfirî iba*3 vient sans doute des paroles d'Anan : ItfîDn 
TDTU NrP"mN3. Cf. aussi les derniers mots du copiste à la fin du m "H 3? HDD de 
Yeschoua (chez Dukes, Beitràge, II, 29, note 1) : J—rï3a>73 3131Ï1 "ba^ irQU^l,,, 
S31DÎ1 ^ba>373 t^nptt ^33 TlM 3"3 S-TJ'Ttt"» 'l *7?abab. Les dénominations 
arabes se retrouvent réunies dans le passage de Yéfet sur Dan., xn, 4, que nous 
allons citer immédiatement. 

4 Le mot Taqlîd est emprunté au vacabulaire de l'Islam ; consulter à ce su- 
jet le Coran, Soura 43, 19-24 (voir les Commentaires in loc). Le mot «XaJUî 
est ainsi défini par Tahanewi (Dictionary of the Technical Terms used in the Sciences 
ofthe Musulmans, édit. Calcutta, II, 1178, s. v.) : <\^ wk.£ /w* >axJJ JjA> J-*aJÎ 



» 
184 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

caraïtes, dès les premiers temps, considèrent comme un devoir de 
ne pas avoir égard à l'opinion traditionnelle, mais de chercher et 
d'étudier toujours par soi-même ; Yéfet, en particulier, le fait en 
plusieurs endroits de son commentaire de la Bible, où il cite tou- 
jours Anan et Benjamin Al-Nahavendi comme ayant donné l 'exemple 
de cette méthode. 

C'est ainsi, par exemple, que dans son commentaire, Deut, 
xxxiii, 4 (ms. Br. Mus. or. 2419, f° 124 a), il combat ainsi l'auto- 
rité d'une loi orale et ajoute, entre autres choses : i-rba tnnD,,, 
ba bip-» •pVïns' 3 iwiNn li^a aipbN •;« ^hy b*rn '*n înbbN "pnanN 
ï-nbap Dïi3tt bipbN *]bi anp *jnd pnbx rsa^a !tb nab nïï insi 
•p* r-m^a lasirfiiatt «niarin ma-in "p"" 1 *p* l 50 1*° *Tb* ibasn 
Sa bapi ms» *nso -înanN nb« pxanba "pabKaa "proi "pKnaai 
*]bN nbip rins ^b* r**br>*i ri3K !nb r^a Vinoai !T»J> t^tt in&n 
« . . . Toutes ces choses [que j'ai exposées jusqu'ici] te prouvent, 
ù lecteur (que Dieu, loué soit-il, te conduise dans le bon che- 
min !), que les hommes de tout temps ont étudié et cherché les 
principes. Chacun a dit ce qui lui paraissait la vérité et, si ensuite 
leur opinion était reconnue vraisemblable, on l'acceptait et on s'y 
conformait dans la pratique ; sinon, on la laissait de côté. Ainsi, 
firent Anan et Benjamin et beaucoup d'adversaires des Rabba- 
nites qui écrivent des livres de préceptes, y exposant leurs théo- 
ries et les confirmant par des arguments qui prouvaient à leurs 
yeux ce qu'ils avançaient, etc. » 

Il explique de la même façon les versets de Zach., v, 5 8, dans 
son Commentaire, i.l. (ms. Br. Mus. or. 2401, f° 172 &; 2550, 
f°87«), contre la Mischna, la Guemara et leurs partisans, qui 
sont désignés, d'après lui, au v. 7 par le mot îtok ' ; au v. 8, il 
remarque : nr-rtN rp:rb rusn ïrcabN a'iïi ntdo i — ryonr-r rw 'îpi 
Nrmpnya nnab» njarban anabN ain irons r<*n nbbs 12* pafeô 
hob ma *na ibnp-> tabi bnpbsa a:-Psbf>J]a:o ">bj> inam snbyai 
•ja psbaa lasa rrm sanro saa bariiai an ûnas inna&n &ob y-pi -nai 
San totu mina iiBsn bsp "nb» )iy b^s s-<aa '3>bs an i-rabtftaa 
ins ■pa'aa ^dn nb"ip irianaa ^s l^a^aa Si<p"i inïn b* "i^ian 
taxa m ^ddn s^aa p [r^bi] *oaa abi r-naan han]i ta^sba rpsa 
n;boabs r<in "naan •p-'finpbN t^aba» la tab^a» ba *p™ ^P-N 

ou : JLâJ *jk.ff ryjo A.Âj*À±!L )£sjlZxj9 JjtÀj> $\ Jj»*j Uo^i &v^£ ^jLoiH f-y^i 
J) JuJ*x!i <JÎ De même Yeschoua b. Yehouda dit, dans son C^îD"l r.^UJKna 

(ms. Leyde, 41, fol. 89 b) : N1H1 3H ÏTfcn V^a ©■»« nai b? ïia^On 
T^bpnb». Cf. aussi Kozari, 111 , §28 (éd. Hirschfeld, p. 186). 

1 Cf. niD^n nSD de Jacob b. Reouben, ». I. (fol. 20rfj, et Firkowitsch, tamH 
SH^an, fol. 56 b, sqq. 



ANAN ET SES ÉCRITS 185 

•jn \nn nmba« oNibN -n^Ni pnbK i-i3N dïib n«b r^tt innnfin 
^b^Di ^anDbfiô &b n^bi* nb Sip* Nbi ns«N ^biô" 1 inanb« 
Sbr dnitt ^nâ "jn pTVWîo nbb« w isêo ^bibs ûb^bb nnabnb» 
ofittbs ^nttsaN ididdn ne *b? ^a^nu tam mnari» k?j y** a ^ 
-nabK^bN riwbàbN ya Dmànâfcn « Le parti désigné par le mot : 
« Femme », est appelé impie, pour montrer qu'ils sont considérés 
par Dieu comme des pécheurs parce qu'ils ont composé ces 
écrits [talmudiques], forcé le peuple à les reconnaître et à agir 
conformément à leurs décisions, et regardé les dissidents comme 
coupables de mort. Ils ne disaient pas : c'est ainsi qu'il me semble, 
c'est ainsi qu'il m'a été transmis ; cherchez, vous aussi, ô Israé- 
lites, comme nous avons cherché. Dans ce cas, Dieu, le maître des 
mondes, n'avait pas pu les éprouver [pour leurs actions]. Ainsi fit 
Anan, quand il dit : Étudiez la loi à fond et ne vous en rapportez 
pas à mon opinion. Ainsi dit Benjamin à la fin de son discours : 
Moi, Benjamin, je suis seul au milieu de milliers et de myriades 
d'hommes ; je ne suis ni prophète ni disciple de prophète, etc. 
Tous les docteurs caraïtes ont également suivi cette voie, éta- 
blissant ce qui leur paraissait la vérité et recommandant aux 
autres de continuer à chercher. Un homme peut ainsi s'élever 
contre son père, sans que le père puisse dire : « Pourquoi fais-tu 
cela ? » de même le disciple à l'égard de son maître. Ils étaient 
excusés auprès de Dieu, quand une erreur se glissait dans leurs 
opinions, et il leur était pardonné parce qu'ils ont ouvert les yeux 
des hommes et les ont amenés des ténèbres à la lumière '. » 

On trouve des pensées semblables dans son commentaire sur 
Mal., ni, 22-23, que je me propose de publier bientôt, et dans 
le commentaire sur Daniel, xn, 4 (éd. Margoliouth, p. 141), où 
Yéfet prouve par ce verset que c'est un devoir pour chacun de 
rechercher les principes des lois, que vaines sont les affirma- 
tions des « hommes du Taqlîd », Saadia, entre autres, à savoir qu'il 
ne faut pas reconnaître les lois après examen (hrobN 173), mais 
qu'il faut obéir aux successeurs des prophètes, les docteurs de 
la Mischna et du Talmud, etc. Les mêmes idées sont également 
répétées par d'autres auteurs caraïtes, p. ex. Sahl b. Maçliah*, 
Nissi b. Noé 3 , l'auteur du Hillouk*, qui, comme nous l'avons 

1 Le ms. de Leyde, cod. Warner 12, est un abrégé de Yéfet ou uue compilation 
où Yéfet est b aucoup utilisé; il contient aussi la seoonde partie des paroles que 
nous avons citées (a partir de ^73^33 btfp"l) et que Dukes, l. c, 26, a copiées. Une 
mutilation fait que le tout parait être de Benjamin al-Nahavendi, ce qui en don- 
nerait une image inexacte. La même erreur a été commise par Pinsker, p. 3, et 
Graetz, /. c, 438. 

1 Chez Pinsker, p. 34 sqq. 

3 lb., p. 9. 

4 Voir ib., p. «a. 



186 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

remarqué, avait sous les yeux des sources anciennes et sûres, etc. 
A cet ordre d'idées se rattache un passage très intéressant du 
■rani TOTK de Tobia b. Moïse (ms. Bodl. ; Cat. Neub. 290, f° 45) l et 
que je reproduirai, pour cette raison, in extenso. Les fautes 
dont il est question, Lév., v, 1*7-19, sont rapportées par certains 
Caraïtes au cas où un individu pèche par ignorance de la loi ; 
par les autres, au contraire, au cas où l'on n'était pas certain 
si un péché avait été commis ou non; par exemple, lorsqu'il y a 
deux pains, dont l'un est pur et l'autre impur et que l'individu 
ne sait pas lequel de ces deux pains il a mangé (on voit que c'est 
tout à fait le point de vue du Talmud). Là-dessus, Tobia remarque, 
en se servant, pour attaquer les Rabbanites, d'expressions passa- 
blement sévères : 

-irmn nrabw) ^tbn •wby awi i»"rp ■»** ^a rrwi i-rn,.. 
fcrmstn ïtosjp den nm ^a 2 ^73iiz5 , *L?npapr>p iDdbd rima -ns:m 
r-nmisii Toa^to rai tmwrtb tam t<b -ionts nï-strn ittô* '©« 
m» "O arfw ib "n&n ïîfija ib ■n» fmn t^ba n73£3> rrw Tïtibti 

im ttidca rwia in nsn ^bdd n*d miai T»b -ion73 "nnv b*rï5 
b* ain î**i!n 'ia« mmi i"*» min Ti»bb73 i?323> d-u^o ^73 *a is^ns 
t**bi nam "wb •jnNrma rBNin ib "pai " in ^ 1 ïtiwsûib n**i brd ba 
^2j< -in *n3 bi* ^b? ïtïi ^3 na bans wn c<b ">a 'f*ro ns yinns 
Sa cabob ndp73 in^ tara ib ibvn 't<b ïibj* ba ^nttb r-ib 
twnb ^« tarmTara b? û^snpn tavaninb *^« 113273 tant* 
aa-iN pur* bai rtbTnai s-imbo ara ^nt a^ra^a aa*a darvu^ara 
taarraa "isa^brai dn ib S^v nai r<"irj 113m tznm ^ ^a 'afioi 
b^T "pâma 173 13» ^a *by (1. an-p) amn -nmima b* dma wnïi 
t^b ap*i inybin ^3 'jaan 'm tamsnan tnb^oaïi ^3ia prai 
"iN^n ^a ht ; 73N 'on vît (1. ara) dN aarr rcam ï-rbnn ûâïFM s^a** 
bnaab asô *pn -innan trmr»rr carma^ d^dn ib^aiT) aa'nsndn 
nvn*!"n nsaûn t-nbaNttn wnm rtaann ba mia^bi r-nniabi 
■na 'ai p»b jtwm bs nabi von-i a^ii] '73N amb^i irvmoNïi 
Cdmnpod 'to* ris îrmm wwîtï ^ ^saa nnn73 in^ ^a taïib 
Sip ndd '731NT r-iWD ^"id^d i^a^i dta *ynyv ^ny nu tdtdd 
^in dîa ^73io nbN ï^npi d->dîia nbN tasnp pb tarib ir73N^ 
^asn "inritr-ï ^riN tandnn idT3>'' î-isni loir ^» b:» tib^n nb« CDïib 
taa^ïib» m b^ înEsn ddddbd d^nbN "rns i73 ta -o-i dnir^73d iboan 

«... De ces versets il ressort que l'Eternel nous impose l'obligation 
d'étudier sa loi et de la garder dans nos cœurs. Car seule elle nous 

1 Sur cet ouvrage, qui est principalement une compilation de David b. Boaz et de 
Yéfet b. Ali, voir Revue, XXXI V, 167. 
* xai ?va xaTaxpaT7)<7u>[xev. 



ANAN ET SES ECRITS 187 

montre la vérité (?) des préceptes que nous devons suivre et com- 
ment nous devons nous garder de ce qu'il ne faut pas faire. Mais 
celui qui détruit l'étude et reste sans loi, malheur à lui dans ce 
monde et dans le monde à venir 1 Ses fautes dépassent celles de 
l'homme qui a étudié, mais qui s'est trompé par défaut de savoir, ou 
par fausse interprétation. Sachez donc, frères, que celui qui s'ab- 
stient d'apprendre la loi de l'Eternel et l'unité de Dieu, ce qui 
est un devoir pour tout homme sensé dont la raison est suffisam- 
ment mûre 1 , celui-là ne peut, devant son Créateur, ni alléguer un 
obstacle ni s'excuser en disant : je ne pouvais pas le faire, ou : un 
joug accablant pesait sur moi, ou : mon père ne m'a pas instruit. 
Toutes ces raisons ne serviront pas à l'homme au jour où Dieu le fera 
sortir du tombeau, pour rendre à chacun selon son œuvre. Malheur 
aux impies qui se blottissent sur leur lit, aux ignorants dont les 
actions sont vaines ! Aucun pardon, aucune grâce ne les attend. 
Que l'homme ne se repose pas sur cette pensée : Dieu est clément et 
miséricordieux, que lui sert de nous précipiter dans l'enfer ? Lui qui 
a pitié de ses créatures aura également pitié de moi, qui suis égale- 
ment une de ses créatures. Encore moins doit-il s'en rapporter à de 
sots ignorants qui affirment que les vermisseaux de Jacob ne vont 
pas en enfer ; en vérité, ceux qui parlent ainsi y seront les premiers. 
Ce sont ces ignorants qui ont péché et fait trébucher quantité de per- 
sonnes par leurs sots discours ; ils ont montré au peuple le chemin où 
l'on mange et où Ton boit, et où l'on peut faire toutes les abominations ; 
ils ont déclaré permises des nourritures impures, des unions illi- 
cites *. C'est d'eux qu'il est dit (Amos, n, 7) : Le fils et le père vont chez 
la fille pour profaner mon saint nom. Malheur à eux! Ils se sont libé- 
rés eux-mêmes de la protection divine ; ils ont entraîné d'autres que 
leurs mensonges ont égarés. Ils trompent mon peuple et prêtent l'o- 
reille à des mensonges ; ils se livrent à des futilités et exigent qu'on les 
croie, sous prétexte qu'ils s'appuient sur une voix divine. C'est pour- 
quoi (le prophète) 3 appelle les uns des menteurs, les autres ceux qui 
écoutent des mensonges; malheur aux uns et aux autres! Auprès de 
quoi se réfugieront-ils, où cacheront-ils leur opprobre ? Frères, soyez 
prudents, ne trébuchez pas dans leur course, mettez la crainte de 
Dieu dans vos cœurs et tenez-vous en à la foi de votre Dieu avec 
effroi et terreur. » 

(A suivre.) 

S. POZNANSKI. 



1 On sait que l'étude de la langue hébraïque et partant de la Bible dans le 
texte original est un article de foi pour les Caraïtes, voir Hadassi, Alphab., 33 y 
(fol. 21 c, en bas). 

2 II s'ensuit que tout le passage est dirigé contre les Rabbanites. 

3 Voir Ezéch., xm, 19, mais le verset est 3Î5 "^ttlU "i53jb D1D3TS3. 



UNE 



NOUVELLE CHRONIQUE SAMARITAINE 



La chronique samaritaine qui est publiée ici pour la première 
fois, quoique faite sans critique, n'est pas tout à fait dénuée d'in- 
térêt. Elle a été copiée en caractères samaritains, puis transcrite 
en hébreu cursif par un Juif allemand de Jérusalem pendant son 
séjour à Naplouse. 

Dans la visite que je fis, en avril 1901, aux Samaritains, il ne 
me fut pas permis de voir l'original ; je ne fus pas plus heureux 
que les autres voyageurs, qui ont déjà eu à se plaindre de leurs 
procédés grossiers et enfantins. J'avais conclu avec eux un mar- 
ché pour l'achat de plusieurs de leurs manuscrits, mais quand 
arriva le moment de me les livrer, le premier manquait; de 
dégoût, je coupai court à toute négociation ». 

Nous ne nous livrerons pas à des considérations générales sur 
la valeur de cette chronique, naïve comme toutes les productions 
de cette secte. Ainsi qu'on le verra, elle s'étend jusqu'en 1889, 
année de l'Exposition universelle de Paris. 

Les chroniques samaritaines aujourd'hui connues peuvent être 
ainsi classées : 

1° La plus ancienne paraît être celle de Sadaqua, à laquelle 
Aboul-Fath se réfère et qui forme peut-être le fond du présent 
texte ; 

2° Le Livre de Josuê a été composé probablement en Egypte, 

1 Voici le titre de ces mss. : 1° Û^TO"^ i""0*l, 2° 'TlTjbn d'Aboul-Hasan de Tyr, 
3° mOTP '0, 4° tTSDID n*3tf) nœntt, 5° ïipiE l»" 1 », 6° rmn 'D, rouleau du 
Pentateuque copié par le grand-prêtre actuel, 7° m72TZJ '0> sur vélin, texte samari- 
tain avec traduction arabe, 8° Josué, 9° Psaumes, 10° rP2C3 Tlftbn, et 13 livres de 
prières pour les dilierentes fêtes. D'un particulier j'achetai le n c 2. 



UNE NOUVELLE CHRONIQUE SAMARITAINE 189 

vers la fin du xin 9 siècle. Kirchheim en a inséré un extrait dans 
ses yrraiD ^eto De Samaritanis (Francfort, 1861), et Juynboll en a 
publié le texte, d'après un ms. de Leyde, sous le titre de Chroni- 
con samaritanum (1848). Ce livre semble fondé sur une Chro- 
nique samaritaine et trois chroniques hébraïques. 

3° Ensuite vient El-Taulidé, édité par A. Neubauer dans le 
Journal Asiatique, 1869 l . D'après l'éditeur, l'ouvrage serait 
d'Eléazar ben Àmram et aurait été continué deux siècles plus tard 
par Jacob ben Ismaël. La copie en a été faite par le grand-prêtre 
Jacob ben Aaron en 1859. Ce n'est, pour ainsi dire, qu'une liste des 
grands-prêtres, avec les dates. Le ms. se compose de 25 feuillets 
in-8°, avec une introduction de 6 pages traitant des Jubilés. 

4° La Chronique arabe d'Aboul-Fath, écrite en 1355, semble 
fondée sur le Livre de Josué, trois chroniques hébraïques que 
l'auteur s'était procurées à Damas et quelques autres ouvrages. 
Le texte a été publié par Vilmar en 1865 (Abuî Fathi Annales 
Samarilaniy Gotha). 

5° Enfin la nôtre. Celle-ci n'est pas une traduction, quoiqu'elle 
s'accorde généralement avec Aboul-Fath *. La langue est de l'hé- 
breu biblique et peut-être ancienne. A ma connaissance, il n'y a 
pas d'autre exemplaire de cette chronique dans les grandes 
bibliothèques. 

Elkan N. Adler. 



Il 



Nous ajouterons quelques lignes à la note de M. Elkan Adler. 
A notre avis, cette chronique ne doit pas être ancienne ; elle 
nous paraît postérieure à toutes les chroniques mentionnées par 
M. Adler. Pour la série des prêtres et quelques autres détails, 
elle concorde exactement avec la Taulidé 3 , une des principales 
sources de la chronique d'Aboul-Fath, que M. Adler mentionne 
sous le n° 3. Un détail digne de remarque, c'est que cette chro- 
nique a été copiée sur l'ordre du grand-prêtre Jacob b. Ahron 4 et 

1 Tirage à part : Chronique samaritaine, Paris, Impr. natiouale, 1873. 

1 Voir, par exemple, à l'année 3091 où la chronique suit El-Thaulidé plus étroi- 
tement qu'Aboul-Fath. 

s Neubauer, dans son avant-propos, dit à tort que l'opuscule porte le titre d'el 
Tholidoth, cardans le texte samaritain qu'il cite en note on lit le mot ÏTPbinïT, qui 
est, d'ailleurs, aussi le titre de notre chronique. 

* Dans le colophon de la chronique de Neubauer il est dit qu'elle a été achevée dans 
Tannée 1276 de l'hégire (= 1859) par le prêtre Jacob b. Aaron ; mais dans la nôtre on 
dit que Jacob b. Aar-jn fut nommé grand-prêtre dans Tannée 1291 de l'hégire (== 1 874). 



190 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

s'étend jusqu'à nos jours ; elle nous rappelle la Taulidé de Neu- 
bauer, qui a été également continuée jusqu'à nos jours et copiée 
aussi sur l'ordre du même prêtre. Quant aux récits concernant 
les Samaritains, ils sont les mêmes que dans Aboul-Fath, parfois 
abrégés. A partir de l'époque où Aboul-Fath s'arrête ', il n'y a 
plus dans cette chronique aucun fait saillant proprement sama- 
ritain. En outre, l'auteur mentionne assez souvent un « livre des 
annales » (nwn ^Yi nso). Il en résulte que cette chronique est 
basée : 1° sur la Taulidé pour la série des prêtres et les chefs de 
familles samaritaines ; 2° sur Aboul-Fath, pour les récits et faits 
notables des Samaritains, et 3° sur ce « livre des annales » pour 
les légendes et pour les faits concernant l'histoire universelle. 
Peut-être aussi cette chronique n'est-elle qu'un abrégé du "nai nso 
D^tt" 1 !!, qui semble être fondé sur les chroniques susmentionnées. 
Il est regrettable que M. Adler n'ait pu s'entendre avec les Sama- 
ritains au sujet de l'acquisition de ce livre utile. L'hypothèse de 
M. Adler que la chronique de Sadaqua ait pu être le fond de cette 
chronique nous paraît peu admissible, car Aboul-Fath dit bien 
dans sa préface (p. 5, 6) qu'il avait sous les yeux la chronique de 
Sadaqua, mais il ajoute qu'il ne l'a pas utilisée, parce que la série 
des prêtres ne concorde pas avec la plupart des autres chroniques. 
C'est plutôt, dit-il, un recueil de bons mots, de rimes charmantes, 
qu'une bonne chronique. D'autre part, on voit que l'auteur ne 
s'est pas servi du « Livre de Josué 2 » ; car, ayant recueilli tant de 
légendes, il n'en mentionne aucune sur Josué. Il est vrai qu'en un 
endroit — dans l'histoire de Manassé et Ephraïm qui ont substitué 
aux deux pigeons deux sauterelles d'après Aboul-Fath, ou deux 
rats d'après le Livre de Josué — il est d'accord avec ce dernier 
plutôt qu'avec Aboul-Fath ; mais c'est un détail qu'il a pu trouver 
ailleurs que dans le Livre de Josué. L'auteur, quel qu'il soit, con- 
naît aussi les légendes qui circulent en Orient, la Bible et l'his- 
toire des Arabes et des Turcs. 

La langue de la chronique est un hébreu rarement mélangé de 
mots samaritains. Deux morceaux seulement, la prière de Baba- 
Rabba et un poème de Marca, sont en langue samaritaine litur- 
gique. Mais cet hébreu est plein d'arabismes, et, non seulement la 
construction des phrases et la formation de certains mots sont 

1 L'édition de Vilmar va jusqu'au grand-prêtre Nathanéel, contemporain de Haroun 
Ar-Raschîd et de Gharlemagne ; mais le ms. de Paris va jusqu'à Tannée 322 de l'hé- 
gire (= 933). 

' En parlant de ce livre, je compléterai le n° 2 de la note de M. Adler. Juynboll a 
publié le texte du livre de Josué, l'a traduit en latin et a ajouté des notes. 11 l'appelle 
( .'hronicon Samaritanum, cui titulus est Liber Josîkb. 



UNE NOUVELLE CHRONIQUE SAMARITAINE 101 

arabes, mais certains mots hébreux ont la signification de leurs 
équivalents arabes. Ainsi th est toujours employé dans le sens 
de « lorsque » = nin en arabe ; *jïi « afin que » = "jn. La particule 
na est négligemment employée tant pour le sujet que pour le com- 
plément direct. On rencontre aussi des noms propres étrangers, 
tronqués : Dimd pour o"im:nn, oiitro pour 013épdbdn, le dernier 
nom se trouvant abrégé aussi dans la Taulidé. Le nom du copiste 
se lit dans un colophon iDïti ûîton p ba*»ia"» p w« p ïtdd "dn. 
Qu'il me soit permis, en terminant, d'adresser à M. Israël Lévi, 
qui m'a chargé de la traduction de ce texte et dont les encou- 
ragements et les conseils m'ont aidé à mener à bien ce travail, 
l'expression de ma vive reconnaissance. 

M. SÉLIGSOHN. 



•pp jnîrn bain dni vp n« s-no «a tznatt -pb-in tz^N ïit 
dus^ nvn duj n« ï^-ip'n -p? ï-rm ^rm '■psn ns ibvi bnn hN 

S&wnnEi bNUîint: na T>bin Serrai battr»» ïhn "pb-in wi 
ri72y3 n&n Sain n«i Sai^ n«i Sr 1 na T3in ^?:bi ^ttb nat lb"> 
"1133 ujdp Sd ^2N i-nn bnvi rrcpfti bris a©" 1 -na !-pfi bn^n 
T3p nain» fia p^n r-iranai u:nn bd idab ma ïtîi bmm nsnan 

.ïinxd *p* na da p*n îanas -p3> s^ï-n 

[130 130.] Adam. 

Adam, eDgendra Caïn et Abel avant son fils Seth. Gain lua Abel, 
puis engendra Hénoch. Il construisit une ville, qu'il nomma Hénoch 
d'après le nom de son fils. D'aucuns disent que c'est Antioche \ 
Hénoch engendra Irad ; celui-ci Minai ; celui-ci Metusaël ; celui-ci 
Lamech; celui-ci Jabal, Jubal, Tubal et Naama. Jabal fut l'ancêtre de 
ceux qui habitent sous des tentes et conduisent les bestiaux. Jubal 
fut la souche de tous ceux qui jouent de la harpe et de la lyre, et 
Tubal fut le père de tous ceux qui forgent des instruments de cuivre 
et de fer. Il bâtit la ville de Quenaz, qui est la même que Bagdad, et 
il bâtit aussi Bassora. 



1 Le premier nombre indique l'âge, le second la date. 

* Yakoût raconte que certains hommes attribuent à cette ville une origine très 
ancienne, mais, d'après eux, le fondateur en serait le petit-fils de Sem. 



192 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

m«73 anom mis mta* otii» vît bs wn ^vai î-raia t>np 

•na'n mœ 

1D12N HDÎT -* 

■»»m tapaaran ^ro -n*» mwi ta^ra nvrw -pj ïma p»'p m 

bnîerb Dn riD 

.aaran ism o^a^rt ^v "n*» Ntn T»T:n -p* ma btfbrra m 

w 33pn SD 

•Sirii ùifl i* ûaizi n^y bsN t<rft n^N N*nm obi» w s-isa m 

[105 235.] l «S^A. 

Seth contruisit deux villes, dont il nomma l'une Philippe \ et l'autre 
Damas. Il vécut 912 ans et mourut. 

[90 325.] Enos. 

[70 395.] Kenan. 

Ce Kénan construisit la ville d'Attiroi Schafim 3 . C'est une des villes 
des deux tribus et demie. 

[65 460.] Malaléel 

Ce Malaléel bâtit la ville de Yazer 4 appartenant aux deux tribus 
et demie. 

[62 522.] Yéred. 

Il construisit la grande ville de Schalem s , qui est près de Sichem 
jusqu'à nos jours. 

1 Taulidé, 12 : 130. Aboul-Falh, p. 6 : 150. 

1 Plus loin notre auteur, suivant la Taulidé^ attribue à Seth la construction de 
Césarée; par conséquent, il veut dire ici Césarée de Philippe. Cette légende que Seth 
bâiit deux villes est analogue à celle que racontent Josèphe (Antig., 1, § 70) et le 
Livre des Jubilés, VIII, que Seth éleva deux stèles, l'une de briques et l'autre de 
pierres. 

3 C'est l'Aterot Schophan de la tribu de Gad, Nombres, xxxn, 35. 

* Ibid. 

5 Cf. Genèse, xxxiii, 18. Plus loin l'auteur attribue à Yéred la construction 
de Tyr. 



UNE NOUVELLE CHROiNIQUE SAMARITAINE 493 



v™ îBpn no 

.ïd^n ira» nanai iran niDN nrmNïi nso TabriK tiT 



nbunna IJ^n [fKffD 

rmp fratû tsnpa p "nriN nm (rta» bvya) zmpa naprï m 

•imam ja-wr 

npîii bwa rmpa napr tabi^n nyaa î^m ns-n -n* rrca ï-it 

♦yi-ian rrau: ï^nps im *an«rï mnp 



™ tûcrnnn apn 

r-iDitt B<baa "nbittb tar nras> ^a^aai fo^a unna rr^n ro "ibi?2 
-ittsm Dis iraab man ab^rr ^aia-n ba ijn-n n*3tz) ynaa a^taa 
^nb rwia m»» raran naïaai gwnronb y-iNH by ïtît biatt tanb 
to yn»n b? n^a mrj btanm "iétn tann t*nn "wn «nna nu 

[65 587.] Hénoch. 

Il étudia le livre des lettres qu'avait préparé et écrit notre père 
Adam 



1 



[67 654] M athusalem. 

Il fut enterré dans la ville de Bayoul l'inférieure*, qui fut nommée 
ensuite Kiriat Arba et Hébron. 

[53 707.] Lamech. 

Il construisit la ville de Riphat, qui est la hauteur du monde 3 . Il 
fut enterré dans la ville de Bayoul, qui est Kiriat Arba et qui ensuite 
fut appelée Hébron. 

[502 1209.] Noé. 

La naissance de Noé eut lieu dans le mois de Nisan. Quatorze 
jours après sa naissance un signe céleste apparut dans le pays de 
Sennaar. Tous les hommes du monde, ayant vu ce signe, en deman- 
dèrent le pronostic à notre père Adam. Il leur prédit qu'un déluge 
détruirait la terre. Et l'année 600 de la vie de Noé, dans le second 
mois, qui est le mois d'Iyar, le déluge survint. 

1 Inutile de rappeler que Hénoch figure dans les légendes juives et musulmanes 
comme le grand scribe. 

2 Ce nom provient-il d'une confusion avec bj>a P^lp (Josué, xv, 60) ? Quant au 
mot Ï1Z272, le Pentateuque samaritain porte *J113n î^n pfà^ 53* ^aii* I"P")p. 

3 II l'ait allusion aux monts Ryphées, que certains géographes identifient avec le 
Riphath de la Bible. Cf. Gesenius, s. v. nD^"|. 

T. XLIY, n° 88 13 



J9-i REVUE DES ETUDES JUIVES 

•pns h» r*oai i^p bain p nia "ja •p'rnN imn upn r**baa ns 

tr-n»? s**ïba pN na r*w»i i-r;>a:> na ja"n nasa n^a n73iz: "i^n 
irrjrr^ "pbK iNa"> ta^aNn T»nrn in von 17:1a *hn r^-op-n 
fcaip73 çyvi ^-noN im nx >op"n *ja n^Vift "pvnK rtn ia 
nb^D jisn?i s-n ■paa» moN riba têo l^frx i73u: ns t>np"n 
Sain mn« n733>3 na nssa nx a^72 ib îaoa'n baa ba û"»uî3n 
■»mkti ariT nnx chjabsz ^an« ib is^-n 133b niBN nms np*n jpp 
pvn rm U37ai23 maan ib tz::n yy vanm n^n: ^biam tps 
l-paan mm rrTa^a na nasa b&* Dms *jn-n nmzî "pa n-pn "pna 
U573^n rnaam û^obaei ?mN n« rror a>anN b* atam s-ma» 
nayb û^asci jnpn nn^n nasai naa mara yans n^by npcm nrrti 
na inbrm nnb Tinnizm tm*b cran d-^sn isoam n*pm raian na 
nsoi m»M ncDi rrpmNn nson naïap "paian nx ana na^as b« 
■»M tasTa mav taap^i nau: ma» iza7an "p na wi m?3nb7a 
^i? "»7aua nujN tza"ip73n ba nB*n *ra> 173 m 073n ■rçjaN n rin 
Sr nat73 naa nann 173 na f<iri73 "nnai nann ûip73 t^iM m 
i-rnnan iranan ba73 mbv rb* S^i bu n-»a ta^ria nn 
iy ynn» wna -ma t^irTaa naî73n tnpjai mntan q-ia^n ba?3i 
^-1735 na-> iaai ne nan taan j-ini du: p-in "rbin nai ï-rtn a-nn 
rttWiM hsm TsauîN n73*. ^3ai Divin ^731 bavn i*m rrxn :na.tti 

A l'époque de Noé apparut un homme nommé Ahidin, fils de 
Barad, fils de Tubal-Caïn. Il construisit Sihion, dont il fit la mai- 
son de Gaphna ; il y construisit une citadelle dans laquelle il plaça 
une pierre qui n'était pas supportée par des piliers, et il l'ap- 
pela Hasayubo ; des gens qui veDaient la voir s'en étonnèrent. Cet 
Ahidin eut un fils qu'il nomma Asur; celui-ci construisit une ville 
nommée Sihion. Lorsqu'Asur eut achevé la construction de cette 
place, il (Ahidin) envoya des gens à Babylone, d'où ils amenèrent 
Gaphna, fille de Naama, sœur de Tubal-Caïn; il la donna comme 
épouse à son fils. Il se fit faire quatre idoles, une en or, une en 
argent, une en cuivre et une en bois. Il fit faire pour lui l'image 
du soleil et de la lune, il mit dans celle de la lune un onyx et 
il en fit cadeau à Gaphna, fille de Naama. Elle se fit faire une 
image de chandelier, aux quatre côtés duquel elle plaça les quatre 
idoles et le soleil et la lune artificiels. Elle en confia la charge à 
400 hommes, puis elle invita les gens à adorer le soleil et la lune. 
Beaucoup de gens s'assemblèrent pour les adorer et se prosternèrent 
devant eux. 

Noé étudia avec Adam les vraies mathématiques, le livre des lettres, 
le livre de l'astronomie, le livre de la guerre l . Noé était alors âgé de 
cinq cents ans. Il s'enfuit de la ville de Riphath à cause de ses con- 
temporains, parce qu'ils étaient gens d'iniquité, et se réfugia en un 

1 Taulidé, p. 7. 



UNE NOUVELLE CHRONIQUE SAMARITAINE 195 

■sai nsi nb^bu: S-jb« d^im fca\na ïï^nm Jto^bN yp ^331 
i-TEJ-n t^nno fib/nm r^ao rana ^aai ï*3ai anai tarn^tti tt-ia tan 
pn ta-n^tt 1331 *n»3 nN <"pbin ttîiai iTin s^aia rrasn ^m t^anaoi 
ta^mboa nNi abonna n&n Damnas nan a^anb n&n a^33> nan û"mb 
mina ib "Dîn r<b aiai amnaa nan ûvnûba tau:?: iNSf tok 
■nittan n*n iowâ nao nnn nan rroa tirs nN ^ l* 331 û" 133 
nan rman fwn iïw nao ^p-i^rr nan "nnri nao iwian nao 

.tan nbuîbuî fiba Tijanïi nao ■n»atn 
S^im y\y tana* ^sai tanao -nbi Tiaaa-iao -nuDao ûb^ tara m 
na^bi nn? na* 4b"* nbrai nbra ns ib-» niaas-i&o r^uîtti nn; 
■phn aroi y-iNn î-ttbw Hwa -o aba imfi du? ca^a iwj nbT 
n-p nao rnttiatn nao Ejbv nao nràb» ns rb* pp^i lap" 1 
nao ba^aa* nao bav nao nbpn nao boa* nao a-mn nao 
t**bi pp-- m nba* Sa aa-p nao ï-rb'nn nao -paia* nao r^aia 
msa 3>ran m ^r ba -pin -nb Sao ^niDNbi tabw û^a nam 
•p-ian t^rs nia» ranaoi n-npa -nap-n nzn ï-tdo a^»m nsu: 

endroit nommé Edersagag ', là où l'arche s'arrêta plus tard, après que 
Noé fut sorti de l'arche, il construisit un autel sur le Mont Garizim, 
à Beth-El, sur lequel il offrit des holocaustes de tous les animaux et 
oiseaux purs. L'emplacement de cet autel se trouve sur le Mont 
Garizim et est connu aujourd'hui encore. 

Noé engendra Sem, Gham et Japhet. Les fils de Japhet furent : 
Gomer, Magog, Madaï, Yavan, Tubal, Mésech et Tiras. Les enfants 
de Gomer : Askénaz, Riphat et Togarma. Les enfants de Yavan : 
Elisa, Tarsis, Kithim et Dodanim : ceux-là sont les descendants de 
Japhet. Les enfants de Gham furent : Gus, Misraïm, Put et Canaan. 
Les enfants de Gus : Séba, Havila, Sabta, Raama et Sabtecha. Les 
enfants de Raama : Seba et Dedan. Gus engendra Nemrod. Les 
enfants de Misraïm furent : les Ludites, les Anamites, les Lehabites, 
les Naphtuhites, les Patrusites et les Casluhites, dont descendirent 
les Philistins et les Gaphtorites. Il n'est pas fait mention des enfants 
de Put. Canaan engendra Sidon, son fils premier né, Heth, Jébusi, 
Emori, Girgasi, Hivi, Arki, Sini, Arvadi, Semari et Hamathi. Ce sont 
les descendants de Gham. 

Les fils de Sem furent : Elam, Asur, Arpachsad, Lud et Aram. 
Les fils d'Aram : Uz, Hul, Gether et Masa. Arpachsad engendra Sale, 
Salé engendra Eber. Eber eut deux fils ; l'un s'appela Péleg, car 
de son temps la terre fut divisée, et l'autre Yoctan. Yoctan engendra 
Almodad, Sélaph, Haçarmavet, Jeré, Hadoram, Uzal, Dicla, Obal, 
Abimaël, Seba, Ophir, Havila et Yobab; tous ceux-là sont les fils de 
Yoctan. Il n'est pas fait mention des enfants d'Elam, ni de ceux 
d'Asur, ni de ceux de Lud. Noé vécut neuf cent cinquante ans, puis 

1 C'est probablement le Sadjistan qui est caché sous ce nom. 



196 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

■naps *s na m» "nriN ta» ^a yanNïi tn^p ïiot t^npï t^bi 
inann p^sîn ^ttbi nbunn^T tais Dm ta^p^x iHiubia vaab 1-13 
imi3 ^ab ina m anarr -iidk i-rsraa n-mb ns w lanp "O m fis 
■»aab ina nittnbtt ^naon r-n»« ^iddt mnisn -iaa tap nab 
"nsa mia» ■oab-i tmaaa naa ta3b">y ^abi t-ivmNrr -iso TOasnN 
Yaas-iN yn^rr pin "psa b* ni abs'n t^rirr sroiaa "-m mwnbtt 
nsara -nta&n tzib^T nb-i-rtrr s-ran[a3(») i***i lao-nn y.«a pra 
Grisai i-ibinan n^ya -isaia tan&o -nbi ûvibnn nb^ ittta toipwa 
t-oai an ."«sa Sr ^bwn "1-1733:1 t**bM taistt îattna ns ^a» rn73 
y-ixa naan *pNi Saa mabtttt r-r^&n Wn rthwi Saa 



m ' »:pn](»)nn o 

npb an r-Ha«b *ib tanx p nia na n-ptf) m» npb ï-tt 
i-nra tin însa aian ri3^5 j-hne obw ï-pep naa73 rtn"»n ï-im« 
wsi r*r*h nba pai iwa "pa P"> "ni nba mai -ra marri nxi 

.înb'mii 

• ■ 

mourut; il fut enterré à Kiriath-Arba, qui est Hébron. Cette ville 
ne fut appelée Kiriath-Arba (la ville des quatre) qu'après la mort de 
Noé, car avant lui trois justes y furent enterrés, à savoir : Adam, 
Matusalé et Lamech ; le quatrième fut Noé. 

Lorsque Noë se sentit près de sa fin, dans l'année où il mourut, il 
donna aux enfants de Sem le livre des lettres, le livre de l'astrono- 
mie et le livre des guerres. Aux fils d'Arpachsad il donna le livre des 
lettres ; aux fils d'Elam, le livre de l'astronomie, et aux fils d'Asur 
le livre des guerres. Dans cette même année, Noë partagea la terre 
entre ses trois fils : Arpachsad habita le pays de Khorasan, dans 
la grande Arménie 1 ; Elara et Asur habitèrent l'endroit appelé De- 
leth-Hadelathaïm (la porte des portes) * ; Lud et Aram habitèrent la 
grande ville*. 

Cinq ans avant la mort de notre père Noë, Nimrod apparut et régna 
sur les enfants de Gham. Il construisit la grande ville de Babel, et le 
commencement de sa domination fut Babel, Erech, Accad dans le 
pays de Sennaar. 

[UO 1309] Sem 

Il épousa Sirath, fille de Seth, fils d'Adam ; et au moment de son 
mariage elle était âgée de trois cents ans. Sem construisit Ninive, 
Rehoboth Ir, Calé et Resen entre Ninive et Calé; c'est la grande ville. 

1 Sur la confusion de ïTa^WlN avec ÏTWI, voyez Aboûl-Fath (éd. Vilmar), 
p, 18, note 1. 

2 11 veut probablement dire Derbend, que les géographes appellent bâh al-abtvâb, 
la porte des portes. 

J C'est probablement Resen ; cf. Genèse, s, 12. 



UNE NOUVELLE CHRONIQUE SAMARITAINE 



197 



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npnnnn n^p 

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p wzbx Hp 
pflî d^Sk y 

rwi lin r-ifin -nm n&o as-nat* s^nr: anaa* fc-iN -hbin ni mn 
-nriDT amaN np-n ta^Tuss maa imb-itt y-i^a vaet mn ->3d b* pn 
•j-in na nabtt Tina ntue* aun *>nu5 anaa mm dis ta^a dnb 
t'iM l'a aib i-im laa a-DN n« mn np"n J-iao-» ^aNi riab7û ^aa* 
i^apn v:a Tinai anaa nuîN ■jvnba riabw n&o *ro fiai naa p 

.du: 13125^1 pn n* isia^i a-nusa -n&ra anN 



Arpachsad 

Salé 

Héber 

Phaleg 

Ragou 

Serug 



[135 


1444] 


[130 


1574] 


[134 


1708] 


[130 


1838] 


[132 


1970] 


[130 


2100] 



[79 2179] 



Nachor 

» 

[70 2249] Tharé 

Tharé engendra Abram, qui est Abraham, Nachor et Haran. Haran 
mourut avant son père, dans son pays natal, à Ur-Casdim. Abraham 
et Nachor épousèrent des femmes : le nom de la femme d'Abraham 
fut Saraï et le nom de celle de Nachor Milca, fille de Haran, père de 
Milca et de Yisca. Tharé prit son fils Abraham, son petit-fils Lot, fils 
de Haran, Saraï et Milca, épouses d'Abram et de Nachor, ses fils, et 
il sortit avec eux d'Ur-Casdim. Ils arrivèrent à Gharan et ils s'y 
établirent. 



198 REVUE DES ETUDES JUIVES 

■ m» • tûûty vthx p 

ouatai to^aia uî7an napai pnsi nio bioa^ n« ^rbnn î-tt 
mb-w n:> toau) aiptt na> l^an nan« r^a^i ïnma boèi i^nb ina^ 
*— înpn rmaa b&ww ^aai y-wa ma} nn»ï!i ï-ntt v^ai nu» 
tt^aa ma^ N^^m nn r<u)7aï s^am jEtafci auîa^i Saan&o 
•12a b»*»^ nx Tbhn i^nb maui a^ittiai i-warc naïaai in^a^pn 
T^a nN 'n ^a ba> amas bà 12a b&wa^ ^nb nu3a> ï-HZîbia na^an 
nap?a ba nsi ir.^a "^b"» ba nto lia S&otiû^ nbnah inbn* 
ï-i'^n tonna» fipb nnapr ^ai tonna» ma -naaaa nar ba iaoa 
m.*o ■pifc r-i«i riiï dni iiop-» n&n •pttï na Tbm ï-nuap ï-ittuin 
tp-nuJN v>n pn w pi n&o t^aia n» nb-» ■jiap'n mia n&o pauî*« 
i-ianbîo ^n^a^-i ■pj'm 'hbêo na** 'pTa ^aai a^nsbi tomaiabi 
.a^aa anb rptti t<b mnai paum pai inioTi ï-nnop m nba ba 

. jw ai '*£&K D 

u)ia>">i b«iam ta^b» lia* m apan n&o ■iizîa* na T^in ï-it 
pb^aan a»attm tapi tonann isati nttfio pTi ta^bN ^aai mpi toba>-n 
■paraari baiiai pib n-w ^aai ï-iran s-iaia mn nna baw ^aai 
3>373n pib mnao tow^rn "nn pib ^aai i^^ti nasao "pui^n ï— iaa>i 

[100 2349.] Abraham. 

Abraham engendra Ismaël et Isaac. A l'âge de soixante-quinze 
ans, il sortit de Gharan et arriva au pays de Canaan , jusqu'à 
Sichem et au chêne de Mamré. De son temps, Nimrod était le 
héros du pays. Les enfants d'Ismaël furent Nebayoth, Kédar, Ad- 
béel, Mibsam, Misma, Dama, Masa, Hadad, Théma, Yethur, Naphes 
et Kedma. A l'âge de 87 ans, il engendra son fils Ismaël. Lorsque 
ce dernier fut âgé de treize ans, Abraham, sur l'odre de Dieu, se cir- 
concit lui-même; il circoncit aussi son fils Ismaël, tous les mâles de 
sa maison, tant esclaves nés chez lui que ceux qu'il avait achetés. 
Dans sa vieillesse, il épousa une seconde femme nommée Ketoura. 
Elle lui enfanta Zimran, Yocsan, Medan, Midian, Yisbac et Sué. Yoc- 
san engendra Seba et Dedan. Les enfants de Dedan furent : Asurim, 
Letusim et Léumim. Les enfants de Midian : Epha, Epher, Hanoch, 
Abida et Eldaa. Tous ceux-là furent les enfants de Ketura. On ne fait 
pas mention d'enfants à propos de Zimran, de Medan, de Yisbac et 
de Sué. 

[60 2409] Isaac 

Il engendra Esaù et Jacob. Les enfants d'Esaû furent: Eliphaz, 
Reuel, Jehus, Yaalam etCoré. Les enfants d'Eliphaz : Théman, Omar, 
Sepho, Gaatam, Kenaz, Timna et Amalec. Les enfants de Reuel, 
Nahat, Zaré, Sama et Miza. Les enfants de Séïr : Lotan, Sobal, 
Sibeon, Ana, Dison, Eser et Disan. Les enfants de Lotan: 



UNE NOUVELLE CHRONIQUE SAMARITAINE 199 

nai i"Wi ïtn ïn>a£ nai wi&n nsuîn bai*i nro^ *pb2 bmio nai 
nai pan ivn pba lira nai pan prv piû&n p»n "piû^ rt* 

^b» Y 353 ^ ûr7N V^a i^* 3 *h&n tonjbfcrt rnttia rrb&o 
i-nsatt mr p aan î-iarrn m* du:i *niya p 3>ba bantû-' nab 
asra i-ntûa ûwaH nN !-iattii *na p *ttn w»nrt •para &ujn 
p pn b*a nmïi marri» biNta î-rp-nattia ïib»ra t-nn* w^ tzsir-i 
an: ■»» na tvj» na bwNaatt "inuîN tziai ■ 13>d in^ ûuît *rrrt -naa* 
TDp lira ribt* rraa^bîiK hn^ mby y^an W-> tDi*ia ^Dib« siban 

.ûin> bfcmaïa nira» p->n 

ap* lien d^Sk tè 

rpm p pbnaTi *ûw* i-rntti nb *p:mi25 pian *vb-in rn 
p-iNi na Santz^ naaœ 'np** art s— tt ^nuiai na ^bnQ3 û*anai 

•prr nnN T^n b«w p^?au5 na ->tt-ûi pn^rn t^ibsi *pn 
laam "mai mrrp iira-ia nb na nnyaarr p biN^i "hîts 
yn^a "pian — iy n?:n mn yns ï-ïbtt pisi n^ l-nw na 
am hwrai ybin ta -oiBU5'» na biam ïTisn yns na pas 
muîi nm pD^r la na Sarbrm 'pb'w nia pbnnT na •j-ntnm 

Hori, Hémam ; la sœur de Lotan fut Timna. Les enfants de Sobal : 
Elvon, Manahat, Ebal, Sepho, Onam. Les enfants de Sibon : Aya et 
Ana. Les enfants d'Ana: Dison, Hemdon, Esban, Ythran et Keran. 
Les enfants d'Eser : Bilhan, Zaavan et Acan. Les enfants de Dison : 
Ue et Aram. 

Ceux-ci sont les noms des rois qui régnèrent dans le pays d'Edom 
avant que les enfants d'Israël eussent un roi : Bêla, fils de Beor de 
Dinhaba ; Yobab, fils de Zaré de Bassora; Husam, du pays des Thé- 
manites ; Hadad, fils de Bédad, qui défit les Madianites dans la cam- 
pagne de Moab — il était natif d'Avith; Samla de Masréca ; Saùl de 
Rehoboth-Hanahar ; Baal-Hanan, fils d'Acbor; Hadar de Pau qui eut 
pour femme Metabéel, fille de Mathred, fille de Mé-Zahab. Voici les 
princes d'Edom, onze en nombre : Timna, Alva, Yethetb, Ohlibama, 
Pinon, Keoaz, Téman, Mibsar, Magdiël et Iram. 

[87 2496] Jacob 

Il engendra Ruben, Siméon, Lévi, Juda, Issachar, Zabulon, Dan, 
Joseph, Benjamin, Nephtali, Gad et Aser. Ceux-là sont les souches 
des tribus d'Israël. Les enfants de Ruben furent: Hénoch, Phalu, 
Héçron et Charmi. Les enfants de Siméon: Yemuël, Yamin, Ohad, 
Yachin, Sohar et Saùl ; le fils de la Cananéenne. Les enfants de Lévi : 
Gerson, Kehath et Merari, et une fille, Jochabed. Les enfants de Juda: 
Er, Onan, Péreç et Zaré ; Er et Onan moururent dans le pays de 
Canaan. Les enfants de Pérec : Hécron et Hamul. Les enfants d'Issa- 
char: Tola, Puva, Yob et Simron. Les enfants de Zabulon: Séred, 



200 REVUE DES ETUDES JUIVES 

wnai "Wn rmfi'n j-iaE" nra« ^aa ^b&n&o ^mao ny lij>a£Ni 
tmom ï™n03tt tpv ^aa Sfcrabtti nan nbna ^m tanna m;Di 
tzrcim dédits ti&ni ^n« flwsi r*na baujNi naai *ba taawaa m 
û^an rtb« faibtai nsrn ^ian bausm -"brisa *aa û-^in p *aa iieo 
p ^bttn&o ï-i3U5 nujy na>au; p na'naçn r^a r\w tr^ato nw^arTa 
■»a« -1^73 cpr p nuîDTD m a^aia niaan î-in» tpi nau: cnrcbia 
raa^i b^nttSNn pbm wrtet i^ba ^aa *7*bji na fbin *pa»i na>bj 
i-obfc nban ttanai s-ibrna inobat maa insbiti nsm sn^arci 
naa nbmte tams» ^aa Da^aai ^npbi ûau:i *paN j^eu) ">aa ï-wnni 
nuî?a Tttbn jiznrr im wm lia p "pa p* p pa> ribnira ■»» ann 

.mbusn vbs r*oaan 

■* napn d^bSk nj 

n*i& "sa ^72^1 ^aab \w^ ->aa *»ti:oi nîip 1110-13 -rbin ht 

Tût asai mp hîw ^aa banian pnam ittar tan»* Tbin nï 

Elon et Yahléel. Les enfants de Gad : Sephon, Hagi, Suni, Esbéon, 
Eri, Arodi et Aréli. Les enfants d'Aser : Yimna, Yisva, Yisvi, Beria 
et leur sœur Saré. Les enfants de Beria : Héber et Malchiel. Les en- 
fants de Joseph: Manassé et Ephraïm. Les enfants de Benjamin: 
Béia, Bêcher, Asbel, Géra, Naaman, Ehi, Ros, Mupim, Hupim et 
Ard. Les enfants de Dan: Husim. Les enfants de Nephtali : Yahséel, 
Guni, Yéser et Sileni. Ceux-là vinrent en Egypte, en tout, soixante- 
dix personnes. Joseph arriva en Egypte à l'âge de dix-sept ans; il 
devint gouverneur à l'âge de trente ans et vécut en tout cent dix 
ans. Les enfants de Manassé, fils de Joseph: Machir, père de Galaad, 
car Machir engendra Galaad. Les enfants de Galaad: Ahiézer, Hélec, 
Asriel, Sichem, Semida, Hépher et Selophhad. Les filles de ce der- 
nier : Mahla, Noa, Hogla, Milca et Thirsa. Les enfants de Semida : 
Achin, Sichem, Lichi et Aniam. Les enfants d'Ephraïm, Suthalé, 
Bêcher et Thaham, Les enfants de Suthalé, Adan ; le fils d'Adan, 
Nun, le fils de celui-ci, Josué l . Ce Josué fut le disciple de Moïse le 
prophète (que la paix soit sur lui). 

[52 2548] Lévi 

Celui-ci engendra Gerson, Gahath et Merari. Les enfants de Gerson 
furent Libni et Simeï. Les enfants de Merari : Mahli et Musi. 

[74 2619] Cahath 

Celui-ci engendra Ararara, Ishar, Hébron et Ouziel. Les fi's d'Ishar : 
Coré, Néphag et Zichri. Le fils de Coré : Asir. Les fils d'Asir: Elcana 

1 Voir I Chroniques, vu, 25-27. 



UNE NOUVELLE CHRONIQUE SAMAKITAINE 201 

lsst*bKi baia*^ barT* ^a tpraen î-iapbN -po« ^aai ton mp pi 
,**rrrn n^n foron maa û^aMsan nïwo npa dïi fit "nmDi 

a-ro* 2671 iJ 

.ûrnns an» nan s-ron mai pttN ns "i^bnn riT 

■j-fiTO 2754 JS 

.fcamaN "pria ^s bj> ***wafcn aia 

û'waan i^s rroj» 2794 'j£ 

.^-iTa^bN nao ûitzna na* T'b'ifi rtî 

wba* 2844 'J 

^b^iii paa y-ia* na* nsnb bania-> ->aa ia<a iitnïta ©Nia 
p û^dk p nbmra la p* p lia p a^iî-p Nttgi n*n tomba* 
shn ^ mat nwao yna*r; na* bama"> ^aa ibnan toîrrçnai v\ov 
y-ia« un» to^aia '■nasn natta *pa p an&w wn w wi Irma 
y-iNa Y 573 " 1 ^^ û^a^N -13*17231 nau? û'nizian S-Hû^n to-naoa 
Si» twi -naa* î-Trrtta in» "nap-n naia tar^a-ian ïrran paa 
■^na< p baona vnnn 'jbu'n mo nawnn ba* ma a^ma ^n 

et Abiasaph. Les fils d'Ouziël : Misaël, Elsaphan et Sitheri. Celle-là 
fut la souche des prêtres qui existaient alors. 

[52 2671] Amram 

Il engendra Aaron, Moïse et Miriam, leur sœur. 

[83 2754] Aaron 

Il engendra Nadab, Abihou, Eléazar et Ithamar ; Nadab et Abihou 
moururent avant leur père. 

[40 2794] Moïse, le maître des prophètes 

Il engendra Gersom et Eliézer. 

[50 2844] Eléazar 

Dans le commencement de son pontificat, les enfants d'Israël 
vinrent prendre possession du pays de Canaan. Leur roi alors fut 
Josué, fils de Nuu, fils d'Adan, fils de Suthalé, fils d'Ephraïm, fils 
de Joseph. A cette époque, les enfants d'Israël occupèrent le pays 
d'après l'ordre que Dieu avait donné à Moïse. La durée de la vie de 
Josué fut de cent dix ans, dont vingt-cinq en Egypte , quarante 
dans le désert et quarante cinq ans comme roi dans le pays de 
Canaan '. Il mourut et fut enterré sur la colline qui est en face du 

1 Voir Sfder Olam (éd. Ratner), p. 50 et suiv. 



202 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

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FOttai i)3 y ba t-iNT lu^brm a*nm tona ^73 ta^m^-i ï\aia 
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^b73^ J-i3tt tm-fta:? ta pb73 , n Sans^ s— in awvn '-ipan ittbwa izji» 
r-nTanbab pna (1735) nt 'jb-n ,ibnd3 uatu» pns 'ifca (v)nnn onac 
t^no^a iN3ir nia m^T ^131 -ni^N n« '■pi Tian nrr b« «51» d^sba 
rittîb© naœai bfinrai 13a iasb l3>3a -jb» "pai na d^ïibN wa-n 
napii r-iTa-n js-on "-top» "ja ams la-WK 3>a« -inab7373b nra* 

Mont Garizim Beth-El, à Timnath Saré. A sa place régna Natha- 
nél l , le neveu de Galeb de la tribu de Juda par l'ordre d'Eléazar, 
fils d'Aaron le prêtre. Il fit la guerre à Cusan-Risathaïm, roi de 
la Mésopotamie, et lui infligea une défaite ainsi qu'à tout son 
peuple. Et dans la quatrième année de son règne, notre sei- 
gneur Eléazar mourut, et on l'enterra sur la colline de son fils Phinée 
à Kiriath Omratha, en face du Mont Garizim Beth-El. 

[60 2904] Phinée 

Il engendra son fils Abisué dans l'année où les enfants d'Israël 
entrèrent dans le pays de Canaan. Sous son pontificat mourut 
le roi Nathanéel, qui avait régné neuf ans. Il fut remplacé par Ehud 
fils de Géra, de la tribu de Benjamin \ Il fit la guerre à Eglon, roi de 
Moab, et aux Amalécites, et il les affaiblit. La durée de son règne fut 
de dix-huit ans, puis il mourut. Phinée mit à sa place sur le trône 
Gomer (Samgar), fils d'Anath. Ce Gomer tua six cents Philistins avec 
un soc de charrue et il délivra les enfants d'Israël ; il régna vingt ans. 
Puis Phinée installa comme roi à la place de Gomer Parac (Barac) de 
la tribu de Nephtali. Ce Parac se dirigea avec deux mille hommes 
vers le mont Tabor, et mit en déroute l'armée de Jabin et Sisra, le 
chef de son armée ; et Dieu soumit Jabin, roi de Canaan, aux enfants 
d'Israël. Dans la treizième année de son règne, notre seigneur, 
Phinée, fils d'Eléazar le prêtre, mourut et fut enterré à Kiriath Om- 
ratha, en face du Mont Garizim Beth-El. Dans ce même endroit, 

1 Aboul-Fath, p. 33 : idem, pour bfi03na>; le Livre de Josué p. 32 : Abil, qui 
est une fausse leçon de Natanael. 

2 Aboul-Fath : Y août de la tribu d'Ephraïm. Le Livre de Josué : Tarfih. 



.UNE NOUVELLE CHRONIQUE SAMARITAINE 203 

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-»3pT ta-^myrr riapa du> pn ©vipïi isirt *-n bn?3 mi Hjarp» 

♦S&n^ bî-rp 

onas p anu^aa 2944 'û 

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hN r-wi i^ia nn ïiœaE aa^ 173 V>3Ha TOFin ania-aN maTr» 
b* ^b^i rtaai ïtto* trnia ta^i^Tûrr "iddtot uï\x m«a ttibtta ûwfcn 
"rba^i 133 h p' 3 ' ,3N nN i ,,n *i n anu^a** na^â™ ^b^i û^aia rs^n© baw* 
nab>33 a©*»! 3W*aN la^arrN nanttab n^3> jnun naïaa bama^ br 
mds Dip73 ****ïi nuîN t=sujn wi« inap'n mwi ta^ara ^buî 
*naw anuî?3 iHans p *bin vnnn anta^aa ima-HN "p" 3 " 11 i |DD ' 3 
jntz^aN na^aiiN naïiab taniaan a^ara fiarca inab73?3 îean him 
iHiabia bfinœ^ ba> ^bOT baniûi ba> rtanb» rr^rr f<b imab» nyah 
t-wi aw^aa la^aVTN 3>:iaïi imabwb -naa* s— mab^a naïaai nara ira? 
Citt>b* onas wnN va» nnp bsa rtrvrâ* rrnpa imN i-inp^ 
i-rab\i> natzn ïtywïi nso ana -im jnuraN -iïw» nn ûibuJn 
hpdd Sn ma ûtij nria paa y-ux ^anra^ *aa naa>b t»* 

en face de cette montagne sainte, on avait enterré aussi son oncle 
Ithamar, ainsi que les soixante-dix anciens du peuple d'Israël. 

[40 2944] Aàisué, fils de Phinée. 

De son temps mourut le roi Parac après un règne de trente 
ans. Notre seigneur Abisué mit à sa place Gédéon, de la tribu 
de Manassé. Ce Gédéon, à la tête de trois cents hommes, infli- 
gea une défaite aux Madianites, qui comptaient douze myriades. 
Il régna sur Israël sept ans [puis il mourut], et noire seigneur 
Abisué mit à sa place son fils Abimélech. Il monta sur le troue 
dans la dix-neuvième année du pontificat d' Abisué. Il mourut après 
un règne de trois ans et fut enterré à Sichem, sa résidence. Abisué 
mit à sa place Tola, fils de Pua, de la tribu d'Issachar. Il com- 
mença à régner dans la vingt-deuxième année du pontificat de notre 
seigneur Abisué. Sous son règne il n'y eut pas de guerre contre le 
peuple d'Israël ; il régna treize ans. Dans la treizième année de son 
règne, mourut notre seigneur Abisué, et ou l'enterra à Kiriath 
Omratha, près du tombeau de son père Phinée (que la paix soit sur 
eux). C'est notre seigneur Abisué qui avait écrit le livre de la loi, 
sur le Mont Garizim Beth-El, à l'entrée de la tente d'assignation, 
treize ans après que les enfants d'Israël furent entrés dans le pays 
de Canaan'. Ce livre ?e trouve maintenant dans le temple de Si- 
chem, puisse Dieu nous rendre sa bénédiction * ! 

1 Aboul-Fath, p. 35: Taulidé, 11. 

* Ibid. 



204 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

y» 1 '1 !iT!-i tsvn i^ t^au; nuîDsn t*rc»3tt t^iïn w» Sï-jn 

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S172 aa^ y-iNa nap-n ybm ^b^n n» ■mas-ûb s-WDan r-nica 
ta l?ba *ja tw mnn ^ra wwa 'pb-n-n bN rv»a tourna nr; 
:?a;a nsrcai î-tsib û-niasn tzpiia binu^ S? "pbwn s-iiaa» uara 
Tvirtn *>iaittî i^aiiN ^b^i wiïfi *-p&r r-itt ^ra niinab crnioan 
nmaba wai tarsia rata bamai by "pbtt^ min 1 aara nns^ 
ycay ^a na ©ibm Tra* 13a "pan b&ruz)** ^a "pa n?:nb?3 r-rmn 
2*naN ne* vnnn ^to ■www ^b?a^ rins^ r-itt^ ba-i^b wa*n 
rwaœn roum ta^ia mm S*n\z^ b^ 'p'btt-n !phiït« rjaia V 3 
n*a tarna -in biaaa imat "nap^n rwi ^ta "îrsvrN 3>aan irnab^b 

,nnn»3> V 2 " 1 Q^ma nrs pa nta» narra rmpa b« 

•w la ^pna 3029 fl^ 

mnc "«pria ^b^-n ypaN ^b^n p» in:rjab ï-pur<bun r-ra^aa 
rwi r-rcui nra* rttttuj bania^ b^ Tibwi ïibiaî uauî7j bsb^a» 

[50 2994] £m, fils d'Abisué. 

Dans la cinquième année de son pontificat, le roi Tola mourut et il 
fut enterré à Sichem, en face du Mont Gerizim Beth-El. Notre sei- 
gneur Sisi mit à sa place Jaïr, fils de Galaad, de la tribu de Manassé, 
qui régna vingt-deux ans. Dans la vingt-septième annéedu pontificat de 
Sisi mourut ce Jaïr. Notre seigneur Sisi mit à sa place Jephté de la tribu 
de Juda ! , qui régna six s ans. Sous son règne il y eut une guerre 
entre le peuple d'Israël et les Ammonites. Il mit en déroute les Ammo- 
nites et les subjugua. Après la mort de Jephté, notre seigneur Sisi mit 
à sa place Abida 3 de la tribu de Juda, et il régna dix 4 ans. Dans la 
dixième année de son règne, notre seigneur Sisi mourut, et on l'en- 
terra dans la limite du Mont Garizim à Kiriath Mahné, qui est entre 
le Mont Garizim et Omratha. 

[35 3029] Bahki, fils de Sisi. 

Dans la troisième année de son pontificat, mourut le roi Abida, et 
Bahki mit à sa place Ibn-Lal 5 de la tribu de Zabulon. Il régna sur 
Israël dix-huit ans 6 , puis il mourut et fut enterré dans la terre appar- 
tenant à la tribu de Zabulon. Bahki fit régner à sa place Anithel 7 de 

1 Aboul-Falh, ibid. , donne la même origine à Jephté. 
1 Aboul-Fath, p. 33, sept ans. 

3 Aboul-Fath, ibid., a Abham, qui correspond à "jitaN (Jug., xii, 8), tandis que 
le nom donné par noire auteur est celui de pTHy (ta., 13). 

4 Le même nombre est donné par Aboul-Falh. 

8 Cest le nom de "pb^N [ib., 12), Elon, arabisé. 

6 Aboul-Fath a le même nombre. 

7 Ibid. 



UNE NOUVELLE CHRONIQUE SAMARITAINE 205 

natttt ban^a? -nnnn ">pna 'fwi libiat nbna ynaa ims 'nap'n 
Sn n^a ta">ma nn nnn s-i-ie pb» bsN ims ■Diban rrorr 
■pdk basaa -ima ■napn ntt-n ">pnn raan irobn»b ntaa* y an» na^ai 

,pN 'i pan ûnb ^id v>avw 

ipro p to 3054 fi3 

nwn^N -aatt -w p ^b\s "narro r-na ba> Y*pB i-rn marra ijra 

urm pp ^ia?a ^pna la *m &^a s^a "jpr Wi part pns p 
ni» mn û^n s-iNTaT n* nnn i-rbYtttt nannart r-pa-in^a ^b\s 
nn« r*nm y-ixa mas rnn ûotu; rrn p nsa»» ora^u: bfcniD"' ba> 
Sniïî^ *wn ©npn pMrr nx 'n -pnorr ■nwa -o pann "obfa 
r-i» "îatna taïa-n am p-i« ib o^^i ^aD^ p ^b">N wrwi na>a "p" 1 " 1 
Em bru* ib raj-n nTan^N ia*w« lano anatt p ûïi nuaN toison 
rua û^Ksnari bN-iur ^aa tains nrt p win iidhj ^a nb^a ims 
p"n T>bN ta^Doaon Tiaafio s^nn tama^a û^nuîbsai Dau:a Nrtrn 
raara TDa« ba «pb» isoeri û^anpïi n« vhy anp*n na-na -ib^taa ûiû 
s-to* -hbn >b">N nan bai n^iaa^n -îato» ta-a*) trroafin irmrp 
i-rabiz) wa bania^ ^aa "rWi tPtrrr nsa ba» tarama ûh f<"ibrî 
ta^nn» ca^nb» ns rraam ta^ian maanna "iuja> npna ta^pns 

la tribu de Juda, et il le fît investir de la royauté auprès du chêne de 
More au pied du Mont Garizim Beth-El. Dans la quatorzième année 
de son règne, Bahki mourut et il fut enterré à côté de son père, notre 
seigneur Sisi (que Dieu soit satisfait d'eux). 

[25 3054] \ Om, fils de Bahki. 

Pendant son pontificat, le chef de la maison d'Ithamar était Eli, fils 
de Japhni, descendant d'Ithamar, fils d'Aaron le prêtre. C'était déjà 
un vieillard quand Ozzi n'était qu'un petit garçon'. Puis il réclama 
qu'on l'établît dans le grand pontificat à la place d'Ozzi 3 . A cette 
époque, le prince qui régnait sur Israël était Samson de la tribu de 
Dan. Samson était un héros ; ce fut le dernier des rois du conten- 
tement *, car, sous son règne, Dieu cacha le saint tabernacle aux yeux 
d'Israël. En ce temps Eli, fils de Japhni, fit pour lui une arche en 
or, où il plaça les livres qui avaient été écrits par son ancêtre, notre 
seigneur Ithamar 5 . IL dressa une tente à Silo 6 , parce que les enfants 
d'Israël qui se trouvaient à ce moment-là à Sichem et dans les autres 
villes de la Palestine, l'avaient chassé du Mont Garizim ainsi que les 

1 Taulidé donne le nombre 3055 . 

2 Aboul-Fath et le Livre de Josué disent qu'Eli était âgé de cinquante ans. 

3 Aboul-Fath, p. 38. 

4 C'est-à-dire de l'époque où Dieu était content du peuple d'Israël. 

5 cf. Youhasin, 136 : nttn^N anib naifDn rtDbnna. 

6 Aboul-Fath, l. c. 



206 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

■nbjjQ no "mai *M5a -nna* orra a*n iub-i p -^n nna "ûbïi ïipnsn 
"nnafctt fcanpwm ^pna p *î* btwin *pan ta? inwôS i-rpnci 
^-nnoVi rmy baai mûiipri aaujn — p^a-i ba r-pa trma "in 
ba w b5>?a nan»a 1 *5i !-;to nu:? nm timprr posn ns 'n 

.Wftîi ^T3> nïttp Sjioa ï-pï-î pi ban» 1 * 

■»T3> la ■rçj© 3091 f^ 

ïitt* nraa •j-niab tû»iû vnnn ûp'n w p l'y»» h» insna wa 
^btt-n nïw p rnp ^a» ï^nrs ^a Ta&n r-wpbN p baiera ib^iûa 
i3a» msa la rrnaa p ti->2 p baraN p u^p p biNia inv bs> 
"^snw» ^a m;' •pan im;i biNia "pa nbrw i-i&wttJ inm trwaa 
fcpnna "^àfc to^aN uym spv ?aafci or^s ">Da^a dm tarn^-uan 
biiarj "jnam ben^ron biau; ito pm ara î-ïbm rittnbtt thyi 
itt? TOwi ba ma tarr-is nn -inaraîi Dip7:a nauîi» i-nn T £ia 
p*m p ^y Mpfinïi Dn»ia ï-ibNi twn "wids V 3 ^^ ^2 û" 13 ^ 

hommes qui le suivaient. Il construisit un autel à Silo, et y fit des 
sacrifices. Tous les hommes de la tribu de Juda et plusieurs d'autres 
tribus se joignirent à lui. Toutes les actions d'Eli sont écrites dans le 
livre des annales. 

Les enfants d'Israël se divisèrent dans ce temps-là en trois sectes * : 
l'une imita les païens et adora les idoles ; une autre suivit Eli, fils de 
Japhni — plusieurs d'entre eux l'abandonnèrent lorsqu'ils se furent 
aperçu de ses actions — , et la troisième resta avec le grand prêtre 
Ozzi, fils de Bahki, dans le lieu choisi, le Mont Garizim dans la sainte 
ville de Sichem et dans toutes les autres villes. Dieu cacha alors aux 
yeux d'Israël le saint tabernacle que Moïse avait fait dans le désert 
par l'ordre de Dieu. Cet événement eut lieu à la fin du pontificat 
de cet Ozzi s . 

[37 3 3091] Sisi, fils d'Ozzi. 

Pendant son pontificat mourut Eli, fils de Japhni, et la garde de 
l'arche qu'il avait faite à Silo fut confiée à Samuel, fils d'Elkana. On 
dit que c'était un descendant de Coré, fils d'Ishar. Il mit comme roi 
sur sa communauté Saùl, fils deKis, fils d'Abiël, fils de Seror, fils de 
Bechorath, fils d'Aphié, de la tribu de Benjamin. En ce temps une 
grande hostilité régnait entre Saùl avec ses sujets et la communauté 
samaritaine, qui était composée des enfants de Phinée,des enfants de 
Joseph et de quelques hommes de la tribu de Benjamin 4 . Une guerre 
violente éclata entre eux et la communauté de Saùl et de Samuel. Le 
grand prêtre Sisi habita le lieu choisi, le Mont Garizim. Douze hommes, 
chefs de la communauté, s'installèrent avec lui sur le Mont Garizim. 

1 Ibid. 

* Aboul-Fath, p. 39. 

3 Taulidé, p. 14, et Aboul-Falh, p. 51 : 39. 

*■ Aboul-Fath, p. 43, dit : « Et quelques hommes des autres tribus •. 



UNE NOUVELLE CHRONIQUE SAMARITAINE 207 

mnD *-pafc -nno p na»b ^©rt î-rbvwn abu) p nbmtt p 
■unytii 1-wma sirote n^p "je taann p yov p pins ^a^bian 
p ^aaa« ^ia->7arn mu nab->n rrnp p nbmra p bfcwna p s-wa 
r-p-ip i» Dnn p nas p "ws -^îan i-ria-npïi t=au5 tom p* 
Ttya r-pa rs-hp i» ma p iwm p "pbas vran mo naian 
m*o p i^ao "^îann tdo" 1 mnp p "°- P "û^ I 3 nnT rpttuîn 
•pa p arçnrr rtm* naa iœn pn?att5 t*wi nnb rrnp i« lia p 
TSE p ^tto p na* "n^ton tDYipti p»ton a n ao fiann ^a 
rsnyp mip p tk*' p nm p "ma -na* ina narr Isa rrnp V 3 
in) y û^ara rtbx ba rma -r* p rma p i7aa> p naia7a niz:^ û^au: 
nm iau5"n aiaa arrosas w 'n trbian D^anan -i£U57ab ûmatawi 

,imw iyiï- 19 ût-u 

112J125 p ->pna 3114 jj 

•^pna p aaia 3142 H3 

Voici leurs noms' : Eli 2 , fils de Sadoc, fils de Suthalé de Salem la 
grande ; Lached, fils de Sathur de Beth-Pathué ; Parue, fils de Jo- 
seph, fils de Taham de la ville de Santa-Garitha 3 ; Naané, fils de Na- 
thanel\ fils de Suthalé de la ville de Hilana 3 , Taba ; Ab-Nabu, fils 
d'Aden de la sainte ville de Sichem ; Garmi 6 , fils de Gabar, fils de 
Taham, de la ville de Timnath 7 Saré ; Eglon, fils de Haayud, fils 
de Perath de Beth-Peor ; Zaïth, fils de Sachar, fils de Bêcher de la ville 
de Yascor; Sagian, fils de Saiid, fils de Nun, de Luza , qui est 
Samarie, construite par Josué fils de Nun dans les jours du conten- 
tement autour du saint tabernacle ; Eber, fils de Sémech, fils de Ma- 
chir de Gaphar-Yahbath ; Uri, fils de Gamar 8 , fils de Jaïr de Gaatha ; 
Misbah, fils d'Omèd, fils de Nobah de la ville de Nobah ; en tout douze 
hommes. Ils s'y établirent pour garder les grands prêtres 9 que Dieu 
les récompense. Ils habitèrent le Mont Garizim jusqu'à leur mort 10 . 

[23 31 14] Bahkh fils de Sisi . 

[28 3142] Sabat", fils de Bahki 

I Aboul-Fath raconte ce fait; c'est la traduction d'un passage de Taulidé, p. 14. 
Aboul-Fath ne donne pas les noms, mais il renvoie le lecteur à Taulidé. 

8 Taulidé, p. 14 : pj>. 

3 Taulidé : nriTana nuao. 

* Taulidé: Nephtali. 

5 Taulidé : nab"W. 

6 Taulidé : "»70ia. 

7 Taulidé: na72N. 

8 Taulidé : b723. 

9 Taulidé : ï"pai ïlïiaïia. Aboul-Fath dit : « pour le garder», c'est-à-dire : Sisi. 

10 Le sujet est « les douze hommes » susdits, tandis que Taulidé, l. c, et Aboul- 
Fath portent : « Ils y habitèrent jusqu'à ce que les Arabes eurent tué le grand- 
prêtre Tobie » . Dans ce cas il s'agit des prêtres. 

II Aboul-Fath, p. 46 : Sa fat. 



•208 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

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nao p'WwtDi r-iiNTa yant* maisa ims xaai ^oia-«rj piaa va» 

[25 316*7] Salom, fils de Sabat 

[20 3187] Hizkia, fils de Salom 

[28 3215] Jonathan, fils de Hizkia 

Pendant le pontificat de celui-ci mourut le roi Saùl, et la commu- 
nauté de Silo nomma roi à sa place David, fils d'Isa. Il était âgé de 
trente ! ans lorsqu'il monta sur le trône. 

[22 3237] Jaïr, fils de Jonathan 

[25 3262] Dalia, fils de Jaïr 

Pendant le pontificat de celui-ci mourut le roi David, fils d'Isa. 
La durée de son règne fut de quarante ans, dont sept ans à Hébron 
et 33 ans' à Jébus 3 . 

[19 3281] Jaïr, fils de Dalia 

Pendant son pontificat 4 Salomon, fils de David, construisit le 
temple que son père avait fondé dans l'aire du Jébusite. La construc- 

1 Aboul-Fath, p. 46 : dix-huit ans; cf. Seder Olam, p. 29. 

* Aboul-Fath porte à quaraute-sept ans le règne de David : sept à Hébron et qua- 
rante à Jérusalem. 

3 Jérusalem. 

* Aboul-Fath, p. 51, dit que Salomon fit construire le temple sous le premier Jaïr, 
c'est-à-dire Jaïr, fils de Jonathan. En outre, Aboul-Fath, p. 55, donne une série de 
prêtres entre ce Jaïr et Dalia, qui ne se trouve pas dans la Taulidé. D'après cette 
chronique, après Jaïr viennenct Sidkia, qui régna 28 ans; Achia, 20 ans; Mahir. 
21 ans ; Jozadac, 25 ans; Dalia, etc. 



UNE NOUVELLE CHRONIQUE SAMARITAINE 209 

■pTOfi nnoab fcrnttJH dvwa naïaai ï*aa y-ia banc ^a nayb 
^laau: Sa b* ï-nab.© ^pbn'n na^Taa 'n w friBJn» nia» umpn 
ts^D -pn ffiabrcbi oia^ -p:>2 i-iaia b^ana T'a» nn iTaa b&n\a-> 
ï-iTOYTafci rvpttVTao i-rnattan rrna&Ma nana na r-i&n mai m-naa 
i-nwa ©bia t'naab&i è-hne a>aia mnra tartaa ib ny isn nrrm 
taa^rtbN ^-iriN laab na Tnsa *iûan inapT na>b tpi nab ns "Piaa i^n 
137:73 n-p t^ibn 'n *y»*a a»-n na s-ï7abui ©am artb innu^-i ta^nn» 
s-pana ia sppaM rrabra na^Ta ûuît vmpim rmana nTaia s<n 
^afinu} 1 » rça -iaa»b nara ta^\am mwa a»a-ia naïaa t^baa n^ii tcdn 

•l^aa y-iN 

ïrwn 3309 ft} 

iaa t=aa»am vnnn lab»^ ^ban in p iiTabia n7a maria wa 
■e Sa-ua-i iab» r^iaaana ara wbnttb taaauj *pa» ba ira wa^i 
nrtn taaara nva niab»n nta "uaab-> m S&ntz^b tek trobn'n ba 
•pnaa r^nn na^ai 'n unp7a b&* î-pa û^na -ina -inaiTar: mp»ïi 
ba> riTabw p taa>am ^ibja-n rtwr "Ob» db©» pa beniD^ -•aara 

tion eut lieu quatre cent quatre-vingts ans après l'entrée des enfants 
d'Israël en Canaan el deux cents vingt ans après la disparition du 
saint tabernacle qui avait été construit dans le désert par l'ordre de 
Dieu. Salomon régna sur toutes les tribus d'Israël, comme son père 
David, quarante ans à Jérusalem. Salcmon eut beaucoup de femmes 
étrangères, entre lesquelles était la fille de Pharaon : il y avait des 
Moabites, des Ammonites, des Edomites, des Sidonites et des Hit- 
tites. Il avait sept cents femmes nobles et trois cents concubines. 
Dans sa vieillesse, ses femmes rirent pencher son cœur vers des dieux 
étrangers et il se prosterna devant eux. Salomon fit ce qui était mau- 
vais aux yeux de Dieu ; il ne le craignit pas et n'observa point ses 
commandements ni ses lois. Le nom du vice-roi de Salomon, était 
Abiasaf, fils de Berachia l , qui lui apparut qualre cent quatre-vingt- 
dix ans après que les enfants d'Israël furent entrés dans le pays de 
Canaan. 

]28 3309] Jonathan 

Sous son pontificat mourut le roi Salomon, fils de David, et les 
enfants d'Israël nommèrent pour roi à sa place son fiis Roboam. On 
le conduisit à Sichem pour le couronner comme c'était la coutume 
pour les rois d'Israël. Car tous les rois d'Israël 2 étaient couronnés à 
Sichem, dans l'endroit choisi, le Mont Garizim, Beth-El, le sanctuaire 
de Dieu. En ce temps là, les tribus d'Israël se séparèrent des rois de 
la tribu de Juda. Roboam régna donc seulement sur la tribu de 
Juda, et Jéroboam, fils de Nebat, régna pendant 22 ans sur les autres 

1 C'est probablement une faute pour E|ON, cf. I Chroniques, xv, 17. 

2 Aboul-Fath, p. 52. 

T. XLIV, n° 88. 14 



210 REVUE DES ETUDES JUIVES 

^aw *Datt -iNtua ba> ^btt -J33 p a3>a-m "nab mfl 1 tf2tt 
ï-n«5 nm ïia-iTatt i-mm uaia b? ^b;: a^arm î-rara d^ncan d">att 
tan nnan rjp-isrr ta->pnD rwiN banu^ "»Batt5 réi **nrt! na>an 
a*ttn oros ^aai rp'n ^aa om n^Nî-î ba> tanwaarï a^-ittiuin m? 
ba r-pa û^îna «in umpa d-n^nan taawaa ^aaxn -nb ->aa7a 
-p* îanpa d'nttiNrr tawaa ^an73i rni^ "«an ïraarj ïHpnsïin 
!-7n3>ns mnpa a^a^n d^aierr in^Ta m^^bujrj npnsm oia^ 
uaa p tora-p "nriN to^abirj rpjna*a fipnsm a^ab taiinnia» 

.dttî *pau;-n ïnttiia nu ba d^aT» pn*rm 

teèi 3337 [«nnâ 

taw ûTiau: ans mnn ^pbxn aaa p a?a-p nja -maria wa 
£23>am nïa "maria wa pi i-rna p 8**U)?a rnnn ^nbfc'n t-\w\ 
ta^w d^naiD naa a^aa f-mm :aa;a bj> Tnnn ^pb^i i-rabra p 
irm naia a^aian im s-msr aaia b3> iaa r^DN -pnnn ^ib^i 
ïnwtD *p* nN t>*ap"n rp"p p ta"nsa ^aa» îB'w "çbsi ann tawa 
•piEia "n* irma^ao -hbn û"n*ïTi r<">n r<-ipnm -ixhiï i^ui tz^»» 
.ntri dW t* a^ai-pava ianpn« btnw ^aa*: î-ra ta-aiarm 

tribus. Roboam régna sur la tribu de Juda dix-huit ans 1 . En ce 
temps-là les tribus d'Israël se divisèrent en quatre parties 2 : l'une, 
les Samaritains, qui restaient dans le vrai, composés des enfants de 
Joseph, de Phinée, quelques-uns des enfants de Lévi et de Benjamin 3 > 
qui proclamaient la sainteté du Mont Garizim ; la deuxième partie, 
les tribus de Juda et de Benjamin, ^ui proclamaient la sainteté de Jé- 
rusalem; la troisième partie, la communauté des tribus qui habitaient 
la ville de Faratha 4 , adorant les idoles; et la quatrième partie ceux 
qui suivaient Jéroboam. Ce dernier se transporta à la ville de Sa- 
marie 8 et y habita. 

[26 3337] Ismaïl 

Pendant son pontificat mourut Jéroboam, fils de Nebat. Après lui 
Nadab régua deux ans, puis il mourut, et il fut remplacé par Baasa, 
fils d'Achia. Sous son pontificat aussi mourut Roboam, fils de Salo- 
mon, auquel succéda son fils, Abiam. Ce dernier mourut après un 
règne de deux années, et fut remplacé par son fils, Asa, qui régna 
sur la tribu de Juda quarante et un ans. En ce temps-là, un homme 
de la tribu d'Ephraïm acheta la ville de Someron d'un homme appelé 
Somer. Depuis, cette ville et les viiles avoisinantes furent appelées 
les villes de Someron (Samarie), et leurs habitants, Someronim (Sa- 
maritains). 

1 Aboul-Fath, p. 51 : dix-sept ans. 
» Aboul-Fath, p. 53. 

3 Aboul-Fath, ibid., ne dit pas : les hommes des deux dernières tribus. 

4 Aboul-Fath, loc. cit. ; c'est la ville linSHD de la Bible. 

* 11 veut dire probablement la ville qui s'appela plus tard Samarie. 



UNE NOUVELLE CHRONIQUE SAMARITAINE 211 

htsmw p s-parea 3365 nj 

fcrniia t» ttbs Tnnn 'pbtt'n mn« p r<iii:>a ntt "initia 173*0 
^73»! in73? vnnn npbrai-i 01731 i-tfaia inttT vnnn n;*ib73in DW 
cainaaa n73io nN» i-raia nn na t^ap nias s^irt inro* s — it ■jin 
ï-rora nrjna nïïnn r>*iïn nias* maïaa D^bN^Tsia^r: "i^a-n Eps 
froia brun pan ns my-rn oinTsiian bornai 133 ta* nionbii 
b« r-pa trrpna. nr-ia vnnafc bina pa -panai bav r<bi ffnrna nna 

.ûian 01731 m?a aba 

ïravj p pm 3385 j 

■irt nnatroïn 'tznpwn biaaa ï-nanpr rmpa pia inana 1730 
pinitn *^att oia na3N t^^iaa niay û^ia yny naizm bs nia »ma 
p "-naa p "-naia p r-nt laann om73ia ï-ib&o ama inar* rp*p 
nias n^n s^in ï-inb i» ■pn^-iia p barao p in^d •oian -naoi 
pinis 'nn or vin nbs oiioîn ta^un bs nia ûtis nrj aiao73 
tut» Y*?i ansiuart ïriBas nniajn natai» Oip7373 11151731 r-ô "raii 
rmpa pia niaro p na? lasnn omroia r-ban noinisn rnya viy 
>m p nw iiaibian îrrnsai ttrrraa pia mn p nbia isian j-inns* 

[28 3365] ToMe, fils d'Ismaïl 

Sous son pontificat mourut Baasa, fils d'Achia ; son successeur fut 
son fils Ela, qui régna deux ans. Ensuite Zimri régna pendant sept 
jours, puis Omri monta sur le trône. D'aucuns disent que c'est cet 
Omri qui a acheté le mont Someron au prix de deux talents d'argent. 
Dans la dernière année du pontificat de Tobie, survinrent les Arabes, 
qui firent la guerre aux Samaritains. Ils tuèrent le grand prêtre sur 
le Mont Garizim et depuis, aucun grand prêtre ne put plus habiter le 
Mont Garizim que longtemps après. 

[20 3385] Sadoc y fils de Tobie.. 

Il habita pendant son pontificat à Acraba 1 dans la limite de l'endroit 
choisi, le mont Garizim. Douze princes, descendants de Joseph, habi- 
tèrent avec lui. Voici leurs noms : Zaïth, fils de Sachar, fils de Bêcher, 
de Yascor; Sagian, fils de Sagiël, fils de Somron, de Louza (c'est la 
ville qui est dans le voisinage du Mont Garizim). Ces deux hommes 
étaient toujours avec le seigneur Sadoc, ils ne le quittaient jamais. 
Quant aux dix autres, ils venaient seulement quand on avait besoin 
d'eux. Voici leurs noms: Eber, fils de Machir, habitant Ephratha'; 
Sélah, fils de Hori, habitant Biratha et ses faubourgs ; Omed, fils de 
Nobah, habitant la ville du Liban 3 (ces trois étaient de la tribu de 

1 Taulidé : nonp*. 
' Taulidé : J-plD^. 

3 Taulidé : rrnirjai pba. 



212 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tpv p ï-jo272 aaœ 173 rtba û^as» f-obai iwb rvnpa p«j 
rtvian abuj wm nva pwi aia nbma p prix vmn p^sn 
ta?na» p nnn içjisn ï"idD7û rvnpa pus bN^ttï)"» p naa ^cjanh 
ïnNîaî r-rpoa pis raya p ap* ^snaan itna rrnpa pra 
pffl *;a"ia p "iaa wonîi "p-ns r-paa pra aN p py ^EOT 
tawm naio rmpa psa mrms p r-ns "n^ïD^rt **un rn-npa 

•mo o-vasn nran abwim isa vnnn ^ibfô'n 

pm p & ta fô* 3413 H5 

Sara n« s-raaa ib npb nuîN -n?32 p a^na n» inana wa 
taw a^rora 13a r-PTn» Tnnn ^pbun tni^k ^b' 2 b*anN na 
"fbtt casaw rniï pi ïi3U5 ma* avia vn« ûmm "pnnn *pb7:"n 
riD^ nr-rmat "pnnn Tib»^ D^3ia yau: D"n^ "pnnn "pbtt'n ïrniT 

.irisa n^aiN a&nm Tnnn "pbjm nn« 

mpbn 3437 *"D 

p n-iï-p Tvinn *pteri bana^ ^b» tarnîT ntt insna wa 
?aa i3a înanm -pnnn ^îb^i risa û*na3n Sriai^a iato3 p asairr 

•s— rai» rtnaj 

Manassé); Sadoc, fils de Suthalé, habitant sa ville, qui est Salem la 
grande; Bêcher, fils d'Ismaïl, habitant la ville de Mispé 1 ; Thaham, 
fils d'Abraham, habitant Marda; Acab, fils de Naané, habitant le 
château de Noumara 2 ; Aden, fils d'Ab, habitant Beth-Porich ; Gabar, 
fils de Charmi, habitant la ville de Haga; Perath, fils d'Ahihud, habi- 
tant Succa. En ce temps-là Omri mourut; son fils Achab lui suc- 
céda. En même temps mourut Asa, roi de Judée, à qui succéda son 
fils Josaphat, qui régna vingt-cinq ans. 

[28 344 3] Amram, fils de Sadoc 

Sous son pontificat mourut Achab, fils d'Omri, qui avait épousé 
Jézabel, fille d'Ethbaal, roi de Sidon. Après lui régna son fils Ahazia 
pendant deux années, puis son frère Joram, douze ans. Josaphat, roi 
de Judée, mourut alors; ensuite Joram régna sept années; après 
lui régna Ochosias un an, puis Joas quarante ans. 

[24 3437] Hilkia 

En son temps mourut Joram, roi d'Israël, et après lui régna Jéhu, 
fils de Josaphat, fils de Nimsi, vingt-huit ans. Après lui régna 
Joachaz, son fils, dix-sept ans. 

1 Taulidé : Î1D0*\ 

* Cf. m 733 ma, Nombres, xxxn, 36. 



UNE NOUVELLE CHRONIQUE SAMARITAINE 213 

tfnfc* 3475 nS 

tttt 13a tBfcrp -nrinn '■pbfc'n b«W ^btt nwifp tn73 insrta wa 

133 ÏTS338 T»nnn ^157^1 B^lîT ^73 ENirp n73 pi Ï13U; SmtBJ 

aip* 3511 ft 

133 d3>3T "pnrtn ^ibwi b&ntz^ ^b» ^ni"< ïhto waïia wa 

INIpl 0133*1 3NTH JtDlïT t^tb^S a^ETl nNT3 713^ ta^a-i&o nnN 

r-nnna ■»"*> mat»a tr-sb i3>73u: t^ïb b'nntth t-nan tawaa taras: 
133 rrnat i\nnn h jib»' , i ta*a*r nOT r^ira a>73\a ssœn wb rroviptt 
imafctta n73 pi ann iriN «a* p ùibo i\nnn É pb53 , n a"nmn î-HBta 
tznn awai ï-iao a-Œttm taraa irpïa» vnnn "jibio^i t**mïT ^373 
"T»ba^ ï-ravi -pa> 1^33 rainai obwn i?arai dns ^aafc u^n tsbaa 
*m -ntt3« s-in abTai^i ips r**wi sn:>a n3ra ta^abuîi rsra ï— 133 
ta^bs TObo caba'n un a msa rabrai c\^ a^abs mabia fcncc» 

.t^tta ari73 3bo ba ba> p-n 

irap* 3550 tûf?' 

wan a^ara r-nia* rw p an373 btnu^ ba> ^bTa inar-ia wa 

[38 3475] Amram 

Sous son pontificat mourut Joachaz, roi d'Israël, et à sa place 
régna son fils Joas, seize ans. Joas, roi de Judée, mourut aussi, et à 
sa place régna son fils Amazia, vingt-neuf ans. 

[36 3511] Acub 

Sous son pontificat mourut Joas, roi d'Israël, à qui succéda son 
fils Jéroboam. Ce dernier régna quarante-et-un ans. En ce temps-là 
apparurent Osée, Joël et Amos, qui s'appelaient « prophètes ». Mais 
les Samaritains ne les écoutèrent point, comme il est écrit dans la 
Tora : « Ne prête pas l'oreille à une voix mensongère 1 ». Jérobeam 
mourut et son fils Zacharia régna après lui six mois, puis Salum, fils 
de Jabès, un mois. Amazia, roi de Judée, mourut aussi, et son fils 
Osias régna à sa place, cinquante-deux ans. En ce temps-là appa- 
rut un homme des enfants d'Edom, nommé Romulus; il fonda la 
ville de Rome, où il régna trente-sept ans. A cette époque, Romu- 
lus compta ses hommes, et leur nombre était de trois mille trois 
cents cavaliers. Il les divisa en trois corps et préposa un chef à 
chaque corps. 

[39 3350] Acabia 

Sous son pontificat, Menahem, fils de Gadi, régna sur Israël dix 

1 Exode, xxni, 1 . 



214 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

W rwib qoa 155 JrjbM ûn5?2 ib im -ton ^b^ bia t^a imabtt 
S^nïi maa by sjo5fi na arrctt nsii ira !— jsbwbrt pnrrftb inx 
^b?: aia-n tors» ib*n bD b* spa a^bpuj a^?an tien 'jbfcb nnb 
îvinn ■pbxm ans» ntn baniu^ y-i^a ^^ t^bi nsFiab t.ibn 
nu)N nMî-b^) iïT»b»n p nps rnnn ^pb^n ûw û^siû 153 ïTmps 
no&ÔD nban N5 iwa to^yba on» û^ttn i^sn mnps vs^n nart 
om-» ^b^ wa pn r-mias ">bnD3 yn« -aui-n ba ns bJPi *tnbn ^btt 
8-151731 ^ffiim iîtwi m iwai ï-tiia ïthb* ©w ï-hw b? iî-to p 
va« 1705 vnnn isa triN ^pb^ri bÉrnû*»! S-rnîT *>5a "pa a'wainfc 
Tibtt^i îwa ta^NStTaa t*i tta^i snoit-n iwta^ pi t-isu: rma* inuî 
l'OÉttfcbiB s^sa îwa înbN p yiaiîn San©"» bi> airiîi taifcia p 
Vraia n? na -nia» ^b» n5t*n c^ba s-na imosi tien ^b» 
■ibart "-nbk ûnniDart mfcta ttb«i mien bantai na br>"v ta^ia uîbia 
ûataai triea jaaia» »iNiB5tt rniiûà i-papj brah ïiiarj ta* 
taabuîi tpsnm (rfe) ni7:s tp-n û^ibn ^a p^natrt ïjor ^a» ïtbs» 
rvsrttn -pa» ^ai (?anw) dïttiîti "p^sn a^a nbmia ^sai lïinti 
p spoi ■n'O.ârt nnaia» i» noi ïiano i-nes:» nai ïi*w T3>di ïam 
aa\a ws» rtbN •Hjban nnsratt aîm -1*1 iwbwi nns^7375 nnia 

ans. Sous son règne arriva Phul, roi d'Assyrie ; Menahem îui donna 
mille talents d'argent pour qu'il l'aidât à affermir la royauté entre ses 
mains. Menahem imposa cette somme aux hommes riches pour que 
chacun payât cinquante schekel d'argent au roi d'Assyrie. Ce dernier 
retourna dans son pays et ne resta pas dans le pays d'Israël. Mena- 
hem mourut et son fils Pecahia régna à sa place, deux ans. Il fut tué 
par son officier Phacé, fils de Remaliahu, aidé de cinquante hommes 
de Galaad. Sous son règne vint Tiglath-Piléser, roi d'Assyrie, qui 
emmena captifs en Assyrie tous les habitants du pays de Nephtali. En 
ce temps aussi, Jotham, fils d'Usias, régna sur la tribu de Juda, seize 
ans. Sous son règne, Isaïe, Osée et Michée prophétisèrent en Judée et 
en Israël. Après lui, son fils Ahaz régna aussi seize ans, et les trois 
prophètes susdits vécurent aussi de son temps. Sous le pontificat 
d'Acabia régna aussi en Israël Osée, fils d'Ela. Alors Salmaoasar 1 , 
roi d'Assyrie, vint et fit prisonnier le roi. Le roi d'Assyrie assiégea 
les villes de Samarie pendant trois ans, puis il emmena les enfants 
d'Israël eu captivité en Assyrie. Yoici les noms des princes qui furent 
emmenés en captivité en Assyrie avec le grand prêtre, Acabia, ceux 
qui étaient restés d'entre les enfants d'Ephraïm et de Manassé, les 
deux fils de Joseph le Juste. Enfants d'Ephraïm : Joseph, Pamur, 
Harphiph, Silem et Zerwend. Enfants de Sutalé: Charim, Aïn et 
Harohim. Enfants de Machir : Hamsith, Haco, Saad et Gédéon. 
Enfants de Manassé : Sarba, Sar, de la fanrlle de Machir, Suph, fils 
de Séred, de la famille de Gaiaad, Er et Dahag, de la famille de Galaad; 

1 Taulidé : Nabuchodonosor. 



UNE NOUVELLE CHRONIQUE SAMARITAINE 215 

Stïïïj tnttrttT d^\B "pb»^ rnm Y' 73 Dbû ^btt ûttft Sswa Cjor 

o^ia vnnn ^pb^i r-isra nu:^ r-io?2n oro^?: oisnd vnnn ^ib^i 

babn 3595 ftfc 

rists a-iujsn jNDn innw "^a b* impïm *]bft iniï-D *jra 
■wnn ^pb^i a^asnfcfi w»i wiïti irpaw a^asEa T»n vm^i 
172^1 tain ^bia swna Y 573 ûrir! û ^^ ^'^ d^Mm iwar t s-noan 
aw na^Ett ba vît nrtNa r^ttis .ta^n ^sacct "je Nim MSana 

1722 iKTOa 1» d">tt33K "^10 T»bM "OVn EH5N 1722 Ji» "^b nTO»3 

awn "jbn r=> "înai arrb snMb tta« Nbi inabtttt r>toa Sr la^tanb 
m3D T35> "pbr naa-n !"«ib d^*an&o a h 5iz: ib un ^ "înabïïtt r^oa hy 

•diraN b^ taiEimn 

ST-m 3635 JÛ 

awa p>3a y-i^b banian "»aa lalûM ins^ab wta d^iosh in» tnaraa 

.o^Bb^Bii onbNo dam t^it^aa î-nn ûiin 

ceux-là sont les princes de la tribu de Joseph. Dans le même temps, 
Tullus f régna sur Rome pendant trente-deux ans. Après lui régna 
Phanus* Martius , quinze ans; après lui régna [Tarjquin Priscus 
(l'Ancien) quarante-huit ans. 

[45 3595] Halâl 

Dans les jours de son pontificat Ezéchias régna sur la Judée vingt- 
neuf ans ; Isaïe, Osée et Michée prophétisèrent sous son règne aussi. 
Après lui régna Manassé cinquante-cinq ans. En ce temps-là, un 
nouveau roi régna à Rome; son nom était Numa le Sabin 3 . Numa 
alla, vers la fin de ses jours, dans le désert et habita dans les cavernes 
tout seul. Deux princes romains vinrent chez lui pour le ramener 
sur le trône, mais il ne voulut pas les écouter. Puis il se ravisa et 
s'assit sur le trône de la royauté jusqu'à ce qu'il eut achevé quarante- 
deux ans. A sa mort, le peuple romain le pleura comme les orphelins 
pleurent leur père. 

[40 3635] Seraïa 

Dans la vingt-et-unième année de son pontificat, les enfants 
d'Israël retournèrent dans le pays de Canaan. Dans ces jours-là 
existait le philosophe Salus *. 

1 Tullus Hostilius. 

1 C'est probablement une faute de copiste pour Ancus. 

3 II a confondu le règne de Servius Tullius avec celui de Numa Pompilius. 

k Est-ce Thaïes? 



216 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

j-jv-ua p ^b 3685 j 

vnnn ^vwn fcw trnau) "p73N ïmim br Y 57: ira?© *^a' 
impbn p irwm wss ^«1:733 vn v^ai ï-isid *kï53> -imn iîtibéo 
rrrçbœ Tniorp vnnri ^ib7a--i tnaaanaïi \n a m a^Timn ^na "pa niz3N 
■nnnn ^pb^m r-)73 -:j> ira aOT ïwb inpb Émana ^73 ï-it tar^in 
■pn ïisis ^d bs> b^w 1731a s^npna -hdk ta^p^irr» Nir; b^ba 
vnnn ^ibjn b^ata nsfcta "pavrr vrinn ^pbTs-n riius nrcy "ina b"ns73 
s-T^ttin ^b>2 ovbo orsno ^73 biitt bwa sppnirp hn wpnx 

•iisu? d^a^iNi san» ^57311 

b^ans 3737 33 

Diai -p? t^m ;ab\am tj> b^- -nm ^b» nsMTS'iaa c^a va^a 
tam^an naiTn toïi pn nam î-inin. i-ia^aa bj> lav ï-r»b* irm 
nns -nasnv vhyn ii£S3 ib h n ban ma wii mi^ ^bft "nntf 
r:^ n*n rwb narras vaa r-ian nnban baa ^73 ba nn« iby»i 
nafcwwaa rrn bna inN -.ara^n bvnDTTûa nïrnofim ^bart Tarn inny 
sttiît ^ba a^pnrp *-ob»73b nvm ris^a nmabia tsan rtrnn 
^a •panraa nbus baa ^b» nafcfimaïaa *jbab -ras* t-tyvn nsujai 
r-pa ns tj'nw abiavp ïtois s-npnan oia-> -p^ ba my-omaun 
t-na n«i ^b»M *th p n73bia inujy n«3N bn«n t^ir: aïrrtt ^ina 

[30 3685] . lévi, fils de Seraïa 

Sous son pontificat, Amon régna sur la tribu de Juda deux ans. 
Après sa mort, son fils Josias régna onze ans. En ce temps-là vivaient 
Sophonie et Jérémie, fils de Hilkia, un des prêtres juifs; ils se disaient 
prophètes. Après lui Joachaz régna trois mois ; celui-ci fut emmené 
en Egypte par le roi d'Egypte, où il séjourna jusqu'à sa mort. A sa 
place régna onze ans Eliakim, que Pharaon, roi d'Egypte, appela 
Joakim. Puis Joachin régna huit ans; ensuite Sédécias, frère de 
Joakim, fut fait roi. A cette époque, le roi de Rome était Serpius 
(Servius) Tullius, qui régna quarante-quatre ans. 

[52 3737] Nathanêel 

Sous son pontificat, Nabuchodonosor, roi d'Assyrie, vint contre 
Jérusalem, qui s'appelle aussi Jébus, et il campa devant elle. Il fit un 
mur autour de la ville et il l'assiégea. Les Ghaldéens poursuivirent le 
roi de Judée, et ils s'en saisirent alors que son armée s'était dispersée 
loin de lui. Il le prirent, ils l'emmenèrent auprès du roi de Babylone 
à Ribla, et, après qu'ils eurent égorgé ses enfants devant lui, ils lui 
crevèrent les yeux. Le roi ordonna qu'on le jetât dans des chaînes, 
puis il l'emmena à Babylone. Ce Nabuchodonosor commença à régner 
dans la quatrième année de Joakim, roi de Judée. Dans la dix- 
neuvième année de son règne, Nabuchodonosor, roi de Babylone, 



UNE NOUVELLE CHUONIQUE SAMARITAINE 217 

hiain mm ma tpta bYia tra ba t-ien wsi ^na ba r-iNi ^b^n 
r-ian 532 -n* b« nbah d?iWMrs tD^n nm nan iatna n^ao toïi 
dann ûwai nbaa diNicn dms ■nae vba ba r-wi bnNn vibl 
■Hïtan tous ta-nujan y an» yteiopi main ^b» ^ïi Dwana ^p» 
tarra ûïrba» i-rmi i©3« ■wrçyn mbatap immn nabjatt r-in^rt p 
ta-ittan in» tamba» Town ï^batap ûztoe fna -ix-ip-n ta^aN 
FTOpu \t d^o n©b«3 nn&o îrhîa» nana wa mri pi nauî 
s— sa iaa aann aai s-rma rs7jnb?a na ir-rmn rravi ba> Tnbattprj 

.m«» ^a» 

ÏTTO 3772 f£ 

ynwa dnEirarj nm* bai r^nrt ù^toa *pïa "> nN ^bart srnw ^t 
inainab rp"p«*?i n:iaa rrïi pi i»»©n n-iT^a^a ttpirn y-ia* bs pas 
ïrraDïi mbarr ^a* miOTin mban "nna ïiiaiipin p-i^a aa;a->7a wi 
■nom natamanaa narra j^a arrr: ûwa n:\a d^ob«n *iruo rt:uî nNtt 
ba> rin:aD ma: -pa» ïimn dro^n nNTai t— raua -rèsa» !-i\abia m s n&* 
r57a?auj k^ïih na»a y~\xn Mm miaa rtnaaa ïrmn ûnaE ^a rnam 

envoya son serviteur Nabuzaradan, chef des gardes, vers la ville de 
Jébus, qui s'appelle aussi Jérusalem. Il brûla la maison de l'arche d'or, 
c'est-à-dire le temple qu'avait bâti le roi Salomon, fils de David, ainsi 
que le palais royal et toutes les maisons de la ville. Il brûla toutes les 
grandes maisons, démolit la muraille de la ville, transporta à Baby- 
lone le reste du peuple qui était resté à Jérusalem, brisa les portes 
du temple et toute la vaisselle, et les fit porter à Babylone l . A cette 
époque, le roi de Rome était Tarquin le Second 2 , qui régna vingt- 
quatre ans. Puis Rome devint une république, les Romains choi- 
sirent deux hommes qu'ils appelèrent « consuls ». Ces deux consuls 
gouvernèrent vingt-et-un ans, et ils existaient encore sous le ponti- 
ficat d'Azaria. Trois ans après que Rome fut devenue un gouverne- 
ment consulaire, une guerre civile y éclata et la famine devint grave. 

[35 3772] Azaria 

Cet Azaria fut transporté avec toute sa communauté samaritaine 
par le roi des Chaldéens 3 dans un pays lointain de l'Orient. Gela eut 
lieu dans la dixième année de son pontificat. Ainsi la durée de leur 
séjour dans le saint pays depuis la première captivité jusqu'à la 
seconde fut de cent trente-et-un ans. 

A cette époque, l'armée de Nabuchodonosor marcha contre Tyr et 
l'assiégea pendant treize ans. Tyr fut alors construite sur un mur, 

1 D'après Aboul-Fath, p. SH et suiv., tous ces événements eurent lieu sous Acabia 
et, comme je l'ai remarqué plus haut, Acabia fut transporté par Nabuchodonosor. 
1 Tarquin le Superbe. 
% Taulidé, 17, et Aboul-Fath : le roi des Grecs. 



218 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

^«58 *fbfc t^a'n a^prrp rw pi Hrnrr ^atti bfiw *» Sa» 
n^n fc*wn nym b«w ^a tnnn psa ynNa asataii cnt ts^a» 

♦baa yiNa trstiw ûm bsWi ûinm ïr^tn a^aan» 

ttnî* la b«w 3812 jj 

mû'Hprt y^N b« mbart 1» aia -ininab &tab«3i îraan niiaa 
ba ûNia» ^ mbati tu&nttn btew ^att utn qb« dîne ©bis iftan 
-»t^ s<wi n^a tpv iaab t^^ îttsu: marri a^an ï*aa ynN 
•pan bana* b« ï-mrp aaia *wii» ssrnr: n^a isa-n "pyaia p 
tawaa *aai t-r^nan ">aan b.^ba "«3a pi œna •nya vbN i«a pn ba 
• ■nia ■•sa a m bw ta* (n)baaa iv naa^ s-raio "»aai tt^at wi 
aa? >>na»"i nr-in bus ta* abia -iNa-n a^na tpiaiNb lana^i 
^TMrt ïnan bana*b "nafim îrnm ^ab Nniûs nia-iia p baam 
ona^ b« T^m isba "jb-o 12 iab tpv ^a ^iû5 fi^aia p -n* b&o 
ï^aia p "w Svnn ïnan b&na* tam wi ^ban Tii *p? 

parce qu'auparavant elle était bâtie dans un champ. Le pays était 
alors désert de tous les enfants d'Israël et deJuda, delà communauté 
de Joakim. Le roi d'Assyrie y fit venir des étrangers et les y installa 
à la place des enfants d'Israël. A cette époque, Ezéchiel l , Nahum 
et Daniel, prétendirent à la prophétie * ; ils étaient dispersés en 
Babylonie. 

[40 3812J Abdiel, fils d'Azaria. 

Dans la trente-cinquième année de son pontificat il revint de capti- 
vité dans la Terre sainte à la tête de trois cent mille hommes 3 . Ils 
avaient été en captivité cinquante-cinq ans 4 . Le prince des enfants 
de Joseph était alors Ouzi, fils de Siméon. A cette époque les princes 
de la tribu de Juda vinrent chez Abdiel, le prêtre, à Haran 8 — ils ve- 
naient de l'Ethiopie, — ainsi que les habitants de la Galilée, les enfants 
de Hanania, de Benjamin, de Zacharie et de Tobie. Un grand nombre 
de gens vint chez lui de Babylone — ceux-là étaient les enfants de 
Merari — ils convoquèrent encore d'autres personnes pour venir à Ha- 
ran, entre autres Zeroubabel, fils de Sarsar ', le prince des Judéens. 
Ils dirent à Abdiel le grand prêtre et à Ouzi, fils de Siméon, prince des 

1 Le texte porte ï"ppTÎ1. 

* Aboul-Fath mentionne ce fait aussi sous Acabia. 

3 Taulidé et Aboul-Fath ajoutent « en dehors des enfants, des femmes, des es-- 
claves et des prosélytes ». 

* 11 faudrait plutôt 60 ans : 25 de son père + 35 de lui-même. L'auteur de Taulide 
dit que c'est son père Azaria qui revint, ce qui est un contre-sens. 

5 C'est-à-dire avant le retour. A partir d'ici tout le récit se trouve dans Aboul- 
Fath, p. 64. 

* Aboul-Fath : Sais al, qui a le même sens « chaîne » ; c'est le nom bîOnbfcttU, 
estropié. 



UNE NOUVELLE CHRONIQUE SAMARITAINE 219 

taasnn ûdn ïab -mn nr ïT»3>a i-rob p^iirii qov -rça t^rioa 
tzuî 193U3 pttîb 'n vina "iujn iovie?! b&* t^">a avna nr: b« i3?o^ 
•uwu bbibe n73n?3T irb» mtti ""bis trînbs 'n ba na>3 aiujsi 
T73 i:n rtsr t***b bnas t^iin ia -nain hidn lanïi td i3fcP3tY< 
bnp n3"«b^ i^a *naN n'unît baa mainn r<bi nNTii !-unïi aab 
■*ttm rrm -mn ns &rra 3>73U3 nrb baavnb nm isba bNiuï^ 
1^73©^ ttimi^ m ■wioa i"»m cidt» ^a \^U33 *pa rtbnia s-ia^tt 
Sa Dïmna Y 573rt fi^* 1 T^ vrim ^bain r-pa unra'n tar>baan 
bana* nb nsO'n 3>73\a *n2K anantt bj ûbwa"n ib -ita« ïmpttri û"ip73 
n« ww ^b73-n i^n rrnn 1 ^a *pai ara ma tjjn brian inan 
na fbnb Tan arw ban vasb ii^yn iNa tan vt> "pab to^uisrt 
ns "«ban toïi73 rrp-ia ban vwb isoarr p -çbEtt rarm nra-ra 
toîwa n73Kn b? ta -nprr i t? JmpYTptt mina inb nia» ta-nrn 
■»3sb •nso'n ïtrwrt Isa ria c^D"i^ ^33 am tmttiaïi m? IfcTa'n 
wa*n nnai73^r aip^r? t-*iïi ">an ia nm ût-u nn m^ ■jbttîi 
baanT wi 11*1 ^b^rt nao r^in ^ -n^an naa rmrp 13a ta* 
wa *naa iowi pis yn ms ^b^rr t»i n^am ^bTsïi ^ab naib 
baanT Ta r-173^ *p N ^ 'fbfctt rsan ran -inaiTsn aip73:-i Niri oia^ 
fia lam bam-iT b? qnatp^n ï|ot n 3a Ta ^iba n»an ^ai irwi 

enfants de Joseph : « Allons tous ensemble à Jébus, la ville du 
roi David. » Abdiel le prêtre et Ouzi fils de Siméon les répriman- 
dèrent, leur disant : « Pourquoi ferions- nous cela? Allons plutôt, 
vous et vos enfants au Mont Garizim, la sainte demeure de Dieu, le 
lieu que Dieu a choisi pour y faire résider son nom. Retournons tous 
vers Dieu notre Seigneur, peut-être reviendra-t-il à nous et nous dé- 
livrera du joug inique de nos ennemis. Ce que vous dites est indigne 
et nous ne pouvons pas l'accepter. Jusque quand voudrez-vous ce 
mal et ne vous laisserez pas avertir par tous ces malheurs qui nous 
accablèrent ? » 

Zeroubabel, ayant entendu ces paroles, se fâcha et une querelle 
éclata entre les chefs des fils de Joseph et ceux des fils de Juda. Les 
Babyloniens ainsi que les gens du palais royal en furent informés et 
en firent un rapport au roi. Le roi les fit venir dans sa salle du con- 
seil, et Abdiel lui raconta le différend qui s'était élevé entre sa com- 
munauté et les Juifs. Le roi convoqua les chefs des deux partis, et 
lorsqu'ils furent en sa présence et que chacun lui eut exposé ses 
revendications, il leur dit de lui réunir les arguments qu'ils trouve- 
raient dans la Bible pour qu'il pût les examiner et découvrir la 
vérité. 

Les Samaritains, qui sont les enfants de Joseph, apportèrent le 
Pentateuque et ils lurent devant le roi le témoignage en faveur du 
Mont Garizim qui s'y trouve, à savoir que c'est l'endroit choisi. Les 
Juifs apportèrent aussi un livre, disant que c'était le livre du roi 
David, Zeroubabel s'approcha du roi et dit : « Le roi David a recom- 



220 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

"-aai baaw na "fioan inar t^b oia^ai a^ia nna matb ^ban 
S-nsn pan Sana* s— -n ^pbm i-rbaa ■nya inns ta^abnnrs 
lab-n ï-mnptt ynab û^ins ta^abnnn bai tp'p ■*» larosi 
a^2T ï-rnauia vb* ûïtoV "i "Ha:m ba ma tourna nïrb -i&nin 
qb^ rnma ©bia s^ïiïi n*a btn^ ^aia baa ta^Nan ^issai aab 
mv vnnn nia *pba*n baa ^jba na nb^n to'nain nra ">ïrn ra-w 
■>3a "pa m^a "i^ ilam ttbvw rrNDia tvm t^nirn n^ai naia trobioi 
tann awan ^paob ta-n->atn tma-rn bbm î-mî-p ^a ^ai qov 

•S"wn ^n pan i-va^an "pa ï-ranba nmrî 

baia* la rppîfi 3842 *j 

"jbab lirvn Çroh n^wi parr mara-i baaiiï nabrr insna wa 
n^aï-r na?a bbaa iss isaa iianTi Tnsb "iMnrm a-i irma baa 
•wta'n lit toîib ïm oiai *v*a ^bart T\iï "ja tnabffl i&wa ' — i\i5N 
ï-pïi ywsi wïi ba nen ^bsïi ma nan i-n^n i-na dn iTwn 
nua "aia aan pi a&npa iat5i ïcot y-i^a t^iraa oiB*b*s Dan 

mandé l'aire du Jébuséen dans la ville de Jébus, en disant que tel est 
l'endroit choisi. » 

Le roi ayant. vu que la vérité n'était pas avec Zeroubabel et sa com- 
munauté et que les enfants de Joseph étaient dans le vrai, se fâcha 
contre Zeorubabel et ordonna d'apporter les sacrifices sur le Mont 
Garizim, et non pas à Jébus. 11 emprisonna Zeroubabel et ses parti- 
sans dans les villes de la Babylonie, et il mena Abdiel, le grand 
prêtre, et les princes de la maison de Joseph et tous leurs partisans 
dans la Terre sainte, au Mont Garizim, où ils adorèrent le Seigneur 
Dieu avec joie et allégresse. Le nombre de tous ceux qui revinrent 
de toutes les tribus d'Israël fut de trois cent mille hommes. Après ces 
événements le roi de Babylone mourut, et son fils régna à sa place 
trente-six ans. A cette époque, une très grande inimitié exista entre 
les enfants de Joseph et les enfants de Juda à cause des choses que 
nous venons de raconter. A cette même époque une guerre éclata 
entre les Tarquins et les Romains. 

[30 3842] HizMa, fils d'Abdiël. 

Sous son pontificat, Zeroubabel, Néhémie et Esdras, les prêtres, 
donnèrent au roi beaucoup de présents en lui demandant la 
permission de rétablir le temple qu'avait bâti Salomon , fils de 
David, à Jébus 1 Le roi leur donna la permission et ilsbâtirent la 
maison de l'arche, la maison du roi et toute la ville. A cette époque 
il exista en Grèce un philosophe nommé Hippocrate, un autre phi- 
losophe, un Samaritain, nommé Aaron 2 Il y eut encore un troi- 

1 Aboul-Fath, p. 73. 

1 Aboul-Fath, p. 77, mentionne les deux premiers; il dit aussi que lorsque Hip- 



UNE NOUVELLE CHRONIQUE SAMARITAINE 221 

oid^d iisn "prit* tD^nr: i»i»i baa -n:>a d*naiûn b^nus-^ "53 
t^iT^i ïîab 173^1 vian oid^d iun oiûïnpwi itouîi ^bie 
'■hdo «m ûbiûiT» rwia **npa nia» aia^ -p* b« i^aitt "nriN pan 
•vn *ana ba mia m©a ^b» ^a im* tok V 3 ****£ ^i Sin ' in 
tira na» mnptt ïtmf mm t^arr n* 1-rcriE >nT3> ©m i-mm 
i;>T c^b s^nn n*m nttNn b* ai-paran banw "^a m* in^ïï 
ï^b i^n tasbia pn tnBVTpn iMinw nan mpn "ptt)b na û^Tirrn 
mbaa r-ia« û^nœ fcaïr-tfa la©" 1 niaN û"miz)Nrr "piab \nba ot 
imy ^firnoa ba n«i ïrana nan m» vbN pan nw yiap-n 
n?2"«i anm^niNai û*mtz3Ntt li^ba mDVTp?i rrnnn nso ns iana*n 
S&n^*> ^a niya nawiz) ta^an a^nai i-rcmpn i-mnrr naa "na^tt 
ta-nma 3n:m "n* sporn p^xn rpi-> ^a om r-ittan by û"n»iz3n 
^-anïi ba pn inra may t b? ,m i -m n\aa na -toia t*<bi û"m 
liïïtt isnan s^bi -nb* ia->oin r**b tai"<n Dana ms» "038 nm 
n«T nVwn i^an ï^bi mai maaiû imnïi isoa vby i«a oai 
trantziN-iîri "^wn tnaroi tzpai a^nan m y yiap^i vroaNi s^in 
mttto»b rron3 i-ram ?<in imy n&* iim liranai limita û'waam 
ûfflm rna^N WK '-i ■rçist rraa mis ba b« r-nty n^an ï—rb« ba 

sième philosophe nommé Démoerite et un quatrième nommé Lazan. 
Le prêtre Esdras,, après son arrivée à Jébus, qui est appelée aussi 
Jérusalem, chercha le livre de la loi, mais il ne le trouva pas chez 
les gens de sa communauté, parce que le roi d'Assyrie avait brûlé 
tous les livres des Juifs. Esdras employa alors une ruse de sorte 
qu'il réussit à obtenir une vieille Bible déchirée d'un Samaritain. Les 
Juifs ne savaient pas alors la langue sacrée ni ses caractères ; ils ne 
connaissaient d'autre langue que celle des Assyriens dans les villes 
desquels ils étaient restés pendant soixante-dix ans en captivité. 
Esdras le prêtre convoqua son ami Néhémie et tous les chefs de sa 
communauté et ils écrivirent la Bible en langue et caractères assy- 
riens. Ils en modifièrent plusieurs mots, en les tournant dans un 
sens hostile aux Samaritains, qui sont les enfants de Joseph le Juste. 
Il y ajouta beaucoup de choses et en retrancha; ainsi il n'observa 
point ce que Dieu avait ordonné à son serviteur, Moïse, disant : 
« Toutes ces paroles que je vous ordonne aujourd'hui, il n'y faut rien 
ajouter ni rien en retrancher. » En outre, ils y commirent beaucoup 
de fautes, sans s'en apercevoir, ni lui ni ses gens. Il y inséra aussi 
beaucoup de paroles et d'écrits des premiers et des derniers pro- 
phètes, à sa guise et selon son gré *. Il dit à sa communauté, lui et 
son ami Néhémie, de conserver tout cela, en leur disant : a Ainsi m'a 

pocrate eut refusé au roi des Perses de se rendre à sa cour, c'est Aaron qui s'y ren- 
dit et exerça les fonctions de « médecin de la cour ». 

1 Aboul-Fath raconte ce fait sans, toutefois, dire qu'ils ont rédigé le Pentateuque 
en se servant du texte samaritain. 



222 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

t*riT* "nm bai ïrba ba n« î-hd* ibs*» pi î-ran&tta tfn* f*b -pan 1 * 

*ttm *n dwn nsoa Draina an to? iuîni 

!TOn 3866 •ij 

fca'ntttûii nu a m Epr» *aab a^tûa d^3N "ara rrrr -maria wa 
u rtna m !-n:an ^bra Dm pwim "oian atai d^pa-n inars dia 
to d*nanm ta\r>uîan ^ nN ta'n&izjrï nu na inbiD'n tinïï 
yisrm ina nn-i^ii naVn ban ^b?2 n« miob maan bYttïi "pars 
^bttb ïtos utoït ^aaa inoN inn^n ann D^nan aab ausa fcaa 
nu» rtau37: srn p ibi ms» u nbrw rtanira ï-iaïwn tien 
vnN na K-«rj >mïi na>a ^b»n î-iuîn nnoan "orra na^n eavnmn 
,paa y-iaa a^aOTn tmîT'ïi nu a* an ion iidam 

ordonné le Seigneur Dieu », mais Dieu, qu'il soit loué, ne lui avait 
rien ordonné; il avait fait tout cela de son chef. Et le reste des actions 
d'Esdras et ce qu'il a fait sont écrits dans le livre des annales, et Dieu 
sait le mieux. 

[24 3866] Hanania 

Sous son pontificat, la communauté samaritaine avait deux chefs, 
dont l'un s'appelait Jomakim 1 et l'autre Josadac, tous deux sages et 
très instruits. La communauté samaritaine envoya les deux chefs 
susdits, sur l'ordre du grand prêtre, servir le roi de Babylone. Ils le 
servirent et le roi leur témoigna une grande amitié et son cœur pen- 
cha vers eux. A cette époque-là le roi d'Assyrie épousa Esther, 
femme juive, et il l'aima beaucoup. Son vizir était aussi un membre 
de la communauté judéenne, nommé Mardochée. Esther, l'épouse du 
roi était sa nièce. Ils firent beaucoup de bien à la communauté juive 
habitant le pays de Canaan. 

(-4 suivre.) 

1 C'est Joakim, que les chroniqueurs samaritains ont corrompu en Jomakim. 



NOTES DE LEXICOGRAPHIE HÉBRAÏQUE 



1. -D13N. 

T : v 

Ce mot se trouve deux fois dans la Bible : Ezéch., xxvn, 15, et 
Ps., lxxii, 10. La signification « don, tribut » est établie par le 
contexte des deux passages, et, en outre, dans celui des Psaumes, 
par le mot parallèle rsnsïï. L'étymologie du mot est moins 
sûre, quoiqu'il soit certain que Yalef n'appartient pas à la ra- 
cine. La forme est celle de "isrça, II, Sam., vi, 19, mot que quel- 
ques-uns veulent lire aussi dans nos deux passages, et qui a 
peut-être quelque rapport avec l'assyrien s-aprtîtu « don », de la 
racine -©U5 « envoyer ». Pour ma part, je remarquerai ceci. On 
sait qu'en arabe -du: signifie pensatio, praemium^ cum Deo tri- 
buitur (Freytag, s. v.). Notre mot doit avoir lui aussi un sens 
analogue, c'est-à-dire un don de grâce ou d'hommage. Il est vrai 
que, d'après les lois de la phonétique sémitique, le mot devrait 
être prononcé nsipN. Mais on pourrait faire valoir, pour justifier 
une exception, les arguments suivants. Dans nos deux passages 
il est parlé, d'une manière caractéristique, des populations sud- 
arabiques qui apporteront le n=>m. Dans les Psaumes on nomme 
anon aota, dans Ezéchiel les )n iaa, colonies sabéennes et 
minéennes qui s'établirent de bonne heure près du golfe persique 
(Dictionnaire de Gesenius, 11 e éd., p. 179 b). Il est donc possible 
que les Juifs aient simplement emprunté ce mot aux Arabes, 
chez qui il signifiait tribut, et aient laissé le schin, puisque 
c'était un mot étranger. L'équivalent hébreu -iaia signifie seule- 
ment « salaire, solde ». Cette racine se rencontre justement en 
sabéen, cf. rouîn « se montrer reconnaissant » (stèle de contrat 
de Riyam, Musée Imp., I, ligne 18). L'arabe, lui aussi, a emprunté 
des mots étrangers sans en changer le son, par exemple tabara 
« briser », de l'araméen -on, qui, en arabe, devrait êtrenan, 
répondant à l'hébreu nauj (cf. Fraenkel, Aram. Fremdwôrter im 



224 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Arabischen). La racine -dp se rencontre, comme on sait, avec 
le sens de détruire. 



2. baba. 

Les différentes acceptions du mot baba « roue, tourbillon, 
chaume» ne s'adaptent pas au verset Ps., lxxii, 19:^2-) bip 
babas. Je m'étonne qu'on n'ait pas pensé à l'arabe djaldjala, qui 
signifie aussi « fragorem edidit (tonitru) ». Il faudrait donc tra- 
duire notre passage par « la voix de ton tonnerre dans le fracas ». 
Ce mot est à regarder, dans les deux langues, comme une ono- 
matopée. 

3. *vn. 

Dans Ps., lviii, 4, on explique généralement (û^un) Viî par 
« être infidèle », comme vis. Graetz corrige, sans nécessité, ce mot 
en Vit. Je crois devoir rappeler que tiï en arabe signifie « mentir » 
et qu'on peut entendre par le substantif tit l'idole, l'idolâtrie 
(aliorum numinum praeter Deum cultiis). Une signification de 
ce genre conviendrait bien au verbe parallèle wi. On doit expli- 
quer peut-être en ce sens le mot ta"Hî dans différents passages ; 
cf. Ps., uv, 5, où ta^T est parallèle à tropi*!* (dans Ps , lxxxvi, 
14, il y a à la place fcp^î). 

4. yy® rvr. 

Cette locution se trouve deux fois dans les Psaumes : bs ■wp 
•h»* "TOS nn trntt sp* (l, 11) et ïwp vw rn (lxxx, 14). Les com- 
mentateurs y voient « un ensemble d'animaux, tout ce qui se 
meut » et dérivent pï de la racine tit « se remuer ». Je ne crois 
pas me tromper en admettant une signification spéciale de pt 
dans chaque verset. Je crois, en effet, que 1° dans l, 21, il n'est 
pas question d'animaux, mais que Pî veut dire « le produit, les 
fruits des champs ». Le sens de la phrase est : « Je n'ai pas be- 
soin de tes offrandes ; même sans cela je n'aurais pas faim (v. 12), 
car à moi appartiennent les bêtes des forêts et des montagnes, 
les oiseaux du ciel (d'après la Septante, qui traduit oùpàvou et a 
peut-être lu to*rra rna>) et le blé des champs. » La Septante 
traduit ici wpaiÔT7|ç àypov! « la maturité des fruits de l'année ». 
On peut comparer Is., lxvi, 11, rroas pî» Dnsasnm, où pt signi- 
fie « plénitude », et est rattaché par le dictionnaire de Gesenius 



NOTES DE LEXICOGRAPHIE HEBKAIQUE 225 

(11 e éd.) à l'assyrien zdza « abondance ». "HU) r»t serait donc 
l'équivalent de "^la mïttn (Peut., xxxn, 13). —2° Dans lxxx, 
11, on ne doit pas non plus penser à une bête sauvage quel- 
conque, mais il faut sans doute en rapprocher le talmudique rvr, 
qui signifie un ver ou un animal rampant analogue, qui cause de 
grands dégâts dans les fruits ; cf. Houllin, 67 b : trian^nro 'prTî-j. 
Le verbe nï « se remuer » s'y adapte très bien (il ne faut pas 
penser au persan ziz « grillon »), comme «îttn de wni « se mou- 
voir ». Le verset signifie donc : « Les vers le dévoreront. » Nous 
savons par expérience quels ravages produit le phylloxéra. 

5. ms^bn. 

Dans Ps., lv, 20, &ttba wr aVi rab m^bn *p« *hbh pré- 
sente de grandes difficultés. L'explication courante : « Ils ne 
connaissent aucun changement dans leur méchanceté » ne peut 
être donnée qu'en désespoir de cause. Je serais porté à penser à 
l'arabe halo fa « jurer », dont le substantif hilf signifie exac- 
tement « alliance, pacte juré ». Le sens serait donc: « qui ne 
gardent pas la foi jurée ». Cf. v. 21, "irma bbn. 

6. ^u3n. 

Dans Ps., xviu, 12, tnu rûipn est traduit par « obscurité de 
l'eau », et rotun est considéré comme égal à ^pn ou M3©n. Outre 
que l'alliance des mots y est étrange, il reste étonnant que le 
poète emploie deux fois le mot '■pan, la première ligne portant mir 
vino ^ujn Ne serait-il pas possible de lire rDbn et de penser à 
l'arabe "pàn, qui signifie, entre autres acceptions : mullum pliât 
(coelum), multum aquae habiiit (mtbes) e ! Le sens du mot rouîn se- 
rait alors « une plénitude, une grande quantité », comme tr» n3>Dtt5 
dans le passage peut-être analogue de Job, xxxvni, 34. A cette 
occasion, je note que je propose de lire, ibidem : rocn ■pnwao 
»prni) ^y inao tzrfc, ce qui donne une bonne division du verset. 

Le passage parallèle de II Sam., xxn, 12, a trtt rman. Si on le 
compare à l'arabe 1©n « accumuler, assembler », il faut ponctuer 
aussi r.nbn. 

7. y*«fo. 

Ce mot est un hapax legomenon (Ps., lxxiv, 6), auquel on 
donne le sens de « hache », et les lexicographes y voient un mot 

T. XLIV, K° 88. 15 



226 REVUE DES ETUDES JUIVES 

emprunté à l'araméen. J'en rapprocherais la racine arabe ^co 
« briser », deuxième forme : « mettre en pièces ». Le changement 
de b en ^ n'a rien de surprenant ; cf. rHŒ^iû et l'arabe nbobo 
(en néo-hébreu nbuib'j), etc. La forme qattil exprime une acti- 
vité intense , ce qui s'accorderait bien avec la signification 
supposée. 

8. d^stb. 

Ce mot se trouve dans Ps., lxxiv, 14 : û^sb û3>b bDKErann. 
On donne d'ordinaire à la phrase le sens suivant : « Tu jettes 
le léviathan en pâture aux animaux des déserts. » Il fau- 
drait, il est vrai, &■»£ o*b, et w, malgré le passage de Prov., 
xxx, 25, reste étonnant dans cette locution. En tradui- 
sant « habitants des déserts », on laisse le lamed sans explica- 
tion, et, en outre, û^ ne se rencontre pas dans ce sens. Ne pour- 
rait-on pas admettre que le lamed appartient au radical, et 
ramener le mot à une racine insb = ysb, à propos de quoi on peut 
mentionner l'arabe y-b, pi. ya^bi* « brigand »? Dans notre pas- 
sage on pourrait supposer un sens comme « hordes sauvages ». 
On doit noter que les écrivains grecs parlent d'ichtyophages, 
hommes mangeant des poissons, habitant près du golfe persique 
et en Ethiopie (Pline, VI, 28, 32 ; Hérodote, III, 20-30 ; Strabon, 
XV, "726, etc.). D'après cela, la traduction des Septante : Xaoïç xoïç 
A'tÔio^t pourrait être prise en considération. 

9. ma». 

Dans fcannpa ûTi^n nw "û (Ps., lv, 16) on traduit l'habitude 
TDto par « habitation » , et on considère ce mot comme une glose 
de tzimpa ; il manque, en effet, dans la Peschita («n^nn . biatt 
•pmiû ma). Je pense qu'il y avait primitivement tom^i msn "O 
tmnpn, et je prends alors ma» dans le sens « méchanceté, vio- 
lence » en comparant l'arabe ma « injustia, oppressio, tyran- 
nis ». Peut-être pourrions-nous traduire aussi dans Is., lxvi,4, 
ûnb fcoaa ûmmatti « j'amènerai sur eux leur méchanceté » . 

10. ■jra. 

La traduction de ce mot par : dispute ou objet de dispute ne 
convient pas partout. Dans i^b^ n^n^n i^5DU)b )Vfn "ûtt'Wi 
. . .ittb (Ps., lxxx, 7), yn'nne peut pas du tout signifier « pomme 



NOTES DE LEXICOGRAPHIE HÉBRAÏQUE 227 

de discorde ». Le parallélisme et l'analogie de rrs'in i^ton 
n^»u>b {ib.y xliv, 14) et d'autres passages y sont opposés. La- 
garde corrige le mot en Tffa, mais je ne peux accepter cette cor- 
rection, car on attendrait forcément U3&o TDtt ; cf. oan matt 
û^Eabn (ibid., xliv, 15). Je pense donc que nous pouvons prendre 
ici fma dans le sens de « honte, opprobre » et je suppose une 
racine jn, qui, en arabe, signifie « être vil, méprisé ». Gesenius 
a pensé aussi que ym (Gen., vi, 3) signifiait « être abaissé » ; mais 
ce n'est pas admissible. 

11. pi». 

Dans snn iram ipw (Ps., lxxiii, 8) ïpm\ est dérivé de l'ara- 
méen syriaque p*£. Mais peut-être (cf. Gesenius-Buhl, 12 e éd., 
s. v.) le mot araméen n'est-il pas autochtone et doit-il être rap- 
proché du grec fwaxàw. patt (racine pntt) signifie en arabe « être 
sot, dépourvu d'intelligence », à la dixième forme « stultum 
reputavit aliquem ». Le hifil de pi» pourrait signifier : « traiter 
quelqu'un de sot, le railler » . A cette occasion je propose de lire 
sna via^m au lieu de ann « ils disent (du mal) sur le prochain » ; 
dans le second hémistiche on parle du blasphème dirigé contre 
Dieu (je considère anfcfc ou ûviïïri comme l'équivalent de û^a, une 
désignation de Dieu). 

12. "p*. 

D'après moi, ce mot signifie parfois en hébreu, comme en arabe 
et en assyrien (adintu), « demeure ». Ainsi, dans Ps., xxxvi, 9 : 
ûpian ^n* brm *]ma funtt ynrp, l'interprétation ordinaire « deli- 
ciarum » (Vulgate) ne présente pas un aussi bon parallélisme que 
le sens proposé par moi : « Le ruisseau de la maison », répondant 
exactement à ^mn. Il est à noter que la Septante a lu le singulier 
*\r& (xûucpT|Ç cou). Je trouve une preuve à l'appui dans Ez., xlvii, î, 
•où l'on parle d'un ruisseau dans le sanctuaire. Notre poète a pu 
penser aussi à Gen., n, 10 : ym Nirv» Tîm Dans Jér., li, 34, *wn 
■ûmtn, on peut aussi traduire : « Il m'a chassé de ma maison ». 

13. nïïn. 

Ce mot ne se rencontre que dans Ps., lxviii, 28 : min" 1 ^-no 
ûnfc-n, et est difficile à expliquer. On a pensé à la racine ûm « ac- 
cumuler » et l'on traduit par « foule d'hommes ». Quelques-uns 



228 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

veulent lire brnbm « bruit », cf. Ps., lxiv, 3. Il me paraît plus 
vraisemblable d'en rapprocher l'assyrien ragâmu « crier », rigrnu 
« vacarme ». Mais, de toute façon, il faudrait Lanttrm. Il est peu 
probable qu'il faille rattacher ce mot à l'arabe radjm « amicus, 
socius » et traduire : « les princes de Juda sont leurs compa- 
gnons », quoique le mot se trouve vraisemblablement dans le 
nom propre ^biï un (Zach., vu, 2) amicus régis ». On sait que 
saint Jérôme a lu ton^pn « in purpura sua », ce qui est admis- 
sible à côté de la possibilité que nous avons indiquée. 

14. itob. 

Le titre mb "p^uii (Ps., vu, 1) n'a pas été expliqué d'une manière 
satisfaisante. On ne doit pas penser (Halévy) à l'assyrien sigu 
« prière de pénitence », car ce mot répond à l'hébreu yyé '. Notre 
psaume n'a d'ailleurs rien de commun avec la pénitence. La pho- 
nétique empêche également d'en rapprocher le syriaque «m:no 
« carmen », qui, en hébreu, donnerait une racine "^iiî, et se trouve 
peut-être dans nb*D wvn (Job, xxxvr, 24) « vanter son œuvre ». 
Je voudrais attirer l'attention sur ce qui suit : L'arabe &«D 
(= hébreu au©) ne signifie pas seulement « être tranquille », mais 
aussi « émettre un son délicat et tendre » (en parlant d'un cha- 
meau qui appelle son petit). Ne pourrait- on pas penser à un can- 
tique d'aspiration vers Dieu et son aide? Dans Habakouk, m, 1 : 
ma-OT hy serait à expliquer « d'après la mélodie des cantiques 
de désir » . 

15. apuî. 

Dans M"jpun tiiKT 'pN(Ps., lxxvi, 9) les deux verbes se lient 
très mal. Le sens du verset est sûrement « la terre a tremblé 
devant Dieu », avec quoi îiapta « elle est tranquille » ne s'accorde 
pas. Déjà le Talmud {Aboda Zara, 3 a) demande ïittb ii£TP t=N 
ïiapttî « si elle a peur, comment est-elle tranquille? » question qui 
n'est pas résolue non plus. La correction en rjnao (Halévy et 
peut-être déjà la Peschita) ne peut pas beaucoup nous aider. 
J'avais pensé à lire ïi^puîT « s'enfoncer, se ramasser par terreur » ; 
cf. Amos, vin, 8 : ans» "IN 1 ^ ttptt»! yitti HT ab na*T b^ri, où il 
faut lire n^p^ai ; cf. ib., ix, 5 : a-nsïï *i&ro roptzn ytnm «pao Jnaïi. 
Mais il n'est peut-être pas nécessaire de recourir à un changement. 
On sait qu'en arabe apo a une signification analogue : « tomber, 

1 Cf., pour ce verbe, Goldziher, Abhandl. mr arab, Pkilol., I, p. 69. 



NOTES DE LEXICOGRAPHIE HÉBRAÏQUE 229 

s'affaisser ». D'après la phonétique, notre mot y correspond entiè- 
rement. Le mot arabe est employé aussi en parlant du coucher 
des étoiles « occidit Stella » (Freytag, Lexicon, s. v.). 

16. rrnvni). 

On dérive en générai ce mot de *nù « être solide » et on l'ex- 
plique par « solidité dans le mauvais sens, obstination ». Je ne 
trouve pas cette interprétation satisfaisante. Par la phrase "ûVn 
tznb nmun mi^n (Jér., vu, 24) on voit que rvrmii doit signifier 
comme ms*5Q « des desseins, des intrigues « ou quelque chose de 
ce genre. De même, dans toïrrrssnfcn "D'm tonb m-p-iun irsnbffiai 
(Ps., lxxxi, 13) il est manifeste que m£?tt est en parallélisme 
avec nvrma. Je pense donc que nous devons rapprocher ce mot 
de l'arabe no (hébreu Ttâ) « arcanum et de cogilationibus se- 
cretis » et traduire : « des plans secrets, des pensées cachées ». 

1*7. umnn. 

Ce nom désigne la ville commerçante d'Espagne où l'on trouvait 
des métaux précieux et des pierres précieuses que l'on expédiait 
en Phénicie ou en Palestine. Je n'ai vu jusqu'ici aucune interpré- 
tation satisfaisante de ce mot. Ne peut-on penser à l'arabe Si 
(hébréo-phénicien tsilh'), qui signifie creuser, mais aussi creuser 
des mines. Cet endroit aurait été nommé par les Phéniciens 
d'après les différentes fouilles qui amenaient au jour tant de ma- 
tières précieuses. 

il. P. Chajes. 



L'OUVRAGE INTITULÉ « LES QUATRE PORTES » 



ET L'AFFAIRE DE BEN MÉIR 



Dans le tome XLII de cette Revue, j'ai exposé la querelle 
qui éclata en 921 entre Ben Méïr et les Académies de la Baby- 
lonie au sujet du calendrier. Nous avons vu, entre autres, que les 
deux partis invoquaient l'autorité d'un ouvrage intitulé « les 
Quatre Portes » (a^ia wais) ; seulement Ben Méïr ajoutait au 
chiffre qui limite l'ajournement du Nouvel-An 641 ou 642 scru- 
pules de l'heure (partagée en 1080 scr.). Les Babyloniens, et 
Saadia à leur tête, montrèrent l'erreur de Ben Méïr, mais n'exa- 
minèrent pas comment celui-ci avait été amené à la commettre 
(p. 177). J'ai constaté ensuite que les Quatre Portes, invoquées 
par les deux partis, ne nous ont été conservées que dans le rema- 
niement de Yosé Naharwani (p. 204). Depuis, d'autres matériaux 
ont été mis au jour, qui jettent sur le débat de nouvelles lumières. 
Tout d'abord, le Commentaire de la Bible de Menahem b. Salo- 
mon, intitulé ana baa et publié par S. Buber, fournit, à propos du 
verset Ex., xu, 2, des indications intéressantes sur les Quatre 
Portes. Puis des fragments de Saadia, trouvés dans la Gueniza 
(édités par M. Schechter dans la/. Q. R., XIV), ont pour objet 
l'affaire de Ben Méïr. Je vais utiliser ces écrits dans ce qui suit, 
afin de compléter mon étude sur la querelle de Ben Méïr ' . 

Les Quatre Portes citées par Menahem b. Salomon paraissent 
être une version palestinienne de cet ouvrage, et elles nous 
donnent quelques éclaircissements sur la manière dont Ben Méïr 
est arrivé à ce nombre de 641 scr. Menahem dit, sur Ex., xu, 2 
(p. 90) : « Autre explication de mm : les docteurs décomposent 

1 Eq indiquant la « littérature • sur la question (p. 173), j'ai oublié de mentionner 
les excellentes corrections que M. Porges a données, dans la Revue, XXV, 150, sur 
les Studien und Mittheilungen, V, de Harkavy. M. A. Marx in "a signalé cette omis- 
sion. 



L'OUVRAGE INTITULÉ LES « QUATRE PORTES » 231 

ce mot comme si c'était une abréviation, en estimant que unnrr 
est formé des initiales de d"n*râ i "paton râïi (voici le calcul des 
Quatre Portes). Et lesquelles? Ce sont les portes de la sagesse, 
qui ont été transmises à la Grande Synagogue et qui enseignent 
comment on doit reporter le Nouvel-An et Nissan du premier au 
second et au troisième jours et les fixer au temps qu'il faut. » 
Là-dessus, Menahem cite quatre Portes, qui traitent des ajour- 
nements du Nouvel- An (jusqu'à la page 92). Menahem dit en- 
suite : « Voici un autre ordre plus court (ïinitp ^jmn ^nN ino). » 
Mais, en réalité, il ne nous donne pas une répétition abrégée de 
ce qui précède ; il présente quatre règles dont il n'a pas dit un 
seul mot auparavant. Ce sont les règles qui précèdent ordinai- 
rement les Quatre Portes elles-mêmes. Chez Naharwani, par 
exemple, elles se trouvent dans les quatre premières lignes, et de 
même chez beaucoup d'autres auteurs, mais elles sont données 
dans un ordre un peu différent. Chez Abraham b. Hiyya (TDJrt 'o, 
p. 63) elles forment elles-mêmes quatre Portes. C'est par elles 
que devaient probablement commencer les Quatre Portes de Me- 
nahem. Mais dans le aica bno, elles suivent les Quatre Portes au 
lieu de les précéder 1 . 

Les Quatre Portes proprement dites sont énumérées chez 
Menahem dans le même ordre que chez Naharwani, et Saadia et 
Ben Méïr les ont connues ainsi rangées. Elles présentent d'abord 
le cas où le Molad Tischri a lieu avant 6 d. 20 h., 491 scr. et où 
le Nouvel-An est remis au samedi ; puis viennent successivement 
les cas où le Nouvel-An est ajourné au jeudi, au mardi ou au 
lundi (ibid., p. 206). Mais Menahem s'occupe d'un point nouveau, 
à savoir le motif de l'ajournement du Nouvel- An. Naharwani ne 
motive pas généralement les ajournements, et clans les autres 
ouvrages sur le calendrier on le fait tout autrement que chez 
Menahem. 

Nous savons que le caractère d'une année dépend de la fixa- 
tion du Nouvel-An dans l'année courante et l'année suivante 
(p. 176, règle 4). C'est pourquoi l'on dit, pour déterminer le ca- 
ractère d'une année : le Molad Tischri de l'année suivante ne 
dépasse pas 17 h., 1079 scr. ; ce n'est donc pas un Molad Zaken y 
et le Nouvel-An n'est pas ajourné. Ou bien l'on dit : le Molad 
Tischri de l'année suivante tombe à 18 h. ou plus tard, et le 
Nouvel-An doit être ajourné. C'est de cela que dépend, en effet, 
la question de savoir si l'année courante reçoit un jour de plus 

1 Les 7 Portes de la Sagesse, citées en dernier lieu dans le 5"\12 boO, ne nous 
intéressent pas ici, car elles appartiennent à une catégorie d'écrits dillerente et pos- 
térieure, v. Revue, ibid., p. 207, note 2. 



232 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ou de moins, et cela aux mois de Marheschwan et de Kislew. 
Toute différente est la manière de motiver dans les Quatre 
Portes de Menahem. Il est dit : « L'année est ordinaire, parce que 
le Molad Nissan qui suit ne tombe pas après 1 h., 641 scr. (d'après 
la notation ordinaire 13 h., 641 scr.), et Pâque,pour cette raison, 
n'est pas ajourné. » Ou bien : « L'année est pleine, parce que le 
Molad Nissan qui suit tombe après 1 h., 641 scr., et Pâque est 
remis à cause du Molad Zahén. Aussi faut-il faire de Marhesch- 
wan et de Kislew des mois pleins. » 

À la vérité, ces deux manières de motiver l'ajournement 
reviennent au même. Le Molad continue d'avancer après six mois 
de 2 d., 4 h., 438 s. Si le Molad Nissan tombe à 13 h., 641 s., 
quel que soit le jour, le Molad Tischri suivant devra avoir lieu à 
17 h., 1079 s. Si donc le caractère d'une année est établi par le 
fait que le Molad Nissan tombe à 13 h., 641 s., cela implique que le 
Molad Tischri de l'année suivante tombera à 17 h., 1079 s. Mais la 
seule détermination exacte est celle qui a pour base le Molad 
Tischri de l'année suivante, car la fixation de Pâque dépend uni- 
quement de ce Molad Tischri, et non du Molad Nissan. Après 
17 h., 1079 s. le Molad Tisohri est tardif, mais il n'en est pas de 
même du Molad Nissan après 13 h., 641 s. Quand on dit dans les 
Quatre Portes de Menahem que le Molad Nissan devient tardif 
après 13 h., 641 s., cela n'est vrai qu'en tant que le Molad Tischri 
qui suit a lieu après 17 h., 1079 s. et est tardif. Mais si ces Quatre 
Portes prennent pour point de départ le Molad Nissan, c'est peut- 
être en considération de ce que le mois de Nissan est le premier 
de l'année dans l'Ecriture. 

Cette façon singulière de déterminer le caractère de l'année 
par le Molad Nissan rend vraisemblable la conjecture que les 
Quatre Portes citées par Menahem sont une version palestinienne 
de cet ouvrage, car tous les autres écrits concernant le calendrier, 
qui viennent de Babylonie, ne connaissent que la détermination 
fondée sur le Molad Tischri. C'est aussi ce que montre le fait, que 
chez Menahem le jour et la nuit sont respectivement divisés en 
12 heures. Cette ancienne manière de compter les heures était en 
usnge en Palestine et se trouve aussi chez Ben Méïr (v. Remie, 
ibid., p. 183, note 8). En Babylonie on comptait 24 heures consé- 
cutives pour le jour et la nuit '. 

1 Ainsi Naharwani et Saadia dans son Commentaire sur le Se fer Yesira (éd. Lam- 
bert, p. 80); cf. 3"13>En mïtt "'glfcO maittîn, n° 11". Dans les ouvrages écrits 
contre Ben Méïr, Saaaia et les Babyloniens se servent de la notation palestinienne, 
v. Revue, ibid., p. 207. Buber (S'ILS bOtfî sur Ex., p. 90 et 281) ne l'a pas remarqué 
et a supposé que Menahem pouvait avoir emprunté ses Quatre Portes à un ouvrage 
de Saadia. 



L'OUVRAGE INTITULÉ LES « QUATRE PORTES » 233 

Si les Quatre Portes de Menahem proviennent de la Palestine, 
on peut y trouver une explication de l'erreur de Ben Méïr. Celui-ci 
fut amené à ajouter les 641 scr. aux limites de l'ajournement par 
suite de la motivation maladroite qui se trouvait dans les Quatre 
Portes de Palestine. 11 crut y avoir trouvé que le Molad Nissan 
devient tardif, non pas avec 13 h., mais seulement avec 13 h., 
641 scr., et il en déduisit que le Molad Tischri, dont la limite est 
18 h., ne devient également Molad Zaken qu'à 18 h., 641 scr. 
C'est sur cette méprise qu'il édifia sa théorie de m^n-m^a, 
d'après laquelle on accorde une tolérance de 641 s. à toutes les 
limites qui figurent dans le calendrier. Assurément, c'est une 
grosse bévue de la part de Ben Méïr, et il aurait pu conclure lui- 
même de la version palestiniennne des Quatre Portes, qu'il suffit 
de 18 h. pour rendre tardit'le Molad Tischri. Il est dit, en effet, 
chez Menahem, p. 92 : Pâque est fixé aux jours f'FttN (dimanche, 
mardi, jeudi, samedi) et déplacé des jours Y'"D (lundi, mercredi, 
vendredi). Le Nouvel-An est fixé à î"i-»a et déplacé des jours 
■fTO. Les limites qui indiquent dans quels cas on remet la fête 
d'un jour licite au jour licite qui suit, sont les suivantes. Si le 
Molad Tischri tombe 1 scr. seulement avant six heures (du jour, 
18 dans le calcul usuel du calendrier) du 7 e jour, nous observons 
le Nouvel-An le même jour le samedi. Mais si le Molad Tischri 
tombe à six heures ou plus tard, il est tardif et le Nouvel-An est 
remis au lundi. La limite du Molad Tischri est donc 17 h., 
1079 s., et non 18 h., 641 s., comme le croyait Ben Méïr. Mais 
Ben Méïr était un esprit confus et il ne s'aperçut pas de la 
contradiction. Saadia dit de lui avec raison, dans les frag- 
ments récemment publiés : « Dans le cas de mfcN, il (Ben Méïr) 
emploie deux méthodes contradictoires. Il dit d'abord que si 
Nissan tombe à î"rrttt et Tischri à T"n^a jusqu'à la 6 e (c'est-à-dire 
la 18 e ) heure, il n'y a pas d'ajournement ; après la 6 e heure, il y a 
ajournement *. » 

La querelle de Ben Méïr et des académies de Babylone nous a 
amené la dernière fois à parler du traité des « Quatre Portes » 
sur le calendrier, autrement peu connu. Nous avons vu tout à 
l'heure qu'il nous est resté deux versions de cet ouvrage : l'une 
palestinienne et l'autre babylonienne. La l le est celle qui se 
trouve dans le aie: bsta de Menahem b. Salomon. De la seconde 
nous ne possédons que le remaniement de Naharwani. 

J'ai réuni dans cette Revue (XLII, p. 206-207) les citations 
que Ben Méïr et Saadia font de la l re , de la 2 e et peut-être de la 

1 /. Q. R., XIV, 62. La suite est altérée. 



234 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

3 e Porte. Dans les fragments publiés dernièrement, Saadia donne 
de plus une règle tirée de la 4 e Porte (J. Q. R., XIV, 55). Ce 
passage se trouve, en effet, chez Menahem dans la 4° Porte. Chez 
Naharwani elle se trouve partie dans la 3 e , partie dans la 4* 
Porte. 

Dans les fragments récemment édités, Saadia nous donne un 
renseignement intéressant au sujet de la dépendance des Baby- 
loniens vis-à-vis des Palestiniens dans les choses du calendrier. 
On admet ordinairement que cette dépendance n'a duré qu'aussi 
longtemps que les mois étaient fixés en Palestine d'après l'appa- 
rition de la lune et qu'elle cessa aussitôt après l'introduction du 
calendrier fixe. Mais Saadia nous apprend que, même dans la 
période postérieure, les Babyloniens avaient l'habitude de rece- 
voir chaque année le calendrier des docteurs palestiniens, parce 
qu'ils n'étaient pas initiés à ce calcul. Ce n'est qu'à une époque 
relativement tardive que des savants se rendirent de Babylonie 
en Palestine et y étudièrent à fond le calendrier. A partir de ce 
moment les Babyloniens calculèrent eux-mêmes le calendrier. 
Ben Méïr voulut faire revivre l'ancienne suprématie de la Pales- 
tine dans les questions de calendrier (voir Revue, XLII, p. 182), 
à quoi Saadia lui répondit : « Les Anciens avaient coutume d'en- 
voyer [en Palestine] et d'interroger chaque année les savants de 
ce pays sur le calcul des mois, parce que les Babyloniens n'étaient 
pas, comme eux, initiés aux choses du calendrier; c'est pour- 
quoi ils avaient l'habitude de leur écrire. Mais, il y a longtemps 
déjà, plusieurs docteurs allèrent de Babylonie en Palestine, étu- 
dièrent le calendrier de concert avec les docteurs de ce pays, et 
firent des recherches approfondies, jusqu'à ce qu'ils en eurent 
pénétré eux-mêmes entièrement la nature. Maintenant ils fixent 
eux-mêmes les mois en Babylonie, depuis beaucoup d'années. 
Les savants de Palestine aussi calculent et fixent eux-mêmes 
les mois. Pendant toutes ces années le calcul concordait [des 
deux côtés]. Il n'y avait aucune divergence, et la supputation 
était en ordre et solidement établie. Les fêtes étaient observées 
aux mêmes époques, parce qu'il n'y avait qu'une seule et même 
supputation. 11 n'y eut jamais un désordre et un schisme tels (que 
ceux de l'affaire de Ben Méïr). Si nous avions commencé à cal- 
culer le calendrier en Babylonie de notre propre autorité, le 
chef de la Yeschiba (c'est-à-dire Ben Méïr) aurait parfaitement le 
droit de nous reprendre et de dire : vous vous écartez de l'usage 
et vous contrevenez aux dispositions de vos maîtres. Mais il y a 
dans les Yeschibot [babyloniennes] des vieillards qui ont quatre- 
vingts ans et même davantage, et aucun d'eux ne peut se sou- 



L'OUVRAGE INTITULÉ LES « QUATRE PORTES » 235 

venir d'un cas où les Babyloniens aient eu besoin de s'informer 
en Palestine au sujet de l'intercalation et de la fixation des 
mois * . . . Saadia reconnaît donc qu'à une époque relativement 
très ancienne les Babyloniens avaient coutume de recevoir chaque 
année de Palestine le calcul et l'ordonnance des fêtes. C'est un 
point important pour l'histoire de notre calendrier. La Palestine 
a tenu le rôle prépondérant longtemps après l'introduction du 
calendrier fixe, jusqu'à ce que, dans la période des Gueonim, les 
Babyloniens se fussent rendus indépendants sur ce domaine 
aussi, grâce à des études approfondies faites en Palestine -. 

Les fragments que M. Schechter a publiés récemment sont 
extrêmement intéressants à divers égards. Malheureusement, ils 
sont très altérés et, pour cette raison, fort peu compréhensibles. 
Je ne reproduirai ici, que le fragment n° VI en le corrigeant. On 
y trouve énumérées les divergences entre Saadia et Ben Méïr 
pour les trois années 4682-4684. Il est ainsi conçu : 

-pN» pi V't m*o '^an f 2 [tppïavrrl 

Ttn Twrraai p-inb aann rrw»b as*nn -j 

n^ac mapïrsaïai [marn] muyiva 

t y»b "mon -ibia .rwnc zan^rma 

(i. trpbn) trnbtB nbpnn nwo ao 5 

. ED^biD] ïtavnnttbN U3am û"non -ra» p fts©» 

.trpbn 'a nwffl n imba nb^b p^a nbna 

.snbnb« "pawbisbi Tnaba -t*»*» pb no^n 

trpbn wan manb a àb« nb^b "mon nbna 

■«■Mb» vwab»bi «nbnb twq pb n;^- ©an 10 

■pnoaa aavinbM ©«m pnoaa tne p ï-un& 

4 (nnobs swnaba toenbi ©nasba n\N7a pb noDba i&o) 

•jrnn '« [1. n b«) nb pr p^a ibia 
•mob« rwnTabK ©enbi ©■'jaaaba *p«» pb rrosb» 5 paJ 

îb"i nvffl 'i naobN ûv "n©n n'ana 
naoba -phe pb na©ïi ont 1o 
.. b« H3"»nttbN Ofinbi 

1 /. Q. R. t XIV, 54. 

s M. Isaac Halévy affirme que le calendrier fut introduit vers 323 et que les Ba- 
byloniens purent depuis cette époque régler le calendrier sans le secours des Pales- 
tiniens Dorot Hanschonim, 11, 393 sqq.). Les deux affirmations sont foncièrement 
erronées. Je traiterai une autre fois ce sujet en détail. 

i En arabe jeudi. 

* Cette ligne doit se trouver après la suivante. 

* En arabe • était ». 
6 Samedi. 



236 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



Traduction. 

Différences entre Saadia et Ben Méïr. 

4682 de la création, 853 depuis la destruction, dans le 247 e cycle. 

Dans l'ordre 1 1, 4, 6, 9, 12, 15, 17 le sixième, dans l'ordre 2, 5, 

7, 10, 13, 16, 18 le septième. 
Dans l'ordre 3, 6, 8, 44, 14, 4 7, 4 9 la huitième année (du cycle) 

Tischri tomba dans la nuit 4 d. 
5 4 4 (c'est-à-dire 23 h.) 932 scrupules. 
Ben Méïr le fit déficient *, le chef de l'école complet 3 . 
Nissan tombait dans la nuit 1 d., 5 (c'est à-dire 17) h., 3 s. 
Pessah tombait d'après Ben Méïr dimanche; d'après le Gaon 

mardi. 
[4683] Tischri tombait dans la nuit 3 d., 9 (c'est-à-dire 21) h-, 

441 s. 
10 Le Nouvel-An tombait d'après Ben Méïr le mardi ; d'après le 

Gaon le jeudi. 
Ben Méïr le fit régulier, de même que le Graon. 
Nissan tombait 5 d., 1 (c'est-à-dire 13) h., 8*9 s. 
Pessah était, d'après Ben Méïr, jeudi ; d'après le chef de 

l'école, samedi. 
[4684] Tischri tombait 7 d., 6 (c'est-à-dire 18) h., 237 s. 
15 Le Nouvel-An était, d'après Ben Méïr, le samedi, 
d'après le chef de l'école. . . 

Toutes ces indications confirment entièrement l'exposé que j'ai 
fait dans la Revue, XLII, p. 178. 

Un autre fragment (n° XL VIII) confirme également ce que j'ai 
avancé [Revue, ib., 206 et s ) sur la disposition des Quatre Portes 
en me fondant sur divers indices. Dans J. Q. R., XIV, 500, lignes 
24-28, le contenu des Quatre Portes suit l'ordre que je m'étais 
imaginé. 

A. Epstein. 



1 V. sur les trois ordres différents des sept années embolismiques de chaque cycle 
de dix-neuf ans, Abraham b. Hiyya, Ti33>ï"7 *"IDD, p. 96. 

1 Les mois de Marheschwan et de Kislew ont chacun 29 jours. C'est à ces deux 
mois que se rapporte le mot D"HOn au pluriel. 

3 Marheschwan et Kislew ont chacun 30 jours. 



RELATION D'ISAiC B. DORBELO 

SUR UNE CONSULTATION ENVOYÉE PAR LES JUIFS DU RHIN 

EN L'AN 960 
AUX COMMUNAUTÉS DE PALESTINE 



Dans une relation souvent citée 1 , Isaac b. Dorbelo, qui fit de 
nombreux voyages dans la seconde moitié du xn e siècle 2 , raconte 
avoir vu à Worms un écrit que les û'wn *rç»8 avaient adressé aux 
communautés de Palestine en Tan 960 à propos de la nouvelle 
de l'arrivée du Messie et d'une question de casuistique formulée 
ainsi : ma "pria rto &0*Vi îoto bn. Cet écrit, avec la réponse qui 
y fut faite, nous est connu par trois manuscrits. Reifmann avait 
déjà envoyé, en 1842, l'un d'eux, par l'intermédiaire de Schorr, 
à Luzzatto (b' ,É 7«) nvtw*, p. 794), mais c'est seulement en 1888 qu'il 
Ta publié presque en entier dans son livre ■pTiruDïi, p. 55. Un 
second manuscrit a été édité par Mannheimer (Juden in Worms, 
p. 27), qui Ta tiré du Minhagbuch de Worms (voir Epstein, dans 
les Mélanges Kaufmann, p. 292 et suiv.); un troisième forme 
la dernière page du manuscrit de Berne du petit Aroukh et a 
été imprimé par Perles [Jubelschrift de Graetz, p. 31). Ces trois 
textes sont presque littéralement d'accord, si l'on fait abstrac- 
tion de quelques menus détails et d'une phrase peu étendue, 
mais importante. L'écrit lui-même me paraît mériter plus d'at- 
tention qu'on ne lui en a accordé depuis Luzzatto, qui l'a déclaré 
une falsification manifeste et qui a été suivi sans réserve par 
Epstein (l. c, p. 297). Selon moi, c'est un document authentique, 
qui ne prête au doute dans aucune de ses parties, et qui nous 

1 Mannheimer, Juden in Worms, p. 27; Brûll, Jahrbiïcher, II, p. 77, en note ; 
Perles, Jubelschrift de Graetz ; Epstein, Gedenkbuch Kaufmann's, p. 297 ; Reif- 
mann, ■pTinSO!!, P- 55. 

1 Voir Epstein, Monatsschrift, XLI (1897), p. 307, note 1, et Gross, Magazin 
de Berliner, X, p. 75. 



238 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

apprend un fait important, à savoir que les Juifs du Rhin étaient 
en rapport avec ceux de la Palestine, qu'il y eut un mouvement 
messianique dans l'Orient en l'an 960, et autre chose encore. 

La relation entière, chez Mannheimer, est ainsi conçue : "ON 
bsrw* yi&ô DïS'n "ua3N inbiaia ana «îa-vw-na wan ibam ia pm^ 
i3?73iaia !-un»io 'bioi^ yia rtbîip ne* rê«© •zntà yvn t-iara 
r-iwN"a bs .rrnian .ma yinN nn r>*a->bi r>*.aio ûvi n^^ i-i&ra b* 
■naife a^a^N» aas-w -oi piTDttb ■**o ûxwi t<b (mia» n&oa) mia» 
anaa r>*:£733] abfi pirata r>*ai->oi .iaa ^b ynsn 2 ar-r^'-oi û">73an 
■© rrnîN ybaia *rrbvtt "■-nrwoi î-raap "niroo i3îi3 3 [t-ira? ina 
«vroi .^Niia-< bia 117:73 rnbab "pan "«mn t,73hd nwn» i-rnpm 
îib nttNi r>sniaaiai "-an nb iien .ûmo ima raïaa "nw?! abri 
*pi ,1731110 iabn y** ibbn mab abïi aipmN *ji:a j/arbi r^iasirj 
a-oi-a ya npiai ywa aip73a ma» bffi tzPSD 133a Niaaia nap3 
r>*na\n73 wn -01173 "la ap3>-> "i anan dnm .tamo iabn ya 
"-ira bbcnnb yjaroa isn yaro unn n»N .1111 bai 5 r>^Dn73 r>în73i 
.yaiT^n m73a"> -9733*3 aiwab ûab srtt ami *D , n:n-orT baa ta-mr 

.aanairj -osiab ûibiai 

Avant d'examiner les raisons pour lesquelles Luzzatto déclare 
que tout ce texte est une falsification, nous posons en fait que 
les Palestiniens, comme l'indiquent les mots ina anaa 82733 
nta qui se lisent dans le manuscrit de Reifmann, ne répondent 
pas de leur propre chef à la seconde question concernant le pou- 
mon adhérent à la graisse du cœur, mais citent une décision an- 
térieure qu'ils connaissaient par un écrit traitant le même sujet. 
Cette ancienne consultation provient d'une assemblée qui pou- 
vait se donner comme étant le petit et le grand Sanhédrin. Cette 
désignation paraissait ne convenir dans la période post-talmu- 
dique, et autant que les sources peuvent nous renseigner, qu'aux 
écoles babyloniennes, qui seules présentent une semblable orga- 
nisation. C'est ce que montrent, par exemple, la réponse du Gaon 
Amram à la communauté de Barcelone (traïawri niaiian, Lyck, 
n° 56) : baroi ^ba îcn 1731 aaai ao^i mas an "173731 ^37373 ûibra ibap 

1 Reifmann, btfUIÎi y "IN V23TV2 mbnpïl ib&ttDlTJ. 

* Reifmann, DÏ"P37a , *-aa. 

3 Reifmann seul a ce passage; voir plus loin. 

« Perles : rtirjp tTimo 137131 ïlblia "nnî-DO 13713- 

5 SO101173 "01173 'ia aip^ '-|. ^"01173 est manifestement pour fcr"DrW. 
Cette faute s'est produite après que ixn73l t'»în3" , n73 123 "H avait été passé. 

6 Toute cette phrase à partir de n73!K manque chez Perles. Par la lettre de Luz- 
zatto nous apprenons que le manuscrit de Reifmann avait cette phrase, mais Reif- 
mann dans yi1ï"î30ïl ne l'a pas imprimée, la croyant sans importance pour la ques- 
tion qui l'intéressait. Le texte imprimé par Reifmann l'indique également, car celui-ci, 
lisant n73K 111*7 bai, a joint le mot ri73N par erreur à ce qui précède et a ensuite 
corrigé le mot 1111, devenu inintelligible, en 113*7, ce qui est tout à fait inutile. 



RELATION D'ISAAC 13. DORBELO 239 

tsma l, wp *aa "jtti nbTra m?i30 ùipTon ûïtb ûrDiaoii ts^snn 
...îiaap "^hSO ûipwn et la réponse de R. Cémah, juge supérieur 
chez l'exilarque Hasdaï, aux gens de Kaïrouan {Ben Chanany, 
IV, p. 141 et suiv.) : "wiwp 'pm "jttn t^Biban \xr\ ^W2 dibu) iaiz) 
ûip»a-] d^H72i3>u: pm i»i nVra "mrwo ûip^n d^i^^ïj aon sm 
[ïiSûp "nirïïD (cf. Harkavy, Réponses des Gueonim, p. 389). Mais 
nous avons maintenant connaissance aussi d'une organisation 
correspondante à Jérusalem. En effet, Ben Méir, gui, en l'an 922, 
se mit à régler le calendrier contrairement aux règles suivies 
jusqu'alors, et ouvrit la lutte contre les écoles babyloniennes (cf. 
Epstein, dans Revue, t. XLIII, p. 173 et suiv.) avait avec lui un 
Sanhédrin qu'il mentionne dans sa lettre à une communauté de 
Babylonie (Harkavy, trruu&ob )YOl, V, p. 209; Epstein, l. c, 
p. 182), en ces termes : br> bs Dnasi isb» mnao bai wnan vm 
ûdb nanariN nn ûrr^-itt mTsnpEïi, et une seconde fois (Revue, 
t. XL, p. 262 ; Epstein, ibid., p. 182), en s'adressant à ce Sanhé- 
drin, il les appelle : barr^n ninaobn cn^nb mn nna û^iwn et plus 
loin trifcawrj baw miraù. Il semble même y avoir eu un petit et 
un grand Sanhédrin à Jérusalem, comme l'atteste cette même 
lettre de Ben Méir (Israël Lévi, Revue, t. XL, p. 262; Epstein, 
/. c, p. 181) dans un passage qui renferme des lacunes, mais qui 
a été restitué par M. Israël Lévi, à l'aide d'une correction très 
vraisemblable, de la manière suivante : ynrtïTaoi nbvft "pTJiiDD "j^t 
û^uMam ù^ttDnn "jei "iroDb naiow nasap. Comme nous ne savons 
pas si cette assemblée n'a pas aussi existé constamment avant 
Ben Méir -, la réponse du petit et du grand Sanhédrin citée par 
les Palestiniens peut émaner aussi bien, sinon plutôt, de la magis- 
trature de la Palestine que de celle de la Babylonie. 

Mais l'auteur de la décision est nommé exactement à la fin : 
c/est R. Jacob b. Mordekhay, chef de l'école de Soura, et toute 
sa génération. Le docteur est nommé par Scherira, éd. Neubauer, 
p. 39, qui dit : '^sfyfn an n» traiau arorran rrny mw natt ib^m 
m -172 na "jr-on i-py" 2n "^ TnnNï ,tp:nD yvn "n» an 112 na 
traœ i"i ■ttTiB. C'était donc le deuxième Gaon du troisième siècle 
du gaonat, et il aurait exercé ses fonctions à Soura, pendant qua- 
torze ans — d'après une autre leçon chez Neubauer, p. 188 et 
d'après Abraham ibn Daud (chez Neubauer, I, p. 65) dix-huit 
ans -- d'environ 198 à 812 ou 816. Que, en effet, la décision 
isolée concernant le poumon adhérent à la graisse du cœur 

1 Cf. Halberstamm, dans 1"|*")ViI3'\ édité par Kobak, V, p. 137. 

* Le Séder Olam Zoutta, à la fin, dit de Mar Zoutra (éd. Neubauer, II, p. 73) : 

F*1*l!"BO Ï5N1 ÎTfll baniE^ y-lNb nb* Obi* P&O-Db 'B*lX et après lui 
ses descendants ont reçu la même dignité. 



240 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

émane de lui, c'est ce qui est attesté expressément par d'autres 
' consultations qu'il a écrites et par les citations des Gueonim 
postérieurs. Une consultation reproduite dans Yur Zaroua, I, 
n° 411, p. 57 d (cf. Mùller, a^lfittîi mahiûnb nns?o, p. 73 et suiv., 
et Goldberg, dans le mBafcirr, V, p. 80), contient ce qui suit : pi 
.s^arra NPTan r^naTiw ©n ^nti na c^ttira ypy* "pacn naiiûna ana 
mVwD Tic iniN-i j^udi:: buî nb^tw? a ira» "pab pohsn "p^ 5 " 172 
S© nfici ba© nanna nanaN ^a ...it na it mnms ta^»i p nrs 
ï-wnn na ricin abao abn im» nnn» nabnuî natfP FWatta 
nsprt V 2 nnsnai û^a s-isma nnwaan *pb pian» pna» rmKïoai 
nniNi nap^a *»*bi ï-rama na*: duj "proa an*va a^an a-sasa» taaa^i 
■ rm» xa^an -173 "jins —172 t|&n S&n^ bab nb^aNa mma rrona 
.naiffii iiîwsn "p&tt ■wirr an ■'sa labapi naisab pi rr-rioa b^vtû na 
ipnatt ïinâœaiû nna ama nb^sN r-iama abn iniN ?na un baa 
na» t)N ^ataataa p 1a mnn o^aaTai ea^ïaîi npnb nanïai ibïanai 
ïwnDtt -pujanb p^bia B"niS7a îawa a^ai .ï-iDia t^rna n:a ta^nitt 
Su: piàTa mbab t^bia ^na nin-^an moNb t^bia D^ma naa n;a 
fiança aba ia*N naanaia fittïï fiauîttfi ban ,btfnia\ A la fin de la consul- 
tation, on lit : abia mnaai "psa wrr an ^ 'n rraa «nb*»» anm 
***ana N^on73 £^n72n s<tna\ntt ©"n ^ann?a *na apan "i ^naina 
©•n soann NanTan ï^a^n ^ab ^navOT "nnan ^attipb psa *pn 
nb^7 aaam aanan mna anavi». D'après la citation de fi"->a&n 
(nraattfi, II, 80 & en bas) le texte porte : rpv an awam Nanm awH ^ab 
fib^uï 83am aanm rpna et mentionne ainsi le Gaon contemporain 
qui était à Poumbedita, Joseph b. Schela. Celui-ci, d'après Scherira 
(Neubauer, p. 37), fut nommé Gaon en l'an 798 et dirigea l'école 
pendant six ans ; il était donc entré en fonctions en même temps 
que Jacob b. Mordechay à Soura. Il est intéressant d'apprendre 
que les deux Gueonim étaient d'accord pour cette décision ; car 
nous savons par une consultation postérieure d'un Gaon, pro- 
bablement Natronay (finaa !TOH, n° 15), que le Gaon Jacob b. Mor- 
dechay se heurta, à propos de cette décision, à une opposition 
générale et qu'elle ne trouva un assentiment général que lorsqu'il 
l'eut remaniée et restreinte. Répondant à une question venue du 
Nord de l'Afrique, et dans laquelle les consultants racontaient 
que dans leur région des communautés s'appuyaient sur la déci- 
sion du Gaon R. Jacob, ce Gaon postérieur écrit : « Nous aussi 
nous savons que R. Jacob Gaon a décidé ia question en ce sens, 
mais les chefs des deux écoles ont pris là-dessus position contre 
lui » (cf. Ascheri sur Hoidlin, JII, n° 14) : an n»© a^an ia>»ia 
' — i^i lîwia^ an na ibsa loaaai r^mbn i^tan^s pnab n\n- apa>^ 
jrnaœ ia;>7ott ,ib in?ûN .ariTo^ B">Y»»bn fi7:ai V'piaaï n^Msa plis an 
^Oj'û •Û7212 «an^O r<b anb n»« ^a^bn ^an^o p^nb ^n^nT: 



RELATION D'ISAAC B. DORBELO 241 

rwr-ia pans *p "priai rtanrs nraœia !-rana c v ^ û^^d f<btt aina 
airo V'n 'poaiB "poa 1*61 -pn» ^nizî f-nn *pai ...ûbi^a amn 
•p» p ieik îidn to^^ /P"tttt ai n» na^tt .îpnsb "pnuKî >*bn 
"pb* •ppbnn to, puis il est dit : Va va* VP 5 " 10 rrj a P^ nn ""^ 
imas rnz)vi8 ma^fl intaa "pan mi "^a, et au sujet de R. Yehou- 
day, à qui R. Jacob s'était référé, on s'exprime ainsi : nd^n 
r**bi mb r^nanoN r<nbE ï**b« ■««nn'' an na ma» c^bi n7û"»7^b 
ifimr an n73a rrbm ma ïtini ^a mbap (cf. Brùll, Jahrbûcher, 
II, p. 77, note). La réponse du Gaon R. Jacob, citée par les Pales- 
tiniens, ne distingue pas l'adhérence du poumon par la graisse ou 
par la muqueuse, et, dans sa démonstration, ce rabbin considère 
la graisse comme une occlusion suffisante de la lésion possible 
du poumon. D'autre part, la signature de la consultation cite à 
côté de R. Jacob toute sa génération, ce qui désigne les deux 
chefs d'école contemporains, comme nous l'apprenons par la 
réponse citée de R. Natronay. L'autre réponse de R. Jacob, qui 
est très développée, nous apprend en fait que ce que celui-ci a 
enseigné au nom de R. Yehouday Gaon a été accepté par toute 
l'école et confirmé par le Gaon de Poumbedita, R. Joseph b. 
Schéla *. L'écrit de R. Jacob, invoqué par les Palestiniens, ap- 
partient, d'après cela, au début de son activité, puisque plus 
tard, à l'instigation des collègues qui dirigeaient avec lui l'école, 
il mit des restrictions à l'opinion courante qu'il avait émise au 
sujet de l'adhérence du poumon à la graisse du cœur. En soi- 
même, il n'y a rien d'étonnant à ce que les Palestiniens aient 
maintenu encore au x e siècle la décision primitive, modifiée 
ensuite, car nous voyons qu'il en est ainsi par la consultation 
que les Juifs du nord de l'Afrique adressèrent vraisemblablement 
à R. Natronay (îirwa ïrran, n° 15 ; cf. bism, p. 49) et qui concerne 
wiîDTja "pos : i3b ynmn ...ppna o^Vrea rafcpai os^ara tw»tdi 
ttmapmb rb Wïi ym apr> na -n^viwtJ, et c'est le Gaon consulté 
qui, lui, leur communique la modification introduite par R. Jacob 
lui-même. 

La réponse du Gaon babylonien ayant été reproduite intégra- 
lement avec les signatures, par les Palestiniens, ceux-ci conti- 
nuent en ces termes : a Sachez que nous prions pour vous à 
toutes les fêtes sur le Mont des Oliviers. » Or, nous savons que les 

* 

1 Si le Gaon R. Jacob ne désigne pas les écoles qui adoptèrent son opinion 
comme remplaçant les petit et grand Sanhédrin, ainsi que le font d'autres consul- 
tations des Gueonim, mais comme étant le Sanhédrin lui-même, cela tient vraisem- 
blablement a la conscience qu'il avait de l'autorité de l'école, car, ainsi que le re- 
marque déjà Miiller, ce sentiment se manifeste dans la rédaction de la consultation. 
Celle-ci commence par les mots *pab 8*<!J3>nïia, comme les lettres du président du 
tribunal suprême de Jérusalem [Sanhédrin, 11 a). 

T. XL1V, n° 88. 1G 



242 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

autorités de Jérusalem priaient pour les Juifs étrangers sur le 
Mont des Oliviers, car la lettre que Ben Méïr adressa aux com- 
munautés babyloniennes au sujet de la querelle sur le calendrier 
en l'an 922 et que Harkavy (û^iiBfinb irûî, V, p. 215) a publiée, 
contient le passage suivant : np^ •rçp-î b^n rrnn wb* laYiVam 
S:n irnba ibsn un* tanptt i'i Sa^n bitt tzs-rinn -irn taabiD 
sn 1*1 ^nb buri^ Sa yiapn 1*1 ^p» -n^ia bsn ïnaïi ^223 
rron&ïT, et dans la partie publiée par Schechter (Jewish Quarteriy 
Review, XIV, p. 58) Ben Méir écrit, après son retour de Baby- 
lonie : tnrwi ni-o aana "«aTm damiû "Wn m^ia bs narmro 
r-n»ip>3ïi ban aabra taTpnsn -iDN-ipi pars nsnaai *"^ ba^n bvz, 
à quoi on peut comparer dans la même lettre (p. 57) ce qui suit : 
nn an b^ ï-rôm iris cana t^npi i^ttiia anaim ia tannarm 
nosn n^rnanp ma iman déni misn» mo trrmn nm im^bn 
natta nn&o. Il ressort de là que le Mont des Oliviers, situé juste 
en face de la porte orientale de la colline du temple par laquelle 
jadis le grand-prêtre sortait pour brûler la vache rousse (Middot, 
i,3; Para, ni, 6), ne servait pas seulement de lieu de prière, 
mais était aussi l'endroit où l'on proclamait l'ordre du calendrier 
en assemblée solennelle. On peut comparer encore la lettre écrite 
de Jérusalem en 1188, citée par Harkavy, l. c, et publiée par lui 
dans le ma *tok, 1877, p. 77 et suiv., et le renvoi que fait Epstein 
au tr^on-iso, éd. de Berlin, § 630, p. 169 (Revue, t. XLII, p. 181, 
note 13). 

Si nous examinons maintenant les raisons invoquées par Luz- 
zatto contre l'authenticité de la lettre des Palestiniens, à savoir 
que d'après le rapport d'Isaac b. Dorbelo la question était adres- 
sée aux docteurs de la Palestine, tandis que la réponse vint de 
Babylonie, et que, d'autre part, le Mont des Oliviers ne cadre pas 
avec Soura, car il est impossible que les Babyloniens aient été 
en pèlerinage à Jérusalem neuf cents ans après la destruction 
du temple, nous voyons que les difficultés sont résolues à l'aide 
du texte intégral publié par Reifmann et qui est confirmé par 
ailleurs. D'après cela, la consultation a été adressée, en fait, aux 
Palestiniens ; ceux-ci répondent brièvement à la première ques- 
tion en disant que les signes des temps messianiques, indiqués 
par les docteurs du Talmud, ne se sont pas encore produits ; pour 
la seconde, ils citent la réponse du Gaon de Soura, R. Jacob b. 
Mordekhay et ils terminent la lettre en rappelant qu'ils prient 
sur le Mont des Oliviers pour les Juifs du Rhin auxquels ils 
écrivent. A mon avis, on ne peut faire valoir aucun autre argu- 
ment contre l'authenticité de la lettre ; nous devons donc aussi 
considérer comme exacte la donnée que, en l'an 960, un mouve- 



RELATION D'JSAAC B. DORBELO 243 

ment quelconque d'un caractère messianique fut connu des Juifs 
du Rhin. Mais il n'y pas de motif pour chercher, avec Perles, ce 
mouvement en Allemagne, car là les Juifs n'en avaient qu'une no- 
tion vague. Il est également peu vraisemblable de supposer, comme 
le fait Briïll, que les nouvelles relatives au royaume des Kha- 
zares, alors florissant, ont pu donner naissance à cette légende fi), 
parce que les consultants, d'après le texte de Mannheimer et de 
Perles, s'adressent aux communautés de la Palestine, ce qui in- 
dique que la scène de l'agitation se place en Palestine ou dans un 
pays voisin. La réponse négative des Palestiniens fait supposer 
qu'ils n'étaient pas partisans du mouvement ou que le mouve- 
ment avait déjà complètement cessé 1 . 

Notons, pour terminer, la dernière phrase de la réponse des 
Palestiniens aux Juifs du Rhin : « Il serait désirable que vous 
nous consultiez au sujet de questions sérieuses concernant le lé- 
virat etEroubin. » Si je comprends bien, ces mots contiennent 
un reproche grave aux Juifs du Rhin et font croire que ceux-ci se 
montraient négligents sur ces deux points et que les docteurs 
de la Palestine l'avaient appris. Ceci attesterait des relations 
actives entre les Juifs d'Allemagne et ceux de Jérusalem, mais je 
ne puis là-dessus, non plus que sur les deux points précités, ap- 
porter d'autres preuves. 

A. Buchler. 

Vienne, 30 janvier 1902 . 



1 Peut-être trouvons-nous l'explication de ce point dans le fait que relate le Caraïte 
Salman b. Yerouham, dans son commentaire sur les Psaumes (Neubauer, Aus der 
Petersburger Bibliothek, p. 12). Il se plaint du traitement que les Juifs subissent de la 
part des Arabes à Jérusalem et des restrictions qu'on apporte à leur droit de demeurer 
dans cette ville. Puis il dit : « Maintenant les Chrétiens s'approchent avec une armée 
pour nous chasser entièrement de Jérusalem et nous séparer absolument de la ville 
sainte; je prie Dieu que leur volonté ne s'accomplisse, pas et que leur dessein ne soit 
pas réalisé. » Neubauer rapporte ce fait au temps de l'empereur de Byzance Nicé- 
phore Phocas, qui occupa Antioche, tandis qu'un de ses successeurs, Zimisces, entra 
déjà en possession de plusieurs villes juives (970). Mais Poznanski (Jewish Quar- 
tcrly Review^ VIII, p. 688, et Monatsschrift, 1900, p. 606) a rappelé que Salman dit, 
à propos de Ps., en, 14, que 887 ans se sont écoulés depuis la destruction du temple ; 
ceci nous amène à l'année 68 + 887 = 955, comme date de la composition du com- 
mentaire. Ainsi, dès cette époque, les Byzantins s'avançaient contre ia Syrie, et les 
Juifs peuvent y avoir vu l'approche des temps messianiques. Sans doute, les sources 
historiques ne savent rien d'un mouvement que les Byzantins auraient opéré de si 
bonne heure. Elie de Nisibis (éd. Baethgen, Fragmente syrischer und arabischer His- 
toriker, p. 147) rapporte, pour l'année 1263 des Séleucides, seulement ce qui suit : 
• Alors sortirent les Grecs et ils vinrent jusqu'à Saroug ; ils emmenèrent beaucoup de 
prisonniers, brûlèrent les mosquées des Arabes et retournèrent vaiuqueurs. » Mais 
déjà pour les années suivantes il relate les victoires des Arabes sur les Grecs. Pour 
1267 il raconte : € En cette année les Grecs marchèrent sur Tarse et tuèrent 1800 de 
ses habitants, firent des prisonniers, incendièrent et repartirent. » De là la nouvelle 
peut avoir pénétré en Palestine et en Europe. 



QUATRE POÉSIES JUDÉO-PERSANES 



SUR LES PERSÉCUTIONS DES JUIFS D'ISPAHAN 



(suite et fin *) 



III 



pna ffirvai iNtiNDir l^ban*^ na nbnn [n](b)N?an:PN inàna nïNna 

: nâ ina»5 tk t<n in©^« 



in t*m s^?a n3 ^nantt "r nn 

ip^n' bm i&« ts nuî3 nanTa *pnn 

1î r^ bawa srsa *ttm ^Tan 

b&oan nî N3 nsn *jn73 nn yn na 

s-iaô nn uns na "ps DTiiBa TQ3 

nsns T\nyi2 im nsa cjo«a 
■jwaboiTa "jnffla pri naw t^ni 

fc-)3W[a]h) 13 "'ENTan 1TI0Ï1 néaa 

f<73 ^n -13 t^n *7D T«bN73 "'Mïl 

■"É1 ÎIS-ID "ON plè n^Nai 

"DvbN nb7aa bs ■jN-r^a -in© tn tti 

•ïb&on nn nn t^n3«5 TTNDa 

•jK^Naia ^a \wo wi tn "pN ni 
ïT"ta nb^a iN^^nn ■*£ t^n r^w na 

■jNnNDir nn^N 3 ->nDNb in» ma 
•pnNsn bNO»N t*<n n"wn n-na 



i2"i nana în ""ntu nn n-na 

s^3 ^n3H72 nn tn narra "jn ^bi 

n© ■vy ma n^n min nas 

b«73NB nb)aa iNTa^ia t^n.sn ï«m 

i-»an "pm i^a ihàna na ma ni 

nsân nan ©na© na inpi "jann 

*j&n3?annn r&o yài laizîa t^a 

nn "passai «nan "pn Ta^aa 

nr&oaa ^armi spN nna abu 

r^tra antTa n3 o^aai nmbs 

■n n3 non lamna ^oaa nns 

tasoN m nîaya ^bi n^N ma 

"ôaô "^a xnv na p ta^waa 

•jNnNDit 273a •{« -na b-n nania 
ï-prun n«T "pana j**tn laatna 

lanNumc rnai min na na->n 
p» 1 * *mm rimn^ ba n&n ma 



1 Voir Revue des Études juives, tome XLIV, p. 87. J'adresse encore une fois 
tous mes remerciements à M. W. Bâcher, qui a bien voulu revoir cette partie de 
mon travail et me suggérer d^utiles corrections. 

* B : DN^N. 

a B.: hafcO, dont le sens est le même. 

4 B : i^an. 



QUATRE POÉSIES JUDÉO-PERSANES 245 

S^ttfib t-JKttftïiKtB i?33> i"<ia*pT srïiws lama ><3>i ' ^aiat i3->i 

D^ana in-nd^nt i>na<nai73ïO d^sans c-^ri "j\n kb no f|ON tnèaa 

m D3io isn in dbp Ta* tn 13N "no V" 1 " 7 un iMn^na -nati I3a* 

nôi ma van nnbattt -mt «nôo iw» ino nynni iKirm ni 

■*i-ttra m iian ^nbn» rsaa vflttB 3 v\^ ">fco ■'abaa lanwa 

CD "H 1N0 iNnNTÏl "ISS 1«73 113 ttPiS 8^3 Û^TND *ïmft«S N73 S*n Ïl3 

^ano n3 r<«iN ona*o t^?a no fwn ©â ^nt £^7333 r<733 

' -^TNp ï-iisbs non no -mo la*» ■»««» tri 1073 ■ni tn rio33 

tsii n 'Wfctta non fwîaïi taanaa n3 ^ms ia* mnia» 113 



ittiro ^nio t^inn nan oa* na 
laoa* nan?a niin da*a ";n^na 

lanàa aman baûia ta 13T>13 

111 Ta* is t<n bi 131731a* tno wi 

lan^n ^bôai ITT m?: ^nsttn 

"»éo m 13 î« i^i s**t7333 ^733 

i«a« *p oa*p73 non f<33iN no 

fa t**a laooa 'mffln inâsa 

1«naa bw am ia*n au nsaa 

8 ">wnon io îa* i» ma mars 

6 ia*;a?3tt irp fut ^niio ai^aa 

irambô t>tno ani ia*n sw >*n no 

7m n» ni inc» ^d tpat noio 

Incid mat int niio insia 

narcnio iTao 010 "wa a*n no 

1KD"nn fa* r<3 -nia "p inotaa 



"•n^a 1133 casons nn3 
iao33 nnœ ia*n->3io t>*ï33ia* néaa 

na*a '■pa c^taana* ">abj3a isnsia 

11731 it Ta* ^73a*73n imonna 

l&rnai ia*ba*3 lira rpa* na 

^a*m ujô niaaaa ***n j>«3ia* no 

ia*biD non fficrwi od t^nojo 

lapanàia irion ïï"«d nasia* os 
•janm nra3 rroan a33 1^31253 ni 

rEa*73n r^iiD 173 cd Twa 

ia*3a* "133 ni C^73U5 a*3 d^N^a 

b»p tn birô T^ i-ii ixn-'a^a 
-iaai-13 in -)3->n ni nansna 

1MCK nb7313] 1nD-l 1N3N 1333 
nN73 M5U33 t<1 n-|N5M ^J13nDl3 

Ins^t ia< 8 Llno-n non in^o 



l&ONnia 11 t^l 1NU3 CÔ CD3 1N133 n^733 t|ON 13NO 1E> 3U5 ni 



nowa >î3 ifcmtp la? lanon no 

^-10373 niN3 T« 13113 nb73 in3 
9 lN3KnU3 l^N 3*733 nwX^O CD3 

■«int ^in tn n73n lawnaa 



noa^o tn iNCNa n33iN péaa 

10 ^ 133-»! 173^1 inréari 

Ia<ia3 nb733 i-'-'N piaîi: n3io ni: 

■n«5l in^is 13 noi iNn^uîo 



1 II faut corriger ce mot en n33iai ; comme dans l'alphabet persan le même ca- 
ractère sert pour le et le 3 (on met un trait pour indiquer le dernier), le copiste l'a 
pris pour r»03"ia< et l'a abrégé, comme il fait toujours, en 131M. 

s A : nOO l'kï) ia<0 J que l'affaire devint pénible ». 
3 Abrégé de fl^M pour le mètre. 

* a : i&rpTn i«ba« in. 
5 B : ->73a«in. 
G b : iN-no inp. 

7 B : 13N13 1«CN. 

8 Le morceau entre crochets manque en A. 

9 B porte le second hémistiche : 1873^30 lia*3n n*37313 n^N^a « venez tous 
au palais de Solaiman », c'est-à-dire au palais royal. 



246 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



•jNmon "pN no -unn ^w^ia i&mm "pat d'-nada t>*72 t^nmo n3 
n?2^p -n r^tn t,n372 nM tua n72N72n -13 "p "pror "pa -in'h r>*72a 



•jndn s-ib&a ->n t*<72io -ino dans 

■n&d ni72n n2K72:» -ia T-m^a 

1*0 ï«m nano nann -in pus 

•.iwd in mo jaa'nT»» t^naio na 
%m \y<y dip r<73 t^aa nrniûaa no 

mmna r>n on "p mn&o -«73 no 

jm'Wttn tn in^^idis t*«n -6 nTan 

i-rm :na "pst -ma ?>!•: baoTa 



•jntht T,Nn-o-in72 t-^p'np mais 

■naya aïo t,n yvx, "noa ma 

lana* rrb^^ *772-iN -iron "itti ni 

-ion-io t>i73 "jaw-ma aan rsu/io 
iM-noa onao mmi iaa t**yo 
n^aon -p» naio nnn nasôi ma 
ma ni-oï-r iNttS'-Ni d*ma j>*72 no 



i-iNmo rtsp iNn-oio ^ma (ï)nêaa ïikibOi) ÉjONan po pa (ïlmaïaanai 



-jN-ias w pio iS io-»3 ^-mena 

nntoa -îa, "pis inô 173©*- no 
pMaii n^T moa 3 t<nK72 n?an 

-IN^-ID -133N72 'WMl d^TN03 

(?) DCi)ana nan "fcbna pn^-i 
pn ■O"' * no -i3 D3 ■pn nmaa 

Tfcmoa pn^&T?3 I^T nD33 

\tsm wo nanb-13 ^an -«m 
s-mn "»»f3 n-i waia p-na ï-î^ï-i 

-ia«ba*3 31372N mTl ^0172 no 

-io "ia-13 ^72 wa *pn *-*nè no 
mmna t>ia ta* pa-isara rtan 

d"«TN33 t>n pa "TO-i r^i-ib ma* 

na*a -in boâ fis pnaao 5 psaoa 

6 han03 »Yl -13 S*1 -I3T-IDT "JT 

nia» na n-iio 'm -in péna 

mm-ia io tn ^a-iaT m»N 

r>j3 -13 béai pnai -i^d ïiTan 

INn-iaa na ?>r-OT3 ipéa n7an 

î-1731 no în nam3 nb?aa r^o^ao 



n«a ^a p-iaa nanu: ms dnan 

•jN-n-na in^tm na^o on sa nr£ 

1^10^-13^72? 'j-iuî n-i«a -ia*>n 

nnaao pn inba in^bwa 

l^n "o 1^-135 nô io^d nana^-io 

n«3 paiTon iNwin n^i t^ano 

diai-in [on] n^uj tjo« ^an nbo 

•jNn^-n *jn^nNÔ n3 in«n nns 

T^a nô ^3 tn naN-DT i^n nb^3 

IN^nan ifi*bfi« ■■abm iano-i3 

t<-l t^îTp 3U3 *ÎN TI3 na^N ^3U5 

-1NTN3T -in ta -n it -iw ns^a n3 

"iaT mN73 TN TMi "JNT3 n7^n 

nan-'aio dîna lis n«a fw 3103 

O^tno ni Nn ">i72 -i3 "«ni ïnéaa 
n^n -1-1 na^ioia nnai -iNn aïo] 

lanoa ">^ tn ï— i73ï-r nTa^o^-io 
-i-»i073io o-in tn pai -iNn^oia 

nan^o-i c^wa-iN ma n^7aa ros 
înu p-inaN 1^-iai 'jN-'-ia nama 

■jn-iT"» n^ann ima i^b^a nan 
n^aaio ni n7ai« pn^it n3iir ni 



1 a : naizi pi -13. 

s B : -13352 dip. 

3 Double pluriel. 

4 B : nmÔ m ' quoique petit ». 

tt Du verbe pNnSN, B porte O^nBfcOO. 

6 Ces deux vers entre crocbets ne sont pas en A. 



QUATRE POÉSIES 

-iNTN ûmi?a itraimp mo ima 

n^a nno m-iN dia r*n i«mm 

m"H n«a T 1 Va ws rn^a 

"•afiu -«n irk mntûan "^cn 

mm ma ■>» dm musa» "ma 

l&ma-imd tk tii m-wa ■»» i-û 

nèKDE Tinida m-)NS T 1 ■W'i 

•jamm nî&om nn nids ïné-ia 

1 nsab nmo œmn mnoa dna 

iwz) fèd an tiwm mis ^n 
•j^ms maia "p jma in 2 uîuj -ina 
mT Ti wnb Nil lN?aa nSY« mi nd 

■nara nndd dpj> inpoi m?an 
ÏWtD rai m-iian ^m*o 

nsnoda in ïkid Nn no"i nanàm 

qir ^abïïa -ia&na m mmtûD 

n^a "p nbna i^n-md ^ mn "paa 

idt mwa t« aid m m&ra 

an lN7an "jNd os Naa ïNnmNna 
•jNnma ^Na m*i a^bp&o 

ONda* ?wtt no'id dn ïNfcbo» 

wna 'rd «aiaï TN a»73U 

maa> a>?da iwN «b frisn "j^ma 

nN?a ^abwa niBN na nnia na 
mmaiû wn im nafio *pa 

INDNnn naniûa *«ab?aa *p ad"< 
nmr m V T 'nrnBK'i nd }6wb 

Niawan Na -jnt 3 ambN mmoa 

nw -■■nNî tn an nbtta •jnujidd 

wr©o ni ïkwk "fansi ït 

mana nn m n ma bn man 

r-uttBani» ^iTdi tpN mm 

nttfcop ira anNdiaa ma in 

INOin nb7aa b^ -m aamd *pa 

I&on fcmo f<-i ne© iNd "pa ^ 

m na nb?aa -mabp tn i^mn 

1 B : m&6. 

* B : a3D « cinq ». 

3 Les mss. portent C^Tabtf. 

4 Les mss. portent "û. 



JUDÉO-PERSANES 247 

nsn nad nban ■pnn tjoa nu> m: 

nwin in^nd l^a *T"û tf^Nso 

nd ^^ rjbîaa ^d^n m'wa •'bi 

^Nn nN^J 1« 1N73T TwX NI NTp 

nnntD -n?a in mn DN3 ma»o 

•jNmrn N3 C]DN nsa id ^u; 

-iujn nd mNn m-iND ins-n 

INma di»i Nn m-iND ^^ na^ 

IN^d pT m Na in "nd ndid ^d\d 

1[N]ib ïiNbNi VNU5mD "rama maï-: 

maaw tTn lai^a WKa '■pa 

•^nNdd N'n mda» nai nnsna 

iNd* 1 ^ b^asi "imuja mari 

nanoaa Nn i-nus^n nî^n"! ^od 

sjon uî^d "in lôoiaiN na^maa 
'limtt r»T»a ^Nd qd« nsad 
no&nd N-i "•JaNTan isn^iaa] 

«n I&oï roi iNna>a mmaa 
, jNn^ ta i lama wa d^bpN pT« 

y^bdNd un lamiû T»Nd n^i 

lan^atî ni pN iNans^a in nir 

■nNïa nnda apa> iNnon m^ari 

nnia nn m INaiaiN inbna 

mma m^a «aanm Td "»^dd 

• 

•jnizair^ pdi n^d dd w ni 

rinTa^n m^ mio ^«aa 

n^-id dbT i&osnp lanèia 

^snd nnm 4 Td mab^ b^n» 

"iDiNns Nnnir -in naœ iNaic 

n7aN?an oba» iNaiaiN wn ni 

l^nb nb?da ima *ra ^bNn7a 

infusa t]d« ^t asd naND nd 

ndN^d Nn^n "jt nd^ T«mad 



248 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

on 10 -q Nn db ï-OTn l^rn-n 

P" , £nd73 i«ni»N073i iNïaboitt 
oi-woia *n i?3 l^io ^nt fni 
noMÔ dbj> in ^73 iNianéa 

Ints^n riTNn 173 i:pi diN ^n 

^1W 1173 "^NO t]OK nWd 

idKn» nw im inin^ N3N 
ini-pd *]bd lN73bo?3 tn ^»Nd in 

1N73^U5D 1d l^d OD 173 d^3 
Nn *p D^3N1 ">73n N73 NI N1Ô 

1 [nèa ni »*ô iNidTû toi 1N73M 

ddn733 ni i^n os n^raa nma 

ni dd 2 tpn iêuito ns T"W 

ptt n»a pn ^bi isnoa fin» 

niid no Nn i^n^nn mbï-îTa néan 

1«:n bi tn on ^natài Iinio 

^INH^N TN 0» ^N I^N» ïld 

Invh noi tn im * , »awba 

■nNi no tn nj>NÔ» ouïs oo in 



ON30N 1N73T 1«0 1^:N73 Nid 
P*ÏS nO TN INmi» 01 I^N N"n 

O^nsd 5|ON ^no in»» néab 
nosNi obsn nn e^bja MWb 

lN73b073 toi ^N 11» ^73 IN 1SN 
^I^O 13TTIN »^B Ï1331N OD 

">onm nï* Nn no i» iN73bo73 

iin-q nin?3 1» ïiisn ni Nid 
1N73»i il m: n->n nsa »wo 

ïtnïT I^NO 0">3N73bo73 

ns»Nio fpN idd ^n iwa n£ 

ai im ni iiiît tn i-n^o 

ni dd» »inNd ^Nii di i*w 

ipT 1173 IN 1N1011D IDDDia 

nmitt on »i30obi no Nid 
INanita in 11^3» ^1 tn i^n ni 

">1Nt ^11 TN -Ppè 1« nêa ^73M 
1N2 iNïli "nn "Wtt 1TN00 

-1N0731» pn TN ">NdNa t^N 



III 



rtimad ad-Devlet 3 ^rewd ce /&# #o«r prétexte et chasse les Juifs 
d'Ispahan de leurs demeures. 

Le règne de chaque roi, ancien et moderne, nous suscita une nou- 
velle calamité. 

Mais cette calamité-là fut plus grande que toute autre ; dans cette 
calamité notre âme fut brisée en cent morceaux et notre cœur blessé. 

Si à une autre époque un malheur arrivait, il s'abattait sur la 
richesse ou sur l'or; 

Mais sous ce règne \ nous fûmes tous foulés aux pieds, car notre 
religion disparut en même temps que notre fortune. 

Plût à Dieu que notre âme eût suivi le même chemin 5 ! nous n'a- 
vons jamais eu un mauvais désir pareil. 

Dans ce moment où le roi donna la permission à son vizir, et qu'il 
lui dit : a Dieu t'en fournira l'occasion », 

1 Tout ce morceau entre crochets n'est pas en B, tandis qu'au contraire, le vers 
suivant manque en A. 

1 B : 03 'ptt. 

3 Lit., l'appui du gouvernement, c'est le surnom honorifique du grand vizir. 

4 Le mot dura veut dire « roi, monarque », ici il faut l'expliquer par « la durée 
pendant laquelle le roi règne ». 

5 C'est-à-dire que nous fussions morts. 



QUATRE POÉSIES JUDÉO-PERSANES 249 

Viens, écoute, regarde ce que ces malheureux virent et comment 
ils devinrent musulmans. 

Le vizir' fit venir la communauté juive et leur dit : «Vous êtes 
tous des gens sans éducation ; 

Vous êtes des impurs qui souillez notre religion ; vous vous frottez 
à nos corps ; 

Vous mettez vos mains sur chaque objet; nous et vous sommes 
comme le vin et le vinaigre ; il ne saurait y avoir une plus grande 
différence. 

L'ordre du dispenseur des grâces ' est que vous quittiez tous la 
ville aujourd'hui. 

Je vous montrerai un terrain nu où vous bâtirez vos maisons dans 
les alentours. » 

La communauté d'Ispahan eut mal au cœur — les innocents ! — en 
entendant ce langage. 

Les Juifs lui répondirent en se lamentant et en pleurant : « Nous 
payons tous le tribut 3 . 

Durant le règne de tant de rois, nous avons eu un asile 4 à Ispahan. 

De plus la maison de Dieu de Juda, qui existe depuis une époque 
si lointaine, n'a vu de réparation ni cette année ni l'année passée. 

Nous y voulons encore prier, nous voulons demander au Tout- 
Puissant la longue vie du roi. » 

Le vizir dit : « Nous ne voulons rien entendre, nous vous chassons 
hors d'Ispahan. 

Si vous consentez tous à cette affaire 5 [c'est bien], si non, je vous 
expulserai de l'empire entier. » 

Lorsqu'ils furent convaincus de la difficulté dans laquelle ils se 
trouvaient et qu'il était temps et prudent d'emporter ce qui leur ap- 
partenait, 

Ils s'écrièrent ensemble: «O asile de ministres! il faut que tu 
nous donnes un délai de deux mois, 

Afin que nous puissions arranger les cent mille affaires qui sont 
devant nous. 

Montre -nous un morceau de terre où l'air soit bon, où nous 
pourrons nous établir. » 

Il leur indiqua, étant plein de ruses et de tromperies, une mon- 
tagne, c'était Koulak Kazi*. 

Cette montagne abrupte est bien connue pour servir de refuge aux 
bêtes féroces et aux animaux sauvages. 

Ses dix parasanges sont privés de verdure ; elle ne possède ni eau 
ni air, c'est une montagne sombre. 

1 Dans le texte, Asaf, nom expliqué plus haut. 

s C'esl-à-dire le roi. 

3 En persan, djaziya, c'est la capitation payée par les Juifs et les Chrétiens. 

*• Lit., un nid. 

* C'est-à-dire devenir Musulmans. 

6 Ce nom veut dire « le bonnet d'un juge », parce qu'elle est haute et droite. 



250 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le vizir leur dit : « Fondez-y une ville et nommez-la Mihnet-Abâd l . » 

Ils s'y rendirent en corps, ils n'y virent rien d'autre que des 
chacals et des hyènes. 

Ils craignirent tous, femmes et hommes; ils revinrent, le cœur 
rempli d'angoisse. 

Ils se dirigèrent vers le vizir en gémissant et en pleurant, 
hommes, femmes et enfants tous stupéfaits, 

[Lui disant] : » L'air de cet endroit n'est pas bon, montre-nous un 
autre endroit. » 

Il répondit : « Retournez à Takhti-Poulad', car cet endroit est 
habitable. » 

Puis les chefs vinrent chez lui et lui dirent qu'ils avaient avec eux 
de nombreux présents. 

Aussitôt qu'il eut entendu parler 3 de présents, le ministre fut em- 
barrassé et dit : « Je vous donnerai une place parmi les Guèbres*. 

Venez chez moi demain, apportez pour moi vos noms (?) 

J'irai avec vous à Guèbre-Abâd 5 , je choisirai pour vous une rue, 
comme, par exemple, Kasr sckimschâd 6 . 

Vous y séjournerez une saison de l'année jusqu'à ce que je vous 
indique un refuge permanent; faites-le vite. » 

Le lendemain ils y allèrent en masse et le vizir les suivit comme 
le feu. 

Ils allèrent tous à Guèbre-Abad, ils y prirent une rue à cette race 
misérable. 

Ils la louèrent pour six mois, attendant que le roi leur fît une gé- 
nérosité. 

Donc, ils traînèrent leurs bagages, ces malheureux, et partirent pour 
Guèbre-Abâd, où ils passèrent une nuit au milieu de ces individus 7 . 

La nuit arrivée, le vizir manda tous les Guèbres; il les fit venir en 
hâte devant lui ; 

Alors il leur dit par politique : « Ces Juifs sont des impurs. 

Ce sont tous des ennemis de notre religion, ils renient toutes les 
religions. 

Que demain matin, tous les Guèbres se rendent en hâte auprès 
du roi ; 

Qu'en signe de trouble, vous étendiez les mains en élevant un 
appel au secours; 

1 C'est-à-dire « la ville du malheur » . 

* Lit. : le trône d'acier ; c'est probablement une petite localité dans les environs 
d'ispahan. 

3 Lit. : qu'il eut entendu le son des présents. 

4 Les adorateurs du feu; cf. Chardin, IX, 150, qui donne toutes les étymologies 
proposées pour ce mot. 

8 Lit., ville des Guèbres, c'était un faubourg au sud d'ispahan où les Guèbres 
avaient leur quartier spécial. Kaempfer, p. 164 : Ad austrum connexum habet vicutn 
Gaberorum. 

6 Lit., château de Schimschad, nom d'un roi. 

7 En persan, le mot kharîf est un terme de mépris. 



QUATRE POÉSIES JUDÉO-PERSANES 251 

Dites en vous lamentant : « roi ! nous ne voulons pas de ces 
Juifs, donne une autre place à ces envieux. 

Cette terre tout entière nous a été donnée autrefois par un roi qui 
attend dans le paradis le jour de la résurrection '. » 

Faites une clameur, n'ayez pas peur du diwân*, car je faciliterai 
votre besogne. » 

Il employa donc une pareille ruse cette nuit-là contre les Hébreux, 
c'est un pareil trouble qu'il jeta sur la communauté. 

Le lendemain aussitôt arrivé, tous les Guèbres se rendirent au 
palais du roi, maître du monde. 

Chacun demanda justice et secours à grands cris : « C roi S pouvons- 
nous marcher avec un corps joyeux ? 

Partout où nous tournons nos regards, nous voyons les Juifs près 
de nous. 

Où a-t-on vu Guèbres et Juifs demeurer ensemble ? Peuvent-ils 
voir ensemble le même côté qu'ils veulent ? 

Si le roi permet pareille chose, nous nous retirerons de ta pro- 
tection. 

Car nous sommes des saules et eux des scies, la ressemblance entre 
nous est comme entre le loup et la brebis.» 

Lorsque le vizir du roi eut entendu ces paroles, il dit : « Chassez 
les Juifs au plus vite. » 

Les Guèbres réunis attaquèrent les Hébreux; ils les chassèrent 
tandis que ces derniers se lamentaient. 

Grâce à la haine qu'ils nourrissaient contre les Juifs depuis des 
générations, les Guèbres ne leur accordèrent aucun refuge. 

Les malheureux allèrent trouver le vizir encore une fois, le cœur 
ulcéré. 

Ils pleurèrent, disant : « asile de justice! puissent les têtes de 
tes ennemis tomber comme du fumier dans ton chemin ! 

Les Guèbres irreligieux nous chassent devant eux, nous tous 
tristes, prisonniers de lamentations 3 . 

Où irons-nous de nouveau, s'il en est ainsi, pour nous faire un coin 
pareil à Farhad 4 ? » 

Le féroce vizir du roi répondit à l'instant : a Allez tous sur le 
chemin de l'enfer; 

Prenez la route que vous voudrez, personne ne se saisira d'aucun 
de vous. » 

Ayant dit cela, il les chassa de nouveau, en leur enjoignant de ne 
plus paraître à la résidence. 

Ils partirent tous, se lamentant et pleurant; ils prirent la route de 
la vallée, ayant la poitrine brûlée. 

1 C'est Abbas I qui leur a assigné ce quartier. 
1 C'est-à-dire du gouvernement. 

3 C'est une expression biblique; cf. Psaumes, cvn, 10. 

4 Célèbre statuaire qui, dit-on, pour plaire à sa maîtresse, Schîrîn, creusa un 
chemin à travers une montagne rocheuse. 



io2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Par hasard, cetle nuit-là était celle du vendredi et ils pleurèrent 
tous à cause de la loi '. 

Car tout à coup un héraut cria par la ville et dans le marché : «Que 
cette nuit les Juifs s'en aillent précipitamment ; 

Qu'ils sortent tous, femmes et hommes, car demain on coupera la 
tête de tous ceux que Von rencontrera. » 

Lorsque les hommes eurent entendu cette proclamation nocturne, 
ils se levèrent en sursaut, ces malheureux ; 

Ils crièrent : « Malheur à nous ! que ferons-nous? Si nous attendons 
ici jusque demain, nous mettrons notre vie enjeu. » 

Ainsi, dans une nuit très sombre et dans chaque coin du chemin, 
ils se mirent à errer dans les rues comme des enfants. 

Tous du premier au dernier bondirent de leur place et attachèrent 
les femmes et les enfants à leurs épaules 1 . 

Mais par crainte de l'épée dans une nuit tellement sombre, ils 
prirent la route de Sérah bat Ascher *. 

C'était une vieille synagogue ; ils y arrivèrent ayant abandonné k 
tout espoir de vivre. 

Ils pleuraient et gémissaient dans cet endroit ; tous, vieillards, 
jeunes gens et enfants étaient sur pied. 

Tous se lamentaient dans la maison de Dieu, tous disaient: «0 
Dieu, détourne de nous ce malheur! » 

A l'aube du samedi, tous grands et petits étaient dans la synagogue. 

Le vizir, ayant été informé du fait, choisit entre les gardes les plus 
méchants ; 

Il dit à ces gardes du palais: «Amenez-moi les Juifs dans la 
matinée. 

Mais il me faudra aussi les chefs de la communauté, et vous me les 
amènerez une autre fois. » 

Par hasard depuis l'avènement d'Abbas II, ils avaient un chef 
lequel était pour eux un ami sincère. 

Saïd était le nom de cet homme généreux, c'était un riche orfèvre. 

Dans la nuit où le vizir dit aux Juifs de quitter la ville 5 , une partie 
d'entre eux prit le chemin de Bat Ascher et une autre se mit en 
voyage. 

1 C'est-à-dire qu'ils étaient forcés de profaner le Sabbat. 

2 Ces deux vers ne sont pas dans A, ils semblent une répétition de ce qui suit. 

3 C'était le nom de la principale synagogue. M. Confino, qui est en ce moment à 
Ispaban, écrit au sujet de cette synagogue : • Elle est située en plein champ. Elle 
est aussi ancienne que celle de Dardecht et sert de lieu de pèlerinage aux Israélites 
de la Perse, qui s'y rendent en foule tous les ans au mois d'Eloul. » D'après la lé- 
gende, t Chah-Abbas II étant à la chasse à vingt kilomètres d'Ispahan, une biche 
passa près de lui. Le roi s'étant mis à sa poursuite, la bête se réfugia dans la sy- 
nagogue de Sérah bat Ascher ; quand on y pénétra, animal avait disparu. On en 
conclut que la biche n'était autre que Sérah bat Ascher elle-même. Le roi crut voir 
dans ce miracle un avertissement du ciel et il traita les Juifs avec plus d'huma- 
nité. . . >, Revue des Écoles de F Alliance Israélite, n° 5, avril-juin 1902, p. 341. 

* Lit. : ayant coupé. 

5 C'est-à-dire la première fois. 



QUATRE POÉSIES JUDÉO-PERSANES 253 

Une troisième partie, les larmes aux yeux, embarrassée, franchit le 
seuil des maisons. 

Dans l'endroit où ils campèrent, ils nouèrent ensemble de vieilles 
toiles, sous lesquelles ils trouvèrent un asile. 

La nuit du samedi, ce lieu fut leur domicile, comme à un corps 
mort les toiles furent leur linceul. 

Consternés, ils invoquèrent Dieu; six personnes à la fois se trou- 
vèrent dans un coin. 

Le samedi arrivé, ils aperçurent soudain quelques soldats armés 
d'arcs bandés. 

Ceux-là saisirent ignominieusement quelques Juifs et leur lièrent 
les mains par derrière, ce qui les fit pleurer. 

Tous allèrent à la suite de leurs chefs : Saïd, Obadyah et Sasson. 

Ils (les gardes) se firent indiquer leurs maisons, puis ils saisirent 
les chefs et leur lièrent les mains. 

Ils les menèrent ainsi devant le vizir; ils les traînèrent tous en- 
semble en une file. 

Le vizir dit : « gens stupides et immondes ! Vous me faites de la 
peine tous ensemble. 

1 [Allez tous ensemble chercher vos familles, amenez devant moi 
hommes et femmes. 

Ensuite prenez les femmes par la main et sortez, laissant der- 
rière vous vos effets. 

Quittez notre pays, choisissez pour vous un asile dans un autre. 

Ou bien devenez tous de sincères Musulmans sous l'autorité de 
Schah Abbas. » 

Lorsque ces malheureux eurent entendu ces paroles, ils perdirent 
tout espoir de vivre. 

Tous, les mains attachées par derrière, sortirent en pleurant sur 
les pas de l'autre groupe juif. 

Ainsi ils marchèrent le jour de Sabbath, remplis de perplexité, sur 
la route de Sérah bat Ascher. 

Ceux qui étaient dedans, en apercevant les nouveaux venus, en- 
tendirent tout à coup une clameur. 

Ensuite ils virent Saïd et Sasson, et chacun d'eux fut épouvanté. 

A la place de l'écho des chants et des louanges, ils élevèrent une 
clameur de lamentations dans ce jour de calamité. 

Tous se mirent à pleurer à cause de cet endroit, tous crièrent à 
cause de cet endroit et refuge 1 . 

Les gardes de corps, oppresseurs par profession, tuèrent quelques- 
uns de ceux qui se lamentaient. 

Comme une colombe qu'on arrache au colombier, ils livrèrent 
leurs femmes et leurs enfants. 



1 Tous ces vers entre crochets manquent en B. 

* C'est-à-dire ils se lamentaient de ce qu'ils étaient obligés de se réfugier dans cet 
endroit. 



254 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ainsi, c'est un samedi qu'ils tombèrent dans le désert; tous, l'an- 
goisse au cœur, se mirent en route. 

On les amena tous au palais, devant le vizir et près du roi. 

Voyant la cour réunie au complet, — tu dirais que certainement le 
jour de la résurrection est arrivé, — 

Ils tremblèrent tous comme un saule, le visage et le cœur oscillant 
comme le mercure. 

Car le vizir s'écria soudain, disant à Sasson : « J'ai arrangé votre 
affaire. 

Prenez tous les mains de vos femmes et allez-vous en hors du pays. 

Laissez-la vos effets et allez, avec des lèvres altérées jusqu'à une 
source *. 

Ou bien devenez à l'instant de sincères Musulmane, ne soyez pas 
hypocrites. » 

Sasson répondit : « vizir, mon asile 1 sache que dans cette vallée 
je ne suis pas à blâmer. 

Saïd est un mulla* et un savant, c'est lui qui enseigne la science à 
nos enfants. 

S'il devient, lui, à l'instant Musulman, j'embrasserai aussi une 
nouvelle foi.» 

On y amena ensuite Saïd, à qui le vizir dit : « Juif! 

Deviens Musulman afin que tu trouves de l'honneur, afin que tu 
marches avec des amis dans le chemin du paradis. 

Deviens le serviteur de Dieu et notre frère, tu seras plus grand 
que les autres Musulmans. » 

Saïd répondit : « lumière des deux yeux ! je n'ai pas honte de 
ma religion. 

Nous sommes Musulmans de rite juif. Nous reconnaissons que 
Dieu est unique. » 

Ces paroles irritèrent le vizir, et il dit aussitôt à ses gardes :] 

Saisissez à l'instant ce Juif et attachez-le solidement à un chameau 3 . 

Ouvrez-lui le ventre à l'instant, ne rapportez aux grands les pa- 
roles de personne \ » 

Les gardes saisirent ce vieillard et l'attachèrent sur un chameau 5 , 
mais Dieu devint son bouclier. 

Dieu lui inspira une idée et il dit : « Donnez-moi un délai, jusqu'à 
demain. » 

Lorsque les gardes eurent entendu ces paroles, ils lui accordèrent 
ce délai de tout leur cœur et de toute leur âme. 

Le pauvre homme disait alors en pleurant : « Il convient que cette 
nuit nous apporte l'espoir. 

1 II veut dire : Cherchez un asile jusqu'à ce que vous le trouviez. 

s Ce mot vient de l'arabe maula « maître, seigneur >, c'est le rabbin en Perse. 

3 Ce vers n'est pas en A. 

4 C'est-à-dire ne vous occupez pas de ce qu'il dira. 

5 Le supplice qui consiste à attacher l'accusé à un chameau et à lui ouvrir le ventre 
est raconté par Chardin, VI, 300. 



QUATRE POÉSIES JUDÉO-PERSANES 



255 



Que le Seigneur, maître du monde, nous fasse un miracle et qu'il 
nous délivre des mains du gouvernement ! » 

Babaï ! sois humble devaut Dieu qui est pour toi la source de 
l'abondance. 



IV 



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""NID 1N11N0 -pi lBISINia 

JMaaon ûi il liai n-5a niNiuj 
isnsi- nNi ino^ni *p i,-< bnN 

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npi pii3N 3 bip» isnoia ""bi 

T» onNO ^ no nô^73 ^o^ 

in^oo Tip ûini no n£a^73 •&] 

moi ^ii 13 p:i 1^5 iip73 

*1^1 Û103>73 'miwSi bN73T 



1 A : n73n VTH. 

a Mauvaise orthographe du mot hébreu n300- 

3 A : bn073 « un soulagemeût ». 

* A porte i:PTl. 

5 A : 10- 



256 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rnnn ^n nî narn ïttwd iam 
oia t^nona iana no ^n^tn 

» inonè ni due baman VNa 
Tin»© 1 » vnn nna narna Trt 
na^ON niNna i>u noaNna 

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iaa m nno r^ns/^ nna tn obi 
nno "ptn i^rra nn «na^a ^a no 

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'inbna it nnaî lanoa l^na 
lai&na 50 ^n n7:n nr •'Nia 
nasô doni ^aiN nna ïh "O" 1 

lans nna n 3 1T nna tn rr 

nni vniaa waca ^ "na obi 

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ûno ni na inaaa ^ aa tn naiir na uni ni ^nd "p nn nsp b« ïama 

laiaoo cjoN "10 na <hw8 lannaa ino-w iîws n^o p« ni 

■n&Mo nn \mnrr p» lan^a i-iani nn ûnons n-wa ■»» na 

"iNi«3T "jns tn w «n pi lira "i«a na «n ^n laaio i«o lÉttabci» 



naaa in ini naa lONa ns^a 
■^awaiNO im nnoan o^a>a 

1N7abD7a ^bNii 00a no -p n?an 
npani là pnt loin ûaio 

noa7a bn« na D3T t^n-HNaTa 

laTaboTa on pis no bi pniaa 

4 0no isiot lanaa ;>n nô no 

m»*» in «n pi mo onaô ">7a no 

"n&npa * n^o pia lanN «n no 

i[i](n)ô ^noNO [n]N7a ^■na« pNzaa 

7 noaaa lai ■«■na in Kixn -pà 

ima nno nn na ma-ia ■•bi 



nai lana nNO na tjoN nona 
•*aN»a ioaa i^na «n ^nabs 

IKn^sas lanm 173 Samoa 
np^ax tn "jt: pao on»ô ">7?n 

nno nna \n an i^inp ononô 

1N7:"»Na lo^a NTn ni oonn no 

ûNboa i"»i i3nwNÔ3 i;3"in n^N 

mnoia no oi^ia nasôin ^ 

nxo m na^ ^TNoa i^a ^bn 

10 «noa n r]ON mo ^niao 

noi3a n7a«3 mam 17:in i^n^a 
imo nn7a ^nNTns^ m ma 



ifirnsi ^sna iir qna nn 1731» na i^noN moo nn m nwiN i^n nae 

i3mo nsoô ni nrai ûm^] lamo maanpï n^arn t^oa 

laisi tnin in t^n nynnn 8 [i3iNi tno io ni ncio ^oa 

^nsoiNs o^o n-'ain isaio ^n^bx n-npnT isnosNns 

: o-^o ""niNa: nna n^ain pa 0"»ia« n-'ipn ta -waaa s^in 



1 a nanôna. 
* A : iaa-»nD. 
nr 

'PIBW5. 

nna. 

7 On a ajouté un- n pour la rime. A porte : 033^ et au commencement de cet 

hémistische, f><nNn bÔ, que l'on peut expliquer par « aux ponts ». Ainsi, en rap- 
portant le ri de la tin du premier hémistiche au second, on aura un bon mètre et une 
bonne rime, mais cela ne serait pas poétique. 

8 Les deux hémistiches entre crochets manquent en B. 



3 A 

4 A 

5 B 

6 A 



QlîATlŒ POÉSIKS JUDÉO-PEKSANES 257 



IV 



Le grand vizir convertissant les Juifs d'Ispahan et leur faisant 

du bien. 

Seigneur, par le droit de la famille des purs, par le droit des souf- 
frances des malheureux, 

Par la séparation de ce patriarche 1 , par son émigration et par la 
lumière du prophète*, 

Nous Te prions d'envoyer au monde le salut, et de nous délivrer des 
mains du tyran. 

Protège -nous dans cette captivité, car personne ne se souvient 
d'une pareille calamité. 

Dans cette captivité, les cœurs sont très malades, le cœur et l'âme, 
la religion et la loi sont à la torture. 

Au moment où le vizir accorda un délai, Saïd l'illustre devint le 
marteau de tous s . 

Le lendemain, on envoya, pour l'amener, quelques gardes, les uns 
à la suite des autres. 

Ils le cherchèrent, cet homme savant, ils l'amenèrent près du 
danger. 

Il arriva le lendemain devant le vizir, et salua cette lune de 
l'Orient. 

Le vizir lui dit : « Tu es le bienvenu, ô lumière des yeux ! tu as 
peut-être vu Ali cette nuit dans un rêve. 

Dis la profession de foi afin que tu en voies le miel*, que lu 
cueilles cent roses dans le jardin de ce monde. 

Tout ce que tu désires te sera accordé, des vêtements, des robes 
d'honneur, des diplômes et de l'or. » 

Saïd répondit : «O vizir ! tu restes un asile sous l'ordre royal. 

Examine ma situation; je suis devenu vieux, ma tête tourne 
comme les sphères célestes. 

Accorde-moi des bienfaits convenables qui me soient nécessaires 
quotidiennement. 

Mes mains et mes pieds sont débiles, je voudrais enfin demeurer 
en repos 5 . 

Afin que je puisse prier pour le roi avec dévotion, afin que j'ac- 
complisse les prières et les jeûues à leurs moments ordinaires. » 

1 Abraham ; il veut dire qu'il s'était séparé de son père en embrassant la vraie 
religion. 

• Allusion à l'éclat du visage de Moïse. 

8 C'est-à-dire que c'est lui qui tut la cause de la conversion de tous les Juifs 
d'Ispahan. 

* Jeu de mots sur rHiXnttJ « profession de foi * et *Ï7TQ « miel ». 
8 Lit. : je voudrais rester en une seule place. 

T. XL1V, n° 83. 17 



•258 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

On lui donna un caravansérail, pour que personne ne put s'en- 
quérir de ce qui s'était passé. 

Il récita la profession de foi et ainsi il devint Musulman ; les autres 
aussi entrèrent tous dans la foi musulmane. 

D'abord les chefs marchèrent l'un après l'autre, et récitèrent la 
profession de foi devant le vizir. 

Puis un à un des ouailles récitèrent la profession de foi par crainte 
du roi. 

Mais en même temps ils cherchèrent une compensation ■ ; l'un prit 
de l'or, l'autre des vêtements. 

L'un dit : « Je désire une fille esclave afin que ma maison ait de la 
distinction. » 

Un autre dit : « J'ai beaucoup de dettes, paie mes dettes pour que 
je gagne du repos. » 

On fixa dans un registre que l'on donnerait à chaque homme deux 
tomans * d'or. 

Et qu'ils recevraient en outre cinq mille dinars d'or du trésor 
royal '. 

Il fut aussi stipulé que pour les femmes on donnerait quinze mille 
pièces d'or de Tebrîz*. 

Lorsque quelques hommes, de ceux qui étaient perdus dans les 
coins, eurent entendu parler de cette récompense, 

Ils bondirent dehors pour prendre For, car c'est avec ce stratagème 
qu'ils trompèrent les hommes. 

Pour de l'or, tous vendirent leur religion ; ils ouvrirent la porte 
du malheur dans chaque vallée. 

L'un, à cause de la maison qu'il possédait, ne put pas laisser der- 
rière lui son domicile. 

Un autre, pour sa femme 5 et pour son enfant, a jeté son cœur dans 
les fers 6 . 

A cette époque-là son cœur aurait-il pu être content de quitter 
la ville sans ceux-ci ? 7 

Un autre ayant beaucoup de dettes ne pourrait pas faire son 
chemin sans secours. 

Bref, chacun avait un pied dans le filet, il ne pouvait s'en débar- 
rasser ni le matin ni le soir. 

Lorsqu'ils eurent à supporter une pareille difficulté, ils insinuèrent 
au vizir l'idée suivante * : 

1 Lit., ils cherchèrent un moyen d'améliorer leur situation. 

2 Un toman est la somme de cinq mille aspres (— 312 f'r.). Chardin, VI, 316, men- 
tionne également la somme de deux tomans donnée à chaque Juif converti. 

3 Lit. : le trésor de la pleine lune bien gardée; le roi est assez souvent appelé 
< la lune ». 

4 Tebriz est la capitale de l'Azerbidjan dans la Médie. 

5 D'après A : pour l'or. 

6 C'est-à-dire il s'est fait esclave pour eux. 

7 C'est-à-dire les femmes et les enfants. 

8 Lit., ils jetèrent à la tête du vizir des imaginations. 



QUATRE POÉSIES JUDÉO-PERSANES 259 

« Il faut que j'envoie (mes espions) dans toutes les maisons, afin 
qu'ils mettent la main sur les Juifs de tous les coins. 

Afin qu'ils les fassent Musulmans une fois pour toutes, que les 
religions se fondent en une, bon gré mal gré. » 

Le vizir se rendit auprès du roi, maître de l'univers, et lui dit : 
< Puisse Dieu être ton protecteur ! 

Puisses-tu vivre, autant que le monde existera, dans les délices et 
dans tous les contentements. 

J'ai fait musulmans tous les Juifs d'Ispahan, et dans de bonnes 
circonstances. 

Je désire maintenant faire éclater ton foyer et de notre religion 
faire ton flambeau. 

Je vais envoyer des gardes à chaque ville, je vais faire les pro- 
clamations aux infidèles : 

Celui à qui la vraie foi plaît, qu'il devienne un sincère musulman 
à l'instant. 

Mais, si quelqu'un ne veut pas embrasser l'Islam, qu'on lui coupe 
la tête, ainsi ils disparaîtront. » 

Le roi lui donna la permission avec un diplôme 1 , disant : « Je dé- 
sire que tu fasses la propagande de notre religion. 

Cependant, il ne faut pas faire de violence dans cette ville, il faut 
qu'ils reconnaissent d'eux-mêmes la religion schiite \ » 

Le vizir se prosterna, le visage tourné vers le roi, arcade sourci- 
lière de la lune et son étoile'. 

Il écrivit dix-huit lettres, on dirait qu'il donna une secousse aux 
sphères célestes. 

Il attendit jusqu'à ce qu'on y mit le sceau royal, mais le bruit 
s'était déjà répandu dans toutes les villes. 

Lorsque ce bruit fut arrivé dans chaque quartier, cent cris et appels 
s'élevèrent de tous les côtés. 

On institua des jeûnes et beaucoup d'offrandes *, on fit du bien aux 
orphelins et aux veuves 5 . 

On sonna beaucoup le schofar, on en fit entendre beaucoup de 
teroua. 

Mais Dieu avait ordonné qu'ils ne pussent obtenir aucune con- 
cession de la part du roi. 

Babaï ! par la méditation cherche un moyen pour préparer ton 
remède. 

M. Seligsohn. 



». 



1 En persan, dastoûr « un écrit qui donne la liberté de faire quelque chose 

2 Les schiites reconnaissent Ali, le gendre du prophète, comme le principal chef 
de l'Islam ; la plupart des Persans sont schiites. 

3 C'est-à-dire l'étoile du vizir. 

* 11 veut dire, probablement, des prières ou des aumône . 
5 Allusion aux versets d'isaïe, i, 17, 23. 



EUE SCHWAB, RABBIN DE HAGUENAU 



(1721-1747) 



(suite 1 ) 



PIECES JUSTIFICATIVES 



40 may 1722. 

Le Nommé Schwabe doit avoir l'honneur de Vous présenter, Mon- 
sieur, des Lettres de Raby de la Basse Alsace pour être enregistrées 
au Conseil supérieur de Golmar. J'ay tant d'obligations au S r Jacob 
Schwabe son Père que je ne puis me dispenser, Monsieur, de vous 
suplier de vouloir bien luy estre favorable lorsqu'il aura recours à 
Vous. J'augure assez de Vos bontez pour moy pour me persuader 
que Vous ne desapprouverez pas la liberté que je prends et que Vous 
me ferez la justice de croire que je suis toujours avec l'attachement 
le plus fidèle et le plus respectueux, Monsieur, Vostre très humble 

et très obéissant serviteur. 

De Montalais. 
Ce 10 May. 

M. de Corberon. 



II. 

LETTRES PATENTES EN FAVEUR D'ELIE SCHWAB QUI LUI PERMETTRONT 
DE FAIRE LES FONCTIONS DE RABY DE LA BASSE ALSACE. 

22 e novembre 1721. 
Louis par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre à Nos 

1 Voir Revue, tome XLIV, p. 104. 

' L'original des pièces I à XIII se trouve à la Bibliothèque communale de Colmar, 
X, 4834. 



ÉLIE SCHWAB, RABBIN DE HAGUENAU 261 

amés et féaux les Gens Tenants Nostre Conseil Supérieur de Golmar 
Salut. Les Juifs de la basse Alsace Nous ont fait représenter que Wolff 
de Halgfelden leur Raby étant decedé, ils ont fait choix d'Elie Schwab 
Juif de la Ville de Metz pour remplir sa place et nous ont très hum- 
blement fait supplier de vouloir de bien luy permettre d'en faire 
les fonctions, a quoy ayant égard, pour ces causes et de l'avis de 
Nostre très cher et très amé occle le Duc d'Orléans régent Nous 
avons permis et accordé et par ces présentes signées de notre main 
permettons et accordons aux Exposants de se servir du nommé Elie 
Schwab pour leur Raby et qu'il puisse en faire les fonctions dans la 
basse Alsace telle et en la même manière que fait en Notre Ville de 
Metz le Raby des Juifs résidens en la d e Ville. 

Si vous mandons que ces présentes vous ayez à faire registrer et du 
contenu en ycelles jouir et oser le d* Elie Schwab pleinement et pai- 
siblement sans permettre qu'il soit troublé des dites fonctions par 
qui et pour quelque cause que ce soit, Car tel est notre plaisir, 
donné à Paris, le 11 ^ novembre L'an de grâce 1721, et de Notre Règne 
le 7 e . Signé Louis, et plus bas, Par le Roy, le Duc d'Orléans, régent 
présent, Signé Fleuriant, avec paraphe et scellé du grand sceau en 
cire jaune, Signé Daheuille avec paraphe. 



III. 

OPPOSITION DU DIRECTOIRE. 

10 e juin, 1722. 

A nos seigneurs du Conseil souverain d'Alsace, 
suplient humblement les Présidents et conseillers du presidial de la 
noblesse de la basse Alsace disant que Elie Schwab juif demeurant à 
Haguenau ayant sab et obreptissement obtenu des lettres patentes qui 
lui donnent le titre de Rabin des juifs dans toute la basse Alsace et 
les supliants ayant eu avis qu'il en demanderoit l'Enregistrement au 
Conseil ils se trouvent dans la nécessité de s'y opposer pour la conser- 
vation de leurs droits et privilèges qui eu souffriraient, si ce juif 
obtenait, parceque suivant iceux aucun juif depuis qu'il y en a dans 
la province n'a fait ni exercé de juridiction dans leurs terres en qua- 
lité de Rabin que de leur consentement et qu'il ne leur ait esté pour 
cela passé le serment accoutumé. Etainsy qu'il est de droit et d'usage 
dans d'autres terres voisines ei qui se trouverait renversé si ledit 
Schwabe comme il s'en flatte pouvait jouir du bénéfice de ses lettres 
patentes sous prétexte de renonciation générale portée de Rabin des 
juifs dans toute la basse Alsace et dont actuellement au regard des 
juifs qui demeurent dans les terres dépendantes du directoire il y a 
été nommé pour leur rabin Samuel Weihl demeurant à Ribeauvillé et 
lequel ils ont interest de soutenir conformément à leurs privilèges. 
Ce considéré nos seigneurs il vous plaise recevoir les supliants par- 



262 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ties intervenantes en la cause d'entre Samuel Weihl demandeur en 
opposition contre ledit Elie Schwabe deffendeur ayant égard a leur 
intervention et y faisant droit maintenir et garder led. Samuel Weihl 
dans la possession où il est de Rabin des juifs demeurant dans les 
terres dépendantes du Directoire des supliants pour en jouir con- 
forme aux lettres qu'ils lui en ontdonné le 22 e janvier dernier et con- 
damner ledit Elie Schwab aux dépens et pour le voir ainsi dire et 
ordonner que les parties auront audiance au premier et vous ferez 
bien : Signé, De Rosier. 

Viennent les parties, fait à Colmar au Conseil souverain d'Alsace 
ce 10e juin 4722, signé De Rosier. 

Signifié à D'Aheuille, procureur adverse le 4 e juin 1722. Signé 
Hirtz. 



IV. 

PROVISIONS DU DIRECTOIRE D'UN RABIN ET DE 2 PRÉPOSÉS. 

22« janvier 1722. 

Nous les Directeurs conseillers assesseurs de la noblesse immé- 
diate de la basse Alsace Déclarons et scavoir faisons que comme 
le Rabin Seligman qui avoit esté devenant establi sur tous les 
juifs demeurants dans le district de la noblesse authorisé et con- 
firmé par des Lettres Patentes a lui accordées sous le sceau de 
notre directoire le I7 m e du mois d'avril 1698 lequel demeurait au com- 
mencement à Westhoffen et ensuite a Oberneheim est décédé depuis 
peu et que Libemen et Mathias Weil juifs pour lors demeurant à 
Westhoffen frères, lesquels en ce temps auroient esté confirmez pour 
Préposez des dits juifs demeurant dans le district de la noblesse et 
dans les seigneuries en dépendantes a cause qu'ils sont Préposez 
ailleurs, et qu'ils se sont éloignés dans des juridictions étrangères et 
selon leur dire ne peuvent plus vacquer suivant que la nécessité le 
requiert au dit office et inspection par les dits juifs, c'est pourquoy 
ils ont préposé au lieu et place dudit Rabi Seeligman deffunt Samuel 
Weilh fils de Baruch Weilh demeurant à Oberenheim pour leur Rabin 
ordinaire et Samuel Levi juif demeurant à Lingolsheim et Raphaël 
Levi juif demeurant à Odratzheim pour leurs préposez de tous 
les juifs demeurant dans le district de la noblesse, supliant humble- 
ment a ce qu'il nous pleust gracieusement les authoriseret confirmer 
d'office et judiciairement dans leurs dits offices et fonctions, ce que 
nous avons d'autant moins hésité d'accorder aux dits supliants 
qu'il est notoire que pareille chose a aussi esté accordée cy devant 
par le Directoire de la noblesse, et que pour maintenir le bon ordre 
et pour empescher tous les inconvénients et confusions préiudiciables 
nous trouvons cet establissement tout a fait nécessaire et utile, qu'en 
conséquence de ce nous avons par ces présentes authorisé et confirmé 



ELIE SCHWAB, HABBIN DE HAGUENAU 263 

le dit Samuel Weilh pour Rabin et Samuel Levi de Lingolshei n et 
Raphaël Levi de Odratzheim pour Préposez de tous et chacuu les 
juifs et leurs familles demeurantes dans nostre district de noblesse, 
et dans les seigneuries dépendantes, les authorisons et confirmons 
aussi tellem* quen vertu des présentes ils pourront librement et 
deuement faire les ditles fonctions conformément a leurs loix entre et 
parmi tous et chacun les juifs demeurants dans nostre district de 
noblesse et dans les seigneuries en dépendantes, juger entre eux dans 
les cas a eux competants, les faire assigner pour cet effet par devant 
eux, les ouir, rendre des sentences et mettre les coupables deuement 
à l'amande a condition néansmoins que la moitié des dittes amendes 
édictées suivant leurs loix sera deuement livrée souz le serment judaique 
au seigneur du lieu ou ils ont delinqué, et faire tout ce qui convient a 
un véritable Rabin et Préposez suivant leurs usages et règles pres- 
crites et ainsi qu'il est naturellem 1 juste et équitable a l'effet de quoy 
nous ordonnons à peine de cinq livres d'amende à tous les juifs 
demeurans dans le district de la Noblesse de la basse Alsace et dans 
les seigneuries en dépendantes de comparoistre promptem 1 et de res- 
pondre a chaque assignation légitime par devant les dits Rabin et 
Préposez pour le maintien de l'authorité à eux accordée et confirmée 
par ces présentes. Et de se conformer a tout ce qu'ils seront obligez 
a cet égard, moyennant quoy les dits Samuel Weilh Rabin et Samuel 
et Raphaël Levi Préposez nous ont promis par serment de ne pas 
traduire en des seigneuries étrangères les juifs demeurants dans le 
district de la noblesse, moins encore d'y diriger ou juger les amendes^ 
ou de les diminuer ou soustraire en aucune manière, mais plustost de se 
comporter avec tant de circonspection dans les affaires dépendantes 
de leurs fonctions de tout l'interest des seigneuries eslrangères ou 
l'un ou l'autre pouvait peut eslre demeurer et estre sujet a la juri- 
diction d'icelles pendant le temps de ses fonctions comme s'il demeu- 
roit aussi dans le district de la noblesse ainsi que les seigneurs n'au- 
ront rien de commun en aucune manière l'un avec l'autre a cet égard, 
et ne leur sera cédé la moindre chose en préjudice d'aucun droit 
s'obligeant en outre en la meilleure forme a la délivrance et payement de 
la reconnaissance qui est due. Pour plus grande confirmation de ce les 
présentes leur ont été octroyées sous le grand sceau du Directoire de 
la noblesse, fait à Strasbourg le 22 me janvier 1722. Signé les direc- 
teurs conseillers et assesseurs de la noblesse immédiate de la basse 
Alsace avec paraphe et scellé en cire rouge en placart. 

Produit par M 9 Muller avocat et secrétaire interpreste au Conseil 
souverain d'Alsace, fait à Golmar le 5 juin 4722. Signé Muller. 

Signifié a M. d'Aheuille, procureur adverse ce 4 e juin 1722. 
Signé Hirtz. 



264 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



V. 

Opposition du comte de Hanau (13 juin 4722). 

A nos seigneurs du Con x souverain d'Alsace 

suplie humble" 11 Jean René comte de Hanau Lichtenberg Disant 
que suivant les Lettres Patentes qu'il a plu à sa Ma té lui accorder 
il est en droit et possession de recevoir et de congédier les juifs de ses 
terres, ce qui lui attribue le droit de donner des provisions au Raby 
pour exercer ses fonctions dans ycelles ce qu'il a tousjours fait 
jusqu'à présent qu'il en a accordé au nommé Isaac Behr Raby 
moderne. Mais comme au préjudice de son droit le nommé Elie 
Schwabe juif demeurant a Haguenau a obtenu des Lettres Patentes 
pour estre Raby des juifs de toute la basse Alsace, qu'il voudroit 
faire registrer, que renonciation générique quelles contiennent 
pouvait aller au détriment de son dit droit, puisqu'ayant la faculté 
de recevoir des juifs, elle comprent souz elle celle de leur donner des 
Raby, que si cependant ledit Schwabe estoit receu a en faire les 
fonctions sur des provisions qu'il a sub et obreplissemt obtenues le 
suppliant en souffrirait, ce qui le nécessite d'intervenir en la cause 
d'entre Samuel Weil juif Raby qui s'est opposé à l'enregistrement 
des distes Lettres Patentes, le Directoire de la Noblesse de la basse 
Alsace qui est intervenante contre led Schwabe deffendeur ayant 
égard a son intervention et y faisant droit le recevoir opposant à 
l'enregistrement des distes Lettres Patentes, En ce qve led. Schwab 
pouvait prétendre que les terres du comté du supliani y seraient 
comprises, et en conséquence le maintenir et garder (le nommé Isaac 
Behr) en la possession ou il est de faire les fonctions de Raby dans 
ses terres, Et condanner led. Schwab aux dommages et interests et 
aux depents et pour le voir ainsi dire et ordonner que les parties en 
viendront au premier iour et vous ferez bien. 

Signé Larcher L'aisné. 

Signifié à M e Daheuille procureur adverse ce 13 e juin 1722. Signé 
Hirts. 

VI. 

20 juin 4722. 

Vous avez eu la bonté Monsieur de me promettre vostre protection 
pour le Nommé Schwabe Raby de la basse Alsace, ainsy je me flatte 
que vous voudrez bien le soutenir contre la vexation que j'apprenl 
que le Raby de la haute Alsace veut luy faire en s'opposant à l'enre- 
gistrement de ses Provisions, on ne comprend pas bien sur quoy 



EUE SCHWAB, RABBIN DE HAGUENAU 265 

peut estre fondé son opposition, par ses provisions il n'est estably 
Raby que de la haute Alsace et Schwabe par les siennes Raby de la 
basse, donc leurs fonctions se trouvent limitées à chacun d'eux, l'un 
dans la haute et l'autre dans la basse Alsace, je me flatte, Monsieur, 
que vous voudrez bien faire ressentir à mon homme l'effet de la 
justice que vous distribuez également a ceux qui ont recours en 
Vous et que vous ne me refuserez pas celui d'estre persuadé que je 
suis toujours avec l'attachement le plus fidèle et le plus respectueux, 
Monsieur, vostre très humble et très obéissant serviteur, 

De Montalais. 
Ce 20 e juin 1722. 



VIL 

30 e juin 1722. 

A la requeste de Samuel Weyl Rabin des juifs de la haute Alsace, 
terre du Directoire, Obernheim et Rosheim, qui constitue son domi- 
cile en celuy de M e François Antoine Wilhelm son procureur au 
conseil soit signiffié à Elias Schwab juif de Haguenau au domicile 
de M e Daheuille son procureur au même conseil souverain que par la 
requête présentée par le Requérant le deuxième du courant estant 
suffisamment expliqué qu'il ne s'opposait à l'enregistrement des 
Lettres patentes dud. Schwob qu'eu cas qu'il prétendrait s'en servir 
pour les terres du Directoire, c'estoit audit Schwob a se déclarer en 
même temps qu'il a fait signifier lesd. Lettres pattentes, et comme 
son silence est un motif pour faire croire qu'il veut faire les fonctions 
de Rabin dans les terres du Directoire, que cependant il faut ladessus 
uue déclaration positive, le somme et interpelle de se déclarer dans 
le jour protestant de tirer avantage de son silence et de récupérer 
sous dépens dommages et interests, déclarant que c'est par erreur 
qu'il a esté inséré dans sa requeste les terres de lEveché, dans 
lesquelles le Requérant n'est pas Rabin, et on ne prend à cet égard 
aucun interest dans la contestation qui peut être entre led. Schwob 
et le Rabin desdites terres de l'Eveché, a ce qu'il n'en ignore dont 

acte. 

Signé Wilhelm. 

Signiffié et donné copie à M c Daheuille procureur adverse le 
30 juin 1722. Signé Regnault avec paraphe. 



VIII. 

A M. De Montalais premier secrétaire de Monseign* le Garde 
des sceaux en cour. (A Colmar, 1 er juillet 1722.) 

Il n'a pas tenu à moy Monsieur que les provisions du fils de Jacob 



266 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Schwabe de Raby de la basse Alsace n'ayeot esté registrees sur le 
champ par le con 1 d'Alsace Et j'y avois disposé la compagnie qui 
lui estoit favorable, mais dabord qu'il donna sa requeste Samuel 
Weilh Raby de la haute Alsace en donna une autre contre lui par 
laquelle il demanda d'estre receu opposant a l'enregistrement de ses 
lettres de provision, nous mismes sur les deux requestes un soit 
montré au procureur général du Roy, et M r le procureur général 
retint la première et sur la seconde qu'il nous renvoya il requit que 
les parties vinssent plaider a l'audiance sur l'opposition de Samuel 
Weilh, ce qui fut ordonné sur le champ. 

Les moyens de son opposition sont fondez sur ce qu'il n'est pas 
seulement Raby de la haute Alsace mais encore de plusieurs commu- 
nautez de juifs dans la basse, telles que sont celles des juifs establis 
dans les terres des gentilshommes du corps de la noblesse de la basse 
Alsace, ainsi que dans les terres dépendantes des villes d'Oberneheim 
et de Rosheim et autres qui y sont situées. Il soutient que les prin- 
cipaux seigneurs de cette province ont droit de temps immémorial 
d'establir chacun dans ses terres de leur chef un Raby pour gouver - 
ner les juifs qui y sont habituez sans que le Roy les y ait jamais 
troublé. Ce sont les prétentions de M. le Cardinal de Rohan, de M. le 
Comte de Hauau et celles du corps de la noblesse de la basse Alsace, 
lesquels ont donné chacun séparément une requeste d'intervention 
contre Helias Schwabe pour maintenir a son exclusion les Rabins 
qu'ils ont nommé chacun dans leurs terres situées dans la basse 
Alsace. Et qui en font actuellement les forictioos comme ils ont fait 
de tout temps. 

Les juifs mesme establis par le corps de la noblesse de la basse 
Alsace dans leurs terres ont aussi donné une requeste d'intervention 
en faveur de Samuel Weilh qui exerce actuellement les fonctions de 
leur Rabin sur les provisions que lui en a donné le corps de cette 
noblesse, Et on prêtent que la communauté des juifs establie dans 
l'Eveché de Strasbourg et celle qui l'est dans le comté de Hanau 
veulent encore intervenir pour desavouer l'énoncé des lettres de 
Raby obtenues par le fils de Jacob Schwabe et soutenir qu'ils ne l'ont 
pas demandé pour leur Rabin comme ii l'a exposé dans ses Lettres 
Patentes. 

Dans ces circonstances tout ce que j'ai pu faire a esté d'asseurer 
Schwabe que lors que ces dernières requestes auroient esté données 
je m'informerois plus particulièrement du droit des intervenants, Et 
que j'aurais l'honneur d'en rendre compte a M r le Garde des sceaux 
et que je le prierais de me faire scavoir si l'intention de S. A. R. est 
de disputer a M. le Card 1 de Rohan evesque de Strasbourg a M. le 
comte de Hanau et au corps de la noblesse de la basse Alsace le droit 
dont ils prétendent jouir de temps immémorial de nommer un Raby 
aux juifs qui sont establis par eux dans leurs terres et dont ils sont 
en possession. 

Ils soutiennent tous trois y estre authorises par des lettres patentes 



ÉLIE SCHWAB, RABBIN DE IIAGUENAU 267 

du Roy portant confirmation de leurs privilèges lesquelles ont este 
registrées en nostre conseil. En dernier lieu Samuel Weilh vient de 
faire signifier un acte à Elie Schwabe par lequel il lui déclare qu'il 
ne s'opposera pas a l'enregistrement de ses provisions en cas qu'il ne 
prétende pas faire les fonctions de Raby dans les terres dépendantes 
de la noblesse de la basse Alsace desquelles fonctions il est en pos- 
session en vertu de provisions de cette noblesse, sur quoy il le 
somme de lui déclarer positivement dans le jour son sentiment. 

Je ne say quel party prendra Schwabe mais je doute que S. A. R. 
veuille donner du degoust a M. le Gard 1 de Rohan a M. le Comte de 
Hanau et au corps de la noblesse de la basse Alsace pour contenter 
Schwabe, je croy que ce dernier a écrit a Jacob Schwabe son père 
pour lui rendre compte de ce que dessus et recevoir ses ordres sur 
cela. 

Il est certain que par lettres patentes du Roy M. le Cardinal de 
Rohan et M. le comte de Hanau ont droit de recevoir dans leurs terres 
tels juifs que bon leur semble et de les chasser quand bon leur 
semble, je vous en envoyeray les titres quand vous voudrez. D'où il 
faut conclure que si le Roy leur donnait un Raby malgré eux il 
pouroit devenir bientôt un Pasteur sans ouailles. Si Schwabe se 
contentait de jouir de ce qui a vaqué par la mort de son prédécesseur 
il pouroit espérer d'obtenir dans la suite ce qu'il désire de gré a gré 
des seigneurs qui confèrent ces places lorsqu'elles viennent a vaquer. 

Mandez moy je vous prie ce que vous pensez sur tout cela et me 
croyez avec un très parfait dévouement et très inviolable. 



IX. 

8 juillet 1722. 

A Nos seigneurs du Conseil souverain d'Alsace supplie humble- 
ment Liebmann Weil préposé de tous les Juifs du comté de Hanau, 
disant qu'étant important aux Juifs dudit comté de se maintenir 
dans l'ordre qu'ils ont parmi eux depuis très, longtems il est de leur 
interrest a l'exemple de ceux du département de la Noblesse de la 
Basse-Alsace de s'opposer a l'Enregistrement des Lettres Patentes 
obtenues par Elie Schwob Juif de Metz pour faire les fonctions de 
Rabi des Juifs de la Basse-Alsace, Estant fondé sur les mêmes 
moyens pour le comté de Hanau que les Juifs dud. Directoire pour 
le département dudit directoire, c'est pourquoy le suppliant a l'hon- 
neur de présenter sa requeste. 

Ce considéré Nosseigneurs II vous plaise recevoir le suppliant 
au nom qu'il agit partie intervenante en la cause d'entre Samuel 
Weil Raby demandeur en opposition, M r le comte de Hanau, le direc- 
toire de la noblesse de la Basse-Alsace, M r l'Evêque de Strasbourg, 
Samuel, et Raphaël Lévy Juifs intervenants contre led. Schwob dé- 
fendeur, ayant égard a son Intervention ensemble a l'opposition 



268 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qu'il forme a l'enregistrement des Lettres Patentes dudit Schwob, 
en ce qu'il pourait prétendre estre et de faire les fonctions de Rabin, 
dans lesdites terres du comté de Hanau, et y faisant droit luy 
donner acte de ce qu'il adhère aux conventions de la requeste de 
M r le comte de Hanau, et pour le voir ainsy dire, ordonner que les 
parties en viendront en premier jour, et vous ferez bien, Signé Larcher 
L'ainé, viennent les parties, fiit a Golmar au conseil souverain 
d'Alsace le 8 e juillet 172*2. 



X. 

A Nosseigneurs du Conseil souverain d'Alsace 

supplie humblement Meyer Lévy préposé des Juifs de l'Évèché de 
Strasbourg disant qu'estant de l'interest d'iceux de sa nation establis 
dans les Terres dudit Évêché de se conserver dans les privilèges 
qu'ils ont de M r l'Évêque de Strasbourg d'avoir Ber Winer pour faire 
les fonctions de Raby de s'opposer a l'enregistrement des lettres 
patentes obtenues par Elie Schwob Juif de Metz, parcequelles ont 
été sub et obreptiscement obtenues c'est pourquoy il présente sa 
requeste. 

Ce considéré Nosseigneurs II vous plaise recevoir le suppliant au 
nom qu'il agist partie intervenante en la cause d'entre Samuel Weil 
Rabin demandeur en opposition, M r le comte de Hanau, le directoire 
de la Noblesse de la Basse-Alsace, M r l'Évêque de Strasbourg, Samuel 
et Raphaël Lévy Juifs intervenants contre led. Schwob ayant égard 
a son intervention ensemble a l'opposition qu'il a formé a l'enre- 
gistrement des lettres patentes dud. Schwob défendeur eneequil 
pourait prétendre estre et faire les fonctions de Rabin dans les 
Terres de 1 Évêché de Strasbourg et y faisant droit luy donner acte 
de ce qu'il adhère aux conclusions de la Requeste de Monsieur 
l'Évêque de Strasbourg pour les voir ainsi dire ordonner que les 
parties en viennent au premier jour et vous ferez bien, signé Larcher 
l'ainé et plus bas viennent les parties, fait à Golmar au G. S. d'A. le 
8 juillet 1722. 

XI. 

A M r de Montalais le 15 e juillet 4722. 

Depuis la lettre que je me suis donné l'honneur de vous escrire 
Monsieur le 1 er de ce mois au sujet des oppositions formées à l'enre- 
gistrement des lettres patentes obtenues par Elie Schwabe qui permet- 
tent aux Juifs de la basse Alsace de se servir de lui pour Raby et qui 
lui permettent den faire les fonctions, il n'est rien arrivé de nouveau 
dans cette atlai re sinon que deux nouvelles requestes d'opposition ont 
esté présentées au G 1 Supérieur le 8 e de ce mois l'une par le Prépose 



EUE SCHWAB, RABBIN DE HAGUENAU 260 

de tous les juifs establis dans le comté de Hanau, et l'autre par celui 
des juifs qui le sont dans l'Évêché de Strasbourg lesquels intervien- 
nent pour soutenir le droit qu'ils prétendent tenir de M. le Card. de 
Rohan et de M. le comte de Hanau de faire comme cy devant les 
fonctions de Rabins chacun dans leur territoire et continuer de jouir 
des privilèges qui leur ont esté accordez par ces seigneurs contre 
la teneur des lettres patentes du Roy quils prétendent que Elie 
Schwob a obtenues par obreption et subreption, je remarque que 
en effet dans toutes les requestes des opposants a l'enregistrement 
de ces lettres patentes quils soutiennent que Elie Schwabe a déguisé 
au Roy la vérité du fait en ce quil a exposé a Sa Majesté qu'après 
la mort de Woiffde Halgfelden il avait esté eslu par les juifs de 
la basse Alsace pour remplir sa place au lieu quil devait parler plus 
nettement et exposer quaprès la mort de ce particulier qui en son 
vivant n'estait raby de la sinagogue establie dans le grand bailliage 
de Haguenau situé dans la basse Alsace, les juifs de ce bailliage 
l'avaient choisi pour lui succéder et qu'il demandait la permission 
de faire les fonctions ainsi et de mesme manière que le deffunt les 
avait faites jusqua sa mort et alors il ny auroit point eu d'équi- 
voque et ses lettres auroient esté registrées sans aucune opposition 
de personne. 

Gomme cette affaire ne presse pas et que nostre compagnie a cessé 
comme de coutume de s'assembler jusquau jour de l'assomption 
pour donner le temps aux peuples de cette province de faire leur 
récolte de grains, j'attendray voslre réponse M r a ma précédente 
pour connaître ce que vous pensez, pour moy je m'imagine que ce 
n'est qu'une pure équivoque quil est très aisé de lever sans rien 
changer dans les lettres et que si Elie Schwab déclare a ses parties 
adverses quil se contente d'estre receu raby des juifs du grand 
bailliage de Haguenau comme Testait son devancier toutes les oppo- 
sitions qui lui ont été faites tombent d'elles mesme et qu'il sera 
receu sans aucune difficulté, si, au contraire, il veut soutenir la 
gageure et eslre seul Raby de tous les juifs de la basse Alsace, 
j'estime sauf vostre meilleur avis qu'en rendant compte a M. le Garde 
des Sceaux de la difficulté tirée des titres de quelques seigneurs de 
la basse Alsace confirmez par le Roy deffunt et de la longue posses- 
sion qu'ils posent de confirmer les Rabins choisis par les juifs esta- 
blis dans leurs terres, nous pourons nous mettre en estât daprendre 
de ce ministre les intentions de S. A. R. auxquelles nous ne man- 
querons pas de nous conformer dans la décision de cette contesta- 
tion. Voilà Monsieur tout ce que j'ay pu imaginer de plus favorable 
pour donner satisfaction a la personne en qui vous vous intéressez. 

Postscriplum : A M 1 de Montalais, le 18 e juillet 1722. 

Dans le moment quej'estois prest de mettre a la poste ma lettre 
du 15 e de ce mois, j'ai receu celle que vous m'avez fait l'honneur de 



270 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

m'escrire le 1 1 e qui tranche le nœud de la difficulté, de sorte qu'il 
me paraist quil ne reste plus aujourd'hui qua faire entendre au 
conseil de Jacob Schwabe que son fils doit faire signifier a tous les 
opposants a l'enregistrement de ses lettres pa lentes quil ne prêtent point 
et quil n'a jamais prétendu en vertu des mesmes lettres les troubler 
dans la possession en laquelle ils sont et ont resté jusquHcy . 

Et si vous goustez cet expédient il seroit bon d'en faire escrire un 
mot a M 1 le procureur g 1 qui n'est pas naturellement facile a gou- 
verner et qu'un mot de la part de M. le Garde des Sceaux mettra 
hors d'estat de former aucune difficulté. 



XII. 

11 juillet 1722. 

Pour réponse Monsieur a la lettre que vous m'avez fait l'honneur 
de m'escrire du 2 e du mois, jamais l'intention du Roy en accord aux 
provisions de Raby Schwabe n'a esté de luy donner un droit en 
basse Alsace au préjudice de ceux qui avoient droit d'y establir des 
Raby, ainsi les lettres de Schwabe ne doivent avoir lieu que dans les 
endroits de la basse Alsace ou des seigneurs n'ont pas droit d'en 
nommer, restriction que le conseil supérieur peut mettre dans l'ar- 
rest d'enregistrement avec d'autant plus de raison que les Lettres 
patentes de ceux qui ont obtenu la confirmation de ce droit sont 
enregistées en ce conseil. Vous scavez Monsieur que les grâces que 
le Roy accorde sont toujours sauf le droit d'autruy quand mesme 
cette clause ne serait pas nommément exprimée dans les lettres, je 
me suis déjà expliqué icy dans ces mesmes termes avec le conseil 
de Schwabe qui a deut luy en escrire, ainsi je crois qu'au moyen de 
cette restriction l'enregistrement pourra estre fait de ces lettres, je 
suis bien pénétré, Monsieur, des bontés dont vous voulez bien me 
donner des marques dans toutes les occasions, et j'ose vous dire que 
j'en conserve une reconnaissance qui égale le respect avec lequel je 
suis, Monsieur, vostre très humble et très obéissant serviteur. 

Le 11 e juillet. 

M. de Gorberon. De Montalais. 



XIII. 

29 juillet 1722. 

A la requête d'Elie Schwab, Raby des Juifs en basse Alsace, qui 
continue son élection de domicile en celuy de M e Daheuille son pro- 
cureur au conseil souverain d'Alsace sou signiffié déclare et fait a 
scavoir a Samuel Weyl Raby des juifs de haute Alsace au domicile 
de M c Wilhelm son procureur que malapropos ledit Weyl s'est op- 
posé a l'enregistrement des lettres pattentes obtenues par le requérant 



EUE SCHWAB, RABBIN DE HAGUENAU 271 

pour être receu a faire les fonctions de Raby en basse Alsace sous le 
présent énoncé en sa requeste du 2 e juin dernier puisque l'intention 
du requérant n'a été autre que d'être receu a faire les fonctions de 
Raby des juifs dans la préfecture Royalle d'Haguenau qui est en 
basse Alsace de même que le nommé Hochfelden son prédécesseur 
les a faites. Et n'a prétendu ny ne prétend en aucune manière trou- 
bler led. Samuel Weyl ny aucun autre dans leurs fonctions de Rabys 
dans les terres de l'Eveché de Strasbourg, de M. le comte de Hanau 
et du directoire de la noblesse de la basse Alsace, ce qui doit demou- 
voir led. Weyl et tous autres de leurs poursuittes, sera pareillement 
signiffié et déclaré a M e Larcber l'ainé procureur de M. le Cardinal de 
Roban Eveque et Prince de Strasbourg et de M. le comte de Hanau, 
et a M e Derozier procureur des Présidents et conseillers du directoire 
de la noblesse de la basse Alsace que le requérant n'a jamais pré- 
tendu ny prétend de troubler en la possession ou ils sont d'establir 
des Rabys dans leurs terres et seigneuries. Et ne prétend non plus 
troubler en aucune manière ceux qui sont par eux establis en leurs 
fonctions de Rabys; au moyen de laquelle déclaration touttes les 
oppositions et interventions formées tant de la part des sieurs cardi- 
nal de Rohan comte de Hanau et du directoire de la noblesse que 
celles des nommés Samuel et Raphaël Levy, Liebmann Weyl et 
Meyer Levy doivent cesser sous toutes protestations dont acte signé 
Elie Jacob Schwab avec paraphe signé Daheuille. 

Signiffié a M Wilhelm procureur deSamuel Weyl, le 29 juillet 1722, 

Signé Hûrt. 



XIV 1 . 
Provisions d'Isaag Behr. 

21 e août 1722. 

Sur le raport qui a esté fait plus amplement a nous coseigneurs 
comme quoy les Rabins établis dans d'autres Seigneuries voisines 
etoient en droit, non seulement de faire assigner les parties sous 
peines dans les contestations qui se présentent de temps en temps 
entre les Juifs, auxquels ils sont préposés, et de décider seuls leurs 
différends tant pour le cérémonial que pour le civil, mais aussi de 
les mettre à l'amande qu'ils auroient encourue, de faire les reparti- 
tions des impositions dont ils sont chargés et des autres affaires par- 
ticulières e» d'audiencer leurs comptes et attendu que les Juifs établis 
dans les terres de nos coseigneurs ont confié eux mêmes les mêmes 
fonctions au Rabin Isac Behr de Westhofen suivant l'acte de sa 
réception de ce jour et consentement des quinze florins de salaire, 

1 L'original des pièces XIV à XXXVII se trouve aux Archives départementales 
de Strasbourg, E. 4313. 



272 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qu'ils ont promis de luy payer régulièrement tous les ans. C'est 
pourquoyon laisse pareillement de la part de nos coseigneursla chose 
à cette observance en conformité des Rabins voisins, et on reçoit par 
les présentes le dit Behr pour Rabin de cette Seigneurie, de telle 
manière qu'il réglera les contestations dans de pareils cas ci-dessus 
mentionnés selon sa meilleure connoissance et sur la foi qu'il a donnée 
aujourd'hui/ a u Meu de serment, et lors que les amandes se monte- 
roient au-dessus de quatre florins il doit les régler en présence des 
préposés, que les cosseigneurs établiront a cet effet, et en outre luy 
le Rabin et les préposés certifieront ces amandes qui reviendront aux 
dits seigneurs, et le Rabin les fera remettre par quartier a la Chan- 
cellerie commune de ce lieu avec un état exact signé d'Eux. Et quand 
il seroit absent et qu'il s'agiroit de l'amande des juifs étrangers et 
vagabonds ou que l'affaire requereroit célérité d'elle même et que l'in- 
terest des seigneurs en souffriroit les préposés y pourront juger 
selon l'équité et puis le dénonceront deûment au Rabin. A quoy ils 
se conformeront tous en gênerai et chacun en particulier jusqu'à ce 
que les seigneurs en ayent autrement ordonné. En témoiguage de ce, 
le grand Sceau de la Chancellerie a esté apposé aux présentes fait a 
Oberbronn le 2i 9 août 1722. 

Signé Chancellerie commune des comtes de Linange-Westerbourg 
audit lieu et scellé. 



XV. 

' 19e juin 1730. 

Extrait des Registres de la Chancellerie commune d'Oberbronn du 
dix neufiesme juin, mil sept cens trente. 

Elie Schwab le Rabin de Haguenau, ayant présenté requête aux 
coseigneurs, suppliant très humblement de le recevoir aussy Rabin 
dans leurs terres et seigneuries ; et ayant égard, tant à ses capacités 
et expérience, qu'aux deux lettres patentes produites du Conseil 
Royal de Paris et du Conseil Souverain de Colmar, il a été receu 
Rabin dans leurs terres et seigneuries jusqu'à ce qu'ils en ayent 
autrement disposé, en sorte, qu'avant toute chose il soit fidèle et 
affectionné aux dits coseigneurs, qu'il détournera fidèlement tout ce 
qu'il se pourrait passer entre les Juifs au preiudice des dits cosei- 
gneurs et avancera de son mieux leur profit et utilité, à cette fin il 
écrira régulièrement dans un registre les amendes qui luy convient 
d'édicter aux Juifs auxquels il est préposé lequel registre il enverra 
à Israël Prévôt des Juifs de ce lieu pour en faire la recette et puis pour 
les remettre aux deux recettes de six mois à six mois et au reste, 
qu'il gouvernera les Juifs des terres et seigneuries des dits cosei- 
gneurs comme il convient à un bon fldel et loyal Rabin, qu'il com- 
posera et décidera selon sa conscience tous les differens et contesta- 
tions, qui de tems en tems pourraient se présenter entre eux. Il 



ELIE SCHWAB, RABBIN DE HAGUENEAU 273 

écoutera volontiers les riches et les pauvres et rendra à chacun 
prompte justice, comme aussy il payera incontinant auxdits cosei- 
gneurs pour une reconnaissance, qu'il remettra aux recettes de ce 
lieu, sçavoir pour le Bailliage d'Oberbronn huit florins et pour le Bail- 
liage de Niderbronn quatre florins, ainsi qu'il les a payés tout 
comptant, par contre il aura des Juifs annuellement six florins pour 
la bonne et fidèle administration de cette fonction, plus par assigna- 
tion des parties deux schillings. Plus d'une sentence par écrit cinq 
schillings. Plus pour le rolle de repartition qui se fait tous les trois 
ans des impositions, d'un homme un schilling et de chaque cent 
florins six fennings et quand il sera obligé de se transporter hors du 
lieu de sa demeuré, étant appelle par quelqu'un des Juifs, il aura 
trois florins de vacation par iour, et en toute autre chose il sera traité 
comme les Rabins dans le voisinage. Surquoy luy le Rabin et tous 
les Juifs de ces terres et seigneuries se régleront et les Juifs le recon- 
noitront pour Rabin et luy rendront tout le respect dû. Fait à Ober- 
bronn les jours et an que dessus. Signé la Chancellerie commune des 
comtes de Linauge à Oberbronn et le sceau apposé. 

Traduit sur copie de signfication d'allemand en françois, signée et 
paraphée par moy soussigné. 

Fait à Golmar, ce 24 janvier 1735. 

Brueder. 

XVI. 

3 juillet 1730. 

Ce jourd'huy nous avons reçeu et constitué sur nous le Rabin et 
Juge légitime, pour nous conduire dans la vraie voie et contraindre 
et forcer les refractaires et mechans, d'être obeissans à Monsieur notre 
Préposé et Rabin, l'illuminé Rabin et puissant Dominateur, le Rabin 
Elie Schwab, Juge souverain et Rabin de la sainte assemblée de la 
ville de Haguenau et terres en depend ts et son salaire annuel sera de 
la somme de six florins, et les autres revenus seront sur le même 
pied, comme audit Haguenau et comme il a été enregistré dans le 
registre de notre Seigneurie. En vraie confirmation de quoy, nous 
avons signé. Fait ce jourd'huy lundy le dix huitiesme jour du mois de 
Tamus 490, du moindre nombre. C'est en nôtre langue allemande le 
troisiesme juillet mil sept cens trente icy à Reichshoffen. Signé Israël 
fils de Hirtzel, Levy fils de Goetschel, Meyer fils de Juda s. m. s. e. b., 
Juda Leib le Levy, Nathan fils d'Eliazars. m. s. e. b., Joseph fils de 
Juda s. m., Mathias le fils de Jonas s. m., Isaac le fils de Hirtzel, 
Moyse le fils de Juda le Levy s. m., Juda le fils de Kauffmann s. m., 
David le fils d'Eliazar, Honnel le fils de Salomon le Levy, Gabriel le 
fils de Rabin Juda Jacob, Benjamin le fils de Nachum s. m., Heymann 
le fils de Joseph le Levy, Isaac le fils de Moyse, Isaac Aysac le fils de 
Rabin Joseph de Weinbourg, Hirtzel Niderbronn, Schmuellen Joseph 
le fils de Juda. 

T. XLIV, n° 88. 18 



274 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Je soussigné atteste que ce qui est écrit çydessus et d'autre part, 
passés entre les soussignés particuliers mentionnés a été traduit de 
l'hébreu en allemand et à iceiuy trouvé conforme. Fait à Oberbronn 
le vingt sixiesme may, mil sept cens trente quatre. Signé Bernard, 
procureur avec paraphe. 

Traduit sur copie de signification d'allemand en françois. Signée et 
paraphée par moy soussigné. Fait à Colmar ce 24e janvier 1735. 

Brueder. 



XVII. 

6 e may 1734. 

Les cosseigneurs d'Ober et Niderbronn ont seulement depuis peu 
et tout nouvellement appris qu'Elie Schwab le Rabin demeurant à 
Haguenau auroit aussy depuis quelque tems été reçeu Rabin de la 
part et au nom des cosseigneurs dans les dites Seigneuries d'Ober et 
Niderbronn. Mais comme la réception de ce Rabin a été faite d'une 
manière illégitime au mépris du respect, à l'insçu et sans la partici- 
pation des cosseigneurs, et sans qu'on en ait demandé leur ratification 
par un seul officier, qui n'y êtoit point auttorisé et ce qui est de plus, 
il n'est officier que d'un seul cosseigneur et lequel a encore fait la 
repartition suivant son bon plaisir des douze florins, qu'Elie Schwab 
a payés pour les Seigneurs ; c'est ce que les Cosseigneurs ne peuvent 
nullement laisser passer sans correction. Et comme par des raisons 
susdites et autres ils n'ont jamais par eux mêmes reconu ledit Elie 
Schwab pour un Rabin légitimement établi dans leurs terres et 
Seigneuries et qu'ils ne le reconnaissent non plus ; c'est pour- 
quoy il soit déclaré par les présentes audit Elie Schwab, en luy 
restituant les douze florins qu'on a prit de luy pour les coseigneurs 
et les six florins pour les droits de la chancellerie, qu'il ait à s'abste- 
nir entièrement de toute fonction appartenu à un Rabbin dans les 
terres et Seigneuries d'Ober et Niderbronn, et qu'en cette qualité il ne 
doit plus s'attribuer aucune authorité sur les Juifs demeurans dans 
ces terres et Seigneuries et afin que lesdits Juifs se puissent régler 
la dessus la présente ordonnance leur sera pareillement notifiée. 

Fait à Oberbronn le sixième May, mil sept cens trente quatre. 
Signé Louis Comte de Linange-Dabo, comme aussy d'Ober et Nider- 
bronn et Forbach, Zentarov, Curateur des Comtes de Linange, 
nomine illustrissimi comitis ab Hohenlohe. 



Jf. Meder. 



Traduit sur l'original allemand etc. 



XVIH. 
L'an mil sept cent trente quatre le vingt quatrième jour du mois 



EUE SCHWAB, RABBIN DE HAGUENAU 275 

de may a la Requeste du S' Louis conte de LinaDge seig r d'Ober et de 
Niderbronn et de Forbach du s r Jean frederic Meder conseiller du b? 
conte de Hohenlo au nom dud. s r conte et consors seig r8 desd. lieux 
et autres, lesquels pour l'effet des présentes font leur élection de 
domicile en celui du sieur Jean Zinsner leur receveur demeurant à 
Oberbronn. Je François Durand huissier en la chancellerie establie 
près le cons 1 souverain d'Alsace résidant à Colmar depresent a Ha- 
guenau soubsigné me suis transporté en la maison et domicile d'Elias 
Schwab Rabin des Juifs dud. lieu y demeurant, ou estant et parlant 
a sa personne luy ay signifié dit et déclaré, sommé et interpellé qu'il 
n'ait dans la suite plus a s'immiscer dans les fonctions de Rabin, tant 
dans lad 8 ville d'Oberbronn que depend ces d'ycelle ainsy et de mesme 
qu'il l'a jusqu'à présent pratiqué, pour quel effet luy font deffense de 
ce faire soub telles peines et protestations qu'au cas il appartiendra, 
avec offres qu'ils font de luy rendre et restituer les douze florins qu'il 
doit avoir payé tant pour droits seigneuriaux et six florins pour 
drois de chancellerie ; lesquels luy ay parlant comme dit est offert 
réellement, comptant, et a deniers découvert en six pièces de six 
livres, le sommant et interpellant de les accepter de m'en donner 
bonne et valable quittance, de mesme que de déclarer s'il a débourçé 
quelques autres argens, et a qui il l'a fait, avec offres que je luy ay 
fait de la part des dits s rs req ts de luy rembourser le tout en me 
représentant quitt ce d'ycelui ; luy déclarant que faute de tout quoy 
faire les d s s rI req ts protestent de faire incessament consigner les 
susd 8 dix huit florins entre les mains du s r Wolbrett greffier sindic 
dud. Haguenau aux risques, périls et fortune de qui il appartiendra, 
de se pouvoir contre led. Schwab Rabin pour le faire condamner a se 
désister et absenter de faire les susd es fonctions de rabin tant aud. 
Oberbronn que depend ces d'yceluy par telles voyes et ainsy qu'ils 
aviseront bon estre et de récupérer tous frais, dépens, domages et 
interests et soub toutes autres protestations qu'au cas il appartiendra, 
lequel dit Elias Schwab Rabin parlant comme dit est d'autre part a 
esté de recevoir lesd. dix huit florins cy dessus dénommés que de 
déclarer s'il a debourcé quelques autres argents a tous autres per- 
sonnes. Refusant, pour lequel refus je luy ay reitéré les déclarations, 
sommations, interpellations et protestations cy dessus contenues et 
a ce que led. Schwab n'en ignore je luy ay parlant comme dit est 
signiffié et délivré coppie des présentes. En présence de Jean George 
Barth et de Jean Adam Sigel tous deux sergents co mis au magistrat 
dud. Haguenau et demeurants témoins à ce requis qui ont signé avec 
moy tant sur le présent original que sur la coppie les ans, jour et 
mois avant dits. 

Barth demoy, Sigel témoin, Jf Durand, huissier. 

Suivent les déclarations de Wolbrett et de Durand concernant la 
remise de l'acte à Elie Schwab. 



276 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



XIX. 

9 mars 1734. 

Nous les soussignés nous liguons soû la foi en donnant la main au 
lieu de serment et sous la peine du grand anatheme et le serment le 
plus fort, que nous n'obéirons point en aucune chose, quel nom 
qu'elle puisse avoir, que l'ignorant Rabin Samuel de Bouxweiller 
nous commandera, et nous ne le voulons pas avo'.r pour Rabin puis- 
qu'il n'est point du tout capable ; mais nous voulons garder nôtre 
Rabin et juge d'Hagueuau pour notre Rabin contre lequel nous n'avons 
aucune 2)lainte et le Rabin Samuel ne vaut rien du tout pour un 
Rabin, puisqu'il agit comme un scélérat, et comme un, qui prétend le 
bien de son prochain (als einer der das Nsechsten sein guth begehrl), 
il est donc juste, qu'on luy fasse affront et toute sorte d'infamie, 
comme il convient a un scélérat, à quoy nous nous obligeons le plus 
fortem* comme il est dit cydessus, et il n'y aura la moindre dissen- 
tion entre nous et quand nous en serions mis à l'amende nous pour- 
suivrons cette affaire au conseil souverain à Colmar. fait à Haguenau 
ce jourd'huy Mardy le quatriesme jour du mois de Needer (l. Veoder 
n*Jtf"i) 494 du moindre nombre, c'est de la naissance de nôtre Sauveur 
et Rédempteur Jésus Christ le neuôesme Mars, mil sept cens trente 
quatre. Signé à l'original. 

1) Israël le fils de Hirtzel. 

2) Schmuelle ie fils de Moyse Isaac, sa mémoire s. e. b. Gannsmann. 

3) Leyser le fils de Moyse le Levi. 

4) Levi le fils de Goetschel. 

5) Arieh Leib le Cahen Zedek. 

6) Isaac le fils de Hirtzel. 

7) Benjamin le fils de Nachom s. m. s. e. b. 

8) Natan le fils d'Eliasar s. m. s. e. b. 

9) Isacher le fils de Moyse Jacob le cahen Zedek. 

10) Moyse David le fils d'Abraham. 

11) Juda le fils d'Abraham. 

12) Joseph le fils de Juda. 

13) Jehirtzel le fils de Simon. 

14) Salomon le fils de Goetschel. 

15) Meyer le fils de Juda s. m. s. e. b. 

16) Heymann le fils de Joseph le Levy. 

17) Moyse le fils de Juda le Levi, s. m. s. e. b. 

18) Jacoff le fils d'Abraham. 

19) Samson le fils d'Aaron s. m. s. e. b. 

20) Isaac le fils de Moyse s. m. s. e. b. 

21) Leib le Levi. 

22) Honnel le fils de Salomon. 



ÉLIE SCHWAB, RABBIN DE HAGUENAU 277 

23) David le fils de Samson. 

24) Joseph le fils de Juda. 

25) Isaac le fils du Rabin Joseph s. m. s. e. b. Winbourg. 

26) Juda le fils d'Effraim. 

27) Isaac le fils de Hirtzel le Levy. 

28) Salomon le fils d'Emanuel le Gahen. 

29) David le fils d'Eliazar. 

30) Isaac le fils de Claunimus s. m. s. e. b. 

31) Jacob le fils de Moyse le Levy. 

32) Joseph Schouch de Robach. 

33) Schimmelé le fils de Joseph. 

34) Aarou le fils de Schmuelé. 

Je soussigné certifie par ma propre signature que tout ce qui est 
écrit et signé par les particuliers cy dessus et d'autre part a été 
traduit de l'hébreu en allemand et a iceluy trouvé conforme. 

fait à Oberbroun le vingt sixiesme May, mil sept cens trente quatre. 

Signé Bernard Procureur avec paraphe. 

Traduit sur le translat allemand. Signé et paraphé par moy sous- 
signé, fait à Golmar ce 25 e janvier 1735. 

Brueder. 



XX. 

24 may 1734. 

Soit notoire par les présentes, que comme nos coseigneurs, par des 
motifs considérables, ont fait deffense à Elie Schwab, Rabin demeu- 
rant à Haguenau, qui depuis quelque tems et à leur insçu même 
s'est introduit pour Rabin dans les terres et seigneuries d'Ober-et 
Niderbronn, de ne plus faire à l'avenir cette fonction et ayant en con- 
séquence ordonné de recevoir pour Rabin dans ces terres et seigneu- 
ries le nommé Samuel Maennel Seeligmann demeurant a Bouxweiller 
en considération des certificats qu'il a produit de sa bonne conduite 
et qu'il est établi Rabin dans le comté de Hanau Liechteoberg, dans 
la Seigneurie de Herrenstein ou Dettweiller appartennante à Messire le 
comte de Rossen et dans les terres et seigneuries de l'Abbaye de 
Marmoutier. C'est en exécution de ces ordres, que ledit Seeligmann 
a été reçeu et établi en vertu des présentes pour Rabin de tous les 
Juifs dans les dites seigneuries d'Ober-et Niderbronn, et le pouvoir 
luy a été donné de faire assigner par devant luy les parties soû peine 
d'amende dans les cas qui se présentent parmi les Juifs concernant 
leur cérémonial et autre differens, qui sont de la compétence du 
Rabbin de décider leur ditferens et de mettre à l'amende les delin- 
quans, toute foi de la manière, qu'il déclarera fidèlement les amendes 
et qu'il en remettra un état tous les quartiers signé de luy et du 
Prévôt ou Treposé des juifs, qui en doif faire la recette, qu'à la repar- 



278 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tition de la taille et imposition il observera toute l'égalité possible et 
au reste il se comportera dans cette fonction en toutes choses comme 
il convient à un bon Rabin, suivant l'équité naturelle, et à l'égard du 
salaire anuelle à cause de sa fonction il conviendra et s'accomodera 
avec les Juifs et au surplus il se contentera de la taxe qui est présen- 
tement en usage parmis les Rabins voisins jusqu'à ce qu'on en ait 
autrement ordonné et ledit Samuel Maennel Seeligmann a promit ce 
jourd'huy en donnant la main au lieu d'un serment d'observer le 
tout exactement et de n'y point contrevenir en aucune manière, 

Surquoy il est ordonné sérieusement et soû peine d'amende, selon 
le cas, à tous et chacun les Juifs de ces Seigneuries d'Ober-et Nider- 
bronn de comparoitre sans contrainte devant ledit Rabin sur chaque 
légitime assignation et de luy rendre le respect et l'obéissance dans 
toutes les choses raisonnables. 

En foy de quoy les présentes luy ont été remises munies du grand 
sceau de la Chancellerie. Fait à Oberbronn le vingt quatre may, mil 
sept cens trente quatre. Signé la Chancellerie commune d'Oberbronn 
avec paraphe et scellé sur cire rouge. 

Traduit sur l'original allemand signé et paraphé par moy soussi- 
gné, fait à Colmar, ce 25 janvier 1735. 

Brueder. 

Sig e et baillé copie con e Queffemme proc. ad se ce premier avril 
mil sept cens trente cinq. 



XXL 

18 juin 1734. 

Nous les soussignés Juifs habitans dans les Seig ries d'Ober-et Nider- 
bronn confessons par les présentes que ce qu'Elie Schwab le Rabin 
d'Haguenau nous a obligé de signer le dernier mois hébreu d'Oder 
ne nous a point été lu, ny ne nous a été permit de le lire nous mêmes. 
Et comme nous apprenons d'ailleurs que par là nous nous serions 
obligés, quand nos seigneurs ne voudroient pas reconnaître ledit 
Elie Schwab pour Rabin dans leurs terres et seigneuries de prendre 
en ce cas là sa deflense et d'entreprendre et terminer le procès pour 
luy ; c'est pourquoy nous révoquons et annulions de libre volonté et 
de propos délibéré tout ce qui pourroit être compris dans cet écrit et 
nous ne voulons nullement être tenus d'en exécuter le contenu. En 
confirmation de quoy nous avons signé les présentes, ainsi signé en 
hébreu : 

1) Jehuda Leb Levi. 

2) Isaac le fils de Nefftali. 

3) Benjamin Wolft" fils deNochem, sa mémoire soit en bénédiction. 

4) Jehuda le filsd'Effraim. 

5) Joseph le fils de Juda. 



ÉLIE SCHWAB, RABBIN DE HAGUENAU 279 

6) Jehuda le fils d'Abraham, sa mémoire soit en bénédiction. 

7) Salomoo Ouhrweiler. 

8) Isaac le fils de Nefftali Levi. 

9) Jacob le fils d'Abraham. 
10) Aaron le fils de Simon. 

, 11) Isaac le fils de Rabin Joseph de Winbourg confesse devant tous 
les Juifs 1 que je puis faire sermens que je n'ay pas sçu ce que 
j'ay signé, parce que le Rabin de Haguenau tenoit la main au 
dessus et il y avaient déjà plusieurs environ vingt, qui 
avoient signé avant moy , ainsi je l'ay signé aussy ; mais sans 
sçavoir ce qui étoit écrit au dessus, et j'ay signé les présentes 
volontairement sans contrainte et sans force en présence du 
sieur greffier. 

12) Nefftali le fils de Simon. 

13) Isacharle fils de Moyse Cahen, sa mémoire soit en bénédiction 

je signe, que je ne veu point de procès avec mes Seigneurs, 
ny avec le Rabin. 

14) Nathan le fils de Lesser, sa mémoire soit en bénédiction. 

15) Samson le filsd'Aaron, sa mémoire soit en bénédiction. 

16) David le fils de Lesser. 

17) Moyse David le fils d'Abraham. 

Le soussigné* certifie par les présentes que les Juifs qui ont signé 
cy dessus en hébreu ont fait leur déclaration et revocation pardevant 
moy le soussigné Greffier et des témoins à ce requis, sçavoir de Jean 
Philipe Haas, bourgeois et maréchal ferrant et de François Joseph 
Schoen, clerc du greffe, tous deux de ce lieu à Oberbronn le dix hui- 
tième juin, mil sept cens trente quatre, signé à l'original Jean Phi- 
lippe Haas comme témoin, François Joseph Schoen, témoin avec 
paraphe et Roth Jacob, greffier avec paraphe. 

Traduit sur l'original allemand signé et paraphé par moy soussi- 
gné. Fait à Golmarce 25 janvier 1735. 

Brueder. 

Signiffié et baillé copie con e Queffemme. 

Proc r adj. ce premier avril mil sept cens trente cinq. , 



XXII. 

MÉMOIRE. 1734. 

Pour Messire Charles Philippe Comte de Hohenlohe, chambellan 
actuel de l'Empereur, son conseiller aulique de l'Empire, comme 
poursuivant les droits de Madame Frederique Princesse de Hesse 
Hombourg son épouse. 

Pour Messire Jean Louis Guillaume comte de Linange et Dabo, 

1 A l'original il est dit : vor alli Richter (devant tous les juges). 



280 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

aussi comme poursuivant les droits de Madame Eleonore Sophie 
Elisabeth Jeanne, comtesse de Linange-Dabo son épouse. 

Et pour Monsieur Christian Philipe de Kirchheim ecuyer, et Fré- 
déric Zentarov, Tuteurs honoraires et oneraires de Messieurs les 
comtes de Linange-Dabo. Tous en qualité de Gosseigneurs des Terres 
et seigneuries d'Ober et Niderbronn, sans préjudice de leurs droits, 
demandeurs en intervention et prenant le fait et cause de Samuel 
Manuel Seligmann Rabin du comté de Hanau et des seigneuries 
d'Ober-et Niderbronn, Défendeur eu Commission. 

Contre le nommé Elie Schwab Rabbin des Juifs demeurants dans 
la Préfecture Royale de Haguenau demandeur. 

Les Terres et Seigneuries d'Oberbronn et Niderbronn avec leurs 
dépendances situées dans la Basse-Alsace ont toujours et depuis plu- 
sieurs siècles esté possédées par des Seigneurs qui autrefois et avant 
l'union de la Province a la couronne avoient séance et suffrage dans 
les diètes de l'Empire, et qui par conséquence avaient la qualité 
d'Etat d'Empire, à laquelle la Supériorité territoriale, source de tous 
les droits régaliens, est essentiellement unie, dont le droit et la fa- 
culté de recevoir des Juifs dans leurs Terres et de les congédier fait 
partie. 

Ces mêmes terres et Seigneuries ont depuis esté possédées par 
feu Madame La Princesse Douairière de Hessen-Hombourg et par 
Madame la Baronne de Sinclair, comtesse de Linange-Westerbourg, 
sa sœur, chacune pour la moitié et par indivis, Elles y ont exercé 
tous les droits seigneuriaux, et Elles ont transmis après le décès la 
propriété de ces Terres a leurs héritiers légitimes et testamentaires, 
qui au nombre de six en jouissent encore en conseigneurie et par 
indivis. 

En 1722, ces deux dames estant averties de l'augmention des Juifs 
de leurs Terres jusqu'au nombre de soixante chefs de famille elles 
ont trouvé à propos de leur préposer un Rabin : c'est le nommé Isaac 
Behr, qui l'étoit déjà des Terres de Hanau, qui fut établi Rabin 
dans les seigneuries d'Ober-et Niderbronn, et les provisions luy ont 
esté expédiées le 21 e aoust 1722, depuis ce temps là, il a fait les 
fonctions de Rabin dans ces Terres jusqu'en 1730, qu'il a quitté la 
Province pour aller s'établir à Mayence. 

Cet office de Rabin devenu ainsi vacant, c'estoit aux Seigneurs 
mêmes de pourvoir en commun au remplacement, mais en leur ab- 
sence et a leur insceu, un officier qui n'a la moindre teinture de 
literalure, ni même aucune connoissance de la langue françoise, cet 
officier qui appartient privativement a l'un des cosseigneurs,se saisit 
de l'occasion, traita secrètement avec Elie Schwab, Rabin de la Pré- 
fecture de Haguenau : on ne sait pas le prix de ses pactions secrètes : 
mais moyennant une chetive somme, qu'il fait honte de dire, de 
vingt quatre livres de Reconnoissance pour les seigneurs, il le reçut 
Rabin des Seigneuries d'Ober-et Niderbronn, et sans que ce Rabin se 
fut présenté luy même à Oberbronn, il luy délivra ses provisions 



EUE SCHWAB. RABBIN DE HAGUENAU 281 

expédiées le 19" Juin 1730 sous le nom suposé des Seigneurs et sous 
le sceau commun. Elie Schwab étant receu Rabin dans les Terres 
d'Ober-et Niderbronn de la manière la plus illégitime, comme on 
vient de l'observer, il se fit encore donner par les Juifs, un acte 
de Réception qu'il avoit dressé luy même, datte à Reischoffen le 
3 8 juillet 1730 et signé de 17 Juifs. 

On trouve que dans cet acte, pour honorer ce nouveau maître 
Rabin, on a employé jusqu'aux termes, qui caractérisent un esprit 
orgeuilleux et séditieux ; car on y fait parler les Juifs de cette sorte : 
qu'ils ont constitué sur eux le Rabin et juge légitime pour les con- 
duire dans la vraie voie et contraindre et forcer les Refractaires et 
méchants d'estres obéissants a Monsieur leur Préposé et Rabin, 
Vllluminé Rabin et puissant Dominateur, le Rabin Elie Schwab, Juge 
souverain et Rabin de la sainte Assemblée de la Ville de Haguenau et 
Terres en dépendantes, etc. 

Elie Schwab ne peut point disconvenir, qu'il ne se soit attribué ces 
magnifiques epitetes, puisque pour en faire trophée, il a luy même 
fait signifier cet acte le 26 May 1734. aux Seigneurs d'Ober-et Nider- 
bronn et au Rabin qu'ils ont établi a sa place, car, producens instru- 
mentum prœsumitur fateri tenorem illius. D'ailleurs on fera con- 
naître ci-après que pendant les trois ans qu'il a fait les fonctions de 
Rabin a Oberbronn, sans se rendre luy même sur les lieux, il n'a 
que trop vérifié ces epitetes insolentes, par sa conduite et ses 
actions. 

Les seigneurs estoient toujours dans l'ignorance de l'établissement 
d'Elie Schwab pour Rabin dans leur Terre d'Oberbronn, jusque vers 
la fin de l'année dernière 1733 qu'un officier qui fait en même temps 
la Recette des amandes avait remontré, que depuis l'établissement 
de ce Rabin, il n'en recevoit point d'amende, quoy que de sa con- 
naissance il en ait dicté plusieurs qu'il avoit écrit à ce Rabin une 
lettre fort honnête, le priant de luy envoyer un état des amandes 
qu'il avoit dictées aux Juifs sans qu'il l'ait daigné d'aucune réponse. 
Qu'il y avoit un grand desordre parmi les Juifs, qu'on abusait de 
l'anathème jusque là, que le simple Prévôt des Juifs subordonné 
au Rabin le prononçoit d'autorité privée, etc. 

C'est à l'occasion de ces Remontrances seulement que l'on a pris 
connoissance de l'établissement de ce Juif pour Rabin dans la Terre 
d'Oberbronn, et ayant aprofondi la manière de sa réception et son 
gouvernement orgeuilleux, ayant aussy observé que par le pouvoir 
qu'il s'attribuait plus que despotique, tout alloit estre en combustion 
parmi les Juifs, on n'a pu se dispenser de congédier ce Rabin : 
comme, en eflet, l'acte de Congé en datte du 6 e May 1734 luy a esté 
signifié le 24 e du même mois avec offre réelle de luy rendre et resti- 
tuer tant les douze florins qu'on avoit exigé de luy pour les sei- 
gneurs que les six florins pour droit de chancellerie, et sur le refus 
de les accepter ces dix huit florins ont été consignés le même jour au 
Greffe de la ville de Haguenau. 



282 REVUE DES ETUDES JUIVES 

A la place cTElie Schwab, le nommé Samuel Maennel Seligraann de 
Bouxwiller, Rabin du Comté de Hanau-Lichtenberg, de la Seigneurie 
de Herrenstein ou Dettviller, apartenant a Monsieur le Comte de 
Rosen, et des Terres de l'Abbaie de Marmoutier, a aussi esté établi 
Rabin dans les Terres et Seigneuries d'Ober-et Niderbronn, suivant 
l'acte du 24 e May 1734. 

L'acte de coDgé signifié à Elie Schwab de la part des Seigneurs 
d'Oberbronn mit ce Juif en mouvement, il s'en est porté pour appel- 
lant au Conseil Souverain par un acte signifié le 26 tt May 4734 sans 
que depuis six mois il ait relevé l'appel. 

Cet acte d'appel a été immédiatement suivi de plusieurs autres 
pièces signifiées le même jour 26 e May 4734. C'estoient : 1° les Lettres 
patentes de Rabin dans la basse Alsace surprises en cour le 22 9 br « 
4724; 2° l'acte de prétendue Réception d'Elie Schwab pour Rabin 
des Terres et Seigneuries d'Ober-et Niderbronn du 19 e Juin 4730; 
3° l'acte de Réception dud. Elie Schwab de la part des Juifs des 
mêmes Terres d'Oberbronn du 3 e Juillet 1730, et 4° un acte du 
9 e Mars 1734 qu'Elie Schwab a fait signer par surprise de plusieurs 
Juifs d'Oberbronn, l'ayant dressé luy même, rempli d'injures atroces 
contre Samuel Rabin de Bouxviler, receu Rabin d'Oberbronn, et ten- 
dant a exciter une sédition ; par cet acte les Juifs se sont ligués et 
obligés par serment et sous peine du grand Anathème, de ne point 
reconnoitre Samuel pour Rabin, au contraire de luy faire toutes 
sortes d'affronts et de le couvrir d'infamie, etc. On fera voir ci après, 
que la plupart de ces Juifs qui ont signé cet acte l'ont depuis ré- 
voqué solennellement au Greffe. 

Elie Schwab a pareillement fait signifier le même jour 26 May 4734 
a Samuel Rabin de Bouxwiller, receu Rabin d'Oberbronn : 4° un 
acte d'opposition a sa Réception de Rabin des Seigneuries d'Ober-et 
Niderbronn : cet orgueilleux Elie Schwab prend encore plaisir 
d'employer des boufonneries dans cet acte, où il dit que Samuel 
Rabin de Bouxwiller n'est pas capable d'exercer la charge de Rabin 
parce qu'il est un asne de son naturel. A encore esté signifié à Samuel 
Rabin; 2° l'acte de prétendue Réception d'Elie Schwab pour Rabin 
d'Oberbronn du 49 e Juin 4 730 ; 3° l'acte de sa réception de la part des 
Juifs d'Oberbronn du 3 e Juillet 1730, et 4° l'acte du 9 e Mars 4734 
signé de plusieurs Juifs d'Oberbronn, par lequel ils s'obligent par 
serment de ne point reconnaître Samuel pour Rabin. Cet acte estant 
rempli d'injures contre Samuel Rabin où il est traité de scélérat, etc. 
Elie Schwab avoue donc ces injures par la signification de cet acte, 
par conséquent il en est aussi tenu. Enfin Elie Schwab a pris com- 
mission le 2 e juin 4734 contre S. Rabin de Bouxwiller, et l'assigna- 
tion luy a esté donnée le 8 e du même mois de Juin. 

{A suivre.) 



NOTES ET MÉLANGES 



ISAIE, liv, 7. 



L'exégèse biblique, en général , n'a rien trouvé à critiquer 
dans l'expression pp swo. Dillmann l'explique par « pendant un 
petit instant » (pendant le temps de l'exil, qui, en comparaison 
de l'avenir qui s'ouvre, paraît être un instant), et son interpré- 
tation peut être considérée comme étant la plus répandue et la 
plus ordinairement reçue. David Kimhi dit de même : idiku) q"*k 
û^bt-tt TW8 tn»rntt ti» \isp suis traiona iw ab-o mbasi w 
"papwi» « Quoique les jours de l'exil soient longs, cependant ils 
seront considérés comme un petit instant, en raison de la misé- 
ricorde qui sera grande quand je te rassemblerai. » Parmi les 
anciennes traductions, nous citerons la Septante : /oôvov jxixpov, et 
parmi les plus modernes, Saadia : ït^c irranta (un petit instant) . 
Quand on examine l'expression de plus près, on est doublement 
surpris : 1° *jn, qui par lui-même désigne la plus petite mesure 
de temps et est fréquemment employé dans ce sens (voir surtout, 
Ps., xxx, 6, où swi est opposé à ù^n), a reçu ici l'épithète de 
pp « petit », qui est tout à fait superflue et n'est pas justifiée non 
plus par l'épithète contraire irbrw, qui est dans la seconde partie 
du verset; 2° l'idée d'instant est opposée dans le membre de phrase 
parallèle à l'idée toute différente de miséricorde. La première dif- 
ficulté paraît avoir été sentie par Jérôme, car il traduit wû par 
ad punctum, et ne fait pas de *pp une épithète, mais le rend par 
in modico (cf. la traduction de m-\ bjeid, dans Is., xxvi, 20 : mo- 
dicum ad momentum ; celle de 3>m iv, dans Job, xx, 5 : ad instar 
puncli). Aboulwalid a tenu compte de la seconde difficulté; aussi 
considère-t-il le mot awi, dans notre passage, comme un sub- 



284 REVUE DES ETUDES JUIVES 

stantif tiré du verbe 3W), dans Job, xxvi, 12, et Is., li, 15, verbe 
auquel il donne le sens de *utt « gronder », dont ce serait la meta- 
thèse. Cette explication du verbe *;n remonte à Saadia, qui le 
traduit dans les deux passages par HSt. Sur Is., liv, 7, Ibn Ezra 
cite l'explication d'Aboulwalid en disant : irra izîtduj unett "en 
tm wn )n et ajoute la remarque tFfcmm Wfi, c'est-à-dire le 
mot parallèle d^rn prouve que :wn exprime l'idée inverse, à sa- 
voir la gronderie, le mécontentement de Dieu. La signification 
qu'Ibn Djanah adopte pour 3>m dans notre passage et qu'il admet 
aussi pour Ps., xxx, 6, est tout à fait invraisemblable. Toutefois 
en suivant son exemple, nous pouvons reconnaître dans w\ une 
idée contraire à d^m, mais en lisant, à l'aide d'une légère modi- 
fication, m au lieu de wi. C'est le même mot qui, dans Habakouk, 
ni, 2, est également opposé au terme désignant la colère divine : 
■ttîn dm WTD. De la sorte, )ap wi présente dans notre verset une 
antithèse excellente, et relevée par l'allitération, à trb-tt trfcrn. 
C'est sans doute l'allitération qui a entraîné aussi bien Habakouk 
qu'Isaïe à désigner la colère divine par l'aramaïsme m (com- 
parez l'allitération fàim tûana dans Job, xxxix, 24). Il n'est pas 
nécessaire de montrer que wn a pu être facilement changé en wi. 
En tout cas, le mot wi, qui se trouve dans le verset suivant, y a 
contribué. Inversement la version alexandrine a lu dans Ps., 
xxx, 6, m, au lieu de 3Wi, car elle rend ce mot par opyiq- 

Le Targoum, dans notre passage, a lu aussi en apparence wnn, 
au lieu de swn, car, dans l'édition de Lagarde, le ms. de Reuchlin 
(Prophetœ chaldaice, p. 2T9) porte : ■pttman "jnprn nvî wnn 
^nnba a^pa I^n^d. Mais, comme nous trouvons dans le Targoum 
du verset suivant que les mots du début tptp tpwn sont traduits 
par ixvw aunoa, il apparaît immédiatement que dans le Targoum 
les deux commencements de versets ont été transposés et que trû 
Wï appartient au début du verset 8 et arvtfï a*tzn (traduction du 
ïttp 3Wû) au début du verset 7. En fait, wt m, « une petite co- 
lère », est la traduction de tpp spfciD, car le sens donné à l' hapax 
legomenon tpao se retrouve dans les versions grecques (Septante 
: lv ôufxio (xi'xpo) ; Symmachus : lv kxô^ op-p^ç), ainsi que chez 
les exégètes juifs depuis Dounasch ben Labrat. Ibn Ezra dit : 
tû3>tt ntts û:OTi an nb "pa; Joseph Kimhi (cité par David Kimhi, 
ad l.) : tptp tasrçaà. La ressemblance du commencement des versets 
du Targoum sur Is., liv, 7 et 8, a amené la transposition dans le 
texte du ms. de Reuchlin. Mais dans notre texte ordinaire elle a 
produit le fait curieux que tout un verset est tombé. Car le ver- 
set 7, dans les éditions imprimées, n'est pas du tout rendu, tandis 
que le verset 8 est ainsi traduit : "jet ■*!»» ^bk rrpbo arw awioa 



NOTES ET MÉLANGES 285 

i"ï "jp*© ton ^b* drra ipDD tài ûb* masi •pro { ntoï. J'ai cons- 
taté cette lacune, qui m'a échappé dans mes recherches critiques 
sur le Targoum des Prophètes [Z.D.M.G., vol. XXVIII, 38), dans 
les quatre éditions que j'ai sous les yeux, dans les grandes éditions 
de la Bible rabbinique de Venise (1547), Baie (1618), Amsterdam 
(1726), Lemberg (1808). David Kimhi, pour expliquer tptp qsran, 
cite le Targoum tel qu'il se trouve dans le ms. de Reuchlin et 
dans les éditions : ...mpbo 8T*î «*im ïnyp û:nn pi. Mais il 
semble qu'il lisait aussi dans le Targoum du verset précédent, 
comme traduction de pp 3>:rû : étï^t k*tm ; car, s'il avait eu 
dans son texte la version donnée dans le ms. de Reuchlin : tnn 
hVT, il n'aurait pas manqué de le remarquer. Il est plutôt pos- 
sible que le texte du Targoum qu'il avait contenait déjà la la- 
cune qui se trouve dans les éditions et ne présentait pas de 
traduction pour le verset 7. La lacune est, du reste, facile à 
expliquer : l'ancien copiste dont le texte a servi de base au Tar- 
goum imprimé aura sauté du mot tfTtfT, qui est au commence- 
ment du verset 7, au mot pareil qui est au début du verset sui- 
vant et aura omis tout le passage : mp'w "parao jTarrm ^nprn 
T&Tû : '■pmba. Dans l'édition de Varsovie, 1874, le Targoum des 
deux versets est exactement rétabli, peut-être d'après le texte 
rectifié de Reuchlin. Le verset 7 y commence par les mots : 
^npm stpjt *mn, et le verset 8 par : mpbo wt wo. Pour finir, 
notons que la Peschita traduit "pp ytra par acn?î «wra et a lu, 
par conséquent, pp wna, de sorte qu'il existe un témoignage ex- 
térieur pour la lecture exacte imposée par des raisons tirées du 
texte même. 

Budapest, avril 1902. 

W. Bâcher. 

Note additionnelle. 

Le texte du Targoum que présente l'édition de Lagarde citée 
par M. Bâcher se retrouve aussi dans le ms. 1325 de la Biblio- 
thèque nationale. La transposition de Ttfî wnn et de ntjt éwm 
doit donc être très ancienne. 

Mayer Lambert. 



1 Dans le ms. de Reuchlin le mot NT2Î a été Omis. 



286 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



11K DANS LE SENS D* « OBSCURITE » 



M. Lambert 1 propose pour deux passages bibliques (Exode, 
xiv, 20 ; Psaumes, cxxxix, 11) de donner à la racine il» le sens 
d' « obscurité », c'est-à-dire la signification opposée à celle que 
cette racine a habituellement. Cette proposition ne fait que re- 
nouveler une opinion qui a été souvent émise par les exégètes 
juifs. Pour le passage des Psaumes, le plus ancien représentant de 
cette interprétation est le Targoum, qui rend les mots ma tib^bn 
■ovn par TiViaîaK Vnp ab^bv Le mot Vop, participe de b3p, dé- 
signe une obscurité profonde (voir les exemples pour l'emploi de 
cette racine dans le Targoum chez Levy, Dictionnaire des Tar- 
goumim, II, p. 341 a). Le Gaon Saadia traduit, dans Exode, xiv, 
20, îibibîi na -i^n par b^bba *pu»d « les deux (^ranm pJï-j) envelop- 
pèrent, c'est-à-dire assombrirent la nuit » (voir Œuvres com- 
plètes de Saadia, I, p. 101). Saadia traduit, de même, la phrase de 
Ps., cxxxix, 11, par: °by "W b"«bb&o « et la nuit m'enveloppe 
d'obscurité » (voir Dukes et Ewald, Beitràge, I, p. Tfl). Le con- 
temporain de Saadia, plus ancien que lui, Juda ibn Koreisch, ex- 
plique m», dans Ps., cxxxix, 11, par OE&oba Wb» « la nuit 
noire » et en rapproche le *ni3* 2 (sic) ïvwii* tin de la Mischna Pe- 
sahim (i, 1). De même Ibn Koreisch explique nb^rs na -lin par 
OE&nba ûabâba rtN^i b">bba o»n « [Les ténèbres et les nuées] 
enveloppèrent la nuit, l'obscurité profonde la couvrit » (Risâlat, 
éd. Barges et Goldberg, p. 26). Menahem ibn Sarouk consacre à 
cette signification de *tik un article particulier na (Mahbéret, 
éd. Filipowski, p. 32). Dans cet article, il cite, en outre de nos 
deux passages, Job, xxxvn, 11, mai», qu'il interprète, par con- 
séquent, dans le sens de « nuée obscure », et il dit à la fin : pm 
•tt3Sun mm rrnib, par quoi il paraît entendre que Tin, aux trois en- 
droits cités, a le sens contraire à son sens habituel et désigne les 
ténèbres, de même que ianm (Ps.,xvm, 46 = Vttrp de II Sam., 
xxn, 46) a le sens contraire de celui de "un « ceindre », donc 
« ôter sa ceinture » (c'est ainsi que l'explique Menahem dans 
l'article ann, p. 94) et de même que nfcat* (Jér., l, 17) de tt» 



1 Revue, t. XLIV, p. 122. 

* Aboulwalid {Opuscules, p. 64) a aussi H1Î52 Ï1?3*")N, au lieu de 1125? ï"jy31Nb. 
Voir aussi Séfer haschoraschim, p. 18, ligne 1, où la leçon du manuscrit est n^3"1N 

nus*. 



NOTES ET MÉLANGES 287 

« os », veut dire : rompre les os *. Dounasch ibn Labràt ne dirige 
pas de critique contre cette interprétation de tik chez Menahem. 
Aboulwalid Merwân ibn Djanah ajoute aux deux significations 
que Hayyoudj avait données à tin une troisième, qui est l'op- 
posé de la première, « lumière » (b*iabN anabb **T§ NribNn ftw) 
et cite nos deux versets à côté de l'expression de la Mischna de 
Pesahim, i, 1 (Opuscules, éd. Derenbourg, p. 64). Dans le dic- 
tionnaire il répète l'indication du Moustalhak (Kitâb al-ousoûl, 
col. 28 = Se fer haschoraschirn, p. 17 et suiv.). Abraham ibn 
Ezra cite l'explication d'Aboulwalid dans son commentaire sur 
Exode, xiv, 20, et la rejette, avec la remarque plaisante : imsttm 
^usnb mai Tiab "pim tzpiDTs ï-îî!-; (voir Abr. ibn Esra als Gram- 
matiker, p. 180). Salomon ibn Parhon emprunte an dictionnaire 
d'Aboulwalid le sens de « ténèbres » pour nos deux passages 
(Mahbéret héaroukh, p. 2d). Raschi, qui présente pour Exode, 
xiv, 20, l'explication ordinaire (nb^brj na •Qtfrt ra* Ta*)), donne 
pour Ps., cxxxix, 11, le commentaire suivant : b"<Datt tp nb">bm 
■^3313 Sd pi im« 1^3? Y*& 1733 r<nn bsiN ïiiob rtT "hin *ixb 
ttb^bfi -lan pi ma. Il cite donc, outre les trois exemples apportés 
par Menahem ibn Sarouk, encore celui de Fs., cxlviii, 3, où, en 
effet, il explique tin ">33i3 par nb^b ^"D. Par contre, il explique 
Tin par ma» dans Job, xxxvn, 11 (d'accord avec le Targoum 
et avec d'autres commentateurs, en premier R. Yohanan dans Be- 
reschit Rabba, ch. xxvi, à la fin). Menahem b. Salomon, dans son 
commentaire sur Exode, xiv, 20 (Séhhel Tob, éd. Buber, II, p. 182), 
remarque sur nb^bii na Wi ce qui suit : tikïi pib^D n^n Tonb w 
\n 1125-1125 -pmsyo Va jpo» 17:3 ■p-irnoi 'paian 'pbfcîri p r^«m 
tzniD. De même, dans son dictionnaire [Eben Bohan, art. na V) il 
adopte l'explication de Menahem ibn Sarouk. Cependant dans 
l'art, tjtt) II il paraphrase •rçva tik fib^bi en disant tdn tin rvïm 
Tua nb^b û*pb. Je ne puis citer pour le moment d'autorité pos- 
térieure pour le sens en question de tik. David Kimhi ne la 
mentionne pas du tout dans son dictionnaire, et c'est sans doute 
pourquoi elle est tombée dans l'oubli. Si M. Lambert la ressuscite, 
il peut se référer, comme les témoignages précédents le montrent, 
à une tradition exégétique plusieurs fois séculaire. Mais, pour 
ma part, je ne crois pas que cet emploi du sens inverse de tik 
soit nécessaire dans les deux passages. 

W. Bâcher. 



1 Cf. la digression de Menahem dans l'art. ibbiniBN sur les mots de sens con- 
traire (p. 36), et là-dessus Abraham ibn Esra ais Graminaùhtr, p. 78, note 17. 



288 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



LA LANGUE ORIGINALE DU LIVRE DE TOB1T 



Jusqu'ici les savants n'ont pu encore s'entendre sur la langue 
dans laquelle a été écrit le livre de Tobit, connu seulement par 
une version grecque dont proviennent toutes les traductions. 
La plupart penchent pour le grec; tel, entre autres, M. Nœldeke, 
bien préparé par son admirable science des langues sémitiques à 
dépister tout indice pouvant révéler sous la version grecque toute 
trace de sémitisme. Dans le camp adverse, inférieur en nombre, 
on n'a pas encore apporté d'argument péremptoire. L'incertitude 
s'explique, d'ailleurs, aisément. Par son style, ce petit roman 
pieux est tout à fait biblique ; non seulement des versets entiers de 
l'Ecriture y sont incorporés, mais l'auteur, visiblement, a voulu 
pasticher son modèle. Les idiotismes qui ne s'éclairent qu'à la 
lumière de l'hébreu ne sont donc d'aucune portée, car ils peuvent 
appartenir au judéo-grec du temps. D'autre part, si l'original a 
été rédigé en hébreu, en raison de la simplicité du sujet, il n'a pas 
pu prêter beaucoup aux méprises qui font découvrir d'ordinaire 
la main du traducteur, et qui s'observent si fréquemment dans les 
passages difficiles de Ben Sira. 

La question reste donc ouverte, comme on dit. Diverses consi- 
dérations me paraissent de nature à la trancher ; toutes n'ont pas 
la même valeur, mais celle que je vais présenter a réussi tout au 
moins à me convaincre. Aura-t-elle la même vertu sur les lec- 
teurs? A eux de me tirer d'erreur si je me fais illusion. 

On connaît le scénario, un peu naïf, des chapitres n et ni. 
Tobit, devenu aveugle, dépouillé par le roi de tous ses biens, est 
en proie à la plus cruelle misère, et c'est sa femme qui doit, par 
son travail, pourvoir à son entretien. Un jour, le pauvre homme 
entend dans sa maison le bêlement d'un chevreau que sa femme 
avait reçu pour son salaire ; la malheureuse a beau expliquer à 
son mari l'origine de l'animal, Tobit ne veut rien entendre : il 
faut rendre le chevreau à son propriétaire. Impatientée de cette 
insistance, sa femme lui décoche quelques mots offensants. Là- 
dessus, Tobit se tourne vers Dieu en sanglotant et le supplie de 
lui ravir une vie qui lui est devenue à charge depuis qu'il a été 
blessé par ces reproches douloureux. 

Juste au même moment, à Ecbatane, Sara, fille de Raguel, 
exprimait à Dieu le même souhait. Elle aussi avait à se plaindre 



NOTES ET MÉLANGES 289 

de paroles outrageantes qu'elle venait d'entendre. Elle avait eu 
déjà sept maris, mais tous étaient morts la première nuit de leurs 
noces, tués par le démon Asmodée. A ce propos, « elle est insultée 
par les servantes ' de son père, qui lui disent : « Tu n'es pas intel- 
ligente de tuer tes maris ; tu en as déjà eu sept, et tu ne portes le 
nom d'aucun d'eux. Pourquoi nous frappes-tu? S'ils sont morts, 
va avec eux, que nous ne voyions jamais de toi de fils ou de 

fille » ((X7) l'8otp.£v orou utbv r\ Ouyaxépa etç Tovoûtova). 

Ce discours l'afflige tellement qu'elle veut se pendre. Mais elle 
se dit qu'elle est la fille unique de son père, que son suicide 
serait une honte pour lui ; elle se place alors devant la fe- 
nêtre, et adresse une prière à Dieu. Elle n'a déshonoré ni son 
nom, ni celui de son père. A quoi bon vivre? Que si Dieu ne 
veut pas la faire mourir, qu'il la garde à l'avenir de pareils 
reproches 2 . 

Le petit drame, on en conviendra, ne se comprend pas sans 
peine; l'effet n'est pas en proportion avec la cause: eh! quoi, 
c'est pour des propos tenus par la domesticité que la pauvre fille 
veut se tuer? C'est faire preuve d'une sensibilité singulièrement 
vive. Et puis, n'est-ce pas de l'audace de la part des servantes de 
lui adresser de pareils reproches ? De quel droit se mêlent-elles 
de lui faire la leçon et surtout de lui souhaiter la mort. « Pourquoi 
nous frappes-tu?» disent-elles, et ce détail pourra être pris 
comme l'explication de cette apostrophe par trop cavalière ; mais 
ce détail a le tort de n'être pas préparé ; rien ne l'annonçait, et 
l'auteur est un dramaturge trop habile pour avoir oublié cette 
précaution. Tout cela, cependant, surprend moins que les der- 
nières paroles : « Que nous ne voyions jamais de toi ni fils ni 
fille. » D'abord, si Sara fait mourir tous ses maris, l'éventualité 
n'est pas à redouter ; ensuite, que signifie une pareille crainte 
dans la bouche de servantes? « Voir des enfants à quelqu'un », 
que l'auteur ait écrit en hébreu ou en judéo-grec, est une expres- 
sion qui ne peut être employée qu'à propos des parents. C'est 
pour ceux-ci — et pour eux seulement — qu'il importe de voir 
ou de ne pas voir d'enfants à leurs enfants; la récompense pro- 
mise à l'homme de bien, c'est précisément de <c voir des enfants à 
ses enfants » (Cf. Gen., xlviii, 11; Job, xlii, 16; Is., lui, 10; 
Psaumes, cxxvni, 6). Justement , dans la suite, revient cette 
locution, mais cette fois c'est la mère de Sara qui s'en sert. En se 
séparant de sa fille et de son gendre, elle dit à celui-ci : « Que 
Dieu me donne de te voir des enfants de Sara, ma fille, afin que je 

1 Dans le Codex Sinaiticus : par une des servantes. 
1 Même leçon dans le Sinaiticus. 

T. XLIV, n° 88. 19 



290 REVUE DES ETUDES JUIVES 

me réjouisse devant le Seigneur (xai Bcoyj [xot ISeïv cou 7cai8ia kx Sàp- 

paç ty|; ôuyaxpoç u.ou') ». 

On a vu, d'autre part, que lorsque Sara renonce à ses idées de 
suicide, c'est en pensant à la douleur de son père ; quand elle se 
défend d'avoir failli, elle dit n'avoir pas déshonoré le nom de son 
père ; enfin, quand elle décrit son malheur, elle ajoute qu'elle est 
fille unique de son père. De sa mère, elle ne dit pas un mot, et 
cependant sa mère vit encore, comme le montre la suite de 
l'histoire. 

Tout s'éclaire si, au commencement du récit qui nous occupe, 
au lieu de servante, on lit « sa mère ». 

Du môme coup, notre scène est le pendant parfait de la scène 
du en. ii : ici c'est un mari qui est insulté par sa femme; là une 
fille par sa mère . 

Or, servante et sa mère s'écrivent de la même façon en hébreu : 
tttt» ; au lieu de pten « sa mère », le traducteur a lu irns « une 

' T • » T T 

servante » *. 

C'est la mère qui critique à tort la conduite de Sara, c'est elle 
qui lui souhaite la mort, puisqu'aussi bien elle n'est pas destinée 
à lui voir d'enfants 3 . 

On comprend ainsi que la fille ne prononce pas le nom de sa 
mère : c'est qu'elle a été trop affligée par elle. 

Que signifieraient, dans ce cas, les mots : « Pourquoi-nous 
frappes-tu? » Il faut les prendre au figuré : « Pourquoi nous 
affliges-tu? » Or, précisément le verbe employé ici, (xadriydo), re- 
viendra plusieurs fois dans la suite, et toujours il sera au figuré : 
ix, 14, « Sois béni, ô Dieu. . . parce que tu m'as frappé et as eu 

compassion de moi », oxt £p.aOTi'Y<i>aaç jxe xoù : r\kii\<sic, |j.e ; XIII, 1, 
« car il frappe et il prend en pitié, il fait descendre dans le scheol 

et [en] fait remonter », on aùroç u-a^TtyoT xal èXee?, xaTàyet eiç a8Y|V 

xoù àvotysi ; ?&., 5, « il nous frappe pour nos iniquités, et il nous 

prend ensuite en grâce », xoù (xacaTtYcoerei 7)|jiaç Iv raïç àScxtatç 7)a.wv, 

xaî7càXtv eXsTjdei (voir encore xm, 14 et 19) 4 . 

1 Dans le Sinaiticus, le père tient aussi ce langage : xoù ïootjxi 0|xàW 7cou8ta nço 
toù àrco6avetv (jls. 

2 Comme le mot n'était pas déterminé, il a ajouté « de son père ». 

3 En tout état de cause, il faut traduire les derniers mots : puisque nous ne ver- 
rons pas de toi ni fils ni fille. Et cela seul montre que notre texte grec ne représente 
pas l'original. 

4 II est facile de restituer l'hébreu qui se cache sous la version : pour le verbe, 
on n'aura que l'embarras du choix; remarquons seulement que u,<x<m£ est le cor- 
respondant de aifiOW dans Ps., xxxn, 10; n^NDH conviendrait très bien ici (cf. 
UJ2rPl a^JO" 1 »>0!t "O, Job, v, 18) ; dans Prov., m, 12, le traducteur grec, 
s'étant trompé et ayant pris ^Npl pour 3iO"l, rend ce mot par |Aa<myoï. Mais il 
y aurait ÏIDÏ"; ou 3>53, que la leçon serait encore admissible. 



NOTES ET MÉLANGES 291 

Enfin, le pluriel, dans la phrase : « Pourquoi nous affliges- 
tu. .. ? » s'explique à merveille dans la bouche de la mère, qui 
parle pour elle et son mari. 

Tous les détails de la scène s'enchaînent donc et sont d'une 
limpidité parfaite, si l'on suppose l'erreur si facile que nous attri- 
buons au traducteur. On ne saurait exiger de preuve plus topique 
que l'original du livre de Tobit était rédigé en hébreu. 

Israël Lévi. 



QUELQUES CITATIONS DE L'ECCLÉSIASTIQUE 



1. Le Testament de saint Ephrem. 

Dans son Testament, rédigé en vers — et que M. Rubens Duval 
vient de rééditer 1 , — Ephrem, recommandant qu'on l'inhume 
avec les étrangers, attendu qu'il a été un étranger lui aussi, 
ajoute ces mots : « Car tout oiseau aime son espèce, et l'homme 
celui qui lui ressemble » rtb xmnrb awanm * ûm no^b kdv ban. 

Ce dicton est emprunté à la Sagesse de Ben Sira (xm, 14), tout 
comme une autre pensée qui se lit un peu plus haut : « Celui qui 
ne s'honore pas lui-même, personne ne l'honore » ab rraîBDbi )J2i 
ttb npn: ab attb* ïtb np^tt (=x, 28). Or ce qui est curieux, c'est 
que la citation du verset xm, 14, de Ben Sira ne correspond pas 
exactement au texte original, ni aux versions, y compris le 
syriaque, qui le rendent fidèlement, mais s'en écarte par des va- 
riantes qui se rencontrent dans la citation du même passage qu'en 
fait un rabbin babylonien (iv e siècle) 8 . L'original, en effet, porte : 
ib ïTOTtti dn tna bsi irtt a!W "nznn bs « Toute chair aime son 
espèce, et tout homme celui qui lui ressemble », et la Peschito : 
ï-ib KET7 arwb wanm noria ûmi non bs « Toute chair aime son 
espèce, et l'homme (le fils de l'homme) celui qui lui ressemble », 
tandis que d'après ce rabbin, Rabah b. Mari, le texte est ainsi 
conçu : ib ïittvrb tna pi "psiD" 1 ir»b Bp* br> « Tout oiseau de- 

1 Journal Asiatique, septembre-octobre 4901, p. 234 et suiv. 

* Dans deux manuscrits DOS- 

3 Baba Kamma, 92 è. Ce rabbin prend ce dicton pour un verset des Hagiographes. 
Les Tosaphot disent à ce propos : « Pareil verset est inconnu à la Bible, mais 
peut-être est-il emprunté à Ben Sira. » 



292 REVUE DES ETUDES JUIVES 

meure (?) près de son espèce, et le fils de l'homme près de celui 
qui lui ressemble. » 

La rencontre de la môme variante dans deux textes différents 
émanant, l'un d'un Syrien chrétien, l'autre d'un Babylonien juif, 
ne saurait être mise sur le compte du hasard. Elle révèle vrai- 
semblablement l'existence d'une autre recension de l'Ecclésias- 
tique ; elle montre, en même temps, que les variantes de ce livre 
qui se remarquent dans les citations du Talmud ne doivent pas 
toujours être attribuées à l'infidélité de la mémoire des rabbins. 

La variante qui nous occupe peut, d'ailleurs, se défendre ; elle 
est plus élégante que la leçon reçue : les deux hémistiches, au 
lieu de se répéter, sont les deux termes d'une comparaison. 

2. Le Targoum Schêni d'Esther. 

Le ch. l de l'Ecclésiastique est consacré au portrait du grand 
prêtre Siméon. L'auteur le compare tour à tour aux astres, aux 
phénomènes les plus riants de la nature, aux métaux les plus pré- 
cieux. Cette peinture a beaucoup frappé, semble-t-il, les lecteurs; 
c'est ainsi qu'un poète juif, voulant célébrer l'éclat dont était au- 
trefois revêtu le grand prêtre accomplissant les rites du Kippour, 
a suivi le même plan et s'est inspiré de ce modèle. Voici une autre 
imitation de ce morceau qui n'a pas encore été signalée. Dans le 
Targoum Schêni d'Esther, qui ne se contente pas de paraphraser 
le livre d'Esther, mais qui enrichit l'original de midraschim de 
toute sorte, il est dit que Salomon se fit représenter auprès de la 
reine de Saba, débarquant dans ses États, par l'illustre Benayahou, 
fils de Yoyada L'ambassadeur paraissait si imposant que la mal- 
heureuse femme le prit pour le roi lui-même. Il était doué d'une 
beauté qui est ainsi décrite : « Il ressemblait à l'aurore apparais- 
sant à l'heure du matin, à l'étoile Vénus scintillant parmi les 
étoiles, au narcisse dressé près de canaux d'eau. » &nsiBt»b *w 
■^Ti fi^as-D Ta trspi -pn3»i «mna aa-ob ro^n ans* p3>3 pwi 
ÊWi *tttd b* tnapii wotoV. Ce sont à peu près les images em- 
ployées par Ben Sira dans le portrait du grand-prêtre : « Comme 
l'étoile qui brille entre les nuages... et comme le narcisse près 
des ruisseaux d'eau » (l, 6 7) : b* ïiiniû^i ...ira* "patt m« aaïaa 
trtt iba\ L'auteur de ce Targoum — et j'en suis flatté — donne 
raison à mon explication 1 du mot ma, qui avait été pris par mes 
prédécesseurs pour un substantif, « lumière » 2 , car wwtt répond 

1 Voir Revue, t. XXXVII, p. 216, et mon Ecclésiastique, t. II, p. 208. 

1 Ainsi ont fait également les traducteurs grec et syrien. Les LXX et la Peschito 



iNOTES ET MÉLANGES 293 

à "ttÉt Mais ce qui est digne de remarque, c'est que cet auteur 
se rencontre avec la Peschito pour le mot Kïm: (fitnjna aarfâ ma). 
Dans le syriaque, ce mot est la traduction de ma, traduction 
semblable à celle du grec, êwOivoç « matinal » (cf. Daniel, vi, '20) '. 
Il ne faut pas penser à un emprunt fait à la Peschito, car pour le 
verset 6 la ressemblance cesse (en syriaque : fifâba roms ma 
&Ttt •^■Qto b* a comme le narcisse royal près des sources d'eau ») 2 . 

3. Le livre de ToMl. 

Les commentateurs du livre de Tobit (voir, entre autres, 
Fritzsche) ont généralement signalé les emprunts fréquents que 
l'auteur de ce roman fait à l'Ecclésiastique. Maintenant que nous 
possédons l'original de cet ouvrage, nous pouvons constater que 
ces citations sont faites d'après l'hébreu, et non d'après le grec. 

En effet, On lit au oh. IV, 3 : xaï piï] i>7T£piOY|ç ttjv [XYjTepa cou, T''jxa 

aÙT7)v 7rà<Taç ràç 7)[xépaç tt^ç Çwtjç aou « N'abandonne pas ta mère, 
honore-la tous les jours de ta vie. » Cette phrase est la transpo- 
sition de ce verset de Ben Sira : vnï*n bai "paa tom pTnm na 
y^n ^ bs « Mon fils, persévère dans l'action d'honorer ton père, 
et ne l'abandonne pas tons les jours de la vie. » Or, le traduc- 
teur grec, au lieu de immi « abandonner », a lu ittasyn « cha- 
griner ». 11 faut donc que l'auteur de Tobit ait connu l'original. 
Il est vrai qu'un peu plus loin, il dit aussi : « et ne l'afflige pas », 
mais ces mots peuvent correspondre à ù^ban ba, qui vient dans 
l'hébreu justement à la suite. 

Un des plus curieux emprunts à Ben Sira est le fameux pas- 
sage (îv, 15) : xai 8 fjutrsïç uLTjSevi 7roiVj(ry)ç « ce que tu détestes, ne le 

des Proverbes (et naturellement, à sa suite, le Targoum) se sont mépris de la même 
façon sur "|1£0 ^blM (P' ov -i Iv > 18), faisant de mN un substantif. 

1 En syriaque NnS"l2 a également le sens de Vénus. 

1 Puisqu'il est ici question du Tanjoum Schèni, j'en profite pour signaler un pas- 
sage curieux de ce livre à mes savauts confrères, MM. Bâcher et Krauss, qui ont 
bien voulu s'occuper de mon hypothèse sur le mol Bari dans la Pesikta Rabbati 
(voir Revue, XXXII, p. 278), le premier pour l'approuver, le dernier pour la com- 
battre. On y lit, à propos du cb. i, 2 : r^S b^ b">b"»72T 15*31 TDD ÏTBT mm 

by c^bn "proûi ■paô-a-i* tombas "psbnEi sriba *pbT&n bano* 
t**^nNb pta»"i ny ïirPDiabiïïJi iirwu-n "pmsbïïi "pra* !|iïmKi£ 

Jim 1TD"»33K1 'pmnb Ip^BNl Tlia m3 n^ïïl « Jérémie se lamentait, pleurait 
et gémissait sur les enfants d'Israël (litt. la maison) qui allaient prisonniers, en cap- 
tivité, tout nus et portant du sable sur leurs cous, eux, leurs rois, leurs princes et 
leurs chefs. Ils arrivèrent en un endroit appelé Bet Khouro ; là on leur apporta des 
vêtements et on les couvrit. • Cette anecdote est sans conteste le résumé de celle 
que raconte la Pesikta. On sait d'ailleurs que le Targourn est une œuvre très 
récente, Zunz en place la composition au xi° siècle. Quant au nom de la ville, il a 
été estropié; en tout cas, il ne correspond à rien. 



294 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fais à personne. » La pensée provient de ce verset de l'Ecclésias- 
tique, xxxi, 14 : pinm n&ou) ' niDa b^:n ^ed» yn r&i « Sache que 
ton prochain est comme toi, et considère ce que tu détestes. » 
Dans Ben Sira cette raison est invoquée pour détourner les 
convives de tout acte de gloutonnerie qui déplairait au voisin. 
Or, ce qui montre bien que l'auteur de Tobit a imité ce passage, 
c'est que juste après ce conseil vient aussi une règle de fruga- 
lité et que dans la phrase qui précède, il dit: xaï frôi tcstcoci- 
&£U[/ivoç êv 7rà<7y) àva<7xpo<py) cou « et sois un homme bien élevé dans 
tous tes actes ». Ce mot 7r£7catB£U[i.£voç, comme Fritzsche l'a bien 
remarqué, signifie : « qui observe les règles de la bienséance ». Il 
correspond dans la traduction de Ben Sira (xxxi, 19; cf. xl, 29rf, 
où il rend *w>) à )idî pris dans ce sens. 

Du même coup, on voit que, si le précepte se rencontre dans la 
littérature grecque 2 , ce n'est pas à cette source qu'a puisé l'au- 
teur de Tobit. En tout cas, Hillel et les Évangiles ont singulière- 
ment étendu la signification de cette sentence 3 . 

Israël Lévi. 



UN FRAGMENT DU MAÏTÉAH DE R. NISSIM SUR SANHÉDRIN 

Rabbènou Nissim de Kairouan est, comme on le sait, l'auteur 
d'un commentaire du Talmud intitulé Maftéah. De cette œuvre 
on ne connaissait jusqu'ici que la première partie (sur Berachot, 
Scfiabbat et ErouMri), qui a été publiée par J. Goldenthal en 
1845. Nous avons eu la bonne fortune de découvrir, dans les frag- 
ments de la gueniza qui nous appartiennent, un morceau de ce 
commentaire sur Sanhédrin, 16 a-b. 

1 D'après la variante. 

* Voir Bernays, Gesantmelte Abhandlungen, I, p. 274 et s. 

* Un moraliste juif du moyen âge, Juda le Pieux, en fait un commandement posi- 
tif : pm "nn •pnb nznn ^euîs «bi û-jk y»ta Nbi i-pnn apra dn 

T\yi ^piE i-pn «bu: tmp t*» "6 a*»©m i3i»a i-nanb buio -»?ûb rwiTi 
*p ^ot ban *p?3D "pnb nni-Kn ban binn «bi b* na* tnp» bs?3 U3>e 

T^D^n N5 '7"l2nb « Celui qui a offensé quelqu'un, même si personne n'en a rien 
entendu, ressemble à celui qui, immédiatement après avoir volé à son prochain, lui 
restitue l'objet, avant même que le propriétaire en ait eu besoin : il a beau n'avoir 
causé qu'un léger dommage, il a enfreint les commandements: «Tu ne voleras pas », 
» Tu aimeras ton prochain comme toi-même », « Ce que tu détestes, ne le fais pas à 
autrui. » Séfer Hasidim, éd. Wistinetzki, p. 54, § 87. 



NOTES ET MÉLANGES 298 

Il n'est pas seulement intéressant parce qu'il montre que le 
commentaire de Nissim s'étendait aussi sur Sanhédrin, mais par 
les lumières qu'il fournit sur le travail des Yeschibot, c'est-à-dire 
des Académies babyloniennes. Il dit, en effet, que le passage dont 
il s'occupe était altéré dans tous les exemplaires, mais qu'il a été 
corrigé par ces Académies, et Nissim reproduit leur leçon. Ces 
altérations, nous pouvons nous en rendre compte, car ce sont 
celles qui distinguent les éditions du Talmud. D'une part, le verset 
de I Chr., xxvn, 34, y est transcrit contrairement à la leçon de 
la Massora : au lieu de wsa la jrp-iî-p, on y lit : ' ■> }a 'a ; d'autre 
part, le commentaire du verset y est bouleversé et amputé. Haï 
Gaon, dans une Consultation, dit que la leçon conforme à celle de 
la Massora est celle de tous les rabbins et qu'il faut rectifier les 
exemplaires qui lisent autrement 1 . Il se peut que la correction 
des Académies babyloniennes ait porté sur ce détail, mais il est 
plus vraisemblable qu'elle visait surtout l'agencement et la teneur 
des commentaires sur le verset, car c'est précisément l'ordre et la 
teneur de ces commentaires ainsi rectifiés que R. Nissim expose 
au long dans la suite. La leçon des Académies est celle qu'ont 
adoptée R. Tam et le ms. du Talmud de Munich * ; mais ce n'est 
pas celle qui a prévalu. 

On a prétendu, comme on le sait, que le commentaire de Nissim 
avait été rédigé en partie en arabe 3 . On serait tenté de trouver 
dans notre fragment la confirmation de cette hypothèse, car la 
suscription est conçue partiellement en arabe : "pp^DbK OTTO JE 
•pbi&ÔK « du commentaire des premiers chapitres ». Mais la con- 
clusion ne peut se soutenir, car l'entête est l'œuvre de celui qui 
a extrait ce morceau de l'ouvrage de Nissim. 

Israël Lévj. 

'en*! *f»Titt30 fla ■pbia6à VP"> 5 ^ N taws yn b"ï a^as nranb 
ïib^ttb "nbn mn Tira t-rr^on "pjttta 'n '»n tora na "Kntt a*i 
naittstt nuisit tm ttmri ïib-»b t-nsn anai-ne fra wi bia incrafc 
ï-rbmo 1$ rmria poijn thi ini* rw te vb^a» pttn ia 
•n»« nbirN bantoi -^an iDsaD nrnan *n»3> nb*ia f-pa -irnan ma* 
ïiT73 m laananm nab pb 'en rions ^a^nx bania^ ^e* ib 
>ibttntt -nan j-w naïi n« anatatt y»iptt "pa ib tien piusa 

1 Voir Dikdoukè Soferim, ad loc. 

2 Voir sur tout cela les notes de Rabinowicz, Dikd. So/% Sanhédrin^ p. 29 et 30. 

3 Voir Rappoport, Biccourè Haïttim, 1831, p. 70. 
* Sanhédrin, 1 6 ft-ô. 

5 Dans les éditions c**tnN '") et dans le ms. de Munich ^J3n '"). 



296 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

aa» ma nsnnsn ^a nnNr; twrro ^3ia ia i33>73ia 'ms imb*m?a 
*-\Qy ia ^ovïï nu S*bnn7a i3\n lamb 13737: t^attïro ityn mtritt 
nr« fcanwjin p *-iw- n*b* nm ta» man ^a ■wïïi 'mn» 
ta^rs naN "pbw\ ^"nonrns nj> va» vbs oaa^iD n^Ton 17: t^bwn» 
T la^s-i iNis 'Misa nmaa taa^T "iuujdt nab anb '?3N •'pnatt 
in bbttsn I73*i r-iran 173 wimnm a^ma^o n'a» fca^nan "n^a 
tanbnbi naëfcb mun "m ûnb parc 's'af'ôn mcnn nfcfib» nth 
t"pbNiD3i ynnriïaa û^abjaai baimnNa yi:j^n73 *nm n? pMTP r» 
wiït* bsimn» "nriNi f<np ^tcrcn t|D"p m '73&0 d*»ttim ta^niNa 
nizmtDaï *'Kpns mana naojsa rj^p^y iï î-ianE© "lai israa p 
13» ï-ïaîn ma^urn Tio^a maapvi i3Ni rnsnoirrî bran t«n 
isinp ■wn» rpv an '73N ma^n lapTittî î-173 ^aa ï**ôman "pâma 
,a«T» "jb73b t^as nuii nmaan » itroa p *winn bfiirhn» "nn&n 
tawa y^ niON boimn» rwi n73ï» >nn pi y*v mt bsimn» 
pi • pnYttiao it waa p jnwr .ta^b^rs na*ia ■û'w b»^-> nttJNa ann; 
r**np3 7i73bi \nbsr: ban «nnan b* jnrnïp p imaai vaaa '731» r^in 
,ûrpnan y^baiTata nmba limai ynmara wo Tnbsi vma aaTao 
tavmà a"»73"im unis D73^î e**npa nbbi] t^Taim a^m» ib**N nmaan 
nuî n;a nn&o 7 [tançai n« "j^biûOT y73im arman m» ymsTau: 
■nanb pia^sn p ara B^rarib cp-p an t^a 'i^s aw; ^b»b 8 r>*air 
•pnnnsoa a^ab^ai bainTiNa f&rp Tn n^wa N3ra na t^Din an 

pDl^ttî ta^Tab 13» 1">373 t\OV ai "]b '73N ta^73im Û111W ta^bwaSl 

n;b '73N nb^73 r-ib^73 P"iddh ©m 'm bcn^n» ^in»T t>*np ^7173 p 
'ana bDin^n^a ( pawnîatt "173b ï-ipn i»a^73 bon^n» amaia "jT>a73 
1»a-«73 irraa p yrnrr bDirpn» "«"înNi '■'nan itoi '3-1 bsrpn» nàt^i 
n^rt lîr^aa p yrw ^a y-nnsoa yabwa totd iiy ^73b nn» 
bj>-i "^n-ian hy rr*tiv p i.i^aài va»a '^naia ^iSrraofi by ©ni 
■»m"û aa73^ »"ip3 tiTabn pTltiaD carj an v»basn ^marn ^nbsn 
ira taan in^nan ^Nbeitt© ^n^bss irmai ^miaia Ti^a Trbzn 
'©y wd n»T73 "iTob bsin">n»"i yptp ^n» nn^a» piaoa Tatnu: 
aa->m«a ib»^' 1 »bu: nrasa ^» ymnsaa nabTa^an bDn^nxa wtoid 

1 Dans Berachot, ka (éd. Wilna), Maftéah, 12 J, Nissitn ne donne que cette ex- 
plication, qui est empruntée à R. Hauanel (voir le commentaire de ce dernier sur 
Sanhédrin, éd. Wilna). 

' •, elle explication provient également de R. Ilananel, qui la rapporte lui-même 
comme déjà connue. 

3 1 Chron., xxvn, 34. 

* Berackot, 3i; cf. 59a. 

5 Conformément à la Massora et contrairement aux éditions, qui portent : 'i p 'a. 

« e .itions : pi ts-ttim D" 1 "!!» ib» in^a» ^nma it n^in"» p nrraai 
p-a Knpa nTabi ^nbEn bri ^nnan bs» j ,ta ii-^ p in^33i n7:ii< t^nn 
*|a nnar ^cin y^sbc^'a iriboi p^nm ^rrnap "rna wdi ^nna 
a»i^ "p735 ï^sa^n n^. 

7 Les mots mis entre crochets manquent dans les éditions. 

8 Et non t^aiSïn, coni'ormément à la Ma?sora. 



NOTES ET MÉLANGES 297 

nurm ^b^rna p pan *imaa ba TtS ■ttsan 'vots ttc wa 
'ai nttsb ^a m b&ND'n fn ba ns\sn na ima» ©:pi t©*»si 
wbœn vman ^Tïîi»Vo attia t*npa rrab nb*ttb ©"TO "jvai 
ta^nm d^ix twwi ^aa linpa t-rab "jaaa ttT-nb w 'pfcifl 
flmtfi na •pjrbiBEta tnsim armai na "pTÈrora tmnà ^b 'eki 
■pab»"^ ptohnott "nn»*) 'ttiba aav ^jb^b r^as niai *p nnœi 
•je nmttb ifi TYwa a-naab aasn a? asv ar^ nns pbaH»i 

u»^M9err "rti abuî -ibbn manEtarr 



NOTES SUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE MAJORQUE 

Les horribles massacres qui frappèrent, en 1391, les Juifs dans 
presque toutes les villes de l'Espagne, traversèrent aussi la mer. 
Le 2 août 1 l'orage se déchaîna sur Palma, capitale de Majorque: 
300 Juifs furent égorgés. 800 se réfugièrent, grâce à la protection 
du gouverneur de l'île, dans la forteresse royale ; le reste accepta 
le baptême : tel est le récit d'un contemporain, Hasdaï Grescas, et 
son témoignage concorde avec les chroniques espagnoles. Parmi 
ceux qui avaient trouvé un asile dans la forteresse et qui ne s'em- 
barquèrent pas, à la faveur delà nuit, pour les États barbaresques, 
la plupart quittèrent la foi de leurs pères. Gomment se fait-il que 
les Juifs de Majorque embrassèrent en si grand nombre le chris- 
tianisme? 

Bien des éléments impurs s'étaient établis dans l'île de Ma- 
jorque pendant le cours des années. Les plaintes du rabbin Isaac 
ben Schéschet 2 et d'autres, sur ce que les Juifs de Majorque se 
distinguaient par leur humeur batailleuse et sur ce qu'il y avait 
parmi eux un grand nombre de délateurs, sont confirmées par 
plusieurs documents et témoignages tout récemment mis au jour 
par l'infatigable P. Fidel Fita et le savant Majorquin D. Gabriel 
Llabrès. 

Il s'était établi là des Juifs vagabonds des deux sexes qui, par 

1 La date du 2 août donnée par Salcet dans Villanueva, Viaje literario, XXI, 
p. 224, concorde avec l'indication de Crescas dans son epîtr* [Schevet Jehuda, éà. 

Wiener, p. 129) : n]^;'n n"p-iY*n mbnpa jmïi naiss uvn w*w spnb 

m 1X3 bÏ5N n"~l (DV) 'paŒ" 1 ; la néoméuie d'Eloul tombait le mercredi 2 août. 
Dans Salcet il iaut lire mercredi, au lieu de vendredi. 
* Consultations d Isaac b. îSchéschet, n°» 61, 37o, 



298 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

perversité ou à l'instigation d'autres individus, semèrent dans la 
communauté la haine et la division, et qui, par méchanceté, par 
envie ou par cupidité, dénoncèrent aux autorités ou accusèrent 
faussement des Juifs honorables, de réputation intacte et d'excel- 
lente conduite *. Sur les observations des représentants delà com- 
munauté, le roi Don Sanche ordonna (le 21 juillet 1319 et de nou- 
veau le 3 août 1324) que de semblables dénonciations ne seraient 
pas admises et que les perturbateurs et les délateurs seraient ex- 
pulsés. Aux termes du décret du roi Don Pedro, rendu le 7 mars 
1344, la loi du talion serait appliquée à tout Juif et à toute Juive 
qui aurait intenté une fausse accusation contre un Juif ou une 
Juive 2 . 

En matière de religion, la majorité des Juifs de Majorque pro- 
fesasit l'indifférentisme le plus absolu. Enorgueillis par leurs ri- 
chesses, ils ne se souciaient guère des prescriptions religieuses. 
Lorsque la terrible catastrophe du 2 août 1391 les atteignit, les 
conseillers leur promirent de leur donner, s'ils embrassaient le 
christianisme, une grosse somme d'argent, de sorte qu'ils seraient 
délivrés de tous les soucis matériels. Le grand Conseil ratifia 
cette promesse: vingt mille livres seraient comptées aux néo- 
phytes sur les fonds de la communauté. Les Juifs acceptèrent le 
marché. Lorsqu'ensuite, après le baptême, ils demandèrent l'ac- 
complissement du contrat et le payement de la somme promise, 
les conseillers nouvellement nommés traînèrent l'affaire en lon- 
gueur ; à la fin, non seulement ils refusèrent de payer la somme, 
mais ils repoussèrent la requête des intéressés, qui demandaient 
qu'il leur fût délivré une copie du contrat. 

Les néophytes firent une dernière tentative : par l'entremise 
de leurs représentants, Miguel Gracia, qui avait été le chef de 
la communauté sous le nom de Bonsenyor Gracia, et An- 
tonio Augusti, ils firent appel, le 14 mars 1392, au gouverneur 
de l'île , D. Francisco Çagarriga, parrain de Maymon Xullel, 
gendre du médecin Léon Mosconi. Ils lui exposaient que la 
ville leur avait promis, à eux et à d'autres « bons Juifs », de 

1 ... Ad nostram notitiam pervenisse quod ad civitatcm et regnum Majoricarum 
concurrunt passim Judei et Judée vagabundi, qui propter malitiam aut negligentiam 
aut per alios inducti, ponunt discordias et inimicitias inter judeos nostros dicte al- 
jame. Boletin delà real Acâdemia de Historia, XXXVI, 133 et suiv. Ibid., p. 143 : 
Significaverunt uobis fidèles nostri... quod nonnunquam aliqui judei, vilis condi- 
tionis et famé, sive ex causa malivolentie sive iuvidie aut ut ex timoré hujusmodi 
facilius extorqueant pecuniam ab eisdem, contra alios judeos bone famé et condi- 
tionis laudabihs invehentes, accusant et diffamant coram nostris ofûcialibus in nos- 
tris curiis dictos probos judeos et bonos in eorum magnum vituperium et jacturam. 

* Boletin, XXXVI, 276 ; cf. aussi 281 sq. 



NOTES ET MELANGES 299 

leur compter, s'ils se convertissaient au christianisme, vingt mille 
livres, ainsi qu'il ressortait nettement des livres du conseil de la 
ville. Mais comme la ville refusait maintenant de leur délivrer une 
copie de l'arrêt du conseil, ils priaient le gouverneur d'enjoindre 
à la ville de s'exécuter *. La démarche resta infructueuse. Les Juifs 
attirés au baptême par l'appât de l'argent n'obtinrent pas la copie 
de l'arrêt et encore moins la somme promise. 

Comme représentants des convertis figuraient dans cette 
requête : Miguel Gracia, déjà mentionné, Pedro Salvador ou 
Maymon Faraig, Juan Amat ou Mahaluf Faquim, Juan Fontcu- 
berta, qui portait comme Juif le nom de Jacefo (Joseph) Alatzar et 
qui acheta Sèder Moëd et d'autres ouvrages de la bibliothèque de 
Mosconi 2 , Juan Bo ou Bonjach Mani, Antonio Abraham Sesportas, 
Berenguer de Requesens, Gabriel Fuster ou Moxi (Mordechai) 
Natiar (Nagar) 2 , Pedro Fuster, fils de Maimon Natiar, Miguel 
Fuster et Juan Fuster, qui appartenaient aussi à la famille Natiar, 
Manuel Fontcuberta ou David Dauha, et Galceran de Requesens 
ou Struch Saydo 3 . 

Les descendants de ces convertis, qui n'étaient pas appelés 
Marranes comme en Espagne, mais Chuetas, existent encore 
aujourd'hui et portent les noms qu'il y a plus de 500 ans, 
les aristocrates de l'île donnèrent aux néophytes. L'un d'eux, 
M. Ricardo Fuster Villar, répondit l'année passée à la ques- 
tion de l'origine du nom « Chueta 4 . » Gomme les chré- 
tiens ne cessaient pas de les railler, les con vertis firent 
parade de manger de la viande de porc (chuya). De là le 
nom de Chueta, qui est un diminutif de Chuya b . Longtemps 
ils furent exposés à toutes les vexations et à tous les mau- 
vais traitements. C'est seulement Charles III qui défendit 
d'appeler Chuetas les descendants des Juifs de Majorque. Ils 
restèrent cependant les « hijos de la Ca.lle », « les individus de 
la juiverie ». En 1857 parut encore contre eux un ouvrage, La 
Sinagoga Balear, Histona de los judios de Mallorca por Juan 

1 — Eu temps que los desus nomenats e altres, qui scauipats eren de la cruell 
distruccio del (Calle) habitaven eu lo castell reyal de Mallorques sots guarda de la 
proteccio del dit senyor Rey e de vos, molt honorable Mosser lo governador, que si 
los desus nomenats et altres bons juheus se ieyen christians, que la dita ciutat pa- 
garia en descarrech de lurs deuies vint milia lliures de reyals de Mallorques de me- 
nuts, segons que clarament apar per la determinatio del conseil. Extrait des Ar- 
chivo de la Audiencia, dans Bolelin, XL, 152 et suiv. 

1 Voir Revue, XL, p. 168 sq. 

3 Boletin, XL, p. 154. 

4 Alrededor del Mundo, Revista ilustrada, aiïo II, n° 56, o. 622. 

5 Kayserling, Gesch. der Juden in Navarra, den Baskenlàndern und auf den Ba- 
learen, p. 180 p 



300 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de la Puerta Vizcains (Valencia). Mariano Aguilô , le défunt 
bibliothécaire de l'Université de Barcelone, disait à un de mes 
correspondants de cette ville que ce livre ; qui énumère les noms 
des Juifs condamnés jadis au supplice du feu, fut écrit pour 
extorquer de l'argent aux descendants de ceux-ci ; mais l'auteur en 
fut pour ses frais: « les individus de la Juiverie » firent retirer en 
secret tous les exemplaires de l'ouvrage. Il n'en manque que trois 
que l'on paierait fort cher si on les trouvait. 

M. Kàyserling. 



UN OUVRAGE INCONNU D'UN SAVANT ITALIEN 



Le médecin Yehiel ben Yekouthiel ben Benjamin, de la famille 
d'Ànaw de Rome, qui, outre la médecine, cultivait la littérature, 
fut aussi un poète synagogal et écrivit un ouvrage de morale 
Maaloth ha-Midot, intitulé aussi Beth Middoi K . Mais, à ma 
connaissance, personne n'a encore remarqué qu'il composa, en 
plus de ce traité de morale pratique, un petit livre sur les règles 
de l'abatage. Cet écrit s'est conservé en manuscrit dans un re- 
cueil qui se trouve à la Bibliothèque épiscopale de Tolède. 11 con- 
tient sept pages et a pour titre : b&orp 'i -ûtkd ïwniB rrobrrp û^s 
•pfc^n -a birmpi ia. 

Dans l'introduction de cet ouvrage, comme dans celle de son 
Ethique, l'auteur n'est pas tendre pour ses contemporains, sur- 
tout pour les rabbins, qui, dans leurs ouvrages, imposent au 
peuple des aggravations aux règles, mais qui se permettent 
à eux-mêmes ce qu'ils défendent au peuple. Il leur reproche de 
bien vivre aux frais de leurs communautés, mais d'être introu- 
vables, dès qu'on leur demande un service. Voici le texte de cette 
introduction : 

b* û^aibntti fcawintt rwïi -naa banw ■»» r-naibn na "tom 
wp naiann -an msm "»b*3 bsiztfi rra -raab irrawi bsian ■»«»« 
EïWti ûrart ^iB38 ïtewi Wip n-nnn "Hftib jhto ^an maoi npb 

1 On peut voir sur lui : Zunz , Literaturgeshcichte der synagogalen Poésie , 
p. 351 ; Giidemann, Geschichte des Erziehungswesens und der Cultvr der Juden in 
lia ien, p. 196 sqq. ; Vogelstein-Rieger, Geschichte der Juden in Mom, I, 393 sqq. 



NOTES ET MÉLANGES 301 

ta^oi d-niaa d*a lâmm d^wz) d^awi toi-pitti» by d'WDprj 
orobn np-^i trhrw b* ai-v^rrai i^s? b* d^p^i tarnso a-narrai 
rrrrib bxb toh û^annttn d^babi dnsb dïtodsi ûnnroi s^bin wn»a 
-jbm p*i a-rnb d-htoi tapanarai ï&tttti ■«» airrab "pmb tarp-wa 
tarpabn aia ns bnaabi ûïrb*tt nw orofiib nb'V '3 t* in a\aa in hrra 
unna ras» nwn «nrp îanm ainob taïitt ina* finp"» as tawdbi 

.tznswa i«a dnaa i«a 

L'auteur termina son ouvrage le 10 janvier 1275, comme il est 
dit à la fia : îa^nb jtw «""«a *n r»ba na^mî rnabn "«pOTD TObœs 
?nu5iai qbN roui ara *"ab rttt»m fc^iabtzn a-'oba niattn roui aan: 
bYWi man fnrib tawflttn. Dans le même recueil manuscrit se 
trouvent aussi des na tama« 'i na^n nm iicrniB mabn vpm 
aav. C'est probablement cet Abraham bar Joab qui était, au 
commencement du xi* siècle, membre du collège rabbinique de 
Rome 4 . 

M. Kayserling. 



UN DROIT PERÇU SUR LES JUIFS ÉTRANGERS 

VENUS EN FRANGE AU XVII» SIÈCLE 

Au cours de recherches que nous sommes en train de faire 
aux Archives communales de Marseille, nous avons eu la bonne 
fortune de trouver les deux lettres que nous publions aujour- 
d'hui. Elles sont dans un énorme Registre, formé de quarante-six 
cahiers, sur lesquels ont été transcrites les lettres écrites par 
l'Administration municipale de Marseille de 1640 à 1669. Nous 
n'avons pas besoin de faire remarquer ici toute l'importance que 
peut avoir un semblable recueil pour l'histoire générale de Mar- 
seille au xvn e siècle, puisque la vie municipale, politique et com- 
merciale de la ville y est ainsi rapportée au jour le jour. Ce qui 
nous occupe pour le moment, c'est de déterminer quelle contri- 
bution ces lettres peuvent apportera l'histoire des Juifs en France 
au xvir siècle. 

L'une de ces lettres est datée du 13 novembre 1658, la seconde 
du 15 décembre de la môme année. Elles sont écrites toutes deux 

1 Vogelstein-Rieger, op. 'ci t., I, 356 sqq. 



302 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

par les Consuls de Marseille aux Consuls-Gouverneurs de la ville 
d'Arles. Elles ont toutes deux un objet identique. 

Par la première, les Consuls de Marseille transmettent aux Con- 
suls d'Arles, en leur demandant de s'employer activement pour 
leur faire obtenir justice, la plainte de deux Espagnols qui, pas- 
sant à Saint-Martin- de-Crau pour se rendre en Italie, ont été 
arrêtés et dépouillés de leur argent par un nommé Lévy, « sous 
prétexte qu'ils étaient Juifs ». Ce qui aurait permis audit Lévy 
d'agir ainsi, à l'égard de ces deux voyageurs, c'est qu'il « a cer- 
tain droit à prendre sur les Juifs étrangers qui passent en 
France ». Ce n'était pas d'ailleurs son coup d'essai : déjà, quelques 
jours auparavant, il avait dépouillé un autre gentilhomme espa- 
gnol, qui en avait porté plainte aux Consuls de Marseille; mais, 
comme il se trouvait alors à Marseille même, les Consuls étaient 
intervenus et lui avaient fait restituer à sa victime tout l'argent 
qu'il lui avait enlevé. 

La seconde lettre rend compte d'un troisième fait analogue, 
qui se serait passé sur la route d'Arles à Marseille, successive- 
ment à Saint-Martin-de-Crau, puis à Saint-Chamas, et dont au- 
rait été victime une caravane de marchands français, espagnols 
et portugais, sous le même prétexte qu'ils étaient Juifs, alors 
qu'ils ne l'étaient pas. 

Nous pouvons tirer de tout cela un certain nombre de conclu- 
sions intéressantes. 

La première, c'est que, en dépit des Edits royaux interdisant 
aux Juifs de séjourner en France, l'usage avait apporté quelques 
adoucissements à la rigueur des prescriptions des ordonnances. 
La royauté française, toujours besoigneuse, avait, moyennant 
finances, accordé aux Juifs étrangers le droit de passage. La chose 
est formellement établie par nos documents. Ils représentent tous 
deux le sieur Lévy comme ayant « certain droit à prendre sur les 
Juifs étrangers qui passent en France ». Ce droit est un droit 
royal, dont le sieur Lévy aurait été le fermier, le prélevant au 
nom même du Roi. En effet, la lettre du 15 décembre montre des 
gens à cheval poursuivant, dès leur sortie d'Arles, les six mar- 
chands qui ont porté plainte, et l'un des cavaliers, après avoir 
atteint et saisi la bride du cheval de l'un d'entre eux, « lui faisant 
commandement de la part du Roi d'arrêter, sous prétexte qu'ils 
étaient Juifs et qu'ils avaient commission dudit Lévy ». Les voya- 
geurs réussissent à échapper, mais, le lendemain, ils sont atteints 
à Saint-Chamas, « par lesdits hommes à cheval avec des fusiliers 
à pied », et leurs valises sont saisies « après y avoir fait quelques 
procédures ». Le nom du Roi invoqué pour que la petite troupe 



NOTES ET MÉLANGES 303 

s'arrête à la réquisition de ceux qui les poursuivent, les procé- 
dures qui suivent la saisie de leurs bagages, indiquent bien que 
les hommes qui agissent par mandat de Lévy sont réellement 
investis d'une sorte de mandat public. 

Les lettres ne nous disent malheureusement pas en quoi consis- 
tait exactement le droit de passage perçu sur les Juifs étrangers. 
Son acquittement entraînait-il le droit de séjourner en France' 
pendant un intervalle de temps fixé d'avance avec le droit d'y 
faire du commerce? ou bien, les Juifs étrangers qui satisfaisaient 
aux exigences du fermier acquéraient-ils seulement le privilège 
de traverser la France pour se rendre d'une frontière à l'autre? 
C'est ce que, pour le moment, il ne nous est pas possible d'établir. 

Du moins, nous sera-t-ii permis de croire que, du moment que 
les documents nous parlent du droit perçu « sur les Juifs étran- 
gers passant en France », c'est qu'il y avait en France des Juifs 
qu'on ne considérait pas comme des étrangers et qui étaient 
exempts, sinon de tous les droits, du moins de celui qui était 
perçu sur leurs coreligionnaires de l'étranger. Ce qui, à notre avis, 
nous paraît justifier notre hypothèse, c'est le nom même du per- 
sonnage qui percevait ce droit et contre lequel sont dirigées les 
plaintes des Consuls de Marseille. La lettre du 13 novembre 1658 
l'appelle Lévy ; celle du 15 décembre, l'appelle de Lévy la pre- 
mière fois, et simplement Lévy, une seconde fois dans le cours 
de la lettre. Il ne paraît pas que le doute puisse être possible : 
c'est très probablement d'un Juif qu'il s'agit. 

Ce qui permettrait encore de le supposer, c'est la facilité avec 
laquelle les Consuls de Marseille se sont rendus aux raisons du 
premier plaignant. « Emus et touchés de compassion », disent-ils, 
« nous voulûmes approfondir cette affaire ; et, se trouvant, par 
bonne fortune, que ledit sieur Lévy était en cette ville, après 
l'avoir ouï, et reconnu qu'il n'a pas pu mettre la main sur lesdits 
deniers puisque véritablement ledit gentilhomme n'était point 
Juif, nous fîmes qu'il lui rendît une lettre de change de trois cents 
écus qu'il lui avait prise et qu'il lui en fît une autre en son propre 
pour les trois cents écus qu'il lui avait aussi pris en deniers. . . » 
D'habitude, quand un marchand, même Marseillais, avait à se 
plaindre d'un simple commis d'un fermier de droits domaniaux, 
on n'allait pas si vite en besogne. Les Consuls accueillaient bien 
la plainte de la victime, mais ils n'avaient aucune autorité pour 
régler le différend à sa satisfaction et il leur fallait souvent solli- 
citer et attendre un arrêt du Parlement de Provence, et parfois 
même du Conseil du Roi. Le Registre de correspondance, auquel 
nous empruntons nos deux documents, est plein de preuves à 



304 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'appui de ce que nous venons d'avancer. Il faut donc que le person- 
nage, coupable de l'exaction, ait été de bien médiocre importance 
pour que les Consuls aient pu en user à son égard comme ils l'ont 
fait. Ils ne pouvaient avec tant de hâte prendre contre lui même la 
défense d'un étranger, que parce qu'il ne comptait pour ainsi 
dire pas, étant mis hors de la loi commune par sa qualité de Juif. 
Il n'en est pas moins intéressant à constater que, au milieu du 
xvn e siècle, on tolérait la présence des Juifs à l'intérieur du 
royaume et que ces Juifs pouvaient devenir fermiers d'un impôt 
public. 

Ad. Crémieux, 

Professeur agrégé d'histoire au lycée de Marseille. 



DOCUMENTS. 

I 

Les Consuls de Marseille aux Consuls-Gouverneurs de la ville d'Arles. 

13 novembre 1658. 

Il y a quelques jours qu'un Gentilhomme Espagnol nous vint 
porter plainte que le sieur Lévy, qui a certain droit à prendre sur 
les Juifs étrangers qui passent en France, supposant qu'il était juif, 
lui avait pris l'argent et les lettres de change qu'il portait, ce qu'il 
attribuait à une pure volerie faite à un pauvre étranger. De quoi 
ayant été émus et touchés de compassion, nous voulûmes appro- 
fondir cette affaire; et se trouvant par bonne fortune que ledit sieur 
Lévy était en cette ville, après l'avoir ouï, et reconnu qu'il [n'a] pas 
pu mettre la main sur les dits deniers puisque véritablement ledit 
Gentilhomme n'était point juif, nous fîmes qu'il lui rendit une lettre 
de change de trois cents écus qu'il lui avait prise et qu'il lui en fit 
une autre en son propre pour les trois cenls écus qu'il lui avait aussi 
pris en deniers. 

Aujourd'hui, deux autres Espagnols, qui s'en allaient en Italie, 
nous sont venus porter une pareille plainte, nous disant que, étant à 
Saint-Martin-de-Crau, ledit Lévy, sous prétexte qu'ils étaient juifs, 
leur avait aussi pris et emporté tout leur argent, consistant en 
57 pistoles pour uh et kl pistoles 18 piastres pour l'auire, et que, 
néanmoins, reconnaissant qu'ils étaient véritables Espagnols, même 
après les avoir visité à nu, touché de quelques remords, il leur avait 
rendu dix pistoles à chacun avec les dites 18 piastres et retenu tout 
le reste. Nous avons reconnu, par la sincérité de leurs discours, par 



NOTES ET MÉLANGES 305 

le témoignage d'un chevalier de Malte Espagnol qui les a accom- 
pagnés et par les lettres et dépêches qu'ils portent avec eux, que 
certainement ils n'étaient point juifs. Et cela a fait que, ayant eu les 
mêmes sentiments, et croyant que nous ne sommes pas seulement 
obligés de protéger nos citoyens, mais encore les pauvres étrangers 
qui viennent en cette ville sous la foi publique, que nous devons 
départir notre protection à ces deux comme à l'autre. Ne le pouvant 
pas faire de la même façon, vous aurez agréable que, attendu la 
résolution qu'ils ont prise pour demander justice, nous les accom- 
pagnassions de cette lettre pour vous prier, messieurs, comme nous 
faisons très effectivement, de vouloir leur départir votre autorité et 
protection pour avoir la justice qu'ils espèrent et qu'il vous plaise 
tenir la main à ce qu'on ne continue pas d'exercer semblables 
oppressions qui sont désagréables à Dieu et aux gens de bien, inté- 
ressent le commerce et peuvent mettre ce pays en mauvaise odeur 
parmi les étrangers. . . 



II 

Les Mêmes aux Mêmes. 

15 décembre 1658. 

Voici encore une nouvelle plainfe contre le sieur de Lévy pour 
raison du don qu'il dit avoir sur les Juifs étrangers passant en 
France, qui nous a été portée par le sieur de Roche, marchand de 
Lyon, messire Gaspard Dominique du Grand de Valence, en Espagne, 
Pierre Napollon, fils de Frédéric, marchand audit Valence, ledit 
Frédéric fils de Pierre Napollon de cette ville, messire Gaspar Bar- 
bosa Vélo prêtre, et Bernard Perero Pinto de Vieno en Portugal; les- 
quels de Roche, du Grand et Napollon étant partis ensemblement 
dudit Valence et ayant trouvé à Toulouse les dits Vélo et Pinto, se 
seraient tous joints ensemble pour venir en cette ville, et, ayant 
passé en Arles, comme ils en partirent, ils furent suivis par quelques 
gens à cheval qui leur passèrent devant et les allèrent attendre à 
Saint-Martin-de-Crau où ils croyaient qu'ils devaient prendre logis. 
Mais comme ils virent qu'ils passaient outre, l'un des dits hommes à 
cheval, nommé Blanc, saisit la bride du cheval à un des dits Por- 
tugais, lui faisant commandement de la part du Roi d'arrêter, sous 
prétexte qu'ils étaient juifs et qu'il avait commission dudit Lévy. 
Mais s'étant les dits marchands mis en défense se seraient fait quitter 
et pris leur chemin vers Saint-Chamas où ils furent encore suivis 
par les dits hommes à cheval avec les fusiliers à pied. Auquel lieu de 
Saint-Chamas, le lendemain, lesdits marchands furent saisis avec 
leurs valises, après y avoir fait faire quelques procédures; mais ne 
leur ayant trouvé aucun argent, ils se firent donner par force audit 
de Roche, marchand de Lyon, 48 pistoles d'Espagne et lui prirent 
T. XLIV, m 88. 20 



306 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

encore ses deux pistolets, disant qu'il avait l'argent des dits mar- 
chands et qu'ils étaient juifs, comme encore prirent une pièce toile 
fine appartenant audit Pinto. 

Et comme, Messieurs, nous avons reconnu, tant par leurs discours 
que par le témoignage de plusieurs marchands de cette ville dignes 
de foi et de créance qui négocient audit Valence et encore par les 
parents dudit Napollon, qu'il n'y a aucun des susnommés qui soit 
juif, nous avons cru être obligés d'accompagner de cette lettre le 
sieur de Roche qui s'en va à Arles pour demander justice de cette 
violence et oppression, et vous prier, comme nous faisons, de tout 
votre pouvoir, de lui vouloir départir votre autorité et protection afin 
qu'il ait la justice et la satisfaction qu'il espère. Vous savez très 
bien, Messieurs, le sort que cela peut faire à la bonne réputation et 
liberté du commerce de ce pays, ce qui nous fait espérer que notre 
prière ne vous sera pas désagréable... 



BIBLIOGRAPHIE 



Wilhelm-Gesenius' Hcbraeisclie Grammatik vœllig umgearbeitet voa 
E. Kautzsgh, sieben und zwanzigste vielfach verbesserte und vermehrte Auflage. 
Leipzig, 1902. 

Nous avons parlé ici même de la 26 e édition de la grammaire hé- 
braïque de Gesenius, publiée par M. Kautzsch et qui a paru en 
1896. Le fait qu'une 27 e édition est devenue nécessaire au bout de 
six ans prouve combien cet ouvrage est estimé en Allemagne et 
ailleurs. Le succès qu'il continue à rencontrer tient, comme nous 
l'avons déjà dit, à la clarté avec laquelle les règles sont exposées, 
et aussi au juste milieu que l'éditeur sait conserver entre une 
grammaire élémentaire et une grammaire destinée aux spécialistes. 
Toutes les questions sont traitées d'une manière complète, mais sans 
développements excessifs. 

M. Kautzsch s'efforce dans les éditions successives de son livre de 
le rendre d'un usage encore plus commode, en y apportant des amé- 
liorations dont ou doit lui savoir beaucoup de gré. Dans l'édition 
présente les paradigmes avec les index et les fac-similés forment un 
fascicule séparé, qu'on peut consulter sans avoir à tourner les pages 
du livre. Les paragraphes et alinéas, d'après lesquels on cite habi- 
tuellement la grammaire, sont marqués au haut de la marge exté- 
rieure, tandis que la pagination est placée au haut de la marge in- 
térieure. Tous les titres des pages en indiquent le contenu au lieu 
de présenter des désignations générales. 

Comme innovations de fond nous devons signaler une addition 
très utile, c'est celle d'un petit lexique des termes masorétiques 
(§ Md-e). Pour bien des lecteurs de la Bible ces termes sont souvent 
inintelligibles. Les paradigmes ont été augmentés d'un tableau des 
verbes ïTb avec suffixes. L'index des mots ne contient plus seu- 
lement les expressions techniques, mais le fils de M. Kautzsch y a 
ajouté tous les mots hébreux expliqués dans le cours du livre, en 
notant, à l'aide de signes spéciaux, les formes douteuses ou fausses. 
Le fac-similé de l'inscription de Siloé est accompagné d'une belle 
phototypie, et un nouvel et excellent tableau des formes de l'ai- 



30S REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

phabet hébraïque, en vingt-six colonnes, a été tracé par M. Lidz- 
barski, l'auteur bien connu du Manuel d'épigraphie sémitique. 

M. Kautzsch a mis sa grammaire au courant des travaux de phi- 
lologie sémitique qui ont paru depuis la dernière édition, et son ou- 
vrage peut servir de répertoire pour les monographies grammati- 
cales. Dans son avant-propos, M. Kautzsch dit qu'il a conscience de 
chercher toujours à apprendre. On peut rendre témoignage au sa- 
vant professeur de Halle qu'il ne met aucun faux amour-propre à 
maintenir ses anciennes opinions. S'il m'était permis de faire un 
reproche à M. K., ce serait plutôt qu'il accepte trop facilement les 
nouvelles théories. Les racines y"y et i'y traitées comme bilitères, les 
segolés ramenés à des formes bivocaliques, le pronom niDN changé en 
démonstratif ne m'avaient pas paru constituer des progrès dans la 
26 e édition. Je ne puis pas non plus approuver les innovations de 
la 27 e éd. concernant la métrique hébraïque, les désinences î et ô et 
l'explication des formes masculine et féminine des noms de nombre. 
Je crois aussi que la transcription du span ynp par a surmonté 
de o est de nature à troubler les commençants et à les induire en 
erreur sur le son et l'origine de cette voyelle. 

M. Kautzsch explique pourquoi il n'a pu introduire les change- 
ments de paragraphes et d'alinéas que quelques-uns, dont nous 
sommes, auraient souhaités: La grammaire de Gesenius est si souvent 
citée qu'il est impossible d'en remanier l'arrangement à chaque nou- 
velle édition. Cependant il semble désirable que les modifications de 
ce genre ne soient pas écartées pour toujours. On pourrait, par 
exemple, les exécuter au début de chaque série de dix éditions. 
Nous souhaitons de tout cœur à M. Kautzsch de voir paraître la 
trente-et-unième édition de son livre et nous réservons pour ce mo- 
ment nos observations tendant à transposer des paragraphes et des 
alinéas. 

Pour terminer les critiques d'ordre général, nous dirons que, lors- 
qu'il s'agit d'appuyer des règles incontestées, il ne semble pas néces- 
saire de citer de nombreux exemples, et que les citations douteuses 
devraient être reléguées dans les remarques et les notes. Par contre, 
il serait bon que les quelques exemples choisis fussent toujours ac- 
compagnés du texte hébreu. On regagnerait de la place en suppri- 
mant toutes les citations superflues. 

Il nous reste à donner une série d'observations de détail, que 
M. Kautzsch voudra bien considérer comme une faible contribu- 
tion à son excellent manuel grammatical de la langue hébraïque : 

§ 2s. "P3N ne se rencontre pas, et il est possible que l'état absolu 
soit "pajst comme l'état construit; cf. TOa. — IHd., v. E]pn ne se 
trouve, pas avec le sens de ytttf. 

§ $d. Dans la Revue, t. XVIII, p. 423 et suiv., j'ai essayé de dé- 
montrer que la véritable prononciation des noms des voyelles était ! 
nnp, -nat, pnn, y?jp, ûbn, pnp et biao. —Les noms -nia et ynp 

sont plus modernes et traduisent l'arabe ")03 et Si* Cependant la 



BIBLIOGRAPHIE 309 

Masora connaît un dis yidp opposé à dis fc*b» (Bâcher, Anfdnge der 
hebr. Gramm., p. 16, note 6). — Ib. o. Dans irûlta, dont la vraie ra- 
cine est ^vb,il y a une sorte de Qeré Kètib (cf. %, tWft rac. 11$) et proba- 
blement aussi dans Tbîp et D^TU. Les autres exemples de ^ suivi de 
daguesch sont dus sans doute à des fautes de copistes. 

§ 15/". Comme les accents n'ont qu'une valeur relative, on ne peut 
pas dire que le petit zakéf ait en soi une plus grande force que le 
grand zakéf. —Le 1D"1^ n'est jamais, que nous sachions, appelé 
t^tt^ip. Les noms N?3^p et r*»4bîN désignent un même accent conjonctif, 
et, par suite d'une erreur, on a dit r^bTio awip pour E3W r<bTN. 

§ \6d-f. La règle générale du mètèg est qu'on le donne à tonte syl- 
labe ouverte séparée du ton au moins par un 22 KlttJ. Cette règle réu- 
nit \ a), b) a, 8 et 2 b). — 1 b) [3, y, ç vont ensemble ; de même 1 b) e 
et 2a). 

§ 20 £ : Mettre : Dans ^p-pn le scheva du premier liaf est un 
scheva médium ; autrement il faudrait ffnnn (non pas ïp*T3Fi). — Ib., 
f, g. Il est plus correct de ponctuer p^rrra avec jietâh. — Ib., k : 
Le daguesch de rîSïi est étymologique ; en arabe hunna = hum-na. — 
lb.,m. Le 73 de "«aïjUJîa (Gen., xxvu, 28 et 39) paraît avoir été con- 
sidéré par la Masora comme un préfixe et non pas comme la prépo- 
sition "je. En fait, on attendrait OTMj car ù*$aç n'existe pas. — 
tisbtpîp est sûrement un nom spécial ; autrement il faudrait TObtè. 

§ 22 c Ce n'est pas le daguesch virtuel qui permet de conserver 
une voyelle brève devant une gutturale, mais la nature même de la 
gutturale. Dans ^fitt il n'y pas de daguesch virtuel, puisqu'en arabe 
le mot est ahad sans redoublement du hêt, et le pluriel est d^ntf 

— Ib., d. Il aurait été bon de citer un exemple de a pour o, comme 
rW pour rOT (cf. r) et de remarquer que jamais une des gutturales 
Tt, n, y n'est précédée, à la fin du mot, d'une voyelle brève autre que 
tins. — Ib., e. Il est à remarquer que les verbes à deuxième ou troi- 
sième gutturale ont souvent é au passé (en éthiopien c'est une règle 
absolue). — Ib., i. Dans EJarn, *rtfctt il y a dissimilation de la voyelle. 
Dans les verbes *'b, H et n prennent un into sous l'influence du yod 
final de la racine. — Ib., n. Si des grammairiens ont parlé de ï**vû) 
Œ:n et riD-i ^itt, cela doit signifier C*«ru23 suivi d'un ©AT, B*mD suivi 
d'un !iD"i. Mais quels sont ces grammairiens ? 

§ 26 £. Il n'y a pas de daguesch virtuel dans le n de d^fiN et de 
mnnri. 

§ 29 c : L'influence du vav consécutif au passé n'est pas mention- 
née. — Ib., g. nnx n'a pas de daguesch virtuel. — Ib., s. Le chan- 
gement de "nat en ynp dans nnd, nnd ; oatDi cadlû n'est pas indiqué. 

§ 30 h. Il vaudrait mieux laisser de côté des racines aussi dou- 
teuses que odp (oip?), bbj> et nbp, Trp. — La racine bilitère de Od3 
peut être da, comme dans ^3. 

§ 32 c. Lire Ps., cxix, [1]25. 

§ 35 #. L?s règles du "Jin de 12 après l'article sont inexactes et en 



31 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

contradiction avec § 20 m, note. En fait, le daguesch est toujours 
conservé, excepté au participe du piél et du poual. 

§ 36. ""fcbiaa (Jonas, i, 7) n'est pas mentionné. 

§ 37. ïir« manque ici, comme dans § 4 37. — Ib., b. Si îro venait 
de ntt , le tav serait resté, comme il reste à l'état construit des 
noms. C'est seulement à la pause (cas le plus rare) qu'il aurait pu 
tomber. — Ib., d. Les règles pour la vocalisation de ïra peuvent 
être précisées : îiJp se trouve toujours devant l'article ïi (excepté 
Eccl., ir, 12) ; il se trouve encore devant n dans ïtatti fteri et dans 
Hab., ii, 18; Esth., i, 26 ; devante (en dehors de y) dans Gen . , 
xxxi, 32; II Rois, vin, 13. Ttft se trouve devant ïi, n, fi, 9 ; de plus 
dans Eccl., n, 22; devant y dans Jos., vu, 25; II Sam., ix, 8. fitt se 
rencontre avec Cjptt devant t^irt et fcon (mais r^irr TH2 y Esth., vin, 
20) et devant il (Gen., xxxi, 39; Job, xxi, 21). Les règles de ï~lï2 sont 
applicables à nttn (excepté I Sam., xiv, 36). — Ib., e-f. Il est inexact 
que ïrtt (en dehors de ïtab) se trouve devant des non-gutturales. — 
Ib.,g. Il aurait fallu renvoyer à § 137 c. 

§ 45 b. cf. 46 a ; 84 a, c. Il n'est pas prouvé que l'infinitif bbp et 
les formes semblables viennent de qutul. Il est vrai que ces formes 
ne proviennent pas de qutl, mais la forme originelle est qtul. 

§ 48 c. Il est inutile de supposer que le a du cohortatif vient de an. 
Ce peut être Va du subjonctif, confondu avec le futur impératif. 
C'est plutôt an ou anna en arabe qui sont composés de a -f- na = £W, 

§ 49 e. C'est presque partout que l'on rencontre l'orthographe ûpan 
[et de même ûÇÇ'VI, ce qui prouve que la prononciation primitive 
était D^io, &PJ&JJ. — Ib., h. nanpn dans Jér., n, 2, et ni, 12, est milleél, 
comme partout ailleurs. L'accent étant post-positif ne prouve rien. 
Il semble qu'en principe le ton ne recule pas lorsqu'il y a trois 
syllabes ouvertes : "Tï&np"i mta:n ; mais l'analogie a pu amener des 
exceptions, commme n&om (Gen., xxvn, 10), viNittai» etc. 

§ 50 c. Il vaudrait mieux mettre nbap avant ttbç'p, qui est tout 
à fait exceptionnel. ïlbop aurait pu être signalé.; cf. 80 0; 84 as. 
— Jb., f. *pttN n'existe pas ; ntoï et nn« sont probablement des ara- 
maïsmes (= TWi TW$ et peut-être aussi maa (= "prrij. 

§ 52 c. Au lieu de fém. devant ïitt, lire neutr. ? — Ib., k: Dans les 
exemples de piél intransitif il se peut que le pnn ait remplacé le 
"pop et qu'il y ait eu primitivement le poual. 

§ 53 e. ûbn au hifil n'est pas intransitif dans le sens de « être 
sain » et cf. 0. — Ib., f. Nan au hifil n'est intransitif que dans le 
sens de manquer un but. — Ib., n. Il aurait fallu noter que la pre- 
mière personne après le vav consécutif est presque toujours écrite 
sans yod. 

§ 55 #. Mettre les exemples "iWirfrl et 'UWJin'n pour le hitpoel. — 
Ib-, f. ysrh peut être un adjectif de "pb, comme bbn* de bv, mïï 
deTTÔ, etc. Voir Revue, t. XXIV, p. 107, note 2, et XXXI, p. 276; 
Barth, Semitic Studies, p. 82 et suiv. Ces adjectifs ne sont pas men- 



BIBLIOGRAPHIE 311 

tionnés dans le chapitre des formes nominales. — Ib., k. Le passé du 
hitpaél dans l'hébreu de la Mischna n'a pas souvent, mais toujours 
un noun. 

§ 60 b. Nous avons déjà observé [Revue, XXXI, p. 133) que, en arabe 
aussi, on rencontre nu'buduhum pour na'buduhum (Fleischer, kl. 
Schriften, I, p. 98, cité par Noeldeke, W.Z.K.M., 4894, p. 258). Il y 
a là encore un reste d'influence du suffixe primitif hum. — Ib., h. 
Il est possible que daus 'pnïT 1 (Zach., xi, 5) le noun se rapporte à 
•jttir , qui est un féminin pluriel. Mais il est encore plus probable que 
ce mot devrait se lire l^nïT^ ce qui donnerait un exemple de la ter- 
minaison )-.. "itti25N\ qui suit, serait une faute pour dtb&p (ce mot 
est devant un vav), cf. *i»fcp ïïrn^ttn et b?2ni t**b birô.TTi (pour 

•JÏWWI). 

§ 64 f. Au lieu de dire « dans quelques formes », il aurait mieux 
valu préciser : On trouve N devant les suffixes, si la syllabe est 
ouverte (^bgïp, ■SfbÉHp, wbg»), N, si la syllabe est fermée ITOÎ&M&). 
En outre, on trouve dnbaiD et, par contre, Jibarô, ^b«u3 

' v : v : ' * T T T T T • 

§66/'. nçp, etc. est plutôt le qal dennn que le nifal. 

§ 67 £. un répond à qatil y ftfàn à qatilat et ^an à qatiloû. 

§ 69 c, l. Supprimer le mot hopkal, car le hophal ne prouverait 
rien : Après ou on mettrait un vav, même dans les ">"D. En hébreu 
il n'y en a pas d'exemple, mais en arabe on dit moûsir, de yasira. — 
Ib., m. Le § 94 f, auquel on renvoie pour nN£ = nN2£ parle d'autres 
formes et, dans §76#, na£ est dérivé de riittt. nN£ n'a pas dû exis- 
ter. — Ib., u : FPP « jeter » se rattache vraisemblablement à *P 
« main » ; par conséquent, c'est un vrai ">"e ; ce n'est pas la même ra- 
cine que ïVP « rendre grâce » == "'Tl. — Ib., x. ^bn « marcher », dé- 
signant un mouvement du corps, a dû subir l'influence analogique 
des verbes «P, y&\ TP, ib"», &p\ 

§ 72 m. L'explication, donnée au nom de M. Barth, de la forme 
Ûttip (voir ci-dessus à propos de 55/") est inconciliable avec la théo- 
rie des racines bilitères 1"2. — Ib., w. ïlfiûtt qui est tout à fait ir- 
régulier pour ïirnorr, aurait dû être mis à part. — Ib,, aa. Il eût 
été bon de dire que ^V.®) est généralement écrit sans yod. 

§ 74 e. Même filÉTij?'] ne serait pas tout à fait correct ; il faudrait 
^çopl. — Ib., i : n»gÊ est pour nfiWjifa ; cf. 76 b. 

\ 75c. Pourquoi mentionner ici l'exception du nifal à l'infinitif 
construit, tandis que celles du qal ne viennent que dans ni — Ib., n 
et aa. Il est bien plus naturel de voir dans nh un infinitif hifil de 
*rrp et de considérer iaH comme égal à "i^ que d'y voir des pas- 
sifs, ce qui est contraire au contexte et aussi au génie des langues 
sémitiques, qui n'ont pas d'infinitifs passifs. — Ib.,p. Le texte hé- 
breu qui a servi aux traducteurs de la Septante n'a pas pu influer 
sur la vocalisation masorélique. — § 75 w. Après V.?^, lire Deut., 
vin, 13. 

§ 76/". Même remarque que 69 w. — Ib., i. ^n ne signifie pas 
« vie »; cf. 93 aa. 



312 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

§ 8O/7. Il n'est pas sûr que le n dans nNp soit la marque du fé- 
minin. Il peut appartenir à la racine. 

§ 84 a-c. Si y\ « assez » est un nom, on ne peut le séparer de 
l'adjectif S*» « nombreux » ; mais il peut être aussi le passé du verbe 
nm. an lui-même est de la forme qatil, et non pas qatl; de même 
an. — Il n'est pas sûr que n^ap (— maia) vienne de ^aiâ et signifie 
captivité. Il aurait mieux valu prendre rVH3 comme exemple. — 
Ib., f. ïTp"} peut se rattacher aussi bien à la forme galil qu'à la 
forme qataL Il aurait mieux valu citer ttj© ou un autre substantif. 
— Ib.,g: Il n'y a aucune raison pour croire que Twt* est une 
contraction de ïTÇ!?W|; au contraire, si c'était un adjectif, il ne pour- 
rait pas avoir le pluriel ûWtt. Quant à îrfafi et frtia ils ne ré- 
pondent pas à qalilal, mais à qetilat. Il aurait mieux valu les mettre 
avec n$a dans e. — Ib., s : le mot in der Regel pour ïiba'p semble in- 
diquer que cette forme est usuelle, alors qu'elle est exceptionnelle 
vis-à-vis de nbtt'p. — rtpglrè, Is., xxix, 6, et ÏTQttYl, Ps., cxvin, 4 6, 
n'appartiennent pas à qatil, puisqu'ils ont pour racine pTÔ et û"in. 
Le type qatlil , variante de qattil, de même que qatlai === qattal, 
manquent dans la grammaire ; cf. 72 m. 

§ 84 bc. Quttulat (np'nïi) manque ; cf. 95 r. 

§ 85 r. Les noms comme mànn appartiennent plutôt à taqlil (q) 
qu'à taqlîl; cf. arabe tarbiyat. — Ib., s : Il n'est pas du tout sûr que 
bina se rattache à na, ni bïïna à dna, ni baJaa à 3>na.; car bîna peut 
venir de bîa, bttna de btta et bya3 — bana. (cf. Jtok = Jyh») à b'a*X 

— /#. , £. Il est possible que dans dbiN, dn"\r, d"ina> le mem soit 
radical. — - ûi"H? (Nombr., ni, 49) est plutôt pour d^np que pour 
fi-Hp (il faudrait d'ailleurs li^p). 

§ 87 2. L'exemple de Gen., xl, 7, est douteux. 

§ 88 a. Que faut-il entendre par la parenté de ayim et de îm ? 

§ 90 c. Puisqu'il est question de TVtsé dans d , il aurait fallu en 
parler aussi dans c. — Ib., f. Dans ïiana, Is., vin, 23, il peut y avoir 
direction. — Il aurait mieux valu citer pour ïT£n\ I Chr., vi, 63. 
les versets de Josué, xxi, 36 et 37 étant peut-être empruntés aux 
Chroniques. — Ib., g. Jér., xr, 15 est douteux. — là., h, note : ïl&y 
à la pause est milleél ; et dans un mot aussi usuel le déplace- 
ment du ton n'a rien d'étonnant ; cf. ïnrw pause ïrntt — Ib., k. Il est 

|T — * T |T * 

naturel que les désinences se conservent là où elles sont protégées 
par la liaison des mots. — lb., I. is^b i-idn serait mieux dans m, 
puisqu'il a un complément ïrW. 

§ 91 /. MyvtittBri (Jér., xxv, 34) ne peut guère, d'après le con- 
texte, être un substantif; c'est plutôt une forme mixte de l^isn et 

§ 93 g. ibaa paraît plutôt venir de bbo, comme iaaa (t) de ^30, 
que de bab ; cf. np'n3 i état construit rûb3 qui manque dans 94 h. 

— Ib., qq. Le pluriel de nattt est mnzTlb. — lb., s. Si les infini- 
tifs sont traités avec les noms, il aurait fallu parler aussi de bbp 
dans r. Le mieux serait de les laisser de côté. — Comme les subs- 



BIBLIOGRAPHIE 313 

tantifs qui ont des suffixes ou singulier ne sont pas les mêmes que 
ceux qui ont des suffixes au pluriel, il est difficile de savoir s'ils 
se déclinaient de la même façon. — Ib., x. Au lieu de \""id mettre 
\np. Le mot a toujours le 5150. — Ib., aa. b%. bp (cf. 133) appar- 
tiennent au type qatil. — ^ vient probablement de la racine Tl ; 
cf. arabe diyat « rançon ». — Ib., ee. La nasale favoriserait plutôt la 
voyelle i; c'est la labiale des mots Sût et tp3 qui favorise la voyelle a; 
cf. k, note. 

§ 94#. maa est à l'absolu dans Is., xlvii, 7; ÏVP3J» a peut-être le 
sens spécial de reine-mère. 

§ 95/'. mnpté peut très bien être le pluriel de rfprâ ; cf. "ntttf de 
"lEN, noa de noa. (Nous aurions dû ajouter cet exemple dans 
notre étude sur les anomalies du pluriel, Revue, t. XLIII, p. 213). — 
là., h. ii^S! (arabe birkat), !"tbn et ïibwp sont peut-être pour qitlat, 
et c'est pourquoi le "n:£ subsiste, tandis que dans nfc«3E3, Vin]?» 
c'est la gutturale qui maintient la voyelle. — Ib., I. nton peut venir 
aussi de irttn « enfermer » et devait alors figurer dans/". — Ib., n. 
nittp est plutôt le pluriel de rs^p ou de !";:£p que de n£p, qui ne se ren- 
contre que dans Daniel et Néhémie. — lb., q. La forme en n" n'indique 
pas forcément une voyelles primitive, comme le prouvent les parti- 
cipes du qal, du piél, du hifil et du hitpaél, les formes nnni, rFDîij 
etc. Donc rrnâN peut venir de mâN et msnrrfc de mânnfc' '— Ib.. t. 
Il eût été utile de noter que la leçon ninujy (Job., xu, 5) existe à 
côté de mnttJ*, et que, d'après certains grammairiens (Kônig et 
d'autres), maiâ vient de ailâ, comme mtb (qui n'est pas cité) de Tlb. 

§ 96 (p. 283, note 4). Le terme tradition juive est impropre dans 
une question de grammaire. — Ib. (p. 284, note 1), W peut venir 
de iBY». 

§97 0. 93Ô et yw ne sont pas à l'état construit; ce sont des 
formes abrégées s'employant devant FnfcïJ et mN». 

§ 100 h. Il est bien douteux que ûbp vienne de bbo; pour ûths voir 
ci-dessus (§ 85 t). 

§ 102 c. b ne marque pas la direction vers une chose, mais l'adhé- 
sion à une chose. — lb., f. On aurait pu noter l'exception de Nhb 
nan (Nombr., xin, 21, etc.). — Ib., k.W aurait mieux valu citer I Rois, 
xxii, 16, que II Chr., xvm, 15. — Ib., I (p. 298). Il n'est pas néces- 
saire que ttttb soit milleél pour que a devienne â. 

§ 106 i et m. Le passé dans les verbes ^njûnï":, vina , etc. s'ex- 
plique par le fait que l'acte s'accomplit en même temps que la pa- 
role et est instantané. — I Sam., xv, 2, rentre plutôt dans g (^mpô = 
^rrûî). 

§ 107 #. Fttlirn (Gen., r, 9) est sûrement le jussif, autrement il 
faudrait ïfrWlSI. — Dans les lois on se sert de l'indicatif ; cf. o. Donc 
Lév., xix, 2, 3, n'a rien de particulier. Le premier exemple se trouve 
dans Gen., i, 29 (ÏTW). 

§ 112 q. Dans les exemples de Gen., xu, 3 ; xxiv, 4, le parfait avec 
vav ne suit pas un jussif ou un cohortatif. — Ib.,pp, etc. Dans la 



314 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Revue, t. XXVI, p. 55, j'ai expliqué un certain nombre de parfaits 
avec rav non consécutif comme ponctués à tort à la place d'infi- 
nitifs absolus. M. KÔnig (Syntax, §367 2) a trouvé cette explication 
possible pour quelques passages; cf. § 413 t. 

§ 114/: Voir 102 c. 

§ 146 #. Le parallélisme de "pbpto prouve que ^p^stt est pour 
*p^a». — Ib., i. Si l'on conserve "•bbiïTû (Ps., en, 9), il faut sans 
doute traduire : ceux que je traitais d'insensés; l'exemple appar- 
tiendrait à l. — Ib., k. ïibs (Prov., xiv, 2) ne peut pas être considéré 
comme un passif; l'exemple serait donc mieux placé dans h. — 
Ib., n. Il est possible que dans l'idée de l'écrivain du verset Gen., 
xvi, 41, Agar n'était pas encore enceinte, ïnïl indiquant un événe- 
ment futur comme p rnb'n. 

§ 117 d. L'exemple de II Sam., xm, 17, est trop évident et ne mé- 
ritait pas d'être signalé : nï est forcément déterminé. 

§ 120^. Les exemples tirés de E^Oif!, etc. seraient mieux danse 1 . 

§ 221 b. Dans Is., xvi, 10, le complément est après le nifal. — Ib., c. 
lbaisn (Is., i, 20) serait, d'après 52e, un passif du qal. Mais ce n'est 
pas possible (voir Revue, t. XLI, p. 201, note 4). Dans l'idée de la 
Masora, a 1 ")»! est certainement pour mfD , mais on doit corriger 
ibaan en nb^ân ou DDbDNn. 

§ 122^, note 3. Il est peu probable que nUJni soit du masculin. 
Dans Ez., i, 17, et Dan., x, 6, muni est à l'état construit avecbbp, 
qui est plutôt un substantif qu'un adjectif. Il est impossible qu'on 
ait pris dans ce mot le n comme étant de la racine. — Ib., n, note. 
Le genre de ap3> ne résulte d'aucun passage. — Ib. , s : nnuiv et rnmN 
sont plutôt des personnifications que des collectifs. 

§ 123 c. Deut., xv, 10, et Nombr., xxiv, 1, ne sont pas, d'après les 
critiques, des textes tardifs. — Ib., e. Dans Ex., xxv, 35, il y a énu- 
mération complète, et non pas répétition. 

§ 124. Les noms employés seulement au pluriel sont mêlés avec 
ceux dont on trouve le singulier, et les mots poétiques avec les 
formes prosaïques. 

§ 125 #. Dans I Sam., xxvn, \, IHN Û"P signifie : un jour ou 
l'autre; dans I Rois, vu, 8, "JttN est opposé à nnN, et dans Ez., 
xxxvn, 16, à un second "iriN. — Ib., k. La dernière phrase est un peu 
vague, il aurait fallu renvoyer à §126^, où les exceptions sont 
précisées. 

§ 426 /. n^n (Ps., ix, 7) est très douteux. — lb., p. Le premier 
exemple est au pluriel, comme ceux qui sont cités dans la paren- 
thèse. Cette parenthèse n'est pas bien claire, les exemples du sin- 
gulier ayant été reportés à la fin de l'alinéa. — Ib., t. Dans Nombr., 
xxi, 7, ttînsrt se rapporte à des êtres déjà désignés au verset 6. — 
Ib., u. *^aian ûvo est un mauvais exemple, voyez w. — lb., v, note. 
b"n:*n !"îT!"» D^n ne se rencontre pas, mais on trouve dans II Ghr., 
i, 10, bi-un rrrïi ^to3>, qui est doublement irrégulier. — w. Le sens 
de r^vr» nnn (Jér., xlvi, 16) est douteux. — Dans Zach., xi, 2, on 



BIBLIOGRAPHIE 315 

ignore le sens du ketib Tiira. — Ib., x. Dans II Sam., xx, 3, ni le 
substantif, ni l'attribut n'ont l'article. — Dans Gen., i, 21 ; ix, 10, 
etc. "OD5 est à l'état construit avec mn (cf. û">">n nOT5). — II Sam., 
xii, 2, est déjà mentionné dans d, où il est à sa place. — Dans I Sam., 
xvn, 12, il vaut mieux changer riTin en mn que de le supprimer. — 

— Dans II Rois, xx, 13, 3"K3 peut être un substantif ; cf. tîb en arabe. 
De même Jér., vi, 26, où ii faudrait lire nDp, — Dans Gen., xxxvn, 
2, l'adjectif est un second complément direct. — Ez., n, 3, on peut 
retrancher le û de tria, au lieu de supprimer D"H5. — Il n'y a 
pas de cacophonie dans la présence de l'article devant un resch . 

— Dans I Sam., xvi, 23, le mot D^ïibN manque après ïm. — Dans 
Zach., iv, 7, il faut lire sans doute bYWïl niin nN. — Dans Ps., civ, 
18, le mot précédent finit par tt. — là., z. ïim Diiin (Gen., vu, 11), 
est une sorte de nom propre ; de même !*nn "pTat (Jos., xi, 8) et nftn 
!"»m (Amos, vi, 2). — Nombr., xxvin, 4, est mentionné deux fois. 

— Ib., note. Puisque fibs *]^iy (I Rois, x, 8) est conforme à la 
règle générale donnée dans y , il n'a pas besoin d'explication 
spéciale. 

§ 127 g. Dans Ex., x, 9; Lév., xiv, 34, etc., il n'y a pas d'article. 
Il eût été bon de séparer les exemples où le complément est un nom 
propre. — Ib., f. Si dans II Sam., xix, 25, ÛV>n "J? 3 ^ est admissible, 
il Test aussi dans Ex., ix, 18. 

§ 128^. Pour bpy^ "rma, etc., il vaut mieux admettre, selon 
nous, que rrna a conservé la valeur d'un infinitif et a un complé- 
ment direct. C'est aussi pourquoi on trouve ùmfit Tma (Is., lix, 21), 
dïm wia (Jér., xxxin, 20) et même OibU3 wna (Nombr., xxv, 12); 
cf. § 131 r et la note. — Ib., e. iv bo est probablement une locution 
spéciale : iffisa bD ne serait pas satisfaisant, car si le blessé a encore 
toute sa vie, il n'est pas mourant. Dans Osée, xiv, 3, *p3> NtfJn br> 
Mpn est probablement altéré, peut-être sous l'influence de nbujs 
inp "pua à la ligne précédente. — 'pat est évidemment identique 
avec l'arabe ayna « où ? » et n'est pas un substantif signifiant non- 
existence, "pa n'est donc pas un état construit, mais une forme 
abrégée de *pN. — Ib., v. DTp 133 appartient plutôt au second alinéa. 

g 130 a. Dans Osée, ix, 6, il faut lire sans doute 'D "narra, et dans 
Prov., xxiv, 9, le b est probablement une dittographie. — Ib., d. 
L'exemple de TH !"ï3n rrnp ne ressemble pas du tout à Ex., iv, 13 ; 
Ps-, lxv, 5, Pr., vin, 32; Ps., lxxxi, 6; Job, xvm, 21 ; xxix, 16; 
Lam., i, 14;. Gen., xxxix, 4; Ex., ix, 4; II Chr., xxx, 18, où l'état 
construit se rapporte, non a la proposition entière, mais au mot "11DN, 
sous-entendu. La plupart de ces exemples sont cités dans § 455#, où 
ils sont à leur place. — Ib., e. Dans Jér., xx, 15 (?) \i n'est pas à l'état 
construit. 

§ 131 £. I Sam., xxx, 17, n'est pas le même exemple que les 
autres passages. — risna ïTiizn nian (Ex., xx, 30) appartient plutôt 
a k. De même I Sam., vu, 9. — Où sont le genre et l'espèce dans 
Lév., vi, 13? — Dans Is., in, 24, il faut peut-être lire TO^tt. — 



316 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Daus ©&ntt ^rte, frtîD est sûrement à l'état construit, comme ynù 
ïflîtD». — Jb., c. ytûn peut-être un adjectif, et, en tout cas, l'exemple 
serait mieux placé dans t. — n»N 0*n73N, à côté de nttN ^tt», est 
douteux. — Dans Ex., xxx, 2, iittN est attribut (prédicat). — Jb. note- 
ans "P* peut rentrer dans la catégorie deb. — Jb., d (p. 430). ^o 
t|05 (Ez., xxn, 18) ne renre pas dans cet alinéa, car les scories de 
l'argent ne sont pas des scories d'argent; plus bas ce même exemple 
est donné comme douteux. — Dans Ex , xxvi, 25, Eps est l'attribut 
de "pm. — Les exemples de I Ghr., xxvni, 45 et 18, sont douteux. — 
Ex., xxvin , 47, d'ma et pN peuvent être deux compléments 
(§117A). — Lév., vi, 3, il faut peut-être lire "^ti ou ita (cf. ÛTPVTtt). 
Mettre Lév., v, 14 pour in, 14. — Dans Ex., xxx, 23, les nombres 
sont un second complément. — II Sam.,xxiv, 43, ne fait pas partie 
des exemples de ûW û^nau:. — Ib., e. Dans rttra» S|03, 5]OS est sans 
doute à Tétat construit. — ùwa û" 1 '- est douteux. — I Rois, v, 9, 
ïia-ifi est un adverbe dépendant de im; de même II Sam., vin, 8. 
— Jb., k. II Rois, in, 4, rentre dans d, et Jér., xxv, 45, danse — 
Jb., note. Gen., vi, 47, serait mieux dans q. — Ib., q. Gen., xliii, 45; 
I Sam., xvn, 5; Jér., xvn, 48, peuvent rentrer dans d. — Il aurait 
mieux valu citer Gen., xli, 49, que xx, 4, où rn^rs est peut-être 
une faute pour ttrniK. — Jb., s. Dans Deut., xxxiii, 4, c'est nbrspb, 
non mimttb, qu'il faudrait. 

§ 432, note. Même observation que §2e — Jb., b. Dans Is., lui, 11, 
p^S est le complément direct de p-HS:" 1 d'après les accents. — Jb., c. 
yns (Is., xxxv, 9) n'est pas employé comme adjectif. — Ib.,d.l\ 
est difficile de croire que deux adjectifs de genre différent soient 
coordonnés : !T?TO, dans I Rois, xix, H, est sans doute une faute 
pour bnx — n^3> (Jér., xx, 9) ne se rapporte pas à ttîN. — Dans Ps., 
lxiii, 2, ÏT2S n'est pas un adjectif et Cp> peut être pris substantive- 
ment. — Ib., e. Le cas inverse de l'adjectif en îm après un masculin 
en ôt aurait dû être mentionné. Cet alinéa serait mieux dans a. — 
Jb., h. Dans Ps., vu, 10, p*»12fc paraît ajouté d'après le verset 42. 

§ 4 34 c, note. L'assertion de Lerner est tout à fait inexacte pour le 
code sacerdotal, si l'on met à part les énumérations très fréquentes 
dans cette partie du Pentateuque. De même, dans Josué, xm à xxiv, 
tous les exemples se ramènent à un seul, où le mot Dn? précède le 
nombre comme donnant un résumé. Dans xvn, 5, le nombre est un 
second complément du verbe. Mais dans xviu, 2, 6, 9, etc. le nombre 
est avant le substantif. 

§ 134*. Lire 273 au lieu de 23. 

§ 4 35 a. Dans Gen., xiv, 23, il y insistance sur le sujet : « C'est moi 
qui ai enrichi Abraham. » De même dans les exemples suivan's. Le 
rythme ne peut avoir aucune influence sur l'emploi de "03N. — Jb., 
note. Dans Is., xli, 4, etc. t**irï "on paraît signifier « je suis », et le 
pronom Nin remplace le verbe être. — Jb., c, note. L'exemple de 
U Sam., xv, 9, n'est pas bon, d'abord parce que le texte est altéré 
au lieu de nnN OttDïi il faut no&ttaaïii) , et ensuite parce que nN 



BIBLIOGRAPHIE 317 

n'est pas répété. — Ib., d. Il est inutile de sous-entendre une proposi- 
tion quand le prénom suit ou précède un suffixe. Le pronom est l'ap- 
position du suffixe ou un mot mis en tète (casus pendens). — Ib., /. 
Dans l'exemple de Lam., i, 16 (qui est des plus douteux), le pro- 
nom séparé est avant le suffixe. — Ps., xxxviii, 11, il y a insistance, 
puisqu'il y a d: devant an. — Le second Ps., xxxviii, 11, est à sup- 
primer. — Lire lxxxix, 48, au lieu de 46. — Ib., p. n^np" 1 (Jér., 
xxxvi, 23) est douteux : on attendrait îWnp\ Si on corrige ce mot 
en !T3Hpl, le suffixe peut se rapporter à !rb}?3. 

§ 136 #. nb^n awa dans Zach., vin, 9, 15, désigne le temps pré- 
sent, ïibttln est donc très juste. 

§' 137 c. r**rp ^12' (Juges, vu, 3) et rm wam (I Sam., xix, 3) sont 
très différents. Le dernier passage serait à rapprocher de Job, xin, 
13. — Dans I Sam., xx, 4, !"t» est tout à fait interrogatif. —II Sam., 
xvin, 12, il faut sans doute lire ">b au lieu de ■%. 

§ 138 b. Dans les exemples de Nombr., x, 29 ; Gen., in, 17 -, Deut., 
xxviii, 68, le pronom personnel n'est pas absent, mais se trouve 
dans inN,'i37û£, etc. Dans Juges, vin, 15, les mots sont répétés. 
L'exemple de I Sam., xxiv, 5 (4), ne ressemble pas du tout aux autres. 

— Ib., c. Pour Nombr., xx, 13, le pronom répondant est contenu 
dans Û3, qui se rapporte aux deux verbes. — Ib.,g. Il n'y a pas 
d'intérêt à distinguer !iî comme nominatif, accusatif, etc., au point 
de vue de la proposition principale. — Jér., xxx, 21, n'est à sa place 
que dans § 136 c. — lb., h. Ps., lxviii, 29, ne paraît pas présenter 
une proposition relative indépendante, car lï est l'apposition de 
trtibN. — Ib., i. Lirel Ghr., xxix, 8. 

§ 143 c. La leçon "pa^ïi (Gen., xlvii, 2) est très admissible; voir 
Revue, t. XXVIlï, p. 285. 

§ 145 k. Dire que les pluriels des noms d'animaux et de concrets se 
construisent volontiers avec le féminin singulier est un peu exagéré. 
Pour les masculins, il y a en tout quatre exemples, plus ou moins 
douteux : Sam., x, 9; Is., xxxiv, 13; Jér., xlix, 24, et Job, xx, 11 (?). 

— Pour les féminins, en dehors des quatre mots mEtta, maiantt, 
naan et û'H'NDtf, et des exemples qui s'expliquent par 44 m, il reste 
Ps., xvin, 35 ; cm, 5 (où il faut lire ©irTatt) et Job, xiv, 19- 

§ 146 b. Effacer Lév , xm, 9 (cité dans a). 

§ 152 a. Il ne semble pas qu'on puisse trouver une différence de 
sens entre ODtf et ^DDN. L'un et l'autre signifient ne pas, ne plus. — 
Ib., e. Mettre T3a pour a^a (le texte du verset paraît altéré). — 
Ib., w. la n'étant jamais suivi du jussif, les mots resp. jussiv 
(p. 491) sont superflus. "ja, d'ailleurs, n'est pas, selon nous, une 
négation, mais signifie « par rapport (à ce que) », et c'est le singu- 
lier de arjs. 

§ 155^. Dans I Ghr., xxix, 1, il faut sans doute lire nON pour 
"ina. Au lieu de II Ghr., xxx, 18/*, lire 17. Il faudrait citer aussi Gen., 
xxxix, 4. — Ib., d, h, k. Dans I Rois, xm, 12 ; II Rois, m, 8 ; II Ghr., 
xvin, 23, ^yxn ïira est devenu une locution courante : « quel che- 



318 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

min? », cf. iv îittt "** (II Sam., xv, 2), ûy ma *w (Jonas, i, 8). — 
Ib., e, f. Il n'y a pas d'intérêt à distinguer ici les propositions nomi- 
nales des propositions verbales. — Ib., f. Il y a contradiction pour 
Is., L, 9, avec § 136c; cf. Job, iv, 7 (§ 136), et xm, 49 (§ 155). Quelle 
différence y a-t-il entre I Sam., vi, 9, et Job, xxxi, 12? — *vff\ (Is., 
xxviii, 6) est probablement mal ponctué pour "ib*. — C]Di"» (ib., xxix, 
14) est sûrement le participe qal; de même, xxxvni, 5 (il aurait fallu 
d'ailleurs la première personne dans les verbes de la proposition re- 
lative). Dans Ez., xxv, 7, il peut y avoir une redondance : 735r» serait 
pour ïi5ïi. On ne trouve jamais *iU3N ï^n. — Un vocatif (Is., liv, 1) 
est forcément déterminé, même quand il n'a pas d'article. — Ib., g* 
Dans Ps., cxxv, 4 , ypit "nin est déterminé. Ce serait un meilleur 
exemple que Is., lui, 7, où l'article de ifttjs est peut-être dû à la 
Masora; de même lxi, 10, 11 ; cf. rtiJû. —L'accentuation n'indique 
rien dans la question de savoir si i est une préposition ou une con- 
jonction. Dans les deux cas l'accent est le même. — Ib. t h. Dans 
Jér., v, 15, "imuîb 3>nn t^b, le pronom représente un génitif, et dans 
•Wi ntt 3>E«3n t^b le pronom serait un nominatif. —Dans Prov., 
xxin, 8, il n'est pas nécessaire de supposer une proposition rela- 
tive. — Job, xxiii, 17, est bien obscur. De même Is., xv, 7 = Jér., 
xlviii, 36. — Ib., k. Lire Job, xxi, 27 pour 17 (le passage manque 
dans l'index), — mttt» est peut-être le complément direct de lotttin. 

— lb., l-n. Les exemples de Lév., vu, 35; Ps., lvi, 4; II Ghr., xxix, 
27; Deut, xxxn, 35, doivent être mis dans § 130 d. Celui de Ps., 
lvi, 10, y est déjà; de même Jér., xxxvi, 2; Job, vi, 17 (n*2i, non 
pas nyb). — Le rapport entre Job, vin, 42, et ce qui précède est 
assez lointain. — Ib., n. L'explication donnée pour Is., xli, 24, est 
peu admissible , car mann s'applique aux cboses et non pas aux 
bommes. Il faut lire sans doute l'infinitif nrob. — Job, xxx, 13, est 
obscur. — Dans Mal., i, 16, on peut lire !"J33 ou Snob. — Corriger 
[II Chr.], xxx, 18, et l'ajouter dans l'index. — Lire Jér., n, 11, au lieu 
de vin, 11 . — Dans II Chr., i, 4, il y a "j-orn ; donc a = ri? = -iizj*a ; 
cet exemple est, d'ailleurs, dans § 139 i. — Dans Ez., xm, 3, le texte 
est sans doute altéré. — Dans Ps., cxvn, 36, b? signifie « parce que » 
et non pas « pour ceux qui ». 

§ 159^. Gen., l, 15, il faut peut-être lire ib « de lui » au lieu de ib. 

Signalons aussi quelques rares fautes d'impression : § 20 f. Le 

daguesch du premier yod de W7" est tombé. — § 41 b. «353 pour i»M. 

— § 51 m. ïiTttipn pour "p^iMn. — § 58 #. Le nnD devant "^ dans la 
première colonne à gauche doit être supprimé. — § 93 a. mmn pour 

rrcnn. 

Mjlyer Lajmbert. 



Le gérant : 

Israël Lévi. 



TABLE DES MATIERES 



REVUE. 

ARTICLES DE FOND. 

Adler (Elkan N.) et Séligsohn (M.). Une nouvelle chronique 

samaritaine 1 88 

Bûchler (Ad.). Relation d'Isaac b. Dorbelo sur une Consultation 
envoyée par les Juifs du Rhin, en l'an 960, aux Commu- 
nautés de Palestine 237 

Chajes (H. -P.). Notes de lexicographie hébraïque 223 

Epstein (A.). I. Le retour de Rab en Babylonie d'après M. Isaac 

Halévy 45 

II. L'ouvrage intitulé « Les Quatre Portes » et l'affaire de 

Ben Méir 230 

Ginsburger (M.). Èlie Schwab, rabbin de Haguenau (1721- 

1 747) 1 04 et 260 

Goldziher (I). Mélanges judéo-arabes (suite) 63 

Lévi (Israël). Un Recueil de Consultations inédites de rabbins 

de la France méridionale (fin) 73 

Marmier (Général G.)- Contributions à la géographie de la Pales- 
tine et des pays voisins (suite) 29 

Monceaux (Paul). Les colonies juives dans l'Afrique romaine.. . 1 

Poznanski (S.). Anan et ses écrits 161 

Séligsohn (M.). Quatre poésies judéo-persanes sur les persécu- 
tions des Juifs d'Ispahan 87 et 244 

NOTES ET MÉLANGES. 

Bâcher (W.). I. Isaïe, liv, 7 283 

II. TiN dans le sens d' « obscurité » 286 

Chajes (H.-P.). Sur quelques noms propres talmudiques 126 

Crémieux (Ad.). Un droit perçu sur les Juifs étrangers venus 

en France au xvn 8 siècle 301 

Derenbourg (Hartwig). Un dieu nabatéen ivre sans avoir bu du 

vin 124 



320 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Hildenfinger (Paul). Une accusation de meurtre rituel à Wald- 

kirch eu Brisgau (1 503) 129 

Kayserlin» (M.). I. Notes sur l'histoire des Juifs de Majorque. 297 

II. Un ouvrage inconnu d'un savant italien 300 

Lambert (Mayer). Notes exégétiques 122 

Lévi (Israël). I. La langue originale du Livre de Tobit 288 

II. Quelques citations de l'Ecclésiastique 291 

III. Un fragment du Maftéah de R. Nissim sur Sanhédrin. 294 

BIBLIOGRAPHIE. 

Bâcher (W.). Dorot Harischonim. Die Geschichte u. Literatur 

Israels, par Isaac Halévy. T. II 132 

Eppenstein (S.). Ein hebràisch-persisches Wôrterbuch aus dem 

XIV. Jahrhundert, par W. Bâcher 452 

Lambert (Mayer). Wilhelm Gesenius' Hebràische Grammatik 

remaniée par E. Kautzsch, 27 e édition 307 

Additions et rectifications 1 60 



ACTES ET CONFÉRENCES. 

Procès-verbal de l'Assemblée générale du 10 février 1902 i 

Allocution de M. Zadoc Kahn, président i 

Rapport de M. Moïse Schwab, trésorier vi 

Rapport de M. Mayer Lambert, secrétaire, sur les 

publications delà Société pendant l'année 4900-1901. ix 

Procès-verbaux des séances du Conseil xxvir 



VERSAILLES, IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE 



SÉANCE DU 10 FÉVRIER 1902. 
Présidence de M. le Grand Rabbin Zadoc Kahn, président, 

M. le Président ouvre la séance en ces termes : 

Mesdames et Messieurs, 

Le privilège de présider cette réunion, que je dois à vos bien- 
veillants suffrages, me rajeunit de plus de vingt années. Au mois 
de novembre 1881, j'ai eu l'honneur de porter la parole, au nom de 
notre Conseil d'administration, dans la première assemblée géné- 
rale qui a suivi la constitution définitive de notre Société des 
Etudes Juives. Faisait-il un temps aussi déplorable que ce soir ? Je 
ne sais, mais cela n'est pas impossible ; car on a observé avec 
malice que nos réunions solennelles sont trop souvent contrariées 
par la pluie ou la tempête. Nous regrettons vivement cette fâcheuse 
coïncidence, pour ceux de nos amis qui ont le courage de répondre 
à notre invitation en dépit de toutes les intempéries, et surtout pour 
nos conférenciers, qui viennent, et quelquefois de loin, comme c'est 
le cas aujourd'hui, pour nous apporter le concours de leur talent et 
de leur parole autorisée. 

Vous avez remarqué sans doute, Mesdames et Messieurs, que pas 
mal de présidents se sont succédé sur ce fauteuil au cours de ces 
vingt années. C'est que nous sommes régis par une Constitution 
tout ce qu'il y a de plus démocratique, qui ne connaît ni septennat, ni 

Act. ET CONF. A. 



H ACTES ET CONFÉRENCES 

triennat, qui ne confère les pouvoirs présidentiels que pour la durée 
d'un an. C'est le moyen de couper court à toute velléité de dicta- 
ture, à toute tentation d'accaparement. 

De là vient que presque tous les membres de notre Conseil ont 
occupé l'un après l'autre cette place. Plusieurs d'entre eux hélas ! 
et des plus éminents, ne sont plus parmi nous, et j'ai à cœur de sa- 
luer leur mémoire aimée et respectée. Ce sont, par ordre de dates, 
James Edouard de Rothschild, fondateur de notre Société, Arsène 
Darmesteter, Isidore Loeb, Adolphe Franck et Joseph Derenbourg. 
Il est inutile de rien ajouter à la mention de ces noms, que la 
science et le judaïsme s'honorent également de pouvoir revendiquer. 
Ils ont été et seront toujours pour notre Société la meilleure des 
recommandations et comme un glorieux drapeau. 

Mesdames et Messieurs, la mission qui m'a été confiée pour la 
deuxième fois vous montre que la série va recommencer. Vous 
verrez, dans un temps prochain, reparaître à cette place des figures 
que vous connaissez et vous entendrez des voix qui vous sont de- 
venues familières. Mais ce qu'il importe de remarquer, c'est que si 
Vos présidents changent, il y a quelque chose qui ne change pas : 
c'est le dévouement sincère que les uns et les autres apportent à 
votre œuvre et l'ambition qui les anime tous d'assurer sa force, sa 
durée et sa prospérité. 

Nous marchons rapidement, Messieurs, vers le vingt-cinquième 
anniversaire de la Société des Etudes juives. Dans trois ans d'ici 
nous aurons le droit de célébrer nos noces d'argent. Ce sera, j'aime 
a l'espérer, une occasion de fêtes et de réjouissances ; ce sera aussi, 
comme cela se pratique d'habitude, une occasion de congratula- 
tions mutuelles. Personne n'y trouvera à redire, car notre Société 
pourra, en toute justice, se rendre le témoignage qu'elle est restée 
fidèle à son programme et qu'elle a tenu ses promesses. Elle a cul- 
tivé la science juive avec une entière bonne foi, sans parti pris, sans 
aucune arrière-pensée ; elle a exploré en tous sens les coins et re- 
coins d'un domaine immense qui s'étend dans le temps et dans 
l'espace; elle a mis au jour nombre de documents inédits intéressant 
notre histoire, nos croyances, nos idées, notre littérature; en un 
mot, elle a amassé de très riches matériaux qui trouveront leur 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 10 FÉVRIER 1902 111 

emploi, quand des architectes de génie tenteront de réédifier le 
monument complet de notre passé. Les travailleurs ne lui ont 
jamais manqué: ils sont venus à elle de tout pays et de toute con- 
fession. Notre Revue est une maison hospitalière, ouverte à tous 
ceux qui unissent la sincérité à la compétence. 

Reconnaissons-le, Messieurs, sans fausse modestie : notre répu- 
tation est faite, nous avons conquis notre place dans la république 
des savants. Notre publication périodique, qui est l'œuvre capitale 
de la Société, jouit partout d'une autorité incontestée. Déjà les qua- 
rante à cinquante volumes que nous comptons à notre actif consti- 
tuent une véritable et précieuse bibliothèque, une vaste encyclo- 
pédie, sans parler des ouvrages très importants que nous avons fait 
paraître ou encouragés en dehors de notre Revue. On tient compte 
de nos travaux, et dorénavant aucune étude sérieuse ne sera écrite 
concernant le judaïsme sans que les auteurs aient à consulter notre 
collection. Je vous avoue que, pour ma part, j'éprouve un grand 
plaisir lorsque, parcourant une des innombrables publications que 
fait naître sans relâche le judaïsme, il m'arrive de rencontrer au 
bas des pages ces lettres fatidiques R. E. J., qui montrent que nous 
avons répandu bien des semences utiles. 

Nous avons servi ainsi la cause de la science en général, car il 
n'est pas indifférent pour elle qu'aucune parcelle du vaste champ 
qui lui appartient ne reste inexplorée ou en friche. Dans la science 
tout se tient, tout s'enchaîne, la lumière qui est projetée sur des 
points même secondaires en apparence éclaire tous les alentours. 
Nous avons servi du même coup le judaïsme, car c'est le servir que 
de dissiper les obscurités qui peuvent encore envelopper certains 
détails de son histoire et de ses doctrines, que de tirer de l'oubli, à 
son profit, des richesses encore ignorées et qui méritent de voir le 
jour. Là, dans la recherche patiente de la vérité, dans le travail 
constant de l'esprit, avide de connaître et de savoir, se trouve 
la marque originale du judaïsme et non dans les faits extérieurs, si 
importants qu'ils soient, ni dans les tempêtes que nous avons 
essuyées, ni dans les souffrances que nous avons endurées, ni même 
dans le grand nombre d'hommes distingués que nous avons produits 
et produisons encore dans toutes les directions. Et n'en déplaise à 



IV ACTES ET CONFERENCES 

ceux de nos coreligionnaires qui regardent avec quelque dédain 
les modestes ouvriers de la pensée, les serviteurs obscurs de la 
science juive, ce sont ces derniers qui toujours et partout ont en- 
tretenu la sève de l'arbre antique du judaïsme, respecté par le 
temps et capable encore de porter des fruits abondants et savou- 
reux. 

Et c'est pourquoi, Mesdames et Messieurs, nous sommes profon- 
dément reconnaissants non seulement aux savants qui participent à 
nos travaux et nous accordent leur concours scientifique, mais aussi 
à ceux qui, sans avoir aucune prétention à ce titre, soutiennent nos 
efforts et facilitent notre tâche par leur généreux appui. Le ju- 
daïsme a toujours fait une part égale aux Lomedè Tora et aux 
Mahzikè Tora : il sait gré aux premiers de se consacrer à l'étude 
désintéressée, il sait gré aux seconds d'estimer assez haut la science 
pour l'encourager par leur sympathie efficace. Il en est peut-être, 
parmi nos amis les plus constants, que nos publications intéressent 
médiocrement et qui n'ouvrent qu'avec hésitation les pages un peu 
sévères de noire Revue. Ils n'en ont que plus de droits à notre 
gratitude. 

Au temple de Jérusalem, tous les fidèles n'avaient pas le privi- 
lège de pénétrer dans le sanctuaire, d'accomplir les rites sacrés, de 
faire fumer les sacrifices sur l'autel du Seigneur; mais tous étaient 
admis à s'associer à ce qu'on appelait le Koroan Ecim, à l'offrande 
du bois qui alimentait le feu de l'autel. Eh bien ! merci à vous tous 
qui voulez bien nous apporter une portion de ce bois sacré qui em- 
pêche le foyer de lumière, de chaleur et de vie de jamais s'éteindre 
complètement. 

Hélas ! c'est le sort de toute œuvre humaine, une année si courte 
qu'elle soit ne se passe point sans que des vides se produisent dans 
les rangs, sans qu'on ait à] déplorer des pertes douloureuses. A 
chacune de nos assemblées générales, le président a le devoir de 
signaler ces pertes et de donner un souvenir à ceux qui ont disparu. 
J'ai le chagrin, moi, de constater que cette dernière année nous a 
cruellement éprouvés, et il suffira de mentionner les noms d'Ana- 
tole Dreyfus, David Bruhl, Edmond Lévylier, Eugène Manuel, 
Joseph Hirsch et du rabbin Moïse Bloch pour vous faire partager 



ASSEMBLEE GÉNÉRALE DU 10 FÉVRIER 1902 



nos regrets. Est-il nécessaire de prononcer l'éloge de tous ces amis 
qui nous ont quittés? Vous les avez connus, estimés et aimés. Ana- 
tole Dreyfus était un homme charmant, qui a inspiré de très tou- 
chantes amitiés par son caractère et sa rare obligeance, un indus- 
triel distingué qui a assis l'édifice de sa fortune sur le travail et la 
probité. Que de bien j'aurais à dire sur le compte de David Bruhl si 
les liens étroits et doux qui m'unissaient à lui ne m'imposaient une 
grande réserve, si la modestie de bon aloi qui couronnait toutes ses 
vertus ne me faisait une loi du silence ! Edmond Lévylier fut un 
administrateur intègre, consciencieux, d'une haute délicatesse mo- 
rale, d'une bonté aussi sincère que peu bruyante. Eugène Manuel? 
Vous revoyez sa figure si douce, son sourire aimable, vous entendez 
chanter à vos oreilles ses vers si suaves et si pénétrants, et vous 
avez été fiers des honneurs mérités qui ont été rendus avec tant 
d'éclat à sa chère mémoire. Joseph Hirsch? qui n'a déploré la mort 
inattendue de l'homme de science, de l'israélite dévoué, du philan- 
thrope éclairé qui a attaché son nom à une des œuvres les plus 
intéressantes de notre Communauté? Moïse Bloch? Pauvre cher 
collègue, qui fut un véritable martyr de la souffrance, un héros de 
courage et de patience! Dès la première heure, il s'était donné de 
cœur et d'âme à notre œuvre, et jusqu'à son dernier souffle il lui 
fut fidèle, offrant sans compter le concours de sa précieuse amitié 
et de son solide savoir au distingué directeur de notre Revue, dont 
la tâche est si lourde, sans être au-dessus de sa science, de sa bonne 
volonté et de son dévouement. Honneur à tous ces amis qui ne sont 
plus ! C'est une consolation pour nous de faire vivre leurs noms res- 
pectés et de les transmettre, par nos publications, aux générations 
futures. 

Mesdames et Messieurs, je devrais m'en tenir là, car comme 
président j'ai à me conformer aux règles élémentaires de la poli-, 
tesse, en laissant la parole à ceux qui ont quelque chose à vous dire 
ce soir ; mais avant de me rasseoir, je veux adresser un mot de 
remerciement à notre vigilant trésorier et à notre savant secré- 
taire pour les rapports qu'ils ont rédigés à votre intention et qu'ils 
vont avoir l'honneur de lire devant vous. Je veux surtout remercier 
notre cher conférencier, M. Eugène Blum. Je puis me dispenser 



VI ACTES ET CONFÉRENCES 

assurément de vous le présenter: il n'est pas un inconnu pour 
vous, vous- n'avez point oublié sa belle conférence sur Philon, si 
nourrie, si instructive et si applaudie. Aujourd'hui, il se propose de 
vous entretenir de la Déclaration des Droits de l'homme et du ci- 
toyen, envisagée au point de vue israélite. Ce sujet ne manque pas 
d'actualité : on s'en occupe trop depuis quelques années pour que 
besoin soit de le recommander à votre attention. Sur ce sujet, 
M. Blum a publié récemment une étude très approfondie, qui a 
obtenu les suffrages des juges les plus compétents. Je suis certain 
que vous aurez du plaisir et du profit à l'entendre, et que vous ne 
me désavouerez pas si, dès à présent, je lui dis de votre part com- 
bien vous lui êtes obligés d'avoir entrepris un véritable voyage pour 
rendre cette soirée plus attrayante et plus intéressante. 



M. Moïse Schwab, trésorier, rend compte comme suit de la 
situation financière : 

« Cette année, nous sommes riches, parce que nous sommes 
pauvres en publications. » Ce mot a été dit dans une des dernières 
séances du Conseil de la Société, et je le reproduis dans ce compte 
rendu, parce qu'il résume bien l'état financier en 1901. En effet, il 
résulte de la comparaison des chiffres qu'il reste un excédent res- 
pectable de recettes sur les dépenses, balance favorable que nous 
n'avons pas vue depuis plusieurs années. Or, cet état provient seu- 
lement de ce que la suite de la publication des Œuvres de Josèphe 
a été ajournée de quelques mois et qu'elle figurera au compte de 
1902. Il faut dire pourtant qu'en cette même année 1901, des hono- 
raires s'élevant à mille francs ont été remis à un collaborateur pour 
la traduction du t. I er de ces Œuvres. 

Voici, du reste, le tableau des recettes et dépenses : 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 10 FÉVRIER 1902 VU 



Recettes. 

En caisse au 1 er janvier 44 fr. 20 c. 

Cotisations 7.589 50 

Souscription du Ministère de l'Instruction publique. 375 » 

Vente de volumes de la Revue et n 09 divers 159 45 

Vente par la librairie 1 . 334 60 

Vente du t. I er des Œuvres de Josèphe 468 » 

Revenus des valeurs et compte chez MM. de Roth- 
schild frères 2.745 40 

w^— ^— i i-i ! !■■ ■■ ■ ■ — ^aà 

Total 12.716 fr. 15 c. 



4 . 604 » 



DÉPENSES. 

Honoraires pour le t. I er des Œuvres de Josèphe. . 1 .000 fr. » c. 
Impression du n° 82 de la Revue. . 1.281 fr. 

— — 83 — 

— — 84 — 

— — 85 — 
Honoraires pour le n° 82 

— — 83 

— — 84 

— — 85 

Frais de bureau, étrennes, timbres et divers 244 » 

Secrétaire de la rédaction et secrétaire-adjoint. . . . 2.400 » 

Frais d'impression pour conférences et assemblées. 123 » 

Encaissements à Paris et au dehors. 99 20 

Envois des quatre numéros et distributions diverses. 445 » 

Magasinage et assurance 150 » 




2.794 » 



Total 11.859fr.20c. 

Balance à l'avoir 856 95 



Ce solde a pour source principale le succès matériel, autant que 
moral, de votre Revue. Malgré les vides chaque année plus nom- 
breux dans la liste des sociétaires, par suite soit de décès, soit de 



VIU ACTES ET CONFÉRENCES 

défections, le nombre des lecteurs de la Revue ne diminue pas, car 
les adhésions venant des étrangers comblent les lacunes. 

En conséquence, dans le budget prévu pour 1902, votre Conseil 
a pu faire entrer, non seulement les frais d'un nouveau volume de 
la traduction des Œuvres de Josèphe, publié sous la direction de 
M. Théodore Reinach, mais encore le règlement d'une souscription 
littéraire votée en 1901. Par cette subvention, vous contribuez à 
la publication d'un volume de conférences, faites ici même avec un 
succès dont le souvenir est toujours présent à notre mémoire recon- 
naissante, et vous aidez à la propagation de cette œuvre au delà du 
cercle de nos adhérents. 

Tout compte fait, vous pouvez aborder avec confiance l'exercice 
de l'an 1902, que je vous souhaite de voir aussi prospère que son 
devancier. 

M. Mayer Lambert, secrétaire, lit le rapport sur la publication 
de la Société pendant l'année 1900-1901 (voir, plus loin, p. ix). 

M. Eugène Blum fait une conférence sur La Déclaration des 
Droits de l'homme et le Judaïsme. 

Il est procédé aux élections pour le renouvellement partiel du 
Conseil. Sont élus : 

MM. Henri Becker, Bickart-Sée, Edouard de Goldschmidt, 
Paul Grunebaum , Lucien Lazard , Joseph Lehmann , Michel 
Mater et Moïse Schwab, membres sortants. 

Est élu président de la Société pour l'année 1902 : M. le Grand 
Rabbin J. -H. Dretfuss. 



RAPPORT 



SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ 

PENDANT L'ANNÉE 1900-1901 

LU A L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 10 FÉVRIER 1902 
Par M. Mayer LAMBERT, secrétaire. 



Mesdames, Messieurs, 

Pour être méritoire la vertu doit être désintéressée, et cependant, 
si le bien ne devait pas avoir pour conséquence le bonheur général, 
la morale ne nous semblerait pas avoir de raison d'être. De même, 
la science digne de ce nom, doit étudier les faits sans en désirer ni 
redouter les conséquences ; et, pourtant, si la science ne devait pas 
avoir d'applications pratiques, elle nous paraîtrait la fruit d'une 
vaine curiosité. En se plaçant à ce point de vue, on a contesté l'uti- 
lité des études historiques et philologiques. On a dit qu'elles ne con- 
tribuent pas au progrès matériel de l'humanité et qu'elles doivent 
céder le pas aux sciences physiques et mathématiques. 

Mais le progrès moral a lui aussi quelque importance, et il dépend 
en grande partie de la connaissance du passé. Nos idées sur le bien 
et le mal nous ont été transmises par les générations qui nous ont 
précédés ; en en étudiant la naissance et Je développement dans 
les monuments que nos pères nous ont légués, nous apprenons à en 
apprécier la valeur, à les rectifier et à les améliorer. Les grands 
mouvements religieux et moraux ont été liés aux mouvements litté- 
raires . La Renaissance a précédé la Réforme ; l'examen des insti- 



ACTES ET CONFÉRENCES 



tutions anciennes a contribué à amener la Révolution française, et 
les travaux de la critique biblique pourront avoir sur les conceptions 
religieuses des modernes une influence prépondérante. 

Ensuite, le progrès matériel lui-même dépend du progrès moral. 
Il est évident que, si le bien-être se répand de plus en plus dans 
toutes les classes de la société, ce- n'est pas seulement parce que la 
physique, la chimie et la géométrie se sont perfectionnées, mais 
parce que les principes d'égalité et de liberté ont permis à une foule 
d'intelligences de participer à la culture scientifique, qui autrefois 
était l'apanage -de quelques favorisés. Bien des savants illustres, s'ils 
étaient nés un ou deux siècles plus tôt, n'auraient pas même pu 
apprendre les éléments des sciences qu'ils ont enrichies de leurs 
découvertes. Tout se tient donc ici-bas, et l'étude du passé est 
indispensable à ceux qui rêvent un avenir meilleur. 

Seulement la science même, si elle veut rester impartiale, ne doit 
pas se préoccuper de cet avenir, et c'est pourquoi notre Revue 
écarte tous les articles à tendances dogmatiques. C'est le meilleur 
moyen de réunir les hommes aux opinions les plus diverses, mais qui 
s'accordent sur la méthode scientifique. Libre ensuite à chacun selon 
son tempérament de tirer les conclusions pratiques des faits qu'il 
croit établis. 

Ces réflexions me sont venues à l'esprit en relisant la courte étude 
de M. Salomon Reinach sur les prescriptions alimentaires du Pen- 
tateuque 1 . Pour notre collègue, la distinction entre les animaux 
purs et impurs se rattache au respect que les peuples primitifs 
avaient pour certaines catégories d'animaux. Les animaux que la 
Bible appelle impurs seraient justement ceux auxquels, à l'origine, 
les ancêtres des Sémites rendaient un culte. M. Reinach ne s'est pas 
occupé ici des conséquences que sa théorie entraîne au point de vue 
religieux. Il les a examinées ailleurs et elles ont donné lieu à de 
vives discussions. On voit par cet exemple comment des recherches, 
intéressantes pour l'histoire de la civilisation, peuvent avoir une 
importance actuelle des plus considérables. 

M. S. Reinach 2 a étudié une autre question religieuse, déjà abor- 

1 T. XL1, p. 144 et suiv. 

2 Ibid.j p. 147 et suiv. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XI 

dée autrefois par M. Israël Lévi : la prière pour les morts. M. Lévi 
avait montré que la « commémoration des morts » s'est répandue 
dans le Judaïsme sous l'influence chrétienne. M. S. Reinach, après 
avoir rappelé que les anciens adressaient des supplications aux 
défunts, parce qu'ils croyaient que les vivants avaient besoin des 
morts, et non pas les morts des vivants, nous parle de la contro- 
verse que Bossuet eut à ce sujet avec des protestants. L'évêque de 
Meaux prétendait que l'idée d'intercéder en faveur des morts est 
d'origine juive, et il citait à l'appui le traité talmudique Kalla et 
le second livre des Macchabées. Dans le traité de Kalla, on raconte 
que R. Akiba, ayant rencontré un homme portant une charge de 
bois, reconnut que c'était un trépassé. Celui-ci lui apprit qu'il 
portait lui-même chaque jour son bois pour être brûlé dans le 
purgatoire. R. , Akiba conseilla au fils du défunt de réciter le 
Kaddisch, et le défunt entra tout droit au Paradis. Bossuet ignorait 
que le traité de Kalla est d'une époque très récente. Dans le livre 
des Macchabées, on dit que Juda Macchabée, ayant trouvé des 
amulettes sur les corps des Israélites tués, fit faire des sacrifices 
expiatoires à Jérusalem. L'auteur du livre en conclut que, si Juda 
Macchabée n'avait pas cru à la résurrection des morts, il eût été 
inutile de prier pour eux. Bossuet déduit de ce passage que l'usage 
de prier pour les morts était répandu chez les Juifs. D'après 
M. S. Reinach, cette déduction doit être restreinte à l'auteur du 
livre des Macchabées. Peut-être même ce texte ne prouve-t-il pas 
que l'auteur du livre des Macchabées admettait Pintercession en 
faveur des morts. Ce qu'il veut démontrer, c'est que Juda croyait 
à la résurrection des morts ; autrement, dit -il, il est inutile de prier 
pour les morts. Il n'admet donc pas qu'on intercède en faveur des 
défunts, si ce n'est parce qu'ils seront un jour rappelés à la vie. 
Juda fait des sacrifices expiatoires en vue de l'époque où les morts 
redeviendront vivants. Il semble donc que dans le passage des 
Macchabées on trouve juste le contraire de ce qu'y a vu Bossuet, à 
savoir que l'intercession en faveur des morts est absolument vaine. 
Quoi qu'il en soit, M. S. Reinach, se fondant sur ce que le second 
livre des Macchabées paraît avoir été écrit en Egypte et sur ce que 
les textes égyptiens établissent que dans la terre des Pharaons on 



XII ACTES ET CONFÉRENCES 

priait pour les morts, en conclut que cet usage est d'origine 
égyptienne, et qu'il a passé ensuite chez les Juifs et les Chrétiens. 
D'autre part, si les Grecs et les Latins déifiaient les morts, il y 
avait, à côté de la religion officielle, une doctrine populaire, 
l'orphisme, qui admettait que les morts sont exposés à la souffrance. 
Il est donc probable que, d'après cette doctrine, on devait prier pour 
les morts, et l'orphisme a pu répandre cette coutume en Grèce, en 
Asie-Mineure et en Italie. 

Si la commémoration des morts s'est introduite seulement à une 
époque récente dans notre rituel et n'a même pas été adoptée dans 
toutes les communautés, le souvenir des grandes catastrophes 
nationales s'est perpétué par les jeûnes publics et par des récits 
légendaires. Une note de M. Bâcher 1 nous parle d'une version 
arabe des légendes talmudiques et midraschiques sur la destruction 
de Jérusalem. Cet opuscule s'est trouvé dans les feuillets provenant 
de la gueniza du Caire, où l'on avait entassé depuis des siècles les 
livres hors d'usage et qui nous a ainsi heureusement conservé une 
foule d'écrits dont les uns sont anciens et précieux, les autres récents 
et de valeur secondaire, 

C'est une bonne fortune que de trouver des textes inédits ; mais il 
y a un ouvrage cent fois édité et sur lequel paraissent chaque 
année des commentaires et des études sans cesse renouvelés, c'est 
la Bible. Seulement, je regrette de le répéter, notre Revue ne 
contribue que faiblement aux recherches originales sur ce livre. Je 
ne vois à signaler comme travail d'une certaine importance que 
l'article de M. Julien Weill 2 sur deux mots difficiles d'un passage 
obscur d'Ezéchiel : touppim et neqabim, dans lesquels on a vu tour 
à tour des cavités du corps, des instruments de musique et des 
bijoux. Ewald, le premier, a pensé à des pierres oraculaires, 
identiques avec les fameux ourim et ioummim, que portait le 
grand-prêtre, d'après le Pentateuque. M. Weill montre que cette 
explication, singulièrement négligée par les exégètes modernes, 
pourrait bien être la meilleure, et il s'appuie sur divers argu- 
ments, entre autres celui-ci, que le prophète Ezéchiel a dû s'inspirer 

1 T. XLI, p. 147 et suiv. 
a T. XLII, p. 144 et suiv. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XIII 

dans ses descriptions poétiques des croyances babyloniennes. Or, 
ces touppim rappellent les tablettes du destin, dont les divinités 
babyloniennes se disputaient la possession. L'autre mot, neqabim, 
reste encore à expliquer, mais l'assyriologie nous en livrera sans 
doute un jour le secret ' . 

Il me semble inutile de m'arrêter aux notes éxégétiques que votre 
secrétaire a publiées. Mais, faisant violence à ma modestie, je dirai 
un mot de mon étude sur le ni/ai*, une des sept conjugaisons du 
verbe hébreu. Mon cher collègue, M. Lévi, m'avait réclamé une 
conclusion pour mon article, je suis heureux de la lui donner ici. 
C'est que, lorsqu'on examine le vocabulaire et les formes gramma- 
ticales d'une langue ancienne, on s'aperçoit qu'une même idée peut 
être exprimée de manières très diverses et que différentes idées 
peuvent être rendues de la même façon. Le langage, à l'origine, 
était très élastique. Les mots et les particules avaient des signifi- 
cations très vagues et très étendues. Peu à peu les termes se sont 
précisés et spécialisés ; il s'est fait une sorte de triage entre les 
idées et les modes d'expression, et c'est ainsi que le langage est 
devenu clair et a pu servir d'instrument à une pensée exacte. 
Seulement, n'oublions pas que tout est relatif. Il y a encore 
aujourd'hui des gens dont les discours et les écrits se ressentent du 
manque originel de précision et de netteté. C'est l'atavisme sans 
doute qui en est cause. 

Notre Revue est si hospitalière qu'elle a ouvert ses colonnes à un 
travail de M. Monceaux 3 qui concerne plus les études chrétiennes 
que les études juives. M. Monceaux a fait l'historique des bibles 
latines en Afrique avant saint Jérôme. Ces bibles, qui étaient tra- 
duites du grec, étaient nombreuses et très altérées. Jérôme en- 
treprit une traduction faite sur le texte hébreu et qui est devenue 
plus tard la Vulgate, mais cette tentative rencontra en Afrique de 
vives résistances. 

Les Juifs eux-mêmes ont employé de bonne heure des traductions 
de la Bible. La première fut la version dite des Septante, qui fut 

1 On pourrait y voir un substantif dérivé de qabu, « parler ». 
* T. XLI, p. 196 et suiv. 
3 T. XLII, p. 129 et suiv. 



XIV ACTES ET CONFERENCES 

composée à l'usage des communautés égyptiennes et qui est de deux 
ou trois siècles antérieure à l'ère vulgaire. Puis est venue la traduc- 
tion araméenne ou targoum, qui devint officielle en Babvlonie vers le 
troisième siècle. En Palestine on composa, mais bien plus tard, une 
nouvelle version araméenne contenant beaucoup de paraphrases et 
d'additions légendaires. Comme nous l'apprend M. Ginsburger 1 , le 
dernier Gaon, Hay, fit une consultation sur la manière de traduire 
la Bible. 

L'exégèse biblique a produit une immense littérature, et a donné 
naissance à la lexicographie et à la grammaire hébraïques. Cette 
année, outre la fin de l'étude de M. Poznanski sur Tanhoum 2 , 
nous avons un travail de M. Eppenstein 3 sur Isaac Ibn Baroun, 
qui appartient à cette pléiade de savants espagnols qui brilla du X e 
au xn c siècle. Ibn Baroun, dont des poètes ont célébré les œuvres, 
s'est occupé de la comparaison entre l'hébreu et l'arabe et il a 
porté à un haut degré de perfection cette science, inaugurée par 
Ibn Koreisch. Les rapprochements qu'lbn Baroun a découverts 
entre les deux langues sœurs ont été souvent repris par les lexico- 
graphes les plus récents. 

Mentionnons encore une notice de M. Bâcher 4 sur un feuillet de 
la Gueniza du Caire contenant un fragment de dictionnaire, que 
M. Bâcher attribue à Saadia ibn Danan, un auteur du xv e siècle. 

Les bibliothèques de province sont pour les manuscrits hébreux 
de véritables guenizot. Qui va s'aviser d'aller les y déterrer*? Qui, 
sinon M. Schwab, notre trésorier, qui sait découvrir les trésors. 
M. Schwab 5 nous décrit un manuscrit de la Bible appartenant à la 
bibliothèque de Besançon. Le volume est enrichi de jolies minia- 
tures. Quelques lignes arabes presque effacées indiquent que le 
manuscrit se trouvait en 1492 dans l'Arabie du sud. Il a fait du 
chemin pour venir s'échouer dans la bibliothèque bisontine, où, après 
M. Schwab, personne peut-être ne l'ouvrira plus. 

1 T. XLII, p. 232 et suiv. 

1 T. XLI, p. 45 et suiv. 

' Ibid., p. 283 et suiv. ; t. XLII, p. 77 et suiv. 

* T. XLI, p. 253 et suiv. 

5 T. XLII, p. 111 et suiv. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XV 

Depuis que le texte hébreu de l'Ecclésiastique a été découvert, on 
ne peut plus se dispenser d'étudier cet apocryphe avec la Bible, dont 
quelques livres sont peut-être plus récents que Ben Sira. Il serait 
même utile d'en joindre le texte aux bibles. Je ne pense pas 
qu'on y verrait une atteinte au canon de la Synagogue, canon 
qui s'est formé de lui-même plutôt qu'en vertu de décisions juri- 
diques. Le texte de Ben Sira donnera encore bien de la tablature 
aux exégètes, tant il a été altéré. MM. Ginsburger et Israël Lévi * 
s'occupent d'un mot difficile dans un passage relatif à l'enlèvement 
du patriarche Enoch. 

A côté de l'Ecclésiastique devait exister un autre livre de sagesse 
œuvre d'un Eléazar ben Irai, et cité à plusieurs reprises par Saadia. 
Mais il se trouve que la première citation est un texte de l'Ecclé- 
siastique. M. Israël Lévi 2 pense que le Gaon a dû faire une confu- 
sion. Sa mémoire l'aura trahi. 

Des erreurs de ce genre se rencontrent chez les docteurs du 
ïalmud, qui citent parfois des versets bibliques d'une manière 
inexacte. Dans certains passages il se peut pourtant que les talmu- 
distes aient eu sous les yeux un texte différent du nôtre. M. Chajes 3 
a réuni un certain nombre de ces variantes vraies ou fausses. 

Entre tous les peuples sémitiques, un seul nous a légué un livre : 
c'est le peuple juif; les autres, Assyriens, Phéniciens, Sabéens, 
Araméens, ne nous ont laissé que des inscriptions, mais en très 
grand nombre. Par une sorte de compensation fâcheuse, l'épi- 
graphie juive n'a fourni que de maigres monuments. La fameuse 
stèle de Mésa, qui porte la plus ancienne inscription alphabétique, 
est moabitique et non israélite ; l'inscription de Siloé, découverte 
à Jérusalem, n'a que quatre lignes. Les autres ne nous four- 
nissent que des noms propres. Cependant si faible que soit la 
moisson épigraphique en Palestine, il n'est pas permis de la négliger. 
M. Isidore Lévy 4 nous parle de deux sceaux gravés dont l'un 
rappelle les caractères de l'inscription de Siloé, et dont l'autre 

1 T. XLII, p. 267 et suiv. 

* Ibid., p. 270 et suiv. 
1 Ibid-, p. 123 et suiv. 

* T. XLI, p. 174 et suiv. 



XVI ACTES ET CONFÉRENCES 

paraît plus récente et présente des noms un peu énigmatiques. 

L'épigraphie nous fournit quelques données instructives pour la 
géographie et l'histoire post-bibliques. On a trouvé à Médeba dans 
le pays de Moab une carte géographique en mosaïque. Vous voyez 
que les auteurs de la fameuse carte de France à la dernière Expo- 
sition ont eu des devanciers déjà anciens, car la mosaïque de Médeba 
peut être vieille de quinze ou seize cents ans. On y trouve une 
localité appelé Bétomarséa et Maïoumas. Or, on ne connaît pas 
d'endroit de ce nom dans la région. M. Buchler* suppose que les 
deux noms propres désignent le lieu où, d'après la Bible, les enfants 
d'Israël se laissèrent séduire par les filles de Moab, et ils feraient 
allusion aux fêtes licencieuses qui, au dire du Midrasch, y furent 
célébrées. L'auteur de la carte était donc au courant de la tradi- 
tion rabbinique. 

Une pierre trouvée à Myndos, en Carie, porte une inscription 
prouvant que les Israélites étaient répandus dans cette contrée dès 
les premiers siècles de l'ère vulgaire et confirme ainsi un texte 
de Flavius Josèphe. M. Théodore Reinach, qui nous décrit cette 
pierre 2 , profite de l'occasion pour signaler une inscription funé- 
raire, de Rome, concernant une certaine Marcella, mère de la sy- 
nagogue des Augustiniens, c'est-à-dire ayant rendu des services à 
cette communauté. 

M. Reinach reproduit aussi un papyrus, dans lequel un nommé 
Harpocration parle d'un Juif Théophile, qui voudrait être dispensé 
d'une corvée agricole. 

Si les Juifs étaient établis en Asie Mineure, ce n'est cependant 
pas une raison pour voir la Phrygie dans un texte talmudique où 
Ton dit que le vin de Perugita et les bains de Demosit ont séparé les 
dix tribus de leurs frères. M. Ramsay s'était appuyé sur ce texte 
pour affirmer que la prédication de l'apôtre Paul avait eu un grand 
succès auprès des Juifs de Phrygie. M. Isidore Lévy 3 montre que 
ces noms proprés désignent des localités du nord de la Palestine 
et non pas de l'Asie Mineure. Et, d'ailleurs, les Actes des apôtres 

1 T. XLII, p. 125 et suiv. 

* Ibid., p. 1 et suiv. 

* T. XLI, p. 183 et suiv. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XVII 



prouvent, au contraire, que la propagande de Paul auprès des Juifs 
a échoué aussi bien en Asie Mineure qu'en Palestine. M. Isidore 
Lévy détermine aussi l la valeur exacte de deux termes géogra- 
phiques : les Ports et les Sources. Ces termes figurent dans des 
documents cités par Josèphe et désignent des localités restituées 
par les Romains aux Juifs, à qui Antiochus le Cyzicène les avait 
enlevées. 

Flavius Josèphe, dont les écrits sont si importants par eux- 
mêmes et par les citations qu'ils renferment, a défendu avec ar- 
deur ses concitoyens et combattu leurs détracteurs, et en particu- 
lier Apion, qui était le type des antisémites dans les temps antiques. 
Pour le rabaisser, Josèphe a cru bon de lui contester sa nationalité 
grecque et de le traiter de naturalisé, né dans un endroit reculé de 
l'Egypte. C'eût été une honte pour un habitant d'Alexandrie en 
Egypte que d'être appelé Egyptien ! M. Isidore Lévy 2 f à la suite 
de M. Willrich, estime que Josèphe a dû se tromper plus ou moins 
volontairement à l'égard d' Apion. Donc admettons que c'était un 
bon Grec: ce n'en était pas moins un méchant homme. 

La langue grecque, comme vous le savez, s'est introduite en 
Palestine avec la conquête d'Alexandre, et beaucoup de vocables de 
cette langue sont entrés dans l'hébreu et l'araméen, que parlaient 
les docteurs du Talmud. La conquête romaine, à son tour, y a fait 
entrer de nombreux termes militaires et administratifs. Seulement, 
en se transplantant, ces expressions pouvaient altérer leur signifi- 
cation et prendre des acceptions spéciales. Il n'est donc pas toujours 
facile d'en retrouver le sens exact. C'est ainsi que le mot philotimia, 
qui désignait d'abord les libéralités faites par les gens riches à la 
ville en échange d'honneurs, a fini, comme nous l'apprend M. Isi- 
dore Lévy 3 , par signifier les jeux publics. MM. Jacob et Bâcher 4 
nous montrent que le mot araméen palhan « travailleur » veut dire 
militaire, que le mot paganus, dont nous avons fait payen, s'ap- 
plique aux civils, que le mot irani « citadin » désigne l'habitant 

1 T. LXI, p. 178 et suiv. 

* laid., p. 188 et suiv. 
3 Ibid., p. 182. 

* Ibid., p. 215 et suiv. 

ACT. ET CONF. B 



XV11I ACTES ET CONFÉRENCES 

de la petite ville opposé au qartani, l'habitant de la capitale. 
M. Biïchler 1 étudie deux termes élogieux, mais obscurs, appliqués 
aux docteurs et croit que ces mots veulent dire incrustations et 
mosaïques. Les docteurs seraient comparés à des pierres brillantes 
formant un dessin harmonieux. 

Si les éphitètes données aux talmudistes sont parfois difficiles 
à expliquer, les noms réels qu'ils portent présentent aussi des 
singularités dignes d'être relevées. M. Bâcher 2 , à l'occasion d'un 
ouvrage de M. Chajes, en examine quelques-uns, et y voit des 
abréviations ou des altérations des noms bibliques. 

Parmi les Tannaïtes, c'est-à-dire les docteurs dont les opinions 
furent recueillies dans la Mischna, figure Akabiaben Mahalel, dont 
on sait très peu de chose. Au nombre des sentences qu'on cite en 
son nom, se trouve cette belle parole : « Considère trois choses et tu 
ne pécheras pas : sache d'où tu es venu, où tu vas et devant qui tu 
rendras compte de tes actes. » Cet Akabia refusa de renoncer à 
certaines opinions, même lorsqu'on lui eut offert les plus hautes 
fonctions. Il répondit : « J'aime mieux être traité de fou toute ma 
vie et ne pas être infidèle un seul instant à ma conscience, et je ne 
veux pas qu'on dise que j'ai renoncé à mes convictions, afin d'obte- 
nir le pouvoir». Akabia fut excommunié. Quand a-t-il vécu? 
M. Mendelsohn 3 a cherché à l'établir, et il pense qu'il était con- 
temporain de R. Gamliel, qui excommunia bon nombre de ses 
collègues pour mettre fin aux divergences dans la pratique reli- 
gieuse. 

Lorsque la Mischna eut été rédigée, les maîtres de la science reli- 
gieuse la prirent pour base de leur enseignement et s'appelèrent les 
Amoraïm. L'un des plus célèbres est Mar Samuel. M. Schapiro 4 , 
nous parle de lui, mais c'est le médecin qu'il étudie et non le tal- 
mudiste. Samuel avait un esprit scientifique, qui se marque déjà 
dans sa façon de concevoir le messianisme. Les lois de la nature 
étant invariables, le monde messianique, selon lui, ne différera du 

1 T. XLII, p. 211 et suiv. 

* Ibid-, p. 43 et suiv. 

' T. XLI, p. 31 et suiv. 

* T. XLII, p. 14 et suiv. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XIX 

monde actuel que par la suppression de la servitude d'Israël. Dans 
ses doctrines médicales, Samuel montre son goût pour l'explication 
naturelle des phénomènes pathologiques et pour les remèdes 
rationnels. Sachant que certaines opérations, pour être utiles, 
doivent être faites sans délai, il n'hésite pas à dire, contrairement 
à la tradition, que l'on peut, pour les exécuter, transgresser le 
sabbat. Il dénonce déjà les dangers de l'alcoolisme, et s'il partage 
les préjugés de son temps sur l'astrologie, préjugés qui ont duré 
longtemps après lui, il est un moderne par l'importance qu'il ac- 
corde à la propreté et à l'hygiène. Ce Samuel, qui était non seule- 
ment médecin, mais aussi astronome, nous montre que les plus 
profonds talmudistes ne dédaignaient pas les sciences profanes. 

Au milieu des légendes qu'ils ont recueillies, le Talmud et les 
Midraschim contiennent des renseignements que les historiens 
utilisent, selon leur tempérament, avec plus ou moins de prudence. 
Un document précieux, pour l'étude de la période macchabéenne, 
est la Meguillat Taanit, le rouleau des jeûnes, qui contient la liste 
des jours, non pas où l'on doit jeûner, mais où l'on ne doit pas 
jeûner, à cause d'événements heureux survenus à ces dates. 
M. Schwab l nous communique des notes qui lui ont été remises 
par M. Marx de Kônigsberg, à propos d'une notice que notre col- 
lègue avait donnée sur la Meguillat Taanit, au Congrès des Orien- 
talistes de 1898. 

M. Krauss 2 essaye de compléter, à l'aide du Talmud et des 
Midraschim, ce que les auteurs chrétiens ont dit de l'hérétique 
Dosithée. D'après les sources juives, Dosithée aurait enseigné la loi 
juive aux Samaritains. Ce qu'il faut admettre, selon M. Krauss, 
c'est qu'il fonda une secte samaritaine, et qu'il y eut deux Dosithée, 
l'un samaritain, l'autre chrétien, sans parler d'un troisième, éga- 
lement chrétien. Le deuxième voulut se faire passer pour Messie : 
c'était la mode dans ce temps-là. La secte de celui-ci disparut 
rapidement, tandis que la secte du premier se maintint près de 
mille ans. A savant, savant et demi. M. Bùchler 3 examine à son 

5 T. XLI, p. 266. 

* T. XLII, p. 27 et suiv. 

3 Ièid>, p. 220 et suiv. 



XX ACTES ET CONFÉRENCES 

tour les textes invoqués par M. Krauss et conclut qu'il n'y est pas 
question des Dosithéens, mais de différents personnages isolés ayant 
porté le nom de Dostaï. Nous ne savons donc plus ce que furent et 
devinrent les Dosithéens. 

Après l'édit de Cyrus, qui permit aux Israélites de retourner en 
Palestine, bien peu de Juifs profitèrent de la permission. La plus 
grande partie des exilés resta en Babylonie. Une sorte de rivalité 
se produisit entre eux et les Juifs de la Palestine et se manifesta à 
diverses reprises. En l'an 921, un schisme faillit éclater entre Ben 
Méïr, le chef des Juifs palestiniens, et les Babyloniens, et cela, à 
propos d'une règle du calendrier. Grâce à Saadia, la victoire resta 
aux Babyloniens, et c'est à la suite de cet incident que Saadia fut 
nommé chef de l'école, fonction que son amour de la justice lui fit 
perdre quelques années après. MM. Adler-Broydé ' et Israël Lévi 2 
ont publié des textes relatifs à la dispute suscitée par ben Méïr, et 
M. Epstein 3 a repris toute la question en détail. 

Quittons la Palestine et la Babylonie pour venir en France. Que 
les Juifs de France, au moyen âge, aient parlé le français, cela ne 
vous étonnera pas, mais ils avaient aussi transplanté le français sur 
les bords du Rhin, et, au milieu des populations allemandes, les 
Israélites parlaient notre langue nationale. Dans son école de 
Mayence, Gerson de Metz expliquait en français le Talmud, et les 
gloses dont il a parsemé ses commentaires, sont un des plus anciens 
et des plus importants monuments de la langue d'oil, car les écrits 
français du x e siècle sont rares et se réduisent à quelques pages. 
La publication qu'en a faite M. Brandin 4 est donc très utile pour la 
connaissance du vieux français. N'est-ce pas un phénomène remar- 
quable que des commentaires talmudiques présentent un tel 
intérêt pour la littérature de notre pays ! C'est un thème à méditer 
pour les nationalistes. 

Le plus célèbre représentant de l'école talmudique française fut 
Raschi de Troyes. Il est à espérer que les gloses françaises dont lui 

1 T. XLI, p. 227 et suiv. 

* Ibid., p. 272 et suiv. 

3 T. XLII, p. 173 et suiv. 

w Ibid., p. 48 et suiv. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XXI 



aussi a .émaillé ses commentaires sur la Bible et la Guemara seront 
réunies par un romaniste et que l'œuvre pour laquelle le regretté 
Arsène Darmesteter avait préparé de nombreux matériaux sera 
reprise et achevée. 

Raschi n'avait que des filles. L'une d'elles passait pour avoir été 
son secrétaire. C'eût été un argument pour le féminisme ! mais, 
d'après M. Schwab ! , cette donnée repose sur une faute de copiste. 
En réalité, c'était un petit-fils de Rachi qui remplissait ce rôle. 
Mais ce que M. Schwab restitue à une fille de Rachi, c'est son nom 
bien français de Bellassez, qui avait été défiguré et transformé en 
un mot moitié français, moitié allemand, Bellaschôn. 

Les Juifs, comme on le leur a assez reproché, étaient prêteurs 
d'argent. L'Eglise ne permettait pas aux chrétiens de prêter à inté- 
rêt, mais elle ne leur défendait pas d'emprunter; et les ecclésias- 
tiques eux-mêmes, si détachés qu'ils fussent des biens de ce monde, 
s'adressaient aux Juifs quand ils avaient besoin d'argent. Plusieurs 
notes hébraïques, qui se trouvent dans un manuscrit de la Biblio- 
thèque nationale et que M. Schwab 2 reproduit, nous apprennent 
que ce livre fut mis en gage plusieurs fois par un chanoine d'Evreux 
auprès d'un Juif appelé Hayvim ou Vivant. L'argent du Juif porta 
sans doute bonheur au chanoine, puisque celui-ci fut nommé évêque 
quelques années après. 

M. Isrëal Lévi 3 nous donne une note hébraïque du même genre; 
mais ce qui est curieux, c'est que ni le créancier, ni le débiteur, ne 
sont juifs. M. Lévi suppose qu'il y a eu un intermédiaire israélite. 

Les grands seigneurs, pour réaliser des sommes importantes, 
vendaient les Juifs de leur domaine. M. Théodore Reinach 4 nous 
parle d'une bonne affaire que fit le roi de France, Philippe le Bel, 
en achetant des Juifs à son frère, Charles de Valois. C'était, dans 
l'occurrence, un placement à 20 %. A cette occasion, M. Reinach 
exprime le regret que les érudits connaissent trop peu la Revue ; ils 
y trouveraient des renseignements qui leur feraient éviter bien des 

1 T. XLII, p. 273 et suiv. 
* T. XLI, p. 149 et suiv. 
1 Ibid., p. 272 et suiv. 
A T. XLII, p. 103 et suiv. 



XXII ACTES ET CONFÉRENCES 



erreurs. Notre collègue exprime aussi le souhait qu'un jeune archi- 
viste réunisse tous les documents officiels concernant les Juifs de 
France au moyen âge. Nous nous associons pleinement aux regrets 
et aux souhaits de notre collègue. 

Signalons encore une note de M. Israël Lévi 1 sur la communauté 
de Forcalquier. Cette communauté, connue déjà par le livre de 
comptes d'un notaire chrétien, est mentionnée dans un texte hébreu 
et aurait pu, par conséquent, figurer dans la Gallia judaica, de 
M. Gross. 

M. Schwab 2 détermine la date de la traduction hébraïque d'un 
ouvrage médical, faite par un certain Benjamin de Carcassonne. 

Une autre date énigmatique est celle que M. Simon s reproduit 
d'après la version française d'une traduction allemande de lettres 
écrites par un Anglais sur les régions du sud-est de la France en 
mS. Cet écrivain mentionne l'inscription d'Arles, dont il a été 
question antérieurement dans la Revue, et d'après laquelle une 
épreuve envoyée par le Tout-Puissant prit fin en cinq mille 
trente-six (= 1276) . Ceci, d'après les textes anglais et allemand. 
Le texte français donne l'inscription en hébreu et met soixante, 
trente et six. Cette façon d'écrire une date est bien singulière 4 ! 

Sur la communauté juive de cette ville d'Arles aux xiv e et 
XV e siècles, M. Hildenfinger 5 nous fournit des détails intéressants. 
11 nous apprend, notamment, qu'ily avait une confrérie s'engageant 
à payer deux gros d'argent à chaque pauvre et à veiller tous les 
malades. L'assistance publique n'en fait pas autant ! Vers la fin du 
XIV e siècle, l'école publique ayant été fermée, faute d'argent sans 
doute, un médecin offrit de subventionner des cours de Talmud et 
d'hébreu. L'offre fut acceptée et ce petit séminaire fonctionna 
quelque temps. Le professeur d'hébreu était payé deux florins par 
mois. Je suppose qu'il avait d'autres ressources. Nous ne savons 



1 T. XLII, p. 274. 

2 T. XL1, p. 153-154. 

3 Ibid , p. 154-155. 

* Il est probable que au lieu de D il faut lire Ï"J, c'est-à-dire cinq (mille), ce 
qui fait concorder tous les textes. 
5 T. XLI, p. 62 et suiv. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XXIII 



ce qui advint de l'école. La communauté elle-même fut expulsée 
à la fin du xv° siècle. Comme elle était fréquemment attaquée 
par des malfaiteurs, les bourgeois de la ville jugèrent qu'il fallait 
faire cesser les désordres, et ne trouvèrent pas d'autre moyen, 
pour y arriver, que de chasser les Juifs. Ceux-ci avaient sans 
doute commis la faute de se plaindre quand on les pillait ou mas- 
sacrait. Si les gens que l'on vole ou assassine se laissaient faire 
sans crier, la tranquillité serait parfaite et l'on pourrait se passer de 
gendarmes ! 

Les huissiers deviendraient aussi inutiles, s'il était permis de se 
débarrasser de ses dettes avec de fausses quittances. C'est un stra- 
tagème dont s'avisèrent les débiteurs des Juifs d'Alsace en 1*778. Il 
en résulta de grands troubles dans les relations commerciales, mais 
le faussaire principal en fut quitte pour un exil peu lointain. Le 
bagne n'est pas fait pour tous les criminels ! Quoi qu'il en soit, pour 
régler la situation des Juifs d'Alsace, Louis XVI ordonna comme 
mesure préalable un recensement général des Israélites. Le recen- 
sement fut imprimé en 1784, et l'on a ainsi la liste de tous les Juifs 
habitant l'Alsace à cette époque. Une bonne partie des Juifs de 
France peuvent y retrouver leurs bisaïeuls ou trisaïeuls. Ce qui est 
à noter, c'est que, en vertu des lettres-patentes du roi, les Juifs 
durent désormais déclarer devant le juge de leur localité les nais- 
sances, mariages et décès survenus dans leurs familles. Les Juifs 
alsaciens sont donc les premiers Français qui aient eu un véritable 
état civil. M. Hemerdinger l a bien fait d'attirer l'attention des his- 
toriens sur cette ordonnance de Louis XVI et sur le dénombrement 
des Juifs d'Alsace. 

M. Ginsburger 2 termine son étude sur les mémoriaux alsaciens, 
en donnant la liste des rabbins et personnages distingués qui y sont 
mentionnés, et M. Danon 3 achève son travail sur la communauté 
de Salonique en apportant les pièces justificatives et des notices 
biographiques sur les rabbins qui les ont signées. 

On dit que la critique est aisée, et l'art difficile. Mais la critique 

1 T. XLII, p. 153 et suiv. 

* T. XLI, p. 118 et suiv. 

' Ibid., p. 98 et suiv., 250 et suiv. 



XXIV ACTES ET CONFÉRENCES 



elle-même est un art et a, par conséquent, ses difficultés. Apprécier 
les ouvrages des autres est une tâche très délicate, et bien souvent 
le plaisir de lire un livre est gâté par l'obligation d'avoir à le juger. 
Il faut du courage pour blâmer les défauts des écrivains, de la bonté 
d'âme pour leur reconnaître des qualités, et de la clairvoyance pour 
distinguer les uns et les autres. Aussi devons-nous de la reconnais- 
sance aux auteurs des comptes rendus qui figurent dans la Revue, 
d'abord parce qu'ils ont réellement lu les ouvrages dont ils parlent, 
ensuite parce qu'ils les font connaître au public, et enfin parce qu'ils 
éclairent les écrivains eux-mêmes sur les écueils qu'ils devraient 
éviter. L'article que M. Salomon Reinach l , par exemple, consacre 
au livre de M. Strack sur la superstition du sang, devrait être 
médité par les auteurs allemands ; ils y apprendraient que l'excel- 
lence du fond peut s'allier avec l'excellence de la forme. Le compte 
rendu de M. Israël Lévi 2 sur un commentaire de Daniel par 
M. Galle montrerait aux jeunes savants que la bonne volonté ne 
supplée pas toujours au manque de connaissances acquises. Les 
autres articles de M. Bâcher 3 sur le commentaire de la Mischna de 
Maïmonide, de MM. Lévi 4 et Poznanski 5 sur des catalogues, de 
MM. Lœwé 6 et Julien Weill " sur divers ouvrages philosophiques, 
sont très instructifs. Enfin, nous devons mettre à part la Revue 
bibliographique de notre collègue, M. Israël Lévi s , travail dont la 
lecture me procure toujours un plaisir quelque peu mêlé d'effroi. 
L'Kcclésiaste se plaignait déjà, il y a deux ou trois mille ans, que 
les gens écrivaient trop. Que dirait-il, s'il lisait cette Revue biblio- 
graphique ? M. Lévi n'énumère pas moins de 220 ouvrages concer- 
nant les études juives, .et celui qui voudrait se mettre au courant 
de cette littérature aurait environ 50.000 pages à dévorer par an. 
C'est déjà beau que M. Lévi ait pu consacrer des notices spéciales à 

1 T. XLI, p. 157 et suiv. 
' Ibid., p. 314-316. 
3 T. XLII, p. 280 et suiv. 
* T. XLI, p. 316-317. 
5 Ibid. , p. 310 et suiv. 
' Ibid., p. 311-314. 

7 Ibid., p. 309-310. 

8 Ibid., p. 276 et suiv. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XXV 

une quinzaine de ces volumes. Espérons que tous trouveront des 
lecteurs. 

A ce propos, je dois des excuses aux acheteurs de livres. J'avais 
dit la dernière fois, à propos d'un ancien catalogue de livres mis en 
vente, que les acheteurs étaient des gens obscurs et peu intéres- 
sants. Une note de M. Kayserling ' sur la liste des livres de Léon 
Mosconi prouve qu'il n'en est pas toujours ainsi. Parmi ceux qui se 
partagèrent sa bibliothèque se trouvent quelques noms connus dans 
l'histoire des Juifs espagnols. 

Si les collaborateurs de la Revue ont travaillé avec leur ardeur 
accoutumée, nous n'avons eu le plaisir de vous offrir que deux con- 
férences. Il est vrai que chacune d'elles en valait plusieurs. Je 
craindrais de blesser la modestie de M. Bloch en louant, comme 
elle le mérite, sa brillante causerie sur les femmes écrivains et 
artistes juives en France. M. Philipson, en nous parlant de l'œuvre 
de son père, nous a donné une belle page d'histoire véridique encore 
plus qu'un monument de piété filiale. Combien de gens, même en 
Allemagne, ignorent les immenses services rendus par Louis Philip- 
son au judaïsme et à l'humanité, car l'émancipation des minorités, 
ne l'oublions pas, est aussi l'affranchissement des majorités. Pour 
améliorer la situation intérieure du judaïsme, Louis Philipson a 
essayé de réconcilier les conservateurs et les libéraux, en les ins- 
truisant sur le mosaïsme, que les uns et les autres ignoraient. 
Pour faire reconnaître les droits de citoyen aux Israélites, il s'est 
dépensé sans compter. Il a lutté par la parole et la plume, car 
c'était un orateur distingué, un journaliste de premier ordre, un 
romancier de talent. Mais c'était aussi un homme d'action, et chaque 
fois que la cause des Juifs était menacée, Philipson savait inter- 
venir. Les résultats qu'il obtint sont considérables ; mais, hélas ! il 
restait et il reste encore beaucoup à faire. Louis Philipson, nous 
mettant en garde contre le découragement, écrivait en 1842 : 
« L'humanité marche avec lenteur. Elle n'essaie pas de conquérir 
en toute hâte ce qui est destiné à devenir pour elle une acquisition 
durable. L'individu souvent désire avec impatience et même avec 

1 T. XLII, p. 277 et suiv. 



XXVI ACTES ET CONFÉRENCES 

anxiété voir le progrès se réaliser de son vivant ; mais l'évolution 
historique ne change rien à sa marche millénaire pour complaire à 
l'individu. La terre est et sera un théâtre de luttes continuelles, où 
le succès ne s'acquiert que par des efforts nobles et persévérants et 
par un travail qui ne s'affaiblit jamais. » 

Remercions M. Martin Philipson de nous avoir reproduit ces 
belles paroles et d'avoir fait revivre devant nous la belle figure de 
son père. 

Ayant terminé ma tâche, je suis doublement heureux de clore 
mes feuillets et de laisser la parole à M. Blum, dont vous n'avez 
pas oublié la chaude éloquence, et qui ne pouvait choisir un sujet 
plus intéressant que le parallèle entre la Déclaration des Droits de 
l'Homme et la Bible. Qu'il me soit permis de former un vœu : c'est 
que nos enfants ou petits-enfants entendent un jour un orateur 
comme M. Blum — sinon M. Blum lui-même — leur parler d'une 
charte de liberté, d'égalité et de fraternité, proclamée en Russie, en 
Roumanie et dans le monde entier! 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL 



SEANCE DU 25 OCTOBRE 1900. 
Présidence de M. Maurice Bloch, président. 

Le Conseil décide de demander à M. Sagnac, professeur à la 
Faculté des lettres de Lille, une conférence sur Napoléon I er et 
les Juifs. 

Il est décidé que les Membres de la Société auront droit au 
premier volume de la traduction de Josèphe au prix de 4 fr. (au 
lieu de 7,50), port en plus. 

Sont reçus membres de la Société : 

MM. Lazare Weiller, présenté par MM. Théodore Reinach 
et I . Lévi ; 
Jules- Aron N'Kaoua, d'Alger, présenté par MM. Schwab 
et Lévi. 

M. Israël Lévi fait une communication sur les récits du Talmud 
relatifs à Alexandre . 



SÉANCE DU 29 NOVEMBRE 1900. 
Présidence de M. J.-H. Dreyfuss, vice-président. 

La conférence de M. Sagnac est fixée au 15 décembre. L'As- 
semblée générale aura lieu le 2 février 1901. M. Maurice Bloch y 
fera une conférence sur les femmes juives artistes et écrivains. 



XXV11I ACTES ET CONFÉRENCES 



Le Conseil décide de souscrire à cent exemplaires du Recueil des 
Conférences de M. Maurice Bloch. 

Sont reçus membres associés étrangers de la Société : 



■©' 



MM. Mercado Covo, de Serès; S. Mendelsohn, de Wili- 
mington (N. C.) ; Bergmann, de Loschitz ; Herzog, 
de Prague; Ginzburger, de Soultz (Haute-Alsace); 
Levias, de Cincinnati ; Uhry, grand rabbin de 
Strasbourg, présentés par MM. Bloch et Lévi. 

M. Israël Lévi fait une communication sur l'origine des mots 
Sadducèen et Pharisien. 



SÉANCE DU 28 MARS 1901. 
Présidence de M. Zadoc Kahn, président 

Il est procédé à l'élection des membres du bureau. Sont nommés : 

MM. J.-H. Dreyfcss et Sylvain Lévi, vice-présidents, 
Mayer Lambert et Lucien Lazard, secrétaires, 
Moïse Schwab, trésorier. 

Le Comité de publication est maintenu en fonctions. 

M. Israël Lévi combat le principe des conférences, dont l'utilité 
ne semble pas être appréciée par les Sociétaires. 

Sur la proposition de M. Théodore Reinach, à l'avenir il sera fait 
une distinction entre les conférences pouvant intéresser le grand 
public et les simples causeries. Tandis que les premières auraient 
pour cadre le local ordinaire des conférences, les dernières seraient 
faites dans la salle des délibérations du Conseil. 

Cette proposition est adoptée. 

En tous cas, l'assemblée générale comportera toujours une 
conférence. 

M. Lambert fait une communication sur quelques versets de la 
Bible mal compris. 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL XXIX 

SÉANCE DU 27 JUIN 1901. 

Présidence de M. Maurice Bloch. 

Le Conseil, sollicité d'accorder une subvention à la publication du 
Targoum yeroiisckalmi, passe à l'ordre du jour, en raison des 
charges auxquelles la Société doit déjà pourvoir. 
Sont élus membres de la Société : 

MM. Meyersohn, Frédéric Rbitltnger et le rabbin Herz, 
de Paris, présentés par MM. Schwab et Israël Lévi ; 
et associés étrangers : 

MM. Philipson, de Bruxelles; Ewen, de Glascow, et 
Eppenstkin, rabbin de Briesen, présentés par les mêmes. 
M. Israël Lévi fait une communication sur la conspiration des 
Lépreux d'après les documents chrétiens et juifs. 



SÉANCE DU 31 OCTOBRE 1901. 
Présidence de M. J.-H. Dreyfuss, vice-président. 

Le dépositaire de la Société ayant cédé son fonds, le Conseil 
pourvoit à son remplacement. Le successeur recevra annuellement 
pour droit de magasinage et assurances la somme de 75 francs, 
indépendamment de la remise ordinaire sur les abonnements faits 
par son intermédiaire et les ventes au numéro, pour la Revue et 
les autres publications de la Société. Tous les ans, un inventaire 
détaillé du dépôt devra être fourni par ses soins. A l'avenir, la 
distribution de la Revue sera faite par l'imprimeur, au moyen de 
la poste. 



SÉANCE DU 26 DÉCEMBRE 1901. 
Présidence de M. J.-H. Dreyfuss, vice-président. 

Le Conseil fixe la date et l'ordre du jour de la prochaine assemblée 
générale. On présentera aux suffrages de la Société, pour la prési- 
dence, M. le grand-rabbin J.-H. Dreyfuss. 



XXX ACTES ET CONFÉRENCES 

Le rapport sur les travaux de Tannée sera lu par M. Mayer 
Lambert. 

Une conférence sera demandée à M. Léo Errera ou à M. Eugène 
Blum. 

M. Moïse Schwab, trésorier, présente un projet de budget pour 
l'année 1902; ce projet est adopté. 

M. Théodore Reinach rend compte des travaux en cours de pu- 
blication. Le Contre Âpion paraîtra sous peu; on enverra à l'im- 
pression les livres XI-XV des Antiquités de Josèphe. 



SÉANCE DU 21 FEVRIER 1902. 
Présidence de M. J.-H. Dreyfuss, président. 

Le Bureau est constitué comme suit : 

MM. Sylvain Lévi et Edouard de Goldschmidt, vice-présidents 
Mayer Lambert et Lucien Lazard, secrétaires, 
Moïse Schwab, trésorier. 

Le Comité de publication est maintenu en fonctions. 

A la demande d'un grand nombre de membres du Conseil, il est 
décidé que les séances auront lieu désormais le dernier mercredi du 
mois, à cinq heures et demie de V après-midi. 

Le Conseil décide de demander au Consistoire israélite de Paris 
de vouloir bien donner l'hospitalité aux livres de la Société dans la 
bibliothèque qu'il installe place des Vosges, n° 14. Ces livres, quoique 
à la disposition de tous les lecteurs, formeraient un fonds spécial 
dont la Société resterait propriétaire. Un crédit est voté pour la 
confection d'un registre d'inscription et de fiches articulées. 

Sur la réclamation de M. Kaan, nouveau dépositaire de la 
Société, le droit de magasinage et la part contributive aux frais 
d'assurances sont élevés ensemble à 100 francs. 

M. Israël Lévi fait une communication sur la langue originale du 
livre de Tobit. 

Le gérant, 

Israël Lévi. 

VERSAILLES, IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 






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