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Full text of "Revue encyclopédique"

VIII* VOLUME. 



23' LIVHAlSON. 







jMttaffim™^^ 



REVUE 

ENCYCLOPEDIQUE, 

ANALYSE RAISONKl^E 

DES PRODUCTIONS LES PLUS REMARQUABLES 

DANS LA LlTTtRATURE y LES SCIENCES ET LES ARTS. 

jo Sciences physiqites et malkeinati<jues et Arts indumieh; 
Sciences natureltes et medicales : MM. Ch. Dupiit, Fourier, de 
I'Inst.; — t'ERRT; — Fkascoece j -" LiJHormakd, prof, de tcclino- 
logje, etc.;de Moi.eo:5(; — A. MicaEtoTi — Coquerbi; — Flocrens, 
D.-M.: — AdHlon^ Rally ^Esqoibol; Friedlander; Magendiej 
OfiFitAj Pariset; Phiquepal, D.-M.; — Chaptai, del'lnst.; — 
Desmarest; — Moread de Joknes, etc. 

a® Sciences phiiosophitptes et morales , poUtiques et histori- 
aues: MM.LAJtjDiHAisj — ^iVt. A. J«n.tE>f,de Paris; — Al. de ia 
BoflnE , de I'Institut ; — Aknee ; — Absoid ,. de Strasbourg ; — 
Babey; — Barbie-Dubocage, de I'lrtst.; — J. J. Baude; — Ba»E!v- 

OEK: — Bucron; — Coosiw^' — DEGERAND0,(1e rinst., — Deppikg; 

A. Dufrateb; — JoMARD, de I'last.; — Alek. Lameth^ — P. Lami; 
— LaffokdeLaokbat;— DELASTEKRiEj^-MKYERjd'Amsterd^m; 
— Naudet, de I'lnst.^-rOn. B.\r«»t; — Parert-Realj — G. M. 

HayMOWD ; — E. SalVERTE; — SACfJPAinE-SotJLIGWE j -►-StlllOJIDE 

DE .SisMosBi ; — <• Stapper ^ — Thiekry J etc. . , 

3" Litteraturefrancaise et etrai:g(ire, Biblioerapkie, Arckeolo- 
^ie et ^e«ua:-^;-/j;MM. AsDRiEtJSjAMAURY-DcvALjLEHERCiER, 
lie I'Institut; — A. Mabul ^-- Henbicks ; — Barmeh, coasapva- 
leur des bibliolheques du Roi ; — S. A. Bervillje j -<-> D. Rah- 
i-ot; — Michel Berr 5 — Cadet db Gassicodrt; ■'— CEftBiEo; 
— Champou-ios-Figeac, correspond, del'inst.; — Ph. Chasiixs; — 
CoiiAKCEZ; — Derche; — J.Dkoz; — Ddmersa?;; — Emeric-DUvid, 
de rinst. ; — Fauriel; — Goepp; — Ph. Golbery, de Colmar; 
— Heiserg; — Kbafft; — Laiscles, del'lnst.; — Lepileur; — 
LlorentE; — Marron; — A.Metral; — NicoLo-Pouioj — Gber- 
LiNj — PouGFxs, de rinst.; — Saefi; — SchweighjSuser (ils, de 
6frasb.; — Segur, Stcard, deWnst. ;— deStassaet; — Thiessk; 
— VESniERj — Warden, anc. ConsuldesEtats-Unisd'Am., etc. 

PARIS, 

AtJ BCREAC CEKTRAL DE LA HEVCE EJfCTCEftPEDIQCE, 
B«e u'Enfcr-Saint-SItcliel , HQmero i8. 
ET CHEZ ARTfiUS-BERTRA\D , SKE ItAL'TEFEUILLF: , N° 
LONDRE?! — TREUTTEt ET wiJETZ, EI DOLAt: F.T C"^. 

NOVEMBRE iS^O. 




CONDITIONS 

DE LA SOU SCRIPT I ON. 



Depuis le mois dc Janvier 1819, il paralt , par annc'e , 
douze cahiers de ce Kecueil; chaquc cahier , public le 3e 
du mois , se compose d'environ douzu feuilles d impression. 

Onsouscrit, a Paris, au Bureau central irahonnement ct 
d'expcdttion indique siir le titre. 

Prix de la Souscription .- 

A Paris 4^ f'- pour un an. 

Dans les departcmens .... 48- 
Dans I'Etranger 54- 

La dificrence rntre les prix d'abonnemeBt, a Paris, dans les 
departcmens , et diiiisr etranger, devant ^tre proporlioDnelle 
aiix frais d'expedition par la j)osle , a servi de base a la fixa- 
tion definitive portce ci-dessus. 

Le montant de la souscription ; envoye par la postc, doit 
€tre adrcsse d'avance , etjranc de poit, ainsi que la corrcs- 
pondance , au Directcur de J,a Revue Eitcyclopikhqne , rue 
d'T.nJer-Saiiit-MiclLel, n" iS. C'est ;i la mi'mc adrcsse qu'on 
devra cnvoyer les ouvrages de tout genre et les gravures 
qu'on voudra faire arinoncer, ainsi que les articles dont on 
de'sii'era I'insertion. 

On pcutaussi souscrire chez les directeurs des posies et 
chezles princi])aux Itbraircs, a Paris, dans les departemens 
et dans les pays e'trangers. 

'I'rois cahiers ou livraisons formeront un volume. Cbaque 
volume sera termiue par une table dos matieres, alphabe- 
lique et analyliquc. 



AVIS ESSENTIEL. 

MM. Les Souscrlpteurs de la Revue Encjclopedi- 
que sont invites a fairfc renouvelerleur abonnemeu! 
pour I'annee prochaine, dans le courant du mois 
dc decembre , afin que la Dircctior, ^uisse prendre 
a terns les mesures ive'cessaires j" • cju'ils soieni 
cxactemeni servis. 



REVUE 

ENCYCLOPEDIQUE, 

ou 
ANALYSES ET ANNONCES RATSONNEES 

Des productions les plus remarquablts darts la 
Lilttratuif , les Sciences et les Jrts. 



.'VWWVVVVVVVV^A'VVVVVVk.VVVVVVVVVVVVVXVVVVWVt^WVWWVVX'VVWVWVWVWVWWVWVVWW* 

I. MEMOIRES, NOTICES, 

LETTRES ET MELANGES. 



NOTICE 

Sur I'e'lat acluel des bateaux a. vapeur aux Etats-ZJnis 
d' Amerique. 

La belle decouverte qui met en monvement de 
grands corps floltans par Taction de la vapeur , et 
le degre de perfectionnement qu'elle a commence 
d'atteindre, ne sont pas seulement le fruit de qnelques 
annees de recherches et de travaux. Cela prouve 
quelle combinaison d'efforts et de connaissances il 
a fallu, pour inventer et perfectionner un procede 
qui fait epoque dans I'histoire des progres de notre 
fiiecle. 

Le premier qui eut I'idee d'nppliquer les vapeurs 
rarefiees , comrae force motrice , fut le marquis 
fVoi'chester ^ qui publia , en i663, sous le titre 
, .^ TOME viu. 23* Cahiev. i5 



■ji(i NO'llCE 

d'Un Steele d'inventions ( A century of inventions ), 
un ouvrage contenanl beancoiip de vues originales , 
mais dont la plupart sont inipralicables. 

Ce fut dans cet ouvrage qu'en 1669, Savary 
puisa la premiere conception d'une machine a va» 
peur , qu'il conimenca meme a executer d'nne ma- 
n\ere encore imparfaite •, ce fut ensuite en 1706, 
qu'un nomrae Newcommen fit I'une des decouvertes 
les plus essentielles, en inventant le cylindre dans 
lequel la vapeur elastique agit sous un piston. 
Newcommen, par le moyen d'un grand levier, ap- 
pliqua cette force a une ponipe; et, de la , le nom 
de pompe a feu que recut cette machine. 

En 1 7 17, Beighton y fit quelques changemens 
utiles •, mais il etait reservd an genie superieur de 
M. Watts , de Glascow en Ecosse , d'eriger I'art des 
machines a vapeur en systeme theorique. II prouva 
evidemment que I'eau , convertie en vapeur, oc- 
cupe , sous la pression ordinaire de I'atmosphere , 
un espace dix-huit cents fois plus grand que dans 
son etat liquide. 

Les experiences faites el les ameliorations pro- 
gressives obtenues parM. Watts, depuis Tan 1765, 
surpasserent toutes ses esp^rances ; mais , ce fut 
en 1781 qu'il parvint au faite de sa gloire , en de- 
couvrant le moyen de produire un mouvement cir- 
culaire autour d'un essieu fixe. La decouverte de 
ce niecanisme donna un nouvel essor aux manufac- 
tures de la Grande-Bretagne , qui , par son indus- 
irie natioualc , s'eleva bicntot a un degre de force 



SUR LES BATEAUX A VAPEUR. 227 

et de sj)lendeur dont Ics annales du monJe ii'ont 
jusqu'ici presente auciui exeniple. 

En 1802, M. Fulton constrnisit un bateau a 
vapeur sur la Seine; ce n'^tait qu'une experience 
bien imparfaite, coniparee a celle du bateau le 
Clermont, qui fnt lance depuis,en 1808, a New-York. 
Fulton, par Texperience qu'il fit alors , reussit enfin 
a perfectioiiner cette belle invention. 

Depivis le moment ou Ton s'est apercu de la force 
expansive de la vapeur , il s'est ecoule pres d'un 
siecle et donii , avant qu'on soit parvenu a appli- 
quer cetle decouverte avec succes a la navigation •, 
ce qui prouve la lenteur des progres de I'esprit hu- 
main en lout genre. 

Celte maniere de naviguer sur les lars , et de re- 
monter les grandes rivieres , doit a la fois faciliter 
les cornmunicalions , ouvrir de nouvelles routes aux 
entreprises commerciales , et repandre partout le 
bien-eire et les richesses •, mais , c'est surtout dans 
de vasies contreeSj conitne I'^merique oula Russie, 
({u'elle contribuera puissarament a rapprocher les 
Uommes , et a resserrer de plus en plus les liens 
d'une fraternelle union entre les habitans des con- 
trees les plus eloignees. 

En Angleterre et eu P^iance, les bateaux a va- 
penr ne peuvent etre qu'un diminulif de ce qn'ils 
sont dans le Nouveau-Monde , ou ils ont pris des 
dimensions analogues au caraclere noble et impo- 
sant des rivieres de cc continent. Aussi, c'est ea 
Amerique seulement quoa a pu appliquer avec 

i5* 



aa8 JNOTICE 

succes , et perfection ner, une invention dont on avail 
bien congu I'idee avant Fulton , uiais qu il lui etait 
reserve de rendre essentiellement utile. 

En considerant les lacs inimenses du Nouveau- 
Monde , ainsi que les grands fleuves du Mississipi , 
du Missouri et de I'Ohio , avec leurs rivieres tribu- 
taires qui parcourent un espace de 5o,ooo milles 
ou 16,666 lieues de contrees differentes, et en cal- 
culant que celte decouverte influera dans I'avenir 
sur le bien-etre de tons ces fitats , on apprecie tout ce 
quelle a de magnifique et de prodigieux. 

Pour montrer la lenteur ordinaire avec laquelle 
on adopte , en Europe , des decouvertes utiles , et 
le peu de confiance qu'elles inspirent, je rappellerai 
que le premier bateau a vapeur fut mis en mouve- 
ment en Amerique , en 1808 , sur la riviere d'Hud- 
son, et en Ecosse , seulement au mois de mai 181 3. 
A New- York, des I'origine, ce bateau fut continuel- 
lement rempli de passagers , et Ton accueillit ge- 
neralement la nouvelle invention avec une grande 
confiance 5 tandis que le nombre des passagers sur 
le bateau a vapeur etabli sur la Clyde , en Ecosse , 
ne suffisait pas, dans le commencement, pour cou- 
vrir les depenses du chauffage et de I'entretien jour- 
nalier. 

II existe a New- York dix bateaux a vapeur qui ne 
sont destines qu'au transport des passagers et a I'eta- 
blissement de communications promptes , stires et 
commodes entre cette ville et les routes qui vont a 
Philadelphie et a Boston. Le voyage de New-York 



SUR LES BATEAUX A VAPEUR. 229 

a Allbany se fait enlierement sur des bateaux a 
vapeur. lodependamment de ces dix bateaux , il 
existe encore a New-York deux bacs a vapeur , sur 
lesquels on passe les chevaux et les voitures pour 
aller dans le New-Jersey, a Paul's-Hook , ou sur 
Long-Island a Brooklyn 5 ces bacs entreliennent une 
communication perpetuelle entre la ville et ces 
deux endroits qui , par ces ponts flottans , sont de- 
venus des faubourgs de New-York. A la Nouvelle- 
Orleans , on ne compte pas moins de cinquante 
bateaux a vapeur, de differentes grandeurs, qui par- 
courent le Mississipi , le Missouri et I'Ohio , jusqu'a 
Pittsbourg en Pensylvanie ; ces bateaux font le 
cabotage et comprennent , ensemble , sept mille trois 
cent six tonneaux de port. 

Un grand nombre des bateaux du Mississipi ont 
les roues placees a I'arriere , et le cylindre pose 
horizontalement. On a observe cet arrangement 
pour menager la largeur du batiment , quand on 
rencontre des endroits ou le passage se retrecit, a 
cause des arbres enfonces qu'on trouve quelquefois 
dans le Mississipi. Le plan de ces roues (il y en 
a une a chaque cote du gouvernail ) est parallele 
a ligne projetee de la quille. 

Le gouvernement des Etats-Unis , voulant avoir 
un poste avance sur le Missouri , et faire explorer 
tout le pays, jusqu'a la riviere de la Vierre-Jaune 
(Yellow-Stone-River), vient d'employer deux ba- 
teaux a vapeur pour cette expedition importante. 

Je n'ai pas eu I'occasion d'entreprendre des voyages 



a3o KOTICE 

SUV Ic lac Erie, dans le grand bateau TT^alk in the 
■water; j'aiirais pu alors mieux observer le (angage 
et le roulis de ces balimens , et Teiret qu'ils auraient 
produit sur la niacliine ^ cependant, en allant de 
New-Haven dans le Connecticut , et longeaut le de- 
troit de Long- Island qui, a I'euibouchure de la ri- 
viere Connecticut , a quatre lieues de largeur , 
nous essmanies un violent coup de vent d'ouest , 
accompagne de grele •, les lames etaient assez 
fortes , principalement vis-a-vis de remboucliure 
de la riviere ; le roulis du batiment etait tel, 
qu'une des roues sortait entierement de I'eau, pen- 
dant que I'autre s'y enfoncait dans la meme pro- 
portion. Malgre tela , je ne pus remarquer aucune 
difference dans le mouvement de la macbine, qui 
paraissait etre toujours le meme. 

Si je dois m'en rapporter a cc que d'autres per- 
sonnes m'ont dit a ce sujet, on semble fort peu 
s'inquieter du mouvement du batiment ; on m'a 
assure que des bateaux a vapeur tiaversaient sans 
danger, et presque en tout terns, les grands lacs, 
ou cependant la lame est courte, rapide et forte. 

A New- York, on construit plusieurs bateaux a va- 
peur, destines pour la Nouvelle-Orleans , qui, dans 
leur Irajet, sont exposes a une cole ouverle et non 
abrilee, pendant au moins deux cents lieues 5 et Ton 
n'a encore entendu parler d'aucun accident arrive 
a ces bateaux. On lanca, I'automne dernier, un 
bateau construit dans le chantier de M. Ecbford, a 
New-York, destine a navigucr comme paquebot enlre 



SUR LES BATEAUX A VAPELIR. 23i 

la Nouvelle-Orleans et cette ville. J'en ai observe la 
construction. Ce bateau est de la meme longueur 
que ie Chancellor Livingston , dont le pont est de 
cent soixante pieds ; il est un peu plus large que 
ce dernier ; il lire dix pieds d'cau lorsqu'il est 
charge , et il est du port de sept cent quarante 
tonneaux. Les salons en sont vastes et orues avec 
elegance 5 il peut contenir environ deux cents pas- 
sagers •, la machine est une des plus puissantes, et 
fortement construite ; le cylindre a quarante- trois 
pouces de diametre. On a nomine ce bateau le 
Robert Fulton. Ses ailes, ou supports, sent ouvertes 
en dessous, pour donner moins de prise a la lame, 
et n'out que la longueur necessaire pour que la 
roue puisse tourner librement. Je vis ce beau ba- 
timent, lorsqu'il partit pour la Nouvelle - Orleans 5 
et, tel qu'il etait alors , il revenait a 200,000 dollars. 
On avait erige a bord du Robert Fulton trois 
mats tres faibles et Ires peu grees ; on les destinait 
a porter trois voiles carrees , a peu pres de la 
forme de celles des lougres ou chasse-marees , pour 
s'en servir par un beau terns, avec un vent favo- 
rable, en meme terns que Ton emploierait la ma- 
chine. Mon opinion, cependant, est qu'il ne faudrait 
pas se risquer par un gros tems et avec une mer 
agitee ; car, dans cette position, la lame pourrait 
briser les ailes et les roues , malgre la force ex- 
traordinaire qu'on tache de leur donner. La seule 
manoeuvre pour conserver les roues, dans ce cas , 
serait de presenter la proue du bateau droit au vent 



333 NOTICE 

et a la lame ; faisant toujours travailler la machine 
et no donnant pas au bateau plus dc sillage qu'il 
n'en faudrait pour le gouverner et le lenir dans 
cette situation, tant que durcrait la tempete. 

II est absoliimenl inutile d'appliquer cette inven- 
tion aux vaisseaux marchands ordinaires ; d'abord , 
on perdrait I'economie (pi'on fait en epargnant le 
grcement sur les bateaux a vapeur 5 en second lieu , 
la machine avec la chaudiere occuperait tant de 
place , qu'il y aurait pen d'espace pour la cargai- 
son 5 enfin, plusieurs maichandises seraient sujettes 
a se gater par la chaleur excessive des chaudieres. 
Le vaisseau a trois inats le Sahwanna , sur lequel 
on inslalla une machine a vapeur, et qui, pendant 
I'annee 18x9, fut dirige sur la mor Baltique , n'a 
pas repondu aux esperances qu'on en avait concues. 
J'avoue que mes informations , relativement a la 
batlcrie de vapeur a New-York, sont tres incom- 
pletes : M. Maresquier , ingenieur-constructeur dis- 
tingue , qui vient aussi de voyager en Amerique 
pour etudier lout ce qui a rapport a cet objet, four- 
nira sans doute des renseignemens plus posilifs et 
plus e'endus que les miens. 

Pour donner une idee suflSsante de la force parti - 
culiere aux machines a vapeur, je citerai seulement 
le fait suivant. 

Lorsque la batterie flottante a vapeur le Fulton , dont 
la capacite est de deux mille quatre cents tonneaux, 
fut lancee a JNf^w^-York, le bateau a vapeur le Para- 
gon., du port de trois cent irente-un tonneaux , ayant 



SUK LES BATEAUX A VAPEUK. 233 

un cylindre de trente-qnatre ou trenle-cinq pouces de 
diametre seulement , prit la batterie a la tnue et la 
remorqua , en filant pi'es de quatrp noeuds, jusqu'a 
Paul's Hook dans le Jersey, ou la balterie recut sa 
machine : ce fait a ete atteste par tons les habitans 
de New-York. 

Quelque lems apres que les bateaux a vapeur 
eurent ete n«is en usage, on iraagina qu'il y avail 
un grand danger attache a ces batimens; et, parce 
qu'ilsont rte une ou deux fois atteints par le tonnerre, 
on a voulu en conclure que , dans un terns d'orage, le 
fluide electrique etait attire par la machine en mou- 
venient. J'ai, cependant, essaye plusicurs fois de ve- 
rifier si les parties de la machine qui sont exposees 
au plus grand frottement, etaient sujettes a se ma- 
gneliser , comme ii arrive souvent au fer lorsqu'il 
est dans une position verticale ; mais , je n'ai jamais 
troHve que, soit la barre du piston, soit les autres 
parlies de la machine qui sont dans cette position 
et dans un etat de frottement perpetuel , aient ofTert 
quelque indice de magnetisme : aussi , ne suis-Je 
nullement porte a croirc qu'elles aient pu exclu- 
sivement causer I'attraction du fluide electrique. 
Le fer est d'ailleurs tres bon conducteur de ce fluide, 
et Ton a vu la foudre frapper iVmbouchure dun 
<anon. A moins qu'on ne veuille admettre que la 
cheminee doiit le tube cylindrique s'eleve dans 
Tatmosphere, ne devienne propre a atlirer la foudre 
a la maniere des paratonnerres : c'est, au reste, un 
fait qui ne peul elre decide que par experience 5 et 



234 NOTICE SUR LES BATEAUX A VAPEUR. 
la physique olFre des moyens assez puissans pour 
detourner ce fluide , et pour t'viler la catastrophii 
qui serai t causae par un aussi terrible evenement. 

On a eleve une autre objection contre les bateaux 
a vapeur, et celle-la semblerait plus serieuse : la cliau- 
diere pcut crever, si Ton force trop rebullition de 
I'eau. Cela est arrive en Anierique et en Angleterre, 
ou quelques bateaux ont saute par la negligence de 
ceux qui doivent mettre la machine en mouvement, 
ou parce que la chaudiere avail ete mal construite. 

Si , dans la conslruclion de ces chaudieres , on 
suit exactement le plan sur lequcl celles du Chan- 
cellor Livingston et du bateau le Robert Fulton 
ont ete faites, et qu'on les munisse d'une soupape 
de surete , on n'aura point a craindre d'explosion , 
lorsqu'elles seront appiiquees a une machine a con- 
densateur, ou la pression ordinaire des vapeurs 
excede rarement seize livres par pouce carre de 
la surface de la chaudiere. Ce ne sent que les ma- 
chines a haute pression , qui ont gene) alement ete 
sujettes a ces accidcns ; car, dans ces machines, les 
vapeurs pesenta raison de cent a cent cinquante livres 
par chaque pouce carre de la chaudiere 5 ce qui fait 
de quatorze mille cinq cents a vingt-un mille six 
cents livres par chaque pied carre ^ tension trop 
forte pour les parties d'une chaudiere dont la cons- 
truction n'a pas une extreme solidite. 

A. Klikckowstuom , 
de Vetal'inajor da roi de Suede et de Norwege* 



WVVWWt'VWVWVX'VW'VWV 



SUR LES COURSES DE CHEVAUX, 

El sur les moj'ens d' amtliorer les races dc ces animaux. 

Le Journal de Paris , du i4 octobre deraier , a pii- 
blie des observations de M. Arinaiid-Segiiin sur le sujet 
qui va nous occuper. Apres avoir lu cet article avec 
plus d'attenlion qu'on n'en doniie communefment a one 
leuille quotidienne , nous avons regrette que M. Se- 
guin n'ait pas appuye de c[uelqiics preuves ce qu'il af- 
firnie des son debut , que I'lmtitiition des courses est, 
dans tous les pays , une des conditions de V amelioration 
de la race des clievaux. 

Cette assertion n'est pas evidentepar elle-meme : on 
pent la revoquer en doute , et uieine la combattre, 
sans toinber dans I'abairde : mais , si Ton veut la sou- 
mettre a un rxamen atlentif et scrupuleux, des diffi- 
cultes imprevues rendront cette eiitreprise plus penible 
qu'on ne I'aurait cru. Pour juger une institution, il 
faut connaitre son effet reel , propre , et separe de ce 
qui appartient a d'autres causes dont il faut apprecier 
aussi I'influence avec exactitude. Cette sorte d'analyse 
est delicate , embarrassante : on a bien rarement la pa- 
tience de I'acliever; on se decide , mais alcrs on ne juge 
pas. II est a craindre que M. Seguin n'ait pas juge I'ins- 
titulion des courses. 

Les progres de I'agriculture auraient opere seuls , et 
sans institution speciale , une amelioration des che- 
vaux. Lorsque I'agriculture se perfectionne , les ani- 
maux domestiquesont une nourritureou plus abondante 
ouliiieuxcboisie; ils refoivent des soins mieux diriges , 
quel que soit I'usage auquel le cultivateur les destine. 



336 SUR LES COURSES 

Eclairez , protcgez , et laissez faire : vous obtiendrez 
sans peine de norobreuscs ameliorations , parnii les- 
quelles celle des chevaux ne sera pas la derniere. Vous 
les obtiendrcz coordonnees entre elles , dans I'ordre et 
dans les proportions convenables pour qti'elles pro- 
diiisent le |)lus grand bien ; ce qui est la plusprecieuse 
de toutes les ameliorations. En fait d'administration , 
Jes vues etroites sont des erreurs , et , par consequent , 
les institutions speciales peuvent etre des fautes. Dis- 
tribuez des prix ; ordonnez des experiences ; creez des 
etablissemens , dirigez-les : apres avoir prodigue vos 
soins etvos finances , vous aurez moins fait pour I'uti- 
lite publique, que si vous vous etiez bornes asuivre 
)a maxime commode : Eclairez , prott'gez , et laissez 
faire. 

Appliquons cesverites generales aux courses des che- 
vaux , considere'es comme moyen de perfectionner la 
racede ces animaux. Certes, le premier coup-d'oeil ne 
fait pas apercevoir la liaison de cette cause avec I'efFet 
qu'on luiattribue. Comme le chevaldoit posseder d'au- 
Ires qualites non moins precieuses que la vitesse , il 
semble qu'on aurait du s'occuper aussi de chacune de 
ces qualites , et les soumettre aquelques epreuves. Oh 
eiit pu juger de la force par le dynamometre , de la 
sobriete et de la resistance a la fatigue , par un regime 
et des exercices appropries, etc. II est vrai que cette 
maniere de juger et de distribuer des prix serait lente, 
qu'elle n'exciterait pas la curiosite , et n'attirerait pas 
de spectateurs. Ajoutons encore que I'on n'aurait peut- 
etre aucun moyen sur de combiner les jugcmens portes 
sur chacune des qualites d'un individu , et que le ju- 
gement definitif pourrait etre indecis ou arbitraire. 
Mais on n'evite pas cet inconvenient lorsqu'onse borne 



DE CHEVAUX. ai; 

a un seul genre d'e'preuvc , a celle de la vitesse , par 
example. En effet , est-il certain qu'un cheval , capable 
de fianchir un myriametre en un quart-d'heure , vaille 
mieuxqu'un autre unpeumoins rapi{le,maisqui four- 
nirait une course de trois myriametres en une heure? 
Et celui-ci meriterait-il d'etre prefere au coursier dejk 
vulgaire qui trainerait un char a huit myriametres 
en quatre henres ? En continuant ainsi a combiner I'es- 
pace avec le terns, quel rang assignerait-on au cheval 
qui ferait, sans efforts , vingt myriametres dans une 
journee, sans elre cependant capable de disputer un 
prix au Champ-de-Mars ? 

L'effet certain de I'institution des courses sera de mul- 
tiplier en France les chevaux de course , de metlre le 
Cliamp-de-Mars au niveau de Hyde-park dans I'estime 
des ecuyers ; de propager I'education propre a donner 
aux chevaux une grande vitesse : mais ,quandon parle 
de V amelioralion de la race des chevaux , tout bon 
esprit donne a ces mots un sens plus grave , et troiive 
la question beaucoup plus compliquee et moins facile 
a resoudre. 

D'abord , il est plus que douteux que toutes les qua- 
lites du cheval se perfectionnent par les moyens qui 
tendent directement a augmenter la vitesse desa course. 
Comme il ne s'agit ici que de facultes corporelles , la 
dignite huuiaine ne s'offensera pas d'un rapprochement 
entre I'hommeetles animaux: nous demanderons done 
si la meme education physique pent former egalement 
bien des coureurs et des portefaix? ou , pour ennoblir 
le sujet , s'il faut le meme regime et la meme gymnas- 
tique , a de jeunes hercules et a de jeunes achilles aux 
pieds legers ? 

Tres frequemment, les prix des courses sont rem- 



238 SVR LES COURSES 

porles par <lcs juiiiens. Ce fait rappclle involontaire- 
merit a la niemoire les Atalante , les CamlUe et autres 
heroines a la course legere et rapide. Ces fictions de 
grands poetes sont mienxque des jeux de leur imagi- 
nation brillante et gracieuse; eTles sont fondees sur 
I'observation tres juste , que les formes propres aux 
mouvemens rapides sont plus feniinines que viriles. 
Aussi remarqiie-t-oii que les feinmes peuveut exceller 
dans tous les exercices qui exigent une grande vitesse 
de mouveaiens, comme nous le voyons dans la danse. 
Mais ces formes sveltes et mobiles par excellence 
ne constituent pas la force ; e!les ne conviennent pas 
aux travaiix pf'iiibles et prolonges. C'est la male vi- 
gueur qu'on recherche dans le soldat et dans I'ouvrier, 
ainsi que dans le cheval employe aux armees , sur les 
routes, aux champs et dans les ateliers. 

Enfin , si le meilleiir cheyal n'est pas toujours cclui 
qui court le plus vite ; si I'individu qui aurait toutes 
les bonnes qualites de son espece , porlees au plus haut 
degre que permette leur reunion , ne scrail jamais 
trouve digne de paraitre au Champ-de-Mars ; si, d'apres 
la inaniere de juger , la perfection reellc passe toujours 
pour mediocritc , tandis qu'une qualite brillante ob- 
tient seule toute I'eslinie et tous les prix; les courses 
publiques pourraient devenir un obstacle a I'amelio- 
ration r^elle de la race des chevaux. 

Puisqu'il n'est pas certain que nous snivionsla bonne 
Toie , cherchons-en une plus sure, mieux eclairee , et 
qui laisse mieux apercevoir le but. Tachons d'abord 
de bien poser la question ; ce qui , dans quelques su- 
jets, est plus diffi<;ile que de trouver une solution. 

Une question est mal posee , si Ton ne peut la re- 
soudre qu'a I'aide d'une ou de plusieurs decou- 



DE CHEVALX. aSg 

\ertes; car le liasard et le genie, qui font toutes les 
decouvertes, ne consultent pas nos besoins , et n'o- 
beissent pas a nos commandemens. II faut done que la 
reponse exige seulement de nouvelles combiuaisons 
des coonaissauces acquises: ainsi, I'etatde ees connais- 
sauces doit prescrire la fonne et regler I'etendue de la 
question. 

Dans I'economie publique , il y a peu d'objets simples 
etisoles, etbeaucoupdegroupes ou d'agregatsqui ne se 
pretent que peu ou point a la division. La science leur 
applique cependant ses methodes d'analyse , et veut 
arriver a la connaissancedes eleiuens; mais I'art social , 
qui n'opere que sur des composes, profite peu de ces 
recherches sur les premiers priiicipes. On le sert plus 
utilement , en s'occupant des composes tels qu'ils sontj 
des influences qu'ils exercent ou qu'ils eprouvent , des 
alterations qu'ils peuvent subir. En cousiderant sous 
ce point de vue , la question <iui nous occupe, on ne 
tarde pas a decouvrir qu'eile est intimement liee a 
plusieurs autres, qu'eile fait partie d'un tout dont 
on ne pent la detacher pour la traiter isoleraent. En- 
trons dans que'.ques details. 

L'education a plus de pouvoir sur les aniraaux que 
sut les hommes , parce qu'envers les animaux , elle est 
moins limitee dans ses inoyens, et naoins soumise aux 
influences perlurbatrices. Mais Taction de riiomme sur 
les etres soumis a son empire varie a quelques egards 
comme I'liomme meme , et subit plus ou moins les 
memes vicissitudes en bien et en mal. Changez les 
moeurs denos cocherset de noscharretiers , vous chan- 
gerez aussi la maniere dont ils traiteut leurs chevaux ; 
et , avecle terns , ces trailemens uouveaux opereront un 
efifet sensible, meme a des yeux peu exerces. 



24o SUR LES COURSES 

Nos arts sont encore loin de leiir perfection. Le 
cliarronnage , la sellerie , etc. , attendent encore des de- 
couvertes, et peuvent eprouver des changemens assez 
grands pour qu'ils reagissent sur les clievaux. 

Sans pousser cette investigation plus loin , il est assez 
evident que nos animaux domestiques sont souinis a 
I'action siinultanee d'un grand nonibre de causes : or, 
quand on veut o^btenir un effet determine , Ton calcule 
mal le moteur et la resistance, si on ne tient compte 
quede quelques-unes des forces quiagissentreellement. 

Mais, d'uQ autre cote , si Ton voulait ne rien omettre 
dans le calcul , on ne s'en lirerait pas. Admettons done 
des solutions approchees , pourvu que nous ne les re- 
gardions que comme approchees, et que nous ne per- 
dions pas de vue les luethodes destinees a les rectifier. 

Le premier pas que nous ferons ne peut nous egarer t 
nous coramencerons par le plus prompt et le plus 
facile detouslesperfectionnemens: I'importationd'une 
ou de plusieurs races de chevaux, eminemment pour- 
vues des qualites que oous voulons fortifier dans les 
races indigenes. Imitons , quoiqu'un pen tard , le bon 
exemple que I'industrie inanufacturiere nous a donne. 
On ne doute point qu'avec du terns et des soins, on 
n'eut perfectionne les laines en France , sans rien em- 
prunter a I'Espagne ; que nieme , avec bcaucoup plus 
de terns et de recherches , on n'eut trouve une matiere 
propre a des tissus que les fabriques de cachemire 
n'auraient pas surpasses : mais , nous avons henreuse- 
ment epargne ce tems precieux. La victoire a force 
I'Espagne a partager avec nous les tresors de ses ber- 
geries , et un nouvel argonaute nous a fait present des 
toisons de cachemire. Honneur a de tels citoyeus ! 
honneur a la victoire , quand elle porte de tels fruits ! 



DE CHEVAUX. 2,1 

L'intioduction et la naturalisation en France de 
nouvelles races de clievaux est encore a faire. Jusqu'a 
present, nous n'avons vu que des essais. On n'a jamais 
importe a la fois un assez grand nonibre d'individus, 
jjour que le succcs et la duree d'une entreprise fus- 
sent garantij : dans le choix des races, on a plus con- 
suite le goiit du luxe qu'uu bien reel et general. Au— 
jourd'hui que de longues et dures epreuves ont du 
nous eclairer sur nos besoins et sur nos ressources , et 
que, durant la collision de la France contre toute 
I'Europe , nous avons eu tant d'occasions d'apprendre 
eu quels lieux il faut cherclier ce qui nous manque , 
si nos projels etaient mal concus , ce ne serait pas 
faute de donnees exactes et suillsantes. Pour entre- 
prendre avec la certitude de reussir, il ne s'agit plus 
que de fixer avec sagesse les limites de I'entreprise , et 
d'assurer les nioyens d'execution un peu au-dela de 
ces liiniles. 

Un de ces moyens d'execution, c'est le terns. Selon 
toutes les probabililes, une vie entiere ne suiSraitpas 
a I'oeuvre dont il s'agit. Bien peu d'auiis des arts et 
de I'humanite ont eu , comuie Duliaaiel , le bonheur 
de cousacrer soixaute ans ii une suite d'experieuces. 
C'est done a une association qu'il est reserve de faire 
present a la France de nouvelles et excellentes races 
de clievaux. 

Une association conduira cette belle entreprise a sa 
fin , mieux que !e gouvernsment meme eiit pu le faire. 
Elle suivra constamment lamemevoie, et ne ralen- 
tira pas sa marche ; au lieu que le gouvernenieut est 
force quelquefois a changer de tendance el de direction, 
a ne'gliger qnelques-uns deses projets ,afin de donner a 
quelqnes autresplus dedeveloppementct de ressources. 

TOME VUI. 16 



a^ SUR LES COURSES 

L'operation donl il s'agit nc pent eire brusquee, ou 
precipitec, ou raleutie, aii gre de rimpalience; ii 
faut savoir adendre , el laisser aux productions trans- 
plantecs 'e terns de croitre et de fructifier selon I'ordre 
nature]. II faut ne pas rechercher le Lruit dcs applau- 
dissemons, se contenler de I'esliiue publiqiie, etineme 
de la conscience du bieii qu'on a fait. Cette modera- 
tion ne nianqne jamais a une association nombreuse ; 
lo gouvernemenl le pins sage pourraits'en ecarler, au 
milieu du tumulle des affaires et des passions dont il 
est assiege. 

On sail que les chevaux de certains pays resistent 
mieux a. la fatigue que ceux de France ; qu'ils sont 
plus robustes , et moins sujets aux maladies causees 
par la disetteou par les mauvais alimens; que, cepen- 
dant, ils ne sont pas moins propres que les notres aux 
manoeuvres rapides et aux charges impetueuses. Voila 
ce qu'il faut k nos arme'es. On sait aussi que ces che- 
vaux Iransportes en France y conservent leur vigueur 
native jusques dans I'exlreme vieillesse. 

La culture des champs , les postes , les charrois et 
tous les travaux civils s'accommodent fort bien des 
chevaux propres a la guerre. On aura done pourvu a 
tous les besoins, enprocurant a la France des chevaux 
pour les armees , et c'est I'experience mililaire qu'il 
faut consulter. 

A quelques egards , la societe qui se chargerait de 
I'importation des chevaux, serait une extension, un 
complement des Societes d'agriculture : mais, elle au- 
rait :ans doute la prudence de ne pas s'etendre au- 
de'.i lie son objet , afin de concentrer d'autant mieux 
ses forces et ses moyens. 

P.emarquons , en passant , que les Societes de bten 



DE CHEVALX. 243 

public , d' encouragement , de bienfaisance , elc. , sont 
I'effet, le moyeii et la ruesure de la civilisation. Plus 
elles se niultiplient dans uii Etat , et plus leurs attri- 
butions sont divisees , plus I'Etat s'approche de la 
perfection sociale. Effeclivement , le meilleur ordre 
social transformerait une nation tout entiere en une 
Societe de bienfaisance et d'encourageraent, dout tons 
les citoyens seraient uiembres , et dont les travaux em- 
brasseraient tous les besoins sociaux et prive's. Cette 
Societe se diviserait , coninie dans une manufacture 
bien reglee ; et chaque fraction s'attacherait a faire 
de son mieux , sans rivalites ni concurrences , sans 
autre subordination que celle qui resulle de I'ordre 
successif des travaux. 

On ne risquerait guere de se tromper , en prenant 
pour mesure de la civilisation de cliaque jieuple le 
nombre et les attributions de ses Societes de bien 
public. 

On n'hesite pas a le dire ; une Societe qui eutre- 
prendrait de naturaliser sur notre sol les meilleures 
races de chevaux reussirait infailliblement , et tout 
autre moyen n'offrirait pas a beaucoup pres autant 
de garanties du succes. Exprimons le vceu de voir rea- 
liser cette gt'neceuse entreprise , et d'y contribuer de 
nos faibles uioyens! 

Cette maniere de traiter la question est un pen se- 
vere : mais le sujet n'est pas au-dessous de cette gra- 
vite , et Ton ne pent y penser sans examiner ce qu'on 
fait, et sans regretter ce qu'on ne fait pas. M. Seguin 
et les fondateurs des courses ont su repandre quelques 
fleurs sur le meme sujet ; les fleurs plaisent a tout le 
inonde, an lieu que les verites ne sont accueillies 
que par ccux qui les coraprennent et qu'elles ne con- 

16* 



2-14 EXTHAIT D'UN KAPPORT 

trarient pas. A ceux qiii desapprouveraient ou dedai- 
gneraieut ces observations , comme trop serieuses, on 
pent repondre : Eh bien ! continue? vos courses, vos 
jeux jusqu'a I'age viril ; mais, pour votre interet et 
pour le notre , vous feriez mieux d« suivre le conseil 
d'Horace : 

Diriiidluni facti , qui cccpit, Jiahet. Sapeiv aude , 
Incipe. f^wendi rede qui prorogat horain , etc. 

FERRy. 

*VWVV\'WVW* .'VVVVV\'V\'\'VV\ -VW /W\'VV\'VV*/W\ 

EXTRAIT 

D^un rapporlfait par M. Brougham , mcvibre dii Par- 
If went brilannique, dans la Chambre des Communes 
(seance du 28 juin 1820), sur Velal de Veducation 
des classes nife'rieures de la societe , en Anglelerre , 
et dans quelques autres pajs. 

Les renseignemens transmis par 1 1 ,4oo lettres d'ec- 
clesiastiques anglais , ecrites en reponse a la circulaire 
de M. Brougham, lui fournissent I'occasion de faire 
I'eloge du zele que le clerge dej)loie , pour I'amelio- 
ration de I'enseigueraent elenieutaire , avec autant 
d'activite que de desinteressenient. II se croit , en con- 
sf'qiiencp , fonde a de'sirer que I'exe'cution de son plan 
soil confiee principaleiuenf aux pasleurs de I'eglise 
episcopate. Ce plan est base sur des tables dressees 
avec beaucoup de soin , et indiquant I'etat de I'educa- 
lion dans toutes Ics paroisses d'Angleterre , les avau- 
lages et les defauts de cette education, et la disposi- 
tion comparative de chaque classe d'habitans des dif- 
fei-ens comtes a procurer de rinstrucliou a leurs en- 
fans. Le resultat do scs recherches est ojipose aux 



FAIT PAR M. RKOUGHAAf. a j5 

assertions tin docteiir CoKjuhoun , qui, dans un ecrit 
publie en 1806, a/Tinue qu'il y a en Angleterre deux 
millions d'enfans pauvrcs , et , dans la seule ville de 
Londres, 5o,ooo cjui ne recoivenl point d'instruction ; 
tandis qu'il n'existc pas dans toute rAngleterre 2 mil- 
lions d'enfans des classes pauvres , qui soient d'age a 
frequenter des etablissemens d'instruction. 

En admettant, d'apres les calculs des academiciens 
francais, que la classe de cet age , c'est-a-dire , les en- 
fans de six a douzeou quatorzeans, ferment un ^ixicme 
de la population (qnoiqueM. B. soil porte al'evalucra 
im neuvieme), le calcul du docteur Colquhoun eleve- 
rait a plus de vingt millions la lolalite des habitant; de 
I'Augleterre et du pays de Galles ; nombre quisurpas- 
serait la population des trois royaumes. Partant de 
cette erreur, ce publiciste demande , pour chaque 
paroisse, une ecole propre a recevoir 800 enfans ; 
mais , dans toute I'Angleterre , il n'y a que 60 pa- 
roisses qui offrent ce nombre d'enfans , et pas plus de 
700 qui en contiennent la moilie. 

Ell appelant basses classes de la sociefe celles qui 
comprennent les indigens , M. B. n'entend pas plus 
Jeter de la defaveur sur ces classes , qu'on ne croit 
blesser la dignite d'une des chambres du parloment 
britannique , en la designant par le nora de Chamhre 
basse. Qui uierait que celle-ci forme une partie aussi 
precieuse qu'importante de la societe? Que serait une 
pyramide qui n'aurait point de base?.... On a voula 
represenler I'instruction comnie nuisibie a la moralite 
des pauvres. M. B. combat celte doctrine toute nou- 
velle, ne'e,dit-il, depuis la revolution franpaise, et 
reprouvee, avant cette epoque, par tons les pays ci- 
vilises de I'Europc. En loGo . les elats-generaux de 



346 EXTRAIT TVIJN RAPPORT 

France avaient statue des peines centre les parens fjui 
n'enverraient pas leurs enfans a I'ecole. A la iiieme epo- 
que, I'aristocratie d'Ecossc rendit des lois pareilles. II 
y a des chartes anciennes , dont une remonte an roi 
David T', une autre est de 13.41 ■> d'autrcs encore de 
1162, 1234 et 1236, qui font raention d'ecoles flo- 
rissantes dansdifTerentes villes de rEcosse,Roxborougli, 
Stirling , Ayr et Aberdeen. 

En 1680 , le P. la Salle elablit en France, sous la 
forme (^'un ordre monastique , une Sociele' pour I'edu- 
cation des pauvres. Les ecoles de ces Freres avaient 
produit tant de bien a Paris, qu'en 1713, le lieute- 
nant de police atfesfa que, depnis leur fondation, la 
depense dc son departcraent , dans le faubouig Saint- 
Antoine, avail diininue de 3o, 000 f. par an. Apres avoir 
rappelc la bulledu pape Benoit, rendue en 1738, pour 
inculqner la nccessite de donner dc I'instruction aux 
pai;vrcs , M- B. cite le bref de Pie Vil , du 29 septembre 
dernier , par lequel ce ponf ife conjure le clerge catho— 
liquc , dc la nianiere la plus louchante , de se charger 
lui-meme du soin d'instruire le peuple. Au surplus, 
M. B. desire que cet cnseignement iie sorte pas des 
limites tracees aux classes inferieures par leur situa- 
tion , et se borne a la religion, I'ecriture et Tarithine- 
tique. Onpourrait neanmoins ajouter avccsucces le des- 
sin lineaire ou geometrique , la geometric elementaire , 
qui trouverait son application dans tontes les profes- 
sions mecaniquesetindustrielles, et le cliantqui adoucit 
les mceurs et embellit la condition des classes pauvres 
et laborieuses. 

JJne des principales objections des adversaires dc 
I'instruction repandue parmi ces classes, etant tiree 
du degout qu'elle est censee leur donner pour leurs 



FAIT PAR M. BRODGHAM. 247 

occupations obligees et iournalicrci , M. B. y rppnnd 
en faisant lecture d'line lettre aJressee an docleur 
Currie par uii simple paysan , frere .Ic Robert Burns, 
poete ecossais, dont ies dispositions exlraoidinaires 
ont du leur deveioppement a I't'tat florissant de 
Tenseignement populaire dans le pays tfu'ii a illustre. 
« Je puis asnrer par experience , dit ce cultivateur de 
]a plus humble condition, iju'il n'y a pas un seul des 
travaux du fermier , qui ne soit compatible avec Ies 
jouissances d'un esprit cullivc , antant que j'ai pu 
Ies gouter , le battage en grange cxcepte. Aussi, je 
pense que I'inventeur de 'a machine a baltre le ble 
merite une statue , a cole de celui qui a porte en Eu- 
rope Ies premieres pommes-de-terre. » 

Apres ces remarques preliminaires, M. B. prcsente 
Ies resultats des recherches du comite qui I'a charge 
du rapport. Le nombre des enfans qui recoivent de 
rinstruction dans Ies ecoles non dotees est , pour 
toute i'Angleterre , de 5oo,ooo ; celui des enfans qui fre- 
quentent Ies ecoles dotees est de 166, 433 ; ce qui forme 
un total de 666,433. Le nombre des individus qui re- 
coivent de I'instruction est done, a la population de 
I'Angleterre, dans la proportion d'eaviron i a i4 ou 
i5, au lieu d'etre dans celle de i a 10. A cela il faut 
ajouter que 53, 000 enfans sont eiivoyes dans des ecoles 
tenues par des femmes , ii un age trop precoce pour 
que cette instruction piiisse etre cofuplee; et , qu'a- 
vant i8o3, epoque de I'eJablissement de I'enseigae- 
ment inutuel , il y avait i5o,ooo enfans de moins dans 
Ies ecoles d'instruction ; ce qui donne, pour 1802, une 
proportion d'un vingt-unit?me seulement de la popu- 
lation entiere qui reciit alors de I'education, tandis 
qu'a la meme epoque, cette proportion, en Ecosse , 



a.}8 EX'i'RAlT D'UN RAPPORT 

etait. d'liii sur ueuf ; el trim siir vingt-six , dans le pays 

dc C.allcs, oil elle est maintenant d'un sur vingt. 

A la suite de ces details sur I'etat de rinstruction du 
pcupio dans. la Grande -Fretagne, M. B. offre a la 
cliamlire quelques donnees relatives a I'enseignement 
olrnionfaire, sur plusieurs points du continent, four- 
iiies a I'h-onorable menilire par MM. le due de Broglic , 
le baron de Slael , Cuvier ct le comte de la Border 
autorilds, dil-il , qui j'espcre inspireront toute con- 
fiance a la chambre. 

Un million soi\ante-dix mille individus rccoivent de 
rinstruction en France; c'esl-a-diie , un vingt-hnilieme 
de la population , si on I'evalne a 3o millions. Tl y a 
trois ans que le nombre des enfans qu'on instruisait , 
n'etait quede866,4oo, ou untrente-cinquicmede la po- 
pulation ; proportion aussi aflligeante que celle qu'of- 
frait le comte de Middlesex, le pays de I'Enrope le 
plus neglige sous le rapport de I'instruction du peuple. 
Tel a etc le zcle de quelques amis du bien, assistes du 
gouvernemeut, que 7,120 nouvelles ecoles, pouvant 
contenir 5,o4,ooo enfans , out ete fondees en France 
depuis trois ans. Si ces soins cbaritables continucnt 
avec le meme succcs , il n'y aura plus , dans dix ans , 
un seul enfant en France privc d'instruction. 

Pour la Suisse, M. B. se borne aux renseignemens 
que lui a transmis son ami M. Dumont, dans une lettre 
Ires bien ecrite de la main de son domeslique, jeune 
paysan qui n'a recu d'autre instruction que celle de 
I'ecole de sa paroisse. D'apres ces renseiguemens, on 
j.e irouve pas, dans le canton dc Vaud, une personne 
sur sQixante qui ne saclie lire et ecnre. 

La Hollande offrait , en 1812, selon M. Cuvier, 



FAIT PAR M. BROUGHAM. 2,9 

4,45i ecoles , contenant ic)o,ooo enfans ou un dixieme 
de la population. 

Revenanl a I'Angleterre , M. B. preseiite le rcsultat 
des calculs qu'il a etablis sur des informations exactes, 
prises dans les 12,000 districts ou paroisses qui fonnent 
la division ecclesiaslique du royaume. Dans 3,5oo de 
ces paroisses , il n'y a pas le moindre vestige d'ecole ; 
elles comprennent une populatjon de i,og4)<>oo habi- 
tans. Trois mille paroisses jouissent d'ecoles dotees. 
Dans le reste des paroisses , elles ne sont pas dotees , 
et , par consequent, ce sont des etablissemens entiere- 
luent precaires. 

EnEcosse, I'etat de I'instructiou est infmiment pins 
satisfaisant. Chaque paroisse possede au inoins une 
ecole dotee ; beaucoup en ont deux, et merae trois, 
qui ont servi de base a toutes les autres institutions 
scholaires. 

Dans le Middlesex (cointe qui comprend la parlie 
de Londres situe'e a I'ouest de la cite), les pauvres 
qui regoivent quelque instruction forment le vingt- 
sixierne de la population. Avant I'introduction des 
ecoles a la Lancaster , cette proportion n'etait qued'ua 
quarante-sixieme. Dans le Lancashire, elle etait dun 
vingt-huitieme ; et, maintenant , elle s'eleve au vingt- 
quatrieme. Les corates du nord ofFrent un resultat 
piusconsolant. Dans ceuxde Durham, de Cumberland et 
de Northumberland , un dixienie de la population jouit 
des avantages de I'enseigneracnt ; dans le conite de 
Westmoreland , c'est un huitieme qui les obtient; pro- 
portion qui s'approche de I'etat de I'instruction dans 
le pays de Vaud. Dans les six comtcs du milieu (Berks, 
Bedford, Cambridge, Huntington, Hertford et Nor- 
thamptonshire), les bienfails de I'education ne s'e'- 



25o LXTRAIT D'UN RAPPORT 

lendentqu'an vingt-qualrieme; dans Irs conitesd'Esscx, 
de Suffolk el de Norfolk, auvingt-unieme; daiisleSom- 
nierselshire et le Wiltsshire , an ?.4° de la populalion. 
De ces de'tails, arides en apparence , M. B. s'eleve a 
des consideralions d'line haute importance pour tout 
hoinme qui n'est pas indifferent aux grands interets de 
la vertn et de I'hurnanite. Partout il apercoit et il 
montre , par des calculs evidens , line correlation nia- 
nifeste entre le manque d'instruction et la quantitedes 
pauvres, entre le de'faut d'education et la masse des 
crimes. Tandis que, dans les quatre comtes du aord , 
le nombre des pauvres ne forme qu'un quatorzieme ou 
unquiuziemedelapopulation,il monteaun dixieme cii- 
■ viron dans le reste de I'Angleterre. Dans ce royaume , 
en y comprenanl la principaute de Galles , sur qua- 
torze cents individus , on compte un detenu pour 
crime ; dans les c[uatre conite's du uord , un criminel 
sur quatre mille deux cents ; et , dans les six comtes du 
milieu , un sur deux mille. Ici , M. B. , certain de I'effet 
que devait prodnire sur I'esprit d'hommes sensibles 
au bonheur et a la inoralite de leurs semblables , des 
rapprochemens aussi feconds en lefons saliitaires, croit 
devoir les mettre en garde contre les meconiptes de 
rinipatienceetde la precipitation ; il les averlitde u'at- 
tendre d'une amelioration de I'instruction des classes 
pauvres, quehjues changemens sensibles dans leiir etat 
physique et moral, qu'au boutd'un certain iiitervalle 
de terns, et en recompense d'effarts persf^veraiis. 

Une autre circonstance appelie I'attention dos amis 
du bien public. Dans les comtes du nord , dont le 
bon esprit a deja ete remar([ue , le nombre des en- 
fans pauvres, iiistruits gratuitement , ne s'eleve pas 
a la moitie de ce'ui des enfans pour qui les parens 



^ FAIT PAR M. I3R0LGHAM. aS. 

paient une retribution. Uii resultat tout oppose s'offre 
a I'observateur , dans les cointcs du milieu et du sud. 
En revanche, rinstruction entiererneiit gratuite est 
line chose a peine connue en Ecosse ; et Ton y voit les 
gens Jes plus pauvres se faire un point d'honneur de 
payer les instituteurs de leurs enfans. Le seul luoyen , 
dit M. B. , de preparer I'abrogation graduelle de cc 
code de lois qui regit et inulliplie les pauvres, et qui 
de'sole notre pays, est de faire naitre dans les classes 
inferieures du peuple anglais le hesoin d'imiter , pour 
la fondalion des ecoles, la conduite gene'reuse de leurs 
compalriotes du nord. 

Apres avoir rapporte des preuves touchantes de I'im- 
portance que les Ecossais , les plus denues de res- 
sources , atlachent a I'instruction de leurs enfans, ct 
cite quelques exemples des sacrifices qu'ils s'imposent 
dans la vue de leur procurer ce bienfait , il passe a I'ex- 
position du plan qu'il croit propre a amener un meil- 
leur ordre de choses dans cette partie essenlielle des 
intercts moraux de la societe. Quoique ce plan soil 
fortsagement concu, et qu'il paraisseoffrir un modele 
de cette prudence qui raltache les essais d'ameliora- 
tion a ce qui existe, et qui vise a tirer tout le parti 
possible des ejpmens existans ; nous pouvons d'autant 
mieux en supprimcr les details dans cet extrait, qu'il 
sera indubitablement , a la prochaine session du parlc- 
ment, Tobjet d une discussion approfondie et de I'at- 
tention de I'Europe eclairee. II nous suffira de dire que 
les membrcs les plus distingues du parti ministeriel et 
de I'opposition se sont reuuis pour reinercier M. B. du 
travail auquel il s'est livre, et pour reconnattre la 
haute importance des donnees qu'il a communiquees a 
la Chambre. Sir James Mackiulosh joint a ses remer- 



a53 EXTRAIT D'LN RAPPORT, etc. 

cimens qnelqnes ol)servations relatives a I'lnfliience 
morale ile rinstruction sur les classes du peuple. « .Tai 
eu , dit-11 , pendant ma refeideuce dans I'Inde , de fre- 
quentes occasions de comparer la condnite des per- 
sounes qui avaient eu le malhenr de ne recevoir ancune 
education , avec la conduite de celles qui , ayant appns 
a ecrire , etaient en etat de correspondre avec leurs fa- 
milies. Cette seule circonstance contribuait efficace- 
nienta nourrir dans de simples soldats , dans desma- 
telots grossiers, des sentimens d'honneur etdes dispo- 
sitions vertueuses; tandis que ceux qui etaient dans 
I'impossibilite de se mettre en communication directe 
avec leurs amis absens , perdaient I'idee de cetle sur- 
veillance morale , de cette responsabilite imposee par 
la presence invisible de personnes cheries , qui sont des 
freins salulaires , des sources d'ordre. d'economie et 
de pudeur , et s'abandonnaient a nne insouciance des- 
tructive de toute reserve et de tout respect pour eux- 
m.^mes, ainsi que de tout besoin de se menager une 
bonne renommee. » 



•^;V WVWV' WVWVWV VWVW VW VWVW VW VV\' VWV W VWVW VWVW \J\i\/ <k'V\i VV VWV I'W wv vvvvt-v 

11. ANALYSES D'OUVRAGES. 



SCIENCES PHYSIQUES. 

Le Globe celeste , couis d'astronomie contem- 
platwe, par M. H... (i). 

Jamque suwn volvens audax irulustria caelum , 
Gaiulel et liwnand sidera iitente regit. 

Claudien , epigramme 26. 

Dejal'audacieuse Industrie se plait a fairemouvoiruncielqui 
est son ouvrage, et resprithumainre'gitlecoursdesastres. 

Stranger aux connaissances mathematiques , M. H. 
accuse les savans d'etre trop savans : il les compare aux 
prelres egyptiens ([ui se plaisent a se servir de myste- 
rieux hieroglyplies , et ajoiite que , satisfaits de s'en- 
tendre entre eux, ils aiment a parler une langue in- 
connue auxautres homraes : il declare n'avoir acquis 
son instructiou aslronomiqiie qu'apres de penibles ef- 
forts ; les traites les plus elementaires etaient trop dif- 
ficiles pour lui. Devenu maitre deson sujet , il a vouhi 
epargner aux personnes qui sont daus le iiieme cas oil 
il se trouvait , les difficultes qu'il a eu le bonheur et la 
force de surnionter. 

Ce but est louable, et I'auteur meritedes elogespour 
la maniere dout il a su I'atteindre. Son ouvrage est 
asscz clair pour etre lu par tout le nioiide ; il est meiue 
a la portee de la jeunesse , qui pent y trouver le gout 
de la plus noble et de la plus sublime des sciences , et 

(i) Paris, i8'20. In-8°. Madame veuve Courcior, rue du Jardi- 
lut , n" !2 , et Delamarcho , meme rue , n" iS. 



aS/f SCIENCES PHYSIQUES. 

appreiicire sans peine a conuailre I'elat du ciel , les 
pijncipaiix jilienouienes qu'il presenle et les mouve- 
luensqui enlraiiicnt les corps celestes dans I'espace. 

II est vrai qu'un grand noinbre de theories sont ou- 
bliees danscet ouvrnge : la refraction , la precesion des 
equinoxes, I'aberration , la nutation, les n;arees, 
la theorie de I'atlraction , etc. , sont des sujels que 
Taiiteur n'a pas nienie abordes ; il ne dit presque 
rien des parallaxes, des eclipses, de I'art de predire 
les plienornenes celestes ; en un mot la science, dans le 
Cours d'astronomie contemplative , n'est traitee que su- 
perficiellement et par apercu. Sans doiite on ne doit 
jjas juger avecseverite un livredeceltenature, ni faire 
un reprocbe a I'auteur d'avoir supprirae des doctrines 
d'une si haute importance , puisqu'elles exigent le se- 
cours de la geometric dont son but etait d'eviter I'u- 
sage. En rejetant tout calcul, il a contracte I'obligation 
de renoncer a traiter les sujets oil le calcul est indis- 
pensable ; et le lecteur , qui a d'avance consenti a cetto 
condition , doit s'attendre k en supporter les con- 
sequences. 

Malgre ces omissions necessaires , I'ouvrage de 

M. H est un veritable service rendu a I'enseigne- 

mentelementaire , et nous felicitous cet auteur d'avoir 
mis a la portce de tons les lecteurs , une belle science 
qui devrait etre plus repandue. La paresse d'esprit qui 
ote le pouvoir de s'appliquer long-tems sur un sujet , 
ne pourra plus servir d'excuse a I'homme du monde qui 
sera demeure etranger a la connaissance du ciel. 

Le moyen principal que M. H.... emploie pour faire 
concevoir le mouvement des astres , est un globe ce- 
leste sur lequel il a trace les principales etoiles , sous 
leurs relations de grandeurs et de distances, telles que 



SCIENCES PHYSIQUES. aSS 

nous les voyons cliaque nuit. Deja, dans les cartes de 
mon Lranographie , j'avais suppiiine les figures qii'on 
a couturae d'y dessiner ; il m'avait scruble que la 
Grande-Ourse , Cassiopee , Orion , etc. , n'e'taiit que des 
groupes d'etoiles, qui n'ofiVent aucune image des etres 
qu'on faitservir a les denommer, ces figures, loin de fa- 
ciliter retude,y deviennent un oljstacle, parcequ'ellcs 
inasquent les veritables contours des constellations, 
sous des traits empruntes et trompeurs. L'horame qui 
cherche a connaitre leciel, desire y trouver les images 
qu'il voit tra'ce'es sur la carle , et a besoin de quelque 
soin pour se defendre de celle erreur. 

' M. H a de meme supprime les figures des as.te- 

rismes, et son globe presente le ciel tel qu'on le voit , 
sans images accessoires , sans lignesetrangeres,exceple 
I'equateur et I'ecliptique , qui , ne formant que des cer- 
cles Ires delies ,' ne soiit visibles qu'autant qu'il le faut 
pour se preter aux usages du globe celeste. L'auteur 
n'j ayant marque que les objets que le ciel nous pre- 
sente , I'a rendu tres propre a faire connaitre les cons- 
tellations. J'avoue que j'aurais desire y voir quelques- 
unes de ces lignes qui joignent diverses etoiles et les 
assemblent en polygon es : ces formes geometriques , 
que nos yeux imposent malgre nous aux astres, sont 
d'un grand secours pour I'etude. Le Cygne forme une 
grande croix dans la Yoie-Lactee; Pegase iinite un im- 
mense carre ; Orion , la Grande-Ourse, le Lion , etc. , 
sont de meme encadres dans des figures assezregulieres 
que I'cEil suit aisement, qui n'ont pas I'inconvenient 
des images memes des constellations , et qui servent 
a les faire reconnaitre au premier aspect. 

M. H. . . re'sout , a vec ce globe , les probleraes suivans t 
trouver I'heure et le point de I'horizon oil se fait le le- 



a56 SCIENCKS PHYSIQUES, 

ver oil le couclicr dii sokil , de la lime , d'une etoile ou 
d'line plaiiete; sa hauleur a uiidi ou a un instant de- 
sigiie ; I'azimut d'un astre ; la duree de lanuitetdu 
Jour; cellc du crepuscule ; le teins cju'une etoile ou 
une planele est \isible pendant une nuit proposee ; les 
levers et coucliers lieliaques , cosmiqiies et acrony- 
t[ues.., Eiifin, il enseigne a lrou\er, pour chacjne ins- 
tant, la position et les uioiivenieus apparens des corps 
celestes. 

Le precede dont Tauleur se sert pour arrivcr aux so- 
lutions de ces problemes, est simple et ingenieux. Si les 
t'toiles seniblent fixecs an firiuauient qui les entraine 
en apparence, el les force a tourner autour de nous 
en vingt-qualre lieures, le soleil, la lune et les pia- 
iietes out un niouveinent propre , en sens contraire, 
sur celte sphere iniaginaire ; el, pendant que celle-ci 
parait tourner en vingt-quatre lieures d'orient en Occi- 
dent , etenlrainer tous les corps celestes , quelques-uns 
de ces corps ont un inouvement plus oumoinslent, 
qui les transporle cliaque jour d'une cerlaine quantite 
\ers I'orient. 

Pour iinitcr ces changernens , auxquels les etoiles 
fixes ne participent point ,• M. II... se sert de plusieurs 
petiJs disques de metal , qu'on pent coller sur le globe 
celeste , a I'aide d'un peu de cire molle : un petit ins- 
trument, divise en degre's , s'applique sur le globe, se- 
lon des regies que I'auteur explique , et il obtient ainsi 
tres facilement le point du ciel oii il doit placer ces 
petites images de planeles, pour un jour designe. Son 
globe , ainsi piepare , tourne sur son axe , sous la main 
dc I'observateur , precisement coinine le ciel tourne 
devant nos yeux. Le globe est done en tout I'image du 
ciel. C'estceque M. H... nommc unobsen'aloirc ccoiw- 



r 



SCIENCES PHYSIQUES. 25; 

mique. Ce globe , dit-il , qui , avec ses petits astres me- 
talliques, iie coute que 3o fr. , le traite qiiiest dii prix 
de 5 fr. , at I'aanuaire du bureau des longitudes , qu'oa 
paie I fr. : voila lout ce qui constitue un observatoire 
oil Ton peut contempler toutes les merveilles du ciel , 
suivre , prevoir meme tous les mouvemeus des corps 
celestes , et faire seul un cours complet d'astronoiuie. 

Apres avoir accorde a M. H... leselogesqui lui sont 
dus , il me resle a remplir une taclie plus difficile : les 
expressions obligeantes dont il se sert en parlant de 
luoi , et pour lesquelles je le prie d'agreer rues reiner- 
cimens , ne sont pas un motif jjour taire au public ce 
que je blame dans cet ouvrage ; et I'equite m'oblige a 
en faire une critique , rendue penible par ma conside- 
ration pour I'auteur , mais que je dois regarder comme 
ua devoir envers le public. 

Je vois avec peine que M. H... ait ressuscite I'opinion 
d'Aristote qui voulait que les cometes fussent des as- 
tres ephemeres , des especes de meteores ultra-atmos- 
pheriques , dont I'existence passagere etait subordon- 
iiee a des causes inconnues. Ce systeme est faux, et, 
dans I'etat actuel de nos connaissances , on n'aurait 
pas du le reproduire. Les pretendues preuves qu'on 
apporte en sa faveur se reduisent a dire que les retours 
des comeles sont fort incertains , et qu'on ne revoit ja- 
mais ces corps sous les menies apparences ; ce qui per- 
met de douter qu'on 2)uisse en efFet reconnaitre I'astre 
dont on a deja eu le spectacle. 

De ce qu'on ne peut predire le retour que de deux 
cometes , sur cinq ou six cents qu'on sait exister , ii 
ne s'ensuit pas que ces corps n'aient qu'une existence 
momenlanee ; mais que la science n'est pas assez 
avancee, que lesinstrumensetrobservation ne sont pas 
TOME VUJ. 1 5 



a38 SCIENCES PHYSIQUES, 

assez parfaits , pour que les resultats du calcul soient 
certains et s'accoident en tons points. On ne peiitdou- 
ter que ccs corps n'obeissent aux lois generales del'at- 
tiaction ; ce qui permet d'en attester I'existence mate- 
rielle. Or, aucun des fails physiques lie laisse croire 
que la matiere puisse se dissiper , s'aneantir, sans resul- 
tats. Les couictes qu'on n'a pas revues aux cpoques assi- 
gnees par les astronomes pour leur relour, out proba- 
blement epronve , par I'atlraction des planetes, quel- 
ques 2:)erturbalions qui ont trouble les eleniens de leurs 
orbites, et les ont rendues nieconnaissables lors- 
qu'elles se sont presentees a nous. I! est encore tres 
vraise:nblab!e que ces corps se sont montres le jour sur 
notre horizon , etnous cnt echappe. Le inonde civilise 
est si pen etendu , qu'il est croyable que d'autrcs peu- 
ples ont pu avoir sous les jeux , durant la nuit , sans 
les remarquer, ces niernes astres que nos astronomes 
out vainement cherches en Europe. 

On est certain que, dans I'unde ses voyages visibles, 
la comete de i8ii s'est niontree d'abord petite et sans 
ecbt , et ensuite grande , brillante et suivie d'une 
queue immense. Ces effets , qu'on attribue a laclialeur 
plus ou moins grande que I'astre recoit, a raison desa 
distance variable du soleil , ont accompli sous nos yeux 
leur poriode ordinaire. Admettez que des astronomes 
ne r.'uent vu que sous le premier de ces etats , tandis 
que d'autres I'auraient apercu sous le second , et jugez 
s'il serait possible qu'au simple aspect, on I'eut reconnu 
pourune seule etmeme comete. Cette etoile qu'on voy ait 
briHer le soir d'un si vif eclat, et qui, bientot apres , 
preced.'iit le lever du soleil , la planete Venus, fut long- 
tems regardre comme deux corps celestes differens , 
uommes tanlot VEtoile du soir ou du berger, Vesper , 



SCIENCES PinSlQDES. arg 

tantot Lucifer, Phosphore , et VEtoilc du matin. La 
difference de forme et d'eclal cle celle planete coiiUi- 
buait a etablir cette erreiir : mais la regularite de I'or- 
bite qu'elle decrit autour du soleil I'a fait reconuaitre 
pour un seul et meme astre. M. H... a done tort de 
pretendre (ju'ou doit reconuaitre une couiete , comme 
unvoyageur, a ses traits. 

L'opinion du philosophe de Slagyre n'est done pas 
soulenable, et I'auleur n'aurait pas du la reproduire, 
ni surtout la developper longuement , en I'appuyant 
sur des bases aussi peu solides. Cclle qui attribue I'in- 
vention des cadrans solaires a Anaximenes n'a pas 
plus de fondemens. Les hoinmes de lettres qui out lu 
cette assertion dans les ecrits de Pline , I'ont repetee 
sans s'informer s'il existait des ouvrages savans oil 
cette question etait approfondie : ils le rediront sans 
doute encore long-teins, et il faut bien leur laisser 
cette erreur, ainsi que beaucoup d'autres, puisqu'ils 
veulent toujours rester etrangers aux sciences ; mais 
un livre d'astronomie ne doit pas les consacrer. II est 
prouve par les sainles ecritures, que, cent cinquanle 
ans avant Anaximenes, Acbaz avait, en Judee, un ca- 
dran solaire. 

Le style de I'ouvrage est en general clair et facile ; 

mais, admirateur de Fonteuelle, M. II aime 

beaucoup ce genre de plaisanterie fade , si fort a la 
mode dans le siecle dernier, et que V^oltaire, Buffon 
et Montesquieu ont decredite sans retour. M. Laplace 
a montre , dans son Exposition du sjsteme du monda , 
comment on devait ecrire sur les sciences; il a laisse 
un modele parfait du genre de style a la fois grave et 
elegant qui leur couvient, et qu'on doit surtout pre- 
ferer a celui de la plurality des mondes. 

m* 



a6o SCIENCES PHYSIQU Ki>. 

N'est-il pas ridicule en effet cle Ure qii^ il est plus aisti 
d'aller de la constellation du Lion a celle de la LyrCj 
que de la rue du Petit-Lion a. la rue de la Harpe ; 
qu'une coinete qui n'a pas reparu a I'epoque predile 
pour sou retour , est une injidele qui a manque au ren- 
dez-vous ; que les plauetes marchent tantot adroite, 
tantot a gauche, tandis que le s(Jieil tient sans tcart le 
haul du f)ai'^ ; et plusieurs autres locutions aussi bi- 
zarres, qu'il est inutile de rappeler? 

Le passage suivant est , dans ce genre ridicule , une 
sorte de modelc ( page io3 ) : 

« Le soleil , qui n'est reeilement qu'une etoile , est 
cependant le souverain du plus vaste empire que nous 
connaissions; roi par la grdce de Dieu , il regue sur 
plusieurs vassaux et aniere- vassaux qu'il eclaire de 
sa lumiere, qu'il echaufFe , vivifie et feconde par &a 
chaleur, et qui, par reconnaissance et par interet , 
tournent respectueusemeut autour de leur monarque , 
chacun a la place qui lui est assignee , sans jalousie , 
sans ambition, sans chercher a se supplanter et a se 
rapprocher du Irone. II faul que le prince et les sujetJ 
soient mutuellement satisfaits de ce gouvernement 
feodal , puisque , de memoire d'liorame , il existe de- 
puis 5824 3"s. II est vrai que cet empire si etendu a 
Irouve I'art d'etre heureux et sage avec un modeste 
code de Irois lois calculdes par Kepler, et de'montrt?es 
par Newton; tandis que tel autre petit Etat , qui n'en 
est pas la cent-millionieme partie, n'a trouve ni sa- 
gesse , ni bonheur, dans quelques milliers de lois fa- 
briquces en trente ans. » Ces vassaux du soleil sont les 
planetes. 

En parlant de la planete Mars , I'auteur dit : << Le 
dieu terrible des batailles, satisfait d'etre le quatrieme 



SCIENCKS PHYSIQUES. a6i 

des vassaux du soleil , n'a jamais pense, tlcpuis soiKante 
aiecles, a secouer le joiig de soo souvcrain legitime. 
Bel exemple qii'il donne a ses favoris les guerriers fran- 
cais ! » La page io3, quia pour objet I'exposition de 
I'etat de noire systeme planetaire, est encore une que- 
relle qu'il intentc a la revolution francaise. II dit 
quelque part : Nc faisou.i pan cht soleil ini conqueranl ; 
les conqu^rans ne sont bans ni dans le ciel , ni svr la 
terre. Sans parler de I'inconvenance de ces sorties-, 
dans uti livre d'astronomie , de ces traits lances au 
hasard , de ces excursions oiseuses dans le domaine de 
la politique, je demanderai s'il est permis d'avancer 
les opinions les plus liasardees dans un livre oil tout 
doit etre demontre , et oil ce qui ne I'est pas doit etre 
donne pour ce qu'il vaut. Assurement, les conquele* 
entraineut de grands maux ; mais elles produisent 
quelquefois des biens reels. Celies de Sesostris , des 
Grecs , des Romains , qui apportaient avec eux la civi- 
lisation, les arts et I'industrie a des peuplades bar- 
bares , ont merite la reconnaissance, memedes nation^; 
vaincues. La legislation, le systeme administratif des 
Francais survit a leur puissance en Espagne, en Itilie 
el en Allemagne. Les croisades reieme, ces entreprises 
folles , desastreuses et injustes, ont eu quelques resul- 
tats avantageux. La nation eiiropeenne qui ferait la 
conquete de I'Afrique, et la delivrerait du joug de ses 
mille tyrans barbares qui se font un jeu des trailemens 
les plus feroces , et ralTranchirait de I'obeissance stu- 
pide qui enchaine le courage et fletrit I'liumanite, 
produirait un bien reel , meme quand des vues moins 
genereuses seraient le but de cette entreprise. Les con- 
quetes sontcomnie les vents impetueux, qui apportent 
quelquefois la devastation , raais qui sont necessaires a 



a6a SCIENCES PHYSIQUES. 

I'e'tat pliysiqiie du globe, dont ils sont une des causes 

de regeneration. 

La mauvaise humeiir de M. H conlre les idees 

libcrales, trouve une compensation dans sou penchant 
aapprouver I'inquisition. Onnes'attendaitpas, en 1820, 
a lire, dans iin traite d'astronomie, que Galil<?e a 
fait Vabjuralion de ses erreurs sur le mouvement de la 
terre. Ainsi, I'opinion du mouvement de notre globe 
est une errenr, etl'ona eu raison de punir celui c[ui I'a 
adoptee. J'ai peine a en croire mes yeux , lorsque je 
vois ainsi excuser les persecuteurs d'un grand honime. 
Au lieu de livrer a I'execration de la posfe'rite les 
hommes qui ont arrele, autant qu'il etait en leur pou- 
voir , les progres des lumieres ; emprisonne un vieillard 
illustre par soixante-dix ans d'etudes et par des decou- 
Tertes qui font I'adrairation du monde ; c'pouvante 
par ces persecutions les savans , reduils a ne pas pu- 
blier leurs opinions ; M. H decore la prison de Ga- 
lilee du nom de palais magnifique , embelli par de 
vastes jardins , et la presente comme un heureux asile. 
Pen s'en faut qu'il n'approuve I'outrage fait a la vieil- 
lesse , a la verile et aux sciences , comme la peine d'une 
erreur dangereuse, trop doucement pnnie. II serait 
superflu d'insister davantage sur ce sujet, que sans 
doute chacun saura apprecier. La verite est que les 
persecutions dont Galilee fnt victime , ne furent pas 
aussi cruelles qu'on pouvait s'y altendre, d'apres I'es- 
prit du siecle oil il vivait ; et que sa captivite , toute 
penible qu'ellc etait, fut adoucie par des cgards qui, 
sans I'exciiser , honorent les hommes qui etaient forces 
d'exercer ce rigoureux ministere. 

L'opinion deM. 11 sur rorigine des constellations , 

e5l que Ic hasard ct la fantaisie presiderent seuls a cetle 



SCIENCES PHYSIQUES. =63 

division cUi ciel ; et que les etoiles, formant ensemble 
des dessins faciles a retenir dans la meinoire , firent 
iniaginer d'unir ces astres entre eux, et d'en coniposer 
des families. Ces deux propositions , qui s'entredetrui- 
sent, sent erronees. Si les traits qui joigneiitles astres 
imitent des figures d'anirnaux ou de lieros , ce n'est 
pas le caprice qui les a aiusi rassembles. 

L'auteur avoue lui-meme que les etoiles ne se des- 
sinent pas de maniere a presenter I'imagedes etres que 
les noms des constellations designent. Le Sagittaire 
meme,qui est un des asterismes oil Ton pent avec plus 
de raison trouver uu arc et sa fleclie , en s'esercant a 
cette recherclie, ofFre si peu de ressemblance avec ces 

objets , que M. II dit : Ne clierchez rieri dans cette 

constellation qui ressemble a un centaure arine d'un 
arc dont la Jl'eche va partir : le peinlre des anciens 
globes aurailpu encadrer de cent autre s manieres Vawas 
d'e'loiles qui forme cetle constellation. II fait le mejue 
aveu dans plusieurs autres passages de son livre. 

Ce n'est ni I'imitation des traits qu'on voit dans le 
ciel, ni le caprice des poetes qui ont cree les cousfella- 
tions. L'imagination la plus complaisanle , celle qui 
sait apercevoir dans les contours variables des nuages, 
des figures de geant , de lion, de harpie et de mille 
autres etres aussi fanfastiq'ies , ne pent rien voir dans 
le ciel etoile , c|ue des figures geonietriques plus ou 
moins compliquees ; et le caprice qui aurait decide les 
createurs de ces groupes celestes daus le clioix des 
images , serait trop ridicule pour avoir recii I'assenti- 
ment unanime des nations eclairees. Les constellations 
sont venues jusqu'a nous, en traversaiit la succession 
des siecles , sans avoir eprouve presque aucune altera- 
tion : elles ont ete, dans toute I'antiquite, I'objet d'un 



a«4 SCIENCES PHYSIQUES, 

respect religieiix, qui en atteste la noble origine. Liees 
au cnllc public qui leur avail donne naissance, elles 
sont I'emblcme fidele des phenomenes physiques qui se 
succcdaient dans I'annee solaire, cbez le peuple qui 
les a inslituces. 

Ces fails, qu'il ne nous est pas pemiis de prouver 
ici, sonl exposes dans des ouvrages qui ont nierite I'ap- 
probatiou des savans , inalgre quelques imperfections, 
inseparables de ce qui sort de la main des liommes. 
II est, par exemple, constate par les ecrits de Por- 
phjre el de plusieurs aiiteurs anciens, que les douze 
Iravaux d'Hercule ne sont qu'une interpretation des 
passages du soleil a travers les douze signes du Zo- 
diaque ; el que plusieurs constellations elaicnt rela- 
tives a celte fable reiigieuse qu'a Thebes on honorait 
par des fetes sacrees. Lorsqu'une opinion est aussi bien 
etablie, celui qui ne la partage pas, doit, oun'en point 
parler , ou, s'il ratta([ue, le faire en apportant les 
])ranves qui renveisent le systeme qu'il combat , et le 
rendent douteux. II n'est aujourd'hui personne qui 
puisse pretendre que les constellations sont les enfans 
du hasard , quelqiie parti qu'on ait pris d'ailleurs sur 
le systeme dominant. 

Je terminerai cet extrait en me rcsumant. M. 11... a 
fail un ouvrage tres utile a I'enseignementelementaire 
de rastronomie; il a completement atteint le but qu'il 
se proposait, de mettre cefte belle science a la porte'e 
des gens du monde : h^s legeres taches qui depareiit 
son livre, et qu'il pourra faire disparaitre dans une 
seconde cdilioii, sont de peu d'importance et n'otent 
rien a rinlcret iiue ce traile doit inspirer. 

Fran'cof.ur. 



SCIENCES MORALES ET POLITIQUES. 

A Review of the Colonial Registkation Acts, 
in a Report of the Conunitee of the board of 
Directors of the African Institution , made on 
the lid. offebruary 1 820 , and published by the 
authority of that Board', 

Revue des actes d'enregistremetst des esclaves 
DES Colonies anglaises , dans le Rapport du 
Comite du Bureau des Directeurs de Z'Iinstitotion 
AFRicAiNE, presente le infevrier 1820 , etpublie 
par les ordres de ce Bureau ( i). 

LoPSQUE le parlement d'Angleterrepassa le bill d'abo- 
litioa de la traite des negres d'Afrique, connu sous 
le nom de Bill de JVilberforce , qui I'avait propose , 
oa crut devoir, par deference pour I'autorite des as- 
semblees legislatives des colonies, leur laisser le choix 
des mesures d'execution de cette loi. On n'ignorait pas 
cependant qu'elle rencontrerait d'abord une grande 
opposition; mais on se persuada que la volonte pro- 
noncee du gouvernement de la mere-patrie vaincrait 
toutes les resistances , et que les colonies ne seraient 
pas sourdes a la voix de I'humanite et de la raison , qui 
reclamaientdepuis si long-tems centre cet odieux trafic. 

Le gouvernement ne tarda pas a s'apercevoir , par 
les renaontrances qui lui arrivcrent detoute part, qu'il 
avait mal juge des dispositions des autorites coloniales. 
Le bill fut represente commeune mesure impraticable, 
inutile, dangereuse, qui devait entrainer la ruine en- 
tiere du systeme colonial, en privant les colons des bras 

(i) Londres, i8ao. Jn-S". Hatchard, Piccadilly. 



3()6 SCIENCES MORALES 

iiecessaires a la culture, que Ton ne pouvait remplacer 
par dcs Europeens ; et rimportalion clandestine des 
negres esclaves continua, a peu pres, comme avant Tacte 
d'aboHlion. En i8i5, on n'avait pas menie fait, dans 
Ja pliipart des colonies, le recensement de la popula- 
tion esclave existante. C'elait cependant une premiere 
inesure indispensable , pour s'assurer des importations 
frauduleuses, si elles avaient lieu. 

Les directeurs de I'institution africaine, qui avaient 
pris I'initiative dans I'acte d'abolition , instruits de ce 
qui se passait dans les colonies , solliciterent du Gou- 
verneraent et des Chambres, des mesures plus eflicaces 
contre la contrebande des esclaves, et le parlement 
passa le Bill d'enregislrement. Cette nouvelle loi ordon- 
iiait relablissenient , dans chacune des colonies , d'un 
double registre , sur I'un desquels seraient inscrits les 
esclaves des pla^italions , et sur I'autre , les esclaves 
personnels , c'est-a-dire , attaches au service des per- 
sonnes ; le meme bill portait que des copies ou extraits 
de ces] registres seraient Iransmis a un bureau central 
etabli a Londres. Des recensemens periodiques elaient 
encore ordonnes pour constater le mouveraent de la 
population , par les deces et les naissances. La loi entrait 
ensuite dans tons les details d'execution confies aux 
autorites locales. On ne pouvait douter que la stricte 
observation des fornialites prescrites, n'otat aux plan- 
teurs recalcitrans lout espoir d'eluder a I'avenir I'ope- 
ration du bill; d'autant mieux iiuW declarait libre' 
tout negre on muldtre dont le signalement ne se trou- 
verait pas enregistre. L'exemple de I'ile de la Trinile , 
oil des dispositions semblables avaient eu le plus heu- 
renx succes , devait encore inspirer au Gouverneraent 
une entiere confiance. Un ordre du conseil y avait eta- 



ET POLITIQUES. 267 

bli des rpgisties publics , avec loulos les formalites 
qu'apres une longiie et niiire tleliberalion Ton avait 
jugees les plus propres a prevenir rintroduction furtive 
de nouvcaux escla^es ; et rexpeiieiice de plusieurs an- 
ne'es avait dejii justilie la sagesse de ces incsures. C'etait 
tin modele propose aux autres autoritescoloniales. 

Mais le Gouvernement fit encore la faute de leur 
confier I'execution du bill d'enregistrement , qiioiqu'il 
diit presumer qu'il rencontrerait les niemes obstacles 
que VActe d'aboliiion. Cependant les assemblees legis- 
latives recounurent d'abord, assez generaleinent, I'uti- 
lite du recenseiiieul de la population esclave et de la 
formation des registres publics. Mais , au lieu d'a dop- 
ier franchement, et dans leur entier, les moyens d'exe- 
cution indiques dans le bill et I'ordre du conseil rela- 
tif a rile de la Trinite , chacune de ces assemblees se 
cruten droit deles rejeter, ou de les interpreter et mo- 
difier, au gre de son interet et de ses vues particulieres. 
Cette multitude d'actes discordans annoncait plutot 
I'intention d'eluder les dispositions du bill d'enregis- 
trement , que de les executer. L'experience des tpatre 
annees qui snivirent sa promulgation en fournit la 
preuve ; les batimens negriers , saisis sur les cotes d'A- 
frique , dans cet intervalle , ne permirent pas d'en 
douter. II fut constate que les precautions prises par 
■ les colonies etaient insulBsantes , et qu'on devait en 
adopter de plus efficaces ; mais , pour operer cette re- 
forrne des actes legislatifs, relatifs au bill d'enregistre- 
ment, il fallait en connaitre toutes les dispositions. En 
consequence , il fut enjoint aux autorites coloniales 
d'envoyer au Gouvernement les proces-verbaux des 
deliberations de chacune des colonies. Cespapiers ayant 
ete comniiuiiques au parlemenl , le bureau de VJnsli- 



a68 SCIENCES MORALES 

tiiti'on afn'caJne,dont]e zelepour la caused© rhnmanite 
semblait devenir plus ardent par les obstacles meines 
qui auraient du le ralentir , s'empressa d'en avoir une 
Copie , et de charger un couiite d'en faire I'examen , et 
de lui presenter un rapport qui lemit a porlee de juger 
de ce qu'il y avait de defeclueux dans les actcs des le- 
gislatures coloniales. C'est ce rapport dont nous aliens 
reudre compte. 

Tons les actes relatifs au bill d'enregistrement des 
autorites coloniales de la Jamaique , d'Antigoa, de 
Tabago , de Montferrat, de St.-Christophe, des Isles- 
\ ierges , de la Dominique , de la Barbade, des Berbices, 
de Demerarj, de la Grenade, etc. , peuvent se reduire 
a trois chefs : ceux qui se rapportent a I'organisation 
des registres ; ceux qui prescriventet reglent les devoirs 
des individus, des employes etofficiers publics, a I'egard 
de I'enregistrempnt ; et les mesuresexecutoires adoptees 
par chacuue d'elles. Nous ne suivrons pas le rapporteur 
dans I'examen et la discussion de ces actes ; il suffira , 
pour montrer combienpeu ils repondentaux intentions 
de la loi, et au but qu'elle se proposait, d'en rappeler 
quelques dispositions.. 

Le bill exigeait qu'il y ciit deux registres distincts ; 
I'un des esclaves des plantations , I'autre des escla^'es 
personnels; que le signaleraent inscrit de chaque es- 
clave indiquat son nom , son surnom (s'il n'en avait 
pas, on devait lui en donner un qui scrait a I'avenir le 
patronimique de sa fanulle ) , sa couleur , son eniploi , 
ion age, sa taille, son pays natal , les marques sur le 
corps qui pouvaient le faire reconnaitre , ct ses rela- 
tions de parente avec d'aulres families ; enfin , que le 
nom de I'esclave ful mis en grosses leltres en tete de 
I'article qui le concernait , et non en marge. La loi esi- 



ET POLITIQUES. afig 

geait encore que Ton designat sur les registres , sous le 
iioin connu, la plantation a laquelle I'esclave apparte- 
iiait, la paroisse on la division de la colonic oil elle 
etail situee , le noiu dn ])roprietaire ou da possesseur 
actuel, les noins et qualites de celui qui faisait la decla- 
ration. Elle voujait encore que les registres fussent 
tonus par un directeur assermente , dont il serait exige 
un cautionneni?nt , qui n'aurail aucune propriete 
en esclaves , et dont le Irailenient eleve serait une ga- 
rant'e de sa fidelite et de son exactitude. Ces direcleurs 
de Tenregistrernent , dans chaque colonie, devaient en- 
voyer regulierement au bureau central d'enregislre- 
inent, a Londres, des copies ou extraits de leurs re- 
gistres , non-seuleraent du premier recensenient de la 
population esclave, mais encore des etats periodiques 
qui devaient s'en faire, pour constater les changemens 
survenus dans les declarations consignees sur les regis- 
tres anterieurs; et iis devaient joindre a chaque re- 
gistre et copie un index general , qui facilitat les re— 
cherches. 

Ces sages precautions avaient ete jugees necessaires 
pour constater legalement le nombre des esclaves de 
chaque plantation , et prevenir les substitutions clan- 
destines , dans le cas de deces ou de deplacement d'un 
negre. Elles etaient avantageuses au proprietaire; I'en- 
registrement pouvait tenir lieu d'un titre de propriete , 
et iui fournir une garantie dc ses droits, qu'il aurait 
donnee a I'acheteur , en cas de vente , ou au preteur , 
comme gage hypothecaire. Ces precautions etaient 
aussi dans I'interet des esclaves des plantations. 

L'inipossibilite oil les colons allaientsetrouverd'aug- 
menter le nombre des esclaves par la contrebande, 
devait les forcer a les raieux trailer , sous le rapport 



a;o SCIENCES MORALES 

du travail et de la noiirrlture , et aencoiirager la popu- 

lalion. Le sort des esclaves cnregistres devail done 

s'amelioror ; et ceux qui ne I'elaient pqs , pouvaient se 

soustraire a iine detention iiijuste, puisque le non-en- 

regislrement devenait pour eux un litre d'homines 

lihres. 

Si, des i8i5, les colonies anglaises piissent adople 
toirtes ces dispositions du bill d'enregistreinent , on ne 
peut guere douter qu'elles n'eussent eu le meme re- 
sullatque dans I'ile de la Trinite, oii elles a^aient mis 
nn tenne a I'iinportation fraiiduleuse. Mais, coranie 
nous I'avons observe, aucune des autoritc-s coloniales 
ne jugea convenable deles sanctionner sans restriction; 
et rile de la Janiaique , oil I'on conipte 345, ooo es- 
claves sur vingt-une paroisses , fut la iiioins exacte a se 
conformer aux intentions de la loi. 

Le rapporteur du comile de I'institution africaine , 
apres avoir passe en revue tons les actes de la police 
coloniale , et refute en detail les divers pretextes alle- 
gues par les autorites pour pallier leur opposition et 
leur manvaise volonte, enconclutque le parlenientne 
peut tolerer pluslong-trms une semblable negligence, 
et qu'il est urgent de prendre de nouvelles mesnres 
qui assurent I'execution permanenle , pleine et entiere 
de la loi d'enrcgistrement. Comme il est probable ([ue 
les autorites legislatives des colonies pourraieut en- 
core tenter de s'j soustraire, par de nouveaux subter- 
fuges, le rapporteur pensequ'on ne doit plus leur en 
confier I'execution, mais qu'on doit faire du bill d'en- 
registremont une loi generale , uniforme et permanenle 
pour toutes les colonies anglaises sans exception, et 
imposer aux autorites I'obligation d^ se conformer a 
toutes ses dispositions, sans y rien changer sous aucun 



I 
ET I'OLITIQUES. 371 

pretexte. C'est le seul nioyeii , dit le rapporteur, tie 
parveiiir a rabolitiou de la traile des iiegres. La luerc- 
palrie, qiioiqu'elle u'admette point d'esclaves chez elle , 
est interessee a cet ordre de clioses. C'est en Angleterre 
que se redigent la phipart des transactions relatives 
aux mutations de proprietcs des colonies, et aux eiu- 
prunts que Ton liypotheque sur ces proprietes. Or , 
comment, sans cette uniformite dans les principos , efc 
sans la garantie de I'exactitude des declarations con- 
signees dans les registres publics des colonies, et des 
copies deposees au liureau central de Londres , le ne- 
^ociant, ou riiommedeloi qu'ilconsullerait, pourrait- 
il s'assurer que les biens et les esclaves mis en vente, 
ou presentes comme hypotheque d'emprunts , ont ete 
duement enregistres? II faudrait qu'il comjjulsat tous 
les actes particuliers des colonies, relatifs ii 1 execution 
dubill. 

Dans les Indes occidentales , Tembarras de I'acque- 
reur ou du preteur serait encore plus grand, parce 
qu'il n'existe aucun moyen d'obtenir des informations 
legales d'une ile a I'autre, ni aucun tribunal d'appel 
oil Ton puisse recourir pour les renseignemens desires 
sur les institutions particulieres de chaque ile. On ne 
sait point, a la Jamaique, queliessont les modifications 
apportees a la loi d'enregistrement a la Dominique , a 
Antigoa , etc- ; et, reciproqueraont, on ne sait point a 
Autigoa si les formes voulues par la legislation de la 
Dominique ont ete observe'es. Sans un plan uniforme 
et permanent, I'acheteurou le preteur, soit a Londres, 
soit aux colonies , n'ont done aucune garantie legale 
assuree. 

Les droits des negres ou desmulatres libres pourraient 
etre egalement compromis. Comment, en effet, ceux 



aja SCIENCES MORALES 

que leurs affaires font voyager d'une ile a I'autre, se- 
ronl-ils assures de conserver leiir liberte et de n'etre 
pas arrelcs comme esclaves fiigitifs, si les reglemens de 
rile qu'ils habitent ue sont pas coniius dans celle oil ils 
peuvent aller? II est done evident que la grandediversite 
des dispositions legislatives des Colonies est un obstacle 
insurmontable a I'execution pleine et entiere du bill 
d'enregistremenl. 

D'ailleurs, on ne doit point perdre de vue cette ve- 
rite: que la non-observation stricte de I'acte du parle- 
ment, dans une seule ile, paralyse tout Ic systeme , 
puisque cette ile pent toujours servir de depot pour 
les esclaves de contrebande , la loi permettant aux es- 
claves d'une ile de passer dans une autre. Un mode 
d'enregistrement unifornie et general est necessaire, et 
Ton ne pent raisonnableraent charger de I'execution 
treize assemblees d iffe rentes , qui n'ont aucune com- 
munication entre elles , aucune de'ference les unes 
pour les autres , et qui voudraient s'affranchir des 
obligations qu'on leur impose. 11 faut done en laisser 
le soin au parlement et au gouvernement , pour toutes 
les Colonies anglaises. 

]\ous avons, Ics premiers, observe le rapporteur du 
comite de I'lnstitulion africaine, pris I'engagenient so- 
lennel d'abolir la traite des negres. L'honneur et le 
caractere de la nation seraient compromis aux yeux 
des puissances etrangeres, si nous negligions d'adopter 
les mesurcs qui peuvent araener cet lieureux resultat. 
C'est parce que nous avons pris cet engagement, que 
le gouvernement fran^ais a declare , au congres d'Aix- 
la-Chapelle, son intention d'introduire dans ses propres 
Colonies ^es reglemens de notre bill d'enregistrement , 
et qu'il a lemoigne le desir de les voir egalement adop- 



ET POLITIQUES. 273 

tes par toutes les puissances coloniales. Des actes offi- 
ciels de cette nature dcviendraient des inonumens 
d'une honle eternelle, si nous abandonnions un sys- 
teme que la France n'a adopte qu'a noire exemple et 
a noire sollicitalion , et que plusieurs des Etals-Unis 
desirent voir transformeenloi parle congres aaiericain. 
L'experience des quatre annees qui viennent de s'e- 
couler, depuis la promulgation du bill d'enregistre- 
ment , pendant lesquelles I'odieux trafic des esdaves 
n'a pas discontinue, vient enfin de determiner I'auto- 
rite supreme du par^ement britannique a prendre des 
mesures efficaces. Dans la derniere session , il a passe 
un acte qui etablit en Angleterre un registre general 
des esclaves deS Colonies, et qui , pour mieux assurer 
I'execution du bill d'enregistrcment de i8i5, declare, 
entre autres articles , qu'a partir du i" Janvier 1820 , 
il ne sera legalement permis a aucun des sujets de 
SaMajeste, dans le Royaume-Uni, d'acheter aucune 
proprietea laqueile seraient attaches des esclaves, dans 
aucune des colonies de Sa Majeste ; ni de preter on 
avancer de I'argent, des marchandises ou des effetspar 
hypotheque sur ces proprietes , a moins qu'il ne soit 
constate par le registre general que lesdils esclaves ont 
ele duement enregistres, suivanl les formes vonlues par 
la loi , dans les bureaux d'enregistrcment de la colonic 
a laqueile ils apparliennent ; etque tous actes de vente, 
d'hypotheque , de transfert, d'assurance ou de garan- 
*ie, passes en contravention apres le i*' Janvier 1820, 
en faveur d'aucun des sujets (^e Sa Majeste, seront 
nuls et non executoires a I'egard des esclaves non enre- 
gistres. L'acte stipule encore qu'aucun esclave ne sera 
regarde comme duement enregistre, a moins que la 
declaration qui en aura etc faile au bureau d'enregis- 
TO«K viir. 18 



5,7i MJENCES i\10I'vALi:s * 

IreinPiil <lc la colonic (jii'il habile, par le proprietaire, 
ou son charge de pouvoir, lie soil revelue des formes 
prescrites pai- la ioi ; et que eopie on extrait de ladite 
declaration n'en ait ete recn an hureau general de 
I'enregistreiuent, dans I'intervalle des qualre annees 
anterieures. Enlin, le nonveau bill declare <[iie ces 
actes de vente , etc.,neseront valides, cjn'antanl qii'ils 
seront accorujiagnes d'nn ccrlificat contenant le signa- 
leiiient de cha(|ue esclave, conforme a celui consigne 
dans la derniere declaration des registres de la colonie. 

Tellcs sont les dernieres mesures adoptees par le par- 
lenient contre le commerce interlope des esclavos. Mais , 
observe le rapporteur, elles semblent supposer que les 
registres , tels qu'ils ont ete organises par les le'gisla- 
tnres coloniales, suffisent pour constater le nombre 
progressif et I'identite des esclaves de chaque planta- 
tion , et que des duplicatas exacts de ces registres ont 
ete fidelement transmis, a chaque verification , an bu- 
reau central de Londres. Cependant, I'expose que nous 
venons de faire des actes de ces legislatures, pronve 
que ces fonnes de garantie n'ont point etc observees , 
ct que le dernier acte du parlement ne peut avoir son 
execution pleine et entiere, tant qu'elles ne I'auroat 
pas ete. Jusque-la,le resultat qu'on peut en attendre, 
sera plulot de susjiendre les transactions rela lives aux 
esclaves, que de les regler. Mais, les colonics ne de- 
vront imputer qu'a elles-memes ces entraves et ces 
inconveniens , suite d'une negligence ou d'une mau- 
"vajse volonte , que le parlement ne pouvait ui preve- 
nir, ni supposer, sans les oifenser. 

II est encore un cas trcs important, continue le rap- 
porteur , auquel ce dernier acte du parlement n'a 
point pourvu ; c'est celui oil , sur line propricte colo- 



ET POLITIQUES. 275 

niale niise en vente , ij y aurait dps esdaves enregistres 
et des esdaves non enregistres. Le bill annule , a la 
verite , la venle de ces derniers, mais non celle de la 
propriete et des esclaves enregistres. Or, comrae un 
iisurier se contenle d'etre assure d'abord de I'interet 
legal de I'argent qu'il prete , et se repose sur la parole 
d'hoiineur de Temprunteiir , pour le paiemcnt du sup- 
plement usuraire ; de meme, I'acqiieieur d'une plan- 
tation coloniale, assure par la loi de la possession de 
la propriete et des esclaves enregistres , peat avoir la 
uieine confiance pour la remise des esclaves qui ne le 
sont pas. Le remede a un pareil abiis serail d'annuler 
la vente dans ces cas-la ((). 

C'est par ces mesures severes et permanentqj, et en 
assurant leur entiere execution, que I'Angleterre mettra 
enfin un terroe a I'iufame commerce des esclaves d'A- 
frique , et prouvera a I'Europe qu'elle vent tenir ses 
eugagemens, solennellcment proclames. L'liislilution 
africaine espere que la publication dn rapport de son 
comite en fera sentir la necessite , et que la traite des 
negres , ce grand obstacle a la civilisation de I'Afrique, 
objet de s^^s travaux depuis son etablissenient en i8o-' , 
sera pour toujours abolie. Eabey. 

(1) L'abolition de la traite des Negres n'esfquHne mesure pre-, 
lim'.naire. Le grand obiet des travail'": de V Institiilinn. africaine 
est la civilisation progressive ile rAfiKjiie. C'est pour arriver 
a ce hilt, ([iiVlle s'est occiipee d'aliord de ceJlcs d"s coirtre'es qui 
avoisincnt les colonies que l'Ant;leteiTe y possede. Depuis son 
etablissement , elle a eieve des ecoles publiques pour les enfansdes 
families indigenes , dapres la metiiode de iVns( ij^neincnt mutuel. 
On y donne, outre Tinstriiction primaire, des Uoons ele'inent^iros 
d'agriculturc , de commerce, etc. Le Ztle do ia Sociele est seconde 
par les Socii'tes reiij;ieuses etablies a Lon'lres pour la propagation 
de la religion chre'tienne parini les nations etrangeies, surtout 
par celles de la Bible eV.dts Missions ti'angeliijues d' JJrique. 
La ticvue s'empresscra de publier les details- des travaux et des 
succtci de ces Societes. 



a-jS SCIENCES MORALES 



i\^ IWX WV 'VV> 'WX VW ^VVVWV\\'VV\ <VV\ /w\ w\ 



Choix de Rapports, Opinions et Discours pro- 
nonces a la tribune nationale , depuis I'j^gjus- 
qii'a ce jour ; recueillis dans un ordre chronolo- 
gujue et historiquej avec cetle epigraphe : Vox 
populi , vox Dei (i). 

Arrive au sommet d'une montagne escarpee dont 
I'acces est defendu par des precipices , le voyageur 
qui d'abord avail desespere de vaincre les obstacles; 
qui , plus d'une fois , avail cru qu'il serail oblige de 
retrogr^er ; heureux d'etre parvenu au terme qu'il 
briilait d'alteindre , contemple avec satisfaction I'es- 
pace qu'il a franclii , les difficulte's qu'il a du sur- 
monter. 

Semblables a ce voyageur , lorsque nous sommes pres 
d'obtenir, enfin , d'une maniere complete , I'elat legal 
pour lequel , depuis trenle ans , tant de voeux ont ete 
formes par les hommes qu'animaient un veritable 
amour de la patrie et le sentiment de leur propre 
dignite , reportons les yeux sur la route que nous 
avous parcourue , et signalons aux autres nations les 
ecueiis et les dangers dont la contemplation de nos 
fautes et de nos lualheurs peut contribuer a les ga- 
rantir. 

Oblige deparler, dans cet extrait , d'evenemens re- 



(i)Paris, iSiget 1820. Eymery, rue Mazarine, n^So.L'ocivrage 
enlier se composera de vingt volumes, qui comprendront jus- 
qu'a Fantiee i8i5 ; ii en a de'ja e'te public' onie. Prix, par vo- 
Jiiine, 5 fr. , et 7 francs , avec 6 portraits. 



ET POLillQUES. 277 

cens , d'hojumes qui vivent encore, de principes long- 
lems contestes , je le ferai avec une entiere impar- 
tialite. 

On s'est long-tems obstine a supposer que la revo- 
lution francaise avail ete le resultat de quelques in- 
trigues particulieres , a la tete desquelles on mettait 
tel ou tel personnage eminent ; c'est une erreurprou- 
vee et reconnue par tous les bons esprits , capables de 
juger les homines et les choses. II n'existait pas , a 
I'epoque oil cette revolution a eclate , de caractere 
assez fort parmi les homines en place, de personnage 
assez entoure de Testiine et de la confiance generates , 
pour entrainer la France dans le mouvement qu'elle a 
suivi. La revolution francaise eiit ete impossible , si 
elle n'eut ete imminente et inevilable; et, s'il etait 
vrai qu'elle eut ete le resultat d'une conspiration , il 
serait egalement vrai de dire, que ce fut une cons- 
piration dans laquelle entrerent tous les homraes de 
bien , qui sentaient la iiecessite d'une reforme dans 
I'administration des affaires publiques. 

Les voeux ou la volonte d'un petit nombre ne suffi- 
sent pas pour amener un si grand resultat ; et , 
quel que soit le caractere d'inconstance reproche sou- 
vent aux Francais , il n'est pas douteux que la revolu- 
tion n'aurait pas eu lieu , si elle n'avait pas trouve la 
masse eclairee , favorable aux principes qui la diri- 
geaient ; et qu'elle n'a pu s'accomplir que par I'assen- 
timent general , ou, au moins, 2>ar celui de I'immense 
majorite. 

Cette disposition de la masse e'claire'e etait le resultat 
simultanedeplusieurs causes qu'il est bon de rappeler. 

Depuis la revolution de 4688, I'Angleterre avail 
marclie d'un pas ferme el regulier vers uue grande 



378 SCIENCES MORALES 

prosj)(?rilo nationaleet iiii systemede liberte publiqiif, 
le phis complet , peut-elie, qu'il soil possible d'oble- 
nir: ce n'est pas que les lois anglaises ne laissent a 
ti('sirpr finns plusieurs points ;.niais je considere ici 
reiiseiiible et iioii les details. 

La France , au contraire , depuis la revocation de 
I'edit de Nanles , qui preccda dc trois aiis la revolu- 
tion d'Ang'eterre , avail visiblemenl suivi une marche 
retrograde. Le dix-huitienie sieole offre , dans sa duree, 
la reunion decirconslances fort injportaniesel fori op- 
posees entre elles , (jui out en , sur le sort de la France , 
une influence dont nous ressentons encore les efTets. 
Le conimencenienl est marque par la vieillesse de 
Louis XIV, epoque de decrepitude et d'huniilialion. 
('e roi , Ires chretien , apres avoir donne a la nation le 
spectacle d'un priisce insultant aux moeurs publiques 
par une excessive galanterie, achevait sa carriere dans 
nneansterile de piali(|uesqui nerempechaient pas d'a- 
voirdes relations intimes, ni ostensiblemenl legitime'es, 
rii ouvertenienl avouecs , avec une i'enirae spiriluelle , 
adroilc , aj'aiit encore de la beaufe , et surtoul le ta- 
lent d'ecarter les ennuis qui assiegeaient un inonar- 
(lue vieux et chagrin , survivant a sa gioire et a ses 
enfans. 

Au gouvenienient despotique, niais glorieux, a qucl- 
ques e'gards , de Louis XIV, succedenl la regence et fe 
regne de Louis XV. 

Si Louis XIV avail beaucoup Irop laisse voir sa pas- 
sion pour les fcnimes , el s'etait donne eu spectacle 
pendant sa jeunesse, an moius il avail conserve quelque 
respect huixiain dans ses amours ; mais , sous le regent 
et sous Louis XV , le dereglement des moeurs fut porte 
si loin que Ja raajeste rojale se trou-va compromise , 



ET POLI'JIQUES. S79.. 

iiieme degraclee ; et la consideration pnlili([ue, aban- 
donnaul la couroime , chercha oil s'attachcr. 

A cette nieine epoqiie , pararent des ecrivains ce- 
lebres qui donnereut une nouvelle direction aux idees 
eta I'esprit public. Daus le siecle precedent , des poefes, 
dont la France s'hoaorera toujours, avaienl cominande 
i'admiratiou de leurs contemporains ; dans celui-ci , 
on devint altentif aux ecrits des pliilosophes et des 
publicistes-. Le spectacle de la liberie auglaise rendait 
encore plus sensibles les inconveniens de la forme du 
gouvernement; et lous les esprits eclaires, reagissant sur 
la multitude par la publication de leurs meditations, 
amenerent I'esprit public an poiut oil nous I'avons vu , 
a Touverture des etats-generaux. 

Louis XVI , eniuontant sur le trone, fit plusieursacles 
d'une bienfaisauce et d'une philanthropic eclairees; 
il raanifesta des intentions droitesetpures ; niais , pour 
arreter la marche de I'opinion , il fallait plus que des 
intentions. Bientot, un grand evenement vint donner 
une direction au besoin de changement qui , j usque-la, 
n'avait pas eu de but fixe. L'emancipation des colonies 
anglaises d'Amerique ; la part qu'y prit la France , 
corame puissance; la gloire qu'y acqiiirent plusieurs 
de ses enfans , ouvrirent une nouvelle carrii^re a Tani- 
bition des grands, dont I'exemple sur les classes infe- 
rieures est toujours d'un si grand efFet ; plusieurs bri- 
guercnt la faveur publique, en se ruontraut favorable* 
aux nouvelles idees , aux interets populaires ; et le 
pouvoir fut ebranle. 

On pent elever des doutes sur le resultat des deter- 
minations que le pouvoir aurait pii prendre, lorsqu'il 
s'apercut du changement moral qui s'operait dans la 
nation; jnais on ne pent douter que, pour conimau- 



uSor, SCIENCES MORALES 

der I'opinion, ces determinations ne dnssent porter 
I'einpreinle de la superiorite et de I'unite de vues , et 
surtout de la ferniete de celui qui voiilait les faire exe- 
cuter. Mallieureusement, Louis XYI, qui a monlre 
dans plusieurs circonstances d« sa vie, iin si haut 
courage de resignation, n'a jamais eu un courage bien 
plus important chez un souverain , et bien plus fer- 
tile en rcsultats salutaires : le courage d'action. Doue 
d'un bon jugenient, il etait ne'anmoins incapable de 
se conduire seul , de prendre et de faire executer une 
resolution qui lui futpropre , parce qu'il avait une me- 
fiance de lui-meme qui allait jusqu'a la faiblesse. De-la, 
le besoin de conseillers qui , dirigeant les affaires dans 
le sens de leur interet personnel, de leur propre opi- 
nion, et non dans le sens de Tinterel general, de 
I'opinion generate , lui faisaient prendre des mesures 
aussitot repoussees qu'elles etaient connues ; de-la , 
encore, cetle marche retrograde qu'il suivait, des 
qu'il trouvait de Topposition , ou que sa bonte natu- 
relle lui faisait craindre des'etre trompe; de-la, enfin, 
ces continuelles tergiversations qui donnerent le secret 
de sa faiblesse, la montrerent bientot jusqu'a la dcr- 
niere evidence, et fournirent a ses ennemis des pre- 
textes pour I'accuser de faussete. 

Pour satisfaire I'opinion publique , donner une 
direction utile a I'activite d'esprit qui se manifestait 
de toufes parts, regulariser les mouvemcns, il 
fallait ne pas attendre, mais prevenir I'evenement ; et 
pour y parvenir, il n'y avait qu'un seul moyeu , dont 
le succes paraissait infaillible ; c'ctait que les conse:IIei-s 
du roi I'amenassent a agrandir , de sa propre volonte , 
la sphere d'aclivitc legale des citoyens ; qu'il intro- 
duisit plusieurs institutions nouvelles, proprcs a ga- 



r 



ET POLiriQUES. 281 

rantir, a la fois , les droits individuels et les libertes 
pnbliques; enfin, qu'au lieu de se laisser eutrainer par 
I'opinion publique, il la precedat pour la diriger, et 
qu'il lui fit promptement la part necessaire. 

Toutefois , il faut etre juste : Louis XVI avail le 
bien public pour objet. En convoquant les etats-ge'ne- 
raux , il crut faire et il fit reellement une chose agrea- 
♦ble a la nation ; mais le parlemeut ajant eu I'iuitia- 
tive , ce n'etait des-lors qu'une mesure sugge'ree , coin- 
mandee, pour ainsi dire, dont le merite n'appartenait 
pas en entier a la couronne ; ensuite , les circonstances 
meme decette convocation prouverent suffisamment la 
faiblesse de caractere qu'on reproclie au monarque , et 
cette malheureuse facilite a se laisser conduire a des 
actes entierement opposes entre eux. 

Cette epoque etant certainement la plus importante 
de notre histoire moderne , je vais en rappeler som- 
mairement les traits principaux. Les peuples et les 
souverains peuvent y puiser plus d'un genre de lecons. 

Le parlement refuse d'enregistrer les edits bursaux 
prescntes par I'archeveque de Toulouse, successeur de 
M. de Calonne , jusqu'a ce qu'il lui soit juslifie de la 
legitlmite des besoins , par la communication del'e'tat 
des finances. Cette communication lui ayant ete de- 
niee, il declare qu'il ne pent enregistrer les impots , 
et reconnait que les etats-generaux seuls sotit co rape- 
tens pour les accorder. 

On se rappelle tout ce qui suivit cette declaration; 
le projet de grands bailliages destines a reduire les 
parlemens a la seule condition de cours de justice; 
celui d'une cour plenierc , dans laquelle ce coup 
d'Etat devait etre annonce ; la seance du parlement 
oil ces divers plans furent revele's, et dans laquelle 



.>sj sciences morales 

tr>Espreincsnil el Monsabert fuient arretes ; le lit de 
justice tenii a Versailles pour faire enregistrer les edits 
ordonnant ces divers changemens qui ne recurcnt pas 
d'execution. Ou se rappelle encore que M. Nccker , 
ayant etc reinis a la tete des affaires , apres la retraite 
de M. de Brieune , preseata , le 27 septembre 1788, 
a renregislreuieut duparlemeut, I'cdit de convocation 
des etats-generaux. Le parlemeut y niit cctte clause :^ 
i< Qu'ils seraient assembles, scion la forme observee 
pour les clats de iGi,|. » 

A cetie nouvelle , I'esprit public se souleve. On n'a- 
vait pas oublie , a la verite , qu'a I'cpoque de ces etats- 
generaux de i6i4, les deruiers qui eussent cu lieu on 
France , sous Louis XIJI , le parlenient avait joue un 
role important ; qu'il s'etait rendu populaire en s'em- 
parant de la proposition faite par le tiers-elat , et re- 
poussee par les deux autres ordres , de reconnaitre 
solennellemeut rinviolabiliie du souverain (j), et qu'il 
avait coiisacrii ce priiicipe par un arret dans lequel il 
avait rappele les lois qui assuraient I'independance de 
la couronne ; mais on n'avait pas oublie , non plus, 
que , les trois ordres deliberant isolemeut , le terns de 
la duree de ces e'tats s'etait ecoule en discussions , en 
querelles , et saris produire aucun bon resultat. On 
n'avait pas oublie, surlout, (ju'a la seance d'ouver- 

(i) Les circonstances pari ir.uliercs aux assassinats d'Henri IJI 
et d'Henri IV, dirigrs par <1cs prclres fanatiqiies ct se'ditieiix rjui 
protneltaient Ic cicl aux vils instrumons de Imirs fui'eurs , enga- 
gerent le tiers-etat a proposer, et ce fut en vain , quit fill dcciile 
que niiUe puissance spirituel/e n'u le droit de dtfjoscr les rois , et 
de dclier les sujets de leur serment de fidelitc. ( Yoye/iV/Iistoire 
dt!S Cornices de Home , des J'Aiils-(}iniiraux de In France et du 
Pnrleinent d''y/ni^/( liire ; tome ■-!, pag. i'i3.) 



ET POLITIQUES. 253 

tiire, le prevotdes marcliancls, president du tiers-elat , 
saccedant a ceux du clerge et de la noblesse qui s'e- 
taient appiiyes sur mi nccondorr prepare f.rpres , pour 
reporidro , au noni de leur corps , au discours du roi , 
avail du se lueltre a genoux pour le haranguer. Enfiii , 
i! aurait ete impossible d'oublier que. danscette nieiue 
scaace , !c pr('sidcntde la noblesse avait dit, dans sou 
discours au roi, en parlantdu tiers-etat : «Qu'ils appren- 
neiit que, bien cuie uoussoyons tons sujetsd'un nicmc 
roi, nous ne soniines pas tous egalemenl traites. lis ver- 
ront , tantot , la difference qu'il y a d'eux a nous ; ils 
la verront et s'en souviendront , s'^il leur plait. » 

M. Necker , qui sentait bien que de telles formes tic 
pouvaient plus conveuir aux circonstances dans les- 
t[uelles on se trouvait , proposa au roi de declarer qu'ou 
opinerait en commun et par tcte , et que le tiers-etat 
aurait une representation double de celle de chacun 
des deux ordres: ces deux formes n'etaient pas sans 
excraplo ; mais le roi , ne voulant pas prendre sur lui 
celte decision, coutrairc au dernier raodele, convoqua, 
pour la seconde fois, les notables, auxquels il soumit la 
question. Le ministre citoyen s'etait flattc que celte as- 
sembleeprend rait la couleurde Topi niongenerale; mais, 
sur cinq bureaux dontellese coniposait , un seul , celui 
preside par Mo\sieur, aujourd'hui le roi regnant, sede- 
clara pour ledouble vote. Toules les insinuations furent 
iuutiles aupresdesautres ; I'espril de corps remporla. 

Dans celte nouvelle position , M. Necker , qui ne per- 
dait pas de vue le but qu'il voulait atteindre , adressa 
un nouveau rapport au roi , en son conseil , dans lequel 
il proposa de poster le nombre total des deputes , au 
moins a niille ; et de decider qu'il serail, en raison com- 
posee de la population et des contributions de chaque 



384 SCIENCES MORALES 

bailliage , et que celui ties representans dii liers-elat 
serait egal a celui des deux autres ordres reunis. Cet 
avis ful adopte. Quant a la question de la deliberation 
par ordre oupar tele, el, par consequent, dela division 
ou de la reunion des Chambres , le conseil n'osa la de- 
cider. C'etait mettre les etats-generaux , c'est-a-dire , 
les deux partis, quand ils seraient en presence , dans 
la necessite de combattre. Ainsi, au lieu de regulariser 
par avance leurs mouvemens , on les abandonnait au 
desordre que devail produire le contact de pretentions, 
d'opinions et d interets opposes. 

Qu'arhva-t-il ? Fidele aux souvenirs de i6i4 , on 
donna aux deux premiers ordres des costumes brillans , 
et aux deputes du tiers celui d'hommesde loi, quoiqu'il 
dut efre porte par des individus de toutes series de pro- 
fessions. Dans la presentation au roi , Ton ouvrit au 
clerge et a la noblesse , les deux battans de la porte de 
son cabinet dans lequel il les rejut ; mais on n'ouvrit 
qu'un battant de la port? de la chambre de Louis XVI, 
oil le roi recut les deputes du tiers , et oil ils defilerent 
avec rapidite. A la procession des elats-generaux , le 
haiit clerge et les grands du royaume etaient presses 
autour du dais ; et les deputes du tiers , qui semblaient 
pdrter le deuil , suivaient en file ; mais ce cortege 
d'liomines a grandes cravattes et a raanteaux noirs fut 
couvert des applaudissemens du peuple, qui voyait en 
eiixses de'fenseurs. Eufin , le jour memede I'ouverture 
des etats, les deputes des deux premiers ordres entre- 
rent avec la cour et le roi , par I'entree principale , dans 
la salle de convocation , oii les deputes des communes 
ne fureul admis que par une porte de derriere , abritee 
par un hangar. 

Ainsi , les deputes du tiers recevaient des humilia- 



LT POLITIQUES. a85 

tions de tontes natures ; mais la cour ne tardera pas a 
s'en repentir et a connaitre oil est la veritable force. 

Le soir nieme , ces deputes des communes, rassem- 
bles par provinces, convinrent qu'ils se reuniraient dans 
la salle des etats-generaux, et qu'ils y attendraient les 
autrcs ordres pour deliberer en commun. On sait ce 
qui suivit. 

Les deux autres ordres ayant refuse de se reunir aux 
communes, et voulant cependant paraitre disposes a 
satisfaire i'esprit public , renoncereut successivement, 
le clerge le premier , a leurs privileges pecuniaires. C'e- 
tait beaucoup , sans doute ; mais , dans la situation des 
esprits , ce 'n'etait plus assez. Enfin, apres plusieurs 
tentatives de conciliation dans lesquelles le clerge pa- 
rut. dispose a ceder , inais oil la noblesse montra , au 
contraire , une tenacite extraordinaire dans ses preten- 
tions ; au bout de six semaines, perdues en negocia- 
lions inutiles avec les deux autres ordres, les commu- 
nes , auxquelles plusieurs raembres du clerge (des cures) 
s'etaient reunis, se constituerent, le 17 juin 1789, en 
Assemblee nationale . 

Maiutenant, les evenemens vontse presser avec une 
efFrayante rapidite. 

Le 19 juin, la majorite du clerge vota pour la reu^ 
nion ; le 20 , jour oil le clerge devait se joindre aux 
communes, les deputes , trouvant la salle de I'assera- 
blee fermee , apres avoir erre quelque tems dans les 
rues de Versailles , se rendent au jeu de paume , eljn- 
rent de ne se dissoudre qu apres avoir donnd une consli- 
tuiion a la France Le 28 , seance i-oyale , dans laquelle 
le roi casse les arretes pris le 17 par les deputes des com- 
munes , et ordonne aux membres de se retirer et de se 
rendre , le lendemain, chacun dans la chanibre affectee 



,86 SC1E^CES IMOllALES 

a son ordre. Mais, apres le depart du roi , des dopules 
tie la noblesse et d'line parlie de ceux du cierge, le 
reste de rasseiublee luaiutienlses precedens arieles, et 
declare, les dtputc's iiwiolables. Le 24 , la majorite du 
cierge se reunit aux communes ; le 25, la ininorite de 
la noblesse se reunit egalement ; et , le 27 , sur rordre 
Ibrmel du roi , la majorite de la noblesse '1) et la mi- 
norite du cierge , qui avaient continue a dt'liberer se- 
parement , vinreul se joindre an reste de I'assemblee. 

Que d'evenemens en pen de jours, et quels cvenemensl 
La France en fut e'cclrisee. La presse , libre de fait, 
par I'impossibilite oil Ton etait de la reprimer, p;odui- 
sait, dans des sens dilFerens, ime multitude d'ecrits qui 
porterent I'agitation, la crainte et I'esperance au plus 
haut degre. Si Ton n'a pas vecu a cetle epoque , et si 
Ton n'a pas habile la capitale ou Versailles , il est im- 
possible de se faire une idee de I'agitation des esprits. 
Aucune epoque posterieure de la revolution ne pent 
rappeler celle-la. 

Parmiles circonstanccs parliculieres de ces derniers 
eveneniens, il en est deux, surtout , que Ton ne pent se 
dispenser de rapporter, parce qu'ils mcttent , pour 
ainsi dire , les eveneniens menies sous les yeux. 

Le jour dela seance royale , apres le depart du roi 
et des deputes de la noblesse et du cierge qui obeirent , 
Mirabeauprit la parole (2). Lorsqu'il eut fini de parler , 

(i) Quar;iiifc-cin({ mcmbres protostereut centre la reunion. 

(a) Voj'ez, dans Touvrage meme que j'annonce, le tcxte du clis- 
cours si energique (1c INlirabeau , tiaus lequcl I'orateur donne , a 
plusieurs reprises ^ au roi , le litre de manJalaire da peuplc ; toiur 
I-,pagc8. 



ET POLITIQUES. 287 

M. le marquis de Dreux-Rreze , grand-maitre cles core- 
monies, s'approcha tlu president et dit : 

« Messieurs, vous avez eatendu Ics intentions du 
roi. » 

«Oui, reprit Mirabeau , nnus avons entendu les 
intentions qu'on a suggerees au roi ; mais, vous qui ne 
sauriezetreson organeaupi'csdc I'Asseuibiee nationale, 
vous quin'avezicini place, iii voix, ni droit de parler , 
vous n'etes pas fait pour nous rappeler son discours. 
Cependant , pour eviter toute equivoque et tout delai , 
je vous declare que , si Ton vous a charge de nous faire 
sortir d'ici , vous devez demander des ordres pour em- 
ployer la force. Allez dire a votre inaitre que nous 
sonimes ici par la puissance du peuple, et qu'on ne nous 
en arrachera que par la puissance des baionnettes. » 

L'assemblee applaudit, et plusieurs membres ayant 
propose de persister dans les precedentes resolutions : 
« Messieurs , dit I'abbe Sieyes , nous sorames aujour- 
d'iiui ce que nous etions hier; deliberons. » Et I'assem- 
Lleedelibera qu'elle niainlenait ses arretes , et declara 
I'inviolabilile de ses membres. 

Des-lors, tout etait consomme. Les trois ordres aux- 
quels le roi ordonnait , le 23 , de delibe'rer en parliculier 
etant reunis , le 27 , egalement par son ordre , devaient 
arriver promptement a I'omnipotence ; et la lutte entre 
leroiet l'assemblee ne pouvaitguere etre pour le troue 
qu'une longue agonie. De ce moment aussi, la revolu- 
tion etait reellement operee , puisqu'il y avait depla- 
cement du pouvoir, et Ton pouvait predire la chute 
du monarque qui nc s'etait pas cru pu n'avait pas 
ele reellement assez fort, ou pour se mettre franche- 
inent , avec les deputes de la nation , a la tele de la 
regeneration politique, ou pour dissoudre ulilenient 



i88 SCIENCES MORALES 

une asseinblee manifestant des intentions contraires a 

ses volontes. 

Je crois que I'expose qui precede justifie ce que j'ai 
dit de la faiblesse de Louis XVI , et que le simple recit 
des faits demontre deja qu'il u'etait malheureusement 
pas capable de diriger, et encore moins deuiaitriser, les 
evenemens (i). 

Dans un second article, pour mieux faire apprecier 
la nature de I'importante collection historique qui nous 
fait passep en revue toute notre revolution , j'exami- 
nerai rapideitient I'ensembledes changemens politiques 
survenus depuis I'epoque a laquelle je viens de m'ar- 
reter , et le caractere particulier des jjrincipaux dis- 
coursdans lesquels furent traitces les grandesquestioiTS 
d'interet general et de droit public. Plusieurs de ces 
discours ne furent pas seulement des monumens , mais 
aussi des evenemens politiques, par I'influencesalutaire 
ou funeste qu'exercerent les orateurs qui les avaient 
prononces. Pour fixer I'opinion sur la nature des re- 
formes qui etaient appelees par un voeu presque una- 
nime, je consulterai les cahiers des' baillages con- 
tenant les instructions donnees aux deputes de 1789, 
et je les rapprocherai de ceux des deputes du tiers aux 
etats-generaux de i6i4- Get examen comparatif fera 
bien connaitre les progres de I'oiiinion daus cet inter- 
valle de terns. P. A. 

(La suite a I'un des prochains cahiers. ) 



(i) 11 ne faut pas oublier que je ne considere ici rinfortiuie 
Louis XVI que comme homme public. Comnae horame prive, il 
offrait le modeie des plus rarts verfus, qui lui out fait donner, 
avec raisun, le litre du plus honn^te homme de son rofaume. 



liT POLITIQUES. 285 

,(W VW W\i V\'V\ W WVVW WWW VWV W \Wf wv 

Annuaire historique nisivERSEL POUR iSi^, par 
C. L. Lesur ([). 

Jupiter est cjuodcumtfue viJes , quocumquc nioveris. 

Ce que Caton disait de Jupiter , on pent le dire dc 
I'histoire. EUe est tout ceqiie nous voyons, touted qui 
se ineut autour de nous. II n'y a pas une circoristance 
relative a la legislation , on aux moeurs d'un penple, 
qui ne rentre dans son domaine ; il n'y a pas un eve- 
nement , frivole en apparence , qui nepuisse avoir des 
resultats dignes d'etre recueillis par elle. Dans les mo- 
narchies absolues , I'intrigue d'un luinistre, le caprice 
d'une maitresse, la jalousie d'un courtisan , out plus 
d'une fois cause des troubles civils ou desguerres etran- 
geres. Dans les pays libres , oil chaque citoyen peut 
veiller sur les interets de tons, et oii la publicite revele 
sans cesse les intrigues secretes, elles sont loin d'avoir 
la meine puissance. Mais les passions y sont plus vive- 
nient excitees j^ar ce qui louche a I'honneur ou au bien 
de I'Etat , et souvent un ecrit*un discours,un mou- 
vement oratoire , y souleveut ou y calment les tem- 
petes. Partout les lois et les institutions contiennent le 
gernie des plus grands eveneniens ; et des articles dc 
code , qui , comme celui qui consacre I'egalite des suc- 
cessions , ne semblent destines qn'a regler les rapports 
•entre les citoyens , peuvent exercer sur la richesse et 
je bonheur des nations une influence plus grande que 
des revolutions sanglantes, ou qu'une longue suite de 
conquetes. Enfin , les travaux des savans ont quelque- 
fois change la face des Etals ; et, quoiqu'il ue reste 

(1) Paris, iSao. Un fort voluaie in-S" Je 768 pag. Fantin et 
Wicole, rue dc Seine , no 12. Treutlell et Wiirtz. Prix , lo fr, 
TOME vut. 19 



jigo SCIENCES MORALES 

peut-efifi pins a faire de decouvertes aussi importantes 
que celles de la boussole, de la poudre a canon, de 
riiupiimerie, de la vaccine; cependant, il est encore 
telle invention nouvelle qui pent transporter, d'une na- 
tion a I'autre , la superiorite des amies ou le sceptre 
de I'industrie. 

Long-teuis, parmi les niodernes, I'histoire a man- 
que de maleriaux. Des anuales insignifiaiitcs, ecrites 
sons la dictce des prince^ ; des legendes superstitienses, 
redigees par'des nioines, iie nous apprenuent que les 
noms des monarques , leurs conquctes et leurs revers , 
les eglises ou les couvens qu'ils ont fondes. Quand les 
luniieres commencereut a se repandre, et les gontils- 
honimes a savoir ecrire , plusieurs de ceux qui ctaient 
adniis aupres des rois , apjDeles a quelque partie de 
I'administration , redigereut des meuioires qui jeltent 
qnelque clarte sur les nioeurs du terns et sur les in- 
trigues des cours. C'est surtout depuis le regne de 
Louis XIV , que ces Meuioires se sont multiplies ; et, 
les nioralistes s'etant attaches a peindre la societe , 
tandis que la pluparflfdes objets relatifs a I'adininis- 
tration des Etats etaient livres a la discussion des poli- 
tiques , on put reunir tons les eleinens de I'histoire , 
et en tirer ces grandes lecons , qui, si elles etaient 
suivies, feraient tourner les nialheurs des generations 
passees au profit des generations qui leur succedent. 
Lorsque les revolutions arrivees dans divers pays 
vinrent affranchir les esprits de toutes les entraves , et 
donner a un grand noinbre de ciloyens le besoin de 
s'interesser aux affaires publiques, on vit colore une 
fbule de gazettes et de brochures, qui, s'emparant 
de toutes les trompettes de la renommee , devinrent , 
ainsi qu'elle , 

Pu vrai commc du faux lus iirompte.s messagt-res. 



ET POLITIQUES. ay, 

Maintenant , il parait, chaque jour, dans tons les 
pays et dans toiiles les langues, deux ou trois mille 
feuilles d'impression , dans lesquelies les ecrivains qui 
depeigneul les eveneniens, a mesure qu'ils les observent, 
leguent aux historiens leurs recils et leurs reflexions. 
L'embarras de I'aboudance a succede a celui de la 
disette , et tant de materiaux rassembles formeraient 
un labyrinthe inextricable, si le fil de la methode ne 
donnait le moyen de ne pas s'y egarer. 

La methode a ses principes , conime toutes les autres 
sciences; et si Ton voulait les etablir d'une maniere 
positive , et en developper toutes les applications , 
I'ordre s'etablirait partout , et nuUe part la inultipli- 
cite des faits ne pourrait plus enfanter la •confusion. 
Mais , soit que les hommes ne veuillent pas s'enchainer 
par une methode uniforme, soit qu'on n'ait pas su les 
convaincre encore de son existence et de son utilite, 
les procedes en denieurent ejjars dans I'administratioa 
publique , dans le commerce, dans I'etude des sciences , 
sans qu'on songe a les reunir pour en composer une 
theorie, et pour generaliser les avantages que Ton en 
retire. 

Cependant , comnie les principes sont dictes par le 
simple bon sens, ils se presentent naturellement aux 
hommes qui , dans leurs travaux , eprouveut le besoia 
imperieux de I'ordre ; et souvent un d'eux , apercu et 
applique par un ecrivain , sulfit pour produire des ou- 
vrages pleins d'interet et d'utilite. 

Ainsi, I'auteur du livre que nous annonfons a ele 
frappe d'une pensee qui s'etait egalement presentee 
aux redacteurs de la Revue Encjclopedique (i); il a 

(i) Voy.la note de M. M. A. JuUien, insere'edans ce recucil, ca- 

19* 



aga SCIENCES MORALES 

senti que , toules les fois qu'un grand nombre de faits 
se succedaient Jes uns aux autres, il fallait, a dei> 
epoques fixees , en arreter, en quelque sorte, le compte, 
et les resumer, en ne conservant que ceux qui ont une 
importance reelle et durable , et en rejetant tous ces 
evenemens , enfans morts-nes du tems , qui n'ont ofFert 
quelque inler^t que le jour oil ils sont arrives. 

'C'est d'apres cette idee , qu'il a trace le plan de 
V Annuaire hislorique universel, dont il a successive- 
ment public deux volumes jjour les deux annees 1818 
et i8ig (0- 

II a egalement suivi les regies de la methode , en dis- 
tribuant les difFerentes parlies de son ouvrage , d'une 
maniere simple et commode. 

Le premier chapitre renferme le precis desdebatsde 
nos Chambres legislatives. II retrace ces discussions 
pleines d'un si puissant interet , oil toules les grandes 
questions de la politique sont agitees tour a tour, et 
oil une lutte s'etablit entre le pouvoir qui redoute 
d'etre envahi par la liberie, et la liberie qui craint 
toujours de trop accorder au pouvoir , de manifere que 
I'une se trouve arretee , des qu'elle louche a la licence, 
et I'autre , des qu'il s'approche de I'arbitraire. Tel est 
du moins le beau ideal du Gouvernement representatif, 
et de la balance du pouvoir. Sans doute, nous ne I'a- 
vous pas encore atleint. II existe, de part et d'autre , 

hierde novembre i8i9(T. Ill, p. 186), et la Pref ace deP Annuaire 
de 1819 , oi' Tauteur veut bien se feliciter de s'etre rencontre, a 
cet egard , avec les re'dactenrs de la Reuue. 

(1) \oyez I'article de M. Alexandre de la Borde sur V^nnuaire 
de 1&18, dans le cahier ci-d«ssDS cite de la Revue ( T. III. pag. 
aSc). 



El POLiriQUES. 293 

des interets places hors de la sphere des interets natio- 
naux, qui ne peuvent produire qu'une opposition irre- 
guliere et fausse. Mais ces interets eurent peu d'in- 
fluence sur la session de 1819. La duree des lois d'ex- 
ception etait expiree ; elles ne se renouvelerent point 
On proposadesubstituer des lois durables a des mesures 
momentanees. Les lois sur les abus de la presse furent 
discutees avec une loyaute de la part des ministres , et 
une confiance de la part des Chambres, qu'on n'avait pas 
observees jusqu'alors. Le Gouvernement obtint la raa- 
jorite, en s'appuyant tour a tour sur les deux partis. 
D'un cote, il repoussa I'attaque dirigee centre la loi 
des elections; de I'autre, il fit rejeter dans la Chanibre 
des deputes les petitions sur le rappel des bannis , 
dont en menie terns leroi autorisait un grand nombre 
a rentrer dans leur pa trie. Les travaux de cette session 
sont fidelement analyses dans V Annuaire historique , 
qui cite avec exactitude les passages les plus importans 
des discours prononces par les orateurs des deux 
partis. 

Le second chapitre embrasse les divers evenemens 
quiappartiennent a notre histoire. L'annee 1819, heu- 
reuse pour la France , ne fut ni souillee par des crimes 
funestes , ni agitee par des troubles serieux. La vo- 
lonte prononcee du gouvernement de ne soufiFrir les 
exces d'aucun parti, suffit pour niaintenir a Nimes la 
tranquiliite qui avait un instant paru menacee. Les 
mouvemens qui eurent lieu a I'Ecole de Droit de Paris 
furent promptement apaises , et ne portaient point 
uu caractere hostile contre le gouvernement. Quel- 
ques agitations sont inseparables de la liberte , et de 
cet etat de civilisation oil I'esprit humain tend sans 
cesse a developper toutes ses forces. On doit sans doute 



29$ SCIENCES MORALES 

y redouter les tempetes ; inais , il ne faiit pas s'y ef- 

frayer 

Dii moindre yen! qui fVavenlure 
Vient rider la face de Teau. 

Exiger iin repos absolu , ce serait risquer tie paralyser 
le corps politique; et , ii force de donner de I'opium 
aux peuples pour les cndormir, on finit par les luer. 

C'est surtout en lisant la seconde parlic de I'y//?- 
nuaire , consacree a I'histoire elrangere, qu'on en ap- 
precie I'utilite. Lorsqu'on lit les journaux quotidiens , 
rattentioii est absorbee par ce qui regarde la Fiance ; 
et Ton se contenle de parcourir les articles relatiis aux 
pays et rangers. Sous ce rapport, la lecture de I'An- 
nuairea, en quelque fagon, le cliarnie de la nou- 
■veaule , parce qu'on y trouve , resumes dans une his- 
toire siiivie , les evenenieiis dont on n'avait vu que les 
sommiles, sans descendre dans les details parlesquels 
elles sont liees les unes aux autres. 

On peat, en jSig, diviser I'Europe en trois parties, 
suivaut la disposition des gouvernejnens etdes peuples. 
Dans la premiere , le pou\oir absolu existe dans son in- 
legrite , et lecoursdela civilisation nelui a encore porte 
aucane atteinte. Dans la seconde , la lutte s'etablit , 
et les peuples s'agitent pour obtenir des constitutions 
qu'on leur a promises , et qu'on tarde le plus possible 
a leur accorder. La troisierae , enfin, jouit a la fois des 
bienfaits d'une monarchie legitime et d'une liberte 
moderee , et ne tend plus qu'a defend re et a perfec- 
tionner les institutions qu'elle a couquises. 

Dans la zone du despotisme, se trouvent places le 
Danemarck, oii le pouvoir est si paternel qu'on ne 
songe pas meme a lui deraander de garantie , et la 



ET POLITIQUES. 295 

Russie et la Turquie , oii la meme nature cle gouver- 
neinent se preseute avec des caracteres entierement op- 
poses. 

A Constantinople, dessupjilicesatroces, desincendies, 
des emeutes sanglantes n'ont pour resultat que d'elever 
un visir ou un pacha sur les ruiues d'un autre. Chaque 
revolution nouvelle ne fait que plouger de plus eu plus 
les peuples dans Tiguorance et dans I'esclavage ; il 
»emble que , comme le Freron de la Dunciade , la Tur- 
quie a des ailes placees a I'envers. Plus elle s'agile , plus 
elle s'enfonce. Un seul evenemetit parait, dans cette 
annee, lier ce pays au reste de I'Europe. C'est la ces- 
sion de Parga , livree aux. Turcs par les Anglais. La 
poesie a cclebre le patriotisrae des Parganiotes ; leurs 
itifortunes ont excite rindignatioii de TEurope ; et des 
cominissaires anglais ont trouve le moyen de les eva- 
luer en argent, a raison de cent francs par tete , qu'a- 
pres bien des reductions el des retards , ces nobles exiles 
ont obtenus « en echangc de leurs proprietes, de leur 
patrie , de leur existence sociale. » (1) 

En Russie, on est frappe des efforts continuels du 
gouvevnement pour accelerer la marche de la civilisa- 
tion. Des ukases qui encouragent I'industrie , I'ensei- 
gnement niutuel porte jusqu'en Siberie , la liberte des 
cultes consacree , raffrancliissenient des paysans pre- 
pare par des inesures sages et successives, le recrute- 
mentdes troupes regularise, le commerce devenu plus 
facile et plus avaiitageux avec la Perse et la Chine, des 
etablissemetis coloniaux se formant dans I'Ocean paci- 

(i) j4nnuciire liistorique. Voy. ci-dcssus , pa^es up, Hi , Ba , le's 
details de ce hoiiteiix marcln!, veritable traitc tins blutics , qui 
accuse le gnuvertiement d'une nation qui s'honore travoir fnit 
Asser I'horrible traile des noirs. M. d. H.. 



age SCIENCES MORALES 

fique : tels soiit les evenemensqui composent, pendanf 
i8iq , rhisloire dc la Rn.ssie , et qui , plus que ne pour- 
raieiit lo faire dos siicces guerriers , assuient la gloire 
de I'ernpereur Alexandre. 

La Pologue a retrouvt; son rang parmi les nations 
dp TEiirope. Elle a una constitution — Cepend<>nt, le« 
Polonais serablcnt trouver que leur liberte se rfssent 
encore de> rautocratic qui la leur a donnee. De legers 
troubles se sont eleves a Varsovie. La puissance de 
I'ernpereur et quelqucs nicsures repressives les ont fait 
cesser. D'un autre cole, les anciens membres de la 
confederation polonaise , parlages encore entre la 
Prusse , I'Autriche et la Russie , tendent a se reunir 
au corps qui vient de se reformer. Ijes bruits qui se.re-' 
nouvellenl sans cesse sur cette reunion semblent pre- 
sager qu'elle doit se realiser mi jour, et completer 
I'organisation politique du Nord. 

C'est surtout en Allemagne que I'ou voit exister ce 
malaise qui existe partout oil les lumirres ont pene- 
tre , et oii la puissance des rois et des grands n'a pas 
encore su se concilier avec la liberte. Le 7\igends- 
Bound , cette association qui a si puissamnient con- 
tribue a secouer le joug qui pesait sur la Teutonic , 
a repandu dans beaucoup d'esprits « une sorte de pa- 
triotisme mystique et liberal, dont plusieurs profes- 
scurs celebres ont ete les infatigables apotres. >• Au mi- 
lieu de cette fermentation , le fanatisme s'est exalte' , 
et I'assassinat de Kotzebue par Sand , la tentative faite 
par Loeming , sur le president de la regence de Nassau , 
ont jete I'alarme dans toutes les cours. De-'a les me- 
sures prises par la diete de Francfort apres le congres 
de Cnrlsbad , pour diminuer I'espoir qu'avaient les 
peuplesd'obtenir des constitutions foudeessur leside#e 



ET POLITIQUES. ag^ 

entierementliberales, pour enchainer la presse, detruiie 
les societes secretes, rendre plus severe le regime des 
universites, et enfin ranger toiite rAlleraagne sous 
une police uniforme , dont la lete serait a Mayence , 
et dont les bras s'elendraient a tons les Elats de la 
confederation. Du reste, cetle dietes'est montree pres- 
qu'entierement dominee par I'ascendant de « la dua- 
lite » de I'Autriche et de la Prusse ; elle n'a point 
ose se prononcer sur les points les plus essentiels de 
I'organisation du corps germanique , et n'a guere eu 
d'autre resultat que de regler les difFerens eleves entre 
quelques petits princes , et d'abandonner k I'arbitraire 
du grand-due de Hesse les acquereurs de domaiues 
nationaux, auxquels on avait enleve ces biens, qu'ils 
regardaient comrae Icgalement acquis. 
- Des divers pays de rAUemagne, la Prusse paraissait 
la plusexposeeaux agitations. L'Autrichey etait la plus 
etrangere. La douceur du gouvernement, une longue 
habitude de soumission, et , dans quelques pays, d'an- 
ciennes formaliles qui , en presentant au penple Tombre 
de laliberte , lui font supporter le pouvoir absolu , as- 
suraient la tranqnillite des litats hereditaires. Mais il 
n'en etait pas de meme de I'llalie , si souvent conquise 
et toujours ennemie de ses conquerans, a quelque na- 
tion qu'ils appartiennent. Elle etait sourdement agitee 
par les Carbonari , qui s'engagent, dans leurs reunions 
secretes, « a tout faire pour purger la campagne ( I'lta- 
lie) des loups (lesetrangers ).» Une conspiration fut de- 
coiiverte , ou du moins soupfonnee, pendant le voyage 
de I'empereur dans la Lombardie ; et plusieurs de ceux 
qu'on en croyait les chefs, furent arretes ous'enfuirent 
de lenr palrie. En meme tems , des brigands impunis 
ravageaient les Etats romains, tandis que des colleges 



•i.)8 SCIFNCES MORALES 
de jesnites se formaient a Rome , et deja disputaienl i 
la coiir flu Pieraont I'lieritage du vieiix roi de Sar- 
daigne, qui etaitmort sous leur habit. A Naples et en 
Sicile, lesvolcanssemblaient paisibles ; mais une erup- 
tion terrible se preparait 

Ceppiidant, I'Espagne etait enproie, dans quelqucs- 
iines de scs provinces , a la fievre jaune , dans toutes au 
despotisme, etaux conspirations saus cesserenaissantes. 
En vain de sages conseillers demandaient au gouver- 
nemenl de la moderation et de la clemence ; en vain 
I'arrivce d'une jeune reine faisait esperer qu'on accor- 
derait aux deiits politiques une amnistie qu'on ne re- 
fusait pas aux assassins. Le pouvoir ne voulait ricn 
ceder : il se tenaif continuellement dans une defensive 
oil il ne pouvait manquer d'etre un jour vaincu. II 
faisait marcher a I'echafaud des homines qui , I'annefe 
suivante , devaient etre houores comme des martyrs de 
la liberie. 

Les Portugais etaient dans la meme position quo 
les Espagnois , et iis se trouvaient , de plus , separes de 
leur roi par TOceau , et doinines chez eux par des 
etrangers. 

Enfin, I'Angleterre, si souvent citee comme la terre 
classique de la liberie, voyail ses antiques institutions 
luenacees par ses propres citoyens et par les fautes de 
sou gouvernement (i). « Elle etail livree aux dissen- 
sions intestines qui resullentde I'excessive inegalitedes 
fortunes el du poids des impots , de la surcharge d'une 
population laborieuse sans travail , de I'exageration du 
systeme industriel (2), du decouragement de I'agricul- 



'i) j4nnuaire, ]>ages 4|9 p* snivantes. 

(■^\ Vfut-on nne prouve do cettc exagt-ration j)oiissi;c jii.=(jM'a 



ET POLITIQUES. 299 

lure qu'on ne pouvait relever que par des lois odieuses 
our les grains , du fardeau d'un papier inonnaie dans 
le plus riche pays de I'univers , et des progres des 
doctrines subversives de la societe dans I'Etat qui se 
croit le inieux constitue des l^.tats anciens et ino- 

dernes On n'a pas du s'etonner de I'lnfluence 

qu'ont pu prendre des factieux, la oil la misere faisait 
cliaque jour des mecontens; car la societe doit a tons 

ceux qui la composent du travail ou du pain Les 

reunions populaires , que la Constitution anglaise 
autorise , que des honimes d'l^'tat ne regardaient au- 
trefois que coinme des saturnales dont on faisait cesser 
le tumulte par I'apparition d'uu constable , etaient 
devenues des emeutes legalement organise'es , oil il 
ne s'agissait plus du redresseinent de qnelqiies griefs , 
mais du renversement de tout I'ordre politique et 
social de la Grande-Bretagne. » Des assemblees de 
veformateurs eurent lieu dans plusieurs comtes. Pien- 

u'nc incroyable barbaric? Un bill, rendu en 1819, a ordonnti 
iVabre'ger et d'adoucir le travail impose aux enfans employes dans 
les filatures. « On en compte plus de cincjuante mille, et iin 
petit nombre d'entre eux ne sont pas meme ^ges de 6 ans. lis 
travaillent, de treize a seize beures par jour, dans des ateliers 
echauffes, ou la temperature est entretenue entre 70 et godegre's. 
Us sont ohlige's de travailler tanl que la macbine va ; et, pendant 
ce terns, il ne leur est perrais ni de s'asseoir, ni de sortir de I'ate- 
lier... La maigreur et la difl'ormite sont ordinairement le re'sultat 
de CCS travaux; et, souvent, on est oblige d'avoir recours aux 
machines de fer ou d'acier , pour redresser les jambes des mal- 
heui-cux enfans. Tels sont quelques-uns des inconvenicns ausquels 
ils sont exposes ■ et , lorsque les forces viennent a leur manquer, 
ils sont renvoyos de I'atelier, et viennent a la charge des com- 
munes ; ou bien , ils se iivrcnt a des occnpations funestes pour la 
societe. n 



3oo SCIENCES MORALES 

tot 5o,ooo hommes soreunirent a Birmingham, 8o,oo» 
dansun faubourg de Londrcs,uK plus grand nombre en- 
core a Manchester. L'autorite legale, si respecteeen An- 
glelerre , et qui a\ait pu encore , au milieu desrasscni- 
blemensdeSmitbfield , arrelersansobstacle undeschefs 
desreforraateurs, fut enfin meconnue. Les forces raili- 
taires furent deployees , et Manchester vit le sang an- 
glais couler sous les baionnetles anglaises. I.e ministere 
obtint du parlement des moyens de reprimer ces trou- 
bles, lis lui furent accordes , malgre les protestations 
de I'opposition conlre lesmassacres , « qu'elleregardait 
comnie des infractions des liberies anglaises, et des 
violations de la grande Charte. » QueUjues orateurs 
demandaient qu'on s'occupat d'une reforine modere'e , 
et la proposition faite a eel cgard par M. Tierney fut 
rejetee par 38 1 voix conlre i5o ; « minorite assez forte 
dans le systeme electoral de I'Anglelerre , pour elre 
remarquee. » 

Parmi les peuples qui out su , par des constitutions 
regulieres , consacrer et limiter tons les droits , on 
remarque laSuedeetla Norwege oiis'etablit trantiuil- 
lementune dynastienouvelle, adoptee par les suffrages 
de la nation ; la Suisse, oil quelques cantons seniblent 
retrograder versl'aristocralieet rinlolerancereligieuse, 
et oil lemigration augmenle a mesure que la liberie 
diminue; les Pays-Bas , composes de deux peuples dif- 
ferens de moeurset d'inte'rets, etqui conservent encore 
le souvenir des institutions francaises ; enfin , quelques 
£tals d'Allemagne , qui, prenanl jiour modele la 
France qu'ils eurent si long-teins pour soulien , out 
recu des Charles oii les Irois pouvoirssonl plus ou moins 
habilemenl combines. La, aussi , l'autorite eprouve des 
resistances ; mais aucune n'est accompagnee de mou- 



tr POLITIQUES. 3oi 

veniens populaires. Elles sont toutes regnlieres et le- 
gales. Dans les Pays-Bas , le budget decennal est rejete 
par runanimite ties deputes aux etals-generaux. En 
Baviere, les depenses tie la guerre sont reduites d'un 
million de florins, et le roi se voit force de declarer 
que, s'il est necessaire d'augmenter les depenses, il irn- 
putera I'excAlant sur la liste civile. A Bade , I'edit qui 
maintient un€;,partie des privileges de la noblesse est 
formellemeat repousse par la Chambre des deputes. 
Elle n'adopte que les jJropositions faites pour I'aboli- 
tioa des corvees et des peines corporelles en matiere 
de police ; et son zele pour I'interet des peuples se 
nioutre dans les reductions qu'elle fait subir au budget. 
Le Wurtemberg presenteun autre spectacle. Le prince 
et les communes y sont reunis pour coinbattre les pre- 
tentions de la noblesse. Le systeme municipal y est 
organise , comme le systeme politique , de la nianiere 
la plus favorable aux citoyens ; aussi , « il est difficile 
de peindre I'enthousiasme avec lequel fut re9ue , 
dans tout le Wurtemberg , la nouvelle Charte. On 
en celebra la fete le 8 septenibre, en meme terns que 
I'anniversaire du roi , regarde coninae le restaurateur 
de la liberte wurtembergeoise. Les resolutions de la 
diete de Francfort suspendirent un moment I'alle- 
gresse publiqne.... ; mais le roi ne difFera poiut pour 
cela I'execution de la Constitution. II partit inconti- 
nent pour Yarsovie , oil se trouvait alors I'erapereur 

de Russie Et, si Ton en croit les bruits qui furent 

alors repandus , il quitta cette ville avec la certitude 
que rien ne serait change au pacte sacre qu'il venait 
de faire avec son peuple. » 

Tel est, en abrege, le tableau de I'Europe en 1819; 
tableau oil brille une foule de contrastesj et oil Ton est 



3o2 SCIEKCES MORALES 

frappe dcs chaHgemens qu'ont amencs trente annees , 
quaml on voit d'uu cote I'aucien luaitre absolu d'lin 
electoral, roi coiistitutionnel de ravibre, deniander 
aux electeurs de son royaunie des lepresentans sans 
peitr el sans rtproche; de I'autre, le depute d'un des 
cantons de la Vieille-Helvetie assurer a la diete fede- 
rate « qu'oTi pent feliciter sa patrie de ce que la liberie 
de la presse y est encore inconnue, » ^ 

Les aulres points du globe out pour nous moins 
d'importance. Ccpendant, on observe avec iin vifin- 
lerel leslitats-l nis se prf'jjarant a rivaliser sur les mers 
leur ancienne inetropole, et attendant s'ils tiendront 
les Florides du roi d'Espagne, ou s'ils les possederont 
nialgre lui ; tandis que les vastes contrees de I'Aineri- 
que meridionals sont le theatre d'une guerre entre- 
prise pour I'independance , el soulenue par des exploits 
et des succes ])resque mervei'.leux (i). 

Nous ajoulerons pen de clioses sur les aulres parties 
de VAnnuairc , sur les documens ofSciels qu'il contieut, 
tanl pour I'histoire de France que pour I'histoire etran- 
gere, et parmi lesquels on remarque les notes diplo- 
matiques des cabinets de Vienne et de Berlin, et le« 
2o5 articles de la Constitution du royaume de Wur- 
temberg ; sur la Chronique oil sont relates, dans des 
especes d'ephemerides, les anecdotes du jour, les nou- 
veautes theatrales , les ceremonies des cours , les juge- 
mens qui ont attire raltention et quelquefois eveille 
le scandale, enfin tons ces hors-d'cEuvre de J'histoire , 
qu'il ne convient pas a sa dignile d'admettre , mais qui 



(i) Voyez le recit de la inarcbe de Bolivar, siir la Nouvelle- 
Grenade, pag. ^\Z. 



ET POLITIQLES. 3o3 

sont qnekniefois phis amusans qu'elle. Nous ne parle- 
roiis III (111 tableau slatistique de TEiiiope, ni des ta- 
blettes necrologiques des liomnies celebres inorts eu 
1819, ni des melanges et des notices qui contienneiit 
un jugement exprime en pen de mots sur les ouvrages 
litteraires et scientifiques, ou sur les productions les 
plus remarquables des beaux-arts et de I'industrie. 

Nous nous contenterons de dire que peu d'ouvrages 
contiennent jjIus de materiaux interessans que VAii- 
iniaire historique ; qu'iis y sont ranges dans I'ordre le 
plus favorable aux recherches ; que le style en est pur 
ct elegant ; qu'enfia , ce que I'Almanach royal est pour 
les fonctionnaires publics , ce que celui des 25, 000 
adi-esses est pour les gens d'affaires ou pour les etran- 
gers qui arrivent dans Paris , I'Annuaire doit I'etre 
pour les amis de la philosophie, de la litterature et de 
I'histoire, et doit Irouver, a ce litre, sa place daus la 
plupart des bibliotheques. 

E. A. 



LITTfiRATURE. 

(LITTERATDRE ANGLAISE.) 

La Destruction de Jerusalem^ poeme dramatique; 
par le ret^erendH. H. Milman (i). 

La terrible catastrophe qui terinine la merveilleuse 
histoire du peuple juif, la destruction de Jerusalem 
par Titus , est sans contredit un des evenemens histo- 
riques les plus memorables. Une nation divisee et peu 
nombreuse , sans allies, sans discipline , presque sans 
approvisionneraens militaires, lutte avecenergiecontre 
un puissant empire, defend chaque village, chaquemur, 
avec aulautde courage que de resolution , et fait pleu- 
rer ses defaites aux vainqueurs par le nombre des raorts 
couches sur la poussiere; elle est enfin reduitc a s'enfer- 
mer dans les remparts de la ville sainle, oil elle pre- 
sente I'elonnant spectacle des contrastes les plus 
bizarres : la, le fanatiqne, le meurtrier, le blasphe- 
mateur, foulent aux pieds les lois sacrees , et s'aban- 
donnent a leurs passions impetueuses; tantot ils tour- 
nent leurs armes les uns contre les autres ; tantot ils 
nnissent leurs fureurs contre I'ennenaicommun ; mais, 
du milieu de leurs crimes, tons eievent la voix vers le 
Seigneur, et lui demandent de reconnaitre son peuple 
et de le delivrer. Les prodiges qui precederent la chute 
de la <• cite ddicide (2) ; » raccomplissement des redou- 
tab!es predictions lancees contre ses habitans, leurs 
soufFrances, leur totale disjiersion , tout, dans cet im- 

(i) Londres , 1820. i vol. in-80, 8econde edition. Murray. Prix, 
8 shellings 6 pence. 

(a) Expression deM.de Chateaubriand. 



LITTER ATU RE. 3o5 

niense tableau, pretait de riches couleurs a la poesie , 
et de beaux efFets au taleut M. Milman s'est eiiij)are 
de ce vaste sujet, et I'a traite avec beaucoup de supe- 
riorite. Les eveiieniens sont resserres dans un espace de 
trente-six heures, et se tennineut par I'incendie du 
temple. Sans s'astreindre a suivre en tout I'historiea 
Flavins Josephe, le poete lui emprunte les faits princi- 
panx, etquelques-uns des personnages fanieux de cette 
epoque : tels sont Jean et Simon , chefs des deux fac- 
tions qui divisaient alors le peuple juif. Comme Josephe 
accuse les sectateurs de Jean de debauche et d'impiete , 
M. Milman a donne a ce dernier les dogmeset les so- 
phismes comniuns aux sadduceens, tandis qu'il a fait 
de Simon un pharisien zele et fanatique. L'opposition 
de ces deux caracteres est bien menagee , et parfaite- 
inent soutenue jusqu'a la fin. 

Le premier chant nous transporte sur le niont des 
Oliviers , oii Titus, entoure de ses soldats, contemple, 
pendant le calme d'une belle soire'e, la cite superbe 
dont la destruction s'approche. Emu de pitie a cet as- 
pect, et pousse par une force irresistible a remplir les 
decrets de la Providence , il communique aux Romains 
qui I'entonrent les sentimens dont il est agite. La des- 
cription de la ville et du temple , puisee dans Josephe , 
est fort belle ; I'antique Sion , si long-tems I'orgueil 
du peuple de Dieu , et aujourd'hui son dernier refuge, 
apparait aux yeux du lecteur attendri, qui redoute 
deja les affreux inalheurs dont elle est menacee. Cette 
scene sert , en quelque sorte , d'introduction au poeme ; 
il ne s'ouvre qu'au moment oil Javan attend, sur les 
bords de la fonlaine de Siloe, la vierge timide qui doit 
s'y rendre, au peril de ses jours. La lane eclaire de ses 
rayons paisibles les eaux de la source , les plaines par- 

TOME Vlir. 20 



3o6 LITltRATURE. 

semees d'oliviers, les lours de !a ville coupable, et le 
camp des Romains. Javan a emLrasse ladocliine lue- 
prisee de Jesus de Nazareth ; il a quitte Sioii avec le 
reste dcs fideles ; mais il aime Miriam , la fille du cruel 
pharisien Simon; et , chaque jour, a rapproche de la 
nuit, il brave luilie dangers pour la revoir et pour lui 
porter les provisions qui soi;lieniieiit la vie de son pere, 
au milieu des horreurs de la famine. Miriam appar- 
tient aussi a la croyance divine de I'homme de Galilee: 
vierge tremblante et sans defense , elle en impose , dans 
sa faiblesse , aux farouches ennemis du Dieu qu'elle 
adore. Dcpuis deux nuits, Javan I'a vainement alien- 
due : il se plaint de son absence , il crainf de nouveaux 
malbeurs; mais la voix de sa bien-aimee le delivre de 
ses inquietudes ; il la presse de fuir avec lui a Pella, oil 
les Chretiens se sonl refugies; il lui depeint les scenes 
sanglantes dont Jerusalem va devenir le theatre. Rien 
ne pent ebranler la Constance de la jeune chretienne : 
sondevouement filial Temporte sur tout. Elle veutpar- 
tagcr le sort de son pere, quel qu'il soil : elle sail que 
la haine des hommes le poiirsuit, et que peut-etre il I'a 
merilee ; mais elle veut que sa tendresse pour lui rem- 
place toutes les affections qu'il a perdues. Touche de 
sa vertu, Javan la laisse retourner a Jerusalem, char- 
gee du pain et du vin qu'elle destine a Simon. Elle re- 
gagne sa demeure par un escalier en mines, dont elle 
seule conuait Tissue mysterieuse : c'est la que , dans son 
enfance, elle aimait a se retirer loinde ses jeuiies com- 
pagnes. La description qu'elle donne de ce lieu , et les 
souvenirs qu'elle y rattache , sont remplis de gritce et 
de naturel. 

« Dans les jours heureux de raon enfance, je me 
plaisais a parcourir les detours de cet escalier a denxi 



LITTfeRATURE. 307 

rompu, qui conduit de notre demeure a la vallec. Jadis, 
ce passage mysterieux servait aux vierges qui descen- 
daient a la Fontaine pour s'y rafraichir daus ses eaux 
transparentes , au milieu des brulantes ardeurs de I'ete. 
Que de fois , cachee dans le tronc d im oli vier sau vage , 
ou assise a rombredu sycomore entoure de lierre, j'di 
tresse en guirlandes les fleurs qui semblaient m'inviter 
a les cueillir. J'aimais ce lieu avec une sorte de predilec- 
tion, parce que seule je le connaissais. J'aimais sa soli- 
tude, qui n'etait troublee que par le gemissement des 
tourterelles se jouant aux rayons du soleil du midi, 
Mais , helas I les oiseaux consacres a la paix et a I'a- 
mour n'habitent plus cet asile. Tout a I'heure, comme 
je montais d'un pas rapide les marches brisees , uu 
noir vautour s'est eleve au-dessus de ma tete ; ivre du 
sang des enfans d'lsrael , il agitait peniblement ses ailes 
pesantes dans les airs. » 

Le poete introduit ici un nouveau personnage, Sa- 
lome , soeur de Miriam : enthousiaste de la loi de Moise , 
€lle croit encore a la gloire future d'lsrael ; les feux de 
I'amour et de la religion brulent a la fois dans son ame, 
et en font une prophetesse , inspiree tour a tour par sa 
jjassionet par son zele. Elle raconte les visions brillantes 
qui lui apparaissent pendant son sommeil; et, lorsque 
Miriam semble douter de la verite de ses predictions , et 
qu'elle les attribue a un long jeiine et a I'etat d'exalta- 
tion de son esprit , Salome I'accuse d'etre chretienne , et 
la menace de la denoncer a son pere. Celui-ci rentre 
alors, et raconte I'inutile recherche qu'il vientde faire 
pour se procurer des provisions : il termine son triste 
recit par la description de deux enfans endormis dans 
les bras I'un de I'autre. Cette image rappelle a Salome 
ie^i liens qui I'unissent a Miriam, leurenfance, leurs 

20* 



3o8 LlTTEKATUKE 

jeuxet leiirs chagrins , si long-tems partages; elles'at- 
tentlrit, elle n'a plus la force dedevoiler son apostasie. 
Simon quilte ses filles, et revient bientol apres , ayant 
decou vert les provisions qu'il croit etre apportees chaque 
nuit par un ange protectenr.Miriamn'oseledesabuser ; 
elle craint qu'il ne rejette loin de lui les mets qui lui 
sont ofterts par un chretien , et qu'il ne perisse dans sa 
fanssecroyance. Elle se retire pour eviter de s'unir a ses 
actions de graces , et chante seule un hymne sur la nais- 
sanceel la misericorde du Dieu qui soutient son courage, 
en le priant de flechir I'liumeur farouche de son pere et 
de se njanifestera lui. 

Le jour commence a poindre ; Simon contemple les 
cieux avec une inquietude melee d'espoir : il y cherche 
le signal de la prochaine delivrance de sa patrie. Ce 
qui, dans Salome, n'est que le reve d'une imagination 
ardente , est en lui le re'sultat d'une foi ferme et ine- 
branlable, mais impure et ambitieuse; ses meditations 
sont interrompues par I'arrivee de Jean , le sadduceen, 
d'Amariah son fils , jeune homme bouillant et impe- 
tueux,qui, sans s'interesser aux discussions religieuses, 
aime et desire la guerre, et se plait au milieu des dan- 
gers et du carnage : Eleazar et le grand-pretre les ac- 
compagnent. Jean insulle a son rival et I'accable de 
reproches ; mais les tronjpettes qui annoncent un par- 
lementaire envoye par les Romains, font cesser la dis- 
cussion. Les chefs s'empressentd'aller sur les murailles, 
oil Titus les somme de mettre bas les armes et de s'a- 
bandonner asa clemence. Jean repond a cette proposi- 
tion par de sanglans sarcasmes, et par le tableau des 
crnautes exercees contre les Juifs fugitifs. Simon prend 
alors la parole et adresse auxGentils un discours plein 
d'eloquence et de force. Apres avoir depeint I'immeuse 



LITT^RATURE. Sog 

pouvoir de Rome , si faible devant le Seigneur, il s'e- 
crie : « Orgiieilleux Geutils ! a I'heure oil je vous parle, 
vous marchez entoures de ruines et de jjrodiges. L'air 
que vous respiiez est lourd , sombre et chaige de votre 
condamnation. Si notre terre , dans son dedain , sup- 
porte encore vos legions armees , c'est qu'elle attend, 
dans une douloureuse impatience, le signal de voire 
dispersion. \ oyez ! les montagnes abaissent sur vous 
leurs ombres immenses et menacantes , pretes a s'eian- 
cer de leurs bases pour vous engloutir. Les vents, ar- 
retes dans leur course, soupirent apres la presence 
tardive de celui qui doit nous venger : et, du fond de 
leurs tombeaux, nos ancetres se rient de vos efforts; 
ils s'indignent a la pensee qu'un conquerant paien as- 
pire a regner sur la Jerusalem du Seigneur. L'abinie 
profond et tenebreux de I'enfer s'entr'ouvre pour vous 
recevoir. C'est la qu'liabitent les rols superbes et les chefs 
de la terre dont I'orgueilleuse idolatrie osa s'elever 
centre la cite sainle et contre le peuple de Dieu. Ils 
t'attendent , oTitus ! Se'duit par leurs folles esperances, 
tupartageras leur chute fatale : turejoindrasrEgyptieu 
Pharaon, que la mer Rouge devora, ainsi que son armee ; 
les rois de Chanaan ; lesPhilistins,adorateursdeDagon; 
Moab , Edom , le feroce Amalek , et le souverain de 
Babylone dont les nombreux soldals couvraient ces 
memes collines oil brillent aujourd'hui vos lances. Dans 
le court espace d'une nuit , I'ange invisible du Seigneur 
frappa cette multitude de son aile sombre et muette ; 
et le camp qui , la veille , retentissait de cris d'alle- 
gresse , ne presenta plus, aux premiers rayons del'au- 
rore, qu'une vaste sepulture, semee de cadavres sans 
tombeaux : Sennacherib aussi ; tons , tous, ont secoue 
la poussiere qui couvrait leurs ossemens. Ils s'avan- 



3io LlTTl^RATURE. 

cent ; ils enlonnent un liymne pour celebrer rarrivee 
de celui qui, semblable a eux , a tourne ses armes im- 
pies centre les murs dc Sion, et qui, dans sa raisere , 
est tombe devant le Dieu vengeur d'Israel. » « 

Ce discours raiiinie le courage des Juifs ; ils conju- 
rent Simon de les mener a la victoire. L'historien Jo- 
sephe , alors captif des Romains, adresse aux habitans 
de Jerusalem une exhortation energique et lendre , 
dans laquelle il essaie de leur montrer leur erreur , et 
les conjure de ceder a la force. Un javelot, parti de la 
main d'Amariah, le blesse et I'oblige a s'arreter. Cet 
outrage acheve d'etouffer la pitie dans le coeur de 
Titus ; il s'abandonne a la terrible impulsion qui le 
presse d'executer la vengeance du ciel. Salome, qui 
veut etre temoin du combat , monle sur les remparts , 
d'oii elle decrit a sa soeur les progres des deux armees : 
a travels le brouillard sanglant qui s'eleve du champ 
de bataille , elle suit des yeux Aniariah qu'elle aime, 
et dont les exploits signalentla valeur. Son langage est 
plein de poesie et de passion. Tandis que ce terrible 
spectacle captive son ame tout entiere, sa soeur se 
joint aux fiUes d'Israel qui vont implorer dans le temple 
la protection du Tres-Haut, resolue cependant de ne 
pas s'unir a leurs prieres , mais d'adresser ses voeux au 
divin Messie. Un bel hymne, imite du chant deMoise, 
rappelle alors le passage de la mer fiouge et les mi- 
racles que Dieu fit eclater en faveur de son peuple. Le 
crepuscule du soir lutte avec les dernieres lueurs du 
jour, lorsque Salome accourt epouvantee ; son voile est 
rejete en arriere , ses cheveux flottent en desordre ; 
elle a vu le triomphe desGentils,les defenseurs d'Israel 
sont repousses. La voix courroucee de Simon se fait en- 
tendre au loin , ralliant les fugitifs. II revient , suivi 



LITTERATURE. 3ij 

cle Jean qu'il accuse d'avoir attire par ses crimes les 
malheurs de la nation. Ce dernier lui reproche a son 
tour ses cruautes et son hypocrisie. Celte scene est in- 
terrompue par I'entree dn grand-pretre , qui vientde- 
mander justice de I'afFront fait a la majeste du temple. 
Le nomdu «Nazareen, dupretendu fils de Dieu,'- are- 
tenti sous ces voutes sacrees : un adorateur de Jesus 
s'est niele parmi les vierges israelites. Salome , cer- 
taine que la coupable est Miriam , s'elance pour la 
denoncer ; mais seule , sans voile , an milieu d'un cercle 
deguerriers dont les regards sont attaches sur elle, sa 
fermete s'ebranle ; elle hesite, elle balbutie : elle se 
rappelle la priere que sa naere lui fit en mourant , d'ai- 
mer, de proteger sa soeur. Tandis qu'elle balance entre 
un reste de tendresse et un zele insense, le peuple , 
frappe de son aspect surnaturel , et pousse par le faux 
prophete Abiram , demande a grands cris son mariage 
avec Amariah, fils de Jean, afin de faire cesser, par 
I'union de leurs enfans , I'animosite des deux chefs. 
Simon y consent ; il croit deja voir sortir de cette 
union , formee au milieu des angoisses d'Israel , le 
Messie, attendu depuis si long-tems. Pendant qu'ils se 
livrent tous aux transports d'une joie efFrayante, Mi- 
riam profite des tenebres pour se rendre a la Fontaine 
de Siloe, malgre les nuees d'orage qui s'amonceleut a 
I'horizon. Javan la presse de nouveau de fuir avec lui ; 
il lui rappelle les paroles du Christ a ses disciples: 
« Lorsque la desolation habitera dans le lieu saint, que 
ceux qui sont dans la Judee s'enfuient sur les mon- 
tagues. » Vainement il I'implore, au nom de sa ten- 
dresse ; elle resisle , et ils se ^eparent sans esperance de 
se revoir jamais. 

Un calme sinistre , avant-coureur de la tcmpete^ 



3ia LITTERATURE. 

rcgne sur la terre et dans le cie! ; les lampes nuptiales 
s'allumenl ; elles eclairent au loin des ruines, des ca- 
davres et la foule afTaiuee qui se presse dans les rues de 
Jerusalem , avide d'apprendre Ics nouveaux lualheurs 
qui la menacerit. L'un raconle comment un me'tcore, 
suspendu depuis plusieiirs niois au-dessiis de la ville, 
sous la forme d'une cpee flaniboyaiite , vient de s'agiter 
dans les airs : un autre rappelle la lumiere qui eclata 
autour de I'autel el du temple, lors de la fete solenuelle 
de Paques. Un troisieme dit comment le ciel du nord 
parut couvert de chariots de guerre et d'hommes ar- 
mes. Tout-a-coup, la musique se fait entendre; des sons 
doux et joyeux s'elevent de la maison de Simon , oii 
I'on celebre les rits du mariage. Les chants retracent les 
anciennes coutumes des Juifs, et leur ricbe et brillante 
liarmonie forme un terrible conlraste avec les dangers 
et la desolation qui regiient dans la cite sainte. Nous 
re"-rettons de ne pouvoir donner qu'un extrait de ce 
passage. 

Des voi'x dp jeiines filles chantent en choeur dans le 
lointain : «Nous avons porte la vierge jusqii'asonheu- 
reuse dem^nre, au son des tambourins et des harpes 
antiques. Les flambeaux d'llymen brillaient dans les 
tenebres ; son manteau d'ecarlate, agite par les vents, 
la voilait a tous les regards , et le dais qui ombrngeait 
sa tete, vacillait dans nos mains tremblantes. O vierge ! 
tu as quitlc la fete joyeuse, et les plaisirs se sont en- 
fuis. Nous t'avons deposee a la porte de ton epoux : 
bientot eHe s'oy vrira pour lui ; il calmera tes vaines 
frayp'irs. Ne crains done rien , 6 fiancee d'Israel ! car 
des accords plus vifs t'ann9nceront bientot la venue de 
ton bien-aime. » 

« Premier juif. — Ces chants d'allegresse celebrent le 



LITTERATURE. ".ir. 

mariage d'Amaxiali avec la belle Salome. La jeuno 
vierge n'a pu quitter la maison de son pere , ainsi qne 
I'ordonnent nos lois ; on a craint les dangers qui nous 
entourent; mais Tepoux prepare la chambre nuptiale. » 

» line voix sefait entendre : — Malheur ! malheur ! 
malheur I... » 

» Second juif. — Helas! c'est Josue, le fils d'Ananus. » 

» Troisieme juif. — Que dit-il ? » 

» Second juif. — Es-tu done si etranger dans Jerusalem , 
que tu ne connaisses pas ce redoutable prophele? » 

Le juif raconte alors comment Josue , fils d'Ananus, 
fut saisi d'un esprit prophetique , lors de la fete des Ta- 
bernacles , et s'ecria : « Malheur a Jerusalem ! et mal- 
heur a son peuplel" comment, depuis sept ans , il re- 
pete ces sinistres paroles, en depit des persecutions qu'on 
lui a fait subir ; comment, enfin , il a cesse son la- 
mentable cri , depuis le commencement du Siege, qui 
semble devoir confirmer sa triste prediction. Mais il est 
interrompu par leprophete lui-meme. « Malheur! mal- 
heur ! Une voix s'est elevee du cote de I'Orient ! une 
voix est sortie de I'Occident ! une voix contre Jerusa- 
lem etcontre le temple du Seigneur! une voix a me- 
nace les fiancees, leurs epoux, et tout le peuple choisi ! 
Malheur ! malheur ! » 

^^ Second juif. — Ce sont les memes paroles que nous 
avons entendues si long-tems ; et , cependant , il me 
semble distinguer une sorte de triomplie solennel dans 
cesaccens, qui, jusqu'a ce jour, m'avaient a peine 
emu. Ses yeux, jadis fixes sur la terre, lancent main- 
tenant autour de lui des regards inquiets, comme s'il 
contemplait , avec un etonnement mele d'affliction , les 
progres denotreruine. Silence ! j'entends de nouveaux 
accords. » 



ii4 LITTfeRATURE. 

•• Le cJiceur des jeiines Jllles. — Celebrons dans nos 
chants joyeiix la fiancee de la race royalede David. Son 
sein agite s'eleveets'abaisseavec iin doux IVemissement ; 
ses yeux voiles par ses longues paupieres ressemblent 
aux violettes , quand la rosee du soir brille en gouttes 
de perles sur leiir calice a denii-fenne : enveloppee de 
son voile virginal , elle demeure iniinobile et si- 
Jencieuse , jusqu'a ce qu'une amie de son enfance 
venant a entrer , elle se leve el courbe a denii sa 
taille flexible et gracieuse , pour lui rendre son ten- 
dre salut. Paix!... de qui ces sons vifs et liarmonieux 
annoncent-ils la presence? — La porte s'entr'ouvre — 
— C'est lui ! c'est lui I. . . Ainsi , nous celebrons la venue 
du bien aime ; ainsi nos luths se nnarient a ses louanges. 
Mais, 6 vierge d'Israel ! toi seule possedes I'art de lui 
plaire ; seule, tu peux lui faire un accueil digne de lui. » 

» Josne , JiJs d'Ananus. — Malheur! nialheur ! Voix 
du cote de I'Orient! voix du cote de I'Occident! voix 
contre Jerusalem et contre le temple du Seigneur! voix 
contre les fiancees et leurs epoux I voix contre le peuple 
de Dieu ! Malheur ! malheur ! » 

Bientot le grand-pretre s'avance : son ephode etin- 
cele atravers I'obscurite de la nuit ; sa mitre d'or brille 
comme une lampe allumee; et les clochettes , quigar- 
nissent sa longiie robe , annoncent an loin son appro- 
che. Retire dans le sanctuaire , il a senti le pave du 
temple s'agifer sous ses pieds. Les coionnes out trem- 
ble sur leurs bases ; I'arche s'est ebranlee ; un bruit 
epouvantable a fait retentir le lieu saint ; et une voix 
aussi eclatante que le tonnerre a profere ces terribles 
paroles : <• Sortous d'ici ! » 

» Plusieurs juifs : — O douleur ! parlez , parlez ! De 
quels aulres affreuxprodiges avez-vousete le temoin?» 



LlTT]feRATtlRE. 3i& 

» Le grand-pretre : — Helas ! il me sembla que je 
venais d'etre exile du temple, et je m'enfuis loin de 
son enceinte deserte. » 

» Plusieurs juifs : — Dieu d'Israel ! pere de no» 
peres , nous as-tu done abandonnes ! » 

Le choeur des vierges reprend iei ses liymnes dejoie r 
un guerrier jiiif arrive siir ce theatre de desolation. II 
ajoute a I'efFroi du peuple par le recit de nouvelles 
horreurs. Une mere a plonge le couteau dans le sein 
de son enfant ; elle a devore ses membres palpitans. 

« Le choeur : — Rejouis-toi , belle et modeste fiancee ; 
rejouis toi ! I'orgueil et la joie doivent etre ton par- 
tage. Tu t'eleveras comme une vigne feconde eutouree 
de nobles rejetons : la malediction des epouses steriles 
ne s'appesantira pas sur ta tete : bientot un jeune en- 
fant , endormi dans tes bras , te fera gonter les douces 
joies d'une mere. Une suite d'heures delicieuses effa- 
cera le souvenir de quelques instans de douleuretde 
peine. Rejouis-toi I fille d'Israel. » 

Jean et Simon sortent du banquet nuptial ; ils op- 
posent leurs vaines esperances a la consternation du 
peuple , et ordonnent aux citoyens de regagner leurs 
demeures. lis se separent ensuite pour aller rever aux 
honneurs qui atlendent leur race. Jerusalem est mainte- 
nant silencieuse comme la tombe. Miriam traverse seule 
les rues abandonnees.Tout-a-coup, I'orage eclate dans 
les cieux : les craquemens des machines de guerre , la 
chute des murs qu'elles renversent , les cris des soldats 
ennemis se luelent aux eclats de la foudre : les Ro- 
mains ont penetre dans la ville. Les Juifs epouvantes 
se precipitent en foule vers le temple, afin d'y cher- 
cher un refuge contre le carnage et la mort. Simon 
essaie de dissiper leurs terreurs ; il leur promet une 



3i6 LITTER ATU RE. 

delivrance prompte et certaiiie. Dieii lui-meme se df- 
clare pour eux ; il aneanlira de son (onnerre les eii- 
neiuis dTsraiil. Tandis que Miriam parcourt d'un pas 
cbancelant les avenues qui menent au palais de son 
pere , elle rencontre un vieillard qui a ete temoin du 
supplice du Christ , et qui s'est eerie : « Que son sang 
reloinbe sur nous et sur nos enfans ! » II croit,mais 
troptard, a la divinitede celui qu'il a niaudit. Dans son 
desespoir, il repousse les consolations et I'esperance de 
salut que lui ofFre la douce Miriam : il la quitte , en 
I'accablanl de maledictions. Elle apercoit alors la de- 
meure de ses peres consumee par les flammes. Salome 
s'elance du milieu de I'incendie : lacouronne virginale 
est suspendue a ses tresses flottantes ; le manteau nup- 
tial couvre encore ses epaules, mais ses yeux ont perdu 
leur eclat. Elle est pale , demi-nue , et le sang qui coule 
de son sein a souille ses veLemens. Reveille en sursaut 
par le tumulte des amies, Amariah s'est jete hors de 
sa couclie ; il a vu le triomplie des Gentils , il a en- 
tendu les cris de joie des.faronches guerriers ; dans son 
delire, il est retourne pres de sa jeune epouse , et I'a 
poignardee pour la mettre a I'abri de la brutale inso- 
lence des vainqueurs. Salome expirante appelle son 
bien aime ; elle meurt entre les bras de Miriam. Tan- 
dis que celle-ci s'abandonne a sa douleur, un soldat 
remain I'enleve et I'entraine loin de ce lieu d'efFroi. 

La"scene change alors , et nous transporte devant le 
temple. Jean a ete fait prisonnier : son fils Amariah 
est tombe sous les glaives ennemis ; mais Simon espere 
encore ; il attend le seconrs celeste. La flamrae rou- 
geatre qui s'eleve du sanctuaire embrase , lui parait le 
signal precurseur de la venue duTres-Haut. Titus 
s'avance : vainement il ordonue qu'on epargne le tern- 



LlTTliRATDRE. 817 

pie. Simon toinbe aupouvoir des Gentils ; il reconnait 
enfin , dans I'embrasement du voile qui derobait aux 
regards profanes le Saint des Saints , le symbole de la 
colere du Seigneur qui abandonne le peuple rebelle 
de Judas. Cependant , le soldat romaiu conduit Mi- 
riam a la Fontaine de Siloe, et se decouvre a elle, au 
luoiuent oil elle se jette a ses genoux jjour le supplier 
de rimmoler a sa vengeance. C'est son fidele Javan, 
qui , a I'aide de ce stratageme , est parvenu a la sauver. 
Des torrens de flamme el de fumee couvrent Jerusa- 
lem ; le temple apparait tout en feu , et sa ruine a 
quelque chose de divin et de solennel. Entoures de 
Chretiens, les anians, frappes de respect et d'epou- 
vante,contemplent raccomplissement des redoutables 
propheties. Un hymne , dans lequel la " desolation 
du magnifiqiie edifice est depeinte comme I'einbleme 
et I'image de celle des iiiondes , termine majestueu- 
sement le poeme. 

Get ouvrage n'est point exempt de defauts; mais on 
J remarque du genie, et parfois de grandes beautes : 
nous n'avons pu que les indiquer dans cette rapide 
analyse. Les situations sont Iragiques et bien ainenees; 
les caracteres, bien concus et traces avec energie ; le 
style , quelquefois sublime et toujours harmonieux. 
Mais , I'auteur a peut-etre tropmultiplie lescontrastes. 
II laisse voir rintention de faire effet , et cela nuit 
souvent a celui qu'il veut produire. L'accusation 
de Miriam, par Salome, et la promptitude avec la- 
, quelle le peuple et le grand pretre adoptent le projet 
de mariage propose par Abiram, sans songer davan- 
tage au coupable jirofanateur du temple, sont deux 
circonstances qui manquent de vraisemblance. Mais , 
sans nous arreter aux critiques , nous aimons mieus 



3i8 LITTfeRATURE. 

Jouer le talent de M. Milman , et niontrer comment il 
a su vaincre les difficultes que lui presentait son sujet. 
D'abord , la marche qu'il a suivie, affranchie a 
plusieurs e'gards des regies ordinaires, est celle qui 
se piete le niieux an developpement de plusieurs faits 
historiques, resserres dans un court espace de terns : elle 
dispense d'une foule de details qui affaiblissent I'inte- 
ret. Tout se passe en action: ce n'est, a bien dire, 
ni un poeme , ni une tragedie , inais une hisloire ra- 
contee en dialogues. Cetle inaniere d'e'crire en vers a 
ele imaginee par Soulliey , poete laureat, qui I'a in- 
troduite avec succes dans plusieurs de ses ouvrages. 
Les Ultra-classiques s'eleverent contre une semblable 
innovation ; elle triompha , en depit de leurs censures, 
et ouvrit une nouvelle carriere au genie , ennemi des 
entraves et de la contrainte. On ne pent nier qu'elle est 
d'un efFet tres dramatique , et (ju'elle sauve beaucoup 
de longueurs et d'inutilite's. La facilite qu'elle donne 
de changer la mesure des vers, suivant I'insfant et le 
personnage qui parle, est un avantage inappreciable. 
Ainsi,M. Milman a rime, en vers alexandrins, lesredou- 
tables predictions du prophete, tandis que le choeur 
des vierges chante , en belle poesie lyrique, les joies qui 
attendent la jeune epouse. Cette brusque transition 
rend le contraste plus frappant , et ajoute a I'effroi 
qu'on eprouve. Les choeurs d'Esther et d'Athalie 
peuvent donner I'ide'e de ce genre de compositions, et 
le plan de ces deux adinirables pieces n'est peut-etre 
pas sans quelque analogic avec celui que s'est trace 
I'auteur de la Destruction de Jerusalem. Les caracteres 
des deux scKurs Salome et Miriam sont d'heureuses 
creations du poete, et soutiennent raerveilleusement 
I'interet, lorsque I'absence des grandes catastrophes 



LITTERATURE. Big 

Texposerait a languir. En tout, ce poeme est iine 
production fort distinguee, et merite d'etre compte 
au nombre des ouvrages qui horiorent la litterature 
anglaise (i). L.-Sw — n. 



iW\ 'W%AAWV\'WX4/VVWVW«'W>'W^'VV\'VV*i\A/V 



La D^mence de Chaules VI, tragedie en cinq 
actes par M. JYepomuceneh. Lemercieu, deTIns- 
titut rojal de Fiance, et qui devait elre repre- 
sentee sur le second Thedtre - Francais , le 
20 septembre 1820. 2' edition (2). | 

La France vendue a I'Angleterre, sous un roi en de- 
mence , forme le sujet de cette tragedie. Des dissen- 
sions sanglantes, des haines invete'rees , de noires 
perfidies , des vengeances atroces , des guerres souil- 
lees par des parricides, la paix ensanglante'e , des 
princes assassines , faisaient de la France un theatre 
d'horreur et de carnage. Alors , la politique de Londres, 
enorgueillie de quelques trioraphes , mais toujours fe- 
conde en artifices, concoit, soulient et accomplit le 
dessein de faire passer la France sous son obeissance , 
a la faveur de ces calamites, en soufTlant de tous cotes 
le feu de la discorde. Comme la tragedie vit surtout 
des mallieurs du genre humain , et que ces malheurs 
font une sensation d'autant plus etonnante sur nos 

(i) Nous possedons , en France , un poeme intitule Solyme con- 
quise , ou la Dispersion ties 7u(/i ; par M. Desquiron de Saint- 
Agnan. D embrasse la seconde et la derniere dispersion du peuple Is- 
raelite. Nous renvoyons le lecteur, curieux de comparer le tra- 
vail des deux poetes,au compte quel'on a rendu del'ouvrage fran- 
cais dans ce recueil. ( Voy. T. V, p. i74') 

(3) Paris, 1820. In-80. J. W. Barba, libraireau Palais-Royal. 



320 Lll'ftRATURE. 

ames, qu'ils ont ete ceux de notre patrie; on ue pou-* 
vait choisir un sujet ni plus he.ureux, ni plus national ; 
inaisil presenlait des difficultes a vaincre. 

Les eveneniens , les inosurs, les caracleres de cette 
epoque desaslreuse sent ensevelis dans des liisloires in- 
fornies , encombrees de details inutiles ou puerils , et 
couvertes des obscurites de la barbarie ; de maniere 
rju'avant d'etre poete , I'auleur doit se livrer a des re- 
cherches penibles , comme historien : difficulte qui nc 
se renconlre point dans lessujets tires des terns anciens, 
oil I'histoire prele sescouleurs et ses pinceaux a la Ira- 
gedie. « J'avais copie mes personnages , dit Racine 
dans la preface de Britannicus , d'apres le plus grand 
peiutre de I'antiquite ; je veux dire , Tacite. Et j'etais 
alors si renipli de cet excellent historien, qu'il n'y a 
presque pas un trait eclalant dans ma Iragedie , dont 
il ne m'ait donne I'idee. » Le? beautes de Tite-Live 
revivent dans les Horaces. On voit aussi la scene tra- 
giqneoccupeeparles lieros derKpopee,qui n'estqu'une 
histoire d'nn ordre plus releve , embellie jjar de ma- 
giques fictions. Ainsi M. Lemercier, sans le secours 
d'une histoire bien faite , a ete, pour ainsi dire, oblige 
de fondre les statues de ses personnages, et de les faire 
penser avant de les faire agir. 

Mais il s'elevait un autre obstacle, que la seule liar- 
diesse de I'invention pouvait francbir : c'e'tait de trans- 
porter sur la scene un roi insense. Comment paraitra 
ce roi, dans cet etat de degradation de la nature hu- 
maine? II fallait faire ressortir son caractere de la pro- 
fondeur des abimes de la demence. Quelle sera son 
attitude ? Quelle passion se peindra dans son regard 
egare? Quel langage tiendra-t-il ? Sous quel veteraent 
se inontrera-t-il aux yeux du spectateur ? Sa demence 



LITTERATURE. 32 1 

sera-t-elle sillonnee cle quelque eclair de luniiere ? La 
2"aisoa repreiidra-t-elle un moment son empire, poiu 
lui decouvrir I'horreur de son infortune , qui entraine 
apres elle la mine de I'Etat? Ces reflexions piqiient 
sinfifulierement la curiosite. On est avide de savoir 
de quoi est capable I'esprit liumain dans une enlre- 
prise si neuve? 

Cependaut , elle n'etait pas sans exemple : les ecri- 
vains classiques connaisseat V Ajax Jlagellateiir , piece 
dontle heros est represente dans les agitations da de- 
lire, et composee par Sophocle, le plus grand inodele 
quepuisse suivre I'ecole de Melpomene. Est-ce aujour- 
d'hui une singularite, unebizarrerie , qiied'imiter So- 
phocle? Un exemple dii meme genre , plus recent, et 
non moins digne d'imitation , se trouve dans I'admi- 
rable tragedie de Shakespeare , inlitulee : Le roi 
Lear. 

La tragedie de Charles \ I ne paraitra point avec la 
pompeet le prestige de la representation theatrale; an 
milieu d'un concours do spectateurs nombreux et eclai- 
res ; dans I'enthousiasme de ces emotions produites 
par I'aniour du pays ; parmi ces transports animes de 
terreur, de pitie et de nielancolie, quisontune source 
feconde d'interet , et qui, remnant si puissainment le 
coeur, fontcouler des larmes utiles a la vertu, a I'aspect 
de I'mfortune des heros el des catastrophes des Etats. Ua 
conseil deministres, enveloppepar les pieges de la cen- 
sure , a ete surpris dans sa sagesse au niilieu du tourbil- 
lon des affaires publiques ; et Ton a interdit I'entree de 
la scene a Charles VL C'est done privee des charmes de 
rillusion scenique, sans lesquels une piece perd une 
grande partie de sa valeur , et dans le calme de la re- 
flexion, que se montre cette tragedie. Mais I'opiniou, 

TOME VIII. 21 



Ja* LITT^RATLRE. 

devant qui s'abaissent les rois et les empires , la relevera 
de cette iniiiste proscription dont elle a ele frappee. 
La jireuve de celte injustice est dans I'exameasoigneux 
et rigoureux de I'ouvrage meme ; examen qui demon- 
trera que la representation , loin d'avoir aucun danger, 
etait une grande lecon d'experience. 

La scene s'oiivre par deuxpersonnages reraarquables: 
I'un est le due de Bourgogne , prince dont le caractere 
est un melange de bravoure et de ferocite. Sa haine 
etait pleine dc noires perfidies; il assouvissait sa ven- 
geance dans lesang ; il avait assassine le due d'Orleans, 
et rempli Paris de tumulte et de carnage. L'autre est 
Warwich , ambassadeur d'Angleterre , politique subtil , 
qui medite la mine del a France, llsemeladiscordeparrai 
ses princes , et ne flatte tour a tour les partis que pour 
mieux exciter leur fureur , dans le dessein de les af- 
faiblir , de les comprimer , et d'elever la domination 
anglaise sur leurs ruines communes. lis s'occupent des 
malheurs qui desolent laFrance. Le ducde Bourgogne, 
long-tems dupe des stratagemes de la politique d'An- 
glelerre , eprouve le repentir de n'avoir pas tourne ses 
armes contre cette dangereuse ennemie , et se plaint de 
ce que Warwich a eu , sans son consentement , une en- 
trevueavec le dauphin. Ce dauphin, avec lequel le due 
fait la guerre, est un jeune homme ehez qui la bra- 
voure est unie a la eandeur : ses vertus relevent I'eclat 
de son courage ; la corruption d'une cour ou regnaient 
la perfidie , I'adultere, le crime, n'a point encore em- 
poisonne son ame, trerapee de bonne heure dans les 
revers ; fils tendre , ami sur , loyal ennemi , il est I'espoir 
de la pa trie. 

Dans la crainte de I'union du due de Bourgogne 
avec le dauphin , I'ambassadeur anglais cherche a les 



LlT'l'feRAl'URE. 393 

perdre tous deux , durant une conference qu'ils doi- 
vent avoir pour la paix au pont de Montereau ; et, pour 
cet objetjil se sert de la reiue Isabelle, prete a raarier 
sa fille au roi d'Angleterre , qui se naontre en appa- 
rence un vainqueur plein d'une rare generosite. Cette 
reine , instrument de la politique etrangere, est une 
femme fiere , inconstante , souillee d'adultere , mere 
denaturee , revoltee contre son propre sang, abusant de 
la demence deson e'poux pour perdre I'Etat. EUese fait 
un jeu des attentats les plus noirs , pour ravir la cou- 
ronne a son propre fils et la placer sur la tete d'un 
roi etranger et ennenni, en lui donnant sa fille en 
raariage. 

Apres I'effroyable peinture des desordres de la cour, 
oil sont representes les favoris enrichis des depouilles 
des sujets , des princes egorges sans pitie , des fetes qui 
niettent la France en deuil , le due de Bourgogne fait 
a I'ambassadeur le recit des causes de la demence d'un 
roi dont le nom etait partout respecle; demence a la- 
quelle il a lui-meme contribue par un singulier et 
infame stratageme : 

Las de tant de licence, il courut la punir : 

Ses v^ssaus le suivaient : sa colere allumde 

S'indignait des lenteurs de sa pesante arinee : 

L'eelat le plus brCtlant du soleil de Tete' 

Fit bouillonner I'ardeur de son front irrite; 

Et son foagneux esprit, dont s'animaient les flammes , 

Ne r^vait qu'attentats , que pie'ges et que trames. 

Tout-a-coup, au detour d'un ravin enfonce, 

A travers son corte'ge un homme s'est lance' , 

Hideux, tout revetu de lambeaux execrables ; 

Et, pour le consferner d'augures formidables, 

Ayant saisi les crins de son noble coursier, 

« Arrete! on te trahit, » osa-t-il lui crier. 



32^ LITTER ATU RE. 

Un dard tombe avec bruit. Charle emu , plein d'alarmes, 
Sur sa troupe et ses chefs tourne en fureur ses urmes , 
Frappe , immole , et les coups de son glaive sauglaut 
Hevancent son regard de rage e'tincelant. 
On recule : chacuu evitant sa poiirsuite, 
Le respect de son rang force tout a la fuite. 



La raison , ce flambeau de la carritre humaine , 
Des-lors oteintc en lui , se rallumunt a peine , 
Ne sut plus le conJuire , et sa sombre vapeur 
Produit tanlot sa rage et tantot sa stupeur. 

Ce rocit fait desceiidre dans le cocur un interet puis- 
sant , soutenu par une pitie qui va durer dans une 
gradation, progressive, jusqu'a la fin de la piece. La 
demence , objet de compassion dans le sort com- 
mun deshomnies , donne au pathetique une force ex- 
traordinaire , quand elle frappe une tete couronnee ; 
elle prend alors une prodigieuse grandeur , surtout si 
de Lautes vertus , des actions eclalantes , et la bonte 
d'ame forment le caraclere du heros tragique : des 
larmes vont bientot couler. 

Cependant, de nouveaux malheurs, causes par le 
delireduroi, se preparent dans deux scenes opposees 
I'une a I'aulre, et traceesdans un dialogue energique : 
une reine doublement perfide va perdre le due de Bour- 
gogne et son propre fils , pour assouvir Tambition de 
I'Angleterre. Elle les entretient separement , eu fei- 
fiiant avec tous deux d'abjurer sa haine , de leur 
rendre son araitie , de vouloir se soustraire au joug des 
Anglais et retablir la France dans sa splendeur pas- 
see. Le due, qui connait la perversite de la reine, de- 
mande sa main , par suite d'un divorce avec le roi , 
pour gagede la reconciliation. La perfide reine a I'air 
de sacrifier son orgueil a celte indignite ; mais, pour 



LITTERATURE. SqS 

prix de ce sacrifice , elle exige que le due immole le 
daupliiii a leur vengeance commune ; qu'il lui tende 
des pie'ges dans la conference du pont de Montereau , 
et qu'il le jette impitoyablement dans les fers. Cette 
mere denaturee oppose aussilot le crime au crime : 
elle voit son fils; la haine el la vengeance sont au fond 
de son coeur. Mais I'oubii du passe , la reconciliation , 
une vive tendresse sont sur ses levrcs ; et apres avoir 
adroitement irrite I'aninaosite de son fils par le sou- 
venir d'outrages et de crimes recens , et par I'efFroi de 
I'avenir , elle lui propose d'assassiner le due , dans cette 
meme conference. A la vue de cet attentat qui ensan- 
glantera la paix , le vertuoux dauphin est saisi d'un 
trouble extreme. Alors , la reine, pour accomplirson 
horrible dessein ^ jette les 3'^eux sur Duchatel , ofllcier 
de la suite du dauphin, et dont I'ardeurpour le crime 
ou pour la vertu est egale , selon les circonstances. 

Pendant qu'ou medite I'execution de ce double at- 
tentat , I'interet varie et s'accroit au second acte. Ua 
chagrin profond agite I'ame du dauphin , qui vient de 
voir son pere plonge dans un affreux acces de de- 
mence , et qui ne I'a pas meme reconnu : situation 
neuve et dechirante pour le coeur du fils d'un roi. C'est 
a Duchatel qu'il confie sa douleur: 

Dans sa chambre introduit, des que j'osai paraitre , 
D'un ceil morne et sinistre envisageant mes traits, 
11 s'est tu devant moi : tremblant, je soupirais. 
11 ofTrait, demi-nu, Taspect de I'indigeriCej 
De ses cheveux souille's la Iriste negligence, 
Son immobilite, son maintien, sa pSleur, 
Etonnerent mes yeux fixes sur son malheur. 
J'etends vers lui les mains, et je I'approche a peine 
Que , le front colore d'une flamme soudaine , 
Maudissant les avgus dont il fut entoure, 
II me prend pour I'un d'eux ; moi qui, de'sespe're , 



3>6 LITXfeRATURE. 

Et d'un coeur filial partageant sa ddtresse, 
Ne venais qn'e'pier nn retour de teurlresse. 
rt Sors d'ici, porle aillcurs ton zele I'uricux, » 
M'a-t-il dit, transporte d'un acces curieux. 
J'en ai fre'mi : des-lors, en un cruel sourire, 
Atroce changement des traits de son delire , 
Sur moi son amertume a paru s'exhaler, 
Et par sa vois terrible il m'a fait reculer. 

Combien est touchant le tableau de cette entrevue ! 
les coiileurs en sont tristes , naturelles el vraies: ce 
qu'il offre de sinistre et de noir , est adouci par la douce 
esperance que Duchatel apporte au coeur du dauphin , 
en lui disant que I'instant approche , oil le roi a cou- 
tume de repreodre I'empire de la raison , et qu'il sor- 
tira du sonimeil de la demence pour voir le retour de 
la paix. Mais il lui revele que cette paix sera achete'e 
par le meurtre du due, assassin d'Orleans son maitre ; 
que la reine Fa choisi pour cet attentat , qui doit as- 
souvir son ressentiment , sauver le dauphin , et metlre 
■un terme a la guerre civile. La vertudu dauphin s'op- 
pose constamment a cet assassinat, quel que soit le 
fruit qu'il en puisse recueillir. II ne veut point souiller 
de sang un traite de paix , donner I'exemple du crime , 
Iroubler sa vie par des remords qui ne s'eteignent ja- 
mais. C'est a la vengeance des lois qu'il livrera le cou- 
pable. Ainsi , le prince demeure etranger an forfait ; 
mais la reine n'en poursuit pas moins I'execution de 
son atroce dessein; elle prete de nopveau ses fureurs 
a Duchatel , qui n'est que trop dispose a la servir. 

Le roi , qu'on attend avec une curieuse impatience , 
parail. II est accompagne d'Odelle, femme d'une ame 
bonne, sensible, qui lui prodigue les soins les plus 
genereux. La pitie , deja descendue dans le coeur , 
produit toLit-a-coup des sensations nouvelles. On cher- 



LIXXfeRATLRE. 327 

clie en vain ce prince illustre dans la guerre, plus grand 
dans la pais , environne des honimages et des respects 
de la terre; les regards etonnes s'arretent sur un fan- 
tome quisesurvit a lui-merae. C'estla demence assise 
sur le trone ; mais , cette demence o£fre les mines 
d'une raison superieure. Duchatel est la premiere per- 
sonne qui se presente au-devant des pas du rol qui le 
reconnait. Sa presence fait naitre dans un cceur en 
proie aux egaremens de la folie , des souvenirs tendres , 
mais pleins d'une apre melancolie. Les horreurs dont 
le due de Bourgogne se souilla dans le siege de Paris , 
se peignent a son imagination. II voit Duchatel sau- 
vant et emportant son fils dans ses bras. II lui rappelle 
cat heroique devouement ; mais, aussitot , par un con- 
traste frappant , sa reflexion se reporte sur son e'tat 
d'ignominie, d'indigence , d'abandon ; et Ton voit un 
roi reduit a demander un cercueil a la pitie de celui 
qui sauva son fils au berceau ; idee sublinae , et admi- 
rablement rendue par ces mots : 

lis m'ont prive de toutj vivant, m'ont de'laisse t 
IVlort, aurais-je leurs pleurs?... 

Odelle observe avec attention les mouvemens de 
I'ame de son maitre ; elle craint que des emotions 
trop violentes ne dechainent sa fureur; et sa crainte 
impose silence a Duchatel , qui maudit le due de Bour- 
gogne, auteur de la demence du roi. Charles epanche 
son ame soufFrante et egaree aupres de I'amie qui 
adoucit son infortune ; et c'est dans ces epanchemens 
que le coeur humain se montre sous un aspect aussi 
sombre que nouveau : 

Dieu cre'ateur! qui seul nous fais ce que nous sommes, 
Degrades-tu si bas U majeste des hommes , 



328 LiTrfcRATURi:. 

Pour nous niieux aveiiirdc nc point I'oiiblter, 

Et sous tes cliatimcns nous tnieux luiniilier? 

Rien n\sl done srtv pour nous, sous ICmpire celeste.. . 

Ah! frai;ilrs liumains, vous \oiis epouvanlez 

Des prompts rrnverst-mens do vos prospi'rite's! 

C'est peu de voir toniber vos ^randeius, vos fortunes, 

Ijc coura<;e souliunt des perles si conimunus : 

Mais, decliusde raison, implorcz le tombeau, 

Avaiil cprainsi vos pas s"egarent sans flambeau. 

Ces retloxions contluiscnt sa pensee vers ses enfans ; 
il s'aflfligede n'avoir pas lecoiiiiu son fils , de ne I'avoir 
pas accueilli par dc tendres embrassemens , ce fils a 
qui appartient un trone donl un pere a ete precipite 
par la demence. Le mariage de sa filie vient occuper 
sa tendresse ; il se nourrit de I'espoir que celte union 
etoufFera le feu de la guerre civile ; raais, aussilot , par 
un retour dechirant sur lui-meme , il s'ecrie : 

Mais , sierait-il qii'un spectre allSt par ses douleurs 
Attrister les autels orne's pour toi de fleurs, 
Et, sous I'heureux eclat des flambeaux d'hymenee, 
Monlriit aveuglenient sa pSIeur couronnee? 

Son coeur ne cesse de nourrir de douloureux souve- 
nirs. Une princesse qu'il aimait avec passion , Valen- 
tine, veuve d'Orleans , egorge , dans les guerres civiles , 
parmi d'autres princes de la cour , ne fait qu'accroitre 
salanguissante et sauvage melancolie. Ellene s'adoucit 
que par les pleurs d'Odeile , dont la touchanle amitie 
lui inspire ces vers , oil sont traces avec tant de deli- 
catesse et de charme les vertus des ferames : 

Je me perdrais sans toi , guide aimahic et fidele! 
O femines! de vos soins adorables etfels! 
La vie humainc entitre est due ;i vos bienfaits. 
A rheure du declin , comme des la naissance, 
Votre sexe estl'appui de notre double cnfancc^ 



LITTERATURE. 37.9 

Et , de nos jours sereins prolongeant le tlambeau, 
Berce encor nos douleurs ans portes du tombeau : 
Vos secours, votie sein et vos bras nous attendent : 
Les c.oiisolatioDS de vos levres descendi^nt. 
Quand nous a fni Tjmour et meme I'arnitie, 
Dieu , pour nous , dans vos cceurs met encor la pitie'. 
Angos de charile dans les pieux asiles, 
Qu'au lit des rois soufl'rans vos vertus sont utiles ! 

A la vue du due de Boiirgogne , son indignation se 
souleve ; il lui reproche ses crimes , I'accable des noras" 
les plus odieux , et predit sa mort. Cette prediction 
epouvante le due, qui est d'ailieurs averti de son peril 
par tine Jetlre. 11 ne voit plus dans Charles un prince 
qui est prive de la raison ; mais un organe des enfers. Ce- 
pendant, ilrappelle son courage accoutume; sa terreur 
s'evanouit. II se rend au pont de Montereau , pour 
perdre le dauphin. 

Durant cette conference, la reine qui les a engages 
a se tendre mutuellement des embuches, est tourinen- 
tee d'une inquietude extreme , ne sachant de quel cote 
triomphera la sceleralesse. Sa confiance se repose da- 
vantage sur Duchatel, dont le bras est exerce au meui- 
tre. L'ambassadeurd'Augleterre vientlui annoncer que 
Fun des deux a succombe. Apres I'affreux reeit de la 
mort du due frappe par Duchatel , I'ambassadeur , en 
habile politique , saisit cette circonstance , pourcju'elle 
rejette la noirceur de eel assassinat sur le dauphin , 
et fasse signer un traite qui Texclut de la couronne , 
qu'on fera passer a I'enfant qui naitra du mariage de 
sa fille avec le roi d'Angleterre. 

L'assassinat du due ayant cause un turaulte efFroya- 
ble dans la ville , Charles , abandonne aux soins d'O- 
delle , s'echappe dans un aeces de fureur; il est errant 
sous les murs du chateau. Son egareraeiit le conduit 



33o • LlTTfeRATURE. 

pres de la reine, qui , pour rester seule avec lui , fait 
sortir Odelle. Ici se passe une scene pleine d'effroi. C'est 
le conible de Tart d'avoir mis un roi , dont I'aliena- 
tion d'esprit ne dement point le noble caractere, en 
presence d'une reine dont riea n'egale la fourberie, si 
ce n'est sa cruaute. Le delire du inonarque est tcl 
qu'il se croit seul , quoique la reine re'ponde a son 
discours : invention d'un genre neuf et d'une dif- 
•ncile execution. £gare dans les labjrinthesdc Ja folic, 
il s'irrite et s'etonne d'etre prisonnier dans son palais ; 
mais son etonnement cesse , lorsqu'il songe qu'il est 
au milieu d'une cour oil regnenl i'etranger , la per- 
fidie et le crime ; oil mille trames sont ourdies pour 
son abjection. Son bras desarme assure I'impunite ; il 
se voit en proie a la haine , a I'insulte, a I'abandon, et 
cette terrible verite sort de sa bouclie: 

Un roi n'a point d'ami ; c'est le malheur du trone. 

Tout-a-coup , son discours est rompu ; on ne trouve 
aucune liaison dans ses idees ; c'est bien la demence 
surprise sur le fait : 

Aux heures du sonitneil pourquoi me reveille-je? 
La unit couvre ces murs... Quelle est sombre!.. R^ve'-jei' 
]Von, j'agis; iion, je marche. .. Ab! j'ignoreen quels lieux... 
Que mon front est pesant? quel voile est sur mes yeux! 

Une melancolie sinislre accable son imagination et 
s'exhale dans des paroles entrecoupees , qui partent 
d'un coeur rongc par I'amertume. Cependant, il aper- 
foit une personne qui converse avec lui. La demence 
le fait tomber dans une etrange meprise. Sons les traits 
de la reine , il voit Valentine qu'il aima dans les belles 
annees de sa vie; ii oublie qii'elle a expire, victime 
du chagrin ou du poison. La surprise de la reine se 



LirrERATLRE. 33 r 

change bientot en frayeur ; lorsque son epoux lui pre- 
dit une luort execrable , en lui rappelant le supplice de 
Brunehaut: 

Les grands qu'elle opposait en coupablcs rivaux, 
Uniseniin contre elle, ont, aiix pieds des clievaax, 
Siir des ronces, traine sa dcpouille abliorree, 
Qu'en lambeaux tout sanglans le j)euple a dechire'e... 
. Noir exemple ou du ciel c'clate la riguoiir ! 

Cette prediction la glace d'horreur , d'autant mieux 
que celle de la niort du due veuait de se realiser sous 
ses yeux. Ici la terreur se joint a la pitie ; et cette ter- 
reur redouble, lorsque Charles s'assied , et arrete, dans 
un moment de calme , des regards iminobiles sur une 
reine doat le coeur est petri de fiel et de crime. Ce 
calme precede un violent orage , qui s'eleve dans son 
ame , lorsqu'il apprend que le due a ete assassine , 
parce qu'il voulait faire la paix et marier sa fille au 
roi d'Angleterre, et que I'assassin est son propre fils. 
Des parricides , des trahisons , des princes noyes dans 
leursang, des attentats nouveaux, se melant a I'imagt? 
charmante de I'innocence de sa fille , environuent la 
scene d'affreux nuages. Les tourmens de Charla> font 
succomber son ame sous la violence d'un acces de de- 
mence , et le livrent aux perfidies de la reine , qui va 
lui faire signer I'acte remis par I'ambassadeur anglais ; 
mais il n'a pas plutotjele les yeux surcetacle d'op- 
probre et d'infamie , qu'il se reveille de sa stupeur. Sa 
fureur est a son comble. Les gouflres de I'enfer appa- 
raissent a son imagination frappee de terreur; et, parmi 
les ombres infernales , il rencontre Isabelle. 

Je dois m'arreter sur cette rencontre, parce qu'elle 
me parait le dernier effort de I'art : c'est le plus beau 
passage de la plus belle scene de la tragedie. Charles 



33a LITT^RATURE. 

commence par iine apostrophe vehemcntcaux courti- 
sans perfides , aux arabitieux qui se tourmentent , s'a- 
gilent ets'egorgent pour de vaiiis tilres et de vains hon- 
neurs ; aux ministres pervers qui se sent enrichis des 
depouilles descitoyens ,qui out proscrit Thonime juste, 
qui ont fait couler les larmes de la veuve et de I'orphe- 
lin, qui se sont souilles de trahisons ou de meurtres , et 
dont les hurlemens dans les enfers n'apaiseront point 
les plaintes de leurs victimes. Le speclateur est ainsi 
prepare a I'emotion de'cliirante produile par tout ce 
que Charles va dire a la reine : 

Et comment a mes yeiix foses-tu presenter , 
Teme'raire Isabelle?.. Est-ce pour m'lnsulter? 
Est-ce dans le dessein d'arrachcr aux supplices 
Des princes sans honneur , tes fcroces complices':'.. 
Si j'en crois tes discours, men esprit est blesse... 
Examine mes traits... Dis : qu'ai-je d'insense? 
Est-il done e'tonnant que men ceil soit farouche, 
Voyant un monstre aflreux qu'aucun remords ne touche.^' 
Quel desordre e'gare t'effraie en mon regard?.. ~ 
Jamais sur les mortcls levai-je le poignard? 
Si je pleure en ma cour lout le sang qui Tinonde, 
Est-ce un dere'glement, que ma pitie profondc? 
Le delire est aux cceurs qui , dans un froid repos , 
Excusent Thomicide , et taisent les complots... 
Mais, moi, j'ai bien Thorreur de tes lilchcs maximes, 
Bien I'amour des vertus , bien la liaine des crimes... 
Quelle est ma de'raison? Parle... Pourquoi trembler? 
C'est toi dont la froiJcur doit faire reculer... 
Toi qui souillas mon lit, qui de'gradas mon trone ; 
Toi qui vendrais TElat , et jusqu'a ma couronne j 
Toi, fille de discorde , et qui , par tes forfaits , 
Dans I'usage du crime as su trouver la pais : 
Va t'asseoir aux enfers , nouvelle Fredegonde : 
La , ton arret t'attend pour I'esemple du monde. 

Energieetprofondeur de pensees , beaute des images , 



LITTERATURE. 333 

eris de donleur et de fremissemeut coiitre le crime, 
accens passionues de la vertu , tendre amour du pays , 
horribles imprecations centre I'aiiteur des calamites 
puljliques : tout se trouve reuni dans cette scene, 
comtne daus le foyer d'un vaste embrasement, dont 
les flammes repandent au loin la pitie et la terreur. 
Cest dans cette situation tragique, oil Charles s'ima- 
gine voir Isabelle dans les enfers, que le visage de 
Joanny , qui devait remplir le role du roi , se couvre 
d'une fureur noire: ses traits, de I'etat d'immobilite 
oil renchaine le courroux comprime de la demence , 
s'animeat tout-a-coup , et avec une telle impe'tuosile, 
que sa voix semble tonner dans les profondes cavernes 
de la mort. Son regard est etincelant d'une sombre 
rage; il recule epouvante. Son aspect a je ne sais quoi 
de funebre et de redoutable ; au point que , pendant 
les repetitions , et sans aucun prestige theatral , un fre- 
missement iuvolontaire s'emparait de toutes les per- 
sonnes employees au theatre. Qu'on se figure TefFet 
qu'aurait produit cette situation sur les spectateurs. 

Apres une pareille scene , I'ame a besoin de repos. 
Le voyageur , fatigue des beautes sauvages , terribles 
et imjjosantesde la nature , se plait dans un tranquille 
vallon. Le dauphin conserve toujours la candeur de son 
caractere, dans un entretien avec Duchatel sur I'as- 
sassinat du due de Bourgogne ; assassinat qu'il avait vu 
et qu'il voit encore avec horreur. Comme les lois sont 
arme'es pour punir cehii qui les outrage, la sceleratesse 
du due n'est pas pour lui une excuse ; il exile de sa 
presence Duchatel qui n'eprouve aucun remords, etqui 
veut servir encore son prince , avant de s'eloigner. 
Bienlot il aura la genereuse audace de le justifier, ea 
preaant sur lui seul tout I'odieux de sou forfait, et en 



334 LITTERATUKE. 

disant avec fierte, devant Charles et ses compagnons 

d'armes : 

La liaine en vain impute un tel meurlre a sa gloire : 
]Vloi seal je I'ai coromis ; j'en charge ula mcmoire. 

Le roi rcparail ; sa raison a lepris son empire : ses 
velemens souilles el dechires sont remplaces par la 
pourpre et les orneniens de la royaute ; son regard , son 
air, sa dc'marclie , son langage , sont assures Ainsi , 
Charles est presenle sous ce double aspect : d'abord, 
dans un etat de denience progressif et traverse de quel- 
ques eclairs de luniiere ; ensuite, jouissantde toutesses 
facultes intellectuelles, sans que la folie altere la 
beaute de son caractere. Amour de la vertu , haine 
du crime , tcndresse paternelle , horreur pour la domi- 
nation etrangere , zele ardent pour la gloire et le 
bouheur de la France: voila les pre'cieuses qualites , 
ornement de I'ame d'un roi , qui , s'il pouvait renaitre , 
s'indignerait encore du dernier outrage qu'on fait a sa 
memoire , en lui defendant I'entree de la scene. Tou- 
jours les maux de I'empire sont presens a sa pensee. 
Celte fois , c'est dans le sein d'un fils vertueux appele 
au trone , qu'il depose ses noires anxiete's. A peine lui 
reste-t-il un souvenir confus de tout ce qu'il a dit ou 
fait dans les scenes precedentjes. II apprend qu'il a signe 
I'arret de I'exil de son fils , faussement accuse d'avoir 
trempe ses mains dans le sang du due ; c'est alors qu'il 
adress« undiscours rempli d'une eloquence pathetique, 
oil se trouve I'e'panchement du coeur d'un pere pro- 
fonde'ment malheureux et indignement trompe : 

Plains-mo' ! ne me hais pas I excuse un triste pere , 
Demandant ton pardon, dementant sa colere... 
Et priant ta vertu, mon fils, de surmonter 
Jus(]u'aux secrets raepris qu'il a pu mcriter. 



LiTTfeRATURK. 335 

Cet entretien da pere et du fils est interrompu par 
Duchatcl : Jl vient annoncer que la garde de la reine 
assiege Tune des portes du chateau, pour surprendreet 
arreter le dauphin , qui court sur-le-champ aux armes. 
Duchatel a Vassemble sa garde, et va racheter par la 
valeur le crime qu'il vient de commettre. 

La reine assemble son conseil. Sa politique artificieuse 
represente la France desolee par la guerre civile , vain- 
cue par I'Angleterre ; ses princes divises , assassines, 
tour a tour oppresseurs et opprimes ; Bourgogne , I'es- 
poir de la patrie , tombe dans une enibuche mortelle 
dressee par le dauphin : elle ajoute que I'aurore d'une 
paix ensanglantee etait pire que la guerre ; que la sa- 
gesse lui prescrivait d'unir sa fille au roi d'Angleterre , 
de placer sur la tete de I'enfant qui naitra de cette union, 
la couronne dont le dauphin s'est renduindigne. Charles 
se montre d'une maniere inaltendue dans ce conseil , 
et y parle en maitre ; il protege I'innocence de son fils , 
quisaura vaincre I'Angleterre. Mais, un nouveau sujet 
d'alarme et de desespoir s'erapare de cet infortune ino- 
narque, lorsqu'il apprend qu'il a signe I'acte qui 
livre la France. C'est dans cette circonstance que Tam- 
bassadeur anglais parle plus que jamais de vertu , de 
moderation, de generosite , pour mieux deguiser la 
trahison. Le roi Ic penetre , fait eclater sa colere, et 
s'abandonne a I'amertume du desespoir. Le daujjhin , 
esperant relever la fortune de la France dans les com- 
bats , vient adresser des paroles menacantes au conseil , 
el proteste hautement centre son exheredation. Mais 
la raison n'a prete sa lumiere a Charles , que pour lui 
faire mesurer avec plus d'effroi I'abime oil la France 
est plongee ; ce qui cause un tel ebranlement dans 
son cerveau , que ses forces I'abandonnent , et qu'ii 



336 / LITTERATURE. 

rentre dans les horribles labjrinthes cle la dcinence , 

en s'ecrianl : 

Pleurez!.. non les lourmens d'un prince qui snccombe, 
Mais le spectacle affreux d'un empire qui lombe. 

Ainsi se termine Taction de la piece , dont le sujet est 
la France vendue a rAngleterre. C'est parce qu'on n'a 
ni soigneuseinent analyse, ni profondf'nient inedite la 
tragediede Charles VI, que Ton a pretendu que celte 
piece n'avait pas de fin ; et que, d'ailleurs, elle pechait 
par defaut d/unite d 'action , la mort du due de Bour- 
gogne ayant lieu entre le deuxieme et le troisieme 
acte. D'abord , la protestation du dauphin, et I'espe- 
rance de le voir un jour couronne > loin de prolonger 
Taction, prouve qu'elle est acconiplie ; car on ne pent 
pas protester centre un evenement qui n'est pas arrive; 
et, si cet evenement est accompli , le denouement ne 
laisse rien a desirer ; d'autantmieuxque la restauralion 
du dauphin, sur le trone, est un autre evenement inde- 
pendant, soumis aux hasards de la guerre. 

La mort du due ne forme pas duplicite' d'action , 
parce qu'elle n'est qu'un incident: lien ne finit apres 
cette mort. Le roi n'a pas encore signe Tacte de tra- 
hison ; et, apres avoir signe cet acte, la reine ne Ta 
pas encore fait approuver dans le conseil. Cette sanc- 
tion etait le denouement naturel de la piece ; denoue- 
ment qui devient une nouvelle source d'interet et frappe 
Timagination , parce qu'il est environne des prestiges 
de la demence d'un roi , qui n'ouvre les yeux a la lu- 
miere de la raison , que pour voir la France sous le 
joug odieux d'une domination ennemie; d'un roi qui 
represente, en quelque sorte, la patrie entiijre victime 
dans sa propre personne. A. Metral. 



LiTllllATURE. 337 



Anthologie arabe, ou Choix de poesies arabes 
inedif.es, traduites en francais , avec le texte en 
regard y et accompcignees d'une version litterale ^ 
pari. Humbert, de Geneve (i). 

« Erf publiantce recueil, ditM. Ilumbertdans sa pre- 
face , moa but a ete d'oifrir a ceux qui commencent 
I'etude de la poesie arabe , des morceaux de vers moins 
difficiles que ceuxqu'on a imprimes jusqu'a ce Jour.... 
On pourra me reproclier , ajoute-t-il un peu plus loin, 
de n'avoir pas fait un choix assez severe ; d'avoir im- 
prinie plusieurs more aux infecles de jeux de mots et 
d'enflure — Mais je voulais fa ire connaitre le goiit des 
Arabes, tel qu'il est reellement, et uon publier des 
poemes oii le goAt e'jjure des Europeens n'eut rien 
a reprendre. » 

Ces deux passages, reunis, sembleraient annoncer que 
M. Humbert, en composantce recueil , a voulu le faire 
servir a deux eboses distincles , bien qu'assez etroite- 
meut liees I'une a I'autre: d'abord , a faciliter I'etude 
de la poesie arabe, quia efFectivement grand besoin 
de I'etre; et, de plus, adonner une idee du goiit et du 
genie qui caracterisent cette poesie, et la distinguent 
de celledes autres peuples asiatiques, presqu'aussi net- 
tement que de eelle des Europeens. 

Mais, il ne faut pas prendre trop a la leltre cette 
derniere partie du dessein de M. Humbert ; ou bien il 

(i) Paris, 1819. I vol. in-S". Impriraerie royalc. Treuttel et 
Wurtz, libraires, rue de Bourbon, n» i", 

TOME VIU. 22 



338 LITT^RATURE. 

faudrait avouer qu'il ne I'a pas remplie. II s'en faut 
bieei , en effet , que le choix de poesies aiabes public par 
lui soilassezricbeet assez varie, qu'il soil concu comme 
il devrait I'etre , pour donner une idee generale de la 
poesie arabe. Cette poesiea eu , comme le peuple dont 
elle est la creation , ses epoques de vigueur, de jeunesse 
et de gloire, oii les jeux d'esprit, qu'on lui reprocbe 
niaintenant , lui furent etrangers ; et nieme a dater 
des terns oil le mauvais gout a commence a s'y intro- 
duire , il s'en faut bien que Tenflure et la recbercbe 
soient le caractere dominant de loutes ses productions: 
il en est un tres grand nombre oii ces defauls ne pa- 
raissent que comme des taclies accidentelles et locales, 
a travers des beautes francbes, pures et hardies. 

II faut done, pour rendre justice au travail de 
M. Humbert, se borner a le considerer relativement a 
son objet evident et principal : celui de rendre plus 
agreable, et en meme tems plus aise'e, I'elude de la 
poesie arabe. C'est sous ce rapport qu'il merite la re- 
connaissance des orientalistes. 

L'Anihologie arabe de M. Humbert est divisee en 
deux parties distinctes , dont la premiere renferme le 
texte original des morceaux sur lesquels il a travaille. 
Ces morceaux sont au nombre de soixante-cinq , qu'il 
a tires, la plupart, des Mille et une Nuits. Plusieurs 
sont extrails d'une Anthologie poetique compilee par 
Soj-oitti , et tres repandue dans I'Orient. Quelques-uns 
ont ele fournis par les nonibreux recueils des poetes 
arabes d'Espagne. D'autres enfin appartiennent a la 
precieuse collection, si ceiebre parmi les orientalistes, 
sous le titre des Hamasa. II eut ete facile a M. Hum- 
bert de mettre plus de variete dans le choix de ces 



LITTER ATU RE. 33$ 

niorceaux , et de le rendre plus piquant ; mais il semble 
avoir ete gene, ii cet egard, par la crainte de trop mul- 
tiplier , dans sa collection , le nombre des pieces diffi- 
ciles ; ce qui eut ete direcleraent cotitraire a son projet. 

Le texte de chaque piece est accompagne d'une note 
qui en indique le metre, sulvaut les formiiles de la 
versification arabe , et d'une traduction francaise , que 
les oricMtaliste^ eux-niemes airoeront a rapprocher 
de I'original. Cette traduction sera particuiierement 
agreable a ceux qui, sans savoir I'arabe , voudraient 
neanmoins se faire (juelqu'idee du ton et du gout 
qui regnent dans une grande multitude de composi- 
tions poetiques eu cptte laiigue. 

La seconde partie du travail de M. Humbert , speciale- 
ment destiiie'e aux orientalistes, en est la plus elendue, 
comme la plis importante. El!e renferme une version 
latine de cliacune des soixante-cinq pieces du recueil ; 
version accompaguee de notes de tout genre, principale- 
ment destinees a faciliter I'intelligencedu texte auquel 
elles ont rapport. Cette simple annonce rnontre assez , 
ce me semble, que I'auteur n'a neglige aucun moyen 
d'etendre ou d'assurer I'utilite de son travaiL 

Outre I'avantageaccessoire d'etre iinprime avec beau- 
coup d'elegance , le texte de cette anfhologie arabe 
a le merite plus important d'etre remarquablement 
correct. La version latine est ce qu'elle devait etre , 
pour repondre aux vues du traducteur, et au besoin 
des commencans ; c'est-a-dire, exacte et aussi litterale 
que possible. Les notes sont nombreuses, variees et 
toutes interessantes et utiles ; les unes, sous le rapport 
philologique ; les autres, comme renfermant des traits 
curieux sur la litte'rature, I'histoire et les moeurs des 



34o UTTERATDRE. 

AraLes en general. Plusieurs sont agreablement entre- 
mclees de fiagniens poetiques, qui foruientunesorle de 
supplPHiont aux pieces dont se compose le corps meme 
du recueil. Que!ques-uns de ces fragnieiis , aiusi epars 
dans les notes qu'ils enrichissent, sont empi untes de la 
langue et de lapoesie des Persans, et peu\ent donner 
lieu a des rapprochemens agreables entre le genie 
poetique de ce dernier peuple et celui des Arabes. Ce 
n'est pas tout : quelques-unes des pieces les plus in- 
teressatites du recueil ont inspire a M. Humbert I'idee 
de les traduire en vers grecs. Ces traductions se trouvent 
aussi parnii les notes , et font preuve, dans leur auteur, 
d'uu sentiment delicat et exerce de la langue et du 
style d'Anacreon. 

Quant a la version franyaise des textes de cette an- 
thologie , elle est elegante, animee, et peut-elre aussi 
concise que puisse I'etre une traduction franfaise de 
vers arabes. On y trouve bien 9a et la quelques passages 
qui seraient susceptibles d'etre entendus autrement 
qu'ils n^ I'onteteparM. Humbert ; niais cela etait ine- 
vitable dans la version de pieces pleinesde jeux d'ima* 
gination ou d'esprit, si bizarres ou si hardis, que Ion 
ne saura t etre toujo'ttrs bien assure d'avoir rencontre 
la veritable peusee de I'anteur, en adoptaut celle qui 
s'est presentee comme la plus natureile ou la inoins 
obscure. 

On pourrait aussi noter , dans la traduction dont it 
s'agit , quelques traits qui ne rendent pas avec toute la 
justesse possible, les traits correspondans de I'original , 
lors meme que le sens de cfeux-ci n'a rien de douteux. 
Aiusi, par example, M. Humbert a compris dans son 
choix un fort beau laorceau des Hamasa , dont il tra- 



Ln'TERATURE. 341 

cluit ainsi le premier vers : « Tai dk ii mon ame : 
marchons mi cfl>jr/>at ; ct dtja rile s\-m>ole , saisie de 
frareur ^ aVidte. dts Iwros eniiftnis. » Pour ctre exact, 
il aurait fallu dire : « J'ai dit a mon anie , mt moment 
oUelles'envolail, etc., » 011 qaelque chose d'equivaient. 
Mais ce sont la des itiexactitudes bien legeres ; et je 
n'en ai point rencontre d'un genre plus grave. 

Je presume faire une chose agreab!e au lecteur,'pn 
le mettant a portee de juger hii-meme , an moins par 
un evemp'e, du style da is l«quel M. Humbert a rendu 
des originaux touiours difficiles a traduire , et souvent 
intraduisibles. Voici done une des pieces de son recneil, 
qu'il a donaee sous le titre d'Elt^gie d'un Jrahe 
d'E.spagne. Get Arate , revenautde Damas ou '^ a fait 
que'que seiour, adresse aux amis q I'i! y a Ifa;ssPS 
I'expression des lendres regrets que lui inspireut et le 
souvenir de leur amitie , et celui des cliarmes de 'eur 
pays : 

» mesbons amis de Damas , n'airai-j" done aurune 
nonvelle de vos contrees cheries ! car le feu du desir 
brule mon sein et le consume. Un espace immense me 
separe de vous ; mais, j'en attesle Dieu meine ! depuis 
I'instant oil je vous ai quittes , mes yeux n'ont eu de 
plaisir ni a se ferraer an sommeil , ni a s'ouvrir a la 
lumiere — Qaand je me rappelle ces jours de bouheur 
routes delicieusement pres de vous , mon coeur est sur 

le point de se briser Quel n'etais-je pas alors , au 

matin, dans le vallon de Niren ; dans ce vallon oil les 
fleurs ne cessent de sourire , arrosees des larnies du ciel ; 
oil roucoulent les colombes , oii se balancent les ra- 
meaux , oii les torrens et les arbres font ouir sans cesse 
un agreable murraure ! Et cetle plaine au pied des 



34a LlTTERA'l'URE. 

monls ! oii sont les soirees cle bouheur qu'elle a fait 
naitrepour luoi , et dontune seule valait, amesyeiix, 
line vie tout entiere ? Plaiiiecharinante, que Dieu t'ar- 
rose du tribut de mes lanucs !... » 

Du rcste, en facilitant I'elude de la poesie arabe , 
M. Humbert a fait,parcela seul, quelque chose quidoit 
contribuera etendreet a perfectionnerl'etudede I'arabe 
meme. L'on ne peuten effet, a ce qu'il me semblc, avoir 
une idee complete de I'etonnante abondance de cette 
langue, de son inimitable energie, des nuances aussi pre- 
cises que delicales de sentiment et de pensee aux- 
quelles elle se prete, si on ne I'a pas etudie'e dans les poe- 
sies qui en sont la principalerichesse, et les monumens 
les plus anciens et les plus caracteristiques. Les con- 
naissances , I'exactitude et le goiit dont M. Humbert a 
fait preuve, dans ce premier fruit de son etude des lan- 
gues et des lettres orientales, font desirer qu'il y perse- 
vere, etautorisent a esperer qu'il s'y distinguera. 

F. L. 



**vvVVvvv«wvvvvvvvvvTV^\'Vvv\^^(Vvvvv\vvvv\'v\^^v\\vvv\^^'V\'Vv\vvv^'vvv\^\vvv^A/\\v*^ 

III. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 
LIVRES ETRANGERS (i> 



AMERIQUE. 

ETATS-UNIS. 

joi. — JVoith Americnn Review and Mhcellnneous Journal. — 
Revue de rAmerique du Word , et Journal de Melanges. Boston , 
i8'-o. HiUiard et Metcalf. IN" XXVI. 

Cette Revue parait tons las trois mois, et deux cahiers for- 
ment un volume de 420 a 45o pages. Fllle se recommande par Je 
bon choii et la sage distribu'ion des matieres. Etrangere a toule 
secte religieuse exclusive, cotnme a tout esprit de parti politi- 
que, elle s'occupe seulement de la discussion des siijets qui sent 
d'un intcret ge'ne'ral , et particulierement de rexatnen desouvrages 
publics dans les Etats-I]nis. 

Le N" XXVI contient les articles suivans : Me'naoires historiques 
des e'tudes et des productions du docteur G. Bernardo de Rossi , 
professeurde langues orientales, e'crits parlui-meme^ — Paysages 
du Mississipi ; poetne descriptif de I'inte'rieur de TAmerique sep- 
tentrionale, par Charles Mead, citoj^en des Etats-Unisj — Dis- 
coiirs sur diffe'rens sujets , par Jeremy Tatlor, chapelain ordi- 
naire de Charles l", et eveque de Down et Connor; — les Aventures 
du capitaine GoLOWNTN, de la marine russe imperiale, durant 
son emprisonnemtnl chez les Japonais , en 1811, i8ia et i8i3; 
avec ses observations sur I'empiie du Japon et sur ses habi- 
tans, etc.; — les Souvenirs de Curran et de q«elques-uns de ses 
contemporains , par Charles Phillips , e'cuycr ; — Quelques de'ci- 
sions importantes rendues par des Cours de judicature des Etats- 
Unis ; — Procede's et rapport des commissaires pour I'Universite 
de Virginie, presentes le 8 de'cembre 1818; — Substance de deux 
discours prononces au Se'nat des Etats-Unis, par Thnnorable 

(i) Nous indiquerons, par unaste'risque (*) place a cote du litre 
de chaque ouvrage , ceux des livres etrangers ou francais qui 
paraitront dignes d'une attention particuliere, et dont nous 
rendrons quelquefois compte dans la section des analyses. 



344 LIVRES ETRAKGERS. 

Hufus King , dc New- York , a I'occasion d'un acte intitule' Alis- 
iouri-BiU , relatif a I'escLivage des noirs dans eel Etat; dlscours 
reniarquahlesparcetteprofondeiirde vuesqiii raracterise Phomme 
d'Etat , et par la saine pliilosophie sur la((ui;lle elless'appuient; — 
IVl?'moire sur le commerce ct ia navigation de la mer INoire, et sur le 
commerce ct la ;;eographie marilime df. la TurquiectderEgypte; 
par Ileiiry A. S. DEAnnoRN; — Meniaircs de la vie el des campa- 
gnes de Thonorable ^Nathaniel Greene , major-gr'neral dans I'ar- 
me'e des Elats-Unis , ct commandant du departement me'ridional , 
pendant la guerre de la revolution 5 par ^Aa/'/ei Caldwell, D.M.; 
professeur d'histoire nalurelle dans llJniversile de Pensylvanie; 
— Sermons du feu reverend F". J . Buckmikster, avec une notice 
biographique le conccrnant. 

Wonsespe'rons pouvoir, dans le cours de ranne'eprochaine,ela- 
blir des relations plus suivies avec I'Ame'rique du Word ,et rendre 
compte du contenu des principaiix recueils de lilterature et de 
sciences publics dans ces contrees. 

ASIE. 

CHINE. 

jb5. — Snn tsae tot) h-wuy. ■ — Recueil de gr&vures sur les 
I'rbis departemens des sciences , savoir : le del , la terre et I'hom- 
ine. Pekiii. 64 vol. in-8°. 

On donnege'neralementa cetouvrage, en Europe, le-nomd'En- 
Cyclopedie chinoise , quoiqu'il ait peu de droit u ce litre, n'etant 
qu'un recueil de figures suivies de courles explications. 11 fut 
compose' par Wang-Hung-Chow, qui oecupait un rang distingue 
datis la litterature , sous leregne de Wan-Leih ( en 1600 ). Ce fut 
Vers cette ep'jque , que les Europe'ens visiterent la Chine pour la 
premiere fois, depuis la dccouvertedu cap de Bonne-Espe'rance, 
et il est park' dans ce recueil des fusi's d'Europe. L'auleur se fit 
aider dans son travail par son fils , qui partageait son goflt pour 
les lettres. Le but qu'il semble s'rtrc propose , est de decrire les 
objets in pie'seut-ant a Foeii leur copie exacte. Aussi, l'auleur de 
la preface dit-il que le savant Wang-Hung-Chow « a place les 
figures a gaurlie ct ^^.•s livres a droitc ; » ce qui signifie que des 
representations exactes doivent toujours prec^der les explica- 



LIVRES ETRAINGEKS. 345 

lions. II ajonte « que les gravures sont Tessence et I'csprit d'lin 
livre; ce (|ui lui donne de la vie. » 

Les sujets sont ranges dans Tordre suivant: \° rastronomiej 
2" la geographic; 3" poFfrails di' personnages e'minens , et des 
diflerentes tribns d'hommes dc cliaque region; 4° les mysteres du 
Cycle et de Pa-Kwa ; 5° I'architertare ; 6° rameuhlement, les 
uslensiles de menage , les instrumi'ns propres au jardinage, a la 
pecbe , a la guerre; les armes, etc.; 7° grarures d'analotniej 
8° parties des vetemens, robes, manteaux , etc.; 9" les ech<-cs , 
et aufres jeux ; io° anciens caracteres chinois ; 1 1° la bot.iniqite 
et rhisloire naturelle de difloren? pays; 12" Tart de boxer et de 
fairedes armes; i3'^ I'exercice du sabre; i^^'a danse du menact; 
iS" differentes attitudes, et secrets pour fortilier la «ante' et 
prolonger la vie; 16° les combats de tauruaui, de coqs, et 
antres amusemens du meme genre; 17" me'dailles et pieces d'ar- 
gent gravc'es. 

Telle est a peu pres la division des Sujets dont traite le San 
tsae too hwuy. Chaque gravure est accompagnee d'unc expli- 
cation qui rend Touvrage amusant et instructif. On assure que 
les planches en sonl perdues, et qu'on ne peut s'en procurer 
d'exemplaires qu'avec beaucoup de peine et a un prix exorbitant. 
Cependant, il en existe quelques exemplaires en Anglctene et 
sur le continent. 

EUROPE. 

ANGLETERRE. 

io3. — General Zoology; or systetnatic natural history ; etc. 
— Zoologiege'ne'rale, ou Systemed'histoire naturelle; commence'e 
par feu Georges Shaw , membre de la Societe royale de Lon- 
dres , el continuee par J. Stfphens ; orne'e de gravures. Londres , 
1820. Walker. Vol. XI; parties i et 2. 1 vol. ia-S". GS6 pages. 
Prix, 2 pounds, 12 shellings 6 pence. 

L'etendue progressive des decouvertes et des observations , 
dans I'etude de rbistoire naturelle, a fait sentirle besoin d'j^in- 
froduire un systeme d'ordre pins rigoureu* que la nomen- 
clature de Linnee. Les naturalistes, iUiger, Temniinck, Vieit- 
iot, et autres , ont pt-opose d'e'tablir un ordre systemalique pour 
tanger les diflercntes classes de romithologie , et en faciliter I'e'- 



346 LivRES Strangers. 

tude, en la rendant plus simple et plus claire. M. Slepheftsn 
profile (le leuis travaux , et son onvrage y a bpaucoiip gague. Le 
ODzicme volume , qu'il vient do faire paraitre, traite dos qnllina- 
ce'es, des struthiones , des cursores et Acs grallce. 11 y releve plu- 
sieurs errcurs imporlantes e'chappe'es aux savans qui Tont pre- 
ci-'ile' dans cette carriere; mais il ne s'applique pas assez a de'crire 
Tinstinct et les habitudes de chaque espece. Tout occupe do sa 
niethode dc classification, il neglige trop souvent les de'lails. 
Quelques fautes de langage ont aussiechappe a son attention. Ce 
sout , au reste , de l^j^eres imperfections , quand on les compare a 
Fexeculion gene'ralc de I'ouvrage, qui ne laisse rien a desirer , sous 
le rapport des recherches et des de'tails scicntifiques. 

io4- — 1 he characters of the classes, orders, genera, and species; 
or the characteristic rfthe natural history system of mineralogy , 
etc. — Caractcres des classes , des ordres, des especes, ou Sys- 
teme d'histoire iiaturelle applique a la mineralogie, pour appren- 
dre aux etudians a distinguer les mineraux , d'apres des principes 
serablables a oeux de la botanique et de la zoologie ; par Fbede- 
mcMous, professeur de mine'ralogie. Freyberg, 1820. I'raduit en 
anglais. Londres. Colburn. i vol. in-S". Prix, 6 shellings 6 pen- 
ce , cartonne'. 

io5. — ^duice and maxims for young students and practitio- 
ners of medicine , etc. — Avis et maximes pour lesjeunes e'tudians 
en me'decine et pour les jeunes me'decins, suivisde remarques sur 
le pouls ; par le doeteur Johnson. Londres, 1820. Colman. Bro- 
chure. Prix , I shelling 6 pence. 

106. — An Introduction to arithmetic , etc. — Introduction a 
Tarithme'tique , dans laquelle les premieres regies sont entrrme- 
lees d'instructions biographiqucs et historiques; par Richard 
Chambers. Nouvelle edition, revue et augmentee. Londres, 1820. 
Colburn. i vol. Prix , 2 shellings , relie'. 

107. — j4n inquiry into the present state of the British 
navy, etc. — Enquete sur J'ctat pres'ent de la marine anglaise, 
conteuant des reflexions sur la derniere guerre dvec I'Arae'riquc , 
etc.; par un capitaine de la marine anglaise. Londi'es , 1820U 
In-S". 6 shcl. 6 pence, cartonne. 

108. — An Account of the Arctic Regions, wth a history and des- 
cription of the JYorthern whale fishing , etc. — Description des 



LIVftES ETRAWGERS. 347 

regions arctiques, suivie d'une relation des pcches duNord, et 
particulieremtint de celle de la baleine ^ par W. Scorestsy. Lon- 
dres, 1820. Coltnan. Edimbourg. Olivier et Boyd. 2 ■vol. in-S" 
onies de 24 gravures. 

L'auteiir de cet ouvrage a fait dix-sept voyages au Greenland 
et a Spitzberg, pour la peche de la baleine. Son experience et les 
renseignemens qu'il a lire's des meilleurs auteurs , I'ont mis en 
<?tat d'oftVir au public une description complete de Cfs interes- 
.santes re'gions. Son premier volume est consacre' aus de'couvei tes 
faites dans les terres arctiques, et a I'liistoire naUiroUe de Spitz- 
berg et de la iner du Groeoland. Le second renfernie des de'lails 
fort curieux sur la zoologie et les peches des cotes du Nord. 

Dans le grand probleme qui partage les geograplies , celui de 
I'existence d'un passage de TOcean - Pacitique a la Mer-du- 
Kord , M. Scoresby se range du cote de ceux qui pensent que 
ce passage existe au nord-ouest ; mais il ne suppose pas que cette 
decouverte puisse jamais devenir avantagpuse au commiTce. Il 
croit, au contraire , que s'il y a ree'lement une communication 
entre la partie du sud de la baie de Baflln ou la partie du nord de 
la baie d'Hudson et le detroit de Behring , elle ne pent etre ou- 
verte qu'a delongues anne'esd'intervalle, et pendant environ huit 
ou dix semaines au plus; ce qui rendrait la navigation d'une 
mer a I'autre fort difljcile et souvent impossible. M. Scoresby est 
d'avis qu'on parviendrait plutot a connaitre la ve'rite' par un 
voyage sur terre. a II y a , dit-il, des liommes qui, e'tant accou- 
turaes a voyager sur la neige pour le service de la Compagnie de 
la baie d'Hudson, entreprendraient volontiers le voyage des lacs 
inte'rieurs de TAme'rique septentrionale jusqu'a la Mer-Glaciale ; 
et , au cas qu'ils trouvassent une continuation de terrain , s'avan- 
eeraient jusqu'aux. poles. Les voyages de Mackenzie et de Hearne 
prouvent clairement que cette maniere de faire des decouvertes 
est pralicable. » 

Dans son premier chapitre , M. Scoresby discute la grande 
question de la jonction des deux mers, FOcean-Atlantique et I'O- 
cean-PaciGque; il passe en revue les differentes excursions faites 
dans les regions du Word. Dans son second chapitre , il de'crit les 
pays septentrionaux qu'il a visile's. Ses relations sont fort inte- 
ressanles ; les de'lails sur la p^che de la baleine ne le sont pas 



3/,8 LIVRES ETRAWGERS. 

moins. On trouve aiissi dans cet ouvrage beiiucoupd'obscrvatioWs 
curieusos sur les glaces dcs poles, sur rutniosphcrc ilu Groi-n- 
land , sar les vents qui soufllent dans ces parages, cl enfin siirlcs 
poi'-sons des mers du Nord. 

Nous renvojons le lecteur a la relation m^rne de M. Scoresbv, 
dont nous n'avons pn citer tout ce qui merite d'etre retnarque. 

109. — The Elements of modern geography and general his- 
tory, etc. — Elenifns de ge'ographie moderne et d'hisloire na- 
turelle, confenant une description dctaiiieeetinle'ressantede tous 
les pays, E'lats, etc., da nnonde connu, d'apres la determination 
du Congres de Vienne et d'Aix-la-Chapelle; suivis de details sur 
les moeurs et coutumes dcs habitans, de notices historiqnes, etde 
questions pour exatninor les e'ltves • orne's de cartes et de gravu- 
fes} par G. Roberts. Londres, 1820. Sherwood, i vol. in-S". 
Prix, 6 shellings 6 pence. 

1 10. ■— The present state nf Chili , from the report laid before 
Congress, etc. — ■ Etiit actnel du Chili, d'apres ie rapport pre'- 
sente' an Congres ; par Blano , commissaire envoye dans ce pays 
par le gouvernemrnt des Elats-Unis , en t8i8. Londres, 1820. 
Longman. Brochure in^S". Pvix , 3 shellings C pence. 

III.— ^ statistical, hi-torical , and political Description of 
the colony nj JVew South JV^ates , etc.-— Description slatistiqne, 
historique ft politique de la colonic du tiouvpau pays de Galles 
etdes ^tablissemens qui en dependent ; par W. C. WentworI-h , 
natifdela colonic. Londres, 1820. Colburn. Seronde edition re- 
vue et augmentce. i vol. in-S". Prix , 16 sh^ Jlings. 

112. (*) — Account of a tour in Normnndy underlttken chiefly 
for the purpose of investigating the archlt-clural arUiquitifS of the 
i)ulchy , with obseffations on its history , on the country and on 
its inh'ibitants , etc. '^Relation d'un voyage en Nortnundie , spe'- 
bialemetit entrcpris pour esamincr les anfiquite's d'arrhilecture 
du Duche', avec des observations sur son histoire , sur le pays et 
sur ses liabifans; omi-e de pUisioul'S gravivres. Par D. Jurner. 
Londres, ^820. 2 forts volumes in -8°. J. et A. Arch. Prix, 63 fr. 

L'auteur est aix liOiuiue de nuTite, savant botani'Ste et bon an- 
liquaire. On se propose de publier bient(jt uue traduction fron^ 
caise de cefte rf^lation. 

I i.T. — The estahlishmerits "fM. Emmanuel de Fellenbetg, at 
Hofj\vyl , considered with reference to their claim upon the alien- 



LivRES Strain GERS. 349 

lion of men in public station, etc. — Etablissemens de M. Emma- 
nuel tie Fellenberg, a llofl'wil , considere's sous le rapport de leur 
utilite et de leurs tltres a I'attention des liommes publics; par le 
comte Louis de Villevieille. Loadres , 1820. Colburn. lu-8". 
Prix , 2 shellings. 

1 14 • — Lectures on the philosophy ofhistaiy. — Lecons sur la 
philosophie de rhisloire , enrichies de notes et de gravures ; par 
le reverend E. Bloo.mfield. Londres , 1820. Longman, ivol.in-4''. 
Prix, 20 shellings. 

1.1 5. — Letters from Germany and Holland daring the years 
181 3 — 1^ j containing a detailed account oj the operations of' the 
British army in those countries , etc. — Lettres ecrites de I'AUe- 
magne et de la Hollande , pendant les anne'es i8i3 et i8i4; con- 
tenant un re'cil dt^taille des operations de Farme'e anglaise dans cos 
deux pays, et de I'attaque d'Anvers et de Berg-opZoom, par les 
troupes sous les ordres du general Graham. Londres, 1820. Col- 
man. I vol. in-i2. 

1 16. — Extracts on education, from the most popular writers, etc. 
— Extraits sur Teducation, tires des mellleurs auteurs. Londres, 
1820. Colburn. 2 vol. in- 18. Prix, 7 shellings, 6 pence, cartonne's. 

117. — Recollections and re/lections, personal and political, as 
connected T,vith public affairs during the reign of Georges HI. — 
Souvenirs et reflexions, personnels et polili({iies , lies aux affaires 
pabliques sous le rtgne de Georges 111 ; par J. Wichols. Londres, 
1820. Colburn. i vol. in-S" de 408 pag. 

M. Wichols, ancieo membre du Parlement, presenfe, dans cet 
ouvrage, une suite d'observations inleressantes , faites pendant le 
cours d'unp lons;ue carriere politique. Zelc partisan de Fox, il at- 
taque impiloyablement toussesadversaires : il ne juge guere avec 
moins de seve'rlte les raembres de Topposition, que ceux du parti 
ministeriel. I'lusieurs des anecdotes <|iVil raconte sont inleres- 
santes; mais, eu general, elles reposent sur son seul te'moignag^^ 
qu'on esprit de parti trcs prononce peut rendre quelquefois 
suspect. 

118. — Letters from a Mother to her Daughter at sc/tnol, poin- 
ting out the duties towards herniaker, etc. — Lettres d'une mere 
a sa (ille, pendant son sejour en pensiou , propres a enseigner a 
une jeune persoune ses devoirs envers Dieu , cnvers ses uiaitresse.«j 



35o LlVhES frfKANGERS. 

ses compagnes , el cllc-mcme ; par madame J. A. Sarg\ht. Loti- 
drcs , i8j!0. Colbiirn. i petit vol. Prix, 3 shtllings. 

119. — Tales of the Heart. — Confes du coeur, par madame 
Oi'iE. Londres, 1820. (Jolburn. 4 volin-12. Prix 1 1. Sshellings, 
cartonne. 

De'ja connue en France par son roman du Pere et de la Mile , 
raadame Opie vient d'acqiierir de nouveaiix titres a la celebrite', 
fo publiant rouvrage qui: nous annoncons. II se distingue par une 
grande sensibilile, moins profoncle toutefois que celle qui a dicte 
plusieurs passages de ses premiers edits. Admiratrice de madame 
Inchbaid, auleur de Sintj Ic histoire , madame Opie a suivi ses 
traces avec succes. Elle n'a pas, il est vrai, autant de naturel et 
de sensibilite que son modcle ; mais elle peint les passions avec 
e'nergie , et possede Tart d'en lirer des diets dramatiques. Les 
plus remarquables de ces contes sont, selon nous, les i)eiix Fits; 
V^niour d^une t'enime ; le f^ oisin de vis-a-vis : on peul encore 
ajouter celui de Bieru'eillance et Egoistne. 

Les Contes du Ca^ur mc'ritent de passer dans nofre Lngue, et 
le nom de madame Opie assure d'avance au traducteur I'interet 
du public. 

120. — . Uogg''s H^ inter evening tales. — Contes du coin du feu, 
recueillis dans les chaumieres deTEcosse me'ridionale ; par James 
Hogg. Londres, 1820. Whiltakers. Edimbourg. OHvitr et Boyd. 
2 vol. in-S". 

L'auteur est un de ces hommes exiraordinaires , dont le genie 
perce tous les obstacles qui s'opposent a son developpemcnt. Ne 
en 1772, il ne recut d'instruction que jusqu'a I'age de huit ans, 
11 etait d'abord vacher, et eusuite berger a Ettrich. II cullive ac- 
tuellement une modique ferme dans les montagnesde I'Ecosse, 
et il est redevable de ce surcroit d'aisance a M. Walter Scott 
qui, s'inte'ressant au sort do ce poete, forme uniqucment par la 
liature, fit le premier connaitre ses productions, et les vendit 
asscz avantageusement pour mettro le berger d'Ettrich a m6me 
d'aclieter un petit bien. On connaitde lui cinq ou sis ouvrages, 
pour la plupart poe'tiques, qui ont paru depuis 1807. Les contes 
que nous annoncons renferment un grand nombre de passages 
d'une beaute sublime. La partie descriptive y est surtout admi- 
rable, et peut-etrc ne trouve-t-on chez aucun poete mode*ne le 



LIVRES ETRANGERS. 35i 

tableau de la vie d'un berger trace avec autant de charmes, au- 
tant de perfection que dans ces contes. 

121. — The Cdrringe , by Mann Beksow. — La Voiture , par 
Maria Benson; conle a Tusage des cufans. i vol. in-12. Londres , 
1820. Colburn. 

Miss Benson a public plusieurs ouvrages pour Tinstriiction de 
la jcunesse. Tons se font rcmarquer par la purete de la morale , 
la justesse des pensecs et la douceur des scntimens. Ce petit vo- 
lume a le meme genre de merite , uni a beaucoup d'interct. Une 
exclamation, fort naturelle de la part d'une petite fille qui se re- 
crie sur le bonheur de posseder un brillant equipage , sert de base 
a plusieurs incidens varies et instructifs. Les chagrins que cache 
le luxe , et dont il est quelqucfois la cause , sent mis a decouvert 
d'une maniere inge'nieuse. Des lecons salutaires repriraeut la va- 
nite et Tadmiration qa'excite le faste des richesses. 

DANE M ARC K. 

122. — Catalogus numnionim vcteruni grcecoritm et lattnonim 
Musi'i regis /Ja/iio? ,'disposuit, descripsit et aeneis tabulis anec- 
dotes illustravit Christianus Ramus, professor et Musei regii 
director. Hafae , 1816, typis orphanotrophii regii, escudebat' 
Carolus-Fridericus Schubart. Trois parties in-quarto, savoir : 

Pars prima. IVuntnii regionum popiilorum , urbiitm , regum. 
XVIII et 4^4 pages avec 8 planches contenant i55 me'daiUes 
que Tauteur croit ine'dites. 

Pars sccunda , vol. primum. Comlinens nummos Romce llhercE 
etimperatorios usque ad Septiniium Meverutn, imperatorem. Avec 
3 planches et 38 medailles. 3i6 pages. 

Parstertia, vol. secundum. Aloneta roinanorumcontinens num- 
mos iriiperntorios a Stptiiiiio Seuero usque ad occasuiit imperii ro- 
Tiiani orienttilis et pseudomnnelam . 412 pages avec 2 planches et 
34 me'dailles. Se vend chez MM. Debure, libraires , rue Ser- 
pente , n° ^. Prix, 5o francs, et sur grand papier, 66 francs. 

ALLEMAGNE. 

123. — Commentatiopnthologico-anatomica deosteogenesieval- 
fularum cordis privtcrnnturali , aucture C. A.Hering, M. et Ch. D. 
Leipsick , 1820. Rvclam. in-4° de 43 pages, avec trois grarures. 



352 LIVKES ETRAKGERS 

Ce JVIcmoire peut etre considcic comme uo supplement aux ou- 
^Vagcs de Corvisart, de Bums, de Tusta ct de Kre^sig , sur let 
maladies du coeur. L'auteur a prcsque enfiurement born^ ses ob- 
servations au pbenomcne que presentent les yalvulos du coeur , 
lorvjn'elles s'ossilient. II compare, avcc beaucoup de justesse, 
tontes les recherches faites a ce sujet, el deploie des conndissaQces 
fort etendiies , re'sultat d'unc grandc lectuie. 

124. — Plalnen Beyinige zur Auiitniss (i<s Aitlschen Rechts. 
Traite du Droit attique, par EdouarJ Platner , prol'esseur dc 
I'Univcrsite de INIarbourg. Maibour^', 1820. Krieger. i vol. in-8* 
de 44^ Images. 

Ce volume renferme re'ellenicnt dens ouvrages. L'un , en laogu* 
allemande, i'ait connaifre le droit attique, dans tous ses details j 
Vautre , en langue latine, expose 1 idee du droit et de la justice, 
d'apres Horaere et Ilcsiodc (IS'otwnes jt.ris et juitilice, ex Uo- 
nieri et Jlesiotti carnintbus^. Dun^Ynn et Fautre traite', I'auteur 
uiontre vine grande erudition , sans se perdre cependant dans des 
discussions oiseuses. 

lan. — Die Coiislituti'inen tier europiiuehen S tauten seit denlez- 
teii 25 Jahrcn. —Les Constitutions des I'-tats europe'cns , depuis 
les derniers ao ans. Leipsick , 1820. Brockhaus. Troisitme vo- 
lume in-8" de $78 pages. 

La connaissance des constitutions politiques des nations est de- 
venue plus imj.orlante a Ihommc dT.tat, que la connaissance du 
droit remain, du droit canoniquc et de tous les autres di-oits pos- 
sibles ; aussi n'a-t-on pas tarde , en Allemagne , d'en j>ublier la 
collection que nous annoncons ici. Le premier volume parut en 
iSi''. 11 commence par \i Constitution des £tutsUiiis de 1787. 
Quoique ce pays ne fasse point partie des Etats d'Europe , sa 
constitution devait trouver place dans cette collection, puis- 
qu'elle est calquee sur celle d'Angleterre, etqu'cUe a servide mo- 
dele a la premiere constitution francaise de 1 791, qui a ete' suiviede 
cinq autres. Toutes ces constitutions , avec celles des Pay^>Bas, 
depuis 1 798 , forment le contenu du premier volume. A la tete 
du second volume, egalement publie'en 1817, on trouve la Cons- 
titution des Payi-Bos, du 24 aoftt i8t5. Elle est suivie des trois 
Ccmtitutions polon^'ises, puis de la Constitution de la ville libre 
de Ciacot'je. Vienueut eusuite les Constitutions allemandes, sa- 



LIVRES STRANGERS. 353 

Toir : de la Confederation du Rhin , des Etats du Tyrol , du ci- 
devant royaunie de Westphalie, de la Baviere, du grand-duchd 
deFrancfort, des duche's d'Anhalt-Coethen, de Waldeck, de 
Nassau, de Saxe-Cobourg , de Weimar et de Schwartzbourg-Ru- 
dolstadt; la nouvelle constitution de la ville deFrancfort et celles 
de Suede et de la Norwege. 

Le troisieme volume commence par FEspagne. Viennent en- 
suite la nouvelle constitution de Baviere , celles de W^urtemberg, 
de Bade , de Saxe-Hildburghausen , de Lippe-Schaumbourg , 
de Lippe-Detmold, et de la principaute de Lichtenstein. Les 
pays constitutionnels de Tltalie , depuis 1797 , terminent ce vo- 
lume , savoir : Genes , la re'publique Italienne , le royaume Lom- 
bardo-Venitien , Lucques, Naples et la Sicile. 

Quoique plusieurs de ces constitutions ne soient plus en vi- 
gueur , elles offrent neanmoins un grand interet historique. Le 
quatrieme volume de cet ouvrage, actuellement sous presse , 
completera la collection des constitutions qui toutes doivent , 
pour ainsi dire , leur origine a la premiere constitution francaise 
de 1791. 

126. — Sophronizon Oder , etc. — Sophronizon, ou Memoires 
impartiaux et libres pour servir a Fhistoire de la legislation et de 
la statistique eccle'siastique et civile , publies par M. le docteur 
Padlcs , conseUler intime du grand-due de Bade, professeur de 
philosophie et de theologie a I'universite de Heidelberg. Franc- 
fort-sur-le-Meia , 1820, in-8°. 

Lie Sophronizon , d'apres son e'tymologie grewjue , promet de 
la moderation et de la prudence. Ce recueil , re'dige par un des 
savans les plus distingues de TAllemagne , est uu depot qui con- 
tient des pieces tres curieuses en allemand et en francais. 

127. — Metnmingers Beschreibung von Jf^urtemberg. — Des- 
cription du royaume deWurtemberg, parJ.-D.-G. Memminger. 
Stuttgard et Tubingen, 1820. Libraii-ie de Cotta. i vol. in-8'' de 
53o pages. , 

M. Memminger, deja connu par d'autres ouvrages du meme 
genre , est du nombre de ces auteurs qui cultivent une science 
sans la professer, qui travaUlent par goftt et nullement par be- 
soin ou par devoir. Cette nouvelle production de ses loisirs offre 
une description complete du royaume de Wurtemberg , et laisse 
TOME Viir. 23 



354 LIVRES ETRANGEKS. 

pen a desirer. L'ouvragc est divise en trois parties principales. La 
premieie donne un precis liistorique de Wurtcml)erg. Co n'est 
point riiistoire des princes fjui se trouvaienl place's a la tete du 
gOiivorncmrnt, mais Texpose des causes qui ont concouru au dd- 
Telo[ipement de cet Etat, ct qui I'onI portc au degrc de prospc'- 
rite dont il jouit aujourd'hui. La seconde parlie en donne une 
description ge'ographique tracee en grand , et d'ou Ton a exclu 
les de'tails minutieux qui trop souvcnt rendcnt Tetude de la geo- 
graphic aride et rebutante. La troisieme partie est consacrce ex- 
clusivement alastatistique,et cette partie est remarquable par une 
rare precision, jointe a des recherches infatigables , dirige'es par 
un esprit vraiment philosophique. 

ia8. — Chronolngische Ceschichte dei Herzogthums Ateyer- 
miirh. — Histoire chronologique du duche de Stjrie, par J.-B. 
WiMKLERN. Gratz , i8'2o. Ferste. 

L'encouragement que Tarchiduc Jean a accorde' aux recherches 
sur rhisloire et la geographie de TAulriche interieure, a eu pour 
re'sulfat la publication re'cente de plusieurs ouvrages plus ou 
tnoins importans qui s'y rapportent, et I'histoire chronologique de 
M. Winklern est de ce nombre. C'est un manuel pre'cieux pour 
quiconque n'a pas le loisir ou I'occasion de recourir a des ou- 
trages ■volumineux , pour chcrcher un fait liistorique relatif a la 
Styrie.Ony trouTe , disposes dans un ordre ingenieux, tous ces 
laits , ainsi que les persoDi'ages marquans cjui ont figure' dans 
rbistoire de ce pays, depuis le terns ou il e'tail encore habite par 
des peuples sauvages et independans, jusqu''a nos jours. La Styrie 
est le berceau de la plus ancienne noblesse de la monarchie au- 
trichienne , et d'nn grand nombre de ses plus illustres guerriers ; 
elle est proportionnellpment riche en litte'rateurs et savans dis- 
tingues, tels que Sigismond Pusch , Erasme B'rohlich , Aquilin- 
Jule Casar, Popowilsch, Biwald , Soda et Liesgang, qui ont il- 
lustre le i8» siecle; et, parmi les contemporains : Francois de 
Zeiller, a qui I'Aulriche est en grande partie redevable de ses 
<^(les civil et penal; Joseph dc Hammer, I'un des premiers 
orieiitalistes de I'Europe; le celebre metailurgiste Hermann, le 
comte Vincent Battbiany , Wilfling, Weissegger et Fiiger ^ 
1.? chevalier Kalchberg; I'liabile typographe Degen ; I'infatigable 
savant Wartiugcr, etc. La plupart de ces hommes distingues ont 



LtvRES Strangers. 355 

recu le jour dans la ville de Gratz, qui semble avoir e'te aussi le 
temple de Melpomine et de Thalie. C'esl la ville nafale de Brock- 
mann, premier trage'dicn que rAlltiuagne alt posseJe , de Ko- 
salie INouseul, deCatlicrine ft Marianne Jacquet, etde Fre'de'rique 
Bethmann-Unzelmann. Tous ces de'tails reudenl Touvrane de 
!V|. AVinklem tres important, non-seulrment a ses compatriotes, 
mais a tous les hommes de letfres qui s'occupent de reeherches 
historiques. 

lag. — Rom , Romerund Ronierinnen. — Rome et ses habitans 5 
par \V. M0LLER. Berlin, 1820. a vol. in-8''. 

L'auteur de cet ouvrage ne sarrete point aux ruines , aux 
eglises , aux musees , etc. ; il ne parle point des objets de I'anti- 
quite et des arts, dent tant d'antres voyageurs ont fait avant lui 
la description; il prefere introduire le lecteur au milieu du peuple 
remain , dont la vie sociale n'est guere connue. Les tableaux ani- 
me's de ce peuple, traces par M. Miiller, attestent I'esprit d"ob- 
servation et Timagination feconde qui distingucnt I'auteur. On 
rencontre , a la verite , de legers de'fauts dans la composition , 
quelquefois une couleur trop fieurie, et peu d'harmonie dans les 
details ; mais Tensemble ne deplait point. M. Miiller a choisi 
pour son ouvrage la forme e'pistolaire : son style reunit le double 
merite de I'elegance et de la puret^. 

i3o. — Handbhch iter schimen Hedekiimte. — Manuel de Rhe- 
torique, par J. H. M. Ernesti. Quatricme edition, entierement 
refondue et tres augmentee. Leipsick, 1830. Voss. 2 vol. in-S". 
Prix , 1 1 fr. 

Cet ouvrage est un recueil demorceaus choisis des auteurs clas- 
siques allemands. Non - seulement I'e'diteur a bien me'rite' de ses 
jeunes compatriotes , en contribuant , par ce raoycn , a former 
leur goftt ; mais il a rendu un ve'ritable service aux Strangers qui 
s'occupent de Tetude de la langue allemande , en les indemni- 
sant de leurs peines, par un choix bien entendu de la litte'rature 
germanique. Le premier volume est consacre a la podsie , et le 
second a Teloquence. 

i3i. — DieJMusen. — LesMuses, ou Recueil de morceaux choi- 
sis des meilleurs poetes et prosateurs allemands , par T. Heinsius . 
Leipsick, 1820. Fleischer, a vol in-S". Prix, 6 fr. 

Ce Recueil est du mime genre que le pr^c^dent, qiioique plus 



356, LIVRES feTRANGERS. 

particulicrement destine a Finstruction de la premi«^re jeunessc. 
Les auteurs que M. Heinsiiis a ex|(loites, sont : Gellert , Hage- 
dorn , Lichtwer, Gleim, Herder, Rrummachcr, Liebeskind, 
Engel, H. INicolaii, Langbein, Kosegarteii, Kiirger, Schiller et 
A. Schlegel. 

1 32. — Komisckes Theater von yldolpfi Bauf.rlf.' — .Theatre co- 
mique d'Adolphe Bauerle. Peslh , i8-;!0. Harlleben. 2 vol. in-S". 

L'auteur de ces pieces jouit , en Autriche , de la faveur du pu- 
blic, et sa muse est d'unc grande fe'condite. Cependant, la col- 
lection dout il s'agit ici ne renferme pas tout ce qu'il a ecrit , niais 
leulement les pieces quiont eu un succes non equivoque a la pre- 
miere representation. Ce sont des farces, pour la plupart. H. — s. 

SUISSE. 

133. — The population and riches of nations , considered toge- 
ther, not only with regard to their positive and relatu'e increase, 
but with regard to their tendency to morals, prosperity , and 
happiness. By sir Edgerton Bftdges, Baw. K.J. — La poi)u- 
lation et les richesses des nations, considerees dans leur en- 
sembie , non-seulement sous le rapport de leur augmentation po- 
sitive et relative , mais encore dans leur tendance a perfectionner 
les moeurs et a auj^menter la prosperite et le bonheur. Geneve , 
aoftt, 1819; imprimerie de Luc Sestie. i vol. in-8<> de XXIX et 
343 pages. Prix , 4 fr. 

L'auteur, qui a publie' avant celui-ci divers ouvrages de litte- 
rature et d'e'conomie politique, parait s'elre plus specialement 
occupe , depuis quelques annees , de celte derniere science , et 
avoir combattu , au parlemeut d'Angleterre , les abus et les er- 
reurs qu'il signale dans I'ouvrage dont nous rendons compfe. 

Di.sciple d'Adam Smith, sans approuver sa me'thode, qui n'est, 
dit-il , destinee qu'a de'velopper les principes de la production des 
richesses et les naoyens de les porter au plus haut point possible . 
il releve diverses erreurscommises par Say dans son Traite d^eco- 
nornie politique, ainsi que par Kicardo, qui les a adopte'e,* 
dans ses ouvrages. II entreprend ensuite d'elablir les rapports 
qui existent entre Tagriculture, les manufactures et le com- 
merce , d'une part, et la sante', la moralite et les jouissances de 
toute uue nation , de Tautre. 



LivRES Strangers. 357 

Ne reconnaissant aucune richesse iinmaterielle , et n'admeltant 
que les rlchesses mate'rielles qui sont susceptibles d'etre echan- 
gees contra une valeur semblable, consistant soit en une autre 
matiere, soit en quelque chose d'immatdriel, il soutient la dis- 
tinction que fait Adam Smith du travail producfif et improduc- 
tif, et combat Say etGarnier, qui rangent duns la classe des 
producteurs les individus qui contribuent a produiredesricbesses 
immate'rielles. 

Suivant I'auteur, il est indispensable de maintenir constamment 
une certaine proportion entre les produits de Tagriculturc etceux 
des manufactures: ilderaontre qu'en Angleterre les manufactures 
ont depasse' la proportion convenable. 

11 combat ensuite les lois sur les pauvres, et surtout la mau- 
vaise application qu'on en a faite, a quelques e'gards. II de'fend les 
lois sur les bles , par le principe qu'une population agricole est 
preferable a une population manufacturiere , la premiere offrant 
plus de sante', de moralite' et de jouissances que la dcrniere. En 
consequence , il reprouve la dime , comme etant une taxe qui re- 
pose sur le premier prix des objets de premiere necessite ; mais , 
ilavoue qu'il est trcs difficile d'en trouver une autre qui puisse 
lui etre substitue'e sans inconveniens. II e'tablit que les taxes doi- 
■venletre assises de maniere a ne pas diuiinuer les produits fu- 
turs, et qu'elles doivent 1 etre avec la plus grande e'galile pos- 
sible ; qu'elles doivent encore avoir pour base le revenu, a moins 
que celui-ci nesoit extremement modique. II estime que le com- 
merce etranger doit etre regi par les memes principes que le 
commerce interieur; que la plus grande libcrte' doit etreaccordee 
a I'un coramd*a I'autre , et qu'il a tout lieu de douter de la jas- 
tesse des anciennes idees sur la balance du commerce. 

Finalement , il pose en principe : qu'une grande population 
n'est avantageuse, qu'autant qu'elle est proportionne'e aux moyens 
de subsistance , et que les richesses sont distribuees dans une 
juste proportion et employees d'une maniere conservatrice de la 
morale ; que les richesses qu'ou ne pent se procurer qu'aux de- 
pens de la vertu et d'un travail qui entretient la saute , sont des 
maux qu'il faut eviter et non des biens a rechercher j qu'en con- 
sequence , pretendre qu'un paysdont les productions ne suffiscnS 
pas a sa coasommatiou , doive se mettre dans le cas d'avoir re- 



358 LIVRES feXRAlVGKRS. 

cours a I'e'f ranger, pour y supple'er, en faisant abandonner la 
charrue au cultivafeur pour le faire passer au travail plus profi- 
table des manufactures, sous le pretexte qu'on obtieni par-la 
line plus };rar'de masse de richesses, est unc des doctrines les 
plus futiestes et les plus aboodantcs en conse'qucDces dcsastreuscs, 
qu'onait jamais imaginecs pour tromper I'esprit public. 

134. — Berne et les llernois. i vol. in-12 de 169 pages. Zurich, 
iSao.Orell, I'ussli et comp. Avec 5 gravures. 

(Jet ouvrage est e'crit en langue franoaise. L'auteur , M. Henri 
Meister, a public, I'anneo derniere, une semblable description de 
Zurich, sa patrie. Voici Tesquisse g^nerale qu'U trace de Berne. 
Cette ville lui paraU jouir « d'une richesse solide, d'un honheur 
parfait, d'un luxe sim|)le et commode ^ sa temperature trop uni- 
forme, quelquefois meme un peu lourde, ne scrt peut-etre qu'a 
rendre plus srnsilile encore le caractere de force et dc repos, de 
moderation et de stabilite , vers lequel tendaient habituellement 
toute lasagesse et tout Toigueil de son ancionne aristocratic. » II 
dit (lus loin : « Je ne pcnse pas qu il y ait jamais eu dans le 
monde aucun pays oil la grande masse du pcuple ait joui d'un 
bien etre plus complet et plus reel ; oil les ressources et les tre- 
sors amasse's par la sage e'conomie du souvcrain aient e'te' consa- 
cres avec plus de jirolnle', plus de desinteressement , plus de 
grandeur meme, au maintien de la chose publique , a Tencoura- 
gemmt de ragriculture (t de Tindiistrie, au soulagement de tous 
les besoins . a la subsistance de< infortunes de toutes les classes. » 

ToutTouvra^ede M.Mei--l.eroflVf un inferetsoutenu,etfaitnaitre 
le desir d'alier visiter un cays dont la description a tant d'attraits. 
Mais, on ne peut sVmj.echer d"im])uter a Tauteur lln sentiment 
de partiiiite' , souvent aveugle, en favour du gnuvernemcnt ber- 
npis. 11 n'a voulu voir et pre'senter qiTun des cotes de la me- 
daiUe, Pautre cote pourrait oflHr un e'trange contraste. 

l35. — yilletitamsche Cretlici.tejiir I'rcunde (dndlicherJVaturund 
Sitten . etc. — Poi si^s dediees mix amis des moeurs champetres et 
de la siuple iiiturr , par J. ?. hEi<F.r.. Cinquieme edition originale, 
complete. A'au, tSjo. i vol. in-12 de 33() pages, avec 3 gravuies 
et un tlt«e ^ravo, 01 ne' d'un'' vignette. H. R. tsauerlander. Prix, 
8fr. 

Le dialecte dans lequel sont centos ces poesies, justifie le litre 



LIVRES ETRANGERS. SSg 

iju'elles portent : il est en usage dans le pays situe sur les bnnU 
du Rhin , entrc le iricktlial etTancien Siuidt^au; on le parleaussj , 
niais avecdifierentes modifications, uans les contreesavoisinahtes 
qui s'e'tendent jujqu'au pied des Vosges et meme des Alpes, ainsi 
qu'au-dela de la foret Noire, dans la plus grande partie de la 
Souabe. On ne saurait nier qu'il ne soit particulierement propre 
a des poesies d'un genre simple et naif. Cuttenouvelle e'dition elait 
attendue depuis long-tems. ily a loutlieu depresnnier quV-lle sera 
accueiilieaussi favorablcment que lesprecedeutcs.Eilf a cte cnri- 
chie de queiquesmorceaux qui ontde'japarudansryc/i, de Jacobi , 
ainsi que dans Yyilmanach yilsacien : ce qui porte a 44 '•' totalite 
des pieces qui y sont contenues. Un avertissemc-nt , place a la tele 
dePouvrage, renferme quelques observations gramma ticales, des- 
tine'es a faciliter rnitelligence de ces poesies aux lecteurs non 
encore familiarises avec cet idiome. Le glossaire, qui teriMine ce 
recueil, fait connaUre les idioines et les formes irregulieres du 
dialecte employe dans sa composition. Dire que cet ouvi'age est 
a sa cinquieme edition, c'est indiquer suffisammejit I'estime dont 
il jouit. Independamment de son merite sous le rapport poe- 
tique, il ne peut qu'etre tres utile aux philologues et aux ety- 
mologistes qui s'occupent de rechorches sur la foimation dela 
langue allemande. L'ouvrage est orne de jolies gravures , execu- 
te'es a Strasbourg; ilest, du reste, tres bien imprimd, comme 
tout ce qui sort des presses de M. Sauerlander. 

ITALIE. 

1 36. — Istoria dell incendlo delU Etna, etc. — Histoire de Fe- 
ruptionde TEtna, arrivdeenmai 1819, par Carmeto Maravigw*., 
professeur de chiraie , etc. Catane, i8ig. In -8°, avec deux 
planches. 

L'ouvrage est divise' en sept chapitres. Dans le premier , I'au- 
teur donne I'histoire des phenomenes qui eurent lieu pendant 
cette eruption; dans le second, il spe'cifie sies divers produits; 
dans le troisierae, il expose et refute la theorie de Patrin qui at- 
tribue la cause des e'ruptions volcaniques a Taction de Faciderau- 
riatique ; il s'e'tudie a tout expliquer par le moyen de Teau de la 
mer et de Thydrogene qu'elle renferme ; ce qui avait e'te' indique 
par le celebre M. Davy. En general , Tauteur semble dogmatiser 



36o LIVRES ETRANGERS. 

avec trop d'assurancc sur la cause et )e m^canisme d'un phe'no- 
mene dont la nature derobe encore le mystere a nos recherches. 
On ne peut ceptndant lui refuser des connaissances chimiques 
qu'il fait servir a appuyer ses conjectures , et par lesquelles il se 
distingue parmi tous les e'crivains qui se sont occup^s du meme 
objet. 

137. ' — t'laviiCresconii Corlppi Johannidos , seudehellis liby- 
cis, libri vn , ediii ex cndice niediolanensi musceo opera Tri- 
I'ultii et studio Petri Mazzuchelli coUegii Ambrosiani doctoris. 
Milan, 1820. In-^", pages Lxxiiet 4'^4- 

Ce manuscrit , le seul qui se soit conserve parmi quelques 
autres, fut fait a Milan, auquatorzicmesiecle. I/edileurcroitquele 
sujet de ce poeme est la guerre que Jean, proconsul sous J ustinien, 
fit, en Afriqiie, en55o, contreRantala ouAttila, roides Maures, et 
que, par consequent , I'histoire de cettc epoque en peut tirer un 
grand parti : ce ne serait pas la seuie fois que la poesie fftt venue 
au secours de Thistoire. On ne peut refuser a Tediteur le merite 
de s etre donne la peine de suppleer aux alterations causees par 
le tems et par I'ignorance, et d'avoir eclairci le teste au moyen 
de quelques notes critiques , grammaticales et liistoriques. Ce 
poeme, en vers hexametres, est divise en sept livres. Le septieme 
livre est parfois mutjle, surtout a la fin. Le public jugera si la de- 
couverte et la publication de ce poeme ont reellement Timpor- 
tance qu'on leur attribue. 

138. — f'^aleni Catulli carmina quce extant omnia ex recensione 
Guil. DoERiNG. Augustae Taurinorum, ex typis viduae Pomba et 
filiorum. 1820, in-8", pag. xxxvet 486. Paris, TreutteletWiirtz. 

C'est le troisieme volume de la Collection des classiques Litins , 
entreprise a Turin, en 1814 j par la veuve Pomba et fils. L'e'di- 
teur, dirige par un professeur tres savant , a bien re'pondu a I'at- 
tente du public. Loin d'enlasser les unes sur les autres des 
notes superflues , monotones et ennuyeuses, conime font la plu- 
part des commentateurs , qui esperent rendre leurs e'ditions inte- 
ressantes a force de citations et de volumes , il se contcnte de 
choisir et de publier, avec le teste le plus correct, le commen- 
taire le plus judicieux, quelle que soit la nation a laquellc ap- 
partienne le commentateur dont il adopte le travail. CatuUe a 
done paru, suivant la lecon et avec les notes de M. Frederic 



LIVRES tXRANGEHS. 36-7 

Guillaumc Doering , directeur du College deGolha, qni donna 
son edition a Leipsick, en 1788, et (it ouhlier tousles commenta- 
teurs qui Tavaient dcvance. Aucun n avait rectifie et eclairci mieiix 
que lui le teste de ce poete; aucun ne Tavait enrichi de notes 
aussi justes et aussi conciscs , et seulemcnt destinees a Finstruc- 
tion des lecteurs. L'e'diteui- de Turin , aussi savant que mo- 
deste, n'ajoute a sone'dition que dsux index, avec une correction 
et une ele'gance typographiquos que les editions precedentes n'a- 
vaientpas encore eucs. 11 nous prcvient aussi qu'aucune poesie de 
CatuUe n'a e'te retranche'e , ni mutilee , par un scrupule mal en- 
tendu. La langue ct le style du poete et du commentateur rassu- 
rent assez la de'licatesse des lecteurs. Enfin , toutes les qualites et 
tous les soins qui distinguent cette edition , doivent sans doxitc la 
rendre preferable a beaucoup d'autres qu'on public dans Fltalie 
et ailleurs. 

189 Le Rime del Petrarca. — Les Kimes de Pe'trarque. Pa- 

doue , 1819. 2 vol. grand in-4o , avec flgures. 

On doit cette edition , remarquable sous le rapport typogra- 
phique, au professeur Antonio IMarsand , qui a fideflement rem- 
pli sa promesse. Elle est enrichie des portraits de Pe'trarque et de 
Laure, etde quelques planches inte'ressantcs par le sujel et I'exe- 
cution, et tres utiles pour Fintelligence du texte. On y remarquo 
un fac iimile , representant les huit lignes e'crites dc la main 
du poete sur le manuscrit de Virgile , qui existe dans la Biblio- 
theque Ambroisienne. L'editeur a corrige plusieurs pages qui 
avaient ete negligees par ses devanciers , on qui lui ont paru 
meriter quelques corrections. A la tete de chaque sonnet et de 
chaque canzone, on trouve un argument trcs court. La nouvelle 
Vie que lediteur nous donne de Petrarque est extraite des prin- 
cipaux passages de ses ouvrages latins, oii le poete parle de lui. 
Enfin , on y trouve les dilTerentes lecons des trois anciennes edi- 
■ tions des Himes de Pe'trarque, faitcs en 1472 , i5oi ct i5i3, et 
de" celles qui furent exccutees par V olpi , Bandini , Serassi et Mo- 
relli; des catalogues, des appendices et des eclaircissemens .plus 
ou moins interessans. L'edition fait beaucoup d'honneur a ITtalie 
et au professeur qui Ta si heureusement acheve'e. 

i4o. — Ritraili poetici, etc. — Portraits poetiques d'Agatino 



36a LIVRES tTRANGERS. 

Longo , de Catane ,seconde parlie , qui coinprcnd Ics orateurs ct 
les philosophes. Catane, 1819. In- jo. 

La premiere partie contient les portraits dcs poetes. Chaque 
portrait est prdsente dans un sonnet. L'auteiir a suivi la methode 
de Tabbe Bonaft.-de. On lui a reproche de rfetre pas souvcnt 
assez exact et caracteristique , dans ses imitations. Quelquefois, 
il semble aussi presenter des auleurs et des systemes qii'il n'a pas 
assez connus ; car , il ne suffit pas d'etre poete ou versificatcur 
pour appre'cier et juger des philosophes. 11 generalise trop le'- 
gcrenient cpjelques circonstances particulieres , pour en deduire le 
caractere dominant de certains auteurs tels que Platon , Rousseau , 
Kant , etc. Cela est, peut-etre, un des privileges dc la poesie. 

i4i- — ' Monumenti etruschi , o d'etrusco nome. — Monumens 
e'trusques, etc. j par le clievalier i'Va/icoii Iwghirami. Florence, 
1820. 

Cet ouvrage , qui sort des presses et de la calcograpliie de I'au- 
teur, a Florence , fera e'poque dans I'bistoire des arts. La beaute 
et I'exactitude des dessins et des gravures , rimitalinn parfaite des 
vases et des mtldailles, la profonde erudition et le goftt de M. le 
chevalier Ingbirami , deja connu par d'autres productions litfe- 
raires , sout les ti'rcs qui rendent cet ouvrage recommandable 
aux savans et aux amateurs des bonnes etudes. 11 en a deja paru 
deux livraisons. 

ESPAGNE. 

142. — Derrotero de las Islas Antillas. — Route maritime pour 
aller aux Antilles, aux cotes du continent du Kouveau-.Monde , 
et a celks du golfe de Mexique ; decrite par la direction hy- 
drograpliiq-ie de Madrid. Madrid, 1820; 1' e'dition, corrigee et 
augtnentce 1 v<il. in 4°- Au bureau dc la meme direction. 

Oo ne saurait rt'voqu t en doule I'utilite d'un ouvrage de cetfe 
nature, ni le me'ri'e d;' celui que nnus annoncons , parcc que la 
direction hydrographiqiie de Madrid est composee des homines 
les plus i'claiies de I'lispagne dans la thuorie etla piafique de la 
navigation en Aine'rique. 

143. — Cnteciimoconstitucional. — Catechisme constitutionnel. 
1 vol. iu-is. Madrid, 1820. Ramos. 



LivRES Strangers. 363 

Ce pelit oiivrage sera peut-etre, en Espagne, d'line ulilite in- 
calculable, parce qu'il est destine a I'usage des ccoles priniaircs, 
en conse'qiience de I'art. 366 de la Constitution dc la monarchic. 
II conlient une explication des devoirs de I'homroe en sociele, et 
du citoyen dans line monarchie modere'e. La pre'cision et la clarte 
qui se font lemarquer dans cet ouvrage correspondent a I'Sge et 
au degre d'intelligence des enfans. Ce moyen tri'S simple d'ins- 
truction, analogue au catecliisme en usage pour les enfans qui 
sent Aleves dans la religion cathoiique, doit produire d'excellens 
cffets , non-seulement enEspagne, oii il est d'une necessite abso- 
lue , a cause de I'ignorance du bas-peuple, mais dansbeaucoup 
d'autres pays. 

14^. — Memoria sobre el sistema de contribuciones. — IVIeoioire 
concernant le systeme des contributions, i vol. in-S". Par Don 
J osephV \%covi. Madrid, 1820. Ranz. 

L'auteur a divise' son Memoire en deux parties; la premiere est 
consacree a I'examen des contributions direcles ; il suppose , 
avant tout, que la dJme sera supprimee ou du moins modifiee en 
Espagne; la seconde partie contient beaucoup de controverses 
sur diffe'rentes especes des contributions indirecles ; l'auteur dis- 
cute plusieurs questions concernant le monopole du tabac et 
d'autrt'S objets. II e'tablit aussi des principes e'conomiqnes pour 
conserver et augmenter le credit public; principes dignes d'etre 
medite's par tous les creanciers de I'Etat , qui pourront s'en ser- 
vir povir calculer la valeur et la force des motifs de crainte ou 
d'espe'rance que leur oflVe aujourdlmi I'Espagne. M. Vasconi 
etait administrateur des douanes a .Madrid, pendant le regne de 
la Constitution de Tan 1808 ; il a ete' refugie en France ; et il est 
generalement reronnu pour Tun des horames les plusinstruits,en 
matiere de finance, que possMe I'Espagne. J. A. Llorente. 

RO^AUME DES PAYS-BAS. 

145. — Buffbnii t Daubenloni Jiguraruiii avium coloratarum no- 
mina systemntica. Collegit H. Kuhl , math. mag. Phil. nat. 
Doctor. Edidit , praefatione et indicibus auxit Theod. f'an 
SwiNDEKEN , in Academic Groningan^ professor ordinarius. Gro- 
nrngse , i8ao. Apud 1. Oomkens, Academix typographum. In - 4°' 



364 LIVRES ifeTRANGERS. 

Se trouve aiissi a Paris, chez G. Dufour, libraire, quai Voltair<%. 

n" i3. Prix, 3 fr. 5o c. 

146. — Magnzin, etc. — Recueil des Jecouvertes les plus rc- 
centes concemantle monde primitif; par une reunion dliommeipi 
delettres, et public par J. -G. -J. Ballewstedt, etc. Premiere li- 
vraison, avec une representation duMammuth, traduit libre- 
ment, et augmente par le docteur A. Moll, etc. Amsterdam, 
i8ao. V' Diederichs et fds. In-8" de 245 p. 

II y a prodigieusement de choses dans cet ouvrage, qui suppose 
une vaste lecture et de profondes recherches. ]\ous en citerons 
les divisions les plus piquantes : des motifs de croire-a Fexistence 
et a la destruction d'un monde preadamite; de la creation pri- 
mitive des corps dans la nature ; des indications pre'adamitiqucs 
dans le regne vegetal et dans le regne animal 5 des restes preada- 
mitiques de Tespece humaine ; des causes probables de la destruc- 
tion du monde primitif , autres que le deluge. Ces divisions ap- 
partiennent a la premiere partie , ou Ton trouve encore divers 
morceaux curieux sur les mines de gypse de Thiede , sur le Mam- 
muth et sur les Antropolites. 

La deuxieme partie traite de Tantiquite de Fespece humaine , de 
I'analogie des cosmogonies ame'ricaines et asiatiques, des zodiaques, 
almanacks , traditions et mythes d'une langue primitive univer- 
selle ; et Fauteur y presente enfin un essai d'explication probable 
des mythes bibliques, sur la cre'ation et le premier 3ge du monde. 

Malgre' les soins du traducteur, qui parait ne s'etre point fait 
lui-meme illusion , il manque beaucoup a cct ouvrage pour qu'il 
forme un tout systematique , convenablement lie dans toutes ses 
parties j mais Salomon Ta deja dit : Dieu a livre le monde aux 
disputes , et du moins celles-ci comportent im haut dcgre d'inte- 
ret, et provoquent des recherches qui ne peuvent tourner qu'au 
frofit de la ve'rite'. 

i47' — Proeue eener geneeskundige heseliryving , etc. — Essai 
d'une topographic me'dicale de la ville d'Amsterdam ; par C. J. 
WiEuwENHuis, dorleur en medecine et en chirurgie , membre de 
la commission provinciate de medecine de Hollande ; tome 3. 
Amsterdam, 1820. J. Vander Hey. In-S". 

148. — Aantckeningen, etc. — Notes teniiespendantle coursde ma 
marche , de ma detention et de mon retour , dans la campagne de 



LIVRES filTRANGERS. 363 

Russie,eii i8i3, i8i3 ct i8i4i parC. J. Wagevrieb, capitaine 
d'infanterie au service de Hollande , chevalier de I'ordre de Guil- 
laume. Amsterdam, 1820. J. Van der Hey. In-8o- 

i^g. — IVienwe Dichtichakeriugen. — Poe'sies nouvelles de 
Guiilaumu Buderdtk et de Calherine-Giiillelmine Bilderdtk, 
son epouse. Rotterdam 1819. C.Immerzeel jcuue,2 volumesin-8'*. 

On craignait , Tannee derniere , pour les jours du savant cory- 
phee du Parnasse batave, M. Bilderdyk. 11 a e'fe' conserve aux 
■ muses et aux lettres, et il nous oJlre , dans ces deux nouveaux 
volumes, de nouvelles preuvesde sa fe'condeet intarissable verve. 
Son epouse se montre digne de s'associer a sa gloire. 

i5o. — M. f^alerius, etc. — Marcus Valerius Messala Corvi- 
nus esquisse' dans quelques tableaux de Thistoire contemporaine 
de Rome ; par M. C Van Hall , chevalier de Tordre du Lion-Bel- 
gique , et niembre de rinstitut royal. Tome I. Amsterdam, 1820. 
Van der Hey. In-80 de 23o pages. 

M. Van Hall , savant jurisconsults hollandais, a fait preuve , 
par son C Plinius A'ecundus , de son talent pour donner une forme 
dramatique a I'histoire romaine , dans le genre de Tabbe Barihe- 
lemy , de Florian , de Meisner ; et sa nouvelle production ne peut 
que lui assurer un nouveau succes. De grands evenemens, de 
grands personnages figurent dans cet ouvrage. Horace , Tibulle 
y jouentunr61e,et unasscz grand nombre de leurs poesies est tra- 
duitou imite avec unve'ritable talent. La partietypographique est 
tres soignee, et la gravure concourt encore a I'embellir. — Un 
autre jurisconsulte hollandais non moins distingue', M. Van 
u4ssen , a aussi donne demierement, maisdansun genre different, 
Pericles d'Athenes ( La Haye, i8ig. AUart et compagnie. In-S" 
de 95 pages ). Ce sont deux discours , Tun sur I'origine , I'educa- 
tion , le caractere et lesprincipaux details de la vie de ce celebre 
Athenien ; I'autre est sonapologie conlrelesaccusationsde Lacri- 
tides, au tribunal des He'liastes. 

T 5 1 . — Dissertation sur Vorigine , Pinvention et le perfectionne- 
meat de itmprimerie, par Jacques Roniivg, commis-greffier au 
tribunal de premiere instance a Amsterdam, membre de la So- 
ciete hollandaise des Sciences a Harlem , de celle des Belles- 
Lettres des Pays-Bas a Leyde , et de la Societe des Sciences de 
Zelandc ; couronn^e par la Societe hollandaise des Sciences a 



3(16 LIVRES feTRANGERS. 

Hai'lt-m, ail mois de mai 1816 ; trac]iiite du hollaadais. Amster- 
dam, '819. Delachiiux. In-S" de 180 pages. 

L'aiiteur soutient Jes ancienries pretentions de la ville de Har- 
lem a la de'couverte de rimprimerie par Laurent, fils de Jean 
Roster, marguillicr de la cathe'drale de cette ville, dans I'inter- 
valle des annees 1221 a i433. 

i5a. — Hointincen^ etc. — Romances, ballades et le'gendes; 
par M. le chevalier Tollens ; 2" cahier. Rotterdam, 1819. J. Im- 
merzeel jeune. In-S'de 100 pages. 

Le terns oil nous vivons est une belie e'poque pouria litteraturc 
hoUundaise. M. Tollens , jaloux de Tenrichir d'un genre qu'elle 
pouvait enviera la litte'rature allemande, a celle d'Angleterre et 
memc a celle de France , paratt avoir piiise avec succes dans cha- 
cune de ces sources , pour en accroltrc les richesses nationales. 
^ous avons sous les yeux une piece, fraduite de I'anglais, du 
sombre auteur du Aloine , Lewis: elle est intitulee le brai'e 
Aloiizo et la belle Antigone. C'est, selon nous, du talent perdu, 
que du talent employe a de pareilles compositions. Pourquoi i-es- 
susciter, meme en beaux vers, les pue'rilitesqu'accreditala supers- 
tition aupres de nos credules ancelres? La piece, a quelques 
incorrections pres , n'en est pas moins agrcablement e'crite; le 
rhythme cadence convient parfaitement au genre. M. 

LIVRES FRANCAIS. 

i53. — Lecons de I'lore , Cours complet de botanique, expli- 
cation de tons les systemes , introduction a I'e'tude des plantes , 
par J.-L.-M. Ic'oiret, continuateur du Dictionnaii-e de botanique 
da r Encyclopedic vu'thodique ; suivi d'une iconographie ve'ge'tale 
en cinquante-six planches colorie'es , offrant pres de mille objets; 
par i^.-J.-F. Turpin. Paris, 1820. C.-L.-F. Panckoucke, rue des 
Poitevins, n° 14. Prix de chaque livraison, a fr. 10 cent, i''", 3% 
3<^, 4* et 5e livraisons. (L'ouvrage formera 14 livraisons.) 

La botanique , quoiqu'assez gene'ralement cultive'e aujourd'hui , 
le serait davantage si les charmes en e'taient plus connus , et sur- 
tont si les livres elementaires , bien loin d"en rendre Te'tude at- 
trayante et facile , n'e'taient , au contraire , uniquement remplis 
dHdees systematiques, de nomenclatures arbitraires , qui degoft- 



367 LI V RES FRANC AIS. 

tent d'abord Ic lecteur, et convertissent en une science de mots 
I'e'tude intdressante de la nature. Tel est le de'faut que Ton peut 
generalement reprocher aux nombreux ouvrages , estimables 
d'ailleurs, qui ont e'te' public's surla botanique. La plupart, mal- 
gre leur titre (Velemeiitnires , semblent plutot destine's aux 
jcunes naturalistos appeles a faire de cette science une etude 
suivie , qu'aux gens du monde qui veulent seidement en faire 
Tobjet d'un delassement agreuble. 

M. AiME Martin , dans quelques pages de ses Lettres a Sophie, 
avait bien entrepris de presenter Fenseignement de la botanique 
sous ce dernier point de vue j mais son ouvrage , e'crit pour les 
dames , n'est au fait qu\ine suite d'alle'gories ingenieuses , re- 
vetues du charme des vers , et dans lesquelles il ne fait que 
plaire, sans instruive , au lieu de plaire en instruisant , 
Lectoreni deleclando pariterque monendo. 

II manquait encore aux amateurs de la botanique un ouvrage 
qui leur tra<:dt la route la plus propre a les conduire d'une ma- 
niere agreable et facile a la c.onnaissance de cette science j qui pftt 
les transporter au milieu du grand spectacle de la nature ; les 
amener ensuite a la consideration des plantes prises isoleraent; 
leur apprendre a les placer ou a les reconnaltre , d'apres leurs 
caracteres naturels et les methodes etablies pour leur classillca- 
tion : tel est le but que nous semble avoir atteint I'ouvrage que 
nous annoncons. Le nom de M. Poiret, a qui le texte en est 
confie , est d'aUleurs un garant sufiisant du me'rite de la re'- 
daction. 

Nous recommandons principalement a Tattention des lecteurs 
les trois premiers chapitres de ce recueil. Ces trois chapitres , in- 
titules , le 1 "■ , Tableau de la vegetatloa a la surface du globe ; le 
■2' , Etablissementde la vegetation a la surface duglobe ; le Se ayant 
pour objet Les plantes comiderees dans leurs rapports ai'ec les subs- 
tances qui les nourrissent et celles qu^elles produisent , renferment 
des passages qui rappeUent souvent, d'une raaniere heureuse , le 
style des Etudes de la nature. 

154. — (*)• Manuel d'ornithologie, ou Tableau sjsU'matique 
des oiseaux qui se trouuent en Europe ; pre'cede d'une analyse ge- 
uerale d'ornithologie , et suivi d'uae table alphahetique des es- 



368 LIVRES FRANCAIS. 

peccs ; par IM. C.-J. TEMMmcK , membre de plusieurs Academies 
et Sociiites savantes, directeiir doslVIusecs d'histoire naliirelle du 
royaume des Pays-Bas. Seconde edition , conside'rablement aug- 
ment ee et mise an niveau des decouvertcs irouvi'Ues. Paris , i8ao,' 
■2 volumes in-8° de plus de looo pages. Cabiicl Dufour, libraire, 
quai Voltaire, iio i3. Prix, i5 fr. , et i8 fr, , francs de port. 

1 55. — (*) Obseivalions anatomiquts sur la ttnu tnru intcrieure 
et le squelctle de p'usieurs especes de cetncvei; par Pierre Cam- 
per, etc.: publiees par -son fils A.-G. Camper, etc.; avec des 
notes par M, G. Cuvier , I'un des quarante de rAradi'mie fran- 
caise, secre'faire perpetuel de celle des Sciences, etc. Paris, iSao. 
Un volume in -/("ot i atlas in-folio de 53 planches , dont 3 sont 
en couleurs , broches. Prix , 3o fr. Gabriel Dufour , libraire , quai 
Voltaire, no i3. 

i56. — Le magnctisnie eclnire , ou Introduction aux arclwes da 
mngnelisnie nnininl ; par M. le baron d'HtMN de Cuvillers , ma- 
rechal de camp, etc. , etc. Paris, 1820. In-8° de aSa pages. Bar- 
rois Tatne , Treuttel et Wiirtz , etc. 

Cet ouvrage sert d'annonce a la reprise du J ournal des archives 
till magnt'liime animal, auquel on souscrit chez Barrois aine, li- 
braire, rue de Seine, faubourg Saint - Germain , n" 10. Prix, 
23 francs pour douze nume'ros par anne'e. Plusieurs de ces uu- 
mcros A'iennent de paraitre j tons seront au moins de six feudles 
d'impression. 

L'auteur qui reprend la publication de ce journal, estM. le ba- 
ron d'Henin. II proraet d'yinse'rer, avec impartialite, les faits, les 
experiences, les observations, les the'ories pour et centre le ma- 
gnelisme animal j car il ne dissimide pas qu'il existe des senti- 
mens qui sont tout-a-fait contraires , sur ce sujet , et il avoue 
qull est de ceux qui, avec TAcademie des Sciences (en 1784), 
avec feu IVI. Faria (i) et M. de Virey (2), n'apercoivent rien 
de reel dans ce qu'on attribue au magnetisme animal, que les 

(i) De la Cause du Sommeil lucide , par I'abbe Faria j in-S". 
Tome !"■. Paris, 1819^ chez madame Horiac, libraire. 

(a) F.xamen impartial du magnetisme animal, par IVI. Virey , 
docleur en me'clccine a Paris. I'ome XXIX du dictionnaire des 
sciences me'dicales. Paris, 1819. 



LIVRES FRMNCAIS. 36(, 

elTets dc Tiinagination. II s'eleve ici fortement coiitre les idecs de 
M. De Lcuzc, quicroit a I'existeiicedunfliiidc 'Iticlro-inagncltqua 
aiiiniiil , et qui admet la pealite des connaissanccs acquises en des 
voyages tres lointains, qui font, sans sortir d'une chambre , les 
sonmambules , autrement les hypnocrates on hjj>nosco/ies, oupre'- 
tendiis epoptes , avec lesqiiels il se met en rapport, en leur Ian- 
cant du bout de ses djigts un pre'tendu fluide (i). 

157. {*) — Traite iVanatnmie veterinnire , ou Ilistoire abr^gce de 
i'anatomie et de la physiologie des principaux animaux doniestl- 
qucsj par J. GiivvRn, directeur de 1 Ecole roj'ale d'oconomie ru- 
raleet vete'rinaire d'Alfort, etc. Paris, iJiu). 3 vol. in-S"; 2" edi- 
tion Ciiez ni.idame Hazard, librairc , rue de rEperon-Saint- 
Andre'-des-Arts , n° 17. 

L'anatomie est proprement I'e'tude physique des corps organises, 
et des parties constitutives de ces corps. On appelie tissus , les 
plus simples de cos parties; organes , la re'union d'un certain 
noqnbre de ces tissus; appareils, la reunion d'un certain nombre 
de ces organes, et en corps organise' , la reunion de ces tissus , de 
ces organes et de ces appareils. 

L'etude des tissus primilifs , abstraction faite des organes, ou 
des groupemens varies de ces tissus, se nomme anatomic gcn<?- 
rale ; Tetude des formes diverses de ces organes , anatomie des- 
criptive j et Fetude comparative de ces tissus et de ces organes 
<lans les divers animaux , anatomie comparee. 

Le but final de I'anatomie est de determiner tout a la fois les 
structures. Its formes et les anjlogiesdes corps organises; l'ana- 
tomie est done tout a la fois gene'rale, dcsci-iptive , et compara- 
tive. Tou'cs CCS dillerentes anatomies nc sunt done que des ma- 
niercs difl'erentcs de cnnsiderer l'anatomie. 

Les anatomies S|ieciales, I'auatomie humaine, l'anatomie des 
animaux domestiques , etc. , ne sont pas moins tenues que I'ana- 



(1) Dtjfensedu Hlos^nctLnie aiihiml, par J. F. F. De Leuze. Pari*;. 
1819. 1 vol. in-8". M. de Virey a repondu, dans Ic I'-j' c:il)ier du 
Journal complementaire du Dictionnairc de.s Sciences rae'dicales; 
•Paris, 18 ig. 

TOME Vltl. ^ 24 



3vo LIVIIF.S FRANCAIS. 

tomic prnj.renieut dile , d't^tre lout :i la fois gc'ne'rules , doscrip- 
tives et comparatives. L'anatomie luiinainc u'a lotig-tems ctii 
qu^une anatoinie descriptive ; Bichal I'a rtuJue gencialcj il reste 
a la rcndie comparative. 

Quanl aux anatomies dites chirurgicalcs , pliysiologiques , des 
pi intres , etc. , ce ne sent pas preciseiiicnt des anatomies , mais 
des applications de ranatoniio a la cliirurgie , a la j>Iiysiologic, ou 
a la peintiirc, etc. L'anatomie chirurgicale n'cst pas, comme on le 
dll souvent, una simple anatomic descriptive. Elle de'cril, pour 
guider la main de I'opcrateur vers un organe altc're, conime Ta- 
natomie pathologiquc dccrit pour connaitre les alle'rations de cct 
organe. La description n'esl qu'un nioj'en, et ce mojen sert e'ga- 
lemcnl a ces deux anatomies, ou plutot a ces deux applications 
de l'anatomie. 

L'anatomie vele'rinalre , ou des animaux domesliqiies, n'est 
encore ni ge'nc'rale, ni palhologique, ni reellement compara- 
tive , etc. ; elle n'est gutre qu'une anatomie descriptive. Depuis 
Bourgclat, qui, le premier, donna une description a peu prts 
complete des parties du clieval, et princijialemcnt des parties 
osscuses et musculaires , on n'a guere fait que reproduire et per- 
fcctionner Bourgeiat. Vitet et quelqiies antres, a la ve'rite , ont 
essaye' de comparer entre eux certains animaux domestiques; 
mais, ce ne sont la que des essais. Plusieurs points d'anatomie 
vete'riuaire se trouvent enfin traites avec une grande habilete' dans 
Ifss ^liuitoinies comparees de Monro , Camper, Daubenton , et sur- 
toul do M. Cuvier, etc. 

M. Girard a eu I'heureuse et utile idee d'offrir, dans un li vre eh'- 
menlaire , le re'sume de ces divers travaux sur l'anatomie vele'ri- 
nairc. Ce livre est, sans contredit, ce que nous avons de phis 
complet encore en ce genre. La clarte' de Tcxposition , I'ordre rai- 
sonne des matieres , I'emploi d'line nomenclature philosophique 
lui ont deja valu une scconde e'dition. Cetle seconde edition est 
tout a la fois un succcs et un service rendu par M. Girard aux 
ecoles ve'terinaires. Flodrepis, D.-M. 

1 58. — Conipte rendu fles trai'aux de la Societe royal e d'ngrc- 
culture, hisloire luiUirelle et arts utiles de Lyon , depuis la i^'fe- 
frier 1819, jusquau i"' man 1820; par L. F. Progkier, profes- 



LIVRES FRANC AIS. 371 

sewr ve'terinaire , secretaire de la Societe'. Lyon, 1820. Ia-80 de 
356 pages. J. M. Barret. 

Ce rapport , fait avec me'thode , clarte et concision , sera une 
acquisition precieuse pour les personnes qui suivent avec inte'ret 
Ics travaux des Socie'te's savantes et utiles. On y reraarquc plu- 
sieurs articles de statistique rurale, des recherches importantes 
snr les diyers genres d'engrais , des observations sur la culture 
des vege'taux herbace's, sur celle des arbres, sur quelques progrds 
de Tart vcteriuaire el dautres arts utiles j plusieurs recompenses, 
decernees par la Societe' , a titre d'encouragement ; la designation 
des agriculteurs les plus recomraandables de rarrondissement de 
Lyon ; enfin , des notices biographiques sur des honimes qui ont 
rendu des services essentiels dans les professions de me'decin , 
d'artiste veteiinaire et de pharmacien , quils ont exercees avec 
autant de de^interessement que de capacite. Au Compte rendu, 
est annexe un tableau ou sont exposees les expe'riences faites par 
M. de Martinel, celcbre agronome, sur les produits de soixante- 
treize varietcs de pommes de terre ; tableau egalement curieus 
par les resultats oflerts , et par les observations dont ils sont ac- 
compagnes. 

1 59. — Notice des travaux de la Societe royale de medecine de 
liordeaux , depuis sa derniere seance publique , jiisqunu 28 aoilt 
1820; par M. Dupuch-Lapointe , secretaire general. Bordeaux, 
1820. Brochure in-8° de 3^ pages. Lawalle jeune et neveu, alle'es 
de Tnurny , n" 20. 

CBtte IVotice est divisee en autant d'articles , qu'il y a d'objeta 
importans dont la Socie'te s'est occupee. On remarque avec satis- 
faction que la Socie'te voit , chaque annee , le cercle de ses tra- 
vaux s'agrandir , et qu'elle ne neglige rien de ce qui pent lui 
faire atteindre le noble but de son institution. 

160. — £xamcn critique de ri^ssai sur V indifference en matiire 
de religion, de ]\1. Vahbede La Mennais; par Le Joteux de Saiw^- 
AcRE. Ouvrage indispensable a tons ceux qui ont lu celui qui y 
est examine, et qui venge les gouvernemcns , les peuples, les re- 
ligionnaires , la philosophie, les sciences, la raison et le gofit , 
outrages par M. Tabbe de La Mennais. Paris, -aux archives des 
Lettres, Sciences et Arts, quai Voltaire, no 3. Prix, 3 fr. 
L'Essai sur C indifference en matiere de religion, par M. Tabbe 

24* 



3-/i LIVRKS FRAINCAIS. 

<ie La IMcniiais , a suscitti heaucoup dc critiques, el Tecrit ilont 
on vifnt «lc lire le litre n'ost ni la moins forte, ni la moins tlt;- 
taillce qu'il ait fail naitre. (JVst un examen prosque coniplet dc* 
opinions et dii style de M. de La Mcnnais. L'autcur, M. Le Joyeus 
de Saint-Acre, ne pardonne a aucune des erreurs que les ineil- 
icui-s esprits, meine ceux du ])arti de M. de La Mennais, n'ont 
pu s'etnjiecher de roconnattrc dans son ouvrage. Peul-etre, ne'an- 
moins , doit-on reprocher an censeiii" la trop grande ainertume 
de ses reflexions critiques; il eOt etc' plus convenalile qu''il se (iM 
ecarte moins souvent des limites d'une sage moderation; dans 
rinteret meme de la critique , dont Tautorite est d'autant plus 
grande, que ses formes sont moins exagcrees ot son Ion moins 
l)assionne. Ccrtes, il y a , dans Tecrit de M. de La Mennais , une 
foule de propositions reprchensiJ>les ; il en est nieme qui pcuTent 
etre considerees, a juste titre , comme coupables , comme subver- 
sives de tout ordre sociid fonde sur la tolerance , de tout ef at qui 
nese confond point avecl'Eglise. On s'apereoit, trop souvenl, que 
M. de La Mennais n'est point assez lidele au devoir de paix et 
de charite' que I'Evangile impose a son miuistcre; qu'il substilue 
au langage calme et simple de la raison ct de la verite, Tempor- 
tement du fanatisme etla petitesse de la superstition ; niais, apres 
tout, M. de La Mennais est un ecrivain de talent; et si, dans ses 
eloquentes de'clamations, il oublie trop souvent et le caracterc 
dont il est rev6tu , et la majeste des sujets qu'i! traite, il e'tait 
digne de son adversaire de s"en souvenir pour Ini , et de lui don- 
ner encore unc lecou de mode'ration. Le reproche que nous fai- 
sonsaM. Le Joyeux de Saint-Acre s'adresse plus particulieremcnt 
a Tespecc de caricature qui sert de frontispice a son ouvrage. 
jamais un bon livre ne fut detruit par des epigrammes de dessin, 
et par des satires passionnees. Employer de telles armes centre 
un livre , mediocre on mauvais , c'est le recommander aupres de 
beaucoup d'esprits qui n'ont point oublie cet axionie du legis- 
iatcur dn P^masse : 

La verite' iia point cet air inij>otueus. 

Au reste, Te'crJt de M. Le Joyeux de Saint-Acre sera lu avec 
plaisir. Ilofl're de la varic^te, ct il interesse snrtoutjiar les citations 
luultipliees des passajje^ dc Tauteur quU combat. Si Ton est Irop 



LIVRES lUAlNCAIS. 3:^ 

frappe de Talisence ties raisonnemens , on y trouve mi vrai pa- 
triotism« , un amour ardtnt pour la liberie et pour les ii\sti- 
tutions que M. de La Mennais attafjiie avec une trop grands 
inconsideration. 11 e'tait utile de rappeler a cct ecrivain que TE- 
vana;ile ordonne d'ob(?ir aux puissiinccs civiles, et qu'il serait fA- 
cheux, pour la religion elle-mcme, que des ministres declaras- 
sent qu'on no puut etre bon catholique sans ctre mauvais citoyen. 

L. Thiesse. 
tGi. — Beautes de Sturm, tirees des Considerations siir les ceu- 
I'res de Dien dans le regne de la JVature et de la Proi'idence, pour 
les quatre saisons de iannee ; niises a la portee de la jcunesse , en 
Jhnne de lecons ; par inadame Eliza Awdkews. Traduites de Tan- 
glais, sur la sixienie edition. Paris, 1820. Gabriel Dufour, li- 
braire, ruede Vaugirard, n° 3^. In-ia de 4jo pages. Prix, 3 fr., 
ct 4 f'"- franc de port. 

II n'est besoin qtie de parcourir an hasard quelqucs pages de 
cet ouvrage , pour apprecier son utUite , qui ne se borne pas au 
premier dge de la \ie. L'auteur conduit ses j«unes lectcurs, pap 
la contemplation des merveilles de la cre'ation, a la reconnais- 
sance envers Teternelle Providence. La sage ordonnance de notre 
globe, les fcux souterrains, les pluies, les brouillards, la merveil- 
leuse structure de Toeil, Tutilite de nos sens, legale distribution 
des saisons, les soins paternels du Createur pour la conservation 
de rhomme dans toutes les parties du monde : tels sont les ob- 
jets des principales lecons pendant la saison de I'hiver. Le prin- 
tems, outre une foule de considerations profondes, nous ofl're les 
rapports des creatures cntre elles, et des reflexions sur la mul- 
tiplication des vegetaux , sur le retour des oiseaux, la vertu yi- 
vifiante du soleil, la rosee, I'stilite' des plantes ot des b^es ve- 
nimeuses, sur la sagesse qui se reraarqne dans la structure du 
corps des animaux. Dans Te'tc , les plantes e'trangeres , Tarc-en- 
eiel, les me'tc'ores, les singularites de la mer, la terre, sa cons- 
titution primitive, ses zones, la marche des corps celestes et les 
moeurs , les metamorphoses des insectes , se succedent pour diri- 
ger nos mc'ditations sur les mysteres do la nature. L'antomnc fixe 
nos regards sur les petrifications, les difTe'rentes especes de tcrre, 
la migration des oiseaux, les divers climats ct la division du tems, 
les besoins et les jouissanecs de rhomme, Forigine des fontaines 



374 LIVRES FRAWCAIS. 

et des sources, les revolutions acciclcntelles tie la terre, etc. On 
peut reconimandcr ce livre aux jiarpns ct aiix instituteurs qiri 
eprouvent souvent bcaucoup d'cmbarras dans le choix des ou- 
vrages a placer sous Ics yeux de lours enfans on de leurs eleves. 

163. — (*) Lecons de pliilosophie , ou £ssai mr les Jacidtts de 
Pame^ par P. La Romicbiere, professeur de philosophic a la 
Facultc des Lettres de lAcade'inie de Paris, Deuxittne e'dition. 
Paris, 1820. Brunot-Lahbc, libraire de rUniversilc, quai des 
Auguslins, no 33. 2 vol. in-So. Prix, 12 fr. , et i5fr. francs do port. 
Idem papier velin , dont il n'a efe' tire' que i5 excmplaires , 
25 fr. , et 28 fr. francs de port. 

i63. — Le Porte-Jeuille %'ert, ouRccueilde contes etd'entrcticns, 
a Fusage de la jcunesse ; par Campe , traduit de Tallcmand. Paris, 
1820. I vol. in-12. Prix, 3 fr. Locard et Davy , quai des Augus- 
tins , n" 3 . 

Ce petit livre , imprirae' avec soin et orn^ de jolies gravures , 
est e'crit dans les meilleurs principes nioraux et rcligieus. II ofll're 
d'ailleurs une instruction reelle et varie'e sons des formes agre'a- 
bles ; par exemplc, au sujet d'un chene, Tauteur s'etend sur tows 
les genres d'utilite de cet arbre, sur les divers insectes qui Tha- 
bitent , meme sur les differens e'tats ct metiers qui emploient son 
bois, son ecorce. La vue d'un vaisseau fournit egalemerit Focca- 
sion d'expiiquer les principalis proce'des employes pour sa cons- 
truction , etc. 

164. — Pelits Contes ntoraux a Ptisage-des enfans, en parlie 
traduits librement ou imite's de I'anglais de miss Maria Edce- 
■woRTH, par mademoiselle Anna Lodise S. — n., avec gravures. 
Paris, i8ao. 3 vol. in-i8, xii , 1^6 et 182 pages. Eymery , rue 
Mazarine , no 3o ; Colas, rue Dauphine, no 32. Prix, 2 fr. 

Ce petit ouvrage, publie sous les auspices de la Societe etahUe 
a Paris pour r amelioration de Venseis;nement eh'mentaire , ct 
admis par elle au nombre des livres qui doivent faire partie d'une 
Bibliothequepopulairt', specialcment destinceaux eleves des e'coles 
d'enscigncment mutucl et a leurs families , se recommande a la 
fois par le noni et Ihonorable reputation de la dame anglaise qui 
en a concu la premiere idee et les principaux sujets ; par le choice 
judicieux, le goftt pur, Famonr eclaire de Fenfancc, qui ont di- 
rige la dame francaise, auteur de la traduction ou de rimitatioB. 



LIVRES FRAKCAIS. ' S-jS 

et surlout par le but eininemment moral que rune ct Tanlre se 
sont propose. Les petits conies renfermes tiansces deux volumes, 
sont au nonibre de quatrc. Le premier, intitule' : Suzetle on Li 
Heine Je niai, occupe tout le premier volume : il olTre im modele 
touchant de pie'te' iiliale , et des scenes de famille a la fois gra- 
cieuses et attachantes , toujours a la porte'e des enfans. Les trois 
autres contes : Laureitt-Ie-Paresseux , les Orphelins, Pardon et 
Oubli , n'ont pas moins d'interet, et font vivcment de?ircr que 
mademoiselle A. L. S. , deja connue par un tres bon Petit nia- 
nuel de morale L'lcntentaire ^ (Voy. tome V, pag. 348) remplisse 
bientot I'engagement quelle prend avec ses jeunes lecteurs , de 
continuer a faireparaUre la suite des Petits contes nioraux , dont 
la collection cntiere pourra former six volumes. Elle conseille, 
avec raison, d'appliquer a son nouvel ouvrage, comme au Petit 
manuelde Morale, la liJethode des questions adressees aux enfans 
sur la lecture qu'ils vienncnt de faire , soit par les instituteurs 
<ou paries peres et meres de famille, soit par les jeunes moni- 
teurs , dans les e'coles d'enseignement mutuel. Ces questions ser- 
viront a de'velopper les pre'ceptes de morale qui ne peuvent etre 
qu'indiques dans le recit , et a faire bien saisir le sens de quelqucs 
mots que les enfans ne comprendraient pas , sans une courtc ex- 
plication : ellcsontaussi pour objetde fixer Fattention des enfans, 
d'exercer leur intelligence, d'eveiller leurs reflexions, de former 
leur jugementet de fortifier leur me'moire, enmeraetenis qu'ellcs 
deviennent poureux un moyeud'amuseraeutet d instruction. » 

M. A. J. 
i65. — Manuel des ecoles eleinentaires pour les Jilles , cm PrJci^ 
de la methode d'enseignernent mutuel appliqiiee a la, lecture, a 
I'ecriture , au calcul et a la couture; par niadame Quigno^ , di- 
rectrice deVecole de la Halle aux draps, charge'e du cnnrs normal 
des aspiranles maitresses. — Paris, 1819. Colas, libraire, rue 
Dauphine, n° 32. 

Get ouvrage, compose' par la directrice de Tecolo de la Halli; 
aux draps, Tune des plus belles ecoles gratuites de Paris, est trvs 
propre a faire conpaUre et apprecier les avantages de Yenseigne- 
ment mutuel, applique a la lecture, a re'critiire, au calcul eta 
la couture. On y retrouve Tesprit d'ordre qui regne dans ce vaste 
atelier, oiipres de 5oo e'leves travailknt a la fois, sans confusian 



3^6 LIVUFS FRATfCAlS. 

et presqnc sans bruit. Ce Miiniit'l sera surtoiit utile aux inaJtrcssp» 
nomnieus par le gouvernemenl. pour dirigcr ties c'colcs clemcn- 
taires, ct a cclles qui voutlront fonder flcs ctablisscmcns paiticii- 
licrs sur le memo ixiodelc. La division dn teins, les exercices , 
les travaux , tout y est explicjue avec. detail et clartc. II existait 
deja un iVJaniiel ticsliiiii a l' instruction ties tiitiUres , et aux ecoles 
tie (;,Mcons j mais il n'y en avait point pour les ecoles de filles, 
et personne nc poiivait, mieux que madame Qnij^non , se charj^er 
d'en Goinjioser un , ionde sur une eg.;le connaissance de la theo- 
rie et de ra);])lication pralirpie de la niethode. 

i(jf;. — HJciitoire sur rtnstrnction tics sounh-muets, hi dans la 
seance publique de TAcademie royale des Sciences, Arts et 
Belles-Lettvcs de la rille de Caen, lejeudi •x'j avril i8uo,par 
M. Tabhe J /'.MET, niembre de la menie Academie, et instituteur 
des Kourds-miiets. Caen , 1820. Brochure in-b" de 28 pages. 
F. Poisson. 

L'auteur rend compte de la mefhode qu'il a adoj-.tee pourl'ins- 
truction de ses e'levcs. 11 ne se borne point, dit-il, ales faire 
ecrire sous la dictee des signes; il ne s'astreint point a rcndre 
toiijours les mots de.notre langue par de longues pantomimes. II 
n'cmploie les scenes miiuiques , que lorsquHl s agit de faire conce- 
voir au sourd-niuet , le vrai sens, 011 lesdiverses acceptions dun 
mot^ mais, une fois qu'il est compris , Finslituteur n'a plus be- 
soin du secours de la pantomime. Un signe unique, simple ct con- 
cis la remplace. Hans les cntrctiens que ses cieves ont cnlre eux, 
ou avec leur maitres , ce signe tient lieu du son de la voix. 

La publication de celte brochure donncra lieu, sans doute, ;i 
f|uelques observations de la part d'autres personnes vouees a 
Tcnseigncment des sourds-muets ; et ces obsciTations , rappro- 
che'es de la nouvelle me'thode de M. Jamet, ponrront re'pandre 
un nouTcau jour sur un sujel qui interesse tine classe nombreuse 
d'elres malheureux. Nous ne pouvons qu'applaudir aux genercux 
eflbrts de M. Jamet, pour e'tcndre le domaine defriche parFabbe 
del'Epee, et siheureusement exploite' au profit de Thumanit^par 
son dignesuccesseur, M. 1 abbe Sicard. 

167. — Damis ou rEilur/itinn du cceur:, par Ungues Millot. 
Orne' dc deux jolies gravures. Paris, 1820. Un vol. in-i?. de .^^o 
pag. Chauvin,libraireetconiiaissionnairc, rue de Richelieu, n" atr. 



LIVKF.S FKAKCAIS. 377 

Ce petit cours de morale est Touvrage d'tm honime de l)irn , 
qui a employe sept annees a en rassem'oler les diverses parties. 
II a peinl Ics vices do la socicte, et les causes funestcs qui de'- 
toumont riiomme des routes dela justice el dc la morale, pour 
lejeterdans un labyrinlhe de fautes qti^il paie souvent de sa 
propre ruine, ajires avoir travaille a celle de scs semblahles. Si la 
voix de la sagesse sullisait pour faire rentrer dansle devoir ceux quo 
Icnrs passions scmblentappeler a etreles fauteursdcdesordresso- 
ciaux, les conseils que Dainis donnc a ses enfans poui'raient, en 
exercant la plus douce influence sur les mu'urs, amcncr 1 hu- 
manite a ce point de perfectibilife qui passe pour etreunechimere 
des belles ames. Mais un monarque sage ct eclaire a donnc son 
approbation a Touvrage de M. H. Miilot, et Ic bicn c|ue Fauleur 
voudrait operer, pourrait devenir facile par la volonle forte d\i!i 
gouvernement bicnfaisant et eclaiix'. 

168. — L' yt rt de coiinnilre lesjeninies; par le cbevalier Platvte- 
Amoi'R. Paris, iS'^o. Brochure in-i 2 de 176 pai^es d'inipression. 
Delaunay. Prix , 2 fr. /jo c. 

L'aiiteur, apres avoir donnc' Tine idee f;e'nerale des femintv 
(telle tfuii se leil Jbriitee) , traite des jeunes demoiselles et de 
Icur e'ducation ; — de Tamour - propre ; — de I'ctat de vie 
qu'on choisit; ■ — de la religion et de la devotion des dames ; — 
de I'amour et des dere'glcmens dans lesqaels cctte passion jeltc 
souvent les femmes ; — du mariage ^ — de Tesprit et de la science ; 
— du secret j — de la beaute ct de la parure , avec des re'Jlexions 
sur les modes ; — du mcnsonge , de la mc'disance et de la ca- 
lomnie; — de la (latterie et dela dissimulation ; — de Famitic et 
de la haine; — de Fenvie 5 — de Tavaricc et de la prodigalitc ; — 
dc Forgueil et de Tostentation , etc. On trouve, dans ce petit 
traite, beaucoup dVmprunts faitsa divers ecrivainsj et i'auteur, 
bien different de la plupart de ceux qui ont choisi les femmes 
pour sujet de leurs ol)servations et de leurs me'ditation^ , sc 
montre le plus souvent frondeur impitoyable du beau sexe. 

169- — Insures sur Vamour de la pntrie , ou Cnrrespoiidanrc 
d''Anapistemon. et de Pftilopalros ,parFre'deric n, roi de Prusse; 
. publie'es parM. Cesar Gardetos. Paris, 1820. In-80 deSo.pagcs. 
Be'chet et Mongie. 

170. — La Ciiticomanif (sccniqiie) , der/iiere ciiinc dc la deca- 



378 LIVRES FRANgAIS. 

dence de la religion et des moeurs; en justijication des lumiires dir 
dix-huitieme siecle ; pour fiiire suite uu Traile des Causes de 
Vindigence et de {'tiiimoralitt ; mo yens de les dtkruire ; en 2 'vol. 
in-i3. par Marc-Francois Hache. Paris, 1819. Dclaunay, ct ma- 
damc Lepetit, libraire, rue Pave'e-Saint-Andre-des-Arcs, n" 2. 

171. — Discours sur le duel, par J. L. Crivelli, avocat a la 
Cour rojale de Nimcs. Paris , 1820. Bavous , libraire, rue 
Git-le-Coeur , n" 4- In-S". Prix, 1 fr. aS ctnt. 

L'Acade'mie de Dijon avail fait , sur cettematiere, un appel 
tous les ecrivains jiliilosophes. Elle avait annnnce un prix pour 
le meilleur discours qui lui scrait envoye. Le concours a etc nom- 
breux, et cependant elle a retire le sujet pi'opose. Elle a ainsi 
trompe les esperances des aspirans a la palme acade'mique. 
M. Crivelli a voulu , sans doute , se de'dommager dc re petit 
desappointcment , en livrant son ouvrage au jugcracnt du public 
qui, a notre avis, doit I'accueiUir favorablcment. Get e'crivain, 
auquel nous devons un volume de jurisprudence dont la redac- 
tion est tres soignee , annonce , dans ce Discours , de Terudition, 
la connaissance du cceur humain , et des vues philosophiques. Le 
style en est correct ; il a du mouvcmpnt et de I'e'le'gance. La 
premiere partie fait connaUre Torigine du prejuge barbare qu'il 
atlaque, les causes qui rentretiennent encore de nos jours, et les 
vices de la legislation faite pour le reprimer. La seconde in- 
dique les moyens propres a le combattre avec succes. Nous pen- 
sons que cet ecrit, peu volumineux, njais tres substantiel, sera 
lu avec fruit par nos legislateurs, qui pourront en tirer avanlag* 
dans la revision de nos lois criminelles. 

172. — Journal de Jurisprudence , ou Recueil des arrets no- 
tables de la Cour royale de Kimcs; par J. L. Crivelli , avocat a 
la meme Courj membre des Academies d' Avignon ct de Ntmes. 
Nimes, 1820. I vol. in-4° de 600 pages environ, pour les deux 
annees 1819 et 1820. Prix, i5 fr. Paris. Antoine Bavoux, libraire, 
rue Git-le-Coeur , n" 4- On s'abonne a Ntmes, cliez Tauteur. 

La jurisprudence est, pour ainsi dire, le complement de la 
loi, dont elle founiit le coramentaire le plus sftr : la connaissance 
en est indispensable a ceux qui se livrent a Fetude du droit. Les- 
recueils d'arrets, faits avec choix et avec un esprit de critique . 
doivent contribuer aux progres de la science. 



* 



LIVRES FKANrAlS. 879 

Get esprit a preside a la collection des arrets qui composciit li; 
volume que nous annou ons. Ce n'est point ici unc simple coui- 
pilation, iin travail purcmcnt mecanique; raiiteur raccompagnf 
toujours de re'flexions judicieuses ; il faitpreuve de beaucoup d"e- 
rudition, et d\mc grandc connaissance du droit. La plupart dcs 
arrets qu'il rapportc , sont precedes ou suivis d'observations qui 
reufcrraent un traite succinct et substanlicl des questions dont ils 
donncnt la solution. A ce mcrite , Tauteiir en joint lua asscz rare 
dans le barreau de nos provinces , celui d\i>i style pur et cor- 
rect. 11 ecrit avec beaucoup de clarte et de methode. Ce volume 
se recommande par lui-meme , et fait desirer que Fouvrage soit 
continue. 

I'j'i. — I. IJe la Simplification des jrlncipes cnnititutifs et aJ- 
ministratij's , ou Commentaire nouveau sur la Charte constitu- 
lionnelle j par M. L. D. D. L. V. Paris, 18-20. i vol. in-S° do 
120 pages. — 2. Uu Systeme general des Jiimnces , par M. L. D. 
D. t.. V. Paris , 1820. In-S" , 28 pages. Paris. Didotaine. — 3. Uu 
Droit de cite ; des droits d^eleclioii qui en dcrii>ent , ou Recherches 
et Propositions sur I'organisation locale, las droits civiques ct les 
elections, et specialemcnt sur lc3 fonctionnaires de Tordre admi- 
nistratif, jugesdepaix , gardes nationaleset depulc's; par G. , avcc 
cette epigraphe : le Pioi et la Charte. Paris , octobre , 1820. In-80 
de 164 pages. Mongie aine. — 4- Doctrine sociale, ou Princippi 
universels des lois et des rapports de peuple a peuple , deduits 
de la nature de Thomme et des droits du genre humain ; par 
C. J. R. RoNNiN. Paris, 1820. Ih-8o dc 188 p. Brissot-Tbivars. 

II n'est pas e'tonnant que , dans la situation oii se frouve la 
France, on voie se multiplier les ecrits sur le gouvemement de 
ce royaumejles uns, au detriment de la Charte, ct au profit 
des privileges ou de la grandc propriete'j d^antres , au profit de 
la toute puissance parlementaire ou ministerielle ; d'autresenfin, 
dans le but de maintenir les textcs ct Fesprit de cette mcme 
Charte. A cette derniere classe appartiennent les trois premiers 
ouvrages qui font le sujet de cet article; mais , dans le quatrieme, 
on suppose apparemment que les suspensions et les violations 
de la Charte amenent la ne'cessite' d'une constitution nouvelle , ct 
Ton s'occupe a Favance de rediger une declaration des droits; 
celle-ci est tellement spe'cialc et absolue , qu'il scrait difficile de 



•So LI VRHS irain(;ais. 

la concilier avec !e systemc de la monarchie. Tant il est vrai qiier 
« le sol politique a etc fouille , dans ces derniers tems , avec iinc 
excessive imprudence (i)! » Tant il est manifeste qu'on ne sau- 
vait trop si: h.1ter , pour la justice et pour la paix, de revcnir ik 
la Chart(>, ft de reglor un mode particulicr pour sa rdvision. 
K I/opiuion de stabilite unc fois ebranlet- , les controverses pul- 
liilcnt ; eiles nous lancent plus loin qu'on ne prcvoyait ; eilcs me- 
nacont do tout pcrdrc. » 

II serait peut-otre facile, quant au premier et au troisieme 
ccrit, de percer le voile des lettres initiales , et do de'couvrir , 
dans celui-la , un dc nos plus illustres ot de nos plus habiles per- 
ponnaf^es de I'ancien-et du nouveau regime, Tun dc nos meilleurs 
citoyens ; ct, dans celui-ci, Fun de nos niaCTistrats et de nos ])U- 
blieistcs les plus eclaiics. Mais nous aimons mieux obsei-ver que 
CO \oile, mis en avant par drs royalistes constitutionnels, purs 
et tres sinccrrs , qui nVcrivent que pour le maintien et le deve- 
loj)pcmt'nt de la Charte, qui montrcnt a chaque page leur vif 
altachement pour le Hoi, la dynastie et nos libertes publiques, 
"st un phenomtne digue d'al tent ion. Comment en sommes -nous ' 
veaus a ce point , que Ton so deguise ])onr defendre , par le rai- 
sonnement, la loi de nos lois? 

Quoi qu'il en suit, ]M. L. D. D. L. V. apres avoir rendu a la 
leligion de la niajorite' des Francais un eclalant et juste hom- 
niage, enonce le vani birn raisonnable de voir cortcentrer tous 
les niissionnaires dans Tinterienr des Cj^lises j il demandc auSsi 
Tobservation de la loi , mise en oubli , qui exige , pour les nou- 
veanx etablissemcnserclesiastiques, I'intei'vention des Chambres; 
il voudrait qu'on ne fit pour le clerge aucune depense nouvelle , 
ayant d'avoir pourvu a I'augmentation du traitemcnt des cure's 
ct des vicnires, etc. 

II ne reconnalt de vraies corporations dans FEtat, qiic les deux 
Chambres le'gislativcs. II defend, comme sages et conformes a la 
Charte, les dispositions quant a present snspenduesdecettcmemc 
Joi; et, sans examiner quelle est, en droit, la force obligatoirc des loi.- 
contrairesa la constitution, ilrecommandepourellesle respect et 

(i) Voyez mon F.xnmen du systime de fll. /''/miq^rgiies. tH-8", 
1819. Baudotlin frtres. 



LIVRTIS FRAlNrAIS. 3,Sj 

memelcsilrnce.Or, il se declare partoul con^itiilionnel, ct sa le 
Coniaianda) icii , presentee commeabsoliic, j-.etit, S('mljler dilUcile a 
concilier avec ic maintien tie la constitution. L'illiistve aiiteur n'a 
vou^usansdoute, ici, que donner un conseil salutaiie qiTou ne ptlt 
iiii reprocher , etdoat on ne saurait au inoinscoulester la prudence 
<)n aime aTentendre, pages 28, 44' "^> '''^ reconnaitre « op- 
j'lesse par notre Code penal, » et deraander que ce Code, qui 
«-,-L, dit-ii, en plusieurs dispositions , « un ho iiihle monument 
de despotisQie, soit mis ea accord avec le systeme d\me mo- 
iiarchie constitutionnelle , et. qu'on nous donne la loi neVessaire 
|.ijur prevenir et pour re[)rinier les arrestations arbitraires. » 11 
ojC dire , page 29, que « Tarbitraire est le plus grand vice de tout 
;;ouvernement , et la ruine eutierc du gouvernement monarchique 
ti^mpere! » En consequence, il pre'sente, pour assurer la respou- 
sabilite reelle des ministres et de tous les agens secondaires , un 
I'rojet, conforme presqu^en tout, comme il Tobservc iui-memc , 
^ un plan d('ja propose par M. le baron de Cormenin , mattrc des 
ri (juetes. On regrette qu'il veuille fixer delinitiveinent Porgani- 
.-ation ct la procedure ci iminelle des Cbambres , par de simples 
reglcmens , ct qn'il ne paraisse point biesse que les jiairs, en 
France comm? en Auglfterre, demeurenttouta lafois jugcs d'ius- 
l ruction ct d accusation , jures et juges, ct que Icurs actes soient 
afi'ranchis de toute re'vision et cassation, nieme devant une sec- 
tion de leur Chambre. 

Cependant, il sollicite, pages 40 et suivantes, le retabiissement 
dujurj d'accusation, et une formation des jurys qui leur ote le 
caractere de commission. II donne aussi le projet de cettc forma- 
tion, et un projet quiseml)le judicieu.\'. II demande , avec grande 
raison , pages 57 et 58, un ordre judiciaire legal pour juger Ic 
contentieux de Tadministration. II iudique un nioyen d'assurer la 
librc de'libcration des Cbambres, sans rien changer a 1 annee ii- 
nanciere : ce moyen aurait Tavantage d etablir la fixile de la con- 
tribution fonciere. II reclame le maintien de la loi du recrute- 
ment, etil reprouve tout traite de commerce , corame toujours 
nuisible aux. plus pre'cieux interets du commerce et de Tindustjie. 
llpresente, d'ailieurs, beaucoup d'apercus politiques et denoiious 
oonstitutionuelles qu il faut voir dans I'ouvrage memo. 

Dans la brochure intilulae : Syitttme gcneri;t Jes Jintitaes . ie 



382 LIVHIiS IKANCAIS. 

ineme auteiir ilcploie des vues ((ui nous ont senible profondcs t'; 
trcs dignes dc I'attention de nos ministrcs. V 

Lc livre du Droit dc Cite, etc. , prt'sente sur cc droit, et siir Ic 
elections, des recherches historiqucs, savantcs, in^enieuses , ct 
lort bien re'digees. Quant au choix des nicmbres dc la cliamhro. 
t-kctive, I'auteiir voiidrait (^ue, sauf le cas d'exclusion oude sus- 
jicnsion necessaires, tous les milles francais pajant une contri- 
bution , iJges de ii ansaccomplis, inscrits sur lo registre civique, 
a'3'ant acquis depuis par inscriplion un domicile politique, con- 
courusscnt a nonimer les clccteurs. En deux mots, il est pour lc 
sufl'ras^e a pcu pros univcrsel des contribuahles, et pour les deux 
dcgres d'clcction. II est permis do croire que le sifffrago univcr- 
sel, au picmier degre, nc serait qu'un avantage tresillusoircpour 
Jes pelils contribuables, et pcut-ette qu'ici , conime en autre 
chose, le micux scrait Tcnnemi du bion. 

L'auteur demande que, pour choisir les conseils de municipa- 
lite's d'arrondisscment et de departemcnt, les contribuables, Sges 
de •21 aus , jouissant dc Icur raison , et hors I'e'tat du service do- 
me.ilique, concourent aux elections; il donne de sages moyens 
pouroblenir aisement ce concours. 11 laisse au roi ou avi pit-ietle 
choix dc tous les maires , ponrvu qu'ils soicnt pris dans le conseil 
municipal. 

Relotivcment aux juges de paix , il vote pour que le roi les choi- 
sissc sur une double prescniatiou des citoyens de Tarrondisse- 
nient, suivant la derniere loi rendue sur ce sujet ; il de'raontre 
qu'il conviendrait, a tous cgards, dVn laisser I'election libre aux 
citoyens du ressort de chaque justice de paix. 

Quaut aux gardes nalionales, il ne voudrait tout au plus que 
des gardes municipales , ct il demande , pour le pouvoir executif , 
Je choix de tous les officios : comme si le droit d'anciennete qui 
alrcii, meme dans la ligne, pouvait paiaitre ici dangereux ! Si 
Ton n'a que des gardes municipales pour escorter la procession , 
et pour faire cortege ou parade , comme dit Tauteur, on ne 
concoit pas qu'il y ait de rinconve'nient a laisser choisir tous les 
ofTicicrs par ecus qui font le service, comme cela se praliquait 
ien beaucoup d'endroits, avantla revolution, sans aueun resultat 
fAcheux. 

II faut voir, dans lc ILvre dc M. Bouniu , ses yiphorismes sur 



LIVRES FUANCAIS. 383 

les droits de riiomme , et gi articles formant un abrege de ces 
memes apliorismes. Parmi des ide'es, la f)lupart fort justes, et 
d'une application ge'ne'rale, il en est qui ne peuvcnt convenir 
pour une vieille civilisation, ct surtout pour servir unc Tieille 
monarchie. L'auteur prtitpnd, ne'anmoins, qu'elles doivent servir 
di; modtle a tous Ics peuples , sans exception. 

Get ouvrage est termine par des reflexions judicioxses sur Mon- 
tesquieu , et sur les plus ce'lebres pliilosophes et publicistes. Ce- 
lui que l'auteur prefcre a tous , est Montesquieu. On ne voit pas 
Lien comment il pourralt s'accorderavec lobjetde sa predilection. 
Montesquieu etait singulierement frappii des <.bus de la correction 
mdm^. II disait que « la plus grande preuve de la bonte' des lois 
d'un peuple, est qu'elles ne soient applicables ;i aucun autre », et 
il a ecrit cette phrase : « Si je pouvais faire en sorte que tout le 
monde etU de nouvelles raisons pour aimer son prince et «es lois , 
qu'on pflt mieus sentir son bonlieur dans chaque gouvernement , 
je me croirais le plus heureux des mortels. » Enfin , Montesquieu 
etait bien loin de croire que « I'idee de Dieu doive etre totalement 
^trangere au gouvernement des horames. « 

L'auteur n'a point rempli ce que son fitre annonce. II promet 
les Principes unwersels des lois et des rappoits de peuple a peuple ; 
et it n'a traile' que du droit public inte'rieur, des rapports des ci- 
tojens avec leurs magistrats , et entre eux. Quelle que soit notre 
critique, I'ouvrage de M. Bonnin merite, a beaucoup d'e'gards, 
I'attentioa des pliilosophes, des iegislateurs et des citojens 
e'claire's. Lanjdiivais. 

1^4- — Examen des lois des ij, 26 mars ,QJuin 1819, et3i mars 
1820, relatives a la repression des abus de la liberie de la presse ; 
par M. Carnot, auteur de plusieurs ouvragcs sur la legislation. 
Paris, 1820; in-8° de 266 pages. Chez INeve. 

Les trois premieres de ces lois ont, en plus d'un sens, trompe 
les voeux des partisans de I'arbitraire, et surtout le juste espoir 
des amis d'une sage liberte'. La quatrieme loi est ouvei'tement 
constitutionnelle; son malhcureux titre de loi de passage-suDit 
pour la faire appre'cier : elle a de'ja dure long-tems. Les trois au- 
tres sont, a quelques e'gards, tresvicieuses; l'auteur eji de'monire 
ici Ics graves inconveniens, et indique les dispositions qu'il fau- 
drait adnleltl^:i il signale, en atlendaut, les abus d'exe'cutiou qui 



•38i LIVPvF.S rRAXr.AJS. 

sont.veniis ac;j;raver encore le joiig de ces mCmcs lois. Cct rxamoa 
est uu nouvcaii scrvit « que M. C. a rendu a la I'Klric. JNos Icgls- 
latciirs, comnie nos |iiris<;oiisulles, trouvoront ilans sod livre ilts 
iioctriiics aiissi cNactes qirutiles, et qiroii no saurait Iroj) lot voir 
ailopte'i-s. Lanjuinais. 

irfj. — Un di'imtc dnit-il accepter tics places :' Par KtsLr.:; 
Salverte, dii ilcjiartcmcnt »1e TAube. Paris, iS'JO. Brochure 
in-8'' <le -y.^ pa^cs. Baudunin frcres. 

On sc doutc bien qui; celle question est re'snlue nc'^alivcnient ; 
mais il est Inin ^\^•. suivro rautrin- dans Trxposilion dcs ninllfs (pii 
lui .scmblcnt commander impcricuscmcnt : i° que Icdepulo indc- 
pendant renonce a accepter des places; -i" que le dejiute i»nc- 
lionnairc renonce a ohleuir son avancemrnt. 

1-6. —r L'lliit de lit qucstinit. Lellre a un c/ecteur; par Eoskbe 
tJAivERiE, du drpartement de TAiibe. Paris, 1820. Brochure 
irr-8"de 4" pages. Raudouin freres. 

jrn. — Lett re iur III censure dcs journuux et sur les reitseurs , 
ou Extrnild^une cnrrespondaiicc iiieilile, rclatwe mix ajjhires du 
■ii^iiis; par Evaristc ]dvyiovi.\v. Paris, 1820. Brochure in-8° de 
100 pages. Bandouia freres. 

jnj!. — N'lte surlii veritable inlerprctaiion iriine loi iialieiiiic. 
Paris, 1 8:^0 ; in-B". Ant. Bailleul, rue Thibautode, n" S. 

M. le comte Ckarles Pascro, ne a Turin, e'tant venu en 
Trance vers la (in de Tannee 1816, a fait iniprimcr successive^ 
mcnt divers opuscules marque's au sc*au de la morale , de la lo- 
"ique et d'une politique sagementUberale. Maintenaiit, on lui en 
fait un crime. On Taccuse d'avoir viole unc loi du Picmont , 
concue en ces termes : « On ne pourra faire imprimer a Tetran- 
"cr aucun ecrit, sans Tavoir soumis auparavant a Tapprobation 
dcs reviseurs e'tablis par S. M. , sous peine d'une amende de Go 
ecus ou de telle autre phis forte que S. M. pourra inlliger, se- 
lon lescirconstances. » 

La JVole a pour objet de denmntrer qu'une pareille accjisation 
reposrrait sur une fausse interpretation de la loi citei' , quand 
merae <etlc loi , qui n"a jamais eu d'exe'cution , n^aurait pas etc 
abrofcc par desuetude. L'auteur nous parait avoir traite la ques- 
tion sous ses vrais points de vue. • 

j-q. — Sur la caisse hjpothecaire el ses rc'stdlats , par INI. Ber- 



LIVKES FRANCAIS, 385 

tHEviN. Paris, i8ao. Brochure in-8" dc ao pages. Chez Louis, 
Pflicier et Johanneau , libraires. 

L'autcur discute les moyens geueraux a employer pour que 
rapphcat.ion des capitaux puisse aider les ellbrts do Tagriculture. 
Puis , il chcrcho a demontrer quHl n'est pas donnd a la caisse hy- 
pathecnire. de produire un re'suitat aussi important.. En presa- 
geant la chute de cette caisse , Tauteur fait neanmoins observer 
qu'elle aura introduit parmi nous Tesprit de calcul, a la faveur 
duquel on pourra hientot concevoir une banque a la fois fonciere 
et dc circulation : probleme dont la solution serait un ve'ritable 
bienfait pour la Franco , a cause de la reunion des interets fon- 
ciers et commerciaux. ' 

1 80. — Des privileges et liYpotheques , ou Explication tin tilre 18 
du Hire III du Code civil; par M. (]otelle , professeur de la Fa- 
culte de droit dc Paris, et avocat a la Cour royale. Paris, 1820. 
1 vol. in-8° de jSo pages. 

Nous avons d<ija , sur ce snjet difiicile et important , plusieurs 
traitesposterieursau Code civil, quia etabli Tordre hypothecaire 
actuel par amalgame des deux systemes prece'demm;'nt etablis, 
Tun par Tt'dit de 1771 sur les lettres de ratification , et^Tautre 
par la loi de messidor an 3 , modiliee deja par la loi de brumaire 
an 1 1 sur les hypothequos, 

Ce qui distingue principalement ce nouveau traite', c'est le 
chapitre septierae et dernier oil I'auteur expose quelques incon- 
veniens et quelques difEcultes graves qui re'sultent du systeme 
actuel , avec Findication de i)lusieurs dispositions qui feraient 
disparaitreces vices. 

181. — Les Ojfficialites supprimees par la loi, retablies par des 
eu^ques ; ou Examen religieux et politique d'une ordonnance de 
Teveque de Metz, du 2.1 mars 1S20. Par M. Lanjuinais, pair de 
France, etc. Paris, 1820 , brochure in -8" de 17 pages. Baudouin 
freres , rue de Vaugirard, n° 36. 

182. — Histnira de la ville de Khotan, tire'e des Annales de la 
Chine et traduite du chinois ; suivie de recherches sur la subs- 
tance minerale appelee par les Chinois pierre de lu , et sur le 
jaspe des anciens. Par M. Abel REMtSiiT. In-8<> de 238 pages. 
Paris, 1820, chez Doublet. 

Khotan , dont nos geographes parlcnt a peine sous le nom de 

Coten, est le nom transforme d'une ville et d'un pays de la Tar- 

TOME Yill. 2,5 



386 LIVRES FRANCAIS. 

tarie ind^pendante , qui formorent autrefois un assez puissan!' 
royaume, dans la petite Boukarie, vers le milieu de cc que nous 
appelons la Tartaric ind^pcndante, an midi dc la ville et du 
royaume de Kashgar. Lc nom original est le mot samscrit Kous- 
tana , qui signifle tenv mnmelle , excellent pays , ou la ma- 
melledela ten'e.Eneflet ,le Rhotandonne le muse dont leparfum 
et le beau iioir sont tant ce'le'bre's par les poetes orient aux. Les ri- 
vieres du pays charient la precieusepierre de cash, ou le jaspe an- 
tique, notre jade oriental , autremcnt la pierre dyif, dont le gisse- 
mentest lefabuleux mout Merou, I'Olympe des Indous, YHcemodus 
desanciens, en samscrit A i/M«/o/a,le ntonttiutroul ,ou Himalaya, 
place du Froid (i). Cctte pierre est encore aujourd'hui Tobjet 
d'un commerce dont le pays et la ville de Khotan sont le princi- 
pal entrepot , et dont Torigine paratt remonter aux premiers 3gcs 
du monde. Des avant F^re chre'tienne , ce pays etait connu 
des Chinois ; il servait de passage pour communiquer de Focci- 
dent de TAsie dans la Chine, et entretenir des rapports de com- 
merce. II ^tait, il y a plus de 1600 ans couvert de monasteres, 
oil les boudhistes des regions orientales allaient chercher les livre» 
sacres et les traditions de leur croyance. II parait avoir con- 
serve' son independance jusqu'a Tinvasion de Gengiskan. i 
Tels sont les faits importans recueillis dans la premiere parti« 
de ce volume. La seconde est une monographie de la pierre d'yu , 
la plus complete qui esiste, et Ton y trouve sur la nature des 
fameux vases murrhins une exciirsion tres curieuse. 

L'auteur nous promet sur J^erAian^, Kashgar, Bishbalick et 
autres pays situ^s entre le Tibet et les limites meridionales de 
I'empire russc actuel, et tous en des contre'es qui repondent sui 
nos cartes a de grands espaces Wanes, des extraits exacts et preci." 
de ce qu'en disent les livres chinois. 

On pent pre'voir que ses profondes recherches et son e'rudition 
profonde, le mettront un jour en dtat de tracer Thistoire du 
culte de Boudha dans la Tartaric , et de re'diger le tableau des 
revolutions qui ont conduit les antiques Samane'ens[ si loin do 
leur contrde originaire , et etendu dans le nord Finfluence des 



(i) De hima et de himmala viennent sans doute le mot hiems 
des Latins, (d'ou sort notre mot hither), Ki\c hinimel et ses 
analogues, qui designent le del, dans les langucs teutoniques. 



/ 

LIVRES FRANCAIS. 38; 

religions, des institutions et des lanj^Ties qui ont tantfleuri dans 
la presqu'tle de I'lnde, apres y avoir ete apportees de regions 
asiatiques plus eccidentales. Lanjcikais. 

1 83. — (*) Histoire de la -vie et des outrages dej.de Lafontaine , 
par C.-A. Walckehtaer , membre de Tlnstitut ; avec cette epi- 
graphe : « De ma reveuse enfance 11 a fait les de'iices. » (Ducis.) 
Paris, 1820. I vol. in-8° de 535 pages. Nepveu , libraire , passage 
des Panoramas , n° a6. 

184. — Essai surla vie, les opinions et les ouvrases de Barthc- 
leiny t'aujas de Saint- fond , administrateur du JardinduRoi, 
professeur de geologic au Museum d'histoire naturelle, membre 
dediversesSociete's savantes, et chevalier de la Legion d'honneur; 
par M. DE Fretcinet, proprie'taire. Valenpe, 1820. De I'imprime- 
rie de Jacques Montal. 56 pages in-4''. 

Le de'partement de la Drome fut le bcrceau de Barlhelemy 
Faujas de Saint- Fond , et c'est dans ce meme de'partement, au 
domaine de Saint-Fond , que repose sa de'pouille mortelle. Ce sa- 
vant est mort a I'Sge de 78 ans, apres avoir e'te' Tami de BufTon et 
avoir parcouru une carrierc aussi brillante dans les lettres, qu'u- 
tile dans les haules sciences : il etait attache au Jardin du Roi 
comme administrateur, et, au Museum de cet ctablissement , 
comma professeur charge' de la chaire de geologie. II laisse de 
pre'cieux et nombreux ouvrages. 

II eftt ete penible pour le de'partement, d'attendre que I'eloge 
de ce savant fftt public par des hommes etrangers a la Drome : 
aussi annoncons-nous avec plaisir cet e'logc, dft a Tun de ses amis 
(M. Freycinet). Comme tribut paye a la me'moire d'un ami, il est 
fait pour inte'resser : il renfcrrae , en outre, des opuscules in^dits 
de Barthelemy Faujas , qui consistent en pense'es divcrses, en un 
dernier voyage geologiquc , suivi d'un discours ex professo, pro- 
nonce par Barthelemy Faujas al'ouverturc dc son dernier cours de 
geologic, en i8i8; a la fin , est une notice bibliographiquc de 48 
ouvragesimprimes, et d'autres qui n'ont point encore paru. L'ou- 
vrage dc M. Freycinet , imprime avec soin sur tres beau papier 
velin d'Annonay, est destine par Tauteur aux amis les mieus 
connus de Barthelemy Faujas , a qui il en fait hommage. Quant 
au resle de Tedition , il n'est plus que d'un petit nombre d'esem- 
plaires : on lestrouvera chez MM. Freycinet, iLoriol,et Montal, 

25* 



388 



UVRES FRAWCAIS. 



imprimeur duRoi, a Valence. Prix, 2 francs, si I'ouvrage est 
retire a ces deux adresses , el a fr. aS c. franc da port. 

1 85. — f'^ie cV Horace Nelson, commandant en chef dcs flottes 
britanniques, baron duJNil, chevalier de I'ordre du Bain , etc.; 
traduite de Tanglais, sur la troisii-me edition defionEni Sodthey, 
par M. F.... R....; in-S** de442 pages, avec le portrait de ]Nelson. 
Prix, 5 fr., et 6 fr. 5oc. , franc de port. Scherfl', libraire, rue de 
rOratoire-St.-Honore , n" 6. 

Cet ouvrage , qui est a sa troisieme edition , a obtenu un grand 
succes en Anglcterre. Les Anglais devaient accuelUir avec em- 
pressement la vie d'un des grands capitaines qui ont honore leur 
marine. L'editeur francais ne doutc pas que cefte vie n'inte'resse 
vivement ses comp;itriotes , que iVanciennes rwalites n' ont jamais 
empMies de remlre justice au merite de ceux de leurs ennemis qui 
leur ont fait le plus de iiial. Nous dcvons lui savoir gr^ de ce 
motif qui Ta decide a publier sa traduction, nous, surtout, qui 
aimons a fairc valoir les hommes et les choses utiles, sans dis- 
tinction de pays ni d'opiuions. 

Celui qui demandait, a I'Oge de cinq ans , ce que c'est que la 
peur, d^vait etre un jour un hcros. Doue d'une ame forte , que 
Ton aurait a peine soupconnc'e dans un corps aussi debile que' le 
sien, il eut a vaincre beauconp d'obstacles dans le commence- 
ment de sa carricre. On aime a recueillir le temoignage qu'il se 
rend a lui-mcme , dans re'panchemcnt de I'amitiL^ « J'ai termine 
cettc guerre, dit Nelson dans une de seslettres, sans avoir fait- 
ma fortune j niais ma reputation est sans tachc. La gloire veri- 
table, jc I'espere, sera toujoursd'un plus grand prix, araesyeux, 
que les richesses. » C'cstainsi que pensait ce grand homme, qui, 
mort a /(Sans , avait consacre 34 annees a servir son pays. II moii- 
rut, comme il avait ve'cu, en triomphant, a la bataille de Tra- 
falgar, le 20 octobre i8o5. « Nous avons perdu bien plus que 
nous ne pourrions jamais gagner, » dit le monarque anglais, en 
apprenant la victoire et la mort de I'amiral Nelson. 

Le traducteur a rendu fidclement le teste de I'auteur , en n"y 
joignant que deux ou trois notes , et en se dispensant de relever 
plusieurs assertions hasarde'es, telles que celle-ci: « L'Angleterre 
n'a peut-Stre pas employd assez souvent ce genre d'artillerie (I'or) 
dont la France a tire un si grand parti pour subjuguer le conti- 
nent. » Nous imitet'ons en moderation, laissant au lecteur le soiu 



LIVRES FRANCAIS. 389 

de faire justice Je ccs passages, qui de'parent un peu rouvrage de 
M. Robert Southey. 

186. — Dissertation sur cette question : Cujas fut-il refuse dans 
^a demande qu'il fit d'une cbaire de profcsseur a Toulouse? par 
M. Bebriat Saint-Prix. In-S" de Sa pages. Paris, 1820. Baudouin 
freres. 

Cette dissertation , ou le refus e'prouvc par Cujas est de'montre 
par une Icltrede lui-meme, etdont I'original existe , fait parlie d'un 
Eisai sur la vie de Cujas, que I'auteur se propose de publier a la 
suite d'une Histoire du droit romain. 

187. — Eloge hislorique de Jean-Marie Cailleau, docteur tiiede- 
mn; par E. B. Revolat, ancien tncdecin principal des arme'es, etc. : 
lu dans la seance publique de la societe royale de me'decine de 
Bordeaux, le 28 aoftt 1820. Bordeaux, 1820. ln-8° de 32 pages. 
Lawalle jeune et neveu ; Alle'es de Tourny , n" 20. 

188. — Ode hehra'ique sur la naissance de Mgr. le due de Bor- 
deaux ; par M. D. Drach , rabbin , docteur de la loi , directeiir de 
I'ecole consistoriale israelite de la Seine, avecla traduction fran- 
caise en regard du teste : prc'sentee a S. M. Louis XVIII, par 
I'auteur, dans I'audience du 23 octobre 1820. Paris, 1820. Impri- 
merie he'braique de Setier. 

i8g. — Surles at'antages des belles-lettres j discours prononce 
par M. Mathias, censeur de I'Ecole militaire pre'paratoire des 
BouUais ( le 16 octobre i82o,a I'ouverturedecetteEcole royale). 
1820. Didof aine; li pages. 

190. — Le vieux Cet'cnol, ou Anecdotes sur j4nibroise Borely. 
Paris, 1820, I vol. in-18. Klefler, rue d'Eiifer, no 2. Prix, 3 fr. 

C'est une jolic rcimpression dun roman contre Tin tolerance j 
roman historique , ingenieux, et bien ecrit, oti Ic celcbre et in- 
fortune Rabaut Saint-Etienne mit autrefois en action les lois et 
les principales mesures exe'cutivcs dirige'es contre les protestans , 
sous le regne de Louis xivctdepuis. L'ouvragecut unassez grand 
succes lorsqu'il parul j il est pre'cc'de' ici d'une inte'ressante notice 
sur I'auteur, par M. le comte Boissy d'Anglas, et d'liu eloge de 
M. de Bec-de-Litvre, e'veque do Kinies, prclat qui, pour sa 
bienfaisance et sa charite, fut aussi regrettc par ses dioce'sains 
protestans , que par les catholiques. 

'9'- (*) — ^^ -^^ ^' "" Jour, ttaduit librement de Tanglais, 
par madame La baronne Isabelle de MOMOLiEn ; 3 volumes in-12. 



Sgo LIVRES FRANQAIS. 

Prix, pour Paris, 7 fr. 5o c. ; par la poste, g fr. Paris, i8ao. 

Arthus Bertrand , rue Hautefeuille , no a3. 

19a. — ChansonnierJrancais,ou Etrennes des dames jredige par 
quelques convives du Caveau moderne et des Soupers de Mo- 
mus. XVIIl' anne'e. Paris, 1820. i vol. in-)8. Caillot, lib. , rue 
St.-Andre'-des-Arts, n^S^. Prix, i fr. 5o c, et 2 fr., francdeport. 

ig^.—Chansonnier des demoiselles , par les memes auteurs , et 
chezle mime libraire. XVII' annee, i v. in- 18. i fr. et i fr. a5 c. 

194. — Arch'wes des lettres , sciences et arts ; nouvean journal. 
Format in-4'. Paris, quai Voltaire, n»3, au premier. Prix, i5 
fr. pour la France , par annee , et 1 7 fr. 5o c. pour I'e'tranger. 

Le premier nume'ro de ce journal a paru le 7 decembre 1819. 
Le 17 septembre dernier, il avait deja annoncd : 1167 articles de 
librairie, 176 de gravure , et ii6de musique. Les Archives ne 
se bornent pas a donner les titres et les prix des ouvrages, et 
a n'en presenter ainsi qu'une froide nomenclature ; elles en 
font aussi connaitre le plan et le but, dans des annonces rai- 
sonnees. 

Livre etranger imprimi en France. 

ig5. — Memorias para la Jiistoria de las Constituciones espafio- 
las, etc. — Memoires pour servir a I'histoire des Constitutions 
espagnoles. — 1" Me'moire sur la Constitution golhique-cspa- 
gnole; par Jean Sempefe. Paris, 1820. 1 vol. in-8°. Rodriguez, 
cour des Fontaines , n" 4- 

L'ouvrage que nous annoncons , et dont I'auteur est connu par 
un grand nombre de productions estimables , traite de la Consti- 
tution politique de I'Espagne, pendant les trois siecles de la mo- 
narchic gothique. ■ — II n'existait pas , a proprement parler, de 
Constitution e'crite ; mais Thistoire et les lois publie'es sous le roi 
Enrick , cinquante ans apres la conquete , et sous les s«ccesseurs 
d'Enrick, oflrent des monumens qui constateut I'existence d'une 
organisation politique, re'sultat du melange descoutumes, des 
moeurs et des opinions apporte'es en Espagne par les conque'rans, 
avec les coutumes, les moeurs et les opinions des Romaius, sous 
le Bas-Empire , et avec celles que les Espagnols avaient pu con- 
server des terns anterieurs a la domination romaine. M. Sempere 
pense que la Constitution, depuis Enrick jusqu'a Recarcde , n'ad- 
mettait pas les Espagnols ( appeles Romains ) a I'administration 



LIVRES FRAKCAIS. Sgi 

du royaume , ni a la formatioo ties lois. La conversion de Recarede 
au catholicisme , vers la fin du si^ieme siecle , fut I'origine du 
pouvoir politique des eveques : ils acquirent alors , quoique d'o- 
rigine espagnole, une autorife illimitee, et sViigtreot en le'gisla- 
teurs , meme dans les Conciles gt'neraux de la nation. La cou- 
ronne des Visigots e'tant e'leclive, ils participerent a I'e'lection 
des rois; et, si la force ou I'intrigue en decidaient, I'elu ne sc 
croyait pas solidement assis sur le trone, a moinsqiie les eveques, 
re'unis dans un Concile avec les grands, n'eussent approuveTelec- 
f.ion. 

Le pouvoir executif etait confondu avec les pouvoirs le'gislatif 
et judiciaire ; car, le roi e'tait a la fois chef du gouvernement , 
president des Conciles , et juge supreme. Aucun impot n'etait 
etabli. Le souverain soutenait sa maison et sa dignite' avec le pro- 
duit des terras assignees aux rois , et cultive'es par des Espagnols 
attaches aux memes lerres , comme serfs adscripti glebce. Outre 
cela , le roi s'appropriait les biens confisques sur ceux qui encou- 
raient cette peine, d'apres la loi, ou en vertu d'un jugement du 
roi. Les Conciles de Tolede nous font connaitre que les rois visi- 
gots abusaient tres souveut de ce droit. La liberie' individuelle 
n'etait pas garantie : 11 est vrai qu'un jugement inique pouvait 
etre refornae par une cour superieure; maisle malheureux qui ne 
parvenait pas a constater rinjusticedevantle juged'appel,perdait 
son proces , et pouvait etre puni corporellement ; circonstance qui 
faisait trembler tous les pauvres, et ceux meme qui nel'etaient pas. 

M. Sempere s'etonne, avec raison , des eloges que des ecrivains 
eclaires ont donne's a la Constitution espagnole des Visigots j il 
avoue franchement que les eveques espagnols ont quelquefois 
tempere ledespotismedes rois, dans les Conciles de Tolede : mais 
il ne dissimule pas les motifs interesses qui les determinerent sou- 
vent , dans des occasions critiques , a pencher en faveur des 
hommes ambitieus qui avaient usurpe le trone. Enfin , I'ou- 
vrage deM. Sempere presente des apercus neufs et curieux: ceux 
qui cherche't a s'instruire dans I'histoire critique des peuples, y 
trouveront un grand nombre de verites utiles , et penseront peut- 
etre qu'un travail du meme ordre , execute pour la France, re- 
pandrait quelques iumieres sur les siecles de la premiere dynas.- 
tie. J. A. Llokente. 



VVVM^VVVVVVVVVVVVv VVVXA/V VVVV\/V VVV bVVVVVVVVVVVV/VV VVVVVVXW V\^ VWVW WWVM wv vv% w» 

ly. NOUVELLES LITTERAIRES 

ET SCIENTIFIQUES. 



AMltRIQUE. 

ETATS-UNIS. 

CoNHECTicut. — Wew -Haven. — Physique. — Elcctriciti gal- 
fnniqui. — M. Robert Hare, professeur de cliimie vt runivcrsite 
de Pensylvanie, a propose*, dans The Anieiican Journal oj Science 
and Alls ^ une nouvellc thtforie de la jnle tie f^olta , qn'il a ap- 
puye'e d'txperituces interessantes. Le puissant agent de'veloppc 
par Taction galvanique, lui parait etre une combinaison de calo- 
rique et d'cl.'Ctricite ordinaire. II reproche aus pbysiciens , 
peut-che injustt-ment, d'avoir presque constamment preUre des 
piles galvaniqnes a plaques nombrfuses , au lieu d'avoir employe' 
des surfaces plus etendues, avec un plus petit nombred'e'Mmens. 
Au moyen d'unc seule paire decuivre et de zinc , mais de 49 pieds 
Carres, il est parvenu a rougir tres fortrment un lil nietallique. 
M. Hare nous seuoble trop ne'gliger raclion chimique , qui doit 
jouer un role important dans la theorie de cet appareil. 

Poussicre atmospherique. — M. Rafinesque a public , dans le 
Journal deja cite, un Mc'moire sur ce qu'il nomme la poussicre at- 
riiospherique. 11 pense que, sans cesse flottantc dans I'air , c est 
elle qui sc depose si abondamment dans nos maisons ; qu'elle 
totnbe aussi en rase campagne , et en egale quantite , par un terns 
sec et par un terns brumeux ; qu'elle est principalement composc'e 
d'alumine, et que la chute progressive de celte poussicre , jointe 
an de'tritus des plantes, permetde concevoir comment les anciens 
edifices de la Grcce et de Rome ont e'te presqti'entitrement en- 
sevelis. 11 pretend enfin Tavoir vue en Sicile, sur les Alpes, sur 
les montagnes de I'Amerique , et nieme au milieu dc I'Oce'an. 
. M. R. ne paratt pas avoir eu connaissance du fait suivant, dont 
sans doute il n'aurait pas manque de tirer parti. Lorsque, vers la 
fin de 1819, le gouverncment anglais tit ouvrir , dans le ch3tean 
d'Edimbourg, la chambre 011 ctaient deposes li.-s ornomens royaux 
des anciens souverains d'Ecosse , on remarqua sur Icplanclieruno 



AM^RIQUE. 393 

couche de poussiere de plus de Irois pouces d'epaisseur , qui sV- 
tait accumulc'e pendant un siecle dans une salle exacteraentferme'e. 

New-York. — Mete'orologie. — M. John Rech a pre'scnle au 
lyce'e de cette villu un Me'moire sui- ce qu'il nomme oroges sales. 
En 181 5 , un violent ouragan , -venant de la mer, occasionna d'af- 
freux ravages , at de'posa sur les maisons et sur les plantes une 
couche cristalline de sel marin. M. J. B. se demande dans quel 
etat le muriate de soude existe suspendu dans I'atmosphere ; et , 
quoiqu'il n'entreprenne pas de resoudrc cette cjuestion, illuia 
paru interessant de constater de nouveau un fait qu'avaient deja 
remarque , dans Tlnde et en Egypte, MM. Forbes et de Volney. 

ViRGiwiE ET Tennessee. — Geologic. — M. Elias Cornelius a fait 
plusieurs Obseri'ations geologiques importantes, duns ces deux 
Efats. II dccrit le ce'lebre pout naturel de la l^irginie ; les 
strates infe'rieures d'une montagne ajant ete' emporte'es dans 
quelque grande revolution, les couches superieures sont reste'es, 
formant une arche magnifique de 214 pieds d'ele'vation. — 11 a 
visite dans leTeunesse'e une grotte caicaire doiit les parois oflrent 
aux habitans une abondante re'colte de salpetre, qu'ils puriQent 
par des cristallisations successives. L'acide nitrique, ne'cessaire 
a la formation du vitriol de polasse, provient sans doute de la 
de'cora position des cadavres deposes dans la grotte, qui servit 
long- terns de cimetiere aux Indiens. II a observe aussi, chez la 
nation Cherokee, un vaste tumulus, ou pyramide conique, deplus 
de 1000 pieds de tour. En Amerique, la construction de ces nionu- 
mens primitifs reraonte a une si haafe antiquite, que les Indiens 
n'ont conserve aucune tradition de leur origine. 

Province de Ch.vctaw. — Zoologie. — Mouche veninieuse. — 
A cent milles des Natchez , une grande route a ete' rendue impra- 
licable pour les chevaux , a cause des altaqiies d'une mouche veni- 
nieuse qui les fait pe'rir, trois heures apres les avoir pique's : jus- 
qu'a 40 chevaux ont etc' tuesdans un seul hiver. M. Elias Corne- 
lius n'a pas pu determiner Tespece de cet inserte. Ce fait rappelle 
que, dans rAmerique mcridionale, M. de Humboldt avait observe 
un ruisscau dcvenu impraticabie pour les mulcts , parce que les 
nnguilles electriqiies ( gymnotus electricus ) les foudroyaient a 
leur pas.'ago. 



394 AMtRIQUE. 

AVashikcton. — Publication nouvetle. — M. Georges Otis, qui 
a traduit rccemment Touvrage de IVl. Tabbc de Pradt, intitule : 
De I' Europe, aprcs le congres d'Aix-la-Clutpelle, vient aussi de 
J'aire passer dans notre langue I'histoire vcritablenient classique 
de notre glorieuse Re'volution , par M. Botta, ccltbre auteur ita- 
lien, maintenant citoyen francais, el rectrur de I'Academie de 
Rouen , qui semble avoir pris pour modcles les grands historiens 
de Tantiquite. 

REPtJBLIQUE d'hAITI. 

Port-au-Prince. — Enseignenient niutuel. — Des lettres de 
cette ville annoncent que I'instituteur designe par la Socie'te de 
Paris, M. Ricatte, a recu I'accueil le plus favorable; son ecole 
est en pleine activite. Sur cent eleves, il n'y en a qn'un bLnc. 
M. Pradcres, correspondant de la Societe' pour renseigqement 
eiementaire , demande une institutrice pour le memelieu. 

NOUVELLE-GRENADE. 

Bagota. — Instruction pubUque. — Le general Bolivar a fait 
convertir le convent des capucins de cette ville en un college , 
pour servir A Te'ducation i°des enfans des citoyens mis a mort 
par Ics autorite's espagnoles ; 2° de tous les autres orphelins ou 
enfans dont les parens se trouvent re'duits a I'indigence ; 3° enilo 
de tous les enfans trouve's. Les depenses de leur nourriture et de 
Jeur education seront supportees par la republique. Les enfans 
dont les pcres ou les protecteurs sont morls au champ de bataille 
ou sur I'e'cliafaud , pour la cause de i'inde'pendance , seront seuls 
imme'diatement admis dans ce coile'ge. On y enseignera la langue 
espagnole , les principes de la religion, de la morale, de la logi- 
que, des mathe'matiques , de la philosophie cxpe'rimentale , du 
dessin, de I'histoire, de la geographie et de la topographic. Les 
fonds speciaux du coile'ge ne consisteront, pour le moment, que 
dans les i5,ooo dollars (environ 80,000 francs) que le doctfur 
J. Y. Guitterez a legue's par son testament a I'instrurtion publi- 
que,etdans les fonds appartenant au convent eta la romniu- 
naute des capucins qui se sont enfuis de cette ville. Si ces res- 
sources ne sont pas suffisantes , le deficit sera comble par la tieso- 
rerie nationale. 



AM^RIQUE. — ASIE. 3^5 

NOUVELLE-ESPAGNE. 

Mexico. — Enseignement nmtiiel. — Exlrail d'uue leltre ecnte 
parM. Alaman. — « J'ai troiivc inon frere , qui est chanoine, a la 
t^ted'un de nos colleges, aiujiiel est jointe une ecole primaire. Je 
me suis occupe d'y introdiiire Vcnseignement ?nutuel ; et quoique 
j'aie commence depuis pen dc teins, on s'apercoit deja du succes 
de cette methode. » 

PEROU. 

JVecrologie. — M. Thaddee Hoenkc , celebre naturaliste 
de la Boheme, vient de mourir au Pe'rou. 11 se disposait a 
revenir en Europe , pour refondre el publier son ouvrage inti- 
tule la Flore des yilpes. Cette perte prive les savans d'une fouie 
d'observations curieuses sur la \ie des plantes et sur Taction inte- 
rieure de la nature , etde beaucoup de rerherclies faites, pendant 
un sejour de quinze ans, dans la province deCochabamba, Tune des 
plus belles et des plus ferliles contre'es du monde. A la nouvelle 
de cette mort, le vice-roi adonne ordre qu'on transport^! tout ce 
qu'avait recueilli M. Hcenke, d'Arica a Lima. Sa collection con- 
sistait en extraits de quinquina, et en autres plantes fort esti- 
me'es. Ce naturaliste etait eleve de Jacquin. 

BRESIL. 

Rio-Janeiro. — Enseignement mutuel. — M. le comle de Scey, 
ancien pre'fet du Doubs, a e'crit de Rio-Janeiro a la Societe pour 
1 enseignemeut elementaire , afln tie la remcrcier des secour* 
qu'elle a offerts et qui seront trcs utiles pour la formation des 
ecoles dans ce pays. 

ASIE. 

INDES ORIENTAL ES. 

Calcutta. — AeroUthe , ou pterre tombee de Vatmospliere. — 
Tous les physiciens sont aujourd'hui d'accord sur la realite des 
aerolithes. II n'en est pas de meme a Tegard de Torigine et de la 
formation de ces corps : les ims les regardent comme des debris 
de plant-tes, ou comme des produits des c'ruptions volcaniques 
de la lune ; d'aiitres pensent qu elles se forment de toutes pieces 
dans ratmosphere. II existe, dans le museum de la compagnie 



396 ASIE. 

<les Inilcs , tine de ces pierres , remarquable par les circonslancrs 
qui accompaj.'neri'nt sa chute. Les details que nous allons donner 
sont cxtraits dune lettie du capitaine G. Bird au major Pen- 
nington. 

Le 18 fevner i8i5, vers midi, des gens travaillant dans \in 
champ, a environ un demi-mille du -xUlage de Dooralla, furent 
tout-a-coup alarmes par une explosion qu'ils prirent pour cellc 
d'un canon de gros calibre , a laquelle succeda un bruit pareil au 
siflleracnt d'unboulet de canon dans sa plusgrande vitesse. Ayant 
tourne leurs yeux vers Tendroit d'ou le bruit venait , ils vircnt 
dans Fair une grosse masse noire , qui paraissait se dirigcr vers 
cux : elle les de'passa avec ime vitesse inconcevable , et s'enfonca. 
dans la terre, a la distance d'environ 60 pas du lieu oii ils etaient. 
Aussitot que leur terreur fut dissipce, ils coururenl au village, ou ils 
trouverent les habitansnon moius efl'raycs quVux-memes; comme 
on n'avait point vu Taerolithe, on apprehendait que ce ne ffttun 
parti de raaraudeurs qui s'approchait. Lesbramines, ayant ap- 
pris ce qui etait arrive', "accoururent suivis du peuple ; ils H- 
tent creuser a Tendroit ou la terre paraissait fratchement remue'e. 
(-■t ils trouverent la pierre a environ cinq pieds de profondeur. 
Ils I'emporterent au village , ou ils la couvrirent de flcurs; et 
ils ouvrirent une souscriplion pour e'nger un temple , afin de I'y 
placer et de tirer parti de Te'venement. L'explosion fut entendue 
a la distance de i5 milles de Dooralla. Le major Pennington, 
instruit de cette circonstance , eciivit au capitaine Bird d'es- 
sayer de se procurer la pierre. Ce dernier, s'etant adresse au 
rajah , obtint sans difilculte unordrc pour I'enlever. Le rajah re- 
gardait sans doute la pierre comme un presage de malheur; car 
il donna des ordrcs formcls pour qu'elle n'approchSt point de sa 
residence. Elle fut transportee a Lediana, ou le capitaine Bird 
e'tait alors , a 80 milles environ du lieu de sa chute j une troupe 
de bramines et des seiks a cheval I'escorterent. Cette aerolilhe 
pese plus de aS livres; elle est couverte d'une pellicule mince et 
noire, a une forme a peu pres triangulairc, et presente a un angle , 
d'ou un morceau a ete detach(?, des pyrites de fcr et du nickel. 
Tant qu''elle resta chez le capitaine Bird , elle fut Fobjet des 
adorations des bramines du voisinage, qui venaient a la tente de 
cet officier ; les Hindous n'osaient point en approcher sans avoir 
les mains jointes et dans Fattitude d'une grande devotion. 



ASIK. 397 

H\JiD\.—}Iistniie nalurellc. — Eiujillon volcanique. — M. Bamn- 
haiier, resident ties Pays-Bas dans cette villc , a transmis des details 
sur rerujition volcanique dc Goonoiig-Api , quia eu lien le 1 1 juin 
iSao. Ce phe'nomene s'annonca, aon/c heiires et dcmie du matin, 
d\me maniere elirayante. A deux heures , nnc masse de pierres 
brftlantes s'e'chappa du volcan avec una force extraordinaire , et 
mit en feu , dans sa chute , tout ce qu'elle put atteindre. Les se- 
cousses occasionnees par Feruption e'taient si fortes et se succe'- 
daient si rapidement, que les maisons et meme les vaisseaux qui 
se trouvaient a la cote en ressentaicnt les efl'ets. La fumee et les 
cendres que vomissait le craterc eurent bientot obscurci tous les 
environs de la montagne. Les coups redoublerent yers le soir, et 
les pierres furent lancees a une hauteur double de cellc de la 
montagne, qui paraissait couverte de torrens de feu. Cc spec- 
tacle devint plus effroyable encore par un tremblemcnt dc tcrre 
qui eut lieu dans la soiree , et par un ouragan violent , de sorte 
que toute la population de Bunda et des autres iles passa la nuifc 
dans les plus vives angoisses , et qu'a la pointe du jour tous les 
biltimens qui etaient en rade sY-loignerent de la cote. L'eruption 
continua pendant toute la journe'e du 12. La fumee et les cen- 
dre.s couvrirent INeira et Louthoir , jusqu'au milieu du j)arc de 
Bogauw. Les arbres furent comme ensevelis dans le sable, et les 
puits que Ton ne put fermer furent entiercment combles. La 
verdure futbrftlec partout, ct la tcrre couverte de cendres grises, 
ijui etoufl'erent dans leur chute plusieurs oiseaux et jilusieurs 
<(nadruptdes. II s'etait forme , au nord-ouest de la montagne, 
une nouvelle ouvcrture, ])ar laquclle s'e'chappaient des pierres 
dun volume considerable. Ncanmoins, Teruption principale s'est 
faite par Fancien craterc. D'apres f^alentin , la montagne a brftle 
pcndant cinq annees lors dc reruption de 1690, et un vieillard 
dignc de foi assure que la meme chose a eu lieu de 1^65 a 1775. 
Malaca. — Botanique chinoise. — Dans une lettre adressee au 
reve'rend doctcur Morison , 1 esidant a Canton, M. Livingston 
propose de joindrc au college anglo - chinois e'tabli a Malaca 
(Voyez ci-dessus, tome IV de la Revue, page 217), une ecole sp '- 
ciale pour Fetudc de la botanique en Chine. II a dc'veloppe' son 
projet dans un Memoire presente a la Societe horlicultiirnli; de 
Londres. Ln habile botaniste , choisi par la Socie'ft; ,> pourrait 
ctre cnvoyc en Chine, ou, a I'aidc des habitans , il formerait un 



iijN ASIE. 

jardm botaniqiic ilont \es plantcs seraient ensuitc transportees en 
Angletcrre, suivant leur utilite t-t le mode de culture qu'elles 
exigcraient. La difliculle qu'eprouvent les voyageurs a penetrer 
dans rintcreiir du pays, ue serait plus un obstacle a rexecution 
de ce desscin , si Ton cnscignait a quilques- uns dcs naturcls les 
principes de la botauiquc europecnne , par lesquels ils seraient a 
meme de jugcr des pro])rietes particulieres a chaque plante, et de 
transmcttre leurs connaissances au savant charge de diriger leurs 
liavaux. Le reverend docteur Movrison a repondu qu'il approu- 
vait le plan dc M. Livingston; que, des la fondation du coUe'ge 
anglo-chinois a Malaca , il etait convenu qu'on y joindrait un 
jardin botaniqi;ej mais que les occupations dont les missionnaires 
etaient surcharges ne leur avaient pas permis de donner suite i 
ce projet. Cependant , il promrt de rechercher tous les ouvrages 
chinois qui traitcnt desplantes, et de les reunir a la bibliotheque 
du collt'ge. Dans Ic cas ou la Societe liorticulturale consentirait 
a seconder leurs efTorts , il I'engage a envoyer en Chine, sans 
perdre du tems, uu jeune botaniste, afin qu'il puisse etudier la 
langue , et revoir la traduction en chinois des meilleurs ouvrages 
europeens qui traitent de la botanique. Le Memoire adresse par 
M. Livingston a la Societe anglaise contient plusieurs del ails inte- 
ressans sur les obstacles qui se sent opposes jusquMci a Fintroduc- 
tion des plantes chinoises en Angleterre, et sur les precautions 
ii prendre pour reme'dier a ces inconveniens. 

— SociETEs BiBLiQUES. — Le Glaiieur indo -chinois donne les 
details snivans sur les progres des missions dans Flnde. Le 5 Jan- 
vier 1819, on a celebre a Bellary le premier anniversaire de la 
fondation d'une Societe biblique dans cette ville. Tout s'y est 
passe avec le plus grand ordre : a la fin de la cei emonie , quelques 
naturels se sont fait inscrire sur les registres, comme souscrip- 
teurs. Les quetes de la derniere annee se sont eleve'es a deux 
cents louis. Les membres de la Socie'te esperent pouvoir distri- 
buer, sous peu, plusieurs exeniplaires des saintes ecritures tra- 
duites en chinois. Le 18 du meme mois, le nombre des institu- 
tions chretiennes cxistant deja a Bellary a ete augmente par la 
fonnation d'une nouvelle Societe biblique parmi les jeunes gens. 
Soixante enfans ont voulu concoiirir a cet e'tablissemcnt , et ont 
soascrit pour une certainc somme. Le maitre qui dirige ITlcole 
de charite a , Ic premier , donne Tide'e de ce projet, dont I'exe'cu- 



ASIE. Sgg 

lion est entierement due a son zele et al'activite d'un des eleves, 
auparavant connu par sa mechancete, et chez lequel une bonne 
instruction reliyiense a produit le plus heureux changeraent. De- 
puis long-tems , les membres de la grande Societe biblique desi- 
raient acheter iin e'difice situe an centre de la ville , afin de pou- 
voir s'y rendre de tems en terns , ct converser avec les naturels 
sur des sujets religieux. lis ont enfin , non sans peine, fait Tac- 
quisition d'une maison bStie en pierre , et contenant deux appar- 
temens oa ils doivent aller, tous les soirs, lire et expliquer les dif- 
ferens passages de la Bible qui ont rapport aux catechismes et 
aux dialogues religieux, etc. ; ils re'pondront aussi aux questions 
quileur seront adressees. M. Taylor a fait dernitremcnt, au nom 
de la Societe , une tourne'e pour inspecter les ecoles. Elles sont 
presque toutes fort bien tenues ; cependant, les progi'es sont ge'nd- 
ralement plus rapides dans le calcul, que dans la lecture. L'e'cole 
de Boodial est une des plus satisfaisantes. Quoique M. Taylor nV 
fftt point attendu , il I'a trouvee dans un ordre parfait : treize des 
eleves ont recite le premier catechisme ; sept savaient par coeur le 
cinquieme chapitre de Te'vange'liste Mathieii ; enfin , tous mon- 
traient de la bonne volonte et de Tapplication. La liste suivante 
fera connaitre les ecoles fonde'es et soutcnues par cette mission ; 
le nombre des eleves qu'on y instruit, et les connaissances qu'ils 
acquierent sur la religion. 

Nombre des ecoles , onze. 

Enfans qui suivent les classes regulierement : 

L'ecole de Gentous 5o cleves, 

Ecole pour enseigner I'indo-anglais aux naturels. . i^. 

Ecole pour les pariahs , ou hors de caste , qui habi- 
tant dans le voisinage 24. 

A Kowl Bazar 22. 

A Seedharaguddy 16. 

A Kupgul 24- 

A Arsoondy 26. 

A Tholamamady 23. 

A Boodial' fio. 

A Heerial ^o. 

A Paltoor 55. 

Total 347. 



4oo ASIE. 

Nombrc des enfans qui peuvent reciter le premier 
Catechisme ii3, 

Le second Cate'chisme ao. 

Le Sermon sur la montagne 47- 

Les dix Commandemens de Dieu i.^. 

Les Prieres du soir ct du matin a I'usage des ccoles ... 'j. 

Le petit Catechisme sur la creation 3. 

En ge'ne'ral , les eleves sont asscz avanccs pour la lecture, Te- 
criture et le calcul , etc. La Societe' a i'ait ecrire une lettre dans 
la langue du pays , contenant un expose de Tetat actucl des ccoles ; 
elle en a envoye des copies a tous les maitres , afin que les 
louanges donnees a ceux ((ui s'acquittcnt bien dc leurs impor- 
tans devoirs, les cncouragent a continuer, ct que les plus indo- 
lens reconnaissent leurs fautes et s'en corrigent. — Les naturels 
commencent a sentir le prix de Teducation : 24 d'entre cux sont 
derniercment venus otl'rir de payer, tous les mois , une somme 
d'argent pour Tentrctien des ecoles. 11 est satisfaisant de les voir 
dispose'sa accueUlir Tinstruction et les lumieres que s'empressent 
de repandre des philanthi-opes aussi recommandables par Icur 
piete, que par le z^le avec lequel lis serveat la cause dc la religion 
et de I'humanite. 

— Bibliotheque ilu College anglo-cliinnis. — Plusieurs philan- 
thropes se sont empresses de concoui'ir a Fetablissement du Col- 
lege anglo-chinois etabli dans cette viile, en versant des fonds 
considerables entre les mains des respectables fondateurs, ct en 
offrant des ouviMges estimes pour la bibliotheque de cette insti- 
tution. Nous donnerons ici lindication de ceux qui ont deja ete 
recus , afin de faire juger la direction imprime'e a linstruction des 
jeunes eleves dans ce pays. 

M. J. Davis a offert les ouvrages suivans : Rirchere , i vol. in- 
folio ; les Ambassades hollandaises au Japon , 2 vol. in-fol. ; I'His- 
toire de la Chine, par Semedo , i vol. ; THistoire du Japon , par 
Koempfer, 2 vol. ; FHistoire universelle de la Chine, par Se- 
medo , I vol. in-40 ; les Voyages par terre de Moscou en Chine , 
par Ides , 1 vol. in-4°. 

Livres ofl'erts par plusieurs Anglais, amisdel'institution : fiiblia 
sacra, i vol. in-fol.; Recueil evangelique , 24 vol. in-8°; Vie de 
Joseph Allein, 5 exemplaires , i vol. in-8°; Histoire de TEurope, 



ASIE. 4ot 

par Bigland , 2 Tol. in-S"; Repertoire de TEvangile, 4 vol. in-8° 
Revue eclectic , pour 1818, 1 vol. in-80 ; I'Observateur chre'tien 
pour 1817, 1 vol. in-80; le Joui-nal des Missions, pour 1817 
I vol. iii-80 ; le modele d'uii chretien , par Thomas A- Rempis 
I vol. in-13; Traite sur le gouvernement divin, par Williams 
I vol. in-80. 

Livres donna's par le docteur Chalmers : la Vie de Calvin , 
I vol. in-8° ; les Observations d'Youug, i vol. in-8° ; Essai sur 
Forigine et le de'clin de la rehgion ehretienne dans Tlnde, 1 vol. 
in-8" . 

Le docteur Morrison a donne les livres ci-apres : Traduction 
francaise de Tinvariable milieu, par M. Abel Rt:musat, i vol. 
in-4° j (Les originaux de cet ouvrage sont ecrits en chinois et en 
tartare; la traduction est francaise et latine , avec des notes. ) Le 
Parallele , par Montucci, i vol. in-jo ; le Journal desSavans, 
cahiers de juin et d'aoftt 1817 5 la Grammaire chinoise de Morri- 
son, 4 exemplaires, i vol. in-4o- (En tout , cinqus^nte volumes.) 

— Publications nouiJelles et prochaines. — On doit publier in- 
cessamnient dans cette ville {Maluca) une Revue des travaux dc 
la mission prolestaiUe en Chine, pendant les dir premiere! annees , 
accompagne.' d'un grand nombre d'observations curieuses sur 
le langage , I'histoire , et la mythologie de la Chine ; sur le carac- 
tere moral et intelleclucl de quelques-unes des nations indo-chi- 
nolses, et sur les missions chretiennes; par I'editeur du Glaneur 
indo-chinois. 1 vol. in-S", en papier iudien, d'environ aSo pages. 
Les souscripteurs paieront f^ sicca roupies ( 8 fr. 20 c. ) j on pourra 
.souscrire chez iV!!Vl. Alexandre et compagnie, a Calcutta; a Ma- 
laca, chez MM. H. Kraal et. Brooks , eta fjondres , chez M. J. 
Nisbet , libraire, n° i5, Castle- Street , Oxford Road. 

— Pendant les maladies qui ont re'gne' ici, et qui ont enleve un 
grand nombre de personnes , les missionnaires ont fait paraitre 
un petit e'crit en chinois , intitule' : Devoirs de Vliomme dans les 
calamiles publiques. Cet ouvrage a pour but d'apprendre aux 
payens a se soumetire sans murmure aux de'crets de Dieu, et de 
leur faire admirer et connaitre les voies dc la Providence. M. Tay- 
lor a aussi fait imprimer en malai quelques hymnes, et des re- 
jlexioDS sur la depravation humaine. 

TOitfE viu. 26 



4oa ASIE. — AFRIQUE. — EUROPE. 

CHINE. 

Canton. — Publications iioiu'ellcs. — Le docleur fllorrisnn it. 
enfierement terniine sa traduction ties j>ro]>litlts Kalinni , Aggoc , 
Habacuc , Ezt'chiel, Zacharie, et Malacbic. II a aussl comjiose 
et pubiie en cliinois iin ouvrage Cnntenant un J'^oya^e aulouidu 
monde, qui unit rintciet a I'instruclion. 

PERSE. 

Tehepan. — f'^oyage scientiji/jue. — Le celcbre pliilologue ct 
voyageur il^mois , M. Bask, aprcs avoir traverse I'Astracan, le 
Caiicase et la Georgie, est arrive an mois dernier dans cette ville, 
d'ou ii comple se rendre a Boaibay. 

AFRIQUE. 

SERR A-LEONE. 

Freetown. — Progres de la civilisation. — Depuis deux ans, u» 
journal intitule' : The royal gazette and Serra- Leone advertiser , 
se public dans cette ville , qui est la capitale de la colonic. — On 
^levcaujourd'hui des temples dans cette conlree, ou , il y a qua- 
rante ans , on Irouvait a peine quelques mise'rables huttcs. L'a- 
gricuUure y est dans un e'tat florissant, et les e'coles lancasterieu- 
nes, qu'on y a etablies en grand nombre , obtiennent des succes 
toujours croissans. 

EUROPE. 

GRANDE-BRETAGNE. 

LoNDREs. — Societeroyale. — Geologic. — Le doct. Nugent a pr^ 
sente, a la Societe royale de Londres, des observations curieuses 
sur la geologic de I'ile d''Antigoa, dans I'archipel des Antilles : 
situee presqu'au milieu d'un systcme volcanique, elle ollre vers 
le sud des couches calcaires d'une formation tres recentc , et qui 
parait contemporainc de cellc des environs de Paris et de Tile de 
Wight. Au-dessons de ces conches, il a trouvc des coquilles ceri- 
thes dans des bancs siliceux. La riche vegetation des tropiques et 
des forets de palmiers ombragent cette formation remarquable. 

EcossK. — Glasgow. — Economie rurale. — Meniere de dttruire 
(as chenilles. — Un jarJinier de cette ville a decouvert par hasard^ 



EUROPE. 4o3 

line maniere simple et certaine dc de'truire les chenilles. Un pelit 
morceau iVetoffe de laine ayant ete porte par le vent dans ua 
buisson de groseillers, il I'y trouva couvert de ces insectes des- 
trucloiirs. II mil alors plusieurs morceaux d'e'toffes dans diflTerens 
;irbustes de son jardin, et les chenilles s'y refiigierent en grand 
nombre pendant la nuit. Decette maniere , il en a tue plusieurs 
milliers, et il est parvenu a les faire disparaitre tout-a-fait. 

LoNDRES. — Agriculture. — P^cher-amandier. — M. Andrew 
Khight, de Londres, ayant feconde les fleurs d'un amandier a 
amandes douces avec la poussiere fecondante des etamines du 
pecher, re'ussit a obtenir un J mil inteniiddiaire , qui semble indi- 
quer entre les deux arbres une analogic que ni leur port, ni leurs 
caracteres n'auraient fait soupconner. II incline a penser que 
les deux especes pourraient bien n'en faire qu'une , et que les 
amandes ne sont que des p^ches imparfaitement de'veloppees. Le 
fruit qu'il obtint formait un globe d'a peu pres sept pouces de 
circonference , ctait trcs chamu, d'un beau jaune a Tcxterieur et 
d'une le'gere teinte citron en dedans ^ le goflt n'en etait pas tres 
prononce. 11 espere,a force d'essais, reproduire et repandre cette 
varie'te' (i). 

— ^rts mecaniques. — Pont en chaines. — Le capitainc de vais- 
seaii Brown , charge de diriger les travaus du pont de chaines 
jete sur la Tweed , vient de le terminer. II est ouvert au public : 
les voitures et les charriots de toute especey circulent librement. 
Ce pont leger , d'une construction facile et peu coftteuse , est 
d'une grande solidite : c'est le premier de ce genre qu'oa ait fait 
en Angleterre. La riviere a 437 pieds de large, et Ic pont n'est 
soutenu au centre par aucun pilier. Le capitaine Brown , qui en 
est rinventeur et le constructeur, s'engage a en garantirla dure'c, 

— Publications prochaines. — Sir Robert Ker Porter doit pu- 
blier incessamment des f^oyages en Georgie , en Perse , en ^r- 
menie , etc., faits pendant les annees 1817, 1818, iSiget i8ao. 
Ces voyages embrassent une vaste e'tendue de pays , et en parti- 
culier presque tout ce qui etait compris dans les anciens em- 
pires assyrien, babylonien et persan ; depuis les bords de la Mer- 



(1) Philosophical Magazine. Mars, 1820. Transactions de la 
•Socidte Uorticullurale de Londres. 



26* 



4o4 EUROPE. 

Noire jnsqn'y I'Euphrate, et drpuis TEuphrate jnsqu'a Tembou- 
chure'du polfe Pcrsique. Les moeurs , les costumes et les cou- 
tumes des hi'.bituns de ces regions y seront scrupuleusemont de- 
crits, et compare's aux mceurs des races dlionimes qui lesont pr^- 
ce'des. Des gravures , faitcs d'apres les dessins de IM. Porter, re- 
presonteront les antiquite's curieuses qui subsistent encore au- 
jourd'hui dans cette partie de TAsie. 

— Popsie dramatique. — Hugo Foscolo , I'auteur des Lettres 
de Jacopo Oitis , imitation reraarqnable de Werther , a fait im- 
primer ici une trage'die italicnne dont on parle beaucoup, et qui 
a pour litre Ricciardu. 11 a cherche' a re'unir dans cette piece le 
pathetique sombre anglais avec la simplicite d'Alfieri. 

— M. Rinney, poete dramatique estime en Angleterre, est ac- 
tuellement a Paris , ou il a traduit les p^tpres siciliennes. Cette 
ti'agedie sera jouee prochainement a Londres au theatre de 
Drury-Lane. 

— Archeologie. — VerslaCn de Fannee derni^re , M. J. S. Cot- 
mAN , artiste anglais, auteur de V Architecture ancienne du comte 
de JYorfolh , a fait paraitre le prospectus d\m ouvrage intitule' : 
IfArchitecture du nioyen age en JVoimandie , d'apres les dessins 
qu'il a faits pendant les ete's de 1817 et 1818, accompagne'e dc 
notices historiques et descriptivcs. 

L'auteur ayant eu son attention dirige'e durant plusieurs an- 
nees par I'architccture de sa province natale , il a naturellement 
porte' SOS regards vers le rivage oppose' du continent. II ne pou- 
vait sVmpecher de croire que la plupart des edifices curieux 
qu'il rencontrait dans le cours de ses voyages pittoresques en An- 
gleterre ne tirassent leur origine de la Kormandie , quoique at- 
tribues communement aux Anglo-Saxons. Ve'rifier ce point qui, 
depuis long-tems , a forme' un sujet de recherche parmi les plus 
savans antiquaires, et en nieme tems tracer lesprogres de I'archi- 
tecture gothique en Normandie, en mettant des specimen de ses 
plus beaux restes sous les yeux de ses compatriotes , et en leur 
soumettant des de'l ails dont les dates soient irre'cusables ; voila 
I'entreprise qui lui semblait meriter de I'inti'ret, d'autant plus 
que tout ce qui est connu a le'gard de ces monumens, du moins 
en Angleterre , se r«dait a peu de chose. Ses eflorts ont encore 



EUROPE. 4o5 

die excites par un motif plus puissant : I'espoir que son travail 
pourrait , quelqiie limite qu'il pftt etre , jetcr quclques traits de 
lumicre sur Thistoirc d'un pays inlimempnt lie avec le sien par 
le langage , par les coutumes, par les lois, meme en quelque 
sorte par le sang , et gouverne pendant plus d'un siecle par les 
memes souverains. Dans ce but, dos que la paix parut aflermie, 
il traversa la Manche ; et , il se hasarde maintenant a souracttre 
le re'sultat de ses recherches au tribunal du public des deux 
pays, Une semblable entreprise, M. Cotman le reconnail bicn, 
aurait pu se faire avec plus de fruit avant Touragan politique 
qui est venu fondre avec une force e'pouvantable sur les temples 
de la religion , sur les palais des rois et sur les chateaux des ba- 
rons ; et c'est pour lui un sujet de regret que Tentreprise n'ait 
pas ete faite alors. Cependant , bien des restes precieux ont 
e'chappe a ces ravages : heureusement les deux abbayes royales 
de Caen, quoique dc'chues de leur splendour primitive, sont en- 
core presque cntieres 5 les chateaux de Falaise , dArques et de 
Gaillard conservent assez de leur magnificence ancienrie, pour at- 
tester ce qu'ils pouvaient etre dans leurs beaux jours. On re- 
trouve les villes et les chstteaux qui ont etc' les berceaux de tant 
de families les plus nobles et les plus illustres de lAngleterre, 
telles que les Harcourts, les Vernons , les Tancarvilles , les Spen- 
cers, les Courtnays, lesTracys , les Montgomeiys, etc. , etc.; et 
des e'difices sans norabre , d'une beauts achevee , qui datent des 
tems moins anciens oxx les Henri et les Edouard se ressaisirent da 
sceptre normand , se rencontrent partout. Dans le choix qu'il a 
fait parrai tous ces raateriaux , et dans la partie descriptive de 
son travail, Fauteur a eu le bonheur d'etre dirige et aide par 
quelques amis instruits, ses compatriotes, ainsi que par quel- 
ques savans antiquaires de la Normandie ; et, a moins qu'il 
ne soit porte a attacher trop d'importance a ses propres re- 
cherches, il espere que I'ouvrage dont il s'agit sera juge digne 
d'encouragement et d'approbation. 11 sera public' in-folio, en 
quatre parties , dont chacune contiendra aS planches , avec des 
descriptions. La premiere partie a deja paru vers le commence- 
ment de cette anne'e , et les autres se suivront par semestre , au 
prix de trois guinees par livraison ( ^5 francs 60 centimes). 11 
doit y avoir ciuquante exemplaires sur grand papier ve'lin , avee 



4o6 EUROPE. 

des ^prenves a cinq guine'es (126 francs). On souscrit chez les h- 

braires des villes capitales de TEurope. 

J. S. S. , de r Acadeviie de Caen. 

Brighton. — Beaux-Arts. — Galerie de tableaux. — On vient 
d'ouvrir au public, dans cette ville, une galerie do tableaux qui 
en contient plusieurs d'un tres grand prix. Les plus eslimes sont : 
1° un Mo'isejrappant le rocher d^oii jaillit une source d^eau vive 5 
par le Poussin; '2" un Mariage de Ste.-Catherine, par Parmigiano, 
peint pour le grand-due de Toscane ; les amateurs I'admirent 
pour la vigueur du pinceau et la richesse du coloris ; 3** un por- 
trait de Mengs , d'un fini admirable ; 4" Cupidon dans les forges 
de f^ulcain; la t^te de T Amour est charmante ; son visage ex- 
prime a la fois la grdce et la malignite ; il montre a sa mere la 
pointe de la fleche que les Cyclopes ont aiguisee. Ses formes 
sont ele'gantcs et legeres ; elles se dessinent sur un fond de cou- 
leur brune : la lumiere , repandue avec art , produit un efl'et nia- 
gique. Ce tableau rappelle le Correge et ses contours gracieux, 
tandis qu'on y retrouve aussi les beautes d'expressions du Domi- 
niquin. On Tattribue a I'un de ces grands peintres , sans savoir 
avec certitude auquel des deux il appartient. Cette galerie ren- 
ferme des productions des e'coles italienne, francaise, hoUan- 
daise et anglaise : ainsi qu'ime riche collection du peintre fla- 
raand Loutherbourg, compose'e de trcnte et un tableaux. 

Edimbourg. — JYecrotogie. — Le docteur John Murray , pro- 
fesseur de philosophic naturelle, de chimie , de matiere medi- 
cale et de pharmacie , est mort a Edimbourg, vers la fin du mois 
de juillet. Ce savant possedait a un degre eminent les connais- 
sances ne'cessaires a sa profession. Dans ses discours , il unissait a 
Fesprit le plus phdosophique , la clarte , la pre'cision et Tenergie. 
n a public' en i8oi, 10 des Eldmens de chimie, 2 vol. in 8°, 
reimprime's en 1810; 1° Aes Elemens de matiere medicale el de 
phamiacie, 1804, a vol. in-80 ; 3o un Sjsteme de chimie , 1806, 
4 vol. in-80; 4° ^^ Supplement au sjsteme de chimi' , 1809, i 
vol. in-80; un Sjsteme de matiere medicale et de pharmacie, 
1810, 2 vol. in-8o. 

RUSSIE. 
Instruction publique. — On compte actuellement , dans les di- 



EUROPE. 407 

verses parties de IVmpire riisse , 58 (-coles cccWsiastiqiics , dont /J 
academies, 36 se'minaires et 18 e'coles infe'rieiires , ou I'on en- 
seigne principaleraent la langue riisse , Faiithine'tique et la reli- 
gion chretienne. cs6,ooo jeunes gens y recoivent actuellemcht 
rinstruclion, en grande partie aux frais du gonvernement. Le 
nombre de ceux qui font leurs etudes dans les quatre acade'mies 
est d'environ 4000 ; ils ont 5o professeurs. Les ?)fi se'minaires comp- 
tent au-dela de 20,000 eleves , avec 207 precepteurs , et les 18 
ecoles inferieures ont 80 pre'cepteurs et environ 20,000 ecoliers. 
Casan. — Litteratures tartare , arabe et turcjue. — L'imprimerie 
du College ( Gymnasium) de Casan a fait paraitre, depuis le 
commencement dii siecle actiiel, plusieurs onvrages en langue 
tartare , et a contribue par-lii a propager la culture d'une lltte'ra- 
ture qui n'est connue en Europe que d'un petit nombre do per- 
sonnes. Ces ouvrages ne sont, a la verife, qu'au nombre de trois, 
et d'une valeur intrinseque fort mediocre ; mais ils ne sont pas 
sans prix aux yeux du philosophe, puisqu'ils prouvent les prO" 
gres de la civilisation : car lout peuple qui lit, cesse d'etre bar- 
bare. Deux de ces ouvrages traitent de la morale, ou plutot de la 
religion, et paraissent avoir etc traduits du persan. Le premier, 
en vers tartares, est intittd^ : t'eusun-Redschal , ou le Bonheur 
du Salut. 11 a ete' imprime en 1802, el forme nn volume in-4" de 
176 pages. Peut-etre est-ce la traduction d'un ouvrage persan 
d^ Ebi All Meskuje , sur diverse? questions dogmatiques. L'auteur 
tartare commence son livre par la division des devoirs en de- 
voirs ne'cessaires , et prescrits par I'exemple du prophctc ; en 
devoirs requis, volontaires, permis , indifl'crens et defendus. 
Viennent ensuite les devoirs de I'aWution et de la priere: mais 
la majeure partie de cet ouvrage consiste en prdccptes moraux, 
entremele's d'anecdotes. — L'autre ouvrage est intitule : Sebatul- 
Aadschisin ; c'est-a-dire , la fermetc des faibles. 11 est e'galement 
ecrit en vers tartares , et a ete publie' en 1807 ; in-4'' de 108 pag. 
L'auteur, apres avoir chante les louanges du Seigneur, traite 
d'abord des dogmes , mais plus particulidremcnt des huit qualites 
de Dieu , savoir : I'existence ou la vie ( hajat ) , le savoir ( ilm ) ,, 
la puissance (kudrel) , \a \ue (bassr), I'ouie {semi), la volonte 
{fradet), la parole (helam) , la creation (lekwin). II parle en- 
Suite des autres articles de foi, savoir : des aoges , des pro- 



4o8 EUROPE. 

phctes, des peines du tombcau et de I'enfer , de la resurrection , 
du jugeiiicnt dernier, de la balance de la justice, du pont, dc se'- 
paration , du bassin d'eau du paradis , et dc Pinterccssion du pro- 
phete. Le restu de I'ouvrage est consacre a I'ethique, et traite du 
bonheur, du conteiitetnent , de I'avarice, de la ferveur , dc la 
confiance el de Torgueil; puis, de la necessite de garantir Tceil de 
Taspect des choses defenducs , des suites funestes du munquc de 
reflexion , du nionde trompour et de la vanilc d« la vie. Le tout 
est entreuiele de pclites liistoires it d'anccdotes sur des personnes 
pieuses et sages. Le dernier article traite des mauvaises disposi- 
tions de Tame, de robligation de tenir sa promesse, du bonheur 
d'avoir un bon guide j el, apres avoir raconte Thistoire de Said ct 
jjaad, Tauteur termine son livre par des observations sur la ne'- 
cessite dc se soumettre a son sort. — Le troisieme ouvragc est 
riiistoire du prince SeiJul-AluUi , conte rime'; i vol. in-4''- 1807. 
Ce heros est le meme que colui qui figure dans fc.s Mille et unc Nulls. 
Cependant, Ics deux contes diflerent cssentiellcmcnt quant au 
sujet. Rien de plus absurde que les avenlures accumule'es dans 
ce poeme. Mais , c'est le seul conte tartare qui, a Texception des 
poesies romantiqugs Ae. Mir-Ali-Schir , nous soil connu , et , 
sous ce rapport, ~u"est precieux. 11 fait voir la pauvrete de la lil- 
terature tartare , qui n'a ni la couleur fleurie de celle de la Perse , 
ni rexuberance de celle de PArabie, et qui, cultive'e sur le sol 
russe , n'a fail aucun progres depuis le celcbre 31ir-Ali-Schir, 
connu comme poete, sous le nom de lYewaji, el dont la Biblio- 
theque royale de Paris pos8ede les ceuvres en deux magnifiques 
volumes in-folio. 

Outre ces ouvrages, rimprimerie de Casan a fait sortir de ses 
presses, en 1809, les clemens de la grammaire tartare, a Pusage 
des eleves du college de cetteville; 1 vol. in-8° de 106 pages. 
En y ajoutant une grammaire et un diclionnaire tartare de Jojepb 
Giganow , impiimes a Petersbourg, et une autre grammaire pu- 
bliee dans la meme ville, en 1814, par Alexandre Trogan^ky, 
professeur de langue tartare, on connait tout ce qui a ete mis au 
jour en Russie sur celte langue. 

Quant aux autres ouvrages en langues orientales , qui ont ele 
imprimes a Casan, ils se bornent aux suivans : i" Le livre tPUstu- 
wani Mohammed Effhndl, sur les pre'ceptes de Ja purification 



EUROPE. 409 

selon la loi , ct de la priere repete'e cinq fois par jour, en langue 
turque. 180G ; in-8° de 168 pag. — 2°. Prissalei JJergewi, ou Ins- 
truction religieuse de Scheich Jtfohammed Ben Ali Bergeli , 
egaiemenl en langue turque. 1808. In-4° de la'i pag. — 3°. Le 
merae ouvrage en rimes turques; 1807. — 4". '-''-' li^oran, en langue 
arabe. 1816. Vol. in-folio de 478 pag. — 5°. Enfin , un extrait ou 
des fragmens du Koran, en langue arabe. i8ifi. Vol. in-8" de 
208 pages. Un ouvrage sur la vaccine a ete' impriine' a Peters- 
bourg, i8o3, en langue turque, in-80 de 72 pages ; 'el c'esl dans 
cette collection de quatorze ouvragcs que consistent toutos les 
publications en langues lartare , arabe et turque, qui, depuij 
une vingtaine d'annees , ont ete faites en Russie, pour la plu- 
part aux frais de particuliers. 

POLOGNE. 

Extrait du rapport fait a la Diete par M. le comte Mottnwski 
sur la situation actuelle de la Pologne. — Un recensement exact 
de la population du royaume, la porte a 3,438,728 individus; 
ainsi, la diminution cause'e par la guerre se trouve de'jA a peu 
pres compensee. Plusieurs causes ont concouru u cct accroisse- 
ment, et, entre autres, les nombreux etablissemens de colons 
e'trangers, le retour d'une grande quantilc de Polonais dans leur 
patrie, la multiplication des manages, qui suppose plus de bien- 
etre dans Te'tat social, et le bienfait de la vaccine qui augmente 
les chances de vie dans la classe des enfans, oii la pctite-verole 
de'vouait tant de victimes a la mort. Avec la population et la 
paix, Tagriculture s'e'tend et s'ameliore ; les races de besliaus 
s'ameliorent, en meme tems qu'elles s'augmentent, par les secours 
qu'elles tirent des e'tablissemens ou le gouvernemcnt reunit les 
plus belles especcs. Des e'coles d'agriculture, des dcsse'chemcns 
do marais , des constructions de routes, contribuent aussi aux 
hcureux changemens qui se font sentir dans le pays. — Les villes 
ne se ressentent pas nioins que les campagnes de I'impulsion vers 
le bien , donnee a toutes les parties de Tad ministration. Les soins 
de Tautorite pour les objets tenant a la salubritc, ct notamment 
pour le pavage et I'eclairage , ont e'te couronne's de succes. La 
multiplication des briqueteries donne lieu a des constructions 
plus solides. Une Compagnie d'assurances contre les incendies 



4io EUROPE. 

garantit les proprietc's. Lc service des hopitaux et maisons de 
detention est mieux regie. Des manufactures s'elablisscnt , cl des 
fabriques do draps commenccnt a fournir aux besoins communs. 
La re'duction des droits d'enlre'e favorise lc commerce d'un pays 
que sa position topographique privc de debouches naturels. — 
Les travaux des mines et carrieres prcnnent cliaque jour de I'acti- 
vite. — L'armc'e polonaise , si distinguee par sa bravoure , a gagne 
encore sous les rapports de Tordre du service et de I'administra- 
tion j elie est presque entierement habille'e avec des draps du 
pays, ce qui decharge la nation d'un Iribut de deux millions de 
florins, qu'elle payait pour cet objet a Tetranger. — Un comitd a 
ete charge de presenter un projet dc banque nationale. 

Cracovie. — DfouvelleSocietecr agriculture. — Unesociete' s'est 
formee en Pologne, sur la proposition de IM. Obrich de Szanicky, 
proprie'taire dans cette ville, pour faire I'acquisition dc bicns- 
fonds considerables , dans la vue de multiplier partout les fermes 
expe'rimentales , de fonder des fabriques et des manufactures? 
afin de perfectionner I'agriculture, de tirer parti de ses produits 
«n tous genres, et d'ameliorer le sort des paysans. 

SUEDE ET NORWEGE. 

Instruction publique. — Universite de Christiania. — Depuis la 
J'ondation de TUniversite' de INorwe'ge , etablie dans la ville de 
Christiania, il y a e'te' inscrit cent quatre-vingt-dix-neuf e'tudians. 
A la fin du mois d'aoftt dernier , le nombre de ceux qui y faisaient 
leurs etudes, s'elevait a quatrc-vingt-dix-neuf pour toutes les 
faculte's des sciences. On applaudit ge'ne'ralement a la sc'veritd 
avec laquelle les professeurs attaches a cette Universite' n'ad- 
mettent a faire leurs examens publics de re'ccption, que les e'tu- 
dians qui sent en e'tat de justifier d'etudes soutenues, et de la 
solidite de leurs conuaissances. 

DAISEMARCK. 

IslAnde. — Sources bouillantes. — Le professeur Menge, de. 
Hanau , dans un voyage qu'il a fait en Islaode , c'crit de sa tente, 
en juillet 1819 , au pied nieoie du Gry.ser , la description des phe- 
nomenes que lui presentaient ses sources bouillantes. Un entonnoir 



EUROPE. 4ii 

de 700 pieds dc tour, ct d'une ptofondeur inegale, sc vidcet so 
remplit alternaliveiueiit d'eau cliaude. Dans un inlervalle , 
M. Menge a eu le courage de penetrer dans son inferieur i;t iVy 
ramasser qiielques pierres du fond, qui n'est que dii tuf siliceux, 
dent la silice est en veritable diss.olution dans les eaux de la 
source. II suHisait de jeter une pierro dans I'entonnoir, pour deter- 
miner une explosion. Au milieu d'une dcs nuits qu'il a passees 
aupres du Geyser, le voyageur lut reveille par un fracas sembla- 
ble a celui du tonnerre ; il s'elanca hors de sa tente, et vit les 
eaux du Stroch projete'es a une telle hauteur, cfue la Jinnee de la 
colonne cVeau houdlante sanblait atteindre les etoiles ; tandis 
qu'au milieu d'l'xplosions terribles, le grand Geyser c'talait tnagni- 
fiquement sa montagne colossale de vapeur. La clarte de la lune 
et les premiers rayons de I'aurore eclairaient, de chaf|ue cote, les 
nuages ondoyans forme's par ces volcans d'eau. Dans son entliou- 
siasme, le professeur Menge se felicite d'avoir ete tcmoin du 
plus beau spectacle que, selon lui, la nature puissc ofl'rir aux 
regards d'un mortal. 

CopENUAGUE. — Ouverture d'un cours de langue stiiiiscrite. — 
INI. Nyerup, professeur et bibliothe'caire a TUniversitc deCopen- 
hague, connu par plusieurs ouvrages sur la bibliographie, This- 
toire et les antiquite's du Kord , vient d'ouvrir un cours de langue 
samscrite. La bibliotheque possede, ainsique Tassuro M. Kyerup, 
une collection extremementprecieused'ouvrages saniscrits,qu'elle 
doit aux soins infatigables de restiinablo M. Nathanael Wallich, 
directeurdu jardin botanique a Calcutta , qui ne s'estpas borne a 
obtenir de la bienveillance des deux societe's litteraires asiatiques 
de Calcutta etde Fort-Williani, une collection considerable de 
livres precieux, mais qui s'est mcme de'pouille de ses propres 
richesses en ce genre , pour en faire don a sa patrie. II est bon 
peut-etre d'ajouter, pour confondre ceux qui mcpriseilt ou qui 
feignent de mepriser les juifs, que M. le docteur AVallich pro- 
fessc la religion de Moise. M. Nyerup attribue a la langue sams- 
crite une si haute importance , qu'il croit qu'avant un derai-siecle 
il sera necessairement e'tabli dans toutes les IJniversite's de I'Eu- 
rope des cliaires pour cette langue , ainsi qu'il y eu a dopuis long- 
tems ppiir I'liebreu, Tarabe ct les aulrcs langues orieiitales , tant 
Tportcs que vivantes. 



4ia EUROPE. 

ALLEMAGINE 

TcBiNGEN. — Chimie. — Lnues. — Le docteur Gmelm , de Tu- 
bingen , a trouve, dans les Liues phonolites (clinsrstein on pieiTC 
sonore par Je choc), qui renfcrmcnt la natrolite ( mesotype de 
M. Haiiy ) , line ceitaine quantilJ d'ammoniaqne , qu'flles Inissent 
de'gagcr par la distillation. 11 I'a aussi rcncontre'e dans les basaltes 
colonnaires. Jl serait extremement interessant de deraontrer que 
les laves conliennent une substance aniniale. 

— Poison animal decoiwcrt dans les Sancissons fumes. — Le 
docteur J. Kcrner a de'couvert que les saucissons fume's, mets fa- 
■voris des babitans du Wurtemberg , causent souvent des empoi- 
sonnemens mortels. L'efiTet du poison se manifeste ordinaireraent 
tous les printems au mois d'avril, d" une manierc plus ou moins 
alarmante. Dcja, dans une feuilic pt-riodique qui parait a Tubin- 
gen , M. Kerner a fait connaJtre plusieurs observations relatives 
a ce sujet, et il a acluellemcnt sous presse un ouvrage qui le 
traite plus en de'tail. II rapporte que sur ^6 personnes , tombe'es 
malades pour avoir mange de ces sancissons, 3^ sont mortes en 
pen de tems, et que d'autres sont resides valetudinaires pen- 
daut des anne'cs. Les saucissons de foie paraissaient etre les plus 
dangereux. En ge'ne'ral , le poison qui se forme dans toutes les 
chairs crues , hachees et assaisonne'es , et passe'es a la fume'e , apres 
avoir e'.e renferraees dims des bojaux, ce poison animal, dit 
M. Kerner, se distingue de tous les autres , en ce qu'il n''attaque 
point le cerveau et la moelle epinitre, tandis qu'il ebranle tout le 
systeme Ijmphatique. Qiielquefois Ic nialade nc sent plus son 
coBur battre pendant plusieurs mois , quoique le battement des 
arteres reste invariable. Toutes les observations de M. Kerner 
sont appuyees par des exemples tires de sa propre expe'rience. 
L'ouvrage paraitra cbez M. Osiandcr, a Tubingen. 

WcRTEMBERG. — Stuttgard. — Arts mecaniqites. — Reclaviation. 
— II a e'te' question (T. VII, page Sga ) d'une machine inventce a 
Vesoul, par un oflicier du genie, et destine'e a faire connaitre lo 
point precis oil un inccndic vient d'cclater. Le Morgenblatt 
(feuille du matin) reclame la ptiorite do Tinvcnlian en favour 
d'un Danois , I'adjudant general et chambellan, M. de Ries, qui 



EUROPE. 4i3 

fit cette decouverte , il y a plus de vingt ans, a Copenhague , et a 
qui I'Acadtimie de cette ville envoya , a cette occasion , una me- 
daille d'hontieur. L'instrument de M. Ries sert de plus a de'ter- 
miner la distance des vaisseaux en mer. 

Priisse. — Beulin. — Socicte savanie. — Medecine. — L'Acade'mie 
royale a propose un prix de cinquante ducats a I'auteur du meil- 
leur Memoire sur I'emploi esterieur de Teau froide dans le trai- 
tement dcs fievres. 

— U Academic germnnique , spt'cialement charge'e de veiller 
au maintien de la purete de la langue allemande, vient de choisir, 
pour un de ses membres correspondans, M. le professeur Simon, 
de Paris, auteur d'une grammaire allemande fres esfimee (f^oy- 
Tom. VI , page 379 ) , et qui s'occupe en ce moment d'un nouveau 
Dictionnaire allemand-francais , et francais-allemand , que nous 
avons deja annonce (Tome VII , page 4o5 ). Cette Academie ce'- 
lebre , a laquelle M. Simon a soumis ses ouvrages, n'a pas cru 
pouvoir mieux te'moigner toute I'importance qu'elle y attache , 
qu'en recompensant d'une maniere aussi honorable, surfout 
pour un Fran(;ais, le succes avec lequel ce f.rofesseurest parvenu 
i expliquer, d'une maniere lumineuse, Its difficultL's sans noaibre 
qu'on rencontre dans TeUide de la langue allemande. 

Bayiere. — ' Munich. — P^oyage siieniijique. — Les docteurs 
Spix et Martins , tous deux membres de FAcademie des Sciences 
de cette ville, qui sont arri\e's, dans les derniers jours du mois 
d'aoftt, a Lisbonne, de retour de Icur voyage scientifique au 
Bre'sil , ont deja euvoye tine grande quantite de caisses con- 
tenant des objets d'histoire nuturelle d'un grand prix, et ils en 
apportent avec eux qui n'ont pas une moindre valeur. La rela- 
tion de leur voyage est attendue avec impatience. 

Saxe. — Altembcrg. — Publication prochaine. — Dictionnaire 
encyclopedique. — Le succes du Dictionnaire encyclope'dique ou 
de conversation ( Conuersations Lexicon ) , publie par M. Brock- 
haus , a Leipsick, en dix gros volumes in-S", au prix modique 
de cinquante francs , et dont il a etd fait , en dix ans , cinq edi- 
tions , formant un ensemble de quarante k cinquante mille 
exemplaires , a de'termine M. le docteur L. Hain , Tun des colla- 
borateurs de ce Dictionnaire, a publier un ouvrage semblable, 



44 EUROPE. 

sous Ic litre de Dictionnaire encyclopediqne ties sciences , des arts' 
et des metiers ( AllgTicini's encyclo|iadisfhes Worterburch). La 
librairic <)e M. Halin en a dislribue la prcinii'rc fcuille d'iinpres- 
sion , pour servir de prospectus. En la comparant a ccWp du Dic- 
tionnaire de IV1. Rrockhaus, on trouve que, dcpuis A jusqu'a 
ARUC , I'une contient au-dila de trois cents articles, tandis que 
I'autre n'en ofl're que cinquante ; d'ou il resulte une grande iliH'^- 
rence entre ces deux Dirtionnaires, sous le rap]iort de Tetendue 
des articles. Un ne pent guere meme s'atlendre a trouver dans le 
Dictionnaire ile M. llain, qu'une simple nomenclature , avec f|uel- 
ques lignes de renseigntmens oud'explications. Quoiqu'il en soit, 
cette nouvelle entreprisc est utile sous tous les rapports , el peut 
servir a completer la traduction francaise que M. Brockhaus pre- 
pare de son Dictionnaire encyclopediqne, et a lui donner Tuni- 
formitc et I'impartialite qui manquent a I'original- L'ouvrage de 
M. Hain formera liuit parties, en qualre volumes. La premiere li- 
vraison paraitra encore avant la fin de cette annee , et la derniere 
est promise pour I'an iSjj. Le prix de souscriplion pour tout 
Touvrage est de 4o francs. 

Prtisse. — Berlin. — Journal offlciel. — La redaction de notre 
gazelle oflicielle vient d'etre confie'e a M. le conseiller aulique 
Heun , avantageuseunent connu, dans le monde litteraire, j)ar des 
poesies , des contes et des romans , publics sous le nom de Clau- 
ren, et qui ont eu plusieurs editions. 

Grand-Duche de Bade. — Caulsrdhe. — Beaux-Arts. — Pein- 
ture. — M. Mezler possede un tableau que les connaisseurs atlri- _ 
buent a Carlo Dolce, et qu'ils considerenl comme le clief-d'ceuvre I 
de cat artiste. En voici le sujet : Dans un pay sage d'un grand ■ 
style, quoique subordonmialafigure principale, un jeune homme, 
d'unc beaute remarquable, est a genou.x , a moilie pench(' sur le 
bord d'une fonlaine , oil il conteraple son image; un chien de 
cliasse est couche a ses pieds el le regarde allentivement. Cen'est 
point un Narcisse ordinaire : aussi dirait-on que I'artiste a voulu 
exprimer une ide'e bieu differente ; qu'il a eu dessein de reprt?sen- 
ter un jeune homme sortatit de I'cnfance, et senlant les premieres 
e'molions de I'araour. II semblo soi fir d'un profond somnieil, et ne 
voir encore qu'iniparfaitcment les objels. En un mot, I'artiste a 
exprime ici , d'une manierc admirable, le sentiment qui aniaiq lii 



EUROPE. 4i5 

Galalhee de J. -J. Rousseau, lorsqu'elle prononce les premieres 
paroles : Cest moi ! 

HoNGRiE. — Pest. — IVecrologie. — Jean de Bardozzi , ancien 
Jirecteur cUi gymnase royal, et conservateur de la biblotlicque 
de Leutschau, est mort a Pest, dge de 8t ans. II occupait un 
rang distingue' paruii les litterateurs de la Hongrie. II a public' 
plusieurs ecrits inte'ressans sur I'histoire de cc pays. 

SUISSE. 

GewiTve. — Societe heluetique des sciences natiirelles. — Eii 
1817 , cette compagnie savante avait mis au concoursla question 
de savoir : « S'il e'tait vrai cpie les Hautes-Alpes de la Suisse fus- 
sent dcTcnues plus Spres et plus froides, depuis une serie 
d'annees. » Le pi'ix vient d'etre donne a M. Charles Kasthofer, 
inspectcur des forets a Unterseen , dont le IMemoire , plein de re- 
cherches laborieuses et de vues nouvelles , quoique borne dans 
ses ajiplications a I'un des cantons , au lieu de s''e'tendre a toute la 
Suisse comme le voulait le programme , a paru digne de cet en- 
couragement. 

M, Kasthofer a fixe particulieremcnt son attention sur les ava- 
lanches. II les distingue en quatre especes : avalanches de neige 
en poussiere , avalanches on masse , avalanches de glaciers , et 
avalanches glissantes. Les premieres , dit-il , sent les plus nui- 
sibles a la vegetation, en raison du courant d'air violent qu'elles 
etablissent ; ruunies aux secondes , ellcs commencent les glaciers. 
Apres avoir expose' les divers phenomenes des glaciers, il conclut 
qu'il y *d'autres causes de Taccroissement des glaciers, que Tin- 
fluencc des anndes froides ; qu'il n'est point prouvd que la quan- 
tite absolue de glace ait augmente sur les hautes montagnes de- 
puis des si^cles , mais que c'est un fait que ces glaciers sont des- 
cendus plus has , sans que ce fait cependant prouve rien pour 
le refroidissement de la terre ; enfin , qu'on ne pent demontrer 
que la limite inferieure des neiges soit plus basse, dans les Alpes, 
qu'eUo ne I'e'tait il y a plusieurs siecles. Aucune des quatre es- 
peces tVavalanches ne pent avoir lieu la ouily a des bois. Dans les 
endroits ou la force v^g^tative a diminue , il n'est pas possible, 
de prouver que cet efftt soit dft au refroidissement du climat. 
L'actionplus forte des vents et la diminution du terrain , dont ell« 



4i6 EUROPE. 

cstla consequence, sonl lescansesimmediatesde ce decroissement , 
qui so fait remai<[uer surtout dans les lieiix ou les fovets ont etc 
dc'truites ,' parce que les courans d'air, plus violens qu'ailleurs , 
emportent la terre vegetale dcpouiUee de gazon par im trop long 
sejour de la neige. 

Ces fails et ces rdsultats une fois etablis, M. Kasthofer s'oc- 
cupe des inoyens d'y porter rcmede. Le premier do tons, a son 
avis , est le retablissement du gazon , que Ton avivera par des 
semis de plantain, plaiitn^o aljnni , de fenoiiU des Alpes, phel- 
laiiJrium iiiutcLliaa, ct par des engrais ; surtout, par des arrose- 
mens de Teau quis'ecoule des etables. II veut qu'on me'nage plus 
particulierement les bords supe'rieurs des forets, ettous les arbres 
egrenes qu'on trouve au-dessus de la limite des bois; que, lors- 
qu'on doit couper des arbres dans les hautes regions , on laisse au 
tronc un metre au moins hors de terre, pour prote'ger les jeunes 
plantes et contenir les neiges surles pentes escarpees. II conseille, 
10 de seraer partout de jeunes azaleas, azalea procianbens ; sous 
les vieux sapins et sur les pointes les plus eleve'es , des aulnes des 
Alpes, hetula viridis , et des sorbiers, surbiis aucuparia ; dans les 
lieux escarpe's, au midi, le genevrier des Alpes, et igSo metres 
ou 6000 pieds plus bas , des melezes ; a" d'etablir des haies vives 
cntre ces plantations, principalement du cote du nord et de 
I'ouest j 3" enfin de conserver, avec une rcligieuse attention, les 
forets existantes sur les hautes montagnes, et de menager, dans 
leur interieur, les arbres qui se trouvent sur des roes proemi- 
nens. Tous ces moyens sont d'une application difEcile, quand on 
aa vaincre Thabitude des pftturages communs, la paresse,*l'interet 
personnel et de vieux prejuges ; mais on saura en proliter partout 
oil Tamour de la patrie et le bien-etre de ses enfans seront la pre- 
miere loi des Citoyens et de TEtat. 

— Histoire niiiurelle. — Musce. — Les salles de cet etablisse- 
ment national, dl\ en entier au patriotisme des Genevois , et qui 
ne compte qu'une anne'e d'exislcnce, seront bieutot insufEsantes 
pour contenir tous les dons qui lui sont faits journellement. Deja 
on est force de construire une salle supplementaire, rlestmee a 
recevoir I'eldphant noir tue a Geni^ve , au commencement de 
cette anne'e. 

— Ecoles de mathemaliques pures et appliquecs. — < Con- 



EUROPE. 4t7 

vaincusde la grande importance il'une ecole oil les mathemati- 
ques [)mes et appliquees seraient enseignees siiivant Ics methodes 
uiodernts, et appuyts dc I'.ipprobation de professeiirs distingues, 
MM. Schaub, professeur honoraire de matbematiques a Tacade- 
mie de (.ieneve , etDuf'our, lieutenant -colonil dii ge'nie fede'ral, 
ool I'orme le piojet de cie'er un pareil etablisseraent, ou les jeunes 
gens d'une certaine force, aussi bien que les commencans , pour- 
j'ont entrer a diherentes epoques de Tanuee , pour suivre les le- 
cons a leur portt-'e. 

Get etablissenivi'nt , ouvert aux jeunes gens de tous les pays, 
q-ui yiennent chercber I'instructioi. a Geneve , sera utile tn par- 
liculier aux jeunes Francais et aux jeuues Suisses qui aspirtnt a 
I'e'coie polytccbnique ; ils y puiseront, en peu de tems et a peu 
de frais , toutes les connaissances txigees pour radmission. Enfln, 
les militaires suisses, qui en auront suivi les cours, se trouveront 
bien prepares pour tirer tout le fruit des exercices-pratiques aux- 
quels ils peuvent 6tre appele's dans les uouvelles e'coles militaires 
federates. 

Les eleves seront partage's en deux divisions, d'apres leur ins- 
truction. Chaque division recevra, chaque jour, une lecon alter- 
nativement de M. Schaub et de M. Dufour. 11 sera permis, en 
outre, aux eleves de la premiere division, d'assister aux lecons 
donaees aux commencans; ils pourront ainsi repasser facilemtnt 
les branches elementaires, qu'il est si important de se rendre fa- 
milieres. 

Les heures des lecons seront choisies de maniere a ne point 
empecher les jeunes gens de suivre les cours publics de philoso- 
pbie ou de belles-lettres. M. Schaub enseignera , a la deuxieme 
division, premiere annee : L'arithme'tique , I'algebre, la trigono- 
Hietrie rectiligne, la trigonoraelrie sphe'rique, avec ses applica- 
tions a TastronomiH-pratique, et Tusage de quelques instrumens j 
a la premiere division , seconde annee : Les eleraens du calcul 
diffe'rentiel , ceux du calcul integral, la dyramique. M. Dufour, a 
ladeuxieme division, premiere annee : La r,eome'trie, I'application 
de I'algebre a la gpometrie , coinprenant ies sections coniques , 
les applications de la trigonometric recliliyne a la ge'ode'sie, I'u- 
sage des instrumcns pour les levers sur le tenai'- \ a In premiere 
tlivition, seconde annee : La statique, la geonaetrie descriptive 
5fOWE VIH, 27 



4i8 EUROPE. 

avec ses applications a la perspective , a la thdorie des ombres , a 
la coupe des pierres, a la charpt'iile et aus elemensdes macliinesj 
la ge'ometrie analy tique superieure. On suivra dans cos difl'erentes 
Iccons les oiivrages les plus estimi-s. 

Les jeunes gens ne serontpas adtnis avant rttge de douze ans 
accomplis, et s'ils ne sent deja familiarises avec les premiers cal- 
culs de rarithmctique-pratique, sur lesquels on les examinera 
en particulieravanl leur entree. Les paieinens se feront par tri- 
inestre , et a I'avance , a raison de cent cinquanle j'rancs de France 
par trimestre. Celui qui ne voudra suivre qu'une des deux lecons, 
suivant sa convenance , en aura la faculte; il ne paiera alors que 
cent francs par trimestre. L'ecole ne s'ou vrira pas avant que douze 
personnes ne se soient inscrites , chez MM. Schaubet Duiour , de- 
meurant a Geneve, rue de la Cite, n° 221. 

ScHAFFousE. — Etnbliisement Je secoitrs pour les aveugles. — 
La direction de cet etablissement , forme dans cette vUlc, il y a 
neuf ans , a rendu compte de sa gestipn pendant Tannee re'volu* 
le 8 juin dernier ( brochure in-8° de iG pages ). Les dons faits, 
tant par des gens du pays que par des bienfaiteurs etrangers et 
par des voyageurs traversant le canton, ont augmente de pres 
d'un quart le fonds capital de la societe , qui s'eleve maintenant 
a plus de 5, 000 florins (1 1,000 francs). L'augmentation de revenu 
qui en resulte a de'cide les directeurs a etendre les bienfaits de 
I'institution. Ddja, dans Tanne'e qui vient de sVcouler, ils ont 
augmente les secours accordes aux aveiigles; ils se proposent 
maintenant de faire soigner a leurs frais , par des oculistes expe- 
jimentes , tous les individus appartenant a la bourgeoisie , que 
la crainte de la de'pense pourrait empecher d'en appeler assez tot 
pour prevcnir cette cruelle infirmite. Depuis I'anne'e 181 5, e'po- 
que a laquelle la societe a pu , pour la premiere fois , faire par- 
ticiper les aveugles a ses bienfaits , il a ete employe plus de 
2400 francs a soulager 26 aveugles , dont i4 ont encore part a ce 
secours. Les dons faits a Fetablissement , pendant I'anne'e expiree 
auSjuin, s'elevent a environ 2700 francs. On remarque parmi 
les donataires la reine de Suede , la duchesse douairiere de Bade, 
les freres Casa de la Havane , M. Moorat , negociant a Madras , 
et M. Thornton, tresorier de la societ<$ biblique anglaisc et 
fitran"ere. 



EUROPE. 4,g 

1TA.LIE. 

Knseignement mutuel. — Les progres de3 e'coles vont toujours 
croissant dans ce pays. D s"en e'tablit a Valence sur la P6 , a Ri- 
voli, etc. La Socie'te de Florence entretient des relations saivies 
avec le conseil de la Societe de Paris j elle a fait executer des 
porte-crayons solides et economiques , dent elle a envoye un 
«chantilloQ. 

PiEMOWT. — TuRitf. — Bibliogrnphie. — De'couferte de manuscrits 
classiques. — Labbe' Amadeus Peyron, professeurde langues orien- 
tales a Funiversite de Turin , a decouvert quelques fragmens de 
Cic^ron dans un manuscrit du monastere de Saint-Coloraban du 
Bobbio , ville sur la Trebia , dans les Etats du roi de Sardaigne. 
Ce manuscrit contient plusieurs fragmens de harangues dejA 
«onnues , telles que celles de pro Scauro , pro M. TiilUo , et des 
passages entiers de discours qui ne sont malheureusement pas ar- 
rives jusqu'a nous. Quelques-uns deces fragmens avaient deja e'te 
publics par M. Majo, d'apres un manuscrit tire' de la meme bi- 
bliothequc , et depose ensuite dans la bibliotheque ambrosieune 
<le Milan. Cette cicconstance fera peut-Stre croire que les deux 
manuscrits n'en formaient qu'un; mais, en les esaminant, il est fa- 
cile de reconnaitre que cette conjecture ji'est point fonde'e. L'un 
est e'crit sur deux colonnes , et Tautre sur trois 5 les ecritures 
sont tout-a-fait difl'erentes : celui qui a ete trouve par Tabbe 
Peyron est beaucoup plus complet , et peut servir a remplir les 
vides et a rectifier les erreurs du premier. 

Etats Venitiens. — Adria.. — Archeologie. — Dans les der- 
tiieres fouilles et recherches d'antiquite's qui ont ete faites ici , on a 
trouve une pierre gravee d'une grande valeur. C'est ime belle 
sardoine , de forme ovale , et de grandeur a pouvoir servir de 
bague. Elle represente, par de petites figures blanches releve'es 
en bosse sur un fond sombre , la vendange qu'Anacre'on de'crit 
dans sa 17* ode. La partie supe'rieure est entoure'e d'un pampre 
non-seulement avec ses feuUles , mais avec ses grappes. Plusieurs 
joUs enfans sont occupes a cueilUr les grappes , tandis que d'au- 
tres setiennent prets sCles recevoirdansla cuve, sous laquelle est 
placee une cuvette qui doit recevoir la liqueur. La partie infe'rieure 
de la pierre est occupee par Sileae , eteudu a cote dc son fidele 

27* 



4ao EUROPE. 

compagnon, que Ton ncvoit ccpendantiiastout-a-fait. Les figure*^ 
sout an nombre dc six, bien dessinees etuxecutees avec unc pre- 
cision presqirinconccvalilc. Ce beau raoni'.mcnt de la civilisation 
des ancjcns habitans d'Adria, a el(5 trouvd a une profoudeur de 
huit pieds et nc porlc aucune trace des ravages dii terns. / 

LoMBARDiE. — Milan. — Beaux-Arts. — L'Acaddmie des Beaux- 
Arts a propose', le 21 juin dernier, pour Tan 1821, les prix 
suivans , pour lesqiseis les artistes etrangers peuvent concourir : 

lo. Arckittcliire. Une nicdaille dor de la valeur de 60 ducats 
pour le mcilleur plan d"un conservatoire dc musique, assez spa- 
cieux pour renfeimer commodeinent 5o demoiselles et 100 gar- 
cons comme e'leves , et le nombre convenable de profcsseurs , 
avec chapelle , the'Atre, salle de concert, etc. Sq. Peinture. Une 
medaille d"or de la valeur de 100 ducats, pour le meilleur ta- 
bleau rcpre'sentant « le monument ou le due de Milan , Barnabo 
Visconti, egare au milieu de la nuit, dans les environs du cha- 
teau de Marignano , est rencontre' par ses gens qui le cherchcnta 
la lueur des flambeaux. « (D'lipres FHistoire de Milan par Venni, 
tome T, chap. i3, et la chroniquc d'Azario, page 369. ) 3°. Sculp- 
ture. Une medaille d'or de 60 ducats pour le meilleur groupe en 
terre cuite, representant « Tathlete Enlellus au moment oiiil en- 
fonce avec son ceste le crdne d'un taureau , prix de sa victoire 
remportee sur Dares. » (D'apres I'Eneide de Virgile, liv. 5. ) Le 
groupe doit etre isolc et avoir trois'pieds de hauteur. 4°. Gra- 
vare. Une me'daille d'or de 3o ducats pour la meUleure gravur* 
d'un ouvrage quelconque de bon mattre , qui n'ait pas encore dte 
grave. b°.J)essin de figure. Une medaille d'or de 3o ducats pour 
le meilleur dessin representant « Ge'deon, le liberateur du peuple 
d'lsrael, observant attentivement ses soldats au moment ou ils 
boivent dans la foulaine d'Harod. « ( D'apres le livre des juges , 
chap. 7.) 6°. Dessin d'ornenient. Une me'daUle d'or de ao ducat? 
pour le meilleur dessin de deux omemens riches, e'legans, sem- 
Uables , mais non pas e'gaus; par exemple, un candelabre , etc. 

Les artistes qui desirent concourir sont invite's a faire parvenir 
sH'Academieleurstravauxavant.lafin du mois dejuindel'an 1821. 

Venise. — Histoiie des Arts. — M. Antoine de Neumayer, 
commissaire imperial a Mestre, s'occupe de la publication d'un 
Dictiowiaire des artistes allemands. Le premier volume de cet 



EUROPE. 4« 

«uvrage, c'crit en langue italienne , a etc imprime dans cettn ville, 
ou il a dcja paru. line renfnrrae que la 1 .tire A, quoiqu'il con- 
ticnne des notices biographiqiies siir environ deux cents artistci. 
L'auteiir e<t deja connu des Italians par sa description historique 
et critique du Prudo della vr.lle a Padoue. 

Naples. — Sculpture. — Le celebre Canova a prouve, en 
sculptant les deux lions qui ornent Ic mausolee du pape Cle'ment 
Xill, dans leglise ds Saint-Pierre, que son talent se prete ega- 
lement a tous les genres de composition. II y a quelques anne'es 
qu'il lit le modele d\in cheval d\ine taille colossale. Cct ouvrage, 
qui presentait une foule de dilllcuites , fut fort admire des con- 
naisseurs ; et on le coula en bronze a Naples, avec beaucoup de 
succes. Canova s'occupait alors afaire un second modele du m^me 
animal dans une autre attitude. Ce modele, ou le sculptenr s'est 
surpasse, doit servir de pendant a celui dont nous avoOs dej4 
parle'. Tous deux orneront la grande place du maguilique temple 
de Saint-Francois-de-Paule , qu'on bdtit a Naples, d'apres les 
dessins de Tarchitecte Bianchi. 

TURQUIE d'eUROPE. 

MoLDAviE. — Jassy. — Enseigrtement niutuel. — Extrait d'une 
lettre adressee au directeur'de la Recue Encyclopediqite. — « L'in- 
teret quivous anime pour tout ce qui tient au bien de Fhumanite', 
et la bienveillance particuliere dont voiK m'honorez , me font 
prendre laliberte' de vous soumettre le rapport que j'ai I'honneur 
de pre'senter a la Socidle d'enseignem.ent mutuel de Paris , suv 
I'etat actuel de cette institution en Moldavie. » 

Voici I'extrait de ce rapport. itLa lettre que j'ai euThonneur de 
vous adresser, au mois d'octobre de I'annee derniere, vous pre- 
sentait les difficultes et les obstacles que pouvait eprouver I'eta- 
blissement de la raethode d'enseignement mutuel en Moldavie j 
ils ont e'te' successivement aplanis , et j'ai la satisfaction d'y 
avoir contribue de tous mes moyens. Cependant, ce tf est qu'au 
mois de mars que Tecole a e'te ouverte a Jassy :, mais les progres 
des premiers eleves ont ete si rapides , que leur nombre s'est 
promptement accru; il est actuellement de cent, et il serait beau- 
coup plus conside'rable , si le local permettait toutes les admis- 
sions qui sont sollicitees. Cette institution a ete bientot honoree 



4a3 EUROPE. 

de la haute protection de S. A. le prince re'gnant, et de la bien- 
"veillance toute particulicTe du chef de notre sainte religion, 
S. Em. le me'tropolitain de Moldavie. Ce venerable prelat a bien 
■voiilu etre membre de YEpitropie, composee de plusieurs des 
principaux seigneurs : enfin , Tinstitution est reconnue , et il y est 
pourvii comme aox autres ^tablissemens d'instruction publique. 

)) M. le professeur Cleobulos qui, chaque jour, justilie de plus 
en plus la confiance que la Societe a mise dans son zele et ses lu- 
mieres , a ajoute' a Te'cole qu'il dirige une e'cole normale ; plu- 
sieurs professeurs, qu'il a deja formes, sont partis pour Sparte , 
Athenes , Smyrne , Chios et divers autres points de la Grece. 
D'autres partiront bientot encore. Plusieurs se destinent pour la 
Crime'e , et tous doivent correspondre avec nous. Heureux, si 
nous pouvions ainsi devenir le centre de Tenseignement dans ces 
contrees , eb etre destines a presenter annuellement a lillustre So- 
cie'te de Paris , le tribut d'hommages et de reconnaissance que lui 
devront toujours les institutions qui pourront successivement se 
former ! 

}> Les tableaux re'dige's enlangue grecque sont deja traduits, en 
partie, en langne moldave, et nous esperons voir, souspeu , des 
ecoles s'etablir dans les autres villes et les principaux bourgs de la 
Moldavie. L'instruction primaire se repandra ainsi dans toutes 
les classes de la population.... w Ns. deRossetto Roznovano. 



Progres de la litteratwe — Graces aux progresrapidesdesGrecs 
modernes dans la civilisation et dans la litle'ralure ( voy. ci-des- 
sus pag. 190, et Tome VII, pag. 620) , leur langue commence .t 
se populariser en Europe. Weigel , libraire de Leipsick , a publie' 
un excellent Dictionnaire et une Grammaire degree modenie, par 
le professeur Schneider. On a dernierement fait parattre aussi , 
en Angleterre , une petite Grammaire de la langue grecque 
moderne, par le docteur Robertson, membre de la Societe des 
Philomuses d'Alhenes, et de I'Academie des lies loniennes. Les 
editions ste're'otypes des auteurs grecs , publiees par Tauchnitz , 
de Leipsick , circulent dans toute la Grece , el s'y vendrnt a un 
prix tres mode're'. Weigel prepare dans ce moment une edition 
soigneusemeqt corrigee des principaux ^crivains en prose, et 



EUROPE. 423 

des meilletirs poctes gvecs, sous le titre general de Bibliotlteca 
Grceca. Les obstrvations sur la ge'ogragliie de ce pays acquicrent 
chaque jour un nouveau degre de certitude. Les ouvrages topo- 
graphiques du savant sirWilliam Gell, sur Argos, ithaque , et la 
Moree , peuvent passer pour classiques ; son Jtinerairede la Grece 
est aussi une acquisition pre'cieuse, dont nous avons rendu compte 
( voy. T. IV, pag. 493). II est muintenant occupe a dresser une 
carte de toute la Grece , sur une e'chelle d'un pied par degre: le 
colonel Leake I'aide dans ce travail. —La Societe athenienne des 
Philomuses , iostitue'e en i8i5, se propose d'envoyer oiiattv- 
jeunes Grecs en Italie et en Allemagne, pour achever leur e'duca • 
tion. Cette Societe' est compose'e de 3oo membres , dont la plupart 
sont e'trangers. 

Enseignement inutuel. — Extrait <ruiie lettre de Corfou , du 20 
octobre 1820. — On vient detablir 5 Tile de Sainte - Manre (Tan- 
ciennp Leucade) une grande ecole d'enseignement mutuel. Le 
•premier professeur est M. Athanasios Politis , natif de Sainte- 
Maure , jeune homme plein de talent et de patriotisme. L'arche- 
veque de cette ile celebre a pris sous sa protection speciale cet im- 
portant etablissement , dont il est lui-meme le directeur-general. 
Ce digne pre'lat vient d'adresser a tous les Grecs de son diocese 
ane lettre pastorale , qui respire non-seulement la ve'ritable charite 
chretienne, mais encore cette philosophie solide et ge'ne'reuse qui salt 
Tain«re les plus grands obstacles , qiiand il's'agit du bien public. 

Des lettres de Bukarest et de Constantinople annoncent que 
Vecole d'enseignement mutuel, e'tablie a Jassy par M. Cle'obulos , 
continue a prosperer sous la protection eclaire'e du prince actuel— 
lement re'gnant en Moldavie , et de Farchevcque du meme pays. 

Quatre jeunes Grecs , d^ja sortis de cette ecole , sont arrives a 
Constantinople , ou ils ont e'te bien accueillis par le patriarche , 
qui leur a donne toutesles recommandations ne'cessairespour allcr 
fonder des etablissemens a Chios , Patmos et Candie. 

Vous apprendrez sans doute avec une vive peine que les deux 
grands colleges de Jannina viennent d'etre re'duits en cendres , a 
la suite d'un bombardement dirige par le fe'roce Ali Pacha contre 
cette malheureuse capitale. Ces deux colleges renfermaient una 
multitude de livres grecs , latins , franoais , if aliens, etc. , et plu- 
sieurs manuscrits. Tout a e'te la prole des flamraes. On regrette 



43 i EUROPE. 

surtmit deus manuscrits autographes A» ce'lebre ge'ographe Me- 
Ictiiis, natif de Jaanina ; savoir, ime Histnire ccclesiastiqnc, et ub 
Traite d'astronomio , que ce savant avail composes pour Tinstrue- 
tion de ses compatriotes. 

Voici quelques details sur cette ville : il y a plus d'un siecle 
qu'on y trouvait deux t'coles , dans lesquelles , outre la languc 
grecque ancienne , on enseignait les mathe'matiqucs et la philo- 
sophie. Me'letius etait e'leve de ces e'coles , comme beaucoup 
d'autres savans grecs du dernier siecle. Les Janniotes voulant 
mettre ces etablissemens a I'abri des chances du gouvemement 
local, en avaient place les fonds dans la caisse de la republique 
venitienne ^ mais ils fnrent perdus , lors de la destruction de cette 
antique republique : les successeurs de la domination venitienne 
n'ayant pas voulu se charger de ses dettes. 

Cette circonstance fftcheuse et la tyrannic d'Ali Pacha auraient 
ete fatales a ces ecoles; mais, grdce au patriotisme et a la libc'ralite 
de MM. les freres Zosima etde M. Picrosoy, emigres epirotes en 
Russie , leur r^i;ime n'a pas ccsse de s'ameliorer, et Taflectation du 
revenu d'un million de rolibles , places en Russie, aurait maintenu 
leur ancienne splendeur. 

Les geogra plies modernesinsultentrEpire, enlui donnantlenom 
d'Albanie : Jannina est une ville vraiment grecque; et, quoiqu'il s'y 
tronvo des mahome'tans , des juifs et des bohemiens , tons ses ha- 
bitjns parlent grec : singularite peut-etre unique dans toute la 
Grece. 

FRA.NCE. 

BoncHES-DU-RHONE. — • Lton. — Physique. — Capacile des gnz 
pour Ic ca/oriqne. — M. J. H- Mallet, secretaire de I'Acade'mie de 
' Lyon , a publie des experiences interessantes , et combinees d'une 
maniere fort judicieuse, sur un des problemes les plus importans 
de la physique, la constitution intinie des dwers gaz, et leur ca- 
pacite pour le calonque. II pense avoir de'montre qu'a une meme 
tempe'rature les parficules des difterens gaz sont a des distances 
egales, que ces molecules ont des volumes divers, et qiielaquan- 
tite de calorique qu'un gaz pent admettre, depend de la grandeur 
de I'espace qui separe les molecules. 

Seine-et-Marke. — Zoologie. — Crustaeee- — M. Adolpbe 



EUROPE. 425 

IJrogniartade'couvert, dans les mares de la foi^t de Fonlaiuebleau, 
un noiu'eau ciuilacee qu'il nounme liinnac'ia , et i|ui est suitout 
remarquabie par sa grosseur. 11 parait tbrinor una espece bien 
distincte. Tons les in<ii*idiis que M. B- a remarque's, au nombre 
de uiiile, avaif-nt des oetU's stir le dos ^ ses observations n'ont pas 
e'tf' assez multipliees pour rendre raison de cette circonstance sin- 
guliere. 

BoucHF,s-Du- Rhone — • Arles. — ZaoCogie. -~ Sauterefles. — 
M. d'Hooibres Firmas a donne la description des ravages causes 
dans laCiimargue, et aux environs d' Aries , par des nuees de 
saiitereltes, qui raserent les champs, comme si Ics flummes les eus- 
sent devore's. 11 ne peut expliqiier cette invasion subite, centre 
Jaquelle le maire d'Arles envoya un grand nombre de personnes, 
qui reussirent, au moyen d'une espece de piege fort simple, a 
de'truire 35 ou 4o quintaus de sauterelles , pendant six jours con- 
secutif-.. 

CHARE\TE-l!>.FERir.rBE. — Agricullure . — M. Chal fils, proprie- 
taire, est parvenu , avec un zele qui miTite lis pbis grands e'lo- 
ges , a naturalisfr, dans C(' dc'partement, le beau fcuvlier baumier 
(paupulus balsumifera ) tie la Virginia et de la Caroline. 11 serait 
a de'sirer que la culture de cette utile varie'te se re'pandit de plus 
en plus; elle est anssi remarquaiile par la de'licatesse de son feuil- 
lage que par son oJeur, qui parfume I'air a Finstant de sa flo- 
>aison. 

Meuse. — Chinirgie. — SuriJite. — On avail annonce que 
M. Deluau, me'decin dans le de'partement de la Meiise, avait pra- 
tique avec suoces Tope'rafion de la perforation du tympan , qui a 
pour but de ri'ndre le sen? de Touie aux sourds-muets. M. De- 
leau n'e'ft point I'inventeur de cefte operation, qui est decouverte 
depuis long-tems. 11 le reconnait lui-meme , et annonce qu'il va 
publier un (Meraoire sur un instrument de son invention, dont il 
a obteau d'utiles re'sultats. M. Del'-au n'est point le seul qui ait 
tourne ses m<'ditations vers ces utiles perfci'tionnemens: M. Du- 
camp,jeune medecin d'un grand merite, qui exerce sa profession 
a Paris, est aussi I'inventeur d'lm instrument qui a e'galement 
pour but de faciliter I'ope'ralion de la perforation du tympan. 

Ille-Et-Vilaine. — DoL. — Techmtlngie. — fabrication des 
huiles. — M. Ecouchart, de Del , est parvenu a introduire, dans 



4a6 EUROPE. 

les piocdde's ordinaires pour Yexpression dc ihuiU <tolwes , de* 
amelior.itions importanles, qui debarrassent entit'iement des pi- 
Ions, et dc tous lesautrcs accessoires (juien rendentla fabrication 
assez codteuse. 11 extrait Thuile avec sftrcte et economic par un 
seul cylindre , au moyen de la vapeur d'eau. 

Seike-Infebieure Eu. — Archeologie. — On a decouvert,u 

une lieue de celte villa les rcstes d'une cite romaine. Les i'ouilles , 
commcnce'es sous la direction de MIVI. Etancelin el Traiille, ont 
deja oflert I'assise d'un temple dont la partie superieure a etc 
abattue, oubrftleesansdoute, A I'epoque ou le christianisme, triom- 
phant du paganisme, detruisait les monumens de ce culte. Des 
monnaies gauloises et romaines, du terns d'Auguste et de Tibere, 
ont ete trouve'es aupres du peristyle. On apercoit, sous un amas^ 
d'arbres et de broussailles, la forme Jemi-circulaire de I'enceinte 
d'un amphilheStre ou d'une arene. 11 est a desirer que le gouver- 
nement prenne en conside'ration cette interessante decouvcrte, 
et fournisse les moyens necessaires de continuerdes travauxdont 
un particulier ne pourrait supporter la depensc saus se miner. 
Nous reviendrons sur la decouverte de MM. Etancelin et Traulle 
quand ce dernier, avantageusement connu a ylbbeville par ses 
connaissances et ses recherches en antiquites, aura termine le 
travail qu'il se propose de publier sur eel objet. 

Allier. — Neris. — Dans les premieres fouilles que les inge'- 
nieurs ont faites pour placer I'aqueduc du nouvel etablissement 
thermal de Neris, ona de'couvert une piscine d'environ cinquante 
pieds de diametre, sur huit ou ueuf de profondeur; elle est di- 
visee en plusieurs escaliers circulaires ; ces escaliers , ainsi que 
le plafond inte'rieur et les ponrtours, sont revetus du plus beau 
marbre, au-dessus duquel est appliquee une couche e'paisse de 
trois pouces d'un slue giis, dont la natuie et la fabrication pa- 
raissent inconnues dans les arts. A la suite de cette piscine , on en 
remarque six autres moins grandes, de formes rondes ou car- 
rees , destinees aux etuves ; elles sonl aussi parquetees el revetuea 
de marbre j leur parlie inferieureest soutenue par des pilastres en 
brique , larges de huit pouces , et correspondanles au niveau des 
eaux. Les chemine'cs , de forme nouvelle , e'taient traversces par 
desirous carre's, et adosse'esaupourtourdes rotondes : elles etaient 
masquees par des eaduits de beton, et des applications du pli>9 



EUROPE. 4*7 

beau marble. Ces decouvertes , propres a faciliter Fetude de Tart 
chez les .mciens, ne sont qu'un pn'ludc a d'aiilres pin*: impor- 
tantes it plus nombreiises. Ues colonnades tie marbre etde gianit, 
que Ton a tiouvees en faisant un fosse a Touestdu biitiment tber- 
mal projete , ne laissent pas de doute sur Texislence d'un ancien 
temple. 

OisE. — ]\oGENT-LEs-ViERGEs. — ^On avail deconvert , en 1816, 
dans cette comaiune , une grotte qui rent'ermait un nombre 
considerable d'ossemens bumains. En continuant, cette annee, 
.les fouilles, on est parvenu a deblayer le reste de cette grotte, 
situee a gauche de la route de Creil a Clermont , et elev^e d'en- 
-viron cinquante pieds au-dessus du niveau du chemia. C'est en 
creusant le tuf de la montagne , qu'on a trouve cette espece de 
galerie , dont la paa'tie superieure , formee d"un banc de rocbe , 
nepermettait point de se tenir debout. La longueur, dans la di- 
rection du nord au sud , est d'cnviron trente-six ou trcnte-sept 
pieds, et sa largeur, de sept. Lorsqu'on pene'tra dans cette ga- 
lerie, eUe renfermait des corps qui paraissaient avoir ete couche's 
par lits, les uns sur les autres , et recouverts dun sable sec, des- 
■ tine , sans doute , a les conserver. Le sol e'tait couvert de dalles 
brutes , d'un pouce ou deux d'epaisseur, et telles qu'on en trouve 
encore a peu de distance de la , dans le lit d'un torrent. Les dif- 
fe'rentes asperite's ou concavites que pre'sentaiint ces dalles, e'taient 
egalisees au moyen de pierrcs plus petites. C"etait sur cette 
couche de dalles , que I'eposait le premier lit de corps. On n'en a 
trouve' aucun entier ; tous les os e'taient detache's les uns des 
autres, mais on a garde' un certain nombre de tetes restees dans 
leur entier. On a remarque qu'en general eUes avaient le nez tres 
enfonce' et au niveau des yeux, que le menton elait tres pro- 
nonce et les dents infe'rieures presque toutes intactes. Ces tetes 
paraissent, en grande partie, avoir appartenu a des hommes 
forts et robustes. Parmi elles, sY-st trouve un cr3ne dont To* 
parietal gauche oil re une grande ouverture, provenantd\me bles- 
sure qui, cependant, n aurait pas empeche Tindividu de vivre en- 
core long-tems apres cet accident. Au milieu de tous ces corps , 
on a rencontre une petite hache de pierre , d\in silex blanc tres 
dur, et un autre instrum-ml egalementen silex , mais d'un travail- 
plus grossicr. De nouvelles fouilles ont perrais d'ai-river jusqu a 



498 EUROPE. 

Tentre'e de la galerie, dont il nc rostc qu'nne partip : c'est iiti« 
pierre de roche de quatre pieds dc largeur, forraanl line cspore 
dc marche ct deux montans, dont Ic haul a ete brise et emport^ 
probablenipnt avec les tcrres qui formaient la voftte de cette 
j>artie. Tmit aiitour de cette pierre regne unc fcuillure, qui semble 
indiquer rrmpjacemenl de la porte ; mais il serait dillicile d'aflir- 
mer avec quelle espece d'instrumcnt cette feuillure a pii etre 
trace'e , car tous ses angles , soit rcntrans , soit saillans, sont ar- 
rondis, et semblent avoir ete formes avec beaucoup dcdifEciilte's. 

J. G. B. DoB. 

SOCIETES SAVANTES ET d'uTILITE PUHLIQUE. 

Angocleme. ( Charenle. ) — Socicte d' agriculture.. — Dans la 
seance publiqiie.du 4 mai i8-2t, cette compagnie de'cernera une 
medaille d'or, de la valeur de deux cents francs , a Tauteur dii 
meilleur proce'de « pour oter a Thuile de noix les principes 
e'chauffans et nauseabonds qu'elle contient, afin de la rendre 
propre a remplacer Fhuile d'olive sur les tables, et a etre em- 
ploye'e pour reclairage. n Une medaille d'argent sera accorde'e a 
celui qui , sans avoir rempli toutes les conditions du concours , " 
aura apporte' dans cette partie les ame'liorations les plus impor- 
tantes. En 1822 , cett Soeie'le', a Tinstar de celle de la Haute- 
Garonne , remettra cinq prix , de cent francs chacun , aux cinq 
me'tayers les plus me'ritans ( un par chaque anoudissement de la 
tharente). Les concurrens devront fournir un ccrtificat du pro- 
prietaire au service duquel ils seront, constatant une residence 
d'au moins dix annees dans le domaine , de bonnes moeurs , une 
probite a toute epreuve, un grand soin des bestiaux , de Teco- 
nomie dans les fourrages, une grande aptitude au labour, et de la 
diligence dans les differentes facons a donner aux terres , cnfin 
toutes les qualites qui concourent a former un bon metayer. 

Bordeaux ( Girnnde). — Socicte royale de medecine. — Seance 
publique du 28 aoClt 1820. — La Soriete, d'apres le voeu que feu 
M. le docteur de Ponsard, membre honoraire de la Societe, avait 
exprime dans son testament, proposa en 1818, pour sujet d'uu 
prix de la valeur de 400 francs, dontM. de Ponsaid avait fail les 
fonds, et qui doit Itre de'cerne dans la se'ance de ce jour, la ques- 
tion suivante : « Quelle est la me'thode la moins coftteuse , et en 



EUROPE. 429 

* m^me terns la meilleure, d'engraisser les terres a froment? j) 
Le Memoire porlanl pour e'pigraphe ce vers de Delille : 

L'or natt dans ces sillons qu'enricliit la culture, 
a paru a la Societe' remplir le voeu du donataire. 

L'auteur est le docteur Guillon, ancicn chirurgien-major des 
armecs du roi , membre correspondant de plusieurs Socie'te's sa- 
vantes , doinicilie proprietaii-e et cultivateur a Kauzan, arron- 
dissement de Libourne , departement de la Gironde. La compa- 
gnie lui a decerne' le prix. 

La Societe' avait remis au concours Tannee derniere la questioa 
Auivante : « Quels sontlesresultatsd'unaccroissementtroprapidc? 
Quels sont les moyens d'en mode'rer les j.rogies , s'ils deviennent 
nuisibles , et de remedier aiix accidens qui en sont la suite?« Elle 
avait pronais dedecerner, dans la se'ance de ce jour, un prix de 
la valeur de 3oo francs a l'auteur du Memoire qui auraitle mieux 
traite cette question. Parmi les Memoires que la Societe' a recus, 
elle a distingue celui qui porte pour e'pigraphe la sentence sui- 
vante : « Le devoir du medecin est de se preserver de tout es- 
prit de systeme, de s'appliquer a connaitre les cas ou il doit 
agir, etceux ou ildoit etre simple spectateur. » (Bordeu , malad. 
chron. , pag. 99. ) Ce Me'inoire est I'ouvraged'un praticien eciain: 
et bon observateurj mais il a c'te compose avec precipitation , et- 
sans avoir ete' suffisamment m^dite. La Societe' voulantne'anmoins 
re'compenser les efforts de l'auteur , lui accorde une mention ho- 
norable. Cette question , qui n'a point encore etc traile'e d'une 
maniere satisfaisanle, a paru trop importante pour la relirer. La 
Socie'te la remet au concours, et elle promet un prix de la valeur 
de 3oo francs , avec une medaille d'or de la valeur de 100 francs, 
qu'elle decernera dans sa seance publique de 1822. La Societe 
rappelle aux concurrens qu'ils ne doivent point se livrer a des re- 
flexions tirees d'une subtile ide'ologie. Elle veut un Me'moire 
rempli de faits positifs, que la medecine pi-atique puisse avouer 
sans contestation. 

Dans son programme de Tanne'e derniere, elle a propose un 
prix de la valeur de 3oo francs , qui sera de'cerne dans sa seance 
publique de 1821 , a l'auteur du meilleur ouvrage e'le'menfaire sur 
Ceducation physique des enfans. L'auteur devra se borner a expo- 
ser, avec concision et sagesse,lesbonsprincipes sur le regime des 



43o Europe. 

enfans, et toutes les regies qui doivent diriger ceux qui sont 
charge's de leur education corporelle. 

Les relations raarilinies que le commerce de Bordeaux cntre- 
tient avec le nouveiiu monle, les Indes et le Levant, exposant 
cctte ville a reeevoir de ccs contrees les maladies contagieiises qui 
y regnent presquc constammi'ut, il a e'te reconnu <jue relahlisse- 
ineut d'un lazaret etait indipcnsable pour le port dc Bordeaux, 
et qu'il devait seul offrir la securite' nccessaire confre la trans- 
mission des maladies des pays cliauds. Le local le plus pro|)ice a 
ce lazaret n'efant pas encore choisi, la Sociele propose un prix 
de la valeur de 3oo trancs, qui sera decerne' dans la seance pu- 
blique de 1821 , a lauteur du meilleiir IVIemoire sur cette ques- 
tion : « Determiner IVndroit le plus propre a Tetablissement d'un 
lazaret sur la Gironde; en donuer le plan le plus avantageux et 
le plus e'conomique. » 

La Societe vouiant appeler I'attention des medecins du de'par- 
tement vers I'etude de la nature et des causes des maladies qui 
regnentdans les diverses parties du departement de la Gironde, 
propose pour sujet d'un prix de la valeur de 3oo francs, qui sera 
decerne dans la seance publique de 1832, la question suivante : 
« Qnelles sont les maladies qui rtgnent le plus communement 
dans le de'partement de la Gironde ; en etablir les causes et les 
moyens de les prevenir? » 

La Socie'te accorde chaque annee une medaille tTencourage- 
inent a celui qui lui envoie le meilieur Memoire (sur un sujet au 
choix de I'auteur, et relatif a I'art de guerir ). Depuis sa dernieie 
seance publique , elle a recu pkisieurs ouvrages, parmi let.queU 
ellc a distingue' un Memoire ayant pour litre : « Rapport sur la 
fievre scarlatine qui a regrie dans rarrondissement de Liboume, 
pendant I'annee 1819, » dont I'auteur est M. le docteur de Jau- 
rias , medecin a Liboume. La Socie'te lui decerne une medaille 
d'or. 

Elle accorde une mention honorable : 1" A M. Guillon, me- 
decin a hauzan, I'un de ses correspondans, auteur d'un ouvrage 
avant pour titre : « Essai sur les predictions des crises dans les 
maladies aigues , par le moyen du pouls , et de quelques autres 
ihdices qui peuvent se presenter; extrait en partie des observa- 
tions du docteur Solano, celebre me'decin espagnol. » 2'. A 



EUROPE. 43 1 

M. Ormitre, medecin a Toulouse, I'un de ses correspondans, auteur 
d'uo Memoire ayant pour titrc : « Deux observations d'hydropisie 
interne du cerveau, gueries par Tcinploidu mercure,adrainistr^ 
jusqu'a ia salivation, suivies de re'Qexions sur cette raaladie. » 

La Socie'te', voulant encourager k-s gens de I'art du de'parte- 
ment de la Gironde a repandre les bienfaits de la vaccine , et par- 
la faire cesser Tinsouciance de ceux qui negligent d'en jouir, a 
promis de decerner , dans la seance publique de ce jour, des me- 
dailles d'argfnt, a titre d'encourageoient, a ceux qui lui auraient 
fait parvenir les tableaux authentiques les plus complets des 
Taccinations faites par eux , ainsi que leurs proj>res observations 
sur les eflets particuliers de cette me'thode salutaire. Dans le 
noinbre des Rlemoires qui lui ont ete' envoye's, la Societe a dis- 
tingue : 1° « Un tableau des vaccinations pratique'es dans le can- 
ton de Sainte-Foy, pendant I'anne'e 1818, avec un rapport his- 
torique de la propagation de la vaccine dans ce canton , » par 
M. le docteur Broca , medecin a Sainte-Foy; » 2" « Un tableau des 
vaccinations pratique'es a Bordeaux pendant I'anne'e 1819, m par 
M. le docteur Liaiibon , medecin a Bordeaux. La Societe accorde 
a chacun de ces medecins une mc'daille d'argent. La Compagnie 
promet d'aulres medailles aux praticiens de ce departement qui , 
dans le courant de I'anne'e , lui enverront de nouveaux tableaux, 
en se conformant aux conditions suivantes : « Les tableaux, dft- 
ment le'galise's , doivent renfermer le nom, le prenom, I'^ge, le 
sexe, le domicile , I'etat des enfans vaccines, el les observations 
interessantes a recueillir. » Les Me'moires , ecrits en latin ou en 
francais, doivent etre remis chez M. Dupuch-Lapoiate, secre'taire- 
ge'ne'ral de la Socie'te', avant le i5 juin. 

Chalons {Marne). — Societe d' Agriculture , Commerce, 
Sciences et Arts. — Stance du 5 septembre 1820. — M. Gobert- 
BoissELLE, pi-esident annuel, ouvre la seance par la lecture de 
« Conside'rations sur les avantages des petites proprietes rurales.u 
M. Caquot , secretaire , rend sommairement compte des tra- 
vauxde la Socie'te, depuis saderniere se'ance publique, et du re'- 
sultat des concours. M. Vanzdt lit un discours sur « I'Etat com- 
pare des sciences et des arts, particulierement de I'agriculture 
chez les anciens et chez les modernes. » M. le docteur Prin lit un 
discours sur a I'Hygiene publique en general. » M. le secretaire 



433 EUROPE, 

donne lecture du progiamnie di'S prix jiroposc's pour 1821 et 182a. 
IVI. If prefet , occupant le fiiuteuil . apres avoii' adrcssc a M. Lois- 
son , membre 1 orrespnndant , dUionoi.iblf's iclicifalions, lui rc- 
jni!t , an notn de ba Majeste, une meuaille d'argont qui lui est 
decernre pour ses travaux agrirolcs. M. le president annuel pro- 
clatne , ainsi qu'il suit, les notns des coucurren'; que la Socie'te a 
cru devoir distJDguer : 1". Line mention honorable a M. A. A. S. ' 
Bedfort, auti-ur du Memoire sur cette question : « Quels sont, 
sous I'empire de la Charte, et dans letat aclutl de la trance, les 
moyens les plus pro (rres adevclopperet a fortifier Tesprit public ?» 
2". Une medaille de premiere classc a M. P. E. Kemy, chirurgiea 
a Ch9tillon-sur-Marne , auteur d'un Mi'inoire sur cette question : 
« La cloture en haies vives des terres arables et des pres , serait- 
elle avaiitageuse a raf;ricnlture du duparttment de la Marne? » 
3". Une mt'daille df pr' rait'veclasse a M.CIialette, ge'ometredu ca- 
dastre, auteur d'une « titatistique du cantondc Sompuis. » 4°. Une 
medaille de premiere classe a M. Francois Mandel, doyen des 
pharmacicus a Nancy, auteur d'un proccde simple etpeu dispen- 
dieux , pour pre'server les murs de craie des atteintes du salpelre. 

La Socie'te' de'cernera , dans sa se'ance publique du mois d'aoflt 
i8ai : 

i". Une medaille 4'or de 3oo fr. an moilleur Memoire sur cette 
question : « Quel est , dans Te'tat artuel de la France , et dans ses 
rapports avec les nations etrangeres , le degre d'extension que 
rindustrie , dirige'e vers I'inte'rct national, doit donner aux difle- 
rens genres d'inventions qui suppleent le travail des hommes 
par le travail des maclunns?)) 2°. Une medaille d'or de 200 francs 
au Memoire le plus safisfaisant sur ce snjft : « Dt'terminer quelles 
sont les maladies qui attaquent particulierement les labourturs , 
les jardiniers et les viguerons du de'partcment de la Marne j en re- 
chercher les causes j indiquer les moyens de les pre'venir et ceux 
de les gue'rir. » Ella continue d'oflrirdes prix d'encouragement , 
10 a Tauteur de la meilleure Statistique d'un canton du dt'parte- 
ment de la Marne ; 2° au mcdecin ou chirurgien de ce departe- 
ment , qui aura vaccine le plus grand nombre de sujets pendant 
Tanne'e 1821. Le prix sera decerae dans sa seance publique du 
mois d'aoCit 1822. 

Dtjon ( Cote-d'Or ). — Acaddmie des Sciences , Arts et Belles- 



EL ROPE. 43J 

f.ettrcs de Dijon. — Reclamation. — Siir la foi de plusieurs jour- 
naux , nous avions annonce ci-dessus , page 204 , que TAcademie 
de Dijon avail mis au concoiirs !a question siiivantc: « Quelle est 
I'iuflucnce des tiieiltres secondaires sur les moeurs des peuples, 
sur la litte'rature et le goftt? w Le secre'taire de celte Societc'nous 
ccrit qu'elle n'a jamais propose celte qucslion , ct qu'il ii^nore 
quelle est TAcademie a qui elli'appaitient. — Celle de Dijon a mis 
auconcours, pour 1821, la question de piiysique suivante : aJus- 
qu'a quel point pcut-on, dans Te'tat actuel de la physique, expli- 
quer les phenomenes me'tc'orologiques aqueux? » Le prix est une 
medalUe d'or de joo fr. ; les Menioires doivent etre adresse's au 
secretaire de I'Academie, avant le i'^'' mars procliain. 

PARIS. 

Institut de France. — JYote sur les dernieres de'couuertes dans 
les jners arctiques , lue a V^lcadcniie des Sciences, dans sa-seaiice 
du 20 novenibiv 1820, par A/. Moreaij de Jojvnes, correspondant 
de r Academic. — Si , dans le petit nombre de de'tails j)ublies jus- 
qu'a present par Famiraute d'Angleterre, surl'expedition du com- 
modore Parry . on cherche quels sont les re'sultats geographiques 
donnas par un premier apercu, il s'en pre'sente deja plusieurs 
d\m grand interet. 

On salt que, dans le voyage de de'couvertes exe'cute en 1818, 
sous le commandcment du capitaine Ross , les b^timens anglais I'A- 
lexandre et I'Isabel/e s'avancerent dans I'ouest de la mer de Baffin , 
iusqu'au-dela du 80' dcgre' de longitude occidentale, meiidiende 
Londres. Le commodore Parry ayant pe'n^tre' , cette anne'c , par 
la passe de Lancastre , jusqu'au meridien de la riviere Mine-de- 
Cuivre, decouverte par Hearne, il doit avoir atteint le iio^ de- 
gre de longitude occidentale, et consequemment etre parvenu a 
3o degres plus a Touest , qu'on n'avait encore pu le faire. 

Comme il parait ne s'etre pas e'carte beaucoup , dans sa route , 
du ^oe parallele, et que, sous cette latitude, le re'tre'cissement 
des degre's de longitude est tel qu'ils ne contlennent plus chacun 
que qiiinze milles et demi , c'est d'environ cent quarante lieucs 
au-dela du rivage , deja reconnu , de la mer de Baffin , que Fex- 
pe'dition anglaise s'est avance'e, vers Toccident, dans I'Oce'an-Arc- 
tique. D y a a peu pres 20 degres entre la riviere Mine-de-Cuivre 
TOME VUI. 28 



4^4 EDROPlv 

et c«'l!e <Ic Mackensic ; mais la cote d'Aineii([iio est ici moins 
•ilevce vers le jiole, tt sfiiihle avoir pour gis.scmtnt le ^o^ paral- 
Itlc, oil les degres tie longitude out vingt millcs et demi j ce qui 
donne a cette distance une etendue de i34 lieties. De la rivieri; 
de JVlackensie a I'entree boreale du detroit de Behring, il n^ a 
pas moins de treute-six degres, qui, e'tunt chacun de vingt-un 
inilles et demi, sous Ic (x)' parallele, font une distance de 25'2 
lieucs. D'ou il suit que le point le plus occidental oil Texpedition 
soit parvenue , est encore au moins a 386 lieues du debouqiie- 
ment , dans le grand Ocean-Boreal j c'est-a-dire , a une distance 
presque triple de celle qui scpare la mer de Baflin de la riviere 
Mine- de-Cuivre. Le nombre des obstacles qui s'opposent an 
passage du nord-ouest, jiaraissant etre proportionnel a rdtendue 
de la navigation qu'il exige, il faut reconnaitre qu'il y a peu de 
chances d'y reussir ; et cette opinion est conlirrne'e par la lin de 
I'expe'dition du commodore Parry. 

(^uel que soit le succes des tentatives futures de cet intrepide 
oHlcier, on doit deja a son expedition des connaissances geogra- 
]ihiques qui assurent a son nom une juste celebrite'. De la seulc 
de'couverle de la passe de Lancastre, qui a conduit ce navigateur 
dans une pariie de TOceun-Arctique, oil aucun vaisseau n'avait 
encore penetre , il re'sultc : i" que le continent del'Amerique n'a 
pas Tetendue qu'on lui supposait autrefois vers le jiole boreal ; 
■1" que scs cotes septentrionales , quoique jusqifa present iuabor- 
dables, gissent sous des paralleles moins eleves que ceux de la 
plupart des cotes de TAsie, et ue depassent que de peu de degres 
les latitudes du nord de rEuro]>ej 3° que la mer dc Baffin u'est 
point une baie, comme on Ta cru pendant si long-tems; qu'elle 
forme Tune des j)ariies de TOcean-Arctique , el qu'elle commu- 
nique avcc lui par le detroit de Lancastre, de meme que, par le 
detroit de Behring , avec la mer du meme nom; /[" que le Green- 
land ,<|ui n'appartient point, ainsi <ju'onlecroyait, aux contrees 
arctiques de I'Amerique septentrionale, forme une ile immense , 
ou plutot un continent (juVm pent considerer comme une 
sixieme partie de la terre, puisque, cle Textremite du grand sail- 
lant qu'il projette enlre FEurope et I'Amerique, jusqu'a la Kou- 
velle-Siherie qui semble ^tre sa derniere limite , sousle meridien 
oppose , il n'y a pas moins de onze a douze cents lieues ; 5" que , s'il 



EUROPE. 435 

en est ainsi, comme on peut Fiiclmettre avec vraisemblance , tl'a- 
pres jilusicurs teinoignages directs et indirects, c'est line terre 
glacee , et non , comme on le supposait , FOccan-Boreal , qui oc- 
cupe Fespace compris entre le 8oe degre de lallUide et le pole 
arctique ; G" enlin , que , si Ton re'unit aux apercus resultant de 
ladeiniere expedition polaire, Ics donne'esfournies parlesdecou- 
vertes des Russes , on trouve des motifs de croire que ce continent 
arctique a etc' soumis originairemeiit aux memes causes ge'olo- 
giques que les autres grandes divisions du globe, puisqu'il pre- 
sente ime configuration semblable a la leur ; que son plus grand 
de'veloppement en largeur est , dans sa partie boreale , comme les 
cinq autres coptiuens; qu'il se termine , comme eux , dans sa 
partie ineridionale , par un vaste saillant dont le cap Farewell est 
Textre'mite ; que les mers qui Tenvironnent sont , comme les 
leurs , resserre'es par des detroits, et qu'elles sont pareillement 
semees d'lles et d'archipels volcaniques , que la meme puissance a 
projetes au milieu des glaces polaires, comme sous Tequateur. 

II est evident que les noms de bale de Baffin et d^ entree de Lan- 
castre doivent etre changes, et qu^on doit leur snbstituer ceiix 
de titer de Baffin et de detroit de Lancastre; peut -etre meme 
i'audrait-il ne conserver les noms de Groenland et de IVoiivelle- 
Siberie, que comme servant a designer des parties du continent 
arctique , dont I'ensemble exige une denomination collective rt 
nouvelle, analogue a celle ^ylustralasie, adopte'e re'cemment 
pour toutes les contrees de la Nouvelle-Hollande. On pre'vien- 
drait, par ce raoyen, les longueurs et les ambiguites que pro- 
duit ce defaut d'une appellation gene'rale, surtout lorsqu'on vicnt 
a s'occuperdu sujet inte'ressant etdifliciledes courans de FOcean- 
Coreal. 11 importe assez pen quelle sera cettc appellation, poiirvu 
qu'ellesoit courtc, sonore, significative, et qu'ellepuisse etre adop- 
tee dans la plupart des larigues de FEurope : nous proposerions 
conse'quemment de donner au continent arctique le nom de 
Boreasle , si nous ne croyions que le droit de le nommer appar- 
tient au navigatcur qui , dans Fexploration de ses cotes , vient de 
montrer tant de courage et de perseverance. 

— ylcademie des Beaux-ylrts. — Les remarques de M. Eme- 
Ric-Davio, sur YHistuire de la sculpture, ouvrage italien de 
M. le comte Cicognara , publiees dans divers cahiers de la Rei'ue 

28* 



435 EUROPE. 

Lncyclopedique ( aoftt , scptembrc et. octobre 1819 , aoflt'et oc^ 
tobre i8io ), out c'te reunies en iin soul volume qui se trouve a 
Paris, chtz IMM. Deburc freres, Treuttcl et Wiirtz, etDelaunay. 

Cet ouvrage ayant etc' jn-e'scnte a rAcudcmie royale des Beaux- 
Arts de rinstitut, celte Academic a piis, dans sa seance du 21 
octobre dernier, Tanete suivant : » 

« II sera adresse a M. Emeric-David des remcrcimens particu- 
liers pour le zeie avcc lequel il a pris , dans Tecrit distribw^ a la 
derniere seance , la defense de la sculpture francaise , en la ven- 
geant des oublis et des critiques de M. Cicognara, auteur d'une 
Histoire de la sculpture moderne. L'Academie arr^te qu'il sera 
fait une mention particuliere de la pre'sente delibe'ration dans le 
proces-verbal de cette seance. « 

Gtmnastiqce. — Gyiiinase c'n^il normal. — Le ministre de Pin- 
terieur vient d'arreter la cre'ation , a Paris , d\m etablissemcnt 
d'education physique et gymnastique , sous la denomination de 
Gyninnse civil normal. La direction en est confie'e a ]V1. Amoros, 
Espagnol naturalise' Francais, connu par ses nombrenx succes 
en ce genre. Les eleves de toutes les ecoles royales seront admis 
dans cet etablissemeut , qui sera ouvert egalement aux eleves des 
pensions, et auxautres cnfans que leurs parens jugeraient a propos 
d'y envoyer. Le Gymnase civil est provisoirement dans le meme 
local que le Gymnase normal niililaire , place Dupleix , entre le 
Champ-de-Mars et la barriere deGrenelle. 

— JHcole speciale de Commerce. — Nous avons fait connaitr* 
( Tome VI, page 433 ) cet utile etablisscment , dft , en grande 
partie , a la genereuse soUicitude d\m citoyen dont le nom sera 
toujours cher a la liberte et a I'industrie ; nous attendious, pour 
enti-er dans les details d'organisation de cette Ecole , et de son 
mode d'enseignement , que Fexpe'iience en eftt dc'montre' les avan- 
tages. 

LWseignement est divise' en trois com.ptoirs , pre'sides chacua 
par im professeur special, et tous surveilles par un censeur ge- 
neral des etudes. Voici la hie'rarchie de cet enseigneraent , telle 
que nr>us avons pu Tobserver : le' et 2' comptoirs. — Cos deux, 
comptoirs ou divisions presontent deux dogre's distincts de la 
science elemenlalre du commerce , et sorvcnt a preparer les e'leve* 
pour entrer dans 1« 3' coinptoir dc pratique simulee; la ligne de 



ELROPK. 437 

demarcatioti est tellement tracee cnlre cux , qu'aucun elevc ue 
peat passer du i" au 2e comptoir et do celui-ci au 3*, sans avoir 
subi trois examens tres rigoureux , d'abord dn chef de son cimp- 
toir , ensuite , dii censenr des etudes, enOn , du directeur. 
3'' comptoir. — Celui-ci distingue e'mintranient TEcole spe'ciale de 
commerce de toutes les autres institutions. Qu'on se figure des 
jeunes gens installe's chacun dans un bureau separe . oil se ras- 
semblent leurs livres , leurs cartons , leur caisse. leur porte- fenille , 
etc., etc.; qui reooivent, en y entrant, un fonds capital com- 
pose de billets de banque graves a Tusagc de I'Ecole , de monnaies 
factices de toutes valeurs pour les appoints, et de letti'es- de- 
change sur diverses places de TEurope. 

Ces jeunes gens , qui representent chacun nne maison de com- 
merce d'une ville de France ou de Tetranger, correspondent 
entre eux , comme de vrais negocians , lient des ope'rations de 
commerce de tous les genres , font des recettes et des paiemens , 
des achats, des ventes et des livraisons, se transportent a la 
bourse qui est dans le local , et la , les uns , comme agens de 
change, les autres, comme courtiers de commerce; ceux-ci, 
comme spe'culateurs , armateurs ou banquiers; ceux-la, comme 
simples commissionnaires , negocient leur papier , ou traitent des 
marchandises d'apres les cours publics qu'ils ont sous leurs yeux, 
pour les diflerentes places de TEurope. 

N"est-il pas vraiment interessant ce musee commercial , e'rig^ 
dans Tetablissement ou ces negocians fictifs apprennent a con- 
naitre toutes les marchandises et les matieres premieres, tant in- 
digenes qu^exotiques , qui entrent dans la circulation du com- 
merce ; se famUiarisent avec leurs nuances et leurs qual.tes , avec 
leurs avaries , leurs poids , leurs tai'es , leurs enveloppes , les con- 
ditions de vente , d'achat , de livraison , et , a Taide d'echantillons 
qui leur sont fournis, trafiquent aussi reelleraent qu'ils le fe- 
raient dans les ports de Londres ou d^Amsterdam? Le cours d ins- 
truction comprend, d'uncote, les langues vivantes , le francais, 
i'anglais, Tallemand et Tespagnol, qui sont enseignees par des pro- 
fesseurs habiles et verses dans les usages et dans la science du com- 
merce ; de Tautre, la le gislation commerciale , Feconomie politique, 
la geographic et la statistique commerciale. Onnepeutdouterque 
Jes jeunes gens qui auront voulu proliter de tous les moj'ens 



438 EUROPE. 

d'instruction qui leur sont ofTerls, nc tlevifinncnl des honimes ca- 
pables de i'aire distingucr leurs noms dans riionorable caniurc a 
laqiielle ils sc destinent. \S Ecole specinle Je commerce est elablie 
rue Saint-Antoine , n" i43 , dans un fort bel hotel (jui fut autre- 
fois occujie par Sully. 

— Conseivatoire Jes ails et metiers. — La liouvelle erole fonde'u 
dans ce bel elablissement , a I'ancienne al>haye Saint-Martin, 
rue Saint-Martin , doit .s'ouvrir Je samedi 2 decenibre, et les 
cours se continueront ainsi qifil suit : 

CouRS tie ntecanlqiie appliquee aiix aits; professeur, M. Cliarles 
DupiN, de rAcademic dcsSciences; Ic hinJi dc chaque seniaine, 
a unehrurc aprcs-midi. 

CouRS </e chiniie uppliquiie aux nits ; professeur, M. Clement- 
Desormes; le jeudi de chaque seniaine, a deux heures apres- 
midi. 

Cours trjconomie inJtistrieUe ; ])rofcsseur , M. Jcnn-Baplisie 
Say ; le samedi de chaque semaine, a deux heures apres-midi. 

L'objet de cet enseignement est de faire jiarticipcr Ics arts in- 
dustricls aux demiers progr^s des sciences. 11 ofl're ceci de parti- 
culier , que re'conomie politique appliquee aus arts y sera ensei- 
gnee par 1 liomme a qui cette science a sans contrcdit le plus 
d'obligations. En fondant le'conomie politique sur les solides 
bases de I'expe'rience et de Tobservation , RI. Say a suivi la me- 
thode qui a ete si favorable , depiiis nne quarantaine d'an- 
nees , a Favancement des sciences physiques ; et cette methode , 
de'veloppe'c par lui, ne peut qu'avoir de trcs heureus re'sultats. 
Cest unenseignement que les etrangers envieront a la Fratlce, et 
auquel , grfice a la liberalite de ses institutions, ils pourront 
venir prendre part. 

Les deux autres professcurs, MM. Dnpin et Clement, offrent 
aussi, par leur reputatiori et leurs ourrSgesy des garantics de la 
bontc et de la solidite de! Finstruction qu'ils sont fharge's de 
donner. 

— Alhence royal de Paris. — . Nous avons doja parle de ce bel 
c'tablissement litte'raire, foode en 1^81 , sous le nom de Musee , 
par Tinfortune PiJatrc de Rozier, agrandi ct aineliore, en 1785, 
sous le nom de Lycee , qu'il a porte jusquVn 180^, e'poque oil , 
le nom du lycee ayant e'te donne aux ancieiis colleges, il a pri< 



EUROPE. 439 

eelui A^/llhenee. L'asscmhlee generale des fondateurs , presidc'e 
par M. le comte Boissy-d'Arii^Lis , pairde France , vient d'arreter 
tt de publier le profjramme dcs cours pour Tan 1821, trente- 
sixieme annee de la fondation de cet etablissement. 

<^c programme coraprend les cours suivans : 

Physif/iie erpcrinienta/e , M. Pouillot j Chiniie , M. Robiquet \ 
Xoofoifie , M. de Blainville ; Aniitomie et Physiologie, M. Ma- 
eendie 5 ylslroiiomie , M. Francoeur ; Theorie physiologique des 
sensations , M. Flourens; Theorie de raudilion inusicnle ,^ . Mo- 
rel; Histoire , M. Trognon ; Lillerature et morale, M. de Jouy. 
— Va certain nombre de seances sera reserve pour des lectures 
particulicres. M. Levasseur se propose den faire plusieurs sur 
l^hisloire des jirerniers terns de la monarchic J'rancaise; et 
M. Alexandre Lenoir, sur les monumens de Vnrl en France, 
pendant le moyen age. — Les cours de TAthe'nee durent six 
mois. Plusieurs salons, destines a la conversation et a la lecture , 
sont ouverts , pendant toule laime'e , dcpuis neuf hcures du ma- 
tin jusqu'a onzelieures et deniie du soir. Les seances de cliaque 
cours sont indiquees sur des tableaux places dans les salles. Les 
sauscripteurs recoivent, chaqac dimanclin, Ic bulletin des lecons 
de la semaiue suivante. — Le ]>rix de la souscription est do 
120 francs popr les homraes, et de 60 francs pour les dames. — 
Le bureau pour les abonncmens est ouvert , tous les jours , au se- 
cretariat de rAthenc'e, rue do Valois (ci-devant rue du Lycee) , 
n" 1 , au coin dc la rue Saint-Honore et de la place du Palais- 
Royal. 

PuRLTCATiows NocvF.LiEs ET PROCHAiifES. — Methode pour Tcn- 
seignemenl des langues ; par M. J. -J. Ordinaire , recteur dc 
I'Acadeaiie de Besancon, — Tel est le titre dun ouvrage duplus 
hautinteret, public chez Colais, rue Dauphine , n''?ia, et qui 
est attendu avec la plus vive impalience par les raembres du corps 
enseignant, et par les peres de fjniille auxquels M. Ordinaire a 
communique ses idees. D'apres cs que nous avons pn savoir, cet 
ouvrage se divise^^n deux parties. La premiere, qui est actuel- 
lement sous pressc , comprend : lo I'exposition des prinripes de 
I'auteur; 1° leur application a la langue latine, avec les tableaux 
tst le manuel ne'cessaires tant a I'instituteur qa'aux cleves. II pa-" 
rait qu'aii moyen de cctte methode , non-seulement les e'leves ap- 



44o EUROPE. 

prendraknt phis \\le, mais encore que leurs coiinaissances sc- 

raiont plus titenducs , niicux liccs ct , par consequent, plus du- 

ra'iles. 

INous donncrons, dans notre prochain cahier, Tanalyse d'un 
ouvra;^c qui scmble devoir amener d'importantes rcformes dans 
rinstriictiin publique et particulicre. 

— /)e forguniifition de la puissance civile , dans Fintcret mo- 
narchique , ou De la ndcessild d'institucr les administrations de- 
vartementales et municipides en agcnccs collectives. — L'auteur 
s'est propose de deraontrer : i° que radministration doit etre or- 
ganisee cojnnae la justice , Tune et I'autre etant des parties de la 
meme puissance appliquee a des objets difl'erens; 2" quale mo- 
narquedoit s'interdire toute juridiction directe , ou cense'c telle, 
dans les contestations administrativcs ct judiciaires; 3° qu'il n'y 
a plus d'unite dans le pouvoir, et,par conse'quent, point de mo- 
narchie, qnand Ic pouvoir ne re'side pas entre les mains des mi- 
nistres auxquels il est delegue ; 4° enfin , qu'on ne peut arreter le 
coursdt'S delegations subsequentes, fixer invariablcment le pou- 
voir an jiied du trone , e'touflerle germe sans cesse renaissant des 
ambitions et des entrcprises polygarchiques, qu'en donnant aux 
agenccs inferieures des formes composees , et , au systeme muni- 
cipal , le caracture d'une administration veritablement communale. 
Nous oflrirons a nos lecteurs , en tems utile , ime analyse de 
cet ouvrage , dans laquelle on exposcra et discutera les principes 
qui servent de base aux propositions de I'auteur ; principes de- 
duits de I'examen et de la comparaison des divers systemes judi- 
ciaire , administratif et municipal qui se sont succedes depuis le 
cinquieme siecle jusqu'a nos jours. 

M. Denugon, imprimeur, rue du Pot-de-Fer ,no i4, est I'e'di- 
teur de cette iraportante production , qui sera raise en vente, 
dans les premiers jours de decembre 1820, chez A. Eymery, rue 
Mazarine , no 3o; Be'cbet, quai des Augustins, n" 67 } et Uelau- 
nay , Palais-Royal , galeries di; bois , n"s 243 et 244- 

— Traite des nullites de tout genre , de droit et de forme, ad- 
vnses en matieres civiles par les noiweaux Codes et la jurispru- 
dence des coiirs , avec I'esprit de Pancien droit j par M. BinET, an- 
cicn jurisconsulte, juge de paix a la Rochelle , auteur de divers 
ouvrages de jurisprudence, de morale, etc. 



EUKOPE. 4 if 

Le pris lie Touvrage sera de lo francs , pour les personnes qui 
souscriront aviint la mise en vente du second volume. Passe cette 
e'poiiue, le prix sera de lafrancs. Pour recevoirles deux volumes, 
par la poste, on ajoiitera a fr. 5o cent. Le premier volume sera 
en vente Ic i"' de'cerabre , et le second, le i"' Janvier 18-21. Pour 
etre souscripfeur, il suflit de se faire inscrire chez Arlhus Ber- 
trand , libraire-e'ditcur, rue Hautefeuille, n" 23, a Paris. 

— Description lie VEgy-j'te, ou Recueil des observations et des 
recherches faites en Ee;ypte pendant Pexpe'dition de Tarmee fran- 
caise. Seconde edition , dediee au roi. Publie'e par C. L. F. Panc- 
KoccKE ; aS vol. in-80 de teste et 900 sravures format grand atlas, 
grand aijile , grand monde , format dit grand Egypte , etc. Ces 
gravures sonl imprime'es sur les cuivres memes de la premiere 
edition , dont il a ete tire peu d'exemplaires. 

L'ouvrage paraitra par livraison de cinq planches, chacune 
format iOTrt/if^flt&i , imprime sur papier fin et satine. Ce papier 
est aussi beau que celui de la premiere e'dition. Le prix sera de 10 
francs chaque livraison etiquete'c. On paicra en souscrivant deux. 
' livraisons a Vamince, qui seront les deux dernieres de Touvrage. 
Lorsqu'il sera inse're'uneplanclie^^ra^Jrttij/eou forma t;^'rflnr7mo;irfe 
ou Egyple dans tine livraison , cette planche representera deux 
planches du grand atlas pour le prix, et la livraison tie contiendra 
alors que quatre planches, dont le prix sera toujours de to francs. 
II n'existe que vingt-quatre planches des plus grands formats dits 
grand monde et Egypte (t). 

Les volumes de texte in-8°, imprimc's avecdes caracteres neufs 
cice'ro, sur tres beau papier, sont accompagnes de vingt-huit 
planches. 

Le prix de chaque volume de texte, j- compris ces uingt-hitit 
planches , sera de 7 francs , et franc de port, de 9 francs. La liste 



(1) Ainsi , grSce a la munificence du gouvernement, chaque 
planche d'un format gra'id atlas, sur tres heau papier satine, 
sera drmnee aux souscripteurs pour 2 francs, et chaqu. planche 

frand nigle et grand Egypte, pour 4 francs; les premieres vau- 
raienl dans le commerce 36 francs : un portrait de ce format a 
coflte Gooo fr. de gravure; les plus grandes planches vaudraient 
dans le commerce 6n a 80 francs : des planche j de'tachees oat ete 
payees dans les ventes 100 a 1 5o fr. 



4J9 EUROPE. 

lies souscripfcnrs sera imprime'e a la iindc I'ouvrage, sous le titer 
de souscrii'tenrs associes et Jondateurs ile cctle cililion. Aiicum- 
souscription ne pouvait ctre annoncce sous des auspices plus ia- 
vorahles. La preraiire edition sera bienlot entieremenl achevec. 
Lcs souscripteurs sent assures qtie la secoudc edition u'attendra , 
pour efro terminee, que le tenis qn'ils cxigeront eux-niemes : 
ici la celerile ue pourra nuire a la perfection. Dans les cinq plan- 
ches de chaque livraison , on placera deux ou trois d^anliquites, 
uue oudeux d'etat moderne , une dliistoire naturellc ou de geo- 
graphic. 

II paraitra une ou deux livraisons tous lcs vingt jours , ce qui 
fera une dc'pense de moins de vingt francs par mois. Plus tard , 
les livraisons se succederont jilus rapidement, selon ledesirdes 
souscripteurs; et, comme toutes les planches sont gravees, la pu- 
blication entiere pourra etre terminee dans deux ans, ou deux ans 
et demi. La souscription est ouverte a Paris, dans les bureaux 
de la seconde edition de la Description de I'Egypte , rue des Poi- 
tevins , u" i4 , oii Ton pourra voir une partie des planciies irapri- 
mees, et chez tous les iibraires de Paris, de la France et de I'e- 
tranger. 

lY. B. Les jouruaux annonceront la publication de la premiere 
livraison. 

— Le libraire Galignanifera paraitre, a Paris, dans la premiere 
quinzaine de de'cembre , les f^oyages , recherc/ies et decoui'erles 
de M. Belzoni dans P Egypte et la Nubie , siiivis de ses excur- 
.sions a Tancienne Berenice et a TOasis d'Ammon j traduils de 
Tanglais , et accompagne's de quelques notes, par M. Depping. 

i vol. in-S". On pourra joindre a cetle relation un atlas de gra- 
vures coloriees qui se vcndra separement , et qui representera les 
objets decouverts par le ce'lebre voyageur dans les temples, py- 
ramides, tombes, etc. , des bords du Wil. 

— Corps des auteurs latins , ou Collection complete des ecri- 
vains de I'ancienne Rome , avec la traduction frani^aise en regard 
du texte. — Resolus a proliter des travaux philoiogiques , qui, 
dans les diverscs contre'es de TEurope , ont si puissamment con- 
tribue a rinteliigence *le la docte antiquite', les c'diteurs ont en- 
trepris de rassembler, dans une seule ct mtme edition, tout C€ 
qui nous reste de la litte'rature latine propremeul dite , avec uue 



EUROPE. 4P 

version francaise place'e en regard du loxle. Ce qui n'a pas e'tc tra- 
duit, le sera avec le plus grand soin ; ce qui I'a dcja etc' plus ou 
moins heureuseraent , reparaitra avec les changemens et fes cor- 
rections ne'cessaires ; entin , les auteurs qui ont eu dc mauvais 
interpretes, seront reprodiiits d'line maniere plus digne du terns 
actuel. Ainsi , tout Touvrage aura le mcme caractcre , et semblera 
sorti de la meme main. Les noms des liommes de lettres charges 
de tons les travaux relatifs a sa publication, ofl'riront aux snus- 
cripteurs une sftre garantie du merite de celte imporfante collec- 
tion. M. TissoT, successeur de Delille a la chaire depoesie latine 
d u College de France, donnera des soins a I'entreprise. M. Aigwan, 
<le rAcademic francaise , traducteur d'Homere , et connu par des 
succts varie's en litterature, a contracte Tengagement de faire , 
avarit Fimpression, un dernier examen de cha<[ue manuscrit. Les 
principaux collaborateurs seront MM. BARiiiin-VEMARs , Levee, 
LiEZ , A. Mahcl, Roquefort et Victor Verger. 

La collection sera divisee en cinq series, dont la imbliration 
aura lieu separemeut. La premiere serin comprendra les histo- 
riensj la deuxieme, lesoraleurs; la troisienie , les pliilosophes, 
rbeteurs et grammairiensj la qualrienie, les polemiques, poly- 
graplies et auteurs i|ui ont ecrit sur diverses matieres; et la cin- 
((iii(iuie, les poetcs. A niesure ({u\ine de ccs series sera complete, 
ondistribuera a cliaque souscripteur des Irontispices , al'aide dfs- 
quels la serie entiere se trouvera range'e dans Tordre ciironolo- 
gique. La plupart des auteurs destines a I'aire partie de la <[ud- 
trienxe se'rie ,n'iijant point e'te traduitsd'une tnaniere satisfaisantej 
et plusieuis meme ue Tavant jamais ete dans uotre langue , nous 
croyons laire plaisir au public en publiant cette seiie d'abord. 

.'Jitteurs de la qualrici>te serie. 

AUTEURS. OUVRAGES. VOLUBIES. 

Caton De rEconomie rurale. — Fragmens. ... i 

Varron De rEconomie rurale. — Dc iaLanaiie la- 

tine. — Fragmens 2 

ViTRCVE. ,. .... De i'Arclntecture a 

.PojiponiusMela. . (Josmograpliie i 

Columelle .... Di, lEconomio rurale— Des Aibrcs . . . 2 



:l 



4!i4 EUROPE. 

R 

Pliwe Hisloire naturelle lo 

Fbontin Des Aqiifdiicsdc la villc JcRome. — Qua- 

tre Livres de Stratagcmes. — De la Qua- 
lite des Tcrres a 

Aulu-Gell£. . . . Nuits altiques 3 

Apulee L'Ane d'Or. — Discours siir la Magie. — 

— Livre du Monde. — . Livre du Dicu 
de Socrate. — Trois Livres sur ie phi- 

losophe Platon. — Fiorides 3 

Ampeltus Me'morial "1 

Censorin Du Jour INatal > i 

Julius Obsequens. Des Prodiges .J 

Palladius De rEconomie rurale i 

SoLiw Livre des choses nie'raorablesdu Monde."' 

Apicius Des Mets et Assaisonnemens. . . 

MoDESTUs Sur TArt mililaire 

Sextcs RuFus. . . Appendice des Victoires et Provinces du 
Peuple romain. — Livre sur les Diffe- J 
rens Quartiers de la Villede Rome. 
PoBLirs Victor. . Livre sur les Differens Quartiers de la i 

Ville de Rome 

Symmaqce Dix Livres de Lettres 

Vecece Appendice de I'Art roilifaire. — Quatre 

Livres sur I'Art ve't^rinaire i 

Macrobe Les Saturnales. — Commentaire sur le 

SongedeScipion. — Difle'rences et Rap- 
ports des Langues grecque et latine. 3 
SiDoiNE Apoliikaire. Ncuf Livrcs de Lettres. — Discours. — 
Vingt- quatre Pieces de Poe'sie, parmi 
lesquelles se trouvent trois paue'gyri- 
ques 2 

Total 3G 

Chaque livraison sera composee de deux volumes ; il en pai-aitra 
une chaque mois. La souscription est ouverte, pour la quatrieme 
s^rie seulement, chez Everat, imprimeur-libraire, rue du Ca- 
dran , n" i6 , » Paris. Prix, G fr. le volume, pour Paris, et 9 fr. 



EUROPE. 445 

5oc. pour les de'partemens. En recevant la premiere livraison, on 
paiera la premiere et la deuxieme ; en recevant la deuxieme, on 
paiera la troisieme , et ainsi de suite. La souscription , pourcette 
qnatrieme se'rie, devait etre ferinec au i5 oclobre dernier, et le 
prix de chaque volume porte a 7 fr. pour Paris, et a 8 fr. 5o c. 
pour les deparlemens. 

On pourra souscrire se'parrment pour les Saturnalias de Ma- 
crobe ( qui composeront la premiere livraison , et dont aucune tra- 
duction n'a encore e'te publie'e jusqu'A ce jour) , a raison de 6 fr. 
5i) cent, le volume, pour Paris, et de 8 fr. pour les departemens. 

Beaux-Arts. — Quatre tableaux de HI. Ducis , re:irtsentant les 
pri/icipaux epenemens de la vie du Tasse. — M. Ducis , I'un de 
nos plus agreables peintres d'histoire ct de genre , neveu df notre 
celebre poete tragique Ducis, et beau-frere de notre grand acteur 
tragique ya/wa, a complete, pour la derniere exposition du Muse'e, 
la collection de tableaux qu'il avail comraencee , il y a pres de 
dix ans , et dans laquelle il s'etait propose de representer les prin- 
cipales scenes de la vie du Tasse. Ces tableaux , au nombre de 
quatre, forment une sorte de drame en quatre parties , qui reunit 
le double meritc de runite dlnter^t , puisqu'il s'agit du mem« 
personnage conside're' dans quatre epoques difl'erentes , et dune 
grande variete , puisque les divers ev^ncmcns, ainsi rapproches, 
ofl'rent souvent des contrastes remarquables. 

La premiere de ces compositions nous montre le Tasse lisant it 
la princesse Leoiiore , qu'il aime, un episode de la Jerusniein dt'- 
liiree, ou file est representee sous les traits de Sophronie. La 
physionomie du poete brille alors de tout re'clat de la jeunesse , 
de Fesperance, de Tamour et du bonheur. 

Le sujet du second tableau est la captwile du Tasse , et Fdtat 
de demence et d'abandon ou le trouve Michel Montaigne , en 
passant a Ferrare. Les yeux et les traits du chantre d'Armide 
peignent a la fois le ge'nie et la folie. Ses yeux egare's , qui lancent 
des eclairs et semblent trahir les secrets de son ame , font ressor^* 
tir davantage la figure calme et froide du philosophe , qui vient 
observer le poete dans ce cruel etat de degradation et d'infortune. 

Dans le troisieme tableau , le Tasse , apres avoir brise ses fers , 
«st parvenu, convert des lambeaux de la misere , jusqu'a Soi-- 
reato, sa patrie , dans la maison de sa soeur ainee Cornelia. You- 



.',.,6 EUROPE. 

hint eproiiver si le tems <;t le malheur nc lui ont point enlcvc son 
afl'eclion, il tvite crahord do sc faire connaitie a die , et s'annonce 
comme un niessager charj^ii de lui icmcUre une leltre dii Tasse. 
Emu de la doulcur oil la plonge la lecture de cette lettre, qui 
conticnt le recit des inl'oitiines de son frcre , celui-ci ne pent so 
contiaindrc plus long-lenis, ct on le voit au moment de sc jetcr 
dans les bras de ccttc tendre sreur. 

La uiortdu Tiisse est le sujet du quatrieme tableau. Le peintre 
nous oU're sa pompe funeraire celebree au couvent de Saint- 
Onuphre , le jour mcme ou se preparait pour lui au Capitole unt- 
pompe triompliale. Ce contraste douloureux des palmes de la 
gloire destinees au poete, et des lugubres cypres qui les rempla- 
cent, reveille dans Vame des reflexions ct des souvenirs melanco- 
liques , et font mieux appre'cier la vanite de nos dtsirs et de no* 
esperances. 

Tous les sufi'rages sc sont reunis pour louer la maniere dont 
M. Ducis a traile son siijet, en se pliant avec un art et une grdce 
toute particuliere aux ditlerens tons propres a chacune des seines 
quHl a choisics. On a surtout admire ce caractere de verite locale 
cpill a su conserver, sans nuire arintcrel dramatique , ni a reli'et 
general de ses compositions. 

Les quatre tableaux sont maintenaiit re'uuis dans le salon de 
madame la princesse douairiere de Talmont , qui en a fait Tae- 
quisitiou. M. A. Julliek. 

Theatres. — Odeon. — Phocion , tragedie en cinq actes de 
M. (J. RoYoc. — Celte piece, qui avait deja obtenu un succcs 
d'estime au premier Theiltre-Francais , vient d'cn avoir un du 
meme genre au second. 11 ne faut y chercher ni des caractcres 
vraiment dramaliques , ni des situations tris atlacliantes. Le per- 
sonnage principal , Phocion, dont on prevoitla mort des le com- 
mencement de la piece , se trouve toujours dans la meme situa- 
tion, opposant a une fortune eiinemie cette stoique vertu , ce 
courage inebranlable (jui sans doute excitent Tadmiration, mais 
qui emeuvent dillicilementloisqu'il ne s'y raelepas quelques-unes 
de ces faiblesses qui doivent rapprocher les lieros tragiques des 
autres hommes, et augmenter ainsi Tinleret qu'ou leur porte. Ce- 
pendant, nous devons citer comme vine scene d'un ties grand 
eflet celle ou Phocion , apres avoir ordonue qu'onouvre les portes 



F.tROPF. 4^,7 

aux furieux qui viennenl riaimoler , les desarme en leur racon- 
tant sa vie , et en leur montrant les cicatrices dont sa poitrine est 
couverte. Les autres personnages sent tres secondaires et n'inte- 
ressent que faiblement .; ainsi que Phocioii, ils n'eprouvent au- 
cun de ces changemens de fortune qui font passer les spectateurs 
alternativement de la crainte a I'esperance. Le style fait le prin- 
cipal merite de cet ouvrage ; il annonce un liomme qui a long- 
fi'ms etudie les anciens. Peul-etre meme est-ce a un trop grand 
de'sir de les imiter, qu'il faut atlril)uer nn certain nombre de ti- 
rades qui laissent voir le rhe'teur, et rcfroidisseut encore une piece 
deja froide par eUe-meme. 

— V Accident en I'oya^e , ou les Hencnnlres de f^alognes , co- 
medie en trois actes et en prose , de M. (ieorges Duval. — Cette 
piece n'a eu que deux representations. Quelques mots spirituels 
n'ont pas paru au public une compensation suflisante des invrai- 
somblances , des scenes d'un coniique faux ou force , et des ex- 
jiressions triviales qu'on trouve dans cet ouvrage, ou Ton n'a 
jias reconnu le talent dont Tauteur a fait preuve dans laJournee 
k f^ersailles. 

NEcnoLOGiE. — Francois - Lourcnl Lamande , inspecteur-gene- 
ral du corps royal des ponts-et-chaussees, odicier de la Legion 
d'honneur, chevalier de Pordre du Roi, membre de I'Academie 
royale des sciences, belles-lettres et arts de Rouen , ne' a Diiian , 
en Brctagne , le i5 avril 1735, est mort a la Fleche, le i5 niai 
1819, a I'dge de 84 ans. Les ports de Rouen, Dieppe, Fecamp, 
Siiint-Valery et Honfleur lui ont dti successivement de nom- 
brcuses ameliorations; mais c'est surtuut au HAvre qu'il a de- 
])loye ses grands lalens et ses vastes connaissances, dans le plan 
general du port dont on contitnie aujourd'lmi Texe'cution , qu'il 
avait commencee sous Louis XVL II eut pour maltre, dans I'e- 
liule lies mathematiques, Tabbe de la Cadle ^ et, pour condisci- 
pies, Fabbe Marie, Bailly et Bernardin de Saint- Pierre. C'est lui 
que ce dernier cite dans ses Harmonies de la nature, comme 
ayant sauve' une partie de la ville des Sablcs-d'Olonne de I'enva- 
hissement prochain de la mer. C'est a lui tpi'un des proprietaires 
dc cette ville, niouraut sans enfant, laissa comme marque de la 
reconnaissance publlque , et long - teuis apres le service rendu, 
un legs conside'rable. 



448 El'Rf)?!^.. 

— Jean-Antoine Maddru, ancion t'vr((iie ilc Saint-Die, ni 
le 5 niai 17/^8, a Adomp, d^partcmcnt des Vosges, est mort A. 
Belleville, pres Paris, Ic i3 septembre dernier. » Lorsqu'une 
reforrlae salutaire tenta do ramener en France la discipline pri- 
mitive, M. ISlaudni, e'lu par ses conipatriotes , fut institue et sa- 
cr^ de la maniere que present le quatrieme canon du concile de 
Wicee; de la meme maniere que le furent tous les f;rands pontifca 

des premiers siecles Kn 1801 , a Ja demande du chef de 

I'Eglise, il s'empressa de donner sa demission d'une place ac- 
ceptee dans des terns difllcilcs, et nniquement pour que les ii- 
deles ne fussent pas prive's des consolations de la religion. Descendu 
du premier rang, mais pe'netre du principe que tout est honorable 
dans la maison de Dieu, il accepta la cure de la ville de Stenay. 
L'invasion du territoire francais par des legions e'trangeres four- 
nit a ses enneniis Toccasion de satisfaire leur animosite' Pen- 
dant sept mois, une redoutable inquisition le poursuivitsans re- 

liJche L'ordre arbitraire dun ministre lui enjoignit de sc 

rendre sur les rives de la Loire ; et , pendant un an , relegue a 

Tours dans un galetas, il fut rn proic a toutes les privations 

Libre enlin de quitter son exil, il vint fixer sa residence ^ cinq 

lieues de Paris Tcndrement attache au chef de I'Eglise, 

comme catholique, comme eveque; a sa patrie, a nos liberte's 
constitutionnelles , comme citoyen , il rendii a Cesar ce qui est a 
Cesar , a Dieu ce qui est a Dieu » 

Kous avons extrait ces notes d\m Disco urs prononce a Belle- 
ville par M. Grcgoire , ancien eveque de Blois , lors de Tinhuma- 
tion du ve'neral)le M. ISIaudru, en pre'sencc de plusieurs e'veques, 
pretres, magistrals et laiques , dont il avait su se concilier Fes- 
time et Faflection. Ce discours, qui se trouve insere tout entier 
dans le tome V de la C/imniq-ie re/igieuse , contient des particu- 
larites remarquables sur le pieux personnage qui en est Fobjet. 



ERRATA. 
Page aag , 24' ligne , au lieu de a ligne , lisez a la ligne. — Page 
069, lii' ligne, au lieude et en corps organise, lisez et corps or- 
ganise. — Page 372, ai° ligne, au Zieu c/e la pctitesse , lisez les 
petitcsses. 







Revue Encfclopedtque. — f^ingt-quatriime Cahier. 



TABLE DES ARTICLES. 



I. MlfcMOIRES, NOTICES, ET MELANGES. 

T. Extraitdu discours d'ouverture duCoursde m^canique 

applique'e aux. arts. Ch. Dupin. p. 449 

•J.. Notice sur Its decouvertes philologiques de I'abbe 

Angelo Majo. Henrichs. Iffji 

3. Notice necrologique sur M. Louis de Br^me, de Turin. 

J. C. L. de Sismoftdi. 4/7 

II. ANALYSES D'OUVRAGES. 

4. Histoire naturelledes poissoDsde la riviere Ohio. L.S. /^8t 

5. Traite de topographic , d'arpentage et dc nivellement. 

t'rancoeur. 4^7 
C. De I'e'cononaie publique et rurale des Perses, etc. 

Thiebaut de Berneaud. 49' 
^. Li'Europe au moyen 3ge. Le comte de Segur. 5y3 

8. Essai sur Thistoire de la Nouvelle-Russie. 

1). de Gavedell-Geanny. Sog 

9. Aperca desre'volutions survenuesdans le gouvemement 

d'Espagne. Depping. 617 

10. Choix de rapports, opinions et discours , etc. 

Session de 1819. St. A. BetvlUc. 5m 

11. Quatorzieme rapport des directeurs de i'institution 
africaine. habej. 638 

i a. Methode pour I'enseignement des langues , par M. Or- 
dinaire. A. Michelot. 554 

III. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 

Annonces de 96 ouvrages, francais et etrangers. 5^4 

IV. NOUVELLES LITT^RAIRES ET SQENTIFIQUES. 

Amerique : Etats-Unis. — Bue'nos - Ayres. — Asie : lies 
de la Sonde. — Russie asiatique. — Afbique : Egypte. — 
— EnRopEtGrande-Bretagne. — Polo;;ne. — Danemarck. 
— AUemagne. — Suisse. — Italic. — Turquie d'Europe. 
— Gr^ce. — Espagne. •— Portugal. — Fays - Bas. — 
France. — Paris. 616 






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DEfcACMAT, Pelicier, Cor.BEARn , au Palais-Royal ; 
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Aux Oercic etSiUou littdraii'cS, rae jNtave-<le*-Pcfit»-Champs, 
n" 5 , au premier. 

Lihraires ckez l&squels on pcjm. souscrire, clans Irs p/n s 
e-'irangevs. 

tils 



Aix-la-Chapetle , Larueli 

Amsterdam, G. IJuiour. 

yJrau, Saucrlander. 

Berlin, SchclcsingCT. 

Gerne, Qias, au Gabinct litter. 

Bivslnw, Th. Kom. 

Bnixelles, Lecliarlier. 

Bruges, Bogaert, — Dumorlior. 

I'lo/ence , Piatti. 

tVthour^ (Sijisse) , AloVse Eg- 

gcrdoi'ferr. 
Franrj'ort-sur-AIein , SrhacHcr. 
Genei'e, J.-J. Paschoud. ■ 
Tausanne , Fischer. 
Leipsich , Gricsliammer , — 

Broukbaus. 
Liege, Jr-llicaa pere. 



Lishcnne , Paul iVlariin. 
Lnndres, 13ulau et comp. , — 

Treullel et Wiiriz. 
Miulrid, Ilcnnde, -<-r Peres. 
Milan, Giegler, — Vismara. 
Moscon, Gautier, — His. 
Naples, Horel. 
A'eiicAnte/ (Suisse), Grcster. 
Nom^elk'-Ofk-'ans, Jonrdan. 
Palennc ( Sicilfc ) , Pcdonne et 

INTiH'alori. 
Petersb. , St.-Flor ent, — GracH'. 
Tubingen, Cotta. 
Turin, Bocca. 
p''rtrsot'ie , Gbicksberg , — Za- 
Avadsky. 
/^ww»e{Autriche) , GerolJ. 



COLONIES. 

Guadeloupe, ( Pointe a Pitre ) ,. Piolet aiix;. 
lle-de-t'rance, (Port-Louis), E. Biirdct 



No,Ui\ Les ourrages aimonrcs dans la Bcfue ac trouventanssi 
chcz AnTHUS-BERTHAND , ruc Hautefo»iiHe , u" rjj , EvMEHV . vitc 
Mazatine , n" 3oj et Babdouis frcres, rue dc Vaugirard t n" 3C. 



31 I 



VOLUME. 




J^ 



il«— Si 



REVUE ym 

ENCYCLOPEDIQUI; 

AISALYSE IIAISONINEE 

DES PROBUCTrONS IMS PLUS REMARQUABLES 

DANS LA LITTliRATCRE , htS SCIENCES ET LES ARTS. 

l" Sciences physiques et malhematiques et Arts industrieh; 
Sciences naturelitis et medicaids • MM. Ch. Dopik , Fohbieb, de 
I'lnst.^ — t'ERRYj — Francoeor j — LE3\'>n«AND, ptof. de techno- 
logic, etC-i'^'-'^loLFON; — ^A. MlCHELOTj — COQCEREI/; FtOUREKS, 

D.-M.; — Adelonj Ballt ; EktjuiBOL^ Frar-DLAxDERj Mackitoie; 
Orficaj Pahiset; Phiquepal, D.-M.; — Cma^tal, del'lnstij — 

DeSMAREST^ MOREAU DE JoSWliS, CtC. 

20 Sciences philosophiques et morales, prilitiqttes bt kistori- 
qtK^s: MM. Lanjcisais; — M. A. Jutur.SjdePiif-is; -^At. de ha 
BonoE:, deVInstitiit ; — jA^^ee 5 ■ — ArnoI/D , dc Strasbcnirg ; — 
■Babey^ — BARBiE-DunocAGE, d«? rjnst.-, — B^!CHO^; — ^Gousitr^ — 

f)EGEnAlSDO,derinst.,— *DEPl'f!VG;---A.DuFRATER; JoMAKDjdc 

rinsl. ; — Ales, {ja^weth j ■-- P L■A^«^,• ---LAFFoif iibLadeeat 5 — 
t»c iMstErRte ; ■'-T- Metek dlAm s terdaca ; -rt- NAtJOEt, de I'lnst. 5 — 
Parent-Real; — G. M. R.«Mr>?jD ; — E. SAtTfcRfEj -^ S^moKde 

DB SiSMONDT; — ^StAPFER; ■— 'dFHIERHT, etc. 

3« Litteratwefrancaise Vt etraitgbre, Jiibiiographie^ Arch66lo- 
aie et Heawx-Aiis : MM. Andriedx, AMAtmr-DuvAL, {iTiMEcciER, 
de I'lnstitnl: — A. Mauol ; — Hethbtchs ; — Barbier , coriserya- 
teur ties blbliolheques du Iloi ; ^- S. A. BervillE; — t). Mail- 
lot; — Michel Bear; — Cadet de Gassicourt; — Ce'reied; 

— Champollion-Figeac , correspond, de Flnst. ; — Coraivcez; 

— Derche; — J. Dfioi; — Dcmersak; — EsiTnic-DATID,derinst.; 
■ — Fauriel; — GoEPP; — 'Ph. Golisehy, deColm.nr j — Heiberg; 

— Krafft, — LAj;cLiS,'dcrinst.; — Leore'xte; — Maeropt; — 
A . Metr \l; — KicM.o-PooLO; — PouGEns, de I'lnst.; — Salfi; — 
ScKWEiGHAusER (ils , deSErasb. ; — de Si^Guli, Sicard, de I'lnst. ; 
— deStassakt; — TaiEssK; — VERDiER;—WARttEH,anc. Consul 
desEtats-Liiisd'Am. , etc. 

PARIS, 

AU BUBBAU CENTRAT. DE LA RETCE ENCTCtOPEDIQTIE , 

Roe d'Enfrr.S»iBt''Mic1>«I , numiro j8. 

ET CHEZ ARTHUS-BERTRAND, RUE IIAUTEFEUILLE , n" 23. 

LOMDRES. — TREUTTEL ET WU8TZ, ET DCLAU ET C'«. 




CONDITIONS 

DE LA SOUSCRIPTIOK 



Depuis le mois de Janvier i8ig , il paratt , par ann(^ , 
douze cahiers de ce Recueil ; chaque cahier , publie le 3o 
duii\ois, se compose d'environ douze feuilles d impression. 

On'souscrit, a Paris, au Bureau central eTabonnemcnt et 
d'exp^dition indique' sur ie titre. 

Prix, de la Souseription ; 

A Paris /^1 {t. pour un an. 

Duns les de'partemens .... 48. 

Dans I'Etranger 54- 

La diflerence entre les prix d'abonnement, a Paris, dans les 
departemens , et dans Vetranger, devant^tre proportionnelle 
aux frais d'expedition par la poste, a servide base a la fixa- 
tion definitive porte'e ci-dessus. 

Le montant de la souscription, envoye' par la poste, doit 
^tre adresse' d'avance , et franc de port, ainsi que la corres- 
pondance , au Directeur de la Retme Encyclopedique , rue 
d' EnferSaint-Michel , n" 18. C'est a la meme adresse qu'on 
devra enyoyer les ouvrages de tout genre et les gravurei 
qu'on voudra faire annoncer, ainsi que les articles dont on 
desirera I'insertion. 

On pcut aussi souscrire cliez les directeurs des posies et 
cbezles principaux libraires, a Paris, dans les d^part-cmens 
et dans les pays Strangers. 

Trois caniers ou lirraisons formeront un volume. Chaque 
volume sera termine' par une table des matieres, alphane- 
tique et analytique. 

Independamment des CoUaborateurs nommes a la suite du 
titre , plusieurs Savons, Publicistes et Litterateurs distingues 
ont promis de concourir indirectement a la redaction dece Re- 
cueil, enfoumissant des indications et des renseignemenspour 
les branches des connaissances dont ils s'occupent. 

JVous esperons que d'autres amis des sciences et des lettres , 
appreciant le but d'une entreprise a lafois nationale et eu- 
ropeenne, qui a pour objet de concentrer dans un foyer 
comnivn , le compte rendu des progris de I'instruction puhli- 
que , des sciences, des lettres et des arts, sur tous les points du 
globe, voudront bien aussi, par leur cornespondance et par 
uutiles communications , s'associer a nos trncaux. 



La Table des Matieres du Tome VIII sera en- 
voy ce avec le Cahier du mois de Janvier 1821. 



REVUE 

ENCYCLOPEDIQUE, 

ou 

ANALYSES ET ANNONCES RATSONNEES 

Des productions les plus remarquabhs dans la 
Lilterature , les Sciences et les Arts. 

tf\VvVV^VVVVVVVVVVVVVVVVVVV\VVVV\^'VVVt/VVVVVVVVVWWVWVVWVWvW«A/VWVVVVWV\'WVW 

I. MEMOIRES, NOTICES, 

LETTRES ET IMELANGES. 



EXTRAIT 

Du Discours d'ouverlure du Cours de MECA>riQUE appli- 
QCEE AUx ARTS , prononce dans la seance genc^rale 
d'ouverturd des Cours du Conservatoire des arts et 
METIERS, le 2 de'cembre 187.0 ,par 31. Charles Dlpin, 
menibre de V Academic des Sciences (i). 

La m^canique , telle que nous devons I'envisager 
dans notre cours , a pour objet de considerer les 
forces de riiomme et de la nature , dans leur appli- 
cation aux usages de la vie, ainsi qu'aux travaux 
des arts. 

Nous parlerons, en premier lieu, des forces de 

(i) C'est le 1 dJceuibre cju'a eu lieu la stance (Touverlure des 

trois cours des sciences mecanicfues ^ chimitj'ies et economiques , 

appliquces aux arts, qui composent le noiivel enseignement crei 

pres du Conservatoire des arts et metiers. S. Eic. le comteiji- 

TOME Viii. 24* Cahier. ag 



45o EXTRAIT 

riiomnie : los lines soiit physiques ou materiellcs ; 

Ics aiities , moralrs ou inlellecluellcs. 

Jusqu'ici, la pliilosopliie ralionuelle a fait son 
clomaine cxdusif de rexanien ck's fucultes inlellec- 
tuelles de rhomnie ; el la pliilosopliie nalurclle a fait 
le sieu de toutcs les forces physiques des elres ani- 
mes ou inaninit's. 

Pour arn'vcr aux apph'cations dont nous devons 
exposer les principes, faire counailre Tesprit , ct 
demon trer les lesullats, nous cnipruntcions a ccs 
deux philosophies , tout ce qu'elks pourront nous 
presenter d'utile. Sans nous egarer en de vaines 
lecherches sur des causes premieres qui nous sont 
encore ct nous seront prchablement a jamais in- 
connues, nous chercherons seulemcnt a bien con- 

meon , ministre de rinte'rieur, qui devait presider la seance , 
n'ayant pas pu s'y rendre, M. le due de la Rochefoucault-Lian- 
court, pair dc France, a tenu la place du ministre , et a portc la 
parole, comme pve'siclent. 11 s'est attache' a faire appre'cier les 
iniportans services d('ja rendus par Tindustrie , el les nouveaux 
bicnfaits que la Societe' a droit d'en altendre, a mcsure que cette 
indiistrie , source de la richesse des nations, et noii moins bicn- 
faisanle sous le rapport du dc'vcloppcment moral que sous cehii 
dela prospe'rite pubiique , sera excilceet perfcctioiine'e, aii moyen 
d'une instruction j)lus soliJe, plus geue'raleuient repandueet phis 
comiilttc. Les trois proftsseurs du Conservatoire , MM. Ch. Du- 
piiv , Clemekt etSaTont rnsuite expose !e plan et les vucsgene'ralcs 
de lours cours : de nti'cnnlque , de cliiiuie ajipHquee et d^ccnnoniie 
indiistriel/e. Ces trois discours ont e|;al('mcnt Gxe Tattention et ob- 
tenu les applaudissemens d%in audiloire nombreux el eelaire. Nous 
crojons faire plaisir a nos lecteurs , en bur ofTrant ici Textrait du 
discours qu'a prononre noire coUaborateur M. Dupin , et qu'il a 
bitn voulu nous communiquer. M. A. J. 



DU DISCOURS D'OUVERTURE,etc. 45i 

naitre ct a bien jnger des ctTcls appreciables. Nous 
considercrons, comme aulant de fails, tout ce que 
nous apprend iiotre observation , sur les ressources 
de nos forces intcllectuelles et sur les secours qu'elles 
pcuvent nous oflrir dans la direction de nos forces 
physiques. 

II n'existe peut - etre aucune espece de travaux 
executes par rhomme , ou ces deuxespeces de forces 
ne soient pas combiuees pour se preler un mutuel 
secours. Mais , quoiqu'elles soient presque toujours 
employees en nieme terns, ellcs le sont dans des 
proportions qui varicnt a des degres presque in- 
finis. 

Tantot, comme dans les travaux des beaux-arts , 
tcls que le dessin , la peinturc, la gravure , il faut 
faire un tres grand emploi de la force intellec- 
tuelle , et un emploi tres mediocre de la force cor- 
pnrelle •, dans f[uelques arts, tels que la sculpture, 
et certaines constructions d'architecture , il faut faire 
un grand emploi des deux forces •, enfin , dans beau- 
coup d'autres, il faut priucipalcnient se servir de 
ses facultes physiques. 

A mesure que ces metiers ou ces arts ont ete 
crees et developpes , ils ont pris un rang plus ou 
moins eleve dans I'opinion des hommes. On a gene- 
lenient place plus haut ceux qui demandaient les 
plus grandes actions de la force iiitellcctuelle. 
Ainsi , les travaux d'invention ont ete regardes 
cnmnie superieurs aux travaux d'imilation. Ainsi , 
Ton a mis tons ceux qui demandaient uue plus 

■2Q* 



43a EXTi'.AIT 

* 

grande puissance d'attenlion , de meinoire , de ju- 
gement et d'iiDagination , au-dossus de ceux qui ne 
demandant qu'un grand eflort pour lirer, presser, 
pousser ou frappcr j en un mot , pour agir niate- 
riellement. 

Cepcndant , quelqucs phllosophes entraint's par 
unc vaine manie du paradoxe , et par le desir de 
renverser toutes les idees rccues , ont voulu nous 
persuader qu'il fallait au coulraire accorder le plus 
d'eslime aux Iravaux qui demandent le plus grand 
eraploi de nos forces physiques. 

Si Ton veut rcduire celte discussion a dcs pree- 
minences fondees sur des considerations plus ou 
moins vagues , plus ou moins ingenieuses , avec un 
genie sublil et des formes entrainanies, on pourra 
rendre la derniere opipion aussi plausible que la 
premiere. Mais, dans I'esprit d'application qui doit 
nous diriger , nous n'envisagerons pas une telle 
discussion sous le point de vue d'une vaine pree- 
minence enlre les oeuvres de la main ou du 
cervcau , de la maliere ou de la pensee. Nous ra- 
menerons la question a des elemens beaucoup plus 
simples. 

Que serait riiomme , et que pourrait-il faire, s'il 
etait reduit a ses simples farulles instinctives et 
physiques ? qu'cst-il, et que pevit-il faire, en ajou- 
taut a ces facultes toutes celles de son intelligence? 
C'est riiistoire de Findustrie qui doit nous fournir 
de§ a present la reponsc a ces questions inipor- 
tantes. Ensuite, Tcnsemble mcmc des connaissauccs 



DU DISCOURS D'OUVERTURE, etc. 453 

qui seront developpees dans ce cours , fera con- 
naitre , dans ses principaux resultats , ce concours 
de toutcs uos facukes ponr augnienter notve bien 
^tre , nos plaisirs et notre puissance. 

S'il fallait en croire les hisloriens de I'age d'or, les 
hommes des terns heroiques auralent ete beancoup 
plus forts que les bommes des premiers tems ul- 
terieurs ; et ceux-ci , neanmoins, plus forts encore 
que les hommes des tems civilises. Ainsi , les pro- 
gres de la soclete n'auraient eu d'autre resultat 
que de faire degenerer I'espece humaine. 

C'etait aussi I'opinion de quelques philosophes 
modernes , qui , se formant des idecs cliimeriqucs 
sur I'etat de nature , se sont plus a doner Thomme 
qui vit dans la liberte des sauvages , d'une force 
]>lus grande que celui dout tous les mouvemens sont 
genes par des entraves sociales , depuis le maillot 
et le berceau jusqu'au linceul et a la tombe. 

Mais , depuis qu'on sait raesurer des efforts rad- 
caniques par des instrumens exacts , I'experience a 
prouve que la force physique des sauvages est sen- 
siblement moins grande que celle des hommes ci- 
vilises. 

Ainsi , I'experience nous confirme dans cette idee 
que la raison seule aurait du faire adopter : la force 
corporelle de I'liomme , au lieu de decroitre par les 
effets de la civilisation , s'accroit au contraire par 
I'exercice d'un travail que la raison dirige el modere*, 
et par les effols d'un genre d'existence, ou , grace 
a noire prevoyance , a notre experience , nos be- 



454 EXTRAIT 

soins sont satisfnls avoc regularite, nos maux gucris 

des Icur naissance , et nos iiifirniiles soulagres ou 

prevenues. 

Ce n'est pas qu'on puisse esp^rer, par tons ces 
moyens reunis , d'amener un tres grand change- 
raent dans la force niaterielle absolue dont riionime 
est susceptible : c'est a I'aide de nos facultes intel- 
lectuellos qu'on pout faire produire a cette meme 
force des eflc!ts incomparablement superieurs, nou- 
seulement clicz quelqnes liomnies privilegies de la 
nature-, mais cliez des peuples enliers, dont la raison 
tres cultivpo s'appHque a developper a la fois toutes 
les facultes qui peuvent nous elever au-dessus de 
nous-m6nies : c'est ce dont I'education de quelques 
peuples de I'aiuiquile nous oflfrira Texemple. 

Sans remonter mainienant a des epoqueseloignees, 
jetons les regards autour de nous : nous verrons 
dans les actions les plus communes de la vie , et 
dans tons les travaux des arts, que, sans accroitre 
sa force absolue , Thomme pent en augmenter sin- 
gulierement les effcts , par renoploi que sait en faire 
une heureuse intelligence. 

Lorsqu'on observe avec soin les travaux d'un ate- 
lier nouibreux, on est frappe de la difference des 
resultats obtenus par les divers ouvriers dont il se 
compose. On voit les uns, doues par la nature d'une 
Ires grande force malerielle , s'epuiser en efforts pro- 
digieux , et neannioins produire un travail egaiement 
mediocre , soit pour la quantite du produit , soil 
pour la qualite de I'execution. 



DU DISCOURS D'OUVERTURE, etc. 453 

Oil en voit d'autres dont le corps grele ou la com- 
plexion delicate ne promet guere de grands efforts 
physiques 5 mais ils compensent ce defaut par une 
rare intelligence , et par Thabitude d'observer, de 
comparer et de reflcchir. lis ne perdent pas un seul 
mouvement ; ils n'appliquent a la production de 
cliaque effet particulier , que la portion de forces 
strictement necessaires pour le produire ; ils evi- 
tent et les faux coups , et les pressions superflues 
et les frottemcns inuliles ou contraires; et, par cette 
economic de leurs moyens , ils font plus vite , plus 
parfaitement et avec peu da fatigue , ce que les 
hommes les plus robustes s'epuisent a produire. 

Des dispositions naturelles a I'observation, une dex- 
ter! te dont la source est dans la flexibilite de certaiues 
articulations, dans la souplesse et Tagilite de cer- 
tains mouvemeus , doivent rendre moins long et 
moins iraparfait I'apprcntissage de chaque art mi- 
canique. Mais , dans cet apprentissage tneme ou , 
trop souvent , on conGe tout au hasard , au tems , 
a la routine , la science pent offrir d'utiles euseigne- 
mens , pour atteindre , par une vole plus sure , 
plus directe et plus facile , au but dont sans elle 
on ne peut approclier que par des a peu pres et des 
talonnemens. 

Cest au directeur d'ateliers et de manufactures a 
faire , au moyen de la mecanique appliquee , une 
etude speciale de tons les moyens d'economiser les 
forces de ses ouvriers : il y gagnera donblement. II pro- 
duira de plus grands resultats, avec im merae norabrc 



456 EXTKAIT 

d'hommes ; il pourra les faligucr moins , cl pour- 
tant en oblenir davantage. Eux-merues apprciidront, 
dans un tcms donne , non-seulement a faire plus , 
mais a faire mieux. 

Ainsi , la main-d'ceuvre deviendra , dans I'indus- 
trie fiancaise , de plus en plus economique 5 et, clia- 
que jour, elle approchera davantage de la perfection. 
Les produits de nos arts , mieux appropries a nos 
besoins , accroitront les jouissances de la vie ; et ces 
produits , livres a la sociele , pour des valeurs moins 
elevees , mulliplieront le nombre des homraes qui 
peuvent se procurer ces jouissances. Par ces moyens 
divers , tantot balan9ant I'industrie etrangerc , tan- 
tot remportantla palme , les produits perfectionnes 
de notre Industrie , toujours croissante , iront ap- 
pioiidre nos litres de gloire dans les bienfaisans 
travaux de la paix , aux peuples qui tant de fois ont 
\u nos litres a la gloire dans les ti'avaux de la 
guerre. 

Pour alleindre ce but , il faut inspirer , des I'en- 
fance, aux jeunes ouvriers , I'amour de la raison, de 
I'ordre el de Taclivite ;. il faut de bonne heure les fa- 
conner aux dures habitudes du travail. Mais, gardons- 
nous d'imiter certains manufacturiers d'une contree 
voisine , qui , pour assouvir leur avarice, ont fait 
travailler de malheureux enfans de huit a dix ans , 
jusqu'a douze et quatorze heures par jour. Abus 
cruel , prolonge jusqu au moment oii la legislature 
indignee a cree des comites d'enquete , pour con- 
nailre a <Juel point la cupidite des fabricans abusait 



DU DISCOURS D'OUVERTURE , etc 4;^; 

de rindigence ties parens , el tarissait ainsi dans sa 
source lespoir et Taliment des pauvres fairsilles. 

N'exigeons de ces enfans qu'un travail plulot uu 
peu au-dessous qii'au-dessus dc leurs forces crois- 
santes; divisons , allegeoiis ce travail , par dcs inter- 
valles de repos et de recreation, pendant lesquels, 
sortant des salles et des reduits renfermes des fabri- 
ques et des ateliers , ils aillent prendre le grand air, 
s'abandonner a cet essor, a cette gaiete du jeune age 
f{ni donnent du ton a toutes les fibres, excitent I'ener- 
gie des meyens intellectuels , et metlent Tadolescence 
on etat de rcprendre ses travaux avec una vigueur 
nouvelle. 

En vous parlant du developpemeut des forces pby- 
siques de la classe ouvriere , je ne dois pas oublier 
ce qui regarde le developpement des memes forces 
dans les autres classes dc la societe. 

Acetegard, Messieurs, les anciensVemportaient 
de beaucoup siir les modernes. La force corporelle 
etait cliez eux d'une extreme importance. Comme 
elle decldait du sort des combats, elle citait I'egide 
de la patrie pour les peuples justes , et le vehicule de 
Tarabilion pour les peuples usurpateurs. On apportait 
done un spin extreme au developpementde cette force 
et a son application intelligente •, c'est-a-dire , a I'a- 
dresse. Non-seu!ement on exercait les enfans de tou- 
tes les classes de TEtat, a la lutte , au pugiiat , a la 
coui'se , soit a pied , soit a cheval , soit sur un char ; 
mais on recompensait les talens acquis dans ces exer- 
cices , par des prix si grands et si beaux , qu'ils 



458 EXTRAIT 

faisaient rambilion des riloyens d(* tous les rangs. 
C'est dans les vasles assenjbk-es dc Telite des na- 
tions , en presence des premiers magistrals , qu'on 
etablissail des concours pour ces difFerens exercices : 
les vainqucurs recevaient, pour recompenses, des 
palmes et des couronnes 5 les poeles les plus illus- 
tres chantaient leurs combats et Icur gloirc ; et les 
\illes , enorgueillies d'avoir donne Ic jour a des liom- 
mes qui I'emportaient ainsi sur les autres , leur eri- 
geaient des monumens et des statues. 

Les Grecs en resistant aux forces de I'Asie qu'ils 
ont ensuite conquise , et les Romains en devenant 
les maitres du monde, ont niontre combien ces ins- 
titutions , qui nous semblent aujourdhui frivoles, 
etaieut alors sages et profondes. 

Depuis I'adoption des macbines ou la poudre en- 
flammee sert de moteur , nos forces corporellcs ont 
ecsse d'etre le principal element des victoiies ; mais 
il ne faut pas croire que cette force et la sante dont 
elle est le fruit soient , aujourd'bui meme , d'un 
faible avantage , et dans la guerre et dans la paix. 

II faut, dans nos armees , que lesoldat puisseau 
besoiu elever des retranchemens , creuser des fosses , 
des sapes et des mines II faut que I'officier , aussi 
bien que le soldat, soitassez robuste pour supporter 
des marches forcees ; souffiir la faim , la soif , le 
froid, le chaud , et toutes les interapf'ries des saisons 
et des climats. Or , tout ceU ne pent se faire que 
par une education vigoureuse , qui developpe bien 
nos moyens physiques , et qui rcndc nos organcs. 



DU DISCOLRS D'OUVERTURE, etc. 4.-9 

anssi pen sensibles que le permet noire nature , a.ix 
privations de toute espcce ainsi qu'a des elTorls puls- 
sans et prolonges. 

Puisque les enfans du riclie , comme ies enfans 
du pauvre , peuvent etre appeles a la defense de 
I'Etat , ce serait une precaution pleine de sagesse que 
de combiner, dans toutes Ics classes de la societe, 
I'exercice et le developpement des facultes physiques 
et morales. Sans doute , avec de Topulence , on se 
rachete des perils et des fatigues de la guerre ; mais , 
comment se raclieter des revers meraes de la fortune? 
et , dans le denuement de toutes choses , suffirc en- 
core au souiien de sa propre existence ? 

Je n'jrai pas , pour cela , jusqu a pretendre que 
los enfans du riclie doivent tous , comme TEmile de 
Rousseau, se faire menuisiers ou charpenliers, uni- 
quement pour savoir un art manuel , quoique tout 
nous demontre la prudence d'une telle precaution, 
dans le cours incertain de la vie et des revolutions. 
Ou pent presumer, par exemple , que, dans les 
vicissitudes de reraigration etdel'exil, sur les pon- 
tons d'Angleterre , ou dans les deserts de !a Russie, 
line foule de Francais eleves dans I'opulence et dans 
lindolence , auraient rendi- giace au ciel et a leurs 
parens, s'ils avaient, dans leur jeune age, appris quel- 
qu'une de ces professions modestes qui , partout, 
font vivre honnetement celui qui sait les pratiquer. 

Ainsi , les sevcrcs iegons du passe semblent eleven 
leur voix , pour commander aux hommes, dans tous. 
les rangs de la societe, de cultlvcr, au moins d'une 



46o EXTRAIT DU DISCOURS D'OUVERTURE, etc. 
naaniere generale ct siiiiullanc'O , les faculles phj'si- 
ques et morales dc leiirs enfans ; de leur faire ap- 
prendre , avec la theorie , quclques mojens-prali- 
qucs et quclques ressonrces des arts utiles : aGn qu'au 
moment du besoin , ils ne soient pas entierement 
etrangers a des travaux qui pourront les sauver de 
la misere , ou de Taumone , ou du deshonneur. Eh 
bien ! ces moyens d'application , cet art d'utiliser 
uos forces et celles de la nature , voila I'objet de notre 
enscignement. 

Quant a la jeunesse, aussi nombreuse qu'interes- 
sante, qui se destine a la direction des ateliers ct 
des manufactures , jeunesse a laquelle nos Iccons 
seront plus specialement deslinees , elle ne saurait 
rester etrangere a la pratique, non plus qu'a la theoric 
des arts qu'elle est appelee a diriger. 11 faut qu'au 
besoin , un directeur de travaux puisse mettre la 
main a Tceuvre , non pas pour la quantite absolue 
d'ouvrage qu'il pourra faire , mais pour Texemplc 
et pour I'instruction qu'il lui importe si fort de don- 
ner , en beaucoup de cas , a ses ouvriers : d'ailleurs , 
il n'est qu'un moyen de n'etre jamais trompe sur 
I'execution des travaux qu'on dirige ; c'est d'en. con- 
naitre a fond la pratique. 

11 faut sculement que , pour I'homme appele a en 
diriger beaucoup d'autres, le travail de sa main n'ait 
qu une importance secondaire : c'est a sa force in- 
tellectuelle qu'il doit accorder le premier rang , et 
c'est dans un enscignement tel que celni du Conser- 
\atoire des arts ct metiers , qu'il doit la cullivcr 



46r 

NOTICE 

Sur les DicouvERTES philologiques de Fabbc Angelo 
Majo. 

Les Annales de lilteralitre , publiees a Vienne ( FaJir- 
biicher der Literatur) , Tun des meilleurs, et , sous 
quelques rapports, le plus soigne des nombreux recueils 
iitteraires qui paraissent ea AUemagne, contienneut , 
dans \eur cinguieme voluwe, un apercu desdecouverles 
philologiques du savant abbe Majo a Milan , et des edi- 
tions qu'il en a publiees. Plus d'une fois, la Revue En- 
cj-clopedique a fait mention de cat illustre savant (i) , 
et nous croyons satisfaire la curiosite de nos lecteurs 
en leur donnant ici, d'apres le rccueil que nous avous 
cite, I'enunieration clirouologique de ses imjjortans 
travaux. lis sont au nombre de vingt-deux. 

C'est dans la bibliotheque Ambroisienne de Milan , 
que notre pliilologue a fait tant de decouvertes. Cette 
bibliotheque et le college Ambroisien furent fonde's, il 
y a deux cents ans , par Frederic Borromee , cardinal 
et archeveque de Milan, cousin de Saint-Charles Bor- 
romee. L'institution recut le nom de Saint-Ambroise , 
patron de la ville. Rien ne fut epargne pour enrichir 
la bibliotheque , qui renferrae actuellement , outre 
quinze mille manuscrits d'une haute antiquite, envi- 
ron soixante mille ouvrages imprimcs. La j^reii^'^re 
partie de ce tre'sor a ete considerablement augnientee 
par les manuscrits du convent de Bobbio , foude dans 
les Apenuins , en 612, par saint Columban, etdirige, 
dans le dixieme siecle, par le celebre Gerbert. Les ri- 

(i) Vol. 1,369,376; Vol. II, 173; Vol. V, 386. 



46i NOTICE SUR LES DECOUVERTES PIIILOLOG. 
chesses que renfermait la bibliotlieqiie de ce convent 
attirereut rattentioii du fondateur de la bibliothcque 
Arubroisienne , en sorle que tout ce qui s'est Irouve dc 
precieux dans la premiere , a passe successivement dans 
I'autre. Cast dans oelle-ci , quo M. Majo occupail d'a- 
bord la place de scritore di lingue orifiitalf^ , et il en 
etait deruierement I'un des seize doltori. 11 a ele de- 
puis appele a la bibliothcque du Vatican , ce qui le 
met en etat de consarrer tout son terns a ses etudes 
cileries. II est nienibre de rAcadcniie de Munich , de 
I'Institut des Pays-Pas , et corresjjondant de I'Acadeinie 
des Inscriptions et Belles-F^eltres de Paris. 

La premiere publication de ses Iravaux philolo- 
giques fut Isocratis oratio de permulalione , ciijus pars 
ingens prinuini grccce edita ah Andred Musloxjde , 
nunc pnrnufn latine exhibetiir ah anonjmo interpreter 
qui et nolas et appendices adjunxit. Mediolani , tjpis 
Jo. Piroice , i8i3 ; in-8° ; i48 pag. 

Andre Musloxidi { ftlouco^ucT/;;) , natif des lies lonien- 
nrs , iiiais eleve en Italic, avail decouvert, dans la 
]>ibliolheque Laurentienne de Florence, un manuscrit 
contenant le discours d'Isocrate irsc'i a.vxio6<j£0)i , p'.us 
complet qu'il ne se trouvait dans aucune edition pu- 
bliee jusqu'alors. Cetle decouverte deterraina Mus- 
toxidi a faire d'autres recherches, et la bibliollieqiie 
Arabroisienne lui oflVit un manuscrit qui con'enait le 
meme discours non moins complet. Etant ainsi con- 
vaincu que le surcroit de ce qui nous reste du ce- 
lebre rheteur d'Alhenes, n'etait point une interpo- 
lation , il publia le discours , a Milan, dans la langue 
originale. C'est de ce discours dont I'abbe Majo qui, 
en cette occasion , garda I'anonyme, a donne la tra- 
duction complete, en adoptant pour la partie qui 



DE L'A^BE ANGELO MAJO. ^Gi 

elait deja connue , celle d'Auger , preferablement a 
celle de Wolf. Les appendices ontpoursujet lesleltres 
d'Isocrate , I'explication d'lin passage obscur dans un 
autre discours, et des remarques sur le manuscrit de 
la bibliotbeque Ambroisienne, qui se trouve etre celui 
de Michel Sophianos , dont P. Veltori a fait mention , 
il y a plus de deux siecles , comme coutenant un 
fragment considerable encore inconnu. Ce meme frag- 
ment a ete retrouve, depuis, dans deuxautresmanus- 
crits de la bibliotbeque du Vatican. 

II. M. Tullii Ciceroni's irium orationiim,pro Scauro , 
pro TulUo , pro Flacco , partes inediKe , cum antiquo 
scoliaste item inedilo ad oralionem pro Scaiiro. In- 
venit , recensuil , notis illiislrai'it Angclus Mains , bi- 
bliolhecce Ambrosiance ii Unguis orienlalibus. Medio- 
lani , ijpis Jo. Piroite. i8i4 , in-S", 5i p. 

Averti par ce premier succes , M. Majo prit la 
resolution de poursuivre ses reclierches , et bientot il 
tomba sur un manuscrit du convent de Bobbio , con- 
tenant les productions du poete cbretien Sedulius. 
Mais le parcbemin avait servi anterieurement a d'au- 
tres ecrits, dont une partie s'etait presque effacee, et 
I'autre avait ete graltee ; ce qui est arrive souvent pour 
les anciens mauuscrits que Ton appelle, a cause de 
celai , rescripli , palimpsesli {T:ylii/.ljYi-;-ot). En I'exami- 
nant atlentivenient, il decouvrit, dans cet ecrit ante- 
rieur, des discours perdus de Ciceron. O Dtus immor- 
talis ! s'ecrie M. Majo , au sujet de cette decouverte , 
avec I'aimable enthousiasme qui caracterise sa nation, 
d Deus imworlalis , quid demitni video ! en Ciceronem, 
en lumen romance facundice indignissimis tencbris 
circumseplum ! Agnosco deperdilas Tullii oraliones , 
sentio ejus eloquenliam divind quiidam vi Jluere ^ etc. 



4fi} KOTICE SUR LTvS DEC0UVF.!\'1']",S PIllLOLOG. 
Le nianuscrit, actuellenient ploye in-8°, I'avait lite 
ori^inaircment in -4°, et les discours de Ciceron v 
etaient ecrils en trois colonnes. L'cditeur croit qu'a 
en juger par I'ecriture, le lexte de Ciceron date du 
second on du Iroisieme siecle , el il place dans le hui- 
tienie celiii de Sedulius. Les scolics lui paraissent etre 
de I'excellent conimentaleur Asconius Pedianus,de 
Padoiie , qui avail personnelleiuent connu son corn- 
patriote Tite-Live et Virgile. 

III. M. Tullii Ciceroni's iriitm ovalionum, in Clodiuin 
et Ciirionem , de cere alieno Milonis , de rege Alexan- 
drine ,frag?nenta inedila ; item ad tres prcediclas ora- 
tiones , el ad alias Tullianas quatuor editas , commen- 
tariiis antiquus ineditiis , qui videlur Asconii Pediani , 
scolia insuper anliqua ct inedila , qute videntur ex- 
cerpla coimnenlario deperdiio ejusdem Asconii Pediani 
ad alias rursiis quatuor Ciceronis edilas orationes. 
Omnia ex anliquissimis MSS cum crilicis notis edebat 
Angelus Mains, etc. Mediolani, tjpis Jo. Pirotce. i8i4j 
in-8°, i79p. 

M. Majo avail continue ses recherches avec plus 
d'ardeur ; el votis iteriim Forluna respondit. II s'offritii 
sa vue un beau nianuscrit eu parclieniin de la biblio- 
llieque du convent de Bobbio , qui contcnail la tra- 
duction latine des actes du concile de Calcedoine. 
Mais' ce manuscrit etait aussi uu palimpseste , dont le 
texte offrait encoredes fraguiensde discoursde Ciceron. 
Pen de mois sufBrent a I'ardeur de M. Majo pour de- 
chifFrer et pour copier tons ces fragmens ; mais il hii 
en couta davantage pour les mettre en ordre , car 
Vabsurdissimus codicis corruplor, se souciant fort pcu 
de Ciceron , en consant ensemble les feuilles pour y 
ecrire ses actes du concile, les avail entiijrement cm- 



DE L'ABBfe ANGELO MAJO. 465 

Lrouillees. Malgre ces difficultes, M. Majo parvint a 
niettre au jour le tresor que ce dedale reiiferinait. 

IV. 31. Cornelii Frontonis opera inaiiln ^ cum epis- 
tolis hem inedilis Anionii Pii , M. Aurclii ^ L. Veri., 
et Appiani , nee non aliorinn veteruin fragmcnds. 
Invenit et commentario prce^io , nolisque illuxlra^it A. 
Maius, etc. Mediolani ,regiis tjpis. i8i5, 2 vol. iii-8*, 
678 p. 

Avec ce quatrieme ouvrage, les editions commencent 
a etre plus belles. Toutes sortent des presses de I'im- 
'primerie royale , sont embellies de gravures , et ofFrent 
a I'oeil cette elegance typographique dont elles sont si 
dignes. II s'agit ici , encore une fois , i\.\\n palimpsesie 
originairement de la bibliolheque de Bobbio. L'auteur, 
Fronton , etait nalif de Cirta , en Afrique, et preceji- 
teur de Marc-Aurele. Les lettres que renferme cefc 
ouvrage sont adresse'es a Antonin le pieux, a Marc- 
Aurele le philosophe , a son epouse la belie impe'ralrice 
Faustine , a son coUegue L. Verus , a I'historicn Appien ; 
d'autres lettres sont ecrites par ces il lustres person- 
nages qui tous cberissaient l'auteur. L'interel (ju'elles 
ofTreut est d'autant plus grand , que les traces histori- 
ques qui nous restent de ces terns sont presque efl'a- 
cees. 

V. Q. Aurelii Summachi y. C. octo orau'onum i?ie- 
ditaruni partes. Jnvenil nolisque declaravit A. Maius. 
Mediolani , regiis tjpis , i8i5 ; in-8° ; 84 pages. 

Syramaque etait , vers la fin du qijatrieme siecle , le 
plus illustre senateur paien de I'ancienne Rome , sous 
des empereurs chretiens. Les peres de I'eglise , Ain- 
broise, Augustin, Jerome, Gregoire, Chrysostome , etc. , 
etaieut ses contemporains. Tout ce qui date de cette 
epoque de I'liistoire ronaaine est important pour nous. 

TOME VIII. 3o 



46G INOTICE SUR LES DECOUVERTES PHlLOLOG. 
Le lioiie imperial etait transfc're a Constantinople; la 
inajorile du peiiple ct des soldats avaient quitte leurs 
jienates , el les graiides families avaient deja commence 
a en faire aulant. Les additions que le litre de cat ou- 
vmge annoncc , sont des varianles du panegyrique de 
Pline , qui se trouvaient dans le meme rnanuscrit. 

YI. M. Accii Planti Fragnienln ineth'la, iicm ad 
P. Terenliiim commenlationes ct picturcv incdhce. In- 
veniorc A. Maio , bihlwtliecce Ambrosiance a LL. Or. 
Mediolani , regiis tjpis, in-S" ; 67 pages. 

Encore nn Palimpseste , comme le precedent : il 
contient une partie de la traduction latine de I'ancicn 
Testament, appareninient du seplieme siecle; elle se 
trouvail ecrite sur un rnanuscrit de seize comedies de 
Plaute deja connues, et d'un fragment de deux feuilles 
tie la piece perdue , la T^alise ( T'idularin ). M. Majo pn- 
blie provisoiremenl cetle dccouverte avec qnelques au- 
tres fragmens et variantes; mais , il fait esperer qu'avec 
le terns , il pourra donncr, a I'aide de ce rnanuscrit , 
une nouvelle edition de Plaute , entierement refondue. 

VII. Iffat'ou loyog Tzsp'i toO K).5(uvvjV;ou -/.l^'ipoij. — Jsaei 
oralio de heredilate Cleonjmi, mine primiim dupla auc- 
tior, invenlore el interprete A. Maio. Mediolani, regiis 
tj'-pis , i8i5 ; in-8° ; 67 pages. 

Isaeus , I'nn des dix rht'teurs d'Atlienes , etait dis- 
ciple d'Isocrate, et le maitre de Demosthenes. Un de 
ses discours , de Meneclis heredilate , fut mis au jour, 
il y a trente ans, en Angleterre M. Majo I'a trouve 
aussi dans la bibliotlieque Ambroisienne ; mais, il n'en 
a public que les meilleures variantes. Le discours de 
Cleonymi heredilate est de la moitic plus conside- 
rable que celui que nous connaissons deja. D'apres le 
catalogue de Bandini , M. Majo presume que le ma- 



DE L'ABBE AKGELO MAJO. 467 

nuscrit tie ce discours , qui se trouve a Florence, et le 
manuscrit N"Q!C)89de la bibliollieqiie <le Paris, doivcnt 
elre egalement complets. ]N'est-il pas inipardonnablo 
que , pendant los Irois siecles et denii qui se sont ccou- 
les depuis I'iuvention de rimpriinerie , les editcins des 
anciens n'aient pas encore mis a profit toutes les res- 
sources que leur offrent les bibliothbques . pour rendre 
plus complets ccs modeles iuiraorlels de la pcnsee et 
du gout? M. Majo , en faisant cette rcraarque , re- 
commande a ses compa Iriotes I'etude des auleurs grecs ; 
et !e critique judicieux de Vienne observe, a cette oc- 
casion , (|ue, s'il est vrai que les ecoles des pays pro- 
tcstans en Allemagne, en ITollande et en Angleterre , 
soient superieures a celles des pays catholiques , il faut 
Tatlribuier a ce que les derniers altachent beaucoup 
moins d'importance aux etudes philologiques. 

VlII. ®iu.i.qi'j\j rpi.'ko'jofov liyoi; Trpb; tou; aJKaffat/ivou; 
ijTt Tw ^s^yij^xi xriv 'J-oyjn^K — l^hernislii philosojjJii oratio 
in eos a quibiis ob prcefeclurani susceplam Jiu rat vilu- 
peralus. Inventore et interjirttc A. Maio. Mediolani , 
regi/s Ijpis, 1816; in-8° , 76 pages. 

Theinistius etait conlemporain de Syinmaque , dont 
il. a ete question plus haut, et , comnic celui-ci, il 
etait payen. Le pere de IVglise , Gregoire de Nazianze, 
etait son condisciple , son correspondant , et son admi- 
raleur. II jouissait de I'estime des empereurs chreliens , 
sous lesquels il occupait des places, et qui ne s'offen- 
saienl pasqu'un paiea les exhorlat a la tolerance. Dans 
le neuvieme siecle , on connaissait de lui trente-six dis- 
cours , dont Irois ont ete pefdus. M. Majo ea a retrouve 
un,qn'il communique ici avec un preambuje ineditdu 
vingtieme discours, et des fragraens qui remplissent deux 
lacunes dans les vingt-neuvieme et trente-troisieme. 

3o* 



468 KOTICE SUR LES DECOUVERTES PHILOLOG. 

IX; Aj'/VUfftou Aliv.a.p-jxGuiaig Poojuat/.r;? Apy^xvoloyix; tv. 
[i.zX?'- '^^''^ ^- E^^st'TovTa. — Diotij'sii Halicarnassei Roma- 
norum nnliquitatwn pars hacteiiiis desiderata , nunc 
denique oj)e codicum AinbrosianoriiDi ah A. Maio , 
quantum licuit , restiluta. Opus Francisco I. Augusta 
socrum. Mediolani , regiis tj-jjis ; 1816; 219 pages. 

Deiiys d'Halicarnasse vivait an siecle d'Augiiste. II 
s'e'tait elabli dans la capitale, pour domier a son ta- 
lent line sphere plus etendue. Couime Poljbe , il vou- 
lait faire concevoir aux Romains qu'ils n'elaient rede- 
vables de I'empire du monde qu'a leurs institutions, II 
avait trace leur histoire , depuis la fondation de Rome, 
sous le litre ^ Antiquiles roniaines. De ces ouvrages , en 
"vingt livres , nous ne connaissons menie pas entiere- 
ment les onze premiers. Quelques fragmens des autres 
seulement , novis ont ete conserves dans les extraits de 
I'empereur Constantin , de f^irlutibus et T'ilUs , etc. 
Mais Etienne de Byzance, qui ecrivait dans le cin- 
quieme siecle , fait mention d'nn abrege de cet ouvrage; 
et, dans le neuvieme siecle, Photius I'a^ait lu en cinq 
livres. Ces indices determinerent M. Majo a faire des 
reclierches dans la bibliolbeque Ambroisienne , pour 
trouver cet abrege. II en decouvrit deux manuscrits 
du quatorzieme et du quinzieme siecles , tousles deux 
sur du papior, mal conserves et remplis de lacunes. II 
endonne, dans le present ouvrage en neuf livres, la 
partie qui comiuence la oil fiuit le livre onzieme du 
crand onvrage ; il y inlercale les extraits de Constan- 
tin. De cette maniere, nous possedons aujourd'hui tons 
les vingt livres de Deuys, quoique dans un etat ties 
defectueux. 

X. <J>tA&)vo? ToO louJatou nspi ApzTrig , zc.i twv ravT'/;? po- 
pi'M. — Philonis Judcei de virtute ejusque parlibus. I/.- 



DE L'ABBE AINGELO MAJO. 469 

venit et iiiterpretatus est A. Mains ; preponilitr disser- 
tatio cum descriptione librorum aliquot incognitorum 
PhiloTiis , cwnque partibus nonnullis chronici medili 
Eusebii Pampliili , et aliorutn operuin notilia e codi- 
cibus armeniacis petita. Mediolani , regiis tj'j)is, i8i6; 
in-S" ; 108 pages. 

II s'est trouve plus tard que, dans le litre du manus- 
crit , I'ouvrage nspi apsrvis avail ete faussement atlri- 
bue a Philon , et que le meme ouvrage etait deja pu- 
blic , d'apres un autre manuscril, comme une produc- 
tion de George Gemistus. Quant aux manuscrits ar- 
meniens , dout le litre fait mention , ils meritent une 
attention parliculiere. 

II existe , a Venise , une congregation d'ecclesiasli- 
ques armeniens, qui, sous la protection des lois du 
pays , et a la portee des moyens de civilisation qu'ils 
trouvent en Europe , clierchent a contribuer aux pro- 
gres inlellecluels de leur nation , en faisant imprimer 
pour elle des livres utiles, et en donnant une instruc- 
tion soignee a des jeunes gens destines a I'etat eccle'- 
siastique. M. Majo savait que ces ecclesiastiques etaient 
en possession de plusieurs ouvrages inedits de Philon , 
traduits en leurlangue; et , n'etant pas encore de- 
trompe alors a I'egard du Traite mpl ajoerij?, il crut de- 
voir s'adresser a euxpouren obtenirdeseclaircissemens. 
L'un de ces savans armeniens , Jean Zohrab , se rendit 
en personne a Milan , portant avec lui tous ses tresors 
philologiques. M. Majo y trouva , en e£fet, beaucoup" 
d'ouvrages inedits de Philon, mais non pas celui qu'il 
cherchait. II y trouva aussi la traduction de la Chro- 
nique d'Eusebe, et d'autres ouvrages grecs que nous 
ne connaissons pas en I'original. Ces traductions da- 
tent, la plupart , ducinquieme sieclo, particuliereineut 



470 NOTICE SDR LES DtCOtVERTES fHILOLOG. 
du regne cle Theodosc, ot lors(|iie I'Armeuie , sous le 
patriarclie Isaac et son digne soutien Mesrob , I'inven- 
teurdes caracteres armeniens , avail d( vaiitelle la pers- 
pective d'uiie civilisation graduelle. Des homnies qui 
cherissaient les lettres , avaient ete envoyes aAlhenes, 
a AlpxaiiJrie, a Constantinople, pour agrandir la 
spliere de leurs connaissances , ct c'est par eux que les 
traductions dont il s'agit ici ont ete faites. Vers ce 
meme terns, I'auteur armenien, Moise de Chorene, 
ecrivait, danssa langne niaternelle, les ouvrages tju'en 
1^36 les deux freres Whiston ont fait connaitre en An- 
gleterre , et dont Zohrab fera incessamment paraitre 
une edition plus complete, d'aprt?s un inanuscrit ar- 
raeuien , qu'il derouvrit, en 1791 , a Lemberg, ou re- 
side un arclieveque de sa nation. II oblint la permis- 
sion de prendre ce manuscrit avec lui, a Venise , pour 
le copier a son aise. Les lacunes qui s'y trouvaient ont 
ete reinplics ensuite, d'apres un autre manuscrit de 
Couslantiaople. Celui-ci date de i258, tandis que le 
inanuscrit de Lemberg est de 1296. La traduction meme 
parait avoir ete faite dans le cinquiemesiecle , et peul- 
t'tre ne I'altribuerait-on pas a tort au celebre Moise 
de Cii'jroTe. Elle fait connaitre treize ouvrages de 
Piiilon. De huit de ces ouvrages, les originanx grecs 
sont perdiis. On sail , au reste, que Philon etait juif, 
et vivait, dans le premier siecle, a Alexandria. Ses ou- 
vrages sout tres important pour les theologiens. Quant 
a la (^Lronique d'Eusebe, nous en parlerons plus bas. 
XT. nopyuoto'j ytX'jrroyou nfj'oi Mc.oxfO.xv. — Porjjhjrii 
philosophi ad Marcellam. Jnvenit , inlirprelalione no- 
tisqiic d. daravit A. Mains. Accedit ejusdem Porphj-rii 
jweticuwfragmtiitum. Mcdiolani ^ regiis ijpis. 1816 ; 
in-S", 76 pages. 



DE L'ABBE AKGELO MAJO. 471 

Le philosophe Porphyre , natif de Syrie , etait disci 
pie d'Origcue , cliretien , et de Longiii et Plolin , paiens. 
Pen de ses nombreux ecrits nous sout connus. On sail 
que rempereur Constanlin a fait detruire son ouvrage 
contr<'. les chr^liens , ouvrage important pour I'histoire 
ecclesiastique. Le present fragment d'un Discours ou 
Traite, que Porphyre adresse a sa femnie Marcella , se 
trouvait dans un des inanuscrits qui ont fourni , a 
M. Majo , les fragmens de Denys d'Halicarnasse. Le 
fragment poetique que I'editeur joint ici, est du 
dixieme livre d'un poeme sur la philosophic des ora- 
cles , du meme auteur. 

XII. liSQlr,'; loyo^ iS. — Sibjlliv lihri XIV, editore 
et interprete A. Maio. Additur sextus liber et pars oc- 
tavi , cum multa vocinn ft versuum varielate. Medio- 
lani, regiis tj^pis. 1817 ; in-8°, 54 pages. 

Dans I'avant-propos de celte publication , M. Majo 
expose , en peu de mots, toutes les recherches qui ont 
ete failes au sujet dcslivres des sibylles. Selon le gram- 
mairien Servius, les oracles sibyllins , au nombre de 
deux mille , furent brules par Auguste , lorsqu'il etait 
grand pontife. Une centaine de ces oracles avaient ete 
conserves ; on en connait huit imprimes. M. Majo a 
joint ici, a I'original dii quatorzieme , une elegante 
traduction latine, dans la meme mesure. Leraanuscrit 
sur lequel ce livre a ete transcrit, renfermait en outre 
tout le sixieme livre , et la partie du huitieme qui con- 
tient les acrostiches sur le Christ. Et, comme le texte 
du manuscrit differe beaucoup du texte imprime, 
M. Majo communique ici I'original , sans y ajouler de 
version. 

XIIL Itinerarium Alexandri, ad Constnnliitni Au- 
qnstum ., Conslantini 31. Filiutn, edente jjuijc primmn 



472 KOTICE SUR LES DECOUVERTES PHILOLOG. 

cum Tiotis yi. Maio. Mcdiolani , regiis tjpis. 1817. 
in-8°. 100 pages. 

XIV. Julii Valerii , res gestce Alcxandri Macedo- 
nis , translalce ex ylEsopo Grceco , prodeunt nunc pri- 
inum cdente , notixque ilhistranle A. Maio. Mediolaniy 
regiis tjpis , 18 17. in-y*^. 270 pnges. 

Ces deux ouvrages se trouvaicnt dans un meine ma- 
miscril dii cinquienie sii?cle. Scion la dedicace du pre- 
mier , I'auteur anoiiynie avail fait des recherclies sur 
]es carapagnes d'Alexandre ct de Trajan dans I'Orient, 
a I'occasion des preparatifs de guerre de I'enijjereur 
Constaiilin contre les Parses. La partie qui traile de la 
campagne de Trajan , est apparemment perdue pour 
toujours. Le present ouvrage ne contient que la cam- 
pagne d'Alexandre. L'autcur paien parait avoir ete 
contemporain de Symmaque et d'Ammien Marcellin ; 
et,quoiqu'il se rencontre souvontavec Arrien, plusieurs 
des fails qu'il rapporte out un caractere d'originalite. 
L'autre ouvrage doit etre tres ancien , puisqu'il 
parle du temple de Serapis a Alexandrie , et du toni- 
beau d'Alexandre, comme de choses existantes. L'au- 
teur el le traducteur, tons les deux paiens , etaient , a 
ce qu'il parait, originaires d'Afrique, le premier, vrai- 
semblablement d'Alexandrie. Au reste, cet ouvrage 
ressemble beaucoup a la traduction connue de I'his- 
toire romanesc[ue de jirceliis magni Alexandri Mace- 
donis ; mais le latin de Julius Valerius est meilleur , et 
c'est pour cela que M. Majo a juge cet ouvrage digne 
d'etre imprime. 

XV. M. Tullii Ciceronis sex orationum paries ante 
noslrani a^tatem inedita; ; cum antiquo inlerprele ante 
nostram item a^tatem inedito , qui videtur Asconius 
Pedianus , ad Tullianas septem oraliones. Accedunl 



DE L'ABBt AIXGELO MAJO. 478 

scolia minora vetera. Ediiio alura , quam ad codices 
Amhrosianos rccensuit , cmenda^'it , el auxit , ac des- 
criptione Codicum CXLfX, I'ild Ciceronis aliisqite ad" 
diiamcnlis instruxit A. Mains. Mediolani ,regiis tfpis. 
1817. 372 pages. 

C'est la deuxieme edition corrigee et augmentee des 
deux oiivrages II et III, ci-dessus iudiques. M. Majo. 
apres avoir de noiiveau compare les nianuscrits , a 
retabli plus de cent passages, taut dans le texle de 
Ciceron , que dans le commentaire , et il a entierement 
refondu ses notes. II ne croit pas que les lacunes qui 
restent dans le texte puissent jamais etre remplies, 
puisque les reclierclies qu'il a faites a cet egard sur les 
cent quarante-neuf nianuscrits de la bibliotlieque Am- 
broisienne , ont etc infructueuses. 

XVI. Philonis Judcei de cophini feslo , et de colcn- 
dis parentibiis cum brevi scriplo de Jond. Edilore ac 
inleiprete A. Maio. Mediolani ,regiis Ljpis. 1818. in-S". 
5'o pages. 

M. Majo, en faisant une excursion a Florcucc , con- 
fera , dans la bibliotheque Medicis, un manuscrit de 
Pbilon , du douzieine siecle, avec I'edition publiee en 
Angleterre par Mangey. Quoique cette edition solt la 
plus complete des oeuvres de ce philosophe juif , elle ne 
renferme pas deux ouvrages qui se trouvent dans le 
manuscrit, I'un de colendis parenlibus , faisant partie 
de son grand commentaire sur le decalogue, I'aulre 
de cophini festo (offraude des premices des fruits de 
la terre), dont aucuue mention n'est faite dans le 
traite de feslis Hebrceorum. M. Majo donne ici ccs 
deux ouvrages inedits , selon sa coutume , en I'ori- 
ginal grec, accompagne d'une version lalinc et de 
notes critiques. II ajoule h. la fin un fragment du ma- 



47i NOTICE SUR LES DECOUVERTES PHILOLOG. 
nuscrlt armcnieii de Philon , Iraduit en latin par 
Zolirab. 

XVII. Virgilii Maronis tnlerpreWs veteres : Asper, 
Cornulus , Haterianus , Longus , Nisus , Probus , Scan- 
rus, Sulpiciiis el anonj-miis. Edente nolisqiie illustrante 
A. Maio. Mediolani , regiis tjpis. 1818, in-8'*, 124 p. 

M. Majo fit cette decouverte a Verone , dans un ma- 
nuscrit paliinpsesle du neuvieine siccle , oii Ton a 
transcrit les oeuvres de Gregoire- le-Grand siir un 
Virgile, avec des scolies du quatpieme siecle. L'editeur 
ne donne ici que les scolies inconnues, en y ajoutant 
des notices lilteraires , des notes critiques , etc. 

XVIII. Eusebii Pamphili chronicorum caiwnutn li- 
hri duo. Opus ex Haicano codice a doctorc Johanne 
Zohrabo , collegii armeniaci T^eneliarum ahmino , di- 
ligenter expressum et castigaluin Angelus Maius el Joli. 
Zohrabus nunc primujn conjunclis curis lalinilate do~ 
natum notisque illustratum , addilis grcecis reliqidis , 
ediderunt. Mediolani , regiis Ijpis . i 8 1 8 ( liber prior), 
in-4°, 218 p. 

XIX. Eusebii chronicorum canomtm liber alter, etc. 
Au dixieme article, en parlant d'un ouvrage de 

Pliilon , nous avons donne quelques details sur la 
congregation d'ecclesiastiques armeniens a Venise , 
sur les luanuscrits precieux que cetle congregation 
possede, et sur les liaisons intimes que le meme ou- 
A rage de Philon a fait naitre entre les deux savans 
philologues Majo et Zohrab. C'est a cette heureuse 
rencontre que le monde litteraire doit la publication 
de cet ouvrage, si important pour I'histoire en general, 
mais plus particulierement pour I'histoire ecclesias- 
tique. Eusebe etait le favori du premier empercur 
chretien, et il cherissait tellement les sciences, qu'il 



DE L'ABBE AA'GELO BIAJO. 4-5 

clemancia a Constantin , pour toute grace, le libre 
usage des archives de I'empire. La celebre chronique 
de ce savant archeveqiie , resultat de ses iinraensos tra- 
vaux , est en deux Hvres dont le premier etait perdu, 
ct le second ne nous etait connu qu'imparfaitement, par 
une traduction interpolt'e de saint Jerome, et par 
quelques fragmens de {'original grec , qui ont ete 
conserves dans la chronique du Syncelle de Byzance. 
Ce fut en 1792 qu'un Armenien , nomme Giorgio di 
Gio\>aniii ^ decouvrit, a Constantinople, iin mauuscrit 
en langue armenienne de ce tresor perdu. Zohrab , en 
etant prevenu , engage aussitot le menie George a lui 
copier le manuscrit qui , ecrit sur parchemin , pa- 
raissait etre du onzieme ou du douzieme siecle. Le 
cachet du manuscrit porte le nom d'un patriarche 
Gregoire : Gregorius calholicus armeniorum. On salt 
([ue TArmenie a eu plusieurs patriarches de ce nom. 
La publication de cette decouverte en langue arme- 
nienne, avait rencontre bien des di/licultes, et peul- 
etre fut-elle encore restee long-tems ignoree, si Zoh- 
rab n'avait pas pris la resolution d'aller trouver , 
avec son manuscrit, le philologue Majo , a Milan. 
Nous avons deja annonce, dans le second volume de 
la Revue Encjclopediqiie {t^ \']5) , la publication, en 
langue la tine , du premier volume de cette chronique , 
et nous attendons que le second volume nous soitaussi 
parvenu, pourrendre a la foiscompledetout I'ouvrage. 

Les autres ouvrages que nous devrons aux recherches 
assidues de M. Majo, et qui vont successivement pa- 
raitre , sont : 

XX. Didjmi Alexandrini , mannorum et lingontin 
quorumvis inensurce , grcece ex Ambrosiano codice y 
cum lalind editoris interpretationc et notis. 



4;6 NOTICE SUR LES D^COUVEKTES, etc. 

XXI. Des fi-aginens d'Homere , avec cinquante- 
huit images d'apres un ancienmanuscrit du cinquieme 
siecle. 

XXII. Enfin, le complement de la traduction go- 
tliique de la Bible d'Ulfilas, du quatrieme siecle, 
d'apres un manuscrit palimpseste de la bibliotheque 
Ambroisienne. Les caracleres gothiques pourcelte edi- 
tion sont nouvellement fondus. 

Nous terminerons cet article en rappelant que 
M. Majo a exprime le desir que la langue arnienienne 
devint Tobjet des etudes de nos orientalistes , iion 
moins que les laugues arabe, persanne , copbte , sy- 
riaque et autres. Le critique de Vienne applaudit a 
cette idee, et ajoute que la France possede le moyen 
le plus heureux de la realiser , en meltant a profit les 
ressources de sa belle bibliotheque et les luniieres de 
ses savans orientalistes (i). Henkichs. 



(i) Ceci s'aJresse naturellemcnt a JM. Cerbicd , professcurd'ar- 
me'nien a I'Ecole des langnes orieutales, efablie prcs la bibliothe- 
que du roi. Cf savant professeur ne neglige rien do ce qui pent 
contribuer a I'illustration de son idionie paterncl. Kous avons 
sous les yeux un travail e'tendu qu'il a fait snr la grammaire ar- 
mcnienne. Nous regrettons que les homes et la nature de notre 
recucil ne nous permetlent pas d'y inserer Fouvrage de M. Cer- 
bied , qui ne pourrait etre justement apprecie' que par les orien- 
talistes. (N. D.R.) 



4:, 

*A)%VVVVVW.\VV\\-VVVVVVV\'\iVVV vvv v-vv vw wv 

NOTICE NfiCROLOGIQUE 

Sur M. Louis de Breme , de Turin. 

Ac moment oil raurored'uu jourglorieux allait com- 
mencer a luire pour I'ltalie , un des hommes les plus 
faits pour Iionorer sa patrie renaissante, pour servir 
ses concitoyens, pour les eclairer, pour s'associer a 
tous les triomphes de la cause commune , de la Hberte, 
de la morale et de la vertu , Louis Arborio Gatlinara 
de Breme, a cesse d'exister. Issu d'une des families 
les plus illustres du Pieraont , d'une famille qui joignait 
a tout I'eclat d'un grand nom, tout le credit de I'opu- 
lence, tout le pouvoir attaclitf aux faveurs des cours, 
au ministere qu'avait exerce son pere, aux ambassades 
remplies par son frbre ; engage lui-meme dans les 
ordres sacres , et assure , s'il faisait usage de tous ses 
avantages, qu'il parviendrait un jour a la pourpre 
romaine , jamais il ne se ralentit dans la noble carriere 
des defenseurs du peuple ; jamais il n'hcsita a recher- 
cher , de toule sa puissance , I'emancipation de I'esprit 
humain , rafFranchissement de sa patrie ; jamais , 
comme homme de qualite, il ne se crut d'un autre 
sang que le commun des hommes ; jamais , coinme 
tomme en place, il ne crut que les lois etaient failcs 
pour lui centre les autres ; jamais, coilimepretre, il ne 
voulut faire de la morale un monopole , et de la re- 
ligion un tarif pour racheter le vice. 

Quoique done par la fortune de tous les biens aux- 
quels le vulgaire porte le plus d'envie , I'abbe de Breme 
fut constamment malheureax. Jeune encore, il perdit 
«a mere , aux lecons et a I'exemple de laquelle il avait 



4;;8 KOTICE AECKOLOGIQUE 

du et cette elevation d'e caractere, et cette sensi- 
Lilite profonde, et cette delicatesse de gout, qui le 
rendaient lui-meine si cherascs amis. Ilcommenfait a 
peine a recouvrer ses forces apres cette douloureuse 
epreuve, Jorscju'un autre chagrin, d'une nature plus 
secrete, le plongea de nouveau dans le desespoir. II 
perdit, j'ignore par quelle circonslance , tont espoir 
de s'unir a la personne qu'il aimait. C'est alors, que 
pour se derober a de nouveaux orages du coeur, il se 
fit pretre : il voulul se fa ire inoine, ct , par des voeux 
irrevocables, il condamna sa vie a un irrevocable mal- 
heur. 11 etaitsincerement attache a «ne religion douce, 
philosophique , eclairee ; mais I'etat de pretre ne lui 
convenait pas. Aucun homme n'avait un coeur plus 
airaant , aucun honime n'avait plus besoin de loutes 
les affections de famille. S'il avait pu prevoir que les 
passions les plus orageuses se calnient , que les douleurs 
les plus dechirantes s'assoupissent , il aurail attendu , 
il aurait recueilli !e benefice du tems , et il aurait un 
jour trouve dans le mariage le bonheur dont il etait 
digne. 

L'abbe de Breme fut nomme aumonier de la cour 
de Milan. Ramene alors , aprl'S quelques annees de re- 
traite , au sein d'une societe brillante , il s'y fit dis- 
tinguer par son esprit, par Tamenile de son caractere, 
par son gout pour les letlres , par son talent pour la 
poesie. Au milieu des courtisans qui ne songeaicnt qu'a 
s'elever, il aima et se fit aimer; et, lorsque le boule- 
versement de I'Europe eut precipite dans le malheur 
ceux qu'il avait vus long-tems au-dessus de lui , il saisit 
avec empressement I'occasion de rendre un homnir.ge 
putlic a ceux que la foule abandonnait. Ce fut le but 
principal du Hvre qu'il publia en francais, sous le litre 



SUR M. DE br£:me. 4;y 

de Grand Commenlairc sur un pelil article. M. de 
Breuie, qui n'avait jamais vu la France, ne maniait 
qu'avec effort une langue etrangere pour lui , et Ton 
doit chercher dans son livre bien plutot ses nobles 
sentimens qwe ses litres litteraires. 

M. de Breme avait etudie la plupart deslangues de 
TEurope : il connaissait tres bien, outre sa propre 
litterature et celle de rantiquite, la francaise, i'an- 
glaise, Tallemande et I'espagnole. II s'elait adonne 
avec ardeur a I'etude de rarnionien , dans I'esperance 
de retrouver, dans cette langue, des traductions et quel- 
ques-uns des chefs-d'oeuvre perdus de la Grece. Son 
amour pour la liberie , se porlant sur la litterature 
comme sur les sciences socialos, lui avait fait adopter 
les systemes nouveaux que les Allemands ont opposes 
aux enseignemens plus precis de I'ecole. II aimait Ic 
genre romantique , et en attendant qu'il put attaquer 
d'autres dominations non moins absolues , il faisait la 
guerre a rorthodoxie pedanlesque de quelques poe- 
tiques. Ce fut le sujet de plusieurs ouvrages qu'il pu- 
biia a Milan , et , en particulier, d'un journal qu'il 
entreprit avec quelques amis, sous le litre de Concilia- 
tore. II croyait qu'il aurait beaucoup faits'il ramenait 
ses compatriotes a I'habitude de penser , de juger d'a- 
pres eux-memes, n'importe sur quel sujet. La critique 
litteraire lui paraissait un aclicminement vers rexameu 
de tous les principes sociaux , et il sentait dans son 
coeur que la poesie , la litterature, I'liunianite , la 
morale, la liberie , sont toutes soenrs, et qu'ellcs 
s'appellent I'une I'autre. Cetle menie liaison en Ire 
toutes les jouissances liberates fut egalement sen tie par 
ses adversaires, el il fut altatjuc avec ce debordement 
d'injures, avec celle amertume de zele, avec cet arro- 



48o NOTICE NECROLOGIQLE SL'R M. DE BKliME. 
ganl niepris pour tout ce qui u'est pas eux-memes , 
auxquels on reconnait ceux qui se disent aujourd'hui 
les champions de I'autel el du tione. Dans son pays, 
la presse est asservie , en sorte que I'outrage dans les 
journaux y a toujours la sanction de I'autorite. En 
effet , on lacha centre lui tous les dogues litteraires 
qu'on a soin de garder a I'attache, dans la cour du 
maitre, et de nounir sur son fumier. La defense lui 
All interdite ; on lui supprima enfin sou journal. 

M. de Breme etait en bulte a toutes ces petites 
vexations, a toutes ces pelites persecutions, lorsqu'uu 
affreux malheur plongea sa faniille dans le deuil. Sou 
frere aine et son nieilleur ami , le marquis de Sarli- 
rano , fut noye dans leTesin, avec un medecin qu'il 
conduisait a son pere alors malade ; son second frere , 
enveloppe dans la meme catastrophe , fut rappele a la 
vie par les soins de ceux qui le relirerent de I'eau. Cette 
nouvelle frappa au coeur d'un coup mortel M. Louis 
de Breme : il se rendit aussitot a Turin pour prendre 
soin des enfans d'un frere clieri ; mais , quelque effort 
qu'il fit pour vivre, pour se conserver corume un second 
pere a ces enfans auxquels il se consacrait sans partage, 
sa^ force etait brisee et son temperament de'truit par 
Ja douleur:il a langui quelqucs mois encore au milieu 
d'eux , et il a enfin succombe au chagrin. 

J. G. L. DE SlS3I0>DI. 



WtVVVVVVW*VVV\AVVVWVVVVV\W^l.VVVVVVVVV\VVVl.VVVVVVVVV\VVVVVlVVVVVVVVVVVVVVVVVVVk 

II. ANALYSES D'OUVRAGES. 



SCIENCES PHYSIQUES. 

Natural histouy of the fishes of the Ohio 
ravER and its tribulary streams , etc 5 

HiSTOiRE NATURELLE DES POISSOINS DE LA RIVIERE 

Ohio et desfleuves ses tributaires ; par C. S. Ra- 
FiNESQUE , professeur tie botaniqup et cFliistoire 
naturelle^ TUiiiversite do Ponsylvanie (1). 

Get ouvrage, dont nous ne possedons encore que 
rintroduction et les jiremieres feuilles , paraif une 
acquisition imjiortante pour I'lustoire nalureHc, taut 
par les observations iuteressantes qu'il renfenue, que 
par le talent distingue du savaut naturaliste qui le 
public. Nous allons en extraire quelques passages : 

« Aucun naturaliste n'avait encore decrit les pois- 
sons de I'Oliio , ni ceux do rimmense bassin qui de- 
cliarge ses eauxdans le Mississipi ; a jjeine en connais- 
sait-on douze especes , lorsque j'entrepris , en r8i8et 
en i8ig, de les observer et de les decrire. Je parvios , 
la premiere annee , a decouvrir pres de quatre-viiigts 
especes, et, celte annee, j'en ajoutai vingt autres, 
forniant en tout une collection de cent especes de pois- 
sons, dont les neuf dixiemes sont nouvelles , et n'ont 
jamais ete dccrites. » 

« La science de I'ichtyologie a ete cousiderable- 
menl augmenlee dans les i^tats-Unis. Catesby, Kalm, 
Forster, Garden, Linne, Schoepf , Castiglione, Bloch , 
- ■ — / 

(1) ]Nev/-York, 1820. 2 vol. in-S". 

TOME viir. 3 1 



48a SCIENCES PHYSiQUES. 

13osc el Laccpede onl tlonne renumeration de quelques- 
uns ties poissons allaiitiques ; mais le docleur Samuel 
Mitchell a enrichi cette branche d'hisloire natureile 
de cent nouvelles especes , sur lesquelles il a publie des 
observations dans deux Menioire.s sur les poissons de 
New-York. Le premier a etc public, en i8i4, dans 
les Transoclions de la Sociele philosoj)hique et litteraire 
de New-York , et , !e second , en i8ig, dans le journal 
americain qui a ))Our litre : the American Monthly 
magazine. M. Lesueur fut le premier naturalisle qui vi- 
sita les lacs Erie et Ontario, oii il decouvrit un grand 
nombre de nouvelles especes. II a deja parle de quel- 
ques-unes , dans le journal de V Academie des sciences 
de Philadelphie J et il les fera toutes connaitre dans 
son Histoire generale des poissons de V Amerique , ou- 
vrage redige sur le jjlan de V Ornilhologie de JVilson , 
auquel il travaille depuis long-tems. » 

On connail mainteuant environ cinq cents especes 
de poissons de I'Amerique du nord, tandis qu'il y a 
dix ans , I'on en comptait a peine cent vingt. 

« II est probable que quelques-uns des poissons qu'on 
trouve dans le Mississipi , sortenl tons les ans du golfe 
du Mexique, et viennent di'poser leur frai dans ce 
fleuve et dans ses branches iuferieures ; mais ceux de 
rOhio I'habitent conlinueliement , ou ne descendenl, 
en hiver, que j iisqu'au Mississipi : le plus grand nombre 
se refugie , pendant cette saison, dans les profondeurs 
de rOhio, et on les voit reparaitre au commencement 
du printems. Les poissons abondent dans cette riviere ; 
on les y peclie par railliers a la senne. II y en a pen 
qui aient le gout sale ; mais ils n'ont pas un gout fade, 
comme le poisson d'cau douce en Europe. La chair e\\ 
est ordinaircment fsrme el blanche. Les plus reclicr- 



SClENCIiS PHYSIQUES. 483 

dies sont la perclie saiimone'e , le poisson-buffle ( buf- 
faloe-fish), I'estiirgeon , le chat marin, etc. II n'est 
pas rare d'en pecher, de ces especes, qui pesent depuis 
treiite jusqu'a cent livres , et Ton en prend parfois de 
monstrueux qui out le double de ce poids. Les pecbes 
de rOliio se font habituellement a la senne, ou avec 
desharpons, la nuit, dans les endroits oil I'eau a moins 
de profondeur ; enfin , avec des bamecons, des lignes , 
et meiue des paniers. 

I/Ohio est forme par le confluent des rivieres Al- 
legany et Monongahela , dans la Pensylvanie , a 
Pittsbourg , pres le quarantieme et demi degre de la- 
titude nord. Quoique son cours soit plein de sinuosi- 
tes , sa direction generate est sud-est, ct ouest-sud- 
ouest. II prend toutes les autres directions, mais coule 
rarement du cote tout-a-fait oppose. II se decbarge 
dans le Mississipi , pres du trente-septieme degre de 
latitude , et separe I'Etat de Kentuckey de celui des 
Illinois qui est au nord. De Piltsbourg jusqu'a sou 
embouchure, il a 5oo milles geographiques ( soixante 
au degre ) de cours direct, et q6o de cours regulier. 
Sa largeur est conimunement d'un demi-miile, ou de 
deux mille cinq cents pieds. Ses eaux sont un pen 
troubles ; ce qu'on attribue a de petites particules de 
matiere terreuse qui s'y dissolvent ; maiselles sont ce- 
pendant fort salubres. L'Ohio coule dans une etroite 
vallee jusqu'a Utique, au-dessus de Louisville. Celte 
vallee a environ un mille de largeur, ct trois cents 
pieds de profondeur ; dans quelques endroits , sa pro- 
fondeur est d'environ cinq cents pieds. On a des preuves 
evidentes qu'elle formait autrefois le lit de la riviere 
qui la rcmplissait entierement. L'Ohio a plu-ieurs i!es : 
on en compte jusqu'a cent Irente; elles sont la plupart 

3i* 



^^ SCIENCES PHYSIQUES, 

etroiles et longues. Quelques-uns dcs bancs de sablff 
qui se trouvent an milieu de la riviere, devienneut 
graduellement des iles , qui sont inondees , lors des 
grnndes eaux. La navigalioa de I'Oliio est difficile , a 
cause des bancs de sable dont il cst'renipli : on les 
Irouve surtout dans !e voisinage des Iles. lis produisent 
dcs bouillonnemens et des remoux ; quelques-uns ont 
a peine six pouces d'eau , a la baisse des eaux. Les bords 
de la riviere sont Ions forme's par les alluvions , on 
terrcs que les eaux ont rejelees en se retirant et en 
cliangeant leur cours. Le sol en est riche et fertile. II 
y a dans plusieurs fonds deux et trois rives , toutes 
tres escarpees, et de dix a quarante pieds de haul. La 
premiere est entieremeut couverte , a maree haute ; la 
seconde ne Test jamais. On noinme bajoitb , d'etroits 
canaux dans lesquels I'eau coule a une certaine epoque 
de la crue de la riviere, et entoure des parties de terre 
dont elie fait des iles. Le plus long de ces canaux est 
situe au-dessous d'Evansville , et coupe en deux une 
vallee qui forme alors une grande lie. Vis-a-vis Hcn- 
dersonville, I'OIiio est sujet a des crues periodiques , 
et a plusieurs autres qui sont accidentelles. La plus 
haute arrive au printemps , quand la neige se fond 
dans les montagncs d'Allegany ; on I'a vu s'elever 
jusqu'a quinze pieds au-dessus du cours ordinaire, 
couvrir toutes les iles, et inonder les villes baties sur 
ses rives , telles que Marietta , Sliippingport , etc. , a 
une profondeur de plus de dix pieds. Une autre a lieu 
a la chute des premieres pluies ; toutes deux s'ecoulent 
promptcment. Les inondations ne montent pas si haut 
dans les vallees basses ; mais elles s'elendent partout , 
et laissent, en se retirant, des etangs et des marecages. 
Les tournans oil I'eau s'engoufFre avec bruit sont cona- 



SCIENCES PHYSIQUES. 485 

muns dans I'Ohio, mais n'y sont pas dangereux. La 
vallee est presque toujours couverte, ea hiver et an 
printemps , d'epais brouillards qui se rassemblent des 
le matin, et durent jusqu'u ce que le soleil les dis- 
sipe. lis garantissent cette conlree des fortes gclees , 
et rendent son climat plus doux que celui du pays (jui 
I'avoisine. Les orages sont frequeus en ete , et amenent 
quelquefois des ouragans qui rendent la navigation 
dangereuse, a cause des vagues qui s'elevent contre ie 
courant. Apres les inondations, il rcgne souveiit des 
fievres intermitlentes , particulierement dans les lias- 
fonds ; mais elles durent peu , el le climat est en gene- 
ral salubre. Les rives et les coUines qui bordent I'Ohio, 
ainsi que ses iles, sont presque partout couvertes 
d'arbres , parmi lesquels on distingue \e jilatanus occi- 
(leiitalis , le sycomore , \e populus angulaia, le collon- 
nier , et le salix nigra (lesaule). Les paysages spnt 
varies ; les sites romantiques et la culture augmentent 
encore ces beautes naturelles, surtout pres de Cincin- 
nati, de Maysville , de Pittsbourg, etc. La riviere est 
navigable pour les bateaux a vapeur , les grandes 
barques , les petites goelettes , les bateaux a rames , les 
bateaux plats, les pirogues, les radeaux , etc., dont 
plusieursmilledescendentrOhio tousles ans. Lenombre 
de c^ux qui le remontent n'es,t guere moins grand ; on 
en compte plusieurs centaines , entre autres plus de 
soixante bateaux a vapeur , de i5o tonneaux chacan. 
Outre la vapeur, on s'aide, pour voguer contre le cou- 
rant, de voiles , de rames , de cordes , etc. La princi- 
pale difficulte de la navigation consiste a eviter les 
ecueils , les bois flottans , le moment de la crue des 
eaux ou de leur baisse,lcseaux basses, les tournans, les 
remoux , etc. Au prinlcms , I'eau s'eleve a uuc telle 



48(5 SCIENCES PHYSIQUES, 

hauteur, que Ics vaissoaux de 5oo tonneaux y soiit a 
flot. Plusiours graiuls navircs fiircnt conslruits a Pilts- 
bourget a Marietta, et gagiierent la mer sans acciJent ; 
ruais , depuis riulroducLiou des bateaux, a vapour , on 
a cesse de faire usage des vaisseaux jiour uaviguer sur 
les rivieres. II y a dcja plus de cent vingt-cinq villes et 
villages batis sur les bordsde I'Ohio. Pittsbourg , situee 
a la source de ce fleuve, contient pres de quinze niille 
liabitans ; la population de Cincinnati est de plus de 
dix ruille ames. ].es aulres villes principalcs, sont : 
Louisville, dans le Kentuckey, cinq niille ames; Ston- 
benville , environ trois mille ; Maysville , dans le Ken- 
tuckey, deux mille; Beavertown , dans la Pensylvame; 
Wheeling, dans la Virginie; Marietta , a I'embouchure 
tin Muskingum ; Gallipolis; Portsmouth, a i'embou- 
chure du Scioto ; Augusta, dans le Kcntucke}' ; New- 
Port , a I'embouchure de la riviere Licking ; Owens- 
borough, Hendersonville , Vevay, dans I'lndiana , etc. 
L'Ohio recoit a peu pres quatre cents rivieres , dont 
vingt ont plus dc cent milles de longueur. Les autres 
ne sont que des torrens ou des ruisscaux grossis par les 
pluies^ Pieaucoup prennentleurs sources dans les moufs 
Allegany. 

II y- a Ireute - quatre especes de poissons de'critcs 
dans les feuilles que nous possedons. La pUipart sont 
thorachiques (on nomine ainsi I'ordre de poissons dont 
les nageoires sont situees un peu en arriere des pecto- 
rales), etsemblenl appartenir exclusivcment aux ri- 
vieres qu'ils habitent. 

L'inte'rcssant travail de M. Rafinesquc doil etre 
maintenant termine, et les naturalisles pourront jouir 
du fruit de ses recherches et de ses savantes observa- 
tions , deja connues en France par un Memoire qu'il 



SCIENCES PHYSIQUES. 487 

envoya , il y a tin an , a M. de Blainville de Paris, pour 
etre public dans sou Journal de phjsique , sous le 
litre de Prodrome de soixante-dix nouvelles especes 
cPannnaitx , et cinquante nouvelles especes de planlcs 
de V Anierique seplentrionale. L. S. 



WVVWV\\'VWVWVWVWVWVV\(WWi\VWV\% 



TrAITI!: de TOPOGRAPniE , T)'Ara'EHTAGE ET DE NI- 

VELLEMENT ; par L. Puissant, officier superieur 
aucorps royal des ingenieuj-s-geographes, etc. (1). 

La science qui enseigne a mesurer et a partager la 
lerre , est cultivee depuis des tems si recules , qu'on la 
regarde comme I'origine de la geometrie, cette base 
de loutes les sciences. Ce qui est certain , c'est qu'elle 
se lie a tons nos besoins , a toutes nos jouissances, et 
meme a notre systeme social , par la navigation, le 
commerce et la division des proprietes territoriales , 
aux({uelles sont attaches les droits politiques. Enfin, 
de nos jours , cette science a ete I'objet des medita- 
tions des geometres les plus profonds; et les travaux des 
Borda, Laplace, Delambre et Le Gendre I'ont elevee 
au plus haut degre de perfection. 

On la divise en deux parties ; Tune Iraite les questions 
relatives a la figure du globe terrestre , et se rattache 
a I'astronomie; elle se nomme ffdodc'sie. L'autre partie, 
moins elevee et presentant des diificultcs beaucoup 
moindres , est la topograpliie , qui s'occupe de la forma- 
tion des cartes et de la levee des plans de detail. Pour 
former la carle d'un grand Ltat , on distingue d'abord 
les points les plus remarquables , a la distance de 6 a 
10 lieues, d'oii les lunettes des instrumens les font 

(1) Paris, 1820. I vol. 111-4". Seconde edition. TM.sdime veuve 
Coarcier, libraiie, rue ilu Jardinct-Saint- Andre-des-Arcs. 



48S SCIENCES PHYSIQUES, 

apercevoir. Ces points, joints Irois a trois par des li- 
gnes dioiles, coiistitnput un reseau de grands trian- 
gles (|iii s'encliainent. C'cst la geodesic qui montre a 
trouver les dimensions de ces triangles de premier 
ordre, a en determiner les dispositions mutuelles , a 
assigner les longitudes el latitudes de leurs sommets , 
ainsi que lenrs elevations au-dessus du niveau dcs mcrs. 
Ce travail , diiEcile et long , a e'le fait pour plusieurs 
royaumes , avec un talent sujoerieur , et les ingenieurs 
du de'pot de la guerre ont acquis en Bavierc , en France, 
en Italie, et dans les monlagnes alpines, une renoni- 
mee de savoir, cgale a celle de valeur qu'ils avaient 
merite'e sur les champs de bataille. 

Ces grands triangles determines , il reste a combler 
leurs vastes surfaci s, en y rapportant les points moins 
importans qu'on y rcmarque, C'est ici que la topogra- 
phic recoit ses applications. 

M. Puissant, olhcier superieur au corps des inge- 
nieurs- gcographes , charge specialement d^ I'ensei- 
gnemenl des eleves recus dans ce corps , a public' deux 
editions de ses Traile's de Geodesie el de Topographic. 
Ces deux ouvrages, egalemenl distingues sous le double 
point de vuc de la pratique et de la theorie, sonldij;nes 
de faire suite I'un a I'autre. Le premier a paru il y a 
deux ans, et nous en avons rendu compte ( voyez 2' 
vol. , pag. 24. Avril 1819 ). C'est de la scconde edition 
dc la Topographic que nous devons parlcr ici. 

Apres avoir raoutre, par dcs excmples convenable- 
ment choisis, comment on pent Her un plan par- 
ticulier a I'un des grands triangles donnes par une 
operation gencrale et pr('liminairc, I'auteur resout plu- 
sieurs problemes dc geometric pratique , et donne Ics 
principales regies de I'arpentagc. II expose avec soin 
la construction etl'usage des divers instrumens, lels que 



SCIENCES PHYSIQUES. 489 

la planchelte, la boussole, le cercle repe'tileur, le theo- 
dolite , le sextant et le cercle de reflexion, dont I'emploi 
doit desormais elre repandua raison des facilitesqu'ori 
trouve a s'en servir , et de la rapidite avec laquelle on 
pent operer. M. Puissant niontre les avautages propies a 
cliacun de ces iustruniens , et indicjue les cas oli il doit 
elre prefere. II de'crit aussi ceux qui servent a trans- 
porter les observations sur le papier, tels que le coin- 
pas de proportion, le pantographe , etc. 

Un cliapitre entier est destine a traiter du nivelle- 
ment et du calcul des terrasses ; avec des applications 
d'une utilite journaliere dans les travaux des ponts et 
chausse'es et du genie niilitaire. TJn autre chapitre a 
pour objet I'art de construire les cartes et de les dessi- 
ner. Ce dernier sujet nous a semble digne d'altirer I'at- 
tention d'une maniere particuliere. 

Autrefois , le dessinateur croyait que , dans le figure 
d un terrain, il pouvait se livrer a ses inspirations , et 
que son but e'tait reinpli lorsque la carte etait presen- 
tee d'une maniere agreable et pitloresque. On a menie 
des cartes oli les objets sont dessines en perspective : 
niais, le plus souvent , on preferait donner aux mon- 
tagnes , aux coteaxix , une sorte de saillie , a I'aide du 
jeu des ombres. On faisait venir le rayon de lumiere 
de Tangle superieur a gauche, et Tombre se dirigeait 
vers la region opposee. On a roconnu, depuis, qu'outre 
le grave inconvenient d'emjjloyer deux sortes de pro- 
jections pour designer un meme objet, I'epaisseur des 
ombres derobait aux yeux les details interessans a 
conserver. II est indispensable qu'une carte permette 
revaluation des distances et des hauteurs, ainsi que 
les plis du terrain et les accidens varies du sol , avec 
la precision geometrique. 



4g4 SCIENCES PHYSIQUES. 

Maintenant les ingeaieurs sont convenus dc couper 
]es inontagncs par une suite de plans horizonlaux 
equidistatis , qui y forraent des sections curvilignes, 
qu'on projette sur la carte. En nombraut ces ligncs, il 
est clair que, d'apres rintcrvallc convenu des plans , il 
est aisc d'evaluer exactement la hauteur des sommcts , 
comine avec iin compas on peut evaluer les distances 
d'apres I'echelle du plan. II y a plus , ces courbes etant 
d'autant plus rapprochees que la pente a plus de ra- 
pidite , on peut , d'un coup-d'ocil , juger dc la declivitc 
desjilans, et prendre une idee vraie et generale du 
terrain qui y est desslnc. Des ligiies dirigees selon la 
plus grande pente en indiquent les diverses directions. 
Lorsque le plan est construit sur une petite ecliello , on 
se borne a la simple indication de ces lignes de pente , 
qui suffisent al'objet qu'on a en vue : on reconnait de 
suite les mouvemens du terrain , par les oppositions 
de clair et d'ombre, puisque les traits sont plus serres 
et les hachures plus courtes et plus denses lorsc^ue la 
pente pst plus rapide. 

La maniere d'eclairer le terrain est un sujet de con- 
troverse entre les gens de I'art. Le systeme des Allc- 
luauds , qui a pour defenseur M. le colonel Bonne , veut 
que le soleil soit toujours suppose au zenith , en sorte 
que le sol est eclaire comme sous la Zone-Torridc. Le 
fond d'une vallee, le plateau oli aboulit une chaiue de 
montagnes , sont marques d'une teinte egalemcnt 
claire : c'est le blanc nieme du papier. Diverses teintes, 
de pure convention, indiquent ensuite les degres de 
pente. L'arbitraire qui regne dans cette distribution 
des ombres , la difliculled'exercer son ceil areconnaitrc 
le degre d'une pente a la teinte qu'elle a recue , la ne- 
cessite de figurer de la racme maniere un cone et un 



SCIENCES PHYSIQUES. <}.j. 

crcux conique, donnent aux opposans de ce systeme dcs 
armes bien fortes ( i ). A la tele de ccux-ci, on voit 
MM. Puissant, Chretien de la Croix, ct la plupart des 
ingenieurs francais. C'est dans le Trailecle'^ropographie 
qu'on pent voir et jnger I'elat de cette question devenue 
Ires importante dans la circonstance actuelle , oli le 
Gouvernement se dispose a faire , sur une grande 
cclielle , une nouvelle carte de France , qui devra ctre 
dessinee d'apres I'un ou I'autre des systemes que nous 
venons d'exposer. 

M. Puissant resout les nombreux problemes du vasle 
sujet qu'il embrasse, au moyen d'unc analyse savante, 
genre dans Icquel il a donne des preuves norabreuses 
d'liabilete. C'est par ces applications des sciences du 
calcul etde la geometrie, que I'art, et je dirais presque 
le metier de I'arpenfeur et du niveleur, s'est eleve sur 
la mome ligne que Ic niathenialicien et I'astronome , 
dans les reclierches et les travaux des grandes mesures 
de la terre et de ses contrees. 

D'apres I'exposc que nous venons d'offrir, on recon- 
natt que le Traitc de Topographic de M. Puissant est 
digue et de I'habiie professeur qui le publie, et des 
savans ingenieurs auxquels il est destine. Le succes en 
sera sans doute aussi assure que celui de la premiere 
edition , a laquelle on remarque de nombreux clian- 
gcmens, que I'experience a indiques a I'auteur, et qui 
ajoutent un nouveau prix a son travail. Fu.\ncoeur. 



(i) Les personnes qui voudront jnger des effets de ce systeme, 
n'ont qu'a jefer les yeux sur les cartes del'ouvrage de M.de Hum- 
boldt. La diflicnlte' de faire sentir les pentes, qiiand I'e'chcUe est 
tres petite , a conduit M. Brue a se conformer a ce genre dans 
son Alias (Voyez la Revxie , ci-dessus, page 1G2 ) , et dans sa 
grande Mapperaonde. Ces belles cartes e'tant a point trcs petit , cet 
liabile geographe a cru devoir preferer le systeme allemand. 



SCIENCES MORALES ET POLITIQUES. 

De 1,'EcONOlMlE PTJBLIQUE ET llUPiALE DES PeRSES ET 

DES Phekicieks , par L. Reysier (i). 

Ce volume , dont nous avons a rendre cornpte de- 
puis long-tems, est le second du grand oiivrage entre- 
pris , il y a deux ans (2) , par le savftnt M. Rejnier, sur 
Vdconomie politique et riirale des plus anciens peuples 
connus. II enibrasse non-seuleracnt les Perses et les 
Pheniciens , mais encore les nations qui out fleuri, sous 
differens noms , dans les contrees renfermees cntre 
1 Euphrale et I'Indus, la mer Caspienne ellegolfePer- 
sif[ue. Le travail de I'auteur a , dans cette circonstance, 
etc; d'autant plus epineux, qu'il avait moins de sources 
a consulter, et qu'il tievait parler des Assyriens el des 
Medes qui ont precede les anciens Perses. « Les ouvra- 
ges de la plupart des Iiistoriens grecs qui ont ecril sur 
ces peuples, comine il le dit lui-meme, ne sont point 
parvenus jusqu'a nous; ceux dont les ecrits subsistent, en 
ont plutot donne des episodes qu'une histoire re'elle ; et 
encore ces episodes ont la plupart un coloris fabuleux 
qui detruit la confiance. Les historiens orientaux , qui 
auraient pu fournir d'autres rcnseignemens , sont pos- 
terieurs a I'introduction de I'islaniisuie , et leurs ouvra- 
ges fouriniUent de fables sur les epoques anteneures 
a ce culte. Ces deux sources oil il e'tait possible de pui- 
ser, presentenl de telles difficultes, qu'elles pourraient 
decourager I'ecrivain le moins susceptible del'etre. » 

(i) Lausanne , 1819. i vol. in-S" dexx et 416 pag. Se trouve a 
Paris, chez Pasclioud, lib. Prix, 7 fr. 5o c. , et 9 fr. franc deport. 

(2) Voyez I'analyse que uoiis avons donnee de V Histoire dfs 
Ccltes et des Girimdns , du nieme aiiteur, T. Ill, p. aSi et suLv. 



SCIENCES MORALES ET POLITIQUES. 493 
Dans cet etat de choses, il fallait plus que da I'.ele 
pour remplir la tache difficile, mais honorable, que 
M. R. s'est imposee, en publiaut son premier volume. 
Comment s'en est-il acquitte? Quel parti a-t-ilsu tirer 
des e'venemens romauesques, des reveries mytbologi- 
ques raconlees par les auteursgrecs, et desmonumens 
en tres petit nombre qui ont survecu a ces ages recule's? 
Comment est-il parvenu a concilier des traditions epar- 
ses et trop souvent defigurees , avec quelques usages 
populaires conserves jusqu'a nos jours? L'examen at- 
lentif de son livre nous a prouve que M. R. a surmonte 
toutes les diincultes : en critique habile, il a penelre 
dans la nuit des terns; il s'est fraye une large route, 
que son lecteur parcourt avec plaisir, avec un inte'ret 
toujours croissant. 

L'ouvrage consacre aux Perses et aux Pbeniciens est 
divise en trois parties. Dans la premiere, I'auteur jette 
un coup-d'oeil rapide sur les antiquites de I'Asie, an- 
terieures aux terns bistoriques, duquel il resulte que 
les connaissances astronomiques y etaient tres eten- 
dues , et qu'uue periode de luniieres , dont le souvenir 
se perd au-dela des cippes de I'histoire, a precede I'etat 
de decadence oil nous trouvons aujourd'hui presque 
tous les peuples des contrees asiatiques; Dans la seconde 
partie, M. Revnier s'occupe des Perses sous le rapport 
de leur organisation politique et de leurs institutions 
religieuses , des finances, du commerce, de I'industrie 
et de I'agricuUure. La troisieme partie traite des Pbe- 
niciens, consideres dans leur origine, dans leur exis- 
tence politique , dans leurs travaux industriels et agri- 
coles. 

Le vaste empire auquel Zoroasirc donna des lois, a 
successiveineat ete le theatre oii les Assvriens, les 



49i SCIHNCES MOKALKS 

Medes, Ics Persos , les Pailhcs et les Pcrsans out devc- 
lojipe leiir puissance. Cette contiuuilc de re'volulioris 
plus ou moins de'sastreuses , ces phases de grandeur el 
de calamites , ces mutations subites de dynasties et 
ineme de langages , de lois et de couturaes differentes , 
monlrenl la dislocation d'ua ancien grand Etat fedc- 
ratif, dontcliacua de ces peuples faisait partie ; elles 
font voir d'antiqucs pretentious a la domination gene- 
rale, et en mcMiie terns I'impossibilite d'en retrouver les 
premiers liens , d'en coordonner I'bistoire , d'en re- 
connailre les institutions. Cependant , les recherclics 
protondes de M. Rejnicr repandent sur ces points eloi- 
gnesune lumicre assezgrande, pour nous faire accuser 
la puissance extraordinaire iniprudemment accordee 
aux pretres cbaldeens , les rigueurs du despolisnie qui 
si long-tems desolerent I'antique berceau de la civilisa- 
tion. L'cpoque de Cyrus fut celle de la discijiHne mi- 
litaire; celle d'Alexandre , celle des plus granges divi- 
sions d'iutcrcts et d'opinions entre les nombreuses 
provinces de I'einpire perse. Sans Irop rappetisser le 
lieros de la Cfropcdie, sans trop vanter ce soldat auda- 
cieux qui detruisit les institutions les plus respecleesdc 
sa patrie, qui substitua au gouvernement representa- 
tif, seule sauvegarde des lois et de la liberie, le des- 
2>otisme d'un seul , le droit du sabre et de I'heredite des 
premieres places de TElat , M. Reynier nous le repre- 
sente tel qu'il fut; et, lorsqu'il arrive a I'epoque 
d'Alexandre , il arrache la brillante couronne de 
I'adulation, que de serviles ecrivains placerent sur sa 
tt'te, pour legitimer les monstrueuses entreprises des 
conquerans. Cette partie de son ouvrage appelle la me- 
ditation des personues vouees aux sciences politiques. 
En traitant de la religion , nous voyons avec peine 



' ET POLITIQUES. 495 

que notre savant auteur adopte le systeme absurde de 
I'astrotheologie , et qu'il suit trop complaisainmentles 
opinions deDupuis, a qui cependant nous sommesbien 
loin de refuser de vastes connaissances, une critique 
peu coinmuue , et un talent remarquable. M. Reynier 
s'appuie, il est vrai, du temoignage de Strabon , qui 
nous assure (i) que les disciples de Zoroastre adoraient 
le soleil. Mais , en ouvrant les livres attribues a ce re- 
formateur de la religion persanne , on ne trouve nulle 
part le culle des aslres ; partout il parle , au contraire , 
d'un Dieu, maitre de toutes choses , dontllEoMo, le 
legislateur de I'antique Asie , avail long-terns avant 
lui proclame la puissance et public les bienfaits. Mitlira, 
que le pere de I'liistoire grecque (2) compare a la Venus 
de Guide , et que Xeuophon (3) , qui vecut a peine un 
demi-siecle apres lui , nous peint comnie un dieu, n'est 
point le syinbole du soleil, ainsi que H3'de (4) et Mos- 
hemius (5) I'ont fort bien deinontre. Les nionumens qui 
avaient servi de preuves a cetle opinion, apparliennent 
a des ciseaux grecs oa romains que I'iniagination ou 
les croyances du terns ont egares. La religion primi- 
tive des Perses etait purement^eocratique ; et , si elle 
admettait deux sortes de genies, les uns bons (ceuxde 
Ehoromez-duo), les autrcs mauvais (ceux de Ahriman), 
elle les regardait plulot comnie des agens interme- 

(i) Ge'ogr. , lih- XV, pag. 1064. 

(2) Herodote, fib. I , cap. i3i. 

(3) Cyroped. , Jib. VII. 16. OEconom. IV. Son opinion a ^te 
adoptee par tousles e'crivains grecs et latins; le seul Ambrosius 
{contra iSymmachum, pag. 840) a siiivi HEnoDOXE. 

(4) Hisloria religionis veterum Persaruni , cap. IV , pag. lo4 i 
122. 

(5) Au rapjiort de Brlcker , Hist, philos. , torn. I, pag. 169. 



.{i)G SCIKNCES MORALES 

diaircs cntro la tlivinile el les bommes , que comine dos 
dieux tout-puissans. En eflet , les livres Zend nous le 
proiivent dans la distribution qu'ils font , et les prero- 
gatives (ju'ils attribuent a ces differens gcnies. Les bons 
gcnies sont divises en qnalre classes: les Aniscliapands, 
on les excellens , qui sonl au nombre de six , inspirent 
les vertus publiques et privees; les Jezd ,a.ix nombre de 
vingt-quatre , sont leurs ministres directs aupres dcs 
honimes ; les Hamkars sont cbarges des biens de la 
terre,etles GahsAw cours regulier des astres. Les mau- 
vaisgenies sont divises en trois masses : \esDeoiianm, au 
nombre de six, (jui luttent sans cesse contre les ams- 
cbapands ; les Dewes , dont le nombre s'eleve a qua- 
rante , et les Daroiidj qui promenent partout les 
maladies , enveniment les passions et multiplient les 
accidens facheux autour des bommes qu'ils Iravaillent 
en tous sens. Mithra appartient a la classe des jezd et 
occupe parmi eux le septieme rang ; son nom en zend 
signifie justice et bonle ; comme bon , il pre'side a la 
fertilite de la terre ; le livre de VIzeschne lui donue 
mille oreilles et dix mille yeux pour entendre et exau- 
cer les voeux des boniq|es. Comme juste, il est place 
sur le pent Tchenoueto, qui separe le ciel de la terre, 
et la, il pese les actions des morts : il est seconde, dans 
celte fonction, par un autre genie bienfaisant appele 
Raschnt-rast. 11 est impossible , a mon sens, de trouver 
ici de quoi juslifier une religion astrotheologiqne. 

Lesysleme des finances a beaucoup varie' ;il a suivi les 
vicissitudes politiques de I'Elat. Sous le gouvernrmcnt 
absolu des Assyrians , tous les tributs arrivr.ient a ua 
seul centre, apres avoir ete preleves au milieu dcs ex- 
torsions de toiis les genres. Sous la domination militaire 
des Medes , les Salrapes , inamovibles dans leurs char- 



ET POLITIQLES. 497 

ges , devoraient tous les revenus publics et ceux des 
malheureiix qu'ils accablaient. Sous les Perscs, le gou- 
vernement ayant commeiioc par avoii- les formes mjli- 
taiies , d'oii il a passe au despolisme t^ui eu est la suite 
naturelle, i'obeissance passive etantla base de la dis- 
cipline , les vices auleriems de rad;iiinistration sesont 
conserves, ou, pour mieux dire , legitimes. Les tresors 
des rois de Perse etaient entre leurs mains des masses 
steriles , que la circulation aurait transformees ea ri- 
cbesses productives, et que leur stagnation a retidues 
inutiles a la nation , el fatales a Xerccs, a Darius et a 
leurs successeurs. 

Quant a I'agriculture , elle etait sacree ; les lois veil- 
laicnt a ses travaux et a la conservation desesprodults, 
meme pendant la guerre. C'est a tort que Xenophon 
fait lionueur de cette loi a Cyrus ; elle lui etait ante- 
rieure de plusieurs siecles. En effet , la grande fertilite 
des terres dans ce pays , la richesse et la variete des 
cultures qui firent I'admiration des Grecs , dout le terri- 
toireexigu etait loin d'ofFrir les memes a vantages, enuu 
mot, I'etat florissant du premier des arts , se rattachent 
aux plus vieilles institutions de la civilisation asiatique. 
L'agriculture et la procreation de nombreux onfans 
etaient specialement recommaudees par ks jireraiers 
legislateurs de la Perse ; on retrouve encore le meme 
precepte dans le Zend-Avesta, qui doit avoir ete ecrit 
plus de deux mille ans avant I'ere actuelle. Cette lecou 
des ages les plus recules s'est conservee au milieu de 
toutes les vicissitudes ; elle est tellement enracinee dans 
les tetes persanes, qu'aujourd'hui, malgre' le change- 
ment de culte, le bien labourer, le soin de semor de 
I bons grains , d'ouvrir partout des canaux d'irrigation , 
de creuser des reservoirs d'eaux dans les regions mon- 
TOIHE viit. 32 



498 SCIENCES MORALES 

tagneuses , le dessechemenl des sols trop liumides , etc. , 
sonl encore regardes comnie des actes de piete , comme 
Jes plus utiles de toutes les occupations. 

Le soin des bestiaux et I'iniportance de leur multi- 
plication l)ien enlendue furent, apres la culture des 
terres , an nonibre des preceptes les plus recommandes 
par le culte des Perscs; aussi , nulle part on ne vit des 
betes a cornes aussi belles que dans le pays des Aspiens : 
ils reservaient le boeuf, uniquement pour les rustiques 
travaux; le clieval , 'pour la nionture des guerriers 
et des hommes investis du pouvoir. Les betes a laine , 
dont le nombre etait considerable , se faisaient re- 
marquer par leurs riches toisons; les chevres jouissaient 
surtoutd'une haute faveur ; ce sontellesque nouscon- 
r.aissons niaintenant sous le nom de chevres cV Angora, 
Dans les basses-cours, onnourrissait beaucoup de vola- 
liles, surtout des poules et des coqs; c'etait une obli- 
gation religieuse d'avoir un coq dans son habitation. 

L'Europe a beaucoup emprunte a I'agriculture per- 
sane. Nous lui devonsplusieurs cei-eales : I'orge nue de 
la Cappadoce, le riz, la luzerne, appelee long-tems herbe 
de Medie; le raisin qu'on cultive, de nos jours, dans 
les lies loniennes, sous le nom de raisin de Conn— 
the, etc.; plusieurs arbres, le citronuier , lenoyer, le 
pistacliier originaire de la Bactriane , le pecher et le 
jujubier. On joignait nagueres encore le cerisier a cette 
lisle assez nombreuse, sans songerque cet arbiede nos 
forets efait cite par les naturalistes grecs et latins , 
comme indigene, long-tems avant que Lucullus eut 
rapporte de Cerasonte la guig-ne ou le bigarreau. 

D'apres Herodote et Strabon , il parall que I'olivier 
n'entra point dans la culture des Perses ; cette particu- 
larite frapjja les Grecs , qui consideraient son huile 



ET POLITIQUES. . 499 

conime un objet de preii.iere necessite ; mais c'est a 
tort que M. Rejnier en infere que le clirnat de ce pays 
ne convenaitpas a I'aibre de Minerve , pnisqu'au rap- 
port d'Olivier, qui a long-tenis habite la Perse et visite 
les diverse* contrees de cette partie de I'Asie , avec les 
yeux d'un naturaliste profond , on y trouve partout 
cet arbre daus I'elat sauvage (i) ; oa assure meme que 
c'est de I'Asie occidentale qu'il s'est repanJu dai:s ['Eu- 
rope, et qu'il passa sur les cotes autrefois habiteespar 
les Phenicieus et leurs colonies, oil sou liuile etait une 
branche de commerce tres considerable. 

C'est aussi des contrees asiatiques que nous est venu 
le mais, long-lems regarde comme originairedu Nou- 
veau-Monde ; il etait cultive dans la INatolie , bien avant 
le douzieme siecle de Fere vulgaire, pnisque c'est de-la 
qu'il flit apporte en Itaiie I'an i2o4 (2). Le pere de la 
poesie italienne en parle comme d'une plante fortcon- 
nue , et Dante florissait avant la decouverte de I'Aiae- 
rique. M. Reyiiier ne parle pas du mais; ii I'asansdoute 
confoudu avec le sorgho , holcus bicolor, quise cultive 
depuis plusieurs siecies en Itaiie ; mais c'est une erreur 
qu'il partage avec beaucoup d'autres. 

Lorsque notre savant auteur cite les palmiers qui oc- 
cupaient , chez les Perses et les plus ancieas peuples 
de I'Asie, le premier rang parmi les arbres utiles, il lui 
echappe quelques erreurs relativement a la conuais- 
sance des sexes, dans les flenrs de tons les vegetaux, 

(i) Et plus particulierement dans rancienne Me'sopotuuie . au 
has des montagnes qui rendent si pittoresques les environs de 
Merdin ou Marde. 

(2) J'ai public a ce snjet un excellent Mrmoire de M. Caffa- 
KELLi dans le VI" volume, pag. 334 s' suiv. de ma Bibliotliequ 
physico-economiquc. 

3a* 



Soo SCIENCES MORALES 

qu'il refuse aux anciens ; il va nieme plus loin : il accuse 
Theophraste d'un defaut d'atlention a cet egard. Je lui 
demande la permission de peuser tout aulrement, et 
de voir , au contraire, dans I'illustre eleve et successeur 
d'Aristote, I'auteur de la grande decouverte des sexes 
dans les plantes (i); decouverte que Zaluziansky arap- 
pelee le premier en 1692, que Grew el Malpiglii prou- 
verent en 16 6, etque Linnee fixa d'une nianiere irre- 
vocable en 1737. Theopliraste nous apprend positi- 
veujenlquela reproduction des vegetai'x a lieu, comme 
clicz les aniraaux, par I'union des sexes (2) ; ce sont , 
dit-H, les corpuscules pulverulens xoviopTOj qu'on re- 
niarque dans les fleurs males aoorivac, sous I'aspect 
d'un leger duvet , qui fecondent les fleurs femelles 
5r,lsiocg , leu r font porter des fruits , et les amenent a 
une parfaite maturite (3). Jamais ces dernieres ne pro- 
duiraient sans le secours des fleurs males. L'hymen 
s'accomplit par le ministere des vents, ou par la main 
des homines , dans les palmiers , dans les arbres et les 
herbes dioiques (4) , dans le genevricr et toutes les 
plantes sinoiques ; soit qu'elles habitent les eaux , ou 
qu'elles couvrent le sol, les organes sexuels sont reunis 

(i) IM. Thiebaut de Berneadd prepare sur ce natnraliste un 
grand travail , qui a de'ja Gxe ruttcntion de I'lnstitut de France et 
de plusieurs autres corps savans de I'Europe. Ce que MM. Ccvier 
et DE MinBEL en out dit, Tun duns son rapport sur les travaux de 
rAcademie des Sciences, annee 1814, Tautre dans ses Ejcmens 
de fihysiologie vegetale et de botaniqite, en fait de'sirer la pu- 
blication. (N. n. K.) 

(2) lliUoirc des plantes , liv. Ill, rh. 9. 

(3) Hist. Plant. , lib. II , cap. 8 et 9. 

(4) De Causis, lib. I, cap. 7 j lib. U, cap. la, et Hist. Plant., 
lib. 11 , cap. 8. 



El' POLITIQUES. 5oi 

8ur le meme individu , et sont places de manierc a pou- 
voir egalenient payer le tribul coajiigal (i). D'apres ce 
peu de faits que je pomrais eteiidre da- autage, et que 
chacun est enmes'jre de verifier aisenient, il ii'est point 
possible de refuser a Theophraste la parfaite conuais- 
sance des sexes chez Ics vegetaux , et d'avoir donne a 
cette decouverte tout le developperaent dont elle etait 
susceptible, en un siecle ou I'oeil n'avait point, dans les 
verres, le puissant auxiliairequ'ils nous fournissentau- 
jourd'hui ; en un siecle oil Ton etail plus occupe h ras* 
sembler des observations en tout genre , que de les 
coordonner metbodiqueraent. 

Une loi reniarquable des Perses defendait d'aug- 
menter les impots, sous le pretexte des ameliora- 
tions qu'une bonne culture avait produites ; une autre 
ordonnait aux homnies charges du pouvoir, denefaire 
usage que des productions agricoles et industrielles du 
pays. Dictees par la justice et la raison , ces lois font 
I'eloge de leurs auteurs et des peuples qui les conser^ 
vent encore. La premiere est une critique amere des 
gouverneniens Irop fiscaux de notre Lurope; la der- 
niere est la base d'une prosperite durable, et le motif 
constant d'une perfection ceriaine. 

Nous avons fort peu de choses a dire de la troisierae 
parlie de I'ouvrage que nous examinons. Les Pheni- 
ciens , qui eleverent les murs de Tyr et ceux de Sidon , 
n'elaient point un peuple autochtone, mais une famille 
de coinnier9ans , occiipee du soin de s'enrichir et de 
former des colonies partout oil les relatiins commer- 
ciales pouvaient leur assurer lous les genres de specu- 
lations, lis avaient des lois affreuses ; 'eur culte exigeait 

(i) JJist. Plant. , lib. Ill, cap. 6. 



5o3 SCIENCES MORALES 

queles autels fussent arrosesde sang humain ; leurs pre- 
tres et leurs magistrals etaient sans pilie ; I'oligarchie 
ecrasait le pauvre : il elait voue au plOs dur esclavage. 
Les penples sans agriculture ne font que passer; le 
commerce entasse I'or , et , lorsfju'il en est gorge, il 
s'eiirlort clans les bras du despolisme , sans lais^er d'au- 
tres souvenirs que ceux de la haiue et d'un luxe levol- 
tant. On attribue ordiuairenient aux Pheniciens une 
decouverte importante, la fabrication du verre ; niais 
M. Reynier nous apprend que c'est sans raison , puis- 
qu'ilseii ontemprunle les procedpsauxlthiopicns, cliez 
qui celte industrie etait tres anciennement connue , et 
que les figyptiensavaicntdeja perfectionnee avant I'ar- 
rivee des colonies pheuiciennes sur les cotes dela Me- 
diterranee. 

Quoiqu'il ensoitdes observationscritiques auxquelles 
nous nous sommes livres dans cet article, nous devons de 
tres grands eloges au savant qui nous prepare, sur les 
plus anciens peuples , un corps d'histoire politique et 
morale , unique en son genre ; il merite les encoura- 
gemens de tons les amis des sciences, et la reconnais- 
sance de tous les hommes appt'les a I'administration. 
Les lejons du passe doivent servir au present. 

ThiEBAUTDE BEaNEAUD. 



ET POLITIQUES. 5o3 



VW\WV\'WV\» 



L'SutlOPE au moyen age , traduit de I' anglais de 
M. Henry Hallam, par MM. P. DuDOuiT^ 
ai^ocat a la Cour rojale de Paris , et A. R. 15ok.g- 
HEus. TomeP'", ronlenant, iThistoiie dc France, 
depuis Clovis jusqu'a rinvasion de Naples par 
Charles VIII •, 2° I'exposilion du systeme feodal •, 
3° I'hisloire d'Espagiie, jusqu'a la conquele de 
Grenade (i). 

CETOuvrage , remarquable a tous egards , sera lu avec 
un grand interet par tous les honimes qui ,enetudiant 
riiistoire , ont un autre but que celui de surcharger 
leurmenioired'uneserie fastidieusedenoms etde dates , 
ou d'une suite monotone de villes prises , de pays ra- 
vages , de batailles gagnees ou perdues. 

Ce qui est reellement singulier, c'est de voir que les 
menaes personnes qui se plaignent de I'ennui attache a 
Ja lecture de laplupartdes histoiresmodernes, semon- 
trent en lueme tems ennemies opiniatres de la seule 
science qui pourrait fairedisparaitre cetennui, rendre 
la vie a I'histoire, expliquer les causes des e'venemens, et 
connaitrelesprincipesquielevent , soutiennent ou rui- 
nent lesEtats. 

L'histoire separee de la philosophic n'est qu'un froid 
squelette qui attriste les regards et glace lecceur. Laphi- 
losophie seule peutressusciter etranimer cette foulede 
morts, dont la nomenclature n'est que fatigante lors- 
qu'on ne fait pas revivre leurs passions, et lorsqu'on 

,(0 Pari', 1820. 1 vol. in-S". Delestre-Ronlage, libraire de 
TEcole de Droit, rue des Mathurius-Saint-Jaajues, n° i. I'rix-, 
7 fr. et 8 fr. 5o c. franc de port. 



5o4 SCIENCES MORALES 

n'explique point leurs actions, en retracant leurs lois 

el en peignant leurs iTiORUrs. 

(/est i'influeiice reciproque des lois sur los mocurset 
des mceurs sur les lois, qui seule, lorsqu'elle est ob- 
servee avec sagacile , eclaire la nuit des tems , allume 
Ic ftaiubeau de la verite , eclaircit tons les mysteres de la 
politique, fait pour nous de I'histoirc, la plus morale, 
la plas a'tachaiite, la plus utile desetudes , etnousaide 
surloiit a nous preserver , pourl'avcnir, des erreursdont 
le passe nous- retrace le tableau. 

Personne ne veut assurement m son propre malheur 
niceluidesa patrie, et I'onverraitprobablement dispa-/^ 
raitre uue grandepartie des passions qui nous divisent, ] 
el des semences de discorde qui fermentent aujour- 
d'hui parmi nous , si Ton parvenait a dissiper cetle 
ignorance plus ge'nerale , plus profonde, et plus gros- 
siere qu'on ne le croit , cette ignorance inconcevable de 
nos premiers tems , de nos premieres lois , et des varia- 
tions successives introduitesdansnos institutions etdans 
nos mceurs. 

Rien n'est si commun que d'entendre partout une 
jcunesse passionnee, une vieillesse mal instruite, des 
femmes irrr.scibleset frivoles, des militaires tranchans 
ot de pretendus liomraes d'Etat , repeter avec ineptie 
leurs lameutations sur la chute d'un ordris de choses 
qui , pendant qualorzesiecles, disent-ils, a faitlagloire 
et le bonheur de la France. 

On voit par-la qu'ils ignorent corapletement les 
premiers elemens de leur propre histoire; ils ne con- 
naissent ni la democratic des premiers Francs, ni la 
servitude des Romains-Gaiilois , ni les liraites et-roites 
de I'ancien pouvoir royal , ni les progres rapides d'une 
aristocratic belliqueuse, mais qui, pendant plusieurs 



ET POLITIQDES. fo5 

siecles , n*eut aucun rapport avec I'aristocratie de nais- 
sance , ni la constitution presque representative iPiS'-s- 
citee et organisec par Charlemagne, ui le cliaoi nans 
leqiiel les successeurs de ce monar [iie laisserent toinber 
la France, envahie parune foule innombrablede grands 
et de petits usurpateurs seignetiriaux , ni la regiilari- 
sationquele sysleme feodal parvinta porter dans cette 
anarchic , aux de'pens de la liberte des pen pies et du 
pouvoir des rois. 

lis ignorent egalement tontes les revolutions succes- 
sives qui rompireat et detruisirent cette chaine feodale , 
par des conquetes, par des successions, par des confis- 
cations, et qui, sans donner une base legale an pou- 
voir concentre du roi , ci-devant e'lectif , fit seulement 
de lui un seigneur feodal , absorbaot les droits de tous 
les autres. 

lis nesavent pasdavantagepirquels degres lepeuple 
a passe de I'independance a rasservissement , et dc I'es- 
clavage a la franchise ; la formation des parlemcns 
pour remplacer les barons, ennemisdu travail etdeslois, 
leur origine , la variete, le pen de fondement de leurs 
pretentions ; I'institution irreguliere des etats-gene- 
raux , jjrives de toute part a la legislation et revetus 
d'un seul droit, celui de consentir I'impot ; I'absence 
de toute fixation dans leslimites des differenspouvoirs ; 
la forceet la fortune, tantot soutenant les pretentions 
des plus petits gentilshommes , autorises legaleraent a 
guerroyer conlre le roi, tantot soiimettant letroneau 
clerge, tantot appuyant les empieteinens du sceptre, 
qui brisaita son gre les liens feodaux; enfin , les efforts 
lents et graduels de la raison humaine , depuis la re- 
naissance des lettres , et la decouverte de riraprimerie , 
pour sortir des decombresde cette longue barbaric: ce 



5oG SCIENCES MORALES 

sont touteschoses tjuisemblentaussietrangcrcs aupUis 
grand noinbre de nos poliliques raoderncs , que si elles 
avaient exisle dans quel(jues peuplades obscures, aux 
extreiiiites de I'Asie. 

Mais, si quel([iies-uns d'entre eux veulent prendre la 
sage resolution de lire avanl de parler, et deconnailre 
avant de jnger, d'autres ecueiJs les atlendentsur leur 
route. lis y renconlrent des auteurs domiues par I'esprit 
de sjstemect de parti, plus proprcs a egarer leurs pas 
qu'adiriger leur raarche; chacund'eiix vient , avec des 
lunettes arrangees poiTr son systeme, observer et pein- 
dre , a sa maniere, le berceau de notre monarchie. 

Aussi , un homme de bonne foi, qui veut s'enfnncer 
dans les tenebres du nioj^en dge , se trouve dans une in- 
certitude et dans un embarras extremes, lorsqu'il en- 
tend des homraes te\s que Mablj'- , Diibos , Daniel, Md- 
T/cray , T^elj , Montlausier , Boiilainvilliers , Robertson, 
Montesquieu , Henaut, se contredire , sechoquer, et ex- 
pliquer les faits , lesecrits , les lois , suivant les doctrines 
differevites qu'iis ont professees. 

Tous ces phares diflerens ne presentent que desclarte's 
douteuses ; ils ne laissent point distinguer avec certi- 
tude le cliemin qu'on doit suivre ; et dans ce laby- 
rinthe, le fil d'Ariane est encore attendu. 

II me parait queM. Hallam reunit toute la sagacite 
et toute la sagesse necessaires pour le trouver. II a 
etudie tous les systemes , et n'en a embrasse aucun en 
particulier. C'est la raison, et non I'esprit de parti, 
t[u'il a prise pour guide dans ses laborieuses recher- 
ches : aussi , loin d'appuyer son opinion . comme 
d'autres, sur quelques faits isoles , il les compare, it 
les rassemble tous en faisceaux pour en faire jaillir la 
lumiere. 



ET POLITIQUES. Soy 

Les vieilles chroniques, les longs commentaires , les 
histoires des provinces, ies capitulaires, les recueils 
d'ordonnances, les proct-s-verbaux des etals , les cou- 
tunies diverses ont ete explores par lui avec un soin 
severe , et c'est le fruit de ses etudes longues et peni- 
bles qu'il nous presente aujourd'hui. 

Les epiues de ce travail nous sont epargne'es , il ue 
nous en fait cueillir que la fleur ; son ouvrage est com- 
pose dans une forme si neuve, qu'il seraitenibarrassant 
de lui trouver un nom : ce n'est point une dissertation, 
car on n'y voit ni pesanteur , ni aridite ; ce n'est pas 
non plus une histoire ordinaire , car on n'y trouve que 
des fails principaux , point de details inilitaires ; les 
eveneraens n'y servent qu'a reclaircissemeiit de la le- 
gislation, a I'explication de la politique , et a la niora- 
lite de la narration. 

« Lorsque j'ai traite ( dit I'auleur ) des tems les plus 
interessans et les plus instructifs de ce periode, je nie 
suis efforce de ne point olFrir une aride serie d'annales. 
Voulant tracer une esquisse fidele, et , autant qu'il 
m'elait possible, hardie et animee , plutot que de 
peindre une miniature, j'si du supprimer tons les 
faits qui ne se lient pas essentiellement a d'antres , 
ou qui ne sont point propres a jeter du jour sur des 
resultats importans. » 

Un autre caractere qui surprend dans ce livre , c'est 
son plan. Le sujet, c'est-a-dire , le tableau de V Europe 
au niojren age , excluait necessairement I'unite d'inte- 
ret. L'auteur est force de passer sans cesse d'un pays 
qu'il decrit a une contree difFerente , et d'une legisla- 
tion expliquee a une autre qu'il doit aussi faire con- 
naitre ; mais, cette unite , qui ne pent pas exister dans 
la division de son ouvrage , existe dans la moralite de 
son but. Par-la, il cree un ordre reel au milieu d'un 



5o8 SCIENCES MORALES 

desordre apparent; et cette variete de maticrcs repose, 

au lieu de fatiguer. 

« Ce plan (continue M. Ilallam) differe probable- 
ment de celui des revues historiques qui existent dt'ja. 
Cliaquc cliapilre a son snjet p.irticulier , et pent etre 
considere conime indt'peadant du reste ; aussi Tordre 
dans lequel on les lira est a peu pres indifferent. Cette 
division par cliapitre , a lacjuelle j'avoue que ]e tiens 
assoz , m'a ele suggcree par le desir d'eviter les transi- 
tions continuelles , et de laisser subsistcr la liaison na- 
tureilc des fails. J'ai trouve dans cet arrangement si 
pen d'inconveniens pour la composition , que je ne 
puis penser qu'il doive occasionner beaucoup d'em- 
barras aux lectenrs. » M. Hallam a raison ; ces cha- 
pitres sppares gagnent en clarle ce qu'ils semblent 
perdre en suite nietliodique d'evenemens ; on Taccom- 
pagne toujours dans sa marche avec le m^me interet , 
parce que I'etude du coeur humain est son grand but ; 
la reciierche irupartiale de la verite , son moyen ; et 
que toutes les pieces oules faits qu'il cite, sont autant 
de preuves sur Icsquellcs il s'appuie, pour s'assurer de 
ses decouverles. 

Nous donnerons , dans un autre calu'er, une courte 
analyse des dilFrrens rhapitres que contient ce vo'ume: 
elle prouvera , j'espere, a nos lecteurs , que , s'ils veu- 
lent percer les teuebres de notre origine et de nos 
teias serai-barbares, que, s'ils cherchent la cle de nos 
revolutions successives et de notre situation actuelle , 
ils trouverout , en suivant M. Hallam, un conseil im- 
partial , un gai<]e sage et un eloquent interprete. 

La noble simplicite , la clarte et quelquefois I'elo- 
quence du style doivent faire partager aux traducteurs 
I'honneur dusucci^s dont jomt deja cet ouvrage. 

Le comte de SiicuR . 



ET POLITIQUES. Sog 



vwwvvwvwv.wvtvvwvwtwvwwvwww 



EsSAI SUR l'HiSTOIRE ANCIKNNE ET MODERNE DE 

LA NouVKLLE-RussiE : Siatisliqtie des provinces 
qui la coniposbnt. Fondation d' Odessa; ses pro- 
gres , son elat actuel ■ details sur son commerce, 
f^ojage en Crimee dans I'interet. de V agriculture 
et du commerce '^ avec carles , vues , plans , etc. ; 
dedie a S. M. TeiTipereur Alexandre I«'' (i). 

M. DE Castelnau a fait un sejour de quinze ans dans 
le pays dont il ecrit I'lilstoire; il a employe la plus 
grande partie de ce tems a recueiUir les materiaux de 
son important ouvrage. 

L'histoire de la nouvelle Russie presentait plus de 
difficultes que ceile d'aucun autre peuple de I'Europe. 
Cette portion de I'empire russe, nouvellement reunie, 
fut tour a tour possedee , coTiquise et ravagee par plus 
de soixante et dix nations diffe'rentes , depuis le tems 
d'Herodote. Au milieu de tant de cliangemens et de 
devastations , ses annales devaient ofFrir de frequentes 
lacunes. A force de soins, de Iravaux et de recberches, 
M. de Castelnau est parvenu a nous offrir un corps 
complet d'histoire , auquel il donne modestement le 
tilre d'Essai. 

L'ouvrage est divise en trois dpnqites principales : la 
premiere commence a I'antiquite la plus rer.ulee, et 
finit a la conquete de la Tauride par Mahomet II, 
en 1475, douze ans apres la prise de Constantinople. 

Dans cette premiere partie, I'auteur s'appuie sur 

(i) Paris, 1820. 3 vol. in-S*. Key et Gvavier, libraires, quai 
de« Augustius, n° 55. Prix, i5 fr. , et 18 fr. franc de port. 



5 10 SCIENCES MORALES 

Htfrodote et sur les auteurs grecs et latins qui ont 
parle des Scythes. II fait pieuve d'uiie vasle erudition 
et d'une saine critique , en rapportant les notions que 
les anciens nous ont transmises touchanl les moeurs, 
les migrations, les guerros , les institutions des peuples 
indigenes on coiiqueraiis de la Tauride , et des contrees 
qui formaient I'ancienne Scythie ; il rectifie plusieurs 
opinions erronees , et retablil quelquefois le texte des 
autenrs d'une mauiere lieureuse,el quis'accorde mieux 
avec les fails et les localites ; il rend conipte des rap- 
ports de politique , de colonisation et de commerce 
que ce pays eut successivement avec les Perses , les re- 
publiques de la Grece, les rois du Bosphore , les Ro- 
mains, les Grecs du Bas-Empire et les Sarmates ; il 
parle ensuite des etablissemens des Genoisen Tauride, 
de la conquete qu'ils y firent de I'ancienne Cherson , 
des progres des Venitiens, leurs rivaux , qui , par leur 
colonic de Tana, s'emparerent d'une partie du com- 
merce de rOrient , dont ils jouirent concurremment 
avec les Genois , jusqu'a ce que les uns et les autres 
furent chasses par les Turcs de tons les ports de la mer 
Noire etde la mer d'Azoff. 

Cette premiere partie est terminee par la descrip- 
tion de quelques restes d'antiquites, et par celle des 
principales medailles trouvees dans les mines d'an- 
ciennes villes et dans les fouilles des Kourganes ; ce 
sont des monticules de terre , comme on en trouve dans 
toutle nord, dont on surmontait le tombeau des chefs 
de hordes et des guerriers distingues. Les medailles 
representent , d'une raaniere allegorique, plusieurs 
villes de la Tauride, et les trails de quelques rois du 
Bosphore. 

La seconde ^poque ofFre plus de certitude, sous le 



ET POLITIQUES. 5ii 

rapport des faits bistoriques. Elle comprend un espace 
de trois siecles, depuis la conquete de la Criniee par 
lesTurcs, jusqu'a la cession qu'iis en firent alaRussie, 
en 1784 ; ce fut alors qu'elle reprit son ancien nom de 
Tauride. Pour faire passer sous nos yeux les evene- 
niens de cette epoqiie , I'auteur ne s'est pas contenle 
de puiser les details les plus authentiques dans les ecri- 
vains russes et polonais ; nous savons qu'il a encore 
entrepris a ses frais , et par le seul amour de la verite, 
des voyages iraporlaus en Pologne et dans les diffe- 
rentes parties de la Russie ; il a visite les champs de 
Pultawa et les bords du Pruth, si difFereniment celebres 
dans I'histoire de Pierre \". II a eu enlre les mains les 
Memoires manuscrits les plus interessans ; il a profile 
des ricbesses de ce genre accumulees pendant des siecles 
dans plusieurs couvens ; et ses heureuses investigations, 
secoudees par les autorite's publiques, se sont etendues 
dans la plupart des contrees du vaste empire auquel la 
nouvelle Russie venait d'etre agregee. Aunioyen de tant 
de secours , de recbercbes laborieuses, de traditions et 
de communications soumises a un jugemient eclaire , 
M. de Castelnau a pu nous donner le premier une bis- 
toire complete et impartiale do peuples jusqu'a ce jour 
peu connus en Europe ; de ces Tartares belliqueux, si 
souvent revoltes centre la Porte, et presque toujours 
en guerre avec les Polonais et les Russes, affrancbis du 
joug ottoman par le secours de ceux-ci dout ils sont 
enfin devenus les sujets; de ces Kozaks Zaporogues , 
allies peu surs , enneniis terribles , qui pre'senterent 
la triple singularite d'avoir existe long-terns en corps 
d'etat sans femmes, de s'etre fixes sur ces meraes 
bords oil les anciens avaient place de fieres amazones, 
bannissaut les hommes de leur republique ; et d'avoir 



5i, SCIENCES MORALES 

eiifin ete detruits saus relour par une feinmc. Ccttc 
iiiesure qu'orclonna Catherine I'ut generalement bla- 
Uicc en Europe ; I'aulcur clierche a la juslifier par dcs 
luotifs dehaule politique. L'HctiuanCLineluiski, parmi 
ces kozaks ; le Khan Selim-Gherai , eu Crimee , grands 
tous les deux par leurs vertus guerrieres et civiques , 
merilai>'nt ogalement d'etre celebres. Voici comment 
I'auteur s'exprime en parlaut de ce dernier : 

« Parnii tant de souverains , deshonorant cet au- 
gustenoru, on distinguera ce brave Selini - Gherai , 
rhonneur de son pays , peut-etre nicmc de son siecle , 
si les belles actions qui illustri^rent sa carriere eussent 
etc developpees sur uu plus vaste theatre. La vie de 
ce prince ignore se comjjoserait d'un homniage perpe- 
tuel rendu a la vraie gloire, a la vertu eprouvee ; 
mais Selim n'a pas eu d'historien ; son noni , reste 
confondu avec celui des princes qui I'ont obscureraent 
precede ou suivi , n'a point ete accompagne de la ce- 
lebrite qu'il a si bien meritee — 

» Cet homnie extraordinaire , snperieur a la fortune 
et bien digne de la fixer, mourut apres avoir laisse les 
plus beaux exemples de valeur, de Constance , de mo- 
destie, de patience , de fidelite , de justice dans I'ad- 
ministration ; de prudence et de savoir dans les con- 
seils ; de piete et d'amour paternel. Selim! ailleurs 
ton noin evit passe a la posterite sur les ailes de la 
recoonaissance et de la gloire; mais , chez une nation 
peu connue, pen ec'airee, pen estimee surtout, il est 
reste dans I'oubli. Puisse un jour un historien digne de 
toi , peindre avec energie des vertus que je n'ai su 
qu'esquisser I Puisse- t-il rendre a rimmortalite un 
prince fait pour elle , et ajouter a la liste des grands, 
des bons souverains , un nom d'autant plus glorieux , 



ET POLITIQUES. ,5.3 

que celui qui I'a ilhistre naqiiit an milieu des Tatars, 
qu'il eut a vaincre I'ignorance d'uue educatiou vi- 
ciense et n'enseignant aux chefs que le parjure et le 
pillage ! 1) 

Le i-egne des predecesseurs de Selim et de ceux qui 
luisuccederent fournit au contraireuii continuelesem- 
ple des vices les plus odieux. Mahomet II , en se reser- 
vant la suzerainete de la Criuie'e, s'etait engage a ne 
placer sur le trone qu'un priuce de la famille de Gen- 
gis-Khan. II avait jure solennellement que ni lui , ni 
ses successeurs, ne pouiraient condamner a inort uu 
prince de cette race. Aussi , les Khans, ajipeles au 
])ouvoir , deposes , retablis sur le trone , suivant le ca- 
price de la Porte , se hataient-ils de devorer leur regne 
d'un moment , siirs que la perfidie , I'oppression et les 
massacres des sujets , I'incendie des villes, la desola- 
tion des campagnes , la revolte envers le suzerain, 
n'auraient d'autre punition que I'exil en Ronielie , ou 
bien leur rappel a Constantinople. La, souvent , au 
milieu d'uue intrigue de serail, ils parvenaient a sc 
faire investir d'un pouvoir, et a se venger dun visir 
eimerai. 

Dewlet-Gherai , comptant sur un butin considerable, 
s'etait vivemenl oppose a la suspension d'arraes que le 
grand visir Mehemet accorda au czar sur les bords du- 
Pruth. II s'emporta jusqu'a provoquer ce premier nii- 
nistre avec violence, el soutint que le traite ne jiou- 
vait avoir lieu qu'apres la ratification du grand sei- 
gneur. Un ami du visir, present a cette altercation , 
s'ecria : « Me permet-on de faire voler d'un seul coup 
la tete du khan ? » Get argument le calma ; la paix fut 
signee. 

Bientot apres, Dewlet-Gherai est depose ; il se rend 

TOME VIII. 33 



5.4 SCIENCES MORALES 

a Constantinople et oblient de noiiveau la souverai- 
nctc. •' 11 existait dans cette villo un usage bien siiigu- 
lier, qui promait a la fois !e credit d'liu Ivhaii de Cii- 
mee et la faiblcsse du goinernemcnt Inrc. Lorsqn'un 
d'entre enx prenait conge du grand seigneur, apies 
avoir ete reconnu et installe khan, il niontait a cbeval, 
a Tissue de I'audience^ et, s'il avait une dernande a 
faire , il niettait un pied a I'etrier et rcteiiait I'antre 
sur la pterre du montoir ; cela voulait dire : Je suis 
pret a me rendre a men poste, oil luon ze!e egalera ma 
fidelite ; mais je suis retenu par un enipcchement que 
vous seul pouvez lever. Le grand seigneur fit deniander 
a Dewlet ce qu'il desirait de lui ; le khan repondit qu'il 
ne pouvait partir jiist|u'a ce qu'on lui eut envoye la 
tete du grand visir Mehemet , qui avait trahi la Porle 
par le traite du Pruth : on cnvoie aussitof couper cette 
tete, et,par la menie occasion , celles du reys-effendi et 
de Taga des janissaires , dont le khan etait inecontent. 
Cette operation faite, Dewlet acheva de se inellre en 
selle et partit pour la Crimoe. » 

L'anteur ne nous parle pas de la triste fin du der- 
nier de ces soiivorains. Chaini-Gher^ai qui , ayant cedc' 
a la Russie ses droits et ses possessions , en 17H4 ' passa 
dans une province de cet empire, y vecut obscure- 
nient jnsqu'en i-jSG , et oblinl alors I'agrenienf de Ca- 
therine pour se rendre en Turquie ; le grand seigneur 
Vy avail autorise ; mais a peine y ful-il entre, qu'il 
s'aperciit du ressentinienl qu'inspirait encore sa con- 
dnite passce ;.exiie' a Rho'les , il y fut etrangle, en 1787. 
Aiiisi , la Porte qui avait, trop religieuseinentpeul-etre, 
observe pendant trois siecles le serment de Mahomet IT, 
en epaignant la vie de ces khans, souvent rebelleset 
toujours barbares , le \iole pour la premiere fois, en 



ET POLITIQL'ES. 5.5 

faisant metlre a mort celui qui avait cesse d'etre son 
sujet. Ce fait, et les reflexions qu'il entraine , meri- 
taient peut-etre une mention clans I'ouvrage de M. de 
Castelnau. 

La troi'sieme ^poque de I'histoire de la Nouvelle-Russie 
est la partie de I'Duvrage qui ofTre le plus d'interet aux 
amis de I'humanite, a ceux qui preferent les conquetes 
de la civilisation, les progres de I'agriculture , du 
commerce et des arts , I'etablissement des canaux et 
des ports de mer, a I'invasion des provinces, a la fon- 
dation et a la destruction des places fortes, aux triom- 
phes sanglans des armees. 

Ces contre'es , si long-tems desolees, presentent au- 
jourd'hui I'aspect d'une felicite generale. Leur situation 
sur les bords de la Mer Noire, plusieurs fleuves navi- 
gables, la fertilite des lerres , I'appel fail a de nom- 
bi'cux colons proteges et secourus par le gouverneraent, 
une viile nouvelle et deja considerable, centre de riches 
capitaux et d'un grand commerce , ont fait de la Nou- 
velle-Russie un des pays les plus heureux de I'Europe. 

L'auteur traite en detail ces differens points ; il s'e- 
tend principalement sur Odessa ; il dit ce qu'elle etait 
avant la conquete,ce qu'elle est deveuue jiisqu'en i8o3, 
ce qu'elle est actuellement , et quelles brillantes desti- 
uees lui paraissent reservees. Au milieu de tant d'avan- 
tages , un fleau destructeur infesta cette ville eu i8ia. 
M. de Castelnau fait connaiire les mesures prises pour 
arreter les developpemens de la pesle ; elles eurent pour 
resultatdessuccesetonnans.Ce fleau, ajoule l'auteur, ne 
peut etre proraptement etsurement arrete, que lorsque 
celui qui omraande ne le craint pas. On sait qu'a cette 
epoque, un homme gouvernait a Odessa, qui soatint 
honorablement le litre de Francais. Parmi les traits 

33* 



oi(5 SCIK^CES MORALES 

cites dans cet oiivragc, nous en ferons connaitre un. 
seul, paice qvi'il sera loujours bean , indepondauinient 
des lieux, dcs lenis , des-opinious : « Pour inspirer du 
courage anxliabitans de Pclri-Kowka, (|ui se rcliisaient 
a enscvelir les homines inorts de la prste, M. le due de 
Richelieu pril une Lectie , et leur donna un excnijjle 
auquel on ne pu^ resister. » 

Nous ne devoas pas laisser ignorer une circonstauce 
que, par njoucslie, M. de Casleluau a passee sous si- 
lence ; c'est que lui-ineme aprodigue les plus gciie'- 
reuxsecours aux malades, taut (ju'a dure la conlagion, 
et qu'il a partage les soins el les veilles de son noble 
ami. 

Apres avoir depeint les fnnesles cfi'ets de la pesle , 
dans celte occasion , Tautenr chorclie a prouver que le 
floau ne se propage (jue par le contact; il a raltache a 
son opinion le systenie des animalcules dc Loewenhrrk. 
Cost aux physioloi^istes et aux jihysiciens a ji'.gcr du 
ra^erile de cetle liypolhese. 

L'ouvrage est termine par la relation d'un voyage 
que M. de Castelnau a fait en Crimce. Geologic, his- 
toire uaturelle, numismali(jue , position des anciennes 
villes , statist'^jue , agriculture, commerce et naviga- 
tion , tout parait avoir ete embrasse et Irailii par I'au- 
tcur d'uuc maniere salisfaisaule , dans cetle ))ai-lie, 
comnie dans les" precedenlcs. De beiles cartes de la 
Nouvelle-Russie en gejieral , el de la Crimce en parti- 
culier, accompaguenl le premier et le second volume, 
et tous les trois soul cnrichis de gravures a Vncqtia- ! 
tinta, qui representeiit les sites les |)lus pitlorcsques de 
]a presqu'ile. 

Cet ouvragp, vrniment estimable, ne pent man- 
quer de plaire el d'insLruire. Aprcs I'avoirlu, on for- 



ET POLITIQUES. Si; 

mera comme nous un voeu , ou Ton eprouvera pcul- 
etre un regret : que ne fut-il donne a ceux que les dis- 
cordes civiles eloignerent de leur palrie, de pouvoir, 
en rentrant dans son sein , lui faire lionimage de vues 
aussi philantliropiques, et de taut de richesses morales, 
acquises par I'etude , la philosophie pratique et un 
travail honorable ! D. de Gavedell-Geanny. 



'V\'\'VV\'W\^^ 



NOTICIA DE LOS rRIJJCIPALES SUCCESSOS OCCXJKIDOS 
EN EL GOBIERNO DE EsPAAA, CtC. Lc mem«| 

ouvrage , en francais , sous le titre d'ApER(,;u des 

KEVOLUTIOJNS SUUVENUES DANS LE GOUVERNEMEWT 

d'Espagne, depuis le premier moniant de T insur- 
rection , en i8<)8 , jusqua la dissolution des cor- 
tes ordi/iaires , en 18 t4, traduit sur T original , 
ecrit par un Espagnol a Paris (i). 

Tout le monde connait les evenemens qui out donne 
lieu a !a revolution d'Espagne en 1808. On sait que 
Bonaparte , en vcrtu d'un acte de cession signe par le 
roi , pretendit avoir le droit de souverainete sur ce 
royaume , I'envahit, lui doniia des lois , et imposa a 
la nation un roi de sa familie. II est evident que cet 
acte de cession n'avait aucuiie valeur. Bonaparte avait 
beau faire des proclamations el des decrets ; cela ne lui 
donnait pas le moindre droit sur I'Espagne, et la na- 
tion restait entierement libre dans le choix de ses 
moyens de saint. Elle fit lout ce que prescrivaient les 
circoustances cxtraordinaires oil elle se trouvait. Pri- 
vces d'un gouvernement central , les provinces s'insur- 

(1) Paris, 1820; in-8''. Correard, librairc. 



5i8 SCIENCES MORALES 

gerent isolement , et se donneient des jiinles : ces insur- 
rections parlielles se lierent peu a peu ; les juiites 
s'associeieat ; le systeme federal unit de nouveau lc> 
pays (|ue la chute du trone avait separes. Dans ce mo- 
ment, les juntes elaient le veritable gouverncment. 
Crec'es par la volonte nationale, elles agirent dans un 
esprit viaiment espagnol, el furent le seul orgauc de 
la naliou. 

Cet esprit public ([ui les animait, leur fit promplc- 
ment sentir le besoin de substituer un centre de gou- 
veraement a celui que I'usurpalion venait de defruire ; 
mais, pour que ce centre conservat le veritable esprit 
de son institution, les juntes resolurentde le composer 
de de'pules des juntes provinciales : la junte centrale 
fut une veritable emanation des juntes de province , 
qui, par un genereux sacrifice, digne de I'clan ge- 
neral, se demirent de leur pouvoir des qu'elles eurent 
donne un gouvernement a I'Espagne. Cependant, ce 
nouveau gouvernement ne futcreeque provisoireraent , 
et avec la mission expresse de prejiarer la convocation 
des cortes , qui seuls pouvaienl fonder un ordic de 
clioses durable. 

La junte centrale, composee de trenle-six dejiutcs 
des juntes provinciales, se reunit en 1808, a Aran- 
juez, an milieu des progres de I'invasion. Fidele a sa 
mission , quoique errante de ville en ville , elle s'occupa 
de la convocation des cortes; mais, comma les circons- 
tancesimperieusesd'alors cxigcaientunegrande promp- 
titude dans les mesures de salut public, elle se subs- 
titua une regence composee de cinq membres, el plus 
propre a gouverner dans des raomens aussi difficiies. La 
regence ne ceda point en patriotisme a ses commelf ans ; 
refugicc arextremltc de I'Espagne, dans I'ilede Leon, 



ET POLITIQUES. 5i<) 

elle convoqua , en 1810, les cortes generaux et extraor- 
dinaires. Les provinces encore libres se Latereut d'en- 
voyer a Leon lears deputes ; celles que Tennemi oppri- 
mait nominerent spenlaneinent leurs reprpsentans , 
des qu'elles parent s'affrancliir du jong elranger. 

Cadix devint , en 181 1, le siege de cette assemblee 
auguste , appelee a la grande mission de donner un 
nouveau gouvernement a I'Espagne. C'est alors qu'oa 
vit le singulier spectacle d'une assemblee conslituante 
de'liljerant avec un calme admirable, et avec la sagesss 
d'un senat antique, sur tous les articles de la nouvelle 
constitution , tandis que les bombes ennemies volaient 
au-dessus de la salle des seances. Profondement pene- 
tree de I'obligation d'assurer le bonlieur, non-senle- 
ment des conlemporains , mais aussi de !a posterite, 
elle crea ce code constitutionnel ceiebre sous le nom 
de Conslitation des cortbs de Cadix. 

Tous les souverains qui ne se croyaientpas forces de 
ceder a I'influence de Bonaparte, s'empresserent de re- 
connaitre I'Duvrage des cortes. De ce nombre furent 
I'infante de Portugal , les rois d'Angleterre, de Prusse et 
dc Suede. L'empereur de Russie declara en propres 
termes , par I'article 3 du traite de Weliki-Louki , 
qu'il reconuaissaityjoj/r legitimes les cones generaux el 
exlraordinaires , ainsi que la conslilittion decrelee et 
sanctionnde par cetts assemblee. Ceci se passa pen de 
tems apres que les souverains eureut tous reconnu la 
libre election d'un autre souverain, dans un pays du 
Nord. 

Faite et sanctionnee par les representans legitimes 
de la nation espagnole , acceptee par le peuple , re- 
connue comme acte fondamenfal par les puissances 
elrangeres, la constitution de 1812 etait obligatoire 



52b SCIENCES MORALES 

pour tout Espagnol. Le roi renfra en Espagiie avcc 
rintenlion, a ce qu'il parail , d'acccpter la consliUi- 
tion ; niais, a Valence , I'iatrigue rcussit a le troinper, 
et a I'engager a servir les projefs d'un parti. I/aulcur 
de I'Duvrage que nous annoncous met a dt'converl les 
ressorts de cetle intrigue anti-nationale, qui a fait ge- 
inir I'Espagne pciidaul six ans sous Ic despotismed'une 
faction. II faut nous arreter quelques instans avec lui 
aux causes qui produisirent cette espece d'interregne. 
Par un exces de prudence patriotique , I'asseniblee 
constituante avait decretc qu'aucun depute ne pour- 
rait elre elu deux fois de suite. II en resulta qu'aucun 
luerabre de cette assemblee n'etant eligible aux pre- 
miers cortcs ordinaircs qui furent convoques , I'Espagne 
futrestreiutedausscsclioix, et qu'elleenvoyaaux cortes 
ordinairesdes deputes dout les opinions etaient enpartie 
equivoques. Les serviles qui avaient ete dejoues, lors des 
premieres elections , eurent le terns d'intriguer, et de 
faire entrer dans la representation nationale beaucoup 
d'hoiuinos qui leur etaient devoues. Une assemblee 
ainsi melee n'iuspira plus la meme confiauce que la 
preceJenle , et n'eut pas le m^me ascendant sur I'es- 
prit public : le parti servile en profita pour atlaquer 
et ruiner les libe'raux. Ce que le machiavclisme des 
ministres les plus corrompus a jamais invcnte de pins 
puissant pour perdre ses adversaires , fut employe par 
ce parti; des plans de conspiration furent artificieu- 
sement oundis, et attribues a des bommes connus 
par leur patriotisrae. On mit en avant un Francais se 
disant le general Audinot , arrete conime agent secret 
de Bonaparte, pour declarer qu'Arguelles , liomme 
probe et incorruptible , s'etait vendu a lui. Ce parti 
formidable se grossissait de tons ceux qui s'olaient 



ET POLiTIQUES. Sar 

nonrris des abus de I'aricien regime ; il seprecipita aii- 
(levant du roi , le circonvint, et I'obseda pour en ob- 
lenir le retablissement de loutes les vieilles insliliilious.. 
II ne fut pas possible au roi de sortir du cercle que 
la faction servile avait trace autoiir de lui a Valence : 
tons ceux qu'il consuUait, s'accordaient a lui repeter 
que I'Espagiie soupirait apres le retablissement de I'an- 
cien regime. 11 restait une inquietude a la faction; elle 
craignait les dispositions de Tarniee : le general Elio , 
qui conimandait dans Test, fut gagne; des-lors elle ne 
niasqua plus son audace. Des troupes furent cnvoyees 
contre la capitale pour disperser les cortbs et arreter 
tons les liberaux. Le decret ordonnant le renversement 
de la constitution fut signe et promulgue, et lous les 
deputes serviies coururent souscrire une protestation 
contre les cortes , des qu'ils surent que cet ac!c de bas- 
sesse leur vaudrait des pensions , des places et des deco- 
rations. Les mesures de despolisme se succederent en- 
suife avec une telle rapidite, que les liberaux, loin do 
resister a tant de violence , ne purent soiiger qu'i 
sau\ er leur vie , ct que la plupart furent saisis et jelt-s 
dans les cachots. 

II restait a notre auteur a combattrc une objection 
dont quelques liornmes se sont scrvis pour infirnier la 
validite des actes des cortes : ils ont pretendu que les 
cortes etaient gagnes par I'Anglelerre, et agissaient sous 
son influence. Ce serait la premiere asserab'e'e nationals 
que leministi?rc anglais aurait soudoyee; il esld'aillcurs 
nn pen difficile d'acheter une reunion de quelques 
ceutaines de mcmbres. Si Ton disait que le ministere 
anglais s'est contente d'acheter les personnages les plus 
marquans , on ferait une injure gratuite a des liomuu's 
qui jouisscul de I'eslime generale, et de plus , on serait 



523 SCIENCES MORALES 

obligp de convenirque ces hoinmes ont bien mal gagnc 
I'argent qii'ils aiiraieiil consenli a recevoir. « En efTct , 
dit i'ai:tpur, le niiiiistere anglais, qui a ete et qui est 
encore I'un des membres les plus dislingues des cortes , 
CTilania aiipres de cetle asserublee trois negociations 
iiuportautes. II demandait, dans la preiuiere, la faculte 
de comracrcer librenient avec les possessions des Espa- 
gnols en Anierique; dans la seconde , il ofTrait la nie- 
dialion de son gouvernenicnt pour la pacification des 
provinces aniericaines qui s'etaient soulcvees; enfin , 
I'objet de la Iroisit-me ctailde faire conlerer an due de 
Wellington le corainandeinent des armees d'Espagne. 
Les deux premiers points lui fu rent refuses ; il oblint le 
troisieme quand ii ne le demandait plus. » Ainsi, Ton 
trouve toujours les cortes sur la ligue de la legalite et 
de rhonnenr ; et , quelque chose que t'asse le parti ser- 
vile pour altaquer la legilimitedes actesdecette assem- 
blee , il reslera prouve aux yeux de I'Europe que les 
cortes de 1812 ont eleve un monument national, seul 
niojen de salut et vrai jialladium de leur patrie. 

Depplxg. 



IW> 'VV\\^V\'VV\'\/V\V\\'VV\/W\<VV\ Wt'VVX fW\ /W\ 



Choix de Rapports, Ophnions et Discoup.s pro- 
nonces a la tribune nalionale , recueillis clans 
un ordre his'.orique , et. iwpn'mes d'apres les 
pieces originales. Session de 1819 (1). 

I/KiSTOiREdela session de iSiqpourrait offrir un texte 
fecond a cette polemiquc, moitie politique et moitie 

(i) Paris, i8ao. i vol. in-8° d'environ 800 pages. Alexis Ev- 
mery, rue Mi zarlne, n" 3n. Prix, '/ fr. jiour les soiiscripteiirs, et 
9 fr. avcc le poifraitj 10 fr. pour les nou-souicripteurs, et \i fr. 
avec les pcrtruits. 



ET POLITIQUES. 523 

personnelle, que Ton designe communement sous le 
nom Ae politique speciale, a cette critique de circoiis- 
tauce et de detail, qui, toujours a I'affnt des fails, 
nllend au passage, pour les traduire au tribunal de 
I'opinion , les operations d'un cougres , les actes d'uu 
ministere , les paroles d'un orateur. Mais, quels que 
soient les avaiitages de cette censure journaliere qui 
forme la raison publique, eclaire les citoyens , de- 
masque les interets illegitimes , evente les projets cou- 
pabies on dangereux , elie nesaurait convenir a la Revue 
Encj-clopcdique. ha. politique spe'cialc , avec quelque 
moderation qu'elle soit traitee , a toujours quelque 
chose d'hostile , peu conforme a I'esprit qui preside a 
la composition de cet ouvrage. L'objet de la Revue est 
plus grave, ainsi que son caraclere. Reconnaitre I'etat 
et les prcgrcs de I'esprit humain ; tracer I'inventaire 
periodique de la civilisation : tel est le but de ses au- 
teurs. lis cherchent dans I'liistoire contemporaine . non 
des argumens en faveur de leur opinion personnelle, 
mais le tableau exact des fails, celui de I'etat social et 
de ses vicissitudes, des institutions, de I'esprit d'unpeu- 
ple ou d'une epoque. II ne faut done s'attendre a trou- 
ver ici qu'une simple analyse , destinee surlout a faire 
counaitre la France, et sa situation poflilique inlerieure, 
a ceux de nos lecteurs qui habitent les contrees etran- 
geres , et , peut-etre aussi, a plusieurs de nos compa- 
triotes, qui manquent des donnees necessaires pour la 
bien apprecier. Nous exposerons quelle etait cette si- 
tuation , a Tentree de la session de i8iq ; nous Irace- 
rons ensuile , en resumant I'ouvrage que nous avons 
sous les yeux , un rapide expose des eveneraens de la 
session. Jaloux de conserver a celte analyse le carac- 
lere philosopliique qui doit toujours distiuguer les ar- 



5a4 SCIENCES MORALES 

tides <le la Re^nic , nous ecart«)rons avec soin lous les 
details qui n'ont trait qu'a des hommes ou qu'a des 
circoustances fugitives : nous raconterons plus quenous 
ne jiigerons; ou si , quelquefois , il devient necessaire, 
pour rintelligence des fails , d'ea iudiquer la couleur 
et la phjsionoinie, nous nous offorccrons de porter 
dans nos jugemens , non la clialcur du citoyen qui 
debat des intercfs presens , niais la circouspeclion et 
la gravite' de I'liistorieu qui raconle des evenemens 
passes. 

La session de 1819 ne pre'sente point le meme aspect 
general que les trois sessions precedentes. Cellcs-ci 
avaient eie proditciivcs d^inslitiitions , et ce caractere 
etait naturel chez un peuple qui, possesseur d'une 
constitution recenle , devait s'enipresscr d'assorlir toute 
sou organisation sociale a I'csprit de cette coiistitution. 
Ainsi , la session de 1816 avait prodnit une loi d'elec- 
tions ; la session de 1817 , une loi sur le recrutement de' 
Tarmee; la session de 1818, une loi sur les delits de la 
presse. Ces lois n'etaient point parfaites, sans doute ; 
mais, du nioins, elles reposaieat sur les vefitablcs prin- 
cipes ; elles avancaient I'etat social. Lc progres etait 
lent; mais il y avait un progres. En 1819, la scene 
change; retablissemenlconstitutioMnel estinterromjiu: 
I'Assemblee representative, jusqu'alors partagee en trois 
sections a pen pres egales , se divise en deux partis qui 
se precipitent avec violence I'un contre I'autre. Le pou- 
voir renonce a la neulralite, el se nicle aux combat- 
tans. D'oii sent vetius ces changemeus soudains ? Pour 
en rxpliquer la cause ,que!ques details scat necessaircs: 
il faut remouter un pen plus liaut. 

Des les premiers jours de la revolution , la nation 
fraugaise s'esL diviseo en deux partis ; I'un favorable, 



I 



ET POLITIQUES. SaS 

I'aiitre oppose a ses resullats. Ce dernier tend a ramo- 
jier Tordre ancien ; le premier tend a consolider Tor- 
drenouveau. L'un invocjue I'incgalite et les croyances; 
I'aiitre, I'egalite el les doctrines. En i8i5, I'invasion 
de I'ctranger donna I'avantage au parti de I'ordre an- 
cien : la session eut lieu sous son influence : I'ordon- 
nance du 5 septemhre 1816 arreta ses progres : la loi 
du 5 fe'vrier 1817, sur les elections , lui enleva la supc- 
riorite : des-lors , toutes les chances de I'avenir furent 
en faveur de ses adversaires : des-!ors aussi , tons ses 
efforts se dirigerent contre la loi du 5 fevrier. 

Le systeiue politique du ininistere , a compter du 5 
septembre 1816 jusqu'a la fiu de 1819, fut de mar- 
cher enlre les deux partis , a distance plus ou moins 
egale , de s'unir alternativement a l'un ou a I'autre , 
selonle besoin du moment , sans pourtant rompre avec 
celui d ml ils'eloignait. L'esprit decette politique etait 
de fortifier la prerogative ministerielle, en se servant 
tour a tour de chaque parti contre les pretentions du 
parti oppose. L'ordre ancien reclauiait-il des conces- 
sions ; le ministere s'appuyait contre lui des partisans 
de I'ordre nouveau : l'ordre nouveau iavoquait-il des 
garanties; le miilistere les repoussait , a I'aide des par- 
tisans de l'ordre ancien., C'est ainsiqu'il marchait con - 
tamment vers la fin naturelle de tous les depnsitaires 
du pouvoir, qui est de faire la part du pouvoir la plus 
large possible. 

Poury re'ussir, le ministere dut s'assnrer une masse 
de suffrages dont il put toujours disposer, non comme 
representant de telle opinion , de tel interet ; niais, 
comme pouvoir. Ce fut la le noyau du parii ministe- 
riel , auquel se reunirent un certain nombre d'liommes 
iiioderes des deux autres partis , que I'amour de la 



'iaG SCIEINCES MORALliS 

paix disposait a dos coiicossioiis. Par-lit , la chaiuLre 

et la nation rnerne se Irouverentdiviseesen tiois parlis. 

Le parti de I'ordre ancien se composait de la no- 
blesse anterieure a la revolution, d'nne portion de la 
noblesse nouvelle, creee sous le regime imperial, du 
clerge, d'un grand nonibre de foncliounaires publics, 
et de la plupart des grands propriolaires lerritoriaux. 
Sa force cousistait dans les nombreux emplois qu'il 
occupait , dans sa preponderance a la cour, dans ses 
relations diplomaticjues , dans sa richesse lerriloriale , 
dans la puissance des traditions, des babiludes, des 
croyanccs. Ses reprosentans siegcaienl dans la Chanibre, 
a la droite du president : de-la , le nom de co/c' droit , 
qu'on lui avait donne (i). 

Le parti de I'ordre nouveau , lieaur.oup plus nom- 
breux , comptait dans ses rangs presque toutes les for- 
tunes mobiliaires et induslrielles , les petils proprie- 
taires de terres , les acquereurs de domaines nationaux, 
les conimercans , les manufacturiers , les gens de letlres 
et les savans , les homnies de loi , les niedecins , les mi- 
litaires. Des capitaux , des denrees, I'industrie et le 
travail etaient les elemens de sa richesse ; sa corres- 
pondance avec les inlerets et les besoins du coi^ps so- 
cial , I'assentiment du plus grand nombre, etaient les 
elemens de sa force morale. La place de ses deputes 
dans la Charabre I'avait fait nommer le cole gauche. 

Le parti du raiuislcre , plus nombreux dans la 

(t) Nous conserverons , dans le cours de cet article , ces deno- 
minations , indifi'ercntes en elles-memes, et nous les etendrons, 
non-seulement a la fraclion de la Cliambre qu'clles de'signeut , 
iiiais encore a la partie de la nation que ces fractions repre'sen- 
tent. Par-la, nous e'vitcrons de rappeler les dunorainations sou- 
vent injust<;s , loujours cU'sobligeantes, que les parlis se donnent 
niutufUement. 



ET POLITIQUES. 527 

chambre que dans la nation , elait principalement 
forme d'une porlion des foiictiomiairos publics , de 
ceux qui aspiraieul a le devenir, et d'liti certain nom- 
bre d'bommes de toiites les classes , qui regardenf. une 
deference absolue pour le pouvoir comnae un gage 
d'ordre et de stabilite. La force iutrinse(|ue de ce jiarti 
etail peu considerable ; iiais, il avail celte force de 
position que donnent le pouyoir, riuitiative des me- 
sures, une organisation rcguliere , la disposition de la 
richesse publique et des recompenses sociaies. Sa place 
a la Chambre etait entre les deux autres ; aussi le de- 
signait-on sous le nom de centre. 

line consequence du sysleme mixte adopte par le mi- 
nistcre, etait de le mcltre anx prises avec deux opposi- 
tions. Nous avons vu comment il les combaltail I'une 
par I'autre. Tant que leur force respective dans la 
Chambre fut a peu pres cgale, cetle manrruvre lui 
reussit. Mais les elections produites par !a loi du 5 fe- 
vrier fortifiaient peiiodiquemeut le cole gauche : on 
prevoyait le moment oil celui-ci formerait seul !a nia- 
jorite. Dans celte expcctative , deux partis s'olTraient 
au ministere : s'unir au cole gauche , gauverner selon 
ses principes et avec son appui ; ou l)ien , profiler sans 
delai d'une raajorite fugitive pour I'ecraser et changer 
le sysleme electoral. Le gouvernemenl parul d'abord 
pencher pour le premier parti ; le rejet de la propo- 
sition de M. Barthelemy et les lois sur la presse fu- 
rent les fruits de celte disposition. Mais , vers la fin de 
la session , I'accord fut trouble. Dans une occasion so- 
lennelle, le ministere eut le malheur de combattre 
contre le texle precis de la loi fondamentaie , doni il ne 
parul pas lenir assez de corapte , et d'enlever de vive 
force une deliberation contraire aux expressions for- 



5^8 SCIENCES MORALES 

niel!csdela coiislitullon. Lcs rfproclirs <\\.\c6l(' gauche 
furcnt exlrrnicrnent severes. On s'ai'grit de part et 
d'autre : de iioiivelles discussions augmenlertnt la dis- 
corde, et ceux qui s'etaient approchc's presque allies 
sc separerent presque enneniis. 

Cellc rupture, en retiraut au nunistinela popularile 
qu'il avail acquise , lui deviiit nuisible dans les elec- 
tions suivantes. Au sortir de la discussion des lois sur In 
jjressc , les elections eussent ete ministerielies : aprcs 
les dcbats sur la Cliarte , la confiauce s'eloigna : ellcs 
prireiit un caractere pronoiice d'opposilion. Le minis- 
terc en ful alarine ; il revint au second pari! don I nous 
parlioiis lout a I'heure, se rapproclia du cole droit , et 
resolut le chaugemeut du systi^me electoral. 

Tel elait I'otat des clioses, a Touverture de la session 
de 1819. Les divers partis s'efforcaient , au ino^'en de 
la presse , de se rendre I'opinion favorable. La loi 
des elections elait devenue Ires populairc, et I'ai;- 
nonce de son cliangenient avail produit unc assez 
grande fermentation. Leminislere, dans ses journaux, 
chercbait a cbanger celte disposition des esprits. II 
representait que la loi du 5 fevricr reduisait presqu'ii 
rien rinfluence du gouverneinent sur les elections ; 
que , cependant , il n'elait pas possible de gouverner 
sans I'appui de la majorite : il atlribuait a plnsieurs 
niembres du cote gauche des intentions bostiles : il 
craiguait, on feignait de craindre, que la dynastie elle- 
meme ne fut nienacee , et son principal argument, a 
cet egard, elait la nomination du qualrieme' depute 
de risere. 

Le cole gauche ropondait que la Chambre e'leclive , 
destinec a contrebalancer le pouvoir , ne pent dcs-lors 
ctre foruiee sous I'influence du pouvoir ; que c'est aux 



ET POLITIQUES. 5a.j 

niinistres d'aller trouver !a majorite , et non a la ma- 
jorite d'aller trouver les luinistres: il trailait decaloin- 
nies les insinuations dirigees centre quelques-uns de 
ses membres: il reprocliait au ministere son pen d'e- 
gard pour la Charte, sa lenteur a fonder des institu- 
tions necessaires, telles que le jury, le systeme muni- 
cipal : il attribuait au mecontentement excite par 
celte conduite , la tendance prononcee de I'opinion 
electorale et les choix qui avaient blesse le ministere. 

Le coif^ droit cependant manccuvrait avec beancoup 
d'habilete. Sans s'attacher a combattre ses adversaires 
par le raisonnement , il s'adressait aux imaginations : 
il encherissait sur les alanues du ministere : il attri- 
buait a I'un des nouveaux elus un vote funcste ; et, 
sans vouloir ecouter les preuves negatives, iletait par- 
venu, a force de Taffirmer, a le persuader a beaucoup 
de personnes, et peut-etre a se le persuader a lui- 
meme. 

Le ministere avait laisse percer I'intention de reviser, 
non-seulement la loi des elections, mais plusienrs ar- 
ticles de la Charte constitutionnelle. Ses adversaires 
se haterent de I'attaquer dans cette position defavo- 
rable ; ils demontrereut aisement qu'une loi consti- 
tutionnelle, etant une loi extraordinaire , ne pent etre 
modifiee ni dans les memes formes, ni par le meme 
pouvoir qu'une loi ordinaire ; qu'un caractere .plus 
grave, qu'une sanction plus puissanle, commandaient 
d'autres precautions el d'autres solennite's. Ce fut un 
des principaux avantages du cote' gauche , d'etre place 
sur ce terrain. 

C'est ainsi que, de part et d'autre , on se preparait 
au combat. Le champ de bataille etait la loi des 
elections: le resultat de la lulte devait etreletriomphe 

TOME VIII. 3-1 



9io SClENCfeS MORALES ^ 

ou dc I'orcireancien, ou del'ordre nouveau, oadu pou* 

voir miuisteriel. Les forces etaient egales , le succes 

douleux, I'opinion inquiete, la nation attentive 

Enfin, apres de longs delais, la session s'ouvrit, le 29 no- 
vembie i8ig. 

Ici commence pins specialement le resume que 
nous devons offrir, et dont I'expose qui precede n'est 
que I'introduction necessaire. 

Le recit de la seance royale et le discours du mo- 
narque ouvrent le volume. Ce discours fut ecoute avec 
une avide soUicitude: on y cherchait la confirmation 
ou le dementi des bruits qui circulaient. On remarqua 
aussi I'absence du quatrieme depute de I'lsere, et 
I'omission de son nom dans I'appel des deputes invites 
k preter serment. On savait que le cote droit se disposatt 
a demander son exclusion , pour raison d^indigniie; et 
Ton s'attendait, des les premiers jours, a une seance 
orageuse. Cependant, le jiarti ministe'riel , egalement 
oppose a I'admission de ce depute , mais desirant eviter 
I'eclat u'une discussion qui ne pouvait etre que tres 
violente, avait propose , comme moyen conciliatoire, 
Vannulation de I'election pour vice dc forme : le cole 
gauche avait accepte cette voie de pacification ; mais 
le c6t4 droit ne voulut point abandonner le mo3'en 
d'indignitd. Le rapport n'en fut pas moins fait dans le 
sens du parti ministeriel. A peine fut-il termine, que 
des orateurs du cole droil demanderent la parole ; le 
centre et le cold gauche demanderent a grands cris la 
mise aux voz.r.Long tumulte, suspension de la seance. 
A la reprise, M. Laine obtient du silence , rappelle le 
vote impute au depute de I'lsere , et deniande que 
Vexclusion soit motivee sur I'indignile qui en resulte. 
Le cole gauche oppose que le vote allegue n'a reelle- 



ET POLiriQUES. 53 1 

ment pas ete emis ; que d'ailleurs la Charte prononce 
(art. II ) I'oiibli des opinions et des voles- que la 
Chambre ne peut ni s'attribuer un droit d'epuration 
qu'aucune loi ne lui con fere , ni la inotiver sur une 
cause qui n'est non plus deteraiinee par aucuue loi ; 
qu'admettre en principe le droit d'f puration , ce se- 
rait consacrer le despotisme de la inajorite, etc... II 
demande , en consequence, que I'du vote siraplen^ent 
sur la vab'ditf^ de I'election , et que la question de l'//i- 
dignitd soil ecartee , c'omme inconstitiitionnelle. Cette 
question iniportante ne put recevoir de solution. Apres 
une discussion vive et prolongee, un membre, M. Ra- 
vez , propose de voter seulemeul sur I'admission, sans 
exprimer de motif. La Chambre, faliguee, adopta 
cette proposition, et la non-admission fut prononcee 
purement et simplement. 

La nomination d'un president, la redaction d'une 
adresse en reponse au discours du roi , occupei ent 
quelques seances. Bieutot , la demande faite par les 
ministres de six douziemes provisoires des contribu- 
tions fit naitre un nouvcau debat. L'&tat des esprits 
imprimait un caractere politique a des questions jus- 
qu'alors purement financieres. L'opposition soutenait 
que les contributions provisoires e(ant vote'es de con- 
fiance , et les ministres n'ayant pas la confiance, on 
ne devait accorder que deux ou trois douziemes. La 
commission , adoptant un terme moyen , proposait 
quatre douziemes. Le cole droit se reunit au ministcre, 
et les six douziemes furent accordes , a la majorite de 
187 voix contre 79. 

Get avantage etait pourtant loin d'etre decisif. Des 
deputes encore unis au ministere, les uns avaieut de- 
clare I'intention de I'abandonner, si la Charte ou la 

34* 



539 SCIEKCES MORALES 

loi dcs elections etait attaquee ; d'aulres balancaieut 
Les deux partis se coniptaient ; la majorite etait dou- 
teuse. On attendait avec anxiete la premiere occasion 
de connaitre les forces respeclivcs. Celte occasion sc 
presenta bientot. 

Environ cent mille petitions, adressees a la Clianibre, 
sollicitaient Ic maintien integral de la Charte et de la 
loi des elections. Le jour du rapport arriva ; la com- 
mission proposa Vordre du jour. La discussion se pro- 
longea pendant deux seances: dans la seconde , I'un 
des principaux oratcurs du rote droit , M. de Villelo, 
ecarlaiit les questions de forme auxquelles s'elaient 
attaches les premiers orateurs , attaqua franchement 
la question fondamentale , celle de la loi des elections. 
M. Manuel lui repliqua. On vit, des-lors, ce qu'on 
avait deja pressenti, que le resultat de la deliberation 
allait prejuger 'e resultat de la session entiere. h'ordre 
du jour, nialgre la presence de plusieurs niinistres de- 
putes , ne passa qu'a la majorite de cinq voix. 

Ainsi , le deplacement de fro/^ suffrages pouvait de- 
placer !a majorite. Cette perspective etait peu rassu- 
ranle. D'autres causes encore entretenaient I'besitation 
du niinistere. Pour reformer le systeme electoral , 
I'appui du cote droit lui etait necessaire : mais le cotd 
droit voulait une loi favorable a la grande propriete 
territoriale ; le ministere voulait une loi favorable au 
pouvoir : on negociait , et rien encore n'etait arrete. 
D'ailleurs, la position du ministere etait delicate: 
en 1818 , il avait defendu la loi des elections ; il s'agis- 
sait de I'attaquer : en 1818, il avait combatlu le colv 
droit } il s'agissait de s'unir a lui. De ces variations , de- 
vait rcsulter une attitude penible ; les depositaires du 
pouvoir repugnaient a s'j placer. L'inccrtitudc conti- 



ET POLITIQUES. 533 

nuait ; la session trainait en longueur ; la Chambre 
etait inactive ou ne s'occupait qii'u deliberer, en co- 
mite secret , sur les propositions de quelques orateurs. 
C'est ainsi que le general Demarcai , raembrc du cole 
gauche, proposa de reclamer la convocation de quatre 
colleges elecloraux, dont la deputation se trouvait in- 
complete : nous n'avons pas bien pu nous rendre 
compte des motifs qui firent rejeter cette proposition. 
C'est encore ainsi que M. de Lafayelte proposa de sol- 
Viciiev line organisation generale de la garde nalionale; 
Vordre du jour fut egalement prononce. 

L'atteutat du i3 fevrier, qui consterna toute la 
France, vint mettre un terme aux irresolutions. Le 
cote droit saisit cette occasion pour accuser le systeme 
suivi par le ministere depuis le 5 septembre i8i4; 
redoubia ses attaques contre les elections, contre le 
president du conseil des niinistres (M. Decazes). L'un 
de ses orateurs alia jusqu'a denoncer celui-ci a la tri- 
bune, conime complice de I'asFassinat. Cette denon- 
ciation, qui fut repoussee par la majorite, fit cepen- 
dant son efFet. Le ministijre , effraye de I'orage , voulut 
le conjurer ; il crut ne pouvoir mieux refuter les accu- 
sations dont il etait I'objet , qu'en proposant de grandes 
mesures de surete generale. Trois projets de loi furent 
presentes : l'un, suspensif de la liberte individuelle ; 
le second, suspensif de la liberte de la presse ; le troi- 
sieme , constitutif d'un nouveau systeme electoral. 

Les attaques dirigees contre le chef du ministere 
n'en furent point ralenties. II dut enfin leur ceder. 
Un nouveau ministere se forma : cependant , les lois 
proposees resterent. 

Cette revolution fut le signal de la dissoluliou du 
parti ministcrie!. Presque tous Ics niembres du cf/iire . 



534 SGIKNCES MORALES 

voyant le pouvoir se declarer ouvertement en faveur 
du cote droit , refluerent vers ce cote' ou vers le cote 
oppose. Tl ne resta phisqu'un petit nombrede membres 
plus specinleiuent devoucs aii iiiinislere. Toulefois, ce 
petit nonibre consorva de i'iiifluence : grace a I'ega- 
li'e des forces opposees , ce fut encore lui qui decida 
la majorite. 

La loi sur la libertt- individuelle fut mise la premiere 
en deliberation. L'opposition fut vive, la discussion 
eloquente. Les defenseurs du projet invoquaient les 
circonstances ; ses adversaires, niant les circonstances, 
in\oquaient les priucipes. Les orateurs du cole gauche 
reprochaient vivement aux menibres du cote droit 
d'appuyer des lois d'fxce/;//oA7 , qu'ils avaient energi- 
quement reprouvees, en i8i6et 1817; ils fondaientsur 
cette conduite des accusations que nous n'entendons 
ni rcproduire ni juger , et que nous ne rapportons que 
comme un fait caracteristique de la discussion. La 
cloture prononce'e , le combat recommenca sur les ar- 
ticles du projet. Le cotd gauche presenta un grand 
nonibre d'amendemens , tendant a I'adoiJcissement de 
la loi : son but, a ce qu'il parait, etait, ou d'obtenir 
des garanties, ou de forcer ses adversaires a prendre 
sur eux I'odieux d'un refus formel. Tons les amende- 
mens furent repousse's : le projet, legerement amende 
par la commission, obtint une majorite' de dix-neuf 
voix. 

La meme clialeur, le meme talent, des incidens de 
Biemr nature signalerent la discussion de la loi sur la 
censure des journaux. Le sysleme des amendemens se 
reproduisit; mais , cequi est remarquable , c'est qu'ils 
ne fnrent point discutes: le vole negatif fut constam- 
lueutmuet: singularile dont les sessions precedentes 



ET POLITIQUES. 535 

n'avaient point offert d'exemple. Le projet fut adopte 
a une majorite de vingt-sept voix. 

Quoique ces resultats semblassent presager celui de 
la lutte sur les eleclious, ce succes n'etait pas egale- 
ment certain. Le projet, concu dans I'interet du pou- 
voir, plutot que dans I'interet du cote droit , convenait 
peu a celui-ci : on ne pouvait cependant se passer de 
cet appui. On savait d'ailleurs que la commission 
chargee d'examiner ce projet ne lui etait point favo- 
rable. Dans cette situation, le gouvernement crut de- 
voir defe'rer aux voeux du cote droit : il apporta un 
projet nouveau , fonde sur le principe de Velection a 
deux degre's , principe conforme aux voeux des parti- 
sans de Vordre ancien. Un incident s'eleva sur cette 
presentation. L'opposition contestait au gouvernement 
le droit de retirer un projet soumis a la deliberation 
des Chambres : il s'opposait done a ce qu'il fut donne 
acle de la presentation. Ses orateurs s'efforcaient de 
saisir la parole qu'on leur refusait. La seance entiere 
se passa dans le tumulte , et I'incident n'eut pas de 
suitq. 

Nous passons rapidement sur quelques fails acces- 
soires, quoiqu'ils ne soient pas sans inleret. Le plus 
reraarquable , fut la petition de M. Madier de Montjau, 
conseiller a la cour royale de Nimes. II denoncait uu 
gouvernement occulte, different du gouvernement royal. 
Cette petition fut renvojee au conseil des ministres et 
deposee au bureau des renseiguemens. 

Un membre du cote gauche, M. Manuel, proposa , 
dans un comite secret, un projet d'adresse centre les 
ministres. Le debat fut anime. La Chambre declara 
qu'/Z n^j avail pas lieu de prendre en consideration. 

Bientot arriva le rapport de la commission sur le 



536 SCIF.NCES MORALES 

nouveau projet electoral. Le rapporteur, M. Laine, 
proposa I'acloption avec de legers ameridemens. Alors, 
s'oiivrit une discussion aussi memorable par son im- 
portance, que par la superiorite de vues et par {'elo- 
quence que deployerent une foule d'orateurs. Nous ne 
pouvons qu'indiquer sommairement les principales 
considerations invoquees de part et d'autrc, et c'est 
avec un vif regret que nous nous inlerdisons Ics deve- 
loppemens sur une des plus brillantes epoques de la 
tribune francaise. « Les deux degres d'elections , di- 
saient les partisans du projet , sont un moyen d'afFer- 
mir I'ordre social ; ils opposent un obstacle aux in- 
trigues des faclions ; ils feront cesser I'interdiction 
politique dont la defiance des pelits proprittaires a 
frappe les homines Ae la grande propricte ; ils rendront 
a ceux-ci I'influence naturelle et salutaire que leur 
promet I'etat qu'ils tiennent dans la societe. Par-la, 
les electeurs du premier degre , reunis dans les chefs- 
lieux d'arrondissement , serontplus rapproches de leur 
domicile; par-la, ils ecliapperont a I'iufluence, quel- 
quefois dangereuse, du chef-lieu de departeinent. » 
— « L'election a deux degres, repondaient les adver- 
saires de la loi , n'est point une election, puisque ui 
les premiers, ni les seconds electeurs n'elisent ; les uns 
ne font que proposer des candidats, les autres ne font 
que choisir entre ces candidats, et tons deux peuvent 
etre frustres dans leurs intentions : toute inegalite 
que la Charle n'a point etablie est, par- la meme , 
frappee d'illegitimite. Les colleges de departemens se 
defendent par hiir m ai st conire les influences etran- 
p^erf.% , tandis que les cler leurs, disseniines dans les col- 
leges d'arroudisscmenf , scront sous la main de I'aiito- 
rite. Si la grande propricte a peu d'influence , c'est par 



ET POLITIQUES 537 

sa faute ; elle se montre hostile envers les interels na- 
tionaux , et la nation s'eloigne d'elle ; mais , toutes les 
fois qu'elle s'est tnontree nationale , elle n'a point eu a 
se plaindre de la disposition des electeurs. Ce sont ces 
interels nationaux que la loi du 5 fevrier avait garan- 
tis , et qui se trouvent compromis par la loi nouvelle. 
Le proces est entre Vordre ancien et Vordre nonveaUy 
entre Vegalite et le privilege, entre le droit commun 
et le droit exceptionnel. » La deliberation durait de- 
puis plusieurs jours: I'interet, la curiostte publique 
croissaient de moment en moment ; lorsqu'un evene- 
ment, grave dans son origine, grave dans ses resultats, 
vint lui imprimer un caractere plus serieux encore. 

Un amendement propose par M. Camille-Jordan 
apporlait a la loi proposee une modification impor- 
tante. II s'agissait de delibe'rer sur la priority. Pour la 
premiere fois, Topposition obtint la majorite : elle 
dependait d'une seule voix, et cette voix etait cellc 
d'un depute qui, malgre de rives souffrahces, s'etait 
fait transporter a la Charabre pour donner son suffrage. 
Le lendemain, ce depute ayant ete insulte au sortir 
de la seance, ainsi (jue plusieurs de ses collegues, des 
mouvernens eurent lieu dans ia capitale pendant plu- 
sieurs jours , et la tribune de la Cliambre retentit de 
debats tres orageux. Nous en supprimons ici le detail, 
par des motifs qu'il est aise d'apprecicr. 

Les esprits s'aniinaient de plus en plus: la necessite 
d'une transaction se faisait imperieusement sentir : 
elle fut proposee par M. Boin, dont I'aniendement 
adopte changea, sur quelques points importans, le 
caractere de la loi. Le ministere abandonna les deux 
degres d'electious : il obtint les doubles colleges, les 
elections d'arrondissement, et quelques concessions de 



638 SCIENCES MORALES 

detail. Le nombre des deputes ful porte de 258 a 43o. 
Ainsi se termina ce grand de'bat, qui , pendant plu- 
sieurs mois, avait occupc I'Eiirope el agitela France. 
C'est a I'avenir a nous eclairer sur I'avantage ou sur 
I'inconve'nient des cbangeniens operes. Pour nous, sur 
des evenemens qui nous touchent de si pres encore, 
nous nous absliendrons de porter un iiigoment. Nous 
eussions pu, dans le cours de cet article, donner notre 
opinion personnelle , discuter les questions qui s'of- 
fraient en foule , tirer nous-memes la consequence des 
faits : mais ce n'est point un morceau de politique , 
c'est un morceau d'bistoire que nous avons voulu faire , 
et nous avons du , en I'ecrivant, nous iniposer d'au- 
tant plus de circonspection , que les evenemens sont 
plus presens, les acteurs plus rapprocbes , les passions 
plus emues. St. A. Berville. 



vwwvwww 



FounxEENTH Report of the DiaECTbRS of the 
African Institution, read at the annual gene- 
ral meeting , held on the 17 of may 1820-, 

Quatorzieme rapport des directeurs de /'Institu- 
tion AFRicAiNE , lu devaut Vassemblee generals 
annuelle du 17 mai 1820 (i). 

Dans I'adresse presentee au congres d'Aix-la-Cba- 
pelle par lord Castlereagb , il fut propose aux souve- 
rains assembles, comme moyen aussi simple et facile 
qu'indispensable , pour abolir la traite des noirs d'A- 
frique , de declarer qu'elle etait une infraction a la loi 
generale des nations, et que le marchand d'esclaves 

(!) Londres, 1820. Hatchard et fils, Piccadilly. 



ET POLITIQUES. 53^ 

serait assimile an pirate , et encourrait les memes peines 
que les autres pirates. 

Cetie ])roposition ne fut point alors adoptee ; mais 
il y fut reconnu , en principe, que la traite des noirs 
etait une violation de la morale universelle, un crime 
odieux, la honte des peuples civilises; qu'il etait ur- 
gent de mettre fin a jamais a ce fleau qui avait si long- 
tems desole V Afrique , degrade V Europe et qffiigo 
Vhumanite. 

En consequence de cette declaration , la plupart 
des souverains prirent I'engagement d'interdire en 
tierement a leurs sujels la traite des noirs sur la cot(? 
d' Afrique , au nord de I'equateur. L'Espagnedeuianda 
un delai, qui vient d'expirer le 3o mai 1820. Le Portu- 
gal , seul , ne voulut pas fixer I'ejioque de I'abolition 
de cet odieux trafic. Les Etats-Unis de I'Amerique 
~ septentrionalc s'empresserent de promulguer des lois 
severes de proliibition , etmeme, posterieurement , une 
Societe Africaine de colonisation fit les frais d'une expe- 
dition dont I'objet etait de former un etablissement 
sur les cotes d'Afrique, oii elle pourrail reexporter les 
Negres et les hommes de couleur libres qui voudraient, 
en retournant dans leur patrie ^ s'y livrer aux travaux 
de I'agricLilture et au commerce. 

La France ne fut pas moins empressee de prendre 
I'engagement d'abolir la traite dans toutes ses colonies, 
et annonca meme au congres son intention d'adopter 
les mesures que I'Aiigleterre avait elle-meme adoptees, 
entre autres ie bill d'enregistrement des esclaves exis- 
tans, lors de la publication qui serait faite des lois 
prohibitives. Ce bill d'etiregistremeiit etait regarde 
coniuie le raoyen le plus sur de prevenir I'introduction 
frauduieuse de nouveaux esclaves, et de s'assurer de 



54» SCIENCES MORALES 

ceux qui auraient etc clandestinement iiitroduils (i). 

Des le mois do juillet i8i5, observe le rapporteur 
d'une commission speciale de la Chambre des depu- 
tes (2I , par suite des ordonnances du roi , des instruc- 
tions furcnt Iransmises aux colonies ct dans les ports 
de France, pour qu'aucune expedition ne fut autorisee 
ct aucun trafic tolere desoriuais, et que toutbatiment 
pris en contravention fut confisque, et le capitaine 
interdit. Ces mcsures etaienl necessaircs ; car, a peine 
la paix avait-elle ete proclamce, que les Iraficans du 
sang liurnain de tons les pays arrivereut en fpule sur 
les cotes d'Afrique, et se livrerent de nouvcau a leurs 
anciens crimes, avec une cupidite d'autant plus active 
<[u'elle avail ete long-tems re'prime'e. Parmi eux , les 
Francais qui , dopuis plus de vingtans, n'avaientpu 
prendre aucune part directe a cet infame commerce, 
avaient recommence avec une ardeur qui, pour avoir 
ete momentanement suspendue jiar I'occupation , n'en 
fut que plus devorante, et qui eul les suites les plus 
desastreuses (3). 

Les ordonnances du roi se trouvant insuffisantes , 
line circulaire du 3o Janvier 1818, prcscrivit aux ad- 
ministrateurs des ports une vigilance exacte sur les 
navireSjfles equipages, les capitaines et les circons- 
tances des voyages. — La loi du i5 avril 1818 vint 
confirmer ces mesures. — Une ordonnance du 24]"^'^ ' 
meme annee, etablit une croisiere sur les cotes de nos 

(i) Rapport special de la Societe jlfricaine ^ dont nous avons 
rendu compte, ci-ilessus, pag. aCS. 

(j) Rapport a la Chambre des deputes, dans la seance du 99 
juin 1820. 

(3) yJdresse au Con^^iis. 



Er POLITIQUES. 54 f 

possessions d'Afrique. — Une nouvelle circulaire du 
departement de la marine, du 27 novembre, ordonne 
une inspection detaillee de la tlistribution des navires 
qui se dirigent vers les cotes d'Afrique, du nombre 
d'hommes d'equipage , de la nature de la cargaison , 
de la quantite et de I'espece de vivres, des objets et 
des ustensiles d'anienageinent et de cuisine , pour s'as- 
surer que rien n'indique une operation destinee a la 
traite. — Le 3o decembre , meme annee , des ijistruc- 
tions transmises au gouverneur du Senegal , defendent 
le transport a Saint-Louis, ou ailleurs , de tout indi- 
gene engage a la culture comme captif. — En 1819, 
un commissaire-inspecteur (le baron Mackau) est en— 
voye au Senegal ; une commission estetablieen France 
pour juger les contraventions a la traite, et cette 
commission est composee de membres qui doiveiit 
tous iiispirer la confiance. — Enfin, on assure que, 
des le mois de mars 1820, le ministere s'occupe d'un 
projet de loi (i) qui ajoute aux dispositions prohibitives 
et penalesdont on reconnait aujourd'hui I'insuffisance 
pour arreter le mal. En attendant cette nouvelle loi, 
que la SociiHe Jfricaine so\\\c\\.e aussi de son gouverne- 
ment(2j,queM. Mackaujuge lui-memeetrenecessaire, 
(il aurait du dire indispensable), qui ne peut etre 
remplacee par aucune disposition administrative , le 
Gouvernement francais a renforce la croisiere, arme 
une flotille pour garder ce fleuve ; et si, malgre ces 
sages precautions , il ne peut pas encore assurer que la 
traite a cesse au Senegal , il peut dire, du moins , 
comme I'observe le depute rapporteur, qu'il 11 a rien 

(i) Rapport fait a la (Jbambre des deputes. 
' (2) Qualorzicme Iltippoit de la Sccicte ^fricaine. 



54» SCIKNCES MORALES 

ndgli'g^. II aurait pu ajouter, comme une nouvelle 
preuve de sa vive sollicilude , cju'il vient dp rappeler un 
gouverneur accuse par la voix publique d'uno tole- 
rance coup.ible , et d'une negligence marquee dans 
I'exercice de ses pouvoirs. 

Comment, apres toutes ces preuves de la bonne foi 
du Gouvernement francais, que I'Institution Africaine 
a reconnue, dans son \3^ rapport, vient-elle , dans 
son i4* , annoncer a I'Europe entiere que , si la traite 
des noirs continue ses ravages en Afrique , c'est a la 
negligence du Gouvernement francais , ou a la conni- 
vence de ses employes dans ses ports et dans ses colonies, 
qu'on doit les attribuer ? \ oici , en efFet , dans quels 
termes elle s'exprime , soit dans son rapport, soit dans 
les pieces qu'elle y joint a L'appui de ses assertions, et 
qu'elle parait approuver par le seul fait de leur publi- 
cation : 

« 11 est de notoriete publique , et les preuves en sont 
nonibreuses , que le trafic illiciteen esclaves se fait par 
les Francais, au Senegal eta Goree, avec une incroyable 
activite , et en grand ; et, dans plusieurs cas, presque 
sous les yeux , sinon avec la participation des fonc— 
tionnaires publics (i). « Le rapporteur renvoie, pour 
le detail des preuves nombreuses dont il parle, a un 
il/(^7J70/retransmis a I'Institution par un correspondant 
qui etait au Senegal en 1819, et dont le caractere res- 
pectable est pour lui une garantie de I'exaclitude des 
faits allegues. (Ces fails sont a pen pres les memes que 
ceux que Ton trouve cites dans une petition adressee 
par M. Morenas a la Chambre des dep^s.) Le rap- 
porteur ajoute : « Ces faits represente^t fidelement 

(i) Quatarzieme Aapport. 






i 



KT POLITIQUES. 543 

I'etat deplorable du commerce francais en esclaves 
sur la cote d'Afrique , et le peu de soin que les autori~ 
tesfrancaises apportent a en poursuivre I'abolition. Les 
direcleurs esperaieiit , I'annee derniere , que la France 
prendrait des mesures plus efficaces pour remplir les 
engagemens qu'elle avail contractes avec I'Angleterre. 
Ces esptrances tie se sont point rdalisees. Les rapports 
que la Societe a recus des iles francaises, des ludes-Occi- 
dentales (la Guadeloupe etla. Martinique) , confirment 
ceux qu'elle a recus de la cote d'Afrique , et demontrent 
que, sans unsysteined'enregistrement vigoureusement 
suivi , il est impossible de prevenir I'importation d'es- 
claves dans nos propres colonies, tant qu'elle conti- 
nuera dans les colonies voisines des autres etats. » 
Le rapporteur, pour justifier cetle derniere assertion, 
renvoie a un appendice contenant une lettre datee de 
la Guadeloupe, le 24 fevrier 1820, adressee au secre- 
taire de la Societe par un de ses correspondans ( 1 ). 
» On ne doit pas etre etonne, dit ce correspondant a la 
fin de sa lettre, des succes des entrepreneurs de ce 
coupable trafic a la Guadeloupe , lorsqu'on le voit 
autorise par les autorites qui devraieni le supprimer. 
L'abolition du commerce des esclaves par la France , 
est une pure moquerie , et les choses continueront sur 
le meme pied, tant qu'on neprendra pas, dans cette ile, 
des mesures preventives des achats d'esclaves , et qu'on 
naura pas rem'Oj'-e des places , desfonctionnaires sans 
conscience. Le collecteur des douanes ne pent pretexter 
cause d'ignorance de ce qui se passe publiquement ; le 
gouverneur lui-meme doit savoir qu'on trouve presque 

{i) Appendice D. Extract of a letter to the secretary, dated 
Guadeloupe, a4 february 1830. 



5,',4 SCIENCES MORALES 

dans cliamie iiiaisoii , des Africains uouvellenient im- 
portes , et qu'il y a peu <le plantations oil I'oa ne puisse 
aiseinent en decouvrir plusieurs. On compte que , de- 
puis Ja remise de Tile a la France , il en aete importe 
plus de vingt luille. » — « Le (louvernement fiaucais 
a beaucoup fail valoir, daus le lejus, la prise et la cou- 
damnation du uanrenegrier le Po.iU Hon ycoiumeune 
preuve de sa bonne foi (i) et de sa fernie volonte de 
reiuplir ses eugagemens; niais, les nombreuses contra- 
ventions subsetiu«;ntcssemblent indiquer que cette nie- 
sure isolee avail ete calculee plulot pour servir d'ar- 
gument dans les discussions avec I'Angleterre , que 
pour arrcter le commerce francais de la traite. » — 
« Tandis que I'Amerique sei)teutrionale (2),rEspagne, 
la Hollaude et le Portugal s'empressent de seconder les 
mesures du gouvernement anglais, relatives a la traite 
des noirs , en autorisant I'escadre anglaise en croisiere 
le long des cotes d'Afrique a visiter les navires qui lui 
paraissent subjects, la France settle desa^'Oite , par sa 
conduile , I'eugagement qu'elle a pris d'aneantir, dans 
ses etablissemens , ce trafic aussi injuste qu'inhumain. » 
Sir George Collier, qui couinianJe I'escadre d'obser- 
valion le long des cotes d'Afrique, dans son dernier 
rapport olliciel a rainiraute , et dans un rapport dont 
la Chambre des Communes a ordoune I'impression le 
20 mars, declare : » Que, pendant les six premiers mois 
de cette annee, 1820, il a rencontre 25 a 3o balimens 
negriers actuellement employe's a charger des esclaves ■ 
iOiis pa^'illonfrancais } qu'il en a arrele deux qu'iis'esl 
cru autorise a saisir ; qu'il n'a point cru devoir arreter 

U) Note a I'Appendice D. 

{'i) Gazette dc Serra -Leone, Ju ij juin 1830. 



ET POLITIQDES. 5 ',5 

les auties , parce que les capitaines lui avaient monlre 
ties papiers fraiicais et un pavilion francais. Sir George 
Collier etant ensuite alle a la Havana , y avait trouve 
ijlus de 3o navires negriers sous pa^'illonjrancais, clont 
les uns avaielit encore leurs cargaisons a bord ; les au- 
tres les dcbarqnaient, ou les avaient debarquees, et se 
preparaient a de nouveaux voyages. II ajoule que les 
marchands d'esclaves de toutes les nations, pour cou- 
vrir leurs pirateries , chercliaient a se procurer des cer- 
tificats francais , afin de justifier I'usage d'un pavilion 
qui etait seul respecte des croisicres anglaises. Enfin , 
sir George Collier croit que , dans les quatorze derniers 
mois, il a ete exporte de quarante a cinquante mille 
Negres de la cote d'Afrique sous 'pavilion francais. 
M. Macarty , gouverneur de Serra- Leone, confirnie 
ce rapport du commodore (i). » 

Tel est I'acte d'accusation contre le Gouvernement 
francais , que I'Institution Africaine s'est permis de 
consigner dans son 14° rapport du 17 mai 1820. Quand 
tous les faits qu'elle signale seraient vrais , il nous 
sembleque plusieurs considerations generales auraient 
du adoucir la severite de cette censure. Nous conve- 
nons , pour me servir des expressions de I'adresse au 
Congres (2), « qu'en depit des declarations par les- 
quelles le Rol de France a interdit le commerce d'es- 
claves a ses sujets, ce trafic s'est renouvele , depuis 
Janvier 1817, avec une ardeur extraordinaire; cju'ilest 
souvent accompagne de circonstances deshonorantcs, 

(1) Correspondance parliculiere de Lnndres; el Appendice H, 
du Quatorzieme Rapport. 

(2) Adresse an Congres d^Aix-la-Chiipelle, prtjsentce par loril 
Castlereagh. 

TOME VIII. 35 



^b JiClENCES MOKALES 

de cruaules effroyables ; qu'il a repandu la desolation 
et la inisere dans les etablissemens dii Senegal ct de 
Goree, reveille les guerres des chefs Maures centre 
leS pouplades paisibles dc Negres ; que I'infatigable 
et insatiable cnpidite des traficans de sang humain a 
trioniphc' de toutes les declarations et ordonnances du 
Gonvcnieinent francais. » 

Mais , comme I'observe lameme adresse, « cet epou- 
vanlable fleau ne s'est pas appesanti suf I'Afrique , 
seulement jiar la main des Francais. Des armateurs 
portngais , espagnols, americains , hollandais , ajiqlais 
vieme (remarquons cet aveii) , ont pris une part dten— 
due a ces entreprises criminelles , soit sous leur propre 
pavilion , quand ils ont pu le faire impunement, soit 
sous urt autre (i). » 

Lorsque, par une convention poste'rieure, la croisiere 
anglaise sur les cotes d'Afrique a ete autorisee par 
I'Espagne, la IloUande, le Portugal et FAmerique, u 
visiter les navires de ces nations qu'elle y rcncontrerait, 
et a detenir ceux-la seiilcment a bord desquels se tron- 
veraient des esclaves, les homraes sordides qui se li- 
vrent a ce trafic ont du redoubler d'activito , en 
voyant approclier I'epoque de son abolition definitive, 
et ne pas se faire scrupuie d'arborer un pavilion etrau- 
ger qui pourrait les mettre a I'abri de toutc recherche. 
Cette perspective de la cessation tres prochaiiie d'uii 
commerce qui les enrichissait, puisqu'une seule en- 
treprise(|ui reussit est un ample dedoramagemcnt des 
pertesqu'on peut epronver, a du aussi leur faire braver 
tons les risques des amendes et des confiscations. 

(0 ^idresic riu C'onQixs d'-'Jix-Li-i'liiipelU , jirt'scnti.'o par lortl 
CasllcrtMt^li. 



ET POLITIQUES. S,}, 

Si I'on consiflere encore !a vaste e'tendue cles c6te« 
d'Afrifjue, Tim possibiliteclelesgardersur tousles points, 
on n'est plus surpris que tant tie navires negriers aient 
pu se soustraire a la sui-veillance et eviter la capture. 
(]es contraventions n'accusent point tic negligence on 
de tolerance les autorites ct Ics agens ties gouveriip- 
mens ; elles ne prouvenl que I'impuissance des lois re- 
pressives , et la necessite d'adopter un meilleiir systeme 
de police maritime. Jusqu'a ce que les puissances de " 
I'Europequi ont un pavilion, I'aient redige et adoptc , 
on ne p:'ut , sans injustice, deverser particulierement 
sur le gonvernenient francais , des infractions que les 
lois existantes ne peuvent prt-venir ni emjiecher. 

Mais il est a remarquor que I'Angleterre , qui nous 
accuse, n'a pas encore pu parvetiir clle-meme a I'abo- 
]ilion totale do la traite , dans ses propres colonies des 
Indes occideutales. Le bill denrpgistrenienl , qu'elle 
regarde coinrae r.ne mesure infaillible contre I'intro-r 
duction frauduleuse de nouve.nix esclaves , a epiouve 
de la part des autoriles coloniales uue resistance dont 
elle n'a pas encore trioinphe (i). Le gouvernement et 
le parlement , pour en forcer I'executiou , ont e!e oMi-» 
ges de recourir , dans la derniere session , a un tiouveau 
bill qui annule , a partir dn i*'' Janvier 1820, tonte 
vente de propriete avec des esclaves , lorsque ces escla- 
ves n'auraient pas ete dument enregislres. Cettc me- 
sure severe et contraire aux interets des colons , les di- 
recteurs dc la Societe Africaine la regartlent encore 
comme insuffisante ( inadequate ) , et proposent au gou- 



(i) lleuiew nj" the colonial slat'e registialio/i dels , etc. 23 "i- of 
februarj', 1820. 

35* 



548 SCIETNCES MORALES 

verneiuent de declarer acte de piralerie, crime de fc- 
. lonie , tout trafic d'esclaves , et de riicttre les dehnquaiis 
hors de la loi des nations. 

Assurement , il serait tres injuste d'inipiiter au gou- 
vernement anglais la non-execution pleine et eutiere 
de ses lois proliibitives dans ses propres colonies. 11 a 
cru devoir respecter I'aulorite legislative des colonies , 
en lui laissant I'application locale des niesures t[u'il 
avait adoptt'es. Ccpendaiit, il devait connallre assez 
I'esprit et Ics ini.erets de ces colonies , pour prevoir , 
coiniue I'avail prevu la Societe Africaiue, que , siVexi- 
cullon It iir tflail conjite , elle riaurait certainenient au- 
ciin resiihat. ( The work, if left lo them, ccrlainlj- would 
not be done. ) 

Du nioins, devait- on s'attendre a voir la traite abo- 
lie partout oii le gouvernement anglais ne peut trouver 
que des autorites soumises , empressees, interessees a 
faire executor ses ordresi Cependant, la meme, il ne 
peut se flatter d'un succi^s complet. II est vrai qu'il a 
aboli la traite dans Tile de la Trinite el dans tons ses 
etablissemens d'Afrique , depuis le Cap-Verd jusqu'au 
Cap-de-Bonne-Espcrauce, inenie au Cape-Coast-Castle ^ 
fj^ie, dans toutes les possessions anglaises , conime dans 
la mere-patrie, la loi ne reconiiait aucun esclave. On 
doit meme avouer que I'Angleterre a fail plus que d'a- 
boiir I'esclavage en Afrique ; elle s'est occupee particu- 
lierernent-et avec succes , dans des vues d'liumanile, 
aussi bien que de commerce, de la civilisation des peu- 
ples qui environnent ses etablissemens. Applaudissons 
surtout au zele bienfaiSant de ces socieles philanlhro- 
piques el chretiennes de Londres , auxquelles I'Afrique 
devra un jour I'adoucissement de ses moeurs, les bieu- 



ET POLITIQUES. Sjg 

faits de la vraie religion , ct les connaissances de la vie 
civilisee (i). 

Mais le commerce d'esclaves , gene par les croi- 
sieres anglaises sur les coles occidentales de TAfrique , 
s'est transporte presqiie en enlier sur la rive orientale, 
au Mozambique , a Madagascar; c'est Vile Mauritius 
( nagueres He de France), qui I'entrelient , et cette 
lie est sous la juridiction severe de I'Angleterre. Voici 
commes'exprimele rapport don t nous offrons I'analyse: 

« La traite entre Vile Maurice et Madagascar, Mo- 
zambique et d'autres points , a repris la plus grande 
activite , depuis le depart du major-general Hall qui 
avait su la reprimer par des mesures severes. Plusieurs 
petits batimens , ecrit-on en date du mois de juillet 
1819, ont depuis fait plusieurs vpyages a la cote orien- 
tale d'Afrique , en ont importe des esclaves dont le 
norabre , seulement dans le cours Ae jiiin dernier, elait 
de plus de sept cents. Les habitans, en general , pro- 
tegent les contrebandiers : on les a vus attaquer un 
detachement militaire qui avait arrete une cargaisou 
de negres au moment du debarqueraent , s'emparer 
des negres apres un combat sanglant, et les emmener 
dans les bois et les plantations. » Le nieme rapport 
cite plusieurs autres faits du meme genre , et les me- 
sures prises par le general Darling pour arreter de 
pareils desordres , les tribunaux de I'lle etant toujours 
disposes a une moUe indulgence pour les coupables. 

Si legouvernement anglais trouve tantde difficultes a 
faire executer ses propres lois, et s'il ne pent trionipber 
des obstacles que lui oppose I'appatd'un gain immense 

(i) Church Missionary Society to ^Jrica. — Bible Society. 



55j SCIEINCES morales 

pourquoi reprocher au gouverneniejit francais de n'a- 
\oir pas encore I'ait ce qu'il n'a pu faire encore lui- 
rneme? On ne revoque pas en cloule sa bonne foi ; 
pourquoi (lone lui aftribner la negligence oil la con- 
nivence (s'il en existe reellemeiil) des auloriles elablies 
dans ses colonies ? La vigilance la plus severe peul-elle 
toujours surprendre ies manoeuvres secretes de ces elres 
denatures, a qui la soif devorante de For fait braver 
tous Ies dangers el niepriser toutes Ies lois? 

Dans uno vasle adininistralion, i! est inevitable qu'il 
n'y ait pns quelqiirs niauvais cboix , ([uelques fonc- 
tionnairos plus alleulifs a ieurs interels personnel* 
qu'a ccux. dii gouveriicjuent qui Ies cmploie. Tous Ies 
prefets n'executent pas avec la iiidme exactitude Ies 
ord.es du niinislre. La garde qui veille sur le Iresor 
royal n'euipeclie pas toujours (|u'il ne soit vole. Le 
jninistre de la marine peat n'elre pas seconde par tous 
Ies einjiloyes qu'il a places ; il suflU , pour que sa con- 
duite soit exeuipte de blame , qu'il remplace ceux dont 
la negligence lui est demoniree. 

Mais, si nous repoussons Ies inculpations de la Societe 
Africaine et des cofi-espondaus (ju'elle entretient a 
grands frais dans nos colonies , nous ne pouvons lui 
savoir mauvais gre de recueilUr Ies Tails qui ecliappent 
a la surveillance du Gouvernement , de signaler Ies 
coujiables , d'appeler la reforine d'abus qu'il con- 
damne, et de provoquer la promulgation des lois pro- 
hibilives plus propres a oblenir I'abolilion desiree. Eile 
en reconr.ait cUe-mcme le besoiu; I'liumanile Ies re- 
clame. 

En attendant, il importe a I'honaeur de la France 
et du Gouv'erueuient de metlre au grand jour Ies for- 



ET T'OLlTlOL'E.s. .'I'lt 

fails des marchands de chaii- liuinaine : celle accusa- 
tion publique peut dcveiiir un moycii de reprimer leur 
audace. Le Soiu qu'iis pieuueut de se derober aux re- 
gards du public, aiinonce que , s'ils bra vent Ics cris de 
I'humanite et dc leur conscience, ils redoutent encore 
Ja honte et I'infaniie. Ce sont ces grands coupables que 
les amis de I'liuraanile doivenJ appeler en jugement. 
C est par ce motif, que nous ue sanrions approuyer 
Je soin qu'a pris I'honorable rapporteur deja cite de 
notre Chambre des Deputes (dout nous estimonspar- 
ticulierement le caractefe et les talens), dans son rap- 
port du 29 juin sur rimpprtante petition de M. More- 
nas , de justifier radministralion elle-meme , comma 
si elle se trouvait inculpee. Dewx fonctionnaires publics 
rapportent des faits, et vous disent : Voila ceque nous 
Savons de science cerlaine, ce que nous avons .euteodu, 
ce que flipus ayons vu ,die nos propres yeux, ^taut &ur 
les licux, et pendant tout le terns que nous y avons 
ele (i). On peut blamer la forn^e sous laqueJle ces de- 
nouciations sont presentees ; mais i\ nous seinble que 
ce n'est pas y repondre d'uae ^;a.eie.re satisfaisaoite , 
que de dire , a cha-que all4g?i'tioiii : « Cette assertion 
est iriexacte : an surplus , on attend lUne reponse de 
M. Schmaltz. — On a demande d:es renseignemens ; on 
attend les reponses d-u Sienegal et.de la Guadeloupe. — 
r.ette gffaire se fait; on attend le^ reiponses. — M. Blac- 
Jv^u'w'a aucyneconoaissance du /ait : au surplus, on 
a deiuaude sur ce grief un rapport a I'adjniuistration 
du Senegal , etc. » Le rapporteur doit lui-meme sou- 

(1) Petairia coatre la Traite des noirs , par J. IMorenas. Obsci- 
faliom iur la Tiaile des noirs ^ par M. r.ihbe Giut'iicelli- 



553 SCIENCES MOHALFS 

tirqnc les reponses «lcniaiidecs a des fonctioniiaircs in- 
ciilpes , ne sont pas elles-memes ties pereniptoires. 11 y 
a encore dans ce rapport ime plirasc <[ue nous ue pou- 
vons nous empeclier do rclever. Pour justifier Taclial et 
la vcnte des esclavcs dans I'intcrieur dc la colouie , le 
rapporteur s'exprlme ainsi : « Les lois ne proliibent 
point la vente des noirs dans I'interieur de la colonic : 
on les vend , on les achcte, sans violer aucnne loi ; les 
nc'greries de Saint-Louis ne sont pas detruites. » M. C. , 
en ecrivanl cette phrase, n'a pas fait attention que le 
Roi avait prisl'engagement d'ct/vo/Zr la traite parlout, 
dans les coloriiesfrancaises, et pour ton joitrs , etque Ton 
ne devait plus parler de ventes, d'achats , de captifs. 
D'ailleurs, on n'a pasbesoin, a Saint-Louis ni a Gorec, 
d'une surabondante provision d'esclaves pour la cul- 
ture. Si les luarchands qui y sont en rasserablent dans 
leurs negreries , ce n'est pas probablement poilr les y 
garder. Nous nous permettons ces observations dans 
I'interet du Gouvernement et de riiumanite. 

Au lieu de justifier des faits aussi crimincls , il vaut 
mieux , pour I'honneur de la nation francaise , les 
desavouer haulement, livrer les coupables a I'indigna- 
lion publiqne el aux tribunaux. On connait les ports 
de France d'oii s'eiancent ces prisons obscures qui vont 
cbercher a pleines voiles leurs victimes ; on connait 
les armateurs et les negocians qui font les frais de ces 
expeditions coupables ; les vils agens qui vont arrdcber 
a leurs foyers de paisibles habitans, les cliargent de 
chaines et les entassent au fond de cale des negriers ; 
on connait les ports , les baies , les anses oil ils deposent 
leurs iufames pirateries ; les forets et les plantations oil 
lis les cacheat; les consignataires qui president a la 



Ef POLITIQUES. 5?;3 

vente , et les prix cowans de eel horrible commerce. 
Quel intcrel le peuple fraricais et son Gouveriiement 
jieuvent-ils prendre a (]nek[ues cenlaines d'individus 
qui ne respeclent ni les lois de leur pays , ni les ordres 
de leur souverain , ni les droits sacrcs de I'liumanite? 
Qu'ils devieunent robjet de rexecration puLlique,ces 
luarcliands de chair humaine qui jellent a la mer, par 
douzaines , des malhcureux qui ont perdu la viie au 
fond de la cale infecte de leurs vaisseaux ; qui renfer- 
ment dans des lonneaux les esclaves qu'ils veulent sous- 
traire aux reclierches ; qui font pendrc ou fusilier ceux 
qui, dans le desespoir d'avoir ele arrachcs a leurs amis, 
a leurs parens , a leur patrie , voudraient se precipiter 
dans les Acts pour se soustraire aux soufFrances qu'oii 
leur prepare sous le fouet de leurs bourreaux. 

L'expose afTIigeant de ces cruautes sera peut-elre 
le sujet d'un second article. Nous ne citcrons que les 
faits les plus recens que nous trouvons dans le rapport 
de la Societe Africaine , oii ceux qui nous ont ete trans- 
mis par des correspondans bieu informes. C'est servir 
la cause de I'liumanite, que de mettre au grand jour 
tant d'horreurs , et notre recueil , consacre auxprogrcs 
de la civilisation, doit epouser etde'fendre celte cause 
sacree. Babey. 



TJTTERATURE. 

(r, or. lyui: kt pjiilologie. ) 

jNh^THOOE POCK L'h^SEl^.WEME]ST DES LASGUES , ^wr 

AJ.J.-J. Okdinaike, recteur de V Academic ttn 
BesanroTj. Prendere partie (i). 

C'est par Ifs progies des connaissances, et par cenx: 
fie la civilisalion ijiii en soul la suite, que I'esptBce hu- 
niaine peut obtcnir uu jonr la plus graiule sonmie de 
felicite a laquelle sa nature lui peruiette d'aspirer. Le 
perfectiouneraent des methodes, pour rendre molus 
ililficiles et plus solides les diverses eludes, lueritedonc 
uu interet e'gal a son extreme importance. 

Les liommes qui recoivent I'enseignement public, se 
divisent en trois classes. La plus nombreuse, obligee 
de se livrer a des travaux penibles pour subvenir a ses 
Lesoins journaliers, a^ant peu de lems pour cultiver 
ses facultes iutellectuelles, se borne a prendre dans les 
ecoles primaires des notions utiles au developpement 
de sou induslrie et a I'accomplissement de ses devoirs, 
rine autre classe est celle des eleves qui suivent les col- 
leges, sans avoir Ic dessein tie porter fort loin leur ius- 
1 ruction, les etats qu'ils doivenl exercer ne demandant 
<lesconnaissr. uces elenducs ni dans les sciences , ui dans 
la iitlerature. La tsoisienic classe , enfin , se compose : 
1° des jeunes gens qui, nes sans fortune ou avec uue 
fortune mediocre, veulent fonder leur existence ou 
Icur gloire sur leurs talens, en embrassant les profcs- 

,1) Paris, \^20. In 1 1 oihiction ft 31fimiel, r vol. in-i-J, Prix, 
o ir. ; i3o tableaux in-folio, pris en fciiilles, 3.5 fr. Livrets in-12, 
tontcnant la rc'pelilioii des tableaux; piix, 1 fr. So c. Colas, ioii'ri- 
B-i iir-libtaire, rue D;u)j>!iinc, n" ji. 



LriTEP.ATUHE. 555 

sions qui exigent le plus tie savoir, telles que la mede- 
oine, rinstruclion publique, la jurisprudencfi , etc.; 
2° (Ic ceux ([ui , nos dans une position brillaute, croieut 
avec raisonqu'ils ne sauraieut acquerir tropd'iiistruc- 
tion pour exercer dignement les emplois auxquels ils 
aspirent, ou pour devenir les bienfaiteurs de I'liuiua- 
nite, en repandant les lumieres et les ricliesses surceux. 
que le sort en a prives. Cetle troisit;me classe doit par- 
courir tons les degresde I'enseignement, el trouvedans 
]esj'aculte's\ei inoyens de completer I'instructionqu'elle 
a deja recue dans les ecoles pnmaires etdan<i ]es col- 
leges . 

D'apres cette division, qui est generalement adoptee, 
il est facile de determiner ((uelles sont les connaissances 
que chaque espece d'ecole doit donuer. Dans les ecolen 
primaires , les eafaus doivent apprendre les principes 
de la religion et de la morale a la porlee de leur ago, 
la lecture, I'ecrilure, les Siemens de raritlinieliqne , 
de la geomctrie, du dessin lineaire, ct uienie ceux de 
la musique, dont I'etude repanduedaus ie peupleadou- 
cirait les mocurs, en raeme terns qu'elie donncrast les 
nioyens d'augraenter I'-cclat de nos ceremonies rcli- 
gieuses. Je pense qu'il eonviendrait d'y ajouter les pre- 
jjiiers exercices de la gymnaslique , d* cet art si propre 
il conserver la sante el les bonnes inoeurs. L'onseigne- 
ment des colleges , <[ui suppose que renspigneuienl pri- 
uiaire a produit tons ses resultats dans I'esprit des en- 
fans, doit comprendre les langues iatine, grecque , 
frangaise ; les matheniatiques pures , le dessin , les e!e- 
mcns de la physique, do la cliimie, de I'lustoire uatu- 
relle, de la geographie, de I'liistoire , de la philoso- 
phie, dans laquelle je coiuprends la religion; il serait 
utile d'y joindre la juusiquoet la gymna-.tique. Eniin, 



556 LTTT^RATURE. 

}esjficulu's presentnroiil aux jeunes gens des cours com- 
plets , non-seulement des sciencps dont ils ont dii ap- 
prendre Ics cleincns dans les col'eges, niais encore de 
celles d'nn ordre plus elcve , qui, s'appuyant sur les 
premieres , doivent mettre cliacnn des eleves en etat de 
parcourir avec honneur la carriere dans laquellc il 
veul enlrer. 

II est nt'cessaire non-seulement ([ue clia([ne esj)ece 
d'ecoles offre les differens genres de lecons dont je viens 
de parler, niais encore qii'on ait la garantie que I'en- 
seignement est donne de la maniere la plus propre a 
communiquer les ide'es que les mailres sont char- 
ges de transmettre aux eleves. Cette garantie, deja 
tres importante pour ceux qui ne parcourent qn'un 
ou deux degres de Tinstruction pubbque , Test encore 
plus pour ceux qui les parcourent tons les trois. II ne 
faut pas que les eleves des colleges soicnt obliges d'y 
apprendre ce qn'on a du leur enseigner dans les ecoles 
primaircs; et il est essentiel qii'ils arrivent dans les 
facultes, avec toutes les idees et totites les notions, 
qui fornient les bases de renseignement superieur qn'on 
y donne. Toutes ccs conditions sont-elles aujourd'hui 
remplies ? 

Grace aux efforts reunis du gouvernement e( de la 
Societe pour I'instruction elementaire, I'enseignement 
primaire ne laissera bientot plus ricn a desirer anx 
amis de I'enfance. II ofTre toutes les garanties possibles 
quand il est donne, soit par la melhode siniullanee, 
specialcraent en usage chez les freres de la doctrine 
chretienne, soit par la metliode mutuelle, qui est la 
plus rapide et la plus sure de toutes. Mais renseigne- 
ment des colleges ue s'olTre pas sous un aspect aussi 
satisfaisant. D'abord , quoiqu'on I'ait augmcntedepuis 



LITTER ATLl RE. 55j 

tjuelques anne'es , il est loin d'etre complet ct d'etre 
en rapport avec les besoius de la civilisation , ([iii se 
sont accriis depuis trente ans avec le iiODjbre et I'elen- 
due des sciences. Je puisciter, a I'appuide cetle asser- 
tion , une brochure publiee par I'lin des meiubres les 
plus distingues de I'instruction publique , M. Rendu, 
oil il prouve la neceisite de faire marcher de front 
I'etudedes sciences etcelledes langues.Pour atteindre 
ce but, il ne suffirait pas de creer des chaires ; il fau- 
drait encore que les eli^ves trouvassent le tenis ncces- 
saire pour en profiter ; et le nombre des heures consa- 
cre'esau travail uepouvantaugiuenler a voloule , on se- 
rail force,avantd'elablirde nouveauxcours,de red n ire 
le terns occupe par I'etude des langues mortes; etude qui 
emploie pres des trois quarts des dix ou douze annees 
passees dans les colleges. Ainsi , on rendrait deja un 
service tres important a une jjortion considerable de 
la societe , en trouvant une methode qui abregeat 
I'enseignement du latin et du grec, auquel celui des 
autres sciences est evidemnient sacrifie. 

Quelque grand que soit un tel sacrifice , on le sup- 
porterait encore avec quelque resignation, s'il etait 
compense par la certitude qu'apres avoir acheve leurs 
classes, les jeunes gens possederont ces langues, dont 
I'etude leur a .coute tant de travail et cause tant de 
degouts. 

Ici , j'en appelle a tons les horames de bonne foi , et 
surtout aux peres de famille. En est-il beaucoup qui 
puissent affirmer qu'au sortir du colle'ge , ils savaient, 
je ne dirai pas les principes du latin et du grec qui se 
rapporlent a la grammaire generale , mais seulement 
les inots de ces deux langues , de manicre a poiivoir 
traduire uu auteur quelconque saus diclionnaire et 



558 LlTTfeRATURE. 

sans igraminaire,? La reponse dii plus grand nombre 
seiait negative ; rexperieuce est la pour le prouver. Kt 
n'est-ce pas line preuve bien forte du pen de siicccs de 
I'enseigncuioiil actuel, ijiie Ions ces onvrages publics 
depnis cincjnanle aiis siir celle inatiere, par des 
liomnies <lu plus grand nu^rile, et qui coniniencent 
tons par declarer que ce sont les tristes eflcts de la 
jnelhode siiivie jnsqii'a ce iour pour les langnes , qui 
leiir out fait prendre la plume? Cette melhode est done 
\icieuse : i" parce qu'clle emploie un tems beaucoup 
trop considerable, et dont une grande partie devrait 
elre consacree a d'autres objets ; a" parce qu'elle est 
insuJlisante pour apprendre le latin et le grec, pour 
transnicltre les notions capitalcs sans lesquelles on ne 
pout s'elever insqu'aux principes de ces Iftngues , et 
qu'elle porte dans I'esprit des jeunes gens , un desordre 
dont se ressentent les travaux de toute leur vie. On 
doit ineine regarder coninie un bonheur que cette prc- 
lendue mefliode ii'ole pas a tons ce gout du travail , 
qui leur est si necessaire pour reconimencer leurs etu- 
des apres avoir iivii leurs classes. 

M. Ordinaire, recteur de I'academie de Eesancon , 
frappe de ce double inconvenient, a long-lems ob- 
serve et reflechi pour en dccouvrir la cause et le re- 
mede. Ce n'est ni auxmaitres, qui sont pour la plupart 
picins de zele , ni aux eleves, qui, en general, ont de 
la bonne volonte, qu'il a pu attribuer les tristes resul- 
tats des etudes; c'est dans les vices de la methode qu'il 
en a vu la sonrco. Vn examen long et approfondi lui a 
pronve que le pen de succcs de cette metliode provient 
de ce qu'elle veut transmettre a la fois des idees de na- 
tvne dill'erente, qui, etant-ainsi presentees intenipestj- 
venient et sans ordrc , jettcnt dans I'intelligence la con- 
fusion , et le de'gout qui en est la suite. 



" LITTER ATLi RE. SSg 

M. Or(]inaire ne trouve dans les langues, comme 
■dans loLites les sciences, que deux espec.es d'idees qui 
se distinguent parfaitement ies unes des autres par le 
mode et I'epoque de leur formation. La premiere espece 
«st composee des iuees que 1 esprit recoit immediate- 
inent du dehors , el. qui ne sent que dos representations 
plus on raoins conformes aux objets exterieurs, ou aux 
signes par lesquels on desigue ces objets ; ellcs sont le 
resullat direct des sensations produiles dans notre in- 
telligence par les faits exterieurs : c'est par celte raison 
<jue I'auteur les appelle idees de fait. 

Les idees de la deuxieme esptce ne peuvent plus, 
connine celles de la premiere , etre formees ou rdveillees 
imraediatement dans I'esprit paries objets ou les signes 
e:rlcrieurs; elles ne se forment qu'a la suite des idees 
de fait, les suppose anterieurcmcntac;]uises etclassees ; 
elles sont ce produit d'un acte sponlane de i'esprit, 
d'une operation particuliere que I'lnlelligence execute 
par sa propre puissance sur les idees de fait d'une 
meme classe , ct par laquelle elle les compare pour 
saisir le lieti qui les enchaine , pour deditire le rapport 
qui les lie. L'auteur donne a cetle seconde espece d'idees 
le noin dJidtes de deduction. 

Vouiant determiner d'une raanicrc encore plus pre- 
cise, s'il est possible, la nature de ces deux especes 
d'idees, fixer la limite qui les separe et le point intel- 
lectuel oil commencent les idees de'ductives, M. Ordi- 
naire eut recours a I'experience et a I'observation, ces 
deux guides surs que I'liomnie ne doit jamais aban- 
ilonner dans ses Iravaux. II essaya de reveillcr en lui- 
nieme le souvenir du developpement de ses premiere* 
connaissances classiques, et s'assura bicntotqu'il avait 
cu lieu sous rinfluenoe de deux facultc's capitales, et 



r>Go LlTrERATL'KE. 

dout les produils peuvcnl elre corisideres comine for- 
juant deux branches distiiictes de riiilelligence. La pre- 
miere , Vattenlion , conforiuement a I'etyinologie de son 
nom, tendere ad, porlc Ics forces de I'ame sur les ob- 
jets exterieurs qui frappent les sens; elle preside a la 
formation des images : loutes les idees de fait naissent 
et resJeut sous son empire. Les coimaissances qui sout 
du ressort de I'usage dans les laugues , comrne les faits 
qui sorit la base de toules les sciences , n'ont pas d'autre 
origine. La deuxieine faculte, la reflexion [Jlcatere 
retro), qui suppose que I'exercice de I'attenlion est tres 
familier, replie les forces de la pensee sur la pensee 
ineuie , et lui fait counaitre ses propres actes ; elle pro- 
duit les dddiictions , les notions , (ju'oii pent encore appe- 
ler idees reJLectives. La conriaissance des principes dans 
line science quelconque, et spccialenieut en gram- 
maire , suppose I'einploi anterieur et I'exercice de la 
reflexion. 

La separation des idees endeuxesjoeces, dontchacune 
est du ressort d'une faculte differente , demandeque I'en- 
seignement des langues soit divise en deux parties bien 
distinctes. La premiere, consacree a I'enseignement des 
idees de fait, n'cxige que I'exercice de I'atlention , de 
celte faculte qui , cliez les enfans, est en meme tenis si 
forte et si mobile; tandis que la seconde partie, qui 
donne les moyens de transmettre aux eleves les deduc- 
tions , necessite de plus I'exercice de la reflexion, dont 
les operations , d'abord Ires lentes cliez ces memes en- 
fans , deviennent de plus en plus rapides a mesure 
qu'ils avancent en age. La reflexion ne pent s'exercer 
qu'apres I'attention, puiscjue c'e.=t cel!e-ci qui ras- 
senible dans I'intelligence les collections d'idees de faits, 
dont la reflexion, si j'ose m'exprimer ainsi , fait jaillir. 



LITTER ATURE. 56 1 

en les pressant les unes conlre les aatrps, I'klee de de- 
duction. La reflexion agit en qnelque sorte siir les idees 
de taft, coninie nne lentille de crista! sur les rayons 
solaires, lorscii-'elle les rassenibie en un seui point , en 
un foyer unique, oil reunis , ils deterniineut une to>-.i- 
bustion qu'ils n'avaient pu produire isoleraent. 

II devient desormais tres facile de reconnailre a 
quelle espece appartient une idee qnelconque; car il 
suffit pour cela de determiner quel est I'acte de I'intel- 
ligence qui preside a la formation de cette idee. Si on 
applique cetteriigle aux denominations grammalicales, 
on verra qu'eiles sont toutes mixtes, c'est-a-dire, qn'elles 
renferment a la fois des idees de fait et une idee de 
deduction. Par exemple, le noni d' o/jI/iI if ionne an. 
sixieme cas , convient a toutes les terminaisons, qui le 
marquent dans les declinaisons diffe'rentes : ce sonl-la. 
les idees de fait ; niais il expriuie aussi le rapport d'ex- 
traclion que designe ce cas , et voiia I'idee de deduction.. 
Celle-ci ne pouvant resuitor que de la connaissance des 
premieies, si le maitre commence par presenter I'idee 
de deduction a son eleve, celui-ci repetera les mots qui 
la composent, mais il n'y atlachera point un sens re- 
gulier. Ainsi , malgre les efforts du maitre et la bonne 
volontede I'eleve, ilsarriveront tous lesdenx a lafind'uu 
cours, ayant parle cliacun une langue diifererile avec 
les memes mots. Get exemple prouve a la fois I'cxistence 
des deux especes d'idees , I'avantage de leur separation , 
de I'ordre etabli dans leur presentation successive a 
I'esprit, etenfin ics inconveniens qui resultent du de- 
rangement de cet ordre. 

Dans toute raethode, soit pour les sciences, soit pour 
les langues , on doit done eviteravec le plus grand soin 
d'exciter en meme tcms les deux especes d'idees; et k 

TOME VIII. 3S 



:Ga LITTERATLRE. 

plus forte raison de tomnieucer ]'enseign(?ment des de- 
ductions, avaiit d'avoir Iransmis les idc'os do fait qui 
seulcs pcuvcnt los fairc naitre. (-'est a cc ujt'Iaiigo, 6ii 
a ce reiiverseiiicnl de I'ordre naturel , qui aflccleut 
plus ou inoins toules nos grammaiies , qu'il faut attri- 
bueilo trouble, le dcgout el tousles autres inconveuieiis 
qui s'attacbeut a renipioi dcs precedes que leurs au- 
tcLirs indiquent. En etfet, Jorsi[u'on prcseiite a I'esprit 
dcs eufans ies deduclio is avanl les idees de fait, il est 
impossible que los pieiuii-'ies aient iiti sens pour lui , 
pulsqu'i! ne connait pas les fails dont elles exprinient 
les rapports. Sa inemoire ne recevra done qu'une suite 
de njots, ou (ju'elle ne conservera pas, ou qui serouL 
pour e!!e un fardeau aussi pesanl qu'inutile. Car, de 
deux choses I'uno : ou renlaut ne rer.ueille jamais. 
Ies collections de fails aux(|uelles se rapporlent les de- 
ductions, el alors I'inutiliie de leur expression eiit in- 
contestable ; ou le hasard , qui preside seul a Tenseignc- 
inent actuel , lui fournira ces collections d'idees dont 
les deductions expriment les rapports ; niais , dans ce 
dernier cas, qui est le plus favorable, on n'avait pas 
besoin de charger sa inenioire d'une formule insigni- 
fiante, qu'il est oblige de rctrouver a nne epoque 
eloiguee par le secours d'e la reflexion. Loin de lui 
. epargner aucune peine, on I'a inutilemcnt fatigue, 
tandis qu'on aurait du I'exerccr sur les fails qui seuls 
etaient a sa portee. 

Maintenant, si nous considurons les resullats du me- 
lange des deux especes d'idees , nous les trouverons non 
moinsdeplorables. Lorsqii'ellessont oflerles sans ordre, 
etc'est ceqiii arrive par nosprelendues melhodes, il est 
evident que les deductions ne naisseut pas plus que 
dans le cas examine precedemment, et qu'elles sont de 



LITTERATURK. f;63 

nieme un fardeaii inutile pour la memoire , qui ne re- 
tieiidraqii'un ]ietit iioiiibre d'idecs cle fait sans liaison. 
Chacun se convaincra de la justesse de ces observations, 
s'il veut examiner de honne foi quels ont ete les re- 
sultats de scs etudes collegiales. II reconnaitra qu'a 
I'exception des idees de fait, dont , avec le terns, il a 
acquis I'usage , et au moyen desquelles il compose par 
routine des themes et des versions, soit en latin, soit 
engrec, il ne trouve dans son intelligetice que des 
notions vagues , incompletes et sans enchainemenl. 
• Quel noni donner a la methode qui , en inlervertis- 
sant ainsi I'ordre qu'appelle le developpemeiit naturel 
de nos facultes , porte la confusion et le trouble dans 
les idees de fait , sans parvenir a exciter uettement les 
deductions, ni a transmettre les principes dont elles 
sont la source , et a la recherche desquels dix anne'es de 
la jeunessesont cependantconsacrees? Si Ton considere 
les suites d'une telle lacune , dans les classes oil Ten' 
seignement s'eleve jusqu'a la litterature et a la philo- 
sophie, apercoit-on, dansun tel etatde choses,quelque 
possibilite de succes? Ces sciences supposent la connais- 
sance des fails classiques et des notions qui doivent en 
etre deduites ; si ces notions n'existent pas, a quoi le 
professeur rattachera-t-il le developpement des liautes 
considerations, qu'il est charge de presenter a seseleves? 
Telle est la veritable raison qui fait regarder comme 
inutile, a quelques bons esprils , I'etude du latin et du 
grec. lis n'y voient qu'nne etude de mots; tandis que 
si ces langues etaient bien enseignees , ils recon- 
naitraient qu'ea les apprenant aux jeunes gens , on a un 
puissant moyen d'exercer leur reflexion, deleur former 
un jugement droit et sur, qui ne leur sera pas moinS 
utile dans leur conduite morale, que dans leurs tra 

36* • 



564 LlTTtUATDllE. 

vaux inlellecluels. Telle est encore la vraic cause clu 

discredit oil est lombe I'enseignement de la phlloso- 

phie , de cette science qui doit coordonner loulcs nos 

connaissances , ct re\eiller les rapports qui les eu- 

cliainenl. 

D'apres ce qui a ele dit pre'cedemment des deux es- 
peces d'idees et de I'ordre de leur presentation a I'es- 
prit, il est evident qu'elles ne pen vent elreni transmises, 
ni excitees par les memos procedes, el que M. Ordinaire 
a du d'abord diriger ses recherclies vers ceux dont on 
doit se servir, pour enseignerles idees de fait. II refle- 
chissait sur cet important sujet, a I'epoque oil I'ensei- 
gnement mutuel se repandlt en France. Alors il etudia 
avec le plus grand soin cette methode , ainsi que celie 
de I'enseignement simultaue : il vitbienlot qu'elles doi- 
vent leur succes a ce que les idees qu'elles embrassent 
sont toutes de meme nature, sont toutes des ide'es de 
fait ; en meme terns il reconnut que I'enseignement 
mutuel est supe'rieur a tons les autres , par la rapidite 
et la surele des mojens de transmission qu'il emploie. 

Cette methode presente a I'esprit des enfans les signes 
cxcitateurs des idees de fait que renfermeot la lecture 
et I'ecriture, dans I'ordre le plus propre a rendre ces 
signes familiers,a lesfairereconnailre aussi facilement 
dans les combinaisons qu'ils afl'ectent , que dans leur 
isolement elementaire. De plus , les connaissances de 
ce genre se rangent dans I'esprit , et se manifestent en-- 
suite conforme'ment a I'ordre selon lequel elles ont 
ete excitees. Ainsi, toule cette methode repose sur la 
classification exterieure des signes dont les idees de 
fait sont les images. Remarquons aussi qu'elle a le grand 
avantage de commander et d'obtenir remploi le plus 
complet de rattention des eleves. 



LITTf.RATUHv:. 5fi.i 

Si TM. Ordinaire a des obligations a I'enseic^iiemeiit 
miituel , celle iiielhode iie lui eu aura pas iiioins : d'a- 
bord , parce (|ue son ouvrage donne les bases d'apres 
lesquelles on doit applicjuer les procedes de cet ensei- 
gneinent ; ensuite , parce qu'il prouve (jue, si les ap- 
plications c[a'on en a faites a diverses sciences n'ont 
pas renssi , c'cst non a la nielliode qu'il faul s'en pren- 
dre , luais bien a cenx qui I'ont employee nial a propDS. 
En effet , ces applications ne peuveut avoir aucun suc- 
ces,, si Ton n'a separe preliminairement les idees de 
deduction des idees de fait, qui sont les seules pour les- 
quelles les procedes de renseignement niutuel puissent 
etre fruclueux. Les tableaux synoptiques qu'on forme 
avec les notions et les principes d'une science quelcon- 
que , ne peuvent donner immedialement des connais- 
sances qui ne s'acquierent que par un acle interieurde 
I'intelligence, par la reflexion; ils ne servont qu'a 
maintenir dans I'esprit I'ordre qui doit exister entre 
les difFerentes parties d'une science, et a donner les 
jxioyens de classer les nouvelles idees qui se rattachent 
a I'une de ces parties. 

M. Ordinaire ayant ainsi trouve les bases de I'en- 
seignement des idees de fait, pour quelque science que 
ce soit , chercha a decouvrir quelles sont dans les lan- 
gues les connaissances de ce genre, afin d'y appliquer 
les procedes de I'enseigneinent mutuel , qui rem- 
plissent loutes les conditions necessaires pour operer 
la transmission de cette espece d'idees. Considerant 
la langue latine sous ce point de vue , il vit bienlot 
que les significations , les desinences et les forraules 
t-nonciatives des regies , sont les ide'es de fait de cette 
langue , et qu'elles en constituent la partie positive et 
matcrielle. En effet, les connaissances relatives i la 



^66 LlTTtRATURE. 

signification s'acquierent par I'lisage, comme celles 
qui soiit relatives aux lettres el aiix syllabes : il en est 
de mojiie des desinences. Je fais observer ici que le mot 
latin, declinable , presenle deux choses bien diilerentes: 
le radical qui, charge seul de la signification, denieure 
invariable coimue cllc ; el la desinence qui eprouve di- 
vers cliangemeus, suivant le nombre de rapports qu'elle 
doit indiquer entre les significations : I'un el I'aulre 
sont encore des fails comme les lettres , les syllabes et 
les significations. Ne considerant d'abord la regie que 
relativeiueut a Tacte de I'intelligence necessaire pour 
en connaitrela valeur el engeneraliser I'emploi , I'au- 
leur perdait de vue I'expression nialerielle dcstinee a 
la manifester. II ne tarda pas a la regarder comme une 
lorraule palpable , qui ofTre le modele des desinences 
precises el des formes delerminees qu'on doit em- 
ployer pour cxprimer correctement sa pensee, dans 
toutes les circonslances intellecluelles semblables. Sous 
ce point de vue, les regies peuvent etre classees, comme 
les significations et les desinences ; elles doivent i'elre, 
pour que I'esprit saclieoii les prendre dans lameruoirc. 
Apres avoir degage les idees de fait relatives a la 
langue latine , des idees de deduction qui en font ega- 
lenient partie , bien certain que les premieres, comrae 
celles que Iransmel I'enseignement mutuel , sont im- 
inediatement excitees par les objets qu'clles represen- 
tent , el reveillees par les signes qui remplacent ces 
objets , M. Ordinaire senlil le besoin de placer sur des 
tableaux disliucls, et dans I'ordre le plus favorable a 
leur excitation et a leur reproduction , lous les fails 
relalifs aux significations, aux desinences et aux regies., 
Trois especes de tableaux conliennent done , dans sa 
inetliode , le genre entier des fails de la langue laline : 



litt£rature. 567 

1*. TaJAeaux de nomcnclalurc on do radicaiix, pour 
donner la coiinaissance des significations. Ces labloaux 
sent destines a remplacer le dictioiinaiie , dans I'ein- 
ploi duquel I'auleur a reconnu de graves inconveniens. 
II a juge au moins inutile de faiie connaitre , par an- 
ticipation , aux eleves, des significations, dont ]a plu- 
part ne leur serviraient que plusieurs annees apres. 
Les premieres qu'il leur importe d'Spprendre sont 
celles des mots employes dans le premier oiivrage qu'ils 
auront a expliquer, c'est-a-dire , dans V Epitome His- 
torice Sacrce. Ce livre e'tant dans les mains de tons les 
eleves des classes elementaires , M. Ordinaire n'a pas 
cru avoir a examiner s'il est bien ou mal clioisi soirs le 
rapport de la purete du style ; il a pense qu'en lui en 
subsliluant un autre, quelque bon qu'il fiit, il com- 
promettrait I'amelioration importaute qui est le but 
iinmediat de sa melhode , et empecherait qu'elle ne fiit 
profitable au nombre immense d'eleves qui freqnentent 
les institutions publiques. C'est done du texte de V Epi- 
tome que M. Ordinaire a extrait les premiers mots , 
dont la signification doit etre apprise aux enfans. Apres 
les avoir separes par especes , et rapproches dans 
cliacune d'elles par families, il les a places sur des ta- 
bleaux distincts , vis-a-vis des mots francais qui en ex- 
priment le sens. 

2°. Tableaux de desinences. Ces tableaux pre'sentcnt 
toutes les terminaisons tant re'gulieres qu'irregulieres 
que les mots variables peuvent recevoir, et les termi- 
naisons fixes que les mots invariables alFecteut. lis com- 
prennent ainsi I'ensemble des parties du discours. 
Chacun d'eux porte un uumero de rappel ; ce numero 
est repete au-dessus de chaque famille de mots, ren- 
fermee dans les tableaux de nomenclature, et reveille 



568 LITTER ATU RE. 

aiasi les desinences du tableau-niodele, auqiiel cettc 
--fauiille so rapporle. 

3°. Tableaux de regies. lis ne doivcnt etre presentes 
a I'eleve que lorsque les precedens lui soiit j)aifaite- 
ment faiuiliers. A cette cpoque du cours , I'ordre dans 
lequel les cas se succedent etant invanablemont fixe 
dans la mnnoire des enfans, I'auteur a choisi cet ordre 
pour la classification des rcj^les. Dix tableaux con- 
tieiinent la totalite des regies epar-es dans lo rudiment 
de I.honiond : chacune d'elles , placee sons I'enoncia- 
tion du cas precis (|u'elie gouverue, reveille I'esptce de 
desinence particuliere a ce cas , et se trouve a son tour 
rcveillf'e par la desinence qu'elle determine, (.e pro- 
cede a I'avantage d'exiger de I'elevc des analyses re- 
£;uli(M-Ps , Jusque dans les moindres details , et de 1e 
familiariser parfailement avec la synlaxe purement 
pratique. 

Les tal)leaux de desinences et de regies sont destines 
a remplacer le rudiment de Lhomond , dans lequel 
I'auteur en a ])uise les elemens. M. Ordinaire , sans 
regarder ce livre comme digue de toute la confiance 
qu'on lui accorde, I'a employe parce qu'il est , comme 
V Epitome Historian Sacra; , entre les mains de tous les 
etudians; et que, dans ce moment, il est plus important 
de reformer le mode d'enseignement que la matiere 
enseignee. 

Je n'entrerai pas dans tous les details que I'auteur 
donne sur la formation et I'emplpi des tableaux. Pour 
elre bien compris , ces de'tails doivent etre etudies dans 
rouvragcnieme. Je renvoie done les lecteurs dc la /xew/r 
a la prciniiire partie de la Mtthode pour V cnscignement 
des langues. 

Cette premiere partie, la seule qui soit cucore pu- 



LITTfeRATURF. CG.) 

Liiee, contient, i" wne Jnlrodiiclion oil raiitcur expose 
ses priiicipcs ; a" im Manuel qui explique la maniere 
d'einployer les tableaux et cl'enchaincr les exercices 
relatifs a leur eniploi ; 3° cent tiente tableaux iri-folio, 
qui sout , coraine je I'ai deja dit, tie trois especes ; 
4° enfiu des livrets in-i?, , qui sont la repetition des ta- 
bleaux, h' Introduction et le Manuel forinent un vo- 
lume qui peut etre achele separeaient. 

Ladeuxieme partie, dont on doit deslrer la prompte 
publication, traitera de la formation des idees reflec- 
tives ou deduclives, de leur classification, et des nioyens 
de les exciter en presence des chaines d'idees de fait 
auxquelleselles correspondent. Ellerenfermerales prin- 
cipss de la graniinaire generate , ainsi que les elemens 
de la philosophie. 

Pour faire encore mieux apprecier I'importance du 
service que M. Ordinaire a rendu a renseignement en 
publiant la premiere partie de son ouvrage, j'indiquerai 
rapidement ici les pn'ncipaux avantages que doit pro- 
duire I'adoption de sa Methode. 

L'eraploi des tableaux donne tous les raoyens de 
iiiettre I'eleve en etat de traduire spontaneraent, a la 
fin d'une annee d'etude , V Epitome Historice Sacnv. 
Ainsi , a cette epoqiie , il pourrait entrcr en sixieme , 
resultat qu'on n'obtient pas en deux ou trois ans , par 
la Methode en usage aujourd'hui. 

Le dictionnaire, qui fait perdre un terns conside- 
rable, est remplace, de la maniere la plus avantageuse, 
par les tableaux de nomenclature. Les exorcices , qui 
y sont relatifs , n'exigent pas dans la premiere annee , 
ou ils emploient plus de terns, la vingtieme partie de 
celui qui serait consacre a la recherche des mots dans 
le dictionnaire. lis n'en exigent paseusuite lacentieme. 



5^0 LITTtRATURE. 

puisqu'a mesnre qu'on avancc flans I'etude du latin , 
Jes nomenclatures deviennent moins considerables. 
Ajoutons que cette Methode donnc aiix eleves tant de 
facilile pour traduirp, qii'au lieu de se borner, comme 
dans nos ccoles', a expliquer quelques pages d'un au- 
teur , ils rcxp'.iquenten enlier. 

Au uioyen des livrets qui ofTrent la representation 
exacte des grands tableaux, ct que chaque eleve cm- 
porleclicz hii, il empIoieutilenicnt,ctd'aprcs les ordres 
du ma lire, le terns qui s'e'coule cntre les leoons. Les 
parens peuveut etre eux-mcmes les repetiteurs de leurs 
enfans, s'assurer chaque jour de leurs progres, sans 
que 2>our ccla I'uniformite de I'enseignement soit de- 
truite. 

La nouvelle Metliode , quoiqu'elle exige toute I'at- 
tention des eleves, loin de les ennuyer, les captive, les 
interesse , ct influe ainsi de la maniere !a plus favo- 
rable sur leur caractere et sur leur sante, trop souvent 
alteres par I'ennui. 

II parait qu'en suivaut les precedes de M. Ordinaire, 
les eleves pourront, en trois ans , dans une ecole bien 
dirigee, etre mis en elat d'expliquer Tite-Live et Tacite. 

Les avantages de la nouvelle Methode sont deja 
prouve's par la pratique. M. Ordinaire etablit, il y a 
quelques annees , une ecole a P.esancon. Lorsque 
MM. les iri'ipecleurs geueraux des etudes, Rendu et 
Ampere, la visiterent, elle n'avait encore que quatre 
mois et deuii d'existence. lis recounurent, dans un 
premier examen , que les eleves de la division la plus 
avancee reprodmsaient, avec une imperturbable faci- 
lite, 1° toutes les desinences, tant regulieres qu'irre- 
giilieres , que les substantifs , pronoms , adjectifs ct 
\erbes peuvent aifeclcr ; 2° qu'ils savaient la significa-- 



LITTERATURE. 571 

tion (le 1,200 a i,3oo mots latins, malgre les clian- 
geuiciis faits aiix tableaux , pendant la durce du cours ; 
3° que I'un d'eux, plus jiiccoce , avail appris, en 
outre, les premiers tableaux de regies , et qu'il expli- 
quait correctement, et a livre ouvert, les passages de 
Y Epi'loine Histonce Sacrce , toutes les fois que ces pas- 
sages n'oftraient pas des inversions et des combinaisons 
de phrases etrangeres au ge'nie de la langue francaise ; 
4° que les eleves du deuxieme groupe suivaienl ceux 
du premier a une assez petite distance. Dans un second 
ex~amen , MM. les jnspecteurs generaux chercherent a 
recouivaitre jusqu'a quel point I'emploi des tableaux , 
qui avail si bien developpe la memoire , avail mis en 
jeu le jugement: ce second essai ne les satisfit pas 
moins que le premier. lis applaudirent aux travaux de 
M. Ordinaire, a ses vues pour Taveiiir, et I'engage- 
rent , avec la plus grande chaleur, a perse'verer dans 
cette belle eutreprise qu'il avail si bien commencee , 
et dont ils rendireut le compte le plus favorable a la 
commission d'instruction publique. 

Je ne puis mieux faire I'eloge de la theorie de 
M. Ordinaire, qu'en disant qu'elle me semble avoir la 
plus grande aualogie avec la inethode experimentale, 
ressuscitee par I'immortel Bacon , long-tems etoutfee 
par les faux systemcs el par les miserables arguties de 
recole; et qui, reparaissant au dix-huitieme siecle 
avec una nouvelle vie, a imprime, aux sciences phy- 
siques et aux arts qui en dppe;;dent, ce mouvement 
rapide , auquel ils doivenl les immenses progres qu'ils 
ont faits depuistrente ans. 

Tous les amis des progro> des bonnes etudes forme- 
ront , sans doute , avec inoi des voeux , pour que les 
chefs de I'instruction publique examinent attentive- 



571 LITTERATUllE. 

ment, et fassent recevoir , dans Icso'coles, une methodc 

dont la direction logique a de si grands resultats. 

U est a dcsirer que les peres de fatnille, les institu- 
leiirs et lous les amis de la jeunessc, prennent con-> 
naissarce de crfte uu'tliode. Ea I'etudianl avec soin , 
qu'ils ecarlent siirtoiit de leiir esprit les idees poli- 
tiquesqni, dans I'epoque oil nous vivons, se melent 
trop souvent a des olijels qui leur sont absolunient 
etrangprs, ct ernpt-client de les considerer sous leur 
veritable point de vuc. L'autcur ue demaude I'appui 
d'aucun parti ; il desire simplement qu'on decide s'il 
est avantagcux pour les jeunes gens do leur faire ap- 
])rendre plus prompteinenl et j)lus sureiuent les \an- 
gues anciennes , a I'etude desquellrs ils consacrent la 
plus grande partie du tcnis destine aux etudes , el de 
Jeur perniettre par-la d'a\oir une education plus com- 
plete. C'est une question qu'on pent examiner avec 
impartialite dans tons les pays et sous tous les gouver- 
nemens. 

Au milieu de I'agitation qui se manifeste parmi les 
homraes , rien n'estplus utile que deles occuper des 
ameliorations paisibles qu'appelle la philanthropic. 
J'emprunte a I'lntroduction de M. Ordinaire , ce pas- 
sage, qui me parail digne de I'attention des hommes 
d'Etat : « La tendance des csprits vers les recherches 
qui peuvent ameiiorer les melhodes , est la suite ne'- 
cessaire du progres des Inmieres. L'homme reflechi, 
loin de s'en eflrayer, doity voir legermedu repos de 
I'Europe. Ce mouvement, facile a regler , ne pent pro- 
duire que d'utiles resultats; il fait naturellement di- 
version a d'antres impulsions coiilemporaines, dont il 
prcvient les cxces, dont il oloigne le danger; mais, 
s'il ctait maladroilemeut comprime , si on otait ini- 



LITTliRATURE. S^S 

prudemment a la prodigieuse aclivite des esprits les 
moyens raisonnables de s'exercer el de se satisfaire, 
il serait a craiiulre qu'elle nc prlt cles routes moins 
innoceiites , et qu'elle ne fiit couime refoulee vers de 
redoutables aberrations. » 

M. Ordinaire a dedie son onvrage a son plus aij- 
cien , a son nieilleur ami, M. Droz, auteur de VEssai 
siir Van H'elre heureiix , et des Eludes siir le beau dans 
les arts. 

Les redacteurs de la Revue invitent les inslituteurs 
franjais et etrangers qui adopteront la nouvelle Me- 
thode , a leur faire connaitre les succes qu'ils auront 
obtenus. Nous entretiendrons nos lecteurs de la propa- 
gation d'une nicthode qui peut prodiiire, dans I'en- 
seignement public , des ameliorations de la plus haute 
importance. 

A. MiCHELOT , 

ancien elhve de I' E cole Polj technique. 



\\\VVVVVV\iV\'VV'\'Vi/VVVVVVVVVVVVVVW\\VV\'\\VVVVvVVV.\\<VVV\VV\'VVv\\ 



III. BULLETIN BIBLIOGRAPIIIQUE. 
LIVRES ETRANGERS (i). 



AMERIQUE. 

KTATS-UNrS. 

ifp. — A geolos^ical section of the west hnnk of the Huifson 
rii'cr. — Coin)e gt'ologique ile Ja rive occiJcntale dii fleijTe 
d'Hudson. Kc-w-York. 

197. — A r-oyage to Snulh-Amcricn , performed by onlerofthe 
americcn goi'ernment, in 181;; ttnd 1818. — Voyage daiisrAmt?- 
riqiie mdridionale, entrcpiis par ordre dn gouverneincnt dcs 
Elats-L'nis,,eii.i8i7 et 1818. ParH.-M. IkACKEKRinoE,. secretaire 
de la mission. Bidlipiore, 1819. 2 vol. in-8°. 

198. — Travels through the If'esierti country , etc. — Voj'ages 
par les contrce.s de TOiicst (des Etals-Unis) , contenant des no- 

W" tices sur, riiistou'c nalurx;lle, la lopographie, les antiquite's , Ta- 
{;ricnltitre , le commerce et les manufactures; par Dat'id Thomas. 
Philadelpliie , 1819. 

199. — A Memoir on the commerce and nai'igntion of the 
Black-Sen , etc. — Wemoire sur le coitimeice et la navigation 
de la Mer-Noire, sur le trafic el sur la gt'ograpliie maritime de la 
Turquie et de rKi;ypte j aver un volume de c.irtes. Par Henri 
DEAnnor.N. 2 vol. in -8*^. Boston, 181 9. 

Cest si'ulement en 1800 que , pour la premiere fois , le pavilion 
ame'ricain parut dans le port de Onsfanlinople. Les Turcs de- 
mandirent avec t'tonnement quelle e'lait la nation a laquelle le 
vaisseau appartenait , et si elle etait siluce dans ce qu'on appclait 
le Nouveau-Monde. Les fonctionnaircs turcs Crent des politr-s^es 
au capitaine, et on Inidonnaa entendre que le gouvernement ver- 



(i) Nous indiquerons, par unaste'risque (*) place' a cotedu tilre 
de ehaqiu- ouvrage , ccux des iivres ctrangcrs on francais qui 
paraUr(jnt dignes d'une attention particuiiere, et dout nous 
rendrons quelquefois comple dans la section des analyses. 



LIVRES ETRAjNGERS. 5^5 

rait avcc pUiisir que les Americuins env^:iyassent un nmbassadeur 
a Constantinople, ct entamassont line ne'gociation pour conclure 
un truife de commerce. 

La guerre, qui eclata bientot, ne permit pas aux Etats-IJnis 
de dopner suite a ces avances. ]\lais , en 1810, deux bAlimcns 
marchands de ces Etats , voulant passer par le dt;troit dcs Dar- 
danelles, ne purent conlinuer leur route, et Tordre fut donne', 
par le gouvernement turc, de ne laisser passer aucun batiment 
amcricain. Les Elats-Unis atlribuent cette defense aux intrigues 
de Tanibassadeur britanniquo, pres la Sublime-Porte. La Russie, 
qui trouverait de Tavanlage a faciliter au commerce arae'ricaia 
faeces de ses ports de la Mer-Noire, a fait d'inutiles demarches 
a Constantinople , pour obtenir qu'un ambassadeur des Etats- 
L'nis fftt accscdite , et que ces Etats eussent la fa.ulte de na\i- 
guer et de traflquer sur la Mer-Noire. On pretend que i'Angle- 
terre cmpuche conslamment quo ces demarches aient du succes. 
M. Dearborn , auteur du IMt'moire que nous aiinoncons, fiil sen- 
tjr les grands avantages qui re'sulteraient , pour I'Ameriqiie, da 
commerce avec la Turquie et la Mer -Noire. 11 se ilatte qu'apres 
avoir surmonte tant d'autres obstacles, les Etats -Unis icussiront 
aussi a e'carter ceux qui s'opposeut a rextensioa de leur com- 
merce, et que la jalousie mutuelJe des puissances d'Europe linira 
par procurer a ceus-ci des avantages que ciiaoone en par- 
ticiilier oe se soucierait peut-etre pas de leur faire obtenu". 

200. — 1,'he ICxiles return, a tale in 3 cantos; \%>ith other 
pieces y by a South Carolinian.. — Le retour de IVsiie' , conte ca 
3 chants ^ suivi d'autres pieces. Par un habitan/u de la Caroline 
meridionale. CLarics-Town , i8iy. 

EUROPE. 

AKGLETERRE. 

aoi. — The theory and practice of gas lighting , etc. — Theorie 
et pratique de Tcclairage par le gaz h^'drogene : avec un apercu 
bistorique sur la naissance et ies progri-s da cotte decouverte j 
des theories suf la lumlere, la combustion et la formation du 
charbon ; ct, enfin, une description claire et detaille'e du meillcur 
appareil a employer pour produire, rassembler et distribucr U 



5:6 LfVRES ETh ANGERS. 

giiz destine a Teclairage ; ornc di; quatorze plancfies. Pap 
T.-S. Pecrson, Londi'es , i8ao. Colburn. i vol in-S" dc 4^8 j.at;. 
Cct ouvragc est iin manui'l jiratique d'uae graiidu ulilite pour 
K's fondatcurs ou direcfcurs des (itublissemens d'eclairage par le 
gaz. Les deux preuners chapitres sout consacres a devtloppcr Ics 
avantages de cette nouvelle metliode sur Tancienne. On Irouve 
ensuile des reiuarques sur ies qualites du charbon, sur la ma- 
liiered'en tirer une plus graude quantite de gaz, etc. Le reste de 
Touvrage consiste en observations pratiques sur I'usage des re- 
lortes, des cuves dans lesquilles le gaz se purifie , des gazome- 
tres, des vases destines a recevoir la substance liquide, qui de'- 
charge le gaz j en sorlant du fourneau,elle est. noire, epaisse , re- 
sineuse, et les Anglais la nomnient Inr (goudron). On trouve en- 
core, dans cet ouvrage , des renseigneinens sur les reservoirs, 
les vases oil , apres la piemiere puriGcation, le gaz depose I'liuilu 
enipyreuraatique ; sur les siplions des principaux tuyaux; sur 
les bees par ou s'echappc le gaz enflamiac, avec des details 
exacts sur leur construction, la dimension qu'ils doivent avoir. 
L'auteur donne des calculs e'tendus sur la de'pense de ces ctablis- 
semens , et la vuleur de leurs produils j savoir : le gaz , le charbon 
i>rftl^, le goiidroii et Thuile cmpyreumatique. 11 recommande le 
re'gidateur de M. Clegg, pour la repartition e'gale du gaz dans les 
tuj'aur.. 11 indique la manicre de purifier le gaz , en le dislillant , 
des matieres e'trangeres ([ui s'y inelent quelquefois ; il donue aussi 
la metliode j suivre pour extraire du gaz liydrogine carbone de 
difl'e'rentes substances , telles que le papier et plusieurs sortes de 
bois, et fait conn^ttre le resultat qu'oa en peut obtenir par la 
quantite de gaz qu'elks produisent. M. Peckson a joint a son 
travail des notes interes^antes sur les usages auxquels on peut 
appiiquerlesproduitsde la cJistiilation du gaz. (Voycz cidessus, 

pag. 212.) 

._,o2. — The Emigrants' Guide to Upper Cnnnila , etc. — Le 
Guide des ^migrans dans le Haut-Canada, ou Esquisses de I'etat 
pre'sent de cetteprovince, tracees durant les annees 1817, 18 
et 19; par C. Stuart, capitaine retire', un des juges de pais du 
district occidental du Haut-Canada. Londres, 1820. 1 vol. in-12. 
8 shel. cartonne. 

ao3. — The Emigrants' true guide to the British settlemtnt» in 



LlVllES ETRANGERS. $77 

Upper Canada, etc. — Le -veritable guide ties e'migrans aui eta- 
blissemens anglais du Haut-Canada, par un fermierde Lancastre, 
Vresidant, precede de reraarques sur IVmigralion, rjui de'mon- 
trent les avantages que las etablisseiiitns anglais , dans Ics 
deux Canadas , ont sur ceux du Cap de Bonne - Esperance. 
Londres, 1820. 

ao4- — IVotes on Rio Janeiro, and the southern parts of Brazil. 
— Notes sur Rio Janeiro, et sur les parties sud du Bresil , prises 
pendant un se'jour de dix annees dans ce pays , depuis 1808 jus^ 
qu'a 1818, avec un appendice oii sent dtfcrits les signaux ne'ces- 
saires aux vaisseaux pour entrer dans le port de Rio Grande du 
Sul; avec de nouibreiises tables de commerce, des cartes et un 
plan, etc.; par John LnccocK.^oudres , 1820. Colburn. i vol. 
in-4° , 689 pages. 

Ces Notes manquent d'ordre ; Tauteur a rassemble toutes ses 
observations et tous les faits dont il a e'te temoin. Aupres de 
quelques details puerils ou de'ja connus , on en rencontre de fort 
interessans ; mais le cadre de I'ouvrage est vicieux. 

2o5. — Rules proposed for the governement of gaols, houses of 
correction, etc. — Reglemens proposes pour le regime inte'rieur 
des prisons, maisons de correction, de penitence, etc., suivis de 
plans pour la construction des prisons , et d'une description d'uu 
moulin a ble et d'un moulin a eau pour employer les prisonniers. 
Londres, i8'jo. Hatchard. i vol. in-S" de 65 pages , orne de plu- 
sieurs planches. Prix, 9 shellings. 

Get ouvrage, publie par une association eminemment utile et 
philanthropique ( la Societe pour rainelioration des prisons et 
la reformation des jeunes nialfaiteurs) , renferme tous les actes 
du Parlement d'AngleteiTe , relatifs aux prisons et a leur dis- 
cipline. La plupart de ces reglemens n'etaient plus en vigueur 
depuis long-tems, et I'liumanite, ainsi que la morale publique, 
avaient egaiement a souflVir de I'etat de misere et de dt-'pravafion 
oij languissaient les prisonniers. Les membres de cette respectable 
Societe' ont rassemble ici tous les documens qui leur sent parvenus 
sur rinterieur des prisons ; ils y ont joint des remarquts iort ju- 
dicieuses sur la necessite d'introduire des travaux rcguliors dans 
les maisons de detention ; d'assainir et de diviser le local de ma- 
niere a eviter les communications entro les prisonniers des deus 
TOMR yur. 37 



S58 LIVRES ]fcTfiA]\GKr.S. 

SBjCt"^, ct ii, classf r les tiiali'aileurs siiivant leurs degivs ile criuii - 
uiJilu. On troiivu Uans lapi>eiiciir,e, jilMCo a la fin de rouViaf;e , 
line indication dcs travaux qui convieiineni pailiciilitTfmpnt aux 
detenus , ainsi que les niodeles ti'iin luoulin a hie ct d'un niou- 
liu aeau, proprcs a employer plnsieurs porsonnes et a leur dou- 
ner Tin esercice utile ;i leur santc: on y a joint plusicnrs plans 
p;;opose's pour la conslinclion dcs prisons, qui so recommantient 
par dts viics sagos, morales et philantliropiqnes. La publication 
de cetouvrage est un nouvcau bicnfait de la ijocietc' britanniquc, 
qvi ne se borpe pas a remedier anx maux de rAngletcrrc, niais 
qui elend sa sollicitude sur riiucaanite en gcnc'ral. 

ao6. — A Sjiteni nf'educn lion for the inj'nnl King of Rome , 
And other french princes of tfft O/oofl , etc. — ^ Plan d'education 
pour le Roi dc Rome et les autres princes du sang, dresse par in 
Conseil-d'litat imperial, sous rinsprction personnelle de I'em- 
pereur Wapok'on. Londres, 1820. Longman, i vol. in-8". Prix , 
8 siiellkigs. (.Voy. /fe^•. Eni-ycL, lomeV I , p.ng. 612.) 

307. — Obscrfiitions on the political, moral, etc. — Observa- 
lions sur iVtat moral , politique et ri-ligieux du monde civilise' , 
au cominencemcnt du dix-neu\i^me sitcle; par H. G. Macnat. , 
D. i^I., «Ic. Londres, 1820. A Paris, chcz Galignaui, rue Vi- 
vicnne , n° 18. 

ao8. — IHentoirs of Grimville Sharp , esq. — Memoires de 
Gianville Sb»ip esq. , redif;c's d'aprcs sts manuscrits originanx , 
ct d'apres les documens aulhenliques qui sont en la possession 
de sa famille elderinstitulionafricaine; parPRiKCElloARE, accbni- 
pagne's dJobserTations sur les e'crits de crilitjue biblique de 
Rl. Sharp ,, par !e trts reverend lord, e'vcque de S.-Uavid. Lon- 
don, printed fqr Henry Colburn and co. 1820. ln-4"- ■ 

M. Granville Sliarp, un dcs philanthropes les plus dislingnc's 
de TAngletcrre, homme religieux et ami de la liberie, a public sur 
ces deux objels une fonle d'ccrits inle'ressans; majs il s'est distin- 
gue spccialcment par son zcle a defcndre ks maliieureux Africains. 
ITaprcs ses efforts, f'ut ailonlee dt'fiuitivement la maxime ((u'en 
meltant le pied sur le sol de la Grandc-Brctagne les noirs sont 
lilires. Quantl on apprit qn'un iuiiime m-grier ( Collingv^food ) , 
voyant )a cialadio sur son b;\timent cb.argc d'esclaves, en avait 



LIVRES ETRAKGERS. f^^ij ■ 

fait jefer i33 a la mcr, M. Granville Sharp fit retcnfir dans loule 
TEurope un cricrhorreur, etcefut pour iui une occasion nouvelle 
de di'ployerscs talenset sonactivite en f'avcur dcs noirs. II fut ua 
desprincipauxcooperateurs dela fondationde la colonic do Scrra- 
Leone. Get homme dc bien est mort a Londres, en i8i3, ^ ■jS ans. 
La socit'te intitulee Institution africaine Iui a erige', en iSifi, un 
monument a Westminster. Ses Me'moires , publies par Prince 
Iloare, sont un peu difl'us, c'est le dcfaut dc la plupait des bio- 
graphies anglaises j mais en general ils sont tres curicux et riches 
en documcns. 

209.^ — JYotices illustrative of the dmwinf^s. — Notices servant a 
expliquer les dessins et les esqiiisses de quolquas-uns dcs meiUrcs 
les plus dislingues de tontes les principales ecoles de dessin ; par 
feu Henry Revelet. Londres, 1820. Lougruan ; i vol. iii-b". 
2^8 pages. 

Get ouvrage a ete laisse' imparfait par Tauteurdont la mort est 
venue arreter les travaux Son ills , M. Revelej', c daul yux soili- 
citations des amis des beaus-arls, a consciiti a ij.\w piirailre le 
manuscritqueluiavaitlegue sonpere; m.iiscen'est qii'apres I'avoir 
fait retoucher par un litterateur qonuu , et verse dans I'etude de 
la peinture. 11 existait deja , en Angleterre, plusieurs ouvrages 
remarquahlcs spr cet art, et sur celui de la gravure ; mais, per- 
sonne n'avait encore peose a oflVir au 'public des rechcrchcs et 
des remarques surles dessius et les esquisses des grands mailres. 
Quoique ces ebauches soient souvent imparfaites , elles ne peu- 
vent manquer d'inlo'resser les artistes, en leur montrant , pour 
ainsidire, le premier jetde la pensee du peintre. Toute I'inten- 
tion , toute Tenergie du genie se retroiive presque toujnurs dans 
Tesquisse d\in tableau, 011 le lini dc la eomposition n'afFaiblit pas 
Texpression premiere. On regrette que I'auteur n'ait pas eu le 
terns ou le talent de de'velopper les idt'es que nous venous d'ex- 
primer. II s'est trop souvent borne a des details arid( s, mais qui 
sont encore precleux pour les peintres. Le nombre de ces notices 
comprend les oeuvres de pres de 3oo artistes celebres. Elles sont 
classees dans Fordre suivant : 1° peintres d'histoire 5 2° peintres 
de portraits; j" peintres d'anitnaux 5 4° paysagistes; 5° peintres 
de marines. Ghacjue classe est rangee chronologiquenient; et un 
index alphabe'tique aide les rechcrchcs. INous citerons une de ces 



58o LIVRES ETJIAKGERS. 

notices , pour ilonner a nos lecteurs line ide'e du style et du rnc- 
rite de I'ouvrage. 

t< Jf^illiam Hogarth s'acquit line le'pntalion immortelle, non- 
seulement en AnglcterrCj inais dans toutc TEurope, par la ma- 
niere dont il cxecuta I'heureuse et originalc id(Je d'instruire ct de 
corrigcr avec son pinceau , en reprcscntant les incidens gais ou 
tristes qui composent la vie , et en les ratlachant a un but moral. 
11 adoptait un sujct qu'il dirisait en scenes dramatiques , et 
conduisait par degr(?s les spectatcurs a un denouement habile- 
nient prepare. Les dessins qui nous reslcnt de ce grand maitre 
sont en petit nombre et a peine ebauches. Ce soot presque tous 
des figures dctachdes, choisies ca et la dans le monde , et desti- 
ne'esa faire partie de quelques-uns de ses tableaux. A I'expositiou 
des dessins appartenant a IVl. Millington, a Haymarket, en 1^84, 
on remarquait trois dessins historiques de cet artiste : una es- 
quisse satirique sur les arts , une autre sur le theatre, et une 
troisieme repre'sentant I'apprenti de Londres. La premiere e'tait 
compos^e de figures grotesques, esquisse'es a I'encre de Chine , et 
fort remarquables par une expression fine et plaisantc. Laseconde 
e'tait executee au crayon noir, sur du papier bleu ; mais, il etait 
presque impossible de de'couvrir ce qu'elle devait reprcsenter. 
Sur la troisierae, dessinee avec de la mine de plomb , on voyait 
I'apprenti attache a une croix. » 

Sans ctre aussi ctenducs et aussi compl(5tes qu'on pouvait le 
desirer, ces notices contiennent des faitsinteressans, et serontap- 
preciees par les artistes. 

POLOGNE. 

310. — Podroz do Wloch, etc. — Voyage en Italic dans les 
anne'es i8i5 et 1816 , par le Comte Stanislas Duwrn Borkowski, 
I vol. in- 8". Varsovie , N. Gliicksberg, 1820. 

Malgre le grand nombre d'ouvrages qui existent sur I'ltalie, 
on lit encore celui-ci avec interet. L'auteur donne souvent du 
neuf, et montre qu'il est aussi profond observateur que savant 
philologue et connaisseur dans les arts. 

9.11. — ^ Pielgzym w Dohromilu , etc. — Le Pelerin a Dobro- 
rail, ou Lecons champetres, suivies de Wouvelles ; troisieme 



LIVRES ETRANGERS. 58r 

edition, I vol. in-12, orne de 4> figures litbographie'es. Var- 
sovie , IV. Gliicksberg. 1820. 

Get ouvrage, destine a servir de lecture an peuple dus cam- 
pagnes, est de la princesse Isabelle Czartoryska. II contient 
iin abre'ge dc I'Histoire de Pologne , avec qiielqiies contes mo- 
laux. Lc style de ce livre est simple, a la porte'e des lecteurs 
auxqiiels il est destine. Un second volume dans lequel seront 
exposes sous une forme agrcable, les principcs de la morale, est 
(leja sous presse, el paraitra incessamment. 

212. — Marzenia Tassa, etc, — Les veille'es du Tasse , traduites 
de Pitalien par Adam Rasperowski, i vol. in-S", Varsovie, im- 
primerie de Nowolipie, 1820. 

Le traducteura rendu un grand service a la litte'rature polonaise, en 
I'cnrichissantd'une des prod uctionsderimmortel poetedeFerrare. 

2 1 3. — Dziela dramalyczne Boguslawshiego , etc. — OEuvres 
dramatiques de Bogdslawski , i5 vol. in-S", avec Ggures et por- 
traits. Varsovie, imprimerie dc N. Gliicksberg. 1820 • 

Get ouvrage est une des plus belles entreprises litte'raires qui 
aient e'te faites en Pologne ; il parait par livraisons de trois vo- 
luqies accompagnes de gravures. La premiere est de'ja en vente ; 
les autres paraitront succc^sivement de trois mois en trois mois. 
Le nom de I'auteur se recommande principalement par les ser- 
vices qu'il a rendus a la nation polonaise. Ci-devant directeur du 
theatre national, il en est aussi le fondaleur, et ce sont ses ou- 
vrages qui ont servi de base a ce monument de sa gloire. Le prin- 
cipal me'rlte de ses pieces consiste dans leur originalite' et dans 
les caracteres bien trace's des personnages qu'il met en scene. 
Beaucoup sont traduites du francais , de I'italien , de I'anglais et 
de Tallemand, et ces dernieres sont principalement remarquables 
par la ve'rite avec laquelle elles sont rendues. Ghacune d'elles est 
precedee d'une notice biographique sur leur auteur original , 
d'unc analyse de la piece traduite, et d'une critique des autres 
productions du meme auteur. Dans le premier volume se trouve 
rhistoire de la fondation et des progres du Tlie'atre polonais , et a 
la fin de chacun , une biograpliie d'un des principaux acteurs de 
ce the'iltre , mort ou retire de la scene. 

L'auteur n'a rien neglige pour rendre Te'dition qu'il donne de 
ses OEuvros digne dc Finteret du public. L'impression surtout est 



iSa LIVRES tXRANGERS. 

exlrumeracnt soignee, et prouvc que lart de Timprimerie qui 
avail t'ttj si long-tims neijlige en Pologne , a fait aujouril'hni ties 
progrcs qui rendcnt nos pn-sses dignes de rival.stir avec celles 
des autres pays de rKiirope. Cetle amelioration est due surlout a 
M. Gliicksberg, qui , seconde d'un protc qui a travaillc a Paris , 
chez r'irinin Didot, est parvi nu a ^galer presque la beaulede 
I'ejccution des livrcs qui sortint des presses de ce ct'lebre typo- 
graphe. 

2 1 4- — Hjhvan , dziennifi iwtih Icsnyck , etc. — Sylvain , jour- 
nal des Forets. Varsovie, IN. Gliicksberi;, 7820. 

Get ouyragc, qui parail partrimestre , et dont il a e'te deja publiti 
trois numrros accocnpagnes d'un grand nombre de planches, est 
rcdige par plusieurs savans, et par les principaux professciirs de 
rUnivcrsite dc Varslovie. 11 traite de la zoologie, de I'arpenlage , 
de la bofanique, de reconoinie rurale, de radministration des 
forSts , etc. II suffira, pour le recommander, de nommer son 
principal reJacteur , M. Ic comte Louis Plater, deja connu par 
ses vastes connaissances et sa profonde erudition. 

2i5. — Portrety -wstawionjch Polaliow, efc. — Portraits des 
celebres Polonais. Livraisons i''^, 2« ctS'^, grand in-folio , pap. 
-vt'l. Varsovie, imprimerie dc N. Gliicksberg , 1820. — Opvrage 
redige par M. le comte Chodkiewicz ct M. I'abbe' Czarnecki. 

On a fait de cerecueil unouvrage de luxe par les soius qui ont 
t'te donna's a son impression , ainsi qu'aux portraits lithographies 
qui Tenrichissent. Les derniers sont d'une resserablance parfaite, 
ct approchent pour le Cni dc la taille-douce. lis ont ele executes 
par INI. Sliwicki. 

ALLEMAGNE 

21G. — Algce aquatica. — Herbes aqualiques qui se trouvent 
surles cotes du pays de Jever , et de la Frise orientale, recueil- 
Iles et se'chees par O. H. B. Jcrgens, de Jever. i — iGcahiers , 
1816— 1819. 21 pages de texte in-folio, et looalgues sechees. 
Prix, 20 fr. Hanovre , Ham. 

M. Jurgens merite la rtconnaissance de tons les amateurs de 
la botanique, surlout de ccux qui dcmeurent a unc grande dis- 
tance de la nicr, puisqu'il leur oflVe le moyen do remplir, a peu 
dc frais , une lacuce iraportante qui so trouve dans la piupart 



LIVRES ETRANGERS. 583 

des Iierbiers. Pour formei- la collection d'unc si.grande quant itc 
de jijantes, il avail plus d'une diliioultc a vaiacre, surtout en les 
j)reparant pour etre conservc'es. EUcs sont secliiies avec un soia 
extreme, et sc trouvcnt place'es dans les caliiors entre deux 
icuilles blanches, accompagne'es de leur description en langue 
latine. Les plus fragiles de ces algues sont collees siir une i'euiile 
(le papier detaclie'e, et les plus tcndres des coascrves sur une 
ffcuillede verre de Moscovie. 

2 1 J. — Symbolik unci MylJiologik — Symbolicjne , et My- 
Ihologique des anciens pcuplcs, ctprincipalementdes Grecs, par 
I'VeJcrich Ceedtzer, professeur de litferature ancienne, a Hei- 
delberg. Tom. II, 2' edition. LeipsicU. , 1820. 

]\1. Creutzer, justement ce'lebre par les lecons qu'il donne A 
rUniversite de Heidelberg, a cre'e pour la Mythologie une ere 
nouvclle : ce n'est plus une serie iucohe'rente de fables inge'- 
nicuses, o'est un systeme complet de fictions utiles, dont la base 
repose toujours sur des notions d'agriculturc , ou sur des pre^ 
ceptes de morale, c'est la philosophio elle-memc rendue sensible 
par des images, parlant quelquefois un langage intelligible an 
vulgaire, mais conservant toujours toute sa majcste'. Plus 
d'une fois, M. Creutzer, en dc'veloppant cette scionce noavello 
(|iii lui appartient, a excite I'enthousiasme et letounement de, 
ses nombreux auditeurs, Cest pour eux qu'il a public' sa premiere 
edition. II voulait, a ce qu'il nous apprend modestement, leur 
donncr un guide pour Tetude de la mythologie ; mais ils s'a- 
percurent promptement que ces premieres esquisses e'taient un 
traitc complet sur la matiere. L'Ailemagne y rcconnut partout 
la main du maitre. Dc toutes parts on demandait une seconde 
edition; M. Creutzer la donna, et ce fut vraiment un ouvrage 
nouveau. L'lade , la Perse , TEgypte , remplirenl le premier vo- 
lume. L^examen que Tauteur fait des religions de ces contre'cs , 
familiarise son lecteuravec I'etat des beaux-arts, chez les peuples 
(|iu les habitaient : les monumens de I'archilecture sont decrits ; 
ceux de la litteratnre sont analyse's. Tout ce qu'on a public re- 
eemment, tant en Angleterrc qu'en Francs, sur les regions onen- 
tales , a ete soigneusemcnt mis a profit. M. Creutzer ns dit riea 
qui ne soit fonde en fait : il a pour garans les auteurs les plus 
eslimcs, tels que le president Joaes, Klcnker, lieeren , Hammer, 



584 LIVRES ETRANGEKS. 

Polief, Gcerros , la commission d'Egyptc, etc. , etc. Tontes leHrs 
rechcrclies lui appartiennont ; car il en a fait unc ctiidc profondc, 
el en a compose un corps de doctrine qui, jusqifa cc jour, imin- 
qiiail aux sciences. 

Dans le second volume, I'anteur s'arrete encore ud moment 
aux religions de I'Asie. II y trouvc Venus, Cybclc , Adonis, 
Aite'mise, Priape , etc., etc. De-la il nous conduit a Carthage j 
puis il nous fait aborder a Lcmnos , et nous entretient dii cidle 
des anciens Pelages. Deux grands poefes paraisscnt cnsuite sur 
la scene mythologique ; cc sont Horn) re et He'siode. M. Creufzcr 
examine surtout les cliangcmens que la Myf hologic a subis de leur 
tcms. Enfin il passe en revue toutes les Diviniltis grecques , et 
celles qui appartiennent a la vieille Italic. L'on s'occupe de tra- 
duire cet ouvrage en francais. Ce sera un veritable service rendu 
a noire littc'raturc; peut-etre conviendra-t-il de faire d'assez, 
nombreux retrancliemens : si les longueurs he dc'plaisent pas aux 
Allemands , elles rebutentles lecteurs francais. Pu. Golbert. 

218 — lahrbuch tier hdusliclien Andacht, etc. — Annuaire 
dejla devotion domestique et dc Televalion du cceur, public par 
F. S. Vater, pour I'annee 1820. 1 vol. in-S" de 344 P''S^*) avec 
gravures et 2 planches dc musique. Gotha , Becker. 

Presqu'un huitieme des productions litte'raires, qui paraissent 
en Allemagtic, sont des livres theologiques et asce'fiques ; il 
n'est done point etonnant que l'on ait adopte aussi pour eux la 
forme de publication pe'riodique , par mois, par trimestre ou par 
anne'e. L'ouvrage que nous annoncons paraitdepuis 1819, et sera 
continue, les annees suivantes. L'e'diteur et le plus grand nombre 
des collaborateurs occupent de hautes dignite's eccle'siastiques et 
jouissent d'une grande re'putation litleraire. Parmi les divers 
morccaux qui composent cet ouvrage, nous avons remarque deux 
traites de la priere , I'un par Demnie et I'antre par Veillodter ; 
plusicurs meditations de Fiedge et de Munter ; un cantique 
admirable par Rosenmiillcr ; et plusieurs prieres sublimes par 
madamc de Reck , ne'e comlesse de Medem , dont le nom n'est pas 
inconnu en France. 

219. — jEncyclopaedie tier gcsamtnlcn treymauercy . — EnCy- 
clopc'die de toutc la franc-macouncrie ct des autres socicfes se- 



LIVRES ETRANGEKS. 585 

rretes qui s'y ratlachent: par C. Lenning. 2 vol. in-8°. Leipsick, 
1830. Chez Brockhaus. 

Depuis que Ic rife de la franc-maconneric nest plus un mys- 
tere, les livres qui divulgufnt tout ce qui sc passe dans le sanc- 
tuaire dcs loges sent en si grand nombrc, qu'ils, foraient una 
branche de la litte'rature alletnande, et que M. Lenning a ete a 
meme d'y recueillir environ 4000 articles qui, range's par ordre 
alphabctique, font connaitre I'origine, I'histoire, la geographic , 
la stalistique, le systtine, ies sectes , les grades, la hierarchie, 
les hieroglyphes , les symboles, les usages, la terminologie , la 
bibliographie et la biographie de la franc-maconnerie. Comine 
M. Lenning est lui-meme membre de cette societti , comme il a 
beaucoup voyage, et possede lesnombreux ouvragesqui traitent, 
dans toutes les langues, de la franc-maconnerie, il est a pre'su- 
mer que son encyclopddie offre un ensemble couiplet. 

220. — Der t'ehlheir nach F^orbihlern der Allen. — Le Chef 
d'arme'e, d'apres le modcle des anciensj par le general comte de 
BisMARK, au service de Wurtembcrg. 1 vol. in-B". Carlsrhue, 
chez Midler. 1820. 

L'auteur, hanovrien denaissance, et olEcier dans I'armee d'un 
Etat constitutionnel , se niontre dans cet ouvrage en penseur 
profond , foulant aux pieds les prcjuge's de la noblesse de son 
pays natal. Anime de principes ve'ritablement nobles, il marche 
avec son siecle, professe les maximes de la ve'ritable inde'pen- 
dance, et rapporfe toutes ses pensees , toutes ses actions, au 
bien-etre ge'neral de la societe'. Pour ne pas heurter de front des 
pre'juges qui ne sont encore qu'a peine ^teints, et des passions 
qui, dans ces dernicrs tems, se sont rallume'es avec assez de vi- 
vacite', M. de Bismark a eu le bon esprit de developper ses ide'es 
par des exemples tires de Fhistoire ancienne , en leur laissant ce- 
pendant toute leur fraicheur, et en mettant le lecteur a memo 
d'en faire aisement Tapplication au besoin artuel. 11 considere le 
chef d'une armee comme le garant de la sftrete du citoycn et de la 
liberte de la nation dont il est le serviteur principal , et qui lui a 
confie ce qu'elle a de plus cher et de plus sacre; il'le considere 
comme I'organe de la divinitc qui veut incontestahlement que les 
hommes , tant dans lenrs rapports individuels que nationaux, 
soient en tout tems prott'ges, libres ct Iieuretix. II s'ensuit qu'un 



5SG HVRES ETRAKGERS. 

general no snurait clre rinstrument de rojipressibn, sans ilerogei 

ii ses tlignitcs, sans fic'trirson lionnenr. 

221. — J-oaiinis Jauiv Elenienta araninicce linsuce. — Ele'raens 
de la langue clialda^o - syricnne par J. Jahw, traduits de Falle- 
inand en lalio par A. Oberleixner. Yienne, 1820. Schmid. 
I vol. in-80. 

Deja, en 1793, fen le professeiir Jahn fit paraitreen langue alle- 
mande la premiere edition de cette gramuiaire. Le profcsseur 
Ober!i:itiicr, en publiant celte metnc gratninaire en langue latine, 
la enliu'cnient rcfondue, d'apres les reclierches des philologucs 
modernes Ics plus cstimes. Plusicurs clioses superflues ont ele 
supprimees, et I'ensemble a cte mis au niveau de I'etat actuel de 
la science. 

222. — Ma^tfiou ipiAo(70(pou ■ZBi-'i KZTXfX^^ recensuit , et cum an- 
noUitionihus criticis eiUdit Euuardus Gjeehaisdius. Lipsis. 1831. 

Maximus i-tait contemporaiu de Fcmpcreur Julien , qui fut son 
eleve. 11 nous reste de lui un poeme astrologiquc. Jusqu'ici ce 
poeme n'avait ])as cte' imprime scparement ; on le Irouvait dans la 
bibliotlitque grecque de Fabricius, acconipagne d'une detestable 
version latino. Le texte est fort altcre , sans qu'on puisse y remc'dier 
par la coraparaison des manuscrils, attendu que jusqu'a ce jour 011 
n'cn connait qifun seul, celui de Medicis. Les iraprimeurs ineme 
avaienl conspire contre c„t auleur, en ajoutant leurs fautes a 
celles des copistes et des traducteurs. Cest dans cct ctat deplo- 
rable que Maximus fut reimprime' dans la seconde edition de la 
Bihliolheca grceca, publiee par Haries. Toutefois Wesseling et 
Dorville avaient signale' un grand norabre d'incorrcctions. Sans 
doutc JMasinius est uu auteur bien mediocre j mais , il y aurail eu 
de la part d'un editeur quelque me'rite a profiter des rcmarques 
dc ses devanciers, en y ajoutant les siennes : il nous aurait du 
moius donne un fextc lisible et (]ne!ques notes utiles. Cest ceque 
n'a point fait I\I. Gebhard , qui d'ailleurs laisse apcreevoir une ne- 
gligence impardonnable. II n'a pas meme juge a propos de fairu 
une introduction : il a lance son Maximus dans Ic monde comma 
s'il etait connu de tous , et que sa rcnommee le dispens:tt de tout 
averlissemenl prealable. Ceprndant, I'oa peut etre fort instruit 
sans connattrc!\lasimus; K's savans meme sont divine's sur la ques- 
tion de savoir si le poeme (mi'ou lui altribue est cflecliTemeDt dw 



LIVRES i:rR ANGERS. 587 

lui, ou si ion doit ie donrnT a (|iiel(|iic pocle plus ancicn dii 
terns de Callimnque ou d'Apollonjus. C'esfun point (i4j"il iinpor- 
tait d'examiiier. Autre fjuestion : Les fiajjincns dii poamc dcs 
Travaiix et des Jours, attribue fuussement u Orplie'e, concordent 
jiarfois mot poiu' mot avec les vers de Maximus. Wesscling ct 
'J'jTwhitt en conclueot qiieces IVaginens appartieuncnt efi'ective- 
menl au mcme pocmc. Lunz contesfe celte concliisioD. Que de- 
cider? M. Gebhard se tail... II ne s'occupe, dans le cours de ces 
notes, qu'a enseigncr a Maximus les regies de la grammaire do 
Jiuttmann. Apres cela, il s'iiiquiete peu de defigurer sou auteur, 
et de lui enlever la seule chose qui le caracterise. Je veux parler 
de la division du poeme en chapilres : c'est une diflormitc en 
poc'sie, sans doutej uiais, il s'agit bleu dc pof-sie dans Touvragc 
de Maximus. 11 n'a de prix que pour I'histoire iilteraire : il ne fal- 
lait done pas en oter ce qui fait le cachet des poemfs didactiques 
du uieme terns. On sail que le poeme des Pierres , attribue' a Or- 
phee ; celui des Plantes , dont Tautcur est inconnu; enfin, ua 
fragment de Marcellus Sidetes , sont pareilleiucnt divises en cha- 
pitres. Cette division e'tait a Tecrit ce qu'est une inscription a un 
monument de mauvais goflt, et M. Gebhard a arrache Tinscrip- 
tion sans re'parer le monument. Pour conclure , IMaximus n'a pas 
encore rccu les honneurs d'une t'llilion ; et .Vi. GcMiard , en pu- 
bliant son opuscule , n'a fait que Find quer a des hommes plus 
liabiies. Ph. Golbert. 

223. — Pindarus JVerke. — 0/\uvres de PinJare ; Poriginal ct 
la traduction mefrique; avec des notes. Par T. Tuiehsch. 2 vol. 
grand in-8'^. Leipsik, 1820. Ch .z Itilsrher. Prix, 22 fr. 

C'est pour la premiere fois qu<! les oeuvres du plus diiliclledes 
poetcs grecs out et(- com|ile'temont traduites , meme avec les frag- 
nicns, en vers allemandsilu meme metre (jueroriginal. M. Thiersch 
s'est acquitte' dij;nement de cette entreprise hardie. La traduction 
estfidele; elle rend vers par vers Toriginal , el cepcndant ricn 
n'y paraH force. Le texte grec est conforme aux meilleures e'di- 
fions. L'introduclion traite de la inu5i(iue grecque et de I'hanno- 
nie rliythmique, relafivement a Pindare ; elle fait connattre le su- 
jet et I'occasion de chaque ode. On y traite en general de I'origine 
de la poesie dramatique a Athenes. L'onvrage est tcrmine parua 
tableau clironologiquc des poesies dc Pindare, 



588 LIVUES KTRANGERS. 

aaj. — Meisls Theatmlisches Quodlibtt. — Collectionde tontes 
les pieces cotniques ou burlesques, ccrites pour le thr.1tre de 
Lcopoldstadt a Vienne; par Charles Metsi. 5 6 vol. in-8°. Pesth , 
Hartleben, 1820. 

L'autcur est Tun dos poetes populaires Ics plus en vogue de 
Vienne. Ses productions consistent pour la plupart en me'lodra- 
mes , parodies et farces. Ce sont les Irois derniers volumes de la 
collection que nous annoncons cornme venant de paraitre : la pu- 
blication des trois premiers date d'une cpoque anterieure. 

a25. — Eherts aUgeineines hihllographisches Lexicon. — Dic- 
tionnaire gc'nc'ral de bibliographic ; par Ebert j 3' livraison ; in-Zi" 
de 276 pages. Leipsik, 1820. Brockhaus. 

INous avons deja fait connaitre ( Ret'. F.ncycl. , vol. V, pag. 3,38; 
et vol. VII, pag. 147) la belle entreprise de M. Brockhaus, de 
Dresde, qui publie le dictionnaire bibliographique le plus correct 
qui soil connu. L'auteur a trouvc pour ce vaste travail une assis- 
tance unique, tant dans la riche collection de la bibliotheque de 
Dresde , dont il est le directeur, que dans le zele de I'e'diteur a 
lui fournlr, au moyen de sa correspondance dans tous les pays 
civilise's, les maleriaux les plus pre'cieux. La troisienie livraison 
que nous venons de recevoir , s'etend depuis COL, jusqu'a 
F A H R. A mesure que les livraisons se succedent, Tediteur 
en fait preparer a Paris une edition francaise, revue par Tauteur. 

Henrichs. 
SUISSE. 

226. — Essai sur la peritonile aigiie ; par Jean-Nicnlas-1 acin~ 
the DdI'RE , de Gruyt-rcs, au canton de Fribourg, 1820. Brochure 
de 24 pages j in-8». Filler. 

Cet ouvrage, qui est le coup d'essai d'un jeune medecin, fait 
bien augurer de ses talens. La doctrine de Tintlammation du pe- 
ritoine y est de'veloppec avec ordre et melhodc, et d'une maniere 
claire et pre'cise, d'apres les meilleurs auteurs. M. Dupre y a 
joint des observations inle'ressantes , fruits de ses propres lu- 
micres et de sa pratique. 

227. — Letiies ccritc-s (I'ltalic, en 1812 eti8ij, a M.CIiarlesPic- 
tet, I'un des redacteurs de la Bibliotheque brilannique; par Ere- 
dcrie Lullim ile Chateauviecx ; seconde edition , corrige'e et 



LIVRES ETR ANGERS. 689 

augmente'e. Geneve, 1820. Jn-80 Jc 3o fcuilles uu quart. Prix, 
6 francs. 

2a8. — Memorial pour les trauaux de guerre, 'pavQ.H.DvFOXiB., 
lieutenant -colonel du genie, membre de la legion - d'honneur j 
I vol. in-8° de vii et 879 pag. 1820. Geneve, chez J. J. Pascboud, 
imp. -lib. J et a Paris , meme maison de commerce, rue de Seine , 
no 48. 

L'auteur, charge par la commission militaire fe'de'rale d'ensei- 
gner la fortification passagere a I'Ecole centrale de Thoune , ou- 
verte I'aune'e deraitre , a cru devoir publier le texte de ses lecons , 
pour faciliter aui jeunes olUciers suisses I'etude de cette brancbe 
si importante de I'e'tat de la guerre , et pour leur rappeler , dans 
le cours de leurs services, les difl'eVens objets sur lesquels aurait 
roule I'instructiou qui leur est donnee. II n'a point eu la pre'ten- 
tion de faire un ouvrage meilieur que ceux deja connus; il a seu- 
iement cherche a rassembler, dans un volume portatif, tout ce 
qui est strictement necessaire a rofficier du genie ou de I'e'tat- 
major , lorsqu'il est en campagne. Pour diminuer un peu la se- 
cheresse du sujet, il a joint quelques citations a I'appuides pre- 
ceptes qu'il de'veloppe; il a trace rapidement I'attaque et la 
defense des retranchemens ■ il a mis les troupes en action, eta 
saisi avec empressement toutes les occasions de developper quel- 
ques principes de tactique ge'ne'rale. La marche qu'il a suivie a 
I'avantage de faire sentir qu'il ne peut y avoir de bon officier que 
celui qui n'est point exclusif , et qui ne reste point etranger aux 
services difl'erens du sien. 

L'ouvrage est divise en quatorzc chapitres, subdivise's en sec- 
tions , qui le sont, a leur tour , en paragraphes. L'auteur, ci-de- 
vant commandant de son arme a Corfou , et qui a recu , cette 
aniree , le brevet de lieutenant- colonel-federal du ge'nie, juste re- 
compense de ses travaux , termine I'avertissement qui precede 
son ouvrage d'une maniere qui fait I'eloge de son coeur, etatteste 
samodestie. « Si j'atteins ,dit-il, le but que je me propose ; si mes 
faibles connaissances me permettent de rendre quelques services a 
ma patrie ; c'est aux precieuses communications de mes anciens 
camarades et de mes chefs , que je le dois , bien plus qu'a ma pro- 
pre expedience et a mes moyens personnels. Qu'ils sachent done, 
j>i jamais ils liseot cette page , que leur anciep frere d'armes n'a 



5j)o LIVRES feriiAKGERS. 

point oiil)!ie Ifnrs bons ofllccs- (j'.i'il porle iin cceiir rrconnuissini.' , 
et (|iril SL' gloiiiu'ra loujours dc pailagemvcc eux le litre J'au- 
cicn e'lfve tic l''l£(.o!(; iiolytechnique w 

L'ovivrafje est accninj);ij;n<; dc stpt planches; on Ics doit an hti- 
rin de MM. Dcville et A. Boiivier, I'it vcs dislingiius de I'Ecok- de 
gravure, institue'c par les soiiis de lu Soricte pour I avaiiccuK iit 
desarts, sons la direction dii cclc'bro yraveur Kicolas ischenker. 
Ces jeunes artistes ont etc couronncs tous deux au coiicoiirs do 
culle annee. Ce n'est assuromenl pas uo des moindres services 
rendus a Geneve, depuis sa restauration , que retabJisscntunt 
dans ses niurs, d'une ecole de cette esptxe ; en efietjdans unpajis 
ou ron ciiltive , a"voc autant de succes et un 2cle aussi soutenu , 
les arts el Ics sciences, ili'tait plusqu'extraordinairc de r.e pas trou- 
ver un seul artiste en e'lat de graver convenaliliment les ))luncbcs 
des ouvrages scientifiques ou autres qui sortent journellcnicnt de 
nos presses , et d'etre , sous ce rapport , tributaires de pays etran- 
gers que nous sommes accoutume's a envisiiger conimc les nulrcs, 
en maticrc d'ohjet d'art. Gr^ee a i'interel l)ienveinant que ii- gou- 
verntment et la Sociefe des Arts tenioii^ncnt a cetfe nouveile ins- 
titution; grSce a I'habilete du mailre, i.t a rc'mulatlon deseleves, 
il y a lieu d'esperer que sous trts pen uanuecs nous possederons 
plusicurs bous artistes dans Ic genre de la gravure. A. 

229. — Le Lac etc Geneve , imitation libre de rallemand j avec 
cetle epigraphe : A/on lac est le pivniier — Voltaire. Brochure 
in-S" de 24 i)ages. Gen^v'e, an maga.sin de riiutel du (Musce. iS^o. 
Prix, I fr. 

La ]iresence rt'cenle de M. Maftliis^on, a Geneve, a fait relire, 
au Iradnctcur, la charmante piece de' vers qne notre iac a inspiree 
a cet aiinable poete ; regrelt;int qu'nn si petit nombre des habi- 
tans dc ses rives fftt a meme dVn jouir, il a essa>e' de bur en 
donner une iJle'c. Sachons done gr^ au spiritue! Iraducleur davoii^ 
fait coanaitfe anx leclenrs franrais cette joSie production, qui , 
quoique composce par M. Matlhisson , presque au commence- 
ment de sa carriere politique , nVn jiitsse pas moins , avec raison , 
pour un de ses chefs-d'oeuvre. Les poesies de M. IMatihisson ont 
etc reimprime'es ii plusieurs reprises; la piece dont nous- nous oc- 
cupotis aujourd'hui , n'avait , dans le principe , que trcnl'c-.si.^ 
strophes; Tauteur Ta augmcntee , depuis ^ de sept autres. qui 



LIVUKS ETRAINGERS. nyt 

ne sont pas los moins intcres«antes de I'oiivrage. Ce sont les ^^' , 
S'jG', 32', 33«, j\' ct 35^^ dos dernitres editions. Lcs notes se 
sont aussi accrues a proportion. Ce nVst pas, comma on sail, 
le seul poeme dans lefjiiel IM. iMatttiisson ait consacre' ses ac- 
cens a di.'crire notre belle contre'e. Lc i-ecneil de sr s poc'sics est 
parseme (le plusieiirs aiitres pieces de vers, qui celtbrent soit 
notre lac, soit des villes on villages situe's siir ses bords. Ra;e- 
ment sa muse entreprend des Iravaux d'une si longiie liaicine que 
le petit poeme dont nous rcudons comple; le plus souvcnt, file 
se plait a hriller dans ce genre vague et gracieux, dans lequel les 
Alleraands excellent , et sont si riches; duns ce genre , en un mot , 
dont les productions exhale'es au moment d'une emotion un pcu 
vive , seniblent ne pas devoir cl(?passer la duree du soupir qui les 
a fait nailre. Les raorceaux enchanteurs des Annies de renfaiice 
et de VElrsee , sont des modeles de griJce et de naivete. Un sa- 
Tant allemand , lieinsius, en donnant a M. Malthisson une place 
distinguee , pa''mi ses rivaux , dansTotle, I'ele'gic et la chanson, 
le place a leuv tele dans la partie de la poe'sie descriptive qu'il ap- 
poUe pocsie du paysagf . 

L'imitation, dont nous avotis a rcndre compfe, n'est pas fn's 
riche do poesie ; cependant, elle n'est pas sans mc'rite , quoiqu'on 
y rencontre plusieurs ne'gligences et quelques expressions pro- 
saiques. Le traducteur ayant ecrit son poeme en strophes de six 
vers, tandis que celirs de son auteur n'en ont que quatre, il s'est 
Tu tres souvent dans la ne'cessite' d'ajouter au texte. Au reste, ces 
additions ne de'parent nullemcnt I'ouvrage , ptiisque lc traducteur 
a su y faire contribuer les diverscs autrcs pieces de I'auteur 
stir lc memo siijet. 11 a le me'rite d'avoir enrichi sa traduction 
dc notes intere?santes , ct d'une esptce de nomenclature assez 
agreable des ecrivains qui, soit en prose , soit eu vers, ont ce- 
Icbre' le lac de Geneve , ou ses environs. Line jolie vignette , due 
a M. Ansparh, jeunc graveur qui donne beaucoup d'espe'rance , 
orne le litre de I'ouvrage ; die represente le lac de Geneve , et la 
chainc des Alpes, vus du joli village de Prcgo)', pr^s Geneve. 



23o. — L'electrontotore per/}eiuo , etc. — L'elcctromoteur per- 
pdtuel. Traile'de I'abbc Giuseppe Zambohi, profcsseurdc physique 



592 LIVRES ETllATNGFRS. 

au lyct'e Imp. Roy. dc Verone. Vc'i'onc, iSao. Iii-8° avec <\c.» 

planolies. 

L'oiivragc est ilivise en deux parties, dont il n'a paru jusqirA 
present cjue la premiere. L'atitcur est avantageusemcnt coniin par 
ses decoiivertes, et par sa pita eteltrica secco , qu'on voudrait 
iifiwlcv c'/eclroinotcur perpeluel. 11 avait public, des 1812, une 
dissertation sur ce sujet ; il I'a reproduite , en y joignant tout ce 
qu'il y a de favorable a sa dccouverte jusqu'a present. On lui 
impute un pen de redondance et quelques superQuiles ; c'est 
<[u'en s'adressant aux professeurs de la science, il n'a pas oublie 
les eleves. Au reste, on ne pourra lui refuser le me'rite d'avoir 
expose les idees d'autrui avec assez de precision, et d'y avoir 
ajoutc plusieurs observations toutes neuves et tres curieuses. 

i^i ■ — Deir enianazione dei fluidi acrijormi dalla terra , etc. — 
Des fluides aeriformes qui emanent dela terre, etde leur analogic 
avecla matiere rayonnante qui emanc des astres doue's d^une lu- 
uiiere propre ; theorie d'^fZ^Z/^/ie Corti. Venise, 1820. In-S". 

L'auteur, s'appuyant sur Tclasticite parfaite de Fair, et sur 
son extreme rare'faction vers sa circonference , pretend que le 
mouvenient le plus le'ger, communique aux parties inferieures de 
I'air, doit devenir excessif dans les parties superieures. De-la, 
il de'duit, avec un peu trop de confiance, qu'une quantite d'air 
est continAment lancee au-dela de Fatraosphere , et assez loin 
pour qu'attire'e par des globes voisins, elle nc retourne plus au 
uotre. Quelleque soit la probabilite de satlie'orie, M. Corti ne rend 
pas raison pourquoi notre atmospliere n'a pas ete' , dcpuis long- 
tems, epuise. II n'a ni calcule ui determine le terns qui serait ne- 
oessairepour apercevoir une sensible diminution de I'atmosphere. 

232. — De' coningi et delta cura de' lori ejfetti , etc. ■ — • Des 
contagions et du traitement de leurs effets : lecons medicales 
pratiques, par M. f^'aleruino-Luigi Bbera, professeur dans FUni- 
versite I. H. de Padoue, etc. Padoue, 1818. i"^"^ vol. in-S". 

On distingue , dans ce Traite , Tesprit de sagesse et de prudence 
de l'auteur. 11 suit toujours les faits et les observations^ mais, 
parfois , il avauce quelque tiieorie que ne sauraient adopter ses 
collegues. IMalgre quelques idees hypothe'tiques , les praticiens 
pourront puiser, dans cet ouvragc , des lecons fort utiles. 

333. — Sulla resiitinione del naso, etc. — Sur la reproduction 



LIVRES ETRANGERS. SgB 

du nez. Rapport fait par M. ^/te/'t de Schowberg. Naples, 1819; 
avfc Jes planches. 

Cette operation cliinirgicale t'tait jadis connue et pratiquee, 
des le Sfizitinc siccle , dans la Sicile, par les deux Branca , pere 
et flls; et , dans la Calabre , par les families Vianco et Bojano-' 
Ensuite, Gaspare Tagliacozzi la pratiqua a Bologne , et Cortesi, 
aprus lui , vers la moitie du dix-sej)tieme siecle {voy. Portal, 
UUloire de la chirurgie). L'ne me'tliodc dill'e'rente , pour parvenir 
au mcme but, est usite'e, dit-on, dans les Indes , et vient d'etre 
introduite en Europe par M. Carpue, Anglais; elle a ete beau- 
coup perfectionnc'c parGraefe, chirurgien prussien. M. de Schon- 
berg a prefere , a la iniitliode indienne , malgrc' les ameliorations 
f[u'el!e a subies , la methode ancienne des Italien* ; il en donue les 
uiolifs dans son opuscule. 

234. — Sulla neceisith di proibire le citazioni dcgV tnterpreti , etc. 
— Sur la necessite de prohiber les citations des intcrpretes et des 
<locteurs, dans les allegations et dans les sentences. Reflexions 
logiques et It'gales de Tavocat Odoardo-AIiclieli Pellegmivi , etc. 
Lucques, 1820. ln-8°. 

La prohibition que reclame Tauteur, d'apres plusieurs le'gisla- 
teurs anciens, a ete renouvelee, panui les modernes , par Fre- 
deric II, et surtout par le roi de Naples, au terns du marquis 
Tanucci, son ministre. Ce fat alors que le cclebre Filangieri sou- 
tint la nouvelle ordonnance du roi, centre les fumultueuses de- 
clamations des avocats napolitains. On a depuis proclame' la 
meme regie , pour les Etats de I'Autriche et pour le Pie'mont. 
y\. Pellegrini , comme jadis Filangieri, s'e'tudie a de'montrer de 
uouveau la necessite de cette regie, eta eninculquer la pratique 5 
ce qui monlre combien Fctat de la jurisprudeuce a besoin d'etre 
I'eforme en Italic. 

235. — Delle riuoluzioni d''Italia , etc. — Des revolutions 
d'italie , par Carlo Dekiiva ; avec des additions et des corrections 
inedites del'auteur. Milan, 1820. 3 vol. in-8". 

La continuation des revolutions d^Italie, depuis iijiS jusqu'a 
1^92, sous le tilre A^ Italic mode me , avait paru pleine d'erreurs. 
L'auteur entreprit de les corriger sur un exemplaire de re'dition 
faite a Venise, en 1793. A cette occasion, il retoucha I'ouvrage 
«a{icr da Revolutions. Apres sa mort, cat exemplaire, corrige 

TOME VIII. 38 



5<,4 LIVRES 6tRA1NGF,1;S. 

ct amc'liore , toniba entrc les mains de Giuseppe Micali, connu 
pnr soil Histoiic <ritalie avanl la dotiii nation cits linmains. La 
Socicte typograpldcjuc Acs classiques ilalicns a eu Ic honhcur 
cracqiic'rir ce prt'cieiix travail, ct Ta bientot public avec asscz 
J'exaclitiule et ilc concrtion. 

23G. — ylbregc tie VHistoiietle Stiuoie , clcpiiis Ics Romaics 
jusqira la restitution tlu duclie', a S. IVl. It; roi dc Sardaigne. An- 
necy, 1820. Petit \.ol. in-i2,de 107 pages. Alexis Burtiet , itu- 
primcur^ et se trouvc a Chanibi'ry , clicz Puthod, libraire. 

L'auteur n'a eu probablement en vue que le premier digve dc 
I'instruction t'k'mentaire. II commence par un precis de I'Histoire 
de Savoie avant Rerold ; c'cat-a-dire , depuis Tepoquc oi'i les pou- 
ples de Savoie furent soumis aux Romains , jusqu^a Tan 998. En- 
suite , il divise son Abre'ge historique en trois parties, dont la 
premiere conticr.t les comles de Savoie, la secoude les dues , et 
la troisieme , les rois. La premiere periode est de 418 ans ■■, la se- 
conde, de 3o2 ansj et la derniere, de 97 ans. L'auteur a consacre 
six cliapitres a I'elat de la religion , du gouvernement , dc I'ad- 
ministration de la justice, des revcnus publics, Je la fovce-airuce, 
de Tindusfrie, du commerce, Je la liltcrature et de Tinstruetion 
publique, aux diverses epoques de i'liistoire du pays; et Luit 
cbapltres aux c'vcnemens dc la re'volulion, depuis I'enlree des 
Francais en Savoie. II est presumable que cette derniere pariie 
n^obticndra pas Tapprobation de toutcs les classes de lecteuis. 
Cet Ahn'gc , tout resscrre qu'il ^st dims ses e'lroites limites, pent 
donner unc premiere idee dc TKistoirc dc Savoie, et inspirer le 
(lesir de connalfre plus amplement les annales de cc pays ct de 
la maison qui y ri'gne. 

23^. — 3Jeiiione clella R. yicadetiiia dclle Sclcnze di J'oriiio. 
— JNIe'moires de I'Acadt-mie royalc dc Turin, torn. XXIV. Tu- 
rin , 1820. In-4". 

La section des sciences physiques et malhe'matiques conticnt 
les Memoires suivans: 1° sur i'epoque du retour au peribclie de 
la eomcte de I'an ly.'ig, par INI. Damoisrau ; 2" sur les fo! mules 
de M. Gauss pour diiterniiner le jour de Pi5ques suivaut les deux 
calcndriers, jtdien ct grcgorien , par M. de Gn'sy; 3° sur I'elrc- 
tricite du sang dans les maladies , par M. "ellingc-ri ; /j** *"'" I'dp*^- 
tricite des mineraux liquidcs, par M. Ctliingerij 5° sur des ma- 



LIVRES ETRANGERS. 695 

choircs ct dcs dents fossiles du mastodoute ou mamroouth, 
trouvt'cs en Pii'mont, par M. Borson ; 6" siir les ailes des liynie- 
noplcTts, par M. Juiine; 7" sur le pe'ritoine et siir lapleiitire, 
par M. Rolando; 8° surla mtiteorologie de Turin, de 1757 a 1817, 
par M. Vassali-Landi ; 9" sur les transcendantes elliptiques, par 
M. Bidone; 100 surla raonographie ichneuiuotiiqiie du Pleinont , 
par M. Gravenliorst; iio surla solution dcs dilltirens proljlemes 
relatifs a la loi re'sultante de ralliacfionexcrce'e sur un point ma- 
teriel par le ccrcle, les couches cylindriques et quelques autres 
corps qui en dependent par la forme de lenrs elcmens, par 
M. Plana; 12" eloge du professeur Brugnone , par M. Carena ; 
iS" sur re'lectricite do I'urine, par M. Bellini;eri; 14° sur les pro- 
duits du pruiius laura-cerasus de Linnee, par M. Lavini; 
iS" sur une nouvellc especc dc poissons de la Medilerrane'e , ap- 
partenant au genre trachyptere , par M. Bonelli ; 16" sur le mou- 
vement de rotation , par M. Cisa deGresy; 17° sur la description 
d'un Phyteunta Chnrmelioulcs , ^isrM. Biioli. — La section des 
sciences morales, historiqucs et pliilologiques contient trois Mii- 
moires. Le 1" est de M. le C. G. F. Galeani Napione, et roule 
sur I'txamen critique du premier voyage d'Americ Vespuce au 
Wouveau Monde. Le 2' traife de la fertilite du Piemont ; il 
est de M. C. P. Balbo. Le Z" est de M. G. Grassi, sur un ou- 
vrage inedit du prince Raimond Montecuccoli. ]\Lle C. INapione, 
qui sVtail etuUie a prouver, dans une brochure, que Christophe 
Colomb n"'etuit pas Genois , cherche, dans le Memoire que nous 
venons de citer, a revendiquer pour lui la gloire de la de'cou- 
verte du Nouvcau Monde, contre le P. Canovai, quia voulu , 
comme quelques autres, Tattribuer a Ame'ric Vespuce. Les ob- 
servations que presente M. le C. INapione semblenl tres solides et 
ires justes, et Ton ne dcvrait plus insister sur une question qui 
pourrait faire plus de tort que d'honneur a la memoire de Ves- 
puce lui-mcmc. S. 
ESPAGNE. 

238. — ^lie de pensnry ohrar bien. — L'art de bien penscr et 
de bien agir, ou philosophie rationnelle et morale. 6 volumes in-8°. 
Madrid, 1820. Chez Qiiiros. Prix, a5 sols. 

L'auteur anonymc public actuellement son second volume par 

38^ 



?9G LIVRES ifeTRANGERS. 

souscriplion. I' expose bricvemcnt et simplement Tordrc dos 
idt'cs ct des actions , d'accord avec le droit nature], le droit dcs 
gens et le droit civil. 

aSg. — Meinoria premiadi por la Junta suprema tie caridad, 
etc. — Me'moire sur le traitenient a domicile dcs pauvrusmalades, 
qui a remporte, le 3o mai 1819, le prix propose par le supreme 
comife de charitc de Madrid , en fiiveur du meillcur ouvrage sur 
ce sujet; par dom Joseph Antoine PiQtiER, me'decin de la faniille 
royale. 1 vol. iti-8''. Madrid, 1820. Chi-z Bailo. 

L'autcur a dedie son livre au souverain congres des Cortus; il 
y a joint 1" Tanalyse de onze Memoires qui avaient etc presente's 
au comite de cliarite pour obtenir le prix ; •2° la r^ponse au.i ob- 
jections publie'es par J. V. C. en 1819. L'avis du docteur Piquer 
est que les malades pauvres sont Iruitiis dans Icur domicile ou 
dans une autre maison particuliere, beaucoup plus avantageuse- 
ment que dans les hopitanx, menie les mieux diriges et adminis- 
tres, ce qu'il prouve non-seulement par I'autorite des ecrivains , 
mais par rexpericnce commencce ii Madrid le i"^ Janvier 1811 , 
et suivie dans plusieurs villes de la monarchie, comme elle de- 
vrait Fetre dans toutes. 

340. — ylile natural de esciibir curswo y liberal. — L'art 
naturel d'e'crire couramment et vite j par dom f^'incent Naharko. 
I vol. in-8°. Madrid, 1820. Chez Ramos. 

L'auteur a pre'sentc cct ouvrage aux Cortes d'Espagne , en as- 
surant que cbaque pere de famdle pourra apprendre luimeme a 
ses enfans a bien e'crire, d'apres la methode qu'ii explique. Pour 
moi, je pense que son ide'e n'arien de nouveau , ni qui soit capa- 
ble de produire de grands avantages. Un tres grand nombre de 
peres de famille a rempli le meme objet par la metbode simple 
de I'aire copier de bons modeks. L'autcur veut persuader que , 
par sa methode. Ton apprendra a e'crire dans la moitie du teras 
que I'onyemploie ordinairement. II me sembleque cela de'pendra 
de I'application de I'enfant au travail, du zele de son pere, ct 
de beaucoup d'autres circonstances reunies. D'ailleurs, ily a bien 
peu d'hommes qui soient assez libres pour se consacrer pendant 
tout le jour a diriger les etudes de leurs filsj et c'est pourquoi ils 
ont coutume de les envoy er aux e'coles pubtiques. 

J. A. Llorente. 



LIVRES filRANGERS. 597 

RO^AUME DES PAYS-BAS. 

241- — Lethefallen en vroegere zeereison. — AvenUires et pre- 
miere navigation de J. Haafner. Amsterdam. C. Vander Hey, 
1S20. In-80. 

Feu M. Jansen a fait connaltre, par une traduction francaise, 
les f-^oyages dans la Peninanle occidenUilc Je I'lnde , et dans Vile 
de Ceyhin, du meme auteur ( 1 vol. in-8o- Paris, t8i i ). La vie 
passablement avetituriere, et les navigations ante'rieures dci/na/^ 
ner, publiees d'apres ses papiers par C. M. Haajner, son flls, font 
le sujet du volume que nous annoncons, qui ofl're une lecture 
plutot attRchante qu'instructive. 

242. — Eersnil, etc. — Monument eu I'honnenr du second ju- 
bile du Synode de Dordrecht, par Nicolas Schotsman, pasteur a 
Leyde. 2« e'dit. Leyde, chez J. VanThoir; 1819; in-8ode ii5pag. 

Le silence sur ce trop fameux Synode ei!lt mieux valu, selon 
nous, dans la conjoncture antuelle, que le monument qu'a ima- 
gine' de lui e'riger M. Schotsman. II n'y a peut-etre que lui qui 
ait songe a cele'brer le jubile. Quclques journalistes avaient mal- 
traite' son ouvrage dans sa nouveaute' : il en fait , dans cette se» 
conde edition un terrible exemple : 

Discite conscriptos , moniti, non ternnerepntres ! 
IXous croyons que Tauteur aurait mieux fait de prendre celtc de- 
vise que celle inscrite sur Ic frontispice de son preteiidii monu- 
ment pyramidal : 

lYon ego sum veternm , noa assecla , crede , novoruin : 
Seu vetus est , verum diligo, si^e noi-utn. 

34j- — Redefoering oi'er hetoogpunt, etc. — Discours sur le 
point de vue, sous lequel, dans les circonstances oil nous vivons, 
il faut conside'rer I'histoire de la patrie ; par Jean-PierreV ah (Zkv- 
TELLE , prononce' a Amsterdam , le 22 novcmbre 1819 , a sa prise 
de possession de sa chaire de professeur de I'histoire de la patrie. 
Amsterdam , imprimerie de la ville , 1819. In-4° de Sj pages. 

II paralt que M. Van Cappelle vieut d'etre appele a re'unir la 
chaire d'histoire nationale a celle de la langue et de la liftc'rature 
hoUandaise, pour laquelle son discours inaugural a e'te' {>ublie 
dans le meme format , en 1816 ; il traite des mijriles distinguds des 
^'iiitcrdamois dans lajixation et le perfeclionnemcnt de la langite 



598 LIVRES ETRAINGERS. 

hollandaisc. Lcs deux discours font e'i;alemcnt honncur u Icur 
savant iuiti-ur, que I'on aurait cru trouver dans une autre car- 
ri«''re , a en jugiT par sa premiere produclioD , publiee a Amster- 
dam , en 1 81 2, aotis cii tHre : ylriitoielis quasiiones mecktinico! , 
clifZ Pierre Den Ucngst et fils j in-S". 

■2]\. — Dissertritio historlco-polttica inaiigtiralis, — These b'ls- 
torico-politifjue de droit ])ublic sur Guiliaume III, prince d'O- 
ran{;e , vcngeur de lu libeito de TEurope contre Ic di'spolisme 
par Guiliaume V Att IIogekdopp, pour sa promotion puhll(jue au 
doctoral en droit a I'Universite ile Leyde, le 27 niai 1819. Lejde, 
Hazenberg jeune. 1819; in-8° de 236 pag. 

M. dc Hogendorp, tils de celui qui a si honoruMement conlri- 
bue au dernier afl'ranchissement de sa pafrie, a eu le boniieur 
d'e'cbapper aux dangers de cctte .g'^T^e (Vhonneur, dans laquelle , 
en 1812 , il ne s'eiirola pas plus librement que ses autres jeunes 
conciloyens. Sous d'autres auspices, il n'a rirn eu de plus presse 
que de retourner a des etudes aiixquelles il n'avait ete'arraclid que 
par la violence. Quoi que I'on ])uisse penser de son systerae poli- 
tic|ue , on doit rendre justice a I'etendue dcs connaissances liis- 
toriques du jeune publiciste, et recoiinailre qu'il s'est applique' a 
Jes puiser aux meilleures sources. Apres une introduction, ou il 
est principalement question du f-imeux sysfeme dc la balance de 
['Europe , M. de H. fait, pour ainsi dire, trois comparliraens dc 
I'ejjoque qu'il a pris a t;1clie de decrire. Son premier chapitrc va 
de ififiS :i i(!rS ; le second , de 16-8 a 1697 i ^'^ troisicme, dc 1697 
a 171 3; ct il termine son ouvrage par quelques corollaires, qui 
tendent essentieilement a I'apotheose de son heros, cfue tous les 
liistoriens n'ont pas juge' avec la nieme faveur. 

245- — Perihles van yJthene , par C. J. Van Assen , doctcur en 
droit. LaHaye. Veuve Allart el compagnie; 1819; in-8°de 95pag. 
M. Van Asaen , qui , en prenant ses degre's en droit a TUniTer- 
site' de Leydt; , con»raenca a se faire connaitre avantageusement , 
en 1809, par sa Disputaiin juridico-litterarin de M . Tull'u Cice- 
ronis oratinne pro yiul'i Cluentio Ai>itQ, nous ofTre ici une monogra- 
pliie Ires inte'ressanle pour Thistoire de I'ancienne Grece. Cesont 
deux IMe'inoires pre'sente's , en i8i(l et en 1818 , a la Socicte phi- 
lologi([ue hoilandaise ile Leyde , et dont la lecture y produifit un 
grand iuteret. Le premier nous rc] resente Pericles , a I'epoquc me- 



\ 



LIVRES FRANCAIS. 599 

morable 011 il parut ^ pend.inf fes ctiulcs, arcc ses grands l.ilens 
et ses (iminentes qualitcs, Jans sa cavrierc politique, dans ses 
relationsavec Aspasic, dans sa mort ■< eriiablompnt philosophique. 
Le second est un plaidojcr stijiposd prononcc par Pericles lui- 
nieme, centre les accusations qui liii e'tai.'nt infenlecs par Lacre- 
tidesj et nousne feronspas un trop grandclogcdeccmorceau, en le 
de'clarant digne du grand personnage auqucl U est atlribue; per- 
sonnage a la fois si remarquaWe par I'elcvatioa de son caractere 
et par son rare talent pour reloquencc. IM. 

LIVRES FRANCAIS. 

2^6. — Annuaire presents au roi par le burean Jes longitudes , 
pour I'an 1821. Paris, 1820. I11-18 de cinq feuiiles. Chez madame 
veuve Courcier. Prix, i fr. 

247 Memoi/'e sur la coitsen'al'ioiides bles -^ parM. d'ARTiGDES, 

membre du conscil general des manufactures et proprie'taire de 
diflerentes fabriques; lu a la se'ance de la Societe I'oyale et cen- 
trale d'agriculture, le i5 ducembre 1819, et itiiprime par ses or- 
dres. A Paris , cliez madame Huzard. 

2)8. — Le Guide du cullifateur ct du fleuriste , annuaire de la 
Societe linne'enne d'c'mulatlon do Bordeaux, pour Fan de gi'ilce 
1 82 1. In- 12 de cinq feuiiles. Bordeaux, 1821. Brossier. 

249. — Menioires sur le Brcsil\ pour servir de guide a ceux qui 
desirent s'y etablir. ParM. le cbevalier G. de Lakgsdoef, con- 
sul-general de Russie au Bresil. Paris, 1820. ln-4'' de deux feuiiles 
etdemie. Imprimerie de Denugon, a Paris. 

25o. — Histoire des vampires et des spectres inalfcnsans -^ avec nu 
esamen du vaniplrisme. Paris, 1820. Chez Masson, libraire, quai 
des Augustins , no 19- i vol. in- 12. Prix , 3 fr. 

Apresles romans et les pieces de IheStrc sur les vampires, il 
est juste que Ton fasse aussi leur liistoire et leur bibliographie. 
C'est a quoi est destine ce petit volume, extrait en grande partie 
de la compilation de dom Calmet, On a fait suivre cet abre'gc de 
I'article spiritucl de Voltaire sur le vampirisme , qui vaut les 
deux volumes du compilateur bene'dictin; et d'une notice sur les 
ouvrages que la vogue des vampires a fait naitre, ou qui en ont 
parle pre'ce'demmcnt. L'auteur aurait pu pousser ses recherches 
plus loin; pei.tetre aurail-il alors approche' davantage dc Tori- 



6oy LIVRES FIIANQAIS. 

gine 6e$ usages barbarcs par Icsquels on a pre'tcndu pre'vcmv 
I'etat de vaiiipirifnie chez les morts. II a neglige, cntre autrcs 
pays , l;i Soandinavie, qui pourtant oilre dcs esemples plus an- 
ciens dc cette superstition qued'autrcs contrees. J'en citerai deux 
qui sent reraarquables par les circonstanccs qui les ont accompa- 
gne'es ; ils pourront servir de supplement a I'article du (■■ am- 
pirisme inse're dans la Revue, torn. VII , pag. 225 (i). 

Le premier de ces esemples remonte jusqu'au sixiemc siecle. 
Deux jeunes princes danois, compagnons d'arnies , Asmond et 
Asuite, sYhaient jure une amitie etcrnelle. Dans rcnthousiasme 
de leur attachement , ils sVlaient meme promis He se faire enso- 
velir ensemble. Asuite ctant mort, on le de'posa dans uiic 
de ces tombelles communes dans le nord, et perco'es fre'quem- 
ment d'une chambre ou caverne sepnlcrale, Asmond se fit enfcr- 
nier dans ce tombeau aupres du corps de son ami , apres s''elre 
muni dc provisions qui nc devaient servir qu'a prolonger sa 
vie de quelques semaines , ou peut-etre de quelques jours. Ce 
fut alors que la superstition engagea le jeune guerrier a empe- 
clier son defunt ami de devenir vampire. II lui coupa la tete , hii 
pcrca le corps d'un pieu et attendit lui-mcme patierament la fin 
de ses tristes jours. Quelquc terns apres, des Suedoisayantde'bar- 
([ue' sur la cote , et a^ant apercu la tombelle, penserent qu'ellc 
pourrait renfermer un tre'sor , parce que les anciens Scandinaves 
ensevelissaient souvent avec le mort les efTets les plus pre'cieux 
qu'il avait posse'des. Ils resolurcnt en consequence d'ouvrir Ic 
tombeau. Ils'pratiqiurent, dans le haul, une ouverture par la- 
quelle ils firent tlescendrc, Ic long d'une corde, un des leurs. As- 
mond vivait encore. Quand un rayon de jour vint luire dans 
cette caverne alTrense , I'amonr de la vie se ranima dans son ame ; 
il repousse le Sucdois , s'empare de la corde , et se fait hisser 
jusqu'au haut de la butte. A la vue de cet homme inconuii, plus 
semblable a un spectre qu'a un etre vivant , qui remoote au lieu 
du compagnon qu'ils ont fait descendre, les Suedois sont saisis 
de frayeur ; s'iqnaginant que c'est le mort qui les poursuit pour 
avoir viole' sa torribe, ils prennent la fuite. Asmond les rappelle et 

f i) (let articli^ a etc traduit et inse're depuis dans des jnurnnux 
ailcmands et anginis- mais aucun d'eux n'a cite ni luiileur, ni la 
Hcfui: Encyclopi^J'ujuc J d'oii ils To^it tive. 



LIVRES FRANCAIS. Goi 

ne parviont qu'avrc bcaucoup <le peine a Iciir persuatler qu''il est 
un t-tre vivaut comiiic eiix , et a leur expliquer son aventure. 

L'autre exemple est <lu tieiziume sii-cle, ct n'est rcmarquable 
que par le haiit ran;; du personnage que Ton yoiilut einpecher de 
devenir un dos vampires, appele's daugen, dans le langage du 
Word. Ce fut le roi Abel, odieux par I'assassinat do son frere 
Eric , a qui , aprts la mort , on coupa la tute , et dont on attacha 
le corp"! a la torre par un pieu, pour qu'il ne pOt point tourmenter 
sessnjets. il fallaitqne la superstition frttbicnfoife ponrqu'onos3t 
proccder a unc parcille operation sur les restcs d'un souverain. 
On voit , par ces deux exemples, que les liabitans du Nord prati- 
quaient des le quatricme siecle les memes usages barbarcs qui 
firent tant de bruit, pendant le dix-septieme , en Hongiie et en 
Moravie. Conirnent cette superstition absurde s'e^t-eilc re'pandue 
dans des pays qui n'ont point entre eux di^ communication? 
Voila une question qu'il ne serait pas facile de resoudre. 

25 1 . — DeV Influence de rinstruciion eleinentnire du peuple sur 
sa maiiiere d^<:lre , et sur les institutions poliliques ; discours qui a 
reraporte le prix a la Socie'tc' royale d'Arras, en i8jo; par 
F.-A. Berel-IJesforges , avocat a S.;int-Malo. In-<S° de 4 feuilles. 
Paris, 1820, A. -A. Renouard. 

252. — Cours de Lecture Mnentonique , ou Tart dapprendre a 
lire les mots, les syllabes et les sons par soixante-quatre gravures, 
et rhistoirc des objets qui y sont figures, a I'usage du pensionnat 
de rAbbaye-Saint-Germain; par M. Eusebe Gofgeset, chevalier 
de la legion-d'honneur, bachelier cs-lettres, chef d'institution. 
Paris, 1820. I vol. in-S" de 162 pag. Chez Tauteur, en son pen- 
sionnat, rue de rAbbaye-Saint-Germain , paiais Abb^tial , n° 3 ; 
et Eymery, libraire, rue Mazarine, n° 3o. 

253. — Cnnseils a nion amie , sur reducation physique ct mo- 
rale des enfans ; par Madame Fabre d''Olivet. Paris , 1820. i vol. 
in-i2 de 3o3 p. Chez Delaunay , Eymery et Rossange, libraires. 

254. — L'Aiinnb!c Enfant, ou Conversations d'Edouanl; imile 
de VEduciition pratique de miss Edgeworth; par madamc Elisabeth 
de Bow. Paris, i82p; 2 vol. in-12 ^avec gravures. Grandin, li- 
braire, Palais-Royal, galerie debois, n" 235. Prix . G fi-. et 7 fr. 
5o cent, franc de port. 



6o3 LIVRES FRANCAIS. 

Get ouvrage ofTre une lecture tres instructive , utile et amw- 
sanfc pour Irs enfans. 

255. — Agenda general, oh Memorial portatifvnwcrsel -pour 
rnnne'e 18... Livret prylique d'emploi du terns, compose de 
tablettes utiles ct commodes, d'un usage jouraalier; par M. M. A. 
JuLiiEN, aidcuT dc I'Essai sur I'emploiilu terns, i vol.in-ia. Atcc 
tablettes pour Ics six principales divisions de lavie-Reliu. Prix,5fr. 

25fi. - — Memorial horaire, ou Thernionielrc d'emploi tlu terns , 
soit BioMETRE, instrument pour mesurer la vie, compose de ta- 
blettes dcstiniics a procurer le moyen de rccueillir, en ime minute 
ct sur line seulc Hgne, pour cliaque intervalle de vingt-qualre 
heures, Ics divers tmplois et les principaux resultats de la vie, 
pendant Ic menie intervalle de tems. i vol. in-12, relle. Prix, 5 fr. 
jiubureaii de la Revue Eiicyclopi-clique, rue d'Enfer -Saint-Michel, 
no 18, et chcz J. -J, Paschoud , libraire, rue de Seine, n" 48. 

Au rcnouvellemcnt de ranne'e, il parait utile de rapj)e.'er deux 
livretsspt-cialement destines aux jeunesgcns, qui onl pour objetde 
leur procurer un moyen facile de serendrecompte, jour par jour, 
des principaux resultats de leur vie ; d'avoir ainsi, a mesure qu'ils 
avancent dans I'annee, un recneil intc'ressant et instructif de sou- 
Tenirs, d'expe'ricnces, d'observations. Ces deux livrets, dont on 
se borne a donner ici les titres et la destination , fournissont dea 
instrumens pratiques pour I'application d'une methode qui se 
Irouve developpe'e dans I'ouvrage du meme auteur intitule : 
Essai sur Temploi du icms , etc., dont il a paru trois editions, 
deux en France et une en Allemagne, et que Ton trouve aux 
adresses deja indique'es. 

(*) 25^. — Guide aux droitici^ifsetcommcrci/ntx des etrnni^ersen 
Espagne , ou Kecueil chronologiquc des trailes, pactes , con- 
ventions et autres actes royaux et des cortes , emane's du cabinet 
dc Madrid, depuis le commencement du dix-scpticme sieclc 
jusqu^a la fin du mois d'octobrc 1819; par M. Guillaume Lobe, 
consul de S. M. le roi des Pays-Bas a Cadix. Paris, 1820. Un gro& 
vol. in-S". Prix , 7 fr. 5o c. , a Paris. Chez Rodriguez , a la librairie 
espagnole , cour des Fontaines, n" /J- 

(*) 258. — Science du publiciste, cuTraife des principes clemen- 
taires du droit, considere dans ses principales divisions, etc. 
Par M. A. Fritot, avocatj torn. Ill, in-S". Paris , Bossange. 



LIVRES FRAWCAIS. 6o3 

]N'ous avons ilonnd, depiiis pen, dans la Hei'ue, une iJi'e ilc 
CO volumu , fu faisant I'annonci; du tome second. 

(*) 259. — Ve I'OigantsalionJc la puissance civile dans I'inter^t 
inonrchique, ou de la neci;ssile d'instiluer les administrations 
(Jepartetnentjleset niunicipalosen agencescollfclives. Paris, 18-20. 
Jn-ti", 38o p. 

En vain un genie muifaisantparatt nous a "iter, au deiiorsetaii-de- 
dans : I'aoiour (ie la justice fet de la liberie sentient le coinage des 
Ijonsoit.oycn-i, etilouhle, en ([oeiqiiosorte, leiirs forces intelleclucl- 
les el morales. Wos patriotes, ties royalistes, puisqu ils sontles amis 
de. la <Jliarte, obtiennent des succes dans toutes les branches du 
savoir et de rindiislrie ; ils publient d'utiles ouvrages , ils culti- 
vent glorieuscnient toutes les parties de la politique. Envisage 
sous ce point de vue, Tonvrage que nous annoiicons snr Torga- 
nisation de Fadfninistration et de la justice dans I'inte'ret des mo- 
naiques, est une production tres remarquablc. Ce livre est subs- 
tantiel , bien ecrit, bien coucu , execute' sur un bon plan; il 
abonJe en recherches sarantes et en vues administratives les plus 
sages. — Dans son premier livre ,rauteurc'tablit, par la nature des 
choses , par le raisonnement , enfin , par J'autorite de plusieurs 
grands miuistres , que, dans les monarchies, les magistraturos 
collectives, admlnisfratives et judiciaires , sont les seu! s conve- 
nables aux inte'rcts du piinceetdu peuplc,en ii-.i mot, qu'elies sont 
des instrumens iideles, energiques, et les plus faciles a manier. 
— Dans les livres second ct troisieme, il trace Ihistoire do nos 
etablisscoaens judiciaires et admiuistratifs. Les principaux incnn- 
veniens inseparables des agences simples , qui ruinent le pouvoir 
monarchique, sont exposes dans iequatrieme livre Le cinquieme 
dscrit, en opposition, les avantages des agences composces- En- 
iin , dans le sixieme livre , I'auteur tire ses consc'qucnces; et , apres 
avoir rappele les re'lormes qu'il croit de.-irables, il propose un 
plan d'organisation administrative coniplet, depuis le Conseil 
d'Etat jusqu'aux mairies. ilinsiste, dans plusieurs cbapitres, sur 
la necessile de rediger un Code admiuistialii', et d'en rendre Te- 
tude obligutoire. 

Kous croj'ons cot ouvrape dignn d'rtre lu et me' lite par tons 
les iiornmes d'Etat. L'autcur dit que la derniere loi sur les elec- 
tions, en date du 29 juiu 1820 , est la prciuitre el la sculc loi qui 



f;o4 LIVRES FRANCAIS. 

inentionne notre Conseil d'Etat : c'ost une erreur. 11 a etc men- 
lionne, sans discussion, dans la memorable loi dii Sfevrier 1817; 
mais cela ne suflit point jiour lui communiquer une existence 
constitutionnelle. Lanjuinais. 

a6o. — f^ues polltiques sur les changemens ajltire a la Consti- 
tution de rEspagne , afin de la consolider, spe'cialement dans le 
royaume des Deux-Siciles ; par M. Lamjdiwais, pair de France. 
Paris, 1820. Brochure in-8° de 72 pages. Baudouin freres, iuipri- 
tneurs-libraires, rue de Vaugirard, n" 36. 

Get ouvrage est d'un grand interet dans les circonstances ac- 
tuelles. La constitution des Cortes de 1813 , si admirable au fond, 
prcsente une foule d'impcrfections dans la redaction , qui pro- 
viennent de ceque la philosophiedulangage, I'analyse dela parole 
n\ivaient pas ete' encore sufRsamment approfondies en Espagne. 
Tout ce qui concerne cette partie est Iraite par M. Lanjuinais, 
avec cette superiorite' qu'on devait atlendre d'un aussi celcbre 
legiste. Quant a ccrfaines questions politiques, eiles seraient 
susceptibles de contestation. Ce n'cst point ici Ic lieu d'en elever 
aucune. On cite avec eloge un ecrit surle menie sujet , par le ce- 
lebre publiciste Bemtham. M. 

(*; 261. — Dugniu'ernementde la l^rance ilepids la rat' ni ration , 
ct du ministere actuel ; par F. Guizot. 'I'roisienie edition , in-8°. 
I vol. 38u pag. Paris, chez Ladvocat. Prix , 5 fr. 

Get ouvrage, tres remarqnable , etqui lionorc son auteur, est 
ecrit avec elegance, ot lenferme des idc'es quelqurfois plus 
utiles qu'exactes, et des clioses presentees d'une nianiere plus 
adrojle qu'inge'nue. L. 

262. — Lettres de M. Grt-goire, nncien eveqiie de Blois, adressees. 
Tune a tous les journalisles, I'autrc a M. de Richelieu; prcce'dees 
et suivies de considerations sur I'ouvrage de IVl. Gdizot , intitule' : 
Du goufernenieiit de la t'rance depuis la restauration , etc. ; par 
BenjaminhxRocHE. Troisieme edition. ln-8ode4f''uil. Paris, 1820. 

263. — De la liberie des Theatres, dans ses rapports avec la 
liberie' de Ja presse, a I'occasion de Panalyse de // Demcnce de 
C/j«/'Zei /^/, fragedie de M. Lemeicier. Paris, 1820. Brochure 
in-8° de 28 pages. 

L'auteur recheirhe la rause, la nature et les efl'rts des ol)starli'S 
quVprouve, sous une nionarcliic constitulinnnillo, 1 autuur dune 



LIVRES FRANCAIS. 6o5 

tragedie « ou se montre la liarJiesse da genie, et pleine d'un in- 
tcr'et pathetique, de retours sinistres et amers sur le cocur hu- 
main, mais surloiit de senliraons proton Js sur I'aaiour de la pa- 
trie, et sur la haine de la domination elrangere. » II s'agit ici 
d'une question de legislation qui n'avait e'tc traite'e nuUc part, 
bien (firelle interesse les auteurs, les ihcAfres, la palrie ct les 
princes. La discussion do celte question doit lixer I'atteiition des 
Chambres et du gouverncment. 

264- — Calendrierjudiiiiiue poiirTandu monde 558i. Paris, 1820. 
Chez Setier, rue du Citueticre-Saint-Andre-dos-Arts , no ^ ; et 
D. Drach, rue des Singes , no 3. In-i8. 

265. — Notice et disserlalion sur Profins. — Est- il V^lgetuU- 
cum des Commentaires de Ce'sar? Question de point de tail his- 
torique , propose'e pour prix par la Socie'le libre d'Agriculture, 
Sciences et Arts de Provius , a sa seance publiquedu :>.(> juin 1820 ; 
par le secretaire perpetucl de la Societe hibliothe'caire de la ville. 
Provins, 1820. in-8° de i5 feuilles et deniie. A Paris , chez Ma- 
dame Huzard. 

2G6. — Notice sur la constitution de Siciie de Cannee i8i 2 , et 
sur Facte d'union donne a Caserte, ea Tanne'e 1816 , par S. M. le 
roi des Deus-Siciles. Paris, 1820. In-S" de 2 feuilles trois quarts. 
Chez Rousseau et Ponthieu. Prix, i fr. Bo centimes. 

(*■) 267. — Histoire physique , ciuile et morale de Paris, depuis les 
premiers terns histariques jusqu'h nos jours ; contenant, par ordre 
chronologique, la description des accroissemens successifs de 
cette ville et de ses monumens anciens et inodernes ; la notice de 
toutes ses institutions, lant civiles que religieuses ; et, a chaque 
periode , le tableau des raoeurs, des usages et des progrcs de la 
civilisation j ornee de gravures repre'sentant divers plans de Pa- 
ris, et ses monumens et ('difices principaux; par J. A. DutAURE, 
delaSociete royale desanliquaires de France. Tome I'"', in-8° de 
J2 feuilles , plus dos planches. A Paris , chez Guillauine et com- 
pagnie. Pris , 8 fr. 

L'ouvrage formera 6 vol. iii-8° , et ne dc'passera pas Ic prix de 
48 fr. pour les souscripteurs, qui paieront un tiers <le moins que 
les non-souscripfeurs. On paiera d'avance 5 Ir. , dont ilsera tenu 
compte sur le prix du dernier volume, et ensuite chaque volume . 
aussitot qu'ilparaitra. 



f5o« LIVRES FRANrAlS. 

II a c'U; jniblie »le gros ouvragcs sur I'liistoire d'lme capitals 
qui assuiTtncnt oflre assez de matiiires a un hisloricn ; mais ccs oii- 
\rages ont ete ccrils dans un tcms ou line critique judicieusc ne 
prcsidait pas encore au travail dcs savans, ou Ton admettail 
beaucoup de fables sur la foi des traditions, et ou d'ailieurs il 
e'tait imprudent, mfime dani^ereux de ilire toujours la ve'rite, 
surtoutsil'liistorien appartenait a quelqiie corporation. II en re- 
sullait que beaucoup de faits restaient maleciaircis, et que la 
Terite se trouvait toujours meleo au mcnsonge, tantot ofliciel , 
lantot grafuit. C'etait done unc entreprise me'ritoire que dVcrire 
de nouveau pour des lectcurs c'claires riiistoire de la nuitropole 
de la France, I'histoire d'une ville qui a toujours e'te' feconde ni 
«;vt'nemcns, et dont le sort a pliisieurs I'ois decide celui de tout 
Ic royaume. M.Uulaiire, qui a voue toute sa vie a I'etude dc This- 
toire et des antiquites de sa palrie, a commence' a rimplir cctle 
liiche , d'une maniere qui nepourra que iiiimeriter Tapprobafion 
de tous les hommes de bonne foi. Appuye fur les monuaiens his- 
torlques qu'il cite toujours {idclemeut , le nouvel historien de 
I'aris s^;st propose de retracer sans deguisenienl toiis les faits qui 
tiennent a 1 liistoire civile et morale de cctle capitate. Son bis- 
toire est divise'e en autant de cbapitres c[uMl y a d'cpoques mc- 
morables, et ces cbapitres sont subdivise's en sections analogues 
aux regnes des rols. (]hacun des cbapitres est I ermine! par nn 
apercu de IVtat pbysique, civil et moral de Paris, pendant la 
mcme epoque. Cos apercus sont generalcment remplis de faits 
curienx, tousappuj'csdcpreuvt^s.Ilsnenouspersuadentpasquece 
qu'on vent bien appeler le boit vieux ^e;nsait etc' un ferns beiircux, 
ni pour le people , ni pour les gouverneniens. 

Le premier volume de cet ouvragc important, qui vient de 
parattre, conduit Tbistoire de Paris jusqu'au rcgne de Philippe 
Augusle. II est divise en six cliapitres intiluics: slatistlque phy- 
sique (denomination qui n'est pas trts exacte, puisqu'il s'agit 
dans ce cliapitre seulement de Telat pbysique de Paris), Origiiie 
dbja nation padsiennc , les Pntisiens sous la dnininatinn roiwiinc , 
Paris sous la premiere race dcs roisjrancs, Paris sous la seconds 
race, Paris depuis Hugues Capel jiisqiia Philippe ylugusle. On 
pense bien que Tautcur n'adopte pas les reveries qu'on a debitccs 
[ODg-tems sur Torigincde Paris; on croyait autrefois que des in- 



LIVRES FRANgAIS. Co; 

Oividus et des lieux illustres gagnaient a une origine mervell- 
leuse. M. Dulaure fait voir que les Parisiuns n'etdientqii'une tres 
faible pcuplade, quand Cesar, « Ic fle'au dc son siecle , devore 
par la soif du pouvoir et des richesscs, malheureusemcnt doue' 
du genie et des talens propres a satisfaireces passions funestes, » 
conquit la Gaule sous les Remains; Paris obtint peud'itnportance 
sous les empereurs , elle eut pourtant un palais , celui des Ther- 
mos , dont M. Dulaure , dans une savanle discussion , attribue la 
construction a Constance Clilore, et non a Julicn, a qui en cflet 
aucun auteur ancicn nc Fa attribuee. II y avail un grand autul, 
situe a rextremite'orientale de I'lle Notre-Dame , et dont les bas- 
reliefs, retrouves sur remplacement de la cathe'drale actuelle, 
existent au muse'e ; il y avait un camp remain qui, selon M. Du- 
laure, occupait la terrasse orientale du jardin du Luxembourg , 
ou Ton a retrouve dans ce siecle beaucoup d'ohjels antiques pa- 
raissant avoir appartenu a des militaires. On a trouve' aussi des 
antiquites romaiues dans la rue Yivienne , des res(es d"ua aque- 
duc qui aboutissait au jardin du Palais-Royal. Tout le quartierde' 
la IMontagne de Sainte-Genevieve parait avoir e'te un cimetiere 
antique, puisqu'on y a trouve' , dans diverses fouillcs, un grand 
nombre de tombeaus. Mais nulle part on n'a vu les traces du 
pretendu temple dTsis, dont on a voulu faire deriver le nom de 
Parisiens. M. Dulaure pre'sume qu'ils s'appelaientd'abord Uarisii 
ou habitans de la Bane, ou fronliere de la Gaule du cote' de la 
Belgique. II y a plusieurs peuplades limitrophes qui avaient une 
de'nomination dans laqueile e'lait exprime le mot de Bar. Paris 
devenue cbre'tienne donne ii Thistorien I'occasion de discuter la 
pretcndue histoirc de la decapitation de' saint Denis, que les 
moines de I'abbaye de ce nom s'c'taient donne beaucoup de peine 
pour accre'diter, malgre son absurdite. On a e'crit une soixantaine 
d'ouvrages sur ce sujet; il est probable qu\)n aimera mieux lire 
le resume' de IM. Dulaure que cette collection volumineuse, pres- 
({ue oubiiee aujourd'hui comme tant d'autres querelles eccle'sias- 
tiques ou monacales. On vene'rait , avaut la revolution, en sept 
lieux diflerens le chei veritable de saint Denis; mais , depuis ce 
terns , on croit s'etre assure que le culte de saint Denis, en grec 
Dionysios , n'a etc' institue que pour remplactr le culte de Bac- 
chus qui portait le mcinc nom, et dont la fete se cele'brait, a ia 



6o8 LIVRES FRAkCAlS. 

nifime epoqiie dc I'auiie'c, c'est-A-ilin-, an terns des vendanges. On 
vt'nerait aussi dans I'cglise de Saint-Bcnoit un saint Bacchus , 
dont riiistoiic ecclesiastiquo et meme les legendcs ne parlenl 
pas; il est a presumer »(iie c'est tout simjilcment le Bacchus de 
ranliquilc; en eliet, I'eglise de Saint-Benoit avail ufe fonde'e sur 
IVmplaceuient d'unancien vignoble. 

Paris , soils la piciuierc race des Francs , n'oflVit qu'une scene 
de meurtres , de pillages, d'oppression. Les chefs lie tribus 
Francs, leurs leudes, ou compagnons d'armes, et les e'vecjues 
gaulois , dont la trahison a\ait appele ces etrangers dansla Gaule , 
cxercaicnt, chaque classe de son role, une autoiiti^ presque illi- 
luitee sur les unalheureux habitans. Aussi, quand le jieuple troii- 
vait quei([uc encouragement , il sfcouait avec iurcur le joug in- 
supportable qu'on lui avail impose , et rien n'etail plus commun 
<|ue les guerres civiles.Cependanf, onbfllissait beaucoupd'cglisesj 
ce'tait une nianiere d'expier des forfails , et de gagner le ciel , 
nialgre lu vie la plus inl'ectc'e de vices. !\I. Dulaure fail connaitre 
tons les etablissemens religieui dont Paris , ful orne, a cette epo- 
que desastreuse. 

Sous la seconde race, les Kormands vienncnl infester les envi- 
rons de la capitale , et y metire le siege. Les Carlovingiens mon- 
trirent qu'ils etaient incapables de tenir le sceptre; el un usur- 
pateur heureu\, Hugues Cajict, prit Icur place. Des-lors , le 
rojaume ne fut plus partage entre plusieurs fils; et c'est en 
grande parlie a cette politique que M. Dulaure attribue la lon- 
gue duree de la troisieme race. Toutes ces epoques lirenl naitre 
dans Paris une foule d'edificcs religieux, et Ton coramenca aussi 
a IVnibellir sous d'autres rapports. Mais, le re'ginie feodal deso- 
lail encore la capitale et ia monarebie; les nobles infestaient les 
grands cbemins ; les pretees se livraient a des fraudes pieuses ; 
les rois soufl'raient do I'arrogance des uns et des autres, et n'a- 
vaient pas assez de lumieies [lour rechercher Tapjiui du peuple 
centre ce double flcau. Bcs famines et des pestes ajoutaient fre- 
quemment a la mistre gcne'ralc. 

INous nous arietons ici avec Tautcur, pourreprcnJre son re'cit, 
a la publication procLaine de son second volume. Nous ajoute- 
rons seulement que le premier est orne d'un plan de Paris dans 
les tcmsanciens, et de gravures qui out le merite dc rcpi'csenter 



LIVRES FRANCAIS. 609 

tres (idelement Ics monumcns des preniiores epoques qui existent 
encore. DKrpiwc. 

{*) 268. — Biographie nouuelle des Contenipoiuins , ou Dii ! i 'D- 
naire historique et raisonne de tons Ics hommes qui, depuis la 
re'volution fiancaise, ont ;icquis de la celebrife' p^ir leurs actions , 
ieurs e'ciits , leurs erreurs ou leurs crimes, soit en I'rance soit 
dans les paysctrangers; prcct'dee d'nn fal^leau, par oi.lre rlironolo- 
gique, des e'poquos celcbres et des eve'nomens remaiquables, taut 
en France qu'a Teti-anger , depuis 1^87 jusqu'a cp jour , ot d'une 
table alphabe'tique des assemble'es le'gislativcs , a partir de TAs- 
semble'fi constituante jusqii'aux dernieres chmuhri'S des pairs et 
des de'pute's. Par MM. A.-V. Arnault, annien rae.abre de Tlnsti- 
tut j A. Jay j E. Jonv , de I'.^cade'inie fiancai?" ; J. Worvins , et 
autres hommes de lettres, magistrats et miiitairos. Orne de 
240 portraits au burin, d'apres les plus celebres artistes. Paris, 
1820. Tome 1='' (A). In-8° de ll ftiiilles et demie; pins, des por- 
traits. A la librairie historique, rue Saint-Honofi', n" raS. 

Cetouvrage, si les auteurs continuent a rrnq)lir exacf^ment 
leurs promebses , parait appele a reparer do gramles inj 'stires, 
et a substituer un monument ve'ritablement hi-itoriqnc ;, iix re- 
pertoires de diffamations et de caloiunies, publie'5 jusqu'ici, et 
voue's au me'pri-s de tons les homiries de bien. 

269. — Ejnlre a M. Gregoire, ancien eveque de Blois; par AtJ- 
DiGTJiER. In-8°. Paris, 1820. Oelaunay et Mongie. 

370. — La Cacc'ine , poeme, par Anthelnie Petsson, medecin de 
rhopital railifaire de Cambray, lu le i5 aoiM a la se'ance de la 
Socicte d'emulatioii de cette ville. Cambray. 1820. in-S", 2j pag 
A.F.Hurez. — M. Alexandre Soumet a dcfja remporteun pris ;)Our 
un poemesurlade'couvertede la vaccine, sujet propose', ily a <(uel- 
ques annees, pari' Academic francaise. M. Peysson a ftiit preuve de 
talent poetique , en traitant le meme sujet. Les notes re'velent ua 
medecin philosophe et plein d'enthousiasme pour son art. 

2^1. — fragment (Tun poeme imitedu J'asse ; in-S" d'une demi- 
feuille. Imprimerie de A. F. Hurcz. Cambray, 1820. 

2^2. — U Homme heiireux dans toutes les situations de la vie, 
ou Ics Aventures Je Misseno; poeme porlugnis, du P. The'ndore 
de Al-meyda; tradiiit par Tabbe Jamet. Caen, 1820; 2 vol in-r2. 
F. Poisson. Prix , 5 fr. 

TOME Via. 3g 



Gio LIVRES FRANCAJS. 

Ce poeme, ecrit en prose et d\ine morale sublime, a quelque* 
traits de ressemblance avcc le Tck'maque , dont il est unc heureuse 
imitation. Dcs fragniens de la traduction , lus a TAcadcmie de 
Caen, y ont obtcnu dcs e'loges et dcs applaiidisseroeos. 

aj3. — Don Carlos , infant (TEspagnc , tragedie en cinq actes. 
Paris, 1820. In-8° de 4 fcuiiles un liuiticme. Imprimerie de Vic- 
tor Mangin , a Nantes. Paris, Ladvocat, libraire , Palais-Royal. 

a74- *" Hymne a. trois voix , en vers rhythmiques latins et ita- 
liens, sur la naissance de monseigneur le due de Bordeaux; pa- 
roles et musique de M. Gerard, professeiir a FEcole royale de 
musique, et mcrabre de la Socie'tc d'eraulation de Lidge. Paris , 
i8i0. Rlefl'er, libraire, rue d'Enfer, n° 2. Prix, 3 fr. 

Cet hymne se vend au profit du noviciat des sceurs de Saint- 
Andre, etabli a Issy, sous la protection speciale de S. A. R. Ma- 
dame la duchesse de Berry. 

3^5. — Recueil de vers latins, composes par les eleves du col- 
le'ge de Meaux, dans le courant de Tannee 1820. Meaux, 1820. 
Brochure in- 8° de 85 pages. A Meaux, Dubois-Berthault, im- 
primeur. 

Trois recueils de vers latins, composes par les eleves, ont suc- 
cessivement paru , depuis le retablissement du coUc'ge de Meaux, 
et le public a applaudi au zele eclaire' des professeurs , comme 
aux heureuses dispositions des eleves. ]Nul doute que le qua- 
trieme recueil ne soit e'galement bien apprecie par toules les 
personnes qui s'interessent aux progres des etudes classiques. 

276. — Centfahles de quatre vers chacune ; par M. Mollevaut, 
de rinslitut de France. Paris, 1820. i vol. in-i8, sur papier ve- 
lin , imprimerie de Didot aine ; orne de quatre jolies figures en 
taille douce et d'un frontispice grave avec une figure alle'gorique. 
Arthus-Bertrand , libraire, rue Uautefeuille , n° 23. Prix, 3 fr. , 
et 3 fr. 5o c. 

Nota. On trouve a la meme adresse les autres ouvrages de 
M. MoUevaut, dont Catulle, Tibulle, Properce, YEndide, ea 
prose, les Fleurs, poeme, avec des figures en couleurs. 

2^^. — Le cnnite de SaintHerem , ou Ma cinquantikme annee , 
suivi des Memoires de la comtesse d'' Albestrophe , mere de la du- 
chesse d'Albany {Charlotte Stuart); orne d'uae gravurej par 



LIVRES FUANCAIS. 6n 

inadamc la comtesse A. de Machf.co. Paris, 1820. 2 vol. in-12. 
Rieffer, libraire, rue d'Eufer-Saiot-Micbel , n" 2. Prix, 5 I'r. 

2^8. — Les Miisionnaires , ou la t'umdle Diiplessis ; par IV! . de 
KouGEMOHT. 2 vol. in-i2, ome's dedeux. jolles gravures. Prix, 5 I'r. 
et 6 fr. 5o c. jranc de port. 

279. — Raphael {T A gu'dar , ou les' Moines portugais; histoire 
veritable du dix-buiticme siecle, publice par M. de Rodgemont 
(duvragf faisant suite aus Missionnaires). 2 vol. in-12. Prix, 5 fr., 
et 6 fr. 5o c. par la poste. 

Ces deux ouvrages, qui sont d'un grand interet , se trouvent a 
Paris, cbez Tb. Graadin, libraire , Palais-Uoyal, galerie de bois, 
n° 235.' 

280. — LordRuthwen, ou les vampires. Roman de C. B. (CV- 
prien Berard), public par I'auteur de Jean Sbogard et de Therese 
Hubert. Deuxitnie edition , augmenle'e de notes sur le vampi- 
rismc. Paris, 1820. 2 vol. in-12. Ladvocat, libraire, Palais-Royal, 
galerie de bois , nos 197 — rgS. Prix, 5 fr. , et 6fr. franc de port. 

« Nous somme.s trop loin, dit M. Cbarles INodier dans ses ob- 
servations prelinainaires , des idees naives du premier <1ge, pour 
prendre plaisir aux pastorales amours des lie'ros de Loogus, ail- 
Jeurs que dans cette bistoire de'licieuse de Daphnis et Chloe , qui . 
a perdu cbez nous toutefois sa vraisemblance avec ses modcles. 
GrSce au ])erfectionnement de nos moeurs, le grand nombre des 
lecteurs ordinaires de romans repousseraient les pcintures cyni- 
ques des imitateurs les plus elegans de Lucien ou de Petrone. Si 
I'un de ces genres a cesse depuis long-tems d'etre classique, parce 
qu'il a cesse d'etre vrai; si Tautre n'a jamais ete' classique pour 
les honneles gens , parce qu'il n'a jamais e'te moral, il faut cber- 
cber au roman moderne un autre type dans le caractere actuel de 
notre civilisation , et une autre source d'inspiration dans nos sen- 
timens les plus babituels , dans nos pasMons les plus prononce'es , 
dans nos superstitions les plus poetiques. » 

« Je suis loin, dit-il ailleurs, de considerer comme un theme biea 
favorable a Timagination et au goOlt, celles de ces superstitions qui, 
admises comme a regret par les peuples , n'ofl'rent a la j)ense'c que 
des scenes de terreur. De tels sujets ne peuvent etreabordds sans 

doute qu'avec une timide sobriete Cest petit-etre assez 

qu'elles aientfourni une composition ddveloppe'e a notre moyeune 

39* 



6ia LIVRES FRAKCAIS. 

Jitle'ratuve , rt la circorispcction dclii'ati; qui dislingtie I'esprit 
fiancais prcscrira neccssairemcnl a nos ccrivains d'etre avares :'i 
I'avenir de cette ressource teme'raire, utile tout au plus pour 
e'mouvoir une sensibilite' blasee , ou pour irriler une curiosite' 
difficile en sensations. » M. Charles Nodier promet une suite de 
lord Ruthwen , sous le titre (Tflistoirc de ma preniere vie. 

281 . — Rapports sur les concoiirs (V eloquence et de pocsle , a la 
Socie'te' d'e'mulation de C-aiubrai, le iG aolU iSao; suivis dcs mo- 
tifs qui ont dL'termine la Societe dans le choix des sujets de prix 
propose's pour I'anne'e 1821 ; par M. F. Delcroix, naeoibre de la 
Societe'. In-S" de deux feuilles et demie. Cambray , 1820. Impri- 
merie de A. F. Hurez. 

282. — IVotweaux melanges de liudralure francaise , a Tusaj^e 
du gymnase de Strasbourg ; par M. Brunner. T. !«'. Strasbourg. 
Heitz, iSar. In-12. 

Familiuriser les e'leves avec la langue francaise, leur faire con- 
naitre la noblesse et la variete des expressions , former leur goiit 
en leur ofTranta la fois le vrai et le beau, enrichir leur esprit 
de connaissances utiles, les aider a se faciliter les moyens de 
raisonner juste, leur inspirer des sentimens, e'levtfs , leur faire 
che'rir la vertu par les lecons et par Texemple d'hommes ge'nc- 
reux , telle est la tiche que Tauteur s'est prescrite dans son tr.i- 
vail, et il I'a parfaiteaientremplie. M. Brunner ne s'est pas borne 
a mettre sous les yeux du lecteur de simples fragmcns d'elo- 
quence; il s'est encore applique a lui montrer les tons oratoires 
au milieu de I'enchainenient des idiies qui concourent avec ces 
dcrniers a former un tout, et il a prefere, a une multitude de traits 
saillans, un nombre moins grand de passages qui, par la force des 
preuves autant que par le charme de la diction , tendent a con- 
vaincre eta persuader. On n'a pas besoin de dire que, pour at- 
tcindre a son but, il a ete souvent reduit a faire de nombreux ex- 
traits de plusieurs ouvrages tres volumineuxj cependant, en re- 
tranchant toutes les discussions arides et tout ce qui peut effa- 
roucher la decence, il a eu soin de lier les pense'es de chaque au- 
teur par ses propresexpressions. II s'agissait enflu de fixer I'ortlio- 
graphe que Ton devait suivre dans cet ouvrage ; connaissant les 
titres de I'ancicnne et de la nouvelle, et regardant I'orlbograplie 
de chaque auteur comme sa propricte', M. Brunner a fait impri- 



LIVRES FRAKCAIS. 61 3 

mer chaque extrait avec celle qui lui est particuliere, sans crain- 
dre de jeter la confusion dans 1 esprit des e'leves, puisqu'ii chaque 
instantilslisentdeslivresfrancaisdiverscmeutortliographie's. K. 

283. — Rapport sur les fouilles executces dans Vcte de 1819 , sur 
le plateau du Mont-Auxois , par M. Giraclt , president de la 
commission permanente etabiie pour la recherche des antiquite's 
du departement de la Cote-d'Or. In-S" de deux feuilles. Dijon, 
1820. Impriaierie de Frantin. 

284- — Lettre it M. le baron Siluestre de Sacy , par M. Pabbd 
REiurAro , snr la Collection des monumens orienlaux ds M. le 
comte de Blacas. Paris, 1820. In-8°de 16 pages. Firmin Didot, 

Cette lettre a pour but de faire counaitre au public Icstravaux 
que prepare M. I'abbe Reinaud. 11 a ete' charge par M. le comte 
de Blacas, de la publication de son riche cabinet, dans Icquel sont 
reunis des cylindres perse'politains , des pierres et des medailles 
«assanides, coufiques , arabes, armeuiennes et porsanes moder- 
nes. Cette collection renferme un grand nombre de varietcs dans 
toutes les branches de la nuraismatique coufique , depuis I'Espa- 
gne jusqu'aux extre'mite's orientates de I'empire des premiers 
Khalyfes. Plusieurs sont inedites- Ce sera rendre un grand ser- 
vice a la littJrature orienfale que d'attirer rattentiou des savans 
sur ce genre de monumens. M. I'abbe Reinaud , qui se pre'pare a 
cet important travail, a obtenu de MM. les conservateurs du ca- 
binet des medailles de la Bibliotheque du roi, toutes les facilite's 
pour etudier la suite des medailles coufiques, quepossede cet e'ta- 
blissement. 11 se propose d'e'tudier encore pendant deux ans les 
livres et les monumens qui peuvent augQienter ses connaissances 
deja e'tcndues daus cette partie, avant de commencer la publica- 
tion de son ouvrage sur la collection dont il s'occupe. 11 annonce 
qu'aucune depense ne sera epargne'e pour que les Rionumens les 
plus interessans de cette collection soient graves, et mis par ce 
nioyen sous les yeux des savans. Cette lettie, qui est une espece 
de prospectus de Touvrage, annonce dans M. I'abbe Reinaud, 
eleve de M. de Sacy, les talens ne'cessaires pour donner a son en- 
treprise tout Tinteret dont elle est susceptible. Dcmersas. 

285. — liunahefli le runic rimstok, oa Ca'endrier runique , avec 
Texplication des divers caracteres, fetes, etc., qui sont graves 
sur ces anciens batons, auqucl estajoutee une ode tiree de I'Edda 



6i4 LIVRES FRAKCAIS. 

soemundar, appeWn Thiyms-Quida , on le rapt du marteau dn 
Tl.ov, composcc dans le onzit'ine sitcle; traduite en francais de la 
lan_;,uoisIandaisc; siiivie de qnelques remarqiics siirla mytliologie 
du Word. On y a joint quelques planches reprc'sentant des tnonii- 
nicns runiques dont on donne rexplicatioui par Jens Wolff, ci- 
devant consul de Danemarck, etc. In-8o de quatre feuilles «t 
deffiie, plus les planches. Paris, 1820. Impritnerie de Nouzou. 

286. — Calendrier des femmes cclcbres, inaprime sur papier jesus 
"velin. Paris, 1820. Caillot, librairc , rue Saint-Andre-des-Arcs . 
no 57. Prix, cartonne et horde en papier glace , a fr. j idem, avec 
bordure dentelle or , 3 fr. 5o c. j idem , avec large dorure , 3 fr. 

287. — Deux f^ictoires par Jour, almanach militaire dedie nu.\ 
braves, par Ladvocat. Tahleau in-folio oblong. Paris, 1820. 3' 
edition. Ladvocat , libraire , e'dileur des l''astes de la Ciloire , Pa- 
lais-Royal , galerle de bois , n"" 197 et 198. 

Ouvrages periodiqites. !i 

288 — Recueil agrnnomique , public' par les soins de la Societc 
des sciences, agriculture et belles-lettres du dcpartement de 
Tarn-et-Garonne.Tome l", n° 1 (septembre 1820). In-8°d'unc 
feuille et demie , plus una planclie. Montauban, 1820. Fontanel 
et chez La f argue. 

(■*') 289. — Bibliotheque phyiiro - economique , instructive et 
amusante, ou Recueil pe'riodique de tout ce que ragriculture,le.< 
sciences ct les arts qui s'y rapportent, offrent de plus interes- 
santj par une socie'te de savans ct de proprie'taires , et redigee 
par A. TmEBAUT-DF.-BERHEAUD , mcnibre de plusieurs Societc's 
savantes et d'agricullnre, nationales el etrangeres. 

La Bibliotheque pliysico-e'conomique paratt exactement lous 
les mois. A la fin de Fannce, les douze cahiers furment deux vo- 
lumes avec des planches. Chaque volume conticnt une table sys- 
tematique des matii'res qui y sont contenues. L'abonneraent esl 
de 12 fr. pour les douze cahiers , que Ton recoit, francs de port, 
par la poste. La lettrc d'avis ct Targcnt qne Ton enverra par les 
directeurs des posies, doivent etre aflianchis ct adresse's a Paris, 
;i M. Arthus-Bertrand, libraire, rue Hautefeuille, n" 23. On pent 
encore, pour e'viter les frais, envoyer I'argent par un mandat sur 
Paris. 



LIVRES FRANCAIS. 6iS 

(*) igo.~- Journal des cours publics dc jurisprudence , histoire 
ft belles-lettres. 

Les redacteurs de ce Recueil s'engagent a presenter a leurs lec- 
teurs une analyse complete et raisonnee des liuit cours suivans : 
Facclte de dhoit. Droit naturel, droit des gens et droit public 
ge'neral. Professeur, M. de Portets. — Histoire du droit romain 
et du droit franca is, M. Poncelet. — Droit administratif, M. dr 
Gerando. College de Frakce. De la raanitre d'e'crire I'liistoire, 
M. Dauisou. — Poesie latine , M. Tissor. Facclte des lettres. 
Histoire ancienne, M. Lacretelle jeuncj — histoire du gouverne- 
ment reprdsentatif , M. Guizot. 

La plupart des professeurs ont bien voulu promettre au Jour- 
nal des Cours jyublics des notes et communications qui contribue- 
ront a la fidt'lite des analyses. 

L'ouvrage formera huit volumes, format in-8". Chaque Cours 
paraitra en douze livraisons, qui feront ensemble un volume d'en- 
viron 400 pages, de telle sorte que chaque volume se trouvera 
complet a la fin de Tannee. Le pris de Tabonnement total pour 
I'annee classique, c'est-a-dire, pour la collection des huit Cours, 
est de 40 fr. , et de .-(9 fr. Go c. , franc di- port. 

Pour une collection de sept cours, 87 fr. et 4^ fr. 4° <^- j ^^ 
six, 33 fr. et 40 fr. 20 c.5 de cinq, 29 fr. et 34 fr.; de qualre, 24 fr. 
et 28 fr. 80 c. ; de trois , 19 fr. et 22 fr. 60 c. ; de deux, i4 fr. et 
16 fr. 4o c. ; et pour chaque cours se'pare'ment, 8 fr. et 9 fr. 20 c. 
Les abonnemens peuvent etre faits par semestre. 

On s'abonne a Paris, au bureau du Journal, rue Saint-Jacques, 
n° 5i , et dans les de'partcmens, chez tons les libraires des aca- 
demies et des colle'ges. ^ fetranger. A Edimbourg , chez Cons- 
table et chez Manners et Millers. A Londres, au depot du Jour- 
nal, chez A. Roi, Dean-street, n° 35, Soho sq. 



En annoncant dans le dernier cahier, pag. 5fii , art. 139 du 
Btlletin Bibliographique , la nouvelle et magnifique edition des 
OEuyres de Petrarque, on a oublie d'ajouter quelle se vend chez 
Debure freres, libraires, rue Serpente, n° 7, au prix de i5o fr. , 
»ur tres beau papier; et de a5o fr. , sur grand papier velin. 



V\\i%*\\VVVViVVVVVVWVVVVVWVVVVWVVVVVVVVVVVVVVVVV\*'VV\VVVVV\A'VVVVVVVV^ 

IV. NOUVELLES LITTERAIRES 

ET SCIENTIFIQUES. 
AMl^RIQUE. 

ETATS-UNIS. 

Washington. — Statlstique politique des Etats-Unis. — Deux 
niois avant rtileiction d'uH nouveau piesi.leut tt d'un nouvcau 
vicc-jxcsidtnt du youvcrncnifnt j^cneial dcs Etals-Unis, clia((ue 
Elat doit avoir choisi le noralire d'clccteins df'tirmind par la loi 
pour proctider a cttte nomination. Ce nombrc est, pour tous Ics 
Etats tusimlile, de aja. Dans la pliipwt des Etats, lis sont nom- 
mes par le peiiple reuni en districts ; dans d'autres , il n'y a qu'iin 
seul sciutin , et , dans deux sculemenl (JVew-T oik ct la Caroline 
du Slid) , la nomination de ces t-lecteurs est devoluc a la legisla- 
ture locale. J\'e\v-Vork en fournit vingt-neuf; la Pensyhanie , 
■vingl-cinq ; la /^irg-i'/jie, vingt-cinq ; \a Caroline seplentrionale, 
fjuinze; ie Mnssassuihets, vingt-quatre; Ic Maine, vingt-quatre; 
He Kenluchey, douz; j le JiJ /nyland , onze , la Caroline: meridionale , 
onze ; le Connecticut , neuf ; le New- Hampshire , f^ermont , N'ew- 
Jersey, Tennessee et la Geor^ic , chacun huit ; I'lle de Rhode cl\si 
Delaware, chacun quatre j et l'yr//fltama, Vlllinois, V Indiana, 
la Loiiiiume et le Mississipi , chacun trois. Le Missouri n'a pas en- 
core de voix , parce que ni sa constitution , ni la forme de son 
gouverncnient ne sont encore approuve'es par le Congres. 

— Quatre nouveaux Etats ont e'te' ajoutes a I'union pendant la 
dernicre session du congres, savoir : Illinois , Alt hama , Maine 
et Missouri, qui, avec les territoires de Michigan et Arkanson, 
qui auront bientot assez de population pour devenir Etats inde- 
pendans , doubleront le iiorabre des Etats qui se sont declares in- 
de'pendans de la Grande-Bretagne le 4 juillet 1776. lis nV'taient 
aior.<i qu'au nombre de treize ; ils sont mainfenant J'i«gi-<yu«tre; 
et, avec le nouvel accroissement , ils seront vingt-six. 

AMKRIQUE DU SUD. 

Bcenos-Atres. — Botoniquf . — M. Bonpland , naturalistc dis- 
tingue, et compagnon de voyage de M. de Humboldt, s'est e'tabli 



AMERIQUE. — ASIE. — AFRIQUE. 617 

■vec sa famille dans cette ville, oil il s'occupe de former iin jar- 
din composd de plantes rares at curieuses. 11 en a dtija rcuui uu 
grand nombre : ses recherches lui ont fait decouvrir nne plante 
qui croit dans Teau , et qui contient une grande quautite' de 
tannin ; il se propose d'en profiler pour former une lannerie sur 
la Parana. 

ASIE. 

ILES DE LA SONDE. 

Java. — Antiquites. — Depuis que les Anglais ont rendu Hie 
de Java aux; Hoilandais , ces derniers se sont ocrupes a rassem- 
bler toutes les antiquite's qu'ils ont pu de'couvrir dans le pays; et 
ils ont fait des preparafifs pour le^ transporter en Europe. Parmi 
ces Testes pre'cieux , sont quaire statues en pierre, de grandeur 
naturelle 5 elles ont ete trouvees au milieu d,s ruines de Malang, 
OLi elles avaient probablement servi a ornerqueique edifice con- 
siderable. Trois sont deja en route pour Am^terdam. La pre- 
miere, qu'on suppose repre'senter la divinite' /Ju/ia, a Iniil mains; 
elle est assise sur un bufle qui foule aux pieds une figure du 
vice; la seconde , appelee par les Javanais Gana Singa Jaga, 
est la Genesa de la myfhologie deslndous; elle a la tete d'un ele- 
phant. La troisieme divinite JYanih est represente'e sous la forme 
d'un taurcau. Le travail de cette derniere statue est , dit-on, d'un 
llni admirable. 

RUSSIE ASIATIQUE. 

Obenkourg. — P^nyage com menial. — L'expt'dition destinc'c 
pour la Bucbarie s'est mise en route, le 10 octobre 1S20 ; elle 
est escortee de deux cents cosaques et de deux pieces d'arliljerie 
legere, et dirige'e par le conseiiler Negri, liomme verse' dans les 
langues orientales et distingue' p;ir sfS connaissances. Kile a pour 
objet d'efablir des relations commerciales sflres et avantageuses, 
et de prendre des connaiss.<nces plus detjillees sur un pays intJ- 
ressant et voisin , mais se'pare' de nous par des de'serts de sable. 

AFRTQUE. 

EGYPTE. 

yoyage scientifique de M. /''red. CtilHinud, en Nuhie. (V03'. 
T. I, pag. 347; T. IV, pag. 371 ; T. V, pag, 372 ; T. VI, pag. 



6i8 AFRIQLE. 

396; T. VlII , pag. iG<). — Des leltrfs crElephanline , du aS 
aoftt, nous annoncent que cinq mille horames etaieiit rasserables , 
dans les environs, pour remontcr Ic Wil , sous la concluite d'ls- 
mail Pacha et d'Abdy Bey. M. Frcil. Cailliaud, qui accompagnn 
rexpedilion pour se rendre au Donj^olah et sur les bonds de 
la Mer Rouge , a profile' de son se'jour a Thebes, pour faire exe- 
cuter de nouvclles fouillcs. Ce voyage a Tbtbcs est le septieme. 
II vient d'y faire, le fj du mois d'aoflt deinier, une de'couverte 
d'un grand interet pour Thistoire de TEgypte. Dans un des 
hypogees de celte aucienne capitale , il a trouve' une momie 
du terns des Grecs ; le personnage embauoie a sur la tete une 
couronne dore'e en forme de lotus ; le corps est enveloppe de 
bandelettes a la maniere egyplienne; sur la caisse du sarco- 
phage, dans lequel est renferme la morale , sont trace'es des ins- 
criptions en grec , et d'autres en hieroglyphes. A la pai tie droite , 
est attache, avec des bandelettes , un manuscrit sur papyrus j et 
ce manuscrit est encore en langue grecque. La toile qui recouvre 
la momie, est couvcrte de sujels egypliens et de signes hie'ro- 
glyphiqiies. Dans Pinte'rieur de la caisse, on a represente les fi- 
gures du Zodiaque. 

Ce monument pre'cieux est heureusement bien conserve ; mais, 
le dessin , les ornemens et les couleurs ne sont pas aussi parfaits 
que dans les ouvrages plus anciens. Cetle pcrl'ecfion de travail 
est pre'cisement le cachet de la haute antiquite e'gyptienne. Cest 
ce que les voyageurs francais ont reconnu et constate ^ pendant 
Texpe'dition. 

11 parait d^montre , par cetfe de'couverte de M. Cailliaud, 
qu'on avait encore sous les Grecs une certaine intelligence des 
hieroglyphes. La fameuse pierre de Rosette I'avait prouve deja 
pour i'e'poque de Ptolemee Epiphane, et les iuscrijjtions trouve'es 
re'cemment au pied du Sphinx, dans les fouilles qu'on doit a la 
perse've'rance et au devouement du capitaine Cuviglia , auforisent 
a penser que, sous les Remains meme , on avait conserve, jus- 
qu'a un certain point, Tarld'ecrire ces hie'roglyphos. Toutelois, 
je suis loin de conclure de ces faits, que les notions des Roiuains 
ou des Grecs, sur les hieroglyphes, pourraient , si nous les posse'- 
dions aujourd'hui au meme degre qu'eus , nous suffire pour com- 
prendi-e les inscriptions de Thebes et des tombeaus. des Rois , ou 



AFRIQUTE. 619 

celles des obelisques ; mais , il n'en est pas moins exirctnement 
curieux de trouver rcunts , sur iin monument posterienr a Tarri- 
vc'e des Grecs en Egypte, ou peut-etre beaucoup plus recent, 
des inscriptions de deux e?peces , dont les unes sent jdsqu'a pro- 
sent reste'es inde'chiffrables , et les autres peuvent etre lues sans 
difilculie. 

On pourrait presenter ici des conjeclures qui viennent aisement 
a I'esprit; mais elles scraient pre'maturees, et 11 est preferable d'at- 
lendre Tarrivee du monuuionl. 11 est a croire que Ic pnssesseur 
prendra tous les moyens pour en assurer la conservation et le 
transport a Paris. 

M. Cailliaud a encore trouve dans les catacombes de Thebes, 
quantife' d'objets qui jettent un nouveau jour sur les moeurs et les 
usages des anciens, tels que des meubles, des chaussures, des 
ornemens de toilette , et jusqu'a du pain antique conserve. Le ca- 
binet de M. Drovetii , fruit de quinze anne'es de recliercbes , ren- 
ferme un grand nombrc de ces objcts curieux, qui ajoutent en- 
care du prix a la plus belle et a la plus riclie collection qu'on ait 
jamais formee en antiquites egyptiennes; collection digned'orner 
)e premier musee de I'Europe, et qui est ardemment convoile'e 
par plusiours puissances. 

M. Cailliaud et son coropagnon de voyage M. Lelorzec conti- 
nuent de se livrer avec zcle aus rcchercbes ge'ographiques. Tous 
les points qu'ils ont visites ont t'te determine's en longitude et 
en latitude, par une grande quantitc d'observations celestes, qui 
ne different Tune de I'autre que dins les secondes. C'est par le^ 
distances qu'ils prenncnt les longitudes , et non avec le chrono- 
metre, dont ils ne peuvent plus se servir utilenient dans des 
temperatures aussi elove'es et aussi variables. 

Les nouveaux firmuns que M. Cailliaud a obtenus dn pacha , lui 
assurentles escortes et les ouvriers dont il aura besoin pour cou- 
rir le pays qui se'pare la Mer Rouge du INil superieur, et pour 
explorer les me'talliques que les unciens auteurs assurent avoir 
existe dans I'ile de Mt'roe. Jomard, de ilnstitut. 

— Le pacha vient de faire present au roi d'Angleterrc de la 
fameuse colonne d'AIexandrie, conntip sous le nom d'aigiiille dt 
CleopdtiP . Le poids de cettc colonne est de 200 tonneaux (qualrw 
cents miliiers) ; son diametre, pres de la base, est de >ept pieds. 



620 EUROPE. 

Ce monument sera place en face dii palais 3e Carlton-llouse, a 
Londres. 

EUROPE. 

GRANDE-BRETAGNE. 

Medecine.^RenieJe contre rempolsonncm'-ni par le deiito-mu- 
riate de nienure. — Unenfunt de deuxans ayant avale uncdifsolu- 
tion de suhlinie corrosij, dent on comptait se servii' pour dclruire 
les rats, ftit pris instautane'ment de vomissemcns. On lui (it Loire 
de riiuile d'olive en grande quantite. M. John Moi timer , chirur- 
gien, levoitau bout dc six lieures;levomisserneDtnes''arrelait point, 
le pouls e'tait accclere , la peau devcnait froide , la soif excessive ; 
il fit dissoudre un gros de suliure de potasse dans une pinte et 
demie d'eau sucre'e tiede rju'il fit Loire au maiade alternatiyement 
avec douze Llancs d'cenfs battus ; il prescrivit aussi Ics lavemens 
d'eau de savon. Dans I'espace de vingt-quatre lieurcs environ , 
I'enfant avala soixante-sept blaucs d'ceufs et Lut toute la disso- 
lution de sulfure de potasse : des le troisieme jour, il etait pres- 
que dans son etat habituel de santc. 

WoLwiCH. — Constructions navales. — On a conslruit derniere- 
ment, dans notre chantier, trois corvettes de 20 canons, ayant 
exactement les memos dimensions , et L9ties , la premiere en 
chene , la seconde en sapin de Riga, et la troisieme en sapin tire' 
d'une foret qui fait partie du domaine du due d'Atliol, en Perts- 
hire. Le premier de ces biitimens, nomme VEtoile du Nord , 
sera mis a I'eau tres incessamment; le second, nomme le JVieman , 
a ete' lance lundi dernier, et le troisieme, nomme I'Athol, mer- 
credi. Le Lut da gouvernement est de determiner, d'une manierc 
precise , le rapport entre la force et la duree des navires cons- 
truits avec ces trois especes ce Lois, ainsi que les depenses qu'exi- 
gent leur construction et leur entretien. 

LoKDRES. — Societc rnjale. — Le 3o novembre dernier, jour 
de St .-Andre , cette Societe a tenu sa seance annuelle , a Som- 
merset Place. La medaille d'or a ete de'cernee au professeur Jean 
Chretien Oersted, pour ses de'couverles electro -magne'tiques 
( voyez ci-dessus page 18O. La Societe a procede ensuite a la 
nomination du president , en rcmplaccaicnt de feu Sir Joseph 
Banks ; tous les suHVages se sont reunis sur le celebre chimisle 
A'ir Humphry Dai'j. 



EUROPE. 6a I 

EniMBOURG. — Societe royale irEcosse. — IVomination. — Sir 
Jumes Hall , ayant donne sa demission des fonctions de president 
de cette Societe , les tnembrcs qui la comjiosent out choisi pour 
le remplacer Sir 1'f^'alter Scott- Ce clioix honorable est la digne 
recompense des travaus litteraires du peintre celebre des mceurs 
ecossaises. 

POLOGNE. 

Cracovie. — Monument en Vhonneurde Kosciusko. — Le 16 no- 
vembre dernier , le monument e'leve aux milnes de Koscidsko , a 
etc' consacre sur la montagne de Bronislara , voisine de cette 
villa. On ne pouvait choLsir un emplacement plus convenablc 
pour de'poser les restes du heros de'fenseur et vi^time de la cause 
de la liberte' polonaise. Cette ce're'raonie avait reuni plus de 
13,000 personnes de tout sesc ct de tout e'tat. On y voyait les 
fonctionnaires publics a cote des citoyens, les nioines parmi les 
soldats, et partout le meme esprit, le meme enthousiasme. — 
Apres le discours funebre , prononce paF le gene'ral Paskowski, 
le pre'sident du senaf, Stanislas Wodiski , a depose le proces- 
verbal et autres documens dans un vase de terre renf'erme' dans 
unc boite detain; letout, place' dans une urne de pierre, a e'te 
mis dans le caveau prepare a cet efl'et. En ce moment, la multi- 
tude des assistans , ce'dant a la vivacite des seutimens dont elle 
e'tait pe'ne'tree , s'est elancee vers le monument; cbacunTOulait 
remplir le devoir pieux de jeter une poignee de terre pour re- 
couvrir Turne du he'ros polonais. Alors la musiqueafait entendre 
les airs nationaux : la Polonaise de Kosciusko , la marche de 
Dombrowski , aux armcs , mes freres ! A rcntrc'c de la nuit , les 
hauteurs voisincs etaient couvertes de feux. Au Ihe'lltre , une piece 
analogue a la circonstance a termine cette journe'e vrairaent pa- 
triotique. 

Varsovie. — Societe royale litteraire. — Extrait d\n rapport 
de M. le conseiller d'Etat Stanislas Staszie, president, sur les 
trnvaux de la Societe pendant huit annees. — Cet expose' donne 
ride'e la plus avantageuse du but que s'est propose cette re'union 
de savans , et de I'activite' deploye'e par la plupart d'entre cux 
pour Fatteindre. Fonde'e en 1800, sous le gouvernement du roi 
de Prusse, encourage'e par le roi de Saxe , et protege'e mainte- 



Bant par reuiiiorciir de Russie, ellc a pour ohjct « tie fixer ft 
(IVj)urcr la langue nationalu, cle conserver et dc perfect ioniiei* 
Thistoire ilu pays, tic Fetudicr a fond sous le rapport dc la topo- 
graphie , de la stalistique , de riiisloire natureUc ct du commerce j 
et enfin de reparidre parmi les Polonais les arts et les connais- 
sances ne'cessaires au bonheur et a la prosperite' de la nation. » 
■ — Les travaux de la Societe, relatifs a la langiie nationale, ont 
tendu principaleracnt a fairc adopter un m^me systeme d'orto- 
graphe et de prononciation : ellc a charge un de ses membres 
de la confection d'unc grammaire qui pftt servir dc regie , 
et se propose dc donner clle - meme a la nation un diction- 
naire complet de la langue polonaise. Rclativcment a Thistoire 
nationale , les travaux ont ele repartis entre plusieurs membres , 
qui se sonl charges chacun d'une e'poque ou d'un point particu- 
lier ; on a fait fouiller dans les archives du pays et dans celles 
des pays voisins ; on a consulte les anciens monumens , les md- 
moires de families , les m<$dailles , etc. ; rien n'a e'te ne'glige pour 
se procurer un coi-ps complet de docuraens historiques. La So- 
ciete a dc plus fait publier , a Tusage de la jeunesse , un abrege 
de rhistoire de Poiogne, et a I'imitation de Lavater en Suisse , 
a repandu parmi le peuple un recueil de chansons nationales ovi 
sont retraces les hauts faits et les belles actions des Polonais. — 
La section des sciences s'est pi-incipalement occupee de recher- 
ches utiles au pays ; il a ete public' divers me'moires sur la nature 
du sol et sur les diflerentes mines de cette contrc'e : on s'occupe 
en ce moment d'une carte geognostique de la Poiogne : on a 
donne une attention particuliere a la cochenille qui etait autre- 
fois unobjet important pour le commerce exterieur, et qui main- 
tenant sert encore a la teinture des e'tofl'es grossieres 5 plusieurs 
membres de la Societe pensent que cette branche pourrait etre ra- 
nimeeau moyen de soins et d'encouragemens. L'ambrejaune,dont 
la formation est encore un problenie, aaussi occupe'la Societe. Un 
de ses membres, possesscur d'une mine considerable dc cette 
•substance, a prouve qu'elle n'dtait qu'une resine fossile decoulant 
d'une espece d'arbre dontle fruit ressemble a une pomme de pin , 
et que I'ambre en grandc masse se trouvait ordinairement pres 
des troncs de ces arbres. — La section d'agriculture a mis le plus 
grand soin a faire counaltre les nouvelles me'lhodes de culture , et 



EUROPE. GaS 

les instrumens aratoires que rexpe'rience a juge's propres a rem- 
placer les anciens avec avantage. EUe a cherche' a bien determi- 
ner les causes et les symptumes des epizooties si frequentes en 
Pologne, et les moyens les plus elEcaces pour les faire cesser. — 
Enfin la section de medeciae a dirige ses travaus sur les maladies 
propres au pays, et en particulier sur la plique. — 'I'elle est Tes- 
quisse rapide des travaux nombreux et varies de cctte Societe 
savante , qui parait animee du patriotisme le plus pur, et du 
zele le plus ardent pour I'avancement des arts et des sciences. 
Independamment deTimpuIsion salutairequ'une telle Socie'le' doit 
donner aux esprits , par sa scule existence , les moyens auxiliaires 
pour alteindre le but quelle s'est propose, sont i" des rae'dailles et 
des prix destines a ceux qui ont presente les meilleurs Me'moires 
•ur des questions proposeesj 2° uue bibliotheque publique ou- 
verte a toutes les personnes qui de'sirent y puiser de I'instruction; 
3" ua cabinet d'histoire naturelle ^ 4° enfin , plus que tout cela , 
le soin d'entourer d'honneurs et de gloire les noms de ceux qui 
ont illustre leur pays par leurs talens et leurs grandes decou- 
vertes. C'est dans ce but que la Societe vient de faire un appel a 
la nation pour Ferection d\m monument a Thonneur de Coper- 
nic ( ne a Thorn ). Get appel ne peut etre fait en vain , lorsqu'il 
est adresse a un tel peuple , et pour un tel genie. — Wous donne- 
rons dans un prochain numero Fextrait d'uu discours fait ace 
tujet. 

DAWEMARCK. 

Bledecine. — Progres de la vaccination. — La vaccine produit 
dans ce pays les plusheureux re'sultats. D'apres un rapport de la 
commission nomme'e par le gouvernement , en 1818 , pour sur- 
veillcr cette branche de la medecine , il parait que le nombre des 
enfans vaccines s'elevait, dans cette seule annee, a 2^,994, dont 
22,638 avaient ete vaccines par des hommes do I'art; 3,688, par 
des eccle'siastiques, ct 1,^68 par differeus individus. Suivant un 
calcul approximatif , le pays avail perdu par la petite vcrole, 
dans Tespace de cinquante ans , depuis 17^9 jusqu'a 1798, 
a,ioo,ooo personnes : Ainsi la vaccine, qui y a e'te introduite 
en 1802 , aurait conserve la vie a 73,000 creatures humaiues. 

IsLANDE. — Lilttniiuie iilandaite. — D'apres un rapport de U 



6a4 EUKOPE. 

Hociete lilteraire (VlslanJe , il paiait que Ic grand ouvragc isl.in- 
dais , nomine Sturbringa scga , et iormnnt cent vingt fetiilles 
d'iinpression , vient d'etre achevc'. On a aussi public , depuis pcu , 
line Geographic gencrale tie Tlslande, et on imprime dans ce 
moment une collection des OEuvres des poetes qui ont illustre 
ce pays. 

ALLEMAGNE. 

WuRTZEOURG. — Programme des cours oiwerts , a riiniuersUe cle 
cetie fille, le 2 nouembre. — Trois professeurs enseignenl la phi- 
losopliie ; sept cours sont destines aux sciences exactes et natii- 
relles. Parmi les cours d'histoire , au nombre de dix , on en remar- 
que iin , dont Timique but est tie developper le systeme actuel 
des Etats de I'Europe, surtout en ce qui conccrne riiiflucnce de 
la revolution francaise. Les professeurs , Blum et Mathias, don- 
neront des details sur THistoire litterairedesGrecs et des Romains. 
Enfin, les mathematiques elles-memes auront Icur historien. Le 
programme annonce de plus deux cours de philologie 5 neufde 
the'ologie ; quinze de droit. Quatorze cours sont compris sous la 
denomination de staats vifsen Schast (sciences des Etats) , quoi- 
que, parini ces derniers, huit seulement aient pour but les 
sciences politiques, et que les autres s'occupent de choses qui y 
ont un rapport moins direct ; par exemple, des mines , des forets , 
de re'conoraie rurale. Enfin, dix-sept cours sont ouverts aus 
eleves en me'decine. Des maitres particuliers enseignenl I'art du 
graveur, le dessin, la musique, etc., etc. 

Berliiv. — TjCTiiU'crsitc a repris ses exercices des le 16 ocfobre. 
Voici le de'tail des lecons qu'on y donne : il 3 a dix cours dp tbdo- 
logie; dix-huit de droit; soixante de medecine; onze de pliiloso- 
phie ; seize de mathematiques ; quinze de sciences naturclles ; sis 
de sciences economiques et politique'?; deux de L..aux-arts ; dix 
d'histoire ; vingt de philologie. La bibliolheque royale, le muse'e 
et le jardin botanique sont a la (disposition des e'leves. Parmi les 
noms des professeurs de cetlc Universife, on cite ceux do 
MM. de iSafigny , Hufelond , Ficlite et Osann. Ce dernier a re- 
ccmment publie des idecs ncuves sur la tragf'die d'Ajax , a^sez 
mal jugee jusqu'a ce jour. M. Osann Fa venge'e a la fois des in- 
justices de ses dutraclcurs ct des maladresses de ses defenseurs. 



EUROPE. 6a5 

Aiusi , (Jans Ic mSme lems, )a France el rAllemagnc or.t vii fe- 
mettre, a la place qu'ils doivent occuper, driix chefs-cropuvre 
iinciens. Qui ne se rappelle , avec plaisir, le rharmant morceau 
lu par M. Andrieux a rAcademie? II appailenait a celiii f|iiia 
enriclii la sct'ne francaise d'ouvragrs classiqucs, de faire rendre 
justice au PromiJthee d'Escli}ile. Pii. Goltkrv. 

MnivicH. — Sortete pnur Vimitation des manusciits orientaur. 
— II s'est forme clans celte vilie une Socie'te' qui va taiie lilliogra- 
pliier, stir les niiilleurs manuscrits, les ouvr.iges les plus estimes 
qui existent en turc, en arabe , en persan et en lanj^ue lartare , 
pour les re'pandre dans lout rOrient , par la voie de Trieste. Ce 
qui s'est oppose a I'introduclion de Timprimerie, chi z Irs orien- 
taux, ce sent d'aboid les cabales des copistes de profession; 
mais bien plus encore rimpossibilito ou Ton est de rtndre, an 
moyen de caracteres fondns, les divers ornemens que les Turcs 
et les Arabes sont habitue's a voir accooipaijner chacun des ca- 
racleres ecrits. La litliograpliie oflre de grandes re^soui'ces a ce^ 
egard, et Ton va s'appliquer a imiter parfaltcmrnt , tant la cal- 
ligraphic, que la relii^re des manuscrits. 11 y a tout lieu de 
croire que le prix modique, auquci on pourra fournir les exem- 
plaires lithographie's, leur procurera un grand debit, et que 
le nouvel c'tablisseraent contribuera beaucoiip a repandre les 
lumieres dans TOricnt. 

Publications nouvelles. — Tubingen. — Traduction iPiin oii~ 
pfngefrancais. — M. Jean Charles Hocck , conseiiler auliquo de 
re'gence a Gaildorf , a publie a Tubingen , chez le libraire Hopfer 
defOrme, unetraduclionallcmardedL-rouvrage de/l/. M.A.Jul- 
lien , de Paris, intitule : Agenda general , ou AJemnrial porlatif 
universel, dont la troisieme edition a e'te iuipi iniee a Paris , en 
i8i5. Le Iraducleur a adaple' son ouvrage a I'annee 1821 , et y a 
ajoute quelques observations , ainsi qu'un siipple'inrut. 

Leipsick. — Pof-iie. — L'Allemagne coutinue a s'enricliir de 
traduction-! des grands poetcs de I'antiquite : les coine'dios de 
Plaute, les fables de Phcdre, les odes de Pindare et ct-llts il'Ho- 
race ont ete reccrament mises en vers allemands, et les aufeurs 
de ces Iradiictions ont partoul conserve le raerite de I'original. 
Cet avanlage de Tallemand siir les autres langues est inapprc'- 
ciable. Les Francais n'ont pas rebllement une senle traduction 
TOUR viir. /jo 



6a6 EUROPE. 

des jioelcs ancicns : la prose ne Icur en a donne (|ue des copies 
decolorees, l;i pot-sic ne nous les a moutre's que dans des imita- 
tions fjuolqucl'ois elegantes , mais toujours iiilidcles. Chez les 
Allemaiids, an conlraire , quand on fail parler Pindare ou Ho- 
race, c'est lui-mcrae qui parle. Le traducteur n'est la que pour 
subslituer aus mots grecs on latins des mots aileunands do menie 
luesure : son merite cousiste dans I'elegauce et la iidelite dc ce 
clioix , et la difliculte de ce travail est encore fort grande , puis- 
qu'ilfaut, pour la vaincre , que Ic traducteur soit poete lui- 
inenie. Aussi voit-onque les homnies qui se sont distingucspardes 
ouvrages d'iuiagination , sont pre'cisement ceux qui ont le niieux. 
traduit lesanciens. Pour le j)rouver, il suflirait de nommer f^oss, 
et de rappeler que Tauteur de Louise a etc Tinterprete dun grand 
, nombre de cliefs-d'ceuvre. Plicdre vient d'etre traduit par M. Vo- 
gelsang. Son style est en general facile et elegant. Quant a Pin- 
dare , c'est la premiere fois que ses odes ont e'te rendues en ver.* 
de la meme niesure. M. Tiersch n'a pas craintde faire imprinier 
en regard le teste grec, il y a joint un Traite sur les vers de Pin- 
dare, et plusieurs savantes dissertations non moins inte'res- 
santes. IM. Ticrscli a cte plus que traducteur: il s'est montre 
poete , de telle sorte que les chants de Pindare sont natura- 
lise's en Allemagne. L'interprete d'Horace a suivi deux fois pour 
une le preceptc nonum prematur in annum, car c'est depuis 1802 
que M. Rlamtner Schmidt est occupe' a polir son livre. II n'en 
fallait pas moins pour entrer en lice avec Rammler , Eschon et 
Voss. Le dernier surtout est un terrible adversaire, devant lequel 
]M. Schmidt paratt avoir succombe. On lui fait aussi le rcproche 
d'avojr denature' son auleur par un exces dc scrupule , et d'avoir 
snbstitue des noms de Giles a ceux dc garcons , partout ou il 
t'tait question d'une espcce d'amour que la nature reprouve. 

M. Voss, cet infatigabli; traducteur des chefs-d'oeuvre anciens, 
vient d'etre mi;; lui-memecn vers latins. M. Fischer a publie'sa 
Louise, avec le texte alleniand. Wous recommandons cet opus- 
cule aux Francais qui veuleut connaitre Louise : aucune tra- 
duction francaise ne pourrait micux les satisfairc. M. Voss tra - 
vaille aussi a une traduction importantejil ne s'agitderien moins 
que de faire parler Shakespeare en vers alleniauds. 

— IM. Butlmanns'occupeencemoaieiit do pubiier wn reeueil de 



EUROPL. 627 

Scolles d^IJoiridfe. Son but est de rasseiuhler tout ce que les 
grammuiritiis, aulres iiu' Eusthathe , ont dit siir ce prince des 
j^oetes. En s'aiJant des travaux de ses devanciers, M. Buttmann 
donnera bcaucoup dc scolies inedites, tirees d'liti nianuscrit de 
Heidelberg. Ce niamiscrit avait deja t'te indiquc par le savant 
professeur Creutzer , qui en parle dans ses Melelemata de anti- 
quitate. M. Bultmanu rend un veritable service aux amis des 
lettres qui pourront, en joignant /iuit/iat/ie a sa collection , se 
procurer facilement un cours compltt d'crudition sur Ics poesies 
d'Homere. 

— M. Mulier a public un petit e'crit intitule' : Carninuni ncc 
latinorum specimen. Les journaux allem:iuds pretendent qu'il 
s'est servi avec succes des vers employe's par Horace. Us louent 
Gurtout les strophes sur le voyage du prince de Hardemberg 
k Kari».bad^ cependant ces strophes nous ont paru prosaiques. 
Veut-on saroir comment Tauteur designe le wist et le vin de la 
comete : 

Coena nos simplex variusque pictis 

llegibus lusus tacitos hahebat , 

Et JVotm undence pia testaj'undens 

Pocula Rheni. 

Ph. G. 

Darmstadt. — Archeologie. — M. MoUerfait paraitre une collec- 
tion de dessins des monumens du moyen Age. Los 9^ et loe cahiers 
repre'sentent le couvent de Lorsch , que Ton dit etre du temps de 
Charlemagne; on y vnit aussi le cloitre du chapitre d'Asc^iafi'en- 
burg, le dome de Worms , Thotel de ville d'Hanovre , etc. , etc. 

Berlin. — Beaux-Arts.— t'oiidation d^un muse'e. — On a 
fonde dans cette viUe un musee, oil Ton doit reunir les sta- 
tues les plus remarquables, les medailles les plus curieuses et les 
plus beaux tableaux , disperses dans difle'rcns e'difices. Le roi pro- 
te'ge cet etablissement , et a nomme M. le consciller Hirt pour 
pre'sider au choix et au placement des divers objets qui doivent 
composer cette collection. 

ViEswE. — Architecture. — Erection (Tun temple. — L'empf- 
reur d'Autriche a donne des ordres pour faire construire dans 
?ette ville im temple , qui doit ^tre en tout semblable a celui de 

40* 



6i8 EUROPE. 

TWs^e crige a Atlu^nes. Le celebre gronpe do Thc'se'e, par Ca- 
nova , doit orner rinterieur de ret edifice. 

Leipsick. — Theatre. — Cnligiiy'. — M. Marsclincr vient de 
donncr inic tragodie de Coligny, que Ton dit e'critc avec beau- 
coup de force. L'auteur s'est attache a poindrc dans toutc leur 
horreur les cxces du fanatisine religieux. Oh assure ((ue cot ou- 
vrage est surtout remarquable par la fide'lite historique des ca- 
racteres , par la verite des images , et par la chaleur toujour* 
soutenue du dialogue. 

IVluNicH. — Ni'crolngie. — Le lo avril nous a enlcve deux 
hommes dislingues. — Le premier , M. de llittershausen, redi- 
geait autrefois un journal intitule : Die Pfalzbaicrische muse ; 
plus recemment (de tSo'j a 1808), il en avait publie un autre 
sous le titre de Dcuhchlands-Aujklarung. — Le savant qui est 
mort le nieme jour est J\J. Sebastien Gunther, connu par d'excel- 
lens travaux historiqucs sur la Raviere. 

AuGSBonRG. — Charles Arbuthnoth , Ecossais de naissance , et 
prelat du chapitre ecossais de Saint-Jacob , est mort le 19 avril , 
a I'iige dc 84 ans. Dans le cours de sa longue et honorable car- 
rierc , il avait cueilli plusieurs palmes acade'miques. II etait fort 
jeune encore lorsqu'il entra au chapitre e'cossais , dont il fut en- 
suite le directeur pendant dix-scpt ans. M. Arbuthnoth etait 

niembre de FAcademie des sciences de Munich. 

Ph. Golbert. 

SUISSE. 

Geneve. — Rlaison ile fnr/e pciiitentiaire. — Le conseil d'Etat a 
prolonge de deux mois le terme danslequel devaient etre depose's 
les plans et devis d^une nunson dejbrce peniteritiaire , au sujet de 
laquelle il a ete publie des progiamnies dans le commencement 
de cette aiinee. Par le premier , on ofiVait un prix d'environ 
Goo fr. a Fauteur du meilleur projet d'une maison de detention 
pour 45 a ,50 crimincls, projet qui devait etre adapte a un edifice 
deja existant. Lesauteurs, dispose'sa se servir des piisons actuelles, 
etaient avertis qu'ils devaient y conserver une place sufEsanle pour 
pouvoiry renfermer, inde'pcndamnient des45 a 5o malfaiteurs ci- 
dessus, un nombrc a peu pres egal de prevenus, de detenus pour 
dettss ou d'individus condamnes ii remprisonnement, et qu'ils de- 



EUROPE. fi^g 

Taient, en outre, pouivoir, aiitant qn'il scrait possible , alasepa- 
ralion de ccs diversesrlasses cle prisonniers, en ayant e'gard a leiir 
sexe. Par le- second programme, on mettait aussi an concours nn 
prix d'environ Soo fr. pour rauteurdunioilleur projet d'une mai- 
son du meine genre a construire a neiif pour iinc cinquantaine de 
criminels. Qnalorze conditions principales devaient etre rem- 
plies indispensablement par CCS deux programmes. On exigeait, 
entre autres, au moins deux grandes salles de travail, suscepti- 
bles d'etre divise'es en cas de besoin 5 un refeitoire ; une chapelle , 
commune aux deux cultes ; une chambre de bain , etc. , etc. On 
recommandait surtout aux concurrens qui n'adopteraient pas le 
systeme panoptique, ou tout autre analogue , de disposer les 
chambres des guiclietiers et.des inspecteurs du travail, dc ma- 
niere a faciliter la surveillance des diflerentcs parties de Tadmi- 
uistration. Tons les renseignemens de qacl([ae utilite, ainsi que 
les meilleurs ouvrages ])ublit's , sur ce su jet , tant en France que 
dans d'autres pays , avaient cte' mis a la disposition des personnes 
qui etaient dans Tintention de disputer les prix. Un assez grand 
nom!)re de projets ont eie' envoy e's au concours , et, quoiqu'il 
soit ferme uepuis le i^'' no\,embre dernier, on n'cn connait pas 
encore le resultat. 

Publications kouvklles. — Claris. — Le docleur Uegets- 
thweilcr vient de faire paraitre une notice inte'ressante sur la 
composition , I'usage et les facultes di-Teau miuerale quon trouve 
pres dc Lintlilhal, dans notre canton. 

— flLiloiie lie la Suisse. — MM. Fiissli et compagnie viennent 
de pub'ier lecinquiemecahierues principales scenes delllistoire 
des Suisses; le sixieme et dernier cahier piiraitra incessamracnf. 
Cet ouvrage soutient la reputation qu'd s^est acquise. 

— Zurich. — Trndttction d'un ouvmge franctds. — Les li- 
braires, Orell, Fiissli et com])agnie, annoncent une traduction 
allemande de Fouvrage <[ue M. le docteur Josepb Coullon a 
public', a Paris, cu i8j<), sous le titre de liecherches et conside- 
rations medicates sur Vacide hvdrocy.iiiiju^, son radical, ses 
composes et ses antidotes. 

— Berne. — La publication de la Chronique Suisse de Juttin- 
ger a e'te si bien accueillie , que les e'diteurs se sont determine's a 
faire impriincr les e'crits historiqnes des autres chronitjueurs du 



63o EUROPE. 

toms, Tschac/itlau, Schihing el f^alenus Anshelm. L'ourrage 

<lc Tschachtlau est deja sous pressc. 

ITALIE. 

Pavie. — Bateau a vapeur. — Une Socie'te de Milanais a fait 
vcnir a Pavio, un bate: u a vapour, construit dans Ics chantiers 
de Genc!^. La machine a etefaitc par M. Botton de Birmingham. 

— Venise. — Le hattau a vapcnr de M. Fs. Allen , qui va de 
\enise a Trieste, ne parait pas d'une bonne construction; il a 
meme eprouve un accident assez grave cette annee. 

Progrcs de Pciiseigntment niutuel en Italie et h Molle. — I^a 
me'thodc de Tenseignement muluel fait chaque joui' de nouveaux 
progrcs en Italie. Une ccole, oii Ton suit ce sj'steme d'instruc- 
tion, vient de s'ouvrir a Malte, sous la surveillance de Joseph 
Standi , qui a fait un voyage en Angleterre , afin d'acquerir une 
connaissance jdus approfondie de la methode de Lancastre. Une 
autre s'cst forme'e pres de La V alette par les soins d'un eccle'sias- 
f ique nommc Don Luigi , qui se montre trcs empresse' a seconder 
ce plan d'education. A Naples , le nouveau sysleme a recu les 
plus grands encouragemens de la noblesse , des hommes de 
letlres, et dcs individns de presque toutesles classes. H y a, dans 
cette ville, une ecole d'enseigncment rautuel , o\\. trois cents 
cnfans pauvres sent instruits aux frais du gouvernement. Plu- 
sieurs etablisscmens du meme genre vont, dit-on, s'ouvrir a 
Rome el a Genes : Milan , Brescia , Florence , en possedent deja. 
Dans cette derniere ville, I'instilution est encouragee par dcs 
personnes d'une grande distinction. M. Gallini, fp.ii a parcouru 
la France et TAngleterre dans la vue de s'instruire des procede's 
de la methode , vient de fonder une de ces ecoles a Voghera, en 
Piemont. Le prince Carignano en avait deja ctabli cincj dans le 
meme pays, ou elles prosperent d'une maniere surprenante, et 
ou le clerge' se plait a les encourager. D'autres vienncnt de se 
former a Wice et dans ses environs, graces au zele de MM. Tabbe' 
Cessola , et Canpin. 

Florence. — Institnt trenselgnement public. — C'est luie re'u- 
nion de plusicurs e'colcs destinees a I'instruction de la jeunessc. 
M. Attilio Zuccagni Orlandini est a la tete de cot etablissement , 
dont il a concii le projet; il a pour collegues Luigi Borrini, 



EUROPE. C,jr 

Giuseppa Pierottiniet Agostino Giuliani, tons jeunes gens I'gale- 
mentanimes de ratnour dc la gloire et de la patric. Los ccolcs 
qu'embrasse cet Institut, sont : i° cello dc preparation; 2° de 
calligraphic et d'aritUme'tique elemcnlaire; 3° dc dessin ; 4° et 
5" de geograpliie; 6" d'hisloire sacrcc; '^° d'liisloirc civile; 
8" d'histoirc litter^ire; 9" de grammaire genc'rale appliquee a la 
languc italienuc; lo* do langue IVancaise; 11° et 12" ecolcs infc- 
rieures de litte'rafiire; i3° de litteratnre snpe'rieure; 14" de logi- 
C(ue et de geomiitrie ; iS" d'e'lcmens d'hisloii'c nalnrellc et de 
physique. Cet e'tablissement a merite la protection du gouvernc- 
ment. Les fondatenrs ont encore etabli, a pen de distance , un 
pensionnat qui s'ouvrira an mois dc Janvier 1821 , pour ies jeunes 
gens , surtout pour les etrangers qui desireront profiter des cours 
de rinstitut Florentin. On a publie a Florence, les Constitutions 
ct re'glemens de I'Institut florentin. 

Rome. — Decouverte bihliographitjiie. — On a annonce au 
monde savant des decouvertes assez importantes, faites dans un 
manuscrit du onzieme sitclo , dc la bibliotheque du Vatican. II 
contient des morceaux ineonnus de Polybe, de Diodore de 
Sicile , dc Dion Cassins el autres. C'est le fruit des soins et des 
connaissances de restimable conservateur de cette bibliotheque, 
auquel on doit encore des morceaux d'Eusebe et de Philon , sept 
livres du rae'decin Oribaze : des extraits des percs grecs et la- 
tins, anterieurs a saint Jerome , et dont ©n n'avait point recneilli 
lesouvrages, et plusieurs autres fragniens de I'anliquitp. 

Hommages rendus a la viemoire de f^isronti. — A rexempl« 
de la France (1) , I'ltalie croit ne pouroir trop bonoror la me- 
moire de Visconti. IVl. Gherardo de Rossi a prononce son e'loge 
■i I'Academie d'archeologie de Rome. Les artistes romains ont 
consacre au mcme sujet one de leur re'union dans TAcadc'mie de 
Saint -Luc. — Dans line seance publique, tenue a Bologne , 
M. Dionigi Sfroccbi a la un Eloge du celtbrc antiquaire , 
^crit avec son elegance ordinaire , et tfui a etc publie, en 1S19, 
avec une Canzone, de G. Marchetti. Des hommages semblables 
ont ete rendus a la roe'moire de Visconti , dans la plupart des 

(i) Voy. ci-dessus, pag. 20G ct ct-aprws , I'art. Patis'. 



6J3 KDROPE. 

\ille^ savanlcs il'ltalie. Parnii tous ces oiivrugcs, on distingnir 
la lYolicc bio^raphique . par M. J. Labey, qui a etc traduite de 
I'italieii par M. Scrgent Marceaii. Cette notice, qui a devance 
prrS(;ue toiiles les aiitres, est. tres rfendue : c'est la qu'oDtpiiisi; 
tous le^ aulres biographes de Visc.onti. 

RoTAUME i)E Naples. — Academic des Beaux- Arts. — Celtc 
AcaiU'Diii' propose, pour sujet du prix de peiiiture a de'cerner 
en 1821 , niedi'f. ftntianl entre la pitie el la rage, au moment ou 
ellp niedite la mort de ses enfans. Le tableau devra avoir quafre 
pieds lie liaiit siir trois de large, et le prix sera une mt'daille d'or 
de la \alt'ur de Gno ducats. 

RfiME. — Scu^jture. — Giovanni Cecmrini, jeune sculptcur 
vomaiii , elcve de Canova , a tomoigne sa reconnaissance a ce 
grand tiiatire, en ese'cutant sa statue. Kile est ile grandeur colos- 
salo : Canova esl assis devant un torse de Jupiter, dont il paraii 
jidiiiirer le trrvail On a beaucoup vanfe daos ce groupe la dignile 
de Texpres^iion , son original! te, et Tart avec lequel les drape- 
ries soul disposees. 

TUHQUIE d'eUROPE. 

Valachie. — TcKAREST. — Instruction piihlique. — Le grand 
college de cette ville vient d'eprouver une amelioration sensible, 
sous la j)roteclion du prince actuel, Alexandras Soutzos , natif 
de Constantinople, et qui se propose, dit-on , de civiliser 
toule la Valacbie, . pays tres fertile, en y faisant propager 
les lumicres de ruistruction. On assure aussi que ce prince \a 
donner aiix Valaqiies un code de lois , et qu'il contribuera puls- 
samment a Tabolition de la f'eodalite , institution monstrueuse, 
qui a toujours e'crase les paisibles pay sans. Ce qu'il y a de certain, 
c'est qu'ou vient d'elablir, dans ce meme colle'gc , une e'colcd'eu- 
seigneirent mutucl , et que le lils aine' du prince , qui se nomme 
JVicolaos SoiUzris , et qui est un jeune homme plein de nierite , a 
demiereraent assiste a I'ouverture du cours, pour <;nconrager les 
eleves au nom de son pere. Le jeune prince a prononce, apri's 
le directeur, M. Vardalachos , un discours simple et naif, dan.* 
lequel'on a surtout renianiuc le passage suivant: « Chers eleves, 
il n'appartient a mon iige de vous donner des conseils; mais , 
j'adresse du fon-1 de mon cosur des vo>ux ardens au pere dcs lu- 



EUROPE. 653 

mieresetde lavJrite, pour qu'il vous condiiise dans le scnlier 
de la vraie philosophie et de la vertu, saus lesquelles toutcs les 
inslilutions humaines finissent par s'ecrouler, etc., etc. » Le 
tliscours ilu jeune Soulzos a tail beaucoiip de sensation sur Tau- 
ditoire, et a ete convert d'applaudissemeiis. II est question d'eta- 
blir aussi a Biikarest une hibliothiique publique bien compose'e. 
Ci- grand bicnfait, qu'on attend de la [luissante energie du nou- 
veau prince, ne pent qu'ajouter a sa gloire, d'aulant plus que les 
livres utiles sont tris rares en Valacliie. Le prince est aide dans 
ses grands projcts par M. Sj)iridion Vaie'tas, homme plein de 
savoir et de vcitiis, et que tons les babitans rcgarJent comme le 
plus bel ornement de la cour. C'est lui qui, sous le nora d'Aiis- 
toaienes, a public', il y a deux ans, une elegante traduction , en 
grnc moderne , du celcbre discours de Kousseau, sur rincgulite 
lies coniHlions. (Jelte traduction passe dans toute la Grece pour 
iin modcle de style. M. Vaie'tas e>-t natif d'los , I'une des lies cy- 
clades de rArchipel , et appartient a une des families les plus 
distinguc'es. 

— Le the'^tre, etabli depuis peu aBukarest, sous larflirectiondc 
M. lean Nicoio-Poulo , Tun des plus riches negocians grecs, 
fait toujours des progres ; on vient d'y ajouter une troupe de mu- 
siciens italiens ; et tout fait espe'rer que le goAt de la bonne 
musi(|ue se propagera bientot dans toute la Valachie, ainsi que 
dans toute la Grece. 11 vieodra pent etre cc tems heureux, ou Ton 
f ntrndra de jeunes Grecs chanter avec entliousiasnie les clioeurs 
sublimes d'Escliyle , d'Euripide et de Sophocle !.'! G. N. 

G P. E C E . 

Iles Ioniennf.s. — Sainte-Maure. — Enseigiieinent r/iutuel. — 
Circulaire mlressce , en i Sao , mix habitttiis de cette (le, par M. Ma- 
cariiis , ci-dei'anl evSijue de liogous , cnndjiUeur de l\trchei'^(/ue 
de Corcyre. — « II est nofoire que bcaucoup de savans, frappes 
des obstacles qui s'opposent a I'instruction de la jeunesse, dans 
k mode actuel d'enseigncment, et j)renaut en consideration lu 
perte de tems , le degoflt de Te'tude , et tous les niaux qui en sout 
la suite , se sont occupes serieuseraeiit dis moyens de remedier » 
ces graves inconveniens. Dtja ces savans voient lenrs nobles el- 
forts couronues de succes , par I'introduction de la pre'cjsiise 



634 EUllOPE. 

mt'thode de Yenseigiienienl mutuel , dont la dccouverle a fait 
I'iidiniration de I'F.urope civilise'e , ct qui a ete accueillie avec 
trunspoi't paiiout ou elle a pene'tre. Elle vient de vous elre 
ofl'ertc par M. Atlianase Volitc , votre couipatriole, aussi vecom- 
iTiandahle par scs liitnitTes quo par le dr'sintcresseraent avcc le- 
qiicl il a sacrifie ses intc'rets pour efre utile aux iennes gens de 
voire pays. Cependant , corame la jalousie s'atlache a toufe 
innovation, quelque utile qu'elle so\t, Venseigneinent inutuela dft 
rcncontrer de I'opposition. Des personnes if;noranles, ou enne- 
mics du pro£;rt' s dcs luiiiitres , out reprcsente' la nouvclle me'lhode 
rnnunc incompalihle avcc les sentimons religicux; et chaque jour, 
on ics voit delourner les jeunes gens de frequeuler les e'coles , et. 
dissuader leiu's parens de les y envoyer. 

» Pour dissiper ccs filcheuscs preventions , ou en ncutraliser 
reflet , il est de notre devoir de de'clarer que cette precieuse in- 
novation doit etro cmbrassee avec; ztMe ct reconnaissance i°parce 
que, loin d'etre contraire a la religion, elle facilite a la jcunesse 
la connaissance de ses devoirs erfi'ers Dieu , et cnvers les liommes; 
■i" parcc quVlle epargne beauc<iup de terns, que Tanciennc me- 
tliode faisait perdre aiix jeunes gens, en leur causant inutiJement 
ties peincs el de Teonui ; ct ([u'ainsi i!s apprendront plus promp- 
loment, plus sOrement , et d'nDe manicre plus agreable , a lire , a 
rcrire, a orthographier, etc., etc. INons vous conseillons done 
paternellement de vous rassurer, a cet egard, et de ne tenir nul 
compte des insinuations perfides des ennemis de renseiguement 
tnutuel. Croyez-nous, ce n'est pas par zele pour la religion, uiais 
par ignorance et par jalousie, qu'ils vculent vous eloigner de la 
seule methodequi puisse instruire facilement vos enfans de leurs 
devoirs religieux et moraux. Suivez les conseils de voire arche- 
veque, et que chacun de vous s'empresse d'envoyer ses enfans 
aux nouvelles e'coles. Vous ne sauriez leur rendre un plus grand 
service , et donner un exeraple plus louable aux habitans des 
autres iles , qui s'empressent de'ja d'adopter Ja nouvelle me- 
thodc. 

» Faites ce que je vous conscille , ct la grilce de Dieu sera 
avec vous. » 



Europe: ess 

ESl'AGNE. 

JSnseignement muliicl.' — 'Au cominencement <3e 1817, lorsque 
M. de Pizano e'tait ministre des afl'aircs eliangeres, un ollicicr 
espagnol (ne en Irlande), M. Kcrney, f'ut envoye en Angleterrc 
pour y apprendrc les me'fhodes de P,ell et Lancaster. (Jet oHjcicr, 
en retournant a Madrid, s'arreta quelqiie tcins a Paris et y prit 
connaissance de la nouvelle mc'thode pcrfectionne'c ; incthode 
qu'it proferi pour Te'cole espagnole. 

A son arrive'e a Madrid, on no m ma un comite (junta) protec- 
teur, dout M. le due de r In fantado hit le president, et dont le 
jnarquis de Santa-Cruz, actuellcmeut ambassadeur, et plusieurs 
autres grands d'Espagne, furent membres. L'enseigncnient mu- 
tuel trouva peu d'opposition en Efpagnc. Ouelques maitres 
il'ecole se dt'clarerent contre ; et les escolnpios (ordre religieux 
particulLcrcaient devsue a rinslrnction primaire , et qui , par 
son excellent esprit , a mt'rite d'etre cxcniptc de la rnesure d'abo- 
lition reccmment adoptee par le gouvernement) firont quclques 
demarches pour de'crediter le nouvel etablissenicnt ; mais bientot 
ils prireut le parti de Tadopter pour rarillimetique et la lecture , 
mais non pas pour I'e'criture, parce qu'ils priitendaient que la 
me'thodc d'enseigncment mutuel n' e'tait pas assez hrilkinte^ Cette 
faible opposition ne put par consequent arreter les progres de la 
nouvelle me'thode : I'e'cole compta bientot plus de trois cents 
eleves , et en 1S19 de nouvelles ecoles furent ouvertes a Barce- 
lona, Cadix, Valence, Valladolid, la Corogne et quelques aa- 
tres endfoils. Au commencement de cette annee 1820, le corps 
royal du genie a etabli la prcrjiere ccole re'gimt^ntaire a Alcala ;' 
au mois de juin , le roi a -voulu re'pamlre et multiplier ces etablis- 
semeus militaires , et si ce projet ne s'est pas encore execute, cc 
n'est poiut par Topposition d'un parti, mais par la suite de chan- 
gemens qui obligcnt a creer de nouvelles bases d'organisation 
militaire. Cepcudant le re'gimcnt de Cordouc, en garnison a Bar- 
celone , a une e'cole d'enf-'igncment mutuel : et je crois que le 
regiment de Lorraine, et deux aulresquilirent partie de la j)ctile 
armee du ge'ne'ral Quiroga , en ont aussi. Le comte de rAbisba! 
avait eu I'ide'e d'etablir a I'ile de Lton (quartier general de i'ar- 
mce cxpe'ditionnaire en 1818 et 1819) des <!colcs roginirnt.iires 



636 KUROPE. 

et avait (li-ja crc'o line ccole normale. J'ai lu le Memoirc e'crit a 
c.e. siijft jiar J'odlcitT directeur. Un profcsseur de gr.immairc, 
pres de IVladrid , fait des essais pour enstigncr les priacipes dc la 
grammaire espagnole ct latine d'aprts la nouvelle methode. Le 
^ouvcrnement espagnol fait imprimcr en ce moment une instruc- 
tion dcstinde a re'pandre la rae'lliode generale et uniforme en Es- 
pagn&. M. le marquis de Santa-Cruz a bien voulu promeltre , a 
i'auteur de cat article, de lui donner un exemplaire de cet interes- 
sant ouvrage, aussitot qu'il aura paru. B. Appfrt. 

Cadix. — Instruction puldique. — La constitution est I'objet de 
i'insfruction pi'.blique dans loutcs Ics e'coles primaires. Dans les 
couvens de Saint-Dominique ct de Saint-Francois , les religicux 
servent de professeurs et y mettent beaucoup dc zele. Les capu- 
•eins ne venlent pas encore imiter cet escmple. 

PORTUGAL. 

LisnoNjfE. — Enseignement miUiiel. — Le directeur g('n(^ral de*» 
f coles portugaises, ?.!. de Coi2to-e-3Jelo ^ a envoy e' ;"i la Socie'tc 
dc Pavis, une collection de petits ouvrages elementaires iju il a 
fomposes a Tusage des ecoles , accorapagnes de tableaux de l<c- 
lure elde calcul; Tordre <;t la methode se font remarquer dans 
res t'crits, el les matieres y sont assujetlies a une marclie analy- 
tique. 

ROYAUME DES PAYS-BAS. 

Brdxeli.es. — Chimie. •_ — JVoin't'l/e prrpdralinn des nnimnur. — 
"M. Drapiez , profcsseur de chimie et d'iiistoire nalurollo, Tun 
des re'dactcurs d^s Aunales ge'ne'rales des sciences pliy^iques , a 
substitue avec succes, aux matit'res vencneuses, dont Teniploi est 
si souvcnt dangereux dans la preparation des animaux ])our la 
follection d'histoire nafurelle , un savon compose de potasse ct 
d'hiiile de poisson. 11 dissout urn; partie de potasse causlique 
dans une suffisante quantite' d'cau ; il ajoute a celte dissolution 
une partie d'huile de poisson j il triliire le me'lange jusqu'a ce 
qu'il en resulle une masse assez feruie. Quand ce savon est a un 
dfgrc completde dessicallon, il le reduit en poudre au moyen 
d\ine rapej une partie de cette poudi'e est employee a former 
Mne pftte moUe ou savon liquidc , au moyen d'uae quantite egaU 



EUROPE. 637 

«ie cainpliie dissoute dans I'ylcool musqiie. Cc favoii liquide scrt 
aendtiire la peau l)ien tle'graissee dc I'oisfuu, cl raiitie partie du 
savon eu poudre est parsemiie Cutre Ics plumes dc i'oiseau en la 
plus graiidetjuanlitiipossihle. Lorsquc roisuaii est aiosi prepare, 
on le portc dans iin lieu iiumide , afin que les parlicules de savon 
venant a se ramollir, se collent parfaitfinent coutre ies parois 
des pli'imeSjda duvet el de la pcau : on le met ensuite se'clier. Par 
cemoyeii, il idsiste complttement aux attaques des larves, et 
n'offre point les dangers ni les iiiconve'niens des preparations 
arsenicnies, qui, comine Ton sait, salissent les extreniile's des 
plumes et des poils. 

Publication noiwelle. — Legislation. — Le quatrieme volume do 
Tduviage intitule: Esprit, origine etprogres des institutions judi- 
ciaires , va paraitre. 11 Iraite des Institutions judiciaires des Pays- 
Bas. Get ouvrage, ecrit en iangue francaise, est I'galement impor- 
tant pour rhistoire, pour la politique et pour la legislation. Son 
auteur, M. Meyer, n'est point AUemand, comma on I'a dit dans 
plusieurs journaux (itrangers ; il est d'origine juive et ne a Ar- 
nheim en 1786. La plupart de ses ouvrages sont ecritsen fVancais 
eomme celui-ci. 

Amsterdam. — Theatre. — Don Carlos , tragedie. — Le journal 
hoUamlais, intitule Le Censeur, nienia des censeurs ( De Piccen- 
sent , von dor recensenten) (tome XIII, n" 8 , p. 4^3 — 4^0) » 
nous apprend que la tragedie de la mnrl de don Carlos , dout 
nous avons rendu compte dans la dix-seplieme livraison de la 
Revue, et qui a paru angnyme, est de INI. //' iselius , dont nous 
nous proposons de faire connailre incessamnient les Poesies 111^- 
(tjes et dramatiques (Mengel en tooncel-poe'zy j , publiees a Ams- 
terdam, chez Gartman et Van der Hey, 1818. 4 '*'o'- in-fi". I.,a 
Alort de don Carlos n'en fait point partie , et elle a ete', depuis 
notre article, represente'e avec un grand succes sur le theatre 
d' Amsterdam. Le journal cile censure Ics journalisles hollandais 
de s'eire laisse prevenir par un journalisle etrangcr, dans Tan- 
nonce de celte piece , ct il nous fait Tlionneur d'adopter notre 
analyse en entier, en I'accompagnant seulenieiit de quelques 
«bicrvations , et de la citation de quelques sctnes de I'original. 

M. 



638 EUROPt. 

rilANCE. 

CalyAdos. — Caem. — niodele anatoinique repre'setilant parti-' 
eulicienienl la myoLigie humuine. — AI. Ameline , professcur 
d'anatomie a I'Ecole d instruction do ccltc villc, vient d'invciitcr 
ct de composer un modcle anatouiiquc repre'scntant un corps hu- 
muin de grandeur naturelJe. Ce niodele est lorme' i" d'os vc'ri- 
tables qui en constituent le squelette j i° de muscles fails avec du 
carton qui, apres avoir ele raraolli et modele' d'apres nature, est 
reconvert de brins de chanvre (in , destines a imiter les Ilbres 
rausculaires , et peint ensuite de couleur naturelle; 3° de fils ct de 
cordcs a boyau , enduits d'un vernis colore, et qui simulent les ar- 
teres , les veines ct les iierfs ; 4° enlin , de poils ve'ritables poiu' 
les parties qui doivent en etre pourvues. 

Au moyen de cetle image exacte de la structure et de la cou- 
leur des organes qui composent le corps huniain , on peut etudier 
avec faciiitedes parties qu'on abeaucoup de peine ii bicn observer 
sur mi cadavre. Ce modele presente les parties sous toutes les 
faces, permct qu'ou les touche , qu'on les de'tache, et qu'on les 
etudie separement, sans alterer leurs formes naturelles ; il peut 
servir aux di'monstrations , dans des tcms oii la chaleur est un 
obstacle aux disseclions et surtout pour les personnes a qui ces 
operations causcnt de la repugnance. 

Moselle, — f^accire. — Malgre les niesures prises par I'auto- 
rite, dans ce departcment , pour di'truire la petite ve'role par le 
moyen de la vaccine, cette cruello maladie n'a pas laisse d'y 
esercer cette anne'e scs ravages dans plusieurs communes. Rencon- 
trant sans cesse de funestes i)re'ventions, le zele des vaccinateurs 
a besoin d'etre plus fortement soutenu et encourage par I'admi- 
nistration. Pour parvenir a ce but, M. le prefet vient de prendre 
un arrete fort sage , qui divise son de'partement , pour la pratique 
de la vaccination , en arrondissemens, a chacun desquels il sera 
attache un vaccinateur cantonnal, choisi parmi les docteurs en 
luedecine ou en chirurgie , les ofticiers de santtS et les sages- 
femmes qui sc livrent avec le plus de zele et de succes a la vacci- 
nation. Les vaccinateurs cantonnaux se rendront , deux fois par 
an, dans chacune des communes de leur arrondisseraent, ct ils 
recevront pour honoraires une indemnite de cinquante centimes 



EUllOPi:. (539 

parchaqiie iiiilividu vaccinti , laquellc clcpcns(! <ipra a la charge de 
la coinuiuue, tt acquilluc sur Ic fonds de charite ou desdepenses 
imprevues. Les ptTsonnes qui auroni rol'iise de faire vacciner leiirs 
enfans , ue scront point admises a pioliler di's secoiirs accordee 
aiix indigcns. 

Metz. — Instruction Jes Israelites. — L'Ecole Israelite ouverte, 
dcpiiis deux ans, dans cette ville , aux enfans peu aises qui pro- 
f'essent cette religion , oflre anjourd'hui de tels rcsultats, qu'on a la 
certitudede voir unjour les ancicnnes habit udesdeces enfans entie- 
rementcliangees, ettotit-a-faitconformesaux mccursde la France, 
depuis sa re'generation politique. ( Voy. ci-aprcs Tart. Paris. ) 

Loire -Inferieore. — Eiiseignenieiit miituel. — L'Ecole de 
Kervalet est destinee a recevoir les enfans des j)aludiersd\x\>ay^, 
Duvriers occupe's des Iravaux des marais salans. II est encore plus 
necessaire aux paludiers Ac savoir bien lire, ccrire et compter, et 
meme d^avoir quelques notions du dcssin lincaire , qu'a toute 
autre classe du peuple, et le gouvernement, qui en a senti Tim- 
portance, accorde sa protection a Te'cole de Kervalet , forte de 
soixante eleves, pendant la saison d'hiver. M. le cure de Batz en 
a aussi reconnu toute Tutiiite' , et il se fait compter parmi ceux 
qui Tencouragent hautCment. 

Sehve-Inferieure. — D'apres le tableau presente' a la Socie'te' 
d'encouragement pour Tenseignement niutuel dans ce de'parte- 
ment, LI y a maiutenant 3o e'coles en plcine actiTite, et 2000 
enfans y recoivent le bienfait de Tin^truction priraairc. Ces eta- 
blissemens se subdivisent ainsi qu'il suit : Arrondissement de 
Rouen , 8 e'coles , dont une de fiiles. — Arrondissement de Neuf- 
chStel, 5 ecoles ; — d'Yvetot, 3; — de Dieppe, /( ; — du H<^- 
vre , g. CVst au zele et a la protection de M. le baron Maloiiet. 
a qui Tadministration de ce de'partement etait pre'cedemment 
contiee , que ces progres sont particulierement dus. M. Uaniel, 
qui parcourt TEuropc avec une mission de I'empereur de Russie 
pour examiner touteslcs ecoles d'enseignement mutuel, aconsigne 
»ur les registrcs de celle de Rouen , quelle etait une des plus 
belles et des mieux tenues quHl edt encore visite'es. 

DouBS. — Mandecre. — yintiquitrs. — Mandeure, appelee 
Epamnndondurum dans I'ltineraire d'Antonin , etait rme ville 
considerable dc la Gaule cellique, sur le Diihis (ie Doubs), a 



64o EUROPE. 

quelque distance au noid-cst de f^esontlo (Besancon). Jules- 
Cesar parle souvent dans ses Conimcntaires des Maridiibiens, lia- 
bitansdV','/j(/m(i/i</onJu(7/m, qui fut successivcmcnt nominee Man- 
dubia, AlunJuziti, et enfinMandcure. Cette ville e'tait tves consr- 
derabledani^la Gaule celtiqiie, puisqo'ony remarqiiait des palais, 
des tfmjiies, des bains , et tin beau j>out sur le Uoubs : on croit 
qu'elle ful dc'triiite par Attila. 

D'apres ccia , il n'est pas clonnant qu'on decouvre aujourd'hni 
un monHuit'nt considerable sur Tantique emplacement d'Kpa- 
mandondurum, dans )e voisinage de Mandeure. Celui dont une 
partic vient d'etre deblayee par Ics soins de M. le sous-prei'et de 
IMontbeillard, nest ni uu cirque, ni un amphitheatre , mais un 
beau et vaste theatre. Les immenscs debris de ce thr.lire ont ete' 
successivcmcnt reconverts, non par la culture (la main delhomme 
ne travaille pas ainsi en giand), mais par la marche Irnte, uni- 
I'orme et constante du terns, qui a entraine les tcrres de la partie 
superieure de la montai,ne sur les rcstcs de cet edifice, e'chappe's 
a la barbaric et au vandalisme des sieclcs precedens. 

Les princes de Montbeillard avaicnt fait exe'cutcr, de t^8o 
a 1789, quelqucs fouUles, mais irrcgulieres et incompletes, et qui 
leur avaicnt seulement procure difie'rcns o!)jets d'arts en usage 
chez les Romains, et phisieurs medailles. Cest a M. de Villiers 
du Terrage, prefet du deparfement du Doubs e^ 1818, jiarfaite- 
ment seconde par ]M. de Montrond , sous-pre'{?t dc Montbeillard, 
que Ton doit les premieres rechcrches regijlieres qui ont mis sur 
la voie de la de'couverte actuelle. Le cons(til ge'ne'ral du depart e- 
mcnt du Doubs, dans sa session de 1820, a vote' une somme de 
1200 f'r. pour continuer ces fouillcs, et a te'moigne le desir que 
5o,ooo IV. provenant de recouvremens arrieres du departement 
fusscnt employe's au raenie objet. Espc'rons que ces belles ruines 
seront cntierement mises a decouvert. Cette operation doit pro- 
duire des resultats precieux sous le rapport des arts , soit en iso- 
lant toutes ces constructions antiques pour faire juger de leur 
ensemble; soit en exhumant des statues, des marbres precieiix et 
des inscriptions qui- ornaient toiijours les theatres des peuples de 
I'antiquite. Mais pour obtenir de pareils re'sultats , il faut que le» 
fends soirnt proportionne's a Tentreprise ; et le gouvei-neraent , 
instruit de Timportance de cette recherche , ne manquera sans 



EUROPE. 641 

doute pas de consacrer la somme que Ic conseil general du depai- 
tenicnt du Doiihs a designee; a cet etliet. Nous instruirons nos Icc- 
teuis des r>'suUals iiltdiituvs de ces recherches, en Icur donnant 
quelques details sur les dimensions du bel edifice dont uous ve- 
nons de parlor. 

SUCIETES SAVA^VTES ET d'utILITE PUP.HQUE. 
riESA^icosi {/)ouhs). — r.it Sociele roynle tP'tgricullure , dont 
les seancos aVaient ete interrompues pendant plusieurs annees, 
les a reprises de;iuis 1819, avec uue aetivite nouVelle. Cctte So- 
ciete , cotnposee comme elle Test iinjourd'hui , aj'ant recu une 
somme de 1,000 francs du gouvernement, et soutenue par Ic 
conseil general <lu dejiarleoieiit du Dod'js qui presage toute son 
iitilite, ne pesit Uianquer d'obt'nir d'iieureux re'sultats. Elle est 
presidee par M. Girod >le (>hantrans, membre associe' de I'lnsti' 
tut , savant aussi distinijue que inodeste. 

Cetle Societe, desirant oflrir des excmplcs pratiques, des ame- 
liorations , et d^s assolemens qu'ii imporle le plus de propager 
dcins les campagm^s , etn'ayaut pas des fonds assez conside'rables 
pour creer et cntrelenir ;i sf s Irais une I'crme experimeutale , est 
parvenue a en recutiliir cependaot tous les resultats par une 
conception simpl^S et iugonieu.^e, qui tn^'rite de trouver des imi- 
tateurs. M. Bruand, Tun des merabres de la Societe, et proprie'- 
faire ifiin domaine a Woiroute, village pres de Besancon, so 
contentant de retirer de son domaine i'ancien prix d'aniodia- 
lion , a laisse' , a fa Societe d'agriculture, la tathc .le re'gler 
toufes les conditions de culture d'ua nouveau bail. L'ancien 
fermier, instruit par elle, s'est cliari^e d'executer les conditions 
preserltes; de cettc nianiere, laSocietu, seule rej,ulatvice de Tasso- 
lement et de toutes les conditions du bail, en survedlc et en 
cou'^tite les resullats. Le fermier un solde le prix an proprie'Iaire, 
et la S >ciete', qui se charge d^ndemuiser le fermier , dans le cas 
ou il serait en perte par Tefiet seul .Hes assoleoiens ^t r.i's proce- 
de's de culture qu'elie lui reud obligai"ircs , oirre par c laoyen 
une fermu d'eype'.riences agricoles, q'ji reunir tous les avautages 
pratiques a toute Teconomie possibl ; do radministratiou et des 
capitaux. 

Prix proposes jjonr 1821 et 1822. — 1°. La Socie'te de'cernera , 
TOME fill. 4' 



64a KlJIiOl'K. 

dans la soance tlu qi (l(!ccml)rc i8->.i, Jcs me'claillcs dhonneui- 
aux ciillivaleurs les plus recommandablcs du dt'i]artfinent: 
a" en dt'ccnibre i8ua , ime mcdaille d^or, de deux cents francs , an 
cultivateur proprielaire du de'parlement , qui, a dater dc la pu- 
blication du j)rogramnie, se sera occupe, avec le plus de succes, 
des irrigations de prcs on. de terres en culture , sur nnc dtcndue de 
deux hectares au nioins; des raedailles d'eucouragenient seront 
accordees^ux diflt'rens accessits. Les IMcnioircs descriptifs des 
travaus executes, devront elre adresse's au secrt'tarial. de la So- 
ciete, avant lo i"' novembrc 1822, au plus tard; 3° dans la 
se'ance publiqne de deccmbre 1822, unc mcdaille d'orde la valeur 
de 3ooJrancs , a ragnculleur qui aura Ic micux de'crit , dans un 
Memoire, les eirets que produisent sur la vegetation du froment 
les engiais suivans : 1° les recolles enterrees en vert; 2" lesfumiers 
de basse-cour-j 3° le parcage des nioutons-^ 4° '^^ compostes 
anglais ; 5° la gadoue ; 60 Vurine liquide ou Pitrate calcaire ; 'jo les 
tourleaux qui restent apres V extraction de Vhuilc des diffcrentes 
graines ; 8° les engrais animaux solides, tels (jue rupur. s de cnr- 
ncs.d^os, poih, etc Ceuxqui ne coneourront (|iic pour une parlie 
de ces engrais , recevrout , s'il y a lif u , des nic'dailles d'cncoura- 
gement. Les Memoires dcvrout elre adresses a la Socie'te , avant 
Je 1 5 novciTibre 182a. •' 

— yJcadiTiiic des sciences , belles-lettres et arts. — Prix propose 
fmur le sj. aoiil i8.u. — Sujct dti tliscours : n Quelle a ete',sous le 
rappoit des arts, des sciences et des lettres, diuis le comte d« 
Bourgogne, linflucncc dc la reunion de cette province a la 
franco? » 

L'etenduede chaque discours devra ne pas esce'der trois quarts 
d'heuro de lecture, non conipris les notes. Le prix consist e en 
uneniedailled'or , dc la valeur de 200 francs. Lesouvrages devront 
.^tfe adrcsses a M. le secretaire perpetuel , avant le i*'' juin 1821 . 
(jAes (Cidt'ados). ^— Acadende royale des sciences , arts et 
belles-lettres. — Seance du 10 nouemhre. 1 — JExtrait d^une note, 
liiK par M. Pattit , -sur un nouveau procede pour imprimer des des- 
'sin.t at'ec des planches de porcelaine^ — La lithographic olfrc aux 
dessinateurs les moyens de multiplier a leur gre les dessins origi- 
naux , mais clle cntrainc de grandes diiliculte's pour le tirage. Si 
les picrres sont del'ectueuses, si rouvrier n'a p.i«s une grande in- 



EUROPE. 643 

telligcncc et une longue pratique, Ics dcs.^his font pi-oinplcment 
yltere's. Aussi les directcurs des jircniievcs iiuprimeiies lilliogra- 
phiqucs do Paris sont-ils obliges de vcilier avcc le plus grand soin 
aux tiragc^s, et n'emploient -lis pour Ics dessins precienx que des 
pieiTcs d'AUemagne. On desire done generalement que la litlio- 
graphic soit rendue plus simple , que !cs trails ne puisstnt s'elar- 
gir, et qu'il soit facile de nettoyer les paities de la piernS non ocr 
cupc'es par le dsssin. On a lieu do croire que M. Ltinglois , fa- 
bricant do porcclaine a Bayeux, a resolu ce probleme qui liii a ete 
propose par M. Pattu , membre do rAcademic , apres phisicurs on- 
tretiensque celui-ci a eus avec ses confreres, M" Thierry et Hcrault. 
M.Langlois a decouvertunc compositionparticulicrequiluidonne 
le moyen de tracer avec le pinceau , et de fixer par une scconde cuis- 
son , des dessins sur les planches de porcelainecouvertes d'e'mail, 
et de rendre les traits assez rudes , pour qif ils retiennent I'cncre 
d'impi-ession dans le tirage, pendant qu'on nettoie Temail qui les 
entoure. Par ce moyen , on peut multiplier les e'preuves a rinfini , 
sans alterer les dessins. Ceux que M. Pattu a presente's a TAca- 
demie ont prouve' qu'on obtient par ce procc'de' des traits extre- 
mement delie's , des graine's fins et meme des teintes plates. 
M. Langlois, don t les talens sont conniis , poursiiit ses reclier- 
ches, et on a lieu d'esperer qu'il portera'ce nouvcl art a un degre" 
de perfection, qui le rendra exlremenient utile anx artistes. 

Macon ( Saone -el- Loire). — La Socicle ties sciences, oris et 
belles-lettres avait propose, en 1820, «n prix pour la uieillcurc 
ode sur ce sujet : Louis XI F' venge de ses dctractcurs ; pile n'a 
pu accorder que deux mentious honorables ; la premiere a Todo 
ayant pour epigraphe : Heu pietas! heu prisci fides ("^a seconde a 
Tode dont fcpigraphe commence par ces mots : Je ne consicttrc 
pas seulcmcnt Louis XIV , etc. 

La meme Societe met au concours cette f[uestion : 'c L'e'duca- 
tion publique offre-t-elle assez de garantie , lorsquVlle n'est pas 
confie'e a un ou phisicurs corps qui ti<iinent dc la loi une inde- 
pendance suftisante , qui aient un pouvoir spe'cial sur Icurs mem- 
bres, et qui soient de'positaires des doctrines religieuses, morales 
et politiques ? » Le prix sera une rae'daillc d'or de la valoiu- de 
3oo francs. Les Me'moires doivent etie rouiis, avaiit la fin du mois 
de juillet iSai , a M. le secretaire pcrpetTicl ■■< ^hk-nn. 



644 riJROPE. 

PAUIS. 

Socicle d' encouragement de Cinduitrienationale. — t'ahricatioii 
des rasoirs. — Plus celte Societe se montre diflieila pour accor- 
der son approbation aux inventions Ais arts , plus son sufl'rage 
mcritc d'inspirer la confiance. Celui qu'i'lie vientjtle donner aux 
rasoirs ile M. Pradier (rue Bourg-FAbbd, n" 22) est fondd sur les 
considerations suivantcs. (Bulletin de la Societe, no d'aoftt 18.40, 
page 240.) La bonlc d\m rasoir no de'psnd pas seulemf'nt de la 
qualite dePaeier dout il est fait et de sa trerape : il y a des rela- 
tions ne'cessaires entre la largeiir de la lame et Tepaisseur du dos. 
L'ouvrier qui passe le rasoir sur la ineule , la pose a plat et Tuse 
dgalrment sur toiite sa surface. Si le dos est trop epais , le biseau 
du tranchant sera court, et le tube de la barbe pliera sans etre 
coupe : si le dos est trop mince, le biseau sera long et faible, il 
pliera et semoussera. M. Pradicr fait faire tous ses rasoirs sur 
des modeles de memes dimensions , il les trempe lui- merae : et 
commc il assure qu'il a des moyens d'obtenir un degre constant 
dc chalcur et de refroidissement , on voit que ses lames sont 
toutes identiques, et qii'il lui est aussi impossible d'en donner 
une moins bonne, qu'unc medleure. M. Pradier, deja honore du 
suffrage de la Societe d'encouragement pour sa belle fabrique de 
nacre de perle, fait encore des cuirs a rasoirs, ainsi qu'unc 
poudre propre a rendre a ces instrumens leur ardeiir lorsque I'u- 
sage Fa afl'aiblie. Le Comite' des arts me'caniques a propose dc rc- 
compenser cet artiste par une medaille d'or, a raison de Texccl- 
lente qualite de ses )«nes , et de la grande extension cfu'il a donnee 
a cette branche d'industrie : il en fabrique plus de trois mille 
par mois, qu'il livrcau commerce a des prix tres moderes, 

— (Pest ici le lieu de parler d'un JVoiiveuu procede poiirndniicir 
le trftiichant des rusoirs , trouve par M iMeriim-e, et bien supe- 
rieur au rouge a polir , a re'meri, a ia plombagine, etc. II con- 
siste dans lemploi d'un tritoxidc de jet cristaUise , appele' par ies 
mineralogistes ,fer oligiste speculaire ; il se Ironve dans les mines 
On en prepare d'artificiel de la maniere suivante : on prend 
parties egales de sulfate de fer (couperose verte) el d'hvdrochlo- 
rate de sonde ( sel commun); on les broie lej;ercment ensemble 
pour les mi'ler, et Ton en rcmplit nn O'enset que Ton chaufie jns- 
qu'au roui;c. (>uand il nc s'c'leve plus de yapeurs dc ia raatiers . 



FUROPK. 6',: 

on la laisse refroidir , on la lave ensiiitc pour cnlcver los sels, et 
on reoufille les paillettes brillantes , violettes et micacecs qui 
torahent au fond les premieres ; ce sont elles (\>n, e'tendues siir 
iin cuir, adoucisscnt le tranchantdu rasoir et le font couper par- 
faiteincnt. On trouve de cette ipoudre prc'parce chcz M. Car- 
deilhai ,coiitelicr, rue du Roule, no ^, a Paris. 

— La Snciete biblique protestante s'esi reun'ie, le 4 decembre, 
*en assemble'e ge'nerale, sous la pre'sidence de M. le marquis de 
Jaucourt, pair de France, dans les salons qui avaient ete' mis a 
sa disposition par la Societe d'encouragement de Findustrie na- 
tionale. On y a entendu , avec le plus grand intc'ret , un rapport 
sur les travanx du comite , parM. Vincent Saint-Laurent, 
seerc'taire en fonction , et un morceau sur les l)ienfaits de la lec- 
ture integrale dcs livres saints, par M. Stapfer. 

Societe pour I'enseignenienl eldmenlaiic. — Valuers lithogra- 
phies. — Les sixpremiers nume'ros des cahiers lilhograpliies, des- 
tines a apprcndre a lire dans Fe'criture, ont ete' adresscs au con- 
seil de la Societe' par M. Selves fds, qui a execute' Theureuse 
idee de composer ces lectures de maniere a donner en meme terns 
des notions utiles, tel que Varpentage et I'art de lever les plans.; 
les elemens de I'agriculture, la connaissance des ccreales et I'ame'- 
nagement destcrres. Ces cahiers sont dejaen usage dans les ecoles 
fondecs par M. le prefet de la Seine. lis vont etre essayes dan> 
celles de la Societe. 



Instruction publique. — Ecoles isrnclites. — Les ecoles ele- 
mentaires , pour la jeunesse israe'lite , continuent de s'etablirsnr 
tons les points du royaume 011 cette classe de citoyens est repau- 
due. L'ne distribution solennelle de prix a eu lieu , pour la pre- 
miere fois, a Paris, le 3i octobre, a I'ecole Israelite de la rue d"< 
Singes. M. le chevalier Japhe, mairc-adjoint du ^^ arrondissc- 
ment, a prononce', dans cette ceremonie interessante par sa non- 
veaute, un discoiirs plein de sagesse et de philanthropic. M. li: 
chevalier Cologna, grand-rabbin , president de la Commission 
consistoriale de surveillance et d'adniinistralion de cette ecolc, 
( commission dans laquelle siegcnt plusieurs des Israelites les pins 
f'claires de la capitale, tels que MM. A. Cerfberr, Michel Berr, 
E. Hale'vy, etc.), et M. R. Rodrigues, nicmlMC laitjiie du con;.i,.- 



6^6 EUROPE. 

toire departcmcntal , ont aussi prononce d« discoiirs dans Ics- 
quels ils ont fait sentir avec force combicn ies israt'litcs francais 
doivent de reconnaissance ii ceux qui , Ies premiers, reclaraerenf 
en leur favour ces principes do tole'rance et de iuf:lice universcllc 
dont I'application leur est maintenant assuree pajr le bienfait com- 
mun a tous Ies Francais, cclui dc la Chartc constitutionncUe. 
M. Cologna a paye aussi un juste tribut d'eloges au professeur d^ 
I'e'cole, M. D. Drach; ce jeune rabbin vient depublier, en bcbreu 
eten francais, YOcle qu'il a eu Ihonneur de pre'senfer a S. M. le 
roi, sur la naissance de S. A. R. Mgr. le due de Bordeaux. II 
marche honorablemcnt sur Ies traces de ceux de ses co-reli£;ion- 
naires, qui, dc nos jours, en France et en^lemagne, ont cultive 
avecsucces, et dans leur piirete, la langue et la litlerature lie- 
braique. II vient de publier aussi un yllnianach is/aelite, en fran- 
cais , le premier qui parait dans cette langue , avec un avertisse- 
ment fortcurieux pour ceux qui aimenta connaitre Ies diflerentes 
manicres de mesurer le tems, usitees chez Ies diverses nations et a 
diverses epoques. il s'etait fait connaitre pre'cedemment par une 
traduction complete des prieres juiues. Tons ces ouvrages ont ete 
imprirae's , et se trouvent chez Se'tier, imprimeur des langues 
orientales, rue Cimetiere Saint-Andre'-des-Arts, n" 7. Les eleves 
ont recite' en francais, comme syntbole de la Jbi juive , I'extrait 
des treize articles fondamentaux , rediges par le celebre MaV- 
monide, rabbin du 12' sicclc. Ces articles etaicnt originairement 
destine's a cet usage, et commencent a y etre consacres dans les 
synag'jj^ues les plus e'clairees. 

A Metz et a Nancy, les eleves Israelites des ^coles des deux 
sexes ont recu dans les distributions de prix , et pour la seconde 
fois, YabiX'ge de la Bible, avec un choix de morceaux de piete et 
de morale , public a Tu.sage des israelites francais, par M. Michel 
Berr, et dont nous avons deja eu occasion de parler. Une €cole 
a ete institue'e aussi a Strasbourg , par les soins du consistoire 
Israelite du Bas-Rhin , pour les israelites de cette contree ou le 
besoin d'un etablissement semblable se faisait particulierement 
sentir. — L'e'cole Israelite de Bordeaux , instituee la premiere , 
continue aussi de prospe'rer. On assure qu'une e'cole semblable est 
e'tablie a IN'arseille. L'heureusc ame'lioration qui .s'oprre ainsi dans 
reduciition de la jeunesse isrnelite, as.suie, a colte classe de rcli- 
gionnaires, si long -tems perseeute'e, les bicnfails qui re'siiUcnt 



EDKOPE. G47 

d'une des plus utiles concjiieU's du siecle de la philosopliie. 

PuBLicATiows KouvELLES. — liibliothef/iie tlejiiiiiille , ou Choix 
d'instruclions familitires sur la ieli;;ion , la morale , h's e'lJnicns 
des connaissancos les plus essenticlles , et sur rindustrie et les 
arts. — Rccueil periodique , public par livraisons mensuelles, 
in-12 de "ji pages; a compter du premier Janvier 1821. Prix de 
rabonnement pour I'anne'e , 12 fr. pour Paris , 14 fr. pour les de- 
partcmens. 

De'sirant combiner dans un meme plan I'essentiel , I'utile et 
Tagre'able, les re'Jacleurs ont classe leurs sujets dans I'ordre sui- 
vant : 1" Religion et morale. — Cctte premiere parlie se compo- 
sera de fragmens tires des ouvrages rcligieux et moraus les plus 
estimes, de notices sur des hommes bienfaisans dont les vertus 
honorent riiumanile ; on y trouvera le rccit dequclques belles ac- 
tions, recueillies surtout dans les classes industrieuses; en un mot, 
tout ce qui peut tendre a elever Tame et a faire aimer le bien. 

20 La seconde partie, consacrco aux arts niecaniques et indiis- 
triels , presentera des extraits' des meilleurs journaux ecrits sur 
ces matieres, et les observations des hommes instruits, des me- 
caniciens , des artistes qui voudrout bien donner leurs conseils. 

3o. Melanges. — Cette troisieme et derniere partie compren- 
dra tour a tour des contcs ou des anecdotes tire's des meilleuft 
ouvrages populaires de la France et des pays e'trangers , etles 
principaux actcs de I'autorile qui auront pour objet le soulage- 
ment des classes pauvres et luborieuses : on annoncera aussi avec 
soin les ouvrages du meme geni'e, propres a intcresserlcslecteurs. 

On invite toutes les personues qui desireraient concourir a 
cette entreprise, a s'adresser directement , par \Mrt:s Jranches de 
port, a \a Jirection lie la Bihliolhequedcjiimille, chez ArtuusBer- 
TRAND , libraive ,rue Hautefeuille,n° aS, oil Ton souscrit, ainsique 
chez Colas, libraire de la Socirte d'e'ducaiion, rue Dauphine, n° 32. 

INoTA. On accorucra uue remise particiiliere aux chefs d'insti- 
lutions , aux Societcs d'cducalion , et aux personues qui souscri- 
ront, a lafois, pour cinquanto exemplaires. 

Les p^auy-dc-f^ire d'Olnner Bnsselin, pocte normand du 

commencement du xv' siecle, snWxsA'wa ihoix d\incteimes Chan- 
sons normandes inedites, publiees avec d<!s dissertiitions ct des 
notes , par M. Louis Duuois , ancien bibliotiiecaire , membre ds 
plusicurs acade'mies. — Ce rccueil intcressaut , dont uue grande 



«48 la'ROl'K. 

partien''a jamais vii le jour, est (Icstiru-ti ;'i t';iiie .suilc a cetle helle 
(Jollfction »!(■ nos vieiix|)oetes francais, dont Garbazan , Levcsque 
tie la Kavallic'rc, M. dc Roquefort, cit;. , out enrichi notre lillu- 
rature. L'lidition, Impiiraeeavecbfaucoupdcsoin sur bean papier, 
jtaraitra, d'ici a 3 niois, en un voiiiiuf iii-8", dont Ic prix , pour 
k's soiisciipteiirs, sera de 5 fV., tt, pourlos pi-rsoriues qui n'aiiront 
)ias souscrit, de ^ f'r. La liste des souscripteurs sera imj)rina'e, a 
la lln de Touvrage. On souscrit: a Paris, chcz M. Pluquet, li- 
Ivrairc, rue dc 'J'oirrnon , n° ^ ; a Caen, cliez IVl. Poisson, rue 
J'loide; a Lisieux, chezmadame Du Bois du Desert, libraire, rue 
des Boucheries. 

JYnla. Lcspersnnnes qui auraient (juelqiios renspij;neniens sur 
Basselin et les Yaux-de-Yirc, sout priees dc- les faire deposer, 
sans i'rais, pour M. Louis Dubois, a Tune des trois adrcsses in- 
di<|uees ci-dessus. 

^•Irchdologie et beaux-arts. — Hommages rendus a P'isconU. — 
En honorant la memoire de ce celebre antiquaire, Tllalie n'a fait 
<[ue suivre Texemple de la France, dont Visconti avait fait sa 
patrie adoptive. Wous avoiis deja parle' ci-dessus, pag. 2o5, du 
bel eloge que M. Quatreniere de Quincy a prononce a Tlnstitut. 
Deux busies en marbre ont ete comoaaudes par le minislre de 
fintcrieur, Tun a M. Farini, pour la villede Dinanj Taulre a M. 
David, pour la bibliothequedu roi. Une medaille a ete frappe'e par 
M. Durand, editeur d'une collection de raedailles d'hommes ce- 
lebres ; M. Donadio, artiste piemontais , eu a fait une autre, qui 
a lile achetee pour la collection melallique iles grands liommes 
iraneais. — Uu beau monument a etc erige au cimetii're du P. La- 
cbaise , par la familleVisconli.il represente un autcl anliijue, 
surmonte d'un hemicjcli; dans renfonoemont duquel se voit le 
buste sculple d'apres celui de M. David, avcc une inscription 
latine. ( Voir ci-dessus, p. 63 1. ) 

— Beaux-^rls. — Icoiiogrujihie de rinstitut royiil ile t'lunce , 
ou collection des portraits des menibres qui comj)osent les qua- 
tre Academies , dcssines et public's par iW. Jules Bodlyjils. 

Tons ces dessins serout lithograpbit's avec le plus grand soin 
^lar I'auteur lui-mcme ; ce qui garantit une egalite ilc travail pen 
commune dans les ouvrages de ce genre. Au bas de cha(]Ue jioi- 
trait, seront indiques avec exactitude les noms etipre'noms de I'aca- 
demicien, ie lieuelladatedesanaissance, I'^poquedesonelection. 



EUROPE. (i^9 

La collection entiere sera compose'e de deux cents portraits 
environ , qui seront publie's par livraisons ou cahiers dc huit por- 
traits. II paraitra un cahier tons los mois. Le nombre des cahiers 
sera de a^ ou de 25 au plus. Chaque Hvraison est du prii de 
li francs. On ne peut souscrire que pourTouvrage cnlier. 

Le bureau de soiiscription est chez Tauteur , M. Boillt, rue 
Meslee, n" la, et chez M. Be'nard, tnarchand d'estampes, boule- 
vard des Italiens, no ii- Lr tirage des epreuves est confie auK 
presses lithographiques de INI. Villain, rue de Sevres, n° ii. 

The.\tres. — Theatre- Francais. — Le Due de Bourqogne, tra- 
ge'die en cinq actes de IM. de Formont (t). — Ala premiere repre- 
sentation de cette piece, les quatre premiers actes ont complcte- 
ment rcussi ; au cinquicme, quelques scenes trop loDg«es , qui 
semblaient former le commencement d'une seconde action et 
qui ont ete retranchees aux representations suivantes , ont fait 
naitre une opposition qui a trouble un moment le triomphedel'au- 
teur. !M. de Formont avait altendu pendant quatorze ans que les 
comedians voulussent bien lui accorder u/j tour tie faceur. C'est 
done a un poete dramatique dc vingt ans que j'attribue la viola- 
tion des regies fondamentales dc la trage'die francaise, qui, dans 
la piece nouvelle,n'ont pas etc plus respecte'es que la veritc histo- 
rique. Atnsi,saus eire accuse' d'une ri^uewr ullia-classi(/ue , je 
crois pouvoir dire que INL de Formont a plutot presente un ta- 
bleau anime' des eve'nemens qui remplissent les dix anne'es les plus 
desastreuses de notre histoire, qu'il n'afait une veritable tragedie. 

Pour ren'dre moins sensible le defaut d'unitc de terns et d'u- 
nite de lieu, il a die oblige de remplir les deux actes, qui se pas- 
sent entre le depart du dauphin et Fassassinat du due de Bour- 
gogne , par des scenes episodiques , que la pre'sence de Valentine 
de Milan rend inte'ressantes, mais qui ne ralentissent pas moins 
la marche de Faction principale. Apres ces reprochcs, peut-etre 
se'veres , je reconnais que le caractere donne' par I'auteur au du« 
de Bourgogne est vraiment tragique, et que Tanneguy Duchsltel^ 
Valentine de IMilan, le Dauphin et le chancelier de Marie qui , 
dans la piece, sont des personnages secondaires,ont chacun dans 

>■ (i) Cette trage'die vient d''etre imprime'e , et se irouve au cabi- 
net litteraire de madame Cellis, libraire-e'diteur, rucduCherche- 
Midi , no 4, ou Ton trouve aussi toutes les nouveaute's politiquas 

et litteraires. 

TOME vin. 4 2 



65o EUROPE. 

leur role dcs parties reniarquables. Lc style a parfois de la force 
et dc I'cclat ; mais il nianqne pvcsque toujours dc iiaturel ; je ferai 
aussi observer que lc premier he'mislichc d'un vers tres applaudi : 
« Lc trone est deserte, fy monte, je suis roi » , est incorrect , et 
que M. de Ferment doit se de'fier d'applaudissemens ebtenus aux 
de'pcns de la purete' du langage. J'avoue qu'en sortant de la re- 
presentation du due de Bourgogne, je u'ai pu m'empecber de me 
demandor : Pourquoi a-t-on de'fendu a M. Lcmercier de faire 
jouer la Demence de Charles J^l ? 

— V Amour et le Proces , comddie en un acte et en vers par, 
M. Nanteuil. — L'auteur de cette piece semblait avoir renonce 
au the'Stre. lly a reparu, le meme jour ou M. de Formont s'y est 
montre pour la premiere fois. Je ne pense pas que son nouvel 
ouvrage ajoutc a sa reputation : lc fond en est tres le'ger; le style 
est pretentifux , et rappelle trop I'e'cole de Doratj cependant , 
quelques jolis mots dits par une excellente actrice , ont determine 
le succes de cet acte, qui n'aura probal)lement que tres peu de 
representations. 

— Odeon. — Eugene et Guillaume ou les Amis d'^enfance , co- 
me'die en quatre actes et en prose. Cette piece est tire'e de I'ou- 
vragedelVl. Picar J , qui porte le meme titre. La conception du 
roman est fort lieureuse , mais c'c'tait une entreprise impru- 
dente que de vouloir la resserrer dans les bornes e'troites de la 
comi'die. II faut dire cependant que la punition a surpasse' la 
faute ; et que la prevention de'favoral)te , dont une partie du pu- 
blic paraissait anime'c, n'aurait pas dft la rendre severe et meme 
injuste , au point de refuser d'entendre deux actes entiers. II y 
avait de la gaief e et de Tesprit , dans le premier acte ; et si dans 
le second quelques scenes longues et froides ent indispose les 
speclateurs , Tauteur pouvait les de'dommager dans les actes sui- 
Tans. D'ailleurs^ il me semble qu'on devrait te'moigner plus dV- 
gards et plus de bienveillance a ceux qui travaillent pour nos 
plaisirs et qu'il faudrait ecouter leurs ouvrages, ou au raoins les 
laisser ecouter a ceux qui veulent juger d'une maniere equitable. 

— Don Carlos , tragedie en cinq actes , par feu Lefevre , auteur 
de Zwua. — Cette piece , recue il y a trente-sept ans au premier 
TIie'Atre-Francais , et imprime'e depuis long-tcms , vient d'etre 
joue'e avec succes a I'Ode'on. Le sujet a ele traite' si souvent et il 
est si connu , qu'il serait iuutilc d'cu faire Panalyse. Les deux 



EUROPE. 65i 

premiers actes sont intcressans, et renferment des vers remar- 
qiiables; I'inte'ret diminuc deja au troisicme ; le quatrieme est un 
peu obsourj et le cinquieme a excite' quel([iies marques d'im- 
probatioQ : mais de le'gers changemens ont suffi pour qu'a la 
deuxieme representation la piece n'ait recu que des applaudisse- 
mens. II y a un grand charmc dans le role de la reine, beaucoup 
de noblesse et de sensibilite dans celui de don Carlos. Le style est 
facile , quulquefois recherche , ce qui ticnt au terns ou I'ouvrage 
a et(i ecrit j mais on y trouve beaucoup de vers de sentiment, et 
jiusieurs morceaux pleins de force et de noblesse. II serait inte'- 
ressant de comparer cette piece avec celles qu'Alfleri, Schiller 
et Chenier onl faites sur le meme sujet. On sait que M. Ray- 
nouard a dans son porte-feuille une tragedie de Philippe II ; tous 
les amis de I'art dramatique de'sirent vivement qu'il se determine 
a la donner au the'iJtre. (Voir ci-dessus , pag. 6!^^. ) 

Necrologie. — Petersen. — La ville de Strasbourg a perdu , 
il y a quelque tems^ un de ses citoyens les plus distingues , I'E- 
glise re'f orme'e un de ses plus dignes pasteurs , les sciences physi- 
ques et naturelles, im dcs liommes qui les cultivaient avec le 
plus de succes, dans la personne de M. H.Petersen, presi- 
dent du consistoire calviniste de cette ville , et professeur de phy- 
sique. L'eloquence de M. Petersen, dont les discours etaient 
ecrits ou prononce's en allemand, etait douce, onctueuse , per- 
suasive ; son style plein d'elegance et de simplicite'. Sa charite 
etait ardente, inge'nieuse, infatigable. Son zele philanthropique 
a multiplier les te'moignages de son amitie' envers les bommes 
vertueux de toutes les croyauces , etait au-dessus de tout e'loge. 
Celui qui trace a la h^te cette faible expression des regrets pu- 
blics et des siens , pent lattester par son propre exemple : disci- 
ple de la loi de Moiise , il a recu les preuves de I'amitie la plus 
sincere de ce digne ministre de la loi de Luther et de Calvin ; et 
il lui doit , en partie , les relations les plus cheres a son esprit et 
3 son coeur. 

A Te'poque oil nous vivons, la reconnaissance des contempo- 
rains doit surtout s'adrcsser aux hommes (pii , satisfaisant au ve'- 
ritable besoin du siecle , cimentent I'union de la tolerance la plus 
unlverselle, et des vertus sociales avec toutes les croyances et les 
vertus religieuses: H. Petersen a occupe une place distingue'e 
parmi ces lionunes. Le Recueii de ses seimons et de ses travaux 



6J2 KLKOPK. 

rcligieux murite d'etre rccljerche avec cmprcsscmentpar Ics ami* 
deS lettrcs , de Thistoire et do la religion ; les amis des sciences 
physiques ct naturellcs acciieiilcraient , on peut le croire , avec 
interSt, le Rccueil de ses principales observatinns sur le ifalvanis- 
me , dont il s'est particuli^rement occiip^. N^ en- ^uisse , ou , 
dans ses premieres annees , il avail connu Lavater , dont k- 
caractere avait quelque analogic avec le sien , il etait venu dc 
bonne heiire a Strasbourg s'instruire dans les institutions savan- 
tes, et sous les auspices des hommes ce'lclircs dont celte ville 
peut s''dnorgucillir. II e'tait Age d'environ 55 ans , il laisse unc 
veuve inconsolable et des enfans pour qui le nom et le souvenir 
de leur pere sent , des ce moment , dans les contrees qu'il a ha- 
bitees, la recoramandation la plus honorable. 

IVliCHEL Berr, de Tiirique. 

— SAiKT-AuiiiN. ■ — 'Get e'crivain politique est mort, le 8 dc'- 
cembre, Sge' de 68 ans. 11 etait ne aux Deux-Ponts. II vint en 
France , avant la revolution ; et il etablit a Sens, pour les lan- 
gues vivantes , un lyce'e oii il comraenca sa reputation. Amene 
dans les prisons de Paris, par les persecutions re'volutionnaires , 
il se fixa dans cette ville, lorsqu'il fut rendu a la liberte. II s'y fit 
d'abord connattre par une petite brochure pleihe de sel et d'ori- 
ginalite , intitulee : De I'expedition dc D. Quichotte contre les 
moulins a "vent , ou des causes de ragiotage et de rinutilite des 
poursuites contre les agioteurs. Get opuscule ayant attire' I'atten- 
tion de quelques hommes d'Etat , ils chercherent a sc lieravec 
I'auteur, qui, pen de terns apres , publia , sous cetitre: Donnons 
notre bilan, uu ecrit excellent , sur la situation financiere de la 
France. Sa reputation croissant tous les jours, les cre'anciers de 
I'Etat recherchirent sa plume. II plaida leur cause avec e'nergie 
et perse've'rauce , dans une foule de jximphlets tous remarqua- 
bles par un ton d'originalite et de plaisanterie dont ces matieres 
ne paraissaient gueres susceptibles. A I'e'poque du Gonsulat, 
M. de Saint- Aubin fut nomnie tribuu; mais , ayant pris rang 
dans I'opposition , aVec IVIM. B. Constant, Andrieux, Ghe'nicr, 
Ginguene, etc. , il fut (^limine comnie eux. Depuis, il ne remplit 
plus aucune fonction publiquej mais, il continua d'exercer quel- 
qu'influence par ses ecrits. 

FIN DU HUITlksiE VOLUME. 



2 FEB.9S 




/• 11,^ rl(i'}('iliqne, — f''in!^i-iioiilcrne Ctihif.i. 



Tx\BLE DES ARTICLES. 



I. MfiMOIHES, NOTICES, ET MELANGES, 

r. Notice sur Pt-tat actuel des bateaux a vapeur aux Etats- 

Unis d'Amerique. A.KUiickowitriJm. p. 225 

■i. Sur les Courses de chevaiix , et surles moycns d'ame- 

liorcr les races dc ces auiinaux. Ferry. a35 

3. Es-trail d'un rapport fait par M. Brougham siirre'latde 

I'education des classes inl'c'ricures, en Angleterre. i\\ 

II. ANALYSES D'OUVRAGES. 

4. Le Globe celeste, cours d'astronomic contemplative, 

par M. H... francOeur. 253 

5. P.evue des actes d''enregislremont des esclaves des co- 

lonies anglaiscs, etc. Jiabej. aG5 

6. Choix de Rapports, Opinions et Discours , prononces a 

la tribune nationale depuis 1789 jusqu'a cejour. P. A. a^C 

;;. Annuairc historiq^c universol pour 1819, parC. L.Lc- 

sur. E. A. a8t) 

o. La Destruction de Je'rusalem , poeme dramalique ; par 

le reverend H. II. Milman. L.-Sw. — n. 3o4 

9. La De'mencc de Charles Vi, trage'die de M. Kepomu- 

cenc L. Lemercier. A. Mctral. 319 

10. Anthologic arahe, par J. Humbert. t'.L. oS^ 

III. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 

Annonccs de gS ouvrages, francais et etrangers. jj < 

IV. NOUVELLES LITTfiRAIRES ET SCIENTIFIQUES. 

Ameriqce : Elats-Unis. — Rc'publique d'JIaiti. — Nou- 
velle-Greuade. — Kouvelle-Espagne. — Peron. — Bre'sil. 

— AsiE. — Indes-Oiientales. — Chine. — Perse. — Afri- 
QBE : Serra-Leone. — EoRorE: Grande-Bretagne. — Uus- 
sie. — Pologne. — Suede ©iKorwoge. — Danemarck. — 
— Allemagne. — Suisse. — Italic.— Turquic d'Europe. 

— Grece. — France. — Paris. 392 



ti 



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ON bOUSCRlT AUSSI A PARIS 
ChezMM.J.LAFHTTE.banquiers, ruedelaChaus.-d'Antin, n" ii 
All BcHEXu DE nsoAcTiON, riic d'Enfer-Saint-IMi- 
chel , n" 1 8, oil doivent fitre enroycs Ics livres.des- 
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MoNciE aine?, boulevard PoissoniiitTe, n* 18; 
Rey et Gbavieh, cjuai des Augustins , n" 55 ; 
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Baudociw freres , rue de Vaugiraid , n" 36 ; ' 
Delaunat, Pemcier, ConriAHD, au PaJais-Royal: 
Madame (Jelxis , rue du Cherche-Midi , n* 4; 
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Kojral, galeric de bois, n** ao5; 
AuxCercle et Salon littdrffire»/»iue Ke«Te-des-Petits-€liamps , 
n** 5, au premier. 

AVIS ESSENTIEL. 
M!NJ. les Souscripteurs rfe la Revuf: sorit 'nvitis 
a renouveler leur abonnement , (ians le courant dn 
mois de deccmhre , afin qu'ils nVpronv'ent aucu;! 
retard dans I'eitvoi de leurs Cahiers. 



AVIS 
^ MM. les Abonncs du lAct.F. Fra\cais. 
Ij^S Auteurs du Lrcf^ Francai's . piiblio a Pi 



•is d( 



puis line aunee , ayant discontinue la pul)lication d. 
ce Journal, out pn^pose a la Societe de la Rcvi/c Encj - 
clop4diqae de servir leurs abonjies , en*devenant eiix- 
riiemes coHaboraleurs de ce Reciieil. 

MM. Ics auciens Abonnes 4u Ljcee Francais son! 
•"i-ies de faire connaitre , avarit le 25 decembre , s'il- 
.)nt Tiutenlion de continuer, {)Our I'annee prochaiuo , 
a la Revue, i'abonnement (|u'ilsavaient precedemraeut 
a u Lyc.ee. Alors, on leur accorderait , a titre d'ii.doj i- 
nite pour ce qui leur reste du par les proprietaires du 
Ljcee , uue diminution de huit francs snr \c ^vi^i to- 
tal de I'abonnement, qui est de 42' fr. pour Paris, f 
do 48 fV. pour le.i dey)artcmeas. 

cliez Arthis-Behtiiaijd , rne HatsteflcuiUe, ii" i i 1 
Mazarine, n" 3o, et Bacoodis frires, rue de Vaugiraid , u"^ J-i 




UIPfiIMC«l£ HE BAUnUI/IM FRERES.