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Full text of "Revue des études rabelaisiennes"

/^ 



REVUE 



DES 



ÉTUDES RABELAISIENNES 



NOGENT-LE-ROTROl', IMPRIMERIE DAUPELEY-GOLVERNEUR 



REVUE 



DES 



ÉTUDES RABELAISIENNES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 



CONSACREE 



A RABELAIS ET A SON TEMPS 



TOME V — 1907 



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PARIS 






HONORE CHAMPION > 

LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES RABELAISIENNES 

5, QUAI MALAQUAIS 

1907 



Z.3 



SOCIETE 

DES ÉTUDES RABELAISIENNES. 



STATUTS. 

Article premier. 

La Société des Études rabelaisiennes a pour but l'étude de 
Rabelais et de son temps, ainsi que la publication de docu- 
ments et de travaux relatifs au même sujet. 

Elle pourra former des collections et organiser des excur- 
sions offrant un intérêt pour ses études. 

Elle s'interdit toute discussion qui aurait trait à des questions 
actuelles politiques ou religieuses. 

Art. 2. 
Le siège de la Société est à Paris. 

Art. 3. 

La Société se compose des personnes dont l'admission aura 
été prononcée dans les formes suivantes : 

Les candidats devront adhérer aux statuts de la Société et 
être présentés par deux membres. Si le Bureau agrée la 
demande d'admission, celle-ci sera portée à l'ordre du jour 
de la plus prochaine séance de la Société et devra réunir la 
majorité absolue des voix des membres présents. 

Art. 4. 

La Société se réunit au moins six fois par an. 

Outre ces séances, consacrées aux travaux ordinaires, elle 
tient, au mois de janvier, une assemblée générale annuelle, 
qui entend les rapports du président et du trésorier, approuve 
les comptes et nomme les membres du Conseil. 



II sTAirrs. 

L no asscmblcc j^cnérale extraordinaire peut être convoquée 
par le Conseil toutes les fois que des circonstances exception- 
nelles l'exigent. 

Art. 3. 

Le Conseil de la Socicto, composé de vingt membres, est 
renouvelable par quart tous les ans. Les membres sortants 
sont désignés par le sort. 

Le Conseil choisit dans son sein le bureau et les com- 
missions. 

Le Bureau est nomme au scrutin secret, à la majorité abso- 
lue des membres présents. En cas d'égalité de suffrages, le 
plus âgé des candidats est élu. 

La Commission de publication se compose de trois membres, 
nommés chaque année et rééligiblcs, auxquels sont adjoints 
de droit le président et le secrétaire de la Société. Ses déci- 
sions sont souveraines. D'autres commissions pourront être 
créées ultérieurement. 

Art. 6. 

Le Bureau comprend un président, deux vice-présidents, un 
secrétaire, un secrétaire-adjoint, un trésorier. 

Les membres du Bureau sont nommés pour un an. Ils ne 
sont rééligibles dans la même fonction qu'une année après 
l'expiration de leur mandat, sauf le président, les secrétaires 
et le trésorier, qui peuvent toujours être réélus. 

Le Bureau est investi des pouvoirs les plus étendus pour la 
gestion de la Société. 

Art. 7. 

Les ressources de la Société se composent : 

10 Des cotisations de ses membres, fixées à dix francs par 
an, et rachetables moyennant un versement minimum de cent 
cinquante francs; 

20 Du produit de la vente de ses publications; 

30 Des dons qui lui seraient faits ; 

40 Du revenu de ses biens et valeurs de toute nature. 

Art. 8. 
Toute proposition portant modification aux statuts sera 



STATUTS. m 

rédigée par écrit, signée par cinq sociétaires au minimum et 
adressée au Bureau, qui décidera s'il convient d'y donner suite. 
En cas d'avis favorable, la proposition sera mise à l'ordre 
du jour de l'assemblée générale annuelle du mois de janvier, 
et, pour être adoptée, devra réunir les trois quarts des voix 
des membres présents. 

Art. 9. 

La Société ne peut être dissoute que dans une assemblée 
générale comprenant au moins les deux tiers des membres 
ayant acquitté leur cotisation. 

Dans le cas où la dissolution serait votée, la même assem- 
blée décidera du sort de l'actif. 

Art. 10. 

Un règlement d'ordre intérieur pourra être rédigé par le 
Conseil. 



LISTE DES MEMBRES^. 



Agache (Alfred), artiste-peintre; 
rue Weber, 14. 

Albarel (D"' p.) ; à Névian (Aude). 

Andrews (C); Elmwood ave- 
nue, 52, à Belfast (Ireland). 

Angellier ( Auguste ) , ancien 
doyen de la Faculté des lettres 
de Lille, maître de conférences 
à l'École normale supérieure ; 
rue de la Barouillère, 5; 

Arconati Visconti (Marquise); 
rue Barbet-de-Jouy, 16. 

AuBRY (H.); rue Cambacérès, 6. 

Backer (Hector de), ingénieur; 
rue de la Révolution, i, à 
Bruxelles. 

Baist (G.), professeur à l'Univer- 
sité de Fribourg-en-Brisgau 
(Allemagne). 

Bamann (Otto), Dr. Phil., pro- 
fesseur à la Maria Theresia 
Realschule ; à Mûnchen (Alle- 
magne). 

Barante (Baron Claude de); rue 
du Général-Foy, 22. 

Barat (Julien) ;Theaterstrasse, i, 
à Bonn (Allemagne). 

Barbier fils (Paul); Yorkshire 
Collège, Leeds (Angleterre). 

Barthelet (Edmond), membre 



de l'Académie de Marseille, an- 
cien membre de la Chambre de 
commerce; rue de l'Arbre, 3i, 
à Marseille. 

Baudrier (Julien), C; rue Belle- 
cour, 3, à Lyoa. 

BAUR(Albert), professeur au Gym- 
nase de Zurich; Forchstrasse, 
144, à Zurich (Suisse). 

Bédier (Joseph), professeur au 
Collège de France ; rue Souf- 

flot, II. 

Behrend (Adolf), libraire-éditeur ; 
Unter den Linden, i3, à Berlin. 

Behrens (D.), professeur à l'Uni- 
versité de Giessen (Allemagne). 

Beltrand (Jacques), graveur; 
boulevard Pasteur, 69. 

Berge (Jules), propriétaire; rue 
de la Victoire, 60. 

Bernés (Henri), membre perpé- 
tuel, professeur au lycée Laka- 
nal, membre du Conseil supé- 
rieur de l'Instruction publique; 
boulevard Saint-Michel, 127. 

Besançon (Henry), directeur des 
Écoles; à Aigle (Vaud, Suisse). 

BÉTHUNE (Baron François); rue 
de Bériot, 36, à Louvain (Bel- 
gique). 



I. L'initiale C. signifie : membre du Conseil. — Les adresses non 
suivies d'un nom de ville sont celles des membres habitant Paris. 
— Nous prions instamment ceux des sociétaires dont l'adresse ou les 
titres appelleraient quelque changement de vouloir bien en aviser 
le secrétaire de la Société, M. Jacques Boulenger, 71, rue du Conné- 
table, à Chantilly (Oise). 



I isn m s MEMBRES. 



Bibliothèque des Archives na- 
tionales. 
Bibliothèque do la ville Je Mi:- 

SANÇON (Doubs). 
Bibliothèque de la ville de Hi.ois 

(Loir-et-Cher). 
Bibliothèque de la ville de Ciii- 

NON (Indre-et-Loire). 
Bibliothèque du Coi.ti^GK de 

France. 
Bibliothèque de l'Université de 

Dijon. 
[Bibliothèque royale de Dresde] 

Kôniglicho ôfl'entliche Biblio- 

ihek (Allemagne). 
Bibliothèque publique de la ville 

de Geni^.ve (Suisse). 
Bibliothèque de I'Institut de 

France. 
Bibliothèque de la ville de Lille. 
Bibliothèque Mazarine. 
Bibliothèque de la ville de Mont- 
pellier. 
Bibliothèque du Musée Condé; 

à Chantilly (Oise). 
Bibliothèque publique de la ville 

de Nancy (Meurthe-et-Moselle). 
Bibliothèque publique de la ville 

de Niort (Deux-Sèvres). 
Bibliothèque de la ville d'ÛR- 

léans. 
Bibliothèque de I'Université de 

Paris. 
[Bibliothèque] Freiherrl. Cari 

von Rothschild'sche ôfFen- 

tliche Bibliothek ; Frankfurt 

a. M. (Allemagne). 
Bibliothèque Sainte-Geneviève. 
[Bibliothèque de Strasbourg] 

Kais. Universitats- und Lan- 

desbibliothek (Allemagne). 
Bibliothèque historique de la 

Ville de Paris. 
Bibliothèque de l'Université de 

Vienne. 



BiLiniNK (M"" X'éral; rue Pail- 
let, 4. 

Blanchard (D'R.), professeur à la 
Faculté de médecine, membre 
de l'Académie de médecine ; 
boulevard Saint-Germain, 226. 

Blum (Léon), homme de lettres; 
rue du Luxembourg, 38. 

BocHÉ; rue de Grenelle, ii3. 

Bogeng (G.-A.-Erich), Stud. jur. 
et cam., membre de la « Ge- 
sellschaft der Bibliophilen »; 
Martin Lutherstrasse,74, à Ber- 
lin (Allemagne). 

Bos (D"'); cours Lieutaud, 52, à 
Marseille (Bouches-du-Rhône). 

BouLAv de la Meurthe (Comte 
Alfred), ancien président de la 
Société archéologique de Tou- 
raine; rue de l'Université, 23. 

Boulenger (Hippolyte); rue Frey- 
cinet, 26. 

Boulenger (Jacques), archiviste- 
paléographe, sous -bibliothé- 
caire à la bibliothèque Sainte- 
Geneviève, secrétaire ; rue du 
Connétable, 71, à Chantilly 
(Oise). 

Boulenger (Marcel), homme de 
lettres; même adresse. 

Bourgeois (Achille-F.), agrégé de 
l'Université; rue Amiral-Cour- 
bet, 5o, à Cherbourg (Manche). 

BouRNON (Fernand), archiviste- 
paléographe; rue Antoine-Rou- 
cher, 12. 

Bourrilly (V.-L.), professeur au 
lycée de Toulon; rue d'Andre- 
chaux, 22, à Toulon (Var). 

Boutet de Monvel (Roger), bi- 
bliothécaire de l'Imprimerie 
nationale; rue de Condé, 20. 

B0UTINEAU (D' Ém.); rue de 
l'Aima, 73, à Tours (Indre-et- 
Loire). 



LISTE DES MEMBRES. 



VII 



Bouvier (Bernard), recteur à 
l'Université de Genève; Bourg- 
de-Four, lo, à Genève. 

BovET (E.), professeur à l'Uni- 
versité de Zurich; Bergstrasse, 
2g, à Zurich. 

BoYLESVE (René), homme de let- 
tres; rue des Vignes, 27. 

BoYSEN, libraire; à Hambourg 
(Allemagne). 

Bredan (M"- Berthie), institu- 
trice; Colmanstrasse, 20, à 
Bonn (Allemagne). 

Brémond (D''), président hono- 
raire du Syndicat de la Presse 
scientifique, C; rue Condor- 
cet, 74. 

Brette (Armand); rue Guéroux, 
33, à Pierrefitte - sur - Seine 
(Seine). 

Brunot (F.), professeur à l'Uni- 
versité de Paris; rue Lene- 
veux, 8. 

Bruzon (D''); rue Claude-Ber- 
nard, 79. 

Bunau-Varilla (J.), licencié es 
lettres, membre perpétuel; ave- 
nue du Trocadéro, 22. 

Cahen (Albert), inspecteur d'Aca- 
démie; rue Condorcet, 53. 

Cardot (Philippe), docteur en 
droit; rue Saint-Sulpice, 18. 

Cavasse (D"' Alfred); rue de Pro- 
ny, 55. 

Chambard-Hénon (D' E.); cours 
Morand, 43, à Lyon. 

Champion (Edouard), homme de 
lett'res, libraire-éditeur; quai 
Malaquais, 5. 

Champion (Pierre), archiviste-pa- 
léographe ; rue Michelet, 4. 

Chaumier (Etienne), greffier du 
tribunal de Chinon (Indre-et- 
• Loire). 



Claretie (Jules), de l'Académie 
française, administrateur géné- 
ral de la Comédie-Française; 
boulevard Haussmann, i55. 

Clément (Louis), chargé de cours 
à la Faculté des Lettres; rue 
Brûle-Maison, 108, à Lille. 

Clouzot (Etienne), archiviste- 
paléographe, attaché à la bi- 
bliothèque de la ville de Paris; 
rue Vineuse, 12 bis. 

Clouzot (H.), homme de lettres, 
trésorier; rue Vineuse, 12 bis. 

Cohen (Gustave), lecteur de fran- 
çais à l'Université de Leipzig; 
Breitenfeldstrasse, 56", à Leip- 
zig (Allemagne). 

CoLLOMP (Paul), élève à l'Ecole 
Normale supérieure; rue de la 
Motte-du-Pin, 16, à Niort (Deux- 
Sèvres). 

CoMBER (H. G.); Pembroke Col- 
lège, à Cambridge (Angleterre). 

CoROi (Jean); rue de Commail- 
le, 8. 

CoRTADA (Alexandre); avenue 
de Messine, 17. 

Couderc (Camille), archiviste- 
paléographe, conservateur-ad- 
joint au département des ma- 
nuscrits de la Bibliothèque 
nationale; rue de Harlay, 20. 

CouET (Jules), bibliophile; rue 
Leconte-de-Lisle, 14. 

Courbet (Ernest), receveur mu- 
nicipal-trésorier de la ville de 
Paris; rue de Lille, i. 
Courcel (Valentin de); rue de 

Vaugirard, 20. 
Coutaud (Albert), docteur en 
droit, ancien sous-préfet; rue 
Théodule-Ribot, 10. 
Couturier (Paul), directeur ho- 
noraire au ministère de la 
Guerre; avenue de Villiers, 88. 



vin 



LISTE DES MEMBRES. 



CusKNiKR (Elisée), iiiduslricl; 
boulevard N'oltaire, aîf). 

Dassy i>i-: Lionikmks (D'); boule- 
vard Père ire, 46. 

Dai'mkt (Georges), archiviste aux 
Archives nationales; rue du 
Luxembourg, 28. 

Daipklkv (Paul), imprimeur; à 
Nogent-le -Rotrou (Eure-et- 
Loir). 

Dadze (Pierre), rédacteur en chef 
de la Revue biblio-iconogra- 
phiqtie ; boulevard Malcsher- 
bes, 10. 

Delacour (Th.), trésorier de la 
Société botanique de France ; 
rue de la Faisanderie, 94. 

Delmas, archiviste départemen- 
tal; à Tours (Indre-et-Loire). 

Detken et RocHOLL, libraires; à 
Naples. 

Dorveaux (D' Paul), bibliothé- 
caire de l'Ecole supérieure de 
pharmacie, C. ; avenue d'Or- 
léans, 58. 

Driesen (Otto), Dr. Phil.; Giese- 
brechstrasse, 6, à Charlotten- 
burg (Allemagne). 

Drljon, chef de division hono- 
raire à la Préfecture de police; 
à Saint-Médard-en-Jalles, près 
Bordeaux (Gironde). 

Du Bos (Maurice), homme de 
lettres; rue Saint-Sauveur, 26. 

DuFouR (Théophile), directeur 
honoraire des archives et de la 
bibliothèque de Genève, C; 
route de Florissant, 6, à Ge- 
nève (Suisse). 

Dugas; rue Gay-Lussac, 68. 

Dulau et C°, libraires; à Londres 
{double souscription). 

Dupond (Alfred), archiviste dépar- 
temental; à Niort(Deux-Sèvres). 



DuroNT-l'iiuRiicu (G.), docteur es 
lettres; rue du Sommerard, 2. 

Diipuv (Ernest), inspecteur géné- 
ral de rinslruclion publique ; 
avenue du Parc-dc-Montsou- 
ris, 2. 

DuREAU (André); rue de Vaugi- 
rard, 41. 

DuREi. (A.), libraire-expert; rue 
de l'Ancienne-Comédic, 21. 

Eguilles (Marquis d') ; rue d'A- 
lençon, 7. 

Endres (Joseph); rue Saint-Jac- 
ques, 34. 

Fabre; rue Racine, 28. 

Fabre (Albert), conseiller à la 
Cour d'appel; avenue de l'Ob- 
servatoire, i8. 

Fanet (Maurice); quai de la Mé- 
gisserie, 14. 

Faucillon (D"" E.); quai Charles- 
VII, à Chinon (Indre-et-Loire). 

Ferlov (Knud); Pilestrâde, 40, à 
Copenhague (Danemark). 

FiLHO (D' Thomas Alves); Cam- 
pinas, estado de S. Paulo 
(Brésil). 

Flaction (D' F.); rue des Jordits, 
24, à Yverdon (Vaud, Suisse). 

Fletcher (Jefferson B.); Colum- 
bia University, New-York City 
(États-Unis). 

Foersch (Charles), cand. neo- 
phil.; Blumenstrasse, 11, à 
Wûrzburg (Bavière). 

F0URNIER (Benjamin); rue Ho- 
che, 22, à Chinon (Indre-et- 
Loire). 

Fox (W. H.); Austin Friars, g, 
London E. C. 

France (Anatole), de l'Académie 
française; villa Saïd, 5. 



LISTE DES MEMBRES. 



Frantzen (J.-J.-A.), privat-docent 
à l'Université d'Amsterdam ; 
Vondelstraat, 19, à Amsterdam. 

Franz, libraire; Hermann Lu- 
kaschik Perusastrasse,4, à Mu- 
nich (Allemagne). 

Froussard (D'') ; rue Cardinct, 55. 

Furcy-Raynaud (Marc), attaché à 
la Bibliothèque de l'Arsenal; 
avenue des Champs-Elysées, 
120. 

Gaidoz (Henri), directeur d'études 
à l'École pratique des hautes 
études; rue Servandoni, 22. 

Gallas (K.-R.), professeur d'en- 
seignement secondaire; Pales- 
trinastraat, 7, à Amsterdam 
(Hollande). 

Galle (Léon); rue du Plat, 2, à 
Lyon. 

Gambier (Gabriel), notaire; à 
Fontenay-le-Comie (Vendée). 

Gaudier (Charles), professeur au 
Lycée; rue Libergier, 75, à 
Reims. 

Geuthner (Paul), libraire; rue 
de Buci, 10. 

GiGON (S.-C); hameau de Bou- 
lainvilliers, 12. 

GiLsoN (Félix); avenue Brug- 
mann, 276, à Bruxelles. 

Girard (Paul-Frédéric), profes- 
seur à la Faculté de droit; 
avenue des Ternes, 70. 

Giraud-Mangin (Marcel), conser- 
vateur-adjoint de la biblio- 
thèque de la ville de Nantes; 
rue Prémion, 9, à Nantes. 

Godet (Marcel), élève à l'Ecole 
des chartes; rue du Cardinal- 
Lemoine, 71. 

GoETZ (Ernst), fabricant; Ferdi- 
nand Roderstrasse, 10, à Leip- 
zig (Allemagne). 



GoMBAur.T, directeur de l'Enre- 
gistrement; rue de Bonneval, 
1 1 bis, à Chartres (Eure-et-Loir). 

GoNSE (Louis); boulevard Saint- 
Germain, 2o5. 

Greban (Raymond), notaire; à 
Saint-Germain-en-Laye (Seine- 
et-Oise). 

Grimaud (Henri), membre de la 
Société archéologique de Tou- 
raine, C; rue du Rempart, 88, 
à Tours (Indre-et-Loire). 

Groisard; avenue de Breteuil, i5. 

Hallays (André), rédacteur au 
Journal des Débats, C; rue de 
Lille, 19. 

Hanotaux (Gabriel), de l'Acadé- 
mie française; rue de Rocroy,24. 

Harrassowitz, libraire; à Leip- 
zig (Allemagne). 

Hartmann (Hans) ; Scheflelstein, 
S' Gallen (Suisse). 

Haskovec (Prokop M.), Ph. Dr.; 
Jâma, 7, à Prague (Bohême). 

Hauser (Henri), professeur à 
l'Université de Dijon; place 
Darcy, 8, à Dijon. 

Hauvette (Henri), chargé de 
cours à l'Université de Paris; 
boulevard Raspail, 274. 

Heina (Edouard); rue de la 
Pompe, II. 

Heiss (H.), philologue; Frùh- 
lingstrasse, i5 1/2, à Wùrz- 
burg (Bavière). 

Helme (D"'); rue de Saint-Péters- 
bourg, 10. 

Hérelle (Georges), professeur au 
Lycée; rue Vieille-Boucherie, 
23, à Bayonne (Basses-Pyré- 
nées). 

Heulhard (Arthur), C; à Bor- 
deaux,par Claye-Souilly(Seine- 
et-Marne) [grand papier]. 



LISTE DES MEMBHKS. 



HoPFSCHiiiDT (N. d'); square M.i 
rie-Louise, 7S, A Bruxelles (Bel- 
gique). 

HoTTOT (Robert), chef de la mis- 
sion française Kanen - (^liari- 
Logone; à Brazzaville (Congo 
français). 

HuDic. (Jean), échevin de la ville 
de Rotterdam (Hollande). 

HuGUET (Edmond), professeur à 
l'Université de Caen; rueGuil- 
bcrt, 3o, à Caen (Calvados). 

Jacquemin ; rue de Rennes, 108. 

Jacquemont (André), avocat; rue 
Washington, i3. 

Janson (Paul), ancien bâtonnier, 
député de Bruxelles; rue De- 
facqz, 73, à Bruxelles. 

Jaurès, député; avenue des Cha- 
lets, 7. 

JucoBs (D' H. B.); place Mount- 
Vermon, 1 1 , à Baltimore (États- 
Unis). 

Karl (Louis), professeur à Gyôr 

(Hongrie); rue Jacob, 22. 
Ker (William Paton), membre 

perpétuel; AU Soûls Collège, 

à Oxford (Angleterre). 
Kerr (W. A. R.), professeur à 

Adelphi Collège; Brooklyn, 

New- York. 
Kœnigs (Franz); Leughausstras- 

se, 2, à Cologne (Allemagne). 

Lafenestre (Georges), membre 
de l'Institut, conservateur au 
Musée du Louvre, professeur 
suppléant au Collège de Fran- 
ce ; rue Lakanal, 5, à Bourg- 
la-Reine (Seine). 

Lamm (Per), commissionnaire; 
rue de Lille, 7. 



1 \Mt.i m; (Albert); avenue Victo- 
ria, 7. 
LANGLOis(Ernest),doyende la Fa- 
culté des lettres; parvis Saint- 
Michel, 26, à Lille (Nord). 

Lanson (Gustave), professeur à 
l'Université de Paris; boule- 
vard Raspail, 282. 

La PKRRiiiRE (J. de), licencié en 
droit, membre associé de l'Aca- 
démie de Mâcon; à Saint-La- 
ger (Rhône). 

Laroze (Lionel), maître des re- 
quêtes honoraire au Conseil 
d'Etat, ancien directeur au mi- 
nistère de la Justice; rue de la 
Baume, g. 

Lataste (D'); à Saint-Emilion 
(Gironde). 

Laumonier (Paul), maître de con- 
férences à l'Université de Poi- 
tiers; rue Aliénor-d'Aquitaine, 
17, à Poitiers. 

Lavagne; rue du Ranelagh, iSg. 

Lazard (Michel); rue Boutarel, 2. 

Lebey (André), homme de lettres; 
rue Chalgrin, 20. 

Le Cherpy, député; rue Dan- 
ton, 7. 

Leclerc (Henri), libraire; rue 
Saint-Honoré, 219. 

Leclercq; boulevard du Cham- 
bonnet, 18, à Moulins (Allier). 

Le Double (D' A.), membre cor- 
respondant de l'Académie de 
médecine, professeur à l'Ecole 
de médecine de Tours. 

Lefebvre (Charles); boulevard 
Magenta, 89. 

Lefranc (Abel), professeur au 
Collège de France, directeur- 
adjoint à l'École pratique des 
hautes études, président; rue 
Monsieur-le-Prince, 26. 

Le Gendre (D"" P.), médecin des 



LISTE DES MEMBRES. 



hôpitaux; rue Taitbout, 95, et 
à Samois (Seine-et-Marne). 

Lemercier, libraire; galerie Vero- 
Dodat, 3, 5, 7. [Cque M. D.] 

Lemoigne (Jean), ancien négo- 
ciant; route des Flamands, à 
Tourlaville (Manche). 

Lemoisne (P.-A.), archiviste-pa- 
léographe, attaché à la Biblio- 
thèque nationale ; rue de Pro- 
ny, 45. 

Lenseigne (Georges); rue 
Edouard-Detaille, 10. 

Lepère (Auguste), graveur ; rue 
de Vaugirard, 2o3. 

Le Soudier, libraire; boulevard 
Saint - Germain, 174 {double 
souscription). 

Lévy (Raphaël-Georges), profes- 
seur à l'Ecole des sciences po- 
litiques; rue Noiziel, 2. 

Liouville (D" Jacques) ; rue de 
l'Université, 35. 

Lorentz (Alfred), libraire; Kur- 
prinzstraat, 10, à Leipzig (Alle- 
magne) [double souscription). 

Louis (M""* G.); rue Antoine-Rou- 
cher, 2. 

LouYS (Pierre), homme de let- 
tres; rue de Boulainvilliers, 29. 

LovioT (Louis), attaché à la bi- 
bliothèque de l'Arsenal, secré- 
taire-adjoint; place François- 
Xavier, 6. 

LuTHRiNGEN (Joseph); à Ville, 
près de Schlestadt (Alsace). 

Magnus (M"' H.); boulevard 
Saint-Germain, 238. 

Maindron (Maurice), homme de 
lettres; quai Bourbon, 19. 

Marcheix (Lucien), conservateur 
de la bibliothèque et des col- 
lections à l'Ecole des beaux- 
arts; rue de Vaugirard, 47. 



Markovitch (M""' Marylie); rue 
du Théâtre, i35. 

Marozeou (Paul), architecte; ave- 
nue MalakofF, 53. 

Marsay (Vicomte R. de); boule- 
vard Saint-Germain, 191. 

Martin (Henrv'), conservateur à 
la bibliothèque de l'Arsenal ; 
rue de Sully, i. 

Massis (Henri); rue Louis-Phi- 
lippe, 16 èzs, à Neuilly-sur-Seine. 

Maugeret (A.), ancien vice-pré- 
sident de la Société botanique 
de France, C; rue du Cher- 
che-Midi, 102. 

Menget (Paul); rue de Belzunce, 
16. 

Mettrop (J.-A.-H.); Walkenbo- 
schlaan, 74, à La Haye (Hol- 
lande). 

Meunier (Charles), relieur d'art; 
rue de la Bienfaisance, 5 [grand 
papier]. 

Milette (Charles-Albert), expert 
en publicité; rue Saint-Hubert, 
539, à Montréal (Canada). 

MiLLON (D"' René), médecin des 
dispensaires d'enfants de la 
Société philanthropique, se- 
crétaire du Conseil supérieur 
de l'assistance publique ; rue 
Saint-Lazare, 65. 

Ministère de l'Instruction pu- 
blique (20 souscriptions). 

Ministère de l'Intérieur; rue 
des Saussaies, 1 1 [service de 
presse, deux exemplaires]. 

Monod (Gabriel), membre de 
l'Institut, président de l'Ecole 
des hautes études, professeur 
au Collège de France ; rue du 
Parc-de-Clagny, 18 bis, à Ver- 
sailles (Seine-et-Oise). 

MoNOD (Henri), conseiller d'Etat; 
rue de Rémusat, 29. 



XII 



LISTE DES MEMBRES. 



Morkl-Fatio (Alfred), directeur- 
adjoint h l'École des hautes étu- 
des, professeur au Collège de 
France; rue de Jussieu, i5. 

MoRK (Heinrich), professeur ù 
rAcadémic de Francfort; Klet- 
tcnbergstrasse, S, i\ Frankfurl 
a. M. (Allemagne). 

MoRRisoN (11. P.);Ontone, Court 
oak Road, Harbornc (Angle- 
terre). 

Mûnthe-Brun (J.), docteur en 
droit; Ny Vestergade, i5, à 
Copenhague. 

MuTiAux (Eugène); rue de la 
Pompe, 66. 

Naquet (Félix) ; rue de Bondy, 58. 

Nève (Joseph), directeur hono- 
raire des Beaux-Arts; rue aux 
Laines, 36, à Bruxelles. 

NovATi (Francesco), professeur à 
l'Université de Milan; Borgo- 
nuovo, i8, à Milan (Italie). 

NuTT(David), libraire; LongAcre, 
57-59, à Londres. 

Oleyre (E. d') (librairie Trûbner); 
à Strasbourg (Alsace). 

Oliphant (D'); Newton Place, 
23, à Glascow (Angleterre). 

Onfroy de Bréville (Jacques), 
ditJob;villaGuibert, i8(XVP). 

Orsier (Joseph), avocat, docteur 
en droit; avenue de l'Observa- 
toire, 28. 

OsLER (W.), regius professor of 
medicine; à Oxford (Angle- 
terre). 

OuLMONT (Charles); place Ma- 
lesherbes, 5. 

Parker (Sir Gilbert), M. P., 
D. C. L.; Carlton House Ter- 
race, 20, London. 

Patry (H.), archiviste départe- 



nicnlal; avenue du Viaduc, 34, 
;\ Chaumont (Haute-Marne). 

Peish, licencié en droit; rue de 
Rivoli, 24. 

Péi.issier (L.-G.), professeur à 
l'Université de Montpellier, C; 
villa Leyris, à Montpellier. 

Pelletan (Edouard), éditeur; 
boulevard Saint-Germain, i25. 

Perdrieux (Pierre); rue de La 
Boëtie, 53. 

PÉREiRA (A.-Baptista), secrétaire 
de la Légation du Brésil; Pa- 
lace-Hôtel. 

Peslouan (Jean-Lucas de), audi- 
teur au Conseil d'Etat; bou- 
levard Saint-Michel, io3. 

Petit (Paul); cité Vaneau, 6. 

Pètre (Augustin); rue Faidherbe, 
32, à Saint-Mandé (Seine). 

Petrucci (R.), professeur à l'Ins- 
titut de sociologie; rue des 
Champs-Elysées, 55, à Bruxel- 
les (Belgique). 

Pfeffer (Georg), Dr. Phil.; 
Konigstrasse, 49, à Frankfurt 
a. M. (Allemagne). 

Philipot (E.), professeur à l'Uni- 
versité; galeries Méret, 2, à 
Rennes (Ille-et-Vilaine). 

Picard (Auguste); rue de Rennes, 
109. 

Picot (Emile), membre de l'Ins- 
titut, professeur à l'Ecole des 
langues orientales vivantes, 
C; avenue de 'Wagram, i35. 

Pineau-Chaillou (Fernand);quai 
Ernest-Renaud, 12, à Nantes. 

PiNVERT (Lucien), docteur es let- 
tres; boulevard Saint-Michel, i6. 

Piquet (Paul), commis greffier 
au tribunal civil de Chinon 
(Indre-et-Loire). 

PiRENNE (Henri), professeur à l'U- 
niversité de Gand ; rue Neuve- 



LISTE DES MEMBRES. 



XIII 



Saint-Pierre, i32, à Gand (Bel- 
gique). 

PiRSON (J.), professeur à l'Uni- 
versité ; Sieglitzhoferstrasse, 28, 
à Erlangen (Bavière). 

Plattard (Jean), agrégé des 
lettres; boulevard Raspail, 276. 

PoËTE ( Marcel ) , administra- 
teur de la Bibliothèque his- 
torique de la ville de Paris; 
rue Honoré-Chevallier, 4. 

Poisson (P. M.), sculpteur; ave- 
nue de Ségur, 49. 

PoLACK (D' Alfred); Hansas- 
trasse, 42, à Hamburg (Alle- 
magne). 

PoLAiN (M.- Louis), vice-prési- 
dent; rue Madame, 60. 

PoLLOCK (Sir Frédéric), bar', 
membre correspondant de 
l'Institut, membre perpétuel; 
Hyde-Park Place, 21, Lon- 
don W. 

Port (Etienne), inspecteur des 
économats, rue des Volontai- 
res, 29. 

PoRTAL (Charles), archiviste du 
Tarn, correspondant du minis- 
tère de l'Instruction publique; 
rue de la Caussade, i3, à Albi. 

PoTEz (Henri), professeur à l'Uni- 
versité ; faubourg de Roubaix, 
110, à Lille. 

PouYANNE (Albert), ingénieur des 
Ponts et Chaussées (travaux 
publics de l'Indo-Chine); quai 
d'Orléans, 12. 

PouYDEBAT (Frédéric); villa des 
Tilleuls, rue Eugène -Sue, à 
Suresnes (Seine). 

Protat, imprimeur; à Mâcon 

(Saône-et-Loire). 
Prou (Maurice), professeur à 
l'Ecole des chartes; rue des 
Martyrs, 5i. 



PsicHARi (Jean), directeur d'étu- 
des à l'École pratique des 
hautes études, professeur à 
l'Ecole des langues orientales 
vivantes; rue Chaptal, 16. 

PuLLEM (Lucien); boulevard Vol- 
taire, 193, à Asnières- (Seine). 

Raisin (F.), avocat; rue Senebier, 
8, à Genève. 

Ramet (André); rue Edouard- 
Fournier, 12. 

Raynaud (Gaston), bibliothécaire 
honoraire à la Bibliothèque 
nationale; avenue de Villiers, 
i3o. 

Reinach (Joseph), député; ave- 
nue Van Dyck, 6. 

Renouard (Philippe); rue Ma- 
dame, I. 

Ribbergh (E.); à Rolduc (Hol- 
lande). 

Ricci ( Seymour de); avenue 
Henri-Martin, 36. 

Richard (Justin) ; rue Rabelais, 
36, à Chinon (Indre-et-Loire). 

Richardot ; avenue de Clichy, 58. 

RiCHEPiN (Jean), de l'Académie 
française; villa Guibert, 8 
(XVP). 

Rilly (Comte de); à Oysonville, 
par Sainville (Eure-et-Loir). 

Ritter (Eugène), professeur à 
l'Université de Genève ; chemin 
des cottages, 3, Florissant, Ge- 
nève (Suisse). 

P.OBiDA(A.),dessinateur et homme 
de lettres; route de la Plaine, 
i5, au Vésinet (Seine-et-Oise). 

Robinson (Capitaine a. C); Head- 
quaters, Wellington (New-Zea- 
land). 

R0MANISCHES Seminar a. d. Kô- 
nigl. Rhein. Universitât; à 
Bonn (Allemagne). 



XIV 



LISTE DKS MEMBRES. 



RosAi.Bs (Ordono db), sculpteur; 
rue Picrre-C.harroii, 2. 

RoscoK (Fraiikl ; thc luiivcrsil)'. 
à Binniiighain (Angleterre). 

RoujON (Henry), secrétaire perpé- 
tuel de l'Académie des Beaux- 
Arts ; à l'Institut, quai Conti, 23. 

RoussELLB (Gaston), professeur 
au lycée de Constantine (Al- 
gérie). 

RoussKLOT (L'abbé), docteur ùs 
lettres, sous-directeur du labo- 
ratoire de phonétique expéri- 
mentale; rue des Fossés-Saint- 
Jacques, 23. 

RoY (Jules), professeur à l'École 
des chartes et à l'Ecole pra- 
tique des hautes études; rue 
Hautefeuilie, ig. 

Ruiz (G.); rue Fontaine-au-Roy, 
36. 

Ruutz-Rees ( M"" ) ; Rosemary 
Hall SchoU Library, Green- 
wich, Conn. (États-Unis). 

Salomé (M"") ; rue Erlanger, 25 

^ (XVI'). 

Salvert - Bellenave ( Marquis 
Etienne de), ingénieur en chef 
de la marine; rue de Mau- 
beuge, 9. 

Santi (D"" de), médecin principal 
de 2" classe; rue Deville, 11, à 
Toulouse (Haute-Garonne). 

ScHNEEGANS (F.-Ed.), profcsscur à 
l'Université; à Heidelberg Neu- 
enheim (Bade). 

ScHNEEGANS (Hciurich), profes- 
seur à l'Université de Wûrtz- 
bourg, C; Franz - Ludwig- 
strasse, 16, Wùrzburg (Alle- 
magne). 

ScHÔNE (Lucien); rue Talma, 11. 

Segerson-Mahoney (M"-); Saint- 
Dunstan's Road, West Ken- 
sington, S, London. 



Simon (Jules), docteur es lettres, 
lecteur h l'Université; Loths- 
trasse, 12", ;\ Mûnchen (Alle- 
magne). 

SiRVKN (Paul), professeur de lit- 
térature française à l'Univer- 
sité; 3o, Rumine, à Lausanne 
(Suisse). 

Smith (William Francis), agrégé 
du collège de Saint-Jean; Mill- 
field, 6, Folkestonc (Angle- 
terre). 

Société belge de librairie (Os- 
car Schepens et C'°); rue Treu- 
renberg, 16, à Bruxelles. 

Sôltoft-Jensen (H. K.), licencié 
es lettres ; Rosenvongets Allé, 
7, à Copenhague (Danemark). 

Stapfer (Paul), ancien doyen de 
la Faculté des lettres, profes- 
seur à l'Université de Bor- 
deaux; rue Turenne, 44, à 
Bordeaux (Gironde). 

Stéchert, libraire; rue de Ren- 
nes, 76 (trois souscriptions). 

Stewart (H. F.), chapelain de 
Trinity Collège; à Cambridge 
(Angleterre). 

Stilling (D' H.), professeur à la 
Faculté de médecine de Lau- 
sanne (Suisse). 

Stockum (Van) et fils, libraires; 
à la Haye (Hollande). 

Sturel (René); boulevard Ma- 
genta, i5o. 

SwARTE (Victor de), critique d'art, 
C; rue Bassano, 5. 

Symes, libraire; rue des Beaux- 
Arts, 3. 

Taupenot de Chomel (M"« J.) ; 
rue Saint- Placide, 3i. 

Tausserat-Radel (Alex.), sous- 
chef du bureau historique au 
ministère des Affaires étran- 
gères; rue Priant, 36. 



LISTE DES MEMBRES. 



Terquem (Em.), libraire-commis- 
sionnaire; rue Scribe, 19. [Con- 
tremarque : N. Y. P. L.] 

Théry (José), avocat à la Cour 
d'appel; rue Gay-Lussac, 5. 

Thomas (Antoine), membre de 
l'Institut, professeur à l'Univer- 
sité de Paris, C; avenue Vic- 
tor-Hugo, 32, à Bourg-la-Reine. 

TiÈcHE-CusENiER, dirccteuT d'u- 
sine à Charenton. 

TiLLEY (Arthur), fellow and lec- 
turer of Kings Collège ; Selwyn 
Gardens, 2, à Cambridge (An- 
gleterre). 

ToBLER (Alfred); à Heiden (Ap- 
penzell, Suisse). 

ToLDO (Pietro), professeur à 
l'Université de Turin, C; via 
Giusti, 3, Torino (Italie). 

ToRAUDE (Léon-G.); Grande-Rue, 
23, à Asnières (Seine). 

TouRNEUx (Maurice), homme de 
lettres, vice-président ; quai de 
Béthune, 34. 

TwiETMEYER, libraire; à Leipzig - 
(Allemagne) [double souscrip- 
tion) . 

Vaganay (Hugues), bibliothécaire 
à l'Université catholique de 
Lyon; rue Auguste-Comte, 3, 
à Lyon. 

Val de Guymond (Fernand-Louis 
de); rue Saint-Ferdinand, 5o. 

Vandérem (Fernand), homme de 
lettres; avenue Montaigne, 33. 

Varenne (Marc), chef du secré- 
tariat particulier du Président 
de la République; au palais 
de l'Elysée. 

V1ZERIE (D"'); rue du Cherche- 
Midi, i3. 



ViZERiE (Philippe); avenue Mon- 
plaisir, 4. 

Voi.LMÔLLER (Karl), professeur à 
l'Université de Dresde ; Wie- 
nerstrasse, 9, Dresden A^ (Alle- 
magne). 

Walser (Ernest), Stud. Phil. ; 
via délia Rotonda, 4, à Rome 
(Italie). 

Wathelet (Alfred); rue Grétry, 
25, à Liège (Belgique). 

Wedderkop (Magnus von), Regie- 
rungsrath , Justitiar im Ver- 
waltungsrath der Kgl. Museen; 
Kastamen Allée, 18, à Char- 
lottenburg (Allemagne). 

Welter (H.), libraire -éditeur; 
villa Gutenberg, rue des Tibyl- 
les, 5, à Bellevue (Seine-et- 
Oise). 

Whibley (Charles), homme de 
lettres; Wavendon Manor, Wo- 
burn Sands, R. S. O. (Angle- 
terre). 

Whibley (Léonard), lecturer in 
the University of Cambridge ; 
Pembroke Collège, à Cam- 
bridge (Angleterre). 

Wiese (Berthold), professeur à 
l'Université de Halle; Ludwig- 
Wuchererstrasse, 72, à Halle 
(Saxe, Allemagne). 

WiLMOTTE (M.), professeur à l'Uni- 
versité de Liège; rue de la 
Ferme, 118, à Liège (Belgique). 

Wright (C. H. C), professeur- 
adjoint à l'Université de Har- 
vard ; Buckingham street, 7, 
à Cambridge (Massachusets, 
États-Unis). 



Nogent-le-Rotrou, imprimerie Daupeley-Gouverneur. 



AUX MEMBRES 



SOCIETE DES ETUDES RABELAISIENNES. 



Madame la marquise Arconati Visconti a adressé à notre 
Président la lettre suivante, qui a été communiquée à la 
Société au début de l'assemblée du 24 mars 1907 : 



A MONSIEUR ABEL LEFRANC 

PROFESSEUR AU COLLÈGE DE FRANCE 
PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES RABELAISIENNES. 

Mars 1907. 
Mon bien cher Ami, 

Vous savez avec quel intérêt passionné je suis, depuis 
cinq ans, les recherches entreprises, sous votre présidence, 
par la Société des Études rabelaisiennes. Vos travaux et 
ceux de vos collaborateurs ont absolument renouvelé le 
commentaire de la pensée de Rabelais. Ne vous semble- 
t-il pas que le moment est venu de donner de son œuvre 
la grande édition critique qui nous manque encore? 

Nul n'est plus qualifié que vous, mon cher Ami, pour 
prendre en main la direction d'un pareil travail. La Société 
des Études rabelaisiennes se réunit dimanche matin : vou- 
lez-vous lui annoncer que vous consentez à entreprendre 
l'édition scientifique de Rabelais? 

Pour tous les travaux préparatoires, l'établissement du 
texte et des variantes, notices, commentaires, glossaire, 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. V. I 



2 AUX MEMBRES DE LA SOCIl^TÉ DES ETUDES RABELAISIENNES. 

etc., veuillez disposer d'une somme de quarante mille 
francs. J'ai h cœur d'associer ainsi h votre œuvre le nom 
de mon père Alphonse Peyrat. Ainsi que tous les républi- 
cains de sa génération, il était le fervent admirateur de 
celui en qui il vénérait un des pères de la pensée libre. Il 
estimerait avec nous que le plus sûr moyen de glorifier 
Rabelais est de le faire complètement connaître et de le 
montrer dans l'intégrité de son génie. 

Bien affectueusement à vous. 

Marquise Arconati Visconti, 
née Peyrat. 



Ainsi donc, grâce à la libéralité de Mme la marquise Arco- 
nati Visconti, les rabelaisants pourront enfin avoir entre les 
mains une édition satisfaisante de l'œuvre admirable que nous 
étudions ici! Aussitôt que cela lui sera possible, M. Abel 
Lefranc se mettra à l'œuvre avec ses collaborateurs... En 
attendant, nous sommes heureux d'avoir à dire ici à Mme Arco- 
nati Visconti, au nom de la Société des Etudes rabelaisiennes, 
combien nous lui sommes reconnaissants de sa générosité 
éclairée, qui rendra possible la réalisation d'une édition néces- 
saire, et pour la préparation de laquelle notre Société s'était 
formée. Si, comme il est certain, le roman rabelaisien paraît 
ensuite plus clair et plus beau, et si Maître François paraît 
plus grand encore, nous estimerons que la Société, grâce à 
M«e la marquise Arconati Visconti, n'aura pas perdu sa peine 
et qu'elle sera bien payée de ses efforts. 



L'ART MILITAIRE DANS RABELAIS. 



Rabelais a été étudié à fond à tous les points de vue; sa 
vie est à peu près connue, on a déterminé sûrement l'éten- 
due de ses connaissances si variées. Rabelais physiologiste, 
botaniste, médecin, philologue, humaniste nous est fami- 
lier; mais il semble qu'on ait négligé davantage un cha- 
pitre de sa science universelle, celui de ses connaissances 
militaires'. 

Rabelais n'a pas manié l'épée, tout au plus a-t-il tenu le 
bâton de croix de frère Jean; mais, s'il n'a pas porté les 
armes, sa science militaire théorique est incontestable. Il 
avait dû fréquenter de bonne heure les hommes de guerre ; 
en 1543, on le trouve déjà depuis plusieurs années à la 
suite de Guillaume du Bellay, seigneur de Langey, officier 
général des plus estimés. Vers 1541, Rabelais résuma ses 
entretiens avec ce seigneur dans un ouvrage rédigé en 
latin, qui fut traduit en français en 042 par Claude 
Massuau. Cet ouvrage, aujourd'hui perdu, s'appelait, 
d'après Du Verdier : « Stratagèmes de guerre du pieux et 
très célèbre chevalier de Langey au commencement de la 
tierce guerre césarienne. » On ignore le contenu de ce 
livre, mais on doit supposer que les enseignements de du 
Bellay, condensés par Rabelais dans cet ouvrage, n'ont pas 
été inutiles à notre écrivain; il a dû y puiser les détails 
militaires précis répandus dans ses écrits ultérieurs. Dans 
la préface du Tiers Livi-e spécialement, livre écrit en 1546, 
Rabelais fait preuve d'une érudition remarquable en ce 
qui concerne l'armement et la fortificaiion du moyen âge ; 
peut-être en était-il redevable à son ancien patron. Écou- 
tons la description des préparatifs de guerre des Corin- 
thiens contre Philippe : 

I. Il existe toutefois une étude intéressante de M. Albert Rossi, 
intitulée Rabelais écrivain militaire (Paris, Charles -Lavauzelle, 
1892, in-12). 



L ART MILITAIRE DANS RABELAIS. 



Les uns des champs es forteresses retiroient meubles, bes- 
tail, grains, vins, fruicts, victuailles et munitions nécessaires. 
Les autres remparoient murailles, dressoient bastillons*, 
esquaroient ravelins^, cavoient fossés, escuroient contre- 
mines, gabionnoient défenses, ordonnoient plate-formes 3, 
vidoient cliasmates, rembaroient faulses-brayes-*, erigoient 
cavaliers, ressapoicnt contre-escarpes, enduisoient courtines, 
produisoient moineaulx", taluoient parapectes, enclavoient 
barbacanes", assuroient machicolis, renovoient herses, sarra- 
sinesques et cataractes 7, asseyoient sentinelles, forissoient 
patrouilles. Chascun estoit au guet, chascun portoit la hotte. 
Les uns polissoient corseletz, vernissoient hallecretz^, net- 
toyoient bardes'-', chanfreins "^, haubergeons", brigandines'^, 



1. Les bastillons, comme les bastilles, étaient des ouvrages déta- 
chés destinés à renforcer un point d'une enceinte. 

2. A la tin du moyen âge, on protégea les portes contre le pétard 
ou les premières attaques par un petit éperon; on le nomma rave- 
lin. Plus tard, agrandi et muni de Hancs, il devint la demi-lune. 

3. Plancher ou châssis de madriers reposant sur des gîtes de bat- 
terie" on doit supposer que les machines nevro-balistiques deman- 
daient le même secours. 

4. Avant-mur maçonné et terrassé formant un chemin de ronde 
défensif au pied de la muraille principale. 

5. Espace laissé au pied d'un mur ou d'un rempart en manière de 
basse enceinte; au xvni° siècle, on donnait à ce terme le sens de 
ravelin. 

6. Mot employé en deux sens; ouvrage défensif, surtout des portes, 
et embrasure; il semble que le texte signifie percer des embrasures. 

7. Herse sarrasinesque ou saladine, cataracte de forteresse. Ces 
ouvrages défensifs, employés dans l'antiquité et au moyen âge, con- 
sistent en un appareil de fermeture des portes par grilles ou par 
portes pleines, glissant de haut en bas dans des rainures pratiquées 
dans les montants des portes. — La plupart des définitions des 
nomenclatures du IIP livre de Pantagruel sont extraites du Diction- 
naire de l'armée de terre du général Bardin. 

8. Corselet en mailles ou en lames égales de métal jouant l'une 
sur l'autre; il portait des hoguines ou cuissards. 

9. Pièces défensives de l'armure du cheval : bardes de poitrail, de 
croupière. 

10. Défense du chanfrein du cheval, employée depuis i3oo; chan- 
frein à vue ou aveugle. 

11. Tunique de mailles sans manches, a quelquefois été établie 
avec des écailles au lieu de mailles. 

12. Pour les uns, cotte ou jacque de mailles; pour d'autres, cor- 
selet court sans manches se prolongeant en braconnière. 



L ART MILITAIRE DANS RABELAIS. 



salades', armets^, capelines^, bavières'', morions^, mailles, 
brassais, tassettes^, pavois, boucliers, caliges, grèves', sole- 
rets, espérons. Les aultres apprestoient arcs, foudes, arbalestes, 
glands 8, catapultes, migraines^, pots, cercles et lances à feu^", 
scorpions ^' et aultres machines belliques, répugnatoires et des- 
tructives des Hélépolides. Aiguisoient vouges*^, piques, rau- 
cons<3^ hallebardes, hanicroches''', lances, assegaies'^, fourches 



1. Casque des hommes d'armes à partir du règne de Charles VI, 
timbre peu élevé, mobile, visière couvrant la face jusqu'au nez, le 
bas de la figure protégé par une bavière fixe. 

2. Casque du xv" siècle, semblable à la salade, mais rendu mobile 
par la suppression de la bavière vissée. 

3. Ou chapel, coiffure métallique, de la forme des chapeaux de 
paille, usitée au xiii" siècle, surtout pour les gens de pied. 

4. Bavière ou mentonnière, pièce garantissant le bas du visage, se 
vissait sur le plastron. 

5. Casque de l'arquebusier au xvi° siècle, à visière relevée sur le 
front, timbre élevé à crête saillante. 

6. Plaques d'acier qui se fixent à la dernière lame de la bracon- 
nière pour couvrir le haut de la cuisse. 

7. Pièces destinées à la défense de la jambe, elles s'articulaient 
avec le soleret, chaussure de fer de l'homme d'armes. 

8. Projectile de la fronde, glands de plomb, synonyme de plombée, 
g. Grenades, petites bombes à main sans anses, employées sous 

François I", se lançaient à la main ou avec des arquebuses à croc. 

10. Le pot à feu comprenait une grenade noyée dans la poudre, le 
tout contenu dans un vase de terre. Ce projectile défensif servait 
aussi à éclairer les travaux des assiégeants. Cercles à feu, cercles 
d'artifice, composé de cerceaux de bois auxquels on attache des 
grenades; pièce défensive, elle se jetait dans les travaux des assié- 
geants. 

11. Baleste ou catapulte de campagne, les auteurs ne sont pas fixés. 

12. Arme d'hast-pique terminée par une lame droite à un seul 
tranchant. Le couteau de brèche, qui porte quelquefois un croissant 
sur le dos, est une voulge (Musée d'artillerie, modèles K. 112 et 
suiv.). 

i3. Synonyme de fauchard, arme d'hast terrible pour les hommes 
et les chevaux; le fer, long de C^ôo à o"8o, est à la fois estoc et serpe. 
Elle porte un crochet au dos et deux autres au talon ; on coupait 
avec elle les jarrets des chevaux. La guisarme est une variété du 
roncone (Musée d'artillerie, K. 192 et suiv.). 

14. D'après l'étymologie (hand-krucke). Crochet au bout d'un 
manche, arme destinée, comme la fourche, à désarçonner les cava- 
liers. Déjà inusitée au temps de Rabelais. 

i5. Demi-pique à deux fers, arme des Arabes. 



L ART MILITAIRK DANS RAIIKLAIS. 



fières', pertuisanes, genitaires^, massues, hasches, dards, dar- 
delles, javelines, javelots, espieux. AlKloient cimeterres, brancs 
d'acier 3, badelaires^, cspées, verduns, estocs, pistolets s, viro- 
lets*"', dagues, mandosianes'', pognards, coultcaulx, alumellesS, 
raillons**. Chacun exerçoit son pcnard '", chacun dcrouilloit son 
braquemart ''. 

On voit que Rabelais avait des notions étendues dans 
les arts de l'ingénieur militaire, de Tartilleur, de l'armu- 
rier. Il avait, d'ailleurs, des clartés sur tout le métier mili- 
taire; les principes du recrutement des armées, leurs 
divisions en grandes unités, les diverses armes, leurs 
proportions, leurs tactiques, les services auxiliaires indis- 
pensables, rien n'échappait à son observation perspicace. 

Cette science, Rabelais l'avait déjà montrée dans le pre- 
mier livre de Gargantua^ on quatorze chapitres du roman 
sont consacrés à la guerre contre Picrochole. L'examen 



1. Ce nom répond à une arme à deux ou trois longues dents fai- 
sant estoc, parfois accompagnées de crochets la pointe en bas pour 
renvaser l'adversaire (Musée d'artillerie, K. 638 et suiv.). 

2. De l'espagnol gineta, lance courte. La cavalerie légère espa- 
gnole, qui l'employa, en prit le nom de genétaires. 

3. Arme de taille, sabre à un seul tranchant; des auteurs le donnent 
comme synonyme de verdun, d'autres l'ont cru épée à deux mains. 

4. Ou malchus, sortes de cimeterres à lame courbe; les lames 
provenaient de l'Orient et étaient montées en Europe (Musée d'ar- 
tillerie, J. 111-112 et suiv.). 

5. « Petite dague ou poignard qu'on souloit faire à Pistoye..., et 
furent de cette raison nommés premièrement pistoyers, depuis pis- 
toliers et enfin pistolets. » Quelque temps après, l'invention des 
arquebuses étant venue, on leur transporta le nom de ces petits poi- 
gnards (B. Desperiers, conte CIV). 

6. Canne à dard. 

7. Épée espagnole large et courte analogue à la lansquenette. 

8. Mot synonyme de couteau, de lame, a signifié une arme d'estoc 
et s'est appliqué à certaines épées minces et longues bonnes à intro- 
duire dans les interstices de la cuirasse, lames d'un mètre de long 
au moins et à deux tranchants. 

9. Flèche. 

10. Étymologie penna, a signifié flèche, puis poignard. 

11. Epée courte, lame large, à deux tranchants, sorte de grande 
dague. 



L ART MILITAIRE DANS RABELAIS. 



détaillé de ce récit va nous faire voir l'étendue des connais- 
sances militaires de notre auteur. Rabelais, tout en écri- 
vant une œuvre fantaisiste, a situé son action militaire 
dans un pays déterminé et bien connu de lui, son propre 
pays natal. Dans ce pays, qui comprend quelques com- 
munes du Chinonais, il fait manœuvrer des armées colos- 
sales; mais, tout en amplifiant les dimensions du terrain, 
il ne perd jamais de vue la configuration réelle de la 
région; ses récits les plus fantastiques touchent toujours 
par beaucoup de points à la réalité. 

Avant d'examiner le récit de la guerre picrocholine, il 
convient de montrer, avec quelques détails, l'échiquier sur 
lequel vont se mouvoir les armées. 

Les collines qui limitent le bassin de la Vienne, au sud 
de Chinon, sur un front d'environ six kilomètres, se 
tiennent éloignées d'un à deux kilomètres de la rivière, 
bordant une plaine sablonneuse, ancien lit de la Vienne. 
Ces collines, presque en face de Chinon, sont coupées par 
l'étroite vallée du Négron, ruisseau de six à dix mètres de 
largeur, qui, venant de Loudun, coule dans un défilé de 
deux kilomètres, depuis le Couldray jusqu'à sa sortie dans 
la plaine. Dans ce défilé, la pente de l'est, très raide, appar- 
tient à un massif irrégulier de dix kilomètres de tour 
environ, qui supporte un plateau très vallonné. Sur le ver- 
sant nord de ce massif, on rencontre les villages de Vau- 
gaudry et de Parillé; au-dessus de ce dernier village et sur 
la crête, on trouvait le Puy-de-Parillé, et, à l'est de ce 
point, tout près, le château de la Vauguyon; à l'angle sud- 
ouest on rencontre la Roche-Clermault et son château. 
Sur la rive gauche du Négron, les massifs sont fortement 
tourmentés. Dans un repli de terrain, à deux kilomètres 
du Négron, on trouve, au nord, Cinais; à la même hau- 
teur, plus à l'est, est située la Devinière, ancien domaine 
de la famille de Rabelais. A moins d'un kilomètre au sud, 
on rencontre Seuilly, et, trois kilomètres à l'ouest de ce 
dernier village, Lerné. De ce point, une petite vallée trans- 
versale descend vers le Négron, un faible ruisseau l'arrose. 



8 i.'art mii.hairk hans rabei.ais. 



Au confluent de ce cours d'eau et du Négron se dresse, au 
sud, un massif il pentes raides, que couronne le Couldray, 
château qui a des vues de toutes parts. 

Le Négron fait tourner plusieurs moulins; le plus inté- 
ressant est le moulin du Pont, un peu en aval de la Roche- 
Clermault; ce moulin touchait, en amont, au gué de 
Vede^ Les bords du Négron n'olfrent de prairies que sur 
la rive gauche, en face de la Roche-Clermault; là était la 
prairie de la Saulaye. 

Une seule roule importante traversait cette région, la 
grande route de Chinon à Loudun. Partant de Chinon, 
cette route franchissait la Vienne, passait au faubourg 
Saint-Jacques, traversait la plaine marécageuse sur le pont 
de la Nonnain-, touchait le Pressoir-Billard (actuellement 
Saint-Lazare) et arrivait au pied de la hauteur à Parillé; 
puis elle montait au Puy-de-Parillé, coupait le plateau 
du nord au sud, et, un peu après Marçay, rejoignait le 
Négron qu'elle suivait jusqu'auprès de Loudun. 

Le pays dont nous venons de parler s'étend sur les 
communes actuelles de Chinon, Cinais, Seuilly, Lerné 
et la Roche-Clermault. Rabelais, dans ce petit canton, a 
créé deux royaumes : celui de Picrochole tiers du nom, 
qui possède seulement Lerné ; celui de Grandgousier, qui 
comprend le reste du territoire; ce dernier royaume possé- 
dait, en outre, des fiefs importants, depuis Montsoreau 
jusqu'à Ligré, et même quelques possessions sur les rives 
droites de la Vienne et de la Loire^. Nous allons voir, 

1. Rabelais rapproche en imagination le château du Bois de Vede 
du théâtre principal des opérations de la guerre. 

2. Henri II d'Angleterre, pour faciliter les communications entre 
Chinon et les pays d'outre-Vienne, fit construire les ponts à Non- 
nain, sur une prairie marécageuse presque toujours inondée des 
eaux de la Vienne. Ce nom leur fut donné parce que les nonnains 
de Fontevrault en avaient le péage {Chinon et ses monuments, par 
G. de Cougny, Chinon, 1889). 

3. Gargantua, ch. li. — Grandgousier distribue à ses serviteurs 
les fiefs de la Roche-Clermault, le Couldray-Montpensier, le Rivau, 
Montsoreau, Candes, Varennes, Gravot, Quinquenais, Ligré (voir le 
croquis au 1/80000). 



L ART MILITAIRE DANS RABELAIS. 



maintenant, comment Rabelais met en œuvre sa science 
militaire sur le terrain ainsi circonscrit. 

Premier Épisode. 

Mobilisation et organisation de l'armée de Picrochole, sa 
marche sur la Roche-Clermault, prise de cette ville 
[Gargantua, ch. xxvi à xxviii). 

Il est inutile de raconter les origines de la guerre picro- 
choline; disons seulement que les fouaciers de Lerné, mal- 
traités par les gens de Grandgousier, vont porter plainte à 
leur roi Picrochole. Le royaume de ce souverain est, nous 
l'avons dit, fort restreint, c'est sans doute la raison qui 
l'empêche d'entretenir une armée permanente; il lui faut 
donc constituer ses troupes pour la cavalerie par l'appel 
féodal, pour l'infanterie par engagement volontaire. Picro- 
chole mobilise donc d'abord sa noblesse, qui lui doit le 
service gratuit pour un temps déterminé : « Il faict crier 
par son pays ban et arrière-ban et que un chascun, sous 
peine de la hart, convinst en armes en la grande place 
devant le chasteau à heure de midi. » L'infanterie, prise 
dans le peuple, se recrutait à prix d'argent; des capitaines 
commissionnés faisaient battre le tambourin et racolaient 
avec force promesses les aventureux et les sans métier; 
aussi Picrochole, « pour mieux confirmer son entreprise, 
fait sonner le tambourin à l'entour de la ville », et, « en 
disnant, bailla les commissions ». 

Picrochole, représenté plus tard comme un roi de féerie, 
est maintenant un capitaine expérimenté, qui veille à tous 
les détails : « il faict affûter son artillerie \ déployer son 
enseigne et oriflant^ et charger force munitions tant 
d'armes que de gueules ». 



1. Les pièces en magasin étaient sur chantiers; pour marcher, on 
les remet sur affûts, on les affûte. 

2. Quand le roi commandait en chef ses armées ou qu'il était 



10 L ART MIUITAIKK DANS RARKLAIS. 

L'armée mobilisée avec une rapidité magique, le roi la 
divise, selon la règle tactique du xvi<= siècle, en avant-garde, 
bataille, arricro-gardc', et il distribue les commandements. 
Le seigneur Trépclu est « constitué sur l'avant-garde^ », 
c'était probablement le connétable du royaume de Lerné. 

11 a avec lui 16,014 hacqucbuiiers, 3o,oii adventuriers^; 
« en la bataille se tint le roi et les princes de son royaume » ; 
l'arrière-garde fut baillée au duc Raquedenare. 

Un grand maître de rartillerie est institué; l'office est 
donné au grand écuyer Touquodillon. Le parc est consi- 
dérable, il comprend 914 grosses pièces de bronze : 
« Canons, doubles canons, basilics, serpentines, couleu- 
vrines, bombardes, faulcons, passe-volants, spiroles et 
aultres pièces*. » Le parc est surtout riche en pièces de 



représenté par un lieutenant général, l'oriflamme sortait de Saint- 
Denis. 

1. Les mêmes dénominations s'employaient aussi quand l'armée 
se formait en ligne pour combattre; chaque fraction comportait des 
troupes de toutes armes. 

2. L'avant-garde, dans une armée royale, était toujours comman- 
dée par le connétable ou par un prince du sang. L'armée de Mari- 
gnan avait à l'avant-garde le connétable de Bourbon. Le roi était à 
la bataille. L'arrière-garde était même commandée par un prince du 
sang. 

3. Ces adventuriers opposés aux hacquebutiers sont forcément des 
piquiers. 

4. Au xvi° siècle, l'artillerie ne formait pas une arme à propre- 
ment parler. C'était une entreprise à la tête de laquelle se trouvait 
le grand maître, que secondait un personnel non militaire. Ce 
personnel, fort réduit, était augmenté au moment de marcher par 
un corps de pionniers levé spécialement. Il fallait 25 à 3o pionniers 
par pièce de gros calibre. Sous Henri II, l'artillerie royale fut 
réduite à 6 calibres. Canon, cal. : 33; grande coulevrine, cal. : 16; 
coulevrine bâtarde, cal. : 7; moyenne, cal. : 2; faucon, cal. : i; 
fauconneau, cal. : 3/4. — Rabelais a connu les parcs incohérents 
antérieurs; il en place naturellement les pièces dans son énuméra- 
tion, quoique quelques-unes fussent déjà inusitées de son temps. 
Double canon, cal. de 100 à 120; Basilic, nom donné à des pièces 
dont le calibre avarié de 48 à 160; Serpentine, employée pour le tir 
indirect, cal. : 24 à 80; Bombarde, a remplacé la catapulte : elle était 
analogue aux mortiers et lançait d'énormes boulets de pierre ; Passe- 
volant, pièce de 16, comme la grande coulevrine en i538; Spirole, 



l'art militaire dans RABELAIS. II 

siège. Picrochole a évidemment résolu le siège de la Roche- 
Clermault. L'effectif de l'armée n'est donné que pour 
l'avant-garde, qui compte 46,025 hommes d'infanterie; on 
doit en inférer un chiffre total d'environ 3oo,ooo hommes. 

L'armée, constituée, est prête à marcher, mais Picro- 
chole, général prudent, ne veut rien laisser au hasard. Le 
pays étant très couvert, il envoie en reconnaissance le 
capitaine Engoulvent avec 3oo chevau-légers « pour 
découvrir pays et sçavoir si embusches aulcunes estoient 
par la contrée ». Rien de suspect n'étant découvert, Picro- 
chole commanda « qu'un chascun marchât soulz son 
enseigne hastivement ». Le général fait là une recomman- 
dation de marcher en ordre sans quitter son rang; mais 
Rabelais, fidèle peintre des mœurs militaires de son temps, 
nous montre immédiatement l'indiscipline de ces troupes 
de nouvelle levée. Les troupes réglées ne valaient d'ailleurs 
pas mieux. « Adonc sans ordre et mesure prirent les 
champs les uns parmi les aultres, gâtans et dissipans tout 
par où ils passoient. » Le soldat, peu ou pas payé, vivait de 
réquisitions ou plutôt de pillage, et le tableau de Rabelais 
est adouci, car il ne parle pas des violences extrêmes qui 
étaient habituelles. Malgré tous ces désordres, le gros de 
l'armée se met en marche et arrive à Seuilly qui est pillé. 
Picrochole passe outre, laissant seulement en arrière un 
détachement pour rompre les murs de l'abbaye et la mettre 
à contribution^. 

L'objectif de Picrochole étant la ville et le château delà 
Roche-Clermault, position stratégique qui commande tout 
le pays; sans s'arrêter, ce roi traverse le Négron au gué de 
Vede et il arrive sous les murs de la Roche-Clermault. 



petite coulevrine : les noms étaient synonymes [Histoire générale de 
l'artillerie, par le capitaine Brunet, Paris, 1842). 

I. C'est le détachement qui est rapidement exterminé par frère Jean 
des Entommeures. Son effectif n'est que de 200 hommes d'armes et 
7 enseignes de gens de pied (600 cavaliers et 3,5oo hommes d'infan- 
terie au maximum); le moine extermine i3,622 soldats, « sans les 
femmes et les petits enfans. Gela s'entend toujours ». 



12 L ART Mll.ri AlUi; DANS UABKLAIS. 

Picrochole est tellement pressé qu'il oublie que son 
rival Grandgousier réside à un kilomètre de Seuilly avec 
peu de monde autour de lui, et par suite, il manque l'occa- 
sion de terminer la guerre d'un seul coup. Le roman, il est 
vrai, eût pris fin en même temps. 

Le gué de Vede franchi sans diflicultés, Picrochole 
attaque la ville de la Roche-Clermault, qui ne fait aucune 
résistance; le lendemain, il emporte d'assaut le château et 
ses boulevards. Picrochole, décidément général heureux et 
prévoyant, fait rcmparer sa conquête et « la pourvoit des 
munitions requises, pensant là faire sa retraite si d'ailleurs 
estoit assailli ». 

Le premier épisode militaire se termine donc par le 
triomphe de Picrochole. Ce premier épisode, quoique fort 
abrégé, montre néanmoins Rabelais au fait des opérations 
générales relatives à la mobilisation, à l'organisation et au 
mouvement des armées. Nous l'avons vu déjà expert en 
artillerie nevro-balistique, on peut le constater instruit 
en artillerie à feu. Le troisième épisode lui permettra de 
développer davantage sa science militaire. 

Deuxième Episode. 

Le service de sécurité et de découverte. Reconnaissances 
offensives de Picrochole. Service de découverte et de 
sécurité de Gargantua (ch. xxxvi-xxxvii-xliii-xliv, 

etc.). 

Grandgousier, quoique pacifiste invétéré, ayant échoué 
dans le rétablissement de la paix, fait revenir de Paris son 
fils Gargantua pour diriger la guerre. Le géant, monté sur 
sa jument géante, arrive à Chinon, franchit le pont de la 
Nonnain et parvient à Parillé avec ses compagnons; là, il 
est informé des excès des soudards de Picrochole, qui, sous 
le capitaine Tripet, sont venus « avec grosse armée assaillir 
le bois de Vede et Vaugaudry et qu'ils avoient couru la 
poulie jusqu'au Pressoir-Billard ». L'ennemi, très fort, est 



l'art militaire dans RABELAIS. l3 

si près que Gargantua, quoique géant, avait « paour et ne 
sçavoit bien que dire ni que faire ». Il monte consulter le 
seigneur de la Vauguyon à son château et y séjourne pen- 
dant que son compagnon Gymnaste exécute seul une 
reconnaissance en compagnie de Prelingand, écuyer de 
la Vauguyon, qui connaît « les voies et detorses et les 
rivières de là en tour ». Après l'épisode de la mort de Tri- 
pet, les deux officiers revi^inent à la Vauguyon faire leur 
rapport. Gargantua, par la fuite des ennemis, ayant le 
champ libre, remonte à cheval, traverse le plateau de l'est 
à l'ouest \ descend sur le gué de Vede, le franchit et 
arrive à la Devinière. En chemin, il exerce une dernière 
fois sa force surhumaine en détruisant le château du bois 
de Vede à coups de massue ; désormais, il n'est plus qu'un 
homme. 

Gargantua, dès son arrivée, décide avec raison de faire 
une patrouille de découverte. Les événements de l'après-î 
midi lui ont montré beaucoup d'ennemis aux champs et il; 
ne saurait être trop tôt informé de leur nombre et de leurs 
intentions. Il compose sa troupe avec ses compagnons 
parisiens et « 25 des plus adventureux de la maison de 
Grandgousier » ; s'il ne prend pas plus de monde avec lui, 
c'est qu'il ne va pas au combat, mais à la découverte. Les 
volontaires sortent à minuit de la Devinière, « la lance au 
poing, montés comme saint Georges, avec chascun un 
arquebusier en croupe ». Cette troupe prend le chemin 
de la Saulaye, près de la rive gauche du Négron, presque 
en face de la Roche-Clermault. 

La position étant bonne pour voir venir des hauteurs 
qui dominent, Gargantua transforme sa patrouille en 
grand'garde. Pendant le même temps, Picrochole, pré- 
venu que dans la journée ses coureurs ont été mis en fuite 

I. Cette route se déduit du déluge occasionné par la jument de 
Gargantua qui noie les coureurs ennemis, dont les cadavres 
encombrent le gué du moulin du Pont. La jument ne pouvait opé- 
rer dans la vallée, Gargantua en amont du moulin du Pont se fût 
trouvé directement sous la Roche-Clermault. 



14 L ART MILITAIRE DANS RABELAIS. 

près de Vaugaudry, faii soriir do la Rochc-Clcrmauli une 
reconnaissance forte de i,6oo chevaliers, sous les ordres 
du comte Tiravant, Les Picrocholiens, sous ce chef au 
nom suggestif, vont explorer les environs de la Vauguyon; 
n'y trouvant « personne à qui parler », ils reviennent sur 
leurs pas. Les éclaircurs ne voulant pas aborder directe- 
ment la Devinière, où ils espèrent probablement sur- 
prendre Gargantua, ils traversent le Négron en amont 
de la Roche-Ciermault, montent au Couldray, position 
dominante; ils font alors prisonniers comme « espies » 
les six pèlerins échappés de la Devinière et descendent 
ensuite vers Seuilly sans précaution. Gargantua, qui les 
entend venir, hésite à les attaquer, car, dit-il aux siens, ils 
sont « en nombre trop plus dix fois que nous ». L'ardeur 
de frère Jean l'emporte sur sa prudence et le combat s'en- 
gage au cri de : « Choquons diables, choquons ! » Les Picro- 
choliens s'enfuient, remontent la colline d'où ils étaient 
descendus, suivis du seul moine qui est fait prisonnier. 
Gargantua, avec une prudence un peu exagérée, retient 
son monde en observation « sous les noyers de la Sau- 
laye ». Un retour offensif des Picrocholiens est repoussé 
un peu plus tard et le moine échappé à ses gardiens mas- 
sacre les fuyards avec entrain. Gargantua, suffisamment 
éclairé sur le moral et la façon de servir de ses ennemis, 
rentre à la Devinière à la pointe du jour. 

Tout ce récit, encombré d'épisodes joyeux et d'événe- 
ments fantastiques, montre Rabelais fort bien documenté 
sur le rôle des reconnaissances; sa station sous les noyers 
de la Saulaye indique qu'il connaît la prescription du ser- 
vice en campagne relativement à l'établissement des postes 
de sécurité qui doivent pendant la nuit occuper les fonds 
pour voir venir des hauteurs. Rabelais se montre aussi au 
courant de la conduite à tenir envers les prisonniers, car 
frère Jean remarque que ses gardiens « sont bien mal exer- 
cés au faict d'armes, car oncques ne m'ont demandé ma 
foi et ne m'ont osté mon bracquemart ». 

Rabelais, dans tout cet épisode, s'est d'ailleurs attaché 



l'art militaire dans RABELAIS. l5 

scrupuleusement au terrain, tout en en amplifiant les 
dimensions. La marche de Gargantua depuis Chinon jus- 
qu'à la Devinière, les incursions des coureurs de Picro- 
chole, leurs combats peuvent être suivis exactement sur la 
carte, les opérations décrites semblent de la réalité la plus 
stricte. 

Troisième Épisode. 
Campagne de Gargantua contre Picrochole 

(ch. XLVII-XLVIII-XLIX-Ll). 

Après l'injuste irruption de Picrochole dans les Etats 
du pacifique Grandgousier, comme de ses alliés, ceux-ci, 
« pour leur ancienne confédération », lui offrent « tous 
leurs povoirs tant de gens que d'argent et aultres muni- 
tions de guerre ». Ces Etats, au nombre de trente et un, 
tous bourgs, villages ou hameaux des environs de Chinon, 
offrent à Grandgousier « six vingt quatorze millions deux 
escus et demi d'or' et une armée de 328,000 hommes, 
i5,ooo hommes d'armes, 32,ooo chevau-legers, 89,000 har- 
quebuziers, 140,000 adventuriers..., pionniers 47,000^ », 

1. 5,360,000,000 fr. 

2. L'infanterie française avait pour unité tactique la bande ou 
enseigne, qui comportait, sous François 1°"', piquiers et arquebusiers; 
ces derniers faisaient le tiers de la bande; plus tard, sous Henri II, 
la moitié. Effectif de 3oo à 5oo hommes. La cavalerie nationale, à la 
même époque, se composait des compagnies d'ordonnances et de la 
cavalerie légère. Les compagnies d'ordonnance, à effectif variable, 
comprenaient un certain nombre d'hommes d'armes, revêtus de 
l'armure complète; chaque homme d'arme avait deux archers, un 
coutelier, un page. L'homme d'arme et les archers, armés à peu 
près de la même façon, étaient les seuls combattants. Les compa- 
gnies de cavalerie légère, à l'eftèctif ordinaire de 80 hommes, avaient 
été formées sous le règne de Louis XII avec des archers des com- 
pagnies d'ordonnance. Elles furent régularisées sous François I"'; 
dès cette époque, « l'effectif de la cavalerie légère était le double de 
celui des hommes d'armes » (général Susane, Histoire de la cava- 
lerie). On voit donc que les effectifs indiqués par Rabelais pour 
l'armée des alliés se rapproche des proportions réglementaires de 



l6 l'art militaire dans rabklais. 

et en plus un parc formidable de 11,200 pièces, « canons, 
doubles canons, basilics et spiroles )i ; ce parc, sauf les spi- 
roles, n'est composé que de pièces de siège; les allies pré- 
voyeni sans doute la reprise obligée de la Roche-Cler- 
mauli. Ces chiffres fabuleux ne doivent attirer l'attention 
que pour faire constater les connaissances de Rabelais dans 
la proportionnalité des armes composant les armées de son 
temps, « Grandgousier ne refusa ni accepta du tout » ; il 
remercie ses alliés et « dit qu'il composeroit cette guerre 
par tel engin, que besoing ne seroit tant empcscher de gens 
de bien ». Grandgousier en effet n'a pas besoin de ses alliés, 
car il possède, lui, une armée permanente casernée dans 
ses places de la Devinière, de Gravot, de Chaviny et de 
Quinquenais ' . Et quelles troupes, quels soldats ! « Tous par 
bandes, tant bien assortis de leurs trésoriers, de vivandiers, 
de mareschaux, d'armuriers et d'autres gens nécessaires au 
trac des batailles, tant bien instruits en l'art militaire, tant 
bien armés, tant bien reconnoissants et suivants leurs 
enseignes, tant soubdains à entendre et à obéir à leurs 
capitaines, tant expédiés à courir, tant forts à choquer, 
tant prudents à l'adventure que mieulx ressembloient à 
une harmonie d'orgue et concordance d'horlloge qu'à une 
armée ou gendarmerye ». 

On comprend que le grand écuyer Touquedillon, pri- 
sonnier, après avoir vu d'aussi formidables troupes, con- 
seille à son roi « par fortes paroles qu'on feict appointe- 
ment avec Grandgousier ». 

La concentration de l'armée de Grandgousier comme 
celle de Picrochole s'opère subitement; les légions con- 
centrées à la Devinière comptent, pour la cavalerie, 
2,5oo hommes d'armes, 6,000 chevau-légers ; pour l'infan- 
terie, 66,000 hommes de pied, 26,000 arquebusiers; pour 

son temps, sauf pour le chiffre des pionniers qui, calculé au taux 
réduit de 20 hommes par pièce, ce qui est faible en raison du service 
du génie, attribue aussi à ces derniers le chiffre de 225,000 hommes 
environ. 

I. Propriétés de la famille de Rabelais. 



L ART MILITAIRE DANS RABELAIS. 



17 



l'artillerie, 200 grosses bouches à feu et 20,000 pionniers^ ; 
les proportions des armes sont fort exactes et nous venons 
de voir les services parfaitement constitués et assurés. 

Cette armée est forcément disciplinée, tout étant prévu, 
et il ne peut être question pour elle des désordres qui ont 
signalé l'entrée en campagne de Picrochole. Sa réputation 
est si bien établie d'avance que Grippeminault, conseiller 
écouté, est forcé de signaler à Picrochole la crainte se 
manifestant dans son armée par de nombreuses déser- 
tions. C'est donc contre une armée découragée que va 
opérer Gargantua; quoique Picrochole ait encore la supé- 
riorité du nombre, le résultat de la lutte n'est pas douteux. 

Grandgousier, trop âgé, reste « en son fort ». Gargan- 
tua a « la charge totale de l'armée ». Celle-ci, en une seule 
colonne, descend au gué de Vede (deux kilomètres de la 
Devinière), « et par batteaux et ponts légèrement faicts passa 
oultre d'une traicte ». Picrochole avait traité le Négron 
comme un ruisseau négligeable, Gargantua le considère 
comme un fleuve important, exigeant l'emploi de l'équi- 
page de ponts de bateaux de l'armée régulière et l'établis- 
sement de ponts de circonstance par le service du génie. 
Le passage d'un grand fleuve est une opération longue et 
difficile, Rabelais ne tient aucun compte du temps et l'ar- 
mée se trouve instantanément sur la rive droite de la 
rivière, au pied du château de la Roche-Clermault. Rabe- 
lais place maintenant la ville sur la hauteur; en réalité, le 
village actuel de la Roche-Clermault est bâti sur le pen- 
chant d'une vallée étroite perpendiculaire au Négron; au- 
dessus et à pic est situé le château, qui montre encore de ce 
côté des restes importants de son enceinte. On monte du 
Négron au château par une pente raide d'environ 5 à 
600 mètres, c'est au pied de cet escarpement que Rabelais 
déploie son arm.ée de 120,000 hommes. L'armée de Gar- 
gantua rangée au pied de la hauteur, son chef appelle ses 

I. La proportionnalité est exacte dans l'armée de Grandgousier 
pour les différentes armes. Les pionniers ont été assez normalement 
calculés à 20 hommes par pièce. 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. V. 2 



i8 l'art militaire dans uahklais. 

capitaines au conseil de guerre; toujours très prudent, il 
pencherait probablement pour un siège régulier, mais 
Gymnaste lui remontre que « les François ne valent qu'à 
la première poincte, lors ils sont pires que diables, mais 
s'ils séjournent, ils sont moins que femmes ». Gargantua, 
reconnaissant la vérité de cette assertion relative au carac- 
tère national, se détermine à une attaque de vive force; il 
dispose donc son armée en bataille « en plein camp, met- 
tant les subsides du côté de la montée », donnant en même 
temps le poste d'honneur à ses auxiliaires '. Frère Jean est 
envoyé pour couper la retraite aux ennemis. Le moine 
« avec six enseignes de gens de pied et 200 hommes d'armes 
en grande diligence traversa les marais et gagna au-des- 
sus le Puy jusqu'au grand chemin de Loudun ». Le déta- 
chement, parti du moulin du Pont, traverse les prairies 
marécageuses situées au pied des collines nord, et, hors 
des vues de l'ennemi par Vaugaudry ou Parillé, monte au 
plateau et atteint le chemin de Chinon à Loudun au Puy- 
de-Parillé. 

Ces dispositions préliminaires étant prises, l'assaut com- 
mence. Les assaillants, malgré la roideur de la pente, 
s'approchent des murs de la ville. Picrochole, qui a vu le 
mouvement, décide une sortie et en brave chevalier « sort 
avec quelques bandes d'hommes d'armes de sa maison ». 
Il n'a pas préparé son intervention par une action efficace 
de son artillerie, aussi est-il « reçeu et festoyé à grands 
coups de canon qui gresloient devers les coteaux ». En rai- 
son de l'intervention de Picrochole, les troupes de Gar- 
gantua interrompent leur marche en avant et « se retirent 

I. En ligne de bataille, l'avant-garde formait l'aile droite, l'arrière- 
garde l'aile gauche, la bataille le centre. Cette ligne se composait 
de carrés de piquiers d'infanterie avec les arquebusiers aux ailes. 
La cavalerie se disposait sur' les ailes et entre les carrés pour le sou- 
tien mutuel. L'artillerie, très peu maniable, était amenée sur le 
point choisi et ne bougeait plus. Pour le combat, la cavalerie enga- 
geait l'action, suivie par les arquebusiers; les uns et les autres, 
s'ils étaient repoussés, venaient se réfugier derrière les carrés pour 
se reformer. 



L ART MILITAIRE DANS RABELAIS. ig 

au val pour mieulx donner jeu à l'artillerie ». Un duel d'ar- 
tillerie s'engage, où la ville n'a pas l'avantage, car « les 
traicts passoient oultre sans nul ferir ». Les Gargantuistes 
étant défilés dans l'angle mort de la hauteur n'ont rien à 
craindre, mais les batteries de Gargantua tirant de bas en 
haut ne devaient pas avoir beaucoup plus de succès que 
celles de son adversaire : cela explique pourquoi les Picro- 
choliens « échappés à l'artillerie » se rallient et chargent 
en désespérés sur l'armée de Gargantua, « aulcuns de la 
bande saulvés de l'artillerie donnarent fièrement sur nos 
gents, mais peu profitarent, car tous furent reçeulx entre 
les ordres et là rués par terre ». La gendarmerie de Picro- 
chole, chargeant impétueusement du haut en bas, arrive 
en désordre devant une ligne de gros carrés de piquiers 
flanqués d'arquebusiers; elle ne peut pénétrer que dans 
les intervalles, et là elle est entourée et immédiatement 
détruite. Quelques troupes ralliées veulent faire retraite 
par la route de Chinon, elles se heurtent au moine, qui 
les disperse. Frère Jean, en officier expérimenté, n'au- 
torise pas la poursuite des fuyards, par crainte de désor- 
ganiser sa troupe, ce qui permettrait un retour offensif 
aux défenseurs de la ville. Le moine, s'étant rapproché à 
l'est de la Roche-Clermault, observe que de ce côté « nul 
ne comparoit à l'encontre » : il envoie à Gargantua le duc 
Phrontiste pour lui proposer d'attaquer le front est, qui lui 
semble dégarni, et couper par là la retraite aux ennemis. 
Gargantua fait avancer son aile gauche, composée de 
« quatre légions de la compagnie de Sebaste » ; mais Picro- 
chole veille et avec sa gendarmerie charge sur l'infan- 
terie de Gargantua, qu'il prend en flagrant délit de 
manœuvre ; les fantassins de Gargantua « si tost ne peurent 
gagner le hault qu'ils ne rencontrassent en barbe Picro- 
chole et ceulx qui avec lui estoient epars », Le combat 
s'engage, et quoique les gens de Gargantua « chargeassent 
sus roidement », ils ont le dessous, car outre l'énergique 
intervention de Picrochole, « grandement furent endom- 
magés par ceulx qui estoient sur les murs à coups de traict 



20 L ART MILITAIRE DANS RABKLAIS. 

et artillerie ». La défaite des Gargantuistes serait sûre si 
leur chef ne faisait iiionier de la vallée toute ses troupes 
et hisser son artillerie sur le plateau, « quoi voyant Gar- 
gantua en grande puissance alla les secourir et commença 
son artillerie à heurter sus ce quartier de murailles tant 
que toute la force de la ville y fut évoquée », Les 200 grosses 
pièces de Gargantua durent gravir péniblement les pentes 
abruptes qui accèdent au plateau de la Roche-Clermault, 
mais, une fois en batterie, les murailles de la ville ne pou- 
vaient leur résister bien longtemps. Frère Jean, pendant 
cette attaque, amène ses hommes devant la porte de 
l'ouest, qui est maintenant la moins surveillée; il escalade 
la muraille avec ses fantassins, laissant hors de la ville 
« 200 hommes pour les hazards ». La troupe d'escalade 
se rassemble sur les murs, se jette sur les gardes de la 
porte en poussant des hurrahs, les égorge et fait entrer les 
hommes d'armes. Les soldats de frère Jean, « en toute 
fierté, coururent ensemble vers la porte de l'Orient, où 
étoit le désarroi, et par derrière renversèrent toutes leurs 
forces ». Les assiégés surpris se rendent à merci. Le moine, 
capitaine prévoyant, les fait désarmer « et tous retirer et 
resserrer par églises, saisissant tous les bâtons de croix et 
commettant guets aux portes pour les garder de issir ». 
Ces sages précautions prises, le moine fait ouvrir la porte 
orientale et vole au secours de Gargantua, qui n'était pas 
en trop bonne posture, Picrochole lui opposant une 
défense opiniâtre. L'intervention imprévue de frère Jean 
lui donne la victoire. Picrochole pris entre deux feux, lui 
« et ses gens voyant que tout etoit désespéré prirent la 
fuite en tous endroits ». Gargantua les poursuivit jusqu'à 
Vaugaudry, « tuant et massacrant, puis sonna la retraite ». 
La campagne est terminée. 

Gargantua, administrateur aussi soigneux qu'il a été 
bon général, veut connaître l'étendue de ses pertes, il 
faut donc procéder à des revues d'effectif. Il pense ensuite 
aux récompenses à décerner à ses troupes, il les fit d'abord 
« raffraîchir chacune par sa bande et commanda es ireso- 



L ART MILITAIRE DANS RABELAIS. 21 

riers que le repas leur fût défrayé et payé » ; après cette 
gratification spéciale, il ordonne de payer à ses soldats 
six mois de solde d'avance, « ce qui fut faict «. Il libère les 
prisonniers de guerre, les fait payer pour trois mois, les 
renvoyant dans leurs foyers avec bonne escorte, « afin que 
par les paysans ne soyent outragés ». Cette précaution 
n'était pas inutile, car les campagnards, toujours maltrai- 
tés par le soldat, ne manquaient Jamais d'égorger les traî- 
nards, les malades et les isolés*. Gargantua fit ensuite 
« panser les navrés et traicter en son grand nosocome ». 
Rabelais, médecin lui-même, devait penser à l'établisse- 
ment d'un service de santé militaire. C'était là le point le 
plus faible de l'organisation des armées au xvi^ siècle. On 
trouve, il est vrai, quelques maîtres en chirurgie parmi 
les troupes, mais ambulances et hôpitaux manquent tota- 
lement; les malades et blessés étaient abandonnés à la 
charité publique, presque tous mouraient. Rabelais, ins- 
tituant un hôpital de campagne, est de ce fait un précur- 
seur. Enfin Gargantua 'n'^oiiblie pas le plus haut devoir 
d'un chef militaire : l'hommage à rendre aux soldats 
morts pour la patrie; « pour ceulx qui là estoient morts, 
il feit honorablement inhumer en la vallée des Noirettes 
et au camp de Bruslevieille ». 

Dans l'ensemble des récits de la guerre de Gargantua et 
de Picrochole, Rabelais montre l'étendue de ses connais- 
sances militaires. Administrateur, il n'ignore rien de ce 
qui touche à l'organisation des armées, à la préparation 
de la guerre. Les armées mobilisées, il se montre officier 
compétent; ses troupes marchent, manœuvrent, com- 
battent d'une façon rationnelle et subordonnent toujours 
leurs mouvements au terrain. Le roman pourrait être une 
réalité en agrandissant suffisamment le cadre. 



I. Après l'affaire de Mensignac (26 octobre i568), les paysans péri- 
gourdins massacrèrent les traînards; ils recommencèrent, après La 
Roche L'Abeille, en juin ib6g. Coligny, par représailles, à la Chapelle- 
Faucher, fit massacrer, de sang-froid, 3oo paysans pris au hasard 
(voir Brantôme, Hommes illustres, Admirai de Chastillon). 



22 L ART MIMTAIRF, DANS RAIîF.LAIS. 



Rabelais était d'ailleurs mieux qu'un conteur amusant 
faisant parade d'une science théorique pour étonner ses 
contemporains; la préoccupation militaire que nous cons- 
tatons dans son ouvrage lui venait d'une inspiration plus 
haute, celle d'un patriotisme ardent. Écoutons là-dessus 
les paroles enflammées qu'il met dans la bouche de frère 
Jean, le chevalier sans peur; paroles de glorification pour 
ceux qui meurent pour la patrie et de flétrissure pour 
les lâches : « Hon que je ne suis roi de France pour 
quatre-vingt ou cent ans! par Dieu Je vous mcttrois en 
chien courtault les fuyards de Pavie. Leur fiebvre quar- 
taine, pourquoi ne mourroient-ils là plutost que laisser 
leur bon prince en ceste nécessité? N'est-il meilleur et 
plus honorable mourir vertueusement, bataillant, que 
vivre fuyard, vilainement^ ? » 

Cette explosion de loyalisme, de patriotisme, de bra- 
voure chevaleresque n'est pas l'expression d'un sentiment 
passager; sept ans plus tard, Rabelais, dans la préface du 
Tiers Livre de Pantagruel, proclame éloquemment, avec 
son dévouement au pays, la nécessité et même la beauté 
de la guerre. François \" était alors engagé dans la 
troisième guerre contre Charles-Quint; Rabelais, ne pou- 
vant être soldat, ne se résigne pas à être spectateur oisif 
des efforts contemporains; il stigmatise donc les lâches, 
les tièdes et, poussant à l'action, il s'écrie : « Je, pareille- 
ment, quoique soye hors d'effroi ne suis toutefois hors 
d'esmoy. De moi voyant n'estre faict aucun prix digne 
d'œuvre, et considérant, par tout ce très noble royaume, 
de çà et de là les monts, un chascun aujourd'hui soy ins- 
tamment exercer et travailler, part à la fortification de sa 
patrie et la défendre; part au repoulssement des ennemis 
et les offendre; le tout en police tant belle, en ordonnance 
si mirifique, et à profict tant évident pour l'advenir (car 
désormais sera France superbement bournée, seront Fran- 
çois en repos asseurés), que peu de chose me retient que je 

I. Gargantua, ch. xxxix. 



l'art militaire dans RABELAIS. 23 

n'entre en l'opinion du bon Heraclitus, affermant guerre 
estre de tous biens père, et croye que guerre soict en latin 
dicte belle^ non, par antiphrase, ainsi comme ont cuidé 
certains rapetasseurs de vieilles ferrailles latines, parce 
qu'en guerre, gaires de beaulté ne voyoient ; mais absolu- 
ment et simplement, par raison qu'en guerre apparoisse 
toute espèce de bien et beau, soit decelée toute espèce de 
mal et laidure. ... Par doncques n'estre adscript et en rang 
mis des nôstres en partie offensive, qui m'ont estimé trop 
imbecille et impotent; de l'autre, qui est deffensive, n'estre 
employé aulcunement, fût-ce portant hotte, cachant 
crotte ou cassant motte (tout m'estoit indiffèrent) ; ai 
imputé à honte plus que médiocre estre vu spectateur 
ocieux de tant vaillants , disers et chevalereux person- 
nages, qui en vue et spectacle de toute Europe jouent 
ceste insigne fable et tragique comédie; ne m'esvertuer de 
moi-mesme, et non y consommer ce rien, mon tout, qui 
me restoit. » 

Ces paroles ardentes, il convient de les citer en finis- 
sant cette étude où Rabelais, après avoir fait figure d'écri- 
vain militaire, se montre à nous sous l'aspect inattendu 
d'un patriote ardent. Oui, le philosophe critique, le sati- 
rique mordant, le démolisseur des croyances, le révolu- 
tionnaire sceptique était néanmoins un citoyen zélé, un 
patriote militant, fier avant tout d'être Français. 

Steph.-C. GiGON. 



LES VOYAGES MERVEILLEUX 

DE 

CYRANO DE BERGERAC ET DE SWIFT 

ET 

LEURS RAPPORTS AVEC L'ŒUVRE DE RABELAIS. 

{Suite et fin K) 



Gulliver ne part pas sans emporter plusieurs choses pré- 
cieuses, savoir la connaissance de la langue lilliputienne, 
— Gulliver, nous en aurons bientôt d'autres preuves, a 
une facilité merveilleuse à apprendre les langues étran- 
gères, — et certains échantillons du pays, des bœufs, des 
brebis, etc., d'une petitesse étonnante et dont l'exhibition 
lui fait gagner beaucoup d'argent. De même que Sindbad 
le Marin, il finit toujours par trouver un navire prêt à le 
ramener en sa patrie, et son retour s'effectue rapidement et 
heureusement : c'est qu'il faut qu'il puisse rentrer bientôt 
en scène pour d'autres exploits non moins intéressants. 

Le 20 juin 1702, Gulliver repart sur V Aventure. Les 
éléments lui sont d'abord favorables, mais, en approchant 
des îles Moluques, un orage éclate et son navire coule à 
fond. Heureusement la plage est là, offrant son secours 
aux survivants; notre voyageur l'atteint; quelques compa- 
gnons le suivent ; ils peuvent enfin se croire sauvés. Ils 
sont dans un pays bien étrange; les herbes sont hautes 
comme des arbrisseaux et les épis des champs ont des pro- 
portions colossales. Tandis que Gulliver se livre à ses 
explorations, il entend des cris dans le lointain ; ce sont 

I. Voir Revue des Études rabelaisiennes, 1906, p. 295. 



LES VOYAGES MERVEILLEUX DE CYRANO DE BERGERAC. 25 

ses compagnons qui se sauvent, poursuivis par un homme 
d'une grandeur prodigieuse. Gulliver n'est pas sans éprou- 
ver une peur proportionnée à sa situation ; il a beau se 
cacher au milieu de cette végétation énorme, le géant, qui 
a la mine d'un laboureur, finit par s'apercevoir de sa pré- 
sence, et, le prenant pour un petit animal, il le saisit par 
les fesses et l'approche de ses yeux. C'est comme un vol 
dans l'infini et, du sommet de cette main, Gulliver regarde 
en bas la terre, méditant sur les dangers d'une chute. Le 
paysan l'aurait peut-être écrasé comme un insecte quel- 
conque, mais notre héros pousse des cris de peur qui 
produisent un effet favorable. Le paysan s'arrête, réflé- 
chit, rebrousse chemin et l'apporte à son maître, qui est 
entouré de sa famille et qui apprécie à sa juste valeur 
cette étrange trouvaille. Swift a eu l'imagination heureuse 
en faisant du géant d'hier le nain d'aujourd'hui : la gran- 
deur et la petitesse ne sont que des termes relatifs. — 
D'ailleurs la même aventure, nous venons de le voir, était 
arrivée à Cyrano de Bergerac et à un personnage des 
Mille et une Nuits. 

Le premier est pris dans la lune pour un étrange 
animal; les habitants qui l'entourent et qui ont « douze 
coudées de longueur » ont en même temps la taille d'un 
géant et la nature des quadrupèdes. Cela peut avoir 
suggéré à Swift deux épisodes, celui que nous avons sous 
les yeux et celui des chevaux intelligents, constitués en 
république, dont il nous parlera sous peu. Cyrano est 
exposé à l'admiration de la foule, qui paie pour le voir; 
il fait des culbutes et des grimaces pour donner une 
bonne recette à son maître, et c'est là une vie pénible et 
avilissante, mais le roi et la reine finissent par s'intéres- 
ser à son sort. On le met tout seul dans une cage, on lui 
apprend la langue du pays, et une demoiselle, une prin- 
cesse du sang, le considère comme son amusement pré- 
féré, l'habille, le déshabille et finit par l'aimer . à la 
folie. Que l'on ajoute à cela un autre détail, qui ne sera 
pas perdu par Swift. Les savants du royaume se réunissent 



26 LES VOYAGES MERVEILLEUX 

pour ciudicr Cvrano ci pour dctcrniiner sa nature : ils 
tombent d'accord pour lui nier l'intelligence humaine et 
le considérer comme une brute plus ou moins divertis- 
sante. 

Les aventures de Hassan des Mille et une Nuits 
paraissent avoir offert aussi des détails à l'écrivain anglais. 
Que l'on se rappelle comment le héros arabe est attrapé 
pour ainsi dire au vol par un géant du pays du camphre 
blanc. Ce géant, qui croit avoir affaire à un insecte, le 
saisit par l'endroit où la peau est la plus molle et le tient 
suspendu en l'air, par la force de son bras, comme le moi- 
neau dans la serre d'un faucon. Que l'on se rappelle enfin 
que Hassan aurait été écrasé s'il n'avait pas poussé des 
cris de désespoir; le géant, surpris du gracieux ramage de 
ce joli animal, s'empresse de l'apporter à son souverain 
et à sa famille. Ce sont là trois situations qu'on trouve, 
sans aucun changement remarquable dans l'histoire de 
Gulliver. D'autres traits sont communs à Swift, à Cyrano, 
et aux Nuits : celui, par exemple, du héros suspendu 
dans une cage, apprivoisé par une demoiselle royale et 
géante qui s'attendrit sur son sort, qui lui montre une 
affection particulière et qui finit, dans la nouvelle arabe, 
par lui en donner le témoignage le plus intime. Comme 
on voit, Swift crée assez peu : son imagination est plutôt 
dans les détails, dans cette foison d'idées complémen- 
taires qui naissent d'une situation empruntée à d'autres. 

Gulliver est donc dans la famille d'un campagnard 
géant et entouré de tous ces colosses qui le font frémir. 
Ce sont les conditions mêmes où Hassan s'était trouvé; 
mais, tandis que l'auteur arabe se borne à nous indiquer 
en peu de mots la crainte de son personnage et l'énormité 
de ses maîtres, l'écrivain anglais prend son équerre et son 
compas et détermine exactement la proportion des choses, 
savoir des mets, des plats, des verres, des meubles, des 
animaux domestiques et même des mouches et des guêpes. 
Il ressemble par là à un entomologiste qui agrandit, à 
l'aide de son microscope, les pygmées de sa nature. 



DE CYRANO DE BERGERAC ET DE SWIFT. 



Quelques épisodes appartiennent en propre à Swift : 
celui, notamment, des luttes entre Gulliver et les souris et 
les guêpes, mais il ne faut pas oublier qu'on avait déjà 
peint les duels des myrmidons et des grues. L'aventure' 
du singe gigantesque qui s'empare de Gulliver et l'em- 
porte sur le toit est plus plaisante à la fois et plus origi- 
nale; de même ses manœuvres nautiques dans une auge 
de bois remplie d'eau et sur un navire qui, pour ces bonnes 
gens, n'est qu'un jouet d'enfant, et dont les dames de la 
cour et les pages enflent les voiles en agitant leurs éven- 
tails ou en soufflant. 

Le campagnard, après s'être amusé quelque peu de 
Gulliver, le confie à sa fille, qui le soigne, de même que 
les princesses des contes que nous venons d'indiquer. 
Glumdalclitch est une bonne fille, sensée et diligente; elle 
se charge de la toilette de ce bout d'homme, lui apprend 
la langue du pays et, avec une patience merveilleuse, 
arrive à lui préparer des habits microscopiques. Quant 
au maître, ainsi que celui de Cyrano, il songe au profit 
qu'il pourra tirer du cadeau que son laboureur vient de 
lui faire. Après mûre réflexion, il se décide à l'exhiber. 
« On me posa, dit Gulliver, sur une table dans la salle la 
plus grande de l'auberge, qui était presque large de trois 
cents pieds en carré. Ma petite maîtresse se tenait debout 
sur un tabouret bien près de la table. » Les curieux 
accouraient de toute part et payaient à la porte un droit 
d'entrée assez élevé; et Gulliver exécutait devant eux bien 
des gentillesses et des tours plaisants. Il dégainait son 
épée, faisait l'exercice militaire, tirait son bonnet aux 
spectateurs, sautait, gambadait et parlait la langue du 
pays. Un bout de paille lui servait de pique et il aurait 
pu danser, comme le héros d'une chansonnette populaire 
d'Italie, sur une monnaie et prendre un bain dans un 
verre. 

Ainsi que dans le conte de Cyrano, le roi rassemble 
trois des plus grands docteurs de Brobdingnac pour con- 
naître la nature de Gulliver, qu'il a acheté pour l'amuse- 



LKS VOYAGES MERVEILLEUX 



ment de sa femme et de ses courtisans. Les trois docteurs 
approchent le bonhomme de leurs veux, le tournent dans 
tous les sens, le faisant bouger, sauter et parler, et déclarent 
que c'est Ih un lii.sns naturac, dépourvu de la faculté de 
conserver sa vie, imparfait dans les parties vitales, par- 
lant comme un perroquet ou une pie, sans que la raison 
Téclaire, et ils partent d'un éclat de rire lorsqu'ils l'en- 
tendent assurer qu'il y a des pays où ses pareils pullulent, 
se remuent, combattent, aiment et se donnent des lois et 
des gouvernements. 

Ici, l'auteur anglais revient h Rabelais. Ce roi de Brob- 
dingnac, doué de bon sens, de charité envers ses sujets, 
ennemi de la guerre et de toute violence, est issu de la 
souche glorieuse de Grandgousier et élevé h l'école de 
Pantagruel. Il frémit en écoutant cette histoire de l'Angle- 
terre, — telle que Gulliver la lui expose, — qui n'est qu'un 
enchaînement horrible de conjurations, de rébellions, de 
meurtres, de massacres, de révolutions et d'exils, et il 
s'étonne en voyant que l'ignorance, la paresse et le vice 
peuvent être quelquefois les seules qualités d'un homme 
d'état. L'offre que Gulliver lui fait de lui apprendre à 
composer la poudre à canon l'offense comme si l'on 
venait lui proposer de prendre part à un crime; l'art 
de gouverner n'est, selon l'avis de ce bon roi, que l'appli- 
cation des vertus morales et civiques; il veut que le bon 
droit l'emporte sur la force, que la douceur, la justice et 
surtout l'application prompte et sûre des lois tranquil- 
lisent les âmes ;. alors il n'y aura plus de révoltes à 
craindre. « Il avança, dit Gulliver, ce paradoxe étrange 
que si quelqu'un pouvait faire croître deux épis ou deux 
brins d'herbe là où auparavant il n'y en avait qu'un, il 
mériterait beaucoup du genre humain et rendrait un ser- 
vice plus essentiel à son pays que toute la race de nos 
sublimes politiques. » Les études que l'on fait dans ce 
royaume se proposent surtout un but pratique; la méde- 
cine, les mathématiques et les sciences morales y sont 
cultivées avec beaucoup de soin. 



DE CYRANO DE BERGERAC ET DE SWIFT. 29 

Au pays de Lilliput on ne parlait que de la grandeur et 
de la puissance des habitants ; ici, par contre, on se plaint 
de la décadence générale, et notre voyageur découvre, 
dans la bibliothèque du roi, un Traité de la faiblesse du 
genre humain. 

Le peigne que Gulliver fabrique, pour son usage, avec 
quelques poils tombés de la barbe du roi peut rappeler, 
par la force des contrastes, celui de Gargantua, formé 
avec les dents d'un éléphant, et la cage où notre héros 
est enfermé est celle qui sert de locomotive à Cyrano 
lorsqu'il part pour la lune. Un jour que Glumdalchitch 
et un page de service ont oublié de faire bonne garde, un 
oiseau gigantesque se précipite sur cette cage et l'enlève 
dans les airs. Le voyage de Gulliver, transporté de la sorte 
à une hauteur prodigieuse par cet oiseau dont les ailes 
dépassent en grandeur les voiles du plus grand des navires, 
a bien des précédents : il suffit de rappeler le rokh des 
aventures de Sindbad et le vautour qui transporte, dans 
une autre cage, le couple d'époux au royaume du soleil, 
sous les yeux étonnés de Cyrano. Toutefois : 

Ai voli troppo alti e repentini 
Sogliono i precipizi esser vicini, 

et le pauvre Gulliver, destiné désormais à servir de jouet 
au sort, finit par choir en pleine mer. C'est le vol de 
Phaéton. Ici encore, un navire se rencontre à point pour 
le sauver. On le prend pour un fou, lorsqu'il raconte les 
merveilles des pays qu'il a explorés. La première fois, il 
avait fini par convaincre ses auditeurs en leur montrant 
le bétail microscopique de Lilliput; cette fois aussi, il 
vainc l'incrédulité générale par les merveilles renfermées 
dans sa boîte. 

Son troisième voyage est régulièrement daté du 5 août 
1708 ; le navire sur lequel il s'embarque s'appelle la Bonne- 
Espérance. Cette fois, pour ne pas répéter la description 
d'un naufrage, l'auteur fait intervenir des corsaires, qui 



3o LES VOYAGES MERVEILLEUX 

s'emparent du navire et de son équipage, et jettent noire 
héros dans un baieau avec quelques vivres. Ce qui importe 
à Switi, c'est de mettre au plus vite son héros dans une 
situation analogue aux précédentes : seul, misérable, dans 
un pays inconnu, loin de tout secours humain. On pourra 
trouver que l'auteur se répète, mais on devra reconnaître 
aussi que cet état est le plus propre à exciter la curiosité 
des lecteurs. Les aventures des imitateurs de Robinson 
Crusoé sont à peu près toujours les mêmes, mais le spec- 
tacle d'un homme abandonné dans un pays sauvage et 
luttant pour sauver sa vie sera toujours captivant pour 
l'imagination. 

Cette fois, Swift laisse de côté, du moins au début de 
cette troisième partie, les Mille et une Nuits, Rabelais et 
Cyrano ; on dirait même que les lieux où il nous trans- 
porte ont été jusqu'alors inconnus à tout le monde et que 
sa fantaisie a pris enfin son libre essor. 

U Histoire véridique de Lucien est toutefois là pour 
nous indiquer qu'il ne faut pas trop se fier aux apparences, 
et Rabelais aussi aura sous peu des droits à réclamer. 
Gulliver parvient à une île : « Je me tournai, dit-il, vers 
le soleil et je vis un grand corps opaque et mobile entre 
lui et moi qui semblait aller çà et là. » Bientôt il s'aper- 
çoit qu'il a affaire à une sorte d'île suspendue dans 
l'espace; Cyrano voyageait en plein ciel, Gulliver se con- 
tentera plus prudemment de planer entre le ciel et la 
terre. Mais cette île suspendue avait été déjà trouvée par 
Lucien : « une île claire et ronde, au milieu de l'air, éclai- 
rée vivement par le soleil. M'étant approché d'elle, je vis 
que le pays renfermait beaucoup d'habitants et qu'il était 
en outre cultivé comme ceux de la terre... A la nuit, on 
voyait paraître d'autres flots flottant de même dans l'air 
et au-dessous de nous s'étendait une terre couverte de 
villes, de mers, de fleuves, de bois ; nous devinâmes que 
c'était notre terre ». 

L'imitation est évidente encore à certain détail. Le sei- 
gneur de l'île aérienne découverte par Gulliver domine un 



DE CYRANO DE BERGERAC ET DE SWIFT. 3l 

territoire de la terre. Lorsque, — nous raconte Swift, — 
les habitants de celle-ci ne veulent plus reconnaître l'auto- 
rité du roi et se refusent à lui payer tribut, ce seigneur 
fait flotter son île juste au - dessus de ces révoltés, de 
manière à empêcher que la terre reçoive les rayons du 
soleil et les pluies fécondantes. Il s'ensuit que les malheu- 
reux se voient bientôt en butte à la misère la plus noire 
et forcés de se rendre à discrétion. Or, toujours dans 
VHistoire véridique^ on lit que les habitants du soleil, 
étant en lutte contre ceux de la lune et ne sachant com- 
ment l'emporter, eurent l'heureuse inspiration de bâtir, au 
milieu de l'air, un grand mur pour empêcher la lumière 
d'éclairer et de réchauffer le royaume des Sélénites : 
ceux-ci, après quelque résistance, durent se rendre pour ne 
pas mourir de froid ou d'inanition. 

L'île de Laputa a des habitants qui ne ressemblent pas 
beaucoup à ceux de la terre, car ils ont un œil tourné en 
dedans et l'autre vers le ciel et sont tellement distraits 
qu'ils ont des domestiques armés de vessies, remplies de 
petits pois ou de petits cailloux, dont ils les frappent sur 
la bouche ou sur l'oreille pour réclamer leur attention et 
les réveiller de cet état d'engourdissement. Ces gens-là 
n'ont d'autre passion que celles des mathématiques et de 
la musique. A la table où notre voyageur est invité, le 
premier service était composé d'une épaule de mouton 
taillée en triangle équilatéral, d'une pièce de bœuf coupée 
en rhomboïde et d'un boudin en forme de cycloïde... Le 
second service fut composé de deux canards ressemblant 
à deux violons, de saucisses et d'andouilles qui parais- 
saient des flûtes et des hautbois et d'un foie de veau qui 
avait l'air d'une harpe. Les pains qu'on servait avaient la 
figure de cônes, de cylindres, de parallélogrammes, etc. 
Toutes les idées des habitants n'étaient qu'en lignes et en 
figures, et leur galanterie même était géométrique. Malgré 
ces études positives, leurs maisons paraissaient fort mal 
bâties, car ils méprisaient la géométrie pratique comme 
une chose tout à fait vulgaire. Toutes leurs actions étaient 



32 LES VOYAGES MERVEILLEUX 

de même réglées d'après certaines combinaisons astro- 
nomiques, et les astronomes régnaient en maîtres sur ce 
peuple d'abstracteurs et d' astrologues. Que l'on se sou- 
vienne du dialogue de Lucien sur V Astrologue, où il est 
question de ces égyptiens dont la vie n'était qu'une adora- 
tion et une étude perpétuelle des astres. « Ils adoraient 
le bélier lorsqu'ils regardaient cette constellation; ils 
n'osaient manger des poissons lorsque les poissons les 
regardaient du ciel et lorsqu'ils découvrirent le capri- 
corne, ils épargnèrent la vie du bouc et de la chèvre. » 
Ménippe, dans le dialogue qui porte son nom, se moque 
aussi des philosophes, mesurant les bornes de l'univers 
et comptant les étoiles. « Leur vie se passe à décrire des 
triangles. » Dans VEloge de la Folie, Érasme raille éga- 
lement des astrologues. « Qu'il est délicieux leur délire, 
lorsqu'ils créent dans le vide des mondes infinis, quand 
ils mesurent la lune, les étoiles et les globes! » Ils ne 
connaissent pas les choses les plus communes, celles qui 
tombent sous leurs yeux, mais parlez-leur des idées, des 
universaux, des formes abstraites, de la nature première, 
des quiddités, des eccités, tout cela leur est connu; 
c'est là le pain qu'ils mangent tous les jours. Enfin, « ils 
s'estiment bien au-dessus du vulgaire, parce qu'ils savent 
tracer des triangles, des cercles et autres figures géomé- 
triques ». — Dans la cave des astronomes de Laputa, il y a 
un énorme aimant qui sert à mouvoir l'île. Cet aimant 
peut rappeler celui des Mille et une Nuits qui attire les 
vaisseaux et fait ressentir son influence à une distance de 
plusieurs lieues. Il n'y a pas à s'étonner si les femmes de 
Laputa ne sont pas trop heureuses et si elles cherchent 
des distractions en dehors de leurs ménages; c'est une 
punition méritée par ces maris qui dédaignent la beauté 
féminine dans leur abstraite adoration du ciel. 

La folie de ces bonnes gens me paraît toutefois infé- 
rieure à celle des Balnibarbes, peuple terrestre, vivant 
sous l'empire du seigneur de Laputa. Les Balnibarbes, au 
lieu de se contenter de la contemplation des astres. 



DE CYRANO DE BERGERAC ET DE SWIFT. 33 

forment une sorte d'académie où il est question des pro- 
blèmes scientifiques les plus sublimes et des découvertes 
les plus étonnantes. Celui-ci veut tirer du sol des pro- 
duits centuplés, celui-là « tâchait de faire retourner les 
excréments humains à la nature des aliments dont ils 
étaient tirés ». Un troisième était occupé à calciner la glace 
pour en extraire du salpêtre; un quatrième veut bâtir les 
maisons en commençant par le faîte et en finissant par 
les fondements, selon la coutume des abeilles et des arai- 
gnées; et une société d'aveugles se propose la fabrication 
des couleurs. Un mécanicien, la face et les mains cou- 
vertes de crasse, était resté huit ans sur un projet curieux 
qui était de recueillir dans des fioles bouchées hermé- 
tiquement des rayons de soleil, afin qu'ils puissent servir 
à échauffer l'air lorsque les étés seraient trop froids ; il 
espérait bientôt fournir aux jardins des riches ces rayons 
à un prix raisonnable. Et ce n'était pas tout, car on tâchait 
de faire labourer le sol aux cochons en y semant des 
glands, de faire marcher les charrues sans bœufs et sans 
chevaux (que dirait l'auteur s'il revenait au monde et s'il 
voyait nos automobiles?), d'exploiter les toiles d'araignée 
et de guérir tous les maux à l'aide d'un grand soufflet 
avec lequel on aurait attiré tous les vents intérieurs. 
Enfin, un professeur de mathématiques faisait avaler à 
ses élèves certains pains à cacheter sur lesquels il avait 
écrit des propositions et des démonstrations avec une 
encre de teinture céphalique; et un grammairien voulait 
remplacer les mots par l'indication des objets, ce qui 
présentait l'inconvénient que, pour faire un discours de 
quelque étendue, il fallait apporter au moins tout le 
mobilier de sa maison. 

On n'aura pas de peine à reconnaître ici les rayons de 
soleil enfermés dans des fioles qui servaient à éclairer 
Cyrano et ses hôtes; et l'on se souviendra aussi des 
abstracteurs, spodizateurs, massibères, prégustes, tabac- 
chins% etc., du royaume d'Entelechie. Un courtisan 

I. Ce mot, que Rabelais avait trouvé en Merlin Coccaie, Mac, 5 : 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. V. 3 



LES VOYAGES MERVEILLEUX 



« par engin miriticquc jectoli les maisons par les 
fenestres » ; un autre fondait les vieilles dans certaines 
chaudières et les rajeunissait, « excepté seuUcment les 
talons, lesquels leur restent trop plus courts que n'estoient 
en leur première jeunesse », ce qui les fait tomber facile- 
ment à la renverse; un troisième blanchissait les nègres; 
un quatrième coupait le feu avec un couteau ; un cinquième 
mesurait les sauts d'une puce, et ainsi de suite. Mais l'ins- 
piration n'est pas seulement « de genre », elle descend aussi 
aux détails. Au royaume de Laputa, on s'amusait à pêcher 
en l'air, et c'est là l'occupation chérie des courtisans de la 
Quinte-Essence. Les Balnibarbes font labourer la terre 
aux porcs et, dans le Pantagruel, « aultres à trois couples 
de regnards soubz ung joug aroient le rivaige areneux, et 
ne perdoient leur semence ». Si un philosophe balnibar- 
bien tâche de transformer les excréments en aliments, 
« Panurge rendit villainement sa gorge, voyant un Archas- 
darpenin, lequel faisoit putrifier grande dose d'urine 
humaine en fiens de cheval, avecque force merde chres- 
tienne. Fy le vilain! Il toutesfois nous respondit que 
d'icelle sacrée distillation abreuuoit les Roys et grands 
Princes, et par icelle leur allongeoit la vie. » 

Érasme, dans son Eloge de la Folie, nous avait déjà 
présenté un certain philosophe essayant de blanchir un 
nègre comme le personnage rabelaisien, et, de même que 
celui-ci, mesurant les sauts d'une puce^ D'autres philo- 
sophes de VÉloge tâchent de faire prendre une mouche 
pour un éléphant, de changer les carrés en ronds et les 
ronds en carrés; d'autres maniaques espèrent, au moyen 
des découvertes de la science, de changer la nature des 
choses, poursuivant par terré et par mer certaine quin- 

« Maie quippe libenter || Officium perago Tabachini », vit encore 
aujourd'hui en Romagne avec le sens rabelaisien d' « entremetteur » 
{me:{iano, ruffiano). 

I. Cette histoire « des sauts de pusses », que Rabelais a tirée pro- 
bablement d'Érasme, se lit aussi, attribuée de même à Socrate, 
dans les Nuées d'Aristophane (i, 2). Voyez Thuasne, ouvr. cit., 
p. 144. 



DE CYRANO DE BERGERAC ET DE SWIFT. 35 

tessence chimérique. Le mot de quintessence appartient à 
Érasme. 

Les Balnibarbes ne sont pas tous si sots qu'on pourrait 
le supposer, car ils veulent imposer des taxes aux vices et 
aux vanités, et, par des purges et un système particulier de 
vie, améliorer leurs hommes d'état. 

En passant d'un pays à un autre, Gulliver parvient à 
l'île de Gloubbdoubdrib, appartenant aux sorciers, dont 
le prince est servi par une armée de revenants. Notre 
voyageur, la première frayeur vaincue, interroge les esprits 
des personnages les plus illustres de l'antiquité pour voir 
ce qu'il y a de vrai dans leurs histoires. Quelle déception 
pour lui aussi bien que pour ses lecteurs! Lucrèce baisse 
les yeux et répond que les historiens, de peur de lui don- 
ner de la faiblesse, lui avaient donné de la folie ; Homère 
avoue les défauts de son poème et se moque de ses com- 
mentateurs; Aristote déclare que sa physique ne vaut rien, 
et Descartes (ce Descartes qui joue un grand rôle dans les 
voyages de Cyrano) met des bornes à l'admiration qu'on 
a pour lui. Pareillement Socrate, César, Alexandre se 
montrent tels qu'ils ont été vraiment, c'est-à-dire fort 
différents de ce que la tradition nous rapporte à leur 
égard; le dernier reconnaît même qu'il est mort ivre 
parce qu'il avait contracté l'habitude d'entrer régulière- 
ment dans les vignes du Seigneur, 

Lorsque Lucien et ses camarades, dans V Histoire véri- 
diqiie, arrivent à l'île de la Béatitude, ils se trouvent 
aussi au milieu des grands de l'antiquité. Alexandre, 
Philippe et Annibal disputent sur leur gloire; Homère 
avoue qu'il n'a jamais porté le nom dont on le gratifie, 
qu'il n'a jamais été aveugle et que les grammairiens n'ont 
rien compris à ses vers. Je rappellerai en outre que, dans 
les Dialogues des morts, ceux-ci exposent franchement 
l'histoire de leur vie et que, dans le dialogue de Ménippe, 
on voit du ciel tous les crimes que l'histoire a tâché de 
cacher, les amours incestueuses de Ptolémée, les folies 
d'Alexandre et les hontes des rois de l'Orient. 



36 LES VOYAGES MERVEILLEUX 

De Gloubbdoubdrib, Gulliver passe à Luggnag, où il 
trouve les Struldbruggs ou immortels. Tout d'abord, notre 
voyageur s'enthousiasme et pense au bon usage qu'il 
ferait de la vie s'il se trouvait dans ces conditions. Mais 
il apprend bientôt que l'idée affligeante de l'éternelle durée 
de leur misérable caducité (car ils deviennent sourds, 
aveugles, perclus des membres et tombent en enfance) 
tourmente les immortels à tel point que rien ne peut les 
consoler ; il s'aperçoit qu'ils ne sont pas seulement, comme 
tous les autres vieillards, entêtés, bourrus, avares, cha- 
grins, babillards, mais qu'ils n'aiment qu'eux-mêmes et 
pleurent amèrement leur éternité. Une loi du pays défend 
à ceux qui ont atteint l'âge de cinquante ans de prendre 
part au gouvernement de l'état ou de leurs familles; on les 
considère comme des idiots, inutiles à eux-mêmes et à 
l'humanité. 

Ce n'est pas de Rabelais que Swift a tiré la description 
de ses Struldbruggs, car le bon Macrobe fait voira Panta- 
gruel la forêt où vivent les immortels, source du bonheur 
du pays, et il n'a pas l'air de plaindre leur sort. Que l'on 
se rappelle plutôt les vieillards sélénites de Cyrano, forcés 
de servir la jeunesse et privés de toute autorité, et encore 
ce que Terption de Lucien, dans un passage que j'ai cité 
plus haut, dit de la vieillesse inutile, radoteuse, dégoû- 
tante, vivant dans un état pire que la mort. Dans la Nou- 
velle fabrique des excellents traits de vérité, par Philippe 
d'Alcrippe, sieur de Neri en Verbos (pseud., l'édit. prin- 
ceps est de iSyg), un voyageur raconte qu'en Ibérie les 
hommes ne peuvent mourir, à cause de la bonne disposi- 
tion de l'air, et qu'il convient de les transporter en une 
autre région pour qu'ils meurent, car la vie leur devient 
insupportable à cause des infirmités de la vieillesse. Mais 
les Struldbruggs n'ont pas cette consolation. 



Le dernier des voyages de Gulliver n'est pas le moins 



DE CYRANO DE BERGERAC ET DE SWIFT. i'] 

étonnant, bien qu'ici les discussions philosophiques et les 
pointes satiriques l'emportent sur le romanesque. Les 
enfants qui, de nos jours, lisent le livre de Swift trouvent 
que c'est là la partie la moins amusante et ne comprennent 
pas grand'chose aux raisonnements des Houyhnhnms . La 
terre à laquelle notre voyageur est parvenu appartient à 
des chevaux qui parlent ; ces êtres étranges vivent en pleine 
liberté et ont asservi une population de Yahous, hommes 
primitifs ou hommes singes. D'oii Swift a-t-il tiré les uns 
et les autres? Le XVII« livre de V Iliade fait mention de 
Xantus et Balins, chevaux qui pleurent la mort de Patrocle, 
et au XIX« chant du même poème on lit que Xantus, ins- 
piré par Junon, prédit à Achille sa fin prochaine. Tout 
cela sert à prouver que les chevaux avaient reçu l'usage 
de la parole depuis un âge fort reculé. Les chevaux parlent 
et révèlent leur intelligence en plusieurs nouvelles arabes. 
Rappelons le cheval Meimun, qui reproche à Adam, 
son seigneur, le crime commis (cité par M. Graf dans 
son Mito del Paradiso terrestre). On a cité encore le 
« Voyage of Domingo Gonsalez », dû à la plume de Good- 
win. Mais je pense que l'auteur de Gulliver doit avoir 
puisé directement à une mine qui lui était familière, 
c'est-à-dire aux voyages de Cyrano. Il s'y trouve en effet 
un peuple de géants qui est quadrupède, qui raisonne de 
la même façon que les Houyhnhnms et qui considère les 
hommes comme des êtres inférieurs parce qu'ils n'ont que 
deux jambes et regardent toujours le ciel, sans doute pour 
protester contre les misères dont il les a accablés. 

Quant aux Yahous, ils peuvent bien être du fait de 
l'écrivain anglais; je rappelle toutefois, dans les voyages 
de Sindbad, l'île des singes qui s'emparent du navire. 
« Ils étaient même plus laids que tout ce que j'avais vu de 
laid jusqu'à ce jour de ma vie, dit le voyageur arabe. Ils 
étaient poilus et velus, avec des yeux jaunes dans des faces 
noires; leur taille était toute petite, à peine longue de 
quatre empans, et leurs grimaces et leurs cris plus hor- 
ribles que tout ce que l'on pourrait inventer dans ce 



38 Ll'S VOYAGES MERVEILLEUX 

sens-là. » Telle est aussi la physionomie des Yahous, qui, 
de môme que ces singes, parlcni un langage incompré- 
hensible et sont d'une avidité repoussante. 

Les Houyhnhnms forment une république idéale, sem- 
blable à celles qu'ont créées les fantaisies des peuples 
anciens et modernes, une île d'Utopie où tout est pour 
le mieux dans le meilleur des mondes possibles, où les 
crimes sont inconnus, où les gens se contentent de leur 
état, où le mot même de mensonge n'existe point. Le 
pouvoi?-, le gouvernement, la guerre, la loi, les punitions, 
ce sont autant de mots inconnus comme le précédent; la 
nourriture d'herbe, d'avoine et de lait ne saurait être plus 
simple, et l'on ignore l'emploi de l'argent, cette source de 
tant de malheurs. Il est vrai que le pays est riche en 
pierres précieuses, mais on laisse ces misères brillantes 
aux Yahous, qui les cachent avec soin et les gardent avec 
une jalousie féroce. Ici encore, on retrouve des traces de 
Cyrano, qui s'était déjà inspiré de Campanella, et la même 
influence se fait encore sentir dans la description de la 
mort de ces chevaux intelligents et de leurs funérailles. 
Lorsqu'un Houyhnhnm meurt, cela n'afflige ni ne réjouit 
personne. Une épouse, par exemple, arrivée à un dîner 
auquel elle a été invitée avec quelque retard, s'excuse, 
sans la moindre émotion, sur ce que son mari vient d'ex- 
pirer. Les gens qui s'aperçoivent que leur heure dernière 
approche vont rendre visite aux parents, aux amis, et se 
réjouissent dans la société des gens qu'ils aiment. Per- 
sonne ne pleure à leurs funérailles, personne ne convoite 
des héritages qui n'auraient aucune valeur. Ce sont les 
idées de Lucien dans son Deuil, de Thomas Morus dans 
son Utopie, d'Ortensio Lando dans son Commentario, et 
des habitants de la lune d'après la description de Berge- 
rac. Quant à la visite aux parents et aux amis avant de mou- 
rir, elle avait été déjà racontée par Campanella. 



DE CYRANO DE BERGERAC ET DE SWIFT. 



Les voyages de Cyrano et de Swift ont joui de la faveur 
générale, et cela paraît par les imitations qu'on en a fait, 
plus nombreuses peut-être à l'étranger qu'en France. 
Celles de ce pays sont dues pour la plupart à des plumes 
illustres. Nous tâcherons ici d'indiquer les moins connues 
et les plus considérables. 

Le premier auteur qui se présente à notre souvenir, 
c'est Fénelon, qui, dans son Voyage dans l'île des plai- 
sirs, nous présente certains hommes d'une grosseur pro- 
digieuse, dont le souffle, comme celui des pages de Brob- 
dingnac, enfle les voiles des navires des explorateurs de cet 
étrange pays. Cette île est des plus curieuses en vérité : on 
y vend le sommeil, les beaux rêves, l'appétit et même des 
estomacs de rechange. Dans la Nouvelle fabrique des 
excellents traits de vérité \ on trouve pareillement une 
région où l'on cède pour de l'argent le vent aux naviga- 
teurs. Dans VHistoire véridique^ nous rencontrons la 
ville des songes, avec le port du sommeil, où l'on n'a qu'à 
entrer pour jouir de tous les plaisirs que Morphée 
accorde à ses fidèles. Quant aux rechanges d'estomacs, 
nous ne les avons pas trouvés ailleurs. — Le voyageur 
de Fénelon mange comme un ogre, mais ces ripailles 
continuelles finissent par l'ennuyer. « Je pris la résolution 
de faire tout le contraire le lendemain et de ne me nour- 
rir que de bonnes odeurs. On me donna à déjeûner de la 
fleur d'orange. A dîner, ce fut une nourriture plus forte; 
on me servit des tubéreuses et puis des peaux d'Espagne. 
Je n'eus que des jonquilles à collation. Le soir, on me 
donna à souper de grandes corbeilles pleines de toutes les 
fleurs odoriférantes, et on y ajouta des cassolettes de 
toutes sortes de parfums. La nuit, j'eus une indigestion 
pour avoir trop senti tant d'odeurs nourrissantes. » — 



I. Edit. cit., p. 83. 



40 LES VOYAGES MERVEILLEUX 

Notre voyaj;cur parcourt les espaces célestes dans une 
« petite chaise de bois « transportée par des autruches 
énormes. On jouit dans le pays de la parfaite égalité entre 
les habitants, de la douceur générale des âmes et d'une 
sincérité qui s'impose parce qu' « ils lisent dans les yeux 
les uns des autres tout ce qu'ils pensent. » Que l'on ajoute 
la musique la plus curieuse, celle formée par les parfums. 
Avec les rêves bien connus de gouvernements imaginaires, 
on a ici des souvenirs évidents de la reine d'Entelcchie et 
plus encore de ce monde lunaire visité par Bergerac, où 
Ton se nourrit de parfums, où la vérité domine aussi 
bien que dans le monde du soleil, où les gens n'ont qu'à 
se regarder pour comprendre les sentiments même les 
plus cachés. Là, le corps est transparent et l'âme a la 
pureté de la glace. 

Fontanelle aurait protesté certainement si on l'avait 
mis au rang des voyageurs imaginaires; cependant, ses 
dialogues sur la Pluralité des mondes renferment plus de 
fantaisie que de science, plus d'hypothèses que de consta- 
tations, et ils se ressentent évidemment de la lecture de 
Cyrano. Dans Les soirs^ il voit déjà les hommes monter 
jusqu'à la lune à l'aide de machines volantes, et il déclare 
bien haut que la lune est une terre habitée, que le climat 
y est fort doux, sans orages et sans foudres, que cette pla- 
nète-ci jouit des douceurs de l'amour, que, dans une 
autre, la paix est éternelle, et que les habitants de l'infini 
doivent avoir plusieurs sens qui nous sont inconnus. 

Toute prétention scientifique disparait avec Diderot, 
dont les Bijoux indiscrets nous transportent dans les 
champs de la fantaisie la plus débordante. C'est ici qu'on 
trouve le Rêve de Mangogul ou Voyage dans la région 
des hypothèses. Une sorte de monstre ailé, l'hippogriffe 
d'Astolphe, ou celui de Lucien, ou celui des Mille et une 
Nuits, élève notre héros dans le vague de l'espace, où il 
voit un édifice suspendu comme par enchantement. Une 
société étrange l'habite : « C'étaient des vieillards, ou 
bouffis, ou fluets, sans embonpoint et sans force, et 



DE CYRANO DE BERGERAC ET DE SWIFT. 4I 

presque tous contrefaits. L'un avait la tête trop petite, 
l'autre les bras trop courts, celui-ci péchait par le corps, 
celui-là manquait par les jambes. La plupart n'avaient 
point de pieds et n'allaient qu'avec des béquilles. Un 
souffle les faisait tomber, et ils demeuraient à terre jus- 
qu'à ce qu'il prît envie à quelque nouveau débarqué de les 
relever. Malgré tous ces défauts, ils plaisaient au premier 
coup d'œil. Ils avaient dans la physionomie je ne sais 
quoi d'intéressant et de hardi. Ils étaient presque nus. 
Une grande toile d'araignée servait de dais à la tribune, sur 
laquelle se tenait debout un vieillard « aussi sec et plus 
nu qu'aucun de ses disciples. Il trempait dans une coupe 
pleine d'un fluide subtil un chalumeau qu'il portait à sa 
bouche et soufflait des bulles à une foule de spectateurs 
qui l'environnaient. » Le vieillard dit : « Je suis Platon, 
vous êtes dans la région des hypothèses, et ces gens-là 
sont des systématiques. » Nous nous sommes déjà pro- 
menés dans cette région avec les personnages du Baldus 
de Folengo : 

Baldus mosconem brancat retinetque Platonis... 
Boccalus normas Epicuri nescio quantas 
Absque labore piat...''. 

Là aussi il y a un fou tout nu qui se comporte à peu 
près comme le héros de Diderot. 

On sait que Mangogul ne se contente pas seulement 
d'essayer la vertu de son anneau magique sur les femmes, 
il interroge même le bijou d'une jument, et cette jument 
répond dans son langage de cheval. Ce n'est pas une nou- 
veauté, car le même langage on l'avait entendu dans le 
fableau du Chevalier qui fist les c... parler, où une 
jument répond et indique le rendez-vous d'un prêtre^. 
Mais Diderot fait mention ici, en propres termes, de 
l'œuvre de Swift. Le sultan, ne comprenant pas ce lan- 

1. Macch., t. XXV. 

2. Recueil Montaiglon, t. VI, p. 147. 



42 LES VOYAGES MERVEILLEUX 

gage de cheval, réunit les savants de son royaume pour 
qu'ils l'interprètent et le traduisent. « Tandis que les éru- 
dits impatientaient le sultan avec leurs savantes conjec- 
tures, il se rappela les voyages de Gulliver et ne douta 
point qu'un homme qui avait séjourné aussi longtemps 
que cet Anglais dans une île où les chevaux ont un gou- 
vernement, des lois, des rois, des dieux, des prêtres, une 
religion, des temples et des autels, et qui paraissait si par- 
faitement instruit de leurs mœurs et de leurs coutumes, 
n'eût une intelligence parfaite de leur langue. En effet, 
« Gulliver lut et interpréta tout au courant le discours de 
la jument, maigre les fautes d'écriture dont il fourmil- 
lait. )) Après avoir raconté une anecdote tirée sans doute 
du Décaméron ou d'un conte de La Fontaine : celle oxx 
un jeune homme joue le rôle rendu jadis célèbre par 
Masetto da Lamporecchio, notre écrivain paraît se sou- 
venir encore de Gulliver quand il décrit comment les 
ministres de Mangogul gagnaient ou perdaient leurs places. 
Personne ne pouvait devenir ministre s'il n'était bon dan- 
seur et faiseur de culbutes. Sulamek, par exemple, était 
auparavant maître de danse. « Lorsque la place du grand 
vizir vint à vaquer, il parvint, à force de révérences, à 
supplanter le grand sénéchal, danseur infatigable, mais 
homme roide et qui pliait de mauvaise grâce... » C'est la 
cour de Lilliput. 

Voltaire paraît à son tour se souvenir de l'académie des 
Balnibarbes et précisément des .aveugles occupés « à com- 
poser des couleurs pour les peintres, couleurs qu'ils 
jugent par le tact et l'odorat », dans son conte : Les 
aveugles juges des couleurs. Un des professeurs des 
Quinze-Vingts prétend qu'ils devaient avoir des connais- 
sances particulières sur le sens de la vue, et cette folie 
s'empare de l'âme de ces malheureux et de leurs admira- 
teurs. Dans Micromégas, l'auteur de la Pucelle rappelle 
le nom de Swift, dont il s'inspire directement, non sans 
se souvenir aussi de Rabelais et de Cyrano. Il y est ques- 
tion des races gigantesques qui vivent dans les planètes. 



DE CYRANO DE BERGERAC ET DE SWIFT. 43 

races d'une taille de huit lieues de haut et plus encore, 
voyageant d'un astre à l'autre, assis sur des comètes ou 
sur des rayons de soleil, « comme un oiseau voltige de 
branche en branche ». De même que les habitants du 
soleil décrits par Cyrano, ces êtres ont une vie aussi 
longue que leur taille; ils ne vont à l'école qu'à l'âge de 
deux cent cinquante ans, et c'est à peine si, avec quatre ou 
cinq siècles sur le dos, ils sortent de l'enfance. Micromé- 
gas arrive sur la terre avec un Saturnien, et comme ils ne 
trouvent pas le déjeuner apprêté, ils se contentent de 
manger deux montagnes. L'exagération ôte à la narration 
de Voltaire beaucoup d'intérêt : on dirait qu'il fait la cari- 
cature de ses prédécesseurs et qu'il oublie un moment cet 
esprit sarcastique et cet art de conter qui lui sont propres. 
Il suffit de rappeler que Micromégas est de telles propor- 
tions qu'une baleine placée sur son petit doigt paraît un 
insecte; les hommes sont invisibles à son œil nu, et mal- 
gré cela, à l'aide d'une sorte de cornet acoustique, il peut 
les entendre, les interroger et critiquer leurs mœurs et 
leurs institutions. Voltaire aurait pu faire la satire de ses 
contemporains d'une manière plus plaisante et, sans sor- 
tir des frontières de sa patrie, se souvenir des Lettres per- 
safies de Montesquieu. En tout cas, son géant a des pro- 
portions trop colossales et ces dialogues entre une 
montagne et une fourmi ne sauraient, malgré quelques 
traits plaisants, répondre aux exigences de notre goût. 

Rappelons, en passant, quelques jugements de Voltaire 
sur Swift et son œuvre. Dans ses Lettres à Monseigneur 
le prince de *** sur François Rabelais^ Voltaire accuse 
Swift d'avoir « copié », dans son Conte du Tonneau^ l'his- 
toire de la dive bouteille de Pantagruel « ainsi que plu- 
sieurs autres ». Il devient ensuite plus favorable à l'écri- 
vain anglais. « Swift, c'est le seul écrivain anglais de ce 
genre qui ait été plaisant », dit-il, et encore : « Swift était 
bien moins savant que Rabelais, mais son esprit est plus 
fin (?) et plus délié; c'est le Rabelais de la bonne compa- 
gnie. » Dans sa Conversation de Lucien^ d'Erasme et 



44 LES VOYAGES MERVEILLEUX DE CYRANO DE BERGERAC. 

de Rabelais dans les Champs-Elysées, Voltaire introduit 
finalement Swift comme quatrième interlocuteur, et >< ils 
allèrent tous quatre souper ensemble ». On sait d'ailleurs 
que Voltaire entretint, en 1727 et 1728, une petite corres- 
pondance avec l'auteur de Gulliver. 

En Italie, les inspirations de ce genre sont aussi assez 
nombreuses. Pier Giacomo Martelli, en 1723, imprima à 
Bologne son Stcrnuto di Ercole [l'Éternuement d'Her- 
cule)., pièce dramatique en cinq actes, pour le théâtre des 
marionnettes, où il est question des entreprises d'Hercule 
au milieu des Pygmées. Le roi de ce peuple minuscule 
s'appelle Kam et la reine Fam, et tous les deux obéissent 
à un grand-prêtre nommé Mud qui les oblige à adorer un 
vilain singe, le « Dio Mammone ». Goldoni, dans ses 
Mémoires (1. I, ch. i), se souvient d'avoir joué cette pièce 
dans un théâtre de burattini et la déclare assez intéres- 
sante. — Martelli s'est occupé aussi de voyages merveil- 
leux dans son petit poème les Yeux de Jésus et dans son 
dialogue sur VArt de voler. 

D'ailleurs, ces fantaisies de voyages et de pays ima- 
ginaires se trouvent un peu partout, dans l'art littéraire 
aussi bien que dans \efolk-lore, et le roman roumain de 
Michel Eminesco, Pàracul Dionigi., représente lui aussi 
une excursion dans le monde de la lune. 

Pietro ToLDO. 

(Turin.) 



MELANGES. 



LES TRADITIONS POPULAIRES 

DANS L'ŒUVRE DE RABELAIS. 

I. 

Sîir la légende de Gargantua. 

Voici un texte qui confirme d'une manière aussi 
piquante qu'imprévue la fameuse déclaration de Rabelais 
sur le succès de ses Grandes et mestimables Cronicques 
du grant et énorme géant Gargantua et sur les merveil- 
leux effets de la lecture de ce livre pour le soulagement 
des pauvres Verolez et Goutteux : « ... Toute leur conso- 
lation n'estoit que de ouyr lire quelques pages dudict 
livre, et en avons veu qui se donnoyent à cent pipes de 
vieulx diables en cas que ilz n'eussent senty allégement 
manifeste à la lecture dudict livre, lorsqu'on les tenoit es 
lymbes... » 

Il s'agit de la Farce nouvelle très bonne et fort joyeuse^ 
à trois personnaiges, c'est assavoir maistre Mimin, le 
goûteux, son varlet Richard Le Pelé, sourd, et le chaus- 
setier, publiée dans V Ancien Théâtre français de Viollet- 
le-Duc (Paris, Jannet, i855), t. II, p. 176-188, avant la 
Farce nouvelle d'ung ramonneur de cheminées. 

Cette farce, empruntée à un recueil conservé au Musée 
britannique, peut être contemporaine de l'apparition de 
l'un des Gargantua populaires. Un goutteux, au cours 
d'une crise aiguë de son mal, envoyé son valet chercher 
un médecin. Ce valet, qui est sourd, s'imagine que son 
maître réclame le Gargantua, qu'il vient d'aller lui quérir 



46 MÉLANGES. 

pour son soulagement. 11 commence à narrer les prouesses 
du géant, décrit le livre, raconte les circonstances de son 
achat, etc., jusqu'au moment où il croit comprendre que 
son maître demande un prêtre. Un chaussetier passe, le 
valet lui demande l'adresse du vicaire. Le marchand pro- 
pose sa marchandise. Nouveau malentendu. Pendant ce 
temps, le malade se désespère. Le chaussetier finit par 
entrer avec le valet dans la maison et continue ses offres. 
Le pauvre maître les renvoie tous les deux, non sans de 
grandes plaintes sur les sourds, « qui ne veullent ouyr ». 
Gargantua nous est présenté comme le grand mangeur et 
le grand buveur par excellence ; le fait cité paraît, à quelques 
égards, se rapporter soit à l'épisode des Grandes Cronicques 
de i533, qui se passe à la Rochelle (Marty-Laveaux, t. I, 
p. 52-53), soit à tel autre épisode des Croniqiies admirables 
(éd. Paul Lacroix, p. 26, 3o, 32 et 39). Toutefois, la cir- 
constance de la vendange ne se retrouve pas plus dans les 
Grandes Cronicques que dans les Croniques admirables, 
sauf une vague allusion dans celles-ci (p. 32) aux quatre 
pipes et demie du vin blanc d'Anjou offertes à Gargantua 
à Saint-Maur, « lesquelles il print et versa en deux grandes 
cuves où l'on foulle les raisins en vendange ». L'auteur 
de la farce a pu, dans son court récit, disposer à sa manière 
les éléments de la légende gargantuine résumés par le valet. 
Les quantités de nourriture et de vin citées sont infé- 
rieures à celles que supposent généralement les récits rabe- 
laisiens. Aurions-nous affaire à une autre rédaction de 
la légende populaire de Gargantua, aujourd'hui perdue? 
Je n'incline pas à le croire, bien que le texte cité par 
M. Pierre Champion (voy. la présente Revue, t. IV, 
p. 274] fasse allusion à un autre élément de la légende 
gargantuine (descente de Gargantua aux enfers) que l'on 
ne retrouve pas dans les divers Gargantua que nous con- 
naissons. Quoi qu'il en soit, une chose est certaine : cette 
farce vise un volume relatif à la légende de Gargantua ; 
elle suppose, d'autre part, que la vogue obtenue par ce 
volume a été telle que sa lecture put être considérée, par 



MELANGES. 47 



une conception humoristique impliquant le plus beau 
des éloges, comme le meilleur des remèdes pour le mal 
de dents, pour la v... et pour la goutte. Il est à remarquer 
que le Gargantua de Rabelais est censé agir sur le mal 
de dents par sa vertu propre, par l'application desdites 
chroniques « entre deux beaux linges bien chauds », tan- 
dis que les pauvres syphilitiques, comme les goutteux, 
tiraient consolation ou allégement de leurs maux par la 
seule lecture de l'œuvre merveilleuse. Ce sont des nuances 
plaisantes, mais qu'il peut être intéressant de noter au 
passage. 

Voici l'extrait de la farce qui concerne notre légende ; 
il commence avecie début de la pièce : 

Cy commence le Goûteux : 

Hé, Dieu, helas, mauldicte goutte, 
Que tant mon povre cueur desgouste, 
Faut-il que par toy cy je meure? 
Mon varlet, hau ! vien ça, escouste : 
Va moy quérir, quoy qu'il me couste, 
Ung médecin, et sans demeure. 

Le Varlet, sourd. 

Monsieur, quand la grappe fut meure, 
Incontinent l'on vendengea. 
Gargantua beut et mangea, 
A son desjeuner seullement. 
Douze vingt miches de fourment, 
Ung beuf, deux moutons et ung veau, 
Et si a mis du vin nouveau 
A deux petis traictz, dans sa trippe, 
Deux poinçons avec une pipe, 
En attendant qu'on deust disner. 

Le Goûteux. 

J'ai bien cause de m'indigner 
Contre toy, sourd de Dieu mauldit. 
Entens-tu point que je t'ay dit? 



48 MÉLANGES. 

Va-moy chercher ung médecin, 
Ou me viens chautler ung bacin, 
Tant tu me faictz crier et braire. 

Le Varlet. 

Mon serment, j'en croy le libraire, 
Il m'a cousté dix karolus. 

Le Goûteux. 

Sourdault, va quérir ung bolus 
Et ung cyrot bien delyé. 

Le Varlet. 

J'en eusse prins ung relyé, 
Mais il eust cousté davantaige. 

Le Goûteux. 

Faictz-moy faire quelque potaige 
Au médecin, entens-tu bien? 
Mon varlet sourd, va et revien. 
Auras-tu point l'esprit ouvert? 

Le Varlet. 

Vous voulez donc qu'il soit couvert 
De cuyr ou de fort parchemin. 

Le Goûteux. 

Hélas! je suis bien prins sans vert. 

Mourrai-je icy in etermin 

Par ce meschant varlet sourdault? 

Le Varlet. 

Le libraire n'est point lourdault : 
Couvert sera mignonnement. 
Tenez-vous tousjours chauldement. 
Car j'entens très bien vostre affaire. 
Et du livre laissez-moy faire, 
Vous en aurez du passe tems. 

Vadit. 



MELANGES. 



49 



Le Goûteux. 

De mourir icy je m'atens; 
Car je n'ai plus sang ne couleur. 
Tu m'agraves bien ma douleur, 
Oncques pauvre paralitique 
Ne fut tant que je suis éthique. 
A crier je me romps la teste. 
Helas, ung homme est bien beste 
Qui prent servant à sourde oreille, 
C'est une teste nompareille 
Et qui n'entend ne my ne gourd. 
Que mauldit de Dieu soit le sourd 
Et qui oncques le me adressa. 
Jamais que mal ne me brassa; 
Il cognoyt bien que suis malade 
Et que nuyt et jour ne repose; 
Il me vient lyre une balade, 
Propos ne tient d'aulcune chose; 
Ha, nostre dame de Briose, 
Je suis de luy mal renconstré. 

Le Varlet. 

Or ça, il est tout acoustré; 
Vostre livre est bien empoint. 

Le Goûteux. 

Voire bien. Amaines-tu point 
De médecin pour mon affaire i* 

Le Varlet. 

Il y a tousjours à reffaire? 
Comment! est-il cousu trop large? 
Vrayment, il est de bonne marge 
Et de belle impression. 

Le Goûteux. 

Tant tu me faitz d'oppression ! 
M'as-tu faict chauffer ung bacin? 
Ouy dea, et de médecin? 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. V. 



5o MELANGES. 

Autant entent l'un comme l'autre; 
Si j'estois sain, tu yrois au peaultre. 
Sçaurois-tu barbier attraper? 
Autant gaignerois à frapper 
Ma teste contre la muraille. 

Le Varlet. 

Il m'a cousté sept solz et maille, 
Car j'ay baillé demy trezain. 
Deux solz et trois, puis uhg imzain; 
Autant le convint achapter. 
Attendez, je m'en vois getter. 
Ung et deux et trois, ce sont quatre. 
Et puis il nous faut rabatre 
Justement totte la moytié. 
C'est le compte; sans l'amytié, 
Je ne l'eusse eu pour le pris. 

Le Goûteux. 

C'est bien à propos; ilz sont pris. 
Dieu me doint avoir patience. 

Le Varlet. 

Il a du livre en la science 
Qui bien la sçauroit gouster. 
Or pensez, maistre, de gouster. 
Et vous voirez icy comment 
Gargantua faict argument. 
Lequel estoit bonum qtiercus, 
Ung beduault à quinze culz. 
Or si pour ung apothicaire 
Luy estoit baillé ung clistoire 
Queritur convient et par où 
Par quelque pertuys ou quel trou; 
Que diriez-vous sur ce passage ? 

Le Goûteux. 

.Tu monstres que tu n'es pas saige. 
Ton livre et toy n'est que follie. 
Il est plus fol qui follye 



MELANGES. 5l 



Avec toy pour bien conquérir. 
Fuis-toy d'icy et va quérir 
Ung médecin. Entends-tu bien? 

Le Varlet. 

Qu'essa qu'il dit? Qui en sçait rien? 
Par de, à ce que [je] puis cognoistre. 

C'est alors que le valet songe à aller chercher un con- 
fesseur. Nous avons dit plus haut la fin de l'histoire. 

Abel Lefranc. 



52 MÉLANGES. 



SUR QUELQUES AMIS DE RABELAIS. 

Il est certain, grâce aux précieuses données fournies par 
les Epistres morales etfainilicres du Traverseur Jean Bou- 
chet (Poitiers, i545, in-fol.), que Rabelais fut, à diverses 
reprises, l'hôte choyé de Tabbé Ardillon, à Fontaine-le- 
Comte. Il semble même avoir fait, entre i52o et i53o, 
des séjours prolongés dans l'antique abbaye, qui fut, à ce 
moment-là, le lieu de réunion d'un petit cénacle de lettrés 
poitevins. Parmi ceux qui fréquentèrent le logis abbatial 
d'Ardillon en même temps que Rabelais et qui s'y lièrent 
d'amitié avec lui, figurent trois personnages dont il y a 
lieu d'ajouter les noms à la liste de ses affections de jeu- 
nesse : Quentin, Trojan et Petit. Tous quatre se réunis- 
saient avec le maître du lieu « au cler matin », près de la 
fontaine, et se livraient à des conversations charmantes 
qui firent à la fois l'admiration et l'envie du basochien 
Jean Bouchet'. Je crois utile de reproduire ici le texte qui 
nous renseigne sur cet épisode de la vie de Rabelais et 
qui n'a été utilisé jusqu'à présent par aucun biographe du 
Chinonais. D'après M. Hamon, Quentin ou Quintin naquit 
à Autun vers i5oo; il visita la Grèce, la Palestine et la 
Syrie et devint même chevalier de Malte. Après son retour 
en France, il habita Poitiers, reçut la prêtrise vers i536 
et devint docteur de l'Université de Paris. A la fin de sa 
vie, il fut député parle clergé aux États d'Orléans en i56o 
et y prononça une harangue célèbre. Sa mort 'arriva le 
9 avril 1 56i . Trojan, ou Troian, était un religieux cordelier 
qui adhéra par la suite au protestantisme et souleva contre 

I. Voir sur l'abbaye de Fontaine-le-Comte au temps de Jean Bou- 
chet l'ouvrage de M. Aug. Hamon, Un grand rhétoriqueiir poitevin : 
Jean Bouchet (Paris, Oudin, in-8% 1901), p. 83 et suiv. Nous rappe- 
lons la mention faite dans le Pantagruel (II, 5) du « noble Ardil- 
lon, abbé ». 



MÉLANGES. 53 



lui, en juillet i537, les étudiants de Poitiers, à cause de 
ses prédications calvinistes. Nicolas Petit, d'origine nor- 
mande, lit à Paris ses études juridiques, devint licencié et 
mourut à Persac (Vienne) en octobre i532, après une 
courte maladie, à l'âge de trente-cinq ans. 

Les Epistres familières de Jean Bouchet nous apportent 
un certain nombre de renseignements sur ces trois person- 
nages. Je leur emprunte, d'autre part, des extraits de deux 
épîtres qui prouvent que, antérieurement à i545, Rabelais 
était déjà considéré comme un écrivain illustre, dont la 
Touraine se montrait fière à juste titre. Ce curieux témoi- 
gnage nous est fourni par l'avocat tourangeau Jean Brèche, 
qui semble bien devoir être considéré comme un grand 
admirateur en même temps qu'un ami de l'auteur du Panta- 
gruel. Aucun des biographes de Rabelais n'a cité ce texte 
significatif qui prouve combien la réputation de notre Tou- 
rangeau était déjà répandue, même avant la publication 
du Tiers Livre. 

Epistre XXX (fol. xxvni vo). 

Epistre responsive à une epistre latine de l'abbé de Fontaine- 
le-Comte contenant excuse sur ses affaires. 

Si la pitié de mon petit mesnage 

Ne retenoit mon cueur et mon courage, 

Pour employer à practiquer mon sens, 

Si très amy des Muses je me sens, 

Que je vouldrois tousjours estre avec elles 

Et leurs amys, y voilant avec ailes, 

Ainsi que vous, qui à voz clers ruysseaulx, 

Boys verdoyans, et petiz arbrisseaulx. 

Les festoiez de doulce rethoricque, 

Mieulx que Mercure au champ heliconique, 

Ou bien souvent se treuve au cler matin 

Ce Rabellay, sans oublier Quentin, 

Troian, Petit, tous divers en vesture, 

Et d'ung vouloir en humaine escripture, 



$4 MÉLANGES. 

Desquelz parfoiz quelques motz je soubstraitz, 

Qu'à mon vulgaire et maternel j'atraiz, 

Tout en ce point que je les puis comprendre 

Selon mon sens et mon petit entendre, 

Non haultement, car des infimes suis, 

Le naturel seulement je poursuis. 

Mais pour nourrir ceulx desquelz j'ay la charge, 

Me fault subit abandonner le large, 

Et le plaisir d'entre vous, messeigneurs, 

Pour m'estroissir aux ennuyeux labeurs, 

Rompans l'esprit, non de lettre latine, 

Mais de practique et chose palatine, 

Et bien souvent en recevant argent 

Je vous regrete, et aussi vostre art gent, 

Encores plus que je n'ay tant de lettre 

Que l'ung de vous, en désirant bel estre, 

Et ce désir de tel bien convoiteux, 

Me rend soubdain desplaisant et honteux, 

Dont mes longs ans n'employé à l'estude. 

Mais au malheur de grant solicitude, 

Vous suppliant, très révérend prélat, 

Si je ne puis pour vous donner esbat 

Vous allez voir, que tout cecy m'excuse. 

Si davant vous de paresse on m'accuse. 

Escript soudain ce samedy bien tard, 

Lorsque j'estois de practique à l'escard 

Et que pensois en vostre seigneurie 

Et des susdictz, et leur gente faerie, 

Cuydant ouyr des muses le Huchet 

Par le vostre humble à vous servir Bouchet. 

Epistre GXIX (fol. Lxxrx). 

Epîstre envoyée à l'auteur par maistre Jehan Brèche, 
advocat à Tours. 

Est-il possible, o très docte Bouchet, 
Que l'esperit ou la langue ou bouche ait 
Assez de force en parolle et sçavoir 
Pour te louer? 



MÉLANGES. 55 



Tes beaulx escriptz et très élégant œuvre 

A ung chascun monstre assez et descouvre 

Que ton esprit par sa dextérité 

Ha (sans mentir) justement mérité 

Estre posé au nombre des sçavans 

Desquelz les noms sont encores vivans. 

Cahors se peult vanter et tenir fier 

De son Marot et s'en gloriffier, 

Touraine peult louer son Rabellaij 

Et son Brodeau, Merlin de Sainct-Gelaiz 

Est une perle en France précieuse, 

France qui est du roy Françoys heureuse 

Soubz lequel sont (dit le poëte) entrez 

En son royaulme, et nourriz les lettrez. 

Mais quoy? Poictiers à bon et juste titre 

A son Bouchet... 

Et est fréquent, subtil en parabolle 

Et telle grâce il a en escripvant 

Qu'on le diroit estre un Maro vivant 



Epistre CXX (fol. LXXX). 
Epistre responsive de l'auteur à ladicte epistre dudict Brèche. 

Reste à respondre aux extrêmes louanges 
Que dis de moy, que treuve trop estranges, 
En les lisant (sachant ce qui en est) 
Suis tout honteux, et que semble que c'est 
Chose tournant à mocquerie et honte 
Quand entre gens de sçavoir on me compte 
Telz loz sont deuz à l'abbé Sainct-Gelaiz, 
Marot, Sagon, Brodeau et Rabellaiz, 
Macault, Colin, et aultres en grant nombre, 
Tous escripvans dessoubz la Royalle umbre 
Du Roy Françoys des lettres amateur, 
Grant géographe et plus grand orateur, 
Qui a remis le bon sçavoir en France, 
Dont les Visgotz causèrent la souffrance 



56 MÉLANGES. 



Dès ce vieil temps qu'eurent entre leurs mains 

(Par un accord) les Gaules, des Romains, 

Et dès ce temps ceste gens tant feralle 

Abatardist la langue patrialle 

Qu'on voit remise en art si très parfaict 

Que le latin aucunefoiz deffaict, 

Et chascun jour grans orateurs s'érigent 

Qui les erreurs du vulgaire corrigent. 



Abel Lefranc. 



MÉLANGES. 5 7 



TOPOGRAPHIE RABELAISIENNE. 
(TOURAINE.) 

Le plan que nous suivons ici est celui même qu'ont 
adopté MM. H. Clouzot et Patry pour leurs études précé- 
demment parues dans cette Revue (t. II, p. 143 et 227, et 
t. IV, p. 369) sur la Topographie rabelaisienne en Poitou 
et en Saintonge. Les renvois faits avec l'abréviation. 
R. E. R. se rapportent à la Revue des Etudes rabelai- 
siennes. 

Arceau-Gualeau, lieu dit, comm. de Chinon. 

« Et fut trouvée par Jean Audeau, en un pré qu'il avoit près 
l'Arceau-Gualeau, au-dessous de l'Olive, tirant à Narsay. » 
L. I, ch. I. 

Le pré, situé à l'Arceau-Gualeau, faisait partie de la prairie 
Saint-Mexme, aux portes de Chinon; il porte encore ce nom 
et se trouve près du pont du chemin de fer. 

Cf. Inventaire des archives d'Indre-et-Loire, G. 611 et 636. 

Basché, hameau, comm. d'Assay. 

« Contre tel inconvénient, dist Panurge, je scay un remède 
très bon duquel usoit le seigneur de Basché. » L. IV, ch. 12. 

« ... Ce disant, frappait sus Bâché et sa femme... » L. IV, 
ch. 14. 

La terre de Basché appartenait en i5o7 à René du Puy, dont 
la fille Louise a son tombeau dans l'église de Rivière, près 
Chinon. 

Bibliographie : Carré de Busserolle, Dictionnaire historique 
d'Indre-et-Loire, t. I, p. 146. — R. E. R., t. IV, p. 186 : La 
dame de Basché, par L. G. 



58 MÉLANGES. 



Bellonnière (\a), château, comm. de Gravant. 

« Monsieur de la Bellonnière m'avoit promis un lasnier, 
mais il m'escrivit nayiJcre qu'il estoit devenu pantois. » L. I, 
ch. 39. 

L'antique fief de la Bellonnière relevait de la châtellenie de 
Gravant à foi et hommage-lige. En i554, il appartenait à René 
du Puy. Situé non loin de Basché, le château de la Bellon- 
nière était possédé par la même famille seigneuriale : les du 
Puy, qui figuraient au xvie siècle parmi les notables de la 
noblesse chinonaise. 

Bibliographie : Mémoires de la Société archéologique de 
Touraine, t. XXVII, p. 208. 

Bessë, faubourg de Ghinon. 

« En ces mesmes jours, ceux de Bessé, ... et aultres lieux 
confins envoyèrent devers Grangousier ambassades... » L. I, 
ch. 41. 

« Depuis la porte de Bessé jusques à la fontaine de Nar- 
say... » L. I, ch. 23 (variante de l'édition antérieure à i535). 

Dans ce faubourg de Ghinon, sis paroisse Saint-Mexme-les- 
Ghamps, on installa en 1584 ^"^ sanitat pour les pestiférés. 

Bibliographie : Bulletin de la Société archéologique de Tou- 
raine, t. XV, p. 119. — Mémoires^ t. XXVIII, p. 274. — 
R. E. R., t. III, p. 25i. 

Bourdes (les), fief, comm. de Gravant. 

« En ces mesmes jours, ceux des Bourdes et aultres lieux 
confins envoyèrent devers Grandgousier ambassades. » L. I, 
ch. 47. 

Le fief des Bourdes a été possédé en i554 par Glaude Sour- 
deau, seigneur du dit lieu. 

Bibliographie : Méinoires de la Société archéologique de 
Touraine, t. XXVII, p. 35i. 



MÉLANGES. 5 9 



Bourgueil, ch.-l. de cant., arr. de Ghinon. 

« Il luy voulut donner l'abbaye de Bourgueil. » L. I, ch. 52. 
« En ces mesmes jours, ceulx ... de Bourgueil. » L. I, ch. 47. 
« Comme faict la grande marmitte de Bourgueil. » L. V, ch. 45. 

Fondée au xe siècle, l'abbaye de Bourgueil fut dirigée succes- 
sivement dans la première moitié du xvie siècle par Adrien 
Gouffîer, cardinal, évêque de Coutances, décédé en i523, par 
Philippe Hurault de Chiverny et par Charles de Pisseleu. 
Rabelais, dont la famille habitait les environs (Varennes et 
Gravot), venait souvent dans cette abbaye, l'une des plus 
importantes de la région. 

Bibliographie : Mémoires de la Société archéologique de 
Toiiraine, t. XXVII, p. 864. — Cougny, Excursion archéolo- 
gique en Poitou et en Touraine, p. 266. 

Bréhémont, comm. du cant. d'Azay-le-Rideau, arr. de 
Chinon. 

« Et luy furent ordonnés dix et sept mille neuf cens treize 
vaches de Pautille et de Brehemond. » L. I, ch. 7. 

« En ces mesmes jours, ceux de Brehemont et aultres lieux 
confins envoyèrent devers Grandgousier ambassades. » L. I, 
ch. 47. 

Le fief de Bréhémont a été possédé, en i538, par René d'Es- 
pinay. Le sol très bas et très riche se compose presqu'exclu- 
sivement de prairies arrosées par la Loire. 

Bibliographie : Mémoires de la Soc. archéol. de Touraine, 
t. XXVII, p. 402. — Abel Lefranc, Les Navigations de Panta- 
gruel (Paris, Leclerc, in-8°, igoS), p. 3 16. 

Gandes, comm. du cant. et arr. de Chinon. 

« Les aultres se vouoient à saint Martin de Gandes. » L. I, 
ch. 17. 

« En ces mesmes jours, ceux de Gande et aultres lieux con- 
fins envoyèrent devers Grandgousier ambassades. » L. I, 
ch. 47. 



6o MÉLANGES. 

« A Acamas donna Gande. » L. I, ch. 5i. 

« Comme les maladies fuyoient à la venue du corps saint 
Martin à Quande. » L. III, ch. 47. 

« Entre Quande et Montsoreau; et n'y paistra vache ne 
veau. » L. IV, ch. 19. 

« La chapelle vouée k Monsieur saint Nicolas entre Quande 
et Montsoreau. » L. IV, ch. 24. 

« C'est le plus industrieux faiseur de lardoueres et de bro- 
chettes qui soit en quarante royaumes. Il y a environ six ans 
que, passant par Tapinois, j'en emportay une grosse et la 
donnay aux bouchiers de Quande. » L. IV, ch. 29. 

L'église de Candes offre un aspect religieux et militaire à la 
fois ; construite au xiic siècle, elle est ornée de deux tours de 
défense. La proximité des villages de Candes et de Montso- 
reau, dont les maisons se touchent, a donné lieu au dicton : 
« Entre Candes et Montsoreau, il n'y a pas de quoi nourrir 
vaches ni veaux. » Sur les confins des deux localités existait 
autrefois une petite chapelle, sous le vocable de saint Nicolas. » 

Bibliographie : de Busserolle, Notice sur les églises et cha- 
pelles de Montsoreau, p. 20. — Société des Amis de Rabelais, 
année 1889, p. 68. — Bulletin de la Soc. archéol. de Touraine, 
t. VII, p. 4x3; t. II, p. 435; Mémoires, in-40, t. I, p. 9, 49 et 
55. — Abel Lefranc, Les Navigations de Pantagruel, p. 129-130. 

Ghinon, sous-préfecture d'Indre-et-Loire. 

« Je scay des lieux ... à Chaisnon et ailleurs où les estables 
sont au plus haultdu logis. » Gargantua ; L. I, ch. 12. 

« ... Galeth dal Ghinon... » L. II, ch. 9. 

« ... se transporte à Ghinon, ville insigne, ville noble, ville 
antique, voire première du monde; selon le jugement et asser- 
tion des plus doctes massorets. En Ghinon, il change sa coin- 
gnée d'argent... » L. IV, prologue. 

« ... chez Innocent le pâtissier devant la Cave peincte à Ghi- 
non... » L. IV, ch. 20. 

« ... plus d'eau que n'en contient la Vienne depuis Ghinon 
jusqu'à Saulmur,... » L. V, ch. 19. 

« Où est ? demanda Pantagruel. Qui est ceste première ville 
que dictes ? — Ghinon, dis-je, ou Gaynon en Touraine. — Je scay, 



MÉLANGES. 6l 



respondit Pantagruel, où est Ghinon,... et ne fais doute aucun 
que Ghinon ne soit ville antique, son blason l'atteste auquel 
est dit : 

Ghinon (deux ou trois fois), Ghinon, 

Petite ville, grand renom. 

Assise sur pierre ancienne, 

Au haut le bois, au pied la Vienne. » 

« Mais comment seroit-elle ville première du monde? Où le 
trouvez-vous par escrit ? Quel conjecture en avez ? — J'ay, 
dis-je, trouvé en l'Escriture sacrée que Gayn fut le premier 
bâtisseur de villes; vray donc semblable est que la première 
il de son nom nomma Caynon, comme depuis ont à son imita- 
tion tous autres fondateurs et instaurateurs de villes imposé 
leurs noms àicelles... » L. V, ch. 35. 

Au xvie siècle, Ghinon était le siège d'un bailliage de Tou- 
raine; son château était l'une des principales forteresses de la 
contrée. — Cf. Gougny, Chinon et ses monuments, 2e édition, 
p. 48 à 5o. 

En présentant, d'après un mauvais jeu de mot, l'origine de 
Ghinon comme antédiluvienne, Rabelais raille agréablement 
les anciens chroniqueurs qui, sans la moindre preuve, attri- 
buaient aux villes les origines les plus fantaisistes. 

La devise : Ghinon, petite ville, grand renom, était celle 
des armoiries de la cité. 

Pour le passage où il est question de la Vienne « depuis 
Ghinon jusqu'à Saumur », nous ferons remarquer que cette 
rivière se jetait jadis dans la Loire un peu au-dessus de la 
cité saumuroise, tandis que maintenant, à la suite des crues 
qui ont bouleversé le lit de la Vienne, le confluent est à 
Gandes. — Gf. Bulletin des Antiquaires de l'Ouest, 2e trimestre, 

1899- 

La maison d'Innocent le pâtissier était située à Ghinon 

« devant la Gave peincte », à l'angle nord-est de la rue du 
grenier à sel; elle faisait face à la montée conduisant à la 
Gave peinte. Gette maison a été démolie en 1878 pour agrandir 
la voie publique. — Gf. Société des Amis de Rabelais, année 
1889, p. 65. 

BiBLioGR.\PHiE : outre les articles cités, voy. R. E. R., t. III, 
p. 57 et suiv. 



62 MÉLANGES. 

Cinais, comm. du cant. et arr. de Chinon. 

« Ace convièrent tous les citadins de Sainnais... » L. I, ch. 5. 

« Les bouviers, bergiers et mestaiers de Sinays. » L. I, ch. 25. 

« Les aultres se vouoient à saint Clouand de Sinay... » L. I, 
ch. .7. 

« ... Ainsi preschoit à Sinays un caphart... » L. I, ch. 45. 

« Je luy veut donner une métairie près de Cinays... » L. III, 
ch. 20. 

Cinais, petit village du Chinonais, a vu l'orthographe admi- 
nistrative modifier son nom qui jadis commençait par un S et 
maintenant débute par un C. La Devinière, sise sur la paroisse 
de Seuilly, touchait aux confins de celle de Cinais, sur laquelle 
la famille Rabelais possédait plusieurs biens. 

Dans l'ancienne église de Cinais, détruite il y a un demi- 
siècle, se trouvait .un autel avec la statue de saint Cloud, qui 
était jadis le but de pèlerinages. 

Bibliographie : Mémoires de la Soc. archéol. de Touraine, 
t. XXVIII, p. 297. — Almanach d'Indre-et-Loire pour iSyj, 
p. 84. — R. E. R., t. III, p. 402 et 443, 444. 

Coudraux (les), village de la comm. de Beaumont-en- 
Véron (Indre-et-Loire). 

« En ces mesmes jours, ceux des Couldreaulx et aultres 
lieux confins envoyèrent devers Grandgousier ambassades.... » 
L. L, ch. 47. 

Deux hameaux des environs de Chinon portent le nom : les 
Coudreaux, l'un est situé à Lerné et l'autre à Beaumont en 
Véron. C'est ce dernier que désigne le texte de Gargantua. 
En effet, d'abord le mot Coudreaux est suivi des mots : de 
Véron; puis au hameau des Coudreaux situé à Lerné il n'y 
avait que des sujets et amis de Picrochole : ce ne doit pas être 
celui-là que désigne Rabelais. 

Goudray (le), château, comm. de Seuilly. 

« A Gymnaste donna le Coudray. » L. I, ch. 5i. 



MÉLANGES. 63 



« A ce faire convinrent tous les citadins de Sainais, ... 
sans laisser arrière de Coudray,... » L. I, ch. 4. 

« En la loge et tugure pastoral près le Couldray, » L. I, ch. 43. 

« Et t'adviendroit ce que naguères advint à Jean Dodin, 
receveur du Couldray au gué de Vede. » L. III, ch. 23. 

De la fin du xve siècle jusqu'au milieu du siècle suivant, le 
château du Coudray fut possédé successivement par Louis, 
bâtard de Bourbon, comte de Roussillon, par Charles de Bou- 
lainvilliers et par Guillaume Poyet. Ce château, dont la 
robuste silhouette domine une petite colline, fait face à l'ab- 
baye de Seuilly et à la Devinière, dont il est séparé par une 
étroite vallée. 

Bibliographie : Notice historique sur le Coudray, par Bos- 
sebœuf. 

Coulaines, château, comm. de Beaumont-en-Vovron. 

« Si je le laisse, messieurs, les pages en feront des jarre- 
tières, comme il me fut faict une fois à Coulaines. » L. I, ch. 3g. 

Au xvie siècle, le château de Coulaines était possédé par la 
famille de Garguesalle. 

Bibliographie : Mémoires de la Soc. archéol. de Touraine, 
t. XXVIII, p. 38i. 

Gravant, comm. du cant. de l'Ile-Bouchard (Indre-et- 
Loire). 

« En ces mesmes jours, ceux de Cravant et aultres lieux 
confins envoyèrent devers Grandgousier ambassades. » L. I, 
ch. 47. 

Au xvie siècle, la châtellenie de Cravant a eu successive- 
ment comme seigneurs les Mauléon et les Hodon. 

Bibliographie : Mémoires de la Soc. archéol. de Touraine., 
t. XXVIII, p. 419. 

Croulay (le), hameau, comm. de Panzoult. 



64 MÉLANGES. 

« En ces mesines jours, ceux du Croulay et aultres lieux 
confins envoyèrent devers Grandgousier ambassades. » L. I, 
ch. 47. 

« A Panzoult, près le Croulay, est une sibylle très insigne. » 
L. III, ch. 16. 

Ancien tief, le Croulay appartenait au xvi= siècle aux sei- 
gneurs de rile-Bouchard. Sur ce tief, il y avait un couvent de 
Cordeliers, ayant de fréquents rapports avec les religieux de 
l'abbaye de Seuilly. 

Bibliographie : Chevalier, Promenades pittoresques en Tou- 
raine, p. 5o2. 

Devinière (la), hameau de la comm. de Seuilly. 

« C'est de la Devinière, c'est vin pineau. » L. I, ch. 5. 

« Seulement envoya qui ameneroit en ordre les légions les- 
quelles entretenoit ordinairement en ses places de la Devi- 
nière... » L. I, ch. 42. 

« ... Le bon vin blanc du cru de la Devinière... » L. III, ch. 33. 

« Toutefois sus le milieu de l'esté sera à redouter quelque 
venue de pusses noyres et cheussons de la Devinière. » Panta- 
grueline prognostication, ch. 6. 

La Devinière, fief relevant de l'abbaye de Seuilly, a été 
possédée près de deux siècles par la famille Rabelais, de' 1480 
à i63o environ. L'auteur de Pantagruel est né à la Devinière; 
les historiens locaux et la tradition, à défaut d'actes authen- 
tiques, sont d'accord sur ce point. 

Bibliographie : Soc. archéoL de Tour aine; Mémoires, t. II, 
p. 323; Bulletin, t. XIII, p. 168. — Bossebœuf, Notice histo- 
rique sur le Coudray, p- io5. — R. E. R., t. III, p. 54 et suiv., 
avec une vue de la Devinière. — Revue poitevine et saumuroise, 
t. I, p. ii3. 

Goguet, village de la comm. de Beaumont-en-Varon. 

« Luy arrivé à Parillé, fut adverty par le mestayer de Gou- 
guet comment Picrochole s'estoit remparé à la Roche-Cler- 
mault. » L. I, ch. 34. 



MÉLANGES. 65 



Sur ce village du Chinonais, voir une note dans lai^. E. R., 
t. III, p. 71. 

Grandmont, hameau de la comm. de Chinon. 

« Dix et huict bestes fauves que donna le seigneur de 
Grandmont. » L. I, ch. Sy. 

« En ces mesmes jours, ceux de Grandmont et aultres lieux 
confins envoyèrent devers Grandgousier ambassades. » L. I, 
ch. 47. 

Ancien fief, Grandmont est situé sur la lisière de la forêt de 
Chinon; aussi l'envoi de dix-huit bêtes fauves tuées par le 
seigneur de Grandmont est tout expliqué par cette proximité 
des bois. On a mis récemment à découvert les fondations 
d'une antique chapelle, construite à Grandmont au xiie siècle. 

Bibliographie : Soc. archéol. de Toiiraine ; Bulletin, t. VI, 
p. 3o8; t. XI, p. 25i. 

Gravot, hameau de la comm. de Bourgueil. 

« Seulement, envoya qui ameneroit en ordre les légions, 
lesquelles entretenoit ordinairement en ses places de... Gra- 
vot... » L. I, ch. 5i. 

« A Ponocrates, donna la Roche-CIermault,... Gravot à 
Sébaste. » L. I, ch. 47. 

« De son temps estoit un pauvre villageois natif de Gravot. » 
L. IV, prologue. 

La famille Rabelais possédait de nombreuses terres à Gra- 
vot; on y montre une maison qui aurait été habitée par l'au- 
teur de Pantagruel. Cette maison est située sur la lisière d'un 
bois ; par suite, rien de surprenant à ce que l'anecdote racontée 
dans le Pantagruel ait pour principal personnage un bûcheron. 

Bibliographie : Mémoires de la Soc. archéol. de Toiiraine, 
t. XXIX, p. 245; Bulletin, t. XIII, p. ifo. — R. E. R., t. III, 
p. 52. 

Huismes, comm. du cant. et de l'arr. de Chinon. 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. V. 5 



66 MÉLANGES. 



« En ces mesmes jours, ceux de Huymes et aultres lieux 
confins envoyèrent devers Grandgousier ambassades. » L. I, 
ch. 47. 

« Et avois passé la bourgade de Huymes. » L. III, ch. 25. 

L'église de Huismes, datant du xiic siècle, est dédiée à saint 
Maurice; cette paroisse était du ressort de l'élection de Chi- 
non et faisait partie de l'archidiaconé d'outre-Vienne. 

BiBLioGiiAPHiE : Mémoires de ia Soc. archéol. de Touraine, 
t. XXIX, p. 356. 

L'Ile-Bouchard, ch.-l. decant. de l'arr. de Chinon. 

« Picrochole, ainsi désespéré, s'enfuit vers l'Isle-Bouchart. » 
L. I, ch. 4g. 

« Icy, près l'Isle-Bouchart, demeure Her Trippa. » L. III, 
ch. 25. 

« Les records arrivent à l'Isle-Bouchart... » L. IV, ch. 25. 

« ... C'est l'occasion pourquoy les parents s'en déchargent 
en ceste isle Bossard. — C'est, dist Panurge, l'Isle-Bouchard- 
lès-Chinon. — Je dis Bossard, respondit Aeditue; car, ordi- 
nairement, ils sont bossus, borgnes, boiteux, manchots, 
etc.. » L. V, ch. 4. 

Au xvie siècle, la terre de l'Ile-Bouchard appartenait à la 
célèbre famille de La Trémoïlle. 

Langeais, ch.-l. de cant. de l'arr. de Chinon. 

« ... Car elle estoit, poy plus poy moins, grosse comme la 
pile de Sainct-Mars auprès de Langés. » L. I, ch. 16. 

La ville de Langeais, au xvi^ siècle, a eu comme seigneur 
Jean-Bernardin de Saint-Sévrin. L'imposant château avait été 
construit au siècle précédent par Jean Bourré; c'est actuelle- 
ment l'une des curiosités historiques de la Touraine, qui 
reçoit chaque année la visite de nombreux touristes. 

Bibliographie : Bossebœuf, Langeais et son château, p. i3o. 
Lerné, comm. du cant. de Chinon. 



MÉLANGES. 67 



« Au quel temps, les fouaciers de Lerné passoient le grand 
carroy... » L, I, ch. 25. 

« Les fouaciers, retournés à Lerné, soubdain, devant boire 
ny manger, se transportèrent au Capitoly. » L. I, ch. i6. 

« Un des bergiers qui gardoient les vignes, nommé Pillot, 
se transporta devers luy en icelle heure et raconta les excès 
et pillages que faisoit Picrochole, roy de Lerné, en ses terres 
et domaines... » L. I, ch. 28. 

« Si je n'eusse que chanté Contra hositium insidias (matière 
de bréviaire), comme faisoient les aultres diables de moines, 
sans secourir la vigne à coups de baston de croix contre les 
pillars de Lerné. » L. IV, ch. 23. 

L'église de Lerné date en grande partie du xiie siècle; cette 
paroisse du diocèse de Tours dépendait de l'archidiaconé 
d'outre-Vienne. 

Dans ce village, de nombreux habitants fabriquaient des 
fouaces, sorte de gâteaux cuits au four. Les fouaces étaient 
faites avec de la fleur de farine, avec « beau beurre, beaulx 
moyeux d'œufs, beau zafTran et belles espices. » L. I, ch. 32. 

Les fouaces de Lerné, très estimées, se vendaient à dix 
lieues à la ronde. Les marchands les apportaient par « charre- 
tées » dans certaines assemblées. A Loudun, les fouaciers y 
venaient en si grand nombre qu'une rue leur était exclusive- 
ment réservée; cet emplacement est ainsi désigné dans un 
titre de 1542 : « La rue où l'on vend les fouaces de Lernay^. » 

Eloi Johanneau, qui a publié une édition des œuvres de 
Rabelais avec de nombreux et intéressants commentaires, nous 
apprend (t. II, p. i3) qu'en 1821 on fabriquait encore à Lerné 
« des galettes qu'on appelle fouaces et qui sont en grande 
réputation dans le pays. » Eloi Johanneau, qui avait goûté 
« cette viande céleste », déclare qu'il a trouvé les fouaces de 
Lerné « fort bonnes ». Rabelais avait donc raison d'écrire 
dans son Gargantua (1. I, ch. 25) cette appréciation flatteuse 
des gâteaux de Lerné : « Notez que c'est viande céleste man- 
ger à desjeuner raisins avec fouace fraische. » 

Bibliographie : R. E. R., t. III, p. 241 et suiv. 
liigré, comm. du cant. de Richelieu (Indre-et-Loire). 
I. Revue poitevine et saintougeaise, 8" année, p. 100. 



68 MÉLANGES. 

« En ces mesmes jours, ceux de Ligré et aultres lieux 
confins envoyèrent devers Grandgousier ambassades. » L. I, 
ch. 47. 

« A Ponocrates donna La Roche-Clermault... Ligré à So- 
phrone, et ainsi des autres places. » L. 1, ch. 5i. 

Dans quelques textes, on lit Segré au lieu de Ligré; mais 
c'est manifestement une erreur de copiste ou une faute d'im- 
pression qui s'est perpétuée d'éditions en éditions. Le texte 
lui-même apporte un argument dans ce sens; on lit en effet : 
Ligré et « aultres lieux confins ». Ligré est un village touchant 
tous ceux cités dans l'énumération du chapitre 47 de Gargan- 
tua, tandis que la ville de Segré est à environ trente lieues du 
pays chinonais. 

L'église de Ligré, sous le vocable de saint Martin, était 
une dépendance de l'abbaye de Gormery. Sur cette paroisse 
se trouvait le prieuré des Roches-Saint-Paul, qui dépendait 
également de ladite abbaye. 

Bibliographie : R. E. R., t. III, p. 25i. 

Louans (Saint-), village situé près Chinon. 

« Et de telle matière luy furent faits, par l'ordonnance des 
cabalistes de Saint-Louand. « L. I, ch. 8. 

« En ces mesmes jours, ceux de Saint-Louant et aultres lieux 
confins envoyèrent devers Grandgousier ambassades. » L. I, 
ch. 47. 

L'église primitive de Saint-Louand fut construite par les 
religieux de Saint- Florent, près Saumur; cette paroisse cons- 
tituait un prieuré-cure. 

Bibliographie : Chevalier, Promenades pittoresques en Tou- 
raine, p. 458. 

Maladrerie (la), village de la comm. de Chinon. 

« Iceux coururent jusques près la Vauguion et la Malade- 
rye. » L. I, ch. 43. 

Située à l'extrémité des ponts à Nonnain, la maladrerie de 



MÉLANGES. 6g 



Chinon recueillait tous les lépreux de la région. La chapelle de 
cette maladrerie a été détruite en 1793. Cet établissement 
d'assistance publique avait été placé hors les murs de Chi- 
non, dans des maisons du hameau de Saint-Lazare. 

Bibliographie : 5w//e/m de la Soc. archéol. de Touraine, 
t. XV, p. 119. 

Mexme (Saint-), ancienne paroisse de Chinon. 

« Les uns se vouoient à ..., les aultres à Saint-Mesmes de 
Chinon... » L. I, ch. 27. 

L'église collégiale Saint-Mexme de Chinon, où l'on véné- 
rait le tombeau du saint de ce nom, était un des pèlerinages 
les plus fréquentés de la Touraine. 

Bibliographie : Mémoires de la Soc. archéol. de Touraine, 
t. V, p. 74; t. XIII, p. 140. — De Cougny, Vie de saint Mexme, 
p. 3i. 

Montpensier, château près de Seuilly, mais situé dans le 
département de la Vienne, sur la limite de celui d'Indre-et- 
Loire. 

« A ce faire convièrent tous les citadins de Cinais ..., sans 
laisser arrière le Coudray, Montpensier, le gué de Veude et 
aultres bons voisins. » L. I, ch. 4. 

« A Ponocrates donna la Roche-Clermaud; ... à Eudmon 
Montpensier, ... et ainsi de ses aultres places. » L. I, ch. 5i. 

Le fief de Montpensier a appartenu jusqu'au xvi^ siècle à 
une famille de Montpensier, qu'il ne faut pas confondre avec 
les princes du même nom. Construit en 1483, le château de 
Montpensier présente cependant par ses sculptures le cachet 
d'un édifice de la Renaissance. 

Bibliographie : Bulletin de la Soc. archéol. de Touraine, 
t. III, p. 352. — Bossebœuf, Le Coudray-Montpensier, p. 240. 

Narçay, hameau, comm. de Cravant. 

« Et fut trouvée par Jean Audeau en un pré qu'il avoit près 



yO Ml^LANGES. 

l'arceau Gualeau, au-dessous de TOIive, tirant à Narsay. » 
L. I, ch. I. 

« En ces mesmes jours, ceux de Narsay et aultres lieux 
confins envoyèrent devers Grandgousier ambassades. » L. I, 
ch. 47. 

Ancien fief, Narçay avait comme seigneurs au xvi^ siècle les 
de Mauléon. 

Olive (T), hameau de la comm. de Ghinon. 

« Et fut trouvée par Jean Audeau en un pré qu'il avoit près 
l'arceau Gualeau, au-dessous de l'Olive, tirant à Narsay. » 
L. I, ch. I. 

Ancien fief, l'Olive-Guéritaude relevait de l'archevêché de 
Tours; en i5o5, il appartenait à René de Maillé. 

Panzoult, comm. du cant. de l'Ile-Bouchard. 

« En ces mesmes jours, ceux de Panzoust et aultres lieux 
confins envoyèrent devers Grandgousier ambassades. » L. I, 
ch. 47. ■ 

« On m'a dict qu'à Panzoust, près le Groulay, est une 
sibylle très insigne, laquelle prédit toutes choses futures. » 
L. III, ch. 16. 

Au xvie siècle, il y eut à Panzoult une diseuse de bonne 
aventure, célèbre à dix lieues à la ronde, qui exploitait les 
paysans de la région qui venaient la consulter. Cette « sibylle », 
pour employer le terme de juste dérision dont se sert Rabe- 
lais, vivait retirée dans une caverne creusée dans le rocher. 
Cet antre était situé dans un lieu très sauvage, au milieu des 
bois, près du couvent du Groulay; cette curiosité attire chaque 
année en cet endroit de nombreux touristes. 

Bibliographie : Revue des provinces de l'Ouest, no de février 
1892, p. III. — Bulletin de la Soc. archéoL de Touraine, t. XIII, 
p. 3oi. — Chevalier, Promenades pittoresques en Touraine, 

p. 502. 

Parilly, hameau de la comm. de Ghinon. 



MELANGES. 7I 



« Puis les fouaciers retournèrent à Lerné, sans poursuivre 
le chemin de Pareille. « L. I, ch. 25. 

« Luy, arrivé à Parillé, fut adverty par le mestayer du Cou- 
guet comment Picrochole s'estoit remparé à la Roche-Cler- 
maud. » L. I, ch. 34. 

« En ces mesmes jours, ceux de Parillé et aultres lieux 
confins envoyèrent devers Grandgousier ambassades. » L. I, 
ch. 47. 

« Voire, dist Panurge, et à frère Eugainant aussi qui en 
plein sermon preschant à Parillé... » L. III, ch. 6. 

Ancienne paroisse supprimée en 1792, Parilly n'est plus 
qu'un hameau de la commune de Ghinon. Cette paroisse for- 
mait un prieuré-cure dépendant de l'abbaye de Noyers. 

Bibliographie : Bulletin de la Soc. archéol. de Touraine, 
t. XIV, p. i85. 

Pomardière (la), hameau de la comm. de Seuilly. 

« Il luy donnoit ... et d'abondant luy donnoit la mas- 
tairie de la Pomardière, à perpétuité franche pour luy et les 
siens. » L. I, ch. 32. 

« Je luy cède la mestairie de la Pomardière à perpétuité 
pour luy et les siens, possédable en franc alloy. » L. I, ch. 32. 

Ferme située sur la paroisse de Seuilly, la Pomardière a été 
la propriété de la famille Rabelais, 

Bibliographie : Bulletin de la Soc. archéol. de Touraine, 
t. XIII, p. 174. — Abel Lefranc, Navigations de Pantagruel, 
p. 3i6-3i7. 

Pont-de-Clan, hameau de la comm. de Saint-Germain-sur- 
Vienne. 

« En ces mesmes jours, ceux du Pont-de-Clan et aultres 
lieux confins envoyèrent devers Grandgousier ambassades. » 
L. I, ch. 47. 

La prairie du Pont-de-Clan, arrosée par la Vienne, s'étend 
sur une longueur de plusieurs kilomètres, depuis Cinais jus- 



72 



MÉLANGES. 



qu'à Saint-Germain. La famille Rabelais a possédé une por- 
tion de pré en cet endroit; on le désigne encore sous le nom 
de pré Rabelais, à cause de ses anciens propriétaires. 

Bibliographie : R. E. R., t. III, p. 25o. 

Pontille, hameau de la comm. de Cinais. 

« Et luy furent ordonnées dix et sept mille neuf cens treize 
vaches de Pautille et de Brehmond pour l'alaicter ordinaire- 
ment. » L. I, ch. 7. 

« Puis dist à Pantagruel là les licts estre à meilleur marché 
qu'en Chinonnois, quoy qu'y eussions les célèbres oyes de 
Pautille. » L. V, ch. i5. 

La vaste prairie de Pontille, arrosée par la Vienne, est 
située aux pieds des coteaux de Cinais et de Seuilly; on y 
élève des troupeaux de toutes sortes, et notamment des oies, 
dont on fait le commerce de plumes. 

Bibliographie : Bulletin de la Soc. archéol. de Touraine, 
t. XIII, p. 176. — Abel Lefranc, Navigations de Pantagruel, 
p. 3x6. 

Port-Huault, village, comm. d'Azay-le-Rideau. 

« Puis passant l'eau au Port-Huaulx. » L. I, ch. 49. 

« La demande plut à Gargantua, et offrit tout son pays de 
Theleme jouxte la rivière de Loire, à deux lieues de la grande 
forest du Port-Huault. » L. I, ch. 52. 

L'abbaye de Fontevrault possédait une chapelle sur ce 
domaine, voisin de la forêt de Chinon. 

Bibliographie : Mémoires de la Soc. archéol. de Touraine, 
t. XXXI, p. i3i. 

Pressoir (le), hameau de la comm. de Chinon. 

« ... Et qu'ils avoient couru la poulie jusques au pressouer 
Billard. « L. I, ch. 84. 

Le hameau de Saint-Lazare portait autrefois le nom de 



MÉLANGES. 7 3 



Pressoir-Billard; il est ainsi désigné dans les anciens docu- 
ments. 

Bibliographie : de Cougny, Chinon et ses monuments, 2^ édi- 
tion, p. 98. 

Quinquenais (les), hameau de la comm. de Chinon. 

« Seulement envoya qui ameneroit en ordre les légions, 
lesquelles entretenoit ordinairement en ses places de la 
Devinière, de Chavigny, de Gravot et Quinquenoys. » L. I, 
ch. 47. 

« A Ponocrates donna la Roche-Clermaud..., Quinquenoys 
à Alexandre. » L. I^ ch. 5i. 

« Jenin de Quinquenois. » L. IV, ch. 44. 

La famille Rabelais possédait des vignes au hameau des 
Quinquenais, situé sur le coteau faisant face à la partie nord 
du château de Chinon. 

Bibliographie : Bulletin de la Soc. archéol. de Touraine, 
t. XIII, p. 174. — Abel Lefranc, Navigations de Pantagruel, 
p. 3i6. 

Quinte (la), nom donné à cette partie de la banlieue de 
Tours, depuis Montlouis jusqu'à Saint-Côme, entre la Loire et 
le Cher. 

« Mais, dis-je, d'où venez? où allez? qu'apportez? avez senti 
la marine? Il me respond : De la Quinte en Touraine... — Et 
quels gens, dis-je, avec vous sus le tillac? — Chantres, res- 
pondit-il, musiciens, poètes, astrologues, rimasseurs, géoman- 
tiens, alchimistes, horlogiers : tous tiennent de la Quinte; 
ils en ont lettres d'advertissement, belles et amples. » L. V, 
ch. 18. 

La Quinte de Tours, située sur les bords de la Loire et du 
Cher, était habitée par de nombreux mariniers fréquentant 
ces deux rivières et y travaillant aux transports des voyageurs 
et des marchandises. 

Bibliographie : Mémoires de la Soc. archéol. de Touraine, 
t. XXXI, p. 246. 



74 



MÉLANGES. 



Radégonde (Sainte-), hameau de la comm. de Chinon. 

« ... Aussi estoit Ihermite de Sainte-Radégonde au-dessus 
de Chinon. » L. III, ch. 3i. 

Sur le coteau dominant Chinon se trouve l'antique chapelle 
de Sainte-Radégonde, creusée dans le roc et occupant la grotte 
d'un ermite nommé saint Jean de Chinon; cette chapelle est 
sous le vocable de sainte Radégonde, en souvenir de la visite 
de cette reine à l'ermite saint Jean de Chinon, qu'elle était 
venue consulter pour savoir si elle devait entrer au couvent. 

Bibliographie : Guinebault, Notice sur la chapelle de Sainte- 
Radégonde, p. 4. — De Cougny, Chinon- et ses monuments, 
2e édition, p. 6. 

Raineau (le), quartier de Chinon, sis à l'est du faubourg 
Saint-Jacques. 

« En ces mesmes jours, ceux du bourg Sainct-Jacques, du 
Rainneau et aultres lieux envoyèrent devant Grandgousier 
ambassades. » L. I, ch. 47. 

Dans toutes ou presque toutes les éditions, on lit Traîneau; 
c'est une faute d'impression, il faut lire Raineau. Ce dernier 
mot, dans le texte de Gargantua, suit immédiatement les mots : 
bourg Saint-Jacques. En les citant l'un après l'autre, Rabelais a 
voulu montrer que les deux endroits indiqués étaient proches. 
C'est donc du Raineau qu'il s'agit, de ce quartier de Chinon 
portant encore ce nom et situé à l'est de la grande rue du 
faubourg Saint-Jacques. 

Le fief du Raineau relevait de la seigneurie de Sassay à foi 
et hommage lige. 

Bibliographie : Mémoires de la Soc. archéol. de Touraine, 
t. XLIII, p. 97 et 114. — R. E. R., t. III, p. 25i. 

Rivau (le), hameau de la comm. de Lémeré. 

« A Ponocrates donna la Roche-Clermaud..., le Rivau à Tol- 
mere. » L. I, ch. 5i. 



MÉLANGES. yS 



Ancien fief, le Rivau relevait du château de Chinon et de 
Sazilly; au xvi« siècle, il appartenait à la famille de Beauveau. 

Bibliographie : Bossebœuf, Le château du Rivau, p. 7. 

Rivière, comm. du cant. de l'Ile-Bouchard. 

« Les uns crioient Saincte-Barbe, les aultres Notre-Dame de 
Rivière. » L. I, ch. 27. 

« En ces mesmes jours, ceulx de Rivière et aultres lieux 
confins envoyèrent devers Grandgousier ambassades. » L. I, 
ch. 47. 

« Picrochole, ainsi désespéré, s'enfuit vers l'Isle-Bouchart, 
et, au chemin de Rivière, son cheval broncha par terre. » 
L. I, ch. 49. 

L'église paroissiale de Rivière, qui date de l'époque romane, 
est dédiée à Notre-Dame; elle est parmi les églises les plus 
intéressantes de Touraine au point de vue archéologique. 
L'autel de la sainte Vierge, situé dans la crypte, est le but de 
nombreux pèlerinages. 

Bibliographie : Bourassé et Chevalier, Recherches sur les 
églises romanes de Touraine, p. 70. 

Roche-Clermault (la), comm. du cant. de Chinon. 

« Picrochole, à grande hastivité, passa le gué de Vede avec 
ses gens et assaillit la Roche-Clermaud. » L. I, ch. 28. 

« De présent estoit le dict roy en la Roche-Clermaud. » 
L. I, ch. 28. 

« Ils s'étoient enserrés en la Roche-Clermaud. » L. I, 
ch. 3o. 

« Luy, arrivé à Pareille, fut adverty par le mestayer de 
Gouguet comment Picrochole s'estoit remparé à la Roche- 
Clermaud. » L. I, ch. 34. 

« Gargantua, pour sa seureté, luy bailla trente hommes 
d'armes et six vingt archiers, sous la conduite de Gymnaste, 
pour le mener jusque es portes de la Roche-Clermaud, si 
besoin estoit. » L. I, ch. 46. 

« A Ponocrates donna la Roche-Clermaud. » L. I, ch. 5i. 



76 MÉLANGES. 



L'antique château de la Roche-Clermault a été presque 
entièrement démoli et remplacé au xviic siècle par une maison 
seigneuriale, construite dans le style froid et rectiligne en 
usage à cette époque. Du château primitif, il ne reste plus que 
quelques fortifications rasées presque au niveau du sol et d'in- 
téressants soubassements. 

L'église paroissiale, datant du xii<: siècle, est sous le vocable 
de saint Martin. 

Bibliographie : Mémoires de la Soc. archéol. de Touraine, 
t. XL, p. 273. — Bulletin de la Soc. archéol. de Touraine, t. X, 
p. ii3. — Abel Lefranc, Navigations de Pantagruel, p. Siy. 

Roches-Saint-Paul (les), hameau de la comm. de Ligré. 

« En ces mesmes jours, ceux des Roches-Sainct-Pol et 
aultres lieux confins envoyèrent devers Grandgousier ambas- 
sades. » L. I, ch. 47. 

L'ancien prieuré des Roches - Saint- Paul dépendait de 
l'abbaye de Cormery. Eustache du Bellay était prieur des 
Roches-Saint-Paul en i55o. 

Bibliographie : Mémoires de la Soc. archéol. de Touraine, 
t. XXXI, p. 399. 

Saint-Jacques (faubourg), quartier de Chinon, situé sur la 
rive gauche de la Vienne. 

« En ces mesmes jours, ceux du bourg Sainct-Jacques et 
aultres lieux confins envoyèrent devers Grandgousier ambas- 
sades. » L. I, ch. 47. 

L'église Saint-Jacques, construite au xiie siècle, était située 
à l'entrée du faubourg de Chinon. Ce faubourg était entouré 
de murailles. 

Bibliographie : Bulletin de la Soc. archéol. de Touraine, 
t. IX, p. 191. — R. E. R., t. III, p. 25i. 

Saulsaye (la), commune de Seuilly. 



MELANGES. 77 



« Après disner, tous allèrent pelle-melle à la Saulsaie. » 
L. I, ch. 4. 

« ... et luy disant qu'elle s'étoit là herbée sous la Saulsaye. » 
L. I, ch. 6. 

« Ainsi s'en vont joyeusement, tenant le chemin de la Saul- 
laye. » L. I, ch. 42. 

La Saulsaie ou Saullaie était le nom d'une petite prairie, 
longeant la Veude, située à l'est du bourg de Seuilly, au bas 
de la colline où est construite la Devinière. Cet endroit, situé 
tout auprès de la Devinière, résidence favorite des parents de 
Rabelais, était donc bien connu par l'auteur du Gargantua. 

Bibliographie : Abel Lefranc, Navigations de Pantagruel, 
p. 3i6. 

Seuilly, comm. du cant. et de l'arr. de Ghinon. 

« A ce faire convièrent tous les citadins de Suillé. » L. I, 
ch. 4. 

« Menaçant fort et ferme les bouviers, bergiers et mestaiers 
de Seuillé et de Sinays. » L. I, ch. 25. 

« Tant firent et tracassèrent, pillant et laronnant, qu'ils arri- 
vèrent à Seuillé. » L. I, ch. 27. 

« Restoit seulement le moine à pourvoir, lequel Gargantua 
vouloit faire abbé de Seuillé, mais il refusa. » L. I, ch. 52. 

« Pleust à la digne vertu de Dieu qu'à heure présente je 
fusse dedans le clos de Seuillé. » L. 4, ch. 20. 

« Je me donne au diable, dist frère Jean, si le clous de 
Seuillé ne fust tout vendangé et destruict, si je n'eusse que 
chanté Contra hostium insidias. » L. IV, ch. 28. 

« Gomme, dist frère Jean, à Seuillé les coquins souppant un 
jour de bonne feste à l'hospital... » L. IV, ch. 5o. 

« Un jour, dist frère Jean, je m'estois à Seuillé... » L. IV, 
ch. 52. 

Fondée au xie siècle, l'abbaye de Seuilly appartenait aux 
bénédictins de la congrégation de Saint-Maur. La Devinière 
est située tout auprès de l'abbaye. Le célèbre clos, défendu 
par frère Jean contre les fouaciers de Lerné, existe encore 
presque dans le même état qu'au xvie siècle. Les murs de clô- 



yS MÉLANGES. 

ture de ce clos sont très anciens; il s'y récolte un vin juste- 
ment renommé pour son excellente qualité. 

Les bâtiments de l'ancienne abbaye ont disparu en partie; 
l'église abbatiale a été complètement rasée pendant la Révo- 
lution. Il nous reste heureusement des vues, dessinées en 1699 
par Gaignières, qui permettent de se faire une idée des parties 
démolies. 

BiBLioGRAPHiK : MétHoircs de la Soc. archéol. de Touraine, 
t. IX, p. 323. — Bossebœuf, Le Coudrqy-Moutpensier, p. 94 
(les gravures de Gaignières sont reproduites dans cet ouvrage). 
— R. E. R., t. III, p. 60-61. 

Tours, ch.-l. du dép. d'Indre-et-Loire. 

« ... et que j'eusse au mien les grosses horloges de Rennes, 
de Poictiers, de Tours... » L. II, ch. 26. 

« Vous mangerez ... quelques pruneaux de Tours. « L. III, 
ch. i3. 

« ... et nous sembloit à l'ouir que fussent cloches grosses, 
petites et médiocres, ensemble sonnantes comme l'ont faict à 
Paris, à Tours... » L. V, ch. i. 

« L'evesque de Caramith, celuy qui en Rome feut mon pré- 
cepteur en langue arabique, m'a dict que l'on oyt ce bruyt à 
plus de troyes journées loing, qui est autant que de Paris à 
Tours. » L. IV, briève déclaration. 

Il y avait, avant 1793, à la cathédrale de Tours une sonnerie 
remarquable produite par quatre cloches nommées : Maurice, 
Catien, Lidoire et Martin. La plus grosse de ces quatre 
cloches, Maurice, fondue en i5i5, pesait 16,145 livres. 

Les pruneaux de Tours, vantés par Rabelais, sont récoltés 
et préparés dans la partie sud-ouest de la Touraine, et surtout 
aux environs de Chinon. 

Bibliographie : Société des Amis de Rabelais, année i8go, 
p. 8. 

Touraine, ancienne province dont le territoire a formé le 
département d'Indre-et-Loire. 

« Un jeune gentilhomme de Touraine nommé l'escuyer 
Gymnaste. » L. I, ch. 23. 



MELANGES. 79 



« Je suis né et ay esté nourry jeune au jardin de France, 
c'est Touraine. » L. II, ch. 9. 

« J'en affieray et hanteray en mon jardin de Touraine sus la 
rive de Loire, et seront dictes poires de bon christaian. » 
L. IV, ch. 54. 

« Marnes, merdigues; jurements de gens villageois de Tou- 
raine. » L. IV, briève déclaration. 

« Gahu, caha ; mots vulgaires en Touraine. Tellement quel- 
lement ; que bien que mal. » Ibid. 

« Ma dia est une manière de parler vulgaire en Touraine. » 
Ibid. 

« Mais de quel pays estes-vous ? demanda Aeditue. — De 
Touraine, respondit Panurge. — Vrayement, dist Aeditue, 
vous ne fustes onques de mauvaise pie couvés, puisque vous 
estes de la benoiste Touraine. De Touraine, tant et tant de 
biens annuellement nous viennent que nous fut dit un jour, 
par gens du lieu par cy passans, que le duc de Touraine n'a 
en tout son revenu de quoy son saoul de lard manger, par 
l'excessive largesse que ses prédécesseurs ont fait à ces sacros 
saincts oiseaux. » L. IV, ch. 6. 

« Excusez la rusticité de nostre langage, car au demeurant 
les cœurs sont francs et loyaux. — Sans cause, dirent-ils, nous 
ne vous avons sus ce différent interrogés; car grand nombre 
d'aultres ont icy passé de vostre pays de Touraine, lesquels 
nous sembloient bons, lourdeaux et parloient correct. » L. V, 
ch. ig. 

« Serein et gratieux autant qu'est le pays de Touraine. » 
L. V, ch. 49. 

Par suite de la beauté du paysage et de la fertilité du sol, la 
Touraine a reçu le gracieux surnom de jardin de la France. 

Les ducs de Touraine comblèrent l'Église de leurs dons; si 
bien que le clergé, en reconnaissance de leurs largesses, leur 
accorda en i383 la dignité de chanoines honoraires de l'église 
de Saint-Martin de Tours. On cite notamment Louis II, roi 
de Naples, duc de Touraine, qui à lui seul institua par testa- 
ment i5,ooo messes pour le repos de son âme. 

Bibliographie : Société des Amis de Rabelais, année 1887, 
p. 17. 

Turpenay, lieu dit de la comm. de Saint-Benoît. 



80 MÉLANGES. 

« Fors unze sangliers qu'envoya l'abbé de Turpenay. » L. I, 
ch. 37. 

Fondée au xiic siècle par Foulques le Jeune, comte d'Anjou 
et de Touraine, l'abbaye de Turpenay est sous le vocable de 
l'Annonciation de la sainte Vierge ; elle est située au milieu 
de la forêt de Chinon. 

Bibliographie : R. E. R., t. IV, p. 406-407. 

Ussé, village, comm. de Rigny-Ussé, cant. d'Azay-le- 
Rideau. 

« En ces mesmes jours, ceux de Hussé et aultres lieux con- 
fins envoyèrent devers Grandgousier ambassades. » L. I, 
ch. 47. 

Le .magnifique château d'Ussé, l'un des plus beaux des 
bords de la Loire, a été construit au commencement du 
xvie siècle. Cette châtellenie relevait du château de Chinon à 
foi et hommage lige. 

Bibliographie : Mémoires de la Soc. archéol. de Touraine, 

t. XXXII, p. 337. 

Vaubreton, hameau de la comm. de Rivière. 

« En ces mesmes jours, ceux du Vaubreton et aultres lieux 
confins envoyèrent devers Grandgousier ambassades. » L. I, 
ch. 47. 

Les alentours du hameau du Vaubreton sont plantés de 
vignes qui produisent un cru justement estimé et renommé. 

Vaugaudry, hameau de la comm. de Chinon. 

« Luy arrivé à Parillé, fut adverty, par le mestayer de Gou- 
guet, comment Picrochole s'estoit remparé à la Roche-Cler- 
maud et avoit envoyé le capitaine Tripet, avec grosse armée, 
assaillir le bois de Vede et Vaugaudry. » L. I, ch. 34. 

Le fief de Vaugaudry faisait partie de l'ancienne paroisse de 



MELANGES. 



Parilly. Au xvie siècle, comme maintenant, la plus grande par- 
tie de ce domaine était couverte de bois. 

Bibliographie : Bulletin de la Soc. archéol. de Touraine, 
t. XIV, p. i85. 

Vauguyon (la), hameau de la comm. de Chinon. 

« Adonc partirent luy et Prelinguand, escuyer de Vauguyon, 
et sans efiroy espièrent de tous côtés. » L. I, ch. 34. 

« Et montant sus son cheval, luy donne des espérons, tirant 
droict son chemin vers la Vauguyon, et Prelinguand avec 
lui. » L. I, ch. 35. 

« Iceux coururent jusques près la Vauguyon et la Maladre- 
rye. » L. I, ch. 43. 

Le fief de la Vauguyon faisait jadis partie de l'ancienne 
paroisse de Parilly et relevait du château de Chinon à foi et 
hommage lige. 

Bibliographie : Mémoires de la Soc. archéol. de Touraine, 
t. XXXII, p. 369. 

Verron (le), nom donné à un territoire comprenant les com- 
munes d'Avoine, Beaumont, Saint-LoUans et Savigny. 

« Ce bon vin breton, lequel poinct ne croist en Bretaigne, 
mais en ce bon pays de Verron. » L. I, ch. i3. 

L'abbaye de Fontevrault possédait de nombreux domaines 
dans le Verron, où la terre est particulièrement fertile. 

Bibliographie : Chevalier, Promenades pittoresques en Tou- 
raine, p. 478. — Revue de la Société de géographie de Tours, 
avril 1892. 

Veude (le gué et le bois de), lieu dit, comm. d'Anché, arr. de 
Chinon (Indre-et-Loire). 

« A ce faire convièrent tous les citadins de Sainais, ... sans 
laisser arrière ... le gué de Vede et aultres voisins. » L. I, 
ch. 4. 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. V. G 



82 MÉLANGES. 

« L'armée principale marcha oultre vers le gué de Vede. » 
L. I, ch. 27. 

M ... et avoit envoyé le capitaine Tripet, avec grosse armée, 
assaillir le bois de Vede et Vaugaudry. » L. I, ch. 34. 

« ... et dériva tout le pissat au gué de Vede. » L. I, ch. 36. 

« Gargantua, venu à l'endroit du bois de Vede, fut advisé 
par Eudemon que dedans le chasteau estoit quelque reste des 
ennemis. » L. I, ch. 36. 

« Issus la rive de Vede, peu de temps après abordèrent au 
chasteau de Grandgousier. » L. I, ch, 37. 

« Ce sont coups de canons que naguères a reçeu vostre fils 
Gargantua, passant devant le bois de Vede. » L. I, ch. 37. 

« Puis gaignèrent le gué de Vede et par basteaux et ponts 
legièrement faicts passèrent oultre d'une traicte. » L. I, ch. 48. 

Rabelais place le Gué de Vede sur le Négron, près du Mou- 
lin du Pont. 

Le bois de Veude appartenait au xvie siècle à une famille 
seigneuriale nommée Dupuy, qui possédait également la terre 
de Bascher, théâtre d'un plaisant épisode du roman panta- 
gruélique (1. IV, ch. 12 à i5). Comme fief, le bois de Veude rele- 
vait de l'abbaye de Cormery, qui, de i536 à i545, eut comme 
abbé Jean du Bellay, évêque de Bayonne, puis de Paris. Ce 
petit détail, rapprochant Jean du Bellay et Rabelais, n'a pas 
été signalé jusqu'ici. D'autre part, on sait que le bois de Veude 
figurait parmi les biens provenant de la succession de Gaucher 
de Sainte-Marthe, seigneur de Lerné et du Chapeau. 

Il est donc probable que le bois de Veude et le château de 
ce nom, près Anché, sont bien ceux visés par Rabelais dans 
son récit de la guerre picrocholine. Toutefois, M. Abel Lefranc, 
d'après ses dernières recherches, pense que l'auteur du Gar- 
gantua rapproche en imagination le bois de Veude du théâtre 
principal des opérations de la guerre. 

Le petit ruisseau nommé la Veude se jette dans la Vienne, 
juste au bois de Veude, où quelques restes de la demeure sei- 
gneuriale existent encore. 

Bibliographie : Busserolle, Dictionnaire historique d'Indre- 
et-Loire, t. I, p. 27g, et t. VI, p. 398. — Mémoires de la Soc. 
archéol. de Touraine, t. XII, p. i25. — R. E. R., t. III, p. 60, 
t. IV, p. 336. 



MÉLANGES. 83 



Vieux-Marché (le), quartier de la ville de Ghinon. 

« En ces mesmes jours, ceux du Marché-Vieux et aultres 
lieux confins envoyèrent devers Grandgousier ambassades. » 
L. I, ch. 47. 

Ce quartier, situé au pied (côté ouest) du château de Ghinon, 
était hors les murs ; avant le xv^ siècle, le marché se tenait en 
cet endroit; d'où le nom de vieux marché lorsqu'un nouveau 
fut créé place des Halles. 

Bibliographie : Gougny, Chinon et ses monuments, 2e édi- 
tion, p. 99. — R. E. R., t. III, p. 25i. 

Villaumaire (la), hameau de la comm. de Huismes. 

« En ces mesmes jours, ceux de la Villeaumere et aultres 
lieux confins envoyèrent devers Grandgousier ambassades. » 
L. I, ch. 47. 

« Nous avons icy, près la Villaumère, un homme et vieux et 
poète, c'est Raminagrobis. » L. III, ch. 21. 

« Laissant la Villaumère et retournant vers Pantagruel par 
le chemin. » L. III, ch. 24. 

Le fief de la Villaumaire relevait du château d'Ussé. Le 
seigneur était en cette qualité maire de la seigneurie de 
Huismes; tel est l'étymologie du nom de ce domaine. 

Bibliographie : Mémoires de la Soc. archéol. de Touraine, 
t. XXXII, p. 414. 

Henry Grimaud. 



84 MÉLANGES. 



NOTES POUR LE COMMENTAIRE. 

I. 

BisouARS. — Les rares lexicographes qui ont inséré 
dans leurs dictionnaires le mot bisouars (Ménage, Roque- 
fort, LaCurne de Sainte-Palaye,etc.) n'ont cité que les deux 
passages de Rabelais où on le trouve {Gargantua, ch. ix; 
Pantagrueline Prognostication, ch. v) et ils' ont renvoyé 
à l'excellente explication que Le Duchat en a donnée 
{Œuvres de Rabelais, t. I, p. 5i, Amsterdam, 1711). Ils 
ont ignoré la forme bi^eards'^ employée par Pierre 
Pomet, marchand épicier et droguiste à Paris, dans son 
Histoire générale des drogues (Paris, 1694, r^ partie, 
p. 284). Parlant de la térébenthine, Pomet s'exprime 
ainsi : 

« Nous vendons ordinairement de trois sortes de téré- 
benthines : sçavoir la térébenthine de Chio, la térébenthine 
du bois de Pilatre^ et la térébenthine de Bourdeaux... 

« La seconde est la térébenthine du bois de Pilatre en 
Forest-*, que nous vendons faussement sous le nom de 
térébenthine de Venise. Cette térébenthine découle pre- 
mièrement, sans incision, des mélèzes, pins et sapins, 
pendant la grande chaleur; et cette térébenthine, ou plutôt 
baume naturel, est appellée des Lyonnois bijon... 

« Pour revenir à nostre prétendue térébenthine de 
Venise, je dirai que lorsque les Bi:{eards, qui sont de 
pauvres gens qui demeurent dans les ,bois de Pilatre, et 

1. D'après M. le professeur Antoine Thomas, bii^eards est proba- 
blement une faute d'impression pour bi\oards. 

2. Du bois de Pilatre, c'est-à-dire de la forêt qui couvre les flancs 
du mont Pilât. 

3. Pilatre en Forest. Pomet place à tort le mont Pilât parmi les 
monts du Fore^ : ils sont séparés par la vallée de la Loire. 



MÉLANGES. 85 



même dans les montagnes, voient que les arbres ne jettent 
plus rien, il les incisent; d'où il en sort une liqueur claire 
comme de l'eau, d'un blanc doré, et qui, en vieillissant, 
s'épaissit et devient d'une couleur de citron. Lorsqu'ils 
ont fait la récolte de la térébenthine, ce qui arrive deux 
fois l'année, sçavoir au printemps et en automne, ils l'ap- 
portent à Lyon dans des tonneaux, ou dans des peaux de 
bouc, vendre aux marchands épiciers, de qui nous l'ache- 
tons. » 

De ce passage, il est permis de conclure que c'est à 
Lyon, en i53i ou i532, que Rabelais fit connaissance avec 
les bisoiiars. 



IL 



« Secondement, par certaines drogues et plantes, les- 
quelles rendent l'homme refroidy, maleficié et impotent à 
génération. L'expérience y est en nymphaea heraclia, ame- 
rine saule, chenevé, periclymenos, tamarix, vitex, mandra- 
gore, ciguë, orchis le petit, la peau d'un hippopotame, et 
aultres... » (L. III, ch. xxxi.) 

Rabelais a pris cette nomenclature de « drogues et 
plantes » antiaphrodisiaques dans V Histoire naturelle 
de Pline (C Plinii Secundi Naturalis Historia). Un cha- 
pitre de cet ouvrage (1. XXVI, ch. x) est consacré aux 
« herbes qui eschauffent ou raffroidissent la personne au 
jeu d'amour » ; mais, comme il ne mentionne que quelques 
« herbes raflfroidissantes », telles que le nénufar, le « petit 
bulbe » de l'orchis, etc. Rabelais a puisé dans ce chapitre 
pour ces deux plantes seulement, et dans le reste de l'ou- 
vrage pour les huit autres drogues. 

Une bonne traduction de Pline a été publiée au xvi^ s. 
sous le titre suivant : L'Histoire du monde de C. Pline 
SECOND, collationnée et corrigée sur plusieurs vieux exem- 
plaires latins^ et enrichie d'annotations en marge^ servans 
à la conférence et déclaration des anciens et modernes 
noms des villes^ régions^ simples et autres termes obscurs 



86 MÉLANGES. 

comprins en icelle. Avec une table fort ample des noms et 
matières... Le tout fait et mis en français par Antoine Du 
PiNKT, seigneur de Noroy (A Lyon, à la Salemandrc, par 
Claude Senneton, i562, 2 vol. in-foL). J'ai tiré de cette tra- 
duction les passages qui précèdent et ceux qui vont 
suivre. 

Nymphéa Heraclia. — C'est le nénufar. Pline en a 
parlé dans les livres XXV et XXVI de son Histoire natu- 
relle. Dans le livre XXV (ch. vu, t. II, p. 3o6), il s'exprime 
ainsi : « Touchant le nenufar, que les Grecz appellent 
nymphœa., il print aussi son nom d'une nymphe ou prin- 
cesse, qui mourut d'une jalousie qu'elle avoit conceuë 
sur le prince Hercules, dont aussi ceste herbe print le 
nom de Heraclium... Quant à ses proprietez, on tient que, 
la prenant en breuvage, on n'a garde d'engendrer, ny de 
satisfaire au jeu d'amour, de douze jours après. » Dans le 
livre XXVI (ch. x, t. II, p. 345), il ajoute : « Une seule 
prinse du nenufar Eraclien raffroidit entièrement la per- 
sonne quarante jours durans, comme desjà nous avons 
dit. Prins en breuvage ou mangé à jeun, il fait perdre les 
songes vénéreïques et pollutions nocturnes. Sa racine, 
appliquée en liniment sur les genitoires, raffroidit non 
seulement la personne, mais aussi elle garde d'engendrer 
le sperme. Aussi dit-on que, pour raison de cela, elle est 
fort bonne h nourrir et entretenir le corps et la voix. » 

Amerine saule. — De VAmerina salix de Pline, qui est 
le saule d'Amérie (petite ville d'Italie, appelée de nos 
jours Amelia^), tous les éditeurs de Rabelais ont fait deux 
plantes distinctes, grâce à une malencontreuse virgule 
qu'ils ont introduite entre amerine et saule. Godefroy a 
donné les mots Amerin et Amerine, sans en connaître le 
sens, dans le « complément » de son Dictionnaire de Van- 
cienne langue française. Ne se doutant pas (\Vi' Amerine 

I. Du Pinet (Pline, t. I, p. 612) a traduit Amerince salices par 
« saulx d'Almeria », confondant la ville espagnole d'Almeria avec 
la ville italienne d'Amelia. 



MÉLANGES. 87 



est le féminin de l'adjectif Amerin^ il en a fait un substan- 
tif féminin, signifiant : « herbe amère » ; cependant les trois 
citations qu'il publie se rapportent au « saul ou osier 
Amerin » et à la « saule Amerine >). Parmi les commenta- 
teurs de Rabelais, le D"" Félix Brémond est probablement 
le seul qui ait identifié cette plante avec VAmerina salix, 
dans son Rabelais médecin [Le Tiers Livre^ Paris, Maloine, 

I9OI, p. 125). 

Virgile a chanté l'osier d'Amérie dans le vers suivant 
de ses Géorgiques : 

Atqite Amerina parant lentce retinacula viti. 

Saule était féminin dans l'ancien français ; il l'est encore 
de nos jours dans le patois du pays messin. 

« Les fueilles de saulx, dit Pline (t. II, p. 269), broyées 
et prinses en breuvage, raffroidissent ceux qui sont trop 
eschaufîez au mestier de l'amour : mesmes qui les conti- 
nueroit par trop, elles rendroyent la personne du tout 
froide et inhabile à ce mestier. » 

Chenevé. — C'est la graine du chanvre, appelée de nos 
jours chenevis. D'après Pline (t. II, p. i5o), « on tient que 
la graine du chanvre fait entièrement perdre le sperme 
aux hommes ». 

Periclymenos. — Pline a décrit deux plantes : le cly- 
menus{\. XXV, ch.vii) et le pericljrmenos (1. XXVII, ch.xii), 
qui toutes deux ont été identifiées avec le chèvrefeuille. 
C'est au clymemis qu'il attribue des propriétés antiaphro- 
disiaques. « Le clymenus, dit-il (t. II, p. 3o5), porte le nom 
du roy Clymenos son inventeur. Ceste herbe a les fueilles 
retirans à celles de lyerre et est fort branchuë... Si ceste 
herbe proffite d'un costé, elle nuyt de l'autre, la prenant 
en breuvage; car mesmes elle esteint la semence génitale 
aux hommes et les rend stériles. Au reste, les Grecz des- 
crivent autrement le clymenus... Quoyque ce soit, le jus 
de ceste herbe est singulier à réfrigérer. » 

Tamarix. — « On dit que incorporant les cendres du 



88 MÉLANGES. 

lamarisc en pissai d'un beuf chasirO, ci les prcnani par la 
bouche, en quelque sorie que ce soii, elles reffroidiront 
entièrement la personne pour le regard du jeu d'amour. » 
(Pline, t. II, p. 271.) Il s'agit du tamaris. 

ViTEx. — Cette plante a été identitiée avec l'agnus- 
castus. « Quant à agnus castus, dit Pline (t. II, p. 26g), il 
retire fort au franc ozier, mesmes en son fueillage, hors- 
mis qu'il a une odeur plus souëfve. Les Grecz l'appellent 
lygos et agftos, c'est-à-dire chaste et monde \ pource que 
les dames d'Athènes se servoyent d'agnus castus, en lieu 
de paillasses et matras, durans les festes de la déesse 
Cérès, dictes thesmophoria., pour se raffroidir et oster 
tout l'appétit de faire l'amour... Le parfum d'agnus castus 
raffroidist la personne au jeu d'amour : aussi est-il fort 
bon aux pointures des araignes phalanges^ qui eschautfent 
la personne à ce jeu. » 

Mandragore. — Dans le livre XXV de Pline (t. II, 
p. 320), les propriétés de la mandragore sont exposées 
immédiatement avant celles de la cigué ; mais seule, la 
ciguë est donnée comme antiaphrodisiaque. UHortus 
sanitatis, translaté de latin en fançois (Paris, Anthoine 
Verard, vers i5oo, v^ partie, fol. cxxxix r»), dit que « plu- 
sieurs donnent à manger la racine de mandragore pour 
attirer la personne à leur amour ». 

Ciguë. — « Anaxilaiis, d'après Pline (t. II, p. 322), dit 
que si une fille, avant qu'avoir cognoissance d'homme, 
s'enduyt les mammelles de jus de ciguë, elles ne crois- 
tront point, ains demeureront en l'estre qu'elles sont. Que 
si cela est vray, ajoute-t-il, je tienz qu'il n'y a chose meil- 
leure à faire perdre le laict aux nouvelles accouchées, 



1. Lygos (Wyoç) est le nom grec de l'osier et de l'agnus castus. 
Agnos, adjectif (âyvoç), signifie : pur, saint, sacré; substantif (oÎyvoç), 
il est l'agnus castus. Donc, les mots chaste et monde se rapportent 
à agnos seulement, et non à Jygos et agnos, comme on pourrait le 
croire à première lecture. 

2. Phalange, du grec fccltxy^io-^, tarentule. 



MÉLANGES. 89 



l'appliquant sur les mammelles, ny qui serve plus à 
esteindre la semence génitale aux jeunes enfans appro- 
chans de quatorze ans, si on leur en frotte lesgénitoires. » 

Orchis le petit. — Pline (t. II, p. 345) a décrit plu- 
sieurs espèces d^orchis, qui toutes ont des vertus plus 
merveilleuses les unes que les autres, La première, que 
Du Pinet appelle testiculus canis^ « a pour racines deux 
petiz bulbes faitz à mode de génitoires, dont le plus gros, 
ou le plus dur, selon aucuns, prins en eau, excite les per- 
sonnes au jeu d'amours. Au contraire, celuy qui est le 
moindre (c'est Vorchis le petit de Rabelais), ou le plus 
flacque, sert à raffroidir, le prenant en laict de chèvre ». 
La seconde est le satyj-ion, qui « sert particulièrement à 
eschauffer au jeu d'amour. On en trouve de deux espèces, 
La racine du premier satyrion, prinse en laict de brebis 
nourrie en la metayrie, fait dresser la verge; au contraire, 
la prenant en eau, elle fait desaresser,., » 

La peau d'un hippopotame, — Pline a parlé à deux 
reprises de la vertu antiaphrodisiaque de « la peau d'un 
hippopotame », Et d'abord dans le livre XXVIII de son 
Histoire naturelle (t. II, p. 41 1) : « La peau du costé gauche 
du front de cet animal, dit-il, appliquée aux aynes, raffroi- 
dit la personne au jeu d'amour, » Puis dans le livre XXXII 
(t, II, p, 555) : « On dit que portant sur soy un echeneïs 
(poisson appelé rémora)^ ou de la peau du costé gauche 
du front d'un cheval aquatique (hippopotame), enveloppée 
en un linge, cela raffroidira Fhomme et le rendra inutile 
au jeu d'amour. Autant en fait le fiel arraché d'une tor- 
pille vive, frottant d'iceluy les génitoires de l'homme, » 

Rabelais aurait pu allonger sa liste de drogues et plantes 
refroidissantes, car Pline en indique bien d'autres : le 
cresson, le pourpier sauvage, le sang des tiques prises sur 
un bœuf noir, la crotte de souris, la raclure d'écaillé de 
tortue, une lame de plomb appliquée sur les reins, etc, 

Dr Paul DoRVEAUx. 



pO MELANGES. 



BALLETS TIRES DE RABELAIS 
AU XVII« SIÈCLE. 

La vogue du roman rabelaisien, au xvii<: siècle, s'est fait 
sentir d'une assez curieuse façon dans les ballets et mas- 
carades de l'époque. Certes, les fantaisistes et truculents 
héros des cinq livres semblent créés tout exprès pour ser- 
vir de personnages comiques; mais la liberté de leurs 
gestes et de leurs propos aurait dû, semble-t-il, leur fer- 
mer les salons de la belle société, même en carnaval. 
Heureusement il n'en fut rien, et nous pouvons retrouver 
dans les divertissements du règne de Louis XIII, impri- 
més ou manuscrits, un écho nullement affaibli delà verve 
gauloise du grand Tourangeau. 

Une des plus piquantes de ces mascarades, restée, 
croyons-nous, inédite*, avait été composée pour le jeune 
fils du comte de Cheverny. Ce ballet de la Naissance de 
Pantagruel fut dansé à Blois pendant le carnaval de 1626, 
par « Monsieur d'Esclemont et autres gentilshommes^ ». 
Pantagruel enfant récitait ces vers, assez risqués dans la 
bouche d'un garçonnet de neuf ans : 

Un chacun se rit et se gausse 

De me voir grand comme un colosse ; 

Mais telle rit à haute vois, 

Voyant ma taille et ma figure, 

Qui voudroit bien porter neuf mois 

Un pareill monstre de nature. 

1. Bibl. nat., ms. fr. 12491, p. 117. Nous devons la connaissance 
de ce document à l'obligeance de M. Léo Desaivre. 

2. Henri Hurault, seigneur d'Esclemont depuis la mort de son 
frère Marc Antoine (i625), était alors âgé de neuf ans (Anselme, 
t. VII, p. 509). 



MELANGES. 9I 



Sa nourrice répliquait : 

Mon laict est si doux et si gras 
Qu'on l'ayme mieux que l'hypocras 
Et que les bons vins dje Ruelle. 
C'est mon laict qui faict engraisser 
Souvent le bout de ma mamelle 
1, 

Panurge, à son tour, chantait : 

Je veux espouser une belle 

Quoy que j'ay peu d'argent pour elle ; 

Mais je suis clairvoyant et fin, 

Et dit on pas en vieil langage 

Que pour entrer en mariage 

C'est assez d'avoir bon engin? 

Frère Jean des Entomneurs s'excusait de prendre part 
à la danse : 

C'est nouveauté dans un balet 
De voir dancer un frère layc. 
On ne soufriroit pas à Romme 
Un frère qui fust si joyeux; 
Mais c'est la raison que je chomme 
En France la feste de Gouvieux^, 

Enfin, la sibylle de Panzoust sollicitait l'indulgence des 
spectateurs : 

Par les secrets de ma doctrine, 
Ce que je veux je le devine, 
Et pour monstrer que je sçay bien 
Ce qu'on juge de nostre dance, 

1. Le sixième vers ne figure pas sur le manuscrit. 

2. Il s'agit sans doute de Gouvieux, près Chantilly. Dans le ballet 
des Improvistes, en i636, quatre bergers et quatre bergères de la 
fête à Gouvieux « viennent renouveler en ce lieu leur réjouis- 
sance... )) (Lacroix, Ballets et mascarades de cour, Turin (Paris), 
1868, 6 vol. in-i2, t. V, p. i58.) 



92 MÉLANGES. 

Tel croid icy qu'on l'ofTence 

Qui se trompe et qui n'en sçait rien. 

Les vers du ballet des Quolibets, dansé au Louvre et à 
rHôiel-de-Ville par Monseigneur frère du roi le 4 janvier 
1627, valent un peu mieux, mais ne témoignent pas d'une 
bien grande connaissance de Rabelais chez leur auteur, le 
poète Sigongnes'. Ce n'est pas un lecteur assidu de Gar- 
gantua et de Pantagruel qui a mis en scène des person- 
nages épisodiques comme maître Antitiis des Cresson- 
nières, « licentié en toute lourderie », ou le capitaine 
Riflandouille, ce vaillant « coroncl de la nauf Brindière », 
et surtout maître Mouche et Guillot le Songeur, moins 
caractéristiques encore, car ils n'appartiennent pas exclusi- 
vement à Rabelais. Tous parlent un langage précieux fort 
éloigné de la belle franchise pantagruéline. Écoutez plu- 
tôt maître Antitus : 

Souvent auprès des cressonnières 
Où les bergères vont chanter, 
Je prens de belles prisonnières 
Qui se plaisent à me tenter. 

Sur les prés et dans les fougères 
Nous nous divertissons le jour, 
Et sous les voûtes boccagères 
Nous sacrifions à l'amour. 

Sans connoistre les artifices 
Dont se servent tous les amants, 
Elles trouvent dans mes services 
Leurs petits divertissements. 

Belles dames, je vous conjure, 
Fiez-vous à maistre Antitus, 
Je suis la vertu des vertus 2. 



1. Le Balet des Quolibets... composé par le sieur de Sigongnes. 
Paris, A. Courbé et A. de Sommaville, 1627, in-8°, i(3 p. [Bibl. nat., 
Yf. 4646 Réserve]. Réimprimé par Lacroix, lac. cit., t. III, p. 227. 

2. Il doit manquer un vers. 



MÉLANGES. g3 



Le ballet des Andouilles\ en dépit de son étiquette allé- 
chante, ne se rapproche pas davantage de l'épisode du 
lye livre. Et pourtant, Paul Lacroix, rédacteur du cata- 
logue Soleinne^, n'hésite pas à y reconnaître « un épisode 
du roman de Rabelais ». Nous aimerions à savoir dans 
quel passage de Pantagruel le savant bibliophile Jacob a 
découvert le sieur de la Nigaudière, gentilhomme de vil- 
lage, à qui chacun apporte « en guise de Momon^ » un 
objet que l'équivoque indique suffisamment. Voici les 
vers les plus aisés à citer : 

Pour un mignon de couchette. 

Je hay la guerre et les excès, 
Je fuy les debatz et procez, 
J'ayme les voluptez plus douces, 
Et telle ne se vante pas 
D'une andouille de douze pouces 
Que je luy donne à son repas. 

Mais voici le ballet des Pantagrué listes^, entièrement 
tiré du Tiers Livre, qui fait défiler, devant Panurge et le 
digne héritier de Gargantua, Rondibilis, HerTrippa, Tri- 
boulet et, concession très excusable au sexe aimable, deux 
sibylles de Panzoust. 

Panurge expose ses doutes et annonce qu'il va consul- 

1. Le Balet des Andouilles porté en guise de Momon. S. 1., 1628. 
In-8°, 12 p. Réimprimé par Lacroix, loc. cit., t. IV, p. 55. 

2. Catalogue de la bibliothèque dramatique de M. Soleinne. 

3. Pendant le carnaval, les masques pénétraient dans les réunions 
ou les bals, et, sans mot dire, déposaient sur les tables des menus 
cadeaux pour les dames. Puis ils choisissaient un partenaire et 
jetaient les dés, car le « momon » était un enjeu à gagner. Cf. Bou- 
chet, Serée IV. 

4. Vers du ballet des Pantagruélistes. S. 1. n. d. In-4'', 4 p. 
[Bibl. nat., Yf. i85o Réserve]. Réimprimé par Lacroix, loc. cit., 
t. IV, p. 299. Le genre d'impression nous l'a fait placer, sans aucune 
preuve, avant le ballet suivant (i638). Un autre ballet, sans date, 
mais de la même époque : Boutades ou les folies de Caresme Pre- 
nant, n'a nullement rapport à Rabelais [Bibl. nat., Yf. Réserve 
1877]- 



94 MÉLANGES. 

ter ses amis. Pantagruel donne son avis, puis vient le tour 
de Rondibilis : 

Si tu te veux mettre à la danse 

Du nombre infini des cocus, 
Espouse une beauté qui gaigne force escus, 
Et tes cornes seront des cornes d'abondance. 

Her Trippa n'est pas plus rassurant : 

Panurge, gare à l'hyménée ! 
Au livre de ta destinée 
J'ay leu que tu seras cocu. 
Pour esviter ceste infortune, 
Vis comme ton père a vescu 
Et laisse au Grand Seigneur porter la demy lune. 

Triboulet conseille également la prudence, et les sibylles 
de Panzoust prédisent un avenir fâcheux. Mais Panurge, 
plus philosophe que dans le roman, se décide à sauter 
le pas : 

Puisqu'il faut que ma seigneurie 

Soit de la grande confrairie, 

Pour le moins j'ay ce reconfort 
D'avoir autant preste que l'on me sçauroit rendre. 
Arrive que pourra, je n'yray pas me pendre, 
Car pour porter mon bois, j'ay le front assez fort. 

Nous ignorons dans quelle société ce ballet fut repré- 
senté. Mais un divertissement sur le même sujet fut dansé 
à Paris, le i6 février i638, jour de mardi gras, par les pre- 
miers gentilshommes du temps, M. de Chabot faisait Pan- 
tagruel et « la maîtresse délaissée de Panurge », le comte 
de Roussillon, Panurge et Triboulet, le marquis d'Isigny, 
Rondibilis et Naz de Cabre, « qui parloir par signes », 
de Lionne, la Sibylle de Panzoult, le marquis de Saint- 
Chaumont, Trouillogan et le juge Bridoye, le sieur Jor- 
dain, Raminagrobis, sans parler des rôles accessoires^. 

I. La Bouffonerie rabeléisque, dansée à Paris le i6 février i638. 



MÉLANGES. qS 



Le dénouement est au moins original. Panurge, cons- 
terné de ne recevoir que des prédictions défavorables, a 
recours à Bridoye. Le juge se met en devoir de vider la 
difficulté par le sort, et trouve deux cornichons à la place 
des dés qui devaient sortir du cornet. 

Cependant si l'auteur fait preuve d'un peu plus d'imagi- 
nation que ses devanciers, ses vers ne sont ni meilleurs 
ni pires que les leurs. Naz de Cabre s'exprime ainsi : 

Peut-être n'entendez vous rien 
Aux signes que je fais pour leur extravagance; 
Il en est toutefois dans l'amoureux silence 

Que vous entendez bien. 

Raminagrobis, en poète extravagant du Pont-Neuf, 
tourne ce compliment aux dames : 

Lorsque j'ay la plume à la main, 
Mon art hétéroclite incagne Neufgermain ; 

Je sçay faire des vers en prose, 
Ce qu'on chante au Pont Neuf est tout de ma façon. 
Mais je ne fais jamais de si belle chanson 

Que ; « Dieu vous gard' la Rose ». 

Cette épineuse question du mariage, qui mettait la puce 
à l'oreille de Panurge, sert encore de thème au ballet de 
V Oracle de la Sibile de Pan:{oust\ dansé au Palais-Royal 
et à l'hôtel du Luxembourg en 1645. Mais l'auteur en a 



jour de mardi gras. Paris, i638, in-4'' [Bibl. nat., Yf. 1874. Réimprimé 
par Lacroix, loc. cit., t. V, p. 170]. Dans le ballet des Triomphes, 
dansé par le roi au Louvre les 18 et 20 février i635 (Paris, chez 
Robert Sara, i635. In-4°, 12 p. Réimprimé par Lacroix, t. V, p. 48), 
le duc d'Angoulême représentait le prince Alcofribas. Le nom seul 
rappelle Rabelais. 

I. Balet de l'oracle de la sibylle de Pan^oust, Paris, J. Bessin, 
1645, in-4"', 22 p. [Bibl. nat., Yf. 83o. Réimprimé par Lacroix, t. VI, 
p. 3og.] Il existe également un Balet de la vénérable sibille de Pan- 
^oust de Rabelais. S. 1. n. d. In-4° [Bibl. nat., Yf. 1564], mais j'en 
ignore le contenu. La pièce ne s'est pas retrouvée sur rayons à la 
bibliothèque. Enfin Bernier cite un ballet du Mariage de Panurge. 



gÔ MÉLANGES. 



pris h son aise avec son modèle. Par égard pour Rabelais, 
nous abrogerons les citations et nous nous contenterons 
de noter les entrées où figurent des personnages de Pan- 
tagruel : 

« I. Un maréchal des logis et trois fourriers viennent 
marquer les logis de Panurge et de sa suite. — II. La 
sybille de Panzoult, suivie de deux magiciennes nom- 
mées Armide et Urgande la decognue. — IV. Panurge 
avec deux de ses compagnons consultant les docteurs s'il 
se doit marier ou non. — V. Les docteurs Esope, Cujas 
et Gallien consultans pour Panurge... — X. Le roy 
Anarche, sur une brouette, assis dessus un tonneau, suivi 
des siens. » 

La seule originalité de cette assez plate mascarade, c'est 
que Rabelais en personne sert d'introducteur h ses per- 
sonnages, et consulte la sibylle sur le succès du ballet : 



Je viens consulter la sorcière 
Pour savoir, touchant ce balet 
Dont on prit chez moy la matière, 
S'il doit estre agréable ou laid. 

L'oracle répond : 

Il n'est pas juste qu'il se flate 
De l'espoir de donner plaisir. 
On l'entreprit irop à la haste, 
On le dance trop à loisir. 

Le livret nous a conservé le nom du danseur qui faisait 
Rabelais. C'était le sieur de Verpré. Nous ne saurions 
mieux faire que de clôturer par un aussi illustre person- 
nage. cette rapide revue des ballets rabelaisiens. 

Certes, nous n'espérons pas avoir donné un relevé défi- 
nitif. Notre enquête, entreprise un peu à l'aventure et 
sans but réglé, n'a pas la prétention d'être complète. Elle 
nous fait cependant connaître de 1626 à 1645 une dizaine 
de ballets plus ou moins inspirés de maître Alcofribas. 



MELANGES. 97 



C'est beaucoup pour un premier inventaire. En faisant 
des recherches plus minutieuses et en les poussant au delà 
de 1645, nous croyons qu'on pourrait allonger la liste. 
Mais c'est dans la période où nous nous sommes can- 
tonnés que la récolte doit être la plus abondante. Sous 
Louis XIV, l'étiquette et la pruderie changeront le ton des 
divertissements à la cour comme à la ville'. Le bon goût 
y gagnera peut-être. La popularité des héros de Rabelais 
y perdra. 

Et puisque l'occasion s'en présente, faisons remarquer 
combien cette première moitié du xvii^ siècle fut favo- 
rable à Rabelais. Il est lu dans la meilleure société, ses 
personnages sont de toutes les fêtes, les conteurs s'ins- 
pirent de sa verve comique, les érudits le commentent 
avec passion. Il semble que le génie du grand Touran- 
geau, pour briller de tout son éclat, ait eu besoin d'un 
demi-siècle de recul. Il ne serait même pas tout à fait 
improbable que cette gloire posthume ait égalé, sinon sur- 
passé, celle qu'il connut de son vivant. Le tribut d'éloges, 
dans tous les cas, fut certainement considérable et uni- 
versel. 

H.-E. Clouzot. 

I. Dans sa comédie des Véritables prétieuses (1660), Somaize, 
cherchant un sujet comique pour son poète extravagant, ne trouve 
rien de mieux que les Nopces de Pantagi-iiel. Les vers qu'il lui fait 
débiter sont d"un burlesque achevé : « Ah! dit Pantagruel, 

... Ah! je tiens que l'amour, ce frétillant nabot, 
Drisle dedans mon cœur comme les pois en pot; 
Il virvolte, il se tourne, il y fait la patrouille, 
Sautille comme en l'eau feroit une grenouille. » 



REV. DES ET. RABELAISIENNES. V. 



gS MÉLANGES. 



« AVOIR LA PUSSE EN L'OREILLE. » 

Le chap. vu du Tiers Livre de Pantagruel est intitulé : 
Comment Panurge avait la pusse en l'oreille et désista 
porter sa magnifique braguette. Dans le cours du cha- 
pitre, Rabelais nous explique que Panurge, après s'être 
fait percer l'oreille « à la judaïque..., y attacha un petit 
anneau d'or ou caston duquel estoit une pusse enchâssée ». 
Puis il se vêtit de bureau et attacha des lunettes à son 
bonnet. Pantagruel lui demanda « que pretendoit ceste 
nouvelle prosopopée. — J'ay, respondit Panurge, la pusse 
en l'oreille, je me veux marier ». — A la fin du chap. xxxi, 
Rabelais fait une nouvelle allusion au même proverbe. 
Après le premier discours de Rondibilis, qui conclut à 
l'utilité du mariage, Panurge s'écrie : « Durant vostre 
docte discours, ceste pusse que j'ai en l'oreille- m'a plus 
chatouillé que ne fit oncques. » Les commentateurs n'ex- 
pliquent généralement pas ce proverbe, sous prétexte sans 
doute qu'étant encore en usage, il ne présente pas de 
difficultés. Ceux qui l'expliquent, comme par exemple 
Régis \ lui donnent le sens moderne de : avoir quelque 
souci, — craindre quelque chose. Parmi les diction- 
naires anciens, Estienne, Cotgrave et Nicot omettent 
le proverbe. L'Académie en 1694 donne comme explica- 
tion : être inquiet touchant le succès de quelque affaire. 



1. L'explication de Régis est ingénieuse. « La puce que Panurge a 
en l'oreille, dit-il en substance, n'est autre que sa peur de partir 
en guerre et son désir d'en être exempté par application de la loi 
mosaïque » (ch. vi). — On verra que la solution est plus simple. 
L'explication de Régis a le tort : 1° de ne pas expliquer l'allusion à 
la puce au chap. xxxi; 2" de ne pas s'accorder avec le caractère de 
Panurge, qui n'est pas encore au 111° livre ce qu'il sera plus tard. 
Panurge déclare d'ailleurs à frère Jean qu'il est prêt à suivre Pan- 
tagruel partout. 



MELANGES. 99 



Furetière, Richelet, le Dictionnaire de Trévoux sont 
d'accord avec l'Académie, mais ajoutent un exemple de 
Racan sur lequel j^aurai à revenir. Dans les dictionnaires 
modernes, on chercherait vainement une autre traduction 
de notre proverbe. Leroux de Lincy lui-même s'en rap- 
porte, pour l'explication qu'il en donne, à l'autorité du 
Dictionnaire de l'Académie de 1694. 

Si l'on regarde de près, on verra que cette explication 
est insuffisante. Panurge, après le discours optimiste de 
Rondibilis, au moment même où il a le plus de confiance 
dans son bonheur futur, sent la puce qu'il a en l'oreille le 
chatouiller plus fort encore que de coutume. Il n'a en ce 
moment aucune raison d'être inquiet. En tout cas, son 
inquiétude^ si l'on tient à employer le mot, est d'une 
espèce toute particulière. Elle n'est qu'un très vif désir de 
prendre femme, comme Rondibilis le lui conseille. Admet- 
tons donc pour un instant que « la pusse en l'oreille » 
soit le symbole d'un désir amoureux, et transportons 
cette explication dans le chap. vn. Celui-ci s'éclaire tout 
à coup. 

Pour un souci ou une crainte quelconque, Panurge 
n'aurait peut-être pas revêtu sa nouvelle prosopopée. 
Mais si, comme nous le supposons, « avoir un désir d'a- 
mour » et « avoir la pusse en l'oreille » sont synonymes, 
on comprend la nécessité et l'importance d'un détail de 
toilette aussi symbolique que « le petit anneau d'or au cas- 
ton duquel estoit une pusse enchâssée ». De plus, quand 
Panurge répond à la question de Pantagruel, on com- 
prend le lien étroit qui relie les deux membres de sa 
réponse. « J'ai quelque souci, je me veux marier « pré- 
sente un sens assez plat. « Je sens les poignants aiguil- 
lons de la sensualité », « je me veux marier » est au moins 
plus logique. 

Or, des exemples assez nombreux permettent de tra- 
duire notre proverbe comme je viens de le faire. Dans 
aucun d'eux l'interprétation habituelle d'avoir la puce à 
l'oreille ne suffit à comprendre le passage. Il est évident 



100 MÉLANGES. 

que le sens du proverbe s'était spécialisé au moyen âge. Il 
ne signifie souvent qu' « avoir un désir d'amour ». 

Jean de Condé léd. Schcler, 1866, t. II, p. 9, v. 224-25) : 
La jeune épouse d'un vieux mari écoule les pernicieux 
conseils d'une « damoiselle ». Celle-ci lui conseille de 
prendre comme ami 

Un preu et vaillant bacheler. 

La dame s'en défend, mais « por cose [qu'elle] desist » : 

Ne laissa que ne li mesist 
Pluisiours fois la puche en l'oreille. 

Jean de Garencières, dans un poème donné par M. Pia- 
get [Romania., t. XXII, p. 474, n" 11) : 

Et ce n'est mie [grant] merveille 
Belle, bonne, blanche et vermeille 
Que mon cœur souvent me conseille 
D'estre de vous bien amoureux. 



J'ay pour vous la puce en l'oreille 
Qui ne veult point que je sommeille, 
Ains à toute heure me desveille 
Et me fait penser aux beaulx yeux 
Que je vous vy soubz une treille... 

Charles d'Orléans (éd. Ch. d'Héricault-Lemerre, 1874, 
t. II. p. 5) : 

Ce May, qu'amours pas ne sommeille 
Mais fait amans esliesser 
De riens ne me doy soussier 
Car pas n'ay la pusse en l'oreille 



Quant je me dors, point ne mesveille. 
Pource que je n'ay à quoi penser. 

Le Mystère du Vieil Testament [éd. James de Rotschild, 



MELANGES. 



Paris, Firmin-Didot, 1882, t. IV, p. 178, v. 3i i25 et suiv.). 
David parle de son amour pour Bersabée : 

Mais j'ay tant la puce en l'oreille 
De ceste femme icy présente 
Qu'il faut que mon esprit contente. 
Et que je la tienne acollee 
Entre mes bras. 

On comprend alors ce que veut dire Guillaume Crestin 
[Poésies, p. 79, cité par Littré) : 

Dames qui ont tant la puce en l'oreille 
Qu'il ne les fault appeler n'esveiller. 

Racan (cité par le Dict. de Trévoux) songeait sans doute 
à l'ancien sens du proverbe quand il fait dire à une 
femme : 

Toute la nnhj'ai la puce à l'oreille, 
Mon mari dort cependant que je veille. 

Peut-être enfin le proverbe : « Puce à l'oreille l'homme 
réveille » cité par Leroux de Lincy (t. I, p. 198) n'a-t-il 
pas d'autre sens. 

Je crois que, parallèlement à ces exemples, on en trou- 
verait d'autres où le proverbe qui nous occupe a déjà, 
dans des temps relativement anciens, le sens moderne 
« d'avoir du souci ou de la crainte ». Il est remarquable, 
en eflfet, que dans Jean de Garencières, Charles d'Or- 
léans, Crestin et Racan l'idée d'insomnie ou d'inquiétude 
est étroitement liée à celle du désir d'amour. Jusqu'au 
xvii« siècle, on ne savait pas toujours distinguer. Il est 
probable cependant qu' « avoir la puce à l'oreille » avait à 
peu près perdu dès lors son sens spécial « d'avoir un désir 
amoureux ». Il convient, à mon avis, de le lui rendre 
dans l'explication des passages du Tiers Livre rapportés 
plus haut. 

J. Barat. 



102 MÉLANGF.S. 



DEUX VOCABLES RABELAISIENS 
AVANT RABELAIS. 

En étudiant ici même^ Ce que le Vocabulaire du fran- 
çais littéraire doit à Rabelais^ M. Paul Barbier a établi 
que Rabelais pouvait, « jusqu'à nouvel ordre », réclamer 
la paternité de 680 mots. 

Poursuivant de mon côté la préparation d'un Vocabu- 
laire français du XVI"^ siècle, j'ai eu la bonne fortune de 
rencontrer, pour deux de ces 680 vocables, un exemple 
qui en fait remonter l'emploi aux toutes premières années 
du xvi^ siècle. 

Le fécond écrivain ascétique que fut François Le Roy^, 
religieux de Fontevrault, fit imprimer en i5oi, chez 
Simon Vostre, Le Livre de la Femme Forte, commentaire 
du chapitre xxxi des Proverbes. J'en ai sous les yeux les 
deux éditions sans date, publiées l'une par Philippe 
Pigouchet, dont la marque est au dernier feuillet, et 
l'autre par Jean Petit, qui mit sa marque sur le titre. Or, 
au feuillet q8 de l'édition Pigouchet, correspondant au 
verso du feuillet z5 de l'édition J. Petit, nous lisons : 

« Mais len pourroit demander se la personne qui a 
perdu sa virginité par mauluaix consentement intérieur 
sans estre corrompue exterioremetit assavouoir selle aira 
laureole. » 

Je n'oserais affirmer que Rabelais ait feuilleté le livre 
de Le Roy : la langue lui en eût pourtant paru savou- 
reuse; mais il a, à coup sûr, lu et relu Le Guidon en fran- 
çais soit dans les éditions lyonnaises de 1478, 1480 et i5o3, 
soit dans l'édition parisienne de 1514. Au reste, Le Guidon 

1. Revue des Etudes rabelaisiennes, t. III. 

2. Voir Brunet, t. III, c. 1120. 



MÉLANGES. Io3 



n'a pas été dépouillé par les lexicographes, et je relève dans 
l'édition parisienne de i534 les mots : callosité, déperdi- 
tion, emputation, indication, oculiste, pulvériser, transpi- 
rer, vejitricule, que le Dictionnaire général fait remonter 
à Paré. On y trouve aussi emender, expurger, infiltration, 
restrictif, transpiration et virtuel bien avant l'époque à 
laquelle les attribue le Dictionnaire général. 

Mais, pour en revenir à Rabelais, s'il n'a pas pris dans 
Le Guidon artificiellement et stupide, dont M. Barbier a 
cité des exemples du xv^ siècle, il venait de lire, tout au 
début du Guidon (éd. i534, fol. 3) : « Cirurgie... meut les 
hommes... par inscisions, adustions et articulations des 
os », quand il écrivit, au chapitre xx du Tiers Livre : 
« Adoncques Nazdecabre eleua en l'aër la main dextre 
toute ouuerte, puys mist le poulce d'icelle iusques à la 
première articulation entre la tierce ioincture du maistre 
doigt et du doigt médical. » 

Extérieurement et articulation étaient donc employés 
avant Rabelais, et il est assez probable que quelques-uns 
des 678 autres mots seront lus en des textes antérieurs par 
quelque chercheur plus patient et mieux outillé que 

Hugues Vaganay. 



104 MÉLANGKS. 

UN NOUVEL EXEMPLAIRE 
DU TESTAMENT DE CUSPIDIUS. 

Un des membres de la Société des Etudes rabelaisiemies 
vient de se rendre acquéreur d'un exemplaire du Testa- 
ment de Cuspidius publié par Rabelais chez Gryphe en 
i532. 

Cet exemplaire est le second qui ait été signalé, puisque 
celui que possède la Bibliothèque nationale a toujours, 
jusqu'ici, été considéré comme unique*. 

M. Heulhard^ a parfaitement décrit et réédité cet opus- 
cule apocryphe. Il nous suffit donc de signaler que ce 
second spécimen est fortement mouillé, porte deux notes 
manuscrites sans intérêt, mesure 178X122 (presque non 
rogné), et fait partie d'un recueil factice anciennement 
composé et comprenant : Andriae Alciati iureconsulti^ 
de quitiq^ pedum proscriptione, lib. /, De magistratibiis^ 
civilibusq\ et militaribus officiis, lib. I (Gryphius, i53o). 
— Liicii Cuspidiitestamentwn... (Gryphius, i532). — Mal- 
larii epistola nmsariim graecariim apologetica ad Eras- 
mum (i53o). 

Les recueils factices de cette époque étant souvent cons- 
titués des mêmes éléments, il ne serait peut-être pas inu- 
tile de rechercher dans nos grandes bibliothèques si 
d'autres exemplaires du traité d'Alciat ne seraient pas 
reliés avec le Testament de Cuspidius. 

Nous donnons d'autre part le fac-similé, réduit aux deux 
tiers, du titre et du verso du titre de notre exemplaire^. 

1. Plan, Bibliographie rabelaisienne. 

2. A. Heulhard, Rabelais légiste, Paris, Dupret, 1877. 

3. Les clichés que reproduit la planche ci-contre nous ont été 
obligeamment prêtés par M. L.-J. Symes, libraire à Paris. 



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MÉLANGES. I05 



LES PLUS ANCIENNES MENTIONS 
DU GARGANTUA ET DU PANTAGRUEL. 

Voici deux nouvelles mentions, parmi les plus anciennes, 
à ajouter à celles qui ont été déjà indiquées dans nos articles 
de la Revue (t. III, p. 216 et 327). L'une se rencontre dans 
le Triomphe de très haulte et puissante dame Verolle, 
royne du puy d'Amours, nouvellement composé par l'In- 
venteur des menus plaisirs hoitnestes, iS3g. Lyon, Fran- 
çois Juste. On trouve dans la préface cette allusion : « Je 
sçay que lesditz veroUez très précieux, comme ditmaistre 
Alcofribas Nasier en ses pantagruelines hystoires, entre 
eulx de tel guerre [genre) de parler se plaisent et font 
feste'. » 

L'autre figure dans les Joyeux devis de Bonaventure 
des Périers, Nouvelle V, in fine : « Etpuis vous avez mille 
faveurs, mille avantage à cause d'elle. Pantagruel le dit 
bien ; mais je ne veux pas en débatre les raisons d'une part 
et d'autre, je vous en laisse le pensement à vostre loisir; 
puis vous m'en sçaurez à dire. » Ce passage fait allusion 
au livre III, ch, xxviii. Frère Jean dit à Panurge : « Si tu 
es coquu, ergo ta femme sera belle, ergo tu seras bien 
traité d'elle, ergo tu auras des amis beaucoup, ergo tu 
seras sauvé. » Le Tiers Livre parut en 1546, c'est-à-dire 
deux ans après la mort de des Périers, dont les Nouvelles 
récréations et joyeux devis furent publiés seulement en 
i558. L'allusion n'a pu donc être faite par le conteur lui- 
même. 

A. L. 

I. On trouvera ce texte dans le Recueil de poésies françaises 
d'A. de Montaiglon, p. 229. — P. 228, je relève cette phrase : « S'il 
survient quelque autre chose soit de l'Afrique, qui produit tousjours 
quelque nouveaulté, ou soit d'ailleurs », qui rappelle deux allusions 
analogues de Rabelais. 



COMPTE-RENDU. 



Henri Hauser. Les sources de l'histoire de Frajice : 
XVP siècle. I : Les premières guerres d'Italie. Char- 
les VIII et Louis XII (I4g4-i5i5). Paris, Picard, 1906. 
In-8°, XX- 197 pages. 

Tous ceux qui s'intéressent au xvie siècle, à un titre quel- 
conque, souhaitaient depuis longtemps la publication d'un 
répertoire critique des sources de l'histoire de France pendant 
cette période, M. Henri Hauser, continuant l'œuvre d'Aug. 
Molinier pour le moyen âge, vient de combler cette lacune. 
Le premier fascicule, embrassant les premières guerres d'Ita- 
lie, Charles VHI et Louis XII (1494-1515), fait bien augurer de 
la valeur du nouvel instrument de travail que M. Hauser met 
entre les mains des érudits. 

L'auteur ne s'est pas tenu exclusivement aux sources narra- 
tives, ni même aux ouvrages écrits par les contemporains sur 
les événements dont ils ont été témoins. Il a fait entrer dans 
son répertoire des écrivains de la fin du xvie siècle qui ont pu 
connaître, pour la période du début, des sources aujourd'hui 
perdues, et même des historiens modernes, quand ils ont 
reproduit suffisamment de documents inédits. De plus, 
M. Hauser fait une place aux sources littéraires lorsqu'elles 
peuvent venir au secours de l'histoire, et les Épîtres morales 
et familières de Jean Bouchet, par exemple, sont citées à côté 
de ses Anfiales d'Aquitaine. 

M. Hauser a rejeté dans une section à part, comme l'avait 
fait Aug. Molinier, les détails de chaque règne. Mais il lui a 
fallu faire un choix dans les innombrables plaquettes de 
l'époque, célébrant une victoire, un mariage, une entrée, des 
obsèques, etc. M. Hauser, dans sa préface, est allé au-devant 
d'un reproche inévitable en reconnaissant que ce choix, néces- 
saire, ne pouvait être qu'arbitraire. Nous nous permettons 
cependant de lui signaler un rare opuscule de la Bibliothèque 
historique de la Ville de Paris, L'obseque du feu rqy de france 



COMPTE-RENDU. IO7 



Lqys, doii^iesme de ce nom, in-8o goth., de 8 f., avec deux bois 
curieux, l'un sur le titre, représentant le cortège funèbre, 
l'autre à la fin, figurant le roi sur son lit de parade. Nous 
aurions aimé également trouver mention, à côté du Cérémo- 
nial de Godefroy, de la Bibliographie sommaire, par Paul 
Le Vayer, des Entrées solennelles à Paris (Impr. nat., 1896, 
in-40). 

Ceci dit, non pour critiquer un ouvrage en tout point 
recommandable, mais simplement pour prouver que nous 
l'avons apprécié à sa juste valeur, nous attendons avec impa- 
tience l'apparition du fascicule II, qui doit embrasser les règnes 
de François 1er et d'Henri II, c'est-à-dire la période corres- 
pondante à la vie de François Rabelais. 

Ce nouvel opuscule rendra certainement d'inappréciables 
services aux collaborateurs de la future édition des œuvres du 
grand Tourangeau. 

H. C. 



CHRONIQUE. 



Société des Études rabelaisiennes, — Le Conseil de la 
Société s'est réuni le 3i janvier 1907. Après avoir approuvé les 
nouvelles candidatures, il a décidé de rétribuer les auteurs, 
pour leurs articles publiés dans la Revue, soit au moyen de 
tirages à part, comme par le passé, soit, si l'auteur le préfère, 
par une somme équivalente au prix du tirage à part. Puis, 
conformément à l'article 5 des statuts, il a tiré au sort le nom 
de ses membres sortants. Ont été désignés : MM. Th. Dufour, 
André Hallays, Abel Lefranc. Le Conseil a à regretter cette 
année la perte de M. Arthur Christian, décédé, et la démission 
de M. H. Patry, que ses fonctions d'archiviste départemental 
tiennent désormais éloigné des réunions du Conseil et de la 
Société. 

— La Société a tenu son assemblée générale annuelle le 
3i janvier 1907, dans l'École des Hautes-Études, salle Gaston 
Paris, sous la présidence de M. Abel Lefranc. 

Elle a tout d'abord écouté le rapport de son président sur 
l'année 1906. M. Abel Lefranc a passé en revue les principaux 
travaux publiés au tome IV de notre recueil ; il a montré que 
les résultats en étaient fort importants, tant au point de vue 
de la biographie qu'à celui du commentaire, et qu'ils permet- 
taient d'envisager dès maintenant comme possible l'édition 
critique et annotée de Gargantua et de Pantagruel, qui est la 
fin même de notre Société. — Enfin, il a rappelé le souvenir 
de ceux de nos confrères dont il nous faut malheureusement 
regretter la perte : MM. Arthur Christian, membre du Conseil, 
Henri Bouchot, Van der Cruyssen, Fernand Hayem, Auguste 
Le Souëf et Daupeley, père de notre imprimeur M. Paul 
Daupeley. 

M. Henri Clouzot, trésorier, présente les comptes de l'exer- 
cice écoulé, qui se solde ainsi : 



CHRONIQUE. 109 



Recettes. 



521 


60 


2,3oo 


))» 


1,086 


»» 


336 


))» 


64 


»» 


6 


40 


4,3i4 


»» 



En caisse au i" janvier igo6 

Produit des cotisations payé'es à la Société . . 
Produit des cotisations payées à M. Champion 
Vente de collections par M. Champion . . . 
Vente de publications par M. Champion. . . 
Intérêts du compte au Crédit lyonnais . . . 



Dépenses. 

Impression des numéros 2,638 80 

Tirages à part 

Droits d'auteurs 

Clichés et reproductions 

Prospectus et convocations 

Affranchissement des numéros et collections . 

Recouvrements et timbres 

Frais de séances 

Fournitures de bureau 



Recettes 4)3i4 »» 

Dépenses 4)05: 

En caisse 

Ces chiffres, mis aux voix, sont approuvés à l'unanimité. 

M. Jacques Boulenger, secrétaire, lit ensuite à l'assemblée 
les noms des nouveaux candidats, qui sont admis à l'unani- 
mité. Nous comptions, Tannée dernière, 35o souscriptions. 
Nous avons perdu i5 membres (décès, démissiotis, radiations 
pour non-payement de cotisations). En revanche, nous avons 
acquis i5 adhésions nouvelles, si bien que la Société des 
Etudes rabelaisiennes sert aujourd'hui 35o abonnements, 
comme en 1906. 

La situation financière n'est donc point défavorable, fait 
observer M. Henri Clouzot. Toutefois, il a paru au Conseil 
qu'il serait préférable de renoncer à rétribuer les auteurs en 
espèces et de consacrer toutes nos ressources à l'impression 



345 


65 


58o 


40 


25 


75 


64 


40 


35o 


»)) 


3o 


85 


i5 


»)) 


I 


40 


4,o52 


25 


4,3i4 


»» 


4,o52 


25 


261 


75 



IIO CHRONIQUE. 



Je la Revue : de la sorte, nous pourrons rendre plus copieux 
encore nos fascicules, et ce que perdront nos collaborateurs, 
Rabelais le gagnera. En conséquence, rassemblée décide que 
les articles publiés par la Revue seront rétribués, comme 
autrefois, par des tirages" à part offerts aux auteurs, à moins 
que ceux-ci ne préfèrent toucher le montant de la somme 
qu'auraient coûté leurs tirages à part. 

L'assemblée procède enfin à l'élection de cinq membres du 
Conseil : 
MM. Th. DuFOUR, 

André Hallays, 

Abel Lefranc, 

membres sortants, sont réélus. 

MM. Louis LoviOT, 

Antoine Thomas, membre de l'Institut, 
sont élus. 

— Le Conseil de la Société s'est réuni le 28 février 1907. Il 
a constitué le Bureau de la manière suivante : 

MM. Abel Lefranc, président, 

Dr Paul DoRVEAux, V. DE SwARTE, vice-présidcnts, 
H. Clouzot, trésorier, 
Jacques Boulenger, secrétaire, 
Louis LoviOT, secrétaire-adjoint. 

Ont été réélus membres de la Commission de publication : 
MM. Emile Picot, de l'Institut, 

M. -Louis POLAIN, 
Dr p. DORVEAUX, 

— La Société des Études rabelaisiennes s'est réunie à 
l'École des Hautes-Études, le 28 février 1907, sous la prési- 
dence de M. Abel Lefranc. Assistaient à la séance : MM. Jacques 
Boulenger, Henri Clouzot, le Dr Paul Dorveaux, Michel 
Lazard, Louis Loviot, M. -Louis Polain, A. Tausserat. 

Après avoir procédé à l'élection des membres nouveaux, la 
Société choisit pour date de l'excursion collective à Tours et 
à Chinon le mercredi 8 mai et le jeudi 9 mai, jour de l'As- 
cension. 

M. H. Clouzot communique d'intéressantes recherches sur 
le Jeu de l'alluette, puis il attire l'attention sur Un parent 



CHRONIQUE. I I I 



inconnu de Rabelais. Ces deux communications paraîtront 
dans la Revue. 

M. Abel Lefranc lit quelques passages d'une étude qu'il 
a entreprise sur Les origines de la légende de Pantagruel. 
Cette communication, d'un grand intérêt, donne lieu à des 
remarques de MM. Jacques Boulenger, H. Glouzot, le Dr 
Dorveaux et M.-L. Polain. 

— La Société s'est réunie le 24 mars 1907, à l'École des 
Hautes-Études, sous la présidence de M. Abel Lefranc. Assis- 
taient à la séance : MM. Jacques Boulenger, le Dr Bruzon, 
Edouard Champion, Etienne Clouzot, Henri Clouzot, le géné- 
ral Colonna, Edmond Huguet, Lavagne, Lazard, Jean Plat- 
tard, M. -Louis Polain, V. de Swarte, M"e Taupenot de Chomel. 

Après avoir écouté la lecture de la lettre ^ par laquelle 
Mme la marquise Arconati Visconti s'engage à mettre à la dis- 
position de notre président les fonds nécessaires à l'établisse- 
ment d'une édition critique de l'œuvre de Rabelais, l'assem- 
blée a voté des remercîments unanimes à la donatrice pour 
sa généreuse initiative, et elle a décidé que le Bureau se ren- 
drait chez Mme Arconati Visconti pour lui exprimer la recon- 
naissance de la Société. 

L'ÉDITION CRITIQUE DE Rabelais. — Notrc coufrèrc M. Henry 
Roujon a commenté la libéralité de Mme la marquise Arconati 
Visconti et l'œuvre accomplie jusqu"à ce jour par notre Société 
dans un article publié par le Temps du 25 mars 1907, que 
nous reproduisons ici : 

Il y avait grande joie ce matin à la Société des Études rabelai- 
siennes. Le président, M. Abel Lefranc, a donné lecture d'une lettre 
singulièrement éloquente, signée de M"" la marquise Arconati Vis- 
conti. On sait avec quelle ferveur généreuse la digne fille d'Alphonse 
Peyrat sert l'art et les lettres; ses intelligentes libéralités ne se 
comptent plus. Aujourd'hui, la marquise Arconati veut attacher le 
nom du vaillant écrivain que fut son père à la glorification de 
Rabelais. Elle consacre une somme de 40,000 francs à l'établissement 
d'une édition critique de l'œuvre rabelaisienne. La direction de 
cette belle entreprise de « gai sçavoir » sera confiée à M. Lefranc. 

Que voilà donc une heureuse manière d'honorer les morts! Nous 
accablons les grands hommes de statues. Certes, les statues ont du 
bon, surtout pour les sculpteurs. Mais le plus bel ouvrage de sculp- 

I. On trouvera cette lettre en tête du présent fascicule. 



112 CHRONIQUE. 



turc ne vaudra jamais, pour la nicinoirc d'un écrivain, la divulga- 
tion véridiquc de sa pensée. Les éditions de Rabelais sont nom- 
breuses; aucune d'elles ne peut être considérée comme définitive. 
Ni Jannct, ni Montaiglon, ni Marty-Laveaux, ni Burgaud des Marcts 
et Rathery n'ont donné un texte établi scientifiquement en l'accom- 
pagnant, au bas de la page, d'un relevé rigoureux des variantes. 
Les meilleurs de ces éditeurs relèguent les variantes, avec les notes, 
dans un volume final, auquel on ne recourt qu'à contre-cœur. 
A vrai dire, nous ne possédons pas d'édition permettant de suivre 
la pensée de Rabelais telle qu'elle s'est modifiée au cours des aven- 
tures de sa vie. Il était temps d'aviser. On prépare en ce moment 
même en Amérique une nouvelle édition anglaise; en Allemagne 
s'achève un minutieux commentaire de la remarquable traduction 
de Régis. La science française a failli recevoir des concurrences 
étrangères une leçon de piété envers un des plus français de nos 
génies. Ce n'était pas la faute de nos érudits : la foi qui agit ne leur 
manque pas plus que le savoir. Par malheur, il n'y avait dans le 
budget de l'Etat rien de disponible pour Rabelais. Grâce à M""" Arco- 
nati Visconti, le voilà pours^u. 

On comprend que cette bonne nouvelle ait été saluée par les 
acclamations de la savante Compagnie qui s'est fondée, à l'exemple 
des confréries shakespeariennes, pour entretenir le culte de Thé- 
lème. Voilà bientôt cinq ans que les membres de cette abbaye de 
chercheurs vivifient et renouvellent l'exégèse de Rabelais; ils ont 
rendu nécessaire et opportune l'édition nationale préparée par leurs 
recherches. Encore avons-nous grandement tort de prononcer le 
nom d' « exégèse ». Bien au contraire, les derniers interprètes s'in- 
terdisent systématiquement ces gloses symboliques qui dénaturaient 
la santé du roi des conteurs. On a cru trop longtemps qu'il fallait 
déchiffrer comme une énigme ou attrister de scolies ce poème de 
joie et de clarté. Que de choses le zèle des commentateurs a fait 
dire à « Maître François » auxquelles il n'avait jamais songé ! On 
nous imposait, coûte que coûte, un Rabelais obscur et quintessen- 
cié. A force de retouches, on enténébrait ce paysage de grand jour. 
Faut-il donc tant de finesse pour comprendre ce réjouissant roman 
d'étrennes oîi l'âme de la Renaissance s'ébat dans sa turbulence 
magnifique ? M. Lefranc et ses collaborateurs nous ont révélé un 
Rabelais nous ne disons pas réaliste, mais réel, un Rabelais replacé 
dans la nature, vivant de sa vie propre et de celle de son temps, 
s'épanouissant dans la fête d'un monde libéré, un homme de France 
et de Touraine qui se raconte lui-même en peignant son décor natal 
et son humanité familière, un romancier, un artiste, un poète au 
lieu d'on ne sait quel prophète d'une apocalypse pédante. 

Qu'il ait eu toutes les audaces et préparé tous les affranchisse- 
ments, nul ne songe à le nier. Mais pour faire comprendre sa har- 
diesse spirituelle, un bon texte vaut mieux que toutes les gloses du 



CHRONIQUE. Ii3 



monde. Jusqu'ici, pour les deux premiers livres, on a reproduit 
docilement l'édition lyonnaise de 1542. La Revue des Études rabe- 
laisiennes a démontré que ce texte est un texte expurgé, édulcoré, 
intimidé, pourrait-on dire, où l'écrivain, peu soucieux du bûcher, 
retranchait les allusions subversives et les paroles d'hérésie. Il 
fallait aller découvrir le vrai sens, « la substantificque moelle » 
parmi les fouillis des variantes. Le premier soin des nouveaux édi- 
teurs sera, nous dit-on, de choisir comme base le texte le plus osé, 
le sens intégral. C'était, il y a déjà quarante ans, le vœu de Gaston 
Paris. En même temps que le plus savant des hommes, Paris était 
un libre chercheur de beautés littéraires. Il estimait qu'il y a mille 
raisons de lire Rabelais, dont la première, qui dispenserait de toutes 
les autres, est le besoin de se divertir. 

Le rare plaisir nous est enfin promis d'entrer en intimité directe 
avec le prince des consolations. Il est charmant que nous devions 
cette joie à une dame de chez nous. « Que diray-je? Les femmes et 
les filles ont aspiré à ceste louange et manne céleste de bonne doc- 
trine ! » Pour la seconde fois, Rabelais est protégé par une Fran- 
çaise de sang généreux. Il connut, déjà de son vivant, le prix de 
l'amitié d'une dame bonne, enthousiaste et intelligente. L'adorable 
Marguerite de Navarre lui fut douce comme à tout ce qu'il y eut 
de beau et de grand dans le royaume de son frère. Elle le sauve- 
gardait. Il se réclamait d'elle dans les périls. M. Bourrilly nous en 
donnait récemment la preuve. Le cardinal de Tournon eût fait cof- 
frer Rabelais volontiers. Le 10 août iSSy, ce prélat conservateur 
écrivait au chevalier du Bourg : « Monseigneur, je vous envoyé une 
lettre que Rabelezus escripvoyt à Rome, par où vous verrez de 
quelles nouvelles il advertissoit ung des plus maulvays paillardz 
qui soient à Rome. Je luy ai faict commendement que il n'eust à 
bouger de ceste ville jusques à ce que j'en sceusse vostre voulenté. 
Et si il n'eust parlé de moy en ladite lettre et aussi qu'il s'advoue 
au roy et royne de Navarre, je l'eusse faict mectre en prison pour 
donner exemple à tous ces escripveurs de nouvelles. » Rabelais, se 
voyant en danger, invoquait la fée des libres esprits. 

Quels furent exactement ses rapports avec la reine de Navarre? 
Fut-il son commensal et son familier? Aucun document ne nous 
éclaire sur ce point. Espérons que l'édition critique nous rensei- 
gnera bientôt. Il est certain que Marguerite lisait Rabelais assidû- 
ment. A peine le Tiers Livre venait-il d'être publié qu'elle y fait 
allusion dans une lettre à son déplorable mari : à la vue des mulets 
qui précèdent Tarrivée du royal époux, elle songe au petit chien de 
Gargantua annonçant à Pantagruel la venue de son père. Aux 
bonnes heures de sa vie conjugale, la reine charmante citait son 
auteur favori. Pantagruel enchantait la conteuse de YHeptaméron. 
Rabelais place son troisième livre sous l'invocation de la Muse 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. V. 8 



I 14 CHRONIQUE. 



couronnée. Dans son dizain liminaire, il nous a donné les seuls 
vers rythmiques qui soient sortis de sa plume. Sa verve de prose 
débordante étouH'ait dans les prisons de la métrique. Mais cette fois 
il tit profession de métier poétique pour l'amour de celle qui aimait 
ardemment les beaux vers. « Esprit abstrait, ravy et ecstatic! » 

Marguerite était alors brouillée avec les intérêts temporels. Elle 
ne songeait plus qu'aux idées pures et à l'œuvre de son salut. La 
littérature et la théologie la ravissaient dans un monde meilleur 
que celui du siècle. Mais sa vraie religion demeurait celle de la 
charité : 

« Jamais d'aimer mon cœur ne sera las, 

« Car Dieu l'a faict d'une telle nature 

« Que vray amour luy sert de nourriture. » 

Même aux œuvres de l'érudition moderne, les méthodes de la 
raison critique ne serviraient de rien sans un peu de sincère et naïf 
amour. Que l'exquise philosophie de la dame de Navarre pénètre 
les nouveaux éditeurs de Rabelais et qu'elle les aide à édifier un 
beau monument! 

Notre Bibliothèque. — M. Henri Clouzot nous a remis : 
Rabelais, poème qui remporta le prix proposé par l'Académie 
rabelaisienne de Tours pour l'inauguration de la statue du 
grand homme les 25 et 26 juillet 17S0, dédié à M. Rivière, 
maire de la ville de Tours, (Poitiers, typographie de Oudin 
frères, s. d., brochure de 4 p. in-80.) — M. Henri Grimaud : 
Projet d'une statue de Jeanne d'Arc à Chinon [inaugurée en 
1893J ; notes historiques par M. Henri Grimaud. (Tours, Péri- 
cat, i8gi, in-80, 8 p.) — Biographie de Jacques Bouchet (iy4g- 
i'jQ2), député de Touraine aux États généraux de 1789, par 
Henri Grimaud. (Tours, Péricat, 1898, in-80, 9 p., fac-similé.) 
— Notice historique sur la ville de l'Isle-Bouchard, par Henri 
Grimaud. (Tours, Péricat, 1895, in-80, 29 p.) 

M. Henri Grimaud nous a également envoyé le prospectus 
que la Société Les Atiiis du Vieux Chinon avait adressé à ses 
membres pour leur faire part de l'excursion que nous avions 
projetée de faire l'an dernier au pays de Rabelais. Ce prospec- 
tus nous montre une fois de plus avec quelle cordialité la 
Société des Études rabelaisiennes eût été reçue à Chinon et 
nous fait déplorer davantage encore qu'un contretemps imprévu 
soit venu nous empêcher de mettre ce dessein à exécution. 

Sont entrés par voie d'échange les périodiques suivants : 
L'Amateur d'autographes, année 1906. — Modem language 
notes, année 1906. — Le Bulletin du bibliophile, année 1906. 



CHRONIQUE. Iï5 



DÎNER RABELAISIEN. — Le 3i janvier 1907, aptes l'assemblée 
générale, les membres de la Société se sont réunis au café 
Voltaire pour « banqueter joyeusement, tous ensemble ». Notre 
confrère M. Jacques Beltrand s'était chargé de graver le menu, 
et il en avait fait une petite merveille d'élégance et de goût. 
Au centre de la table, un buste de Rabelais, par le sculpteur 
Georges Bareau, présidait à ces « premières agapes panta- 
gruéliques et non aultres », auxquelles ne manquaient ni le 
vin de Chinon ni les fouaces de Lerné. Mme Gabrielle Louis a 
donné, dans la Française du 17 février 1907, un très aimable 
compte-rendu de ce dîner. 

Rabelais et Michelet. — Notre confrère M. Gabriel Monod 
a adressé à notre président la lettre suivante : 

La note sur Rabelais que j'ai lue l'autre jour au Collège de France 
est tirée des notes des petites leçons de Michelet à l'École normale 
de 1834. Elle est le germe de ce que Michelet a écrit sur Rabelais 
au t. VIII de son Histoire de France, p. 428-440. Voici cette note : 

« Rabelais. Plus fort qu'Aristophane et Voltaire. Aussi grand que 
Shakspeare, moins le côté tragique et le côté gracieux. 

« C'est l'épopée des Valois. Rabelais est leur Homère. Les Valois, 
l'homme fait Dieu. 

« Rabelais se peint lui-même à chaque page en même temps qu'il 
fait la biographie d'une dynastie. Aucun de nos écrivains n'a résumé 
son temps comme lui. Il en a donné la science et l'histoire. 

« Tout le moyen âge y a été absorbé, avec son pédantisme des 
formes barbares, sa dialectique, ses subtilités. C'est une encyclopé- 
die. Voilà pourquoi supérieur, même à Cervantes. 

« Le Rabelais de la troisième époque n'est pas venu. Ce n'est pas 
Voltaire. C'est l'ensemble de ses ouvrages qui est encyclopédique. 
Aucun, pris à part, n'est un monument; l'art n'est profond dans 
aucun. 

<( Aristophane et Rabelais, les deux choses gigantesques de la lit- 
térature, cela semble ridicule à un littérateur. Je suis historien. 
Les deux représentants gigantesques de l'antiquité et du moyen âge. 

« Aristophane a par moments des mots qui dévoilent tout, des 
grandes pensées, des formules. Il formule une nationalité. C'est 
son caractère. Rabelais est très Français et il est Européen. 

« Je lis Rabelais plus que Racine. » 

Si vous croyez, cher ami, que ces notes rapides, qui montrent 
l'identité du Michelet de 1834 avec celui de iSSy, peuvent intéresser 
vos lecteurs, je suis heureux de les mettre à la disposition de notre 
Revue des Études rabelaisiennes. 

G. MonOd. 



1 1(5 CHRONIQUE. 



L'authenticité de l'Isle sonante. — La Modem language 
Review nous donne dans son numéro de janvier 1907 (vol. II, 
no 2) la fin de l'étude de M. Arthur Tilley sur The autorship 
of the Islc sonnante. Successivement, les épisodes de l'île des 
Ferrements, de l'île de Cassade, des Chats fourrés et des Ape- 
deftes sont examinés dans les trois textes de Vlsle sonante, du 
Manuscrit et de l'Édition de 1564. M. Tilley conclut en attri- 
buant ces différents épisodes à Rabelais. L'état de Vlsle 
sonante, dit-il, montre : a) qu'elle a été imprimée, du moins en 
ce qui concerne les chapitres i-x, d'après un texte incorrect ; 
même dans le chapitre xi, il y a une preuve de l'absence 
de revision définitive; b) que les épreuves n'ont pas été revues 
par l'auteur; c) que, des cinq épisodes dont le livre se com- 
pose, les deux derniers (Chats fourrés, Apedeftes) se tiennent 
et ont peut-être été écrits à la même époque, mais les trois 
autres n'ont aucun rapport entre eux, ni avec les deux der- 
niers, et peuvent avoir été écrits à différentes époques. 

Comme il y a dans lés Apedeftes des allusions aux Extrava- 
gantes et à la reine des Andouilles, M. Tilley en conclut 
naturellement que la rédaction de ce chapitre est postérieure 
à celle du IVe livre; or, il croit que l'épisode des Papimanes, 
qui contient la mention des Extravagantes et le juron « Vertu 
de Extravagantes », a été composé dans l'automne de i55i, 
après la rupture entre le pape et Henri II, et inséré dans 
le livre pour lui assurer l'appui du roi, en cas d'attaque de la 
Sorbonne. C'est donc entre i55i et i553 que se placerait 
la rédaction de ces deux épisodes. 

En somme, pour M. Tilley comme pour M. Jacques Bou- 
lengèr, il n'y a rien dans Vlsle sonante qu'on ne puisse attri- 
buer à Rabelais ; et, d'autre part, on trouve dans chaque cha- 
pitre des passages qui sont des arguments très forts, sinon 
irréfutables, en faveur de l'attribution à Rabelais. M. Tilley 
reprend donc l'hypothèse infiniment vraisemblable de M. Bou- 
lenger, et suppose que quelqu'un a fait une copie de certains 
brouillons de Rabelais et l'a remise à un imprimeur sans plus 
se soucier de l'édition que celui-ci en a donnée. J. P. 

Gargantua et le mont Cervin. — Notre confrère M. Charles 
Portai nous signale une_ légende (italienne?) qui rapporte que 
c'est à Gargantua, enjambant les Alpes, que le Cervin doit sa 
forme accidentée. — Voir à ce sujet Guido Rey, Le Cervin 
(Hachette). 



CHRONIQUE. 117 



Les contenances de Quaresmeprenant. — En réponse à la 
note de M. Albarel, parue sous ce titre dans notre dernier 
fascicule (p. 404), M. le Dr Le Double nous adresse les 
remarques suivantes : 

Il est évicfent qu'en retrouvant le « bourrabaquin monachal », mon 
savant confrère et collègue le D' Albarel, de Névian, a rendu lumi- 
neuse la comparaison de Maître François : « Le boyau c... comme 
un bourrabaquin monachal. » Mais, pour n'avoir pas pu me proc^i- 
rer cet objet ou un dessin de cet objet, je n'en ai pas moins traduit, 
comme l'ont fait, du reste, depuis Le Duchat, tous les commenta- 
teurs de l'œuvre rabelaisienne, le mot « bourrabaquin » par flacon 
de cuir. 

D'un autre côté, M. le D"' Albarel n'étant pas convaincu de la 
réalité des habitudes contre nature de « Quaresmeprenant », j'ai cru 
devoir, en soutenant la thèse contraire, faire figurer parmi les 
divers arguments qui plaident en faveur de cette thèse un argu- 
ment fourni par un médecin qui habite le Languedoc et qui en 
connaît les us et coutumes et le dialecte. 

L'origine des Sainte-Marthe. — M. Paul Guérin vient de 
publier dans les Archives historiques du Poitou, tome XXV, 
(Poitiers, Société française d'imprimerie et de librairie, igo6, 
in-80), page 262, des lettres de naturalité, de septembre 1460, 
en faveur de Pierre de Sainte-Marthe^ commis de Jean Har- 
douin, trésorier de France (voir aussi page xvi de l'Introduc- 
tion), qui pourraient bien se rapporter à la famille des Sainte- 
Marthe. M. Guérin insiste avec raison sur l'intérêt de cette 
pièce, qui nous livre peut-être le secret de l'origine de cette 
célèbre famille, et en particulier de notre Picrochole. Il 
souhaite que ces lettres servent de point de départ à de nou- 
velles recherches utiles : nous joignons nos vœux aux siens. 
Ce Pierre de Sainte-Marthe était commis de Jean Hardouin, 
maître des comptes et trésorier de France, personnage impor- 
tant qui possédait à Tours, où il donna plus d'une fois l'hos- 
pitalité à Charles VII. Ce curieux texte m'a été signalé par 
notre confrère M. Henri Clouzot. A. L. 

Les Dusoul-Rabelais. — On sait que la famille Dusoul, qui, 
au xvie siècle, habitait Chinon, était alliée à celle de Rabelais 
(cf. Revue des Études rabelaisiennes, t. III, p. Sôy). En parcou- 
rant les registres paroissiaux dits d'état civil de Chinon pour 
i65o, nous avons relevé une note utile à signaler ici. Dans 



Il8 CHRONIQUE. 



l'acte de sépulture de François Dusoul, sieuf du Chastelier et 
lieutenant des eaux et forêts de Chinon, il est dit qu'après les 
obsèques célébrées le ii juillet i65o en l'église Saint-Étienne 
do Chinon, le corps du défunfa été transporté dans la même 
ville, à réglise Saint-Maurice, où était « la sépulture de ses 
ancêtres ». Cette dernière indication établit que les Dusoul 
avaient un caveau de famille en l'église Saint-Maurice de Chi- 
non; et, selon toute vraisemblance, ce caveau doit contenir 
les restes des membres de la famille Rabelais alliés aux 
Dusoul. H. G. 

Rabelais et Regnard. — Dans un volume, récemment édité 
avec un goût rare, l'historien de Dourdan, M. Joseph Guyot, 
vient de reconstituer de la façon la plus neuve et la plus heu- 
reuse l'histoire du poète Regnard en tant que châtelain de 
Grillon, près de Dourdan : Le poète J.-Fr. Regnard en son 
chastcau de Grillon. Etude topographique, littéraire et morale, 
suivie de la publication des actes originaux, de scellés et inven- 
taire après décès. (P&ns, Alph. Picard, 1907, in-40, 208 p., avec 
illustrations). Ce qui intéresse plus particulièrement les rabe- 
laisants dans ce livre, c'est que l'auteur du Joueur rêvait de 
réaliser dans son domaine de Grillon une nouvelle abbaye de 
Thélème. 

M. GUyot nous raconte (p. 87) comment Regnard chante 
à ses invités, qui ne sont pas des novices, tout le psautier de 
« l'abbaye de Thélème », de joyeuse mértioire, dont il compte 
créer une succursale à Grillon : 

Pour passer doucement la vie 
Avec mes petits revenus, 
Ici je fonde une abbaye... 
Afin que nul frère n'en sorte, 
Et fasse sans peine ses vœux. 
Il sera gravé sur la porte : 
Ici Von fait ce que l'on veut. 

Le règlement est assez long, mais la règle est fort simple, 
les observances sont très faciles et les pénitences toujours 
trop douces. A. L. 

Erratum. — Un certain nombre de fautes d'impression se 
sont glissées à notre insu dans la contribution de M. W. F. 
Smith, intitulée Rabelais et Servius, et parue dans le dernier 



CHRONIQUE. 



119 



fascicule de cette Revue (1906, p. 349-368). Nous prions nos 
lecteurs de vouloir bien les corriger sur leur exemplaire : 



P. 35i, 
P. 35i, 
P. 352, 



P. 353, 
P. 355, 



P. 357, 
P. 357, 
P. 358, 
P. 359, 
P. 36o, 

P. 363, 
P. 364, 
P. 365, 
P. 366, 
P. 367, 
P. 368, 



I, au lieu de : yàc, lisez : yàp. 
. dernière, supprimez les deux virgules. 
. 5, au lieu de : Mars, lisez : Maro. 
. Il, au lieu de : erabronum, lisez : crabroniim. 
. 38, au lieu de : stetusticiae, lisez : justiciae. 
. 21, après /t'mwes, ajoutez une virgule. 
. 32, au lieu de : Jluvhim, lisez : jliivius. 
. 39, au lieu de : illice nixa, lisez : illic enixa. 
. dernière, au lieu de : dus, lisez : duo. 
. 36, au lieu de : castre', lisez : castra. 
. 27, au lieu de : exempel, lisez : exemple. 

37, au lieu de : Lyneus, lisez : Lyncus. 

25, au lieu de : Antemor, lisez : Antenor. 
extrait latin : « In Aen., V, 37 » doit être transposé avec 

l'extrait latin : « In Aen., IX, 2i3 ». 
. 10, au lieu de : eut, lisez : ÈttI. 
. 39, au lieu de : Tnnitiis, lisez : Tinnitiis. 
. 28, au lieu de : Thediti, lisez : Thetidi. 
. 21, au lieu de : Adonis, lisez : Adonidis. 
. 4, après : Thebanorum, ajoutez un point et virgule. 
. 20, au lieu de : ereat, lisez : créât. 



Livres et articles récents. — L'ouvrage de M. Théodore 
Pletscher : Die Màrchen Charles Perrault's. Eine literarhis- 
torische und literaturvergleichende Studie (Berlin, 1906, Mayer 
et Mûller) met bien au point la question des origines des 
contes de Perrault, d'après les plus récents résultats de la 
science. Il renferme des vues judicieuses et fines. C'est une 
bonne contribution à l'histoire des contes populaires que les 
rabelaisants ont étudiés de tout temps avec une prédilection 
toute particulière. A. L. 

— Notre confrère M. Prokop M. Haskovec, de Prague, 
vient de faire une série de quatre conférences sur Rabelais à 
Prague et à Vinolwady. De plus, iVI. Haskovec prépare un 
ouvrage sur le grand Tourangeau, qui paraîtra prochainement, 
et il a bien voulu se charger d'exécuter pour notre Revue le 
relevé analytique des publications dont Rabelais a été l'objet 
en Bohême. Il nous faut être reconnaissant à M. Haskovec de 
la peine qu'il prend pour faire goiàter et apprécier l'auteur de 
Gargantua dans son pays. 

— Dans un compte-rendu des Études sur Rabelais de 
M. Louis Thuasne, paru dans la Literaturblatt fiir germa- 



l'20 CHUONIQUI': 



nische und romanische Philologie (1907, n» 2), M. F. -Ed. Schnee- 
gans, tout en accordant à Fauteur les éloges qui lui sont dus, 
lui reproche d'avoir considéré comme des sources de Rabelais 
une foule de morceaux dont il est bien évident que Rabelais 
ne s'est point inspiré le moins du monde. Nous sommes heu- 
reux de nous être rencontrés sur ce point avec M. Schneegans 
[Revue des Etudes rabelaisiennes, 1905, p. loi). 

— A signaler également dans la même Literaturblatt (iqoj, 
no i)un compte-rendu par M. F. -Ed. Schneegans de l'ouvrage 
de M. Emmanuel Barat sur Le style poétique et la révolution 
romantique . 

— M. V.-L. Bourrilly a publié Deux nouvelles lettres de 
Jean Sleidau, 12 mars 1546, 10 novembre i55o (Fontenay- 
aux-Roses, impr. Louis Bellenand, 1906, in-80, 12 p.). La 
seconde (i55o), adressée à Jean du Bellay, est inédite. La pre- 
mière (1546), adressée à François Jer, a été publiée, sans réfé- 
rences, par Champollion - Figeac (Collection des documents 
inédits, t. IV, p. 480-481), mais elle a échappé à l'éditeur de la 
correspondance de Sleidan, M. Baumgarten. Sleidan avait 
chargé un homme sûr, Gaspard Gamant, de la porter. Mais 
Gamant tomba malade à Metz, et c'est finalement le sieur de 
Saint-Ayl, l'ami de Rabelais, qui la transmit. 

— Le gigantesque roman de Perceforest a été imprimé à 
Paris en 028 et en i53i-i532 (53i chapitres, 3,400 colonnes, 
6 volumes in-fol.!). Ces éditions, « que Rabelais lut dans leur 
nouveauté et auxquelles, entre autres traits, il emprunta l'in- 
vention de la généalogie de Gargantua », nous donnent un 
texte du roman rajeuni à l'usage des lecteurs du commence- 
ment du xvie siècle. C'est d'après elles que M. Hugues Vaga- 
nay vient de reproduire les premiers chapitres de Perceforest. 
Le fac-similé du titre de l'édition de i528 sert de titre à la 
réimpression de M. Vaganay. La page 4 de la couverture 
porte le fac-similé du titre de l'édition de i53i. [Imprimerie 
Protat frères, ler janvier 1907, in-80, xvi-48 p., tiré à 3oo exem- 
plaires sur alfa et 5o sur vélin d'Arches (hors commerce).] 

J. B. 



Le gérant : Jacques Boulenger. 



Nogent-le-Rotrou, imprimerie Daupeley-Gouverneur. 



SOCIETE 

DES ÉTUDES RABELAISIENNES. 



STATUTS. 

Article premier. 

La Société des Études rabelaisiennes a pour but l'étude de 
Rabelais et de son temps, ainsi que la publication de docu- 
ments et de travaux relatifs au même sujet. 

Elle pourra former des collections et organiser des excur- 
sions offrant un intérêt pour ses études. 

Elle s'interdit toute discussion qui aurait trait à des questions 
actuelles politiques ou religieuses. 

Art. 2. 
Le siège de la Société est à Paris. 

Art. 3. 

La Société se compose des personnes dont l'admission aura 
été prononcée dans les formes suivantes : 

Les candidats devront adhérer aux statuts de la Société et 
être présentés par deux membres. Si le Bureau agrée la 
demande d'admission, celle-ci sera portée à l'ordre du jour 
de la plus prochaine séance de la Société et devra réunir la 
majorité absolue des voix des membres présents. 

Art. 4. 

La Société se réunit au moins six fois par an. 

Outre ces séances, consacrées aux travaux ordinaires, elle 
tient, au mois de janvier, une assemblée générale annuelle, 
qui entend les rapports du président et du trésorier, approuve 
les comptes et nomme les membres du Conseil. 



Il STATUTS. 

Une assemblée générale extraordinaire peut être convoquée 
par le Conseil toutes les fois que des circonstances exception- 
nelles l'exigent. 

Art. 5. 

Le Conseil de la Société, composé de vingt membres, est 
renouvelable par quart tous les ans. Les membres sortants 
sont désignés par le sort. 

Le Conseil choisit dans son sein le bureau et les com- 
missions. 

Le Bureau est nommé au scrutin secret, à la majorité abso- 
lue des membres présents. En cas d'égalité de suffrages, le 
plus âgé des candidats est élu. 

La Commission de publication se compose de trois membres, 
nommés chaque année et rééligibles, auxquels sont adjoints 
de droit le président et le secrétaire de la Société. Ses déci- 
sions sont souveraines. D'autres commissions pourront être 
créées ultérieurement. 

Art. 6. 

Le Bureau comprend un président, deux vice-présidents, un 
secrétaire, un secrétaire-adjoint, un trésorier. 

Les membres du Bureau sont nommés pour un an. Ils ne 
sont rééligibles dans la même fonction qu'une année après 
l'expiration de leur mandat, sauf le président, les secrétaires 
et le trésorier, qui peuvent toujours être réélus. 

Le Bureau est investi des pouvoirs les plus étendus pour la 
gestion de la Société. 

Art. 7. 

Les ressources de la Société se composent : 

1° Des cotisations de ses membres, fixées à dix francs par 
an, et rachetables moyennant un versement minimum de cent 
cinquante francs; 

2° Du produit de la vente de ses publications; 

3° Des dons qui lui seraient faits; 

40 Du revenu de ses biens et valeurs de toute nature. 

Art. 8. 
Toute proposition portant modification aux statuts sera 



STATUTS. m 

rédigée par écrit, signée par cinq sociétaires au minimum et 
adressée au Bureau, qui décidera s'il convient d'y donner suite. 
En cas d'avis favorable, la proposition sera mise à l'ordre 
du jour de l'assemblée générale annuelle du mois de janvier, 
et, pour être adoptée, devra réunir les trois quarts des voix 
des membres présents. 

Art. g. 

La Société ne peut être dissoute que dans une assemblée 
générale comprenant au moins les deux tiers des membres 
ayant acquitté leur cotisation. 

Dans le cas où la dissolution serait votée, la même assem- 
blée décidera du sort de l'actif. 

Art. 10. 

Un règlement d'ordre intérieur pourra être rédigé par le 
Conseil. 



LISTE DES MEMBRES^ 



Agache (Alfred), artiste-peintre, 
président de section à la So- 
ciété nationale des Beaux-Arts; 
rue Weber, 14. 

Agache (Auguste), architecte; rue 
de Naples, 3o. 

Albarel (D'' p.) ; à Névian (Aude). 

Andrews (C); Elmwood ave- 
nue, 52, à Belfast (Ireland). 

Angellier (Auguste), ancien 
doyen de la Faculté des lettres 
de Lille, maître de conférences 
à l'Ecole normale supérieure; 
rue de la Barouillère, 5. 

Arconati Visconti (Marquise); 
rue Barbet-de-Jouy, 16. 

Aubry (H.); rue Cambacérès, 6. 

Backer (Hector de), ingénieur; 
rue de la Révolution, i, à 
Bruxelles. 

Baist (G.), professeur à l'Univer- 
sité de Fribourg-en-Brisgau 
(Allemagne). 

Baman (Otto), Dr. Phil., Assis- 
tent an der klg. Maria-There- 
sia - Realschule; Columbus- 
strasse, i, à Mûnchen (Alle- 
magne). 

Barante (Baron Claude de); rue 
du Général-Foy, 22. 



Barat (Julien) ;Theaterstrasse, i, 
à Bonn (Allemagne). 

Barbier fils; Yorkshire Collège, 
Leeds (Angleterre). 

Barthelet (Edmond), membre 
de l'Académie de Marseille, an- 
cien membre de la Chambre de 
commerce; rue de l'Arbre, 3i, 
à Marseille. 

Baudrier (Julien), C; rue Belle- 
cour, 3, à Lyon. 

Baur (Albert), professeur au Gym- 
nase de Zurich; Seefeldstrasse, 
49, à Zurich (Suisse). 

Bédier (Joseph), professeur au 
Collège de France ; rue Souf- 
flet, II. 

Behrend (Adolf), libraire-éditeur ; 
Unter den Linden, i3, à Berlin. 

Behrens (D.), professeur à l'Uni- 
versité de Giessen (Allemagne). 

Beltrand (Jacques), graveur; 
boulevard Pasteur, 69. 

Berge (Jules), propriétaire ; rue 
de la Victoire, 60. 

Bernés (Henri), membre perpé- 
tuel, professeur au lycée Laka- 
nal, membre du Conseil supé- 
rieur de l'Instruction publique; 
boulevard Saint-Michel, 127. 



i. L'initiale C. signifie : membre du Conseil. — Les adresses non 
suivies d'un nom de ville sont celles des membres habitant Paris. 
— Nous prions instamment ceux des sociétaires dont l'adresse ou les 
titres appelleraient quelque changement de vouloir bien en aviser 
le secrétaire de la Société, M. Jacques Boulenger, 71, rue du Conné- 
table, à Chantilly (Oise). 



LISTE DES MEMBRES. 



Besançon (Henry); avenue Mon- 
tespan, 7. 

BÉTHUNE (Baron François); rue 
de Bériot, 36, à Louvain (Bel- 
gique). 

Bibliothèque des Archives na- 
tionales. 

Bibliothèque de la ville de Be- 
sançon (Doubs). 

Bibliothèque de la ville de Blois 
(Loir-et-Cher). 

Bibliothèque du Collège de 
France. 

Bibliothèque de l'Université de 
Dijon. 

[Bibliothèque royale de Dresde] 
Konigliche ôftentliche Biblio- 
thek (Allemagne). 

Bibliothèque publique de la ville 
de Genève (Suisse). 

Bibliothèque de I'Institut de 
France. 

Bibliothèque de la ville de Lille. 

Bibliothèque Mazarine. 

Bibliothèque de la ville de Mont- 
pellier; boulevard Esplanade. 

Bibliothèque du Musée Condé; 
à Chantilly (Oise). 

Bibliothèque publique de la ville 
de Nancy (Meurthe-et-Moselle). 

Bibliothèque publique de la ville 
de Niort (Deux-Sèvres). 

Bibliothèque de la ville d'OR- 

LÉANS. 

Bibliothèque de FUniversité de 
Paris. 

[Bibliothèque] Freiherrl. Cari 
von Rothschild"sche offen- 
tliche Bibliothek ; Frankfurt 
a. M. (Allemagne). 

Bibliothèque Sainte-Geneviève. 

[Bibliothèque de Strasbourg] 
Kais. Universitâts- und Lan- 
desbibliothek (Allemagne). 



Bibliothèque historique de la 
Ville de Paris. 

Bibliothèque de l'Université de 
Vienne. 

Bilibine (M"° Véra); rue Pail- 
let, 4. 

Blanchard (D' R.), professeur à la 
Faculté de médecine, membre 
de l'Académie de médecine; 
boulevard Saint-Germain, 226. 

Blum (Léon), homme de lettres; 
rue du Luxembourg, 38. 

BocHÉ; rue de Grenelle, ii3. 

Bogeng (G.-A.-Erich), Stud. jur. 
et cam., membre de la « Ge- 
sellschaft der Bibliophilen » ; 
Martin Lutherstrasse, 74, à Ber- 
lin (Allemagne). 

Bos (D""); cours Lieutaud, 52, à 
Marseille (Bouches-du-Rhône). 

BouciiAUD (A.); rue du Château, 
25 bis, à Neuilly (Seine). 

BouLAY de la Meurthe (Comte 
Alfred), ancien président de la 
Société archéologique de Tou- 
raine; rue de l'Université, 23. 

Boulenger (Hippolyte); rue Frey- 
cinet, 26. 

Boulenger (Jacques), archiviste- 
paléographe, sous -bibliothé- 
caire à la bibliothèque Sainte- 
Geneviève, secrétaire ; rue du 
Connétable, 71, à Chantilly 
(Oise). 

Boulenger (Marcel), homme de 
lettres; même adresse. 

Bourgeois (Achille-F.), agrégé de 
l'Université; rue Auguste, 18, 
à Nîmes (Gard). 

Bournon (Fernand), archiviste- 
paléographe ; rue Antoine-Rou- 
cher, 12. 

BouRRiLLY (V.-L.), professeur au 
lycée de Toulon; rue d'Andre- 
chaux, 22, à Toulon (Var). 



LISTE DES MEMBRES. 



VII 



BouTET DE MoNVEL (Rogcr), bi- 
bliothécaire de l'Imprimerie 
nationale; rue de Condé, 20. 

BouTiNEAu (D' Em.); rue de 
l'Aima, 73, à Tours (Indre-et- 
Loire). 

Bouvier (Bernard), professeur à 
l'Université de Genève; Bourg- 
de-Four, 10, à Genève. 

BovET (E.), professeur à l'Uni- 
versité de Zurich; Bergstrasse, 
29, à Zurich. 

BoYLESVE (René), homme de let- 
tres; rue des Vignes, 27. 

Bredan (M"° Berthie), institu- 
trice; Colmanstrasse, 20, à 
Bonn (Allemagne). 

Brémond (D'), président hono- 
raire du Syndicat de la Presse 
scientifique, C; rue Condor- 
cet, 74. 

Brunot (F.), professeur à l'Uni- 
versité de Paris; rue Lene- 
veux, 8. 

Bruzon (D"'); rue de la Clef, 48. 

Bunau-Varilla (J.), licencié es 
lettres, membre perpétuel; ave- 
nue du Trocadéro, 22. 

Cahen (Albert), professeur au 
lycée Louis-le-Grand ; rue Con- 
dorcet, 53. 

Cardot (Philippe), licencié en 
droit; rue Saint-Sulpice, 18. 

Gavasse (D"' Alfred); rue de Pro- 
ny, 55. 

Chambard-Hénon (D' E.); cours 
Morand, 43, à Lyon. 

Champion (Edouard), homme de 
lettres, libraire-éditeur; quai 
Malaquais, 5. 

Champion (Pierre), archiviste-pa- 
léographe ; quai Malaquais, 5. 

Chardon, ancien élève de l'École 
des chartes, ancien conseiller 



général de la Sarthe, maire de 
MarolIe-les-Braux (Sarthe). 

Chelli (Maurice), élève à l'École 
Normale; rue de Sontay, 9. 

Claretie (Jules), de l'Académie 
française, administrateur géné- 
ral de la Comédie-Française; 
boulevard Haussmann, i55. 

Clément (Louis), chargé de cours 
à la Faculté des Lettres; rue 
Brûle-Maison, 108, à Lille. 

Clouzot (Etienne), archiviste- 
paléographe, attaché à la bi- 
bliothèque de la ville de Paris; 
rue Vineuse, 12 bis. 

Clouzot (H.), homme de lettres, 
trésorier; rue Vineuse, 12 bis. 

CoLONNA (Le général); quai Saint- 
Michel, 27. 

Comber (H. G.); Pembroke Col- 
lège, à Cambridge (Angleterre). 

CoRTADA (Alexandre); avenue 
Bugeaud, 12. 

CouDERc (Camille), archiviste- 
paléographe, conservateur-ad- 
joint au département des ma- 
nuscrits de la Bibliothèque 
nationale; rue de Hariay, 20. 

CouET (Jules), bibliophile; rue 

. Leconte-de-Lisle, 14. 

Courbet (Ernest), receveur mu- 
nicipal-trésorier de la ville de 
Paris; rue de Lille, i. 

CouRCEL (Valentin de); rue de 
Vaugirard, 20. 

CouTAUD (Albert), docteur en 
droit, ancien sous-préfet; rue 
Théodule-Ribot, 10. 

Cruyssen (M"" VAN der); rue de 
la Motte-du-Pin, 16, à Niort 
(Deux-Sèvres). 

Dassy de Lignikrks (D'); boule- 
vard Péreire, 46. 



VI II 



LISTE DES MEMBRES. 



Daupkley (Paul), imprimeur; à 
Nogent-le -Rotrou (Eure-et- 
Loir). 

Dauzk (Pierre), rédacteur en chef 
de la Revue biblio-iconogra- 
pliique ; boulevard Malesher- 
bes, 10. 

Delacour (Th.), trésorier de la 
Société botanique de France; 
rue de la Faisanderie, 94. 

Detken et RocHOLL, libraires; à 
Naples. 

DoRAY (Henri), architecte; rue 
de Vaugirard, 71 bis. 

DoRVEAux (D' Paul), bibliothé- 
caire de l'École supérieure de 
pharmacie, vice-président ; ave- 
nue d'Orléans, 58. 

DossAT (E.), libraire; Plaza de 
Santa-Ana, 9, à Madrid. 

Driesen (Otto), Dr. Phil.; Giese- 
brechstrasse, 6, à Charlotten- 
burg (Allemagne). 

Drujon, chef de division hono- 
raire à la Préfecture de police; 
à Saint-Médard-en-Jalles, près 
Bordeaux (Gironde). 

Du Bos (Maurice), homme de 
lettres; rue Saint-Sauveur, 26. 

DuFOUR (Théophile), directeur 
honoraire des archives et de la 
bibliothèque de Genève, C; à 
Grand-Saconnex, près Genève 
(Suisse). 

DuLAu et C°, libraires; à Londres 
{double souscription). 

DupoND (Alfred), archiviste dé- 
partemental; à Niort (Deux- 
Sèvres). 

Dupont-Ferrier (G.), docteur es 
lettres; rue du Sommerard, 2. 

DupuY (Ernest), inspecteur géné- 
ral de l'Instruction publique ; 
avenue du Parc-de-Montsou- 
ris, 2. 



DuREAii (André) ; rue de Vaugi- 
rard, 41. 

DuREi, (A.), libraire-expert; rue 
de l'Ancienne-Comédie, 21. 

Eguilles (Marquis d') ; rue d'A- 
lençon, 7. 

Endres (Joseph), gepr. Lehramts- 
kandidat; Lohr a. Main (Ba- 
vière). 

Fabre; rue Racine, 28. 

Fabre (Albert), conseiller à la 
Cour d'appel; avenue de l'Ob- 
servatoire, 18. 

Fanet (Maurice); quai de la Mé- 
gisserie, 14. 

Faucillon (D"" E.); quai Charles- 
VII, à Chinon (Indre-et-Loire). 

Ferlov (Knud); Pilestrâde, 40, à 
Copenhague (Danemark). 

FiLHO (D"' Thomas Alves); Cam- 
pinas, estado de S. Paulo 
(Brésil). 

Flaction (D' F.); rue des Jordits, 
24, à Yverdon (Vaud, Suisse). 

Fletcher (Jefîèrson B.);Colum- 
bia University, New-York City 
(États-Unis). 

Fobler (Alfred); à Heiden (Ap- 
penzell, Suisse). 

FoERscn (Charles), cand. neo- 
phil.; Sophienstrasse, i5i, à 
Wûrzburg (Bavière). 

FoLET (D'), professeur de cli- 
nique chirurgicale à la Faculté 
de médecine; rue de Solférino, 
232, à Lille (Nord). 

Fox (W. H.); Austin Friars, g, 
London E. C. 

France (Anatole), de l'Académie 
française; villa Saïd, 5. 

Frantzen (J.-J.-A.), privat-docent 
à l'Université d'Amsterdam; 



LISTE DES MEMBRES. 



IX 



Vondelstraat, 19, à Amsterdam. 
Franz, libraire; Hermann Lu- 

kaschik Perusastrasse, 4, Muen- 

chen (Allemagne). 
Furcy-Raynaud (Marc), attaché à 

la Bibliothèque de l'Arsenal; 

avenue des Champs-Elysées, 

120. 

Gaidoz (Henri), directeur d'études 
à l'Ecole pratique des hautes 
études; rue Servandoni, 22. 

Gallas (K.-R.), professeur de 
français à l'Ecole militaire; 
Leeraar M. O., à Alkmaar 
(Hollande). 

Galle (Léon); rue du Plat, 2, à 
Lyon. 

Gaudier (Charles), professeur au 
Lycée; rue Libergier, 75, à 
Reims. 

Germain (André) ; faubourg Saint- 
Honoré, 89. 

Geuthner (Paul), libraire ; rue 
de Buci, 10. 

GiGON (S.-C); hameau de Bou- 
lainvilliers, 12. 

GiLsoN (Félix); rue Wayenberg, 
73, à Bruxelles. 

Girard (Paul-Frédéric), profes- 
seur à la Faculté de droit; 
avenue des Ternes, 70. 

Giraud-Mangin (Marcel), conser- 
vateur-adjoint de la biblio- 
thèque de la ville de Nantes ; 
rue Prémion, 9, à Nantes. 

GoETZ (Ernst), fabricant; Ferdi- 
nand Roderstrasse, 10, à Leip- 
zig (Allemagne). 

GoMBAULT, directeur de l'Enre- 
gistrement; rue de Bonneval, 
1 1 bis, à Chartres (Eure-et-Loir). 

Greban (Raymond), notaire; à 
Saint-Germain-en-Laye (Seine- 
et-Oise). 



Grimaud (Henri), membre de la 
Société archéologique de Tou- 
raine, C; rue du Rempart, 88, 
à Tours (Indre-et-Loire). 

Groisard; avenue de Breteuil, i5. 

Hallays (André), rédacteur au 
Journal des Débats, C; rue de 
Lille, ig. 

Hamel (A. -G. van), professeur à 
l'Université de Groningue (Hol- 
lande), C. 

Hanotaux (Gabriel), de l'Acadé- 
mie française; rue de Rocroy, 
24. 

Harrasowitz, libraire; à Leip- 
zig (Allemagne). 

Hartmann (Hans) ; Scheffelstein, 
S' Gallen (Suisse). 

Haskovec (Prokop M.), Ph. Dr.; 
Jâma, 7; à Prague - Karlin 
(Bohême). 

Hauser ( Henri ) , professeur à 
l'Université de Dijon; place 
Darcy, 8, à Dijon. 

Hauvette (Henri), chargé de 
cours à l'Université de Paris; 
boulevard Raspail, 274. 

Heina (Edouard); rue de la 
Pompe, II. 

Heiss (H.), philologue; Frûh- 
lingstrasse, i5 1/2^ à Wùrz- 
burg (Bavière). 

Helme (D"'); rue de Saint-Péters- 
bourg, 10. 

Hérelle (Georges), professeur au 
Lycée; rue Vieille-Boucherie, 
23, à Bayonne (Basses-Pyré- 
nées). 

Hermann (G.), sous-préfet hono- 
raire; à Excideuil (Dordogne). 

Heulhard (Arthur), C; à Bor- 
deaux,par Claye-Souilly(Seine- 
et-Marne). 

HoFFSCHMiDT (N. d') ; squarc Ma- 



LISTE DES MEMBRES. 



rie-Louise, 75, à Bruxelles (Bel- 
gique). 

HuDiG (Jean), cchevin de la ville 
de Rotterdam (Hollande). 

HuGUET (Edmond), professeur à 
l'Université de Caen; rue Guil- 
bert, 3o, à Caen (Calvados). 

Jacquemin; rue de Rennes, io8.- 

Jacquemont (André), avocat; rue 
Washington, i5. 

Janson (Paul), ancien bâtonnier, 
député de Bruxelles; rue De- 
facqz, 73, à Bruxelles. 

Jaurès, député; avenue des Cha- 
lets, 7. 

JucoBs (D"- H. B.); place Mount- 
Vermon, 1 1, à Baltimore (États- 
Unis). 

Ker (William Paton), membre 

perpétuel; Ail Soûls Collège, 

à Oxford (Angleterre). 
Kerr (W. a. R.), professeur à 

Adelphi Collège; Brooklyn, 

New-York. 
Kœnigs (Franz); Leughausstras- 

se, 2, à Cologne (Allemagne). 

Lafenestre (Georges), membre 
de rinstitut, conservateur au 
Musée du Louvre, professeur 
suppléant au Collège de Fran- 
ce; rue Lakanal, 5, à Bourg- 
la-Reine (Seine). 

Lamond (Henry de); rue de Tré- 
vise, 21. 

Lamotte (Albert) ; avenue Victo- 
ria, 7. 

Langlois (Ernest), doyen de la Fa- 
culté des lettres; parvis Saint- 
Michel, 26, à Lille (Nord). 

Lanson (Gustave), professeur à 
l'Université de Paris; boule- 
vard Raspail, 282. 



La PKRRiftRE (J. de), licencié en 
droit, membre associé de l'Aca- 
démie de Mâcon; à Saint-La- 
ger (Rhône). 

Laroze (Lionel), maître des re- 
quêtes honoraire au Conseil 
d'Etat, ancien directeur au mi- 
nistère de la Justice; rue de la 
Baume, 9. 

Lataste (D'); à Saint-Émilion 
(Gironde). 

Laumonier (Paul), maître de con- 
férences à l'Université de Poi- 
tiers; rue Aliénor-d'Aquitaine, 
17, à Poitiers. 

Lavagne; rue du Ranelagh, iBg. 

Lazard (Michel); rue Boutarel, 2. 

Lebey (André), homme de lettres; 
rue Chalgrin, 20. 

Le Cherpy, chef de cabinet à l'Im- 
primerie nationale; rue Vieille- 
du-Temple, 87. 

Leclerc (Henri), libraire; rue 
Saint-Honoré, 219. 

Leclercq; boulevard du Cham- 
bonnet, 18, à Moulins (Allier). 

Le Double (D' A.), membre cor- 
respondant de l'Académie de 
médecine, professeur à l'École 
de médecine de Tours. 

Lefebvre (Charles); boulevard 
Magenta, 89. 

Lefranc (Abel), professeur au 
Collège de France, directeur- 
adjoint à l'École pratique des 
hautes études, président; rue 
Monsieur-le-Prince, 26. 

Lemercier, libraire; galerie Vero- 
Dodat, 3, 5, 7. [Cque M. D.] 

Lemoigne (Jean), ancien négo- 
ciant; route des Flamands, à 
Tourlaville (Manche). 

Lemoigne, commissionnaire; rue 
Bonaparte, 12 {double sous- 
cription). 



LISTE DES MEMBRES. 



XI 



Lemoisne (P. -A.), archiviste-pa- 
léographe, attaché à la Biblio- 
thèque nationale ; rue de Pro- 
ny, 45. 

Lepère (Auguste), graveur; rue 
de Vaugirard, 2o3. 

Le Soudier, libraire; boulevard 
Saint-Germain, 174. 

Le Soudier; [Toronto (Canada).] 

LiouviLLE (D" Jacques) ; rue de 
l'Université, 35. 

Louis (M""° G.); rue Antoine-Rou- 
cher, 2. 

LouYS (Pierre), homme de let- 
tres; rue de Boulainvilliers, 2g. 

LoviOT (Louis), attaché à la bi- 
bliothèque de l'Arsenal, secré- 
taire-adjoint; place François- 
Xavier, 6. 

Luthringen (Joseph); à Ville, 
près de Schlestadt (Alsace). 

Magnus (M"» H.); rue Edouard- 
Detaille, 6. 

Marcheix (Lucien), conservateur 
de la bibliothèque et des col- 
lections à rÉcole des beaux- 
arts; rue de Vaugirard, 47. 

Markovitch (M""" Marylie); à 
Montélimar (Drôme). 

Marozeou (Paul), architecte; ave- 
nue Malakoff, 53. 

Marsay (Vicomte R. de) ; boule- 
vard Saint-Germain, 191. 

Martin (Henry), conservateur à 
la bibliothèque de l'Arsenal ; 
rue de Sully, i. 

Massis (Henri); rue Louis-Phi- 
lippe, 16 bis, à Neuilly-sur-Seine. 

Maugeret (A.), ancien vice-pré- 
sident de la Société botanique 
de France, C; rue du Cher- 
che-Midi, 102. 

Menget (Paul); rue de Belzunce, 
16. 



Mettrop (J.-A.-H.); Rozenhof, 
24, à Dordrecht (Hollande). 

Meunier (Charles), relieur d'art; 
rue de la Bienfaisance, 5. 

Milette (Charles-Albert), expert 
en publicité; rue Saint-Hubert, 
35g, à Montréal (Canada). 

MiLLON (D' René), médecin des 
dispensaires d'enfants de la 
Société philanthropique, se- 
crétaire du Conseil supérieur 
de l'assistance publique ; rue 
Saint-Lazare, 65. 

Ministère de l'Instruction pu- 
blique {20 souscriptions). 

MoNOD (Gabriel), membre de 
l'Institut, président de l'Ecole 
des hautes études, professeur 
au Collège de France ; rue du 
Parc-de-Clagny, 18 bis, à Ver- 
sailles (Seine-et-Oise). 

MoNOD (Henri), conseiller d'Etat; 
rue de Rémusat, 29. 

Morel-Fatio (Alfred), directeur- 
adjoint à l'École des hautes étu- 
des, professeur au Collège de 
France; rue de Jussieu, i5. 

MoRF (Heinrich), professeur à 
l'Académie de Francfort; Klet- 
tenbergstrasse, 8, à Frankfurt 
a. M. (Allemagne). 

Morrison; Ontone, Court oak 
Road, Harborne (Angleterre). 

Mùnthe-Brun (J.), docteur en 
droit; Ny Vestergade, i5, à 
Copenhague. 

Mutiaux (Eugène); rue de la 
Pompe, 66. 

Muyden (B. van), président de la 
Société d'histoire de la Suisse 
romande; à Lausanne (Suisse). 

Naquet (Félix) ; rue de Bondy, 58. 
Nève (Joseph), directeur hono- 



XII 



LISTE DES MEMBRES. 



raire des Beaux-Arts; rue aux 
Laines, 36, à Bruxelles. 

NovATi (Francesco), professeur à 
l'Université de Milan ; Borgo- 
nuovo, i8, à Milan (Italie). 

NuTT(David), libraire; Long Acre, 
37-59, à Londres {double sous- 
cription). 

Oleyre (E. d') (librairieTrûbner); 
à Strasbourg (Alsace). 

OsLER (W.), regius professer of 
medicine; à Oxford (Angle- 
terre). 

OuLMONT (Charles); place Ma- 
lesherbes, 5. 

Parker (Sir Gilbert), M. P., 
D. C. L.; Carlton House Ter- 
race, 20, London. 

Patry (H.), archiviste départe- 
mental; avenue du Viaduc, 34, 
à Chaumont (Haute-Marne). 

Peise, licencié en droit; rue de 
Rivoli, 24. 

Pélissier (L.-G.), professeur à 
l'Université de Montpellier, C; 
villa Leyris, à Montpellier. 

Pelletan (Edouard), éditeur; 
boulevard Saint-Germain, i25. 

Perdrieux (Pierre); rue de La 
Boëtie, 53. 

Peslouan (Jean-Lucas de); bou- 
levard Saint-Michel, io3. 

Petit (Paul); cité Vaneau, 6. 

Pètre (Augustin); rue Faidherbe, 
32, à Saint-Mandé (Seine). 

Petrucci (R.), professeur à l'Ins- 
titut de sociologie ; rue des 
Champs-Elysées, 55, à Bruxel- 
les (Belgique). 

Pfeffer (Georg), Dr. Phil.; 
Kônigstrasse, 49, à Frankfurt 
a. M. (Allemagne). 

Philipot (E.), professeur à l'Uni- 



versité; galeries Méret, 2, à 
Rennes (Ille-et-Vilaine). 

Picard (Auguste); rue de Rennes, 
109. 

Picot (Emile), membre de l'Ins- 
titut, professeur à l'École des 
langues orientales vivantes, 
C; avenue de Wagram, i35. 

PiERNÉ (Gabriel), compositeur; 
rue de Tournon, 8. 

PiNVERT (Lucien), docteur ôs let- 

. très; boulevard Saint-Michel, 
16. 

PiRENNE (Henri), professeur à l'U- 
niversité de Gand ; rue Neuve- 
Saint-Pierre, i32, à Gand (Bel- 
gique). 

PiRSON (J.), professeur à l'Uni- 
versité ; Sieglitzhoferstrasse, 28, 
à Erlangen (Bavière). 

Plattard (Jean), agrégé des 
lettres; boulevard Raspail, 276. 

PoËTE (Marcel), administra- 
teur de la Bibliothèque his- 
torique de la ville de Paris; 
rue Honoré-Chevallier, 4. 

Poirier (D""), professeur à l'Ecole 
de médecine ; quai Malaquais, 5. 

Poisson (P. M.), sculpteur; ave- 
nue de Ségur, 49. 

P0LAIN (M. -Louis), C; rue Ma- 
dame, 60. 

PoLACK (D' Alfred); Hansas- 
trasse, 42, à Hamburg (Alle- 
magne). 

PoLLOCK (Sir Frédéric), bar*, 
membre correspondant de 
l'Institut, membre perpétuel; 
Hyde-Park Place, 21, Lon- 
don W. 

Port, bibliothécaire de la ville 
de Saint-Nazaire (Loire-Infé- 
rieure). 

Portal (Charles), archiviste du 
Tarn, correspondant du minis- 



LISTE DES MEMBRES. 



XIII 



tère de l'Instruction publique; 
rue de la Caussade, i3, à Albi. 

PoTEz (Henri), docteur es lettres, 
professeur au Lycée; à Douai 
(Nord). 

PoTTECHKR (Maurice), homme de 
lettres ; rue du Départ, 2, à 
Meudon (Seine-et-Oise). 

PouYANNE (Albert), ingénieur des 
Ponts et Chaussées (travaux 
publics de llndo-Chine); quai 
d'Orléans, 12. 

PouYDEBAT (Frédéric) ; villa des 
Tilleuls, rue Eugène -Sue, à 
Suresnes (Seine). 

Pressât (Roger) ; rue Flatters, 8. 

Protat, imprimeur; à Mâcon 
(Saône-et-Loire). 

Prou ( Maurice ) , professeur à 
l'École des chartes; rue des 
Martyrs, 5i. 

Psichari (Jean), directeur d'étu- 
des à l'École pratique des 
hautes études, professeur à 
l'École des langues orientales 
vivantes; rue Chaptal, 16. 

PuLLEM (Lucien); boulevard Vol- 
taire, 193, à Asnières (Seine). 

Raisin (F.), avocat; rue Senebier, 
8, à Genève. 

Ramet (André); rue Édouard- 
Fournier, 12. 

Raynaud (Gaston), bibliothécaire 
honoraire à la Bibliothèque 
nationale; avenue de Villiers, 
i3o. 

Reinach (Joseph), député; ave- 
nue Van Dyck, 6. 

Renouard (Philippe); rue Ma- 
dame, I. 

RiBBERGH (E.) ; à Rolduc (Hol- 
lande). 

Richard (Justin) ; rue Rabelais, 
36, à Chinon (Indre-et-Loire). 



Richardot; avenue de Clichy, 58. 

RiCHEPiN (Jean), homme de let- 
tres ; rue Notre -Dame- des- 
Champs, 66. 

RiEux (Emile), hostellier; rue 
Saint -Antoine, i5, à Albi 
(Tarn). 

RiLLY (Comte de); à Oysonville, 
par Sainville (Eure-et-Loir). 

Ritter (Eugène), professeur à 
l'Université de Genève; chemin 
des cottages, 3, Florissant, Ge- 
nève (Suisse). 

RoBiDA(A.),dessinateur et homme 
de lettres; route de la Plaine, 
i5, au Vésinet (Seine-et-Oise). 

RoMANiscHES Seminar e. d. Kô- 
nigl. Rhein. Universitât; à 
Bonn (Allemagne). 

R0SCOE (Frank); the University, 
à Birmingham (Angleterre). 

RoujON (Henry), secrétaire perpé- 
tuel de l'Académie des Beaux- 
Arts ; à l'Institut, quai Conti, 25. 

Rousselot (L'abbé), docteur es 
lettres, sous-directeur du labo- 
ratoire de phonétique expéri- 
mentale; rue des Fossés-Saint- 
Jacques, 23. 

Roy (Jules), professeur à l'École 
des chartes et à l'École pra- 
tique des hautes études; rue 
Hautefeuille, 19. 

Ruiz (G.); rue Fontaine-au-Roy, 
36. 

Ruutz-Rees ( M"' ) ; Rosemary 
Hall SchoU Library, Green- 
v^rich, Conn. (États-Unis). 

Salvert - Bellenave ( Marquis 
Etienne de), ingénieur en chef 
de la marine; rue de Mau- 
beuge, 9. 

Santi (D'' de), médecin principal 



XIV 



LISTE DES MEMBRES. 



de 2* classe; rue Deville, ii, à 
Toulouse (Haute-Garonne). 

ScHNKKGANS (F. -Ed.), protcsseur à 
l'Université; à Heidelberg Neu- 
enheim (Bade). 

ScHNEEGANS (Heinrich), profes- 
seur à l'Université de Wùrtz- 
bourg, C; Franz - Ludwig- 
strasse, i6, Wùrzburg (Alle- 
magne). 

ScHWEiZER (Alfred) ; rue de Ca- 
lais, 14. 

ScHONE (Lucien); rue Vital, 25. 

Segerson-Mahoney (M"-); Saint- 
Dunstan's Road, West Ken- 
sington, 8, London. 

Simon (Jules), docteur es lettres, 
lecteur à l'Université; Loths- 
trasse, 12", à Mùnchen (Alle- 
magne). 

SiRVEN (Paul), professeur de lit- 
térature française à l'Univer- 
sité,; 3o, Rumine, à Lausanne 
(Suisse). 

Smith (William Francis), agrégé 
du collège de Saint-Jean; Mill- 
field, 6, Folkestone (Angle- 
terre). 

Société belge de librairie (Os- 
car Schepens et C'"); rue Treu- 
renberg, 16, à Bruxelles. 

Sôltoft-Jensen (H. K.), licencié 
es lettres ; Rosenvongets Allé, 
7, à Copenhague (Danemark). 

Stapfer (Paul), ancien doyen de 
la Faculté des lettres, profes- 
seur à l'Université de Bor- 
deaux; rue Turenne, 44, à 
Bordeaux (Gironde). 

Stéchert, libraire; rue de Ren- 
nes, 76 {quatre souscriptions). 

Stewart (H. F.), chapelain de 
Trinity Collège; à Cambridge 
(Angleterre). 

Stilling (D^ H.), professeur à la 



Faculté de médecine de Lau- 
sanne (Suisse). 

Stockum (Van) et fils, libraires; 
à la Haye (Hollande). 

Swaute (Victor de), critique d'art, 
vice-président; rue Bassano, 5. 

Symes, libraire ; rue des Beaux- 
Arts, 3. 

Taupenot de Chomel (M"" J.); 
rue Saint-Placide, 3i. 

Tausserat-Radel (Alex.), sous- 
chef du bureau historique au 
ministère des Affaires étran- 
gères; rue Friant, 36. 

Terquem (Em.), libraire-commis- 
sionnaire; rue Scribe, 19. [Con- 
tremarque : N. Y. P. L.] 

Théry (José), avocat à la Cour 
d'appel; rue Gay-Lussac, 5. 

Thomas (Antoine), membre de 
l'Institut, professeur à l'Uni- 
versité de Paris; avenue Vic- 
tor-Hugo, 32, à Bourg-la-Reine. 

Thomas (Louis) ; rue de Passy, 82. 

Tilley (Arthur), fellow and lec- 
turer of Kings Collège; Selwyn 
Gardens, 2, à Cambridge (An- 
gleterre). 

Toldo (Pietro), professeur à 
l'Université de Turin, C; via 
Giusti, 3, Torino (Italie). 

ToRAUDE (Léon-G.); Grande-Rue, 
23, à Asnières (Seine). 

Tourlet (E.-H.), membre de la 
Société archéologique de Tou- 
raine ; quai Charles-VII, à 
Chinon (Indre-et-Loire). 

TouRNEUx (Maurice), homme de 
lettres, C; quai de Béthune, 34. 

TwiETMEYER, libraire; à Leipzig 
(Allemagne) {double souscrip- 
tion) . 

Vaganay (Hugues), bibliothécaire 
à l'Université catholique de 



LISTE DES MEMBRES. 



Lyon; rue Auguste-Comte, 3, 
à Lyon. 

Vandérem (Fernand), homme de 
lettres; avenue Montaigne, 33. 

VizERiE (D'') ; rue du Cherche- 
Midi, i3. 

YoiZARD (Eugène), professeur ho- 
noraire à l'Université ; avenue 
de Saint-Cloud, 23, à Versailles 
(Seine-et-Oise). 

VoLLMÔLLER (Karl), professeur à 
l'Université de Dresde; Wie- 
nerstrasse, g, Dresden A^ (Alle- 
magne). 

Walser (Ernest), Stud. Phil.; 
Zurichbergstrasse, 27, à Zu- 
rich (Suisse). 

Wathelet (Alfred) ; rue Grétry, 
25, à Liège (Belgique). 

Wedderkop (Magnus von), Regie- 
rungsrath , Justitiar im Ver- 
v^^altungsrath der Kgl. Museen; 
Kastamen Allée, 18, à Char- 
lottenburg (Allemagne). 

Welter (H.), libraire -éditeur; 



villa Gutenberg, rue des Tibyl- 
les, 5, à Bellevue (Seine-et- 
Oise). 

Werlé (Comte); boulevard du 
Temple, à Reims (Marne). 

Wettstein (C), libraire; Bah- 
nofstrasse, 37, à Zurich (Suisse). 

Whibley (Charles), homme de 
lettres; Wavendon Manor, Wo- 
burn Sands, R. S. O. (Angle- 
terre). 

Whibley (Léonard), lecturer in 
the University of Cambridge; 
Pembroke Collège, à Cam- 
bridge (Angleterre). 

WiESE (Berthold), professeur à 
l'Université de Halle; Ludwig- 
Wuchererstrasse, 72, à Halle 
(Saxe, Allemagne). 

WiLMOTTE (M.), professeur à l'Uni- 
versité de Liège; rue Raikem, 
22, à Liège (Belgique). 

Wright (C. H. C), professeur- 
adjoint à l'Université de Har- 
vard ; Buckingham street, 7, 
à Cambridge (Massachusets, 
Etats-Unis). 



Nogent-le-Rotrou, imprimerie Daupeley-Gouverneur. 



LE CHAT ET LE SINGE 

DANS RABELAIS 
D'APRÈS L'OUVRAGE DE M. SAINÉAN. 



L'ouvrage de M.-Sainéan' sur le Chat inaugure une série 
de travaux philologiques qui se publieront comme annexes 
à la revue de M. Grober, bien connue des romanistes; il 
inaugure en même temps une série d'études que M. Sai- 
néan compte nous donner sur la faune linguistique des 
langues romanes et qui vient de s'enrichir tout récemment 
d'un article consacré au chien ^. Déjà le travail dont nous 
nous occupons comprend, outre le chat, un certain nombre 
d'animaux moins considérables aux yeux du philologue : 
le singe, la fouine, plus le hibou, la chevêche, la chouette 
et autres oiseaux de mauvais augure. Le chat accapare, 
comme il convient, la plus grosse part du volume. Il suf- 
fit de parcourir le copieux index des mots examinés pour 
voir quelle place ce petit animal a tenue dans la vie et 
dans les préoccupations des hommes, à combien de méta- 
phores il a donné lieu, avec quel soin on a observé ses 
faits et gestes, étudié ses mœurs et son caractère. Nous 
pouvons même constater, en nous reportant au mémoire 
du même auteur sur le chien, que de nos deux commen- 
saux à quatre pattes ce n'est pas le plus intelligent qui a 



1. Lazar Sainéan, La création métaphorique en français et en 
foman. Images tirées du monde des animaux domestiques. Le Chat, 
avec un appendice sur la fouine, le singe et les Strigiens. Halle, 
Max Niemeyer, igoS, i vol. in-8", vi-148 p. 

2. Cet article fait partie des Mémoires de la Société de linguis- 
tique de Paris, t. XIV (1906), p. 210-275. 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. V. 9 



122 LE CHAT ET LE SINGE DANS RABELAIS. 

cic le plus favorablement traité par le langage : celui-ci 
témoigne d'une noire ingratitude vis-à-vis du chien. 

L'homme a donc noté la physionomie extérieure et 
morale du chat, la douceur de sa fourrure, la grâce de ses 
attitudes, sa coquetterie, son naturel sournois, ses que- 
relles nocturnes, etc., et il a transporté par métaphore 
les divers noms du chat aux êtres vivants ou aux objets 
qui lui paraissaient présenter des traits analogues : voilà 
la partie sémantique du sujet traité par M. Sainéan. 
D'autre part, l'homme a désigné le chat par toute sorte de 
vocables caressants, familiers, imitant plus ou moins bien 
les modulations de son cri : et voilà la partie phonétique 
du livre. Celui-ci résulte en somme des combinaisons 
variées du classement sémantique et du classement pho- 
nétique. Bien que le sous-titre choisi par M. Sainéan 
insiste sur le côté psychologique de son étude, c'est la 
partie phonétique qui offre sans contredit le plus d'inté- 
rêt. Jamais, à ma connaissance, un travail de philologie 
romane n'avait fait une place aussi large à l'onomatopée. 
Étant donné que le développement linguistique à étudier 
est moderne, — comme le chat lui-même, animal à peu 
près inconnu de l'antiquité classique, — M. Sainéan a 
compris qu'il avait le rare avantage de pouvoir observer 
à une époque récente et d'après des matériaux très abon- 
dants un procédé de création verbale sur lequel les phi- 
lologues se montrent en général très réservés et qu'ils 
reculent dans un passé aussi lointain que possible. Pour 
ce qui concerne la valeur imitative des sons et les alter- 
nances vocaliques, M. Sainéan avait un guide précieux en 
M. Grammont, dont il utilise et continue les recherches*. 

I. Rappelons l'important article de M. Grammont dans la Revue 
des langues romanes de 1901 ainsi que son ouvrage sur Le Vers 
français (1904), 2° partie (p. i55-3i8). Notons aussi que M. Nyrop 
vient de publier dans le Bulletin de l'Académie royale de Dane- 
mark (1906, n" 6) une communication sur les onomatopées, parti- 
culièrement dans la langue française; il y examine les interpré- 
tations très diverses qu'on a données des bruits et des cris, 
l'alternance vocalique, le passage des onomatopées dans les dilïe- 



LE CHAT ET LE SINGE DANS RABELAIS. 123 

Il pose un certain nombre de racines correspondant aux 
diverses manières dont on a reproduit le miaulement du 
chat. Ces racines monosyllabiques dégagées des nom- 
breuses formes romanes commencent en règle générale par 
un M, se terminent par une consonne fort variable et pré- 
sentent comme élément central une voyelle qui peut être 
l'une des « voyelles claires » I et A ou bien la « voyelle 
sombre » OU. Exemple : le type n° 3 présente les variantes 
MIT (mitou, mitaine, chattemite, etc.), MAT (matou, 
matois, matagot, etc.) et MOUT (moumoutte, etc.). 
M. Sainéan établit ainsi huit types fondamentaux de 
racines qui, par réduplication, par dérivation et par com- 
position, rendent compte des nombreuses formes étudiées 
et classées dans le livre. 

Je dois dire que M. Sainéan ne réalise pas pleinement 
les espérances que nous faisaient concevoir le choix du 
sujet et rintroduction consacrée aux idées générales et à 
la méthode. Son travail prend trop souvent l'allure d'un 
catalogue où la discussion et le raisonnement sont réduits 
à la portion congrue. Lorsqu'on sent que M. Sainéan a 
vu juste et qu'il doit avoir raison, on voudrait qu'il eût 
mis plus de coquetterie à légitimer scientifiquement l'im- 
pression que nous éprouvons. Les étymologies adverses 
sont sommairement réfutées ou plus*ordinairement relé- 
guées au bas de la page, dans des notes qui accompagnent 
le texte sans le rejoindre; souvent aussi, elles sont tout 
simplement omises. Des indications trop sommaires ne 
nous permettent pas toujours de bien apercevoir la filiation 
des sens et la direction suivie par la métaphore. Enfin, 
par suite d'un plan vraiment défectueux et monotone, les 
mêmes catégories sémantiques (joli, hypocrite, querel- 
leur, etc.) reviennent à plusieurs reprises encadrer des 
listes de mots qui sont identiques ou ne présentent entre 
eux que la différence du simple au dérivé. 

Mais ces reproches perdent beaucoup de leur impor- 

rentes catégories grammaticales. Ce sont là des sujets encore tout 
neufs. 



124 ^E CHAT ET LK SINGE DANS RABELAIS. 

tance si Ton considère la masse imposante des vocables 
recueillis dans toutes les langues romanes et classés par 
M. Sainéan. Ils deviennent encore moins graves si l'on 
veut bien considérer le caractère de ce travail et sa véri- 
table portée. C'est avant tout un « essai » destiné à sug- 
gérer des idées et des rapprochements; c'est aussi, dans 
une certaine mesure, un manifeste dirigé contre une école 
de philologie trop timorée, trop attachée h la tradition 
latine. Soit par exemple ce joli adjectif miste^ si employé 
en moyen français et qui voulait dire « propret, gentil, 
fringant' ». La première idée de Ménage a été naturelle- 
ment de le rattacher à un mot latin, et il a songé à mixtus; 
ce passage de son dictionnaire mérite d'être cité : « Miste. 
De mixtus. Peut-être à cause du mélange des lis et des 
roses sur le visage des belles personnes. Candida purpii- 
7'eis lilia mixta rosis. » Cette étymologie, avec sa grâce 
surannée, amène un sourire sur nos lèvres; et d'ailleurs 
un écolier démontrerait tout de suite que Vi de 7nixtus 
étant bref ne saurait être représenté par Vi de miste., — 
sans parler d'autres difficultés. — Mais sommes-nous 
aujourd'hui assez bien protégés contre des hypothèses de 
ce genre pour sourire en toute tranquillité des errements 
de Ménage? Ne voyons-nous pas encore des philologues 
contemporains, et non des moindres, accueillir favorable- 
ment la théorie ancienne d'après laquelle le mot chatte- 
mite contiendrait dans sa dernière partie l'adjectif latin 
mitis? La défiance vis-à-vis de l'onomatopée et de la créa- 
tion verbale populaire n'amène-t-elle pas encore beaucoup 
d'étymologistes à rapprocher les mots marcou et maroufle 
du nom propre Marculphus? Nous sommes un peu trop 
« latiniseurs », et l'on dirait parfois qu'il règne dans nos 
écoles grammaticales un état d'esprit comparable à celui 
qui inspirait aux pseudo-classiques leurs préjugés sur le 
style noble et sur les mots nobles. 

M. Sainéan proteste au nom d'une conception plus 

I. On avait même fabriqué l'adverbe mistement (cf. Clément, 
Henri Estienne, p. 367). 



LE CHAT ET LE SL\GE DANS RABELAIS. 123 

démocratique de la vie du langage. Il appartient à un pays 
où le mot familier pisica^ — c'est-à-dire « pussy » ou 
« minet ^ », — a été promu à la dignité de terme officiel. Il 
n'a pas de peine à nous faire admettre que l'adjectif miste^ 
proche parent de mistigris, n'est pas autre chose qu'un 
des noms caressants, « hypocoristiques » du félin, que 
marcou, maroufle et maraud veulent imiter par leur pre- 
mière syllabe le miaulement du chat en rut; et nous pen- 
sons avec lui qu'il est tout à fait chimérique de chercher 
dans des mots populaires tels c\yxQ. franc-initou, chattemite^ 
croque-mitaine^ etc., un emprunt savant fait au latin 
mitis, lequel n'a d'ailleurs rien donné dans les langues 
romanes. 

Tel est l'enseignement qu'on peut retirer de l'essai sur 
« le Chat ». Je n'en recommanderais pas la lecture à des 
grammairiens novices; mais il élargira l'horizon intellec- 
tuel de ceux qui possèdent déjà une forte discipline philo- 
logique. Et l'on sera plus indulgent pour certaines hypo- 
thèses risquées si l'on songe que la grande majorité des 
vocables étudiés par M. Sainéan étaient en quelque sorte 
des orphelins délaissés par les philologues ou affublés 
d'une généalogie inadmissible. Que de fois, en feuilletant 
les ii8 pages de ce livre, on rencontre des étymologies 
ingénieuses, nouvelles ou qui prennent un surcroît de 
vraisemblance du rapprochement des variantes romanes 
ou françaises! Citons, — pour ne parler que du français, 
— l'explication du mot cateron (p. yS), jusqu'ici incertaine, 
dans Aucassin et Nicolete, l'étymologie de mignon, 
mignard, celle du verbe emmitoufler^ celle de maraud, 
maraude et marauder^ celle de guépard^ qui a trouvé 
grâce devant M. Thomas...^. Disons, à la louange de 
M. Sainéan, que cette liste serait assez longue. 

1. Cf. le breton pissic ou bissic, diminutif désignant le chat. 

2. Cf. le compte rendu que M. Ant. Thomas a donné du même 
ouvrage dans la Romania, t. XXXV, p. 471-474. — Ajoutons que, 
dans un intéressant article de la Revue Bleue (9 mars 1907), M. Bréal 
a dégagé du livre de M. Sainéan une étymologie nouvelle de chante- 
pleure (< chatte peleuse = chenille). 



126 Lie CHAT 1:T LK SINGK DANS UAlîIiLAIS. 



Comme le remarque l'auteur lui-môme dans son intro- 
duction (p. 3), c'est en moyen français que « le courant 
créateur » de mots pittoresques, familiers, expressifs, 
« atteint son apogée », ou, pour parler plus exactement, 
c'est à cette époque que les mots vulgaires, généralement 
confinés jusque-là dans les patois ou dans l'argot, pénètrent 
avec une abondance particulière dans la littérature, grâce 
au réalisme des auteurs dramatiques et surtout des con- 
teurs, à la tête desquels se place notre Rabelais. Beaucoup 
de ces mots sont certainement très anciens et ont vécu pen- 
dant tout le moyen âge; mais leur existence ne se révèle à 
nous qu'en moyen français. Et ce fait ne s'explique pas suf- 
fisamment par la rareté des textes et par les lacunes de notre 
lexicographie ; il doit tenir aussi à des habitudes littéraires : 
les auteurs du moyen âge, même lorsqu'ils décrivent des 
scènes populaires et racontent des histoires gaillardes, 
font moins volontiers appel à l'argot ou même à la langue 
familière que les farceurs et nouvellistes desxv«^-xvi« siècles. 
Ainsi, le lexicographe qui entreprendrait le dépouillement 
des fabliaux avec l'espoir d'y recueillir une abondante 
moisson de termes populaires et de « curiosa », éprouve- 
rait une certaine déception. Prenons pour exemple le mot 
mignon qui rentre dans notre sujet. Le Dictionnaire géné- 
ral le donne comme apparaissant au xv^ siècle. Or, M. Sai- 
néan aurait pu le trouver dans le Tristan de Béroul, aux 
vv. 3639 ^t 3648, et, — qui plus est, — avec un sens spé- 
cial très intéressant, celui de « gueux, coquin, bélître ». Il 
est clair que ces « mignons » du xn^ siècle dont Tristan 
emprunte la physionomie sont les ancêtres lointains des 
francs -mitous, des marauds et de ces « mignons » qui 
accompagnent Pierre Faifeu et l'aident à commettre des 
tours pendables : car il ne faut pas oublier que si mignon 
a aujourd'hui une signification exclusivement aimable, il a 
servi autrefois, — comme tant de mots de la famille féline, — 



LE CHAT ET LE SINGE DANS RABELAIS. I27 

à désigner des coureurs et des vagabonds. Or, bien que la 
variante mignot apparaisse de temps à autre au cours du 
moyen âge, la forme mignon n'est attestée, ni dans le sens 
gracieux ni dans le sens défavorable, pendant le long espace 
de temps qui sépare Béroul de Comynes : il est évident 
qu'elle n'en a pas moins continué à vivre. Citons encore un 
autre exemple dans le même ordre d'idées. Je rencontre 
dans un fabliau du xiii^ siècle, appartenant au type bien 
connu des « Tresses », le mot marigaut, dont le sens est 
assez bien éclairci par le contexte. Le mari, réveillé au 
beau milieu de la nuit, s'aperçoit de la présence d'un 
galant et plonge celui-ci dans une cuve : « Or ça, dit-il. 



J'irai la chandoile alumer, 
trai ce marigaiit. » 
(Montaiglon-Raynaud, t. V, p. 134.) 



Si conoistrai ce marigaiit 



C'est un mot isolé au moyen âge, un Sira^, et Je ne sache 
pas qu'on en ait jamais proposé une explication. Pour le 
sens, on peut le traduire sans crainte par « coureur ». 
Pour l'étymologie, M. Sainéan, s'il l'avait connu, l'eût 
certainement rattaché à sa racine MAR, et il est probable 
qu'il eût été dans le vrai. Un mot à peu près identique, 
sauf qu'il a deux syllabes au lieu de trois, nous est fourni 
dans une circonstance identique par la farce de Frère 
Guillebert; là aussi, le mari, inopinément rentré au logis, 
s'est aperçu que sa femme l'avait trompé en son absence : 

Hon! me voicy bien atourné. 

Le margout, quand suis retourné, 

Estoit muché en quelque lieu. 

Ce « margout » du xvi^ siècle pourrait donner la main 
au « marigaut » du xiii^. Mais il me paraît inutile de 
démontrer plus longuement que la « force créatrice » 
dont parle M. Sainéan n'est pas plus spéciale aux Français 
de la Renaissance qu'à ceux du moyen âge. C'est une 
simple question de textes. 



128 i-r CHAT i:t i,i: singe dans rauklais. 

Pour traiter des sujets comme ceux auxquels s'attaque 
M, Saincan, il est nécessaire d'être très au courant du voca- 
bulaire comique des xv" et xyi^ siècles. D'une part, cette 
connaissance est indispensable, et, d'autre part, tous les 
travailleurs savent combien la lexicographie du moyen 
français nous est encore mal connue. M. Sainéan a fait en 
somme tout ce qu'il pouvait faire dans l'état actuel des 
choses, et on ne saurait lui en vouloir d'avoir commis 
quelques oublis. Pourquoi cependant ne signale-t-il pas le 
mot mistoudm que lui fournissait Godefroy et qui est évi- 
demment un dérivé de miste? Le mistoudin, c'est le petit 
maître, le freluquet du xvi= siècle. Godefroy en cite trois 
exemples, mais il aurait facilement pu en citer davantage; 
il ne paraît pas avoir connu l'intéressante monographie 
que le regretté Arthur de la Borderie avait consacrée à ce 
mot dans son excellente édition des Propos rustiques de 
Noël du Fail* ; en effet, Godefroy n'a cité aucun des textes 
très caractéristiques qu'on peut lire tout au long dans cette 
édition et dont l'un, — extrait d'un traité du xvi'^ siècle sur 
la Beauté, — nous fait assister a. la toilette d'une mysto- 
dine^ c'est-à-dire d'une petite dame à la mode. Le pre- 
mier exemple connu est tiré de la Légettde de maistre 
Pierre Faifeu et date par conséquent de i532. Ce mot 
paraît avec le xvi^ siècle et semble disparaître avec lui 2. Il 
n'y a pas de doute, à mon avis, sur la signification origi- 
nelle de « mistoudin » ; comme pour l'adjectif miste, c'est 
la gentillesse et la coquetterie du chat qui en sont cause. 
Dans un dialogue de Cholières sur « les Barbes », l'un 
des interlocuteurs, s'adressant à un jeune blanc-bec ennemi 
des barbes et des hommes barbus, l'appelle « mon mar- 
paud, mon petit mistoudin » (Cholières, éd. Jouaust, t. II, 
p. 269). Ce sont deux termes de tendresse ironique dont le 



1. L'article de Godefroy est de 1888 {Dict., t. V) et rédition des 
Propos rustiques datait de 1878. 

2. Nous le trouvons cependant chez Oudin, qui, à côté de la 
signification ordinaire, enregistre un sens beaucoup moins relevé : 
« des pouïls ». 



LE CHAT ET LE SINGE DANS RABELAIS. 1 29 

sens doit être à peu près le même. Or, M. Sainéan nous 
apprend (p. 20, 32) que marpaiid ou marpo est une des 
multiples dénominations du chat^ Mistoudin répond à 
mitou, avec la racine MIT renforcée d'un S, Qiniystaudin^ 
variante signalée par La Borderie, correspond à mitau 
(Sainéan, p. 17, 25) et à tnistaii (Moisy, Dict. normand). 
Et puisque nous en sommes aux dérivés de miste, citons 
encore mistouflet.^ que le Dictionnaire de Ménage enre- 
gistre comme un « mot toulousain » signifiant « poupin, 
délicat, mignon^ ». M. Sainéan ne signale que la forme 
mitoujlet., avec le sens d' « hypocrite ». 

Mais il est temps que nous en venions à Rabelais lui- 
même, dont M. Sainéan a compris toute l'importance. Le 
petit lexique qui va suivre n'a pas la prétention d'être com- 
plet ni d'épuiser tous les mots et expressions qui ont ou 
pourraient avoir quelque relation avec le chat. Je noterai 
de préférence ceux qui apparaissent pour la première fois 



1. C'est du moins ce que nous apprend le Lazar Sainéan qui a 
rédigé l'essai surZ-e chat. Mais il y a, semble-t-il, un second Lazar 
Sainéan, qui vient d'écrire à&n?, Idi Zeitschr if t de M. Grôber un petit 
article sur marpaud (Z. Rom. Phil., t. XXX, igo6, p. 3 10) : celui-ci 
ne mentionne même pas le chat, considère que marpaud est syno- 
nyme de « goinfre » et le rattache à un verbe morfier ou morpailler 
(Rabelais, t. II), dont l'origine serait une onomatopée reprodui- 
sant le bruit des mâchoires (??). Je ne me suis pas livré à une étude 
approfondie des significations du mot marpaud. En tout cas, je 
connais parfaitement le dialogue de Cholières sur les Barbes : le 
Démonax à qui s'adressent les qualificatifs cités plus haut n'a rien 
de commun avec un goinfre. J'ai lu également l'article de Godefroy: 
ses exemples sont vagues, et on en retient seulement que marpaud 
a été péjoratif et se trouve souvent flanqué de l'épithète « laid «. Un 
« laid marpaud » a l'air de pouvoir se traduire par « un vilain 
singe ». Le Lazar Sainéan de l'essai sur Le chat notait à plusieurs 
reprises (en particulier p. 89) que les mots tirés de la notion chat 
étaient souvent appliqués au singe (cf. marpaille (Ménage) = mar- 
maille). Je n'affirme rien, je cherche simplement à concilier de mon 
mieux les deux faces de M. Sainéan. 

2. Il est probable que ce mot n'a rien de spécialement toulou- 
sain. Dans ses notes à Cholières (t. II, p. 394), D. Jouault le signa- 
lait à côté de mistoudin : « Mistoudin (racine miste) nous paraît 
être l'analogue de mistoujlet, mon mignon, mon joli garçon. » 



l3o LE CHAT KT LK SINGK DANS RABELAIS. 

chez notre auteur ou encore ceux qui présentent un inté- 
rêt particulier et soulèvent une discussion. Je me suis 
efforcé de faire servir le travail de M. Saincan à Tintelli- 
gence de Rabelais et d'en tirer le meilleur parti qu'il m'a 
été possible. J'y ai joint de temps à autre le résultat de mes 
recherches personnelles. 

I. 

Le chat. 

Amadouer (Rab., III, ProL). L'exemple de Rabelais (1546) 
est un des premiers que nous connaissions de ce mot'. Il fait 
partie de l'énorme cascade d'imparfaits qui expriment l'acti- 
vité fébrile de Diogène maniant son tonneau : il 1' « ...ama- 
douoit, guoildronnoit, mittonoit, tastonnoit ». Nous reverrons 
« mittonoit », où il y a évidemment du chat. Quant à amadouer, 
que nous connaissons en général dans son acception métapho- 
rique, il a ici un sens matériel qui est intéressant; il veut dire 
« manier, tâtonner, frotter ». Le rapprochement avec « miton- 
ner » n'a pas échappé à M. Sainéan (p. 76); selon lui, de même 
que mitonrier c'est caresser le miton, de même amadouer c'est 
caresser le matou. L'étymologie de M. Sainéan me paraît la 
plus ingénieuse et la plus vraisemblable de toutes celles qui 
ont été proposées jusqu'ici. On verra, en se reportant au § i33 
de l'essai sur le Chat, comment M. Sainéan rend compte en 
même temps de la genèse du mot amadou. 

Cabourne. « La cabourne des briffaulx » est un des livres 
qui constituaient la bibliothèque de Saint-Victor (III, vu). Le 
Duchat conjecturait que ce titre voulait dire « le capuchon des 
moines ». L'interprétation de Le Duchat a été adoptée ensuite 
par tous les lexicographes. Ainsi Godefroy la donne en toute 
sécurité, mais il se borne à citer ce seul exemple de Rabe- 
lais, qui est manifestement insuffisant, car il est dépourvu de 

I. Le Dictionnaire Général cite un exemple à peu près contem- 
porain tiré de Calvin et où le mot amadouer a une acceptation 
métaphorique. Comme il s'agit sans doute de VJnstitution chré- 
tienne de 1541, M. Sainéan commet une légère inexactitude en disant 
que le mot se rencontre d'abord dans Rabelais. 



LE CHAT ET LE SINGE DANS RABELAIS. l3l 

contexte. M. Sainéan emboîte le pas derrière Le Duchat et 
Godefroy et, de plus, il enrôle cabourne dans la grande armée 
des dérivés du mot chat (p. 5o). 

Carymari-Carymafl^ (Rab., I, xvii). C"est un des jurons que 
profèrent les Parisiens compissés par Gargantua. Nous avons 
ici une réminiscence évidente de la farce de Patelin, que 
Rabelais savait par cœur. On connaît la scène du délire : 

Ostez ces gens noirs!... Marimara! 
Carimari-carimara ! 

Ces mots mystérieux ont donné lieu à bien des hypothèses 
et à des rêveries moins feintes que celle de Patelin. Il y a là 
une question difficile, que M. Sainéan tranche en quelques 
lignes, à la fin du § i3g, consacré au mot charivari. Il paraît 
qu'en Picardie les enfants qui organisent un vacarme pro- 
noncent la formule caribari-caribara. De là à rattacher les 
paroles cabalistiques de Patelin au mot charivari et, en der- 
nière analyse, au mot chat, il n'y a qu'un pas. M. Sainéan le 
franchit allègrement. Pourtant, s'il s'était reporté à l'article 
carimara du Dictionnaire de Ménage, il aurait pu se rendre 
compte de la complexité du problème. Ménage avait noté en 
italien et en français trois ou quatre significations très diffé- 
rentes de ce mot. Par exemple, il nous apprend que « dans la 
Picardie on appelle les Bohémiens des carimara ». N'y 
aurait-il pas un rapport entre ces Bohémiens et les « gens 
noirs » qui défilent devant l'imagination de Patelin battant la 
campagne? Dans un passage, d'ailleurs obscur, de Cholières 
(éd. Jouaust, t. I, p. igS), je trouve l'adjectif cararnaresque 
appliqué à un nègre. Si M. Sainéan se bornait à voir dans les 
exclamations de Patelin des variations comiques sur un mot 
du même genre que charivari, s'il n'y cherchait pas autre 
chose, son explication serait incomplète, il est vrai, et négli- 
gerait d'autres aspects du problème, mais elle serait du moins 
conséquente. Où M. Sainéan me paraît manquer de logique, 
c'est quand il admet en même temps, avec la plupart des com- 
mentateurs, que nous avons afi'aire à une véritable formule 
d'exorcisme, à un « terme de grimoire » caractérisant « le bruit 
du sabbat ». Du reste, ce n'est pas impossible, et je n'ai aucune 
opinion ferme en la matière. Tout ce que je puis citer dans 
cet ordre d'idées, c'est un passage de Guillaume Bouchet où 



1.12 LE CHAT ET LE SINGE DANS RABELAIS. 

un operateur de village, maréchal ferrant et dentiste, prononce 
avant d'arracher une dent la formule « gamara » (Serce XXVII':, 
éd. Roybet, t. IV, p. 189)'. Je serais tenté de rapprocher ce 
gamara de notre carimara. Mais si cette dernière forme a 
réellement appartenu à la sorcellerie sérieuse, non à la sor- 
cellerie pour rire, si c'est quelque chose dans le genre d' « abra- 
cadabra », l'étymologie proposée par M. Sainéan ne se com- 
prend plus très bien. Il faudrait nous expliquer comment des 
sorciers ont pu être amenés à se servir d'un mot vulgaire, 
compris de tous, évoquant des idées comiques, dans le genre 
de charivari. Ne cherchent-ils pas en général, tout au con- 
traire, à en imposer par des termes incompréhensibles, fabri- 
qués à plaisir ou empruntés à des langues peu connues, 
le grec ou l'hébreu? Et dès lors se justifient, — en principe du 
moins, — toutes les étymologies bizarres et savantes que 
M. Sainéan cite en note avec une certaine ironie, — jusques 
et y compris les fantaisies de M. Chevaldin. Que pourrait 
m'objecter M. Sainéan, partisan du « grimoire », si je venais 
lui proposer à mon tour une étymologie grecque et lui racon- 
ter que l'expression xaV^piépa, transportée de Grèce par des 
Bohémiens, a été employée par eux en Occident pour des opé- 
rations magiques 2? Il n'y aurait rien à dire à ce petit roman, 

1. La petite anecdote de Bouchot a passé ensuite dans des recueils 
de contes du xvn° siècle. Nous la trouvons par exemple dans les 
Contes à rire, publiés par A. Chassant (Paris, 1881, p. 385-386); 
mais ici gamara a fait place à baribara. — Dans Cholières (édition 
Jouaust, t. I, p. 322), le mot cavamara est employé une fois pour 
désigner « la nature de la femme », comme disent les lexicographes. 
Nous avons sans doute là un jeu de mots sur cas (cf. ital. ca^^io) : 
ce monosyllabe a dcclanché la formule entière. 

2. Sans prendre cette boutade au sérieux, je ferais cependant 
remarquer que dans le roman de Florimont, par Aimon de Varennes, 
le « bonjour » des Grecs est rendu par les formes caliméta, cassi- 
mera, carismera, Et alimera et calimera (Paul Meyer, Bibl. de l'Éc. 
des chartes, i856, p. 33 1). — Puisqu'il est question de grimoire et 
de sorcellerie, je tiens à signaler qu'un autre mot de la grande 
famille féline, Raminagrobis, a été employé au xv° siècle dans une 
formulette conservée par le ms. latin B. N. 8685. Il s'agit d'un cahier 
de maître d'écriture qui a été analysé par M. Léopold Delisle dans 
le Journal des Savants de 1899 (p. 58). Parmi les modèles d'écriture, 
on trouve par trois fois le mot Raminagrobis, entre autres dans une 
formule cabalistique qui suit deux vers latins : 

« Ram raminagrobis moportum divitatibus parafaraga. » 



LE CHAT ET LE SINGE DANS RABELAIS. l33 

sinon que nous devons attendre patiemment le jour où des 
études sur la langue cabalistique et la sorcellerie du moyen 
âge nous auront appris si vraiment carimara ou carimari ou 
gamara ont eu une existence réelle, sérieuse, en dehors de la 
littérature comique. 

Gauquemare (Rab., IV, Ane. proL, et ch. i.xiv, Pant. pro- 
nostic, VI). Mot fort obscur que M. Sainéan rattache à cau- 
chemar. Le cauchemar serait le chat (mar-cou) qui foule 
(cauche) le dormeur. Sans parler de cette étymologie, et pour 
nous en tenir à Rabelais, il est bien téméraire d'émettre une 
opinion sur ces « cauquemares d'Euphrate », — qui doivent 
être proches parents des coquecigrues d'outre-mer, — et de 
traduire par « monstres aquatiques », en faisant un rapproche- 
ment avec le Chapalu de la Bataille Loquifer. Tout ce que 
nous pouvons soupçonner, c'est que ce sont des êtres fan- 
tastiques. 

Chaffourer (Rab., I, m, xi; IV, xii, etc.). On regrette l'ab- 
sence de ce mot et de sa famille dans le Dictionnaire de Gode- 
froy. Comme le remarque M. Sainéan (p. 5i), chaffourrer c'est 
griffonner, barbouiller (en français populaire, se chaffourer = 
s'égratigner). Il aurait pu signaler en passant l'importance de 
ce mot dans l'œuvre de Rabelais. Le petit Gargantua « se 
chafTourroit le visage », « ratissoit le papier », « chaffournoit le 
parchemin ». La Pantagrueline Pronostication nous apprend 
que « les chaffoureus de parchemin » sont soumis à l'influence 
de Jupiter, et l'on se rappelle que Procuration « est un pays 
tout chafTouré et barbouillé ». Ces deux derniers exemples, 
ainsi que « le chat-fourré des procureurs » de la bibliothèque 
de Saint-Victor (II, vu), nous amènent tout naturellement aux 
Chats-Fourrés du Ve livre et nous font comprendre comment 
ce mythe, fondé avant tout sur le chaperon fourré et l'hermine 
des juges, réalise en même temps un jeu de mots sur le verbe 
chaffourrer. Grippeminaud et consorts sont des griffonneurs 

C'est encore là de la sorcellerie inoffensive. M. Sainéan m'objec- 
tera que le grimoire pour rire ne diffère pas essentiellement du gri- 
moire sérieux employé par de véritables magiciens, et lui a fait 
certainement de larges emprunts. Mais encore faut-il démontrer ces 
emprunts et distinguer entre les formules usées, vieillies, devenues 
par suite ridicules, et d'autre part les formulettes amusantes créées 
de toutes pièces pour caricaturer celles des sorciers. 



l34 LK CHAT ET LK SINGE DANS RABELAIS. 

de parchemin, des « barbouilleurs de lois », comme dira 
André Chénier dans ses ïambes^. Et même, si l'on adopte la 
manière de voir de M. Sainéan, l'auteur de Vlsle sonante ne se 
serait pas contenté de faire un jeu de mots, une allusion; 
consciemment ou inconsciemment, il serait remonté à l'ori- 
gine même du verbe chaffourrer. Ce n'est pas impossible; j'ai- 
merais fort à retrouver dans ce mot la griffe du chat. Mais les 
étymologies de M. Sainéan sont vraiment trop sommaires et 
données à la course. Si le premier élément est bien le chat, 
quelle est l'origine du second élément? Et même en ce qui 
concerne le premier, que devons-nous penser de la forme 
chauffourrer, si fréquente au xvie siècle, que nous trouvons 
également chez Rabelais^, qui se maintient à son époque mal- 
gré un calembour facile, et dans laquelle Le Duchat voulait 
voir la forme primitive, étymologique 2? Tout cela reste à exa- 
miner de très près. — Je signale, à titre de curiosité, la forme 
chabrouiller que je trouve dans « les Touches » du sieur des 
Accords : 

Un crayon rouge, ou blanc, ou noir, 
Dont il chabrouille les murailles. 

Ce mot me paraît résulter du croisement de chaffourrer et de 
brouiller. 

Chamailler. M. Sainéan a parfaitement raison de critiquer 
(p. 84) l'hypothèse clamaculare, donnée d'ailleurs sous toutes 
réserves par le Dictionnaire général. Pour lui, chamailler c'est 
frapper (mailler] à la façon des chats. Le mot serait originaire 
des patois du Nord"*. Si Ton consulte les listes lexicographiques 

1. Cf. aussi Rabelais, t. I, p. m : « D'abundant en ont chaffourré 
leur rodibilardique loy Gallus. » 

2. En effet, bien que j'aie donné la forme chaffourrer dans les 
exemples cités plus haut, la variante chauffourrer se trouve dans 
diverses éditions de Rabelais. II ne m'a pas été possible de faire le 
travail critique nécessaire pour déterminer laquelle des deux formes 
doit être adoptée et considérée comme normale. 

3. Cf. Dictionnaire de Ménage, s. v. Cliaffoiircr, chaiifourer. — 
Il a existé un ancien verbe chaiifourer (= chauffer) auquel on 
rattache généralement le substantif échauffourée. Mais il est pro- 
bable que ce verbe n'a rien à voir ici. 

4. Mais alors pourquoi se présente-t-il sous la forme chamailler 
et non camailler? 



LE CHAT ET LE SINGE DANS RABELAIS. l35 

si Utiles dressées par M. Paul Barbier fils pour la Revue des 
Études rabelaisiennes (igoS), on y trouve (p. 298) que Rabelais 
aurait fourni le premier exemple connu du mot chamailler 
(1. III, ProL). C'est une petite inexactitude. M. Sainéan rap- 
pelle avec raison que le mot avait été signalé par DelbouUe au 
xive siècle dans les Royaux lignages de Guiart. 

Chat de mars (Rab., I, xiii). M. Sainéan traduit par « marte » 
(p. 41). Il n'est pas responsable de cette traduction, qui est 
donnée par tous les lexicographes de Rabelais, y compris 
M. Huguet (lexique de l'éd. Marty-Laveaux). M. Thomas a 
bien raison de faire observer qu'un « chat de mars » est tout 
simplement un chat né au mois de mars^; mais il ne nous ren- 
seigne que sur le chat de mai. Voici ce que nous dit M. Sebil- 
lot dans son grand ouvrage sur le Folk-lore de France (t. III, 
p. 82) : « Les chats de mars sont regardés comme excellents 
en Anjou; ils passent dans le Finistère pour être batailleurs; 
quelques-uns même vont au sabbat. » 

Chat-fourré, chatte-fourrée, chats-fourillons. Voir 
Chaffourer. 

Chat garanier ou garennier (Rab., V, xi). M. Sainéan met 
un trait d'union entre les deux mots, comme pour chat soube- 
lin (voir plus loin), et traduit par « fouine », d'après Cotgrave. 
Je ne sais quelle valeur peut avoir l'interprétation de Cotgrave. 
En tout cas, dans Vlsle sonante il s'agit bien de chats et non 
de fouines 2. 

Chatouille. Lamproie d'eau douce. Le premier exemple 
connu de ce mot est fourni par Rabelais (IV, lx). Comme le 
remarque M. Thomas [Romania, t. XXXV, p. 472), il est bien 
douteux que le mot chat soit ici en question; la lamproie était 
appelée en ancien français setueille, seteuille, sans doute par 
allusion aux sept trous qu'elle porte de chaque côté de la tête. 

Chat soubelin (Rab., IV, lxvii). Quoique semble le croire 
M. Sainéan, cette expression, — où il introduit arbitrairement 
un trait d'union, — ne veut pas dire « zibeline », du moins 

1. Romania, t. XXXV, p. 472. 

2. Il y a cependant quelques divergences dans les explications de 
l'adjectif garennier. Moland traduit par « chat de garenne, chat 
sauvage ». Le Duchat comprenait « ceux qui détruisent les 
garennes. » 



l36 LK CHAT KT LE SINGE DANS RABELAIS. 

dans Rabelais; mais se trouve-t-elle ailleurs? Ce n'est pas que 
je critique l'opinion de ceux qui voient dans ce soubelin l'an- 
cienne forme du moi actuel 'gibeline; mais, en ce cas, il faut 
définir comme le fait par exemple Moland : « Chat au poil 
soyeux, comme celui de la martre zibeline. » Car enfin c'est 
bien un chat qui égratigne le pauvre Panurge au dernier cha- 
pitre du livre IV. M. Sainéan met entre parenthèses le nom de 
Gotgrave, ce qui veut dire que c'est là son autorité. Mais il a 
dû remarquer cependant que Gotgrave donnait une définition 
entièrement différente de la sienne : « Agréât or mightie cat. » 
Godefroy, au mot soubelin, a également un paragraphe spécial 
où il cite l'unique exemple de Rabelais et le « great or migh- 
tie cat » de Gotgrave. M. Thomas témoigne pour cette défini- 
tion une indulgence qui me paraît excessive'. Car, en l'ab- 
sence d'autres exemples, on peut se demander si elle n'est pas 
tout simplement tirée du texte même de Rabelais, qui parle 
d'un « grand chat soubelin^ ». Le cas ne serait pas isolé chez 
Gotgrave, pas plus que chez tant d'autres lexicographes. Jus- 
qu'à nouvel ordre, je me représente le chat de Panurge comme 
un grand chat à beau poil, comme une sorte d'angora, et je 
vois dans soubelin l'adjectif que nous employons sous la forme 
•gibeline (s. e. martre) et que la Chanson de Roland nous 
montrait déjà sous la forme sabelin^. 



1. Romania, t. XXXV, p. 473. 

2. Et, à la fin du chapitre, Rabelais magnifie encore l'animal en 
nous montrant Panurge « esgratigné des griphes du célèbre citât 
Rodilardus ». 

3. Dans ses Diverses leçons (1610), Loys Guyon écrit toujours : 
« martre ^iibeline ». Resterait à faire l'histoire de ce mot. Comme 
le remarque fort bien M. Thomas, cette histoire est encore obscure. 
Nous constatons au xvi° siècle la fortune singulière d'un adjectif sou- 
belin, siibelin ou sublin, que Littré confond à tort avec sublime dans 
un passage d'Henri Estienne et qui voulait dire « raffiné, délicat, 
ingénieux, rusé, etc.. » (voy. Godefroy). Ainsi, Panurge s'écrie au 
chapitre ni du Tiers Livre : « Et vous me voulez débouter de ceste 
félicité soubeline? (= exquise) ». Il est probable, — dans la mesure 
où l'on peut se prononcer en cette matière, — que c'est le même 
adjectif que nous avons au figuré dans la « félicité soubeline » de 
Panurge et au propre dans son « grand chat soubelin ». La four- 
rure de la martre zibeline a toujours été une fourrure rare, exquise, 
délicate. Cette opinion étymologique était celle d'Henri Estienne, et 
je m'aperçois qu'elle est partagée par son exégète moderne M. Clé- 



LE CHAT ET LE SINGE DANS RABELAIS. iSy 

Chattemite. Ce mot est beaucoup plus ancien que Rabelais, 
mais il s'en est volontiers servi; il lui donne même un féminin, 
chattemitesse, et un diminutif, chatte^nitillon (IV, lxiv). M. Sai- 
néan a raison : c'est bien un composé dont le second élément 
est le synonyme familier du premier' (p. 46). J'ajouterai une 
petite observation : le mot hermite, avec ou sans le détermi- 
nant « faux », a souvent le sens d'hypocrite. Rabelais l'emploie 
ainsi tout seul comme synonyme de « cagot », de « papelard », 
etc. (exemple, IV, lxiv). Ce fait ne s'explique pas uniquement 
par l'anticléricalisme ou par l'influence de proverbes tels que 
« l'habit ne fait pas l'hermite » ou « de jeune hermite vieux 
diable » ; il faut certainement faire une part à l'influence pho- 
nétique de chattemite, dont les deux dernières syllabes coïn- 
cident fâcheusement avec les deux dernières du mot ermite. 

Chiabrena et chiabrener (Rab., II, vu; III, ix; IV, x). Bien 
que M. Sainéan n'ait pas cru devoir signaler ces vocables 
bizarres, il me semble qu'ils pouvaient se rattacher à son 
sujet. La Revue des Études rabelaisiennes inséra autrefois une 
question relative au sens et à l'étymologie de chiabrena (t. I, 
p. 241); les deux réponses envoyées furent brèves et, — il faut 
le dire, — tout à fait insuffisantes (t. II, p. 26). La plupart des 
lexicographes semblent s'être bornés à décomposer ce mot en 
ses deux éléments apparents et à donner une définition en consé- 
quence. Ainsi, pour Cotgrave, chiabrenatveul dire « foireux^». Il 
se peut d'ailleurs que cette interprétation facile se soit répandue 
de bonne heure, qu'elle ait par suite une valeur réelle, et je ne 

ment (thèse sur H. Estienne, p. 349). D'ailleurs, je ne crois pas 
qu'il faille exclure au xvi" siècle l'influence sémantique du mot 
savant sublime. Il y a eu certainement un croisement. 

1. Cf. l'anglais pussy-cat, le danois missekat, le français en cati- 
mini, etc. J'ai entendu dire « un chat-minet ». C'est un procédé 
enfantin de réduplication qui, comme le remarque justement 
M. Sainéan, correspond à la réduplication phonétique de mots tels 
que dodo, nounoïc, moiimoutte, etc. — M. Sainéan indique d'ailleurs 
en note que cette explication de chattemite se trouvait déjà dans la 
Faune populaire de Rolland. 

2. La définition donnée par Le Roux dans son Dict. com. est 
inepte : il interprète chiabrena par « les menstrues ». Il est pro- 
bable que cette glose a été imaginée par lui de toutes pièces pour 
fournir une explication quelconque au « chiabrena des pucelles » 
de la bibliothèque de Saint- Victor. 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. V. 10 



l38 LK CHAT I:T le SINGK dans RABELAIS. 

vois aucun inconvénient à expliquer par « sale, foireux », — 
comme le fait le lexique de V Ancien Théâtre Français*, — 
l'injure u chia brena » que décerne une femme à son mari dans 
la farce du Chaudronnier. Mais la question des origines du 
mot reste intacte. Les deux premiers passages de Rabelais qui 
citent le titre d'un imaginaire « Chiabrena des pucelles » ne 
nous renseignent en rien sur le sens du mot. En revanche, le 
troisième passage est très explicite. Nous sommes dans l'île de 
Chéli, où règne le très aimable roi Panigon. « Gorpe de gal- 
line », s'écrie frère Jean, « j'en sçay mieux l'usage et cérémo- 
nies que de tant chiabrener avec ces femmes, magny, magna, 
chiabrena, révérence, double, reprinse, l'accolade, la fressu- 
rade, baise la main de voslre mercy, de vostre majesta, vous 
soyez tarabin, tarabas. » Il ne peut y avoir aucun doute sur le 
sens de ce passage où frère Jean critique avec véhémence les 
rites compliqués d'une courtoisie par trop protocolaire. En 
cherchant des équivalents dans la langue familière moderne, 
nous dirons donc que « chiabrener », faire « magny, magna », 
c'est « faire des chichis et des magnes ». Cette interprétation 
est encore précisée par un passage de Noël du Fail que l'on a 
souvent cité à ce propos : « Mais point de nouvelles, elle des- 
pite comme un chat borgne, feignant ronfler, et faisant bien 
le chiabrena, se tourna de l'autre côté 2. » M. Assézat n'a pas 
tort de traduire en note par « rechignant ». Or, ne pourrait-on 
pas rapprocher ce chiabrena et ce chiabrener de l'adjectif cha- 
brun signalé par M. Sainéan (§ 74) et qui signifie « maussade » 
en Touraine, en Poitou et dans d'autres provinces? Le Duchat, 
dans le Dictionnaire de Ménage, signale à Metz l'expression 
« faire le chabrun » pour : prendre la chèvre ou bouder. Il est 
probable qu'en comprenant « chat brun », c'est-à-dire « chat 
noir », M. Sainéan a raison contre Le Duchat, qui dérivait le 
mot de « chèvre ». D'ailleurs, l'idée de « maussade, renfrogné, 
grognon » apparaît assez souvent dans la sémantique du chat, 
comme le prouvent plusieurs exemples recueillis par M. Sai- 
néan^ et comme le prouve précisément le début de la phrase 



1. Bibl. elzévirienne, t. X. 

2. Eutrapel, chap. xxxii (éd. Assézat, t. II, p. 278). 

3. Par exemple à rechigne chat ou en rechigne chat (Sainéan, 
p. 44, 78), M. Sainéan va même jusqu'à annexer le mot chagrin à 



LE CHAT ET LE SINGE DANS RABELAIS. I Sq 

de Noël du Fail citée plus haut. La même phrase nous mon- 
trerait encore, si besoin en était, le rapport étroit qui unit la 
notion de « rechigné » à celle de maniéré » : la fille ou la 
femme qui se refuse, qui fait des difficultés est une façonnière. 
Le rapprochement entre chiabrena et chabrun m'était venu à 
l'idée en lisant le livre de M. Sainéan. Je me suis aperçu, en 
faisant des recherches, qu'il avait été déjà indiqué par Le 
Duchat, non pas dans le Dictionnaire de Ménage, mais dans 
l'édition de Rabelais (Amsterdam, 171 1, t. II, p. 69). Le Duchat 
présentait cette hypothèse entre plusieurs autres et sous une 
forme très dubitative. Je crois qu'il convient d'en tenir plus de 
compte. En s'hypnotisant sur le sens scatologique des deux 
éléments du mot chiabrena, on n'est jamais parvenu jusqu'ici 
à dégager de ce ... bourbier l'idée de « rechigner, faire des 
façons ». En revanche, on comprend fort bien comment l'ex- 
pression chabrun, déformée, pétrie entre les mains de Rabelais 
ou d'un autre, a pu prendre, — si j'ose m'exprimer ainsi, — 
une saveur plus gauloise tout en conservant sa signification 
primitive. M. Paul Barbier ne nous signalait-il pas tout récem- 
ment des métamorphoses du même genre infligées à d'inno- 
cents termes d'apothicaire ^ ? Et ne savons-nous pas que le mot 
simagrées s'est présenté maintes fois sous la forme chimagrées? 

Garanier. Voir Chat garanier. 

Grippeminaud (Rab., V, xi et suiv.). Les origines de ce com- 
posé ne sont pas encore bien éclaircies. Il est regrettable que 
le premier exemple connu soit précisément celui de Vlsle 
sonante (i562). Il est regrettable aussi que l'influence du 
V^ livre se fasse sentir sur tous ou presque tous les exemples 
ultérieurs. Nous croyons cependant que si l'auteur du V^ livre 
a fait de Grippeminaud un mythe impressionnant, inoubliable, 
il n'a pas créé le vocable lui-même et qu'il a dû le prendre 
dans la langue populaire. Ce doit être aussi l'opinion de M. Sai- 



la grande famille féline. — Le Duchat nous rappelle également, 
dans le même article du Dictionnaire de Ménage, qu'on a dit « des- 
piteux comme un chat borgne »; il note cette expression dans une 
éd. de i539 de Matthieu Cordier et signale dans le patois messin la 
présence de l'adjectif chabôgne (= acariâtre, colérique). G. Bouchet 
dit aussi « despit comme un chat borgne » {X" Serée, éd. Roybet, 
t. II, p. 196). ^ 

I. Revue des Études rabelaisiennes, 1906, p. 3ii-3i4 : Diamerdis. 



140 Li: CHAT KT LK SINGIC DANS RABKLAIS. 

néan, qui est bien inspiré en nous signalant (p. 24) un petit 
texte tiré du Moyen de parvenir, où se trouve l'expression Grip- 
peviinjut sans rire. Nous transcrirons plus loin ce passage 
in extenso. Bien que le Moj'en de parvenir soit postérieur au 
Ve livre, il est évident que la formule en question ne lui doit 
rien; elle est traditionnelle, et dans ce « grippeminaut sans 
rire » je vois avec M. Sainéan une allusion à un jeu enfantin 
analogue à celui de « la petite bète qui monte » et où le patient 
doit supporter le chatouillement « sans rire », — sous peine 
de fournir un gage ou de payer un enjeu. — Demandons-nous 
maintenant ce que veut dire grippeminaud et quel est le rap- 
port entre les deux termes de ce composé. Littré ne se prononce 
pas sur ce point, non plus que M. Sainéan. En revanche, les 
auteurs du Dictionnaire général voient dans minaiid un sujet 
ou plus exactement un vocatif {Dict. gén., formation des mots, 
§§ 2o5 et 2og). Telle doit être la théorie courante; c'est celle qui 
s'ofifre le plus naturellement à l'esprit, et c'est de la sorte que 
M. Sainéan (p. 71) se représente la formation de croque-mitaine : 
« Le chat [mitaine) qui croque les enfants désobéissants » ; il 
est bien évident que ce n'est pas le chat qui est croqué! De 
même grippeminaud, c'est le chat qui grippe ou griffe, qui est 
invité k gripper ou à griffer. N'est-il pas populairement appelé 
le grippard (p. 22), le griffard (p. 22), ou, — par une plaisan- 
terie qui nous rappelle le chapitre des Chats-Fourrés, — le 
greffier? Que le grippeminaud de Rabelais provienne de l'in- 
nocente formulette citée par Béroalde de Verville, qu'il repré- 
sente un vulgaire minet ou qu'il ait signifié avant le Ve livre 
un félin plus redoutable de la famille des croque-mitaines, 
l'interprétation grammaticale ordinaire est excellente; aussi 
mon intention n'est-elle pas de la détruire, mais simplement de 
montrer qu'il peut en coexister une autre. Ainsi, dans l'expres- 
sion à grippe-chat ovl à grappe-chat (p. 44), qui signifie, paraît-il, 
en poitevin « aller sur les pieds et sur les mains », autrement dit 
marcher à quatre pattes, il me semble que le rapport des deux 
termes n'est plus le même, le second a toutes les apparences 
d'un accusatif : c'est le chat qu'il s'agit de gripper en prenant 
la position susdite. Le composé grippeminaud ne pourrait-il 
pas se comprendre de la sorte? Essayons de nous le représen- 
ter comme taillé sur le patron des autres mots formés avec 
grippe : grippe-argent, grippe-sou, grippe-fromage, grippe- 
tout. Alors deux hypothèses se présenteront à nous, dont la 



LE CHAT ET LE SINGE DANS RABELAIS. I41 

première, je dois le dire, me paraît très inférieure à la seconde : 
1° Si étrange que cela paraisse au premier abord, et bien 
que l'observation populaire reflétée dans le folk-lore, dans les 
proverbes et dans le langage ait noté avant tout la ruse, la 
prudence, la dissimulation du chat, il faut reconnaître qu'en 
certains cas les mots qui désignent cet animal ont pu devenir 
synonymes de « sot » et de « dupe «. Il s'agit sans doute de 
petits minets innocents et inexpérimentés''! On trouvera 
quelques exemples au § iio de l'essai sur le Chat : ainsi 
matou, en Suisse, peut avoir, paraît-il, le sens de stupide. 
D'après le témoignage d'Oudin (Curiosités françoises), mion 
aurait été synonyme de niais. Il est certain aussi (\x}l attrape- 
niinon et attrape -minet ont signifié ou signifient encore 
« attrape-nigaud ». Peut-être faut-il y joindre le verbe enguil- 
leminer (= duper) qu'on trouve dans Cholières avec son dérivé 
enguillemineur. J'ajouterais que la définition de grippeminaud 
donnée dans le Trésor de C. Oudin, bien que datant de 1660, 
a un certain intérêt en ce sens qu'elle a l'air indépendante de 
Rabelais : Oudin glose par « enganador, ladron », ce qui est 
une acception très générale. Ace com-ç'^e, grippeminaud serait 
synonyme d' « attrape-nigaud » et composé de même sorte 2, 
J'insiste peu sur cette hypothèse, car elle présente certains 
défauts, dont l'un est que le verbe gripper, comme son dérivé 
agripper, s'emploie ordinairement au sens matériel de « sai- 
sir » et non au sens métaphorique de « duper, tromper ». En 
revanche, voici une seconde hypothèse qui me paraît très vrai- 
semblable et qui, on va le voir, s'accorde à merveille avec les 
« Or çà » du Ve livre. 
2° Le chat ou plutôt ses équivalents hypocoristiques ont 



1. En réalité, ce n'est sans doute pas le chat lui-même qui est 
ainsi métamorphosé en « pigeon ». La métaphore est du second 
degré et elle a passé par les étapes suivantes : chat, minet, — d'où : 
« mioche », « mion », individu jeune, blanc-bec, — d'où : naïf, 
nigaud, dupe. 

2. A cette interprétation paraît se rattacher le gri/j/wôn' enregistré 
par Le Roux : « Sobriquet qu'on donne aux greffiers et autres gens 
de justice, comme procureurs, avocats et notaires, parce qu'ils pos- 
sèdent mieux que personne l'art de gripper, c'est-à-dire de voler le 
peuple. // jtigea qu'il étoit asse:[ vengé des sottises de ce gripimini. 
Qiievedo, 2. p. » Mais Le Roux ne considère que la première partie 
du mot et ne dit pas ce qu'il pense de -mini. 



14'- LE CHAT ]:T LK SINGE DANS RABELAIS. 

parfois servi à désigner la monnaie et l'argent. Le processus 
sémantique n'est pas toujours facile à suivre. Le cas signalé 
au ^ 52 est tout à fait exceptionnel : il s'agit de l'ancienne 
expression normande maille au cat, « monnaie qui portait 
l'empreinte d'un chat ». Pour le reste, il faut chercher des 
explications variées : ou bien la bourse a été comparée à une 
peau de chat (§45, esp. port, gato) ou bien il s'agit de désigna- 
tions caressantes dont on a gratifié « l'argent mignon ». Sans 
doute, M. Sainéan a grand tort de ne pas tenir compte de 
l'étymologie germanique que l'on assigne ordinairement au 
mot mite (monnaie d'abord usitée dans les Flandres) et par 
suite aux dérivés mitaille et mitraille. Il réclame, à tort selon 
moi, la première place pour le minet, pour la « mite » à quatre 
pattes. Mais nous pouvons du moins lui accorder la seconde 
place. Le mot inite se répandit dans toute la France et il dut 
prêter de bonne heure à des calembours faciles. Ainsi lorsqu'un 
personnage vulgaire du « Geu des Trois Roys », le messager 
Trotemenu, prononce ce vers : 

Y n'i a miton ni croisette', 

pour dire qu'il n'y a ni sou ni maille, il est bien probable que 
ce « miton » évoquait à l'esprit des spectateurs amusés à la 
fois l'image d'une pièce de monnaie et celle de maître Mitis. 
Quoi qu'il en soit, le fait ne devient certain qu'à une époque 
plus tardive. Si nous ouvrons le Dictionnaire comique de Le 
Roux, nous y trouvons un article minons, au pluriel, avec cette 
glose : « Pour argent, monnoye, écus, pistoles. » Suit un 
exemple de Cholières, qu'il n'est pas mauvais de reproduire 
ici : « Que si un coupeur de bourse venoit à desrober un advo- 
cat, il n'y auroit pas seulement de la moquerie et risée en ce 
que les minons seroient pris, mais ce seroit un présage de 
quelque grand et prestigieux malheur » (Cholières, éd. Jouaust, 
t. I, p. 96). Il n'y a pas moyen de comprendre ce passage autre- 
ment que l'a fait Le Roux : les minons, ce sont bien les écus 
de l'avocat, ses « pépètes » (pour parler du même style), son 
argent mignon. Minaiid est une simple variante de minon et 
devait présenter la même signification métaphorique dans le 



I. Jubinal, Mystères inédits du XV" siècle (Paris, iSSy), t. II, 
p. 94. — La forme miton manque dans Godcfroy. 



LE CHAT ET LE SINGE DANS RABELAIS. 148 

composé grippeminaud que Cholières, citant précisément 
l'épisode des Chats-Fourrés, déforme en grippeminon (éd. 
Jouaust, t. I, p. ii5). Nous serons un peu plus convaincus 
de cette interprétation en lisant attentivement le passage du 
Moyen de parvenir où il est fait allusion au petit jeu de 
« grippeminaud sans rire ». C'est au chapitre lxii : « Et 
je vous demande en conscience et bonne foy, respondez-moy; 
si on vous presentoit sur une table dix mille fois autant d'es- 
cus que vous en avez, ou bien cent mille escus comptans, et 
qu'on vous dist ; « Cela sera vostre, et vous en pouvez prendre 
« galamment trois poignées en disant : gripe minant sans rire, 
« c'est-à-dire que vous ne rirez point »; vous dites qu'ouy. » 
Il y a plus loin, au chapitre cix, un passage à peu près iden- 
tique. Pour plus de sûreté, — Béroalde de Verville n'étant pas 
un auteur facile, — je préfère le transcrire également : « Si on 
vous mettoit sur une table cent mille escus et qu'on vous dist : 
« Ces escus sont pour vous si vous pouvez en prendre trois 
« poignées, ha! en disant sans rire : gripeviinant. » A! hé! et 
vous riez desjà, vous n'aurez rien. » Sans doute, il y a là 
une formulette enfantine, mais il y a aussi un magot sur la 
table. Ou la plaisanterie n'a aucun sens, ou le mot minant 
éveillait dans l'esprit du lecteur l'idée d'une somme d'argent 
qu'il s'agissait de saisir, de « gripper ». Voilà où je voulais en 
venir. Grippeminaud pouvait se comprendre au xvie siècle 
comme un composé verbal dont le second terme était un nom 
au régime direct signifiant « argent ». L'auteur du Ve livre avait 
très bien choisi pour l'archiduc des Chats-Fourrés un nom à 
double sens qui transcrivait exactement dans un style plus pit- 
toresque le composé serrargent, — étymologie comique du 
mot « sergent * ». 

Grobis (Rab., II, xxx). Voir plus loin Raminagrobis. Grobis 
z= gros chat. « Faire du grobis », c'est faire l'important (Sai- 
néan, p. 21). Bis, c'est tout simplement le cri d'appel que nous 
notons maintenant en général par pss pss (p. 8)2. 

1. Rab., V, XI : « ... Car nous fusmes faits prisonniers et arrestés 
de faict par le commandement de Grippeminaud, archiduc des 
Chats-Fourrés, parce que quelqu'un de nostre bande voulut vendre 
à un serrargent des chapeaux de Cassade. » Sur les étymologies 
fantaisistes de sergent, cf. Tabourot, Bigarrures, chap. xi (« Des 
Allusions »). 

2. Rappelons que grobis et bis ont eu un sens obscène (cf. Sai- 



144 ^'" f^"\r ICT Li: SINGK DANS RAIJKLAIS. 

Magny-magna (Rab., IV, x). Nous avons cité, à l'article chia- 
brena, le contexte qui éclaircit parfaitement le sens de magni- 
viagna : c'est une espèce d'onomatopée qui symbolise la 
minauderie et les airs dégoûtés des lilles. M. Sainéan ne la 
signale pas, mais il aurait pu le faire. Au début de son livre 
(p. i6), il pose un type fondamental : MIGN, MAGN, MOUGN, 
dont il nous donne par la suite d'assez nombreux représen- 
tants. Pour plusieurs d'entre eux, il a raison. Ces trois racines, 
ou tout simplement un n mouillé suivi d'un a, ont repré- 
senté le miaulement du chat et par suite l'animal lui-même. 
Voir par exemple au § 102 b tout l'article consacré au ver à 
soie et à ses noms provençaux et français [magnan, magnac, 
inagnard, viagnaud)^ les mots mignon, migne et leurs variantes 
{■passivi). Nous entendons souvent noter les plaintes amou- 
reuses de la chatte par regnao ou par mignao. Tout cela est 
vrai, et il est également vrai que les minauderies de la femme 
ont été souvent comparées aux grâces languissantes de la 
chatte. Mais, en plusieurs cas, l'onomatopée symbolisant la 
plainte a pu être appliquée directement à la femme sans qu'il 
soit nécessaire de supposer comme intermédiaire une minette 
quelconque. Par exemple, M. Sainéan abuse de son sujet lors- 
qu'il veut rattacher à la notion « chat » le mot familier gnan- 
gnan, qui exprime la langueur. S'il s'était souvenu du magny- 
magna de frère Jean, nul doute qu'il l'eût introduit dans ses 
listes. Et pourtant là aussi, malgré la présence de la racine 
magn-, un certain scepticisme eût été permis de notre part. 
Rappelons-nous qu'en dehors de ce passage, où frère Jean 
caractérise à grand renfort d'onomatopées la minauderie des 
dames de Chéli, il y en a un autre (IV, xix) où « magna, gna, 
gna )) est simplement une caricature des gémissements de 
Panurge affolé par la tempête. L'intermédiaire « chat » ne me 
semble nullement indispensable '. 

néan, g§ iiS b et 126 a. Cf. aussi l'expression : river le bis, Ane. th. 
fr., t. II, p. 227). C'est le sort d'une foule de mots familiers signi- 
fiant « chat » et du mot chat lui-même. Fr. Michel, dans ses Études 
sur l'argot, se demandait s'il ne fallait pas voir un sous-entendu 
obscène dans l'exclamation rabelaisienne vray bis, qui est une 
déformation de vray dieu ou de vray bien. 

I. J'aimerais à rattacher à magni-magna, autrement dit à une 
onomatopée, notre expression actuelle « faire des magnes » = faire 
des façons. Cette théorie me paraît préférable à celle qui dérive- 



LE CHAT ET LE SINGE DANS RABELAIS. 145 

Maroufle (Rab., I, xxxv; II, v, xi, etc.). Les maroufles sont 
les gueux, les apaches de l'ancien temps. Le mot apparaît pour 
la première fois dans Rabelais. M. Sainéan le rattache au nom 
du chat mâle; à l'origine, maroufle a dû être synonyme de 
marcou. C'est la meilleure étymologie qu'on ait présentée. 
Cl. franc-mitou ; en wallon rnarou signifie à la fois « matou » 
et « gueux ». De même maraud signifie « matou » dans les 
patois du Centre (Sainéan, § 12g). 

Matagot. Ce mot se rencontre d'abord dans Rabelais (I, liv; 
IV, xxxii). Ce serait un compromis entre matou et magot 
(singe) et un emprunt fait par Rabelais à un patois du Midi 
(cf. prov. matagot, chat sorcier). Ce qui est certain, c'est que 
ce terme désigne chez notre auteur les hypocrites, les chatte- 
mites; les « Matagots » sont les fils et les petits-fils d'Anti- 
physie. Voir II, magot. 

Mitaine (Thibaut) (Rab., II, xi). « Sa, Dieu gard de mal Thi- 
bault Mitaine! » M. Sainéan fait de son mieux pour donner 
une explication de ce souhait incompréhensible (p. 64, n. i). 
Il cite Oudin : « Le mal Thibaut Mitaine., être sot, » et rap- 
proche Tibaut de Tibert, nom du chat dans le Roman de 
Renard. Il va sans dire que pour M. Sainéan mitaine est un 
des noms hypocoristiques du chat, ce qui me paraît d'ailleurs 
à peu près sûr^. 

Mitonner (Rab., III, Prol.) (premier exemple connu de ce 
mot). Sainéan, p. 76, mitonner. C'est caresser le miton, d'où : 
manier. Comp. amadouer. 

MiTouARD. Mot oublié par M. Sainéan. On ne le signale pas 
avant Ylsle sonante, c'est-à-dire avant i562. L'exemple tiré du 
1. V, chap. XIV, est le premier que cite Godefroy, s. v. Mais ce 
mot nous est connu antérieurement. Ainsi il a joué un rôle 
dans la fameuse querelle de Marot et de Sagon : un pamphlet 
rédigé contre Marot par La Hueterie portait sur la page du 
titre un chat, un rat (le « rat pelé », rébus par lequel les enne- 
mis de Marot désignaient le poète rappelé de l'exil), et entre 

rait magnes du mot manières, écourté et prononcé avec n au lieu 
de n -\-jod (cf. gna pas = [il] n'y a pas. Pour plus de détails sur ce 
phénomène, voir Nyrop, Gramm. hist., t. I, g 334). 

I. Cette hypothèse avait déjà été présentée par Ménage, comme 
le remarque M. Sainéan (p. 60, n. i). 



I4Ô LK CHAT KT LK SINGK DANS UAHELAIS. 

les deux « le lard ». On lisait au-dessous le distique suivant, 
dans un latin mi-parti de français : 

Mus cavet ire au lard 
Quando videt Miloiiard. 

Cet opuscule doit être de iSSy'. Il est donc inexact de pré- 
tendre comme le faisait Jouaust dans son glossaire de Cho- 
lières (t. I, p. xl), que le mot initouard a été « créé par Rabe- 
lais 2 ». 

MiTOUFLK (Rab., I, Liv). « Gueux mitouflés. » Manque dans 
Sainéan. 

Les lexicographes de Rabelais comprennent en général : 
emmitouflés, empaquetés. Je suppose que dans l'inscription de 
la porte de Thélème, où sont honnis les cafards, bigots et 
cagots, il faut attribuer à ce mot une signification plutôt 
morale, métaphorique que matérielle. II exprime l'hypocrisie, 
comme tant de vocables d'origine féline. Il existe dans le Mis- 
tere du Vieil Testament un mot mitouflet que M. Sainéan tra- 
duit comme M. Picot par « hypocrite ». 

MouRRE (Rab., I, xxii; IV, xiv). On sait que ce jeu nous est 
signalé pour la première fois par Rabelais. Voici l'étymologie 
proposée par M. Sainéan (§ 114) : « Esp. morra (« minette »), 
jeu de la mourre, jeu de défi qui passa de l'Espagne (cf. inorra, 
querelle, et andar alla morra, se battre) en Italie et en France. » 

NiToucHE. C'est vraiment trop accorder au chat que de voir 
dans nitouche une déformation de mitouche. M. Sainéan, qui 
défend cette théorie, affirme que « nitouche se présente toujours 
dans la littérature en un seul mot », et il est évidemment per- 
suadé que le premier exemple connu est celui de Rabelais 
(I, xxvii). Ce sont deux erreurs. Comme l'a indiqué récemment 
M. Paul Barbier fils, nous trouvons dans Coquillart, c'est-à- 
dire au xve siècle, le vers suivant, qui fait partie d'un petit 
portrait de femme hypocrite : 

On dit : celle femme n'y touche'^. 

1. Voir Paul Bonnefon, Le différend de Marot et de Sagon, dans 
Revue d'hist. litt. de la France, t. I (1894), p. i36, n. i. 

2. Ce mot subsiste encore comme nom propre : Mithouard, 
Le Mithouard. 

3. Coquillart, éd. d'Héricault, t. II, p. 249. Il est curieux de cens- 



LE CHAT ET LE SINGE DANS RABELAIS. 147 

Sans doute M. Sainéan est fort excusable de ne pas avoir 
consulté les listes lexicographiques de M. Paul Barbier, pour 
l'excellente raison qu'elles paraissaient dans la Revue des 
Études rabelaisiennes précisément la même année que l'essai 
sur le Chat. Mais il n'avait qu'à ouvrir le Dictionnaire Géné- 
ral pour y trouver un exemple fort intéressant que feu Del- 
boulle avait fourni à M. Thomas : « Faisant l'ignorant et le 
non y touche. » Cet exemple est emprunté à Georges Chastel- 
lain, lequel mourut en 1470. Les deux textes, celui de Coquil- 
lart et celui de Chastellain, nous montrent en voie de forma- 
tion une expression qui est parvenue chez Rabelais à sa forme 
moderne. Littré et Moisy, qui ont signalé mitouche en français 
et en normand, y voyaient une déformation du mot nitouche, 
considéré comme normal et primitif. Jusqu'ici, tout parle en 
faveur de cette opinion, et ce n'est pas un exemple tiré de 
VOvide Bouffon (1664) qui nous persuadera du contraire. Quoi 
qu'en dise M. Sainéan, le passage de l'm initial à n n'est pas 
plus « normal » que le passage inverse; et d'ailleurs il ne s'agit 
pas ici de phonétique, mais d'un fait d'étymologie populaire 
ou de croisement. En revanche, nous admettrons très volon- 
tiers que la déformation mitouche s'est produite sous l'in- 
fluence de mitou. C'est là ce que nous retiendrons du § 182 de 
M. Sainéan. 

Pattepelue (Rab., II, vu, patepelutarum. lY,Prol. i, pates- 
pelues). Très certainement, il s'agit ici de la patte de velours 
des « chattemites ». Ce que M. Sainéan nous dit de cette 
expression est assez confus. L'index alphabétique, au mot 
patte pelue, nous renvoie à deux paragraphes très différents : 
dans l'un (§ 27), il est question d'un mot patou, qui veut dire 
« matou » en Saône-et-Loire et dans le Valais, et l'auteur 
ajoute : « Béarn, pato peludo, id., répondant à l'ancien fran- 
çais patte pelue (= mitte pelue). » Si je comprends bien ce pas- 
sage, — et je crois qu'il est impossible de le comprendre 
autrement, — nous aurions dans le premier élément du com- 
posé non pas la vulgaire patte que nous connaissons tous, 
mais un mot « patte » signifiant « mite », c'est-à-dire chatte, 
et que je ne trouve à l'état isolé ni dans l'ouvrage de M. Sai- 
néan ni dans aucun des lexiques consultés par moi. D'autre 

tater que le savant éditeur de Coquillart ne paraît avoir très bien 
compris ce passage. 



l.\S> LK CHAT KT Ï.F. SINGK DANS RABELAIS. 



part, au § 74, M. Sainéan cite Vad']ecti{ pattepelu et le définit 
normalement par « doucereux » (comme le chat qui fait patte 
de velours). Lequel croire, du ij 27 ou du ij 74? Nous nous en 
tiendrons jusqu'à nouvel ordre à la théorie courante : patte- 
pelu a d'abord son second élément au féminin et provient du 
composé patte-pelue, où patte veut dire « patte », et dont les 
premiers exemples sont les pâtes peines de Rabelais et de Noël 
du Fail (Eiitrapel, ch. xvii). 

Raminagrobis (Rab., III, xxi). Ce mot était certainement 
connu avant Rabelais. Burgaud des Marets l'a signalé au 
xve siècle dans le Mystère de la Passion de Jésus-Christ à 
personnages (Sainéan, p. 21). On le trouve encore au xve siècle 
à l'état de formulette servant de modèle d'écriture (voir plus 
haut, p. i32, note 2), et l'expression « faire du raminagrobis » 
apparaît dans un monologue comique de i537, c'est-à-dire 
antérieur au 1. III (Recueil Picot-Nyrop, p. 206, v. i54). Rami- 
nagrobis^ c'est le gros chat (le gros bis) qui ronronne ou qui 
miaule [ramina]. L'expression faire du gros bis, c'est-à-dire 
faire l'important, est très commune en moyen français. Elle 
évoque Sa Majesté fourrée. Voir plus haut grobis. Voir aussi 
l'index de M. Sainéan aux mots raminer, ramignauder, romi- 
ner, rouminer, etc. 

SouBELiN. Voir Chat soubelin, 

Thibaut. Voir Mitaine. 

II. 

Le singe. 

Magot (Rab., I, liv) aurait été à l'origine un des noms du 
chat transféré ensuite au singe. Ce qui est sûr, c'est que dans 
beaucoup de provinces un macaud c'est un chat (en Ille-et- 
Vilaine par exemple). 

Marmonner. Le premier exemple connu est de Rabelais 
(I, xl). m. Sainéan ne parle pas de ce mot; mais il est évident 
qu'il est de même famille que marmotter et par suite descend 
du singe, autrement dit du marmot. 

Marmotter (Rab., I, xxii; IV, xix). Dérive de marmot (singe). 
« Marmotter » c'est grincer des dents comme le singe; c'est 



LE CHAT ET LE SINGE DANS RABELAIS. I49 

« dire la patenôtre du singe ». Étymologie excellente qui se 
trouvait déjà dans Ménage et que M. Sainéan fait bien d'adop- 
ter (p. gi). A l'origine, marmotter et ses dérivés s'appliquent 
bien moins à la voix qu'aux grimaces et « singeries » qui l'ac- 
compagnent. Voir dans Godefroy les mots marmotement, mar- 
moterie et le verbe marmouser (= marmotter entre ses dents). 
Quant à marmot lui-même, avant de s'appliquer à un singe, 
— puis à un enfant, — il aurait désigné le chat et serait appa- 
renté à marcou, maraud et autres mots en mar- (p. 69). 

Monnaie de singe (payer en). Cette jolie expression, — si je 
ne me trompe, — apparaît pour la première fois dans Rabe- 
lais. Mais elle doit être bien antérieure. M. Sainéan se borne 
à traduire par « promettre de payer avec des paroles et des 
gestes persuasifs » (p. 91). Il eût été bon de nous rappeler en 
deux mots l'origine très précise de cette façon de parler et de 
nous renvoyer à un curieux passage du « Livre des mestiers » 
d'Estienne Boileaue, où il est dit qu'un bateleur accompagné 
de son singe peut s'acquitter d'un péage en faisant exécuter à 
l'animal quelques grimaces et gambades'. 

QuiNAUD. Tout le monde se souvient de la façon dont Panurge 
Jit quinaud l'Anglais (Rab., II, xix). Ce mot veut dire propre- 
ment « singe ». Je crois que « quinaud », dans le sens méta- 
phorique de « déconfit, penaud, ébahi comme un singe », 
apparaît pour la première fois dans Rabelais; mais il existait 
avant lui au sens propre. Voir Godefroy aux mots quine et 
quin. Faire quine-mine, c'est faire une mine de singe. Quant à 
l'étymologie, le primitif quin ne serait autre que chien, à cause 
de l'aboiement des cynocéphales (p. 89); Jacques de Vitry 
appelait ces sortes de singes Canes Silvestres. 



Bien que l'observation qui va suivre ne se rattache pas 
à Rabelais et que l'essai de M. Sainéan soit avant tout un 



I. Ce texte d'Estienne Boileaue se trouvait cité en partie dans le 
dictionnaire Littré au mot Singe. Il a été tout dernièrement cité 
plus au long dans un entrefilet du Journal des Débats consacré à 
l'expression « payer en monnaie de singe » {Journal des Débats, 
II janvier 1907). 



I50 LE CHAT HT LK SINGK DANS RABELAIS. 

livre de linguistique où le folklore et la parémiologie ont 
un rôle subordonné, je voudrais cependant, en manière 
de conclusion, dire quelques mois d'un proverbe très 
connu dont l'explication probable m'a été suggérée par 
cette longue cnumération de noms familiers donnés au 
chat. Il s'agit du vers fameux de Boilcau : 

J'appelle un chat un chat et Rollct un fripon. 

.le ne sache pas que cette expression proverbiale ail 
jamais été interprétée d'une manière satisfaisante. Les édi- 
tions de Boileau abondent en renseignements sur ce fripon 
de Rollet, mais observent le silence de Conrart au sujet 
du premier hémistiche. De même M. Nyrop, qui a fait de 
ce vers le point de départ d'un brillant essai sur l'euphé- 
misme \ néglige de nous dire les origines du précepte 
donné par le satirique. Or, il me paraît difficile de soute- 
nir que le chat ait été mis là par hasard. Il est bien vrai 
que, d'après Maître Rabelais, des figues doivent s'appeler 
des figues, et que cette proposition ne signifie absolument 
rien en français; mais c'est la simple traduction d'un pro- 
verbe grec qui devait avoir un sens dans une langue où 
cîiy.ov évoquait parfois des idées incongrues. Le mot « chat » 
en évoque aussi chez nous; et, si le sévère Boileau n'y 
voyait évidemment pas malice, il pourrait être permis à 
des étymologistes d'envisager le côté inconvenant de la 
question. Mais je ne pense pas qu'il soit nécessaire d'en 
venir là. Un certain nombre de textes du xvi« et du 
xvii^ siècle nous permettent, à mon avis, d'entrevoir une 
autre solution. L'un de ces textes se trouve déjà cité dans 
Littré à l'historique du mot chat; il est tiré d'un dialogue 
de Cholières (éd. Jouaust, t. I, p. 225), où un mari jaloux 
déclare qu'il n'est pas assez bête pour ne pas s'apercevoir 
des signes d'entente échangés entre sa femnie et un tiers, 
et il ajoute qu' « au travers du verre on reconnaît assez 
que chat veut à dire minon » ; en d'autres termes, on ne 

I. Kr. Nyrop, Ordencs Liv, Copenhague, 1901, chap. i. 



LE CHAT ET LE SINGE DANS RABELAIS. l5l 

lui fait pas prendre vessies pour lanternes. Dans ses Curio- 
sités françoises^ Oudin a consigné l'expression « j'entends 
bien minon sans dire chat », et il glose par : « Je devine 
ce que vous voulez dire. » Le Dictionnaire comique de 
Le Roux nous présente la même expression sous cette 
forme : « Il entend bien chat sans qu'on dise minon*. » 
C'est l'inverse de la formule donnée par Oudin, mais c'est 
au fond la même chose, et les deux termes ont dû s'inter- 
vertir à volonté. Il est à remarquer que c'est la forme don- 
née par Le Roux (et aussi par Littré) qui nous fournit la 
meilleure illustration de l'aphorisme de Boileau. Si obs- 
cure que soit cette étrange priapée qui s'appelle le « Moyen 
de parvenir », elle va pourtant nous aider à mieux préci- 
ser nos idées sur la question. Dans deux passages, l'au- 
teur, parlant des gens « qui n'aiment point à être appelés 
par leurs noms » et raillant la manie des titres, cite ironi- 
quement le terme de minon que l'on substitue volontiers 
à celui de chat comme plus agréable et plus joli (chap. li 
et xci). Voici le second de ces passages, qui est aussi le 
plus clair. Après avoir blâmé l'ambition, l'hypocrisie et 
autres défauts, l'auteur déclare qu'ils se sont aggravés 
« depuis qu'on a nommé un cheval haquenée, un moine 
ou un chanoine dignité^ et qu'on a appelé un chat minon; 
et, de fait, huchez un moine et luy dites : moine, il se 
fâchera ». Il me semble que nous comprenons maintenant 
les dessous de la virile profession de foi de Boileau; nous 
le compléterons ainsi : « J'appelle un chat un chat, — et 
non pas un minon. » 

E. Philipot. 
(Rennes.) 

I. La même forme de proverbe est donnée aussi par Littré au 
corps de l'article Chat (12°) : « Il entend bien chat sans qu'on dise 
minon. » J'igncîre si cette locution est encore vivante.^ 



MELANGES. 



NOTES POUR LE COMMENTAIRE. 



Sur l'expression : « Rire comme un tas de mousches. » 

Au chapitre xii du premier Livre de Rabelais, on ren- 
contre une expression assez énigmatique : 

Et, ce disant, entrèrent en la sale basse, où estoit toute la 
brigade, et, racontans caste nouvelle histoire, les firent rire 
comme un tas de mousches. 

Le folk-lore picard suggère une explication de ces der- 
niers mots. M. Alcius Ledieu, qui est si versé dans la 
science des traditions de sa province, a publié jadis, dans 
une revue qui dura peu, la Picaj'die, une curieuse fatrasie 
en patois (numéro de septembre 1904, p. 272). « Cette 
pièce, dit-il, se chante encore de nos jours, avec des 
variantes, dans différentes régions de la Picardie : 



Je me sut élevé hier au matin, 
Pu matin que d'habitute; 
J'ai prins me cairrue sur men dous 
Pi mes guevos su m'n épeule. 

Refrain. 

Ah ! je le mène à la lure, 

la hura 
Je le mène à la lure. 



NOTES POUR LE COMMENTAIRE. l53 



J'ai prins me cairrue sur men dous 

Pi mes guevos su m'n épeule. 

Je me sut en allé labourer 

lou que ch'est qui n'avoit point de tére. 



Da men quemin, j'ai rencontré 
Un gairzeuiller plein de corgnoles. 



J'ai monté, j'ai grimpé dessur, 
Je me sut piqué à m'n éreille. 



Au travers dé le plante éde men pied, 
O voyoit tout me chervéle. 



Je me sut renvoie à nou moison, 
J'ai trouvé des nouvéles. 



Ches gairnoules il étaint da le cuin de nou fu, 
Qu'i cantaint le grand'messe. 



Et pi ches lémichons cornus 
Qu'il allaint à l'offranne. 



Pi ches ynouques su le palissate 
Qu'i se teurdaint de rire. 



Et pi ches rots da nou moie 
Que che pain il allaint pertrir. 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. V. 



l54 NOTES POUR LE COMMENTAIRE. 



II. 

Eche cot dessus le cul de nou four 
Qu'il attendoit le tiamiquc. 



I n'o point ieu le patienche d'atténe 

II l'o bien mengèe sans cuire. 

i3. 

I s'est sovè da nou gardin 
Tout en criant : Hip ! Ah ! hip ! 

14. 

Hip ! ah ! hip ! à nous, voisin ! 
Je me sut brûlé mes lippes. 

i5. 

S'i n'o un moût de vérité, 

Je veux bien qu'o me foiche moirir. 

M. Ledieu ajoute qu'il a entendu chanter, dans sa Jeu- 
nesse, une variante de cette fatrasie à Rubempré. « Dans 
cette chanson, il était aussi question de grenouilles qui 
chantaient la messe, de limaçons allant à l'offrande, à la 
grande joie des mouches qui crevaient de rire sur les 
murs; les chats faisaient le pain, les chiens pondaient, les 
poules aboyaient. » 

Le « fatras » était un genre classé dans notre vieille 
poésie française. Il disparut de la littérature proprement 
dite au xvi^ siècle. Mais son comique élémentaire et pué- 
ril continua de charmer le populaire. A côté des fatras 
composés par les poètes de profession, il en était d'autres 
évidemment, plus humbles, qui faisaient partie de la litté- 
rature orale. Il est très possible que Rabelais ait emprunté 
son expression à une fatrasie fort connue dans une des 
provinces qu'il habita. Ce qui nous surprend aujourd'hui 



NOTES POUR LE COMMENTAIRE. l55 

rappelait aux contemporains de notre auteur une absur- 
dité voulue. De même aujourd'hui, les chansons de beu- 
glant font passer dans le langage du peuple des expres- 
sions qui sembleraient incompréhensibles si l'on ne 
pouvait plus se référer à leur origine. 

IL 

Sur un passage de Rabelais et un sonnet 
DU « Passionate Pilgrim ». 

Je voudrais ajouter un détail à la liste des rapproche- 
ments indiqués par M. W, F. Smith entre Rabelais et Sha- 
kespeare {Revue des Études j-abelaisiennes, i ^^ année, p . 2 1 7) 
et en même temps étudier sommairement les transforma- 
tions d'une même image dans une série d'ouvrages divers. 

Rabelais trouve dans les Grandes et Inestimables Cro- 
nicques le passage suivant (éd. Marty-Laveaux, t. IV, 
p. 28) : 

Adonc par le commandement de Merlin grant Gosier et 
Galemelle descendirent au bas de la montaigne pour aller 
quérir la grant iument, grant Gosier qui fut le premier au bas 
de la montaigne regardoit venir Galemelle, et prenoit plaisir 
à regarder lentredeux de ses chausses (car ilz étoient tous 
nudz). Adonc que Galamelle fut descendue, il luy demanda 
quelle chausse elle auoit la. Adonc luy respond en eslargissant 
ses cuysses quelle auoit celle playe de nature, grant Gosier 
regardant la playe large et rouge comme le feu sainct Anthoine, 
le membre lui dressa, lequel il auoit gros comme le ventre 
dune cacque de haren, et long a laduenant, il dist a Gale- 
melle que il estoit barbier, et que de son membre feroit une 
esprouuette pour sauoir si la playe estoit parfonde, a laquelle 
playe il ne trouua nul fons toutesfoys si bien leur agréa le ieu 
que ils engendrèrent Gargantua... 

On sait comment l'ifnagination de Rabelais développa 
cette indication au chapitre v du livre II. C'est du lyrisme 
dans l'obscène. Le vieux conteur du Gargantua n'était ni 



l56 NOTES POUR LE COMMENTAIRE. 

sensuel ni voluptueux; il n'était que cynique : ici Rabe- 
lais surajoute le dégoût, qui vient de la sénilité. Je rap- 
pelle seulement les traits qui suivent. La vieille est culbu- 
tée, jupes sur tète : 

... Ce que voyant, le lyon accourut de pitié, voir si elle 
s'estoit faict aucun mal, et, considérant son comment a nom, 
dist : « O pauvre femme, qui t'a ainsi blessée? » et, ce disant, 
apperceut un renard, lequel il appela, disant : « Compère 
renard, nau cza, cza, et pour cause. » 

Quand le renard fut venu, il luy dist : « Compère, mon 
amy, l'on a blessé ceste bonne femme icy entre les jambes 
bien villainement, et y a solution de continuité manifeste; 
regarde que la playe est grande, depuis le cul jusques au nom- 
bril; mesure quatre, mais bien cinq empans et demy. C'est un 
coup de coignée; je me doubte*que la playe soit vieille... « 

Or, cette image de la blessure, qui se trouve dans les 
Cronicqucs et le Pantagruel, nous la rencontrons dans la 
pièce IX du Passionate Pilgrim ', le sonnet où Malone le 
premier a signalé l'omission d'un vers : 

Fair was the morn when the fair queen of love, 

Paler for sorrow than her milk-white dove, 

For Adon's sake, a youngster proud and w^ild; 

Her stand she takes upon a steep-up hill : 

Anon Adonis comes with horn and hounds; 

She, silly queen, with more than love's good will, 

Forbade the boy he should not pass those grounds : 

« Once, quoth she, did I see a fair sweet youth 

Hère in thèse brakes deep wounded with a boar, 

Deep in the thigh, a spectacle of ruth ! 

See, in my thigh, quoth she, hère was the sore. » 

She showed hers : he saw more wounds than one, 
And blushing fled, and left her ail alone. 

Vénus se met sur le passage d'Adonis pour l'empccher 

I. Nous avons sous les yeux rédition critique Clark et Aldis 
Wright, de Cambridge. 



NOTES POUR LE COMMENTAIRE. IDy 

de courir à une chasse meurtrière, et pour tâcher de le 
séduire, car le jeune chasseur est chaste et farouche comme 
Hippolyte. Elle s'est postée sur un talus. « Je vis une fois, 
dit-elle, un beau et doux Jeune homme, ici, dans ces fou- 
gères; un sanglier lui avait fait une profonde, profonde 
blessure à la cuisse, cela faisait pitié. Vois ma cuisse, là, 
dit-elle, là était la blessure. » Et elle la montra : il vit 
plus d'une blessure \ et s'enfuit en rougissant et la laissa 
seule. » 

Ici, l'obscénité du vieux conteur devient une imagina- 
tion égrillarde, un peu à la manière de Gentil-Bernard ou 
de Parny. 

Le Passionate Pilgrim est un ensemble assez bizarre- 
ment formé, et qui a exercé la sagacité des commenta- 
teurs. Cette compilation, mise sous le nom de Shakespeare 
par l'éditeur Jaggard, renferme quelques pièces authen- 
tiques du maître. M. Halliwell-Phillips^ n'hésite pas à 
lui attribuer trois (pourquoi pas quatre?) sonnets sur 
Vénus et Adonis. Les raisons données par lui sont assez 
plausibles. Jaggard, dans son édition de 1612, où il inséra 
subrepticement des productions de Heywood, qui réclama 
à grands cris, annonce explicitement « certain amorous 
sonnets between Venus and Adonis », qu'il donne comme 
de Shakespeare^. En outre. Mères disait en iSgS, dans 
son ouvrage intitulé Palladis Tamia : « The sweet witty' 
soûl of Ovid lives in mellifluous and honey tongued 
Shakespeare; witness his Venus and Adonis, his Lucrèce, 
his sugared sonnets among his private friends, etc. » 
M. Halliwell-Phillips range dans ces etc. quelques poé- 
sies d'album, vers faits pour des amis, manuscrits courant 
dans le public. Il est possible que les sonnets de Vénus et 
d'Adonis en fassent partie. 

1. Cf. Rabelais, II, i5 : « Et ainsi qu"il se tournoit, il vit que au 
derrière estoit encores un aultre pertuis, non si grand que celuy 
qu'il esmouchoit... » 

2. Outlines of tlie life of Shakespeare, t. I, p. 179. 

3. Ibid., p. 236. 



I?y NOTES POUR LE COMMENTAIKE. 

Dans un autre de ces sonnets (IV du Passionate Pil- 
grim]^ la séduction est moins audacieuse, la déesse com- 
mence par flatter le jeune homme, lui décoche des œillades 
assassines, lui fait de beaux contes, de douces caresses : 
rien ne réussit. Alors elle se résout h un geste décisif : 

Then fell she on hcr back, fair queen, and toward : 
He rose and ran away ; ah, fool too frowar J, 

(Alors elle tomba en arrière, la belle reine, et toute 
prête : il se leva et s'enfuit; ah ! le sot rebelle!) 

Le Passionate Pilgrim fut publié pour la première fois 
en 1599; Venus and Adonis parut en iSgB. Mais il est pos- 
sible, il est même probable que les sonnets circulèrent 
longtemps avant l'apparition du poème. Les « sonnets » 
proprement dits, d'après M. Sidney Lee, durent être com- 
posés bien longtemps avant qu'ils fussent imprimés. Dès 
lors, pourquoi ne pas voir dans les sonnets du Passionate 
Pilgrim comme une ébauche', un premier essai du 
poème? Les grands poètes procèdent ainsi; leurs thèmes 
préférés s'élaborent en eux longuement, apparaissent à 
plusieurs reprises dans leurs œuvres, avant de trouver 
leur expression définitive. On ne peut même objecter qu'à 
notre goût les sonnets, plus simples, plus nets, plus 
dépouillés, ont plus de fraîcheur et de saveur. Si Shake- 
speare se travaillait, c'était, comme ses contemporains, 
dans le sens de la complexité, de la luxuriance, de la 
surabondance. Il a la simplicité du génie dans les pièces 
qu'il bâcle pour les comédiens, mais il se raffine, se com- 
plique, et se fait à plaisir prolixe et précieux dans ses 
longs poèmes, sur lesquels il comptait surtout pour vivre 
dans la mémoire des hommes. 

Dans Venus and Adonis, le jeune homme a résisté à 
toutes les avances de la déesse. Il apprête une réponse 
amère et dédaigneuse (v. 451-462) : 

And at his look she flatly falleth down, 

I. Et je donnerais volontiers, dans le Passionate Pilgrim, au son- 
net IX l'antériorité sur le sonnet IV. 



NOTES POUR LE COMMENTAIRE. I Sq 

For looks kill love, and love by looks reviveth : 

A smile recure the wounding of a frown; 

But blessed bankrupt, that by love so thriveth ! 

The silly boy, believing she is dead, 

Glaps her pale cheek, till clapping makes it red. 

(V. 463-468.) 

La chute est encore habile; mais ici Vénus ne veut 
qu'attendrir Adonis, le séduire par la pitié. Et elle y réus- 
sit; il tâche par mille moyens de la ranimer. Il finit par 
l'embrasser : 

He kisses her; and she, by her good will, 
Will never rise, so he v^^ill kiss her still. 

(V. 479-480.) 

« Il l'embrasse, et elle, de son propre gré, ne se relèvera 
jamais, pourvu qu'il l'embrasse toujours. » 

Telle est la marche de l'image qui chemine à travers 
les esprits. Rabelais, dans la vieille légende, la ramasse et 
en fait un prodigieux « charme de canaille », comme dit 
La Bruyère. Le bon Pantagruel en est tout plein d'en- 
thousiasme. Shakespeare trouve cette même image, sinon 
dans Rabelais, du moins dans la tradition; elle reste 
d'abord franchement libertine, puis peu à peu se fait 
voluptueuse, et enfin gracieuse simplement. C'est ainsi 
qu'un signe, — une violette primitivement, — qui, dans 
un roman de Gerbert de Montreuil, se voyait sous le 
nombril de la belle Euriante, remonte un peu plus haut 
dans Boccace, et finit par se trouver sur la gorge d'Imo- 
gen, l'héroïne de Cymbeline. 

Henri Potez. 



DE RABELAIS A MONTAIGNE. 

LES ADVERBES TERMINÉS EN -MENT. 

Coviplévient. 

Depuis que la Revue^ a publié la longue liste des deux 
mille adverbes en -ment de Rabelais à Montaigne, de nou- 
velles lectures faites en vue d'une réimpression de Cot- 
grave m'ont fait trouver à la fois des adverbes non signa- 
lés dans ma liste et des emplois plus anciens pour quelques 
adverbes déjà cités. Ces quelques pages complètent donc 
et la liste elle-même et le petit supplément par lequel elle 
se terminait. Ont été également cités quelques emplois, 
contemporains de Montaigne, d'adverbes disparus aujour- 
d'hui, mais qui furent employés dans la première moitié 
du xvi^ siècle. La bienveillance avec laquelle M. F. Bru- 
not a parlé de la première liste au tome II de sa magis- 
trale Histoire de la langue fra7içaise'^ a fait un devoir à 
l'auteur de continuer ses recherches et de rendre moins 
imparfait l'instrument de travail qu'il offre aux amis du 
xvi« siècle. Comme précédemment, Vitalique se réfère à 
des emplois postérieurs à Rabelais et les petites capitales 
indiquent une date antérieure à celle que donne le Dic- 
tionnaire général. Les adverbes placés entre ( ) sont 
ceux déjà cités dans la première liste et dans son sup- 
plément. 

Abhomînablement [i653. Oudin]. — 1541. G. Michel. Suétone, 

149. 
Abondantement. — 1541. G. Michel. Suétone, ib&>. 
Absolutement. — i534. Le Guidon, 14b, 121». 

1. Voir Revue des Etudes rabelaisienyies, t. I, p. 166; t. II, p. 11, 
173, 258; t. m, p. 186. 

2. P. 370, 193. 



DE RABELAIS A MONTAIGNE. l6l 

AcATiEMiquement [1690. Furet.] — iSjo. La Cité de Dieu, trad. 
G. Hervet. I, 333», D. 

(Accidentalement). — i534. Le Guidon, 4gc, 66c, jjd^ jge^ gS^. 

(Accortement). — i55o. Vernassal. Primaleon, 80. 

(Actuellement) == en acte. — i534. Le Guidon, Sga. 

(Affablement). — 1541. G. Michel. Suétone, 34, 86. 

Aggreablement. — 1541. G. Michel. Suétone, iggb. 

(Agilement). — i55o. Vernassal. Primaleon, 112. 

Agùment. — i555. Roland Furieux, trad. J. Fornier, 114b. 

Aigredoucement. — i55o. Vernassal. Primaleon, 112b. 

(Allegoriquement) [i520. Fabri]. — 1491- La Mer des His- 
toires. I, II 3c. 

(Angoisseusement). — 1537. Molinet. Faict^ et dict^, 84b, 176. 

(Annuellement). — 1541. G. Michel. Suétone, 143b, ig3. 

Anxieusement. — 1573. Thésaurus theutonicae linguae, G 3c. 

Apparantement. — i534. Le Guidon, 3r2c. 

Approuvement. — i534. Le Guidon, 222''. 

(Ardantement. Ardentement). — 1541. G. Michel. Suétone, 
257b, 276, 137b. 

Arrogantement. — 1541. G. Michel. Suétone, 36, 97b. 

Artificiallement. — i534. Le Guidon, 142'^. 

(Artificiellement). — i534. Le Guidon, lo*, 91c, 176b. — i534. 
G. Michel. Suétone, 204b. 

(Artistement). — 2 août i553. Albert. Architecture, trad. J. 
Martin, 121b. 

(Assiduement). — i586. H. Suso. Oevvres, trad. F. N. Le Cerf, 
a 2b. 

Attemperement. — i534. Le Guidon, loob. 

Attractivement. i534. Le Guidon, 299c. 

Attrempeement. — 1673. Thésaurus theutonicae linguae, S 2c. 

Bien heureusement. — 1541. G. Michel. Suétone, 168. 

Caritativement. — 1491. La Mer des Hystoires. I, 11 5b. 

(Celestemeni). — 1541. G. Michel. Suétone, 179. 

Centralement. Centrallement. — i534. Le Guidon, 58c, 5ga. 

Chinochitorieusement. — 1537. Molinet. Faict^ et dict^, 189. 

(Clandestinement). — i55o. Vernassal. Primaleon, 89b. 

(Cointement). — i55o. Vernassal. Primaleon, 66b. 

Competamment. — i534. Le Guidon, 190^. 

Concordantement. — 1541. G. Michel. Suétone, 100. 

(Condignement). — i55o. Vernassal. Primaleon, 69b. 

(Conioinctement). — 1541. G. Michel. Suétone, ici, 171. 



102 HE RABELAIS A MONTAIGNE. 

Consequentement. — 1541. G. Michel. Suétone, 225. 
ConsiJeramment. — 1573. Thésaurus theutonicae linguae, F2<'. 
(Constantement). — 1541. G. Michel. Suctone, .\&>,']%, 106, 191, 

23o. 
Contemptiblement. — 1570. La Cité de Dieu, trad. G. Hervet. 

I, 266>>, E. 
Contingentement. — 1491- La Mer des Hystoires. I, 107». 
Contumacieusement. — 1541. G. Michel. Suétone, 55. 
(Contumelieusement). — 1491. La Mer des Hystoires. II, 

loib. — 1541. G. Michel. Suétone, 36, 71. — (1542). J. L. Vives. 

Instit. de la femme chrest., trad. P. de Changy, éd. Delboulle, 

294. 
Convenamment. — i534. Le Guidon, i6ic, 162^. 
Convenantement. — i534. Le Guidon, 70», 74<i, 1x5», 174'=. 
Convenement. — i534. Le Guidon, go*. 
Conveniemment. — 1584. Le Guidon, 102c, 212^. 
Convenientement. — i534. Le Guidon, ii<i. 
Convoiteusement. — 1541. G. Michel, Suétone, b\^, 102b, 187. 
(Decentement). — 1541. G. Michel. Suétone, 20b. 
(Delibereement). — J. Bouchet. Triumphes de la noble dame, 

éd. i563, 195b. 
Deliement. — 1548, Platine, éd. B. Aneau, 219. 
Denominativement. — i534. Le Guidon, i52b. 
Déraisonnablement. — 1397. Dante. Comédie, trad. Grangier. 

III, 323. 
Descourtoisement. — i55o. Vernassal. Primaleon, 112. 
DESFAvoRAblement. [i'j02. Trévoux]. — 1578. Thésaurus theuto- 
nicae linguae, B 3^. 
(Determineement). — Pastilles, éd. 1546, 74. 
(Diaboliquement). — i55o. Vernassal. Primaleon, 9b. — i586. 

H. Suso. Oevvres, trad. N. Le Cerf, 84. 
(Differentement). — 1541. G. Michel. Suétone, 95. 
(Difficilement). — i534. Le Guidon, 20b. 
Difforméement. — 1541. G. Michel. Suétone, 217b. 
(Difformement). — i553. Roland Furieux, trad. J. Fornier, 95. 
(Diligentement). — 1541. G. Michel. Suétone, 38, 91, 114b. 
Diminutement. — i534. Le Guidon, 66», 120^. 
(Discrettement). — 1541. G. Michel. Suétone, 61. 
Dispositivement. — 1491- La Mer des Hystoires. II, 34*. 
DissEMBLAblement [Néologisme]. — 1570. La Cité de Dieu, 

trad. G. Hervet. I, 343b, D. 



DE RABELAIS A MONTAIGNE. l63 

Dissimulantement. — 1541. G. Michel. Suétone, 127. 
(Dissimulément). — 1541. G. Michel. Suétone, 11 5. 
(Diviséement. Divisément). — 1541. G. Michel. Suétone, Sj, 

Il6b. 

Dixiesmement. — i534. Le Guidon, 292*, 295». 
(Domesticquement). — 1541. G. Michel. Suétone, lyi». 
(Dyagonellement). — 1534. Le Guidon, 59a, 143». 
(Effectivement). — i534. Le Guidon, 33b, -6b. 
(Eguallement). — i534. Le Guidon, 97". 
Elaboreement. — 1570. La Cité de Dieu, trad. G. Hervet. I, 

52«, D. 
Electivement. — i534. Le Guidon, 2^^, 298'=. 
(Elegantement). — 1541. G. Michel. Suétone, i85b. 
(Eloquentement). — 1541. G. Michel. Suétone, 85b. 
Enroueement. — i534. Le Guidon, i88b. 
(Entendiblement). — HQi* ^^ ^^^ ^^-^ Hystoires. I, 119^. 
(Envieusement). — 1541. G. Michel. Suétone, 67. 
(Equallement). — 1541. G. Michel. Suétone, 88. 
Equivocquement. Equivoquement. — i534. Le Guidon, 12'^, 

2lb, 82d, lOia. 

Eshonteement. — iSyS. Thésaurus theutonicae linguae, P 3c, 

T2a. 

(Essentialement). Essentiallement. — i534. Le Guidon, ii^, 

76a. 
Evidamment. — i534. Le Guidon, 77a. 
Evidantement. — Postilles, éd. 1546, 73b. 
(Execrablement). — 1491- La Mer des Hystoires, io3a, 
Expedientement. — i534. Le Guidon, 12^, 
Explicitement [1628. Boucher]. — J. Bouchet. Triumphes de la 

noble Dame, éd. i563, 207b, 337. 
(Exquisement). — 1534. Le Guidon, 12a. — i55o. Vernassal. 

Primaleon, i3. — i55i. B. Platine. Vies, 48 1. 
(Extensivement). — i534. Le Guidon, 78". 
(Exteriorement). — i5.. F. Le Roy. Le livre de la Femme 

Forte, éd. Pigouchet, q8; éd. J. Petit, z5b. 
(Facetieusement). — 1541. G. Michel. Suétone, 23b. — 1571. 

La Porte, 219b. 
(Facillement). — 1541. G. Michel. Suétone, iS'j^. 
(Fainctement). — 1541. G. Michel. Suétone, 199. 
{Fatitasquement). — iSBa. Du Monin. Nouvelles Oevvres, 84. 



164 KE RABELAIS A MONTAIGNE. 

(Fatidiquement). — i55o. Vernassal. Priinalcon, 25, 41''. 

(Favorablement). — 1541. G. Michel. Siictonc, ic)i^. 

iMguralement. — 1548. P. Le Fcbure, -iS^. 

(Figurativement). — Postilles, éd. 1546, 197''. 

(Fixement). — 1544. Roland Furieux, 242. 

(Formellement). — i534. Le Guidon, SS*!. — Postilles, éd. 

1S46, i96'>. 
(Forment). — 1541. G. Michel. Suétone, i5i. 
Fouldroyamment. — 1544. M. Sceve. Délie, 212. 
(P'ratkrnellement). — 1491. La Mer des Histoires. II, 5b. 
(Fraudulentement). — 1491. La Mer des Hystoires, II, 104b. 
(Frauduleusement). — 1541. G. Michel. Suétone, 2o5. 
(Frequentement). — 1541. G. Michel. Suétone, 74b, 124, 170. 
(Fructueusement). — i5o.. F. Le Roy. Le livre de la Femme 

Forte, P 5b. 
(Frustratoirement). — (1542). J. L. Vives. Instit. de la femme 

chrest., trad. P. de Changy, éd. Delboullc, 224. 
Frustrement. — Postilles, éd. iS^ô, 80. 
Fueilleusement. — i583. Virgile, 88. 
Garetement. — i585. P. Le Gaygnard, H 7. 
Gaudissement. — ôSg. Therence, M 7». 
Gelidement. — 1584. G. Meurier. 
Gcmellement. — 084. Du Monin. Uranologic, 162. 
(Gentillement). — i5.. Le Livre de la Femme Forte, M 7. — 

i538. R. Estienne, 647. 
Geografiquement [i55i]. 
Geometralement [1547. ^- Mizauld]. 
(Gorrierement). — 1584. G. Meurier. 
(Gouluement). — 1546. R. Estienne, 579. — 1570. Cité de Dieu. 

(Graduellement). — i55i. Léon Hebrieu, trad. D. Sauvage, 

492. 
Grammaticallement[i529], — 1529. G. Tory. Charnpfleurj;^^. 
(Gramment). — 1544. Roland Furieux, 29b. 
(Grassement). — i565. Calepinus, 745. 
Habituellement [xiv^ s.]. — i5.. Le Livre de la Femme Forte, 

i 2b. 
Habondament. — i523. La Parthenice Mariane, 34. 
Habondamment. — Le grant Vita Christi, éd. 1544, 92a. 
Habondantement. — 1541. G. Michel. Suétone, 34, 228. 
(Haineusement). — i565. Calepinus, 541. 



DE RABELAIS A MONTAIGNE. l65 

Havement. — 1584. G. Meurier. 

Hebraiquement. — 1491. La Mer des Hystoires. I, 81"*. 

Hemistiqiiement. — i585. P, Le Gaygnard, â6. 

Kereditairement [i323]. — 1584. Vigenere. Chalcondyle, 4. 

Héroïquement [i552. Gueroult]. — i582. Lucien, trad. F. Bre- 
tin, 160. 

Hospitalement. — i53i. Le Peregrin, go. 

(Huytiesmement). — 1534. Le Guidon, 164c, 292*, 294^. 

Hylairement. — i5ii. F. Le Roy, M 8. 

(Hypocritiquement). — i534. Les Psaumes, 194b. 

lanternent. — i5o5. Platine, 5b. 

(leunennent). — i532. A. Du Saix, F2b. — 1544. Délie, 2i3. 

Ignarement. — 1584. G. Meurier. 

(Illicitement). — 1491. La Mer des Hystoires. II, 64". — i565. 
Calepinus, 5o8. 

(Imaginairement). — i586. F. N. Le Cerf. Oevvres de H. 
Suso, 29b. 

(Immédiatement). — i534. Le Guidon, 9a, 23. — i535. Le 
Peregrin, 147b. — i55i. Léon Hebrieu, trad. D. Sauvage, 
Y 4b. 

Immeritement. — i53i. Le Peregrin, i38b. 

(Immisericordieusement). — i565. Calpinus. 5ii. 

(Immobilement). — 1548. P. Le Febure, 90, i32. 

(Immodérément). — i53i. Le Peregrin, 65. — 1546. Ch. 
Estienne, Dissection, 149. — i565. Calepinus, 5ii. 

(Immodestement). — i565. Calepinus, 5x2. 

Impaciemment. — i53g. Therence, 10. 

Impacientement. — i5.. G. Michel. Apuleius, 8. — 1539. 
Therence, 5^. 

(Imperceptiblement). — i5ii. F. Le Roy, G 3b. — i5.. Le 
Livre de la Femme Forte, K ib. 

bnperialement. — 1584. G. Meurier. 

Impertinentement. — i534. Le Guidon, 159b. 

Imperturbablement. — 1548. P. Le Febure, 144b. 

Implacablement. — i565. Calepinus, 5i5. 

(Implicitement). — 1584. G. Meurier. 

Improveuement. — 1541. G. Michel. Suétone, 5ob. 

(Imprudentement). — i53i. Le Peregrin, 140. — 1539. The- 
rence, 5d. — 1539. Ciceron. Des Offices, 140b. — 1541. G. Mi- 
chel. Suétone. 76b. 

(Impudentement). — i53i. Le Peregrin. 



l66 DE RABELAIS A MONTAIGNE. 

(Impudiquement). — i53i. Le Pcregrin, y3. — 1537. Moli- 

net, 19. 
Inadvertemment. — 1344. Roland Furieux, 8^. 
Inalienablement. — 1584. G. Meurier. 
Inartificiellement. — i565. Calepinus, 52o. 
Incaultement. — i5.. Le Livre de la Femme Forte, h.^^. 
Incessablement. — i5ii. F. Le Roy, P4b. 
(Incivilement). — i565. Calepinus, 564. 
(Incivillement). — 1541. G. Michel. Suétone, 261b. 
Inclusement. — i5ii. F. Le Roy, l^']^. 
(Inclusivement). — 1491. La Mer des Hystoires. II, yS». 
(Incommodeement). Incommodement. — i565. Calepinus, 624, 

798. — 1584. G. Meurier. 
(Incommutablement). — 1570. Cité de Dieu. I, 147a. 
Incomplètement [Néologisme]. — i534. Le Guidon, 232*^. 
Inconfusement. — i53i. Le Peregrin, 72. 
Inconsequemment. — i565. Calepinus, 545. 
(Inconsidérément). — i53i. Le Peregrin, 72. — 1547. ^- Mar- 
tin. Vitruve, y6b. 
{Inconsultement). — 1584. G. Meurier. 
(Incontinement). — 1384. G. Meurier. 
Incontinentement. — i5G5. Calepinus, 526. 
Inconveniement. — i53i. Le Peregrin, 11 5. 
Incorruptiblement. — i55i. Des Autelz. Réplique, 4. — 1570. 

Cité de Dieu. I, 346'». 
(Incrediblement). — i563. Calepinus, 526. 
(Incurieusement). — 1541. G. Michel. Suétone, 221b. 
(Indecentement). — i533. R. Le Blanc, h 3. 
Indeficiemment. — 1548. P. Le Febure, 69b. 
Indeficientement. — i5.. G. Michel. Apuleius, 120b. 
Indefinemment. — i5.. Le Livre de la Femme Forte, L Sb. 
Indesinentement. — 1384. G. Meurier. 
(Indiciblement). — i528. Gringoire. Chants royaulx, £4. 
Indifferamment. — 1491- La Mer des Hystoires. II, loTi^. — 

1534. -^^ Guidon, i5ob, 188*. 
(Indifferentement). — i53i. Le Peregrin, i32b. — 1541. G. 

Michel. Suétone, 276. 
Indignantement. — 1540. G. Michel. Virgile. I, 14c. 
(Indignement). — i33i. Le Peregrin, 117. — 1541. G. Michel. 

Suétone, 98b, 196b. — i55i. Léon Hebrieu, trad. Tyard. I, 

81. — i335. Billon, 170b. 



DE RABELAIS A MONTAIGNE. 167 

(Indirectement). — 1491- La Mer des Hystoires. I, 164b. — 

1534. Le Guidon, bo^. 
Indiscrettement. — i53i. Le Peregrin, 19b. 
(Indissolublement). — iSSy. Molinet. Faicts et dictz, 239. 
Indiviseement. — 1573. Thésaurus theutonicae linguae, F 2*=. 
(l^Givisiblemetît). — i55i. L. Le Roy. Timee, j'i^. 
(Indoctement). — i565. Calepinus, 53i. 
Indoloreusement. Indouloureusement. — i534. Le Guidon, 

i83i), 99», 189c. 
Indubitamment. — 1584. G. Meurier. 
(Industrieusement). — i53i. Le Peregrin, 127b. 
(Ineffablement). — i5.. F. Le Roy. Le Livre de la Femme 

Forte, éd. J. Petit, L2. — 1584. G. Meurier. — 1394. Goissard. 

Hymnes, 7. 
Inégalement. Inegallement. — i534. Le Guidon, 107», <^^à, — 

1541. G. Michel. Suétone, 172b. 
(Inélégamment). — i556. Suétone, trad. La Boutiere, 245. 
(Ineptement). — 1541. G. Michel. Suétone, i85b. 
(Inequallement). — 1541. G. Michel. Suétone, 224b. 
Inertement. — 1584. G. Meurier. 
Inestimablement. — 1574, dans J. Baudrier. Bibliogr. lyon- 

tjaise. III, 490. 
(Infalliblement). — i53i. Le Peregrin, 2o3. 
Inferieurement. — 1584. G. Meurier. 
(Infidèlement). — i55o. Vernassal. Primaleon, 96. 
(Infiniement). — i523. La Parthenice Mariane, 82. 
(Inflexiblement). — 1548. P. Le Febure, 3. 
Influentement. — 1540. G. Michel. Virgile, l, ôS^. 
[Infortunéement). — 1584. G. Meurier. 
(Infructueusement). — i5.. Le Livre de la Femme Forte^ 

d3b. 
(Ingratement). — i53i. Le Peregrin, 11. 
(Inhonestement). — 1549. R- Estienne, 325. 
Inicquement. — i532. A. Du Saix, c3. 

Inimicablement. — i55i. Léon Hebrieu, trad. D. Sauvage, 261. 
Innaturellement. — i534. Le Guidon, 20, 102^. 
(Innocemment. Innocentement). — i565. Calepinus, 542. — 

1584. G. Meurier. 
(Innocentement). — i55o. Vernassal. Primaleon, 84. 
(Innumerablement). — ? i5o6. Mer des Hystoires. II, i86d. — 

i553. R. Le Blanc, \2^. 



l68 DE RABELAIS A MONTAIGNE. 

(Inopineement). — 1491- ^^ ^^^ ^<?^ Hystoires. I, 122c. — 
Amyot. II, 297. 

(Inopinément). — i53i. Le Pcregrin, 171. 

(Inordonneement). — i5o5. Platine, 1'^. 

(Insciemment). — i523. La Parthenice Mariane, 19. — 1584. 
G. Meurier. 

Inscientement. — 1529. G. Tory. Champ fie iny, 56. 

[Insignement). — 1584. G. Meurier. 

Insepareement. — i545. A. Pierre, 3 3. 

(Insolemment). — 2 août i553. J. Martin. Architecture d'Al- 
bert, i5Sb. 

(Insolentement). — i533. Grand Almageste, ib. 

[Insperément. Insperéement). — 1584. G. Meurier. 

(Instantement). — G. Michel. Suétone, 77b, loi^, 240. 

Instrumentellement. — i534. Le Guidon, 274a. 

(Intégralement). — i5ii. F. Le Roy, N 7b. 

Integrallement. — 1541. G. Michel. Suétone, 19b. 

(Intelligiblement). — Pastilles, éd. 1546, 2b. — 1584. G. Meu- 
rier. 

[Intemperéement). — 1584. G. Meurier. 

Intemperemment. — i565. Calepinus, 526. 

(lNTEMPESfiveme?îf). — i55i. L. Le Roy. Timee, 109. 

Intentivement. — i556. I. de Rochemore, Guevare, 342. 

(Interiorement). — i5.. Le Livre de la Femme Forte, éd. Petit, 
G 8b. 

(Interriorement). — i5.. Le Livre de la Femme Forte, éd. 
Pigouchet, t 5. 

(Intimement). — i5.. Le Livre de la Femme Forte, X8b. — 
1584. G. Meurier. 

(Intolerablement). — i565. Calepinus, 56o. 

(Intrinquéement). — i565. Calepinus, 5i6. — 1584. G. Meurier. 

(Intrinsèquement). — i556. La Boutiere. Suétone, A 4b. — 1584. 
G. Meurier. 

(Invinciblement). — 1548. P. Le Febure. 108. 

Inverecondement. — 1584. G. Meurier. 

Irrationalement. — i586. N. Le Cerf. Oevvres... de H. Suso, 
35b. 

(Irrefragablement). — i5ii. F. Le Roy, N4. — i55o. Vernas- 
sal. Primaleon, 63. — i584. G. Meurier. 

(Irrémédiablement). — i5ii. F. Le Roy, M 8. — 1548. P. Le 
Febure, 76b. 



DE RABELAIS A MONTAIGNE. 169 

(Irremissiblement). — i584. G. Meurier. 

(Irréparablement). — i5.. Le Livre de la Femme Forte, L7. 

Irreposement. — i53r. Le Peregrin, 55. 

(Irreprehensiblement). — i53i. Le Peregrin, 3i. — i55o. Ver- 
nassal. Primaleon, 58^. 

(Irreveremment). — i53i. Le Peregrin, 117. — 1584. G. Meu- 
rier. 

Irreverentement . — 1584. G. Meurier. 

(Irrévocablement). — i55o. Vernassal. Primaleon, 65. 

Irrisoirement. — 1584. G. Meurier. 

(Isnellement). — i538. Bocace. Des nobles malheureux, 46». — 
1544. Roland Furieux, 21b. 

(Iterativement). — 1584. G. Meurier. 

Jubileusement. — G. Michel. i5., Apuleius, 42b; 1540, Virgile, 

l, 3a, i8b. 

(Juridicquement). — 1537. Molinet, 43b. — 1541. G. Michel. 

Suétone, 22. 
(Juridiquement). — 1584. G. Meurier. 
Juxtement. — 1546. Ch. Estienne. Dissection, 34. 
(Laborieusement). — 1541. G. Michel. Suétone, 171b. 
(Labourieusement). — i53i. Le Peregrin, 26'*. — 1584. G. 

Meurier. 
(Laconiquement). — 1584. G. Meurier. 
Langoreusement. — 1584. G. Meurier. 
(Langoureusement). — i565. Calepinus, 584b. 
Larcineusement. — i532. Recueil des hystoires Troyennes, 

EEb. 
(Larrecineusement). — 1584. G. Meurier. 
(Lascivement). — i53i. Le Peregrin, i3. — i55o. Primaleon, 

55. 
Lascivieusement. — ib^b. I. Bouchet. 3o3b. — 1541. G. Michel. 

Suétone, 23b. 
Lassement. — 1584. G. Meurier. 
(Latentement). — i533. Grand Almageste, 247. — G. Michel. 

1540. Virgile. I, 4». — i553. R. Le Blanc, 7. — 1584. G. Meu- 
rier. 
Lattentement. — 1541. G. Michel. Suétone, 20. 
(Latinement). — 1584. G. Meurier. 
Lautement. — i5ii. F. Le Roy, M 2b. 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. V. 12 



lyO DE RABELAIS A MONTAIGNE. 

(Légalement). — i5S4. G. Meurier. — lôoo. Aristote, trad. L. 

Le Roy, 4. 
Libentement. — G. Michel. 1340. Virgile. L 28^. 
(Liberallement). — 1541. G. Michel. Suétone, 55^. 
(Licencieusement). — i565. Calepinus, 6o5b. 
Liquidement. — i53i. Le Peregrin, 92b. — i5b5. Calepinus, 

()ioa. 
(Litterallement). — I49I. La Mer des Hystoires. II, G^^. 
(Localement). — Amyot. II, 344<=. 
Locallement. — J. Bouchet. Triumphes de la noble dame, éd. 

i563, 323. 
{Loiivtcheinent). — 1584. G. Meurier. 
(Luxurieusement). — 1541. G. Michel. Suétone, -iGb^. — 1548. 

P. Le Febure, iiob. 
Magnanimeusement. — 1541. G. Michel. Suctone, 54. 
Maiorement. — i534. Le Guidon, 79a. 
[Maladviséemcnt). — 1584. G. Meurier. 
Mal convenamment. — i565. Calepinus, 528. 
Maleureusement. — 149 '• ^^ ^^f" d*^^ Hystoires. II, 102''. 
[Mal plaisemment). — i565. Calepinus, 541. 
Mal seurement. — 1491- La Mer des Hystoires. II, BS*^. 
Maratrement. — 1592. Jean Willemin d'Arbois, dans L. Gol- 

lut. Mem. histor. de la Répub. Sequanoise, f. *. 
(Martialement). — 1584. G. Meurier. 
(Martyrément). — 1584. G. Meurier. 
Materialement. — i5io. Propriétaire des choses, d5^. 
(Maturement). — 1584. G. Meurier. 
Mécaniquement. — i555. Billon, 21. 
(Médiocrement). — i55o. Vernassal. Primaleon, 3i. 
Memorallement. — i556. La Lande. Histoires de Diclis, 7b. 
Mensongeusement. — 1548. P. Le Febure, 58. 
Mensongierement. — i55i. B. Platine. Vies, 180. 
Meritamment. — 1544. Roland Furieux, iio. 
Meritemment. — i585. P. Le Gaygnard, Gb. 
(Meschantement). — 1541. G. Michel. Suétone, 190b. — 1584. 

G. Meurier. 
(Meurtrierement). — 1584. G. Meurier. 
[Mincément). — 1584. G. Meurier. 

Miraclifiquement. — (i566). H. Estienne. Apologie pour Héro- 
dote. II, 277, 408. 



DE RABELAIS A MONTAIGNE. I7I 

(Mixtement). — 1541. G. Michel. Suetom, 26g. 

Moderantement. — 1541. G. Michel. Suétone, SS^. 

Molcissement. — i582. Lucien, trad. F. Bretin, 12. 

(Mollettement). — 2 août i553. J. Martin. Architecture d'Al- 
bert, 175. 

Monarchiquement. — 1600. Aristote, trad. L. Le Roy, 3. 

(Mondainement). — i5io. Le Propriétaire des choses, b 3b, 

Monstreusement. — i534. Le Guidon, 66<=. — i565. Calepinus^ 
681». — 1584. G. Meurier. 

(Mortement). — 1584. G. Meurier. 

(Mutuellement). — 1541. G. Michel. Suétone, 72, 241b. 

Mystifiquement. — (i566). H. Estienne. Apologie pour Héro- 
dote. II, 291. 

Naissement. — i534. Le Guidon, 42". 

(Negligentement). — 1541. G. Michel. Suétone, 182b. 

(Neufviesmement). — 1534. Le Guidon, 292-'', 294''. 

Nie^ement. — 1584. G. Meurier. 

(Nomméement), — 1541. G. Michel. Suétone, 212. 

(Nompareillement). — 1584. G. Meurier. 

(Notablement). — 1548. P. Le Febure, 22b. 

Novercalement. — 1584. G. Meurier. 

(Nuement). — 1548. P. Le Febure, 129, 

Numeralement. — i534. Le Guidon, 78b. 

Nuptialement. — 1584. G. Meurier. 

(Obédiemment). — 1584. G. Meurier. 

(Oblicquement). — 1541. G. Michel. Suétone, 266. 

(Obscurément). — 1584. G. Meurier. 

(Occasionnellement). — Postilles, éd. 1546, 196b. — 1548. P. Le 
Febure, 128. — 1584. G. Meurier. 

Octavement. — i534. Le Guidon, 3o4'*. 

(Oculairement). — i55o. Vernassal. Primaleon, 89. 

(OisiFvement). — i565. Calepinus, 734. 

(Onziesmement). — 1534. Le Guidon, 292^, 

Operativement. — • i55i. Léon Hebrieu, trad. D. Sauvage, 3ii. 

Oppidainement. — 1584. G. Meurier. 

Oppositement. — i534. Le Guidon, 36*'. 

Opprobrieusement. — 1491. La Mer des Hystoires. I, 38". — 
1544. Roland Furieux, 85. 

(Opulemment. Opulentement). — 1584. G. Meurier. 

Orageusement. — 1584. G. Meurier. 



I7'2 IIK RABELAIS A MONTAIGNE. 

(ORAToirement). — 1584. G. Meurier. 

(Orbiculairement). — 1584. G. Meurier. 

(OrJement). — iSS-f. G. Meurier. 

(Orgueilleusement). — 1541. G. Michel. Siictonc, 97b. 

(Originalement). — 1584. G. Meurier. 

(Originellement). — 1534. Le Guidon, 'iS^. — Pastilles, éd. 1546, 

207. 
(OrnémentK — i344- Roland Furieux, iSgb. 
(Oultrecuidéement). — 1584. G. Meurier. 
Oultréement. (Oultrement). — 1584. G. Meurier. 
(Pacientement). — 1541. G. Michel. Suétone, 77. 
(Pacifiquement). — 1491- La Mer des Hystoires. I, 62b. 
Palliativement. — i534. Le Guidon, 287^. 
Pancratiquement. — 1584. G. Meurier. 
Pantoiment. — i584. G. Meurier. 
(Partialement). — i533. Grant Almageste, 2. 
Pechamment. — i585. P. Le Gaygnard, G S^. 
Penallement. — 1570. La Cité de Dieu, trad. G. Hervet. I, 

329b, A. 
[Peneusement). — i584. G. Meurier. 
(Péniblement). — 1541. G. Michel. Suétone, 3o. 
{Perdurablement). — 1584. G. Meurier. 
Permissivement. — J. Bouchet. Triumphes de la noble dame, 

éd. i563, 337b. 
(Perseverantement). — 1541. G. Michel. Suétone, 71b, 76, i32b, 

174. 
(Persuaziblement). — i585. P. Le Gaygnard, 202. 
(Pertinacement). — J. Bouchet. Triumphes, éd. i563, 33. -^ 

1548. P. Le Febure, 29. 
(Perversement). — 1541. G. Michel. Suétone, 229. — 1548. 

P. Le Febure, 128. 
[Petulamment). — 1573. Thésaurus theutonicae linguae, L i**. 
{Poliement). — i565. Calepinus, Sij'*. 
[Poltronnement). — 1571. La Porte. Epithetes, 120b. 
(Pontificalement). — i585. P. Le Gaygnard, 200. 
(Populairement). — i565. Calepinus, 842b. — 1584. G. Meurier. 
(Potentialement). Potentiallement. — i534. Le Guidon, 99b, 

171^, 98«, 202=. 
(Potentiellement). — i534. Le Guidon, 39'». 
Precedentement. — 1548. P. Le Febure, 28. 



DE RABELAIS A MONTAIGNE. I y? 

(Précipitamment). — 1584. G. Meurier. 

Precipitantement. — 1541. G. Michel. Suétone, 29. 

(Preciseement). — 1584. G. Meurier. 

Prejudiciablement. — 1584. G. Meurier. 

Prepareement. — iSyS. Thésaurus theutonicae linguae, £4'=. 

Presbyteralement. — 1584. G. Meurier. 

(Priveement). — 1541. G. Michel. Suétone^ 88. 

Problematiquement. — i588, dans J. Baudrier. Bibliographie 

lyonnaise, III, 410. 
(Prodigallement). — 1541. G. Michel. Suétone, i52. 
(PRODiToiremenf). — i56i. Maumont. Zonare, 22g E. 
Proporcionallement. — i534. Le Guidon, 172^. 
(Prosperement). — i55o. Vernassal. Primaleon, 8it>, go. 
(Puissantement). — 1541. G. Michel. Suétone, loib. 
Qualitativement. — i534. Le Guidon, 20b, i3id. 
Quantativement. — i534. Le Guidon, 6gb. 
(Radicalement). — i534. Le Guidon, 38, 39''». 
Radieusement. — i534. Le Guidon, 37^. 
(Réciproquement). — i55o. Vernassal. Primaleon, 52^, 75b. 
Reflexivement. — i55i. Léon Hebrieu, trad. D. Sauvage, 438. 
(Relativement) [1690. Furetiere]. — i534. Le Guidon, 79». 
Reluisamment. — i55i. Léon Hebrieu, trad. D. Sauvage, 424. 
Repentinement. — 1542. Livre doré de Marc Aurele, 49b, 55^. 
(Residemment). — 2 août i553. Albert. Architecture, trad. 

J. Martin, 83b. 
(Resolutivement). — 1541. G. Du Pont. Controverses, 22. 
Reveremment. — i55o. Vernassal. Primaleon, 36. 
(Reverentement). — 1541. G. Michel. Suétone, 89b, 200b. 
(Ridiculeusement). — 1541. G. Michel. Suétone, 162. 
(Rurallement). — 1537. Molinet. Faictj et dict^, i65b, 
(Rusticquement). — 1537. Molinet. Faict^ et dict^, 247. — 

1542. J. L. Vives. Instit. de la femme chrest., trad. P. de 

Changy, éd. Delboulle, 238. 
Saffrement. — 1573. Thésaurus theutonicae linguae, L i^. 
(Scientement). — 1541. G. Michel. Suétone, 260b. 
(Sensiblement). — i534. Le Guidon, 33. 
Separantement. — 1541. G. Michel. Suétone, i32. 
(Septiesmement). — 1491. La Mer des Hystoires, I, io8b. — 

1534. Le Guidon, 292». 
(Sérieusement). — 1541. G. Michel. Suétone, 47, 88. 



174 ^^ RABELAIS A MONTAIGNE. 

(Sévèrement). — 1341. G. Michel. Suclone, 232. 
Significativement. — J. 13ouchct. Triiiniphes de la noble dame, 

éd. i5b3, 38. 
Similitudinairemenl. — i534. Le Guidon, 3ib, 34'', b^^, 61 h, 

80c, 216^. 
(Socialement). — J. Bouchet. Triumphes de la noble dame, 

éd. i553, II. 
Solidativement. — i534. Le Guidon, 40^. 
Soubrement. — i534. Le Guidon, io5'». 
SouflRcientement. — i534. Le Guidon, 149"^. 
Souffisamment. — i534. Le Guidon, 309^. 
SoutTisantement. — i534. Le Guidon, 56b. 
(Spacieusement). — 1541. G. Michel. Suétone, 18. 
(Spécifiquement). — i534. Le Guidon, lOi-"*. 
(Stablement). — J. Bouchet. Triumphes de la noble dame, 

éd. i563, 32^. 
Strictement. — i534. Le Guidon, 121c. 
(Studieusement). — 1541. G. Michel, Suétone, 38. 
Subjectivement [Néologisme]. — i534. Le Guidon, jS'^. 
Subsequentement. — i534. Le Guidon, 79b. 
Substancialement. Substantialement. Substantiallement. — 

1534. Le Guidon, Syd, 26^, 217''. 
(Substantiellement). — i534. Le Guidon, 216". 
Substantifiquement. — i534. Le Guidon, 20b, i3id. 
Superficialement. — 1548. Platine, éd. B. Aneau, 106. 
(Superfluement). — i534. Le Guidon, logd, 147a. 
(Superstitieusement). — 1541. G. Michel. Suétone, 273b. 
Taisiblement. — 1541. G. Michel. Suétone, igSb. 
[Tardemeyit). — 1559. P. lovio. Eloges, trad. Biaise d'Eve- 

ron, 3b. 
Tepidement. — Le grant Vita Christi, éd. 1544. II, 109c. — 

i586. H. Suso. Oevvres, trad. N. Le Cerf, i55b. 
Tirannicquement. — 1641. G. Michel. Suétone, i23b. 
(Tortionnairement). — i55o. Vernassal. Pritnaleon, 57b. 
(Tranquillement). — 1541. G. Michel. Suétone, 44. 
(Transversallement). — 1534. Le Guidon, 66'^. 
(Triplement). — i534. Le Guidon, 140*^. 
Tropiqiiement. — 1570. La Cité de Dieu, trad. G. Hervet. II, 

277b, E; II, i36b, D. 
(Tumultuairement). — 2 août i553. Albert. Architecture, trad. 



DE RABELAIS A MONTAIGNE. lyS 

J. Martin, io6b. — lôSg. P. lovio. Eloges, trad. Biaise d'Eve- 

ron, 66. 
(Unicquement). — 1541. G. Michel. Suétone, 76. 
Unitivement. — i55i. Léon Hebrieu, trad. D. Sauvage, 456. 
Univoquement. — i534. Le Guidon, 22, loi*. 
(Verballenient). — iSSy. Molinet. Faict:^ et dict{, 244b. 
(Violentement). — 1541. G. Michel. Suétone, 182b. 
Virtuellement [1680. Richelet], — i534. Le Guidon, 38'=, 201», 

298'=. 
(Viscéralement). — 042. Le Livre dore de Marc Aurele, i3. 
(Voluptueusement). — (1542). J. L. Vives. Instit. de la femme 

chrest., trad. P. de Changy, éd. Delboulle, 242. 

Hugues Vaganay. 



UN LIVRE RARE: 

ENTRETIEN DE RABELAIS ET DE NOSTRADAMUS 

(1690). 

J'ai acquis récemment un petit livre fort rare et peu 
connu qui a pour titre : 

Entretien || de || RABELAIS || et de || NOSTRADAMUS || [à 
la sphère]. Il A Cologne, || Chez Pierre Marteau. || M. DC. 
LXXXX. Il 

In-i2 de 40 fT. (80 p.), chiffrés A-C par 12 et D par 4. Le 
texte commence au f. A 2, le verso du titre étant blanc. 

Cet opuscule se trouve placé en tetc d'un recueil factice 
ainsi composé : 

10 Entretien de Rabelais et de Nostradamus. 

20 Entretien || de || SCARRON || et de || MOLIERE || [à la 
sphère] || A Cologne, chez Pierre Marteau. || M.DC.LXXXX. || 

16 ff. (3r p.). 

30 DIALOGUES II des || GRANDS || sur les || affaires || pré- 
sentes Il [à la sphère] || A Cologne, || chez Pierre Marteau. || 
L'an 1690. Il 

72 fi. (144 p., en comprenant le dernier ff. portant un avis 
au lecteur). 

40 Entretien 11 DE II GUSTAVE II ROI de Suède || et |] de sa 
fille II LA reine II CRISTINE. || A Cologne, || chez Pierre 
Marteau. H M. DC. LXXXX. || 

24 ff. (47 p.). 

Le tout réuni en un volume cartonné demi-maroquin; hau- 
teur des pages : i35,5 X 74- 

Le premier Entretien n'a pas, croyons-nous, été l'objet 
d'une notice bibliographique'. Barbier, dans son Diction- 

I. M. Rahir le cite sous le n° 2883 dans son Catalogue d'une collec- 
tion unique de volumes imprimés par les El:^évirs, P. Damascène- 
Morgand, 1896, in-8°. 



ENTRETIEN DE RABELAIS ET DE NOSTRADAMUS. 177 

naire des anonymes, attribue l'Entretien de Scarron et de 
Molière au polygraphe Eustache Le Noble. Il paraît 
probable que les quatre pièces sont l'œuvre de ce même 
auteur, bien que ne figurant point dans les Œuvres 
de M. Le Noble, La Haye, 1726, 19 vol. Toutefois, le 
tome IX de ces Œuvres contient un dialogue sur les 
affaires du temps entre Nostradamus et Machiavel qui 
n'est pas sans présenter certaines analogies avec l'Entre- 
tien de Rabelais et de Nostradamus. 

Quoi qu'il en soit, il m'a semblé intéressant de rééditer 
le début de cet Entretien où se trouve résumée la vie 
légendaire du grand Tourangeau. Il est curieux de cons- 
tater ce que l'opinion publique pensait de Rabelais à la 
fin du xviie siècle et de voir quel rôle lui fait jouer l'auteur 
dans ses Dialogues des Morts. 

Voici, reproduite exactement, la première partie de ce 
précieux petit livre : 

[P. 3] Entretien 

DE 

Rabelais 

ET DE 

Nostradamus. 

Rabelais. — Les gros Messieurs croient-ils qu'il n'i ait que 
pour eux aux Ghams Élizées? 

Nostradamus. — N'est-ce pas? ils se donnent ici des airs, 
comme s'ils étoient encore sur leur trône. 

Rab. — Faisons leur voir qu'on est ici égaux, et que nous 
avons autant de droit de nous entretenir qu'eux. 

[P. 4] Nostr. — Quand vintes-vous ici, Messire François? 

Rab. — J'i vins l'an i553, à l'âge de 70 ans. Et vous, Messire 
Michel? 

Nostr. — Et moi, j'i vins le 2 Juillet i566, âgé de 66 ans, 
6 mois et 17 jours. Et parsuite vous n'avez été ici que trois ans 
avant moi. 

Rab. — D'où etes-vous? 

Nostr. — De Chinon ville de Touraine. 

Rab. — Et vous? 



lyS ENTRETIKN DK RABKLAIS KT DF, NOSTRADAMUS. 

l^f^ostr. — Je ne sai ; Salon veut que je sois son Gitoien, et 
S. Rémi en Provance prétend que je sois le sien. 

/jj/,. — On vous traite en Homère, pour qui sept Villes dis- 
puteront également. 

Nostr. — S. Rémi alcgue en sa faveur, que mon Aieul mater- 
nel, qui m'inspira de l'inclination pour l'Astrologie, étoit Saint 
Remigien. Je sai que je fis mes premières études à Monpelier, 
ville où vous êtes adoré. Mais je ne saurois volontiers pour- 
quoi ceux qui sont reçus Docteurs dans cette Université de 
Monpelier, se font un honneur [p. 5] de porter votre Robe, 
qui i est en extrême vénération? 

Rab. — C'est parce que le Chancelier Duprat, aiant fait 
abolir, par arrêt du Parlement, les Privilèges de la Faculté de 
Médecine de Monpelier, j'eus l'adresse de le faire révoquer. 

Nostr. — Cela étant, c'est avec justice que Monpelier honore 
tant votre mémoire. 

Rab. — Vous savez la raison pourquoi Monpelier m'ho- 
nore encore aujourd'hui, mais je saurois volontiers pourquoi 
Henri II Roi de France désira tant de vous voir; jusqu'à 
comander au Comte de Tende, Gouverneur de Provance, où 
vous étiez, de vous envoler à Paris ? 

Nostr. — A cause des prophéties que je publiai. 

]^ab. — Que vous dit-il, que vous fit-il, vous voiant à Paris? 

Nostr. — Il me dit mille louanges, il me fit de grands pre- 
sens. Entre les autres, il me donna une somme de deux [p. 6] 
cens écus d'or, qui étoit un beau don de ce tems, et il crut en 
faire un excelent aux Princes ses Fils, en m'envoiant à eux à 
Blois, où ils se tenoient. 

Rab. — Les faveurs continuèrent-elles? car on dit qu'elles 
sont de la nature des torrens, qui coulent vite, mais aussi se 
tarissent bientôt. 

Nostr. — Le Roi Charle IX me fit aussi des presens dignes 
de sa Majesté, en passant en Provance. 

Rab. — Meritiez-vous ces grâces? 

Nostr. — Si l'on en croit mon fils César, qui a publié mes 
ouvrages, et un abrégé de ma vie, l'on ne fit justice qu'à mon 
mérite. 

Rab. — Et moi je vous tiens pour un grand Charlatan. 

Nostr. — Vous me ferez passer pour ce que vous voudrez, 
mais vous ne pouvez disconvenir que si je ne fus pas sage, je 



ENTRETIEN DE RABELAIS ET DE NOSTRADAMUS. I yg 

fus fort heureux; Jusque là qu'on est encore aujourd'hui entêté 
de mes rêveries. On me dit que vous ne fûtes pas moins heu- 
reux, mais que [p. 7] vous le fûtes par mérite. Qu'en est-il ? 

Rab. — Ma vie fut assez bizare. Etant jeune, je me fis Cor- 
delier à Fontaine-le-Comte dans le bas Poitou. 

Nostr. — Fites-vous de grands progrez dans la vertu ? 

Rab. — Je ne m'i tuai pas. Et je me rendis plus habile aux 
langues et sur tout au Grec, qu'au chant et aux autres vertus 
Monastiques. Aussi ne demeurai-je pas long-tems sous ce froc 
austère. 

Nostr. — N'aviez-vous pas fait votre profession ? 

Rab. — Je l'avois faite, mais mon esprit enjoué me fit gagner 
des Puissances qui m'obtinrent du Pape Clément VII, la per- 
mission de passer des Cordeliers aux Bénédictins de Maille- 
zais, où je n'étois pas si contraint qu'à Fontaine-le-Comte. 
Mais comme je n'avois pas plus la tête faite pour la cucule 
noire que pour la grize, je la jettai aux orties, et je me fis 
Docteur en Médecine à Monpelier. 

[P. 8] Nostr. — Dieu tira un bon efet d'une méchante cause; 
car ce fut là que vous écrivites d'excelens ouvrages sur Hipo- 
crate, et que vous mites en Latin ses aphorismes qui sont un 
trésor racourci. 

Rab. — Les Catoliques eurent compassion de moi; ils leur 
fit peine de voir périr un aussi bel esprit que le mien. 

Nostr. — Qui fut votre principal Patron ? 

Rab. — Ce fut le Cardinal Jean du Bellai Evéque de Paris, 
qui me fit venir à la Cour. Il me choisit pour son Médecin 
ordinaire, et il me mena à Rome en cette qualité. 

Nostr. — Qui regnoit alors sur la Chaire de S. Pierre? 

Rab. — C'estoit le Pape Paul III la gloire des Farneze. Je 
fus conduit à Sa Sainteté, où mon esprit boufon ne put s'em- 
pêcher de goguenarder. 

Nostr. — Le S. Père, qui estoit un homme sérieux, n'en 
fut-il pas ofensé ? 

Rab. — Il n'en fit que rire ; et mesme [p. g] mon bon Car- 
dinal Patron me continuant toujours ses bons offices, le Pape 
me donna une bulle d'absolution de mon apostazie. 

Nostr. — Voila déjà trois plaisans personnages en fort peu 
de tems. Cordelier, Bénédictin, Médecin. 

Rab. — Vous en alez voir d'autres. Vous m'alez voir Ministre 
d'État. 



1 8o ENTRETIEN DE RABELAIS ET DE NOSTRADAMUS. 

Nostr. — Vous me ferez mourir de rire ! 

Rab. — Mourez, riez; mon Cardinal m'emploia dans des 
négociations importantes, et il en fut tellement satisfait, qu'il 
me donna une Prebande à S. Maur des Fossez. 

Nostr. — Cordelier, Bénédictin, Médecin, Ministre d'État. 
Litanies ! 

Rab. — Ajoutez; Ecrivain. 

Nostr. — A quoi occupates-vous votre plume ? 

Rab. — A écrire ma Satire comique. 

Nostr. — Bel emploi pour un chanoine ! 

Rab. — He bien, ne vaut-il pas mieux [p. lo] composer un 
Gargantua que de faire enrager son Eveque, et que de consu- 
mer le patrimoine des pauvres en une vie licentieuse et médi- 
sante, comme font beaucoup de Chanoines? 

Nostr. — L'un ne vaut pas mieux que l'autre. Avez-vous 
achevé vos Litanies? 

Rab. — Point encore, il faut ajouter Curé à Ecrivain, à 
Chanoine, à Ministre d'Etat, à Médecin, à Bénédictin, à Cor- 
delier. 

N^ostr. — Curé? quelles Brebis eurent ce beau Berger? 

Rab. — Meudon, ce lieu agréable prez de Paris, où Mon- 
sieur le marquis de Louvois a une si belle maison. 

Nostr. — Vous quitates, sans doute alors, votre esprit 
boufon ? 

Rab. — Je donnai l'adieu aux plaisanteries, j'écrivis de belles 
lettres Françoises et Latines en très-beau stile au Cardinal de 
Chatillon, à Godefroi d'Estissac Eveque de Maillezais, où 
j'avois été Bénédictin, à André Tira-[p. iijqueau, et à d'autres 
grans hommes, qui en firent beaucoup d'estime. 

Nostr. — J'ai vu ces Lettres, elles témoignent que vous 
étiez propre pour les négociations, et que vous vous étiez fait 
bien des amis à Rome. 

Rab. — Messieurs de S. Marte ont tant estimé mes Letres, 
qu'ils ont pris la peine d'i faire des comentaires. 

Nostr. — Je sai que vous saviez parfaitement le Latin, le 
Grec, l'Alemand, l'Espagnol, l'Italien, le François et l'Hé- 
breu, mais je doute si l'on ne vous atribue pas à faux la 
conoissance de l'Arabe. 

Rab. — On ne me rend que ce que j'avois. Je l'apris à Rome 
d'un Eveque de Caramith. 

Nostr. — Je sai de plus, que vous étiez Gramairien, Poète, 



ENTRETIEN DE RABELAIS ET DE NOSTRADAMUS. 151 

Filosofe, Médecin, Jurisconsulte, mais je doute si vos admi- 
rateurs ne vous ont pas fait Astronome par complaisance. 

Rab. — Ils ne m'ont pas flaté. J'en avois pour le moins 
autant que vous. [P. 12] Témoin l'Almanac que je fis pour 
l'an i553, calculé sur Lion, et imprimé en cette Ville. C'est 
pour toutes ces belles qualitez que je méritai les éloges de 
Budé, de Sevole de S. Marte, de Marot, de Bellai, de Baïf, de 
Beze, de Bacon, de Chêne, de Vauprivas et de Ranchin. 

Nostr. — On dit d'ordinaire que vous mourûtes dans votre 
Cure de Meudon, est-il vrai ? 

Rab. — Non. Je mourus à Paris dans une maison de la rue 
des jardins, et je fus enterré au cimetière de S. Paul. Où le 
futes-vous; vous? 

Nostr. — Aux Cordeliers de Salon. 

Rab. — Il vaut mieux être chez ces austères, mort que 
vivant. Etienne Jodelle fit votre Epitafe, n'est-ce pas? Vous 
voulez bien que je le récite? Nos tra damiis cum falsa damus, 
nam fallere nostrum est, et cum falsa damus, nil nisi Nostra- 
damus. 

Nostr. — Si je savois que Jodelle se fut amusé à cela, il me 
le paieroit. 

[P. i3] Rab. — Si c'est lui, vous êtes vangé : car à la reserve 
des allusions nominales, son epigramme a fort peu de sel. Il 
veut dire en bon François, que vous n'êtes qu'un Triacleur et 
un Vendeur de fumée. 

Nostr. — On m'a plus honoré que cela; si je n'avois pas 
peur d'augmenter vostre peine à cause de vôtre aversion pour 
les Cordeliers, je vous prierois d'entrer dans leur Eglise de 
Salon, et de jeter les yeux sur la gauche en entrant. 

Rab. — Qu'i verrois-je? 

Nostr. — Vous i verriez mon portrait avec cete epitafe 
latine : ici git le vénérable Michel Nostradamus, que tout le 
monde jugea digne de décrire divinement les evenemens de 
presque toute la terre pars l'influence des astres. Il vécut 
62 ans, 6 mois et 17 jours. Il mourut à Salon. Postérité ne lui 
enviez pas le repos. 

Rab. — S'il ne tient qu'aux epitafes, j'en ai pour ma part 
d'ecxelentes : Etiene [p. 14] Paquier dit en 5 vers que je ren- 
ferme dans mon tombeau tout ce que Lucien et Diogene 
avoient de plaisant. Il ajoute dans deux distiques, que je suis 



l82 ENTRETIEN DE RABELAIS ET DE NOSTRADAMUS. 



le Democrite l-'rançois, et que j'ai joué le ciel et la terre, sans 
les blesser. Jean Antoine du Baïf, m'a fait celle-ci : 

Pliilon, prince du noir Empire, 
Oit les tiens ne rient jamais ; 
Reçois aujourd'hui Rabelais 
Et l'Enfer aura de quoi rire. 

Nostr. — Baïf vous flata-t'il ? 

Rab. — Je remplis parfaitement sa prédiction : quand je me 
présentai à Caron pour passer ici, il me rebuta, pour avoir 
parlé peu respectueusement des personnes et des choses 
sacrées. Je lui remontrai humblement, que s'il vouloit pro- 
metre de me recevoir dans son bateau, je lui suggerrois le 
moien de passer l'eau sans aviron et en chantant. Il goûta de 
mon ofre, et il me promit de me passer, et de me passer sans 
nau-[p. i5]lage, pourvu que j'exécutasse ma promesse; mais que 
je devois m'atandre à être jeté dans le Stix, si je me trouvois 
court. J'acceptai la partie. Comme j'avois aporté avec moi le 
grand linceul dans lequel on m'avoit enseveli, je lui dis de 
l'atacher au mast de son navire ; de prier Eole de lui envoler 
deux de ses vens, et de placer ces deux vens aux deux bords 
du Stix, pour pousser et pour repousser le bateau de Caron. 

Nostr. — En fit-il l'expérience? 

Rab. — Il le fit. Il en triomfa d'aise. Pour achever de gagner 
ses bonnes grâces, je lui suggérai que pour n'être pas obligé 
d'être assidu au gouvernail, il n'avoit qu'à i placer par semaines, 
les Duquene, les Reuter, les Drak, les Tromp, les Opdam, et 
les autres fameux Amiraux. Il crut mon conseil, et il expéri- 
menta non seulement qu'il pouvoit se passer d'Aviron, mais 
encore de Pilote. J'achevai de gagner les bonnes grâces de 
Caron pour lui di-[p. i6]re qu'il devoit se garder de tous les 
Ministres qui avoient enrichi leurs Princes aux dépens des 
peuples, a cause que j'avois apris de bone part qu'ils avoient 
envi de mètre impôt sur sa barque même, pour n'avoir rien a 
se reprocher ni en ce monde ni en l'autre. Il crut mon conseil. 
Il s'en trouva bien. Il me passa. Et c'est par ce stratagème 
que je suis ici; et que j'ai la douceur de votre conversation. 

Nostr. — Vous me disiez que vous vous étiez aussi mêlé 
d'astrologie, divertissons nous de cet art, et donnons pour 
l'an 1691 un Almanach de notre façon. 

Rab. — Composons de concert. Ne nous aretons pas aux 



ENTRETIEN DE RABELAIS ET DE NOSTRADAMUS. l83 

saisons sur lesqueles les plus ignorans peuvent raisoner, mais 
douons dans la profecie des astres d'une manière imancable. 
Je composerai mon Almanac, et puis vous composerez le 
votre. 

Nostr. — Avant de comencer, je saurois volontiers quel 
accueil on vous [p. 17] fit en arrivant ici? 

Rab. — Les morts vinrent à ma rencontre, ils se partagèrent 
en deux bandes, et ils me firent deux sortes de complimens. 
Ceux à qui j'avois sauvé la vie par la vertu de mes medica- 
mens, me firent la mine froide, et ceux que j'avois envolez en 
poste ici, en ordonant quid pro pro, m'acablerent d'honetetez. 

Nostr. — Est-ce que ce monde est renversé? est-ce que 
l'ingratitude i règne? est-ce qu'on i paie les maléfices? 

Rab. — Rien de tout cela; ceux que j'avois guéris se plai- 
gnirent qu'en leur prolongeant la vie, j'avois diferé leur bon- 
heur, et que j'avois été cause qu'ils n'etoient vends ici que bien 
tard. Et ceux a qui j'avois accéléré la mort, me remercièrent 
d'avoir hâté leur félicité, en les envolant ici plutôt qu'ils n'i 
dévoient venir selon le cours ordinaire de la nature. 

Nostr. — J'entens. Que repondites-[p. i8]vous à ces der- 
nières victimes de vos bévues ? 

Rab. — Je leur repondis que j'avois compensé le tort que je 
leur avois fait en portant toute ma vie le deuil pour eux. A ce 
mot tous les morts se prirent à rire. 

Nostr. — Je ne vois rien là à rire. 

Rab. — C'est que vous ne voiez goûte. Ils rirent parceque 
je leur faisois entendre que les médecins s'habillent de noir, 
non pas tant parceque cet habit est modeste, que parce qu'il 
sert de deuil en faveur de ceux qu'ils font mourir par leur 
ignorance. 

Nostr. — Ho, ho ! je me mets du coté des rieurs. La remarque 
est belle. A quoi avez vous passé votre temps, depuis que 
vous êtes ici ? 

Rab. — A faire la clef de mes ouvrages facétieux. 

Nostr. — A-t'il falu tant de temps pour cela ? 

Rab. — Il i a plus de misteres qu'on ne pense; et je suis 
sur que l'univers [p. 19] qui a ris de mes ouvrages fermez, 
éclatera en en voiant la clef? 

Nostr. — Peut-on la voir. 

Rab. — En son tems. Avant tout, il faut que je vous regale 
des prédictions que j'ai faites depuis l'an i683 jusqu'à i6gi; 



184 ENTRETIEN DE RABELAIS ET DE NOSTRADAMUS. 

aprez vous me régalerez de celles que je prctens que vous 
faciez de Tan i6qi, qui certainement est une année miste- 
rieuse; et l'on vous impute d'avoir prédit que cette année qui 
conte autant renversée qu'étant droite, sera fatale à une 
Monarchie. 
Nostr. — Gela se peut. 

Je borne ici cette longue citation. Le reste de l'ouvrage 
n'apprend rien sur l'histoire de Rabelais et n'est plus 
qu'une lutte courtoise dans laquelle chacun des interlocu- 
teurs propose des prophéties énigmatiques que l'autre 
parvient toujours à déchiffrer et à rapporter aux événe- 
ments contemporains. A un certain moment, Mercure 
survient et disserte abondamment sur les faits et gestes du 
prince Guillaume d'Orange. Après quoi, Nostradamus, 
continuant le jeu, fait commenter par Rabelais quelques 
extraits de ses Centuries visant les faits auxquels se trouve 
mêlé le prince Guillaume, — puis les deux astrologues 
s'en vont joyeusement boire de compagnie, 

Louis LoviOT. 



TIRAQUEAU ET RABELAIS 

ET LE CONTE DE SEIGNY JOAN. 



Je puis ajouter aux remarques de M. Plattard sur les 
rapports de Rabelais et de Tiraqueau [Rev. des Et. rah., 
1906, p. 384-389) quelques observations qui en fortifieront 
les conclusions. Il est fort possible, à mon avis, que Tira- 
queau ait été indigné que Rabelais lui eût emprunté 
quelques passages (III, xxxi-xxxii). Au 1. IV, ch. lxvii, on 
lit : « Aultrement ne sembloit le cas grandement incon- 
gru, soy ainsi destacher en chambre pour si loing aller 
au 7'etraict lignagie?'. » Or, A. Tiraqueau avait composé 
un traité De retractu gentilitio (sur le retraict lignagier), 
c'est-à-dire, en droit, la recherche de l'origine d'une 
famille. En voyant Rabelais donner ainsi un sens ordurier 
à ces mots retraict lignagier., un conseiller au Parlement 
pouvait avoir quelque motif de s'offenser. 

Sur ce sujet de Tiraqueau et Rabelais, M. Barat a apporté 
beaucoup de nouveau [Revue, t. III, p. i38, 253), surtout 
dans son dernier article, où il a signalé quelques emprunts 
faits par Rabelais à Tiraqueau. En parcourant la 3^ édi- 
tion des Leges conniibiales, il y a environ onze mois (grâce 
à l'information donnée par M. Barat), j'ai trouvé plusieurs 
autres emprunts qui ne sont pas de la première impor- 
tance. Pourtant, il y en a deux qu'il faut indiquer. Le pre- 
mier n'est qu'une amplification du cinquième passage que 
donne M. Barat (p. 257), mais l'autre est la solution de la 
question de la source de Seigny Joan, qui a si longtemps 
intrigué les rabelaisants. 

Et quand ma femme future seroit aussi gloutte... que feut 
oncques Messalina... 

Je ne ignore que Salomon dict... Je n'en croy rien (1. III, 
c. 27). 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. V. l3 



l8Ô TIRAQUEAU KT RABELAIS. 

*A ce passage, il y a deux sources possibles : Tiraqueau 
et Corn. Agrippa, De vanitatc scicnliarum^ c. 63. Les voici 
/// extenso : 

Maxime vero hanc artem [meretriciam] extulit Mcssalina, 
Claudii Caesans uxor... (Agrippa, c. 63.) 

Omnium autem maxime hoc mulierum vitium adstruunt très 
summae auctoritatis scriptores, Salomon, (Jésus filius Syrach) 
et Aristoteles. lUe enim Proverb., cap. 3o [i6], inter insatiabi- 
lia os vulvae adnumerat : hic libre Problematum IV, 27, scri- 
bit mulieres esse insatiabiles. (Tiraqueau, Legg. conn., IX, 94.) 

Quin et Gaesarem dictatorem, virum strenuissimum, hanc 
ob causam omnium mulierum virum nuncupatum... ipse etiam 
Proculus imperator in hac arte non postremam gloriam repor- 
tavit... Sed maius illo est quod Poetae narrant de Hercule... 
Narrât etiam Theophrastus, gravis auctor, herbulam quandam 
Indicam tantae virtutis ut quidam ea comesta ad septuagesi- 
mum coitum processerit. (Agrippa, c. 63.) 

Plinius..., lib. XXVI, ca. x, ubi... scribit Theophrastum, etc. 
Locus autem Theophrasti in que hoc ipsum scribit... est in 
lib. de historia Plantarum IX, ca. xx, [18, § 9], ubi hanc her- 
bam Indum quendam attulisse tradit, et hoc repetit Atheneus 
[I, 3i, 18 D]. (Tiraqueau, Legg. conn., IX, 122; J. Barat, Rev. 
des Et. rab., t. 111, p. 257.) 

Innocentius III Episcopo Pictaviensi. 

Ad nostram audientiam noveris pervenisse quod in tua 
dioecesi etiam in causis ecclesiasticis consuetudo minus ratio- 
nabilis habeatur, quod quum aliqua causa tractatur ibidem, et 
allegationibus et querelis utriusque partis auditis, a praesen- 
tibus literatis et illiteratis, sapientibus et insipientibus, quid 
iuris sit quaeritur, et quod illi dictaverint, vel aliquis eorum, 
praesentium consilio requisito, pro sententia teneatur... [Décré- 
tai., I, 4, 3.) 

J'ai trouvé dans Tiraqueau la source immédiate du 
conte de Seigny Joan, fol insigne de Paris [Pant., 1. III, 

c. 37) : 

De legibus conn., XI, 5 (éd. 3, 1546). Non temere igitur dicit 



TIRAQUEAU ET RABELAIS. 187 

gl. in c. Ad nostram, extra de consuet. [Décrétai.., I, 4, 3j, non 
esse inconveniens ab insipientibus consilium petere, quia 
interdum revelatur minori quod maior nescit, 1. potioris, C. de 
offi. rect. provin. [C i, 4b, 5], et c. csto subjectus ante fin gS di. 
[i Décr., 95, 7] et c. si habes, 24, q, 3 [2 Décr., 24, 3, i]. Quam 
gloss. ad hoc notant ferme omnes post Joan. Andr. historiam 
huic sententiae optime convenientem de fatuo quodam Pari- 
siensi, qui miro modo composuit controversiam egeni cuius- 
dam et tabernarii. Nam cum tabernarius pecuniam peteret ab 
egeno quoniam panem veluti suavius comederat ad culinae 
suae fumum et nidorem, iudicavit fatuus tabernario solvendum 
ex sono denarii. Quam quidem quaestionem non potuisset 
Cato aut Gratianus, ut dicunt Jo. Andr. et Panormi., iustius 
decidere. Hanc quoque historiam post illos recenset Barb. in 
1. I, col. 7, versic. pone quod furiosiis ff. de verbor. obi... et 
Jason cons. 178. 

Voici la note de Jo. Andr. à laquelle il fait allusion : 

In gl. j. ibi. Revelatur. Unus fatuus" Parisiensis sonum 
unius turonensis pro odore assati tabernario compensando 
altercationem ipsius cum paupere, quod ad odorem illum panem 
unum in ponte coaiederat, ditfinivit ; quod forsan Catoni vel 
Gratiano revelatum non fuisset. Unde et Seneca libro de tran- 
quillitate animi in fin. ponit dictum Aristotelis [Probl., 3o, i]. 
Quod nuUum magnum ingenium sine mixtura dementiae. 
(Giov. Andreae, Novella in Decretales, in I, 4, 3. Ad nostram.) 

a. Fatuus. de illo qui comedit panem ad odorem assati et postea 
solvit ad sonum nummi vide etiam hic abbatem [= Panormita- 
num]. 

Voici également le commentaire du Panormitain : 

In glo. j. ibi : nec illud est inconveniens. No. bene glo. quod 
quandoque est utile in facto dubio exquirere consilium a plu- 
ribus tam literatis quam illiteratis, tam sapientibus quam insi- 
pientibus. Nam quandoque parum sapientes habent incertare 
elevatum intellectum et ingenium, et acutius sciunt discutere 
et decidere unum casum quam omnes sapientes, sicut narrât 



l88 riRAQUEAU ET RABELAIS. 

hic Jo. An. de fatuo parisiens! «, qui decidit questionem miro 
modo inter tabernarium et quendam pauperem a quo taber- 
narius volebat extorqucrc pecuniam, qui comcdcrat panein ad 
odorem assati. Nam solvit illi ex sono unius dcnarii turonen- 
sis. Quam questionem non potuisset Cato melius decidcrc ad 
satisfaciendum animis imprudentium. 

a. De fatuo parisiensi. Adde do. meum Barba, in consil. Ivii. inci. 
de etc. capio primam dubitationem in i. volu. et in consi. lix. incip. 
illud in médium in i. colu. in fin. ij. volu. (Panorm. super prima 
parte primi {de cousuet.). Décrétai., I, 4, 3.) 

Les références à Barbatia et à Jasoii ne se trouvant pas 
facilement, je n'ai pas porté mes recherches plus loin. Ces 
juristes doivent probablement confirmer les remarques de 
leurs prédécesseurs. 

Rabelais se rapporte à « un canon de certain rescript 
papal addressé au Maire et Bourgeoys de la Rochelle ». 
Or, il y a un rescript de Honorius III, « Maiori et Bur- 
gen. de Rupella », mais ce rescript est cité comme Décré- 
tai., I, 4, 10, et ne touche pas à cette question du fou. 
J'ai déjà donné la version de Joan. Nevizanus [Revue, 
t. III, p. 3o3). » 

Je remarque d'ailleurs qu'on trouve encore le conte de 
« la fumée du rôti » dans les Ciento novelle antike 
(Novella IX), qui ont circulé environ l'an i3oo. Giovanni 
Andreae mourut de la peste en 1348; il est donc bien pos- 
sible qu'il l'ait tiré de cette source en changeant noms et 
lieu. Dans les Novelle, la querelle est entre un gueux et un 
cuisinier saracen, qui se nomme Fabrac, et le Soldan se 
rapporte pour la décision aux Savi Saraceni. Cf. Revue 
des Et. rab., I, p. i3, article de M. Toldo. 

W.-F. Smith. 



UN PARENT DE RABELAIS A DETERMINER. 



La famille de Rabelais a occupé à plusieurs reprises la 
Revue des Etudes rabelaisiennes K Mais le sujet est loin 
d'être épuisé : il faut s'attendre à retrouver, au xvi^ et au 
xviie siècle, plus d'un personnage de la famille du grand 
Tourangeau inconnu à ses biographes. 

C'est le cas d'un chanoine de Chartres, nommé Daniel 
du Cormier, qui vivait en iSgi, et dont personne encore 
n'a signalé l'existence. 

Pendant les troubles, il était resté fidèle au parti roya- 
liste, ce qui lui avait valu une assez longue détention dans 
les prisons du chapitre ligueur, sous l'accusation d'héré- 
sie. Mais, à la reprise de la ville par Henry IV, il recou- 
vra sa liberté, et participa, semble-t-il, aux représailles 
exercées contre les vaincus, car les historiens locaux lui 
reprochent le supplice d'un novice du couvent des Jaco- 
bins. 

Voici comment J.-B. Souchet, officiai et chanoine de 
l'église Notre-Dame de Chartres, raconte le fait dans son 
Histoire^, écrite vers 1640 : 

Le lundy 16 décembre, fut pendu un novice Jacobin, natif 
d'Illiers, aagé de treize à quatorze ans, sur un mauvais rap- 

1. Complétons, à ce propos, une indication de M. Henry Grimaud 
{Rev. des Et. rab., igo5, p. 374). « L'écrivain contemporain » qui 
signale l'existence en 1604 d'un nommé Rabelais, jardinier, et de ses 
deux filles, est notre éminent confrère M. Gabriel Hanotaux, dans 
son Histoire du card. de Richelieu^ t. I, p. 78. L'anecdote qu'il 
raconte est tirée de VHistoriette du cardinal de Richelieu, dans 
Tallemant des Réaux, et il renvoie également au Mémoire manus- 
crit de Courtin, Arsenal, fonds Conrard, mss. n° 465i, fol. 268. Il 
faut espérer que le dépouillement des minutiers parisiens nous 
donnera un jour des renseignements sur ces descendants de maître 
François. 

2. J.-B. Souchet, Histoire du diocèse et de la ville de Chartres., 
publ. d'après le ms. original de la bibl. de Chartres. Chartres, 
1873, in-8% t. IV, p. 281. 



190 IN PARENT DK RARF.LAIS A DKTKRMINER. 

# 

port qu'avoit faict de luy sœur Louise de Chambes, de la mai- 
son de Monsoreau, qui estoit lors prieure des Filles-Dieu-lez- 
Ghartres. Geste religieuse estant à la poursuitte de quelque 
affaire qu'elle avoit au Grand Gonseil, qui tenoit sa séance, 
comme dict est, dans la grande salle ou réfectoire desdicts 
Jacobins, rencontra ce novice qui desjeûnoit et tenoit un petit 
Cousteau duquel il coupoit son pain. L'ayant recogneu éveillé 
et gaillard, luy dist qu'il se faisoiî grand tort de s'estre renfermé 
dans un couvent, qu'ayant bonne mine, il eust peu parroistre 
au monde d'une autre façon qu'il ne pourroit faire dans son 
ordre, qu'ayant un port guerrier, il y avoit apparence qu'il pour- 
roit faire fortune dans les armes. Luy, qui pensoit faire de 
l'habile homme, lui répartit que, voirement, il seroict propre 
à porter les armes pourveu que ce fust contre les Huguenots. 
« Hé! comment, luy dist-elle, voudriez-vous tuer le Roy? » — 
« Pourquoi non, dist-il, est-il pas huguenot.'' » 

Elle n'eust pas plus tost ouy ceste parolle qu'elle en com- 
muniqua avec maistre Daniel du Cormier, chanoine de Chartres, 
natif de Chinon et parent de Rabelais^ lequel, pour avoir esté 
prévenu d'hérésie et détenu en prison environ un an, allèrent 
ensemble déférer ce pauvre enfant aux gouverneurs de la ville 
et de la citadelle et au Grand Gonseil, lequel en aiant faict 
informer et ouy ce jeune garçon, sans avoir esgard à sa jeu- 
nesse, ny aux conclusions du Procureur général, qui requéroit 
seulement qu'il eust le fouet dans le chapitre de son couvent; 
et si on recongnoissoit que la malice excédast l'aage, par les 
carrefours de la ville, le condamnèrent à estre pendu. 

Nous avons cherché, dans d'autres sources, confirma- 
tion de ce malheureux événement. Nous l'avons trouvée 
dans un Journal manuscrit contemporain du siège, et par 
conséquent antérieur au récit de J.-B. Souchet^ Du Cor- 
mier est ainsi désigné : 

Ung chanoyne nommé du Gormier quy ne demandoit que 
playes et bosses pour se vanger de son emprisonnement ou il 
avoit gardé les prisons du chapitre de Ghartres plus de ung an 

I. « Journal des choses plus mémorables advenuz à Chartres et 
es environs; de l'année iSyg jusques à février 1592. » Bibl. de l'Arsenal, 
mss. 270, p. 23 1. 



UN PARENT DE RABELAIS A DETERMINER. IQI 

et jusques au jour de la reddition de la ville, pour avoir esté 
prévenu d'estre du parti des hérétiques et trouvé garny de 
grand nombre de livres d'heresie... 

Il n'est pas question de parenté avec Rabelais, mais, en 
revanche, l'auteur du Journal insiste sur l'accusation d'hé- 
résie, dont parle après lui J,-B. Souchet. 

Nous pensons donc que l'on doit prendre en sérieuse 
considération les dires de l'historien de Chartres, véri- 
table érudit, qui écrivait une cinquantaine d'années à peine 
après les événements et qui, chanoine lui-même au même 
chapitre que Du Cormier, a pu recueillir une tradition ou 
utiliser des documents originaux'. 

Reste à savoir à quelle branche de la famille Rabelais 
il faut rattacher maître Daniel du Cormier : nous avouons 
que, jusqu'à ce Jour, nos recherches sont demeurées infruc- 
tueuses. Nous rencontrons bien, au xiv« et au xv« siècle, 
une famille Du Cormier établie en Touraine, mais rien ne 
prouve qu'elle ait eu rien de commun avec celle du licen- 
cié es lois de Chinon, père de l'auteur du Pantagruel. 
Voici quand même le renseignement. A défaut de meilleure 
indication, il pourra peut-être mettre les érudits touran- 
geaux sur la trace de la vérité. 

Estienne du Cormier, demeurant à Loches, acquit, en 
1395, la terre de Baigneux, (comm. de Sepmes, Indre-et- 
Loire). Il avait épousé, le 21 janvier iSgS, Isabeau Gaulier, 
dont il eut Marie du C, mariée elle-même avant 1460 à 
Guillaume du Puy, dit de Bascher^. 

Si l'on rapproche cette dernière alliance de ce que nous 

1. Dans l'incertitude où nous sommes sur la date de la mort de 
Du Cormier, nous pouvons même supposer que J.-B. Souchet con- 
nut son prédécesseur, car il était dès 1618 secrétaire du chapitre. 

2. Bibl. nat. Pièces orig. 834. — Les armes des Du Cormier étaient 
d'argent à la fasce de ... accompagné de 3 macles de sable. 
Carré de BusseroUe dans son Dictionnaire ... d'Indre-et-Loire, au 
mot Baigneux, dit que Guillaume du Puy, dit de Bascher, éc, pro- 
priétaire du fief de Baigneux dès 1455, en rendit hommage en 1460. 
Il déclare dans l'aveu qu'il possède Baigneux du chef de sa femme 
Marie du Cormier, t. I, p. ii3. 



192 l'N PARENT DE RAIUXAIS A DETERMINER. 

avons déjà dit de la « Dame de Basché », on voit que nous 
entrons de plain-pied dans le roman rabelaisien. Il serait 
pour l'instant téméraire de s'y aventurer plus avant. 

Nous avons cependant recherché si Rabelais n'avait pas 
dans ses œuvres cité de personnage du nom de Du Cor- 
mier, comme il l'a fait pour Frapin, .lamet Brayer et 
bien d'autres ^ Nous ne croyons pas en avoir trouvé, mais 
cette enquête nous a conduit à une assez curieuse consta- 
tation. 

Le mot « Cormier » apparaît dans un singulier passage 
(liv, III, chap. 5i) où Rabelais fait des Hamadryades des 
fils et non des filles d'Oxylus. Seule « la fille aisnée » qui 
« eut nom Vigne » reste une nymphe. Les autres deviennent 
Figuier, Noyer, Chesne, Cormiei-, Fenabrègue, Peuplier, 
Ulmeau, et pour qu'on ne croie pas à un simple caprice 
littéraire, l'auteur ajoute après ce dernier nom : « qui fut 
un grand chirurgien en son temps. » 

Ainsi, dans ce passage, Rabelais a fait allusion à cer- 
tains de ses contemporains portant plaisamment des noms 
d'arbres. Cormier rappelle-t-il quelque membre de la 
famille Du Cormier? Nous ne le pensons pas, mais en 
revanche Fenabrègue, cette forme méridionale de l'alisier, 
pourrait bien désigner un personnage réel, comme Ulmeau 
qui appartient à toute une lignée de médecins poitevins 
renommés. François Ulmeau ou Umeau, peut-être le fils de 
l'ami de Rabelais, mourut en effet doyen de la Faculté de 
médecine de Poitiers en 1594-. 

Voilà donc de nouveaux personnages à faire entrer dans 
les relations du grand Tourangeau. Aucun commentateur 
ne s'en était douté. 

Henri Clouzot. 

1. Cf. Rev. des Et. rab., 1906, p. 186, et igoS, p. 406. 

2. Dreux du Radier, Bibliothèque historique du Poitou, 1754,5 vol. 
in-i2, t. II, p. 5i6, et t. IV, p. 211. Il y avait aussi au xvi= siècle des 
médecins italiens fameux du nom d'Olmo, en latin Ulmus. Cf. Éloy, 
Dictionnaire historique de la médecine, 1778, in-4'>. 



LA GENEALOGIE DE PANTAGRUEL. 



En commentant le chapitre i du livre II du Pantagruel 
au Collège de France, j'ai eu l'occasion de signaler que 
la totalité des noms de géants empruntés à l'antiquité 
classique, dans la généalogie de Pantagruel, se retrouvait 
dans la liste des géants de VOfficinœ loannis Ravisii Tex- 
toris Niuernensis Historicis Poeticisque refertae Dis- 
ciplinis Prima {Secunda'\ pars, bene recognita^ auctaque 
non parum, cum Indice juxta seriein Literarum reposito 
(2 parties de 289 et 255 feuillets, en un volume, avec un 
supplément relatif à l'histoire naturelle de 63 feuillets, 
publié chez Vincent ep. i532, à Lyon, achevé d'imprimer 
chez Jean Mareschal, du mois de mai i532). 

Voici cette liste, empruntée à VEncyclopédie de Ravi- 
sius Textor, page 6g. Les noms de géants cités par Rabe- 
lais dans la généalogie de son héros sont en italique : 



îygantum quorum 


idam nomma et ahori 


im musitatae magni 


inis hominum. 






Cens 


Adamastor 


Pusio 


lapetus 


Antœus 


Secundilla 


Typhœus 


Astreeu 


Goliath 


A lœiis 


Atlas 


Maximinus 


Othos 


Gyges 


Offotus 


Ephialtes 


Agatho 


Noa 


Enceladus 


Porus 


Tuyscos 


Titius 


Christophorus' 


Hercule 


Polyphemus 


Araanthas 


Artachees 


jEgœon 


Oreste 


Oromedon 


Briareus 


Orion 


Harthbenus 


Mumas 


Etion 


Gemmago 


Porphyrio 


Gabbara. 





I. Le nom de Christophe est le seul qui soit emprunté à l'his- 
toire chrétienne; l'antiquité sacrée ne fournit à Textor que le nom 
de Goliath. Son livre est avant tout un manuel consacré à l'antiquité 
classique. 



194 LA GÉNÉALOGIE DE PANTAGRtIEL. 

Il faut y ajouter les noms des Titans, cités pas Textor 
dans le commentaire de sa liste, de Cacus, cité dans sa 
liste des Fo?-tissimi homiiies, page i65 v», de Eryx, cité 
dans la liste des Aîhletae, page 173, des Enay^ cité ailleurs 
également, de Sisyplus, cité dans la liste des nains, qui 
suit celle des géants, page 172. Il est utile d'ajouter que la 
liste de Rabelais suit par moment le même ordre que celle 
de Textor. C'est ce qui explique que notre écrivain ait 
fait naître Goliath de Secundille, géante citée par Pline, 
qui se trouve, après Pusio, immédiatement avant Goliath 
dans la liste de VOfficina. Ajoutons que chaque nom de 
géant cité par Textor lui fournit la matière d'un petit 
article, où sont rapportés les principaux textes relatifs à 
l'histoire du personnage. Pour commenter la liste de Rabe- 
lais, en ce qui touche les géants de l'antiquité classique, 
il n'y a donc qu'à y recourir. Toutes les autorités dési- 
rables sont fournies à chaque article. J'espère montrer 
bientôt que Rabelais a fait d'autres emprunts du même 
genre à VOfficina de Textor. 

A. L. 



LA BROSSE EN XANTONGE. 



MM. Patry et G. Musset ont fort judicieusement iden- 
tifié la Brosse en Xantonge avec la Brousse, canton de 
Matha (Charente-Inférieure). Mais leur commentaire ne 
nous dit pas pourquoi Rabelais a rapproché cette localité 
de Coulonges-les-Royaux (Deux-Sèvres) dans le passage 
du livre IV, ch. xxxi : « De ses telles dens de laict vous 
trouverez une à Colonges-les-Royaulx en Poitou et deux 
à la Brosse en Xantonge, sur la porte de la cave. » 

Or, il s'agit ici de deux châteaux des d'Estissac. 

La Brousse était entré dans la famille par le mariage du 
père de l'évêque de Maillezais, Jean de Madaillan d'Estis- 
sac, avec Jeanne de la Brousse. La terre ne fut sans doute 
jamais possédée par Geoffroy d'Estissac, qui ne semble 
pas en avoir porté le titre, mais elle dut échoir à son frère 
aîné Bertrand, père de Louis. d'Estissac, qui en hérita. 

Louis d'Estissac est, en effet, qualifié de seigneur de 
Coulonges-les-Royaux, Benêt, Bois-Pouvreau, la Brousse. 

En i552, quand parut le IV^ livre où se trouve cette 
allusion, le prélat était mort depuis neuf ans. La citation 
d'un château appartenant à son neveu semble une atten- 
tion délicate pour celui qui continuait peut-être les bons 
procédés de Geoffroy d'Estissac envers Rabelais. Il ne 
serait même pas téméraire de supposer un séjour de l'au- 
teur de Pantagruel à la Brousse, vers i545 par exemple, 
quand il préparait le III^ livre et que Tiraqueau revoyait 
les épreuves de sa nouvelle édition du De Legihiis connu- 
bialibus. 

Il y aurait lieu d'étudier de très près la biographie de 
ces personnages, si étroitement mêlés à la vie de Rabelais. 
On saurait ainsi si « madame d'Estissac », à qui Maître 
François voulait envoyer des « mirolifiques » de Rome 
en i536, est Jeanne de la Brousse ou Anne de Daillon, 
que Louis d'Estissac avait épousée en 1527. 



196 LA BROSSE EN XANTONGE. 

Le Dictionnaire des familles du Poitou par Beauchct- 
Filleau, 2'-' édiiioii, à qui j'einprunie ces»détails, est muet 
sur la mon de la mère de Tévèque. 

En revanche, la date de 1 527 qu'il donne pour le mariage 
de son neveu nous semble utile à retenir pour dater l'épître 
de Bouchet et en même temps celle de Rabelais. On doit, 
à notre avis, la placer avant 1527, car Bouchet, grand 
complimenteur, n'aurait pas manqué d'y glisser l'éloge de 
^me d'Estissac si Louis eût été marié. On ne peut pas 
non plus beaucoup la reculer, car les vers : 

Onq je n'en vis mieulx aux armes coronne 
Parce qu'il est chevalier très hardy 

indiquent au moins un adolescent. Louis d'Estissac étant 
né en i5o6, nous croyons, tout en ne nous dissimulant 
pas la fragilité de nos inductions, que Bouchet écrivit 
son épitre entre 1524 et 1S26. 

Henri Clouzot. 



AU PAYS DE RABELAIS. 



La Société des Études rabelaisiennes a pu réaliser, les 
8 et 9 mai derniers, l'excursion « Au pays de Rabelais et 
aux champs de bataille de la Guerre picrocholine » que de 
fâcheuses coïncidences avaient empêchée l'année dernière. 

L'annonce de ce pèlerinage avait ému le cœur des fer- 
vents rabelaisiens et, le mercredi 8 mai, dix-huit voya- 
geurs se réunissaient à la gare du quai d'Orsay pour ten- 
ter l'aventure. C'étaient : 

MM. Abel Lefranc, professeur au Collège de France, 
président de la Société des Etudes rabelai- 
siennes; 

Mme A. Lefranc; 

Victor de Swarte, critique d'art, rédacteur au 
Matin^ vice-président; 

H. Clouzot, trésorier; 

L. Loviot, de la bibliothèque de l'Arsenal, secré- 
taire-adjoint; 

F. Bournon, rédacteur aux Débats; 

T)' P. Bruzon; 

M. du Bos; 

Dugas, auditeur au Conseil d'État; 

Albert Fabre, conseiller à la Cour d'appel de 
Paris; 

Mme Fabre; 

W. H. Fox, de Londres^; 

Godet, élève de l'École des chartes; 

L. Karl, professeur; 

M. Lazard; 

I. C'est à l'habile crayon de M. W. H. Fox que nous sommes 
redevables des croquis qui illustrent ce texte. M. Jules Richard a 
bien voulu nous adresser le dessin représentant la chambre de 
Rabelais à la Devinière. Nous prions ces Messieurs de bien vouloir 
trouver ici l'expression de notre vive gratitude. 



198 AU PAYS DE RABELAIS. 

MM. Morclowski, de Cracovic; 

Df Prof. Polack, de Hambourg; 
Mme Polack. 

Les quatre heures de trajet jusqu'à Tours passèrent vite, 
occupées par de gais propos ou de savants colloques. A l'ar- 
rivée, les membres de la Société furent reçus sur le quai de 
la gare par M. Horace Hennion, l'aimable secrétaire géné- 
ral de la Société littérai)~e et artistique de la Touraine. 
Ainsi que M, le D'^ Le Double, M. Hennion, avec une 
bonne grâce parfaite, avait bien voulu se charger de com- 
poser le programme de la journée. 

Après un gai déjeuner à l'hôtel du Faisan, déjeuner 
auquel assistaient M. de Grandmaison, le très distingué 
président de la Société archéologique de Touraine, ancien 
archiviste d'Indre-et-Loire, et M. Hennion, les excursion- 
nistes, sous la conduite de ces excellents guides, descen- 
dirent la rue Nationale et commencèrent le tour de ville 
par la visite du Musée. 

Nous admirons de remarquables chefs-d'œuvre que 
commente l'érudition de M. de Grandmaison : voici les 
deux Mantegna regrettés par le Louvre, les Boucher, l'es- 
quisse léguée par A. de Montaiglon, les toiles attribuées 
à Rembrandt, à Rubens, le portrait de Theurel par Ves- 
tier, la remarquable réplique de la Diane de Houdon... 
Dans la salle des séances de la Société archéologique se 
trouve un portrait de Rabelais datant du xvii^ siècle et 
interprétant librement la tradition. 

Nous quittons le Musée pour nous diriger vers la cathé- 
drale Saint-Catien. Une pluie rude et fournie s'est abattue 
sur la ville, mais ne peut vaincre notre zèle, malgré sa 
persistance. L'église Saint-Julien nous retient quelques 
minutes, puis, chemin faisant, nous regardons de côté et 
d'autre pour ne pas négliger les vieilles maisons signalées 
par nos guides. 

La cathédrale nous séduit longuement par ses admirables 



AU PAYS DE RABELAIS. I99 

^ , 

vitraux du xiii^ siècle, si riches de coloris, et par le célèbre 
tombeau des enfants de Charles VIII sculpté dans l'atelier 
de Michel Colombe. Sortant par l'un des bas côtés, nous 
pénétrons dans le cloître abandonné de la Psalette, puis 
nous faisons le tour de l'abside, et ce décor paisible nous 
fait songer à Balzac, à son Curé de Tours. 

Poursuivant notre route, nous suivons l'ancienne rue 
de l'Archevêché, sans cesse arrêtés par une relique de 
pierre, demeure, pignon ou enseigne. Auprès de la nou- 
velle église Saint-Martin, œuvre de M. Laloux, nous 
sommes heureux d'entendre conter par M. de Grandmai- 
son l'histoire de l'ancienne basilique, détruite par la sinistre 
Bande-Noire. Les deux tours de l'Horloge et de Charle- 
magne témoignent d'une ancienne magnificence. La des- 
tinée de la basilique Saint-Martin est celle même du Vieux- 
Tours, et bien des Tourangeaux ont espéré longtemps 
qu'un jour s'élèverait de nouveau cette rivale de leur 
cathédrale, ainsi que l'indique si curieusement notre con- 
frère René Boylesve dans son roman Mademoiselle Cloque. 

L'ancien cloître, actuellement occupé par les religieuses 
de Picpus, réclame une visite, puis, pressés par l'heure, 
nous suivons hâtivement le lacis des rues, examinant encore 
la fontaine de Beaune (place du Grand-Marché), la mai- 
son dite de Tristan l'Ermite., l'hôtel Gouin, les restes du 
logis de M^'^ de Lavallière, etc. 

A cinq heures et demie, sur l'invitation de la Société 
littéraire et artistique^ un vin d'honneur réunissait à l'hô- 
tel des Sociétés savantes les membres des Etudes rabelai- 
siennes et un certain nombre de personnalités locales. Le 
président, M. Paul Boncour, salua en ces termes les 
excursionnistes : 

Messieurs, 

C'est un grand honneur pour la Société littéraire et artis- 
tique de la Touraine de pouvoir vous souhaiter la bienvenue 
au début de votre excursion au pays de Rabelais, et nous vous 
sommes tous très reconnaissants de votre empressement à 



200 AU PAYS DE RABELAIS. 

accepter notre modeste invitation, malgré le peu de temps de 
votre séjour à Tours. 

Je tiens à adresser en outre nos sincères remerciements à 
M. le Dr Le Double qui a eu l'amabilité de nous mettre en 
rapports avec vous. 

M. le Dr Le Double, membre correspondant de l'Institut et 
auteur du savant et très littéraire ouvrage Rabelais anatomiste 
et physiologiste, est naturellement l'un des vôtres, et nous 
sommes fiers de le compter également parmi nos sociétaires. 

Il y a, Messieurs, entre nos deux sociétés plus d'un point de 
contact. Par des moyens différents, elles poursuivent un but 
identique et elles ont en outre un idéal commun qui est le 
culte du Beau. 

Ici, nous nous proposons d'encourager les efforts de ceux 
qui s'occupent en Touraine d'art et de littérature, de faire 
connaître leurs meilleures productions, de remettre en lumière 
et de populariser les œuvres de nos vieux auteurs tourangeaux, 
des Rabelais, des Ronsard, des Racan, des Balzac, des Cou- 
rier et des Vigny, pour ne citer que les principaux. 

Votre Société, Messieurs, a choisi, pour objet spécial de ses 
études et de ses recherches, Rabelais, l'un des plus illustres 
enfants dont s'honore la Touraine; à ce titre, vous avez droit 
à notre entière gratitude, puisque, tout en glorifiant l'auteur 
de Gargantua, vous contribuez au lustre de notre petite patrie. 

Mais nous ne sommes pas de ceux qui se bornent exclusive- 
ment à une admiration de clocher, et notre Société n'a jamais 
entendu se désintéresser des œuvres étrangères à cette pro- 
vince. 

Dans les programmes des soirées artistiques que nous offrons 
à nos membres, nous donnons une large place aux chefs- 
d'œuvre de la littérature et de la musique. 

Notre régionalisme ne nous empêche pas non plus, Mes- 
sieurs, de tourner les yeux vers ce foyer intellectuel si intense 
qu'est Paris; et nul d'entre nous n'ignore la part qui vous 
revient dans le mouvement littéraire, artistique et scientifique 
de notre patrie. Nous connaissons vos travaux et nous applau- 
dissons à vos succès, dont l'écho est venu jusqu'à nous. 

Aussi c'est avec la certitude d'être l'interprète de la Société 
littéraire et artistique, ainsi que des représentants de la presse 
et des Sociétés savantes de la Touraine qui ont bien voulu se 
joindre à nous, que je lève mon verre en l'honneur de la 




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AU PAYS DE RABELAIS. 201 

Société des Études rabelaisiennes et de son éminent président, 
M. Abel Lefranc. 

Après un nouveau toast aux dames et aux étrangers 
venant apporter à la gloire de Rabelais l'hommage de l'An- 
gleterre, de l'Allemagne, de la Hongrie et de la Pologne, 
M. Lefranc remercia chaleureusement les savants touran- 
geaux de l'accueil cordial qu'il nous avaient réservé, puis 
M. le D"" Le Double prit à son tour la parole : 

Messieurs, — dit-il, — vous allez, grâce à la générosité de 
Mme la marquise Arconati Visconti, née Peyrat, élever, par 
l'union féconde de l'intelligence, du savoir et du travail, un 
monument triomphal à Rabelais. Nous n'avons pu lui édifier 
qu'une humble cabane. Volontaires dans l'armée des cher- 
cheurs, nous avons rempli notre tâche sans ambitionner le 
succès, mais avec l'espoir d'être utiles. Vous nous avez dit à 
diverses reprises, cet après-midi, que nous l'avions été; nous 
nous estimons heureux, et c'est de tout cœur que je salue res- 
pectueusement, au nom de l'ancienne Société des Amis et des 
Admirateurs de Rabelais, dont je suis un des rares survivants, 
la jeune Société des Études rabelaisiennes. 

Vivat, crescat et floreat ad multos annos féliciter, 

comme on disait jadis en Sorbonne. 

Je lève mon verre en votre honneur et bois à votre santé, — 
car « sans santé n'est la vie », — ainsi que l'a écrit le Maître, 
— ni « n'est la vie vivable », — et à celle de votre président, 
M. Abel Lefranc, professeur au Collège de France, directeur- 
adjoint à l'Ecole pratique des Hautes-Études*. 

Et, avec une verve éloquente dont nos lecteurs pour- 
ront juger tout à l'heure, M. le D^ Le Double prononça 
un discours plein d'idées nouvelles sur le rôle de Rabe- 
lais, initiateur et précurseur de la méthode expérimen- 
tale, . 

I. Le texte des discours est emprunté à la Toiiraine républicaine 
du 12 mai 1907. 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. V. I4 



202 AU PAYS DE RABELAIS. 

Le Vouvray emplit les coupes et ainsi se termina au 
mieux cette cordiale et littéraire réunion. Nous prîmes 
congé de nos aimables hôtes; quelques-uns nous accom- 
pagnèrent jusqu'à la gare, et le train nous emporta vers 
Chinon, enchantés des quelques heures passées à Tours. 

Cette visite à la capitale de la Touraine n'était propre- 
ment qu'un prélude à la journée du lendemain, plus spé- 
cialement rabelaisienne. 

En descendant de wagon, par une belle nuit étoilée, en 
suivant le chemin qui mène à l'hôtel où nous devons sou- 
per et passer la nuit, nous ne pouvons nous défendre d'une 
certaine émotion à la pensée de fouler le sol même de ce 
petit terroir où l'auteur de Pantagruel naquit, étudia et 
dont le souvenir attendri se révèle si fréquemment dans 
son œuvre. 

L'hôtel de l'Union n'est pas grand, nous l'occupons en 
entier. Ce \in pineau^ ce vin si léger, si spirituel qui mûrit 
sur les coteaux de la Vienne, arrose un dîner où nous 
voyons paraître de grasses poulardes du Loudunois accom- 
pagnées de salade assaisonnée à l'huile de noix ; nous mon- 
tons dans les chambres, nous préparant ainsi de la meil- 
leure façon aux entreprises de la journée prochaine. 

Au matin, tous, alertes, de bonne humeur, sont exacts 
au rendez-vous de sept heures. Nous cheminons lentement 
le long de la Vienne, tout au charme de ce fleuve aux eaux 
brillantes, glissant contre les rives ombragées. 

Notre pèlerinage débute par un salut à la statue de Rabe- 
lais, œuvre du sculpteur Hébert, puis nous nous dirigeons 
vers la maison traditionnelle, située au coin de la rue 
Rabelais et de la rue de la Lamproie. Bien que les détails 
delà construction dénotent une époque plus récente, cette 
maison, — affirmaient autrefois les habitants, — est celle 
de Rabelais; cette légende se rattache à celle qui faisait 
d'Antoine Rabelais un hôtelier à renseigne de la Lam- 
proie. 



AU PAYS DE RABELAIS. 2o3 

A quelques pas plus loin, dans la rue de la Lamproie, 
une plaque de marbre affirme depuis peu : 

ICI S'ÉLEVAIT 

AU XVI" SIÈCLE 

LA MAISON DE 

RABELAIS 

Le propriétaire nous autorise à entrer dans la cour. 
L'ensemble de la construction est du xvii« siècle. Cepen- 
dant, les murs de soutènement semblent porter la marque 
de la Renaissance; les figures données par Le Duchat 
dans son édition s'accordent assez bien avec l'ancien plan; 
de plus, de récentes recherches tendraient à prouver que 
c'est bien là l'emplacement occupé au xvi^ siècle par l'hô- 
tel de famille. 

Négligeant la fameuse cave peinte près de laquelle 
« Innocent le pâtissier » ouvrait l'auvent de sa boutique, 
— elle ne renferme aucun vestige particulier, — nous gra- 
vissons la rampe conduisant au château de Charles VIL 

Longuement nous nous attardons dans une promenade 
extrêmement pittoresque à travers les ruines émergeant 
des lilas fleuris. Tous, enthousiastes, gravissent la tour de 
Boissy, dominant à pic la vallée qui s'étend avec ampleur 
jusqu'à Saumur, dont les maisons blanches et le château 
forment une tache claire à l'extrême horizon. C'est une 
matinée de printemps fraîche et limpide; à nos pieds, les 
cloches matinales chantent en cadence. A gauche, nous 
voyons la Vienne paisible et la campagne souriante qu'en- 
vahit jadis Picrochole. Déjà l'on nous indique la Roche- 
Clermault, la Devinière... La tour du Coudray domine 
les vignes de Quinquenays où la famille Rabelais possé- 
dait une petite maison de campagne. 

A regret nous quittons le château, ses pierres et ses 
fleurs, et nous repassons sous la tour de l'Horloge où, 
dit-on, les heures sonnent sans discontinuer depuis des 
siècles. Chinon s'étage en panorama jusqu'à la rivière : 
voici le quartier et l'église Saint-Maurice; là-bas, la col- 



204 ^^ PAYS DE RABELAIS. 

Icgiale de Saint-Mesme, Saint-Klienne; sur l'autre rive, 
le faubourg de Saint-Jacques-lcs-Ponts, et plus loin 
encore, à gauche, le confluent de la Vende. 

L'église Saint-Mesme est rapidement visitée. Revenant 
sur nos pas, nous jetons un coup d'œil au Musée récem- 
ment organisé par les Amis du Vieux-Chinon. Cette 
Société, constituée depuis deux ans, poursuit heureuse- 
ment l'utile but de conserver à la ville ses richesses et son 
aspect des anciens temps. Ce sont partout, à profusion, 
des maisons du xv« et du xvi'= siècle ayant gardé leur antique 
caractère, particulièrement dans la rue Voltaire. 

Nous gagnons ensuite le quai Charles VII, où nous 
attend l'affabilité de M. Tourlet, un aimable érudit qui 
consacre tous ses soins à l'histoire locale. M. Tourlet est 
aussi un collectionneur heureux. Il veut bien, en notre 
honneur, exhiber une série très complète — unique — de 
portraits gravés de Rabelais dérivant, pour la plupart, de 
ces deux tvpes : le portrait primordial de la Chronologie 
Collée et celui de Sarrabat. Tout en feuilletant les épreuves, 
nous apprenons que le faciès rabelaisien, consacré par la 
tradition, se remarque encore chez certains Chinonais. 
Puis M. Tourlet nous montre une précieuse bibliothèque 
consacrée à l'unique Alcofribas; elle renferme quelques 
pièces de grand prix : l'édition de Fr. Juste (1542), le Tiers 
Livre de 1546, V Œuvre de i553, etc. 

Le déjeuner nous appelle, et l'hôtel de l'Union est 
assez éloigné. M. Benjamin Fournier, membre du Vieux- 
Chinon, et M. le D'' Dubreuil-Chambardel, de Tours, 
assistent au repas, vivement expédié dans l'attente du 
départ. 

A midi, les chars à bancs qui stationnent devant la porte 
sont promptement envahis, et chacun tire de sa poche un 
Gargantua, le bréviaire de l'après-midi. Nous adoptons 
le trajet même que suivit Gargantua pour rejoindre son 
père Grandgousier et lui porter secours. La Vienne fran- 
chie, le faubourg Saint-Jacques dépassé, on remarque à 
droite de la route actuelle les débris de l'ancien pont de la 




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AU PAYS DE RABELAIS. 



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Nonnain, qui permettait de francliir les pâturages sans 
cesse inondés. A un kilomètre à peine, nous trouvons 
Parilly, proche les châteaux de Vaugaudry et de Vau- 
guyon, ce dernier autrefois habité par des seigneurs amis 
de Rabelais. C'est à Parilly, on s'en souvient, que Gar- 
gantua connut la prise de la Roche-Clermault (livre I, 
chap. xxxiv). 

Nous faisons halte pour visiter l'ancienne église romane, 
aujourd'hui désaffectée, puis nous remontons en voiture 
pour gagner la Roche- 
Clermault. Au cours de 
la route, M. Jules Ri- 
chard, un très aimable 
Chinonais qui s'est im- 
provisé notre guide et 
dont l'érudition géogra- 



phique nous est d'un 
grand secours, nous si- 
gnale au loin Brehe- 
mond, où furent éle- 
vées les vaches appelées 
à servir de nourrices 
au jeune fils de Garga- 
meile. La route côtoie le Négron, petit ruisseau prompt 
à déborder et à envahir les prairies voisines, ce qui 
explique pourquoi l'armée de Gargantua dut franchir le 
gué de Vede « par basteaulx et pons legierement faictz » 
(livre I, chap. xlviii). 

Arrivés près de la Roche-Clermault, nous entendons 
une musique champêtre. C'est jour d'Ascension, et les 
paysans d'alentour se sont réunis en une assemblée pour 
vider des piots de vin frais et manger de bonnes fouaces de 
Lerné. Les uns sont assis au soleil, sur des bancs, autour 
des tables alignées, tandis que d'autres errent lentement 
devant les baraques foraines ou s'arrêtent, impressionnés, 
devant les jeux séculaires expliqués par un homme en 
blouse, accroupi. Les voitures s'arrêtent; les postillons 
vont se rafraîchir de compagnie. Nous traversons le bar- 




EGLISE DE PARILLY. 



2o6 



AU PAYS ni': RAHKLAIS. 



rage du chemin de fer et gravissons les pentes que sur- 
plombe le château. 

Un manoir du xvii^ siècle, modeste et paisible, remplace 



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-V; 







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ANCIENNE CHAPELLE DE LA ROCHE-CLERMAULT. 



la forteresse de Picrochole. Le propriétaire, empressé, fait 
les honneurs et excite vivement notre curiosité en disant 
posséder d'anciens titres, des actes de ventes. Il veut bien 
promettre de rechercher dans ces grimoires ce qui pour- 
rait intéresser les lecteurs de notre Revue. Nous quittons 
le domaine pour suivre les boulevards qui l'entourent ; tout 




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LA DEVINIERE. 
MAISON NATALE DE RABELAIS. 



208 AU PAYS DK RABELAIS. 

un pourtour de hautes murailles anciennes attestent un 
robuste passé et font mieux comprendre la valeur que dut 
déployer Gargantua pour réduire une aussi forte place. 
On relève la présence d'une chapelle dans Tenceinte du 
château. 

La route se poursuit vaillamment. Nous traversons le 
gué de Vcde, près le Moulin du Pont, et, sur place, nous 
constatons le bien fondé de l'opinion soutenue par 
M. Lefranc qui place ce fameux gué ici, tout près du châ- 
teau, à côté de la Saulsaye. La théorie ordinaire situait ce 
gué sur la Vende, à cinq kilomètres en amont de Chinon, 
élargissant ainsi outre mesure le champ des opérations et 
rendant les textes difficilement compréhensibles. L'opi- 
nion de M. Lefranc est maintenant admise, et, incidem- 
ment, un nouvel appoint vient l'étayer : tous les ruisseaux 
voisins, paraît-il, sont désignés sous le nom de vendes 
dans le parler chinonais. 

Voici, à gauche, la plantureuse Saulsaye où Gargamelle 
accoucha soudainement pour avoir trop aimé les tripes. 
Puis, c'est la route de la Devinière et de Seuilly, bordée 
de majestueux noyers. L'un d'eux, sans doute, joua à 
frère Jean le mauvais tour de le retenir suspendu par 
son casque. 

Nous mettons pied à terre et nous naus engageons dans 
un sentier fleuri d'aubépines; l'allure devient plus vive, 
notre président, ému du zèle sacré, tient la tête de la 
colonne. Un vieux puits assailli d'iris et d'herbages, un 
grand tas de fumier, une grange où paraît la paille entas- 
sée, une ferme tranquille dans sa vie campagnarde : c'est 
la Devinière! 

La dernière maison à gauche, presque intacte, date de 
la fin du xv^ siècle. Là, très probablement, naquit vers 
1495 Maître François, dans la chambre principale du pre- 
mier étage. On accède directement à cette pièce par un 
curieux escalier de pierre dont le perron forme loggia^ 
celui-là même, apparemment, que Rabelais désigne sous 
le nom de grands degrés. Cette chambre, toute simple, 
sert de domicile aux fermiers; dans l'embrasure de la 



210 



AU PAYS DE RABELAIS. 



fenêtre est taillé un banc de pierre. C'est là, peut-être, 
que Tenfant apprit à lire, ayant sous les yeux le riant 




CLOITRE DE 

SEOILLY 



ABBAYE DE SEUILLY. RESTES DU CLOITRE. 

paysage de la vallée du Négron. Le mur, nouvellement 
recrépi, porte les traces d'anciennes inscriptions grecques 
et gothiques, — un ensemble de lettresdonne ...ELAIS... — 
Quelle importance doit-on leur accorder^? 



I. Pour une description détaillée de la Devinière, voir l'article 
d'A. Lefranc {Revue des Études 7-abelaisiennes, t. III, p. 55 et suiv.). 



AU PAYS DE RABELAIS. 



211 



Nous sommes forcés de quitter trop vite cette maison si 
pleine de souvenirs. Après un regard rapide Jeté aux caves 
taillées à même le roc, une photographie générale du 
groupe des Rabelaisiens consacre cette première visite, en 
quelque sorte officielle, faite à la maison natale du Rieur. 

Les commentaires, les remarques vont leur train et 
déjà les voitures nous entraînent en vue de Lerné, dont 
nous devrons nous contenter d'apercevoir de loin le clo- 
cher et la tour. A notre gauche, sur le coteau opposé, se 
dresse l'imposant château du Coudray-Montpensier. 

Les chevaux font 
demi -tour et nous 
ramènent devant la 
porte de l'ancienne 
abbaye de Seuilly. 
Par une faveur spé- 
ciale , la Société a 
obtenu l'accès du do- 
maine. Il demeure 
un certain nombre 
de pierres du mo- 
nastère où Rabelais 
fit ses études : une 
salle voûtée, frag- 
ment du cloître, un 
mur de l'église, des 
caves, des granges, 
l'aumônerie; mais voilà le clos où frère Jean des Entom- 
meurs, armé du bâton de la croix, sut si bien tailler en 
pièces les sept enseignes de fantassins auxquelles Picro- 
chole avait commis le soin de ravager la vendange. 

Notre dernière visite sera pour l'église voisine où fut 
baptisé vraisemblablement le grand Tourangeau. On nous 
signalera encore, entre Seuilly et la Devinière, le clos 
Rabelais, puis, au grand trot, nous regagnerons Chinon. 




VIEILLE MAISON 
AU VILLAGE DE SEUILLY. 



L'excursion est finie. 



212 AU PAYS DK RABELAIS. 

Dans le train qui nous ramène vers Paris, après cette 
équipée de deux jours, la saine fatigue qui nous assoupit 
ne peut cependant nous empêcher de dire notre satisfaction 
et la pleine réussite du pèlerinage. Tout en voyageant 
joveusemcnt, nous avons reçu du pays même une leçon 
profitable, et nous projetons déjà de nouvelles excursions 
pour Tan prochain. 

Louis LoviOT. 



PosT-scRiPTUM. — Nous tcnons à remercier la Touraine 
républicaine, V Union libérale, le Journal d'Indre-et-Loire et 
la Dépêche de Tours, qui ont très aimablement rendu compte 
de notre excursion dans leurs numéros du 12 mai 1907. Et 
nos lecteurs nous sauront gré, certainement, de reproduire 
quelques fragments du charmant article que M. Fernand Bour- 
non a publié dans le Journal des Débats (u mai 1907) : 

... Et tandis que le convoy se dcsvaloit cmmy les plaines beauce- 
ronnes, despourvues d'ombraiges comme déserts d'Arabie, conver- 
soit et devisoit avecques ses compaignons messire Abel Lefranc, 
leur disant : « N'est-ce pas bien et sagement advisé d'avoir ainsy quitté 
et déserté, — pour ces deux jours seulement, — libjairics, archives, 
grimoires, chartes et parchemins, libelles, traictez, mémoires, et en 
gênerai tout le scientifique labeur coutumier auquel avons besoigné 
durant ce long et fascheux hy\'er et qui aux uns faict visages pal- 
lides et blesmes comme faces lunaires, tandis qu'aux autres, suyvant 
complexion et humeur de nature, donne teint rouge et trop vermeil, 
ainsi que briques mal cuites? Et combien esbahyseroit nostre cher 
Gargantua si aussi promptement avoit pu aller, comme nous fai- 
sons présentement, de Paris vers les rivages de Loyre et Vienne, 
luy allant défendre son vénérable père Grandgousier, traistreuse- 
ment assailly par le félon Picrochole! Certes, eust cru à quelque 
invention diabolique. » Et tous approuvoient, dodelinant de la teste, 
comme ont coutume faire gens satisfaits, et rapidement arrivèrent, 
non sans avoir salué au passaige les inclytes chastels de Bloys, 
Chaumont et Amboyse, dans la belle cité que l'on vocite Tours... 

... L'on fut souper et coucher à Chinon, but principal de l'expé- 
dition. Ah! la charmante ville, restée moyenâgeuse et Renaissance 
si complètement que le costume moderne y est presque disparate 
et choquant; seules, les coiffes blanches des paysannes continuent 
la tradition. Et les ruines du château où Jeanne d'Arc vit pour la 
première fois le roi de France, et les quais de la Vienne, et ces rues 




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AU PAYS DE RABELAIS. 21 3 



étroites et mal pavées, il est vrai, mais si pittoresques, avec leurs 
ombrages de lilas débordant par-dessus les murs des propriétés! 
Afin d'obvier aux entreprises de municipalités parfois assez sottes 
pour vouloir moderniser, aligner, dénaturer le précieux legs du 
passé, une Société s'est constituée, il y a deux ans, sous le nom des 
Amis du Vieux-Chinon; elle a fondé un musée qui grandira, et un 
Bulletin, dont le premier fascicule vient de paraître. Les pèlerins 
regrettèrent l'absence de MM. le D' Faucillon, Tourlet et Henry 
Grimaud, mais ils furent accueillis de la plus charmante façon par 
MM. Benjamin Fournier et Jules Richard, dont l'empressement ne 
s'est pas ralenti pendant toute cette journée d'hier... 

L'après-midi fut consacré (par un temps devenu radieux) à une 
excursion aux environs, sur les champs de bataille de la guerre 
picrocholine que Rabelais a placés dans le cadre même que son 
enfance et sa jeunesse avaient eu sous les yeux. Trois chars, tant 
soit peu cahoteux, conduisirent les touristes au pont de la Nonnain, 
à Parillé (aujourd'hui Parilly) en vue de la Vauguyon et de Vaugau- 
dry, à la Roche-CIermault, où Picrochole tenta, mais en vain, de 
résister à l'assaut des armées de Grandgousier et de Gargantua. Le 
château-fort d'alors a fait place à un manoir construit au xvii* siècle, 
mais les anciennes fortifications du xiv° siècle ont subsisté, justifiant 
encore l'impression qu'elles devaient produire, alors qu'elles étaient 
entières. Une heureuse coïncidence fit que c'était hier la fête, V « As- 
semblée » de la Roche-Clermault. Tout le village, et aussi toutChinon 
étaient là, dans la prairie, autour de quelques baraques foraines et 
écoutant des ménestrels de passage leur seriner, pour la vendre deux 
sous, la Petite Tonkinoise, hélas! Heureusement, à côté, on vendait de 
la « bonne fouace » de Lerné. Nos Rabelaisiens ne se firent pas 
faute d'en manger; c'est un gâteau de pâte friable, qui a l'aspect 
de la galette, sans en avoir le feuilleté ; il fallut, pour le faire passer, 
humer un piot de vin frais. 

On franchit le gué de Vède. Dans la Revue des Etudes rabelai- 
siennes, M. Lefranc a établi que c'est bien là, près de la Roche- 
Clermault, et non pas sur la Veude en amont de Chinon, qu'il faut 
placer le gué où la jument de Gargantua, se soulageant, trouva 
moyen de noyer tant d'ennemis. Le fait ainsi acquis rend claires et 
intelligibles toutes les opérations de la campagne picrocholine (liv. I, 
chap. 34), tandis qu'auparavant il fallait torturer le texte. Le Négron 
passé, on gravit toute la côte pour arriver à la Devinière; c'est 
aujourd'hui un groupe de métairies, avec caves creusées dans le roc; 
quand la famille Rabelais en était propriétaire, c'était un seul 
enclos. Les visiteurs gravirent « les grands degrés » par où l'on 
accède dans la chambre où maître François a vu le jour; elle 
a conservé toute sa physionomie; ils contemplèrent avec respect 
ces vieilles poutrelles du plafond et la petite table de pierre, établie 



214 ^^ PfiYS DE RABELAIS. 

dans l'embrasure de la fenêtre où l'écolier traça sans doute ses pre- 
mières lignes, tout en embrassant du regard le beau panorama de 
la plaine. 

La dernière visite fut pour Seuilly (jadis Souillé), l'abbaye où 
Rabelais fit ses études; c'est h\ qu'il dut connaître frère Jean des 
Entommeures et pourtraiturer d'après nature ce moine hardi et 
vigoureux qui, pour défendre les biens de l'abbaye, savait si bien 
manier le bâton de la croix. Aujourd'hui, le monastère est devenu 
une propriété particulière : on n'est admis que par faveur spéciale 
à voir ce qui a subsisté des vieux bâtiments : un fragment du cloître, 
un mur de l'église, l'aumônerie. L'heure impitoyable marchait; il 
fallut, à regret, reprendre le chemin de Chinon et, plus à regret 
encore, celui de Paris. 

Nous devons signaler également une chronique précise et 
vivante à la fois de M. Henri Clouzot, parue dans le Magasin 
pittoresque du ler juin 1907 et illustrée de curieux clichés : 

On assure qu'Alphonse Daudet, — dit M. Henri Clouzot, — après 
avoir écrit Tartarin, n'osait plus passer par Tarascon. J'imagine 
que Rabelais, après la publication à Lyon, par François Juste, de 
la Vie inestimable du grant Gargantua, ne. se risqua guère à herbo- 
riser aux environs de Chinon, dans ce petit pays de deux à trois 
lieues de tour, où il a mis en scène la guerre picrocholine. 

Ce point d'histoire, comme tant d'autres, n'est pas encore éclairci. 
Mais tandis que nous connaissons les pérégrinations de maître Fran- 
çois dans toute la France, l'Allemagne et l'Italie, pourquoi aucun 
de ses biographes ne l'a-t-il rencontré après i535, sur le chemin de 
Lerné à Chinon ? 

Convenons-en. Même à une époque où la diffusion des écrits était 
fort lente, l'apparition du roman rabelaisien dut soulever un beau 
toile au pays de Picrochole, ce Tartarin du xvi" siècle. Point de 
ménagements. Villages, abbayes, châteaux, fermes, chemins, ruis- 
seaux, jusqu'à l'arbre du carrefour ou à la prairie plantée de 
saules, tout est désigné sous son véritable nom. Si une partie seu- 
lement des personnages sont imprimés tout vifs, les autres restent 
assez transparents pour que les contemporains n'aient pu s'y 
tromper. 

Fait curieux! Les commentateurs n'ont pas voulu d'une explica- 
tion aussi simple. Ils sont allés chercher bien loin des allusions 
métaphoriques et des symboles obscurs quand il suffisait d'ouvrir 
les yeux. Il a fallu que M. Abel Lefranc, dans son cours au Collège 
de France, replaçât l'épopée rabelaisienne sur son véritable terrain, 
pour que l'on s'aperçût que le grand Tourangeau avait pris pour 
acteurs ses propres compatriotes et pour théâtre son pays natal. 




a 



AU PAYS DE RABELAIS. 21 5 

La constatation était trop aisée. On a mis trois siècles à la faire... 

Enfin voici des extraits du discours prononcé par M. le doc- 
teur Le Double à l'Hôtel des Sociétés savantes de Tours, dis- 
cours que nous voudrions pouvoir reproduire in extenso ; mais 
il a été publié dans la Ga:^ette médicale du Centre (ler juin 
1907, p. 8i-83), sous ce titre : Rabelais initiateur et précurseur 
de la méthode expérimentale. 

... A une époque où on ajoutait aveuglément foi aux racontars 
les plus fantastiques de tels ou tels voyageurs hâbleurs, voire même 
à des assertions dont il eût été très facile de contrôler l'inexacti- 
tude, Rabelais eut, Messieurs, le goût de l'observation et de l'expé- 
rimentation. Celui que la légende a accusé, sans raison, d'une intem- 
pérance moins avouable, ne fut qu'un véritable « goinfre de livres ». 
Mais il ne les dévorait pas pour s'emplir d'une vaine science de jnots 
et de formules, pour citer et répéter ce que d'autres avaient dit avant 
lui et s'asservir à la tradition, mais pour se rendre plus capable de 
découvrir lui-même les secrets de la nature physique et morale. 
Après s'être assimilé les œuvres des théologiens, des grammairiens, 
des historiens, des poètes, des philosophes, des grands navigateurs de 
l'antiquité et du moyen-âge et principalement celle des naturalistes et 
des médecins qui satisfaisaient mieux son penchant pour les sciences 
naturelles et la médecine, il a, à Fontenay-le-Comte, durant l'été, 
muni de « cerfouettes, bêches, tranches et autres instruments requis 
à bien arborizer... passant par quelques près et aultres lieux her- 
bus, visité les arbres et plantes, les conférant avec les livres des 
Anciens qui en ont escript, comme Théophraste, Dioscorides, Mari- 
nus, Pline, Nicander, Macer et Galen » et découvert la sexualité des 
plantes, — en prenant à tort, il est vrai, pour le mâle la femelle qui 
porte la graine, — « et comme en plusieurs plantes sont deux 
sexes : mâle et femelle, ce que voyons es lauriers, palmes, chênes, 
héouses, asphodèles, mandragore, fougère, agaric, aristolochie, 
cyprès, térébynthe, pouliot, péone et aultres » ; il a, à Montpellier, 
dans la saison des frimas, après avoir commenté les Aphorismes 
d'Hippocrate et VArs parva de Galien dans des cours où se pressait 
la foule des étudiants, fréquenté la salle de dissection de l'Univer- 
sité, « anatomisé » des cadavres fleurant mauvais et autour des- 
quels pullulaient les mouches venimeuses, et, en faisant jouer scal- 
pel, érigne et ciseau, reconnu et décrit, trois cents ans avant le 
chirurgien lyonnais Bonnet, l'aplatissement transversal de la portion 
cervicale de la trachée, comprimée par un goitre, et, deux cents 
ans avant le syphilographe Astruc, les lésions pathologiques du sar- 
cocèle vénérien, pratiqué des « entommeures » de la cervelle et de 
la plèvre semblables à celles qui sont représentées dans les Traités 



2l6 AU PAYS DE RABELAIS. 

modernes d'anatomie humaine de Beaunis et Bouchard et de Fort'; 
il a :\ Lyon, dirigé, pendant deux ans, comme médecin en chef, 
« un grand nosocome- » et, en s'attardant au chevet du lit des 
malades dont l'histoire prêtait à quelque considération intéressante, 
ou des « navrez » dont les fractures ou les plaies nécessitaient l'ap- 
plication d'un appareil compliqué ou d'un pansement difficile, fixé 
le premier la symptomatologie de la stomatite mercurielle; distingué, 
plusieurs siècles avant Ricord, auquel on a élevé une statue à Paris, 
l'écoulement uréthral non virulent de l'écoulement uréthral viru- 
lent; « extraict à grands renforts de bezicles, practiquant l'art de veoir 
choses non apparentes, comme enseigne Aristoteles », le « ciron » 
de la gale, rangée encore, en 1842, parmi les vices, les cachexies ou 
les phlegmasies; inventé ou perfectionné des instruments de chi- 
rurgie, un glossocomion, glottocomion ou solène mécanique pour la 
réduction des fractures de l'os de la cuisse et un syringotome pour 
débrider l'intestin hernie et étranglé; il a, dans l'une ou l'autre ou 
plusieurs des villes qu'il a successivement habitées, dû, enfin, par- 
fois, « se desporter en Bracque ou es prés et jouer à la balle, à la 
paulme, à la pile trigone, etc., galantement s'exerçant le corps 
comme il avait l'âme auparavant exercé » pour avoir pu montrer 
les avantages de la gymnastique, indiquer même, avec une de ces 
débauches de style qui lui sont familières et où il est vraiment pro- 
digieux par l'abondance des mots et les tours du langage, celui des 
exercices gymnastiques de fond, de force ou de vitesse auquel il 
faut recourir suivant qu'on veut développer les muscles, « exercer 
le thorax et le poulmon ou galentir les nerfs ». 

Adversaire méprisant et résolu de cette éducation « toute livresque » 
dont a parlé Montaigne et de ces leçons ex cathedra qui se rédui- 
saient à la lecture d'imprimés et de manuscrits traditionnels et se 
terminaient par de fastidieuses discussions où maîtres et élèves, 
oublieux des choses mêmes « s'embesoignaient après des paroles », 
il a, en prêchant d'exemple, recommandé instamment et à diverses 
reprises «l'estude des faicts de nature » et de « Testât humain »... 

... Messieurs, l'importance qu'a attachée à l'étude de l'anatomie et 
de la physiologie « le joyeulx compaignon et tant docte et gentil 
médecin chinonois », est également attestée par ce fait que sur les 
dix chapitres qui, dans l'épopée pantagruélique, sont, depuis 
la première jusqu'à la dernière ligne, réservés aux sciences, quatre 
le sont à la botanique, les chapitres xlix, l, li et lu du livre III où 
à propos de « la célèbre herbe nommée pantagruelion » (le chanvre) 
il est question de l'origine, de la culture, de l'organographie, de 
l'emploi industriel, des propriétés médicinales d'une infinité de plantes 



1. Cf. mon Rabelais anatomiste et physiologiste, p. 182-277. 

2. Cf. L'hôpital du Pont-du-Rhône. 



AU PAYS DE RABELAIS, 217 

et de l'ennemi, végétal ou animal, de plusieurs d'entre elles, etc. ; 
et six à l'anatomie et à la physiologie de l'homme et des animaux, 
les chapitres xxx, xxxi et xxxii du livre IV où, par « Xénomanes, 
est anatomisé et descript Quaresmeprenant », les chapitres m et iv 
du livre III où Panurge « loue les debteurs et les emprunteurs « et 
qui n'est rien autre chose, ainsi que je l'ai prouvé, qu'un résumé 
succinct de la thèse de licence en médecine de Rabelais, et le cha- 
pitre XXXI du livre V où il est fait mention, avec plus ou moins de 
détails, de tous les animaux, réels ou imaginaires, rencontrés par 
Pantagruel « dans l'isle de Frize, au pais de Satin ». A ce chapitre 
d'anatomie comparée il convient encore. Messieurs, d'ajouter maintes 
pages entières, où, de ci de là, en formulant ainsi un ensemble de 
faits positifs au lieu de ne s'appuyer que sur des préconceptions 
ficgves, en ne se bornant pas à brasser la matière ductile de l'es- 
prit d'autrui, en s'occupant avec un égal bonheur de l'éléphant, du 
rhinocéros, du renne ou tarande, de la baleine, le plus grand des 
cétacés à grosse tête ou physétères, du pigeon voyageur d'origine 
arabe ou gozal, de l'hirondelle marine on dactyloptère volant, des 
Ascarides lombricoïdes, du sarcopte de la gale, du Dragonneau gri- 
volet ou ver de médine, de la mouche des bœufs, de 1' « œstre juno- 
nique ou aultres telles bestes », maître François a préparé et annoncé 
Buffon, Lacépède, Daubenton, Lamarck et Cuvier... 



REV. DES ET. RABELAISIENNES. V. l5 



COMPTES-RENDUS. 



Guerres de religion dans le sud-ouest de la France et 
principalement dans le Qiiercy^ d'après les papiers des 
seigneurs de Saint- Sulpice^ de i56i à i5go. Docu- 
ments transcrits, classés et annotés par Edmond Cabié. 
Paris, H. Champion. In-40, xliv p. et 940 col. (470 p.). 

En dépit de son titre, qui ferait croire à un travail d'arran- 
gement, le recueil de M. E. Cabié n'est que la transcription, 
tantôt intégrale et tantôt par extraits ou analyses, de la volu- 
mineuse correspondance des seigneurs de Saint-Sulpice en 
Quercy. Il s'agit donc là d'une source historique proprement 
dite, et tous ceux qui s'occupent de la période comprise entre 
i56i et i5go pourront y puiser d'utiles renseignements. 

Le principal personnage de la famille, Jean Hébrard ou 
Ébrard, né en iSig, remplit, de iSSg à i56i, diverses missions 
en Italie, en Portugal et en Espagne. Catherine de Médicis lui 
confia l'ambassade d'Espagne pendant trois ans (i562-i565). De 
retour en France, il assista à la bataille de Saint-Denis, gagnée 
sur les protestants en iSôy, et deux ans après la reine mère le 
nomma gouverneur du duc d'Alençon. Au cours de ces impor- 
tantes fonctions, qu'il conserva jusqu'en iSjS, il assista au siège 
de la Rochelle, puis aux conférences de Bergerac et de Nérac. 
Après la paix de iSyg, il se retira dans son château de Quercy 
et y mourut en i58i. 

On voit, par ce seul exemple, la valeur des lettres et des 
papiers politiques mis au jour par M. Cabié. On y trouve plus 
de 5oo missives échangées entre les seigneurs de Saint-Sulpice 
et les rois ou les hauts dignitaires de l'Etat, et dans ce nombre 
170 lettres de Catherine de Médicis, de Charles IX, de Henri III 
et de Henri de Navarre. C'est un répertoire de tous les grands 
noms de la fin du xiv^ siècle, ducs de Guise, du Maine et de 
Joyeuse, duchesses de Savoie, de Nemours et d'Etampes, 
comtes de Crussol et de Caylus, vicomtes de Turenne et de 
Gourdon, lieutenants du roi en Guyenne, de Burie, de Mon- 



COMPTES-RENDUS. 219 



lue, de Villars et de Matignon, maréchaux de Damville, de 
Retz, de Tavannes et de Thémines, amiral de Goligny, ambas- 
sadeurs La Mothe-Fénelon, P. de Foix, du Ferrier et Ferralz, 
cardinaux de Bourbon, de Châtillon, d'Armagnac et de Pel- 
levé, évêque d'Auxerre Amyot et jurisconsulte Coras. 

Les documents sont édités avec une louable conscience et 
une grande clarté typographique. Si M. Gabié ne s'est pas 
arrêté à identifier tous les noms, ce qui aurait peut-être 
retardé sa publication, il en a cependant déterminé un assez 
grand nombre pour qu'on puisse recourir à son livre chaque 
fois qu'on se trouvera embarrassé sur un personnage de 
l'époque. 

Nous pensons cependant qu'il aurait pu nous prêter un peu 
plus d'aide et que sa table des noms propres aurait gagné à 
être moins laconique. Des indications comme celles-ci : Sau- 
jon [de], Frontenay [de], Schomberg, pers., et Brisambourg, 
lieu, pourront sembler à bon droit insuffisantes, même en se 
reportant au texte et aux notes. 

Ne nous arrêtons pas néanmoins plus que de raison à ce 
défaut de méthode, et utilisons le nouvel instrument de travail 
que l'on vient de nous donner pour le commentaire de Rabelais. 

On connaît le passage du livre IV, ch. xxxi : « De ses telles 
dents de laict vous trouverez une à Colonges les royaulx en 
Poictou et deux à la Brosse en Xantonge, sur la porte de la 
cave. » 

Nous n'avions jamais songé, nous l'avouons, à chercher un 
lien entre les deux localités citées. Mais le recueil de M. Cabié 
contient une lettre datée de la Brosse, à deux lieues de Bri- 
zambourg (c'est bien la Brousse, canton de Matha, Charente- 
Inférieure, telle que l'a identifiée M. Patry), signée d'Estissac 
et datée de iSyS. A cette époque, le domaine était possédé par 
la comtesse de Caylus, Suzanne d'Estissac, qui le tenait sans 
doute de ses ascendants. 

Coulonges les royaux étant déjà un château de la famille 
d'Estissac, on comprend que Rabelais l'ait rapproché de la 
Brosse, où ses protecteurs lui avaient peut-être offert une 
aussi large hospitalité qu'à Maillezais ou à Ligugé '. 

H. G. 

I. Voir page igS notre article La Brosse en Xantonge. 



220 COMPTES-RENDUS. 



L.-V. GoFFLOT. Le théâtre an collège^ du moyen âge à nos 
jours, avec bibliographie et appendice. Le cercle fran- 
çais de l'Université Harvard. Préface par M. Jules Cla- 
retie, de rAcadémie française. Paris, Champion, 1907. 
In-8°, xix-336 pages, 11 pi. hors texte. 

Nous n'avions pas encore de travail d'ensemble sur le 
Théâtre au collège; le livre de M. GolHot vient à son heure 
pour nous donner une idée de l'abondance du sujet et de son 
intérêt vraiment surprenant dans l'histoire de l'art dramatique 
français. En glanant judicieusement dans les ouvrages impri- 
més dont il nous donne une bibliographie copieuse, l'auteur 
a écrit un livre d'une lecture attachante, magistralement pré- 
senté par une préface de notre éminent confrère M. Jules Cla- 
retie, luxueusement édité par M. Champion avec de curieuses 
reproductions de costumes, de décors et de programmes, aussi 
propre en un mot à faire goûter en Amérique notre ancien 
théâtre scolaire qu'à nous faire apprécier en France les savou- 
reuses tentatives de rénovation du cercle français de l'Univer- 
sité Harvard. 

Les pages consacrées au théâtre des Jésuites (répertoire, 
mise en scène, costumes, dépenses), à la vocation dramatique 
de leurs élèves (Corneille;, Molière, Voltaire), à la maison de 
Saint-Cyr (représentations à'Esther et d'Athalie)et surtout au 
théâtre français d'Harvard, portent la marque d'un lettré déli- 
cat, excellent appréciateur de notre littérature dramatique. 

Toutefois la partie qui nous intéresse, et qui conduit du 
moyen âge à la fin du xvi^ siècle, n'est pas la plus importante 
de l'ouvrage. Elle comprend à peine 80 pages et on y trouve 
autant de documents sur la Fête des fous, les Enfants sans 
souci, la Basoche que sur le théâtre scolaire proprement dit. 
Évidemment, ces sociétés joyeuses comptaient dans leurs 
rangs des « écoliers » ou plutôt des étudiants. Mais peut-on 
faire entrer dans le théâtre au collège les farces jouées par 
Villon et ses amis, ou même la représentation de la Femme 
mute à Montpellier, où les acteurs, à en juger par Rabelais, 
avaient dépassé la trentaine? 

Nous ne serions d'ailleurs pas étonné que dans la seconde 
moitié du xvi^ siècle le terme d'écolier ait servi à désigner de 



COMPTES-RENDUS. 221 



véritables comédiens professionnels. Peut-être ces précurseurs 
du Roman comique, qui représentaient de ville en ville et 
moyennant finance des tragédies et des comédies, prenaient-ils 
ce titre par opposition aux bateleurs ou jongleurs qui ne 
jouaient que des farces. 

Même en le débarrassant de ces éléments étrangers, le 
théâtre scolaire du xvie siècle reste singulièrement riche. Les 
mentions relevées par M. Gofflot, et que l'absence de toute 
table de noms de personnes et de lieux empêche de mettre 
complètement à profit, sont décisives. Elles nous font com- 
prendre comment les rénovateurs de la Pléiade songèrent, à 
défaut d'acteurs et de théâtres convenables, à utiliser un maté- 
riel scénique et des troupes plus ou moins bonnes mais déjà 
exercées, existant dans les collèges d'une grande partie de la 
France. 

Une autre conclusion qui se dégage, c'est la part prise de 
très bonne heure aux fêtes publiques par le théâtre scolaire 
et conservée jusqu'à la Révolution. Les représentations fai- 
saient partie si intégrale des distractions provinciales qu'en 
1787 le maire de Chalon-sur-Saône fit signifier par procureur 
aux Jésuites l'obligation de donner une pièce de théâtre pour 
la distribution des prix. 

Ainsi entendu, le théâtre scolaire aurait conservé la tradi- 
tion des moralités et des mystères où une moitié de la ville 
montait sur les tréteaux pour amuser l'autre. N'aurait-il 
d'autre titre à notre reconnaissance qu'il faudrait lui savoir 
gré d'avoir ainsi perpétué le goût des spectacles dans nos 
petites villes. 

Espérons que quelque érudit reprendra un jour ce chapitre 
si intéressant de notre art dramatique pour en tirer un ouvrage 
étendu et définitif que l'élégant aperçu de M. Gofflot aura eu 
le mérite de faire naître et qu'il aura contribué à préparer et 
à faciliter grandement. 

Henri Clouzot. 



CHRONIQUE. 



Société dks Études rabelaisiennes. — La Société des 
Études rabelaisiennes s'est réunie à l'École des Hautes- 
Études, le 3o mai 1907, sous la présidence de M. Abel Lefranc. 
Assistaient à la séance : MM. Henri Clouzot, le Dr Dorveaux, 
Du Bos, Ernest Dupuy, Jacquemin, Louis Karl, Michel Lazard, 
M"ie G. Louis, Louis Loviot, Maurice Maindron, Jean Plat- 
tard, Richardot, Antoine Thomas. 

On parle tout d'abord de l'excursion en Chinonais, si réus- 
sie, dont ce numéro publie le compte-rendu. A ce propos, 
M. H. Clouzot fait part d'une intéressante découverte. Grâce 
à ses recherches patientes aux Archives nationales, l'identifi- 
cation du gué de Vede est désormais établie. M. Abel Lefranc, 
on se le rappelle, avait placé le gué de Vede près de la Roche- 
Glermault, proche le moulin du Pont, unifiant ainsi le théâtre 
des opérations de la guerre picrocholine. Or, en consultant 
les plans conservés aux Archives nationales, M. Clouzot a 
trouvé deux cartes, dont la première, datée de 1780, donne un 
plan détaillé des marais du Négron; la région avoisinante y 
est fort bien figurée, le gué, le moulin, ainsi que tous les 
chemins sont très nettement indiqués. La seconde carte, « levée 
par ordre de Me Aubert, chevalier du Petit-Thouars », men- 
tionne le nom Vende de Négron. M. Clouzot rendra compte 
de ces découvertes dans la Revue et promet, à cette occasion, 
d'étudier les moyens de publier un plan général de la guerre 
picrocholine, que nous attendons depuis si longtemps. 

En outre, un plan du xvii^ siècle, conservé dans la même 
série, donne le relevé des terres dépendant de l'abbaye de 
Seuilly et pourra fournir des documents intéressant nos études. 

Cette communication donne lieu à des remarques de 
MM. Maindron et Dupuy. 

M. J. Plattard lit ensuite la préface d'un traité de jurispru- 
dence, montrant l'ascendant exercé par Tiraqueau sur le Par- 
lement de Paris en 1547. 

Pour terminer, M. Abel Lefranc retient l'attention sur l'in- 



CHRONIQUE. 223 



fluence de Rabelais sur le théâtre de Molière. En particulier, 
le bouffon Moron, de la Princesse d'Élide, par sa couardise et 
ses vœux inconsidérés, semble être une réplique de Panurge. 
Une controverse fort instructive s'élève à ce sujet entre 
MM. Maindron, Dupuy et Lefranc. 

Le Testament de Cuspidius. — Nous avons reçu l'intéres- 
sante lettre suivante : 

On page 104 of the Revue, tome V, i" fascicule, appears the sta- 
tement : 

« Cet exemplaire est le second qui ait été signalé, puisque celui 
que possède la Bibliothèque nationale a toujours, jusqu'ici, été con- 
sidéré comme unique. » 

In the Selected Essays and Papers of Richard Copley Christie 
(London 1907), p. 60, the note in speaking of this work says : 

« Yet a diligent search in the Bibliothèque nationale bas led 

to the discovery of a copy there, and the présent writer is the 
owner of a second. » 

This copy is presumably still in the Christie Library at Man- 
chester. 

H. P. MORRISON. 

Naissance de Rabelais a la Devinière. — L'historien de La 
Rochelle, le Père Arcère, en parlant du séjour de Rabelais à 
Maillezais, dit expressément : « François Rabelais, né à la 
Devinière, près Chinon >>. Cette mention mérite d'être prise en 
considération, car son auteur est un érudit presque toujours 
bien informé ^. 

Le jugement d' Arcère sur la vie et les ouvrages du grand 
Tourangeau est d'ailleurs sévère et souvent injuste, mais on 
trouve dans son histoire deux passages utiles pour le com- 
mentaire. 

L'érudit bénédictin s'inscrit en faux contre l'explication du 
terme « hérétique clavelé » {III, ch. xxii) donné par V Alphabet 
de l'auteur français et reproduit par plusieurs commentateurs, 
Burgaud des Marets entre autres. Le prétendu huguenot 
rochelais, Clavelle, inventeur d'une horloge merveilleuse, et 
condamné à mort pour sa religion, serait, selon lui, de pure 
imagination. Il fait remarquer que ni VHistoire des martyrs 

I. Arcère, Histoire de La Rochelle., 1756, 2 vol. in-4°, 1. 1, p. 237, 602. 



>24 CHRONIQUE. 



protestants, ni VHisloire ecclésiastique de Th. de Hè/e, ni 
VHistoirc de la réformation de Philippe Vincent, ni même 
Amos Barbet dans son Histoire de la Rochelle, alors manus- 
crite, ne mentionnent de personnage de ce nom. 

Il faudrait donc s'en tenir uniquement au sens propre de 
clavelé, c'est-à-dire atteint de la clavelée, « galeux ». 

Dans une autre note, le Père Arcère rejette avec le même 
bon sens l'explication métaphorique donnée par Le Motteux 
pour la « lanterne de la Rochelle » (II, ch. iv). Rabelais 
désigne bien ainsi le phare éclairant l'entrée du port, et non 
Geoffroy d'Estissac, évêque de Maillezais, son protecteur. 

H. G. 

Une médaille de Tiraqueau. — Académie des inscriptions 
et belles-lettres (séance du 26 avril) : M. Gustave Schlum- 
berger présente diverses considérations sur une médaille iné- 
dite du fameux jurisconsulte français André Tiraqueau, qui 
fut l'ami de Rabelais. Elle représente au revers une main sor- 
tant des nuages et tenant des balances chargées d'un côté d'un 
poids surmonté d'un caducée, d'un serpent enroulé de l'autre. 
On ne connaissait jusqu'ici du personnage qu'une médaille 
uniface portant un très beau buste de profil. (Extrait du Jour- 
nal des Débats, 27 avril 1907.) 

Le vin de la Foye-Montjault et les chapons de Loudun. 
— Nous avons déjà donné {R, É. R., II, p. 160) des exemples 
de la réputation du vin de la Foye-Montjault. En voici une 
mention plus ancienne qui se trouve dans les No'éls de Lucas 
Lemoigne, curé de Notre-Dame-de-la-Garde en Poitou, impri- 
més en i520^ : 

Une grant hure de sanglier, 
Ypocras aussi le mestier, 
Vin Capary et Paye Montjeau 
Pour enluminer leur museau 
Nouel. 

Le même recueil consacre la vogue des chapons loudunais : 

Penot donna ung clorin de bon poys 
Et Gribelot ung chappon lodunays. 

I. Réimprimé par le baron Pichon pour les bibliophiles français. 
Lahure, 1860, in-i6, p. x3 et 55. 



CHRONIQUE. 225 



Au xviie siècle, cette renommée n'avait pas diminué. Le pro- 
cureur-syndic de Loudun faisait usage de ces succulentes 
volailles pour se concilier les bonnes grâces des magistrats 
parisiens. Le chargé d'affaires de la ville à Paris, Léaud de 
Lignières, lui écrit en effet le 3o janvier 1681 : « Je ne man- 
querai pas de faire la distribution comme vous me le marquez 
de la flotte de chappons que l'on m'envoie. » (Arch. comm. de 
Loudun, FFi, liasse.) H. G. 

Noël du Fail et Rabelais. — Voici un passage des Propos 
rustiques et facétieux de Noël du Fail, ch. iv, où l'emprunt à 
Rabelais est manifeste : « Mais pour revenir, n'estimez-vous 
en rien cela, qu'au matin, frottant votre couille, grattant votre 
dos, étendant vos nerveux et muscleux bras... » Rabelais avait 
dit : « Le premier son de matines qu'on appelle en Lusson- 
noys frotte couille » (II, ch. xxvni). H. G. 

SciAMACHES. — Sous ce titre : Un emprunt de Ronsard à 
Rabelais, M. Lucien Foulet étudie dans la Revue d'histoire 
littéraire de la France (janvier-mars 1907, p. i34-i35) le mot 
« sciamaches ». On le lit en tête de la première édition des 
Odes de Ronsard, parue en janvier-février i55o : « ... Je me 
travaille à faire entendre aux estrangers que nostre langue... de 
bien loin devanceroit la leur, si ces fameux sciamaches d'au- 
jourd'huy vouloient prendre les armes pour la défendre et vic- 
torieusement la pousser dans les pais estrangers. » Or, en mars 
i549, 1^ cardinal du Bellay et l'ambassadeur de France d'Urfé 
avaient donné à Rome, en l'honneur de la naissance de Louis 
d'Orléans, deuxième fils de Henri II et de Gatherine de Médi- 
cis, des fêtes dont Rabelais a publié le récit sous le titre de : 
La Sciomachie et festins, faits à Rome, au palais de mon sei- 
gneur reverendissime cardinal du Bellay. « Ge petit livret de 
3i pages dut être fort lu, et c'est sûrement là que Ronsard 
prit ce mot de sciamache », déclare M. Foulet. — Sûrement?? 

J. B. 

Le MANÈGE DE PANTAGRUEL. — On trouvc daus la Chronique 
scandaleuse de Glaude le Petit, imprimée en i668^, mention du 

Manège de Pantagruel 
Belle place du Carrouzel. 

I. Réimprimé par le bibliophile Jacob dans Paris ridicule et bur- 
lesque. 



22b CHRONIQUE. 



Il y avait sur cette place un manège qui servait aux fêtes de 
la cour. Mais que vient faire \k le nom de Pantagruel? Nous 
pensons qu'on ne peut se contenter de l'explication, vraiment 
trop commode, donnée par le bibliophile Jacob : « C'est sous 
le nom de Pantagruel que Louis XIV est désigné dans les écrits 
satiriques du temps. » 

Ne faudrait-il pas plutôt y voir une allusion à quelque mas- 
carade ou ballet, comme nous en avons cité pour la même 
époque (R. É. R., 1907, fasc. I, p. 90) et qui aurait eu ce 
manège pour théâtre? H. C. 

Le feu Saint-Antoine, le mau de terre, le lancy, le mau- 

LUBEC, la CAQUESANGUE, LE FEU DE RICQUERACQUE. — SoUS CC 

titre, M. le D>" Albarel (de Névian) étudie, dans la Chronique 
médicale (i5 avril 1907, p. 237-242), les maladies dont Rabelais 
menace, à la fin du prologue du livre II, les infortunés lec- 
teurs qui ne croiront pas fermement tout ce qu'il leur va 
raconter. Pour le feu Saint-Antoine, il cite et analyse le rap- 
port de la commission nommée en 1776 par l'Académie royale 
de médecine à l'effet d'étudier cette maladie. MM. de Jussieu, 
Paulet, Saillan et l'abbé Teissier, qui la composaient, con- 
clurent que le feu Saint-Antoine n'était autre chose que la 
peste bubonique. Mais d'autres auteurs ont identifié le feu 
Saint-Antoine avec l'ergotisme gangreneux. « On peut dire 
que, parmi les causes déterminantes du feu Saint-Antoine, l'er- 
gotisme doit occuper le premier rang, sans détruire cependant 
les autres causes provenant des profondes perturbations de 
l'atmosphère et celles qui accompagnent toujours les années 
de guerres civiles, de disette et de misère. » — « Le mau de 
terre, mau ou vial de terro en languedocien, désigne presque 
toujours l'épilepsie; dans certaines contrées il se rapporte au 
scorbut... Pourquoi a-t-on appelé l'épilepsie mal de terre?... 
Terre n'a pas ici son sens habituel... Mal de terre signifie mal 
de terreur... Dans certaines contrées du Midi, on appelle encore 
l'épilepsie mau de terrour. » — La caquesangue, de cacare et 
sanguis, s'applique au flux de sang, à la dysentrie. Voyez 
Ambroise Paré. — Lancy. Dans le Midi, lanci, lancejado, lan- 
cinado se rapportent actuellement « à l'élancement en général 
et ne désignent pas une entité morbide quelconque... Il existe 
une expression : fa loti lanci, qui signifie : faire le diable, et 
nous sommes amenés à croire que le lanci était un mal épou- 



CHRONIQUE. 227 



vantable, le mal du diable, c'est-à-dire le mal le plus violent 
qui se pût imaginer ». — Mauliibec ne vient probablement pas, 
comme on l'a cru, de mal et de bec et ne signifie pas : chancre 
à la lèvre. C'est sans doute le mauloiibet des Gascons, qui disent 
aujourd'hui encore : « Mauloubet te bire! » correspondant au 
« Maulubec vous trousse! » et signifiant à peu près : « La 
peste vous crève ! » Actuellement le mauloubet (loubet =: petit 
loup) désigne un ulcère qui vient aux jambes; en Rouergue : 
la fièvre de lait. De plus, fa lou loubet, comme fa lou lanci, 
signifie : faire le diable. D'où il résulte que lanci et maulubec 
sont synonymes. Il faut peut-être les assimiler au /ew 5amf- 
Antoine. — Maufin feu de ricqueracque : le languedocien rico- 
raco ou rigo-rago est une onomatopée qui représente le bruit 
de la crécelle. « Un grand nombre de malades s'en servent 
pour figurer une douleur continue, avec exacerbations régu- 
lières, qu'ils comparent au rongement du rat. » Mais aucune 
maladie ne s'appelle actuellement, dans le vulgaire, mal de 
ricqueracque. « D'après le commentaire de Rabelais, il est sûre- 
ment question d'une maladie de l'anus ou du rectum. » Peut- 
être la fissure à l'anus ou le cancer du rectum, dont les dou- 
leurs sont intolérables. J. B. 

Rabelais et le Chinonais. — M. Abel Lefranc a découvert 
aux archives de Maine-et-Loire toute une série de documents 
rédigés, écrits et signés par le père de Rabelais, Antoine. Ces 
documents très curieux sont relatifs aux rapports d'Antoine 
Rabelais avec Gaucher de Sainte-Marthe, seigneur de Lerné, 
le Picrochole du Gargantua. Ils nous apprennent que pen- 
dant au moins vingt ans (de iSoj à 1527 environ), le père de 
Rabelais remplit les fonctions de sénéchal de Lerné et tint les 
assises de la seigneurie au château dudit lieu. M. Abel Lefranc 
a en outre retrouvé d'intéressantes données touchant Varennes- 
sur-Loire, sur son église, paroisse des Rabelais, seigneurs de 
Chavigny en Vallée, et sur les fameuses cloches, fondues en 
i520, que Frère Jean et Panurge entendent au chap. xxvii du 
livre III. Tous ces documents seront étudiés dans un prochain 
fascicule. 

Notre bibliothèque. — M. F. - Ed. Schneegans nous a 
remis : Œuvres de Maître François Villon (Bibliotheca roma- 
nica, 35, 36. Bibliothèque française. Strasbourg, J.-H.-Ed. 



228 CHRONIQUE. 



Heitz (Heitz et Mûndel...), s. d. (1907), in- 16) [préface de 
F.-Ed. Schneegans]. — M. E.-H. fourlet : La Statue de 
Jeanne d'Arc de Jules Roulleau. Relation des fêtes données à 
Chinon les 12 et i3 août 1893, à l'occasion de l'inauguration 
du monument, par E.-H. Tourlet (Chinon, s. n., 1893, in-80, 
36 p.). — Notice sur la vue de Chinon gravée au xvni= siècle 
et sur les divers tirages et reproductions qui en ont été faits 
par E.-H. Tourlet (Chinon, impr. Delaunay-Dehaies, 1906, 
in-80, 20 p.). 

Livres et articles récents. — Nous signalons l'apparition 
du nie volume de V Histoire de Belgique de notre confrère 
M. Henri Pirenne, consacré à la période de la Renaissance et 
de la Réforme. C'est une œuvre d'une haute portée, d'une 
ampleur et d'une justesse de ton extrêmement remarquables. 
Elle classe son auteur au premier rang des historiens de 
l'époque moderne. 

— Il vient de paraître à Rome (1906), dans la Bibliotheca 
pedagogica de « / Diritti délia Scuola », diretta dal prof. Aure- 
lio Stoppolini, série I, no 2, un petit volume de 127 pages du 
directeur de cette utile collection, intitulé : Francesco Rabe- 
lais e il suo pensiero éducative, que nous signalons bien volon- 
tiers à nos lecteurs et dont l'enthousiasme prouve avec évi- 
dence que l'admiration pour le roman rabelaisien s'accroît 
chaque jour en Italie. 

— Une autre collection appelée à rendre les meilleurs ser- 
vices aux travailleurs et à tous les amateurs de littérature est 
celle qui vient d'être fondée par la librairie J.-H.-Ed. Heitz 
(Strasbourg) sous le titre de Bibliotheca romanica. Nous signa- 
lons tout particulièrement le volume 35-36 (Bibliothèque fran- 
çaise) qui renferme les Œuvres de Maître François Villon 
éditées avec le plus grand soin par notre confrère M. F.-Ed. 
Schneegans, qui a fait précéder le texte du poète d'une subs- 
tantielle notice. 

— M. Jacques Rougé a publié à la librairie Emile Lecheva- 
lier un petit volume de 74 pages (Paris, 1907, in-12) intitulé : 
Traditions populaires. Région de Loches (Indre-et-Loire), qui 
offre, pages 41 et 68, divers rapprochements intéressants avec 
l'œuvre de Rabelais. 

— M. Henry Gay a publié dans la Revue du Berry et du 



CHRONIQUE. 229 



Centre (Châteauroux, Mellottée, et Paris, A. Picard), numéros 
de février, mars et avril, trois articles sur La Langue de Rabe- 
lais en Berry qu'il convient de signaler à ceux de nos con- 
frères qui étudient le vocabulaire et les traditions populaires 
du roman rabelaisien. 

— Signalons un remarquable exposé de notre confrère 
M. Gaidoz : De l'étude des traditions populaires ou folk-lore 
en France et à l'étranger (extrait des Explorations pyré- 
néennes, Bull. trim. de la Soc. Raniond, 3^ série, t. I, année 
igo6) et deux curieuses notes du même : La Crapaudine dans 
le roman de Peredur et Le Cuir d'Irlande dans les Mabinogion 
(extr. de la Zeitschrift fiir celtische Philologie). 

— Le Temps du i3 juin 1907 donne sous la rubrique : En 
Passant un article intitulé : Lorsqu'ils furent en Utopie et signé 
Pierre Mille, où Maître Alcofribas lui-même croirait retrou- 
ver sa griffe. 

— Notre confrère M. Hauser nous signale, dans les Fables 
et contes de l'Inde, extraits du Tripitaka chinois, publiés par 
M. Edouard Chavannes (Paris, Leroux, igoS) un conte qui 
rappelle singulièrement celui que notre confrère M. Oulmont 
a résumé dans son premier article sur Gratian du Pont, paru 
dans cette Revue, 1906, p. 16. 

— M. Ad. Van Bever continue avec une régularité vraiment 
digne d'éloges la série de ses utiles publications relatives au 
xvie siècle. En attendant qu'il nous donne le recueil attendu 
des Vies de Colletet, vaste travail qu'il a entrepris avec un 
beau courage, il publie le Livret des Folastries de Pierre de 
Ronsard (i vol. in-12. Paris, 1907, 275 p.) avec une bonne 
introduction. Le texte a été établi avec soin. En reproduisant 
dans sa forme originale le Livret des Folastries et en le fai- 
sant suivre des odes bachiques et satiriques et d'autres pièces 
du même genre, M. Van Bever a répondu heureusement au 
vœu de nos plus anciens critiques. 

— Notre confrère M. Heinrich Schneegans a publié dans la 
Zeitschrift fiir fran^ôsische Sprache und Litteratur de igo6 
deux remarquables comptes-rendus critiques du tome III de 
la Revue des Études rabelaisiennes et des Navigations de Pan- 
tagruel. 

— M. Louis Delaruelle vient de soutenir devant la Faculté 



23o CHRONIQUE. 



des lettres de Paris ses deux thèses intitulées : Études sur 
l'humanisme français. Guillaume Budé, les origines, les débuts, 
les idées maîtresses (i vol. in-S». Paris, Champion, 1907. Bibl. 
de l'École des Hautes-Études, fasc. 162) et Répertoire analy- 
tique et chronologique de la Correspondance de Guillaume 
Budé (i vol. in-8^\ Toulouse, Privât, et Paris, Ed. Cornély, 
1907). Nous rendrons compte prochainement de ces deux 
ouvrages, dont le second surtout offre un intérêt particulier 
pour la biographie de Rabelais. Ils ont valu à leur auteur 
le grade de docteur avec la mention très honorable. 

— L'exposition de Portraits peints et dessinés du xnie au 
xviie siècle organisée à la Bibliothèque nationale (avril-juin 
1907) offrait pour les amis du xvic siècle le plus vif intérêt. 
Plusieurs de nos confrères figuraient parmi les membres des 
comités de patronage, d'administration et d'organisation. 

— Il a été placé récemment dans le principal vestibule du 
Collège de France un groupe de marbre représentant le roi 
François l", fondateur de l'établissement en i53o, et sa sœur 
Marguerite, reine de- Navarre, qui fut la protectrice de Rabe- 
lais. Ce monument est l'œuvre du sculpteur Eugène Guil- 
laume. Rappelons, à ce propos, que le souvenir de l'auteur de 
y Heptaméron et de sa petite cour du château de Nérac a été 
évoqué par M. le président Fallières dans son discours de 
Nérac, prononcé au cours de l'automne dernier. 

— La réédition de l'édition allemande de Rabelais donnée 
par Régis a paru. I -a Revue en rendra prochainement compte. 

— M. P. -M. Haskovec a publié, dans une revue tchèque, 
Lumir (no 7), un intéressant article intitulé : Ocenèni Rabe- 
laisa (Appréciation sur Rabelais), où il résume tout ce que 
l'on sait aujourd'hui sur la vie de Maître François, expose ses 
opinions personnelles sur la valeur de son œuvre et ajoute 
quelques renseignements sur les rapports de Rabelais avec 
quelques écrivains tchèques. 

— M. Pierre Dufay vient de faire l'histoire du Portrait, le 
buste et l'épitaphe de Ronsard au Musée de Blois (Paris, 
H. Champion, 1907, in-80, 17 p., planche). Le portrait est celui 
que M. Van Bever a reproduit en tête de sa récente réédition 
du Livret des Folastries. M. Dufay le reproduit à son tour. Le 
buste, dont l'original a disparu de la préfecture de Loir-et- 



CHRONIQUE. 23 1 



Cher, n'est plus représenté que par les moulages des Musées 
de Blois, Vendôme et Tours. Quant à l'épitaphe, M. Dufay nous 
en donne un fac-similé. 

— Intéressants articles de M. Pietro Toldo. Le premier est 
intitulé ; Di alcuni scenari inediti délia commedia delV arte e 
délie loro relaponi col Teatro del Molière (Torino, Carlo Clau- 
sen, 1907, in-80, 25 p.; extrait des Atti délia R. Accademia délie 
Science di Torino, t. XLII). Il s'agit de deux volumes mss. 
de commedie dell' arte, tous deux du xviie siècle, donnés 
par B. Croce à la Bibliothèque de Naples. Dans le second 
article : Diderot e il « Bitrbero benefico » (Venezia, A. Pelliz- 
zato, 1907, in-80, 10 p.; extrait de VAteneo Veneto, t. I), il est 
question de la fin de Jacques le fataliste et des conseils que 
Diderot donne abondamment à Goldoni, qui ne les lui deman- 
dait pas et qui, on peut le croire, ne lui en fut que médiocre- 
ment reconnaissant. 

— A signaler, dans le Limousin de Paris (août 1906) : Gar- 
gantua en Limousin avant Rabelais; dans la Literaturblatt fiir 
germanische und romanische Philologie (1907, Nr. 3, 4) un très 
utile compte-rendu par M. F. -Ed. Schneegans des Navigations 
de Pantagruel de M. Abel Lefranc. 

— On nous signale, dans les Studien ^ur vergleichenden 
Literaturgeschichte de M. Max Koch (1907, t. VII, p. 286-237), 
un article intitulé Blattfùllsel, où l'on pourra trouver une 
explication plutôt imprévue du :< Mnadies » de Janotus de 
Bragmardo, que les auteurs de l'article semblent d'ailleurs 
ignorer. 

— Nous notons avec plaisir que notre confrère M. S.-C. 
Gigon a obtenu une part du prix Thérouanne à l'Académie 
française pour son ouvrage La Révolte de la Gabelle en 
Guyenne, dont cette Revue a rendu compte (1906, p. 278). 

A. L. J. B. 

Nécrologie. — La Société des Etudes rabelaisiennes vient 
de perdre l'un de ses membres les plus éminents en la per- 
sonne de M. A. G. van Hamel. M. van Hamel descendait, nous 
apprend la i?ev«e è/ewe (4 mai 1907, p. 575-576; cf. un éloquent 
article de M. Joseph Bédier dans le Journal des Débats du 
25 avril 1907), d'une famille française émigrée de Normandie 
aux Pays-Bas, lors de la révocation de l'édit de Nantes. Né 



232 CHRONIQUE. 



le 17 janvier 1842, à Harlem, il se destinait tout d'abord, comme 
son père, aux fonctions de pasteur et avait suivi les cours Je 
théologie de l'Université de Groningue où il conquit le grade 
de docteur par une thèse sur la Critique de la Doctrine de la 
Providence. 11 acheva ensuite ses études à Liège et à Paris, où, 
pour se perfectionner dans la connaissance de notre langage, 
il prit, paraît-il, d'un acteur de la Comédie française, des leçons 
de diction. Devenu pasteur de l'église wallonne de Leyde en 
1868, il remplaça, en 1871, M. Albert Réville à Rotterdam. En 
1879, il se démit de sa charge de pasteur et vint à Paris suivre 
différents cours, notamment ceux de Gaston Paris à l'Ecole 
des Hautes-Etudes. Il fut le premier titulaire de la chaire de 
langue et littérature françaises créée à Groningue en 1884. 
L'année suivante, il publia une étude sur le Roman de Carité 
et le Miserere du Rendus de iMoiliens, qui lui valut le diplôme 
de l'Ecole des Hautes-Etudes et un prix à l'Académie française, 
et, jusqu'à sa mort, il continua à professer à Groningue et à 
publier ses remarquables travaux de philologie romane et de 
critique française. 

Il avait pour notre langue, notre littérature, notre théâtre 
une prédilection qu'il exprimait en toute occasion. « Je ne 
saurais oublier que toute langue est une musique, disait-il une 
fois, et que, si rien n'est clair comme la pensée française, il 
est peu de musiques aussi douces à l'oreille que le parler de la 
France... Nous ne pouvons qu'envier cette foule heureuse qui 
laisse tomber de ses lèvres les mots les plus justes, les sons 
les plus harmonieux, sans y penser, qui ne sait pas analyser 
sa langue comme fait un professeur étranger, mais qui la com- 
prendra toujours mieux que nous... On ne connaît pas la langue 
française, à moins d'être devenu sensible à son admirable 
clarté, à son élégance..., à toutes ces qualités de diction, de 
forme, de timbre, d'accentuation rapide qui font d'elle la par- 
leure la plus délitable qui soit au monde. » C'est donc un ami 
et un défenseur convaincu de sa culture que notre pays vient 
de perdre en Hollande, et tous les membres de la Société 
déploreront avec nous la disparition de ce grand savant qui 
savait être encore un lettré délicat et un artiste. J. B. 



Le gérant : Jacques Boulenger. 



Nogent-le-Rotrou, imprimerie Daupeley-Gouverneur. 



LE 

CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE 

(Juin i535-Mars i536). 



I. 



La première mission diplomatique de Jean du Bellay 
en Italie fut la conséquence et comme le complément des 
missions dont il avait été chargé en Angleterre ^ . Au retour 
d'un voyage auprès de Henry VIII, qu'il effectua en 
novembre-décembre i533, l'évêque de Paris fut envoyé à 
Rome^. Parti de Piépape, dans la Haute-Marne, vers le 
milieu de janvier^, après de pénibles étapes, où une scia- 
tique lui rendait douloureux même d'être transporté en 
litière, il arriva à Rome le 2 février. Il s'agissait d'obtenir 
de Clément VII qu'il retirât la sentence d'excommunica- 
tion prononcée contre Henry VIII, le 11 juillet précédent, 
à tout le moins qu'il différât de la publier et en suspendît 
les effets. A cette condition, le roi d'Angleterre consentait 

1. Sur la période antérieure de la vie de Jean du Bellay, né 
en 1492, évêque de Rayonne en i526, de Paris en i532, voir 
V.-L. Bourrilly et P. de Vaissière, Ambassades en Angleterre de 
Jean du Bellay; la première ambassade, 1 52y-i 52g, igoS, in-8°; 
V.-L. Bourrilly et N. Weiss, Jean du Bellay, les protestants et la 
Sorbonne ( 1 52g-r535), dans le Bulletin de la Société de l'Histoire 
du Protestantisme français, 1903-1904. — Les missions de Jean du 
Bellay à Rome en i534 et en i535-i536 ont déjà été étudiées par 
M. Heulhard, Rabelais, ses voyages en Italie..., Paris, 1891, in-4°. 

2. Voir P. Friedmann (trad. Lugné-Philippon et D. Meunier), 
Lady Anne Boleyn, I, p. 3o2-3o4. 

3. Le 12 janvier i534, le Roi mande au trésorier de l'Épargne de 
payer à Jean du Bellay 2,25o livres tournois pour le voyage qu'il 
vient de faire en Angleterre et pour celui qu'il va faire à Rome. 
Bibl. nat., fr. 15629, n° 572. 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. V. l6 



2.^4 LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 

h ne pas rompre, du moins immédiatement, avec le Saint- 
Siège ^ 

L'ambassadeur ordinaire de François I"-"' auprès du Pape 
était Tévéque de Màcon, Charles Hémart de Denonville. 
Ayant pris possession de son poste depuis quelques 
semaines à peine^, il n'avait pas encore une grande expé- 
rience de la cour romaine. Cette expérience manquait 
aussi à Jean du Bellay, et ce n'est pas la connaissance qu'il 
avait prise de Clément VII et de son entourage durant 
l'entrevue de Marseille qui pouvait y suppléer. Il croyait 
que, pour gagner le « bonhomme », c'est ainsi qu'il appe- 
lait le Saint-Père, il suffisait de faire miroiter à ses yeux 
les promesses les plus alléchantes pour ses intérêts per- 
sonnels ou ceux de sa famille; mais « le vieux renard », 
comme Jean le qualifia à l'épreuve, tout en protestant de 
ses intentions conciliantes, sut, par ses bons tours, ne faire 
aucune concession. Quant aux agents de l'Empereur, le 
comte de Cifuentes et les cardinaux de la « part impé- 
riale », il eut beau parler haut et les dépasser en hâbleries 
et en rodomontades, il ne réussit pas à déconcerter leurs 
plans. La sentence contre" Henry VIII fut rendue dans le 
consistoire du 23 mars 1534. Tous les efforts de Jean du 
Bellay avaient été vains et ses inventions inutiles; il ne lui 
resta que la ressource de traiter durement, — dans sa cor- 
respondance, — ses adversaires triomphants et d'emporter 
l'espoir, — qu'on lui laissa peut-être pour la forme, — de 
« medeciner ceste playe ». Avec Clément VII, aucune déci- 
sion n'était jamais absolument irrévocable. 

Les pourparlers avec le Pape et le Sacré-Collège, quelque 
ardus qu'ils fussent, laissèrent cependant à l'évêque de 
Paris des loisirs. Il les employa au mieux de ses intérêts. 
Il noua ou consolida les relations qu'il avait avec les per- 
sonnalités les plus en vue de la cour pontificale. Il logeait 
chez l'évêque de Faenza, Rodolfo Pio de Carpi, « homme 

1. Voir P. Friedmann, op. cit., p. 3i6 et suiv. 

2. Il avait reçu, le 25 novembre précédent, 3,6oo 1. t. pour six 
mois de son traitement. Bibl. nat., fr. 15629, n° 661. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 235 

tel, écrivait-il à Montmorency, que vous avez toujours 
pensé et que nostre Sainct-Père va de jour en jour plus 
goustant et est bien pour tenir bon lieu autour de Sa Sainc- 
teté : desjà commence-t-il à luy communiquer des choses 
qu'il ne dict à guère d'aultres, et si pouvez estre asseuré 
que, s'il ne se desment, il ne vendra jamais le royaulme 
de France ^.. ». Plus tard, nous le verrons, Jean du Bel- 
lay devait trouver que l'évêque de Faenza se démentait, 
alors qu'il était nonce pontifical en France. De même il 
changera d'opinion sur Nicolas Raince, le secrétaire de 
l'ambassade de France^. Pour le moment, il le jugeait 
très dévoué à la France et un excellent intermédiaire 
auprès du Pape, dont Raince possédait la confiance. Il lui 
fit attribuer l'abbaye de Saint-Calais^, comptant se l'at- 
tacher davantage par les liens de la reconnaissance. Les 
cardinaux Agostino Trilvulzio, Grimani, Pisani, Gaddi, le 
cardinal de Côme étaient ses amis, puisqu'ils étaient de 
« la part françoise ». Une autre relation utile était 
Valerio, secrétaire du cardinal Hippolyte de Médicis, 
« auquel cardinal on n'ose rien cacher ». C'était le « seul 
moyen, je diz ung seul, de sçavoir les choses bien dange- 
reuses ou bien secrètes ». Jean du Bellay se ménageait 
ainsi des amitiés dans la place et comptait les mettre au 
service des intérêts de son maître. 

Il ne perdait pas de vue son propre profit. Il utilisait 
Valerio pour enrichir sa collection « d'anticailles » et 
celle de Montmorency, qui voulait orner ses châteaux 



1. Jean du Bellay à Montmorency, i5mars i534.Bibl.nat., fr. 549g, 
fol. 196 V». 

2. Sur ce personnage, voir la notice que lui a consacrée M. Emile 
Picot, Les Français italianisants au XVI" siècle, I, p. 29-94. — 
Dans une lettre au chancelier Dubourg, du 2 novembre i535, Raince 
dit qu'il y a dix-neuf ans qu'il est au service de la France. Ce serait 
donc vers i5i6 que ces services auraient commencé. Bibl. nat., 
Dupuy 3o3, fol. 91. 

3. Il est désigné avec cette qualité dans l'index dont Rabelais fit 
suivre son édition de la Topographia antiqiiae Romae, chez S. Gryphe, 
en août 1534. 



236 LK CARDINAL JEAN DU RKLLAY EN ITALIE. 

d'Écouen et de Chantilly. « C'est, avouait-il, une matière 
dont je m'empesche volontiers pourcc que j'en suys 
garny. » Le i5 mars, il annonçait joyeusement à Montmo- 
rency l'expédition prochaine « d'une belle teste que 
demain (Valerio) me doibt bailler, et la feray accompaigner 
de quelzques autres dont il y en a une rare de César que 
vous garde mon hoste (l'évcque de Faenza)... Je vous en 
faiz mectre en ordre jusques à demye-douzaine pour les 
envoyer, s'il est possible, par les navires qui ont emme- 
nez les blez de France ^ ». Valerio fut chargé de guetter 
les occasions et de mettre la main, pour le compte de 
l'évcque de Paris et du grand maître de France, sur les 
« anticailles » et les « testes » qu'il pourrait trouver. Notre 
ambassadeur expédierait les colis à leur adresse. C'est 
ainsi que, le 17 août, notre homme, triomphalement, écrit 
qu'il a remis à M. de Mâcon une « testa di donna ». Expert 
à faire valoir la marchandise, il donne des détails : 
« V. S. puô esser certa che e bellissima et antica. E il vero 
che l'ho fatta un poco ritoccar nel naso e ne la bocca da 
maestro Alfonso. V. S. vedra la piu bella acconciatura de 
capegli et cosi finita che Ella vcdessi gran pezzo fa. 
Seconde che mi verrano de le cose aile mani che sian 
degne di Lei, me ne ricorderô... lo fo un poco rassettar 
una testa che ho per S. Ex. [Montmorency] et non Le dis- 
piacera et, subito rassettata, la daro medesimamente a 
M. di Maçon-. » 

Mais, plus que les « testes » antiques, plus ou moins 
authentiques, ce que Jean du Bellay aurait voulu obtenir 
et ce qu'il mit tout en œuvre pour obtenir, ce fut le cha- 
peau de cardinal. Les intrigues furent curieuses, opiniâtres 

1. Lettre citée. Dans son épître dédicatoire de la Topographia, 
Rabelais fait allusion à cet ordre de recherches : « Neque non tu 
quod temporis vacuum erat in celebri illa tua et negotiosa lega- 
tione, id lubens collustrandis Urbis monumentis dabas, nec tibi 
fuit satis exposita vidisse^ eruenda etiam curasti, coempto in eam 
rem vineto non contemnendo. » 

2. A Jean du Bellay, Valerio, 2 juillet, 17 août. Bibl. nat., Du- 
puy 264, fol. 37-38, 39-40. Marrette, Rome, i5 avril i534. Ibid., fol. i52. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 237 

et la lutte très vive. C'est lui-même qui lança sa candida- 
ture, bien qu'il prétende que le bruit en a couru parmi les 
cardinaux comme s'il n'y était pour rien : il le dit au car- 
dinal de Lorraine en le sollicitant de faire intervenir Fran- 
çois P"" en faveur de son ambassadeur extraordinaire'. Le 
Roi pourrait écrire au Pape dans ce sens, et, pour plus de 
sûreté, il envoie le brouillon de la lettre que François 
signera. On croira sans peine que l'évêque de Paris y 
était chaudement recommandé et ses mérites mis en 
pleine lumière. Jean du Bellay n'y avait pas mis de fausse 
modestie. 

La recommandation du Roi fut appuyée par les cardi- 
naux amis et par tous ceux qui se flattaient d'avoir l'oreille 
de Clément VIL On fît valoir les services rendus par Jean 
du Bellay dans l'affaire du divorce, ses efforts pour 
empêcher la rupture du roi d'Angleterre avec la papauté. 
Élever M. de Paris au cardinalat, ce serait récompenser 
aussi Tœuvre diplomatique de son frère, Guillaume du 
Bellay, que Clément VII connaissait bien pour l'avoir vu 
à la tâche en 1 526-1 537, et qui, en ce moment même, tra- 
vaillait à réconcilier catholiques et protestants en Alle- 
magne. Raince se multiplia, ainsi que l'évêque de Màcon^. 
Clément VII promit, mais il ne put tenir : après quelques 
semaines de maladie, il mourut le 25 septembre. 

Tout fut à recommencer avec son successeur, le cardinal 
Farnèse, devenu, le 12 octobre, le pape Paul III. François I<=r 
avait recommandé aux cardinaux français de voter pour le 
Farnèse 3. Jean du Bellay avait eu, disait-on, la plus grande 
part dans cette détermination royale, et cela valait bien une 
récompense. Les cardinaux français, que « l'homme » de 

1. Jean du Bellay au cardinal de Lorraine, 21 mars i534. Bibl. 
nat., fr. 3499, fol. ig8. 

2. Raince à Jean du Bellay, i"' juillet; à Guillaume du Bellay, 
dernier juillet 1534. Bibl. nat., Dupuy 265, fol. Soô-Soy; 3o3, fol. 90; 
— l'évêque de Mâcon à Jean du Bellay, 6, 27, 29 juillet, 17 août i534. 
Bibl. nat,, Dupuy 265, fol. 149-157. 

3. L'évêque de Mâcon à Jean du Bellay, Rome, 7 octobre i534. 
Bibl. nat., Dupuy 265, fol. 211. 



238 LK CAROINAL JICAN OU lîKLLAY KN ITAME. 

Jean du Bellay, « maistre Claude « Chappuis, accompa- 
gnait du reste', pour plus de sûreté, insistèrent dans 
ce sens : Paul III promit le chapeau pour avant Pâques, 
peut-être pour les prochains quatre-tcmps. Le i6 dé- 
cembre, deux nouveaux cardinaux furent effectivement 
créés, mais ce furent deux petits-fils du pape : Alessandro 
Farnèse, fils de Pier Luigi, et Guid' Ascanio, fils de Cos- 
tanza. M. de Paris fut laissé de côté, sous prétexte que ce 
n'était pas une promotion ordinaire^. C'était en effet 
une promotion « domestique », et cet acte de népotisme 
par lequel s'ouvrait le nouveau pontificat détruisit en par- 
tie l'heureux effet produit par l'unanimité du choix des 
cardinaux. 

Les Français en particulier ne furent pas satisfaits. Jean 
du Bellay fit écrire par un ancien ambassadeur de France 
à Rome^, par le Roi qui insista vivement auprès du nou- 
veau nonce que Paul III venait d'accréditer auprès de lui, 
précisément l'évêque de Faenza; à Rome, l'évêque de 
Mâcon, les cardinaux de la part française agissaient de 
concert''. Comme la grande préoccupation du nouveau 
Pape paraissait être la prompte réunion et le succès du con- 
cile, réclamé à la fois par les catholiques et par les protes- 
tants, il était aisé de faire valoir les services que Jean du 
Bellay rendait à cette cause par ses efforts à maintenir le 
roi d'Angleterre dans le sein de l'église et à y ramener les 
protestants allemands. La meilleure garantie de réussite 
du futur concile était la réconciliation des divers membres 

!. Claude Chappuis à Jean du Bellay, Rome, 7 octobre i534. Bibl. 
nat., Dupuy 264, fol. 183-184. Il repartit de Rome le 9 novembre 
suivant. L'évêque de Mâcon à Jean du Bellay, Rome, 9 novembre 
1534. Bibl. nat., Dupuy 265, fol. i82-i83. 

2. Raince à François I", Rome, 20 novembre i534. Bibl. nat., 
Dupuy 265, fol. 3io. 

3. Lettre d'un ancien ambassadeur de France à Rome (non dési- 
gné, peut-être le cardinal de Tournon), Paris, 9 janvier i535. Bibl. 
nat., Dupuy 269, fol. 4 (texte latin); 85, fol. ii3 (texte français). 

4. L'évêque de Mâcon à Jean du Bellay, 19 janvier, 21 février, 
26 mars, i5 avril i535. Bibl. nat., Dupuy 265, fol. 117-121, 139-146, 
147-148, 175-176. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 289 

de la chrétienté, surtout des Allemands, et Jean du Bellay 
faisait sonner bien haut à Rome, pour que cela parvînt 
aux oreilles du Pape, les résultats déjà obtenus'. 

Mais ces faits dont l'évèque de Paris se prévalait auprès 
du Saint-Père fournissaient précisément aux Impériaux 
des arguments contre lui-. Ceux-ci le considéraient comme 
le principal artisan de la procédure de Henry VIII dans 
l'affaire du divorce et de l'infortune de la reine Catherine 
d'Aragon; ils étaient exaspérés de le retrouver, ainsi que 
son frère, dont ils auraient été bien aises de se débarrasser, 
même au prix d'un assassinat, dans les intrigues alle- 
mandes. Le comte de Cifuentes, l'adversaire de l'année 
précédente, émettait des doutes sur son orthodoxie et de 
tout son pouvoir s'efforçait d'indisposer le Pape contre lui. 
Paul III savait que l'attitude du comte de Cifuentes 
répondait aux désirs de l'Empereur et aux ordres de son 
conseil. C'est pourquoi il ne montrait aucune hâte à rem- 
plir sa promesse^. Il amusait par de bonnes paroles l'am- 
bassadeur de France, encourageait peut-être les espérances 
personnelles de celui-ci, pour faire échec au protégé de 
François I^^. Il fallut une nouvelle intervention du Roi, 
•plus énergique encore que les précédentes, et les paroles 
rapportées par le secrétaire Latino Juvenale pour décider 
Paul III. Après un dernier combat, dans un consistoire de 
près de douze heures où les Impériaux usèrent de moyens 
désespérés, le 21 mai i535, Jean du Bellay fut promu en 
même temps que l'Anglais Fisher, évêque de Rochester, 
Nicolas Schomberg, archevêque de Capoue, Gasparo 
Contarini, Ghinucci, évêque de Worcester, Simonetta"*. 



1. Jean du Bellay à Nicolas Raince, [octobre ou novembre i534]. 
Bibl. nat., fr. 5499, fol. 199-200. 

2. Calendar of State Papers, Spanish, 1 534-1 535, n° 167. 

3. Marrette à Jean du Bellay, Rome, 14 mai i535. Bibl. nat., 
Dupuy 264, fol. 1 55-1 56. 

4. Voir les lettres adressées à Jean du Bellay par Raince, 21-22 et 
3i mai, Grégoire Casai, 21 mai, le cardinal de Boulogne, 22 mai, 
Latino Juvenale, 29 mai. Bibl. nat., Dupuy 265, fol. 3ii-3i2, 314- 
3i5; 264, fol. 25, 45-46; 3o3, fol. 86. 



240 LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 

Ghinucci avait collaboré avec Jean du Bellay dans l'affaire 
du divorce. Simonetia, au moins en secret, penchait pour 
la France. Fisher était un adversaire du divorce et une 
victime de Henry VIII. Les Impériaux ne pouvaient donc 
compter que sur deux des nouveaux cardinaux : ils se 
montrèrent « peneux comme fondeurs de cloches ». Pour 
les contenter, le Pape ajouta à la liste Carraciolo, dont le 
nom avait été réservé', un des Impériaux « les plus per- 
tinax, lequel, oultre l'imperialité, est plus que pcre norri- 
cier et extrême protecteur de Francesco Sforce, qu'il tient 
pour son ydole ». Ces choix attestaient chez Paul III le 
souci de maintenir l'équilibre entre François I" et Charles- 
Quint; comme il arrive généralement, ils ne satisfirent 
entièrement ni l'un ni l'autre. 

Les amis de Jean du Bellay applaudirent; ils se préoc- 
cupèrent de la prompte expédition des bulles et du cha- 
peau^. Toute « la part Françoise » de Rome était en émoi. 
Ce fut bien plus encore lorsqu'on apprit que Jean du 
Bellay viendrait en personne, ad limina. Sous prétexte de 
recevoir le chapeau, il allait remplir à Rome une mission 
politique. Tandis que les amis lui préparaient une bril- 
lante réception^, le Pape et les Impériaux se demandaient, 
avec une curiosité non exempte d'inquiétude, ce que de 

1. Les six premiers furent créés au consistoire secret le 21 mai et 
public le 24; Marino Garacciolo fut créé cardinal le 3i. Voir Carlo 
Capasso, La politica di papa Paolo III e Vltalia, I, p. i3o, n. 2. 

2. Outre les correspondants déjà cités, envoyèrent des félicitations 
les cardinaux Trivulzio et Grimani. Bibl. nat., Dupuy 699, fol. 6, 
10. — Voir les lettres de l'évêque de Mâcon à François I", 29 mai, à 
Jean du Bellay, 2 et 8 juin; Marrette à Jean du Bellay, i" juin. Bibl. 
nat., Dupuy 265, fol. i32-i38, 177-179, 181 ; 264, fol. i53-i54. 

3. Entre autres choses, l'évêque de Mâcon lui écrivait, le 8 juin : 
« D'une chose vous suplye-jc : à vostre arrivée ne prendre aultre 
maison que la myenne. Encores qu'elle ne soit suffisante pour recep- 
voir ung cardynal, toutesfoys vous y trouverez une bonne chambre, 
antichambre et garderobe pour vous, je vous dire meilleure, plus 
fresche et en plus bel ayr qu'il y ayt en Rome, et sera sans me 
incommoder, car il me demeurera troys bonnes chambres pour 
moy, et si trouverez la cave assez bien garnye et espère vous faire 
boyre froict. » 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 24 1 

nouveau, par cet intermédiaire, recherchait le roi de 
France. 



II. 



On l'a dit bien des fois , toute la politique de Fran- 
çois I^r a tourné autour de la question du duché de 
Milan : jusqu'en i525 conserver le Milanais, reconquis à 
Marignan, et le reprendre après i525, voilà le but constant 
vers lequel il a dirigé tous ses efforts. Depuis la paix de 
Cambrai notamment, il a tâché d'y atteindre, mais sans 
guerre, autant que possible par voie diplomatique, en 
groupant autour de lui des alliés, les plus disparates, en 
isolant l'Empereur et en le paralysant pour l'amener à 
composition. 

Ce travail obscur d'intrigues, de mines et de contre- 
mines s'est poursuivi pendant quatre années sans relâche. 
Certes, il faut nous garder de mettre dans ces manœuvres 
un esprit de suite et une prévoyance que ne comportaient 
ni la légèreté du Roi ni les brusques sautes de vent de la 
cour, La force des choses a fait peut-être autant que la 
volonté des hommes. Néanmoins, vers i535, la situation 
du roi de France paraissait plutôt favorable. 

Notons, sans insister, ses bons rapports avec le roi 
d'Ecosse, Jacques V, dont il favorise le mariage avec 
une princesse française, et avec le duc de Gueldre, 
Charles d'Egmont, qui vient de le choisir à la fois 
comme protecteur et comme héritier : souverains de 
forces médiocres, ils ne peuvent jouer qu'un rôle secon- 
daire, de diversion, dans l'échiquier de la politique euro- 
péenne. Ils ne valent que comme appoint dans le système 
des alliances avec les grandes puissances. Parmi celles-ci, 
d'abord l'Angleterre. François I^rest uni avec Henry VIII 
depuis i525 par un traité de paix perpétuelle et d'amitié, 
affirmé en 1 520, consolidé à l'entrevue de Boulogne en 1 532 
et maintenu, malgré les impatiences du roi d'Angleterre 
et les menaces de schisme issues de l'affaire du divorce. 



242 LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 

Henry VIII n'a plus en son « bon frère et allié » de France 
la confiance d'antan, depuis qu'il le voit en coquetterie avec 
le Saint-Père; mais il n'a pour l'instant rien h espérer de 
l'Empereur, dont il a répudié la tante, Catherine d'Aragon. 
L'alliance française lui pèse, mais il n'ose la dénoncer. 
François !<="■ n'ignore pas ces sentiments de l'époux d'Anne 
Boleyn. Aussi, tout en tenant la main h. ce que Henry VIII 
n'échappe pas entièrement à son influence, cherche-t-il un 
point d'appui plus solide contre l'Empereur du côté « des 
AUemagnes ». Au delà du Rhin, il a de nombreux clients 
et protégés : les ducs de Bavière, le landgrave de Hesse, le 
duc Ulrich de Wurtemberg, rétabli dans son duché grâce 
aux subsides français. Mais les premiers sont catholiques, 
les deux autres protestants : les querelles religieuses con- 
trarient les plans politiques. L'Empereur profite de ces 
divisions. Pour les faire cesser, François 1'='' prépare 
l'union sur le terrain religieux. Guillaume du Bellay s'est 
mis en campagne, quêtant les opinions des théologiens les 
plus réputés parmi les réformés, s'assurant des signatures, 
atténuant les points de divergence, flattant les sentiments 
de conciliation et manifestant dans la poursuite de cette 
œuvre de concorde un enthousiasme qui désarme les sus- 
picions et fait présager le succès. 

Pendant qu'il parle théologie en Allemagne et se 
montre soucieux de la pure doctrine chrétienne, François 
se risque à une démarche inouïe pour le temps et qui est 
peut-être la plus originale de toute sa politique. Il avait 
déjà obtenu le concours du roi national de Hongrie, le 
voïvode de Transylvanie Jean Zapolya, qu'il utilisait 
comme diversion sur les bords du Danube contre Fer- 
dinand, le frère de Charles -Quint. Par l'intermédiaire 
de Zapolya, il est entré en pourparlers avec le Turc : il a 
reçu à sa cour, vers la fin de i534, les émissaires de Bar- 
berousse, et il répond en février i535 par l'envoi de 
La Forest. Le Roi très chrétien négocie directement avec 
le chef des Infidèles! C'est un scandale que les Impériaux 
ne sont pas les seuls à réprouver. François I" nie, ergote. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 2^3 

multiplie les explications embarrassées et équivoques. Il 
allègue l'intérêt général de la chrétienté. En fait, il 
escompte de Soliman une intervention favorable à ses 
intérêts dans la Méditerranée et en Italie. 

Aussi bien, c'est là qu'est le nœud de la question : 
l'Italie, c'est le Milanais, sans doute, mais c'est aussi la 
base de la puissance de Charles-Quint; si l'on veut couper 
en deux les forces impériales, il faut s'assurer de la pénin- 
sule. Des chemins qui y conduisent d'abord ; de là, vis-à-vis 
du duc de Savoie, l'oncle Charles, cette attitude commi- 
natoire, seule capable de retenir ce prince toujours vacil- 
lant sur la pente où l'inclinent ses sympathies réelles et 
ses intérêts supposés. La seigneurie de Venise n'est guère 
plus sûre : elle est entrée dans la ligue de Bologne; mais 
elle n'a pas intérêt à ce que Charles-Quint soit trop 
puissant sur la terre ferme; elle redoute les Turcs pour 
son commerce du Levant. M. de Lavaur devra tirer 
parti de ces craintes pour ramener les Vénitiens du côté 
de la France'. Le duc de Ferrare est le beau-frère (le 
« frère », comme on disait communément alors), de Fran- 
çois pr; sa femme, Renée, défend à sa cour la cause fran- 
çaise; mais elle n'a pas grand succès. En février i535, 
on lui adjoint un diplomate de profession, l'évêque de 
Limoges, Jean de Langeac, déjà familiarisé avec les 
intrigues italiennes 2. Mais c'est surtout l'attitude du Pape 
qui importe. Avoir le Pape pour soi, à tout le moins ne 
l'avoir pas contre soi, c'est la condition indispensable du 

1. Georges de Selve, évêque de Lavaur, avait remplacé, comme 
ambassadeur de France à Venise, Lazare de Bayf. Il était parti de 
France le 12 décembre i533. Bibl. nat., fr. 15629, n° 655. 

2. Jean de Langeac avait fait plusieurs séjours en Italie. Proto- 
notaire apostolique, conseiller du Roi et maître des requêtes, il est 
chargé, en mars i525, par Clément VII d'une mission auprès de 
Louise de Savoie, voir Fraikin [qui le confond avec Jean du Bellay], 
Nonciatures de Clément VII, I, introduction, p. xxix, xxxiii, xxxvi. 
Évêque d'Avranches en i526, il fut envoyé à Venise et y séjourna 
de mai 028 à juin 1529. En i532, il fut nommé évêque de Limoges 
et, le 27 février i535, il était envoyé à Ferrare. Bibl. nat., fr. i5632, 
n" 56. Cf. B. Fontana, Renata di Francia, I, p. 209. 



244 LE CARDINAL JEAN T)V RELLAY EN ITALIE. 

succès. Si le Pape est du côté de l'Empereur, tout le fais- 
ceau des alliances se disloque : Charles garde l'Italie, 
reprend pied en Allemagne et peut envisager sans crainte 
l'Angleterre, dont il fait condamner le roi, et l'Infidèle, 
contre lequel il va conduire toutes les forces de la chré- 
tienté. Voyez : vers le mois de septembre i534, Fran- 
çois l", d'accord avec l'Anglais et les Allemands, se croyait 
sûr de Clément VII, dont il avait fait entrer la nièce dans 
sa famille. Il paraissait si menaçant et l'on augurait si 
sûrement une guerre prochaine que Charles- Quint 
engagea des pourparlers et offrit quelques concessions 
pour éviter la rupture. La guerre n'éclata pas au printemps 
suivant parce que, Clément VII étant mort et son succes- 
seur prétendant rester strictement neutre, François I^r 
avait tout à coup perdu son meilleur auxiliaire ^ Il fallait 
reconquérir le Saint-Siège : cela ne pouvait se faire en 
quelques semaines. Charles-Quint eut plusieurs mois de 
répit et il pût s'embarquer pour Tunis. 

Il convenait de présenter à Paul III les démarches du 
roi de France auprès des princes étrangers sous le jour le 
plus favorable, de lui faire comprendre les avantages que la 
papauté pourrait retirer des bons rapports de François ler 
avec Henry VIII et des essais de concorde poursuivis avec 
les Allemands. C'est à quoi s'attacha notre ambassadeur 
à la cour pontificale, et ce fut précisément l'objet dont fut 
chargé Jean du Bellay lorsque fut décidée sa mission 
extraordinaire à Rome. Annoncé dès la fin de mai, son 
départ fut différé jusqu'aux premiers jours de juillet. La 
raison de ce délai? François P^ attendait les résultats de 
l'entrevue de Calais où il avait envoyé l'amiral Chabot de 
Brion s'aboucher avec les Anglais et des négociations 
engagées en Allemagne avec les docteurs réformés. L'en- 
trevue de Calais fut à peu près stérile : les conditions 
auxquelles Français et Anglais subordonnaient la conclu- 



I. Sur les débuts du pontificat de Paul III et sur sa politique, 
voir l'ouvrage déjà cité de Carlo Capasso. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 245 

sion du mariage projeté entre le duc d'Angoulême et la 
princesse Elisabeth d'Angleterre étaient trop éloignées les 
unes des autres pour qu'un accord fût possible'. Quant à 
empêcher Henry VIII de rompre avec le Saint-Siège, cela 
paraissait de plus en plus malaisé; après l'Acte de supré- 
matie, le roi d'Angleterre s'engagea de plus en plus dans 
les voies de rigueur contre les catholiques : il avait fait 
emprisonner Fisher, dont il considérait l'élévation au car- 
dinalat comme un affront personnel, et Thomas Moore, 
et il allait les faire décapiter. De ce côté donc, il restait peu 
d'espoir. Mais, en revanche, du côté de l'Allemagne tout 
semblait marcher à souhait^. Mélanchthon consentait à 
venir en France, si sa venue pouvait être utile à la cause de 
la vraie religion. A n'en pas douter, des entretiens que le 
grand docteur de Wittemberg, dont on connaissait l'esprit 
de conciliation, aurait avec les docteurs catholiques à des- 
sein choisis parmi les moins « pugnaces », sortiraient cette 
concorde, cette unité tant désirée. Et c'est si bien cette 
réponse de Mélanchthon que l'on attendait pour faire 
partir Jean du Bellay que François I" signa en même 
temps l'invitation officielle adressée au docteur réformé 
et les instructions de son ambassadeur à Rome 3; et que, 

1. Sur ces négociations de Calais, voir P. Friedmann, op- cit., II, 
p. 75-79. L"amiral Chabot se montrait particulièrement mécontent 
des procédés des envoyés anglais. Le 8 juin, il écrivait à Jean du 
Bellay, qu'il craignait de ne pas voir avant son départ : « Je ne veoy 
pas ceste compaignye estre jusques là disposée ne les choses si 
approchées pour soy séparer encores... Vous entendrez le tout par 
ce qui est escript au Roy présentement, vous asseurant... que j'en 
vouldroie bien estre despesché pour la iricquotterie et mode estrange 
de marchander qu'on nous tient, qui n'est pour mon naturel... » 
Bibl. nat., Dupuy 263, fol. 74. — Chabot quitta Calais le 14 juin. 

2. Sur l'origine et les progrès de ces négociations avec les protes- 
tants, voir V.-L. Bourrilly, François I" et les protestants, les essais 
de concorde en 1 535, dans le Bulletin de la Société de l'Histoire du 
Protestantisme français, juillet-août 1900, et dans Guillaume du 
Bellay, sieur de Langey, p. 173-202. 

3. François l"' à Mélanchthon, 23 juin i535, Corpus reformatorum, 
II, col. 879-880; — « Mémoires des principaulx poinct^ et propo^ 
que le cardinal du Bellay aura à tenir de la part du Roy à Nostre 
Sainct-Père. » Corbie, 24 juin i535. Bibl. nat., Dùpuy 357, ^^^- T9' 



246 LE CARDINAL JEAN DU nELLAY EN ITALIE. 

le lendemain même du jour où il recevait les derniers éclair- 
cissements, Jean du Bellay écrivait à son tour à Mélanch- 
thon ; son départ pour Rome coïncidait avec celui de son 
protégé, Barnabe de Voré, sieur de La Fosse, chargé de 
porter en Allemagne l'invitation royale ^ 

L'examen des instructions données à Jean du Bellay 
montrera avec la plus éclatante évidence la liaison que 
François î" établissait entre sa politique en Allemagne et 
ses desseins vis-à-vis de la papauté. La question que 
Paul III avait le plus à cœur, c'était la convocation du 
concile. Autant cette perspective épouvantait Clément VII, 
autant son successeur l'envisageait avec espoir. A peine élu 
pape, dès le 17 octobre i534, il avait manifesté clairement 
ses intentions à ce sujet. François I^"" sut habilement jouer 
des tentatives de concorde religieuse. A Clément VII, 
hostile au concile, il les avait représentées comme un 
moyen de le différer, peut-être de le rendre inutile. 
A Paul III, désireux de le voir aboutir, il s'empressa de 
démontrer que c'en était le prélude nécessaire et le moyen 
le plus efficace d'en assurer le succès. Dès le mois de 
novembre i534, la volte-face s'esquisse et elle s'affirme au 
début de i535, à mesure que les Allemands répondent aux 
avances du Roi. C'est le premier point sur lequel Jean du 
Bellay devra faire porter sa conversation avec le Pape. Le 
concile? « C'est la chose de ce monde que plus [le Roi] 
désire que de le veoir bon, sainct, catholique, bien et 
sainctement congrégé, ouquel se puissent traicter et con- 
clurre les matières concernantes nostre saincte foy et 
l'obéissance de l'Eglise, consequemment l'extirpation des 
hérésies et erreurs qui pullullent aujourd'huy ». Mais, 



I. Mémoire de ce que le Roy a arresté avecques monseigneur le 
cardinal du Bellay, de son intention touchant aucuns points cy-après 
escript^. Saint- Quentin, 26 juin i535. Bibl. nat., Dupuy 121, 
fol. 27-28. — Jean du Bellay à Mélanchthon, 27 juin i535, Corpus 
reformatorum, II, col. 880. — C'est ce même jour, 27 juin, que Jean 
du Bellay quitta la cour. Voir l'extrait d'une lettre de l'évêque de 
Faenza cité par J. Boulenger, La « Supplicatio pro apostasia » et le 
bref de 1 536, dans la Revue des Etudes rabelaisiennes, II, p. iio, n. i. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 247 

pour cela, « fault entre autres choses choisir lieu de sceur 
accès pour ceulx qui auront à se y trouver ». Là-dessus, 
François I^r est délibéré de suivre « l'opinion et voulenté » 
du Pape plus que de nul autre. Cette entrée en matière 
inspirera confiance au Saint-Père, qui s'ouvrira sans doute 
au cardinal de ses « concepts, advis ou déliberacions » sur 
ce sujet. Alors, « ouvertement et sans aucune dissimula- 
cion », Jean lui fera entendre ce qu'il a « charge expresse 
de faire », à savoir combien le succès du concile importe 
au « bien, honneur et auctorité » du Saint-Siège, « les diffi- 
cultez qui se y peuvent présenter, speciallement en ce qui 
touche le sceur accès, qui est ung des principaulx neuz de 
la matière » ; bref, il tâchera de décourager le Pape pour 
l'amener, dans son irrésolution, à solliciter « nouveaulx 
partiz ». Aussitôt, il « viendra insinuer, le plus dextrement 
qu'il pourra, l'ouverture que le Roy a advisée », en lui en 
dénombrant les multiples avantages. Jean n'avait pas sur 
ce point besoin d'encouragement : l'intérêt personnel 
échaufferait son éloquence, puisque faire valoir les effets 
de la politique de concorde, c'était faire valoir en somme 
son œuvre propre et celle de son frère Guillaume. Ici, il 
faut citer le passage tout entier des instructions : il est 
d'importance capitale et jette une lumière crue sur le but 
véritable que François I^"" poursuivait en invitant person- 
nellement Mélanchthon à venir en France. 

« Ladicte ouverture est que [le Roy] envoyé présente- 
ment le sieur de Langey en Allemaigne enfoncer plus 
avant avec les princes, communitez et docteurs,' principal- 
iement envers ceulx qui plus y ont de puissance et des- 
quelz a dépendu jusques icy et deppend la contradiction 
des oppinions et le troublement de l'Eglise. Lequel Lan- 
gey, appuyé de l'auctorité dudict sieur, mectra peine de 
moyenner certains articles avecques eulx, concernans la 
foy et l'auctorité de l'Eglise, speciallement du Sainct- 
Siège appostolique, prenant d'eulx ce qu'il pourra et le 
plus avant qu'il pourra, mays à tout le moings les rédui- 
sans, par le moyen dudict sieur, jusques à consentir et 



248 LE CARDINAL JKAN DU BELLAY KN ITALIE. 

advouer la puissance du Pape comme de chef de l'Eglise 
universelle. Et quant à la foy, religion, cerymonie, insti- 
tucions et doctrines, en tirera, sinon ce qu'il conviendroit 
d'en tirer, à tout le moings ce que raisonnablement se 
pourra souffrir, toUerer et demourer en usaige, actcndant 
la décision du concilie. Et à ce, comme ledict cardinal 
fera bien entendre, pourra merveilleusement servir la 
venue de Melanton vers ledict sieur, et là où il sera 
besoing d'aucuns autres des principaulx docteurs de la 
Germanie; lequel Melanton desjà a accordé d'y venir déli- 
béré, ainsi qu'il dit, de mectre peine de contenter ledict 
sieur en tout ce qu'il luy sera possible. Les choses doncq 
ainsi conduictes et réduictes jusques à ce point, ainsi que 
ledict sieur espère les pouvoir réduire, lors pourra nostre 
Sainct-Père vifvement et gaillardement faire l'indiction du 
concilie au propre lieu de Rome, où demourera son auc- 
torité sceure et florissante, chose qui plus tost debvroit 
estre trouvée mauvaise par la nation germanique que par 
autre; toutesfoiz, estans les choses réduictes à ce que 
dessus, ledict sieur ne fait double qu'il ne la y face con- 
descendre. Nostre Sainct-Père peult considérer combien 
cela donneroit de réputacion à Sa Saincteté et au Sainct- 
Siège appostolique et combien il feroit baisser les cornes 
à ses ennemys, d'avoir de prinsault haulsé son auctorité 
jusques-là, dont y estant condescendue la Germanie, qui 
est la plus forte à ferrer et dont dépend tout le trouble des 
autres provinces, la Gaulle, l'Italye et, comme ledict sieur 
espère, l'Angleterre, l'Escosse, Dannemarch et quasy toute 
la chrestienté, il est bien à présupposer que l'Empereur, 
pour ce qui est dessoubz luy, ne vouldroit, ains ne pour- 
roit reffuser de faire le semblable; et là où il enseroitref- 
fusant et qu'il n'y vouldroit ou venir ou envoyer comme 
les aultres, et désarmé, comme les autres, il ne pourroit 
mieulx passer condempnacion envers tout le monde de son 
extrême ambicion et affectée monarchye non seulement 
sur la temporalité, mays aussy sur l'Eglise; et en resteroit 
Nostredict Sainct-Pere tant deschargé envers Dieu et le 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 249 

monde qu'il ne seroit possible de plus; et neantmoings 
cependant demoureroit en sa force et vigueur l'accord 
mencionné cy-dessus de l'église germanicque sinon du tout 
parfaict, à tout le moings tollérable, non sans grande 
espérance qu'on peust peu à peu gaingner tant sur eulx 
que sur si bon fondement que celuy qui auroit esté faict, 
en peu de temps se y feist ung parfaict édifice. » 

La réunion du concile à Rome et dans de pareilles con- 
ditions rendrait le Pape indépendant de l'Empereur. Fran- 
çois I^r avait particulièrement à cœur d'assurer cette indé- 
pendance. Quel dommage pour le Saint-Père, quelle 
honte pour le Saint-Siège, si Charles-Quint pouvait leur 
imposer sa tutelle, comme il ne manquera pas de vouloir 
le faire s'il vient en Italie ! Mais, objectera peut-être le 
Pape, le moyen de résister à la puissance de l'Empereur? 
A cela Jean du Bellay devait répondre en montrant les 
embarras au milieu desquels se débattait et allait de plus 
en plus se débattre Charles-Quint « tant en Almaignes, 
qui est sa propre maison, qu'en plusieurs autres endroitz, 
mesmement en ceulx où il va présentement, [à Tunis], 
dont il faict tant son compte de triumpher... ». Admettons 
que tout lui « succède », selon ses desseins, « dont il est 
toutesfoiz bien loing » ; au cas où il menacerait la papauté, 
« et qu'il sembleroit à Sa Saincteté se devoir tenir en seu- 
reté et sur ses gardes, le Roy ne la vouldroit habandonner 
en ce dangier et luy feroit si bonne et si honneste contri- 
bution de deniers à souldoyer quelque bon nombre de 
gens de guerre que Sadicte Saincteté auroit occasion de 
s'en contenter ». Pour commencer, Jean du Bellay offri- 
rait 5o,ooo écus à distribuer pour la « tuicion et deffence » 
du Pape et du Saint-Siège apostolique; cela servirait à 
« mectre gens sus là où il en seroit besoing » et l'on invo- 
querait comme prétexte « la voisinance des Mores et de 
Barberousse ». 

Le Turc? Mais François h^ n'est-il pas son allié? Jean 
du Bellay devait expliquer la conduite du roi de France, 
justifier les pourparlers engagés avec Barberousse et avec 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. V. I7 



250 LE CARDINAL JICAN DU BELLAY l'.N ITALIE. 

Soliman, en rejeter « la coulpe » sur l'Empereur et Ferdi- 
nand. Pour son attitude passée, le Roi pensait s'en être déjà 
assez souvent et suffisamment disculpé. « S'il est question de 
parler de l'advenir et de l'cmprinsc qui se pourroit dresser 
contre le Turcq au grand bien, repoz et conservation de la 
chrestienté », le Roi très chrétien est prêt à faire son 
devoir; mais, au préalable, il faut que l'Empereur le satis- 
fasse dans ses revendications légitimes. Que Charles- 
Quint lui restitue les domaines italiens. Milan, Gênes et 
Asti, détenus contre tout droit, ou le laisse s'y établir sans 
opposition, ou encore mette ces domaines en dépôt entre 
les mains du Pape, avec charge pour celui-ci, après la vic- 
toire sur le Turc, d'en décider et attribuer la possession à 
qui il appartiendra et que « Sa Saincteté jugera qui la 
doybve avoir », et François P^ offre « de ceste heure de 
s'armer et employer sa personne et toutes ses forces au 
bien commun de la chrestienté, y menant et conduisant en 
personne et à ses despens cinquante mil hommes de pyé, 
troys mil hommes d'armes, avec artillerye convenable à 
telle armée, pour employer et se jecter là où par entre eulx 
sera advisé ». Si l'Empereur n'accepte pas ces conditions, 
c'est à lui seul qu'il faudra imputer l'abstention de Fran- 
çois pr et les malheurs qui pourraient en « redonder » 
sur le monde chrétien tout entier. 

Paul III résisterait-il à tant et à de si belles promesses? 
Dans le conflit probable entre le roi de France et l'Empe- 
reur, Jean du Bellay ne parviendrait-il pas à incliner en 
faveur du premier cette neutralité que le Saint-Père affir- 
mait si haut vouloir strictement garder? Il ne fallait négli- 
ger aucun moyen pour obtenir un si précieux résultat. 
Les considérations de politique générale, les avantages du 
Saint-Siège apostolique étaient capables d'agir sur l'esprit 
largement ouvert du souverain pontife. Mais Paul III 
était père, il avait une famille : un fils, Pier Luigi, qui 
avait sur lui une grande influence, des petits-fils auxquels 
il avait donné déjà une preuve éclatante d'affection. L'offre 
d'une pension, « jusqu'à six mille livres », à Pier Luigi, la 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 25 1 

promesse de « bien et grossementpourveoir de bénéfices » 
le fils de ce dernier, le « cardinalcule » Farnèse, feraient de 
tous les deux d'excellents « truchemens » des Français auprès 
du chef de la famille. La collaboration de certains cardi- 
nauxavaitaussisonprix : promesse de bénéfices jusqu'à con- 
currence de 4,000 livres au cardinal de Trani ; 2,000 livres 
de pension que Jean emportait avec lui au cardinal Pal- 
mier!, outre le brevet de l'évêché d'Apt'.- Les services de 
Latino Juvenale ne sont pas oubliés : le roi « luy fera du 
bien particulièrement, aussi a quelqu'ung de ses enfans, 
s'il en a de Testât de l'Eglise », 3, 000 livres à Jean Palvoi- 
sin, en manière de pension; et 200 écus au poète Francesco 
Modesti, le famélique Modesti, pour les odes latines dans 
lesquelles il a célébré François h"^ il ne faut dédaigner per- 
sonne^. Le principal bailleur de fonds sera le riche Phi- 
lippe Strozzi, avec qui Jean du Bellay aura à s'aboucher. 
Philippe Strozzi sera l'intermédiaire entre les agents 
français et les « forussiz » qui méditent quelque mauvais 
coup contre Sienne ou contre l'État de Florence. Le cardi- 
nal se réglera sur les circonstances : il s'entendra sur ce 
point avec Tévêque de Mâcon qui a reçu les propositions 
de « pratiques », comme il aura à consulter notre ambas- 
sadeur à Ferrare, l'évêque de Limoges, sur les conditions 



1. Par lettres datées de Guise, 28 juin i535, mandement au tréso- 
rier de l'Épargne de payer à Jean du Bellay : r une somme de 
2,700 livres tournois, soit 1,200 écus d'or, « pour icelle faire porter 
et délivrer à Romme aux personnes cy-aprez nomméez, c'est assa- 
voir : au cardinal Palmyer, m escus d'or, et au poète Modestus, 
Rommain, 11= escus soleil, dont ledict sieur leur a fait don en faveur 
des bons et agréables services qu'ilz ont faictz et feront chacun jour 
oudict sieur oudict Romme» ; 2° une somme de 3,ooo livres tournois 
« pour icelle faire porter et délivrer à Rome à Jehan Pallevoysin, 
auquel le Roy l'a ordonnée pour sa pension d'une année commen- 
çant le premier jour de janvier mil V*^ XXXV dernier passé et finis- 
sant le dernier jour de décembre prochain venant... ». Bibl. nat., 
fr. i5632, n°' 412-413. 

2. Voir les lettres de Modesti à Jean du Bellay, Rome, 12 mai 
1534; à Jacques Colin, abbé de Saint-Ambroise, Rome, 17 juillet 
1534. Bibl. nat., Dupuy 699, fol. 12-14. 



252 LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 

auxquelles devra souscrire le comte de la Mirandolc pour 
toucher les 6,000 écus d'or qu'on lui accorde'. 

La mission du cardinal du Bellay était, comme on ic 
voit, très vaste : elle consistait à couvrir toute l'Italie d'un 
roseau d'intrigues dont le nœud serait à Rome, autour 
de la cour pontificale; à recruter des clients, condottieri, 
diplomates ou simples thuriféraires, pour agir sur le Pape, 
le décider à se prononcer en faveur de la France ou tout 
au moins à garder envers elle une neutralité bienveillante 
dont l'Empereur aurait à souffrir autant que d'une ouverte 
hostilité. Le moment était décisif et l'occasion peut-être 
unique, maintenant que Charles-Quint voguait vers Tunis. 
S'il échouait, comme François P"" en laissait voir l'espé- 
rance, il serait hors d'état de résister à l'action combinée 
du roi de France et de ses alliés; s'il était victorieux, c'est 
alors que ces alliances seraient précieuses, indispensables 
même, pour parer au danger de la « monarchie univer- 
selle », également redoutable pour tout le monde. 



in. 



Jean du Bellay avait accompagné le Roi dans la tournée 
que celui-ci fit au printemps de i535 par la Normandie et 
la Picardie à l'effet de passer les revues des légions pro- 
vinciales nouvellement levées. C'est à Corbie, le 24 juin, 
et à Saint-Quentin, le 27, qu'il reçut toutes ses instruc- 
tions. Le 3 juillet, il est à Paris, où il donne quittance des 
sommes qu'il doit emporter à Rome, et il s'entretient avec 
Jean Sturm du prochain voyage de Mélanchthon. Nous le 
trouvons le i5 à Lyon : il y a séjourné quelques jours, 



I. Mandement au trésorier de l'Épargne de payer à Jean du Bel- 
lay i3,5oo livres tournois, soit 6,000 écus d'or, par lettres datées de 
Guise, 28 juin i535, « pour icelle faire porter à Romme afin d'en 
ayder et secourir le comte de la Myrandolle, si besoing en est, ou 
cas et pour l'efFect que ledit sieur a faict entendre oudict Myran- 
dolle ». Bibl. nat., fr. i5632, n° 414. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 253 

n'étant pas « bien disposé de sa personne^ ». Cependant, 
comme il est pressé d'arriver à destination, il se met en 
route, malgré cette indisposition, et il se hâte, bien qu'il 
ait fort à souffrir de la chaleur. Il est, le i8, à Carma- 
gnola, chez le marquis François de Saluées, un client du 
roi de France^. Le duc de Savoie l'invite à passer par 
Turin, promettant de lui faire l'accueil le plus empressé, 
ou, si ce détour vers le nord le retardait trop, de venir le 
rencontrer à Moncalieri. Jean décline l'invitation, sous 
prétexte qu'il lui faut faire diligence, en réalité pour des 
raisons politiques. En ce moment, les relations entre Fran- 
çois !«■" et le duc étaient plutôt tendues : le Roi réclamait à 
son oncle une partie de ses États et lui reprochait ses sym- 
pathies pour l'Empereur. Son attitude n'avait rien de ras- 
surant^. Charles II aurait profité du passage de Jean du 
Bellay pour être fixé sur les véritables intentions du Roi; 
mais notre cardinal ne se souciait pas de se mêler, sans 
ordre, à l'imbroglio savoyard. Aussi, sans tarder, passa- 
t-il outre, et par la Mirandole, où il eut une entrevue avec 
le comte, il se hâta vers Ferrare. 

Il avait là une mission délicate à remplir^. Le fils du duc 



1. Jean du Bellay à François I", Lyon, i5 juillet i535. Bibl. nat., 
fr. 5499, fol. 2o3 r°-204 v. — C'est sans doute à Lyon qu'il trouva 
l'évêque de Maguelonne, Guillaume Pellicier, qui fit route avec lui 
vers Rome. Après avoir franchi les Alpes, ils furent rencontrés par 
Claude Farel qui, de Turin, s'empressa de l'écrire à son frère Guil- 
laume, le 22 juillet : « Noz avons trouver en chemyn Monsieur de 
Paris, lequel s'ent va prendre le chappeau rouge, et [qui sera], 
comme je croyt, légat en France, à cause [que] les pous ont tué 
l'aultre [le chancelier Duprat]. L'evesque de Magalone luy fait com- 
paignie. » Herminjard, Correspondance des réformateurs dans les 
pays de langue française, III, p. 322. 

2. Jean du Bellay à François I", à Breton, sieur de Villandry, 
Carmagnolle, 18 juillet. Bibl. nat., fr. 5499, fol. 204 v°-2o5 r°; 3o8i, 
fol. 26. 

3. Voir à ce sujet A. Segre, Documenti di Storia Sabauda, p. iio 
et suiv. 

4. Sur ce qui suit, voir l'ouvrage déjà cité de Fontana, t. I, et 
celui de Rodocanachi, Une protectrice de la Réforme en Italie et en 
France, Renée de France, duchesse de Ferrare, Paris, 1896, in-8°. 



254 ^^ CARDINAL JKAN DU BELLAY KN ITALIE. 

de Ferrare, Hercule, avait, comme on sait, épousé, le 
28 juin i528, la seconde tille de Louis XII, Renée de 
France, la belle-sœur, ou, comme on disait alors, la 
« sœur » du Roi. Ce mariage, déterminé par des raisons 
politiques, n'avait pas été précisément heureux. L'har- 
monie ne régna pas longtemps dans le ménage. La pre- 
mière impression d'Hercule en voyant sa fiancée avait été 
une impression de désappointement. Renée de France 
n'avait aucune beauté, sauf ses cheveux : mal conformée, 
les joues rondes, le menton pointu, c'est surtout par les 
agréments de l'esprit qu'elle était capable de plaire. Or, il 
semble bien qu'arrivée à la cour de Ferrare, elle ne se 
soucia pas de conquérir son mari ni son entourage. Têtue, 
comme une bretonne qu'elle était, elle s'obstina à garder 
le costume français et à faire usage de la langue française. 
Elle avait été placée en Italie pour servir les intérêts du 
roi de France et elle ne le fit que trop comprendre. Surtout 
elle laissa prendre trop d'empire sur elle à son ancienne 
gouvernante, M'"'^ de Soubise, et à la fille de celle-ci, Anne 
de Parthenay, mariée à M. de Pons. Constamment, Her- 
cule trouvait entre sa femme et lui l'influence de M""= de 
Soubise, et cette influence était déplorable. Renée ne savait 
pas compter, et ce n'est pas à la cour de François P^ qu'elle 
aurait pu l'apprendre : elle donnait à tout venant, surtout 
lorsqu'il s'agissait de quelque pauvre Français qui, tout 
éclopé, cherchait à regagner la France. Ses charités incon- 
sidérées, une maison nombreuse, qui s'accroissait régu- 
lièrement de quelques unités nouvelles, grevaient lourde- 
ment le budget du duc de Ferrare. Parlait-on de réduire les 
dépenses, M'"'^ de Soubise de protester : est-ce de la sorte 
qu'on traitait une fille de France? Elle excitait Renée 
contre son mari et envoyait à la cour de François I'-''' des 
rapports aigres et calomnieux sur l'humeur déplorable 
d'Hercule, les mauvais traitements qu'il faisait subir à sa 
femme et dont souffraient aussi tous les Français de l'en- 
tourage de Renée. Ne s'était-on pas avisé, par exemple, de 
surveiller sa correspondance à elle, M"^»^ de Soubise, et de 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 255 

visiter les bagages qu'elle-même faisait venir de France 
pour les soumettre aux taxes accoutumées? Elle n'ajou- 
tait pas, il est vrai, que surveillance et visites s'expliquaient 
par le désir de réprimer les abus et la contrebande qui se 
faisaient en grand sous le couvert des noms de la duchesse 
et de sa gouvernante. 

Tant que le duc Alphonse vécut, il s'efforça d'empêcher 
un éclat et d'arranger les choses. Après sa mort (3 1 octobre 
1 534), Hercule voulut être maître dans son ménage comme 
dans son duché : le seul moyen était de se débarrasser de 
cette M'"^ de Soubise et de sa fille, qu'il jugeait pire encore 
que la mère. Celles-ci, aussi bien que Renée, avaient com- 
pris tout de suite, après la mort d'Alphonse, que l'ère des 
ménagements était passée. Tandis que la duchesse se pla- 
çait sous la protection de François I" et de Montmorency, 
les autres multipliaient les plaintes contre le duc. En 
février i535, François P'' jugea expédient d'envoyer à Fer- 
rare l'évêque de Limoges, Jean de Langeac, pour juger 
de visu de la situation, ramener le duc à de meilleurs sen- 
timents à l'égard de Renée et aussi le faire entrer dans une 
ligue qui contrebalancerait en Italie la puissance de l'Em- 
pereur. Hercule reçut cet ambassadeur extraordinaire 
comme on subit un affront : sous ses protestations de res- 
pect et de fidélité pour la maison de France, on sent 
l'humiliation. Le 4 juin, il écrit à son agent auprès de 
François I^^^ Feruffini, sa volonté : il a assez de ce « pur- 
gatoire », qu'on le débarrasse de M™e de Soubise et de sa 
fille le plus tôt possible, avant qu'il ne perde patience. Il 
ne peut plus les supporter chez lui : que le Roi les rap- 
pelle, cela sera plus honorable pour elles que d'être 
chassées. Tout au plus, pour ne pas contrister la duchesse, 
dont la grossesse est assez avancée, consentira-t-il ànepas 
exiger ce rappel avant la délivrance ^ 

C'est la réponse à cette lettre que portait Jean du Bel- 
lay, François P^ trouvait « si très estrange qu'il n'estoit 

I. Fontana, op. cit., I, p. 212-214. 



256 LR CARDINAL JICAN DU BELLAY EN ITALIK. 

possible de plus » le dessein du duc d'éloigner de la duchesse 
M™<^ de Soubise et sa fille. Il aurait bien voulu ne pas les 
rappeler, probablement parce qu'il redoutait les sympa- 
thies d'Hercule pour les Impériaux et qu'il tenait à avoir 
auprès de lui des agents sûrs et comme des espions. Jean 
du Bellay devait lui représenter que le Roi considérerait 
comme une injure personnelle le renvoi des Françaises. 
On le laissait libre d'employer la menace ou les promesses 
pour obtenir le résultat désiré. Dès Lyon, notre cardinal, 
craignant que la lenteur de son voyage ne donnât à Her- 
cule le temps de mettre son projet à exécution, lui envoya 
M. de Rambouillet pour lui faire part de sa mission. 
Arrivé à Ferrare le 22 juillet, il y resta quatre ou cinq 
jours. Le rapport qu'il envoya au Roi est très favorable à 
Renée ^ : « Vous avez icy une des plus bonnes et saiges 
femmes que je pense estre en ce monde, mais qui, pour 
vous porter l'affection et fidélité qu'elle porte, a eu jusques 
icy tout à souffrir et a encores, que, si vous la vouliez 
guères garder vifve, il fault que vous luy aidiez et que vous 
preniez sa protection, comme très bien vous avez com- 
mancé à faire. Elle a ung mary qui auroit bien besoing 
d'aultre conseil que celluy qu'il a... » Cependant il faut, 
dans les circonstances présentes, ménager un peu le duc. 
Jean du Bellay promet que, sitôt les couches faites, M'"^ de 
Soubise serait rappelée : il a promis même d'insister dans 
ce sens auprès du Roi. Il n'y avait rien à faire : Hercule 
voulait absolument être débarrassé de Mn^^de Soubise, et 
celle-ci le comprit si bien qu'elle manifesta, comme de son 
propre mouvement, son vif désir de rentrer en France. 
François h^ ne put refuser satisfaction au prince dont il 
voulait se faire un allié contre Charles-Quint. Dans une 
lettre qu'il lui adressait le 9 septembre suivant-, il prenait 



1. Jean du Bellay à François 1"" et à Breton, sieur de Villandry, 
Ferrare, 26 juillet. Bibl. nat., fr. 5499, fol. 204 V-aoy r"; 3ooo, fol. 20. 

2. Reproduite dans Fontana, op. cit., I, p. 214-215. — Voir aussi 
la lettre de François I" à Jean du Bellay, Eclaron, 3o aoiât i535. 
Bibl. Sainte-Geneviève, ms. b'ij, fol. 178 v°. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 257 

acte du « bon et honorable traitement » dont Hercule pro- 
mettait d'user envers Renée. « Laquelle nouvelle, ajou- 
tait-il d'un ton engageant pour faire passer l'amertume de 
l'humiliation, laquelle nouvelle ne m'a esté de moindre 
plaisir que de singulier contentement et satisfaction, ainsi 
que par raison et droit naturel je doys avoir et recevoir 
pour telle occasion. Et encores que ce soit chose que jus- 
tement madicte sœur mérite, si ne veulx-je oublier à vous 
en remercyer de bien bon cueur, vous advisant que la 
tenant par vous en telle estime et reputacion que vous 
devez, je n'auray moindre respect ne regard à tout ce qui 
touchera au bien, exaltacion et grandeur de vous et de 
vostre maison, que si vous estiez mon propre filz. Et quant 
au retour par deçà de la dame de Soubise, lequel surtout 
desirez estre de brief, ainsi que j'ay entendu par les lettres 
du cardinal du Bellay, il est chose que j'ay accordé à vostre 
ambassadeur estant par deçà, lequel à mon advis n'aura 
failly de vous l'avoir faict entendre. Il n'y aura point de 
faulte que, suyvant les continuelles supplications et 
requestes que me faict faire journellement ladicte dame de 
Soubize de luy permettre son partement pour s'en revenir 
par deçà, que je ne luy mande s'en revenir incontinant 
après les couches de ma dame sœur. Et pour ceste heure, 
mon frère, je ne vous diray riens davantaige, sinon que je 
vous prie bien et meurement penser et considérer de com- 
bien a esté grande l'amour et affection que je vous ay 
portée, vous appellant de si près en consanguinité avecques 
moy et si c'est ung moyen ou non pour perpétuer et don- 
ner lieu, establissement et seureté aux affaires de vous, des 
vostres et de vostredicte maison pour les causes que ung 
chascun peult veoir, cognoistre et toucher au doy et à 
l'œil... » 

Sous couleur de montrer les avantages de l'alliance 
française, cette dernière phrase prenait presque l'allure 
d'un reproche et d'une menace. Inspirée par Jean du Bel- 
lay, la lettre du Roi corroborait le langage de l'ambassa- 
deur. Entouré de zélés Impériaux, mécontent de M'"^ de 



258 LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 

Soubise et de l'évêquc de Limoges, ayant une confiance 
peui-ctre exagérée dans ses forces, Hercule penchait plu- 
tôt vers TEmpereur que vers le roi de France. Jean du 
Bellay ne s'obstina pas à vanter les profits immédiats que 
pourrait procurer à la maison d'Esté l'appui du Roi. Le 
duc, d'ailleurs, ne le réclamait pas et il pria Jean de ne pas 
s'entremettre, ou de ne le faire que comme de lui-même, 
dans « l'appoinctement » qu'il poursuivait avec le Saint- 
Siège. Le cardinal le prit d'assez haut, expliqua la raison 
pour laquelle François l'-r avait demandé à Hercule son 
adhésion écrite à la ligue. Ce n'était « ne si grand fonde- 
ment qu'il feist en son ayde, ne pour craincte qu'il eust de 
ses forces ». Mais il ne voulait pas, au cas où il viendrait 
en Italie et voudrait châtier ceux qui ne l'auraient pas 
servi, qu'on lui alléguât, en manière d'excuse, l'exemple de 
son beau-frère. Jean n'insista pas pour obtenir cette adhé- 
sion écrite, car il la jugeait non seulement inutile, — Her- 
cule s'empresserait toujours d'aller du côté du plus fort, 
— mais même nuisible : plus on paraîtrait attacher de 
prix au concours du duc, plus celui-ci serait tenté de le 
faire payer cher. Il se contenta donc de lui mettre en 
avant « qu'il pensast quel honneur se luy peult estre d'en- 
trer, sans y estre forcé ne par nécessité ne par raison, en 
capitulacion, dont le premier chef soit de forclorre les 
cousins germains de ses enffans hors de leur patrymoyne 
et prendre les armes contre la maison dont il a tant receu 
d'honneur que chacun sçayt ». Le roi de France était assez 
fort pour se passer du duc de Ferrare; le duc de Ferrare 
pouvait-il également se passer du roi de France? « Sou- 
venez-vous, concluait Jean, de ce que je vous dis comme 
vostre serviteur et désirant le bien et accroissement de 
vostre maison, pour estre de si près joincte à celle de France, 
c'est que le Roy est le prince du monde qui, quant la for- 
tune viendra, comme elle ne peult gueres tarder à venir, 
se soubviendra mieulx de ceulx qui auront faict bon ou 
maulvais debvoir envers luy et qui auront faict tant de luy 
que de ceulx et celles qu'il estime estre soy-mesmes le 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 259 

compte et l'estime qui s'en doibt faire... » C'est sur cette 
menace, qui liait le sort de Renée à celui de l'alliance 
française, que Jean du Bellay quitta Ferrare le 26 ou 
27 juillet ^ 

IV. 

Le cardinal du Bellay dut entrer à Rome dans les der- 
niers jours de juillet. Le 2 août, il fut admis en consis- 
toire^ et aussitôt, en compagnie de l'ambassadeur de 
France, Charles Hemart de Denonville, évêque de Mâcon, 
il entra en pourparlers avec le souverain pontife^. 

Il se rendit bien vite compte qu'il avait affaire à un tout 
autre personnage que Clément VII. Non seulement 



1. Jean du Bellay avait trouvé à Ferrare le frère du duc, Hippo- 
lyte, archevêque de Milan, qui était un ardent partisan de l'alliance 
française et désirait vivement venir en France. Il ne cherchait qu'un 
prétexte pour partir de Ferrare où le retenait son frère, qui crai- 
gnait d'indisposer les Impériaux en paraissant se rapprocher des 
Français. Un don de François I""", la nécessité de le remercier four- 
niraient une bonne occasion et feraient de Tarchevêque un excellent 
allié. Jean du Bellay offrit de lui faire accorder son abbaye de Bre- 
teuil en Picardie. François approuva; mais Hippolyte ne put 
cependant pas quitter Ferrare. Voir sa lettre du 27 juillet, Bibl. 
nat., fr. 3ooo, fol. 22, reproduite par Molini, Documenti di Storia 
italiana, II, p. 382. 

2. Carlo Capasso, op. cit., p. i3o. Quatre jours après, il recevait 
le titre de Sainte-Cécile qui avait été porté par le cardinal de Gra- 
mont. Voir la lettre de Gumppenberg à Érasme, Rome, 21 août i535, 
dans Briefe an Desiderius Erasmiis von Rotterdam, publiées par 
Joseph Fôrstemann et Otto Gunther, Leipzig, 1904, in-8°, p. 269. 

3. Nous n'avons pas les lettres que Jean du Bellay écrivit dans la 
première quinzaine de son séjour à Rome : en particulier celles du 
4 et du 7 août n'ont pas été retrouvées. Mais les négociations sont 
exposées dans un rapport sans date ni nom de destinataire, mais 
envoyé vers le 17 août par M. de Montreuil au grand maître Mont- 
morency. Bibl. nat., fr. 5499, fol. 207 r''-2i5 r". Cf. la lettre de 
l'évêque de Mâcon au chancelier Dubourg, Rome, 18 août i535 
(annonce le départ du sieur de Montreuil avec ce qu'a négocié Jean 
du Bellay). Bibl. nat., Dupuy 3o3, fol. 2. — Pour les lettres des 4, 
7 et 20 août, voir les réponses qu'y font Montmorency, 22 et 3i août, 
et Breton, 3i août. Bibl. nat., Dupuy 265, fol. 233, 235, 281. 



26o LK CARDINAL Jl'.AN DU BF.LLAY KN ITALIE. 

Paul III n'était pas d'une nature « si peureuse » que son 
prédécesseur, mais il se faisait du rcMe de la papauté une 
idée plus élevée et plus conforme à son caractère de puis- 
sance catholique, c'est-à-dire universelle. Parvenu au 
trône pontifical à l'âge de soixante-sept ans, ayant par 
suite l'expérience des affaires, mais sans compromission 
avec aucun parti, il lui était plus facile qu'au Médicis de 
rester en dehors et de garder la neutralité entre les deux 
rivaux dont le conflit partageait la chrétienté, le roi de 
France et l'Empereur. Cette neutralité lui paraissait indis- 
pensable pour la réalisation du grand dessein qu'il 
poursuivait. Deux dangers, aussi redoutables l'un que 
l'autre, menaçaient l'Église à ce moment : à l'intérieur 
l'hérésie, au dehors le Turc. Pour réduire la première, il 
voulait convoquer le concile que tous, réformés et catho- 
liques, réclamaient à grands cris; contre les Turcs, il son- 
geait à réunir dans une croisade commune toutes les forces 
de la chrétienté. La condition préalable de cet effort col- 
lectif, c'était la pacification du monde chrétien, la récon- 
ciliation de François I^r et de Charles-Quint : la neutra- 
lité du souverain pontife lui permettrait d'être arbitre 
entre les deux. Voilà qui était loin de la politique vacil- 
lante, des combinaisons à courte échéance, des intrigues 
misérables de Clément VII. Paul III prenait figure d'un 
grand pape. Mais en avait-il vraiment l'étoffe? Clément 
avait été Médicis et Florentin plus que souverain pontife : 
Florence et sa famille lui avaient, pour ainsi parler, caché 
les intérêts de la catholicité. A Paul III, Florence impor- 
tait peu; mais il était Farnèse et il avait une famille, 
et quelle famille! une fille Costanza, mariée au comte de 
Santa-Fiore, et un fils, le célèbre Pier Luigi^, aventurier 
sans scrupule, condottiere rapace, successivement au ser- 
vice de Venise, puis de Charles-Quint, excommunié par 



I. Voir sur ce personnage l'essai de F. de Navenne, Pier Luigi 
Farnese, Revue historique, t. LXXVII, p. 241-278; t. LXXVIII, 
p. 8-44. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 26 1 

Clément VII pour la part qu'il avait prise au sac de Rome 
de 1527; Pier Luigi, réplique abâtardie de César Borgia, 
devait être le mauvais génie de Paul III. Le souci d'assu- 
rer l'avenir de ses enfants et de ses petits-enfants, le népo- 
tisme, introduisit dans les projets grandioses du Pape des 
préoccupations matérielles, égoïstes qui en gênèrent l'exé- 
cution et en compromirent le succès. On tombait de nou- 
veau du ciel en terre, et en terre italienne! Comme Clé- 
ment, Paul III était amené à intervenir dans les querelles 
des États italiens, petits états, querelles mesquines, où la 
puissance du Pape avait peu à gagner et son prestige tout 
à perdre. Par l'intermédiaire du fils, on pouvait atteindre 
le père; en faisant du bien à la « case Farnèse », on escomp- 
tait la reconnaissance du chef de la famille, qui ne l'ou- 
bliait pas, encore qu'il fût devenu chef de la chrétienté. 

La promotion au cardinalat de ses deux petits-fils en 
novembre i534, l'intervention âpre dans l'affaire de Came- 
rino au printemps de i535 ', qui avait provoqué une éner- 
gique représentation de l'Empereur, avaient déjà montré 
combien les intérêts de famille tenaient au cœur du nou- 
veau pontife. Néanmoins, il avait affiché avec trop d'éclat 
son intention de convoquer promptement le concile et de 
garder une stricte neutralité entre François P'' et l'Empe- 
reur; il avait fait sonner si haut son dessein de pacifier la 
chrétienté et de veiller aux intérêts généraux de l'Église 
qu'il fallait avec lui soigneusement sonder le terrain avant 
de s'engager et ne pas risquer à contretemps une démarche 
qui pourrait en Paul III froisser le pontife ou blesser le 
Farnèse. Jean du Bellay employa à ces travaux d'approche 

I. La duchesse douairière de Gamerino désirait marier sa fille, 
héritière du duché, au tîls du duc d'Urbin, Guidobaldo délia Rovere. 
Paul III, qui avait déjà l'arrière-pensée d'y placer un de ses petits- 
fils, s'opposa à ce mariage ; et comme la duchesse avait passé outre, 
il lança contre elle et les princes d'Urbin l'excommunication et 
envoya même quelques troupes contre Gamerino que Guidobaldo 
vint défendre. Gharles-Quint insista pour empêcher la collision et 
il fut décidé que l'affaire demeurerait en l'état jusqu'à ce que l'Em- 
pereur fût revenu de son expédition contre Tunis. 



202 LE CARDINAL JlîAN Dtl BRLLAY KN ITALIE. 

et de reconnaissance toute sa finesse et sa dextérité. Non 
sans complaisance, il se vanta au bout de quelques 
semaines d'avoir gagne la conliance du Pape. Confiance, 
c'était beaucoup dire. Notre cardinal y mettait de la naï- 
veté, à moins que, ce qui est plus probable, il ne cherchât 
à se faire valoir. Toujours est-il que Paul III le voyait 
volontiers, et les audiences qu'il accordait aux Français 
furent de plus en plus nombreuses et généralement 
longues. Ce sont les ambassadeurs de Venise et de l'Em- 
pereur qui le constatent, non sans dépit. 

Dans les premiers entretiens, on se congratula, comme 
de juste. En phrases protocolaires et melliflues, toutes 
redondantes de superlatifs, on se tàta : le Pape cherchant 
l'arrière-penséequi se cachait sous les protestations royales 
de fidélité et d'absolu dévoùment au Saint-Siège et mani- 
festant un zèle qui paraissait sincère tant il était enthou- 
siaste pour le salut de la chrétienté; Jean du Bellay 
appuyant, flattant la politique pontificale, s'attachant à 
montrer ce qui, dans la politique de son maître, « redon- 
dait » à l'intérêt de tous, et, d'un mot jeté en passant, d'un 
membre de phrase glissé dans un développement général, 
indiquant, sans insister, que les Farnèse n'auraient pas à 
se repentir d'ajouter foi aux paroles du roi de France. 

Sans doute François 1^^ aurait pu demander au Pape de 
se « partialiser » en présence du tort que lui faisait l'Em- 
pereur. Mais de même qu'il avait consenti, sur les conseils 
de Paul III, à ne pas profiter de l'expédition de Tunis 
pour rentrer dans ses biens, de même maintenant il se 
contentait de demander la neutralité bienveillante du sou- 
verain pontife. Que celui-ci se montrât « père commung » 
de l'un et de l'autre, François ne recherchait rien au delà. 
Préférant les voies pacifiques, il serait heureux de mettre sa 
cause entre les mains d'un Pape en qui il avait pleine con- 
fiance. Cet appel à la médiation, qui répondait à l'un des 
plus chers désirs de Paul III et qui flattait son amour- 
propre, était une excellente entrée en matière. Le Pape ne 
cacha pas sa satisfaction. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 203 

On aborda alors la question du concile, sur laquelle on 
« demeura longuement ». Par le menu, Jean raconta les 
négociations poursuivies par le Roi en Allemagne. Il les 
connaissait dans les plus petits détails pour les avoir en 
grande partie conduites de compagnie avec son frère Guil- 
laume. Il savait aussi la pensée et l'arrière-pensée du Roi, 
pour avoir eu avec lui de longs entretiens durant le voyage 
de Picardie, au moment où fut décidée l'invitation offi- 
cielle à Mélanchthon. Paul III parut prendre à ces propos 
« très grand plaisir », surtout lorsque lui fut affirmée l'in- 
tention que nourrissait le Roi de « n'estre pour consentir 
ou dissentir sinon en la forme et manière que sa Saincteté 
le trouveroit bon ». Sa Sainteté n'était pas habituée à tant 
de condescendance. « Elle gousta ce point tant que à mer- 
veilles et aultant ou plus que nul des aultres, et elle se sent 
en cest endroict et article trop braveigé des aultres... » 
Les autres, c'étaient les Impériaux qui, même lorsqu'ils 
protestaient de leur soumission, ne se départaient pas de 
leur morgue et de leur hauteur habituelles. Maintenant 
surtout que Charles-Quint l'avait emporté à Tunis, — la 
nouvelle de la victoire du 21 juillet était parvenue à Rome 
dans les premiers jours d'août, presque en même temps 
que Jean du Bellay, — ils gardaient moins de ménage- 
ment. En l'occurrence, notre cardinal crut pouvoir risquer 
une invite discrète. Exposant au Pape que « le Roy est pour 
luy porter toutes commoditez et nulle incommodité », il 
ajouta : « Quant à cest article du concilie, il [le Roi] est 
pour servir tousjours à Sadicte Saincteté, où elle se por- 
tera envers luy comme elle doibt, de telle ouverture qu'elle 
vouldra et ayans eulx deux bonne et secrette intelligence 
ensemble. Elle pourra accorder des choses que par appa- 
rance extérieure il fauldra qu'elle accorde qui seront par 
intelligence secrette avec luy rompues sans monstrer 
qu'Elle s'en mesle, comme de la difficulté des lieux, des 
temps et personnes et aultres jeuz semblables qu'Elle ne 
pourroyt jouer et qui se pourront conduire à sa dévotion 
saigement par ledict seigneur sans qu'on saiche que Sa 



264 LE CARDINAL JEAN DU RELLAY EN ITALIE. 

Saincteté s'en mesle. » La phrase est entortillée, comme 
la proposition : elle est faite pour donner à réfléchir. Il 
ne s'agit plus ici de neutralité, c'est presque de la compli- 
cité, « une bonne et secrette intelligence » ! 

François I"est prêt à faire tous les sacrifices pour con- 
tribuer au salut de la chrétienté. Contre les Turcs, à con- 
dition que préalablement l'Empereur satisfasse à ses récla- 
mations ou du moins mette l'objet du litige sous séquestre 
entre les mains de Sa Sainteté, toujours l'idée de média- 
tion et d'arbitrage, contre les Turcs, il est prêt à exécuter 
toutes ses promesses et à mettre en ligne les forces dont il 
a plusieurs fois parlé. Mais n'y a-t-il pas pour la papauté 
d'autres ennemis que le Turc, et plus rapprochés, sur- 
tout maintenant, en août i535? Ici encore Jean du Bellay 
insinue un soupçon, glisse une avance. Il peut surgir 
« ung cas soudain et inopiné », menaçant pour Sa Sainteté. 
C'est pourquoi le Roi a chargé son ambassadeur « de 
parler particulièrement à chacun des serviteurs qu'il a par 
deçà pour les faire secrettement tenir prestz et en ordre 
avec tous leurs amys, afïin que si quelque cas inopiné sur- 
venoit à Sa Saincteté, d'homme qui le voulust contraindre 
ou oppresser, quoy que ce peut estre, ilz feussent tout à 
ung coup ensemble pour vivre et mourir aux pieds de 
Sa Saincteté ». Paul III ne trouve pas cela mauvais, il 
apprécie Stéfano Colonna, à qui Jean du Bellay a déjà 
parlé, Renzo da Ceri, qu'il verra bientôt. Encouragé, notre 
cardinal poursuit, évoquant les souvenirs encore vivaces 
du sac de Rome et des tribulations de Clément VIL 
« Cela n'est synon pour pourveoir, comme dict est, à ung 
cas soudain et inopiné; mais là où il fauldroit jouer le 
gros jeu et que ledict seigneur en seroit recherché, il feroit 
comme ont faict ses prédécesseurs qui ont acquis en partie 
le nom et tiltre de très chrestien pour remectre les papes 
en leurs sièges et chastier les tyrans qui les en avoient 
ostez; et pour estre plus prest et à main de ce faire, ledict 
seigneur faisoit son compte, après avoir faict ses monstres 
en la Champaigne et Bourgongne venir aussi les faire en 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 205 

Daulphiiié et s'arrester à Lyon, ayant ses forces sy près de 
soy, soubz couleur desdictes monstres, qu'il seroit à ung 
besoing tout prest à faire ung grand efifect. « Et voilà 
notre cardinal énumérant les ressources du roi de France, 
hommes de pied, de cheval, finances, dont il disposait dans 
son royaume et au dehors. Il ne craignait pas d'enfler les 
chiffres, et, comme Sa Saincteté demandait, avec intérêt, 
si vraiment François !«'■ avait fait remettre à Rome l'argent 
nécessaire, et qu'il paraissait attribuer à cela une extrême 
importance, préférant un acte à toutes les belles paroles, 
sans sourciller Jean affirma que cette remise était immi- 
nente, etl'évêque de Mâcon, pris en témoin, corrobora les 
dires de son collègue. L'inquiétude du Saint-Père semblait 
de bon augure pour l'avenir. Provoquée par la récente 
victoire de Charles-Quint, elle encourageait les avances 
des Français; elle allait couvrir, sinon justifier, leurs 
intrigues dans toute l'Italie. 



V. 



Depuis quarante ans que les rois de France bataillaient 
et intriguaient dans la péninsule, ils y avaient acquis et se 
préoccupaient d'y entretenir, tout comme leurs adversaires, 
rois d'Espagne ou empereurs, une nombreuse clientèle. 
Comme l'Allemagne, l'Italie était un marché d'hommes 
qui passaient de l'un à l'autre et se vendaient au plus 
offrant. Le marché italien était plus varié que l'allemand, 
achalandé seulement en soudards, reîtres ou lansquenets; 
hommes de plume et hommes d'épée, artistes de l'intrigue 
et virtuoses de la trahison, diplomates, scribes et condot- 
tieri y abondaient, souples et fiers, avides et faméliques, 
surveillant l'horizon, humant le vent, toujours prêts à se 
précipiter vers celui qui paraissait devoir leur apporter 
fortune, puissance et gloire. 

Pour ce monde, la rivalité de François pr et de Charles- 
Quint était une bénédiction et les menaces de guerre une 
bonne aubaine. L'Empereur était peut-être plus fort, mais 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. V. l8 



266 LK CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 



le roi de France était certes plus riche : angelots et écus 
au soleil exerçaient sur lous ces oiseaux de proie une fas- 
cination que connaissaient bien tous les agents de France 
en Italie. Lors de sa première mission à Rome, Jean du 
Bellay avait subi maintes doléances et accueilli force 
requêtes, avec promesse de les transmettre h qui de droit, 
et à ce moment le vent était h la paix ! Qu'est-ce que cela 
allait être au milieu de i535, alors qu'une rupture était en 
perspective? 

Dès que l'on connut à Rome la venue prochaine du 
nouveau cardinal, les anciennes connaissances affluèrent 
à l'ambassade de France et firent leurs offres de service ^ 
Il n'avait pas encore franchi les monts qu'il était déjà 
assailli de demandes"-*. Un Orsini, l'abbé de Farfa, qui 
s'était déjà présenté à Rome l'année précédente pour rem- 
placer son frère assassiné, le fameux Napoleone Orsini, 
l'abbé de Farfa requérait l'appui du Roi pour être préféré, 
dans une promotion au cardinalat, à son cousin Leone 
Orsini : il se faisait fort de ramener à la part française 
son autre frère Geronimo, ardent impérial cependant. Ces 
Orsini étaient aussi actifs que divisés : ils entretenaient 
des factions puissantes devant lesquelles des papes avaient 
tremblé et dont l'Empereur avait apprécié le concours. 
En attendant les ordres du Roi, Jean répondit en termes 
encourageants, quoique vagues. 

A Carmagnola, chez le marquis de Saluées, il rencontra 
un envoyé du châtelain de Musso, ce Jean-Jacques Mede- 
chino ou le Medequin, assassin et condottiere dont 
Charles-Quint avait fait un marquis de Marignan et qui, 
sur les bords du lac de Côme, jouait au souverain indé- 
pendant tout en razziant le voisinage^. Ce Medequin, qui 

1. Marrette à Jean du Bellay, Rome, v juin i535. Bibl. nat., 
Dupuy 264, fol. 1 53-1 54. 

2. Lettre citée de Jean du Bellay à François I"", Lyon, i5 juillet. 
La réponse de François I" est du 26 juillet. Bibl. nat., Dupuy 265, 
fol. 25o-25i. Relativement aux Orsini, il approuve la réserve de Jean 
du Bellay. 

3. Lettre citée de Jean du Bellay à François I'"', du 18 juillet. La 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 267 

avait autrefois combattu pour la ligue de Cognac, méditait 
un mauvais coup contre Antoine de Leyva : il avait une 
« pratique » pour entrer dans Pavie, Biagrasso et Arona 
et les mettre entre les mains de François !<=■■, si celui-ci le 
jugeait bon et promettait quelques subsides. L'affaire, 
agencée depuis longtemps, ne comportait plus de retard, 
et le Medequin n'était guère d'humeur à temporiser. Mais, 
sans ordre exprès de son maître, Jean ne pouvait rien 
décider : qu'on entretînt les choses en l'état jusqu'à la 
réponse royale. 

Avant d'arriver à Ferrare, Jean s'arrêta à la Mirandole. 
Il avait charge de s'entretenir avec le nouveau comte, 
Galeotto Pico, qui, en octobre i533, s'était emparé de la 
ville par surprise après avoir supprimé son oncle Jean- 
François et son cousin Albert. Galeotto s'était aussitôt 
placé sous la protection du roi de France. La situation de 
la Mirandole était excellente : de là on pouvait en effet sur- 
veiller le Milanais, les états de Venise et ceux du duc de 
Ferrare, nouer des intrigues aux alentours, préparer des 
surprises et abriter des bannis. Aussi François I^"" s'em- 
pressa-t-il d'accepter et accorda-t-il au comte une pension 
de 6,000 livres. Mais, à la cour de France, les payements 
n'étaient rien moins que réguliers : en avril i535, le comte 
se plaignait amèrement à Montmorency de ne rien voir 
venir'; l'évéque de Limoges avait apporté de bonnes 
paroles, mais pas un écu. Jean du Bellay apportait enfin les 
6,000 livres. Le comte « Galliot » demanda de nouveaux 



réponse de François P' est du i5 août : « Pour le présent, les choses 
sont réduictes en sorte qu'il ne fault essayer ne tempter d'exécuter 
aucunement la praticque dont est question, pour les causes et rai- 
sons que vous mesmes povez penser et considérer. Bien suis-jc 
d'advis que lesdictz personnages entretiennent toujours ladicte pra- 
ticque vifve le plus sagement et secrètement qu'ilz pourront, affin 
de la mectre à exécution quand il sera temps et que les affaires et 
occasions le pourront porter... » (En chiffres, déchiffrement interli- 
néaire). Bibl. nat., Dupuy 265, fol. 253. 

I. Le comte de la Mirandole à Montmorency, 20 avril i535. Bibl. 
nat., fr. 3o2o, fol. 5i. 



268 LK CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 

subsides; il se trouvait « à la gueulle du loup » et se pré- 
tendait menacé par Antoine de Leyva et les Impériaux. 
Si Charles-Quint venait en Italie, ceux-ci s'efforceraient 
d'emporter la Mirandole. Il fallait donc faire des amas de 
munitions, « commed'huilles, pouldres et autres besongnes 
requises en une place assiégée ». Avec le concours de son 
beau-père, Lodovico di Gonzaga, sieur de Bozzolo, et de 
son beau-frère Cagnino di Gonzaga, le Cagnin, il s'en- 
gageait à faire de sa ville un grand arsenal français dans 
l'Italie du Nord^ Pour cela, 10,000 écus au moins étaient 
nécessaires. La somme était raisonnable. Jean promit 
d'exposer le tout au Roi et ne voulut de lui-même prendre 
aucun engagement. Il conseilla au comte de se tenir en 
rapports fréquents avec l'évêque de Limoges, notre 
ambassadeur à Ferrare, et de lui écrire à lui-même à 
Rome : il mettrait tout en œuvre pour lui faire obtenir 
satisfaction 2. 

Rome était le principal foyer de toutes les intrigues : 
c'est là que Jean du Bellay allait centraliser toutes les 
demandes, de là qu'il allait négocier tous les marchan- 
dages. Il s'était, nous l'avons vu, ouvert de ses intentions 
au Pape, et c'est avec le consentement de celui-ci, sous son 
patronage pourrait-on dire, qu'il prétendait agir. Plai- 
sante complicité, belle couverture en vérité! Il n'est pas 
défendu de croire, cependant, que Paul III ne fut pas dans 
tous les secrets. Jean du Bellay aurait été bien naïf de lui 
dévoiler certaines pratiques dont le Roi pouvait tirer parti, 
mais que le Saint-Siège avait intérêt à contrecarrer, quand 
ce n'aurait été que pour s'en prévaloir auprès de l'Empe- 
reur. 

Il embauche des condottieri : Stefano Colonna d'abord, 
que François !«' connaissait bien pour l'avoir déjà employé 



1. Le Cagnin à Jean du Bellay, 26 août i535. L'évêque de Limoges 
à Jean du Bellay, i""' septembre. Bibl. nat., Dupuy 264, fol. 177; 265, 
fol. 99. 

2. Jean du Bellay à 1 evêque de Limoges, Pérouse, 12 septembre. 
Bibl. nat., fr. 5499, fol. 224 r-226 r°. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 269 

en 028 et 1529 et lui avoir payé une pension annuelle de 
4,000 livres. Le Pape avait « grand foy » en lui et l'esti- 
mait beaucoup. De son côté, Colonna désirait fort être 
traité par le roi de France comme l'avaient été certains 
autres capitaines avant lui. En lui mettant au col son 
ordre et en lui « haulsant » un peu son « estât », le Roi se 
l'attacherait inébranlablement. Jean du Bellay s'en por- 
tait garant. Son plaidoyer fut convaincant. Colonna obtint 
ce qu'il souhaitait'. Il en fut de mêmepour un autre capi- 
taine, Jean de Turin, que la mort inopinée du cardinal de 
Médicis, au début d'août, venait de laisser sans patron, et 
qui aurait volontiers passé au service de la France 2. A 
Rome, on en faisait grand cas, amis et ennemis. Stefano 
Colonna l'avait en particulière estime : il lui avait vu faire 
à Florence, « où il avoit charge de gens de pied, choses 
incroyables », et pensait « que de son estât la terre nepor- 
toit son pareil en hardiesse, loyaulté et conduicte ». Pour 
le tenir en haleine, Jean du Bellay lui donna « de quoy 
soy entretenir honnestement » jusqu'à la réponse du Roi. 
Cette réponse, avec de pareilles références, ne pouvait être 
que favorable : François !«■" accorda 200 écus et permit 
d'aller jusqu'à 5oo livres, avec ordre pour le moment de 
demeurer en Italie, où Jean de Turin pouvait rendre plus 
de services qu'en France. 

Jean de Turin était un nouveau venu au parti de la 
France. La famille de Renzo da Ceri, un Orsini encore, 
était au contraire déjà favorablement connue de Fran- 
çois I^"". Le chef Renzo avait vaillamment combattu pour 
le Roi, notamment au siège de Marseille en 024, puis au 
siège de Rome en 1527, enfin dans les Pouilles en 1529^. 
Il vivait, à ce moment, retiré dans ses terres; mais son fils, 

1. Rapport cité du 18 août, Jean du Bellay à François I"", Rome, 
3 septembre. Bibl. nat., fr. 5499, ^o'- 2i5 r°-2i5 bis V. Réponse de 
Montmorency, 23 septembre. Bibl. nat., Dupuy 265, fol. 238-240. 

2. Lettre citée de Jean du Bellay à François I" du 3 septembre. 
Réponse de François P"', 20 septembre. Bibl. nat., Dupuy 265, fol. 252. 

3. Voir sur Renzo la notice de M. Emile Picot, Les Italiens en 
France au XVI° siècle^ dans le Bulletin italien, I, p. 116-117. 



270 LE CARDINAL JEAN HTI BELLAY EN FTALIK. 

Jean-Paul Orsini, brûlait de se distinguer, comme son 
père, au service du Roi'. Il se flattait d'amener à F'ran- 
»;ois I"^"" 10,000 hommes, et, quand Jean du Bellay otfrit une 
pension, il aflecta un beau désintéressement, trop inat- 
tendu pour être sincère : ce que voulait notre homme, 
c'était qu'on fit « compte de luy », comme on avait fait du 
Cagnin ou du comte de la Nivolare 2, être attaché h la per- 
sonne du Roi en qualité de gentilhomme de la Chambre, 
avec une pension appropriée et la promesse d'une « charge 
honneste » s'il survenait quelque guerre. Il était d'autant 
plus urgent d'agir que Jean-Paul était h ce moment recher- 
ché des Impériaux par l'intermédiaire de son beau-père, 
Virginio Orsini, comte de Languilara, capitaine des 
galères du Pape, qui pendait « plus du costé de l'aigle que 
de la fleur de lys ». Le Roi comprit : il donna à Jean-Paul 
une place de gentilhomme de la Chambre, 1,200 livres 
d' « estât » et 3, 000 francs de pension, et, après la mort de 
Renzo, le commandement de la compagnie de son père et 
les terres que ce dernier possédait en France^. Jean-Paul 
devint un allié fidèle du Roi, et Jean du Bellay put même 
espérer un moment que, par le gendre, il pourrait gagner 
le beau-père. 

Un autre Orsini, Jean-François, comte de Petigliano, 
depuis longtemps avait fait transmettre par les cardinaux 
français des offres à François I=r. H espérait que Jean lui 
rapporterait une réponse catégorique; il fut déçu. Le 
cardinal prodigua les bonnes paroles, essaya d'obtenir 
quelque chose en vantant les forces du comte. « Il a, écri- 
vait-il ^, trois ou quatre fort bonnes places qui regardent 
qui les Senois, qui terre du Pape, qui la marine; est des 

1. Rapport cité de Jean du Bellay du 18 août. Réponse citée de 
Montmorency, 23 septembre. 

2. Annibal de Gonzague, comte de La Nivolare, était gentilhomme 
de la Chambre, chevalier de l'Ordre, avec 6,000 livres de pension 
annuelle. 

3. Par lettres du 21 mars i535. Catalogue des actes de Fran- 
çois /''■, n°' SSyo, 8457. 

4. Rapport cité du 18 août. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 27 1 

plus grands seigneurs de ceste part d'Itallie et des plus 
honnestes hommes et d'aussy gentil cueur et mieulx affec- 
tionnez à nostre part, comme pieczà il eust monstre si le 
pappe Clément ne l'en eust empesché. » Il se serait con- 
tenté, en attendant mieux, de 3,ooo livres de pension. Nous 
ignorons si François I«'' consentit à débourser la somme 
proposée. Ce qui est sûr, c'est que le comte de Petigliano 
ne passa définitivement au service du roi de France que 
plus tard, par un traité en bonne et due forme du 28 juin 
i537*. 

En même temps qu'il racolait, en vue de la future guerre, 
les meilleurs chefs de bandes de l'Italie, Jean du Bellay 
entretenait les pratiques déjà combinées pour surprendre 
au moment opportun Livourne, Sienne, Florence. Il était 
en relations avec les exilés de ces deux dernières villes et 
plus particulièrement avec les Florentins et avec les adver- 
saires mortels du duc Alexandre de Médicis, avec Philippe 
Strozzi et ses fils. Par sa femme Clarisse de Médicis, 
morte le 3 mai i528, Philippe Strozzi était l'oncle de 
Catherine de Médicis, et il avait accompagné celle-ci à 
Marseille quand elle vint épouser le duc d'Orléans. Il avait 
ensuite séjourné quelques mois à la Cour, où, par son 
esprit et son amabilité, il avait conquis la faveur de Fran- 
çois I^"". Revenu en Italie à l'avènement de Paul III, il 
s'était mortellement brouillé avec le duc Alexandre, et il 
groupa contre lui les forusciti qui désiraient délivrer Flo- 
rence. Il escomptait l'appui du roi de France, comme 
celui-ci escomptait le concours financier de Strozzi. Phi- 
lippe était, en effet, à la tête d'une maison de banque très 
puissante qui possédait des succursales à Lyon, à Venise. 
Par l'intermédiaire des Strozzi, et fort de ses créances, 
François I^"" pensait pouvoir faire remettre secrètement à 
ses protégés et à ses clients les sommes nécessaires et au 
besoin mettre à contribution ce rival des Fugger. Jean du 
Bellay avait de fréquents entretiens avec Philippe Strozzi, 

I. Dumont, Corps diplomatique, IV, partie II, p. i52. 



272 Lr: CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 

et cela donnaii confiance en la solvabilité de ses pro- 
messes, surtout à Rome, où la richesse de Strozzi était 
proverbiale' et où Jean du Bellay n'avait pas trop de 
toutes les ressources de son esprit et de sa bourse pour 
déconcerter les menées des Impériaux et accroître la 
clientèle du roi de France. 

Embaucher des condottieri en vue d'une guerre pos- 
sible, c'était utile sans doute, mais non urgent; gagner les 
cardinaux dans le Sacré -Collège, les membres de la 
famille Farnèse pour agir sur l'esprit et sur le cœur du 
Pape, c'était indispensable et tout de suite, car la victoire 
de l'Empereur à Tunis et sa venue en Sicile avaient donné 
plus d'intensité à la lutte diplomatique qui se poursuivait 
autour du Saint-Siège. 

Dans le Sacré-Collège, les Français avaient perdu un 
partisan dans la personne du cardinal de Médicis, décédé 
subitement, et non sans soupçon de poison, au début du 
mois d'août-. Mais on pouvait compter non seulement sur 
le cardinal de Boulogne, Philippe de La Chambre, mais 
sur Trivulzio, sur Grimani, sur les cardinaux de Pistoia, 
de Trani et de Matera, tous gens de crédit et bien vus du 
Pape. Palmieri avait reçu 1,000 écus de pension; pour 
avoir ses coudées franches, il préférait une pension secrète, 
et Jean offrait jusqu'à 4,000 francs. Il y avait deux person- 
nages sur lesquels Jean du Bellay attirait tout particuliè- 
rement l'attention du Roi, Ghinucci et Messer Ambrogio 
Ricalcati, le secrétaire du Pape. « Car, écrivait-il du pre- 
mier^, oultre le lieu qu'il tient au Colleige pour y en avoir 
si peu de ses semblables, nostre Sainct-Père le appelle 
plus à son conseil, tant en matière d'estat qu'aultres 



1. « Après les Fourques de Auxbourg [Fugger d'Augsbourg] en 
Almaigne, il est estimé le plus riche marchand de la chrestienté. » 
Rabelais, lettre à l'évêque de Maillezais, du 3o décembre i535. 

2. L. Madelin, Journal d'un habitant français de Rome, dans les 
Mélanges de l'École de Rome, 1902, p. 262. 

3. Lettre citée de Jean du Bellay à François I", du 3 septembre. 
Réponse de François l"" du 20 septembre. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 278 

matières, que sans comparaison nul des aultres. L'Empe- 
reur et le roy d'Angleterre luy ont tout osté, et, sans ce que 
nostredict Sainct-Père luy mect de pratlcques pour le 
nourrir, je croy qu'il ne luy demoureroit que la chappe 
dessus la chemise. » Quant à Messer Ambrogio, c'est, 
auprès du Pape, « le seul entre tous ses ministres qui a 
congnoissance de ses affaires d'estat ». On le tenait aupa- 
ravant « pour bon impérial ». Jean du Bellay affirmait 
l'avoir ramené à de meilleurs sentiments, et il concluait : 
« Sire, il vous toucheroit plus à cinquante pour cent 
d'avoir ces deux personnaiges vostres en ce temps qu'en 
nul aultre, et si je ne craignoye estre reprins de présump- 
tion, je vous vouldroye conseiller de prendre jusques à 
mil ou douze cens escuz de rente pour l'ung et quelque 
peu moins pour l'autre des mains de voz serviteurs dont 
privéement les pouvez prendre et les envoyer à ces deux 
personnaiges pour les vous obliger et contanter ». Fran- 
çois I^"" ne pouvait que se montrer bien disposé à l'égard 
de personnages si chaudement recommandés, et si Messer 
Ambrogio garda toujours des sympathies pour les Impé- 
riaux, Ghinucci se montra au contraire « bon Français». 
Il y avait un autre cardinal qu'il était important de 
gagner, le cardinal Farnèse. Ce « cardinalcule », qui venait 
d'hériter des dépouilles du cardinal de Médicis', était le 
petit-fils du Pape. Jean du Bellay lui annonça que Fran- 
çois pr disposerait volontiers en sa faveur des bénéfices 
qui viendraient à vaquer au royaume jusqu'à 10,000 livres 
de revenu par an, et, si le Milanais était recouvert, il y ajou- 
terait pour 6,000 ducats d'autres bénéfices ; cela devait aller 
au cœur du grand-père^. C'était aussi une excellente 
introduction auprès du père, Pier Luigi. Celui-ci était 
très recherché des Impériaux, et Paul III se proposait de 



1. Le 23 août, il avait été fait vice-chancelier de l'Église, avec le 
palais et la maison qu'avait eus le cardinal de Médicis. L. Madelin, 
art. cit., p. 296. 

2. François l"' à Jean du Bellay, 26 juill. i535. Bibl. nat., Dupuy 265, 
fol. 25o-25i. 



374 LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 

l'envoyer au-devant de Charles-Quint en Sicile. Raison de 
plus pour redoubler d'efforts et n'être pas avare de pro- 
messes. Jean du Bellay avait auprès de lui un geniilhonime 
romain dont il fait un vif éloge, mais dont, malheureuse- 
ment, il ne nous révèle pas le nom. L'offre de 10,000 livres, 
du collier de l'Ordre et de revenus assis sur le Milanais, 
lorsqu'il aurait fait retour à la France, ne suffisait plus. 
Jean se risqua à parler vaguement d'un projet de mariage; 
un enfant de Pier Luigi, fils ou fille, épouserait un 
prince ou une princesse française ^ Cela n'engageait pas à 
grand'chose, mais suffisait à prévenir une offre analogue 
des Impériaux. C'était une manière de prendre date, et 
Paul III ne pouvait qu'être flatté et séduit à la perspec- 
tive d'une union de la « case Farnèse » avec la maison de 
France. La faveur de Jean du Bellay paraissait croître de 
plus en plus. On s'en aperçut à la fréquence et à la lon- 
gueur des audiences qui lui étaient accordées. 

Les choses semblaient donc en bonne voie. Mais pour- 
quoi fallait-il que Jean du Bellay rencontrât des obstacles 
du côté même où il attendait du secours? Dans ses 
lettres, il se plaint amèrement de ne pas recevoir régu- 
lièrement des nouvelles de la Cour 2. Il ne sait rien, 
ou pas grand'chose, de ce qui se passe en France, des 
intentions du Roi. Les déplacements incessants de Fran- 
çois !«'■, une maladie du duc d'Orléans, la rivalité du grand 
maître Montmorency et de l'amiral Chabot, autant de 
raisons qui retardent la correspondance officielle. L'igno- 
rance dans laquelle on laisse notre cardinal est d'autant 
plus dangereuse que le Pape est très bien renseigné par son 
nonce, l'évêque de Faenza, et aussi par certains « escrip- 
veurs », dont les indiscrétions sont des plus regrettables. 
C'est ainsi que Paul III a eu vent de l'entrevue qui a été 
ménagée, vers le milieu du mois d'août, entre la régente 

1. Autre lettre de Jean du Bellay à François I", du 3 septembre. 
Bibl. nat., fr. 5499, fol. 216 r°-2i9 v°. 

2. Jean du Bellay au cardinal de Lorraine, à Montmorency, 3 et 
12 septembre. Bibl. nat., fr. 6499, fol. 219 ¥"-224 r". 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 27 D 

des Pays-Bas, Marie de Hongrie, et la reine de France, 
Éléonore. Dans quel but cette entrevue, sinon pour pré- 
parer un rapprochement de François I«r avec Charles- 
Quint? Tandis qu'à Rome Jean du Bellay « cornait » la 
guerre, à Cambrai, Tamiral et la reine négociaient la 
réconciliation. François P»" jouait donc double jeu? Jean 
du Bellay affirmait ne rien savoir, en jurait ses grands 
dieux. Cela paraissait encore plus suspect au Pape. Il 
fallait donc, si l'on voulait réussir, donner plus de régu- 
larité à la correspondance officielle et surtout empêcher 
ces correspondances occultes. A mots couverts, Jean 
dénonçait les auteurs des indiscrétions : un grand sei- 
gneur, le duc d'Albanye, un scribe, le secrétaire du sieur 
de Villandry. A Rome, il avait à se méfier d'un agent du 
cardinal de Lorraine, Paule Porte, « vray espye des 
Impériaulx » , et même du secrétaire de l'ambassade, 
Nicolas Raince. Ce dernier, dit-il, « donne icy tant de 
trouble aux affaires du Roy par son imprudence (sans que 
je voye moyen que, de nous, nous y puissions donner 
remedde) que nous avons plus affaire à luy et nous guarder 
de luy que de ceulx qui nous portent volunté contraire... 
J'entendz bien que les vercoquins qu'il a en la teste ne 
prennent racyne du tout en l'aer de Rome et qu'ilz 
viennent bien de plus loing ». On prendra à Rome des 
précautions, mais c'est de France qu'il faut agir si l'on 
veut couper le mal dans sa racine. Et il ajoute, non sans 
amertume : « C'est grand pitié que aultant pour à force 
de travailler pour ledict Seigneur on profitte, aultant 
indiscrettion d'aultruy en rompe! » Et cela juste au 
moment où l'approche de l'Empereur commandait plus 
de réserve et un jeu plus serré. 



VI. 



Le 20 juillet, Charles-Quint avait été vainqueur devant 
Tunis. La nouvelle provoqua en Italie une stupeur mêlée 



276 LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 

d'inquiétude, plutôt que de l'enthousiasme*. L'inquiétude 
grandit lorsque Ton apprit que l'Empereur, incapable 
d'achever son expédition par une croisade contre Cons- 
tantinople, faisait voile vers la Sicile : le 20 août, il débar- 
quait à Trapani, après une traversée des plus agitées; le 
3 septembre, il arrivait à Monreale, convoquait à Palerme 
pour le milieu du mois les étals de Sicile et annonçait son 
entrée à Naples pour le début de novembre au plus tard^. 

Toute l'Italie était en suspens. Chacun aurait désiré se 
faire bien venir du vainqueur; mais, dans l'ignorance où 
l'on était de ses véritables intentions et de sa puissance 
réelle, on n'osait trop risquer une démarche qui pourrait 
compromettre l'avenir. Venise adressait des félicitations 
ambiguës. Le duc de Ferrare annonçait qu'il viendrait à 
Rome, faisant entendre qu'il pousserait peut-être jusqu'à 
Naples, sans s'y engager cependant. Sforza faisait courir 
le bruit qu'il y voulait aller. « Et soubz couleur de ce, 
observe l'évêque de Mâcon, a mys une imposition de 
cent mil escuz sur ses subgectz. Toutesfoys, pour craincte 
qu'il a du Roy, mesmement de sa venue à Lyon, il ne bou- 
gera de la duché de Milan, comme aussi ne fera de Flo- 
rence le duc Alexandre, craignant que en son absence 
quelque autre prist le nid qu'il usurpe^. » Leduc d'Urbin 
s'excusait; seul le duc de Mantoue faisait ses préparatifs, 
car il comptait obtenir de l'Empereur le Montferrat. 

Le plus embarrassé de tous était peut-être Paul IIL 
L'opposition de l'Empereur dans l'affaire de Camerino 
l'avait profondément blessé. Il y avait vu l'indice d'une 
mauvaise volonté dont le refus d'accorder le siège vacant 
de Jaen-* à un petit Farnèse lui parut une nouvelle mani- 



1. Lope de Soria à Charles-Quint, Venise, 9 août. Calendar of 
State Papers, Spanish, V, n, n" 192. 

2. Gaetano Capasso, Il governo di don Ferrante Gon:^aga in Sici- 
lia dal i535 al i543. Palerme, 1906, p. 1-9. 

3. L'évêque de Mâcon au chancelier Dubourg, 23 septembre. Bibl. 
nat., Dupuy 3o3, fol. 11-12. 

4. Par la mort en juillet i535 de Esteban Gabriel Merino. Le siège 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 277 

festation. Les insinuations des Français vinrent encore 
envenimer cette plaie*. Il est vrai qu'à Rome et autour 
du Pape les Impériaux, depuis la victoire de Tunis, par- 
laient sans ménagement et colportaient, en les attribuant à 
leur maître, des expressions plutôt dures, jusqu'à dire par 
exemple, à propos de l'évêché de Jaen, « que si Sa Sainc- 
teté avoiî faict une telle erreur et avoit une si mauvaise 
conscience que d'avoir mis ung enffantau Sainct-Collège, 
Charles ne vouloit à son exemple en faire ung aultre et 
bailler les âmes à gouverner à cest enffant ». On lui prê- 
tait les intentions les plus bizarres et les plus menaçantes : 
« Qu'il faut qu'il vienne à Rome refformer l'Église et la 
vie de ses prestrasses et y donner l'ordre qui y appar- 
tient à y estre mis par son impérialle majesté, et si entend 
nostredict Sainct-Père que la première chose que ledict 
Empereur veult mettre en avant, c'est de faire marier les 
prestres et le faire exécuter au plus tost qu'il luy sera pos- 
sible et avant que partir de ce pays icy, non tant pour 
pourveoir aux nécessitez et consciences desdictz prestres 
que affin que confondant l'estat de mariage et de prestrise 
par ensemble, il se puisse faire pappe après la mort de 
nostredict Sainct-Père, dont il n'espère la vie pouvoir estre 
longue. » Et, de fait, l'état de santé de Paul III, qui « s'en 
alloit totalement par terre », donnait à ces imaginations 
une certaine consistance, en même temps que l'espoir de 
voir bientôt s'ouvrir la succession pontificale éveillait les 
appétits et mettait en mouvement les intrigues. 

A vrai dire, rien dans la correspondance officielle de 
l'Empereur ne permettait d'ajouter foi à de si noirs des- 
seins. Le ton en était ferme, un peu hautain, mais encore 
respectueux et exempt de menaces. Mais les intentions 
dont il paraissait animé au sujet des desseins que le 
Pape avait le plus à cœur ne cadraient pas tout à fait 

resta vacant jusqu'à la fin de iSSy, date à laquelle fut nommé 
Francesco Mendoza. 

I. Jean du Bellay à François !"■, 23 septembre i535. Bibl. nat., 
fr. 5499, fol. 234 r°-238 r°. 



278 LE CARDINAL JKAN DU BELLAY EN ITALIE. 

avec celles du souverain pontife. La divergence appa- 
raissait de plus en plus nette, qui pourrait facilement 
tourner h l'antagonisme*. 

Déjh, à propos du roi d'Angleterre, Paul III avait pu 
faire cette remarque : autant les années précédentes les 
Impériaux s'étaient montrés ardents contre Henry VIII, 
dans l'affaire du divorce, et avaient poussé aux mesures de 
rigueur, autant maintenant ils usaient de moyens dilatoires 
pour empêcher ces mêmes mesures de produire leur effet. 
Le 26 juillet, Paul III avait mis le roi d'Angleterre au ban 
des princes chrétiens et ordonné à une commission de 
préparer la condamnation définitive. Cette commission, 
en majorité composée de cardinaux impérialistes, faisait 
traîner les choses. Le comte de Cifuentès, sous prétexte 
d'examiner le projet de bref, le gardait par devers lui et 
tardait à le rendre. Et Paul III, qui désirait liquider au plus 
vite cette affaire, qui avait tant blâmé les tergiversations 
de Clément VII, n'avait pas caché son étonnement à l'am- 
bassadeur impérial de le voir procéder de la sorte. Celui-ci 
avait fait comprendre qu'il valait mieux attendre, pour 
agir, que l'Empereur fût arrivé à Naples. 

Même déception au sujet de la croisade contre le Turc. 
Au lendemain de la victoire de Tunis, Paul III avait 
espéré que Charles s'empresserait de faire voile sur Cons- 
tantinople, profitant de l'absence du sultan et du désarroi 
dans lequel on supposait les forces de Barberousse pour 
refouler jusqu'en Asie le croissant devant la croix. En 
présence de Jean du Bellay, au milieu d'août, il parlait de 
ce projet avec enthousiasme et en escomptait déjà les 
merveilleux résultats. Mais Charles-Quint ne fut pas long 
à abandonner ce dessein, si même il l'avait jamais eu. Son 
armée était épuisée, sa flotte désemparée par la tempête : 
le sultan sans doute était au fond de l'Asie, mais Cons- 
tantinople n'était pas dépourvue de défense, et, sur la côte 
même d'Afrique, les Barbaresques gardaient Alger, Bône, 

I. Le comte de Cifuentès à Charles-Quint, 8 et i3 octobre. Calen- 
dar, etc., a"' 209, 214 et 21 5. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 279 

et même Africa, non loin de Tunis. Barberousse était si 
peu affaibli qu'aux mois d'août et septembre ses lieutenants 
infestaient les Baléares et portaient la terreur sur les côtes 
de Sardaigne et de Corse^. Contre l'Infidèle, l'Empereur 
victorieux en était déjà réduit à la défensive : une petite 
escadre, avec un corps expéditionnaire, fut formée sous le 
commandement d'André Doria pour repousser l'éternel 
ennemi. D'aucuns prétendirent que c'était uniquement 
pour tenir en haleine les troupes et simple prétexte pour 
l'Empereur de rester armé, tant l'inaction de Charles, 
après une victoire proclamée à si grand fracas, paraissait 
surprenante. Quoi qu'il en fût, l'occasion d'une croisade 
était perdue; Barberousse gagna bientôt Constantinople, 
le sultan revint et Charles-Quint lui-même, passant par 
la Calabre, en était réduit à ne pas longer le rivage de peur 
d'un coup de main des corsaires, trois mois à peine après 
la victoire de Tunis^! 

Mais du moins Charles restait ferme sur la question du 
concile. Depuis plusieurs années il en réclamait la convo- 
cation : toute la diplomatie de Clément VII avait été 
employée à éluder les exigences impériales. Maintenant 
que Paul III paraissait décidé à le réunir, l'Empereur 
entretenait ce beau zèle et soufflait sur les ardeurs du Pape. 
Tout de suite après Tunis, dès son débarquement en 
Sicile, il avait insisté en termes énergiques, il avait com- 
mandé presque, tandis qu'il ordonnait à son frère Ferdi- 
nand de ne plus ménager les protestants d'Allemagne. 
L'Empereur parlait en maître de la chrétienté, qu'il venait 
de défendre victorieusement contre l'Infidèle. Cette atti- 
tude, ce ton, l'allure des agents impériaux à Rome ne 
furent pas sans inspirer quelque inquiétude à Paul III. 
Un concile convoqué sous de pareils auspices ne serait-il 
pas dans la dépendance de Charles-Quint? L'autorité pon- 

1. L'évêque de Mâcon au chancelier Dubourg, 23 septembre, 
6 novembre i535. Bibl. nat., Dupuy 3o3, fol. 11-12, i5-i6. 

2. Jean du Bellay à François I°% 5 novembre. Bibl. nat., fr. 5499, 
fol. 238 r''-24i r". 



28o LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 

tificale serait-elle saiivegardée? Les objections précédentes 
de Jean du Bellay prenaient une opportunité singulière et 
toute leur force : le concile devait être ouvert à tous, de 
sûr accès, en lieu où le Pape fût le maître. Ces conditions 
avaient -elles chance de se réaliser en présence d'un 
Empereur victorieux et menaçant? 

Quand le Pape sollicitait de Cifuentès quelques éclair- 
cissements, demandait qu'on fixât un terme ou qu'on lui 
donnât une réponse ferme et claire, celui-ci reculait, mul- 
tipliant les formules vagues, les subterfuges et les excuses 
inconsistantes. Était-il poussé jusque dans ses derniers 
retranchements et mis au pied du mur, il se dégageait en 
affirmant que tout devait être remis à l'arrivée de Charles- 
Quint à Naples. Jusque-là, rien à faire. C'était le refrain 
des Impériaux : « Pour le concile comme pour la croi- 
sade, pour l'affaire du divorce comme pour l'arbitrage 
entre les princes chrétiens, pour l'entreprise de Camerino 
comme pour l'évêché de Jaen, l'Empereur verrait lorsqu'il 
serait à Naples! » Laissez venir Charles en Italie, s'appro- 
cher de Rome, mettre dans sa clientèle et sous sa domina- 
tion tous ces états et tous ces princes encore en suspens, 
mais prêts à se courber vers celui qu'ils verront le 
plus fort, et alors il décidera. Que sera cette décision? 
Donnera-t-elle satisfaction aux intérêts des Farnèse, lais- 
sera-t-elle une place à la volonté du souverain pontife, 
respectera-t-elle l'indépendance du Pape? C'est peu pro- 
bable. Il faut attendre; mais, en attendant, autour de 
Rome, certains font des préparatifs de bien mauvais 
augure. « Les gens de guerre coulonnois et aultres à la 
dévotion de l'Empereur commencent fort à fourbir leurs 
harnois et faire provisions de bastons de guerre, qui est 
assez donner à cognoistre, aussi nostre Sainct-Père ne le 
peult nyer, que ledict Empereur ou les siens ayent quelque 
maulvaise fantaisie et que pour le moins, quant bien il 
viendroit désarmé, il puisse estre armé en quatre jours. » 

Comme bien on pense, les Français n'avaient garde de 
laisser échapper une pareille occasion d'indisposer le 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 28 1 

Pape contre l'Empereur. Même s'ils paraissaient parfois 
disculper Charles-Quint, leurs paroles donnaient claire- 
ment à comprendre qu'ils pensaient le contraire. A 
Pérouse, où Paul III fit un séjour d'un mois*, puis à 
Rome, après le retour, Jean du Bellay profita des alarmes 
du Pape pour entrer plus avant dans son intimité et « le 
tirer à sa cordelle ». Sa Sainteté, écrit-il, « se trouve mer- 
veilleusement en grand peine et plus qu'il ne veult monstrer, 
car il craint d'une part que, venant ledict Empereur à 
Rome, il vueille exécuter ce que dessus [la réforme de 
l'Église] et que ses remonstrances de paix ne son tiltre de 
père universel ne soient bien recueillies; d'aultre part, il 
ne voit comment il luy puisse reffuser l'entrée, ouquel cas 
il luy semble pour plusieurs raisons la luy debvoir plus 
tost présenter qu'attendre qu'elle luy soit demandée^. » 

Dans son embarras, Paul III tournait ses regards vers le 
roi de France. Mais de ce côté aussi, malgré les belles affir- 
mations de Jean du Bellay, il rencontrait des sujets d'inquié- 
tude : François I^^ protestait de son dévouement au Saint- 
Siège et promettait du secours 3. Mais la pratique démentait 
quelque peu les paroles. Sans doute Montmorency avait, 
à plusieurs reprises, affirmé que l'entrevue des deux reines à 
Cambrai n'avait pas eu la moindre importance, et Paul III 



1. Le voyage de Pérouse avait été décidé pour mettre fin aux 
désordres dont cette ville et les environs avaienfété le théâtre depuis 
la mort de Clément VII. Paul III quitta Rome le 3 septembre, entra 
à Pérouse le g, en repartit le 3o, pour rentrer dans Rome le 8 oc- 
tobre. Voir Carlo Capasso, op. cit., p. 89-94; et, outre les lettres 
déjà citées de Jean du Bellay des 3, 12 et 23 septembre, celles de 
l'évêque de Mâcon au chancelier Dubourg, mêmes dates. Bibl. nat., 
Dupuy 3o3, fol. 5-6, 9-12. Paul III laissa dans la ville comme légat 
le cardinal Grimani, investi de cette charge dans le consistoire du 
16 septembre, « qui est une très mauvaise commission, dit l'évêque 
de Mâcon, car les cerveaulx de ce peuple sont bestiaulx et addonez 
à effusion de sang humain ». 

2. Lettre citée de Jean du Bellay à François I", du 23 septembre. 

3. Voir les lettres de Rodolfo Pio à Ambrogio Ricalcati des 
21 août, 19 septembre, 5, 6, i3, 27 octobre, analysées dans Letters 
and Papers, IX, n'^ 148, 397, 547, 548, 600, 696. 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. V. IQ 



282 LE CAUniNAL .TKAN DU IIKLLAY KN ITALIE. 

avait paru le croire*. Mais une mauvaise impression n'en 
subsistait pas moins. De même à la réception ciu bref du 
,26 juillet par lequel le Pape priait les princes chrétiens de 
rompre toutes relations avec Henry VIII , François I^'" 
avait envoyé à Londres Gaucher de Dinteville, bailli de 
Troyes, soi-disant pour « chapitrer » le roi d'Angleterre^. 
Devant le nonce, il affectait de juger sévèrement son ancien 
allié; mais, sollicité d'agir, il répondait cavalièrement que 
ce n'était pas à lui à commencer. Que l'Empereur, per- 
sonnellement offensé par l'injure faite à sa tante, la reine 
Catherine d'Aragon, donnât le signal de la rupture, le roi 
de France suivrait, et, si le Saint-Siège était menacé, il 
serait là pour le défendre. Il n'était pas jusqu'aux négo- 
ciations entamées avec les réformés allemands, ces négo- 
ciations dont on espérait de si beaux résultats, qui à ce 
moment même ne fussent entravées et sur le point 
d'échouer. Mélanchthon n'avait pas pu venir; les docteurs 
de Sorbonne montraient sur les questions de doctrine une 
intransigeance que le Pape blâma sévèrement, si l'on en 
croit notre cardinal^, et Guillaume du Bellay, dont l'envoi 

1. « Quant au double qu'on pourroit avoir de ladicte veue, je vous 
advise qu'il n'y a nulle occasion de prandre suspeçon, parce qu'il 
n'a esté mention d'autre chose sinon de propoz gracieulx et hon- 
nestes, comme vous sçavez qui peuvent estre entre telles dames 
sœurs qui avoient demouré ung si long temps sans leur veoir et 
aussi qu'elles n'avoient nul pouvoir d'une part ne d'autre pour y 
faire autre chose. Ce que pourrez certainement affermer de delà 
quant il sera question de telz propoz... » Jean du Bellay à Montmo- 
rency, 3i août, 23 septembre; François I"', 20 septembre. 

2. Sur cette mission, voir P. Friedmann, op. cit., II, p. 12g et sui- 
vantes. 

3. Post-scriptum d'une lettre de Jean du Bellay à François I", 
5 novembre. Jean du Bellay a fait lire au Pape les lettres adressées le 
28 août par Mélanchthon à François 1°"' et à Guillaume du Bellay, 
« lesquelles luy pleurent merveilleusement, mais luy déplaist très 
fort, ainsi qu'il dict, qu'on ayt donné loisir ausdictz Impériaulx 
d'empescher le commancement d'ung si bon œuvre, dont il attribue 
la faulte ausdictz théologiens, lesquelz il n'estime nullement dignes 
de traicter matières requerans si grant prudence, tant pour estre 
par tout le monde et mesmement icy réputez gens aheurtez, sédi- 
tieux et proprement ressembler le chien du jardinier, que pour estre 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 283 

était décidé déjà en juillet, n'avait pas encore quitté la Cour. 
Les Allemands échappaient au roi de France : c'était tout 
bénéfice pour l'Empereur. Mais cela même inquiétait le 
Pape, sans compter que le succès du futur concile pouvait 
en être gravement compromis. Enfin François I^r avait 
promis de gagner Lyon et de se rapprocher des Alpes pour 
être prêt à les franchir le cas échéant, et voici qu'après 
avoir été arrêté par une maladie du duc d'Orléans, on 
annonçait qu'il s'était à son tour alité, et, tandis que Mont- 
morency avait quitté la cour pour inspecter son gouverne- 
ment de Languedoc, son rival Brion et Marguerite de 
Navarre allaient diriger la politique royale et peut-être en 
changer l'orientation ^ 

Paul III se débattait donc au milieu de terribles per- 
plexités. Sa santé était précaire et son humeur exécrable. 
Rien ne lui réussissait. La seigneurie de Venise, pour 
laquelle il avait une particulière inclination, répondait 
mal à ses avances : elle refusait de prendre un engage- 
ment quelconque et cherchait à faire sortir « l'anguille du 
trou ». Les Impériaux menaçaient et armaient; les Fran- 
çais n'étaient jamais à court de promesses. Jean se multi- 
pliait. « Entendez, écrivait -il au cardinal de Lorraine, 
que je ne suys icy en lieu où je soye exempt de peine, car 
je voy que quoy qu'il y ait, voicy où se forgeront les doux 
dont le monde sera crucifié, s'il a de l'estre^. » Et plus 

compagnie dont il sçait des plus capitaux estre en continuelles 
intelligences avec les gens de l'Empereur, ne faisant doubte que 
ainsi qu'il s'en trouve d'entre eulx qui, par le moyen de leurs cor- 
respondens, entre lesquelz il m'allégua Ortys, vont scandalizans et 
diffamans vostre royaulme en ce qu'ilz peuvent, ainsi ilz s'efforcent 
que vous n'acquériez cest honneur d'avoir guary une playe qu'en- 
cores personne n'a sceu ou voulu entreprendre... ». Bibl. nat., 
fr. 5499, fol. 241 r°-242 r°. — Effectivement, Ortiz était au courant des 
manœuvres de la Sorbonne, voir son rapport à Charles-Quint du 
5 novembre. Calendar, etc., n" 225. 

1. L'évêque de Faenza à Ambrogio Ricalcati, 27 octobre, 3 no- 
vembre, Letters and Papers, IX, n" 696, -jbS; Jean Sturm à Bucer, 
18 novembre, Herminjard, op. cit., III, n° 53i. 

2. Jean du Bellay au cardinal de Lorraine, 23 septembre. Bibl, 
nat., fr. 5499, fol. 23 1 r°-232 v°. 



284 LE CARDINAL JEAN DU BKLLAY KN ITALIE. 

loin : « Je suis asseuré que, me congnoissant comme vous 
faictes et aymant mon maistre ei mon honneur comme 
vous sçavez que Je l'ayme, vous présumez bien que je 
n'ay heure de jour ne de la nuit exempte de soulcy et 
peine, et d'aultant plus que j'ay icy affaire à l'homme que 
vous sçavez, qui n'est ne pape Jules de cueur, ne pape 
Clément de puissance, et encores qu'il ayt bonne inten- 
tion, si est-il si dificile à conduire qui n'y a extrême 
patience, soing et artiftice, que ne pensez pas que tous les 
biens du monde ne aultres raisons que les deux susdictes 
m'v peussent arrester. J'espère bien, gardant le temps et 
les moyens, faire envers luy, de ce que je y auray à manier, 
ce que aultruy sçauroit faire. » 

Toujours, de plus en plus fortement, le Pape affirmait 
sa volonté de rester neutre et père commun de la chré- 
tienté. Il envoyait au-devant de l'Empereur son fils, Pier 
Luigi, avec charge d'inviter l'Empereur à venir à Rome, 
mais c'est qu'il ne pouvait faire autrement. Il paraissait 
attendre merveille de cette invitation, à la fois pour lui- 
même et pour la paix de la chrétienté. Il n'était cependant 
pas sans appréhensions pour l'avenir. A mesure que l'Em- 
pereur s'approchait, qu'il passait de Monreal à Palerme, 
de Palerme à Messine, de Messine en Calabre, ses craintes 
augmentaient. Il entendait dire autour de lui que le roi 
de France était le « seul contrepoix de l'Empereur », que 
la puissance des Français était « l'espaulle » unique où le 
souverain pontife pouvait s'appuyer. Si du moins ce Roi 
agissait! Jean du Bellay recommandait d'aller de l'avant : 
que François se hâtât vers Lyon, qu'il levât des troupes, 
qu'il fît parade de sa puissance. Notre cardinal était pour 
la manière forte. Il avait la conviction de traduire, dans 
ces dépêches belliqueuses, les secrètes intentions du Pape. 
Sa faveur auprès de Paul III grandissait de jour en jour. 
C'est ce qui frappe le plus, dès son arrivée, le nouvel ambas- 
sadeur vénitien Lorenzo Bragadin'. Les protestations de 

I. Lettre de Bragadin à la Seigneurie, Rome, 28 octobre. « Questi 
Reverendissimo cardinal de Paris et altri agenti qui délia Christia- 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 285 

neutralité du Pape ne trompent personne : on sait qu'il 
n'est pas satisfait de l'Empereur, et c'est d'accord avec lui 
que François P"" fait des préparatifs militaires. Jean du 
Bellay semblait avoir incliné le souverain pontife du côté 
de la France, lorsque brusquement la situation fut boule- 
versée par un événement inopiné : la mort du duc de 
Milan, Francesco Sforza. 

V.-L. BOURRILLY. 

(A suivre.) 



nissima Maestà non restano di frequentar la audientia et negotiar 
con la Beatitudine Sua, facendo a quella moite offerte et promesse 
et per quel se intende con fundamento Lei se intertien molto con 
loro, e il venir del Re a Lion et ogni altra opération che fara Sua 
Maestà non solum et con intelligentia de Sua Santità, ma con con- 
siglio et ordine di quella, la quai per la verita non è compitamente 
satisfatta di Cesare et il nuntio suo che se ritrova presso sua Maestà 
Cesarea non fa quel buon ofïicio che si ricercharia a ministre che 
vogli mantenir ben amor fra questi doi supremi Principi. » — Lettre 
du 2 novembre. « lo scrissi ultimamente a vostra Serenità che 
questi Francesi negotiavano molto con la Santità del Pontefice; non 
restero di agiogerli che Sua Beatitudine ha assignat© in Palazzo al 
Reverendissimo cardinal de Paris, et hoggi il reverendissimo Triul- 
zio e Stato prima che io entrassi alla audientia con la Santità del 
Pontefice per quatro hore et piu et dapoi sua Reverendissima Signo- 
ria il reverendissimo cardinal di Bologna, fratello del duca de Alba- 
nia. Molti grandi di questa corte pensano che Sua Santità sii mal 
contenta assai délia grandezza di Cesare e che malissimo volentieri, 
se ben dimostra altramente, si vogli trovar insieme con Sua 
Maestà... » 



MELANGES, 



NOTES DE BIBLIOGRAPHIE RABELAISIENNE 
A PROPOS D'UN OUVRAGE RÉCENTE 



Un bibliographe, a dit spirituellement l'un des conti- 
nuateurs de Brunet, doit rendre des services et non pas des 
arrêts. La Bibliographie rabelaisienne de M. Pierre-Paul 
Plan rendrait peut-être plus de services si l'auteur, en ren- 
dant ses arrêts, avait consulté lui-même tous les ouvrages 
auxquels il a renvoyé et ne s'était pas borné trop souvent 
à reproduire le Manuel de Brunet. 

En somme, M. Plan a fait œuvre de bibliographe 
consciencieux, mais il n'a nullement fait œuvre de biblio- 
phile expérimenté. Il se soucie peu de l'histoire des col- 
lections, moins encore de l'histoire des exemplaires; et 
il paraît ne pas se douter qu'il existe, dans beaucoup de 
bibliothèques publiques et privées, des collections de cata- 
logues annotés, donnant pour chaque volume le prix 
auquel il s'est vendu et le nom de son acquéreur. 

Nous nous sommes attaché de notre côté, aidé par une 
collection particulière de catalogues, à suivre de vente en 
vente les deux ou trois cents exemplaires connus des édi- 
tions de Rabelais antérieures à 1600. Nous avons constaté, 
chemin faisant, un bon nombre d'inexactitudes échappées 

I. P.-P. Plan, Bibliographie rabelaisienne. Les éditions de Rabe- 
lais de i532 à iji i (Paris, 1904, in-8°). — Nous avons pris soin 
que notre article ne fît double emploi, ni avec le compte-rendu publié 
dans cette Revue par M. M.-L. Polain (t. III, igoS, p. 93-g8), ni 
avec celui que M. Jacques Boulenger a donné à la Revue critique 
(t. LIX, igoS, p. 3o7-3ii), oia un certain nombre de fautes ont été 
déjà relevées. 



NOTES DE BIBLIOGRAPHIE RABELAISIENNE. 257 

à l'auteur de la Bibliographie rabelaisienne. Il nous a 
paru utile de les signaler. 

N° I. Les Grandes Chroniques (i532). 

Ce précieux volume, dit M. Plan, « que l'on avait vu 
figurer en janvier i835 à la vente De Bure, fut acquis plus 
tard par la Bibliothèque nationale à la vente du prince 
d'Essling ». Ce renseignement a été sans doute emprunté 
par M. Plan au Manuel de Brunet puisqu'il ne donne pas 
le renvoi exact au catalogue d'Essling. 

Assurément, dans la liste des Principaux ouvrages 
cités ou consultés par M. Plan figure (p. 256) le Catalogue 
des livres rares et précieux de M. le p[rince] d'E{ssling] 
(Paris, Silvestre, 1845, in-8°). Mais c'est en 1847 et non en 
1845 qu'eut lieu la vente d'Essling; on publia alors (mai 
1847) un deuxième catalogue; le catalogue de 1845 est 
une simple curiosité typographique, recherchée seule- 
ment pour les caractères gothiques dont elle est ornée. 

Il en est de la « vente De Bure » comme de la vente d'Ess- 
ling : M. Plan ne la connaît apparemment que par ouï- 
dire, puisqu'il la cite au n° i et qu'il omet de la citer 
quelques pages plus loin (p. 37, n» i8j, à propos d'un Pan- 
tagruel unique acheté à cette vente par le prince d'Essling 
et décrit au catalogue De Bure, sur la même page que les 
Chroniques étudiées par M. Plan sous le n'' i ^ 

N° 2. Le grant roy de Gargantua^ Lyon (?), s. d. 

« On ne connaît, dit M. Plan, de cette édition qu'un 
seul exemplaire, qui est à la Bibliothèque nationale. Il a 
été acquis en 1834 à la vente Renouard, pour la somme 
de 1,825 francs. » 

Ce renseignement a été copié par M. Plan dans le 
Manuel de Brunet; et même très soigneusement copié. 



I. Vente des frères De Bure, t. I (janvier i835), p. 111-112, n- 2272 
{Chroniques), et p. 112, n° 2273 [Pantagruel). Plus bas, au n" 24, 
M. Plan aurait dû renvoyer au t. II de ce même catalogue. 



2ÔO NOTES DE BIBLIOGRAPHIE RABELAISIENNE. 

puisque M. Plan a vcpvodvùi jusqu'à la faute d'impression 
i^' 3 4 pour i(S'54. M. Plan est excusable de ne pas con- 
naître l'histoire détaillée de toutes les ventes de Renouard, 
mais lui était-il difficile de savoir que sa vente posthume, 
la plus importante de toutes, eut lieu à Paris, en novembre 
1854? 

N° 6. Vie de Gargantua, s. 1. n. d. • 

On ne connaîtrait, selon M. Plan, cette édition que par 
« le titre donné par le catalogue La Vallière (n° 3863). 
L'exemplaire, relié en maroquin rouge, s'est vendu 2 livres 
10 sols en 1783 ». 

Or, ce livre ne saurait s'être vendu « en 1783 », puisque 
la vente du duc de La Vallière n'a commencé qu'en janvier 
1 784. Sans doute, si M . Plan avait consulté à la Bibliothèque 
nationale la liste des adjudicataires de cette vente, il n'y 
aurait pas trouvé le nom de l'acquéreur du n" 3863 ; mais, 
puisqu'il désirait si vivement savoir sur ce volume quelque 
chose de plus que n'en disait le catalogue, il n'avait qu'à se 
reporter à l'exemplaire annoté et interfolié par Van Praet 
et que possède également la Bibliothèque nationale; il y 
aurait trouvé la description suivante que nous croyons 
utile de reproduire, puisque l'exemplaire a disparu (obser- 
vons que le titre était en fac-similé et que l'impression était 
en caractères gothiques : telle était en effet, au xviii^ siècle, 
la signification des mots « lettres de somme ») : 

La grande et merveilleuse vie du très puissant & redouble 
roy de Gargantua, translatée de grec en latin et de latin en 
francoys, petit in-8, lettres de somme, cont. 5 f.; le pr. qui 
est le titre, ms. très bien imité. 

Le Manuel de Brunet, M. Plan l'a remarqué, indique que 
l'ouvrage se composait de cinq feuillets; il ne semble pas 
s'être demandé à qui Brunet avait emprunté ce chiffre qui 
ne figure pas au catalogue imprimé de la vente du duc de 
La Vallière. Il nous semble évident que Brunet a pu con- 
sulter les notes de Van Praet citées plus haut : il y ren- 



NOTES DE BIBLIOGRAPHIE RABELAISIENNE. 28g 

voie en termes assez explicites dans plusieurs passages de 
son Manuel (cf. notamment au mot « Desperiers », à pro- 
pos de l'exemplaire perdu du Cymbalum miindï). 

N° 10. Chroniques de Gargantua, Troyes, Jean 
Oudot, s. d. 

Ce livre aussi n'est connu à M. Plan que par le cata- 
logue du duc de La Vallière (n° 3869). Notre bibliographe 
s'est-il douté que l'exemplaire dont il parle, acheté à la 
vente pour i livre 16 sous, passa en Angleterre et figura 
successivement en juin 18 19 à la vente du marquis de 
Blandford (White Knights) (p. 160, n» 3440 : 14 sh. à 
Arch) et en février 1834 à la vente de P. -A. Hanrott (t. III, 
p. 95, n» 1720 : 8 sh.)? Ramené alors en France par le 
baron Jérôme Pichon, il fut vendu 5o francs à sa vente 
(Paris, avril 1869, p. 172-173, n° 716) au libraire Potier, à 
la vente de qui, quelques mois plus tard, il atteignit le 
prix de 56 francs (Paris, mars 1870, p. 270, no 1394). Le 
catalogue Potier figure dans la liste des ouvrages cités ou 
consultés par M. Plan : gageons que ce catalogue, s'il a été 
cité, n'a pas été consulté. 

Les notes inédites de Van Praet^ donnent encore du 
n° 10 une utile description : 

LES CRONIQUES DU ROY GARGANtua Cousin du tres- 
redouté Galimassuë, & qui fut son pare & sa mère. Avec les 
merveilles de Merlin translatées de Grec en Latin, & de Latin 
en Françoys. A TROYES. Chez JEAN OUDOT, Imprimeur & 
Libraire, rue du Temple. in-i6, 1. lig., lettres rondes, cent. 
32 f., y compris 2 f. de table à la fin. Même que 3863, mais 
plus simple. 

Les derniers mots se rapportent au contenu de l'ou- 
vrage. 

N° i5. La liste donnée par M. Plan des éditions popu- 
laires des Chroniques de Gargantua pourrait sans peine 

I. Utilisées sans doute par Brunet, Recherches (i852), p. 49. 



290 NOTES DE BIBLIOGRAPHIE RABELAISIENNE. 

être allongée, et nous n'y renonçons que pour ne pas 
dépasser les limites de ce modeste et^ratum. Rappelons 
pourtant qu'à la vente de M. A. S(almon de) T(ours) (Paris, 
23 avril iSSy) ont figuré les deux plaquettes suivantes : 

P. 89-90, no 65g : « Les Chroniques du roy Gargantua, avec 
les merveilles de Merlin, translatez de grec en latin et de latin 
en françois. Rouen, Jean B. Besongne (S. d., xvn<: siècle), 
pet. in-80. » 

P. 90, no G61 : « La Vie du fameux Gargantuas, le plus ter- 
rible géant qui ait jamais paru sur la terre, etc. Troyes, Pierre 
Garnier, 1729, pet. in-80, demi-rel., v. f. » 

Une édition de La Vie de Gargantua^ [Troyes?], 171 5, 
in-80, figurait en tête d'un recueil relié en veau et vendu 
12 livres 10 sous à la vente de Randon de Boisset (Paris, 
3 février 1777, p. iio, no 880). Il nous semble possible 
que cette édition soit identique à celle décrite par M. Plan 
(p. 3o) d'après un exemplaire de la bibliothèque de l'Ar- 
senal (B.-L. 14773 bis). 

Voici enfin notre description d'un exemplaire d'Oxford 
qui nous paraît différer légèrement de tous ceux énumérés 
par M. Plan : 

LA VIE DU FAMEUX | GARGANTUAS, | LE PLUS | TERRIBLE GÉANT | 

QUI AIT JAMAIS PARU \ sur la terre. | Traduction nou- 
velle, dressée sur un ancien Manuscrit \ qui s'est trouvé dans la 
Bibliothèque du Grand \ Mogol. \ (fleuron) | A TROYES, \ 
chez Jean-Antoine GARNIER, Imprimeur- | Libraire, et 
Fabricant de Papier, rue du Temple, | Avec Permission. 

In-8. Rom. 46 pp. et i fnc. pour le Privilège (daté du 19 mai 
1738) (A-C8). 

Acheté à Paris par Francis Douce qui le légua en 1834 à la 
bibliothèque Bodléienne (Douce G. 460). Relié en veau marbré 
avec sept autres volumes de la Bibliothèque bleue (très rogné : 
160 mm.). 

N° 19. Pantagruel, Paris, [Longis], s. d. 

Puisqu'ici M. Plan essaye de donner l'histoire des trois 



NOTES DE BIBLIOGRAPHIE RABELAISIENNE. 29 1 

exemplaires connus, nous ne pouvons qu'applaudir à sa 
tentative; reproduisons d'abord les résultats auxquels il 
est arrivé : 

L'édition de Longis est aujourd'hui extrêmement rare, & 
nous croyons qu'on n'en connaît que trois exemplaires. 

L'un figure dans la Notice sur les Rabelais de M. Bordes 
(Tours, Deslis, 1890), p. 10, no IV, où il est indiqué comme 
relié par Trautz-Bauzonnet en maroquin rouge, doublé de 
maroquin bleu. 

Le second fait partie de la bibliothèque de feu M. le baron 
James de Rothschild (no i5o8)... Il a été acquis en 1870 à la 
vente Potier (no i38i), & provenait des ventes : Prince d'Essling 
(no 340), Goppinger, Clinchamp, Montesson, Solar (no 2io5). Il 
est relié en maroquin rouge à compartiments (Trautz-Bau- 
zonnet). 

Un troisième exemplaire, en maroquin rouge (reliure 
anglaise), a figuré en 1869 au catalogue Potier (no 33o). Il pro- 
venait de la bibliothèque de Charles Nodier (no 858) & avait 
appartenu à La Monnoye, qui avait écrit sa devise, A Delio 
nomen, sur le titre. 

Nous ne ferons pas un crime à M. Plan d'avoir inter- 
verti l'ordre des possesseurs du second exemplaire; il 
n'est peut-être pas le seul à ignorer l'histoire exacte des 
bibliothèques Glinchamp, Solar et Montesson. 
Mais étudions après lui l'histoire de ce volume : 
Le deuxième exemplaire était, chez le prince d'Essling, 
en maroquin rouge, tr. dor. (par Duru) ; à sa vente (Paris, 
mai 1847, p. 76-77, no 340, [cf. Téd. de 1845, p. 72]), il fut 
acheté pour 3oo francs par Potier pour B. Delessert; nous 
le retrouvons successivement à sa vente de Londres 
(Sotheby, 21 juillet 1848, sous les initiales B. D., p. 26, 
no 364 : 1. 9.15.0), puis chez le comte de Glinchamp [Bull, 
du bibliophile^ 1847-1848, p. 884); chez Goppinger (Bru- 
net, Recherches^ i852, p. 5) et chez Solar [Catal., 1860, 
t. I, p. 245, no 1491); à sa vente (Paris, novembre 1860, 
p. 346, no 2io5 : 2,200 fr. à Potier); dans la collection du 
comte de Montesson; et enfin à la vente de Potier (Paris, 



292 NOTES DE BIBLIOGRAPHIE RABELAISIENNE. 

mars 1870, t. I, p. 267-268, ii" i38i), où il fut acheté pour 
6,5oo francs par le baron James de Rothschild (Picot, 
t. II, p. 187, n° i5o8). L'exemplaire a quelques piqûres et 
de légers raccommodages. Il est relié en maroquin rouge 
à compartiments, tranches dorées (par Trautz-Bauzonnet). 

Quant au troisième exemplaire, M. Plan ne connaît que 
trois étapes de son existence : la collection de Bernard de 
La Monnoye, la vente Nodier ( 1 844) et un catalogue Potier 
de 1869. Il nous paraît possible d'ajouter sept maillons 
nouveaux à la chaîne : 

La bibliothèque de Bernard de La Monnoye fut acquise 
par Gluc de Saint-Port, conseiller au Grand Conseil* ; nous 
devrions donc retrouver cet exemplaire à la vente des 
livres de ce collectionneur (janvier 1 749) ; mais nous décou- 
vrons au contraire dans le catalogue (p. 21, n» 1270) une 
édition du Pantagruel de « Paris, i534, in-80 » (vendu 
I livre 16 sous). Brunet^ croyait que cet exemplaire était 
le même qu'un Pantagruel^ « s. 1., i534, in-12 », vendu 
en 1769 chez Gaignat. Il nous semble plus vraisemblable 
d'y reconnaître l'exemplaire que possédait La Monnoye 
de l'édition de « Paris, Longis, s. d., in-8° ». La date aurait 
été ajoutée conjecturalement par La Monnoye. 

L'exemplaire de Nodier était en maroquin rouge, filets, 
tranches dorées, reliure anglaise. C'est ce qui nous porte 
à l'identifier avec un exemplaire de cette même édition de 
Longis, décrit également comme habillé en maroquin 
rouge et que nous retrouvons dans trois ventes de 
Londres 3 : chez le marquis de Blandford (White Knights) 
(juin 1819, p. 160, n" 3443 : 1. 2.10.0 à Triphook), chez 
George Hibbert (mars 1829, p. 363, n° 6645 : 1. i.o.o à 
Thorpe) et enfin chez Richard Heber (mars i835, t. VI, 
p. 2i3, n° 2907 : 18 sh.)-*. 

1. Guigard, Armoriai du bibliophile (1890), t. II, p. 236-237. 

2. Brunet, Recherches... (i852), p. 68. 

3. Brunet, Nouvelles recherches... (1834), t. III, p'. 128, y voit plu- 
tôt (à tort selon nous) un exemplaire d'une autre édition que M. Plan 
catalogue sous le n° 21. 

4. Nous soupçonnons que ce même exemplaire a figuré aussi à la 



NOTES DE BIBLIOGRAPHIE RABELAISIENNE. 298 

A la vente de Charles Nodier (Paris, avril 1844, p. i35- 
i36, no858), son exemplaire fut acheté pour 160 francs par 
Aimé Martin (sa vente, Paris, novembre 1847, t. I, p. i32, 
n° 777 : 142 fr.) et passa ensuite chez A. Salmon, de Tours 
(sa vente, Paris, 23 avril 1857, p. 91, no667 : 6o5 fr.), et chez 
Chedeau, de Saumur (sa vente, Paris, avril i865, p. i52- 
i53, n°82i : 800 fr.). M. Plan le signale enfin dans un cata- 
logue Potier pour 1869 (no 33o). 

Qu'est devenu ensuite cet exemplaire? Nous l'ignorons 
totalement, et nous nous bornerons à suggérer qu'il peut 
avoir été relié à nouveau : on pourrait alors chercher à l'iden- 
tifier avec l'exemplaire du baron de la Roche-Lacarelle (sa 
vente, Paris, avril 1888, p. 118, 11° 340), qui était relié par 
Trautz-Bauzonnet en maroquin orange, compartiments 
de filets, doublé de maroquin (bleu-)vert, large dentelle à 
petits fers, tranches dorées. 

Nous nous sommes vainement demandé pourquoi 
M. Plan, qui a « cité ou consulté », à ce qu'il affirme, le 
catalogue Lacarelle, n'a pas mentionné ce dernier exem- 
plaire? En revanche, il nous a parlé, on Ta vu plus haut, 
d'un exemplaire Bordes « relié par Trautz-Bauzonnet en 
maroquin rouge doublé de maroquin bleu ». Si l'on ne 
connaissait les libertés que se permet M. Plan avec ses 
auteurs, on pourrait croire qu'il s'agit d'un autre volume 
que celui de Lacarelle. Il n'en est rien et l'on peut se con- 
vaincre en lisant le catalogue de la vente d'H. B(ordes), 
i5 février 1897, p. 29, >n. 57, que c'est bien l'exemplaire 
Lacarelle que posséda l'amateur bordelais. Mais que dire 
de ce cas de daltonisme qui transforme en maroquin 
rouge une reliure en maroquin orange? 

N^ 20. Pantagruel, [Poitiers, Marnef], i533. 

Ici encore, M. Plan copie Brunet, en ajoutant quelques 



vente de J. L. Goldsmid (Londres, décembre i8i5, p. 25, n° 627 : 
1. 1.16.0), bien que le catalogue n'en donne qu'une description peu 
précise. 



^94 NOTES DF. ninLIOGRAPHIK RABELAISIENNE. 

inexactitudes de son cru; l'auteur du Manuel (t. IV, 
col. 1046) disait : 

Après avoir été donné pour 3 fr. à la vente du duc de 
La Vallière, en 1784, il a été payé i65 fr. à celle du maré- 
chal Macdonald, en février 1841, par A. Bertin, qui l'a fait 
revêtir d'une reliure en 7nar. richement dorée. Après la mort 
de cet amateur, ce même exemplaire a été porté à 1800 fr., 
plus 5 p. 100, pour le compte de la Bibliothèque impériale, 
laquelle possédait déjà l'exemplaire incomplet qui a donné 
lieu à la Notice de M. Gustave Brunet... 

M. Plan a tiré de ce passage : 

Cet exemplaire... avait été donné pour 3 livres à la vente de 
La Vallière (no 3866), en 1783. Il passa successivement dans les 
bibliothèques Macdonald & A. Bertin avant d'être acquis, 
pour i8go francs, par la Bibliothèque nationale, en 1841. 

Nous avons déjà fait observer que la vente La Vallière 
ne commença qu'en janvier 1784 (Brunet s'est bien gardé 
de mettre 1783, mais M. Plan a corrigé Brunet); il suffit, 
d'autre part, de lire Brunet avec soin pour comprendre 
que c'est la vente Macdonald et non la vente Bertin qui 
eut lieu en 1841; enfin, nous ferons remarquer à notre 
bibliographe qu'il indique lui-même (p. 25 1), à la fin de son 
livre, que la bibliothèque de Bertin fut dispersée en 1854, 
après la mort du rédacteur du Journal des Débats. 

N° 21 bis. Pantagruel, s. 1. n. d. 

Nous avons observé a plusieurs reprises que M. Plan 
fait grand usage du Manuel du libraire. Croirait-on qu'il 
a négligé d'y relever l'indication (t. IV, col. 1044) d'une 
édition fort ancienne (i533 ou i534?) de Pantagruel? 
Cette édition, conservée aujourd'hui encore au Musée bri- 
tannique, est pourtant consignée dans le grand catalogue 
de cet établissement (s. v. Rabelais). M. Plan a cependant 
visité le British Muséum? 

L'exemplaire en question, le seul qui nous soit connu, 



NOTES DE BIBLIOGRAPHIE RABELAISIENNE. 296 

a été légué en 1846 à ce riche dépôt par Thomas Grenville 
(G. 10420), et l'on en trouvera une mention sommaire dans 
la Bihliotheca Grenvilliana, t. II, p. Sgo. M. Arundell 
Esdaile a eu la bonté de nous en faire parvenir la descrip- 
tion suivante qu'il a relevée avec le plus grand soin sur 
l'original, et nous le remercions infiniment de sa complai- 
sance : 

F. I, titre (les lignes t, 3, S, j, g en lettres rouges; entiè- 
rement en caractères gothiques, excepté le P initial). 

f PAntagruel. 

î[ Les horribles et efpouentables 

faictz & proueffes du trefrenom 

me Pàtagruel roy des Dipfo 

des / filz du grant géant 

Gargàtua / Compo 

fez nouuellemét 

par maiftre al 

cobrybas na 

fier 

F. I verso : Prologue de lacteur (sic). 
F. 4 recto : Commencement du texte. 
F. io3 verso, l. 12 : !I Enfuyt la table. 
F. 104 verso : îf Fin de la Table. 

In-8, goth., 104 ff. (ne.?), s. 1. n. d., avec lettres initiales gravées 
sur bois et de plusieurs alphabets ditférents. Noter f. 40 verso et 
87 verso un grand L analogue à celui de l'école de Verard, de la 
hauteur de six lignes de texte et formé par un entrelac de paraphes 
entourant une tête de profil à droite. Vingt lignes du caractère 
employé dans le corps de l'ouvrage mesurent 97 mm. 

Il est toujours téméraire d'émettre un jugement sur un 
volume que l'on n'a pas eu entre les mains ; il nous paraît 
probable cependant que l'exemplaire Grenville est une 
contrefaçon de l'édition de Longis (Plan, n» 19). Le 
nombre de pages est le même; la division des lignes du 
litre rappelle aussi cette édition, tandis que la disposition 
typographique des lignes rouges et noires ressemble d'une 
façon frappante à celle du titre de la contrefaçon, s. 1. n. d., 



296 NOTES DE BIBLIOGRAPHIL: RABKLAISIKNNE. 

d<5critc par M. Plan sous le n" 21. Notre édition a encore 
de commun avec ce n>^ 21 la leçon : Prologue de lacteur. 
Nous serions donc tenté, sous toutes réserves, de considé- 
rer l'exemplaire Grenville comme étroitement apparenté 
au n" 21 de M. Plan; peut-être n'est-ce pas autre chose 
qu'un premier tirage delà même contrefaçon, modifié par 
la suite à cause de la faute d'impression Alcobrybas pour 
Alcofrybas. Nous livrons à nos lecteurs cette hypothèse. 
Il faudrait étudier le texte de cet exemplaire et s'assurer, 
par exemple, s'il présente au chapitre xxi (coté xx) les 
mêmes variantes que l'édition de Longis et s'il contient 
au chapitre 11 l'épisode de la « dent creuse » qui ne s'est 
encore rencontré que dans la contrefaçon des Marnef. 

N° 24. Pantagruel, [François Juste], 1534. 

Ici, comme au no 19, M. Plan s'est efforcé de dresser la 
liste des exemplaires connus; mais cette fois il a réussi à 
tout embrouiller, confondant un exemplaire avec l'autre. 
Il commence par citer Montaiglon : 

J.-Ch. Brunet en possédait le seul exemplaire connu. M. Jan- 
net, à qui il avait bien voulu le communiquer, en a relevé 
toutes les variantes, pour la première fois. Je les lui emprunte, 
& les autres les lui emprunteront comme moi, d'autant plus 
que le nom de l'acquéreur n'est pas connu, & que, par suite, 
on ne sait où il a passé & où il se trouve. 

Et M. Plan, au lieu de corriger Montaiglon, ajoute : 

M. de Montaiglon a dû être rassuré, en mars 1894, lorsque 
la vente LigneroUes révéla où avait passé l'exemplaire de 
Brunet (LigneroUes no 1781, acquis en 1860 à la vente Solar, 
no 2104). Il avait pu, d'ailleurs, précédemment, lors de la vente 
Sunderland, constater qu'il existait dans le monde un autre 
exemplaire de la même édition, joint au Gargantua de i535. 
C'est ce dernier exemplaire, qui a figuré au Bulletin de la 
librairie Morgand en mars i883, puis dans la bibliothèque de 
M. Bordes, & qui fait aujourd'hui partie de celle de feu 
M. le baron James de Rothschild, que nous avons consulté, 



NOTES DE BIBLIOGRAPHIE RABELAISIENNE. 297 

grâce à l'obligeance de M. Emile Picot. — Bibliothèque du 
musée Gondé, no i638. 

Si nous savons bien lire, cela signifie que M. Plan con- 
naît de cette édition trois exemplaires : 

1° Le premier acheté par Brunet à la vente Solar et 
passé ensuite chez le comte de Lignerolles; 

2° L'exemplaire Sunderland-Morgand- Bordes- Roth- 
schild; 

3° L'exemplaire du musée Condé qui, comme les peuples 
heureux, n'a pas d'histoire. 

Le résultat de nos recherches est tout autre. Si nous 
laissons de côté l'exemplaire n° 2, dont la description est 
à peu près satisfaisante, nous découvrirons que l'exem- 
plaire de Brunet a été acheté, non en 1860, chez Solar, 
mais, ce qui est moins pour nous surprendre, dès 
décembre i835, à la deuxième vente des frères De Bure 
(p. i33-i34, n° 21 13 : vendu 140 fr.); ce même exemplaire 
avait été, paraît-il, payé 99 francs en 1825 dans une vente 
anonyme dont nous n'avons pas vu le catalogue. Quant à 
sa destinée ultérieure, nous sommes étonné qu'un érudit 
aussi avisé que Montaiglon n'ait pas réussi à découvrir un 
catalogue Brunet, annoté des prix et des acquéreurs : il y 
aurait vu que l'exemplaire de Brunet (Paris, avril 1868, 
1. 1, p. 84-85, n» 422) fut adjugé pour 3,760 francs à « Potier 
pour le duc d'Aumale » ; il est donc identique avec le 
n° i638 du musée Gondé cité plus bas par M. Plan. 

Pour connaître la véritable histoire de l'exemplaire 
Solar, il nous suffira d'ouvrir le livre même de M. Plan 
à la p. 66 : nous y apprendrons que ce volume, découvert 
en i852 à Turin par le marquis de la Garde, avait passé 
ensuite chez le baron de la Roche-Lacarelle, puis chez 
Solar [Catal.^ 1860, 1. 1, p. 245, no 1490) ; à sa vente (Paris, 
novembre 1860, p. 346, n^ 2104), il fut payé 910 francs par 
Techener; il figura ensuite à la vente du comte de Ligne- 
rolles (Paris, mars 1894, t. II, p. 243, no 1781 : vendu 
1,000 fr. à Rondeau) et en dernier lieu au Bulletin de 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. V. 20 



298 NOTES DE BIBLIOGRAPHIE RABELAISIENNE. 

M. Rahir, 55 (1902), p. i5i-i52, n'^ 42543, pour 1,200 fr. 
Le Pantagruel y est relié devant la Prognostication 
pour i535, en maroquin rouge, filets, dos orné, doublé de 
maroquin bleu, dentelle intérieure, tranches dorées, par 
Trautz-Bauzonnet. 

N° 29. Pantagruel, s. 1., 1534. 

M. Plan a sévèrement blâmé la Revue des Etudes rabe- 
laisiennes d'avoir annoncé qu'elle réimprimerait « l'islk 
SONNANTE », alors que le titre véritable de l'opuscule était 
« l'isle sonante », avec un seul n. Il a eu raison. Pour- 
tant, ce n'est que dans une annonce que ce lapsus avait été 
commis. M. Plan lui-même, pour annoncer l'apparition 
de sa Bibliographie, avait fait distribuer un prospectus 
qu'ornait le fac-similé d'un portrait de Rabelais où il était 
permis de reconnaître tout autre personnage. Mais le pro- 
verbe de la paille et de la poutre est toujours vrai. Oyez 
plutôt ce qui va suivre. 

On lit dans le catalogue de la vente de Gaignat (Paris, 
avril 1769, t. I, p. 526, no 21 56 : vendu 5 livres 2 sous avec 
le n° 21 55) la description suivante : 

Les horribles faits & prouesses espouvantables de Panta- 
gruel, Roi des Dipsodes, composés par Maître Alcofribas, 
abstracteur de Quintessence. Plus, la grande Prognostication 
Pantagruéline, nouvellement composée. Itnpr. en lettres 
gothiques en i534- in-12. mar. r. 

Ce qui devient chez M. Plan : 

Les Horribles faicts et prouesses espouuentables de Panta- 
gruel, roi des Dipsodes, composés par maistre Alcofribas, 
abstracteur de Quintessence, plus la Grande Prognostication 
pantagruéline, nouuellement composée, imprimée en i534. 

In-i2 (?), caract. goth. 

Ce titre est ainsi libellé dans le catalogue Gaignat, n^ 2x56, 
& l'on ne sait où a passé l'exemplaire, qui s'est vendu 5 livres 
10 sols à la dispersion de la bibliothèque de ce collectionneur. 



NOTES DE BIBLIOGRAPHIE RABELAISIENNE. 299 

Il n'est pas certain que le rédacteur du catalogue ait copié 
fidèlement... 

Or, il suffit de comparer le titre, tel que le donne le 
catalogue Gaignat, avec celui que donne M. Plan pour 
être « certain » que M. Plan est mal venu de reprocher 
au catalogueur de ne pas « copier fidèlement ». Pourquoi 
remplace-t-il, lui, faits par /aie ts et espouvantahles par 
espouuentables? Et, plus loin, qui ne voit qu'il a tort d'in- 
troduire dans le titre les mots « imprimée en i534 »? Et 
pourquoi changer le prix de l'adjudication? Pourquoi? 
C'est bien simple : c'est qu'en réalité M. Plan n'a pas 
copié son titre, comme on pourrait le croire, dans le cata- 
logue Gaignat, mais dans un ouvrage qui lui était plus 
familier : j'ai nommé la cinquième édition du Manuel de 
Brunet, où nous lisons en effet (t. IV, col. 1047) : 

Les horribles faits et prouesses espouuantables de 
Pantagruel, roi des Dipsodes, composés par maistre Alcofri- 
bas, abstracteur de Quintessence, plus la grande prognostica- 
tion pantagrueline, nouucllement composée, imprimée en i534, 
in-i2, en caract. goth. 

Cette édition est portée dans le catalogue Gaignat, no 21 56, 
et y est cotée 5 liv. 10 sous, seulement, avec le no 21 55. Peut- 
être est-ce le même exemplaire que celui qui est coté i liv. 
16 sous dans le catalogue de Gluc de Saint-Port, no 1270, 
et que nous croyons être de l'édition de Juste. Pourtant, 
dans celle de Juste, le titre de la deuxième partie n'est pas 
La grande prognostication pantagrueline, mais Pantagrueline 
prognostication; au reste, De Bure le jeune avait, on le sait, la 
mauvaise habitude de dénaturer les titres qu'il donnait, de 
manière à les rendre méconnaissables. 

Voilà la véritable source de M. Plan, et nous devons 
reconnaître que Brunet lui-même n'a pas transcrit très 
exactement son modèle. Mais M. Plan qui, par scrupule 
sans doute, copie dans Brunet jusqu'aux fautes d'impres- 
sion, n'y a trouvé pourtant ni « faicts » ni « espouuen- 
tables ». Le Catalogue Gaignat n'est nullement un livre 



300 NOTES DK BIHLIOGRAPHIK RAHKLAISIENNE. 

rare : beaucoup de bibliothèques en possèdent jusqu'à 
deux et trois exemplaires. Il était aisé à M. Plan d'y 
recourir. 

Nous avons dit plus haut pourquoi nous considérions 
comme de l'édition de Longis l'exemplaire de Gluc de 
Saint-Port, cité par Brunet; nous ajouterons ici que, tout 
comme Brunet et M. Plan, nous croyons que l'indication 
du catalogue Gaignat se rapporte à un exemplaire de 
l'édition de Juste (i534). 

N° 32. Gargantua^ Lyon, François Juste, i535. 

M. Plan signale ici encore un prétendu exemplaire : 
LigneroUes 1781 =: Brunet 422 = Solar 2104. Nous avons 
fait observer plus haut que l'exemplaire de Brunet est 
identique à celui de Chantilly; quant aux deux autres 
renvois, ils sont inexacts, le Pantagruel des collections 
Solar-Lignerolles n'étant relié qu'avec la Prognostication 
et n'ayant jamais été accompagné d'un Gargantua de 
Juste (i535). Les quatre exemplaires de M. Plan se 
réduisent donc à trois. 

N° 37. Pantagruel, i538, [Denis Janot]. 

M. Plan n'a pas réussi à découvrir d'exemplaire de 
cette rarissime édition du Pantagruel. Il l'aurait pu 
cependant. L'exemplaire qui figura à la vente de Richard 
Heber (Paris, octobre i836, t. II, p. 73, no 778), où il fut 
vendu 120 francs, fit ensuite partie de la vente de Jacques- 
Charles Brunet (Paris, avril 1868, t. I, p. 85, n° 423), où 
il fut adjugé pour 3, 200 francs à Lortic pour Lesoufaché, 
ainsi que l'indiquent les exemplaires annotés du catalogue. 
Or, la bibliothèque de Lesoufaché est aujourd'hui, comme 
on sait, incorporée dans celle de l'Ecole des beaux-arts. 
Notre précieux volume y est conservé en bonne place dans 
l'armoire vitrée, où M. Plan l'aurait pu aisément consulter. 

N° 44. Nous croyons que les exemplaires du carton de 
1643 et de L'Isle sonante, consultés par Le Duchat, sont 



NOTES DE BIBLIOGRAPHIE RABELAISIENNE. OOï 

précisément ceux de la bibliothèque Marlborough à 
Blenheim, qui ont reparu de nos jours à la vente Sun- 
derland. 

N° 46. Le disciple de Pantagruel, i538, [Denis Janot]. 

Nous venons de dire que le seul exemplaire connu du 
n° 37 était à Paris, à l'École des beaux-arts. C'est là aussi 
que se trouve (n° 19466) l'exemplaire du Disciple, que 
possédait également Brunet. En voici une description 
sommaire : 

F. I recto : Le disciple 

de Pantagruel 

(gravure sur bois 
semblable à celle 
que reproduit M. 
Plan à la p. y 8). 
MDXXXVm. 
Expl. fc. 48 recto : 

Fin des nauigations 
de Panurge 
Fc. 48 verso : gravure sur bois semblable à celle donnée par 
M. Plan à la p. 80. 

In-i6. Rom. 48 ffc. (A-F^) i col. (-f— ) 27 11. à la p., nombreux petits 
bois. Mar. rouge, dos orné, milieux ornés à la rose, doublé de mar. 
vert, dent, int., tr. dor. (Bauzonnet), avec les armes de Lesoufaché 
imprimées sur le verso du plat. 

N° 47. A une vente anonyme qui eut lieu à Paris le 
i5 novembre i8o3 (c'est celle de la bibliothèque de Méon) 
a été vendue l'édition suivante du Disciple : p. 279, 
n<> 2454 : « Le Voyage et Navigation que fit Panurge, Dis- 
ciple de Pantagruel, aux Isles incongneues et estranges, 
et plusieurs choses merueilleuses difficiles à croire, qu'il 
dit avoir veues. In-i6, S. D., fig. en bois » (vendu 2 fr.). 

Serait-ce un autre exemplaire du n° 47 de M. Pian? 

N° 49. Navigations de Panurge, Lyon, Pierre de 
Tours, 1543. 



302 NOTKS DE BIBLIOGRAPHIE RABELAISIENNE. 

Selon le catalogue de la vente Solar (Paris, novembre 
1860, p. 349, n° 21 16), ce petit volume ne serait qu'un 
fragment : « Le dernier leuillet est doublé parce qu'une 
autre pièce suivait les Navigations. » 

Nous n'avons vu ni l'exemplaire Solar (acheté 400 francs 
à sa vente par Clément de Ris), ni celui de l'Arsenal, ni 
celui (mutilé) de Taschereau, ni celui, enfin (omis par 
M. Plan), qui a figuré aux ventes Sunderland et Bordes 
(1897 ^^ 1902). Nous n'avons donc pas contrôlé cette asser- 
tion du catalogue Solar. 

N° 5i. Bt'inguenarilles, Rouen, Dugort, 1545. 
Pourquoi M. Plan ne cite-t-il pas d'exemplaire de cette 
édition? 

N° 61. Bj'ingueïiarilles, Paris, Nicolas Bonfons, 1574. 

M. Plan renvoie à « Baluz [sic]^ n° io5oo », et nous 
cherchons en vain cet ouvrage dans la liste des ouvrages 
« cités ou consultés ». Comme toujours, le coupable est 
Brunet (t. IV, col. 1068), qui se figurait à tort être intelli- 
gible de tous quand il citait « la Biblioth. Balui., 
no io5oo ». M. Plan ignorerait-il l'existence d'une Biblio- 
theca Balif{iana seu catalogus lihrorum Stephani Bahi\ii 
quorum fiet auctio die lunae 8 mensis maii anni i/ig-, et 
lui fallait-il beaucoup de témérité pour dégager de l'abré- 
viation, pourtant transparente, de Brunet, le nom illustre 
de l'éditeur des Capitulaires : « Stephanus Baluzius Tute- 
lensis », comme aimait à signer le grand savant en tête de 
chaque volume de sa bibliothèque? Rappelons ici ce que 
disaient les Mémoires de Trévoux d'avril 1719 (p. 748) : 
« On va vendre la bibliothèque de feu M. Baluze. Il n'a 
pas voulu qu'on la vendit en gros, pour donner aux 
curieux la facilité de se pourvoir de certains livres néces- 
saires qu'il avait trouvés lui-même avec peine. » 

N° 74. Tiers livre, Paris, Fezandat, i552. 
L'exemplaire de Nodier et Taschereau a reparu à la 
vente de M. Gustave Lévy (Paris, 20 mars 1877, p. 44, 



NOTES DE BIBLIOGRAPHIE RABELAISIENNE. 3o3 

n» 208 : 450 fr.), puis à celle de Marcel Schwob (Paris, 
octobre 1905, p. 44-45, m 164), où il a été acheté par 
M. Rahir'. (Cette dernière vente est d'ailleurs postérieure 
à la publication de la Bibliographie de M. Plan.) 

N° 78. Quart livre, Paris, Fezandat, i552. 

Les collations publiées par M. Plan pour prouver que 
l'édition d' « Aleman, i552 » et de « i553, s. 1. » auraient 
été revues par Rabelais, ne nous semblent pas absolument 
probantes. Nous nous refusons à reconnaître la griffe du 
maître dans cette liste insipide de corrections purement 
orthographiques, et il nous parait même possible, nous 
le déclarons, qu'un simple libraire ait pu supprimer les 
mots Caluins imposteurs de Genève. Nous pensons au 
contraire que, si Rabelais avait tenu à revoir lui-même 
l'une ou l'autre des deux éditions qu'on lui attribue, c'au- 
rait été pour y introduire autre chose que des variantes 
orthographiques. 

En tout cas, ces modifications infimes, que M. Plan 
qualifie (p. 160) de « corrections importantes », peuvent- 
elles sérieusement servir de base à des questions comme : 
« Rabelais a-t-il fait, à la fin de i552 ou au commence- 
ment de i553 (nouveau style), un séjour à Lyon...? Faut-il 
penser que maître François était caché chez des amis lyon- 
nais & peut-être chez des protestants 2? » 

N° 88. Le cinquième livre, s. 1., 1564. 

Nous ne voyons aucune raison de supposer que la date 
de 1564 soit fausse. Si cette édition est véritablement sur 
le même papier que celle de Lyon 1564 et imprimée avec 
les mêmes caractères, il saute aux yeux qu'elle a été exé- 
cutée en même temps. L'argument tiré de la moins 
grande correction du texte ne prouve absolument rien. 
Reste Vencrage plus ou moins net : c'est vraiment peu de 
chose. 

1. Il est offert pour 65o fr. au Bull. Rahir, n° 5 (mai 1907), p. 177- 
178, n. 75i. 

2. Cf. p. 232 un argument faible encore, mais plus sérieux. 



304 NOTES DE BlULIOGRAPHIR RABELAISIENNE. 

N" 99. Œuvres^ Lyon, i565. 

Où M. Plan a-t-il vu cette édition? Il y en a un exem- 
plaire h la bibliothèque Bodléienne sous la cote 8". R. 3i. 
Art. Seld. 

N° 100. Œuvres^ Lyon, Jean Martin, iSôy. 

Pourquoi ne pas citer d'exemplaire de cette édition? 
Soit celui d'Hibbert (Londres, mars 1829, p. 363, 11° 6640, 
vendu 10 sh. 6 d. à Gurdon, mar. bleu, doublé de tabis), 
soit celui de Gratet-Duplessis (Paris, février i856, p. i32, 
n" 819, 40 fr.), soit enfin celui que M. Rahir offrait pour 
dix francs en 1900 (Bull. 5o, p. 345-346, n» 38992, veau, 
titre taché). 

N° 104. Un imprimeur s'est-il véritablement appelé 
François Nier g? N'est-ce pas un métagramme de Grien 
(ou Grein)} 

N° m. Œuvres, Lyon, Jean Martin, i586, in-i6. 

M. Plan déclare n'avoir pas vu cette édition. Ne serait- 
elle pas au British Muséum (1080. a. 43)? Et, décidément, 
M. Plan a-t-il vu tous les Rabelais du British Muséum? 

N° 112. Œuvres^ Lyon, Jean Martin, i588, in-12. 

M. Plan ne cite pas d'exemplaire : il avait pourtant le 
choix entre celui du British Muséum (1081. a. 23) et celui 
du musée Condé (Cigongne, n» 1900) sans parler des men- 
tions qu'auraient pu lui fournir les catalogues Hibbert 
(no 6640) et Heber (t. VII, n» 4732). 

N° 114. Œuvres, Lyon, Jean Martin, 1596. 

M. Plan ne connaît que l'exemplaire Guillin d'Avenas. 
L'exemplaire de John Maurice, aujourd'hui au British 
Muséum (1081. k. i) (toujours ce British Muséum!), ne 
serait-il pas également de cette édition? 

N» 118. Œuvres, Lyon, Jean Martin, 1600. 
M. Plan attribue cette édition (pourquoi?) à une presse 
rouennaise, mais n'en signale pas d'exemplaire. Il s'en est 



NOTES DE BIBLIOGRAPHIE RABELAISIENNE. 3o5 

vendu un pour 24 francs, en maroquin rouge de Cape, à 
la première vente Bergeret (Paris, novembre i858, p. 2o5- 
206, no 1371). 

P. 23o, m V. « Almanach pour l'an 1546, composé par 
Maistre Françoys Rabelais, Docteur en Médecine, Item 
la Déclaration que signifie le soleil parmy les signes de la 
Nativité de FEnfant. A Lyon, Devant Nostre Dame de 
Confort. » 

M. Plan aurait pu nous avertir que la deuxième partie 
de cet almanach, la Déclaration, n'est pas de Rabelais, 
car deux éditions postérieures l'attribuent à Antoine Guil- 
lermin; c'est sans doute, comme le fait remarquer Bru- 
net [Manuel^ t. II, col. 1819-1820), l'ouvrage qu'on réim- 
prima en i556 sous le titre : 

Briefve & succinte déclaration que signifie le soleil parmy 
les signes à la nativité de l'enfant, composé par maistre Ant. 
Guillermin, natif de Rhodes et professeur en médecine. Lyon, 
par Fr. et Benoist Ghaussard, i556, in-S». 

Brunet signale encore une réimpression de i58o, in-S", 
de 8 ff., prins sur la copie de Benoist Chaiissard. 

P. 233, n° X. Il nous paraît invraisemblable que Rabe- 
lais ou un humaniste quelconque ait traduit « ferendum 
et sperandum » par oiceov v.a\ èXwccCV. Un élève de qua- 
trième rétablirait la lecture : oiçéov y.at èX::'.çéov, c'est-à- 
dire : o?<7Téov v.a\ èXTT'.aTéov. 

P. 238, 11° XVI. S'il avait connu une étude de M. Jacques 
Boulenger, parue dans cette Revue (t. I, igo3, p. 97-121), 
M. Plan aurait su que l'édition des frères de Sainte-Marthe 
n''d pas été faite d'après le manuscrit du fonds Dupuy à la 
Bibliothèque nationale. Quant à l'exemplaire d'une de ces 
lettres que possédait Benjamin Fillon, je me suis plus 
d'une fois demandé si ce n'était pas un faux moderne 
dérivant de l'édition imprimée en i65i. 



3o6 NOTES DR BIBLIOGRAPHIE RABELAISIENNE. 

P. 242, no XXIX : 

La lettre de Rabelais au cardinal du Bellay, commençant 
par ces mots : « Monseigneur. Si, venant icy dernièrement, 
M. de Saint-Ay eitst en la commodité de vous saluer à son 
parlement..., » & datée de Metz « ce 6 février (1547) "> ^ ^^^ 
publiée pour la première fois par Libri dans le Journal des 
Savants de janvier 1842, « d'après un recueil du président 
Bouhier, conservé à la Faculté de médecine de Montpellier, 
sous la cote 409. » (Référence suspecte.) 

Quand un bibliographe fait suivre une indication quel- 
conque des mots référence suspecte., cela signifie neuf fois 
sur dix qu'il a trouvé un renvoi dans un livre, qu'il est 
remonté à la source citée, qu'il s'est aperçu que le renvoi 
était inexact* et qu'il n'a pas poussé plus loin ni cherché à 
corriger l'erreur de son devancier. Ne serait-ce pas le cas 
de M. Plan? 

Une étude importante de M. Louis Thuasne {Rabelœ- 
siana : I, Note sur une lettre autographe de Rabelais, dans 
Revue des bibliothèques, t. XIV, 1904, p. 281-290), publiée 
après la Bibliographie de M. Plan, démontre que, selon 
toute vraisemblance, la publication de Libri dans le Jowr- 
nal des Savants est fondée non sur le manuscrit de Mont- 
pellier, non sur le manuscrit de Dijon, mais sur l'auto- 
graphe de Rabelais que Libri aurait volé à la Bibliothèque 
nationale (ms. latin 8584, après le f. 85). 

En attendant que l'on retrouve l'autographe de la lettre 
volée par Libri, on devra se contenter de la copie de 
Montpellier; encore faudrait-il pour cela en donner la 
cote exacte et ne pas reproduire d'après Libri un renvoi 
inexact, même avec le correctif « Référence suspecte ». 

Tout d'abord, le président Bouhier a-t-il possédé effec- 
tivement un recueil de lettres adressées au cardinal du Bel- 
lay? A la mort de Bouhier, sa bibliothèque, riche, dit-on, 

I. Le renvoi exact se trouve partout, par exemple dans Tédition 
de Marty-Laveaux, t. IV, p. 400-402, que M. Plan devrait connaître 
puisqu'il a entre les mains les papiers de cet érudit et qu'il a pu y 
puiser largement pour sa Bibliographie. 



NOTES DE BIBLIOGRAPHIE RABELAISIENNE. 307 

de 35,000 volumes et de 2,000 manuscrits, passa tout 
emière à son gendre, le président Chartraire de Bour- 
bonne, puis au fils de celui-ci, puis au comte d'Avaux, 
gendre de ce dernier, qui la vendit pour i35,ooo livres, en 
178 1, à l'abbaye de Clairvaux. Sous la Révolution, ces 
richesses devinrent la propriété de la nation et formèrent 
la bibliothèque de l'École centrale du département de 
l'Aube. Un classement sommaire des manuscrits fut effec- 
tué par Chardon-La Rochette et le docteur Prunelle. On 
envoya par la suite 323 manuscrits à la bibliothèque de 
l'École de médecine de Montpellier, tandis que d'autres 
prenaient le chemin de la Bibliothèque nationale, où les 
avaient précédés vingt-trois cartulaires expédiés à Paris 
dès 1799. On n'a pas oublié, d'autre part, que Chardon- 
La Rochette fut assez long à faire parvenir à leur destina- 
tion quelques-uns des manuscrits prélevés. 

Dans une liste (ms. 2407 de Troyes) des manuscrits mis 
en réserve pour la Bibliothèque nationale parle commis- 
saire Chardon-La Rochette ' figure, sous le n» 64, un 
recueil intitulé : « Lettres latines et françaises du cardinal 
du Bellay, in-fol., i vol. » 

C'est évidemment le même volume que celui qu'a décrit 
Libri dans son catalogue des Manuscrits de la bibliothèque 
de l'Ecole de médecine de Montpellier'^^ sous le no 24^. 

Ce volume sur papier, écrit au xviije siècle, de la main 
même du président Bouhier, contient, dit Libri, des 
« Lettres latines et françaises de Jean du Bellay, cardinal 
et évéque de Paris, avec les lettres adressées à ce cardinal 
par Sleidan, Sturm, Chellius, Curtius, Pomeranius, 
Wolfgang de Lysenberg, Landry, Veigbold, Latom, Wol- 
frag de Monteferro, Russocik, Guillaume, Salazar, Peter- 
man. Creuser et Salmonius Macrinus, par François Rabe- 

1. Publiée par Harmand dans le Catalogue général des mamcscrits 
des bibliothèques publiques des départements, série in-4'', t. II (i855), 

p. IX-XVI. 

2. Catalogue général..., série in-4'>, t. I (1849), p. 293-294. 

3. La description de Libri est réimprimée, un peu écourtée, dans 
le Dictionnaire des manuscrits, t. I (Paris, i853, in-S"), col. 557-558. 



3o8 NOTES DE BIBLIOGRAPHIE RABELAISIENNE. 

lais, par le duc de Florence..., etc. ». Libri signale, en 
outre, « une autre copie de celte môme correspondance 
dans la bibliothèque de Dijon ». 

Cette autre copie avait été mentionnée vingt ans aupa- 
ravant, par Haenel, dans la liste sommaire qu'il avait 
publiée des manuscrits de la bibliothèque de Dijon*. On 
en trouvera une courte mention, malheureusement sans 
analyse détaillée, dans le nouveau catalogue publié par 
MM. Molinier, Omont, Bougenot et Guignard [Catal. 
général^ série in-S», t. V, p. 134, n" 539). 

P. 248, no XXXV : 

On a aussi, dit M. Plan, attribué à Rabelais, sans raison 
plausible, le Traité des Trois imposteurs, comme on l'a attri- 
bué à plusieurs auteurs. C'est peut-être à cause de l'édition 
qui en a paru au xviie siècle sous ce titre : Vincentii Panurgi 
epistola de tribus impostoribits ad J. B. Morinum. Parisiis, 
ap. Macoeum Bouillette & J. Guignard, 1654. In-40. [Salvaing 
de Boissieu, 1432.] 

Il est toujours dangereux de mentionner des ouvrages 
dont on ne connaît que le titre. Si M. Plan s'était reporté 
à l'excellent mémoire, très fréquemment réimprimé, de 
Bernard de La Monnoye, sur le Traité des Trois impos- 
teurs, il y aurait vu : 

1° Qu'au début du xviii'= siècle, ce traité n'avait jamais 
été imprimé et que, par conséquent, on ne saurait en citer 
une édition qui ait « paru au xvii^ siècle » ; 

2° Que l'ouvrage intitulé : Vincentii Panurgi epistola..., 
etc., n'est nullement une édition du fameux traité et que 
son auteur est précisément le J.-B. Morin que le titre 
indique comme le destinataire fictif de cette Epistola. 

3° Que le seul auteur qui, au rapport de B. de La Mon- 
noye, ait songé à attribuer à Rabelais le Traité des Trois 

I. G. Haenel, Catalogi librorum nianiiscriptorum qui in bibliothe- 
cis Galliae, Helvetiae ... asservantur (Leipzig, i83o, 10-4°), col. 147, 
n° 3io; réimprimé dans le Dictionnaire des manuscrits, t. I, col. 667. 



NOTES DE BIBLIOGRAPHIE RABELAISIENNE. SOQ 

imposteurs, est le bibliographe Johann Deckherr [De scrip- 
îis adespotis, 3^ éd., Amsterdam, 1686, in-12, p. 121-125) 
qui ne semble même pas avoir connu VEpistola de 1654. 

Qu'on nous permette, en terminant, de déclarer que 
nous ne songeons nullement à incriminer ici la bonne foi 
de M. Plan; que nous reconnaissons sans peine tout le 
profit que nous avons retiré de l'étude des excellents fac- 
similés qui décorent son ouvrage ; que nous y avons trouvé, 
enfin, la description de plusieurs éditions précieuses qu'au- 
cun de ses devanciers n'avait signalées, comme par exemple 
les Rabelais de Besançon; et que, si nous avons publié 
ces critiques, c'est avec le ferme espoir que d'autres nous 
critiqueront à leur tour et qu'ainsi seront consolidées, 
petit à petit, les bases d'une bibliographie définitive des 
œuvres de Rabelais. 

Seymour de Ricci. 



CENT VOCABLES RABELAISIENS 

AVANT RABELAIS. 



La grande Chirurgie de Guy de Chauliac a été réim- 
primée en 1891 par M. E. Nicaise d'après le manuscrit 
français 24249 de la Bibliothèque nationale de Paris et 
« les imprimés latins et français » ; M. Godefroy a dépouillé 
ou fait dépouiller ce même manuscrit, ainsi qu'en 
témoignent les articles commissure, complication, conges- 
tion, muscillage de son Dictionnaire ; et pourtant, je viens 
de relever dans l'édition de i534 du Guidon en françois 
deux cent soixante-trois (263) mots pour lesquels le Dic- 
tionnaire général renvoie à une date plus récente. Ce 
chiffre même doit s'accroître de tous les termes datés du 
xv^ siècle ou du début du xvi<= siècle dans le Dictiomiaire 
général et qui peuvent se trouver soit dans l'édition de 
i5o3, soit dans les deux incunables de 1478 et 1490, soit 
encore dans les manuscrits du xiv« siècle. 

De ces 263 mots, 3o sont attribués à Rabelais par le 
Dictionnaire général : 

aéré grenoylle 

aggregatif humecter 

analogie index 

anathomiser individuel 

aphorisme inhiber 

arterial ligament 

articulation medulaire 

artificielement minoratif 

ascendent pestiféré 

axunge priapisme 

cartilage prolifique 

coronal refroidissement 

fistuleux sinapiser 



CENT VOCABLES RABELAISIENS. 3ll 

sinthome unguent 

stupide vivifique. 

Précédemment ^ j'ai cité l'exemple du mot articulation. 
M. Paul Barbier^ a cité des exemples du xiv« (?) siècle pour 
aggregatif^i aphorisme., artificielement, axunge, minora- 
tif, sinthome, stupide., de 1444 pour refroidissement., de 
1482 pour vivifique^ de i5i2 pour unguent., de i52i pour 
ascendent, de i53i pour pestiféré, de 1549 pour ligament. 
Ces cinq derniers mots se trouvent sans doute pour la pre- 
mière fois dans le Guidon., mais il y a doute pour les sept 
premiers. Oresme qui emploie amphoiHsm,e, artificiele- 
tnent et minoratif est contemporain de Guy de Chauliac; 
Bernard de Gordon, dans la Pratique duquel Godefroy a 
lu axonge, sinthome et stupide fut le maître de Chauliac, 
mais son Lilium ne fut mis en français qu'en 1377 et l'im- 
primé de 1495 nous donne un texte « quelque peu rajeuni », 
au dire de Littré^, et il se peut que le Guidon de 1478 ait 
déteint sur la Pratique; au reste les deux incunables sont 
des impressions lyonnaises et reflètent peut-être plus le 
langage quotidien des praticiens de THôtel-Dieu de Lyon 
à la fin du xv^ siècle que celui des chirurgiens de Toulouse 
et Montpellier du siècle précédent. 

De plus, parmi les 470 mots dont M. Barbier fait remon- 
ter l'usage à Rabelais alors que le Dictionnaire général 
donne comme premier exemple un texte postérieur à cet 
auteur, il s'en trouve vingt-deux que nous lisons déjà dans 
le Guidojî. Ce sont : 

amigdalle fortuit 

cheute indication 

epilepsie insipide 

fecal lobbe 

fixem,ent oblong 

1. Revue des Études rabelaisiennes, t. V, p. io3. 

2. Ibid., t. III. 

3. Histoire littéraire de la France, t. XXV, p. 328. 



3 12 CENT VOCABLES RABELAISIENS. 

predicable trachée artère 

prohiber vénéneux 

prurit ventricule 

pulvériser ventru 

restrictif verdet 

salive vertèbre. 

Ce chiffre de cinquante mois peut être doublé grâce à 
quelques volumes que les hasards des adjudications et des 
catalogues m'ont permis de réunir en mon « grenier ». 

Prenons d'abord les mots attribués à Rabelais par le 
Dictionnaire général. 

Si vocable est dans Le Maire dès i5i2, Pontus de Tyard 
l'emploie en i552 dans le Solitaire premier^ antérieure- 
ment au S" livre. 

Rabelais emploie le mot metalepsis^ mais la forme fran- 
çaise métalepse se lit peut-être pour la première fois dans 
le Commentaire de Pantaleon Thevenin sur la Sepmaine 
de G. de Saluste, imprimé en i585, et c'est sans doute là 
que le lut Cotgrave. 

Le traducteur de V Architecture de Vitruve (Jean Martin 
ou quelque autre), connaît en 1547 aeolipile et sapper. 

brusque frégate 

chiorme maroquin 

extatique 

se lisent dans la première édition de Palmerin d'Olive 
« achevée d'imprimer... le viij iour de Juillet, Mil cinq 
cents quarante six ». Comynes emploie brusque., mais il 
est peu probable que Rabelais ait feuilleté l'Inventaire de 
Marguerite d'Autriche., daté de 1624, et dans lequel Gode- 
froy a trouvé marroquin. 

Les infatigables traducteurs que furent Claude de Seys- 
sel et Guillaume Michel connaissent : 

tuf centumviral 

remorquer naumachie 

sidéral 



CENT VOCABLES RABELAISIENS. 3l3 

Le second groupe se trouve dès 1620 dans Suetotie et le 
premier dans le Diodore imprimé en i53o. 

Une récolte plus abondante nous attend dans la Mer 
des Histoires, adaptation française du Rudimentum novi- 
ciorum imprimé à Lubeck en 1475. La première édition de 
1488 est un de ces livres que leur situation dans la Réserve 
des grandes bibliothèques met à l'abri... des travailleurs 
et ce n'est que l'édition de 1491 que j'ai sous les yeux : on 
y peut lire plus de deux cents mots antérieurement aux 
dates marquées dans le Dictionnaire général. Treize seu- 
lement nous intéressent ici, ce sont : 

adjuration conflagration 

agriculture dialecticien 

amateur olimpiade 

amphiteatre pigmees 

apologie symbole 

attirer tropologique. 
capable 

Reprenant maintenant la liste de 470 mots attribués à 
Rabelais par M. P. Barbier et citée plus haut, nous trou- 
vons dans la Mer des Histoires., en 1491, et probablement 
aussi en 1488 : 

abhorrer questeur 

blasphémer rétrograder 

demydieu sacré sainct 

narrer salive 

offensif salubre 

philosopher salubrité 

pluvieux satyrique 

précieusement seraphique 

prohiber vigilant, 
pudicité 

Le Diodore de Cl. de Seyssel Imprimé en i53o a 

contremine inopiné 

desordre inopineement. 

importance 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. V. 21 



3 14 CENT VOCAULKS RAnKLAlSIENS. 

Palmerin d'Olive, en 1546, contient acoladc, bonasse et 
caparassouué, ce dernier simultanément avec Rabelais. 

Occurrence est, en 1547, dans V Architecture dcN'nrnwc. 
Alcion est employé par Belon dans ses Observations en 
i553. 

De ce dépouillement d'une demi-douzaine d'ouvrages, 
est-il téméraire de conclure qu'une enquête plus appro- 
fondie et s'étendant à tous les ouvrages français imprimés 
de i5oi à i55o réduira à fort peu de chose la part de Rabe- 
lais dans la formation du vocabulaire français moderne? 

Hugues Vaganay. 

Ces pages étaient composées quand M. Baudrier, que 
tous les érudits connaissent pour le soin filial avec lequel 
il publie et complète Isi Bibliographie des livres imprimés 
à Lyon au XVI^ siècle commencée par M. le Président 
Baudrier, a bien voulu mettre à ma disposition le seul 
exemplaire connu du Guidon enfrançois « Imprime a lyon 
par Johânes fabri || natif dalemaigne Lan de grâce Mil |! 
cccc. Ixxxx. et le xxvij. iour daoust ». Et j'ai eu le plaisir 
d'y retrouver les cinquante-deux mots cités plus haut 
auxquels on doit ajouter aposteme qui m'avait échappé 
dans mon dépouillement de l'édition de 1534. 

Voilà donc cinquante-trois mots qui se recommandent 
à l'attention de nos confrères médiévistes. 

H. V. 



UNE MENTION DE TIRAQUEAU EN 1546. 



Voici un document qui nous montre quelle était l'auto- 
rité de Tiraqueau auprès des légistes et dans le Parlement 
de Paris, en 1546, c'est-à-dire à l'époque où paraissaient 
la troisième édition de son De legibus connubialibus et le 
Tiers Livre de Rabelais. Ce sont quelques lignes d'une 
préface que François Baudouin met en tête de la deuxième 
partie de son édition des Pandectes^ 

Il s'est décidé à donner cette seconde partie des Pan- 
dectes sur les instances de Tiraqueau : « Praesertim 
accedente sponsione gravissimi Senatoris Andreae Tira- 
quelli, qui sua auctoritate cunctationem nostram discussit 
et me natura fortassis non inverecundum confîrmavit, 
dum puériles nostras commentationes (qui est profusissi- 
mus viri doctissimi erga studiosos omnes et incredibilis 
favor) liberali suo judicio saepius ornavit. Ejus judicium 
cum in rébus gravissimis augustissimus ipse Senatus 
revereatur, non potui vel tanti autoris defugere impe- 
rium, vel talis tantique patroni voluntatem non revereri. 

« Amplissimo viro D. Francisco Olivario, Franciae can- 
cellario, Franc. Balduinus, S. » 

J. Plattard. 

I. Jtistiniani Sacratiss. princip. Instittitiomim libri quatuor {apud 
Tiletanum). Paris, 1546. In-f°. 



COMPTE-RENDU. 



Louis Delaruelle. Guillaume Budé. Les origmes, les 
débuts^ les idées maîtresses. Paris, Champion, 1907. 

— Répertoire analytique et chronologique de la corres- 
pondance de Guillaume Budé. Toulouse, Ed. Privât; 
Paris, Ed. Cornély. 

M. L. Delaruelle n'est pas un inconnu pour les Rabelaisants : 
il a donné naguère, dans la Revue d'histoire littéraire de la 
France, sur Ce que Rabelais doit à Erasme et à Budé^, une 
étude qui mériterait, pour sa méthode prudente et sagace, 
d'être proposée comme modèle à tous ceux qui s'occupent 
des sources de Rabelais. A leur tour, ses deux thèses de 
doctorat nous apportent de très précieuses contributions à 
l'histoire de l'humanisme français dans le premier tiers du 
xvie siècle. 

Nous n'avons, il est vrai, dans la thèse principale, que 
l'étude des « origines, des débuts « de G. Budé jusqu'à 
l'époque (iSig) où il renonce à la Vita umbratilis pour figurer 
à la cour et jouer un rôle dans les conseils du roi Fran- 
çois ler. Mais, en attendant le second volume que nous pro- 
met M. Delaruelle, nous trouvons dans les chapitres consa- 
crés à la formation de l'humaniste, aux Annotations aux 
Pandectes, au De Asse, au Recueil d'Apophtegmes toutes les 
idées maîtresses et tous les traits essentiels de la physio- 
nomie de Budé. 

Il était jusqu'à présent peu connu. M. Brunetière lui a con- 
sacré un article dans son Histoire de la littérature française 
classique; M. Lefranc a étudié et défini son rôle dans la créa- 
tion du Collège de France; mais sur sa biographie et sur ses 
œuvres, aucune étude d'ensemble n'avait été entreprise depuis 
la thèse de Rebitté, Guillaume Budé restaurateur des études 

I. Cf. le compte-rendu dans le tome II de la Revue des Études 
rabelaisiennes, p. 197. 



COMPTE-RENDU. 3lJ 



grecques en France (Paris, 1846) et la Vie de Gtnllaume Biidé, 
par Eugène de Budé (Paris, 1884). En outre, ce n'est que 
depuis quelques années que l'humanisme de la fin du xv^ siècle 
nous est connu, grâce aux publications de M. de Nolhac, de 
M. Omont (Georges Hermonyme de Sparte), de M. l'abbé 
Paquier [L' Humanisme et la Réforme : Gérôme Aléandre), de 
M. Jovy (François Tissard et Jérôme Aléandre), de M. Thuasne 
(Lettres et discours de Robert Gaguin). 

Les résultats de leurs recherches ont été résumés, coordon- 
nés et augmentés par M. Delaruelle dans son premier cha- 
pitre, Les précurseurs, tableau de l'humanisme français à 
l'époque qui vit naître et grandir la génération de Budé et de 
Rabelais. 

De l'examen attentif qu'il a fait des Annotations, du De Asse 
et surtout des nombreuses et copieuses digressions dont ces 
études philologiques et scientifiques sont comme offusquées 
se dégagent quelques traits nouveaux de la physionomie de 
Budé. Cet humaniste que l'on se représenterait volontiers con- 
finé dans son cabinet, entre le Digeste et les écrivains anciens, 
indifférent aux bruits du dehors, on le voit dès i5i4 (De Assé) 
très intéressé par la vie de son pays, ému des malheurs et 
inquiet des malaises de la France. Il a de véhémentes indigna- 
tions contre un personnage que sa rhétorique ne lui permet 
pas de nommer, mais qu'il désigne clairement : Georges d'Am- 
boise, dont l'ambition personnelle a égaré le roi Louis XIL 
Il manifeste, en revanche, une sincère admiration pour la 
probité du chancelier Guy de Rochefort. Il flétrit l'avidité des 
officiers de la couronne, déplore la misère des paysans. Aussi 
bon chrétien qu'ardent patriote, il s'irrite des vices du haut 
clergé, de la simonie des prêtres, et, bien avant Rabelais, 
dénonce la conduite scandaleuse du pape Jules II, qui, cui- 
rassé et casqué, faisait « guerre félonne et très cruelle,... tout 
l'empire Christian estant en paix et silence ^ ». Budé, avant 
même d'entrer dans la vie publique, est un homme de son 
époque : la culture antique n'a pas altéré en lui le sentiment 
national et ne lui a pas fait perdre les traditions de l'esprit 
français. 

M. Delaruelle, ayant arrêté son étude de la biographie de 
Budé, dans ce premier volume, à l'année iSig, n'a pas eu 



I. Pantagruel, 1. IV, ch. l. 



3i8 COMPTE-RENDU. 



à parler des rapports de Budé avec Rabelais (i520-i523). Les 
lettres adressées par Budé à Lamy et à Rabelais, alors corde- 
liers à Fontenay-le-Comte, ont trouvé place dans le Répertoire 
analytique et chronologique de la correspondance de Guilla^tnie 
Budé, qui constitue sa thèse complémentaire. L'idée de ce 
répertoire est heureuse : le style de Budé est si rebutant en 
raison de l'abondance des métaphores laborieuses et si déce- 
vant par l'absence de faits ou d'idées concrètes, qu'un résumé, 
dégageant les idées essentielles et précisant les faits, rendra 
de grands services à tous ceux qu'intéresse l'histoire de l'hu- 
manisme dans la première moitié du xvie siècle. — Aux 
i6o lettres publiées par Budé lui-même en plusieurs recueils 
(i520, i322, i53i), M. Delaruelle a joint quinze lettres, extraites 
de différents recueils épistolaires, ou livres du xvie siècle : 
correspondance d'Érasme, etc. Il est fâcheux que ce réper- 
toire reste incomplet; M. Delaruelle n'y a pas fait place aux 
lettres-dédicaces ou lettres d'éloges qui servent de préfaces 
aux ouvrages de Budé ou de ses correspondants. Telle lettre, 
placée en tête de sa traduction du Livre du monde d'Aristote 
(i526), contient sur Jacques Toussain, à qui l'ouvrage est 
dédié, et sur Budé lui-même des renseignements intéressants. 
Il va de soi que ce répertoire ne saurait tenir lieu des docu- 
ments originaux; tel qu'il est, il nous offre cependant, et dans 
son texte et dans ses notes, beaucoup de renseignements sur 
les personnages qui étaient des relations de Budé et de 
Rabelais : Dolet, Tiraqueaa, Georges d'Armagnac, Philen- 
drier, etc. 

C'est des chapitres i (Les précurseurs) et m {Les Annotations 
aux Pandectes) de la première thèse que pourra particuliè- 
rement profiter le commentaire de Pantagruel et de Gar- 
gantua. 

Le chapitre des Précurseurs nous montre quelles furent les 
origines et les premières formes des critiques de l'éducation 
scolastique que Rabelais reprit dans Gargantua (I, 14). Tous 
les manuels et traités avec lesquels Thubal Holopherne et 
Jobelin Bridé avaient « abâtardi le bon et noble esprit » du 
jeune Gargantua étaient depuis longtemps la risée des huma- 
nistes. Dès 1473, Gaguin, dans son Ars versijicatoria, range 
parmi les auteurs parum tersi Theodolus (Théodolet), Alain 
de Lille (Alanus in Parabolis), Facetus (le Facet) et se moque 
de la latinité des étudiants contemporains, qui ne se haussait 



COMPTE-RENDU. 3l9 



guère qu'à l'intelligence du jargon de Duns Scot (p. 26). Le 
Doctrinal d'Alexaadre de Villedieu est ridiculisé ; on cherche 
à le remplacer par des grammaires plus simples et plus claires, 
comme celle de Sulpicius Verulanus. Pourtant, sa fortune dure 
toujours : de 1483 à 1542, il aurait eu vingt-deux éditions 
à Paris seulement. Et le Grécisme d'Éverard de Béthune 
(Hébrard, Grécisme) est réédité et glosé par un régent de Poi- 
tiers. Les efforts des humanistes pour renouveler les méthodes 
d'enseignement n'ont donc pas encore abouti à l'époque de 
Rabelais, « toutes disciplines ne sont pas restituées », et l'on 
comprend son indignation contre ceux qui s'attardent dans 
les brouillards cimmériens de l'âge gothique^. 

Pareillement, la campagne contre les Accursiens et les Bar- 
tolistes, à laquelle s'est associé Rabelais dans les chapitres v 
et X de Pantagruel, datait déjà de plus d'un quart de siècle. 
Elle avait été entreprise par les humanistes italiens du Quat- 
trocento, notamment par Laurent Valla, que choquait le latin 
barbare des glossateurs. Budé avait montré dans ses Annota- 
tions (i5o8) comment il fallait réagir contre les erreurs sécu- 
laires de ceux que Bonaventure Despériers appelle quelque 
part « tormentatores, non commentatores juris ». Tout en 
rendant justice à Accurse et à Bartole, dont les défauts doivent 
être imputés à la barbarie de leur âge, il s'était élevé contre 
la sottise des Accursiens et des Bartolistes, disciples entêtés de 
leurs maîtres, plus prompts à citer un commentateur obscur 
qu'un texte clair, insoucieux de la pureté du style au point de 
préférer à la langue d'Ulpien celle d'Accurse, jargon « des 
boutiques des barbiers et des cordonniers 2 ». Ce sont les cri- 
tiques que Pantagruel formulera, à son tour, lorsqu'il jettera 
au feu la « fatrasserie de papiers et copies » amoncelée par un 
« tas de vieux rabbanistes » pour grabeler le procès Baisecul- 
Humevesne. Même si la controverse était patente, dit-il, elle 
n'a pu être qu'obscurcie par les « ineptes opinions de Accurse, 
Balde, Bartole, de Castro, de Imola^ » et autres vieux mâtins, 
ignorants : 1° de la langue grecque, indispensable pour l'intel- 
ligence des sentences grecques, dont les lois sont pleines; 

1. Expressions de la lettre-dédicace des Epistttlae Médicinales 
de Manardi. 

2. Cf. p. loi et 102. 

3. Sur ces juristes, cf. Delaruelle, p. loi, note. 



.V20 COMPTE-RENDU. 



21' de la langue latine, comme il appert de leur style de 
« ramonneur de cheminée et de cuisinier et marmiteux< » ; 
3o de philosophie morale et d'humanité. La réforme des 
études juridiques en France, entreprise par Budé, continuée 
par Alciat, n'avait pas encore abouti en iSSa; Tiraqueau se 
plaignait'- qu'il y eût encore des jurisconsultes à qui l'on ne 
pouvait arracher des mains ces gloses barbares (barbara glos- 
semata), « brodure infâme et punaise d'une robe d'or trium- 
phante et précieuse à merveilles » [Pantagruel, ch. v). 

Pourtant, Budé avait été suivi; tout le cénacle de Fontenay- 
le-Gomte s'inspire de ses idées : Tiraqueau, Lamy, Rabelais, 
l'avocat Jean Imbert, qui le consulte sur le choix des termes 
juridiques pour la préparation de ses Institutiones foreuses 
(Paris, i538). Cette influence de Budé fut lente, mais puis- 
sante, et nous regrettons que M. Delaruelle n'ait pas cru 
devoir l'étudier avec plus de précision. Cf. p. 127 : « Considé- 
rées comme œuvre d'érudition, les Aiinotations durent faire 
époque en France et à l'étranger. « Suivent quelques faits 
attestant ce succès. P. 182 : « Le succès (du De Asse) dut 
répondre à l'impatience que le livre avait provoquée. » Et 
M. Delaruelle allègue à l'appui de cette assertion si prudem- 
ment formulée quelques éloges donnés à Budé par des Huma- 
nistes contemporains. Il aurait pu citer bien d'autres témoi- 
gnages. Pour peu que l'on ait simplement feuilleté les ouvrages 
des Humanistes de la première moitié du xvi^ siècle, on reste 
frappé de la fréquence des emprunts au De Asse. C'est, par 
exemple, dès i5i6, Nicole Bérault qui, dans son édition de 
Pline l'Ancien, profite des observations de Budé sur de nom- 
breux passages de son texte. [Caii Plynii Secundi naturalis 
historiae libri XXXVII. Paris, Regnault-Chaudière. Préface. 
« Utinam plura fuissent ac frequentiora ! » dit-il, en parlant 
des remarques de Budé sur Pline.) Les mêmes éloges et 
les mêmes références au De Asse se retrouveront dans une 
autre édition de Pline par Danès. (Plinii secundi historiarum 



1. L'expression que Budé donne à son mépris pour la langue de 
ces jurisconsultes n'est ni moins flétrissante ni moins pittoresque. 
(Cf. surtout le De Philologia, 1. IL) Leur langage se compose, dit-il, 
« verbis e foro, non quidem romano ac subselliis dicato, sed olitorio 
potius et boario suarioque coUectis ». 

2. Cf. lettre-dédicace des Epistulae Médicinales de Manardi. 



COMPTE-RENDU. 321 



natiirae libri XXXVII. Paris, Jean Petit, i532. « Budaeo, 
hujus memoriae eruditorum facile principi, qui permulta etiam 
ipse Plinii loca sagacissima conjectura judicioque exactissimo 
usus, restituit in illo praeclaro De Asse assisque partibus 
opère... » Petrus Bellocirius* Lectori.) 

Le De Asse ayant établi un étalon nouveau des monnaies, et 
aussi des mesures et poids des Anciens, on devine quelles 
modifications durent s'ensuivre dans la médecine ou la phar- 
macie. Toutes les recettes, transmises par les traités des 
Anciens, comportaient des mentions de poids et mesures dont 
les équivalents français, acceptés antérieurement au De Asse, 
se trouvaient désormais erronés. Les officines de pharmacie 
n'échappaient point à l'influence de cet ouvrage. En i552, 
Canappe et Tolet annexèrent à leurs Opuscules de divers 
autheurs médecins (Lyon, Jean de Tournes) un Tableau com- 
paratif des mesures anciennes et des modernes, dressé d'après 
le De Asse. 

Telle est la lacune de l'ouvrage de M. Delaruelle. Puisque, 
de son propre aveu, Budé n'a aucun mérite d'écrivain, puis- 
qu'il n'est intéressant que comme initiateur et ouvrier de 
grandes réformes, pour l'exemple qu'il a donné aux Huma- 
nistes contemporains, en un mot, pour l'action qu'il a exercée, 
il appartenait à son historien de rechercher les multiples 
manifestations de cette influence, d'en montrer la diffusion 
et l'universel rayonnement. Un chapitre d'ensemble sur le 
rôle de Guillaume Budé, restaurateur de la philologie en 
France, rentre dans le cadre de cette étude. M. Delaruelle 
nous le doit dans son second volume. 

J. Plattard. 



I. Bellocirius est un pseudonyme de Danès. 



CHRONIQUE. 



Notre BiBLiOTHèQUE. — M. Henri Grimaud nous a fait par- 
venir un article intitulé Chinon pittoresque, par Henri Grimaud 
(extrait du no d'avril 1901 du Monde moderne, 14 p. in-8°), illus- 
tré par de curieux croquis chinonais, et M. Maurice Du Bos 
nous a adressé le no du 5 août 1907 de V Italie et la France 
contenant son article Rabelais en Chinonais, dont on trouvera 
l'analyse plus bas. — M. Arthur Tilley nous a remis un 
exemplaire de l'excellent volume qu'il vient de publier et dont 
\<s. Revue rendra compte dans son prochain fascicule : François 
/?aèe/a;^,by Arthur Tilley, M.A. (London, J. B. Lippincott, 1907 
in-i6, 388 p. portr.) — M. Arthur Tilley nous a remis égale- 
ment un exemplaire du tirage à part de son article sur Rabelais 
and geographical discovery (extrait de The modem Language 
Review, vol. H, no 4, juillet 1907, 10 p. in-80), que l'on trouvera 
analysé d'autre part. — M. Abel Lefranc a rapporté d'Épinal 
pour notre bibliothèque une curieuse « image » moderne, inti- 
tulée : « Le célèbre Gargantua, » et où l'on voit le géant, qui 
a l'air, entre parenthèses, d'un fort brave homme, boire dans 
un tonneau en guise de gobelet et dévorer des bœufs, des 
cerfs, des porcs entiers, qu'il pique un à un au bout de sa four- 
chette. Cette naïve image provient de la « fabrique de Pellerin, 
imprimeur-libraire, Epinal ». Les lignes suivantes, que l'on 
peut lire au-dessous, prouvent que le livre de Rabelais n'a pas 
eu grande action sur la légende populaire de Gargantua : 

Gargantua était fils de Briarée, le plus célèbre des géans, et de 
l'illustre Gargantine, sa femme. En naissant, quatre géans des plus 
forts avaient peine à le porter : sa tête était aussi grosse qu'un 
tonneau de quatre muids et ses fesses étaient plus larges et plus 
épaisses que des meules de moulin. On lit dans les annales du 
grand Mogol que le petit Gargantua mangeait par jour six grandes 
chaudières de bouillie, dont la moindre était plus grande que celle 
de l'hôtel des Invalides à Paris; mais il n'eut jamais plus de 
cinq douzaines de nourrices. A trois ans, il mangeait à son dîner 
quatre bœufs, cinquante moutons, trois cents perdrix ; à dix-huit ans, 



CHRONIQUE. 323 



il lui fallait, pour le moindre de ses repas, cinquante bœufs, 
quatre cents moutons, quatre mille chapons, deux mille levrauts, 
trois mille perdrix, et, pardessus tout, soixante tonneaux de vin, 
vingt muids d'eau-de-vie et quatre mille bouteilles de ratafia. Il 
aimait fort le poivre : il en fallait ordinairement quatre quintaux 
sur sa soupe. Le tonneau qui lui servait de verre tenait douze muids. 
Il pouvait avaler deux ou trois bœufs à la fois sans en ôter les os, 
que, malgré leur dureté, il réduisait en poussière sous ses grosses 
dents. 

Il mourut d'une indigestion à la suite d'un repas où il avait 
dévoré cent quatre-vingts bœufs, huit cents moutons, quinze cents 
lièvres, sans compter les pigeons, canards, perdrix et bien d'autres 
viandes ; iL fallut deux mille cinq cents hommes occupés pendant 
six semaines pour creuser sa tombe et six cents chevaux et 
cent bœufs pour tirer le char funèbre sur lequel il était placé. 

Rabelais et le poète Robbé. — La Revue des Études rabe- 
laisiennes s'est occupée (t. III, p. 3o5) du poète vendômois 
Robbé et de son voyage à Chinon. Le passage relatif à Rabe- 
lais n'était pas resté tout à fait inconnu ni aussi perdu dans 
l'œuvre oubliée du poète que l'a bien voulu dire notre con- 
frère M. Henri Grimaud. M. Pierre Dufay Tavait déjà repro- 
duit dans son étude sur Robbé parue en i8g8 dans la Société 
archéologique du Vendômois et tirée à part. L'auteur vient d'y 
ajouter des Notes complémentaires (Vendôme , 1907) qui 
achèvent de mettre en lumière la silhouette si originale « de cet 
enfant perdu de la Muse ». 

Le Rabelais de Le Duchat. — Nous relevons dans le 
catalogue de la collection von Radowitz (Ver^eiclinis der von 
dem verstorbenen Preussischen General- Lieutenant J. von 
Radowit^ hinterlassenen Autographen- Sammlung, Berlin, 
Hùbner-Trams, 1864, in-80, p. 635, n. 7815) la mention d'une 
intéressante lettre de Jacques Le Duchat, datée de Berlin 
(i3 mars 1711), et par laquelle il offre à la Bibliothèque 
royale de cette ville un exemplaire de son Rabelais. Où est 
passé ce curieux autographe? Seymour de Ricci. 

Rabelais et la Géographie. — M. Arthur Tilley entreprend 
d'étudier les sources auxquelles Rabelais a pu recourir pour 
composer l'histoire des navigations de Pantagruel. Dans son 
premier article : Rabelais and geographical discovery (extrait 
de The modem language review, vol. II, no 4, juillet 1907), 



3-24 CHRONIQUE. 



il relève de très curieuses analogies entre le texte du roman 
et celui du Noviis orbis regionum ac insularinn veteribus inco- 
gnitarum... de Simon Grynaeus, paru en mars i532. On ne 
saurait guère douter que Maître François ait connu ce recueil 
de récits de voyages quand on voit que l'itinéraire qu'il 
assigne à Pantagruel autour de l'Afrique est précisément le 
même que celui que Sébastien Munster assigne aux Espagnols 
naviguant vers les Indes : « Petunt Portum sanctum, Mederam 
et septem Canarias insulas... Hinc navigatur ad Capiit 
album... Venitur ad regnum Senegae... Haud longe est Capiit 
viride..., etc., etc. «; comme on peut le voir, ce sont là préci- 
sément les lieux que cite Rabelais, et il les cite dans le môme 
ordre. 

C'est encore très probablement le Novus orbis qui a ins- 
piré à Rabelais, à la fin du dernier chapitre du second livre, 
l'annonce du voyage fantaisiste de Pantagruel par les mons 
Caspies, la mer Athlanticque et les isles de Perlas. De même on 
constate des analogies assez frappantes entre les descriptions 
de l'éléphant telles que les donnent le Novus orbis, Ca da 
Mosto, Varthema ou Marco Polo, et tel passage du chap. xxx 
du Cinquiesme livre. Enfin, il est fort probable également que 
c'est au Novus orbis aussi qu'a été empruntée la liste des his- 
toriens citée au chap. xxxi du même livre. 

Remarquons en passant que ces intéressantes découvertes 
de M. Tilley viennent confirmer la théorie de l'authenticité 
partielle du 1. V, telle qu'elle est exposée dans l'introduction 
à notre réimpression de Vlsle Sonante. On voit comment 
Rabelais avait dû lire avec intérêt le Novus orbis, qui venait 
de paraître en i532, dans le temps même qu'il composait son 
second livre. Il y avait pris des notes : les unes lui servirent 
immédiatement ; les autres, il les réserva, et c'est ainsi qu'on 
les retrouve dans le 1. V, composé vingt ans après le 1. II. 

J. B. 

Rabelais et Béranger. — Nous relevons dans les Lettres 
de Béranger à Mme de Solms (dont le supplément du Figaro 
du 20 juillet 1907 a réédité des extraits) cet intéressant passage 
sur Rabelais, daté de i856 : « Vous avez raison d'employer 
vos soirées à lire Montaigne et Rabelais ; je les étudie depuis 
quarante ans, et ils m'apprennent toujours quelque chose de 
nouveau Malgré mon admiration pour Voltaire, je suis obligé 



CHRONIQUE. 325 



de convenir qu'on pourrait lui contester la valeur littéraire de 
ses œuvres. Rabelais est bien plus original et bien plus naïf : 
s'il avait été moins austère et aussi rusé que celui-ci, il eût 
conquis et conservé la première place parmi les réfor- 
mateurs. » 

Rabelais en Limousin. — Dans le numéro de juillet 1907 
du Bibliophile limousin, M. Alphonse Precigou publie 
des Notes complémentaires sur Rabelais et les Limousins. 
L'article n'apporte aucune preuve décisive d'un séjour possible 
de Rabelais à Limoges avant i533. Le discours du Limousin, 
est, on le sait, emprunté au Champfleury de Geofroy Tory, 
et les étudiants de cette province étaient assez nombreux 
à Paris pour que Rabelais n'ait pas eu besoin de venir 
à Limoges pour entendre jurer par « Sen Marçau ». En 
revanche, si l'on tient compte du passage du 1. V, chap. xxx, 
« un verrat qu'autrefois j'avois vu à Limoges » et de la citation 
du « vieux chemin de la Ferrate », même livre, chap. xxvi, un 
passage de Rabelais en Limousin à une époque plus voisine 
de i55o devient assez probable. M. Precigou le rapporte aux 
années comprises entre 1541 et 1546, date où le siège épis- 
copal de Limoges était occupé par Jean du Bellay. Le rappro- 
chement méritait, en tout cas, quelque créance. 

Livres et articles récents. — Notre confrère M. Heinrich 
Schneegans vient de publier dans la Deutsche Rundschau de 
juillet 1907 un important article sur la « Querelle des Femmes » 
dans la littérature française de la Renaissance; il y est ques- 
tion du Tiers Livre du Pantagruel. 

— Notre confrère M. Maurice Du Bos a publié dans L'/fa/ie 
et la France, Revue des pays latins (no du 5 août 1907), un inté- 
ressant compte-rendu de notre excursion rabelaisienne sous ce 
titre : Rabelais en Chinonais. On y trouvera plusieurs illus- 
trations utiles, comme la reproduction d'une médaille de 
Rabelais qui est peut-être le plus ancien portrait du Maître, et 
dont le revers intéresse l'histoire des Navigations de Panta- 
gruel, — et comme la reproduction d'un autre portrait beau- 
coup plus récent, puisqu'il est dû à Delacroix. Ce portrait a 
motivé la curieuse note suivante, que Vltalie et la France a 
donnée dans son numéro de septembre : « Ce portrait (1834), 



326 CHRONIQUE. 



tout de convention, comme la plupart des portraits historiques 
de l'époque, réédite de parfaite façon, avec une différence 
d'expression bien entendu, les traits de l'homme couché dans 
le célèbre tableau du Louvre Le massacre de Scio, tableau qui, 
au Salon de 1824, « porta, dit Théophile Gautier, au dernier 
« degré d'exaspération les colères de l'école classique. « Quel 
était ce modèle dont deux fois en dix ans et pour des sujets 
si différents se servit Delacroix? — Certains, d'autre part, 
remarquent une étrange affinité entre ces deux personnages 
et les portraits de Petrus Borel... Petrus Borel et Rabelais ! 
L'aimable railleur sous les traits du farouche lycanthrope ! 
Quel romantisme! Il serait curieux aussi que Delacroix, qui 
se piquait de fréquenter le juste milieu, eût portraituré le 
bousingot dont les truculences émerveillaient l'atelier de 
Deveria et qui passait pour maître chez Louis Boulanger. Si 
cette identification de personnages pouvait être faite, elle 
éclairerait d'un jour tout nouveau les rapports du Cénacle avec 
Delacroix, car chacun sait que si Delacroix a dessiné les 
costumes du drame Amy Robsart, il ne garda pas moins 
vis-à-vis de Victor Hugo et de son entourage une constante 
réserve et ne s'enrôla pas dans les bandes frénétiques aux 
soirs de Hernani, etc. 

— M. Martin-Dupont a publié, dans la i^ej^îmc^noi/ve/Ze, revue 
bi-mensuelle, du !=■" juillet igoG, un article intitulé : Rabelais 
moraliste, où il s'est appliqué à montrer que la morale de 
Maître François est « la plus simple qui soit, honnête, débar- 
rassée de tout appareil dogmatique, positive plus qu'aucune, 
en même temps humaine et essentiellement nationale «. 

— Nous avons plaisir à signaler l'apparition d'un nouveau 
guide illustré : Le Pays chinonais, publié par la Société des 
Amis du Vieux-Chinon, et qui mérite les meilleurs éloges de 
tous les visiteurs du pays de Rabelais. 

— Dans le Temps du 18 juillet 1907, M. Pierre Mille publie 
un nouveau supplément au Ve livre : Oii Panurge calomnia un 
élément, épisode du voyage des pantagruélistes au pays de 
Quinte-Essence. 

— On trouvera dans Lyon médical (18, 25 août, ler et 8 sep- 
tembre 1907) un très vivant article d'ensemble de notre 
confrère M. le D^ Chambard-Hénon sur Le médecin François 



CHRONIQUE. 327 



Rabelais. Nous regrettons fort que la place nous soit, ici, 
trop mesurée pour que nous puissions mieux faire que d'en 
recommander l'agréable lecture aux rabelaisants. 

A. L. — J. B. 

Nécrologie. — La Société des Études rabelaisiennes vient 
de faire une perte tout particulièrement sensible en la 
personne de M. Ernest-Henry Tourlet, membre de la Société 
botanique de France, président de la Société botanique de 
Touraine, licencié ès-sciences, officier de l'Instruction 
publique, décédé à Ghinon, le 29 juillet 1907, dans sa soixante- 
quatrième année. C'est une belle figure, infiniment estimable, 
d'une bienveillance et d'un charme, extrêmes, qui vient de dis- 
paraître. 

Toute la vie de notre regretté confrère avait été consacrée 
au travail et à la recherche scientifique. « C'est en 1868 que 
M. Ernest Tourlet vint se fixer à Chinon', son pays natal, 
succédant à son vénéré père, dont il devait continuer les 
traditions de probité professionnelle de la vieille pharmacie. 
Il arrivait à Chinon avec un important bagage de connais- 
sances scientifiques. Pharmacien de ire classe, licencié, ancien 
interne des hôpitaux de Paris (classé avec le no i), M. Tourlet 
vint, avec cette simplicité qui caractérise le vrai mérite, mettre 
à la disposition de ses compatriotes toutes les ressources de 
son esprit cultivé. Partageant son temps entre les devoirs de 
sa profession et ses travaux de prédilection sur la botanique, 
il préparait depuis de nombreuses années cette admi- 
rable flore de la région chinonaise à laquelle, quelques jours 
avant de mourir, il apportait les dernières corrections. 

« Auteur d'intéressants travaux sur les Eaux de Ghinon, sur 
le collège de cette ville, — fondé en 1578, et par conséquent 
l'un des plus anciens de notre pays, — il laisse, comme modèles 
de concision et de clarté, ses rapports du Conseil d'hygiène. 
Numismate, archéologue distingué, il donnait à la Société des 
Amis du Vieux-Chinon, dont il était président d'honneur, le 
concours précieux et dévoué de sa haute autorité. » 

I. Deux discours ont été prononcés à ses obsèques par M. Cons- 
tantin, doyen des pharmaciens de Chinon, et M. le lieutenant- 
colonel Sonier, vice-président de l'Association des anciens élèves 
du Collège de Chinon. Nous faisons ici quelques emprunts à celui 
de M. Constantin {Journal de Chinon du 4 août 1907). 



328 CHRONIQUE. 



Ajoutons que son obligeance était inépuisable et son désin- 
téressement absolu. Les membres de notre Société qui ont eu 
l'occasion de recourir à ses lumières ont trouvé chez lui en 
toute circonstance l'aide la plus dévouée et la plus précieuse. 
Ceux d'entre nous qui ont eu l'honneur d'être reçus dans son 
logis du quai Charles VII, le 9 mai dernier, n'oublieront 
jamais la bonne grâce de son sourire ni le charme de son 
esprit délicat et cultivé. Notre Société, à la fondation et à 
la prospérité de laquelle il s'intéressa grandement, conservera 
avec fidélité la mémoire des services rendus par ce passionné 
rabelaisant à toutes les études qui nous sont chères. 

Nous prions sa famille, si durement éprouvée, et les Amis 
du Vieux-Chinon, ses compagnons d'études, de recevoir ici 
l'expression de nos sentiments de profonde et cordiale sym- 
pathie. A. L. 

— Notre excellent confrère le général Colonna est décédé 
le 14 juin dernier, et ses obsèques ont eu lieu le 17 juin à 
Saint-François-Xavier. Esprit original et cultivé, fervent des 
études orientales, connaissant Rabelais à merveille, il avait 
été parmi les premiers adhérents à notre Société, et, sans 
prendre une part directe à nos travaux, il assistait fidèlement 
à nos séances. La mort de ce lettré et de cet aimable homme, 
épris des plus nobles curiosités, laissera parmi nous des regrets 
unanimes. Michel Lazard. 

— En juillet dernier a été inauguré dans la crypte de la 
cathédrale de Saint-Paul de Londres un buste en bronze, dû 
à M. Rodin, de notre éminent et regretté confrère le poète 
anglais W. E. Henley (iSSi-igoS), qui fut l'un des premiers 
adhérents de notre Société. 



Le gérant : Jacques Boulenger. 



Nogent-le-Rotrou, imprimerie Daupeley-Gouverneur. 



LE 

CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE 

(Juin i535-Mars i536). 
{Suite et fin K) 



VII. 



Après quelques jours de maladie, dans la nuit du i«'' au 
2 novembre, « à une heure après mynuict, » Francesco 
Sforza était mort presque subitement^. La nouvelle en fut 
apportée à Rome par J.-B. Gastaldo, qu'Antoine de Leyva 
envoyait à Charles-Quint. Vixit ut vulpes, mortuus est ut 
canis, écrit l'évêque de Mâcon, en guise d'oraison funèbre^. 
Et, appréciant aussitôt l'importance du fait, il ajoute : « Sa 
mort sera déclaration à ceste foys de la bonne volunté de 
l'Empereur. » La question de Milan se posait à nouveau, 
avec une acuité particulière, dans toute son ampleur. 
« Chacun, écrit de son côté Jean du Bellay, est escoutant 
et considérant ce qu'il adviendra de ceste mort du duc de 
Millan, jugeant qu'elle doibt estre celle qui, ou par doul- 
ceur ou par aigreur, mecte une finale résolution aux 

1. Voir Revue des Etudes rabelaisiennes, 1907, p. 233. 

2. « Optimus ille dux primo die novembris circa mediam noctem 
ex hoc seculo ad foelicius migra vit; nemo est qui mortem non 
lachrimet amare, me autem uno vix est perturbatior. Anno XX 
ejus sécréta pertractavi. Non principem, sed patrem amisi... » 
P. Merbelius à Érasme, Milan, 9 novembre i535, Briefe an D. Eras- 
mus, p. 275. 

3. L'évêque de Mâcon au chancelier Dubourg, n novembre. Bibl. 
nat., Dupuy 3o3, fol. 17. 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. V. 22 



3?0 LF. CARDINAL JEAN DU UKLLAY EN ITALIE. 



affaires, non seulement d'Ytalie, mais de toute la chres- 
tienté'. » 

Aussitôt les pronostics allèrent bon train. Qui succéde- 
rait au défunt? Les uns, sous prétexte qu'il fallait placer 
à Milan quelqu'un qui ne donnât ombrage à personne, 
mettaient en avant des personnages de basse extraction, je 
veux dire non princière : Jean-Paul Sforza, Fernand de 
Gonzague, ou même Maximilien Stampa, le gouverneur 
du château de Milan. Mais ces candidatures n'étaient pas 
sérieuses. Quelques jours avant la mort de Francesco 
Sforza, il avait été question d'un Hls de F"erdinand; mais 
les chances de ce neveu de l'Empereur faiblirent bientôt, 
dès que la succession fut ouverte. Antoine de Leyva, le 
lieutenant général de Charles-Quint au Milanais, proposa 
le nom d'un des fils du duc de Savoie, à qui l'on ferait 
épouser la veuve du défunt, nièce de l'empereur. Cette 
proposition, appuyée par Maximilien Stampa, par le pré- 
sident du Sénat de Milan, par le grand chancelier Taverna, 
par Speciano, le capitaine de justice, et par Jean-Paul 
Sforza lui-même, fut transmise en toute hâte à Charles- 
Quint par celui-là même qui lui apportait la nouvelle de 
la mort du duc^, J.-B. Gastaldo. 

Les Français ne laissèrent pas ignorer, tout de suite, 
qu'aucune de ces candidatures ne saurait recueillir l'agré- 
ment de leur maître : le Milanais devait faire retour à la 
France, directement ou indirectement^. Toute autre solu- 
tion était inacceptable. Le comte de Cifuentès estimait 
Charles « trop picqué » contre le roi de France pour lui 
donner satisfaction sur ce point. C'était aussi l'avis du 
cardinal de Capoue, Nicolas Schomberg. Cependant, 
celui-ci, comme de lui-même et probablement pour sonder 
le terrain, suggéra une combinaison. François I", sans 
rien attenter sur Milan, enverrait incontinent à l'Empereur 

1. Au Roi, 12 novembre. Bibl. nat., fr. 5499, fol. 242 bis v°. 

2. Lettre de Bragadin à la Seigneurie, 7 novembre. 

3. Jean du Bellay à François I", deux lettres du même jour, 
12 novembre. Bibl. nat., fr. 5499, fol. 242 bis v''-247 v°. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 33 1 



la reine Éléonore accompagnée du duc d'Angoulême, qui 
solliciterait pour ce dernier le duché et la main de la veuve. 
« Et là où la chose ne lui seroit si tost octroyée, que à tout 
le moins V Empereur feust contant de lui accorder une 
entxeveue à Cambray, là où on se pourroit résouldre de 
toutes choses; et avec tout cecy ne fauldroit obmectre les 
excuses des troys choses qui ont esté cy-devant imposées » 
à François I^"^, « c'est assavoir de ses intelligences avec le 
Turc et Barberousse, avec les Allemans et avec le roy 
d'Angleterre. » 

Nicolas Schomberg, « ung très dangereux et maulvais 
fra, » fit proposer « soubz mains » ces ouvertures aux 
Français, les leur voulant « faire achepter aussi cher que 
si se eust esté de l'or du Peru ». Ils firent à la proposition 
un accueil ironique dont « le moyenneur » parut quelque 
peu humilié. Et, comprenant qu'il faudrait forcer la main 
à l'Empereur, ils mirent tout en oeuvre pour disposer 
toutes les « occurences « aussi favorablement qu'il se 
pourrait pour leur souverain. 

C'était le moment d'utiliser les « praticques » laborieu- 
sement entretenues jusqu'à ce jour et d'en fomenter de 
nouvelles* : le Gagnin fut invité à entrer, s'il pouvait, 
dans Crémone, qu'on disait a ung peu esmeue », et dans 
telle « aultre place de semblable importance «. La situa- 
tion d'Antoine de Leyva était représentée par les Impé- 
rfaux eux-mêmes comme très précaire, et l'on avait des 
doutes sur la fidélité des principaux chefs; on colpor- 
tait des avis, on se murmurait des nouvelles qui étaient 
comme une invite sournoise à la vénalité et un discret 
engagement à la trahison. Jean du Bellay n'eut garde d'y 
rester sourd. Un « gentilhomme exprès, saige et advisé, 
qui a bon moyen et qui sçaura dresser cest œuvre autant 
que nul aultre », est dépêché à Maximilien Stampa; à Jean- 
Paul Sforza on envoie « ung capitaine à luy confident » et 



I. L'évêque de Limoges à Jean du Bellay, 19 novembre. Bibl. 
nat., Dupuy 265, fol. 97. 



332 LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 



fidèle au Roi ; on en l'ait autant envers le capitaine de Lodi 
et quelques autres, « pour n'y perdre temps, » averti qu'on 
est « qu'en plusieurs lieux se peult trouver party qui y 
entendra de bonne heure ». A Ferrare, l'évêque de Limoges 
doit avoir l'œil sur toutes ces intrigues et en prendre la 
direction, si les chemins deviennent trop dangereux pour 
que l'on en soit informé jusqu'à Rome. 

Le concours de Venise était précieux, indispensable. 
Plus que quiconque, la Seigneurie était intéressée au choix 
du successeur de Sforza, et elle avait tout avantage à se 
ranger du côté du roi de France, puisqu'en tout état de 
cause, par voie diplomatique ou par force, François L" 
voulait et devait avoir le Milanais; il valait mieux pour 
elle se ménager par avance les bonnes grâces et la recon- 
naissance de ce futur voisin. C'est ce que Jean du Bellay 
chargea notre ambassadeur a Venise, Georges de Selve, 
évêque de Lavaur, de bien expliquer au Conseil*, tandis 
que lui-même s'efforçait d'endoctriner à Rome le secré- 
taire de Lorenzo Bragadin, avec lequel il avait, le i5 no- 
vembre, un très long entretien, « longissimo discorso ^. » 

Dans tout cela, Jean du Bellay prétendait agir en com- 
plète conformité de vues avec le Pape. Plus que jamais la 
collaboration de celui-ci était nécessaire et presque chaque 
jour le Saint-Père donnait audience aux Français^. Ces 
audiences ne furent même pas interrompues par une petite 
indisposition dont il soutîrit entre le 4 et le 10 novembre, 
« un catarro nella massella, » dit Bragadin, « ung reusme, » 

1. Jean du Bellay à M. de Lavaur, 9 novembre. Bibl. nat., fr. 6499, 
fol. 242 bis v°-242 ter v ; — réponse de Georges de Selve, i5 novembre. 
Bibl. nat., Dupuy 265, fol. 84. 

2. Lettre de Bragadin à la Seigneurie, 16 novembre. Voir à l'Ap- 
pendice, L 

3. Lettres de Bragadin des 7 et 14 novembre : « Questi Francesi 
solicitano molto Sua Beatitudine a mandar a Vostra Serenità uno 
Nontio suo, et voriano che per il ditto Nontio gli fusse promossa la 
materia di accordar Cesare con il Re Suo, per mezo di noze, li 
quali offerisseno a Sua Santità contro Turchi, et armata et denari 
assai, essendo largissimi in offerir, corne è il solito loro. Tamen il 
Pontefice non si ha risoluto... » 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 333 

écrit de son côté l'évêque de Mâcon, « lequel ne luy a osté 
l'appétit, ne le goust du vin et ne le garde point de négo- 
cyer^. » Jean du Bellay s'attachait à rétorquer les argu- 
ments des Impériaux qui de leur côté ne « dormaient » 
pas^. Connaissant le point faible du Farnèse. ils avaient 
même mis en avant la candidature d'un de ses petits-fils, 
lui donnant ainsi « cest os à ronger ». Jean lui montra les 
inconvénients de cet expédient, et Paul III parut convaincu; 
mais ce fut pour se rabattre sur la solution proposée par 
Schomberg. Elle n'était pas plus satisfaisante que l'autre, 
au sentiment de notre cardinal. Retour du Milanais au roi 
de France, il n'y avait pas à sortir de là. Le Pape parais- 
sait s'en rendre bien compte. On pourrait essayer cepen- 
dant des voies de douceur avant d'en venir à une rupture 
complète. Si l'Empereur ne voulait rien entendre, l'opi- 
nion serait pour François !«'', qui, du reste, en attendant 
la réponse, aurait loisir de se préparer tout en « persua- 
dant tousjours la paix selon sa coustume et suyvant l'en- 
vye qu'il avait de s'employer à la moyenner ». Le Pape se 
laissait entendre jusque-là que le mieux pour François l" 
serait, s'il le pouvait, de « plaider la main garnye ». « Sire, 
écrit Jean le 12 novembre, de propoz en aultre, j'ay tant 
faict que je l'ay tiré à me remonstrer que le Roy deust 
temporiser, mais non en la sorte que d'autres vouloient 
qu'il le feist..., car il conseille ledict seigneur se préparer 
le plus gaillardement qu'il pourra; mais est d'advis que 
avant que rompre il laisse essayer à Sa Saincteté le che- 
myn de paix, ou luy le face essayer par qui bon luy sem- 
blera ; non pas, ainsi que plusieurs foys il m'a replicqué, 
pour espérance qu'il ayt en la gratieuseté de l'Empereur 
et moins en sa libéralité, mais pource qu'il s'est tousjours 
plainct cy-devant, et encores font ses gens, que vous n'avez 

1. L'évêque de Mâcon à Dubourg, lettre citée du ii novembre. 

2. Jean du Bellay à [l'amiral Chabot?], 19 novembre : «Je reprens 
halaine de six heures d'audience que viens d'avoir à Nostre Sainct- 
Père, où j'ay rompu de grans marteaulx et en ay entreforgé 
d'aultres. Noz bons amys ne dorment pas icy... » Bibl. nat., fr. 5499, 
fol. 247 v°. 



334 ^^ CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 

jamais cherché que la voye de rigueur et de vouloir mecire 
contre luy tout le monde. A ceste heure, s'il a bon vouloir 
ei vous le recherchez, il le monstrera ou jamais; s'il l'a 
mauvays, vous l'aurez mis en son tort et luy aurez ostc 
l'excuse qu'il est bien aise d'avoir pour s'en prevalloir, 
dont vous l'aurez terriblement en ceste Italie. Et combien 
qu'il n'ait, comme dict est, nulle espérance en la bonté 
dudict Empereur, il dict toutesfois en avoir en Dieu, en la 
nécessité d'affaires où icelluy Empereur se retrouve et en 
l'extrême soin que Sa Saincteté y veult prendre. » 

Jean du Bellay avait toujours été pour une politique 
d'action, et le conseil de plaider la main garnie, qu'il pla- 
çait dans la bouche du Pape, dépassait très probablement 
la pensée de celui-ci. Mais que Paul III exhortât le roi de 
France à ne pas négliger les préparatifs militaires tout en 
négociant, cela se conciliait parfaitement avec son dessein. 
Ce dessein était très clairet très simple. La mort inopinée 
de Sforza fournissait au Saint-Père une occasion excel- 
lente de se poser en arbitre de la situation. Plus que 
jamais, il lui convenait de rester neutre pour se maintenir 
au-dessus des deux compétiteurs ^ Mais, pour tenir en 

I. C'est ce qu'il affirmait à Bragadin dans l'audience de 8 novembre : 
« S. S. con uno longissimo discorso... me disse sopra altra cosa, 
che fra li principi christiani, la volea esser neutrale et portarse da 
bon padre per poter operarse a concordarli, et, in caso che qualche 
uno di loro se disconoscesse, poter esser judice et far l'offitio poi 
contra di quello con l'arme si spiritual come temporal, parlando in 
questo di esser neutrale con tanta osservantia et tanta dimostra 
tion délia mente sua, che maggior non si potrià dichiarar... lo 
credo, » ajoute l'ambassadeur, « che la Santità Sua habbi questo 
pensier, di veder, con il mezo di questo ducato di Milano, con 
qualche matrimonio, di concordar lo Imperador con il Re Cristia- 
nissimo. Et di questo qualche uno delli R. Cardinali ne parlano 
largamente, quelli maxime che sono chiamati délia fatio francese, 
dicendo che mai non sarà fra li Christiani ne si potrà far expédition 
contra Turchi, se questo non succède, et che questa occasione non 
si deve hora lassar senza prehenderla... » Et plus loin : « Et vedendo 
sera questa uno R. cardinal delli grandi, mi ha fatto assaper che la 
mente del Papa è di voler in ogni modo operar che lo Imperator 
dagi il Stato de Milano al duca de Angulem, con assicurar essa 
Cesarea Maestà che per via di matrimonio esso Re Christianissimo 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 335 

respect un Empereur victorieux, pas de meilleur « contre- 
poix » qu'un roi de France armé. Seulement, il convenait 
de ne pas précipiter les choses; il fallait se garder de tout 
acte de violence qui provoquerait une rupture. Remettre 
le litige entre les mains du Pape, gagner du temps, avoir 
confiance dans le Saint-Père et lui faire crédit, voilà ce 
qui répondait aux désirs de Paul III. Depuis son avène- 
ment, il avait l'ambition « d'estre père commung et neu- 
tral » de tous les princes chrétiens; c'était le moment de 
se montrer tel, et, par la pacification de la chrétienté, de 
préparer la réalisation de son rêve de croisade, tout en 
exaltant la fortune de la « case Farnèse ». 

Neutralité, solution pacifique, il proclamait cela à qui 
voulait l'entendre. Neutralité, on savait ce que cela signi- 
fiait. Mais solution pacifique? Quelle solution? Sur ce 
point, le Pape était extrêmement réservé. Parlant aux 
Français, il paraissait pencher pour la dévolution du duché 
de Milan à un prince français, le duc d'Angoulème par 
exemple, qui épouserait la duchesse veuve. Mais, devant 
les Impériaux, il se faisait moins clairement entendre, 
a tant pour en tirer plus facilement ce qu'ilz en ont en 
l'estomac que pour avoir ses moyens plus aisez à conduire 
les choses à bonne fin. » Il ne voulait pas s'engager à la 
légère. De France, les nouvelles étaient rares et peu encou- 
rageantes ; la santé du Roi était toujours précaire, nouvelle 
rechute-au début de novembre'. Paul III recherchait le 
concours de Venise; il agissait sur ce point de concert 
avec Jean du Bellay. Tous deux relançaient Bragadin. 
Dans les audiences qu'il lui accordait, le Pape, après force 
protestations de dévouement et de bonne volonté, l'inter- 



si acquieti et contenti del ducato de Milano solamente... » Lettre 
du 8 novembre. 

I. L'évêque de Faenza à Ricalcati, 3 novembre. Letters and 
Pape7-s, IX, n" 768 ; =— Brion à Jean du Bellay, 5 novembre : « Fran- 
çois I" va mieux. » Bibl. nat., Dupuy 263, fol. 6g bis. Cependant, à 
Rome, le 14 novembre, Bragadin note encore de mauvaises nou- 
velles. 



336 LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 

rogeait sur les dispositions de la Seigneurie; que pensait- 
elle de la candidature du Savoyard, du Français? Bragadin 
répondait en phrases générales, s'excusant sur l'absence 
de nouvelles. Impossible de tirer de lui quelque chose de 
précis : il était insaisissable. Cela n'encourageait pas le 
Saint-Père à dépêcher à Venise, en toute hâte, le nonce 
que les Français le pressaient d'y envoyer. Avant tout, il 
fallait savoir les véritables intentions de l'Empereur; 
Cifuentès, Capoue laissaient entendre que Charles-Quint 
garderait le Milanais pour lui * . Pier Luigi avait été envoyé 
au-devant du vainqueur de Tunis. On racontait qu'il avait 
été accueilli plutôt froidement. Paul III ignorait quelle 
créance il convenait d'accorder à ces racontars; mais c'était 
une nouvelle raison de se tenir dans la plus grande 
réserve 2. Il se résolut à n'agir qu'après avoir reçu des 
lettres de son fils. Le i6 novembre, il s'enferma au châ- 
teau Saint-Ange. Son « reusme », prétendait-il, de nouveau 
le tracassait. Au vrai, c'était un moyen d'échapper quelques 
jours aux importuns, aux Français qui insistaient pour 
qu'il agît à Venise, comme aux Impériaux qui tâchaient 
de l'attirer à eux-*. 



VIII. 



Les nouvelles si impatiemment attendues arrivèrent 
dans la nuit du 16 au 17 novembre. Pier Luigi avait ren- 
contré Charles-Quint entre Monteleone et Seminara, le 
3 novembre, et l'avait suivi jusqu'à Cosenza, où il fut reçu 
en audience-*. L'accueil qu'il reçut fut plutôt réservé. Sa 

1. Lettre de Bragadin du 17 novembre. 

2. Ibid. : « Il Pontefice non ha riceputo anchora lettere del signer 
Pietro Alvise... che la Maestà Cesarea li hobbi dato audientia, ma ha 
solamente lettere di 7 dal nontio suc, nelle quai avisa S. S. che'l 
ditto signor Piero Alvise non è ben veduto da quelli grandi délia 
corte, et parlano del ditto poco honorevolmente, in modo che S. S. 
monstra con li sui resentirsene grandemente. » 

3. Bragadin, lettre du 16 novembre. 

4. « L'Empereur passa la mer le jour des Mortz. Je m'en venoys 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 337 

mission portait sur quatre points principaux^ Il était en 
premier lieu chargé d'inviter officiellement l'Empereur à 
venir à Rome; la réponse fut évasive : Charles comptait 
s'arrêter d'abord à Naples, il verrait après. Même attitude 
sur la question de Camerino, que Paul III priait Charles- 
Quint de lui faire restituer : des arbitres, des « sages » 
seraient consultés et l'Empereur promettait de se résoudre 
en conséquence lorsqu'il serait à Naples. Pour ce qui était 
du concile, il approuvait ce que le Pape avait fait, mais, 
pour prendre une décision définitive, il attendait une lettre 
de son frère Ferdinand. Sur le dernier point, arriver à la 
pacification de l'Italie et de la chrétienté par un accord 
avec le roi de France, c'était bien ses intentions. Mais il 
ne put s'empêcher de reprocher amèrement à Paul III de 
s'être montré trop partial en faveur de François I^"", d'avoir 
essayé d'entraîner Venise dans une alliance avec la France ; 
il rappela le scandale de l'attribution de l'évêché de Jaen 
au jeune Farnèse. 

Ces reproches, ces réponses dilatoires, ce langage vague 
et quelque peu menaçant ne satisfirent guère Pier Luigi. 



avecques M. de Granvelle quant nous rencontrasmes le sieur Pierre 
Loys sur les champs entre Montlyon et Seminara; cela fut le troy- 
siesme de ce moys. L'Empereur couchoit audict Seminara. Je 
receuz et saluay ledict sieur Pierre Loys en la compaignie dudict 
sieur de Granvelle, avecques lequel il devisa ung peu, et s'en alla 
après trouver ledict sieur Empereur qu'il a suivy jusques en ceste 
ville... » Dodieu à Jean du Bellay, de « Cusanca » [Cosenza], le 
9 novembre i535. Bibl. nat., Dupuy 265, fol. 53. 

I. Voir à l'Appendice II la lettre de Bragadin du i8 novembre. Cf. 
celle de Jean du Bellay à François I" du 27 novembre. Bibl. nat., 
fr. 5499, fol. 254 v°-26o v°. D'après Jean du Bellay, Pier Luigi 
aurait aussi parlé de la nécessité de mettre à exécution les mesures 
préparées par le Pape contre le roi d'Angleterre. Charles aurait 
répondu que c'était chose qu'il désirait « plus que nul autre, tant 
pour le lieu qu'il tient en la chrestientié à l'admynistration de la 
justice que aussi pour le particulier interest de sa tante; mays qu'il 
estoit bien raisonnable que vous, Sire, feussiez concurremment en 
ceste entreprise, sans lequel elle se pourroit malaisément exécuter, 
tant pour la proximité des lieux que pour la grandeur de voz 
forces. » 



338 1.K CARDINAL JKAN UV HKLLAY l'.N ITALIE. 

Quant au Pape, il éclata de colère et sur-le-champ manda 
secrètement au château Saint-Ange Jean du Bellay, avec 
lequel il s'entretint longuement. Le 20 novembre, nou- 
velle audience'. Il prenait ses précautions, parlait d'en- 
voyer aussitôt un nonce à Venise pour gagner la Seigneu- 
rie*. Mais il voulait surtout savoir ce que comptait faire 
le roi de France. De ce côté, il n'était pas très rassuré, car 
François !<='■ ne paraissait pas disposé à agir contre le roi 
d'Angleterre. Au reste, les Impériaux racontaient qu'il était 
gravement malade^. Les Français démentaient et mon- 
traient des lettres datées, de Dijon des 12 et i3 novembre, 
dans lesquelles étaient énumérées les mesures prises à la 
nouvelle de la mort de Sforza : levées de troupes, envoi 
d'agents en Allemagne, à Venise; 100,0*00 écus étaient 



1. M La Santità del Pontetice, data audientia longissima al Reve- 
rendissimo Cardinal de Paris, è ritornata questa sera al tardi in 
Palazzo. » Bragadin, lettre du 20 novembre. 

2. C'est ce qu'il affirme à Bragadin dans l'audience du 20 novembre : 
« lo expediro fra doi zorni uno mio Nontio a quella inclita Repu- 
blica, il quale è uno de quelli ch' io mi fido ne in questo ho voluto 
haver rispetto alcuno ad altro, salvo a mandar persona de chi mi 
possi fidar, il quai perô è un auditor di Rota, persona de ottima 
conditione, et io lo mando principalmente per saper la oppinion de 
quella lUustrissima Signoria circa questa materia et haver il suo 
prudentissimo consiglio. » D'après les informations de Bragadin, ce 
nonce était. Hieronimo Averaldo. Lettre du 20 novembre. 

3. « Questi agenti del Re Christianissimo hano lettere di 12 del 
présente délia Corte, et dicono S. M. C.'star bene; ma lo illustris- 
simo conte di Ciffuentes ha mostrato al secretario mio un aviso de' 
viiii, datto in Digiune [Dijon], nel quai si contien ditta Maestà ritro- 
varsi con la febre continua, se ben il flusso et li altri accidenti son 
molto remessi et, per mantenimento délia virtù, gli dano cibo de 
cinque hore in cinque hore. » Ibid. — « Questi Francesi dicono, 
dapoi le lettere de' 12, haver altre de' i3 per lequal se confirma la 
sanità del Rè, il quale intesa la morte del Duca (et la prima nova 
fu per via del marchese di Salucio) havea expedito scudi 100 mila 
in Svizzari, havea etiam expediti capitanei de Lancenech et capi 
italiani, et era per mandar uno gentil'homo qui al Pontefice et un 
altro a Vostra Serenità per questa materia. » Bragadin, lettre du 
i2 novembre et, pour les opérations de la banque Strozzi, post- 
scriptum du 23 novembre. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 339 

expédiés en Suisse; la banque Strozzi avait reçu l'ordre 
de tenir prêts 100,000 écus à Rome et 5o,ooo à Venise. 

Sur ces entrefaites, il se produisit chez les Impériaux 
un changement d'attitude. Lorsque Charles-Quint avait 
tenu à Pier Luigi le langage que nous avons vu, il igno- 
rait encore la mort du duc de Milan. Il n'apprit la nouvelle 
que le 14 novembre'. Aussitôt, en même temps qu'il pre- 
nait ses dispositions pour demeurer le maître du Milanais 
et faisait examiner par ses ministres la conduite à tenir 
vis-à-vis du roi de France 2, il se montra mieux disposé à 
l'égard du Pape. On fit bonne chère à Pier Luigi. A Rome, 
le 21 novembre, le comte de Cifuentès voyait le Souverain 
Pontife, lui présentait Gastaldo, dépêché en toute hâte à 
Milan avec les ordres de l'Empereur, et s'efforçait de dis- 
culper son maître au sujet des reproches que Pier Luigi 
lui avait transmis et dont Paul III s'était plaint si vive- 
ment^. 

Le but de la politique impériale était de gagner du temps 
et surtout d'empêcher le Pape de pencher vers la France. 
Les promesses seraient plus efficaces sur Paul III que les 
menaces. Il fallait faire quelque chose pour la « case Far- 
nèse ». Non seulement on reparlait de Jean-Paul Sforza, 
allié aux Farnèse, comme candidat possible à la succes- 



1. Dodieu à Jean du Bellay, Casalnovo, 17 novembre. Bibl. nat., 
Dupuy 265, fol. 54; — Bragadin, lettre du 22 novembre. 

2. Discours fait incontinent après le trespas du duc François- 
Marie Sforce sur la disposition de l'Estat de Millan, dans les 
Papiers d'État du cardinal Granvelle, II, p. 395-410. 

3. Le comte de Cifuentès raconte à Bragadin : « Che il Pontefice, 
néir audientia l'hebbe, si havea doluto che Cesare havesse ditto al 
signor Pietro Alvise, suo figliolo, che Sua Santità havea tentato di 
haver sécréta inteligentia con la Serenità Vostra per separarla da 
Sua Maestà [Charles-Quint] et che^ circa di cio, esso Pontefice havea 
fatto un longo discorso in excusatione sua, il quai conte excusô 
Sua Maestà Cesarea che questo era grandissime segno del bon 
animo di quella verso Sua Santità per che l'havea voluto allargar 
el dechiarir il tuto confidentemente con Lei, corne fanno li veri 
amici, quando hano qualche querella l'uno con l'altro. » Bragadin, 
lettre du 22 novembre. 



340 LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 

sion du Milanais', mais Charles approuvait, s'il ne l'avait 
suggéré, le mariage d'Ottaviano Farnèse avec une lille du 
duc de Savoie et faisait entrevoir la constitution dans le 
nord de Tltalie d'un Etat qui comprendrait le Montferrat 
et peut-être Milan. Ces offres s'accompagnaient de force 
démarches respectueuses,» de flatteries et d'affections plus 
que castillannes^ ». 

Paul III n'était pas dupe de ce manège; mais l'alliance 
avec le duc de Savoie lui aurait agréé; en tout cas, il pou- 
vait en jouer avec la France. Il en fit toucher un mot à 
Jean du Bellay par l'intermédiaire de Latino Juvenale, qui 
prétendit avoir appris cela « par les chemins », tandis qu'il 
revenait d'Avignon. Notre cardinal montra aussitôt les 
dangers de la chose. Certainement, ce projet de mariage 
n'aurait pas l'agrément de François I<:', car le roi de France 
avait des griefs nombreux et fondés contre le duc de Savoie, 
et ce n'était pas le moment pour le Pape de s'allier avec 
ce dernier. Combien il serait préférable de donner suite à 
un projet dont il avait dès le mois d'août précédent entre- 
tenu Pier Luigi : le mariage d'Ottaviano avec une princesse 
française, avec la perspective d'un établissement ultérieur 
à Milan ou à Naples. Jean du Bellay paraissait sûr de son 
fait et, pour cette fois, il « rompit la broche aux Impé- 
riaulx ». Mais ce ne fut pas sans peine, et il aurait voulu 
être mieux secondé du côté de la Cour. Si l'on envoyait 
plus fréquemment des nouvelles, si l'on faisait savoir 
notamment que le Roi avait des « forces gaillardes », enfin 
si l'on mettait en avant quelque raisonnable proposition 
pour « l'exaltation de la maison Farnèse », alors seule- 
ment il serait possible de contrebalancer efficacement l'ac- 
tion des Impériaux. Livre à lui-même, il dénonçait les 
intrigues, faisait des avances, sur ses propres ressources, 
à certains capitaines, se targuait d'une force qu'il n'avait 



1. Bragadin, lettre du 22 novembre. 

2. Jean du Bellay à François 1"% à l'amiral Chabot de Brion, 
27 novembre. Bibl. nat., fr. 5499, fol. 248 v°-26o v°. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 34 1 

pas toujours, et, plus « castillan » que le comte de Cifuen- 
tès lui-même, il avait parfois des vivacités de langage dont 
il lui fallait ensuite s'excuser^; et chaque jour c'était à 
recommencer. 

Paul III affirmait sans cesse sa volonté de demeurer 
arbitre et d'utiliser la succession de Milan pour accorder 
le roi de France et l'Empereur. La solution serait, d'après 
lui, de marier la veuve de Francesco Sforza avec un des 
fils de François I^"", le duc d'Angoulême, que l'Empereur, 
à de certaines conditions, investirait du duché de Milan^. 
Mais il ne laissait pas d'être inquiet. Les nouvelles de 
France, en dépit de la belle assurance de Jean du Bellay, 
étaient incertaines et parfois contradictoires^. François I^r 
se remettait très lentement et la politique française parais- 
sait manquer de direction, maintenant surtout que Mont- 
morency était loin de la Cour et que son influence était 
remplacée par celle de l'amiral. Paul III craignait d'être 
joué, et s'il conseillait aux Français, tout en évitant de 
rompre, d'aller de l'avant, lui personnellement se réser- 
vait. Malgré ses engagements, il n'avait encore envoyé 
personne à Venise : l'attitude de la Seigneurie lui parais- 
sait suspecte. Il recevait assez souvent Bragadin'*, le pres- 
sait de questions, sans réussir jamais à obtenir de lui une 
réponse précise. Les pourparlers avec le duc de Ferrare, 
après avoir traîné un mois et demi, se terminaient par un 



1. Jean du Bellay au cardinal Carraciolo, dernier novembre 
i535. Bibl. nat., fr. 5499, fol. 260 v°-26i. 

2. « Per quanto se intende da più bande, la oppinion délia San- 
tità del Pontefice è di veder di assetar, per via di nozze, la Gesarea 
Maestà con il Re Christianissimo et far che il stato de Milano 
capiti nelle mani di uno delli figlioli di Sua Maestà Christianissimo, 
parendoli non esser altra via da metter la Christianità in pace et 
far la expédition contra Infideli, che questa et per far questo efFetto 
è per metter ogni ingegno et authorità sua, non dimostrando perô 
di voler esser altro, che neutral. » Bragadin, lettre du 27 novembre. 

3. L'évêque de Faenza à Ricalcati, 19 novembre. Letters and 
Papers, IX, n" 853. 

4. Lettre de Bragadin du 20 novembre. 



342 LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 

échec ^ Le Pape s'en montra tort aH'ecté ci plus encore 
lorsqu'il vii le duc prendre le chemin de Naples, le 
27 novembre, pour y voir l'Empereur, qui y était arrivé 
le 25. Naples devenait le rendez-vous de tous ceux qui 
avaient quelque requête à adresser à Charles-Quint. Dans 
toute la péninsule s'établissait un va-et-vient dont il n'au- 
gurait rien de bon. Lui-même dut faire dépêcher deux 
cardinaux qui partirent le 6 décembre"^. Ce qui l'effrayait 
surtout, c'étaient les préparatifs militaires qu'il voyait par- 
tout. Les levées de lansquenets et les ordres transmis à 
Antoine de Levva, gouverneur provisoire de Milan, prou- 
vaient que Charles était peu disposé à se dessaisir du 
Milanais et à s'accorder avec François I^^. Mais il y avait 
pire, et plus près : les Colonna armaient jusque sur le ter- 
ritoire des États de l'Église. Le souvenir du sac de Rome 
était encore dans tous les esprits. Aussi Paul III prenait-il 
ses précautions : il engageait des pourparlers avec Guido 
Rangone pour en faire un gonfalonier de l'Eglise, il 
amassait des munitions, de l'artillerie, augmentait les 
défenses du château Saint-Ange pour se mettre à l'abri 
d'un coup de main^. 

Décidément, rien ne lui réussissait. Il avait fait défense 
à ses sujets de porter des vivres à Camerino. Cette mesure 
avait provoqué des représentations de la Seigneurie en 
faveur du duc d'Urbin, et ce dernier venait même d'être 
mandé à Naples'. Qu'allait décider Charles, déjà peu 



1. Lettres déjà citées de Jean du Bellay du 27 novembre; lettre de 
Bragadin du 27 novembre. 

2. Lettres de Bragadin des 28 novembre, 2 et 5 décembre; l'évêque 
de Mâcon au chancelier Dubourg, 6 décembre i535. Bibl. nat., 
Dupuy 3o3, fol. 23. 

3. Jean du Bellay à François I", 6 décembre. Bibl. nat., fr. 5499, 
fol. 264-266. — Bragadin, lettre du 2 décembre : « ... De qui, per 
più vie, se intende fra il Pontefice et la Cesarea Maestà non vi 
esser quella buona confidentia che potrià esser, et destramente. Sua 
Santità acresce munition, artigleria et guarda nel Castel Sant' 
Angelo... » 

4. Bragadin, lettre du 28 novembre. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 343 

favorablement disposé sur cette question ? — L'élaboration 
du bref dirigé contre le roi d'Angleterre s'éternisait et 
rencontrait des obstacles imprévus. Paul III était à peu 
près seul à désirer une condamnation immédiate. Charles- 
Quint ne manifestait aucun empressement; quant à Fran- 
çois 1er, il avait déjà maintes fois déclaré que c'était à 
l'Empereur de rompre le premier, et, en ce moment même, 
il recevait à sa cour deux envoyés anglais, Gardiner et 
Bryan^ Dans le consistoire du lo décembre, où l'on dis- 
cuta le bref de condamnation, des paroles violentes furent 
échangées; Jean du Bellay prononça une défense habile 
et énergique et tout fut de nouveau remis en question, à 
la grande colère du Pape^. Le terrain semblait se dérober 
sous lui. 

Raison de plus pour ne pas s'engager inconsidérément 
et résister aux sollicitations des Français aussi bien qu'à 
celles des Impériaux. Ceux-ci se plaignaient hautement 
des menées françaises^. Aux griefs anciens qu'ils énon- 
çaient contre François I^r, ils en ajoutaient de nouveaux : 
les levées en Allemagne, l'envoi de Guillaume du Bellay 
à Smalkalde, l'alliance avec le duc de Gueldre. Le roi de 
France affichait des intentions pacifiques et il préparait 
ouvertement la guerre. Jean du Bellay sut disculper, sans 
grand'peine, son maître, et lorsque le Pape se plaignit de 
ce que François I^^ n'avait pas envoyé quelque personnage 
d'importance à l'Empereur pour s'aboucher directement 



1. L'évêque de Faenza à Ricalcati, 18, 21, 23, 26 novembre, 
3 décembre. Letters and Papers, IX, n"' 847, 868, 874, 887, 919. 

2. Jean du Bellay aux cardinaux de Lorraine et de Tournon, 
22 décembre. Bibl. nat., fr. 5499, fol. 273 v°-28o r"; — Bragadin, 
II décembre, voir à l'Appendice, III; Francesco da Casale à Gar- 
diner, 20 décembre. State Papers, VII, p. 637-638 : « Il cardinale di 
Parigi... ha usato grande arte per allungar la cosa et perche non si 
venisse alla conclusione, onde ne ha acquistato odio appresso il 
Papa. Et in verità, io so che monsignor di Parigi ha fatto grandi 
officii et usate gran parole... » 

3. Jean du Bellay à François I""", 22 décembre. Bibl. nat., fr. 5499, 
fol. 267 v°-275 v°. 



344 ^^ CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 



avec lui, il lui rit comprendre que l'envoi d'un grand per- 
sonnage aurait inquiète les amis, l'envoi d'un personnage 
médiocre aurait offensé l'Empereur. C'était au Pape à ser- 
vir d'intermédiaire et il fallait écarter toute solution qui 
ne restituerait pas Milan aux Français, même si elle 
paraissait de prime abord plus avantageuse, comme celle 
qui consistait à faire épouser au dauphin la princesse 
Marie d'Angleterre avec en perspective le trône de ce 
pays'. Paul III reconnut l'impossibilité radicale de ce 
dernier expédient; mais il ne désespérait pas d'aboutir, 
bien qu'il sût par le retour du général des Franciscains, 
Vincenzo Lunel, que l'Empereur n'était pas pour prendre 
de sitôt une résolution au sujet de Milan 2. Il profita de la 
nouvelle d'une défaite infligée au sultan par le Sophy pour 
affirmer hautement ses intentions, à deux reprises, dans le 
consistoire du 17 décembre et plus particulièrement dans 
celui du 20*. Il montra la nécessité de l'union des princes 
chrétiens pour profiter de l'affaiblissement de l'ennemi 
commun, et on fut unanime à déclarer que le meilleur 
moyen était d'accorder l'Empereur et le roi de France. 
Alors Jean du Bellay, se levant, exposa longuement les 
droits de son maître sur Milan : maintenant que Francesco 
Sforza était mort, rien ne s'opposait plus à ce que Charles- 
Quint donnât satisfaction à François I^". De la bonne 
volonté de l'Empereur dépendaient donc l'attitude du roi 
de France et la paix du monde. La question était, on le 
voit, nettement posée. Tous les assistants furent d'avis 
que le Pape devait faire tous ses efforts pour ramener la 
concorde entre ces deux Majestés. Paul III recevait ainsi 
du Sacré-Collège une sorte de mandat qui était suscep- 
tible d'accroître encore sa force morale tout en le déga- 
geant des compétitions françaises et impériales. 



1. Bragadin, lettre du 11 décembre. 

2. Bragadin, lettre du i6 décembre. 

3. Bragadin, lettres du 19 et du 21 décembre, voir à l'Appen- 
dice, IV; Jean du Bellay à François I", lettre citée du 22 décembre. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 345 



IX. 



Cependant, Charles-Quint paraissait s'être radouci et 
affichait des dispositions de plus en plus favorables à 
l'égard du Pape. C'est ce qui ressortait des paroles rap- 
portées par le général des Franciscains, Vincenzo Lunel, 
à son retour de Naples, vers le milieu de décembre. Cette 
impression fut confirmée par Pier Luigi, qui rentra à 
Rome le soir du 19 avec des instructions de l'Empereur^. 
Paul III eut ainsi, par son fils, des renseignements précis 
et certains sur les intentions de Charles-Quint et de son 
entourage. 

Sur la question de l'évéché de Jaen et sur celle de 
Camerino, Charles manifestait le désir d'être agréable au 
Pape dans la mesure où la sauvegarde de son autorité 
et le respect de la justice le lui permettraient. Ce qu'il 
voulait, c'était mettre de son côté le Souverain Pontife. 
Sans ambages il lui proposait, et, par ses agents à Rome, 
il insistait là-dessus, une ligue contre François I^""^ ^yec 
le concours des autres États italiens, particulièrement de 
Venise. L'appui de Paul III lui était indispensable pour 
réaliser ses desseins. Il était d'accord avec le Pape sur la 
nécessité de convoquer à bref délai le concile. Mais, sur 
la question d'Angleterre, il désirait que Paul III amenât 
François h'^ à faire une déclaration catégorique et à 
rompre définitivement avec Henry VIII. Quant à Milan, 
son entourage, en particulier Doria, lui conseillait de 
ne pas s'en dessaisir. Les intentions de Charles étaient de 
le garder pour lui; peut-être l'accorderait-il à un fils de 
Ferdinand. En tout cas, il n'était pas pour prendre une 
décision immédiate : il voulait attendre les propositions 
fermes de la France, voir venir avant de se résoudre. 



I. Bragadin, lettres des ig et 23 décembre; Instructions données 
par Charles-Quint à Pier Luigi, 9 décembre. Calendar of State 
Papers, Spanish, V, partie I, n" 235. 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. V. 23 



346 LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 

Cela n'ctaii pas ircs encourageant pour le succès du 
plan que poursuivait Paul III : accorder les deux souve- 
rains par Tattribution du Milanais au duc d'Angoulême, 
à qui Ton ferait épouser la veuve de Sforza. Cependant, 
le Pape ne désespérait pas d'y arriver. Pour cela, il lui 
fallait d'abord garder la plus stricte neutralité : c'était le 
conseil que Pier Luigi, esprit clair et positif, lui donnait ' . 
Le vieux Farnèse était un trop tin politique pour ne pas 
apprécier les avantages qu'il pourrait retirer de sa situa- 
tion en dehors des partis. A pencher d'un côté ou de 
l'autre, il perdrait toute son autorité. Et, de même qu'il 
s'était soustrait aux sollicitations des Français, tout en 
leur multipliant les encouragements secrets 2, parce que 
les menaces à distance de François I" faisaient contre- 
poids à la puissance prochaine de Charles-Quint, de 
même il déclina les offres de ligue impériale que le comte 
de Cifuentès lui présentait. Mais, cette neutralité indis- 
pensable, il l'observerait plus facilement s'il avait pour lui 
'Venise : une pareille union permettrait d'imposer aux deux 
rivaux la solution pontificale, c'est-à-dire ce bien immense 
après lequel chacun soupirait, la pacification de la chré- 
tienté. De là ses démarches répétées à Venise auprès de 
la Seigneurie et auprès de Bragadin à Rome, Le 12 dé- 
cembre, le 21, Paul III lui explique ses projets, demande 
la collaboration vénitienne, interroge, à tel point qu'il 
semble que ce soit Bragadin et non le Souverain Pontife 
qui donne audience. Le 23, c'est une conversation, dans 
le môme sens, peut-être plus caractéristique encore, entre 



1. Bragadin, lettre du 23 décembre, voir à l'Appendice, V. 

2. En post-scriptum à la lettre du 20 décembre, Bragadin écrit : 
« Per assai bona via mi è sta fatto a saper che la Santità del Pon- 
tefice non resta de far intender al Re Ghristianissimo che la opinion 
sua è, che Sua Maestà vegni potente in Italia, dandoli bona spe- 
ranza che la Serenità vostra sii per adherirse alla opinione di Sua 
Beatitudine. Di questo son sta molto pregato che non ne dii aviso, 
salvo aile Excellentissime Signorie Vostre pçr li molti convenienti 
rispetti che quelle, per la prudentia et sapientia sua, potrano ben 
considerar. » 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 347 

l'ambassadeur vénitien et Pier Luigi; le 26, le secrétaire 
du Pape, messer Ambrogio Ricalcati, d'ordre supérieur 
évidemment, exprime le même désir au secrétaire de Bra- 
gadin^ Que Venise et le Saint-Siège soient unis, Charles- 
Quint sans doute cédera. Paul III, pour prouver sa bonne 
volonté et sa sincérité, est prêt à faire une concession qui 
doit lui coûter particulièrement : il laisserait de côté la 
question de Camerino. 

Dans l'intervalle, un résultat avait été obtenu : un 
échange de propositions entre François I^r et Charles- 
Quint. Pendant plus d'un mois, chacun des deux rivaux 
avait attendu que l'autre fît le premier pas : le roi de 
France voulait connaître au préalable les intentions de 
l'Empereur et l'Empereur estimait que c'était au roi de 
France à dire d'abord ce qu'il désirait. Ce n'était sans 
doute pas seulement une question d'amour-propre. En 
tout cas, on s'en tira par un biais. Comme d'elle-même, 
la reine Éléonore suggéra la candidature du duc d'An- 
goulême^. Au même moment, Claude Dodieu, sieur de 
Vély, insistait pour le duc d'Orléans^. Par là se révélait 
le manque d'unité de la politique française, ce qui n'est 
pas pour surprendre, si l'on songe qu'en cette fin de i535, 
autour du Roi malade, le clan de l'amiral venait de sup- 
planter celui du grand maître, dont la sœur, M^i^deChâ- 
tillon, était écartée de la Cour. La réponse des Impériaux 
fut celle que l'on pouvait attendre quand on connaissait 
leurs dispositions intimes : il ne fallait pas songer au duc 



1. Lettre de Bragadin du 28 décembre. 

2. Sommaire fait par Granvelle d'une lettre de la reine Eléonore 
(probablement du 23 novembre i535), dans les Papiers d'État du 
cardinal Granvelle, II, p. 411-412. 

3. Dodieu à Jean du Bellay, Naples, 5 décembre. Bibl. nat., 
Dupuy 265, fol. 52; — Charles-Quint à son ambassadeur en France, 
Naples, 22 décembre. Papiers d'État du cardinal Granvelle, II, 
p. 418-422 ; — et les articles de l'instruction baillée par le sieur de 
Vély à son neveu (vers la même date). Bibl. nat., fr. 2846, fol. 67 v°- 
60 v°. Ces articles sont reproduits textuellement ou analysés dans 
les Mémoires de Guillaume du Bellay, p. 294-293. 



348 LK CARDINAL JEAN Dl! UELLAY EN ITALIE. 

d'Orléans; quant au duc d'Angoulême, on pourrait voir, 
cela dépendrait des garanties offertes par François I"^'. 
Granvelle et Covos laissaient espérer au sieur de Vély la 
possibilité de cette solution; mais, dans ses lettres à Han- 
nart, son ambassadeur en France, Charles lui recomman- 
daitde ne pas s'engagera La politique impériale était claire 
et simple : amuser les Français par de bonnes paroles et 
des négociations vaines, gagner du temps pour s'assurer 
des alliés et des forces militaires et finalement garder le 
Milanais, même au risque d'une guerre, que l'on pourrait 
alors engager dans des conditions favorables. La saison 
était propice : il était à présumer que François 1'=' n'oserait 
pas commencer les opérations en plein hiver; il fallait seu- 
lement endormir sa défiance et ralentir ses préparatifs. 

Le sieur d'Espercieux, neveu de Claude Dodieu, por- 
teur des instructions de notre ambassadeur, passa par 
Rome le lendemain de NoëP. Jean du Bellay se hâta de 
les communiquer à Paul III dès le lendemain matin^. Il 
avait cru comprendre que si François P' devait présenter 
un candidat, c'était aux Impériaux à proposer les « seure- 
tez » qu'ils exigeaient. Le Pape opina dans ce sens : 
« Sa Sainteté, écrit le cardinal au Roi, n'a trouvé 
maulvais que sur lesdictes seurtez vous oissiez parler 
ledict Empereur; bien est d'advis que nous soions guar- 
niz et informez de celles qui se pourront imaginer, affin 
qu'eulx les mectant en avant nous ne soyons desguarniz 
de responce; et si est plus avant que jamais à vous pryer 
et remonstrer par toutes les raisons dont il se peult advi- 
ser que vous veuillez avant la venue dudict Empereur [à 
Rome] envoyer quelque gentilhomme vers luy, prenant 
fondement sur l'occurence de ceste mort..., affin qu'il ne 
se puisse excuser que vous ne l'ayz recherché plus que de 

1. Charles-Quint à son ambassadeur en France, 14 décembre 
{Papiers d'État de Granvelle, II, p. 414-418) et 22 décembre. 

2. Bragadin, lettre du 28 décembre; Rabelais, lettre du 3o décembre. 

3. Jean du Bellay à François I", 3i décembre i535. Bibl. nat., 
fr. 549g, fol. 280-283 V". 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. .'>4g 

debvoir, et aussy que, arrivant icy et Sa Saincteté luy pro- 
posant les moyens d'amytié, il ne se couvre de si foible 
excuse; n'entendant toutesfoys que ce soit personnaige si 
qualiffié que son partement peuct mectre voz alliez en 
subson, congnoissant combien cela vous seroit préjudi- 
ciable. C'est, Sire, une des choses que je voy dont 
Sa Saincteté faict pour ceste heure la plus grande ins- 
tance. » Tout en se gardant contre toute surprise, Fran- 
çois l'Orne devait rien faire pour indisposer l'Empereur et 
provoquer une rupture. Si la rupture se produisait, elle 
serait le fait de Charles-Quint et François aurait pour lui 
l'opinion. 

Ces conseils étaient plus opportuns que jamais, car, à 
ce moment même, se répandait dans Rome la nouvelle 
d'incidents dont les Impériaux ne manqueraient pas de 
tirer parti'. Vers le milieu de décembre, François de 
Montbel, sieur de Veretz, avec la compagnie de Renzo 
da Ceri, marchant au secours de Genève, assiégée par le 
duc de Savoie, avait été battu par les troupes savoyardes. 
François 1"^^ avait impérieusement demandé à son oncle la 
mise en liberté des prisonniers et profité de l'occasion pour 
revendiquer les droits qu'il prétendait avoir sur certaines 
parties du duché. Les Impériaux voulurent voir dans ces 
actes dirigés contre un allié de leur maître une preuve de 
l'hostilité de François I^^ contre Charles-Quint et le pré- 
lude d'une rupture. Le comte de Cifuentès s'en plaignit 
vivement au Pape. Paul III craignit que cela ne vînt dan- 
gereusement compliquer les choses. Jean du Bellay donna 
des explications sur les rapports antérieurs du roi de 
France avec Genève et le duc de Savoie; il allégua que le 
sieur de Veretz, autrefois sujet du duc et mécontent de 
son ancien maître, devait avoir agi sans le consentement, 
sinon à l'insu de François I^"". Quant aux projets d'inva- 
sion en Savoie que Ton prétait aux Français, on n'en était 



1. Rabelais, lettre du 3o décembre; lettre de Jean du Bellay au 
Roi, 3i décembre. 



350 LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 

pas encore là, bien que les prétextes fournis par le duc 
ne manquassent pas. Paul III parut satisfait et lit siens 
les arguments des Français. Dans son entourage, ceux 
qui l'approchaient de plus près tenaient le même langage. 
Cela ne laissait pas d'éveiller quelque soupçon, et l'am- 
bassadeur vénitien, comme les Impériaux, trouvait exces- 
sive l'influence que Jean du Bellay et Tévêque de Màcon 
avaient su prendre sur le Pape*. Au vrai, Paul III ne 
ménageait pas à nos agents les conseils et les récrimina- 
tions; mais il était utile à ses projets de se porter garant 
des intentions pacifiques de François I"^', maintenant sur- 
tout que le vent était à la paix et que niéme à Rome le 
comte de Cifuentès croyait à un accord probable entre les 
deux souverains^. 

La réponse de François I«' aux instructions apportées 
par le sieur d'Espercieux vint malheureusement détruire 
ces espérances-*. Le Roi, comme l'Empereur, ne ménageait 
ni les bonnes paroles ni les promesses. Mais, sur le point 



1. « ... La Santità del Pontefice, per quanio dice, sta con bona 
speranza di poter assetar et concordar l'Imperator con il Re Chris- 
tianissimo, dal quai Christianissimo è per haver larghissima auto- 
rità, et facultà di offerir allô Imperator tutti quelli partit! et modo 
di assicuration che lo Imperater sapera dimandar. Et oltra di questo 
li agenti de ditto Re si afforzano di persuader a cadaun con chi 
parlano ch' el moto di Ginevra sii sta fatto per quel monsignor de 
Vere, senza saputa del Re loro et di questo il R. Cardinal de Paris 
et il R. Episcopo di Machon, orator di sua Ch. M., ne parlano 
publiée con ogn' uno; non restano perô continuamente esser aile 
orechie del Pontefice, et trattar con sua Santità con ogni assiduità 
et efficatia, facendoli ogni largo partito et ofterta et di danari et di 
stato per li sui et aparentarsi con Lei che vi vogli scoprir in favor 
loro se manchera dallo Imperator di accordarsi, affirmando ch' el 
Re ha in ordine fanti lancinech i5 mila, oltra li svizeri et fara 
quanti fanti el vorà in Italia el che Sua Santità non guardi aspesa, 
perche loro exborserano per Lei... » Bragadin, lettre du 7 janvier 
i536. Cf. aussi la lettre du 18 janvier, voir à l'Appendice, VL 

2. Bragadin, lettre du 18 janvier i536. 

3. Analysée dans les Mémoires de Gnillaume du Bellay, p. 295-296. 
Le 8 janvier, le Roi ordonnait au trésorier de l'Épargne de payer au 
sieur d'Espercieux 675 livres pour son voyage vers l'Empereur, à 
Naples. Bibl. nat., Clairambault i2i5, fol. 74. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 35 1 

essentiel, il était ferme et catégorique : il demandait le 
duché de Milan pour son second fils, à l'exclusion de tout 
autre, quitte à fournir toutes les garanties que l'Empereur 
désirerait. Quand il connut cette réponse, le Pape ne 
cacha pas sa désapprobation' : l'Empereur n'accepterait 
jamais le duc d'Orléans, cela était impossible, tandis que 
la candidature du duc d'Angoulème aurait eu quelque 
chance d'être acceptée. C'est en effet ce qui arriva : Charles- 
Quint indiqua les objections qui, selon lui, s'opposaient à 
l'investiture du duc d'Orléans, mais il se garda bien de 
fermer la porte à tout autre combinaison. C'était toujours 
la même attitude, habilement soutenue, qu'il indiquait à 
son ambassadeur Hannart : ne pas accepter, mais ne pas 
rompre non plus, à tout prix gagner du temps^. 

C'était l'intérêt de l'Empereur, mais ce n'était guère 
celui de la paix générale. A mesure que les pourparlers 
traînaient en longueur, la situation se compliquait et s'en- 
venimait. Du côté impérial comme du côté français, les 
préparatifs militaires se multipliaient : levées de subsides, 
amas d'artillerie, réunion de troupes, mise en mouvement 
de bandes de lansquenets, partout le branle-bas et les 
signes avant-coureurs d'une rupture prochaine'. L'orage 
menaçait les Alpes : on avait vu les Français en Bresse, 
ils seraient bientôt à Chambéry et maîtres des chemins 
qui conduisaient au Piémont et au Milanais. De plus en 
plus, pour Paul III, il était difficile de sauvegarder son 
indép^endance ; Français et Impériaux multipliaient les 
offres, aussi avantageuses pour le Saint-Siège que pour 
les Farnèse : bénéfices pour ceux qui étaient d'Église, éta- 
blissements princiers et revenus pour les autres"*. Paul III 
avait d'autant plus de peine à défendre sa neutralité que 



1. Lettre de Bragadin du 25 janvier. 

2. Charles-Quint à son ambassadeur en France, Naples, 23 jan- 
vier. Papiers d'État de Granvelle, II, p. 423-430. 

3. L'évêque de Faenza à Ricalcati, 6, 10, 24, 26 janvier i536. 
Letters and Papers, X, n°» 35, 71, 175, 187. 

4. Bragadin, lettres des 16 et 17 janvier. 



352 LE CARDINAL JliAN DU BELLAY EN ITALIE. 

le concours de la Seigneurie si obstincmcni solliciic lui 
échappait. A Venise, son nonce était entretenu de belles 
paroles, mais ne parvenait à savoir rien de précis : les 
délibérations du Conseil étaient sccretissimes. A Rome, 
Bragadin avait une attitude aussi singulière que constante ; 
interrogé sur les intentions de son gouvernement, il fai- 
sait l'ignorant, répondait par des phrases et laissait le 
Pape incertain et inquiet'. Une seule chose était sûre, 
c'est que la Seigneurie ne mettait pas tant de façons avec 
l'Empereur, et cela n'était pas pour tranquilliser Paul III, 
qui avait vu avec quelque appréhension les ambassadeurs 
que Venise envoyait féliciter Charles-Quint changer d'iti- 
néraire et gagner directement Naples en évitant dépasser 
par Rome'^. 

Au début de février, il lallaii de la bonne volonté pour 
persister à croire qu'une entente pouvait sortir des négo- 
ciations engagées entre François 1*^' et Charles-Quint. 
Mais Paul III se cramponnait, pour ainsi dire, à son des- 
sein : il intervenait auprès de François h^ pour lui con- 
seiller la candidature du duc d'Angoulême^; il envoyait à 
Naples Vergerio, à peine revenu d'Allemagne. Vergerio 
obtint satisfaction sur la question du concile et put affir- 
mer que l'accord entre l'Empereur et le Pape à ce sujet 
était complet; mais il dut essuyer sur les rapports de 
Paul III avec le roi de France des reproches amers et des 
paroles plutôt dures''. « Le Pape, lui dit-on, aime l'Em- 
pereur, mais il ne craint pas de perdre l'obédience de l'Es- 
pagne ; il n'aime pas particulièrement le roi de France, 
mais il appréhende de lui causer le moindre désagré- 
ment. » Quant à François I^r, il répondit à la dernière 
proposition de l'Empereur par une sorte d'ultimatum : il 



1. Bragadin, lettre du i8 janvier i536. 

2. Bragadin, lettre du i3 décembre i535. 

3. Bragadin, lettre du 3i janvier i536. 

4. Voir les lettres de Vergerio à Ricalcati des 7 et 9 février i536 
dans W. Friedensburg, Niintiaturberichte ans Deutschland. Nun- 
tiatuven des Vergerio ( 1 533-1 536), p. 562-566. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 353 

persistait à demander Milan pour le duc d'Orléans; il 
attendrait la décision impériale jusqu'au i" mars suivant, 
après quoi, s'il n'obtenait pas satisfaction, il agirait au 
mieux de ses intérêts'. 

Après un pareil ultimatum, comment croire encore à 
une solution pacifique? L'idée d'investir l'infant de Por- 
tugal et de marier une princesse portugaise avec le dau- 
phin de France, qui fut mise en avant dans la première 
moitié de février, apparut comme un expédient de la der- 
nière heure destiné à un lamentable échec. Pourtant, les 
Impériauxparaissaienty tenir, et Jean du Bellaycrutbonde 
mettre le Pape en garde^. On était arrivé à l'instant déci- 
sif : l'Empereur avait à répondre catégoriquement; cette 
fois, il était mis au pied du mur. 

La demande de François l" parvint à Naples vers le 
milieu de février. Elle fut suivie à quelques jours d'inter- 
valle par des lettres qu'expédiaient de France et d'Alle- 
magne les agents impériaux. Tous les renseignements 
concordaient pour représenter la situation comme mena- 
çante^ : les préparatifs militaires du roi de France étaient 
déjà très avancés; on pouvait même dire qu'il était déjà 
entré en campagne, puisque la Savoie était déjà conquise. 
Charles-Quint voyait déjà l'Italie du nord envahie et le 
Milanais menacé. Malgré son activité, il n'était pas encore 
prêt. Que faire? Comme toujours, il tint conseil : il inter- 
rogea Doria, Ferrand de Gonzague, le marquis del Vasto, 
le duc d'Urbin '. Puis, après mûre réflexion, il se décida. 

1. Mémoires de Guillaume du Bellay, p. 297, analyse des instruc- 
tions envoyées au sieur de Vély le 5 février i536. 

2. Bragadin, lettre du 12 février; Jean du Bellay et l'évêque de 
Mâcon à François I"', Rome, 22 février i536. Bibl. nat., fr. 3o2o, 
fol. 47; — le général des Franciscains à Charles-Quint, '22 février. 
Calendar, etc., V, partie II, n° 68. 

3. Charles-Quint à son ambassadeur en France, 21 février. 
Papiers d'État de Granvelle, II, p. 431-436; — à l'impératrice Isa- 
belle, 20 février. Calendar, etc., V, partie II, n" 26-27. Cf. Mémoires 
de Guillaume du Bellay, p. 298-299. 

4. Bragadin, lettre du 28 février. Bragadin tenait les détails du 
secrétaire du duc d'Urbin. Voir à l'Appendice, VII. 



354 ^^ CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 



Il acceptait de causer, en principe, sur la candidature du 
duc d'Orléans : il se départait de son intransigeance et 
entrait dans les vues du roi de France; quitte à se mon- 
trer plus exigeant sur les garanties, sur les « seuretez ». 

En vérité, lorsqu'il parlait ainsi, Charles-Quint n'était 
pas sincère : pas plus qu'autrefois, il ne voulait du duc 
d'Orléans ni du duc d'Angouléme. Mais paraître céder 
était le seul moyen qui restât de gagner du temps, de 
n'être pas pris au dépourvu. La discussion des « seure- 
tez » fournirait toujours une occasion de se dégager. Et, 
d'ailleurs, Charles se montrait moins affirmatif avec le 
sieur de Vély, pour pouvoir plus facilement lui infliger 
plus tard un démenti; et il conseillait à Hannart de ne pas 
ébruiter la chose, de ne montrer les lettres qu'au Roi et, 
à la rigueur, à l'amiral et au grand maître. « Ces lectres 
sont dressées comme elles vont afin que les puissiez mons- 
trer pour tesmoigner et confermer ce qu'avons ditctfaict 
dire et respondre au sieur de Vely, et entendons que vous 
y conformez entièrement; mais surtout gardez vous bien 
qu'elles ne partent de voz mains, ny soient veues ny enten- 
dues par aultres que par le roy de France, s'il les veult 
veoir, et aussi les grands maistre et admirai, car si ledict 
sieur Roy ne veult ensuyvir plainement le contenu, nous 
ne voulons que l'on saiche comme qu'il soit que ayons 
condescendu à traicter de Testât de Millan pour le duc 
d'Orléans..., ains que vous dictes expressément, où que le 
propos s'adonnera, que nous avons tousjours excusé et 
excusons de traicter pour ledict duc d'Orléans, et comme 
nous l'avons faict dire audit ambassadeur, se du cousté 
dudict sieur Roy l'on veult abuser de nostredict déclara- 
tion, ce nous sera bailler occasion de non plus nousfour- 
compter. » Le secret que l'Empereur ordonnait à son 
ambassadeur de garder à la cour de France devait être 
observé partout et plus particulièrement à Rome, où l'on 
redoutait l'humeur brouillonne de Jean du Bellay et l'in- 
tervention perspicace du Souverain Pontife. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 355 



Le secret. tant recommandé, comme il arrive d'ordi- 
naire, fut mal gardé. Les révélations du conseil tenu à 
Naples parvinrent à Rome dans les derniers jours de 
février'. Les Impériaux prétendaient que les négociations 
étaient suspendues^ et poussaient activement leurs pré- 
paratifs militaires, tandis que s'ébruitait « ceste belle pra- 
ticque d accord qu'on tenoit tant secrette que les petitz 
enfans en alloient à la moustarde^ ». Que fallait-il croire 
et qui trompait-on? Jamais la politique impériale n'avait 
étalé pareille duplicité. La diffusion de ces nouvelles eut 
un résultat aussi prompt qu'imprévu : le départ subit de 
Jean du Bellay. 

Dans laprès-midi du jeudi 2 mars, Bragadin apprend 
que le cardinal a disparu'' : s"est-il caché ?A-t-il quitté 
Rome? Notre Vénitien s'informe. Le comte de Cifuentès 
confirme le départ et manifeste quelque inquiétude. 
Quand est-il parti? Les uns disent lundi soir, 28 février"*. 



1. Voir la lettre citée de Bragadin du 28 février. 

2. Le comte de Cifuentès à Charles-Quint, 27 février. Calendar, 
etc., V, partie II, n" 32. 

3. Raince à Jean du Bellay, 9 mars i536. Bibl. nat., Dupuy 265, 
fol. 324. 

4. « Qui è levata fama che il cardinale de Paris, marti proximo 
[29 février] e partito per le poste; altri dicono che l'è ritornato et 
sta ascoso in casa; non si sa la causa. Ho mandate questa sera 
allô 111""" conte de Ciffontes [Cifuentès] per intender la verità : mi 
dice esser nella medesima perplexità de animo et che dimane sape- 
ran di cio la sertezza... » Bragadin, lettre du 2 mars. Il confirme 
dans une lettre du 6 : « Fu vero quel che scrivi a V. Serenità del R"" 
de Paris che parti in posta per Franza; quai via l'habbi fatto non si 
sa con certezza; e partito anchor il signor Stephano Colonna, andato 
in Franza per le poste, il quai, corne Quella sa, è homo che ha con- 
duta dal Re gia più tempo... » 

5. Le cardinal de Paris « lunedi a sera, ben con saputa et licen- 
tia di N. S", parti di Roma secretamente con xn cavalli in poste 
per Franza et con esso ha menati tre capitani italiani de lî che sta- 
vano con 1' card''^ de Medicis, cioè 1' capitano San Pietro, Giovanni 



356 LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 

d'auires le lendemain 29, jour de Mardi-Gras. Ses gens, 
qu'il laissait à Rome, croyaient, paraît-il, qu'il gardait la 
chambre à cause d'une forte migraine'. Ignorants ou com- 
plices, pendant deux jours on n'avait rien su. Parti en 
poste, sous un déguisement, avec une dizaine de chevaux, 
Jean du Bellay devait être déjà loin. On nommait 
quelques-uns de ses compagnons, d'anciens serviteurs du 
défunt cardinal de Médicis dès longtemps <* pratiqués » 
par les Français, les capitaines San-Pietro, Jean de Turin 
et Stefano Colonna. Tous gagnaient la France, mais on 
ignorait au juste par quelle route. 

A l'annonce de la fugue de notre cardinal, les ministres 
de l'Empereur furent « en grant peinc^ ». Pourquoi ce 
brusque départ? Les uns imaginaient des raisons person- 
nelles : des dettes, le désir d'échapper à des créanciers 
trop pressants. Presque tous y voyaient une manoeuvre 
politique, et bien que Paul III, Pier Luigi et les familiers 
du Pape tissent les étonnés, nul ne doutait qu'ils ne fussent 

da Turino et un altro ad effetto che, esscndo italiani el lui andando 
scognosciuto, gli faccino et siano scorta, in suo viaggio; et anzi se 
sia partito, ha richiesto al card'° de Grimaldi lettere di passagio, 
per la riviera di Genova sotto colore di mandare un suo gentil- 
huomo in Franza accompagnato da tanti cavalli ». Flaminio Pele- 
grino au duc de Mantoue, 4 mars. (Document communiqué par 
M. Arturo Segre, à qui nous nous faisons un agréable devoir d'adres- 
ser ici nos meilleurs remercîments.) 

1. « Voz gens ont si bien joué leur personnaige que vostre par- 
lement n'a esté sceu jusques à jeudi [2 mars] après disner; en quoy 
je vous asseure que les ministres de l'Empereur sont en grant 
paine. » L'évêque de Mâcon à Jean du Bellay, 4 février {sic, lire : 
mars) i536. Bibl. nat., Dupuy 205, fol. 166. — Dans une lettre 
adressée le 9 mars à Jean du Bellay, le cardinal Gaddi écrit à pro- 
pos de ce brusque départ : « È stato giudicato un tal modo cosi 
astuto et necessario et anchora valente che uni di quelli capitani 
romani non harebono fatto tanto, essendosi tenuto per certo 
V. S. Rma et Illma due giorni fussessi serrata in caméra con la emi- 
cranea, cosa che ogno homo se l'ha creduta, ma che li suoi domes- 
tici sieno stati in questo credere, non par verisimile et pur è stato 
cosi. » Bibl. nat., Dupuy 264, fol. 11-12. 

2. L'évêque de Mâcon à Jean du Bellay, lettre du 4 mars déjà 
citée. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. BSy 

dans le secret'. La conviction des Impériaux était que 
Jean du Bellay n'avait pas été rappelé ; il était parti non 
seulement avec la connivence du Souverain Pontife, mais 
encore sur ses conseils, pour ne pas dire sur son ordre. 

Les Impériaux étaient dans le vrai, plus peut-être qu'ils 
ne se le figuraient au premier abord. Point n'est besoin 
de lire les lettres de l'évêque de Màcon ou celles de Raince 
pour sen convaincre, il suffit d'examiner dans quelle 
situation se trouvait le Pape à la tin de février. Le travail 
lent et habile de la diplomatie impériale l'avait à peu près 
complètement isolé. L'Empereur avait groupé autour de 
lui le duc de Ferrare, avec qui Paul III n'avait pu s'en- 
tendre, le duc d'Urbin, adversaire des Farnèse dans la 
question de Camerino. Après avoir entretenu les espoirs 
des bannis florentins, des Strozzi, des cardinaux Ridolfi 
et Soderini, pour lesquels le Pape ne cachait pas ses pré- 
férences, Charles-Quint avait donné l'investiture de Flo- 
rence au duc Alexandre, et, pour se le mieux attacher, 
lui faisait épouser sa fille naturelle, Marguerite. Les noces 
furent célébrées le 29 février-. La Seigneurie elle-même, 
malgré ses hésitations et sa prudente réserve, était entrée 
dans ce système d'alliances : elle avait renouvelé la ligue 
de Bologne. 

1. « La partita del card'* di Parigi délia sorte quai è stata ha 
generato qualche sospetto a llmperiali che di quà gli sia una 
intelligentia con Francesi. La quai cosa N. S" fa molti giuramenti 
et scongiuri che mai è stata di sua saputa ne havergline fatto uno 
minimo motto et de detto card'" Sua Stà ritrovarsi mal contenta 
et peggio satisfatta, havendo la cosa generata ombra et sospetto a 
detti Imperiali. » Flaminio Pelegrino au duc de Mantoue, 6 mars. 
Dans une lettre du 14, il rapporte le bruit d'après lequel Jean du 
Bellay aurait fait à Rome beaucoup de dettes, les 1,000 écus de ses 
appointements ne lui suffisant pas. L'évêque de Mâcon n'aurait pas 
été logé à meilleure enseigne : endetté lui aussi, on supposait qu'il 
partirait bientôt à son tour. (Documents communiqués par M. Arturo 
Segre.) Cf., pour la conviction des Impériaux au sujet de la com- 
plicité du Pape, Raince à Jean du Bellay, 3 avril i536 (renseigne- 
ments rétrospectifs). Bibl. nat., Dupuy 265, fol. 321-322. 

2. Bragadin, lettre citée du 2 mars; traité de mariage du duc 
Alexandre de Médicis. Calendar, etc.. V, partie II, n" 33. 



358 LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 

La conduite de Venise ouïra particulièrement le Pape, 
lui qui fondait toutes ses espérances sur une alliance avec 
la Cité des lagunes! Il avait été joué ; il se jugeait trahi. Il 
ne trouvait pas assez d'auditeurs pour faire entendre ses 
plaintes : aux Français, aux Impériaux, à tous il confiait 
ses colères et ses lamentations'. Bragadin fut obligé en ce 
milieu de février d'en écouter de dures, et lorsqu'au nom 
de son gouvernement il sollicita du Pape l'autorisation de 
lever sur le clergé vénitien de nouvelles taxes, on peut 
croire qu'il fut bien reçu! Le pauvre Bragadin en eut 
une fièvre, que les médecins diagnostiquèrent « tierce » et 
qui, bien à point, le força de garder une semaine la 
chambre. Le cardinal Contarini, sur lequel il se déchar- 
gea de sa mission, fut peut-être moins mal accueilli, mais 
il n'eut pas plus de succès. Paul III avait de la rancune. 

Cet isolement le mettait en danger. Les amas de troupes 
se multipliaient et se rapprochaient : les « Colonnois » en 
levaient jusque sur les États du Saint-Siège, Sous pré- 
texte de la venue prochaine de l'Empereur, — encore un 
épouvantail, cette venue, pour les Romains, qui se souve- 
naient encore de 1527, et presque une catastrophe par les 
dépenses excessives, taxes et démolitions qu'elle provo- 
quait, — la ville se remplissait d'Espagnols, nobles ou 
soldats, dont la vue ne réjouissait personne, pas même 
les courtisanes, « saichans qu'ilz ne portent que faulse 
monnoye^. » Et le langage de Charles-Quint devenait 
chaque jour plus pressant. Il ne se bornait pas à deman- 
der que Paul III envoyât au duc de Savoie, attaqué par 
des hérétiques, un secours effectif, — ce qui risquait de 
brouiller le Pape et le roi de France, — il exigeait une 
réponse catégorique^. La neutralité dont se targuait le 

1. Lettres de Bragadin des 14, 17, 24, 28 février. — Le Pape était 
informé de ce qui se passait dans les conseils de la Seigneurie par 
les Français, lesquels tenaient leurs renseignements des indiscré- 
tions d'un certain Sentinella. (Lettre de Bragadin du 14 février.) 

2. L'évéque de Mâcon au chancelier Dubourg, Rome, i5 janvier 
i536. Bibl. nat., Dupuy 3o3, fol. i. 

3. A Charles-Quint, le comte de Cifuentès, 27 février; le général 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. SSq 

Souverain Pontife était un leurre et une duperie : pour ou 
contre, il fallait choisir. Ou plutôt le choix était fait. La 
neutralité ne pouvait profiter qu'à François P"^; il fallait 
donc se mettre du côté de l'Empereur, sans qu'il fût 
besoin de spécifier ce qui pourrait advenir au Pape dans 
le cas contraire : les temps de Clément VII n'étaient déjà 
pas si loin. 

« Pape Clément » se fût sans doute jeté dans les bras de 
l'Empereur. Paul III avait la tête plus solide et le cœur 
mieux placé. La dernière garantie de sa neutralité, c'était 
le roi de France : là était l'unique « contrepoix » à la 
puissance impériale. Il n'était pas assez simple pour con- 
clure avec François I^^une alliance qui n'aurait pas accru 
d'une once sa force et l'aurait livré aux représailles de 
Charles-Quint; mais il ne voulait pas le laisser écraser. 
L'Empereur tâchait d'amuser son adversaire par des pro- 
messes qu'il était bien décidé, — ses actes le montraient 
assez, — à ne pas tenir. La conversation sur l'investiture 
du duc d'Orléans n'était qu'un expédient, une <c attrap- 
pouere », contre lequel il fallait mettre en garde Fran- 
çois I«'. Le roi de France ignorait peut-être la situation 
exacte. Jean du Bellay devait le renseigner « de bouche », 
lui suggérer peut-être le moyen de rétablir un certain 
équilibre, qui permettrait de discuter à chances égales' et 
à lui, le Pape, de faire prévaloir enfin avec la candidature 



des Franciscains, Vincenzo Lunel, 28 février. Calendai-, etc., V, par- 
tie II, W' 32, 34. Cf. Bragadin, lettre du 28 février. 

I. Dans sa lettre déjà citée du 4 mars, Tévéque de Mâcon raconte 
à Jean du Bellay qu'il a vu la veille le Pape, qui venait d'avoir une 
conférence de trois heures avec le comte de Cifuentès, « continuant 
ses exhortations pour le réduyre à la ligue et aussi pour avoir per- 
mission de lever gens en ses terres. Toutesfoiz, Elle persiste en la 
mesme voulenté que l'avez laissée. Je l'ay trouvée faschée et 
ennuyée. Elle me dist qu'il estoyt besoing, si nous voulions faire la 
guerre, nous diligenter, car l Empereur ne dormoit et qu'il estait 
après à faire gens de tous coste^... » (Les passages en italiques sont 
chiffrés dans le texte.) Cf. la lettre citée de Raince à Jean du Bel- 
lay, y mars i336. 



36o LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 

du duc d Angoulême, sur laquelle il conseillait au Roi de 
se rabattre, cette pacirication générale tant souhaitée. 

Jean du Bellay quitta donc Rome le 28 ou le 29 février, 
au su et nous pouvons ajouter à l'instigation du Pape, 
comme il avait quitté Londres en février 1629, à la requête 
du cardinal Wolsey. Par les Romagnes, il gagna Bologne, 
Moncalieri et, à travers les États du marquis François de 
Saluées, qui n'avait pas encore passé au service de l'Em- 
pereur, il atteignit Grenoble le 9 mars. Le lendemain, il 
arrivait à Lyon, où se trouvait la Cour'. 

François L""" lui réserva un excellent accueil, et il est 
permis de voir, dans les décisions qui furent prises tout de 
suite après, une conséquence des avis formulés par le car- 
dinal. Tout d'abord, l'amiral fut chargé de compléter la 
conquête de la Bresse et de la Savoie par l'occupation du 
Piémont : dans les premiers jours d'avril, c'était un faii 
accompli. On avait ainsi la libre disposition des cols des 
Alpes et une base d'opérations solide contre le Milanais-. 
C'est alors que François l" consentit à envoyer ce per- 
sonnage d'importa'nce dont l'Empereur avait à plusieurs 
reprises requis la venue : le choix du Roi se porta sur le 
cardinal de Lorraine, qui partit de Saint-Chef, près 
Lyon, le i5 avriP. C'était un peu tard, trop tard : l'Em- 
pereur s'était déjà engagé trop avant pour pouvoir reculer. 

A Rome, le départ de Jean du Bellay fut suivi d'une 
détente dans les rapports du Pape avec les Impériaux et 
avec les Vénitiens. Sans doute, contre ces derniers, Paul III 
ne cessa pas ses plaintes, mais il écouta la requête de Bra- 
gadin. le laissa exposer ses arguments, et, s'il n'accorda 
pas tout de suite l'autorisation demandée, il la laissa espé- 
rer*. De son côté, la Seigneurie, soit qu'elle redoutât de 
s'être trop avancée ou qu'elle voulût apaiser la mauvaise 

1. Lettre du cardinal Gaddi à Jean du Bellay, 9 mars i536. 

2. Voir, sur tous ces événements, A. Segre, Documenti, etc., 
p. 122 et suiv. 

3. Carlo Capasso, op. cit.., p. 178 et suiv. 

4. Bragadin, lettres des ô et 11 mars. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 36 1 

humeur de Paul III, faisait des difficultés pour ratifier la 
nouvelle ligue et se ralliait à la candidature du duc d'An- 
goulême^ Quant aux Impériaux, ils s'étaient radoucis. Le 
Pape avait pris quelques mesures de précaution : il avait 
fait fortifier le château Saint-Ange, levé des troupes, 
envoyé à Parme et à Plaisance, renoué avec Guido Ran- 
gone. Il avait fait défendre à ses sujets de prendre service 
pour l'Empereur^. Offres ni menaces n'avaient pu le faire 
dévier de la voie qu'il s'était tracée. « Sa Saincteté, écrit 
Raince le 20 mars, continue en son bon et ferme vouloir 
de tenir sa neutralité et n'en sortir jamais pour beau ne 
pour rudde parler, et monstre bien qu'il veultensuyvre ce 
qu'il en a délibéré et promys^. « 

Cette attitude s'affirma dans le consistoire du 22 mars*. 
A propos de l'élection des légats à envoyer au-devant de 
Charles-Quint, il prononça un très long discours : il exposa 
quel avait toujours été le but de sa politique, ce qu'il avait 
déjà fait pour la paix et ce qu'il espéraitfaire encore lorsque 
l'Empereur serait dans Rome. Il avait été sollicité d'entrer 
dans la ligue renouvelée de Bologne, mais il avait refusé 
pour conserver une neutralité dont il entendait ne pas se 
départir. Unanimement, les cardinaux l'approuvèrent de 
vouloir être le père commun de tous les fidèles. Mais 
quelques-uns ayant ajouté que le Pape devrait user des 



1. .( Les Veniciens ne veulent ratifier la ligue faicte par leur 
ambassadeur avec l'Empereur parce qu'il^ trouvent ce qui en est 
rédigé par escript capticulx. Par quoy semble aux amys [le Pape] 
que bien ferai-je de faire caresses à leur ambassadeur qui est rière 
luy, sans toutesfoiz monstrer semblant qu'il entende riens de 
ladicte difficulté, car ledict ambassadeur ne fauldra d'escripre ledici 
bon traictement, chose qui, cognoissans aussi les forces du Roy 
gaillardes, les pourra induyre à venir à roupture avec ledict Empe- 
reur. » Lévêque de Màcon à Jean du Bellay, 7 mars i536. Bibl. 
nat., Dupuy 265, fol. 169. (Les passages en italiques sont chiffrés 
dans le texte.) 

2. Lettres de Bragadin, 2, 6, 10, 11, i5 mars. 

3. Raince à Jean du Bellay, 20 mars. Bibl. nat., Dupuy 265, 
fol. 319-320. 

4. Bragadin, lettre du 22 mars. Voir à TAppendice, VIIL 

REV. DES ET. RABEJ.A1SIENNES. V. 24 



362 l.i: CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 



armes ecclésiastiques contre celui dcsdeuxprincesqui refu- 
serait de conclure la paix à des conditions convenables, 
Paul III s'éleva contre cette proposition, la condamna en 
montrant les fâcheuses conséquences qu'avait entraînées 
depuis Sixte IV le fait de prendre parti et termina en 
recommandant aux membres du Sacré-Collège hors du 
consistoire le silence le plus absolu sous peine d'excom- 
munication. Le Pape était assez sur de lui pour faire choi- 
sir, le 27 mars, comme légats, deux cardinaux qui pas- 
saient pour « Français », Trani et Sanseverino*. Les 
Impériaux ne furent pas satisfaits, mais il ne paraissait 
guère en avoir cure. L Empereur pouvait venir, il n'aurait 
pas raison de la volonté du Pape et ne le ferait pas sortir 
de sa neutralité. 



XI. 



Jean du Bellay était parti pour la France avec l'inten- 
tion de revenir à Rome aussitôt sa charge remplie. Paul III 
attendait son retour « en singulière dévotion, pareillement 
tous les amys et serviteurs du Roy^ ». Mais François 1"=' 
en décida autrement : il estima préférable de garder le 
cardinal auprès de lui, et, le 22 mars, il notifia à l'évéquc 
de Màcon sa volonté pour qu'il en informât le Pape. Le 
2 avril, après la messe, Hémart, en compagnie de Nico- 



1. Bragadin, lettre du 2 avril. — D'après l'évêque de Mâcon 
(lettre à Jean du Bellay, 3i mars), les Impériaux racontent que 
l'Empereur vient exprès à Rome pour se jeter entre les bras du 
Pape et faire tout ce qui lui plaira. Notre ambassadeur conseille à 
S. S. de « ne se Jyer et endormir au son de si doulces parolles ». 
Elle répond « qu'elle estoit trop vieille pour se laisser mener et 
abattre de telles chançons, mais bien dit qu'elle feroit audict Empe- 
reur tout l'honneur et bon recueil dont elle se pourroyt adviser 
pour, s'il est possible, le disposer à quelque bon moyen de paix 
entre le Roy et luy... » Bibl. nat., Dupuy 265, fol. 171. 

2. Raince à Jean du Bellay, 9 mars. — « Si dice dover ritornare a 
ognuno et ha lassata quà tutta la casa et famiglia sua. « Pelegrino 
au duc de Mantoue, 6 mars; Ibid., 14 mars. (Communiqué par 
M. Arturo Segre.) 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 363 

las Raince, s'acquittèrent de ce soin ' . Paul III aurait aimé 
que Jean du Bellay revînt et ne cacha pas sa surprise. 
Mais en vérité la mission était terminée ; si les pourparlers 
devaient continuer, c'était au cardinal de Lorraine qu'in- 
combait la tâche de les suivre; et si, comme on le crai- 
gnait chaque jour davantage, c'était la rupture entre les 
deux rivaux, les diplomates devaient s'effacer devant les 
généraux. Cédant armis togae. 

Le 1 1 avril, Paul III signa le sauf-conduit pour le per- 
sonnel domestique que le cardinal avait laissé derrière 
lui et qui partit le lendemain-^. Seul, Charles des Ursins, 
abbé de Saint-Nicaise, « un petit homme tout esveille 
qu'on appeloit l'archidiacre des Ursins, » demeurait à 
Rome pour renseigner sûrement son maître de ce qui 
adviendrait. 

Jean du Bellay ne se trouvait donc pas à Rome, quoi 
qu'on en ait pu dire^, à l'époque où y passa l'Empereur. 
Nous n'avons pas à nous étendre sur les incidents qui 
marquèrent le séjour de Charles-Quint dans la 'Ville-Eter- 
nelle, séjour qui dura du 5 au i8 avril. Mais il en est un 
que nous devons relever, parce qu'il a fourni le prétexte 
d'une légende déjà maintes fois contredite par les bio- 
graphes de Jean du Bellay ou d'autres historiens^, mais 
toujours vivace, et qu'il faut complètement extirper parce 
qu'elle est fausse de tout point. 

On sait que le 17 avril Charles-Quint, devant le Pape 
et les ambassadeurs des différents Etats, y compris ceux 
de France, l'évéque de Mâcon et le sieur de Vély, prononça. 



1. Raince à Jean du Bellay, 3 avril i536. Bibl. nat., Dupuy 265, 

fol. 321-322. 

2. Bref du Pape, 11 avril i536. Arch. Vatic, Pauli III Brev. min. 
an. i536, vol. 2, f. 200, ep. 204. — Charles des Ursins à Jean du Bel- 
lay, Rome, 12 avril i536. Bibl. nat., Dupuy, 263, fol. 162. 

3. G. de Leva, Storia documentata di Carlo Quinto, III, p. 166; 
C. Capasso, op. cit., p. 178 et n. i, démontre au contraire l'inexac- 
titude du fait. 

4. Voir E. Picot, Les Français italianisants au XVI' siècle, p. 96, 
n. 5. 



364 LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 



en langue espagnole, une violente diatribe contre le roi 
de France. Pour ne pas surexciter ce dernier et sur les 
conseils de Paul 111, dans les dépèches oHicielles adressées 
à leur maitre, nos ambassadeurs auraient passé sous 
silence quelques-uns des plus violents passages de la 
harangue impériale. Mais François I'^'^ aurait été instruit 
du tout par Jean du Bellay, qui aurait retenu le discours, 
— quoique prononcé en espagnol, — et serait venu en 
toute hâte le rapporter au Roi. Deux textes ont donné 
naissance à cette affirmation. Le premier est de Guillaume 
du Bellay lui-même, dans le fragment des Ogdoades que 
Martin a enchâssé dans ses Mémoires. «. Et qui faisoit 
conjecturer qu'il le tist afin de traitter les armes en la 
main..., estoii que 1 Empereur avoit déclaré aux légats de 
nostre Sainct-Père et par le moyen d'un cardinal (lequel, 
pour cause, je ne vueil à présent nommer), estoit venu à la 
cognoissance du Roy, que ledit seigneur Empereur jamais 
ne bailleroit Milan au Roy ne permettroit que il eust un 
.seul pied de terre en Italie^.. » Le cardinal auquel Guil- 
laume du Bellay fait allusion est certainement son frère 
Jean, mais il ne s'agit nullement du discours du 17 avril. 
Le renseignement que le cardinal fit tenir à François P', 
nous le retrouvons dans sa correspondance : il se rapporte 
au mois de février, comme la mention de la candidature 
de linfant de Portugal, que Guillaume du Bellay rappelle 
quelques lignes après. Sans préciser la date, la phrase en 
question vise le retour précipité de Jean dans les derniers 
jours de février, et rien d'autre. — Le second texte est plus 
catégorique : Paul Jove^ affirme que Jean du Bellay retint 

1. Mémoires de Guillaume du Bellay, p. 403. 

2. Pauli Jovii Novocomensis episcopi nucerini historiarum sui tem- 
poris. Baie, 1567, in-12, II, p. 705 : « At Franciscus de animo Cae- 
saris adversum se vehementer concitato et de singulis institut! ab eo 
belli consiliis edoctus, quod ad eum Joannes Bellayus cardinalis 
parisiensis memoriter excepta atque descripta ea Caesaris concione 
(du 17 avril) quae in Vaticano habita fuerat, dissimulato habitu, 
mutatisque ad celeritatem jumentis in Galliam percurrisset, tota sua 
niani spe concordiae dejectus, facile agnovit, etc. » 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 365 

de mémoire et transcrivit la harangue de l'Empereur et 
aussitôt après, en habit dissimulé et sur chevaux de poste, 
regagna la France. Le témoignage de Paul Jove paraît 
devoir être d'autant plus important que cet historien était 
en relations assez étroites avec Jean du Bellay pour être 
bien informé et qu'il n'était pas loin de Rome au moment 
où se passaient les événements qu'il raconte. Mais nous 
savons que Paul Jove se trompe parfois : il y a dans son 
histoire nombre d'erreurs, sans compter les mensonges'. 
Or, ici, incontestablement, il se trompe; son affirmation 
n'est qu'une inexactitude de plus ajoutée aux autres. Un 
texte d'histoire narrative, écrit plus ou moins longtemps 
après les événements qu'il rapporte et par un écrivain 
d'une autorité contestable, ne saurait prévaloir contre des 
témoignages exactement contemporains et concordants. 
Si les lettres que nous avons déjà citées ne suffisaient pas 
à prouver qu'au milieu du mois d'avril Jean du Bellay 
était à Lyon et non à Rome, on en pourrait alléguer 
d'autres tout à fait explicites, celles par exemple que Giro- 
lamo Feruffini, l'ambassadeur du duc de Ferrare, écrivait 
de Lyon les i5, i6, 19 avril, rapportant certaines conver- 
sations qu'il avait eues avec notre cardinal ^ et celles encore 
où Nicolas Raince, le 18 avril, lui racontait tout au long 
la scène de la veille^. Si Jean du Bellay et par suite Fran- 
çois 1" furent si complètement renseignés sur les écarts 
de langage de Charles-Quint, ils le durent à ce bavard de 
Raince, qui faisait du zèle, ayant déjà tant de choses à se 
faire pardonner. 

La mission de Jean du Bellay ne s'était donc pas pro- 
longée au delà du mois de février. Quel en avait été le 



1. Sur la valeur de Paul Jove comme historien, voir l'apprécia- 
tion, peut-être un peu trop favorable, de M. Hauser, Les sources de 
l'Histoire de France au XVI" siècle, p. 47-49. 

2. C. Capasso, op. cit., p. 178, n. 2 et 3. 

3. Raince à Jean du Bellay, 18 avril. Bibl. nat., Dupuy 265, 
p. 325-320. 



366 LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 

succès? Pour ce qui est de la clientèle de François I=^ elle 
avait été sensiblement accrue. Nous avons vu que Jean 
avait amené avec lui trois des meilleurs capitaines italiens 
de l'époque et il avait laissé derrière lui des intelligences et 
des •< pratiques )^ qui ne furent pas sans efficacité. Si Guido 
Rangone, au mois de juillet suivant, repassa au service de 
la France et exécuta, de La Mirandole sur Gênes et sur 
Turin, une diversion fort utile, Jean du Bellay y fut certes 
pour quelque chose, lui qui avait, en personne et par cor- 
respondance, fait de La Mirandole le foyer d'intrigues et 
le centre de préparatifs militaires que nous avons vu. 
Quant à son action sur le Pape, sans doute il n'avait pas 
réussi à l'entraîner dans une alliance avec la France, mais 
il avait pris sur lui assez d'ascendant pour l'empêcher de 
céder aux offres ou aux injonctions des Impériaux. Paul III 
garda la neutralité, même en présence de l'Empereur; il 
l'affirma de nouveau par la déclaration du 24 avril. Et 
cette neutralité, en somme, profitait à la France : la colère 
des Impériaux et leurs récriminations le prouvèrent assez. 
Si la Cour de France ne sut pas se décider à temps ni agir 
assez vite, la faute n'en fut pas à Jean du Bellay, que 1 on 
laissait fréquemment sans nouvelles, je ne dis pas sans 
argent, car c'était l'habitude. Il semble bien qu'il ait d'une 
situation difficile tiré tout le parti possible. Il avait à 
Rome, autant que son frère, le sieur de Langey, en Alle- 
magne, déconcerté les desseins de l'Empereur, et celui-ci 
ne devait pas le lui pardonner. 

Le Pape, par contre, conserva de la dextérité et de la 
décision de notre cardinal le plus favorable souvenir. Les 
audiences longues et fréquentes qu'il lui avait accordées, 
— notamment dans les moments critiques, — montraient 
assez en quelle estime il tenait ses conseils. Peu après le 
passage de l'Empereur à Rome, quand les deux rivaux 
étant sur le point d'en venir aux mains, il voulut tenter un 
dernier effort de conciliation, et qu'il envoya Marino Car- 
raciolo à Charles-Quint et à François I^' Agostino Tri- 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 367 

vulzio, il recommanda ce dernier à Jean du Bellay par un 
bref très élogieux'. Jean était à Lyon depuis son retour 
de Rome, chargé de seconder Montmorency pour la cor- 
respondance avec les étrangers, surtout avec les Alle- 
mands. Son crédit était grand et grande la confiance que 
le Roi avait en lui. Il ne put cependant guère en faire pro- 
fiter Trivulzio par sa présence, car le jour même où ce 
dernier arrivait à Lyon, le 21 Juillet, Jean du Bellay était 
investi de la charge de lieutenant-général au gouvernement 
de Paris et de l'Ile-de-France, et, d'urgence, gagnait son 
poste. C'est un nouveau chapitre qui commence dans 
l'histoire de sa vie. Dans sa nouvelle fonction, il allait 
faire preuve de nouvelles qualités : le diplomate et l'hu- 
maniste allaient se révéler administrateur et homme 
d'action. 

V.-L. BOURRILLY. 
I. Du 14 juin i536. 



APPENDICE. 

Extraits de la correspondance de Bragadin ' 
AVEC la Seigneurie. 

I. 

Entrevue de Jean du Bellay avec le secrétaire de Bragadin ; 
les intentions de François I^^ sur le Milanais; Venise a tout 
intérêt à se ranger de son côté. Plaintes des Français contre 
les agissements du cardinal Contarini. 

ib novembre. 
Havendo heri il R"'» de Paris fatto far instantia per dui sui 
messi ch' el secrettario mio li dovesse andar a parlar, non mi 
parendo che con honestà questo se li potesse negar, ho per- 
messo ch' el vadi ; et cosi, essendo andato heri dapoi pranso 
a Sua Rma Signoria, quelle tiratolo a parte gli fece un longis- 
simo discorso circa il Stato di Milano, dicendo ch' el Re suo 
non era per perder questa occasione de reccuperar il ditto Stato, 
che gli apparteniva per ogni ragion, del quai solo si conten- 
tava, et che questo era il bene délia Christianità perche la se 
metteria in pace et se uniria tuta contro Infideli, contra li quai 
in questo caso Sua Maestà era per poner tute le forzze, il regno, 
li figlioli et la vita propria, cosa che deveria esser molto grata 
a quella Excellentissima Republica per lo interesse grande che 
Lei a nelle cose del Turcho, la mente del quai Sua Signoria 
Rma affirmô saper esser non buona verso Vostra Serenità, oltra 
che per Lei non faci che l'Imperator sii monarcha délia Italia 
et perô essendo il Pontefice inclinatissimo a voler, hora che è 
seguita la morte del Duca de Milano, far ogni opéra di assettar 
questa materia, lui l'havea mandato a chiamar per dechiarirli 

I. Lorenzo Bragadin fut accrédité le 2 octobre i533 comme 
ambassadeur de la Seigneurie à Rome et il arriva dans cette ville 
le 21 octobre. Sa correspondance est conservée dans YArchivio de' 
Frari à Venise. — Nous tenons à remercier ici MM. Léon-G. Pélis- 
sier, de l'Université de Montpellier, et Délia Santa, de l'Archivio di 
Stato, des facilités qu'ils nous ont procurées pour faire prendre 
copie de ces documents. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 36g 

il tuto, acciô el me devessi avertir et pregar che volesse far 
buon offitio con il Pontefice sapendo maxime quanto la Cris- 
tianissima Maestà ami quel Excellentissimo Stato, il quai hora 
de jure non è in alcuna lega con l'Imperator sogiongendo 
che se Fera vero quel li era sta refîerito el non si. havea da 
laudar molto del Reverendissimo Contarini', il quale non 
havea fatto bon oflfitio con il Pontefice. — Il secrettario gli ha 
risposto che, quanto al Rmo Contarini, lui credeva che Signo- 
ria Rma fosse sta mal informata et che esso R^o Contarini era 
di tanta prudentia et bontà che non haveria fatto offitio alcuno 
che non fusse honesto et conveniente, si come el fa in tute le 
attion sue; quanto veramente si apartien alla persona mia, el 
facea certa sua R^a Signoria che non bisognava avertirmi ne 
pregarmi, perché in alcuna quantunque minima materia, non 
che in questa délia grandissima importantia che la è, haveria 
animo de dir parola alcuna se non quanto mi fusse imposto 
dalla illustrissima Signoria Vostra. Questo monstrar di non 
laudarsi del Rmo Contarini proccede dalla suspettosa natura 
de questi signor francesi et non chè esso R»» se habbi ingerito 
in questa materia in conto alcuno et cosi sua R™» Signoria mi 
ha affirmato constantemente, la quai è di questa opinione che 
mazor dimostratione che farano li Francesi di voler forzzar 
rimperatore farà peggio per loro, con il quai Imperator biso- 
gna che in questo negotio se proccedi con molta prudentia el 
desterità... 

II. 

Les propositions présentées par Pier Luigi Farnese à Charles- 
Quint : invitation à venir à Rome, question de Camerino, la 
convocation du concile, la pacification de l'Italie et de la Chré- 
tienté. Réponses dilatoires et reproches de l'Empereur. Colère 
de Paul III, qui confère secrètement avec Jean du Bellay. 

i8 novembre. 
Essendomi sta fatto intender dapoi dato il mazzo al corrier 

I. Gasparo Contarini, né à Venise en 1483, nnort à Bologne en 
1542. Il avait été élevé au cardinalat en même temps que Jean du 
Bellay (mai i535) et il était connu par ses sympathies pour l'Empe- 
reur, auprès de qui la Seigneurie l'avait envoyé comme ambassa- 
deur de i520 à i525. 



370 LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 

présente a cinqiie hore di nette per una persona dignissima de 
fede che dovesse intertenir il ditlo corriere fin questa matina, 
et che mandasse a lui a honora il secretvario mio, che li diria 
cose de importantia, mi parse conveniente di far che esso 
corrier differisse, et cosi andato questa matina nel aurora il 
ditto secrettario, li è sta communicato corne, marti de nottc 
aile VII hore venendo il mercore, gionse de qui un gentil 
homo mandato in posta dal Signor Piero Alvise Fernese alla 
Santità del Pontetice et le ha portato lettere de X da Cos- 
senzza*, per le quai Lei è avisata dal figliolo corne Thavea 
havuto audientia da Cesare et che li havea fatto quatre pro- 
position. 

La prima di inviltar Sua Maestà Cesarea a Roma, cosa che 
se ben li era sta ordinata per la prima commission che l'hebbe, 
dapoi li era sta revocata et il Pontefice ha havuto molto a 
maie che' 1 non habbi posto in exsecutione il seconde ordine, 
ma il figliolo se excusa che tal venuta era si sparsa, et per 
questa et per quella Corte, che non li è parse poter far altra- 
mente. A questa proposition Sua Maestà Cesarea, usate prima 
alcune gênerai parole in ringratiar Sua Santità del favor li 
havea datte aile cese délia impressa di Aphrica e del mandar 
la persona del ditto signor Piero Alvise ad incontraria alla 
quai era molto tenuta, li ha rispose che venira una fiata a 
Napoli et che li pei se vedera quai sera il benefitie délia 
Christianità, reff"erende gratie a Sua Santità del invite, ne perô 
dandoli certa risposta de venir e non venir. 

La seconda proposition è stata délie cose di Camerino, 
richiedendo con grandissima instantia Sua Maestà Cesarea che 
ceme diffensor délie cose délia Chiesa et per il sacramente 
l'ha fatto nella corenation, li debba far restituir quel State che 
non è dubie alcun che è con mali modi usurpato dal signor 
Duca di Urbino^ et tante piu quanto che, essendo Sua Maestà 
occupata nella impresa de Aphrica, Sua Santità è scorsa de 
non innovar cosa alcuna fidandesi délia justitia et bontà sua. 
A questa, Sua Maestà Cesarea li ha fatto risposta che l'è molto 
ben conveniente che, essendo questa cosa de justitia, prima 
ch' el dichi la opinion sua lui la faci vedder da periti et da 
dottori et che quande sii in Napoli atendera a questo moite 

1. Cosenza, sur le Crati, dans la Galabre. 

2. Francesco Maria délia Rovere, duc d'Urbin, mort en i538. 



LF, CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. :>']! 

volentieri et che non manchera de satisfar et gratificar in tuto 
quello sera conveniente. 

La terzza è stata circa il concilie, mostrando di esser con- 
lento ch' el si faci. Sua Maestà Cesarea ha ringratiato assai 
Sua Santità di questa bona volonta, dicendoli che a risolversi 
compiutamente la expettava certa risposta dal rc de Romani' 
in questa materia et poi che se potria principiar a negotiar 
circa essa. 

La quarta ch' el pregava Sua Maestà prefatta che fosse con- 
tenta di conservar la pace in Italia. Alla quai Sua Maestà ris- 
pose che Lei di questo è molto contenta et desiderosa et mai 
ha havuto altra mente ne intention et hora l'ha più che mai, 
ma che la voleva parlar liberamente, corne è di sua natura, 
maxime con lui Signor Pietro Alvise, che è la persona di Sua 
Santità, che Lei non monstra già de haver questa mente, la 
quai si ha forciato di far lega sécréta con la Signoria de Vene- 
tia per accostarse poi tuti doi al Re Christianissimo, la quai 
Signoria non ha voluto assentir et è congionta con uno si per- 
fetto amor et benevolentia con Sua Maestà et che Lei etiam 
ama tanto grandemente quella Signoria dessiderando molto di 
satisfarla. Dicendoli anchora che : « Quando io era in Aphrica 
per si grande benefitio délia Christianità, la ragion volea che 
Sua Santità dovesse più tosto ampliarmi le mie juridition che 
haver cercato di sminuirmele con dar uno episcopato ad uno 
suo figliolo de quella età che l'è^. » Sogiongendo : « Voi che 
sete pâtre ne dovereste haver havuto qualche rispetto. » 

Il Pontefice, sentite queste cose, salite in una extrema colera, 
usando fra li sui moite gagliarde parole et ha fatto venir a se 
in Castello secretamente il Rmo de Paris et, per quanto intendo, 
li ha dechiarito il tuto, negotiando longamente con Sua Rma 
Signoria queste cose. Io l'ho da bonissimo loco. Vostra Sere- 
nità farà sopra esse il suo sapientissimo giuditio, le quai sup- 
plico volli farle tenir secrettissime et per la importantia sua et 
acciô non me manchi il mezo per Tavennir di saper quello 
occorrerà. 

1. Ferdinand, frère de Charles-Quint, avait obtenu le titre de roi 
des Romains le 5 janvier i53i. 

2. Le siège épiscopal de Jaen (Andalousie) était devenu vacant 
par la mort, en juillet i535, de Esteban Gabriel Merino. Paul III 
avait voulu le donner à l'un de ses petits-fils, Guid' Ascanio. 



372 LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 



III. 

Conversation de Bragadin avec Philippe Stru^^i ; les intentions 
des bannis Jlorentins. Charles-Quint ne veut pas donner le 
duché de Milan à un prince français. Les Impériaux mettent 
en avatU un projet de mariage d'un prince français avec la 
princesse Marie d'Angleterre. 

1 I décembre. 
... È stato hoggi a Visitation mia i.lomino Hhilippo Strozzi, 
il quale, havendo fatto molti longi discorsi mecco délie cosé 
délia libération délia patria sua, délia quai monstra non esser 
senza speranza, mi disse che li R"i' cardinali Salviati ' et Redol- 
phi2 hanno mandato a richieder licentia a Cesare di andar a 
Sua Maestà per procurar la libertà délia patria loro et cosi 
l'hano havuta ; la dimandano mo al Ponteficc et quelli che 
favoriscono la parte del Duca Alesandro^ ostano quanto pos- 
sono a questo. Mi ha dette anchora che il castello ha fatto il 
preditto Duca in Fiorenza è tuto in bona difesa et che Sua 
Signoria li ha posto uno de Medici per castellano, al quai ha 
datto juramente de tenir il castello per se et per li heredi et, in 
caso che non ne fussero heredi, di consignar esso castello alla 
Cesarea Maestà. Esso don Philippo è di animo fermo in caso 
che la cosa del recuperar délia libertà délia patria hora non li 
succéda, de venir a star a Venetia et a Padoa et finir li zorni 
sui sotto il dominio di Vcstra Serenità. Et essendo io destra- 
mente con lui intrato a ragionar de li denari che li Francesi 
dicono retrovarsi fin hora per conto del suo Re in Italia, non 
me confesso haver denaro alcuno, ma ben mi disse che, per 
lettere délia Corte de 4, erano molto aile strette di concluder 
cambii per summa molto grossa et con li sui fattori che sonno 
a Lion et con altri merchatanti anchora, dicendomi : al Re non 
mancherà che summa de danari lui vorrà in Italia et in ogni, 
altro loco, perché hora Sua Maestà ha modo de dar bonissime 
assignation. 

1. Giovanni Salviati, né à Florence en 1490, cardinal en iDi/, mort 
à Ravenne en i553. 

2. Niccolô Ridolti, mort en i55o. 

3. Alessandro de' Medici, né en i3io, duc de Florence en i532. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 373 

Il maneggio del acordar lo Imperator con il Re Christianis- 
simo, fin hora la Cesarea Maestà dimostra di non voler per 
modo alcuno che il Stato de Milano sii datte ne al Duca de 
Angulem ne ad altro figliol del Re Ghristianissimo et il partito 
proposto per l'Orator di sua Cesarea Maestà in Franza' de 
darli il stato de Milano, volendo lassar Sua Maestà Christia- 
nissima la diffesa del re de Angelterra, esso Imperator mons- 
tra non esser sta di ordine suo et haverli datta commissione 
di altro partito molto diverso da questo, il quai è de darle il 
regno d' Angelterra per uno de H figlioli di Sua Christianis- 
sima Maestà con condition ch' el debbi prehender per moglie 
la principessa, figliola délia Regina prima^, et contenta oltra 
di questo di darli una pension de denari sopra il Stato de 
Milano. Questa mi par cosa difficile a creder, nientedimeno è 
debito mio di dar aviso alla Serenità vostra di tuto quello 
ch' io ho maxime da bona via et lassar il juditio a quella. Et 
per questa variation li agenti del Re Ghristianissimo dubitano 
che lo Imperator non li dii parole et meti tempo per stabilir 
le cose sue et cosi, corne mostravano prima de sperar qualche 
accordo, hora monstrano il contrario ne cessano ogni giorno 
esser aile orecchie del Pontefice acciô se ritrovi qualche mezo 
de accordo con récupération del Stato de Milano... 



IV. 



Jean du Bellay, en consistoire, défend les droits de François /«■■ 
sur le duché de Milan. Paul III devra essayer d'accorder le 
roi de France et l'Empereur. Conversation du Pape avec 
Bragadin : bien que Charles-Quint soit poussé par son entou- 
rage à garder pour lui le Milanais, le Pape ne désespère pas 
de maintenir la paix et désirerait pour cela avoir le con- 
cours de la Seigneurie. 

21 décembre. 
... Heri fu consistoro nel quai con longa et abondante forma 
di parole la Santità del Pontefice un' altra fiata propose la 



1. Jean Hannart, sieur de Likerke, vicomte de Lombeke. 

2. Marie, fille de Henry VIII et de sa première femme, Catherine 
d'Aragon, la tante de Charles-Quint. 



374 LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 



malcria del Signor Turcho, offerrendo a questa impresa tute le 
forcie et la sua propria persona, pregand(> che cadaun delli 
Rmi Cardinali aricordassc quel che li paresse esser proficuo in 
questa materia et tu universalmente consigliato che non vi era 
cosa alcuna miglior cheveder di accordar lo Imperator con il 
re di Franza et quando tochô il loco al Rm" Cardinal de Paris, 
sua R™a Signoria si difTuse molto in dechiarir le ragion che 
havea el Re suo nel Stato de Milano, facendose longamente 
intender che se il ditto Re non era redintegrato di esso Ducato, 
hora che era morto il Duca, con la vita del quai lo Imperator 
era solito di excusarsi quando si parlava di queste materie, 
lui non sapeva a che modo sua Christianissima Maestà potessi 
operarsi a benefitio délia Christianità; ma quando di questo 
ducato di Milano la fusse per qualche honesta via salisfatta, 
l'era per metter tute le sue forcie, il suo regno, li figlioli et la 
vita propria in benefitio délia Christianità. Finalmente la riso- 
lution fu cosi in générale che il Pontefice dovesse far ogni 
opéra in concordar quelle due Maestà alla venuta di Cesarc 
in questa città... 

... Hoggi essendo io andato alla Santità del Pontefice per 
negotiar alcune cose particular,... subito Sua Santità mi fece 
intrar et volendoli io exponer le cause per le quai io era 
andato a Lei, non mi lasso dir et principiô a ricercharmi se io 
havea nova alcuna dalla Serenità Vostra et dicendoli de non, 
me dimando se io havea qualche cosa da Napoli et, risponden- 
dogli il simile, li sogionsi che Sua Santità per il ritorno del 
Signor Pietro Alvise devea haver moite nove, quella con un 
longissimo discorso pieno di affettuosissime et efficacissime 
parole del amor che la portava a quel illustrissimo dominio 
che séria molto tedioso a scriverle et quanto che la deside- 
rava esser una istessa cosa con quello, mi disse : quanto al 
ducato de Milano che l'Imperator non si havea lassato inten- 
der quel el ne fusse per far, ma che tuti li Spagnoli et princi- 
palmente Covos^ et il duca de Alva^, che è cresciuto in gran 
réputation dapoi la impresa de Aphrica, erano di questa mente 
che Sua Maestà dovesse ritenerlo per se et cosi la persuade- 
vano che la dovesse far, li quai Spagnoli et maxime il ditto 

1. Francisco de las Covos, grand commandeur de Léon, principal 
secrétaire de Charles-Quint. 

2. Fernando Alvarez de Tolcdo, duc d'Albe. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 375 

Covos erano quelli che governano il consiglio con lo ingegno 
et astutia loro, se ben alli Fiamenghi lo Imperator portava 
maggior amor et che Fiamenghi et Spagnoli del consiglio erano 
tuti uniti in operar che alcun Italiano non prehendesse autto- 
rità con Sua Maestà et pur, se vi era alcun che fosse ascoltato 
da Lei, era il principe Doria', il quale contrariava quanto piu 
poteva che quel ducato fosse datto a Francesi per lo interesse 
suo et délia sua patria, per la quai causa anchora lui pareva 
inclinasse che lo Imperator fusse patron del ditto Stato; era sta 
parlato alquanto del figliol del duca de Savoglia^, ma poi 
quella pratica era del tuto disciolta et che c'è pur qualche uno 
che parla de don Ferrante da Gonzaga, vice re de Sicilia^, il 
quale, oltra che da sua Gesarea Maestà sii molto amato, è favo- 
rito grandemente dal principe Doria et che esso don Ferrante, 
per quel Sua Santità ha aviso, era gionto alla Gorte; dicen- 
dome : « lo accetterô lo Imperator et me fido de lui corne de 
un buon Principe, (laudando Sua Maestàl et son per far ogni 
mio forcio per accordar questi doi Principi, per benefitio 
délia Ghristianità » et al re de Franza appar che havendo lo 
Imperator sempre et maxime quando la Regina se vide con 
Madama Maria a Gambrà^ ultimamente, excusato ch' el non 
poteva parlar del Stato de Milano per lo interesse del Duca 
Francesco, che hora che Vè morto, esso Imperator non habbi 
scusa alcuna ragionevole et existimando Sua Santità che la 
principal difficultà fusse di trovar modo di assicurar lo Impe- 
rator, che il re de Franza attendesse a quanto se obligherà, 
disse verso di me : « Vorrei che quella Illustrissima Signoria 
« stesse anchor lei pieza insieme con noi allô Imperator per il re 
« de Franza, acciô potesse sequir cosi buono effetto. » lo, se 
ben son andato in questo ragionamento nservatissimo et ditte 
pochissime parole solo sopra il gênerai, udita questa proposi- 
tion non me puoti contenir de dirli ch' io exstimava che Vos- 

1. André Doria, le célèbre condottiere génois. 

2. Luigi, prince de Piémont, fils du duc de Savoie, Charles II 
(i5o4-i553), et de Béatrix de Portugal. Il résidait à ce moment à la 
cour d'Espagne, où il mourut peu de temps après, le 25 décembre 
i535. 

3. Ferrand de Gonzague, né en iSoy, venait d'être nommé au 
mois d'octobre précédent vice-roi de Sicile. 

4. Cambrai. L'entrevue des deux reines Éléonore et Marie de Hon- 
grie avait eu lieu vers le milieu d'août précédent. 



376 LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 



tra Sublimità in questo non se impazzeria punto, perche, 
trattandosse questa cosa a fin de unir la Christianità contra 
'l^urchi, per lo interesse grande chc l'ha in simel materia, la non 
potrià pur pensarse de far una simel cosa, dillondendomi con 
moltissime ragion che saria longo a scriverle, si chè Sua San- 
tità mostrô di rimaner quieta... 



Conversation de Bragadin avec Pier Liiigi Farncsc, revenu de 
Naples ; les intentions de Charles-Quint sur le duché de Milan, 
sur son prochain voyage à Rome, sur Florence, sur le concile. 
L'Empereur voudrait conclure une ligue avec le Pape : ce 
dernier persiste à garder la neutralité. 

23 décembre. 

Havendo judicato esser a proposito di visitar il signor Pietro 
Alvise si per usar questo amorevole offitio verso Sua Signoria 
corne per sotrazer qualche cosa da Lei, son stato hoggi dapoi 
pranzo a Visitation di quella et, premesse le parole gênerai che 
si convenivano..., entrassemo a ragionar délie occorrentie pre- 
senti dalla quai ho havuto le infrascritte cose che mi pareno 
digne da esser significate a Vostra Celsitudine. 

Prima quanto al Stato de Milano che l'Imperator per modo 
alcuno, con che largo partito che si voglia, non lo darà al re di 
Franza, del quai dimostra che mai non se fiderà, ma che Sua 
Cesarea Maestà lo vuol tenir per se per quel fin hora dimostra 
alche tuti li sui lo confortano per poter goder et trazer di 
quel stato quelle utilità et commodi che trazeno del regno de 
Napoli, mediante li governi et offitii et altri modi che fano 
tenir Spagnoli da guadagnar et pur quando el fosse per inves- 
tir alcuno, per opinon sua, investiria uno suo nipote, figliolo 
del re de Romani, il quai séria poi corne Principe italiano in 
poco spatio di tempo; di Savoglia, ne di don Ferrante, ne 
Infante di Portugallo ge pur un minimo pensiero, chel prin- 
cipe Doria si è fatto di suprema auttorita presso Sua Maestà, 
talmente che è più udito nelle cose di stato che alcuno del suo 
Consiglio. 

La preditta Maestà havrà del Regno uno milion de oro, la 
quai non se ritrova altri denari, salvo quelli che l'hauto ulti- 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 377 

mamente de Sicilia, et questi che l'havrà del Regno, che a Sua 
Maestà c manchato l'oro del Perù, come etiam Lei affirma, che 
quel oro che già l'hebbe da quel paese non era oro di venna, 
si chè la cosa possi continuar. 

Sua Maestà sera ad ogni modo in Roma aile fine di genaro 
con 4 mila fanti et lancie 5oo, le quai serano quelle che è 
obligato tener il regno de Napoli, il quai cosi come prima era 
obligato tenirne 800, cosi Sua Maestà le ha ridutte in 5oo et 
vuol che siano in esser et ha fatto exbursar qualche summa 
de denari a quelli che non sono in ordine per comprar cavali 
et altre cose necessarie, si chè Thavrà al tuto queste 5oo lance, 
che sua Maestà si è molto alzata dapoi questa impresa de 
Aphrica talmente che non mostra stimar alcuno ne Principe 
ne Potentato, disegna di star in Roma uno mese in circa; dove 
poi se habbi a conferir fin hora non si lassa intender. 

Sua Maestà darà la figliola ' al duca Alessandro ; et haver con- 
tentato che li Rev^i Salviati et Ridolphi con quelli altri forus- 
citi vadino, non è sta ad altro fine s.alvo per poter trager mag- 
gior quantità de denari da esso duca et veder anchora se li 
potrà accordar. 

Quanto al Concilio, si mettera ordine di farlo un altro anno 
de mazo, ma che lui non vede come si possa metter ordine 
certo, perché in Mantoa il re di Franza non contentera per 
esser locho subietto ail' Imperator, che voriano un' altra città, 
nominandomi Verona. Alla quai parola io li dissi ch' io cre- 
dea che, per la importantia di quella città, Vostra Serenità 
haria gran rispetto ch' el se facesse in quel loco. Me disse 
anchora che Io Imperator faria Io anno futuro la impresa de 
Aglier^, alla quai era molto solicitato da Spagnoll per Io inte- 
resse loro s"el re di Franza non li rompe guerra; non sapeva 
perè se, per questa nova del Turcho sopragiunta dapoi il par- 
tir suo dalla Corte, Sua Cesarea Maestà mutera opinion. 

L'Imperator ricercha il Pontefice che faci liga con Sua 
Maestà et che Sua Signoria conforta Sua Santità che vogli 
esser neutrale et non legarsi con alcuno, perché essendo in 



1. Marguerite d'Autriche, fille que Charles-Quint avait eue d'une 
petite bourgeoise de Nukerke, Jeanne van der Ghemst. 

2. Alger. Contrairement à l'intention manifestée ici, Charles- 
Quint ne put entreprendre cette expédition contre Alger qu'en 1541. 
On sait qu'elle se termina par un désastre. 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. V. 20 



378 LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 



libertà, la sera come patrona del gioco, ma che la veda di ben 
intendersi.con Vostra Serenità come quella sola che resta di 
auttorità in Italia, ne con lo Imperator ne con il Re Christia- 
nissimo habbi a far intelligentia alcuna perche, oltra li altri 
rispetti, perderia la obedientia et l'auttorità spiritual del Stato 
de quel Principe che non fusse in liga con Lei. Al parer suo, 
anchor che quella Excellentissima Republica sii sapientissima, 
non fa per Lei a legarse con alcuno de ditti Principi, ma esser 
una cosa medesima con la Beatitudine Pontificia, quai ama 
quella de uno amor paternal et sincero, diffundendosi circa 
questo assai et sopragiongendo molti. Pervisitar Sua Signoria 
non se puotè procceder piu oltra nelli ragionamenti nostri né 
de intender di che mente el pensava fosse lo Imperator nelle 
altre materie 



VI. 



Paul III donne audience à Bragadin. Nouvelles de Constanti- 
nople. Les difficultés entre François /er et Charles-Quint à 
propos de Milan. La politique de neutralité et d'accord pour- 
suivie par le Pape, qui essaye vainement de connaître les 
intentions de la Seigneurie. Rixe entre les gens du cardinal 
du Bellay et ceux de l'archevêque de Con^a. 

18 janvier i536. 

Heri ebbi audientia dal Pontefice et letti alla Santità Sua li 
summarii da Constantinopoli et dechiaritoli il partir delli cla- 
rissimi oratori per dar la obedientia alla Beatitudine Sua; de 
questo partir ne dimostrô una grandissima allegrezza et de 
grandissima satisfatione, et délie nove da Constantinopoli pon- 
dère che Algier non si potesse mantenir et che del ritorno del 
Signor Turcho non li fusse altro aviso, et disse : nui habbiamo, 
per via di Damasco, che il Turcho è tanto impedito che non 
sarà possibile ritorni a Constantinopoli questa invernata. 

Dapoi entro nelli soliti sui ragionamenti et disse ch' el non 
se ritrovava in molta speranza ne senza speranza di concordar 
lo Imperator et il re di Franza circa quel Stato de Milano, 
cosa che li era di extremo dispiacer, per il ben délia Christia- 
nità; et che esso Re li debba dechiarir lui quello che l'offerisse 
per il Stato de Milano et il Re dice che quel Stato li expetta di 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 379 

ragione et che esso Imperator de lui dir quello ch' el vuole; et 
cosi stanno sopra queste difficultà de chi debbi dimandar et 
offerir prima, che ne rincresce nel core, « ma nui faremo dal 
canto nostro tuto quello che potremmo et speremo di portarsi 
di maniera che chiuderamo la bocha a îuti quei che strapar- 
lano de nui, corne presto si vederà ». Soggiongendo : « Ora- 
tor, volemo allargarsi con vui corne con uno nostro fratello. 
Nui havemo questa opinion di far il possibile con lo Impera- 
tor che questo ducato de Milano sii dato a Monsignor d'An- 
gulem ; notate ben quello vi dicemo che nui non volemo ne il 
Re ne ri Delphine, perché volemo separar il ducato de Milano 
dalla corona de Franza et che il Re sii uno Principe separato, 
che sera corne italiano, perché altramente mai la Italia sera 
in pace, non se potrà far la impresa contra li Turchi, hora 
ch' el signor Dio ci mostra una cosi bella occasione et lo 
Imperator non sera Monarcha de Italia et sel ne fusse ditto 
che la pace tra lo Imperator et il Re non durera una fiata fugimo 
la guerra, la quai ha a nascer di présente et la allongammo 
qualche tempo, usando la occasione contra il Turcho, ne biso- 
gna se dubiti che se loro Principi se accordassero hora del 
stato de Milano che fusse il periculo che se accordassero hora 
a divider la Italia perché tanta è la émulation fra loro che mai 
se potriano assetar. » Sua Santità anchor me disse : « Non 
volemo restar anchor de dirvi un' altra cosa, che quelli délia 
patria nostra, non dicemo già di quelli del governo, dicono 
che nui siamo francesi; certo se inganano et se ne accorge- 
ranno né volemo scriviate cosa alcuna de lî, ma siano ditte da 
chi se voglia certo essendo lontano dalla verità non ne sono 
grato, speramo di portarsi per modo che mostreremo la synce- 
rità nostra. » 

lo prima dicendo che non credeva et se pur qualch' uno 
havesse ditto qualche parola non séria da maravigliarsi, essendo 
quella terra libéra et cosi grande, parlé poi Sua Santità se 
io sapeva cosa alcuna del Duca de Urbino del partir et del 
viaggio; mi dimandô anchora con che rissolution erano partiti 
li nostri oratori da Cesare, dicendo li nostri legati. Dico che 
non haveano a negotiar cosa alcuna ma solamente sopra il 
gênerai, risposi a Sua Santità che io credeva che dicessero la 
verità, ma che certo io non lo sapeva. Intro poi a dir : « Nui 
desideramo certo con tuto l'animo nostro di esser di una 
istessa mente con quella Signoria, non dicemo perô di far 



380 LE CARDINAL JKAN DU BELLAY EN ITALIK. 



lij^a, che conoscemo bon che queste pratiche seriano al pré- 
sente periculose, ma pur che se intendessamo ben insieme et 
desideramo continuar in quel amor et il resto di casa nostra 
in quella servitù che hanno havuto tuti quelli délia nostra 
fameglia a quella Excellentissima Republica. » Et risponden- 
dole io al solito bone et riverente parole, mi disse : « Diteme 
«( la verità : a chi inclina la Signoria che sii dato questo ducato 
« de Milano? » Io li dissi ch' io non credeva che la Serenità 
Vostra havesse alcuna particular inclination et che La conos- 
oeva Io Imperator Principe cosi hono et si prudente che La spe- 
rava ch' el faria provisione la quai séria a benefitio de Italia 
et a conservation délia pace di quella, come opéra et fattura 
sua et questa era quella cosa che precipue la Illustrissima 
Signoria desiderava; mi disse : « Vediremo; noi havemo pur 
inteso che La inclina ad un figliol del quondam signor Zuan 
Paulo Sforza'. » Li affirmai che di questo io non havea inteso 
mai più parola. Soggionse : « Orator, diteme la verità. Dove è 
causato che Io Imperator mette il Duca de Urbino tuto suo, che 
discorendo ha ditto che l'ha la Toschana, il duca de Ferrara, il 
duca de Mantoa et il duca de Urbino? » Per me fu risposto 
che il ditto duca era capitanio di Vostra Serenità di quella 
ottima fede et grandissimo valor che tuto il mondo intendeva 
et che è vero che ha il ducato de Sora, nèlli volsi dir délia causa 
del ducato di Gamerino per non accenderla a colera. Hor Sua 
Santità finalmente mi disse : « Orator, io me porterô per modo 
che tuti conoscerano che non habbiamo altro desiderio che 
del ben commune délia Christianità et cosi in queste cose di 
Milano come in quelle del concilie al quai son dispositissimo 
et prontissimo. » Et cercando io de abreviar quanto più puoti 
perché erano quatro Rmi Cardinali et lo orator di F>ancia che 
expettavano audientia, presi licentia. 

Questa notte è venuto a parole un servitor del R^o Cardinal 
de Paris et uno servitor del Arcivescovo di Conssa^, Napoli- 
tano : fuggendo il Francese, si pose a cridar : « Paris ! Paris ! » 

1. Jean-Paul Sforza était mort brusquement à Florence au milieu 
du mois de décembre précédent. 

2. L'archevêque de Conza (dans la Gampanie). Sur cette rixe, voir 
le récit adressé par le docteur Ortiz au commandeur Juan Vazquez 
de Molina, Rome, 23 janvier i536. Calendar... Spanish, V, partie II, 
n" II. L'archevêque eut, paraît-il, quelques dents cassées, son hôtel 
saccagé et fut dépouillé de 400 ducats qu'il avait dans une cassette. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 38 1 

et uscita fuora tuta la fameglia del ditto Paris andô a comba- 
ter la casa del Archiepiscopo et è sta morto un Francese et 
molti da une parte et l'altra feriti et de ferite periculose di 
morte, et è etiam ferito esso Archiepiscopo 



VIL 



Avis exprimés au conseil convoqué par Charles-Quint lorsqu'il 
apprend les préparatifs militaires de François /^r. L'Empe- 
reur consulte le duc d'Urbin. Préparatifs militaires des Impé- 
riaux. Bonnes dispositions de Charles-Quint à l'égard du 
duc d'Urbin et de la Seigneurie. 

28 février. 

« Juan Jacomo di Leonardi », agent du duc d'Urbin, revenant 
de Naples, a chargé Bragadin de faire parvenir à la Seigneurie 
les renseignements suivants : 

... Et prima Sua Signoria [Leonardi] mi disse che oltra il 
primo ragionamento ch' el Signor suo fece con lo Imperatore 
délie cose di Camerino nel quai giorno Sua Cesarea Maestà si 
risolse di far una bona lettera al conte di Ciffontes ^. che 
dôvesse parlarne alla Santità del Pontefice efïicacissimamente 
et un altro secondo ragionamento nel quai lo Imperator parlô 
con il ditto Duca del far la guerra al re di F'ranza nella Franza, 
dapoi, intese le provision gagliarde faceva il Re per venir in 
Italia, sua Cesarea Maestà chiamô il suo Conso, nel quale inter- 
venero oltra Covos et Granvelle^, il duca d'Alva, don Ferrante 
da Gonzaga et il marchesse del Guasto 3, nel quai stetero un 
longissimo tempo et che, subito levato il Cons», il marchese 
del Guasto andô a trovar la Excellentia del Duca et li disse 
che nel Conso erano state tre opinion : una consigliata et 
ricordata per lettere del Signor Antonio de Leva'' che lo Impe- 
rator se dovesse impatronir di Parma et Piasenza nelle quai 
esso Leva afferma haver facilimo et fondatissimo maneggio di 

1. Fernando de Selva, comte de Cifuentès, ambassadeur impérial 
à Rome depuis i533. 

2. Nicolas Perrenot, sieur de Granvelle, grand chancelier de l'Em- 
pereur. 

3. Alfonse d'Avalos, marquis del Vasto. 

4. Antonio de Leyva, prince d'Ascoli, lieutenant général de l'Em- 
pereur au Milanais. 



382 LF CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 

haverle scnza for moto alcuno, che a questo modo el si assicu- 
rava del Papa et oviava che Francesi non ge intrassero, i quali 
havendo il piede li, turberiano et la Lombardia et la Toscana 
et il regno et Zenoa et che Sua Maestà si ritornasse in Spa- 
gna, dove essendoli haveria modo di haver il denaro et potrià 
haver qualche fiol, che non era conveniente che un tanto Stato 
stesse sopra uno solo et lassasse il carrico délia guerra alli sui 
ministri corne havea fatto li anni passati. 

La seconda opinion era stata del signor Ferrante da Gonzaga, 
il quai havea confortata Sua Maestà che non dovesse partirse 
da Napoli, perche l'era in loco attissimo da tener il Papa che 
non si scoprisse et a far tute quelle altre provision che fussero 
di bisogno per la guerra. 

La terza fu la opinion del marchese dal Guasto che Sua 
Maestà venisse a Roma et vedesse di assicurarsi del Papa et poi 
procceder nella Toscana piu avanti et mène, si corne se inten- 
desse li progressi delli Francesi et che le provision ordinate 
per sua Cesarea Maestà fossero in esser. 

Covos inclinava alla opinione del Leva, pur non si lassava 
intender chiaramente. Granvelle venne molto largamente nella 
opinione del Guasto et disse moltissime ragion in favor délia 
opinion sua, ne si pote contener de dir che Roma era la resi- 
dentia dello Imperator perché quella città era di Sua Maestà 
per ogni ragion. 

Quai Maestà havendo udito tutti, havea tolto tempo dechia- 
rando ch' el ne volea parlar con il signor duca de Urbino et 
esso Marchese eïa venuto per ordine di quella ad exponerli il 
tuto aciô Sua Excellentia ne potesse pensar. Venne etiam da 
Lei il signor Ferrante, suo cognato, a farli intender il mede- 
simo et per persuaderli la opinion sua. Esso signor Duca 
veramente si ha ritrovato molto dubioso et per trattarsi délie 
cose del Papa, suo signor, et per non esser tolto suspetto per 
lo interesse suo, ma sopratutto per non saper la mente délia 
nostra Excellma Republica alla quai, lui dice, Sua Signoria ha 
più rispetto che a tutti li altri Principi insieme. Et havendo 
Sua Maestà Cesarea fatto venir a se il ditto Duca, li narrô il 
tutto particularmente, soggiongendoli : « lo per mantener la 
mia parola son inclinato di andar a Roma. » Et cosi fu lau- 
data questa opinion dal Duca et ben è vero che Sua Excellen- 
tia in caso che le gente francese o parte di esse fossero de quà 
Japo Lei non consigliava che Sua Maestà venisse avanti perché 
non havendo le forze sue in essere, Thaveria convenuto 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 383 

ritrarsi, cosa che li haveria datto molto disfavor et fatto per- 
der la riputatione. Oltra di questo mi ha detto che lo Impe- 
rator, visto ch' el Papa li havea negata la licentia di poter far 
li 6,000 fanti, li quali... voleva far Sua Maestàin Roma, havea 
qualche opinion di mandar il Marchese dal Guasto a Roma 
con denari per far contra il voler del Papa con il favor délia 
parte Colonnese li 6,000 fanti predetti ... et far che le fantarie 
che sono nell' Abruzzo et nelli altri luochi di Reame si accos- 
tassero a Roma et non manchar di qualche altra più gagliarda 
et scandalosa provisione contra questa città et il Pontefice et 
che esso Marchese devea partir alli 28, ma che dapoi questa 
cosa era alquanto rafredita et non so anchora che fin l'harà. 
La venuta di Sua Maestà, il signor Duca non pensa che debbi 
esser ■ cosi presta perché, se ben la gente d'arme ha havuto 
dennari, la fanteria non ha havuto cosa alcuna; sua Signoria 
dice haver havuta la licentia sua dello Imperatore principal- 
mente per lettere de Don Lope de Soria^ che ha confortato 
Sua Maestà a dargela acciochè Vostre Excellentie non si pos- 
sino excusar de non mettersi in ordine et armarsi per la absen- 
tia del suo Cap» General et che Sua Excellentia è sta pregata 
da Sua Maestà che vogli far bon offitio con Vostra Serenità et 
explicarli il tuto... 

Circa veramente il ducato di Milano, non si parla di darlo 
ad alcuno. Et lo Imperatore hora dice che el si tratto non di 
esso Ducato ma de la Franza et délia Spagna et disse al non- 
tio del Pontefice che, justificando le cose di Sua Santità, gli 
havea parlato et circa le cose di Camerino et délia neutralità 
nella quai volea esser Sua Beatitudine, ch' el bisognava La se 
rissolvesse, perche con questa sua neutralità La potrià lassar 
intrar et in Piasenza et in Parma le genti francese et de Came- 
rino li dichiari ch' el non volea fusse molestato in modo 
alcuno, si per esser il padre del Duca del valor che l'era^ come 
per esser capitano di Vostra Serenità con laquai l'havea refir- 
mata la liga et volea che la fusse perpettua et che cosi saria 
perché quando quella Serm* Republica non volesse far al modo 
suo. Sua Maestà volea far in tuto et per tuto in modo di 
quella et che questa sua bona union con il Stato Nostro Illmo 
esso nontio la devesse significar a Sua Santità. Sua Maestà ha 
fatto conto con esso signor Duca che si potea prevaler di 

I. Don Lopez de Soria, ambassadeur de l'Empereur auprès de la 
Seigneurie. 



384 '-'■- CARDINAL JKAN DU BELLAY F.N ITALIE. 

700 M. scudi et che li debîti che l'ha per conto vechio, mas- 
sime deir armata, sonno de molto minor conto di quelle che 
la pensava et disegna di haver 38 M. lancenech et fanti italiani 
assai et altre provision da t,'uerra... 

VIII. 

En consistoire, Paul III explique et défend les avantages de la 
politique de neutralité. Il interdit aux Impériaux de procé- 
der à des levées sur les États de l'Église et fait des prépa- 
ratifs militaires. 

Ti mars. 
... Hozi la Santità del Pontetice in consistoro ha proposto 
di far li legati che son soliti da esser mandati ad incontrar li 
Imperatori allô entrar loro nel Stato délia Chiesa et la création 
delli ditti fu diflerita ad un altro consistoro et posto ordine di 
servar in questa venuta di Cesare tute la altre cerimonie che 
sonno ordinale et solite farsi in simel casi. Dapoi Sua Beatitu- 
dine con un longhissimo discorso dichiari quai fusse sta sem- 
pre et hora più che mai il desiderio suo di veder la pace fra lo 
Imperator et il re di Franza corne li principal membri délia 
Ghristianità et che a questo effetto era per usar ogni poter et 
auttorità sua et per far con la Maestà Cesarea in tuti li con- 
gressi et colloquii, hora che Lei de esser fra pochi giorni in 
questa città, di redur questo negotio a qualche bon fine, pre- 
gando ancor essi Rev™' che cadauno di loro coadiuvasse questa 
santissima opéra per quanto fosse il poter suo; soggiongendo 
se ben La era sta ricercata entrar nella liga nella quai era 
Papa Clémente, l'avea risposo che La vole esser neutrale et che 
era per perseverar in questa opinione come cosa da vero Pon- 
tefice, il quai de esser communo padre délia Ghristianità; 
nientedimeno essendo debito suo di communicar a questt) 
Sacratissimo Collegio tute le cose de importantia et consi- 
gliarle in esso, non Thavea voluto far questo officio deside- 
rando che cadauno delli Revmi Cardinali dicesse la opinion 
sua liberamente. Il Revmo de Siena ', decano del Collegio laudô 
la opinione di Sua Santità délia neutralità, quai fù comprobata 
da tuti li Revmi Cardinali, nemine e.vcepto. Ne furono perô 

I. Giovanni Piccolomini, archevêque de Sienne (i5o3) et cardinal 
(i5i7), mort en 1537. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 385 



alcuni che non si contentarono Ji questo, ma ricordavano che 
Sua Santità dovesse procéder con le arme ecclesiastiche contra 
quello de questi dui Principi par chi manchasse di far la pace 
con le conditioni conveniente. Sua Santità in conclusione si 
rissolse dannando questa ultima opinione che parlava de cen- 
sure ma che questo era il bene di star sopra la neutralità et 
commémoré tute le lighe fatte per li preccessori sui princi- 
piando da Sixto tino alli presenti tempi et li mali effetti che ne 
erano successi per esser entrati li Pontefici in liga. Et nel 
dissolver del consistoro, impose silentio alli Rev""' Cardinali 
che non devessero parlarne per modo alcuno fuori di consistoro 
sotto pena di excommunicatione. 

Havendosi de qui inteso ch' el signor Antonio da Leva havea 
tolto a stipendio per nome délia Cesarea Maestà alcuni Cappi 
de Laudi, Piasentini, et di Palavicini et Vitaleschi, Parmesani, 
et altri sudditi délia Ghiesa, la Santità del Pontefice gli ha 
mandato brevi di prohibitione. Questi signor Colonnesi et 
cohaderenti loro che haveano a far cavali leggeri per la Cesa- 
rea Maestà havendo experimentato di far la condutta loro con 
li ducati 4 1/2 di suvention et non potendo farli ne fanno la 
mita del numéro ordinatoli, sichè' 1 Signor Ascanio Colonna 
che ne devea far 400 ne fa 200 et li altri sui dependenti non ne 
fano salvo 100. El signor Hieronimo Ursino, veramente figliol 
che fu del Sigr Gioan Giordano Ursino et de Madonna Felice*, 
che ne devea far 3o, ha preso la prestanza sua et dechiarito non 
poterne far quel numéro ma che ne farà quanti potrà, il quai 
sta in pratica di vender dui delli sui castelli per mettersi in 
ordine a questo servitio. La Santità del Pontefice fornisse pur 
il Castello de ogni cosa necessaria; non accesse perô la sua 
guardia salvo de cavali 100 leggeri de più, sotto il signor Zuan 
Battista Savello, quai è Capo ordinario de ditta guardia et il 
signor Pietro Alvise, figliol di Sua Santità, fà lanze 100 spez- 
zate in nome suo. Ritrovandosi Civita Castellana, città presso 
Roma miglia, molto forte per giuditio de ogn' uno in governo 
del Reymo Cardinal de Salviati, la Santità del Pontifice ha tolto 
ditto governo in se... 

I. Felice délia Rovere, que Gian-Giordano Orsini avait épousée 
en secondes noces et dont il eut deux fils, l'abbé de Farfa et Hiero- 
nimo Orsini. 



INDEX DES NOMS DE PERSONNES'. 



Albe (duc d'). Voir Tolède. 

Alfonso, sculpteur, 236. 

Angoulènie (duc d*). Voir 
Charles. 

Aragon (Catherine d'), pre- 
mière femme de Henry VIIl, 
239, 242, 282, 373. 

Avalos (Alfonse d'), marquis 
del Vasto, 353, 38i-383. 

Averaldo (Hieronimo), 338 n. 

Barberousse, 242, 249, 278, 
279, 33i. 

Bavière (ducs de), 242. 

Bayf (Lazare de), 243 n. 

Beatrix de Portugal, duchesse 
de Savoie, 375 n. 

Bellay (Guillaume du), sieur 
de Langey, 23?, 239, 242, 
245 n., 247, 263, 282, 343, 
347 n., 35i n., 353 n., 364, 
366. 

Bellay (Martin du), 364. 

Boleyn (Anne), 233 n., 242. 

Borgia (César), 261. 

Boulenger (Jacques), 246 n. 

Boulogne (cardmal de). Voir 
La Chambre. 

Bourrilly (V.-L.), 233 n., 245 n. 

Bragadin (Lorenzo), ambassa- 
deur de Venise à Rome, 
284 n., 33o n.. 332, 334-348, 
350-353, 355, 357-362, 368- 
385. 

Breton (Jean), sieur de Vil- 
landry, 253 n., 256 n., 259 n., 
275. 

Brion (Chabot de), amiral de 
France, 244, 245 n., 274, 



275, 283, 333 n., 335 n., 

340 n., 347, 354, 36o. 
Bryan (Francis), 343. 
Bucer (Martin), 283 n. 

Capasso (Carlo), 240 n., 244 n., 

259 n., 281 n., 36o n., 363 n., 

365 n. 
Capasso (Gaetano), 276 n. 
Carraciolo (Marino), 240, 341, 

366. 
Casai (Francesco), 343 n. 
Casai (Gregorio), 239 n. 
Chappuis (Claude), 238. 
Charles, duc d'Ancoulême, 

245, 33i, 334 n., 335, 341, 

346, 347, 348, 35 1, 352, 354, 

36o, 36i, 373, 379. 
Chàtillon (Mme de), Louise de 

Montmorency, 347. 
Cifuentès (comte de). Voir 

Selva. 
Clément VII, 233, 234, 235, 

237, 243 n., 244, 246, 259, 

260, 261, 264, 271, 278, 279, 

281 n., 284, 359, 384. 
Colin (Jacques), 25i n. 
Colonna(les),342,358, 383,385. 
Colonna (Ascanio), 385. 
Colonna (Stefano), 264, 268, 

269, 355 n., 356. 
Corne (Scaramuccia Trivul- 

zio, cardinal de), 235. 
Contarini (Gasparo), 239, 358, 

368, 369. 
Conza (archevêque de). 38o, 

38i. 
Covos (Francisco de los), 348, 

374, 375, 38i, 382. 



I. Les noms de Jean du Bellay, de Charles-Quint, de François!" 
et de Paul IIJ, revenan't à peu près à chaque page, nous avons cru 
pouvoir ne pas les comprendre dans cet Index. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 



387 



Danemark (Catherine de), du- 
chesse de Milan, 33o, 33 1, 
335, 341, 346. 

Délia Santa (M.), 368 n. 

Dinteville (Gaucher de), bailli 
de Troyes, 282. 

Dodieu (Claude), sieur d'Es- 
percieux, 347 n., 348, 35o. 
35i n. 

Dodieu (Claude), sieur de Vé- 
ly, ambassadeur de P'rance 
auprès de Charles-Quint, 
337 n., 339 n., 347, 348, 
353 n., 354, 363. 

Doria (André), 279, 345, 353, 
375, 376. 

Dubourg (Antoine), chance- 
lier de France, 235 n., 259 n., 
276 n., 279 n., 281 n., 329 n., 
333 n., 342 n., 358 n. 

Dumont, 271 n. 

Duprat (Antoine), 253 n. 

Egmont (Charles d'|, duc de 

Gueldre, 241, 343. 
Eléonore, reine de France, 

275, 281, 33i, 347, 375. 
Elisabeth, fille de Henry VIII, 
, 245. 

Erasme, 259 n., 329 n. 
Estissac (Geffroy d'), évêque 

de Maillezais, 272 n. 

Farel (Claude), 253 n. 
Farel (Gaucher), 253 n. 
Farnèse (Alessandro), 238, 25 1, 

273, 337. 
Farnèse (Costanza), 238, 260. 
Farnèse (Guid' Ascanio), 238, 

P'arnese (Ottavianol, 340. 

Farnèse (Pier-Luigi), 238, 25o, 
260, 261, 273, 274, 284, 336, 
33/, 339, 340, 345, 346, 347, 
356, 369, 370, 371, 374, 376, 
385. 

l-"erdinand I^r^ frère de Char- 
les-Quint, 242, 25o, 279, 33o, 
337, 345, 371, 376. 

Ferrare (Alfonse, duc de), 343, 
253. 



Ferrare (Hercule, duc de), 243, 

253, 254, 255, 256, 257, 258, 

267, 276, 341, 342, 357, 365, 

38o. 
Ferrare (Hippolyte, cardinal 

dei, 259 n. 
Feruffini (Girolamo), 255, 365. 
Fisher, 239, 240, 245. 
Foerstemann, 259 n, 
Fontana (B.), 243 n., 353 n., 

255 n., 256 n. 
Fraikin (abbé), 243 n. 
François (dauphin de France), 

344, 353, 379. 
Friedensburg (W.), 352 n. 
Friedmann (P.), 233 n., 245 n., 

282 n. 
Fugger, 271, 272 n. 

Gaddi (Niccolô), cardinal, 235, 
356 n., 36o n. 

Gardiner (S.), 343. 

Gastaldo (J.-B.), 329, 33o, 339. 

Ghinucci (G.), 239, 240, 272, 
273. 

Gonzague (Annibal de), 270. 

Gonzague (Cagnino de), 268, 
270, 33i. 

Gonzague (Ferrant de), vice- 
roi de Sicile, 276 n., 33o, 
353, 375, 376, 38i, 382. 

Gonzague (Lodovico de), 268. 

Gramont (cardinal de), 259 n. 

Granvelle. Voir Perrenot. 

Grimaldi, 356 n. 

Grimani, cardinal, 235 n., 
240 n., 272, 281 n. 

Gryphe (Sébastien), 235 n. 

Gumppenberg, 259 n. 

Gunther, 259 n. 

Hannart, sieur de Likerke, 

, ambassadeur de Charles- 
Quint à la cour de France, 
347 n., 348, 35i, 353 n., 354, 
373. 

Hauser (H.), 356 n. 

Hémart de Denonville (Char- 
les), évêque de Mâcon, am- 
bassadeur de France auprès 
du Pape, 234, 236, 237, 238, 



388 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 



■>39, 140 n., -Si, -.ig, 276, 
■iSi n., 329, 333, 342 n., 
33o n., 353 n., 356 n., 35;, 
358 n., 35q n., 36i n., 36vi, 
363, 38o. 

Henri, duc d'Orléans, 271, 
■274, 283, 347, 348, 35o, 35 1, 
353, 354, 359. 

Henry VHI, roi d'Angleterre, 
233, 237, 238, 239, 240, 241, 
244, 245, 265, 273, 278, 282, 
337 n., 338, 345, 373. 

Herminjard, 253 n., 283 n. 

Hesse (Philippe, landgrave 
de), 242. 

Heulhard (A.), 233 n. 

Hongrie (Marie de), régente 
des Pays-Bas, 275, 281, 375. 

Isabelle, femme de Cliarles- 
Quint, 353 n. 

Jacques V, roi d'Ecosse, 241. 
Jean de Turin, 269, 355 n., 

356. 
Jove (Paul). 364, 363. 

La Chambre (Philippe de), 
cardinal de Boulogne, 239n., 
272, 285 n. 

La Forest, 242. 

i^angeac (Jean de), évêque de 
Limoges, ambassadeur de 
France à l'errare, 243, 25 1, 
255, 258, 267, 268, 33 1 n., 
332. 

Latino Juvenale, 239, 240 n., 
25 1, 340. 

Lavaur (évêque de). Voir 
Selve. 

Leonardi, 38i. 

Leva (G. de), 363 n. 

Leyva (Antonio de), lieutenant 
général de l'Empereur au 
Milanais, 267, 268, 329, 33o, 
33i, 342, 38i, 382, 385. 

Limoges (évêque de). Voir 
Langeac. 

Lorraine (Jean, cardinal de), 
237, 275, 283, 343 n., 36o, 
363. 



Lugné-Philipon, 233 n. 
Luncl (Vincenzo), général des 

l'"ranciscains, 344, 345,353 n,, 

359 n. 

Madelin (L.), 272 n., 273 n. 
Mantoue (G. Paléologue, duc 

de), 276, 356 n., 357 n.,362n., 

38o. 
Marguerite, Hlle naturelle de 

Charles-Quint, 357, 377. 
Marguerite, reine de Navarre, 

280. 
Marie, tille de Henry VHI et 

de Catherine d'Aragon, 344, 

372, 373. 
Marrette, 236 n., 239 n., 240 n., 

266 n. 
Matera (cardinal de), 272. 
Medechino (J.-J.), 266, 267. 
Médicis (Alexandre de), duc 

de Florence, 271, 276, 357, 

372, 377. 
Médicis (Cathermc de), 244, 

271. 
Médicis (Clarisse de), 271. 
Médicis (Hippolyte de), car- 
dinal, 235, 269, 272, 273, 

355, 356. 
Mélanchthon, 245, 246, 247, 

248, 252, 263, 282. 
Mendoza (Francisco), 277 n. 
Merbelius, 329 n. 
Merino (G.-E.), archevêque 

de Jaen, 276 n., 371. 
Meunier (D.), 233 n. 
Mirandole ( Galeotto Pico, 

comte de la), 252, 253, 267, 

268. 
Modesti, 25 1. 
Molini, 259 n. 
Montbel (François de), sieur 

de Véretz, 349, 35o. 
Montmorency (Anne de) , grand 

maître de France, 235, 236, 

255, 259 n., 267,269 n., 274, 

281, 282 n., 283, 341, 347, 

354, 367. 
Montreuil (M. de), 2?9 n. 
Moore (Thomas), 245. 



LE CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 



389 



Navenne (F. de), 260 n. 

Orléans (duc d'). Voir Henri. 
Orsini (Geronimo), 266, 385. 
Orsini (Gian-Francesco), 270, 

Orsini (Gian-Giordano), 385. 
Orsini (Gian-Paolo), fils de 

Renzo da Ceri, 270. 
Orsini (Leone), 266. 
Orsini (Lorenzo), dit Renzo 

da Ceri, 264, 269, 270, 349. 
Orsini (N.), abbe de Farfa, 

266, 385. 
Orsini (Napoleone), 266. 
Orsini (Virginio), 270. 
Ortis, 283 n., 38o n. 

Palmieri (cardinal), 25 1, 272. 

Palvoisin (Jean), 25i. 

Parthenay (Anne de), 254, 255, 
256. 

Pelegrino (Flaminio), ambas- 
sadeur du duc de Mantoue 
à Rome, 356 n., 357 n., 

362 n. 

Pélissier (L.-G.), 368. 

Pellicier (Guillaume), 253 n. 

Perrenot (Nicolas), sieur de 
Granvelle, 337 "•? ^^9 ^v 
347 n., 348, 35i n., 353 n., 
38i, 382. 

Piccolomini (Giovanni), car- 
dinal de Sienne, 384. 

Picot (Emile), 235 n., 269 n., 

363 n. 

Pio (Rodolfo), évêque de 
Faenza, nonce pontifical à 
la cour de France, 234, 235, 
236, 238, 246 n., 274, 281 n., 
282, 283 n., 335 n., 341 n., 
343 n., 35i n. 

Pisani (cardinal), 235. 

Pistoia (cardinal de), 272. 

Pons (M. de), 254. 

Porte (Paule), 275. 

Portugal (infant de), 353, 364, 
376. 

Rabelais, 233 n., 235 n., 236 n., 

272 n., 348 n., 349. 



Raince (Nicolas), 235, 237, 
238 n., 239 n., 275, 335 n., 
357, 359 n., 36i, 362 n., 
363, 365. 

Rambouillet (M. de), 256. 

Rangone (Guido), 342, 36i, 
366. 

Renée, duchesse de Ferrare, 
243, 253 n., 254, 255, 256, 
257, 359. 

Ricalcati (Ambrogio), secré- 
taire de Paul III, 272, 273, 
281 n., 283 n., 335 n., 341 n., 
343 n., 34y, 35i n., 352 n. 

Ridolfi (Niccolô), cardinal, 

357, 372, 377. 

Rodocanachi, 253 n. 

Rovere (Felicia délia), 385. 

Rovere (Francesco-Maria dél- 
ia), duc d'Urbin, 276, 342, 
353, 357, 370, 379, 38o, 38i, 
382, 383. 

Saluces (François, marquis 

de), 253, 266,^338 n., 36o. 
Salviati (Giovanni), cardinal, 

372, 377, 385. 
Sampietro, 355 n., 356. 
Sanseverino, cardinal, 362. 
Santa-Fiore |N., comte de), 

260. 
Savello, 385. 
Savoie (Charles II, duc de), 

243, 253, 33o, 340, 349, 35o, 

358, 375. 

Savoie (Louise de), 243 n. 

Savoie (Luigi, fils de Char- 
les II, duc de), 375, 376. 

Schomberg (Nicolas), cardi- 
nal de Capoue, 239, 33o, 
33i, 333, 336. 

Segre (Arturo), 253 n., 356 n., 

357 n., 36o n., 362 n. 
Selva (Fernando de), comte 

de Cifuentès, 234, 239, 262, 
278, 280, 33o, 336, 338 n., 
339, 341, 346, 349, 35o, 355, 

358 n., 359 n., 38i. 

Selve (Georges de), évêque de 
Lavaur, ambassadeur de 
France à Venise, 243, 332. 



iqo 



UK CARDINAL JEAN DU BELLAY EN ITALIE. 



Sentinella, 358 n. 

Sforza (Francesco), duc de 

Milan, 240, 276, 285, 32q, 

33o, 332, 334, 338, 339, 344, 

346, 368, 374, 375. 
Sforza (J.-P.), 33o, 33 1, 33q, 

38o. 
Simonetta (cardinal). 23q, 240. 
Sixte ly, 362, 385. 
Soderini, cardinal, 357. 
Soliman, 242, 243, 244, 25o, 

279, 33 1, 374, 378. 
Sopny, 344. 

Soria (Lopez de), ambassa- 
deur de Charles-Quint à 

Venise, 276 n. , 383. 
Soubise (Mme de), 254, 255, 

256, 257, 258. 
Speciano, 33o. 
Stampa (Maximiliano) , 33o, 

33i. 
Strozzi (Philippe), 231, 271, 

272, 338 n., 339 n., 35?, 372. 
Stuart (John), duc d'Albany, 

275, 285 n. 
Sturm (Jean), 252, 283 n. 

Taverna, 33o. 

Tolède (Fernando Alvarez 
de), duc d'Albe, 374, 38i. 



Trani (cardinal de), 25i, 272, 

362. 
frivulzio (Agostino), cardinal, 

235, 240 n., 272, 285 n., 367. 

IJrbin (duc d'). Voir Rovère. 
Ursins (Charles des), 363. 

Vaissière (P. de), 233 n. 

Valerio, 235, 236. 

Vasto ( marquis del ). Voir 
Avalos. 

Vazquez de Molina, 38o n. 

Venise (Seigneurie de), 243, 
260, 267, 276, 283, 284 n., 
33o n., 332, 335, 336, 337, 
338, 341, 342, 345, 346, 347, 
352, 357, 358, 36o, 36i n., 
368, 369, 371, 378, 38o, 382, 
383. 

Vergerio, 352. 

Voré (Barnabe de), sieur de la 
l-'osse, 246. 

Weiss (N.), 233 n. 
Wolsey, 36o. 

Wurtemberg (Ulrich, duc de), 
242. 

Zapolya, 242. 



MELANGES. 



NOTES LINGUISTIQUES SUR RABELAIS. 

M. Paul Barbier tils a récemment établi dans cette 
Revue (vol. III, p. 280 et suiv.) ce que le vocabulaire fran- 
çais doit à Rabelais. Ce bilan une fois dressé, il serait 
intéressant de rechercher les sources qui ont alimenté son 
lexique. Ce qui frappe dans cette riche nomenclature, c'est 
que la très grande majorité appartient à la catégorie spé- 
ciale des mots que le Dictionnaire général range sous la 
rubrique : origine inconnue. Aucun autre écrivain, ancien 
ou moderne, n'allie à un tel degré la richesse à la nou- 
veauté. C'est que Rabelais a puisé avec une égale sympa- 
thie dans l'antiquité et dans les parlers populaires. Son 
œuvre réfléchit en miniature les sources multiples du 
vocabulaire français lui-même. 

On y trouve, en dehors de réminiscences de l'antiquité 
classique et de l'ancien français, des emprunts dialectaux 
en grand nombre, faits surtout aux patois du Centre. 
L'apport qui dérive de cette source est considérable, et 
c'est Rabelais qui a servi d'intermédiaire entre les parlers 
locaux et la langue littéraire. Ces vocables portent souvent 
l'empreinte de son génie créateur : ils ont acquis à son 
contact un relief et une personnalité qu'ils garderont à 
jamais. Certains ont subi une déformation caractéristique 
de forme ou de sens (voir plus bas chiabrena et lifre-lofre). 
Rabelais n'a d'ailleurs négligé aucune source linguistique 
de son époque et l'argot contemporain n'est pas absent 
de son œuvre '. 

I. Voir, sur ces termes spéciaux, mon livre sur V Argot ancien, 
qui vient de paraître, aux pages io5, 173, 184, 197, 277, etc. Cf. 
l'Index. 



392 NOTES LINGUISTIQUES SUR RABELAIS. 



Si l'on ajoute des emprunts laits aux langues méridio- 
nales (surtout à ritalien) et orientales (surtout à l'arabe), 
ainsi que certains termes isolés d'origines diverses, on 
aura une idée sommaire des éléments constitutifs de son 
lexique. 

Cet aspect complexe du vocabulaire rabelaisien a rebuté 
jusqu'ici toutes les bonnes volontés. Tandis que le coté 
historique et littéraire de son œuvre a trouvé et trouve 
surtout de nos jours de zélés commentateurs, l'étude de 
son lexique n'a pas fait, depuis Le Duchat, des progrès 
sensibles. C'est à la Société des Etudes rabelaisiennes que 
reviendra l'honneur d'avoir donné une impulsion nouvelle 
aux recherches linguistique sur son œuvre. Et ce n'est 
certes pas la partie la moins importante ni la moins dif- 
ticile dans cet ensemble des travaux méritoires qui carac- 
térisent l'activité de cette Société en pleine vigueur de 
jeunesse. 

Désirant apporter ma modeste contribution à cette tâche 
noble et ardue, je me propose d'aborder, sous le titre de 
Notes linguistiques sur Rabelais, un certain nombre de 
problèmes que présente son lexique. 

Anicrochf. — Le mot se trouve dans le prologue au 
Tiers Livre, sous la forme hanicroche, où il a le sens de : 
arme à fer recourbé. La langue moderne n'en a gardé que 
le sens liguré : accroc, empêchement, que possède déjà le 
dérivé rabelaisien hanicrochement (II, 7 : les Hanicroche- 
ments des confesseurs). Tandis que le patois du Pas-de- 
Calais donne à anicroche le sens de : coup, égratignure, 
déchirure (Edmont), trace isolée de l'acception matérielle 
primitive, les autres parlers ne connaissent que ses appli- 
cations métaphoriques : imbécile, en picard (Corblet), et 
maladroit, à Lille (« d'un usage général », Legrand); le 
wallon a hanicroché, clou courbé à deux pointes, répon- 
dant à ennicroché, croche, tourné en crochet chez Rabe- 
lais (I, 16 : « Les brancars ny plus ny moins ennicrochés que 
sont les espicz au bled >>). Ajoutons que le provençal 



NOTES LINGUISTIQUES SUR RABELAIS. SqB 



nicrocho, anicroche (d'où le piémontais nicrocia, scusa, 
sotterfugio), est emprunté au français moderne. 

Le premier élément du mot intéresse seule l'ctymolo- 
gie : « L'origine de hane est inconnue, » dit Littré; « Ani- 
croche est composé de croche, c'est-à-dire croc, et de hani, 
jusqu'ici inexpliqué, » ajoute le Dictionnaire gétiéral. 

Ce premier élément se présente sous les variantes : ane, 
hane et enne (voir les exemples cités ci-dessus), et ce triple 
aspect se confond avec le nom ancien français de la cane, 
à savoir : ane, ene et hane, ce dernier résultant du dimi- 
nutif haneton, jeune canard, encore vivace à Guernesey. 
Hane, au sens de crochet, subsiste dans le patois cham- 
penois, où il désigne (suivant Tarbé) le crochet de fer ser- 
vant à retirer la viande du pot. Hane, crochet, signitie 
donc proprement « ibec de) cane » et répond à anille, 
béquille et crochet (= petite cane), ou à nille, manchon de 
manivelle (en ancien français) et bois recourbé au manche 
de la faux (en poitevin). 

Anicroche ou hanicroche désigne ainsi primitivement 
une arme recourbée en bec de cane (cf. bec de cane, pince 
et serrure); c'est un composé qui rappelle bancroche, pro- 
prement recourbé comme un banc (même sens que ban- 
cal], où son synonyme d\a\ecX3\ pattecroche (Mayenne). 

Rabelais a emprunté hanicroche au langage technique 
militaire de l'époque, langage qui compte plusieurs for- 
mations d'origine métaphorique. 

Barragouin. — Au sens de « langage inintelligible », on 
fait remonter le mot à Rabelais. L'historique de Littré 
cite, il est vrai, au xiv« siècle, un barragouin, mais son 
sens paraît si obscur qu'en désespoir de cause le Diction- 
7iaire général a cru devoir le négliger et faire état exclu- 
sivement de notre auteur. Et M. Paul Barbier fils a adopté 
cette manière de voir. 

En réalité, le mot a parcouru toute une évolution 
sémantique avant Rabelais et, à côté de lui, chez les écri- 
vains contemporains. Il s'agit donc avant tout d'éclaircir 

REV. DES KT. RABELAISIENNES. V. 26 



394 NOTES LINGUISTIQUES SUR RABELAIS. 



rcxisiciice antérieure du mot, existence à peu près entière- 
ment contenue dans le texte déjà mentionné du xiv-' siècle. 

C'est une lettre de grâce de 1391, déjà citée dans Ducange 
(où l'a prise Littré), mais d'une façon incomplète. Grâce 
à Tobligeance de M. A. Thomas, je suis à même d'en 
donner un extrait plus ample (Arch. nat., JJ 141) : « En 
la ville d'Ingré, près d'Orléans..., certains couvreurs 
jetterent des pierres et du mortier audit .lehan et l'appel- 
lerent sanglant barragoiiin^ et tant que icellui jour sur le 
tart ledit Jehan, qui avoit beu du vin et du mousi, cour- 
roucié des injures, leur dist : « Beaux seigneurs, je ne suis 
« point bai'ragouin^ mais suis aussi bon Christian, d'aussi 
« bonnes gens et aussi bons François que vous estes. » 
Lesquels couvreurs derechef lui dirent : « Va t'en, barra- 
it gouinl » 

Quelle est au juste la valeur de l'injure « sanglant bar- 
ragouin » que les couvreurs lancent à ce pauvre Jehan? Il 
est certain que le sens moderne du mot n'y est pour rien. 
Le barragouin de ce passage y signifie à peu près la même 
chose que le baragouineux de Molière [Fourberies de Sca- 
pin^ III, 2 : « Peste soit du baragouineux ! »), ou plus 
explicitement que le bargouin du patois de l'Yonne : 
« Celui qui parle entre ses dents, d'une manière inintel- 
ligible et en contrefaisant sa voix » (Jossier). Bouchet 
donne expressément ce sens à notre mot (Serées, éd. Roy- 
bet, V, 84) : « Quand nous voulons dire qu'un homme 
parle mal, nous l'appelons barragouin...-^ » et une trace 
de cette acception première du mot se trouve même chez 
Rabelais : « Les Barragouins et les Accoursiers... » (II, 
II), c'est-à-dire ceux qui baragouinent dans leurs com- 
mentaires. Le même mot s'appliqua ensuite à l'étranger^ 
qui parle mal, qui bredouille, évolution de sens analogue 
à ^ap6apoç : de là, dans le texte du xiv« siècle, l'opposition 
de barragouin à Christian et à François. Quant à l'épi- 

I. Cf. Montaigne (1. II, ch. x) : « ... toutes sortes d'autheurs..., cl 
barragouins et françois. « Voir d'autres citations chez Livet, Lexique 
de Molière. 



NOTES LINGUISTIQUES SUR RABELAIS. 3gS 



thète « sanglant », qui y accompagne le mot et qu'on ren- 
contre fréquemment en ancien français, il répond à peu 
près à « vilain ». Dans une lettre de grâce de iSgy, donc 
contemporaine de la nôtre, trois jeunes filles qui avaient 
mangé du fruit d^une certaine Jehanne, sont appelées par 
cette dernière : « Sanglantes hardelles ! » ; et un mari 
trompé se voit appelé, dans un document de la même 
époque : « Sanglant bernoux^ 1 » Dans le Mystère de la 
Passion de Gréban, du xv« siècle, le bedeau, le diable, etc., 
portent également l'épithète de sanglant. En un mot, c'est 
une injure vague qui est loin d'avoir sa valeur étymolo- 
gique; de sorte que le sanglant barragouin de notre texte 
pourrait être interprété : misérable étranger! (=^ bredouil- 
leur), vilain mécréant! Rappelons que l'ancien grec ^âp- 
oapoç, dont le sens initial a été également « bègue » (le 
sanscrit barbaras a encore ce sens), a fini par désigner non 
seulement l'étranger, c'est-à-dire le non grec et sa langue 
inintelligible, mais encore le non civilisé, grossier et cruel. 
Ce premier point une fois mis en lumière, passons à la 
deuxième acception du mot : langage inintelligible. Le 
même terme qui désignait d'abord le bègue, le bredouil- 
leur, celui qui parle d'une manière peu intelligible, fut 
appliqué ensuite au langage de ceux qui balbutient : la 
confusion a passé de la personne qui parle confusément à 
ce qu'elle dit à tort et à travers. Ce sens, qui est seul resté 
dans la langue littéraire, est également antérieur à Rabe- 
lais. Je le trouve dans une farce du xv« siècle [Ancien 
théâtre français, II, 3g8), où il désigne précisément une 
langue étrangère, l'arabe : « Je croy que c'est un Sarrasin, 
car il parle barragonnoys. » Et, de même, Pantagruel 
répond au discours de Panurge en langue germanique (II, 



I. Ducangc, s. v. hardelle : « Laquelle Jehanne eust deslengié 
lesdites trois jeunes filles pour ce qu'elles mangeoient du fruit de 
ladite Jehanne... et leurdist qu'elle les feroit batre en les appellant 
sanglantes hardelles; » Idem, s. v. bernacus : « Perrinet dist à 
icelluy Henry plusieurs villaines et hautaines paroles, et l'appella 
sanglant bernoux, qui est à dire cou (c'est-à-dire cocu) au pais. » 



396 NOTES MNGUISTIQt'ES SIR RABELAIS. 



9^ : « Mon amy, je n'entends point ce barragouin^ » ce qui 
rappelle le synonyme haut-allemand chez le même (IV, 
Prol.] : « Je n'vai entendu que le haut-allemaud... » Cot- 
grave accompagne de cet appellatit" les termes d'origine 
argotique (par exemple entrever, to understand, Barrag.) 
et du français, ou plutôt de la forme dialectale bargouiti, 
dérive le hollandais bargoensch^ argot des merciers. 

De « discours confus » à « confusion » il n'y a qu'un 
pas': c'est le cas du dérivé rabelaisien barragotiinage, 
embrouillamini (III, 22] : « ... L'église romaine, quand 
elle se sent emburelucoquée d'aucun barragouinage^ d'er- 
reur ou de hérésie... » 

En somme, baragouin a parcouru les étapes suivantes : 

1. Celui qui bredouille ou qui baragouine (Yonne, etc.; 
Bouchei et Rabelais) ; 

2. Étranger, de langue ou de mœurs (lettre de grâce de 
1391; Montaigne, etc.); 

3. Langue étrangère ou inintelligible (farce du xv= siècle, 
Rabelais, langue moderne); 

4. Confusion de voix, de paroles, d'opinions (Rabelais); 

5. Bruit confus (voir ci-dessous, dans le patois savoyard). 

Voilà l'état chronologique et sémantique du mot. Pas- 
sons maintenant aux hypothèses émises sur son origine. 
Elles se réduisent aux suivantes : 

1. Hébraïque (Barad, voir ci-dessous); 

2. Latine : barbaracuinus (Ménage); Caseneuve et Don 
Carpentier (dans Ménage et Ducange), rapprochent bara- 
gouin de barginna, bargenna, barrigena^ ^âp6apoç, pere- 
grina (chez Pline et Pomp. Mêla); mais l'interprétation et 
la leçon sont également douteuses : Pline mentionne un 
peuple africain Bargeni^ et Mêla appelle barrigenœ^ les 
prêtresses gauloises habitant l'île de Sena, aujourd'hui 
Sein ; 

3. Celtique : Pott [Zigeuner, I, 11) tire notre mot du 
gaélique beargna, « the vernacular language of a coun- 
try. » 

Bas-breton : Bouchet, dans le passage cité plus haut, 



NOTES LINGUISTIQUES SUR RABELAIS. 897 

remarque que « barragoiiin est autant à dire comme si 
nous disions : il parle breton, car bara en breton, c'est-à-dire 
du pain, et gouin du vin ». Cette étymolcgie a joui d'une 
grande faveur, étant admise par Diez et Littré. Le Dic- 
tionnaire général remarque à cet égard (Introduction, 
i3) : « Baragouin est incontestablement français, mais 
qu'il soit réellement emprunté au bas-breton, voilà qui 
est loin d'être assuré. » 

Je crois également que le terme est d'origine indigène. 
D'abord la finale. Le patois de l'Yonne, qui possède bar- 
gouin, au sens déjà cité, connaît également : bagouin, 
homme qui parle sans cesse en bredouillant (à côté de 
bagouiller, bavarder), et farfouin^ celui qui parle du nez 
là côté de farfouiller, bredouiller). Ce suffixe est, on le 
voit, d'une nature spéciale et s'attache à des thèmes qui 
expriment un bruit confus (cf. encore, en français, tintouin^ 
qu'on rencontre d'abord dans Rabelais, I, 2. 

Cela nous amène à dire que baragouin (forme amplifiée 
de bargouiri] est d'origine dialectale et appartient à un des 
patois du Centre. On y trouve, outre le bargouin de 
l'Yonne, les formes : Rhône, bargouin, celui qui parle à tort 
et à travers (d'où bargouind, jaser, bredouiller) ; Limou- 
sin, baragouin, bavardage; Languedoc, mara^oufn, ibid., 
à côté du savoyard maragouin, baragouin [maragouinà, 
baragouiner), et maragrouin, bruit {i fa on maragrouin, 
il fait trop de bruitj, sens généralisé qu'on retrouvera plus 
bas. Ajoutons le poitevin bergoiiner, bregouner, jargon- 
ner, répondant au provençal bargouneja, bredouiller, à 
côté de bargalha ibargoulha] et bargata, au même sens. 

Toute cette famille de mots accuse un primitif barg, 
bargà, ce dernier familier au provençal avec le double 
sens de : broyer le chanvre et bavarder. La notion de 
« balbutier » remonterait ainsi, en dernier lieu, à celle de 
briser ou rompre : Baragouiner une langue, c'est l'écor- 
cher, l'altérer en la prononçant de manière à la rendre 
inintelligible. Et cette association d'idées n'est pas rare : 
l'ancien français despaner, le roumain a rupe (o limbd) 



SgS NOTES LINGUISTIQUES SUR RABELAIS. 

et l'allemand radebrechcn réunissent les acceptions de 
rompre et d'écorcher une langue. 

Avec cette dernière constatation, l'histoire de baragouin 
est close, en ce qui concerne le français et le provençal. 
Cependant, le mot trouve un pendant dans la Haute-Ita- 
lie', d'où il a pénétré en Toscane sous la double forme 
baracundia et ba/aonda, au sens^ de confusion ou de 
désordre (cf. plus haut le correspondant savoyard). Le 
terme italien est devenu à son tour : baraunda, en espa- 
gnol, et barafunda, marafunda [ci. ci-dessus maragouin), 
en portugais, au sens de cohue ou grand bruit. Les éty- 
mologistes ont cherché bien loin l'origine de baractinda, 
dans l'hébreu^, dans le latin ^, etc. En réalité, cet équiva- 
lent de notre baragoiim est originaire de la Haute-Italie 
et se rattache de près à la famille des mots provençaux 
cités plus haut ; bornons-nous à citer le piémontais bragalé, 
bavarder, qui est inséparable de son synonyme provençal 
bargalha; la finale onda rappelle celle du \y onnSiXS j abonda., 
bavard. 

Pour conclure, je crois que baragouin et baracunda (ou 
baragunda; ci. le sicilien baragunna) sont proches parents, 
mais que, tout en ayant le même point de départ, ils ont 
subi ultérieurement des vicissitudes qui les ont rendus 
étrangers l'un à l'autre. 



1. Gaston Paris a le premier rapproché baragouin de baracunda. 
Voir Romania, t. VIII, p. 619. 

2. Ces sens sont plus nombreux dans les patois : adversité, vicis- 
situde (Venise), intrigue, caprice (Milan), foule de voleurs (Parme), etc. 

3. Caix (Studi, p. 181) tire le mot de la formule hébraïque baroitkh 
'adonai (sois béni, Seigneur!) et M. Barad (Zeitsclirift fur roma- 
nische Philologie., i. XVII, p. 562) dérive baragouin et baraonda de 
larétin baruccabà, confusion, à savoir de Ihébreux baroukh liab- 
balî! (béni et bien venu!). L'étymologie de Caix a trouvé l'appro- 
bation de Gaston Paris (endroit cité) : « L'origine hébraïque du 
mot baracunda paraît assurée. » 

4. Tout récemment, M. Biadene {Miscellanea Ascoli, p. 571) fait 
venir baraonda d'un prétendu latin barabundare (dont le premier 
élément serait le latin volutare), le pendant de barbaricuinus de 
Ménage. 



NOTES LINGUISTIQUES SUR RABELAIS. SçQ 

Chiabrena. — M. Philipot a récemment tenté de ratta- 
cher ce mot énigmatique de Rabelais au terme dialectal 
chabrun, maussade [Revue des Etudes rabelaisiennes \ V, 
i38j. Ce rapprochement, déjà proposé par Le Duchat, est 
loin d'être satisfaisant; de là, la nécessité de reprendre le 
problème et de l'envisager sous un nouvel aspect. 

Je groupe d'abord les formes et les sens du mot, en 
dehors de Rabelais et des auteurs cités par M. Philipot : 

Chabrena, étourdi, dans le patois havrais (abbé C. Mare) ; 

Sabrena, individu attirant l'attention par le tapage, dans 
le Bas-Maine (Dottin) ; sabrena, homme rusé, en proven- 
çal (Azaïsj ; 

Gibrena, mauvais sujet, dans le Poitou (Beauchet-Fil- 
leau) ; homme de rien (Lalanne). 

Dans la langue du xvi<^ siècle, le sens qui se rapproche 
le plus des acceptions citées est celui de « maussade » 
(voir le passage de Noël du Fail, cité par M. Philipot). 

Or, il a complètement échappé à mes devanciers qu'il 
existe des rapports intimes de forme et de sens entre ce 
chabrena et le terme homonyme qui désigne le savetier, 
à savoir : 

Chabrena, normand (i63o), et chabrenaud, ibid. (i63o); 

Sabrenas, sabrenaud, forme littéraire moderne; 

Sabrena, sabernas , sabernaii, savetier ambulant et 
maladroit (Mistral). 

Oudin cite encore sabre, savetier, qui est la forme pri- 
mitive, d'où sabrer ou sabrener, gâter un ouvrage en le 

I. Je profite de cette occasion pour rectifier un passage de l'étude 
de M. Philipot. Dans mon essai sur Le chat, j'ai nettement distin- 
gué les noms onomatopéiques de la bête d'avec ceux qui expriment 
de simples rapports ou épithètes, telles que l'accroupi, le rusé, à la 
patte poilue, le goinfre ou le voleur (= marpaud), etc. Or, M. Phi- 
lipot, confondant ces deux catégories (en ce qui concerne patte 
peine et marpaud), me reproche des inconséquences qui résultent 
tout bonnement de sa propre méprise. Quant à l'historique du Chat 
soubelin, je le prie de se reporter à mon article paru dernièrement 
dans la Zeitschrift fur romanische Philologie (t. XXXI, p. 270 à 
272). Cela dit, je me plais à reconnaître tout ce que M. Philipot a 
ajouté d'intéressant et de nouveau à mes propres recherches. 



400 NOTES LINGUISTIQUES SUR RABELAIS. 

raccommodant malproprement. Ce sabre est proche parent 
du blaisois et dauphinois sabourin^ savetier, inséparable 
du provençal sabreuas. 

Maintenant, comment concilier les sens tigurés que le 
mot possède chez Noël du Fail et dans le patois? 

Commençons par le premier : maussade, renfrogné. 
C'est l'attitude même du savetier, suivant l'expérience 
populaire : le Bas-Maine choumacre, individu triste, de 
caractère peu ouvert (Dottin), répond au picard choumaque, 
savetier (allemand Schuhmacher] . 

Les autres acceptions s'expliquent facilement par l'atti- 
rail encombrant de son métier, par le bruit ronflant de son 
ouvrage et par la saleté proverbiale de ce qui l'entoure. 

Cette dernière circonstance nous donnera la clef des 
changements de forme et de sens que le mot a subis chez 
Rabelais. En modifiant le normand chabrena, savetier, en 
chiabrena, il l'a rendu synonyme de ■< foireux » (Cotgrave) 
et s'en est servi pour désigner les façons exagérées, les 
manières importunes des jeunes filles en fait de galanteries, 
et c'est là le sens du fameux livre de la librairie de Saint- 
Victor : Le chiabrena des pucelles; d'où chiabrener, faire 
des manières (IV, lo), répondant à la locution vulgaire 
moderne faire des chichis. Les termes synonymes des 
autres langues romanes confirment la valeur de chiabrena 
pour Rabelais : italien caccabaldole, mignardises, et cac- 
carelle, sottes façons de faire (Duezi; espagnol cagon, 
câlin, doucereux. 

Ajoutons que les sallebrenauds du V« livre (ch. xvii), que 
les commentateurs interprètent tantôt par « canaille «, tan- 
tôt par « personnages ridicules et puants' », sont en réa- 
lité les savetiers (sens encore conservé dans l'argot) et 



I. Il s'agit des gens du pays d'Outre : « ... et -apperceusmes (ce 
que n'avois encores veu es autres pays) qu'ils dechiquetoient leur 
peau, pour y faire bouffer la graisse, ne plus ne moins que les sal- 
lebrenaux de sa patrie descouppent le haut de leurs chausses pour 
y faire bouffer le taffetas. » Voir les éditions de Burgaud des Marets 
et do Moland. 



NOTES LINGUISTIQUES SUR RABELAIS. 4OI 

représentent une altération de forme (= sabrenaud] par- 
faitement parallèle à celle de chiabrena*. 

CoQUEsiGRUE. — Le texte le plus ancien où figure ce 
mot est celui de Gargantua (ch. xlix), et M. Paul Barbier 
fils a tort de le faire remonter au xv^ siècle, a E. Des- 
champs. Celui-ci a coquefague (t. V, p. 32 : « Bien resem- 
blezune coquefague, Barbe n'avez... w), qui diffère et par 
la forme et par le sens (quel qu'il soit) de coquesigrue de 
Rabelais. Chez ce dernier, les acceptions du mot sont 
tant soit peu obscures; il s'agit de les préciser. 

Premier sens : Oiseau du genre grue. On se rappelle le 
passage (I, 49] où Picrochole, fuyant, est avisé par une 
vieille sorcière « que son royaume luy seroit rendu à la 
venue des coquecigrues «. Je ne connais qu'une seule 
variante, mais précieuse : coquegrue, au sens secondaire 
de coquille {Ancien théâtre français, II, 59), acception sur 
laquelle je reviendrai. Or, ce coquegrue est, à mon avis, 
une simple graphie de coq-grue, d'après le type ancien 
coq-basile, « basilic, » ou le moderne coq-poule, « coq » 
{Atlas linguistique), ayant le sens primordial de « ci- 
gogne ». Comme les vraies cigognes ont la tête emplumée, 
je suppose que ce nom de coq-grue leur vient de la res- 
semblance de ces plumes avec la crête du coq; d'autre 
part, ce genre d'oiseau est voisin de la grue et du héron, 
d'où le composé coq-grue. Cette interprétation trouve une 
confirmation inattendue par le rapprochement du syno- 
nyme roumain cocostîrc, cigogne, proprement coq-héron 
(de cocos-stirc). Ajoutons qu'à Châtillon-sur-Seine, le 
héron est appelé coq-héron (Rolland, Faune, II, Syi), et 
que dans certains pays on donne au héron le nom de grue 
{Idem, II, 372); en provençal, le héron porte même le 
nom de galejoun ou petit coq. 



I. Chez Cotgrave, sallebrenaut est synonyme de sale^^ant, saligot, 
salisson, souillon. C'est de sallebrenaiid que feu Delboulle (Roma- 
nia, XXXII, 446) dérive sabrenaud, savetier, qui lui est chronologi- 
quement antérieur. 



402 NOTES LINGUISTIQUES SUR RABELAIS. 

Quant à la forme habituelle coquesigrue, elle contient 
les mêmes termes composants, coqiiesse étant une forme 
amplifiée de coq : c'est ainsi que l'ancien coqf redouille, 
nigaud (Cotgrave), répond au normand moderne coque- 
sidrouilîe, niais prétentieux (Moisy), à côté du châlon- 
nais coqiiesi-inargouin, vieux galantin , coq de village 
Fertiault). Dans le patois wallon, coquesser signitie faire 
comme un coq, imiter le coq, et coquessant, guilleret, 
égrillard (Grandgagnagel. 

Que signitie alors la locution proverbiale : à la venue 
des coqiiecigrues? On sait que, tous les ans, les cigognes 
quittent les contrées du Nord pour aller s'abattre en 
Afrique, particulièrement sur les bords du Nil. Ces 
voyages lointains ont donné naissance à de nombreuses 
fables, aux Contes de la Cigogne, titre que précède de plus 
d'un siècle le recueil connu de Perrault (1697) : Coiite de 
ma mère l'Oye. Le conte de la Cigogne' était déjà fami- 
lier à Rabelais (II, 29) : « Cependant, Panurgelcur contoit 
les fables de Turpin, les exemples de saint Nicolas et le 
Conte de la Cigoingne. » C'est probablement à un épisode 
particulier de ces contes que doit se rapporter la locution 
à la venue des coquesigrues, c'est-à-dire à l'arrivée des 
cigognes, pour exprimer une date lointaine ou imaginaire. 

C'est à la même circonstance qu'on doit attribuer le 
sens figuré de coquesigrues, contes chimériques, sens 
encore inconnu au xvi^ siècle, et qui répond exactement 
aux Contes de la Cigogne, des fables ou niaiseries (Oudin). 

Un troisième sens de coquesigrue se trouve chez Rabe- 
lais (IV, 32 : « C'estoient coquesigrues de mer ») et dans 

I. Les contes populaires modernes en portent la trace : la Mère 
Gigogne, entourée d'un grand nombre de petits enfants qui sortent 
de dessous ses jupes (voir Littré), n'est autre chose que la Mère 
Cigogne (cf. Ma mère l'Oie), qui est remarquable par le vif attache- 
ment qu'elle témoigne pour ses petits. C'est à ce trait de tendresse 
maternelle que fait allusion le passage suivant de Y Ancien théâtre 
français (t. IX, p. 335) : « Et que je veuille passer ma jeunesse en 
sigongne et me faire mourir pour mes enfants. » Rappelons que le 
patois picard dit chigogne (pour cigogne), d'où gigogne. 



NOTES LINGUISTIQUES SUR RABELAIS. 4o3 

une farce contemporaine {Ancien théâtre français, II, 59 : 
« Des coquegrues d'oultre mer ») : le mot y a le sens de 
« coquille », répondant au synonyme crête de coq. 

Enfin, dans les patois normand et berrichon, coquesi- 
grue est le nom vulgaire de la bugrane gluante. « Les 
matelots, remarque Ménage, appellent coquesigrues cer- 
taine matière gluante que la mer jette sur le rivage, » et 
c'est là qu'il faut probablement chercher la raison de cette 
appellation de la flore dialectale. 

Debitoribus a gauche. — « Au mois d'octobre, ce me 
semble..., fut la semaine tant renomée par les annales, 
qu'on nomme la semaine des trois jeudis; car il y en eut 
trois, à cause des irréguliers bissextes, que le soleil' brun- 
cha quelque peu comme debitoribus à gauche » [Panta- 
gruel, i). 

Depuis Le Duchat, on y voit une allusion à ce passage 
du Pater ^ : « Sicut et nos dimittimus debitoribus nostris, » 
parce que, ajoute-t-il, sur cet article, il est peu de chrétiens 
qui ne gauchissent. La raison est plaisante comme l'éty- 
mologie elle-même. Il faut chercher ailleurs. 

Dans l'ouvrage posthume de Puitspelu, intitulé : Le 
Littré de la Grand' Côte (1903), je lis, sous la rubrique 
Debitoribus à gauche, à droite, cette judicieuse remarque : 
« Mot forgé en imitation du latin sur le vieux lyonnais 
débitors, contrefait, de bis tortus : « As-tu vu le prétendu 
« à la Glae ? On dirait qu'il lui manque une miche tout debi- 
toribus à gauche. » On trouve debitoribus dans Rabelais, 
qui l'aurait vraisemblablement recueilli dans son séjour à 
Lyon. » 

Voici quelques renseignements supplémentaires : Debi- 
toribus est également familier au provençal : « Es tout 
debitoribus in tortis, es tout debitoribus a gaucho, il est 
tout contrefait, c'est tout biscornu » (Mistral). Le terme 
est composé de de et bitors (bitort), tortueux, bancal, affu- 

I. Voir la Revue des Etudes rabelaisiennes, t. III, p. 446 (cf. Ibid., 
t. II, p. 26). 



404 NOTES LINGUISTIQUES SUR RABELAIS. 



blé d'un suffixe qu'on rcirouve dans oribus \yo\r plus loin) 
et ailleurs : ancien français coqiiibus^ sot (=; coquart)^ et 
lordibus, lourdaud; Hainaut, bornibus, borgne (cf. rasi- 
biis), et Mayenne, patribus, patron, modèle, portrait. La 
comparaison rabelaisienne peut donc être ainsi interpré- 
tée : « Le soleil pencha un peu comme un bancal à gauche. » 

Fallot. — Tout lecteur de Rabelais se rappelle les jeux 
de mots de Carpalim (III, 47) : « Panurge deliberoit pas- 
ser par le pays de Lanternoys, et là prendre quelque docte 
et utile Lanterne... Carpalim entendit ce propos et s'escria 
disant : « Panurge, ho! monsieur le quitte, prends milord 
« Debitis à Calais, car il est gond fallot, et n'oublie Debito- 
« rzèM5, ce sont Lanternes. Ainsi aura et/cî/Zo? et lanternes. » 

Retenons de ces plaisanteries le goud fallot, qui est un 
compromis entre l'anglais good fellow (voir Cotgrave) et 
le français bon fallot. Il est certain que ce dernier n'a aucun 
rapport avec son homonyme anglais. 

Le sens de falot, « drôle, » qui remonte au xvi« siècle, 
est inséparable de falot, « lanterne, » qui lui est antérieur 
(xiv<: siècle). L'italien falotico, plaisant, vient également 
defalô, lanterne, ainsi que le provençal/iz/zmar<i, bouffon, 
à côté du béarnais haroulé, folâtre (de harol,farol, falot). 
L'explication qu'en donne Littré me paraît très juste* : 
« L'individu gai, un peu fou, capricieux, ayant été com- 
paré à quelque chose qui vacille comme la lumière d'un 
falot, d'une lanterne portée à la main-. » Elle est confirmée 
par l'évolution parallèle que présentent en provençal et en 
français les termes synonymes fanal et lanterne : billeve- 
sée, fadaise, conte en l'air. Et le paj^s de Lanternoys de 
Rabelais, ou son isle des Lanternes., n'est pas le pays des 
lumières (comme le pensent les commentateurs), mais 



1. Ct'. Beaumarchais {Mère coupable, Acte II, se. 8) : « Un sot est 
un falot, la lumière passe à travers. « 

2. Voir l'article de Schuchardt (dans la Zeitschrift fur romanische 
Philologie, t. XXVIII, p. 130-146), où l'auteur se rallie également à 
rexplication de Littré. 



NOTES LINGUISTIQUES SUR RABELAIS. 405 

celui des croyances frivoles, des vaines superstitions. 
C'est ainsi que Lanoue (voir Littré) appelle lanterniers, 
c'est-à-dire charlatans, les alchimistes, et Dolet [ibid.) parle 
de la lanternerie des aruspices. 

Faquin. — a Un faquin, id est portefaix, mot italien » 
(Nicot;. 

Cette opinion de l'ancien lexicographe se trouve encore 
dans le Dictionnaire général et dans Littré : « Faquin^ 
récent en français, vient de l'italien, et l'italien /acc/ifwo 
est d'origine inconnue. » 

Le terme est-il réellement récent en français? Il figure 
deux fois dans Rabelais, dans le premier et dans le troi- 
sième livre. Voici ces passages : « ... Distribuant un tatin 
du potage a ses facquins » (I, 2), et : « Un facquin man- 
geoit son pain à la faveur du rost » (III, 36). Le terme 
était donc connu vers i535 et 1546, dates de la publication 
de Gargantua et du Tiers Livre, et se trouve être con- 
temporain de fachimcs, enregistré par Ducange en i545; 
mais il doit remonter plus haut, car, au xvi^ siècle, circule 
déjà le proverbe : « Baston porte paix, et le faquin, faix. » 

D'autre part, facchino était vers la même époque consi- 
déré en lialie comme un mot étranger. Voici ce qu'en dit 
Varchi, en 1670 : « La \ oce portatore importava in quella 
età quel che noi oggi con voce forestiera dicciamo fac- 
chitioK » 

Le terme est donc indigène en français, et c'est de la 
France qu'il passa au xvi^ siècle en Italie. Quels en sont 
la forme et le sens primitifs? 

Rabelais cite Fasquin dans une série plaisante de noms 
propres (I, 14), et c'est là la forme primordiale, dérivant 
defasque, qu'on trouve également chez Rabelais (II, 16 : 
« Petites bougettes ou fasques »), au sens de « sac » ou de 
« poche » (cf. II, 3o : '( Poudre qu'il portoit tousjours en 

I. Varchi, Ercolano sia Dialogo nel quale si ragiona délia lingua, 
e in particolare délia toscana e délia fiorentina, Florence, ibjo, 
p. 292. 



406 NOTES LINGUISTIQUES SUR RABELAIS. 

une de ses fasques »). Fasque esi certainement antérieur à 
facque, Jaque, au même sens. Cotgrave (qui enregistre 
fasqué, chargé) donne a fasque, facque , le sens de « faquin », 
ce que le chroniqueur Chasiellion désigne sous le nom 
de compaignon de la facque (voir Godei'roy) : « Tous les 
pays gisoient subjeis à gens de huiseuse, compaignons de 
la facque..., hou vers, putiers, ruffiens, hennebennes, 
buveurs de vin et gasteurs du drap. » 

C'est le mérite de Lacurne d'avoir le premier rattache 
faquin afaque (« ce peut être un dérivé de faque., poche, 
sac »), et tout récemment Baist a présenté la même étymo- 
logie, en rapportant à tort l'ancien {van(;ais faque au néer- 
landais fak^. La forme primitive étant fasque., elle se 
rapproche plutôt du provençal fsco, gousse. Faque est 
encore vivace en Champagne {faque, sac, ceinture) et à 
Lyon (faca, poche). 

M. Schuchardt, qui a également constaté le caractère 
indigène de faquin., s'est particulièrement attaché aux sens 
du mot dans les patois^. Celui de « portefaix » est aujour- 
d'hui, à l'exception du niçois, à peu près éteint, et la 
langue littéraire a seule gardé le sens dérivé de « vaurien » 
(cf. Leroux, Dictionnaire comique : faquin., fat, sot, stu- 
pide). Les patois picard, berrichon, lyonnais, provençal 
ne connaissent que faquin., élégant, fashionable. Cette 
dernière évolution du mot n'est pas bien claire; si elle ne 
résulte pas du sens de « fat » que donne Leroux, elle est 
peut-être ironique (cf. en argot, mignon de port, por- 
tefaix). 

Grimaud. — Le mot remonte à Rabelais, qui le men- 
tionne à trois reprises différentes dans son Pantagruel 
(ch. I, vni et xviii). Voici le deuxième de ces passages : 
« Par la bonté divine, la lumière et dignité a esté de mon 
aage rendue es lettres, et y voy tel amendement que, de 
présent, à difficulté serois-je receu en la première classe 

1. Romanische Forschungen, t. XIV, p. 637. 

2. Zeitschrift fiir romanische Philologie, t. XXVIII, p. i38. 



NOTES LINGUISTIQUES SUR RABELAIS. 4O7 

des petits grimaulx, qui, en mon aage virile, estois (non 
à tort) réputé le plus savant du dit siècle. » 

Grimaud désignait donc le petit écolier, l'élève des 
basses classes, et Bonaventure Des Périers donne le nom 
de grimaulde à l'école élémentaire fréquentée par ces 
commençants [Nouvelle, LXXI) : « C'estoit un homme de 
labeur, assez aysé, qui avoit mené deux siens fils à Poy- 
tiers, pour estudier en grimaulde... » 

On trouve également au xvi^ siècle la forme parallèle 
grimelin (dans la préface des Bigarrures de Tabou rot) et 
Oudin cite le dérivé grimeliner (« estudier la grammaire, 
estre escolier »). 

Cette dernière explication a amené M. Schuchardt à 
voir dans grimelin une altération de grammairien, et, 
dans grimaud, un descendant de grammaticus, par Tinter- 
médiaire d'un type grammatus, « sous l'influence du nom 
propre Grimaud^ ». 

Comme il s'agit d'un mot qui n'est pas attesté avant le 
xvie siècle, toute connexion avec le latin doit être à priori 
écartée. L'origine du mot est, à mon avis, indigène et 
inséparable d'un autre grimaud, qui est un des noms don- 
nés au diable (Oudin : grimaud, le père au diable, et 
Ancien théâtre français, IX, 148). En provençal, grimaud 
désigne le diable et le' sorcier, et, dans le normand de 
Rouen du temps de David Ferrand, grimaud a le sens de 
« vaurien^ ». Gjnmaud, petit écolier, est un terme de 
mépris pour les enfants turbulents des écoles élémentaires, 
terme qui répond aux locutions modernes : Cet enfant est 
un diable, cet enfant est très diable. 

Il reste donc à chercher l'origine de grimaud au sens 
de « diable ». C'est un dérivé du verbe ancien français et 
dialectal (Bas-Maine, Normandie; grimer, griffer, égrati- 

1. Zeitschrift fiir romanische Philologie, t. XXXI, p. 9. Cf. Ménage : 
« M. Furetière dit que ce mot grimaud est dérivé par quelques-uns 
de grammaticus; mais l'analogie ne permet pas qu'on fasse gri- 
maud de grammaticus. » 

2. Voir sa Musc normande, éd. Héron, vol. I, p. i55. 



4o8 NOTES LINGUISTIQUES SUR RABELAIS. 



•^ncr, qui est tiré à son tour du moyen-haut-alleniand 
g^rimmcn, gratter, agrirt'cr, empoigner'. Grimaud, diable, 
est proprement celui qui saisit avec ses griffes, qui 
empoigne, et c'est l'épithète qu'on donne habituellement 
au démon dans les patois : celui de la Suisse romande 
l'appelle ^/-aèeZ/jou [de grabelhi, empoigner) et bita crotsa, 
bête à croches ou à griffes; en lyonnais, grappin, etc. 

On trouve dans les patois un autre grimaud^, au sens 
de « maussade » (en provençal), c< grognon » (Mayenne), 
d'où les dérivés grimaudei\ grogner [grimaudage ^ gri- 
mauderie, mauvaise humeur, Dottin), à côté de grimoner, 
gronder, grimoler, murmurer (Yonne). Le primitif de 
cette nouvelle série se trouve dans le poitevin grimer, 
maugréer; c'est le moyen -haut- allemand grimmen 
(« lobend larmen, brullen »). 

LiKRi-.LOKRi:. — Le mot est antérieur à Rabelais, et on 
le trouve, comme sobriquet donné aux Allemands, à l'an- 
née 1465 de la Chronique scandaleuse (citée dans Ménage : 
« Audit lieu arrivèrent plusieurs Liffrelofres, Calabrois 
et Suisses, qui avoient telle rage de faim aux dents qu'ils 
prenoient fromage sans peler »). 

Son sens propre est goinfre et ivrogne, appliqué aux 
Allemands. C'est avec cette acception qu'on le rencontre 
chez Bouchet (I, 49 : « Ces messieurs les lifrelofres ne 
voulurent boire d'autres vin ») et dans Cotgrave (« Lifre- 
lofre : a huff-snuff, swag bellie, puff-bag, a word coinend 
in dérision of the Germansand Swissars «k Les Allemands 



1. De là, également : normand de Rouen : grimelce, mêlée, com- 
bat {Muse normande, 1. 1, p. 87); morvandeau : se grimoler, se que- 
reller en jouant des griffes; et pays messin: se dégrimoner, se grif- 
fer. Scheler [Dictionnaire étymologique) avait déjà rattaché grimaud, 
écolier, au dialectal grimer, griffonner, en l'interprétant par « grif- 
fonneur » et en ajoutant quant au verbe : « Nous sommes incapable 
d'en établir la provenance. « 

2. Celui-ci a en provençal aussi le sens de « hulotte », proprement 
(oiseau) maussade, sens qu'on rencontre également en ancien fran- 
çais (Junius, Nomenclator, éd. iSyy) : « Hibou, chevesche , gri- 
maude. » 



NOTES LINGUISTIQUES SUR RABELAIS. 409 

— ■ _ __ . — _ , — . . __ — 

étaient jadis réputés pour leurs ripailles et leurs beuveries. 
Les farces de V Ancien théâtre en font foi : « Si cela se 
fait, le monde ira à rebours, les questeurs seront honteux, 
les Espagnols modestes, les Allemands sobres » (VII, 36), 
et : « Moi qui suis toujours plus prest à quereller qu'z/n 
Allemant à boire » (VII, 56). 

Le terme est un composé synonymique de deux mots 
dialectaux qui signifient « lèvre » : lifre et lofre^ ce der- 
nier dans le morvandeau [lofre, lippe, lof ré, lippu, goinfre, 
tin grand lofré, un avale-tout), d'où le sens de gourmand 
et de buveur. 

Rabelais a emprunté ce terme à l'usage contemporain 
(III, Prol.) : « Enfans, beuvez à pleins godetz. Si bon ne 
vous semble, laissez-le. Je ne suis de ces importuns lifre- 
lofres, qui, par force, par outrage et violence, contraignent 
les Lans et compagnons trinquer. » Mais il lui a donné un 
cachet particulier et conforme h sa philosophie (IV, Prol.) : 
« Je suis, moyennant un peu de pantagruelisme..., sain et 
dQgonn, prest à boire, si voulez. » Le lifrelofre devient, 
chez lui, le surnom du philosophe : « Depuis les dernières 
pluyes, tu es devenu grand lifrelofre, voire, d\s-]e, philo- 
sophe, » répond Pantagruel (III, 8) à un des discours favo- 
ris de Panurge. Mais aussi l'épithètc de l'homme du vul- 
gaire qui n'aime pas moins la dive bouteille, et, alors, il 
l'oppose au savant, au penseur : « ... une grande partie 
du ciel que les philosophes appellent via lactea, et les 
lifrelofres nomment le chemin saint Jacques » (II, 2); 
« toutefois ne iront tant de lifrelofres^ à saint Hiacco, 
comme firent l'an DXXIIII » [Pantagrueline pronostica- 
tion, ch. v). 

Il n'est peut-être pas sans intérêt de compléter les don- 
nées que je viens de présenter par le commentaire de Le 
Duchat sur l'origine du mot (dans Ménage). Il ne présente 
pas moins de quatre étymologies, suivant le sens que le mot 

I. Cf. également la dernière question encyclopédique de Panta- 
gruel, où l'on mentionne les lifrelofres jacobipètes, c'est-à-dire les 
gens qui font le pèlerinage à Saint-Jacques-de-Composlelle. 

RKV. DES ET. RABELAISIENNES. V. 27 



4 II) NOUS LINGUISTIQUES SUR RABELAIS. 



a dans les passages cités de Rabelais. Les voici : « Dans le 
passage du ch. ii du livre II ei dans la dernière des ques- 
tions encyclopédiques de Pantagruel, lifrelofres, à mon 
.avis, pourroit bien venir de l'AlIeman lieber lauffer, c'est-à- 
dire un homme qui aime à courir, et, par ce mot, Rabelais 
entend les Pèlerins, et particulièrement les Allcmans, qui, 
outre qu'ils voyagent volontiers, faisoient en ce tcms-là, 
par dévotion, en foule, le voyage de saint Jacques en 
Galice, et autres... Dans le Prologue du livre III, sous 
le nom de lifrelofre, Rabelais entend les buveurs Alle- 
mans, et il les appelle de la sorte parce que ce mot est 
composé de syllabes dont le son revient souvent dans la 
langue allemande et que c'est un baragouin qui approche 
beaucoup du bredouillement d'un Allemand qui est ivre. 
Et dans le passage du ch. viii du livre III, lifrelofre est une 
allusion au mot de Philosophe, et c'est comme si Panta- 
gruel disait à Panurge : « Voulant philosopher à présent 
que chacun s'en mêle, tu fais comme un grand nombre 
d'Allemans, qui enterprennent des pèlerinages depuis que 
le tems est beau et que les pluyes ont cessé... Lifrelofre 
est proprement un pèlerin et particulièrement un de ceux 
qui visitent le trou saint Patrice en Irlande, dans une isle 
que forme la rivière de Liffer^ et ce mot vient de l'Alle- 
mant liffer lauffer, comme qui diroit coureur de Liffer. » 
Quelle que soit la valeur de Le Duchat pour l'intelli- 
gence de Rabelais, il faut croire que la précision était le 
moindre de ses soucis. A lire toutes ces billevesées débitées 
avec une prolixité désespérante (et je me suis gardé de tout 
reproduire), on se sent tout matagrabolisé en son esprit. 
Il est curieux de faire remarquer que l'œuvre rabelaisienne 
qui a assagi tant d'esprits est restée à peu près sans influence 
sur ses commentateurs (je parle des anciens). 

PouLDRE d'oribus. — C'est-à-dirc poudre de couleur dorée : 
c'est le mot or affublé du même suffixe savant que nous 
avons déjà rencontré (voir plus haut debitoribus). Rabelais 
mentionne ce produit dans le Prologue du livre II : 



NOTES LINGUISTIQUES SUR RABELAIS. 41I 

« D'autres..., affligé du mal des dents..., n'ont trouvé 
remède plus expédient que mettre lesdites chroniques entre 
deux beaux linges bien chaulx et les appliquer au lieu de 
la douleur, les sinapisant avec un peu depouldre d'oribus. » 

Suivant Le Bon [Etymologicon français \ fol. 38), le 
nom serait une altération de poudre d'elleborus : « J'ay 
demandé et redemandé aux doctes médecins quelle poudre 
c'estoit que la poudre d'oribus. mais ils n'en sçavoient 
rien. Et l'apprins en Allemaigne, les années passées au 
pays messein, pour en avoir vu chez les merciers en petits 
cyrs blancs de grosseur d'un doigt et autant de largeur, 
enfiler comme patenostres. Et vendent cela aux bonnes 
gens comme remèdes à tous maux, dont est dict : contre 
toutes maladies il ne faut qu'un peu dt poudre d'oribus. » 

Cette opinion me semble peu fondée, et ce qui l'infirme 
complètement, c'est que Rabelais cite parmi les jeux de 
Gargantua (I, 22) une espèce de Jeu appelle A la barbe 
d^oribus. où le terme final ne peut également avoir que le 
sens figuré de : blond ou jaune comme l'or. D'ailleurs, 
certains patois, comme celui du Bas-Maine et de la Nor- 
mandie, désignent la chandelle de résine et la résine elle- 
même (qui est jaunâtre» par oribiis, c'est-à-dire substance 
jaunâtre comme l'or. 

ViETDAZE. — Tous Ics commcutatcurs se sont mépris 
sur la valeur étymologique de ce mot provençal, dont 
Rabelais se sert à la fin du Prologue de son premier livre. 
Ils le traduisent par : visage d'âne, tandis que son sens 
véritable est : verge d'âne. C'est le provençal viedase, au 
même sens, servant (nous dit Mistral) comme terme inju- 
rieux et juron familier fort usité dans le Midi, nigaud, 
imbécile... (de vie, viet., membre viril, et ase, âne). Ce sens 
est encore transparent dans ces deux autres passages de 
Rabelais : '< Que t'en semble, dit, grand vietda\e Priapus ? » 



I. J'emprunte ceue citation à la Flore populaire (vol. I, p. 84) de 
M. E. Rolland. 



412 NOTES LINGUISTIQUES SUR RABELAIS. 



(IV, prol.), et : « Il faudroii les csmouchcicr avec bons 
gros vietda\es do Provence » (II, i3). 

Il est intéressant d'ajouter que certains patois possèdent 
le même terme avec un sens péjoratif vague. Dans la 
Meuse, viédasc est un terme méprisant qui n'a pas de 
signification spéciale en patois (Labourasse), et, dans le 
Pas-de-Calais, vyeda:{e est un terme injurieux sans signifi- 
cation bien précise, qui s'emploie à peu près dans le sens 
de lourdaud, de poltron ou d'imbécile (Edmonti. Dans 
ces régions, le mot en question vient, directement ou 
indirectement, du Midi. 

Lazare Sainiîan. 



RABELAIS A FONTENAY-LE-COMTE 
ET LE PRÉTENDU ACTE DE iSig. 

I. 

Tout ce que l'on rapporte du séjour de Rabelais à Fon- 
tenay-le-Comte, avant la correspondance échangée entre 
le jeune Tourangeau, Amy et Budé, est emprunté à Ben- 
jamin Fillon. Cet érudit vendéen, à l'esprit singulièrement 
ouvert aux grands problèmes de son temps, chercha toute 
sa vie à retrouver les traces de l'auteur de Gargantua au 
couvent des Cordeliers du Puy-Saint-Martin. C'est à cette 
préoccupation constante que nous devons de connaître 
l'emplacement précis de l'ancien monastère, détruit par 
les protestants en i568 et reconstruit en 1623 sur un autre 
point de la ville. 

Il faut recourir à un des meilleurs ouvrages de Fillon, 
mais un des moins connus en dehors du Poitou, pour trou- 
ver ces renseignements. Son Mémoire sur une nouvelle 
nomenclature des dénominations des rues, places, carre- 
fours et quais de la ville de Fontenay, publié en 1880, 
repose sur des documents d'archives, et rien, jusqu'à pré- 
sent, n'est venu en contredire les assertions, bien que les 
sources n'y soient presque jamais citées. Nous avons peu 
à y ajouter. 

Le couvent des Frères Mineurs de Fontenay-le-Comte, 
fondé en i32i en vertu du testament de Sébrand Chabot, 
sieur de la Grève, était situé sur le chemin du Gros-Noyer, 
dénommé aujourd'hui rue du Puy-Saint-Martin, entre le 
cours de la Vendée et le coteau qui domine la ville, à peu 
près à la place de l'hôtel de ville actuel'. 



I. Un jeune érudit fontenaisien, dont nous aurons plus d'une fois 
à citer le nom, M. Raymond Louis, nous communique un docu- 



4»4 



RABELAIS A FONTENAY-LE-COMTE. 



Avant 141 5, il appartenait à la province franciscaine de 
Touraine. En 1416, il obtint du concile de Constance (en 
même temps que les couvents de Clisson, Cholet, Laval, 
Saint-Jean-d'Angély) de vivre sous un régime à part pour 
mieux observer la règle. En iSiy, il fit partie de la pro- 
vince de Touraine-Pictavienne. Lorsqu'il passa à l'ordre 
des Cordeliers conventuels, en 1771, il comptait huit reli- 
gieux et jouissait d'un revenu de 3o8 livres. 

Un chapitre provincial s'y tint en 1472 et un chapitre 
général en 1457'. On ne connaît avant Rabelais le nom 
d'aucun de ses moines, à l'exception de Philippe Bertin, 
dont le supplice, comme hérétique, aurait figure le 7 mai 
1448 dans un document ayant appartenu à Benjamin 
Fillon. 

C'est dans ce couvent qu'arriva, à une époque encore 
indéterminée, François Rabelais et qu'il y demeura peut- 
être quelques années après 1624, puisque la date de son 
passage dans l'ordre de saint Benoît peut se répartir entre 
i523, avènement du pape Clément VII, auteur de l'in- 
duit, et 1527 ou 1 528, les « plures armos » qui ont précédé 
son immatriculation â Montpellier. 

En dehors des lettres fameuses de Budé, Amy, Bou- 
chard et Tiraqueau, son séjour à Fontenay serait aussi 
attesté par la signature « Rabelais » apposée sur l'acte 
d'achat d'une maison par les Cordeliers en i5i5 ou iSig. 

ment inédit qui fixe bien l'emplacement du couvent : « Une may- 
son et jardrins sise es forsbourgs Saint-Françoys-de-Fontenay, 
tenant au couvent des Cordelliers, d"autre part à François Brunet, 
au couvent des Cordeliers, et par le devant à la ruhe comme l'on 
va à la porte Saint-Michel à Belesbat et au fief des Deux-Seigneurs..., 
7 novembre 1677 » (étude Clais, à Fontenay). 

I. Cf. Wadding, Annales minorum, n- VII, X, XIV. — Gonzaga, 
De Origine ac progressii Serapliicce religionis. RomiE, 1587, in-fol. 
— Chronica fr. Nie. Glassbcrger apud Analecta franciscana, 1887, 
in-4°, p. 375. — J. Rousserius, S/iJ^MS et origo ordines S. Francisci. 
Parisiis, 1616, in-12, p. 748. — Tous ces renseignements nous ont été 
obligeamment communiqués par le frère Antoine de Serent. 



RABELAIS A FONTENAY-LE-COMTE. 4l5 



II. 

La première mention de cette pièce, qu'on peut à bon 
droit qualifier de sensationnelle, remonte au mois de 
novembre 1849. -^^^^ figure dans un article anonyme du 
Magasin pittoresque sur Fontenay- Vendée \ dû à la plume 
de Benjamin Fillon. Le jeune auteur publiait dans cette 
revue une série de monographies vendéennes, qui com- 
prenait déjà François Viète et Rapin et devait se continuer 
par Jean Chandos et du Fouilloux. Il n'eut garde, natu- 
rellement, en parlant des gloires de Fontenay, d'oublier 
la plus éclatante, et consacra toute une colonne à Rabe- 
lais et au cénacle d'humanistes. 

L'article ne fait guère preuve de critique. Non seule- 
ment on y retrouve la légende du « joyeux Tourangeau », 
occupé à cribler de ses épigrammes et de ses mauvais 
tours ses frères du couvent, mais encore on y apprend que 
les Cordeliers, ces ennemis des lettres « parvinrent à sépa- 
rer Pierre Amy de Rabelais et l'amenèrent même à être 
son accusateur ». 

Juste au-dessus de cette originale assertion s'étale le 
fac-similé d'une signature Rabelais^ avec cette légende, 
assez peu explicite : « Cette signature de Rabelais est 
prise sur un acte du 5 avril i5i5 relatif à l'achat d'une 
maison par les Frères Mineurs de Fontenay. » 

C'est tout. Deux lignes suffisent pour annoncer une 
découverte qui, autrement présentée, n'eut pas passé, 
on peut le croire, inaperçue du monde savant. 

Fait curieux! Fillon lui-même garde le silence sur sa 
trouvaille plus de dix ans après sa publication. Dans ses 
Lettres écrites de la Vendée à Anatole de Montaiglon, 
parues en 186 1 ^, il n'est pas question de la signature rabe- 

1. Bibliographie... Fillon, par A. de Montaiglon. Niort, 1898, in-4°, 
n" 58. — La révolution de 1848 avait modifié le nom de Fontenay- 
le-Comte en celui de Fontenay-Vendée. 

2. Paris, Tross, 1861, in-8". 



4l6 RABELAIS A KONTKNAY-LE-COMTK. 

laisiennc. El pouriam le pciit opuscule coniient une 
pièce qui touche de bien près le grand Tourangeau! 
C'est une quittance d'un voyageur d'Henri Kstienne, 
O. Ferrare, qui confesse avoir reçu de « 1""-' l'ierre Lamy » 
sept ecus pour des livres vendus à Tévèque de Maillezais. 
Pourquoi Fi lion ne rapproche-t-il pas les deux actes et 
les deux signatures? Deux découvertes aussi extraordi- 
naires lui semblaient-elles de trop pour un seul volume, 
ou l'acte de i5i5 lui paraissait-il un peu risque pour le 
patronage d'Anatole de Montaiglon, à qui l'opuscule est 
dédié? 

Non. Fillon réservait simplement le document pour son 
luxueux ouvrage de Poitou et Vendée^ dont les premières 
livraisons, consacrées à Fontenay, parurent cette même 
année 1861 ' avec d'artistiques eaux-fortes d'O. de Roche- 
brune. L'acte y est mentionné en bonne place, mais avec 
quelques modifications que nous ne pouvons qualifier de 
légères. 

D'abord, il est entré dans la collection de l'auteur, excel- 
lent motif pour n'avoir pas d'indication de source à don- 
ner. Puis, le nom de Rabelais, qui n'avait pas de motif 
pour être distingué de ses frères, n'y figure plus seul. 
Maître P'rançois a signé avec les autres moines du cou- 
vent, parmi lesquels Pierre Regnard, « Anus Coultant, 
dont le nom a pris une forme grotesque dans le livre III, 
ch. xviii, » et Pierre Lamy. Nous savons également, bien 
que cette fois encore l'acte soit simplement analysé, qu'il 
s'agit de l'achat de la moitié d'un cabaret. Enfin, la date 
n'est plus i5i5, mais iSig. Le Magasin pittoresque^ en 
1849, avait commis une erreur typographique ! 

On avouera que cette rectification si tardive est au 
moins singulière, surtout si on la rapproche de la biogra- 
phie que Rathery venait de publier deux ans auparavant 
et que Fillon connaissait, puisqu'il envoya des renseigne- 



I. Poitou et Vendée, études artistiques et historiques, par B. Fil- 
lon et O. de Rochebrune. Niort, 1888, 2 vol. in-4°. 



RABELAIS A FONTENAY-LE-COMTE. 417 

ments à l'auteur pour l'édition suivante. Rathery démontre 
que la naissance de 1483 doit être avancée de plusieurs 
années et rapprochée de 1495. Aussitôt la date du Maga- 
sin pittoresque se met aussi à avancer ! 

Depuis lors, aucune des nombreuses publications de 
Fillon ne reparle du fameux acte de i5i5 ou iSig. Le 
Mémoire sur les l'ues de Fontenay^ que nous avons cité 
plus haut et qui semblait tout indiqué pour préciser l'em- 
placement d'une maison qui mériterait en toute justice 
le titre d'historique, reste muet sur la moitié de cabaret. 

Fillon meurt en 1881, dans la pleine maturité de son 
talent d'archéologue et d'historien d'art. É. Charavay dis- 
perse sa merveilleuse collection d'autographes. On vend 
la célèbre lettre écrite d'Italie à Geoffroy d'Estissac et la 
quittance de 048. L'acte de i5i9, qui aurait certainement 
atteint un prix au moins égal, brille par son absence. 

Un peu plus tard, Léon Clouzot, l'éditeur de Poitott et 
Vendée, songe à compléter ce superbe monument d'his- 
toire locale, demeuré inachevé. Les héritiers Fillon lui 
remettent un manuscrit déjà ancien, recopié pour l'im- 
pression, intitulé : Recueil de notes sur les origines de 
l'église réformée de Fontenay-le-Comte^ . Dans les pages 
consacrées à Rabelais, entièrement transcrites de la main 
de Fillon, l'acte reparaît, mais la date reste en blanc. 
C'est l'éditeur qui la rétablit, d'après le Magasin pitto- 
resque, sous l'année i5i5. 

On avouera que, pour un document qu'il n'avait qu'à 
^( consulter dans sa collection », Fillon était assez peu 
renseigné. 

IIL 

Devant tant de contradictions, une enquête sérieuse 
s'imposait. Nous Tavons accomplie avec l'aide de M. Ray- 
mond Louis. 

I. Tiré à part. Niort, Clouzot, 1888, in-4°. 



41 8 RABELAIS A FONTENAY-LEfCOMTF. 

Comme le documeiii n'avait l'ail partie d'aucune des 
ventes d'autographes dirigées par Charavay, nous avons 
cherché s'il n'avait pas été conservé dans les papiers qui, 
pour des causes diverses, n'ont pas été livrés aux enchères. 
A Nantes, dans le fonds Dugast-Maiifeux, prélevé par ce 
collaborateur et ami de Fillon sur les liasses de la succes- 
sion, aucune trace de la précieuse pièce. A Fontenay, 
chez M'"'^ Charier-Fillon, belle-sœur et héritière de l'ar- 
chéologue vendéen, pas le moindre indice de son pas- 
sage'. 

Restaient à dépouiller les archives léguées par Fillon à 
Fontenay-le-Comie et déposées à la mairie de son vivant 
ou après sa mort. Elles consistent en un recueil de copies 
intitulé : Archives historiques de Fontenay "^ ^ composé de 
pièces prises dans ses collections, dans les dépôts d'ar- 
chives parisiens et même dans les imprimés. L'achat des 
Cordeliers ne s'y trouve pas, bien que les documents de 
la première moitié du xvi^ siècle n'y soient pas très nom- 
breux et qu'aucun ne présente l'intérêt qu'aurait offert la 
signature rabelaisienne. 

Poursuivons. 

Il existe en dehors de ces copies un recueil de pièces 
originales manuscrites ou d'imprimés rares, concernant 
l'histoire de Fontenay, classés chronologiquement, et 
que nous avons eu maintes fois l'occasion de consulter^. 
Nous avons voulu le revoir au cours de l'été dernier. La 
communication nous en ayant été refusée par un secré- 

1. M. Etienne Clouzot, archiviste-paléographe, a récemment passe 
en revue tous ces papiers, M™" Charier-Fillon ayant fait appel à son 
concours pour opérer un triage et préparer un don généreux à la 
Bibliothèque nationale et à la ville de Fontenay. 

2. Cinq volumes in-folio. Ces copies ne portent pas toujours d'in- 
dications de sources suffisantes. M. Bitton, l'auteur du travail, n'a 
pas eu les originaux en mains, mais seulement des copies fournies 
par Fillon. Nous croyons qu'il ne faut user de ce recueil qu'avec 
circonspection. 

3. Notamment pour notre étude intitulée : Notes de Benjamin 
Fillon pour servir à l'histoire de l'imprimerie en Bas-Poitou. Niort, 
1895, in-8". 



RABELAIS A FONTENAY-LE^COMTE. 419 

taire de mairie intempestivement zélé, M. Raymond Louis 
a bien voulu se charger pour nous de cette revision, et 
voici les remarques très judicieuses qu'il en a tirées : 

« Le premier volume, que j'ai de nouveau examiné à 
votre intention, ne contient certainement pas la pièce 
désignée dans Poitou et Vendée. On a d'autant moins de 
peine à s'en rendre compte qu'il n'existe dans ce volume 
que cinq ou six documents antérieurs à i55o. 

« Je dois ajouter, pour tout dire, que la reliure de ce 
recueil est brisée, ou mieux que les fils servant à retenir 
diverses pièces ont été coupés, et ces pièces enlevées pré- 
cisément aux environs de la date qui vous intéresse. A 
partir de i536, les fils sont intacts, mais à la date de i55o 
ou 1549 un autre acte a dû être enlevé. 

« J'ajoute que ces actes ont très probablement été arra- 
chés à ce recueil par B. Fillon lui-même. Ces volumes 
ont dû être formés vers i85o, et notre archéologue, devenu 
plus tard amateur passionné d'autographes, aura distrait 
dans la suite des actes primitivement intercalés dans ce 
volume pour ses cartons d'autographes. Si les actes enle- 
vés l'avaient été par un des chercheurs qui ont pu les con- 
sulter à notre mairie, il n'est pas douteux qu'il l'eût fait 
d'une manière moins apparente : c'est donc bien Fillon 
qui a dû ouvrir son recueil en prenant tous les soins 
nécessaires pour ne détériorer en rien les pièces à déta- 
cher. 

« Mais, en admettant que l'acte du 9 avril i5i9 soit une 
des pièces enlevées, du moins devrait-on en trouver la 
trace, au moins à la collection d'autographes. » 

Nous avons déjà dit qu'il n'en est rien. 

A ces renseignements précieux, M. Raymond Louis en 
ajoute d'autres sur les minutes notariales de Fontenay. où 
l'acte aurait pu être conservé. Mais, de ce côté aussi, le 
résultat est négatif : 

« Le seul des notaires fontenaisiens qui possède des 
minutes antérieures à i55o est M<= Clais. 

« En 1905, j'ai fait le relevé minutieux des minutes de 



420 



RABELAIS A FONTENAY-LE-COMTE. 



celle élude pour la rédaciiDii d'un travail sur les Notaires 
royaux l\ Fontenay; j'ai apporté le plus grand soin au 
dépouillement des plus anciens documents (i5i9 à i55o 
environ), leur nombre restreint me l'a permis. Voici les 
noms des notaires, rédacteurs des actes, les dates extrêmes 
de leur exercice, le nombre des minutes subsistantes Jus- 
qu'à i535 : 

« Guillaume Poytier !i5i9-i53i), quatre minutes; Denis 
|i52o), une minute; Rabin (i526), une minute; Mathurin 
Marchandeau (1528-1567), une liasse; Laurens Symonneau 
(1 532-1 555), quatre-vingts actes par an environ; Antoine 
Saint-Micheau (i533-i544), minutes éparses; Aulbin Tira- 
queau ;i533-i555), minutes éparses. 

« Je pourrais citer les noms d'autres notaires établis en 
i535. A quoi bon? Aucun de ces documents ne semble 
concerner de près ni de loin Rabelais ou le couvent des 
Cordeliers. » 



IV. 



La conclusion est nette. Jusqu'à preuve du contraire, 
l'acte de i5i5-i5i9doit être tenu pour non avenu. Personne 
ne l'a jamais vu, et le fait seul pour Fillon de ne l'avoir 
pas publié in extenso, tandis que ses ouvrages abondent 
en documents bien moins importants reproduits mot 
pour mot, doit inspirer les doutes les plus légitimes sur 
son existence. 

Il y a plus. Quand bien même on nous montrerait le 
contrat d'achat des Cordeliers, nous ne croirions pas à 
l'authenticité des signatures, et encore moins à celle de 
Rabelais. 

Les parties contractantes en Poitou ne signaient pas les 
actes au début de xvi^ siècle. 

« C'est seulement à partir de i56i et i562, dit M. Ray- 
mond Louis, que les signatures des parties se rencontrent 
sur les actes (je l'ai tout particulièrement observé en Bas- 
Poitou). Avant cette date, les deux notaires signent seuls, 



RABELAIS A FONTENAY-LE-COMTE. 42 1 

le notaire en premier à droite; à gauche, le notaire en 
second, et c'est à titre très exceptionnel que, dans le grand 
nombre de minutes que j'ai vues, j'en ai parfois trouvé 
portant des signatures de parties avant cette date, quelle 
que fût du reste l'instruction des contractants. Encore, les 
très rares exemples que j'en pourrais citer doivent-ils être 
tous postérieurs à i535 ou 1540. « 

Mais à quoi bon insister sur cette question de procédure 
notariale? Il y a un argument a priori pour que la signa- 
ture de Rabelais ne figure pas sur un acte d'achat, et nous 
nous étonnons qu'aucun commentateur n'y ait songé. 

Rabelais, religieux profès et mort civilement, ne pouvait 
figurer comme témoin sur un acte notarié, Rabelais, frère 
mineur de l'observance de saint François, ne pouvait 
vendre ni acheter. La règle est formelle'. 

La signature du grand Tourangeau sur l'acte d'achat de 
la moitié du cabaret n'aurait donc pu être que l'œuvre d'un 
faussaire qui aurait, avant 1849, abusé de l'inexpérience 
de Fillon. Plus tard, l'éminent archéologue, mieux averti, 
se serait aperçu de la fraude et aurait fait disparaître la 
pièce suspecte. 

C'est la seule conclusion que nous permette d'énoncer 
notre profonde estime pour un admirable érudit provin- 
cial qui fut l'âme des études historiques et artistiques en 
Poitou et sema dans tous ses écrits des vues nouvelles là 
où tant d'autres étaient passés sans sortir des sentiers 
battus. 

D'autres chercheront si la signature du Magasin pitto- 
resque est une facétie de jeune écrivain alors plus journa- 
liste qu'archéologue, ou même une pieuse mystification 
destinée à ajouter une page glorieuse au livre d'or des 



1. Sur la mort civile des religieux, voir Rev. des Études rabelai- 
siennes, t. I, p. 67 et i53. Le même argument s'applique avec plus 
de rigueur encore à Pierre Amy, versant au voyageur d'Estienne 
sept écus en espèces : « Par chapitre exprès de notre règle, dit frère 
Adam Couscoil au ch. xxiii du livre TII, il nous est rigoureusement 
défendu porter argent sur nous. » 



423 



UAUKLAIS A FONTKNAY-LK-COMTE. 



grands hommes de Fontenay. Ils se demanderont où la 
signature a pu être calquée, à une époque où on ne con- 
naissait guère que les signatures de Montpellier et les 
faux Vrain-Lucas. Ils décideront enfin si ces noms, mira- 
culeusement retrouvés h Fontenay, comme le cordelier 
de Troyes, Pierre Lamy, Anus CuUetant, tous presque 
semblables, sans l'être tout à fait, aux personnages réels 
mêlés à la vie de Rabelais, ne sont pas l'eflet d'un système 
également dosé de prudence et de désir de mystification. 
Nous nous en tiendrons pour notre compte à la conjec- 
ture la plus favorable à la mémoire d'un savant comme 
Fillon, et nous ne retiendrons de cette trop longue argu- 
mentation que la nécessité, qui s'impose désormais, de 
rayer l'acte de i5i5-i5i9 des biographies rabelaisiennes. 

V. 

Il n'en est pas moins vrai que cette pièce écartée, l'en- 
fance, l'adolescence et les premières années de moniage de 
maître François retombent dans l'incertitude la plus com- 
plète. Nous n'avons plus pour nous guider que la tradition 
du séjour à la Baumette, rapportée par Bruneau de Tarti- 
fume et les dates suspectes du Tréso?' de chronologie de 
Pierre de Romuald. 

Dans ces conditions, le champ reste ouvert à toutes les 
hypothèses, et les investigations doivent s'exercer dans 
tous les sens, même vers des localités où la présence de 
l'auteur de Pantagruel n'a pas encore été signalée. C'est 
ainsi que nous nous permettrons d'attirer l'attention des 
chercheurs sur le couvent des Cordeliers de Mirebeau, 
où jamais il n'a été question d'un séjour de frère François, 
mais où pourtant il n'est pas impossible qu'il ait vécu 
quelques années. Non seulement le Mirebalais est l'objet 
de fréquentes allusions dans les quatre premiers livres et 
dans une des lettres d'Italie, mais encore un des moines 
du couvent de Mirebeau a les honneurs d'une anecdote 
au chapitre xxin du Tiers Livre. 



RABELAIS A FONTENAY-LE-COMTE. 423 

Or, il y aurait une raison pour que Rabelais ait été 
admis dans ce monastère, si, comme nous le croyons, la 
famille du grand Tourangeau a eu quelques rapports avec 
les seigneurs du Coudray, puissants voisins de la Devi- 
nière. 

Louis de Bourbon, seigneur du Coudray, mort en i486, 
avait épousé Jeanne de France, fille naturelle de Louis XI, 
qualifiée « baronne de Mirebeau ». C'était une protectrice 
des cordeliers de l'endroit. Dans son testament, du 6 mai 
1 5 1 5, elle élit sa sépulture « au couvent des Frères Mineurs 
de Mirebeau, en la chappelle neufve que la dite dame a 
faict faire, en laquelle est inhumé feu M« Charles de Bour- 
bon, en son vivant chevalier, comte de Roussillon, près et 
au costé d'icelui seigneur'. « 

Deux points restent donc acquis. Rabelais connaissait 
à merveille le Mirebalais et les cordeliers de Mirebeau. 
La dame du Coudray, .Jeanne de France, était baronne 
de Mirebeau et bienfaitrice du couvent. 

Nous n'entendons pas en tirer de déduction prématurée. 

Ajoutons seulement que, sur notre demande, M. Ram- 
baud, un excellent érudit poitevin, a bien voulu faire 
quelques recherches sur les cordeliers de Mirebeau aux 
archives départementales de la Vienne. Il n'a trouvé que 
deux pièces intéressant notre période. L'une d'elles est un 
règlement de 1495 au sujet de quêtes dans le Mirebalais 
entre Joachim Foucher, supérieur de Mirebeau, et son 
confrère de Poitiers. Les deux supérieurs s'engagent seuls 
au nom de tous leurs frères. 

C'est un nouveau démenti à l'acte collectif de iSiS-iSig. 

Henri Clouzot. 

I. L'abbé L. Bossebœuf, le Coudray-Montpensier, l'abbaye de 
Seuilly et les environs. Tours, 1900, in-8°. — On n'a pas encore fait 
remarquer, croyons-nous, que Guillaume Poyet, qui succéda au 
chancelier Dubourg, était seigneur du Coudray depuis i53o. Peut- 
être Rabelais trouva-t-il en lui un protecteur qui empêcha en 1340 
ses imprudences de plume d'avoir des suites fâcheuses. 



RABELAIS ET HENRI II. 

Voici encore deux passages à signaler qui vienneni con- 
firmer la remarque de Ferdinand Brunetière sur les rap- 
ports de Rabelais avec Henri II. D'abord, dans le second 
chapitre du Quart-Livre, — chapitre qui n'existe pas dans 
l'édition primitive de 1548, — il est constaté que « Panta- 
gruel feist achapter la vie et gestes de Achilles en soixante 
et dixhuict pièces de tapisserie ». Or, d'après V Histoire de 
la tapisserie de M. Guiffrey (t. I, p. 224), ce fut en i55o, 
la même année que Rabelais demanda et reçut un privi- 
lège pour son Quart-Livre^ que Henri II établit un atelier 
de tapisserie à Paris. N'est-il pas clair que Rabelais, dans 
le passage que nous venons de citer, a voulu taire son petit 
compliment au nouvel établissement. 

Secondement, dans le premier chapitre du Quart-Livre^ 
nous lisons que « le nombre des navires feut tel que vous 
ay exposé ou tiers livre, e7j conserve des Trirèmes^ Ram- 
berges^ Gallions et Lihurnicques nombre pareil ». Les mots 
en italiques manquent dans l'édition de 1848. Pourquoi 
Rabelais les a-t-il intercalés? Nous trouvons la réponse 
dans l'étude magistrale de M. de la Roncière'. Là il est 
dit que Henri II, aa début de son règne (i3 septembre 
1547), annonça un programme très compréhensif de cons- 
truction navale, dont il poursuivit l'exécution avec beau- 
coup d'énergie. Déjà, en mars 1549, cinq grands vaisseaux 
construits parle célèbre géographe et marin, Jean de Cla- 
morgan, sortirent des chantiers normands. En octobre 
i549, Henri II écrivit au roi de Navarre : « J'espère pour- 
veoir à la construction et équipage d'une vingtaine de 
roberges, oultre les aultres vaisseaux de guerre que j'ai 
desjà^. » 

Ces roberges, ramberges, ou remberges, tiraient leur 
nom des roxpbarges anglaises, qui, dans la bataille de l'île 

1. Histoire de la marine française, t. III, p. 455. 

2. Champollion-Figeac, Mélanges historiques, t. III, p. Sg. Cité 
par La Roncière, Ibid., p. 457. 



RABELAIS ET HENRI il. 425 

de Wight (1545), avaient tant harassé la flotte française 
grâce à la supériorité de leur tir. Seulement, les roberges 
de Henri II étaient beaucoup plus grandes que leurs 
modèles. Alors que celles-ci étaient uniformément de 
20 tonneaux*, les roberges françaises variaient entre 80 et 
3oo tonneaux. 

Quant aux autres navires mentionnés par Rabelais, il 
faut entendre par « Trirèmes » des galères et par « Libur- 
nicques » des croiseurs, soit des brigantins, soit des 
flouins, soit des chaloupes^. Le Gallion, ou plutôt Galion, 
était, proprement parlant, un vaisseau de guerre qui tenait 
d'un navire de charge en tant qu'il marchait à voiles, et 
d'une galère en tant qu'il avait aussi quelques paires de 
rames et qu'il était plus long qu'un vaisseau rond. Son 
tonnage variait beaucoup; il jaugeait de 60 jusqu'à 
1,000 tonneaux. Toutefois, en langage populaire, on don- 
nait le nom de « galion » à n'importe quel vaisseau de 
guerre, aux grosses nefs, aux galéasses, et même aux 
galères^. 

Ainsi, la flotte guerrière qui protégeait les douze vais- 
seaux ronds, sur lesquels voyageaient Pantagruel et ses 
amis, était composée de douze galères, douze galions, 
douze roberges et douze croiseurs, tandis que, vers i55o, 
dans la flotte de Henri II, il y avait quarante galères, huit 
grosses nefs, trois galions et vingt roberges. Naturelle- 
ment, après le départ de la flotte pantagruéline, on n'en- 
tend plus parler des vaisseaux de conserve. Ils n'avaient 
rien à faire dans les mers septentrionales. Et Rabelais 
n'en avait plus besoin. Il les avait introduits seulement 
pour saluer la politique marine du roi, comme il avait 
introduit la tapisserie pour saluer sa politique industrielle. 

Arthur Tillev. 

1. J. S. Corbett, Drake and the Tudor Navy, 1899, p. 3-]. 

2. La Roncière, op. cit., t. II, p. 461-2. 

3. La Roncière, op. cit., t. II, p. 470; Jal, Dictionnaire nautique. 



REV. DES ET. RABELAISIENNES. V. 38 



NOTES. 



I. 



LA CURE DE SAINT-CHRISTOPHE-DU-JAMBET 

EN 1674. 

Rabelais, qui, en dépit de la légende, fut si peu curé de 
Meudon, ne prit sans doute jamais possession de sa cure 
de Saint-Christophe-du-Jambet, au diocèse du Mans. Le 
bénétice était d'ailleurs d'assez mince importance et la 
générosité du cardinal du Bellay envers son médecin 
n'avait eu rien d'excessif. Quand Maître François avait 
payé le vicaire chargé de remplir à sa place les fonctions 
curiales, il ne devait pas lui demeurer un gros revenu. 

C'est du moins ce qui semble ressortir d'une déclaration 
du xvii^ siècle, où un des successeurs de Rabelais déclare 
sa paroisse « la plus misérable et la plus pauvre du 
Maine..., habitée de gens pauvres et nécessiteux et la plus 
grande partie déserte et abandonnée par la nécessité du 
peuple et des terres ingrates ». 

En faisant la part de Texagéraiion du déclarant, inté- 
ressé à diminuer la valeur de son revenu, la cure de Saint- 
Christophe-de-Jambet ne nous apparaît pas comme un 
séjour bien enviable en 1674. Il est probable qu'en i55i 
ce n'était pas non plus une abbaye de Thélème. 

Déclaration du temporel et des dixmes de la cure de la 
paroisse de Saint Cristophle de Jambet, diocèze du Mans. 

Je Jean Remars, prestre curé dudit Saint Cristophle, y 
demt, donne au Roy et à Nosseig^s de la Chambre des 
Comptes suivant et conformément à l'arrest du Conseil d'Es- 
tat de Sa Majesté du douziesme décembre mil six cens 
soixante et treize et en exécution du mandement qui m'a esté 



NOTES. 427 

envoyé le dimanche premier jour de juillet mil six cens 
soixante et quatorze. 

Premièrement, je déclare posséder, à cauze de madicte cure, 
les maizons presbitéralles sittuée au bourg dudit Saint Cris- 
tophle, composées de deux petites chambres, un fournil, une 
grange, une estable avec leurs estrages et deux petits jardins, 
le tout en un tenant contenant ensemble demy journau, joi- 
gnant d'un costé les terres du domaine du Bignon, de l'autre 
costé et bout les yssuë dudit bourg, d'autre bout la terre des 
hoirs Gauvain. 

Item, une pièce de terre, tant en labeur qu'en rochers, sépa- 
rée d'une haie au millieu d'icelle, contenant environ trois 
journaux, sittuée près ledit bourg, nommée les frisches, joi- 
gnant la ruelle du Bignon, d'autre costé et aboutte les terres 
et taillis du domaine dudit Bignon, d'autre bout les terres du 
lieu de Lamorentinnerie, despandant dudit lieu du Bignon, 
appt aux hoirs du sieur du Puisac, lesquelles choses je tiens et 
relève cencifvement du fief et seigneurie de Saint Cristophle, 
appartenant à Monseigneur le Conte de Tessé, en garde, en 
ressort et au divin service. 

Item, une portion de pré contenant une hommée et demie à 
prendre à la pree du Puisac, paroisse dudit Saint Cristophle, 
joignant d'un costé et aboutte d'un bout les prés des hoirs 
dudit sr de Puisac, d'autre costé et bout les prés du sr de la 
Ronceraire, laquelle portion de prés je tien"s et relève cencif- 
vement dudit seigneur du Puisacq sous le debvoir d'unze 
deniers. 

Item, je recognois jouir et posséder du droit de dixmes des 
bleds et autres grains despendants de madite cure en l'esten- 
due de madite paroisse sur lesquelles dixmes le sieur prieur 
de Vinoin prend la plus grande partie pour laquelle je luy 
paye annuellement la somme de quarente livres de ferme et 
suis aussy tenu pour raizon dudit bénéfice faire et paier 
annuellement la somme de trente livres de pention au sieur 
curé de Monstreul les Hostil, lesquelles sommes font la plus 
grande partie du revenu de ladite cure, attendu que c'est la 
plus mizérable et pauvre paroisse du Maine, de petite éten- 
due, la plus part sittuée en terres, landes incultes et sans 
raport, abittée de gens pauvres et nécessiteux, et la plus 
grande partie déserte et abandonnée par la nécessité du 
peuple et des terres ingrattes. 



428 



NOTES. 



Touttes lesquelles chozes cy dessus déclarées je recognois et 
déclare posséder à cauze de mondit bénéfice, protestant qu'en 
cas qu'il vienne autres chozes à ma cognoissance, d'en aug- 
menter la prézente déclaration, en foy de quoy j'ay signé le 
présent escrit de mon seing manuel et à iceluy appozé mon 
cachet ordinaire; fait à Saint Cristophle, sous mon seing, le 
troiziesme jour de juillet mil six cens soixante et quatorze, et 
déclare constituer le porteur des prézentes mon procureur 
pour icelles prézenter à nos dits seigneurs de la Chambre'des 
Comptes et d'en requérir acte et certificat. 

Remars. 

La présente déclaration retenue en la Chambre, le sam- 
hlable d'icelle deument collationnée renvoyée au sénéchal du 
Maine ou son lieutenant au Mans pour estre vériffiée selon 
le contenu en l'expédition de la Chambre du vij^ aoust 
mvj'=lxxiiij, par nous Con^r du Roy, auditeur,de la Chambre 
des Comptes. 

GOBEI.IN. 

(Archives nationales, Pôg', pièce 6'.) 

IL 

CHANDELLES DE NOIX. 

La Revue des Études rabelaisiennes s'est occupée à plu- 
sieurs reprises' des chandelles de noix du Mirebalais 
(1. n, i3; 1. V, 32). Voici un texte, probablement voisin 
de i588 et certainement antérieur à 1628, qui tranche déli- 
nitivement la question. Il est emprunté aux Commentaires 
sur Dioscoride de l'apothicaire poitevin Jacques Contant, 
bien placé pour nous renseigner sur ce trait de mœurs 
locales^ : 

Kn plusieurs lieux de l>ance. principalement en Gastine 

1. Revue des Etudes rabelaisiennes, t. II, p. 228, et t. III, p. 329. 

2. Les œuvres de Jacques et Paul Contant père et fils, maistres 
apothicaires de la ville de Poictiers. Poictiers, 1640, in-fol. Les 
Commentaires sur Diosoride, laissés en notes par Contant père, 



NOTES. 429 

et pays de Mjyrebalais, ils [les pauvres] usent de noix pilées, 
et de ceste paste ils couvrent des chalusses de chanvre et s'en 
servent pour esclairer en lieu de chandelles de suif ou de 
résine (p. 145). 

En somme, c'est l'explication donnée par M. le doc- 
teur de Santi, qui a observé de visu les « pétarels » du 
Lauraguais. Les chandelles de noix sont si bien oubliées 
en Poitou qu'aucun folk-loriste n'avait pu nous rensei- 
gner sur leur fabrication. 

Henri Clouzot. 

mort avant i588, ont été mis en ordre et publiés par son îîls en 
1628, sans doute avec certaines additions. Ils sont réimprimés dans 
l'édition de 1640. Voir, sur ces savants apothicaires, l'excellente 
étude sur La pharmacie en Poitou (Poitiers, 1907, in-8°, 800 p.) que 
vient de publier M. Rambaud. 



COMPTES-RENDUS. 



François Rabelais^ by Arthur Tilley. Londres, J. B. Lip- 
pincott, 1907. (Dans la collection French men of let- 
ters, edited by Alexander Jessup.) 

Le nouveau livre de M. Arthur Tilley' fait partie de la col- 
lection des « Hommes de lettres français » (French men of 
letters), éditée sous la direction de M. Alexander Jessup, qui 
correspond à peu près à la collection des Grands écrivains 
français, publiée par Hachette et C"e. Ce sont des ouvrages de 
vulgarisation; leur objet est de faire connaître les gloires de 
notre littérature au grand public anglais. On y sacrifie donc 
de parti pris tout ce qui appartient aux ouvrages d'érudition : 
dans le livre de M. Tilley, la bibliographie et la littérature de 
Rabelais n'occupent qte quelques pages en Appendice; les 
controverses encore ouvertes ne sont que très brièvement 
exposées; les références et les notes ont été supprimées ou 
réduites au plus strict minimum. Il n'en faudrait pas conclure 
que les ouvrages de cette collection sont condamnés à rester 
superficiels et sans originalité : elle peut déjà se recommander 
de cette étude de Brunetière sur Balzac qui constituait son 
amende honorable au rnaitre, et le livre de M. Tilley qu'elle 
nous donne aujourd'hui est digne non seulement de la faveur 
du grand public anglais, mais aussi de Texamen attentif de 
tous les Rabelaisants. 

Quatre chapitres sur onze sont consacrés à la biographie de 
Rabelais. M. Tilley a diligemment mis à profit les recherches 
provoquées et les résultats acquis par notre Société; mais, 
comme il le dit dans sa Préface, on ne peut se flatter aujour- 
d'hui d'écrire une biographie de Rabelais qui reste longtemps 
au point, chaque numéro de la Revue des Études rabelaisiennes 

I. Nous avons analysé sa Litevature of tlie French Renaissance 
dans la Revue des Études rabelaisiennes, 1. III, p. 87. 



COMPTES-RENDUS. 4^1 



apportant sur cette question quelque élément nouveau. Ces 
progrès devraient nous inspirer non seulement une légitime 
fierté, mais encore une audace de méthode dont j'aurais voulu 
trouver un premier exemple chez M. Tilley. Puisque nous 
constatons que, peu à peu, des faits précis, des découvertes 
définitives viennent remplir les pages restées blanches jusqu'ici 
dans la biographie de Rabelais, pourquoi ne sacrifierait-on pas 
radicalement toutes les conjectures, hypothèses ou vraisem- 
blances imaginées pour combler les lacunes qui subsistent 
encore dans l'histoire de cette vie? « Il serait intéressant, dit 
M. Tilley, page 41, de penser que Rabelais et Calvin, ces deux 
grands maîtres de la prose française, se sont assis sur les 
mêmes bancs à la Faculté des lois d'Orléans. » Mais, puisque 
l'histoire est muette sur ce point, puisque même rien n'atteste 
que Rabelais ait étudié à Orléans, négligeons cette hypothèse, 
quelque séduction qu'elle exerce sur notre imagination. 

Nous ne sommes pas autorisés plus sérieusement à supposer 
que Rabelais fut étudiant en droit à Bourges (p. 42), et c'est 
une conjecture inutile. Qu'il ait visité Bourges, c'est possible : 
on trouve deux mentions précises de cette ville dans son 
livre. Mais il s'était adonné à l'étude du droit bien avant 
qu'Alciat vînt enseigner à Bourges ; sept ans auparavant, il 
était déjà versé dans la procédure romaine; il plaisantait dans 
une lettre à Budé sur l'action de dolo malo et l'action exstipu- 
latu; il vivait au milieu de légistes. Dès cette époque, il eût pu 
tîétrir la barbarie accursienne et exalter les Pandectes; ces 
idées étaient celles de son maître et patron Budé avant d'être 
celles d'Alciat, qu'il n'a pas même nommé. 

De même encore (p. 54), on peut négliger la conjecture, aussi 
vaine que superflue, qui attribue à l'influence de Symphorien 
Champier, alors échevin de Lyon, la nomination de Rabelais 
comme médecin de l'hôpital du Pont-du-Rhône. Rien ne 
témoigne que ces deux médecins aient été en rapports. Cham- 
pier ne parle jamais de Rabelais et Rabelais ne se souvient 
qu'une fois de Champier; dans le catalogue de la librairie 
Saint-Victor figure un des ouvrages du médecin lyonnais : 
Campi Clysteriorum per S. C. 

Ce n'est pas que ces rapprochements soient à condamner en 
principe; le premier de ceux que je viens de rapporter peut 
servir de point de repère pour un lecteur plus familiarisé avec 



432 COMPTES-RENDUS. 



certains noms propres i.]ii'avec les dates lie l'histoire de la 
lîenaissiince. Le plus souvent, ces concordances, même arti- 
liciellement établies, sont suggestives : elles aident nos 
mémoires paresseuses à reconstituer les alentours de Rabe- 
lais, les milieux qu'il a traversés, les événements politiques 
dont il fut le témoin. A cet égard, il faut louer sans réserve 
M. Tilley de n'avoir jamais perdu de vue, en retraçant la bio- 
graphie de Rabelais, l'histoire politique de la France. 11 
n'existe pas, jusqu'à présent, d'ouvrage qui présente un tableau 
aussi net de la carrière de notre écrivain dans ses rapports 
avec l'histoire générale contemporaine. Je renvoie particuliè- 
rement aux quelques pages qu'il a consacrées aux circons- 
tances de la publication de Pantagruel et de Gargantua. 
C'est un livre précieux pour tous ceux d'entre nous qui, rete- 
nus longtemps par des travaux de détail et des études spé- 
ciales, finissent par oublier les grands faits et les grandes 
lignes de l'histoire intérieure et extérieure de la F>ance sous 
les règnes de François 1er et de Henri II. 

Comme il était légitime dans un ouvrage destiné avant tout à 
présenter au grand public l'œuvre de Rabelais, M. Tilley a fait 
la part très large à l'analyse proprement dite de chacun des 
livres du roman. Mais il ne s'est interdit ni la « critique 
féconde des qualités », ni les justes réserves d'un goût très 
délicat. On sent qu'il connaît tous les jugements qui ont été 
portés sur l'ensemble et sur chacune des parties de l'œuvre de 
Maître François; il les a soigneusement examinés, et bien sou- 
vent il les a comme « repensés » et les a marqués d'un carac- 
tère personnel. Sur ce domaine, où le rôle principal appartient 
au sentiment et au goût, nous ne le suivrons pas. Il est plus 
utile de signaler les contributions nouvelles que son travail 
fournit au commentaire de Rabelais. 

Tout d'abord, à propos du Quart Livre et des Navigations 
de Pantagruel, il résume ses enquêtes, dont il a donné depuis 
le détail dans la Modem Language Review, sur Rabelais et 
les découvertes géographiques'. Il suit (p. 207) le système 
exposé par M. Lefranc {Navigations de Pantagruel) sur le pre- 
mier voyage du géant. Peut-être aurait-il pu rapporter l'identi- 
fication que propose M. Lefranc de la Dipsodie avec la Scy- 

I. Voy. la Revue des Études rabelaisiennes, 1907, p. 323-324. 



COMPTES-RENDUS. 433 



thie. Pour moi, il n'y a point de doute que cette localisation 
de Dipsodie. et par suite d'Utopie, ait été déterminée par le 
jeu de mots sur Sitis = Scythie. Le calembour est d'autant 
plus naturel que les Scythes avaient chez les Anciens une 
réputation de Dipsomanes. J'en trouve un témoignage dans un 
livre du xvie siècle que Rabelais connaissait et pratiquait, les 
Antiqiiae lectiones de Caelius Rhodiginus. On y lit, au cha- 
pitre Lx du livre XIV : Dicitur Scyphos quasi Scythos a Scy- 
this, quitus ebrietas nimio plus frequens est. Proinde Scythis- 
sare inebriari est. Le chapitre xxxiii du livre XV explique pour 
quelles raisons d'ordre physiologique les Scythes sont de 
grands buveurs : Scythae cur imprimis vinolenti. Le cha- 
pitre xvn du même livre insiste sur ce caractère singulier des 
Scythes : Thracuni Scytharumque proprium fuisse videtur, 
capacius ingurgitare merum et ingentia exsiccare pocula. 

C'est un jeu de mots également qui avait servi de transition 
entre l'itinéraire en pays réel (Bonne-Espérance, royaume de 
Mélinde) et l'itinéraire en pays imaginaire (Meden, Uti, 
Uden). 

Évidemment, c'est Médine qui a suggéré à Rabelais « Meden », 
ce mot grec signifiant rien. La suggestion a été d'autant plus 
rapide que Rabelais connaissait une autre forme du nom de 
Médina, qui est précisément « Meden ». En effet, au Tiers 
Livre, chapitre xxii, il désigne les « dragonneaux » ou « filaires 
de Médine » du nom arabe « Meden ». « Par adventure 
patist-il ... quelque pointure de draconneaulx grivolés que les 
Arabes appellent venes Meden... » Nul doute que cette forme 
« Meden » lui ait été aussi familière que « Médine » ou 
« Médina », puisqu'elle était consacrée en médecine par la 
locution « vena Meden' ». 

Au sujet du voyage projeté à la fin du Pantagruel (chap. xxxiv), 
M. Tilley se rallie pleinement à l'hypothèse de M. Lefranc, 
qu'il corrobore, en partie, par de nouveaux textes. Mais on 
voit bien que la mention des « Monts-Caspies » l'embarrasse, 
et la localisation du royaume du Prêtre-Jean en Asie, à une 
époque où presque tout le monde le plaçait en Abyssinie, lui 
paraît étrange. N'est-il pas singulier aussi que Pantagruel, 
résidant en Utopie et Dipsodie, c'est-à-dire à peu près au 

I. Cf. D. Brémond, Rabelais médecin, Tiers Livre, p. 24, note SgS. 



^34 COMPTES-RENDUS. 



centre de l'Asie, s'avise de venir s'embarquer sur l'Allaniique 
pour gagner 1' « Indie supérieure », c'est-à-dire la Mandchou- 
rie? Je ne trouve à toutes ces dillicultés qu'une solution, et je 
la soumets aussi bien à M. Tilley qu'à tous ceux qu'intéressent 
ces questions. Il y a bien dans le programme, ou mieux dans 
le boniment du xxxiv* chapitre du Pantagruel, l'esquisse d'une 
expédition maritime, mais elle tient tout entière dans ces trois 
propositions : « Comment il naviga par la mer Atlantique et 
desrtt les Cannibales et conquesta les lies de Perlas. « Toutes 
les autres phrases expriment autant de projets dilFérents qui 
n'ont nul rapport avec ce voyage sur mer. Rompre une corne 
à Lucifer était une ambition traditionnelle chez les héros de 
la littérature populaire; dans les MaccaronéeSj Balde se fait 
fort, à plusieurs reprises, d'accomplir quelque jour cette 
prouesse. Visiter le Prêtre-Jean, passer les Monts -Caspies 
appartenaient sans doute à la même série d'exploits fabuleux, 
d'un prestige souverain sur l'imagination du peuple. Ces 
Monts-Caspies, dans le livre de Mandeville (chap. xxxix), con- 
finent au royaume du Prêtre-Jean dans l'Inde et entourent le 
territoire des Goths et Magoths. Par conséquent, si Rabelais 
s'était préoccupé de subordonner le programme des aventures 
héroïques de Pantagruel à un itinéraire raisonné et nettement 
déterminé, il eût placé la visite au Prêtre-Jean immédiatement 
après la traversée des Monts-Caspies, puisqu'il fait du Prêtre- 
Jean « un roy de Inde » ; au lieu qu'il intercale entre ces deux 
aventures merveilleuses une navigation sur l'Atlantique; « et 
comment il passa les Monts-Caspies, comment il naviga parla 
mer Atlantique..., comment il espousa la tille du roy de Inde dit 
prestre Jean. » J'en conclus qu'il ne faut pas regarder le pas- 
sage des Monts-Caspies comme la première étape d'un grand 
et unique voyage, mais comme un des huit ou dix exploits 
distincts que Rabelais prête à Pantagruel. 

La question du Ve livre est aussi une de celles que M. Tilley 
a particulièrement étudiées. Postérieurement à la publication 
de Vlsle Sonante par MM. Lefranc et Jacques Boulenger, dont 
il adopte les conclusions, il a donné deux articles dans la 
Modem Language Review ; comme j'en ai déjà rendu compte 
ici même, je me borne à renvoyer a mes analyses (t. IV, fasc. 4; 
t. V, fasc. I). 

Il ne me reste qu'à relever les errata ou inadvertances que 



COMPTES-RENDUS. 



43^ 



j'ai notés; je souhaite qu'une seconde édition offre le plus tôt 
possible à M. Tilley l'occasion de les corriger. 

P. 203. Le trottoir roulant, qui a réalisé les chemins qui 
marchent du V* livre, fut une des attractions de l'Exposition 
de 1900* et non de celle de i88g. 

P. 48, lire : Jean Ganappe, au lieu de : Jean de Canappe. 

P. 176, au lieu de : Amaurot, capitale (d'Utopie), lire : la 
ville des Amaurotes. 

P. 73 et 75, Esquiron, p. 25 et bo, Aymery Bouchard, au lieu 
de : Schyron et Amaury Bouchard, nous déroutent un peu. 
J'ignore quels textes autorisent cette orthographe. 

P. 194. M. Tilley, citant la réponse de Panurge à Hippotha- 
dée : « Vous voulez donc... que j'espouse la femme forte..., 
etc., » omet la mimique du personnage « filant les moustaches 
de sa barbe ». Le geste est pourtant trop expressif pour être 
négligé. Noël du Fail a imité ce trait pittoresque'^. 

Çn résumé, ce livre fait le plus grand honneur à l'érudition 
et au goût de M. Tilley. S'il n'est pas un instrument d'études, 
il n'en est pas m^oins apte à nous rendre de grands services : 
d'abord parce qu'il nous offre un excellent tableau synchro- 
nique de la biographie de Rabelais et de l'histoire religieuse et 
politique de la France; ensuite, parce qu'il est l'abrégé le plus 
clair et le miroir le plus fidèle de nos connaissances sur Rabe- 
lais et ses oeuvres en 1907. 

J. Plattard. 

Lazare Sainéan. L'Argot ancien 1 1 455-1^5 oj, ses élé- 
ments constitutifs, ses rapports avec les langues secrètes 
de l'Europe méridionale et l'argot moderne, avec un 
Appendice sur l'Argot jugé par Victor Hugo et Balzac. 
Paris, Honoré Champion, 1907, in-12, vii-35o p. 

L'argot, comme on sait, était autrefois le langage particulier 
et secret des malfaiteurs. Mais, depuis le milieu du xixe siècle, 



1. Comme en témoigne pour la postérité une comédie de Courte- 
line d'une saveur rabelaisienne : L'article 3.'io. 

2. Cf. Baliverneries d'Eutrapel, p. 220 du t. I de l'édition elzévi- 
rienne : « Eutrapel, filant ses moustaches, signe d'un homme mal 
content... » 



^36 COMPTES-RENDUS. 



il tend de plus en plus à se confondre avec la langue familière; 
beaucoup des termes qui lui étaient propres ont passé dans le 
langage populaire et réciproquement; bref, il cesse peu à peu 
d'être le parler spécial des voleurs pour devenir le patois 
parisien. 

Déjà, à la fin du xvi^ siècle, l'argot commençait à se répandre 
assez dans le peuple pour que les intéressés aient senti le 
besoin de lui faire subir une transformation radicale. Ils for- 
maient une sorte de corporation, appelée VArgot, comme la 
langue qu'elle parlait, et reconnaissant plus ou moins l'auto- 
rité d'un chef, le Grand Coesre ou Roy de Thunes. Ils se divi- 
saient en différentes classes, selon leur spécialité de vol ou de 
mendicité; c'est ainsi qu'il y avait les Archisupposts de l'ar- 
got, les Narquois, les Orphelins, les Marcandiers, les Francs- 
Mitoux, les Sabouleux, les Coquillards, les Courtauds de bf)u- 
tanche, etc. Les Archisupposts, anciens escoliers, étudiants 
ayant mal tourné, comme Villon, formaient la partie intellec- 
tuelle de la corporation. Ce sont eux qui modifièrent la langue 
de l'argot et changèrent un grand nombre de ses mots. « Pre- 
mièrement. — nous dit Le Jargon ou langage de l'Argot 
réformé (vers 1628), — la teste on la nommoit calle, à présent 
c'est la tronche; un chapeau on le nommoit plant, à présent on 
rappelle un comble; les pieds on les nommoit trottins, à pré- 
sent sont des pasturons. Un manteau c'étoit un volant, à pré- 
sent c'est un tabar ou tabarin,... etc. « Et Henri Estienne 
constate, dans son Apologie pour Hérodote, que les malfai- 
teurs « ont tellement enrichi depuis quelque temps leur lan- 
gage jergonesque et l'ont si bien estudié que, sans avoir peur 
d'estre descouvers par autres que ceux de leur profession, 
sçavent négotier fort dextrement ensemble ». 

C'est la constitution, ce sont les phrases du développement 
de l'argot que M. Sainéan, après Francisque-Michel, après 
Georges Guyeisse et Marcel Schwob, s'est appliqué à détermi- 
ner. Laissant à de plus compétents que nous le soin de déci- 
der s'il a pleinement réussi, nous nous bornerons à glaner dans 
son beau livre les remarques qui peuvent intéresser directe- 
ment la langue de Rabelais et nos études. 

Chouart (Rabelais : « Maistre Jean Chouart ») en argot : 
membre viril ; proprement, c'est le mâle de la chouette. 

Chouette, proprement : la femelle du chouart. Chouette a, 



COMPTES-RENDUS. 437 



en argot, le sens de excellent (Vidocq), bon, beau (Larchey), 
ce qui rappelle le passage connu de Rabelais (III, 14) : « Ma 
femme sera cointe et jolie comme une belle et petite chouette, » 
« certains de ces oiseaux étant en effet d'une beauté remar- 
quable » (Sainéan). 

Pie, boisson (Viel Testament, iS^S : « Si irons croquer ceste 
pie. .)) Rabelais, IV, prol. : « Boire d'autant et à grans traitz 
estre pour vray croquer la pie »). Le terme d'argot avait passé 
en français dès le xve siècle {Testament de Pathelin, éd. Jacob, 
p. 187 : « Je vous pry que j'aye à pyer Un coup de quelque bon 
vin vieulx » ; Farce du Meunier, 1496, ibid., p. 236 : « Baillez- 
moy... La gourde pie » ; La Condamnation de Banquet, iSo-j, 
ibid., p. 299 : « Gallans, allons croquer la pie » ; « Je n'en puis 
plus si je ne pie Quelque pianche bonne et fresche. »). Cf. Rev. 
des Études rabelaisiennes, 1906, p. 408. 

Papeligosse (Rabelais mentionne un viceroy de Papeligosse). 
Provençal : Pampaligosso, pays imaginaire, lointain, nom de 
fantaisie analogue à l'argot Pantin, Paris, d'après le village de 
la banlieue qui porte ce nom, modifié en Pantruche à côté de 
Pampeluche. L'argot ancien connaît Parouart (Villon, I). 

Calibistris (Rab., II, i5, 16). L'argot bis signifie : membre 
viril. L'ancien français ne connaît que le diminutif è/^f ri, dans 
le composé synonymique caillebistri, calibistris, où caille 
(mod. caillette) est une appellation euphémique tirée du nom 
de cet oiseau (voy. ci-dessus chouart, chouette). Le patois de 
Saint-Pol a bi, bis, bit, sexe et membre viril. 

Grupper (Rab., II, 18 : « Qui desrobe, ne sugce, mais gruppe, 
ne avalle, mais emballe, ravit et joue de passe-passe ») signifie 
en argot : saisir. D'après Gotgrave, grupper signifie : attraper, 
proprement accrocher (Oudin). En patois de Ghampagne, grup- 
per, c'est saisir. 

MoRFiAiLLER (Rabelais), manger. En argot, morjier, manger, 
d'où morfe. repas, morfiante, assiette. — En Hainaut, aujour- 
d'hui, morf aller, manger avidement. En Ghampagne, morfiller, 
mâcher. En Berry, morjier, manger avidement. A Genève, 
morfer. En provençal, morfi, grande tranche de pain, morfio, 
goinfrerie, et mourfia, bâfrer, etc. Tous ces termes proviennent 
d'une onomatopée par laquelle on voulait exprimer le mou- 



^38 COMPTES-RENDUS. 



vemeni des joues lorsqu'on mâche lentement, surtout les 
personnes qui n'ont pas de dents. Cf. Rev. des Etudes rabe- 
laisiennes, loob, p. 407. 

Salvernk (Rabelais, IV, 3i; V, 34) en argot signifie tasse, 
écuelle. Aujourd'hui, à Nîmes, saliberno signifie vin (ternie 
burlesque), proprement : tasse de vin. 

AuBERT (Rabelais). En argot, auber, aubert , argent. Le 
sens propre de l'adjectif auber, en ancien français (appliqué 
spécialement au peuplier blanc ou aubier), est : blanc. De 
même, en argot, plâtre signifie : argent ; en fourbesque, albume 
(blanc d'œuf) signifie : argent ; en Berry, blanc signifie : petite 
monnaie d'argent. 

Embourreurs. En argot, emboureux, amboureux^ bourreau, 
proprement celui qui embourre le cou du patient. (Cf. Rabelais 
« Embourreurs de basts. ») En ancien français, èowrre/ signifie 
à la fois bourrelet (xiiie siècle) et bourreau (xiv^ siècle), syno- 
nyme de tyrant, celui qui tire le condamné à la potence. L'an 
cien français bourrelier, bourreau, répond exactement au syno 
nyme argotique emboureux. 

FouiLLOusE (Rab., I, 38; 111, 41). En argot, feuille, fouille 
feulloui^e, fouillou^e, signifie bourse. Le terme argotique 
employé par Rabelais, a pénétré dans quelques patois (Picar- 
die, Normandie, Poitou, Gâtine). 

Havre (Rab., III, 32). En argot, havre signifie asile (Villon 
197) et Dieu (Jargon..., 1628), d'où Rabelais : « Havre de grâce 
s'escrie Rondibilis, que me demandez-vous? « 

RouART (Rab., III, 3i : « Il ne fut onques rouart »). En argot, 
la roe, la roue, c'est la justice, d'où rouastre, bourreau, rouïn, 
le prévôt des maréchaux, et rouault, archer. — En ancien fran- 
çais, on trouve roe, roue, pilori; roart (roart), rouart (rouhart), 
bourreau, prévôt des maréchaux qui condamnait à la roue 
(c'est le sens de Rabelais). 

Amadouer (Rab., III, prol. : « ... bassouoit, enclouoit, ama- 
douoit, goildronnoit, mittonnoit, tastonnoit... ») En argot, Vama- 
doue c'est une sorte de drogue « de quoy les Argotiers se frottent 
pour faire devenir jaunes et paroistres malades » {Jargon..., 
1628) et apitoyer les passants; d'où amadouer, frotter avec de 



COMPTES-RENDUS. 439 



l'amadou, substance spongieuse : c'est le sens de Rabelais. 
Plus tard, amadouer, frotter doucement, se dit surtout de l'ac- 
tion de caresser un chat ; d'où l'acception morale d'adoucir, 
de flatter, qu'on trouve déjà dans VInstitution de Calvin 
(p. 683). 

Daviet (Rab., II, 16). En argot, daviet, davier (proprement : 
petit David), david, davyot, signifient : pince, crochet à ouvrir 
les serrures. 

PiOT (Rabelais), boisson, vin (Régnier, Satires, 10 : « Leur 
voyant de piot la cervelle échaufi"ée »), s'emploie aujourd'hui 
dans la Champagne et dans la Normandie (dans celle-ci au sens 
de : cidre) ; d'où pioter, s'enivrer. En Berry, Mayenne, Vaud : 
pion, buveur, ivrogne, d'où pioner, se griser. Dans l'Yonne : 
piolée, quantité de vin absorbée par un ivrogne. Tous ces 
termes sont d'origine argotique, mais avaient pénétré en moven 
français dès le xve siècle. Cf. Rev. des Études rabelaisiennes, 
1906, p. 408. 

J. B. 

Ferdinand Brunot. Histoire de la langue française des 
origiyies à lyoo. T. I : De l'époque latine à la Renais- 
sance. T. II : Le XVI^ siècle. Paris, Armand Colin. 

La première ébauche de cette Histoire de la langue française 
est dans une série d'articles qui accompagnaient V Histoire de 
la littérature française, publiée sous la direction de M. Petit de 
JuUeville. « Il est à souhaiter, écrivait Gaston Paris dans le 
Journal des Savants (1897), que M. Brunot, une fois terminée 
la grande publication collective à laquelle cette œuvre est 
annexée, l'en dégage pour en faire un livre à part, qui sera 
assurément, quand il l'aura revu, complété et perfectionné, un 
des livres les plus importants, les plus distingués et les plus 
utiles que la philologie du xixe siècle léguera à l'âge qui vient. » 
L'ouvrage actuel réalise le vœu de Gaston Paris. Mais, déta- 
chée de la collection à laquelle elle avait primitivement été 
adaptée, cette Histoire de la langue française se trouve main- 
tenant complètement transformée; elle n'a pas seulement été 
remaniée : elle a changé de caractère ; elle est devenue une 
« œuvre technique à l'adresse non plus de ceux qui veulent lire, 



440 



COMPTES-RENDUS. 



mais de ceux qui veulent étudier «. A tous ceux qui étudient 
Rabelais ou se soucient simplement de le mieux lire, nous 
voudrions montrer par une simple analyse quelles précieuses 
ressources ils trouveront dans le tome II : Le XVh siècle. 

Il se divise en trois livres. Le premier, L'émancipation dit 
français, nous retrace la lutte entreprise par les savants pour 
substituer leur « langage vulgaire )> au latin, tenu jusqu'alors 
pour la seule langue littéraire et scientifique. La tâche était 
ardue. Pour un lettré, se servir du français c'était se déclasser, 
c'était « s'avouer un homme d'un rang et d'une science infé- 
rieurs ». Si utile que parut, aux savants comme aux souve- 
rains, la vulgarisation des sciences, elle rencontrait dans les 
traditions de l'Église et de l'École des obstacles formidables. 
On jugera de la force de ces traditions non seulement dans la 
Faculté des arts, mais même dans la Faculté de médecine par 
une anecdote curieuse (p. lo). En i5yS, la Faculté de médecine 
de Paris faisait le procès d'un empirique, Roch Baillifde la 
Rivière, qui se réclamait de Paracelse. « La commission des six 
délégués nommés par elle pour juger l'imposteur refusa de dis- 
cuter des théories exprimées en français, estimant à priori 
qu'un homme qui ne savait pas le latin et n'avait pu lire par 
conséquent ni Hippocrate, ni Galien, ni Avicenne était incapable 
de guérir. » On lui fit donc passer un examen de latin ; on 
demanda à l'inculpé d'abord un thème oral, puis, sur son 
refus, un exercice écrit. 

Pourtant, dans la médecine comme dans les autres sciences, 
mathématiques, physiques, historiques, etc., il se rencontra des 
esprits hardis qui entreprirent de mettre les connaissances 
médicales à la portée de ceux qui « n'étaient aucunement ins- 
titués es langues ». C'est par l'intermédiaire de deux sciences 
auxiliaires, la chirurgie et la pharmacie, tenues pour inférieures, 
que le français s'introduisit peu à peu dans la médecine elle- 
même; et ce sont d'anciens élèves de la Faculté de médecine 
de Montpellier, des disciples de Rondelet, des médecins lyon- 
nais, un Symphorien Champier, un Tolet, un Canappe qui les 
premiers conquirent de nouveaux domaines au français. Mont- 
pellier et Lyon s'associèrent pour cette œuvre : Montpellier 
fournit ses hommes, Lyon ses presses. Il faut voir, dans le cin- 
quième chapitre de M. Brunot, les progrès de cette conquête 
et le tableau de cette activité de la littérature chirurgicale et 
médicale en français à Lyon, au moment même où Rabelais 



COMPTES-RENDUS. 44 1 



faisait de cette ville le siège de ses travaux, « sedes studiorum 
meorum. » On y trouvera nombre de renseignements qui aide- 
ront à l'intelligence des publications savantes de Rabelais 
(lettres-dédicaces des Epistulae Médicinales de Manardi et des 
Aphorismes d'Hippocrate) et des indications précieuses pour le 
commentaire des chapitres du roman, où s'étale la science 
médicale de Maître François. 

Le deuxième livre, Tentatives des savants pour cultiver la 
langue, expose les Essais de simplification et d'unification de 
l'orthographe et les Efforts pour constituer une grammaire. 
Dès le xvie siècle, la question de la réforme de l'orthographe 
était posée et discutée. Elle préoccupait non seulement les 
grammairiens et tous ceux qui voulaient « magnifier » le fran- 
çais, mais encore les imprimeurs. On les voit jouer alors un 
rôle important, peut-être décisif. Il semble bien que si, vers 
i55o-i555, la « cacographie usuelle » triompha, en dépit des 
efforts de Meigret et des désirs de Ronsard, ce fut (p. ii3-ii4) 
par suite des timidités de du Bellay et aussi par l'obstination 
de certains imprimeurs soucieux avant tout d'écouler leur 
stock. Ils résistent à la volonté formelle des auteufs, de Pele- 
tier du Mans, de Guillaume des Autels, même de Laurent Jou- 
bert, dont les ouvrages devaient pourtant être un gage de suc- 
cès pour un libraire. Bon gré, mal gré, les écrivains sont 
imprimés dans l'orthographe de leurs imprimeurs. Or, on sait 
que les diverses éditions de Rabelais comportent des variantes 
dans l'orthographe. Sont-elles dues à Rabelais ou à ses impri- 
meurs? La question a été récemment soulevée dans la i?evMe' ! 
Les études de M. Brunot nous inclinent à penser que la solu- 
tion de cette question devrait être cherchée dans les traditions 
des ateliers d'imprimerie du xvie siècle. Peut-être n'est-il pas 
possible de connaître l'orthographe véritable de Rabelais. Celle 
de ses livres est celle des protes et des compositeurs; c'est 
l'orthographe dite d'usage, dont M. Brunot note les principaux 
caractères (p. 120-123). 

Le troisième livre. Mouvement de la langue, est un tableau 
de l'histoire intérieure de la langue, « de ce qui paraît plus 
proprement appartenir à son évolution spontanée. » On devine 
que l'œuvre de Rabelais devait tenir une place considérable 

I. Cf. Revue des Études rabelaisiennes, t. V, Notes de bibliographie 
rabelaisienne, par Seymour de Ricci, p. 3o3. 

REV. DES ET. R.4BELAISIENNES. V. 2<j 



442 



COMPTES-RENDUS. 



dans celte étude. A maintes reprises, M. Brunot est amené à 
apprécier son rtMe et son influence dans le développement nou- 
veau du vocabulaire. Nous ne songeons pas à citer tous ces 
jugements : aussi bien, ils ne peuvent être séparés des déve- 
loppements dans lesquels ils s'insèrent. Le grand intérêt de 
cette étude de M. Brunot, c'est précisément qu'elle nous aide à 
mieux saisir l'originalité de l'œuvre littéraire de Rabelais en 
la replaçant dans son milieu. Quelles étaient les tendances des 
contemporains dans leur vocabulaire et leur syntaxe? Quelle 
place taisaient-ils dans leurs ouvrages aux ternies techniques? 
Favorisaient-ils la création de néologismes? Recherchaient-ils 
les mots dialectaux? Conservaient-ils les vocables archaïques 
des « vieux livres? » Dans quelle mesure était-il légitime de 
recourir, pour enrichir son vocabulaire, aux langues étran- 
gères? au latin? au grec? Quelle est la portée exacte des cri- 
tiques de Rabelais contre la « verbocination latiale » des 
« escumeurs de latin? » Autant de questions que provoque 
chez tout lecteur de Rabelais le caractère de son vocabulaire. 
Le plus souvent, le troisième livre de M. Brunot fournit quelque 
réponse à nos curiosités. S'il ne peut pas toujours donner une 
solution à ces problèmes, du moins nous enseigne-t-il les 
recherches qui permettraient d'en trouver une. Sur le vocabu- 
laire, la syntaxe et l'ordre des mots dans Rabelais, ces trois 
cents pages apportent non seulement les renseignements indis- 
pensables à qui veut goûter vraiment toute l'originalité de la 
langue de notre auteur, mais aussi les éléments d'études par- 
ticulières que l'ambition de M. Brunot serait précisément de 
susciter et d'encourager. 

Nous bornons ici notre analyse, qui n'avait pour objet que 
de montrer aux Rabelaisants de quel profit immédiat et de quel 
intérêt particulier sera pour eux l'ouvrage de M. Brunot. Nous 
avons laissé de côté des parties importantes du livre, notam- 
ment une étude sur le rôle de la Pléiade, que n'ont pas le droit 
d'ignorer tous ceux qu'intéresse l'histoire littéraire de la Renais- 
sance. Mais il n'est pas question de proportionner l'étendue de 
notre compte-rendu à la valeur d'une œuvre dont Gaston 
Paris disait, il y a dix ans, « qu'elle servira désormais de base 
à toute étude sérieuse faite sur cette période si intéressante de 
l'histoire du français et surtout du français littéraire. » 

J. Plattard. 



COMPTES-RENDUS. 443 



Pedis admiranda ou les Merveilles du pied, de Jean Dartis, 

remis en lumière avec la Vie de l'auteur, une Notice de 
Mercier de Saint-Léger, une Description de quelques 
ouvrages principalement anciens concernant le Pied et 
la Chaussure, des Notes savantes, etc., par Marcel 
Godet, élève de l'École des chartes. Paris, H. Cham- 
pion, 1907, in-i6, 128 p. 

Jean Dartis fut un brave homme de pédant, dont M. Marcel 
Godet nous conte la vie avec beaucoup de grâce. « Au dire de 
ceux qui le connurent, il était maigre et de bonne taille. L'étude 
du droit lui avait laissé peu de cheveux, qu'il garda noirs long- 
temps. Son teint brûlé, son nez en bec d'aigle, son extérieur 
ecclésiastique s'accordaient avec une habituelle austérité de 
pensées. « Né en 1772, il fut élevé chez les Jésuites de Cahors. 
Il se montra bon élève, et pourtant, à vingt-sept ans, il com- 
mençait seulement sa philosophie au collège de Rodez : en ce 
temps-là, on étudiait tard. Revenu à Cahors, Jean Dartis y prit 
ses premiers grades de droit, puis il s'en fut à Toulouse, où il 
s'orna du double diplôme de Docteur en Droit et en Théolo- 
gie. Tant de mérite lui valut la faveur de M. de Verdun : ce 
fut le commencement de sa fortune. Premier président au Par- 
lement de Paris, M. Nicolas de Verdun le logea chez lui en 
qualité de bibliothécaire et le fit nommer, en 1618, professeur 
à la Faculté de Décret; puis, en 1622, Dartis obtint au Collège 
de France la chaire de droit canon ; et c'est dans l'exercice de 
ces deux charges qu'il passa sa vie. Quand il mourut, à quatre- 
vingts ans, il laissa sa belle bibliothèque à la Congrégation 
des Bénédictins de Saint-Maur, ainsi que ses biens, sauf 
20,000 livres à la Faculté de Décret et quelques legs à son 
secrétaire et disciple Mathurin Langlais, à ses amis et à sa 
servante. 

Le bon Jean Dartis est l'auteur de beaucoup d'ouvrages trop 
graves et du Pedis admiranda. C'est un petit opuscule pédant, 
ridicule, malicieux et agréable, que M. Marcel Godet n'a pas 
eu tort de réimprimer et qu'il faut signaler aux rabelaisants. 
Ils y verront que « Pedis cognitio necessaria, verum et praeci- 
pua hominis scientia et disciplina est », que « Pedem esse rem 



444 



COMPTES-RENDUS. 



sacram », que « Pedem esse regulam omnium rcrum et vitae 
nostrae totius », et bien d'autres choses encore. Et quand ils 
auront terminé l'opuscule de Dartis, je leur recommande de ne 
point manquer à lire les deux derniers articles de la bibliogra- 
phie de M. Marcel Godet; après quoi, ils n'auront point perdu 
leur temps... 

.1. B. 



La Pharmacie en Poitou jusqu'à l'an XI^ par Pierre 
Rambaud, pharmacien en chef des hôpitaux de Poitiers. 
Poitiers, impr. Biais et Roy, in-8<^, 800 p., planches. 

Un livre de 800 pages, sur un sujet entièrement nouveau et 
composé presque exclusivement à l'aide de dépouillements 
d'archives, consciencieusement menées, voilà qui n'est pas 
commun dans l'érudition provinciale et qui met l'auteur à une 
place tout à fait à part parmi les adeptes d'histoire poitevine. 
Mais il y a plus. Sa monographie est conçue de telle sorte 
qu'elle prend une portée beaucoup plus large et qu'elle devient 
une véritable histoire générale de la pharmacie. 

Un simple aperçu des matières traitées donnera, mieux que 
tout commentaire, une idée des services que l'on peut attendre 
de cette excellente étude. Trois chapitres, un peu succincts 
peut-être, retracent le rôle de la pharmacie dans les monas- 
tères, au château, dans les villes et les campagnes avant la 
création des maîtrises (p. 7 à 71). Puis l'auteur étudie la régle- 
mentation des communautés, leur administration, leurs finances 
(72 à 128). Il nous initie aux conditions de l'apprentissage, à 
la durée du stage, aux voyages des compagnons (p. 129 à 171). 
Des détails très précis nous renseignent sur la valeur de l'en- 
seignement de la pharmacie à Poitiers, sur la création du 
Jardin royal de médecine (p. 172 à 211). Nous connaissons la 
composition du jury pour les examens de maîtrise, les ques- 
tions posées au candidat, les herborisations à la campagne, la 
confection du chef-d'œuvre, les réceptions à la maîtrise (p. 212 
à 283). Le point de vue de la réforme, à laquelle appartenaient 
nombre d'apothicaires poitevins, est tout spécialement traité. 

L'apothicaire reçu maître, nous voyons comment il s'éta- 
blissait, installait sa boutique, se procurait ses drogues (p. 309 



COMPTES-RENDUS, 44? 



à 388). Nous le suivons dans l'exercice de ses fonctions à 
l'officine et au lit des malades (p. 889 à 424). Un chapitre des 
plus curieux est consacré aux vipères du Poitou, à leur com- 
merce, à la préparation des médicaments qu'on en tirait 
(p. 425 à 454). 

Aucune des questions se rapportant à la pharmacie n'est 
laissée de côté. Nous connaissons le rôle des apothicaires en 
hygiène, en médecine légale, en toxicologie. Nous savons 
comment les veuves pouvaient exercer la profession, comment 
les officines étaient inspectées. Nous sommes renseignés sur 
les fameuses notes d'apothicaires dont on nous donne un 
exemple de 1549 'P- 4^5 à 527). L'exercice illégal de la profession 
par les chirurgiens, les droguistes et les charlatans (opérateurs, 
médecins, chimistes, saltimbanques) fournit matière à d'inté- 
ressants détails (p. 528 à 567). Enfin, après un chapitre sur les 
fournitures gratuites de médicaments aux hôpitaux, M. Ram- 
baud termine son ouvrage par une revue des apothicaires écri- 
vains et une étude sur leur état social (p. 568 à 647). Les pièces 
justificatives et la liste des apothicaires ayant exercé en Poi- 
tou occupent les dernières pages du livre (p. 648 à 701). 

On voit par cette rapide analyse tout le profit qu'on peut 
tirer de cette histoire de la Pharmacie en Poitou, bien que 
nous ayons passé sous silence les innombrables mentions 
intéressant les lettres, les arts, les mœurs en Poitou, résultat 
de recherches patientes dans les dépôts publics et les études 
de notaires à Poitiers. Pourquoi faut-il qu'aucun fil conduc- 
teur ne nous permette de nous retrouver dans cette mine iné- 
puisable de documents? Pourquoi M. Rambaud n'a-t-il pas 
donné de tables à son livre? C'est un reproche qu'il nous 
coûte de faire à un livre de cette valeur, où nous aurions aimé 
à trouver également une bibliographie des sources, aussi bien 
manuscrites qu'imprimées, consultées pour sa confection. 

Au point de vue rabelaisien, le dommage est surtout regret- 
table, car l'ouvrage de M. Rambaud est riche en explications 
pour le. commentaire. Citons, au courant d'une lecture rapide, 
l'inventaire des meubles de David Hélie (10 avril i656), où 
figurent quarante-cinq petites boîtes carrées « peinctes avec 
leurs escritaux d'or », mais nullement désignées sous le nom 
de « Silènes » (Prol., I), la note relative au vin de la Devinière 
(Haute-Vienne), sur laquelle nous différons d'avis avec M. Ram- 



446 



COMPTES-RENDUS. 



haud i/vi'»'. El. rab.. iqoO, p. 394-.''), les grottes de Passelourdin, 
les chandelles de noix du Mirehalais (p. 565, 600, 612, ySo). 
Signalons enfin une lettre de Gaucher de Sainte-Marthe au 
vicomte de Thouars (décembre 1529) et la mention du recueil 
de remèdes de Claude Gouflier, publié par M. Omont dans le 
Bulletin de la Société d'histoire de Paris, où l'on trouve des 
prescriptions de « M. de Lerné ». 

H. G. 



CHRONIQUE. 



Société des Études rabelaisiennes. — Le Conseil de la 
Société s'est réuni le 24 octobre 1907. Après avoir approuvé les 
nouvelles candidatures, il a examiné diverses questions rela- 
tives à l'édition critique de Rabelais en cours de préparation. 

— La Société s'est réunie le 24 octobre 1907, à l'École des 
Hautes-Études, sous la présidence de M. Abel Lefranc. Assis- 
taient à la séance : MM. Jacques Boulenger, Henri Clouzot, 
le Dr Dorveaux, Maurice Du Bos, Jacquemin, Michel Lazard, 
Mme G. Louis, MM. Louis Loviot, Henri Massis, Pierre Per- 
drieux, M.-L. Polain, René Sturel, V. de Swarte, MUe Taupe- 
not de Chomel. 

L'assemblée a procédé à l'admission des nouveaux membres. 
Puis M. Henri Clouzot, — avant de communiquer le résultat 
de ses recherches (publiées ci-dessus, p. 4i3) sur l'authenticité 
du Prétendu acte de i5 1 g, — a donné connaissance aux assis- 
tants d'un très intéressant document concernant le sieur de 
Saint-Ayl et son fils Ourson Laurens ; ce document explique 
pourquoi Rabelais choisit Metz comme lieu de retraite et 
permettra sans doute de trouver de nouveaux renseignements 
sur le séjour que fit en cette ville Maître François. Enfin, 
M. Abel Lefranc a montré que telle historiette du Quart Livre 
de Pantagruel se rencontrait déjà dans la traduction des Apoph- 
thegmes d'Érasme par l'élu Macault (i545), et même avant. 

— Le Conseil de la Société s'est réuni le 12 décembre 1907 
pour examiner et approuver les nouvelles candidatures. 

— La Société s'est réunie le 12 décembre 1907, à TÉcole des 
Hautes-Études, sous la présidence de M. Abel Lefranc. Assis- 
taient à la séance : MM. Jacques Boulenger, le D^ Bruzon, 
Henri Clouzot, le D"" Dorveaux, Maurice Du Bos, Endres, 
S.-C. Gigon, P. -M. Haskovec, Michel Lazard, Mme Q. Louis, 
MM. Louis Loviot, Paul Menget, J. Plattard, M.-L. Polain, 
Ruiz, Mme Salomé, MM. Sturel, Seymour de Ricci, le Dr Vi- 
zerie. 



448 CHRONIQUE. 



Après av(Mr procède à l'admission des nouveaux membres, 
l'assemblée a écouté la communication suivante, au sujet 
d'un Nouvel cx-libris de Rabelais, laite par M. Seymour de 
Ricci : 

J'ai l'honneur de communiquer ;\ la Société des Etudes rabelai- 
siennes un volume portant sur le titre la signature autographe de 
François Rabelais. Ce volume, dont l'existence m'a clé signalée 
par M. Frederick Conybcarc, membre de l'Académie britannique, 
a été acheté à Madrid, en septembre 1900, par son possesseur 
actuel, M. Ingram Bywater de Londres, l'helléniste bien connu. 
Quoique la valeur commerciale d'un semblable volume puisse se 
chiffrer sans exagération en centaines, sinon en milliers de francs, 
c'est pour la somme modeste de cinq pesetas que M. Bywater a 
acquis ce livre précieux. Son flair de bibliophile l'a donc fort bien 
servi en la circonstance. 

Le volume en question est un exemplaire bien conservé du Com- 
mentarius de anima de Philippe Melanchthon, imprimé à Wittem- 
berg, par Pierre Seitz, en 1540 (petit in-8°). 

Sur le titre, on lit, dans la marge inférieure, d'une écriture fran- 
çaise des environs de l'an 1600, la signature G. Lusson, et, un peu 
plus haut, sous la date et sépare de celle-ci par un tiret à l'encre, 
ce précieux autographe, un peu bruni par le temps : 

Franci Rabelçsi 
Ka\ Ttov àuTOu <piXwv. 

C'est ainsi que signait le grand écrivain dans la plupart des 
rares ex-libris autographes retrouvés jusqu'à ce jour. C'est l'équiva- 
lent grec de la devise ET AMICOR'VM que l'on relève dans la pre- 
mière moitié du xvr siècle sur les reliures du Lyonnais Jean Gro- 
lier, de l'Italien Thomas Maioli, de l'Anglais Wotton et du Flamand 
Marc-Laurin de Watervliet et, trois cents ans plus tard, sur les 
cent mille volumes et plus de la bibliothèque du marquis de 
Morante. 

Il est fort regrettable que le volume ne nous soit pas parvenu 
dans sa reliure originale, en vélin simple, en cuir estampé ou en 
veau fauve orné de fleurons dorés. La reliure actuelle, en vélin uni, 
cousu sur nerfs, avec tranches rouges, a été exécutée en Espagne 
au xvn" ou peut-être au xvnr siècle. 

Il est toujours important pour l'histoire littéraire de pouvoir 
reconstituer la bibliothèque d'un écrivain; pour l'étude des sources 
de Rabelais, il nous semble que le volume de M. Bywater appor- 
tera quelques données nouvelles; le Commentarius de anima de 
Melanchthon n'est pas uniquement,. comme on pourrait le croire, 
un traité de psychologie : c'est avant tout un ouvrage médical dont 



CHRONIQUE. 449 



la première moitié traite de l'anatomie du corps humain et dont 
les cinquante pages suivantes constituent un véritable traité de 
physiologie. C'est sans doute à ce titre qu'il figurait dans la biblio- 
thèque de Maître François, à côté de l'exem.plaire des oeuvres de 
Galien, que possède aujourd'hui la bibliothèque de Sheffield; il 
serait curieux de rechercher si Rabelais s'en est servi dans quelqu'un 
de ses ouvrages médicaux. Il avait publié, dès i532, une édition des 
Aphorismes d'Hippocrate. On en signale des éditions nouvelles en 
1343 et en i545; peut-être ont-elles été revues par Rabelais et y 
trouverait-on quelque citation ou quelque réminiscence du Com- 
mentarius de anima. 

Le volume de M. Bywater ne contient pas malheureusement de 
notes manuscrites. Un simple tiret à l'encre, en marge du fol. 41 r°, 
signale une curieuse étymologie de Vos sacrum. Yï^nore si Rabelais 
s'en est jamais servi dans un de ses ouvrages. 

Après cette intéressante communication, qui a donné lieu à 
des remarques judicieuses de la part de plusieurs des assis- 
tants, l'assemblée a écouté M. Jean Plattard, qui lui a fait part 
du curieux résultat de ses recherches sur Les Trésors de l'An- 
téchrist (1. III, ch. xxvi). Le manque de place nous force mal- 
heureusement à renvoyer l'insertion de ces notes à notre pro- 
chain fascicule. — Puis M. le Dr Vizerie a communiqué une 
explication ingénieuse de cette phrase : « Le cœur me bat 
comme une mitaine, » phrase qui a dérouté jusqu'à présent les 
commentateurs et que M. Vizerie rapproche d'un passage du 
Franc-archer de Bagnolet. — Enfin, M. Henri Clouzot a pré- 
senté des documents iconographiques fort curieux et se rap- 
portant à la guerre picrocholine, à la « maison de Rabelais », 
à Langeais, à l'abbaye de Seuilly et à La Roche-Glermault. 

Virgile Rabelais. — Comme complément aux notes déjà 
publiées sur la famille Rabelais, nous apportons une petite 
contribution extraite de V Inventaire analytique des archives 
anciennes de la mairie d'Angers par Célestin Port, archiviste 
de Maine-et-Loire. On lit à la page 191 du dit ouvrage : 
« Lettre du sieur Rabelays, commis à la généralité des finances 
à Tours », demandant « un petit estât contenant au vrai le nom 
« et le surnom de ceux qui ont constitutions de rente en la 
« maison de ville. » Cette pièce, datée du 3o novembre i563, 
est cotée C. C. 1 14.- 

L'identité de ce Rabelais, dont le prénom n'est pas mentionné, 
sera cependant facile à établir puisqu'on nous indique et sa 



450 CHRONIQUE. 



profession et son domicile. En effet, par d'autres documents <, 
nous savons qu'il existait à Tours un Virgile Rabelais, commis 
à la recette générale des aides entre i558 et 1567. 

H. (jKIMAUD. 

Une siiANCE de suggestion décrite par Rabelais. — Notre 
confrère M. Paul Menget nous signale dans la C/îro7ii^Me ^weWj- 
cale, numéro du t" octobre 1907, un article du Dr }1. Zilgien, 
Une séance de suggestion décrite par Rabelais. Le D"" Zilgien 
explique d'une façon originale la seconde partie du chapitre xlui 
du livre V : « Gomment l'eau de la Fontaine rendoit goust de 
vin selon l'imagination des beuvans. » D'après lui, certains 
phénomènes psychiques ont été si parfaitement étudiés par 
Rabelais que, loin de les expliquer par la sorcellerie, tout en 
les présentant sous cette couleur, il les interprète naturelle- 
ment, scientifiquement, tout comme devait le faire Montaigne 
quelques années après {Revue médicale de l'Est, igoS), et le 
Dr Liébault, de Nancy, quelques siècles plus tard. « Bacbuc 
fait tout d'abord boire l'eau de sa fontaine sans aucune sug- 
gestion; » puis elle se moque de ses trois buveurs de profes- 
sion qui ont les « gosiers enduits, pavez et émaillez », au point 
qu'ils n'ont su reconnaître le goût et la saveur de cette « liqueur 
déifîque ». Piqués au jeu, ils ne demandent qu'à recommencer 
l'expérience. Bacbuc n'a garde de les satisfaire tout de suite. 
Elle concentre leur attention sur cette idée de boire la liqueur 
déifique qui, en tout temps, a le don de les fasciner; elle exalte 
ce désir non seulement par la parole, mais encore par de gros 
et joyeux jambons; puis, lorsque la suggestibilité est ainsi 
portée à son maximum, lorsque leur cerveau est absorbé tout 
entier par cette idée de boire de bons vins, qu'il est soustrait à 
toute autre impression et que la soif les importune fâcheuse- 
ment, Bacbuc complète cette savante préparation par l'exemple 
de la manne ayant, à l'imagination des Hébreux affamés, le 
goût de diverses viandes. C'est alors seulement qu'à ces com- 
pagnons qui ne sont pas « du calibre d'un tas de veaux » ou de 
passereaux qui ne mangent ou ne boivent qu'on ne « leur tape 
la queue », la pontife Bacbuc, dont les artifices de préparation 



I. Revue des Études rabelaisiennes, t. IV, p. i56. — Société des 
Amis de Rabelais, 188S, p. 34. 



CHRONIQUE. 45 1 



ont désormais inhibé l'influence modératrice du contrôle céré- 
bral, annonce solennellement : « Icy de même, beuvans de cette 
liqueur mirifique, sentirez goust de tel vin comme l'aurez ima- 
giné. » « Et aussitôt, bien que Bacbuc ait dévoilé son secret en 
invoquant bien haut l'imagination, la suggestion opère. Elle 
opère à tel point que nos trois mécréants, Panurge, frère 
Jean et Pantagruel, plongés dans une divine ivresse, confon- 
dant Bacbuc avec le Créateur, s'en vont proclamant que Dieu 
est tout-puissant ! » 

Rabelais n'a pas dû inventer cette scène, « qu'il a sans doute 
vue maintes fois dans des séances de magie. Son mérite a été 
d'écarter toute action occulte et de comprendre qu'il n'y avait 
là en jeu qu'un principe qui, pour être vieux comme le monde, 
n'en est pas moins trop souvent méconnu : l'influence du moral 
sur le physique. » A. L. 

Eloi Johanneau et son Rabelais. — J'ai retrouvé, dans un 
catalogue d'autographes de la maison Charavay (juillet i853), 
l'analyse et des extraits d'un certain nombre de lettres inédites 
adressées à Eloi Johanneau. Quelques-unes parlent de son 
édition de Rabelais. C'est ainsi que l'orientaliste Sylvestre de 
Sacy, qu'il avait consulté au sujet des discours de Paruirge en 
langues étrangères (1. II, ch. ixl. lui écrit en 1823 : 

Je suis porté à croire que le premier n'est point arabe, bien qu'on 
y trouve quelques mots qu'on reconnaît pouvoir appartenir à cette 
langue. Mais l'usage fréquent du p, que les Arabes n'ont point, et 
les terminaisons en im paraissent éloigner l'idée d'un texte arabe. 
Le deuxième discours est indubitablement hébreu. Pour vérifier les 
altérations que les mots ont dû subir du fait des éditeurs, il fau- 
drait une des premières éditions... La plus ancienne, que je trouve 
à la Bibliothèque du Roi, est de i553. Je vous prie, si vous en pos- 
sédez une antérieure à cette date, de me la communiquer. Je me 
ferai un vrai plaisir de vous obliger si je le puis, non par affection 
pour Rabelais, dont je fais assez peu de cas, mais pour vous don- 
ner une preuve de la grande considération que j'ai pour vous. 

On voudrait bien connaître le texte de cette autre lettre de 
Guizot à Johanneau (1823), « charmante, » assure le catalogue, 
« et dans laquelle il est question de Rabelais, n Mais on ne 
nous en donne pas le contenu. En revanche, le catalogue 
reproduit ce passage lapidaire, extrait d'un billet de Grille : 



452 CHRONIQUE. 



't Dans Voltaire, il y a du KalK-lais. La différence entre les 
deux écrivains tient plus à leur caractère qu'à leur esprit. » 
Et enfin il nous cite les morceaux suivants d'une lettre de 
Nodier, qui montreront une fois de plus quelle était la curio- 
sité universelle de ce charmant esprit : 

Je vous sais gre de vous occuper de mon ami Apulée, auquel 
éditeurs et scholiasles n'entendent gucres, et qui a été longtemps 
lultimum limen de mes spéculations philosophiques. Mon ambition 
aurait été d'en donner une édition émendatissime, car il est plein 
de fautes impures qui viennent de la mauvaise foi, de la fausse 
pudeur ou de l'ânerie des copistes. Mais Dcus non nobis haec otia 
fecit... Vous avez bien raison de penser que je ne m'étais pas 
défait de mes rares éditions du Cymbalum. Ce livre me tient trop 
à cœur pour que j'y renonce, quoique vous m'ayez parfaitement 
convaincu que je n'y entendais que le sens et que vous ayez admi- 
rablement deviné les finesses de la lettre. Malheureusement, je ne 
crois pas qu'on puisse lui donner aujourd'hui, et de six générations 
par de là, un commentaire rationnel bien explicite; et je ne sais à 
quoi cela servirait dans le statu quo de... notre sotte civilisation. 
Voltaire en a parlé lui-même comme un franc étourdi qu'il était. 
Je ne l'imprimerai d'ailleurs à ma manière qu'après avoir traité 
avec vous de votre excellente clef, sous les rapports d'intérêt, et avec 
la réserve légitime de vous en rendre l'honneur. Ceci me fait sou- 
venir que vous prépariez un travail sur les clefs, qui serait inesti- 
mable, et que j'aurais fort regret de vous voir abandonner. J'en ai 
d'assez singulières que je vous céderais volontiers, celle du Cym- 
balum mtindi, que je n'ai pas trouvée, étant la seule à laquelle mes 
études spéciales me fassent attacher beaucoup de prix... Je vous 
remercie de votre notice sur l'édition de Rabelais. Je ne l'avais pas 
attendue pour reconnaître l'endroit ubi defuit manus magistri. 
Votre prétendu collaborateur (M. Esmangart) m'avait paru ce qu'il 
est : ingenium rarae texturae et infimae complexionis... 

J. B. 

Conférences rabelaisiennes. — Une conférence, organisée 
par l'Université populaire de Niort, a eu lieu le 21 novembre 
1907. M. le commandant Nicolas y a développé le sujet sui- 
vant : « Rabelais philosophe et critique social. » 

— M. F. -Ed. Schneegans a fait à la « Section Heidelberg » 
de la Gesellschaft fur ethische Kultur une conférence sur 
« Rabelais, son oeuvre et la Renaissance française ». 

Articles et livres récents. — Notre confrère M. Prokop 



CHRONIQUE. 453 



Haskovec vient de publier des morceaux choisis de Gargan- 
tua et de Pantagruel, mis en tchèque et précédés d'une étude 
fort développée sur la vie et l'œuvre de Rabelais : Rabelais. 
Stati vychovné ^ jeho dila vybral, prelozil a poptdmkami opa- 
tril i studii literdrni a vykladem dolpnil Prokop Haskovec 
(V. Praze, nâkladem dédictvi komenského, tiskem Dr. Ed. 
Grégra a Syna, 1907, in-S», cii-98 p.). L'ouvrage, où notre 
Revue se trouve souvent et aimablement citée, s'adresse aux 
étudiants et aux professeurs de Bohême. Il se compose des 
parties suivantes : a) Introduction contenant : 1° Essai sur les 
origines de la Renaissance, sur l'époque de la Renaissance et sur 
la Réforme en France; 2° la Vie de Rabelais; 3° Analyse de 
l'œuvre suivie des notices sur l'influence du roman rabelaisien 
dans la littérature et dans les arts, b) i«> Morceaux choisis : 
traductions de chapitres entiers intercalés dans un résumé 
de l'œuvre; 2° Essai sur la pédagogie de Rabelais; 3° Traduc- 
tion du dialogue rapporté par Gharondas. c) Deux appendices : 
l'un sur le problème du livre V, l'autre sur les commentaires 
et les clés de Rabelais et une bibliographie des sources et des 
livres consultés. 

— Notre confrère M. Henri Hauser poursuit ses belles 
recherches sur les sources de l'histoire de France au xvie siècle. 
Il vient de publier dans la Revue de la Renaissance (mars- 
mai 1907) une Étude critique sur la « Cronique du roy Fran- 
çois, premier de ce nom », qui prouve qu' « il n'y a pas, qu'il n'y 
a jamais eu de Cronique de François I". Il y a eu un bourgeois 
de Sens qui a recueilli des pièces imprimées en vers et en 
prose, peu nombreuses sur les années antérieures à i525, très 
nombreuses pour les années postérieures à 1539. Il les a, entre 
cette dernière date et 042, classées dans un ordre très insuffi- 
samment chronologique. Puis il a bouché les vides en glissant 
entre ces pièces des morceaux de la Mer des Histoires ». Ce 
qui se rencontre de plus précieux dans cette compilation, ce 
sont quelques notes sur les événements proprement senonais, 
toutes postérieures à i528. 

— M. Louis Thuasne a fait tirer à part son étude sur Rabe- 
lais et Villon [Revue des bibliothèques, janvier-mars 1907) qui, 
— bien que plusieurs des rapprochements proposés ne nous 
semblent pas s'imposer avec certitude, — renferme des données 
intéressantes sur les allusions assez nombreuses qui se rap- 



^54 CHRONIQUE. 



portent, dans le roman de Rabelais, soit à Villon lui-même, 
soit à son recueil de vers. 

— Notre confrère M. 11. Patry et M. Samaran viennenl de 
publier dans la Bibliothèque de l'École des chartes (1907, p. 32i- 
338) des lettres inédites de Marguerite de Navarre au pape- 
Paul III. Ces importants documents ont été fournis par les 
archives d'Etat de Naples. 

— Nous signalons dans la Revue d'histoire littéraire de la 
France (numéro d'avril-juin 1907) les curieuses pages de notre 
confrère M. René Sturel sur Une traduction manuscrite de sept 
vies de Plutarque par Amyot, antérieure de quinze ans à l'édi- 
tion originale (iSSg). « Nous avons là, pour sept vies de Plu- 
tarque, le premier état de Toeuvre d'Amyot. L'étude de ce texte 
fournit de nombreuses indications sur la méthode et les pro- 
cédés de traduction d'un auteur qui devait avoir pendant plus 
de deux siècles une influence si considérable. » Pour prouver 
cette assertion, M. Sturel publie la traduction de la vie de 
Theseus qui occupe les trente et un premiers feuillets du ms. 
fr. i3g6 de la Bibliothèque nationale. 

— M. Ad. von Bever vient de donner (chez T. Sansot) une 
nouvelle et utile publication : Les amours et autres poésies 
d'Estienne Jodelle, sieur du Lymodin, publiées sur les éditions 
originales et augmentées de pièces rares ou inédites avec une 
notice de Guillaume Colletet et des notes. 

— Un instrument de recherches extrêmement précieux vient 
d'être mis à la disposition des travailleurs : M. Georges 
Vicaire publie (à la librairie Henri Leclerc) la Table générale 
(1834-1906) du Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire (in-S^'. 
435 pages). Cette table, très détaillée, conçue sur un plan clair 
et commode, constitue un véritable modèle du genre. Que de 
notes piquantes, que de descriptions érudites perdues dans les 
soixante-treize années de ce vénérable périodique vont revenir 
au jour, grâce au labeur de M. Vicaire, et pour la plus grande 
joie des bibliographes, des critiques et des historiens! 

— Dans la Zeitschrift fiir rom. Philologie de Grober, (t. XXX, 
p. 307, 356), M. L. Sainéan publie une nouvelle série de Notes 
d'étymologie romane où les rabelaisants trouveront des obser- 
vations ingénieuses et nouvelles aux mots galimatias^ mor- 
pion, salmis, soubelin, triquenique, farfadet, godemare, etc. 



CHRONIQUE. 455 



— M. Emile Fromaigeat publie à Winterthur (Ziegler, 1907) 
une thèse : Die Komischen Elemente in Ariostos « Orlando 
furioso », qui suggère d'intéressantes remarques sur les élé- 
ments comiques au service de la Satire. A. L. — J. B. 

Nécrologie. — La Société doit malheureusement enregis- 
trer la perte douloureuse qu'elle vient de faire en la personne 
de M. le Dr Henry Folet. Ancien interne des hôpitaux de Paris, 
professeur de clinique chirurgicale, doyen honoraire de la 
Faculté de médecine de Lille et président de la Société de 
médecine du Nord, M. Folet s'était fait connaître par un cer- 
tain nombre d'intéressants travaux qui lui avaient valu, en 1898, 
le titre de correspondant de l'Académie de médecine. Il faut 
citer en particulier ses recherches sur les greffes humaines et 
animales (1872); sur l'encéphalocèle traumatique (1888); sur la 
kélotomie chez les enfants; sur l'hémophylie leucocythémique 
et la splénectomie (1892). Nous donnons ici, d'après la France 
médicale du 25 novembre 1907, les titres de ses travaux his- 
toriques; on y verra combien sa curiosité était variée et son 
activité féconde : i» La révolution de la chirurgie (Nouvelle 
Revue, 1887); — 20 La circulation du sang et ses principaux 
adversaires [Revue scientifique^ 1893); — 3° Molière et la méde- 
cine de son temps, 1895 ; — 40 Un médecin astrologue au temps 
de la Renaissance : Cornélius Agrippa [Nouvelle Revue, 1896); 
— 50 Hôpitaux lillois disparus [Mém. de la Société des sciences 
de Lille, 1898); — 6° Essai d'asepsie au xvi^ siècle [Écho médi- 
cal, 1899); — 70 Ambroise Paré [Revue de Paris, 1901); — 
S" Ambroise Paré poète [Soc. française d'histoire de la méde- 
cine, 1903); — 90 Les petits prophètes de la chirurgie (Augustin 
Belloste) [Soc. française d'histoire de la médecine, 1895); — 
10° Les fous au xvie siècle et les saints guérisseurs [Écho médi- 
cal, 1906); — 11° Rabelais et les saints préposés aux maladies 
[Revue des Études rabelaisiennes, 1906); — 120 Broussais et le 
broussaisisme [Soc. française d'histoire de la médecine Ql Écho 
médical, 1906). 

Henry Folet meurt à soixante-quatre ans. Nous prions la 
famille et les amis de notre éminent confrère, si prématuré- 
ment enlevé à ses études, de vouloir bien trouver ici l'expres- 
sion de nos sincères condoléances. J. B. 



TABLE DES MATIERES. 



Pages 

Statuts I 

Liste des membres iv 

Aux membres de la Société des Etudes rabelaisiennes. i 

L'art militaire dans Rabelais, par Stéph.-C. Gigon . 3 

Les voyages merveilleux de Cyrano de Bergerac et de 

Swift et leurs rapports avec l'œuvre de Rabelais 

{suite et fin) ^ par Pietro Toldo 24 

Les traditions populaires dans l'œuvre de Rabelais. 

L Sur la légende de Gargantua, par Abel Lefranc. 45 

Sur quelques amis de Rabelais, par Abel Lefranc. . 52 

Topographie rabelaisienne (Touraine), par Henry Gri- 

MAUD 57 

Notes pour le commentaire, par le Dr Paul Dorveaux. 84 

Ballets tirés de Rabelais au xvne siècle, par H.-E. 

Clouzot 90 

« Avoir la pusse en l'oreille, » par J. Bakat .... 98 

Deux vocables rabelaisiens avant Rabelais, par Hugues 

Vaganay 102 

Un nouvel exemplaire du Testament de Cuspidius . . 104 

Les plus anciennes mentions du Gargantua et du 

Pantagruel, par A. L io5 

Le chat et le singe dans Rabelais, d'après l'ouvrage de 

M. Sainéan, par E. Philipot 121 

Notes pour le commentaire, par Henri Potez ... i52 

De Rabelais à Montaigne : les adverbes terminés en 

-ment (complérnent), par Hugues Vaganay .... iôo'n/ 

Un livre rare : Entretien de Rabelais et de Nostrada- 

mus (1690), par Louis Loviot 176 

Tiraqueau et Rabelais et le conte de Seigny Joan, par 

W.-F. Smith i85 

Un parent de Rabelais à déterminer, par Henri Clou- 
zot 189 



TABLE DES MATIERES. 467 

Pages 

La généalogie de Pantagruel, par A. L igS 

La Brosse en Xantonge, par Henri Clouzot .... igS 

Au pays de Rabelais, par Louis Loviot 197 

Le cardinal Jean du Bellay en Italie (juin i535-mars 

i536), par V.-L. Bourrilly 233,329 

Notes de bibliographie rabelaisienne à propos d'un 

ouvrage récent, par Seymour de Ricci 286 

Cent vocables rabelaisiens avant Rabelais, par Hugues 

Vaganay 3 10 

Une mention de Tiraqueau en 1546, par J. Plattard. 3i5 
Notes linguistiques sur Rabelais, par Lazare Sainéan.^, 391/ 
Rabelais à Fontenay-Ie-Comte et le prétendu acte de 

i5ig, par Henri Clouzot 4i3 

Rabelais et Henri II, par Arthur Tilley 424 

Notes, par Henri Clouzot 426 

Un nouvel ex-libris de Rabelais, par Seymour de 

Ricci 448 

Comptes-rendus. 

Ferdinand Brunot. Histoire de la langue française des 
origines à 1900 (J. Plattard) 43q/ 

Edmond Cabié. Guerres de religion dans le sud-ouest 
de la France et principalement dans le .Quercy 
(H. C.) 218 

Louis Delaruelle. Guillaume Budé. Les origines, 
les débuts, les idées maîtresses (J. Plattard). . . 3 16 

Louis Delaruelle. Répertoire analytique et chro- 
nologique de la correspondance de Guillaume Budé 
(J. Plattard) 3 16 

Pedis admiranda ou les merveilles du pied, de Jean 
Dartis, remis en lumière..., par Marcel Godet 
(J. B.) 443 

L.-V. GoFFLOT. Le théâtre au collège, du moyen-âge 
à nos jours (Henri Clouzot) 220 

Henri Hauser. Les sources de l'histoire de France : 
xvie siècle. L (H. C.) 106 

Lazare Sainéan. L'argot ancien (1455- i85o) (J. B.) . . 435 

Pierre Rambaud. La pharmacie en Poitou jusqu'à 
l'an XI (H. C.) 444 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. V. 3o 



^58 TABLE DES MATIERES. 

Pages 

Arthur Tii.ley. François Rabelais (.1. Plattard) . . 480 

Chronique 108, 222, 323, 447 

Illustrations. 

Fac-similés du titre et du verso du titre d'un exem- 
plaire du Testament de Cttspidius 104-105 

Église de Parilly 200-201 

Église paroissiale de Seuilly. — Église de l.a Roche- 

Clermault 200-201 

La Roche-Clermault 204-205 

Les niurs de La Roche-Clermaull 204-205 

Église de Parilly 2o5 

Ancienne chapelle de La Roche-CIermault .... 206 



La Devinière 



207 



La « chambre de Rabelais » à La Devinière .... 209 

Abbaye de Seuilly, restes du cloître 210 

La Devinière. — Les « grands degrés » 210-21 1 

Vieille maison au village de Seuilly 211 

La Devinière. — Le moulin du Pont 212-213 

Abbaye de Seuilly 214-215 

Fac-similé d'un nouvel ex-libris de Rabelais .... 448-449 



ERRATA AU TOME IV (1906). 



P. 


35i, 


p. 


35i, 


p. 


352, 


p. 


353, 


p. 


355, 



P. 357, 

p. 358, 
P. 359, 
P. 36o, 

P. 363, 
P. 364, 
P. 365, 
P. 366, 
P. 367, 
P. 368, 



. II, au lieu de : yàe, lisez : yàp. 

. dernière, supprimez les deux virgules. 

. 5, au lieu de : Mars, lisez : Maro. 

, 21, au lieu de : erabroniim, lisez : crabromim. 

. 38, au lieu de : stetusticiae, lisez : justiciae. 

.21, après : femmes, ajoutez une virgule. 

. 32, au lieu de : Jliivium, lisez : fliivhis. 

. 39, au lieu de : illice nixa, lisez : illic enixa. 

. dernière, au lieu de : dus, lisez : duo. 

. 36, au lieu de : castré, lisez : castra. 

. 27, au lieu de : exempel, lisez : exemple. 

. 37, au lieu de : Lyneus, lisez : Lynciis. 

. 25, au lieu de : Antemor, lisez : Antenor. 

'extrait latin : « In Aen., V, 37 » doit être transposé avec 

l'extrait latin : « In Aen., IX, 2i3. » 

10, au lieu de : èizi, lisez : ini. 

39, au lieu de : Intiitus, lisez : Tinnitus. 

28, au lieu de : Thediti, lisez : Thetidi. 

21, au lieu de : Adonis, lisez : Adonidis. 

4, après : Tbebanorum, ajoutez un point et virgule. 

20, au lieu de : ereat, lisez : créât. 



Le gérant : Jacques Boulenger. 



Nogent-le-Rotrou, imprimerie Daupeley-Gouverneur. 



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PQ 
1692 
M 
t. 5 



Revue des études rabelaisiennes 



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