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REVUE 



DES 



ÉTUDES RABELAISIENNES 



NOGENT-LE-ROTROU, IMPRIMERIE DAUPELEY-GOUVERNEUR 



REVUE 



DES 



ÉTUDES RABELAISIENNES 

PUBLICATION TRIMESTRIELLE 

CONSACRÉE 

A RABELAIS ET A SON TEMPS 
TOME VI — 1908 




PARIS 



q 



HONORE CHAMPION n, 

LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES RABELAISIENNES 

5, QUAI MALAQUAIS 

1908 



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LES 

JEUX DE GARGANTUA 

(L. I, ch. XXII.) 



INTRODUCTION. 

Rabelais et le Jeu au xvie siècle. 

On peut être tenté de croire, lorsqu'on lit la longue 
énumération des jeux auxquels se livre le jeune Gar- 
gantua, que c'est par un effet de la fantaisie et de l'imagi- 
nation de Rabelais qu'elle atteint de si vastes proportions 
et qu'elle se poursuit, durant tout un chapitre, avec cette 
intarissable abondance; on hésite tout d'abord à penser 
que ces deux cent dix-sept jeux correspondaient, au 
xvie siècle, à des réalités, et existaient autre part que dans 
l'esprit, — qu'on sait prodigieusement fécond et créa- 
teur, — de Rabelais. Pourtant, si l'on y réfléchit, quelle 
espèce d'attrait pouvait avoir, pour le lecteur de i535 ou 
de 1542, une pareille énumération, s'il n'y retrouvait pas 
les noms familiers des jeux qui l'avaient amusé dans son 
enfance ou qui l'amusaient encore? Il aurait, dans ce 
cas, « sauté » le chapitre, — comme nous faisons, — il 
ne se serait pas intéressé à ce Gargantua dont les jeux 
lui seraient demeurés inconnus. Et ce serait une chose 
bien étrange dans l'œuvre même de Rabelais; son géant 
vit sans doute plus puissamment qu'un homme ordi- 
naire, mais à la manière des hommes. Il apprend bien 
à réciter l'alphabet par cueur au rebours (I, xiv) et à 
écrire gotticquement (ibid.) : pourquoi ses jeux ne 

REV. DKS ^T. RABELAISIENNES. VI. I 



LES JEUX DE GARGANTUA. 



seraient-ils pas ceux de tout le monde? — Il paraît donc, 
à priori, certain, que la liste du chapitre xxii, — comme 
le roman entier de Rabelais, — ne contient rien qui ne 
se rattache étroitement à la vie du xvi« siècle; et pour peu 
qu'on en fasse l'étude, cette conclusion s'affirme avec une 
force nouvelle. Il a été, malheureusement, impossible 
d'identifier tous les jeux, de donner de chacun d'eux une 
explication qui ne laisse point place au doute; mais la pro- 
portion de ceux qui ont été éclaircis autorise à imputer 
les autres à notre ignorance, plutôt qu'à la fantaisie de 
Rabelais. Il est trop commode de se tirer de la difficulté 
qu'on a toujours à comprendre parfaitement un texte 
ancien, en appelant à son aide la puissance d'invention 
propre à chaque auteur; soyons assurés, au contraire, 
que quelque investigation plus heureuse, quelque plus 
pénétrante recherche arrivera à faire apparaître ce qui 
pour nous est resté caché. Le commentaire d'un écrivain 
comme Rabelais ne peut s'édifier que lentement; il ne 
faut pas vouloir, comme dit Montaigne, lutter en gros 
ces vieux champions -là, et corps à corps, mais par 
reprinses, menues et legieres attainctes. 

Quels sont, d'ailleurs, les jeux sur lesquels toute 
donnée nous manque? Ont-ils de ces noms cocasses, 
inouïs, d'une si plaisante tournure, tels qu'en forge sou- 
vent Rabelais dans l'intention de nous amuser ? — Quand 
il nous apprend, par exemple, qu'on lit au jeune Gar- 
gantua le De modis significandi avec les commens de 
Hurtebi^e, de Fasquin, de Tropditeiilx. de Gualehaul, 
de Jean le Veau, de Billonio, Brelinguandus, et un tas 
d'autres (I, xiv), nous ne songeons pas à chercher quels 
étaient ces savants hommes, sortis tout vivants de son 
cerveau, ni à nous enquérir de leur vie, de leurs mœurs 
ou de leur position sociale. Mais quand Rabelais fait jouer 
son géant à Vespinay, ou à Vopinion, ou aux pies, ou à 
montaient, nous ne voyons point dans quel but il eût 
inventé des noms qui n'ont rien, par eux-mêmes, de 
comique ni de particulièrement évocateur. Quoique 



LES JEUX DE GARGANTUA. 



nous ne puissions expliquer ces jeux d'une façon certaine, 
il faut admettre leur existence. Et il serait aussi peu sage, 
pour des raisons inverses, de la mettre en doute, que de 
croire à celle des commentateurs du De modis signifi- 
candi. 

Examinons maintenant quelle était l'intention de 
Rabelais en insérant dans son Gargantua la longue liste 
de jeux qui nous occupe, comment elle s'y trouve amenée 
et quelle leçon, enfin, s'en dégage. N'oublions pas, tout 
d'abord, qu'au moment où elle se place, Grandgousier 
vient de retirer l'éducation de son fils à maître Jobelin 
Bridé pour la confier à Ponocrates; et celui-ci, avant de 
plier son élève à de nouvelles méthodes, et pour mieux 
pouvoir s'acquitter de cette tâche, le laisse se comporter 
quelque temps selon la discipline de ses précepteurs 
sophistes. Donc Gargantua, comme auparavant, se lève 
tard, va à l'église, étudie quelque méchante demi-heure, 
se met à table et, le déjeuner fait, se divertit à tous les 
jeux que Rabelais énumère avec complaisance; après 
quoi, il boit quelque peu, dort deux ou trois heures, 
marmotte ses patenôtres et va souper; puis on apporte 
les beaux évangiles de bojys, c'est à dire force tabliers 
(I, xxii), et Gargantua se remet à jouer... Quand il con- 
naît cette vitieuse manière de vivre (I, xxiii), Pono- 
crates entreprend de la corriger; et la part que prend 
le jeu dans cette nouvelle éducation est beaucoup plus 
restreinte et mieux entendue. Il s'agit de ne perdre aucune 
heure du jour; même quand Gargantua s'amuse, il faut 
qu'il s'instruise. Si Ponocrates fait venir des cartes après 
le repas, c'est pour apprendre à son élève mille petites gen- 
tillesses et inventions nouvelles qui lui donnent le goût de 
l'arithmétique (I, xxin) ; et si, quand le temps est mauvais, 
ils revocquent en usage l'antique jeu des tables, c'est pour 
repasser en leur esprit les passaiges des auteurs anciens 
es quel'{ est faicte mention ou prinse quelque métaphore 
sus iceluy jeu (I, xxiv). Une autre préoccupation, plus 
importante, apparaît encore : celle de développer les forces 



LES JEUX DE GARGANTUA. 



physiques de l'enfant, de faire de lui un homme robuste 
et sain. Ce qu'il lui faut, ce sont les jeux en plein air, les 
exercices violents où le corps puisse gagner en vigueur et 
en souplesse. Ponocrates, qui est très avise, ne l'oublie 
pas; et Gargantua, sous sa direction, joue à la balle\ à la 
paulme^ à la pile îrigone^, il apprend la lutte, la course 
et le saut, il s'exerce à tirer à la butte et au papegay^ 
(I, xxin). Voici donc deux méthodes que Rabelais oppose 
l'une à l'autre pour délasser l'esprit de l'enfant : l'une 
consiste à l'occuper de niaiseries et à lui enseigner quan- 
tité de jeux qui ne sont d'aucun profit pour son intelli- 
gence et font de lui le personnage tout resveux et rassoté 
(I, XV) dont maître Jobelin est le digne précepteur; l'autre 
à lui faire pratiquer quelques sports propres à former son 
être physique sans abâtardir son être moral. C'est celle-ci 
que préfère Rabelais. Il ne pense pas qu'il soit nécessaire 
d'apprendre aux enfants les deux cent dix-sept jeux de 
Gargantua; il ne voit aucun avantage à leur remplir la 
tête de choses si parfaitement inutiles et qui leur font 
perdre un temps précieux. En les remplaçant par des 
sports qui les fortifient sans les fatiguer ■*, Rabelais 
montre qu'il est en avance sur son siècle; il comprend un 

1. Ce jeu revient un peu plus loin (ibid.) : « Jouoit à la grosse 
balle, et la faisoit bondir en l'air, autant du pied que du poing. » 

2. Il est curieux de remarquer qu'aucun de ces trois jeux ne se 
trouve dans la liste du ch. xxii. Il n'est pas douteux que Rabelais 
ne les ait omis intentionnellement. 

3. On peut comparer aux passages du I" livre où Rabelais parle 
des jeux de Gargantua ce qu'on en dit dans la Seconde chronique de 
Gargantua et de Pantagruel : « Aulcunes foys il se esbatoit à jecter 
des pierres du hault de la montaigne, comme font petits enfans, 
lesquelles n'estoyent point moindres de la pesanteur de troys pipes 
de vin. Et par foys s'alloit esbatre en la forest, comme font jeunes 
jouvenceaulx w (éd. P. Lacroix, Paris, libr. des Bibliophiles, 1872, 
in-i2, p. 17). On sait de quels développements Rabelais a enrichi, 
par la suite, ce thème un peu mince. 

4. Rabelais insiste sur ce point : « Tout leur jeu nestoit qu'en 
liberté, carilz laissoient la partie quand leur plaisoit, et cessoient 
ordinairement lors que suoient parmy le corps, ou estoient aultre- 
ment las » (I, xxiiij. 



LES JEUX DE GARGANTUA. 



des premiers à quel point il est important dans une édu- 
cation complète d'exercer les corps, — suivant sa propre 
expression, — comme on exerce les âmes; il ne cherche 
pas seulement, comme les précepteurs sophistes, à amuser 
l'élève dont il a la charge, mais à tourner cet amusement 
au plus grand profit de sa santé. 

On peut être surpris, tout d'abord, que Rabelais se soit 
ainsi inquiété de la place qu'occupaient les jeux dans la 
vie des enfants au xvi^ siècle; était-elle donc si considé- 
rable? Y avait-il là un véritable danger, contre lequel il 
fallait prévenir les éducateurs ? — Rien ne convient mieux, 
pour répondre à de telles questions, que d'appeler en 
témoignage les contemporains eux-mêmes. Et nous cite- 
rons en premier lieu Mathurin Cordier, qui fut en son 
temps un excellent maître et qui apprit à bien des écoliers, 
— entre autres à Calvin, — les beautés de la langue 
latine. Dans son De corrupti sermonis emendatione* 
(i53o), sorte de recueil d'expressions à l'usage des classes, 
il consacre un chapitre entier aux termes de jeu, attestant 
ainsi leur fréquent emploi parmi les enfants ^ (Ludendi 
formulae, ch. xxxviii). Il nous apprend qu'il était interdit 
dans les collèges de jouer aux cartes et aux dés, et qu'on 
n'observait pas toujours cette défense : « lohannes et 
Petrus habuerunt ad dorsum : quia regens invenerat eos 



1. Voici comment l'auteur explique le plan de l'ouvrage : « In hoc 
opusculo fere praecedunt sermonis aut corrupti aut maie accom- 
modati formulae in Gallicam linguam, paucis admodum exceptis, 
conversae : quibus in eundem sensum statim respondent aliae Latino 
eloquio : et eae sunt quas corrupti sermonis emendationem appella- 
mus » (éd. i533, fol. a VIII, r"). 

2. Il est intéressant de citer ici tous les jeux qu'on rencontre dans 
ce chapitre : ce sont la paulme, la balle [pila], la courte boule, la 
grand boule, la mousche, les barres, le citevau fondu, la savate, le 
pot cassé, la course, le saut, la danse, le palet, les claquettes, la 
quille, la- crosse, les chartes, les dets, les clef:{, les jectons sur la 
table, la vessie pleine de vent {ludus vesicae), les joncliet:^, les osselets, 
les tablettes, le per ou non, les dames, les escheti, le jensey, la noix 
la toupie, la trompe. . . , . ^ 



LES JEl'X DE GARGANTUA. 



ludentes ad chartas'. » — « Et jure quidem optimo, « — 
ajoute Cordier en bon latin. — ^( Hune enim ludum et illi- 
beralem et perniciosum pueri angue pejus odisse debent » 
(§ 41). Plus loin, le dialogue suivant s'engage entre deux 
écoliers : « Vis tu ludere ad detos? — Ego nolo. — 
Quare? — Quia est lusus defensus. — Quare? — Quia 
dicunt quod est peccatum mortale. » Et Cordier, qui est 
moraliste à ses heures, conclut en disant : « Abstineant 
omnino pueri aléa : Hoc est Omni ludo, qui in sorte con- 
sistit : qualis est chartarum ludus, et tesserarum, et 
talorum « [^ 42). Ces conseils, il faut le croire, n'étaient 
pas inutiles; on les trouvait déjà, sous une forme drama- 
tique, et, si l'on peut dire, mis en action, dans la Moi-alitc 
des Enfants de Maintenant^. On y voyait Malduict, 
Jabien et Finet, entraînés par Luxure, jouer avec elle au 
glic, au franc du carreau, à la merelle, à la chance; et les 
spectateurs s'intéressaient à ces parties qui se disputaient 
devant leurs yeux, ils en suivaient sans se lasser tous les 
incidents; ils comprenaient que la jeunesse se laissait 
corrompre par cette funeste passion du jeu dont on leur 
montrait les effets, et qu'excitaient encore les victoires 
répétées de Luxure. C'est contre elle qu'un père, à cette 
époque, mettait en garde son fils; sachant combien était 
forte la tentation, il lui disait : 

Mon enfant ne joue point aux jeux 
Hasardeux, maulvais, decepvables, 
Comme de cartes ou de tables, 
Car certes ilz sont périlleux*. 

Et c'est encore de cette même fureur du jeu, sans cesse 



1. Tel était le latin barbare dont usaient les écoliers, et que reprend 
Mathurin Cordier. 

2. Publiée dans V Ancien Théâtre Français, par Viollet Le Duc, 
t. III. 

3. La doctrine du père au fils, dans le Recueil de poésies françaises 
des XV' et XVI' siècles, t. II, p. 242. 



LES JEUX DE GARGANTUA. 



grandissante, dont se plaignait Vauquelin de la Fresnaye 
en écrivant à son fils Guillaume : 

Les Muses ne sont plus en cet âge écoutées, 
Et les vertus au loin de tous sont rejetées. 
Les jeunes de ce temps sont tous achalandez 
Aux boutiques des jeux de cartes et de dez^. 

Ce n'est donc pas sans raison que Rabelais, en suppri- 
mant de la vie de son élève les jeux qui y tenaient tant de 
place auparavant, s'est élevé contre l'abus qu'on en faisait. 
Et il a ainsi voulu indiquer qu'il fallait arrêter chez 
l'homme, dès sa jeunesse, une passion qui, dans son âge 
mûr, l'occupait tout entier et était alors presque géné- 
rale. Le nombre même des jeux qu'énumère Rabelais, les 
fréquentes mentions qu'en font les auteurs du temps sont 
une preuve suffisante de l'importance qu'ils avaient dans 
la vie du xvi^ siècle. Un des écrivains qui nous donne sur 
cette époque les plus précieux renseignements, Éloy 
Damerval, trace, dans le Livre de la Diablerie (iSoy), 
un tableau assez saisissant de la funeste existence des 
joueurs : 

Mais c'est pitié que de leur vie : 
Hz n'ont de besongner envye. 
Si tost qui leur monte en la teste, 
Soit jour ouvrier ou jour de feste, 
Hz sont prestz dès le point du jour 
D'aller là prendre leur séjour. 
Chante le prestre bas ou hault, 
C'est tout ung, il ne leur en chault 
Ne du prestre ne de la messe. 
Hz ont fait ensemble promesse 
D'estre là des le plus matin... 

[Second livre, ch. m.] 

I. Livre IV des Satyres françaises. Éd. Julien Travers, Les 
diverses poésies de Jean F, sieur de la Fresnaie, Caen, Le Blanc- 
Hardel, 2 vol. in-8°, 1869-70; t. I, p. 337. 



LES JEUX DE GARGANTUA. 



Et le poète montre comment finissent ces parties pour 
lesquelles ils oublient leurs devoirs les plus sacrés : 

Quant ilz se voyant en malheur, 
Frappent des piedz sur le plancher 
Tant fort qu'ilz font tout trebuscher... 
Nuisent, cryent, tencent, debatent 
Et si lourdement s'entrebatent, 
Qui s'entre tuent à la fois, 
Dont n'ay pas grant dueil toutefois. 

[Ibid.] 

Les titres mêmes des chapitres en disent assez long 
sur les intentions moralisatrices d'Éloy Damerval, et 
indiquent combien était capitale pour lui cette question 
du jeu : « Comment les joueurs sont ydolatres en faisant 
du jeu leur dieu » (second livre, ch. viii). — « Comment 
les joueurs tuent leurs corps, perdent leurs biens et tuent 
leurs âmes » (ibid., ch. ix). L'insistance qu'il met à con- 
damner le jeu, la passion avec laquelle il développe ses 
arguments sont autant de preuves que c'était là un sujet 
de première importance et qui atteignait l'homme dans 
une de ses habitudes les plus chères. Nous en avons un 
témoignage plus frappant encore : ce sont les contrats de 
non jouer, dont l'usage s'était établi dès le xiv^ siècle', et 
dont on trouve encore des exemples à l'époque de Rabelais. 
Par ces contrats, passés devant notaire, on s'engageait à 
ne plus prendre part à aucun jeu, ou à s'interdire certains 
jeux expressément désignés, pendant une période de temps 
que l'intéressé déterminait lui-même. C'est ainsi que, le 

I. M. Henry d'Allemagne, dans son livre sur les Cartes à jouer du 
XIV' au XX° siècle, cite un contrat de ce genre qui remonte à 
l'annce i38i et qui fut passé devant un notaire marseillais, entre un 
certain Jacques Jean, qui allait s'embarquer pour Alexandrie, et 
deux de ses amis : « Jacques Jean promet de ne prendre part à 
aucun jeu, ni comme acteur ni comme parieur, à partir du moment 
où il mettra le pied sur le navire, pendant tout le temps de son 
absence et huit jours après son retour à Marseille^ sous peine de 
payer i3 Horins d'or pour chaque infraction » (t. I, p. 12-14). 



LES JEUX DE GARGANTUA. 



10 mars i520, un cordonnier et un tisserand, sentant eux- 
mêmes le besoin de se préserver contre une passion qui 
les ruinait, font dresser un acte dans les formes, où il est 
écrit : « Primo concordaverunt quod... de novem annis 
proximis a die présente incipientibus et inde in anthea 
computandis, non ludet a l'essiich, a las cartas^ al das, a 
las cartas burlos ' et a las qiiilhas et a la palma et a degim 
aultj'e juoc a l'essuch-. » Il fallait que le péril fût bien 
grand, pour que ces braves gens sentissent la nécessité de 
recourir au notaire afin d'affirmer leur volonté de ne plus 
jouer; il ne leur suffisait pas de se le promettre à eux- 
mêmes; dans leur respect de la chose écrite et durable, 
ils pensaient qu'un engagement solennel les liait davan- 
tage que la plus ferme résolution. 

A défaut des témoignages des contemporains et des 
contrats dont nous venons de parler, nous trouverions 
une preuve irrécusable de la passion du jeu au xvi^ siècle 
dans les édits et les ordonnances qui furent rendus à cette 
époque pour enrayer l'entraînement général qui y portait 
toutes les classes de la société. Les premières mesures 
prohibitives datent de plus loin : déjà en iSgy, le prévôt 
de Paris fait défense aux gens de métier de jouer les jours 
ouvrables à la paume, à la boule, aux dés, aux cartes et 
aux quilles. Le mal n'avait pas diminué au xv^ siècle, 
puisque Charles VllI se voit encore forcé, en octobre 
1485, d'édicter contre le jeu les peines les plus sévères. 
Un an avant la publication à Lyon de Pantagruel^ Fran- 
çois 1er, qui eût dû être indulgent pour des fautes dont il 
donnait l'exemple, interdit « à tous ceux qui manient nos 

1. « Jeu de boules, analogue au jeu du bouchon; il consiste à 
tirer sur une boule qui porte les enjeux de tous les joueurs. Le 
carto-burlo était sans doute un jeu de hasard ainsi appelé parce 
qu'on mettait tous les enjeux sur une même carte. » (Note de M. Mireur, 
voir plus bas.) 

2. Bulletin du Comité des travaux historiques et scientifiques. Sec- 
tion d'hist. et de phil., 1884, P- 85. Comm. de M. Mireur sur les 
Contrats contenant l'engagement de ne plus jouer. Sur le même 
sujet, voir Mémoires de l'Académie des sciences de Dijon, 1829, 
p. 242. 



lO LES JEUX DE GARGANTUA. 

deniers et finances de jouer à quelque jeu que ce soit, et 
ce sur peine de perdition de leurs états, d'être fustigés et 
bannis à perpétuité et leurs biens contisqués... ». En 1541, 
c'est le Parlement de Paris qui intervient; par un arrêt 
en date du 22 décembre, il défend « à toutes personnes de 
la ville et faubourgs de Paris de souffrir qu'on joue aux 
dés et aux cartes dans leurs maisons, à peine contre les 
maîtres du jeu de punition corporelle et, contre les 
joueurs, de prison et d'amende arbitraire'. » Cet arrêt est 
particulièrement important, car il précise pour nous 
l'époque où s'ouvrirent les premiers tripots; il nous 
apprend que les joueurs se donnaient rendez-vous dans 
certaines maisons pour s'adonner à leur passion favorite, 
— et le nombre de celles-ci devait être déjà assez considé- 
rable, puisque le Parlement de Paris ne jugeait pas bon de 
les tolérer^. 

On a pu remarquer que toutes les défenses dirigées 
contre le jeu s'adressaient principalement à la petite 
bourgeoisie et aux gens du peuple; il ne faudrait pas en 
conclure que les personnes de condition n'en eussent pas 
besoin. Plus que partout ailleurs, le mal sévissait à la cour; 
mais on permettait aux grands ce qu'on interdisait aux 
petits. Le jeu était considéré comme un amusement de 
gentilhomme qui ne pouvait convenir au commun sans 
danger : comment se fût alimenté le trésor, si ceux qui 
payaient les impôts eussent eu le droit de se ruiner, tout 
comme les nobles et puissants seigneurs? En les obli- 
geant à garder leurs beaux écus pour un meilleur usage, 
le roi n'agissait pas tant dans leur intérêt que dans le 
sien propre. Il n'obtint jamais, d'ailleurs, le résultat qu'il 
désirait; les édits, les arrêts, les ordonnances restèrent 
lettre morte. Une passion qui tient de l'homme même ne 

1. Nous extrayons ces textes du livre de M. Henry d'Allemagne, 
op. cit., t. I, p. 438-440. 

2. Noël du Fail, dans les Contes d'Eutrapel (i585), parle d'un Pro- 
vençal, demeurant rue Saint-Antoine, qui, « sous couleur d'astro- 
logie », tenait une maison de jeu. Voir p. 22-23. 



LES JEUX DE GARGANTUA. 



peut être ébranlée par les mesures qu'on prend contre 
elle, et celle du jeu, que les pouvoirs publics n'ont cessé, 
depuis le xiv^ siècle, de poursuivre, est aujourd'hui plus 
vivace que jamais. 

Ainsi Rabelais, — et c'est à quoi nous voulions en 
venir, — a soulevé, à propos de l'éducation de Gargan- 
tua, une question qui était, à son époque, d'une passion- 
nante actualité. Ce n'est pas dans une intention purement 
plaisante qu'il a dressé, au premier livre, une liste de 
deux cent dix-sept jeux; elle répondait, pour ses lecteurs, 
à des préoccupations dont la gravité ne nous échappe 
pas. En cherchant quels étaient son vrai sens et sa portée, 
nous nous sommes conformé aux conseils mêmes que 
donne Rabelais dans son prologue : ne nous avertit-il 
point que les matières qu'il traite ne sont pas aussi 
« folâtres » que le titre semble l'indiquer? « Et posé le cas 
qu'au sens literal vous trouvez matières assez joyeuses et 
bien correspondentes au nom, toutesfoys pas demourer 
là ne fault..., mais à plus hault sens interpréter ce que par 
adventure cuidiez dict en gayeté de cueur. » Les com- 
mentateurs de Rabelais verront toujours dans ces mots 
une excellente excuse à leur ambition de tout expliquer. 



12 LES JKUX DK GARGANTUA. 



NOTES BIBLIOGRAPHIQUES. 



I. Nous nous sommes servi, pour le texte et l'orthographe, 
de l'édition de François Juste, Lyon, 1542, in-i6. La liste des 
jeux de Gargantua fait partie du ch. xxii, intitulé : Les jeux de 
Gargantua. Chaque nom de jeu occupe une ligne; aucune 
virgule ne le sépare du suivant. La liste va du fol. 56 verso au 
fol. 61 recto. 

II. Dans l'édition de i535, Lyon, François Juste, in-i6, — 
que nous désignons par la date dans nos variantes, — l'énumé- 
ration des jeux fait partie du ch. xx, intitulé : L'estude et diète 
de Gargantua scelon la discipline de ses précepteurs Sorbo- 
nagres. Les noms de jeu se suivent sans alinéa ; ils sont séparés 
par des virgules. Dans cette édition, 16 jeux manquent qui 
se trouvent dans celle de 1542; ce sont : à la malheureuse, au 
fourby, à passe~dix, au lansquenet, au martres, à escorcher le 
renard, au vireton, au picquarome, à rouchemerde, a angenart, 
à escharbot le brun, à je vous prend sans verd, a bien et beau 
s'en va quaresme, au pinot, à maie mort, aux croquinolles. 
Deux jeux, qui se trouvent une fois dans l'édition de Fr. Juste, 
1542, se trouvent deux fois dans celle-ci : au propous et au 
pallet. 

III. Dans l'édition d'Estienne Dolet, Lyon, 1542, in-i6, — 
que nous désignons dans nos variantes par le nom de l'impri- 
meur, — l'énumération des jeux fait partie du ch. xx, intitulé : 
L'estude de Gargantua, selon la discipline de ses précep- 
teurs. Comme dans l'édition de Fr. Juste, 042, chaque nom 
de jeu occupe une ligne, et aucune virgule ne le sépare du 
suivant. La liste va de la page 96 à la page io3. Dans cette 
édition, douze jeux manquent qui se trouvent dans celle de 
Fr. Juste, 1542; ce sont ceux qui manquent dans l'édition de 
i535, sauf le vireton, le pinot, la maie mort et les croquinolles. 



LES JEUX DE GARGANTUA. l3 



INDEX 

DES OUVRAGES LE PLUS SOUVENT CITÉS. 

Adry. Dictionnaire des Jeux de l'Enfance et de la Jeunesse 
che^ tous les peuples, par J. F. A. Y., Paris, Barbou, 1807, 
in-i2. 

Allemagne (Henry-René d"). Les Cartes à jouer du XI V'^ au 
XX^ siècle, Paris, Hachette, 1906, 2 vol. in-40. 

Ancieti Théâtre François depuis les Mystères jusqu'à Cor- 
neille, publié par M. VioUet-le-Duc, Paris, Jannet, Bibl. 
elz., 1854-57, 10 vol. in-i6. 

AuBiGNÉ (Th. Agrippa d'). Œuvres complètes, publiées par 
E. Réaume et F. de Caussade, Paris, Lemerre, 1873-92, 
6 vol. in-80. 

Baïf (Jean-Antoine). Euvre en Rime, publiée par Ch. Marty- 
Laveaux, Paris, Lemerre, 1881-90, 5 vol. in-80. 

BoucHET (Guillaume, sieur de Brocourt). Les Serees, avec 
notice et index par C.-E. Roybet, Paris, Lemerre, 1873-82, 
6 vol. in-i2. 

Branthôme. Œuvres, publiées par P. Mérimée et L. Lacour, 
Paris, Jannet, Bibl. elz., i858-95, i3 vol. in-i6. 

Cholières. Œuvres, publiées par P. Lacroix, Paris, Jouaust, 
1879, 2 vol. in- 12. [Les neuf matinées et Les apresdinees). 

GoQuiLLART (Guillaume). Œuvres, publiées par Ch. d'Héri- 
cault, Paris, Jannet, Bibl. elz., 1857, 2 vol. in-i6. 

CoRDiER (Mathurin). De corrupti sermonis emendatione, tertia 
editio, Paris, Rob. Estienne, i533, in-12. 

Damerval (Éloy). Le livre de la deablerie, s. 1., 007, in-fol. 

Dictionnaire des Jeux Familiers ou des Amusements de société 
(partie de V Encyclopédie méthodique par une société de gens 
de lettres, de savans et d'artistes), Paris, an V, in-40. 

Dictionnaire des Jeux mathématiques (partie de VEncyclo- 

pédie méthodique), Paris, an VII, in-40. 
EsMANGART ct Eloi JoHANNEAU. Œuvrcs de Rabelais, éd. Vario- 



14 LES JEUX DE GARGANTUA. 

rum, augmentée de pièces inédites.,., Paris, Dalibon, 1823, 
g vol. in-80. 

Fail (Noël du). Œuvres facétieuses, publiées par M. Assézat, 
Paris, Daffis, Bibl. elz., 1874, 2 vol. in-i6. 

La Friquassee Crostestyllomiee des antiques modernes Chan- 
sons, Jeux et menu fretel des petits Enfans de Rouen... 
Reproduite littéralement d'après l'imprimé de 1604, avec une 
notice d'A. Pottier, Rouen, Boissel, i863, in-12. 

FROissART.Poeji'e^, publiées par A. Scheler, Bruxelles, Devaux, 
1870, 3 vol. in-80. 

GuiLEviLLE (Guillaume de). Le Romant des trois Pelerinaiges..., 
chez Barthole et Jehan Petit, s. d., petit in-fol. Cet ouvrage 
a été réimprimé par les soins du Roxburghe Club, à Londres, 
Nichols and Sons, 1893, 3 vol. in-40. 

Guillaume (Maître). Le Voyage de M^ Guillaume en l'autre 
monde vers Henry Le Grand, Paris, 1612, in-80. 

Jusserand (J.-J.). Les Sports et Jeux d'exercice dans l'An- 
cienne France, Paris, Pion, 1901, in-12. 

Le Duchat. Œuvres de Maître François Rabelais, avec des 
remarques historiques et critiques. Nouvelle édition, Ams- 
terdam, 1741, 3 vol. in-40. 

La Maison des Jeux Académiques..., Paris, Estienne Loyson, 
1668, in-12. 

Marguerite, reine de Navarre. Heptaméron, publié par Le 
Roux de Lincy et A. de Montaiglon, Paris, Eudes, 1880, 
4 vol. in-80. 

Marty-Laveaux (Ch.). Œuvres de Maistre François Rabelais, 
Paris, Lemerre, i863-i9o3, 6 vol. in-80 <. 

OuDiN (Antoine). Curiosité:^ françoises..., 2e édition, Paris, 
Sommaville, i656, in-12. (La ire éd. est de 1640.) 

PÉRiERs (Bonaventure des). Œuvres françoises, publiées par 
Louis Lacour, Paris, Jannet, Bibl. elz., i85G, 2 vol. in-i6. 

Recueil de poésies françaises des XV'^ et XF/c siècles, Paris, 
Jannet, Bibl. elz., 1855-78, i3 vol. in-i6. 

I. Nous avons suivi le texte de cette édition dans toutes nos cita- 
tions de Rabelais, sauf, bien entendu, pour la liste du ch. xxii. 



LES JEUX DE GARGANTUA. l5 

Régis. Rabelais, Gargantua und Pantagruel ans dem fran^ô- 
sischeu verdetitscht..., Leipzig, Barth, 1832-41, 4 vol. in-80. 

Rolland (Eugène). Jeux et rimes de l'Enfance, Paris, Mai- 
sonneuve, i883, in-i8. 

Stella (Jacques). Les Jeux et Plaisirs de l'Enfance, gravés 
par Claudine Bonzonnet-Stella, Paris, 1657, in-40. 

Tabourot (Etienne). Les Bigarrures et Touches du Seigneur 
Des Accords, avec les apophtegmes du sieur Gaulard et les 
Escraignes Dijonnoises. Dernière édition de nouveau aug- 
mentée..., Paris, Théodore Girard, 1662, in-12. 

Urquhart (Sir Thomas), and Peter Le Motteux. Rabelais, 
Gargantua and Pantagruel, translated into English, annis 
1653-1694, with an introduction by Charles Whibley, Lon- 
don, 1900, 2 vol. in-80. 



LES JEUX DE GARGANTUA 



... Là jouoyt : 

Au FLUX. — Le mot Jlux a deux acceptions voisines, 
mais différentes, qu'il importe de bien distinguer : c'est 
d'abord un jeu de cartes (celui dont il est ici question), et 
c'est aussi un terme de jeu qui désigne une certaine suite 
de cartes, indépendamment des combinaisons qui en font 
usage. 

i'' Le Flux se jouait à quatre; on donnait à chacun un 
certain nombre de cartes, et celui qui en recevait le plus 
de la même couleur avait le flux et gagnait. — Ce jeu, 
qui arrive le premier dans la liste de Rabelais, paraît avoir 
été fort en honneur au xvi^ siècle; les mentions qu'en font 
les auteurs du temps sont très nombreuses. Sa vogue était 
déjà grande vers i5oi, sous le règne de Louis XII, ainsi 
qu'en témoigne Hubert Thomas, dont la Vie de l'électeur 
palatin Frédéric IP est citée, à ce propos, par Le Duchat 
(t. I, p. 78] : « Rex vero Ludovicus- et plerique alii, spec- 
tantibus militibus, coronatorum chartis ludebant, ludo ea 
tempestate frequentissimo, quem etiamnum hodie Fluere 
appellant. » Eloy Damerval, qui, en plusieurs endroits 
de son Livre de la Diablerie (iSoy), s'indigne contre la 
passion du jeu, fait dire à Satan : 

Affin qu'ilz n'usent leurs soliers 
Hz ne hobent de leurs maisons. 
La jouent en toutes saisons... 
A ung tas de jeux superflux 
A la condampnade et au flux. 

[Second livre, ch. m.] 

1. Francfort, 1G24. 

2. Louis XII. 



LES JEUX DE GARGANTUA. l'y 

Menot, cité dans Du Gange (glissis), nous apprend que 
les cordeliers pratiquaient quelquefois le Flux qui, comme 
tous les jeux de hasard, était sévèrement défendu aux 
ecclésiastiques : « Si videretis fratrem nostri Ordinis 
solum in taberna ludentem taxillis, chartis, Glissi et 
fluxui. » Et plus loin : « Qui ludit ad ludum chartarum, 
du Glic, du flus, de la triomphe. » 

Nous lisons dans une Épitaphe composée par Roger 
de Collerye, dont les œuvres furent publiées en i536, les 
vers suivants : 

Au flux, au cent, au glic, au tricquetrac, 
Il s'esbatoit, souvent estoit à flac^ 

Dans un autre passage (épître XXI, p. 56), le même poète 
mentionne un « jeu de la Flac »; l'éditeur Gh, d'Héri- 
cault pense que c'est peut-être « le flux dont parle Rabe- 
lais, et qui est encore usité en Picardie ». Il est possible 
que Roger de GoUerye, pour rimer avec tricquetrac, ait 
changé flux en flac (nous trouverons une licence analogue 
au jeu de Pet en gueulle); on s'étonne cependant que le 
poète, qui, dune part, connaissait le jeu du Flux, et, de 
l'autre, pouvait terminer son vers, comme dans l'épi- 
taphe, par l'expression être à /lac, ait préféré altérer le 
nom d'un jeu alors si répandu. 

Dans cette rapide revue de quelques écrivains du 
xvi^ siècle, on ne saurait oublier Rabelais lui-même, qui 
ajoute, à la fin du chapitre xxii : « Apres souper venoient 
en place les beaux évangiles de boys, c'est a dire force 
tabliers, ou le beau flux, un, deux, troys, ou à toutes 
restes pour abréger. » Il ne faut voir dans cette répétition 
qu'une preuve nouvelle de la vogue du flux à cette époque : 
lorsque Rabelais pense à des jeux de cartes, le premier 
qui se présente à son esprit est le flux, 

La Farce des Cinq Sens (publiée à Lyon en i545) con- 

I. Œuvres, éd. Ch. d'Héricault, Paris, Jannet, Bibl. elz., i855, 
in-i6, p. 285. 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. VI. 2 



l8 LES JEUX DE GARGANTUA. 

tient un passage curieux dans lequel le Flux et d'autres 
jeux de cartes sont opposés aux jeux de « tables » et 
d'échec. On sait que les jeux de hasard avaient été inter- 
dits sous des peines très sévères et à plusieurs reprises au 
xvi<^ siècle. Aussi lisons-nous : 

Les yeulx. 

Il nous vault mieulx au tiux jouer, 
Au quinoula, ou à la prime, 
Ou à l'impérial. 

L'Homme. 

J'estime 
Le jeu des tables et des eschetz 
Plus honneste. 

[Ancien Théâtre Français, t. III, p. 3i2-3i3.J 

Bonaventure des Périers écrit dans ses Nouvelles 
Récréations et Joyeux Devis (i558) : « Après soupper, il 
fut question de jouer une heure au flus, puis l'evesque se 
voulut retirer » [Nouv. XXXIV, éd. L. Lacour, t. II, p. 34) ; 
— Claude Gauchet, dans son Plaisij- des Champs^ 1 583 : 

Chez un de ses amis, où, sous un coy silence, 
On manie le flux, la prime, ou la séquence'. 

On trouve encore dans les Contes d'Eutt~apel, de Noël 
du Fail (i585) : « Lupolde ne fut des derniers avec les 
autres Pedans, Regens et Fesseculs de la nation à ban- 
queter et boire à la mode du pays, et puis continuans 
la rubrique, à jouer à belles cartes, au flus, a première » 
(ch. XXVI, éd. Assézat, t. II, p. iqS); — dans les Matinées 
de Cholières (i585) : « ... qu'après le repas ils passeront 
deux ou trois heures à joiier au Flus, au J'ay, à la 
Séquence, à la Condemnade, au Trou ma Dame, à la 
Clef, à Remuer mesnage, et autres tels jeux qui ne sont 



I. Éd. Prosper Blancheinain. Paris, Franck, Bibl. elz., 1869, 
in-i6, p. 96. 



LES JEUX DE GARGANTUA. 19 

point défendus » (Mat. VI, éd. P. Lacroix, t. I, p. 224]; — 
dans la Chambrière à louer (fin du xvi<= siècle) : 

J'ay cartes, tarots et des prests 
De toutes sortes, propres (et) nets, 
Pour jouer au gay, à la prime, 
Au flux, au pair, à la centaine, 
Au glic ou bien au passe-dix... 

[Recueil de poésies françaises des XV" et XVI' siècles, 
t. I, p. 95.] 

On pourrait ajouter d'autres passages concernant le 
Flux à ceux qui viennent d'être cités; ils ne feraient que 
marquer davantage la place qu'occupait ce jeu au 
xvi^ siècle dans nos mœurs et dans notre littérature. Il 
est plus curieux de montrer comment certaines expres- 
sions, qu'on employait couramment au Flux, avaient passé 
dans le langage ordinaire et étaient devenues proverbiales. 
On lit en effet dans Rabelais : « En sommes nous là! dist 
Panurge [à Trouillogan]. Passe sans fluz. Et doncques, 
me doibz je marier ou non? » (1. III, ch. xxxv); — et l'on 
retrouve la même expression a Passe sans flux » dans un 
endroit assez obscur du V« livre (ch. vu). Elle était sans 
doute employée, au Flux, par le joueur dont les cartes 
n'étaient pas de la même couleur. Cotgrave, au mot 
Flux, l'explique ainsi : « Pass, I am not flush; also, let 
go, no matter, or not a pin matter. « C'est dans un de ces 
derniers sens que la prend Panurge; il ne paraît pas 
nécessaire d'adopter sur ce point le commentaire d'Es- 
mangart et Johanneau (t. "V, p. 108), qui cherchent une 
équivoque dans le mot flux : « Passe, ou plutôt parle 
sans flux de bouche, sans paroles inutiles. » L'expres- 
sion n'est pas particulière à Rabelais; on la trouve dans 
les Propos rustiques de Noël du Fail (1547) : « Hz [les 
jeunes gens] en voient tant et de divers, lesquelz avec 
leurs bravades laissent passer, et sans flux, et y sont 
autant accoustumees, qu'un asne à aller au moulin » 
(ch. VI, éd. Assézat, t. I, p. 55), — ce qui signifie : « Ils 
voient tant de sots que les femmes laissent passer avec 
leurs bravades... », c'est-à-dire dont les femmes ne s'oc- 



20 LES JEUX DE GARGANTUA. 

cupent pas. Le mot passer éveille dans l'esprit de du 
Fail l'expression passe sans /lux, et il. ajoute (là est la plai- 
santerie) : laissent passer et sans tîux. 

2° On lit dans le Dictionnaire de l'Académie (1694) au 
mot Jlux : « Se dit aussi en certains jeux de cartes, comme 
à grand Prime, à petite Prime, de quatre cartes de même 
couleur. Avoir /lux, faire /lux, avoir /lux par cinquante- 
cinq, avoir grand /lux. » C'est dans ce sens que d'Au- 
bigné, faisant un sonnet sur la Prime, et y mettant tous 
les termes de ce jeu, emploie le mot^w.v ; 

Je n'ay que trop souvent et deux cartes et trois, 
Prime cinquante-cinq, et \e fleii^ quelquefois. 

[Sonnets épigramtnatiqties, XIII, éd. Réaume et Caussadc, 
t. IV, p. 336.] 

Il est assez remarquable que l'Académie ignore le jeu 
de cartes et ne parle que du terme de jeu, et que d'Aubi- 
gné, de son côté, l'emploie seulement dans cette dernière 
acception. Si l'on réfléchit, d'autre part, que les auteurs 
cités plus haut n'en font usage que dans le premier sens, 
on est amené à conclure que le jeu de cartes, très en 
honneur au xvi^ siècle, avait disparu au xvii^, et qu'il 
n'en était resté qu'un terme de jeu dont on se servait à la 
Prime. 

L'Académie mentionne l'expression Avoir/lux comme 
se disant à grand Prime, à petite Prime. On la rencontre 
déjà, au xvi= siècle, dans ÏApologie, pour Hérodote, 
d'Henri Estienne (i566) : « Quant à celuy qui s'estant 
endormi en son Mémento, puis s'esveillant en sursaut 
cria : « Le roy boit... », nous en avons parlé ci-devant : 
mais nous n'avons pas faict mention de celuy qui cria 
« J'ay flus », pensant estre encores au jeu de cartes » 
(2'= partie, ch. xxxix) '. Il n'y a pas de raison absolue pour 
qu'il s'agisse ici du Flux plutôt que de la Prime. Pour- 
tant, l'exclamation J'ai /lus semble être joyeuse; elle 
devait rappeler à celui qui la poussait un souvenir 
agréable, une partie gagnée. Or, le joueur qui a /lux à 

I. Ed. RistelhubcT, Paris, Liseux, 1879, 2 vol. in-8°; t. II, p. 393. 



LES JEUX DE GARGANTUA. 21 

la Prime, perd; on est donc fondé à croire que le jeu de 
cartes dont il est question dans ce passage d'Henri 
Estienne est le Flux et non la Prime. 

A LA PRIME. — La Prime, comme le Flux, se jouait à 
quatre, et l'on y donnait quatre cartes; quand elles étaient 
de différentes couleurs, on avait prime et on gagnait. 
Avoir prime était donc le contraire d'avoir flux. — Jeu 
« autrefois fort en vogue », dit le Dictionnaire de Tré- 
voux. Nous l'avons déjà vu mentionné, à côté du Flux, 
dans la Farce des Cinq Sens (p. i8) et dans le Plaisir des 
Champs (ibid.); ici il vient immédiatement après le Flux. 
Ainsi les deux jeux s'associaient, aussi bien par leurs 
analogies que par leurs différences, dans l'esprit de Claude 
Gauchet et de l'auteur de la Farce comme dans celui de 
Rabelais. 

La Prime revient à plusieurs reprises dans les œuvres 
de Brantôme. Il écrit dans ses Vies des Grands Capi- 
taines du siècle dernier : « J'ay ouy dire que le plus 
grand subject que le roy prist de l'aimer fust que, jouant 
un jour en Flandres à la prime et deux autres', une reste 
grande y allant de tout, qui montoit à vingt mille escus, 
le roy d'Espaigne, allant d'affection à la prime, la vint à 
rencontrer, dont il fust très aise (car quiconque soit le 
grand seigneur et libéral est avare au jeu), soudain 
s'escriant qu'il avoit prime. Ruy Gomez avoit cinquante- 
cinq, lequel, pour n'cmpescher la joie que le roy son 
maistre avoit d'avoir rencontré prime, en monstrant son 
jeu au tiers et au quart, il jette ses cartes et les mesle 
parmi les autres, disant seulement : Je le quicte! » 
{i^" partie, ch. xxv, éd. Mérimée et L. Lacour, t. II, p. 147). 
« Ruy Gomez avait cinquante-cinq » ; chaque carte valait 
en effet un certain nombre de points. Selon Le Duchat 
(t. I, p. 78), à la petite Prime, « la plus haute des cartes 
est le Sept, qui vaut vingt et un points; celle qui suit est 
le Six, qui en vaut dix-huit; et la suivante est le Cinq, 
qui en vaut quinze. L'As vaut seize points; mais les 

I. Ils étaient donc quatre. 



LES JEUX DE GARGANTUA. 



autres cartes, c'est-à-dire le Deux, le Trois et le Quatre, 
ne valent qu'autant de points qu'ils en marquent. » Le 
Duchat n'explique pas le rapport qui existait entre le 
nombre de ces points et le fait d'avoir prime. Il est pro- 
bable qu'il fallait, pour gagner, réunir deux conditions : 
arriver à cinquante-cinq points et avoir quatre cartes de 
différentes couleurs. D'Aubigné ne dit-il pas, dans le 
sonnet déjà cité (p. 20) : Prime cinquante-cinq? — Dans 
la partie à laquelle nous fait assister Brantôme, le roi 
rencontre la prime et Ruy Gomez a cinquante-cinq : c'est 
pour faire plaisir à son maître qu'il quitte le jeu. 

Brantôme écrit encore : « Il avoit un jour convié le 
cardinal de Medicis à soupper chez luy, et amprès se 
mirent à jouer à la prime » (Grands capitaines y 2^ partie, 
ch. IX, t. III, p. ig'ij; — « Jouant aux cartes un jour et à 
la prime (car elle aimoit fort le jeu')... » [Recueil des 
Dames, 2= partie; t. XII, p. 404); — « Entr'autres il avoit 
une très belle et grosse chaisne d'or... après laquelle M, de 
Villeclair le gros se mit à faire l'amour tout un long 
temps; et ne cessa ny discontinua jusqu'à ce qu'il luy 
eust gaigné à la prime teste à teste » [Gr. cap., 2« par- 
tie, ch. XXXIV ; t. "VI, p. 88). Cette dernière phrase semble 
indiquer qu'on pouvait faire des parties à deux; c'était 
sans doute une autre manière de jouer le même jeu. Enfin 
Brantôme, qui devait être grand amateur de Prime, en 
tire une métaphore et dit dans un sens figuré : « Il fust 
adverty de bon lieu qu'il fust sage, et fust muet et plus 
doux, autrement qu'on joueroit à la prime avec luy » (Gr. 
cap., 2« partie, ch. i; t. VII, p. 341), — ce qui signifie, 
écrit en note l'éditeur, qu'on le préviendrait en le tuant; 
le mol prime a ici un double sens. 

Noël du Fail, dans les Contes d'Eutrapel (i585j, nous 
donne des détails assez plaisants sur la manière dont 
se pratiquait la Prime en certains endroits de Paris : 
« Deux ou trois jours après les perdismes [nos cinquante 
écus] chez un Provençal, demeurant en la rue sainct 

I. Il s'agit de M""* de Montpensier, « sœur de feu M. de Guise ». 



LES JEUX DE GARGANTUA. 23 

Antoine, contrefaisant le devin, ayant femme et enfans, 
mais c'estoit une grosse maquerelle, et cinq garces 
accoustrees en chaperons de velours, lesquelles sous cou- 
leur d'Astrologie, on alloit visiter et jouer à tous jeux : y 
avoit une chambre pour la Prime, où les nouvelets 
estoient mis du costé de la muraille, en l'entredeux de 
laquelle, derrière une tapisserie percée en certains endroits 
y avoit un regardeur du jeu, lequel marchant sur pédales, 
qui respondoient sous le pied des joueurs de l'autre costé, 
leur faisoit entendre les points de partie adverse » 
[Etitr., XXVI, éd. Assézat, t. II, p. 202). Ce passage, curieux 
sous plus d'un rapport, nous instruit de la vogue de la 
Prime au xvi« siècle, — puisqu'il y avait, chez ce Pro- 
vençal, une chambre spéciale pour y jouer, — et nous 
apprend que c'était un jeu défendu, — puisqu'on n'allait 
lui rendre visite que sous couleur d'Astrologie. Le jeu 
était en effet interdit dans les maisons particulières et dans 
les lieux publics; si l'on voulait contenter sa passion, il 
fallait user d'un détour. 

La Prime était encore très répandue au xvii^ siècle. On 
peut lire dans les Aventures du Baron de Faeneste (161 7) 
le récit d'une partie de Prime (1. IV, ch, x, éd. Réaume et 
Caussade, t. II, p. 600). Dans une pièce intitulée les Jeux 
de la Cour (1620) \ on trouve les vers suivants : 

Le reversis n'est, bon que pour les amoureux, 

Et la prime pour ceux quy sont pleins de finance 2. 

La Joueuse dupée ou Vlntrigue des Académies., comédie 
en un acte de J. de la Forge (1664), contient une longue 
énumération de jeux, dans laquelle se trouve la Prime. Il 
est intéressant pour Thistoire de plusieurs d'entre eux de 
citer cette liste en entier : ' ■ ' 

Le Marquis. 
Je pourrois aisément vous nommer mille jeux : 

1. Publiée dans les Variétés historiques et littéraires, Bihl. elz., 
Paris, Jannet, i855-63, 10 vol. in-i6; t. IV, p. 17-21. 

2. « Les gens de finance, en effet, primaient tout alors » (note 
d'E. Fournier). 



24 LES JEUX DE GARGANTUA. 

La beste, le berlan, la ferme, la reale, 
Le trente et un, la belle, avec l'impériale, 
Le hère, l'entre-lut, le trois, le lansquenet, 
Le hoc, le reversis, la prime, le piquet, 
La triomphe, le trut, le cubas, la chouette. 
Le jeu de Cupidon, de l'oye et de gillette. 
Le double trique-trac, le hoccat, le billard, 
Les dames, les échets, la poule, le renard. 
Le jeu des coins du monde et de toute la terre, 
Les quatre fins de l'homme, et celuy de la guerre, 
Tant d'autres jeux encore où l'on n'est point assise 

[Se. V.] 

Plusieurs de ces jeux se trouvent dans Rabelais; les 
autres étaient d'une invention plus récente. Le passage 
nous donne une idée exacte de ceux qui avaient cours 
dans la seconde partie du xvn^ siècle. 

On lit dans le Dictionnaire de l'Académie {i6g^, prime) : 
« Il y a deux sortes de prime, la grand'prime, la petite 
prime... « Le Duchat explique, dans son commentaire 
(t. I, p. 78) : « A la grande, on joue avec les figures, mais 
à la petite, où on donne à chaque Joueur quatre cartes, 
une à une, la plus haute des cartes est le Sept^... » — 
Littré [prime)., cite La Bruyère, XII : « Il ne joue ni à 
grande ni à petite prime. » — Ces deux manières de jouer 
le même jeu existaient peut-être déjà au xvi^ siècle; mais 
rien ne permet d'affirmer, soit qu'elles étaient connues du 
temps de Rabelais, soit qu'elles furent seulement intro- 
duites au siècle de Louis XIV. 

On a vu par un passage de Brantôme (p. 21) que la 
Prime se jouait en Espagne; c'était en effet de là, et 
d'Italie, qu'elle nous venait. Dans Joachim du Bellay, 
dont on se rappelle le séjour à Rome, on trouve plusieurs 
fois la forme Première, copiée sur l'italien Primiera., qui 
n'est pas autre chose que notre Prime : 

Je ne te prie pas de lire mes escripts, 

1. Les Contemporains de Molière, par \'. Fourncl. Paris, F. Didot, 
1863-75, 3 vol. in-8«; t. III, p. 3o6. 

2. La suite du passage a été citée p. 21. 



LES JEUX DE GARGANTUA. 3D 

Mais je te prie bien qu'ayant fait bonne chère, 
Et joué toute nuict aux dez, à la première... 

[Les Regrets, sonnet 143 •.] 

Ailleurs : 

Bref, je scavoy de toute chose un peu, 

Et n'estoy pas ignorante du jeu, 

Fust aux eschets, ou fust à la première. 

[Jeux rustiques, La vieille courtisane^.] 

Dans Ronsard, qui abonde en italianismes, on lit : 

D'un flus, d'un dé, d'une première, 
D'une belle fleur printaniere... 
Donner soûlas à nostre vie. 

[Gayetés^.] 

On a déjà vu le mot employé par Noël du Fail (p. 18); 
on le retrouve encore dans un « Sonnet Amphibologique 
du jeu des cartes que composa un gaillard Escolier à 
Tholose, l'an ibjo », et qu'Estienne Tabourot a inséré 
dans ses Bigarrures. Il est intéressant pour les noms de 
jeux qu'il contient et mérite d'être cité en entier : 

Le Roy, les Huguenots, et tous leurs adherens 
Font aux Cartes gros jeu, et bien souvent rechangent. 
Capitaines, soldats à la Pille se rangent. 
Et quant à ce jeu là sont bien peu deflerens. 

A Première le Roy dit qu'il tiendra les rangs, 
Aucuns d'auprès de luy cherchant le Per estrangent' : 
La Ronfle est un beau jeu, s'ils boivent trop ou mangent, 
Le Tru est trop commun; point n'en sont desirans. 

Si des femmes on tient à la Carte virade : 
Et pour tes prisonniers, c'est à la Condemnade, 
S'il faut payer rançon, au Cent on va content. 

1. Éd. Marty-Laveaux, Paris, Lemerre, 1866-67, 2 vol. in-8°; t. II, 
p. 238. 

2. T. II, p. 391. 

3. Ed. Marty-Laveaux, Paris, Lemerre, 1887-93, 6 vol. in-8°; t. II, 
p. 37. 

4. Estrange. 



26 LES JEL'X DE GARGANTUA. 

Bref le hazard est grand, pour le gain qu'on attend : 
Mais je me doute bien, qu'après longue bravade, 
La plus grand'part enfin jouera au mal-content. 

[Ch. VI, p. 122.1 

Tous les jeux mentionnés dans cette pièce figurent dans 
la liste de Rabelais. 

A LA VOLE. — La Vole n'est pas proprement un jeu de 
cartes, mais un terme de jeu de cartes. « Se dit... quand 
l'un des joueurs fait toutes les mains'. Il a entrepris la 
vole, il a fait la vole, cette vole lui a valu cinquante 
jetions » (Académie, 1694). Le Dictionnaire de Trévoux 
ajoute que ce terme est employé « à Thombre, à la bête, 
à la triomphe, etc. «2. 

Vole vient de vola, qui veut dire paume de la main; 
De TAulnaye en a conclu à tort qu'il s'agissait du jeu 
de la main chaude, qui n'a rien à faire ici dans une 
énumération de jeux de cartes. — Ajoutons que sir Tho- 
mas Urquhart, dans sa traduction de Rabelais, donne : 
At the beast (à la bête), — jeu que le Dictionnaire de Tré- 
voux identifie avec la Triomphe. 

A LA PILLE. — On a lu dans le Sonnet amphibologique 
du jeu des cartes cité par Tabourot (p. 23) : 

Capitaines, soldats à la Pille se rangent, 
Et quant à ce jeu là sont bien peu defferens. 

Il faut retenir de ces deux vers qu'au temps de Rabelais 
la Pille était un jeu, et non seulement comme la Vole, 
un terme de jeu. Au xvii= siècle, on n'emploie plus le mot 
que dans cette dernière acception : '<■<. Piller, suivant l'Aca- 
démie (1694), se dit aussi en certains jeux de cartes, comme 
à la triomphe, où celuy qui fait' pille quand il tourne un 
as, c'est-à-dire qu'il a droit de prendre l'as et toutes les 
cartes qui suivent de cette mesme couleur, et d'en mettre 

1. Levées. 

2. Il s'emploie encore à l'écarté. 

3. « Se dit absolument en parlant des jeux de cartes où chacun 
donne les cartes à son tour » {Ac. 1694, Faire). 



LES JEUX DE GARGANTUA. 



d'autres à la place. » Plus tard encore, piller^ « en termes 
d'Hombre, c'est prendre plus de cartes au talon qu'il n'est 
raisonnable » [Dictionnaire de Trévoux). Nous sommes 
loin du sens de Rabelais. 

A LA TRiUMPHE. — La Triomphe est un Jeu de cartes et un 
terme de jeu de cartes : « The Card-Game called Ruff, 
or trump, dit Cotgrave; also the Rutî', or Trump at 
it. » — Selon l'Académie (1694) : « Se prend à certains 
Jeux de cartes pour la couleur qu'on retourne après qu'on 
a donné aux joueurs la quantité de cartes qu'il faut », et 
plus bas : « Il se prend aussi pour un certain jeu de cartes. 
Jouer à la triomphe. » Dans le premier sens, la triomphe 
n'est pas autre chose que l'atout [trump, en anglais). Dans 
le second, elle a beaucoup de rapports avec l'écarté (selon 
Littré, triomphe). 

Des lettres de rémission de 1482, citées dans Du 
Gange [triumphus), nous montrent l'ancienneté du jeu : 
« Lesquelz se esbatirent à jouer aux quartes au jeu du 
Triumphe. » 

A LA PICARDIE. — « Le Traducteur Anglais du Rabelais*, 
dit Le Duchat (t. I, p. 781, a rendu le nom de ce Jeu par 
At the prick and spare not, c'est-à-dire. Pique et n'épargne 
point, ou pique hardiment. Ge qui me fait croire qu'à ce 
Jeu, les enfants, ou piquent dans un Livre avec une 
épingle, ou montent les uns sur les autres comme sur des 
Ghevaux. » Picardie ne serait donc pas autre chose que 
pique hardie. De l'Aulnaye s'est rangé à la première hypo- 
thèse de Le Duchat en écrivant : « Jeu qui se jouait avec 
des épingles; » Régis, comme Urquhart, a adopté la 
seconde en traduisant : « Reitzu, vielleicht ein Kinder- 
spiel. » Ge jeu d'enfants devait en effet consister à mon- 
ter sur le dos d'un camarade et à le piquer comme un 
cheval pour le faire aller plus vite-. Il est assez extraordi- 



1. Sir Thomas Urquhart. 

2. Tel n'est point l'avis de M. Henri Clouzot, qui a bien voulu 
nous donner d'utiles renseignements pour cette étude. Selon lui, 



LES JEUX DE GARGANTUA. 



naire de le rencontrer dans une énumération de jeux de 
cartes. 

Au CENT. — On peut croire, sans en être absolument 
sûr, qu'il s'agit ici du piquet, ou du moins d'un jeu ana- 
logue. « A quelle époque, dit M. Henry d'Allemagne dans 
son livre sur les Cartes à jouer, peut bien remonter l'in- 
vention du jeu de piquet? Aucune donnée précise ne peut 
être citée à ce sujet; cependant, Rabelais semble l'avoir 
connu. Dans la longue énumération des jeux auxquels se 
livre Gargantua, il parle, en décrivant les jeux de cartes, 
d'un jeu du cent; c'est évidemment au jeu de piquet que 
cette dénomination doit être attribuée » (t. I, p. 464). Ne 
dit-on pas couramment chez nous faire un cent de piquet, 
et le nom espagnol du piquet n'est-il pas Et Juego de tos 
Cientos, — le jeu de cent? 

Nous avons déjà rencontré le jeu du Cent dans une 
Epitaphe de Roger de CoUerye (voir p. 17) ; on le retrouve 
dans une Epistre du même auteur : 

S'il ne m'en vient, au Cent, au Triquetrac, 
N'au Glic aussi, ny au jeu de la P'iac, 
Plus ne jourray, qui m'est griefve fortune. 

[Épistre XXI, éd. d'Héricault, p. 56.] 

La Reine de Navarre en parle dans son Heptaméron : 
« Après disner, elle luy demanda à quoy il passeroit le 
temps. Il luy dist qu'il n'en scavoist poinct de meilleur 
que de jouer au cent*. Et à l'heure feirent dresser le jeu » 
(6« journée, nouv. LIX, éd. Le Roux de Lincy et de Mon- 
taiglon, t. III, p. i85). Il en est question dans le Sonnet 
amphibologique cité par Tabourot (p. 26) : 

S'il faut payer rançon, au Cent^ on va content 

« il s'agit évidemment ici d'un jeu où la couleur « pique » joue le 
rôle d'atout «. 

1. « Il est probable que Marguerite a voulu désigner ici le jeu de 
cartes que nous appelons aujourd'hui le piquet, et qui se joue en 
cent points ». (Note des éditeurs de V Heptaméron, au Glossaire.) 

2. Equivoque sur sang. 



LES JEUX DE GARGANTUA. 2g 

— et dans Agrippa d'Aubigné [Confession catholique du 
sieur de Sancy) : « Quelques censeurs de ce temps ont 
descouvert... que l'apresdinee fut passée à jouer au Cent 
et à la Depesche » (1. II, ch. vi, éd. Réaume et Caussade, 
t. II, p. 340 . Peut-être le jeu de la centaine, mentionné 
dans la Chambrière à louer [loc. cit., p. 19), est-il le même 
que celui-ci. 

A l'espinay. — On ne possède aucune donnée sur ce 
jeu. Régis le traduit par « Dorn Ausziehens , à arracher 
l'épine^ et Urquhart par « at the peenie ». 

A la MALHEUREUSE. — (Manque dans i535 et dans Dolet.) 
Ce jeu est le même que le malheureux, le maucontent et 
le cocu qu'on voit ci-dessous. (Voir Au maucontent, p. 34). 

Au FOURBV. — (Manque dans i535 et dans Dolet.) « Au 
fourbe, » selon Le Duchat (t. I, p. 78). Urquhart traduit 
par « at the fib » et Régis par « Schelmens », mots qui ont 
la signification indiquée par Le Duchat. 

A PASSE DIX. — (Manque dans i535 et dans Dolet.) 
« Jouer à passe-dix, c'est jouer à 3 dés et parier que les 
3 ensemble passeront dix points. Il faut pour cela qu'il y 
ait 2 dés qui marquent autant l'un que l'autre. Quand ils 
marquent 3 également, cela s'appelle rajle* » [Dict. de 
Trévoux). « Such a game as our Passage, » dit Cotgrave. 

On trouve deux fois ce jeu mentionné dans les Aven- 
tures du baron de Faeneste : « La première soiraye, cet 
homme bid bénir vonne compenic, il fut spectatur, et 
disoit pourtant que si c'eust estai au passe dix, ou à la 
condamnade, ou au trente et un, qu'il aboit, Dieu merci, 
dequoi youer un teston abec la vonne compenie » 
(1. IV, ch. XIV, éd. Réaume et Caussade, t. II, p. 622), 

— et plus loin : « Un soir il en perdit quarante et quatre 
[pistoles] ; tout en fu, fit jurer les Rouchellois qu'ils appor- 
teroient le lendemain chacun six cents pistoules contre six 

I. Rafle, « sorte de jeu aux Dcz, dans lequel il faut que deux des 
trois dez, ou tous les trois amènent un mesme point, comme deux 
quatre, deux six, trois quatre, trois six, etc. » Ac. 1694. 



:»0 LES JEUX DE GARGANTUA. 

cents qu'il aboit, pour yoùer à y'ai flus et séquence qu'il 
aboit appris. Le lendemain, la chalur du ju fit changer et 
prendre les dez pour passe dix « (Ibid.). 

A TRENTE ET UNG. — (Var. i535 : a trente et un. Dolet : 
a trente, et ung.) Le Trente et un, qu'on a rapproché du 
trente et quarante ' , est un jeu de cartes ; il consiste à com- 
pléter 3 1 points : celui qui .les dépasse perd. C'est à cette 
règle du jeu que fait allusion Guillaume Bouchet dans ses 
Serees (i584) : « Ce mesme marchand vendant une 
haquenee, disoit à celuy qui la vouloit achepter : Prenez- 
la hardiment, elle est bonne pour jouer à trente et un, 
car elle ne passe point « (XI* Serée^ éd. Roybet, t. II, 
p. 224). 

L'auteur du Livre de la Diablerie (iSoy) met le Trente 
et un au nombre des divertissements permis, quoique ce 
soit un jeu de hasard. On peut, dit-il, s'ébattre « a d'aul- 
cuns jeux de sort », 

Mais que ce soit par bon accord, 
Comme a la baboue ou aux tables, 
Ou plusieurs personnes notables 
S'esbatent souvent en commun, 
A maucontent, a trente et ung, 
Et aussi à la bastonnade, 
Quant on est en bonne brigade, 
A ung tas d'autres jeux plaisans 
Qui ne sont a ame nuysans. 

[Second livre, ch. xiii.J 

On retrouve le Trente et un, au xvii« siècle, dans les 
Aventures de Faeneste [loc. cit., p. 29) et dans la Joueuse 
dupée, 1664 {loc. cit., p. 24). Mais déjà en 1668 un nouveau 
nom, ou peut-être une variante du même jeu, apparaissait 
sans cependant faire oublier le Trente et un, et Frosine 
disait à Harpagon dans V Avare : « J'en sais une de nos 

I. Au trente et quarante, « celui qui amène le plus près de trente 
gagne; à trente et un il gagne double; et à quarante il perd double » 
(Littré). Il est très possible que le trente et un soit exactement le 
même jeu. 



LES JEUX DE GARGANTUA. 3l 

quartiers qui a perdu, à trente et quarante, vingt mille 
francs cette année » (Acte II, se. v). 

A PAIR ET SEQUENCE. — (Var. Dolct : A pair, et séquence.) 
« A Gard play somewhat like to our post and pair, « dit 
Cotgrave. Régis, dans son commentaire de Rabelais, pense 
que c'est une sorte de hoc ou d'impériale'. Ce jeu est 
sans doute analogue à la séquence citée plus bas. C'est 
peut-être aussi le Per mentionné dans le Sonnet amphibo- 
logique de Tabourot [loc. cit.^ p. 25), et dans la Cham- 
brière à louer {loc. cit..i P- 19)- 

A TROYS CENS. — (Var. Dolet : A troys cents.) On trouve 
ailleurs dans Rabelais : « Le seigneur Basché jouoit au 
troys cens troys avecques sa femme » (1. IV, ch. xiv). Le 
trois cent trois et le trois cents étaient des jeux de cartes 
dont le nom devait indiquer le nombre des points qu'il 
fallait atteindre. 

Au MALHEUREUX. — Ce jcu est une variante de la malheu- 
reuse, qu'on a déjà vue, et du maucontent cité plus bas. 
Selon Bernier^, « c'est le hère, appelé en Languedoc le 
malouroux ou malencontreux, et en Auvergne l'asne ». 
(Voir ci-dessous Au maucontent, p. 84.) 

A LA coNDEMNADE. — « Jeu de cartcs à trois personnes, 
selon Le Duchat (t. I, p. 78). Celle à qui il n'appartient 
ni de donner ni de couper, nomme une carte, et celui-là 
gagne, à qui cette carte arrive, et l'on donne des cartes 
jusqu'à ce qu'elle soit tirée. » « A kind of Card-play, like 
unto Lansquenet » (Cotgrave). Ce jeu nous venait d'Ita- 
lie : « Je me souviens, dit Ménage^, d'avoir lu condem- 
nata, en la même signification, dans des auteurs italiens 
plus anciens que Marot et Rabelais. » Oudin, dans ses 
Recherches italiennes et françoises : « ... à la condem- 
nata, sorte de jeu aux cartes. » 

1. Jeu mentionné dans Rabelais : « Les officiers jouoient à l'im- 
pcriale » (1. IV, ch. xiv). 

2. Cité par Esmangart et Johanneau (t. I, p. 396). 

3. Dans son Dictionnaire étymologique^ au mot Condannade. 



32 LES JEUX DE GARGANTUA. 

On a déjà vu mentionnée la Condemnade dans le Livre 
de la Diablerie d'Éloy Damerval (p. i6 , dans les Mati- 
néei- de Cholières p. i8), dans le Sonnet amphibologique 
cité par Tabourot (p. 26; et dans les Aventures du baron 
de Faeneste ^p. 29]. Le même jeu revient encore sous la 
plume de Jean Marot dans son Voyage de Gênes^ : 

Mon nom se meurt^ et ma gloire est malade, 
Taincturier Serf ma tins soubz sa commande, 
C'est mal joué le jeu de condemnade 
A qui Roy vient quant ung valet demand-*. 

[Fol. XXIV Y».] 

Clément Marot écrit une Epistre qu'il perdit à la 
condemnade contre les couleurs d'une damoy selle (éd. de 
i538, ép. XVIII''); il ne pouvait mieux s'acquitter que par 
des vers. Bonaventure des Périers fait mention de notre 
jeu dans ses Nouvelles récréations et joyeux devis (i558) : 
« Et que ferons-nous de nos botes? disoyent-ils l'un 
à l'autre. Hz s'adviserent de les jouer à belle condemnade, 
parce qu'elles estoyent toutes deux d'une mesme façon » 
[Nouv. XXIII, éd. L. Lacour, t. II, p. 107;. Enfin on lit 
dans les Mimes, Enseignements et Proverbes de Bail 
(1576] : 

Mais tant aima la condemnade 
Qu'il retint un homme apointé 
Qui un pas de luy ne s'écarte, 
Et pour luy manioit la carte ^ 
Tant à son jeu fut arresté. 

[Premier livre, éd. Marty-Laveaux, t. V, p. 44.] 

Ces deux derniers exemples établissent que la Condem- 

1. Jan Marot, de Caen, Sur les deux heureux Voyages de Gènes 
et Venise... Paris, P. Roufet, i532, in-8°. 

2. C'est Gênes qui parle. 

3. On comprend l'allusion politique. 

4. Œuvres de Clément Marot, éd. P. Jannet, Paris, Flammarion, 
4 vol. in-i6; t. I, p. 174-175. 

5. Cest-à-dire : lui servait de partenaire. 



LES JEUX DE GARGANTUA. 33 

nade se jouait aussi bien à deux qu'à trois, contrairement 
à ce que dit Le Duchat. 

On ne peut déterminer à quelle époque exacte la Con- 
demnade a été introduite en France. Mais il est certain 
qu'elle était déjà répandue au xv« siècle; Coquillart 1^1421- 
1490) en parle dans ses Droits nouveaux : 

Puis quant la bourgoise est en galles, 
Une caterve, une brigade 
Vient jouer, aux sons des cimbales, 
Au glic ou à la condamnade. 

[r° partie, éd. d'Héricault, t. I, p. 85.] 

Selon Le Duchat, il existe un autre jeu de la Condcm- 
nade qui se joue en Languedoc et qui n'est pas un jeu de 
cartes : « Il s'agit de savoir qui paiera des Oublies pour 
toute la compagnie. L'Oublieur qui les débite s'adressant, 
l'un après l'autre, à quelqu'un delà troupe, lui commande 
ceci ou cela, puis venant à celui à qui il lui plaît d'en- 
dosser l'écot, vous payerCy^ lui dit-il, par une manière 
d'Arrêt, que ceux du Pais nomment cotidemnade, comme 
qui diroit condamnation. » Régis pense que c'est de ce 
jeu qu'il s'agit ici : « In Langucdok ein Gescllschaftspiel, 
wobei Strafe diktirt vçurde. » Mais il n'y a aucune preuve 
que ce jeu de société ait existé au temps de Rabelais ; et nous 
voyons au contraire que tous les écrivains du xvi^ siècle 
parlent de la condemnade comme d'un jeu de cartes. C'est 
à cette dernière explication qu'il faut s'en tenir. 

A LA CHARTE viRADE. — (Var. i535 : à la carte virade.) 
On ne sait en quoi consistait exactement ce jeu de la carte 
qu'on retourne^. Urquhart traduit par « At the hock^ ». 

1. M. Henri Clouzot pense, non sans vraisemblance, qu'il s'agis- 
sait de deviner une carte cachée par une autre. Ce jeu, selon lui, 
devait ressembler au boneteau. 

2. « Hoc : jeu de cartes mêlé du Piquet, du Breland et de la 
Séquence, qu'on appelle ainsi parce qu'il y a six cartes qui sont hoc^ 
ou assurées à celui qui les joue, et qui coupent toutes les autres 
cartes. Ce sont les quatre Rois, la Dame de pique et le Valet de car- 
reau » {Dictionnaire de Trévoux). % 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. VI. 3 



34 LES JEUX DE GARGANTUA. 

Cotgrave dit aussi, au mot virade : « The Dutch-Card- 
game called Hock >' ; mais on ne s'explique pas pourquoi 
Rabelais aurait donné au hoc le nom de Charte virade. 

Ce jeu est mentionné dans le Sonnet Amphibologique 
cité par Tabourot [loc. cit., p. 25) et dans un passage de 
Noël du Fail : « ... nous disans avoir trouvé en la rue un 
jeune marchand chargé de plus de deux mille escus, 
duquel en leur corps défendant, ils en avoient à la cane 
virade gagné bien trois cens, qu'ils jetterent sur la table, 
monstrans par un jeu de cartes qu'ils avoient en main la 
manière et linesse comme ils l'avoient trompé » [Contes 
d'Eutrapel, XXVI, éd. Assézat, t. II, p. 199-200). On 
trouve également dans les Propos tnistiques (1547) du 
même auteur : « Faites donc grand'chere, mes petits 
Enfans,... poussez les dets, virez la carte... « (XIII, 
éd. Assézat, t. I, p. ii6). Noël du Fail pense sans doute 
ici au jeu de la Carte virade. 

Au MAUCONTENT. — C^ar. i535 : au moucontent. Dolet : 
au malcontent.) « C'est le Hère, dit LeDuchat (t. I, p. 78), 
appelle Malheureux en Languedoc, et ici Maucontent, 
parce qu'à ce Jeu celui qui est malcontcnt de sa carte, la 
change s'il peut; à faute de quoi il est malheureux et 
devient le Hère'. » On a déjà rencontré dans la liste de 
Rabelais la malheureuse et le malheureux. Le cocu et le 

I. « Hère est aussi un jeu de cartes, où l'on ne donne qu'une 
carte à chaque personne. On peut la changer contre son voisin, 
pourvu qu'il n'ait pas un Roi, et celui à qui la plus basse carte 
demeure perd le coup. Hère est aussi le nom qu'en ce jeu on 
donne l'as, qui fait perdre celui à qui il demeure dans la main » 
{Dictionnaire de Trévoux). On lit dans la comédie d'Ali:^on (2° éd. 
1664) : 

« Floriane. — J'ay des cartes, ma mère. 

« Fleurie. — Tant mieux : dans le batteau, c'est pour jouer un 

[hère. » 

{Ancien Théâtre Français, t. VIII, p, 451). Le Hère est également 
cité dans la Joueuse dupée (1664) de J. de la Forge {loc. cit., p. 24). 
Il est probable que ce jeu n'apparut sous ce nom et sous cette 
forme qu'au xvti* siècle. Il existait du temps de Rabelais, mais il ne 
s'appelait pas ainsi. 



LES JEUX DE GARGANTUA. 35 

qui a si parle, qui viennent plus bas, sont encore le 
même jeu. 

Le Maucontent, sous la forme malcontent, est mentionné 
dans le Sonnet amphibologique cité par Tabourot \loc. 
cit., p. 26), — et dans Les moyens d'éviter merencolie 
(1529) : 

Nulz qui de toy soyent contens ; 
Tous sont jouans au mal contens ^. 

[Recueil de poésies françaises, t. II, p. 70.] 

Eloy Damerval dit, dans son Livre de la Diablerie: « A 

maucontent a trente et ung » [loc. cit., p. 3o). 

Au LANSQUENET. — (Manquc dans i535 et dans Dolet.) 
C'est le jeu de cartes bien connu. Il est curieux de remar- 
quer qu'il apparaît pour la première fois dans l'édition de 
Fr. Juste, 1542. On trouvera les règles détaillées du Lans- 
quenet dans le Dictionnaire des jeux mathématiques. 

Au cocu. — iVar. Dolet : Au coqu.) Le Cocu est, dans 
l'esprit de Rabelais, un autre nom du maucontent 
(voir p. 34), du malheureux (p. 3i) et de la malheureuse 
(p. 29). Le Dictionnaire de Trévoux dit, au mot Cou- 
cou : « C'est le nom d'un certain jeu de cartes, qu'on 
appelle ainsi à Paris, et hère ou haire en plusieurs Pro- 
vinces. « On lit d'autre part dans le Dictionnaire des jeux 
mathématiques, qui, au mot Her, figure une partie de ce 
jeu entre Pierre, Paul et Jacques : « Paul, qui est le pre- 
mier à la droite de Pierre, a droit, s'il n est pas content de 
sa carte, d'en changer avec Jacques, qui ne peut la lui 
refuser qu'au seul cas qu'il ait un roi-, alors Jacques 
dit coucou. Par ce terme, celui qui a un roi avertit les 
Joueurs, que son voisin de gauche, ayant voulu se défaire 
de sa carte, a été arrêté par la sienne. » — Enfin Sir Tho- 
mas Urquhart traduit au cocu par « At the cuckoe » et 
Régis par « Hahnrex ». Cocu et coucou sont donc le même 

1. Sens figuré. 

2. Cf. ce que dit le Dictionnaire de Trévojix au mot Hère {loc. 
cit., p. 34, n. i). 



36 LES JEUX DE GARGANTUA. 

mot et la même chose. Guillaume Bouchet ne dit-il pas, 
dans sa huitième Seree : « Il fut dict qu'on appelloit un 
homme marié cocu, qui avoit une femme impudique, d'un 
bel oiseau qu'on appelle le cocu, les autres l'appellent cou- 
quou, ainsi nommé de son chant » (éd. Roybet, t. II, 
p. 75)? C'était l'étymologie courante au xvi« siècle; on la 
retrouve dans Noël du Fail [Baliverneries et Contes nou- 
veaux^ I, éd. Assézat, t. I, p. 166) et dans Brantôme 
[Recueil des Darnes^ 2^ partie, éd. Mérimée et L. Lacour, 
t. XI, p. 76). Il n'est donc pas étonnant que Rabelais ait 
écrit au cocu plutôt que au coucou; et l'on comprend qu'il 
ait jugé plaisant d'ajouter une nouvelle disgrâce à un jeu 
qui s'appelait déjà le malheureux et le maucontent. 

A QUI A SI PARLE. — (Var. Dolet : A qui a, si parle.) Selon 
Le Duchat (t. I, p. 78), ce jeu est encore le Hère, « en 
tant que celui qui le donne à son voisin doit dire, en 
changeant de carte. Hère court. » On a vu' qu'au Hère 
on peut changer de carte avec son voisin, à moins que 
celui-ci n'ait un roi; dans ce cas, il avertit les joueurs 
en disant Coucou. C'est peut-être aussi à cette règle du 
jeu du Hère que fait allusion Rabelais en l'appelant le Qui 
a^, si parle. iVoir au maucontent, p. 34.) 

A PILLE, NADE, JOCQUE, FORE. « C'cSt le JcU du TotOU, 

dit Le Duchat (t. I, p. 79). Pille, de l'italien pigliar, c'est 
accipe ; nade en espagnol veut dire nihil ; jocque, de l'ita- 
lien giuoco, c'tsxpone, ou mettez au jeu, et fore, de l'ita- 
lien /î^or^r, signifie totum, c'est-à-dire, que tout est gagné, 
et qu'ainsi on est dehors, et le jeu fini. » Les quatre faces 
du toton étaient marquées des lettres P, N, I et F; suivant 
celle sur laquelle il s'arrêtait, le joueur prenait un jeton, 
ne gagnait rien, donnait un jeton, on gagnait tout. Sur 
d'autres totons étaient inscrites les lettres A, N, P, T 
(Accipe, Nihil, Pone, Totum, selon Le Duchat); et A, D, 
R, T (Accipe, Da, Rien, Totum, selon Litiré, toton). 



1. P. 34, n. I, et p. 35. 

2. Sous-entendu : un Roi. 



LES JEUX DE GARGANTUA. :>'] 

On trouve dans les Bigarrures d'Estienne Tabourot 
une pièce de vers en forme d'énigme, d'un sens très 
licencieux', dans laquelle l'auteur nous fait assister à une 
partie de Toton entre la belle Janeton et lui. Il est 
intéressant d'en citer quelques passages, qui nous ins- 
truisent des mots inscrits sur chacune des faces : 

Aussi-tost d'une main pillarde, 
Et par un coup anticipé, 
La belle tourna fretillarde, 
Et commença par Accipe. 

Voyant une humeur tant accorte, 
Et le jeu si bien ordonné, 
Je la laissé jouer de sorte, 
Qu'après elle fit un Pone ^. 

Que je recommence, dit-elle. 
Je serreray mieux le Baston. 
Ha ! c'est fait, et la chance est telle, 
Qu'enfin j'ay gagné le Toton. 
... La Belle me voyant sans feinte 
Prit le Toton, et fut contrainte 
De le tourner sur Dimite. 

[P. 397-399.] 

On voit par cette pièce que les faces de certains totons 
étaient marquées des lettres A, P, T et D. Toton est l'équi- 
valent de Totum, et Dimitte veut dire : abandonne le jeu, 
la partie est perdue. 

Michel PsicHARi. 
(A suivre.) 

1. Elle commence ainsi : 

« A ce Toton ta main sçavante. 
Selon le temps donne le tour, 
Et moy, d'une façon plaisante. 
Je le veux passer en amour. » 
Tabourot la trouve d'une gentille invention. 

2. « J'ai entendu dans mon enfance appeler un toton pone, » nous 
dit M. Henri Clouzot. 



MELANGES. 



LE LOGIS DE PANTAGRUEL A PARIS. 

Aucun des commentateurs et éditeurs de Rabelais ne 
s'est préoccupé de fixer quelle fut la demeure de Panta- 
gruel pendant son séjour à Paris. Et cependant, avec son 
exactitude ordinaire. Maître François a pris soin de nous 
renseigner pleinement à cet égard. Il nous dit, en effet, 
au chapitre xviii du livre II, que le grandissime clerc 
nommé Thaumaste vint du pays d'Angleterre pour faire 
connaissance avec Pantagruel et que, arrivé à Paris, il se 
transporta vers l'hôtel dudit Pantagruel, qui était logé à 
l'hôtel Saint-Denis. « Et pour lors se pourmenoit par le 
jardin avecques Panurge, philosophant à la mode des Peri- 
pateticques. De première entrée [Thaumaste] tressaillit 
tout de paour, le voyant si grant et si gros, puis le salua 
comme est la façon, courtoysement '... » Où se passa cette 
scène mémorable? Dans l'hôtel Saint- Denis. Tous les 
anciens plans de Paris nous donnent l'emplacement exact 
de cet hôtel, bien connu des Parisiens d'autrefois. Il suffit, 
par exemple, de se reporter au plan dit de la Tapisserie 
et aux autres plans du xvi= siècle pour découvrir sans 
peine cette résidence, qui se trouve indiquée en toutes 
lettres exactement au coin de la rue Saint-André-des-Arts 

I. Seuls, Esmangart et Eloi Johanneau, dans l'édition dite vario- 
rum, III, 445, disent à propos de cette phrase : « L'auteur loge Pin- 
tagruel à cet hôtel, comme on y peut loger allégoriquement tous 
les rois de France, puisque saint Denis est le grand patron du 
royaume, et qu'en outre Saint-Denis, près Paris, est le lieu de leur 
sépulture. » Cette remarque, inspirée par le perpétuel symbolisme 
de ces éditeurs, ne fournit, on le voit, aucune identification ni 
aucune donnée topographique précise. 



LE LOGIS DE PANTAGRUEL A PARIS. Sq 

et de la rue des Grands-Augustins, à gauche en allant 
vers la Seine. La maison qui porte actuellement le n" 54 
de la rue Saint-André-des-Arts, et où se trouve un bureau 
de tabac, correspond, avec les n.°^ 56 et 58, à une partie de 
l'emplacement de l'ancien hôtel Saint-Denis. Ce dernier 
était vaste; ses jardins occupaient l'emplacement de la 
rue Christine actuelle. Il était contigu du côté nord au 
couvent des Grands-Augustins. L'établissement du Pont- 
Neuf, au xviie siècle, moditia partiellement ce quartier, 
en amenant la création de la rue Dauphine et celle des 
rues Christine et d'Anjou, mais sans toucher aux rues 
Saint-André-des-Arts et des Grands-Augustins. Cette der- 
nière s'appela aussi rue des Ecoliers-Saint-Denis. 

L'hôtel Saint-Denis a été étudié avec détail dans la 
Topographie historique du Vieux-Paris de Berty et Tis- 
serand, au volume qui a pour titre : Région occidentale 
de l'Université^ p. 233-240. Cette résidence fut créée en 
1263 par Mathieu de Vendôme, abbé de Saint-Denis. Elle 
exista d'abord comme habitation parisienne à l'usage des 
chefs de cette royale abbaye^ puis comme établissement 
scolaire pour les jeunes novices du monastère et quelques 
autres étudiants qui y étaient reçus dans des conditions 
analogues à celles des collèges de Vendôme, de Cluny, 
des Bernardins et autres. 

Ce second caractère s'accentua dans la seconde moitié 
du xv= siècle. C'est ainsi qu'en i486 furent créées six 
bourses d'étudiants; l'acquisition de trois maisons vint 
augmenter le nombre des logements disponibles. Peu à 
peu l'hôtel se transforma ainsi en collège, où fréquen- 
taient surtout des étudiants appartenant à l'ordre de Saint- 
Benoit, qui était celui des religieux de Saint-Denis. Au 
xvn« siècle (i635) fut constituée la maison des Trois-Cha- 
rités-Saint-Denis qu'on appela aussi l'hôtel des Charités- 



I. Comme l'hôtel de Cluny pour les abbés de ce grand monas- 
tère, l'hôtel de Sens pour les archevêques de ce siège, métropoli- 
tain de celui de Paris. 



40 LE LOGIS DE PANTAGRl'EL A PARIS. 

Saint-Denis (n° 23 de la rue actuelle des Grands-Augus- 
tins'), limitée par le pourpris de Nesle. Il s'y passa au 
temps de la Ligue une scène de cannibalisme restée 
célèbre. 

Pour quel motif Rabelais fit-il résider son héros dans 
l'hôtel de Saint-Denis? Existe-t-il entre cette résidence et 
l'auteur du Pantagruel un lien quelconque? Disons tout 
de suite qu'on peut admettre à priori que notre écrivain 
n'a pas fourni au hasard cette indication si précise. Depuis 
que nous avons entrepris d'étudier les éléments réels de 
son œuvre, nous n'avons jamais constaté l'existence d'un 
détail qui ne trouvât sa raison d'être dans les souvenirs 
personnels de Rabelais ou dans les circonstances et, si 
l'on peut dire, les ambiances de sa vie. Il n'y a pas d'ex- 
ception à cet égard, et l'on n'a point à revenir ici sur cette 
démonstration qui peut être considérée comme acquise. 
Dans ces conditions, le lien dont nous parlons plus haut 
n'est pas seulement vraisemblable, il s'impose dès l'abord 
à nos investigations. 

S'il est un fait que le biographe de Rabelais soit dans 
la nécessité d'admettre, malgré le silence des documents 
à cet égard, c'est celui du séjour de l'écrivain tourangeau 
à Paris, un peu avant i53o, vers i528 ou environ. En 
effet, quand on le voit, à Montpellier, à la fin de i53o, 
passer son baccalauréat en médecine quelques semaines 
seulement après sa première inscription, quand on l'y 
voit faire presque aussitôt figure de maître, on n'hésite 
guère à supposer qu'il avait dû étudier déjà la médecine 
quelque part, avant son immatriculation dans la vieille 
cité languedocienne. D'autre part, la connaissance appro- 
fondie de la vie parisienne dont témoigne le second livre 
de Pantagruel, paru à la fin de i532, suppose un séjour 
prolongé à Paris, lequel ne saurait trouver place entre 
l'arrivée de Rabelais à Montpellier et la mise au jour du 
livre immortel qui nous fait connaitre Pantagruel et 

I. Le n° 14 de la même rue provient de l'hôtel Saint-Denis. 



LE LOGIS DE PANTAGRUEL A PARIS. 4I 

Panurge. Il faut donc placer de toute nécessité ce séjour 
avant i53o. Rabelais, qui nous raconte le « tour universi- 
taire » de son héros, en faisant aboutir ses pérégrinations 
à la capitale, qui décrit le programme des études de Pan- 
tagruel à Paris et célèbre, à cette occasion, le magnifique 
renouveau des lettres humaines, réalisé grâce à la Renais- 
sance, nous fournit certainement, dans ces pages, plu- 
sieurs de ses impressions et de ses souvenirs personnels. 
Mais si, comme tout l'indique, Rabelais a étudié à Paris 
avant i53o, s'il s'est initié alors à la science médicale en 
même temps qu'aux mœurs de la grande ville, en quelle 
qualité a-t-il pu séjourner ainsi dans la capitale? La 
réponse est aisée à faire : en qualité de bénédictin. Jus- 
qu'à la fin de l'année i53o, époque à laquelle il s'absente 
sans la permission de ses supérieurs pour aller étudier à 
Montpellier, il a appartenu en effet à l'abbaye bénédic- 
tine de Maillezais, dont l'abbé, en même temps l'évêque 
du lieu, était Geofïroi d'Estissac, protecteur, ami et même 
hôte de Rabelais. Ce personnage bienveillant l'autorisa 
probablement sans peine à aller poursuivre à Paris ses 
études si bien commencées à Fontenay- le- Comte, à 
Ligugé, etc.'. Venant dans la capitale, le jeune bénédictin 

I. Quand, à la fin de i53o, Rabelais se dcida à prendre ses grades 
en médecine et à aller à Montpellier, il dut s'y rendre sans la per- 
mission de ses supérieurs. On s'explique assez aisément pourquoi. 
Quand il étudia d'abord à Paris, ce fut sans doute librement, et en 
tout cas sans immatriculation préalable, qu'il poursuivit des tra- 
vaux que sa curiosité put rendre assez variés, tout en faisant une 
belle part à une initiation médicale indépendante. Lorsqu'il voulut 
entreprendre des études régulières et se préparer à exercer son art, 
la situation changea pour lui. Ses supérieurs ne purent autoriser 
une telle orientation, que les constitutions de l'ordre de Saint- 
Benoît ne devaient pas favoriser et qui supposait une renonciation 
quasi complète à la vie monacale. Le premier séjour à Paris, sur- 
tout s'il s'effectua dans l'hôtel Saint-Denis, ne modifiait guère la 
vocation religieuse de Rabelais; celui de Montpellier, au contraire, 
impliquait de la part de l'étudiant, bientôt professeur et praticien 
achalandé, une modification profonde de vie et d'habitudes qu'une 
simple autorisation, donnée par les supérieurs locaux, ne pouvait 
encourager. 



42 LE LOGIS Di: PANTAGRUEL A PARIS. 

devait naturellement descendre à l'hôtel de Saint-Denis, 
asile préféré des étudiants de son ordre et indépendant 
de l'Université. Or, il existait entre les deux abbayes 
bénédictines de Maillezais et de Saint-Denis des liens déjà 
anciens et étroits. A la tin du xv= et au commencement du 
xvi« siècle, les deux abbayes vécurent un certain nombre 
d'années sous la même crosse. En effet, Antoine de la 
Haye, mort en i5o5, fut abbé de Saint-Denis en même 
temps que de Saint-Pierre de Maillezais. Il décéda même, 
remarque intéressante, dans la maison du collège de Saint- 
Denis, c'est-à-dire à l'hôtel où logea Pantagruel'. Ce lien 
prolongé entre les deux monastères contribua certainement 
à activer leurs rapports spirituels et temporels. Ajoutons 
à cela que les abbés qui succédèrent à Antoine de la Haye 
furent Pierre de Gouffier, abbé de Saint-Maixent, fils de 
Gouffier, seigneur de Bonivet, et ensuite Avmar de Gouf- 
fier, qui fut aussi abbé de Cluny, tous deux originaires 
de l'Ouest et en rapports probables avec Geoffroi d'Es- 
tissac. On s'explique donc assez aisément que Rabelais, 
moine de Maillezais, ait habité l'hôtel Saint -Denis et 
qu'il ait trouvé tout naturel, comme cela lui est arrivé si 
fréquemment, d'y faire descendre, en souvenir de cette 
circonstance, le héros de son roman. 

Remarquons encore que l'hôtel Saint- Denis amena 
d'assez nombreux et sérieux procès entre les religieux qui 
l'administraient et leurs voisins du couvent des Grands- 
Augustins, dont les moines appartenaient au même ordre 
que ceux de Tabbaye de Saint-Victor, tant ridiculisés par 
Rabelais. Il est utile d'observer aussi que l'hôtel Saint- 
Denis se trouvait tout voisin de l'hôtel d'Hercule, où se 
trouvaient représentées de diverses manières les prouesses 
du vainqueur du lion de Némée. 



I. La grande pierre tombale de cet abbé, le 62° de l'abbaye, figure 
toujours dans la basilique de Saint-Denis. C'est le seul spécimen 
conservé de ces monuments abbatiaux dont l'église contenait un 
grand nombre avant la Révolution. 



LE LOGIS DE PANTAGRUEL A PARIS. 4:» 

Quant à l'Anglais Thaumaste, que plusieurs raisons 
très convaincantes permettent d'identifier avec Thomas 
Morus\ sa résidence est tixée par Rabelais dans Thôtel 
de Cluny, le même que nous admirons toujours. Cette 
fois encore, ce choix n'a pas été dicté par le hasard. L'hô- 
tel de Cluny servait en effet de résidence aux Anglais de 
marque qui séjournaient à Paris. C'est là que se réfugia 
la reine Marie d'Angleterre après la mort de Louis XII et 
c'est là aussi que descendit le roi d'Ecosse Jacques V, 
venu à Paris pour épouser Madeleine de France, fille de 
François h^. Le mariage eut lieu dans l'hôtel. Il est évi- 
dent que Rabelais dut assigner cette belle demeure à 
Thaumaste, — qui tient le premier rang parmi les savants 
de son temps, au dire de Pantagruel, — en raison de la 
prédilection de plusieurs grands personnages anglais pour 
l'hôtel que les abbés de Cluny n'habitèrent que rarement 
et qu'ils louèrent le plus souvent, au cours du xvi^ siècle, 
à des hôtes de marque. Ajoutons encore que d'autres sou- 
venirs anglais étaient attachés à cette résidence. En eff"et, 
les ruines du palais des Thermes furent, pendant plus 
d'un siècle (avant l'achèvement de l'hôtel de Cluny, com- 
mencée en 1445 et terminée en 1490), occupées par des 
tavernes que fréquentaient les étudiants, et en particulier 
les maîtres de la nation d'Angleterre^ . De là peut-être 
aussi l'allusion faite par Rabelais à la soif extraordinaire 



I.- Il tient, comme Morus, le premier rang parmi les savants 
anglais de son temps; il cite Platon, qui est pour lui, comme pour 
Morus, le prince des philosophes; il cite Pic de la Mirandole, sur 
lequel Morus, précisément, a écrit un ouvrage; il est, comme 
Morus, grand argumentateur, grand ami des discussions, etc., sans 
parler de la similitude du nom. Pantagruel traite, du reste, l'huma- 
niste avec la plus visible considération. On sait que Rabelais con- 
naissait les œuvres du célèbre Anglais et notamment V Utopie, qui 
a fourni au Pantagruel plusieurs noms et lieux caractéristiques. 

2. Voir Jeanton, Notice sur les hôtels et les collèges bourguignons 
du Quartier latin (extrait des Annales de l'Acad. de Maçon, 3° série, 
t. XI, p. 9 du tirage à part), et E. Chai^Vdin, Bulletin de la Société 
de l'histoire de Paris, 1898, p. 108. 



44 LE LOGIS DE PANTAGRUEL A PARIS. 

de Thaumaste, quand il rentre à Thôtel de Cluny (I, ig). 
On le voit une fois de plus : toutes les données réelles, 
dans l'oeuvre de Rabelais, s'expliquent et concordent entre 
elles. Ces rencontres perpétuelles de souvenirs vécus et 
d'éléments vrais ne sont pas Tun des moindres charmes 
de cet inimitable roman, où la fantaisie la plus étourdis- 
sante s'allie sans cesse au respect le plus scrupuleux et le 
mieux entendu de la réalité. 

Abel Lefranc. 



LA DATE DE LA SECONDE LETTRE 
DE BUDÉ A RABELAIS. 

Des deux lettres de Budé à Rabelais qui nous sont con- 
servées, ni Tune ni l'autre ne porte d'autre date que celle 
du jour et du mois. Mais puisque la première a été écrite 
à Villeneuve-en-Bourgogne, pendant que Budé suivait la 
cour, M. Delaruelle, en consultant V « Itinéraire de la 
chancellerie royale », compris dans le tome VIII du Cata- 
logue des Actes de François I"^ a pu en fixer la date à 
l'année i52i. Je me suis donc trompé en rapportant dans 
mon François Rabelais cette lettre à Tannée i522. 

Quant à la seconde, celle du 27 janvier, la plupart des 
biographes de Rabelais en ont fixé la date à l'année i523, 
mais sans serrer la question de très près. M. Delaruelle 
les suit, en ajoutant que « c'est une hypothèse qu'autorise 
pleinement la place occupée par la lettre dans l'ensemble 
de la correspondance de Budé. On ne la trouve pas encore 
dans les Fpistolae posteriores qui parurent en mars i522 
(n. st.). Gela revient à dire qu'elle ne peut être antérieure à 
l'année i523. « D'autre part », continue M. Delaruelle, 
« on a vu l'allusion que fait Budé aux nombreuses lettres 
de Rabelais qui, depuis un an, ne lui sont pas parvenues. 
Cet intervalle d'un an doit être compté, sans doute, à 
partir de la première lettre de Budé à Rabelais, qui est du 
12 avril i52i. Cela ne nous permet pas de reculer cette 
lettre plus loin que l'année i523'. » Ici, je ne suis plus le 
raisonnement de M. Delaruelle. Les mots tojcs toj iviauTOJ 
ne signifient pas un an depuis la première lettre de Budé 
à Rabelais, mais depuis le commencement de l'année, au 
courant de laquelle Budé écrivait. Il faut alors, puisqu'une 
date postérieure à l'année 1624 est pour d'autres raisons 
inadmissible, choisir entre les années i523 et 1524. Or, 
Budé commence sa lettre ainsi : « Commodum ex aula 

I. Répertoire de la correspondance de Gitillamne Budé, p. 19g. 



46 LA DATE DE LA SECONDE LETTRE 

decedens in urbem reverteram, cum literas tuas accepi. » 
Dans laquelle de ces deux années Budé a-t-il pu dire qu'il 
venait de quitter la cour et de rentrer à Paris? 

Pour trouver une réponse, suivons les déplacements de 
Budé et ceux de la cour. 

Dans une lettre à Érasme, écrite à Paris le 14 décembre 
i522', — la date d'année nous est fournie par le contenu 
de la lettre, — Budé dit que, durant les trois derniers mois 
de 1 322, il n'a pas pu quitter Paris, sauf pour coucher quel- 
quefois à Saint-Maur, où il avait envoyé sa famille. C'est 
qu'au mois d'août il avait été élu prévôt des marchands. 

Or, pendant ce temps, la cour séjourne à Saint-Germain 
(depuis le 10 septembre jusqu'au 29 novembre , à Paris 
(depuis le 29 novembre jusqu'au 22 décembre), à Vincennes 
(depuis le 22 décembre jusqu'au 29 décembre), et de nou- 
veau à Paris 'depuis le 29 décembre jusqu'au 6 février 
1 323). Au premier abord, il parait que Budé a pu se rendre 
à la cour vers le 29 novembre, qu'il a pu la suivre à Vin- 
cennes et rester dans cette localité jusqu'à la fin de 
l'année. — Entre parenthèses, notons que le château de 
Vincennes n'est qu'à cinq kilomètres de Saint-Maur. — 
Cependant, un passage de la lettre à Érasme que nous 
avons déjà citée fait tomber cette hypothèse. Budé y dit 
qu'il a eu récemment l'occasion de devenir courtisan, le 
roi étant à Paris depuis plusieurs jours-. Il s'ensuit qu il 
n'était pas à la cour au moment qu'il écrivait à Érasme, 
c'est-à-dire le 14 décefnbre. Il n'avait pas non plus, à ce 
qu'il dit, 1 intention d'v aller. Sa santé, écrivait-il à Érasme, 
l'empêchait de remplir les obligations de sa charge de 
maître des requêtes. Il est donc très improbable, sinon 
absolumentimpossible, qu'il ait suivi la cour à Vincennes; 
s'il l'avait suivie, il n'aurait pas pu écrire à Rabelais, le 
27 janvier 1 323, que, quand il a reçu sa lettre, il venait de 
quitter la cour et de rentrer à la ville. 



I. Opéra, t. I, p. 378; Répertoire, n° l'ig. 

1. « Nuper ita tes tulit ut aulicus in urbe rege iam diu hic exis- 
tente. » 



DE BUDE A RABELAIS. 47 

Reste la date de 1624; et suivons maintenant les dépla- 
cements de la cour durant les trois derniers mois de 
Tannée i523. Le 20 septembre, nous la trouvons à Lyon, 
et Budé s'y trouve aussi'. Elle reste à Lyon jusqu'au 
28 novembre. Du 3o novembre jusqu'au 6 février 024, 
elle est à Blois. — Mais, puisqu'il n'existe aucune lettre de 
Budé pour l'année i323 postérieure à celle du 20 sep- 
tembre, nous ne pouvons plus suivre les mouvements 
de ce savant. Rien cependant ne nous empêche de sup- 
poser qu'il ait quitté la cour vers la fin de l'année i523, 
et qu'ainsi il ait pu écrire à Rabelais le 27 janvier 1524, 
que, quand il a reçu sa lettre il venait de quitter la cour 
et de rentrer à la ville. 

Cette hypothèse est pleinement confirmée par l'allusion 
que fait Budé aux paraphrases d'Érasme. Ce sont elles, 
dit-il, qui ont excité la fureur des théologiens. Pour en 
obscurcir la réputation, ils ont conçu le beau dessein de 
bannir la langue grecque, et dans ce but ils ont tenu une 
séance de la Faculté. Or, nous savons par les extraits du 
registre de la Faculté, publiés par M. Delisle, que c'est 
seulement le 16 juin i523 que les théologiens commen- 
cèrent à faire cas des ouvrages d'Érasme, et que c'est au 
mois de janvier 1524 que la Faculté eut à s'occuper en 
particulier de deux ouvrages, dont l'un n'est autre que la 
paraphrase de l'Évangile à Saint-Luc^. On voit que cette 
date s'accorde parfaitement avec celle que j'ai proposée 
pour la lettre de Budé à Rabelais. Quant aux sentiments 
que Budé attribue aux théologiens sur les humanistes, on 
peut citer une lettre de Jean Lange à Guillaume Farel, 
datée du !«■" janvier 1524, où il est dit : « Mirum est quam 
in dies theologi deseviant in omne doctorum genus^. » 

La lettre de Budé à Pierre Lamy, qui porte la date du 
23 février, doit être rapportée évidemment à la même 

1. Répertoire, n° 146. 

2. L. Delisle, dans les Notices et extraits des manuscrits, t. XXXVI, 
I" partie, p. 333-334, ^^8, 372. Voir aussi, p. 371, le rapport de la 
séance du 3 novembre i523. 

3. Herminjard, Correspondance des réformateurs, t. I, p. 180. 



48 LA DATE DE LA SECONDE LETTRE DE BUDE A RABELAIS. 

année que celle de Budé à Rabelais. Selon M. Delaruelle, 
pour qui cette année est 1 523, Rabelais et Lamy avaient déjà 
quitté leur couvent à cette époque. « Pour Lamy, dit-il, 
nous en avons une preuve plus solide que le passage du 
Pantagruel souvent allégué (1. III, p. 10). Un ouvrage 
d'Amaury Bouchard, paru en i522, porte une préface de 
Lamy qui est datée de la ville de Saintes'. » M. Delaruelle 
se trompe; Lamy a pu être, et probablement il était, seu- 
lement en visite chez Bouchard. La discipline monastique 
était à cette époque fort relâchée, et la permission de 
s'absenter du couvent pendant quelques jours n'était pas 
difticile à obtenir. Si l'on en juge par les nombreuses allu- 
sions à des localités du Poitou et de la Saintonge que 
Rabelais fait dans son oeuvre, Maitre François en profitait 
assez souvent, et sans doute Lamy faisait de même. 

En effet, la date de 024, adoptée par la plupart des bio- 
graphes de Rabelais pour son départ de Fontenay-lc- 
Comte, est établie sur une base solide. On apprend par la 
supplique que Rabelais adressa à Paul III en i535 que 
c'était le pape Clément VII qui l'avait autorisé à quitter 
le couvent et l'ordre franciscain pour passer dans l'ordre 
de Saint-Benoit. Malheureusement, l'induit qui donne 
cette autorisation ne nous a pas été conservé, mais, 
puisque Clément 'VII ne fut élu à la papauté que le 18 no- 
vembre 1 523, il est impossible que Rabelais ait pu le rece- 
voir avant le commencement de l'année 1524. Apprendre 
à Fontenay les nouvelles de l'élection du nouveau pape, 
expédier la supplique à Rome, préparer l'induit dans la 
chancellerie papale et l'envoyer à Rabelais, tout cela 
dut prendre au moins trois mois. Si Budé disait dans sa 
lettre à Rabelais qu'il ne savait pas dans quel couvent ou 
monastère il se trouvait, c'est qu'il avait appris soit de 
Rabelais lui-même, soit d'un autre, que notre moine avait 
déjà formé le projet de quitter le couvent franciscain. 
Mais rien ne nous autorise à supposer que Rabelais exé- 
cuta ce projet avant d'obtenir une permission du Saint- 
Père qui régularisât sa conduite. Arthur Tillky. 

I. Répertoire, p. 200, note 3. 



RABELAIS ET HIPPOCRATE 

iNOTES BIBLIOGRAPHIQUES]. " 

On sait dans quelles conditions Rabelais, sur la demande 
de Sébastien Gryphius, publia en i532 à Lyon, chez cet 
imprimeur, un petit volume in-i6 contenant une traduc- 
tion latine varioj'um de cinq traités d'Hippocrate et de 
Galien, augmentée et annotée par lui, grâce à un manus- 
crit grec qu'il possédait, et peut-être aussi à d'autres textes 
qu'il avait pu consulter. Ces traités sont, pour Hippo- 
crate, Aphorismi, traduits par Nie. Leonicenus, Praesa- 
gia, par Guil. Cop, De natura humana, par A. Brentius, 
De ratione victus in morbis acutis, par G. Cop, et, pour 
Galien, VArs medicinalis ^ traduit par Leonicenus. — 
Deux traductions complètes des œuvres d'Hippocrate 
avaient seulement paru jusqu'alors, si l'on en croit Hoff- 
mann' : en i525, à Rome, et en i526, chez Aide, toutes 
deux in-folio. En revanche, les recueils d'œuvres diverses 
en latin étaient très nombreux; on en compte au moins 
une vingtaine avant i532; mais, dans la masse des écrits 
hippocratiques, les éditeurs ne faisaient pas tous le même 
choix. Celui que nous présente le volume de i532 doit-il 
être attribué à Rabelais? Nous ne le croyons pas. 

Dans un très intéressant article de la Revue des Études 
rabelaisiennes {2^ année, 3« fascicule), M. J. Plattard avait 
signalé déjà un recueil paru en 1627, sans nom de lieu ni 
d'éditeur, qui contenait les mêmes traits que celui de 
Rabelais, traduits par les mêmes interprètes (Bibl. nat., 
'p23-24\. Si l'on songe que ce volume est, comme celui de 
i532, un in-i6, format encore assez rare à cette date, 
on sera porté à conclure qu'il a servi de base à l'édition 
de Rabelais 2. Mais une difficulté se présente : ce petit 

1. Lexicon bibliographicon, t. II, p. 425 et suiv. 

2. On sait en effet qu'à cette époque, comme aujourd'hui du reste, 
les imprimeurs prenaient de préférence pour base une édition du 
format de celle qu'ils préparaient. 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. VI. 4 



5o RABELAIS ET HIPPOCRATE. 

recueil contient, après VArs medicinalis de Galien, trois 
courts traités d'Hippocrate, traduits, comme le remarque 
M. Platiard, par Calvus des i5i5, traités qui, s'ils ne sont 
\ pas mentionnés sur le titre, font l'objet d'un avis au lec- 
teur placé à la fin du volume. Ce sont le De medico sive de 
mcdici officia^ le De lege et le De specie et visu. — Il paraît 
étrange, à priori, que Rabelais, — ou Gryphe, — ait arbi- 
trairement négligé ces trois traités, s'il se servait du recueil 
de 1527 ; le fait est d'autant plus invraisemblable que, dans 
l'édition suivante, publiée également sous son nom chez 
Gryphius en 1543, ces trois traités sont introduits à la 
suite de VArs medicinalis, en même temps qu'une hui- 
tième section est ajoutée aux Aphorismes d'Hippocrate. 
Ne faut-il pas conclure de là que Rabelais a dû se servir 
pour sa première édition, non pas du volume de 1627, 
mais d'un recueil contenant comme lui les cinq premiers 
traités, et ne contenant pas les trois autres? Or, il existe 
précisément un volume qui répond à ce signalement, et 
qui, en outre, est du même format que ceux de 1027 et 
de i532. 

Ce recueil, mentionné par Hoffmann et décrit par 
Renouard*, n'existe, au témoignage de ce dernier, qu'au 
British Muséum ; mais nous avons pu récemment en 
acquérir un exemplaire, dont nous allons donner une 
rapide description. Il est constitué par la réunion de deux 
parties ayant chacune leur titre et leur pagination propres : 
la première, qui a 63 folios numérotés, est intitulée : 
AphorisWmi Hippocratis Ni\\colao Leoniceno Vi\^entino 
interpre\\te. \\ Ejusdem praesagia Gu\\lielmo Copo Basi- 
liensi inter[\prete. \\ Parisiis || Ex officina Simonis Coli- 
naei \\ i524^ ||; la seconde ne mentionne sur le texte que : 
Hippocra\\tes de natura hulimana, Andréa Brentio Pata\\- 
vino interprète, || Parisiis \\ Ex officina Simonis Colinaeil] 
M D XXIIII \\\ mais ce traité est suivi (fol. i3 r») du De 

1. Bibliographie des éditions de Simon de Colines, p. 64. 

2. Cette première partie fut réimprimée en i532 et en i539 (cf. 
Renouard, loc. cit.). 



RABELAIS ET HIPPOCRATE. 



ratione victus in morbis acutis, traduit par Guil. Cop., et 
(fol. 55 v°-ii9 roj de VArs medicinalis de Galien traduit 
par Nie. Leonicenus'. 

C'est donc bien, semble-t-il, de cette édition que s'est 
servi Rabelais en 1 532 : il y a d'ailleurs introduit quelques 
modifications de détail, par exemple dans le titre des 
traités, ou même au cours de la traduction. Quant aux 
additions faites d'après un texte plus complet, elles sont 
peut-être un peu plus nombreuses qu'on ne l'a cru jus- 
qu'ici : je relève parmi les Aphorismes le n» 5i de la 
5<= section et les n°s 21, 62, 63, 66, 67, 68, 72, 83, 85, 86, 
87, 88, 89, 90, 91 de la 7*= 2. Rabelais complète également 
le § 29 du h^ livre des Présages (p. 96 de son édition) et 
il restitue quatre pages à la fin du De ratione victus in 
morbis acutis (p. 266-270). On pourrait encore allonger 
cette liste. 

Si avant 1524 nous ne rencontrons dans aucun volume 
la réunion de ces cinq traités, le petit recueil de cette 
date semble bien en revanche avoir servi de base à plu- 
sieurs éditions, en dehors même des réimpressions que 
Simon de Colines a pu en donner. Nous avons déjà men- 
tionné celle de 1527, qui, pour ces cinq premiers traités, 
est une fidèle reproduction de la précédente. Hotîmann 
en signale une autre, publiée à Lyon en i525, qui con- 
tient, outre ces traités, le De flatibus traduit par Lascaris : 



1. L'avis au lecteur placé à la fin du volume (fol. iig v°) nous 
apprend que le traité De natiiva liumana a été publié après les 
autres; mais nous venons de voir par le titre qu'il n'était pas pos- 
térieur à 1524. 

2. En face de V, 5i, et de VII, 21, 62, 63, une note marginale 
indique que ce sont des additions faites d'après un ancien manus- 
crit. Faudrait-il inférer, de l'absence d'un semblable témoignage 
pour les autres, qu'elles se trouvaient déjà dans le volume imprimé 
qui a servi de base à Rabelais? Seule la découverte d'un tel volume 
pourrait, je crois, nous déterminer à cette conclusion, qui n'est à 
priori nullement nécessaire. — Notons seulement que tous les apho- 
rismes ajoutés de la 7° section se trouvent dans le texte grec publié 
par Rabelais, mais que l'aphorisme V, 3i, n'y figure ni en i532, ni 
en 1543. 



52 RABELAIS ET HIPPOCRATE. 

or, cette dernière traduction a justement été publiée dans 
le même format par S. de Colines en i525 (Bibl. nat., 
Td.*''^--) et, dans notre exemplaire, elle est reliée avec les 
traités parus l'année précédente. Enfin, en i543, Henricus 
Petrus donna à Bàle, in-S», le texte grec et la traduction 
latine de ces cinq traités, avec les additions qu'y avait 
introduites Rabelais dès son édition de i532 : il y ajoutait 
même la huitième section des Aphorismes^ qui ne se 
trouvait pas dans celle-ci; mais il omettait, comme elle, 
les trois derniers traités. 

Nous n'avons pas à discuter ici la part que Rabelais a 
prise dans la seconde édition de son recueil, publiée chez 
Gryphius en i543. Seule une collation minutieuse des 
deux volumes pourrait élucider cette question. Nous nous 
contenterons d'indiquer quelques remarques. Si, comme 
l'a noté M. Plattard, la plupart des manchettes de la tra- 
duction latine ont disparu en 043, d'autres ont été bizar- 
rement modifiées : on lit, par exemple {Aphorismes, I, 2), 
dans l'édition de i532, vomitibus *spontaneis, et en marge 
ajTo;xiTco; Yrf/s-^.èvciT'.v. i. sponte factis ; cette glose est sans 
doute parfaitement inutile; mais ce qui est encore plus 
curieux, c'est la note que l'édition de i543 substitue à la 
précédente et qui est "spontinis. Ce mot, que Ton peut 
qualifier de barbarisme, est précisément celui qui se trou- 
vait dans la traduction primitive de Leonicenus (cf. les 
éditions citées plus haut de 1524 et de 1527) et que Rabe- 
lais avait eu l'heureuse idée de remplacer dans son texte 
par spontaneis. — Pour ce qui est du texte grec des 
Aphorismes, l'édition de 1543 augmente au contraire le 

I. Sur l'origine de cette 8* section, on pourra consulter l'intro- 
duction de Littré à sa traduction des Œuvres d'Hippocrate (t. I, p. 401 
et suiv.) et l'introduction du même à l'édition grecque-française des 
Aphorismes. On y verra que, de ces dix-huit aphorismes, dix sont 
tires d'un ouvrage considéré par Julien comme apocryphe, le Traité 
des semaines; un reproduit le 9* aphorisme de la 5* section, et les 
sept autres sont de provenance inconnue. Ce sont d'ailleurs les 
plus anciennement introduits, et les seuls, semble-t-il, que connût 
Galien, qui d'ailleurs en niait l'authenticité. 



RABELAIS ET HIPPOCRATE. 53 

nombre des notes de l'édition précédente, qu'elle porte de 
i8 à 48. Ce sont, pour la plupart, des variantes tirées soit 
de manuscrits, soit d'autres éditions, notamment de celle 
d'Aide. 



La Bibliothèque nationale possède, sous la cote T^^-*. 
Rés., trois exemplaires de l'édition grecque des œuvres 
d'Hippocrate publiée chez Aide en i526, in-folio. Sur un 
feuillet de garde de l'un de ces volumes, que nous appel- 
lerons A, se trouve la note suivante, signée R. (Renouard, 
comme nous le verrons plus loin] : « Le contenu de ces 
deux pages est l'exacte transcription des notules de la 
main de Rabelais qui existent sur vingt-neuf feuillets de 
cet exemplaire. L'authenticité de toute cette écriture est 
incontestablement établie par le très fidèle calque d'un 
ex-libris de deux lignes écrit par le célèbre médecin et 
curé sur le titre d'un Platon d'Aide de i5i3. Ce calque, 
placé vers la fin du présent volume, est, pour la facilité 
de la confrontation, mis en face de deux lignes rabelai- 
siennes. » Suit la liste de ces notules qui sont rarement 
de plusieurs lignes et qui consistent le plus souvent en 
des sommaires ou en des titres. Puis nouvelle note de 
la même écriture : « Les quatre feuillets 12, 92, 167 et 
225 ayant, avec d'assez nombreuses notes de Rabelais, la 
surcharge d'une ancienne version latine, on a eu la satis- 
faction de pouvoir, en les conservant, les accompagner 
en double des mêmes quatre feuillets exempts de toute 
écriture, pris dans un exemplaire imparfait qui en a pro- 
curé trois autres manquant à celui-ci. » 

Le deuxième volume, soit B, — acquis comme le pré- 
cédent sous le second Empire, — contient une feuille 
blanche qui porte cette note manuscrite : « Exemplaire 
imparfait dont parle M. Renouard dans sa note en tête de 
l'exemplaire prétendu rabelaisien. » En effet, les folios 92, 
167 et 225 manquent à cet exemplaire. Mais, si nous exa- 



54 RABELAIS ET HIPPOCRATE. 

minons attentivement les deux volumes, nous remar- 
querons : 

1° Que les deux sortes d'écriture relevées dans A se 
retrouvent sur un grand nombre de feuillets de B. 

2° Que le feuillet 12 de A, quoi qu'en dise Renouard, ne 
contient aucune note manuscrite, mais que cette note se 
trouve sur le feuillet 12 de B. 

3" Que les folios de B correspondant aux folios anno- 
tés de A sont dépourvus des deux sortes d'annotations 
signalées. 

La conclusion se dégage d'elle-même : il existait primi- 
tivement un exemplaire contenant ces notes manuscrites 
sur un très grand nombre de pages, et un exemplaire sans 
notes. Mais les deux exemplaires actuels ont été compo- 
sés de feuillets pris arbitrairement à l'un et à l'autre, et il 
faudrait réintégrer dans le volume B les vingt-neuf feuil- 
lets annotés de A. 

Dans le catalogue de la vente Ant.-Aug. Renouard ' se 
trouve la description de ce volume-; et, ce qui est parti- 
culièrement intéressant, l'exemplaire de ce catalogue qui 
a servi à la vente (Bibl. nat., A. 17935) contient des notes 
manuscrites qui nous donnent sur ce volume des rensei- 
gnements très précis. Outre le nom de l'acquéreur (M. Du- 
prat) et le prix (140 fr.), elles nous indiquent que, contrai- 
rement à ce qu'annonce la description, ce volume n'était 
pas relié; qu'on y avait joint des fragments d'un autre 
exemplaire, — sans doute celui que nous avons désigné 
par la lettre B; — et qu'cntin l'authenticité des annota- 
tions rabelaisiennes n'était pas garantie. 

Cette réserve nous semble fort Justifiée : en effet, ni 
l'inspection de l'écriture, ni l'examen même de ces notes, 
— qui, nous l'avons dit, ne sont presque toutes que la 
traduction latine des titres de la plupart des traités, — ne 



1. Paris, 1854, iii-8", p. 5o-5i. 

2. On y annonce trcntc-dcux pages portant des notes de la main 
de Rabelais. 



RABF.LAIS ET HIPPOCRATE. 55 

sont de nature à nous faire accepter cette attribution de 
Renouard. De plus experts décideront. 

Nous signalons également à leur curiosité un volume 
de la bibliothèque de Lyon auquel, il y a vingt ans, 
M. Aimé Vingtrinier * a assigné la même provenance. 
Nous n'avons pas vu ce volume, mais les arguments sur 
lesquels l'auteur se fonde pour attribuer à Rabelais les 
notes qui s'y trouvent ne nous semblent rien moins que 
probants. Remarquons seulement que cette édition, qui 
parut l'année même où Rabelais donnait chez Gryphius la 
traduction latine des cinq traités d'Hippocrate, ne con- 
tient aucun de ces traités, quoi que semble croire M. Ving- 
trinier. Elle est intitulée : Hippocratis medicorum omnium 
longe principis Epidemiorum liber sextus, jam recens 
latinitate donatus Leonardo Fuchsio interprète. Addita 
est luculenti universi ejus libri expositio, eodem Leonardo 
Fuchsio authore. Adjecta insuper sunt ad calcem graeco 
ut diligens lector haec ipsa cum latinis conferre passif. 
— Haganoae, ex officina Johannis Secer, anno millesimo 
quingentesimo trigesimo secundo, mense februario . — 
Additum est et index commentarii. In-40. 

René Sturel. 

I. Cf. Un exemplaire d'Hippocrate annoté par Rabelais, Lyon, 
1887, in-S" (Bibl. Maz., 5o654, in-S», 6° pièce). — Nous adressons ici 
nos remercîments à M. G. Vicaire, qui nous a signale cette bro- 
chure. 



RABELAIS ET JEAN BOUCHET. 



Jean Bouchet, le grand rhéioriqueur poitevin, était 
ami de Rabelais. Les épîtres qu'ils ont échangées ' en 
sont la preuve. Il est donc très probable que Rabelais a 
connu et lu les livres de Jean Bouchet. 

Or, celui-ci publia, vers ja fin de 022 ou au commen- 
cement de l'année suivante, un livre intitulé : 

LE Labirynth de fortune & se||jour des trois nobles dames 
Côpofe par la-ilcteur des Renars trauerfans et loups rauif-||sans 
furnôme le trauerfeur des voyes périlleuses. (Marque de 
G. Bouchet et Jacques Bouchet, imprimeurs. S'ensuit un hui- 
tain « aux lecteurs ».) Cum priuilegio. || Et font a vendre a 
Paris en la rue faict Jacques deuàt || fainct Yves & a Poictiers 
deuant le pallays au Pellican par !| Enguilbert de Marnef. Et 
a limprimerie a la celle & de||uant les Gordeliers par Jacques 
Bouchet Imprimeur-. (Le privilège du livre est daté du 26 no- 
vembre l522,) 

Dans cet ouvrage, l'auteur se plaint de l'inconstance 
des choses humaines; le monde, ce n'est qu'un laby- 
rinthe où l'on se perd ; il nous faut connaître la voie des 
« trois nobles dames >>, à savoir : la Foi, l'Espérance et 
la Charité qui, en nous réconciliant avec Jésus-Christ, 
nous donnent, par l'amour de Dieu et du prochain, un 
bonheur véritable. 

Le point de départ de l'auteur, c'est la mort du très 
regretté « monsieur Artur Gouffier qui, « en fleur de son 
« aage » (il avait alors quarante-cinq ans), est décédé à 
Montpellier « en printemps et ioly moys de may ». L'au- 
teur vient d'assister à ses obsèques à Chinon. Il suppose 

1. Voir éd. Marty-Laveaux, t. III, p. 299 et 3o8. 

2. Bibliothèque nationale. Rés. p. Ye. 36i. 



RABELAIS ET JEAN BOUCHET. Sj 

à ce propos un : « Conflict de bonheur & maleur par dia- 
logue. Et du bon & maulvais eur daucuns hebrieux. Cha- 
pitre VII. » II nous dépeint le sort de quelques person- 
nages hébreux puis celui des Assyriens. Le Bonheur dit : 

En cestuy monde le eftably alPyrie 
Et si la feiz première monarchie... 
Quant retiré me fuz de alTyriens 
Si grand faueur eurent les mediens 
Que de afïyrie en mede tranfportais 
La monarchie... 

Le chapitre x commence en ces termes : 

L'auctorite de perfe le exaltay 
Lorsque de mede en elle tranfportay 

la monarchie. On traite ensuite : « De la translation de 
la monarchie de Perse en Grèce..., » à l'histoire de laquelle 
Tauteur mêle celle de la Lidie, de Troie, etc. Ensuite, 
ayant raconté l'histoire des Romains et des Gots, il 
parle des Français qu'il croit et déclare « descendus des 
Troyens ». 

C'est là un passage dont a pu s'inspirer Rabelais. En 
effet. Maître François a très probablement connu le livre 
de Bouchet, car le livre est dédié à Antoine Ardillon, 
— le a noble Ardillon «, comme l'appelle Rabelais', — 
lequel avait lu « le poème « avant que l'auteur l'eût mis 
sous presse. Bouchet avoue expressément, dans son 
épitre dédicatoire, que c'est l'intérêt que le savant abbé a 
pris à la lecture de son ouvrage qui l'a amené à faire 
imprimer celui-ci. L'épître latine de l'abbé Ardillon, 
adressée de Fontenay-le-Comte à l'auteur, est datée : 
17 kalendas novembris 022 (16. x.), et l'épître respon- 
sive de l'auteur du i^r novembre. C'est à cette époque que 
Rabelais était, selon la tradition, cordelier de l'abbaye de 
Fontenay-le-Comte. Le « noble Ardillon » lui aurait-il 

I. T. II, p. 5. 



58 RABELAIS KT JEAN BOLCHET. 

parlé des idées de l'ouvrage? Ou aurait-il mis le livre à sa 
disposition ainsi qu'à celle de son ami Lamy? Ou Rabe- 
lais ne connut-il le livre que plus tard? Peu importe. Il 
n'en est pas moins vrai que Rabelais a pu lire le poème 
de Jean Bouchet avant i534, année de l'apparition de son 
ï" livre. Nous savons que, depuis, il a été en relations 
amicales avec le grand rhéteur poitevin; il a donc pu, au 
moins, connaître les idées contenues dans le Labyrinthe 
de fortune. Or, si on nous concède cela, on aboutit aune 
explication nouvelle du passage suivant du 1. I, ch. F"^ : 

(Rabelais dit que tout se transforme et change au monde, 
que les descendants des empereurs sont « gueux de rholtiaire, 
souffreteux et miferables » et vice versa.) « Attendu l'admirable 
tranfport (remarquez le mot et celui de Bouchet, plusieurs fois 
répété) des règnes et empires : 

Des AlTyriens es Medes, 

Des Medes es Perses, 

Des Perses es Macedones, 

Des Macedones es Romains, 

Des Romains es Grecz, 

Des Grecz es Francoys^. 

Jean Bouchet, en donnant sa vue générale de l'histoire 
universelle, s'appuie sur des historiens anciens et modernes 
et trace l'histoire de 1 humanité telle qu'on la comprenait 
de son temps. C'est bien de lui que Rabelais s'est inspiré 
pour écrire les passages cités, car à peine peut-on suppo- 
ser qu'il ait lu tous les livres ^ d'histoire qui sont mention- 
nés par Bouchet et que celui-ci résume. Il fait une seule cor- 
rection à la liste de Bouchet : c'est quand il substitue aux 
Grées les Macédoniens, ce qui est plus correct. — Cepen- 
dant qu'entend-il par les « Grecs »? Sont-ce les Byzan- 

1. Cité d'après l'cd. Marty-Laveaux. 

2. Voici une petite liste des auteurs cités par lui qui peuvent 
intéresser le lecteur de la présente note : Juvenalis Satyr. X, etc., 
Seneca tragcdi., Boetius deconsol.; Tite-Live, Suétone, Flore; Gré- 
goire de Tours, Annoncius Monachus, Robertus Gaguinus, Johannes 
Triteminus, Sabellicus (Rhapsodiac historiarum), etc. 



RABELAIS ET JEAN BOUCHET. 5g 

tins? Le rôle de Byzance était devenu nul depuis presque 
un siècle à l'époque où il écrivait, et même avant la prise 
de Constantinople par les Turcs, il n'était plus de pre- 
mier ordre. Et comment expliquer ' que les Français soient 
considérés comme les héritiers des Grecs? Il est peu pro- 
bable que les Français dont il s'agit ici soient les conqué- 
rants de Constantinople, dont la mémoire était bien affai- 
blie au temps où l'on s'inspirait surtout de Platon et 
d'Homère. 

Or, Bouchet, qui résume l'histoire générale selon les 
conceptions de son temps, ne parle pas des Croisés, mais 
il parle de l'empire allemand du moyen âge. Et ce qu'il 
veut faire ressortir, c'est que les Français, descendus des 
Troyens dont il confond l'histoire avec celle des Grecs 
anciens), sont les héritiers ou les conquérants de tous les 
autres : « Huntz, Gotz, Romains et Gepides. » C'est en 
effet au temps de Bouchet que l'idée que les Français 
descendaient des Grecs ou Troyens occupait de plus en 
plus les cœurs français. Rabelais, helléniste, semble favo- 
rable à la même idée et en même temps il veut, probable- 
ment, flatter les ambitions du roi, rival de l'empereur 
Charles-Quint. Ses paroles ne sont-elles pas une sorte de 
réclamation de la priorité morale de la France dans 
la querelle ^ pour l'Empire? Ne se préoccupe-t-il pas sou- 

1. Voici la note de l'édition variorum d'Esmangard et Éloi Johan- 
neau (Paris, i823), t. I, p. 40, que je copie en entier : « L'empire, 
en effet, après la défaite de Philippe, de Persée, d'Antiochus, passa 
des Macédoniens aux Romains; car les rois grecs de Syrie et 
d'Egypte étoient Macédoniens d'origine. Il entend donc par Grecz 
les Grecs du Bas-Empire, et il fait allusion au titre d'empereur 
d'Occident qu'ont porté Charlemagne et Louis le Débonnaire de 
798 à 840, aux empereurs françois qui ont régné à Constantinople 
depuis Baudouin, en i2o3 jusqu'en 1261, et peut-être aussi au titre 
d'empereur d'Orient que Léon X avoit prorais à François I" lors 
du concordat, et à la prétention que Charles "VIII avoit eue à ce 
titre, lors de la conquête de Naples. Macedones est ici pour Macé- 
doniens. » Mais Charlemagne a été héritier de l'empire romain et 
les Français n'ont jamais étendu leur domaine jusqu'aux pays 
grecs. 

2. Voir E. Lavisse, Histoire de France, t. V, partie II, p. 4 et suiv. 



6o RABELAIS ET JEAN BOUCHET. 

vent des intentions de la cour de France? Son patrio- 
tisme ne le rend-il pas, parfois, Tavant-coureur de la poli- 
tique extérieure du roi? 

En somme, l'idée favorite de son temps et la confusion 
qui en provient ont amené Rabelais à faire une correc- 
tion dans la succession des empires qu'il a prise soit à 
Bouchet, comme nous le croyons, soit à une source litté- 
raire commune à Bouchet et à lui. Mais en même temps, 
elle l'a amené à parler d'un empire grec qui aurait passé 
aux Français; et cela est, en somme, contradictoire. 

D"^ P. Haskovec. 
(Prague.) 



LES TRESORS DE L'ANTECHRIST 

(tiers-livre, CH. XXVIj. 

On sait avec quelle « allégresse d'esprit » Frère Jean 
réconforte Panurge tout « matagrabolisé » de son entrevue 
avec Herr Trippa. « Marie-toy de par le diable, marie-toy... 
Je dis et entends le plus tost que faire pourras. Des huy 
au soir fais en crier les bancs et le challit ' . — Vertu Dieu, 
à quand te veux-tu réserver? Sçais-tu pas bien que la fin 
du monde approche? Nous en sommes huy plus près de 
deux trabuts et demie toise que n'estions avant -hier. 
L'Antichrist est desja né, ce m'a l'on dit. Vray est qu'il 
ne fait encore que esgratigner sa nourrice et ses gouver- 
nantes et ne montre encore les trésors. Car il est encore 
petit. )) 

Cette phrase « et ne montre encore les trésors » a intri- 
gué plusieurs commentateurs. « Probablement les dents; 
Pline a dit : thesauri maxillarum^ » expliquent Burgaud- 
Des Marets et Rathery. M. Smith, dans sa grande édition 
anglaise, adopte la même interprétation. 

Cette explication nous a toujours été suspecte. 

1° Tout d'abord, elle ne peut s'accorder avec le con- 
texte. Comment la concilier avec la phrase suivante : 
« Car il est encore petit? » L'Antéchrist aurait-il cessé 
d'être petit s'il avait fait ses premières dents? Y a-t-il un 
intervalle appréciable entre le temps où l'enfant égratigne 
nourrice et gouvernantes et celui où il peut montrer ses 
quenottes? 

2° En outre, ni la langue littéraire, ni la langue popu- 
laire, au xvi^ siècle, ne nous offrent d'exemple du mot 

1. Cette équivoque sur les bans du mariage est-elle de Rabelais? 
Nous ne saurions le dire. La locution avait prêté à d'autres jeux de 
mots. « Elles achetèrent leurs bancs et leurs selles {seels, sceaux) 
de révêque, » dit Bonaventure Despériers, Nouvelles recréations et 
joyeux devis. Nouvelle V. 



02 LES TRÉSORS DE l'aNTÉCHRIST. 

« trésors » tout court, comme synonyme de dents. Si donc 
Rabelais avait imité lexpression de Pline, il est certain 
qu'il en aurait traduit ou reproduit les deux termes : the- 
sauri maxillarum, les trésors des mâchoires. 

3° Entin cette réminiscence d'une expression qui n'était 
pas usuelle dans la langue latine serait bien invraisem- 
blable chez Frère Jean. Il n'a pas l'érudition de Panurge, 
et Pline n'est pas « matière de bréviaire ». 

En réalité, l'interprétation de ce passage ne se trouve 
pas dans la littérature latine, mais dans les traditions 
relatives à l'Antéchrist. On sait quelle fascination avait 
exercée sur le moyen âge le « sombre Géant du dernier 
soir ». Au xvie siècle, s'il ne troublait plus les esprits, sa 
légende du moins restait vivante dans l'imagination popu- 
laire. Or, un des signes qui devaient faire reconnaître 
l'Antéchrist était précisément sa prodigalité. Il devait pos- 
séder la science universelle, la puissance et surtout des 
trésors immenses pour séduire les hommes. Eustache Des- 
champs, dans sa Ballade d'Antéchrist, parle de ces fabu- 
leux trésors : 

Les grands trésors de Salomon le Sage 
Et tous les ors de finance perdue 
Sont réservés pour faire ton passage. 

Juvénal des Ursins raconte l'histoire d'un chevalier « de 
son temps qui, s'en étant allé au fond de l'Ecosse pour 
demander aux diables les trésors de Salomon, essuya 
« un refus poli, parce que ces trésors étaient gardés pour 
« l'Antéchrist' ». 

Malvenda, qui composa au commencement du xvii= siècle 
un ouvrage énorme sur l'Antéchrist [De Atîtichristo, 
libri XI), s'étend longuement sur ces richesses prodi- 
gieuses réservées à l'Antéchrist. Suivant une tradition qui 
remontait à saint Anselme, il devait entrer en possession 

I. J'emprunte ces deux textes à l'ouvrage de M. Emile Roy, Le 
jour du jugement, mystère français sur le Grand Schisme. Paris, 
Bouillon, 1902. 



LES TRÉSORS DE l'aNTÉCHRIST. 63 

de tous les trésors perdus. Cf. lib. VII, ch. xiii, Thesaii- 
ros ahsconditos ac deperditos patefaciendos Anticlvisto . 

En attendant sa venue, des démons les lui conservaient. 
Ch. XIV, Daemojies thesaurorum occiiltorum esse plerum- 
que praesides ac custodes, qiios servant Antichristo. 

Tous les métaux précieux recelés dans les mines devaient 
lui appartenir. Ch. xv, Ex auri argentique fodinis imma- 
nes divitias eruet Antichristus . Ch. xvi, Daemones metal- 
lis auri et argenti in terrae finibiis interdiim incubant; 
quae Antichristo custodiunt. Et c'est en prodiguant ces 
richesses, en montrant ces trésors que l'Antéchrist recru- 
terait ses premiers partisans. 

En i5i6, le concile de Latran avait interdit aux prédi- 
cateurs de déterminer le temps précis de la venue de l'An- 
téchrist et de la fin du monde, comme l'avait fait plus 
d'un grave docteur au xv^ siècle ^ Mais il ne disparut point 
des prédications populaires. Pendant longtemps encore, 
les fidèles entendirent prêtres et moines dénoncer les 
signes auxquels devait être reconnu le « maître diable ». 
Le tableau de ses futures largesses troublait même parfois 
l'esprit des simples. Témoin ce Gascon dont H. Estienne 
rapporte le cri naïf d'impatience. Comme le prédicateur 
montrait l'Antéchrist semant l'or et l'argent de ses trésors 
à pleines mains pour gagner les coeurs, notre Gascon l'in- 
terrompit pour lui demander sur-le-champ quand vien- 
drait ce bon seigneur d'Antéchrist : « E diu quen biera 
ed aquet bon segna d'Antéchrist-^? » 

J. Plattard. 



1. Entre autres le cardinal Nicolas de Cues, qui avait annoncé la 
fin du monde pour le 34° jubilé, dans son livre De Conjecturis 
novissimorum temporum. Rabelais en plaisante, au Livre II, ch. xiv : 
« de trente sept jubilés nous n'aurons le Jugement final et sera 
Cusanus trompé en ses conjectures. Je vous en advertis de bonne 
heure. » 

2. Apologie pour Hérodote, éd. Ristelhuber, I, p. 38. 



RABELAIS 
ET MARNIX DE SAINTE-ALDEGONDE. 

Dans une note publiée par la. Revue des Etudes rabelai- 
siennes (vol. IV, p. 224), M. Pirenne signalait Tinfluence 
que Rabelais avait exercée sur le grand pamphlétaire pro- 
testant Marnix de Sainte-Aldegonde* (i 538-1 598), qui fut 
le bras droit de Guillaume le Taciturne pendant la lutte 
engagée contre Philippe II dans les Pays-Bas espagnols 
durant le dernier tiers du xvi^ siècle. 

Cette influence, disait le savant historien belge, vaudrait 
d'être étudiée en un travail complet. Je me déciderai 
peut-être à entreprendre cette étude, mais, en attendant, 
je voudrais appuyer les remarques de M. Pirenne d'une 
citation qui montrera combien les œuvres de Rabelais 
étaient connues aux Pays-Bas dès la seconde moitié du 
xvi«= siècle. On lit en effet dans le Tableau des différens de 
la religion (t. I, p. 35) : « Il faudroit escouter la voix du 
Pasteur lesus Christ, et le ramage de tous ces Papegaux^, 
Cardingaux, Evesgaux, Cornegaux, Mitrcgaux, Crosse- 
gaux, Clerigaux, Abbegaux, Moinegaux et autres oiseaux 
de la forest Papimanique, ne serviroit que d'autant de sif- 
flets et faintes, pour prendre force oiselets à la pipée. » 

L'allusion au chapitre 11 du livre V est si évidente 
qu'elle me semble faite pour des lecteurs auxquels Rabelais 
était déjà familier. Celui-ci n'a pas le même ordre ; il parle 
des <( Clergaux, Monagaux, Prestregaux, Abbegaux, Eves- 
gaux, Cardingaux, et Papegaut », mais les variantes sont 
insignifiantes. 

1. Ses œuvres ont été rééditées par Edgar Quinct. Bruxelles, Van 
Mcenen, 1837, 4 vol. in-8°. Deux autres volumes faisant suite aux 
précédents et publiés à la même librairie en iSSg et 1860 ont été 
édités par Alb. La Croix. Il faut y joindre encore deux volumes 
d'œuvres flamandes. 

2. Le pluriel est certainement une faute. Peut-être est-elle impu- 
table au typographe. 



RABELAIS ET MARNIX DE SAINTE-ALDEGONDE. 65 

Marnix ajoute trois termes : « Cornegaux, Mitregaux, 
Crossegaux; » par contre, il lui manque « Prestregaux ». 
Avait-il un autre texte sous les yeux ou a-t-il cité de 
mémoire, ou bien encore a-t-il forgé les trois expres- 
sions, qui sont d'ailleurs superflues, l'idée étant suffisam- 
ment exprimée déjà par « Evesgaux et Abbegaux »? Le 
« Prestregaux » de Rabelais n'est d'ailleurs pas moins 
inutile. 

Quoi qu'il en soit, l'expression « oiseaux de la forêt papi- 
manique » est si transparente qu'il n'est pas permis de 
douter que l'allusion n'ait été consciente et qu'elle n'ait 
été au reste parfaitement entendue de tous. 

Ailleurs, dans le même ouvrage (t. I, p. 29), Marnix, en 
une énumération injurieuse à l'adresse des prélats de 
l'Église romaine, les invective du nom de « Mystes, Mysta- 
gogues, Pastophores. » Ne reconnaît-on pas les « mystes» 
et les « pastophores » dont il est question, à peu de lignes 
d'intervalle, au livre III, chap. xlvhi de Pantagruel? 

Il n'y a pas jusqu'au procédé même de l'accumulation 
qui ne nous reporte à Rabelais, et son influence n'est pas 
moins marquée sur le texte du Bijenkorf (la ruche), car 
l'on sait que Marnix maniait avec une égale facilité les 
deux idiomes qui se partageaient son pays*. 

Gustave Cohen. 



I. M. A. Delboulle a publié, dans la Rev. d'hist. litt. de la France, 
1896, p. 440-3, un article intitulé : Marnix de Sainte-Aldegonde 
plagiaire de Rabelais, où il relève un certain nombre d'emprunts 
évidents faits par Marnix à Rabelais, en notant ce fait que l'auteur 
de Pantagruel n'est nommé nulle part par son plagiaire. 



REV. DES ET. RABELAISIENNES. VI. 



LES LIEUES DES LANDES. 

... D'ancienneté, les pays n'estoient distinctz par lieues ... 
jusques à ce que le roy Pharamond les distingua, ce qui fut 
faict en la manière que s'ensuit : car il print dedans Paris cent 
beaux jeunes et gallans compaignons bien délibérés, et cent 
belles garses picardes... et à chascun bailla sa garse... leur 
faisant commandement qu'ilz allassent en divers lieux... Et, à 
tous les passaiges qu'ilz biscoteroient leurs garses, qu'ilz 
missent une pierre, et ce seroit une lieue. Ainsi les compai- 
gnons joyeusement partirent et, pour ce qu'ilz estoient frais de 
séjour, ilz franfreluchoient à chasque bout de champs, et 
voylà pourquoy les lieues de France sont tant petites. 

Mais quand ilz eurent long chemin parfaict, et estoient jà 
las comme pauvres diables... ilz ne belinoient si souvent... Et 
voylà qui faict les lieues de Bretaigne, des Lanes, d'Alle- 
maigne et aultres pays plus esloignés, si grandes. 

(Liv. II, ch. xxxni.) 

Ce qu'il importe de relever de ce passage, c'est que 
Rabelais a trouvé longues les lieues des Lanes, comme 
l'on disoit alors, comme l'on dit encore aujourd'hui, 
Lanes étant l'expression gasconne. 

Or, il se chante dans le pays une sorte de rengaine, — 
une chanson à multiplication, — d'où, précisément, se 
dégage la même impression de longueur : 

Nam trabersal naît lanes 
Chens trouba brocs ni branes 

Saub qu'il branou 
Moun Dion, d'aqucres lanes 

Ta loiing' que soun ! 

Mais on est fondé à se demander si les Landes ou les 
lieues des Landes n'étaient longues que dans l'imagination 
des indigènes cheminant interminablement par la steppe 



LES LIEUES DES LANDES. 67 

immense, ou pour servir à Rabelais de thème à un récit 
galant. 

Voici un troisième témoin du temps, — le témoin 
sérieux. André Navagero, ambassadeur vénitien, traverse 
précisément ce pays-là, en i528, et dit expressément : In 
tiitto questo paese da Baiona a Burdeos, le leghe son 
molto grande. Exactement l'impression de la chanson 
landaise et le mot de Rabelais. Il faut avouer que la ren- 
contre est singulière. Navagero complète et explique : di 
sorte che a nie par che si possano benissimo contar per 
quattro buoni miglia Vuna'^ . 

Reste à savoir la valeur du mille vénitien en i528. Cette 
valeur était de 1,738^67425^. La lieue contenant « quatre 
bons milles », au dire de Navagero, c'est donc 6,964 mètres, 
— sept kilomètres en chiffre ronds, — qu'elle représentait, 
et l'on comprend qu'on l'ait trouvée « grande ». 

Ceci peut contribuer à montrer dans quel esprit il con- 
vient de lire Rabelais et comme un fond de vérité existe 
la plupart du temps sous ses fantaisies les plus extrava- 
gantes. 

Georges Beaurain. 

1. Documents inédits de l'Hist. de France. Relations des ambassa- 
deurs r'énitiens, p. i5. 

2. Niiovo di^ionario tiniversale tecnologico d'arti e mestieri. 
Venezia, 1846, XXXIX, 382, voce : mistire. — Manuale di metrologia 
di Angelo Martini. Torino, i883. Quant à la concordance avec le 
mille à l'époque de Navagero, M. A. Locatelli, secrétaire du Reale 
Istitnto lombardo di scien:i[e e lettere, m'écrit : « La direzione dell' 
Archivio di Stato di Vene:[ia scrive : ... che non conste che altra 
misura fosse, tino dai vecchi tempi, usata dalla Repubblica Veneta 
fuorchè del miglio di mille passi; il passe era di cinque piedi ed il 
piede corrisponderebbe a m. 0,347733 (ciô che darebbe appunto al 
miglio il suesposto valore di metri 1738,674); e che i vecchi disegni 
conservati in quell' archivio anche comprendono vaste zone di 
territorii, sano tutti in générale tracciati in scale di passi e piedi 
veneti, o di pertiche padovane. » 



CHINON 

AU TEMPS DE LA JEUNESSE DE RABELAIS. 

A la fin du xv^ siècle, Chinon, « petite ville, grand 
renom, » était un des centres les plus importants de la 
Touraine; son château, muni d'une garnison nombreuse, 
constituait une forteresse de premier ordre. Comme gou- 
verneurs du château de Chinon, nous relevons les noms 
d'Adrien de Montbron en 1498, d'Artus Gouffier, duc de 
Roannez, en i5i4, et de son fils Claude Gouffier, grand 
écuyer de France, en iSiq^ 

En 1498, la ville de Chinon fut le théâtre d'un événe- 
ment qui, par sa brillante mise en scène, dut frapper par- 
ticulièrement l'imagination enfantine de Rabelais. Il s'agit 
de l'entrée à Chinon de César Borgia, envoyé par le pape 
Alexandre VI pour remettre au roi Louis XII les lettres 
annulant son mariage avec Jeanne de France. Cette entrée 
solennelle eut lieu le 18 décembre 1498; un luxe inouï fut 
déployé à cette occasion. Dans le cortège, précédé de 
tambourins et de trompettes, on remarquait vingt-quatre 
mulets richement harnachés et montés par des pages et 
gentilshommes en habits de velours. Tous les regards se 
portaient surtout sur César Borgia, duc de Valcntinois, 
qui était richement habillé d'une robe de satin rouge à 
broderies dorées, toute parsemée de pierres précieuses; il 
portait en outre un magnifique collier de perles fines. 
Brantôme, en nous contant cet événement, nous retrace 
l'ébahissement des spectateurs. Or, parmi eux, selon 
toute vraisemblance, devait se trouver le jeune Rabelais. 

Plus tard, la grande joie de Maître François devait être 
de se rendre aux Caves peintes pour y déguster quelques 
vénérables bouteilles dans les celliers des bourgeois chi- 

I. Mémoires de la Société archéologique de Touraine, t. XXVIII, 
p. 239. 



CHINON AU TEMPS DE LA JEUNESSE DE RABELAIS. 69 

nonais. Ces caves, citées par Tauteur de Pantagruel^ 
n'étaient nullement un cabaret, comme on Ta dit et répété 
à tort^ 

Enfin, en sortant des Caves peintes, le Jeune Rabelais 
devait aimer à se rendre chez Innocent le pâtissier, dont 
la boutique se trouvait tout auprès, dans la même rue. Il 
ne nous cache pas la satisfaction qu'il avait eue jadis 
« chez Innocent le pâtissier devant la Cave peinte à Chi- 
non- » lorsqu'il revêtait « un pourpoint » pour faire 
« cuire les petits pâtés ». 

Henrv Grimaud. 



1. Pantagruel, livre IV, ch. xx. 

2. Société des amis de Rabelais, année 1889, p. 61. 



PARTAGE DES BIENS ET HERITAGES 

DE FEUE ANDRÉE PAVIN 

ENTRE ANTOINE RABELAIS, LICENCIÉ ÈS LOIS, d'uNE PART, 

ET JEAN, FRANÇOIS, GUILLAUME, ANTOINE, PIERRE FRAPIN 

ET PIERRE DELOPITEAU, 

A CAUSE DE MADELEINE FRAPIN, SA FEMME, d'aUTRE PART. 

(i5o5, 12 mars, Montsoreau.) 

[L'original de l'importante pièce que nous publions ici est 
perdu, ainsi que son vidimus du lo juillet 1707. Mais il existe 
une copie du 17 mai 1741 de ce vidimus', que nous allons 
reproduire ci-dessous grâce à l'obligeance de M. le vicomte 
Maurice de F"os. Cette pièce a été déjà publiée par la Société 
des amis et admirateurs de Rabelais. Deuxième congrès, 1887, 
p. 26.] 

Le douziesme jour de mars, l'an mil cinq cent cinq, 
personnellement estably en nostre cour de Montsoreau 
honorable homme sage M« Antoine Rabelais, licentié es 
loix, d'une part; 

Honorables hommes Jean Frapin, François Frapin, 
Guillaume Frapin, Anthoine Frapin et Pierre Frapin et 
Pierre Delopiteau, à cause de Magdelaine Frapin, sa 
femme, d'autre part, pour laquelle il c'est fait fort et pro- 
met comme et aussy lesdits Jean et François Frapins, 
tant pour eux que pour lesdits Guillaume, Anthoine et 
Pierre Frapins, absants, pour lesquels ils ce font fort et 
promettent leur faire avoir ce fait pour agréable à peine 
de tous dépens, domages et intérests; 

Tous les dessusdits enfants et héritiers de feue honeste 
femme Andrée Pavin; 

Et ledit Rabelais, principal héritier en tant que touche 

I. Au dos, on lit : « Chavigny en Vallcie, tombé en partage à 
Rabelais, 12 mars i5o5. » 



PARTAGE DES BIENS ET HERITAGES DE ANDREE PAVIN. 7I 

les choses nobles, soumettants comme lesquels ont fait 
entre eux les partages et divizions des héritages des biens 
immeubles à eux escheuz et advenuz par le décès et tré- 
pas de ladite feue Andrée Pavin, leur mère, en la manière 
que s'ensuit : 

C'est assavoir que audit Rabelais, comme fils aine et 
principal héritier, est et demeure pour son lot et partage 
chastel et maison noble de Chavigny et sittuez et assis en 
Vallée, en la parroisse de Varennes, avec ses appartenances 
et dépendances tant en fond, domaines, que fief, justice et 
jurisdiction, cens et rentes, et devoirs féodaux et autres, 
prez, bois, eaux et pescheries, pastureaux ainsy que le 
tout se poursuit et comporte et que ladite feue Andrée en 
son vivant les tenoit et possédoit et quelles luy estoient 
demeurées par partages faits avec noble homme Chris- 
tophfle Pavin et feue Jeanne Pavin, ses frère et sœur, 
sans en diminuer en manières quelconques, avec la rente 
de monsieur de Chozé; 

Avec ce demeure audit Rabelais tous les droits de fief, 
justice, seigneurie et jurisdiction, cens, rentes et devoirs, 
prez, pescheries et pastureaux, et certaines terres estant 
entre les rivières de Loyre et la Turcie, la levée de ladite 
rivière, en ladite parroisse de Varennes, le tout advenu et 
escheu à ladite feue Andrée par la succession et eschoitte 
de ladite feue Jeanne Pavin, ou parlesyssus et dessenduz 
d'elle, ainsy que icelles choses estoient demeurées par 
partages a ladite feue Jeanne Pavin; 

Aussy demeuré audit Rabelais tel droit, part et portion 
que lesdits Frapins et Delopiteau, à cause de sadite femme, 
pourroient avoir et demander par avant ce jourd'huy en 
deux arpcns de terre situez près le Moulin du pont, sur 
le chemin par lequel l'on va dudit moulin à la Croix de 
Longarde, et en certains chenevreaux estans en la par- 
roisse de Cinais, ainsi que le tout ce poursuit et comporte 
et qu'on a par cy devant accoutumé cultiver avec les 
domaines de la mettairie de la Devinière appartenant 
audit Rabelais, auquel demeurent toutes les autres choses 



72 PARTAGE DES BIENS ET HERITAGES 

dépendantes dudit lieu de la Devinière, où les dessusdits 
Frapins et Delopiteau eussent peu prétendre aucun droit, 
avec les rentes et droits féodaux acquis par cy devant au 
fief de Chavigny avec la poursuite d'icelle. Et demeurent 
iceux Rabelais, Jean et François Frapins et Delopiteau, 
quittes les uns vers les autres de toutes actions, propéti- 
tions et demandes qu'ils ce pussent faire l'un et l'autre 
pour raison desdites successions; 

Et auxdits Frapin et Delopiteau est demeurent pour 
leur lot et partage l'hôtel, maisons et mettairies, apparte- 
nances et dépendences de la Saille bonne', sittuée en la 
parroisse de Seuilly, et icelles de environ avec les terres, 
vignes, bois, domaines et dépendances dudit lieu, et aussy 
certaines terres et bois qui furent à feu Jean Le Bloys, 
séant au lieu appelle [illisible] et tout ainsy que icelles 
choses ce poursuivent et comportent et qu'elles ont estez 
acquises par ladite feue Andrée en quelque manière que 
ce soit; 

Outre leur demeure, quarante et trois sols quatre deniers 
tournois de rente sur la maison de feu Jean Mesnager, 
sittuée en la ville de Chinon, et douze boisseaux de fro- 
mant et un chapon de rente sur René Courtillier et Adam 
Carré sur certains hérittages sittuez aux Roches Sainct 
Paul, près Chinon, et autres rentes qui à ladite deffunte 
pourroient competer et appartenir à titre successif, 
acquests ou autrement en ladite paroisse de Seuilly, 
Ligré et Nostre-Dame de Rivières; 

Outre demeure auxdits Frapins et Delopiteau tel droit, 
part et portion qu'eux et ledit Rabelais, comme herittiers 
de ladite feue Andrée, pourroient avoir es choses escheues 
par le décès de ladite feue Jeanne Pavin, sittuez tant au 
lieu appelé le Chillou, la Renaudière, entre le chemin par 
lequel l'on va de la maison aux Ruesches^ à l'église de 
Varennes et le chemin par lequel l'on va de la maison de 



1. Le texte public en 1887 donne : Caille Borne. 

2. Peut-être faut-il lire : Presches ou Fresches. 



DE ANDRÉE PAVIN. 'j2> 



Christophle Pavin à ladite église, et le long et environ de 
la garenne dudit lieu de Chavigny, icelles terres indivizes 
à partager avec ledit Christophle Pavin, comme héritier 
de ladite feue Jeanne, que ailleurs, fors ledit droit féodal, 
pescheries et lesdites pièces de terres cy dessus mention- 
nées qui demeurent audit Rabelais; 

Avec ce demeure auxdits Frapins et Delopiteau toutes 
les debtes qui à eux, audit Rabelais pouroient estre dues 
tant à Sache et par les commissaires qui furent commis 
audit lieu que autres personnes à Couziers, Courcoué, et 
par les vicaires desdits lieux qui ont été fermiers de feu 
M^ Jean Pavin, en son vivant curé desdits lieux de Cou- 
ziers et Courcoué, et par autres debteurs, fors lesdites 
rentes qui demeurent audit Rabelais comme dit est des- 
sus, et aussy rezerve à luy sa portion s'il se trouve quelque 
argent venu et yssu de la succession de feu M^ Jean Pavin 
qu'on dit estre détenu par aucunes personnes dont lesdits 
dessusdits héritiers ne sont encore à présent ascertainez; 

Et est dit entre eux que si ledit Guillaume Frapin est 
de présent décédé, que son droit successif accroistra sur 
lesdits Frapins et non point audit Rabelais, et aussy s'il 
ne vient au pays dedans un an prochainement venant, et 
leur demeure outre les vignes des coustaux, tant de la 
succession de ladite Andrée que de ladite feue Jeanne 
Pavin; 

Et est dit que chacun d'entre eux acquittera les rentes 
et devoirs et ce qui tiendra, etc., et dont et desquels par- 
tages, etc., et à ce tenir et garantir, etc., l'une partie à 
l'autre, etc., renonçant, etc., foy et jugement, etc. 

Presants noble homme Christophle Pavin, Jean Berge 
et Jean Beauhls, tesmoins ainsi signez : 

A. Rabelais; J. Frapin; F. Frapin; P. Delopiteau 
et J. Le Seigneur, notaire. 

On lit à la suite : 

La présente copie a esté collaiionnée h la minutie et 



74 PARTAGE DES BIENS ET HERITAGES DE ANDREE PAVIN. 

notte originale dicelle délivrée à M« Benoist Salmon, fils 
de deffunte Perrine Delopiteau, qui dit estre fille de 
défunts Pierre Delopiteau et de Magdeleine Frapin, par 
moy Jean Admirault, procureur fiscal de la seigneurie de 
Bourgeuil, garde des nottes de défunt M« Jean Le Sei- 
gneur, mon ayeul, passeur du partage cy dessus, le 
dixiesme jour de juillet Tan mil six cent sept. Signé : 
J. Admirault. Trois mots rayés ne vallent. 

Collationné la présente copie sur une autre copie en 
papier qui nous a esté représentée par Maître Louis Le 
Boucher du Chastellier, prestre licentié es arts, recteur 
curé de la paroisse de Varennes sous Montsoreau; ce fait, 
à luy rendue par nous notaire royal, à Saumur, rézidant 
à Turquen, et notaire du comté de Montsoreau, rézidant 
audit Varennes. 

Soussigné/ le dix septiesme jour de may mil sept cent 
quarante un, à la charge du sceau. 

Ainsi signé : Lamiche, notaire royal; L. Leboucher du 
Chastellier, prêtre curé de Varennes; Langlois, notaire. 

Controllé à Chouzé, le dix huit may 1741. Reçu six 
sols. Signé : Hudault. 

[Timbre :] Généralité de Tours : un sol quatre deniers. 



ROGER DE GAIGNERES 

AU PAYS DE RABELAIS. 

A la tin de mai 1699, le collectionneur Roger de Gai- 
gnères se mit en route pour une de ces excursions à tra- 
vers la France, d'où il rapportait pour son cabinet de si 
belles moissons d'antiquités et de curiosités de toutes 
sortes. Il commença par l'Anjou, visita Angers, Saumur, 
Candes, Montsoreau, et arriva dans les premiers jours de 
juillet à Fontevrault, où l'abbesse Gabrielle de Roche- 
chouart, sœur de M"»« de Montespan, était fort de ses 
amies. 

Gaignères tit un séjour prolongé à l'abbaye, dépouillant 
le chartrier, relevant les épitaphes, dessinant les sceaux et 
les tombeaux et goûtant le charme de la société de l'ab- 
besse, de son illustre soeur M™^ de Montespan, de M^^ de 
la Verdrie, du chevalier du Bellay, du prieur Combaulei, 
et parfois de Daniel de Larroque, le collaborateur de 
Bayle, qui venait souvent de Saumur à Fontevrault. 

Ce n'est pourtant pas à ce moment qu'il semble s'être 
inquiété de Rabelais. Une chute de cheval lui avait 
endommagé la cheville, et la blessure mal soignée exigeait 
de grands ménagements : « Ganière est toujours incom- 
modé par la jambe, dit M^^ de Montespan dans une lettre 
du 7 juillet ; il ne laisse pas de travailler tout le jour ; il est 
ravi de ce qu'il trouve ici, et ceux qui le voye sont ravis 
de ce qu'il fait. » 

C'est seulement dans les premiers jours d'avril que le 
vieux collectionneur (il avait soixante ans) put songer à se 
remettre en route. Il se dirigea sur Poitiers et y passa 
tout un mois à l'hôtel de la Lamproie. Au début de sep- 
tembre, il revint sur ses pas, séjourna longuement à 
l'abbaye de Saint-Jouin-de-Marnes, visita Mirebeau, 
Oiron, Thouars, Loudun et arriva enfin à Chinon. 

Après avoir fait relever par son dessinateur Louis Bou- 



j6 ROGER DE GAIGNÈRES 

dan plusieurs vues de la ville, la chambre de Charles VII 
au château, le dehors et le dedans de la maison de Rabe- 
lais, il se transporta à l'abbaye bénédictine de Seuilly, où 
il copia quatre blasons peints et la tombe de l'abbé 
Hugues, mort en 1180. Puis, sur une grande vue cavalière, 
Boudan aquarella l'église et les bâtiments abbatiaux, les 
modestes maisons du village et l'église paroissiale, au-des- 
sus de laquelle il écrivit, sans doute d'après les bénédic- 
tins eux-mêmes : « Saint-Pierre-de-Sully, où a été baptisé 
Rablais. » 

Comme il ne reste rien de la superbe église abbatiale, 
nous ne pouvons contrôler l'exactitude du dessin. Mais le 
château de la Roche-Clermault, qui fait l'objet d'une 
autre planche, est encore debout. C'est bien, sur son coteau, 
au-dessus de la vallée de la "Vède, le grand bâtiment du 
début du xvn^ siècle, tel que l'ontvu les excursionnistes de 
mai 1907, avec ses murs de soutènement et sa chapelle, 
aujourd'hui en ruines, dont M. Fox a lestement esquissé 
l'abside. Tout cela est gauche, maladroit, puéril. Mais 
pouvait-on se montrer exigeant envers un artiste à qui 
Gaignères payait trois livres pour les grandes vues d'une 
feuille et dix-huit sols pour les vues d'une demi-feuille? 
Boudan a peut-être mal rendu ce qu'il a vu : il n'a certes 
rien inventé. 

Cette vue de la Roche-Clermault est donc précieuse à 
plus d'un titre. Outre la chapelle qu'elle nous donne dans 
son entier, elle reproduit les ruines du premier château, 
la demeure féodale que Rabelais a vue et qui était peut- 
être déjà fort dégradée en i532. Au-dessous du village et 
de l'église, dont le clocher est fort exact, coule la "Vède, et 
l'on distingue très bien le moulin du Pont, la route et le 
Gué. Boudan a même donné un nom au cours d'eau, qu'il 
appelle « la Busse », sans doute parce que les habitants 
lui avaient dit que c'était « la rivière de Beuxe », c'est-à- 
dire passant à Beuxe'. En Poitou, en Touraine et dans 

I. « Beussc est un gros bourg qui donne son nom à une petite 










*i^' 



■*.. •^'»; 



À -*^ 






VUE DU CHATIlAi; HT 1)1" \II.I.A(iK 
D1-: l-A ROCilE-CLERMAri;! 



Dessinée par Louis Boudan, iôqo- 
Iiihlii)thcquc nationale, Cabinet des Estampes. Topog. i'v., arr. r.hiiKiii. 



AU PAYS DE RABELAIS. 



Il 



bien des provinces, les petits cours d'eau ont ainsi plu- 
sieurs noms d'un point à un autre, selon les localités 
qu'ils arrosent. 

Très intéressante également la vue du Coudray-Mont- 
pensier, toujours sur la Busse. Mais pourquoi la Devi- 
nière est-elle si peu ressemblante? C'est à croire que 
Boudan l'a dessinée de mémoire ou que, n'ayant pu péné- 
trer dans le clos, il s'est contenté de silhouetter les toitures 
aperçues par-dessus le mur. 

Pendant qu'il était dans le pays, Gaignères dessina 
encore la sainte chapelle de Champigny, l'abbaye de Tur- 
penay: puis, quittant Chinon, il gagna l'abbaye de Bour- 
gueil, où, selon son habitude, il fit un séjour de quelque 
durée. 

L'abbé commendataire, M. de Louvois, avait ordonné 
de Paris quelques préparatifs pour le recevoir, mais 
lérudit préféra se loger au couvent. Cette fantaisie lui 
valut une semonce de son hôte : « Je vous connoissois, 
Monsieur, très curieux de chartriers de moines, mais je 
ne croyois pas qu'un homme de votre goût le fût aussi de 
leurs lits. Cependant j'apprends. Monsieur, que vous avez 
préféré celuy que vous ont offert les religieux de Bourgueil 
à ceux qu'on vous a offert de ma part. C'est une chose 
que je ne vous pardonneray point de si tôt, puisque c'est 
par cette conduite se déclarer entièrement contre les abbés 
commendataires » (28 octobre 1699). 

Vers le milieu d'octobre, Gaignères était à Tours et 
s'installait à l'abbaye de Marmoutiers, où il restait jus- 
qu'à Noël. A la fin de l'année, il regagnait Paris et ses 
chères collections. Son voyage avait duré sept mois. 

Les deux volumes d'inventaires consacrés par notre 
regretté confrère M. Henri Bouchot aux dessins de Roger 
de Gaignères, à la Bibliothèque nationale, donnent un 
répertoire alphabétique de toutes les pièces conservées. 



rivière que Forment diverses fontaines voisines de Loudun. » (Le 
Duchat.) 



78 ROGER DE GAIGNÈRES AU PAYS DE RABELAIS. 

Voici un aperçu de celles qui intéressent le commentaire 
de Rabelais en Touraine : Benais, Bourgueil , Cande, 
Chinon, le Coudray-Montpensier, la Baumette, la Devi- 
nière, Fontevrault, Langeay, Loudun, Mirebeau, Mont- 
soreau, Saint-Mars, Seuilly, Turpenay, Ussé, sans comp- 
ter les portraits des du Bellay et celui de Louise de la 
Béraudière, femme de Louis d'Estissac^ 

Henri Clouzot. 



I. Les lettres écrites à Gaignères par ses correspondants sont 
classées à la Bibliothèque nationale, ms. fr. 24985 à 24992. Elles 
ont fait Tobjet d'une publication de M. Ch. de Grandinaison, 
Gaignères, ses correspondants et ses collections de portraits, Niort, 
Clouzot, 1892, in-S". Il serait à désirer, au moment où la Société 
de l'Art français entreprend la publication de la totalité de ces 
dessins, qu'on essayât d'établir aussi exactement que possible l'iti- 
néraire du célèbre collectionneur dans ses voyages, comme nous 
avons tenté de le faire pour le Chinonais. 



COMPTES-RENDUS. 



Le procès de Guillaume Pellicier^ évêque de Magiielone. 
— Montpellier de i52j à iSôj. Étude historique par 
L. GuiRAUD. Paris, Picard fils et C'^, 1908. 

Cet ouvrage, qui vient de paraître, apporte des données 
curieuses et inédites sur un ami de Rabelais, étudié précé- 
demment par MM. Jean Zeller, H. Omont et par notre con- 
frère M. Tausserat-Radel dans son édition si remarquable de 
la Correspondance politique de Guillaume Pellicier. Le volume 
de Mlle Guiraud comprend six chapitres : État de la question ; 

— les Antécédents ; — la Cabale ; — le Drame ; — la Justice ; — 
Après le procès ; — et vingt-trois pièces justificatives, toutes 
utiles et vraiment intéressantes. L'auteur a su reconstituer, 
au prix de longues et difficiles recherches, l'histoire, restée 
mystérieuse jusqu'à ce jour, d'une période singulièrement 
étrange et troublée de la vie de Guillaume Pellicier. « Nul n'a 
pu s'occuper de ce personnage, vraiment remarquable pour 
tous, sans se heurter dans sa vie à cette heure, entre toutes 
angoissante, où le prélat, humaniste admiré de l'Europe éru- 
dite, pourvu de titres honorables dans l'Église et dans l'État, 
se vit soudainement poursuivi, emprisonné, traité durement 
et, quoique relâché ensuite, exposé par une telle aventure aux 
jugements contradictoires de ses contemporains, suivis par la 
postérité. » M"e Guiraud a pensé avec raison que cette heure, 

— une façon de parler, car elle dura sept années, — offrait un 
intérêt exceptionnel, intérêt dramatique, tragique parfois, et 
même poignant, en même temps que l'attrait de l'inédit jus- 
qu'ici insoupçonné. II faut lire, dans son livre, l'exposé vrai- 
ment palpitant de cette histoire singulière et compliquée. Les 
rabelaisants, comme bien l'on pense, s'y intéresseront avec une 



8o COMPTES-RENDUS. 



conviction toute particulière et ils seront reconnaissants au 
savant écrivain, qui a déjà mis au jour tant de travaux solides 
et soigneusement documentés sur le Montpellier du moyen âge 
et du xvie- siècle, d'avoir ajouté à l'histoire des amis de Rabe- 
lais une page si neuve et si attrayante. 

Abel Lefranc. 

Paul CouRTEAULT. Blaisû de Monluc historien. Étude 
critique sur le texte et la valeur historique des Commen- 
taij-es (avec un portrait et 4 cartes). Paris, A. Picard 
et fils, 1908, XLvin-685 p. in-80. 

Les deux thèses de M. Paul Courteault, chargé de cours à 
la Faculté des lettres de Bordeaux, où il vient de succéder à 
M. Camille Jullian, méritent de retenir tout spécialement 
l'attention des amis du xvie siècle. La plus importante, con- 
sacrée à Biaise de Monluc historien, est une étude de premier 
ordre, qui vaudra à son auteur l'estime profonde de tous ceux 
qui s'intéressent à ce domaine encore si peu exploré qu'est 
l'historiographie du xvi» siècle. La tâche est immense et les 
travailleurs ont été, jusqu'ici, peu nombreux. « Si nous avons 
une édition sérieuse du Loyal Serviteur, nous attendons 
encore un texte authentique des Mémoires de Fleuranges. Une 
édition critique des Mémoires de Guillaume et de Martin du 
Bellay est en préparation [elle a été entreprise par notre con- 
frère M. V.-L, Bourrilly et M. Fleury Vindry] ; mais les auteurs 
des mémoires militaires relatifs au règne de Henri lï, Boyvin 
du Villars, Rabutin, n'ont pas encore trouvé d'éditeurs. Nous 
croyons avoir un Brantôme... C'est un beau travail à reprendre 
par un érudit jeune et robuste. » 

Une lecture attentive a convaincu M. Courteault qu'il en 
était de même de l'édition des Commentaires de B. de Monluc. 
De là l'enquête consciencieuse et approfondie qu'il a consa- 
crée à ce monument célèbre et jusqu'à présent étudié d'une 
façon insuffisante. En contrôlant le récit de Monluc par des 
documents originaux, en le comparant avec les autres témoi- 
gnages, en en signalant les erreurs et les lacunes, il a été 
amené, sinon à écrire la biographie complète du personnage, 
du moins à éclairer d'un jour nouveau les nombreux événe- 
ments auxquels il fut mêlé et dont beaucoup ne sont guère 



COMPTES-RENDUS. 



connus que sur sa foi, à dégager aussi certains traits de sa 
physionomie laissés jusqu'à présent dans l'ombre. Par là, son 
savant travail est une contribution à l'histoire politique, diplo- 
matique et militaire des règnes de François I^r et de Henri II 
et à celle des trois premières guerres civiles dans le Midi de 
la France, en même temps qu'une étude sur le témoignage 
de Monluc. Maintenant, nous attendons l'édition elle-même 
qu'annonce et que prépare si solidement ce beau volume. 

La seconde thèse est intitulée : Geoffroy de Malvyn, 
magistrat et humaniste bordelais ( i545 ?- iG i j ). Étude biogra- 
phique et littéraire suivie de harangues, poésies et lettres iné- 
dites (Paris, Honoré Champion, 1907, x-208 p. in-S»). 

Abel Lefranc. 



REV. DES ET. RABELAISIENNES. VI. 



CHRONIQUE. 



Société des Études rabelaisiennes. — Le Conseil de la 
Société s'est réuni le i3 février 1908. Il a approuvé les nou- 
velles candidatures et tiré au sort le nom de cinq de ses 
membres qui, aux termes des statuts, sont « sortants » cette 
année. Ont été désignés : MiM. De Swarte, H. Grimaud, Louis 
Loviot, L.-G. Pélissier, Pietro Toldo. 

— La Société a tenu son assemblée générale annuelle le 
j3 février 1908, à 5 heures, dans TÉcole des Hautes-Études, 
salle Gaston Paris, sous la présidence de M. Abel Lefranc. 

Elle a entendu tout d'abord le rapport de son président sur 
l'année 1907. M. Abel Lefranc passe brièvement en revue les 
principaux articles publiés au tome V de notre Revue et il en 
fait ressortir les résultats tant au point de vue de la biblio- 
graphie qu'à celui du commentaire. Enfin, il rappelle le sou- 
venir de ceux de nos confrères dont nous avons à regretter la 
perte cette année : MM. Henri Chardon, archiviste-paléo- 
graphe; le général Colonna; le Dr Folet, professeur à la 
Faculté de médecine de Lille; A. -G. van Hamel, professeur à 
l'Université de Groningue; le D"" Poirier, professeur à l'École 
de médecine; E.-H. Touijet; Eugène Voizard, professeur 
honoraire de l'Université; le comte Werlé. 

M. Henri Clouzot, trésorier, présente les comptes de l'exer- 
cice 1907, qui se solde ainsi : 

Recettes. 



En caisse au i" janvier 1907 

Produit des cotisations payées à la Société . . 
Produit des cotisations payées à M. Champion 
Vente de collections par M. Champion . . . 
Vente de publications par M. Champion. . . 
Vente de numéros séparés par M. Champion . 
Intérêts du compte au Crédit lyonnais . . . 





261 


75 


2 


,3oo 


75 


I 


,i85 


»» 




376 


»» 




25 


60 




i36 


»» 




3 


20 


4 


,288 


3o 



CHRONIQUE. 83 



Dépenses. 

Impression des numéros 2,884 5o 

Tirages à part 377 »)> 

Droits d'auteurs G4 60 

Clichés et illustrations i35 70 

Copies de documents i5 jb 

Prospectus et convocations 121 g5 

Affranchissement des numéros et ports .... 821 10 

Recouvrements et timbres 53 75 

Frais de séances 35 »» 

Fournitures de bureau 32 45 

Banquet 4^ 95 

4,088 75 

Recettes 4,288 3o 

Dépenses 4,088 75 

En caisse 199 55 



Ces chiffres, mis aux voix, sont approuvés à l'unanimité. 

M. Jacques Boulenger, secrétaire, communique ensuite à 
l'assemblée les noms des nouveaux candidats, qui sont admis 
à l'unanimité. Nous comptions, l'année dernière, 35o sous- 
criptions. Nous en avons perdu 26, par décès, démissions et 
radiations pour refus de cotisations. En revanche, nous avons 
acquis 43 souscriptions nouvelles, si bien que la Société des 
Etudes rabelaisiennes sert à l'heure actuelle 867 abonnements. 

L'assemblée procède alors à l'élection de cinq membres du 
Conseil : 

MM. H. Grimaud, 
Louis LovioT, 
L.-G. Pélissier, 
De Swarte, 
Pietro ToLDO, 
membres sortants, sont réélus. 

Enfin, après avoir choisi la date du 11 mars 1908 pour son 
dîner annuel, la Société écoute d'intéressantes communications 
de MM. Abel Lefranc, Haskovec et J. Plattard que la Revue 
publie dans son présent numéro ou publiera dans les pro- 



84 CHRONIQUE. 



chains; et, pour terminer, MM. Henri Clouzot et Loviot font 
passer sous les yeux des assistants, le premier de curieux 
documents photographiques, le second deux faïences popu- 
laires et une cire coloriée représentant Rabelais qui paraît être 
du début du xviie siècle. 

— Le Conseil de la Société s'est réuni le 4 avril 1908. Après 
avoir approuvé la liste des nouvelles candidatures, il a consti- 
tué son bureau ainsi qu'il suit : 

MM. Abel Lefranc, président, 

M. -Louis PoLAiN, Maurice Tourneux, vice-présidents, 
Henri Clouzot, trésorier, 
Jacques Boulenger, secrétaire, 
Louis Loviot, secrétaire-adjoint. 

— La Société s'est réunie le 4 avril 1908, à cinq heures, 
dans l'École des Hautes-Ltudes, salle Gaston Paris, sous la 
présidence de M. Abel Lefranc. Assistaient à la séance : 
M. J. Barat, M"e Bilibine, MM. Jacques Boulenger, Etienne 
et Henri Clouzot, Maurice Du Bos, Duval de Guymont, le 
Dr Froussard, Lionel Laroze, Lazard, Lenseigne, Mme G. Louis, 
MM. Louis Loviot, L. Pinvert, M.-L. Polain, Seymour de 
Ricci, Mlle Rudolph, MM. W. F. Smith, Sturel, De Swarte, 
Mll« Taupenot de Chomel, M. Maurice Tourneux. 

Après avoir souhaité la bienvenue à M. W. F. Smith, qui, à 
son passage à Paris, a tenu à prendre part à une de nos séances, 
l'assemblée a écouté M. S. de Ricci, qui lui a communiqué les 
photographies d'une édition inconnue des Chroniques gargan- 
tuines trouvée par lui à la bibliothèque d'Aix, et M. H. Clou- 
zot, qui lui a fait part d'une curieuse découverte au sujet d'un 
portrait de Rabelais. Ces deux intéressantes communications 
seront publiées dans cette Revue. 

Notre Bibliothèque. — M. Arthur Tilley nous a remis : 
François Rabelais, by Arthur Tilley, M. A.; collection des 
« French men of letters éd. by Alex. Jessup » (London, J. B. 
Lippincott, 1907, in-i6; portr.). — M. Alfred Tobler: Der 
Appenjeller Wit^f; eine Studie aus dem Volksleben von Alfred 
Tobler; vierte vermehrte Auflage (Heiden, im Selhstverlag des 
Verfassers, 190Ô, in-So). — M. W. V. Smith : The Jirst édition 
of the fourth book of the heroic deeds and sayings of the 
noble Pantagruel, translated by W. F. Smith (London, pri- 
vately printed, 1899, in- 16). — Rabelais on civil and canon 



CHRONIQUE. 85 



Ian>; tlie trial of jiidge Bridlegoosc (III, 39-44); ihe island of 
the Papimanes (IV, 48-54); translation, introduction and notes 
by W. F. Smith (s. I., privately printed, 1901, in-i6). — M. P. 
DoRVEAux : Rabelais et ses éditeurs, par H. -Emile Chevalier 
(Paris, A. Aubry, 1868, in-i6, 3i p.). — Lettre à l'auteur de 
Rabelais et ses éditeurs [par Ch. Marty- Laveaux] (Paris, 
Lemerre, 1869, in-80, 12 p.). 

Sont entrés par voie d'échange les périodiques suivants : 
L'Amateur d'autographes, année 1907. — Modem language 
notes, année 1907. — Bulletin du bibliophile, année 1907. 

Le graveur Léon Lebègue nous a remis les tirages d'artistes, 
en grand format, de ses menus des trois dîners du « Moulin à 
Sel » dont Rabelais fut le « président honoraire ». Celui du 
7 mai 1904 représente la noyade des Parisiens sous le déluge 
que fit couler Gargantua du haut des tours de Notre-Dame; 
celui du 8 mars 1906 nous montre la dive bouteille, chevau- 
chée par une gente demoiselle vêtue de ses ailes; sur celui du 
27 février 1908, une bacchante verse à flots le vin de Beaune 
ou d'Orléans. 

Nos SECONDES AGAPES PANTAGRUÉLIQUES ET NON AUTRES Ont 

eu lieu, le 11 mars 1908, au café Voltaire, sous la présidence 
de notre confrère M. Jean Richepin, dont nous avions à cœur 
de fêter la récente élection à l'Académie française. Rabelais 
lui-môme avait tenu à célébrer un crivain si digne de se 
réclamer de lui, et il assistait à notre dîner, — en buste, — 
grâce au ciseau habile de M. Joe Descomps. Notre confrère 
M. A. Robida avait bien voulu dessiner le menu, tiré à petit 
nombre pour les membres présents, et il en avait fait la petite 
merveille de verve et d'esprit qu'on attendait de lui. Comme 
de juste, à ce dîner ne manquèrent ni la cordialité, ni le vin 
de Chinon, ni les discours « de haute gresse ». Après la lec- 
ture d'une dépêche que M. Ernest Dupuy nous adresse aima- 
blement d'Algérie, et un toast charmant de M. Abel Lefranc 
à l'auteur touranien (c'est-à-dire tourangeau, comme chacun 
sait) des Blasphèmes, M. Jean Richepin se lève et, prenant 
texte d'une remarque de M. De Swarte, il improvise, comme 
il sait le faire, un éloquent petit discours qu'il a bien voulu 
retracer ici pour nous : 

Messieurs et chers confrères. 
C'est parfaitement vrai, je vous donne ce soir une chose que je 



86 CHRONIQUE. 



croyais bien n'être plus jamais en état d'offrir à personne : une vir- 
ginité. Certes, puisque voici la première fois que j'ai l'honneur de 
présider un banquet étant membre de l'Académie française. 

Il m'est particulièrement agréable de le faire en votre compagnie; 
et rien de plus logique, en somme, que cette étrenne bizarre donnée 
à la Société des Études rabelaisiennes. Car, si l'Académie française 
a bien voulu mhonorer de son choix, ne dois-je pas cette faveur à 
mon amour passionné de notre belle langue? Or, cette passion et 
cette langue elle-même, les livres précieux, et nourriciers, et enivrants 
où je les ai le mieux puisées, sucées, je puis dire, ne sont-ce pas 
justement, entre tous, ceux de notre bon et grand maître François 
Rabelais .- 

Ah! cette langue de Rabelais! Je la chéris à tel point que j'ai 
pour elle un culte pareil à celui dont je suis féru pour la mer. C'est, 
chez moi, une règle de conduite à laquelle je ne manque jamais, 
d'estimer qu'il y a deux choses dans lesquelles il faut se retremper 
au moins une fois par an : la mer et Rabelais. 

Les deux sensations n'ont, d'ailleurs, aucune ressemblance; car, 
chaque fois que je rentre dans Rabelais, c'est comme si je me 
retrouvais dans une forêt vierge. Les mots m'y semblent vivants, 
pullulants, grouillants, à la façon de plantes enchevêtrées qui se 
battent, montent à l'assaut les unes des autres. Et ces plantes 
deviennent des animaux. Leurs luttes sont alors des ruts. Les 
enchevêtrements tournent aux enlacements. Et tout cela va, vient, 
court, fleurit, fructifie, s'accouple, et chante, et crie, et vit d'une vie 
intense qui me grise moi-même et me donne la soif de vivre, d'agir, 
d'être éperdûment. 

A quoi bon, au reste, essayer d'analyser devant vous cette puis- 
sante ivresse que donne la langue de Rabelais, cette joie de force 
et d'aventure et d'épanouissement qu'on a dans la forêt vierge de 
cette langue, à quoi bon en parler longuement devant vous, qui en 
êtes les promeneurs assidus, de cette forêt, quelques-uns les patients 
bûcherons, voire les faunes, ou, si vous préférez, les anges gardiens? 

Mais la langue n'est pas la seule conquête qu'il ma été donné de 
faire dans la Bible de notre maitre. Ce que j'y ai su prendre aussi, 
c'est la saine et haute philosophie dont il réserve la moelle à ceux 
qui cassent l'os avec de bonnes dents. 

Vous aviez bien raison, mon cher collègue, M. Abel Lefranc, de 
dire que certains personnages de Rabelais doivent m'être particu- 
lièrement chers. Il en est deux surtout qui sont mes amis de cœur, 
deux qui me semblent résumer tout le fin du fin du pantagruélismc, 
de cette brave doctrine ainsi formulée par Rabelais lui-même : 
M C'est une certaine gaîté d'esprit confite en mépris des choses for- 
tuites. » 

Ces deux personnages amis, c'est Panurgc et Jean des Entom- 
meures. L'un si gamin, si gaulois, si parisien, sceptique et débrouil- 



CHRONIQUE. 87 



lard, joyeux même dans les pires déboires, spirituel à damner le 
diable, et pétri de tous les vices au point de le décourager, et com- 
bien aimable, le drôle! Et l'autre, le rude gaillard, le grand frère 
Jean, l'homme d'action, celui qui marche toujours droit au but, qui 
pense juste et fort et va au bout de sa pensée, et ne craint pas, 
quand il s'agit de combattre l'injuste et le faux, d'être brutal et de 
mettre les points sur les i en mettant son poing sur les gueules. 

Je ne m'excuse pas, parlant à des Rabelaisiens, d'employer ces 
termes rudes. Car, chez Rabelais encore, j'ai pris l'amour du mot 
précis, du mot propre, fût-il même, à l'occasion, le mot gras. 

Ne la laissons jamais tomber en désuétude, cette habitude du mot 
franc! C'est un remède préventif contre l'hypocrisie. Ce vice-là, 
l'hypocrisie, n'est heureusement pas un vice français. Ayons-le en 
horreur, et gardons-nous de lui s'il le faut, même avec la prophy- 
laxie du mot gras. 

Ce qu'il y a de pire au monde, c'est l'abominable chose que lord 
Byron, victime du cant anglais, appelait si énergiquement un gant 
glacé sur une main pourrie. 

Quand on n'a pas la main pourrie, on n'a pas besoin de porter le 
gant glacé. On n'a même pas besoin, m'est avis, de porter aucun 
gant d'aucune sorte. Peut-être cette opinion est-elle excessive. Per- 
mettez-moi de l'exprimer quand même. J'en ai acheté le droit par 
un mois de prison. Je ne le regrette pas. 

L'important, l'essentiel, c'est de dire ce qu'on pense, fortement, 
bellement, largement, humainement, et d'avoir les mains propres. 
Nous les avons; gardons-les, sans gants, glacés ou non! Et ce n'est 
certes pas, je le proclame, en lisant Rabelais que nous risquerons 
jamais de nous les salir, fût-ce au fameux chapitre des torche — 
vous savez quoi. 

Après qu'on eut entendu ces belles et chaleureuses paroles, 
M. Dassy de Lignières parla à son tour. Puis Mme Du Bos 
récita, avec son talent de fine diseuse, la belle et célèbre pièce 
de Jean Richepin : // était une fois..., trop connue pour qu'il 
soit besoin de la reproduire ici, et cette jolie Ballade de la 
Deviniére dont l'auteur est M. Maurice Du Bos : 

I. 

Voici déjà sous sa robe de bure 
Que vient l'automne au teint roux et fané. 
Maître, voici que les grappes sont mûres 
Pour le pressoir et pour le raisiné. 
Allons-nous-en par les champs fortunés 
Où jadis Gargantua, Picrochole, 



88 CHRONIQUE. 



Pleins de colère ou d'humeur bénévole, 
S'entrechoquaient en épiques tournois, 
Manger des fouaces que le four rissole 
Pour célébrer le bon Maître François. 

II. 

L'astre des nuits projetant les ramures 
Etend une ombre au carroi de Lerné 
Et l'on croirait frère des Entommeures 
A voir ce front tout encapuchonné. 
Mais non, voyez, c'est l'arbre de Daphné 
Qui, d'un rameau, fournit cette auréole. 
Hé! c'est Rabelais! — Rabelais.' parole! 
C'est son esprit qui revient sous son toit... 
Gardons l'esprit qui rit et qui console 
Pour célébrer le bon Maître François. 

III. 

Ton rare esprit en tes fils toujours dure : 
Les moins savants comme les raffinés 
Savent, — Rabelais, — sous tes gravelures 
Trouver le vrai, et n'en sont point gênés. 
Le guide est sûr qui nous fait cheminer 
Dans ton pays, — soit dit sans hyperbole, — 
Son art puissant peut servir de boussole, 
Et, comme il est très simple et très courtois, 
Lui-même ici conduit la farandole 
Pour célébrer le bon Maître François. 



Pardonnez-moi ce chant de fariboles, 

Et sans souci des fâcheux protocoles, 

A la santé d'Abel Lefranc, je bois. 

Trinquons gaiement, humons les pots, les fioles, 

Pour célébrer le bon Maître François. 

Avec cette verve que lui connaissent les habitués des dîners 
du « Moulin à Sel », M. Léon Durocher n'eut aucune peine à 
nous convaincre de lever nos verres rabelaisiens en l'honneur 
de Villon. Enfin, M. Lionel Laroze improvisa la spirituelle 
harangue que voici : 

Mesdames, Messieurs, 
J'ai à cœur de justifier l'honneur imprévu autant qu immérité que 



CHRONIQUE, 89 



m'a fait votre président en m'assignant cette place enviable à côté 
du grand poète que nous fêtons aujourd'hui. J'y réussirais très mal 
si je vous infligeais un discours. Par bonheur, j'ai mieux que cela 
à vous offrir, et c'est mon vieux et cher camarade Richepin qui me 
fournira le moyen d'acquitter ma dette envers vous... et envers lui- 
même. J'ai là, sur moi, comme par hasard, ses premiers vers, et je 
vais vous les lire... {Protestation de M. Richepin. — Cris : Lise^! 
Lise\!) Je lui ai demandé l'autorisation. C'était convenable. Il me 
l'a refusée. C'était à prévoir; mais je suis résolu à braver ses 
foudres pour vous offrir le régal de cette primeur. 

Richepin vous a dit, — et avec quels accents enthousiastes! — 
qu'il se réclamait de notre Rabelais et de Villon, qui furent ses 
premiers maîtres. Il n'a pas attendu de grandir pour se révéler le 
continuateur magnifique de ce dernier. Déjà, sur les bancs de 
l'école, il préludait aux chants qui devaient... l'immortaliser, et vous 
allez voir avec quel art du verbe et de la rime il maniait, à quinze 
ans, la vieille langue dont il semble qu'il ait sucé la moelle avec le 
lait. 

C'était au lycée Henri IV, alors lycée Napoléon. Faut-il vous 
dire en quelle année .'' {M. Richepin : non ! non ! — On rit.) Je n'en 
ai nulle envie... et, cette fois, j'obéirai. Je n'y ai d'ailleurs aucun 
mérite, étant contemporain de notre ami, dont j'étais le condisciple. 

Prévoyant, sans doute, l'usage que j'en ferais ce soir, je voulais 
avoir des vers de lui. Un jour, je lui en demandai. Voici sa 
réponse : 

LE RENOUVEAU. 

Toy de qui la voix m'aiguillonne, 

Donc tu voudrais 
Que je chante quand Dieu nous donne 
Le renouvel et sa couronne 

D'ombrages frais. 

Le cœur en vers peut-il s'espandre 

Quand es les bois 
Il ouït ceste mère tendre, 
La Nature, qui faict entendre 

Sa grande voix ." 

En cestuy temps le sein qui brûle 

Est tout en feu ; 
Le sang es veines mieux circule, 
Et le Doute ennemi recule 

En oyant Dieu. 



Ainsi de moy, si jà je chante, 
Point tu n'auras 



go CHRONIQUE. 



De tristesse noire et dolente, 
Mais d'Amour et de voix touchante / 
Tu m'entendras. 

Mais de chanter ne viens me dire, 

Point ne voudrai. 
Attends un petit que ma lyre 
Soit libre de son fou délire : 

Lors chanterai. 

J.-Aug.-J.-Ern. Richepin. 
Vendredi 19 mai i865. 

Avais-je raison de vous promettre un régal.' Eh bien, j'ai mieux 
encore, plus rare, plus précieux : toujours des vers de Richepin, les 
tout premiers, ceux-là. C'était en..., — j'ai oublié l'année, — il 
commençait alors un recueil qu'il avait intitulé Heures de paresse, 
où il jetait ses pensées, ses rêves, tout son jeune cœur débordant de 
poésie; et, comme il m'avait surpris rimaillant, moi aussi, il m'avait 
confié ce petit cahier qu'il a perdu depuis, détruit peut-être, — 
l'ingrat! — Jeus la coquetterie ambitieuse de remplir de mes 
pauvres rimes la feuille de garde restée blanche. Je m'en excusai, 
et voici dans quels termes charmants il me pardonna mes épanche- 
ments indiscrets : 

A LIONEL LAROZE. 

Oui, de bon cœur je te pardonne, 
O poète, et si j'avais su 
Que ce feuillet que j'abandonne 
Serait par toi si bien reçu; 
Si j'avais su que sur ce livre, 
Timide essai que je te livre. 
Ta main devait tracer ces vers, 
J'aurais laissé ces pages blanches; 
Et ces feuillets où tu t'épanches. 
C'est toi qui les aurais couvers! 

Mais puisque c'est ma pauvre tête 
Qui mit là ses rêves passés, 
Au moins je voudrais, ô poète. 
Connaître à mon tour tes pensers. 
Donne, donne les moi sans craintes, 
Ces vers charmants où sont tes plaintes, 
Tes plaisirs, tes maux, tes amours; 
Car je suis discret et fidèle, 



CHRONIQUE. 91 



Et ce que j"ai mis sous mon aile, 
Sous mon aile reste toujours. 

J.-Aug.-J.-Ern. Richepin. 

Paris, i3 mai i865. 

Je ne sais quels « rêves passés » pouvaient rouler dans cette 
« pauvre tête » d'enfant de quinze ans, mais l'avenir a couronné 
tous ceux qu'a pu former le jeune poète, et il a comblé la mesure 
des espérances que ces débuts permettaient de concevoir. 

Je me félicite, quant à moi, d'avoir pieusement conservé ces pre- 
mières inspirations d'une Muse qui devait conduire à l'Académie 
française le précoce écolier, puisqu'elles m'ont fourni l'occasion de 
lui témoigner, une fois de plus, mon admiration affectueuse, et de 
faire hommage de ses premiers chants à la Société des Etudes 
rabelaisiennes. 

La fête n'aurait pas été complète si M. Jean Richepin ne 
nous avait pas dit quelques-uns de ses beaux vers. Elle le fut. 
Et les convives se séparèrent, heureux d'avoir célébré et 
Rabelais et Richepin. 

Autres agapes pantagruéliques. — Ce sont celles du 
« Moulin à Sel », dont le 24e dîner a eu lieu sous la présidence 
— honoraire — de Rabelais. Le « meunier » était M, Albert 
Sarraut, député de l'Aude. M. Léon Lebègue avait dessiné le 
menu, et MM. Derré, Villeneuve et Joe Descomps sculpté le 
« Monument rabelaisien » qui décorait la table. On a entendu 
une brillante improvisation de M. Léon Durocher, et M. Henri 
Clouzot a également prononcé quelques mots non moins 
brillants et improvisés. La soirée s'est terminée par un concert 
très gai. 

Les courtauds de Pavie. — Notre confrère M. Maurice 
Maindron a fait le 6 février 1908, à la mairie Drouot, une con- 
férence sur la bataille de Pavie où il a montré de la façon la 
plus lumineuse les causes et les péripéties de la défaite et 
défini curieusement le rôle de ces courtauds de Pavie dont 
parle Rabelais. — Rappelons que les conférences de la mairie 
Drouot sont organisées par notre confrère M. Maurice Du Bos. 
La dernière causerie a été celle de M. Henri Clouzot sur les 
chansons populaires de l'Ouest, avec auditions d'élèves de 
M. Léon Melchissédec, de l'Opéra. 

« Le Document ». — Un certain nombre d'anciens élèves de 



92 CHRONIQUE. 



l'École des Chartes viennent de se réunir, sous la direction de 
M. L. Jacob, archiviste-paléographe, 17, rue de Sévigné, en 
vue d'exécuter les recherches et les travaux historiques de 
toutes sortes qu'on voudra leur confier. C'est « Le Document ». 
Il arrive souvent que des érudits, retenus loin des dépôts 
importants comme les Archives nationales et les bibliothèques 
de Paris, s'adressent, pour leurs recherches, à des copistes 
quelconques plus ou moins habiles et consciencieux. Ces 
érudits auront tout intérêt désormais à s'adresser aux jeunes 
gens du « Document ». Ils trouveront parmi eux des spécia- 
listes en philologie, diplomatique, archéologie, droit canon, 
bref en toutes les matières de l'enseignement donné à l'École 
des Chartes, et des garanties de compétence qu'ils n'auraient 
pas ailleurs. 

La toile de Chatellerault (1. I, ch. viii). — M. A. Labbé, 
interrogé par nous sur la toile de Chatellerault, a bien voulu 
nous adresser la lettre suivante: 

Je n'ai aucuns renseignements particuliers sur les toiles de Cha- 
tellerault. Après M. Boissonnade, il ne reste rien à glaner. 

Je ne crois pas que les fabriques châtelleraudaises aient jamais eu 
beaucoup d'importance, et il ne dut jamais y avoir ici que des 
artisans tissant le chanvre que le pays produisait assez abondam- 
ment. RofFoy, dans son Mémoire écrit en 1738, mentionne cette 
industrie en ces termes ; 

« Les tisserands sont plus de soixante : ils font de très bonnes 
toiles de lin et de chanvre pour la consommation du pays. Il s'en 
fait même un petit commerce, ce n'est pas par le canal des ouvriers. 
Ils travaillent le fil des habitants et de quelques marchands qui en 
font le commerce, mais qui est de peu de conséquence. Ce genre 
d'artisans est très pauvre. » 

Cette industrie, comme beaucoup d'autres, alla en périclitant, et, 
au moment de la Révolution, Creuzé Latouche, dans sa De5cr;'/'//o« 
dit district de Cliâtelleraud, constate « que cette fabrique, perdue 
par des droits énormes imposés sur les maîtrises, a arrêté l'emploi 
d'une des productions du pays et la ressource infiniment précieuse 
de la filature du chanvre, qui procurait du travail et du pain aux 
pauvres femmes de la campagne. » 

« Les tisserands de Châtelicraud, dit-il encore, loin de remplir 
l'idée que l'on se fait ordinairement dun fabriquant dans les 
grandes villes de manufactures, étaient de simples mercenaires, 
gagnant leur pain à faire de la toile grossière à quelques sous par 
aune, pour des propriétaires qui leur fournissaient le fil de leur 



CHRONIQUE. 93 



cru. Cette classe nombreuse, alors, ne pouvant payer les nouveaux 
droits de maîtrise, ni par conséquent travailler, est tombée dans la 
misère et la mendicité et a presque totalement disparu. » 
Rien, que je sache, dans les Archives municipales. 

Un nouveau livre sur Rabelais. — Notre confrère M. H. -P. 
Morrison nous écrit qu'il prépare une étude d'ensemble sur 
Rabelais : c'est une bonne nouvelle, que nous enregistrons 
avec plaisir. 

Bibliographie rabelaisienne. — Nous signalons à nos lec- 
teurs que la librairie E. Nourry, 14, rue Notre-Dame de 
Lorette, à Paris, liquide actuellement l'ouvrage de M. P. -P. 
Plan, Bibliographie rabelaisienne ; les éditions de Rabelais de 
j532 à ijii (Paris, Impr. nat., 1904, in-S»; ill. de 1G6 fac- 
similés), à des conditions très avantageuses. 

Un Ft^BELAisANT AU CoNGO. — Notre confrère M. Robert 
Hottot vient d'être chargé par le gouvernement d'une mission 
scientifique au Congo français. Accompagné de plusieurs 
Européens, il doit pénétrer à l'intérieur des terres, par delà le 
Tchad, Le titre de sa mission est : Kanem, Ghari, Logone. 
Nous souhaitons bonne route à l'intrépide voyageur, qui entre- 
prend cette mission à ses frais pour le bien de la science. 
Parmi les trois ouvrages qu'il emporte dans sa valise est un 
charmant Rabelais de Cazin, relié en maroquin rouge. C'est 
apparemment la première fois que Gargantua sera lu sur les 
bords du Tchad. 

Les no.ms de Cormier, d'Ulmeau et les Hamadryades. — 
Le passage du livre III, ch. li, où Rabelais énumère les 
enfants d'Oxylus et d'Hamadryas se trouve dans Athénée 
(III, 14, 78 B). — Cormier n'est que la traduction du mot grec 
xpavEÎa, comme Fenabregue l'est de opéa, — Je ne sais si Rabe- 
lais emprunte directement à Athénée ou à Caelius Rhodi- 
genus dont voici le texte (XVIII, 9) : « Oxylus cum Hamadryade 
congressus sorore Caryam genuit ac Balanum, Cranium, 
Oream, Aegirum, Pteleam, Ampelum, Syam, quae Hamadrya- 
das nuncupentur nymphae. » — Ulmeaii (=TUT£)ia), « qui fut un 
grand chirurgien en son temps, » doit provenir de Pline (XXIV, 
8, § 33) : « Ulmi et folia et cortex et rami vim habent spissandi 
et vulnera contrahendi. » W. F. Smith. 



94 CHRONIQUE. 



Rabelais et le moyen de parvenir. — Il serait intéressant 
de rechercher dans le Moyen de parvenir la part qui revient à 
Gargantua et à Pantagruel*. Elle est certainement considé- 
rable puisque l'auteur ne craint pas de mettre son livre sous 
le patronage de « Rablais le docte qui fut médecin de M. le 
cardinal du Bellay», disant que « les substances de ce présent 
ouvrage et enseignemens de ce livre furent trouvées entre les 
menues besognes de la fille de l'auteur ». 

Jusqu'à ce jour, aucun indice ne permet de prendre cette 
déclaration au sérieux, et le seul fait d'attribuer une fille à 
Rabelais doit rendre très suspect l'artifice littéraire de Béroalde 
de Verville. 

Cependant, au xviie siècle, M. H. Grimaud nous signale 
qu'on a fait paraître une édition du Moyen de parvenir, 
« Imprimée ceste année. Chinon, de l'imprimerie de François 
Rabelais, Rue du grand Bracquemart, a la Pierre Philosophale, 
l'année Pantagrueline ». Preuve que le rapprochement trouvait 
à cette époque quelque crédit. 

Faut-il s'étonner de rencontrer Paul Lacroix sur la piste de 
cette attribution hasardeuse? Pour lui, la collaboration pos- 
thume de Rabelais ne fait pas de doute, et à l'appui de ses 
conjectures il cite un passage des lettres inédites de Martial 
Roger de Limoges, inséré par Antoine Leroy dans son Rabe- 
lesiana elogia : 

« On a mis au jour deux livres de Lucianisties et d'icadis- 
ties dont j'oserais à peine prononcer le nom... On assure que 
Rabelais en est l'auteur. » 

Ces Lucianisties ne peuvent, selon Paul Lacroix, se rapporter 
qu'au Moyen de parvenir. 

Contentons-nous de signaler cette conjecture et attendons 
que l'un de nos confrères nous dise ce qu'il faut penser des 
emprunts de Béroalde de Verville à Rabelais. Nous ferons 
seulement observer que, tout en trouvant des raisons presque 
invincibles de rejeter la fable des papiers retrouvés après la 
mort de Rabelais et utilisés dans le Moyen de parvenir, nous 
ne savons absolument rien de ce que le grand Tourangeau a 

I. Notons ce passage qui se réfère à une ancienne rédaction des 
grandes chroniques de Gargantua : « Madame la mère de Gar- 
gantua, laquelle en première invention, dictée de la propre goule 
d'un defunct evesque de Paris, avoit nom Galemelle, et le père 
Rablais la nomma Gargamelle. » 



CHRONIQUE. 95 



pu laisser en manuscrit. Si l'on en a tire la matière du 
Ve livre, a priori rien n'empêcherait qu'on en ait fait sortir 
d'autres ouvrages *. H. Clouzot. 

Livres et articles récents. — Signalons dans la revue amé- 
ricaine : Modem Philology (vol. V, n» 3, janv. 1908), une 
étude élégante et nouvelle de notre confrère M. W. A. R. Kerr, 
de New-York, sur le Platonisme de la Pléiade. 

— M. Henri Châtelain vient de soutenir ses thèses de 
doctorat devant la Faculté des lettres de Paris; il a obtenu la 
mention très honorable. L'une d'elles, intitulée : Recherches sur 
le vers français au XF^ siècle. Thèmes, mètres et strophes 
(Paris, Honoré Champion, igo8, xxxiii-276 p. in-80), doit être 
signalée à nos lecteurs; elle apporte sur la technique de la 
poésie du xv^ siècle nombre de données précises et savantes 
qui reposent sur une quantité considérable de « dépouille- 
ments ». L'auteur nous quitte « au seuil du xvie siècle », qu'il 
abordera prochainement, nous l'espérons. Il a étudié toute 
une série de rimeurs au point de vue de la phonétique histo- 
rique et de l'histoire de la strophe; on peut pressentir qu'il y 
aurait quelque intérêt à étudier ces mêmes versificateurs et 
leurs successeurs immédiats jusqu'en 1545 ou i55o, au point 
de vue de l'histoire du vocabulaire français. A. L. 

— Selon sa coutume, notre confrère M. H. Schneegans a 
publié cette année, dans la Zeitschrift fiir fran^osische Sprache 
iind Litteratur (t. XXXH, fasc. H; tirage à part), un très indul- 
gent compte-rendu du t. IV (1906) de Xoi Revue des Études rabe- 
laisiennes. Les rabelaisants trouveront dans cet article un 
résumé lucide des principaux travaux relatifs à Rabelais, dont 
M. Schneegans a bien mis en valeur les conclusions. 

— Notre confrère M. V.-L. Bourrilly vient de publier dans la 
Revue d'histoire moderne et contemporaine (t. VIII, 1906-1907, 
p. 586-599, 703-713 ; tirage à part) une étude sur Montaigne, 
sa vie et son œuvre d'après les travaux récents ( i go6-i goy ). 
C'est un « état de la question » parfaitement clair, intelligent 
et judicieux, analogue à celui que le même auteur a fait paraître 

I. Voir R. E. R., t. III, p. 235, une question du D' de Santi sur 
les enfants de Rabelais. Ligne 19, lisez Paul Lacroix au lieu de 
Paul Lacoitr. 



96 CHRONIQUE. 



l'an dernier sur Rabelais et que nous avons signalé. On ne 
saurait trop vanter l'utilité de pareilles synthèses, ni le mérite 
qu'il V a à les écrire : les profanes ignoreront toujours com- 
bien de recherches elles demandent, — et de recherches désin- 
téressées. 

— La Revue des Pyrénées a publié dans son IVe numéro tri- 
mestriel de 1007 un très agréable article de notre confrère 
M. Charles Oulmont sur Estienne Forcadel (tirage à part), où 
l'auteur remarque justement, après Sainte-Beuve dans son 
Tableau, que, chez les hommes de la Renaissance, « la vocation 
de créer n'était pas distincte du besoin de savoir..., on faisait 
des vers comme on faisait de la médecine, de la jurisprudence, 
de la théologie ou de l'histoire, » — ou comme les élèves de 
rhétorique faisaient, naguère encore, des vers latins. Donc 
Forcadel, jurisconsulte et historien (auteur d'un Cupido juris- 
peritus!), composa un volume de poésies dont le titre est 
charmant : Le chant des Seraines, et les vers presque tout à 
fait plats. Il y a là, cependant, une pastorale dont M. Oulmont 
cite quelques gentils passages : 

Scez-tu qui fait ce bruit ? 

Les verdz cyprès, voyant nostre déduit 

Font esmouvoir leur verdure menue... 

D'ailleurs, Forcadel comptait bien passer à la postérité, et 
c'est pourquoi deux fois sur le métier il remit son poème. 
Hélas ! le chant des sirènes n'est pas beaucoup plus harmo- 
nieux dans la troisième édition que dans la première, et nous 
serions bien tenté de conclure par ce jugement excellent 
de l'auteur du Cupidon jurisconsulte sur lui-même : 

... par trop suis loyal amy. 
Plus tost niais par excellence, 

si M. Charles Oulmont ne nous rappelait fort à propos qu'on 
ne doit point comparer les poètes jurisconsultes aux Poètes. 

.1. B. 

Le gérant : Jacques Boulenger. 
Nogcnt-le-Rotrou, impr. Daupeley-Gouverneur. 



VALEUR CRITIQUE 



DES 



TEXTES DE GARGANTUA 



I. 

Voici rénumération sommaire des éditions qui ont 
paru avant la mort de Rabelais et dont il est possible, 
par conséquent, que l'auteur ait revu et corrigé lui-même 
le texte ' : 

A. [Gargantua. — Lyon, Fr. Juste (?), antérieure à i535. 
In-8.] 

(Bibl. nat., ¥^2126. Réserve.) 

Édition représentée par un exemplaire unique, malheureu- 
sement incomplet de deux feuillets, celui du titre et le hui- 
tième du premier cahier. 

B. Gargantua. AfASH TYXH- La vie inestimable dv 
grand Gargantua, père de Pantagruel... — Lyon, F. Juste, 
"1535. In-8. 

(Bibl. nat., Y22i3o, Réserve.) 

C. La vie inestimable du grand Gargantua, père de 
Pantagruel... — Lyon, F. Juste, iSBy. In-8. 

(Bibl. nat., Y2 2i33. Réserve.) 

D. Gargantua. — S. 1. [Paris], iSBy. In-8. 
(Bibl. nat., Y22i3i. Réserve.) 

I. On trouvera des descriptions détaillées de ces éditions dans la 
Bibliographie qui paraîtra ultérieurement. — Nous indiquons entre 
parenthèses la cote de l'exemplaire dont nous nous sommes servis 
pour cette étude critique. 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. VI. 7 



gS VALEUR CRITIQUE 



E. La vie treshorrificque du grand Gargantua, père de 
Pantagruel... — Lyon, F. Juste, 1542. In-8. 

(Bibl. nat., Y22134. Réserve.) 

E bis. Grands Annales tresveritables des Gestes mer- 
ucilleux du grâd Gargâtua & Pâtagruel son filz... — Lyon, 
P. de Tours, 1542 (ou i543). In-8. 

C'est un simple carton de quatre feuillets, comprenant, outre 
le titre susdit, l'avis au lecteur qui fut placé en tête de l'édi- 
tion de Juste 042 (El, peut-être afin d'en faciliter la vente (voir 
plus loin). Il en existe un exemplaire portant la date 1542 à la 
bibliothèque Bodléienne d'Oxford; un autre exemplaire, daté 
de 1543, en a passé aux ventes Sunderland et Bordes. 

F. La plaisante, & ioyeuse histoyre du grand géant Gar- 
gantua... — Lyon, Estienne Dolet,i542. In-8. 

(Bibl. nat., Y22144. Réserve.) 

G. Grâds Annales ou croniques Tresueritables des Gestes 
merueilleux du grand Gargantua & Pantagruel son tilz... 
— [Lyon,] 1542. In-8. 

(Bibl. nat., ¥22187. Réserve.) f 

H. La Plaisante & ioyeuse histoyre du grand Géant Gar- 
gantua... — Valence, Claude La Ville, 1547. In-8. 

(Pas d'exemplaire connu dans les dépôts publics.) 

Il existe de cette édition une contrefaçon, publiée avec la 
même date et sous le même titre, mais dont on ignore la date 
véritable. 

(Bibl. nat., 8° Y221. Réserve.) 

I. La vie treshorrifique du grâd Gargâtua, père de Pan- 
tagruel... — Lyon, P. de Tours, s. d. In-8. 
(Bibl. nat., Y22140. Réserve.) 

J. Les œuvres de M. François Rabelais Docteur en 
Medicine... —[S. 1.,] i553. In-8. 
(Bibl. nat., ¥^2174. Réserve.) 



DES TEXTES DE GARGANTUA. 99 

Jusqu'à présent, presque tous les éditeurs ont reproduit, 
plus ou moins fidèlement, le texte de E. Mais est-il sûr 
que ce texte ait été corrigé par Rabelais, et est-il le der- 
nier que Rabelais ait corrige? 

Il- 

Comme nous Tavons dit, le seul exemplaire connu de 
A est incomplet de son titre. Nous n'avons donc pas la 
date et nous ignorons l'éditeur de ce livret. Mais nous 
savons qu'en i852, quand il fut découvert par le marquis 
de La Garde, il se trouvait relié avec le Pantagruel de 
Juste (1534) et les Fantastiques batailles des grans roys 
Rodilardus et Croacus^ parues chez Juste en i534 égale- 
ment. Comme, d'autre part, ses caractères paraissent être 
ceux de Juste, on peut dire avec vraisemblance qu'il fut 
édité chez ce libraire en i534, comme les deux opuscules 
qui l'accompagnaient. En tout cas, et c'est ce qui nous 
intéresse ici, il est antérieur à l'édition de i535 (B) et nous 
offre la première version connue du texte de Gargantua. 

Encore que parue peu <^q temps après A, l'édition B 
nous fournit déjà un certain nombre de variantes intéres- 
santes. Ce sont souvent de pures corrections de style, dont 
quelquefois la raison nous échappe, comme dans l'exemple 
suivant : 

A B 

Ch. VI : Pour avoir trop Pour avoir trop mangé des 

mangé des tripes dont avons tripes, comme avons déclairé 

parlé. ci-dessus. 

mais dont plus fréquemment nous sentons la valeur : 

A B 

Ch. X : Si le prince le veult Siledieumesaulvele moulle 

et commende, cil qui en com- du bonnet, c'est le pot au vin, 

mendant donne et povoir et comme disoyt ma mère grand', 
sçavoir. 



100 



VALEUR CRITIQUE 



Ch. XIII : Puis me torchay 
d'une m^ppe, d'un couvrechief, 
d'un mousche nez. 



Ch. XIV : et ne foys doubte 
aulcun qu'il ne parvieigne 
quelques foys à un degré sou- 
verain de sapience. 



Puis me torchay d'une map- 
pe, d'une serviette, d'un mous- 
che nez. [Rabelais s'est aperçu 
qu'un peu plus loin il citait à 
nouveau : « un couvre-chief », 
et il a voulu éviter que Gar- 
gantua se servît deux fois du 
même ... ustensile.] 

et parviendra à degré sou- 
verain de sapience. 



On pourrait sans peine allonger cette liste. 

D'autre part, un très grand nombre des variantes que 
nous offre B par rapport à A sont des additions. C'est 
d'ailleurs une règle générale chez Rabelais : quand il se 
corrige, souvent il change une expression, une tournure, 
pour une autre qui lui semble plus forte; très rarement il 
supprime' ; ordinairement il ajoute. Mentionner les addi- 
tions de B nous entraînerait trop loin; nous nous borne- 
rons à citer celle-ci, que Rabelais reprit et augmenta au 
point d'en faire la merveilleuse énumération que l'on sait, 
lorsqu'il donna son texte de 1542 (E) : 

(Ch. XI, De l'adolescence de Gargantua) : 



A 
... et patrouilloit partout. 
Les petitz chiens de son père 
mangeoient en son escuelle... 



B 
... et patroilloit par tout, et 
beuvoyt en sa pantophle, et se 
frottoyt ordinerement le ventre 
d'un panier. Ses dens aguy- 
soit d'un sabot, ses mains la- 
voyt de potaige, se pignoyt 
d'un guoubelet. Les petitz 
chiens de son père mangeoient 
en son escuelle. 



I. Sinon par prudence et pour des raisons étrangères au goût, 
comme nous verrons qu'il l'a fait en 1542. 



DES TEXTES DE GARGANTUA. lOI 

C est une édition très peu soignée matériellement : 
elle contient un grand nombre de coquilles, et il y 
manque tout un chapitre, le chapitre xni; or, ce cha- 
pitre paraît bien avoir été sauté par inadvertance, car les 
suivants portent la même numérotation qu'ils auraient si 
le chapitre xni figurait dans le volume; et, d'autre part, 
on ne voit pas pourquoi Rabelais aurait fait supprimer, 
dans l'édition C, son fameux chapitre xni, qui était par- 
faitement dans le goût de son temps et dans le sien, qui 
ne contient aucune allusion politique ou religieuse com- 
promettante, et qui reparaît dans toutes les éditions posté- 
rieures. — C reproduit le texte de B, et ses variantes sont 
très peu intéressantes : en dehors des coquilles qui lui 
sont propres, C ne nous donne presque aucune leçon qui 
mérite d'être relevée; elle ne nous offre pas d'addition 
importante; et, quant à ses variantes de style, elles sont 
très rares et généralement mauvaises. Au contraire, D est 
fort intéressante et a été composée avec le plus grand soin. 
Le fait qu'elle n'a pas paru chez Juste a donné à penser 
aux éditeurs modernes de Gaj^gantua qu'elle ne pouvait 
avoir été revue par l'auteur; ils en ont donc négligé les 
variantes. Nous ne croyons pas, en effet, que le texte de 
D ait été corrigé par Rabelais. Et pourtant, si bizarre que 
le fait puisse paraître, c'est un exemplaire de cette édition, 
sans doute annoté par maître François, qui a servi à 
composer E. C'est ce que montrera le tableau suivant : 



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Io6 VALEUR CRITIQUE 



On voit d'après ce tableau que E suit à chaque instant 
les leçons particulières à D, et même lorsqu'elles sont 
fautives [var. lo]. Cette concordance entre E et D se pro- 
duit trop fréquemment pour être l'effet du hasard : quand 
D, par exemple, change l'intitulé du chapitre iv, ce ne 
saurait être fortuitement que E reproduit cette rédaction 
nouvelle, d'ailleurs excellente [var. 4]; de même, quand D 
remplace le jeu du « pallet » par un jeu qui ne figure pas 
dans A, B, C : « au vireton, » [var. 19], on ne peut croire 
que E, qui donne précisément au même endroit la même 
version, ne suit pas le texte de D. — Au surplus, deux 
variantes que Je n'ai pas relevées dans le tableau ci-dessus 
achèvent de montrer que E a été faite sur un exemplaire 
de D : 

1° Dans A, B, C, le chapitre xii [Les jeux de Gargan- 
tua) ne fait qu'un avec le précédent. Dans D, il n'a pas 
de titre, ni de numérotation, et il ne forme pas un cha- 
pitre à proprement parler. Mais, précisément après les 
mots « le liège de ses pantoufles enfloit en haut d'un 
demy pied », l'imprimeur a placé une vignette semblable 
à celles qu'il met en tête de ses autres chapitres. On s'ex- 
plique comment cette vignette a pu donner à quelqu'un 
qui avait D sous les yeux l'idée de couper le texte à cet 
endroit, et de faire, dans E, un chapitre spécial de la 
longue liste des jeux de Gargantua. 

2° Au chapitre xxvii, l'auteur cite les « reliques de Javre- 
:{ay ». Dans A, B, C, D, le nom est correctement écrit : 
Iaure:{ay. Mais, dans E, il est orthographié : laiire^ay 
(avec un / minuscule). Cette coquille s'explique quand on 
a sous les yeux un exemplaire de D. Les éditions A, B, C 
sont imprimées en gothiques, et leur / ne saurait se con- 
fondre, à la lecture, avec un /. Au contraire, D est impri- 
mée en romaines; 1'/ majuscule, qui a servi à composer 
le mot Iaure:{ay^ était un caractère assez abîmé et ressem- 
blait tout à fait à un / romain minuscule, si bien qu'on 
lit dans l'exemplaire de D que j'ai collationné : laure^ay^ 
ou bien Iaure:;ay, ad libitum. — Si on rapproche cette 



DES TEXTES DE GARGANTUA. IO7 

remarque de la précédente, et si l'on songe d'autre part à 
toutes les leçons que l'on trouve dans D pour la première 
fois et que E reproduit exactement, on est amené à penser 
que certainement l'édition de Juste de 1542 (E) a été faite 
d'après un exemplaire de l'édition parisienne de iSSy (D), 
et non point, par conséquent, sur un exemplaire d'une 
des éditions antérieures du même Juste. 

Mais faut-il conclure de là que D représente un texte 
revu et corrigé par Rabelais lui-même? Je ne le crois pas. 
Outre que D n'a pas été publiée par l'éditeur ordinaire de 
Rabelais, les variantes de cette édition ne présentent nul- 
lement les mêmes caractéristiques que nous avons trouvées 
aux variantes de B et que nous trouverons à celles de E'. 
Ce sont des petites corrections de mots, souvent très heu- 
reuses [var, 4, 19, 24, etc.], — assez heureuses pour que 
Rabelais les ait adoptées, — mais ce ne sont jamais des 
interpolations comme Rabelais en a fait dans les deux édi- 
tions de Gargantua sûrement revues par lui (B et E). Ni 
dans la liste des jeux (chapitre xxxn), ni dans les Propos 
des bienyvres (chapitre v), D ne nous fournit d'additions. 
Or, le texte de D a été très soigneusement corrigé au point 
de vue du style, au moins aussi soigneusement que celui 
de B et de E; s'il a été corrigé par la même personne, 
comment se fait-il qu'il ne comporte pas de ces interpo- 
lations dont B et E sont surchargées? Il me paraît difficile 
que le même Rabelais, qui développe, allonge, brode si 
largement toujours quand il reprend son texte, ait pu, 
cette fois, se borner à des changements de mots, à des 
corrections de détail, pour heureuses qu'elles soient. 

Je ne pense donc pas qu'on puisse considérer D comme 
une édition revue par Rabelais, et je le crois encore beau- 
coup moins pour G. En effet, non seulement ce texte ne 
présente pas plus que D d'interpolations, mais encore il 

I. Le choix de variantes, que j'ai donné ci-dessus, a été fait au 
point de vue des éditions C et D; je ne m'y suis donc pas appliqué 
particulièrement à relever les additions et corrections significatives 
de B et de E. 



I08 VALEUR CRITIQUE 



reproduit, souvent avec ses fautes d'impression [var. i6, 
17, 33 notamment], et sans aucune des améliorations de D, 
le texte de B. On n'y trouve pas la moindre correction de 
style, car quelques rares variantes analogues à celles que 
j'ai numérotées 25, 29, 3i dans le tableau ci-dessus, ne 
sauraient passer pour telles et prouver l'intervention de 
l'auteur. En revanche, on y trouve une multitude de 
fautes d'impression [Horate pour Horace; 7-obilardicqiie 
pour j-ohidilardicque ; su\ nos vignes vrayement nos vignes 
vrayement non pas nostres, etc.). Bref, C n'est qu'une 
réimpression de B. et faite avec fort peu de soin. 

Ces remarques permettent de supposer que C dut être 
composée à la hâte et, je suppose, pour faire concurrence 
à D (à qui elle serait par conséquent postérieure). Selon 
moi, voici comment les choses durent se passer : en i537, 
un libraire parisien jugea profitable de réimprimer Gar- 
gantua et fit paraître l'édition D ; à la première nouvelle de 
cette publication, Juste, éditeur ordinaire de Rabelais, et 
qui tenait à le rester, fit réimprimer au plus vite son texte 
de i535; ce fut l'édition C. L'édition C aurait donc été 
composée très rapidement : cela expliquerait les fautes 
qui la déparent. 

Quoi qu'il en soit de cette hypothèse, on peut en tous 
cas conclure des observations précédentes que C devrait 
être négligée dans une édition critique de Gargantua. En 
revanche, il y faudrait relever, outre les variantes de A 
et de B, qui représentent, en quelque sorte, les deux pre- 
mières rédactions du texte, les variantes de D, qui a servi 
de base à la troisième rédaction (E), et dont, par consé- 
quent, Rabelais a approuvé et accepté les corrections, si 
même il n'en est pas l'auteur. 



III. 



En comparant E avec les éditions antérieures, on cons- 
tate qu'elle nous offre un texte très modifié, interpolé et 
corrigé. 



DES TEXTES DE GARGANTUA. I09 

1° Beaucoup des corrections ont été évidemment com- 
mandées par la prudence : l'auteur dut craindre d'être 
compromis dans les poursuites exercées contre les héré- 
tiques, et il modéra ses attaques contre la Sorbonne. 
C'est ainsi qu'au chapitre xviii, par exemple, le « lyripi- 
pion » de Janotus de Bragmardo, qui était « théologal » 
dans A, B, C, D, n'est plus, dans E, qu'un « lyripipion à 
l'antique » ; Janotus et ses « maistres inertes » ne boivent 
plus « theologalement », mais « rustrement » ; et Maître 
de Bragmardo, cessant d'être un « théologien », n'est 
plus qu'un « sophiste ». On pourrait multiplier les 
exemples de ce genre de variantes : partout, dans E, les 
mots théologie, théologien, théologal, Sorbone, Sorbo- 
nagre, Sorboniste, etc., sont systématiquement supprimés 
et remplacés le ^lussoviveni^diY sophiste, sophisme ou par 
des mots du même genre. 11 arrive même quelquefois que 
des passages compromettants ont été complètement rema- 
niés. Ainsi : 

A, B, C, D E 

Je le prouve, disoit-il. Dieu Couraige de brebis, disoyt- 

(c'est nostre Saulveur) dict en il, depeschez vous de cestuy 
l'Evangile, Joa. i6 : La femme cy, et bien toust en faisons un 
qui est à l'heure de son enfan- aultre. — Ha, dist elle, tant 
tement a tristesse; mais, lors- vous parlez à vostre aise, vous 
qu'elle a enfanté, elle n'a soub- aultres hommes ! Bien I De par 
venir aulcun de son angoisse. Dieu, je me parforceray, puis- 
— Ha, dist elle, vous dictes qu'il vous plaist. 
bien et ayme beaucoup mieulx 
ouyr telz propos de l'Evangile 
et mieulx m'en trouve que de 
ouyr la vie de saincte Margua- 
rite, ou quelque aultre caphar- 
derie. 

2° Parmi les autres variantes de E, on relève des cor- 
rections de style, comme : 

A, B, C, D E 

Gh. VI : Sang de las cabres, ... si bon vous semble... 
s'il vous semble bon... 



I 10 VALEUR CRITIQUE 



et surtout un très grand nombre d'additions et d'interpo- 
lations, dont Rabelais est certainement Fauteur, puis- 
qu'elles sont tout à fait dignes de son talent et qu'elles 
reparaissent dans toutes les éditions publiées de son aveu. 
Il serait trop long de les énumérer ici; on les trouvera 
relevées en temps et lieu. Je mentionnerai seulement que 
tout le passage de E compris entre les mots : « Se asseoyt 
entre deux selles » et « tous les matins escorchoyt le 
renard «, manque dans A, B, C, D, ainsi qu'une bonne 
partie des Propos des bien-yvres (chapitre v), qui appa- 
raît pour la première fois dans E. 

En somme le texte E, qui offre de si grandes diffé- 
rences avec les éditions antérieures, a certainement été 
revu et corrigé par Rabelais. Cela n'est pas discutable et 
n'a jamais été discuté par personne : c'est pourquoi nous 
ne nous étendons pas davantage. A la fin de 1541, préci- 
sément au moment où se préparait la réimpression de son 
livre, Rabelais se trouvait à Lyon. Il y put donc surveil- 
ler la réédition, et l'examen du texte de E montre qu'il le 
fit en effet*. 

Mais il nous faut maintenant nous demander s'il n'y 
a pas d'édition postérieure à E qui ait été corrigée par 
Rabelais. 



IV. 



En 1542, Etienne Dolet publia une édition des deux 
premiers livres (F). L'édition de François Juste (E) venait 

I. M. P. -P. Plan, Bibliographie rabelaisienne, p. 82 et 9g, déclare 
que Rabelais était si loin de Lyon en ib^i et 1542, « à la suite de 
Guillaume Du Bellay, » qu'il ne put ni surveiller la réédition de 
Juste (E), ni « matériellement être averti à temps » de la querelle 
qui s'éleva en 1542 entre Juste et Dolet. C'est là une erreur de plus 
à l'actif de M. Plan. Rabelais fit un arrêt à Lyon à la fin de 1541. 
Il dut ensuite se rendre à Orléans chez Saint-.\yl (?). Il repassa à 
Lyon, et s'y arrêta de nouveau, lorsqu'il retourna en Piémont en 
mai 1542. (V.-L. Bourrilly, Rabelais d'après des travaux récents, 
dans Rev. d'hist. moderne, 1905-1906, t. VII, p. i3.) 



DES TEXTES DE GARGANTUA. I I I 

de paraître. Or, nous venons de voir que, dans cette édi- 
tion, Rabelais avait adouci les attaques trop vives contre 
la Sorbonne et soigneusement expurgé son texte de tout 
ce qui y sentait trop l'hérésie. Au contraire, l'édition de 
Dolet reproduisait une édition antérieure (D) et les pas- 
sages compromettants s'y trouvaient tout au long. Rabe- 
lais n'était donc pour rien dans la publication de F, en 
dépit des mots « prochainement reveue et de beaucoup 
augmentée par l'autheur mesme » qui se lisaient sur le 
titre de cette édition'; et l'on conçoit qu'il dut en vou- 
loir beaucoup à ce Dolet, son ami, qui non seulement 
s'emparait de son bien en publiant son oeuvre contre son 
aveu, mais encore le compromettait gravement au moment 
où il venait de prendre toutes ses précautions pour ne 
pas l'être. Il est donc naturel de croire qu'il voulut pro- 
tester contre l'indélicatesse de Dolet et rejeter sur celui-ci 
la responsabilité de l'édition dangereuse. — D'autre part, 
François Juste (ou plutôt son successeur Pierre de Tours) 
avait les mêmes raisons que maître François de se 
plaindre de Dolet, dont la jolie édition venait faire con- 
currence à la sienne, — et une concurrence d'autant plus 
dangereuse qu'elle offrait au public toutes les hardiesses 
de l'auteur, — joignait aux deux premiers livres un opus- 
cule que la publication de Juste ne donnait pas {Le dis- 
ciple de Pantagruel), et enfin s'affirmait faussement revue 
et corrigée par l'auteur. C'est pourquoi Pierre de Tours 
fit paraître en cette même année 1542 un carton de quatre 
feuillets (E bis) contenant un violent factum contre Dolet, 
carton qu'il ajouta en tête des exemplaires non vendus de 
son édition (E). 

C'est ici que vient se placer l'examen de l'édition G, 
que nous considérons, avec M. de Ricci, comme une con- 
trefaçon lyonnaise anonyme de l'édition E (augmentée 
du carton E bis) plutôt que comme une édition distincte, 

I. F ne donne pas plus les additions et les interpolations de E 
qu'elle ne tient compte des changements commandés par la pru- 
dence que Rabelais fit subir à cette édition. 



112 VALEUR CRITIQUE 



publiée par François Juste ou par Pierre de Tours, son 
successeur. Le titre de G est en effet rédigé d'une façon 
très analogue à celui du carton (E bis) qui porte le nom 
de Pierre de Tours et la date de 1542 ou 1543 (carton 
qu'on trouve en tête de certains exemplaires de E, comme 
nous l'avons dit) : 

G E bis 

Gràds Annales ou croni- Grands Annales tresverita- 

ques Tresueritables des Ges- blés des Gestes merueilleux du 

tes merueilleux du grand Gar- grâd Gargàtua & Pàtagruel 

gantua & Pantagruel son filz. son filz, Roy des Dipsodes : 

Roy des Dipsodes : enchro- enchronicquez par feu, M. Al- 

nicquez par feu. Maistre Al- cofribas, abstracteur de quinte 

cofribas : abstracteurde quinte essence, 
essence. 

Or, cette rédaction du titre est particulière à G et à 
¥,bis; aucune des autres éditions ne porte les mots : 
Grands annales ou croniques très véritables des gestes 
merveilleux du; les éditions antérieures s'intitulent géné- 
ralement : La vie inestimable du grand Gargantua, père 
de Pantagruel... ou portent ce titre au verso; celle de 
Dolet (F) : La plaisante et ioyeuse histoyre du grand 
géant Gargantua..., de même que celle de Claude La Ville 
(H); celle de P. de Tours, s. d. (I) : La vie très horri- 
fique du grand Gargantua., père de Pantagruel... 

D'autre part, seul un contrefacteur de Pierre de Tours 
avait intérêt à réimprimer cet avis de L'imprimeur au lec- 
teur par lequel débute G. Ce factum contre Dolet com- 
mence de la sorte : 

Affin que tu ne prennes la faulse monnoye pour la bonne 
(amy lecteur), et la forme fardée pour la nayve, et la bastarde 
et adultérine édition du présent œuvre pour la légitime et 
naturelle, soies adverty que par avarice a esté soubstraict 
l'exemplaire de ce livre, encores estant soubs la presse, par un 
plagiaire homme encline à tout mal, et, en desadvançant mon 
labeur et petit profit espère, a esté par luy imprimé hastive- 
ment, non seulement par avare convoitise de sa propre utilité 



DES TEXTES DE GARGANTUA. Il3 

prétendue, mais aussi, et d'adventage, par envieuse affection 
de la perte et du dommage d'aultruy. 

Et le factum continue sur ce ton par mille injures 
contre Dolet : ce « Monsieur (ainsi glorieusement par 
soymesme surnommé) », dont les œuvres ne sont que 
« ramas et eschantillonneries levées des livres d'aul- 
truy », essaye de se faire passer pour l'auteur des ouvrages 
qu'il publie et de « donner à entendre que les livres des 
bons autheurs, comme de Marot, de Rabelais et plusieurs 
aultrcs, sont de sa façon ». 

Comment un tel homme, qui se dict si savant et si parfaict 
Giceronian, se mesle il de faire ces folies en françois? Que ne 
se déclare il en bonnes oeuvres, sans faire ces viedazeries, 
roignonnant, moillant, plaisantant, déclarant (car telz sont sex 
beaulx motz costumiers), viaidasant, ladrizant, et telles cou- 
leurs rethoricques qui ne sont pas Ciceronianes, mais dignes 
d'estre baillées à mostardiers pour les publier par la ville. Tel 
est ce Monsieur. Adieu, lecteur. Ly et juge. 

Comme on voit, l'auteur du factum montre une mau- 
vaise foi fort ingénieuse. Non seulement il accuse Dolet 
d'avoir dérobé un des exemplaires « encores estant soubs 
la presse » de l'édition E', mais il insinue que Dolet, — 
plagiaire et cherchant toujours à se faire passer pour l'au- 
teur des livres qu'il publie, — a tout au moins changé et 
arrangé le texte dérobé avant de le publier. De la sorte, 
en cas de poursuites, l'auteur et l'imprimeur du texte 
expurgé pourront essayer de rejeter la responsabilité des 
passages compromettants sur Dolet. 

Or, à qui de pareilles insinuations pouvaient-elles être 
utiles, sinon à Rabelais et à son éditeur ordinaire, Fran- 
çois Juste (ou P. de Tours)? L'un et l'autre devaient être 
inquiets : l'un d'avoir écrit, l'autre d'avoir imprimé les 

I. Cela est manifestement faux : puisque Dolet ne donne aucune 
des additions de E (G), c'est évidemment que F était imprimée, 
sinon parue, lors de l'apparition de E (G). 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. VI. 8 



114 VALEUR CRITIQUE 



premières éditions de Gargantua. C'était leur intérêt 
commun que d'essayer de rendre Dolet, leur ami indélicat 
et concurrent déloyal, responsable des passages compro- 
mettants pour eux comme pour lui qu'il ne craignait pas 
de faire paraître à leur insu en 1542. 

Malheureusement, on ne peut savoir quelle est la part 
de Rabelais dans la rédaction même de cet avis de L'im- 
primeu7' au lecteur. « En 1542, il [Rabelais] voyageait 
depuis plus de deux ans à la suite de Guillaume du Bel- 
lay, » dit M. Plan', « et il ne pouvait matériellement pas 
être averti à temps des petites querelles qui pouvaient 
s'élever entre Dolet et ses confrères de Lyon. » Il y a là 
une erreur que nous avons relevée^. Rabelais était à Lyon 
à la fin de 1541 et au début de 1542. En outre, ces « petites 
querelles », où il jouait pour le moins sa liberté, l'inté- 
ressaient fort. — Mais, d'autre part, il est certain que 
l'avis de L'imprimeur au lecteur est d'un style gauche et 
embarrassé où l'on reconnaît jusqu'à un certain point 
l'imitation, mais non du tout le talent de l'auteur de 
Gargantua... En somme, j'incline à penser que Rabelais 
n'est pas l'auteur de ce factum, mais qu'il dut au moins 
le connaître, et en approuver l'insertion dans la réim- 
pression de Juste. Quoi qu'il en soit, dans une édition 
critique, il faudrait évidemment donner l'avis de L'im- 
primeur au lecteur en note ou en appendice. 



Nous venons de montrer que l'édition de Dolet (F) n'a 
certainement pas été revue par Rabelais, mais qu'elle a, au 
contraire, été désavouée par lui. Or, l'édition de Claude 
La Ville, datée de 1647 (H), reproduit le texte de Dolet. 
F ni H ne sauraient donc être prises comme bases d'un 
texte critique, non plus que G, qui, sauf la préface, n'est 



1. Bibliographie rabelaisienne, p. 82 et 99. 

2. P. 110, note. 



DES TEXTES DE GARGANTUA. 



Il5 



qu'une réimpression hâtive de E, agrémentée d'un bon 
nombre de coquilles. Restent les éditions collectives des 
quatre premiers livres, la première donnée par Pierre de 
Tours (I), la seconde par un anonyme (J). 

I n'est pas datée, mais elle doit être postérieure à 1548, 
puisque le texte du livre IV, qu'elle contient, reproduit les 
deux éditions du livre IV données par le même Pierre de 
Tours en 1548^ — J porte la date de i553 : elle pourrait 
donc à la rigueur avoir paru peu de temps avant la mort 
de Rabelais (qui se place entre la fin de i552 et mai 
i553); en tout cas, elle pourrait avoir été faite d'après un 
exemplaire corrigé par lui. Mais J suit le texte de I, sans 
autres variantes que quelques fautes d'impression en plus 
ou en moins, et quelques différences (rares d'ailleurs) dans 
l'orthographe de certains mots; sa fidélité est telle qu'elle 
reproduit presque toujours les mauvaises leçons et jus- 
qu'aux coquilles de I : 



I 

Prologue: Galen. iij. facul. 
natural. 

Ch. I : ne l'oseroye souhai- 
ter. 

Ch. I : hic bibituur. 

Ch. III : Parpaillons. 

Ch. V : la prevenent comme 
entendez. 

Ch. v : c'est de la Deviniere 
c'est un pineau. 

Ch. V : Icy [pour : le y] suis 
maistre passé. 

Ch. VI : je ne dis [manque : 
le]. 

Ch. VII : mais il se couchait 
[pour : conchioit]. 

Ch. VIII : ha declairé Oll^am. 



... in facul. 

... soubhaitter. 

hic bibituur. 

Parpaillôs. 

prevenent... 

... c'est vn pineau. 

Icy... 

je ne dis. 

... couchoit. 

... Oll^am. 



I. Il est possible que le fascicule contenant les livres I et II ait 
paru un peu plus tôt, dès 1547 par exemple. 



1 l6 VALEUR CRITIQUE 



Ch. VIII : se^e féminin. sexe féminin. 

Ch. IX : entre ses publicques ... publicqiies... 
[pour : pudicques] matrones. 

Il n'y a donc aucune raison qui nous permette de pen- 
ser que le texte de J ait été revu et corrigé par Rabelais. 

En est-il de même pour le texte de I? A première vue. 
il diffère jusqu'à un certain point de E. Nous donne-t-il 
donc la version définitive approuvée par Rabelais? 

1° Ce qui frappe tout d'abord, c'est que l'orthographe 
de I est beaucoup plus simple ou plus proche de la nôtre 
que celle de E. Sans insister sur ce point, je me bornerai 
à constater que I supprime systématiquement un bon 
nombre des lettres parasites dont se hérissent les mots de 
E (E : voustre,foul:{^ aiiltre, soubhaitter ; I : vostre,fol{^ 
autre, souhaiter, etc.) et qu'il introduit les apostrophes et 
élide Ve muet dans les mêmes cas où on l'élide aujourd'hui 
(E : ne estre, qui le induict, ientens, ne lauseroye; I : 
n'estre, qui l'induict, i'entens, ne l'oserqye, etc.). — Mais 
ces remarques ne prouvent pas que Rabelais soit intervenu 
dans la correction de I ; si elles prouvaient quelque chose, 
ce serait plutôt le contraire : puisque l'édition I adopte un 
système orthographique différent de celui des éditions 
antérieures où nous avons reconnu la main de Rabelais, 
c'est que Rabelais n'est pour rien dans l'édition I, pour- 
rait-on dire. — En réalité, ce qu'on appelle l'orthographe 
rabelaisienne, c'est probablement l'orthographe des impri- 
meurs de Rabelais, et il est préférable (jusqu'à ce que 
l'on ait retrouvé les manuscrits de l'auteur de Gargantua) 
de ne pas épiloguer sur ses « systèmes graphiques « et sur 
leur « évolution ». 

2° La deuxième remarque à faire, c'est que I contient 
beaucoup moins de fautes d'impression que E. On pour- 
rait dresser une longue liste des coquilles de E qui ont été 
corrigées dans I. J'en cite seulement quelques exemples : 

E I 

Ch. V : â^eoTOc. àa^taioi. 



DES TEXTES DE GARGANTUA. II7 

Ch. IX : saiges et scavans contentent. 
qui ... contenant les lecteurs. 

Gh. X : problème ... réputé insoluble, 
insolube. 

Gh. XI : baissoit souvent au baisloit. 

mousches. 

Gh. XIII : compeétte. compétente, etc. 

Mais là non plus il n'y a rien qui nous permette de pen- 
ser que I ait été revu par Rabelais. Tout porte à croire, 
en effet, que les auteurs du xvje siècle ne recevaient pas 
de placards qui leur permissent de corriger leur texte 
au cours de son impression; quand ils voulaient donner- 
une nouvelle édition d'un ouvrage, ils devaient se borner 
à remettre à l'imprimeur un exemplaire annoté et corrigé 
de leur main ou bien un nouveau manuscrit. Quoi qu'il 
en soit de cette hypothèse, ce n'est pas en tout cas la plus 
grande correction typographique du texte de I qui nous 
permettra de dire que cette édition a été donnée par 
Rabelais lui-même ^ Pour la considérer comme revue et 
corrigée par l'auteur, il nous faudrait y relever des addi- 
tions, des modifications du style semblables à celles que 
nous avons trouvées en collationnant E avec les éditions 
antérieures. Voyons donc si I offre quelque variante de ce 
genre, quelque correction où se décèle la main de l'auteur. 

3° Au cours des éditions successives de son roman don- 
nées par lui, Rabelais a plus ou moins, mais constam- 

I. M. P. -P. Plan {Bibliographie rabelaisienne, p. 82 et suiv.), pour 
établir que I est la dernière édition donnée par Rabelais, a publié 
une liste de coquilles de E corrigées dans I. Mais, outre qu'on ne 
saurait conclure de la plus ou moins grande correction typogra- 
phique d'un texte du xvi" siècle à l'intervention de son auteur, il est 
encore deux raisons pour que la liste de M. Plan ne prouve rien. 
La première, c'est qu'elle fourmille d'erreurs. La seconde, c'est que 
M. Plan a écarté de parti pris toutes les variantes qui pouvaient 
nuire à ce qu'il voulait démontrer : ainsi, il n'a relevé aucune 
des multiples coquilles qu'on lit dans I et qui n'étaient pas dans E; 
en outre, on remarquera que très peu des variantes que nous allons 
citer, et qui sont pourtant parmi les plus intéressantes, ne figurent 
dans sa collation. 



Il8 VALEUR CRITIQUE 



ment, interpolé son propre texte. Dans les éditions posté- 
rieures à E, au contraire, nous ne trouvons plus d'addi- 
tion qui vaille d'être mentionnée. Même les énumérations, 
les propos interrompus, comme la liste des jeux (cha- 
pitre xxxiik les Propos des hien-yvres (chapitre v), ne sont 
pas plus développés dans I que dans E. Si l'on suppose 
que Rabelais a fait subir une revision à son texte après 
1542, il faudra admettre que, en fait d'interpolations, il 
s'est borné à y ajouter un certain nombre de fois la con- 
jonction et : 

E I 

Ch. XIV : lors que son dict et lors... 
précepteur. 

Ch. XXI : sangloutoyt, es- sangloutoit et esternouoit. 

ternouoit. 

Ch.xxvi:emmenoientbeufz, bœufz et vaches, toreaux. 

vaches, thoreaux. 

Au moins, si on ne relève pas dans I d'additions impor- 
tantes, y voit-on que la syntaxe ait été améliorée, les 
substantifs et les épithètes renforcés, enfin trouve-t-on 
quelques variantes de style? Nullement. Les variantes de 
I sont presque toutes des coquilles corrigées ou des 
coquilles ajoutées. C'est tout au plus si on constate 
quelques suppressions de mots sans intérêt : 

E I 

Ch. XV : et meilleur entre- meilleur entretien... 

tien et honnesteté. 

Ch. XX : que ce avoit esté de gratis, de sa libéralité, 
de gratis et de sa libéralité. 

Ch. XXI : boyre à tas, à tas, boyre à tas, à tas. 

à tas. 

ou quelques corrections qui peuvent avoir été faites pour 
l'oreille, ainsi : 





E 


I 


Ch. XXI 


: belle couille et 


... et moulle. 


molle. 







DES TEXTES DE GARGANTUA. II9 

OU bien cette variante, qui paraît assez bonne : 

E I 

Prol. : escoiite^ vietz dazes. escouta^ vietz dazes. 

Mais il serait risible d'affirmer que ces corrections-là ne 
peuvent avoir un simple libraire pour auteur et d'y vou- 
loir reconnaître à tout prix la main de Rabelais. 

4° D'autant plus que les autres variantes caractéristiques 
(j'entends celles qui ne sont pas des coquilles ou des cor- 
rections purement typographiques) montrent assez claire- 
ment que ce n'est pas Rabelais qui a revu I. Ce sont : 

a) Des contresens comme en commettent, par exemple, 
les correcteurs d'imprimerie qui, professionnellement, 
lisent plus Vorîhographe que le sens des mots. Ainsi, par 
exemple : 

E ï 

Ch. III : [Gargantua], en son ... belle guorge et de bonne 

eage virile espousa Garga- troigne. 
malle..., belle gouge et de 
bonne troigne. 

(« De belle guorge » pourrait passer pour une correction 
d'auteur, d'ailleurs mauvaise. Mais i( belle guorge » est 
une faute de sens.) 

b) La suppression de certains détails concrets, ce qui 
est un genre de corrections aussi peu rabelaisien que pos- 
sible. On sait que François a coutume de préciser burles- 
quement les détails et les chiffres : il tire de cette précision 
même des effets comiques, et ce n'est pas lui qui ferait, 
par exemple, les corrections suivantes : 

E I 

Ch. VII : et avoit presque dix ... dix mentons. 

et huyt mentons. 

Ch. XX : luy feist livrer sept ... sept aulnes de drap blan- 
aulnes de drap noir et trqys chet. 
ie blanchet pourla doubleure. 



120 



VALEUR CRITIQUE 



... bien estachée joyeuse- 
ment à deux crochetz d'es- 
mail, en un chascun desquelz 
estoit enchâssée une grosse 
esmeraugde. 



Gh. VIII : et fut la forme 
d'icelle [braguette] comme 
d'un arc boutant, bien esta- 
chée joyeusement à deux bel- 
les boucles d'or que prenoieut 
deux crochetz d'esmail, en un 
chascun desquelz estoit en- 
châssée une grosse esme- 
raugde. 



c) Enfin des leçons qui sont franchement mauvaises, 
telles que : 



Ch. IV : ... et si ne le croyez, 
le fondement vous escappe. Le 
fondement luy escappoit une 
après disnée, le iii^ jour de 
febvrier, pour avoir trop mangé 
degaudebillaux. Gaudebillaux 
sont grasses tripes de coiraux. 
Coiraux sont beufz engressez 
à la crèche et pre^ guimaul^. 
Pre^ guimaul^ sont qui por- 
tent l'herbe deux fois l'an. 
D'iceulx gras beufz avoient 
faict tuer... 



I 

... le fondement vous es- 
cappe. Le fondement lui cs- 
chappoit... 



(Je cite ici le contexte pour qu'on sente que le change- 
ment de ce mot escappoit en eschappoit enlève de la viva- 
cité et de la drôlerie à cette phrase où les répétitions sont 
voulues.) 



Ch. XII : « Voicy, dist-il..., » 
et, les charge[à\nt d'un gros 
livier : « Je vous donne, dist- 
il... ). 

Ch. XIX : que comparata est 
jumentis insipientibus. 



I 

... et les chargea... 



quae comparata est. 



DES TEXTES DE GARGANTUA. 121 

(Dans tout le discours de Janotus de Bragmardo. le pro- 
nom quae est orthographié, dans E , à la manière du 
moyen âge : que. C'est en effet un pédant et scolastique 
magister qui parle. La variante de I est donc une correc- 
tion assez inintelligente en réalité.) 

5° Non seulement I n'apporte à E ni additions ni cor- 
rections (sinon insignifiantes et mauvaises), mais encore il 
semble bien que l'édition I ait été faite directement sur un 
exemplaire de l'édition E. 

Dans E, au chapitre v, un des buveurs s'écrie : «... Je 
y suis maistre passé. « A quoi un autre réplique par une 
sorte de jeu de mots : « Je suis prebstre Macé. « Or, dans 
I, on lit, au lieu de « le y suis maistre passé « : « Icy suis 
maistre passé. » — Cette leçon s'explique quand on a un 
exemplaire de E sous les yeux. On s'aperçoit que Ve de le 
est très mal venu ; il ressemble tout à fait à un c; et encore 
maintenant on lit à première vue : Icy. C'est sans doute 
ce qu'a fait l'imprimeur de I. 

Au chapitre vin, dans E, on trouve le mot Olkam (pour 
Okham) écrit de la façon suivante : « Ollram ». C'est que 
E est imprimée en gothique et que l'alphabet gothique 
traduit ordinairement le k par le groupe h\ Or, I est 
imprim.ée en romaines. Et pourtant I ne nous donne pas 
la leçon : Olkam, mais : Ollram. C'est donc qu'apparem- 
ment I reproduisait un texte imprimé en gothique, E par 
exemple. — Il résulte encore de cette remarque que celui 
qui a surveillé l'impression de I ignorait le nom d'Okham. 
Or, le nom du philosophe qu'il citait, Rabelais ne devait 
point l'ignorer. 

E numérote par erreur le chapitre xxxni « cha- 
pitre xxxvni » et le chapitre xxxiv « chapitre xxxix » ; le 
chapitre xxxv est numéroté exactement. I reproduit rigou- 
reusement ces erreurs de numérotation. 

Enfin, voici une liste de fautes d'impression et de non- 
sens de E qu'on retrouve exactement dans I : 

Ch. VII : Mais il se couchait [lisez : conciliait] à toute heure, 
car il estoit merveilleusement phlegmaticque des fesses... 



122 VALEUR CRITIQUE 



Ch. IX : entre les piiblicques [lisez : pudicqiies] matrones. 
Ch. X : problème ... réputé insolube [lisez : insoluble]. 
Ch. X : tout [lisez : tant] pour icelle couleur que pour... 
Ch. X : dissolvent manifestement les espritz visifz ... et des 
[lisez : les] perspectifz. 
Ch. X : Aristoles [lisez : Aristoteles]. 
Ch. XIV : hippodrame [lisez : hippodrome]. 
Ch. XVI : vous aultres paillardes [lisez : paillards], 
Ch. XXIV : fendre et scier du boys [lisez : scier]. 
Ch. xxviii : n'ay rien tant procuré qui paix [lisez : que paix]. 
Ch. xxxii : cause queconques [lisez : quelconque]. 

Les non-sens et les coquilles communs à E et à I sont 
donc assez nombreux, trop nombreux pour que ces con- 
cordances soient Teffet du hasard. Pour qu'il ait commis 
tant de fautes qui se trouvent précisément dans E, il faut 
que l'imprimeur de I ait eu E sous les yeux. 

En résumé, l'édition de Pierre de Tours, sans date (I), 
est d'une orthographe plus simple et contient moins de 
coquilles que l'édition de François Juste, 1542 (E); mais 
cela ne prouve nullement que I ait été revue par Rabe- 
lais. Ce qui le prouverait, ce serait que I contînt des 
interpolations et des corrections comme Rabelais en a fait 
subir aux éditions qu'il a données lui-même. Or, I ne 
nous fournit, au point de vue du style, que des variantes 
sans importance ou même mauvaises, et pas une addition. 
En outre, nous avons la quasi-certitude que I a été 
imprimée sur un exemplaire de E, dont elle reproduit 
souvent les fautes et les mauvaises leçons. Dans ces con- 
ditions, je crois qu'on peut conclure que Rabelais n'a 
pas donné lui-même l'édition I. Il semble qu'il faille 
reconnaître dans cette édition le travail de quelque cor- 
recteur d'imprimerie, qui en a fait disparaître un bon 
nombre de coquilles, mais qui, naturellement, n'y aurait 
su faire ce qu'on appelle aujourd'hui des « corrections 
d'auteur ». 



DES TEXTES DE GARGANTUA. 123 



Conclusion. 

Il résulte des observations qui précèdent qu'on peut 
compter trois rédactions de Gargantua, représentées par 
l'édition antérieure à i535 (A), par l'édition de i535 (B) et 
par l'édition de Juste. 1542 (E). Le dernier texte revu et 
corrigé par Rabelais est celui de E. C'est donc E qu'il fau- 
drait reproduire dans une édition critique, en relevant les 
variantes des deux premières rédactions (A et B), ainsi 
que celles de l'édition de i53j, sans lieu (D), qui, si elles 
n'ont pas pour auteur Rabelais lui-même, ont été du 
moins connues et en grande partie adoptées par lui dans 
sa troisième rédaction. 



Jacques Boulenger. 



LES 

JEUX DE GARGANTUA 

(L. I, ch. XXII.) 
{Suite 1.) 



A MARiAiGE. — (Var. i535 : a mariage.) Le Mariage est 
un jeu de cartes où le principal avantage est de réunir 
dans sa main un roi et une dame de même couleur. Il est 
encore usité aujourd'hui. 

Au GAY. — Ce jeu, qu'on trouve mentionné dans les 
Matinées de Cholières [loc. cit., p. i8) avec d'autres jeux 
de cartes sous la forme J'o^, et que Le Duchat (t. I, p. 79) 
identifie avec le brelan « parce que le Joueur d'nfai, lors- 
qu'il a deux cartes semblables », est le même que celui 
dont parle d'Aubigné dans Faeneste : « Tout en fu, fit 
jurer les Rouchellois qu'ils apporteroient le lendemain 
chacun six cents pistoules contre six cents qu'il aboit, pour 
youër à y'ai flus et séquence qu'il aboit appris » [loc. cit., 
p. 2g, 3o). Le mot 7"^;^, orthographié gay par Rabelais, 
n'est que le commencement du nom de ce jeu. En quoi 
consiste-t-il? La Maison des Jeux Académiques (1668) 
nous renseigne à ce sujet, en nous donnant les règles 
d'un jeu qu'elle appelle Gé, Point, Flux et Seccance et 
qui n'est autre que le Gay de Rabelais et que le J'ai 
Jlus et Séquence de d'Aubigné : « Après avoir convenu 
entre les joueurs quelle somme ils jouent, l'on met quatre 
assiettes, tasses ou bourses, sur la table, en chacune des- 
quelles... chacun met un jetton; la première est pour le 

I. Voir Revue des Etudes rabelaisiennes, t. VI, 1908, p. i. Nous 
renvoyons à la pagination de ce numéro. 



LES JEUX DE GARGANTUA. 125 

Gé, la seconde pour le Poinct, la troisième pour le Flux 
et la quatrième pour la Seccance. » On donne trois cartes 
à chaque Joueur : celui qui a le Gé, c'est-à-dire qui reçoit 
deux cartes semblables, a droit à la somme qui est dans 
la première bourse. Quand plusieurs personnes ont le 
Gé, celle qui possède les plus hautes cartes l'emporte. 
« Le Poinct, qui est à dire deux cartes d'une mesme cou- 
leur, se peut aussi envier par les joueurs... Et semblable- 
ment le Flux, qui est quand les trois cartes sont de treffle, 
picque, carreau, ou cœur, s'envie l'un sur l'autre. Quant 
à la Séquence, c'est lorsque les trois cartes se suivent...; 
la plus haute Séquence emporte la plus foible, et les 
joueurs peuvent enchérir les uns sur les autres, comme 
au Gé, Point et Flux » (p. 83-84). 

A l'opinion. — Ce jeu ne nous est connu que par une 
phrase de Cotgrave : « The pretty game which we call 
purposes. » Il s'agirait donc des Propos, jeu qui vient 
plus loin dans la liste de Rabelais. Il est possible que 
cette explication soit exacte; mais Cotgrave qui, dans 
son Dictionnaire, se sert à chaque instant de Rabelais, 
même sans le citer, et le commente d'après son impres- 
sion personnelle et ses souvenirs de lecture, ne saurait 
faire autorité en la question. 

A QUI FAicT l'ung faict l'aultre. — On ne peut dire 
exactement quelle est ce jeu. Faire (Académie, 1694) « se 
dit absolument en parlant des jeux de cartes, où chacun 
donne les cartes à son tour, et de certains autres jeux, où 
chacun tour à tour est obligé de faire autre chose ». Ce 
dernier sens est assez vague; mais il semble s'appliquer 
au jeu de Gargantua dont il est ici question. 

A LA SEQUENCE. — « Séquence, terme de certains jeux 
de cartes, suitte de plusieurs cartes de mesme couleur, et 
du moins au nombre de trois, » dit l'Académie (1694); et 
le Dictionnaire de Trévoux : « Terme du jeu de hoc, de 
l'impériale et autres jeux de cartes. » La Séquence était 



126 LES JEUX DE GARGANTUA. 

donc un terme de jeu qui signifiait la même chose que le 
Flux; mais c'était aussi, au xvi'= siècle, un jeu de cartes. 
On l'a déjà vue employée dans ce dernier sens par Claude 
Gauchet : 

On manie le Hux, la prime ou la séquence 

\Loc. cit., p. i8.] 

Et par Cholières : 

Jouer au ttus, au j'ay, à la séquence... 

[Loc. cit., p. i8.] 

Les deux jeux du Flux et de la Séquence devaient être 
très voisins. 

Au LUETTES. — Il y a deux jeux des Luettes : l'un n'est 
autre que la fossette, telle qu'on l'appelle en Bretagne, 
« et ce Jeu, dit Le Duchat (t. I, p. 79), est commun à 
Nantes comme à Bourdeaux, parce que les enfans y jouent 
volontiers sur le gravier, avec des coquilles que le rivage 
leur fournit en abondance » ; l'autre est un jeu de cartes 
du Poitou et de la Saintonge « encore usité parmi le 
peuple et surtout parmi les matelots de cette contrée » 
(Esmangart et Johanneau, t. I, p. 399). De quel jeu s'agit- 
il ici? 

Remarquons d'abord que Rabelais a mentionné les 
Luettes en deux autres passages : «... Et vint à Bour- 
deaulx, auquel lieu ne trouva grand exercice, sinon des 
guabarriers jouans aux luettes sur la grave' » (1. II, ch. v) 
et : « Au fond d'iceluy [pot] j'apperceu forces dez, cartes, 
tarots, luettes, eschets et tabliers » (1. V, ch. xxiii). Dans le 
premier cas, il semble bien qu'il soit question d'un jeu qui 
se jouait avec des cailloux ou des coquillages : pourquoi 
des « guabarriers » iraient-ils jouer aux cartes sur une 
grève? De plus, la phrase « ne trouva grand exercice, 
sinon... » indique que le jeu auquel ils se livraient, — pai- 

I. Grève. 



LES JEUX DE GARGANTUA. \2'J 

sible sans doute et peu violent, — était cependant un Jeu 
d'exercice; or, les cartes se jouent assis. Dans le second 
cas, il s'agit évidemment de cailloux, de coquillages; 
Rabelais énumère ici, non des Jeux, mais des instruments 
de Jeux. Il serait aussi absurde de sa part d'écrire : « J'ap- 
perceu force dez, cartes, tarots, _/? mat, eschets et tabliers », 
que de supposer, de la nôtre, que les Luettes dont ce 
passage fait mention soient un Jeu de cartes. 

Donc, au livre II et au livre V, Rabelais parle, sous le 
nom de Luettes, d'un Jeu de la fossette; il n'y a aucune 
raison pour attribuer un autre sens au même mot dans la 
liste du \" livre. C'est d'ailleurs l'opinion de Régis, qui 
traduit par : « Kocken, Muschelschalcn, Schneckenhau- 
ser^ ». Selon Cotgrave, les Luettes seraient une sorte de 
Jeu de Jonchets : « Little bundles of pièces of Ivory cast 
loose upon a table; the play is to take up one without 
shaking the rest, or else the taker loseth. » Urquhart 
donne également « At the ivory bundles ». On admet- 
trait plus volontiers cette explication que celle qui ferait 
des Luettes un Jeu de cartes; elle s'accorde pourtant 
assez mal avec le passage du livre II, ch. v. 

Au TARAU. — « Tarots^ dit l'Académie (1694), sortes de 
cartes à Jouer, qui sont distinguées par quatre diflférentes 
couleurs appellées Deniers, Couppes, Espées et Bastons"^, 
et qui sont marquées de rayes noires par dessus. » Les 
Tarots ne sont pas en effet un Jeu de cartes, mais des 
espèces de cartes qui peuvent servir à plusieurs combi- 
naisons. On trouvera dans la Maison des Jeux acadé- 
miques (1668) une description du « Plaisant Jeu de cartes 
des Tarots, récréatif, subtil et divertissant, qui se joué à 
plusieurs sortes de jeux » (p. 34 et suiv.). Outre que les 
hgures en étaient différentes de celles des Jeux ordinaires 
et que les cartes étaient tarotées à l'envers, le Jeu compre- 



1. Valves, coquilles, coquilles d'escargot. 

2. En espagnol Dineros, Copas, Espadillos, Bastos, 
Cœur, Carreau, Pique et Trèjle. 



au lieu de 



128 LES JEUX DE GARGANTUA. 

nait soixante-dix-huit cartes au lieu de cinquante-deux 
{Ib., p. 35j. Sur son origine espagnole et italienne, bien 
connue, et sur son iconographie, qui a été très étudiée, 
on peut consulter le beau livre de M. Henry d'Allemagne 
sur les Cartes à jouer du XIV*^ auXX'^ siècle (t. I, p. 179- 

197)- 
Le Dictionnaire de Trévoux donne un autre sens au 

mot Tarot ' : c'est, dit-il, « une espèce de dé d'ivoire, dont 

chaque côté porte son nombre de trous noirs, depuis un 

jusques et compris six, et dont on se sert pour jouer. Il 

est appelé jeu de hasard quand les dés ne sont pas pipés, 

c'est-à-dire, quand il ne se trouve pas au-dedans du plomb 

qui fait tourner le dé à l'avantage du joueur. En 1701, il 

parut un Édit du Roi portant qu'il seroit levé un droit 

sur chaque jeu de tarots ». Ce jeu, dont on ne trouve 

trace ni dans Furetière, ni dans l'Académie, ni dans la 

Maison des Jeux^ devait être d'invention récente; ce n'est 

évidemment pas celui dont parle ici Rabelais. 

A coQuiNBERT QUI GAiGNE PERD. — (Var. Dolct : A coquim- 
bert, qui gaigne perd.) Ce jeu n'est pas un jeu particulier, 
mais une manière de jouer à différents jeux, comme aux 
cartes et aux dames; elle consiste à convenir que le gain 
de la partie sera pour celui qui l'aura perdue. Nous disons 
aujourd'hui : Qui perd gagne. 

Leroux, dans son Dictionnaire comique, note au mot 
gagner l'expression : « Jouer au caquimben, où qui gagne 
perd. » Il est difficile de savoir ce que veut dire ce mot 
coquinbert ou caquimbert. Le Duchat, dans Ménage [co- 
quimbert , rapproche de ce jeu celui que les enfants de 
Metz appelaient, selon lui : « C'est aujourd'hui la Saint- 
Humbert, qui quitte sa place la perd 2. » Il n'y a entre les 
deux jeux qu'une ressemblance de rimes. 

1. En donnant aussi le sens de cartes. 

2. Suit une étymologie fantaisiste de coquinbert : coq-Imbert, le 
coq d'un nomme Imbert, qui ferait dire à celui qui l'a volé qu'il a 
plus perdu que gagné. Cette petite histoire est merveilleusement 
trouvée. — Ce jeu de Rabelais a d'ailleurs excité l'imagination de 



LES JEUX DE GARGANTUA. 1 29 

Quels étaient les jeux qui se jouaient de la façon dont 
parle ici Rabelais? « Coquimbert qui gaigne pert », dit 
Cotgrave, « a game at cards; like our losing Lodam », — 
« Ein Art des Bretsspiels » (trictrac) explique Régis, — 
« Jeu de Damier », selon Le Duchat (t. I, p. 79). Le même 
savant ajoute, dans Ménage, que « le coquimbert est aussi 
un jeu de quilles de la Touraine ». On peut admettre 
toutes ces opinions, qui ne s'excluent point l'une l'autre. 

Au BELiNE. — « Jeu ainsi nommé, dit Marty-Laveaux 
{Glossaire de Rabelais), soit parce qu'on y traitait les 
gens en béliers qu'on tire par les cornes, soit parce qu'on 
les trompait, qu'on les attrapait. » La première hypothèse 
est celle de Le Duchat (t. I, p. 79) : « Je crois que c'est 
une espèce de Boutehors, où l'on traite les gens en béliers^ 
qu'on tire par les cornes pour les faire sortir de la ber- 
gerie. » Le mot revient au livre II, ch. vu [Catalogue de 
la librairie de Saint-Victor) : « Le beliné en court ». Et 
Le Duchat, qui ne se souvient plus de son précédent com- 
mentaire, change d'avis et écrit en note à ce passage (t. I, 
p. 224) : « Beliner quelqu'un, c'est en faire une espèce de 
Bélier, un Cocu; et lorsque le jeune Gargantua jouoit au 
Beliné, je suis fort trompé si par ce Jeu Rabelais n'entend 
quelque espèce de Hère. » 

On lit dans la traduction anglaise d'Urquhart : « At 
he's guUed (pipé, dupé) and esto. » Ce serait donc, selon 
lui, une sorte de jeu d'attrape. Et l'on pourrait citer, à 
l'appui de cette opinion, deux passages de Rabelais où 
le mot beliné est pris dans le sens de gulled : « Avoir 
résolu... qui par leurs astuces sera beliné, corbiné, trompé 
et affiné » (1. IV, proL), et : « Hz ne vouldront estre par 
les Romanistes belinez » [Pant. progn., ch. vi). Il paraît 
plus naturel d'interpréter de cette façon le Beliné dont il 
s'agit ici que d'y voir un jeu dans lequel on traiterait les 

plusieurs "de ses commentateurs; ne lit-on pas, dans l'édition 
Esmangart et Johanneau (t. I, p. 400) : « Le nom de ce jeu est la 
contraction de giuoco di chi vitice, perde, qui est le nom qu'on lui 
donne en italien » ? 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. VI. Q 



l30 LES JEUX DE GARGANTUA. 

gens en béliers; cette dernière hypothèse est en même 
temps très vague et amenée de très loin. Il n'est d'ailleurs 
pas impossible que ce beliné, ce trompé soit le même, 
comme le veut Le Duchat, que le malheureux, le mau- 
content et le cocu dont il a déjà été question précédem- 
ment; mais rien ne le prouve. 

Au TORMENT. — (Var. Dolet : Au tourment.) « Sorte de 
Jeu de cartes », dit Le Duchat (t. I, p. 79). Nous ne savons 
pas autre chose sur ce jeu. C'est sans doute de lui qu'il 
est parlé dans une Vieille Rime du Jeu d'Amours citée 
par Brantôme : 

Mais, en défaut de trouver la raye nette (reinette), 
Il s'en ensuit un grand jeu de torment. 

[Rec. des Dames, 2° partie. Ed. Mérimée et L. Lacour, 
t. XI, p. 255.] 

A LA RONFLE. — « C'étoit autrcfois une espèce de jeu, dit 
le Dictionnaire de Trévoux. On appeloit aussi ron/le, au 
jeu de Piquet, ce qu'on appelle aujourd'hui point'. Ainsi 
on disoit compter la ronfle., pour dire compter son point. » 
Au contraire, suivant Richelet (1680), ce mot « est hors 
d'usage à Paris, où l'on dit compter son point., et jamais 
compter sa ronfle ». On trouve dans Du Gange [ronflare] 
que ronfler est la même chose que renvier, a pecuniam in 
foliis lusoriis positam augere », et l'auteur de l'article cite 
deux textes anciens où il est question de notre jeu, l'un 
de 1460 : « Ainçois que l'en baillast les cartes, icelluy 
Davy dist aux autres, Je l'envy et Ronfle », — et l'autre 
de 1458 : « Lesquelz compaignons commencèrent à jouer 
au jeu de la Ronfle ». 

On lit dans la Moralité des En/ans de Maintenant : 

Celluy n'y a que je le saiche 
Bien jouer quant se tient en place 

1. « Point, au jeu de cartes, se dit du nombre qu'on attribue à 
chaque carte » (Trévoux). 



LES JEUX DE GARGANTUA. l3l 

A la ronfle et à la chance, 
Aux cartes et au jeu public, 
Au masgaret, aussi au glic, 
En toutes manières de jeux. 

[Ancien Théâtre Français, t. III, p. 34.] 

Le Sonnet amphibologique cité par Tabourot contient 
ce vers, dont on comprend facilement l'équivoque : 

La Ronfle est un beau jeu, s'ils boivent trop ou mangent. 

[Loc. cit., p. 25. J 

Il a donc existé un Jeu de cartes de la Ronfle, celui 
dont il s'agit ici; mais ce mot a vite pris un autre sens, 
dans lequel on le trouve presque toujours employé au 
xvie et au xvn^ siècle. « Il n'est demeuré en usage, dit 
Furetière (1690), qu'en cette phrase proverbiale : Joiier 
à la ronfle, pour dire Dormir profondément et en ron- 
flant. » Furetière aurait pu ajouter que cette expression 
avait déjà cours au siècle de Rabelais. Bonaventure des 
Périers écrit en effet dans ses Nouvelles Récréations (i558) : 
« Et se firent bailler une petite chambre jacopine, où ils 
se couchèrent très-bien et très-beau, et commencèrent à 
jouer à la ronfle » {Nouv., XXVII ; éd. L. Lacour, t. II, 
p. 122I; Cholières, dans ses Après-dînées (iSSy) : « Quel- 
quesfois je me suis treuvé les yeux ensablez de sommeil 
l'apres-disnée, j'ay voulu complaire à ma sensualité et 
jouer à la ronfle » (I, éd. P. Lacroix, t. II, p. 20). Enfin, 
on trouve, avec un sens analogue, dans la Comédie des 
Proverbes (1616) : « Voicy du monde sous ces arbres 
qui joue à la ronfle « [Ancien Théâtre Français., t. IX, 
p. 56). 

Le jeu de la Ronfle avait également donné lieu, au 
xvp siècle, à une autre expression proverbiale que Baïf 
emploie dans sa comédie du Brave (iSôy) : 

Ses louanges il continue : 
Laisson-le : il est en ronfle vue. 

[III, I. Ed. Marty-Laveaux, t. III, p. 261. J 



l32 LES JEUX DE GARGANTUA. 

Cotgrave (ronfle) s'en explique ainsi : « Vous me remet- 
îe\ à point en ronjle veuë. You put me shrewdly to my 
plunges, drive me to the wall, hâve me at a bay «, c'est-à- 
dire : a Vous me mettez artificieusement dans l'embarras, 
vous me poussez au mur, vous me retenez dans un coin. » 

Au GLic. — « C'est la chance, suivant Le Duchat (t. I, 
p. 79), de l'allemand gliick. » Mais, tandis que la Chance, 
qui vient plus loin dans la liste de Rabelais, est un jeu 
de dés, le Glic est un jeu de cartes. « A Metz, ajoute Le 
Duchat, on appelle glic au jeu de Dixcroix, le hazard 
qui arrive lorsqu'un des Joueurs a trois ou quatre Rois, 
Dames ou Valets : et on l'appelle de la sorte, comme une 
bonne fortune^ parce que la gliqiie, comme on parle, vaut 
plusieurs points. « 

La Moralité des Enfants de Maintenant nous fait assis- 
ter à une partie de Glic entre Malduict, Jabien, Finet et 
Luxure (Ancien Théâtre Français, t. III, p. 45-48) : 



dit Jabien, 



Le glic est ung jeu mouh très beau. 

Et à gallans trop plus honneste. 

Luxure. 

Quant à moy, je suis toute preste. 
Ça les cartes, mon beau seigneur... 

Tout le passage est, malheureusement, pour nous assez 
peu clair; et il est difficile d'en tirer des indications pré- 
cises sur les règles et la conduite de ce jeu. Pourtant 
Luxure, qui gagne la partie, s'écrie à la fin : « J'ay le glic 
des roys ' » ; cette expression ne veut-elle pas dire, comme 
le pense Le Duchat. « avoir en mains plusieurs rois », et 
ne peut-on pas en conclure que le principal avantage 

I. Comme elle se serait écrié : « Jai le glic des dames » ou « le 
glic des valets ». 



LES JEUX DE GARGANTUA. l33 

était, au Glic, de posséder une suite de plusieurs cartes 
de même figure? 

On trouve dans les auteurs du xv« et du xvi^ siècle de 
nombreuses mentions du Glic qui montrent l'ancienneté 
du jeu et son importance. Villon, dans sa Ballade de 
bonne doctrine à ceux de mauvaise vie (1461), dit : 

Gaigne au berlanc, au glic, aux quilles. 

[Grant Test., v. lyoS, éd. Longnon ', p. 94.] 

Coquillart, dans ses Droits nouveaux, mentionne le 
glic avec la condemnade {loc. cit., p. 33). Éloy Damerval 
le cite parmi d'autres jeux qu'il condamne également : 

Là2 jouent en toutes saisons 
Aux quilles, au franc du carreau, 
Au trinc, au plus près du cousteau, 
Aux dez, au glic, aux belles tables. 
Sur cofres, sur bancz, et sur tables... 
[Le Livre de la Diablerie, 1507. Second livre, ch. ni.] 

Le Glic revient encore dans les Sermons de Michel 
Menot [loc. cit., p. 17), dans la Chambrière à louer [loc. 
cit., p. 19) et dans les Epîtres de Roger de Collerye [loc. 
cit., p. 23), avec plusieurs autres jeux de cartes. Enfin, 
Henri Estienne écrit dans son Apologie pour Hérodote 
(i566] : « Je retourne aux prélats : ausquels parlant Mail- 
lard dit : « O gros goddons damnez infâmes, escrits au 
« livre du diable, larrons et sacrilèges (comme dit S. Ber- 
« nard) pensez-vous que les fondateurs de vos bénéfices 
« vous les ayent donnez pour ne faire autre chose que 
« paillarder et jouer au glic? » (I^e partie, ch. \i\]^. Cot- 
grave s'est sans doute autorisé de ce passage d'Olivier 
Maillard pour traduire « jouer au glic » par : « To lea- 

1. Œuvres complètes. Paris, Lemerre, 1892, in-8°. 

2. Dans leurs maisons. 

3. Ed. Ristelhuber. Paris, Liscux, 1879, 2 vol. in-8°; t. II, p. 112. 



l34 LES JEUX DE GARGANTUA. 

cher; to play at fast and loose*. » Paillarder et jouer au 
glic seraient donc la même chose. C'est une erreur; 
comme le dit très bien le Dictionnaire de Trévoux i glic ) : 
a Maillard, en parlant des Prélats débauchés, a voulu 
dire qu'ils étoient impudiques et joueurs. » 

Aux HONNEURS. — « Les honneurs, au jeu des cartes, ce 
sont les peintures, le Roy, la Dame, le Valet » (Fure- 
tièrej. Le sens de ce mot n'a pas changé. Etait-ce le nom 
d'un jeu au xvi« siècle, ou Rabelais ne l'a-t-il mis ici que 
pour grossir sa liste? Il est difficile d'affirmer dans un 
sens ou dans un autre. Pourtant, la seconde hypothèse 
parait plus vraisemblable, si l'on songe que Rabelais a 
déjà fait compter comme jeu la vo/e, qui n'est qu'un terme 
de jeu, et qu'il cherche à allonger son énumération par 
tous les moyens, notamment en faisant resservir le même 
jeu sous cinq ou six formes différentes 2. 

A LA MOURRE. — 'Var. Dolet : A la morre.) " The play 
of love; wherein one turning his face from another, 
guesses how many fingers he holds up » (Cotgrave, 
mourre). C'est ce que dit le Dictionnaire de Trévoux 
(micationi : « Jeu où l'un des joueurs lève les mains en 
ouvrant un certain nombre de doigts, et l'autre devine le 
nombre de doigts levés, pairs ou impairs. » Ce jeu nous 
venait d'Italie, comme son nom imorra). 

Le Dictionnaire des Jeux Familiers (1797J raconte à ce 
sujet l'anecdote suivante : « Un duc de Nevers, de la mai- 
son de Gonzague, ayant voulu, en 1601, établir un ordre 
dont il se déclara le grand maître, et dont le cordon était 
jaune, il recommanda à ses chevaliers de jouer à la mourre^ 
comme à un jeu noble, et qui étoit à la mode alors parmi 



i. it To leacher : besongner, fanfrelucher, paillarder » {Diction- 
naire de Sherwood, imprime à la suite du Dictionnaire de Cotgrave, 
éd. de 1673). — M To play fast and loose : jouer de la navette i> 
{Ibid., fast). 

1. Par exemple, le maucontent, qu'il appelle la malheureuse, le 
malheureux, le cocu, le qui a si parle, et peut-être le torment. 



LES JEUX DE GARGANTUA. l35 

la noblesse françoise. Sur la tin du siècle dernier, ce jeu 
étoit renvoyé dans l'antichambre^; et nous voyons dans 
une pièce du comédien Baron des pages et des laquais y 
jouer. » Nous voyons la même chose au xvi^ siècle dans 
Rabelais : « Les paiges jouoient à la mourre à belles chin- 
quenauldes » (1. IV, ch. xiv) et au xvii^ dans Malherbe : 
« S'être amusé par les chemins, comme ces laquais qu'on 
envoie au vin et qui s'amusent à jouer à la mourre » 
[Lettres, II, lo; dans Littré, mourre). La Mourre n'a 
jamais été en France un jeu de gentilhomme. 

Aux ESCHETZ. — Le jeu des échecs est trop connu, et il 
en a déjà été fait des études trop détaillées pour qu'il soit 
nécessaire d'en parler ici. 

Au RENARD. — « Il y a un jeu du Renard, dit Furetière, 
où on met une Dame, qui doit attaquer et prendre douze 
pions qu'on appelle Poules. » Ce jeu est devenu le jeu de 
la Poule et du Renard^ et existe encore sous le nom du 
Loup et des Moutons. Il s'agit toujours de faire traverser 
le damier aux poules, — ou aux moutons, — sans en lais- 
ser prendre par le renard, — ou le loup. 

« Agrippa, grand plagiaire, dit Le Duchat (t. I, p. 80), 
a parlé de ce jeu, chap. 14 de son de Vanitate Scientiarum; 
mais ce qu'il en dit là est tiré fort fidèlement de Jean de 
Salisberi, chap. 5 du 1. I, de tiugis Curial. » Voici le pas- 
sage de Cornélius Agrippa : « Hinc tesserae, calculi, tri- 
culus, lenio, Monarchus, orbiculi, thaliorchus, vulpes, 
praeterea octocedron, duodecacedron, quibus non nihil 
divinationis inesse putatur^ » [De incertudine et vanitate 

1. « Les gens qui n'ont rien à faire jouent à la mourre pour 
passer le temps » (Trévoux). 

2. J. de la Forge, dans la Joueuse dupée (1664), le place dans une 
longue énumération, en lui donnant un nom un peu différent : 
« Les dames, les échets, la poule, le renard » {loc. cit., p. 24). 

3. « De là eurent leur origine les dcz, les tables, le tricolc, ou 
trois points, le senio, les eschecs, le monarque, le taliorque, le 
renard, les dez à huit faces et ceux à douze, esquels ils disoient 
estre je ne sçay quoy de divination » (trad. de i6«8, s. 1., in-12). 



l36 LES JEUX DE GARGANTUA. 

omnium scientiariim..., éd. de 1643, Lyon, in- 12). Il suffit 
de lire cette énumération pour se convaincre que le mot 
vulpes ne signifie pas le jeu du Renard, — qui n'aurait 
que faire entre le thaliorchus et Voctocedroji., — mais 
désigne un certain coup de dés. Le Duchat s'est aperçu 
du plagiat, mais, dans la joie de cette découverte, il a 
négligé d'être exact. 

Au MARELLES. — (Var. i535 : Au marrelles. — Dolet : 
Aux marrelles.) Il y a deux sortes de jeux des Marelles : 

I. On trace un grand carré sur un carton, sur une table 
ou sur une pierre; dans ce carré, on en trace un second 
plus petit, dans le second un troisième qui en occupe le 
centre *. On joue avec des pions, des cailloux ou de petits 
palets en fer; il s'agit d'arriver à en placer trois sur une 
même ligne. 

Le jeu des Marelles, sous la forme que nous venons de 
décrire, ou du moins sous une forme analogue, est très 
ancien. Nous lisons dans Du Gange [marrella] un passage 
des Statuta Ecclesiae Lingonensis de 1404 où il en est 
question : « Non ludant etiam (Clerici) ad Marrellas, ad 
volas... » Des lettres de rémission de 1412 en parlent éga- 
lement : « Jehan Aysmes qui avoit joué aux marelles à 
six tables, appelé le jeu saint Marry, etc. » (au mot Indus). 
Les marelles désignaient les pions dont on se servait pour 
jouer, et le marrellier ., ou mérellier., le tablier [tabula 
lusoria] sur lequel on jouait; on trouve en effet dans un 
texte de 1412, cité dans Du Gange : « Icellui Estienne 
prist alors toutes marelles et les getta jus du marrellier. » 
Le mot marrellier signifiait aussi le jeu lui-même, comme 
le montre un vers du Romant des trois Pelerinaiges de 
Guillaume de Guileville : 

Et encore ne suis-je pas soule^ 

1. Telle est la figure quon voit dans les Jeux de l'enfance gravés 
par Claudia Stella (1657). 

On trouvera dans la Méhisine {l. III, col. 214), la description dun 
jeu des trois mérelles dans lequel la figure est un peu différente, les 
règles restant les mêmes. 

2. C'est Jeunesse qui parle. 



LES JEUX DE GARGANTUA. i:)'] 

De m'aler jouer à la boule, 
D'aler quillier, d'aler billier 
Et de jouer au mareillier. 

[Le premier pèlerinage de l'homme durant qu'est 
en vie, fol. 4g v">, col. i.] 

Et plus loin : 

Jeux de tables et d'eschiquiers, 
De boules et de mereilliers, 
De cartes, jeux de tricherie, 
Et de mainte autre muserie. 

[Ibid., fol. 5o v°, col. i.] 

Le jeu est mentionné, sous la forme mere//e' etmereau^, 
dans la Moralité des Enfans de Maintenant : 

FiNET. 

Jouons au jeu de la merelle, 
Je suis las du franc du carreau. 

Jabien. 

C'est bien dit; le jeu du mereau 
Est bien commun; si est la chance. 

[Ancien Théâtre Français, t. III, p. 62.] 

Enfin on le trouve, avec d'autres jeux, dans la Friquas- 
sée Crotestyllonnée, curieux recueil de dictons, de pro- 
verbes et de refrains en usage, au xvi= siècle ^, parmi les 
enfants du peuple dans la ville de Rouen. Il est intéres- 
sant de citer tout le passage, qu'on peut comparer avec la 
liste des Jeux de Gargantua dans Rabelais, et qui nous 
fournit plus d'un rapprochement avec celle-ci : 

Au renyrenart qui a perdu sa queue 

1. « L'usage est pour merelle », dit Richelet en 1680. 

2. « Mereau, marque faite ordinairement de plomb qu'on distri- 
bue aux Ecclésiastiques ou Chanoines pour témoigner de leur assis- 
tance à l'office » (Furetière). 

3. L'opuscule est de ibb"], l'impression de 1607. 



l38 LES JEUX DE GARGANTUA. 

A la remontée à la devallée, 

Vire vire le bonnet. 

Vestu jouer à passer le balleil, 

Au viretom, au merelles, au quilbocquet, 

A callifourquet, au real, au cheval saint george, 

A la fossette, aux jouquets, à la pouldrette, 

A la chuche pinnette, au parquet, à fouquet 

Aux matres, aux epingues, à binder, 

Au coulombier, à corne corne de cerf, 

A pic à romme, à la croisette au bonnet, 

Au capifol, à bi bi ma commère, ten cul fait nape, 

A bloquer, à pin pin malo, à malinne caa, 

Au quillard, à ballotter, à la poulie vesse, 

A branler au grenier, à la bru*, au pié de mouque. 

Aux esses, et cetera pour la bigotte. 

[Éd. A. Pottier, p. 6-7. J 

II. Il y a une autre sorte de jeu de Marelle, « fait, dit 
l'Académie (1696)^, en manière d'échelle formée avec de 
la craye, où ceux qui jouent doivent, en marchand à 
cloche-pied, pousser avec le pied une espèce de palet dans 
chaque espace vuide que forment les lignes de cette 
manière d'échelle, sans que le palet touche à la ligne ». 
Ce jeu est moins ancien que le précédent^ et a reçu le 
même nom par assimilation de figure. C'est un jeu de 
plein air, tandis que l'autre est un jeu d'intérieur; aussi 
faut-il penser que Rabelais, qui vient de mentionner des 
jeux de tablier, parle plutôt ici de ce dernier. 

Au VASCHES. — (Var. 1542 : Aux vasches.) Selon Fure- 
tière {vache), « il y a un jeu d'enfants où on dit, porter à 
la vache morte, quand on porte quelqu'un sur son dos 
avec la tète pendante en bas ». Le Duchat pense que c'est 
le jeu dont il s'agit ici. Peut-être, dans ce cas, aurait-il 



1. Plus loin (p. 25) : « Faison la bru et jouons à la branle au 
grenier. » 

2. La I" édition donne seulement, au mot merelle : « Espèce de 
jeu fort en usage parmy les enfants ». 

3. Il existe encore aujourd'hui. 



LES JEUX DE GARGANTUA. 1 59 

quelque analogie avec la teste morte et le pourceau 
mory dont il est question plus bas. Mais ce ne sont là 
que des hypothèses, et l'on peut se demander, au con- 
traire, pourquoi Rabelais aurait donné le nom de Vasches 
(au pluriel) à un jeu qui s'appelait la vache morte. Il est 
imprudent d'accepter sans certitude des rapprochements 
quis'offrent tout d'abord à l'esprit. 

A LA BLANCHE. — Il v a dcux opiulous sur la Blanche : 
l'une d'après laquelle ce jeu est le même que la blancque^ 
citée plus bas; c'est celle de Le Duchat', d'Urquhart'-^ 
et de Régis ^. L'autre, qui fait de la Blanche un jeu dis- 
tinct de la blancque, est timidement formulée par Esman- 
gart et Éloy Johanneau (t. I, p. 404 : « Ne s'agirait-il pas 
ici de tirer à la carte blanche., c'est-à-dire à la carte où il 
n'y a pas de figure, ou de jouer à la reine blanche., à la 
veuve habillée de blanc? Nous n'osons pas le croire... » 

Il parait d'abord assez improbable que la Blanche, qui 
vient au commencement de la liste de Rabelais, puisse 
être identifiée avec la blancque qui figure dans la seconde 
moitié de cette liste : plus de quatre-vingt-dix jeux les 
séparent. 

On avouera que le rapprochement est amené d'un peu 
loin. Nous savons d'autre part que la blanche est un terme 
de jeu de cartes « qui se dit lorsqu'on n'a aucune figure 
dans son jeu ' » (Trévoux). Sans entrer complètement dans 
les hypothèses d'Esmangart, on peut admettre que Rabe- 
lais a fait compter dans sa liste la Blanche comme un jeu 
de cartes, de même qu'il y avait mis déjà les honneurs. 

1. « Espèce de Blanque, que les enfants du Languedoc jouent à 
tirer dans un Livre avec une épingle » (t. I, p. 80). 

2. (( At the lottery. » 

3. « Art Lotterie mit weisen Ninten und beschriebenen Blâtt- 
schen. » 

4. Le Dictionnaire de Trévoux ajoute : « C'est un avantage au 
piquet et au hoc. Il vaut dix au piquet commun, cinq marques aux 
petites parties et, en quelques endroits, cent points au piquet écrit; 
à l'impériale, il en vaut deux. » — Furetière {blanches) dit : « C'est 
douze cartes qu'on a en main sans peinture, sans Roy, Reine, Valet », 



140 LES JEUX DE GARGANTUA. 

A LA CHANCE. — Lc mot chauce a deux significations en 
langage de jeu : 

1° C'est d'abord une « sorte de jeu à deux ou trois dez » 
(Académie, 1694) ' — « qui se joue avec certaines règles et 
qui ne tombe que sur certains points » (Trévoux). La 
Moralité des Enfans de Maintenant nous fait assister à 
une partie de ce jeu entre Finet et Luxure [Ancien Théâtre 
Français^ t. III, p. 52-55) : 

C'est l'ung des beaulx jeulx de France, 
A quoy il me plaist mieulx jouer, 

dit celle-ci. La partie s'engage : Luxure a 8 et Finet 9. 

Luxure. 

De ce ne donne pas ung œuf; 
Jouez; vous avez cinq et quatre. 

Et ici nous remarquons deux choses : d'abord qu'ils 
jouent avec deux dés, puisque ceux qu'a lancés Finet 
marquent l'un cinq et l'autre quatre, et ensuite qu'il s'agis- 
sait, à la Chance, non d'arriver au plus grand nombre de 
points, mais d'avoir une certaine combinaison ou un cer- 
tain nombre de points, qu'on n'obtenait que par chance; 
ce n'est pas, en effet, parce que Finet a 9 que Luxure ne 
tient pas compte de son coup de dés, mais parce qu'il a 
5 et 4. 

La partie continue ; Luxure gagne une fois parce qu'elle 
a 7 et une autre fois parce qu'elle a 14 : 

Dix et puis quatre, tout est mien, 

dit-elle à Finet. Ces deux nombres, — 7 et 14, — ne 
seraient-ils pas ceux sur lesquels il fallait tomber pour 
gagner, et qui constituent la chance? 



I. « The gamc at dicc called Mum-chancc, or such anothcr » 
(Cotgrave). 



LES JEUX DE GARGANTUA. 14I 

Le jeu se jouait tantôt à deux, tantôt à trois dés. On lit 
dans Carloix : « Il avoit le jour précèdent gaigné six mille 
escus à la chance à trois dez » (III, 20, dans Littré, 
chance), et dans Hamilton : « Ils jouoient à la chance à 
deux dés » [Mém. de Grammont, II, dans Littré, ib.). 
C'est sans doute l'expression chance à trois dés qui a fait 
penser Rabelais au jeu des trois dés, qui vient ensuite. 

2° La Chance est aussi un terme de jeu. « C'est le dé 
qu'on livre à celui contre qui on joue, dit Richelet (1680), 
et qui est au dessus de sept et au dessous de quatorze. » 
Suivant l'Académie (1694), « il se prend pour le point 
qu'on livre à celuy contre lequel on joue, et pour celuy 
qu'on se livre à soy-mesme ». La chance était donc un 
coup de dés qui décidait lequel des deux joueurs devait 
jouer après l'autre; s'il était à l'avantage de l'adversaire, 
on livrait chance; s'il était au sien propre, on amenait 
chance. C'est ainsi qu'on lit dans Brantôme : « Il luy 
demanda amprès s'il vouloit jouer contre une de ses gal- 
leres pour vingt mill' escus qu'il luy monstra. L'autre le 
voulut, et le dé escheut au sieur Jehan André. Il livre 
chance; le capitaine La Roue luy couche tout d'un coup 
dix mill' escus » [Grands Capitaines, i^e partie, ch. xxi, 
éd. Mérimée et L. Lacour, t. II, p. 62). L'expression livrer 
chance prit plus tard le sens figuré de provoquer, et on 
trouve dans Saint-Simon : « Le duc de Chevreuse livrait 
chance à tout le monde en plein salon et y disputoit contre 
tout venant » (238, 176, dans Littré, chance). 

A TROIS DEZ. — (Var. Dolet : A troys detz.) « Joiler aux 
de:{, à trois de^, dit l'Académie (1694, dé). Il a perdu son 
argent à trois de\. » Selon Esmangart et Johanneau 
(t. I, p. 404), « on dit encore jouer à trois de\ : c'est un 
jeu où l'on joue avec trois dés et où l'on met son argent 
au hasard du sort de ces trois dés ». Il en est question 
dans les Contes d'Eutrapel de Noël du Fail (i585) : « Eu- 
trapel respondit que, pour tous souhaits,... il voudroit 
estre le plus riche cocu de France, pour avoir de l'ar- 



142 LES JEUX DE GARGANTUA. 

gent tout son saoul,..- joiier à trois detz » (XII, éd. Assé- 
zat, t. II, p. 34). 

Au TABLES. — (Var. Dolet : Aux tables.) Il ne s'agit pas 
ici, comme on la cru', du jeu de dames qui vient un peu 
plus loin dans la liste de Rabelais. Selon l'Académie 
(1694), « Table, se dit de certaines petites pièces de bois, 
ou d'yvoire, etc., rondes et plattes, dont on se sert pour 
jouer au trictrac, etc. Il y a qiiinie tables blanches et 
quin\e tables noires au trictrac. » Rabelais mentionne, 
d'autre part, dans ce même chapitre, les jeux de toutes 
tables et des tables rabatues, qui sont, à n'en pas douter, 
des jeux de trictrac. Les Tables désignent ici les pions 
dont on se servait à ces jeux, et sans doute, par ampli- 
fication, un jeu même de trictrac. 

Jean de Meung en parle déjà, au xiii« siècle, dans le 
Roman de la Rose : 

Se Bel-Acuel poes trover^, 
Que vous puissiés oli joer-* 
As eschiés, as dés, ou as tables, 
Ou à autres gieus délitables. 

[Ch. XLin, V. 8069 et suiv.*]. 

Peut-être le mot tables a-t-il ici une signification moins 
précise que celle de jeu de trictrac et veut-il dire d'une 
façon plus générale : toute espèce de jeux qui se jouent 
avec des pions. La même remarque s'applique à ce vers 
du Romant des trois Pelerinaiges : 

Jeux de tables et d'eschiquiers 

[Loc. cit., p. 137.] 



1. C'est l'opinion d'Esmangart et Johanneau (t. I, p. 404). 

2. Si Bel-Accueil pouvez trouver. 

3. Avec lui jouer. 

4. Ed. P. Marteau, Orléans, Hcrluison, 1878, Bibl. elz., 2 vol. in-i6; 
t. II, p. 238. 



LES JEUX DE GARGANTUA. 143 

On trouve dans la Farce de Folle Bohance : « Jouer 
aux tables » [Ancien Théâtre Français^ t. II, p. 276) et 
dans la Farce des Cinq Sens : « Le jeu des tables et des 
eschetz [loc. cit.^ p. 18). Éloy Damerval mentionne les 
« belles tables « [loc. cit., p. i33) et les « tables » [loc. cit., 
p. 3o) dans son Livre de la Diablerie (ôoj). Plus tard, 
Bonaventure des Périers écrit dans le Discours de la 
Qiieste d'Amytié (1544) : « Or estoient tous ces jeunes 
enfans bien parez et accoustrez, et jouoient aux tables, 
aux martres et aux osselets » (éd. L. Lacour, t. I, p. i3). 
Enfin, Rabelais lui-même revient sur ce jeu dans le cha- 
pitre XXIV, intitulé : « Comment Gargantua employoit 
le temps quand l'air estoit pluvieux. » Parmi d'autres 
savantes occupations, Ponocrate et son élève, dit-il, « re- 
vocquoient en usage Tantique jeu des tables ». Mais ici il 
s'agit, semble-t-il, du ludus latrunciilorum tel qu'il se 
pratiquait dans l'antiquité, jeu qui présentait avec nos 
échecs de nombreuses analogies. (Cf. Antony Rich, Dict. 
des Ant. rom. et gr., aux mots latro et tabula.) 

A LA NicNOQUE. — « La nicquenocque des questeurs 
cababezacee par frère Serratis, » dit encore Rabelais dans 
le Catalogue de la librairie de Saint-Victor [l. II, ch. vu). 
Le Duchat donne deux interprétations de ce jeu : 1° « La 
Niquenoque est une espèce de Colin-Maillard., ou plutôt 
une sorte de Jeu où Ton se joue de quelqu'un, en le balo- 
tant » (t. I, p. 237I, et il cite un passage du Brave (iSôy) 
d'Antoine de Baïf (de mémoire sans doute, car la citation 
est inexacte et incomplète) : 

Mais au rebours chacune en fait 
Son plaisant, s'en rit et s'en moque, 
Et s'en joue à la nique noque, 
Ou, pour mieux dire, au papifou. 

[Acte I, se. II, éd. Marty-Laveaux, t. III, p. 198.J 

2° « On appelle niquenoque à Loudun une chiquenaude, 
et, 1. I, ch. 21, la nicnoque... semble en effet s'entendre 



Î44 * LES JEUX DE GARGANTUA. 

des chiquenaudes que les enfants se donnent par manière 
de jeu » (t. I, ib.). Il est difficile de se prononcer pour 
une interprétation ou pour une autre; le passage de Baïf 
ne prouve pas plus en faveur de la première que de la 
seconde. Elles ne sont pas, cependant, essentiellement 
différentes. Ce qui est sûr, c'est qu'à ce jeu o;i se rit, 
comme dit Baïf, on se moque de quelqu'un. Et l'on peut 
s'en tenir à l'explication de Régis : « Gesellschaftsspiel 
mit allerhand Neckereien, Ballwurfen, viellcicht auch 
Nasenstubern verbunden '. » 

Au LOURCHE. — « M. de la Noue, dit Le Duchat (t. I, 
p. 80). p. 48 du Dictionnaire de Rimes françoises qui lui 
est attribué, appelle Ourdie le même Jeu ; et il dit que c'est 
un jeu de Tablier, c'est-à-dire un jeu de Trictrac. » « Ant. 
Oudin, ajoute Le Duchat dans Ménage [ourche], a fait 
mention de ce jeu de trictrac. Et, dans son Dictionnaire fr. 
et ital., il l'a rangé sous l'L et sous l'O, pour preuve que 
de son tems on le nommoit loiirche et ourche'. » Nicot' 
pense aussi que c'est un jeu de trictrac, et cette opinion est 
confirmée par Rabelais lui-même, qui écrit au III<= livre, 
ch. XII : « Vous estez (dist Pantagruel) bien couraigeux. 
Hercules ne vous combatteroit en ceste fureur; mais c'est 
ce que l'on dict, que le Jan en vault deux, et Hercules 
seul n'auza contre deux combatre. Je suis Jan? dist 
Panurge. Rien, rien, respondit Pantagruel. Je pensois au 
jeu du l'ourche et tricquetrac. » Il y a là une équivoque 
facile à comprendre sur le mot Jan, qui est pris par Pan- 
tagruel comme terme de trictrac^, et qui se dit également 



1. « Jeu de société en rapport avec des picoteries, des jets de 
balles de toutes sortes et peut-être aussi avec des chiquenaudes. » 

2. Ménage lui-même donne Lourche et Ourche. 

3. « Car il y en a plusieurs sortes [de trictrac], comme Toutes 
tables, le Pair, la Reinete, le Lourche... » {Trésor de la langue 
française, au mot Trictrac). 

4. « Se dit... quand il y a 12 dames abattues deux à deux, qui 
font le plein d'un des costez du Triquetrac » (Furetière, Jean). 



LES JEUX DE GARGANTUA. 14$ 

« de ceux qui ont des femmes intidelles et qui souffrent 
leurs désordres » (Furetière, Jean). 

A LA RENETTE. — La Reuctte est un jeu de trictrac, ainsi 
qu'il ressort d'une Vielle Rime du Jeu d'Amours, « trou- 
vée dans des vieux papiers » par Brantôme et citée par lui 
dans son Recueil des Dames : 

Le jeu d'amours, où jeunesse s'esbat, 

A un tablier se peut acomparer. 

Sur un tablier les dames on abat; 

Puis il convient le trictrac préparer, 

Et en celuy ne faut que se parer. 

Plusieurs font Jean. N'est-ce pas jeu honneste, 

Qui par nature un joueur admoneste, 

Passer le temps de cœur joyeusement? 

Mais, en défaut de trouver la raye nette, 

Il s'en ensuit un grand jeu de torment. 

« Ce mot de raye nette, explique Brantôme, s'entend 
en deux façons, l'une pour la raye nette du trictrac et 
l'autre, que, pour ne trouver la raye nette de la dame avec 
qui l'on s'esbat, on y gaigne bonne vérole, de bon mal et 
du torment » [Recueil des Dames, i^ partie, éd. Méri- 
mée et L. Lacour, t. XI, p. 254-255). 

En quoi consistait ce jeu? « On gagnoit à la reinette, 
dit le Dictionnaire de Trévoux, quand on prenoit toutes 
les pièces de son adversaire : ainsi c'est une espèce de 
jeu de dames, ou d'échecs plutôt que de trictrac. » Nous 
ne savons sur quoi s'appuie cette hypothèse, qui se trouve 
en contradiction avec le passage de Brantôme. Selon 
Cotgrave, il faut voir dans la Renette « a game at Tables, 
of some resemblance with our Doublets, or Queens 
games. » Il est probable, en effet, que le doublet y jouait 
un grand rôle. On sait que ce terme de trictrac signifiait 
« un jet de dez qui amenoit deux points semblables » 
(Furetière, doublet). 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. VI. lO 



146 LES JEUX DE GARGANTUA. 

Coquillart, dans ses Droits nouveaux, parle de la Renette 
en donnant au mot une forme un peu différente : 

Quant noz mignons chaulx et testus 
Jouent au clic ou à la roynette, 
Hz empruntent franc dix escus 
Dessus la clef de leur bougette. 

[2* partie, éd. d'Héricault, t. I, p. i55.] 

Mais Tabourot, au xvi« siècle, écrit renette, comme 
Rabelais, dans ses Bigarrures : 

Cy gist un vray gaule bon-temps 
Qui a pris tous les passetemps 
De la gueule et de la brayette, 
Des jeux de carte et de renette. 

[Ch. XXII, p. 345.] 

Au BARiGNiN. — « Les Italiens, dit Le Duchat (t. I, p. 80), 
appellent Sbaraglino une sorte de jeu de Trictrac que l'abbé 
Guyet, dans les notes marginales de son Rabelais, prend 
pour le barignin. » C'est également l'avis de Régis qui, 
dans sa traduction allemande, donne : « Sbaraglino. » Cot- 
grave explique ainsi le jeu du Sbaraglin : « Au Italian 
Game at Tables, wherein one adds six to every cast he 
throws; as if he cast 12, he plays 18'. » Il s'agit sans 
doute ici du même jeu. 

Au TRICTRAC. — « Jeu fort commun en France, dit 
Furetière, qui se joue avec deux dez, suivant le jet des- 
quels chaque joueur ayant quinze dames, les dispose 
artistement sur des pointes marquées dans le tablier, et, 
selon les rencontres, gagne ou perd plusieurs points, 
dont douze font gagner une partie, et les douze parties le 
tout ou le jeu. » Il est inutile d'insister davantage sur ce 
jeu bien connu, dont on trouvera une description détaillée, 

I. « Jeu de trictrac italien, dans lequel on ajoute 6 à chaque jet 
de dés; si les dés marquent 12, on a 18. » 



LES JEUX DE GARGANTUA. I 47 

en 27 chapitres et 80 quatrains, dans la Maison des Jeux 
Académiques (1668, p. ioi-i65). 

A TOUTES TABLES. — « Il y a une sorte de jeu au trictrac 
qu'on nomme Toutes tables », dit TAcadémie (1694, table). 
Ce nom lui vient de la disposition qu'on donne aux dames 
en commençant la partie : « Elles ne sont pas empilées, 
comme au trictrac, dans un seul coin, mais partagées 
pour chaque joueur en quatre tas, placés symétriquement 
dans toutes les tables, c'est-à-dire dans les quatre parties 
du trictrac » (Littré, table). On peut lire dans le Diction- 
naire des Jeux mathématiques tous les détails sur les 
règles et la conduite de ce jeu qui est encore en usage. 

Au TABLES RABATUES. — (Var. Dolet : Aux tables raba- 
tues.) C'est encore un jeu de trictrac, plus connu sous le 
nom de dames rabattues. On empile ses dames, au nombre 
de quinze, sur les flèches d'un des côtés du trictrac, et, à 
chaque coup de dés, on en abat une ou plusieurs sur 
l'autre côté ; « quand on a abattu toutes ses dames, on lève 
à chaque coup deux dames, dans le même ordre qu'on les 
a jouées, et celui qui le premier a levé toutes ses dames, 
a gagné la partie » (Trévoux, dame). 

Le jeu des dames rabattues est mentionné dans le 
Voyage de Af^ Guillaume^ c^'i contient une assez longue 
énumération de jeux. Il est intéressant de la citer en 
entier, pour pouvoir la comparer, dans son ensemble, 
avec la liste de Rabelais : 

Ils estoient arrivez en Tisle flottante 

Ou les Dame passent leur temps aux petits jeux du temps 
passé. 
Aux Dames poussées, 
Aux Dames rabatucs, 
A la fossette aux espingles, 
Au trou madame, 
A Margot la fendue, 
A monte monte l'eschelette, montez là 
A pince maurille, 



148 LES JEUX DE GARGANTUA. 

A cache cache mon cannebry, 
A la masle masle broche en cul, 
A remuer par commandement, 
A la teste à deux dos, 
A tappe cul, 
A gratte-chouse, 
A labourer en la raye, 
A planter un homme, 
A enter des femmes en escusson', 

Et a d'autres jeux que l'on apprend en hantant bonne com- 
pagnie. 

[P. 66.J 

On a déjà vu une liste de ce genre dans la Friquassée 
Crotestillo7inée Uoc. cit., p. i37-i38); il s'en trouve une 
autre dans V Espinette amoureuse de Froissart (vers 2o3- 
249, éd. Scheler, t. I, p. 93-94). C'en est assez pour mon- 
trer que celle de Rabelais n'est pas isolée dans notre litté- 
rature, et que les longues énumérations de jeux, — dont 
aucune n'atteint d'aussi vastes proportions que dans le 
Gargantua^ — sont communes à plusieurs ouvrages du 
xvi«, et même du xiv^ siècle. 

Comme tous les jeux très répandus et dont la vogue a 
été persistante, le jeu des dames rabattues a donné lieu à 
une expression proverbiale. On lit dans le Fidelle, de 
Larivey (161 1) : « Descouvre-toi, Narcisse; feins de l'aimer, 
et si elle est contente, contente-toy aussi, et joue aux 
dames rabattues » [Aticien Théâtre Français, t. VI, p. 355). 
Le sens est clair et s'explique par les mots mêmes. Sui- 
vant Fleury de Bellingen, on se sert de cette expression 
« quand des hommes trouvent des femmes qui ne sont pas 
cruelles, ou quand elles sont de si mauvaise humeur que 
leurs maris s'emportent à les battre » [Etym. des Prov. 
franc., p. 247, dans Le Roux de Lincy, Livre des Prov. 
franç.^, t. II, p. 85). Il y a dans ce dernier cas, un calem- 
bour sur les mots battues et rabattues. 

1. On ne saurait prendre ces derniers jeux pour des jeux d'enfants. 

2. 2' éd. Paris, iSSy, 2 vol. in-12. 



LES JEUX DE GARGANTUA. I49 

Au RENiGUEBiEU. — On rctrouve ce jeu dans Rabelais : 
« ... affin que de leur bave elles ne gastassent le pavé, en 
sorte que les pages du palais peussent jouer dessus à 
beaulx detz, ou au reniguebieu à leur ayse. » Reniguehieii 
est un juron qu'on employait plus souvent, au xvi« siècle, 
sous la forme Je regnye bieuK C'est ainsi qu'on lit dans 
le Grand Parangon des Nouvelles nouvelles^ de Nicolas 
de Troyes- (i536) : « Je regnye bien! qui me voudra 
croire, nous irons en enfer... » (iS^ Noiiv.^ p. 83), et 
plus loin : « Ouvre! dit lung, je regnye bieu ! » (/è., 
p. 84). « Je regny bieu, c'est bel estât, » dit encore 
Malduict dans la Moralité des Enfans de Maintenant 
[Ancien Théâtre Français, t. III, p. 49). Estienne Tabou- 
rot, dans ses Bigarrures^ fait de ce juron une sorte de 
substantif et l'écrit sous une forme à peu près semblable 
à celle que nous trouvons dans Rabelais : 

Ce grand Renegue dieu, qui d'un pas dédaigneux... 

[Ch. XIX, p. 266.] 

Sur le jeu lui-même, nous ne savons rien. Ménage, sui- 
vant Le Duchat (t. I, p. 81), pense qu'il qsx piquant; il est 
difficile de donner un sens précis à cette hypothèse. Nous 
pouvons seulement conclure du passage de Rabelais cité 
plus haut que le Reniguebieu se jouait, comme les dés, 
sur une surface plane, un pavé ou un tablier par exemple. 

Au FORCÉ. — (Var. Dolei : Au forçat.) L'expression jouer 
au forcé mà\.c{Vie une certaine manière de jouer à différents 
jeux et non l'existence d'un jeu particulier de ce nom. 
Selon Furetière [forçat]^ « on dit en quelques jeux, comme 
à la Beste, Jouer diU forçat^ quand on s'assujettit à certaines 



1. Pour Je renie Dieu. On sait que l'on évitait de prononcer le 
mot Dieu dans les jurons et qu'on lui substituait bieu ou bleu pour 
ne pas commettre de péché mortel. Plus bas, Tabourot ùcr'xi Renegtie- 
dieu parce qu'il ne jure pas. 

2. Éd. E. Mabille, Paris, Franck, 1869, Bibl. elz., i vol. in-i6. 



l50 LES JEUX DE GARGANTUA. 

règles qui ne sont pas absolument du jeu, comme quand 
on est obligé de mettre une carte au-dessus de son com- 
pagnon pour prendre, ou une triomphe, quand on n'en a 
pas de plus haute. » « En termes de jeux dhomhre, — 
précise le Dictionnaire de Trévoux^ — forcer, c'est obli- 
ger de jouer sans prendre. A l'Impériale, on dit qu'on est 
obligé de forcer, c'est-à-dire de mettre les cartes supé- 
rieures, quand on en a' ». De cette manière de jouer à 
différents jeux est venue une expression proverbiale qu'on 
trouve employée dans Guillaume Bouchet : « Toutesfois, 
les ayant ouys [ces contes], vous en croirez ce qu'il vous 
plaira, il n'y a point de jeu forcé » (14^ serée, éd. Roybct, 
t. III, p. 42). 

Cotgrave donne dw forçat une explication un peu diffé- 
rente de celle de Furetière; c'est, selon lui, un jeu de 
dames où l'on doit prendre son adversaire quand on le 
peut, sous peine d'être pris par lui^. Il semble bien que 
Cotgrave ait été amené à cette hypothèse peu vraisem- 
blable par le voisinage du jeu de Dames qui vient ensuite ; 
le fait d'être obligé de prendre son adversaire quand on le 
peut, ne saurait être particulier an forçat et ne constitue 
point une caractéristique pour un jeu. 

Au DAMES. — (Var. Dolet : Aux dames.) « Sorte de jeu, 
dit l'Académie (1694), où l'on joue suc une table ou cschi- 
quier avec douze pièces de chaque costé, les unes blanches, 
les autres noires, et toutes plaitcs et vowdcs... Aller à dame, 
c'est passer une pièce jusqucs aux dernières cases du costé 
de celuy contre qui l'on joue. » Tel est le jeu de Dames 
tel qu'il se pratique encore aujourd'hui. Il n'est pas sûr 
que ce soit celui dont ait voulu parler Rabelais. Le mot 
dame signifie en eftet, selon Furetière, « un petit palet rond 
d'yvoire, d'ébene, ou de bois, qui sert à jouer sur un 



1. Il faudrait se garder de donner un sens si précis au Forcé de 
Rabelais. 

2. « A game at draughts, wherein one must tako his advcrsary 
when he may, or elsc himself is taken. » 



LES JEUX DE GARGANTUA. 



tablier ou un triquetrac. » « Dame, dit encore Richelet, 
terme de Triquetrac et de jeu de dames. » Rabelais a donc 
pu vouloir désigner ici, soit le jeu des Dames proprernent 
dit, soit, d'une façon plus générale, toute espèce de jeux 
qui se jouent avec des pions. 

Éloy Damerval qui, dans son Livre de la Diablerie 
(i5o7), déclame si souvent contre le jeu, fait exception 
pour les Dames : 

Je ne dis pas quant on s'esbat 

Joyeusement sans nul débat 

A quelque beau jeu gracieux 

Qui de soy n'est pas vicieux, 

Comme au jeu d'eschecz ou des dames 

Qui sont beaulx jeux non pas infâmes. 

[Second livre, ch. xiii.J 

On retrouve ce jeu dans la Joueuse dupée de J. de la 
Forge (1664) : 

Les dames, les échets, la poule, le renard... 

[Loc. cit., p. 24.] 

Il semble avoir été moins usité, au xvf siècle, que le 
jeu des tables et n'avoir eu toute sa vogue que dans les 
siècles suivants. 

A LA BABou. — « Jeu où les enfans s'entrefont la moue, » 
dit Le Duchat (t. I, p. 81), s'appuyant sans doute sur un 
passage du livre IV, ch. lvi : « Panurge luy feist la babou, 
en signe de dérision. » Suivant Cotgrave [babou], faire la 
babou : « To bob, or, to make a mow at^ » 

On lit dans la vingt-quatrième Serée de Guillaume 
Bouchet : « Et trouvons en Theocrite qu'une femme 
nourrice menasse son enfant de la Babouë ou du Mar- 
mot » (éd. Roybet, t. IV, p. 68). La Baboiie est ici une 

I. « Frapper quelqu'un ou lui faire la moue. » 



l52 LES JEUX DE GARGANTUA. 

sorte de croquemitaine dont on fait peur aux enfants : 
« Ein ausgespenst womit man die kinder zu furchten 
macht, » dit Régis. Jouer à la Babou, c'est donc jouer à 
imiter les gestes et les grimaces de la Baboiie\ figure 
analogue au Moine-bourru, au Loup-garou et au Mar- 
mot 2. Ce jeu est mentionné dans le Livre de la Diablerie 
d'Éloy Damerval, où il figure d'une façon assez inatten- 
due comme jeu de hasard : 

... Encore à d'aulcuns jeux de sort, 
Comme à la baboue ou aux tables. 

[Loc. cit., p. 30.] 

Y aurait-il un autre jeu de la Babou? 

A PRiMus sECUNDus. — « Jcu quc deux Ecoliers jouent 
tête à tête, dit Le Duchat (t. I, p. 81), en tournant les 
feuillets d'un Livre dans lequel ils auront caché quelque 
chose qu'ils veulent jouer. » C'est une erreur, comme 
le prouve le passage suivant de Guillaume Bouchet : 
« Estant accouchée, ... le ventre se camelote et ride de 
telle sorte, qu'on y pourroit jouer à primus secundus » 
(23<^ Serée, éd. Roybet, t. IV, p. 2). On ne sait en quoi con- 
sistait ce jeu, qu'on retrouve dans Rabelais, au livre II, 
ch. XVIII : « Ainsi passa la nuict Panurge à chopiner 
avecques les paiges, et jouer toutes les aigueillettes de ses 
chausses à primus et secundus, et à la vergette. » Régis, 



1. D'où Babouin, « marmouset ou vilaine figure qu'on fait baiser 
par force à ceux à qui on veut faire quelque honte » (Furetière). 

2. Voici une cnumération assez curieuse de ces êtres imaginaires 
et efl'rayants, qu'on trouve dans le Pédant joité de Cyrano de Berge- 
rac : « J'envoye les démons familiers, les esprits follets, les marti- 
nets, les gobelins, le Moine-bourru, le loup-garou, la mule ferrée, 
le marcou, le cochemar, le roy Hugon, le Connétable, les hommes 
noirs, les femmes blanches, les ardans, les lémures, les farfadets, 
les ogres, les larves, les incubes, les succubes, les lamies, les Fées, 
les ombres, les mânes, les sceptres, les fantômes » (acte IV, se. I). 



LES JEUX DE GARGANTUA. l53 

dans son commentaire, cite Shakespeare, Tipelfthnight^ 
V, I : « Primo, secundo, tertio is a good play », et sug- 
gère un rapprochement avec le jeu « wn, deux^ trois » 
•qui vient à la fin de ce chapitre. 

Au PIED DU COUSTEAU. — « A play at Shuffleboord with 
keys, dit Cotgrave [coiisteau]^ a knife being the mark. » 
On pique un couteau en terre ou sur une table; les 
joueurs jettent leur palet, et celui qui arrive le plus près du 
pied du couteau gagne. Les origines de ce jeu sont très 
anciennes. Des lettres de rémission de iSgS, citées dans 
Du Gange [cultellus]^ en font mention, sous une forme 
un peu différente : « Comme l'exposant et Oudinet eussent 
joué ensemble au jeu, appelé au plus près du coustel, 
etc. » On le trouve encore sous la même forme, avant 
Rabelais, dans le Livre de la Diablerie (iSoy) d'Éloy 
Damerval : 

Là jouent en toutes saisons... 

... Au trinc, au plus près du Cousteau. 

[Loc. cit., p. i33.] 

Le jeu du Pied du cousteau est à peu près le même que 
le palet, qui figure également dans la liste des jeux de 
Gargantua. 

Au CLEFZ. — (Var. Dolet : Aux clefz.) « Jeu qu'on joue 
sur une table, selon Le Duchat (t. L p. 8i). à qui pous- 
sera une clef plus près du bord. » Adry, dans son Diction- 
naire des Jeux de l'Enfance (1807), conteste cette opi- 
nion : « Ge n'est pas la manière dont on y joue le plus 
communément. On enfonce un clou le plus près qu'on 
peut du bord d'une table... On jette son palet ou écu sur 
la table le plus près que l'on peut du clou, en évitant 
qu'il tombe à terre. Gelui qui a mis le plus près du but a 
gagné. » Ge jeu serait donc analogue au précédent, — 
hypothèse que semble avoir adoptée Gotgrave puisqu'il 



l54 LES JEUX DE GARGANTUA. 

donne du pied du cousteau la même définition que du 
jeu des Clefs ' . 

Mathurin Cordier qui, au ch. xxxviii de son De cor- 
rupti sermonis emendatione (i53i), nous donne une liste 
précieuse des jeux enfantins de son temps, mentionne 
celui des Clefz. Ayant pour objet de corriger les fautes 
de langage des écoliers et de leur enseigner de bonnes 
expressions latines, il indique d'abord, dans son livre, le 
parler ordinaire : « Jouons aux clef:^; » puis il traduit : 
« Ludamusclavibus » (43). Il écrit, au même paragraphe: 
« Ludamus calculis. Jouons aux jectons sur la table. » 
Ce dernier jeu, dont le voisinage avec les Clefz est signifi- 
catif, ne devait pas en être différent; et on peut trouver 
dans leur analogie une raison de préférer l'explication 
d'Adry, selon laquelle on jouerait aux Clefs en lançant 
des jettons sur une table, à celle de Le Duchat, où il n'en 
est pas question. 

Le jeu des Clefs est sans doute le même que celui de la 
clef dont parle Cholicres dans sa sixième Matinée : 
« Qu'après le repas ils passeront deux ou trois heures à 
joiier... au Trou ma Dame, à la Clef... » [loc. cit., p. 18). 

Au FRANC DU CARREAU. — « A Certain play with a pièce 
of money at a square crossed », dit Cotgrave [franc). Il 
s'agit de lancer une pièce de monnaie dans un carré, le 
plus loin possible des bords; le joueur dont la pièce tombe 
franchement au milieu gagne le coup. La question est de 
savoir si on joue sur un carré « marqué sur la terre ou 
sur un plancher » (Richelct, éd. de 1732, franc^) ou 
« sur les pavés égaux et réguliers d'une rue ou d'un appar- 
tement )) (Esmangart et Johanneau, t. I, p. 409). Il n'y a 
pas à choisir entre les deux hypothèses; outre que la 



1. « A kind of Shuffle-boord play with keys, a knives point being 
the mark » (Clefs). 

2. L'édition de 1680 ne donne pas le mot Franc du carreau. 



LES JEUX DE GARGANTUA. l55 

chose est de peu d'importance, on peut considérer qu'elles 
ne s'excluent pas l'une l'autre '. 

Le Franc du carreau est mentionné dans le Livre de la 
Diablerie d'Éloy Damerval (iSoy) comme un jeu très 
répandu : 

Là jouent en toutes saisons 
Aux quilles, au franc du carreau. 

[Loc. cit., p. i33.] 

On en trouve une partie mise en action dans la Mora- 
lité des Enf ans de Maintenant [Ancien Théâtre Français, 
t. III, p. 48-50). Les joueurs sont Finet, Malduict et 
Luxure. « 

Finet. 

... Et jouons au franc de carreau, 
Car c'est ung jeu qui moult est beau, 
Et nul tromper si n'y sçaura, 
Et Jabien des coups jugera. 
Vous' getterez à l'adventure. 

Luxure. 

Pour combien? 

Finet. 

Pour une ceinture; 
A qui l'aura, de troys escus. 

La partie s'engage; Luxure, qui vient de jeter son palet, 
dit à un moment : 

Il est tout franc, la gaigne est mienne. 

Il faut entendre par ces mots que le palet est tombé 
juste au milieu, — 2i\i franc, — du carreau, et que l'enjeu, 
par conséquent, est pour Luxure. 

I. Notons que, dans les Jetcx de l'Enfance (1657) graves par 
Claudia Stella, le Franc du carreau se joue sur un carre tracé à 
terre et divisé par des perpendiculaires et des diagonales. 



l56 LES JEUX DE GARGANTUA. 

Le Franc du carreau est encore mentionné, plus ancien- 
nement et sous une forme différente, dans des lettres 
de rémission de 1418: « Plusieurs compaignons commen- 
cèrent à jouer au jeu, que on dit au plus Franc » (Du 
Cange ^ francum). « Ludi genus, — explique l'auteur de 
l'article, — quod Franc du qiiari'eaii vulgo dicitur. » C'est 
ce nom qui a prévalu au xvi= siècle et dès la seconde 
partie du xv^. 

A PAIR ou NON. — (Var. i535 : A pair ou sou. Dolet : A 
pair, ou non.) « Sorte de jeu, suivant l'Académie (1694, 
pair), dans lequel on donne à deviner si le nombre de 
plusieurs pièces de monnoye, de plusieurs jettons, etc. 
ou d'autres choses que l'on tient caché dans la main est 
pair ou impair. Que prene\-voîis, pair ou non? Joiier à 
pair ou à non, à pair et non. » Richelet (1680) donne le 
jeu sous la forme Pair et non pair; selon Furetière, on 
dit jouer à Pair, ou à non. Rabelais lui-même écrit dans 
l'édition de i535 : A pair ou sou; c'était sans doute l'an- 
cien nom du jeu, qu'il remplaça, en 1642, par une appel- 
lation plus moderne. 

On lit dans le De corrupti sermonis emendatione de 
Mathurin Cordier (i53i) : « Jouons a per ou non. Luda- 
mus par impar » (ch. xxxvni, § 45). Et Bonaventure des 
Périers écrit dans le Discours de la queste d'Amytié 
(1544) : « Or estoient tous ces jeunes enfans bien parez et 
accoustrcz... les uns estoient hors le porche, les autres au 
coing du parquet, passant le temps à per ou non, en 
choysissant et tirant des jettons de dedans ne say quelles 
bœttelettes » (Éd. L. Lacour, t. I, p. i3). 

A CROIX ou PILLE. — (Var. Dolet : A croix, ou pile.) 
C'est notre jeu Ae pile ou face : on jette en l'air une pièce 
de monnaie, en devinant sur quel côté elle retombera. 
Pile, c'est le côté où se trouvait l'effigie du prince (selon 
Richelet, \6'èo,pile); croix, c'est le côté opposé, de sorte 
que pile avait alors le sens de face et que croix était 



LES JEUX DE GARGANTUA. l57 

l'équivalent de ce que nous appelons pile aujourd'hui'. 

Ce jeu est mentionné dans la Friquassée crotestyllon- 
née (1557), qui nous donne sur les jeux des petits enfants 
de Rouen au xvi^ siècle de si précieux renseignements : 
« Crois ou pile pour qui lera^ » (éd. A. Pottier, p. 8). 
On lit dans les Dialogues de Jacques Tahureau^ : « ... de 
peur que les Diables n'entreprissent de s'aller escarmou- 
cher, et jouer à crois et pille avecques eux » (p. 226); 
le sens est dans ce cas métaphorique. 

Il n'y a pas lieu d'insister ici sur l'expression « n'avoir 
ni croix ni pile », qui signifie n'avoir pas d'argent, et 
qu'on trouve notamment dans Villon [Grand Testament, 
t. 98, éd. Longnon, p. 23), dans le Grand Parangon de 
Nicolas deTroyes [Noiiv. II, éd. E. Mabille, p. 4) et dans 
Bonaventure des Périers [Nouv. XXIII, éd. L. Lacour, 
t. II, p. io3). 

Au MARTRES. — (Mauquc dans l'éd. de i333 et dans 
Dolet.) « On joue à ce jeu, suivant Borel [Dictionnaire 
des Termes du Vieux Français, martes], « avec des pier- 
retes rondes qu'on jette en l'air, comme les osselets. » 
« A game played with huckle-bones and a little bail », dit 
Cotgrave [martre). Les martres étaient donc analogues 
aux osselets; c'était, selon Ménage [pingres), le nom 
qu'on leur donnait à Caen. 

La forme martres, employée par Rabelais, se trouve 
encore dans Bonaventure des Périers : « Or estoient tous 
ces jeunes enfans bien parez et accoustez, et jouoient aux 
tables, aux martres et aux osselets » [loc. cit., p. 143). 

Ronsard, au second livre de ses Hymnes (i556), écrit 
martes : 

Il est temps de laisser les jeux et ta simplesse, 

1. Esmangart et Johanncau sont donc dans l'erreur lorsqu'ils 
disent : « Croix, côté de la monnaie où se trouve l'effigie du prince 
(anciennement une croix). Pile, côté opposé, où se trouve l'écusson 
aux armes du prince » (t. I, p. 410). 

2. L'aura. 

3. .\nvers, Pierre Vibert, 1578, in-i8. 



l58 LES JEUX DE GARGANTUA. 

Martes, chevaux de bois... 

[Hymne de l'Automne, éd. Marty-La veaux, 
t. IV, p. 3i5.J 

Enfin nous savons par la Friquassée crotestyllonnée 
qu'on disait matres à Rouen dans la seconde partie du 
xvi^ siècle : « Jouer... à fouquet, aux matres... » [loc. cit.^ 
p. i38). 

Au PINGRES. — (Var. Dolet : Aux pingres.) Suivant 
Ménage, « on appelle en Anjou le jeu des pingres ce 
qu'on appelle à Paris \e jeu des osselets. » « A womanish 
play with Ivory balls », dit Cotgrave [pingres). Les 
Pingres étaient en effet de petites billes d'ivoire qui pou- 
vaient tenir lieu d'osselets; il est probable que si Cotgrave 
en a fait un jeu de femmes, c'est qu'il se souvenait d'avoir 
lu dans Rabelais : « Les damoisellesjouoient aux pingres « 
(1. l'y, ch. xivj. Mais il aurait pu ne pas oublier que Gar- 
gantua y jouait aussi. 

A LA BILLE. — Le jeu de la Bille, dont il est ici question, 
n'est autre que le billard de terre. On y jouait sur une 
surface plane, de peu d'étendue, bornée de planches; avec 
un maillet, on poussait les boules vers les passes ou 
arceaux qu'elles devaient franchir, soit directement, soit 
en les faisant rebondir contre les bandes de bois; le 
gagnant était celui qui avait atteint le but le premier. 

Ce jeu figure parmi les amusements champêtres repré- 
sentés dans les séries de gravures et de vieilles tapisseries 
consacrées aux Amours de Gombaut et de Macée. Une de 
ces gravures, de la fin du xvi^ siècle, a pour titre : « Le jeu 
de boules ou de tiquet'. » C'est une sorte de billard de 
terre; le terrain est uni, rectangulaire, limité, de deux 
côtés seulement, par des sortes de claies; les joueurs, 

I. Elle est reproduite dans les Amours de Gombaut et de Macée, 
étude sur la tapisserie française de Saint-Lô, par Jules Guiftrey, 
Paris, Charavay, 1882, in-4°, p. 34, et dans les Sports et jeux d'exer- 
cice dans l'ancienne France, de J.-J. Jusserand, p. 32i. 



LES JEUX DE GARGANTUA. I Sq 

ayant chacun une boule, sont au nombre de trois ; l'arceau 
est unique. Les maillets sont des bâtons grossis du bout 
et légèrement recourbés; un des joueurs tient de la 
main droite un morceau de bois en forme de cône qui 
repose à terre et qui lui arrive au genou : c'est sans doute 
le but. 

Que signifiaient anciennement les mots bille et billard? 
Un texte du xiv^ siècle nous renseigne d'une façon cer- 
taine à ce sujet : « Ledit Robin, esmeu de tout ce, print 
un billart qu'il avoit porté avec lui oudit hostel et dequoy 
il avoit ledit jour joué aux billes et en frappa ledit Rique- 
dent sur la teste » (1399, Pièces relatives au règne de 
Charles VI, dans Godefroy, billart). Ce passage établit: 
1° que le billart était l'instrument avec lequel on poussait 
les boules; 2° que les billes n'étaient autre chose que les 
boules elles-mêmes; et 3» qu'on jouait aux Billes avec 
un billard. Des lettres de rémission de 1389, citées dans 
Du Cange {billa), donne le même sens au mot bille : 
« Quant Félix voulut Biller son coup\ il prit sa Bille, et 
la cuidant ferir elle echeut à terre, et en ce faisant dit, 
tirez vous en arrière, je doubte que mon Billouer^, appelé 
en aucuns lieux quinque, ne m'échappe... Et ainsi comme 
il estendit son bras cuidant ferir sa Bille, ledit Billouer ou 
quinque lui eschapa et encontra ledit Picard par la teste 
près de la temple. » On lit encore, au commencement du 
xvi« siècle, dans le Livre de la Diablerie d'Éloy Damerval : 

Mais s'en vont jouer a la paume... 
... Ou frapper la bille ou bouler^. 

[Second livre, ch. 11.] 

1. Biller, qui est ici actif, signifie généralement jouer à la bille ou 
au billart : « Et encor ne suis-je pas soûle... D'aler quillier, d'aler 
billier » (de Guileville, le Romant des trois Pelerinaiges, loc. cit., 
p. 1 36-137). — « Dans une acception ati'aiblie, dit Godefroy {billier), 
aller billier ou billier tout simplement, s'en aller, s'enfuir. » 

2. Pilaria tndicula, explique Du Cange. C'est le même sens que 
billart. 

3. Ce vers montre que les jeux de billes et de boules étaient dif- 
férents. 



l6o LES JEUX DE GARGANTUA. 

Donc le mot bille, en langage de Jeu, désignait toujours 
la boule qu'on poussait avec le billart. Il avait aussi un 
autre sens, celui de « morceau de bois, bâton » (Gode- 
froy, bille); mais il ne semble pas avoir été pris jamais 
dans l'acception de maillet, qu'on aurait pu lui donner. 

Le jeu de la Bille, — ou du Billart, — a, nous l'avons vu, 
des origines fort anciennes. Pratiqué chez nous aux xiv« et 
xv« siècles, il garda sa faveur au xvie. Noël du Fail en fait 
mention dans ses Propos j'ustiques (1547) • " Mais depuys 
qu'ilz ont commencé de hanter tavernes, bordeaux..., jeux 
de bibelotz, courteboule, la bille', et autres telz lieux des- 
bauchez..., qu'ont ilz fait? » (ch. iv, éd. Assezat, t. I, 
p. 27). Claude Gauchet, dans son Plaisir des Champs 
(i583), parle du Billard qui se jouait encore en plein air 
à cette époque : 

En quelque beau jardin où, libre, on puisse aller 
Pour s'esbattre au billard ou s'esbattre à boulier. 

[Premier livre, éd. P. Blanchemain^, p. 95.] 

Au xvii« siècle, le Billard de terre se transforme en Bil- 
lard sur pieds et devient un jeu d'intérieur. La Maison 
des Jeux Académiques (1668) consacre un chapitre au 
« Nouveau Jeu du Billard, comme il se joue à présent » 
(p. 166-170); déjà apparaît l'expression queue de billard 
(p. 168) que nous avons conservée. Le mot billard lui- 
même, tout en gardant son ancienne signification, acquiert 
celle de « table qui a des rebords tout autour, garnie 
d'un tapis avec six blouses, une passe et une sonnette » 
(Richelet, 1680, billard). Le Billard en plein air ne dispa- 
raît cependant pas, puisque Furetière écrit (1690) : « On 
fait aussi des billards dans des places qu'on prépare exprès 
dans des jardins >> ; ainsi s'est perpétué l'antique jeu des 
Billes sous sa forme primitive, mais avec un nom diffé- 
rent, celui de croquet, qu'il a toujours. 

1. Ce membre de phrase (jeux de bibelotz, courteboule, la bille) a 
été supprimé dans l'éd. de 1549, sans doute parce qu'il ne convenait 
pas à lieux desbauche^. 

2. Paris, Franck, Bibl. elz., 1869, in-i6. 



LES JEUX DE GARGANTUA. 



Au SAVATiER. — Ce jeu est sans doute celui que Mathu- 
riii Cordier, dans son De corriipti sennonis emendatione^ 
appelle la savate. Ludamus ad savatam, disaient les 
écoliers; le maître corrige : « Ludamus solea detrita » 
(ch. XXXVIII, § 25). On y joue de la façon suivante : plu- 
sieurs enfants sont assis en rond; l'un d'euxest debout au 
milieu du cercle et cherche une savate que les autres se 
passent sous leurs genoux. Ils l'en frappent dès qu'il a le 
dos tourné; mais s'il arrive à s'en emparer, celui entre les 
mains duquel il Ta prise se met à sa place et la cherche 
à son tour. 

« Savatier, — dit Cotgrave, — also ihe play called Hod- 
man blind. » Or, Hodman blind est le nom par lequel il 
traduit le jeu de Clignemusset (voir plus loin). Cotgrave, 
ici, confond tout; car il ne saurait y avoir aucun rapport 
entre le savatier^ tel qu'il vient d'être décrit, et le cligne- 
musset., qui est un jeu analogue au cache-cache'. 

Au HYBou. — Nous ne savons rien sur ce jeu; on a été 
tenté de le rapprocher, à cause du sens, de la chevêche, 
qui vient plus loin, mais c'est une opinion qui risque fort 
d'être fantaisiste. On peut rappeler que le mot hibou avait 
souvent autrefois la signification, plus rare aujourd'hui, 
dlioinme mélancolique et qui fuit les compagnies; « et 
l'on dit, — ajoute l'Académie (1694), — qu'il fait le 
hibou, quand il ne dit mot, qu'il baisse la teste et se liein 
en un coin escarté de la compagnie «. Sans rien aflirmer, 
on peut penser que le jeu du Hybou évoquait en quelque 
façon les allures taciturnes de cet oiseau. Il faut enfin 
remarquer qu'il commence, dans la liste de Rabelais, une 
série de jeux qui empruntent des noms d'animaux : au 
dorelot du lièvre., au pies, au bœuf violé, a la chevêche, a 
déferrer l'as ne. 



I. Cotgrave, d'ailleurs, n'est lui-même pas très sûr de son expli- 
cation, puisqu'il en donne une autre (la vraie) au mot savate : 
« The play called Bob and hit [trappe et tape] or Hodman blind. » 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. VI. II 



102 LES JEUX DE GARGANTUA. 

Au DORELOT DU LIEVRE. — Le Duchat, qui connaissait la 
traduction d'Urquhart, écrit dans son commentaire (t. I, 
p. 8i) : « Au charme du lièvre', dit le Rabelais anglois, 
c'est-à-dire à imiter la chasse du lièvre charmé. » C'est 
également l'opinion de Régis : <■<■ Dusselhas, Nachahmung 
einer besondern Hasenjagd, da man aus dem Schlafe 
aufgescheuchten Hasen blendet, und so verdûtzt macht^. » 
Il existait en effet, très anciennement, un jeu que Frois- 
sart, dans son Espinette amoureuse^ appelle le « chace 
lièvre » (v. 233, éd. Sheler, t. I, p. 94); c'est sans doute le 
même dont parle ici Rabelais. 

A LA TiRELiTANTAiNE. — « Le traductcur de Rabelais en 
anglois, dit Le Duchat dans Ménage, a rendu le nom de 
ce jeu par tire-le im tantinet^. Ce doit être un jeu à se 
tirailler Tun l'autre. » Cette opinion est partagée par 
Régis, qui l'explique ainsi : « Gesellschaftspiel mit Zup- 
fen und Zausen''. » 

A COCHONNET VA DEVANT. — (Var. Dolct : Au cochonnet 
va devant.) « On appelle Jouer au cochonnet, dit Furc- 
tière, lors qu'on joué à la boule en se promenant, et qu'on 
change à chaque coup de but. On jette une balle, ou une 
pierre au hasard à chaque fois, qu'on appelle cochonnet, 
et elle sert de but aux joueurs pour ce coup-là seulement. » 
L'Académie (1694) donne les deux expressions ^oz^er, au 
cochonnet et au cochonnet va devant; c'est en effet le même 
jeu. Le cochonnet est aussi, — toujours d'après Furetière, 
— « un petit corps fait d'os ou d'yvoire, taillé à douze 
faces, qui sont douze pentagones marqués de points depuis 
I jusqu'à 12. On le roule sur une table pour jouer comme 
si c'étoit un dé ». Il y avait donc, au xvii<= siècle, deux 

1. « At thc charming of ihe hare. » 

2. « En imitation d'une chasse au lièvre, où l'on tire de son som- 
meil un lièvre qu'on cft'arouche en l'éblouissant, et qu'on décon- 
certe. » 

3. « At pull yet a little. » 

4. M Jeu de société à se tirailler. » 



LES JEUX DE GARGANTUA. l63 

jeux de Cochonnet, l'un de plein air et l'autre d'inté- 
rieur; il est probable que le premier était seul en usage 
du temps de Rabelais et qu'il ne s'est transformé, comme 
le billard, qu'au siècle suivant. 

La Ffiquassée Crotestyllonnée (voir p. 62), qui nous 
renseigne sur les jeux des enfants de Rouen au xvi^ siècle, 
mentionne le « cochonnet va devant » (éd. A. Pottier, 
p. 27). Noël du Fail en parle dans ses Propos rustiques 
(1547); Gobemousche décide d'envoyer son fils à l'école, 
« pource que sa mère le gastoit à lui apprendre mille 
sottes façons de dire et manières de faire fort estranges, 
comme ne pisser contre le vent..., n'estudier aux festes : 
mais loisible jouer aux quilles, aux bibelotz ou à cochon 
va devant » (ch. xiii, éd. Assézat, t. I, p. 112). L'édition 
de 049 donne : à cornichon va devant; c'est une variante 
du même jeu' qu'on retrouve dans les Contes et Discours 
d'Eutrapel (i585) : « Et en ce disant aperceut ceste notable 
société qui aprochoit, mais assez lentement jouans à cor- 
nichon va devant, courans les uns après les autres, folas- 
trans et s'entre jettans des mottes, en ces belles esten- 
dues et rases campagnes » (xxi, éd. Assézat, t. II, p. 157). 
Guillaume Bouchet, dans sa Huitième Serée^ écrit 
encore : « Je joiieray souvent à cornichon va devant : 
j'aime ce jeu, il n'est pas de grand frais, ni de grand'peine « 
(éd. Roybet, t. II, p. 88); — et Montaigne : « Parmy tant 
d'admirables actions de Scipion Tayeul..., il n'est rien qui 
luy donne plus de grâce que de le voir nonchalamment 
et puérilement baguenaudant à amasser et choisir des 
coquilles, et jouer à cornichon va devant, le long de la 
marine avec Laelius » (III, i3, éd. Courbet et Royer, 
t. IV, p. 273). 

Au PIES. — (Var. Dolei : Aux pies.) Nous n'avons aucune 
donnée sur ce jeu. 

I. M On appelle cornichon, au jeu de boule, une grosse boule que 
Ton jette la première pour servir de but » {Trévoux). Pourtant le 
cornichon va devant est, suivant le même Dictionnaire, une « sorte 
de jeu à qui ira plus vite en ramassant quelque chose ». 



164 LES JEUX DE GARGANTUA. 

A LA CORNE. — Y a-t-il un rapport entre ce jeu et celui 
que mentionne la Friquassée Crotestyllonnée sous le nom 
de « corne corne de cerf » ? Ou est-ce le même que la 
« corne de buef au sel » dont parle Froissart dans son 
Espinette amoureuse (v. 235, éd. Sheler, t. I, p. 94)? Ou 
faut-il y voir le signe de dérision qui consiste à représen- 
ter les cornes avec deux doigts ? 

Au BEUF VIOLÉ. — (Var. i535 : Au beuf viloe. Dolet : Au 
bœuf violé.) C'est le bœuf que les bouchers conduisaient 
par les rues, pendant les jours gras, au son des violes ou 
des vielles. D'après le Dictionnaire de Trévoux [bœuf]^ 
on disait en quelques endroits bœuf viélé*. Nous lisons 
en etfet dans Guillaume Bouchet : « Jules César Scaliger 
dit qu'il avoit un gentilhomme son voisin, qui abhorroit 
tant le son de la vielle et les vielleurs d'aveugles, qu'il les 
fuyoit, parce, dit-il, qu'aussi tost qu'il oyoit la vielle, 
fut-il à table, il estoit contraint de sortir... Scaliger, répli- 
qua un autre, ne dit-il point qu'il n'eust jamais mangé du 
bœuf vielle? » (19'= Serée^ éd. Roybet, t. III, p. 199). 

Le jeu dont il est ici question devait rappeler en quelque 
manière l'usage solennel qui s'est perpétué jusqu'à nous. 
« Les enfans, dit Le Duchat (t. I, p. 81 j, s'étant avisés 
de parer de même et de promener un de leurs camarades, 
qu'ensuite ils faisoicnt semblant d'égorger, on a appelé 
cette farce jouer au bœuf violé ou vielle. » 

A LA CHEVECHE. — C'est Ic mêmc oiseau que la chouette. 
Il y a une variété du jeu de trictrac, se jouant à deux 
contre un, qui se nomme ainsi; c'est sans doute elle que 
mentionne J. de la Forge dans sa Joueuse dupée (1664): 

La triomphe, le trut, le cubas, la chouette... 

[Loc. cit., p. 24.] 

1. « Mais j'ai toujours entendu bœuf violé, et j'ai toujours oui dire 
qu'on le nommait ainsi parce qu'on le conduit avec des violes et 
des violons et autres instrumens dont on joue autour de cet ani- 
mal » [Dictionnaire de Trévoux, ibid.). 



LES JEUX DE GARGANTUA, l65 

La Maison des Jeux académiques (1668) consacre un 
article au « Jeu nouveau de la Chouette » (p. 262-263) qui 
rappelle beaucoup celui de l'oie*; c'est peut-être, sous 
une forme nouvelle, et avec un nom un peu différent, la 
Chevêche dont parle Rabelais. 

A JE TE piNSE SANS RIRE. — (Dans Téd. de i335, entre a 
la chevêche et a je te pinse sans l'ire, se trouve le jeu 
au ppous (propous?.) Ce jeu s'explique de plusieurs 
façons. 1° « On fait asseoir sur un siège un homme de la 
compagnie; un autre se noircit les doigts d'encre ou de 
charbon, et pince l'autre en divers endroits du visage, en 
disant : je vous pince sans rire. L'impression des doigts 
fait un masque risible, et si quelqu'un se met à rire, il est 
obligé de se mettre à la place du barbouillé « (Littré, pin- 
cer). 2° « Chacun pince le nez ou le menton de son voisin 
à droite; et, s'il rit, il donne un gage. L'attrape de ce jeu 
consiste en ce que deux personnes de la société se sont 
entendues pour avoir un bouchon brûlé dont elles se noir- 
cissent les doigts. Ceux dont elles pincent le visage sont 
barbouillés de noir et prêtent à rire d'autant plus que 
chacun croit que Ton rit de l'autre » (Esmangart et Johan- 
neau (t. I, p. 41 3). 3° « Tout le monde passe en revue 
devant celui qui fait jouer le jeu. Il pince les joueurs les 
uns après les autres, au front, au menton et aux joues, 
sans rire. Quand celui qu'on veut attraper vient, il noircit 
ses doigts avec un liège brûlé et lui fait de grandes vir- 
gules sur le front, au menton et aux joues » [Dict. des 
Jeux familiers^ pincer). 4° De nos jours, on joue au pince- 
sans-rire d'une façon sensiblement différente : « Deux 

I. On y joue sur un carton divisé en cases avec trois dés et des 
jetons. « On trouvera le jet des dez de chascun sur le papier : l'ayant 
trouvé, on verra la lettre là-dessus mise; si c'est un T, c'est-à-dire 
tire autant de jetions du jeu que le nombre mis au costc de la lettre 
montre; si la lettre est un P, c'est-à-dire paye autant que le nombre... 
Quand quelqu'un fait trois six, il aura jeté la grande Chouette, là 
où se trouve écrit Tout, et tirera tous les jettons qui seront au jeu... 
Qui jettera ce où il est écrit Rien, pour cette fois ne tirera ny ne 
payera rien. » 



l66 LES JEUX DE GARGANTUA. 

enfants se tiennent réciproquement par le menton en 
chantant la formulette qui suit. Le premier qui rit reçoit 
de l'autre une claque. 

Je te tiens, 

Tu me tiens, 

Par la margoulette ; (Var. : barbichette.) 

Le premier qui rira 

Aura la claquette. (Var. : tapette.) 

[Eug. Rolland, Jeux et Rimes de l'Enfance, 
p. i29-i3o.] 

Le jeu dont il est ici question est un de ceux qui ont été 
décrits plus haut. Il était en usage, au xvi<: siècle, parmi 
les enfants de Rouen, qui disaient, d'après le témoignage 
de la Friquassée Crotestyllonnée : « Jeté pinche sans rire » 
(éd. A. Pottier, p. 20). 

On trouve, vers la même époque, l'expression Jouer à 
pincer sans j'ire prise dans un sens proverbial. Le dialogue 
suivant est extrait des Escolliers, comédie de Larivey 

(1579) : 

Nicolas. — Fremin, escoute : laisse-toy veoir quelquefois, 
et nous jouerons à pincer sans rire. 

LuQUAiN. — C'est-à-dire à desrobber, je vous enten ; c'est 
vostre mestier. 

Nicolas. — Quoy, de desrobber? 

LuQUAiN. — Je dis de jouer à ce jeu. 

Fremin. — Je ne puis pour le jourd'huy. 

[Ancien Théâtre Français, t. VI, p. i23.] 

Le sens de l'expression est ici indiqué par un des per- 
sonnages. Cotgrave [rire] l'explique de la même façon : 
« To nim, filtch, purloyn*. » On ne voit pas le rapport 
qu'il y avait entre cette manière de parler proverbiale et 
le jeu qui nous occupe. 

A PICOTER. — « At prickle me lickle me », traduit sir 

i. « Dérober, soustraire, voler. » 



LES JEUX DE GARGANTUA. 167 

Thomas Urquhart. Ce serait donc un jeu à se picoter, a 
se chatouiller. Picoter se dit au propre « d'une certaine 
impression fascheuse qui se fait ou sur les membranes, 
ou sur la peau par l'acrimonie des humeurs, ou par 
quelque chose d'extérieur » (Académie, 1694); d'où, au 
figuré, « attaquer souvent quelqu'un par des paroles dites 
avec malignité, affecter de le fascher, de l'agacer » (Ibid.). 
C'est au sens propre qu'il faut rapporter le jeu dont il est 
ici question. 

A DEFERRER l'asne. — Déferrer l'âne, selon Oudin 
[Curiosités françaises^ asne), veut dire aller à pied. 
De/errer, tout court a le même sens (cf. La Curne, des- 
f errer). C'est la seule donnée précise, — reproduite par 
Régis et Littré, — que nous ayons sur ce jeu. Il est diffi- 
cile d'en tirer un éclaircissement sur la manière dont il se 
pratiquait. 

A la iautru. — (Var. Dolet : A la iaultru.) Nous ne 
savons ni ce que signifiait le nom de ce jeu, ni ce qu'était 
le jeu lui-même. 

Au BOURRY BOURRV zou. — Bourrîr, selon Furetière, 
est un « terme de chasse qui se dit en parlant du bruit 
que font les ailes des perdrix, et surtout des rouges, quand 
elles partent ». Esmangart et Johanneau (t. I, p. 414), 
pensent que ce jeu pourrait être une imitation de ce bruit; 
et c'est aussi l'opinion de Régis, qui l'explique ainsi : 
« Nach den Neueren, ein Spiel, wobei das Geschwirr 
eines auffliegende Rebhûner-Volks nachgehamt wird ' », 
et qui traduit par « Schûrrùrù ». On lit de même dans 
Urquhart : « At hari hohi. » Voici, au contraire, ce que 
dit Le Duchat (t. I, p. 82) : « Jeu où l'un des joueurs, 
qui se cache, est cherché par les autres, qui souvent le 
laissent là et s'en vont. » Et il se fonde sur ce fait que 
Bourry hourry :{0Uy d'après lui, est une « corruption » de 

I. D'après les modernes, jeu où l'on imite le bruit d'ailes que fait 
une compagnie de perdrix en s'cnvolant. 



l68 LES JEUX DE GARGANTUA. 

mots allemands qui signifient le caché soit ou reste caché. 
Ces mots allemands, il ne les cite pas. A cette conjecture 
hasardeuse, il parait plus raisonnable de préférer l'expli- 
cation d'après laquelle le nom de ce jeu vient du terme de 
chasse hounnr et n'est autre chose qu'une harmonie imi- 
tative. Nous n'en sommes pas beaucoup plus renseignés, 
d'ailleurs, sur la conduite du jeu lui-même. 

A JE m'assis. — Nous ne pouvons dire quelles étaient 
les règles de ce jeu. 

A LA BARBE d'oribus. — « On a appelé barbe d^oribiis, 
— dit Le Duchat dans Ménage {oribus)., — un jeu où les 
enfans, sous le semblant de faire une barbe à l'un d'en- 
tr'eux qui a les yeux bandés, lui en font une avec de la 
merde. » On appelle en effet dans le même sens poudre 
d'oribus de la « merde pulvérisée » (Ménage, Ibid., et 
Oudin, Cur. Fr.), à laquelle on attribuait des propriétés 
curatives, comme l'indique ce passage de Rabelais : 
«... mettre les dictes chroniques entre deux beaulx linges 
bien chaulx, et les appliquer au lieu de la douleur', 
les sinapizand avecqucs un peu de pouldre d'oribus » 
[Prol. du IM.). 

D'après Le Duchat, dans Ménage, le nom de ce jeu vient 
de ce qu'on a appelé barbe d'oribus « un jeune homme à 
qui la barbe commençoit seulement à poindre; parce que 
les jeunes barbes sont volontiers frisées, blondes et 
dorées ». Régis traduit de même : « Gùldenbàrtel, jeune 
homme à qui la barbe commence à pousser », et Urquhart : 
« At earlie beardie. » On ne voit pas comment l'expression 
barbe d'oribus aurait pu passer du sens de barbe naissante 
à celui de barbe faite avec de l'ordure, qu'elle a ici. Si 
réellement le premier de ces deux sens a existé, il est venu 
du jeu dont parle Rabelais, et ne l'a pas précédé, comme 
le veulent Le Duchat et les traducteurs du I" livre 2. 

1. Il s'agit du « mal des dcntz ». 

2. Cf. Revue des Etudes vabelaisietines, IV, 76, et V, 410. 



LES JEUX DE GARGANTUA. 169 

A LA BOusQUiNE. — Sif Thomas Urquhart traduit le nom 
de ce jeu par « At the old mode ». Régis, plus explicite, 
donne : « Bundshuh, altmodischer Bauernschuh. « Nous 
ne savons quelle était cette chaussure paysanne ni en 
quoi consistait le jeu. 

A TIRE LA BROCHE. — Brochc signifie ici, sans doute, 
l'ustensile de cuisine qui sert à faire rôtir la viande. C'est 
l'opinion de Régis, dont la traduction porte : « Braten- 
wenders. » Il s'agit probablement d'un jeu où la broche 
devient une arme entre les mains des enfants, — jeu peut- 
être analogue à celui dont parle M^ Guillaume en son 
Voyage en l'autre monde (1612) : « A la masle masle 
broche en cul'. » 

A LA BOUTTE FOYRE. — Suivant Le Duchat (t. I, p. 82), 
foyre, ici, vient de foras ^ et ce jeu est une espèce de boute 
hors (voir plus loin). Urquhart semble donner raison à 
cette étymologie en traduisant par « At put out ». 

Cotgrave, au contraire, définit ainsi le mot Boutefoire : 
« A certain shitten yen game. » On sait que shitten, — 
pour parler la langue de Rabelais, — veut dire foireux. 
Cette explication paraît plus vraisemblable que celle de 
Le Duchat. Il est sans doute question ici d'un jeu, ana- 
logue à la barbe d'oribus, où les enfants se barbouillent 
fort peu proprement. 

A COMPERE PRESTEZ MOY VOSTRE SAC. — NoUS u'aVOUS 

d'autre éclaircissement sur ce jeu que ce qu'en dit Cot- 
grave [compère] : « Words used in a certain yev^'-game. » 
Et Cotgrave, qui ignore en quoi il consistait, puisqu'il ne 
le définiLpas, ne nous apprend pas grand'chose; pas plus 
qu'Urquhart, qui traduit mot à mot : « At gossip lend 
me vour sack. « 



I. Broche a la signification générale de pointe. « Mettre en broche, 
nous dit M. Henri Clouzot, n'est-ce pas un jeu qui consiste à se 
passer un bâton sous les genoux et à marcher en sautant, les coudes 
passés sous le bâton et les mains croisées devant les jambes? » 



170 LES JEUX DE GARGANTUA. 

A LA couiLLE DE BELIER. — Il s'agit ici d'uM )cu de balle, 
comme l'indique Cotgrave (coiiille), qui donne de ces 
mots l'explication suivante : « A kind of bail made of a 
Rams cod. » 

Ce jeu, sous le nom qu'il a dans Rabelais, était en 
usage sous Henry II; Brantôme, racontant un plaisant 
tour que fit, à cette époque, un gentilhomme à une des 
filles de la reine, s'exprime ainsi : « Un jour qu'elle 
estoit à l'après-disnée en la chambre de la reine avec 
ses compaignes et gentilshommes, comme alors la cous- 
tume estoit qu'on ne s'assioit autrement qu'en terre quand 
la reine y estoit, ledict sieur [de Gersay], ayant pris entre 
les mains des pages et laquais une c... de bélier dont 
ils s'en jouoient à la bassecourt (elle estoit fort grosse et 
enflée tout bellement), estant couché près d'elle, la coula 
entre la robbe et la Juppé de ceste fille, et si doucement 
qu'elle ne s'en advisa jamais, sinon que, lorsque la reine 
se vint à se lever de sa chaise pour aller en son cabinet, 
ceste fille, que je ne nommeray point, se vint lever aussy 
tost. Et en se levant tout devant la reine, pousse si fort 
ceste balle belliniere pelue, velue, qu'elle fit six ou sept 
bons joyeux, que vous eussiez dict qu'elle vouloit donner 
de soy-mesme du passe-temps à la compaignie sans qu'il 
luy coustast rien... » [Recueil des Dames, seconde partie, 
éd. Mérimée et Lacour, t. XII, p. 290-291 *). La Couille de 
bélier était un jeu de laquais et de pages ; mais les gentils- 
hommes, on le voit, savaient aussi s'en servir à l'occa- 
sion. Notons que Rabelais donne ailleurs à ce nom un 
sens un peu différent : « Ces mots dictz, Panurge luy 
praesenta... une couille de bélier pleine de Carolus nou- 
vellement forgez » (1. III, ch. xvn). 

A BOUTE HORS. — (Var. i535 : a boutte hors.) Des textes 
du xive siècle, cités dans Du Gange iboutare), font de ce 
jeu une sorte de jeu de balle : « Ainsi qu'il jouoit avec 

I. Le Duchat, dans son édition, fait allusion à ce passage, mais 
sans le citer et sans en donner la référence. 



LES JEUX DE GARGANTUA. I7I 

plusieurs autres compagnons d'un esteuf à un jeu qu'on 
appelle à Bouter-hors » [Litt. remiss., ann. iSSy). « Comme 
le suppliant et autres jouassent ensemble au jeu de la 
pelote, appelé Boutehors sur une maison » [Aliae ann. 
1394). ^^ ^"^ siècle, Boutehors avait perdu ce sens, et 
désignait un jeu d'enfants analogue au Roi détrôné., où, 
l'un d'eux étant monté sur un banc, sur une émincnce, les 
autres s'efforçaient de le renverser. 

A la fin du xvii« siècle, comme en fait foi l'Académie 
(1694, bouter)., il n'était plus en usage. Mais il en était 
resté une expression proverbiale que ce même diction- 
naire explique ainsi : « On dit fig. Jouer au boute-hors 
quand des personnes taschent à se débusquer. » Déjà au 
siècle de Rabelais, cette expression existait dans ce sens; 
on lit en effet dans les Contes (TEutrapel de Noël du Fail 
(i585), à propos d'un gentilhomme qui, pour se faire 
désirer, s'était absenté quelque temps de la cour : « Mais 
pendant qu'il contrefaisoit ainsi le fasché, un autre print 
et occupa la place qu'il tenoit près son maistre : et estre 
la pratique générale chez les Potentats de jouer à boute- 
hors » (XVIII, éd. Assézat, t. II, p. 97). Urquhart et 
Coigrave traduisent Boute hors par « Thrust out the 
harlot' » ; on lit, d'autre part, dans ce dernier [cul): 
« Jouer à pique en cul. To thrust out the harlot. « Ya-t-il, 
en effet, quelque rapport entre ces deux jeux? Et faut-il 
attribuer au Boute hors la signification licencieuse que 
lui prête Cotgrave? 

A FIGUES DE MARSEILLE. — (Var. Dolct : A figues de Mar- 
seille.) Les figues de Marseille ont été renommées de tout 
temps. On lit dans une vieille Chanson nouvelle de tous 
les cris de Paris^, qui date de 1572 : 

Figues de Marseille, figues, 
Beaux merlus, etc. 

1. To Thrust ont, chasser, bouter hors. Harlot, paillarde, putain 
{Scherwood). 

2. Citée dans les Œuvres facétieuses de Noël du Fail, éd. Assézat, 
t. I, p. 65-67, en note. 



172 LES JEUX DE GARGANTUA. 

Il en est question dans un proverbe fort connu qui 
figure à ce titre dans la Comédie des proverbes (1616) : 
« Andouilles de Troyes, saucissons de Boulongne, mar- 
rons de Lyon, vin muscat de Frontignac, figues de Mar- 
seilles, cabats d'Avignon sont des mets pour les bons 
compagnons'. » [Ancien Théâtre Français, t. IX, p. 53.) 
Sur le jeu lui-même, on n'a aucune donnée. On ne peut 
que conjecturer assez vraisemblablement que les enfants 
s'y jetaient à la tête, en guise de balles, des figues de 
Marseille. 

A LA MOUSQUE. — Ce jeu est sans doute le même que 
celui de la mousche qui vient plus loin. Notons qu'on lit 
dans la Friqtiassée Crotestillonnée (iSSj), parmi d'autres 
jeux alors en usage à Rouen : « Au pié de mouque « 
(éd. A. Pottier, p. 7), et plus loin (p. 23) : « Veu tu iouer 
au pie de mouque. « Mouque est la forme normande de 
mouche (cf. Littré, mouche). Il est possible que ce jeu soit 
analogue à celui de Gargantua. 

A l'archer tru. — Ce jeu, sous la dénomination qu'il 
a ici, semble n'exister que dans Rabelais. Mais le tru, 
tout court, est un jeu de cartes dont le Sonnet amphibo- 
logique (1370) cité par Tabourot (voir p. 25) nous a laissé 
trace : 

Le Tru est trop commun; point n'en sont desirans. 

Il se trouve encore dans la Joueuse dupée de J. de la 
Forge (1664), parmi d'autres jeux de cartes : 

La triomphe, le trut, le cubas, la chouette... 

fLoc. cit., p. 24.] 

L'éditeur de cette petite pièce, V. Fournel, écrit en 
note à ce passage : « Le trut est le même que Rabelais 



I. On retrouve ce proverbe cité dans le Jeu des proverbes que 
décrit la Maison des Jeux académiques, Paris, Estienne Loyson, 
1668. 



LES JEUX DE GARGANTUA. IjS 

désigne sous le nom de l'archer trii. » Il nous est impos- 
sible, faute de preuve, d'être aussi affirmatif à cet égard. 
Ce qui est certain, c'est que l'existence du tru*^ à côté de 
l'Archer tru de Rabelais, nous suggère un rapprochement 
avec ce dernier et nous fournit une indication utile. 

A EscoRCHER LE RENARD. — (Mauque dans l'éd. de i535 
et dans Dolet.) Escorcher le renard, dit l'Académie (1694), 
c'est « vomir après avoir trop beu ». Rabelais et les 
auteurs du temps font grand usage de cette expression. 
Nous savons que Gargantua « tous les matins escorchoyt 
le renard » (1. I, ch. xi). « Tu escorche le latin », — dit Pan- 
tagruel à l'écolier limousin, — « par sainct Jan je te 
feray escorcher le renard, car je te escorcheray tout vif » 
(1. II, ch. vi). Plus loin : « Et tous ces bonnes gens ren- 
doyent là leurs gorges devant tout le monde, comme s'ilz 
eussent escorche le regnard » (1. II, ch. xn)^. En quoi con- 
sistait le jeu lui-même? « Peut-être, dit Le Duchat (t. I, 
p. 82), à contrefaire les grimaces et le hoquet d'un ivrogne 
qui rend gorge. » Sur ce point, le champ est libre aux 
hypothèses. 

A LA RAMASSE. — La raïuasse est un traîneau, fait primi- 
tivement de branches, sur lequel on fait descendre rapide- 
ment aux voyageurs les pentes unies des Alpes ^. Le jeu 
dont il s'agit est une imitation de cette manœuvre; « il est 
en vogue entre les enfans, dit Le Duchat (t. I, p. 82), 
particulièrement pendant l'Octave de la Fête-Dieu, auquel 
temps ils emploient à se ramasser l'un l'autre dans leur 
rue les rameaux ou branches d'arbres dont on avoit orné 



1. Sur ce jeu, Esmangart et Johanneau (t. I, p. 416) nous donnent 
les détails suivants : « Nous avons appris de M. Beauséjour que le 
trut est un jeu encore usité en Saintonge ; qu'on le joue avec trois 
cartes; que lorsqu'on a certain point on frappe sur la table et on 
dit trut ». 

2. Cf. encore 1. IV, ch. xliv, et G. Bouchet, 22° Serée, éd. Roybct, 
t. III, p. 3oo-3oi. 

3. Hatzfeld, Darmcsteter et Thomas, Dictrionnaic. 



174 LES JEUX DE GARGANTUA. 

le devant des maisons au jour de cette fête. » Ce jeu est 
sans doute analogue à celui qu'on trouve dans la Fi-i- 
quassée Crotestillonnée (i SSy) sous le nom de « A la remon- 
tée à la devailée ». 

Au CROC MADAME. — « At trill madame, or graple my 
lady », traduit Sir Thomas Urquhart : au fredon ou 
accrochez-moi madame. « Je ne vois pas, dit Le Duchat 
(t. I, p. 82), quel rapport peuvent avoir ensemble ces 
deux explications d'un même jeu. » Il faut se borner à 
constater que la signification du mot graple paraît voisine 
de celle de c?-oc. 

Parlant de ses galants, une des Deux sœurs disputant 
d'amour, dit à l'autre : 

Devant vous jouent au croc madame 
Puis ilz luictent, courent et saillent. 

[Anciennes Poésies françoises, t. IX, p. 117.] 

Les noms de jeux qui se terminent, comme ici, par 
madame ne sont point rares : outre le jeu à laver la coiffe 
madame, qui vient plus loin on connaît le trou-madame 
[Voyage de Af^ Guillaume, loc. cit., et, dans un sens 
licencieux, Cholières, Matinée IV et IX, éd. P. Lacroix, 
p. 121 et 320), — le jardin-madame [Escraignes dijon- 
naises [à la suite des Bigarrures de Tabourot], p. 109), — 
et un autre désigné dans la Friquassée Crotestillonnée 
sous le nom de cat madame (éd. Pottier, p. 23). 

A VENDRE LovoiNE. — (Var. i535 : a vendre lavoine. 
Dolet : A vendre l'avoyne.) Il est nécessaire, pour com- 
prendre l'expression vendre l'avoine, de citer d'abord 
quelques exemples qui l'éclairciront. On lit dans la 5<= Serée 
de Guillaume Bouchet : « Le lendemain de ses nopces, 
l'un demandoit à ce nouveau marié, qui faisoit tant du 
fendant, combien valoit l'avoine » (éd. Roybet, t. I, p. 214- 
21 5). « De l'Avoine au point du jour », — explique Antoine 
Oudin en ses Curiosités françaises [avoine), — « i. le 
devoir du Mary envers sa femme, ou bien l'acte vénérien ». 



LES JEUX DE GARGANTUA. Ïj5 

Enfin un passage de la Comédie des proverbes (1640) est 
d'un intérêt plus direct encore : 

Sylvie. — Ce ne sont rien qu'accolades, 

Des baisers tant qu'on en veut. 
Jeanne. — Ces mignardises sont fades, 

Ce n'est pas ce que je veux ; 

Car mon mary chaque soir 

Perd la clef de son dressoir. 

Car le bon homme n'avet point 

De bonne avesne à vendre. 

[Ajicien Théâtre Français, t. IX, p. 164.] 

Le sens est clair : vendre l'avoine est une des multiples 
expressions qui servent à désigner, comme dit Oudin, 
« l'acte vénérien ». Qu'il y ait eu un jeu enfantin de ce 
nom, cela est peu probable; et Rabelais ne l'a sans doute 
mis ici que par plaisanterie. N'oublions pas, d'ailleurs, 
que Gargantua n'est point un enfant ordinaire. 

A SOUFFLER LE CHARBON. — Souffler le charbon^ au 
xvi« siècle, voulait dire « faire de l'alchimie ». Tel est le 
sens qu'a cette expression dans un passage des Dialogues 
de Jacques Tahureau f'iSySi : « Si me semble il que ce 
n'est point Testât des gens de guerre de soufler le char- 
bon » (p. 280). François d'Amboise écrit de même, dans 
sa comédie des Neapolitaines (1584) : « Les uns pensent 
que je fais l'alchimie et que je soufle le charbon » (Ancien 
Théâtre Français, t. VII, p. 259). Y a-t-il quelque rap- 
port entre le sens de cette expression et le jeu dont il s'agit 
ici? Et ce jeu lui-même a-t-il réellement existé? Sur ce 
dernier point, il est possible de répondre par l'affirma- 
tive; on lit, en effet, dans Eustache Deschamps : 

Chascuns parle de divers gieux jouer, 
De cliner l'œil, de porter maie honte. 
Et de la briche aux compaignons donner, 
Et de souffler le charbon... 

[Dans La Curnc, souffler.] 



lyÔ LES JEUX DE GARGANTUA. 

Mais on ne peut dire si ce jeu rappelle, en quelque 
façon, la pratique des alchimistes ou s'il lui est tout à 
fait étranger. Dans ce dernier cas, on pourrait le rappro- 
cher de celui que nous appelons aujourd'hui Petit bon- 
homme vit encore, et où les enfants font rapidement 
tournoyer une allumette — (ici ce serait un charbon sur 
lequel ils souffleraient), — pour en aviver le feu et en 
prolonger l'éclat. 

Au RESPONSAiLLEs. — (Var. Dolet : Aux responsailles.) 
« At the rewedding «, traduit sir Thomas Urquhart, c'est- 
à-dire « au remariage «. De même, Régis : « Responsa- 
lien, zum zweiten Mal Verlôbnis oder Hochzeit halten. » 
Tous deux ont fait dériver responsailles du latin spon- 
salia. Selon Godefroy, il s'agit en effet ici d'un « jeu 
dans lequel on simule un mariage ». Pour La Curne, au 
contraire, c'est un « jeu de cache-cache » ; mais il assi- 
mile évidemment les Responsailles aux reponnaus^ dont 
il donne la même explication : « Jeu de cache-cache, de 
repondre [cacher, du latin repo7iere] ». Il semble qu'il ait 
raison ; car on trouve, d'autre part, dans Godefroy, les 
ibrmes Reponaille^ Repostaille, Rcspoustaille^ qui toutes 
ont le sens de cachette et sont très voisines de Respon- 
sailles. C'est donc bien un jeu de cache-cache qu'il faut 
reconnaître ici, et non pas un jeu « dans lequel on simule 
un mariage», — hypothèse d'autant plus invraisemblable 
que, pour être exact, il faudrait dire, au lieu de « mariage », 
« remariage ». — Et quelle espèce de jeu pourrait-ce être 
que celui qui consisterait à simuler un remariage? 

Au JUGE viK, ET JUGE MORT. — (Var. 1 535 : Au juge vif, 
juge mort.) 

A TIRER LES FERS DU FOUR. — SuT CCS dCUX jCUX, UOUS 

n'avons pu recueillir aucun renseignement. 

I. On trouve aussi reponuiaus. Froissart cite ce jeu parmi ceux 
de son enfance (L'Espitiette amoureuse, v. 226, éd. Scheier, t. I, 
p. 94 et V. 2G52, p. i65). 



LES JEUX DE GARGANTUA. 



177 



Au FAULT viLLAiN. — (Var. Dolet : Au faulx villain.) 
« FauXy dit l'Académie (1694), signifie aussi Meschant, 
malin. Faux vilain... » Ce jeu se trouve, parmi d'autres, 
dans le Livre de la Diablerie d'Eloy Damerval (i5o7), au 
chapitre intitulé : « Comment les pastoureaulx et pastu- 
rcUes ensemble se jouent en divers jeux'. » 

II n'est point vie plus proprette 
Se prennent à rire à galer, 
Se vont jouant à la chevrette, 
Au molinet, aux belles quailles, 
Au longz festus, aux courtes pailles, 
Au faux villain ou champ estroit^... 

[Second livre, ch. cxvii.] 

hc faux villain devait se jouer en plein air; c'est tout 
ce qu'il est permis de conclure de ce passage pour l'intel- 
ligence du jeu lui-même. 

Au CAiLLETEAUx. — (Var. Dolet : Au caillleteau.) Caille- 
teaux veut dire ici petits cailloux : « C'est la signification 
propre de ce mot dont Rabelais s'est servi pour signifier 
une espèce de jeu auquel on jouait avec de petits cailloux » 
(La Curne-'). Selon Urquhart, ces cailleteaux étaient au 
nombre de neuf : « At the flints, — traduit-il en effet, — 
or at the nine stones ». Régis ajoute qu'ils étaient dans 
un sac : « Steinel, neun Steinchen in einem Sack. » On 



1. Ce passage est cité, en partie, dans le Recueil de poésies fran- 
çaises d'A. de Montaiglon, t. X, p. 223. 

2. Le champ estroit est-il un autre nom d\ifaux villain? Ou faut-il 
comprendre : an faux villain ou au champ estroit? 

3. « Peut-être est-ce le même que celui des cailles », ajoute La 
Curne. Et il cite, à ce dernier mot, un passage du Moyen de Par- 
venir : 

« Jouer aux jeux qu'aux cailles on appelle, 
Aux filles est chose plaisante et belle. » 

Mais ici il s'agit sans doute des quilles, qu'on a déjà vues sous la 
forme quailles dans la Grande Diablerie. On connaît la significa- 
tion licencieuse de l'expression « jouer aux quilles ». 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. VI. 12 



lyS LES JEUX DE GARGANTUA. 

ne saurait dire exactement quelles étaient les règles de 
ce jeu. 

Au BOSSU AULicAN. — « AuHcan. De cour «, dit Marty- 
hdi\eai\xx [Glossaire]. Régis traduit de même : « Zum hokri- 
gen Hofmann », et pense que c'est un jeu dans lequel on 
boite en contrefaisant le bossu. Aulican viendrait donc 
du latin aulicus, courtisan. Ne donnons point dans la 
fantaisie, et n'en faisons pas, comme Le Duchat (t. I, 
p. 87), une corruption de « mal ingambe », ou, comme 
Esmangart et Johanneau (t. I, p. 418), une graphie vicieuse 
d' « au lit camp », pour au lit de camp. 

A SAiNCT TROUVE. — (Var. 1 535 et Dolet : A sainct trouvé.) 
c( Der Heilig ist funden », — le saint est trouvé, — tra- 
duit Régis. Nous ne savons quel était ce jeu. 

A piNSE MORILLE. — « The game called, Hinch pinch, 
and laugh not », selon Cotgrave (morille). Ce serait donc 
une façon de Pince sans rire. Godefroy [pince merille) 
donne une explication un peu différente : « Sorte de jeu 
dans lequel on pinçait le bras en disant : merille., morille 
ou merine*. » La forme merine se trouve par deux fois 
dans Froissart. Parlant des jeux de son enfance, il écrit : 

Et quant la lune estoit serine, 
Moult bien à la pince merine 
Juiens. 

[L'Espinette amoureuse, v. 193, éd. Schcler, 
t. I, p. 93.] 

Et, dans le Joli buisson de jonece : 

Dist l'un : u J'en sçai un tout nouvel 

« Que je voeil monstrer et aprendre 

« Et qui bien est tailliés^ dou prendre. » 

1. M Ce jeu se joue encore dans la Saintonge : on pince le bras 
en disant /•/«se morille, nous apprend M. Beauséjour » (Esmangart 
et Johanneau, 1823, t. I, p. 418). 

2. Capable de. 



LES JEUX DE GARGANTUA. I79 

Quel est le ju ? on li demande. 

Il respondi à la demande : 

« C'est cils de la pince merine; 

« Enfant de roy et de roine 

« Le poroient par honnour faire. » 

[V. 2930, t. II, p. 87.J 

Ce passage nous permet de fixer Tépoque où ce jeu se 
répandit : il date de la seconde moitié du xiv^ siècle. — 
On rencontre la forme merille dans Les trente six figures 
contenant tous les jeux (iSSy) : 

Ces aultres ci s'exercent bien et beau 
A qui pourra abattre le chapeau 
Avec la main et à pince merille'. 

Enfin il existe une autre forme que Godefroy n'a pas 
notée; elle est donnée par le Voyage de M"^ Guillaume 
(161 2) : « A pince maurille ». 

Au POIRIER. — (Var. Dolet : Au poyrier.) Ce jeu, qui 
doit être une variante du chesne forchu qui vient plus 
loin, et de Varbre forchu (1. IV, ch. xix), « consiste à se 
tenir sur la tête et les mains, tandis que les pieds sont en 
l'air et écartés ». (Adry, arbre.) Régis en donne la même 
explication : « Auf dem Kopfe stehen. » On le trouve 
figuré dans les Jeux de l'Enfance (lôSy), de Stella (pi. 12), 
sous le nom de Culebute, accompagné de cet ingénieux 
sixain : 

A voir leurs soubresauts bouffons 
qui ne diroit que ces Poupons 
auroient bon besoin d'Ellébore ; 
Leurs corps est pourtant bien dressé 
si, selon que dit Pythagore, 
l'homme est un arbre renversé. 

Il est enfin question de ce jeu dans les Avantures du 

I. Loc. cit., dans Godefroy [pince-merille). d'après le Magasin 
pittoresque de 1847, P- ^8. 



l8o LES JEUX DE GARGANTUA. 

baron de Faeneste, de d'Aubigné : « Boila velle compenio 
pour yoiier, ça enfans, au Roy despoùillay : on ayme fort 
d'y yoûer, on vien au poirier » (1. II, ch. vu; éd. Reaume 
et Caussade, t. II, p. 442). 

A piMPOMPET. — Selon Cotgrave, le plaisir du Pimpom- 
pet consiste, pour les joueurs, qui sont au nombre de trois, 
à se donner réciproquement de grands coups de pied dans 
le derrière : « A kind of game wherein three hit each othcr 
on the bum with one of their feet. » N'ayant point d'autre 
donnée sur ce jeu, nous sommes forcés d'en croire le 
savant Anglais. L'étymologie du mot pimpompet reste 
obscure; mais il vaut mieux, peut-être, avouer son igno- 
rance, que d'en faire, comme Esmangart et Johanneau 
(t. I, p. 418-419), un composé de pompe et d'épousée. Le 
désir de tout expliquer a perdu ces commentateurs. 

Au TRioRi. — (Var. Dolet : Au tryori.) Le Triori était 
une danse à trois temps spéciale à la Bretagne. Sur ce 
point, les témoignages contemporains abondent. C'est 
d'abord Rabelais lui-même qui parle des « Bretons bal- 
ladins dansans leurs trioriz fredonnizez » (1. IV, ch. xxxviii), 

— ce passage nous apprend que cette danse était chantée, 

— et mentionne ailleurs « Le trihory de Brctaigne » 
(Appendice, ch. [xxxin] du 1. V). On lit également dans 
les Nouvelles Récréations de Des Périers (i558) : « Mais 
entre tous, il trouva une riche maison de gentil-homme 
de Bretaigne, où il y avoit trois filz de bon âge et de belle 
taille, beaux danseurs de passe-piedz et de trihoriz » 
(V, éd. L. Lacour, t. II, p. 29). 

De ces deux danses, la première appartenait plus par- 
ticulièrement à la Haute-Bretagne; Noël du Fail, faisant 
l'éloge du Triori, écrit en effet : « Mais à la musique, tout 
ainsi que le nombre de trois est vénérable entre ceux qui 
ont fureté et fouillé aux secrets de la théologie, aussi la 
dance de Trihory est trois fois plus magistrale et gail- 
larde que nulle autre; n'en déplaise aux Spondées et 
mesures graves..., vos Branles de Bourgongne, Cham- 
pagne, passe-pied delà Haute-Bretaigne... » [Contes d'Eu- 



LES JEUX "DE GARGANTUA. l8l 

trapel^ [i585], XIX, éd. Assézat, t. II, p. i23). Le Triori, 
au contraire, était bas-breton : « Polygame alors, pour 
défendre la danse du Trihory, saltatio trichorica, et 
rhonneur de long temps acquis à sa basse Bretagne, com- 
bien que par une jalousie les écrivains voisins Payent 
ravalé et celé... » [Ibid.^ p. 122). 

Pourquoi cette danse figure-t-elle dans une liste de 
jeux d'enfants? Il est peu probable qu'il ait jamais existé, 
comme le veut Le Duchat (t. I, p. 82), un jeu imitant le 
Triori de Bretagne. Rabelais, suivant son habitude, pro- 
cède ici par analogie sans se piquer de scrupuleuse exac- 
titude. 

Au CERCLE. — Ce jeu n'est pas celui du cerceau tel qu'il 
se pratique aujourd'hui. Il consistait à tenir un cercle, et 
à le tourner autour de soi, de manière que le corps pas- 
sât dedans (Adry, cercle). C'est ainsi qu'il est représenté 
dans les Jeux de l'Enfance de Stella (pi. 3) : un enfant, 
tenant des deux mains le cercle qu'il a posé devant lui, 
est en train de sauter au travers; l'autre, continuant son 
mouvement, tient le cercle en l'air et va l'abaisser de nou- 
veau pour reprendre la position du premier. 

Michel PsicHARi. 
(A suivre.) 



MELANGES. 



« LE TRANSPORT DES REGNES ET EMPIRES 
DES GRECZ ES FRANÇOIS. » 

Le passage du premier livre étudié récemment par 
notre confrère M. P. Haskovec* présente, aux yeux du 
lecteur non prévenu, un sens très clair, le sens même que 
lui attribuaient, en 1823, Esmangart et Éloi Johanneau'-* : 
c'est un exposé strictement chronologique de la succes- 
sion des « Empires », un Discours en raccourci de l his- 
toire universelle. On y voit les Macédoniens remplaces 
par les Romains, l'Empire romain continué par l'Empire 
d'Orient, et celui-ci par l'Empire « françois », c'est-à-dire 
franc. 

M. Haskovec voudrait modifier sur un point cette inter- 
prétation traditionnelle. Il s'appuie sur un passage du 
Labyrinthe de fortune de Jean Bouchot où il est égale- 
ment question du « transport » de « la monarchie », mais 
où cette monarchie passe des Perses aux Grecs, puis aux 
Romains, puis aux Français ; il note que, dans ce morceau, 
les Grecs sont mélangés aux Troyens, et il en conclut 
qu'à l'exemple de Jean Bouchet, Rabelais a voulu, dans le 
passage dont nous nous occupons, faire allusion à la 
célèbre descendance troycnne des Francs, à la légende de 
Francus, fils d'Hector^. 

1. Revue, t. VI, p. 56 et suiv. 

2. Art. cité, p. 59, n. i. 

3. Bouchetj Épistre de Henry VII' (Montaiglon, Poésies françaises, 
t. III, p. 62) : 

« ... la gentc nation francigène 
Descendue de la tige troyenne. » 



LE TRANSPORT DES REGNES ET EMPIRES. 16:> 

Que Jean Bouchet, comme le rappelle M. Haskovec, 
ait été un ami de Rabelais, voilà qui est évident. Il ne 
Test pas moins « que l'idée que les Français descendaient 
des Grecs ou Troyens occupait de plus en plus les cœurs 
français ». Ajoutons que Rabelais avait très probablement 
lu, contrairement à ce que suppose M. Haskovec', les 
ouvrages historiques dont Bouchet s'était inspiré, tels que 
Gaguinus, Trithemiiis, Sabellicus. 

Mais une remarque s'impose tout de suite, et notre 
érudit confrère n'a pas manqué de la faire : la liste de 
Rabelais ne suit pas le même ordre que celle de Jean 
Bouchet; elle est bien plus conforme à la réalité histo- 
rique : à la série Perses, Grecs et Troyens, Romains, 
Français, elle substitue la série Perses, Macédoniens, 
Romains, Grecs, Français. Force est donc d'admettre, si 
l'on veut que Rabelais se soit inspiré de Jean Bouchet, 
qu'il a fait subir à la liste de ce dernier une forte « cor- 
rection ». Mais cela est plus qu'une correction. En réalité, 
c'est tout le système historique de Bouchet qui s'écroule. 
Car si les Grecs, dont il est ici question, étaient les Grecs 
et les Troyens du temps d'Homère, comment pourraient- 
ils figurer après les Romains, dont les Troyens passent 
pour avoir été les ancêtres? 

Aussi, pour préférer cette hypothèse à l'hypothèse plus 
simple présentée par Esmangart et Éloi Johanneau, il 
nous faudrait de fortes raisons. M. Haskovec n'en donne, 
tout compte fait, qu'une seule : Rabelais, dit-il, n'a pu 
songer à ce que nous appelons aujourd'hui « l'Empire 
grec », parce que « le rôle de Byzance était devenu nul 
depuis presque un siècle à l'époque où il écrivait ». En un 
mot, M. Haskovec pense qu'on n'établissait pas volontiers 
d'identité entre les Byzantins et les anciens Grecs, « au 
temps où l'on s'inspirait surtout de Platon et d'Homère. » 

Voilà une affirmation qui me semble contredite par un 
très grand nombre de faits. 

Pour tous les lettrés, dans la seconde moitié du xv^ siècle 

I. Art. cité, p. 58, n. 2. 



184 I^E TRANSPORT DES REGNES ET EMPIRES. 

et au début du xvi^ siècle, les chrétiens d'Orient qui fuient 
devant Tinvasion turque sont des « Grecs », et n'ont pas 
d'autre nom. « Acta graeca », s'intitulent les Actes du con- 
cile de Florence'. Bessarion se nomme lui-même « car- 
dinalis graecus, natione graeca ». Il vante, dans une lettre 
à Eugène IV^, « graecam illam praeclarissimam sapien- 
tissimamque nationem ». Lorsqu'il exhorte les puissances 
d'Occident à entreprendre une croisade contre le Turc, 
c'est « la Grèce » qu'il les supplie de délivrer d'un joug 
odieux^. Constantinople est, pour lui, « la capitale de 
la Grèce entière ■* ». 

Les exemples abonderaient. — Mais ce n'est pas seule- 
ment dans la langue des lettrés que Constantinople et les 
pays occupés parle Turc sont identifiés couramment avec 
la Grèce, c'est dans la langue des publicistes et des 
hommes d'État. Le chancelier du Prat, dans une lettre 
(sur laquelle nous aurons l'occasion de revenir) à Jérôme 
Schulz, évêque de Brandebourg^, parle de « la Grèce, la 
plus noble partie de l'Europe, que la mollesse et la 
lâcheté des empereurs ont fait toniber sous la domina- 
tion des Turcs ». 

Déjà, lors de la descente de Charles VIII en Italie, 
c'était bien « l'Empire de la Grèce » qui lui avait été pro- 
mis par les « prophètes ». Maître Guilloche et Jean Michel 
s'expriment en ce sens. L'anachorète de Vallombrosa, 
Angelo Fondi, appelle Charles VIII « imperator Graeciae 
et Orientis Jesu Christo constitutus" ». Et le roi lui-même 

1. H. V'ast, Le cardinal Bessarion, p. 4^7. 

2. Ibid., p. 430. 

3. Ibid., p. 454, lettre au doge de Venise. 

4. « Urbs, ... totius graecia... caput. » Plus loin : « Ut ille [hos- 
tisj mox reliqua Graecia... potitus. » — P. 456 : « His fretus prae- 
cipuam Graeciae civitatem nuper aggressus... » 

3. Voy. Journal de Jean Barrillon, t. II, p. 126 et suiv. : « De 
Graecia quoque, nobilissima parte Europae... quae, non pridem 
ignavia atquc vecordia Imperatorum in ditionem Turcharum 
redacta... » P. i36 : « Graeciam et quidquid Terrae Sanctae pridem 
amisimus. » 

6. Lettre aux Florentins. Le texte latin, qui figure au catalogue 
de la Bibliothèque nationale, Lb-** 26 rés., a disparu de ce dépôt; 



LE TRANSPORT DES REGNES ET EMPIRES. l85 

a bien soin de se faire céder par André Paléologue les 
droits qu'avait celui-ci à la succession des empereurs grecs '. 
Il n'y a donc, on le voit, aucune difficulté à admettre que 
les « Grecz » de Rabelais sont « les Byzantins «. 

Mais les textes que nous venons de citer suffisent-ils à 
prouver que l'Empire grec était considéré, au xvi^ siècle, 
comme l'héritier de l'Empire romain, ou que, pour parler 
la langue de maître François, il y avait eu « transport » 
de l'Empire « des Romains es Grecz »? Voici d'autres 
textes qui ne laisseront place à aucun doute. 

L'idée du « transport » de l'Empire, d'une sorte de 
dévolution providentielle de la « monarchie » conférée suc- 
cessivement à tel ou tel peuple, était une idée à la fois 
ancienne^ et courante. Au moment où, du vivant de Maxi- 
milien, s'agitait déjà la question de l'élection de Charles 
d'Espagne comme roi des Romains, Wimpheling avait 
réédité, et dédié à Frédéric de Saxe, un opuscule attribué 
à un évêque de Bamberg du xiv^ siècle, Lupold de Baben- 
burg, et intitulé De jiiribiis et translatione iinperii^ . On y 
soutenait, naturellement, la thèse du k transport » de 
l'Empire des Grecs aux Allemands. Mais, avant l'exhu- 
mation de cette vénérable relique, dès i5o6, Michel 
Kochlin de Tubingue, secrétaire et chancelier de Maxi- 
milien, avait soutenu la mêm.e thèse. Il avait intitulé son 
ouvrage, ce qui est capital pour notre sujet. De imperij a 
Grecis tralatione''. Il l'avait écrit pour répondre aux pré- 
tentions impériales déjà émises par les Français, et 
notamment par Louis XIP. Car, si l'Empire a été « trans- 
mais la traduction italienne (D6188 rés.) dit: « Maximo imperatore 
di Gracia et Oriente da Ghristo constituto. » 

1. Voy. Foncemagne, Acad. des inscr., t. XVII, p. 53g-578. 

2. C'est toute la philosophie de l'histoire de Dante. 

3. S. 1. n. d. [Strasbourg, 7 juillet i5i8]. Un exemplaire à la Maza- 
rine, xv° siècle, 436 A. 

4. Opusculiim Michaelis Cocciiiii Tubingensis alias Kôchlin dicti 
De imperii a Grecis translatione. In quo etiam disseritur, qui Galliae 
populi spectent ad jus et ditionem imperij. Item de Francoriim ori- 
gine ac de duplici Francia. S. 1. n. d. [Strasbourg, i5o6]. 

5. Voy. Jehan Perrault, Insignia peculiari xmi régis...; seul des 
non-Allemands, le roi de France peut être élu empereur. 



l86 LE TRANSPORT DES REGNES ET EMPIRES. 

féré » des Grecs à un autre peuple, c'est aux Francs, en 
la personne de Charlemagne. Pour Kôchlin, les Francs 
ne sont pas les Français, mais les Germains, les Franco- 
niens, et Charlemagne est un Allemand. 

C'est précisément à cette thèse de Coccinius que répond 
Rabelais. A l'identité Byzantins = Grecs, il ajoute une 
autre identité. Francs = Français. Là encore il n'est, 
comme nous Talions voir, que l'écho des idées et des sen- 
timents de son pays et de son temps. 

La lettre de du Prat à laquelle nous avons fait tout à 
l'heure un emprunt n'est pas une lettre ordinaire. Lors de 
la candidature de François 1" à l'Empire, à ce que nous 
rapporte le secrétaire du chancelier, « on envoya secrette- 
ment audit évéque de Brandebourg des raisons de droit, 
par lesquelles on prouvoit que aultre que natif d'Alle- 
maigne pouvoit estre esleu en empereur, ciffiji de le publier 
et faire publier à Franquefort... et par toutes les Alle- 
maignes. Au commencement desdites raisons de droit y 
avoit une epistre familière... «, précisément celle qui nous 
a été conservée'. 

Du Prat y reprenait la théorie du « transport » de 
l'Empire : « Monarchia... secundum varietatem tempo- 
rum varia loca mutavit. » Et cette succession des monar- 
chies, il la décrivait précisément dans l'ordre qui sera, au 
I^"^ livre, celui de Rabelais : « Nam aliquando fuit apud 
Assyrios^ — « des Assyriens es Medes », — deinde... trans- 
lata ad Medos, a Médis ad Persas..., — « des Medes es 
Perses », — a Persis ad Macedones...^ — « des Perses es 
Macedones », — a Macedonibus ad Romauos, a Romanis 
ad Graecos, — « des Macedones es Romains, des Romains 
es Grecz... ». 

Arrivé là, du Prat n'ose pas trancher trop vite la ques- 
tion en faveur des Français. Écrivant à un Allemand pour 
les Allemands, il est obligé de ménager leurs susceptibi- 
lités, et il écrit : *< A Graccis secundum quorumdam opi- 

I. Journal de Jean Ban-illon, II, p. 126. 



LE TRANSPORT DES REGNES ET EMPIRES. 187 

nionem, ut latius inferius dicetur, ad Germanos\.. » 

Pour passer des « Germains » à François I^"", du Prat 
éprouve le besoin de revenir un peu en arrière. Constantin, 
dit-il, transféra le siège de l'Empire de Rome à Byzance^. 
On voit que l'identification établie entre les Grecs et les 
Byzantins est ici encore absolue. — Puis, par suite de la 
mauvaise conduite des empereurs de Constantinople à 
l'égard du Saint-Siège, il y eut une nouvelle translation'^ : 
« Imperium in personam Caroli Magni fuit translatum ab 
Orientalibus et Graecis in Francos », — mais, qui sont l^s 
Francs? — « alii dicunt in Germanos, alii dicunt in Occi- 
dentales et Latinos ». 

Comment choisir entre les Germains et les Occidentaux 
et Latins? C'est ce problème que l'histoire va nous per- 
mettre de résoudre. 

Cette translation avait été faite à Charles en récom- 
pense des services rendus par ses aïeux et par lui-même. 
Aussi l'Empire « mansit apud eum et successores suos 
[sic!) Fi'anciae reges et descendentes ex eis per centum et 
decem circiter annos «. Il est donc faux de dire que l'Em- 
pire ait été « translatum a Graecis in Germanos active et 
passive », puisqu'avant Otton V^ il y eut des empereurs 
français [francigenaé]^ romains, italiens. 

Or, les rois de France, et on le démontre à grand ren- 
fort de textes, sont de souche franque. Si bien que Fran- 
çois d'Angouléme peut invoquer les mérites de ses aïeux, 
« in quorum personam Imperium translatum a Graecis in 
Germanos fuit, ut dictum est supra ». Une identité auda- 
cieuse étant ainsi établie, par l'intermédiaire des Francs, 
entre Germains et Français, du Prat peut clore sa liste 
comme la clora Rabelais : « Des Grecz es Françoys. » 



1. Ibid., p. 12g. 

2. p. i3o : « Considerandum est quod Constantinus transtulit 
sedem Imperialem, quae erat Romae, ad civitatcm Constantinopo- 
litanam, quae olim Bisantium nuncupabatur... » 

3. « Istae cnim sunt causae translationis quae per historiographes 
deducuntur. » 



lOO LE TRANSPORT DES REGNES ET EMPIRES. 

L'argumentation de du Prat fut reprise, en Allemagne 
même, par les défenseurs de la candidature de François I<^^ 
Si nous en croyons Sabinus', — et après lui Sleidan, — 
l'archevêque de Trêves, dans sa harangue aux princes 
électeurs, aurait soutenu cette thèse : « Du temps que la 
France a esté conjointe à l'Alemaigne [ce qui a esté du 
temps des François), cestuy nostre Empire a esté floris- 
sant. » Ranke a établi, de façon péremptoire, que cette 
harangue et les autres que nous donne Sabinus sont de 
purs exercices d'école; elles n'en sont pas moins intéres- 
santes comme témoignage de l'état des esprits. Et c'est 
pour répondre aux raisons des francophiles et des « Ger- 
maniae mastiges » que Gebweiler publiait sa Libertas 
germanica, où il prouvait, en racontant l'histoire des 
Francs depuis Francon, que Jamais Gaulois n'avait régné 
sur les Germains, tandis que les Germains avaient com- 
mandé aux Gaulois-. 

On voit combien cette question du « transport de la 
monarchie^ » était à l'ordre du jour, et comme elle se liait 
aux prétentions du roi de France à l'Empire. Héritier de 
Charlemagne, le roi de France ne renonce pas à ce titre 
impérial qui symbolise à merveille le pouvoir qu'il exerce 
sur ses sujets : 

Empereur est, non seullement régent, 
Car il règne sur la terre et la gent^. 

Rabelais a vécu dans l'atmosphère intellectuelle où cir- 
culaient ces idées. Français, il a fait sienne la thèse fran- 
çaise; il n'a pas un instant hésité devant l'assimilation des 
Français de François l" aux Francs de Charlemagne. 

A-t-il lu la lettre de du Prat, publiée en iSig? Cela n'est 
pas certain, et nous n'avons nul besoin de le supposer. 



1. Je cite d"aprcs la traduction de Sleidan parue en iSgy. 

2. Strasbourg, iSig. Réimpr. dans Goldast, p. SSq. 

3. On la retrouvera, plus tard, dans la Vicissitude de Louis le Roy. 

4. Jean Bouchet, Epistre de Henry VII'. 



LE TRANSPORT DES REGNES ET EMPIRES. 189 

Car les arguments de du Prat étaient la menue monnaie 
des discussions politiques, et Rabelais, client des du Bel- 
lay, a dû être initié par eux aux desseins et aux théories 
de la diplomatie royale. 

Il convient donc d'appliquer à ce passage du l" livre 
la même méthode d'interprétation qui s'est révélée si 
féconde entre les mains du directeur et des collaborateurs 
de cette Revue. C'est dans la réalité contemporaine que 
Rabelais puise la matière de ses inventions même les plus 
bouffonnes. C'est dans la réalité contemporaine qu'il faut 
aller en chercher l'explication. Le passage sur le transport 
de la monarchie et sur la suite des empires se rattache 
directement à tout l'ensemble de la polémique internatio- 
nale de la première moitié du xvi^ siècle; il est comme 
une justification de la candidature de François I^"" à l'Em- 
pire; il contribue à rendre populaires les idées d'où sor- 
tira l'intervention de Henri II en Allemagne. 

Henri Hauser. 



NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SAINT-AYL. 

Tandis que nous cherchions, dans les archives du 
Loiret, le véritable nom du seigneur de Saint-Ayl\ nous 
avions sous la main, aux Archives nationales, la solution 
du problème que M. Jacques Soyer nous a si aimablement 
aidé à résoudre. L'Inventaire des registres des insinuations 
du Châtelet de Paris ^ publié par MM. Campardon et 
Tuetey, vient en effet de nous faire connaître une dona- 
tion du II juillet i55i, où Saint-Ayl tigure sous son nom 
d'Etienne Laurens, avec son fils et l'élu Pailleront. Mal- 
heureusement cet inventaire, source précieuse de docu- 
ments pour rhistoire des règnes de François !«■■ et Henri II, 
n'était pas encore paru au moment où nous entreprenions 
notre travail : nous ne pouvions songer à diriger notre 
enquête du côté des registres du Châtelet. 

Le 11 juillet i55i, Etienne Laurens, seigneur de Saint- 
Ayl, demeurant à Saint-Ayl, bailliage d'Orléans, fait dona- 
tion à Ourson Laurens, son fils, émancipé le même jour 
et représenté par Jean Pailleron, élu d'Orléans, son cura- 
teur par justice, de tous « les heritaiges, maisons, censés, 
rentes, meubles et immeubles quelconques que ledict 
Laurens, donateur, a à luy appartenant de son conqucsi 
par luy faict des enfants du seigneur de Tigny et autres, 
tant en la ville de Metz en Lorraine que es environs ». Il 
réserve l'usufruit de ces biens pour lui et sa femme. 
Rose Lejart ^, leur vie durant. Deux jours après, le 1 3 juillet, 

I. Voy. Les amitiés de Rabelais en Orléanais et Le véritable nom 
du seigneur de Saint-Ayl {Rev. des Et. rab., igob). 

1. E. Campardon et A. Tuetey, Inventaire des registres des Insinua- 
tions du Châtelet de Paris sous les règnes de François I" et de 
Henri II. Paris, 1907, in-4% p. 483. , 

3. Elle est appelée Le Tard dans le manuscrit 56o, p. 204 de la 
bibl. d'Orléans {Rev. des Et. rab., igoS, p. iSy). 



NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SAINT- AYL. I9I 

le contrat est insinué au Châtelet à la requête de Lancelot 
Picart, procureur de Saint-Ayl, et de Jean Pailleron, 
représentant Orson Laurens'. 

Nous n'avons pas besoin d'insister sur l'importance de 
cet acte.- 

Ainsi, à une date que nous ne pouvons préciser, mais 
antérieure à i55i, Saint-Ayl possédait des biens à Metz et 
aux environs. Il y avait acheté des maisons et des terres, 
et en reversait la propriété sur la tête de son fils, peut-être 
dans la crainte d'une confiscation à laquelle son rôle 
d'agent secret pouvait l'exposer de la part des Impériaux. 

Si la vente consentie par les héritiers de Tigny se place 
aux environs de i55i, — ce que nous n'avons pu vérifier, 
nos demandes de renseignements aux archives de Metz 
étant restées sans réponse, — Etienne Laurens se serait 
peut-être ménagé par ordre des intelligences dans une ville 
que l'armée de Henri II allait occuper quelques mois plus 
tard. Mais il est plus probable que Saint-Ayl était pro- 
priétaire depuis longtemps déjà lorsqu'il signa sa dona- 
tion. On s'expliquerait ainsi comment toutes ses missions 
en Allemagne aboutissaient fatalement à Metz^, soit à 
l'aller, soit au retour. Le 4 juin i536, Guillaume du Bellay 
écrit à son frère le cardinal : « Je seray encore à Metz chez 
M. de Sainct-Ayl. « A la fin de mars 1646, Saint-Ayl passe 
à Metz au retour de sa mission près des princes allemands. 
Le 6 février 047, il y repasse encore, en revenant de se 
concerter avec Sturm et Sleidan. De ce voyage, il rapporte 
la fameuse lettre de Rabelais au cardinal du Bellay, qui 
se trouve singulièrement éclairée par le document des 
registres du Châtelet. 

On n'a plus besoin de chercher de raisons lointaines au 
séjour de Rabelais à Metz. Il était tout simplement chez 
son ami Saint-Ayl qui lui offrait, en Lorraine, l'hospita- 

1. Arch. nat., Y 96, vol. II, fol. 392. 

2. Il existe une localité de Saint-Ail, canton de Briey, à droite de 
l'Orne. Nous ne pensons pas qu'on en puisse tirer aucune déduc- 
tion, car le nom existe dès 1404. 



192 NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SAINT-AYL. 

lité qu'il lui avait si libéralement accordée en Orléanais 
quatre ans auparavant. Maître François avait sans doute 
passé la frontière, avec l'agent secret de François I^^^ dans 
les premiers jours de janvier 1546. Pendant que l'infati- 
gable négociateur galopait sur les routes d'Alsace, le bon 
Tourangeau s'installait au logis de son ami, se faisait 
agréer comme médecin stipendié de la ville de Metz, et 
« vivotait » honnêtement, un peu à court d'argent (c'était 
une maladie), mais à l'abri de la misère. 

Nous comprenons maintenant comment Saint-Ayl, qui 
savait à quoi s'en tenir sur la détresse plus ou moins 
exagérée de son ami, prit si peu de soin de recommander 
sa supplique au cardinal, et se contenta de lui annoncer 
en trois mots qu'il lui rapportait « une lectre de Rabe- 
lays ». 

Donation d'Etienne Lauretis à son fils Ourson, de tous ses biens 
à Met^ ou aux environs ( 1 1 juillet i55 1 ). 

A tous ceulx qui ces présentes lettres verront Anthoine 
Duprat, chevalier, baron de Thiers et de Viteaulx, seigneur de 
Nantoillet et de Precy, conseiller du roy notre sire, gentil- 
homme ordinaire de sa chambre et garde de la prevosté de 
Paris, salut. Sçavoir faisons que par devant Guillaume Paien 
et Jehan Trouvé, notaires du roy notre dit sire, et de par luy 
ordonnez, créez et establiz en son Chastellet de Paris, fut pré- 
sent en sa personne noble homme Estienne Laurens, seigneur 
de Sainct Ail, demeurant audict lieu de Sainct Ayl, on bailliage 
d'Orléans, lequel de son bon gré, pure, franche et liberalle 
volunté, sans contraincte, recognut et confessa en la pré- 
sente et pardevant lesdicts notaires comme en droict jugement 
devant nous, et confesse avoir donné, ceddé, transporté et 
délaissé, et par ces présents donne, cedde, transporte et 
délaisse de tout des maintenant à tousjours par donation 
irrévocable faicte entre vifz sans espouoir (?) de jamais le revoc- 
quer, aller ne venir au contraire, promist et promect garentir 
de tous troubles et empeschemenz quelconques à Ourson 
Laurens, son filz naturel et légitime et de luy ce jour d'huy 
emancippé, absent, honorable homme maistre Jean Pailleron, 
esleu d'Orléans, son curateur crée par justice, pour ce présent, 



NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SAINT-AYL. ig3 

stipullant et acceptant pour ledit Ourson, ses hoirs et aians 
cause ou temps advenir, tous et ungs chascuns les heritaiges, 
maisons, censés, rentes, meubles et immeubles quelconques 
que ledict Laurens, donateur, a à luy appartenant de son con- 
quest par luy faict des enfants du seigneur de Tigny et autres, 
tant en la ville de Metz en Lorraine que es environs, sans 
aucune chose en excepter ne retenir par ledict donateur à 
quelque pris, valleur et estimation que le tout se puisse 
monter, pour desdictes choses données en joyr par ledict Our- 
son, donataire, sesdicts hoirs et aians cause,à tousjours, et par 
luy en faire et disposer comme de sa chose vraye et à luy 
appartenant de son conquest, aux charges des cens, rentes, 
charges foncières et redevances annuelles et perpétuelles que 
lesdicts immeubles sont chargez et reddevables envers les sei- 
gneurs, celuy ou ceulx, de qui ilz sont tenuz et mouvans soyt 
en fief ou en roture, que le dict donateur a dict ne sçavoir dire 
ne déclarer ne de quelles charges ilz sont chargez, et encores 
des facultez des rachaptz et remerez que ledict donateur auroit 
donnez de retirer à luy partie desdicts immeubles aux ven- 
deurs d'iceulx, tant seullement cestz don, cession, transport et 
délaissement faictz ausdictes charges et à la réservation de 
l'usuflruict desdictes choses données dud. donateur et de Roze 
Lejart, sa femme, pour en joyr par eulx et la survivance d'eulx 
deux leurs vies durant seullement. Apres le trespas desd. dona- 
teur et de sad. femme leurd. usuffruict demourra reuny et 
consolidé à la propriété desd. choses données, desquelles 
lesd. mariez ne joiront que soubz le nom et tiltre de précaire 
pour et ou nom dud. donataire. Et en oultre pour la bonne 
amour paternelle que led. donateur a et porte aud. dona- 
taire, son filz, pour plusieurs causes et raisons à ce le 
mouvant, et que tel est son plaisir et voulloir de ainsi le 
faire, luy transportant en oultre par ledict donateur tous les 
droictz de propriété, de possession, fons, saisine, seigneurie, 
noms, raisons, actions rescisoires, rescindentes et aultres 
quelconques qu'il a et peult avoir esd. choses données, les- 
quelles à la réservation des usuffruictz que dessus led. 
donateur s'en est dessaisi, desmis et devestu du tout pour et 
ou nom et au prouffict dud. donataire, sond. filz, et de sesd. 
hoirs et aians cause, vouUant, consentant et expressément 
accordant que par le bail et obstention de ces présentes led. 
donataire en feust et soyt de tout saisi, vestu, mis et receu en 

REV. DES ET. RABELAISIENNES. VI. iS 



194 NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SAINT-AYL. 

bonne et suffisante saisine et possession, foy et hommaige par 
les seigneurs, celuy ou ceulx, et partout ailleurs où il appar- 
tiendra, et que à ce faire y soient gardées les soUempnitez 
requises selon les coustumes des lieux où lesd. heritaiges et 
choses données sont scituez et assises, et lad. présente dona- 
tion estre insinuée et enregistrée tant aud. Chastellet de Paris 
comme par tout ailleurs selon l'ordonnance, et neantmoins 
pour ce faire, voulloir, requérir, consentir et accorder estre 
faict, feist, nomma et constitua son procureur gênerai et espe- 
cial, irrévocable et porteur de cesd. présentes, auquel il a 
donné et donne plain pouvoir, permission, auctorité (?) et man- 
dement especial de ce faire et en oultre tout ce que au cas 
appartiendra et sera nécessaire, lesquels presens, donation, 
cession, transport et choses susd. et en cesd. présentes conte- 
nues et escriptes, à la réservation des usuflfruictsz que dessus, 
promist et jura led. donateur par les foy et serment de son 
corps avoir bien agréables, tenir fermes et stables à tous jours, 
sans y contrevenir en aucune manière, sur peine de rendre et 
paier à pur et à plain et sans procès tous coustz, fraiz, mises, 
despens, dommaiges et interestz qui (?) faictz, soufTerz et sous- 
tenus seroient par default de garentie et choses susdictes non 
entretenues, selon et ainsi que dessus est dict, et en ce pourchas- 
sant et requérant soubz l'obligation de tous et chacuns ses biens 
et de ceulx de ses hoirs, meubles et immeubles, presens et 
advenir, qu'il en soubzmist et soubzmect pour ce de tout à la 
jurisdiction et contraincte de lad. prevosté de Paris et de toutes 
autres justices et jurisdictions où trouvez seront, et renonça 
en ce faisant expressément à toutes choses generallement 
quelconques contraires à ces lettres et au droict, disant géné- 
rale renonciation non valloir. En tesmoing de ce nous, à la 
rellation desd. notaires, avons faict mectre le seel de lad. pre- 
vosté de Paris à cesd. présentes lettres qui faictes et passées 
furent doubles l'an mil cinq cens cinquante ung, le samedy 
unziesme jour de juillet, les présentes pour led. Ourson. 
Signé : Payen, Trouvé, et au doz du contract cy devant trans- 
cript est escript en regard par led. Trouvé, notaire, aud. doz 
a esté mis l'insinuation en la forme telle : 

L'an mil V<: l.j, le lundi treziesme jour de juillet, sont com- 
paruz devant nous on Chastellet de Paris maistre Lancelot 
Picart, procureur dud. Chastellet, et noble homme maistre 



NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SAINT- AYL. igS 

Jean Pailleron, esleu pour le roy nostre sire en l'eslection 
d'Orléans, lesquelz ensemblement nous ont présenté le présent 
contract et icellui insinué, assavoir par led. le Picart pour et 
ou nom comme procureur de Estienne Laurens, escuier, sr de 
Sainct Ayl, donateur nommé aud. contract, en vertu de povoir 
à luy donné par led. donateur contenu et déclaré par icellui 
contrat, et par led. Pailleron pour et ou nom aussi et comme 
curateur crée par justice aux causes et biens de Ourson Lau- 
rens, escuier, filz emancippé dud. Estienne Laurens, donataire 
aussi nommé en icellui contrat, le tout aux charges et condi- 
tions apposées par led. contract, dont et de laquelle insinua- 
tion led. le Picart oud. nom procuratoire et led. Pailleron, 
aussi oud. nom de curateur et encores stipullant pour led. 
donataire, ont requis et demandé lettres, si leur ont esté 
octroyé ces présentes en ceste forme pour leur servir et valloir 
en temps et lieu comme de raison, et ordonné icellui contract 
estre enregistré, ce qui a esté faict, le tout suivant l'ordon- 
nance, et après rendu aud. Pailleron. 

Henri Clouzot. 



LE « RABELAIS RESSUSCITE » 

(1611). 

Jean Petit lit paraître en 161 1 à Rouen un volume inti- 
tulé : « Rabelais ressuscité, récitant les Faicts et Compor- 
tements admirables au très valeureux Grangosier, Roy de 
Place vuide. « C'était un in- 1 2 de petite taille : l'imprimeur 
Anthoine du Brueil, demeurant à Paris en la rue Saint- 
Jacques, à la Couronne, donna de ce livre une seconde 
édition en 1614, puis en i6i5 une troisième. Qu'était-ce 
donc que cet ouvrage divisé en vingt-trois chapitres et 
« traduict du grec aflVicain en françois par Thibaut le 
Nattier, clerc du lieu de Bourges en Bassigny » ? Qu'é- 
tait-ce que cette fantaisie voulait signifier? En vérité, pas 
grand'chose. Mais cet ouvrage a du moins la valeur d'un 
mince document, et, quoiqu'il n'ait point d'autre valeur 
plus enviable, il nous intéresse à ce titre. En outre, c'est 
un livre fort rare, un livre que les bibliophiles désirent, et 
Gay le réédita pour eux en 1867. 

Ce « Rabelais ressuscité » est écrit par un certain 
N. de Horry : dans un « avertissement aux lecteurs 
aveuglez ayant congnoissance de la Langue latine pour 
congnoistre combien de fois se trouve le nom de l'autheur 
en la dicte langue, et les propriétez qui en dérivent », 
l'auteur s'amuse et veut se montrer spirituel; il remarque 
que son nom est tout ensemble le génitif du mot 
« aurum », le datif du mot « auris », l'impératif du verbe 
« haurio », le datif d' « os ». Il y a donc l'or, l'oreille, la 
bouche, et l'action de puiser dans ce nom d'Horry, et il 
parait que cela n'est que justice, parce que l'auteur est fort 
pauvre, fort sourd, fort ignorant,... et fort amateur de 
vin, craignant toujours d'avoir le gosier desséché : il 
insiste sur tout cela et il appuie, il appuie trop. — Voyez 
aussi sa dédicace « a hault et puissant seigneur, messire 



LE « RABELAIS RESSUSCITE «. IQy 

au tonnevin de la Fricassade, comte de Nulleville, cheva- 
lier de l'ordre des crocheteurs, baron de Chasteau ruiné, 
gouverneur des mousches au duché de Sansterre et pre- 
mier président au Parlement de nulle jurisdiction «. 

Par les calembours sur Horry et par cette dédicace 
pompeuse, nous sommes avertis de ce que peut être le 
« Rabelais ressuscité ». C'est Rabelais alourdi, caricaturé, 
presque ridicule, c'est Rabelais sans art et sans mesure, 
c'est Rabelais qui s'efforce de rire et de faire rire, au lieu 
de rire à gorge déployée avec naturel, avec bonhomie, 
avec force, avec finesse aussi par moments. Mais cette 
parodie même est amusante, et ce « Rabelais ressuscité », 
qui ressemble à l'une de ces glaces méchantes dont le but 
est de dénaturer les objets qu'elles reflètent, mérite par 
cela même un instant d'intérêt. 

Cet intérêt s'augmente par la date de l'ouvrage, et il 
importe de noter qu'au début du xvii= siècle quelqu'un 
prit plaisir à écrire « en marge de Rabelais » ; sur les 
marges il écrivit de bien mauvaises et de bien sottes 
choses sans doute, mais il éprouva le besoin d'écrire, et il 
eut, parce qu'il était un niais et médiocre interprète de 
Rabelais, l'envie de s'inspirer du Gargantua de Panta- 
gruel pour joindre à leur splendide ensemble quelques 
chapitres..., mais la « substantificque moelle » ne nour- 
rissait pas les idées de M. de Horry et, sans elle, ce 
n'étaient que propos fades et insipides. 

D'abord, il nous raconte comment Trousseviande, père 
de Grangosier, fut marié avec la fille du roi Malangeance 
et comment ils furent incapables d'avoir des enfants, et 
puis comment il fit assembler les médecins et s'aida de 
leurs conseils; l'un des médecins fait tant et si bien que la 
reine devient grosse et met au monde Grangosier. Ce 
Grangosier est une copie du héros de Rabelais. Il mange 
à chaque repas « deux mille bœufs, huict mille moutons, 
six mille veaux, dix mille chapons, vingt-cinq mille per- 
drix, quarante-deux mille allouettes et plusieurs autres 
choses » ; et il boit dans un « verre de bois qui tient quatre 



igS LE « RABELAIS RESSUSCITÉ ». 

cents muids de vin, qu'il vide toujours douze fois pour le 
moins à chaque repas ». Alors, il dégèle le pays qu'il 
appauvrit, et alors les hommes habitant les rgions voi- 
sines se mettent en guerre contre lui, et il les disperse; il 
boit l'eau de la mer et dévore les poissons pour satisfaire 
son appétit. 

Trousseviande envoie son fils étudier en l'université de 
« Peu destudes » ; mais il n'étudie guère et ses camarades 
le raillent de ne pas savoir « décliner musa, ni conjuguer 
amo ». Alors, Grangosier part pour Paris sur l'ordre de 
son père qui lui adresse quelque argent, « car ceux qui 
n'en ont point y ont difficile accès ». Grangosier est intro- 
duit dans le collège d'Ignorance; il est plein de malice, 
tenant sous le manteau « son livre ouvert où était écrite 
sa leçon », et « ayant un autre livre qu'il fermoit faignant 
que ce fust celuy dans lequel estoit escrite sa leçon qu'il 
tenoit en sa main, le haussant et monstrant appertement, 
puis baissant sa veuc sur celui quil tenoit sous son man- 
teau » ; il trompe son maître, et ce petit tour, cette plai- 
santerie d'écolier du xvii^ siècle me divertit assez... Bref, 
Grangosier est reçu docteur en la dite université. 

Un jour, Grangosier apprend la mort de sa mère 
« estranglée en mangeant une poire cuite fricassée au 
beurre verd » ; il écrit donc à son père, et afin de le con- 
soler, il lui annonce son titre de docteur : lettre qui rap- 
pelle trop et pas assez cependant la teneur de celle que 
nous trouvons dans Rabelais, et, pour faire pendant à 
l'épisode des cloches, Horry suggère à Grangosier le vol 
de Notre-Dame elle-même, la plus belle des églises « tant 
pour sa magnificence, structure et hauteur que pour ses 
richesses ». Mais un crocheteur s'aperçoit du projet de 
Grangosier et l'empêche de l'accomplir. Trousseviande 
meurt : Grangosier est contraint de disputer avec Avalle- 
vin, son cousin, qui lui cherche querelle. 

Mais c'est ensuite la bataille contre les Francs toupins ; 
Grangosier est appelé par Happebran à son secours : il le 
secourt en effet et Happebran marie son sauveur à sa fille. 



LE « RABELAIS RESSUSCITE ». I QQ 

dame Robinette de Chastrepoulles, duchesse de Motte- 
creuse... Le seigneur Machecrouste Etouffepasté n'est pas 
enchanté de ce mariage, car le seigneur Machecrouste 
prétend avoir reçu de la dame certaines promesses anté- 
rieures. Il résulte de cette affaire un procès, et l'auteur 
n'est pas à court de détails enfantins pour allonger et 
embellir, à ce qu'il croit, son récit. Grangosier remplace 
Happebran, décédé, et il rédige des ordonnances royaux. 
Au lieu de commencer par la formule classique : « A tous 
ceux qui les présentes lettres verront, » il préfère cette 
formule-ci par exemple : « A tous gueux et porteurs de 
bezaces, qui après la lecture des présentes lettres boiront », 
et ainsi du reste. Grangosier est un prince égoïste : il 
interdit à ses sujets de chasser et en outre il les accable 
de tailles et de gabelles. 

Enfin nous arrivons au terme de ce « Rabelais ressus- 
cité » : un soir de bombance et d'orgie, Grangosier 
meurt pour avoir avalé des boeufs avec leurs cornes; ces 
cornes lui « crevèrent les trippes et boyeaux, dont il en 
mourust soudainement avec grande douleur ». 

Le peuple se lamente : le Roi est mort, vive le Roi!... 
D'ailleurs, je ne me soucie pas de conclure, comme con- 
clut la préface de Gay, que le « Rabelais ressuscité » est 
l'expression des haines d'un ancien ligueur et que Gran- 
gosier peut être ce roi « qui avait si fréquemment changé 
de religion, qui, dans tant de guerres, avait fait tuer un si 
grand nombre de Français, et qui, lors du siège de Paris, 
réduisit les Parisiens à la famine »;... que Grangosier ait 
certains traits de caractère, — s'il l'on peut dire qu'il ait 
un caractère, — communs avec ceux d'un roi de France, 
je le veux bien, mais il ne faut pas attacher plus de valeur 
qu'il ne convient à ce rapprochement probable. 

Quant au rapprochement avec Rabelais, puisqu'il s'im- 
pose par le titre même du volume, il en résulte que ce 
Rabelais ressuscité fait du personnage rabelaisien une 
caricature grossière. C'est un goinfre, mais ce n'est que 
cela. Ce goinfre doit s'instruire, comme doit s'instruire 



200 LE « RABELAIS RESSUSCITE ». 

Pantagruel, ce goinfre veut voler Notre-Dame, comme 
l'autre vole les cloches; Horry se souvient aussi de la 
célèbre lettre sur les études, et il transcrit le calembour 
« Dieu a fait les planettes, et moi je fais les plats nets «. 

Œuvre prétentieuse, fade, œuvre sans vie, farcie de 
lourdes balivernes; elle est écrite dans un style ampoulé 
qui tâche à paraître léger, pimpant, alerte... Mais enfin, 
c'est sinon le premier type, du moins l'un des premiers de 
ce genre burlesque qui s'épanouira avec Scarron et avec 
d'Assoucy. 

Le « Rabelais ressuscité », c'est presque, c'est tout à fait 
un « Rabelais travesti ». 

Charles Oulmont. 



TROIS LIVRETS RARES. 



M. Abel Lefranc a étudié, en février, dans une de ses 
leçons du Collège de France et au cours d'une des der- 
nières séances de la Société, plusieurs ouvrages intéres- 
sant la bibliographie rabelaisienne : 

1° Le songe de Pantagruel^ publié à Paris, en septembre 
1542, chez André Saulnier, par le poète berrichon Fran- 
çois Habert' , avec La défloration de feu messire Anthoine 
Du Bourg, chevalier, chancellier de France. Ce raris- 
sime opuscule n'avait jamais été étudié Jusqu'à présent au 
point de vue rabelaisien, ni même, semble-t-il, au point 
de vue plus général de l'histoire littéraire du xvi^ siècle. 
Cette étude sera prochainement publiée dans notre i^evz^e. 
Le fac-similé ci -Joint reproduit le titre de cette très 
piquante composition où François Habert esquisse par 
avance, à certains égards, plusieurs des données caracté- 
ristiques que Rabelais devait traiter trois ans plus tard 
dans son Tiers-Livre. 

2° L'édition donnée à Lyon en i534, chez François Juste, 
des Fantastiques batailles des grans roys Rodilardus et 
Croacus que le bibliophile Jacob, à qui l'on doit la repro- 
duction d'une édition de iSSg du même opuscule, n'a pas 
connue, ou du moins dont il n'a connu que le titre. Nous 
donnons la reproduction du titre de cette plaquette raris- 
sime qui raconte la guerre des rats et des grenouilles et 
qu'a inspirée la Batrachomyomachie longtemps attribuée 
à Homère. L'ouvrage dont il s'agit avait d'abord été com- 
posé en latin par l'Italien Eliseo Calenzio. La traduction 
française, rédigée en une langue excellente, et dont cer- 
taines pages offrent un grand charme, avait été attribuée à 

I. Dans la Littérature en Berry (Paris, Francis Laur, 1900, in-8°), 
M. Auguste Théret a consacré à François Habert une étude utile où 
se rencontrent quelques lignes sur le Songe de Pantagruel, p. 5i-52. 



202 TROIS LIVRETS RARES. 

Rabelais par Paul Lacroix. C'est une erreur. Cette traduc- 
tion est l'œuvre d'Antoine Milesiics, qui l'a dédiée à un 
homonyme, son parent. A la suite de l'œuvre de Calenzio 
figure un traité De la nature des Rat^ tout à fait curieux, 
dans lequel sont cités toute une première série d'apo- 
logues doctes et joyeux où le rat joue un rôle : du rat et 
de la grenouille; du chat et du rat; du milan et du rat; du 
rat urbain et du rustique; du lion et du rat; du laboureur 
et du rat; du rat et du taureau; puis une seconde série 
d'apologues où la grenouille joue un rôle : du bœuf et de 
la grenouille; de la tortue et des grenouilles, etc. Il 
semble, en plus d'un endroit de la traduction des Fantas- 
tiques batailles^ que l'influence du style de Rabelais ait été 
subie par le traducteur. L'officine de Juste était chère à 
l'auteur du Gargantua et il n'est nullement étonnant que 
cette influence se soit fait sentir sur les auteurs stipendiés 
par le libraire lyonnais. 

3° Les Satyres chrestiennes de la Cuisine papale^ Genève, 
Conrad Badius, i56o, par Pierre Viret. M. Abel Lefranc 
a montré les rapprochements d'un grand intérêt qu'on 
peut établir entre cet ouvrage et les œuvres de Rabelais, 
tant au point de vue du vocabulaire que des images, 
noms, allusions, satires, etc. Il a relevé notamment plu- 
sieurs ressemblances qui existent entre le volume de Viret 
et le V« livre et particulièrement Vlsle sonante. D'une 
façon générale, les analogies verbales et autres qu'il a 
signalées sont à la fois nombreuses et caractéristiques'. 

I. Nous ne saurions trop remercier notre confrùre M. Gustave 
Maçon de l'extrême obligeance avec laquelle il nous a procuré les 
fac-similés ci-joints et d'autres encore qui seront donnés ultérieu- 
rement dans cette Revue. 




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DOCUMENTS 

RELATIFS A LA FAMILLE RABELAIS. 

Les notes ci-après, compilation de renseignements iné- 
dits ou peu connus, ont pour but de faciliter rétablisse- 
ment d'un tableau généalogique de la famille Rabelais. 

I. 

Document relatif à Guillaume Rabelais, un des ancêtres 
de François; c'est une déclaration d'un paiement de rente 
en nature due par le dit Guillaume Rabelais à un digni- 
taire de Tabbaye de Seuilly* : 

Ce sont les rentes dues au segretain de Seuillé, des per- 
sonnes cy-apres déclarées, reçues par Martin Baillargeau, 
recepveur du dit segretain pour l'an IIII^ cens cinqte sept. 
(1457)... En froment, mesure de Seuillé : ... Guillaume Rabel- 
lais : xnnb. (14 boisseaux)... S'ensuit que Martin Baillargeau 
a l'eau des rentes du segretain : ... Guillaume Rabellais (fro- 
ment) xinib. (14 boisseaux)... 

(Archives d'Indre-et-Loire, H. 58i.) 

IL 

Déclarations de terres et vignes rendues à l'abbaye de 
Seuilly par Antoine Bodin et autres en i556. La dite 
déclaration reçue aux plaids de Seuilly-l'Abbaye, par un 
personnage qui signe : P. Rabelays. Quel est ce prénom? 
On l'ignore; on ne connaît jusqu'ici aucun autre docu- 
ment où il soit question d'un parent de Rabelais ayant la 
lettre P comme initiale de son prénom. 

Déclaration... 

Baillée et rendu ceste présente déclaration par le dit 

1. Seuilly, comm. du cant. et de l'arr. de Chinon (Indre-et-Loire). 



204 DOCUMENTS RELATIFS 

Anthoine Bodin et autres de Seuilly-l'Abbaye, reunis le sei- 
ziesme jour de febvrier mil cinq cens cinquante et six. — 
(Signé :) P. Rabelays. 
(Archives d'Indre-et-Loire, H. 58i.) 

III. 

Dans un aveu du 24 juillei 1640, le seigneur de la chà- 
tellenie de la Roche-Clermault fait l'énumération des 
droits et des divers revenus de son domaine; on y relève 
ces deux passages : 

... Item, m'est deu deux deniers sur un demy arpent de 
terre près le clos du moulin, qui a appartenu à Rabellais, doc- 
teur, joignant au carroi du dit moulin, joignant un chemin qui 
va du dit moulin à l'église de Cynais. 

... Item, René Le Bloy au lieu de Guillaume Rabellays, pour 
caves et jardins au Vau-de-Signy, paroisse de Lerné, douze 
boisseaux de froment de rente. 

(Aveu cité par M. de BusseroUe, Dictionnaire historique d'Indre- 
et-Loire, t. V, p. 36g.) 

IV. 

Les documents publiés ci-après sont reproduits in 
extenso. Cette publication rectifiera quelques erreurs qui 
s'étaient glissées dans une analyse donnée dans le Bulletin 
de la Société archéologique de Touraine (t. IV, p. 327). 

Documents relatifs à une rente due en i638 par divers 
à la fabrique de l'église paroissiale Saint-Maurice de 
Chinon. 

Le jour de la feste de la Saint-Michel est dû par maistres 
Yves Lenain, conseiller et eslu à Chinon et André Guérin, 
procureur, huict livres, laquelle rente est donnée à l'esglise et 
fabrique de Saint-Maurice de Chinon par maistre Anthoine 
Rabelais, sieur de la Deviniere, et sa femme, suivant leurs tes- 
taments et jugement du vingt-deuxième jour de janvier mil 
cinq cens cinquante neuf, aux charges de dire deux anniver- 
saires par chacun an, scavoir ung le jour feste de Saint- 



A LA FAMILLE RABELAIS. 2o5 

Antoine, l'autre feste de Sainte-Catherine et chascun mercredy 
de la semaine, une messe; laquelle rente est assignée sur les 
maisons et appartenances et despendances d'icelles acquises 
par les dicts sieurs Le Nain et Guérin de messire Jehan 
Beurges, prestre, curé de la paroisse de Cinais, l'ung des héri- 
tiers de deffunte Catherine Polus, veuve de Jehan Richer, 
establies en la ville du dict Chinon et paroisse du dict Saint- 
Maurice, qu'ils ont partagé entre eux la part du dit Lenain par 
luy arrentée, jointe à la maison où il demeure ce présent située 
devant l'auditoire royal du dit Chinon, et la part du dit Gué- 
rin, là aussi arrentée et joincte à une maison à luy apparte- 
nant, joignant d'une part à la dicte maison du dict Lenain, 
d'autre à la maison de maistre Robert Pasquault, advocat au 
dict Chinon, à cause de Catherine Clemenceau, sa femme; 
Adam Chaufour, lieutenant à Richelieu, à cause de Renée Cle- 
menceau, sa femme; François Jehanet, procureur au dict Chi- 
non, à cause de Louise Clemenceau, sa femme; et des autres 
enfants héritiers de deffunct Jacques Clemenceau, advocat au 
dict Chinon, et Catherine Beurges, sa femme, qu'ils ont 
acquise de maistre Michel Bourdault, sieur de Bournan, 
comme l'ayant eu par succession de deffunct maistre Chris- 
tophe Vallée, sieur de Lespinays, conseiller et eslu au dict Chi- 
non; d'autre part le devant du pavé de la rue tendant du dict 
auditoire à la porte du Vieil-Marché; d'autre part, par le der- 
rière, ung jardin despendant de la maison de Jehanne Barbier, 
veuve de maistre René Bridonneau, conseiller au dict Chinon, 
qu'il l'avoit acquise de deffunct maistre Charles Beysnard, con- 
seiller et eslu au dict Chinon, les tiltres de laquelle rente sont 
ung partage du vingt-sixiesme jour de janvier mil cinq cens 
trente quatre, fait des biens de la succession du dict Anthoine 
Rabelais et sa femme, entre Jeamet Rabelais, Anthoine Rabe- 
lais, René Pallu gt F"rançoise Rabelais, sa femme, Jehan 
Gallet, Michel Endre, et autres héritiers ; plus ung autre partage 
fait entre les dessus dicts de la dicte succession du quator- 
ziesme d'aoust mil cinq cens trente neuf par lesquels ils 
estoient chargés de payer la dicte rente de huict livres à la 
dicte église et fabrique du dict Saint-Maurice pour raison du 
dict service; plus deux sentences rendues au profit des pro- 
cureurs fabriciers de la dite église de Saint-Maurice contre 
maistre Jehan Richer et sa femme et maistre Jacques Baude- 
lon, par laquelle ils sont condamnés à paier, par faire, conti- 



206 DOCUMENTS RELATIFS 

nuer la dicte rente de huict livres à la dicte église et fabrique 
du dict Saint-Maurice au dict terme Saint-Michel, Tune don- 
née au siège royal de Chinon le neufviesme jour de décembre 
mil cinq cens quatre-vingt-trois, signée Gallet; et l'autre au 
siège presiditial de Tours, le quinziesme jour de mars mil 
cinq cens quatre-vingt-cinq, signée Chemin; confirmant celle 
rendue au dict Chinon par l'appel qui en avait été interjecté 
et oultre une condamnation soufferte par les dicts Lenain et 
Guerin au profit des procureurs fabriciers de la dicte église 
Saint-Maurice le neufiesme jour de may mil six cens vingt- 
deux, qui est au registre au huitiesme feuillet du dernier 
papier sur lequel sont registre les dernières condamnations de 
la dicte fabrice, lesquels pièces sont en ce livre cotté par 
laquelle condamnation est passée par Saget, notaire. 
Amorty pour payer une taxe suivant la note d'autre part : 
Par acte passé par devant Gouyn, notaire royal, le xxviii may 
1642, la dicte rente de viii livres a esté amortie à Mrs les habi- 
tants et fabriciers; et l'argent porté à Tours pour acquiter la 
taxe faite sur la fabrice. 

7 Janvier. 

Le septiesme de janvier, jour de Sainct-Anthoine, doibe 
estre dict en l'église de Monsieur Saint-Maurice de Chinon, 
pour maistre Anthoine Rabelays et sa femme, un anniversaire 
pour lequel on faict dire aussi ung autre le jour de Saincte- 
Catherine et plus chascun mercredy de la sepmaine une messe ; 
il a donné huit livres de rentes, suivant son testament du vingt- 
deuxiesme janvier iSSg, dont les pièces sont en la liasse cottée 
par L. L. 

25 Novembre. 

Plus le dit jour de Sainte-Catherine doibe estre dict en la 
dicte église Saint-Maurice pour maistre Anthoine Rabelays et 
sa femme un anniversaire; pour lequel faut dire un autre le 
jour de Sainct-Anthoyne du septiesme jour de janvier, et plus 
chascun mercredy de la sepmaine une messe. 11 a donné huit 
livres de rente suivant son testament du vingt et deuziesme 
janvier iSSg, ces pièces dans la liasse cottée par L. L. 

Mercredy. 

Tous les mercredy de chascune sepmaine doict estre dict en 



A LA FAMILLE RABELAIS, 2O7 

la dicte église Saint-Maurice pour maistre Anthoyne Rabelays 
et sa femme une messe pour lesquels seront aussi dicts deux 
annuels services, scavoir ung le jour de Sainct-Anthoyne du 
septiesme de janvier, et l'autre de Saincte-Catherine en 
novembre. Ils ont donné huict livres de rente faisant leur tes- 
tament du vingt-deuziesme janvier mil cinq cens cinquante 
neuf, dont les pièces réunis en la liasse cottée par L. L. 

(Note marginale :) 

En i655; réduict les messes aux anniversaires pour chascun 
an, attendu le peu de fonds donnés et sur l'advis faict par la 
fabrique de la paroisse. 

(Archives dlndre-et-Loire, vol. G. 770.) 

Analyse des documents précités : 

26 janvier i534. Premier acte de partage de la succes- 
sion d'Antoine Rabelais et sa femme, entre Jamet Rabe- 
lais, Antoine Rabelais, René Pallu et Françoise Rabelais, 
sa femme, Jehan Gallet, Michel Endre. 

14 août 1539. Deuxième acte de partage de la même 
succession par les mêmes héritiers. 

22 janvier iSSq. Testament d'Antoine Rabelais, sieur de 
la Devinière, et sa femme : fondation d'une rente de huit 
livres au profit de la fabrique de la paroisse Saint-Mau- 
rice de Chinon à la charge de dire deux services annuels, 
l'un à la fête de saint Antoine et l'autre à la fête de sainte 
Catherine, et une messe le mercredi de chaque semaine. 

En i638, les maisons arrentées, après avoir changé 
plusieurs fois de propriétaires, étaient en la possession 
des familles Le Nain et Guérin; elles étaient situées 
<c devant l'auditoire royal de Chinon » et dans la « rue 
tendant du dit auditoire à la porte du Vieux-Marché » 
(actuellement rue haute Saint- Maurice). 

Du xvi<= siècle à la Révolution, le palais de justice du 
bailliage et siège royal de Chinon occupa ce vaste corps 
de logis^ situé à l'est de la place Saint-Maurice et allant 
dans la rue haute Saint-Maurice jusqu'au n° 69. 

I. Quelques dépendances de ceUe maison ont été remplacées par 
des constructions modernes. 



208 DOCUMENTS RELATIFS 

Les maisons faisant face à l'auditoire portent les n<^s 56, 
58, 60 et 62 de la rue haute Saint-Maurice. Le n° 58, orné 
d'une élégante tourelle, a tous les caractères de l'architec- 
ture du commencement du xyi^ siècle. Les n'^^ 60 et 62 ont 
été construits à la fin du xv= siècle, style flamboyant. Ces 
maisons ont été la propriété de la famille Rabelais pen- 
dant la première moitié du wi^ siècle. 

La rente, fondée parle testament d'Antoine Rabelais de 
1559, fut confirmée à la fabrique par plusieurs jugements 
des 9 décembre i583, i5 mars i585 et 9 mai 1622; elle fut 
amortie en 1642. En i655, on réduisit les charges de la 
rente aux deux anniversaires annuels. 

V. 

Documents relatifs à plusieurs renies dues en 1625 par 
divers à la fabrique de l'église paroissiale Saint-Maurice 
de Chinon. Ces documents inédits sont reproduits in 
extenso. 

Pour la rente de LX livres sur la maison Rabelais et autres 
héritages à présent possédés par le sieur Laurent, marchand de 
draps de soye, et quatre livres, trois sols un denier, un boisseau 
de froment, trois chappons. La pièce est entre les mains de 
maistre Joulin, procureur. 

Item, le nombre de vingt pièces, qui sont tiltres et pièces 
justificatives des rentes de trois septiers de froment et trois 
chappons d'une part, et unze livres quatorze de rente d'autre 
part dues à la dite fabrique. Les dites choses procédant de 
dons faits par damoiselle Renée Frapin, dame d'Aigremont, par 
son testament. 

Les unze premières pièces sont tiltres et d'anciens justifica- 
tions de la dicte rente de trois septiers de froment et trois 
chappons de rente légués par la dite damoiselle Frappin. 

La douziesme en papier signée Gaby est copiée du testament 
de la dite demoiselle Frappin contenant les dits devoirs et 
charges de divers rentes du dernier juillet mil cinq cens 
soixante dix-neuf : 

La treziesme aussi en papier est le jugement au dit Chinon 
contre les héritiers de la dite demoiselle du vingt-troisiesme 



A LA FAMILLE RABELAIS. 20g 

décembre mil six cens quatre, signé Ghartrain, greffier, par 
lequel le dit testament sera exécuté pour des causes pieuses. 

La quatorziesme est un jugement en parchemin donné entre 
le procureur et la dite fabrique et le factum de la dite damoi- 
zelle Frappin au dit juge de Chinon étant en parchemin signé 
Ghartrain, du vingt-cinq avril mil six cens cinq, par lesquels il 
est dict que des termes dont le dit testament est chargé, les 
choses données seront réduites, et la maison depuis baillée à 
Rabelais, après déclarée, évaluée et estimée pour savoir le 
prix; pour sur le pied de la dite estimation être faict la réduc- 
tion des dits services. 

La quinziesme est le procès-verbal d'estimation du dit logis 
faict à la requeste des dits fabriciers par devant le dit Saget, 
nottaire, le treize juillet mil six cens cinq : estant en pappier 
signé Saget. 

La seiziesme est la requeste présentée par le procureur de la 
dite fabrique à Monseigneur l'archevesque de Tours aux tins de 
la réduction des services dont le dit testament est chargé eu 
égard aux choses données à la dite frabrique; la dite requeste 
respondue le vingt aoust mil six cens cinq. 

La dix-septiesme est le jugement en parchemin du sieur 
Officiai de Tours du deux aoust i6o5, signé Ghevallier, et par 
laquelle les services fondés en la dite église sont réduits au 
nombre porté dans le dit jugement. 

La dix-huitiesme est le bail à rente de la maison y présente- 
ment faict par les procureurs de la dite fabrique à maistre 
Anthoine Rabelais à la somme de soixante livres par an en 
deux termes Saint-Jean-Baptiste et Noël par moitié; depuis 
lesquels il y a tiltre contre la veuve et héritiers Rabelais trans- 
crit au livre nouveau de Boynard du dit au vingt-un juillet. 

La dix-neufiesme est le jugement en parchemin donné au 
siège royal du dit Ghinon le dernier janvier mil six cens sept 
au proffit des fabriciers de la dite fabrique lors en charges, 
contre deffunt Louis Barbier, enquesteur, et la veufve de 
maistre Jehan Gaudrée contedrée {sic) contenant la condam- 
nation contre eux donnée pour la continuation de la rente des 
dits trois septiers de froment mesure du dit Ghinon et trois 
chappons faisant partie du dit don, dont deux septiers doivent 
être distribués aux pauvres le lendemain de la fête de la Tous- 
saint. Le dit Barbier, à présent, possesseur des héritages sub- 
jects à la dite rente; signé : Dusoul, greffier. 

REV. DKS ET. RABELAISIENNES. VI. I4 



210 DOCUMENTS RELATIFS 

La vingtiesme est ung autre jugement aussy en parchemin 
donné au dit Chinon le six may mil six cens vingt-quatre au 
proffit des dits fabriciers contre la dite dame Gaudrée, conte- 
nant la liquidation de plusieurs termes de la dite rente pour 
plusieurs années; signé Deschamps, greffier. 

La vingt-et-uniesme est la conférence faite entre la dite 
veuve Gaudrée et les héritiers du dit deffunt Barbier des héri- 
tages subjets à la dite conférence, faite pardevant Coyrard, 
notaire royal au dit Chinon, et Louis Frappin; signé : Coy- 
rard. 

Pour la rente de XI Livres XIIII sols due par la veuve de 
maistre Rolland Viollet à la Saint André. 

Outtre touttes lesquelles sommes pour les unze livres qua- 
torze sols de rente dues chacun an au jour Saint-André par la 
veuve de maistre Rolland Viollet assignée sur la maison en 
laquelle elle demeure, size et située en la dite ville de Chinon, 
joignant à celle de Rabellais, faisant les dites unze livres qua- 
torze sols, partie d'une chose donnée par le dict testament. 

Il y aîiltre contre la veuve Viollet transcrit au livre nouveau 
de Boynard au vingt-quatre juillet, tous les tiltres dessus dits 
attachés ensemble, couverts de papier blanc servant d'ethic- 
quette cotés par C. C. 

Pour la rente de VIII livres dues à la Saint-Michel par 
maistres Yves Lenain et André Guerin. 

Item, le nombre de six pièces justificatives de la somme de 
huict livres de rente données à la dicte fabrice aux jour et 
feste de Saint-Michel par maistre Yves Le Nain, conseiller et 
eslu au dict Chinon, et maistre André Guérin, procureur, à 
cause de la maison par eux acquise de honeste et feu maistre 
Jehan Rischer, estant contre la maison du dit sieur Lenain 
près le pallais. 

Les première, seconde et troisième sont toutes des coppies 
non signées du partage faictz entre les Rabelais, par lequel il 
appert du debvoir de la dite rente. Le ditz partage du quator- 
ziesme aoust iSSq estant les dictes toutes coppies surpappier. 

La quatriesme est la sentence en parchemin donné au dit 
Chinon le neufiesme décembre quatre vingt trois < au proffit 

I. La pièce publiée ici ayant été écrite en 1625, quatre-vingt-trois 
est une abréviation de i583. 



A LA FAMILLE RABELAIS. 211 

des procureurs fabriciers de la dite paroisse contre maistre 
Jacques Baudelon, seigneur de la mestairie de la Pommar- 
dière, sicttué à Seuilly, subjects à la dite rente par les dicts 
partages : son recours contre la veuve Richer, qui est con- 
damnée laquelle à acquitter, et baillée ainsi aux dicts Baude- 
lon; ce qu'elle a faict de la maison des dicts sieurs Lenain et 
Guérin, qui payent la dite rente à la descharge de la dicte 
mestairie ; la dite sentence signée Aubert. 

Les cinq et sixiesme sont scavoir la cinquiesme la sentence 
donnée au presidial de Tours confirmative de la susdicte sen- 
tence; ces pièces estant en parchemin signée Chemin, du 
quinze mars quatre-vingt-cinq; et la sixiesme est une coppie 
non signée de la dite sentence du presidial. 

Outre lesquels tiltres y a ung nouveau contre les dicts sieurs 
Le Nain et Guerin qui ont acquis leurs maisons des héritiers 
de la dite Richer à la charge de la dicte rente comme il est 
transcrit au livre nouveau de Boynard eslu au huitiesme 
feuillet. Tous les dicts tiltres couverts d'une feuille de pappier 
blanc servant d'estiquette cotté par L. L. 

(Archives d'Indre-et-Loire, vol. G. 771.) 

ANALYSE DES DOCUMENTS PRECITES • 

Par son testament du 3i juillet iSjg, Renée Frapin, 
dame d'Aigremont, avait légué entre autres dons à la 
fabrique Saint-Maurice de Chinon une maison de cette 
même ville; maison qui, après avoir été habitée par 
Antoine Rabelais, était occupée en i625 par un sieur 
Laurent, « marchand de draps de soie ». 

Plusieurs jugements ou actes notariés de 1604 et i6o5 
confirmèrent cette rente à la dite fabrique. 

Ces documents nous apprennent deux choses : 1° An- 
toine Rabelais, apothicaire à Chinon, avait un loyer 
annuel de soixante livres; 2° le dit Antoine Rabelais était 
décédé avant 1625. Ce dernier renseignement, combiné 
avec une note de Le Duchat, permet de fixer la date du 
décès du dit Antoine Rabelais vers l'année 1618. 

Henri Grimaud. 



NOTE POUR LE COMMENTAIRE. 

« Maistre Janotus, tondu à la césarine, vestu de son 
lyripipion théologal, et bien antidote l'estomac de coudi- 
gnac de four et eau beniste de cave » (1. I, ch. xviii). 

Dans une de mes précédentes notes [Revue des Etudes 
rabelaisiennes, igoS, p. i83), j'ai accusé Rabelais d'inexac- 
titude, lorsque j'ai dit que le cotignac de four n'existait 
pas. Reconnaissant mon erreur, je viens aujourd'hui faire 
amende honorable à Maître François et publier la recette 
de cette friandise, telle qu'elle est donnée dans le Théâtre 
d'agriculture et mesnage des champs, par Olivier de 
Serres (Paris, 1600, p. 865) : 

« En plusieurs sortes se confissent les coins, en quar- 
tiers, en cotignac, en gelées... 

« Par deux moiens, l'on fait des bons cotignacs. Des 
coins bien choisis seront cuits au four, entiers, sans peler, 
mis dans vaze de cuivre, bas, à large ouverture, demeu- 
rans au four autant qu'une fournée de pain. Ainsi, bien 
rostis, l'on les pèlera, pestrira et passera à travers d'un 
tamis, ou d'une toile neufve bien nette : puis Ton les achè- 
vera de préparer dans le succre. La quantité de succre 
requise en cest endroit est la moitié du poids des coins. 
Telle l'y ajoindrés, non en syrop, ains en poudre, meslant 
l'un avec l'autre. Après, la composition mise dans la bas- 
sine ou casse pointue, sur petit feu de charbon, y sera 
achevée de préparer, la remuant tous-jours avec la spa- 
tule de bois, de peur de la bruslure. Le cotignac sera cuit 
en perfection quand il ne tiendra plus ni à la casse, ni à 
la spatule, sur laquelle adresse vous arrestant, aussi tost 
que vous vous appercevrés de tel despouillement, le sor- 
tirés du feu; et de la casse le logerés dans des vazes de 
verre ou de terre, ou dans des boistes de bois, pour là estre 
prins selon l'usage... » 

P. DORVEAUX. 



NOTES POUR LE COMMENTAIRE. 

I. 

Ganivet de Lyon. — // n'est tel que de faucher l'esté 
en cave bien garnie de papier et d'encre^ de plumes et 
ganivet de Lyon sur le Rhosne (1. II, ch. xii). 

Le discours de Humevesne est un fourré inextricable de 
coq-à-l'àne, et le comique cherché par Rabelais résulte 
justement du défaut d'enchaînement des membres de 
phrase. Mais ce n'est pas une raison pour ne pas cher- 
cher l'explication de ces expressions sans lien entre elles, 
mais qui doivent présenter un sens chacune en particulier. 

Ainsi la phrase que nous citons se compose de quatre 
parties juxtaposées par des associations de mots. « Il n'est 
tel que de faucher l'esté en cave, — cave bien garnie, — 
garnie de papier et d'encre, de plumes et ganivet, — gani- 
vet de Lyon sur le Rhosne. » Les trois premières frac- 
tions se comprennent aisément, mais la quatrième? 

Rabelais joue ici sur le mot ganivet, canivet, qui signifie 
canif et a sa place marquée dans la pochette d'un scribe 
« bien garnie de papier et d'encre, de plumes et ganivet », 
et sur le Ganivet qui désignait à Lyon une maison mal 
famée. L'un des Sept marchans de Naples, ou plutôt du 
mal de Naples [Anciennes poésies françaises, t. II, p. 107), 
l'indique sans ambage : 

J'ay achepté par ma folle entreprise, 
Marchandise aultre qu'espicerie; 
Au Ganivet, dans Lyon, je l'ay prise 
Et dans Huleu, à Paris, sans reprise, 
Pour la porter au pays de Surie. 

M. le docteur Jules Drivon, un obligeant érudit lyon- 
nais qui a bien voulu consulter ses tiches à notre inten- 
tion, nous permet de préciser ce trait de mœurs : 

« Il s'agit des Etuves du Palais, citées sous ce nom en 



214 NOTES POUR LE COMMENTAIRE. 

1466 (Arch. mun.,CC.8\ ou de Notre-Dame du Palais, 1377 
(Arch. mun., CC. 60], ou Étuves de la rue du Ganivet, 
1439-1446 (Arch. mun., CC 5). La rue du Ganivet, d'abord 
Tresmonnoye, puis rue des Étuves, puis rue du Ganivet, 
est devenue la rue des Trois-Maries. 

« Ces étuves paraissent avoir été mieux fréquentées que 
celles de la Chèvre, de la Pêcherie, de Saint-Georges, 
etc., du moins on en parle moins : il n'y a ni procès ni 
scandale. 

« Dans ma notice sur les Hôpitaux du quartier Saint- 
Georges, vous trouverez fp. 24] une petite note sur cet 
établissement qui devait être considérable puisqu'il s'y 
trouvait vingt couches. » 

II. 

Je sçay des lieux ^ à Lyon..., où les estables sont au 
plus haut du logis, 1. I, p. 12. 

Il s'agit sans doute des maisons construites sur le flanc 
de la colline de Fourvières, rive droite de la Saône. A ce 
sujet, notre confrère le docteur Chambard-Hénon veut 
bien nous écrire : 

« Quand j'étais étudiant en médecine (1856-1864), nous 
montions sur la colline en nous servant des allées de la 
rue Saint-Georges, située dans le quartier du même nom, 
rive droite de la Saône, accolée à la colline et parallèle 
à la rivière. Des escaliers très spacieux, desservant deux 
ou trois maisons superposées, nous amenaient au haut 
du Chemin neuf. Je connais encore aujourd'hui trois de 
ces montées d'escalier. Nul doute que maitre François 
n'ait pensé aux dites allées et à ces escaliers. 

« En haut, la terminaison en terrasse pouvait parfaite- 
ment permettre l'installation d'écuries et remises. » 

Henri Clouzot. 



RABELAIS ET ERASME. 

Dans son article Ce que Rabelais doit à Erasme et à 
Budé [Revue d'Histoire littéraire de la France^ avril- 
juin 1904), M. Delaruelle a rendu un bon service aux 
rabelaisants en attirant leur attention sur les emprunts 
de Rabelais à ces auteurs. Il a signalé environ soixante 
Adages et Apophtegmes d'Érasme, dont Rabelais paraît 
s'être servi dans son roman. Or, à l'exception de deux ou 
trois qui n'ont pas grande importance, j'avais déjà relevé 
tous ces emprunts dans mon édition de Rabelais et sur la 
marge de mon exemplaire, sans en oublier un nombre 
assez considérable d'autres. Il m'a paru qu'il serait utile 
de récapituler tous ces emprunts, que je ne donne pas 
tous pour certains, mais qui sont au m.o'\ns possibles. 

Gargantua (l. I). 



Rabelais. 
Prol. : Alcibiades, ou dialoge 
de Platon intitule le Bancquet 
louant son précepteur Socrates 
... le dict estre semblable es Si- 
lènes. Silènes estoient jadis pe- 
tites boites telles que voyons de 
présent es boutiques des apothe- 
caires painctes au dessus de figu- 
res joyeuses et frivoles ... contre- 
taictes à plaisir pour exciter le 
monde à rire : quel fut Silène 
maistre du bon Bacchus. Mais 
au dedans l'on reservoit les fines 
drogues ... et aultres choses pré- 
cieuses... 

... Tel disoit estre Socrates par 
ce que le voyans au dehors et l'esti- 
mans par l'exteriore apparence 
n'en eussiez donné un couppeau 
d'oignon, tant laid il estoit de 



Érasme. 

Ad., III, 3, I : Sileni Alcibia- 
dis... Alcibiades apud Platonem 
in Convivio, Socratis encomium 
dicturus, eum Silenis similem 
facit. Aciunt enim Silenos ima- 
gunculas quaspiam fuisse secti- 
les et ita factas ut diduci et ex- 
plicari possent, et quae clausac 
ridiculam et monstrosam tibici- 
nis speciem habebant, apertae 
subito numen ostendebant, ut 
artem scalptoris gratiorem joco- 
sus faceret error. Porro statua- 
rum argumentum sumptum est 
a ridiculo illo Silcno, Bacchi 
paedagogo. 

Quem si de summa, ut dici 
solet, cuse qui aestimasset non 
emisset asse. Faciès erat rusti- 
cana taurinus aspectus, nares 
simae... Sannionem quempiam 



2l6 



RABELAIS ET ERASME. 



Rabelais. 
corps et ridicule en son maintien, 
le nez pointu, le reguard d'un tau- 
reau, le visaige d'un fol, simple 
en mœurs, rustiq en vestimens, 
pauvre de fortune, infortuné en 
femmes, inepte à tous offices de 
la republique, toujours riant, ... 
tousjours se guabelant, tousjours 
dissimulant son divin scavoir. 

Mais ouvrans ceste boyte eus- 
siez au dedans trouvé une céleste 
et impreciable drogue, entende- 
ment plus que humain, vertus 
merveilleuse, couraige invinci- 
ble, sobresse non pareille, con- 
tentement certain, asseurance 
parfaicte, deprisement incroyable 
de tout ce pourquoy les humains 
tant veiglent, courent, travail- 
lent, navigent et bataillent. 

ProL : A quel propos, en 
voustre advis, tend ce prélude et 
coup d'essay.-" 



Prol. : l'habit ne faict poinct 
le moine, et tel est vestu d'habit 
monachal qui au dedans n'est 
rien moins que moine, et tel est 
vestu de cappe hespagnole qui 
en son couraige nullement affiert 
à Hespane. 

ProL : Et posé le cas qu'au 
sens literal vous trouvez matières 
assez joyeuses ... toutefoys pas 
demeurer là ne fault comme au 
chant des Sirènes. 

Prol. : ... rompre l'os et sug- 
cer la substantifîcque mouelle : 



Érasme. 
bardum ac stupidum dixisses. 
Cultus neglectus, sermo simplex 
ac plebeius et humilis. Fortuna 
tenuis, uxor qualem ne vilissi- 
mus quidem carbonarius ferre 
posset... Denique jocus illc pcr- 
petuus nonnullam habebat mo- 
rionis speciem. Videbatur inep- 
tus ad omnia reipublicae mu- 
nia... 

Atqui si Silenum hune tam 
ridiculum explicuisses, videlicet 
numen invenisses potius quam 
hominem, animum ingentem, 
sublimem ac vere philosophi- 
cum, omnium rerum pro quibus 
caeteri mortales, currunt, navi- 
gant, sudant, litigant, belligé- 
rant, contemptorem, injuriis om- 
nibus superiorem et in quem 
nullum omnino jus haberct for- 
tuna. 

Ad., II, 4, 57 : Nihil ad Bac- 
chum. Ubi quis ea nugatur quae 
ad rem presentem nihil atti- 
nent... Dixerit quispiam : « Quid 
ad Bacchum hic Bacchus.'' » 

[Mais peut-être la question et 
la réponse sont-elles tirées plu- 
tôt de Lucien, Dionyse, c. 5.] 

Ad., I, 7, 6 : Multi thyrsigeri, 
paitci Bacchi... Non omnes mo- 
nachi qui cucullo onerantur, non 
omnes Christiani qui ceremoniis 
agunt Christianum. Non omnes 
generosi qui torquem gestant 
auream, etc. 

Ad., II, 8, 5 : Siren amicum 
niinciat... Quoties complures ca- 
dem de re bene ominantur. 



Ad., II, 9, 35 : Qui e nuce nu- 
Cîtlcum esse vult frangitnucem... 



RABELAIS ET ERASME. 



217 



Rabelais. 

... car en icelle bien aultre goust 
trouverez et doctrine plus abs- 
conse, laquelle vous révélera de 
treshaultz sacremens et mystères. 

Prol. : symboles Pythagoric- 
ques. 

Prol. : es allégories lesquelles 
de luy ont calfreté... Heraclides 
Ponticq. 

Prol. : vous n'approchez ne de 
pieds ne de mains à mon opinion. 



Prol. : et (comme dict le pro- 
verbe) couvercle digne du chau- 
dron. 

Prol. : beuvant et mangeant. 
Aussi est ce la juste heure d'es- 
crire ... comme bien faire sça- 
voit Homère..., et Ennie, père 
des poètes latins, ainsi que tes- 
moigne Horace. 



Prol. : un malautru a dict que 
ses carmes sentoyent plus le vin 
que l'huile. 

Prol. : billes vezées. 

Ch. I ; comme vous avez l'au- 
torité de Platon m Philebo et 
Gorgia, et de Flacce, qui dict 
cstre aulcuns propos, telz que 
ceulx cy sans double, qui sont 
plus délectables quand plus sou- 
vent sont rcditz. 

II : du trou de sainct Patrice. 



Érasme. 
Qui quaerit animi pabulum in 
arcanis literis, serutetur sub 
allegoriae involucro conditum 
mysterium. 

Ad., I, I, 3 : Pythagorae sym- 
bola. 

Ad., ni, 5, 24 : Heraclides 
Ponticus in allegoriis Homeri. 

Ad., Il, 7, 12 : Pedibus in sen- 
tentiam ire... Quintilianus dixit, 
Manibus pedibusque in senten- 
tiam discedere. (Quint., Decl., 
XII.) 

Ad., I, 10, 72 : Accessit huic 
patellae (juxta tritum populi scr- 
mone proverbium) dignum oper- 
culum. 

Ad.,lV,3,b8: Non est Ditliy- 
rambiis si bibat aquam... Languet 
poetarum ingenium, ni vino con- 
calescat.Unde teste Flaeco. (Epp., 
I, 19, 6.) Laudibus arguitur vini 
vinosus Homerus; Ennius ipse 
pater numquam nisi potus ad 
arma prosiluit dicenda. 

Ad., I, 7, 71 : Olet lucernam... 
Unde et illud de Dcmosthenc 
celebratum elogium quod plus 
olei quam vini consumserit. 

Ad., III, 6, 98 : Biillatae nu- 
gae. (Persius, V, 19.) 

Ad., I, 7, 49 : Bis ac ter quod 
pulchrum est. Usurpatur a Pla- 
tone in Philebo... Idem in Gor- 
gia... ut ait Horatius (A. P. 
365). Haec placuit semel, haec 
decies repetita placebit. 

Ad., I, 7, 77 : In antro Tro- 
phonii vaticinattis est... Quae 
quidem Trophonii fabula mihi 
videtur similis esse ei quae de 
Patricii antro, quod est in Hi- 



2l8 



RABELAIS ET ERASME. 



Rabelais. 
II : la cuisse heronniere. 



III : )Ouer a tous enviz et toutes 
restes. 

V : Fecundi calices quem non 
fecere disertum. (Hor., E]pp., I, 
5, I9-) 

VII : Et a esté la proposition 
declairée mammallement scan- 
daleuse, des pitoyables aureilles 
offensive, et sentent de loing 
hérésie. 

VIII : une belle corne d'abon- 
dance telle que voyez es anti- 
quailles et telle que donna Rhea 
es deux nymphes Adrastea et 
Ida, nourrice de Jupiter. 



IX : Bien aultrcment faisoient 
... les saiges de Egypte, quand 
ils escripvoient par lettres qu'ils 
appelloient hiéroglyphiques, les- 
quelles nul n'entendoit qui n'en- 
tendist, et un chascun entendoit 
qui entendist la vertu, propriété 
et nature des choses par icelles 
figurées. En France vous en 
avez quelque transon en la de- 
vise de monsieur l'Admirai, la- 
quelle premier porta Octavian 
Auguste. 



X : Vous trouverez que Peri- 
cles, duc des Athéniens, voulut 
celle part de ses gens d'armes. 



Érasme. 
bernia fertur. 

Ad.^ II, 2, 29 : Perdicis crura. 
Dicebatur in crura gracilia dis- 
tortaque. 

Ad., I, 4, 32 : Omnem jacere 
aleam. Rem universam periclitari 
fortunaeque arbitrio committerc. 

[Cette ligne d'Horace est don- 
née par Érasme dans les Collo- 
quia. {Convivium profanum,) d'où 
ce chapitre peut bien être inspiré.] 

Ad., II, 5, 98 : Conclusionem 
esse scandalosam, oflensivam 
piarum aurium, haeresim sa- 
pientem. 

Ad., I, 6, 2 : Copiae cornu... 
Rhea Jovem enixa ... infantem 
in Creta occuluit nutricndum a 
duabus nymphis Adrastea et 
Ida ... lacté caprae cuius nomen 
fuerat Amalthea... Hujus alterum 
cornu nutricibus dédit [Jupiter] 
... hanc adjiciens facultatem ut 
quidquid optassent, id illis ex eo 
cornu largiter suppullularet. 

Ad., II, I, I : Festina lente. Id 
autem nihil aliud sibi vellc quam 
illud Augusti ffitîOÔE Ppaôewi; in- 
dicio sunt monumenta literarum 
hieroglyphicarum ... [quarum] 
multus fuit usus apud Egyptios 
vates ac theologos ... qui [res] 
animantium rerumque variarum 
expressis figuris ita representa- 
bant ut non cuivis statim promp- 
tum esset conjicere : verum si 
cui singularum rerum proprie- 
tates, si peculiaris vis ac natura 
... pcrspecta fuisset ... aenigma 
sententiae dcprehendebat. 

Ad., I, 5, 54 : Creta notare ... 
[pars] cui contigisset alba faba 
huic caeteris pugnantibus per- 



RABELAIS ET ERASME. 



219 



R.\BELAIS. 

esquelz par sort estoient adve- 
nues les febves blanches passer 
toute la journée en joye, solas et 
repos, cependant que ceulx de 
l'aultre part batailleroient. 

X : comme vous avez ledict 
d'une vieille qui n'avoit dens en 
gueule, encore disoit elle : Bona 
lux. 

XI : se asséoyt entre deux selles. 

XI : pissoyt contre le soleil. 

XI : se cachoyt en l'eaue pour 
la pluye. 

XI : mettoyt la charette devant 
les beufs. 
XI : guaignoyt au pied. 

XI : de cheval donné tousjovirs 
reguardoyt en la gueulle. 
XI : faisoyt de nécessité vertus. 



XII : tu nous as baillé foin en 
corne. 

XII : Alors qu'on feist de vostre 
nez une dille pour tirer un muy 
de merde. 

XV : chopiner sophislicquement 
(D), théologalement (A, B). 



XV : sou comme un Angloys. 



XVI : Africque aporte tousjours 
quelque chose de noveau. (Aussi 
V, 3.) 



Érasme. 
mittebat [Pericles] in conviviis 
atque ocio agere. 



Mor. Eue, c. 'il : Scd multo 
suavius si quis animadvertat 
anus longo jam senio mortuas 
... tamen illud semper in ore 
habere çwç àyoSôy. 

Ad., I, 7, 2 : Duabus sedere 
sellis. 



Ad., I, I, 20 
ne meiiso. 
Ad., m, 3, 8 



Adversus solem 

: Cucurrit quis- 
piam ne pluvia madesceret et in 
fovea suffocatus est. 

Ad., 1, 7, 28 : Currus bovem 
trahit. 

Ad., IV, 10, 56 : Volam pedis 
ostendere. 

Ad., IV, 5, 24 : Equi dentés^ 
inspicere donati. 

Ad., II, 6, 5o : Hermonium offi- 
cium. (Si quis studet officii causa 
facere quod coactus facit.) 

Ad., I, I, 81 : Faemim habet in 
cornu. De Horace, Epp., I, 4, 34. 

Colloq. (de sacerd. cap.) Codes : 
Deinde si quid hauriendum eril 
e cavo profundiore, fuerit [nasus] 
loco promuscidis. 

Ad., III, 2, 37 : Pontificalis 
cena. Hac tempcstate apud Pari- 
siosvulgari joco vinum theologi- 
cum vocant quod sit validissi- 
mum. 

Ad., II, 2, 68 : Syracusana 
mensa {ad fin.) apud Gallos pro- 
verbium ... « tam satur est quam 
Anglus ». 

Ad., III, 7, 10 : Semper Africa 
aliquid novi apportât. 






.-'^' 



220 



RABELAIS ET ERASME. 



Rabelais. 
XVII : ma bien venue et mon 
proficiat. 

XX : Crassus voyant un asne 
qui mangeoit des chardons. 

XX : Ne clochez pas devant les 
boyteux. 



XX : es prochaines Calendes 
grecques. 

XXI : (comme dict le Comic- 
que) son ame estoit en la cuy- 
sine. 

XXII : Mora. (Cf. iv, 14.) 



XXII : A cochonnet va devant. 

XXII : Au crapaud. 

xxiii : le purgea canonicque- 
ment avec elebore de Anticyre, 
et par ce médicament luy net- 
toya toute l'altération et perverse 
habitude de cerveau. 

xxiii : s'escuroit les dens avec 
un trou de lentisce. 



XXIII : recapituloit à la mode 
des Pythagoricques tout ce qu'il 
avoit leu, veu, sceu, faict et en- 
tendu au decours de toute la 
journée. (Cic, Sen., c. 11, g 38.) 



Érasme. 

Colloq. iConv. profamim) : Pro- 
sit tibi. « Proficiat » durius di- 
citur. 

Ad.^ 1, 10,71 ; Similes habent la- 
bra lactucas{\e conte de Crassus). 

Ad., III, 2, 21 : Loripedem 
rectus derideat. ... quasi claudus 
claudo claudicationis vitium per 
contumeliam objiciat. 

Ad., I, 5, 84 : ad Graecas ca- 
lendas. 

Ad., III, 7, 3o : Animtis est in 
coriis... Simillimum est illi Te- 
rentiano « Animus est in pati- 
nis ». 

Ad., I, 8, 23 : Quicum in tene- 
bris mices. Est autem micare 
lusus genus quoddam ... ut re- 
pente porrectis digitis certaiim 
uterque numerum divinet. 

Ad., V, 2, 20 : Conchas légère. 
... qui lusus esse solet puerorum. 

Colloq. : Lusus puériles. Sal- 
tus ranarum. 

Ad., I, 8, 5i : Bibe elleborum... 
Elleboro sese purgare proverbio 
jubentur; propterea quod anti- 
quitus plurimus usus fuerit hu- 
jus herbae ad levanda mentis et 
capitis vitia. 

Ad., I, 8, 33 : Lentiscum man- 
dere... Fiebant et dentiscalpia ex 
lentisco, hoc est cuspidcs quae- 
dam purgandis dentibus accom- 
modae. Martial in Apoph. [XIV, 
22]. 

Ad., III, 10, 1 : Quo transgres- 
sus etc. Pythagoras solitus est 
admonere adolescentes ut quo- 
ties domum ingredercntur hune 
versiculum suo cum animo ver- 
sa rent : 



RABELAIS ET ERASME. 



221 



R.\BELAIS. 

XXVIII : Ce non obstant, je 

n'entreprendray guerre que je 

n'aye essayé tous les ars et 
moyens de paix. 

XXXII : Picrochole à tous ses 
propos ne respond aultre chose, 
sinon : « Venez les quérir, venez 
les quérir. » 

XXXIII : Echephron et Picro- 
chole. 

XXXVII : nous as tu aporté jus- 
ques icy des esparviers de Mon- 
tagu...? Seigneur ne pensez que 
je l'aye mis au coUiege de pouil- 
lerie qu'on nomme Montagu. 



XXXIX : N'est il meilleur et 
plus honorable mourir vertueu- 
sement bataillant que de vivre 
fuyant villainement. 

XL : Et comment est ce qu'on 
rechasse les moynes de toutes 
bonnes compaignies ... comme 
abeilleschassent les freslonsd'en- 
tour leurs rousches. 



XL : le froc et la cogule tire à 
soy les opprobres injures et malé- 
dictions du monde, comme le 
vent dict Caecias attire les nues. 

XL : La raison pcrcmptoire est 
parce qu'ilz mangent la merde 
du monde, c'est à dire les péchez. 



Érasme. 

Itist. Princ. Christ. : Bonus 
princeps numquam omnino bel- 
lum suscipiet nisi cum tcntatis 
omnibus nuUa ratione evitari 
poterit. (Delaruelle.) 

Apoph., I {Leonidas, 52) : Cum 
Xerxes scripsisset, Mittc arma, 
rescripsit : Veni et cape. 

Apoph., V {Pyrrhus., 24) : Pyr- 
rhi et Cineae dialogus e Plutar- 
cho. {Pyrrhus, 14.) 

Colloq. : {Percontandi fonnu- 
lae.) Unde prédis .•' E collegio 
Montis Acuti. Ergo ades nobis 
onustus literis. Immo pediculis. 
{Georgius-Levinus.) Ante annos 
triginta vixi Lutetiae in collegio 
cui cognomen ab aceto ... prae- 
ter corpus pessimis infectum hu- 
moribus et pediculorum largis- 
simam copiam nihil illinc extuli. 
('Ixô'Joyayîa, sub fine.) 

Ad., VII, 5, 10 : Aut manenti 
vincendum aut moriendum. 



Ad., II, 8, 65 : (in Mendican- 
tes)... Atque apibus licet suos 
fucos ut aculeo carentes, quam- 
vis furaces, aliquando depellere. 
Hos fucos, omnibus crabronibus 
aculeatiores, nec reges, nec sum- 
mi pontihces queant a republica 
profligare, nisi etc. 

Ad., I, 5, 62 : Mala attrahens 
ad sese, ut caecias nubes... Plu- 
tarchus... Quemadmodum enim 
caecias nubes, itidem improba 
vita probra ad se attrahit. 

Ad., III, 2, 37 : Pontificalis 
cœna... Caeterum quod de pas- 
toribus scriptum est, Peccata 
populi comedetis [Hosea, IV, 8], 



222 



RABELAIS ET ERASME. 



XLI 

caelos. 



R.ABEUAIS. 



Brevis oratio pénétrât 



XL : Mais ainsi leurs ayde Dieu 
s'ilz prient pour nous, et non 
par paour de perdre leurs miches 
et souppes grasses. 

xLii : Quand doncques je les 
vùiray tombez en la rivière et 
prestz d'estre noyez au lieu de 
les aller quérir et bailler la main 
je leur feray un beau et long 
sermon. 

XLiii : plustost leurs (aux en- 
nemis) faictes un pont d'argent, 
affin de les renvoyer. 

XLiv : Monsieur le posteriour, 
vous aurez sur voz posteres. 



XLiv : oestre Junonicque. 



XLiv : tant seullemcnt les pour- 
suit une terreur panice, laquelle 
avoicnt conceue en leurs amcs. 



XLv : Blasphèment ilz en ceste 
façon les justes et sainctz de 
Dieu ( 

XLV : vous les trouverez en- 
groissées à vostrc retour : car 



Érasme. 

nimirum ad cibi tam duri con- 
coclionem opus esse vino effica- 
cissimo. 

Colloq. : {Epicureus, fin). Pé- 
nétrât et brevis oratio caelum. 
(Tire peut-être de Ecclus., XXXV, 
21.) Oratio humiliantis se nubes 
pénétrât. 

Ad., I, g, 12 : A mortuo tribu- 
tum exigere... Sacrificant con- 
ducti. Non psallunt gratis, non 
orant gratis, non imponunt ma- 
num gratis. 

Apoph., VI. {Varie mixia, 64.) 



Apoph., VIII : {Alphon:^o, 14) 
hostibus fugientibus pontem ar- 
genteum extruendum esse. (Cf. 
Plut., Themisl., c. 16.) 

Colloq. : {Peregr. Rel. Ergo). 
OG. Hic qui priori proximus 
est, Prior est posterior. ME. Sub- 
priorem dicis. 

Ad., II, 8, 54 : Oestre percittts. 
Oestrum insecti genus horrendo 
strepitu... Hoc addito Juno vac- 
cam in furorem egit. 

Ad., III, 7, 3 : Panicus casus. 
Veteres vocabant subitum ani- 
morum tumultum sed inanem. 
Existimabant Panem repentinos 
terrores et animi consternationes 
insmittere ... ut non ratione modo 
verum et mente careant. 

Ad., IV, 8, 55 : Mithragyrtes 
non daduclius... Dici vidcntur ii 
qui obambulant cum simulatis 
mysteriis et rudibus imponunt. 

Colloq. : Exseq. Seraphicae. 
Eam domum [puto] felicem eu- 



RABELAIS ET ERASME. 



223 



Rabelais. 
seullement l'ombre du clochier 
d'une abbaye est féconde. 



XLVi : Les nerfz des batailles 
sont les pecunes. 

XLViii : les Françoys ne valent 
que à la première poincte. Lors 
ilz sont pires que diables; mais 
s'ilz séjournent ilz sont moins 
que femmes. 

L : Nos pères ... ont pour signe 
mémorial des triumphes ... plus 
voluntiers érigés trophées es 
cueurs des vaincuz que es terres 
par architecture. 

Li : la légion decumane. (Cf. 
Caes., B. G., I, 42.) 

LU : comment pourroy je gou- 
verner aultruy qui moy mesmes 
gouverner ne sçaurois .'' 



Érasme. 
jus limen teritur eorum pedibus. 
PH. Et ego arbitrer pauciores 
esse stériles feminas ubi illi 
agunt familiariter. 

Apoph., VII : [Bion, 8). Alius 
dixit pecuniam nervos belli. 
(Tac, Hist., II, 24.) 

Apoph., VI : {Varie mixta, 
io3). Prima Gallorum praelia 
plus quam virorum, postrema 
minus quam feminarum. (Liv. X, 
28, 4.) 

Apoph., VII. {Antisth., 17.) 



Ad., IV, g, 54 : Decumanum... 
Hinc quidquid ingens decuma- 
num vocari coeptum. 

Ad., I, I, 3 : Non bene impe- 
rat nisi qui paruerit imperio... 
Neque enim idoneus est ut aliis 
dominetur qui ipse servit affec- 
tibus. 



Pantagruel (l. II] 



V : pictoribtis atque poetis, 
c'est-à-dire que les paincires et 
poètes ont liberté de paindre à 
leur plaisir ce qu'ilz veulent. 



VI : nous demonstrant, ce que 
dict le philosophe et Aulé Celle, 
qu'il nous convient parler selon 
le langaige usité et comme di- 
soit Octavien Auguste [César, A. 
B], qu'il fault éviter les motz 
espavés en pareille diligence que 
les patrons des navires évitent les 
rochicrs de mer. 



Ad., III, I, 48 : Libri poetae 
et pictores... Sentit liberum esse 
poetis etpictoribus impune quid- 
quid velint fingere... Ad quod 
alludit Horatius [A. P.], cum ait 
« Pictoribus atque poetis etc. » 

Apoph., IV {Atigiist., 24) : ait 
Aiigustus verbum insolens quasi 
scopulum fugere debere. Gell., 
I, 10, g 4 ... id quod a C. Cae- 
sare... scriptum est : habe sem- 
per in memoria... ut tamquam 
scopulum sic fugias inauditum 
atque insolens verbum. 



224 



RABELAIS ET ERASME. 



Rabelais. 

IX : il n'est pauvre que par 
fortune ... les adventures des 
gens curieux le ont reduict en 
telle pénurie et indigence. 

IX : Venter famelicus auriculis 
carere dicitur. (Aussi, III, i5; IV, 
5; IV, 63.) 



IX : die Poeten und Oratoren 
vorzeiten haben gesagt in ihren 
Spruchen und Sentenzen dass 
die Gedâchtniss des Elends und 
Armuths vorlângst crlitten ist 
eine gross Lust. 

XI : on livre la clef du charbon 
aux filles pour donner avoine 
aux chiens. 

XV : Panurge consideroit les 
murailles de la ville de Paris, et 
en irrision dist : « Voyez cy ces 
belles murailles : O ! que fortes 
sont et bien en poinct pour gar- 
der les oysons en mue ! » 



XV : Agesilee, quand on luy 
demanda pourquoy la grande 
cité de Lacedemone nestoit 
ceincte de murailles? Car mons- 
trant les habitans et citoyens de 
la ville ... tant fors et bien ar- 
mez : « Voicy, dist-il, les mu- 
railles de la cité », signifiant ... 
que les villes et cités ne sçau- 
royent avoir muraille plus seure 
et plus forte que la vertus des 
citoyens et habitans. 

XV : toutes choses ont esté in- 
ventées en temps. (Cf. III, 40; 
V, 48.) 



Erasme. 

Ad., III, 10, 5i : Pauper sed in- 
geniosus. In hominem tenui cul- 
tu, sed egregio tamen corporc. 
(Cf. Od., XVIII, 74.) 

Ad., II, 8, 84 : Venter auribus 
caret. Celebratur a Plutarcho 
Gellioque dictum illud Catonis. 
... Exorsus est ut dicat arduum 
esse ad ventrem verba facere qui 
careat auribus. 

Ad., II, 3, 43 : Jucundi acti 
labores, et IV, 9, 27 [Erasme 
donne des exemples de ce pro- 
verbe en plusieurs poètes grecs 
et latins.] 

Ad., III, 5, 14 : cani das pa- 
leas, asino ossa. 

Apoph., I [Ages, 54) : Osten- 
debat illi quidam civitatis cujus- 
dam muros bene tutos valideque 
exstructos, cumque rogasset vi- 
derenturne pulcri : « Pulcri, » 
inquit, « per Jovem; verum ap- 
parat in hoc paratos, ut mulie- 
res inhabitent, non viri. » 

Apoph., I {Ages, 3o) : Cuidam 
percunctanti quam ob causam 
Sparta non cingeretur moenibus 
ostendit cives armatos, « Hi, » 
inquiens, « sunt Spartanae civi- 
tatis moenia, » significans Res- 
publicas nuUo munimento tu- 
tiorcs esse quam virtuie civium. 



Ad., II, 4, 17 : Tempus omnia 
révélât... Idem opinor sensisse 
Thaleta cum ait : Tempus om- 
nium sapientissimum, ut quod 
cuncta reperiat cruatque. 



RABELAIS ET ERASME. 



225 



Rabelais. 

XXIII : n'y avoit plus d'olif en 
ly caleil. (Arist., av. ôSg.) 

XXIV : ne semblons es Athé- 
niens qui ne consultoient jamais 
sinon après le cas faict. 



XXIV : feust ce Pégase de Per- 
seus, ou Pacolet. 

XXIV : la dame t'a elle poinct 
baillé de baston pour apporter ? 
pensant que feust la finesse que 
niect Aule Gelle. 

XXIV : Panurge luy voulut faire 
raire les cheveulx pour sçavoir 
si la dame avoit faict escripre 
avecques fort moret sur sa teste 
ce qu'elle vouloit mander. 



XXX : j'ay remply les bondes 
de Hercules. 

XXX : chopinasmes theologale- 
ment. 



XXXIII 

fin, 14.) 



la palus Camarine 



Érasme. 

Ad., III, 7, 72 : Non est oleum 
in lecytho. Non est precibus lo- 
cus apud inexorabilem. 

Ad.., I, 8, 44 : Athenienshim 
inconsulta temeritas... Demos- 
thenes in quadam oratione dixit, 
alios homines solere consultare 
prius ac deinde rem agere, Athe- 
nienses post rem factam consul- 
tare. 

Ad., IV, 2, 46 : Pegaso velo- 
cios. 

Ad., Il, 21 : Tristis scytala. 
Quid sit scytala docet A. Gel- 
lius, lib. 17, cap. g. 

Ad., III, 4, 42 : Hoc calciamen- 
tum constiit Histiaeus, Aristago- 
ras induit... meminit et A. Gel- 
lius, lib. XVII, cap. 9. Histiaeus 
servo ... capillum ex omni ca- 
pite ... deradit, caputque ejus 
levé literarum formis compingit. 
His literis quae voluerat scrip- 
sit; hominem quoad capillus 
adolesceret domi continet : re- 
natis pilis ad Aristagoram mittit. 

Ad., III, 5, 24 : Ad HercuUs 
columnas. 

Ad., III, 2, 37 : Pontificalis 
caena ... apud Parisios \'ulgari 
joco vinum theologicum vocant 
quod sit validissimum minime- 
que dilutum. 

Ad., I, I, 63 : Movere Catna- 
rmam.Camarina, inquit Servius, 
palus est juxta oppidum ejus 
nominis, quae olim siccata pes- 
tilentiam creasset. 



REV. DES ET. RABELAISIENNES. VI. 



120 



RABELAIS ET ERASME. 



Tiers Livre. 



Rabelais. 
Prol. : si n'avez tant d'escuz 
comme avoit Midas, si avez vous 
de lui je ne sçay quoy, que plus 
jadis louoient les Perses en tous 
leurs otacustes. 



Prol. : Si est-ce que Alexan- 
dre le Grand... l'avoit en telle 
estimation qu'il soubhaytoit, en 
cas que Alexandre ne feust, estre 
Diogenes Sinopien. 

Prol. : les antiques Corinthie- 
nes estoient au combat courai- 
geuses. 

Prol. : l'opinion du bon Hera- 
clitus affermant guerre estre de 
tous biens père. 

Prol. : guerre en latin dicte 
belle, non par antiphrase comme 
ont cuydé certains repetasseurs 
de vieilles ferrailles latines, parce 
qu'en guerre guères de bcaulté 
ne voyoient. 

Prol. : se grattent la teste avec- 
ques un doigt, corne Landorez 
desgoustez. 

Prol. : Chauvent les aureilles 



Érasme. 
Ad., I, 6, 24 : Midae divitiae. 



Ad., I, 3, 67 : Midas auriciilas 
asini... Vel dicetur in tyrannos 
quibus cum aures sint asinina- 
rum instar longae, procul etiam 
audiunt, velut aus cultatoribus 
dimissis qui audita référant. 
Quos Plutarchus... ôjxaxouiTTâ; 
appellat. 

Ad., I, 2, 2 : Multae regiim au- 
res... wTaxouffTix;, quos primus 
Darius adhibuit, sibi diffisus. 

Apopli., III (Diogenes, 26) : In- 
dignantibus amicis quod Ale- 
xander illi cani tantum habuis- 
cet honorie... « Immo, » inquit, 
« ni Alexander essem, Diogenes 
esse vellem ». 

Ad., IV, 3, 67 : Corinthiani. 



Ad., III, 5, 36 : Bellum om- 
nium pater. Mais Rabelais l'a 
plutôt tiré de Plutarche, 75 et 
Os, c. 48, 370 D. 

Ad., IV, I, I : Dulce bellum 
inexpertis... Neque non viderunt 
haec grammatici quorum alii 
bellum xax' àvri^pa^iv dictum 
volunt, quod nihil habeat neque 
bonum neque bellum. 

Ad., I, 8, 34 : Unico digito 
scalpit caput. Molles atque effœ- 
minati uno digito caput scalperc 
dicuntur. 

Ad., I, 4, 35 : Asinits ad ly- 



RABELAIS ET ERASME. 



227 



Rabelais. 
co mme asnes de Arcadie au chant 
des musiciens. 



Prol. : Ennius beuvant escri- 
voit, escrivant beuvoit. Aeschy- 
lus (si à Plutarche foy avez en 
Symposiacis) beuvoit composant, 
beuvant composoit. Homère ja- 
mais n'escrivit à jeun. 

Pî-ol. : à chascun n"est octroyé 
entrer et habiter Corinthc. 



Prol. : doubtant... que mon 
thesaur soit charbon. 



Prol. : Ainsi demeurera le 
tonneau inexpuisible. 



Prol. : Si quelque foys vous 
semble estre expuysée jusques à 
la lie, non pourtant sera il à sec. 
Bon espoir y gist au fond comme 
en la bouteille de Pandora, non 
desespoir, comme on bussart 
des Danaides. 



Prol. : à l'exemple de Lucil- 
lius, lequel protestoit n'escrive 
que à ses Tarentins et Consenti- 
nois, je ne l'ay perse que pour 
vous, gens de bien. 

Ch. 1 : Ainsi feut par Her- 
cules tout le continent possédé, 
les humains... en bon traicte- 
ment les gouvernant; en aequité 
et justice les maintenant. 



Érasme. 
ram. Lucianus in Indochim (c. 4). 
ô'voç X'jpa; ay.oOeiç Xivûv xà coxa. 
Arcadiae pecuaria est de Perse, 
III, 9. 

Ad., IV, 3, 58 : Quin, ut refert 
in Symposiacis Plutarchus, ^s- 
chylus tragoedias suas potando 
scripsit. 



Ad., I, 4, I : Xon cujusUbet 
est Corintlutm appellere. Cf. Ho- 
race, Epp., I, 17, 36. Gelle donne 
le proverbe grec (I, 8, jJ 4). 

Ad., I, 9, 3o : Thésaurus car- 
bones erunt. In eos competit... 
qui magnificis rébus expectatis 
mcras nugas reperiunt. 

Ad., 1, 10, 33 : Inexplebile do- 
liiim... Affluit enim dum exhau- 
ritur negotium laborque, et con- 
tra fit atque in Danaidum dolio. 

Colloq. [Peregr. Relig. ergo) : 
Ubi totum hoc dimensum semel 
fuerint elargiti, non superest 
quod largiantur .'' OG. Minime. 
Subscatet enim subinde quod 
dent, ac plane diversum accidit 
hic atque in dolio Danaidum. 
Illud enim cum continenter im- 
pleatur semper tamen inane est : 
hinc si semper haurias nihilo 
tamen minus est in dolio. 

Apoph. {Alphons., 24). 



Ad., I, I, 69 : Homo liomini 
deus. Antiquitas nihil aliud exis- 
timabat esse deum quam pro- 
desse mortalibus. Unde frugum, 
vini, legum autores et quicunque 



22S 



RABELAIS ET ERASME. 



Rabelais. 



I : avecque oubliance sem- 
piternelle de toutes les oflen- 
ses praecedentes, comme es- 
toit la amnestie des Athéniens, 
lorsque feurent par la prouesce 
et industrie de Thrasibulus les 
tyrans exterminez : depuis en 
Rome exposée par Ciceron. 



I : Ce sont les philtres, iynges 
et attraictz d'amour. 



I : les choses mal acquises 
mal dépérissent. 

II : Gaton en sa Mesnagerie 
dict : Il faut que le pere-famile 
soit vendeur perpétuel. 

II : Lesquelles gualoises vo- 
luntiers sont Platonicques et Ci- 
ceronianes jusques là qu'elles se 
reputent estre en monde nées, 
non pour soy seulement, ains de 
leur propres personnes font part 
à leur patrie, part à leurs amis. 



II : jMais en lieu de guar- 
der et observer les loix cœ- 
naires et sumptuaires des Ro- 
nriains... et des Corinthiens, par 
lesquelles estoit rigoureusement 



Erasme. 
ad vitae commoditatem aliquid 
attulissent eos pro diis habebat 
antiquitas... Recte dictum est 
mortales tune maxime deos imi- 
tari cum benefici sunt. 

Ad., II, I, 94 : Ne malorum 
memineris. Thrasybulus ubi ci- 
vitatem Atheniensium triginta 
tyrannorum saevitia libéra esset, 
plebiscitum interposuit ne qua 
praeteritarum rerum mentio tie- 
ret . . . oblivionem Athenienses 
à[iLvr)(7TÎav vocant. Meminit et M. 
Tullius : « ... revocavi vêtus 
exemplum... Graecum etiam ver- 
bum usurpavi. » 

Ad., IV, 6, 10 : lynge trahor. 
Qui vehementi et impotenti dc- 
siderio trahuntur ad aliquid 
iynge trahi dicuntur. (Cf. Theo- 
cr., II, 17.) 

Ad., I, 7, 82 : Maie parla maie 
dilabuntur. (Cic, Phil., II, g 65.) 

Apoph., Y (Cato, 54) : Agrico- 
lam oportere vendacem non 
emacem esse. (Cato, De agri- 
Ctllt., C. II, g 7.) 

Ad., IV, 6, 81 : Ncmo sibi 7ias- 
citiir. Hanc sententiani Plato 
prodidit... Quin et illud tibi con- 
siderandum est quod quisque 
nostrum non sibi tantum natus 
est, sed ortus nostri partcm sibi 
vindicat patria, partem parentes, 
partem amici. Adducit hune lo- 
cum M. Tullius. {De officiis, I, 

g 32.) 

Ad., I, 9, 44 : Protetviam Fe- 
cit... Apud vetercs erant leges 
sumptuariae, atque adco Gorin- 
thi... lex erat opposita sumpluo- 
sius quam pro rei familiaris nio- 



RABELAIS ET ERASME. 



t29 



Rabelais. 
à un chascun défendu plus par 
an despendre que portoit son 
annuel revenu, vous avez faict 
protervie, qui estoit entre les 
Romains sacrifice tel que l'ai- 
gneau paschal entre les Juifz. Il 
y convenoit tout mangeable 
manger, le reste jecter au feu, 
rien ne reserver au lendemain. 
Je le peuz de vous justement 
dire comme le dist Caton de Al- 
bidius, lequel avoir en excessive 
despense mangé tout ce qu'il 
possedoit, restant seulement une 
maison, y mist le feu dedans. 

ni : Debvez vous tous jours à 
quelq'un... craignant sa debte 
perdre tousjours bien de vous 
dira... tousjours nouveaux cré- 
diteurs vous acquestera, affin 
que par eulx vous facie\ versiire 
et de terre d'aultruy remplissez 
son fossé... 



III : et moy faisant à l'un 
visaige plus ouvert ... que es 
autre, le paillard pense estre 
le premier en date... Ce sont 
mes candidatz, mes parasites... 

m : plus ayment la manche 
que le braz. 

m : les hommes seront loups 
es hommes. 

III : nourrir en l'aer les pois- 
sons, paistre les cerfz au fond de 
rOcean. 

III : et périra (ce monde) sans 
doubte : ... mais bien tost pé- 
rira, feust-ce Aesculapius même. 

VII : C'est belle chose estre en 
tous cas bien informé. 



Érasme. 
do viventibus... Erat hoc religio- 
sum ... ne quid ex sacris epulis 
relinqueretur : aut si quid reli- 
quum esset, id igni absumere- 
tur, quemadmodum Moyses tra- 
dit de agno paschali. Porro id 
genus sacrilîcii Romani proter- 
viam appellant. Unde celebratur 
illud Catonis festiviter dictum 
in Albidium quendam, qui pa- 
trimonium universum luxu ab- 
sumpscrat, unis exceptis aedibus 
quae incendie conflagrarunt : 
Proterviam inquit fecit. 

Colloq. {Ementita Nobilitas) : 
Nulla est commodior ad regnum 
via quam debere quam pluri- 
mis... Creditor observât te non 
aliter quam obligatus magno 
beneficio vereturque ne praebeat 
ansam amittendae pecuniae. Ser- 
vos nemo habet magis obnoxios 
quam debitor suos creditores : 
quibus, si quid aliquando reddas 
gratius est quam si donos dones. 

Ad., I, 10, 23 : Versuram sol- 
vere dicitur qui sic e praescnti- 
bus malis extricat sere ut aliis 
gravioribus impediatur. 

Ad., I, 3, 89 : Tiinica pallio 
propior est. 

Ad., I, I, 70 : Homo homini 
lupus. 

Ad., I, 4, 74 : In aère piscari 
venavi in mari. In eos qui frus- 
tra moliuntur -zk àSûvaxa. 

Ad., I, 5, 74 : ... veluti Teren- 
tianum illud : Ipsa Salus si cu- 
piat servare domum hanc non 
possit. {Adelphoe., 761.) 

Ad., V, I, 42 : Nil dulciiis quam 
omnia scire. 



23o 



RABELAIS ET ERASME. 



Rabelais. 
VII : en laquelle il souloit 
comme en l'ancre sacre consti- 
tuer son dernier refuge. 

VII : Cessent les armes régnent 
les toges. 



IX : Puis qu'une foys en avez 
jecté le dez et ainsi l'avez dé- 
crété. 



IX : Puisque de femme ne me 
peuz passer en plus qu'un aveu- 
gle de baston. 



X : tesmoing Socrates, lequel 
oyant en prison reciter ce mètre 
de Homère, 9, Iliad. : 

r'uati xàv TpiTdtTt)), etc.. 
praeveid qu'il mourroit le tiers 
subséquent jour et le asceura à 
^schines. 



XII : Le villain jambe-torte se 
feist declairer coqu par arrest 
et en veute figure de tous les 
Dieux. 

XII : jà ne saulsera son pain 
en ma souppe. 



XII : Hercules seul n'auza con- 
tre deux combatre. 

XII : ces petites noisettes ... qui 
par certain temps sourdent entre 
les amans, sont nouveaulx re- 



Érasme. 

Ad., IV, 1,1: Dulce bellum in- 
exfcrtis... haec nulli non sacra 
est ancora. (P. 847, éd. Froben, 
i55i.) 

Ad., II, 5, 28 : ... Unde M. Tul- 
lius subinde jubet depositis to- 
gis saga sumere. Et idem Cé- 
dant arma togae. 

Ad., I, 4, 32 : Omnem jacoe 
aleam... Atheneus, lib. XIII, ci- 
tât Menandri carmina : 

« Siquidem sapis ne conjugem 
unquam duxeris. » Huic alter 
respondet : « Décréta res est, esto 
jacta haec aléa. » 

Ad., Il, 9, 92 : Neque cum ma- 
lis neque sine malis. (Aristoph., 
Lys.) ... Notum est illud Catonis 
quod cum uxoribus incommode 
vivitur, at sine illis omnino non 
vivitur. 

Apoph., III {Socrates, 96) : 
Quum in somnis quidam ipsi 
visus esset dicere : 

r,(iaTt xèv XpiTCtTO) X. T. X. 

.^schimi dixii : Tertio die mo- 
riar. Le passage suivant, « com- 
me escrivent... Laertius, » est 
une addition de F., l'édition de 
i552. 

Ad., II, 8, 72 : Vulcanium vin- 
cuhim. Homerus Odysseae oc- 
tavo. 

Ad., I, 8, 81 : Eodem bibere 
poculo est iisdem affici incom- 
modis malisque communibus 
obnoxium esse. (Plaut., Casina, 
863.) 

Ad., I, 5, 39 : Xe Hercules 
quidem adversus duos. 

Ad., III, I, 89 : Amantium 
irae... Hujusmodi dissidiola, 
quae nonnumquam incidunt in- 



RABELAIS ET ERASME. 



23 I 



Rabelais. 
fraichissements et aiguillons d'a- 
mour. 

XIV : Je luy remonstroys qu'elle 
me les debvoit mettre au des- 
soubz des oeilz, pour mieux voir 
ce que j'en vouldroys ferir, affin 
que Momus ne trouvas! en elle 
chose aulcune imperfaicte et 
digne de correction, comme il 
feist en la position des cornes 
bovines. 



XIV : irriter les freslons. 
XIV : mouvoir la camarine. 

XIV : èy^^oS»'/ aSwpa ôwpa. 

XV : affin de rien immonde ne 
porter au service divin. 

XV : Choze bien commune et 
vulguairc entre les humains est 
le malheur d'aultruy entendre, 
praevoir, congnoistre et prae- 
dire. Mais ô que chose rare est 
son malheur propre praedire etc. 
Et que prudcntement le figura 
yEsope en ses apologes, disant 
chascun homme en ce monde 
naissant une bezace au coul por- 
ter, on sachet de laquelle davant 
pendent sont les faultes et mal- 
heurs d'aultruy, tousjours expo- 
sées à nostre veue et congnois- 
sance; on sachet darriere pen- 
dent sont les faultes et malheurs 
propres. 

XVI : celluy lieu ... abonde en 
sorcières plus que ne feist onc- 

, ques Thcssalie. 



Érasme. 
ter amicos, quasi rénovant ami- 
citiam. 

Ad., I, 5, 74 : Momo satisfa- 
cere... Aristoteles (p. a. III, 2, 7) 
meminit hujus qui naturam in- 
cusavit quod bobus cornua in 
capite ac non potius in armis 
addiderit quo vehementius pos- 
sint ferire... Ad quod allusisse 
videtur Lucianus {Ver. hist., II, 
3) cum scribit se vidisse boves 
quibus cornua inessent non in 
fronte, sed sub oculis. 

Ad., I, I, 60 : Irritare cra- 
brones. 

Ad., I, I, 64 : Movere Cama- 
rinam. 

Ad., I, 3, 35 : Hostinm munera 
non munera. 

Apoph., III {Diog., 176) : In 
templum nihil oportere ingredi 
sordidum. 

Ad., I, 6, 90 : Non videmus 
manticae quod in ter go est (Ca- 
lullus in Scazonte) id est, non 
videmus nostra ipsorum vitia, 
cum aliéna curiosis oculis pers- 
piciamus. Proverbium ex Apo- 
logo quodam Aesopico (ex Sto- 
baeo)... Finxit Aesopus singulos 
mortales binas habere manticas, 
hoc est, peras, alteram ante pec- 
tus, alteram a scapulis tergoque 
propendentem. Sed in priorem 
inquit aliéna vitia immittimus, 
in posteriorem nostra. 



Ad., I, 3, 12 : Thessala mil- 
lier... Plinius docet magiam ad 
Thessalos usque propagatam 
diu ab ea gente cognomen obti- 
nuisse. 



232 



RABELAIS ET ERASME. 



Rabelais. 

XVI : Quel interest encourrez 
vous avec elle conférant .'' 

XVII : sus huyct feueilles... es- 
crivit quelques briefz vers. 



XVIII : Quantes foys vous ay je 
ouy disant que le magistrat et 
l'office descœuvre l'homme... 
C'est à dire que lors on con- 
gnoist certainement quel est le 
personaige, et combien il vault, 
quand il est appelé au manie- 
ment des affaires. Paravant, 
sçavoir est, estant l'homme en 
son privé, on ne sçait pour cer- 
tain quel il est. 

xviii : non courante, comme 
bacheliers insensez, mais assise, 
comme beaulx docteurs regens. 



xviii : elles commencèrent es- 
corcher l'homme, ou gluber, 
comme le nomme Catulle. 

XIX : elles imaginent que soit 
l'entrée du sacré Ithyphallc. 

XIX : Vous sçavez comment à 
Croquignoles quand la nonnain 
seur Fessue feut par le jeune 
Britfault dam Royddimet en- 
groissée et, la groisse congnue, 
appellée par l'abbesse en chapi- 
tre et arguée de inceste, elle 
s'excusoit, alléguante que ... ce 
avoit esté par violence et par la 
force du frerc Royddimet. L'ab- 
besse replicante et disante : 
« Meschante, c'estoit on dor- 
touoir : pourquoy ne crioys-tu 
pas? Nous toutes eussions couru 
à ton ayde. )' Respondit qu'elle 



Érasme. 

Apopli., II {Chilo, 22) : Divina- 
tionem non esse detestandum. 

Ad., I, 7, 91 : Sibyllae foliitm. 
Cumanae Sibyllae mos erat ... 
in palmarum foliis oracula scri- 
bere. 

Ad., I, 10, 76: Magistratus vi- 
rum indicat... Sensus est, in vita 
privata vix satis perspici possc 
mores et ingenium hominis. Vc- 
rum si committas imperium, ui 
quod libcat idem liceat, tum 
demum apparere quo sit animo. 



Ad., II, 5, 98 : Eseniiiis atm 
Pacidiano (sub fin.) : Nam servi- 
ta theologiae baccalaureus erat, 
currens aut sedens, formatus an 
mox formandus incertum. 

Colloq. {Puerp.) : Si verum est 
quod rumore populari jactatur, 
haec mater familias sustinuit 
deglubere maritum suum. 

Ad., III, 3, 63 : Phallus Deo. 
Columella Priapum Iihyphallum 
vocat. 

Colloq. (IxQvofayîa) : Mie mihi 
succurrit fabula quam nupcr 
Dominicanus quidam narravit. 
Virginem sacram oppresserat 
adulescens : uteri tumor arguit 
faclum : convocatus est virgi- 
num chorus, praesedit abbatissa. 
Accusata est. Inhciali statui non 
erat locus. Argumentum erat 
necessarium. Confugit ad statum 
qualitatis... Oppressa sum a va- 
lentiore. At saltem exclamasses. 
Fccissem, inquit, sed in dormi- 
torio nefas est solvere silentium. 



RABELAIS ET ERASME. 



233 



R.\BELAIS. 

ne ausoit crier on dortouoir, 
pour ce qu'on dortouoir y a si- 
lence sempiternelle. 

XXX : et tousjours obturbcz 
comme un aultre Davus. 

XXI : suys d'advis que mou- 
vons toute pierre. 

XXI : Les cycnes ... ne chantent 
jamais sinon quand ilz appro- 
chent de leur mort. 



XXIII : Comme les aigles jec- 
tent les tortues pour les casser, 
tesmoing la teste pelée du poète 
iEschylus. (Cf. IV, xvii.) 



XXIV : La mocquerie est telle 
que de la montaigne d'Horace, 
laquelle cryoit et lamcntoyt 
énormément, comme femme en 
travail d'enfant. A son cris et la- 
mentation accourut tout le voi- 
sinage en expectation de veoir 
quelque admirable et mons- 
trueux enfantement; mais enfin 
ne nasquit d'elle qu'une petite 
souriz. 

XXIV : Se mocquc qui clocquc. 
(Cf. G., 20.) 



XXV : Plus vrai n'est la vérité 
qu'il est certain que seras coqu. 



Érasme. 



Ad., III, 9, 95 : Qui contutbat 
omnia. (Cf. Ter., Andr., 601 ; Da- 
vus. Jam perturbavi omnia.) 

Ad., I, 4, 3o : Omncm moverc 
lapidem ... nil intentatum relin- 
quere. 

Ad., I, 2, 55 : Cygnea cantio. 
Convenit in eos qui suprcmo 
tempore vitae facunde disse- 
runt. . . Porro cygnos instante 
morte mirandos quosdam edere 
caiitus tam omnium literis est 
celebratum quam nuUi vel com- 
pertum vel creditum. 

Ad., III, 7, I (p. 770) : Scara- 
baeus aquilam quaerit. Aquila ... 
tcstudinem raptam ex alto ... in 
saxum demittit ... ut rupta 
testa carne vesci possit. Quam- 
quam in Aeschylo parum aqui- 
linis fuit oculis, cum in hujus 
albicantem calvariam demissa 
testudine miserum occiderat. 

Ad., I, 9, 14 : Parturiunt mon- 
tes nascetur ridicuhis mus (Hor., 
A. P., iSg)... Cum olim rudes 
homines vidèrent in monte ter- 
ram intumescere moverique, 
concurrunt undiquc ad tam hor- 
rendum spectaculum, cxpectan- 
tcs ut terra novum aliquod por- 
tentum ederet, monte nimirum 
parturiente. Tandem ubi diu 
suspensis animis expectassent 
mus prorepsit e terra. 

Ad., III, 2, 21 : Loripedem 
reclus derideat ... perinde quasi 
claudus claudo claudicationis 
vitium objiciat. 

Ad., IV, 9, 2 : Vero verius 
(Mart-, VIII, 76, 8)... Non dissi- 



t34 



RABELAIS ET ERASME. 



Rabelais. 



XXV : Voyez cy le vray Ollus 
de Martial, lequel tout son es- 
tude addonoit à observer les 
maulx et misères d'aultruy; ce 
pendant sa femme tenoit le bre- 
lant. Il de son cousté pauvre 
plus que ne feut Irus, au de- 
mourant glorieux, oultrecuydé, 
intolérable ... en un mot miaya- 
),a^wv, comme bien proprement 
telle peaultraille de belistran- 
dien nommoient les anciens... 
Il ne sçait le premier traict de 
philosophie qui est : Congnoys- 
TOi et, se glorifiant veoir un 
festu en l'œil d'aultruy, ne voyt 
une grosse souche laquelle luy 
poche les deux œils. C'est un tel 
Polypragmon que descript Plu- 
tarche. C'est une aultre Lamic, 
laquelle en maisons estranges, 
en public, entre le commun 
peuple, voyant plus penetram- 
mcnt qu'un oince, en sa maison 
propre estoit plus aveugle qu'une 
taulpe : chés soy rien ne voyoit, 
car, retournant du dehors en 
son prive, oustoit de sa teste ses 
œilz exemptiles comme lunettes, 
et les cachoit dedans un sabot 
attaché darriere la porte de son 
logis. 

XXV ; par Coscinomantie. 



XXVII : je ne te conseille chose 
que je ne feisse, si j'estoys en 
ton lieu. 

XXVII : Leur son est plus fati- 
dicque que les chauldrons de 
Juppiter en Dodone. 



Érasme. 

mili forma dicimus certo cer- 
tius. 

Ad. I, 6, 85 : Aedibus in uos- 
tris, etc. Martialis Ollum quen- 
dam notât qui malorum alieno- 
rum crat observator curiossimus 
cum ipse uxorem haberet adul- 
téra m. 

Ad., I, G, 76 : Ifo paiiperior. 

Ad., I, 6, 88 : Messe tenus 
propria vive. Ostentatorem divi- 
tiarum déganter Alexis (Athen., 
VI, 23o c) TîTwxaXi^ova dixit, eo- 
dem verbo declarans fastum cum 
paupertate conjunctum. 

Ad., I, 6, 95 : Nosce teipsum... 
Tria sapientum apophthcgmata. 
Quorum primum est yvwOt atav- 
TÔv. Nosce teipsum. 

Ad., I, 6, 91 : Festucam ex al- 
terius oculis ejicere . . . aiunt 
quosdam esse qui festucam vi- 
deant in oculo fratris, in suo 
trabem non videant. 

Ad., I, 6, 85 : Aedibus in 7ios- 
tris... Plutarchus cpt>.oitpaY(jioaû- 
v/jv définit... Curiositatcm, stu- 
dium aliéna mala cognoscendi, 
atque id hominum gcnus lamiis 
similes ait, quae domi oculos re- 
conditos habent, foras egressu- 
rae rcponunt. Atque ita fit ut 
domi caccutiant, foris sint ocu- 
latissimac. 

Ad., I, 10, 8 : Cribro divinare. 
Genus hoc divinandi suspenso 
cribro in hodicrnum tcmpus us- 
que durât. 

Ad., III, 9, 90 : Stiadeo quod 
ipse facturus essem. (Od., V, 
189.) Calypso à Ulysse. 

Ad., I, I, 7 : Dodoneum aes. 
Suidas ait oraculum Jovis, quod 
crat olim in Dodona, |lehetibus 



RABELAIS ET ERASME. 



235 



Rabelais. 



xxvn : Ce mot te soit comme 
une muraille de bronze (V, i5). 
Hor., Epp., I, I, 60. 

xxviii : le temps matte toutes 
choses. Il n'est le marbre ne le 
porphyre qui n'ayt sa vieillesse 
et décadence. 

XXVIII : tu ferois pis que les 
Géants. 



XXX : Reste un petit scrupule 
à rompre. 



XXXII : Certes Platon ne sçait 
en quel rang il les doibve coUo- 
quer, ou des animaux raisonna- 
bles ou des bestes brutes. 



XXXIII : les laisseroit éternelle- 
ment pourrir avecques leurs fem- 
mes sans corrival aulcun. 



XXXIV : De meschantes gens je 
ne prens rien. Rien jamais des 
gens de bien je ne refuse. 

XXXV : De main en main vous 
est la lampe baille'e. 



Erasme. 

aereis undique cinctum esse, ita 
ut invicem sese contingerent. 

Ad., II, 10, 25 : Murus ahe- 
neiis... usurpatur pro certo et 
immutabili animi décrète. 

Ad., III, 2, 100 : Vitiat lapi- 
dent longum tempus. Saxum quo- 
que temporum diuturnitas ab- 
sumit. 

Ad., II, 5, 44: Ciim dis pugnare 
dicuntur qui vel naturae répu- 
gnant vel adversus fatalem ne- 
cessitatem reluctantur. Sump- 
tum a gigantum fabula. (Cic, 
de Sen., g 5. Cf. aussi Ad., III, 
10, 93. Gigantum arrogantia.) 

Ad., IV, 5, 66 : Scriipuhim in- 
jicere. Ter in Andria (940). At 
mihi unus scrupulus etiam res- 
tât qui me habet maie. 

Mor. Enc, c. xvii : Nam quod 
Plato dubitare videtur utro in 
génère ponat mulierem, rationa- 
lium animantium an brutorum, 
nihil aliud voluit quam insignem 
ejus sexus sultitiam indicare. 

(Divinus ille Plato dubitare vi- 
detur utro in génère ponat mu- 
lierem, rationalium an bruto- 
rum. Tiraqueau, lex I, 11° 64.) 

Ad., II, i, 17 : Sine rivali di- 
ligere. (Hor., A. P., 442) dicun- 
tur qui stulte mirantur quod 
nemo alius concupiscet. « Quam 
se amans sine rivali... » (Cic, 
ad Q. frat.) 

Apoph., V {Ci-assus, 9) : A bo- 
nis civibus petam consulatum, a 
malis nequaquam. 

Ad., I, 2, 38 : Citrsit lampada 
trado. M. Varro, De re rust. 
(III, 16, 9). Quibus verbis signi- 
ficat se alteram sermonis partem 
Merulae tradere, isque in diccndi 
viccm succedit. 



236 



RABELAIS ET ERASME. 



Rabelais. 

XXXV : Que me dictes vous ? 
demanda Panurge. 

Ce que avez ouy, respondit 
Trouillogan. 

Que ay ge ouy ? demanda Pa- 
nurge. 

Ce que j"ay dict, respondit 
Trouillogan. 

XXXV : un ancien philosophe 
interrogé s'il avoit quelque fem- 
me qu'on luy nommoit. Je l'ay 
(dist-il) amie, mais elle ne ma 
mie je la possède, d'elle ne suys 
possédé. 

XXXV : ... une fantesque de 
Sparta. On luy demanda si ja- 
mais elle avoit eu affaire à hom- 
me. Respondit que non jamais, 
bien que les hommes quelques 
foys avoient eu affaire à elle. 

XXXVII : Vous me semblez à 
une souriz empegée; tant plus 
elle s'efforce soy depestrer de la 
poix, tant plus elle s'en embrene. 



XXXVII : J'ay souvent ouy en 
proverbe vulguaire qu'un fol en- 
seigne bien un saige. 

XXXVII : un mesme horoscope 
estre à la nativité des Roys et 
des Sotz; et donnent exemple de 
Aeneas et Choroebus lequel Eu- 
phorion dict avoir esté fol, qui 
curent une mesmes genethlia- 
que (éd. F. i552). 



XXXVIII : fou de toutes heures. 



Érasme. 

Colloq. famil. : 
G. Quid tu narras .' 
L. Hoc quod audis. 
G. Quid ego audio .' 
L. Hoc quod narro. 



Apopli., III {Aristippus, 3i) : 
Cuidam objicienti quod Philo- 
sophus haberetur a Laide : « Im- 
mo Lais » inquit « habetur a me 
non, ego a Laide. » 

Apoph. (Lacaeiiariim, 3o) : La- 
caena rograia num virum acce- 
sisset, non, inquit, sed illc ad me. 



Ad., III, 3, 68 : Mus picem 
gustans... adagii significatio, cx- 
perientiam maie cessisse. Siqui- 
dem mus imperitus, si quando 
in picem inciderit, aut périt, 
aut vix eluctatur, ac deinde pe- 
riculi memor timet contingere. 

Ad., I, 6, I : Saepc etiam est 
holitor valde opportiina locutus 
... a viro stulto nonnumquain 
sapiens dictum proficisci. 

Ad., I, 3, I : Aut regem aut 
fattium masci oportere (Seneca, 
Apocol). 

Ad., II, 9, 64: Stultior Coroe- 
bo. Servius indicat sumptum 
(Verg., A., II, 341) ex Eupho- 
rione. Hune, inquit, Coroebum 
stultum inducitEuphorion,quem 
et Vergilius sequitur. 

Ad., I, 3, 86 : Omnium liora- 
rum liomo. Qui seriis pariter ac 
jocis esset accomodus et quicum 
assidue libeat convivere. 



RABELAIS ET ERASME. 



287 



Rabelais. 
xxxvni : il passeroit de une 
srande toise. 



XL : comme vous sçavez que 
pecuniae obediiint omnia. 

XL : le temps meurist toutes 
choses; par temps toutes choses 
viennent en évidence; le temps 
est père de vérité. 



XLii : peciinia est aller san- 
guis. 

XLii : Advise que mon verdun 
ne soit plus long que ton espade. 

XLii : ayant perdu au jeu tout 
son argent. 

XLiii : si en la rivière de Loyre 
je jectois une goutte d'eau de 
mer, pour ceste unique goutte 
... personne ne la diroit sallée. 



XLiii : En cas que le volussiez 
totalement de son office déposer, 
je vous priray fort me en faire 
un présent et pur don. 

XLiv : comme vous sçavez que ' 
rare est l'affection des peratres, 
vitrices, noverces et meratres 
envers les enfans des desfuncts 
premiers pères et mères. 

XLv : par vellication et érec- 
tion des aureilles (qui est, sçelon 
la doctrine des saiges ^^igyptiens, 
membre consacré à mémoire). 

XLvi : passera son temps au- 
tant joyeusement que feist onc- 
que Domitian le croqueniousche. 



Érasme. 

Ad., III, 4, 73 : Sedecim pedi- 
bits siiperavit ... pro maximo in- 
tervallo. Cf. II, 3, 82. Multis pa- 
rasangis praeciirrere. 

Ad., I, 3, 87 : Pecuniae obe- 
diunt omnia. (Eccles., X, 19.) 

Ad., II, 4, 17 : Tempiis omnia 
révélât... Gellius admonet quen- 
dam veterum poetarum Verita- 
tem temporis filiam vocasse, 
quod licet aliquando lateat, ta- 
men temporis progressu in lu- 
cem emergat. 

Ad., II, 8, 35 : Pecuniae vir. 
... T'àpY'jp'.Qv £<7xiv ai[ia xai 'Î^'J"/^ 

PpOTOÏÇ. 

Ad., II, g, i3 : Si tibi macliae- 
ra est, et nobis veriiina est domi. 
(Plaut., Bacch., 882.) 

Ad., I, 3, 16 : Zonam perdidit... 
Ibit eo quo vis qui zonam per- 
didit. (Hor., Epp., II, 2, 40.) 

Ad., IV, 2, 58 : Gutta vini. 
Gutta vini non miscetur aquae 
mille congiis. [Mais cela me pa- 
raît plutôt tiré de Gic, Fin., III, 
g 45. Interit magnitudine maris 
Aegaei stilla muriae.] 

Apoph., III {Agesilatis, i8):Ni- 
cias si nihil peccat, dimitte ho- 
minem : si peccat, mihi dimitte, 
sed omnino dimitte. 

Ad., II, 2, 95 : Odiiim nover- 
cale legimus, propterea quod 
novercis omnibus innatum sit 
fatale et irreconciliabile odium 
in privignos. 

Ad., I, 7, 40 : Aurem vellere... 
Ut frons antiquitus erat sacra 
Genio... veluti scribit Servius... 
ita auris Memoriae deae. 

Ad., II, I, 84 : Ne miisca qiii- 
dem. Domitiani consuetudinem 
notans, cui mos erat quotidie 



238 



RABELAIS ET ERASME. 



Rabelais. 



XLvi : A infinité rien ne peut 
deschoir, rien ne peut estre ad- 
joinct, comme prouve Aristo- 
teles. 

XLViii : comme les pontifes de 
Cybele... si chappons faussent et 
non galls. 

xLviii : Moyennantes les loigs 
dont je vous parle, n'est ruffien 
qui violentement ne ravisse quel- 
que fille il vouldra choisir... de 
la maison de son père... si le 
ruffien se y a une foys associé 
quelque Myste. 



XLviii : contraire par diamètre 
entier. 

L : et de la longue excuse de 
Pénélope pendant l'absence de 
son mary Ullyxes. 

LU : hors le ject de pierres. 



Érasme. 
sibi secretum horarium captare, 
nec intérim aliud fere agebat 
nisi quod muscas captas stilo 
configeret. 

Ad., IV, 8, 4 : Nihil potest, 
nec addi nec adimi. De perfectis 
operibus ita vulgo dici solitum 
indicat Aristoteles. {Eth. N., II, 
6,9.) 

CoUoq. {Conviv. profamim) : 
Non es gallus Cybeles , neque 
gallus gallinaceus, at forte Gal- 
lus gallaceus. 

CoUoq. {Virgo \i.t[L<\iiyont.oi) : Sic 
definiunt quidam et matrimo- 
nium esse ratum, quod insciis 
aut etiam invitis parentibus in- 
ter puerum et puellam per verba 
de praesenti (sic enim illi lo- 
quuntur [A, IV, i, g et 21]) con- 
tractum est. Atqui istud dogma 
nec naturae sensus approbat, 
nec veterum leges nec Evange- 
lica aut Apostolica doctrina. 

Ad., I, 10, 45 : Diametro dis- 
tant. 

Ad., I, 4, 42 : Penclopes telum 
retexere ... mulier astuta quod 
interdiu texisset, id noctu rete- 
xere coepit. 

Ad.j I, 3, 93 : Extra telortim 
jactum. 



Quart Livre. 



Ane. prol. : en nombre tant 
multiplié que par leur vol, ilz 
tollissoient la clarté du soleil 
aux terres subjacentes. 



Ane. prol. : Vrayement vous 
ne fustes oncques de mauvaise 
pie couvés (V, 6). 



Apoph., I [Leonidas, 47) : Quo- 
dam dicente prae jaculis Bar- 
barorum nec solem videre lice- 
bit : « Annon, » inquit « lepi- 
dum fuerit, si cum illis sub um- 
bra pugnaturi sumus. » 

Ad., I, 9, 26 : Mali corvi ma- 
lum ovum. Apte usurpabitur quo- 
ties a malo praeceptore discipu- 



RABELAIS ET ERASME. 



239 



Rabelais. 



Aiic. prol. : la sentence d'un 
ancien pantagruéliste : 

Ce n'est, dict il, louange popu- 

[laire 

Aux princes avoir peu complaire. 

Ane. prol. : Plus vous plaist ce 
que disoit le bon Evispan de 
Verron : « Beaucoup et du bon. » 

Ane. prol. : et aultres de pa- 
reille farine. 



A71C. prol. : et choisir arbre 
pour pendaige, comme feit la 
signore Leontium, calumniatrice 
du tant docte et éloquent Theo- 
phraste. 

Prol. : ... l'Evangile, onquel 
est dict {Luc, 4) en horrible 
sarcasme et sanglante dérision 
au médecin négligent de sa pro- 
pre santé : Médecin, ô gueriz 
toy même... Cl. Galen... en 
santé soy maintenoit ... par 
craincte de tomber en ceste vul- 
gaire et satyricque mocquerie 
'IriTpb; âXXwv, àuToç IXxedi (ipûwv. 
Médecin est des autres en eftect : 
Toutefois est d'ulcères tout in- 
[fect. 

Prol. : Advint qu'il perdit sa 
coingnée... Mercure... ject es 
pieds de Couillatris les trois 
coingnées, etc., etc. 



Érasme. 
lus malus proficiscitur; ex im- 
probo pâtre filius improbus. 

Ad., I, 4, I... Nam Horatius 
in Epistolis (I, 17, 85) ad hune 
modum scribit : Principibus pla- 
cuisse viris non ultima laus est. 



Ad., I, 6, 3i : Mîilti tonique... 
Proverbium locum habuerit quo- 
ties aut testes aut convictores 
significamus idoneos. 

Ad., III, 5, 44 : Nostrae fari- 
nae. Ejusdem farinae dicuntur 
inter quos est indiscreta simili- 
tude. 

Ad., I, 10, 21 : Suspendio dili- 
genda arbor. In re vehementer 
indigna... Inde natum, quod olim 
in Theophrastum philosophum 
praecipuum meretricula nomine 
Leontium ausa sit scribere. 

Ad., IV, 4, 32 : Aliorum medi- 
cus... Utitur eo Plutarchus in 
commcntario quem inscripsit 
adversus Colotem. Convenict in 
eos qui aliis sapiunt, non sibi, 
aliis oculati sunt et cauti, non 
sibi. In eundem sensum usus est 
Christus apud Lucam. Judaeis... 
respondit ad hune modum : ... 
Omnino dicetis mihi parabolam 
hanc, Medice cura teipsum. 



Ad., IV, 3, 57 : Fluvius non 
semper fert secures. Natum ab 
apologo Aesopico : Cuidam cae- 
denti sylvam securis e manibus 
excidit. Mercurius invocatus red- 
didit argentcam. Neganti suam 
esse reddidit auream. Hanc quo- 
que suam esse neganti ferream 
tandem rcstituit et illas insuper 



240 



RABELAIS ET ERASME. 



Rabelais. 



Ep. dcd. : à l'exemple du Phoe- 
nix ... pour en icelluy me brus- 
ler. 

H (B) : (le taraude) change de 
couleur selon la variété des lieux 
es quelz il paist et demoure, et 
représente la couleur des herbes 
... généralement de toutes choses 
qu'il approche. Cela luy est 
commun avecques le poulpe ma- 
rin, c'est le polype,... avecques 
le chameleon ... près de Panta- 
gruel ... le poil et la peau luy 
rougissoit; près du pilot son poil 
apparut tout blanc. Lesquelles 
deux dernières couleurs sont au 
chameleon déniées. 



m (B) : Voguant à rames et à 
vêles. (Cf. IV, 56.) 

m (B) : scelon le dict de Hé- 
siode, d'une chascune chose le 
commencement est la moytié du 
tout. 



IV (B) : Jadis un Romain, nom- 
mé Furnius, dist à Caesar Au- 
guste recepvant à grâce et par- 
don son père, lequel avoit suyvy 
la faction de Antonius. .\ujour- 
dhuy me faisant ce bien, tu me 
as reduict en telle ignominie, 
que force me sera vivant, mou- 
rant, estre ingrat réputé par im- 
potence de gratuité. 



Érasme. 
donavit. Alius quidem eundem 
eventum sperans, etc. 

Ad., II, 7, 10: Phoenice rarior. 
Ovidius in Transform, lib. XV, 
400... Se super imponit finitque 
in odoribus aevum. 

Ad., III, 4, I : Chamaeleonte 
mutabilior ... tradidit Plinus, 
VIII, 32, illud addens hoc ani- 
mal toto corpore reddere colo- 
rem quemcumque proximum at- 
tigerit, praeter ruhrum et album. 

Ad., I, I, 93 : Polypi mentent 
obtinet. Plutarchus in Symposia- 
cis conatur causam reddere de 
polypo, quamobrem non tan- 
tum mutet colorem ... in metu : 
verum etiam sese ad saxi quod- 
cumque id fucrit colorem acco- 
modet. 

(Rabelais a probablement tiré 
ses descriptions directement de 
Pline et de Plutarque.) 

Ad., I, 4, 18 : Remis velisque. 
... summus est nautarum cona- 
tus. 

Ad., I, 2, 39 : Principium di- 
midium totius. ... signiricatum 
est maximam ditficultatis par- 
tem in aggrediundo negotio si- 
tam esse. Hemistichium est He- 
siodi, citante Luciano in Her- 
motimo. 

... facilem sibi reddidit Fur- 
nius Caesarem Augustum, quod 
cum patri Antonianas partes sc- 
cuto veniam impetrasset, dixit : 
« Hanc unam, Caesar, habeo in- 
juriam tuam; effecisti ut vive- 
rem et morerer ingratus. » Se- 
neca de Benef, II, 25, i. (Érasme 
aussi donne ceci dans les Apopli., 
lib. VIII, 42, mais je crois que 
Rabelais l'ait tiré plutôt Je Se- 



RABELAIS ET ERASME. 



241 



Rabelais. 



VII (B) : Ita sont choux ; vere, 
ce sont pourreaux. Mais rr. rrr. 
Vous n'entendez ce languaige. 



VIII : Comme vous sçavez estre 
du mouton le naturel tousjours 
suivre le premier, quelque part 
qu'il aille. (Aussi le dict Aristo- 
teles, lib. IX de Hist. Animal, 
estre le plus sot et inepte ani- 
maut du monde (B.).) 

La première partie vient de 
-Merl. Cocai, XI, 146 : Illico (nam 
mos est ovium seguitare prio- 
rem). 

XI : comme l'aymant à soi le 
fer attire. 



XI : Me souvient avoir leu que 
Antigonus, roy de Macedonie, 
un jour entrant en la cuisine de 
ses tentes et y rencontrant le 
poète Antagoras, lequel fricas- 
soit un congre, et luy même te- 
noit la paille, luy demanda en 
toute alaigresse : Homère fricas- 
soit il congres lorsqu'il descri- 
voit les prouesses de Agamem- 
non ? — Mais, respondoit Anta- 
goras au roy, estimes tu que 
Agamennon, lorsque telles prou- 
esses faisoit, feust curieux de 
sçavoir si personne en son camp 
fricassoit congres. 



REV. DES ET. RABELAISIENNES. VI 



Erasme. 
nèque, parce que plus bas il 
donne deux citations de Sénèque 
de Ben.) 

Ad., IV, 5, 3o : Mira de lente. 
... quoties res humiles et pusil- 
lae magnificis laudibus attolle- 
rentur. 

Ad., II, 4, 34 : Canina facun- 
dia. ... siquidcm >• litera quae 
in rixando prima est, canina vo- 
catur. 

Ad., III, I, 95 : Ovitim mores. 
... Aristoteles, lib. de natur. 
anim. nono... Nam et ovium in- 
genium, quemadmodum aiunt, 
simplex et stolidum. Siquidem 
est omnium quadrupedum iner- 
tissimum. (In nive) ... périt nisi 
pastores mares adduxerint. Nam 
ita demum consequuntur. 



Ad., I, 7, 56: Omnia attrahens 
lit magnes lapis... Metaphora 
ducta a natura lapidis, ferrum 
ad se trahentis. 

Apoph., IV [Antig., 17) : Anla- 
goram Poetam in tentorio con- 
grum coquentem, atque ipsum 
patellum versantem , deprehen- 
dit Antigonus a tergo stans, ei- 
que dixit : « Putasne, O Antago- 
ra, Homerum cum Agamennonis 
res gestas scriberet, coxisse con- 
grum .? » Contra haec Antago- 
ras : « Et tu, Rex, putasne Aga- 
memnonem cum illas res gere- 
ret, fuisse curiosum si quis in 
exercitu congrum coqueret ? » 

Je crois que Rabelais a puisé 
ce conte d'Érasme plutôt que de 
Fulgosius (VI, 2, g 24) à cause 
des ressemblances spéciales que 
j'ai indiquées. De l'autre côté, je 

16 



242 



RABELAIS ET ERASME. 



Rabelais. 



XI : J'estois avecques le ba- 
guaige on quel lieu vostre hon- 
neur neust porté soy cacher. 



XII : Briefe déclaration, etc., 
fol. 3oB. Rane gyrine, grenoille 
informe. Les grenoilles en leur 
première génération sont dicts 
Gyrins, et ne sont qu'une chair 
petite, noire, avecques deux 
grands œilz et une queue. Dont 
estoient dictz les sots gyrins. 
Plate in Theaeteto. Aristoph., 
Plin., lib. IX, cap. 5i. Aratus. 



XIV : les paiges jouoient à la 
mourre à belles chiquenauldes 

[G, 22). 



XV : l'argent de Basché plus 
estoit aux Chicanous et records 
pestilent, mortel et pernicieux 
que n'estoit jadis l'or de Tho- 
lose et le cheval Sejan a ceulx 
qui le possédèrent. 



Érasme. 
suis d'opinion qu'il a tiré le 
conte de Timon le misanthrope 
à la fin de l'Ancien prologue de 
Fulgosius, IX, II, g 17, plutôt 
que d'Érasme, Apoph., V (T^z- 
mon, II). 

Ad., V, I, 1 : Tu in legione 
ego in ciilina. Plaut., Truc. 
(6i5). Militi coquus : Sis tu in 
legione bellator si vis, at ego in 
culina Ares. [Ritschl change la 
lecture : Si tu Bellonae bellator 
dues at ego Culinae clueo.] 

Ad., II, I, 34 : Rana gyrina 
sapientior. Plato in Theaeteto. 
« At ille nihilo magis antecelle- 
bat prudentia quam rana g>'ri- 
na » ab informi partu ranarum 
quem Graeci ^upivou; vocant, a 
figura corporis in gyrum orbi- 
culati... Suidas Aristophanis ad- 
ducit testimonium. ... Plinius, 
lib. IX, cap. 5i. Ranae ... pariunt 
minimas carnes nigras, quas gy- 
rinos vocant oculis tantum et 
cauda insignes. ... Meminit et 
Aratus. 

Ad., I, 8, 23 : Dignus est qui- 
cum in tenebris mices. ... Est au- 
tem micare lusus genus quod- 
dam, quod adhuc apud Italos 
durât, ut repente porrectis digi- 
tis certantium uterque numerum 
divinet. 

Ad., I, 10, 98 : Aurum liabet 
Tolosanum. In eum qui magnis 
ac fatalibus afficitur mails, no- 
voque ac miserando exitu périt. 
Refertur ab A. Gellio (III, 9, 

1-7)- 

Ad., I, 10, 97 : Equum habet 
Seianum dicebatur in calamito- 
sum et ad extremam inopiam 
reductum. Allegoria sumpta est 



RABELAIS ET ERASME. 



243 



Rabelais. 



XVI : Il me soubvient d'un 
antique gentilhomme Romain 
nommé L. Neratius. Il estoit de 
noble famile et riche' en son 
temps. Mais en luy estoit ceste 
tyrannique complexion, que is- 
sant de son palais il faisoit em- 
plir [l'escarcelle et gibessière de 
son varlet (A)J les gibessières de 
ses varletz d'or et d'argent mon- 
noyé et rencontrant par les rues 
quelques mignons braguars et 
mieulx en poinct [sans d'iceulx 
estre aulcunement offensé, B], 
leurs donnoit de grands coups 
de poing en face. Soubdain 
après, pour les appaiser et em- 
pescher de non soy complaindre 
en justice, leurs departoit de 
son argent, tant qu'il les rendoit 
contens et satisfaictz scelon l'or- 
donnance d'une loig des douze 
tables. 

XVII : ... la mort de Aeschylus, 
comme luy eust fatalement esté 
par les vaticinateurs predict, 
qu'en certain jour il mourroit 
par ruine de quelque chose qui 
tomberoit sur luy, iceluy jour 
s'estoit de la ville ... esloigné... 
Et demeura on mylieu d'une 
grande praerie... Aeschylus ce 
non obstant par ruine feut tué, 
et cheute d'une caquerolle de 
tortue, laquelle d'entre les grj'-- 
phes d'une aigle haulte en l'air 
tombant sus sa teste luy fendit 
la cervelle. 

XVII : Plutarchc aussi on livre 
qu'il a faict de la face qui appa- 



Lrasme. 
ab equo quodam fatali, cui à 
Cn. Seio domino nomen indi- 
tum est Seiano. Refert. A. Gel- 
lius, III, 9. 

Apoph., III [Diog., 66) : A. Gel- 
lius narrât de quodam qui pro 
delectamento habebat manu de- 
palmare homines, moxque c 
crumena quam in hoc circum- 
ferebat jussit numerari mulctam. 

Gellius, XX, I, § i3 : L. Vera- 
tius (Neratius , Gryphius) fuit 
egregie homo improbus atque 
inmani vecordia. Is pro delecta- 
mento habebat os hominis liberi 
manus suae palma verberare. 
Eum servus sequebatur ferens 
crumenam plenam assium; ut 
quemque depalmaverat, nume- 
rari statim secundum duodecim 
tabulas quinque et viginti asses 
jubebat. 



Ad., II, 9, 77 : Non contingat 
servari. Huic (aquilae) ingenium 
est testudines raptas frangere e 
sublimi jaciendo. Atque hac 
sorte ait Aeschylum poetam in- 
teriisse cum praedictum esset 
eum ruina interiturum : isque 
quo caveret, eum diem sub dio 
perseverasset. Nam aquila de- 
cepte splendore capitis calvicio 
renidentis ad solem, dum saxum 
esse putat, testudinem illisit, ut 
fractae camibus vesceretur. Au- 
tor 'Valcrius Maximus, lib. IX, 
cap. X (xii, E. 2). 

Ad., I, 5, 64 : Quid si cacliim 
ruât?... Plutarch. in lib. De fa- 



244 



RABELAIS ET ERASME. 



Rabelais. 
roist on corps de la lune allègue 
un nommé Phenace, lequel gran- 
dement craignoyt que la lune 
tombast en terre, et avoit com- 
misération et pitié de ceulx qui 
habitent soubs icelle, comme 
sont les Aethiopiens et Tapro- 
baniens si une tant grande masse 
tomboient sus eulx. Du ciel et 
de la terre avoit paour sembla- 
ble s'ilz n'estoicnt deument ful- 
ciz et appuyez sus les colonnes 
de Atlas, comme estoit l'opinion 
des anciens, sçelon le tesmoi- 
gnage de Aristoteles, lib. V, Me- 
ta ta phys. 



XVII : Plus de Zeusis le painc- 
tre, lequel subitement mourut à 
force de rire, considérant le mi- 
noys et pourtraict d'une vieille 
par lui représentée en paincture. 

XVIII : Pyrrhon, estant en pa- 
reil dangier que nous sommes 
et voyant un pourceau près le 
rivaige, qui mangeoit de l'orge 
espandu, le declaira bien heu- 
reulx en deux qualitez, sçavoir 
est qu'il avoit orge à foison et 
d'abondant estoit en terre. 

XX : Je suys nul. 



XX : nous allons de Scylle en 
Carybde. (Cf. V, i8.) 



XXI : Vous ne dictes aultre 
chose. 

XXI : que je vous espluche à 
contrepoil : Beattis vir qui non 
abiit. (Ps. I, I.) 



Erasme. 

cie qiiae apparet in orbe lunae 
citât Phenacem quendam qui 
metuerit ne luna decideret in 
terram, qui commiseratus sit 
vicem eorum qui lunae forent 
subjecti, cujusmodi sunt Aethio- 
pes et Taprobani, si tantum 
pondus in eos rueret. 

[C'est une erreur d'Erasme que 
Rabelais a répétée. Phenaces en 
Plutarche est Pharnaces.] Idem 
veritus est de terra caeloque nisi 
columnis Atlanticis fulcirentur. 

Hoc unde manarit indicat Aris- 
toteles Tà)v [jiETà xà çuffixd, V, scri- 
bcns priscis illis et rudibus mor- 
talibus persuasum fuisse caelum 
hoc, quod videbant imminere, 
Atlanticis humeris sustineri. 

Ad., III, 5, I : Risus Sardo- 
nius. ... Mortuus est et Zeuxis 
pictor dum sine fine ridet anum 
a se pictam. 

Apopli., VII (Pyrrlio, 20) : In 
tempestate conspiciens caeteros 
animo dejectiores ... ostendit 
porcellum in navi secure eden- 
tem, dicens oportere sapientem 
eam animantis imitari securita- 
tem. 

Ad., I, 3, 44: Nullus sum. Pro- 
verbiale... Nullus sum, et occi- 
di, pcrii. 

Ad., 1, 5, 4 : Evitata Charybdi 
in Scyllam incidi. Hoc est, dum 
vito gravius malum in alterum 
diversum incidi. 

Ad., II, 5, 76 : Cantilenam 
eandem canis. De eo qui moles- 
tus est sacpius eadem inculcans. 

Colloq. (Confessio Militisj : 

SvRus. Equidem precor. 

Rabiniîs. Credo, Pater noster 



RABELAIS ET ERASME. 



245 



Rabelais. 



XXII : Terre, terre, je voy terre. 



XXII : ne craindre quand le cas 
est evidentement redoubtable 
est signe de peu ( ? fou ) ou 
faulte de appréhension. 



XXIII : ceste vague decumane. 
(Cf. G. 5i; IV, 32; V, 22.) 



. XXIII : les bons philosophes, 
qui disent soy pourmener près 
la mer et naviguer près la terre 
estre chose moult seure et dé- 
lectable. 

XXIII : Pourtant icelluy (Dieu) 
fault incessamment implorer, 
invocquer, prier... Mais là ne 
fault faire but et bourne; de nos- 
tre part convient pareillement 
nous évertuer et ... estre coopé- 
ra teurs. 

XXIII : De quante espesseur 
sont les ais de ceste nauf.'' Elles 
sont (respondit le pilot) de deux 
bons doigtz espesses. ... Nous 
sommes doncques continuelle- 
ment à deux doigtz près de la 
mort. 

XXIV : Anacharsis ... interrogé 
quel navire luy sembloit la plus 
sceure, respondit : celle qui se- 
roit en port. 



Érasme. 
inversum. Precationem, opinor, 
Dominicam praepostere. 

Ad., IV, 8, 18 : Terram video. 
Sumptum a navigantibus. Cf. 
aussi Apoph., lib. III {Diogenes, 
48). 

Ad., IV, 8, 12 : Neqiie terrac 
moins timet neqne jlnctus ... fue- 
rit autem quispiam insanus ac 
doloris sensu vacans, si nihil 
metuat neque terrae concussio- 
nes neque fluctus, quemadmo- 
dum de Celtis praedicant. (Aris- 
tot., Eth. N., III, 7, 7.) 

Ad., IV, 9, 54 : Deciimamim. 
Olim decumanum fluctum dice- 
bant pro magno, quod a nantis 
observatum sit decimum quem- 
que fluctum caeteris esse vehe- 
mentiorem. (Ov., Met., XI, 53o.) 
Decimae ruit impetus undae. 

Ad., I, 2, 91 : Jiicundissima 
navigatio juxta tevram, ambiila- 
tio juxta mare. Plutarchus Sym- 
pos. lib. (I, 4, 5). 

Apoph., II {Lacon. Inst., 24) : 
Sic esse invocandos deos ut si- 
mul et manum imponamus et 
nostram addamus operam; alia- 
qui frustra invocari. 



Apoph., VII {Anacharsis, 7) : 
Cum rogasset quendam quanta 
esset spissitudo tabularum nau- 
ticarum, isque respondisset quat- 
tuor digitorum, Tantillum, in- 
quit, abstint a morte qui navi- 
gant. 

Apoph., VII (Anach., i3) : Per- 
cunctanti quae naves essent tu- 
tissimae, Quae, inquit, in siccum 
protractae sunt. 



246 



RABELAIS ET ERASME. 



Rabelais. 
XXIV : interrogé desquelz plus 
grand estoit le nombre, des 
mors ou des vivens, demanda : 
Entre lesquelz comptez vous 
ceulx qui navigent sus mer? 



XXIV : tu as eu paour sans 
cause et sans raison. [Termi- 
naison de A.] 

XXIV : Faictes escorcher Pa- 
nurge et de sa peau couvrez 
vous. 



XXV : Bn'efve déclaration, fol. 
62 B. Hieroglyphicqiies. Sacres 
sculptures. Ainsi cstoicnt dictes 
les lettres des antiques saiges 
Aegyptiens, et estoient faictes 
des images diverses de arbres, 
herbes, animaulx, poissons, oi- 
seaulx, instrumens, parla nature 
et office desquelz estoient repré- 
senté ce qu'ilz vouloient desi- 
gner... 

avez veu la divise ... en une 
ancre, instrument très poisant 
et un Daulphin, poisson legier 
sur tous animaulx du monde : 
laquelle aussi avoit porte Octa- 
vian Auguste voulant designer : 
Haste toy lentement, fais dili- 
gence paresseuse; c'est à dire 
expédie, rien ne laissant du né- 
cessaire. 

D'icelles entre les Grecs a cs- 
cript Orus Apollon. 



Érasme. 

Apoph., VII {Anacli., i5) : Ro- 
ganti utrum arbitraretur plures 
esse, mortuos an vivos : Navi- 
gantes, inquit, in utro numéro 
ponî5 ? dubitans an hi essent in- 
ter vivos habendi qui vitam un- 
darum ac ventorum arbitrio com- 
misissent. 

Ad., II, 3, 80 : Metum inanem 
metuisti. Ubi quis formidat in 
re tuta. 

Ad., I, 2, 14 : Malum consi- 
liiim. ... Lupus accusavit vulpem 
apud Leonem aegrum laesae 
majestatis ... quod non ad vis- 
endum accessisset... Vulpes ... 
inquit ... quoquoversum cir- 
cum cursitavi tibique remedium 
reperi : ... Si vivum lupum ex- 
cories et illius pellem induas, 
convalesces. 

Ad., II, I, I. Festina lente... 
manumenta literarum hierogly- 
phicarum. Sic enim vocantur 
aenigmaticae sculpturae, qua- 
rum priscis saeculis multus fuit 
usus apud Aegyptios vates ac 
theologos ... si quid cogniiu di- 
gnum judicassent, id animan- 
tum rerumque expressis figuris 
repraesentabant. 

Ancora, quoniam navim remo- 
ratur ... tarditatem indicat. Del- 
phinus, quod hoc nullum animal 
celerius, ... velocitatem indicat. 
... Id autem symboli nihil aliud 
velle quam Augusti Caesaris dic- 
tum (jTVEùSs PpaSéw; ... admonens 
his duabus vocibus ut ... adhi- 
beretur simul et industriae cele- 
ritas et diligentiae tarditas. 

... Horus Aegyptius, cujus ex- 
tant duo super hujusmodi sym- 
bolis libri. 



RABELAIS ET ERASME. 



247 



Rabelais. 
Pierre Colonne en a plusieurs 
exposé en son livre tuscan inti- 
tulé Hypnerotomachia Polypliili. 



XXVI : Autant en affectoit un 
désespère tyran quand il dist : 
« Moy mourant, la terre soyt 
avecques le feu meslée;» c'est à 
dire, périsse tout le monde. Le- 
quel mot Néron le truant chan- 
gea, disant : « Moy vivent, » 
comme atteste Suétone. Geste 
détestable parolle de laquelle 
parlent Cicero, lib. 3, de fini- 
bus, et Seneque, lib. 2, de Clé- 
mence, est par Dion Nicaeus et 
Suidas attribuée à l'empereur 
Tibère. 



xxvii : jadis en Athènes les 
juges areopagites ballotans pour 
le jugement des criminelz pri- 
sonniers, usoient de certaines 
notes scelon la variété des sen- 
tences, par signifians condem- 
nation à mort, par T absolu- 
tion, par A ampliation, sçavoir 
est quand le cas n'estoit encore 
liquidé. 



xxvii : Car la fin et catastro- 
phe de la comoedie approche. 



xxvii : Pindarus apertement 



Érasme. 

Da laltre parte élégante sculp- 
tura mirai. Vno circulo. Vno 
ancora. Sopra la stangula dil- 
laqle se reuoluea uno Delphino. 
Et qsti optimamêti cusi io li ïter- 
pretai AEI :cnETAE BPAAEQS. 
Semp festina tarde. Hypn., c. 7, 
d. 7. recto. 

Ad., I, 3, 80 : Me mortiio terra 
misceatur incendio ... apud Sue- 
tonium in vita Neronis... Quod 
cum a quodam sermone com- 
muni diceretur, Nero respon- 
dens, Imô, inquit,... «Me vivo». 
Meminit hujus proverbii M. Tul- 
lius lib. De finibus bonoritm 3. 
nia vox inhumana et scelerata 
dicitur eorum, etc.. Item Sene- 
ca, lib. De Clementia 2, cum 
dicit multas voces sed destesta- 
biles in vitam humanam perve- 
nisse. (Dion Cassius, lib. LVIII, 
23. Suidas, Tiberius, Suet., III, 
62.) 

Ad., I, 4, 36 : praeflgere... 
Sed vero similius ... olim in ju- 
diciis sortes quae mittebantur 
in urnam triplicem notam ha- 
bere. Ac quidem damnationis 
esse symbolum, T absolutionis, 
A ampliationis, id est quoties 
significabant sibi parum adhuc 
liquere. 

Ad., IV, 10, 85 : Tristis litera. 
... fuisse notam damnationis, 
T absolutionis, NL ampliationis, 
hoc est, non liquere. 

Ad., I, 2, 36 : Catastrophe fa- 
bulae. ... Lucianus eleganter exi- 
tum eventumque negotii catas- 
trophen appellat. {De mercede 
serv., c. 10.) Ka'ca(iTp69iQ toO opâ- 
[Aatoî. 

Ad., I, 6, 64 : Cornicibiis vira- 



h8 



RABELAIS ET ERASME. 



dist 
etc. 



Rabelais. 
es déesses hamadryades, 



XXIX : Quid jtiris, si nous nous 
trouvions enveloppez entre An- 
douilles et Quaresmeprenant, en- 
tre Tenclume et les marteaulx? 

xxxii : tant s'en falloit que 
feust saye cramoisie, de laquelle 
vouloit Parisatis estre les parol- 
les tyssues deceulxqui parloient 
à son filz Cyrus. (Cf. V, 20.) 

xxxii : Corybantiant dormant : 
dormoit corybantiant, les œils 
ouvers comme font les lièvres 
de Champaigne. 



xxxii : Peschoit en l'air et y 
prenoit escrevisses decumanes. 
(Cf. G., 5i, IV, 23, V, 22.) Chas- 
soit on profond de la mer. 

xxxii : De toutes corneilles 
prinscs en tapinois ordinaire- 
ment poschoit les œilz. 



xxxii : comme vous sçavez que 
es cingesses semblent leurs pe- 
tits cingesplus beaulx que chose 
du monde. 



Érasme. 

cior. ... ab avis ejus prodigiosa 
vivacitate sumpta, de qua scribit 
Pluiarchus in commentario, qui 
inscribitur {de defect. Orac.) ci- 
tans Hesiodum sub persona Nai- 
dis aetates animalium varias 
sic complectentem : 

« Ter tria saecla hominis, etc. » 

[Plutarche donne aussi une li- 
gne de Pindarus avec un bref 
commentaire, qui ne se trouve 
pas chez Érasme.] 

Ad., I, I, 16 : Inter malleiim 
et incudem. ... De his qui anxie- 
tabus et ingentibus malis prc- 
muntur. 

Apoph., V {Ai-taxerxes, 3o) : 
Parysatis, Cyri et Artoxerxis 
mater, praecipere solct, ut Rex 
palam locuturus verbis byssinis 
uteretur. 

Ad., I, 10, 57 : Lepus dor- 
mietis. ... in eum qui quod non 
facit id facere se adsimulat. ... 
Nam leporem patentibus (ocu- 
lis)dormire tradit Plinius lib.XI, 
c. 37. 

Id quod etiam hominibus non- 
nullis ait accidere, quos Gracci 
xopuêavTtàv dicunt. 

Ad., I, 4, 74 : In aère piscari, 
venari in mari ... in eos qui 
praepostere ibi quaerunt aliquid 
ubi ne sperari quidem possit. 

Ad., I, 3, 75 : Cornicum ociilos 
configere. ... dicatur oc. corn, 
conf. qui pcrspicacissimis ocula- 
tissimisque visum adimat, of- 
fundatque tencbras. 

Ad., III, 5, 89 : Pithon formo- 
sus. ... Est autem ipiXauTta pecu- 
liaris huic animanti (simiae) ... 
ut suos catulos contrectari gau- 
deant, ipsaeque complexu cne- 



RABELAIS ET ERASME. 



149 



Rabelais. 



XXXIII : « A l'aultre, « dist Pa- 
nurge. (Cf. III, 5i.) 

[Il est bien possible que la 
phrase vienne d'Ovide, Met., V, 
i8i : « Quaere alium tua quem 
moveant miracula. »] 

XXXVI : Andouilles sont an- 
douilles, tousjours doubles et 
traîstresses. 

XXXVIII : tesmoings vieulx, de 
renom et de la bonne forge. 

XXXVIII : Elle avoit alleures 
braves et suallantes. 



XXXIX : Ciceron ... commença 
à trupher. ... Quelques capitai- 
nes ... comme gens bien asceu- 
rez luy dirent : Voyez vous com- 
bien nous avons encore d'aigles ? 
C'estoit lors la devise des Ro- 
mains en temps de guerre. 
« Cela, respondit Ciceron, seroit 
bien et à propos si guerre aviez 
contre les pies. » 

XL : la grande truye. C'estoit 
un engin mirilîcque faict de telle 
ordonnance que ... dedans ... po- 
voient aisément ... demourer 
deux cens hommes... Ensuyt le 
nombre et les noms des preux 
et vaillans cuisiniers, lesquelz, 
comme dedans le cheval de 
Troye, entrèrent dedans la 
Truye. 

XLi : TS A0HNAN, Pourceau 
Minerve enseignant. 



Erasme. 

cent. Cf. aussi Ad., I, 2, i5 : 
Siium cuique pulclirum. 

Ad., I, 7, 75 : Tollat te qui 
non novit. Hor. {Epp., I, 17, 62) : 
« Quaere peregrinum, vicinia 
rauca réclamât. » 



Ad., III, I, 12 : DupUces viri. 
Proverbiali joco vocabant, qui 
cssent lubrica et insincera fide. 

Ad., III, 2, 6 : Mali commatis. 
Metaphora a reprobatis nomis- 
matis. Aristoph., Plut., 862. 

Colloq. (Conjugium imparj : 
Intérim prodiit nobis beatus 
ille sponsus ... alteram trahens 
tibiam, sed minus féliciter quam 
soient Suitceri. 

Apoph., IV [Cicero, 19) : Post 
Pharsalicum conflictum, cum 
fugisset Pompeius, quidam dice- 
bat septem adhuc aquilas supe- 
resse, proinde bono animo es- 
sent hortabatur : Recte, inquit, 
hortareris, si nobis cum gracu- 
lis bellum esset. At ille aquilas 
dixit vexilla Romana aquilis in- 
signita. 

Ad., IV, 10, 80 : Porciis Tro- 
janus venit in populi fabulam, 
quod ita varias animantium spe- 
cies utero gereret quemadmo- 
dum Durius equus texit armatos 
viros. 

Ad., IV, 2, I : Durius equus, 
ab cquo Homerico, in quo Grae- 
corum proceres abditi prosilien- 
tes Trojam ceperunt. 

Ad., I, I, 40 : Sus Minervam. 
Subaudiendum « docet », aut 
« monet ». Dici solitum cum 
quis id docet alterum cujus ipse 
est inscius. De sue cf. Cic, Fin, 
V, g 38.) 



230 



RABELAIS ET ERASME. 



Rabelais. 
XLiii : Le noble Scurron ... 
nous contoit qu'il est si fort 
qu'il renverse les charrettes char- 
gées. 



XI. m : troys gens esvetite:^, les- 
quelz alloient à l'esbat veoir les 
pluviers, qui là sont en abon- 
dance et vivent de mesme diète. 

xLiv : Potestat Hypeniemen. 



XLiv : en ceste vie mortelle 
rien n'est béat de toutes pars. 
(Cf. P. P. 6, V. 26.) 

XLiv : Car j'ay aultresfois ouy 
dire que le serpens entré dedans 
l'estomach ne faict desplaisir 
aulcun, et soubdain retourne 
dehors, si par les pieds on pend 
le patient, luy présentant prés 
la bouche un paeslon plein de 
laict chauld. 



XLV : luy feist la figue, qui est 
en icelluy pays signe de con- 
tempnement et dérision mani- 
feste. 



XLV 

mule. 



montée sus une vieille 



Érasme. 

Ad., I, 6, i3 : Bene plaustntni 
perculit. Apparet dici solitum in 
eos qui quempiam impellunt 
quo suapte sponte jam pende- 
bat. Translatum a plaustris onus- 
tis, quae quo exonerentur, so- 
ient everti. 

Ad., II, 5, 69 : Ventorum sta- 
tiones. Ut testatur Aristoteles 
Problem. [Meteor., II, 6), Hel- 
lespontias, qui idem Scyron vo- 
catur, Atticae terrae insuHsque 
vicinis imbrem adfert. 

Ad., IV, 9, 3 : Vento vivere 
eos dicunt qui nullo vivunt im- 
pendio. 

Ad., III, 7, 21. Sttbventanea 
parit, (»inrivl(j.ta Tt'xTet. Cf. Aristot., 
de gen. an. III (c. i). Autor et 
Plinius (X, 58, g 79). 

Ad., III, I, 87 : Nihil est ab 
omni parte beatum. (Hor., C, 
II, 16, 27.) 

Colloq. (Amicitia) Ephorinus : 
Interdum clanculum adrepentes 
(serpentes) in os patcns dormicn- 
tis conjiciunt sese et in stoma- 
chum sese convolvunt. loannes. 
An non protinus examinatur 
homo talem nactus hospitem.'' 
Eph. Non, sed afflictissinie vi- 
vit, nec est ullum mali levamen 
nisi ut lacté aliisque gratissimis 
serpenti cibis alat hospitem. 

Ad., II, 4, 68 : Médium osten- 
dere digitum. Juv., X, 53. Mart., 
VI, 70, 5. Pers., II, 33. ... Et 
theologorum decretis negotiato- 
res médium unguem ostendunt, 
id est, plane contcmnunt ri- 
dentque. 

Ad., IV, 6, 25: Onobatis. k'pyid 
Cumanos mulier in adulterio 



RABELAIS ET ERASME. 



25l 



Rabelais. 



XLVi : pour tempter les gens 
... et par temptation les faire en 
vos lacz tresbucher. 

XLVii : en la forme que jadis 
les femmes Persides se praesen- 
terent à leurs enfans fuyans de 
la bataille. 



XLviii : Le peuple s'estonna 
entendant sa voix stentore'e. 

L : Là disoit Pantagruel que 
c'estoit ouvraige tel que faisoit 
Daedalus. Encores qu'elle feust 
contrefaicte et mal traicte y es- 
toit toutesfoys latente et occulte 
quelque divine énergie en ma- 
tière de pardons. 



L : Soyez records d'apporter 
un bassin. 



L : Néron louoit les champi- 
gnons et en proverbe grec les 
appelloit viande des Dieux, 
pource qu'en iceulx il avoit em- 
poisonné son praedecesseurClau- 
dius. 



Érasme. 

deprehensa ducebatur in forum. 
... Deinde impositam asino at- 
que ita per totam civitatem cir- 
cumductam reducebant ... igno- 
miniae gratia ôvô6aTn; dicebatur. 

Ad.^ I, 10, 5. In laqueum indii- 
cere, et in casses inducere, est 
artc sic includerc quempiam ut 
jam nullum sit effugium. 

Apoph., VI [varie mixta, g3 
{fin) : Cum Cyperii adversus As- 
tyagem infeliciter pugnassent, 
mulieres in urbem fugientibus 
obviam ierunt ac nudatis ven- 
tribus : Quo, inquiunt, ignavissi- 
mi ruitis? An nescitis vos hnc 
iterum intrare non posse? 

Ad., II, 3, 37 : Stentore Cla- 
mosior. Cf. //., V, 789. Juv., XIII, 
112. 

Ad., II, 3, 62 : Daedali opéra. 
Veteres plastae formas anima- 
lium caecas finxerunt et immo- 
biles. Daedalus insolito artificio 
primus et oculos induxit et ner- 
vis quibusdam additis etfecit ut 
hue et illuc moverentur. Plato, 
Meno, 97 D. Hipp. Maj. Aristot., 
Pal., I, de anim. (Pausan., II, 
4> 5). 

Ad., III, I, 68 : Date milii pel- 
vitn. ô6t£ \Loi Xsxâvrjv. Aristoph., 
Nub., 907. Ubi quid vehementer 
molestum esset pelvim sibi por- 
rigi jubebant quasi prae nausea 
fastidioque rerum vomituri. 

Ad., I, 8, 88. Deorum cibus. 
Caedes a Claudio exorsus est... 
Neque dissimulavit, ut qui bole- 
tos, in quo cibi génère vene- 
num is acceperat, quasi deorum 
cibum proverbio graeco coUau- 
dare sit solitus. Suet., Nero., 
c. 33. 



252 



RABELAIS ET ERASME. 



Rabelais. 
Li : trois manilliers de leglise. 



LU : Diogenes ... visita les ar- 
chiers qui tiroient à la butte. 
Entre iceulx un estoit tant fau- 
tier que tout le peuple s'ecartoit 
de paour d'estre par luy feruz. 
Diogenes ... accourut et se tint 
jouxte le blanc; affermant ... 
que Tarchier plus toust feriroit 
tout aultre lieu que le blanc. 



Liv : Non toute terre porte tout. 



Liv : Nous sommes simples 
gens, puys qu'il plaist à Dieu, et 
appelons les figues figues, les 
prunes prunes et les poires 
poires. (Cf. V, i8.) 

Lv : Je ne diz de pieds et de 
mains, comme disoit Brutus en 
la bataille pharsalique. 



LV : à voiles et à rames. (Cf. IV, 

3.) 

Lv : Hz sont sur leurs fumiers, 
nous ne congnoissons le pays. 



Lv : Demosthenes dict que 
l'home fuyant combattra de re- 
chef. 



Érasme. 

Ad., \\, 8, 55 : Mithragyrtae 
dici videntur qui obambulant 
cum simulatis mysteriis ac rudi- 
bus imponunt. 

Ad., II, 6, 78 : Sec proprius 
ferire. Sumptum est ab imperi- 
tis sagittariis, cujusmodi cum 
Diogenes ille Cynicus conspe- 
xisset, proxime scopum consedit. 
Rogatus quid sibi vellet : ne me 
feriat , inquit, innuens quidvis 
illum tacturum potius quam 
scopum. 

Apoph., III {Diog., 196) : At 
alii spectatores quam possunt 
longissime sese a scopo semo- 
vent, ne feriantur. 

Ad., IV, 4, 20 : Non omnis fert 
omnia tellus. Proverbium erit si 
traducatur ad diversas ingenii 
dotes. 

Ad., II, 3, 5 : Ficus ficus, Ugo- 
nem ligonem vocat. In eum qui, 
simplici et rusticana utens veri- 
tate, rem ut est narrât, nullis 
verborum ambagibus obvolvens. 

Apoph., V {Biiitus, 2) : Quo- 
dam monente ut fugeret; Bru- 
tus. Prorsus, inquit, fugiendum, 
sed manibtis non pedibus; signi- 
ficans morte spontanea vitandum 
Caesarianorum tyrannidem. 

Ad., I, 4, 18 : Remis velisque. 

Ad., IV, 4, 25 : Gallus in siio 
sterquilinio plurimum potesi. ... 
Hodie de cane vulgo dicunt eum 
in s. s. pi. audere; in alieno ti- 
midiores sumus. 

Ad., I, 10, 40 : Vif fugiens et 
denuo pugnabit. Demostheni pro- 
bro datum est quod ... clypeo 
abjecto fugissei. Verum id pro- 
bri ... versiculo legitur eludere 



RABELAIS ET ERASME. 



2D:) 



Rabelais. 



Lv : Pantagruel luy respondit 
que donner parolles estoit acte 
des amoureux. 



LV : Je vous vendroys plustoust 
silence, et plus chèrement, ainsi 
que quelques foys la vendist 
Demosthenes , moyennant son 
argentangine. 

[Dans la Briefve decL, Rabe- 
lais donne une adaptation de cet 
adage d'Érasme, avec les réfé- 
rences à Gellius et à Plutarche, 
Demostli.] 



Lvi : Et y veids des parolles 
bien picquantes, des parolles 
sanglantes, lesquelles le pilot 
nous disoit quelques foys retour- 
ner on lieu duquel estoient pro- 
férées, mais c'estoit la guorgc 
couppée. 

Lvii : ainsi Gaster sans oreilles 
feut créé. (Cf. P. 9, III, i5, IV, 
63.)... 

En ses sommations delay aul- 
cun et demeure aulcune il ne 
admect. 

Lvii : Et comme les Aegyp- 
tiens disoient Harpocras dieu de 
silence, en grec nommé Siga- 
lion, estre astomé, c'est-à-dire 
sans bouche. 

Lvn : Au commandement de 
messere Gaster, tout le ciel 
tremble, toute la terre bransle. 



Érasme. 
solitus : àvT)p 6 aeOywv xai 7Tdc),;v 
[xa/rÎTexa'.. 

Ad., I, 5, 49 : Dare verba. Pas- 
sim obvium est ... pro eo quod 
est fallere. Ovidius « Verba dat 
omnis amans ». Ou plutôt Ebe- 
rarde dans son Grécisme (XV, 
3). Ovidius dit « Militât o. a. » 
Amor., I, 9. 

Ad., I, 7, 19 : Argentanginam 
patittir. Quum adversus Milesio- 
rum legatos ... acriter in con- 
cione dixisset Demosthenes, ... 
causa in posterum rejecta, legati 
Dcm. magna pecunia ne contra 
se diceret redemerunt. Postridie 
multa lana collo circumvoluto 
prodiit, fingensse synanchen pati. 
Tum e populo quispiam excla- 
mât eum non synanchen sed ar- 
guranchen (argentanginam) pati. 

Ad., I, 7, 17 : In vino veritas. 
... Plinius, lib. XIV, cap. 22, 
scripsit vinum usque adeo men- 
tis areana prodere ut mortifera 
etiam inter procula loquantur 
homines, et ne per jugulum 
quidem redituras voces conti- 
neant. 

Ad., II, 8, 84 : Veyiter auribiis 
caret. ... Seneca, Ep., lib. II, g, 
II (21). Venter, inquit praecepta 
non audit, poscit, appellat. Non 
est autem molestus créditer, 
parvo dimittitur, si modo das 
illi quod debes, non quod potes. 

Ad., IV, I, 52 : Reddidit Har- 
pocratem. Harpocrates deus ita 
apud veteres fingebatur, ut digi- 
to admoto ori silentium indice- 
ret. 

Ad., III, 10, 9 : Molestus in- 
terpellator venter. Venter im- 
probus interpellator non sinit 



254 



RABELAIS ET ERASME. 



Rabelais. 
Son mandement est nommé faire 
le fault sans delay, ou mourir. 



Lvii : En sa rage il mange 
tous, bestes et gens, comme feut 
veu ... entre les Saguntins as- 
siégez par Hannihal. 



Lvii : Chascun la refuyt en 
tous endroictz, plus toust se ex- 
posans es naufrages de mer, 
plus toust eslisans par feu, par 
mons passer que d'icelle estre 
appréhendez. 

Lviii : de l'antique race de 
Eurycles. 



LVin : charge inutile de la 
terre, comme dict Hésiode. (Cf. 
Ep. à Budé, G. 40, V, 4.) 

i.viii : l'industrie de la nature 
appert merveilleuse en l'esbate- 
ment qu'elle semble avoir prins 
formant les coquilles de mer. 

Lix : ils la nommoient Man- 
duce. 



Lxn : la statue de Mercure ne 
doibt estre faicte de tous boys 
indifferentement. 



Érasme. 
unquam quempiam oblivisci sui. 
Id ad egestatem torqueri poterit, 
quae mortales ad omnia tum 
facienda tum ferenda solet com- 
pellere. Sic autem Ulysses, Orf., 
VII, 216. Où yàp Ti ffTuyepTj. x. x. X. 

Ad., I, 9, 67 : Saguntina fa- 
més. ... Saguntum longa Poeno- 
rum obsidione fameque eo re- 
ductum est, ut cives extructo in 
foro igni quidquid erat precio- 
sarum rerum in eum conjcerent, 
ac postremo seque suosque libe- 
ros eodem praecipitarent, ne ve- 
nirent in hostium manus. 

Ad., II, 3, 55 : Perque enses 
perqiie ignem oportet irnimpere. 
... Horatius item : Per mare 
pauperiem fugiens, per saxa, 
per ignés, Impiger extremos 
currit mercator ad Indos. [Epp., 
I, I, 46-) 

Ad., IV, I, 39 : Eurycles. 

[C'est de Caelius Rhodiginus 
(VIII, 10) que Rabelais puise son 
extrait.] 

Ad., I, 7, 3i : Terrae omis ex 
Homero, apud quem Achilles 
II., XVIII, 104, hoc pacto loqui- 
tur etc. 

Ad.,\, 2, 20 : Couchas légère. 
... In conchis enim incredibili 
varietate lusit natura qucmad- 
modum refert Plinius, IX, 33. 

Ad., IV, 8, 32 : Manduces. 

[Ici, Rabelais a adopté la des- 
cription de Cael. Rhod., VIII, 9, 
en citant aussi Juvenal.] 

Ad., II, 5, 47 : non e quovis, 
ligno Merciirius fiât, id est non 
omnium ingénia sunt accommo- 
data disciplinis. Cf. Apul., de 
Mag., I (c. 43), Athcnaeus, V 
(2i5 C). 



RABELAIS ET ERASME. 



255 



Rabelais. 
Lxiii : Rhizotome ... profonde- 
ment baislant, si bien qu'il par 
naturelle sympathie excita tous 
ses compaignons à pareillement 
baisler. 



Lxiii : l'estomach alFamé n'a 
poinct (i"oreilles, il n'oyt guoutte. 

LXiv : de jeune hermite vieil 
diable. Notez ce proverbe auten- 
ticque. 

LXiv : C'est juste heure de dip- 
ner. Car la sacré ligne tant cé- 
lébrée par Aristophanes en sa 
comoedie intitulée les Predi- 
cantes approche, laquelle lors 
eschoit quand l'umbre est de- 
cempedale. Jadis entre les Perses 
l'heure de prendre réfection es- 
toit es roys seulement prae- 
scripte : à un chascun aultre 
estoit l'appétit et le ventre pour 
horologe. De faict, en Plante 
certain parasite soy complainct 
et déteste furieusement les in- 
venteurs d'horologes et qua- 
drans, estant chose notoire qu'il 
n'est horologe plus juste que le 
ventre. 

LXiv : Diogenes, interrogé à 
quelle heure doibt l'homme re- 
paistre, respondit : « Le riche 
quand il aura faim; le paouvre 
quand il aura de quoy. » 

Lxv : Aussi feust-il (Euripides) 
par vengeance divine mangé des 
chiens, comme luy reproche 
Aristophane. 



Érasme. 

Ad., III, 4, 95 : Oscitante wio, 
deinde oscitat et alter. 'Evo; yjx- 
vôvTo; |i£Tax£X"r,v£v aTcpo; (correc- 
tion certaine du professeur Mayor 
de Cambridge pour \i.Exi(7yriy-tw 
Itepô;). Fit autem hoc occulta 
quadam naturae vi ut qui vide- 
nt oscitantem cogatur et ipse 
oscitare. Cf. Plat., Cliarm. (c. 17, 
169 C). 

Ad., II, 8, 84 : Venter auribus 
caret. (Cf. P. 9, III, i5, IV, 57). 

Colloq. (Confab. piaj : Aiunt 
vulgo pueros Angelicos in Sata- 
nam verti ubi consenuerint. 

Ad., III, 4, 70 : Decempes tim- 
bra, id est coenandi tempus... 
Aristophanes in Coucionatrici- 
biis (652). Soi 0£ [jiE).r,a£'. "Oxav ■^ 
ÔExâuo'jv tô <TTOt-/£Ïov XiTtapôi yiiù- 
p£Ïv ÈTtl Ô£î7wvov. Ammianus, 
lib. XXIII (6, g 77), tradit apud 
Persas nullam horam praescrip- 
tam sumendi cibum praeter- 
quam regibus, sed suum cuique 
ventrem solarium esse; et apud 
Plautuni [Boeotia, apud Gell., 
III, g 5) parasitus quispiam des- 
tomachatur in eos qui horolo- 
giorum usum commenti sunt, 
cum venter sit optimum horolo- 
gium. 

Apoph., III {Diogenes 60) : 
Percunctanti qua quis hora 
prandere debeat : 5/ dives est, 
inquit, cutn vult : si paitper cum 
potest. 

Ad., I, 7, 74 : Canis vindictam. 
Val. Max., lib. IX, cap. 12, re- 
fert Euripidem, cum ab Arche- 
lao rege Macedonum cenae ad- 
hibitus fuisset, domum a convi- 



256 



RABELAIS ET ERASME. 



R.\BELAIS. 



Lxv : j'ay mon estomach sa- 
bourré à profict de mesnaige. 
Jà ne panchera dun cousté plus 
que d'aultre. 

LXV : nous doibvons bien louer 
le bon Dieu, qui ... par ces 
bonnes viandes nous guerist de 
telles perturbations, tant du 
corps comme de l'âme. ... Mais 
vous ne respondez poinct à la 
question... 

LXV : comme le corps plus est 
poisant mort que vif, aussi est 
l'homme jeun plus terrestre et 
poisant que quand il a beu et 
repcu. 



Lxvi : telle que la Ponerople 
de Philippe, isles des forfans, 
des larrons, des briguans, des 
meurtriers et assassineurs. 



Lxvi : C'est comme le Daemon 
de Socrates, tant célèbre' entre 
les academicques. 

Lxvn : Je suys plus courai- 
geuse que si j'eusse autant de 
mousches avallé... 



Erasme. 
vio repetentem a canibus fuisse 
discerptum. 

Ad., III, 7, 57 : Saburratus, 
pro onustus cibo. Metaphora a 
navibus, quas onerant harenis 
aut argilla, ne jactentur vacil- 
lentque fluctibus. 

Ad., III, 7, 43 : Ventre pleno 
melior consiiltatio. ... Congruet 
in illos qui bene poti consultant 
de rébus gravissimis. 



Colloq. (Problema) Cu. : Cur 
idem homo jejunus gravior est 
se ipso pranso, cum corpori 
onus accesserit? Al. Cibo potu- 
que spiritus augetur, et idem 
addunt corpori levitatem. Unde 
et hilaris levior est maerente, et 
mortuus vivo longe gravior. 

Ad., II, 9, 22 : Servorum civi- 
tas. De coetu convictuque homi- 
num improborum, furacium aut 
ignobilium dici potest... Est 
juxta Thraciam 7rovr,pÔTro),i; , id 
est Improborum civitas. In hanc 
Philippus coUegisse dicitur in- 
fâmes ... ad numerum duûm 
millium. Plut, de cur. (10, 52o B). 

Apoph., III (5ocr., 81), ôat|A6- 
viov : Genium autem illum opi- 
nor fuisse }-ationem. {Des. Erasm.) 

Ad., III, 8, 95 : Improbitas 
muscae. In improbum et subin- 
de redeuntem etiam si turpiter 
repellatur. Hom. //., XVII, 570. 
Kai 01 (Autï); ôdtpdOî èv't (jr^Ôeoaiv 
èvr.xsv. 



RABELAIS ET ERASME. 



267 



CiNQuiESME Livre. 



Rabelais. 
Prol. : Fat ... signifie non salé, 
sans sel, insipide, fade; par mé- 
taphore signifie fol, niais, des- 
pourveu de sens. 

P7-ol. : beuvez trois ou cinq 
fois. (Cf. c. 7.) 



Prol. : comme si le loup te- 
nois par les aureilles. 



Prol. : obscurs comme les 
nombres de Pythagoras. 



Prol. : le symbole du vieil 
philosophe à la cuysse dorée, 
par laquelle il vous interdisoit 
l'usaige et mangeaillc de febves. 



Prol. : anciens architectes de 
leur monachale et ventrale vo- 
lupté. 



Prol. : siffler oie, comme dit 
le proverbe, entre les cygnes. 



Prol. : qui ne servent que 
d'ombre et de nombre. 

Prol. : vous autres les Zoiles, 
emulateurs et envieux : allez 
vous pendre, et vous-mesmes 

RKV. DES lÎT. RABELAISIENNES. 



Erasme. 

Adag., II, 3, 5i : Salsitiido 
non inest illi. Id inficetos et fa- 
tuos et stupidos. ... Plinius, 
lib. XXI ... inquit, vita humana 
sine saie nequit degere, etc. 

Ad., II, 3, I : Aut qiiinque bibe 
mit très aut ne quatuor. (Cf. 
Plut., Quaest. Conv., III, 9, 
657 B.) 

Ad., I, 5, 25 : Auribus lupum 
teneo. ... neque retinere, neque 
amittere possum. (Ter., Pliorm., 
5o6. Suet., Tib., 25.) 

Ad., III, 6, 32 : Numéris Pla- 
tonis obscurms. ... Id ideo dictum 
quod Plato numeris Pythagori- 
cis obscuratsuam philosophiam. 

Ad., III, 10, I : Qiio transgres- 
sus etc. TTY) TtapÉêriv, tî ô'épeÇa, tî 
(lot 8I0V o'jx ixz\io^t\\ ... Hujus 
salutiferi praecepti ceu Symbo- 
lum quoddam tradidit carmen 
(Pythagoras). Ad., I, 2, p. 17 (éd. 
i55i). A fabis abstineto. 

Ad., IV, 10, 70 : Porcus Tro- 
janus. Gulae veteres architecti 
et hoc commenti sunt. (Cf. Bud., 
Pand., p. 384. Cic, Fin., II, 
g 82.) 

Ad., I, 7, 22 : Graculus inter 
musas. ... Confine est his quod 
in Bucolicis (IX, 36) ait Vergilius : 
« Sed argutos inter strepere an- 
ser olores. » 

Ad., II, 3, 23 : Numertis. ... 
Horatius : Epp. Nos numerus 
sumus et fruges consumere nati. 

Ad.,U,5,8: Zoili. 

... Mart. (IV, 77). Pendcntem 
volo Zoilum videre. Hic Zoilus 



258 



RABELAIS ET ERASME. 



Rabelais. 
choisissez arbre pour pendages. 



Prol. : Si je vis encorcs l'aage 
d'un chien, ensemble de trois 
corneilles. 

Ptol. : je prouveray en barbe 
de je ne sçay quels centonifiques 
botteleurs de matières cent et 
cent fois grabelées, rappetas- 
seurs de vieilles ferrailles latines, 
revendeurs de vieux mots latins 
tous moisis et incertains. 

I : Nous doubtions que feust 
Dodone avec ses chauderons, ou 
le Porticque dit Heptaphoné en 
Olympie. 



I : jeusnant ne sommes farcis 
que de vent. 

I : Platon voulant dcscripre un 
homme niais, imperit et igno- 
rant, le compare à gens nourris 
en mer dedans les navires, 
comme nous dirions à gens 
nourris dedans un barri! qui 
onques ne regardèrent que par 
un trou. 



Érasme. 
sophista... Homerum ... ausus 
est libris aliquot in eum scriptis 
incessere ; unde '0(i.r|po|xàCTTiYo; 
cognomen meruit. 

Ad., I, 10, 21 : Suspendio av- 
bor deligenda. (Cf. IV, A. P., 
fin.) 

Ad., I, 6, 64 : Cornicibiis viva- 
cior. De vehemenler annosis. 
(Cf. IV, 27.) 

Ad., IV, I, I (p. 847) : Duïce 
belliim inexpertis. ... Neque non 
viderunt hoc grammatici, quo- 
rum alii bellum xax 'àvTbpaciv 
dictum volunt, etc. (Cf. III, 
Prol.) 

Ad., I, 1,7: Dodonaeum aes. 
Suidas ait oraculum Jovis, quod 
olim erat in Dodona, lebetibus 
aereis undique cinctum esse ... 
ut uno quopiam pulsato, vicis- 
sim et omnes resonarent ... Plu- 
tarch. in de garrul. (I, 5o2 D) in- 
dicat in Olympia porticum quen- 
dam fuisse ... ita compositum 
ut pro una voce multas redderet, 
atque ob id éTrtàçwvov appella- 
tum. (Cf. Serv., in Aen., III, 
466, et Paus., VII, 21, 2.) 

Ad., IV, 9, 3 : Vento vivere... 
eos dicunt qui nullo vivunt im- 
pendio. (Cf. IV, 43.) 

Ad., IV, 7, 92 : In navibus edic- 
catits dicebatur qui rudis esset 
et alienus a moribus liberalibus 
sensuque communi. Ita Plato in 
Pliaedro (243 C). 

Ad., I, 8, Ci : Vita doUaris... 
... vita frugalis, parca et ab 
omni strepitu atque ambitione 
semota. ... Poterit torqueri in 
eos qui nimium sordide nimis- 



RABELAIS ET ERASME. 



iSç) 



FL\BELAIS. 



III : ne plus ne moins qu'au 
phoenix d'Arabie. 



m : Affrique est coutumiere 
lousiours choses produire nou- 
velles et monstrueuses. 

IV : poix inutile de la terre. 
(G., 40, IV, 58.) 

IV : Je m'esbahis ... si les 
mères de par de-là les portent 
neuf mois en leurs Hancs, vue 
qu'en leurs maisons elles ne les 
peuvent porter ne patir neuf ans, 
non pas sept le plus souvent. 

VI : Rien si cher ne si précieux 
est que le temps. 

VI : Si ne voulez combatre Ju- 
no, Neptune, Doris, Aeolus et 
tous les Vejoves. (Cf. G., 45.) 

VI : vous ne fustes onques de 
mauvaise pie couvez. 

VII : icy au lict liez comme 
fut le Dieu des batailles par l'art 
de Vulcan. (Cf. III, 12.) 

VII : non ^elus sed charitas. 



VII : ainsi sommes en nostre 
language incorrects et mal ap- 
prins nous autres villageois et 
rustiques. (Cf. IV, 64.) 

VII : je dis plustost que ne 
sont cuictes asperges. 



Érasme. 
que dure et immunde vivant. 
(Cf. P., 34, fin.) 

Ad., II, 7, 16 : Phoenice rarior. 
Una est quae reparet seque ipse 
reseminet aies. (Ov., AI., XV, 
392.) 

Ad., III, 7, 9 : Semper adfert 
Libya mali quippiam. (10.) Sem- 
per Africa novi aliquid adfert. 

Ad., I, 7, 3i : Telluvis omis 
Mom. //., XVIII, 104. ÉTWortov a^- 
Ooç àpoupYjç. 

Id. Id. : Stratonicus Corinthi 
peregrinabatur. Huic ... anicula. 
... Demiror, inquit, si matris 
utérus te decem menses ferre 
potuit, cum civitas angatur unum 
dumtaxat diem te povtans. 

Apopli., VIII {Theophr., 3) : 
NuUum sumptum preciosiorem 
tempore. 

Mor. Enc, c. 46, fin : Ut inté- 
rim Vejoves istos, Plutones, 
xVtas Poenas,... non Deos sed 
carnifices commemorem. 

Ad., I, 9, 25 : Mali corvi ma- 
lum ovum. (Cf. IV, A. P.) 

Ad., II, 8, 72 : Viilcanium vin- 
culiim. Ubi quis nodis inextrica- 
bilibus esset illigatus. (Hom., 
Od., VIII, 266.) 

Colloq. lyjà. : Dicatur :{ehis si 
quis durius tractât corpus suum; 
... at ubi caritas istorum, ... qui 
fratrem imbecillum ... ad mor- 
tem adigunt, etc. 

Ad., II, 3, 5 : Ficus ficus, ligo- 
nem ligonem appellat. ... qui 
simplici et rusticana utens veri- 
tate, rem ut est narrât. 

Ad., III, 7, 5 : Citius quam 
asparagi coquuntur. {S\iet.,Aug., 
87.) De re vehementcr properala. 



200 



RABELAIS ET ERASME. 



Rabelais. 

VII : renonce et dis fy de ta li- 
tière, fy de ton foin et fy de ton 
avoine. 

VIII : l'armet de Pluton en 
teste, l'anneau de Gygès es 
griffes. 

VIII : voyez-vous là-dedans sa 
cage un bassin .'' D'iceluy sortira 
foudre, tonnoirre, esclairs, dia- 
bles et tempestes. 

viii : frappe, feris, tue et 
meurtris tous roys et princes du 
monde; ... à ces sacres oiseaux 
ne touche. 



viii : il print plus à gré que ne 
feit Artaxerxes le voirre d'eau 
froide que luy présenta un paï- 
sant. 

viii : jurer par Juppitcr Pierre. 

IX : estant bien apoinct sabou- 
rez l'estomach. (Cf. IV, 65.) 



X : Puis nous dit qu'autour et 
à bord de ces rochers carrez plus 
à esté faict de brix, de naufrages 
... qu'autour de toutes les Syr- 
tes, etc. 

XII : si j'avois Sphinx en ma 
maison, comme l'avoit Verres 
un de vos précurseurs, resouldre 
pourrois l'énigme. 

xii : Nos loix sont commes 
milles d'araignes; les simples 
mouscherons et petits papillons 
y sont prins; les gros taons mal- 



Érasme. 
Ad., IV, 8, 38 : Asinus stra- 
menta mavult qiiam aurum. 

Ad., II, 10, 74 : Orci galea. 
Ad., I, I, 96 : Gygis annulus. 

Ad., II, 7, 90 : Fulgur ex pelvi. 

Colloq. (Inquisitoria) : B. Est 
et fulgur e vitro, seu vase aereo. 
A. Certe territat et hoc. B. Ve- 
rum, sed pueros. 

Colloq. (Exeq. Seraphicaej : 
Illa tam celebris Alexandri pon- 
tilicis vox : Tutius esse regem 
quamlibet potentem laedere 
quam quemlibet ex ordine Fran- 
ciscanorum aut Dominicano- 
rum. 

Apopli., V. {Artax., 25.) 



Ad., II, 5, 33 : Jovcm lapidem 
jurare. 

Ad., III, 7, 57 : Saburratus. 

Plautus in Cistellaria (I, 2, 2) 
... dixit saburratus pro onustus 
cibo. 

Colloq. Senile. Impegimus in 
scopulum quavis Malea pericu- 
losiorem... Mare non possum di- 
cere, sed scopulus plurimorum 
infamis exitiis; Latine dicitur 
aléa. 

Apopli., IV. (Cic, II.) 



Ad., III, 5, 73 : Dat veniam 
corvis etc. Leges aranearum te- 
lis adsimiles dicebat, propterea 
quod in illas si quid levius aut 
imbecillum incurrerit , haeretj 



RABELAIS ET ERASME. 



261 



Rabelais. 
faisans les rompent et passent à 
travers. 

XIII : C'est Midas, un cosson 
noir né d'une febve blanche. 



XIII : Pithagoras, premier ama- 
teur de Sapience, ce est en Grec 
philosophie. 

XV : si tousjours quelque acte 
héroïque ne fais, la nuict je ne 
peux dormir. 

XV : ils ne se soucient, pour- 
veu qu'ils ayent escus en gibbe- 
sciere, voire fussent-ils tous bre- 
neux. 



XV : Ulysse retourna-il quérir 
son espée en la caverne du Cy- 
clope .'' 

XVIII : soustenir et abstenir. 

XVIII : comme si evitans Cha- 
rybde eussions tombez en Scylle. 
(Cf. IV, 20.) 



xviii : Plaute jamais n'en men- 
tit disant le nombre de nos 
croix... estre selon le nombre de 
nos valets. 

xviii : langue, qui est la par- 
tie plus dangereuse et maie qui 
soit à un valet. 

xix : erre par tout le Ciel. 

XX : la teste grattée. 

XX : On dict que Jupiter en la 
peau diphtere de la chèvre qui 
l'allaicta en Candie ... escrit 



Érasme. 
sin majus aliquid, dissecat ac 
fugit. (Et Ad., I, 4, 47.) 

Ad., II, 9, 86 : Inveni non qiiod 
pieri in faba. ... Est enim midas 
vermiculus quidam qui fabis in- 
nascit. (Cf. Theoph., C. P., IV, 
i5, 4.) 

Apoph., VIII [Trajanus, 21) : 
Pythagoras dixit se esse philoso- 
phum, id est, sapientiae studio- 
sum. 

Ad., III, 7, 42 : Non capit som- 
num nisi hoc aut illud fecerit. 
(Cf. Juv., III, 282. Prov. IV, 16.) 

Ad., III, 7, i3 : Lucri bonus est 
odor ex re qualibet (Juv., XIV, 
204. Suet., Vesp., 23), et Ad., 
III, 7, i:^: Lucriim pudori praes- 
tat. Quin et hodie ... jubent va- 
lere pudorem, ubi de pecuniaria 
re agitur. 

Apoph., V [Cato M., 38). 



Ad., II, 7, l'i : sustine et abs- 
tine. 

Ad., I, 5, 4, donne à la fin : 
Incidis in Scyllam cupiens vi- 
tare Charj^bdin. (La source in- 
connue d'Érasme est VAlexan- 
dre'is de Gaultier, V, 3oi.) 

Ad., II, 3, 3i : Quot servos ha- 
bemus totidem habemus liostes. 



Apoph., VII {Anaeh., 17) : Ho- 
minis optima et pessima pars 
est lingua. Lingua mali pars 
pessima servi. (Juv., IX, 121.) 

Ad., I, I, 49 : toto Caelo errare. 

Ad., III, 6, 96 : Caput scabere. 

Ad., I, 5, 24 : Antiquiora dipli- 
tera. ... Aiunt diphteram pellem 
fuisse ejus caprae quae Jovem 



262 



RABELAIS ET ERASME. 



Rabelais. 
tout ce que l'on fait au monde. 



XX : parolles byssines ... Pary- 
satis. (Cf. IV, 32.) 

XXI : bezague Tenedie. 

XXII : blanchissoient les Ethio- 
piens. 

XXII : à trois couples de regnars. 
XXII : aroient le rivage areneux. 
XXII : lavoient les tuilles. 
XXII : tiroient eau des pu- 
mices. 
XXII : tondoient les asnes. 

XXII : tiroient laict des boucqz. 

XXII : et dedans un crible le 
recevoient. 

XXII : lavoient la teste des as- 
nes. 

XXII : chassoient aux vents 
avec des retz. 

XXII : escrevisses decumanes. 

XXII : tiroient de p-s d'un asne 
mort. 

XXII : coupoient le feu avec un 
Cousteau. 

XXII : puisoient l'eau avec un 
rets. 

XXII : faisoient de nécessité 
vertu. 

XXII : Socrates avoit des cieux 
en terre tiré la philosophie 

de l'ombre d'un asne. 

de la fumée d'une lanterne. 

de poil de chèvre, si c'estoit 
laine. 

xxiii : faire ce que faictes. 

XXV : Ismenias excita Alexan- 
dre. 

XXVI : rien n'est en tous en- 
droits heureux. (Cf. IV, 44.) 



Erasme. 
lactarit; in qua creditum est an- 
tiquitus illum omnia scribere 
quae fièrent. (Cf. aussi I, 8, 24, 
et I, 10, 58.) 
Apopli., III {Parysatis, 3o). 

Ad., I, 9, 29 : Tenedia bipen- 
tiis. (Aussi IV, 9, 67.) 

Ad., I, 4, 5o : Aethiopem la- 
vas. 

Ad., I, 3, 5 : Jungere vulpes. 

Ad., I, 4, 5i : Arare litus. 

Ad., I, 4, 48 : Laterem lavas. 

Ad., I, 4, 75 : .\quam pumice 
postulas. 

Ad., I, 4, 79, 80 : Asinum ton- 
des. 

Ad., I, 3, 5i : mulgere hircos. 

Apoph., VIII {Soph., II, 2). 

Ad., III, 3, 39 : Asini caput ne 
lava. 

Ad., I, 4, 63 : Reti ventos ve- 
naris. 

Ad., IV, 9, 54 : Decumanum. 

Ad., IV, 7, 36 : Asino fabulam. 

Ad., I, 4, 55 : Ignem dissecare. 

Ad., I, 4, 60 : Cribro aquam 
haurire. 

Ad., II, 6, 63 : Hermonium of- 
ficium. 

Apoph., III (Socj-., 22). 

Ad., I, 3, 52 : De asini umbra. 

Ad., I, 3, 54 : De fumo disccp- 
tare. 

Ad., I, 3, 53 : De lana caprina. 

Ad., V, I, 19 : Hoc âge. 

Ad., IV, 7, 71 : Cithara inci- 
tât ad belhitn. 

Ad., III, I, 87 : Nihil est ab 
omni parte beattim. (Hor., II, 
16, 27.) 



RABELAIS ET ERASME. 



263 



Rabelais. 

XXVI : malgré Pallas. 

XXVII : en guise de patenostres 
un rasouer tranchant. 

XXVII : les Academicques veu- 
lent Vertu précéder, sujTre For- 
tune. 

XXVII : Ils se sont bien gardez 
d'entrer par où ils sont yssus. 

xxviii : il feroit d'une cerise 
trois morceaux. 

xxix : Je ne veux pourtant in- 
férer que les Â