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•52* LIVRAKOX.
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. REVUE
ENGYCLOPEDIQUE
OU
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BANS Ik riTTEBATCRE, LES SCIENCES KT LES ARTS.
i". Pour les Sciences piytiques et mathematlquet ct le« ArU indutirUlt :
MM. Ch. DoPiB, Cbaptai, FoORiER, del'Institut; C. Coqdbb.si.; Fbblkt; Fran-
GacajLsNoRUAMO, prpfessenr de technologie; A. Micsblot; MbRBAVOE Jokn£s;
Wardbm , ancien Consul dea Etats-Unis d'Amiriine , etc.
a" . Ponr les Sc{ence$ naturelUt : MM. de LACBpins ; Geofthpt Sajnt-Hiiaire,,
de I'Jnstitat ; Bort db Sai»t-Vircbnt, correspondant de I'lnstitut; Dbsharbst-,
V.AoDontN; Bhokokiart fils; G. Deiafossb; Floorcms, U. M., etc.
S'.Ponr les 5cM/ice« me'iico&f .• MM.,Adbi.oh, Bahy, Dakiron, De PAU, Es QDi-
aoi,, Friediahder, Gboroet, KoREFF, Maobkdib, Orfila, PaRiset, D. M., etc,
4". Ponr lea Sciencet philosophiquet et moralet. politiques et hhtoriques :
MM.Lanjoisais, de I'lnstitut; M. A. Jui-lieh, de Paris; de GArasdo; Aibx. de la
BoHDE, de ITostitot; AooDB; AsNiE; Artaod; Avbnel; Bbrville, avocat; Barbi£
DU Bocaob, do I'lnstitut; Chamfoli.ios-Fi^eac, correspondant de VInslitnt; Crau-
FOLUOS jenne; Deffikg; A. Ddfraybr; Ddfav, Duveroibb, Goadet, avocats;
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MBrsR, d'Aaisterdam;PARB»T-RiAL; PooQirevtLtE; Rbnovaeo, avocat; EwiB»
Salverte ; SiMOKDE DE StsMosDi ; Stappeh; A. Taillandieb, arocat ; etc.
5°. Poarla LiUiraturefranfaUeetitrangejre.U Bibliographip,Y.4rc7ieologie
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Lemercieb. db Siotm , de I'lnstitut ; Barbibr , ancien conserratenr des biblio-
theques dn Roi; J. P. Bres ; Alph. MAHni. ; Ph. Goi biSrt, de Colniar; E. HiREAU ,
Henrichs; Babby; M. Bbrr; Finx Bodik; Bcchom; Chaossard; Chactkt; Ch*ne-
DOLLifils.deLiege; J.UROE;Dn>tsHSAH;ED.GADTTiEB;GoBPP; HErRBRO,KRAFFT;
liAXotis, de rinstitntjV. IiECLBRc;TLiAGiio; Mabbos; Mazois; Nicolo-Potjlo;
Patiu; Pelussier; db Reiffejibero; de Stajsart. de BmKelles; Fr. Salpi ;
ScBWEiOH«rsER fils, de Strasbourg; Lion Thiess*; Vbrdier, etc.
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■de cc Rccueil; chaque cahicr, public le 3o du mois, «c compose d'co-
viron douie feuilles d'impreesion.
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indique but ie titrc.
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ditlon parlaposte, a servi debase 41a fixation definitive poriie cidegsui.
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sircra I'insertion.
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cipaux Libraires, a Paris, dansles ddpartemens et dans les pays etrangers.
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que la TABLE DES uATi^BEB Dv ivu' voLCME, quc Ics rclieurs devront avoir
J« loin dc reporter i h fin de cc volume.
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ntBRlfeBK l'oDEON.
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DANS LA LITTERATURE, LES SCIENCES ET LES ARTS,
PAR UNE REUNION
DE MEMBRES DE L'INSTITUT,
ET D'AUTRES HOMMES DE LETTRES.
( 5 CA^li'lieC?. )
TOME XVIII.
PARIS,'<^^s^
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ET CHEZ, ARTHUS BERTRAND, RUE HAUTEFEUILLE, N" 25.
LONDRES, TRETITTEL ET WURTZ, BOSSANGE, ET DCLATJ ET C'^.
AVRIL l8i>5.
11 'i'outes Ics sciences sont Ics ratnraiu il'iinc nicnie tige. »
Bacon.
<i L'arl n'esl autre chose que le controle et le regislre des meillenrrs proiluc-
tions A coutrok'r les produrtions [et le» actions) d'un cliacun , il s'eu-
gendre cnvic des bonnes , ct mepris des mauvaises. »
MoNTAICNI!.
«. Les bellcs-Iellres et les sciences. Lien eludiies ct bien comprises, sont des
inilruuicns uciversels de raison, de vertu, de bonheur. »
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ANALYSES ET ANNONCES RAISONNEES
DES PRODUCTIONS LES PLUS REMARQUABLES
DANS LA LITTERATURE, LES SCIENCES ET LES ARTS.
I. MEMOIRES, NOTICES,
LETTRES ET MELANGES.
NOTICE
SuRLA CoLONIE INDUSTRIELLEDE NeW-LanARK, EN ECOSSE,
rONDEE PAR M. PlOBERT OwEN.
Trop souvcnt unc apalhifjue IndifTerencCjUne defiance
pusillanime, dcs preventions injustes, une orgueillcuse
incredulite, une malveillance opiniatre, ont fait repous-
ser, comme autant de theories iaipraticables et chimd
riques, les projcts les plus louables et Ics vues Ics plus
utiles pour le perfectionnement moral dc Thouime, pour
la r^forme de I'education et de I'enseignemcnt , pour
I'adoption d'un meilleur systenie de legislation civile et
crimineile, pour I'introduction d'innovations saliitaires
dans I'organisalion sociale; enfm, pour I'amelioration de
la condilion des houiuies, si generalement sacrifi6s h I'i-
NOTICE SLR I-A, COLOME
^norance cl ;uix pr^^juges qui nous enveloppcul encore
dcs plus 6paisscs leucbrcs (i).
Lcs hommes, aveugles, inscns(^s ct ingrals, ont sou-
vent m^connu, pers^cul^, proscril quelqncs csprits clo-
ves, quelques anics gen^reuscs, qui avaient ni(5dil6 sur
lcs uioycns d'adoucir cl, d'embcllir la dcslince et I'exis-
lence de lours seniLlables. Les oppresseurs de I'huma-
nil6 onl plus d'unc fois envahi la puissance, et meme
ont usurps des trones; et ils sont dcvenus les objets du
respect des peuples. Plus souvent encore , les bienfai-
leurs de I'liumanild, abandount^s par ceux-la meme dont
ils delendaient la cause, n'ont eu d'aulrc parlage que des
diffamations, des calomnies et des fers, et ils ont p6ri
victimes de la violence et de la fureur des sectes reli-
gieuses ou politiques , comme autrefois Phocion et
Socratc.
Aujourd'hui du moins , dans quelques contr^es du
(i) On peut citer, al'appui de ceUe alDigeante vcrite, rcxemple re-
cent des persecutions inonies auxquellcs a ete en bulle, dans le canton
de Fribourg, en Suisse , au rommencement de cette annec, le R. P. Gi-
rard , fondateur ct dircelcur de V Ecole francaisc de la ville de Fdbourg,
I'une des mtiilcurcs institutions de ce genre, sous les rapports dc la pu-
rcte dcs piinripes rcligieux et nioraux, de la bonte. dc la solidite , de
I'clenduc de I'instruciion , ct de la perfection des metbodcs d'enstignc-
ment. Le P. Girard avait nitrite et oblenu raffeclion dc scs eleves, la
reconnaissance de Icurs parens, reslime de ses compalrioles, I'admira-
tion dcs etrangers, une reputation europccnne qui associait son nom aux
noms justemcnt respectes dc Pestaio-zi, de Fdlcnberg, dc Robert Owen.
11 a eprouvc le sort commun dcs liommes d'un meritc superieur, des ve-
rilablcs amis de Thumanite : I'cnvle, la calomnie, la persecution, sont
dcvenues son partagc. Le sentiment d'avoir I'ait le bicn doit lui procurer
une douce consolation dans ses malbcurs, cl uue recompense de srs tra-
'■"""• ' M. A. J.
DE NEW-LANARIv. 7
globe, on peut s'occuper iinpuu6ment h fairc le bien.
On peut proposer et nieme essayer d'heiireuses innova-
tions, sans etre accus6 de vouloii- boulcverser I'ordre
social. C'est surtout chez les peoples op des inslilulions
fortes prot&gent la libcrt(^ indiyidiiellc et la liberty po-
litique, el oil cbaqiie citoyen, justement fier de ce tilre
et des droils qu'il garantit, conserve le sentiment de sa
dignil6, que des hommes <^clair6s et bienfaisans peuvent
concevoir et appliquer des vues pliilantropiques. Ceux
qui ne se bornent point h les proposer, mais dont la per-
severance et I'habilete reussissent h les executor, mal-
gre d'immenses obstacles, meritent des encouragemens
et des eioges. Ces eloges ne sont point soulement des re-
compenses; car de tels hommes n'en ont pas besoin : ils
trouvent le prix. de leurs actions dans le sentiment qui
les inspire. Mais il s'agit d'offrir de nobles exemples
aux regards du public, et de faire apprecier les resultats
qu'une volonte forte et active pour le bien a oblenus.
On prepare a ceux qui ont pose les bases, des imitaleurs
et des successeurs, qui continueront et acheveront leur
ouvrage.
La Grande-Bretagncetparliculifcrementl'Ecosse, sont,
en Europe, au nombre de ces contrees privilegiees oii il
est possible et permis de travailler au bonheur des hom-
mes; oil bcaucoup de pensees individuelles et d'acles pu-
blics se rapportent au bien-etre de toutes les classes de
la socieie ; oil les mortels genereux qui se consacrent
k une semblable destination ne sont pas entraves, ca-
iomnies, persecutes, mais trouvent facilemcnt des ap-
puis et des auxiliaires.
II appartient h noire Revue Encijclopcdlqiic, qui a
8 NOTICE S€R LA COI.ONIE
voiilii etablir iinc sorlo de reiulez-vous comimin pour
loutcs Ics viios do hicn public, pour tous Ics travaux uti-
les, do proclanicr les tcntalives, dej^ couronnccs d'un
grand succ^s, par lesquelles un de ces hommes rares,
dont la vie est unc suite de bonnes actions, a ouvert une
carricre oil i'on doit dcsircr que beaucoup d'autres phi-
lanlropes vcuillent le suivre.
J'ai visite moi-nieme, au mois de soplembrc 1825, le
fondateur dos ^tablissemens de New-Lanark : j'ai puis6
dans ses enlretiens la connaissance des senlimens et des
principes qui I'out dirige; j'ai assiste aux travaux des
ouvriers qu il euiploie, aux instructions, aux exercices
ct aux jeux des enfans qu'il fait «5lever; j'ai passe une
journ^c trop courle, trop fugitive, dans cette obscure
el pittorcsquc vallee, dans cette delicieuse retraile, ou
r^gnenl le travail, la bienveillance muluellc, la douce
paix et Ic bonheur. Je vais reproduire avec fidelile les
fails que j'ai observes, les impressions que j'ai recueil-
lics, le spectacle ejifin qui a fix6 mon attention, et qui a
p6n6tr6 mon amc d'une emotion douce et profonde.
J'avais beaucoup entendu parler de la colonic indus-
triclle fondee par M. Rohevl Owi;n, et j'avais lu, avcc un
vif interet, son memoire public sous ce tilre : histittttion
pour amdliorer le caractei'e moral du peuple (1). L'un
(1) Ouvragc de M. R. Owkn, traduit de r.-niglais surla troisieme Edi-
tion , par M. DK Lasteybie. Paris, 1819. In-S" de 46 pages. Louis- Colas,
rue Daupliine, n° Sa. — Voyez aussi I'ouvrage de M. II. G. Micnab,
intitule: Examcn impartial des 7iouveltes vucs de M . Robert Ovten, ft
dc scs itaitisscmens d IS cw- Lanark, etc., traduit de I'anglais par M.
I.ArroN DE Ladrbat (Paris, 1821. Un vol. in-S". Treuttcl et Wiirt?); el
IVxIrait que nous avons donne de ctt ouvrage, T. X (mai t"2i), pages
32u-3jl).
DE NEW-LANARK. 9
des objcts du voyage que j'ai fait en Angleterre et en
Ecosse, pendant I'tHe de 1822, 6tait d'observer de pres
celte instilntion, et de jiiger si elle paraissait r^pondre
aux vues bienfaisantes du fondateur. Je me suis rendu
de Glasgow h New-Lanark (distance de 2 5 millcs an-
glais, environ 12 lieues), en traversant unc suite conti-
nuelle de campagnes fertiles, de riantes prairies, de jar-
dins et de vergers rendus f»^conds par une culture intel-
ligente et soignee. J'avais pour compagnon de voyage un
Francais etabli depuis long-tems en Angleterre (M. B**),
d'un caractere froid, d'un sensprofond, observateur ju-
dicieux, (igalement incapable de se laisser pre^venir en
bien ou en mal, d^termini^, comnie je I'^tais, h ne for-
mer son opinion qu'aprfes avoir vu par lui-meme, et sur
les lieux, I'institution que nous d^sirions connaitre et
apprecicr.
Nous laissons notre voiture dans I'ancien bourg de
Lanark, et nous somnies conduits par un jeune paysan
an nouveau Lanark, tiloignd sculement dun quart de
lieue; mais oil Ton pent se croire a une grandc distance,
si Ton compare les deux localites sous les rapports de la
propret6 et de la regularity des batimens, et de I'etat
moral et social des habitans. On y reconnait les sisines
(ividens d'un degr6 de civilisation plus avancti. Nous
descendons sur une verle pelouse, k travers un petit
bois, et par une pente assez rapide, dans une vallee so-
litaire, tout enfermee de collines^ dont la situation est
pitloresqueet romantique, et au fond de laqnelle coule la
Clyde , c^lebre par scs cascades et par la beaute de ses
rivages. Nous trouvons k ml-coteau une habitation d'une
apparence tres-agr^ablc, k la fois vaste et commode, re-
lo NOTICE SLR LA COLON IF:
marquable par une <5legante simplicil*^, entour6e dc Lois
et de prairies, d'oii Ton aper^oit, an bout d'line longue
alk^c plant6e d'arbros , dans un cnfoncement , et au
bord dc la riviere, les batimens occup6s par la colonic,
et qui formenl le village appol^ New-Lanark. M. Owen
6lait au milieu de ses ouvriers et de leurs enfans. G'est
Ih que, sans elre attendus ni annonc^s, nous nous em-
pressons d'aller le joindre.
M. Owen, age de 5i ans, parait n'en avoir gncre plus
de 4o. Sa physiononiie, douce et calme, aimable et spiri-
liieiie, annoncc un honunc Bienfaisant, intelligent etheu-
reux, dont la vie est consacree au bonhcur de ses scin-
blables. II a pris, depuis environ 24 ans, la direction dq
cos elablissemens , oil tout respire aujourd'hui I'ordre,
I'aclivil^ et le bonheur. C'etait une grande manufacture
qui existait d^jh depuis douze ann^es , et ou Ton ne trou-
vail, comme dans la plupart des ditablissemens du nieme
genre, qu'ignorance, desordre, immorality et misfere. II a
op6re, dans I'intcrvalle des dix ou douze premieres an-
nees, une entiere nielamorphose; et le contraste frappant
de I'anciennc manufacture et de la colonic rt5gen«^ree
fournit un temoignage pr6cieux en favour de la bont6
primitive dc la nature humaine.
On n'apprendra ])oint sans inl^ret par quelle succes-
sions d'idees et d'observations M. Owen avait 6IA con-
duit k la noble et g6n(5reuse peus^e des ameliorations
qu'il est parvenu h rdaliser. Quelques lectures vagues et
mal dirigees, tour-k-tour appliqu6es h des ouvrages bons
ou mauvais qui se Irouvaient h sa disposition, lui firent
enlrcvoir, comme h Iravers un 6pais nuage, les moyens
de perfeclionncnicnt des enfans et des classes pauvrcs.
DE NEW-LANARK. n
sur Icsquels il a fixe ensuite une altenlion rcQcchie.
La premiere impression forle el profonde en ce genre
Alt produite en lui par Ics Aventures de Robinson Cru-
soe. 11 J remarqua I'dducation, pour ainsi dire, manuelle
et pratique de la n^ccssitc, du besoin, de la nature, loin
des hommes, de leurs institutions et de leurs influences,
trop souvent raalfaisantes. Quelques passages de VEinile,
de J. -J. Piousseau, I'exemple d'un vieillard bienfaisant,
cit6 dans Adclc tt Theodore, de M'"'' de Genlis, firent
aussi une vive impression sur son ame. II commence
par nkinir, en une sorte de code moral et philosophique
h son usage, les vt5rit6s fondamentalcs relatives h la na-
ture humaine et aux moyens de la perfectionner, sur
lesquelles un certain nombre de bons esprits sont tora-
b^s d'accord. Puis, il observe et signale Ics contradic-
tions, les inconsequences, les divergences d'opinions et
de vues qui s'offrent h. lui dans les systemes et dans les
travaux des hommes qui peuvent faire autoritd. II se
forme, d'apres ses raisonnemens, ses observations et sa
conviction intime, un systeme et un plan dont il veut es-
sayer I'exi^cution; il sent que sa theorie ne trouvera pres-
que personne qui soit dispos6 h. Tapprouver. Aussi, a-t-il
cru devoir attendre vingt annees, avant de rien publier
sur ce sujet , et il s'est 6clair6 peu k peu, en pratiquant
ce qu'il avait concu de bon et d'utile, et en observant
les progr^s et les resultats de ses experiences.
Favoriser le libre d^veloppement de I'homme et de
ses facultes physiques, morales et intellectuelles; — 6vi-
ter de lui offrir aucun mobile corrupteur, qui dveille Ics
peuchans vicieux; — extirper les craintes et les espdran-
ces qui ticnnent h I'dgoisme et qui concentrent les af-
12 jnotice sur la colonie
foclions dans la sphere elroitc de la personnalile; ^
rcndre inutilos ct supcrflucs I'draulation, les recompen-
ses ct Ics peines qui excitent I'orgucil, I'ambition, I'cn-
vie, la cupidity, et qui nourrissent Ics inclinalions bas-
ses et perverses; — ("aire aimer le bicn pour Ig bieu; —
faire trouver le prix de la verlu dans la vertu meme; —
faire en sorte que la bonne conduite deviennc habitude,
disposition naturelle, ct soil, pour ainsi dire, idenlillee
avcc la raanidre d'etre et d'agir; — enfin, rendrelc travail,
I'ordrc et la sagesse aimables par leurs seuls altraits :
tcls ont etc Ics principes que notre philantrope ecossais
a constamuicnt professes et appliques, ct dont ses expe-
riences, longues et multiplides, lui ont conflrme la
bont6.
Pendant que M. Owen me developpe ainsi sa ih^orie,
el que je prends des notes au crayon pour conserver un
souvenir fidele de nos entreliens, nous parcourons sa
colonie; je voudrais retracer rapidement le tableau vi-
vant et anim^ que ui'ont offert les localites et les per-
sonnes placees devant mes yeux.
J'ai parlc de la longue avenue qui condivt de I'habi-
talion de M. Owen a New-Lanark. La facade exterieurc
des niaisons de la colonie est reguliere, d'une architec-
ture simple, mais (Elegante; et leurs distributions int6-
rieures sont parfaitement appropriees h leur destination.
Sur notre gauche, s'elfevent plusicurs corps de batimens,
adoss<5s au coteau; lesuns renfermcntbeaucoupdecham-
bres ou dc pclits appartemens s(^parcs, pour un ou deux
ou\ricrs, pour un mf^nage compos6 d'un mari avec sa
femmc et un ou deux enfans, pour une famille plus ou
moius nouibreuse; les autres renlerment, dans les eta-
DE NEW-LANARK. i5
{;cs sup^rieurs, dcs magasins de provisions de lout gen-
re pour la colonic, ct dans la parlie infcrieurc, dcs bou-
tiques oil, a cortaiues heures de la journee, les ouvriers
des ateliers ou leurs femmes viennent acheter les objels
dont ils ont besoin. Chaque ouvrier isole ou chaque Ta-
mille a son credit ouvert, et pent recevoir des denr^es
et des effets jusqu'a concurrence de la soninie qu'il doit
gagner par son travail du mois. Ou accorde quelquefois
des avances necessities par des circonstances extraordi-
nairos, par un accident impr^vu, par une maladie, par
la naissance d'un enfant, par un petit voyage pour des
affaires de famille; ces avances sont proportionn^es aux
besoins qu'^prouve I'habitant de la colonic qui les dc-
mande, et ^ la bonne opinion qu'on a de lui, d'apres sa
conduite et son travail. Les provisions de tout genre
sont toujours choisies avec soin, d'une bonne quality,
d'un prix niod(ir6, et de la nieme quality pour tous les
colons sans distinction.
Ind^pendamment de deux vasles maisons pour les ou-
vriers et leurs families et du grand batiment sdpar^ qui
sert de magasin, trois autres corps de logis, (^galement
rdguliers et d'une proprete remarquable, s'^lfevent sur la
droite de I'avenue : d'abord, une grande manufacture h
six Stages pour la fdature et les metiers; puis, une belle
maison, prt^c^d^e d'une cour spacieuse, pour les enfans
des deux sexes, oil sont des salles d'instruction, d'exer-
cices^ de priferes; enfin , un peu plus loin, auprfes d'un
canal qui communique a la Clyde , une maison encore
en construction, oii Ton doit (5tablir une cuisine commu-
ne et un ri^fectoire commun pour les ouvriers non ma-
,.; NOTICE SUR LA COLONIE
lies, el qui ii'onl point leurs parens avcc cux, el pour
lous les colons qui voudront en profiler.
Une infirmerie, ii laqncUc. sonl altaches un ni6(lecin
el un cliirur»?ien, ct oil Ton vaccine les enfans, renfernae
maiulenanl 58 nialadcs, sur environ aSoo personnes, dent
35o enfaus, qui composent la colonic. Prtjs de 1800 ou-
vriers travaillenl dans les ateliers; les autres s'occupent
dcs jardins potagers el des soius du manage. Le nombre
des femmes excede d'un tiers celui des homines. Tons les
colons, quoique fibres de quitter I'etablissementjs'y atta-
chenl, comme a leur famille,elyreslcnt volontairement,
parce qu'ils s'y Irouvenl fieureux. Pres de 260 ouvriers
externes viennent, du village de I'ancien Lanark, pren-
dre part aux Iravaux.
Bientol, le signal d'une cloche rappelle les ouvriers
des deux sexes aux ateliers, el les enlans h I'^cole. Mais,
plusieurs sent arrives quelques minutes avanl I'heure
fix6e. Toutes les figures et les dc^uiarches annoncent la
sant6, le contentement, I'activit^. Les veteniens sonl sim-
ples, mais propres. Seulement, suivant I'usage (^cossais,
la pluparl des enfans et quelques jeunes ouvriers ont les
jambes et les pieds nus. Chacun des enfans que nous ren-
controns s'approche avec empressemenl de M. Owen, lui
presente son visage, el recoil de lui une caresse. Ln
sentiment d'affeclion, de liberie, de bonheur, caracterise
eel hommage rendu au pfere commun de la famille el au
chef de la colonic.
^ous visilons d'abord la maison d'6tudes, qu'on pour-
rail uppcler h juste litre la matson jojeuse (1), lant la
(i) M. Gingucne, dans son excellcnte Histoire lUUraire d' Italic , qui
DE NEW-LANARK. i5
joie delate dans lous les regards et sur toules les physio-
nomies ! Nous passerons ensuite aux ateliers, pour voir
les Iravaux do la filature en pleine activity.
Dans la premiere classc, les plus pelits enfans sont
excreds h prononcer distinctement Us Icttres de I'alpha-
bet. M. Owen blame n6anmoins la m^thode ordinaire
d'enseiirner les letlres et les mots avant les choses; 11 veut
prcsente un tableau inleressanl et ii)structif de la cnarche de I'espril liu-
main daus une graode partie de I'Europe , depuis I'epoquc de la renais-
sance dcs lettrcs , cite avec elogc une maison d'tducation etablie a Man-
loue dans Ic quinzieme«)iecle, sous les auspices et par les soins de Fran-
cois Gouzague , due de Manlouc, dont les enfans y etaicnt eleves. Un
professeur de belles-lettres, alors celebre, nomme Victobin de Fcttre,
dirigeait cet etablisseinenl dans Icquel on vojait des galeries , des pro-
menades charmantps, des peintures agreables qui representaient des en-
fans se livrant aux jeux dc leur 3ge. On I'appelait la Maison joyeuse.
« L'liistoiien de la vie de Victorin, ajoute M. Gingueni', fait une descrip-
tion toucliante de I'educalion paternellc que recevaient dc ce bon pro-
fesseur, non-seulement les jeunes princes, mais beaucoup d'autres ele-
ves qu'il avait la permission d'y admetlre ; il lui en venait de toutes les
parties de rilalie , dc la France, de TAIlemagne, et meme de la Grece ;
el son ecole seule donnait a Mantoue une rcnoramee egale a celle des
universiles les plus celebres. Victorin de Feltre n'etait pas seulement le
niailre, mais Ic tendre pfere de cette jeunesse studieuse; il ne la formait
pas uniqucment aux lettres, niais aux vertus, et toujours en melant la
douceur et les caresses aux Icfons, la gaite au recueillement , et les jeux
a I'etude. On est surpris de Irouvcr, dans un siecle ou il y avait encore de
la gro?sierete dans les moeurs, un niodele aussi parl'ait d'educalion litle-
rairc ct civile. Lc titre seul que portait ce lieu d'instruction , donne beau-
coup a penser et a senlir. II faudrait envoyer tous les pedans, je ne dis
pas du quinzieme siecle, mais de trois et meme de quatre sieclesapres,
prendre des legons d'education a la Maison joyense. ■> [Histoire lilteraire
d'ltalic, par M. GiNceENE, T. Ill, cbap. 18, pag. 261. — Voyez aussi
V Esprit de la mclhode d'education de Peslalozzi ; par M. M. A. Joliieb,
Deux vol in 8°. Milan , 1812. — T. I , Precis sur i'lnstilut d'Vverdun,
TEL Qb'iL KIlSTilT BN 181O, pag. iS-IQ.)
iH NOTICE Sl]R LA COLOME
d'abord former, excrcer rintolligence. C'esl dans I'lnler-
valle dc dix-huit mois ii trois ans qu'iin enfant apprend
Ic plus de choses par le simple exercice dcs sens : il s'agit
de Lien dinger cet exercice. Lcs enfans dc la sccondc
classe commcncent a lire dans les livres ; ceux de la troi-
sieme, h tcrire en gros caraclferes. Puis , ils apprenneut
Varithincttque, et sont familiarises avec toutes les op(5ra-
tions du calcul, si proprcs h donner dc la rectitude a I'es-
prit. Les plus grands recoivent aussi dcs Iccons da gco-
inetrie, science dont les nombrcuses applications daus
les arts mdcaniques et industriels et dpns les metiers, de-
vraient la fairc considerer, dans tous les pays, comme
u»e partie essenticlle de I'inslruction primaire et com-
mune, si g^n^ralement d^fectueuse ou incompltjte.
Dans une classe d^histoire nalurcUe, qui comprend des
Siemens dc inincraloqie, de bolanique et de zoologie, on
place devant les yeux des enfans des images d'animaux,
des plantes, des mineraux ; on leur montre un chicn , un
cheval, un boeuf, un oiseau, un arbre , une ileur, une
pierre : on leur expose quelques notions sur I'animal ou
I'cbjet present devant cux, sur les proprietes dont il est
dou(5, sur I'usage qu'on en peut faire, ou sur le parli que
I'industrie humaine peut en tirer; puis, on leur fait des
questions sur la lecon qu'on vient de leur donner. Ils rc-
pondent en chocur, et h I'envi I'un de I'aulre, avec jus-
tesse et intelligence.
Dans une autre classe 6l6mentaire ^ourXaQcographie,
les enfans des deux sexes, r^unis et places par couple, uuo
petite fdle k cot6 d'un petit gar con, respondent h dillc-
rentes questions, sur la simple vued'une carte muette, ou
sont traces, sans aucun nom de lieux, les lintSamens dcj
DE NEW-LANARiv. 17
pays qu'on fait 6tudier, les chaines des montagnes, les
cours des rivieres, etc. Le maitre dirige une baguette sur
un point; les enfans prononcent en choeur le nom de la
contr6e,oufiela montagne, ou dii fleuve que leurindique
le point touchy par la baguette. Get enseignement g6o-
graphique, aussi amusant qu'instructif, exerce h la fois
I'attention, les yeux, I'intelligence, la memoire.
L'enseigaementdel7iz.$?otVe est donn^.pourainsi dire,
par les sens, au moyen de machines ing^nieuses, de vastes
et grands tableaux, suspendus klamuraille, et qui se d6-
roulent par siecle. Chaquc sifecle prt^sente, dans le cadre
qu'il embrasse, et pour le peuple dont on s'occupe, les
6v(5nemens importans, les personnages c^lebres, les pro-
grfes de I'industrie et des arts, la peinture fidhle des
instrumens aratoires, des outils, des costumes, des ar-
mes, des edifices, ou des monumens remarquables, qui
appartiennent h telle 6poque ou h telle nation. La curio-
sil6 des enians est tour-^-tour excit^e et satisfaite par
la vue de ces tableaux, successivement exposes k leurs
yeux, qui fixent dans leur imagination et dans leur md-
moire des notions prdcises sur les fails, les usages et les
hommes qu'on veut leur faire connaltre. On leur rend
surtout famillfere I'histoire de leur patrie et celle des
vastes contr6es oii s'(5tend la domination anglaise. Les
enfans arrivent dans chaque classe, deux h deux, a la
file, pr^cddes par deux de leurs camarades qui jouent de
la flute. Des piquets ou pivots servent de points d'appui
pour leur division en sections ou pelotons.
Nous assistons h une classe de chant. Des voies pures,
douces et harmonieuses; des chants varies, tour-h-tour
vifs et joyeux, ou simples et touchans, de petites chan-
T. XVIII. — Jyril i8'25. a
,8 NOTICIi SIR LA COLONIK
sons h la porlee des enlans, failcs expr5s pour cux, et
qui s'appliqucnt h des scenes de la nature ou h des si-
tuations de la vie qui leur sont familicres et qui les in-
tciresscnt, donncnt ii cello instruction tous les caracte-
res d'une fete de famille.
Arrives dans la salle de danse, nous voyons vingt en-
fans divises en couples, d'un petit garcon et d'une pe-
tite fille chacun, qui dansent en mesure au son d'une
niusique animee. La plupart ont les jambes et les pieds
nus. Nous remarquons nierae quelques petits garcons
en cotte ou jaquette dcossaise, sans culottes, bas, ni sou-
Iiers,avec un simple tablier qui descend un peu au-dessous
du genou. Quoiqu'il paraisse y avoir peu de propret^^
sous ce rapport, on nous assure que ces enfans, qui sont
habitues et presque obligt^s h se laver les pieds au moins
deux fois par jour, sont tonus fort proprement, et do-
viennent plus agilcs et plus robustes. lis ont , pour cet
effet, II leur usage trois grands bains converts, dont un
chaud et deux froids.
On nous conduit h. la lecon de gymnastique, anim^c
par une joie bruyante, etsoumise n^anmoins h des mou-
vemens r<5guliors : elle consiste en (Evolutions et en excr-
cices, trt^s-propres h developper, h. fortifier les enfans, et
<i les d^lasser utilouieut des Etudes et des travaux sd-
dcntaires.
La dislribution et Veinploi du terns sont regl(Es de la
uianifere suivanlo, pour chaquo inlervalle de vingt-qua-
tre heures : sept heures de sommeil; une demi-heure
employee par les enfans, suivant la profession roligieuse
de leurs parens, aux priferes ou aux exercices de leur
culte; une demi-h»ure pour les soins donnes h la toi-
DE NEW-LANARK. 19
lette et k la propret^; dix heures de lecons dans les
classes ou de travail dans les ateliers; six heures pour
les repas, les exercices du corps ou les recreations.
On ne donne point une instruction reli^ieuse speciale
pour aucune secle ; mais on laisse enliferement aux pa-
rens le soin et la liberty de diriger h leur gr6 la croyan-
ce et les pratiques religieuses de leurs enfans. Des lec-
tures appropri^es h leur intelligence ^veillent et nour-
rissent en eux des sentimens simples, purs et sincferes
d'amour de Dieu et du prochain : les discours, les le-
cons et les exemples de leurs parens leur donnent en-
suite une direction detertninee. Mais la plus entifere to-
lerance, la plus douce union sont au nombre de leurs
habitudes morales, et deviennent en eux des vertus pra-
tiques, qu'on n'a meme aucun bcsoin de leur enseigner.
On eprouve aussi, en Angleterre et en Ecosse, mais
moins qu'en France, la disette do bons livres pour le
premier age, et pour les jeunes gens des classes pauvres
et industrielles. Ici, quelques extraits choisis de I'ancieu
et du nouveau Testament fournissent des sujets de lec-
tures religieuses, par lesquelles on s'occupe beaucoup
plus d'inculquer les pr^ceptes de la charite et de la mo-
rale chretiennes, qui rapprochent les hommes, que d'in-
sister sur les dogmes, trop souvent inintelligibles, qui les
divisent et les rendent ennemis. Independamment de
ces extraits des saintes Ecritures , plusieurs petiles bio-
graphies de marins, de militaires, meme d'agriculteurs,
d'artisans, de simples ouvriers, qui sont parvenus h se
creer, par leur bonne conduite et leur travail, une posi-
tion honorable et avanlageuse dans la sociele, offreut aux
enfans d'utiles exemples, et nourrissent dans leurs ames
20 NOTICE SLK LA COLOMI'.
r^niulalion el I'ainour dii bien, en lour ouvrant la pers-
pective dcs carrifcres qu'ils peuveut etrc appelt^shparcou-
rir, et des succt's auxquels ils peiivenl pretendre. On ne
les excite point h sortir de la sphere dans laquelle ils sont
places; niais on leur fait entrevoir comment celte sphe-
re elle-meme renfcrme et pent d^velopper tons les nioyens
raisonnables d'aciivitd bien employee, d'aisance et de bon-
heur. L'opinion de M. Owen sur I'c^galit^ n'est point de fai-
re descendre rhonnnc, et de I'abaisser, pour ainsi dire, a
ses yeux, mais de lui monlrer les degr«^s par lesquels il
pent s'^lever, de le p6n6trer du sentiment de sa dignite;
de lui fairc appr^cier loute la puissance de I'instruction
et de la vertu; de lui inspirer une noble conflance, exemp-
te de vanit6, d'orgueil et d'^go'isme; de lui donner la con-
science de ses facultes et de ses ressources personnelles,
de ses devoirs, de ses v^ritables int^rets; enfm, de lui ap-
prendre a se suflire a lui-nienie.
L'in'slruction, qui comprend les diffdrentes lecons que
nous avons indiquees, et de plus, pour les filles, les ou-
vrages a I'aiguille et les travaux convenables h leur sexe,
est pay^e par les parens h raison de trois schillings , on
o fr. 70 c. , par enfant , et par annee. Ce prix est trop
modere pour qu'aucun enfant soit priv6 des lecons ; el
il sufllt pour faire mieux apprt^cier aux families, par un
l«igcr sacrifice , lous les bienfails de I'instruction elen-
due et soignee que recoivent leurs enfans. La reunion
des memes lecons 6l6mentaires, dans les autres etablis-
semens d'education d'Angleterre , ne couterait guiirc
nioins de 20 on 25 livres sterling par an (5no ou G25 f.).
Les mailres et les niaitresses sont au nombre de vingt.
Leurs traitemcns , suivant les objets qu'ils enseignent ,
DE NEW-LANARK. 21
varient, depuis Go on 70 fr. , jusqu'h 100 et 120 fr. par
inois. Les enfans sontadnils, apri;s leiir dixi^me ann^e,
dans les ateliers; ils consacrenl encore quelques heures
par jour h leurs Etudes , et gagnent alors pr6s de deux
schillings et demi, ou trois schillings (3 fr. ou 5 fr. "Sc.)
par semaine.
Je pourrais mainlenant conduire avec moi le lecteur
dans les salles des manufactures , qui sont toutes 6gale-
ment propres, bien a^r^es, exemptes d'odeur d^sagrda-
ble et malsaine. J'aurais h faire remarqucr la vari^td des
Iravaux, I'air de contentement des travailleurs; pliisieurs
proc^d^s ing^nieux, en partie de I'invention de M.Owen,
pour monter rapidement le coton brut aux divers Stages,
ct pour en descendre le coton fil(^; pour netloyer le co-
lon, au moyen d'une machine appel6e dlabb, h laquelle
est adapts un ventilaleur qui fait expulser la poussierc
par une ouverture nienag^e dans la muraille, en sorlc
que cette poussifere n'incommode jamais les ouvrlcrs ,
qui jouissentd'un air pur ct d'une respiration libre. Nous
aurions k visiter la fonderie et la forge, les ateliers des
charpentiers , des menuisiers , des tourneurs, des pein-
tres, des vitriers; car tout ce qui est necessaire aux co-
lons pour leur bien-etre et pour leurs travaux, se fait par
eux-memes et dans la colonic. On y fabriquc environ
trente mille livrcs pesaut de coton par semaine. — Le
coton brut est transport^ de Glasgow, oix il arrive direc-
tement par la mer, et dans des balimens qui remonteni
la Clyde. Le colon file, r^uni en pelotons de dix livro
I'un, envelopp6dans des paquets bien ficeles, est expedie
a Glasgow, puis, dans I'int^rieur de TAnglelerre, ou au
dehors, a Hambourg, Ji Petersbourg, etc.
22 NOTICE vSlIK I, A COLONIE
Dans ia filature, dos marques h qualre faces, de quatrc
couleurs diffdrentes , blanche, jaiine , bicuc ct noire,
plac6es aupres de cliaque m6lier, servent h indiquer sur-
Ic-champ commcnlse conduil eltravalllcchaqucouvrier,
bien, assez bien, medtocrcment , ou mat. Nous avons
observe avec satisfaction, men compagnon de voyage et
nioi , que prosque toutes ces marques etaient tourn^es
du c6i6 de la face blanche ; c'est le signe de la meilleure
couduite et de la plus grande application. Nous avons vu
pcu de marques jaunes, encore moins de blcues, et pas
nne seule noire. — La plupart des curieux , au nombre
d'environ 1800, qui sont venus visiter la colonic, cette
annj^e, n'ont pu s'empecher d'exprimer leur 6lonnement
de ce qu'il y avail si pen de sujets de plaintes dans des
ateliers oii tant de personnes sont r6unies, et oil la dis-
cTpTino est si peu severe. Les hommes faits gagnent en-
viron 12 schill. (i5 fr.) par semaine; les femmes, 8,
() ou 10 schillings; les petites filles, suivant leur age et
leurs occupations , depuis 5 jusqu'h 8 et 9 schillings.
— Les ouvriers, forgerons, charpentiers, niacons et au-
Ires , gagnent environ *? schillings et demi (3 fr. 70 c.)
par jour.
Lc melange des deux sexes ne donne lieu h aucun de-
sordre; il en r4sulte seulement quelques manages, cha-
que ann<^e , et presque toutes ces unions sont heureu-
ses , parce qu'elles sont bien assorties. — Le m6lange
des individus de communions religieuses diir(6rcntes, dont
le plus grand nombre appartient h I't^glise presbylerienne
6cossaise, quelques autres h I'^glise anglicane, h la secte
des m6lhodisles, h celle des anabaptistes, des quakers,
des independans, etc., ne produit cntre eux ni divisions.
1)E NEW-LANARK. 23
ni esprit de pros6lytisme cl d'intol^rance, ni indifference
pour le culle dont chacun fait profession.
Les dimanches sont cnti^rement consacr^s au repos.
Le soin de netloyer ct de ranger les effels et le linge ,
quelques lectures pieuses, des exercices de religion,
quelques promenades, procurenl un emploi utile et agrea-
bledu terns. Les cabarets, les jeuxbruyans, ladansetrou-
bleraient la saiutet6 d'un tel jour. Les mt^nages 6tablis
dans la colonie ont de petites portions de terre qui leur
sont affecldes, et cultivent des legumes pour leur usage.
line grande mecanique, mise en mouvcmentpar I'eau,
fait aller tous les metiers : on n'eiuploie point de ma-
chines k vapeur. M. Owen me fait observer qu'au nioyen
des inventions m^caniques appliqu^es aux filatures et h
d'autres branches d'industrie, 940 niille porsonnes font
maintenant le travail qui exigorait 28 ou 29 millions de
bras par lesanciens procd:d(is. Les progres toujours crois-
sans de la mecanique et de la chimie changent le monde
moral. La production dcvient tr6s-sup^rieure a la con-
sommation : la population doit s'accroitre dans une pro-
portion dont il est difficile d'assigner les limites.
J'aimerais h reproduire ici toules les vues de bien pu-
blic dont m'a enlretenu M. Owen. J'ai cru devoir sur-
tout exposer en detail ce qui caracterise I'esprit general
de sa colonie, et le genre d'^ducation et d'inslructiou
qu'on y donne aux enfans. Leur vie physique et gymnas-
tique est favorable h leur sant6; leur vie religieuse, mo-
rale et sociale est exempte de d^sordres, de vices et d'ac-
tions mauvaises ou criminelles; leur vie industriellcexer-
ce utilement leur intelligence, et les prepare convenablc-
raent pour la sphfere dans laquelle ils doivent cxister.
24 ^OTICR SUR LA COLONIE
Le fondateur de New-Lanark. , qui croit n'avoir jamais
fail asscz, quand il voit encore quelque bien i^ fairc, et
qui voiidrait que son heureuse colonie ne fut pas une
exception dans la soci6t(^, niais un modfele mis h la por-
tee de tous ceux qui voudraient se I'approprier et le re-
produire, a lait, en 1819, un voyage au congres d'Aix-
la-Chapelle, pour faire adopter par les puissans monar-
ques qui s'y Irouvaient reunis une partie de ses vues
philantropiques. II avait publid alors un mtmoirc, impri-
m6 k la fois dans les trois langues, anglaise, fran^aise et
allemande, adressd aux gouvcrnemens de I'Europe et de
I'Amtrique (1). On doit respecter cettc noble et tou-
chante illusion dun philantrope, qui sent avec (Anergic
lout le bien que pourraient faire les chefs de gouverne-
ment, si leurs immenses moyens de pouvoir et d'lnfluen-
ce 6taient bien employes. Aujourd'hui, forc^ de se ren-
fermer dans une sphere plus bornee, il a le projet d'dta-
blir une colonie agricole, dans laquelle, 6claire par I'ex-
pi^rieirce de sa colonie industrielle, il espfere pouvoir in-
troduire de nouveaux perfectionnemens et offrir un mo-
dule plus parfait du beau id^al dont il tend toujours h se
rapprocher. Tous les homraes de bien doivent seconder
puissamment M. Owen pour I'ex^cution de ses vues. Ce
qu'il a deja fait, prouve ce qu'il peut faire encore. Son
gouvernement, ses compatriotes, les Strangers, qui sont
unis par un sentiment d'aflection aux int^rets de I'huma-
nit^, doivent lui faciliter la noble tache qu'il a entreprise.
II s'agit d'^loignerpeu k peu,sans nuire h. qui que ce soit.
(1) Francforl-sur-le-Mcin , i8i<). Impriinerie d'Andre. In 4° oblong,
dc six pages. ~^
DE NEW-LANARK. aS
les causes qui produisent la misere humaine, les d6sor-
dres et les vices que celte misere enlraine h sa suite, el
de faire servir un meilleur emploi des hommes, une di-
rection mieux entendue donn^e ^ leurs travaux, une re-
partition plus 6gale des connaissances dans les classes
pauvres et ouvri^res, aux progrfes de la civilisation et de
la vertu.
M. A. JuLHEN, de Paris.
i\f\f\/\/\/V\/W/\/\/\W/\^
Notice biographiqije «Mr Don J. Ant. Llorente, auteur
de VHistoire de C Inquisition, I'un des coUaborateurs
de la Revue Encjclop6dtque.
L'ecrivain religieux et savaot , qui etait depuis qualie aii-
nees Tun des zeles coUaborateurs de ce recueil , et dont nous
allons retracer la vie el les travaux. , fut tolerant ci ami
de la liberie. II s'ofrrea nous , sous ce double point de vue,
conime uu exemple nialheureusenient trop rare dans la
ciasse des eccl^siastiques , et sa meraoire doit etrc accoin-
pagnee des plus bonorables regrets ; ces regrets s'augnien-
tent encore, quaml on parcourt le tableau des ecrils uti-
les et nombreux qui out signale sa longue et laborieuse car-
riere , des vicissitudes diverses qui en out rempli le cours, et
des actes rigoureux qui en ont bate le terme.
Jean-Jntoiiie Llorente uaquit , le 3o mars lySG, ii
Rlncon-del-Solo, pres de Calaborra , en Arragon , de Don
Jean-Francois lAorcute y Alcarraz et de Dona IMaria IMa-
nuela Gonzales y Mendizabal , lous deux d'une noblesse an-
cienne, mais possesseurs dune fortune territoriale mediocre.
Un oncle matcrnel du jeune Llorente, preire lienelicier de
la vllle de Calaborra, se chargea de son rducatlon. Aprt's
a6 NOTICE
avoir fait sa philosophic a Tarragone, il recul la tonsure
cloricale, a Tage de i4 ans, des mains de Tev^que de Cala-
horra, le 21 dt'cembre 1770. Les trois annees suivanles fu-
rent renipiics , suivant les aiioiens usai^cs scolastiques , par
des coiirs de logl([ue , apres iesqueis M. Lloreute soiuinl un
acte public de physique el de mctaphysique. Ces cours
avaient hen dans nn convent de religieux d(? la Merci , et
cos Pores, conronrKuucisl a un usage bizarre, en cclebre-
rent le terme par la repr.senlaliou dune coniedie , que
jouerent leurs disciples, dans rinterieur de leur raaison. On
tit chois dune piece intitulee. In Prudenle Abigail; le jeune
Jjlorentc, alors ago de i(3 ans., et doue dune pliysionomie
agreable , Cut charge du rale d'Abigail, d'abord I'emme de
Nabal , et dans la suite , epousc du roi David. Les chanoines
de la cathedrale , les magistrals et les principaux habitans de
la ville furent invites a ce spectacle ; et les jeunes acteurs ob-
tinrent un tel succes , qu'on leur demanda plusieurs fois !a
menie representation.
Au mois d'octobre 1775, M. Lloreute vint a Saragosso
pour s'yj adonuer a Tetude des lois. On u V enseignait alois
que le droit romaiu , quoique la duree des cours fiit de qua-
tre annees. II prolita des vacances de 1775, pour faire son
premier voyage a Madrid , oil il frequenta les theatres du
Prince et de la Croix., et prit tant de gout pour le genre dra-
raatique , qu aprcs avoir lu et medite altentivement la
portique d'Aristote , traduite en espagnol par Joseph Gon-
zales de Salas , et repitre aux Pisons , d'Horace , traduite
en vers espagnols par D. Vincent Espinel , il s'essaya a com-
poser une comodie intitulee : le Degoiit du mariage , qui!
a jugee lui-meme depuis un ouvrage tros-mediocre. On doit
so rappcler qu en Espagne, comme en Italie, les eccicjiasti-
quus pcuvenl, sans scandale, se raontrer aux theatres pu-
blics. M. Lloreute prit le grade de bachelier es-lois,cn 1776;
SUR LI.ORENTE. 27
rauiiee suirante, il fut elu boncficier du cliapitre de Cala-
horra , et recut successivement les quatre oidres inlneurs et
ie sous-diacouat ; ce dernier engage irrevocablement dans
I'etat ecclesiaslique. Il eludia eusuite le droit canonique , en-
seigne alors dans luniversitc de Saragosse , d'apres uu cano-
niste ullramontain , suivaal lequel le docle Van Espen etait
repute suspect de I'imperceptible beresie, que les jesultes ont
appelee jansenisnie. Ce canoniste fondait son enseigneraent
sur les principes ullraniontains et les fausses Decretales.
L'espril jusle et les counalssances etendues de M. Llorente
le preserverent de ces notions erronees , et firent de lui, au
conlraire , un des plus cbauds defenseurs des liberies ec-
clesiastiques. Enfin , il fut ordonne pretre, a\ec dispense,
en •779? nVtant encore age que de 9.3 ans et 2 mois(i) ,
par Teveque de Calaborra , son diocesain. II fut autorise
a confesser les homines un raois apres ; mais il ue recut le
pouvoir de confesser les femmes qu'au bout de quatre
ans. Peu apres son ordination sacerdotale, M. Llorente, ayant
ternilne tous ses cours , viut recevoir a Valence le bonnet de
docleur en droit canon. Telle etait des-lors la justesse de ses
idees, qu'il fit beaucoup d'efforts, quoiqne infructueusement,
pour dctourner un vieux ecclesiastique de legner ses biens a
des moines, au prejudice de ses parens.
De retour a Madrid pour la seconde fois , en 1781 , M.
Llorente s'y lit recevoir avocat au Conseil supreme de Cas-
tille , apres avoir subl un examen approfondi sur les lois et
les coutumes natiouales. Cette meme annee, il fut recu
membre de TAcadeniie royale des saints canons , de la litur-
gie et de riiistoire ecclesiaslique d Espagne , ctablie a Ma-
drid , sous I'invocalion de Sainl-Isidore.
(1) L'age fixe par les canons en usage, est celui de 25 ans : les anclens
canons exigeaient I'Sge de 4o ans.
a8 NOTICE
L'office de proinoleur-fiscal-general-eccleslaslique de I'e-
vcclie fie Calaliorra ctant venu a vaquer , eu 1782 , M. Llo-
reule en ful poarvu par son eveque, qui lui conlera en nieme
temps le litre de \'icaire-£;rnoral. M. Llorente nous raconte
qu'au milieu des occupations mullipllces de ces deux em-
plois , il derobait quelqucs heures de la nuit pour composer
une sorte d'onvrage dramalique , connu en Espagne sous le
nom (Voperetla, ct qui a quel(]ue analogie avec uos mc'lo-
(Iranics. La piece eiitremelce d arleltes , coupees sur les
airs italiens alors en vogue, elait iutitulee, le Recruteur Ga~
licitn, el elle tut excculee avec succes dans une maison particu-
liere. M. Llorente conserva long-tems le gout de la poesie
dramalique; car, plus lard, il composa encore une trage-
die iVEuric, roi des Gotlis, dans laquelle il voulut relracer
les intrigues el les vicissitudes qui agitaieut alors son pays :
cette piece n'a pas vu le jour. En 1785, M. Llorente adressa
une representation an roi Cliarles lil , pour obtenir un de-
grevement des Iributs que payaient les habitans de sa pro-
vince ; et non-seulement il eut le bonheur de reussir, mais
encore le roi lui accorda des secours abondans, dont il le
cliargea lui-meme de fairc la distribution.
L'annee 1784, dil M. Llorente, dans sa Notice biographi-
que, ccrlte par lui-meme (i), ful IVpoque ou ] abandounai
toul-a-fait les principes ultramonlains en matiere de disci-
pline, les doctrines scolasliques en tlieologie , et les maxl-
mcs perip.iteticiennes daus la pbilosopbie et Us sciences na-
turcUes. Un bomme instruit el judicieux. qui babitail alors
Calahorra , me lit sentir qu une grande partie de nion sa-
voir reposail sur des prejuges , et n'elait guere puise que
dans des livrcs pleins d erreurs. Il m'olTrit en menie tems de
(1) Paris, 1818. Un vol. in-i2, en espagnol. Voyez ci-apres la liste
des ouvrages de M. Llorente.
SLR LLORENTE. 29
dinger tiies lectures. J'avais observe qu'il avail cles conuals-
sances superieures a celles des ecclc'-siastiques et des laiques
de Calahorra 5 qu'il enoncait des idees et des reflexions que
]'e ne rencoutrais jamais dans nies auteurs. II me disalt :
(( Tout ici-bas peut sc reduire en fails ou en raisonnemens ;
nc crojez jamais les premiers, saus tt'-molgnages autlieutiqucs
et dignes de foi ; n'adherez jamais aux seconds , quelle que
soil I'autorite sur laquelle ils s'appulent , a moius que voire
esprit n'en percoive I'evidence ; car il n'est point d'aulorlte
hors de nous , qui soil compeienle pour subjuguer la raison
que la nature nous a donnee. » M. Lloreiite fit, sous Tinfluence
de ces idees, des progres rapides dans cette nouvelle direc-
tion. On voit que la pbllosopbie ralsonnante de M. Llorente
etait precisement I'oppose de celle qua pretendu decouvrlr
toutrecemmentM. TabbedeLa Mennais, quin'admet, comnie
on sait, d'autre voie que Tautorite, pour conduire a lavcritt'.
II faut qu'a cette epoque Tlnquisition d'Espagne fut bieii
mal avisee ; car , en 1 ■^85 , le tribunal du saint-office de Lo-
gro"o choislt M. Llorente pour son coramissaire. II lui fal-
lut prouver que ses peres , en remontant jusqu a la troisieme
generation , n avaient encouru aucun cbatiment de la part
du Saint-Office, et qu'ils ne descendaient , ni de juifs , ni de
Maures, ni d'beretiques : formallte assez bizarre, du moins
quant au second point ; car celui qui voudrait purger sa race
en remontant jusqu'a I'epoque de i etablissement de Tinqui-
sition, devrait etablir que 4)064 personnes ( nombre cal-
cule d'apres le terme moyen de la duree de la vie buraaine)
ne fureiU ni juifs, ni Maures, ni berctiques. Aussi, Ion se
contcntalt de verifier que le nora d'aucun des ancetres nc se
ti'ouvait inscrit sur les registres du Saint- Office. M. Llorente
s'adonnait aussi avec quelque succes a la predication, lors-r
qu'en i ■yS'H , la ducbesse de Sotomayor , premiere dame de
la rcine Louise , (emrae de Cbarles lY, I'appela auprcs d'cllc,
5o NOTICE
comme son consell , sous le tilre de ConsuUor de caniara ;
plus tard , il devint un des exocuteurs tcstamenUiires de cetle
dame, en soci«'t(' avec des grands d'Espagne, des eveques
et des meml)res du Conseil dc Castille, ct enfui tuleur dii due
acluci de Sotomayor , un des plus riclies seigneurs d'Es- .
pagne.
An commencement de I ■ySg, leGrand-Inqtiisiteur-Goncral,
D. Augustin Rubin de Cevallos, eveque <lc Jaen, nomma
M. Lloreute secietaire-general dc rinqulsition dc la Couf ,
poslc qu il occupa jusqu en 1791 , et qui mil a sa disposition
les archives du Saint-Office , qu'il devait un jour reveler au
uionde. La meme annce, il fut admis deux, fois auprcs du roi
Cliarles IV, el de la reiue sa (emme, pour remellre dans
leurs mains divers legs pieux dc la ducliesse de Sotomayor;
LL. MM. lui tcmoigiierent Icur bienveillauce , en lui don-
nant un canonicat de Tcglise de Calahorra. Ce benefice lui
parut preltTable au poste plus eminent d'Inquisiteur de Car-
thagencdcslndes, queD. Augustin Rubin lui offrit. Le comte
de Florldablanca etait, a cette epoque, le ministre principal
qui gouvernait I'Espagne ; cet bomme d'etat , habile et eclat-
re , jugeant des-lors que le mouvement qui commencait d'a-
giler TEurope , demandait plutot a etre seconde el modere
par le pouvoir , qu irrite par d'imprudeutes resistances , s'ef-
lorcait d'accelerer euEspague le progres des lumieresetde la
civilisation. Dans cette vue, il institua a Madrid une Acadi-
niic d'histoire, dont M. Llorente fut membre. II fut meme
un des academiciens qui soutinrent des theses publiques sur
des points Importans d'histoire nationale. On a conserve le
souvenir dune de ces solenuites litteraires, celebree dans le
monastere royal de Saint-Isidore , 011 assisterent les person-
nages les plus distingues de la capitale, el oii le cardinal de
Lorenzana , alors archeveque de Tolede et primal du royaume ,
SUR LLOREINTE. 3i
ne dedaigiia pas de se mellre au nombre des arguinentateurs.
Tja tliese de M. ijlorentc avail pour objet de developper les
plans qu«-' proposerent, pour la rcstauraliou des etudes litlerai-
res dans la chretiente, Cassiodore ea Italie, durant le vi'
siecle, saint Isidore de Seville, en Espagne, durant le vii'' ,
Charlemagne, en France, aide d'Alcuin , vers la fin du Vlii'';
et de decider si qnclqu'un de ees plans ponvait etre adapte a
relte epoque, et avec quellcs modifications. M. Llorenle s'ef-
forca d'etablir la superiorite de saiat Isidore, a qui les scien-
ces ecclesiastiques durent, en Espagne, leur plus grand eclat.
Sa dissertation , analysee dans la gazette de Madrid, n a point
eteimprimee. Elle lui valul la place de censeui', qu'il exerga
avec discernenicntet avec tolerance.
M. Llorente se vit oblige, au commencement de 1791 ,
par suite de quelqnes intrigues de courtisans , de quitter Ma-
drid et de se retirer dans son canonlcat de Calahorra. C'est
alorsquil eut le bonheur d'offrir riiospitallte a un nombre
considerable de pretres fraucais , que nos agitations intesti-
nes forraient a chercber un refuge en Espagne. II se trouvait
etre la seule personne de Calahorra qui entendit la langue
francaise ; cette circonslance dut uafurellement le faire cboi-
slr pour servir dinlermediaire entre les exiles et les aulorites
ecclesiasfiqnes et civiles du pays. C'est lui qui verifia les pa-
piers de nos proscrlts, qui pourvut a leur nourriture et a lenr
logement, examina ceux qui furent reconnus propres a ser-
vir dans Fexercice du saint rainistere , leur procura des mes-
ses retribuees et meme de I'emploi dans differentes parois-
ses. Outre ees soins personnels, M. Llorente interessa en
faveur des preires francais , la gcnerosite de plusieurs per-
sonnages de TEspagne, dont il obtint des somraes conside-
rables, parmi lesquels il cite le cardinal de Lorenzana , ar-
cbeveque de Tolede, Tarcbeveque de Seville, Teveque de
Si NOTICE
Coriloae , et daiitres prclats (i). Ou verra qucxile a son
lour, quelques annees plus lartl , M. Lloreute fut payc de ces
hicnf'aits par une odicuse ingratitude.
L'anm-e suivanle, 1793, M. Lloreute avail ecrit une [lis-
toirede I'i^ndgralion da clergejrancais en E'iytJflg'ree, qui de-
rail former un volume in-4"j niais lemanuscrits'egaraentre
les mains des uombreux examinateurs auxquels il (ut sonmis,
et ua procureur-fiscal essaya de consoler I'auleur de eel ac-
cident , en I'assurant que les circonstances n'auraient pas
perrais la publication du llvre. A cetleepoque, uu liom-
me eclaire , qui se trouvall Inquisileur- General en Espa-
gne,D. Manuel Abad La Sierra , jeta les yeux sur M. Llo-
reute , precist'meut a cause de ses opinions moderees et pl.i-
losophiques , pour dresser le plan de modifications impor-
tantes, tiuil voulail faire subir a la constitution interieure et
aux formes de procedure de linquisitlou. Mais une intrigue
de cour ne tarda pas a di'placer riionuete inquisiteur : il fut
destitue , avant da voir pu executer ses projets. Plus lard, M.
Lloreute fut invito par un liomme en credit a reprendre Tex-
position deses plans, quou avail quelque espoir de faire reussir.
II se remit a roeuvre , de concert avec son eveque de Gala -
horra , D. Franscisco Aguiriano , aux lumieres et a la sages-
se duqnel il se plait a rendre liommage, bien que depuis on
ait vu ce prelat voter , dans les Cortes de Cadix , en faveur du
maintien de rinquisiliou. Quand Ic travail tut termiue, M.
Lloreute se rendit a Madrid , pour en favoriser le succes. Il
(1) Non content de ces secours generaux , M. Llorente recueillit dans
sa propre mnison M. Etienne Faisneau , clerc tonsure du seroinaire de
Poitiers ; il I'y entrttint durant cinq ans, et lui fournit les moyens d'eta-
lilir un petit commerce, a I'aide duquel il a pu subsister jusqu'a sa ren«
tr^e en France. M. Faisneau a ele ordonne pr^tre depuis , et il a signe,
en cetle qualite, une attestation delivree a M. Llorente, oil il nous ap-
pi end qu'on lui avail donne Ic titru dc perc dcs eccl^siastiques fran9ais.
SLR LLOllEME. 55
s'aglssail tie laire adopter Ic projet par le prince de la Paix,
alors luiniitre tout-puissaut. M de Cabarrus el M. do Jo-
vellauos s'y employercnt avec zele. II n'ctnit question de
rieu inoins que de donner de la publiclte aux procedures te-
ncbrctisos du Saiut-Oflice. M. de Jovellauos ayant ete appele
au niluistere de grace et de justice, M. Llorente acquit un
nouveau crc'dit; raais la cbute trop subite de ce miaistre
eclaire, vInt ajouruer encoie toutes ces ameliorations. En
i-yCjG et les anuoes suivantes , le Couseil souvoraiu de la
Chainbre royale des Indes placa le nom de M. Llorente sur
les listes de presentation souinises au roi , pour les CTCches
de Mecboacan , de Buenos-Ayres , et pour Tarcbeveche dc
Manille.
Mais di'ja les suppots de riuquisition, fideles a Icur systeme,
prepaparaient a M. Llorente ses premieres persecutions. II a-
vaiteu le courage de temoigner de lintereta M.deJovellanos,
lorsqu il passaita Calaborrapoui'serendreaulieu deson exil,
ctl'on avalt trouvc parrai les pnplers du miaistre, le travail de
M. Llorenle sur 1 inquisition. C etait en 1801; et I'odieus tri-
bunal, donl on nous vanle quelquefols la moderne bcnignile,
poursuivait alors, sous divers pretextes, entre autres cclui de
jansonisme, les personnes les plus respectables qui avaieut
eu des liaisons avec M. de Jovellanos. D. Antonio de la Cues-
ta, arclildiacre de la catbedrale d'Avila, fut jete dans les ca-
cbots, 0(1 il passa 5 anuces. D. Geronimo, son frere, cbanoi-
ne penitencier de la meme eglise, fut contraint de se sauver
en France. Tons deux furent declares innocens, et ils Tetaient
en effetj inais, sans de puissanles protections, leur innocence
ne leur aurait pas sufli. Des proces furent intentes par I'in-
quisition a la comtesse de Montijo , bien que revcHie de la
gramlesse d'Espagne; a son cousin, D. Antoine Palafox,
evef[ue de Cuenca; a D. Antoine Taliira, cveque de Salaman-
que; a D. Angnstln Abad la Sierra, eveque de Barcelonne,
T. xviil. — Jvril i^b^. ";
54 NOTICE
cnliii, a plusieurs cli.inoiiics do S.iiiU-Isiclorc, a Matliiti, Ce»
exeinplcs roccns iiKMiliiicnt d elrc citrs pour piouvcr que, si
los luinicics dii siecle fl radoucisscmcnt t'.os iiiocurs qui leur
est dii, ont laisse sominelllcr Ics (amiliers dii Saint-Oflice, la
demence de Icsprit de parll sutlirall pour rendrc a une insli-
lution sacrilege sa (erocite native (i). On ouvraita la poste de
Madrid la correspondance de M. IJorcnte avcc M"" de Mon-
tijo ; on en prenait copie, ct on lalssait les lettres arriver a
leur destination, afin den obtenir la suite. La collection cu
ful remise ii rinquisitcur-Gencral. M. Llorcnle recutordre de
se constituer prisoniiicr dans un couvent, ct aubout de qucl-
quos jouis, un nicmbredu Conseil supreme de liuquisitioii
vim !ui notifier un d('crot qui ic d('posait de ses cliarj^es de
(i) C'est ici le lieu de rappelcr qu'un des plus ztSlcs et des plus savans
coUaboiutcurs dc la Reime Encyclofodiquc, M. Alexandre de La Borde,
dont il doit nous eire perinis , a plus d'un litre, d'cpouser la quirelle ,
ajant ele rcccmmenl accuse , a la Chambre des Deputes , d'avoir au-
trefois juslilie rioquisition , vient de repousser eette incidpation d'unu
niaaiere viclorieuse. (Voyez Reponse d un passage i/ii discours de M.
Martijnac, a la seance du otnars, etc. ; par M. Alexandre dc La Borde,
depute de la Seine. Paris, Planclur, iSaS, in 8", 12 pag.) M. de La Borde
etablit d'abord que le passage extrait de son Ilinirairc d' Espagnc , se
rapporle a une epoque ou rinquisitlon signaiait a peine son existence ;
c'est a pen pres celle ou M. Llorente en etait I'un des principaux ibnc-
tionnaires : ce qui prouve sufBsamiuenl qu'un esprit de tolerance et de
moderation s'etait intruduit par.ui ses chels. Cette circoustance expliquc
('indulgence de M. de La Borde; inaisses opinions sur I'institution elle-
memea'ont jamais varie; carau ver^omemedela page ci tee par M. deMai-
tignac, on lit le passage suivant : « C'est encore plus a la gloire de I'Es-
pagnc, qu'a sa tranquillite, qu'il importe de supprimer I'inquisition ; Ic
nom de ce tribunal sera toujours odieux, quille que soit la nullite de son
influence, ou la nature de son minisl^re. Une I'ois aboli, la posterite re-
culec nietira ses cruautes au nombrc des ciTets malbeureux des erreurs
que I'ignorance eni'aute , que la civilisation detruit, et qu'un gouvcrnc
ment sage fait oublier. »
SUR LLORENTE. 55
secrelaire el tie coiniiiissaire du Saint-Office, le condamnait
;i payer 5o ducats d'amende, et a fairc ua mois de retraile
dans un convent. On lui laissait ignorpr jusqu'au motif oui
proYOquait cetle sentence. En lui rendant ses papiers qu'on
avail saisis, 1 on relinl tons ceux qui t'taient relalifs a 1 inqui-
sition, et qnelques ecrils en faveur des liberies de I'eglise
d'Espagne, et contre les pretentions dela coiu' de Rome.
La disgrace de M. Llorente dura jusqu'en i8o5; il passa
ce terns dans sa province, occupe de travaux d\'ruditIon, de
piele et d'utllite publique. Rappele h Madrid pour se livrer a
des recherclies liistoriques qui interessaient le gouvernemeut,
il fut nomme par le roi, en 1 8o6 , chanoine de Teglise prima-
liale de Tolede; puis e'colatre (maitre des ecoles) du meme
chapilre, dignite unic a la place de cliancelier de 1 universile
de la menie ville ; fannce suivante , il fut reru clievalier ec-
clesiastique de Tordre de Cliaries 111, aprcs avoir fait les preu-
■yes de noblesse exigees par les statuts de Toidre.
Jusqu'ici, la carriere de M. Llorente a cte presquc entie-
remenl religieusej elle va maintenant devenir politique. Lrs
Francais avaient envabi i'Espagnej au mois de juiu i8o8,
un ordre de Joachim Mnrat, alors Grand-Due de Berg, el qui
comniandait les armees de Napoleon, nianda M. L'orente a
B.iyonne pour faire parlie de Tassemblee des notables es-
pagnols, convoquee pour reformer le mode de gouverne-
meut de la monarcbie, et lui donner une constitution politi-
que. II prit part aux deliberations de cette assemblee, et son
nom se lit au bas de Tacte constitutionnel qu'elle redigea. En-
gage ainsi dans le parti de Josepb Bonaparte, il se vit appeie
dans son consell-d'etat. Bientol , il lui fallut sulvre , apres
ses premiers revers, le roi qui venait de rattacher a sa forju-
ue; la victoire de Baylen, reveillant Tenergie nationale, avail
propage rinsurrection a Madrid et a Tolede, M. Llorente se
rcfugia, a la suite de Joseph Bonaparte, a Vitloria. Il laccom-
56 KOTICE
jiayna au»si dans un voyaije iju'll fit en Aragon, et obllul dc
liii divers bicufaits pour son pays natal,
L'annec 1809 vit tomber riaquisiliou, abol'te en Espagne
par uu di'cret diinoiiveaii roi. M. Llorcnte fut clioisi pour
examiner ses vastes nrcliives et pour ecrirc lliistolre de cc
tribunal ecclt'siastiquc. Pendant deux annees, plusleurs pcr-
sounes fureut employees a copier ou a extrairc, dapres ses
indications, les pieces originales qui se trouvaicnt dans ces
archives. La reunion de ces procieuv matcriaux , joints a ceux
qu il setait occupe a rassembler depuis 1789, lui permit de
tracer un tableau du Saiut-OlUce, qui lui a merite le surnoni
de Suetone de I'inquisition. La menie annee, les ordres mo-
nastiques ayant ete supprimes, il fut cbarge de faire exeeuter
graduellemcnt leur siq^pression, et derccuciliir le niobilier et
les cffets des couvens di truils. II s'acquitla de cette mission
difficile, de maniere a temperer tout ce quelle pouvait avoir
de rigoureux. La place imporlantc de direcleur-general des
biens natiouaux lui fut ensuile confiL'e : on avail declarvJ na-
tionales les proprietes de ceux qui etaient alles se joindre au
gouvernement de Cadix, ou des junles qui lui obsiissaient,
lorsqu'ils netaient pas reutres dans leurs foyers a I epoquc
fixee par les decrets dunouveau gouvernement. Engage dans
une si falale cause, M. Llorcnte ne pouvait plus Lire le bien,
mais sculementempecber queique mal: c est ainsi quil obliut
qu'on laissat ladministration des biens conlisques aux fcm-
mes, aux eufans, aux parens des emigres; il invoque nomi-
nalcmeut, a ce sujct, le tcmoignage de quelqucs-uns dcsnoms
Its plus illustres de lEspagne , qui ne font point diineuli.
Il ne conserva pas long-lems celte charge pc'-uiblc, et Joseph ,
comuie pour Ten dedommagcr, le nomma commissaii e-g('-
ncral-apostolique dc la saiiite croisade, place qui couferait
la disirihuliou gt'nerale des aumones rovales, genre de libi'-
Jalile assez mal enlcndu, si on le coiisldcre sous !e point dc
SUR LLORENTE. 07
Tiic de lecouomie politique, ninis dont rosprit uionas'.iqiip,
qui a si long-lems domiue en Espague, a fait dans ce pays
nne sorte d'lisage national.
Pendant qu'il remplissait ces emplois si importans el si di-
versifies, M. Llorenle publla, en Espagne meme (circons-
tance qui exigeait que'.que eourage de sa part), le premier jet
de son Histoire del'inguisilion. Plus tard, il refondit ce pre-
mier travail et le publia en francais; c'esl depuis cette der-
niere epoque qu'il a obtenu une celebrite europeenne.
Au mois d'aout 1812 , par suite de la perte de la bataille
des Ai-apilts, la cour de Josepli ayanl ete obligee devacuer
Madrid, M. Llorente la suivita Valence, et publia dans cette
villa quelques pampblets polltiques en faveur de son parti.
Ces brocbures revelent dans Icur auleur un trisle aveuglc-
nient , une A'eritable fascination, tovicbant Topinion publi-
que de sa nation et ses interets reels ; Tune d'elles est meme
dirigee contre lescortes deCadix et centre les principesdeleur
celebre constitution. Telles ctaient devenues les consequen-
ces deplorab'.es dune premiere deviation et d'un fuiicste en-
gagement. Les revers succcssifs des armces francaises force-
rent enfifl M. Llorente de quitter avec elles le sol de sa pa-
trie ; il entra en France par Olerou.et, aprcs avoir visite Bor-
deaux, Toulouse et d'autres villcs du midi de la France, il
arriva a Paris, au mois de mars 1814. Les grani^. cvenemens
de cette annee s'accomplirent, et Ferdinand VII remouta sur
le trone, que riieroisme de son peuple avait su lui conserver.
Le parti de Josepb , qui n'avait jamais eu d'nutre argument
que la force, s'evanouit des qu'elle lui manqna ; aussi, nul de
ses servlteurs ne fit difficulte d^ se soumettre a Ferdinand.
Celui-ci, domlne par les conseils de quelques courtisans qui le
pousserent a des actes d'une rigueur implacable^ rommcnca
par renverser Toc^uvre de ceux. qui avaicnt defenlu sa cou-
ronne pendant qu'il etait caplif, et i! proscrivil a la fois les
53 NOTICE
geoereux ciloyens qui avaient conslainincnt tli'ffndu la pa-
trie et scrvi la cause de rindepcrulance , et les Espagnols
dcsii^iK's sous le nom de Josepliinos , dont il rcpoussa Ics
acles de soumlssion. M. Llorenle subit, comme tel, la
double peiue du baunlsseraent perpeluel et de la couliscalion
de ses biens : il pcrdit , entre autres clioscs , par Tcflct de celle
mesure, uue bibiiollieque de plus de 8000 volumes, qnil
avail laissee a Madrid , el qui se composait d uu grand
nonibrc de manuscrils et de livrcs rares et precieux. II
se Irouvait a la (bis depouille de ses diguiles et de ses revenus
ecclesiasliques. Eu sa qualitt* de clianoiue et dignitaire de I'e-
i,'lisc de Tolede, il protesta contre ccs deruiers ri'sultats du
decret royal, et deuianda a etre juge regulierement, apres a-
voir ete entenduj il renditpublique sa protestation. Les regies
et les principes de la discipline adniise dans IVglise calbolique
etaieut certainemenl en sa faveurj quand nos prelrcs et nos
e'veques francais reclameient , au commencement de la revo-
lution , contre plusieurs mesures severes dont ils devinrcnt
lobjet, ils n'invoquerent point d'autres principes que ceux que
faisait valoir a son tour M. Llorente. Il est done surprenaul
que ces memes principes aient oblenu si pen de succes cette
fois, auprcs des memes personnes qui, dans la premiere des
deux occurrences, s'enetaient declareesles plus ardens cbam-
pions.Pend.«fitrannee 18 1 4, M. Llorenle fit un voyage a Lon-
dres, dont le climat lui convint pen, ce qui le dt'termina a ve-
nir se (ixer dcfinitivenient a Paris. Jja ricbesse et Faeces facile
des bibliotbeques publiques, le conjmcrcc bonorable et doux
des savans de celte eapitale, qui s'erapresserent de rendre jus-
tice au merlte du docte pretre espagnol, lui firent bientot
trouver des cbarmes dans cette residence elrangere; il s'y ii-
vra sans partage anx rechercbes d'erudition pour lesquelles
il etait ue. Divers ecrits relatifs a I'histoire ancienne et mo-
dcruc de TEspaguc, furcnl les fruits de sa retrailej menie il se
SI R l.LOREINTK. .09
produislt sur la scene polilique, avec cet eclat qui sietl blen a
rinnocence calomnlee, alors qu'im menibre de la Cliambre
des He'putos , qui navait pas eucore accouluuie la tribune a
Taudace de ses iacriininalioiis , lit raCfrout a la genci'osiu-
fraacaisedederaander lasuppiessiondupaindel exil,accordc'
aux Espagiiols que notre invasiou dans leur pays avail eulraines
dans le gouffre de nos calamites. Avec cetle chaleur du occur
et cette pompe de diflion qui caracterisent son talent, M.
Laine vint a 1 instant nienie donner satisfaction au sentiment
public. De son cote, M. Lloreute ecrivit poor justifier au
moins les intentions des personnes qui gemissaient avec
lui sous un malbenr commun ; il releva une foule d erreurs
luaterielles que M. Clausel de Coussergues avait commisesj
et repondit a Tassertion gratnitc qu'il n'y avait point eu d'au-
to-da-fe depuis i()8o, en etablissant que, depuis Ian 1700
jusqu'en 180S, iSyS personnes avaient peri dans les bucbers
dc rinquisillon. La publication des anuales completes du
Saiut-Office suivit de pres, el s'eteudit en Europe et meme dans
les deux mondes ; en sorte que, traduile en anglais , en alle-
mand, en italien, YHistoire de f inquisition se renconli'e au-
jourd'bui dans la plupart des bibliollieques. La fortune de ce
livre est due, uon pas au style , depourvu de coloris et dele-
gance, non pas a la dispositiooi babile des materiaux , a I'ti-
nergie des portraits, a la profondeur des apercus, a la finesse
des observations ; au contraire , les parties brillantes de I'art
d'ecrire mauquent dans cet ouvrage : mais rauthentlclle des
pieces importantes qu II renferme , Texactitude et la nou-
veaute des details qu'il revele , la verite frappante dune nar-
ration sans ornemens, out suffi pour donner tout a-coup a
ce livre le caractcre de source blstorique; c'est a dire quil
n'est plus permis desormais de parler ui d ecrire sur riuqul-
sition, sans consulter et sans citer le lemoignage de son veri-
dique annaliste.
4o ]SOTICE
Mais , jiisfju'a cc jour, ce u'cst pas impuii('inent qiron a
i)u porlcr quelqucs coups ;i l'intol(>rauoe ct au lanallsme cn-
veloppcs ilu uianlcau sacrc. Les liommcs gc'ucrcux qui Tont
ossave , onl des droits parliculiers a uolre cytimc , car 11 Icur
rlait facile tie prevoir qu une longue rcsponsabillte poui'sui-
vrait lours tcutatlves. M. liloreute viciit croflrir uu trisle ct
iiouvd cxciupie de riniplacabilite de ccux qui sc diseiit les
disciples du uiaitre le plus doux el le plus miscricordieux.
A peine eut-il publie YHistoire de I' inquisition , que Ic ul-
bunal de la penitence , ou 11 consolait quelqucs exib's de la
nation tres-cutlioli([ue, lul fut intcrdit a Paris. II etalt daus
lusagc de cckbrer la messc a reglise de Sainl-Eustacbe, ct
la modiqoe obole qu'une pieuse charite attaciie au service
sacre, concourait a pourvoir iniparfailemcnt aux necessitcs
de sa vieillesse. Les supericurs ecclcsiasliqucs du diocese de
Paris lul firent sigivilier la defense de ccleiirer nos saints
mysleres. Enfin, celui qui avail ete dignilaire de Tune des
plus ricbes eglises de la catbolicite, conseiilcr-d'etat du i'rcre
de Napoleon, direcleur de ses biens ualiouaux et distributeur
deses aumones royales, s'eslimail lieureux de gagner bono-
rablemeut un mediocre salaire , en instiuisant de jennes
Francais, dans uu pensionnalde Paris, a repeler les aecens de
celte belle langue casllllane, donl Rajnal a dit, qu'elle est
eclatante coiume Tor et sonore conituc largent. Eb bicn! le
croira-t-on? rintolrrance fut assez puissanle et la b'gislalion
nsscz dure, pour qu il fut intcrdit a ]M. Llorenle, au uom de
rUnivcrslle, de donner des lecons d'cspagnol dans une insti-
tulion particuliere. Le dirccteur de celte inaison fit beancoup
d'efforts pour obtenir la revocation de celte defense, et ces
eiTorls furenl toujours superilus." En depit de ses enncmis,
M. Llorenle necessa pas detrouver dans les tresors de son eru-
dition, daus ses gouts laboricux, dans la faveur publique, ct
aussi dans les sollicltudes de rcstime ct de ramitie, ce que re-
SLR LLOREJ^TE. /|r
rlamaienl ses hahltiules frugales el Ics conveuauces de sa po-
sition dans le monile.
La publication des Portraits poUtiques des Papcs vint met-
Ire le conible aux resscntinicns que les ecrits de M. Llorente
avaient amasses contre lui. Cel ouvrage est un travail dune
grande erudition; II I'ournira nienie, si Ton veut, un trisle di-
vertissement a ccux que les alius introduils dans la religion
catholique et les I'aules de ses pretres, ont rendus ses enncmis.
Mais, outre que Taateur accueille uue foule de clioses d'une
autbenticite plus que douleuse, uotammeut Tbisloire de la
protendue papcsse Jeanne, dout la source apocrypbe est au-
jourd liui suflisnmment coustatec, nous dirous avec douleur,
que le sujel, le but, et menie le ton de Touvrage, couvenalent
egalement peu au caraclere dun prctre catbolique, dontlbon-
neur est, en quelque sorte, inseparable de celui du siege apos-
tolique, quoiqu'il pulsse toujours user dune juste liberie
pour coraballre les erreurs qui prrlcndent se eouvrir de cette
grave autorlte. Apres avoir expose avec francblse notre o^iy-
vXon ptrsonncUt sur ce livre, il nous devieut permis dexprl-
mcr aussl rindignation qu a soulevee dans toules les ames vo-
ritablement cbreliennes, la rigueur inouie exercee a IVgard
de Tauleur. Au commencement du mcis de decembrc i82'2,
il lui Tut enjoint de quitter Paris sous trois Jours, et la France
sans dciai. M. Llorente auralt pu rentrer dans sa patrie, aprf s
la revolution de 1820; uiais il ne devalt plus v relrouver les
hiens el les honneurs donl les evenemens precedens ravaient
depouille; jouissanl d ailleurs a Paris de la securile el de la
consideration dontsa vielllesse eprouvaitle besoin, il avail rc-
solu d"y liuir ses jours. Son expulsion brusque el violente de
sa patrie adoptive, fut done pour lui eomme un second exii.
Des efforts furent tenles par les amis de M. Llorente pour sus-
pendrc au moins rexecution de Tordre arbltraire qui devait
lui etre si falnlj mais ils furent iufructueuxj et llionorable
4i NOTICE
hnani partU, console par Ics tenioignages d'csllme et (VafFec-
lion ct par les gencicux sccours tlont le coiublcient, dans cet-
le triste circonstancc, plusiours citoyens recomniandaljlos,
Innjours prets o braver la calomnic pour reslcr fideles an mal-
heur.
I\I. Llorenle traversa rapidement la France, au monienl
oil la ueige couvrait toute sa surface; il ue lui fut pas merae
permis de reposer quelques jours, a Bayonne, sa tele seplua-
gouaire. Des son entree sur le sol natal, 11 fut accueilli par
Ics tt^nioignages les plus eclatans de 1 eslinie publique. 11
naurail pas tarde sins doute a en recevoir des preuves plus
cllecllves , qui pro])ab!enient I'auraient detourne de I'in-
tention qu il avail eue d'accepler una cbaire qui lul etait
ollerte daus lunlversitc; de Santo-Domingo. IVlais, peu de
jours apres son arrivce a Madrid, le 5 fevrler iSao, 11 succom-
ba, par suite des fatigues eilraordlnalres auxquelles on venalt
de le coudamner. Ses obseques eurent lieu le 8 dans legllse
de San-Pedro, avec toute la pompe convenable;' son corps a
etc depose au ciiuetlere de Funcarral, apres qu'on cut leve
un moule en platre de son busle. M. Llorente a pardonne a-
vant de mourlr a ses persecuteurs; Dieu, qui connait le secret
des cocurs, pent pardonner aussl a leur rcpentir; in'ais, sur la
terre, on ue leur pardonnera point, parce que les bonimes
dune liaute supcriorlte morale out ac([uis uu droit d inviola-
biiite qui Imprinie une taclie Indeleblle a leurs proscrlplcurs.
La religion , la politique et riiistoire furent tour-a-tour
redevables a M. Llorente dc services iniportaus; quelque-
fols aussl, elles eurent a se plaindre de ses erreurs. Sans
doute, 11 a bien mcrilc de la religion, en conibaltant ct en
dcmasquaut le fanatisniesanguiualre qulcu soulllc la purete.
II a du rallier a sa cause plusleurs csprlts gf-ncreux, que d'o-
dieuscs et fausses Interpretations en auraient elolgncs ; 11 a
contnbuc a la gut'rir dc ccllc Icprc de la superstition, qui sou-
SIJR LLORENTE. 4'
Tenl s'atlaclic a ses o^uvres : mais , trop exclusivenienl voue
a la poursuitc tlesahus modernes, on I'a vu tjuclqiicfois ofTcn-
ser CCS traditions d'origine apostolique, que le vrai callioll-
que respecte a legal des dogmcs dc sa foi. Accoutume a re-
montcr auv sources liistoriques eta Irs AM'iIfier severcmcnt,
il a quelquefois onhlie que, dans sa ronin)union , il est des
etablisseniCns , des coulunies et des fails, dont la discussion
n'a pas ete a})andoniiee au lilire arbitrc dc cliacun, mais qui,
pour nous culholiques, scut et denieurcnt irrcvocablement
fixes par cette tradition constante des eg'.ises, que nous ran-
geons au nonibre des regies de noire foi : c'est aiusi que la
nation anglaise, justemeut admiree pour la sagesse deseslois
et la generosite de ses mopurs, compte, parini ses institutions
les plus vcncrees, des usages et des precedcns , quelle res-
pecte a Tegal de ses cbartes ecrites. Les erreurs de M. Llo-
reule, daus la carriere politique, oftreut egalement un point
de vue excusable. II fut lun des premiers en Espagne, qui
recurenl et propagereut les idees liberaks et pbilosopliiques
de notre epoque ; il contribua efficacemcnt a les repandre
dans son pays. En 1808, Bonaparte elait encore la revo-
lution pour beaucoup d'eiraugers , qui ue setaient pas
Irouves a niemc d'apprt'cier le caractcre de Tun et les Trais
principes de Taulre. Conibien de personuages eminens dc
Toppositiou anglaise sout tonibt'S dans ia meme erreur, avcc
bien plus de lumiercs pour leviterl Dun autre cote, lant
que I't'teudard de la liberte nc fut pas erige a Cadix , le
parti de Ferdinand \II pouvait senib'er celui de Tancien
regime et de tons ses abus, sans en excepter rinquislliou, Jo-
scpb abolissaitcelle-cij 11 attaqualt au coeur Tarbre de la feo-
dalite, il sapaitpar sa base le colosse de la superstition. Cest
sous Tempire de ces prestiges que M. Llorente prit ses pre-
miers engageniens polltiques . Ces motifs, toutefois, ne for-
maieiit qu unc partie des raisons qu'il alleguait pour jusliller
4'f NOTICE.
sa coiiduite, ou il persisla loujours a ne pas reconuaiirctlcs
torts. I.orsque la nvsistaiice commcnca, disail-il, le succcs
somblait impossible; elle livrait PEspngne aiix liorreurs dc la
guerre civile et de la devastation; cnfiu, il a pu faire autant
et plus de bien a son pays et a ses concitoyens dans le parti
de Josepli , que sil avait suivi le goiivernomcnt dc Cidix. Ce
systi-me de juslifioalion paraitra sans doute iuadiuissih'.e; car
il ne tendrait a rien moias qua doiuier droit a la I'orcc, et a
ranger sur la meme ligne le gouvernement national el [usur-
pation elrangrre. Mais si M. Lloreule se tronipa, re fut avec
bonne foi. Plus lard, ct quand la couslitution de Cndix eut etc-
proclamec ct reconnue dans une partie de 1 Espagne, Ton doit
atlribuer la perseverance ([ue mit M. Llorente a servlr la cause
de Josepli, a la force de ses cngagemens prec('dcns, et a la
necessity de sa conservation. Pour sen scparer, il lui ciit fallu
risquer, en 1812, les clcmens de son existence; en i8i4>
peut-etre la vie. Nous pouvons ajouter qu'il vit avec joie la
revolution de i8ao, ctqu'il sVn nioiitra constamment le zele
defenseur, quoiqu'il eiit encore quelque peine a se defendre
d unefacheuse prevention centre les grands citoycns qui, en
i8ia, sauverent 1 Espagne a Cadix, et qu'il n'ait pas cesse
d'envisager les 6venemcns de celte ('poque sous un point de
Tue toul-a-fail errone. M. Llorente possedait un vaste savoir,
priacipalenient dans les malieres ecclesiasllcjues et hislori-
ques; mais son erudition n'avait pas cetle precision rigoureu-
se, que lessavans d'Angleterre, de France et d'AlIeraagne exi-
gent aujourd'hui. Sou^ esprit ne manquait pas de nettete et de
niethode; et pourlant Tart dc faire vni livre, tel que nous le
coraprenons en France, ne luit'lall pas connu. Son style dans
sa langue materuelle, autautqu il nous est perrnis d en juger,
avait de la correction ct de la clartc, mais ne se fafsait point
distingucr par aucunc qualile Ijrillantc; il parlait le francais
pcuiblement , peu corrccteuieuf , et recilvait de meme. Ce
StJR LLORENTE. 4"^
qn'il n public dans celle langiie, a du necessaireiiipnl elre re-
Tu par des pcrsonncs a qui ellefut plus farailiore. Sa convor-
sntion etait d'ailleurs animt'e commeson regard, nourrie d'i-
deos justes , de souvenirs interessans et de fails curieux. Sa
taille etait mediocre, ses yeux noirs et vlfs, son leint brun, sa
pbysionomie austere, son front eleve; tout en hii olfrail Ic type
de celte beroique nation espagnole, dont son nom et ses tra-
vaux doivent bonorcr Ics fastes.
Lisle dts oav rages de M. Llorente (i),
I. Historia de losflcytos dc la casa de Sotomayor, etc. — HIstoire
dcs pretentions de la maison de Sotomayor, sur la seigneurle de divers
villages, et des autres droits de celte maison , depuis le xin' si6cle. —
M. Llorente a ecrit quelques aulres ouvrages genealogiques du me-
nie genre : il en donne la listc dans sa vie ecrite par lui-meme. (pag. 69)
II. Monumento romtlno descuiitrto, etc. — Monument remain
decouvert a Calahorra , le 4 ma" 1788. Madrid, 1789, in -4°. Ce
monument consiste en une pierre. tumulaire, ornee d'une inscription
et d'un bas-relief. II a ele place par les soins de M Llorente dans la
maison de ville dc Calahorra, oii on le voit encore. Les fouilles aux-
quelles il donna lieu , mireut sur la voie de la decouverte d'un aqueduc
romain , et de diverscs construclions antiques tres-importantcs. M.
Llorenle a publie la premiere explii-atioo dc ce monument , dans Ic
Memoriate litUrario. de Madiid. ( Scptembre, 171S9, torn. XVIII, pag.
47 ) ; il I'a rectifiee ensuitc , dans sa Notice liistorique dcs frovinces Vus-
connes. [T'oy. ci-apreSjn" IV, pari. Ill, pag. 2g5.)Enfin,ce monument a
i'ourni aM. d'Hautefort, le sujtt d'une dissertation accompagnee d'une
gravure, dans les Annates Enc^clopediqucs de M. Millin. (1818, tom. II,
pag. Jj. )
III. Discursos historicocanonicos, etc. — Discours historico-canoni-
ques sur I'origine et la nature des benefices canonicaux de I'eglise de
Calahorra, 1790, in-4°.
(1) Cumme !a vie d'un Iiomnie Je IcUres est en graiiJe partie dans ses ecrils ,
nous avons cru coiiveiiable, par ce motif, d'insereir ici le catalogue coraplet des
ouvrages de notre liunorable cullaborateur, en 3' compieujat inemc ccux qui sunt
i-nrore inedits, et dont pIusicMij seront peut-fctie publies. iN'. du R-
46 KOTICE
C'csl une es|iece de niemoire judiciaire. L'aulcur en a publit* plu-
siclirs de ce genre , la plupart anonyiucs. II les indique dans sa vie
ccritc par lui-m»^mc. ( pag. 58. )
IV. Nolivias ■liistoricas, etc. — Nolices hisloriques sur Ics trois pro-
vinces Vascoiini'S , Alava, Guipuscoa etUiscayc, avec I'origine de Ieur:i
lois londamenlales (Fucros). Madrid, irnprimerie royale , 1806 1807, 5
vol. in 4"". — II restait encore 2 vol. a pulilier pour completer I'ouvrage.
V. Diseurso hcraldico, etc. — Discours beraldiquc sur I'ticu des amies
d'Espague. Madrid, i8oy, in 8°. — Ce discours avail ete prononce ,
I'annee preiedente, dans Tassemblee constituanle de Bayonne.
\ I. Colcccion diplomatica dc varios papclcs, etc. — Collection diplo-
n.alique de divcrscs pieces anL-iennes ft inodcrncs, sur les dispenses
niatrimoniules et autres points de discipline ecclesiastique. i8og, in-Zi".
— Get ecrit I'ut public, par ordre de Joseph Bonapitrtc, pour preparer
I'opinion a I'abolilion des tributs payes a la cour de Rome, a roccaiion
des dispenses. ■
VII. Discrlacion soire d podcr, etc. — Dissertation sur le pouvoir
que les rois espagnols ont exerce dcpuis le XII" siecle, sur la division
des evccbes, et sur d'autres points de discipline ecclesiastique , avccun
appendix de pieces justificatives. 1810, in^"? 246 pages.
VIII. Mcmoriahistorica sohre quat ha sido, etc. — Memoire liislori-
que sur ce sujet : quelle a ele I'opinion nationale de I'Espagne, toucliar.t
le tribunal de I'inquisition? publie avec I'approbation de rAcademie
royale de I'liistoire. 1812. — Madrid, 1821, in-8°. — L'auteur deinonire
dans cet ouvrage, que la nation espagnole aresisle, tant qu'clle I'a pu, a
I'etablissenienl de I'inquisition, el qu'elle n'a cesse de reclamer sou
abblJli<jn.
IX. Discurso sobrela opinion nationale de Espana, etc. — Discours
sur I'opinion nationale de I'Kspagoe, concernant la guerre avcc la
France. Valence, 1812, in-4", et Saragosse, i8ij. — C'est un manifestii
en faveur de Joseph et contre le parti national.
X. Observacions sohre Ins dinasttas, etc. — Observations sur Ics dy-
nasties d'E.^pagne. Valence, 1812, in-4°, et Saragosse, i8i3. — L'auteiir
pretend demontrcr que toules les families qui ont regne en Espagnc
ont ele d'origine Irancaise.
XI. Rcprcsentacion del sfeiior ohispo dc Orense , etc. — Represen-
tation de Mgr. I'eveque d'Orense, a la Regence de Cadix, avec di's
leflexioQs de I'edileur. Saragosse, i8i3. — D. Pierre Quevedo, eveque
d'Orense, I'ut banni du royaume, depouiUe de ses honneurs et prerogali-
vis, et declare indigiie du nom d'Espagnol, par decret des Cortes dc
SLR LLORENTE. 47
Cadix, sanctionne par la Regence, au mois d'aout 1812, pour n'avoir
consent! a jurcr fidelite a la constitution qu'avec ccrtaines restrictions.
M. Llorente s'empara de la reclamation de I'eveque centre ledecret,
pour critiquer la constltutiou espagnole, el argaraentcr de nouvcau
en faveur de Joseph.
XII. Memoires pour servir a I'histoire de la revolution d'Espngne^
avec dcs ■pieces justiflcatives, far M. NeUcrto (anagramme de Llorente).
Paris, i8i5,-iSiC), 5 vol. in-8°. — Ce recueil est compose, en gramle par-
lie, de pieces autbentiques et originales, pubiiees pour la premiere fois
par M. Llorente. II est indispensohle a celuiqui veutapprofondir I'bis-
toire de la revolution de 1808.
XIII. Defcnsa canonica y folitica, etc. — Dei'ense canonique et puli-
que de D. J. A. Llorente, centre I'injuste accusation de ciimes suppo-
ses, applicable sous divers rapports a la plupart des Espagnols refugies
en France. Paris, 1S16, in-12.
XIV. Lctlre dc D. J. A. Liorcnlc d M. Clausel de Cousscrtjucs sur
i'inquisition d'Esjpagne. Paris, 1817, in-S".
XV. Histoire critique de I'inquisition d'Espagnc, dcpuis repoquc
desiin etahlissemcnt par Ferdinand V, jusqu'au regne de Ferdinand VII,
tireedes pieces originales, des arcbivcs du conseil de la Supreme, et de
celles dcs Iribnnaux subalterncs du Sainl-OITice; traduit de I'cspagno! sur
le manuscrit et sous les yeux de I'auteur, par AlcxisPcllicr. Paris, Treu!-
tel et Wiirtz, 1817, 1818, 4 vol. in-8", ornes dcs amies et du portrait dc
I'auteur; ce dernier n'est point ressemblant (i). — 2'" edition, Paris, ibao,
4 vol. in-8°. — En cspagnol, Madrid (Paris), 1822, 11 vol. in-12.
XVI. Monumcns liisloriqucs conccrnant Ics deux Praqmaliqius sanc-
tions, avec des notes, suivies d'un catechisme sur les concordats, Paris.
1818, in-8", 200 pag.
XVII. Noticia iiograpliica, etc. — Notice biograpbique de D. J. A.
Llorente; ou Memoires pour Tbistoire de sa vie, ecrits par lui-meme.
Paris, Bobee, 1818, in-12, xxiv ct 259 pages, orne du nieme portrait que
VHistoire dc I'inquisition. — Cest dans ce volume que nous avons puise
les details qui servent de base a notre Notice.
XVIII. Diseursos sobreuna constitueion rcligiosa, etc. — Discours
sur une constitution religieuse, consideree comme partie integranle de
la constitution nalionale; ecrit:i par un Americain, publics par D. J. A.
(i) Celui qui est joint a cetle Notice, lithi,gra|ihie il'jpn'S une Iris-bclle inini-i-
ture, est d'une ginnde ressemblance. M. Pcncc-t^ainiis vienl ,iu>>si dc pulilier ur\
portrait lilhograjjliie de ftl. Llorents.
48 NOTICE ,
Ltorcnlc, docleur en droit canon. Paris, Stalii, 1819, inia, xvi cl iSf.
pag. — Cc livre, destine pour I'Ameriquc cspagnole, oil I'edilion a passti
presque cnticre, reiifcrme dcs c hoses Ires-hardies. 11 fiil censure par I'au-
torite ccclesiastiquc de Karcelone, tandis que la Sociele patriotiqiic do
celte ville en prit la defense, ct inscrivit I'auleur parrai ses nieinbres.
('e procts dunna lieu a deux ccrits, puhlies en cspagnol a Barcelone. M.
Llorente lui-ineme piiblia, pour sa defense, I'ouvragc suivant, qui con-
lien t le dcveloppement de ses idiies, sur la reforrae a I'aire subir a la dis-
cipline ecclesiaslique.
XIX. .Apologia catolica del I'royeclo, etc. — Apologie calholique du
projot de constitution rcligieuse , etc. Paris, Moreau, 1S21, in-S", xuj
et 5^4 P^S-' "" ^f'' divise en 2 tomes.
XX. UEuvrcs cotnfleles de D. Bnrthclemy de Las Casas, evfique de
Cliiapa, defenseur de la liberie des naturels de rAmerique; precedees de
saVie, ct accompagnees de notes liistoriqucs, additions, etc., dediees a
M. le comle de Las Gasas. Paris, 1822, 2 vol. in-8", ornes du portrait de
Ijas Casas. — Ce livre, fort estime, est d'une grande importance pour
Thisloire de rAmerique.
XXI. Aforismos ■poiilicos , etc. — Aphorismes politique?, ouvrage
d'un philosophe anonyme, natif dc I'un des royaumes du nord de I'Eu-.
rope, trad, en espagnol, par O. J. ^ . Llorente. Madrid, Antoran, 182!,
I vol. in-12.
XX li. Observations critiques sur ic roinan de Git Bias dcSantillane :
on y fait voir que le roman de Gil Bias n'est pas un ouvrage original,
iiiais un dcniembrement des A ventures du lachcHcr de Salamanrjuc ,
manuscrit espagnol, alors inedit, que M. Le Sage depouilla des parties
les plus precieuses. Paris, Moreau, 1822, in-8''devni et Sog pages. • — Ce
livre repoud a un ecrit de M. FranQois (dp Neufchateau), place en tetc
d'une nouvclle edition de Gil Bias, qui fait partie de la Colleetion des
meHkurs ouvrages de la langue franeaise, de MM. Didol pere et lils.
L'academicien franfais avail soutenu la these opposee a la preteution du
savant espagnol.
XXIII. Portraits jiolitiijues des Papes, consideres comme princes
temporels ct comme chefs de I'eglisc, depuis relablissemcnt du Saint
Siege a Rome, jusqu'en 1822. Paris, 1822, 2 vol, in-8".
En 1791, M. Llorente puhlia a Madrid une nouvelle edition du Faero
juzgo, ou Collection des Ids, promulguees en Espagne par lis rois Goilix.
II n'en existai't auparavant qu'une seule et tris-ancionne edifiou, dont il
a epuriS le texte, en y ajoulani un discours prtliminairc, ct un glo-ssaire
des vieui terrnes.
SUR LLOREISTE. 49
M. Llorente a fourni, pendant quatre annees,la plus grande partic
des inaleriaux qui ont forme I'article Espagne, au Bulletin Bibtiogra-
•p^hique et aux Nouvellet LitUraires de la Revue Enoyctopedique. Nuire
recueil lui doit encore une Notice sur les Acadeifites ■, Socicles lilte-
raires , etc. , d'Espagne (T. V, p. aSj) , et les analyses dis ouvrages
suivans : la TIdorie des Cortes , par Marina (T. I , p. 44') > 1<^ Out dos
j curve s fllics , comedie de Moratin (T. II, p. 4^7 ); Lemons d'agricul-
ture, d'Arias (T. V, p. 293).
II fut I'un des I'ondatcurs et des membres Ics plus zeles de la Sociite.
des inelhodes , et de la Sooicli dc ia Morale chretienne. Le journal de
cette diTniere Societe renierme deux articles de lui , savoir : de la Reu-
nion des Chretiens dc diverscs communions , dans une Societe de Morale
chrilienne (T. !"■, p. \io) , et Societe des prisons en Espugnc {Hid.)
pag. 217.)
II a aussi donne un article sur Vancicn droit do VEspagnc, dans le
Journal general dc Legislation et dc Jurisprudence, qui >e publiait,
en 1820, in-S".
Ouvrages inedits et manuscrits de M. Llorente.
I. Dissertation sur les decretales ducodede Grigoirc IX, [lib. V, tit.
de Ctcricis pugnanlibus in duello), lue a rAcademie des saints canons,
liturgie et hisloire ecclesiaslique d'Espagne, a Madrid , 1 786. — L'auleur
y etablit que le caractfere particulicr des ecclesiastiques doit eire un
esprit de paix , de douceur, de moderation , diametralement oppose a
toute guerre el a tout usage d'armes oU'ensives.
II. Preseancedes amhassadeurs d'Espagne sur les amhassadcurs de
France, aux conciles generaxuc , a lacourde Rome et autrcs assemblies
diplomatique! , 1786. — La question donl il s'agit etait restee indecise
au concilc de Trente; et, dans diverses circonslances posterieures , elle
ful ekulee par des moyens dilatoires. M. Llorente suivit les traces d'uri
auteur, nomme D. Diego Valdcz, qui, sous le regne de Pbilippe III,
ecrivil un traite de Dignilate regum Ilispanite ; il adoptait le plan ct
les autorites apocryphi^s de son predeccsseur. » Get ecrit ne I'ut jamais
iniprime, nous dit M. Llorente; car, peu apres qu'il venait de subir la
derniere revision, eclata la revolution f'rancaise, durant laquelle sa pu-
blication me paraissait inopportune. Je pcnse la meme chose aujour-
d'bui (i8i8), malgrela diversite des circonstances. Le veritable inteirt
de I'Espagne consisic a faire fleurir son agritullure, son commerce, son
T. XVIII. — Jyiil 182"). 4
5o NOTICE
induslrif, ses manufactures; les pr^seances de ses ambassadeurs sonl ua
objct compltilement insignlfiant.
Ill Dissertation sur Ic sitedc t'aricienne cite dc Se^oitri(/a, envoy e
a I'Acadcmic dcs belles-lollros de Seville, 1790.
IV. Disconrs Sur les quali ficaleurs du Saint-Office. — Discours sur
f'ordredc prnceder dans les triitunauxde V inquisition, ijgfi, compost
«iour I'iriquisiteur-general, D. Manuel de Abad y la Sierra, saisi plus
tard et coolisijuc parlesagens dc I'inquisilion.
V. DetnonstratioH du droit qu'ont Us Tnctropolitains de confirmar les
ivdques dc teur province, Iraduit du portugais dc Pereira, en Kspagnol ,
'799' S3'S' et confisque par I'inquisilion.
VI. Aujourd' hui ou te Monde actueln'est ni f/liis micttant niflus
caiamitcux quo ieinonde "passe ,\.taA\i\\. de I'ouvrage itaiicn du P. Lan-
celot li, tie I'erouse, public en i6jo sous 1r litre de Vlloggidi, etc., 1801.
Vll.Ori'/ytnc des seigneurs popuiaires en Espagne, i8o4, 2 vol. — Le
manuscrit de cet ouvrage doit so trouvcr entre les mains de D. Lorenzo
Normanle, secretaire du miuisl^re dcs finances, eo 1809, auquel il fut
remis par I'auteur a cclte cpoque. '
VIII. Lcltre critiquesur la question dc savoir si i'eglise du Pilar, de
Saragosse, fut construite dans i'inlericur ou d I'exterieur dvs murailict
rotnaincs dc cetle villc, 1810.
IX . Les Animaux parlans , poeme trad, de I'italien , de Casti , i8i3.
X. Illustration de I'arbre gencalogique du roi d'' Espagne, Ferdi-
nand III , un vol. iiifol. , dedie a Ferdinand VII. i8i5. — II doit en
exister deux copies : Tunc parmi les papiers de I'auleur ; i'auire dans les
arcbives dc la secretairerie-d'elat , a Madrid.
XI. Diclionnaire lopographique da I' Espagne anciennc ct moderne,
avec les denominations dcs dcuv epoqucs.
'WX.Hisioire de la vie el dcs travuux d'Anioine Peres, premier se-
eretairc-d'elat du roi d'Espagnc Philippe 11 . — Get ecrit important
devatt elre acro-.npagnc de piusieurs pieces originalcs inediles.
XIII. Dissertation sur la division dcs evcchcs d'Espagnc, attrihuec
au roi If'amia, dans le I'll' siecle, avtc une carle geographique de
I'Espagne, suivant cette division.
XIV..Vur la Ccnsiitution politique du royautne d' Aragon. — L'au-
tcur pretend diirnontrer que Its Espngnols admirent , des le viii' sitcle,
la bduveraintte du peuple, la lirailation du pouvoir executif, et le droit
de dclroncment , en cas de conlravcniion au pacte fondamental (A'o-
<iri"<i hiographica , p. 176).
XV. iSur III perseverance dcs A rngoniiis a assvjctlir Icuri nionarqucs
SLR LLORENTE. 5i
au respect dcs droits reserves aux .tujctSj iors de la creation de la mo-
narchie. — L'autfur retrace les succes les plus importans obtunus par
les Aragonais sur leurs rois, lorsque ceux-cl voulurcnt tendre au des-
polisme, aggraver les impols, ou attcDter a la liberie individuelle.
XVI. Sur les maux qua froduits en Espagne Vamtition des grands.
XVII. Sur la resistance des Espagnols, pour n'itre point gouvemes
par ceux qui n'etaicnt pas tcurs rois.
XVIII. Sur le mat qua fait d la Castille I' ignorance des sciences
physiques et mathematiqucs.
XIX. Que la muUiplicite des jours de fetes, avec cessation de travail,
est contrairc d la reli(]io7i cl d In quorate, aussi ■bien qu'd la tonne poli-
tique. — La question est traitee principalement d'apr^s les autoriles de
I'Ecrilure, des P^res cl des Conciles.
Tous ces manuscrils sont ecrils en espagnol; quelques-uns des der-
ciers ne sont pas eatierement termines.
M. Llorente etail dans I'usage de tenir un journal de ses voyages. On
doit trouver, parmi ceux de ses papiers qui sont rcstes a Paris, le jour-
nal de soli voyage de Madrid a Valence, a Saragosse et cq France;
dans ses papiers de Madrid , on trouvera le journal du voyage de Bayon-
nc, en 1808, qui conticnt des rense'gnemens inleressans sur la revolu-
tion de cette epoque. C'est encore la qu'on doit trouver une traduction
des Psaumes de la penitence, et un vol. in-4° de Poesies lyriques.
Tel est le tableau complet des vastes travauj du savant dont I'Espagiie
et la France deplorent la perte.
A. Mahul.
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II. ANALYSES D'OUYRAGES.
SCIENCES PHYSIQUES.
i". Public documents relating to the New-York, ca-
nals. DoCUMENS publics SUR LES CANAUX DE L'iTAT
DE New-Youk , pour la jonction des grands lacs avee
I'ocean Atlanliqtie (i).
a*. Topographical and statistical manual of the state
of New-York, etc. — Manuel topographique et sta-
TiSTiQUE DE l'^tAt de New-York., ou I'on tvouvo dcs
details sur le grand canal, sur les icoles (2) .
3*. History of the rise, progress, elc. , etc. — Histoirk
de l'oRIGINE , DES PROGR^S, ClC. , DES CANAUX CREUSis
A l'ouest de l'^tat de New- York, de, 1788 a 1819;
par Elkanah Watson (3) .
Une grande parlie tie ce que contienuent ces trois ou-
rages, rappelle celui de M. Gallatin, miiiistre des iinan-
ces de rUuion,doat M. Co/Y//e/,iiigeniear en chef des ponls-
et-chausst'es , a insere la traduction dans son Histoire de la
na\'igation int^ritiire. Celte traduction , qui forme pres-
que lout le second volume de I'ouvrage de M. Cordlcr, est
uu rapport sur Tensemble de la navigation des Etats-Uuis, telle
qu'clle etait projelee en 1807, avant raccession de la Floride,
et la formation de uouveaux ^tats au-dela du Mississipi. L'au-
teur francais y a joint une excellente introduction , oii il clis-
(1) Kcw-York, 1822. Un vol. in-S". Prix, 3 dollars (environ i6 fr.).
(a) Nevy-Yoik, 1822. In 8" de yj pages.
(3) Albany, 1822. In 8° de 212 pagts.
SCIENCES PHYSIQUES. 53
cute le mode d'execulion le plus avantageux pour Ics grands
Iravaus relallfs auxcommnaicr. lions iuterieures, et pour d'au-
tres points d'admiuisUalion publlque. Ses observations sur
plusieurs cliapltres, et la couclasion quil place a la tin, ue
sont pas inoins remarquablcs , et devraient etre racditees par
tons les homines d'etat. Mais,au terns ouM. Cordler redigeait
sou Histoire de la navigation interieure, les canaux des Etats-
Uuis uVtaient que commences : les outrages que nous annon-
cons rendenl compte de leurs progres , el font connaitre le
tems oil ils seront llvres a la navigation dans toute leur
eteudue.
« En i8i7,apres que la legislature cut constitue les fonds
des canaux, elle autorisa ses commissaires a commencer ceiai
qui doit reunir les lacs Cliamplain et Erie. En juillet, les ex-
cavations furent entreprises a Rome , ville de Tetat de New-
York; le 21 octobre 1819, les eaux furent introduites , et le
22, le premier bateau navigua entre Rome et Utica : le a5, la
navigation f\jt entieremeut ouverte. En novembre (meme an-
nee), le canal Cliamplain recut les eaux, et le lendemain, le
premier bitean pour y navlguer depuis le fort Edouard jus-
qu'a Wliite-Hall. En 182 j , la navigation du milieu s'etendit
depuis Ulica jusqu'a Montezuma, sur la riviere Seneca, sur
une etendue de 96 milles; et des ceite a'nnee meme, le peage
produisit 5, 244 dollars (environ a8, 25o fr*), en 5 mois. Eh
1821, on a poursuivi avec celerite les travaux dn canal du lac
Cliamplain, qui doit se reunir a celui du lac Erie , et a la ri-
viere d'Hudson, pres du village de Waterford. On cstlme,
d'apres les progres des travaux et Vexperience acquise, que
les deux canaux seront termlucs au plus lard vers le milieu
de 1824. lis formcnt un developpement de 4^5 milles, et ils
auront cle commences et finis en ■^ aus.
» Ces canaux ont 4o pieds a la surface de I't^au, 28 pieds au
(bnd, et 4 pieds de profondcur. Ils portent des bateaux de 4^
54 SCIENCKS PHYSIQUES.
h lOO touncaux, dcs trains de bois, etc. Cos embarcallons ne
(loiveut faire (juc 5 niillcs par lieurc. Doja loo beaux ponls
Iraversenl le canal, depuis Ulica jusqu'a Montezuma ; 5o
grandes routes y aboutisseut J des aqucducs, suspendus a a5
ou 3q picds de bauteur au-dessus des pelites rivieres , iraver-
senl leurs valU'es, et portent les eaux du canal , sulvant one
direction pUis cnurle et plus commode. Dans c[uclqucs parties
du canal , ccs aqui'ducs et les ecluses seront plus multiplies
que dans ce qui est termine. Des cultures florissantes, dcs
ctablissemens d'iudustrie, des marais, des foretsc'paisses vien-
ncnt frajiper tour-a-tour les regards du vovagcur : c'est pi-in-
cipalement dans le voisinage des lacs que Ton rcmarqnc les
pavsages les plus magnifiques. Les paqucbots sont grands et
blen dlstrlbnes: lis peuvent recevoir jusqu'a po passagers, et
no sont pas moins agreables que les bateaux a vapeur qui
naviguent sur les rivieres d Hudson et de Delaware. lis sont
traincs par des cbevaux , vont jour et nuit, et font lOO millcs
(environ 4olieues) en 24 heures. Ce moyen de transport
est a nn prix tres-niodere , de i5 a 20 centimes par mille de
distance.
))Lescanauxsontla proprictede Tetat; ma Is lis sont une voie
publique sur laquelle on ne percoit qu'un droit de peage re-
gie par la constitution. Ce droit, quolque ires-falble, a pro-
dait , ea 1821, ai,6ii dollars (environ 116,480 (r.) sur la
panic qui est actuellement navigable. Dans toute la longueur
du canal Eric (plus de 100 lleues) , le prix du peage n'exce-
dera pas 5 dollars (environ 27 fr.) par tonneau. Quant aux.
frals de construction , il est remarquabic que , coutre I'ordl-
naire,la depense reelle s'esl trouvt'e au-dessous derestimalion.
Ce fait. Ires-extraordinaire dans ces sorlcs de tiavaux , est le
resultat de p!usicurs ameliorations que lexperience a fail de-
couvrir et dont Tart s'est enrlcbi. Au movcn de cette naviga-
tion , on estime que le prix du transport des marcbandiscs
SCIENCES PHYSIQUES. 55
enlre la riviere dlludson el Buffalo , sur le lac Erie, srra re-
duit des neuf dixiemes , ou tout au uioins dcs liuil ueuvii'incs.
Elle aniniera le commerce sur les bords des quatre i;rauds
lacs , dont l'(''tendue nest pas molndre que celle des cutcs des
mers qui baigneut les Etnls-Unis. Les bois de coustructlou et
de mature, les excellcns fers de Clinlou , les beaux marbrcs
de Vermont , etc. , trouveront uu ecoulemeut facile dans Tin-
lerieur des Etats-Unis,et ne seront plus diriges exclusivement
vers le Canada. On croira facilemeut que des vllles , dcs vil-
lages et des manufactures de toutes especes vont seicvcr en
peu de terns a portjie de ces canaux. D'apres les calculs les
plus moderns, les frais de construction et d'enlrellen seront
bientot rembourses par les produits du peage, lorsqne les deux
canaux seront en pleine navigation. »
Malgre la barriere naturelle forrar'e par Ics monts Allegha-
ny et j4palaclies , le canal F.rii^ va ouvrir une communica-
tion entre i'ocean Allantlque et les etots de lUnion , sllues au-
dela de ces montagnes jusqu'au Mississipi. Celte entreprise a
ele executf'e par Tetat de New-York, forniant , en i8ao, ime
population de i,36B,'7'y5 ames ; la depense des deux canaux
est estlm('e a 5,571,814 dollars : depense moyenne du canal
Erie, 1 5 800 dollars par mille. Ce nouveau commerce don-
nera plus d'utilite et d'imporfance aux mers iuterieures, les
lacs Suporieur , Micbigan, Huron, Ontario et Erie. La
viile de New-York deviendra ainsl Tentrepot des marcban-
dises , et le centre des operations commerciales dune gran-
de etenduedes Elats-Unis.
IjC plan et la roussite de celte vastc entreprise sont particu-
lierement dus a M. Clinton , gouverneur de cet etit et presi-
dcntde la Socletepbilosopbique de New- York. Warden.
Tels sont les bienfaits d'une administration stable, eclairee et paler-
Belle , comme celle des Elats-Unis , ainsi que de la paix dont celte re-
publique jouit au dedans et au dehors. Les canaux Erie et Cham|>Iain,
malijre Icur immense elendue, seront termines plus tot que le petit canal
de rOurcq, commence dcpuig 81 long-ttms. N. n. R.
SCIENCES MORALES ET POLITIQUES.
Portraits politiques ues papes, co7isidtres comme prin-r
ces tempore Is et comme- chefs dc t'E^Usc, depuis I'e-
tablisscm.ent du Saint -Siege a Rome jusqu'en 1822 ;
par M. J. A. Llorente, ancicn secretaire dc I' Inqutsi-
tion, mitcur de I'Histoire critique de V Inquisition de
I'Espajne (1).
Aussilot que eel ouvrage a paru , eii tleccmbre dernier,
I'auteur, pretre catholique , savaut el respectable a biea des
tilres, ne fut-ce que pour la blenfaisance qu 11 a autrefois ge-
nereusement exercee en Espagne euvers les pretres francais
deportes, a recu Tordre Dimisti'riel de quitter de suite la Fran-
ce et Paris dans 24 beurcs. U a poncluellement obei, nialgre
son age avance , son mauvals etal de sante , et la rlgueur de
I'lilver (2). On pout done presumcr que la cause de cet
exll n'a pas ete son bistolre si delaillee et si modoree de
I Inquisition. Ce serait plulol ce Portrait des papes , ou , pour
mieux dire, cette suite de portraits et de notices de tous les
papes , ouvrage dans lequel Tauteur aura manifeste des opi-
(1) Paris, i8a5. Deu^ vol. in-S" de 700 pages. Prix, 1 1 IV. Bechet aiiie.
(2) M. Llorente a succombe a Madrid , Ic ~ ftivrier, peu dc tcms apres
son retoiir en Espagoe, am fatigues qu'il avail supporl(^cs avec courage
pendant une route longue et penible. Les auteurs dc I'acte d'inhospila-
Jile et de barbarie qui avail repousse loin de la France un de ses enfans
d'adoption , doniicilie depuis sept annces dans la capitale, et auque! on
n'avait pu reprocher aucun acte conlraire aux devoirs d'un boo citoyen,
soumis aui lois du pays qu'il habile, peuvcnt a boo droit s'imputcr la
mort de cet infbrtune vieillard , dont les prot'ondcs ronnaissances et Ic
zele ^claire pour la veritable religion tlirelienne lui auraieni permis de
rendre encore par ses ecrits d'importans services. (N. d. R.)
SCIENCES MORALES ET POLITIQUES. 5;
nions opposees a celles quuii parti dominant veut esclusl-
vement protegcr. II parait que I'auteur s'esl propose ile refu-
ter, autant qu'il pent I'etre, le llvre passiouno , Intitule les
Crimes des papes , public a Paris en 1792. En effet, U a pris
soln d'en corriger beaucoup d'erreurs ettl'exagerations. Mais,
sauf un petit nombre de papes, qui ont eu Tesprit de leur etat
de 2>onlife, ct qui ont reproduit les rertus de leurs premiers
predecesseurs , Ihistoire veridique des aulres ne sauralt etre
nil livre edifiant, puisqu'elle offre tant de scenes d'erreurs et
dc fautes graves, de A'ices infiimcs, de crimes atroces, d'usur-
pations audacieuses , de perfidies et de cruautes rcAoltantcs,
et pas assez de fails consolans , bonorables pour la nature
bumaine et pour la religion sainte de I'evangile. C'est tin
grand mai sans doule, niais trop facile a expliquer par les se-
ductions de la ricliesse et de Torgueil dominateur, par celles
de favarice, de la mollesse , de Tignorance, par la funesle
accumulation de la dignite royale et du pouvoir episcopal ,
nietropolitain , patriarcal et papal; enfin, par rexteusion
monstrueuse de cette double ou quintuple antorile devenne
arbilraire et poussee long^lems jusqu'a dominer tous les
etats, Jusqu'a creer, supprimer, distribuer a volonte les prlncl-
pautes et les royaumes , jusqua leur imposer des tributs , a
juger et a detroncr les rois et les empereurs.
La reunion de tous les ponvoirs spirituels et seculiers a du
produire autrefois, et a produit en effet les plus grands atten-
tats de Tambition, de lliypocrisie, de intolerance et de la ty-
rannic ; et de ces attentats sont provenus des torrens de su-
perstitions, des scbismes nombreux, perpeluels, et tous les ra-
vages de Tincredulite. Le remede n'est point d'etouffer ou de
suppriraer Thistoire, ni de retablir I'inquisition , les jesuites,
la bdtonnade sans infamie, selon le droit des paudectes ; ni de
cbanger sans cesse les foaclionnaires , ni de leur oter leurs
consciences, ni de reduire a de vains simulacres tout ce quil
IS SCIENCES MORALES
pent y avoir de bon parml les lioninics, iii d'aggraver Ics pcl-
iies, ui lie multiplier les poursuites crimiaelles et les supplices,
ni de suspeiidre ou d'entraver I iustructiou , le cjmineice et
1 indiistric; ni dc provoqiier les peuples a la guerre civile, par
la guerre etrangere, par roccupation militairc, par la conquete
et lepartage des ames. Le remede est unlquemeut daus le re-
tour au cri dc verlte, a la ralson , a Tordre natural, a Tevan-
gile, a lauliqiie et pure discipline, a la tolerance, aux vraies
libertos ou garanlies civiles , politiqucs et ecclesiastiques , cu-
fin , a la stricte observation des lois foiidaraenlales, selon Icur
texte et selon leur esprit, sauf la rc\'ision^ bien enlendu qu'elle
soil rare et assez difficile , et constltutionnellemcat legitime
dausses formes et dans ses resultats.
Mais, si Fouvrage de M. Llorenle offre le plus souvent
nne galerie de mauvais exemples , s'il est vrai que ce n'cst
point absolument la faute dc Tauteur, nous sommes forces
d'avouer que ce livre ne nous a point paru tout-a-falt aussi
exact, ni redige avecautantde rellexion et de circonspection
qu'on devait Tattendre dun ecrivain catbolique el d'un savant
aussi eclaire. Nous ne saurions approuver, par exemple,^qu'un
bomnie qui croil difficilemcnl a la salutete des pnpes bonoros
comme tels, et qui aflectc de ne point croire du tout aux bon-
nes intentions des electeurs des papes, ait cru si I'/gerement a
la realite de la pretendue papessc Jeanne, etau pacta expres
de supprimer sa mf'-moire et son regne pretendu de cinq mois
ou de deux ans et deml. Sur Texlstence de eetta Jeanne, il n"y
a rieu, absolument rien de prouve, de Tavcu lueme des pro-
testans, comme Bloudel, Casaubon etBayle. Baylc, qui a tant
aime les contesscandalaux,a refute celui-cl,et Voltaire nieme
Ta dedaigne. Depuis Spanbeim , sur Icqnel s'appuie M. Llo-
rente, nous avons, sur le meme sujct, une dissertation (i) du
(i) Celle dissertation manque, on ne salt pourquoi , dans le recueil
ET POLITIQUES. Sc,
savaulcl zeU" protcstautLcibiiil?.;cllc est clans 1p sens cleBaylc,
et ne lalsse rien a desirer sur celte fable qui, si on la couside-
rait comme un recit veridique, ne serait apres tout quun scan-
dale de plus , parmi d't'normes scandales quon voudrait en
vain dissimuler.
Le passage suivant (Tom.i i ,pag. 200) donueune juste idee
de rinlention pure dans laquelleaecrit M. Lloreute:«Que les
papes, dit-il, soient tels que les douze premiers, et il n"y aura
pas de mouarquc, ni de nation, ni depatriarclie, qui ropugne
a reconuaitre la primatie de Rome danslesvrales limites dela
discipline etablie par Ic nouveau Tostameut , les quatre pre-
miers conclles.generauxet lliistoire ecck-siastique des six pre-
miers siecles. »
Mais, s'il existe encore quelqu'un travaille de celte maladie
pcu commune qnl terail croire a riulailli])itite papale, ou pre-
tendre a de certaines indulgences, malheureusenient connucs
a Limoges , et qui pourraient se gagner en inclinant rcspcc-
tueusement la tote, lorsqu'on entcnd nommer un pape, celte
personne-la serait gucrle sans doule par la lecture du livre de
M.Llorente, on elle serait tout-a-tait incurable.
Laxjuinais.
di-s ceuTres de Leibnitz. Mais elle est bien connue ; clle est elite dans
VEspril de Leibnitz. Paris; 2 vol. in-8°.
6o SCIENCES MORALES
MusiE DEs Protestans c^LkBREs , ou Portraits et No-.
tices biograpliiques et litteraires des personnagcs Us
plus eniinens dans I'hlstoire de la rtfonnation et da
prolestantisme ; rcdig6 par mie Socicte de gens de let-
treSj et pubtte par G. T. DoiN (i). Avec celte ^pi-
graphe :
• Nulle puissance humaioe nc peut forcer
le retranchement impenetrable de la liberie
de conscience. Accordej a tous la liberie
civile, non en approuvanl tout comme in-
difTerent, mais en souflVant avec patience
tout ce que Dieu soufiie. » Fbnelon.
Dans ces derniers terns , on s'est beaucoup occupe de re-
chercher les causes ct les influences de la revolution religieuse
qui a commeuce dans le xvi* siecle. Cliacun a dit son
avis, en pleine liberie, sur des eveneinens dont on commen-
cait a sentir toute Timporlance, et sur des reforinalenrs qui
avaient etejugestrop souventpar des ecrivains ecclcsiastiques,
leurs adversaires naturels. D'Aleniberta trfes-bien remarque
que la reformation a jete des lumieres , meme sur les sujets
qui lui sont otrangcrs ; mais le plus curieux de ses resultafs,
c'est d'avoir modifie sous plusieurs rapports les doctrines qui
s'elevaicnl contreelle, et d'avoir en quelque sorte fait IVdu-
cation des hommesqui la combaltaientle plus vivement.Lors-
qu'un peuple police est asservi par la couquete, avec le terns
(i) Paris, i8ji et 1822. T. I , xliv, 4 '6 pages ct 17 portraits. T. II ,
4*6 pages et i4 portraits. T. Ill , i" p artie, 217 pages et 4 portraits. Get
outrage formera six a sept volunaes , et comprendra en tout 1 lo portraits
et 1 JO notices. II en a paru trois volumes. Prix du volume, 9 fr. pour Pa-
ris, et 10 fr. pour les departemens. On ne paie qu'en recevant I'oavrage.
On souscrit cbcz MM. Weyer freres et compagnie, rue Cadet, n° 7;
Treultel et Wiirlz, rue de Bourbon , n" 17; et a la librairie protesl.inlc
de H. Servier, rue de I'Oratoirc, n" 6.
ET POLITIQUES. Ci
11 finil par imposer ties moeuis plus douces a ses nouveaux.
niaitres. U est arrive quelque chose de semblable dans riilstoi-
re du proteslautlsme. La reformation , etouffe'e par le fer et le
feu dans piusieurs contrces de PEurope, a cependant exerce
une influence inconstestable surles nations m«^mesqui en onl
triomplie. II est facile de reconnaitre dans les eveuemens du
XVII' siecle , que deja la reformation avail communi-
que a un clerge ennemi , quelque legere tcinte de son inde-
pendance d'examen. Depuis ce terns, on a seati qu'il etait
prudent de flecliir sur quelques points, et sous ce rapport il
est permis de dire que Rome a profite de la lecon de Lullier.
La tolerance et la raison de notre siecle se manifestent sur-
tout dans celte foule d'ouvrages,ou Ton juge avec impartialite ,
et oil Ion apprecie sans passion les resullats generaux de la
reforme, Il serait facile de faire une enorme lisle des llvresde
ce genre, ecrils depuis que Tegallte des cultes a ete proclamee
eu France, c'est-a-dire , depuis trente ans. On relit avec un
nouveau plalsir encore anjourd liul ce beau memoire de Char-
les Vlllers, sur les avantages de la reformation , remarquable
par un stjle original, et par un grand nombre de vues pro-
fondes, qui fut couronne, en i8o4 , par la seconde classe de
1 Institut national. 11 parait tons les jours une foule d'ecrits, oii
les droits des protestaus sont defendus avec chaleur, et quel-
quefois avec talent. Les reformes francaiseux-memes ont foa-
de piusieurs journaux (i).
(i) On sera peut-etre curieux de connaitre la lisle exacle des journaux
prolestans qui ont ele commences, ou qui se publient encore aujourd'hui
til France. Les Archives de {a Foi, au 19= siecle; Lausanne , 1801-1802,
quoique paraissant en Suisse, I'urenl spccialement deslinees aux eglises
ifjuoaises. Ge journal n'eut qu'un an d'exisfence. — Les Archives du
Christianisme, journal fonde a I'aris en Janvier 1818, se conlinucnt en-
core, et ont atleint leur 6' annee. Prix, 6 fr. par an. On s'abonnechez
II. Servier, rue de TOratoire, n- 6.— Les Annalcs Protcstantcs, qui n'cu-
Ci SCIENCES MORALES
Saul que!qiies exceptions qui dcviennent dc pins en plus
rares,la liberie de conscience regnesans enli-avescn France.
Celte maximc siadmiree jadis, ime loi, unejbi, est relt'guee
avec tant d'autres parmi ces adages du vieux terns que le
noire a sagement repudies. Quand on pense qii'un fel elat de
choscs existe aujourd liui dans ce ineiue pays, ou, il y a nioins
dc 8oans, onlivrall aii supplicc de la roue les minlstres pro-
tcslaus pour le seul fait de leur ministere, il faut couvenir que
la revolution nous a laisse d'importans resnltats. Dans les grands
cliangeniens politiqueSjlVsprit de pa)'ti di«;slinu"e le bieu et ne
tarit jamais sur les niaux. Mais la pliilosophle lalt justemeut le
conlraire; elle lache de faire oubller Du de gui'rir des maux
passagers, et de mettre en pleine evidence des bicns qui seront
durables.
Parmi les ouvrages specialcmcnt consacrc's a riiistnire des
liomuies qui out prepare ou accompli la reformation, le Mu-
si<e que nous aunoncons mi'i ite d'occuper uu rang distingue,
par Tetendue et rinlerel de son plan , et par le soin que les
rent la priorite que de quelques niois sur le recueil suivant, parurent en
scptembre iSig. Au bout de six mois, les redacteurs fureol invites dese
soumettre a la censure , par une lettre du ministere de I'interieur. Cctte
circonstance les fit renoncer 5 Icur projet. — Les Melanijcs de Religion ,
de 7nora(e, et de critique sacrie , dont le \" numero porte la date de
Janvier 1820, furent publics, et se cootinuent a Kinies, par M. le pas-
tcur Vincent. Ge recueil a atteint sa troisieme annee. On s'abonne a JVi-
nics, ou a Paris, chez Treuttel et Wurlz, Prix , 10 fr. par an. Ces jour-
naux paraissent tousles mois pat livraisons de trois feuilles. II parait en-
core, a Strasbourg, et en langue allemande, deux journaux prolestans:
Chrislliche Mitlheilungcn , Communications chretiennes, redigees par
M. Rrafl't; publiees par livraisons inegales. Prix, 5 fr. Timotheus, jour-
nal four i'avancetnenl dc la relijion et de I'humanitc ; il parait par li-
vraisons : deux volumes par an. Prix, 12 fr. II manque aux protcslan-i
fran9ais un journal specialcmcnt coosacre a defendre I'egalile dc lous les
cultes et la parfaitc liberie des consciences.
ET POLIflQUES. Cj
cdilcurs out mis a le remplir. J'indiquerai rapidcment le cou-
tcnu des volumes dt'ja public's. Le Musee des prolestans ccle-
brcs se compose d'uue suite de notices sur la vie des plus il-
Instres reformc's de tous les pays , avec leurs portraits eu tete
de cljacune delles. Comme Tordre chronologique est esactc-
nicnt sulvi, ou pcut appeler cet ouvrage, Ilistnire du pro-
testanlisme, orneede portraits. Pour que cette galerie hlstori-
que ue s'ouvrepas trop l)rusqaement,le premier volume com-
mence par une introduction, qui presenle les traits generaux
des annales de legUse avant le XVi* siecle, toujours envi-
sages sous le point de vue des corruptions du christianisme,
ou des tentatives qui furent I'aites en favenr de la liberte d'exa-
men. L'auteur, M. Wilhra, s'applique a rechercher jusque
dans les terns dignorance et de barbaric , Thistolre des bom-
mesqui firent des essais de reformation. Cette introduction, en
g('neral bien ecrlte, est remarqual)le par la justesse des idees
et !a moderation des jugemcns. Elle renferme des renselgne-
mcns curicux sur Arnolphe ^e Lyon , yYrreauif de Brescia,
qui fut brule a Rome, ct sur Pierre TValdo, qui ne ful pas le
foiidateur des 6glises vaudoises, comme on le croitgenerale-
mcut. Jaurais desire que M. Willim iiit entre dans plus de
details sur ce Claude, eveque de Turin, qui vivait du tems de
Cbarlemagne , ct qui parait avoir eu des opinions tbeologi-
ques, tres-rapprocbees de celles que les prolestans proclame-
rcnt nenf siecles plus tard. On trouve aussi, dans cette in-
troduction, des reiiexions judicieuses sur les auteurs du nioyen
age qui ont denonce les scandales monastiques; et, a ce ti-
Ire , les portraits de Phrarque, et du Dante. Quelques per-
sonnes ont lait un grand crime a lauleur de I'lutroduction, d'y
avoir place ces deux portraits profanes, a cote des grands re-
formateurs. U est vrai qu'un prolestant scrupuleux aurait
micux airae les portraits de Claude ou de TVahlo, s'll avail
64 SCIEISCES MORALKS
ete possible de Ics avoirj iiiais Petrarque a fait Jes vers liei-
piquaus coutie les gcus deglise, ct Ic poetede Florence a place
ties papcs dans son enler. L'introduction est leriulnee par le
roclt de la vie et des travaux de JVicleJ', ce rcforinateur doiit
le coucile de Constance (it delerrer les os. A cesujel, on doit
consulterun passage Ires-original du vieilhislorien ecclesias-
tiquc anglais Fuller, donirauleur de V Introduction aurail pu
tirer parti. Viennent ensuile les notices sur Jean Has et sur
Jerome de Prague , par M. Wilhin , avcc deux trcs-heaux
portraits^ la vie el le portrait de Jean Ziika , article de M.
Charles Cuvier, d un style simple et pur. Cependant, cctle no-
tice laisse qiielque cliose a dcsirer, sous le rapport des recher-
ches blograpliiques, II aurait lallu donner plus de details sur
le fameux chef des Hussites. Des ce moment, nous entrons
tout-a-falt dans I'liistoire de la reformation. Je trouve d'ahord
un tres-beau portrait de Luther , do ce molne auguslln , qui
agita si profondcmcnt I'Furope, cet liomme si vaste dans ses
desseinSjSi ferraedanssa couduite, si calme apres la victoire,
dont le caractere etait mele de cet esprit de hardlesse qui
fait concevoir les plus grandes eulreprises , et de cet esprit
de prudence qui en assure la duree. Plus heureux que Calvin,
Luther ne rencontra jamais Toccasloa de se montrer cruel et
fanatique; j'ose croire qu line Tcut pas ete.Cetle notice, beau-
coup trop courle, est de M. Boissard. La vie AUlric de Hu-
ten qui suit, est fort lutoressanto. M. Charles Cuvier a trcs-
bien decrit les travaux et le caractere de ce chevalier reli-
gieux , qui fut poete spirltuel et raillcur, tlieologleo savant,
guerrler intrepide, et qui figure avec un egal succes dans les
combats, les disputes et les coucours littcralres de son terns.
Quoique le simple catalogue des litres de ses nombreux ou-
vrages soil peu Instructif , sans notes analjtiqucs, je ue fcrai
pas un reproche a M. Charles Cuvier de Tavoir trauscrit, at-
lendu que presque tous cos llvrcs soul fort rares aujourd'hui.
ET POLITIQUES. 65
A Cole des portraits de ceux qui ont preclie la reformc, se
place ualurelleiucnl cclui du prince qui, le premier, I'a ouver-
Icnient protegee, de Frederic le Sage, electeur de Saxe , qui
.ivail recu de Rome le don de la rose d'or, comme Henri
A^lIIle titre de lii^enseur de laj'oi, saus que cela Tengageat
a rien pour Tavenir.
Le Musee des protestans ctlibres fait connailre successi-
vement la vie des princes qui prirent la defense de la reforme,
a sa naissance : Philippe., landgrave de Hesse, Jean le Cons-
tant et Jean-Frederic, ious deux electeurs de Saxej ces noti-
ces sont de M. Willira. II .•> tres-bien retabli la verite des fails
sur la revolle des anal^ptistes qui fit tant de peine a Luther,
el qui n'etait qu'une levee de boucliers des paysans coutre la
feodalile gernianique. M Willim a senti combien il etait dif-
ficile pour un bistorieu protestant de se tirer d'aCfaire, sur le
point de la bigamie da landgrave, scandaleusement approu-
vee par Melanctbon et par Luther. II se rcsoul d'assez bonne
grace a condamuercette conduile,que rien en efTet ne saurait
es-cuser. Je dirai seulemeut quil nie semble que Ton com-
preud fort mal la situation dun bistorien prolestant, qui ra-
conte ces circonstances delicales. Les rcformes ne doivent ja-
mais pretendre et n'ont aucun besoin de soutenir que les re-
formaleurs furent infaiUibles.
Je trouve encore, dans ce premier volume, une notice sur
Bucer, reformateur qui jcta les fondemens de la celebre e'glise
de Strasbourg, par M. Bolssardj sur Ulrich [Zwingli et non
Zwingle) , par M. Wilbm , reniarqua])le par i'euchaiuement
des fails de celle vie orageuse. Zwingli mourut, les armes a la
main, dans une bataille contre I'armee des cantons suisses ca -
tboliqnes. 11 ne me parait pas que I'auteur de la notice ait as-
sez remarque combien celle couduile s'eloigne de la resigna-
tion evangelique qui doit loujours aniraer un pasleur. Jamais
ui la raison ni le coeur ne pourront s'accommoder du spec-
T. xviii. — A\>ril i8'j5. 5
66 SCIENCES MORALES
tacle de prelres, prechani dun cote, et combaltant de rantre.
Apres le ri-formatour de Zuricli, rient une notice sur Mclanc-
thon, avec uu poi'lrait ou Ton rccounait loule la douceur de
pliysionomie de cet ami de Luther. M. Monod, lauteur de la
notice, a fait ressorlir riiuportance des services que le zelc et
les connaissances de Melancllion rendireut a la reformation;
et certainement, ce fut lui surlout qui porta les plus grands
coups a la ])arbarie scolaslique qui iafectalt encore les ecoles
de son terns. J'ai reniarque daas ce morceau des reflexions
sur Tctrani^e conduile de ce reformateur, lors de Texccution
a Geneve de Vhert'lii/ue socinien Servet. Quoiquc tel fiU, sans
coutredit, le mallicureux esprit du Iciiis, celle approbation
donuee a uu supp'ice aflreux, pour cause d'opinion, sufllt
pour Jeter quelque nuage sur le caractere du tioux Mclancthou.
Ce premier volume est tcrmine par une noLice de M. Doin,
sur Charles Rlaurice, prince dun caractere si cnlrepreuant,
qui concut le projet liardi de s'emparer de la personne de
Cliarles-Quiut dans Insprucb , ct ne Ic manqua que de deux
heurcs, et dout les armes vicloiieuses firenl lever tumultueu-
sement le coacile de Trente.Les c'ditcurs du Musce out agi tres-
)udicieusemcnt, en doanautuu portrait de Jtaii Sleitlan. La
notice sur sa vie est de M. Jung. Sleidau, par sa veracite , la
severite de son style, et Tauslcrite de ses jugemens, merite
d'etre appele leTacite de la reformation.
Apres une notice sur Gnslave JVasa (i), roi de Suede, ore
trouve, dans le volume II, le tableau de la vie ct des travaux
d'OEcolarnpacle. M. Goepp a fait un rccit tres-interessant de
la conduile du reformateur Balois, aussi remarquable par ses
lumieres que par sa douceur, qui nese desbonora par aucune
violence, et donl les qualltes tranquilles et sans pretention lii-
(i) Les articles sur GustavtJV asa et Thomas Cranmer, sont de I'au-
tcur de celte analyse. (N. d. R.)
ET POLITIQUES. 67
rent justeraent ce qui Teoipecha d'etre aussi conau qu'il me'ri-
ieralt de Ictre. M. Boissard, dans ses notices sur Farel et
sur / iret , deuxautrcs ivforraaleurs suisses, a donne d'assez
f^rands devcloppeuiens a ce (ait iniportaut , que cest surtout
la reformation helvetique qui a nioutre combien la masse des
peuples sentait le besoin de cliaugeiuens religieux.
Jusqu'ici, nous n'avons vu que des retorniateurs etrangersj
maiutenant, nous enti'ons ea France. Je trouve d'abord les
notices sur Louis de Berquin, conseiller de Francois P"",
qui, plusieurs fois arrete pour des ouvrages en faveur de la
reformation, et toujours acquitte, fut fiualement brule a Pa-
ris; et sur le venerable et savant, /^t'l^f/e^ d'Elaplts , qui,
malgre la hardiesse de ses opinions, mourut a un age tres-
avance, grace a la protection bienveillante de Marguerite de
Valois. Cesuoiices, qui se terralnentpar une liste detaillee des
ouvrages , fort rares aujourd'bui, de A'Etap/es , soat de M.
Huot. J'aurais desire qu'il eut ajoule plus souvent quelques
mots d'analyse sur cliacun des ouvrages de ces reformaleurs.
Je ne feral qu'ane remarque, c'est que, malgre Tavis de Fau-
teur des notices, soutenu de celui du spiriluel M. de Pradt, je
ne crois pas que la reformation eut pris un cours plus rapi-
de, si elle eut eclate a Paris, ou merae a Rome. Willemberg
n etait pas une ville obscure, quand Lutber y afEcba ses fa-
meuses theses. Aucune ville d'universite nest obscure en Al-
lemagne, et c'est un immense avantage. Dans aucun teuis,
on n'y a tente de tout coucentrer dans un foyer com-
mun d'adminlstration et de Inmieres. D'ailleurs, au seizic-
me siecle, en quelque lieu que tombat Totincelle de la refor-
malion, partout elle devait rencontrer des matieres com-
bustibles, et produire un vaste enibrasement. On arrete un
coniplot obscur; mais ou n'arrete jamais res vastes conjura-
tions que Topinion des masses decide, etqui ont la puissance
irresistible d'atlirer a dies ceux memes quon envoie pour Ie»
Gft SCIEISCKS MORALES
elOufTer. M. Iluot a cncoie domie clans cc volume des notices
sur tloiix protcstanlc's ct'lchres, Marguerite cle France, et Re-
nee de France, car Ics fcmmes ligurent aussi dans ce Musee,
etla seule ^lisabeili <rAngleterre suffirait pour les y faire ad-
niettre.On y trouvcra des fails curieux sur les services que ces
deux princesses icntllrent a la reformation francaisc. Mar-
puerile donna a son frerc, Francois P', beaucoup d'cxcellens
eouseils qu'il recut avec courtoisie, mais qu'Il ne suivit pas.
En cjeneral, ce monarque est fort niallraite dans Ic Musee, et
sa conduile alroce envers les proteslans motive parfaitement
la severite des hiograplies. Le hon I.ouis XII ne devina que
Irop juste, quand il dit que son gros garcou gaterait hien des
choses.
Je trouve encore ime notice consacree au spirltuel et
joyeux Miirot, qui se declara presque protcstant, et qui, vive-
nient poursuivi paries raoines, n'eut aucune faclieuse aven-
ture, parce que tons les rieurs etaient pour lui. On ne lisait
pas les doctorales delations de ses ennerais. Tout ce que la
cour savait des attaques dirigees centre sa muse enjouce, lui
etait appris par ces memes poesies doiit on lui faisait uu cri-
me. La notice, dun style elegant et gracieux, est de M. Doin.
On voit, avec un plaisir meic de surprise, que le Mnsile a
un editeur responsable, qui sait blen ecrire.
Le second volume est encore occupe par Thistolre des re-
formateurs allcmands , anglais et surtout francais des tems
quisuivirent la reformation de Luther. II fallait clioisir parmi
les nombreuses victimes de I'intolerauce de nos rois. Les au-
leurs du Musce ont doune avec ralson la preference a Tillus-
tre et malheurcux Anne Dubourg, ce conseiller au parle-
ment de Paris, dont la vie fut irn'-procliahle, et dont la fer-
melo patriotiqiie et reiigieuse, dans ses derniers momens,
rappelle la mort de Socrate et eelle de Thraseas. Les belles
paroles par lesqucllcs il terinina son plaidoyer, ont retenjj
ET POLITIQUES. %
tlaus riiistolre : Eleignez vos Jtux, renoncez a vos vices,
com>eriissez-vous a Ditu. Celte notice, plelne de reclierchcs
curieuses, est due a M. Iluot. Sulvant son opinion, Voltaire
serait Tauteur du discours quil a mis dans la bouche de Dii-
Ijourg ; c'est ainsi que Tite-Live et Tacite font souveut par-
ler les hommes dont ils racontent la vie. Ces discours al-
longent Thistoire et ne reclaircisscnt pas. Le portrait que
donne le Musee, est peut-elre le seul qu'on ait jamais grave du
vertueux Anne Dubourg. Cest bicnla,Ic tardif hommage de
la posterittf.
Vient ensuile une notice sur Calvin, qui meriterait a elle
seule une analyse detaillce. La vie de ce reformateur de-
vait occuper une place distinguce dans cctte galerie pro-
testante : cct article de M. Guizot est a tous egards di-
gne du sujet qu il a traite. Le caractere de Calvin est esquisse
a grands traits etTorme un beau tableau. RL Guizot a
contemple Calvin sous des rapports nouveaus et dune
vcrite parl'aite. La maniore de cet ccrivain distingue est
de saisir le grand coU; de tout ce quil decrit. lei, il a
trcs-bicn signale les differences qui existent enlre les
reformateurs des eglises allemandes et celui des eglises fran-
caises, et c'est moius comme tlicologien que comnie legis-
lateur quil a envisage Calvin. Je ne crois pas trop m'avan-
cer , en disant que cette notice suffirait pour faire la reputa-
tion d'un autre ecrivain ; elle me parait tellement remar-
quable, que je doute beaucoup quelle se perde meme dans
la masse des ecrits dont M, Guizot est Tauleur, et qui tous
«nl cte consacres a eclaircir des questions obscures ou des
tlieories politiques , a dcfeudre des droits sacres ou a servir
la liberie.
Je me bornerai a indiqucr les notices qui tcrminent le se-
<-ond volume : Henri BuUingcr, de Bremgarten , ami et col-
laboraicur dc Zwingli, par M. Uess j Ilcnri FIJI, par M.
70 SCIENCES MORALES
Wllhm; Jeanne Grey, par M. Doiii, avec nn tres-joli por-
trait dc celle jcune rclne, si belle et si inforlunee. Dans la i'*
partie tlu troisicnie volume, apres une notice siir Crawuer,
qui flit si ('Irangement caloninie par Varillas et Sanderus, el
nieme par Hume, on trouvele tableau de la vie tumultueuse
AeJean Knox, par M. Wilhm, article stir lequel j'aurai quel-
qiies remarques a faire dans iiu dernier article sur la suite du
Musi'e. Lc menie autenr me parait avoir jugo Henri VIII avec
trop de severlte, et le fougueuxKnox avec Irop d'indulgea-
ce. II repete que Henri VIH fitporir 72,000 personnes. Hu-
me, auquel il a eniprunte cefail, remprunta lui-meme a This-
torien Heylin, qui ne nierile pas grande confiance. En gene-
ral, dans 1 liistoire , les nonibres ronds sont toujours dange-
-reux. J'indlquerai aussi quelques-uns des details tres-interes-
sans que renferineul deux articles pleins de falls curieux,sur
les reformations de I'ltalie, de M. Matter. L'execution des por-
traits par le proci'de de la lilliographie est satisfaisante, quel-
qucs-uns meme sont ires-soignes. Tous ont ete dessines d a-
pres des modeles authenliques, el j'engagerais les edlteurs a
taire connaitre, a la fin de chaque livraison, les sources origl-
nales d'ou ils les ont tires. Ce seralt augnieuler le plaisir et la
confiance du lectenr.
II reste encore aux auteurs du Masee des protestans celt-
bres(^i), uu grand espace a parcourir. Cromwell, Miliou,
Bacon , Elisabeth, Henri IV, Sully, Duplessis-Mornay ,
Coligny , Grotius , Barnei'elt , Theodore de Bcze , Bayle ,
Claude, Guillaume d'Orange, Leibnitz, Newton, Klops-
tock, enfin TVashington, Kant, Paul Rabaut, et son illustre
et malheureux fils , Teloquent Rabaut-Saint-E tienne , de-
vronl figurer successlvement dans celte galerie des grands
(1) On prepare une traduction hollandaisc de cct oiivragc, a Amster-
dam. 11 parait que lc liiusee sera aussi traduit en allcmand.
ET POLITIQUES. 71
hommes dont le protestantisme s'honore a si juste litre
J'ajonlcrai que ce Aluse'e n'est pas seulement un livre pi-
quant et dune lecture agreable ; c'est uu monument de la
pliilosophie et de la tolerance de notre siecle. Tel est le
motif principal quia decide les edileurs a entreprendre cet
ouvragc; ct en eCTet, cest inal comprendre rimporlance de
riiistoire d"y meler daulres interels que ceux de la verite.
Charles Coquerel.
(VW\*VV« wv\*vv%
HlSTOIRE ET DESCRIPTION DES IlES lojflENNES , dcpUtS tfS
terns fabideux et licroiques jusqu'a ce jour ; avec un
nouvel ATLAS, contenant cartes, plans, vues, costumes
et midailles; par un aDcien officier sup(^rieur en mis-
sion dans ces iles ; ouvrage revu et prec^dd d'un Dis-
cours pr^liminaire, par M. le colonel Bory de Saint-
Fincent, correspondant de l'Acad6mie des Sciences
de rinslilut, et de plusieurs soci6t6s savantes (1).
Les premiers legislateurs de la Grcce qui entreprirent de ci-
viliser un peuple d'autant plus cruel qu il etait plus sensible,
durent, pour adoucir ses moeurs, s'emparer de son imagina-
tion, en employant Tattrait du merveilleux, les cliarmes de la
melodie et des vers. La lyre, dit Isaac Vossius (2), gouverna
Tantique Hellade, forma les heros, extermina les monstres,
crea la liberie, et fonda ces immortelles repuliliques, qui se-
ront Tobjct de Tadmiratlon des siecles. Organes de la reli-
gion, des lois et de la politique, la musique et la poesle ani-
(1) Paris, 1820. Un vol. in-S", avec un atlas. Dondey-Dupre, librairc,
Prix , 25 fr. papier fin , el 56 fr. papier velin.
(a) Zianc Vossius. De virihus rhylhrni et foamat. (Ant.)
ya SCIENCES MORALES
liiorent toules Ics parties de la predicalion publlque, cl le«
sages, separes de la multltucle, ajoulerent ainsi a leurslecons
tine autorite qui avail quelque chose de divin. Les coraman-
doinens dcs dleiix, les oracles qui dccidaient les cas de con-
science publics, car ils n'otaient gucre consultes par les par-
ticuUers, a cause des hecatombes partaites el des dons qu'il
faliait oflVir aux sacristains des bierons; Ics paclcs dcsocictc,
jusqu'au lems ni6rae des Doriens, tlaient cbantcs , conserves
et transmis par la tradition aux lamilles beroiques des Iwm-
mes aux langues arliculces . Perpelucs , et passant d'age en
age, ils furent recueillis, comrae les ecrilures des Hcbreux
apres la captivitc, au mlliea dune foule de souvenirs, qu He-
siode nous a conserves, dans une laugue sans doute plus bar-
monieuse que celle des dieux auxquels on les attribuait. Ain-
si, comme le dit M. Bory de Saint-Vincent, cc n'est pas tant
a la barbaric, ni a la negligence des premiers sieclcs, qu il
faul attribuer une multitude de doutes qui nous restent au
sujct de la bautc antiquile, qu'aux malbcurs des lems et aux
ravages des devastateurs de la Grece.Vaincment, on dirait que
le divin Orpbce qui encbaiuait les tigrcs, et dont les accens
valnqueurs enlrainaient a sa suite les cbenes des montagncs
et les rocbers, en suspendant le cours des fleuves, ne nous
I'ournirait aucun secours par rapport a la cbronologie et a la
geograpbie, quand ses poesies nous seraient parvenues. On
peul en deduire une consequence tout opposee, d'aprcs Ics
poesies d'Homere, qui counaissail sans doute des origines
bien anterieures au siege de Troic, meme pour les pays qu'il
n'avait pas parcourus, et oii le cbronologiste, legeograpbe,
ct Ibistorien peuvent puiser .i pleines mains, quand ils soul
capables de renlendre.
En parlant de ces faits gcneraux , succinctemenl enoncrs
dans un Discours preliniinaire, qui unit les graces du style
au raorile dc la concision, M. Boiy de Saint-Vincent, <[uit-
ET POLITIQUES. yS
tant le burin de Clio, ne dcdaigne pas de nous donner uue
liistoire speciale des ties louiennes, dans laquelle on trouve
a cote d'un vrai talent, le penible labeur d un religieux. de la
congregation de Saint-Maur. « Si ce genre de travail, dit le
savant ecrlvain, demande moins de talent que la baute bis-
toire, il exige peut-etre plus d'erudition : il est egalement sus-
ceptible detous les ornemcns du style; il fouruit des reflexions
non moins profondes; et il n est peiit-clre pas moins beau de
marcber a la gloire par le secours de I'erudition, que de s im-
luortaliser par Tascendant du genie. Ainsi, donner Tbistoire
complete des iles loniennes, c'est reveiller des souvenirs
cbers au monde savant. »
En effet, Corcyre, Leucade, Cepballeuie, Ilbaque, Zacyn-
tbe, Cytbere furent des royaumes ou des etats florissans, aux
raerveilleuses epoques bistoriques, ou I'ou mesurait rimpor-
lance des peuples, non a la surface de la terre sur laquelle ils
vivent parques comme des troupeaux, maisala civilisation,
aux arls, aux sciences et a la gloire dontils ctaieutenvironnes.
A ces titrcs , leptarcbie louienne tient une place bonorable
dans les annales de la Grece, et on peut dire que, si Corcyre
trabit les lois de Tbonneur, en negligeant de se trouver a la
bataille de Saiamine, il ne faut peut-etre pas lui en faire un re-
procbe plus grave, que de n'avoir pas vu les loniens de nos
jours prendre part aux comljals de Cbios et de Tenedos, oil
la marine insulaire de la raer Egce a rcnouveli des prodlges
non moins elonnans que ceux des plus beaux siecles de la Gre-
ce. Les ocarls de la politique ne doivent jamais etre attribues
auxnations, qui ensontgeneralemcnt lesviclimes expiatoires.
En parcourant les iles loniennes, je ne sais quoi de divin
s'exhale encore de leur territoire encbanteur, vers leqiiel il
faut loujours se tourner, quand on veitt ciltr une belle ac-
tion. Suze, Babylone, Ninive, n'ont pu conserver les bon-
ncurs du prestige atlacb^ aux jardins ignores d'Alcinoiis, a la
74 SCIENCES MORALES
demeure contesU'e cVUlyse, roi d Illiaque, au tombcau m^me
tin clncn fidele qui rcconiiut Ic pnsteur ties peuplcs, apres
tant d annoes tVabseucc. Le terns, qui a detruil jusqu a la cen-
tre ties superbcs monarcbies de I Orieul, a respcctc la Grece,
el ou ne nomine aucuue de ses lies, sans que Tiinagination et
lesarts nieme ue reslauient scs cites, ses temples, scs tropiiecs,
et ses mouumens. Piusd un voyygeuraime encore, a Texem-
jple d'Homere, a I'airc I'eloge du caractere bospitalier des pay-
sans de 1 lie de Corcjre, au foyer desquels Ics proscrits de
Parga, plus inlbrlunes que Tbemislocle, troaverent un aslle,
lorsque vendus a Ali Tebelen par Ics calculs du crime, ils fu-
rcnt contraints d'abandouncr les tombeaux de leurs peres.
Quels aulres rapprocbemens ponrrious-uous faire , si nous
rappelions les terns oii Aristote iugitif, et Alexandre le Grand,
persecute par unc maratre, vinrent, I un pour sc d('robcr a la
fureur des partis, et Tautre, sous prrtexte de visiter sou mai-
tro, cbercher un reluge dans cetle Corcyre, toujours ouverte
aux nobles infortunes. Tacite nous montre Gerraanicus, et
Agripplne chargee bieutot apres de Turne cineraire qui ren-
fermait les tristes restes du meillcur des epoax(i), abordant a
sonrlvage, comnie on y vit descendre, de nos jours, les
augusles tanles de Louis XVI, auxquelles les raodernes Cor-
cyreens s'empressercnt d'ofi'rir un palais , des gardes d'lion-
neur, et de rappeler le souvenir des respects donlellcs etaieut
entourees au milieu de la cour de Versailles. On nionlre
encore la demeurc qti'elles occuperent a Corfou , et celni
qui fut leur chevalier fidele, leur Eumene, n'a pas raemc oh-
tcnu une tombe de la pilie publiquci
Ce que rapporte M. Bory Saint-Vlnceni, au sujet des aut.es
iles lonieanes, pourralt nous fournir une foulc do citations,
(i) Tacit. Annal. Lib. hi.
ET POLITIQUES. 7 5
prises tians les terns de la Grece llbre , ou aux epoques de la
conquete du peuple roi. Mais c'est dans son ouvrage que le
Jecteur pourra conlenler sa curiosite, qui sera amplement sa-
tisfaite par Ic clioix des evenemens que Tauteur a su com-
prendre dans son cadre historique. Nous passerons au terns
ou une religion tendait a enianciper le moude de Tescla-
yage dune vaste tyraunle militaire par les bienfaits de Tevan-
gile; alors les lies loniennes recurent la doctrine du chrislia-
nisme, que leur apporterent SS. Sosipatre el Jason, Tun e-
"veque deTarse en Cilicle, etTautre, d Iconlumen Cappadoce.
Le premier autel eleve par ces deux disciples de saint Paul,
fut construit sur Tile Pytie, aujourd'hui He de Vido, ou ils
aborderent, et dedie au proto-martyre saint Etienne. Mais
bieulot, une persecution s'elaut elevee, saint Sosipatre, ren-
ferme dans un taureau d'alrain, ayant soufTert le martyre, scs
palnies s'etendirent sur toutes les iles, qui furent couverties
au cliristianisnie. A dater de cette regenei'ation, les loniens,
sans cesser d'etre fideles aux empereurs remains, combattent
au contraire sous leurs aigles, partout oii ceux-ci les appel-
lent. lis celebrcnt la mort de INeron, en faisant frapper une
medaille, en I'lionneur de Galba qui avait purge la lerre d'uii
pareil monstre ; ils dounent le spectacle dune naumacliie a
Titus vainqueur des Juifs, et parA'iennent a detruire les pre-
ventions qu'Il avait concues centre les loniens; enfiu, ils ont
le bonbeur inconcevable d'ecbapper aux persecutions de son
frereDomilien, qui respecta, ainsi que Dioclelien, I'eglise de
Corcyre. Ancun monument des Corcyreens, qui rendirent
des hommages a Nerva et a Trajan , ne marqua le passage
d'Hadrien aux lies loniennes , ni ses vicloires, ni ses longs
voyages; maisAntonin le Pieux, Marc-Aurele et nieme Faus-
tine, obtinrent d'eux des medailles. Ils comptaient encore a-
lors parmi les meilleurs bommes de terre et de mer de I'em-
plre, si Ton s'en rapporte a Tcloge que fit des loniens , Lucius
^6 ' SCIENCES MORALES
Verus, en presence de Tarmee romaiiic, au relour tie son
expcHlIllon conlre les Pailhes.
II faudrait Iranscrlre le recit rapide dc M. Bory de Sainl-
Vinceiit, pour sulvie dans toiitcs leiirs phases politifjucs les
Corcyrrens, noni sous lecjuel sonlsouventcompiis les lialjitans
des aulres iles , jusqu au tems de la tianslallon de I'empire
remain aux rivages du Bosphore, ou Couslanlln deporla le
senat et les lois, sans pouvoir v fixer I'autel de sa victoire.
Ceo elait fait du peuplc rol , scs destinees etaieul accomplies,
et Jiilien, que M. Bory de S lint-Vincent regardc comme ua
restaurateur de la Rome des Fabriciiis et ties Scipions, ne
pouvalt, s'il eut vecu, arreier la marche irr('sistlble des eve-
neiueus. Le nioude etait emporle dans sa course vers des
idees nouvelles. L'empire devait etre decliiie par Ics opprl-
mi'sj la justice eternelie se devait a elle-mcnie une pareille
satisfaction. Quant aux tcncbres de Tigaorance qui couvri-
rent la terrealors connue , elles etaient le resultat dugouver-
nement niilitaire qui I'avait si long-tems avilie, en tenant
les pcuples courbes sous le joug des legions romaines, et en
preferant les arts de la guerre a une civilisation que ue pou-
vaient comprendrc des empereurs tires de la elasse des chas-
seurs d'hommes , par qui ils etaient choisis etsaluesdes titres
d'Augustes et de Ccsars. Rome merilc, sous quelqucs lap-
ports, de Tadmiralion; mais ellc n'inspirera jamais un senti-
ment de regrets a Tame du sage, persuade que toule gloire
milltaire qui depasse les bornes d'une defense legitime est
un crime antisocial.
Les iles lonicnncs, dopouillees de leurs noms pcetiques,
changes en ceux de Corfou, de Sainte-Maure, de Thiaki, de
Zante, et de Cerigo , se debaltant aa milieu de la chute de
Vempire d'Orient, ninspireraient qu'un sentiment de com-
miseration, si quelques beaux traits ne faisaient reconnaitre
tour orlgine antique. Apres de longues convulsions, on est
E'f POLITIQUES. 77
ravi tie voir le picux arclieve<[ue Arslaius appelcr les Corfio-
tesa la victoire, par ua devoueinent peut-elre plus sublime
que l'l;eroisinc de Rogulus. « Corcyre allait elre la proie des
Barbazes, quisVtaienl approcbcs pour ravager I'iiej mais Ar-
slaius, n'besitant pas a se devouer pour le salut de son tron-
peau, se livre aux pirates, qui le retiennent et suspendent lo
signal de la devastation, dans I'espoir d'en tirer une forte ran-
con. A peine cetle genereuse resolution est-elle connue des
Corcyrcens, qu ils se decident de suite a attaquer les corsalres,
ils lancent leurs vaisseaux a la mer; ils fondent sur eux, et
remportent une victoire, dont la dciiyrauce de leur eveque
tut pour eux. la plus douce recompense. »
Arsinius, dansces terns de calamite, etaituneseconde pro-
vidence chargce de veiller au saint de ses compatriotes. Cor-
fou respirail a peine, qn'un enyoye de Coustantin Porpbyro-
genete, conlrarie dans ses vues de cupldite, accuse au pied
du trone les Corcyreens de rebellion et leurs magistrats defe-
lonie. Aussllot, mandes a Constantinople, ou ils avaient tout
a craindre des suggestions du ministre perfide, ils ne voient
que leur prclat pour defouraer les coups certains qu on veut
leur porter. Arsinius se devoue, malgre son grand age, aux
fatigues dun voyage long et penlblej 11 se rend a la cour bar-
bare de Constantin VII, et rehabillte ses concitoyens dans Fo^
pinion du princej mais, en revenant avec des paroles de par-
don, 11 expire a Corintbe, avec le seul regret de ne pouvoir
rendre le dernier soupir au milieu dun pays qu II avalt sauve
deux fols.
Cet episode , que nous empruntons a riiistolre des lies
loniennes, est celul du dernier des Grecs genereux, qui sen-
talcnt encore battre leur ca?ur au beau nom de patrle ; car,
rileptarcbie et Naxos que Tauleur comprend dans sa narra-
tion, en passant sous des dues parllculiers, perdlrcnt toule
espece de conslstance politique. Les Latins qui venalent de
,8 SCIENCES MORilLES
a'emparer de Constantinople, morcelerent rempire, et inti*o-
duisirent la ft'odalite dans Ics provinces qui Icur echurent en
parlage. L'Attiquc, la Laconic, la Corinllue, la Messonie ,
I'Arcadie et rAciiaie devinrent aulant de fiefs, ct les grands
honimes de Tanliquile I'lirent remplaccs par des comtes , Jes
barons, fort braves sans doute, inais aussi illettres que les lie-
ros primitifs dela Helladc. Celle periode d'humiliation fail la
matlcre du livrc quatrieme de rHistoirc des iles loniennes,
depuis le milieu du xii* siecle, jusqn'a la morl de Soli-
man El-Canouni , en 1 566. Dans cet espace de terns, on voit
nn Alexis I*', due de Corfou, conspirer conti'e Alexis U,
empcreurd'Orientet ledetroner; s'allicr ensuite a Guillaume,
roi de Sicile, contre Andronic, qui le roduil en captivile, et
apres avoir ete delivre par son successeur Isaac FAnge, Ira-
mer de nouveau des complots , et ne cesser d'intriguer qu'a-
pres etre relcgne dans un monaslfere, dernier terme alors
des ambitions buraaines.
Depuis 1257 jusqu'en 1822, M. Bory de Saint-Vincent
traverse une foule de pelites revolutions, qui rangent succes-
sivement , ou quelquefois en meme terns , les lies loniennes
sous la domination des dues d'Aujou, des Vonitiens , des
Francais, des Russes, et enfin des Anglais , qui y dominent
maintenant avec un mepris pour les babitans, qn'on ne peut
comparer qua celuL des cbefs de la compagnie des Indes
pour les Hindous au commencement du siecle actuel. Cette
nai ration, quelquefois aride ou incomplete, renfermec dans
le livre sixiemc de Thistoire des iles loniennes. Unit a nos
jours, et se termine par les vocnx dune emancipation tres-
impolitique a tenter, a moins qu'un pareil evenement ne suit
le produit des vues pbilantropiques qui ont araeliore le sort
des Indiens et fait abolir la traite des Negres. Puisse ce
moyen legal, le seul praticable, dtre compris et adopte par le
rainistere britanniqucj et il pourra prevenlr des explosions
ET POLITIQUES. 79
qui n'altireraient sur im peuple , respectable dans son mal-
heur, que <les vcugrauces terribies, et Taffreuse condition de
gomir long-temps encore sous le joug oppresseur des lords
bauls-conimissaires, dont la magnanimite d'ua peuple gene-'
rcux, et jaloux de sa propre gioire, A'oudra sans doute af-
franchir les looiens. PoUQUEVlLLE.
"Vt/V^iWVW/W
HiSTOiRE DE l'expedition DE RussiE, par M.***, avec
un atlas, un plan de la bataille de la Moskwa , ct
une viic du passage du JSUmen (1).
L'auleur de cet ouvrage ue s'est point nomme. Cetle re-
serve est certaluement digne d'eloges ; mals le terns approclie
ou Tinteret de riilstoire devra la faire cesser. M*** a t'crit
sous les yeux de ses compagnons d'armes , Icmoius , comme
lui , des falls qu'il raconte, et qui peuvent atlester la verite
de ses recits ; mais ces temoins disparaitront , et I'ouvrage de-
meurera seul. Dans cet elat d'isolement, un auteur qui se
norame inspire plus de confiance : le monument qu'il a eleve
porte une inscription de plus , et son authenticite parait mieui
elabllc. Esperons qu'une nouvelle edition de cette blstoire
sera telle que laposterlte la demande, avec toutes les garan-
ties nt'cessaires,et que Tofficier qui Ta ecrite ne craindra point
de s'y niontrer revetu de son uulforme.
Cet ouvrage est effectivement uu de ceux que les lilstorlens
futurs devront consuUer , lorsqu'il sera possible de saisir len-
semble des grands evenemens dont ies deux continens furent
le theatre , dans le court espace dun quart de siecle , de re-
inonler jusqu'a leuis veritables causes , de faire connaitre
(1) Paris , 1820. Deux vol. in-S**, et un atlas de meine format. Fillet
ainc, rue Cbristine , a° 5, Prix, i5 fr.
8o SCIENCES MORALES
leurs consequences , en un mot, den tracer un tableau fitlele
pour 1 instruction iles peuples el des gouvernemens. Les do-
cumens officiels , et surtout les recits de temoins veridiques
et eclaires , voila les sources ou I'histoire doit puiscr , afin d'e-
viler, aulant qu il est possible , lout melange d'erreur ou d'im-
posture. Aprcs avoir lu le livre de M***, on nc doutera point
qu'il ail pu bien voir, el personne ne refusera de croire a sa
veracite.
De 1789 a i8i4 , la Fraacc s'est monlree sous Irois aspecis
qui obligenl a diviser eel cspacc dc vingl-cinq ans en Irois
epoqucs distinctes. Dans la premiere, les arraees se forme-
rent par Tentbousiasme national , tous les talens conlribuerenl
a leur creer des ressources, Tart de la guerre fit des progres
rapides ; les ennemis de la France furent etonnes , ils s'arre-
terent, el loeuvre de la revolution semblail consolidee. Mais
un bomme extraordinaire , un soldat de ces armees sut les
faire servir a sou elevation ; la Fratice s'imposa ce colosse, et
en faligua I'Europe. II fallut alors un autre cntbousiasme,
une autre organisation mililaire : lart pril une autre forme ,
sans faire de progres reels. Pendant ce terns, I'Europe pre-
parait son affiancbissement , et se formait a Tecole de nos
guerriers. Le lems devail arriver ou les talens et riustruclion
seraient a pen pres uniformcment repandus , et ou le nombre
deciderail de la victoire ; alors, commeuca la troisleme epo-
que. Elle devail elre la plus courte, el le ful en ellet : elle
conimenca par Texpedilion de Russia, en 1812, et f nit par
Tabdication de Bonaparte , en 1 81 4-
De ces trois pbases de notre revolution , la premiere et la
dernicre sont les seules dignes d'etre meditees par les bommes
d'etat et les pbilosopbes ; mais les militaires etudieront toules
ces longues guerres , sans s'occuper des vues secretes dc
riiomme qui les entrcprit. I/etablissement et la cbute de la
republiquc, et la fin du regne dc Bonaparte, seront, pour
ET POLITIQLES. 8i
tousles sioclcs , de grands et terribles exemples ; mais deshis-
toriens mcdiocres seraient trop au-dcssous de pareils sujels.
Ceux qui auront ie courage d'enlreprendie cetle cciivre im-
mense, seraient pciit-etre incapahles de Pexccuter, s'ils ue
possedaient point de prolondes connaissances militaires. L'art
de la guerre y tient une place si importante , il modifie si es-
sentielleraent tous les fails , que le tableau scrait toul-a-fait
manque, si les details militaires n"y etaient point traites con-
venablement. Lorsquil sera tems d'ecrire I'liistoire des trois
dernieres annees de Bonaparte , de moutrer ce conqueraut
detrone, attache, commeun autre Prometliee, au rocber de
Sainte-Helene, on desireraquelbistorieu ecrive sur la guerre
comme notre auteur ; qu'il sacbe presenter les fails militaires
sous un aspect aussi general , dans leurs rnppoits entre eux et
avec la politique. Mais ce tems est encore loin de nous : le
burin de I'liistoire ne pent encore etre remis en des mains
siires ; nous ne savons pas tout, et plusieurs motifs nous em-
pecbent encore do dire tout ce que nous sayons. Tout ce que
Ton pent faire aujourd'bni, c'est c!e rassembler de bons ma-
teriaus , de les preparer pour la posterite, en les degageant
de ce qui les altere ou les deforme. Notre auteur a rempli
cette tacbe a I'egard de Texpedition de Russie : voyons com-
ment il a execute ce travail important.
L'ouvrage est divise en quatre livres : le premier se (er-
mine par la prise de Smolensk, et par le recit de ce qui se
passa dans cette malbeureuse ville. Le second coraprend la
serie des evenemens , depnis le depart de Smolensk jusqu au
moment ou la retraite commenca. Dans le troisierae , la re-
traite est contlnuee jusqu aOrcza (Orcba) . Enfin, le quatrieme
livreacbeve la penible relation de cette campagne, et ramine
en Prusseles debris de I'armee, el Napoleon a Paris. Chaque
livre est suivi de notes et de pieces olticielles , dont quelques-
unes seront misessous les yeux de nos leclcurs : si nous vou-
T. xviii. — A^ril 1^13, 6
8cf SCIENCES MORALES
lions cUer tout ce qui excite Tinterc't ct la curiosile au p!a<i
haul dcgre , il faudrait copier uii volume.
Avaut d cntrer en malleie, Tauleur a lait connaitre les
causes de la liaiue que Ics Polouais out contue depuls iong-
tems contre les Autiiclilcns , les Prussions et les Russcs. II
pense que la diflfcrenee de langagc et de mo3urs a dii perpe-
tuer, et meme fortifier raulipatliie avec les peuples de TAtle-
mague 5 niais qu'une cause contraire a du rapprocher les Po-
lonais des Russes, Cepeudanl, il s'en fallait bieu que les Po-
lonais supportassent patieuiment la domination de la Russie :
aussi loug-lems que cette nation genereuse conserva I'espoir
de recouvrer sou iudependauce , elle regarda les Russes
comme ses plus grands ennemis , parce qu'ils etaient les plus
redoutahles,
Le premier livre paraitra bien court , si Ton compare le
nonibre de ses pages aux matieres qu elles reurerment. L'^tal
de TEurope ; les causes de la guerre conlre la Russie ; f es-
pece dalliance eutre Napoleon , I'empereiu' d'Autriche et le
roi de Prusse ; la composition et fesprit de Tarmee , les de-
sordres qui s'j manifiestercnt par suite dune mauvaise admi-
nistration ; les marches et les combats, la prise et linceudie
de Smolensk , place regardee mal a propos comme capable
de soutcnir un long siege ; les combats opiniatres el meur-
triers qui firent tomber cette forteresse au pouvoir des Fran-
cais , combats ou Ton se joignit plusieurs fois a Tarme blan-
che, (( circonstance commune, si Ton en croit les bulletins ,
mais reellemeut Ires-rare. » Selon notreauteur , ces combats
affaiblirent rarniee francaise de 19,000 hommes de vieilles
troupes : la perte des Russes fut encore plus considerable.
« Une partie des batimens que riuccndle avail epargnrs
furent destines a retablissemeut des hopitaux , et Ton y placa
les blesses. La, entasses p^le-mele , souvent sans paillc ,
nianqunnt d'alimens, attendant long -terns un premier pou-
ET POLITIQLES. 8")
sement, ils geuilssaienten proie a leurs donleurs . Ccs cruelles
privations , line clialeur excessive , Tinfection repandue par
Ics cadavres qui gisaieat autoui" do Smolensk, dans la vilie ,
et jusque dans les niaisons , donnercnt naissance a une ma-
ladic rpidemique , qui, plus active encore que les blessures ,
moissonna en p^n de terns un grand nombre de ccs guerriers.
Mais , si le sort des blesses francais fut si cruel , comment
peindre celiii des blesses russes? On ne put lenr donuer au-
cun secours. Repandus dans les rues , les places publiques ,
les cours el les jardins, ils perirent douloureusement de faira
ct de leurs blessures. Quant aux malades , qui etaient en tres-
grand nombre, Tentree des hopitaux leur fut interdite. Pri-
vesde secours, ils se Irainaient a la suite de leurs regimens,
jusqu a ce qu ils cxpirassent sur la route , on a quelque bi-
vouac. Quel affreux spectable ! Quel cortege pour la gloire
des conquerans !
Tons les blesses n'efalent pas dans Smolensk : avant la
prise de cctte ville, on en avait dirige un grand nombre sur
Krasnoi. A Touverture de la campagne , Tarmee d'invasiou
etait forte de 477,000 combattans , dont 80.000 de cavalerie :
inais ledesordre, la maraude, la fatigue, les mauvais cbe-
mius et les maladies Tcureut bientot affaiblie de plus dun
quart. Le luxe et Icnorme quantite de provisions qui suivaieut
cette armoe immense lui devinrent funesles : un tres-grand
nombre de cbevaux de transport perirent sur les routes , et
le pays fut epuise.
Les notes du premier livre donnent de Napoleon et de
Bertbicr , une opinion tres-dlffcrente de celle qui est le plus
generalement adoptee. Le premier faisait a peu pres tout le
travail , dictait les Icttres , les Instructions aux generaux, etc. 5
les fonclions de Tautrese rcduisaient presque a celles dun se-
cretaire. On apprend aiissi , par ces hiemes notes, que Na-
poleon ue reprimait point les concussions de ses generaux ,
84 SCIENCES MORALES
lorsqu'illes decouvrall, raais qu'ilse conleiilait ordinairemen?
d'en faire verser line partie dans scs caisscs.
lie second llvre commence par dcs reflexions trcs-justcs
sur les premiers succes obienus dans cetle campagnc, et sur
le peu de fruit que NapoU'-on pouvait en rctirer. « De vasies
provinces que Tarmee russe avail ete forcce d'abandonner ,
pourainsi dire, sans combaltre , avaient etc'' conquises : mals
celte armee selait retiree avec le plus grand ordre, aucan
principe de desorganisation ne s y etait manifesle , et Napo-
leon avail retrouve, dans les cliamps de Smolensk et deWalu-
tina , ces soldats d'Eylau , impassibles dans les revers comrae
dans les succes. L'insurrection n'avait point devance Tarrivee
des Francais. Pour la laire eclaler , II aurait fallu proclamer
le royaume de Pologne, au moment meme oii les lioslilitcs
commencerent. . . Des vues ambilieuses trop eteudues avaieiU
seules empeche Napoleon de tenir une conduite si conforme
a ses veritables Intercts. >• 1/auteur passe ensuile a des obser-
vations non nioins importaates sur la situation de TEurope ,
au moment d une bataille qui allait fixer les deslinees de deux
grands empires. Cette bataille ne tarda pas a etre livree pres
de Borodino et de la Moskwa : elle ful , dit riiistorien, la plus
sanglante que Ion eut vue , dcpuis Tinvention de la poudre.
On la trouve decrite ici avec beaucoup de soin, et Tauleur en
a fait graver uu plan delaille. Plusieurs circonstances de ce
^rand evenement attirerout ratlention de tous les lecieurs ,
militaires ou non.
L armee francaise etait forte de i ao,ooo liommes d'exce!-
lenles troupes , accoutumces a toutes les fatigues et a Icus les
dangers : Tarmee russe etait inferieure en nombre , et moins
exercee. Sa cavalerie surtout , riait peu capable de tenir con-
tre celle des Francais. Mais les Russes lemportaient par Ic
nombre des boucbes a f< u : i!s en emploverent plus de Goo
dans celle journc'e.
ET POIvITIQUES. 85
Les proclatnations des deux gencraux furent d'un sljle
tres-different : cellc de Routouzof fut remplie des sentimens
religieux dout le pcuple russe est animo ; elle fut lue en pre-
sence d'une image -vem^ioc el reputee niiraculeuse : elle ex-
cita le plus vif eutliouslasme. Napoleon s'espriniait arec une
noble precision , mais son eloquence n'etait point populaire ;
il proraettait a ses soldats la tin de leurs soufTrances et le re-
tour dans la patrie ; on avait cesse de croire a ses promesses :
sa proclamation fut recue froidement.
I/action etait conimencee surtoulela ligneavec des chances
diverses. Ney , vivement presse par le general russe Bagra-
tion , et sesentant dans rimpossibilite de resister long-lems,
depecha en toute hate un de ses aides-de-camp a Napoleon
pour demander du secours : cat officier le trouva se prorae-
nant en long et ea large avec Berthier, pres d'une redoute
que Ton avait prise la veille. Derrierelui etait la vieille garde;
en avant , les aulres troupes de la garde. Il ne voulut prendre
aucune resolution arant le retour dun officier d'ordounance
quil avait charg6 de reconnaitre la position de Ney, et de
lui en rendre compte. Cet officier arrive enfin, et confirme
le rapport de I'aide-de-camp. Cependant, Napoleon ne donne
point d'ordres , et continue sa conversation avec Berthier,
Lofficler d'ordonnance obtlent enfin une reponse : il part
corame un trait ; mais Napoleon le rappelle , et consulle en-
core Berthier. Une demi-heure s'ecoule de la sorte , avant
que Ney soil secouru. Notre aviteur affirme que « ce retard
dut avoir une grande inOuence sur le sort de la bataille, et ,
par suite , sur les deslinces de Napoleon. »
Vers la fin de la journee, toutes les troupes qui avaient
combattu etaieat accablces de lassitude. Toutes avaieut eprou-
ve de graades pertes. Plus de 70,000 hommes furent toes
ou blesses de part et d'aulre : dans ce nombre , on comptait
4o officlers-generaux. Koutouzof, qui avait esper^ pouvoi/
86 SCIENCES MORALES
<;oalinuer;i conibattrclclcndemain,prilla rrsolulion desereli-
rcrau milieu tie la uull : sa marclic sefitavec ordrc ciceleritej
la vicloire que Napoleon venait de rcmporler ne decidait rien,
cl la position du vainqueur dcvenail de jour en jour plus ein-
barrassanlc. Notre auleur lui reproclie plnsleurs fauies qu il
Caudrait discuter, cc qui exigerait du terns et des rechcrches,
et serait pcut-etrc dcplace dans ce recueil. Mais la scvcrite
nvec laquellc il juge les operations niililaircs de Napoleon, no
rcnipeclje pas d apercevoir les (iiutcs plus graves du general
ennemi : eouformement a rimparliaiile historiquej il distribue
les eloges et le blame avec Tequite la plus scrupuleuse. Quel-
ques Fiancais zelespour la gloire de leur pays, lui ontrepro-
cbe de pousser trop loin cetle probite bistorique; certes, clle
est trop rare pour qu'on ue soit pas plus dispose a Tadmirer
qa'a sen plaindre : dailleurs, on n'a pas a redouter qu elle de-
vienne coutagieuse.
Tandis que les Russes se retiraientsur Moskou, les Francais,
soumis a de nouvelles piivations, parce quilsn avaienl pu ma-
rauder depuis plusieurs jours, passerent au bivouac une nuit
cruelle, sans feu, au milieu des morts, des mourans et des
blesses. Au point du jour, on s'apercut que les Russes avalent
execute leur retraite. Pcu de batailles gagnees oulproduitsur
Tesprit des troupes un ellet aussi extraordinaire: dies etaieut
frappees de stupeur. Apres avoir endure tant de maux, de
privations, de fatigues pour forcer lennenii a en venir a une
bataille; apies avoir combattu avec tant de valeur, elles
napcrcevaient pour resultat , quun massacre epouvanta-
ble, raccroisserneut de leurs miseres, et plus d incertitu-
des que jamais , relativement a la duree et au sort de la
guerre .
L'arrivce delarme'c francalse a Moskou, et les cvenemens
dout cetle ville fut le tbeatre, sonl des fails connus de tout le
monde : cependant, on les relit avec Inleret dans cette bistoire.
ET POLITIQUES. 87
lAiuteur leur doune une physioaomienouvelle, et plus carac-
teristique. Ce que I'ou remarquera surtout, c'est I'Immeuse
prolusion tie niensouges officlels qui fureut debites de pari et
d'autre; et dans reniploi des moyens de deception, les Russes
se niontrerent beaucoup mieux fournis que les Francais,
La retraite est ordonnee. I/armee s'cbraule, et va prendre
la route de Kalouga, pour se dirlger cnsuite sur Wilua. De
cette immense arnice qui avail ouvert la campagne, il reslalt
encore i4o,coo combatlaus. Mais, des causes de destruction,
plus actives que les combats, vont I'atleindre dans sa marche ;
les maux qu elle a soufferls ne peuvent elre compares a ceux
qui lui soul reserves,
Placons icl le portrait dc Koulouzof, tcl que noire auleuv
la trace. « Ce general jouissait, dans rarmec, d une reputa-
tion que le revers d'Austerlilz avaitpeu ternie, parce quecetle
balaille avail ete livrce malgre sou avis, el que de nouveaux
lauriers moissonnes depuis, dans la guerre de Turquie, avaient
efface Timpression defavorable produite par ce revers. II avail
reou plusienrs blessures dans diftV-rens combats; Tune d'elles
Tavait prive dun ceil. II etait de moyeune taille, avail de
lembonpoinl, et cacbait beaucoup de finesse sous un exle-
rieur de bonhomie. Son origiue , son grand age (^4 aus),
sou respect pour les pratiques de la religion , le souvenir de
Souworof dont il avail ete le compagnon d'armes, et jusqua
son costume qui conscrvait quelque chose de celui du terns
de Catherine, le rendaient cher aux soldats. »
Le portrait de Napoleon se compose de traits disse'mines
dans I'ouvrage, suivant les evenemens qui affecterent cet
hommc extraordinaire. On remarquait, sur le champ deba-
taiile, quele premier coup de canon lui cansait une joie Ires-
vlve : pendant le reste de laclioc, sa figure etait immobile,
et il paraissaitabsolumeut impassible. Apres la balaille de la
Moskwa, il parcourutlcs positions del'armee russe, au milieu
88 SCIENCES MORALES
Hcs niorts, fles mourans cl dos debris irarnies detoule osperr;
la lerre eLiit abreuvee de sang. » An milieu de oelte scene de
destruction, Napoleon fit rclourncr plusieurs cadavres par
tics o/Iiciers do sa suite, pour examiner de quels coups ils
avaieat ete frappes; presque tons I'avaient ete par ic boulet. «
Uu pareil sang-froid repugne ;i I'humanite : cependant , il
faut le dire, les observations de cctte nature sont necessaires
aux progres de Tart de la guerre, de meme que les dissections
servent a eclairer la mcdecine; niais il ne faut pas un trop
grand nombre de pareils observateurs.
Les deus. livres suivans sont 1 liistoire de la relraite. Une
devastation inutile aclieve la mine de Moskou; Tarmc^e cbar-
f;ee de d(>pouilles, trainant a sa suite un nombre prodigieux
de voilures, ne conscrva pas loug-tems cetle apparence
de luxe. Napoleon essaya de faire croire qu'il ne quittait
Moskou que momentanement, el pour y revenir; ses procla-
mations n'en imposerent a personne, les maladesmemesquit-
terent les bopilaiix, et vouhucnt suivre leurs regimens. La
marclie fut d abord supportable; mais bienlot les nuits devin-
rcnl cruelles. La neige, un froid excessif, la famine et le de-
faut de vetemeas desorganiserent toutes les troupes, et cause-
rent de plus grandes pcrles que les combats. La discipline
disparut; le moral, et niemc celuides hommes les plus coura-
geux, fut profondement altere. Cependant, Koutouzof barce-
lait coutiuuelleraent les Frau^ais. On suit avec admiration les
inouvemens de Tarriere-garde (le S"" corps), commandee par
Ic marcchal Ney ;sou inebranlable conslancc, son audace sur
Jo champ de balallle, ne parurent nidle part avec aulant declat
que daus cctte funeste retraite. Notre auteur, com me mili-
taire, ne pouvaitlui refuser de jusles elogcs. « J'ai raconte,
dit-il, les operations du 3" corps , depuis son depart de Smo-
lensk, avec plus de details que nesemhlait le comporlcr leur
ET POLITIQUES. 89
imporlance, aulant h cause de ce qu dies offrent d'exlraordi-
naire, qu'enlraine parTinteret qu'elles inspiient. »
M *** parait moins juste envers Koutouzot et queUjues
gencraux ennemis, auxquels il fait iin reproche tres-grave, ce-
lui d'avoir agi dans plusleurs circonslances avec trop de linii-
dite, et meme avec pusillanimite. Comme cette qualile' ne
serait qu'une nuance du defaut de courage, et comme rirrt5-
solution des generaus dent il s'agit parait avoir ete causce,
tantot pai' le del'aut de renselgnemens suffisans, et tantol par
une prudence tres-raisonnable, notre auteurs'est ecarte, sans
le vouloir, de son impartialite habitaelle. C'est ainsi , par
exemple, que le general en clief russe ne pourait regarder
comme une chose indiflereute Tapparition des bonnets depoil
de la garde imperiale : il savait quel effet la vne de ces bonnets
produisalt sur ses troupes, et il devait faireses dispositions en
consequence.
Toutefois, il faut reconnaitre que I'armee francaise futponr-
suivie avec une lenteur qui en sauva quelques debris, et qu il
etail possible, et meme facile de Taneantir entierement. Le
passage de la Beresina est decrit avec Tetendue que meritc
cette action memorable. Sur la rive que Ton quittait, des sce-
nes de douleur et de desolation; sur la rive opposee, des com-
bats; des malheureux se precipitant a travers lesflammespour
gagner le pont que le feu allait d^truire; d'autres se confiant
aux glaces encore trop faibles pour les porter, et disparaissant
pour toujours. Tout ce que Tarmee avait souflert jusqu'alors,
n etait que le commencement dc ses maux : Tintensite du
froid devinl extreme, et la mortallle (it des progrcs effrayans.
Trois jours apres le passage, le 5" corps, sous le commande-
ment du mareclial Key, comptait encore plus de 1800 liom-
mes; le lendemain, il fut reduit a looo; presque aucun de
ces guerriers ne revit sa patrie. Entre la grande armee qui
go SCIENCES MORALES
sortit de Wilna pour mnrclier sur Moskou, etles fnlblcs do-
))ris qui se nhinireul clans la incuic villc, au mois tie dcccm-
bre, la difference n^lait pas seuleracnt celle du uombrc dcs
hommes : il ue suffisait pas menie pour comparer Tune a
Tautre, de voir les fantomes bideux que Ton noinniait des
soldats, et qui, sans unifornies, presque sans arnies, sans or-
dre ni discipline, reduils a luoins de g,ooo, conservalent, par
babilude, le nom darmee. Napoleon, apres avoir remis le
commandement a Murat, avail fui jusqu'a Paris ; un delire
cause par I'exces des fatigues empecbait le nouvcau general
en cbefdedonncr des ordres; et d'ailleurs, on n'obeissait
plus. Un general prussien donna Tcxemple de la detection;
a une autre extremite de I'Europe, la resistance de TEspagne
devenait dc jour en jour plus opiniatre et plus efficace. Le ge-
nie de Bonaparic ne sufiisait plus pour soulenir sou empire
ebranle ; cet edifice dont la base e'tait nial ctablie et dont les
proportions defectueuses auraient compromis la darce, quand
mcme ses fondemens eussent cte plus solides, ne pouvait
tarder a s'ecrouler; niais on ne pr^voyait pas encore le mo-
ment dc sa cbule. Notre auteur s'arrete, apres Tcntree dcs
Russes dans les etats prussiens et a Varsovie,
II faut lire loute cette histolre pour se former une idee juste
de cette cpouvantable guerre. Nous n'avons pu detacber de
ce grand tableau quun petit nombre de traits, et peut-etre
ne sont-ils pas les plus remarquables. Citons encore les deux
fails suivans , parce qu ils sont caracterisliques.
Des bagages enormes entravaient la marcbe de I'armee ; il
fallut un reglement pour etablir de Icrdre , et des peines se-
veres pour le fairc observer. Les voltures prises en contra-
vention devaient etre brtilees. Le meme jour ou ce reglement
fut public, Napoleon ecrivit a Bertbier la leltre suivante :
" Mon cousin , vous avez recu mon ordrc du Jour pour les
hagagesjjaites en iorte que les premiers bagages que jcfe-
ET POLITIQUES. 91
rai bniler ne soient pas ccux de I'etat-major-geniral.... »
Cet ordre ne fut point execute, etancuue voiture ne fut bru-
lee. — Notre auteur fut temoin oculaire du fait suivant : Des
militaires de toutes ariues entouraient un feu de bivouac; ua
general , transi de froid , !es prie de lui accorder une place :
Apportt ta biiclie, repond Tun de ceux qui se cbauffalent,
et le general est repousse. Peu apres , un commissaire de
guerre voulut faire cuire quelques pommes de terre qu'il
porlait dans un mouchoir ; on I'ecarte avec menace , et le
nialheureux est redult a chercber ua bivouac plus bospita-
ILer. Le narraieur doute qu'il Tait trouve.
Cet onvrage est , en general , tres-bien ecrit. On ne peut
citer qu'un petit nombre de pbrases trop ambltieuses, oiliTau-
teur s'ecarle de la noble simpliclte de llilstoire et se rappro-
cbe du ton de I'epopee. Il seutira , par exemple, qu'il ne con-
vieut point ii un bistorien d'adjurer les champs de KrasnoL et
les rives desolees de la Berezina , pour que ces lieux diseut
ce qu lis savent des soufFrances et du courage des soldats
fiancais. Mais ces tacbes legeres et clair-semees disparailront
alsement; et la seconde edition de'sarmera les critiques les
plus severes.
L'atlas est tres-bien fait,excepte la vue du passage duNie-
men , qui sert de froutispice. Le dessinateur a conimis des
fantes de perspective trop evidentes 5 car, pour apcrcKvoIr les
objels sous Tapparence qu'il leur donne, il faudrait etre dans
un aerostat , a plus de i ,000 metres de bauteur. Mais ce des-
sin nest qu'un ornemcut pour louvrage : les lecteurs qui
cbcrcbent a s'iustruire ne coasalteront que Tatlas.
Ferry.
LITTERATURE.
M^uoiBEs DE Jacques Fauvel, publics par J. Droz et
L. B. PiCARD (l).
Cest par le talent et non par les tilres que les pr(>seaaces
se regleut en lltleralure , et le. rang que prend uu ouvrage
depend de son propre merite, et non de la classe a laquelle
il pent appartenlr. Que d'auleurs de poemes epiqucs, dont le
uoni n'echappe a roubll que parce qu'il est consacre par
quelques epigrammes , taudis qu'Anacreon et Bcranger vi-
vront parmi les poetes , quoiqu'ils n'aient fait que des chan-
sons, qui meme ne compleront pas toules pour leur gloire.Los
genres de litteralure sout eux-menies tres-difficiles a classer j
ou plulot, ce serait poursuivre une cliiniere que de chercher
a etablir enlre eux une esacte hiei-arcliie. Quelle place, par
cxemple , assiguera-t-on au ronian? Asile toujours ouvert a
la mediocrite , il permet a une multitude d'ecrivains d'inon-
der le public de leurs faibles , et souvent dangcreuses pro-
ductions, et de s'adresser aux lecteurs les plus frivoles et les
plus faciles a corrompre. L'ennui meme , ce grand censeur
de la litterature , n'est pas toujours appele a faire justice dcs
uiauvais ronians , comme dcs autres pauvretcs litteraires j et
Tart d'exciter Tinterct, de provoquer et de suspendre la cu-
riosite, peut appartenir aux esprits les plus vulgaires , et faire
lire jusqu'au bout des ouvrages rcprouves par le gout et la
morale. Mais , si un bomme de genie s'empare du roman,
il I'cleve jusqu'au plus bautrang de la litterature , el s'en scrt
pour rcpandre des verites utiles, des connaissances positives,
des instructions que beaucoup de lecteurs ne cbercbaient pas.
Le roman est le rival de Tcpopee dans Ttlemaque, de la co-
(i) Paris , 1823. Quaire vol. in-12. Pm , 1 1 fr. A. A. Renouard , rue
dc Tournon , n" G.
LITTERATLRE. gS
medie dans Gilblas ; il est riiistoire dans les recits de Wal-
ter-Scott ; il laisse Lien loin derriere lui tous les diaraes dans
les peintiircs sublimes de Richardson; il donne, dans Vol-
taire, les lecons piqnantes dune philosophic legere et mo-
queuse; il mele les liauts euseigneniens de la morale aux pa-
ges brulaules de la Nouvelle Heloise.
Les Ulcnioires de Jacques-Fauvei occupent une place
tres-honorable parmi les romans destines a presenter, dans
tous ses dc'veloppemens, une moralite particuliere. La pensee
dominanle a laquelle Touvrage entier se rattache, est celle
du Ministre de TVakefield , ainsi exposi-e par Tun des au-
teurs, dans son aimable Essai sur fart d'etre heureux
( pag. i\ £ de la troisieme edition ).
(( Savez-vous quel est le meilleur ouvrage de morale qui
soil jamais sorti de la main des hommes? C'esl XeMinislrede
Wakefield. Montrer un pere de faniille en butte a tous les
genres d'infortune , leur opp-osant toujours ou son courage,
ou sa resignation , c'est presenter le tableau le plus sublime
quil solt possible de tracer. Le genie et la vertu reuuis ont
pu seuls en concevoir ridt'e. Tous les hommes de blen doi-
vent a sou auleur un tribut de veneration et de reconnais-
sance. On demande quelquefols : si vous ne pouvicz avoir
qunn llvre, quel est celui que vous conserveriez? Je cou-
serverais le Ministre de fVakeJield. »
La pensee qui scduisait si fort M. Droz , dans le roman de
Goldsmul) , est celle qui fait le sujet des Memolres de Jac-
ques-Fauvei. Les auteurs Tont agrandle, en la rattachant a
la vie tout entlere de Ihomme, depuis sa premiere enfance
jusqu'a son extreme vielllesse. lis ont represente la philoso-
phie et la religion, offraut a tous les ages, a toutes les con-
ditions, leurs consolations et leurs secours contre les mal-
heurs les plus accablans. Cette religion est lolcrante; cette
pliilosophie insouciante d'abord, devenue plus grave a\ec
01
LITTER ATLRE.
Tage , est toujours aiiuable ct douce. Cest la morale tie V Ji t
d'etre heureux, et elle est mise en scene avec une verlte
dobservation, avec uue verve naturelle et franche, dignes de
lauleur de la Petite faille, des Marionnettes, des Deux Plii-
liderl, de Mediocre et Rampant.
Fauvel pcrd sa mere en nalssant ; la mort de son pcre le
livre a I'animosite jalouse d une belle-mere. Depouille par
un luteur avare, mis au college d'ou il s'enfuit, deveuu com-
pagnon dun charlatan et oblige de s'entuir encore ; errant ,
malade a I'liopilal, artisan, auleur , soldat , liomnie de plai-
sirs, secretaire dun maglslrat, dun grand seigneur, dan
financier, maitre de langue, commis d'un fabrlcant, prison-
nier au fort I'Evcque, il passe son cnfanceetsa Jeunesse,
soulenu dans ses traverses par une gaiete insouciante, par
un optimisnie inalterable, par une conscience rcstoe pure au
milieu de bien des etourderies. Devenu homme , Fauvel se
voit a la tete d'une riclie fabrique ; heureux c'poux , heureux
pcre, il serable n'avoir plus a craindre que les embarras
ct les dangers, plus nombreux qu'on ne pcnse , de la pros-
perite , lorsque, par de soudains revers de fortune, II perd
tout, richesses, famllle, patrie , epouse. II ne cherche
plus alors a s'etourdir sur ses malheurs par Tiusonciance, il
n'appelle pas a son secours un dnr et froid stoiclsme ; il op-
pose aux maux reparables une aclivite couragcuse ; il sent
vivement les peines du coeurj et, a defant ^le consolations,
dont il ne veut pas, il irouve du moins de la force pour Tac-
coraplisscment des devoirs qui lui restent. La vieillesse de
Kauvel resscmble aux autres epoqucs de sa vie ; il voit son
rcpos trouble, lorsque tout lui en donne Tcsptrance et le be-
soin ; le seul fils quil a conserve, il le perd, par une allieusc
catastrophe, au moment oii un mariage desire va faiie le
!)onheur de deux families j ct le pauvre Fauvel n'a plus pour
ses ilerniers jours, que «a pieuse resignation et lattcntc d uue
LITTERATURE. 9S
vie meilleure .-niais ces ressources, qu il trouve en lul-m^me,
suffiseiit pour quune mort digae cVenvie termlae celte exis-
tence agitce.
On voit que la pensee qui doniine tout Touvrage s'y rcpro-
duit ainsi sous toutes ses faces, et reparait sans cesse dans les
situations les plus diverses. Ceplan avail ses dangers, et pre-
sentait Tecueil redoutable de la monotonie : les auteurs ont
su Teviter avec un enlier succesj et leur roman a !e rare
avantage de la variete dans Tunite.
Un autre morite , digne de reniarque , c'est que tous les
pcrsonnages groupcs autour de Fauvel , meme ceux qui ne
sont mis en scene que pour quelques iustans , ont cliacun
leur caractere propre; et, suivant le precepte tant recom-
mande par Horace, ne se dementeut jamais dans lecours de
louvrage , et conserveat jusqu au bout leur physionomie.
Les vertus evangel iques de I'oncle , le bon pasteur ; la haine
cupide et envieuse de la famille Meaars, les tribulations d'A-
chile Fauvel, qui, favorise par le sort autant que son frere
en est maltraite, semble avoir pousse jusqu'a la perfection
Tart d'etre malbeureux , Tenlbousiasme et le coeur d'artisle de
rbonnele Roland, la bonliomie vanitcuse de M™^ Dumarsy ,
lesinutiles empresseniens de lofTicieux de Blaveaux., la circons-
pection du principal commis Saint-Hubert, la vertu jause-
niste du conseiller Naude, et un grand nombred'autres carac-
teres, salsis avec finesse et dessint's avec verlte , jelteut dans
le recit une variete qui en soutient riuleret, et donnent au lec-
tcur la satisfaction de croire qu il est lui-meme observateur ,
lursqu il distingue et reconnait ces caracteres diffcrens.
Le style de Jacques Fauvel n'a aucun des vices a la mode.
Pur de tout neologisnie, degage de Tapparell des melaphoreji,
il ne prcsente aucune de ces pbrases vagues et indetermiuees
quo Ton se surprend quelquefois a croire profondes, raais qui
^uesde pres el analysees, se reduiscnl a n'elre que lexpres-
c)6 LITTER ATLRE.
sion imparfaite de, sentimeus mal dem^les. En deux mots, il
est simple el vraij genre de merite qui ne doit pas etre passe
sous silence, dans im terns oii hien des personncs sonl tcntees
de le croire un dciaut.
Le reman de MM. Droz elPicard, digned'clogcs sous tant
de rapports, dolt, je pense, ^tre lobjel dun reprocbe asscz
grave : c'est que les moeurs, le costume du terns ou les eve-
nemens sont places, ny sont pas observes fidelement. Les au-
leurs ont bien sent! quits encouraient ce reprocbe. u Les Me-
moires quon va lire, ont-ils dit dans leur preface, sont d an
liommc qui ne se piqnait pas d'etre un ecrivain. Le style pa-
ralssait d'autanl plus neglige qu'il avail vieilli,el presque par-
tout il a fallu le rajeunir. Voila pourquoi, dans un ouvragc
compose au dix-septieme siecle, on trouvera des expressions
el des lours de pbrases qui n'ont ete employes qu'a des epo-
ques moins reculces, Dans sept on buit cbapities, il elail
question de divers usages de societe qui n'existent plus nu-
jourd bui. Kotre projet etail d abord d'enricbir ce livre de no-
tes nombreuses, el, s'ilfaut I'avouer, Tespoir de parailre sa-
vans flaltait noire amour-propre. Pour suppleer aTerudilion
qui nous manquait, nous nous adressames a deux membres
de I'Academie des inscriptions el belles-lettres. lis nous don-
nerent avec beaucoup de complaisance des dissertations tres-
blen faites; par malheur, ils se trouverent d'avis entierement
opposes sur cbacun des points qu'il s'aglssait d'oclaircir. Ou
juge de notre embarras : pour en sorlir, nous avons pris le
])artide substiluer des usages modernes el bien connus, aux
usages anclens el presque ignores doul parlait notre auteur. )>
Si c'etait repondre a une objection que de la prt'voir d"a-
vance, el de la drtourner avec esprit, il faul convenir qu on
auraitmauvaise grace a blamer Jacques Fauvel, en le voyanl
meler aux evenemens du dix-septieme siecle les usages du
dix-nouvicme; mais /n reniarqae siibsiste, malgre lepigram-
LITTERATURE. 97
jne coiiUe r< ruJilioii. II y a, dans ce roman, lant tlo vt'iili^
il observation inor.ilc, qii on nc pent s'cinpeclier ile regreilcr
rabsciiic de la veriu- liislorique. Ce di'faiit apparait d'autant
{ lus que !cs noms de Colbert et de Louvois setrouventm61es
au recil, el «{iie les au'eurs se sent places eux-memes sur le
terrain bistorique, en s'emparant de la falale revocation de
1 edit c!e Nantes, doni iis ont tire nn li'es-beau paiti Les ou-
vr.Tges de Walter-Scott out rendu dinicde remploi de lliis-
loire^ans les romans , parce que, l.'Ut en monlrant la ri-
clu'sse des niateriaux qu'on pcul en exlra're, i!s ont en ineina
lenis donn." la luesure de la lidelite scrupuleuse avec laqiie.'le
on pent les exploiter.
Les Mi'nioires de Jacques Fauve!, malgre ce dtTaut, n'en
sent ])as iiAoins un des bons ronians de notre littf'rature. Ilea
est lilen peu dont on puisse dire, comnie de cetouvrage, qii'ils
sent vrais par le style, vrais par la connaissance du cceur liu-
inain, vrais par la peinture de cetteparlie desmojurs sociales
(|ui dolt vivi e autant que la socit'te nierue, vrais par les princi-
pes dune morale indulgenle et pure qui enseigne a ri;omme
a n atlendre son boubeur que de lui-nienie et a ne ie placer
que dans la vcrtu. Ch. Renouard.
BlBl-IOGRAPHlCAL, ARCHQEOLOGICAL AND PITTUEESQUE TOUR
in France and Germany, by the Rev., T, F. DianiN.
Voyage BIBLIOGRAPHIQUE , ARCHEOLOGIQUE ET PIT-
TORESQUE enFrance el enAllcmagne [en forme de Ul-
trcs), par le Rev. T. F. Dibdin (j)
L'ouvrage de M. Dibdin a fait une grande seusition nan
seulcment en Angletei-re el en France, mais dans d'autres
pays. La Nouvelle Revue d' E diinbourg en a rendu un coinp-
(i) Londres tt Paris, 1821; Treullel et Wurtz. Trois vol- in-S".
T. XVII. — Aviil 1823. ■-;
98 LITTER ATURE.
te imparlial; nous allous reproduire le jiigcmcnt que le rc-
(lacleur eu a portc, et nousciterons ensuile la Iradudion dun
passage qui sulllt pour laire connaitie la manierc dc Tau-
teur. Nous nous permettrons toulelois d'iuscrer Ics rcciifica-
tlons uecessaires.
Le A't;\v Ediinburgli Revie^v n'est point un nouveau jour-
nal, coimne sou litre seuihle Tindiquer; cost une nouvelle so-
rie de YEdiinburgh moiitlilj Review, qui etait arrive au cin-
quienie yolumc, au mois de juillet de Tannee dernicfe, et
qui paraissait ciiaque mois. Le besoiu de piqucr la curiosile,
ou piulotle di'sir de satisf'aire les graves lecteurs brilanuiques,
opere daus les journaux litleraires dc nos volsins des inela-
morplioses de litres, que d'autves motifs commandent quel-
quefois aux journaux du coutinenl.
« Les volumes de I'ouvrage de M. Dibdin, dil le journa-
liste ecossais , repondenl a leur litre, lis sout remplis de re-
cberches sur la Bibliographie, les ^ritiquitc's etle Beau Pitto-
resqiie. Beaucoup de cboses, II est vrai, auraleutpu 6lre omi-
ses, et I'auleur eut pu s'epargner un bon nombre de digres-
sions, de Iransilious, d'exclamations, de salutations. Sa tele
et sou coeur sembleut avoir toujours ete trop p[eins,et 11 pa-
rail avoir oublie quelquefois que ce qui est interessant pour
lui, ne Test pas toujours au meme degre pour le public. Des-
lors, on peut dii'c, pour emprunter sa metbode favorite de
decrire, que Ton decouvrc frequemmeut dans ses croquis des
couleurs jeu'cs a la bate et que le terns seul eut pu I'oudre
et adoucir. Plusieurs objets sonl sur le premier plan, lors-
qu'ils auraient du ^Irc places plus en arriere; et d'aulres o(-
terts coiume importans, n'ont qu'un intt'rct sccoudaire. Mais
le tout, environne comme il lest par une especc de prorusiou
d'ornemeus, se prcsente sous une forme si attrayaute, et di'-
cele taut de sentimeus bonuetes, tanl de bon gout el tant de
priuoipes excellens, que notrest'verite est enticrementdcsar-
LITTERATURE. 99
ni6e. Malgrelcs reflexions cliagriiies placeesa la fin da voya-
ge, sous le rapport des frals qu'il a occasiones, nous sora-
mes presque tcntcs de dt'-sircr que Tauteur aborde sain et
sauf sur les rivages de I'llalic, pour exccuter un seniblab'c
ouvrage sur ce pays. »
Lejournalisle troure que le traductcur francais dela XXX*
Icttre, M. Crape!et,a bienapprecie cetouvragedans ce peu de
mots: (( i'auteuranglais ne decrit ricn de sang-froidj il charge
contlnuelleineot, et^^ommcil ne man^jue pas dorigiualile dans
Icsprit, il scmble viser a ctre le Callot de la bibliograpliie. »
Volci la traduction dun fr.igment Iranscii on partie dans
le journal anglais, et que nous meltons en rntlcr sous lesyeus
de nos lecteurs, avcc d'autant plus de piaisir, que Tctablisse-
nienl lilteraire decrit par M. Dibdin aete fornn' i)ar les solns
de Icitiniable ct savant bibliograplie M. B.irbier, que les
amis des 'eilres regreUeutde ne pouvoir plus cousulter dans
le lieu nieme qu'il avail lant conlribue aenrichir des produc-
tions du gc'ii e.
« 11 nie roste maintenant a parlerd'une collection de livres
([ue Ion peut regardcr corame une bibliotlieque publicjue et
p.irtlculiere en meme tems : je veux dire la collection des-
tinoe plus speciaiernent a I'usage parliculler du roi, et qui est
d( posee au-dessous de la graude galerle du Louvre, dans un
local charmaot autant que singulier. Pour y arriver, je mar-
cbe Ic long des rives de la Seine, ducote de la facade suddu
Louvre, et j entre sons une arcade fernipe par une grille en
fer. Uq liomme de service, a la livree du roi, m'ouvre la
portedela BIbliotlieque, aussitolque jesuisau-dessus dereu-
tresnl. Je dcmande si M. Barbier, le bibliolbecaire en chef,
est a la Biblioibeque. — INIonsIcur, il s'v Irouve toujoursjdou-
nez-vous la peine de continuer a marcber jusqua ce que
vous le voyiez. — Quelle perspective devanl moil Pas moins
de i3 salles, coupees chacuiie au milieu par de petites portes
loo IJTTERATLRE.
cerntiVt.'S, a Havers lesquellrs ma auc ploiigc avcc lIoiuic-
ment comiiie cUms uii lube. (Incline ile ces siillcs tsl reni-
p'.ie de livres, el cliius quelciues-unt's, sonl rasseiiiblces ks
personncs (jui vienuent lire. Le lout est parlailenienl niagi-
que. PemLiiit ce Icins-la , le fils ou Ic ncveu dc M. Barb'ei"
uiarcbe vite, niais Irgtremcnt, (I'lmc piece a laulic pour al-
ler chercber les livrcs que Ion deniaiule (i). Eiiiiu, apres
avoir i'rancljiua cspace de plus deaoo pleds sur un carreaii
cire en rouge, etonne de ne point voir (iuir cclte suite de sal-
les en appareuce inlerniinables, je vois mon estimable ami,
le Bibliotlu'caire en cluj', ctabli tout a rextreniili-, etprofoD-
deuient occupe a quelque correction dc Ba)le ou de Moreri.
La reception qu'il me tail est plus quamicale; cllc cslpleine
d'artcctiou el tient de retitliousiasme.
— Mainten?int, que je suis dans cettc rcf^ion nia;;iquo, mon
ami , pcrmettez-moi de voir le fameux livre de prieres dc
Cliarlemagne. — Telle fut ma prcmieie dcmande a M. Bar-
bier. — Doucement, me dit mon i;ulde(2); voiis dcmandez pres
que a parlager le Iruit dciondu. — Mais,a]outa M. Barbier, je
ne siqipose pas que vous deviez dXrc Irompc dnns voire at-
Icnte. — Cetle reponse ne (It que piqucr ma curiosite. Mais
pourquol ce myslere,M. Barbier? — Vous le saurez dans nn
autre tems. Le livrc est ici, me dit-il, el vous rexaminercz
dans un instant. C est ce que je fis, et vous connailrez tout a
rbeure le r^sullal de cctte inspection. Cependant, je vous
diral avaat lout, qu'apres lavolr bien examine, il est impos-
sible de netre point persuade (ainsi que je I'avouai francbe-
mcnl a M. Barbier), que ce livre est peut-eire, sous lous les
(i) M. Barbier, ncveu, age maintenant de Sg ans, a par'.ig;^, pendant
vingtans, les travaux de son oncle pour I'ormer les bibliotli^ques dc la
couronne ; et malgre scs longs et utiles services, il vient de partager aussi
son sort ; il est , aiusi que lui , mis a la retraite.
(s) Milord Spencer.
LITTER ATURE. loi
rapports, le plus priicieux. de cette espece que la France pos-
sede. Car il iiVst pas sculcmetit de cette epoqae reculce;
mais il a ("te la proprio'te do Charlemagne lui-merae, M, Bai-
bler (ncveii) ouvrit le secretaire dans lequel ce livre est soi-
giieiiseiucnt conserv(>. M. Barbler enleva le velours cramoisi
qui lui sert d'enveloppe , et s'ecria , en me le prosentanl : « l.e
voila dans sa bcaute primitive. » J'avouc que j'oubliai Cliar-
/es-Ie-Chauve, et menie son fiere VcAupeveuv Lolhaire, lors-
que je considcral Tinterieur du volume 11 est tems de vous
cu faire la descriptiou.
EVANGELiSTAHiuai ou MVRE DE PRIERES, ayant appartcnu
autrefois a Charlemagne , in-fol. Voici Tarrangement dcs
malleres de ce volume, qui est tres-precieux. Il y a d'abord
cinq grandes miniatures de toute la hauteur de la page, qui
sout tres-decolorees. Les quatre i"^'* representeut les evan-
gelistes , assis cliacuu sur un coussin. La 5" est la figure de
Jesus-Chrisl. J\'"lais resolu a me procurer, sil mVtait pos-
sdjle, un facsimile de cette derniere miniature. — M. Bar-
bier se cbargea de choisir uu ■artiste qui, me dit-il, me salis-
ferait enticrcment, et je dois dire qua I'inspectiou de la gra-
vuie ci-contrc, vous aurez une idee tres-parlaite de I'oric;!-
nal. Le fond de cette miniature estponrpre,- le coussin, de
couleur ecarlate, sur lequel J.-C. est assIs, est garni d'ornc-
mens blaucs et dor. Le bant de la robe est d un vert fouce ,
et le bas est couleur de pourpre, avec une bordure doree ea
parlie. Le marcbepied est dore ; le livre qui est dans la
main gauche , est rouge et dor6. Les ornemens en arabes-
ques de rencadrcment sont bleus , rouges et dorcs. Sur le
rovers de celle figure extraordinaire , ou volt une miniature
qui rcpri'seute un temple dont le sommef , en forme de teutc,
est soulcnu par buit colonnes. Dcs oiseaux et dcs animaux
de diilerenles especes dccoreut la parlie superieure. Au-des-
sus on lit : « I.v A iGif.iA Natams Domini. » Le lextc, cii
ica LITTERATURE.
lellres capilales, commence en regard. Les initiales onl qua-
trc ligncs et demie , ct les aulrcs lettrcs une ligne et deniic.
lie texte est a double colonnc, sur un fond poiirpre, a\ec une
bordure en arabesque rouge , pourpre, jaune ot vert blcua-
tie. liCS caractercs sonl en lettres dor uniforraes, qui jcUont
de rec!al en plusieurs endroils. Le texte conslsle en une sui-
te dextrails dc 1 Evangile pour toute Taune'e, monlant a en-
viron 242. Ccs extraits sont termines par les mots iuivans :
« Et ego ressuscitabo eum in novissimo die. Amen. » Je '.'ols
observer quavanl la passion dc N. S. Jrsus-Clirist , selon
saint Malbieu, il y a une sorle d'oiucnient en arabesque re-
presentant un oiseau avec i\e& fleurs , le tout assez bien grou-
pe. II a ele copie dans les Monumens francais incciit-i de
M. Willemin. Je ne decouvre point d'aulre ornement parti-
culier dans les encadreniens.
Vienl ensuite un calendricr clirclien , et un cycle pascal
depuis I'annee 'j'jS (ou plutot 779), jusquen 797 (ou plulot
Si 6). En parcourant cclle tajjle, et en s'arretant a Tannec
781 , Ton remarque, dans les colonnes du leuillel en regard ,
cette note trcs-imporlante , sans conlredit, de I'ecriture du
teuis : Ja islo anno ivil Dominus , Rex Carolus, ad S.
Fetriun, et bapUsalus estfilius ejus Pippin us a Domino apos-
tolico. D'aprcs ccUe note , il est evident, selon nioi (comiue
on la aussi observe dans la notice de ce precieux volume
inseree au tome 111'', page 5r8 , du Magasin Encyclop. de
181 4) J que ce livre a etc execute principalemeut pour perpe-
tucr le souvenir du baplcme de Pepin , fds de Tempereur,
par le pape Adrien. Il n y a aucune apparence d'inlercalalion
dans cette note. Tout est du menie terns, et sans doule de
Tepoque oil Ton annonce que le bapleme a eu lieu. Les deux,
deiniores pages sont remplies par des vers latins, ecrils en
lettrcs cursives dun plus petit caracfere, mais du meme
teins , et sur un fond pourpre. Nous apprcuons , par ces
LITTER ATURE. io5
vers, que rccrlvain ou Ic copisle do ce volume maguifique ,
s'appelait Godcscale , ou Godschalcus , Aliemand. II est
aussi quesliou de ce precicux manuscrit dans le RecueiL dcs
historicns de Duchesne, et dans Touvrage de P. Colom.
Sanlil , intitule : De aureo SS. Evangeliorum codice MS.
monasterii S. Emeraini, 178G, iii-^".
Disous un mot actuellement sur la destlnee et sur Ihistoire
de ce manuscrit. 11 fut donne a I'abbave de Saint-Sernin de
Toulouse, par Cbarlemagne , lorsque son fils etait roi de la
province d'Aquitainc, dout Toulouse etait la capitalc. II fut
conserve Ires-religleusemeut dans cette al)baye , et renferme
dans un etui d'argent massif, richement sculpte , jusqu'en
1795. L'etui fut alors vole; on enlcva le livre avec d'autres
objets precieux d'antiquiles , par 1 'ordre du president de Tad-
ministration, et onle jeta dans un depot 011 ily avait beaucoup
d'autres nianuscrits sur veiin destines A etre brules I
A cette idee le sang se glace dans les veines. Cetait la qu il
atlendait son Iriste sort, jusqu'au moment ou M. de Puy-
muirin, qui conuaissait tout le pvix. de ce manuscrit, le pre-
serva de la destruction qui le mcnacait. Il, ecrivit une letlre a
1 autorile du lieu. Cette letlre est conservee sous le revers de la
couverlure ; mais je ae pus obleuir Taulorisation de la irans-
crire par des motifs dc delicalessc. Un ordre fut donne par
le gouvernenient pour transporter ce manuscrit dans le lieu
quil occupe actuellement, et dou je compte bieu qn'il ne
sortira jamais. Ce retablissement fut cfl'ectue en mai 181 1.
J'espere que vous conviendrez que, sous tons les rapports,
ce manuscrit est Tun dos plus inlcressans , des plus curieux ,
ct des plus anciens qui sc trouvcnt dans les differentes biblio-
tlieques de Paris.
Mais ce livre est le seul monument aucien de cette especs
dans la Bibliotbeque. Quant aux ouvrages modernes, je dois
faire mention d une traduction franoaise d'Ossian^ in-4^j q'l'
ir4 LlTTEnATURE.
elait la lecttire favorite cle Napoh'on, el en tcte fU la-
<jiiclle Isabey ajouta, pir ses ortlies, un dessin tie sa facon ,
ou plutot fait «lapres le tableau de Gerard. Ce fronlispice est
agreahleiiient et deiicatement execute , un groupe de heros
a denii voiles par uu nuage, forme le foiids du dessin. La
seule autre curiosite nioderne de ce genre qui me paraisse
devoir etre inontionnee , est une collection de dessins ori-
giaaux represenlant des fleurs executces k raquarelle par
Redoute , sur peau de velin , eu 'j vol. ( il (aiit dire , 8
vol. in-fol. ) Us out coute 2.i,ooo francs (i). Rien ne sur-
passe le (Inl de cct ouvrage elonnanl, ct le pinceau le plus
exerce pautrait dilTicileiucnt en opproclicr. »
Ou n aurait qu'une idee Lien iniparfaite de la Bibliodieque
particuliere du Roi, coraposee d'environ 4o,ouo volumes, par-
mi lesquels se trouveut un grand nnmbre d'ouvrages de luxe,
si nous n'ajoutions point aux details douues par M. DIbdin ,
qu'une collection d'Edlts et Ordounances, acquise, en i8i4'>
par IM. le due de Blacas, alors ministre de la maison du roi,
sur la proposition de M. Barbler, a rendu cette bibliot!;eqiie
d uue utilite journalicre pour MM. les conseillers- dVtnt
et maitres des requeles. Cette collection, d'environ yoo vol.
ia-fol. etin-4°, Qianuscrits et imprinies, (ruit des liavaux reu-
n:s du ptreetdu grand-percde M. Gillet-Tjauinont, et deM.
de Sainl-Gcnis, a ete rccounue la plus precieuse de celles qui
existent , par des juges bien competens, MM. Jourdan, De-
crus-y et Isambert, avocats,auteurs du Reciitil des aitcienucs
lois francaists ^ depuis I'aii 420 jusqu'a la ixh-olutioii dc.
Barbier, neveu.
(1) C'est une erri'ur, I'ouvragc qui romprfiid le Traitc des artrcs ct
arhuslres de DunAMEt. , a ele paye 80,000 I'r.
(2) yoycz la preface, p. 45 e* suiv.
III. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQLIE.
LIVRES ETRANGERS (i).
AMERIQUE.
ETATS-UNIS.
1. — Opinion de la Commission chargee par S. Ex. le President de
fairc un rapport sur differentcs reclamations, rclatii'cs aux mutations
de droits et de proprietes survcnues dans la partie de I'Est , depuis sa,
reunion d la repwbiique ; acrompagnce de deux rapports du Senat, el
dc la Cliambre des representans, sur Ic meineobjet. Poitau-Priiice, de-
cembrc 1822; 10-4°, 17 pages.
L'objet de cet ecrit est d'un iuleret local ; mais en I'annon^ant, nous
devons ajouler que les questions y sont discutees avec sagacite et reso-
liies avec sagesse. Aussi, le rapport de la Commission, examine ensuitc
par le Senat et la Chambre des communes, a-t-il re9u Icur approbation.
G.
AMERIQUE MERlDIOxNALE.
2. — Ensayo sobre (as guarantias individuates , etc. — Essai sur les
garanties individuellcs, par F. Daunoc, mtmbre de I'lnstitut, traduit du
i°raD9ais en castillan, par le docteur D. Grcgorio Funes. Buenos-Ayres,
1822; in-8° de 228 pages.
Les peu|)li's qui, apies avoir long terns vicilli sous le despotisme, pas-
sent rapidcment a la libcrte, out besoin, pour se maintenir dans celte
noavcile situation, de remplacer k'urs antiques erreurs par de saines
lumieres. Pour eux, ne point avancir scralt retrogader, et ils devraient
renoncer a etre libres, s'ils ne consentaient 4 etre eclaires. Convaincus
dc cctle verile, les republicains de Buenos-Ayres ne negligent aucun
moyen de s'instruire, et Tun des symptomes du bon esprit qui les ani-
me, c'est qu'apres avoir fait de si gloricux efforts pour leur dilivran-
ce, ils se defient assez de leurs connaissances politiques pour ne pas de-
■'aigner I'experience et le secours des publicisles curopeens. M. G.
(1) Nous indiqueroDS par un aslciisque (•) place a cole du litre de cliaqne 011-
vrage, ceux des livres strangers ou fraD(;ais qui paraitront dignes d'une attention
particuliLie, et dont nous rcnilrons quelquefois coiufte dans la section des Anal \sei
,o6 LIVRES ETRANGERS.
Funcs a rendu iin v6rilable service a ses conciloyens, en Icur donnant
line traduction elegante et fidfele de I'ouvrage oil M. Daunou a si bicn
expose Ics droits et les bcsoins de la societe, Ics devoirs et les erreurs
dn pouvoir (i). Ce livrc est Irop connu en France pour que nous essayons
tl'en reproduire ici I'analyse; nous aimons mieux nous arreler a un ecrit
du meme at>tt'ur, intitule : Dc la America meridional, qui n'a paru
qu'en cspaghol , et qui se lit en eette langue, a la suite dcs Garanlies
traduites par M. Funes. En 1817, M. Rivadavia, envoye de la republi-
quc de Bui!-nos-Ayrcs aupres des puissances europeennes, rc^ut Ic regle-
ment constilutionnel provisoire, et le soumit a I'examcn de M. Daunou.
Ce publiciste , apriis avoir justifie I'etnancipalion de rAmcrique meri-
dionale et observe la division de son territoire en plusieurs etats libres,
se demande quelle espece dc lien pourra exister cntre eux; si ce sera
C'jlui d'unc simple alliance, ou celui d'unr veritable fedt;ration. Les
circonstanccs, les localites, I'etat actuel de la population, ne perincltent
guerc, ditil, de diviser eette immense peninsule en plus de quatre ou
cinq republiques. Dans le cas ou elles donneraient le nom de federa-
tion au lien qui les unirait, nous croyons qu'il n'existrrait cntre elles
qu'une alliance parcllle a celles qui se forment quelquel'ois enire de
grands royaumes. Elles ne pourraient guere avoir qu'un congres, sem-
blable a ceux des monarques d'Europe,et par consequent tout-a-fait
difTerent de celui des Elats-Unis de I'Araerique septentrionale. 11 nous
parait impossible qu'un etat qui pourra egalcr ou exceder en etendue
toute la France ou toute TAIlcmagne, ne possede pas unc force mili-
taire quilui soit propre, et qu'il ne lui arrive point aussi d'etablir des re-
lations direcles avec les diverses puissances du globe. Au teste, I'allian-
ce de ces quatre ou cinq republiques peut devenir etroite et constanle,
si leurs constitutions particuliercs se fondent sur les m6mes principcs, et
si leurs gouvernemensconservent lesmfimesinterets.C'est la, en cBFel, ce
que Ton peut esperer, puisque les evencmcns leur donncnt une oricinc
commune, leur impriment une meme direction, et Ics obligent a se dti-
fendre ou a se premunir eontre les mdmes cnncmis. Si, au lieu de qua-
tre ou cinq etats, la peninsule americaine pouvait en comprendre douze
ou quinze, il y aurait lieu a une veritable federation, c]ui remctlrait a
un congres toute la politique exterieure, et generalement la direction
supreme de loutes les alTaires communes. Dans ce second syslemc, quoi-
(i) Li troisitaie odilion ilc l/issnj sur Ics srarantics indiffidueUes , a parii
I'.inniie devnii-rc, ilicz Bobiic, imprimcur-ljbrnirc , rue Je la 7'ablelterie, n" 5.
In-8". Prix, 6 fr.
LIVRES ETR ANGERS, 107
qu'il fflt indispensable d'abandonncr a chaquc ef.it son admini^itration
particuliere^ sa legislation, ainsi que sa constitution interieure, nean-
iDoins il tst rertain que Ics interCts commuDS sur Icsqucls serail fondee
la confederation, devraienl entrainer quelquc bomogeneitedansles prin-
clpales formes de gouveinement. Sans aucun doute, ii est possible et
utile d'admettre ici unc grande diversite dans Ics details, dans le sys-
teme des elablissemens publics, dans la dislribulion des pouvoirs; il
sufllra que tous les elats confedert5s soient recllemcnt constitues en au-
tant de republiques, c'est a-dire, que les droits prives soient d'une part
eflicaccment garantis, de I'autre, qu'aucune autorite ou emploi public
ne soil une propriete ou un privilege. Aprfcs avoir traite des fonclions du
congres, et conscille de remettre a trois ou a cinq de scs membres I'exe-
cution de toutes ses resolutions, M. Daunou entrc dans I'examen du re-
glement conslitutionnel , divise en sept sections, qui ont pour objet :
i" rhomme en societe; 2° le pouvoir legislatif; 5° le pouvoir executif;
4" le pouvoir judiciaire; 5° les elections ou nominations des oCGciers et
employes publics; 6° I'armee de terre et la marine; 7° la surele indivi-
duelle et la liberte de la pressc. 11 laut placer, au nombrc des plus uti-
les coDseils que noire concitoyen adresse anx republicains de Buenos-
Ayres, I'invitation d'admettre le libre exercice de tous les cultes. Uo
peuplc, dil-il, pent dire fortement attache aux doctrines qu'il jsrofesse ,
et aux ceremonies qu'il pratique ; on comraettrait une imprudence et
en ineme tems une injustice en metlant des entraves a i'exercice dc
son culle. Mais le public ne se decide jamais par lui-mfime a proscrire
ccux qui ne le cultivent pas; quand cc fanatisme existe, c'est parce
qu'on travaille a I'inspircr et qu'on I'entretient, a force de manoeuvres
dispendicuaes. Mais cnlin, s'il pouvait y avoir une nation qui de sa na-
ture lut incurablemcnt intoleranle, il n'y aurait aucun moyen de la ren-
dre libre, et ce serait perdre le terns que de cbercher a lui douner une
constitution. Tout ce qu'on peut dirt? sur cct important chapitre. est
compris dans ces trois ligncs de Voltaire, u S'il n'y avail qu'une reli-
gion, le despotisme serait a cralndre; s'il y en avail deux, elles se cou-
peraicnt la gorge ; mais, il y en a Irente, ct elles vivent en paix et lieu-
rcuses.B L.
7>. — La Bibliotheca columiiana. Lima, 1"' decern b re 1821. In-ia.
Cent le i"^' numero d'un Journal politique et litleraire, destine a pa^
raitrecbaque mois, ct qui, rddige avec talent, interessera I'Ancieu et le
Kouveau-Monde. Le nom d'Amerie-Vespucc, donne a celui-ci, est une
usurpation. C'est par un sentiment de justice que I'autcurdu Journal lui
donne un litre qui rappelle le nom derillustre navigateur auqucl est due
ic8 LIVRES ETR ANGERS.
la premiferc decouvorte du Nouveau-Monde. Avaul lui, deja d'.mlrci
Tavaient fait. M°i« Du Boctage, Joel, Barlow el d'aulrcs avaieiit public
leurs Colomijiades ; el, parnii les republiqucs naissanles de ce nouvel
lieinisplicre, s'elevc noblenicnt la Coloiniie. L'auleur s'exprime sur Tin-
quisilioo comine on \e ferail ici : il I'appelle le Minotaure des conscien-
ces. Dans ce nouveau Journal, on trouvera des fails curieux conccrnant
lc.< ci-devanl Colonics espagnoles. La cour de Madrid regissait ces vaster
contrees avcc une partialilc qui ne pcrinellait guere aux Indigenes de
devclopper Icurs talens naturels. L'auleur nous apprendque, sur 170 vi-
cc-rois qui ont gouvtrne TAmerique, 16G furent Espagnols et qualre
SLulemeut du pays. Sur 602 capilaines generaux, 588 furenl Espagouls
I'l quatorzc sculemenl Ainuricains. II aurait pu faire la meuie observa-
tion sur les baules dignites ecclesiasliques, presque loujours reservees a
des Espagnols el presque inaccessibles aux pretres americaios. La justice,
et la saiue politique , qui est une partie de la juslice, reprouvent de tels
abus. Qu'cn est-il resullti? De I'aigrcur el ptut-elre di s haincs conlie
1 Espagne. Des elogcs sont du» a I'ouvrage dont it s'agit; inais nous y
remarquons avec peine une prevention marquee, lorsque I'aiifeur, in-
diquant les savans , les lilteraleurs et les artistes les plus dislingucs du
sieclc dernier dans les diverses contrees du monde civilise, semble omet-
tre a dcssein des hommcs dont I'Espagne s'honore a juste tilre; car elle
aussi a fourni son contingent a la republique des letlres. Les torts des
gouvernemens ne sont pas ceux des nations; et d'ailleurs, I'Espagne ac-
tuelle eslellerespousable de ceux de Tancienne Jispagne? Le gouverne-
iiicnt espagnol aurait du (il I'aul I'avouer) s'empresser de reconnaitre
Tindependancc de ses Colonies americaines qui, arrivees progressive-
men I, pourainsi dire,aleur puberte polilique,ont un droit imprescripti-
ble a celte iudependauce ; que de sang buniainon aurait epargnelMais en-
fin, cette deplorable querelle va expirer. Enire les Esjjagnols du Nou-
veau Monde et ceux d'Europe, il y a identite de religion et de langage;
leurs usages et leurs moeurs sur divers points sont tifes-rapprocbes. A ces
considerations, joignez des liens de consanguinilc et d'alliance. Que de
motilk pour abjurer les preventions et les haines! D'ailleurs, tous les
bommcs , tous les pcuples doivent plus que jamais se penetrer de la cer-
titude qu'un interet solidaire les appelle a faire un doux echange d'afl'ec-
tion ; a elendre les uns vers les autres des mains fraternelles. Cos pre-
ceptes de I'cvangile sont en liarmouic parfaite avec les inlerets individueU
et sociaux. G.
LIYPtES ETRAKGEHS. log
EUROPE.
GRANDE-BRETAGNE.
4- — Ilortus anjlicuSj or the modern english garden.— hi; janjin nn-
giais moilcrnc; contcnant une description de toutfs les planlcs cullivecs
dans la Grande-Bretagne ; suivi d'un choix dcs plarites exoliqucs dc serre
cliaudt', classees suivaat \c systfeme de Linnee; par I'auteiir du Botaniste
anglais ; Londrcs, 1822; Bivingtons. a vol. in-ij. Prix, i6scliollings.
Get oiivrage est un excellent trail<5 de jardinapje et do bot^niqiie :
il olTre un tableau complet des pianles qui croisseiit aujourd'hui sur Ih
sol anglais, ct tous les details les plus satisfaisans sur cliaque esp6ce.
5. — Journal of a voyage to Groenland in the year, 1821. — Journal
d'un voyage au Gioenland en 1821 , parG. W. Manby. Londres, iSji ;
Whittaker. Un vol. in- 4°- Prix, 1 louis, 11 schellings, 6 pcnces.
M. Manby s'est acquis des droits a la reconnaissance publique, par'
I'imporlanle decouveite qu'il a faitn d'un moycn elTicace pour sauver les
naufra^es. Cent cinquante-six personncsont deja d>i la vie a son invention.
La ni6ine aclivile d'espril, le merae desir d'etre utile, lui ont fait enlre-
prcndre, a cinquante-six ans, avec tout I'enthousiasine et toutel'ardeui-
d'un jeune honime, le long et perilleux voyage du Groenland. La peclic
dc la baleine, ouvcrte par les Anglais en iSgS, sur les cotes du Spifz-
berg, devint I'ecole des meilleurs marins de I'Angleterre. Rien ne pou-
vait etrc plus proprc, en cffet, a former de bons matelots, qu'une naviga-
tion exlrumement difficile, dans des mers glacees et orageuses, sous un
ciel sombre et charge de brouillards. Aussi , le nombre des vaisseaux em-
ployes a ce commerce augmenta-t-il tres-rapidement. II en resalta que
les baleine«, qui venaient d'abord en foule s'oflVir, pour ainsi dire, au
hurponneur,chercb6rent un asile au sein des giaces, et que, malgre les
efforts des equipages, les profits de la peclie diminuerent. Commc on
persistait a employer les memes inslrumens qui avaient servi lorsque cu
poisson etait beaucoup plus abondant, il etait Ibit diCGcile d'en obtenir
dcs lesullals avantageux. La Suciule d'Encour.igement des arts, du com-
merce et des manufactures, proposa un prix pour la decouvertc d'un
moyen de laucer le harpon , au lieu d'en frappcr la baleine, au moment
ouelleapproche du bateau : ce qui expose le harponneur a un tres-grand
danger. On en soumit plusieurs a la Societe, qui furent approuves par elle ;
mais a I'epreuve, ils offraient tous Ic memc defaul. Le harpon pouvail,
il est vrai,atleindre a une distance considerable; mais il etait impossible
ue le dirlgcr de manierc a ce que la poitile frappSt la piem'.tre; il arri-
no 1 .IV RES E TR AiXGERS .
Tait done souvent que la bk'ssure,aulieud'(ilreprofondc, n'etaif qu'une
longuf decliiriire I'aite avuc lu dard, qui n'offrait aucun moyen dc rcte-
nir Ic poisson. Cel incoavenicnt fort grave porta les peclicurs a rcjclcr
I'usagc de rarmo J( Ten, et a reprtndre Icur ancienne melhodc. Feu
M. Kosc, president du conseil du coimiicrce , nyant su apprecier le ge-
nie invenlil de M. Manliy, I'engagea a cliercher queique procede pour
rendrc la peciie de la baleine inoiiis perilleuse et plus lueralive. Celui-
ci , pour repondre a ce desir, examina d'abord la cause des preventions
qui s'elaient etabiies centre I'emploi de I'arme a feu. II en changea la
construction ; puis , il tiouva moyen de fa^onner le karpon de manierc a
ce qu'il put sortir du canon, sous la forme d'une masse courle et cylin-
drique , retcnue par une forte corde. Celte arme, en frappant la baleine
commeunboulet, b'cnl'rouvrc,ctn'e tend ses dents qu'au moment oil I'ani-
inal, senlant la blessure, cherclie a fuir. Le harpon une fois engage dans
les cbairs de la baleine, on lache de la corde; et, plus le poisson se de-
bat, plus il devient impossible de relirer I'arme. M. Manby inventa aussl
un harpon de main, d'unc forme nouvelle et trfes-ingenieuse, ainsi que
plusieiirs instrumens qu'il serait trop long de deerire iri. Son but. en
faisant le voyage deGroenland, etaitdefaire lui-meme rexpericnce de ses
decouvertes. Mais il ne put y parvenir, a cause de la mauvaise voionte
de I'equipage du vaisseaa sur Icquel il se trouvait. Les liarponneurs, Sui"
tout , s'imaginant qu'ils allaient pcrdre la haute paye que les dangers aux-
quelsilssont exposes leur font aecorder, prirent tous les moyens pour
empficher les experiences de reussir : une fois, entre autres,ils remplirent
d'eau I'arme qui devait lancer le harpon. En outre, I'liooime que M. Man-
by avail amenc pour diriger ses instrumens, tomba dangereusement ma-
lade; enfin, les obstacles se mullipliercnt tcllement, que M. Manby fut
force d'abandonner son premier projet. II faut done suspcndre notre ju-
gemcnt sur des inventions qu'on ne pourra bien apprecier qu'api^s I'e-
preuve. Quoi qu'il en soit, la relation de ce voyage est assez interessanle
pour que le lecteur ne s'aperq'oive pas que le but en a ete manque. Une
suite de tableaux imposans et sublimes s'y succedent rapidemeut : les
dangers du voyage, le passage du valsseau au travers des glaces, une
peche dont M. Manby fut spectatcur, sent depeints avcc une chaleur et
une virite qui attachent et rendent les objets toutafait presens.
Louise Sw. Belloc.
G. — A letter to M. Jean-Baptiste Say, on the comparative expence of
free and slave labour. — Letlre a M. J. B. Say, sur la depense compa-
riSe du travail des liommes iibres, et du travail des esclavcs, Y)atAda>n
Hodgson. Liverpool, 1820. In 8°. Prix, 2 scb.
LIVRES ETRANGERF. iii
La tralle des Noirs formait une branche considtSrable du commerce
dc Liverpool, en Anglelcrre, du Havre, dans notre pays; et cos dciu
vlllcs ont eu quelquc peine, en voyant cetle source de profits sinoa ta-
rie, du raoins considorablement diminuee par les lois qui probibent cct
infame Irafic. Cost done faire une oeuvre veiitablement pbilaiitropiquc,
que dc prouver a des gens qui sont negocians avant d'etre bomnics,
non pas que I'humanile reprouve ce commerce (ils sont d'asscz bonne
composition ia dessus), mais que I'inteiet pucuniaire des planteurs doit
Icur faire employer des bras libres, plutot que des mains flelries par
Tesclavagc. L'ouvrage est adresse a M. J. B. Say, parce qu'il semble, en
Europe, qu'un ouvrage ccrit sur des malieres economiques ne saurait
inspirerde conliance, s'il n'a, pour ainsi diie, obtenu la sanction de no-
tre C(5lebre compatriote. Au surplus, la lettre de M. Hodgson est plcine
de f'aits et de raisonnemens dont I'autorite serait suHlsante. En tbe-
se generale et spi5culativement , on ne fait pas diDSculte de conve-
nir que I'homme qui u'est point paye a raison de son travail, qui n'a
aucun interet dans le rebultat de cc travail, fait le moins d'ouvrage qu'il
pent; qu'il est interesse a deguibcr ses facultes pour ne pas augmenter
I'exigeance de ses inailrcs, et que les coups de fouet qui ne pcuvent pas
agir constamment et qui plongent I'esciave dans le decouragement, sont
un stimulant moins cEGcace que I'interet personnel. Aussi, I'auteur se
borne-l-il a ciler, coranie preuvcs de fait, des lemoignages que Ton ne
pent pas recuser : ceux de beaucoup de proprietaires d'esclaves, et de
planteurs des Antilles. 11 ajoute que, si le travail des esclaves rtvenait
moins cher que cclui des ouvriers, les lerres se vendraienf a plus haut
prix, dans les pays ou I'esclavage est admis, puisqu'on pourraitles cul-
tiver a meilieur conipte que les autres terres. Or, c'cst ce qui est de-
menti par les fails : des terres egalcs en fcrlilite et en situation se ven-
denta un tiers meilieur marcbe dans la Virginie, oil Ton fait cultiver par
des esclaves, qu'en Pensylvanic, oii I'esclavage n'est pas tolere. 11 en
est meme dans le Maryland, ou les basses terres, qui sont cultivecs
par des esclaves, ne peuvent, quoique plus fertile?, soutenir la con-
currence a cet egard avec les parties montueuses cultivees par des
mains libres. Le lemoignage de Slorcb, publiciste russe, vient a I'appui
de cette verite. Tous ceux qui ont voulu, en Russle, faire travalUerdes
esclaves aux manufactures, n'ont pas reussi. lis ont alfranchi Icurs tra-
vailleurs et ils ont obtenu des succes. oSi le travail des esclaves, dit M.
Hodgson, etait le moins cber, nous le verrions adopte dans la culture
de cesproduits dont les profits ont etc reduits par une grande concur-
rence. Loin de la, nous le trouvons exclu successivetncat de la pro-
112 LIVRES ETRANGERS.
duction des ol>jc(s ou le travail dcs mains librcs s'est IntroJuit, ct il
n'cst conserve que dans Ics cas oil un sol et un climat privilegies per-
metlent une culture dispcndieuse. On se ruinetait maintenant »i I'on
fuisait culliver dcs terres a ble par des enclaves, comma dans I'anti
quil^, ou par des serfs, coramc au muyen age. On a rcnonce, dans
la Caroline, a culliver le colon et l'indi°o avec dcs Negres, du mo-
ment qu'il a fallu , dans Ics marches d'Europc, soultnir la concur-
rence dcs indigos <!l des cohjns de I'lnde; et les planleurs dc nos i!cs a
Sucre declarcnt qu'ils sont ruin6<, si on iie leur donne pas le privilege
exclusif d'approvisionncr leuis melropolcs.o L'auleur, passant ensuite
des raisonncmens aux fails altesles par I'experience, nioulre les tristcs
resultals du servagecn Pologne, en Hussie, el surtuulaun Elats-Unis, qui
otTientdes villages nombreux, rians el peupli;s, la ou il n'y a point d'es-
claves; et des plantations rares, avec quelques bultes grossieres, sauf
rhabitaliun du maitre, dans les cantons oil Ton maintient encore I'ts-
clavage. On peut done prevoir que la force des clioses, a dcfaul de la
sagesse des bommes, ani^nera graduellement , et par tout, I'^jolilion
de cet alTreux sysleme ; et que lis gouvcrnemcns qui I'auront sourde-
ment favorise, en protegeant la traite des Noirs, seront accuses a la
fois d'imperilie el d'inbumaiiite. C*.
7. — Europa ami America in 182T. — L'Europe et I'Am^rique en
1821; arec un exanien du plan presente aux Corti-s d'Espagne pour rc-
connailre I'independance de rAtnerique meridionale; traduii du fran-
^ais de M. I'abbe de PHADT,par J. D. Williams. Londres , 11S22, Gowie
et compagnie. 2 vol. in-S" : Prix, 18 schellings, C.
Les journaux de I'opposilioD et Ics journaux ministeriels de I'Angle-
ti'rre ont porte des jugeniens tresdillerens sur cet ouvrage ; mais tous
so sont accordes pour y reconnaitre le talent distingue de I'auteur; plu-
sieurs ont combattu el d'autres approuve avec cbalcur ses doctrines
politiques. Ceux ci I'ont accuse d'etre prolixe, el de viser Irop a I'cffi t.
D'autres ont loue, au contralre, la concision et I'energie de son style.
Ce qu'il y a de certain, c'est que l'auleur a fait preuve de jjenelralion, de
talent et de vues politiques tres-etendues, en tra9ant ce vasle et intercs-
santtableag. L. S. B.
8 ('). — A lecture on the history and utility, etc. — Discours sur I'liis"
toire el I'ulilite des institutions litteralres, prononco a I'instiiuliun de
Surrey, a Londres, le i"^"^ uovembre, ft a rinstitution llussel , le 20 dc-
cembre 1822; par M. James Jennikcs. Londres, 182/1; Sherwood et
Jones, pater-noster Itow. In-S" de 120 pages.
M. Jennings a divis6 son Discours en deux parties, conformemcnt a
J
LIVRES ETRANGERS. ii3
son tilre. L'hifloirc lies iuslitutions litteraires remplit la premiere; I'o-
rateur s'acquitte ensuife de la tacLe facile de prouver que ces elablisse-
mens sont utiles a la sociele. II seuible que, dans un iivre ou le iiieme
sujet serait traite avec plus d'etendue, i! faudrail changer cet ordre, et
finir par la parlie hislorique. En effet , les dissertations sur rutililcdes
connaissances et sur les moyens de les repandre pourrout, ^ jour en
jour, devenir plus courles et plus rares ; on pourra merae cesser tout-a-
fait de se livrer a de pareils travaux , lorsque lous les csprits seronl hien
convaiiicns de celte utilile. Quant a I'llistoire des institutions litleraireS;
elle acquiert conlinuellemcnt de nouveaux fails; et aujourd'hui memc,
elle ne pcut plus filre contenue dans les limites d'un discours. La notice
historique de M. Jennings est done necessairement incomplete : mais elle
sera utile a ceux quivoudrontecrire, sur le meme sujct, un ouvrage plus
etendu; ils y trouveront des fails curieux et des observations tresjustes. F.
9. — The Works ofiheritjiit fwnouraMo sir Charles Hanbuvy JVil-
limns, etc. — (Kuvrcs de s.\t Cliartrs Ilanbury IFHliams, ambassadeur
d'Anglflerre pres des tours de Russie, de Saxe, etc., publiees sur les
manuscrits originaux appartenant a son pelit-fils le comte d'Essex,
avec des notes par Horace Walpole. Londres, 1S22; Jefl'ery, 5 vol. in-
8'; prix, 1 louis, 11 schellings 6 pcnces.
Sir Cliarles Hanbury enira dans la carriere parlementaire, en 1704, ct
embrassa presque aussitof, avcc bcaucoup de clialeur, les interets de sir
Robert Walpole, qui lecite dans ses letlres et dans ses memoires, com-
ine un prodige d'esprit et de gaile. II prlt peu de part aux debals qui
eurent lieu pendant la memorable et orageuse administration de Wal-
pole; mais il se declara ennemi implacable du celebre Pulteney, comte
de Bath, auteur de sa chute ainsi que de celle de sir Robert, ct la satire
dcvint entre ses mains une arme mortelle, donl il se servit pour le fle-
trir. La collection de ses oeuvres comprend vingt-sept pieces de vers,
qui sont autant d'attaques virulcntes dirigees conire le favori de Geor-
ges H. Une peinture amusante de la cour de Dresde, quelques chansons,
le commencement imparfait et decousu d'une bistoire de Pologne, quel-
ques kttres, et des pieces de vers liceneieux et impies, compleleut les
trois volumes. Un homme donl tout le merite ne consiste qu'en bons
mots ct en traits satiriqucs, dont le succes depend de I'a-propos, devait
craindre de prendre rang comme auteur. Aussi, sir Charles Hanbiiry
eOi;-il difficilcment eonsenii a faire imprimer une collection de ses ceu-
vres, dont il savait mieux que personne apprecier la valeur. Plusicurs
journaux anglais se sont deja eleves contre Tediteur de cet ouvrage, qui a
eu raison de gardcr I'anonyme. L. S. B.
T. XVIII. — Avril 1823. 8
ri4 LIVRES ETR ANGERS.
10 — (*) Specinicns of the russian jiocls, with introductory remarks.
Part the second. — Morceaux choisis (ires dcs poelcs russes, accompa-
gnes dc retnarques pri'liminairts. Sccondc partic. Par John Bowbing,
membre honoiaire de plusieurssocietes anglalses et etratigeres. Londri'»,
1823. G. ct W. B. Whittaker. Un vol. in-i2, 271 pages.
Voici le. second volume dc V Anthologle rvsse, dont la premiere partie a
6ld robjct d'linc analyse dans ce rccueil (T. X, p. 355). Letalent et le goOt
que nous ciimcs occasion de signak-r alois, distinguent cc nouvel essai
d'nn ecrivain inslruit ct digncdc srrvird'inlerprelcaux poeles ingenicux
donl il cntrcprend dc faire apprecier les ouvragcs. Ge second volume
conlienl de nouvcaux morceaux cmpruntes aux m^mcs poeles qui ont
fourui les materlaux du premier. Ou y lit avec plaisir les poesies de Lo-
monossof, dc Derjavin, dc Karamsln, de Batuschkof, dont les premiers
ouvragcs avaient excite le desir de connaitre les autres productions;
re nouveau vdlume, sur lequel nous reviendrons, ne pent que r^-
pondrc cntiiirement a raltente dcs nombreux admiratcurs qu'a reunis
le premier. D^ja une sccondc edition dc ce premier volume est cpuisee.
Celui que nous annon^ons aujourd'hui est dedie a I'empercur Alexan-
dre , et I'epitrc dedicaloire est dafee de la frison de Boulogne, ou
j'auleur se trouvait alors detenu, par ordre du gouverneraent fran-
^ais.
1 1. — (•) The loves of the angels. — Les amours des anges, poeme par
Thomas Moore, aulcur dcs Melodies irlandaises. Londres, iSi'i. Long-
man, etc.; Paris, Baudry. Un vol. in-i8.
Ce charmant ouvrage est au-dessus de tout eloge : jamais le talent de
Moore ne celebra un plus gracieux sujet, et jamais sujet ne fut plus pro-
pre a son genie. Nous pouvons annoncer qu'on en public maintenant a
Paris une traduction franfaise, qui joint a une grande elegance de style
le merite de la fidelite, et celui plus rare encore de transporter dans
noire languc le colons delicieux et le sentiment exquis de I'original.
Cette traduction est I'ouvragc d'une dame deja connuc par differens tra-
vaux lilteraires, ct par un ouvrage ] eriodique Irds-cstimabic, la Biblio-
theque de famille, qui a obtenu de TAcademie I'ran^aise une medaille
d'encouragement. Le poeme est suivi de la traduction dcs Melodies ir-
landaises, qui ont eleve si baut la reputation dc Moore. Ces cbanis su-
blimes, tout brOlans d'amour de la patrie et de la liberie, n'ont rleo
perdu de leur energie en passant dans notre hmgue. II faut se garder de
confondre la traduction que nous annon9ons, avec celle qui a paru cbez
Pillel, sans nom de traducteur, qui est tres-inferieure sous tous les rapports,
Ct dans laquelle on pourrait meme signaler un grand norabre de contrc-
LIVRES ETRANGERS. ii5
sens. Une preface de la nouvelle traduction, ecrileavcc sentiment et sim-
plicite, precede le pofeme, et donne une idee aussi jusle que brillante du
talent de Moore. L'avant-propos dcs McWte* est aussi rempli de details
nirieux et intereasans sur la musique, le caractfere et le genie des
Irlandais. 3.
12. — Tales of the drama, etc — Contes dramaliques, fondes sur les
tragedies de Sliakspearc, de Massinger, de Shirley, de Rowe, de Mur-
phy, dc Lillo et de Moore; et sur les comedies de Steele, de Farquhar,
de Cumberland, de BickerstafF, de Goldsmith et de madame Cowley;
par miss Macacley. Londrcs, i823; Sherwood. Un vol. in- 1 2, de 424 pa-
ges, orne de i3o gravures sur hois; prix, loshcllings.
Miss Macaulcy a eu une idee I'ort bizarre, lorqu'elle a entrcpris de re-
produire les pifeces de Shakspeareen prose, pour en faire des ballades
populaires, ou de graves hi^toires nationales. EUe n'a pas meme le merite
d'avoir remonle a I'origine, et d'avoir olFert aux curieux ces compositions
informes qui avaient ete le germe des chefs-d'oeuvre du theatre anglais.
Ellc s'cst appliquiic a depouiller I'evunement qui servait de base a Tac-
tion, du charme de la poesie, du mouvement theatral , de I'interet dra-
matique, et elle en a fait un conte quelqucfois insipide. Elie analyse, ou
plutot elle raconle dc la sortc, une partie des pieces des plus celfebres
auteurs de I'Anglcterre. Son but, dit-elle, a ete surtout de rendre ces
histoircs plus morales, et d'inspirer a ses lecteurs un juste sentiment de
respect et de crainte pour la Providence. Nous doutons du succes de
ses efforts, quelque louables qu'ils soicnt; pen de gens lui sauront gre
de h peine qu'elie a prise pour decolorer des productions dont la plupart
sont juslemcnt admirees.
i3. — Roche Blanche; or the Hunters of the Pyrenees. — La Roche-
Blanche, ou les Chasseurs des Pyrenees; roman , par miss Anna Maria
PoHTEB, auleur du Fillagc de Mariendorpt, etc. Londres, 1822. Long-
man. J vol. in-12; prix, 2 louis, 4 schillings.
Ce roman rentre dans la foule d'ouvrages du meme genre, qui se pu-
blient en Anglcterre. Le heros et rheroine sont des elres parfails qui e-
prouvent I'un pour I'tiutre I'amour le plus tendre. Clarence Willougliby
fait des prodiges de valeur sous les ordres d'un vicomtc de Limoges, des-
cendant lllegitime de la maisoii de Bourbgn. II est presenle par son chef
n la cour dc France, ou brillent alors Catherine de Medicis et Marie
d'Ecosse; il resiste aux seductions de cc sejour corrompu, et revient dans
la vallee de la Roche-Blanche, jouir du bonheur aupies de la belle Angii-
line, compagne de son enfance, qui a Ta-il doux et vif de la gazelle, et
dont le regard, scmblablc au rayon tremblant dc la June, brille a travers
ii6 LIVREvS ETRANGEKS.
Ics ombres de ses beaux ells noirs. o Un e|ii6ode asscz bizarre se lie a Tac-
tion principale : c'est Tamour du vicomle dc Limoges pour une seeur
d'Aogeliiie, douee d'une beaute surprcnante, mais IVappec d'une sorle
d'imbticiliitc'. L'auteur cssaie vainement d'cxcitcr Tintiret en favcur de
cc senlimcnl extraordinaire. Le style, dont nous avons voulu donncr un
eclianliilon, est une iiuilalion souvenl maladroite dc la poe^ie de Moore
ct de lord Byiou.
14. — Lemiva of Lorraine; a roniaiice. — Lemira de Lorraine, ro-
nian. Londies, 1822; Wbittaker. 5 vol.; prix, iSschellings.
Les amateurs du romanesquc et du merveilleux Irouveront lout ce
qui peut les satisl'aire dans cclte production, doot les scenes, les person-
nages et les ineidens sont tout-a-fait bors du domaine de la nature.
L'heroine a, de plus que sespareilles, I'avantage d'atoir une force d'Her-
cule, qui nuit un peu aux graces de son scxe. EUe s'elance du baut d'un
vieux crencau , dans une barque qui I'attend a quelques ccntaioes de
pieds au-dessous.Quoiquc assezagitce parun trajet aussi rapide,elle prend
la rame, dirige le bateau vers le milieu du lac, et ecbappe ainsi a la vi-
gilance des gardes qui entourent la forteresse. Son amant fail , dc son
cote, des prouesses nou moins etonnantes. Laisse, a peu pres mort , sur
un cbamp dc bataille, il rcvient a la vie au bout de quelques minutes, et
rcprend en peud'inslans toulesa vigucur premiere. Ricn, enfin, ne suit le
cours ordinaire des choscs, dans celte production vraiment ixtravaganle.
L. S. B.
>5. — Edinburgh fiiilosoplrical Journal. — Journal phiiosopbique
d^Edimbourg, redige par MM. Bhf.wsteb et Jameson. T. vii, orne de
-o plancbes. Londres, 1822; Arcbibald Constable, et Ilurst. Prix, 5 1. s'.
— Ce reeueil parait par trimestre; le prix de chaque numero est de
- sob. 6 d.
Get imporlant ouvrage se recommande suffisamment par les nonis
des savans qui le redigent. lis se sont attaclies a rendrc les connaissan-
ces accessibles a tous ccux qui veulent se livrcr aux applications, et il»
ont choisi d;e preference toutes les parties des sciences relatives aux arts.
Quoiqu'il semble , au premier coup d'oeil, que ce but de I'ouvrage ait
dil le rendre moins varie , on trouvtra cependanl que , meme a ctt
egard , la curiosile la plus avide pent y itre satisfaite. — Les sept volu-
mes de ce reeueil, qui ont paru jusqu'a present , se composeut dc plus
de trois cents mjimoircs sur toutes les sciences naturellcs. Les auleurs
dc CCS memoires , au nombre de soixante-buit , jouisscnt tous d'une re-
putation meritee, et , dans le nombre, on remarque les n .ms illustres
des premiers sa^ansde 1 Europe. E.
LIVRES ETRANGERS. 117
16. — (*") Edinburgh Review. — Revue d'Edimbourg. N" y^. Edim-
bourg, 1820. Archibald. — Londres, Longman. Un vol. inS°. Prix , 6
schellings.
Ce dernier cahier , comme plusicurs de ceux qui I'ont precede ;, ne
parait pas au niveau des premiers n°« de ce recueil, qui ont f'onde sa re-
putation en Europe, et qui la souticnnent encore. On y trouve beaucoup
plus rarement aujourd'hui ces articles nourris de fails importans, de re-
flexions judicieuses, d'aper^us poliliques, traces avec une p'ume inde-
pendante ; enfin , ces savans commintaircs sur les ouvrages les plus
dignes d'attenlion. On se contente d'un coup d'oeil moins .ipprofondi sur
ies evenemens ou sur les publications nouvelles. Gependanl , la Revue
d'Edimbourg merite encore de Ggurcr au premier rang des bons ouvrages
periodiques. Nous citerons a I'appui quelqucs articles de ce dernier
cahier; etd'abord, un extrait du /oyrt/yc en .Suisse, par M. Simond. Apres
avoir bien I'ait connaitre Tcnsemble el le plan de I'ouvrage, le critique
donne de long details sur les moeurs, les constitutions, etc. , et emprunte
a M. Simond plusieurs passages d'un grand intt5ret. Le second article,
sur la vaccine et la petite verole , est bicnecrit, et annonce dans i'au-
teur beaucoup de connalssances sur le sujet qu'il traite. Mais n'estil pas
superllu de discuter une question jugee depuis long-terns? Si la vaccine
n'a pas ete un remedc aussi univcrsel qu'on I'avait espere , il est du
moins certain qu'ellc nous a delivres d'un alTreux fleau , et qu'on ne
peut , sous ce rapport, meconnaitre son ulilite ni son succes. — Vient
ensuite une analyse de Bracebridgc-Hall, dernier roman de I'auteurdu
Sketch i)Ooh, ou livre d'esquisses. Les louanges n'y sont point epargnees.
Sans contester le talent de M. Irving, nous dilKrons d'opinion avec le
critique anglais; purete de style, tour facile et gracieux , images agrea^
bles, voili les qualites qu'on ne peut lui refuser et qu'on retrouve a cba-
que page de ses ecrits : mais on y cherchc en vain, selon nous, des pen-
sees fortes, des idees neuves iiai'vement exprimees, ct I'entrainement
ou le feu de la passion. II a un veritable talent d'observation ; mais il
ne peint pas d'une maniere Cdeic et vraie, comme I'inimitable roman-
cier d'Ecosse : son style, surcharge d'epilhetes, manque de natural et
d'abandoa. Les remarques sur les a'btis de I'aulorito du. clergc, dans la
notice sur la poursuile de M. Williams par le clcrge de Durham, sont
d'une haute importance, ainsi que I'examen d'une attaque viiulente,
dirigee centre un systfeme de reformepar M. Canning. On y juge avec
severite les principes et la conscience politique de ce ministre. —
L'arlicle sur la poesie francaise , quoique enlacbe des prejuges et de
I'esprit d'intolerancc dont nos voisins onl tanl de peine a se defcndre.
ii8 LITRES ETR ANGERS.
ofTre un lapide apetcii de la marchc dc la lilleralure fian^aisc, ct parti-
ciiliercnient dc la poesie; mais nous y sommes juges d'unc manicre si
iigourcuse, qu'il faiit de la genorosile pour convenir que Tauleur est
icnipli de talent, que scs idecs sonl quelquefois justes, ct ses censures
meritccs. On allribue cet ecrit a la plume d'un poetc irlandais, qui a
long-lcms habite le inidi de la France, oil il a nienric publie un pocme
dont Ic sujct est tire dcs annales de noire magistraiure. Le cel6brc dis-
cours dc i'evfquc de Londres, rccommandant le progrcs general de
I'lgnorance, dans i'inleret de la religion et de ia vertu , est cnsuile cite
au tribunal de la critique, qui n'epargne, sans doute avec raison , ni
I'ouvrage ni I'auteur. EnCn , un article sur les jjartagcs , termine le
caliier. Le demcmbrcment de ia Polognc , I'influcnce dcspotique du
JVord qui pese sur I'Europe, les destinees passeesct futures dc scs pria-
cipaux etats, y sent examines avec un esprit d'independance et dc phi-
lantropie tris-reniarquable. — Deux articles seulcment ne nousont point
paru meriler une mention particulicre , quoiqu'ils ne soient paj dunues
d'interet : I'un est le compte rendu d'un voyage de Wondsworth, po^te
qui a fait ecole en Angleterre, en red'aisant les clioscs et les sentimcns a
leur plus simple expression : il pousse quelquefois la simplicite jusqu'a
la oiaiscrie. Les disputes qui se sont elevecs entre I'evcque de Peterbo-
rough et son clerge font le sujct dc I'autre article. L. Sw. Belloc.
17- — (') Rejwsilory of arts, literature j fashions, etc. — Archives
des arts, de la lilteraturc et des modes , etc. Londres , iSzS. R. Acher-
man, loi. Strand. Ce recueil parait tous les mois : chaque cahierest orne
de 6 dessins relatifs aux arts et aux modes. Prix, 4 scliellings par cabier.
Ce journal offre plus de variete et d'inslruclion que ceux du mfime
genre que Ton public en France : il nc nous apparticnt pas d'examiner
t'l cette instruction n'est pas plus apprafondie en-de9a de la Manche.
Quoi qu'il en soit, les beaux-arts et la lilterature qu'on nomme legere ,
tiennent beaucoup de place dans ce recueil; et, si Ton en juge par le
cabier de Janvier , que nous avons sous les yeux, on peut y trouver plu -
sicurs articles que le bon gout ne desavouc point. II en est aussi qucl-
qucs aptrrs dont on ne fera point I'eloge a Paris, non par esprit natio-
nal, mais parce que I'esprit national peut scul les faire gouler : tcl est,
parexemple, I'ennuyeux recit d'une pretendue seance du partement
fetninin en France. Pour obtenir un succes mtirite dans ces critiques
de moeurs, il faut, avant tout, bien connaitre la nation que Ton vcut ccn-
surer, la peindrc non-sculemcnt avec esprit, mais avec fidelite. L'au-
teur de I'article dout il s'agit , ne connait pas assez les dames fraucaises.
On est dedommage de cet article par plusicurs autres qu'on lit avec
UVRES ETR ANGERS. 119
plaisir, et il faut reudre justice aux redacteurs : les modes n'y occupent
pas tiop de place; Ics quatre fcuilles d'iinpression dont ce recueil se
compose ne sont pas nial employees. JI scmblc que nos artistes reus-
sissent mieux a peindre la grace dcs altitudes : par compensation , les
passages colories font Lonneur aux dcssinatcurs anglais. F.
R U S S I E.
18 (*) — Jlisloire de I'empire de Bussie, par N. Kaeamsi:*. Saint-Pe-
lersbourg, 1816-1817, 'huit volumes in-8°. — Dcuxicmc edition; Saiot-Pe-
tersbourg, 1818-1821, impr. de N. Grelch, "cufvol. in-8°, avec 9 tables
genealogiques , une carle de I'anciennc Russie, des rcmarquos et dts
eclaircissemens a la fin de chaque volume. Prix, 90 roubles.
Celte histoire, qui est un monument national eleve par le talent a la
patrie, a ete deja analysee dans la Revue (T. VI, pag. 5i6, et T. XIII,
pag. 343), d'apres une traduction I'ranraise, faitc sous les yeux de I'au-
teur, a Pelersbourg, et publiee a Paris. Les buit premiers volumes con-
tiennenl I'bistoire de la Russie , depuis son origine jusqu'a la mort de
la tsarina Anasta<^ic, la premiere des sept femmcs du tsar, Jean-ic-
Terrible, c'e^t-a-dire jusqu'en i5Go. Le 9" volume, qui a paru au mois
de mai 1821, et qui vicnt d'etre traduit litteralcmcnt par M. Somof,
et redige, aiosi que ics 8 premiers volumes , par M. St. Thomas, con-
tient la periode la plus importante et la plus digne d'interct de I'bistoire
russe. Ce n'est qu'une longue serie de massacies ct de cruautes qu'on
cberchtrait en vain dans d'aulres annales, et que I'auteur a decrilcs avec
une genereuse indignation. On trouve aussi , dans ce volume, d'inle-
ressans details sur la decouvcrle de la Siberie, vers la fin du xvi^ siicle,
evenemcnt d'une bautc iuiporlancc pour la Russie, dont il a recule les
limites jusqu'a la pointe du nord-est de I'Asie. — La Russie manquait
jusqu'a present d'une veritable bistoire nationale et complete, comme
I'a dit avec juste^se M. Depping, daus I'aualyse qu'il a faite de celle
de M. Raraniiin , el c'e^t ce qui a etc en partie cause de son grand
succes, indupendamment du merile reel de cette production. On pent
diviscr en trois classes ceux qui ecrivcnt I'liistoire : en annulistes ,
qui leguenl a la poslerite les evencmens dont ils onl ete tenioins ,
ou qui kur ont cle transmis par la bouclie de leurs predecesseurs ; en
critiques, qui eclaircissenl les traditions ancieuncs, comparent les di-
verses annales qui leur sont parvenucs, et concilienl les temoiguages
divers; mfin, en liisloriens , qui sescrvenl des maleriaux prepares par
les annalislcs eclaires ct cpures par les critiques, pour crecr I'bistoire,
i->.o LIVRES ETRANGERS.
• livrc sacre Acs nations, tableau cJclfiir cxislcnce cl do Itiirs aclcs, testa-
ment laisse par Ics ancetres a la poslerile, explication du present ct guide
de I'avcnir. i> — Les premiers terns do la Russie sont riclics en rnatcriaux
pour rhisloirc. Les cbroniques de Nestor vide scs succcsseuis, dont plu-
sieurs copies sont parvcnues jusqu'a nous, les stepennii Kniffhi, les citro-
iwgrajyhcs , \vs granwti, Ics acles des areliives etrangeres , etc., fournis-
sent a I'hisloricn d'innombrables et de precicuses notions; mais toutcsces
sources ontelt presque inconnues des savans jusqu'au xvm" siicle. Le la-
borieux Tat ischc freuntt des extrails de ces archives, que des circons*
tances conlraires ne lui permircnt pas dc publier. Les savans ctrangers
Bayer, MilUer ct SchlOlzcr, connaissant touts la richcsse des archives
russcs, entrcprirtnt I'histoire de cct empire; et le dernier publia la Chro-
nique de Nestor, avec des remarques critiques. Deux etrangers , Leves-
que ct Lcclerc, et le prince russe Tsclierbatof, s'essayereut aussi, sans
succ^s, a remplir cette grande tache : Bottin, SchlOlzer et d'autres cri-
tiques combaltirent I'errcur de ces historiens et firent voir comment il
i'allait ecrire I'histoire de la Russie. II elait reserve auregne d'Alexandre
d'ublenir un veritable succes sous ce rapport. Karamsin, creatcur
d'une prose pure et elegante, a etc encourage far I'empereur dans le
noble travail auqucl il s'est consacre. La libecte qu'il a eue de fouiller
dans toules les archives et les bibliolliequcs de I'empire, I'a mis a meme
de pioduire, apres douze annees conseculives de travail, un ouvrage
qui, pour nous servir des paroles memes de Tempercur Alexandre,
iransmettra d la jwsicritc ie noni dc son aultur avcc {cs hauls faifs de
ses ancetres.
ig. — Le Censeur, gazette critique el iitteraire, publiee pendant la
premiere moilie de 1821, par V. 0(in. Saint I'etcrsbourg, 1821 ; impri-
merie de N. Gretch. 20 numeros in-l'ol. I'rix, i5 roubl.
Cette gazette, qui promettait d'excellcns articles sur Ics sciences et la
Jitterature, .':insi que dc judicieuses critiques des mcilleurs ouvragcs
russcs, a ete abandonnee par Je redactcur, apres la publication de la
20* fcuiile. II faut atlribucr cette interruption a la mort d'une epousc,
dont ce litterateur a deplore la perte dans deux charmantes elegies.
Les amis des Icttres rcgrellent de nc point voir conlinuer un journal ,
a la fois interessant et instructif, et se flattent de Tesperance que
M. Oiin rcprendra, dans quelque terns, un travail digne de succes. Le
sommaire dis articles inseres dans ces 20 numeros , fera connaitre le
plan et le coutenu de cette gazette. LiTiiiBAXunE. PaosE. 1 Le Sommeil,
apologue de Saadi, poete persan , trad, par Olin. 2 L'Erreuret la Ve-
rilc, contc de Garcfovshy. 5 Origine cl Ulilite des caitcs a jeu, morceau
LIVRES ETR ANGERS. 121
in^enicux , extrait des remarqiies d'un jirovincial. 4 Voila cc que c'est
que dc dire la verite. 5 Les Aiiians avcug!cs , de Viierrnite en frovince.
6 La Jalousie jusqu'a lamort, conic espagnol. 7 Les deux Roses, le
Tonncrrc, pieces traduitcs dc Bomiephons , po6te de la fin du xvi«
siecle. 8 Ltttres de Voltaire a Collgni, qui n'ont point encore ele
Iraduites en russc. 9 L'Amble, conte, Irad. du fran^ais par G. Tilo.
10 Parallelle d'Ossian avec liomere, trad, de Blair, par Olin. — Poesies.
1 La Plainte d'un bcrgcr, par Jouhovshy. 1 L'Alieille, par Olin. 3 Elegies
gufrrlercs de Denis Davidof. 4 Les Regrets, par Mich. Dmitricf.
5 L'lllusioD , par Olin. 6 La Feuille. 7 L'Insouciancc, par Th. GUnka.
8 Dcuxieme eglogue deViigiie, trad, en vers hexametres , par J oiihof.
9 Lu Polit Coin, par 7'/i. Glinha. 10 Elegic de Tibulle, liv. iv, el. 3,
traduction libre d'Uiin. 11 Inscriptions. 12 Le chreticn mourant , de
Lamarline, trad, par Olin. i3 A la lune, par Th. GUnka. i4 Le Petit
Mendiaut, romance, trad, du francais par Olin. i5 L'Efoile sur le
Volga, par le prince T'iazemst.y. 16 Les Regrets, ^ar Baratinshy. 17 La
Traitresse, ballade dc Tii. Glinka. 18 Malvina sur le tombeau de son
bien-aiine, par Bogdanof. 19 A la compagne de ma vie, par T'iscovatof.
20 La Voisine de I'autre cote de la riviere. 21 Epigraranies du prince
Viazemshy. — Critiques ou Analyses d'Ouveages. i Jerusalem delivree,
trad, en prose de Moskotiinikof. ■?. Lesoeuvrcs dc Michel ^^ikititch Mou-
ravicf, par Olin. 3 Du poeme de A. Pouchkin, intitule Bousslan et
Ludmila (voy. Revue Ency. , torn, ix, p. 082). La beaute du style,
unc imagination vive, de belles fictions , una excellente versification et
des comparaisons sublimes constituent le meritcde ce poeme, ecril dans
le genre du Roland d'Ariosleet dc I'Obeion de Vieland. Le poete russc
vient encore de publier recemmcnt un cliarmant conte en vers, intitule:
le Prisonnier du Cavcase , dont nous esperons enlretenir nos Iccteurs.
4 Fragment des rcmarques critiques d'Adisson sur le Paradis Perdu de
Milton , inserees dans le 297" n" du Spectafcur; ce morceau est traduit
par Olin. 5 Analyse de la tragedie de W. Pelrof, intitulee Minin et
Pojarsky , ou la Uussic sauvie, eu 5 actes , par Olin. 6 De la traductloa
en vers dc Mcrzliahofd(;\a \iw eglogue de Virgile parOiirj. 7 La Bac-
canthe, piece de vers de Batuschkof. 8 Remarqucs sur la traduction en
vers de J'elrinsky du i7<' livre de rEueidf. 9 Analyse de deux chansons
df M. f'iazcmsky et dc M. Soxichkof. 10 D'une piece de vers de Kapnist,
intitulee le I'cms et imilee de I'ode d'Horace a Posthume, liv. 2,
ode XIV, et d'une autre, intitulee Continence, imitec de I'ode a Licinius,
liv. 2, ode X, par Olin. 1 1 Reraarques sur la 2' eglogue dc Virgile, trad,
en vers licxamttres par T oickof. — Sciemces. 1 Division du tems cbez les
122 LIVRES ETRANGERS.
Indieos occidcniaux. 2 Description du lac Ladoga. 5 Sur la laillc do»
premiers hommes ct sur ics geans. 4 Tombeau antique, Irouve dans la
Tauride. 5 Dc I'Etnl de I'arl de la medeclne cliez les aneicns Israelites.
6 Sur les ma'urs des Bedouins, trad, de Gibbon. — Bioghapiiiks pes
IloMMBs CFXEBREs. 1 Biographic dc Grtv, poete anglais , mort en ijiSa.
2 de Guarini, poete dramali(]ue, ne a Fers-arc, en iSjj, a I'epoque la
plus brillante de la litleraturc ilaliennc. 5 de Giltlemherg , inventeur de
rimprlmerie. 4 D'.Jdricnnc Le Cduvreur, actrice celebre, morte a Paris
en i^lio, De liacan, poete bucobque. 6 De Corinne de Tanagra , con-
temporaine de I'indare. — Histoire. Traits de bicnfaisance et de justice
de I'empereur Joseph ii. — Histoire busse. Voyage de Korabctnikof ct
lirestcsnof, marcliands, de Moscou ii Constantinople, sous le regne de
Jean iv, en 1682. — Le redacleur avail promis au public I'insertion de
quelques lettres fort curieuscs du prince Kow-bsky au tsar Jean iv 4e
Tcrrihle, et les reponses dusouverain, lorsqu'il iut lout- a coup con Ira in t
d'abandonner ce journal. — Melanges. M. Oiin iuserail dans cette sec-
lion des nouvelles scientiCques et lilteraires, des unnonces d'ouvrages
russes nouveaux , des anecdotes piquantes , des pensees , enCn des
nouvelles de theatre. S. P — y.
DANEMARGK.
20. — Magasin for Rejsciacjltagelser. — Rccueil d'observalions faites
par les voyageurs danois, public par M. R. Nverup. Tom. 1"' , Copen-
haguc, 1820. 458 pages ; Turn. II, 1820, 5oo pages, et le I" cahier du
T. Ills 1821, in 8°.
M. Njerup, bibiiolhecaire de I'universite dc Copcnhague, connu de-
puis long-tenis par scs nombreux ouvrages, et par ses savantes recher-
ches sur les antiquilts el rhisloirc ancienne du Nord , continue, malgre
son Sge avance, a se reudre utile aux sciences et aux jeunes gens qui les
cullivenl. C'esl dans ce but qu'il a enlrepris, il y a trois ans, le recueil
que nous annongons, et oil les jeunes voyageurs danois , qui ne se pro-
posent pas dc publicr separemcnt I'histoire de leuis voyages, cnl la fa-
culle de deposer quelques fragmens de leurs journaux. Nous ne pou-
vons assez louer le choix qui a preside josqu'ici a la composition de cet
ouvrage. Les dilTercns morceaux qui s'y Irouvent reunis, sonl,atres-
))eu d'exceptions pres, d'un grand interet. Nous nous bornerons a indi-
qiier iei les articles qui nous ont paru devoir meriler particuliercnient
I'ultention. Nous pla^ons en premiere ligne les observations de M. le
capitaine chevalier Abrahamson , I'aites en i8i8, pendant un voyage
dans le niidi de la France ct dans le nord de I'ltalie; ccs observations
J
LIVRES ETRAISGERS. la")
scront lues avec plaisir partout , exccpl<5 peut t;tre dans Ics etats du roi
de Sardaigne. M. Le docteur Eslrup a parcouru a pied, an raois de
septembre iSiy, le pays do Gaux et quelques aulres parties de la Nor-
mandie, pour y reconnaitre les antiquites et les traces del'invasion des
iNormands. M. Lemming, jeune orieotaliste,] apr6s avoir mis a profit,
pendant son sejour a Paris, les leoons du celebre Sylvcslre de Sacy, s'e-
tait rendu a I'Escurial pour I'ouiilcr dans la magtiifiquecollcclloiideraa-
nuscrils de celte bibliotheque. Mallieurcusement , une mort suliite et
prematuree I'enleva, le 28 octobre 1819. Les lettres qu'il a fait impri-
mcr dans le repertoire de M. Nyerup, doivent I'aire regrotlcr en lui un
homme qui serait devenu un savant du premier ordre. EnGn, le Maija-
sin publie plusieurs lettres du celelirc voyageur liask, qui parcourt de-
puis plusieurs annees I'Orient pour etudier les langues asiatiques. La
derniere de ces lettres est date^ de Persepolis, du G juin 1820 ; ce sa-
vant voy:igfur est maintenant arrive dans les Indes, d'ou il est a pre-
sumer qu'il relourntra bientot dans sa patric.
21. — Recension, etc. — Critique d'unc brochure publiee par le doc-
teur Frederic Mdntbr, intitulee : Recherches sur I'origine des ordres de
chevaierte du royaume de Dancmarck, par Al. le docteur Guslave Louis
Baden. Copenliague, 1S22. 48 pages in-S".
La brochure de M. Munter a ete annoncee pir M. Lanjuinais {voy.
Rev. Encyc, torn. XV, pag. 552). Plus tard, le savant eveque de Si'lando
a trouve dans M. Baden un contradictcur, dont I'opinion est d'un grand
poids sur tout ce qui concerne rhislnire et les antiquiles du Nord : car,
depuis plus de trente ans , ce dernier a publie sur ees matieres une
f'oule d'ouvrages , qui lui out merite une baule reputation dans sa patrie.
I^I. Baden refute d'une maniere trts-solide lous les raisonnemens spe-
cieux et ingenieux , au moyen desquels I'eveque de Siilande veut faire
reraoDter Telablissement des ordres de chevalerie de Danemarek au
moyen age, tandis que M. Baden prouve assez bien, a noire avis, qu'il
ne date que du tems de Chretien V, c'est-a-dire , de la fin du xvii"
siecle. Ne pouvant entrer dans aucun detail a ce sujet, nous nous
bornerons a une seule observation. M. Lanjuinais dit : « L'auteur nous
assure qu'en Suede ( lisez : Danemarek) il n'y avait point de brigands
qui ini'eslaicnt les grands chemins, et que jamais genlilhomme danois
n'a atlaque ou pille les voy.igeurs. » Voici comment M. Baden repond a
I'evfique de StJlande: « Celte assertion est vraie et fausse en mfime
tems; il ne valait pas la peine de faire le metier de voleur de grand
cliemin, dans un pays et a une epoque ou il n'y avait pas de voyageurs
par terre; mais la mer est aussi uue grande route , ct c'est la que la
ia4 MVRES ETRANGERS.
nnbh'sse danoisc cxcr^nit ses affieux biigandagos. Les nobles ctalent
tdiis des pirates. » Pui<i([uc la brochure que nous annoncons conccrne
Tcs ordres de chevalcrie du royaumc de Danemarck , il n'est pas hors
dc propos de remarquer , que, d'apres Talmanach royal de 1822, le
nombre dos chevaliers dc I'ordrc de Daucbrog etail ainsi qu'il suit; sa-
voir : _qrands comtfia7ideurs, 2; grand'croix, 96; commandeurs, G7>; che-
valiers, 720 ; decores de la croix d'argcnf, 797; en tout 1G81, sans parlcr
des chevaliers de I'ordre de TElephant, qui ne sont qu'au nombre de 5o,
et dont plus de la moitie se compose dc princes ct dc monarques elran-
gers. II est done jusle de feliciler le Danemarck, de ce qu"il pcut comp-
ter, sur une population qui ne s'eleve pas a deux millions , un si grand
nombre d'hommes de merile.
22. — Rejsclyren. — La Lyre dc voyage, par M. B. S. In/jcman,
torn. II , Copcnhaguc, iSao; 245 pages-in-S".
2J. — Kampen for Falhal. — Le combat pour Valhal; tragedie
en cinq actcs par ^e mCme. Copenhague, 1S21.
Si je ne puis pas en conscience trailer plus favorablement le second
volume dcla Lyre de voyage Ac M. Ingeman, que jen'aitrailele premier
{voyAota. XVI, pag. 122), je puis au moias reconnaitre i^vec plaisir (jue
sa tragedie n'est pas sans interet ni sans raerite. Le sujet est la luttc du
paganisme contre le chrislianisme, et retablisscment dcfinitii' de cette
dernifere croyance en Islaude , dans les premieres annecs du xi"'
siecle. Le poetc a su conterver, en traifant ce beau sujet, la ferocite
caracterislique des moeurs de ces tems, tout en les ennoblissant de ma-
nicre a leur donner quelque charme, meme pour une epoque civilisee.
Weanmoins, je nc pretends pas dire que I'ouvrage soil une bonne trage-
die. M. Ingeman a voulu trop deplnyer son erudition dans I'ancienne
mylbologie scandinavc. De la , un clioix dc rbylhmes bizarrcs, une pt!-
nible recherche de termes mylhologiques peu connus, un style contour-
ne et convert, si Ton peut s'exprirner ainsi, de cette rouille de I'anti-
quite , qui peut bien nc pas arreter a la lecture un bomme instruit;
mais qui , si la pitcc elait admise sur la scene , ferait certainemcnt
croire a une portion du public, qu'on represente devant lui une tragedie
ecrite en langue etrangere, Au surplus, la vraiscmblance et la couleur
locale sont fort bicn conscrvees dans cette piece, et Ton n'j' trouve
point ces anachronismes ridicules, cette ignorance des mreurs, des ins-
titutions, des lois, de I'histoire et de la geographic du pays, qui defigu-
rcnt si siogulierement un nouveau roman, destine, ace qu'il parait, a
oblenir du succes. ,)e veux parler du roman intitule : Han d'lstande.
Cel ouvriige est sans doute estimable sous quelques rapports; mais I'au-
LIVRES ETRAiSGERS. i25
tciir ajau't place la scene de son rornan dans ua pays qui lul est totale-
menl iuconnu, est tombe a chaque instant dans Ics bevues les plus siu-
gulii-Ti's. On y troiive une f'oule du noras piopres, tellemcnt barbares ,
que Icur proaoncialion seulc frapperait d'elonncmcnt et d'epouvanttsl'o-
reiUe la plus dure d'nn paysan Norvegien. Tel est, entre autres, le nom
d'un certain Sfiagudry, inisorahic, dit le Journal de Paris du - mars
dernier, avcc aulant de justice que de polilesse, dignede fir/urcr dans
une (icadcinie norvcjienne. Aux rcprochcs que je me suis pcrmis de
i'aiie a I'autcur de cette tragedie, je pourrais encore en ajouter un autre,
celui d'une tendance dangereuse , qui, depuis quelques annees, semble
elredcvenue commune a une f'ouie de jeuncs ecrivaiusallemands ctsep-
tentrionaux; mais je ne m'expliqucrai pas davantage sur ce sujet, parce
que nous vivons a une epoquc ou Ton n'est que trop dispose a j'-igtr
impiloyablement les intentions d'uu auleur et la tendance de ses doc-
trines.
24. — Sciddins riscLog. — Rccueil de chansons danoises, fublin par
M. Scidelin. Copenliague , 183 t. 45o pages, grand in- 12.
La chanson forme incontestablcment, dans tous les pays, une bran-
che de la lilteialute, quoiqu'elle doive se contenter modestement de n'y
occupcr que le dernier rang. La litterature danoise est tellement riihe
en ce genre de poesie, que M. Scidelin aurait facilement trouve dequoi
former dix volumes comme celui qu'il vient de publier, et que nous ar:-
noncons. Elle possi.de un tres-grand nombre de cbansons morales, pb.-
losophiqucs et politiques, plus ou moins piquaotcs. EUe en a dont la
destination est d'encourager les travaux industriels ou agrico'.es , la na-
ligation , et d'auties objets de bien public. EnCn , il y a dans cette lan-
gue, dcs chansons destinees aux actes dc devotion, aux ecoles , aux iu-
dividus condamnes a eirc detenus dans les prisons. Ces deroieres
sont surtout remarquables par les s-cntimens religieux et la purete de ia
morale qu'ellcs inspirent. Je me serais sans doule dispense d'aniionctr
aux lectcurs de la Revue la publication de ce pelit volume, si je n'y avais
trouve, pour la premiere fois, le prctendu clianl national, dont il a ete
queslion dans ce recueil {voy. T. II, page 602, et T. VI, page4'o). Ln
relis.Tnt le dernier de ces articles, Ic Iccteur rcrra, qu'en 1819, le prince
de Hesse proposa un prix pour le meillcur chant national, et que le prix
dcvait elre adjuge par la Sociele royale des belles-lettres. Le sort de la
pifece couronnee, et dont il parait que personne ne parle, depuis qu'elie
a ete publiee, n'a que trop bien conlirme I'opiniun que j'avais euiise a
cette occasion; et je rcste plus que jamais convaincu , qu'il n'appartient
a aucune sociele litteraire, ni a aucune reunion, de pronuncer sur cette
,oG MTP.F.S ETRAKGFRS.
niali^re, de decrctcr, pour ainsi dire , riaimortalilc d'un pareil mnrccau
de poesie : c'fst du ttnis, stul , qu'il faut attendre celte cspccc dc con-
seciation solennellc. Heidkrg.
ALLEMAGNE.
25. — Of era medicotum gracorum qum cxslant. Lipsioc. 8° maj. —
Ouvrages des mt'dctins giccs, conserves. Leipsick, grand in- 3°.
M. le docteur Kuhn, auteur dc celte collection, est honorablcment
connu par pliisieurs ouvrages dc medocine. Cetle nouvelle enlrepnse
mdrite les suffrages du mcdecin autant que du pliilolngue, ct donne
a son auteur dc nouveaux titres a Icur leconnaissaoce. Les quaire volu-
mes qu'il a publics presenlent la plus grande parlie des ouvrages de
Galien. 11 est a rcgrelter que Ic prix de cet ouvrage soil aussi clcve:
le volume qui vicnt de paraitre, coute 20 francs. >
26 (*;. — Ilistoire de (a medecine, par le docteur IIecker. Berlin.
Tome i"^', grand in-8°.
Get ouvrage, qui manquait a la lilleralure allemande, fixera sans doutc
rattontion gencrale , et nous y reviendrons, quand il aura pu etre con-
veuablemeul apprecic par des medecins eclaires. S l..
2r. — PhilifiJi Metanchtonis oralioncs., tie. — Discours cliiiisis de Mb-
i,ANCHT0N. Nourcllo edition, publiee par Fkifdemann, Vol. i". Wittem-
berg , 1822. In-S".
Les eiiilions des discours dc Melanchton avaient prcsquc disparu du
commerce. M. Fiiedemann ntppelle, dans une introduction, tout ce que
la religion reformee doit a ctt bomnie cclebre, dont la mcmoire, au der-
nier jubile de 1817, a ele beaucoup inoins bonoree que cclle de Lutbcr.
II a trouve , dans les bibliotbfeques royalcs de Berlin et dc Dresde , de
precieux matciiaux. Les dix discours qui composent ce volume traitcnt
des objcis ci-apres : 1° de .^rtibvs Hlcralibus; 2° de Corrigcndii ado-
Icsccnlicv studiis; 3° de Arlibus diccndi ad omne genus doctrinoe neces-
sariis ; 4" de Gradihus scliolaslicis ; 5° de Laudiius vitcv sctwiasHctB ;
6° de Miseriis fadagocjoruin ; 7" de Amore vcvitatis ; 8° in Funere Lu-
theri (depuis Camerarius , les editions dc ce discours different essen-
tiellement les unes des autres. M. Friedmann s'est servi , pour Ic texic,
d'une des premieres, en plan^ant les varianles de Camerarius au bas de
la page); 9° dc Studio Hngvarum, ce discours est de Melancblon, qui
le fit pour Tb^odore Veil ; car des bommes marquans ont souvent fait
composer par lui des discours, qu'cnsuile ils pronon^aient comme leur
ouvrage. lo" Dc Laudibus pliilosofhiw. On voit que ccs discours ne sont
LIATkES ETRAKGERS. 10-7
pns pnremcnt ile controverse el de tht'ologie; Ics sujels, au confraire, ea
^ont I'ort vaiics. Lc slyle t-sl en genera! piquant et original, ilssont Torts
de pensecs. On peut croirCj au surplus, que tous k's ecrits d'un honune
qui a pris une part si active a la grande revolution rcligieuse et politique
des teras nioderncs , meritcnt, sous quelqucs rapports, I'atlention de
I'observaleur et du pLilosoplie.
28. — Gcsctiic'hte iter BeltetmOnche. — Histoire des moines mendians,
par Gbhlitt. Hamburg, 1822. In-S° de 5n pages.
L'auteur avail deja donne une Ilisloire de i'ordrc des jisuiles : il com-
prend aujourd'liui , sous ie nom de meridians, les franciscains, les do-
minicains et les capucins; la f'ondation, la propagation, la rt'gle de cha-
que ordre, sont exposes a^cc soin dans son ouvrage. M. Gurlitt examine
les plainles qui se sont elevees coutre ees ordres ; il rend rompte, au
sujet des domiuicains, des efforls que Ton a fails pour conoilier I'inqui-
sition avec ce jirincipe : Ecciesia n07i silil sanguinem , I'Eglise n'a pas
soil' du sang. Dans le Ireizieme si6cle, il s'etait encore forme d'aulrcs
pleux mendians ; mais le second concile de Lyon les reduisil de beau-
coup, et ne laissa subsister que les Franciscains, les Uominicains, les
Auguslins el le» Carmes. Ce petit errit offre beaucoup d'interet.
2r). — Der Scliutrllhurms Process im Kcenigsreiche Saxen. — De la ron-
trainte par corps dans lc royaume de Saxe; par M. Teucheb. Leipsick,
1822.
L'inlroduclion de eel ouvrage se compose de remarques historiques
sur la maniere dont on trailait les debiteurs insolvables ou trop lents a
s'acquiller, cbez les Juifs, les Grecs, les Romains et les Alleniands, jus-
qu'cn 1672. Dans la premiere pariie , l'auteur developpe les priiicipea
qui reglent la malierc et les modifications que doit subir I'exercice de la
contrainte par corps. La seconde pariie traite des formes de procedure,
qui >'y rapportent, sans ometlre les devoirs du geolitr, I'enlrelien du de-
tenu et la description de la prison. Dans la troisierae pariie, i! est ques-
tion des suites lacbcuscs de la contrainte par corps, de la perte des em-
plois publics, dcla soumission a une nouvelje detention, lorsque lc crean-
cier, non salisl'ait en cntier, a cependant accorde une liberie provisoi-
re, etc. Plusieurs appendices et un index terminent ce livre parl'ois un
peu diffus. Ph. GoLEtnY.
5o. — Denkwurdiglicilen aus dem Lebcn des Fetdtnar.ichalls Furs-
ten Cart von Scliwiirzcnbcrg, — Memoires de la vie du fuldniarecbal
Cliarles de Schwarzenberg, par ^. Peorkscb , lieutenant-general del'e-
tal-major aulrichien. Vienne, 1820; in-8<'.
Quelques j'ournaux allemaads font ua grand eloge de cettc biograpliie
128 LIVRES ETRANGERS.
qui, commc on le pcnse bien, est un panegyriquc, ainsi que h sonl la
plupai't dcs biographies dcs gd-nuraux;, licrilcs par les ofliciers ((ui ont
servi sous leurs ordrcs. L'ouvrage do M. Piokesch n'est point uue his-
toire mtlitairc; c'cst plulot la Tie du I'cld-inarL'cbal, drpuls sa naissance
ju.squ'a ses deroiers momens : il faut rendre celle justice au biographe,
qu'il ecrit avtc beauroup do mesiire, el qu'il n'a point celte jactanee
qu'on trouve quclqutluis dans les recils des exploits guerriers, surlout
quand il s'agit d'apprecier la resistance de I'cnnenii. Au rcsle, il trouve
tout a louer dans son heros. Si le prince a conseille de nc pas i-econnaitre
la neutralile de la Suisse, lors de I'invasion en i8i4, c'cst qu'il voul.iit
epargncr ainsi a rAllemagne le passage de 4<^o,ooo soldals, et ila em-
peche Napoleon de sc preparer et d'approvisionner les forteresscs. Si,
pendant Tinvasion , il a tenu son armee separee de ceile de Silesie,
ce qui donnait a Kapoleon moyen de se placer entre les deux, c'est
que les fourrages nianquaienl dans le cocur de I'hiver pour une si
Dombrcusecavalerie, et qu'il fullait entretenir les communications avec
le corps d'armee qui agissait contre Augereau. Si, dans d'autres occa-
sions, le I'eld-marechal monlrait de rbusitatioa dans sos mouvemens, c'cst
qu'on negociait precisement alors, Ainsi, M. Prokesch ne trouve jamais
son feld-maiechal en defaul; il pretend meme que Kapoleon a dit, en
i8i3, a un general autrichien : o c'est moi qui ai fait apprecierSchwarzcn-
berg a voire empereur. » Ou Napoleon a change ensuile d'avis, ou M.
O'Meara, qui assure lui avoir enlendu dire que Schwarzenbergnesavait pas
commander 6000 hommes, a malentendu.Toulefois, ceux qui se propo-
sentd'ecrireoud'etudier i'histoirc des evencmens de i8i4i feront blende
consulter la biographic de Schnarzenberg; il y a des fails pour lesquels
il est indispensable d'ecoulcr aussi la parlie adverse. On pent presumer
que M. Prokesrh aurait donne d'autres eclaircissemens, s'il n'eut ecrit
dans un pays oil Ton craint toute lumiere qui blesse trop vivcraent les
yeux. D — g.
5 1 . — Buonapnrle und Londondcrr;/, ein Gcsfr&ch aus detn Keichc dcr
Todten. — Buonaparte el Londonderry, dialogue dcs morls. Munich,
182-... In-S".
Au lieu de marcher sur les traces de Lucien, I'auteur a fait de ses
deux personnagcs de froids declamateurs; leurs caraclferes sent tolale-
ment manques. Le ministre anglais se repand en invcclives centre la
reformation, et vanle les ecrivains de I'Allemagne qui ont abandonne
la religion protestante pour se faire catholiques. Le schisme des Grecs,
selon lui, a donne nais^ance a celui-ci, dans Icquel on voit revivre I'es-
prit du paganisme. Knfin, le ministre trouve fort mauvais que le pape
LIVRES ETRA]>iGERS. 129
ne soit plus , commc dans le nioyen age, le vicaire de Jesus-Clirist, le
grand arbiire des nations. L'auleur conscille cnsuite aux hautes puis-
sances, par I'organe de scs interloculeurs, de ne point secourir les
Grecs, qui n'en sont pas dignes, ct qui ne sont pas plus malheureux
que Ics premiers chreliens sous les cmpereurs. 11 etait fort inutile d'e-
voqucT de leurs tombeaux, pour leur faire debiter de pareilles pauvretes,
deux pcrsonnages eelebres qui ont trahi, quoique dans des routes diffe-
rcntes, la cause de la civilisation ct de I'liumanite.
32. — Joannis Xicolai secundi Ilagani opera omnia. — CEuvres com-
pletes de Jean Second, \ouvdle edition, enrichie des notes ineditcs de
liurmann, publlee par Boscha, Leipsitk, 1821; Weigel, In-8°.
Le grand-pere de Jean Second etait balelier; son pire ayant fait des
etudes a Tunivcrsite de Louvain, occupa succcsslvement pluaieurs char-
ges honorablcs dans les Pays Bas, et devint president d'une cour de jus-
tice a Malines. L'edileur ne se borne pas a la biograpLiede Jean Second;
11 donne encore cellc de ses cinq frcres, dont I'un se distingna aassi dans
la poesie laline. ErouckLulz appelait Jean Second, Nilidissimus vene-
ris romancB colambus. Get excellent poete mourut le i4 novembre 1 5 1 1 ,
age de 2/1 ans. 11 etait alors secretaire de I'eveque d'Utrecht. 'Voici la
division faite par I'editeur pour les ouvrages qu'il a laisses : 1° Julia :
2" Elegiarum libri tres ; 3° Basia; 4° Epigrammatum libri 11; 5° Oda-
rum liber; G° Epistolarum libri 11; 7° Funerum liber; 8° Sylvarum liber;
go Fragmenta ; 10° Itineraria; 11° Epistolae. — L'edileur a fait preuve
d'une saine critique en pbilologie, et il a plus d'une fois saisi I'occa-
sion de rectifier des teites anciens. La recherche de ces corrections est
facile, au moyen de Vindcx.
53. — Kteines Handbuch zur Kenntniss der gricchischen und romis-
chcn dassischcn SchriflsiclUr. — Petit Manuel pour la connaissance des
auteurs grecs et romains, parFcHBMixN. Rudolstadt, 1823. Un vol. in-8°.
L'Allemagne possedait deja plusieurs ouvrages de ce genre, entre
lesquels le plus approfondi etait sans contredit ceiui que M. Fuhrmann
avail public lui-meme en cinq gros volumes in-S", de 1807 a 1810.
Mais cet immense travail n'etait propre que pour peu de lecteurs, tanta
cause du prlx qu'il coiitait que du tems que necessitait sa lecture.
D'ailleurs, il etait un peu diEfus et oEFrait trop d'inutiles digressions. A
cote de ce traite volumineux, I'Allemagne placait un manuel de littii-
rature ancienne de I'estimable savant Eschenburg, Mais celui-ci etait
tombe dans le defaut oppose; quatre lignes comprenaient souvent
la vie it les ouvrages des plus grands ecrivains. Du reste, ce n'etait la
qu'une partie du plan d'Eschenburg, qui s'iilendait ii tous les beaux-atU.
T. XVIII. — Jvril 1823. 9
i."o MVRES FRANCAIS.
Aiijourd'bui M. Fulirmann a compris que scs rpcherches poiivaient ,
sans rii'n perdre dc leur merite, Otre olTertcs au public tt mfiau- aux
savans^ dans un volume in-8", et c'tst a ces dimcnsionii qu'il a rcslreiut
loute sa collection de biographies litteraircs, Nous pouvons assurer
que I'ouvrage y a gagne. La premifere division romprend les auleurs
grecs, la seconde les auteurs latins. Les subdivisions sont niicuic en-
tenducs que dans le grand ouvrage, ou I'auteur Iraitant d'abord des
poetcs, puis des orateurs, des historiens, etc., cpiiisait cliacune de ccs
classes avant de passer a une autre, lei, cheque epoqiic presente I'eii-
scmble de ses riehesses litteraircs. Voici quelle est , pour les Grecs, la
distribution gen6ra!e de I'ouvrage : i° Terns auterieurs a la civilisation,
naissance des sciences et des arts jusqu'a lloinere; 2" Ilomcrc, pocto
cyclique, jusqu'a la formation du style en prose, environ 520 ans avant
Jesus-Chiist; 5" Ecrivains qui ont illustre laGrece, dcpuis cellc epoque
jusqu'a la translation des sciences et des arts a Alexandrie, environ .I07
ans avant Jesus-Cbrist; 4° Lilterature de cefte epoque jusqu'a la prise de
Coriulbe parlesRomains; 5" Lilterature grecque sous les Ruraains, jus((u'a
GoQstantin, en 3o6 ; 6° Litteiature grecque cbretienne jusqu'a la chute
de I'empirc eo 1(53; Faibles restcs des sciences ct des arts de la Grice.
Voici maintenant comment est subdivisee la partic qui regarde les Ro-
maios. La premiere epoque s'ctcnd jusqu'a I'an de Rome 5i5; la secon
de jusqu'a la prise de Corinlhe, et comprend la naissance des letfres;
la troisiemc jusqu'a la raorl d'Aiigustc; enfin, la qu:ilrifeaie jusqu'a la
cliute de I'emjiire d^Occident, en /f-G. II y a pour cbaque aulcur une
couite notice, un coup d'ceil sur les ouvrages qu'il a laisses, et une in-
dication des meilleures editions, tant anciennes que modernes, ct merac
des traductions qui en ont etc faites Les prix sont marques pour cha-
que tidition. EuQn, le Manuel de M. Fubrmann est un ouvrage Ires-ulile,
que nous rccommandons sans crainte a tous nos lecteurs.
Ph. GOLBBHr.
34. — Hesperus. — Stutlgard , fevrier i8';i3. In-4°.
Cette i'euille allemande, qui se publiait d'abord en Autricbe, se redige
et s'imprime, depuis quelque terns, dans le Wurtemberg, oil le redac-
tcur, M. Andre,are9u du loi le litre de conscillcr aullque. Le n" 56,
le scul dont nous parlerons aujourd'bui, coiilicntlo programme remar-
quable d'un prix de 100 ducats, que M. Andre promet a celui qui, dans
rinlervalle de deux ans, lui auracnvoye le nieilleur memoire sur tcs ga-
raniies des droits decito\cn.\o\c\ la substance de ce programme. Les
princes, les nobles, le clerge, les fonclionnaires, les militaircs, ont par-
lout des garanlies, des [.rcrugativcs, mCme des privileges : le citoycn
I. IV RES ETR ANGERS. - i3i
geulen manque. Sans doute, le regime arbilraire, des mailresscs aviJcs,
desconl'esseurs iolrigans, dc mauvais ministres ne produisent pas, de nos
joai's, autant de maux qu'aulrefois; les peuples d'Europe respircnf en-
lin, du muins jusqu'aux fiootieres de Turquie : cependant, que d'in-
jusliccs particulieres se commeltent encore! Que depeineael d'inquie-
ludcs il faut souveot qu'un citoyen endure pour obtenir justice! Gom-
bien de I'ois une decision legale centre lui n'est-elle au fond qu'une ini-
quile revoltantc! Qui Tindemnise du terns precieux qu'il a perdu, des
soutis qui I'ont ronge pendant qu'il a plaidc pour son droit! II serail
done a desirer que I'on I'it eonnaitre, d'une manifere lumineuse et per-
suasive, par quelks garantics les droits des citojens pcuvent etre prote-
ges. Ici le raisonncmtnt a necessairement une grande force; mais les
I'aits parlent encore plus haul. M. Andre demande done de preference
un expose historique des effets produits par I'existence ou la non exis-
tence des garanties sodales, et il desire que Ton s'atlache plus aux fails
inconnus, qu'a ceux qui sent deja notoiresj sans toutel'ois exclure ces
derniers. En suivant I'liistuire des garanties sociales dans le eours d'une
liisloire particuliere, par exemple de I'liistoire de Venise par M. Daru,
un ecrivain judicieux pourrait reconnaitre et faire voir jusqu'a quel
point la violation des garanties a contribue a la cbule d'un elat. M.
Andre desire qu'on ne perde point de vue Texameo des institutions
creees quelquefois par le pouvoir conlre les garanties, telles que t'in-
quisition, la police secrete, etc. Ceux qui pourront fouiller dans les ar-
cliives de pareilies institutions, rendront siirement leur expose plus pi-
quant. 11. est des garanties au sujet desquellcs il n'existe plus de doute,
du moins parmi les hommes eclaires; telles sont la liberte de la presse ,
1.1 representation nationale, la publicite des debats leglslatifs, la respon-
sabilitu des ministres, la liberie des elections. Mais il est des gouverne-
mens absolus qui ont peur de clianger leur pouvoir conlre des formes
conslitutionnelles. IVI. Andre, voulaat etre encore utile aux citoyens
qui obeissent a ces gouvernemens, demande quels sont les moyens d'as-
surer les droits des citoyens sous un pareil regime. II cite pour exemple
la constitution des bailliages que Josepb II introduisit en Autriche , et
qui garnutit, au moins en tems de paix, le paysau contre I'injuslice et
I'opprcssion. Le redacteur de V Hesperus invite en consequence tons les
amis de la cause des peuples, a s'occupcr du sujet de prix qu'il pro-
pose a leur meditation, et il est prfit a inserer dans son journal les fails
ou rellexions detaclies qui auraient trait a la nifime matiere el que lu i
enverraient les personnes qui, saos concourir, voudraient neanmoin.s
contribucr i) liclaircir cetlc matiere intercssanle. D — g.
i3» LIVRES ETRANGERS.
SUISSE.
55. — Essai cfxine introducilon critique au l\ouvcau Testament, on
Analjse raisonni'o do I'ouvrage intilulc : Einlcilung in die Scliriflvn des
IS'. T. , c. a. d. Inlioduclion aux livrt's du N. T. , par J. L. Hug, pro-
fciseur de thcologie a I'linivcrsltii de Fiibourg, en Brisgaw. Deuxiiiite
idition, iSai ; | ai D. E. Cellerier fils, pasteur el profi-sscur dc lan-
giics ciicnlalcs, ciiliquc ct anliqiiitcs sacrets a rAcademie de Geneve.
Geneve, iS^iO ; IMangel et Clicrbuliez.
« Lc luinislrc de J(5sus-Christ, charge d'enscigner scs I'rercs, doit coii-
nailre lui-ineme le depot qu'il veut transmeltrc aux aulres. II doit done
etudler le Nouveau Tcslament sous deux points de vuc. 11 doit en re-
chercher la nature et lliistoirc, comprendre sa forme, se rendre raison
des phenomencs qu'il presenle, determiner son tcxte ct son veritable
sens, luis, il devia recucillir les idees contenues dans le code sacre, ks
coordonner enlre elles, les eclaircir les unes par les aulres, et Ics assem-
bler en corps de di ctrinc. Cclte derniere tachc est celle du tbeologien.
La premiere reclicrchc, toute historique ct exlerieure, constilue eelle du
critique.* Tcllcssont, suivant les expressions memes dc I'auteur, les
eliipicDS du travail qu'il prescnle au public. Getle introduction est, en
quclque sorte , un supplement el lout a la fois un abrege de eelle de
Mlchaelis, dont uousavons an nonce (lorn, xx, pag. 543) une trad'iclion
ffaneaisc par M. leprofesseur CLenevi6re. L'essai dont nous nous occu-
pons presente, pour la critique sacree, une foule d'idees nouvelles et de
fails iniporlans, dont nous ne pouvons faire I'enumeration. Quant a I'ou-
vrage du prol'csseur de Brisgaw, qui a servi dc base a celui du profes-
seur de Geneve, voici le jugement qu'cn porte ce dernier: « Hug,
superieur a Miclixlis en nielhode et en clarle, ne I'egale point en fran-
chise et en independance. 11 se distingue par son erudition abondantu
tlvariee, parses rapprocbemens ingenieux , par riiilerfil qu'il suit re-
pandrc sur les sujels les plus arides. 11 merite des elogcs pour la respec-
lueuse sagcsse avec laquelle il discute la critique du Wouveau TestamenI,
et pour les progres qu'il lui a fait faire ; niais on ne trouve point en lui
eel ;.mour sincere et profoiid de In virile qui inspire Micbselis, meme
lorsqu'il s'cloigne d'elle. » M. Cellerier ne s'est point asservi ii suivrc
scrupuleusemenl son auteur, il n'a pas pris rengagement d'adopter tous
ses scntimene : au conlraire, il I'abandonne lorsqu'il lui semble s'ecarlcr
de la voie de la virile pour se jeter dans celle de Tbypothese, et sacri.
tier la marcLe iente, mais sflrt, de la raison, a la marche plus rapiJcet
plus brillaute du sophisme : souvtnt il le combat; il le refute, et nc
LIVRES ETRAKGERS. i55
laisse jamais rien passer qui porte le cachet du paiadoxe. Da rcste , la
lecture de I'ouvrage de M. Ceilciitr n'atlachcra p;is seulemcut ceux a
qui il a ele fpecialemeiit destine ; loute persunne curieuse de rocherchti-
les preuves de I'aulhenlicite de nos livrcs saints, de conoaitre I'lustoire
de leur publication et des contestations dout iis out cte I'objetj ne lira
pas snns iuleret celte Introduclion critique. Tous ceux aussi qui se sont
voues a I'etude des restes precieux de I'anliquile, retrouveront , dans
riiisloire des travaux qu'ont cxiges rexploitalion cl la rcstauration du
texle du Nouveau Testament, un beau modele a suivre daos les efforts
qu'ils ont a (aire pour retablir peu a peu , autant qu'il est possible , les
cliels-d'ceuvre que nous ont legues les anciens. L. V,
56. — AfpUcation raisonnie cUs dbpoiitions du Code civil aux difji-
cxdles et aux qtiestions qui feuvcnt naiirc de c^sdisfositions ; par J. B.
Hangard, avocat au tribunal d'appel, etc.; n"' 2 et 5. Lausanne, 1822 ;
Fischer, in 8°.
Kous avons deja annonce la premifere partie de cet ouvrage (T. XVI,
p. 578 ) ; nous ne pouvons que repeter nos eloges sur ce travail, qui
nous parait assez important. Le Code vaudois a trop de rapport avec
notre Code civil, pour que les jurisconsuUes frangais n'aicnt pas a pror
fitcr de la lecture d'un comraentaire sur ce recueil de lois. Nous regret-
tons seulemcnt que M. Hangard n'ait pas public son ouvrage en volu-
mes d'une proportion ordinaire. Les pctits cahiers qui contienncnt son
travail ont I'inconvenient de presenter une lecture decousue, et d'em-
pcchcr que Ton puisse apercevoir, d'un seul coup d'oell, la doctrine de
I'auteur sur des questions interessanlcs. Ce mode de publication, bon ,
selon nous , pour un recueil de pieces diverses ou d'articlcs detaches,
ne convient nulkiuent a un coznmentaire ou a tout autre ouvrage de
longue haleine. A. T. , avocat.
07. — Des Schweizerlands Gcsoliicliten filr das Scliwcizcrvoth. , etc.
— Histoire de la Suisse, pour le peuple suissc ; par //cni't Tscuokkk.
Aran, 1822; Sauerlanilcr. Li-S".
Voici peut-etre la premiere histoire que Ton alt ecrite dans I'interet
d'un peuple, it que Ton puisse regarder comme popuiaire. II est vrai
que I'uuteMr etait place tres-heureuseinent pour I'ecrire : il est peu de
nations auxquelles il soil p(,ssible de laire un tel present. Les annales
de cbaque jieufile peuvenl bien cfl'i Ir uu certain nombre de faits et
d'honaines donl les souvenirs reS'eut fauilemenl dans loutes les memoi-
res , et qui obliennent ainsi une sorle de popuiarite ; mais leur reunion
ne forme point une histoire; et quan.t meme il serait possible de Her
cntre eux ces souvenirs, cl de rcmplir dc quelque maaierc les lacunci
iH LIVIIES ETRAKGERS.
qui les sepiirent, il n'en resiilterajt gtifcrc plus d'instruciion , rt'elle-
mcnt prolilablo, pour la masse du peuplc. La Suisse est I'une dfs con-
liccs de I'Europe oii I'higtoire pouvail clre jyoputairc , dans Ic sens poli-
tique de cc mot ; niai? il fallail que I'ecrivain connOt bien scs compa-
trioles, leurs gotll* , leurs liabitudcs, leurs bcsoins , it tout cc qu'ils
pcuvcnt dcvcnir: M. Tschokke possedait precisement celteconnaissanre
approfondie de la Suisse. Son livre est court , comme il cnnvienl aux
classes laborietises ; cependant, aucun Fait essenlicl n'cst omis. Lc style
eslvarie, peut-etre meinc trop pour une bisloiie; car I'autcur imite
quelqucfois le langage des Ecrilurts Saintes, le ton des prophitcs ins-
pires. Yoici quelques passages cxtrails de la fin de cetic ^listoire :
« L'ennemi le plus rcdoufable pour iiolre independance serait ccliii qui
s'eleverait au milieu de nous Vows le rcconnaitrcz aux caraclferes
suivans : Get honinie preferera son canton a la confederation , son inte-
rct et celui des siens a I'inlerel public. II ne craindra pas les caresses
ct les prcsens des rois et de leurs ministrcs; mais il treniblera de voir
des armes entre les mains d'un peuple libre. S'il est magistral , il im-
poscra silence aux feuilles publiques, aux instituleurs de la jruncsse ;
il conscillera dc fermer les salles de conseil II tentera de semer la
defiance entre les villcs et les campagnes , entre les catholiques el les
leformcs; d'elcvcr des barrieres entre les cantons; dc raniener les elemens
dc discorde, par lesquels notrc antique federation a peri dans le sang; des
citoyens, malgre la Ncunetjff et Rollientliurm Ce ne fiircnt point la
llfechc dc GoiLr-ADME Teil ni le poignard do Camosok qui rompireiit
les chaines de la Suisse; notre independance ne fut point conquise a
St-Jacques, ni sur le Matserhaidc. Sur le Grutly, ct sous le plalane de
Trun, on ne fit que commencer le combat : il dure encore, confedercs!
el vous, nos enfans, vous le continuerrz sur nos tombeanx. Veillez, afin
de ne point succomber a la tentalion, el placezvous avec confiance sous
la protection divine. Que la cause d'un seul dc nous soil celle de lous ,
ct la cause de tous celle dc chaque ciloven. n Puissent les Suisses ne ja-
mais s'ecarler de cette maxime! Des qu'une republique commence a
I'Dublier , clle est bien pres de subir le joug d'un mailre. • F.
58. — (•) Lcttrcs dc Saint-James, W' paitic. Geneve ct Paris, iS-23;
Pascboud. In-S"; prix 5 f'r., et par la poste, 3 fr. ^5 c.
M. LuUin de Chateauvicux a acquis de justcs droits a nous commu-
iiiquerson sentiment sur Ics grandes transactions des conscils diplomati-
qucs. Une rare sagaeile, une bonne Foi plus rare encore, onl accredite,
dans toute I'Europe, ees Ictlrcs, dans lesquellcs il suit pas a pas la conduite
des hommcs ct la direction des evenemens. Le style du publiciste go-
LITRES ETRANGERS. i55
nevojs est clair el piquant; il a puissamment concouru sans doule a ri-
pandre des idees saincs et d'utiles veriles, et il est assez probable que,
plus d'une fois, il a fait sourire Icl ou tel diplomate, etonnc de le voir si
bien pcrcer au travcrs des voiles epais dont il chercbait a envelopper ses
mystericuses combinaisons. La quatrUnie favtie des icttrcs de Saint-
James, qui vient de paraiire, rcpond a I'allcnte du public. L'auteur,
prenant I'Europc a la situation ou I'avait laissce Ic congrt-s de Laybach,
arrive rapidement a ce dernier congrts de Verone qui doit marqucr dans
les annates dii 19* siecle ; car il lui aura legue sans doule des evenemcns
dont les consequences echappent a tons les calculs. M. de Cbateauvieux
fait voir comment la politique russe, irritee de n'avoir pu signaler sa pre-
ponderance conlinentale dans de precedcules transactions relatives aux
affaires de la Grece, s'cst tournee vers lis affaires d'Espagne, croyant y
voir uue heureuse occasion de s'emparcr definitivement du poste ou
s<'mblent I'appeler ses bai'onnettcs. La position profondement calculee
de I'Angieterre, les mesures de complaisance de deux autres cours da
centre de I'Europe, I'ardeur chevalercsque de ceux de nos compafriotes
quiontvoulu.comme ledit ingcnieuscmenirauleur.^fl^ner leurs e-perons
au rfc<(irf<;« Pi/rcnces.sont apprecieesavcc justessc et moderation dans les
let t res de Saint- James. J^ciaw.cux droit d'interveniioiiy est envisage, avec
rai:jon sans doute, comma une pretention non moins absurde que fatale,
pomme un principe qui pourrait amenerle renversement de I'ordre po-
litique de I'Europe. Au surplus, M. de Chateauvieux est moins desespe-
rant que la plupart des ecrivains qui suirent la merae carriere. Pour lui,
I'avenir n'est pas toujours convert de sombres voiles; a c6te de conside-
rations propres a alarmcr, il enonce des pensecs qui consolent. C'cst
ainsi qu'tn exprimant avec franchise lous les dangers dc la crise dans
laquelle la France se trouve engagee, il montre comment, par un simple
mouvement des partis, notre pays pent voir cesser promptcment les
hostilites qu'll redoute, et reprendre lui-meme un rang honorable dans
celte grande alliance de quatre gouvernemens represcntatifs du Midi,
seule propre a maintenir I'equilibre continental contre trois elats despo-
liques du Word, qui entendcnt bien mal, selon nous, les veritables inte-
tets des rois et des peup les. A*.
ITALIE.
39. — Almaiiacco agrariOjCtc. — Almanach d'agriculturc, redige, pour
I'instruction de la jeuncsse , p»T Carlo Vebri. Milan, i8:>l>, in-S".
L'auteur de cet ouvrage plus utile que volumincux, est le frere d'A-
lesaadre Vtrri, connu surtout par ses Nuits rQtnaincs, et dc Pierre
iTiCy LIVRES ETRANGERS,
Verri, qui a etc un des premiers a repandre en Italic les vraics notions de
rliilosophic morale ct d'economic poliliquc. Ce dernier s'<!lait fait aussi
remarquer par ses aimmiachs qui, legers en apparcuce, contcnaient dcs
details piquans, propres a (ixcr rattention publique sur les sii jets les
plus importans. Le comte Carlo Verri, iniitant I'cxemple donne par son
iVere aine, consacre son honorable vieillcssc aux travaux agricoles, et
fait part dc scs essais a tes concitoyens, dans ces almanachs. Tel est
I'objct de I'ouvrage que nous annon9ons, et par Icquel I'lionorable fa-
mille des Verri, de Milan, continue a bien meriter de lu palrie. F. S.
40 (*)• — Pauli Mascagni anatomia universa xliv tahulis ducts
juxta archelyputn hominis aduUi accuralissimc rcprcsenlata, deliinc
ah excessu auetoris curd ac studio cq. Andrc(D Vacca Berlinghicri, Ja-
coti Barzelotti, ct Joannis Rosini, in Pisand universilaie profcssoruni
nbsoluta at(juccdiia, Pisis, i8a5. — Get ouvrage sera compose de neut"
livraisons. Prix de chacune , en noir 120 fr., et en couleur 280 fr. Pise,
Nic. Capurro. Paris, Renouard , Rey et Gravicr.
La reputation europeenne du profcsseur Mascagni , et les progriis
qu'il a fail faire a la science anatomique, recommandent a rattention
publique cette importante publication. Elle avail d'abordetiiconfiee aux
soins du docleur Antomraarclii, chirurgien de Napoleon a Sainle-He-
iene, et I'un des eleves de Mascagni. Ce medecin, qui a eu long-tcnis
entre les mains une partie des manuscrits et des plancbes, vicnt d'an-
iioncer a Paris, sous son propre nom, un ouvrage ayant pour litre: Plan-
ches anatomiques du corps humain. La famille de Mascagni ct les pro-
prietaires dc ses oeuvres sont, dit-on, sur le point d'intenter, a ce su-
jet, a M. Antommarclii un proems qui sera porte devant les tribunaux
fran^ais. G. R.
4'' — Dell' inscgnamenlo primilivo, etc. — De I'enseignemcnt ele-
mcnlairc des matberaatiques, par Gian-Domcnico Romagnosi. Milan,
L'auteur, tres-vcrse dans la connaissance des mcthodes de Bacon, do
Locke et de Bonnet, ainsi que de la synthese de Leibnitz et de Wolf,
s'est ^tudie a faire apprecier la nature des princlpcs elementaires des
■nalbematiques. Trop souvent, si ces principes ne sont pas entierement
eriooes, ils ne sont au moins ni assez clairs ni assez exacts. La p!u-
part des mattres les enseignent tels qu'ils les ont re(,-us des autres; ain-
41 sc perptStue un langage roulinier, dont on ne con9oil ni la raison ni
rimportancc. M. Romagnosi, suivant les traces des Boscovich, dcs
d'Alembert, des Gondorcet, dcs Garnot, etc., et fort des principes dc
Vontologic, taclie de prouver la neccssite de rectifier ou de dctcrmiuct
LIVRES ETR ANGERS. 157
d'une maniere plus precise, la plupart dcs definitions on plutot de
CCS notions elemcnlaircs qui sent le I'ondement dcs matheuiatiques; il
veut qu'on en approfondisse la nature et I'or'gine. Nous ne pouvons pas
suivre ici I'auteur dans ce qu'il (lit du ;70(jit geomelrique, de I'unite, de
la difference, de Vinfini, etc. Mais nous esperons que niarchant sur ses
traces, d'autres savans profissturs tatbeiont de donncr a celte partie
des etudes mathematiques , un digre d'cxactitude ct de clarte qu'elle
Jeclatne depuis long-tems.
4.2. — Viaggio d'un anno, etc. — Voyage d'une annee , depuis oclo-
bre 1821, jusqu'a octobre 1S22. Florence, 1822. Ini6.
Pour faire bien connaitre cctte espfece de voyaj^c, il suQlt de dire
qu'il ne conticnt que i65 pages, et que I'auteur a parcouru, dans I'es-
pace de douze mois, une grande partie de I'llalie, de la France, de
i'Angleterre ct de la Suisse. Malgre riinpossibili'.e de bien observer, en
voyant si vite, il juge avec assurance tout ce qu'il a vu, ou plutot tout ce
qu'il n'a pu bien voir. 11 scmble que son dcssein ait ete d'imitcr et de
surpasser encore cetle foule de voyageurs etrangcrs, dont il releve lui-
meme la legerete. Au reste, les Italiens lui rendent la justice qu'il me-
ritait, en laissant son voyage dans le meme oubli auquel il avail d'avance
condamne les ouvrages aussi defectueux quioni precede le sien.
43. — Precetti d'cducazione, etc. — Preceptcs d'educalion, par Lui-
^i BoNBscHi. Tom. Ill, Milan, 1822, ln-16.
On trouvc generalement en Ilalie, que I'auteur, an lieu d'analyser
dans son ecrit les principes d'une bonne education, s'occupe a dogma-
tiser sur son sujel, et neglige trop les nouveliesmethodcs de Pcslalozzi
et de Fellcnberg , ainsi que les theories de ceux qui ont prepare ces me-
tbodes par leurs beureuses recbercbes. M. Bonescbi assure, toutefols ,
qu'il n'avance rien qui n'ait etc enseigne par ses devanciers. Son but est,
dit-il, d'arreter la corruption toujours croissantc de nos jours, corrup-
tion qu'il suppose etre beaucoup plus grande par consequent que celle
des terns precedcns. Montre-t-il, en cela, une connaissance approfon-
die de I'bistoire dcs siecles, ou plutot, n'estil pas I'echo de ces liommcs
qui, vicillis dans les prejuges et I'ignorance, ne voiint partout que crimes
et desordres? Pourquoi ne pas cbercher a repandrc, au contraire, des
idees plus utiles et plus justes, plus appropriecs aux bcsoinsdela societe
actuelie, et qui, souvent emises par dcs philosopbes, n'ont nialbenreuse-
ment ele ni adoptees, ni meme connues de la foule des personnes qui
peuplent les colleges ct les ecoles? II ne fauf pas croire , par exemple ,
qu'on trouvs I'esprit de Bacon et de Locke, et de tanl d'autres philoso-
pbes, dans toutes les ecoles du pays qui les a vus nailrc. Ce qu'on pour'
1 58 LIVRFS ETR ANGERS.
rail dire dc TAngletfrrc, dela France, etc., on peut raffirmer plus encore de
rilalic. Depuis le xvi' sierle,les plus belles theories dc reducationavaient
cle dticouvertcs et cxpostes par plusieiirs ecrivaios; et cependant , la
foulc titait enlraincc par Tusageel le prejiige.On a parle hcaucoup, dans
rclrangtr meme, de li famcusc Giojosa dc Mantouc, et de la Daliada
Tansillo. ( f'oy. VHisloirc littcrairc dc Ginguene , ct V Esprit dc la
tncthode de Peslalozzi, par M. JuUien. ) On pourrail indiquer encore
d'aulrcs sources importanles, telles que Wirt poilirjuc dcXida, ctsurlout
los deux Irailes dc Gian-Anlonio Flaminio ct dc Sadolelo, sur {'cdu-
cntiondcs en fans. D.insces ouvrages, qui meiitcraicnt d'etre plus connus,
on verrait combien d'idecs, regardecs par nos contemporains comma
nouvelles, etaient dcja appreciees depuis long-tcras, quoiquc inalbeu-
reuaeracnt on n'ait jamais pu parvcnir a les rendie dominanlcs. F. S.
44. — Dc vita CaroH mngni ct Rolandi, Historia Joanni Turpino
archiepisco Remrnsi vulgo tributa-, ad /it/em codicis vctuslioris emcn-
data ct observalionibus philotogicis illuslrata, a Sehastiano Ciaupi,
canonico Sandorniremi, ab ncgoliis lilterariisin Italia frn regno Po-
lonice, etc. — Sur la vie de Charlemagne et de Roland, histoirc allribuec
vulgaircment a Jean Turpin , archcvcquedc lleims, etc., par Schasticn
CiAMPi. Florence, 1822. Moliui. In-S" de xxxviet i54 pages.
Cette publication est le premier fruit des travaux du savant Ciampi ,
depuis que, sans cesser d'etre attache a la Pologne, il est fixe sur les
rives de I'Arno, comme charge d'uneespcce de departement ILtleraire.
Celtc edition d'un manuscrit qui a souvcnt occupe les erudits,. est plus
complete qu'aucune des precedentcs. M. Ciampi a reuni tout ce qu'on
a ecrit sur ce sujet, en y ajoutant le t^sullal dc scs propres recherches.
Fabuleuse sans doute dans ses details historiques, la narration dc I'arche-
vequc Turpin nous a conserve pourtant les traditions nationales de
lepoque (le ix" siecle ) , et I'on sail qu'elles reposcnt habituellemcnt
sur un fonJs de verile. Sous ce rapport, et a I'aidc de diverscs conside-
rations, le docle Ilalicn demontre que cette vieille chronlque ne mcri-
tait pas d'etre dedaignee ; il fait voir aussi I'utilite qu'ont su en retirer
les poctcs italiens; tel est le plan dela dissertation preliminaire , deja
publiee dans les Mimolrcs de V Academic de Twin { tf)m. xxv ) , ct
qui rcpatait ici, avcc des ameliorations. Apr6s le tcxte du romao, on
Irouve de savantps notes sur chacuu de ses chapitres. Une section par-
ticulicre est consacrec a un manuscrit de la hibliothfequc Laurenziana,
dc Florence, intitule : Gesta Karoti magni ijuanlum ad destructioncm
Carcasone et Nariione, et ad construclioncm monaslerii Crassensis
( le monastere de la Grassc). Ce roman, que la composition, le princi-
UVRES ETRANGERS. i5;,
pal peisonnage, cl en particle lieu de la scene, font rccmbler au pre-
cedent, y fait suite, dans le nianuscrit de Florence. L'auteur se nomme
siinplcraent Padouau [Paduitnus). On connaissait deja un roman dc
PhHomiie CPscudonf me) sur tcs swjcs de Narhonne el de Carcassonne,
par Charlemagne, insere par extrait dans le torn, xxi , pag. 106 dos
Memoires dc I'Acadcmie des inscriflions. Les hisloriens du Languedoc
tienncnt ces deux sieges pour fabuleux, iU prelendent meme que Charle-
magne n'esl jamais venu a Carcassonne: il est assez singulier pourtant
que des ecrils anciens et des traditions locales s'accordent pour rappe-
Ijr son nom. Un cxamen approfondi des chartes et des aianuscrics du
pays pourrait sans doute eclaircir cette difiBculte. A. M.
45. — Vite 6 Ritratti , etc. — Vies et portraits de quelques Pie-
montais illustres, depuis Ic xiv« siecle jusqu'au xviii'. Turin , 1822.
[n-fol.
Get ouviagc, an nonce par I'edileur, Felice Festaj en 1820, s'cxecuteau-
jouid'hui avecbeaucoup de soin. 11 est divise en six parlies, suivant lessix
classes dififerentesdcspersonnagesdont on s'est propose dedonnerle por-
trait el I'tlogcChaque classe renfermera separement dixpcrstmnages, choi-
sis parmi Its princes, les prelats, les guerriers, les miiiistres, Ics savanset
les artistes distingues du Piemont. Les portraits, dtssines par des hom-
mcs habiles, sont soigneusemont lithographies; les articles biographi-
ques sont rediges par M. Modesto PABotEm, avocal, qui semble avoir
pris pour modele les I ies ectites par Cornelius jSepos. Precision, rapi-
dile et clarle, voila les qualiles les plus remarquables de son style.
L'ouvrage doit avoir dix livraisons; il en a deja paru six. Parmi les ar-
ticles publics jusqu'ici , on distingue la vie de Lagrangia, celle d'.\lficrl,
de Beccaria, et de Chrislophc Colomb, que les Piemontaia cher-
chcnt, depuis quelque terns, a enlevcraux Geoois, du C. Angelo Saluz-
zo, de Valperga de Galuso, du fameus tvpographe Bodon-, du Cigna et
du Baretti, qui a laisse dans sa Frusta Lclleruria. un modele du style,
de la franchise ct du jugement necessaires pour rediger un bon journal
lilteraire. I/editeur, encourage par I'accueil que le public a fait a son
entrcprise, promct d'ajouler a sa collection quatre ou cinq autres li-
vraisons, oil figureront les personuages les plus remarquables de la Li-
gurie, province qui fait aujourd'hui partie du Piemont. On donncra gra-
tuitement,a la fin del'ouvrage, une introduction,oiil'on indiquera les revo-
lutions principales arrivees dans les cinq dcrniers siecles, tt qui servira
a mieux assigncr son rang a chacun des personnages. 11 est a desirer
que Ics autres elats d'ltalie publient, a I'exemple de Milan, de ?«aplcs
ttdu Piemont, de scmblablcs galeries historiqucs.
>4o LIYRES ETRANGERS.
46. — Discorsi, clc. — Discours de I'ubbe Pellcgrino Fabim. Colo-
gne, 182a; 2 vol. in-S".
Ccs discours roiilcnl sur divers siijcis de morale ct de litterature. Lcs
Ilalicns y rcccnnaissont beaucoup de corrcclion et d'ek'gance duns le
^tylc. JVlais le fond de I'ouvrage est sans inlcrCl; et mallieutcuscmenl, il
parail que I'aiiteur s'cst occupe bien plus du style que des idees.
4". — Pocsic et prose, etc. — l'o6sies et morccaux en prose, par le
cbevalier Luigi Lambkrti. Milan, 1822. In-16.
Ce rccueil est precede d'une rourte notice coolenant la vie de I'aii-
teur, extraile de la Biografhie unii'erscUe, et par consequent peu
cxacte. Lambcrli cut, pendant sa vie, une reputation peut-etre plus
grande qu'il ne meiitait. Eleve a Rome, el dnue d'un caractere flexible
el orgueilleux a la fois, il acquit bientot loutcs les qiialites qui consli-
luent rhonimc de cour : ses etudes lendircnt a Us developper encore.
11 eludia principalement les langues lalinc, grecque et ilalienne. Occupe
sans cessc a cbcrcher dans les grainmaires ct dans les lexiqucs, toutes
les locutions rcmnrquables par leur elegance, par leur douceur , 11 en
i'aisait souvtot usage dans la conversation ordinaire, ce qui le rendait
agreabic a tous ceux qui I'ecoutaient. Ses ccritsne s^ont pas exempts de
cetle rctbcrcbe d'expressions : aussi, les Itallens, qui paraissent senlir
de plus en plus I'imporlance de la pcnsee, seule capable de donner une
valeur reellc aux mots, nc reconnaissent guere plus, dans eel auleur,
qu'un grammairien ou un rbelcur assez pur et asscz elegant. Lors me-
me qu'il ne I'ail que traduircj il encrve ses modelcs, a force de vouloir
les plier a sa metbode. Ce caraclerc d'aflTcctation se fait reraarqucr sur-
lout dans la version des foosies de Tyrtee , el dans I'OEdifc roi de So-
phocle. LamLerti a donne des solas ii la belle edition d'Uomere publiee
par Bodoni. On a aussi de !ui pliisi'-uis discours en prose, ct surloul ses
Observations grammatlcales sur celles du Cinonio.
4<S. — Raccotta di poemelli didtiscalici, etc. — Recueil de petils
poemes didactiques, originaux , ou traduils. Milan, 1822. Iu-8".
Aucun pays n'est plus ricbo en ce genre d'ouvrages que I'ltalie. Elle
en possede un nombre prodigicux presque sur tous les objets, sur les
iiialieres pliilusopbiques menies , lant en ilalien qu'en latin. Le ncueil
que nous annon9ons coiilicnl la Collivazione , de Luigi Alamanni; la
Scaccheidc, de M. G. Fida; et des notices biograpbiques sur leurs au-
teurs; le Corallo, de Ccsare Arid, el Ic Terrenwlo, du comle f'inccnzo
Marcnco, <!e I'lemont.
49. — La. regina Giovanna. — La reine Jeanne, Iragedie de Gio : Ba-
tista Mabsuzi, Romain. Rome, 1821,
LtVRFS F.TR ANGERS. 141
Cclte tragcdio, dont la composition et le style nc sent pas exempts de
defauts, oITre ccpendjnt des qualites ct des beautes qui la font eslimer
des Ilalicns. Le sujel de la piece est I'ussassinat d'Andte, litre de Fre-
deric, roi de Hongrie, et mari de la reine Jeanne, qui treropa, dil-on,
dans la conspiration tramee contre lui. L'juleur n'a peul etre pas su
tiier tout le parti possible de cc tragiqueeveiiemcnt. Aucuu personnage
ne rcssort asscz pour donner a raclion celle unite d'inteiet qui en de-
vrait consliluer le merite principal. On Irouve Andie trop bon ; Louis,
prince de Tarente, amant de la reine, Irop nul ; la reine, inslruile de la
trame ourdie contre son mari, ne montre qu'un repcntir insignifianl d'y
avoir d'abord donneson assentimcnt; enlin, les auteurs de la conspiration
et de I'assassiuat ne sont que des personnages subaltcrncs. Quel inlerct
peut prelendre inspirer pour les personnages, un auteur qui n'a su en
presenter aucun sous un jour favorable? De beaux vers, des pensees
energiqucs, et des trails de dialogue plcins de chalcur tt de mouve-
menl, compenscnt ces defecluosites. L'auteur scmble avoir pris Alfieri
pour modele; csperons qu'un lei guide I'inspirera mieux unc autre fois,
et qu'apres avoir fait preuve de dispositions dans son premier cssai, ii
finira par se distingutx dans la carriere epincusc de la tragedie.
5o. — Sulvcro ritratlodi inadonna Laura, etc. — Sur le veritable
portrait de Laurc. Lellredu comle ico/JaWo Cicognaba. Rome, 1S22.
InS".
5i. — Sul prcsunlo rilratlo , etc. — Sur le portrait presume de Laure.
Lettre. Padoue, 1822. In-S".
La belle edition que le professeur Marsand a falte des Rime de Pe-
trarque, et le portrait dont il I'a ornee, a doune lieu a ces deux leltre?.
JI. Cicognara , apres avoir emis d'abord une opinion contraire, doule
mainlcnaot de rauthenlicile du portrait cbulsi par M. Marsand. Le
prol'csseur Mtncghelli s'empare au contraire de la premiere opinion de
M. Cicognara, et cbercbe a ecarler ks doutes que celui-ci vienl d'e-
mettrc. 11 compare et examine avec soin tous les poilralts de Laurc
qui nous ont ete conserves , ct Unit par donner la preference a ccluiqu'a
reproduit M. Marsand. F. Salfi.
PAYS -HAS.
Sa ('). — Histoirc du pays de Liije, par M. Desvez , auteur de I'His-
loir c genirulo data Bcirjique, ctde I'HisloireparticuHcredisproviTiccs.
Bruxellcs , 1822. Paris, Ferra ; 2 vol inS".
Cet uuvrage que nous avons annonce avaut sa publication {voy T. XII,
p. 4oo) , vient d'etre lermine. 11 satislail a un besoiii guneralement senli
i{i MVRES ETFx ANGERS.
dans celte partie de la Bi/lgique, donl il rcnferme rhi»loirc. II rcm|ila-
rcra (Jcsoruiais, dans la plupart des bibliotheques, Ics voluinineuscs
cumpilations qui I'ont precede, et qui scut aujourd'tiui illisibles.
M. Desvez, socrelaire perpetuel de 1' Academic royale des sciences ot
belles-lettres de Bruxellcs , a donne, coiurneil le dil lui-m6mc, par la
publication de ce dernier ouvrage, le complement de tout Ic corps d'his-
tuire de la Belgique. Eo parcourant ers deux volumes, riches en lails
preeieux ct en reflexions inleressantcs , en lisant le recit des combat.-;
pcrpctuels des Liegcois pour obtcnir la liberie, en eludiant leurs faix ,
base de leur droit public, on fait naturclleinenl une juste application lie
relic pensee de M""' de Stael : ijue c'fsl ta liberie (jui eslanciennc, et ie
dcsfotisme qui est moderne. Le second voliane de eel ouvrage reconi-
wandable est tcrmine par une iSotice des Liegeois qui se sonl fait un
vom dans hs sciences , Ics Litres ou fes arts , aiiisi que par une Notice
des historicns du •pays de Liege. Ces deux ruorceaux iuslruclifs, et Ics
savantes rcehercbes de M. de Villenfagne sur ses compatrioles, nous
font voir qu'il u'y a peul-elre aucun pays de I'Europe, exceptti la villa
de Geneve, qui, daus des bornes aussi resserrces, ait produit autant
d'hommes de merile et d'unnalistes estimables. De C.
55. — Myne IJ erinneringen, etc. — Mes souvenirs de I'Aliemaj^ne ct
de la Belgique, pendaut une lournee faile en i8i4, par Antoine CiiAMun.
Araslcrdanij 1821; Vankesteren. In-8" de 290 p.
Ces souvenirs n'oifrent rien de bien saillant, mais ils oc m.inquenl
pas d'un certain interet; on y trouve du naturel ct de la facilite. Lcs
evenemens de 1814 sont deja entres dans le doin;iine de I'histoirc pour
les pays que I'auteur a parcourus.
54- — Efistola critica in Euripidis Aiccslin scripsit ad Janum ten
Brink Joannes Lrntinc. Zutpbcn, 1821 , Tbiem. In-S° de io5 p.
M. Lenting a deja public la Medic du meme tragique. II est autcur
d'un memoire sur le theatre de ce poete, niemoiie cuuionne par la So-
clete philologique d'Ulrccht.
55. — Diatribe phiiologico-crilica ntonumcnlorum aliquot punico-
riim, etc. Lugd. Batav. , 1822; Luchlmans. In-8''. — Dissertation plii-
lologico-crilique sur quelques monumens puniques.
M. Ilamaker, savant bellenisle, propose I'expliraticn de divers monu-
mens carlhaginols, nouvellement trouves en Afrique. Cette docte dis-
sertation est lerminee par des observations de M.J. C. lieuvens , sur des
antiquites puniques du rausee de Lcyde.
56. — Diatribe Htlcraria in Plalonis dititogum sijvnposiam sive ptu-
LI V RES ETR ANGERS. i43
eilum de amore ; auctore Petro Antonio Revnderi'. Groniiigue, i8ai,
W. van Bockercn. — In 8°. — Disieitalion litlerairc sur )e dialogue de
Plalon, etc., par P. A. Rey^ebs.
L;i litterature grccque et I'liistoire de la philosophic sonl cullivecs ,
en Hollande, avec bcaucoup de succ6s. M. van Hcusde a fait recero-
ment sur Plalon des travaux tres-reinarquablcs. Les rccherchcs de
M. Rejndcrs sent digncs d'eslime.
57. — Eunajtii Sardiani vitas sophistarum ct friigmenla historiurum
recensuit nolisque Muslravit J. F. Boissonnade, accedit annolaiio
/>an. WyiTBMiacHii , t. i'^"' ct 11. Amslel, iPao, Den llengst. — Vies dcs
sopbislfs et fragniens des histoires d'Eunapius Surdianus , avcc des
notes de M. BoissonnaJe, etc.
.Cetle publication, a Amsterdam, dii travail d'un illustre pliiloloc;ue
fran9ais , fait honncur a la lilterature hollandalse, qui s'enrichit souienl
des meilleures productions dcs criidits , des savans et des lillt'rateurs
etrangcrs.
58. — l\a(jelatcne Verliandelini) en ridevoerini/cn, etc. — Disserta-
tions et discours posthumes de M. H. C. Cras , pour servir d'introduc-
tion a I'eloge funehre de ce savant, par J. M. Kejipeb; dcuxiemc partie.
Amsterdam, 1S22; Van-der-Hey, grand in 8".
Le nom de M. Kemper est d'une grande aulorite dans sa patrie : ju-
risconsulte, pLilologue, huinnie public, habile ]>rofcsseur, il a recueilli,
daus les differcntcs carrieres qu'il parcourt , les applaudissemcns les
imeux meriles. C'etait sans doiile a lui qu'il convenait de louer I'emule
dcs Ilemsterhuis, dcs Ruhnkcnius et des Wyltenbach. La succession de
M. Cras ne pouvait loniber en de plus dignes mains. de R — g.
Sg. — Gcdichtcn Van B. Klvn. — Poesies de B. Kly n. torn. 11 , Ams-
terdam , 1821 ; Van-der-Hey. In-S" de 220 pages.
Lc premier volume avait t^qu. un accueil distingue; cclui que nous
annonjons ne lui est pas infcrieur. L'auteur reunit, a une imagination
douce ct riuiite, lc sentiment du goOt et un style elegant et correct.
Jl.
f)o. — Calaiojue general d'un amateur iieige. — Bruxelles, 182J;
P. J. Db Mat. 2 vol. in-8°, d'environ 1000 pages, avcc les prix , brocli.
Paris, Tillard Irircs; Londics, Lackinglon et C'; Milan, Gieglci; Prix,
12 fr.
Ce catalogue est compose de pres de 7000 articles de choix , classes
dans I'ordre methodiquc adopte par tous les bibliographcs , el avcc
quelques notes. En tfite du premier volume, on a jilac^ , pour la facilile
.44 LIVRES FRANCA IS.
lies recherchcs, deux tables fort amples; I'une dVllcs, alpbabeliquec-l
aiialytique a la fois , contientles noms des autours, ct les lilrcs dps ou-
vrnges anonynies qui sc trouvcnl dans Ips deux volumes. — La Revuo
iiiblior/rafltique du royaurr.e dcs Pays-Bas ct do retrangpr en a doonu ,
dans ses sept dcinicrcs liTraisons de 1822, dcs extralls assez elendus,
ou les amateurs de livres out pu voir d'avance le grand nombtu d'articlcs
rares et piecicux que ce catalogue renferme.
LIVRES FRANCAIS.
61. — Catalogve dcs flantcs omises dans (a BolanograpUie iel-
tjiqtic et dans lis /lores du nord de la France , ou Enumeration dcs vcgp-
laux plianerogamcs et cryptogames qui croissent spontaneinent dans i.i
Belgique ancienne , et qui n'onl point ele connus ou decrils par tous leg
auteurs du pays; ouvragc dans lequel on trouve I'indicatinn exacle dcs
lieux ou ces vegctaux peuvent eire observes, I'epoque precise de Icur
floraison, el I'exposition de leurs caracteres esscntiels, dcs cspeces pre-
sentees aux botanisles comme toiit-a-Cait nouvelles; par M, J. B. H. J.
Desmazierf.s. Lille, 1820 ; Lelcux, grande place; Paris, Bechet jeuae,
place de I'licole de Medeciiie. In-S° de xo'j pages.
Le litre de eel opuscule est un expose fidele dcs objets dont il traile.
L'autcur est un amateur infatigable de la nature ; en explorant les con-
Irees du nord de la France, il a Irouve un assez grand nombre devege'-
taux qu'on ne savait pas indigenes en ce pays ; il en donne les noms, en
indique la patric, rcleve diverses erreurs commises par plusieurs bota-
nistes, erreurs qui se sent enraeinees. Si M. Desmazieres edl ajoule .i
chaque cspece I'enonce de la pbrase bolanisic qui la caracterise, sonou-
vrage, sans ctre plus volumineux, aurait offert plus d'inlcrfet ; niais
comme il a suivi la nomenclature de M. De Candolle dans sa Flore
franraise, cbacun pent aisenienl rcmplir celte lacune. Les amateurs de
plantcs, qui parcourent la Belgique, retireront de cet opuscule I'avan-
tage de pouvoir Irouver quelques vcgelaux rarcs, que, sans ce sccours ,
ils ne decouvriraiLnl qu'avec peine. Fbancikdb.
G2 (*). — Mono^rafhie des Rumex , precedec de quelques vues ge-
nerales sur la famille dcs polygonces, par F. C*updera, pensionne par
la ville de Gerona , pres la Faculle de medecine de JVlontpellier , etc.
Paris, 1825 ; Treultel et Wiirtz, rue de Bourbon , n"> 17. Un vol. in-4'',
de 169 pages, avcc 3 planches giavees en tailie-doucc. Prix, 8 fr.
63. — Notice sur des aras iicvs , nes en France ct acclimates dans le
LIVRES FRAN^AIS. ,45
di'partcment du Cakados , par J. V. Lamouhocx , correspondant de Tins-
titut. Paris, 1820; imprimerie deTastu, rue de Vaugirard, n" 36. Bro-
chure dune demileuille d'impression.
II resulte de celle Notice que M. Esnault, proprietaire a Caen, est
parvenu a naturali:ier , dans le departemenl du Calvados, a pres de So"
de latitude nord , des oiseaux qui semblaient jusqu'a cejourne pouvoir
vivre qu'enlre les tropiques. D'apres ies fails rapportes par M. Lamou-
roux , il est a peu pres certain que ces beaux oiseaux pourront se mul-
tiplier dans toute la France.
64. — Ltoge de Xavier Bichat , suivi de notes historiques et critiques,
discours de M.A. Miqlel, quia reinporle le prix propose, en 1822, par
la Societe d'emulation de I'Ain. Paris, 1820; au bureau dela Gazette de
Sante. Brocb. in-S" ; prix, 2 fr.
Lorsqu'un bomme de genie a le bonheur de vivre dans des cii Cons-
tances propres a favoriser le noble essor qu'il sent le besoia de prendre, il
imprime une nouveile direction aux travaux qui appartiennent a la sphere
d'aclivile dans laquelle s'cxerce son influence, et il semble creer la science
par les diicouvertes dont il reurichit. Tel fut Bichat; et c'estsous cc point
de vue que JVl. Miquel a considere sa vie, malheureusement trop courte,
pour faire ressorlir tous les services qu'il a rendus a la medecinc. Aussi ,
son eloge reni'erme presque Thistoire de la science medicate tout enti^re
pendant notre glorieuse epoque. L'auteura eu la precaution de reunir,
dans ses notes, toutes les discussions scienliliques qui , par leur nature
meme, se refusaien t aux formes acadeiiiiqucs. Son discours est toujoursa 1h
hauteur du sujet; enlin , c'est un morceau digne du genie auquel il est
consacre , et que liront avec inter^t les personnes memes qui. etran-
geres a la science medicale, voudront le juger comme une production
litteraire.
65. — Eloge de Parmentier ; discours qui a remporte le prix propose,
en 1819, par I'Academic d'Amiens , par Antoine JAiqv^i. , D. M. Paris,
1^23; au bureau de la Gazette de Sante. Brochure in-S". Prix, 2 fr.
Si les services rendus doivent eterniser les noms des amis de I'huma-
nite, celui de Parmentier est siir de vivre toujours dans le souvenir des
homines. Etre utile et faire le bien, fut I'unique pensfee de toute sa car-
riere. C'est a lui que la France doit la culture de la -fromme de terre, que
M. Fran9ois de Ncufchateau a propose d'appeler, par un actc de gra-
titude nalionale, solanee parmenticre. Le discours de M. Miquel est
rempli de details intercssans sur la vie de Parmentier, et de notions cu-
ricuses sur les progtes de la chimie pharmaceutique. Amedee Ducau.
T, XVIII. — Avril 1825. 10
146 LIVRES 1- KAN C; A IS.
66. — Fails et oiservations sur ia fairication dii Sucre dc lietlcvavcs
par G.-G. A. JMathieu db Domfaslk. DciLxUine edition, corrigec cl aug-
mcnlec d'un article sur la di^>till.1tio^ dcs inelasses , par Ic memo. Paris,
iSaJ; M'"" Iluzard, rue dc I'Eperon , n" 7. In-S" de 240 pag.; prix iir.,
et par la poste 4 Ir. jS c.
Dans lous les terns, I'annonce de la reimpression d'un bon livrc est
unc hcureiist nouvclle; mais, dans les eirconslances actuellcs, une se-
conde edition d'un ouvrage sur un art nouveau, doit etre accucillie avec
einpresscmcnt : elle nous rassure, en nous apprenant que act art n'est
pas euveloppe dans I'ospice de proscription qui i'rappe tout cc qui n'est
pas assez vicux. L'autcur, qui ecrit pour les labricans, el qui n'ecrit
qu'apies avoir coosulte i'expeiicnce , a joint a cette edition ses rcclier-
clies sur la distillation des melasscs, ct des pieceptes pour tirer le mcil-
leur parti possible de cette operation. 11 conseille de reunir aux melasses
le produit du lavage des cliaudiercs et des formes (vases oil Ic Sucre se
cristallise et prend la forme connue), et d'eniployer ccs matieres aussi
recenles qu'il est possible. II ronseille d'iajouter de I'acide sulfurique, et
luetiie a unc dose assez ibrle (10 kilogrammes pour So lieclolilrcs), dans
la liqueur destint'e i subir la fermentation vineuse. Cette fermentation
exige une temperature de aS" a 28° de Reaumur. Le meilleur Icvain est
celui qu'on prepare avec la farine de seigle; l'autcur entre dans tous
les details de cette preparation. II cnseigne onsuite a se servir de i'areo-
metiH: pour mesurer les progies de la fermentation, et I'aneler au point
conveuablc. II avertit de se tenir en garde conlre une fausse apparence
qui Uoinpe plusieurs fabricans, el qui peul faire confondre le couinieu-
cemcnt de la fermentation aceleuse, qu'il faut empecher, avec la con-
tinualiou de la premiere, qu'il faut achever. Quant aux precedes de dis-
till.'iliori , ils sont aujourd'liul bien connus et bien dccrils dans plusieurs
aulres ouvragcs. L'autcur promel, sur cct objct, un nouveau travail oil
Ton trouvera reunis les precedes dc distillation de plusieurs substances
indigenes — Les observations de Tauteur sur les avantages des sucres
indigenes , compares a ccux des colonics, sont exprimees avec mesure
et discutces avec la rigueur du calcul; dies meritent a tous egards I'at-
tcotion la plus serieuse. C'est la panic de I'ouvrage qui aura le plus d'in-
teret pour ceux qui ne praliquent point I'art cnseigne par Tauleur. F.
C". — Description des routes dc Paris en Esyagnc , par les Basses-Py-
renees; parM. Vaysse DEA'iLiiiiBs, inspecteur des posies et membre de
plusieurs academies. Paris, uS25; Artbus Bcrtrand , rue Haulefcuille,
ii" 2.1 ; Bordeaux , Bayonne ct Pau , au bureau de la poste. Un vui. in i>*
avec carte routicre. Prix , 5 fr. So c, ct 4 iV. par la poste.
l.IVRES FRANgAIS. j^^
Ce Volume fdit par lit- de V Ilineraire descriftif de ^aFivinw, don t noui
avons deja ann'nce plusifurs livraisons , avee lus eloges que mcrite
ceUe ulilo cntrcprise ; il est d'aulant plus facLeux qu'elle no inarchf pas
avec plus de raplditc , que le succes complct des parlies deja publiees
garantit d'avance cclui du resle de I'ouvrage.
68. — Slatislique du, deparlenient dcs Bouches-du Rhone, avcc nn at-
las, dedie au roi ; par M. de Villenedve, prel'et du departemeut dcs Bou-
thes-du-Rlione, etc. Marseille, 1821; Anloine Ricard.
Les habilans du departement des Boucbes-du-Rhonc devaient desirer
la publication d'un ouvragc cocnplet qui exposut les avanlages immenses
qu'offrc le sol de celte partie de rancienne Provence. Des circonstancre
I'avorables ont concouru a faire accelerer cette utile cntrcprise. Un ad-
ministrateur plein de ziile en avail congu le projet. Le conseil-general
du departement, penetie de I'importance d'un pareil travail pour les Iia-
Litans de cette conlrec, en a recommande la promjite execution. La pre-
miere partie est deja imprimee ; les plancbes qui doivcut composer I'at-
las se gravent en ce moment, et tout fait esperer que cous verrons
Lienlot mctlre a fin un ouvrage propre a servir de modele pour tous les
aulres departemens. M. de Villeneuve s'est attache a presenter, dans le
discours prelimiaairc, I'ensemble dcs lesultats que doivent en attendre
I'administration, le commerce, et les sciences en gene'ral. Le premier vo-
lume qui vient de paraitre, el dont S. M. a agree I'bommage, renferme
la topographic physique. Les montagnes du departement, classees par
regions, sont decritesavec tous les details geologiqucs necessaires. On lit
surtoul avec interet les chapitres rclalil's aux coles maritime, et aux ports
de commerce. La scconde partie de ce volume presente I'histoire natu-
re'ilc du departement. 1! sc subdivise aussi en plusieurs chapitres, ega-
lemcut digncs d'interet ; deux ou trois aulres volumes de uieme format,
ct le grand atlas in-folio , fcuiviont cette premiere publication, et com-
pleteront un travail rcmaiquable sous une foule de rapports.
B. DU B,. a.
6g. — Commentairc sur VAfOcalxfse, par I'auteur des ExfUcalions
dcs Psavmes et des Prophetes. Paris, 1820; Eberbarl. 2 vol. in-8° d'cuvi-
ron 600 pages; prix, lo fr,
Newton et Bossuet ont commenle I'Apocalypse. Voltaire en a tres-
aiiierement plaisante Hovlou, et Ton voudrait aujourd'hui aL\50udre
Kovlon d'un si grand tort, en supposant qu'ii n'a ecrit sur les prophe-
tics que lorsqu'il avail, dit on, perdu le jugcment, a force de ealculs
raathemaliques ; c'elail, neanmoins, avaul de produire certains ouvrages
de genie, el bien des aunties avaat qu'il mourOt, duos uuc viciilesse as-
i48 LIVRES FRA^gAIS.
■ez vigourcusc, ajant encore la jouissancc do sa ruison. Quoi qu'il en soif,
Its plaisanteries dc Vollaire sur I'Apocalypse ct sur le commcnlaire dc
Kewlon eurent beaucoup de vogue, sans oblenir un succcs durable.
Des savans de tous les pays n'oat pas nioins continue dc reverer la pro-
phetic de saint Jean , et d'en chercher le sens veritable. On s'cn est oc-
cupe , on s'en occupe encore plus que jamais, dans presquc toutes Ics
communions chreliennes, et ce font des ecrivains habiles et judicieux
qui onl encore aujourd'hui cette faiblesse ou.cc courage. L'autcur ano-
iiyme des deux volumes que nous annon^ons, est M. Agier, president a
)a cour royale de Paris, digne modele pour les magistrats , I'un de nos
plus picux et de nos plus doclcs calholiques, ecrivain connu par la force
de son intelligence, par la clarte , la puretc , I'lilegance meme de son
style. C'est par eel ouvrage, si diETicile et necessairement conjectural en
grande particj qu'il vicnt d'achcver ses utiles traductions d'apres les tes-
tes ori"inaux, et ses explications des propheties de I'Ancien et du Nou-
vcau-Testament. Wous en avons seize tomes, en y comprenant VAna-
iyse fort bien faite du rare ouvrage dc Lacunza{iJ, jesuite nalif du
Cliili, sur ie second avcnement dc Jesus Christ. Paris, 1818, in-8"> de 120
pages. Ce conimentaire , comnie les autres livrcs de M. Agier, est plein
de recherches critiques, d'observalions ingenieuscs, et de reflexions edi-
liantes. Dans la preface, Tauteur etablit, centre Abauzit, iheologien dc
Geneve, et centre ses copistes, Vollaire et Dupuis, i'authenticite cano-
niqu* de ['Apocalypse; il expose I'usage qu'on en a fait dans les dilTe-
rens ages de I'Eglise, les melhodes employees pour I'appliquer aux eve-
nemcns historiques , cntn les vues des derniers interpretes catholiques,
parmi Irsqucls on pent s'etonner qu'il ait omis de rappeler (es sept ages
dc I'Eglise, par Ic P. LeRrun, 1781; des promesses failes dl'Egtise
pour 4es derniers terns de la gentHite, par le P. Lambert, 1796; I'ou-
vrage d'un catholiquo anglais, cache sous le nom de Pastorioi, et donS
nous avons une traduclion francaise; ics Conjectures sur ies derniers
terns, manuscrit attiibue au P. Pinet, oratorien. Dans ses applications
conjcclurales, il ne s'est peut-eire pas assez 6tendu sur I'idolalrie et Ic
mahometisme, sur les schismes qui obscurcisscnt encore aujourd'hui la
plus grande pailie du globe; mais, il insiste beaucoup sur la prochaine
conversion des Juifs ; il donne les ])lus piquans details sur la coosomma-
lion de I'apostasie des Gcntils, par le faujc chrislianisme des jisuites^
par les abus de la cour de Rome, et par Vantichrixtianismeiies deiste»
(i) Lc livre deLacunza, trcs-bien imprimt a Londres , 18 16, en 4 vol. in 8°, est
on ••psgnol , et intitule ; La venida del Mrssias en gloria f mayi'tiad.
LIVRES FRANgAIS. i4r,
el dcs alhees inodernes. C'est de la piinclpalemcnt qu'il ■volt se former,
se developpcr la coalition de rAnlecIirist cl son arixiee , la dcstruclion
cntiere de cctle armee formidable, I'enticr rclablissement des Juifs dans
la rcrre promise, la transformation dc Jerusalem en nouveau centre dc
la catholicite, la destruction de la villu de Rome; puis, le Iriomphe du
catljolicisme sur tout le globe, pendant line per;i;de indeterminec; en-
lin, le dernier affaiblissement du clirislianisme et le jugement dernier.
On ne sail comment I'auleur a cru pouvnir dire que les jesuiles et les
incredulcs ne font mainlenant aucun projjres. On Irouve aussi les sept
tonnerrcs , faiblement expliques par sept evenemens relatifs a Napoleon,
et oil la bataille de Wagram , si feconde en grands resullals, est omise.
A la tele du tome i", se tronve une cslampe lilhograpbiee, representant
I'angc qui, avant I'apparilion du tableau de la conversion des Juifs, s'e-
crie : H n'y aura plus de terns... le myslere de Dicu sera eonsommc. Le
sujet est bien choisi sans doule; I'execution u'a pas repondu a I'idee. —
JVous vivons dans un lems qui, sous dcs peines graves, cxige un singu-
lier respect envers toute classe, et n'exceple pas les plus vicicuses. On
pourrait done s'iaiagiiicr que noire pieux magistral strait en faute, pour
avoir parle dcs jesulles, avec la francliise de sa pcnsee cl la severite de
I'hisloire. II faut rcjcter cette idee. Les jesuites ne sonl point nominati-
vemenl retabiis en France ; ils ne furmenl done pas wncclasse legale dans
le royaume. Quant au deiit de tendance a trouiiler la faix, on aurait
egalement tort de le chercber ici. Lanjuinais, de I'Institut.
■JO. — Des eomniunautts reliijieuses en France. Opinion prononcec
par M, Lanjuinais, pair de France, le mercredi 2 avril iSzS. Pans,
Baudouin freres, rue de Vaugirard , n" 36. In-S" de 3i pag.; prix, ^5 c.
La Ch;irabre dcs pairs vient de repousser une proposition d'un de scs
membres, tendanle a doiiuer au Roi le droit d'approuver, sans le con-
eours de la legislature, retablisscment de nouvelles communaules de
femmcs. Bonaparte donna le premier exemple de la violation des lois
dc rAssemb'ee conbtitunntf sur les mai.>ons rcligieuses; depuis i8i4,
elles onl ele complelcmeni meconnues : dans la discus.sion actuelle, un
niinistre est convenu qu'il exisle en France 1700 communaules de fein-
mes, et dans Paris seuliment , 160, ce qui fait une moilie de plus qu'a-
vant la revolution (M. Lanjuinais eslime qu'elles possedent 10 a 12 mil-
lions de capitaux : je crois ci'tfc evaluation ttes-inferieure a la realite).
Cette proposition nous a valu une opinion dc M. Lanjuinais, oil, place
sur un terrain frequemmcnl cx])!ore i)ar lui , il a pu donner de nouvelles
prcuves d'un savoir profond , d'une religion eclairee el d'un vrai patrio-
tisinc. M.
t5o LIVRES FRANCAIS.
71. — Simple notice sur (c Cure do St-Alpin; [Kir M. C. M. Caqcot.
Chalons-sur-Marnc, iSaS; Konicz- Lambert. Broiliurc in-8" de - pages-.
72- — L-econs do Phiiosophte, ou Essai sur les farulles de 1 ame ; par
P. LAROMicDitRB , profcsspur dc pliilosophie a la faculte des Icttrcs de
rAcadeinle de Paris. Troisihne edition. Paris, iHso ; Brunot - Labbe ,
libraire de rUniversile, quai des Auguslins, n» 55. Deux vol. in-S" ;
prix , I',! I'r.
Les editions de cet excellent ouvrai^o se mnltlplient avcc rapidlle.
A peine Tun de nos collaboraleurs avait-il acheve d'exposer la doctrine
dc M. Laromiguierc, que deja on preparait la troisieme edition de ses
Lccons dc Philosophie. L'auteur a penetre jusque dans les replis les
plus caebes dc i'entendemenl humain; sa marehe est simple commc
celle de I'analyse, et c'est avec clarte qu'il developpe une science trop
souvent cntouree de ten6bres. L'ouvrage de M. Laromigiiiere pent etre
regardecomme classiquc, ct Ton doit presumcr qu'il obtiendra un sue-
ces toujours croissant. A. T.
75 (*). — Examcn philosnphique des considerations sur le sentiment
du sublime et du heau , d' Emmanuel Kant , par M. Kebathv, pour faire
suite a l'ouvrage Du Beau dans les arts d'imitation , de ce dernier au-
teur, 1823. Paris, Bossange frferes, rue de Seine, n" 12. In 8" de xxviii
ct 38o pag. Prix , 7 fr.
II ne faut pas s'elTrayer du nom de Kant : par une hcureuse exception,
Touvrage du pliilosoplie de Kosnigsbcrg , que M. Keratry public avec ses
reflexions, est parfaitement clair ct intelligible ; cet ouvrage , an sur-
plus, ne fait guere que fournir au philosopbe fran^ais I'occasion de do-
velopper, dans sa prose brillante, les theories qui, dans ses oavragcs
j)rccedens, onl si vivement seduit le public. Un caraciere singulier du
talent de M. Kcratry, en trailant les matieres philosophiques, c"cs| que,
sans cesser d'etre exact , il met dc I'imagination dans la nietaphysique
et dc la passion dans la morale ; il animc , il echauffe ainsi ce qui sem-
ble de sa nature assez I'roid. Voici lesomraaire de son livre: — Des dif-
ferent fujcts propres a faire naitre le sentiment du sublime et du beau.
— Examen de la propriete du sublime ct du beau , prmripalement dans
riiomme. — Rapport du sublime ct du beau avec les dii'crs tcmpera-
mens. — Differences d'aptitudeau sentiment du sublime ct du beau, dans
le rapportdes sexes, ct principalement chez les fcmmes; duRiariago; des
premieres inclinations ; de I'amelioration physique de Tespece humainc
en Turquie — Des caraclercs des nations, sous le rapport de Icur apti-
tude a recevoir le sentiment du sublime et du beau; des Fran^ais et
des Anglais, des Allemands, des Espagnols, des llalienj. — Du sublime
LIVRF.S FRANgAIS. j5f
et dn' beau dans les religions. — Elat de I'Europe par rapport a tons,
1(!S deux, dans cette partie du systeme social. — Tout ce qui conccrnu
les sexes, les nations, les idecs religieuscs, est traile avtc unc supeiio-
rite egale a I'interet de ces divers sujcls. X.
j4. — Abriqi de la vie dcs fius lUustres philosoplic/; de Vanilquili;
ouvrage destine a I'educalion de la jeunesse; par Fk^elon. Nouvclte
edition, ortidede'iG portraits. Paris, 1823 ; Aime Payen, rue Serpenfe ,
n" i5. Un vol. in-18; prix, 2 fr. 5o c. , et par la poste , 5 fr.
Ce petit ouvrage n'a pas besoin d'etre recouimande a I'atlention de
nos lecleurs : sa reputation est a I'epreuve du tcms. On regrcltcra peut-
^fre que le nouvcl editcur n'ait pas joint un abrege de la vie du sage
de Gambrai a celles que ce sage a ecrites : le nom de Fenelon peut
certainemcnt eire place parmi ceux dcs plus Utustrcs phitosophes. C est
ua raoderne qu'il I'aut opposcr avec assurance a ccux qui ne se mon-
trent si grands admiratcurs des vcttus antiques, que pour etre dispen- .
ses de louer Icurs conti'niporains. F.
^5 (*). — Essais de Montaigne, publies d'apres I'edition la plus au-
ihentique, et avec des sommaircs analytiques et de nouvelles notes,
par Amalby-Diival, meinbre de I'lnstitut. Paris, 1820; Cha^seriau, rue
]Veuve-des-Pctits-Cbanip9, n" 5. 6 vol. in-8", portrait, imprimes avec
le plus grand soln par Dondey-Dupre, etsur beau papier. Prix , 56 IV. ;
papier velin , 72 fr.
76 ('). — 'De la Sagcsse, trnis livrcs, par Pierre Chabbon; Nouvelle
edition, publite avec des sommaires et des notes explicativcs, historiques
et philosopbiques, par AsiAimY-DuvAL, menibre de I'lnstitut. Paris,.
iSiO ; Cliasstriau. 5 vol. in 8", portrait, imprimes comme le Montaigne.
Prix, 18 fr.; papier velin , 36 fr. — Get ouvrage et le precedent font par-
tie de la Collection dcs Moralisles franrais ( i5 volumes in-8'') , mais,
se vendent separement.
77. — Lettrcs Pcrsancs , par IMontesqiieu. Nouvelle edition accom-
pagnee de notes. Paris, iSao ; Gollin de Plancy, rue Montmartre, n" 121.
Un volume 10-8° de 555 p. d'linprcssion ; prix , 5 fr. ; et par la poste ,
3 fr. 75 c.
Tout a ete dit sur cctie premiere production dc J'illustre autour de
V Esprit des Lois. Montesquieu preludait par une satire vive , piquante
ct pleine de verlte , aux grands travaux qui I'ont place a la tete de nos
publicisles et dc nos p'liiosopbes. Un livre tel que les Ltttres Persanes.
etait de nature a avoir un grand nombre d'editions ; cellc que nous an-
non9ons nous parait fort soignee ; cllc contient beaucoup de notes sur
divers passages qui ont paru aux edltcurs avoir besoin d'eclaircisseinens^
ij'i LIVRES FRANCAIS.
PJoiis croyons ccs notes en general Irop muilipliees, et souvent a pen pres
inuliles. Mais un reproche plus grave a leur faiie, c'csl d'avoir renou-
Tcle ccllc accusation banalc de Tnauvaise foi que Ton nc cesse d'adresser
a Voltaire. On lit dans Vavcrtissement ce passage : « Voltaire, qui nion-
tia une severite si oulree dans son commentaire snr Ic chel-d'ceuvre dc
Montesquieu, a cherche aussi a deprecier les Leitres Persancs ; il a dit
avec beaucoup de inauvaise foi, que c'etait une imitation du Siumois
(\c DuCrcsny et de VEspion T%trc, etc. » Voltaire a dil, avec tous ceux
qui ont parle des Letlres Persanes, que cet ouvragc elait imite du Sia-
xnois et de I'Espion Turc ; mais il a ajoute que I'iniitation etait tres-sii-
•piricurc au.v originaux ( avertisscnient du eoinmentaiie de I'Esprit dcs
Lois) ; assurement, il n'y a pas de mauvaise foi dans cetle appreciation
du premier ouvrage de Montesquieu. Dans un autre cndrolt des ccuvrcs
de Voltaire, on trouve cc passage: a II (Montesquieu) donna a I'age
de trenle-deux ans les Lettrcs Persancs j ouvrage de plaisanterie plein
de traits, qui annoncent un esprit plus solide que son livre ; c'est une
imitation du Siamois de Dufrcsny, et dc VEspion Turc, mais une imi-
tation qui fait voir comment ces originaux devaient etrc ecrits Le
)]cnie qui rcgne dans les Leltrcs Persanes, ouvrit au president de Mon-
tesquieu les portes de I'Academie francaise. » ( Siecles de Louis XIV ct
de Louis XV.) Voltaire avail trop de gout et trop de bon sens pour nier
le merite de I'ouvrage de Montesquieu , et Ton volt qu'il n'y avait pas
lieu ici a ['accuser de mauvaise foi. A. T.
78. — Requcte presentee aux deux Chambres , a la session de 1820 ,
par Leon Cbanlaibb, membre du college electoral du departeinent du
Pasde-Calais, sur la suppression de I'ficole d'enseignement muluel de
Boulogne, etc. Paris, 1820; de rimprimeric d'Auguste Bobee. In-4*
de 26 pages. (Ne se vend pas. )
La lecture dc ce memoire ne laisse aucun doule sur I'ulilite retlle de
I'ecole supprimee. Elle prouvc aussi que les ennemis de Tenseignement
mutuel n'ont aucune idee de cetle methode, qu'ils la proscrivent sans
la connaitre, el par des motifs fort differens de ceux qu'ils avouent.
79 (*). — Questions de droit adminislralif, par M. de CoBMEriin.
Paris, 1822; M. Ridler, rue dc Belle-Cbasse, n" i5. 2 vol. in-S"; prix,
1 1 fr.
Si la specialite de I'ouvrage de M. de Cormenin ne nous pernut pas
d'entrer dans de grands details sur les Questions de droit administratif
qu'il Iraite, nous ne les en reeommanderons pas moins a ceux qui sont
appelcs par devoir a titudier tout ce qui est lelalif a I'administralion et
il la jurisprudence, II fallait une profonde connaissance dcs duciiions du
LI V RES franc; A IS. ir>
CoDScil-d'clat pour cnlrcprcndre dc discuter les questions les plus cpi-
neuses desmaticrcs administrativcs; sous ce rapport, personne nc pou-
vait etre plus a portee que M. de Cormcnia d'cnlrcprendre unc luchc
aussi difllclle. Deja connu par un ouvrage fort remarquablc sur Ic Conseit-
d'etat , envisage comme conseil ct commcjuridiclion dans noire monar-
chie constilutionncUc (Paris, 1818; i vol. in-S"), M. df Cormcnin unit
a une tlicorieeclairec, la pratique non moins utile des affaires, puisqu'il
cxercc , depui* plusieurs annces, les fonclions de maitre des requetes.
Aussi, son nouvel ouvrage rcnferme un grand nombre de questions sur
k'squelles il s'est applique, avec succfes, a jeler un nouveau jour. Nous
indiquerons surtout les tnots afpel comme d'aius, communes , conflits ,
domaines naiionaux , Emigres, hospices, frocedure, etc. Ces diUercns
articles annoncent , dans leur auleur , de vastes lonnai? sances , non-seu-
lement sur le droit adniinistratif, mais encore sur la legislation politique
ct civile. Get ouvrage eCit ete de la plus grande ulilite aux elevcs de I'E-
cole de droit, si Ton n'eilt pas juge a propos de supprimer la chaire de
droit adminislratif; suppression d'autant plus clonnanle que les lois ad-
ministratives sont peul-eire les plus nomljreuses et les plus compliquees.
11 est a peu pies impossible de les etudicr, si Ton n'est guide par un
Iiomme qui a concouru a leur application. Dans I'elat dc choses ou est
tnaintcnant I'enseignement , ceux qui voudront approfondir la connais-
sance du droit administratif , devront indispensablement avoir rccours a
I'onvrage de M. de Cormcnin. A. Taillandier , avocat.
80. (*) — TJiitoire d'Herodoto d'llalicarnasse; textc grtc , avec notes
critiques, variantes des cinq manusirits de la Bibliotheque du Roi, ct
un index des choses et des pcrsonnes , considerablement augmente ; par
J. B. Gail, membre del'Instilut, conservateur des manuscrits grecs et
latins de la Bibliotheque du Roi , lecteur et professeur royal , etc. Paiis,
1821 ; Auguste Delalain, me des Mathurins Saint-Jacques, n° 5. Deux
2 forts vol. in-S". Prix , 26 fr. , et franc de port, 35 fr.
L'annonce de la nouvelle traduction d'Herodote, par M. Miot ( Fo\ez
Tom. XVII , pag. 4So ) , nous donne I'ocrasion de rappelcr aux amis de
I'antiquiti; 1 edition du texte grec de cet hlstorien, public quelque terns
auparuvant par M. Gail , membre de I'lnstllut. On pcut meme trouver
entre ces deux publications unc autre couformile que celle de I'auleur
que les deux savans ont cboiai pour objet de leurs eludes. Le nouveau
traducteur a voulu que son ouvrage pdt suppleer ulilemeut, dans les bi-
bliotheques des gens du inondc , les ncuf volumes de Larcher, dont la
longueur et I'appareil scienliliquc ont souvent rebule les lecteurs, me-
conleas de voir loujours I'eruUit se mcttre a la place du pere de This-
i^i LIVRES FRAKCAIS.
toirc. C'esl ainsi que Ic nouvel editcur du texle parait avoir eu I'lnton-
tloii d'oHVir a la jfinipssc .<tudieuse cl aux hcllenistcs tiix-incmcs un ou-
viagc qui pilt Icur Icnir lien dcs graodes editions de I'iiislorien, dont le
prix est forteleve, ct dont I'usage n'est pas toujours facile. Cc n'est point
la sans doute un faible avanlage ; mais Tcdileur n'a pas cru qu'il lui suU'it
de donncr un texte pur, collalionne sur les nianu»crits : il a juge avcc
raisiin qu'on cxigerait quelque chose de plus dc sa reputation el dc son
experience, et il n'est point reste an dessous de la lache que lui imposait
I'opinion- Nous ne pouvons , dans une simple notice, {aire connaitre
completcracnt ce long travail, ct le souniettrc a I'examen de la critique ;
nous en indiquerons du moins les parties principales. Apres les neul'
livres d'EIiirodote, divises par cliapilres, accompagnes de sonimaires
latins, ct suivis^ comine dans les anciennes (editions, de la f ie d'llo-
mire, on trouve un commentaire fran^ais entierement original, pre-
cicux repertoire, oil les savans etrangers rcmarqueront surlout les va-
riantcs des cinq manuscrits de la Bibliotlieque du Eoi, et plusieurs dis-
cussions asscz etendues sur les didicultes grammalicales, historiqnes ou
geographiques. A ces notes est jointe une table fort exacle dcs mots que
I'edifcur a expliques. Enfin , I'ouvrage est termine par une autie tabic,
beautoup plus ample, qui comprcnd les fails, les choses, les personucs,
dont il est parle dans toute I'liistoire tl'Herodote. Ces deux Indc.c ol-
frent aussi, en plusieurs cndroils, des interpretations omises dans le com-
mentaire, et les Iccleurs attenlil's s'applaudiront de les avoir consultes.
On voit , par cctte analyse rapide, que beaucoup d'editions dont les au-
tcurs annoncent des pretentions fort ambitieuses soiit loin de reunir
tous les avantagcs de celle-ci, que son auteur veut modesteinent ren-
fermer dans rombre des classes. Les gens inslruits s'empresseront de
Ten faire sortir pour la placer a cote de celles qu'il a donnces de Xeao-
phon et de Thucjdide; ils s'efonnaient dcpuis long-lems que lediteur
de ces drux grands ecrivains ne songeiit pas a completer I'bisloirc dcs
ancicns terns de la Grece, en s'occupant des Muses d'lleiodoto , ot ils
reconnaissaient unanimeiuent que c'elait a lui qu'il apjiartenuit de les
publirr. V. L.
81. — Rccherciics hisloriques sur te luxe cticz ics Alhiniens , Memoire
traduit de Tallemand de Clir. MrisEns, par G. S....T. , suivi du Traitc
du luxe des dames roniaines ct des ^xtrails dc VAntiquilc pitlorcsfjuey
dc M. Bavedx. Paris, iiSaJ ; Egron, rue des iNojers, n° 07. Un vol. in-S";
prix , 8 fr. 5o.
Parinl les causes de la decadence dcs Romains, Montesquieu n'a
point omis d'indiquer, comme une dcs principales et des plus funcstes,
LITRES FRAKgAIS. i5^"i
la corrupllon dcs moeiirs , elTct prcsquc inevitable du luxe et dcs ri-
cliesses qui s'intioduisireut a Rome apres la conqucle dc la Grcce it
des royaumes dc Syrie ct de Maicdoinc; mais , entraine par !a rapi-
ditii de son sujet et par le grand nombie dc considerations qui s'oP-
fraient en foule a son coup d'oeil d'aigle, Montesquieu se contenia de
signaler, en passant, I'envahissement et les ravages de cetlc espfece dc
contagion morale. Chr. Mciners , professcur de philosopliie a runiversite
de Goettinguc, en suivit pas a pas et en decrivit avec detail la marclie
et les progrfes, dans son Hisloirode la dicadence dcs mwurs chez ics
Romaim, ouvrage qu'il publiaen 178^, etdont il exisle deux traductions
francaises, Tune donnee par Rene Binet, en ijgfi; I'autre publiec postc-
licuremcnt par M. Breton, ct formant les vcilumes xxxi et xxxii dc
la Bibliothcqiie historiijiie d I'usngc dcs jeuncs gens. Deja , quelques
annees auparavant, Meiners avalt applique a I'histoire des Athcniens les
memcs etudes et les niemes reclierclies , et il avait, dans un mcmoiie
destine a la Soeicte dcs antiquitis de Cassel, retrace fidelemenl ct sage-
ment apprecie les effeis et les suites de I'introduction et de I'accrois-
semcnt du luxe chcz ce peuple celebre. C'est ce memoire, couronne
en 1780 par cette Academic, sous le titre d'flistoiredii luxe chez tcs
Atheniens , qui vient d'etre pour la premiere fois traduit en franrais, ct
que le Iraducleur M. S....T. public aujourd'liui, sous le litre plus mode sfe
de licchcrchcs liistoriqucs sur ie luxe dcs Athcniens , depuis les terns les
phis aneicns jusqu'd la inort de Philippe de Maeedoinc. L'auleur y
donne d'abord sa definition du mot luxe, et il distingue soigneusement
deux sortes de luxe, tant public que prive. Il passe ensuite r;ipidement
sur les siicles anterieurs a Periclfes ; et s'arrCte neaiimoins a disouter les
temoignages de quelques auteurs, d'apres lesquelson pourrait etre tenle
de I'aire remonter I'epoque de rintroduclion du luxe a Albenes jusqu'a-
vant I'invasion des Ptrscs, ou menie jusqu'avant Solon. Arrive au siecle
de Pericles, veritable apogee de la gloire et de la puissance d'Aihenes,
Mciners se garde bien de blamer Theureux essor que prirent , sous Tad-
ministration de ce grand homme, les arts, les sciences et I'induslrie ;
mais il a soin neanmoins de remarqucr I'influence peruicieuse que, sous
d'autres rapports , Pericles exerca sur les moeurs et les dcsliuecs de sa
patric. il signale ensuite le passage et I'influence plus pernicleuse encore
d'Alclbiade ; et a parlir de cette epoque, il peiul le luxe continuant scs
ravages a Iravers les vicissitudes et malgre les malbeurs qui vinrent af-
fliger Alliencs, et triomphant enfin malgre les efforts dc Phocion et de
Demosthenes, que Ton pourrait justcmcnt appeler les derniers des
Atheniens. Tel est le tableau que dcroule a no* yeux cot infercssant
i5G LIVRES FRANgAlS.
memoire. L'aiitciir n'y marclic qu'appuye sur dps tcxtts dont il prcnd
aoiii d'indlquer cxaclcment la source, et dc discuter le mcrile ct I'auto-
rlle. C'csl la melliodc qu'a suivie le savant autoiir d'.-lnacii arsis, dont
I'ouvragc est [loslcricur dc quelqiics annecs a celui-ci , lequol loulclbis
III! Put trcs-probablemcnt inconnu. C'esl la melhodc que doivcnt .'uivrc
tous ccux qui voudrout falre Fairc aux sciences, ct surtout :'i I'liistoirc,
de vciilables progres. On aiinera sans doule a comparer les resullals
des reeherches savanles et laborieuses dc ccs deux liomrncs egalement
judicieux et patic'ns, ct a compleler par I'ouvrage de I'un le travail dc
Taulre. On trouvera, dans Barlbelcmi, un plus grand iwnibre de fails
ct de details ; dans Meiners , on verra mieux s'encliaiucr et se deduire les
consequences. Quant a la version fran^aisc du memoire de Meiners,
eonsideree en elle-meme, elle porle rempreinle d'une beureuse et re-
jnarquablc facilile. Le style en est conslaminent pur et correct , et u'offre
nulle part la plus legere trace de germanisme. Le Iraducteur a cru devoir
imprimer a la suite de cc memoire, malbeureusement trop court , le
'J'raite du luxe des dames romaines par I'abbe JVadal. II eut ele difficile
de rien trouver qui put mieux s'allier a la l'" panic de ee petit volume.
11 n'cxiste sur Its Alheniens aucun travail qui fiit susceptible d'eire
ajoule ici a celui de Meiners. II a done bien fallu se rejetcr sur les Ro-
niains. Le memoiie de Nadal ne se trouvait plus gufere que dans le
rccueil de V Academie des inscriptions; imprime separemcnt en \'j7.'^',
il elait neanmoins duvenu fort rare. M. S....T. a done eu raison de le re-
produirc. Mais les pcrsonnes qui voudront avoir sur le iuxe des liomains
des notions plus completes, feront bien de relire, outre I'ouvrage ci-
dessus rappele de I'auleur allemand , les deux memoircs lus piar M. Pas-
lorct, en 1792, a I'Academie, et le 5 juin iSo3j a I'lnstllut, et qui se
Irouvent au o™* vol. des Memoircs de I'Inslitut, classe de liltirature et
de i)elles-lettres : puis cllcs prendront encore avec plaisir connaissaucc
des fra^mens d'un grand ouvragc que meditait M. Bayeux , dernier Ira-
ducteur des fastes d'Ovide, fragmens qui font aussi partie du volume
que nous annoncons et qui le terminent. Ce tont de petiles csquisses
fort ingenieuses, et qui ne manquent assurement ni de grace nl de
fraithcur. Boccuenk-Lefer , avocat,
82. C) — Tabteau des revolutions du systemc fotilirjue de I'Euroj.e,
dcpuis la fin du xv" sieclr, par M. F. Ancillon. Nouvclle idilion , revue
et eorrigee par I'auteur. Paiis, 1823, Ansclin et Pocliard , lue Daupliine,
n" g; 4 vol. in-S" , ensemble de i^jj pages. Prix, 24 fr. ; et par la
j)0sle, 5o francs.
Nous revicndrons surcct important ouvrage, dans la section des Ana-
iljSC s.
LIVRKS FRANCAIS. 1-7
83 ('). ' — Journal dc Vexfcdllion anglaisc en Efjyple dens Vannce
1800, traduit <Ie I'anglais du capitaine Walls, par M A.'T"*", avec
des notes fouruies par d'ancicns oflicitrs de I'armee frangaise en Egyp-
te; un Appendice contcnant des pieces officiellcs, une Introduction par
M. Agokb, quatre plans dc bataillcs ct quatre figures coloiiees. Paris,
1S23. Collin dc Plancy, in-S" de 564 pages, >'on comptis I'inlroduc-
tion. Prix, 7 fr.
Get ouvragc est du petit nombrc de ccux que la traduction a pcrfec-
tionnes. Cependanf, lous les moyens de le rendre mcilleur n'onl pas ele
mis en usage; on s'est contente d'y ajouter, et sans rien supprimer de
ce que I'auleur a ccrit d'aprcs scs observations : comme si les memes su-
jets n'elaient pas traites dcpuis long-tems dans des livres qui sont entre
les mains de tout le monde. On pouvait ne conservcr que ce qui con-
tient des materiaux pour I'bistoire ; en y joignant Tintroductiun et les
notes dont cettc traduction est enrichie, chaque page du lii're eul ete
instructive, et le Iccteur attire de I'une a I'autre scrait arrive au bout
du volume, toujours egalement altentif et sans eprouver aucune fatigue.
Les operations militaircs sont blen decrites, ct les inexactitudes peu
nombrcuses de I'auteur anglais sont reclIGecs par dfs notes courtes ,
precises et qui -portent la conviction dans les esprits. Get ouvrage sera
place dans loutes les bibliothiqucs miiitaires : beaueoup d'instructioa
s'y, trouve renfermec ct conccniree dans ua petit espace, avantage que
n'ont pas encore tons les livres neccssaires a I'etude de I'art de la guer-
re. G'est a dessein que nous n'avonb pas commenctS par I'lntroJuc-
tion. Get ecrit de M. Agolb doit etre coU'idere separement, et sous
un autre aspect que rouvragememe. L'autcur y fait le resume des con-
naissances actuelles sur I'Egypte : rhistoire de celtc contree fameuse
est iiuivie, depuis la plus baute antiquile jusqu'a nos jours. Voici la ta-
ble et I'ordre des malieres : Do VEgypte, et dc son ancienne splen-
deur. — De {'expedition franraise ct dc scs rcsuttuls lilteraires. — Do
I'expedttion des Anglais. — Dc Mohammed- Ali, paelia aeiuel dc i'E-
Sypte. M. Ayouh s'arr6le nioins sur les ancienues epoqucs que sur les
fails modernes qui preparcnt la dcslinee de son pays; car notre autcur
est Egyptien. Son exposition est nielbudique; son style correct, anime,
quelquefois eloquent : on sent qu'il est soumis au prestige qui donne au
pays natal une fjusse apparence de patrie (i). II s'Interesse au sort de
(i) Les mola jjatrie, lots , droit , Justice^ gouvernement , oDt des sens si di-
vers, selon les lieux, les terns eL les ecrivains, qu'ils ne prosentent qu'uiie idee
runfiise. S'ilsetjiciit diCnis par la laisou, et compris dacs cetle accejlion riguii-
i:,8 IJVRES FRA5I(^,AIS.
rtgypU", commes'il tilt continue de lep.irtager; il fait reimiriL'iation des
traviiux cxeciUcs par Ics ordris dii paoLa aclucl pour dcs ameliorations
importantes; il signale le» piogres do la civilisation, nuus nioulre le Be'
douiii rcnoQcant a la vie nomadc, adoptant unc habitation fixe et des oc-
cupations sedentaircs : il est si plcin d'csperances qu'il en fait concevoir
meme a ceux qui sont le luoins disposes a croirc au bien opere par dca
Turcs. Qu'on li^c ce que lui inspire la vue du Zodiaque dc Tentyra
place au Louvre 1 Cette pierre, qui orne moins les lieux ou ellc est de-
poscc, que son absence nc depare ceux d'ou elle fut airachee, retrace
a son imagination ces terns ou I'Egypte recevail la visile des sages et
rt'pandail aulour d'clle sis sciences et ses arts. N'cntends-je pas, dit-il,
retenlir encore autour de moi ces paroles meniorabies . 4 Solon .' Solon 1
vousaul res Grecs,vousn'6les encore que des enfansln — M.AgoubcslEgyp-
tiin. Ces peiiples qui batirent les pyrainides, les temples d'Esne et de
Denderab, etc., n'avaient point les sciences moderncs ; ils n'auraient
point eleve les temples de Saint-Pierre de Rome ou de Saint-Paul de
Londres : ils n'avaient point de machines a vapeur^ point de David ni
de Caoova, etc. Tout bien considere, il est permis de bien penser
des modcrnes , sans attenter aux droits de I'antiquite. F.
84 (*)• — ParaUcte da la ■puissance angtaise et ritssc, rclative-
7ncnt d I' Europe, suivi d'un Apercu sur la Greco; par M. de Pkadt, an-
cien archevfique dc Malines. Paris, 1820; Bechet aine, quai des Augus-
tins, a" 55. Un vol. in-8° de 254 pages; prix, 4 1" 5o, et par la poslc
5 Ir. 5o.
Unc epoque aussi fertile en evencmens que celle ou nous vivons,
devait trouver un historien qui enlreprit de suivre la marche du tcms,
d'etudier les faits et d'en prevoir les consequences. M. de Pradt s'cst
charge de cette tachc , et tout homme de bonne foi avouera qu'il s'est
rarement trompe dans ses conjectures. Combicn de poliliques a vue
i troite ne se sont-ils pas eleves contre ce que disail I'ancien archeveque
de Malines sur remancipalion generale de I'Amerique ? Et ccpcndant,
quelqucs annees s'etaient a peine ecoulecs que la prediction de M. di
Pradt s'etait pleinemcnt realisee. Le meme publiciste a survcille le;
cougres dans Itsquels les monarqucs curopeens on I cherche les moyen;
d'elever des digues centre le torrent de ce qu'on appclle les idccs iwu
relics. 11 laul renvoyer a quelqucs annees la tache d'examincrsi les con
teils qu'il a cru devoir leur donner etaient i'ondes sur rexperiencc des
rouse, aucun coile ne 5upporli;i;iil I examen, ct aiicuD f muple ne serait content des
inslitu'tious qui le rigisscnt. (N. d. R.)
LIVRES FRA^'CAIS. i5y
iliosps, e( sur I'obscrvation la plus clairvoyantc des evenemens quise
pressent autour de nous. — Aujourd'hui, dans I'ouvrage que nous an-
nonfons, M. de Piadl constate un fait qui n'a pu luiechapper : c'est U
liinguliero position de I'Europe, placee entre dt-us influences si oppo-
sOes, celle de TAnglflerre et celle de la Russie. Le premier de ces
elats n'a qu'une population fori bornee ; et cependant, il tientsous sun
sceptre rimmcnse empire de I'Inde; ies mers sont couvertes de ses vais-
seaux, ses comploirs sont partout ou I'homme Mut penetrer, son credit
t'.il immense ; en un mot, I'Angleterre parail jouir de la plus grandc
prosperite a laquelle une n.-tion puisse atleindre. Avec de tels moyeiis
en sa puissance, 11 est facile de ?oir que I'Anglettrre doit exerccr une
influence considerable sur Ies aulrcs gouvernemens, surtout depuis
qu'elle est parvenue au but qu'elle s'etait propose, celui de renverscr
rhomme dont le genie , il faut !e dire, avait donne a sa rivale la prepon-
derance europeenne. Sans doule, I'Angleterre n'aurait pas reussi dans
cette entrcprise, si !a prospcrite de la France eut repose sur des institu-
tions, au lieu de sc trouver placee dans Ies mains de son chef. La fortu-
ne nc favofise pas long-tcms Ir m6me Iiomme, tandis que le bonheur
qu'un peuple doit a ses institutions est presque toujours de longue du-
ree. Telle a ele I'origine de I'avantage de I'Angleterre sur la France, et
il serait difficile de mieux exprimer cette verite que ne I'a fait M. de
I'radt, dans I'ouvrage dont noas entretcnons nos lectcurs. » Je le de-
mande avec douieur, comme Frangais, dll-il : Si, lorsqiie la France
etait, i-n Ameriquc et en Asie , a la place ou I'on voit I'Angleterre, elle
avait joui d'institulions aussi favorables a ses interels publics, verrait-
on aujourd'hui I'Angleterre a la place de la France? Nod, sans doute :
rien ne lui manquait pour couserver ct consolider cc qu'elle avait ac-
quis; des marins babilos, des troupes braves et nombreuses : il n'y
avait d'absent que ce qui donne la vie a tout, des institutions. Avec
clles, plus de di^traclio^s, de sommeii, de fantalsies : la sentlnclle, I'opi-
nion publique est totijours la; il faut sans ccsse pouvoir lui repondrc et
la satisfaire. Mais, quand lout se passe dans Tcnceinte des cabinets, en-
tre quelques liommcs, dans I'absence et le silence des interesses, il n'y
a plus de plan, plus de suite; tout prend une teinle passagere et per-
h'onnellc ; I'autorile repond a tout et de tout, couvre tout, et un elat
passe, sans moyens de preservation, du plus haul dcgre au plus bas, eo
'aissant a ses ennemis tous Ies avantages qu'il pouvait conscrvcr en pro-
pre. Si la Revolution ne fut pas arrivec si tard, la France regneiait encore
en Asie et en Amerique, a la place do I'Angleterre, par ce qu'avec des
instilutionb semb'ables, elle aurait eu tout cc qui a valu a I'Angleterre
,fo liVRES FRAIXCAIS.
I'empire qu'cUe a perdu : aujourj'liui, ccltc pcrte n'auralt pas lieu; la
force des interCis publics dunnerait au gouverncment la direction prc-
servatrice do cc grand dommage. Que ccux qui trouvent lant de plaisir
a adrcsser a la Revolution des reprochcs qui ne peuvcnl pas tombcr sur
son essence meniej niais seulcment sur quelquesuns de ses actes, ap-
prennent par -la cc que son retard a coule a la France, et a moderer
I'ardeur de Kurs incriminations. Montesquieu a dit qu'il cxistait dans
Ics institutions de chaaue peuple, des vices et des vertus caches, qui
decidaient de Icurs dcstinees..,. La France, superieurc a TAngletcrre
sur beaucoup de points, ne lui serait pas reslee inl'erieure en puissance,
si elle n'eut pas etc inegale avec elle en institutions : to sort a vouLu, et
ce rappcl ne rcnrerme aucune inlenlion critique, ma s scuiement uii
rapprochement historique iort singulier, que Chatam gouvernat I'An-
gkterre pendant que M""' de Ponjpadour gouvernait ecus qui gou-
vernaient la France. 11 etait evident que I'Angleterre devait gagner I'ln-
de et rAmerique, et la France Ics perdre. » L'auteur examine , apres
avoir constate la haute preponderance de I'Angleterre, ce qu'clle doit
faire pour la conscrver, et il pense que trois points peuvent fitre consi-
deres comnie londemens de la politique britannique. i" Le maintien de
la paix sur le continent. 2" La defense des principes sociaux et des li-
bertes publiques dans tout I'univers. 5° L'opposition constante a tout
pouvoir susceptible d'opprimer le continent. Le principal but des ef-
forts de I'Anglfcterre doit tendre surtout vers cette troisi6mc proposi-
tion; c'est-adire, contre-balancer, par tous les moyens qui sont en son
pouvoir, I'influence de la Kussie. Ici, la scfene change. Ce n'cst plus un
peuple resserre dans une ile de peu d'elcndue; parvenant a force d'es-
prit national, de commerce, d'induslrie, a agir sur les destinees des au-
tres pays, malgre son peu de forces intrinsequcs; nous avons sous les
yeux une immense superficie dc terrain, pouvant correspondre a la sep-
tieme partie du globe. Ce vaste (itat est bornt au nord par Ic pole, a
Test par la muraille de la Chine, 4 I'oucst par I'Autriche et par la Prussc,
au mldi par Its montagnes ct les mers de I'Asie, le Caucase, la mer
Koire et le Danube; sa population est de cinquante millions d'habitans,
et, en ce moment, la Russie a un million d'hommes sous les armes. 11
no faut done pas s'elonncr de la voir comptee parmi le ties-petit nombre
d'etats qui peuvent inlluer sur les destinees des autres peuples, et il
existc un grand interet a connaitrc le sysleme politique qu'elle a em-
brasse. — M. de Pradt pense que I'influence de la Russie est beaucoup
plus dangereuse que celle de I'Angleterre. lifTectivenicnt, comment
s'opposer aux volonles d'unc puissance qui ptut Ics faire appuyer par
LITRES FRANgAIS. i6i
des armees Innombrables, susceptibles d'ecraser les populations sur les-
quelles elles se precipileiaitnt? 11 nous serail impossible dc suivre I'auleur
danssesconjecturcs et dans Ics conseils qu'il adresse aux rois ef auxpeu-
ples. — L'ouvrage est termine par un Afercu «ur ^a Grtcc. La revolutioa
grecque est I'un drsevenemens les plus meaiorablesdc repoque,el,com-
'me ttlle, clle devait fixer Tatlention de M. de Pradt. Ce savant publi-
cisle s'cst applique a examiner principalement la conduite des cabinets
uuropeens a I'egard de I'emancipa tion des Hellenes. Trois puissances
surtout, la Russie, I'Autricbe et rAngliterre, ont paru inleresseis a sui-
vre, par divers motifs, les progrfes de la revolution grccqiie. 'foulefois,
elles n'ont pas paru prendre jusqu'ici un parti decisif. Les Grecs, un
jour, auront a benir cette neulralite dans laquelle les cabinets de I'Ku-
rope se sont tenus a leur egard. lis nc devront k'ur delivrance qu'a eux-
mfmes, et la posterite les benira d'avoir etc dignos do leurs ancetrcs. On
voit par eux ce que peut I'amour de la libcrte et de la patrie ; quelque
terns encore , et le moiide connaitra tout ce qu'il doit a I'emancipution
des Hellincs. A. T.
85 (*). — Collection des Mcmoircs rclatifs a la revolution d'Anijlc
terre, publiee par M. Gcizox. Deuxiime livraison, contenant : i" le
Tome II de VHisloire du lonq parlement , convoque par Charles 1=^ en
i(i4o, par Thomas May, secretaire de la chambre de Charles I"; 2° Re-
marqius sur ics deux dernicres annies du regne de cc 'prince; 3° les
Memoires dc sir John Berkley, sur les negocialions de Chailes I" avec
CroTOTvel et I'armee parlemenlaire ; 4° les Memoires de John Price, cha-
pelain de Monck, sur la rcstauration des Stuarts. Paris, iSj3; Bechet
aine , quai des Augustins, n" 55. — L'ouvrage entier aura 20 vol. in-8°.
Prix de chaque livraison, 12 fr. , et i5 fr. franc de port.
86. — Lavcrile sur V incendic deMoscou, par le comte Rostopchiw.
Paris, i823; Ponthieu, au Palais- Royal , Galerie de Bois, n° 252. In-8»
de 3 feuilles; prix , i fr. 5o c.
L'ancien gouverncur de Moscou, M. le comte Rostopchin , desavoue
la part qu'on lui attribue dans I'incendic de cette ville , et soulient qu'il
ne conlribua nullement a ce grand evenement. Ses denegations et les
faits qu'il rapporte, sans decider la question, combattent cependaut avec
avanlage les allegations de ses accusateurs; et d'apres sa defense, il se-
rait absous dans unc proctidure legale : mais, au tribunal de I'opinion
publique , il faut d'autres preuves, des temoignages non suspects , un
degre de certitude dont les bons esprits puissent se contenter. Apr^s
avoir lu cette brocUurc, les opinions sur les causes de I'incendie de Mos-
T. XVIII. — Jvril \Sl'5. It
iG2 LIVRES FilAN(^AIS.
cou nc seront point changers; ce qui clait obscur nc sera done point
tclairci, et i'histoirc de ccllf iSpoque nc fcra point usage des malcriaux
que M. Rosfopchin a rasscmbliis dans son opuscule. Ccpendant, il I'aut
SHVoir gre a I'autcur de cet_^tc revelation tardive ; la posterite s'approche;
dans quelqucs annccs , elle pourra prononcer son jugcment sur Ics pre-
mieres annees de ce si^ele : il faut done que tous ceux dont elle s'occu-
pera , s'attachcnt a paraitre tcls qu'ils furenl, s'ils onl des droits reels a
I'estime des generations futures. M. RostopcLin a ecrit avec sagesse et
moderation. 11 rend justice a I'historien de I'expedition de Russie (Voy.
ci-dessus , page 79 , le compte rendu de cct ouvrage). « J'ai trouve dans
cet ouvragc , dit-il , beaucoup de verite et d'impartialite, a Texception
de la pai lie historlque de I'occupalion de Moscou Je releverai quel-
ques fautcs de M. M**' sur plusieurs fails qu'il avancc, en rtipetant les
assertions de plusieurs ecrivains qui se piqucnt pcu d'etre exacts. Cici
ne regarde pas les operalions mililaires dont I'auleur a ete lemoin , et
qu'il dccrit en niilitaire experimente. Sa critique est sage; il n'a pas me-
lamorpLose I'histoire en roman , et ne ressemble en rien aux auteurs qui
se plaisent a dire des soltises, non-seulemeut en parlant des individus,
mais des nations M. Rostopchin expose sa conduite, depuis que
la nouvelle de I'cnlree des Fran^ais et des combats de Smolensk fut ar-
rivue a Moscou, jusqu'uu moment oil il quitta eette villc. Apres avoir dit
ce qu'il pcDsait de Napoleon aux diflerentes periodes de sa vie, juge-
mens suivant lesquels cet homme extraordinaire fut « genie abaitu a Fon-
lainebleau et apres Waterloo, et a S.iiotcIIeleue , prophelc Jeremie, » il
rapporte un fait moins connu qu'il ne merite de I'etre. J'ai regrelte bien
souvent que le general Tamara , charge en 1789, pendant la guerre avec
les Turcs, d'organiser une flottille dans la Mediterranee, n'ait pas accepte
la proposition qui lui fut faite par Napoleon de passer au service de la
Kusnie; mais le grade de maj r auquel il (Napoleon) pretendait, corame
lieutenant-colonel de la garde nationale corse, lui valut un refus. J'ai cu
plusieurs fois cclte lettre entre los mains. » Viennent cnsuite une decla-
mation vigoureuse contre les revolutions , les revolulionnaires et Tcsprit
du si6cle, et des observations sur un certain nombre de passages des bul-
letins oflicicis dont il releve les errreurs , et dont personne ne prendra
la diifense. Ensuite, il fait du caraclere russe un eloge qui semblerail
justilie par les traits de fermete , de devouement et de courage indomp-
tablcj dont I'anntie 1812 vit tant d'exeraples. Ccpendant , il cut mieux
valu laisser aux etrangers le soin de louer la nation russe, d'aulant plus
que I'autcur a fait sa brochure bien ]ilus pour les etrangers que pourses
compaltiutes. II se presente enlourc de presomptions que son long si-
LIVRES FRANgAIS. i6?)
lencca laissecscroilre et se fortifier : ilentreprendlaplus difficile Jes de-
fenses; il vcut prouver qu'un fail n'est fas; et de tout ce qu'il dit, oa
ne pcut concluic autre chose , sinon, que le fait est mal prouve. Le lec-
teur, qui allendait quelque cliose de mieux, devient un juge plus .severe-
le but de I'auteur est manque. Le style de M. Roslopchia est cclui de
I'auteui- des proclamations de Moscou. On remarque ccpendant quelques
phrases qui semblent appartenir a un autre ecrivain , et qui rappellent
ces vers d'Horace : Purpurens , late qui splendent, unus et alter assui-
iur pannus, etc .Mous TaTons deja dit , cet opuscule ne fournira
rien a I'hlstoire, et sera confondu dans la foule des produclions ephu-
meres que Ics circonstances font naitrc, et que le cours des evene-
mens entraine sans retour. Pour que M. Rostopchin atteignit le but
qu'il s'est propose, il eiit fallu parler plus lot, et autrement qu'il u'a
parle. F.
87 (*). — Essni de Jerertiie Bentiiam , sur la situation politique de
I'Espagne, sur la constitution et sur le nouveau code espaijnol , etc. •
trad, de I'anglais. Paris, 1S25 ; Biissot-Thivars, rue Richelieu, n" 72.
In-S" de XXXI , 260 et 100 pages; prix , 6 fr.
M. Bcntham, commc tous les hommcs qui dcranccnt leur epoque et
qui out quelque chose de trop absolu dans les formes, n'a joui lon".
lems que d'uue reputation contestee ; on le traitait d'ecrivain radical.
Aujourd'hui que les evenemens ontexplique diverses theories, I'opinion
publique a mis a sa veritable place un homme aussi distingue par la
lucidile de son esprit que par la purete de ses Tues. Un ties-grand
nombre de wlilgs et meme de torys moderes rendent maintenant
justice a M. Benlham. Ce puhliclste compare lis institutions de noire
vieille Europe a celles des Etats-Unis d'Amerique: de la ses critiques
rigoureuscs. Mais s'ensuitil qu'il faille a I'instaDt , et sans egard aux
personnes, aux prejuges et aux interets, tout renverser pour republiia-
niscr I'Europe? Telle est I'acciisation , evidcinment empreinte de mau-
vaise foi, que les adversaires de M. Bentham lui adresscnt ; mais IlUc
n'est point la vrale consequence de ses principcs. II elablit, dans ses
ecrits, la theorie qui lui paraitla sciile vraie, en laissant au terns a f.iire
le rest'". Lo volume que nous annoncons conticnt divcrses lettres de M.
Bcntham au comte de Torreno, sur le Code penal propose aux Corles
de 1821. Ces lettres en font la crilique la plus severe; I'auteur y tiouve
trop de vague dans les definitions, et s'eleve avec force conire I'appli-
cation beaucoup trop prodiguee de la peine de mort, surtout en raa-
tiere politique. (Voy. Rev. Encycl, T. X, pag. 37)i et C60, un article sur
la peine de mort , considerec comme un parricide des lois, expicssion
i6; LIVRES FRAN^AIS.
employee dans un Entretienpodtique avcc Ic pretnierronsul Bonaparte,
imprinie a Paris, iSoo. InS° ). Un des Irailea conlenus dans ct- volume,
ft I'un des plus rcuiarquables par la Ibrce dcs raisonnemens, est di'stine
a comballre retablissement d'une chain bre dcs pairs en Portugal. Lcs
doctriDi's de Jeremie Benlham, que nous adoptons a de legeres res-
trictions pres , ont deja exerce une heureuse influence dans les deux
elats de la peninsule : ellcs mcritent d'etre connues el appreciees dans
le restc de I'Europc. — Ce Ttilume est termine par une traduction iJe la
constitution ispagnole. X.
S8,(*) — Eaamcn Uistorujue de la revolution cspagnoie ; suivi d'ob-
servalioDS sur I'csprit public, la religion, les moeurs et la litteralure de
lEspagne, par Edward Rlaquiere, traduit dc I'anglais par J. 6'. P'*'
Palis, 1825; Rosa, cour du Palais-Royal et rue de Monlpensier, n° 5.
Deux vol. in-S" ; prix , 10 fr.
L'auteur de cet ouvrage etait en Espagne pendant la guerre contrc
Bonaparte; il y retourna en 1820, ct y ful temoin de la seance ou le roi
Ferdinand prela serment a la constitution; il pcint renthousiasme que
cc grand tivenement excita dans toule I'Espagne, qui consul dds-lors
I'espoir dc sorllr de I'exces de misere ou six annees d'un detestable
gouvernement I'avaient plongee. Les tableaux de M. Blaquicre sout
vrais, et son ouvrage est dn^ombre de ceux que Ton consultcra pour
connaitre et pour ecrire I'histoire de notre tems. Voiri quelqucs pas-
sages oil il pr^senle I'elat de I'Espagne, avant le rdlablisscnient de la
constitution ct des Cortes. « Le genie du mal scmblait s'etre einpare
dc cette terre intbrtuuee, pendant lcs six annees de tyraniiie que les
Labilans supporterent avec une incroyable patience. Partout oil se fai-
sait scntir Paction du gouvernement, on eOt dit que lcs mots d'ordre
dtaicnt injustice, fTodigalile. oppression. Les Cortes avaient supprime
la plupart dcs couvens , et destine Icurs revenus au paicment de la
dctte nalionale. On avait, en consequence, vendu un grand nombre de
ces biens , dont quelquesuns avaient deja change trois fois de pioprie-
taires; plusieurs creancicrs de I'etat avaient ete payi-s en biens natio-
naux, ct Ton commcn9ait a entrevoir un avenir bcureux , quand une
ordonnance royale du ao mai i8i4 vint detruire ces esperances , en
prescrivant la restitution cntierc des biens appartenant aux couvens ct
a I'inquifition, sans faire aucune diflercnce entre les biens vendus, sans
etablir aucune compensation des sommes payees ou dcs depenses I'aites
par les acquereurs pour ramelioralion des biens acquis Pour prou-
der coinbicu lcs niinistrcs de Ferdinand monlraicnt d'indifTercnce pour
j'opinion publiquc, il gulBra de dire que le conscil dc G;islille ne fut p.*
LIVRES FRAINCAIS. i65
m^me con'-ulte snr cclte ordonaaiice, et qu'elle emaniiit seulement do
la Camarilla Tant de desordres et de fautes amenerunt uu lei
embarias dans Ics (inanct-s, que les employes rneme du gouvcrnemcnt
ne purent etre regulierement payds. De la, un systenie de corruption
dont I'Espagne n'avait pas cu d'exemple : on vendit tout La fac'ililo
aver laquelle on pouvai(, avec de I'argent, gagner des juges et inUuenocr
Icsdecibions des tribunaux, foppait la nation. Cliaque ministre, cliaque
juge, chaque Ibnctionnaire avail scsagens, aveclesquels on negociait les
affaires. Quant a la cour, les seals tnoyens d'y obtenir quelque chose
etiiient d'uffiir de I'argenl, on de denoncer Un officier m'avoua que,
pcu de mois avant laderniere revolution, apres avoir passe plusieurs jours
sans nourrllure, ainsi que sa fetnme et ses cnfans, il prit son epee et se
posta, dans son desespoir, a la porte du payeur pour allendre sa sortie.
Des qu'il le vit paraitre, il le somma d'envoyer sur-lecbamp des se-
cours a sa famille, ou d'accepler un combat a mort. Get acte de desej-
poir eul I'effel que le malbcureux otHcier en allendait, et on ne lui en
fit aucun reprocbe o L'historien dovoile ainsi la situation de I'Es-
pagne, depuis i8i4 jusqu'a 1820, el les veritablcs causes des change-
mcns survenus a celle derniere epoque. II y a, dans I'ouvrage de M.
lilaquifere, des details lelatils au roi d'Espagne, qui nous paraissent
presenter sous son veritable jour sa situation actuelle. JJous cilcrons le
passage siiivant : • Ferdinand exprima, des sa rentreeen Espagne, son
admi< alion pour la constitution adoptee par les Corles, et remarqua son
aniilogie avec les aneiennes lois de ia monarchie. Toutes les fois que
I'un de ceus qui raccompagnaient i'aisail quelque observation sue
I'excessive liberalite de ce pacte fondamental, il prouvait par descila-
tions que lei avail ete le veritable esprit des aneiennes institutions cs-
pagnoles. Ce fut dans un village, entre Sarragosse el Valence, qu'une
deputation d'eveques lui inspira scs premiers scrupules. C'cst la un
fail bien important , et fort peu connu en Espagne. Malgre les sol-
licitalions de ces pieux ecclesiastiques , Ferdinand hesita long-tems
encore, et ce ne fut que qui'lques jours apres son arrivee a Valence
qu'il put sc decider a signer le fatal decret! Quant aux qualites
personnelles de Ferdinand, je suis force de dire qu'il est le meil-
l?ur des fils et des maris. On ne lui a jamais entendu prononcer
'e moindre mot qui decelat un manque de respect pour ses pa-
rens II tint unc correspondance suivie avec le feu roi son perc,
tant qu'il vecut. 11 est adore de ses domestiques : je I'ai vu entrer dans
la cbainbre U'un d'enlre eux , qui elait malade, lui presenter lui meme
les rcaiedes qu'oii avail ordonncs, et monlrer autaut d'atlention pour
iC6 LI\RES FRAJSCAIS.
lui, que s'il efit ete son proprc fit!re Quelqu'un Iiii (lit un jour:
r. M. nr'a ordonnc dc lui lire ce fiajticr ; il conticnt drs accusations
graves contrc unc fcrsonnc qui jouit dc loutc sa confiancc. — Ceta ne
fait ricn, repondit Ic loi; tisez toujours. Aprils avoir tcoule la lecture
avccla plus granilc allcniioD, il prit Ic papier dcs mains de son secre-
taire , ct , sans dire un siul mot , il ie rcplia ct le mit dans sa pochc. Pcu
dc jours aprt''s, I'liomme accuse re^ut la permission de se rttirer de la
cour. Quand la mallicureuso affaire de Porlicr Cut eonnue a ia cour, un
des domcsliqucs du roi se jcta a ses pieds et lui dit : Sire, moi aussi,
jc suis coupaMe; V. M. est gineriuse; je suis compiicc du general.
Le roi lui dcmanda si quelqu'un connaisjait son crime, ct le malheu-
reux ayant repondu que non , il lui ordonna de garder le plus grand
secret. Tiiche, ajouta-t-il, qu'il n'y ait que moi qui sois confldtnl de
ta faMcsse. Le domcstique non-seulement garda sa place, mais nieme
en obtinl bientol apres une autie plus importanle. »
Apres avoir donue quelques details sur la vie domestique du roi,
I'auteur ajoute : « Apres dejeuner, il ennploie une lieure on deux a re-
gler lea affaires dc sa maison et de I'administration inlerieure; ensuile,
il sort dans sa berline pour prendre I'air , accompagne d'un seul do-
mestique et sans aucune escorle. II visile quelque etahlissemcnt pu-
blic, ou se rend a quelqa'une de ses maisons de campagne II
dine a quatre Lcures, sans aucune etiquette. Tous les membres de la
famille royale se reunissent au diner Il monte ensuite dans unc
voiture de cour, avcc la reine, ct fait sa promenade ordinaire avectoute
la famille royale. Apres la promenade, il donne une audience publique,
sans y manquer jamais. Toutes personnes sont alors admiscs indi^tinc-
temenl: j'y ai meme vu des gens qui dcmandenl liabitucllemenl I'au-
imonc dans la rue ! Ferdinand ecoule tout le monde , avcc la plus
grande patience; et quand la I'oule est retiree, il passe dans son ca-
binet avcc un secretaire , pour examiner les petitions qui lui onl ete
remises. Pas un jour nc se passe sans travail avec les ministres pour
I'cxpedition des affaires »
Quels que solcnt les resaltats dcs cvenemens qui se preparent, et
qui fixcront la destinec de la peninsule espagnole , I'ouvrage dc M.
Blaquiere devraetre consulte par ceu.v qui voudront jugcr les horames
ct les choses. Nous ne connai^sons point I'original, ct nous ne pouvons
par consequent Ic comparer avec la traduction. Le traduclcur a sans
doute suivi son autcur avec fidelite, matt son style est un pcu negli-
ge; la fidelite cependant n'exclut ni I'elegancc, ni la correction.
IJVRES FRANgAIS. 167
89 (•) . — Dc V Espagno et des consequences dt I'hitcrvention armie,
par M. J. FiKVKE. Dcuxicme edition, Paris^ i825. In-8°. LcDormand,
rue de Seine, 11° 8; prix, 2 i'r. 5oc.
La publication de cet ccrit a prodiiit unc assez vive scnsalion. Ce
n'etait pas en effet une chose ordinaire que de voir un ccrivain qu'on e&t
pu croire, d'aprfes ses engagemens anlerieurs, dans des dispositions
martialcs contre I'exislfnce acliielle de TEspagne, arborer au contraire
les coulfurs de la paix et de la moderation , ct devoiler un sinistra
avenir a tous ceux qui bruluient d'apprendre qu'une armee francaise
campait sur les rives de I'Ebre. Cette brochure , au reste , est telle qu'on
devait I'attendre de son auteur. 11 s'y eleve a des considerations supe-
rieures sur I'etat de I'Espagne avant ct depuis les guerres de Napoleon.
II signale les nuances qui diviseot ses ciloj'cns , et les resultats qu'on
doit en attcndre. On nc pent s'empcchcr d'y rcconuailrc un espiit fait
pour comprendre toute la force des idees, et I'influence qu'elles doi-
vent desormais exercer sur les choses Lumaines. Je ne cilerai qu'un pas-
sage qui m'a paru frappant : I'auteur, apres avoir dit que I'Angleterre
repondil aux appels de I'Europe contic I'Espagne par ces paroles gene-
reuses de M. Canning : liberie civile et rcligieuse dans tout I'univers,
ajoute : « les partisans de la guerre en France cherchent encore quelle
sera leur devise ; comme ils n'oseraient pas mettre sur leur banniere ,
par opposition a la devise anglaise : inquisition et pouvoir ahsolu, il
faut s'arreter au seul prineipc qu'ils avouenl generalement , el qui reuuit
trois partis distincts dont le plus moderc est incontcstablement le plus
loin des verilables voies politiqucs. Ce principe est le droit moral d'in-
tcrvcntion armcc, pour soutenir le privilege accorde aux rois de don-
ner, quand bon leur semble , aux peuples qu'ils gouverncnt, des insti-
tutions que les peuples ne doivent jamais vouloir d'euxmemes. Gerles ,
cctle impa.s>ibilite des peuples ne ressort pas des pages de I'hisloire ; ct
jusqu'a nos jours, les rois n'avaient pas rougi de traitcr avec les sujets ,
de leur fuire des concessions pour apaiser des diffcrens et meme pour
terminer des guerres civiles. On ne voit pas autre chose dans les tems
ou I'aiislocratie dominait la France; on voit pire dans les siecles ou les
pretrcs dominaient les rois. o Je iivre ce passage aux meditations de nos
lecleurs; ils ne devront pas oublier qu'il est d'un ecrivcin que personne
n'hesitera certainement a placer au rang des defenseurs les plus habilcs
ct les plus devoues que puissent actuellement avoir, en Europe, les
IrCines et les institutions aristotratiqucs sur Icsquelles ils se fondent.
P. A. D.
f)0 (*). — Relation d'un voyage de DantzichdMaricniverdcr, en iy^-i.
1(8 LITRES FRAKCJAIS.
Paris, 182^; Raynal, liliraire, rue Pnvec-Sainl-Andre-des-Arcn, n» i3.
Uii vol. in-8»; piix, 2 fr. fio c. , et 3 fr. par !a posfe.
L'ouvrage par Icijui'l un personnagf augusle vient de mttfre le public
dans la confidence des moindrcs circonslancrs ot dcs plus pclits delails
de son evasion de la France et de son arrivec a Bruxcllcs, puis a Co-
blcnlz, a sans doule inspire I'idee de la publication de cet autre petit
volume. Celui-ci contient le recil, que fait egaleincnt un monarque, de la
fuite a laquelleil fut oblige de se resoudre, dans ilcs conjonctures encore
plus graves et plus difficilfs. Eni'ernic dans la villc de Dantzick, et voyant
I'impossibilite de dtifendre plus long-teuis cette place, Stanislas l",
roi de Pologne , prit enfin le parti de tenter de se souslraire , pir une
retraile bardie j aux dangers qui inena9alent sa personne et son
royaume , et aux mallieurs que sa presence rendait communs aux assie-
ges. Ce fut au travers des plus grands perils, au prix dcs jilus rudes fa-
tigues, et par reffort du plus fernie et du plus noble caraclere , qu'il
vint a bout d'executer cetle beroi'que enlieprise. La relation qu'il en
fait lui-uieme et qu'il n'adresse qu'a la reine, sa fille, Marie Lcczinska ,
femme de Louis XV, csl pleine de la plus aimable siinplirite et du pins
toucbant inter^t. Le lecteur eprouve a la fois de I'admiration et du sou-
lagement , lorsqu'il voit enfin ce bon et brave prince arrive sain et sanf
a Marienwerder , premiere ville des etals du roi de Prusse , 011 I'au-
guste fugitif conimen^a seulement a trouver quelque repos et quelque
sftrete. B. L.
t)i ('). — Betation d'un voyage d Bruxeltes ct a Coblentz (1-91). A
Antoine-Louls-Fran(;ois d'Avaray, son liberateur, LouisStanislas-Xavier
de France, picin de reconnaissance, Salut. — Tcucro ducc et auspice
Teucro. — Paiis, i8a3. Petit in-S" de 120 pages. Baudouin frercs. Prix ,
3 francs.
On a dit souvcnt que la reconnaissance, vcrlu si precicuse , mais si
rare dans toutes les classes de la sociele , se trouve beaucoup moin< eo-
coie chez les grands, cbez les hommes riches ou puissans , et surtout
chez les rois , qui sont babitues d^s I'enfance a rapporler lout a eux-
rnenies , comme au centre commun et unique de leurs affections , de
leurs d^sirs ct de leurs esptiraoces. L'egoi'sme qui , suivant I'exprcssion
de M™<^ de Slaiil, petrifie I'ame , ct qui est la matiere premiere de tons
les vices, est trop souvent le partage des pasleurs dcs nations, beaucoup
plus occupes, d'apriis les conseiU des courli>ans qui les assiegent, a ex-
ploiter les etats confies a leurs soins, pour le profit personnel de ces
liommes rampans, orgueilleux etavides, qu'a rcndre leurs peuplcs flo-
rissans et beureux par rinflucnce el les bienfaits de la liberie, de Tins-
LIVRES FRAlSgALS. 169
truclion el des bonnes lois. lei, sans chercher, dans une simple relation
consacrec a I'amitie , le tableau , ni meme Tesquisse des graves ct ter-
ribles circonstances et dei grands ^vtinemcns historiques qui apparticn-
rent a I'epoque oil eiie est ecrite, nous trouvons I'boiumage sincere
d'une arae royalc qui acquitte avec efTiision la detle sacree de la leeon-
naissance. Tel est le caraclfere distinctil' de cct ouvragc, que le nom de
son auguste auleur place en dehors de la sphere de toute critique lilte-
raire. Le respect dit a son ranget a sapersonneinlerditla censure; un de-
voir, nonmoins delical etsacre,inlerditdeselogesqu'on pourrait laser de
Cullerie. iMais , tous les bons esprits, lous. les coeurs genereuxainieronl a
honorer le sentiment sous I'iuspiralion duqucl rillustre voyageur a pris la
plume. Nous cilerons neanmoins un passage remarquable, oiiles liltera-
teursexerces, les traducteurs et les editeurs d'ouvragesperiodiques recon-
naitroDl la")ustesse d'un'; observation qu'ils onl pu souvent verifier par
Icur propre experience. — «...Je merendis auxTuileries, ou la Reine me
communiqua le projet de declaration que le Roi avail prepare, et qu'il
venait de lui remetlre. Nous le lumes ensemble; j'y Irouvai quelques
incorrections de style : c'etait un petit inconvenient; mais , outre que
nous Irouvames la piece un peu trop longue, il y manquait un point cs-
senliel, qui etail une protestation conlre lous les actes emanes du Koi
)>endant sa caplivile. Apres le souper, je lui fis quelques observations
8ur son ouvragc : il me dit de reaiporler, et de le lui ventre le lende-
niain. Le samedi, je me mis , des le matin, an travail le flus inrjrat qui
cxisle, qui est cf^ui de cvrriger Vouvrage d'un autre, et de f'.iire cadrrr
les phrases que j'etais oblige d'inlercalcr, '.ant avec le style qu'avec le
fond des pensees. La plume me tombait a cbaque instant des mains;
cepcndant, j'en vins a bout,tanl bien que mal. »
Dcpuis la premiere editiondu T'oyagcd Cobltntz, publiee p.ir MM.Rau-
douin, les memcs imprimeurs en out donne trois autros editions succes-
sives, et il en parait cinq autres editions : I'une tiree a )o,ooo exem-
plaires,etdu prix de 5o c. , chez Anthelme Boucher; la seconde , in-i8
de 5 feuilles 8/9, chez Domfere; prix , i fr. 80 c. ; la trolsieme, chez Le-
Dormand, avec deux portraits el une Notice sur Ic feu due d'Avaray ;
prix , 2 fr. 5n c. ; la qualridme, suivie de Poesies diverses , chez Urbaiii
Canel, el chez .\udin , 1 vol. in iS du 5 feuilles, sur papier fin d'Anno-
nay, el orne d'une jolie vignette; prix, 5 fr.; el la cinquieme, cliez De-
longchamps, in ria de 2 feuilles et un portrait; prix, 1 f.
92, (*) — Mcmoires d'une jcune Grccquc, M"' Pauline AdcLnde
jllcxandre Panau, conlre S. A. S. le prince regnant de Saxc Cobourg,
avcccclte cpigrapbc : » Les puissans ont cnsauglanle mon front. Du sem
170 LITRES FRANCJAIS.
{)c' rna doulcur, 6 Eterncl ! j'ai appelc ta m;i,.'n centre leur injustice. »
FsACMES. — Paris, iSzl. L'auteur, rue Louis-le-GiaDd , 22. — Brissot-
Thivars, rue Riclielicu , n" 72; 2 vol. in-ia , enstmble de 352 pag.,
avec 2 portraits. Piix , 6 fr.
Ces Mcinoircs renferment le recit dcsaventures ef des malheurs d'une
fcmnie jcune et belle, victiine d'une seduclion habilcment couibinee,
puis, d'une noire trahison et d'une lache perfidie. Livree par son ravis-
8f;ur au plus affrcux abandon, placee enlre sa mere Agee et souffranle,
et son fils Irop jeune encore pour lui servir de protecteur et de sou-
tlen, elle est reduile a la triste necessile d'en appeler a I'opinion pu-
bliquc, seul tribunal ou elle puisse ciler son pcrsecuteur, et d'y devoiler
la I'aiblesse de sa premiere adolescence ct les crimes du pure de son en-
fant. On lit d'abord deux lettres, qui scrvcnt d'inlroduclion el de pre-
face : Tune, de Pauline ellc-meme au njarechal , prince de Ligne, qu'ellc
consulle sur son projet de publier ses memoires ; I'autre, du vieux ma-
rechal, qui lui repond quco la philosophic, I'humanite, son propre iate-
ret, I'instruction des puissans de la terre en reclament I'irapression. »
Quelques passages, tires de cetle derniere Iclire, suQiront pour bien
faire connaitre le sujet et le but moral dc I'ouvrage. « Une victinxe et un
bourreau; Tinexperience et la perfidie; la faiblesse et le pouvoir; qua-
torze ans, de la beautd, de I'imprudence ; et un prince, devenu pfere,
laissant naiire son fils dans un vil repaire, I'assassinant , essayant sur sa
mere Publiez, M"'', il faut que I'Europe sache tout. » — « Comma
femme, il est bon de fixer I'atteution publiquc sur les dcstinees el la si-
lualion sociale de votre sexe. Les i'eramcs peuvent-elles encore rester les
jouctsavilis des princes et dc leurs valets? la securite de ce sexe faible
ne lient-elle pas aux plus chers inlerets de la sociele ? Dans un moment
ou I'Europe tout cnlicre s'occupe de refurmes , ce sujet n'esl il pas digne
d'filre presente a la plus profonde meditation des penseurs ? » — o Qu'un
prince ait enleve une jeune enfant de quatorzc ans; qu'il I'ait forcee a
quilter le beau sol de la France, a s'exiler dans une solitude affrcuse, sous
le triste ciel de la Germanic, loin de toules ses amities et de tous scs
plaisirs ; que dans ce lieu desert il Tail soumise aux privations, a'lx ri-
gueurs de tout genre; qu'elle lui ait donne un fils, et que ce fils dc
prince soil tombe en naissant dans les langes de la miserc ; que bien lot ,
irrite de se reconnaitre dans les traits de son enfant, il ait ose tenter un
crime, qui le debarrassut et de la viclimc et du fils , reproche vivant de
sa faule; que ce pete se soil ann6 de loute sa ruse et de tout son pou-
voir contiesa mailresse abandonoee, contre son fils malheureux ; que ce
prince, servi fidekmcnl par des executeurs suballernes , ait en vain use
LITRES FRANgAIS. 171
(Ju poison, dii poignard, de I'tnl^vemcnt et de tous Ics genres de vio-
lence, pour otcr le fits a la mere, ou la vie a i'uii ct a i'aulre : cette cQn-
duite est Irop alTrcuse, et die vient trop tard. Quaranle ans plus tol, elie
eut scmble moins etonnante. Aujourd'liui, ceia surprend, cela effraic;
les moeurs ont change; Ics actions du due de C sont de son rang,
mais non plus de son terns njVous voudrions citer en enlier les neuf
pages (jui suivent, parce qu'elles prusentent un resume Gdele ct curieux
de I'histoire des cours et des vices des rois et des grands, trace par le
pinceau energiquc d'un prince plus que sepfoagenairCj doue d'un esprit
penetrant el observaleur, qui avait passe cinquante annees dans les prin-
cipales couis de i'Europe, et qui avait vecu dans un commerce intime
avcc plusieurs des princes contcmi>oraius. On ne saurait recuser un pa-
rcil temoignage, puise dans unc connaissance pratique ct approfoodie
des hommes ct du monde, et dans une longue experience, o Ou se trou-
virent de tout terns, nous dit le prince courtisan et philosoplic, les
hommes qui Crent de leur avilissement un tilre a la superioritCj et me-
Ifercnt plus de cruaute a plus d'elegancc, plus d'orgueil a Tabnegatiun de
toute dignile, plus de vices, en un mot, a plus de lachete? dans les
cours. La trace d'unecour, dans une con tree, est ineiriicable...{i)i> — »En
etTet , quand loutes les jouissances s'accumuleat aulour d'un seul ; quand
toutes les volontes se rapportent a une seule volonte, comme a un cen-
tre ; la oil personne n'a de pensee, la ou une hierarchic de bassesse est
elablie, quellcs vertus pourraient se monlrer ? » — « L'histuire, dil-il ail-
leurs , peutse parlager en deux grandes zones. Les hauls lieux de la so-
ciele s'cnvironnent d'une atmosphere de contagion et d'opprobre ; et
toutes les vapeurs du vice semblent se reunir autour de la cime de I'edi-
fice. Dans le sol le plus humble, au contraire, naissent el croissent,
comme des plantes vigoureusrs , les vertus domestiques ct Ics vertus na-
tionales, tout cs qui honore I'homme, tout ce qui enorgueillit de vivrc,
tout ce qui console des maux de rexistcnce. »
PJous crojons en avoir dit assez pour exciter un vif desir de lire les
memoires de M""= Pauline Panam, doub'emcnt intcressante et estimable
(1) (C Qii'on lise ce que les hisloriens de tous les tcjis ont dit sur la Coiir des
mouarques ; I'ambition dans I'oisivele, la bassesse dans I'oigueil, le desir de
s'enrichir sans travail, I'aversion pour la verilc , la flatterje, la trahison , la per-
fidic , Ic mepris des devoirs du citoycD, la craintede la \'erlu du prince, Tesperiince
de sesfuiblesses, et plus que lout cela, le ridicule perpMuel jete sur la vertu, for-
mcnt , jccrois, le caractere du plus grand nombre >les conrti?ans dans tous les
lieux el dans tous les Icms. i) ( Montesquiev, r..^}irit des l.oU , liv. iii , cliap. v. )
i7i LIVRES FRAN^AIS.
par )e courage que iui inspire son roeur maternci , et par unc certaine
(Jignile dans I'exc^s de I'humilialion cl de I'infortune. Lc sifeclc les re-
clame coiume dcs averlissemens, des lemons, des menaces conlre I'in-
jiislice puissanU- et imputiie, ct dcs materiaux pour This-loire des moeurs.
Un regret nous resle en terminaiit cet article ; c'esi de ne pouvoir in-
sercr ici quelques fragnicns dcs Icttres du noble et genereux aniant de
Pauline; car, independammcnt d"une ortliograplic loule particulierc,
elk'S sont rcmarquablcs par la delicalcsse des scniimens, la nobksse des
pensccs , le clioix des expresslous, I'elegance et la purcte du langagc.
Si , cominc I'a dit Buffon , lo style est Tbomme tout entler, que duit on
penser du caractere, de I'esprit et de I'ame du bcros dc re trisle roiuan,
qui nous rappellc, au milieu de la civilisation du xix" t^iecle, la grossi^-
rete, la barbarie el Icsatrociles du mojcn age? M. A. J.
9^- — Etudes litlcraires et morales sur les iiistoriens lathis; par
M. Laurkntie. Pai:is, 1820; Mequignon CIs, rue des S. - Peres. Deux
vol. in -8"; prix, 1 fr.
l/auteur de cct ouvrage elait deja ronnu par des ecrits centre
I'enseignemcnt mutuci, et par unc brochure conlre le jury, inlitii-
Ice : Questions du jour , publice dcrnierement conlre les partisans
ue la paix Ccs litres aux eloges d'un certain parti , n'cn
elaicnt point a I'approbation de ccux qui pensent que I'instruc-
tion est bonne pour lout le monde , et que la guerre n'est utile
a pcrsonne. JSous elions done disposes a jugcr peu favoiablemenl I'ou-
vrage de M. Laurcntie, lorsque nous avons elii agreablemcnt surpris de
tiouver, a la page 587 du 1" volume, une decouverle importanle en
arcbeologie , I'cxislcnce d'un roi inconnu, nomme Fcrctrius, que I'au-
teurannoiice avoir etc vaincu par Romulus, et depouille par Iui de son
armure. Quel est Tamalcur de ''nnliquite qui n'aura pas epiouvc, a cette
nouvelle, la joie du Pere Chamillarl, lorsqu'il decouvrit dans les Pyre-
nees la medaille de Pacatiamis , qui Iui rev elait rcxistence d'un empe-
reur remain dent I'bisloire ne disait pas un mot , ou celle des premiers
possesseurs de medailles cyrenaiqucs , qui letracent les noms et la
figure de princes incunnus, tandis que lc monde est plein des exploits
d'AIexandrc, dont aiicun monument aullienliquc ne prcsente les
traits? — Malheiireuseraent, il ne faut pas esperer de pos«eder jamais
I'image du roi Ferelrlus, quivivait dans un terns de barbarie; mais , au
inuins, nous connailrons son nom , ses malbcurs, et surlout la profonde
injustice des generations passecs, qui ont nieconnu son existence.
On va, sans doutc, nous deniander sur quelles autoriliis M. Laurenfie
s'est I'oudo pour unc semblable innovation. Ce n'cst encore que sur un
LIVRES FRAIVCAIS. i^/)
passige dL'Floru«;mais sansdoule ilapportera d'aufres preuvi'sa rajipui.
\oiLice\>asijgt::Cinmsi'umcivitascaplacst, Romulus spolia opimn,
deRege, F<irelrioJovi,nutnibus suis reportavit. Lib. i,rap. i. .lusqu'a
present on avail Iraduit, tt rliacun traduit encoie ce passage ainsi:
Lfi villc des Cenenxicns fut prise, el Romxdun apforta laimimc tes di-
pouilles opimes, prises sur le Roi , a Jupiter Fcretrien ; ct en elli:t ,
lepreiuii-M- temple tile»e a Rome, le I'ul en rhonneur de ce dieu. M Lau-
7enlio Iraduit, au contraire, de celle maniere : Le roi rapporta de^
dcpouHlcs opimes prises de scs mains sur h roi Febktbius, et Ics con-
saera a Jupiter. II y a ici deux nouveautes : I'existence du roi Feretrius ,
et Taclion singuliere de Romulus , de le depouiller lui-meme. Le lexte ,
il est vrai, semble ne riiu dire de tout cela ; mais comment supposei-
une erieur aussi grave, d'uuepartj dans uu ctrlvain qui vient d'etre
nomme inspecleur general de rUnlversile, quoiiju'il n'ait jamais fjit
parlie de ce corps ; de I'autre, dans un bon royalisle, qui ue se serait
jamais permis de reconnaitre, ct surtout de ciecr une dynastie qui n<;
serait pas legitime? 11 vaut mieux penser que le tcxle de Florus a ele
allele ou mal compris ju>qu'a piesent Ge qui rend cependant cette
opinion difficile a soulenir, c'est la quautile de passages d'autres auleurs
anciens et d'insciiptions, qui donncnt a Jupiter ce uom de Feretricn...
Tile-Live , Denis d'Halicarnasse, Valerius Flaccus, Plularque et Pro-
perce en sont pleins , et ces deux derniers donnent meme I'etymologie
de ce nom :
HiDcFeretri dicta est aiasuperba Jovis.
Pruperce, 4. Ei. lo, V. ij.
Tout cela est sans doute embarrassant ; mais ricn ne doit arreler
I'habile critique qui prend en main la cause d'un prince malhcureux ,
comme jadis Ciceron celle du roi Dejularus, qui ne nous est guere plus
connu.... A qui , d'ailleurs, causerail-on un prejudice dans cette affaire ?
Esl-ce a Jupiter , qu'on priverait d'une de ses attributions ? Mais n'en
con>erve-til pas.assez d'autres? Ke sera-t-il pas toujours olympien , ca-
pitotin, stator, lonnant, que ?ais-je?... Quelle est done cette passion des
titres? et fautil sacrilier a un dieu paien d'assez mauvaises moeurs, un
prince qui n'a jamais fait parler de lui?... Nous sorames convaincus que
I'L'niversile sentira ces raisons , et prenJra a cct egard une decision cnn-
J'orme h la justice.... La cour loyale de Paris n'a-t-elle pas derniurement
prive, par un arrfilsolennel, MM. de Channel du surnom de Cray qu'iis
portaienl depuis 3oo ans, jugement qui n'a peul-etre pas inleresse beau-
coup le public, au milieu des e^enemens graves qui nous occupent ,
174 LIVRES FRANgAlS.
niais qui n'en est pas moins Imporlant pour ccux qu'il concernc?.. On me
(lira sans doulc que Jupiler tst en possession depuis plus long-tcms en-
core que la famillc do Channel, ct meme que MM. do Croy, sans leur
I'aire tori ; mais il n'y a pas de j^rcscriplion pour dcs reclamalioDs de ce
genre , et surlout dans iin tcnis dc rcstauralion qui doit elic favorable a
tons Ics princes depossedes.... Esperons done que M. Laurcnlie saura
proti'ger la memoiie d'un inoiiarque qui lui a deja lant d'obligalion....
]Nous rendrons complc, dans I'un dc nos prochains caliicrs, du meiitc lit-
teraire de eel ouvrage. Alexandre Dklabobde, de I'lnstilut.
94. — Le Gradus francah , ou Dictionnairc dc la languc politique,
precede d'un nouveau Traiti de la vtrsifUalion franraise , el suivi d'un
nouveau Diclionnaire dc rimes; par M. L. J. M. Carpentier , ancicn
prof'i's.-icur de rhetoriqut ct niembre de TUniversile. Paris, 1822; Alex.
Juhanneau, rue du Coq-Sainl-Honore , n" 8, bis. Un vol. de \nhs de
1200 pages, grand in ■ 8° a deux colonncs, petil-lexle et nonparcille.
Prix , I 2 fr., et par la poste i6 fr.
95. — Nouveau Dirt.ion7iaire de rimes , contenaut un grand nombre
de mots poetiques omis dans les dictionnaircs qui I'ont precede, et ac-
coinpagne de notes sur les diUjcultcs que presenlcnt les rimes a ceux qui
cullivenl Tart des vers; par I'auleur du Gradus francais. Paris, 1829;
le menic. Un vol. in-32. Prix, 2 fr., ct par la poste 2 fr. 5o c.
Voici en meme terns un dcs plus gros et un des plus petils volumes
que Ton ait jamais offerts au public; mais le second n'csl qu'un extrait,
reproduit a pari, du premier de ces ouvrages dent il fait partie iiite-
grante, et nous aurons par consequent a nous occuper des deux dansun
scul et meme article. Le Gradus francais, comme I'annonce son ti-
Ire, presente : « 1° Chaque Icrme susceptible d'entrer dans la langue
poelique , avec sa prononcialion exaclemcnl nolce , el le nombre de ses
syllabes determine d'iipres I'autorite des poetes; 1° les synonjnies, les
i-pilheles et les periphrases; 3° un recueil precieux de descriptions, de
tableaux et de portraits, ainsi qu'un grand nombre d'encadremens, de
coupes poetiques, d'alliances beureuses de mots; 4° les noms des prin-
cipaies divinites de la fable^ avec I'indication des images sous lesquellci
les peintres et les poetes se sont plu a les represcnler, el les allusions,
les allegories que ces derniers ont enipruntees a ringenieusemytliologie;
5" les remarqucs lilleraircs ou grammalicales dc Meiiaje, de Foilairo,
de La Harpe, de Gcoffivij, etc., sur les expressions, sur les locutions
heureuscs, hasardees ou condamnables, employees par nos pofctes du
premier ordre. » — Je commencerai par adicsser a I'auleur de ce dic-
tiouuaiie, que je m'cmpresse d'aillcurs dc rcconuaitre comme un ou-
LITRES FRANCAIS. 17 J
vragc de patience et de beaucoup d'erudilion, le reproche que M. Gui-
zot ni'a semble avoir encouru , dans son Nouvcau dictionnairc dcs sy-
nonymes ( voy. torn, xvii, pag. G20 ), et jcjoindrai a ce pcemier repro-
che, tclui que j'ai fait naguere aux editeurs da Mamici delitlcrature
(voy. torn. XVI, pag. 363 ); c'est-a-diie, que je I'accuserai en rnenie
terns d'avoir recueilii souvent dcs inulllites, et d'aioiromis quelquel'ois
dcs choses essentielles, delauts qui sent du reste Ires-JilJiciles aeviter dans
ces sortes de compilations. J'en vicns de suite aux preuves que iM. Car-
pentier est en droit d'exiger, et je lui demanderai ce qu'avaient a (aire,
dans son Gradus, les mots caroHc et carpe, que je trouve a la page
263? Peut-elre le Iccteur esl-il curicux de savoir ce que ces mots pou-
vaient fournir au Dictionnaire dc la ianyuc foitique. Le voici:
« Carotteti. f. ( nom substantif leminin ) Racine Efit. ( epilhites )
doree, vermeille, safranee, jaunc, sucree
La carottc doree et les bettes vcrmeilles.
CAsTEt., les Pla?ites , ch. ITT.
Carpe, N. f, Poisson d'eau douce. I^lpit. Brillante, doree, fecoade,
cpaisse, large, laitee, ocuvee, brehaigne :
I-a carpe aux bonds lagers, et qui, rebelle encor.
Kai- vaciUei- I'eclat de ses ecailles dor.
BoISJOMN.
Uo long age blanchit la carpe centenaire.
Dehlle.
Le pauvre carpillon liii dit en sa maaiere :
Que I'erez-vous de moi ? Je ne saurais fournir
Au plus qu'une demi-bouchee j
Laissez-moi carpe deveaii.
La Fontaine, lir. V, fab. 3.
Malheureusement, je pourrais ciler un assez grand nombre d'arlicles tout
aussioisc'ux. — Passons au reproche ^'omission : je trouve, pag. 280-281,
a I'article Chanson, apris la definition de ce genre de poesie, les coit
flcts eroliqucs altribues au marcchal de Richelieu; pui>;, une chanson
de M. Desauyiers intilulec : ie Dilirc huchique. M. Carpenticr a tres-
bien fait, sans doule, de ciler M. Desauglers comnie un modele a sui-
vre dans ce genre de composition , qui exige a la fois de la verve et de
I1 gaite; mais elait il le seul qui meritat unc pareille mention , et, sans
parler de M.. de Segur et de queiqucs aulcurs modernes quiont suivi
ses traces, ne serat ou pas justement clonne que, dans un traile sur la
chanson, ecrit et publie ea 1822, on ail oublie le nom de M. de Ber.iQ-
176 MVRES fran(;ais.
ger? M. Carpcntiei' ue iisque-1-Jl point d'elie accuse d'esprit dc parti
par tout ce que nous avons d'borunics inipartiaux et de justes apprccia-
Icurs du mtjrile? Mai.s d quoi songeait I'cditeur quand il a ornis, involon-
taircment ouadcssein, Icmot de romantique dim son dictionnaire? J'ai
rlitrche partout cl- mot, curicux de connaitre sa profession de foi litle-
rairc, et je ne I'y ai pas Irouve. Mulgie ces iraperreclions, joinlcs a d'avi-
tres que I'cspace no me permct pas de delailler, je n'en persiste pas
moins a reconnaiire I'ouvrage de M. Carpeuticr coinme Ires-cstimable.
II ue (era point de poetes; la nature seule a ce privilege ; mais il sera
tresulile a ceux qui sont entraines vers cette vocation par un pouvoir
irresistible ; il reglera Icur imagination et leur goiit, en les detour-
nant de niaint ecueil ou sont venus echouer lant de poeles et de versifica-
teurs. Je croii ne pouvoir niieux leiminer cet article qu'en transcrivaiit
ici la conclusion du Traite de versification, oil M. Carpentier a exprime
tresheurcusement la meme idee : « II ne suffit pas, dit-il, de ranger
dcs syllabes au cordeau, de suivre dans les rimes les ri'gles etablics, de
ne se permeltre que les ternies et les constructions sanclionnes par I'u-
sage, pour I'aire do bons vers et meriter le nom de poete; il I'aul encore
flatter agreablemenl Toreille par I'harmonie des mots, eveiller I'imagi-
natii)n par la ricliesse et la force des metaphores, salisfaire le jugement
par la jusltsse des expressions, eloigner I'cnnui par la variete des ima-
ges; en un mot, imprimera son ouviage la vie. Tame et le mouvement,
quelquefois meme, cet entbousiasme briilant qui decele la presence du
dieu des vers, tt a fait comparer les favoris d'Apollon a ces ancienncs
pretressis qui ne devoilaient I'avenir que quand elles etaient remplies
du dieu qui les agilait. Mais, ou trouver ce feudivin? Dans cetle in-
fluence secrfele dont parle Boileau, dans cette influence que I'on sent
inirux qu'on ne saurait la definir; dans celte influence dont la force et
la presence nous frappe, nous emeut, nous transportc, dans les vers du
sublime Corneille, du tendre Racine, du correct Boileau, du naifLa-
fontaine. Les regies peuvent former un versificateur; mais il n'appar-
tient qu'a ces grands modeles d'6rbauffer le germe du genie. G'est a la
sensation plus ou moins vive que vous eprouverez a la lecture de leur*
divins ecrils, que vous reconoaitrez
Si votre astve en uaibsant voas a cr66 po^te.
96. — Recreations •ptiilosophiques , precedees de trois discours title-
raires , par I'auteur des Variites fhiiosophiques et litteraires (180S). —
Strasbourg, i823; Levrault.Un vol. in-12 de 25o pages; prix , a fr. 5f.
Ge recucil ne se compose pas, comme le titre semble Taunoncer, d'e-
LITRES FRAISCAIS. 177
tudes, sur la grammairc\ sur Ics divers dialectcs dcs langucs, sur les dif-
feronlcs acct'ptions , ou sur le vcrilable sens de certains mots. C'est un
clioix de divers morceaux de prose et de ppcsie, empruntt's surloul a la
langue anglaise, ct dont I'aulcur a taclie de (aire passer les bcautes en
fran9ais. Mais le succes n'a pas toujours repondu a ses intentions. Des
expressions bizarres, quelquefois meme etrangeres h la langue fran-
^aise, des plirases incorrectes , ou cnibarrassees dans leur construction ,
rappcUent trop souvent qu'on lit les essais d'un auteur qui appartient
prpsque autant a rAlleraagne qu'A la France. D'ailleurs, le gout et la se-
verile qui ont preside au choix de ces petilcs pieces (si Ton en cxcepte
la leltrc d'Hclo'isc a Aiielard), fernnt de ce rucueil un sujet d'etudes
anssi utile qa'agreable pour la jeunesse. P.
97. — Eudon^nie ou la felicile. — Recucil de vers et d'amplifications
francaises, a I'usage des jeunes demoiselles ; par M. F. L., ex-principal
de college. Paris, )825; Ferra, jeune, rue des Grands- Augustins, n° 23.
Un vol. accompage d'un brocburt in-i'i; prix, 5 fr. et par la poste 5 fr.
Ij'auleur, regardant avec raison la culture des letlres conime un des
plus surs moyens d'arriver au bonheur, a voulu expriraer cette pensee
par le titre meme de son rccueil. Mais il a scnli que ce titre pourrait
bien n'etre pas compris de la plupart des lecteurs, et, dans un discours
prtliminaire assez etendu^ il a montre combien I'etude est necessaire a
la ielicite des femmcs. Si les principes et les reflexions de M. F. L.
n'out pas le merite de ia nouveaute , lis ont du moins celui de la jus-
tesse. Nous aurions desire seulement qu'il les presenlat avec plus de
simplicile. — Le cboix des pieces de vers est en general assez bon; on en
trouve cependant quelques-unes que leurs auteurs ne devaicnt pas s'at-
tcndre a voir placees a cole des immortelles productions de Lafontaine,
de Racine, de Voltaire, el de tant d'autres poetes illuslres que I'auteur a
mis a contribution. Quelques sujets d'amplllicatlous nous ont paru peu
proprcs a etre Iraites par de jeunes demoi.<elles; nous citerons, par
excmple, Tanfcdote du lord anglais sotlicitant les suffrages d'un cor-
donnicr, et la correspondance relative a la niort d'un personnage ima-
ginaire, appele M. Dilettanti, dans laquelle le goilt et les convenances
ne nous semblent pas toujours respeclees : neanmoins^ le recueil, tel
qu'il est , pent etre utile aux personncs qui se sont vouees a la noble et
penible carriere de I'enseignement. M — t.
98 (*). — Classiques frangais, ou Bihliolliiqucfortativedei' Amateur,
composee des chefs-d'oeuvre en prose et en vers dcs meillcurs auteurs,
ct ornee de leurs portraits. Premiere iivraison , contenanX la Henriade,
T. XVIII. — Avril iSl5. 12
178 LIVRKS FRAN^^AIS.
de VoLTACBE (avcc le portrait do Iltnri IV), Poemes ct Dlscours en vers,
du mcmc, Conies en vers ct Satires, du nicmc. Pari?, iSaj; L. Dcbure,
rue Guencgaud , n" 27. Trois volumes in-oa , caractere pliilosopliii.' , pa
pier VL'lin grand-raisin satinc, de I'imprimerie dc Firmin Didot, avcc une
jolie couverture imprimce. Prix , 7 i'r. , ct 7 f'r. 60 c. par la poste. — La
collection entierc formera soixante volumes, repartis entre Ics auteurs,
ainsi qu'il suit : i" Voltaire, i3 volumes (outre Ics Irois ouvragcs annon-
ces ci-de>sus, cette collection renftrmcra les hftlrcs, Stances et Odis
de Voltaire, 2 vol. ; le Tempie du gout et Poesies mCiccs , i vol. ; ses
Chefsd'acuvrc dramaliques , 5 vol.; VHistoirc dc Charles liii , 2 vol.).
2° MissiLLO^f, Petit Carcmc, 1 vol. 5" OEuvres de IUciive, 4 vol. 4° Chefs-
d'auvre de Cohkeille , 4 vol. 5° Fenklow, Tctematjue , 2 vol. 6" OEuvres
de BoiLP.Au, 2 vol. 7° Fabies dc Lafontaine, 2 vol. 8° OEuvres choislvs
dc J.-B. RocssEAD , 2 vol. 9° Les Caraclercs de Labrdv ebe , 5 vol. 10"
WoNTESQuiEU, Lu (jrundcur et la decadence dcs liomains, 1 vol.; les Let-
tres fersiiWiS, 2 vol. 11° Maximes dc Lx Uocuefoicault, 1 vol. ia° Bos-
siET, Oraions funehrcs, 1 vol.; Discours sur I'Instoirc uiiiverseile , 3
voJ. iS" Louis Racise, La Religion , pocme , i vol. i^" Poesies dcM kl'
hebbe, 1 vol. i5" MoLiEBE , 8 vol. 1 6° Cholx d'oraisonsjunehres, de
Flecbier, Mascaron, Bourdalotje , etc., i vol. 17° Pascal, Pensces , a
vol. ; Lcttrcs provineiales , 2 vol. 18" Comedies dc Recnabd , 4 vol.
Cclle prcmiirc livraison est accompagnec d'un Avertisscmcnt de Ve-
diteur, ou nous avons rcmarqoe le passage suivant : « Si , commc pofclc
proprcmcnt dil, Voltaire nc pcut soulenir la comparaison avcc Hacinc,
a qui le cede t-il , comme poele dramalique ? qui est-ce qui fait eprouver
un altendrisscment plus profond, un entrainemcnt plus irresistible? qui
est-ce qui a mieux connu la source dcs larmes ? serait-il trop hardi de dire
que Voltaire est notre Iragique le plus touchant ? Sans imiter ni Cor-
neillc, ni Racine, il olfre quelquelbis I'alliance de leurs qualites diverses,
avec dts bcautes qui ne sont qu'a lui. Commc Racine, il asouvent em-
ploye le ressort si energique de I'amour; niais il en a (ait usage i sa ma-
niere, et cette maniere est d'un elFet prodigieux. Ce n'est point, comme
dans Racine, cette gradation, ces nuances, ces apcrgus delicats qui pci-
gnent avec taut devcrlle le diiveloppemcnt progressil', Ics rcplis secrets
et les vicissitudes dc cette orageusq passion : Voltaire donnc en general
plusd'impetuositc el d'eclat a I'auiour; il le peint dans ses plus terriblcs
cffets. Souvent aussi, il sait sc passer de ce puissant ressort, sans cesser
d'<5tre attacliant et pathetique; moins prol'ond que Gorncille et que Ra-
cine; moins pur, moins lini que ce dernier, il est peut-ctre plus rapide,
plus aniine, j'oserais dire plus llicatral que I'un et I'autrc, et il est in-
LIVRES FRANCAIS. 179
contestable qiril a donnc plus de vie et de mouvcmcnt a noire scene, d
Get excellent jngcment porle sur Voltaire appartient a un niembre de
TAcadcmie I'ran^aisc, connu par dcs productions peu nombreuscf-, oil
rcspircnt la grace et le gout. On n'a rien neglige pour faire de cette col-
lection une edition reinarquable sous tous les rapports; la bcaute du
caractere , surtout , qui la rend propre a tous les ages, lui donue une
trcs-graiide superiorile sur loutes les editions du memo format qui ont
paru jusqu'a present. EgtH.
gg (*). — Biiiliotheque elrangerc d'liistoiro ttde iittcratiirc ancicnne et
modcrne, ou Clioix d'ouvrages rernarquables et curieux, traduitj ou ex-
traits de plusieurs langues , avec des notices et des rcmarques; par
M. AiCNAN, de I'lnstitul ( Academie l'ran<;ai>e), Tom. I. Paris, iSaS;
Ladvocat, galeries de bois, n" 196, an Palais-Royal. Un vol. in 8°, pa-
pier ."satine; prix, 7 fr. — Get ouvrage aura 6 volumes.
Le but que M. Aignan vcut atteindre est plus important qu'on ne le
penserait, d'apres le titre de ce rccueil : il se propose dc peindre les
nioeurs dcs differentes epoques par les ecrits contemporains, et dc faire
voir que « les bomnies sont plus miichans et plus malbeureux a mesure
que la pliilosoj'hie leur manque davantage. n Geux qui tliercbent du nou-
veau dans cc qu'ils lisent en irouveronl dans eel ouvrage. Gar, comme
dit I'auteur, en s'attachant a rccueiliir de vieilles choses, il est d'autant
plus assure d'en oiTiir de nouveiles. « II n'y a de neuf , dit Chaucer, que
cc qui a vieilli. » Cette pensee ne parait pas trfes-juste, ct n'a peut-etro
d'aulre merite que la singularite de I'expression. Quoi qu'il en soil , en
compulsant avec soin un grand nombre d'ouvrages peu connus, on peut
y trouver des objcts aussi curieux qu'instructifs; le travail que M. Ai-
gnan s'est impose nous procurera done et plaisir et profit. Le premier
Tolurae qu'il public nous fait traverser plus de douze sifecles , et passer
de I'une a I'aulre extremite de I'ancien continent. On y Irouvc un echan-
lillon de la litleralure chinoise ; un discours sur le style , par lord Clies-
tcr/ieid ; la traduction d'un poeme itallen du xvii'siecle {ia Moschcide,
ou Domilkn, tueur dc mouches). Ge poeme oii le gout est quelquefois
oll'ense , ou le poete se joue de la cbronologie et de loute verile histori-
que , est ccpendant remarquablc par une imagination bizarre ou vigou-
reuse, et son auteur peut etre regarde comme Tun dcs precurscurs de
Casti, Un sujet plus sericux et plus grave (la Saint-Bai^tlieleniy) , est
traite par deux auteurs contemporains, I'ltalien Capilupi,el le Francais
Pihrac, avocat-g^neral au parlement de Paris, qui , ecrivant a un sa-
vant de rAUcniagne, fait I'apologie du massacre dis protcstans. Ses
argumens et ses prtuves pourront servir long I ems encore au-\ partisan!
,8o LITRES FRANCAIS.
de lous los artes do tyraiiiiie ct o'c cruaule. L'ilalicn Capiliipi csl do
iiicillrurc foi : il louc lout sirapkment la profonde dissimulation et le
zele vrainient cathoiique do Chailcs IX. — Mais la curiosile des Icclcurs
i'arr^tcra plus longlcms encore sur quelques opuscules dc salr.f Jean
Chrvsoslomc; on y verra que les nia-urs dc ce tems n'etaient ni plus
pures ni plus aimables que cellos de no's jours, conire lesquclles on
declame avic lanl d'aniino.-.ile. Un autre ouvrage authenlique, contc-
nant le rcSit d'une tournec du gt'neral des Camaldules dans Irs couvens
de CPt ordre, donne une fort niauvaise opinion des moincs du xv<' siecle.
Ou I'aul-il done chcrtber ces vcrtus antiques si vantees , et que Ton op-
pose sans ccsse a la depravation modcrne? On ne les trouve ni dans la
premiere ferveur du christianisme , ni dans le moycn age , ni a ces cours
Liillantcs dont rex'.-m[ile a plus de pouvoir sur les habitudes nationales
que les predii':;tions des missionnaires et les austeriles inutiles des ceno-
bites; ni en Europe, ni a la Chine! Ou parurent-elles done dans tout
leur eclal? Quelle beurcuse epoque les (it voir alaterre, pour I'instruc-
tion ou Topprobre de tous les siecles suivans? Ce n'cst pas dans le livre
de M. Aignan qu'il I'aut cliercher la reponse a ces questions; des histoires
verilables et impaitialcs remplissenl seules sa Bihliollicque. F.
jQo {'). — OEuvres comfUUs dc FoHairc. — Nourcllc edition. — Essai
turlcs HIceurs,tom. i, ii il ui. — TlicutiB, i,n et iv. Paris, iSzj; Chas-
seriau , rue Keuve-des-Petils-Cbamps, n" 5. — Celte edition, dont C vo-
lumes ont deja paru , sera composee de 70 volumes In-S". Le prix de
cbaque volume, papier fin d'Annonay, saline avec le plus grand soin et
rtvetu d'une couverlure Impriniee sur papier pate velin , est de 5 fr. ;
papier velin , dont il n'a ele tire que 25 excmplaircs, 10 fr. A cet'e edi-
tion est jointe une collection de figures , gravees par les plus babiles ar-
tistes, d'aprfes lesdessinsde M. A. Desenue; cctte eolleclion sera pubiide
en seize livraisoiis , dc cinq ficfures chacune, dont le prix est de 10 Cr.,
et sur papier raisinvelin , figures avant la letlre, 20 I'r.
101. — Les Luisirs d'un Banni, par M. A. V. AnNiULT, ancicn mem-
biedel'Instilut; pieces recucilliesen Belgique; publiees, avec des notes,
par M. Augiislo Imbkbt. Paris, iSaJ; I'editeur, rue de T5elizi , n" iG, et
tous les raarcbands de nouveautes. Deux vol. in-8°;piix, lafr. , et par la
poste, i5 fr.
Get ouvrage est le recucil des articles publies dans les journaux par
M. Arnault , pendant son sejour a Bruxelles. Force de quiller la France,
en 181 5 ,ee litttSrateur employa le tems de son exil a ecrire dans le T'rai
Liieral, feuille periodique, dont ses articles firent la fortune. On y rc-
niarquera des choscs aussi amusantes que judicieuses, une fiction sout«-
LIVRES FRAN^AIS. i8i
nue, des ironies pleiiies de sd, des allegories plaisantfs et originales ,
cnfin une critique badine ct picine de finesse. M. Arnault est rcntre en
France depuis cc terns , et il a recemincnt inhere , dans les journaux de
Paris , des reclamations coalrc^elte publiralion f.iite sans son consentc-
nncnt. Ccllc cireonstance n'a lail qu'exciter davantagc la curiosite pu-
bliquc , qui , du reste , ne sera pas tronipee , ct trouvcra dans cctle lec-
ture de quoi se satislaire. A.
• 102. — Li'AbeiUe tics jardins , parM. Bbes. Paris, 1^25; Lefuel, rue
Saint-Jacques, n° 54. Un vol. in 8°, sur papier velin , orne de gravnris
en noir et en couleur, representant les diflerentcs especes de jardins ,
dtssinees par I'auluur, graviics a reau-forte par M. de Saull et terminees
au burin par M. Aubert jeune. Prix, figures noires, 5 fr. ; figures colo-
liees, 10 fr.
Voici un recueil que nous regreltons de n'avoir pu annoncer au re-
liouvellement de I'annee, non pas qu'il soil de nature a ne meriler qu'une
vogue passagerc, mais parce que les soins apportsis par I'edileur a ses
plus petlts details en font un des livrcs les plus propres a etre donncs
en eirennes. En effet , M. Bres ne s'est point borne a tracer avec ele-
gance et avec gout, en plus desoixante ciiapilres, les preceptes de cet
art d'embellir les jardins, deja si bien chaute par Deliiie; douze gravures
cliarmantes, dont il a I'ourni lui-nieme le dessin, arretent agreablement
I'attenlion sur les sujets les plus imporlans ou les plus gracieux de son
petit Iraile. A ce double nierite vlenl s'en joindre un Iroisieme non inoins
precieux : des citations, habilcinenl cinpruntees a no<; meilleurs auteurs,
font de r^6cj//e des jardins un choix de poesies legeres, avec lequel
bien pen de nos recueils modernes pourralent entrer en concurrence. II
nous suffira,sans doule, pour appuycr cette assertion aux ycux des per-
sonnes qui ne connaitraicnt pas encore I'ouvragp, de transciire les nora--
de Lalontaine, Volt.iire, Rousseau, Dorat, Saint-Ange, Lemierc, Mal-
filalre, ^oucber, Ut lille, Campenon, etc. Aux plus bcureuses insjiiralions
de ces poetes si juslement celebres, M. Bros a fait sucreder quelquefois
les siennes , et nous ne croyons pas faire un mediocre eloge de ses vers,
en assurant qu'on les conl'ondra souvc nl dans la memoire avec ccux de
ses brillanis modeles. E. II.
io5. — Hcrriiinie. Poeme imile du Tasse, suivi de poesies diverses,
par F. Delcroix. Paris, i8^3; Delaunay, Pahis-Royal, n" 24^.
M. Delcroix , dont les jnlies produclions elaient eoarses dans nos a!-
nianachs lilleraires, vicnt de publier un recueil qui sera godle de*
liommes de letlres et du monde. Ce recueil est erne d'un portrait du
cbantre de la Jerusalem delivree, ct d'uac gravurc qui rcprescnle Tao-
iRa LIVRES FRANCAIS.
credeappuje sur la tombc irilirminic. Quelqucs citations rcront jugcr
du merite de I'auteur. Poursuivic an momLiit ou cllc allail cntrcr dans
le camp dcs Latins, Ilerminie s'cnfuit sur les holds du Jourdain; cllc y
cede a la fatigue el au somnieil.
I,es cji-e.Tiix, sons I'oinbr.ige, an lover de riinroie ,
Sahiaicnt le matin , (I'lme voix faible encore;
lyes plantes cxiialaicnt tie suaves odeurs;
Z6|)hire, en se Jouant sur I'onde el sur Ics lleurs,
Daiicemeiit de son souBle dveille la guerriere.
Elle ouvrc au jour naissant iino Ininiide paupiere;
Kl, dans son cocur ^mu retrouvani son amour,
HMas! elle gemit d*avoir revu le jonr.
Sorti de la foret ou des rives procliaines ,
Un bruit vague et conlns, mtle de voix huraaines,
SeniLle alors compatir a scs vives douleurs.
Le ramier qui s'eveille, et Zepliire , et les fleurs ,
Tout parait de ses maux rcssentir les atleintes;
Des sonpirs Janguissans ripondent a ses plaintcs ;
Sur Ic fleuve elle entend les roseauxmurmurer:
C'est un langagc eueor qui I'invile k pleurcr.
Mais enfin , par degrcs , la douce reverie
Snccede an iiuir chagrin dans son ame altcndrie.
Plus pres d'elle, a travers ees bois myslciieux,
S'elcvent, tout-a-coup, des sons Iiarmonieux.
Tout le nionde connait le sujct du poeme de CamiUe ou hs Gaxdois
dans Rome. Vainqueur a Ailia , inais vaincu par Camllle,
Tralii par la fortune et Iremissant de rage.
On dit que, presque seul 6cliapp6 du carnage,
Brennus, qui de scs bois rcprenait le cbemiu ,
S arrela , lout-a-ronp , sur le liaut Apenuin.
La, Irois I'ois , a grands cris , dans la race future,
11 appelle scs fils a veoger son injure....
De I'l'ieurcux Latium repouss6 sans retour,
II embrassc de I'ceil ce fertile scjonr;
Kl dans un vague cspojr son ame eusevelie,
Ramene les Gaulois aux champs de I'ltalie.
Nous prenons au liasard dans les poesies divcrses , quelqucs stances A
vnjcune foelc.
']'ul eloign^ des camps , dans nnc ile ennemie ,
Oubliaut ridumce ct pcidant scs beaux jours ,
LIVRES FRAN(5AIS. i85
RenautI , ne pour la guerre , abandonnait sa vio
A de molles umours.
Mais d'un guerrier fiilele entend-il le langage?
II fremit ihi repos ou languissait son bras ;
Kl, secouant les fers d'un honteus csclavage»
IJ rerole aux combats.
Tel, siirtanl tout-a-coup d'lm sommeil lclliargi'ji«
Mun esprit abattu se raiiimc a ta voix;
li.t , soudain ressaisi, inon luth pins energitjud
R^sonne sous mes doigls.
Ch quoi I de Mnemosyne oubljanl la promesse ,
Obscurs et sans honneur, nous verra-t-on vieillir?
11 est, il est encore anx rives dii Permesse
Des palnies a cueillir?
Ah ! renaissez en moi, noble el brulante damme !
Celeste enchantemeiit du vulgaire ignore !
Renaissez, 6 transports, vous qui ravissez Tarn©
Du mortel inspire !
Le porlo. alarme d*un doute qui I'outrage,
Ne saurait voir son nom dans I'orabre enseveli:
II chaute; ct , conso16, repousse au loin I'iniago
Du devorant oubli. de L.
io4 (')• — f'-'^s a^nours des angis, poeme, siiivi dcs M&lodiesf Irian-
daises dc Thomas Moork, trailuit en Iran9ais p:ir M''^'' Louise Sw.Bel-
1.0C. Paris, i825; Cliasseriau, passage des Dcux-Pavillons, rue Neuve-dcs-
Pclils-Cliamps, n" 5. Un vol. in-S", belle impression, erne d'un por-
trait du jMoorc. Prix, 5 francs, ct 6 francs par la postc.
Nous n'essaierons pas dc iaire ici un cxamen raisonne de nelte char-
niante production dont la fraiclieur ct la grace cchappent a I'analyse.
Genie cj,'al a lord Byron et a Walter Scott, Moore representc, parmi les
poetes anglais, i'lilande sa patrie. Tour-a-tour sublime ct passionne,
gracieux et tendre, il varie sans cesse ses tableaux et ses coulcurs. A un
iliant delibvi-le, succedcune i)allade remplie de simplicite. Puisecs pour
la plupartdans Ics traditions dcl'Irlandc, ses J/ii/orfseyont tout le charme
des souvenirs, joint a la dclicieuse barmonie dcs vers que Moorea sucrecr
en anglais. Tableaux fidelcs des mojurs, de I'Lisloire ct des inalheurs de
i'lrlande, sescbanls les plus gals gardent encore reniprcinle d'une me-
laiicolie reveuse ct vague, qui ric se revele pas a I'amc par des paroles,
niais qui attendrit le ccear, et qui tempirc les eclats de la joie. Ce soni
i84 LIVRES FRANCAIS.
CCS transitions sublles, si bicn indiquecs duns les airs, et si mj'slcricuse-
mcnl voilucs dans les paroles, qui lendaicnt la traduclion d(;s Melodies
fori dilTicile, siiion impossible. Personne n'avait encore ose entreprcndrc
iin travail herisse de tanld'obslaclf's, M""^ Louise Sw. Bclloc I'a tenle , et
die a reussi, aulant du moins que cela etait possible, a faire passer dans
notrc langue les bcaules de I'original. (Voyez,ci-dessus, p.i i4, '''c Loves
of'ihe anqets.) Imprime avec soin, ornii d'lm beau portrait de Moore ,
cct ouvrage, du meme format que les fieuvres de lord Byror), doit pren-
dre place dans tontes les biblioth^ques. Des artistes fran^ais, distingues
par ieur talent, s'occupcnl a composer et a graver des vignettes pour
embellir ce cbarmant ouvrage, qui aura sans doute plus d'une edition.
io5. — Epltrc a M. Caslmir Dclavir/ne, sur ses ouvrages, par Gtis-
iave DRoomE/iu. Paris, i8.!J; Veret, rue des Francs Bourgcols-StMicbcl ,
n" 5 ; Mongie aine, boulcvart Poissonniere. Brocbure in-S" d'une feuille
d'impression; prix, 60 c.
106. — Vne Corinthienne , dediee a M. Casimir Delavigne. Paris,
1823; Masson fils aine, quai Malaquais , n" 10. Brochure in-S" de 20
pages; prix, 1 fr. 26 c.
107. — Seconde Corinthienne: Le Pacha. Paris, iSaJ ; le meme.
Brochure in-S" dc 20 pages; prix i fr. 25 c.
On suit que ie patriarche de Ferncy, parvenu a I'apogee de sa gloire
lilleraire, etait devcnu Tobjet des panegyriques et de toutcs les cajole-
ries interessees d'une foule d'auteurs, qui esperaient se I'aire un nom a
la faveur du sien. lis semblaient dire, comme I'auteur de VEj'ttrc que
nous aonon^ons en tSte de cet article:
Poar raoi, planle dcbile et jouct cle I'orage,
Que 11c puls-j« grandir sous ton noble fcuillage,
Appuyer ma faiblesae a tes bras glorieux,
Te suivre dans les airs, el monler vers les cieux !
On sait aussi que Voltaire croyalt devoir Ieur rendre encens pour en-
cens , qu'il trouvait dc« louangcs pour les ciioses les plus mediocres, et
des encouragemens a donncr aux poetes qui promettaicnt le moins. Ce
n'etaitpeut elre pasenagir bien genereusenientaveceeux quialtendaient
de Uii des constils ; mais c'elait sc debarrasser adroitement des imporluns,
et payer lo plus grand nombre du seul prix qu'ils avaicnt reellement
ambitionne. M. Casimir Delavigne , jeune encore, se voit cntoure du
ECinblableshommagcs ; dcj.i les lyres do plusieurs de ses confemporains
celtibrent sa gloire. Est-cc Texpression du sentiment qu'ils ont de sa
(uperioriitc sur sts rivaux , ou le dcsir d'atlirer son attention, el d'apjie-
LIVRES FRANC^AIS. i8')
Icr sa critique franche et bionveillanle sur dcs cssais plus ou moins hcu-
rcux? Ou n'cst-ce que Ic besoiii de I'aire parlor d'cux , en fourniss;\nt
aux amis de la bonne lilleralure I'occasion de prononcer un nom dujA si
chcr aux muses? Sans decider cclle question , nous croyons pouvoir as-
surer que, si le noble caracl^re de M. Delavignc le porte a rcpondre
avec franchise a cct appel , il n'eprouvera aucun embarras pour dire la
verile fiux auleurs dcs pieces que nous annoncons. — On est di^ne
d'enlendre la verite, el Ton pent I'atlendre sans Irop de crainte, quaud
on fait des vers lels que ceux-ci, de M. Drouineau:
l)u Perraesse, il est vrai, I'arces est (lifficilc;
Un ccrit reussil, niais il en tombe njille;
Et lorsqu'un jeiine auteur, par son zele entr.'iine,
Veut produire au public un cPuvre nouoeiiu-ne ^
Et braver les clametirs du monde litteraire.
Pour I'acbeter a peine il rencontre un librairc.
On I'attaqne; et bientot des ceusours pointillcus
Trouvent un vers impie, un mot s^ditieux ,
De deux expressions punissent I'alliance,
Et traioont sans pitie sa muse A-l'audience.
M. Drouineau s'etait contenle , dans son Epitvc , de rappelcr tous les
titres dc gloire de son jeune Mecene; il avail meine place tresadroite-*
nient dans son cadre quelques expressions et jusqu'a dcs vers cnticrg
de son niodele: c'etait, comnie on le veil, un hornmagc pur et desin-
tcresse. Plushardi, ou peul-ctre plus teineraire , I'aulcur anonyme dcs
Corintbicnncs n'a pas craint de trailer le mfime sujet que M. Casimir
Delavigne ; il merile d'eire encour3j;e. Nous allons citcr quelques vers
qui feront apprccicr son talent. G'est un paclia qui park :
Mahomet! sois beni! Je viens a la priere
Donuer un digue exeraple aux fideles croyans , ft
Et ranimcr la foi sur la profane terre
Oii I'impur Giaour, apres quatre cents ans,
Bravant encor ton sabre et parlant d'innocenrc ,
Apprend a sa famille a maudire, en silence ,
Les dogmcs immortels des nobles Ottomans ,
Et, faiblc, ose rever des projels de vengeance !
Jusle rebut d" Allah ! race des Giaours,
Tu pleures! mais tes pteurs a ses yeux ont des charrtie> :
Tu connaitras bientfil dc plus cruelles larmes !
Mon regne n'cst encor qu'un regne de deux jours,
■Si j'ai rcgni long-tems, tu pleurcras loujours.
i86 I.IVRES FRAN<^AIS.
De pareils vers sc font lire avec [>l;ii»ir, mcme apii-s ceux de M. CasI-
mir Dclavignc. E. Hkhkau.
108 (*). — TliciUre coinptct ties Latins, traduit, avec le '.cxle en
regard, par J. B. Levee, ancien prol'esseui' de rlielorique , membre de
la Socielti royale acadiimique des sciences de Paris, etc. ; et par I'eu Lv.
JVloNxiEE, de I'Inslilut de France; augnientti denotes, examens ct addi-
tions , par MM. A'mauhv Duval, de I'Acadcmie des Inscripli(jns , et
Alexandre Duval, de I'Academie IVan^aise. Savoir : Plauto, 8 volumes;
Terence , 5 ; Sencque , 5 ; et 1 volume des fra<)tncns qui nous rcstent des
auteurs dramaliques latins. En tout, 1 5 volumes io-S" , imprimes avec
soin sur paj)ier velin. Chasseriau , rue Neuvc-des-['ellts-C!iamps , n" 5.
I'lix, 100 fr. ; et grand papier vulin , dont il ne rcstc que tres-peu
d'cxcniplnires , 200 fr. — Nota. II a ete lire en plus quclqucs ccnlaines
d'cxcniplaires des trois volumes des tragedies de Senequc, qui se ven-
dcnl separement au prix de v.o fr. les 5 volumes, papier velin satinu;
tris-grand papier velin superfin , 5o fr.
C'e.sl ia premiere fois que Ton public dans une seule collection, toutcs
les pit;ccs (comedies et tragedies) qui rcstent des f.alins, et meme les
fragmcns qui nous sont parvenus des pifeccs pcrdues. L'enlreprise a reuni
les suHlragcs de lous les amis de la liaule et belle litterature.
109 (*). — Ilepertoirc des theatres ctrangcrs. Sliakspeare, T. I-VIII ;
Theatre anglais, T. I-IV; Schiller, T. I-VI; Theatre italien, T. I et
II; Thedlre espagnol , T. III. Paris, 1822-1823; Thivars-Brissot, rue
de Rielielieu, n" 72. La collection enti^re se composera de soixantc-
douze volumes in-i 2 , ainsi repartis : Theatre anglais , 20 vol. ; Theatre
allcmand, 20; Theatre cspagnol, 12; Theatre italien, 12; Theatres di-
vers , 8. On donnera les C85uvres compk^tes de Sh;ik.speare , Schiller,
Goethe, Alfieri , ct un cLoix dc Lope de Vega , Caldcron , O'.way, Ad-
disson, Rowp, Dryden, Young, Congreve , Steele, Scheridan , Lessing,
Klopstock, Kotzbuii, Werner, Macbiavel , Metastase , Maffei, Goldoni,
Monti, Pindemonto, Foscolo, Guillicm dc Castro, Moreto, Solis, Mo-
ratln , etc. Les Theatres divers sc composeront d'un choix des Theatres
rtisse , danois, lioliandais , chinots , indien el peisan. Prix de la fous-
cripliun pour chaque volume, 2 i'r. ; on a liic 25 exemplaires seule-
nient , sur velin , au prix de l\ IV.
1 10. — Lecomtede Carmagnola , et Adelphis, tragedies d' Alexandre
Manzoni, traduilesdc I'italien par M. G. Faubikl; suivies d'un article
dc GoexHE , et dc divers moroeaux sur la Thcorie de I'art dramalique.
Paris, i82o.Un vol. in 8°. Bossanges freres, ruedc Seine, n" 12, prix, 4 IV.
!M. iVIanzoni, connu dejii comaie I'un des premiers poetes lyiiques dc
LITRES FRAN^AIS. 187
notre epoqiie, est aussi I'un de ceux qui consacrent leur talent a fairje
prevaloir le genre de la tragedie historique. 11 coiilu di Carmagnola,
son premier essai, Ic fit connailrc avcc lioancur dans la canierc litte-
raire ; et Goeihe , co doyen de la lilleralurc allcmandc, fiit si frappe
du talent qui brillait dans cetle tragiidie, qu'il en insera une analyse
ct un cxamen critique dans un Uecueil perlodique public a Slullgaid.
M. Fauriel a joint ce morccau interessani aux deux tragedies du poele
italien. Cette traduction rcunit , a un dcgre remarquable , Ic double
m»irite de la lidclite et do I't'lcgance. Ce volume contient encore divers
morceaux curieux sur la tlieorie de I'art dramalique; savoir : un Dia-
logue sur I'unile de terns ct de lieu , par Hermes Visconii , exlrait du
Conciliatore , journal italien ; el une lellre de M. Manzoni lui-meme,
sur k's unites dans la tragedie : les connaisscurs regardenl cette lelf re
coinme ce qu'on a ecrit de plus remarquable jusqu'ici sur le genre
roniantique, et sur la grande question des unites dans la tragedie.
A.
III. — Caton le cevse^ir, ou La guerre d'Espagne, premier aete d'uuc
grande comedie non encore representee; par Onesime Leroy, avec
cette epigraphe : Dclcnda est Carthago'. Paris, i823; Araiot, rue de la
Paix, n° 6. Brochure in-8", xii et 27 pages; prix. 1 fr.
La plupart de nos lectcurs doivent connailre les deux Candidats,
comedie jouee avec succes au second Theatre-Fran^ais, raalgre lout le
zele qu'une censure ombrageuse avait mis a emousser les epigrammes ,
a decolorer les peintures de moeurs , a eiFaccT les traits de caractere.
Mais, pour empecher les pieces d'etre applaudies, on peut mieux faire
encore que de les mutiler; c'est d'en intcrdire la representation. Or,
c'cst ce qui est arrive aux deiix Candidats, sans que I'autcur en ait pu sa-
voir la raison. Apres une pareiilc mesaventure, M. Leroy a cherche un
sujet ou les vices et les ridrcules de noire tems pussent efre a I'abri
des a'tteinlcs de la censure , et c'est dans I'ancienne Rome qu'il a choisi
son heros. 11 nous a done rcpresente Caton le censeur avec son humeur
acariatre, sa baine des mirurs de son tems, son antipathic pour les lu-
miercs, son aversion pour le luxe des dames romaines, et son ardeur
pour entrainerson pays dans une. guerre d'Espagne, prelude de celle de
Carthage. Mais helas! a peine notre auteur avail acbeve son ouvrage,
qu'il rencontre un ami, tout nouvellemcnt ecliappe des ciseaux de la
censure, ct cet ami n'eut pas de peine a lui I'aire comprendre que son
ouvrage ne serait pas dc sitot rcpresente. La conversation de noire poete
ct de son interlocutcur fait le sujet d'une preface tres-piquanle, ou Ton
reconnait le talent du pciatre comique; et, si I'espace nous permetlait
K
i88 LIVRES FRANgAIS.
Ics citations , nous trouvcrions facllement, dans reclianlillon de la comc-
dic, di's vcis non nioius piquans que la preface, it qui donneraicnt ci'i-
taincmeot I'envie de coniiailrc la pi^ce tout entiere. M. Lcroy, Jonl
Ics premiers ouvragcs ont eteapprecies par les gensde goOt, est clans la
bonne route; il a laissc a d'aulres les i'adcs romans et Its grotesques in-
trigues, pour s'altacher, a I'elude des njocurs ct des caracteres : c'est la
le vrai but ue la comedic , el nou.s le lelicitons de ne pas se laisscr de-
couragcr par les obstacles sans nombre que le talent rencontre aujour-
d'bui de toutes parts. AI. A.
ii2(*). — LesmiHc ciunenuits, contes arabcs, traduils par Gallahd, ■
NouvcUe edition, revue, accompagnee de notes, augmenlec de plusieurs
conies, traduils pour la premiere fois, par M. Ed. Gauttieb, et ornt5e
de vingtune gravures, etc. , Tom. IV. Paris, 1H20; CoUln de Plancy,
rue Montmarire, n° 121; Rapilly, libraire, boulevirt Montmartre, n" 2j;
Gaulier, libraire a la tenle, galerie de Bois du Palais-Royal. Un vol. in S".
— La souscriptron elant definitivenient close, le prix invariable de I'ou-
vrage demeurefixe ainsi qu'il suit : chacun des sept volumes, papier flu
satine, 6 I'r. ; grand-raisin , 12 fr.; velin su peril n, 12 fr.; grand-raisin ve-
lin, 12 fr. — Gravures : cbacune des trois livraiitons de sept vignettes, en
nolr, avec la leltre, G fr. 5o; papier de chine avant la letlre, 12 fr.; tri-
ple epreuve papier de chine, bistre, I'un et I'autre avant la letlre X une
tipreuve en noir, 25 fr.
ii3. — Les taiieltcs du Juif cvrant, ou ses recriminations conire le
passe sans piejudice du present, ecrites par lui-nieme. Paris, ifiaj.
Eeraud, rue du Foin-Saint-Jaiques, n" 9. In-12; prix, 2 fr.
^'imagination la plus leconde a beaueoup de peine a Irouver mainle-
nant quelque chose d'original, et voila pourquoi lant d'ecrivains pren-
nent le parli de se jefer dans le bizarre, et meme duns le monslrueux.:
c'est un ecueil qu'a su eviler I'auleur des Tablcllcs du Juif errant. Eu
clioisissant pour principal personnage, cet etre imaginaire dont les tia-
ditions populaires dts cbretiens onl eternise rexistence, il s'esl garde de
se livrer a tons les ecarts de son imagination , comme n'eilt pas manque
de le faire un disciple de I'ecole romanliquc; et il a sagement prefeie
d'entrer dans le vasle ciiamp des observations critiques et piquantes.
Son cadre elail heureux : un houime qui a loujoms veru, qui a tout vu!
La memoire d'un vieiiiard ordinaire est deja si cliargee de fails el d'ob-
servalions intere.-sanles : que doit done eire la memoire d'un bomme
qui comple par siecles, comme nous eomplons par annees? On peut rc-
lirocherau famcux Israelite den'avoir dit qii'une faibleparlie deee qu'il
pouvail dire, peul-etre autsi, d'avoir inis uu peu Iron d'araertume dans
• l.IVr.ES FRANCAIS. 189
rtllcs <ie scs remarqucs qui se rapportent a notre epoque; niais c'esi un
vieillard, un 4wmme du ion vieitxt terns, voila son excuse. 11 faut, eu
eel te qualite, lui perrriL'tlre de blatncr et dc censurer a son aise. Ce petit
ouviage revele du talent i il y a quelques passages qui rappcllent la ma-
niere de Vollaire. A*.
114. — Le Camlsard, par M. Disococbi, auteur du Serfau i5« sieoU.
Paiis, iSao; veuve Lepclit. Quatre vol. in-12; pris , 10 francs.
Ccroman, oii ronlrouvc,acutede quclques negligences, des situations
et de I'interet, se recommande par une intention digne d'eloges. L'au-
tcur pa rait s'etre propose, pour principal ob jet, d'inspircr I'horreurdu Lna-
tisme et de Tiotolerance. Pour alteindre ce but, il nc pouvait mieux faire,
sans doutc , que de retracer la persecution aussi absuide qu'odieu.se que
riiistoire a fletrie sous le noni de Gueircdes Camisards. Al. Diiiocourt
a peinl le faaatisme sous ies traits du cruel BasviUe, de cet homme qui
abusa d'une inaniere si funeste de la cooGance d'un grand roi ; il a re-
presente la veritale piete sous Ics traits de Flechier, et nous devons ap-
phiudira cet Iiommage rendu a la memoire d'un pielat, plus respectable
encore par ses verlus douces et philosophiques que par ses talens. Oa
sail que Flechier, al'exemple du sage Fenelon , s'opposa conslamnient
aux conversions operees par la violence , qu'il rofusa d'avoir des dra-
gons pour auxiliairts dacs la predication de I'Evangile. II etait digne du
lole toucbant et noble que I'auleur lui a donne dans son ouvragc.
St. A. B.
ii5. — Ilan d'Islando. Paris, iSaJ; Persan , rue de I'Arbrc-Scc,
n" 2y. Quatre volumes in-12; prix, 10 I'r. , el 10 fr. par la poste.
Cest un nouveau produit de ce genre romantiq%ie, qui chercho a en-
vahir notre belle litterafure. L'auteur, auquel on ne saurait contesler du
talent, a voulu oflVir un tableau a la manlere dc Walter Scott. Quelqiies
^vencincns hisloriqucs servent de fond a des descriptions d'un pays peu
connu : la Horvuge. II y a des eloges a lui accorder sur ces deux points :
malheureusement, il acru devoir iiitroduire cntre ses peisonnages une es-
pecedemonslre qu'il appelleT/an. d'lsiandcoxi le Demon d'Islandv. Rica
de mieux jurtiCe que celle dernifere epilbete ; ci- Han d'lslar.deest un bri-
gand cannihaie, qui liait Ies bnmmes, on ne sail pourquoi . et dont la
pcioture est Lideuse et degoiilante. Je ne conscillerai pas aux imagina-
tir.ns faibleif de lire Ies cbapitres oil ee personnage est represente de-
chirant ses viclimes avec ses ong'ies , broyanl leurs os, buvant icur
sang, etc. II y a, dans cet amas d'borreurs , plus qu'il ne faut pour
ebranler un sysleme nerveus delicat. Le style est quclquefois elegant.
Kjo LIVRES fkais(;ais. »
ct quclqucfois avissi fort bizarre. Lcs caracleres du vieux cliancelier dis-
gracie ct de sa (illc Klhcl soni trcs-bien traces. On ne con^oit guere coin-
pient I'errivain qui les u iruagincs, a pu se condamntr a peindre un
etre lei que son licros. A".
I \6. — Olivier, tradurtion libre de Tallfraand , d'apres M""^ Caroline
PiCHLEB, par M"" De Montolieu , avcc celle epigraphe : « Lcs remincs
prefiircronl toujours rhomme qui rend homniage a Icurs cbarmcs, sans
en avoir lui-meme, a celui qui s'occupe d'abord dcs siens , et se croit sur
de plaire d^s qu'il parailra. »Paris, i825; Artbus Bertrand, rue Haule-
feuilio, n" ?.5. Deux vol. in-12, ensemble de 45o pages, avcc figures ;
prix , 5 fr. ; et par la postc 6 fr. — Ce roman forme la neuvivtne livrtii-
son des OEuvres de M"' de Monlolieu, dont il a deja paru vinyt-dcux
volumes. {Voy. ci-dessus lom. xvii, p. i48.)
Annoncer celtc production apres celle de Ilati d'Islande, et lui don-
ncr des eloges que nous aurions voulu pouvoir accordcr a la derniere,
c'tst etre Cdele au principe que nous avons cu souvent occasion de de-
vcloppcr, en disant que nous accueillerons toujours de preference lcs
ouvrages qui auront pour resultat d'adoucir et d'ameiiorer lcs mCEurs.
Tel devrait elre, en effet, le premier but de tout ecrivain; tel est celui
que M""" de Montolieu s'est propose dans presque toutes ses composi-
tions , et quMIe alleint le plus souvent, grace au talent et an charme
doni elle sait revetlr ses tableaux; car, pour reussir, il ne suflit pas de
vouloir le iiut , il faut encore pouvoir disposer des moycns. Aussi, ne
ciaignons-nous pas d'assurer qu'elle sera lue avec fruit et plaisir, long-
tcms apres que Ton aura oublie ces productions informes auxquelles Icur
etrangele attache un interet du moment, et dont les auteurs, en gar-
dant I'anonyme, temoignent qu'ils ont cbercbe plutot le soin de Icur
fortune que celui de Icur reputation. — L'epigraphe que nous avons trans-
critc a desscin en lete de eel arlicle, fait assez connaitre quel est le sujet
d'Olivier. Le beros qui a donne son nom a ce roman, s'est vu , jeune
encore, prive des avanlages exlerieurs auxquels on accordc generale-
iiicnt Irop de prix dans le monde, par celtc funcste maladie dont nne
dccouverle preeieuse et tiop peu repandue encore, la vaccine , doit
un jour aneantir les terribles effels. Parvenu a I'age oil les passions
se font entendre imperieusement, il ne pent register a celle qui sert
souvent de mobile a loiiles lcs aulres; I'amour lui fail connaitre tout
ce qu'il a de rigueurs. Unc defiance , trop naturelle dans un etre accou-
tume di's long-tenis a n'inspirer que la compassion , lui fait negliger les
avant.'iges norabreux qu'il pourrait trouver dans son esprit et ses lalens ;
il est le jouet d'unc coquette , qui s'est croparee de ses premieres ct dc
LIVRES FRAKCAiS. 191
sc's plus vivos iiijpression'j , mais a laquelle il ne pcut cccoider son cs-
time, jusqu'au moment ou une femme jeune , aimable et vertucusc,
digne d'apprecier le coeur et le noble caracterc d'Olivier, le choisit en
secret pour le hut de loutes ses affections. Mais cette fenime est rcvetue
du litre de princesse , et le malheureux Olivier, que tiop d'obtacles de
toutc nature doivcnt arreter, se conduit avec tanl de reserve et de iVu-
crelion aupres de la belle jidclinde , qu'elle ignorerait toujours ses sen-
timens , si , decide a s'eloigncr d'elle , et a quitter la cour du prince au-
pres duquel il remplit les I'onctioDS d'ambassadeur , le lendemain merae
d'une fete ou il a ete assez hcureux pour sauver les jours de sa inaitresse,
il ne trabissait son secret en prenant conge d'eile. II avait ele charge de
demanderla main de la princesse pour Therilier d'un duche voisin , et il
apprcnd, en ob tenant la certitude que son amour est partage, le secret de
sa naissance, qui lui avait (5le cache jusqu'a ce mominl. Heurcux rival de
lui-meme, il est reconnu pour cet heritier, dont la princesse nvait d'a-
bord rcl'use la main , ei il trouve , dans une autre femme qui I'entourait
d'une sollicitudc dont il ignorait le motif, une mere aussi tendre , aussi
digne d'aniour qu'elle a ele malhcureuse. On voit qu'il y a, dans cet
ouvrage, un peu de cc mervcilleux que Ton aurait tort de reg.irder
comme la tache la pljs dilTicile d'un romaucier; mais si, dans noire es-
time un sujet simple et atlachant, tel par exemple que les Nouvcaiix-
Tableaux de famillc [T oy. tom. xvii, pag. 14*^) ? merite la prel'erence ,
Olivier u'en est pas moins un ronian pleln d'inleret , et dans lequel on
relrouve une partie des qualiles qui dislinguenl le genre d'esprit et Ic
style de son traducteur. II est precede d'une leltre de M""' de Montolieu
a son auteur, iVl°"^ Pichkr , oil la premiere se felicile de devoir a celle-
ci la plusgrande partie des succes que lui out valus Agalhoc(cs^ Falhen-
i>erj, Cicile do Rodech, Amour ct Silence. E. Hebeau.
117 (*j. — Descriftion de I'Eijypte. — Dcuxicmc edition , dediee au
Roi. — Premier porlefcuIHe des fianciics ■, grand format. Paiis, 1823;
Panckoucke , rue des Poitevins, n" i^.
Le grand fortefeuHle de la scconde edition de I'Egypie, altcndue im-
paliemment par los souseripteurs, vieni d'etre public p;ir M. Panekouke :
nous pouvons assurer que ce recueil les satisfera au-dela de leurs espe-
rances. Ccs gravurcs sont en efftl cellts du formal le plus eleudu qu'il
soit peul-etrepo&slbled'execuler;elles lepresentent les palais de I'dntique
Egypte el ses sites les plus remarquabks; les unes offrent des paysagcs oil
se trouvent mfllecs les mines des monumens et les constructions moder-
ncs; d'autres, les ruincs piltoresques de I'ile de Plijla-, des carrieres de
grunit et des rochers situcs au milieu du cours du iNil. Les artistes sont
11)2 LIVRES FRANOAIS.
parvpnus a rendie, avec bcaucoup d'liabiletti, Ics ciels sans nuages, et ces
grands ainas de ruiiies qui s'elcvcnt encore au milieu dcs siibles sous
k'squels ils sc derobent de plus en plus. L'esprit altriste par le spectacle
de la dcslruclioD, retrouvc avec plaisir, dans d'autres tableaux, les vastes
paiais reslaures, coiiuiie ils etaienl au moment de leur achevement, et
decores des sculptures Its plus delicates; tel est refftt que produil, entre
autrcs excmplcs, I'inlerieur du paiais d'ApoUinopolis Magna , relabli
par le genie des arcliitecles I'rancais. Sur une des planches se deploie un
iTiagnifique bat-relief ou Ton distingue tons les details d'un combat naval,
sculpte sur la face exterieure d'un palais de Thebes. Une autre gravurc
represenle la lue generale du toinbeau d'Osymandyas, dont on voit en-
core I'enornie colossc gisant a terre: quclques liabitans, des cbameaux
places aupres du colosse, dans ces vastes plaines, donnent une idee du
grandiose de ces constructions. La vue du palais de LouqsoroH're le rap
prochement de balimens modernes et d'edilices antiques; les deux mas
ses du pylone sont prcsquc intacles; on apergoil a la porte d'entree les
longues galeries de colonnes encore debout, 'deux aiguilles degranit char
gees d'une infinite de sculptures sont elevees sur les deux cotes de 1
porte; aupres sont deux colosses dont on n'aper^oit plus que la tete et 1
coiffure, les sables les onl rccouvcrts jusqu'au-dessus des epaulcs ; au
tour de ces constructions de granil, qui semblent eternelles, quelque:
masures toi'.les modernes sont deja a moitie detruites; du centre du pa
lais egypllen s'eleve un minaret turc : tel est I'aspeet que presente au
juurd'liui un des plus riches palais de I'Egypte. La gravure du palai
de Karnak n'est pas moins digne de fixer I'attention; audevant de cc
vastes ruincs, on distingue le dessinateur francais abrite sous ua parasol
qui le garantit de.'a clialeur intolerable dcs rayons du soleil, et occupe
a retracer pour la France tous ces immortils souvenirs. — Plusieurs
planches olfrent des restaurations hisloriques. L'une des plus remar
quables est celle de la porte triomphale : Ics artistes ont transporte
le spcetaleur au sieele de Sesostris et de ses triomphes; les galeries de
Sphinx forment de longues avenues; le heros monte sur un char, s'a-
vance a la tele de son armee ; des musiciens, des danseuses precedent
sa marche ; le char, les armcs , les instrumens de muslque, les habil-
lemens e t les moindres details ont ete puises dans les peintures encore
intactes des lombeaiix des rois, et renouvellcnt a nos yeux toutc cette
pompe triomphale qui n'a presque rien coiite a I'imaginatiou des voya-
geurs , et qui rappelle exactement toutes Ics habitudes, les costumes
et les details de la vie civile et miiilaire de ce peuple extraordinaire.
Deux belles planches d'etat modernc represeatent la ville des Tom-
LI V RES FRAKCAIS. 19")
beaux au Kaire el la vuedu port neuf A Alexandrie , dans toufe Telen-
due que pouvait cmbrasser To;!! de I'arllste. — Nous ne pouvons donner
ici qn'un Irf'sfaible aperqn de la richesse dcs aspecls et dcs details que
jireseiile le pnrtel'euilU- ; ccs belles gravures ohticndront lout I'inleret
ft rattentlon des amateurs des arts, des pajsagistes, des arrhitecles ,
lies savans et des antiquaircs; li purete des epreuves, la beaute du pa-
pier, et tous ies soins qui out ete pris par I'edileur, obliendroDl aussi
de juslcs eloges pour cetle publication , eloges qui eont deja confirmes
par le succiis. Maintenant, Ies souscripteurs sont assures de posseder uq
monument unique dans riiistoirc des arts et des sciences. — Le Tome
XII parait au indine moment : des memoires sur lus lacs de Natron,
siir le Fleuve sans cau, sur la JNubie , !cs Barabras , Ies Arabes du de-
seit , et lo<i arts et metiers de I'Egypte, en formrnt un des volumes Ies
plus intercssans de la collection (i).
118 {*). — Du {/cau dans ies arts d' imitation, avcc un examen rai-
sonne des productions des diverses ecoles de peinlure et de sculpture,
et, en parliculier, de celle de France; par M. Ki'iratrv, Paris, 1H22;
Audot, 3 vol. in-i8 ornes de quatre jolies gravures; prix, 10 fr. —
Cet ouvrage fait partic de I'Jincyciopcdie dcs Dames , entreprise cq
1821 {vo}]., Tom. IX, p. 63()) , et dont uous avons annonce successive-
ment plusicurs livraisons. (Foi/.T. XI, p. 189 et SjS; T. xn, p. i35et ijS).
— Wous allons rccapituler toutes celles qui ont paru jusqu'ici : i'" livrai-
son , Manuel de ia mailresse de maison , par M™" Pariset, i vol. ; 1" Bo-
taniquc des dames, par Boitard, 3 vol. ; 3' Flore de ia ■botanique , par
le meme , 1 vol. , et Cours de iitteralure ancienne , par M™' dk Bawr ,
2 vol; 4° Cabinet d'histoire natnreUc , par Boitard, 2 vol.; 5' Du iieau
dans ies arts, par Kehatry, 3 vol (c'estj'ouvrage que nous annon^ons);
6"= la Maison de camfagne , par M= Adanson, 5 vol. ; •}" la Toilette des
dames, par M'"'' Voiart, i vol., et Ies Principes de Logique , de Rlieto-
rique , de Fersifiration , etc., par CoeiiHET de Saikt-Geokges, i vol.
On pourrait diviser en trois classes Ics ouvrages qui ont ele publies sur
Ies arts du dessin. Les uns,et c'est le plus petit nombre, ecrils par Ies
peintres eux memes, forment la partie didactlque de I'art et sont I'apa-
nage exclusif des artistes. Les aulres ont pour objet de t'aire connaitre
I'histoire des monumens, et d'en apprecier Ic inerlte d'une maniere ali-
solueet relaliveraent au tems oil ils ont ete executes. Cetle seconde classe
(1) Prix, 110 fr. le Tome xu et le po'lcfeiiille qui leuuit di.s livraisons. Cliei
I'iiliteur, C. L. F. Pauckoacke, rue des Poiterias , n. i4.
T. xviiT. — Avril 1825. 1 5
ig4 LI V RES FRAN^AIS.
d'eciits, d'un inlerct plus goni-ral, se Irouvc dans les mains dc tous Ics
lectcurs instruits. La troisieine, produile par la reaction de rimagina-
tion sur la penst-c, e.sl le fruit de Telude dcs hommcs qui, apies avoir
epruuve une vivc emotion, veulcni cu rechercher ct tn connailre la
cause. Cclle soric d'ecrits a done, en general, pour objct, d'cxaminer
quels sonl Ics principcs conftilulil's de I'art, et les timites dans lesquelles
il dolt so reiirermer. L'ouvrage que j'annonce est destine a prendre rang
dans cclte dcrniere categoric, 3 c I'ai lu avec bcaucoup d attention. 3e
m'ctais d'abord propose de laire im ensemble syslemalique d'observa-
tions, et de suivre I'auleur, pour ainsi dire, pas a pas , soil pour approu-
verses assertions, soit pour les combaltre; maisje n'aipastarde a recon-
naitre qu'elles ne pourraient elre lues avec quclque interct que paries
personnes qui connaitraient l'ouvrage meme, et que, d'ailleurs) elles exi-
jjeraient un developpemcnt considerable. Ainsi, je vais me borner u
indiqutr quels sont les caracleres principaux de cet ouvrage. M. Kcra-
Iry examine successjvement , et avec beaucoup dc sagaeite, les diffe-
rentes conditions dc I'art, savoir: le clioix et la nature des moyens qu'il
peut einplnyer, et le but qu'il doit attcindre. Dans le cours de cet exa-
men, on rttrouvc partout un liouime de gout que I'eUide de la thcorie
a entiaine vers des rcchercbes interessantes , qu'on lit avec plaisir et
avec fruit; mais, comrac je suis sincere dans mes eloges, je dois dire,
avec la mfimc francliise, quclles sonl les critiques dont cette production
me parait susceptible. J'avoue que je regardc le chapitre sur Vorigins
"presumec dcs arts , comme unc supcrfluite. Ce sont des suppositions
presentees ;:vec beaucoup d'esprit sans doute , mais qui n'olTrent pres-
que pas d'inleret , parce que Ton sent que, tout ingenieuses qu'clles
soot, elles ne presentent aucun caractere de certitude oil I'csprit puisse
s'altacher. Ge qui offre un veritable et grand interet, c'est I'histoirc de
I'art par les monumens ; la , du mnins , il y a quclque chose de positif.
Je condamne sans pilie, parce qu'ils sorteiit du cadre que I'auteur s'e-
tait trace, I'inv'ocation qui commence le chapitre intitule : 7?ec/ic»'c/ic*
•prHiininaira sur le i)eau , ainsi que repilog^uedilhyrambique : la terrc
dcla fatrie, qui forme le dernier chapitre dc l'ouvrage. 11 me rcstc une
derniere observation a faire. Dans le chapitre relatif a I'ceule francaise ,
M. Keratry suit , en nommani les mailres, un ordre que je ne puis pas
admellrc. Je n'en dirai pas davantage, h cet egard , parce que les re-
lablir selon le degre d'cstime qu'ils me paraissent meriter, ce serait cle-
ver et resoudrc une question de preeminence toiijours delicate a discu-
ter, surtout d'une maniere aussi directe. Je trouve encore que , dans le
tableau dcs artistes qui marchent a la suite des maitres, il a mis des nom»
LITRES FRANCAIS. in5
qui ne dcvraicnt pas y Cgurer, ct qu'il en a omis de tres-recommanda-
bles. Je me Irompe, pcut-elre ; mais j'eo ai conclu que M. Keralry, ecri-
vain fori erudit, I'ort judicieux, n'avaitpas acquis de connaissances suf-
fisante!) pour pouvoir determiner, par lui-inenic, d'une manieic absolue,
le rang qui doit elre assigne a cliaquc artiste, Dans ce cas , un eerivain
ne doit pas craindre de se placer, pour ainsi dire , sous la tutelle d'un
hon:me de talent. Ce n'cst pas un role a dedaigner que d'ecrirc sous
I'inspiralion d'un grand artiste, et M. Emeric-David a bieu prouve, par
le succesde ses rechcrches sur I'art statuaire, qu'il rcstait encore, pour
i'ecrivain , un beau cbamp de gloirc a moissonner. C'cst pour pouvoir
s'appuyer sur la connaissancc positive dts procedes de I'art; c'est pour
en apprecler par lui-meme le degre de meritc ; c'cst pour connaitre I'e-
tendue de ses ressourccs d'une manlere inlime ct positive, que M. Qua-
tremere de Quincy s'est livre a unc etude suivie de la sculpture, el c'est
parce qu'il a unc coanaissance pratique de cct art, que ses dissertations
acquierent un veritable degre d'autorite. 11 est possible que jc me trompe
dans la supposition que j'etablis a I'egard de M. Keratry;mais je suis blen
siir de ne pas me tromper, lorsque je repele qu'il faut beaucoup d'ins-
truclion, de gout et d'esprit pour faire un ouviage tel que celui que j'an-
nonce. P. A.
1 19. (') — Du Genie de i' architecture, etc. , par J. A. Coussin , archi-
tecTe, ancien pcnsionnaire de rAcademic de France a Rome. Paris,
1825; Firrain Didot, rue Jacob, i\° 2}. Uu vol. in-4'' de 5oo p. avec
plancncs. Prix , 5o fr.
Les arts ct les sciences ont (cur umc et (cur corps , ieur cite moral et
meta'pliysique, ainsi que icur cute materiel et jtositif. Celte pcnsec, que
j'emprunte a repigrapbe de I'ouvrage de M. Coussin, fait connaitre le
but qu'il s'cst propose en pubiiant son livre. Les artistes et les anti-
quaires qui ont ecrit jusqu'a ce jour sur i'architecture, n'ont aborde que
Its pvcceptes on I'histoire de I'art; les philosophcs ct les litterateurs
nV-n ont parle que pour repeter quelques fnits connus ou de vagues lieux
communs ; ainsi, la question posee par INI. Coussin etait encore tout en-
tiere. Cct artiste a done essaye ce que personne avant lui n'avait ose ou
n'avait su faire; il a tente, a I'aide de I'aualyse, de decouvrir le c6t6
nietapliysiquc d'un art, qui jusqu'a present ne s'tst montre a nous, dans
I'ordre materiel, que sous le rapport des formes, et lout au plus dans
Tordre moral, sous le point de viie de I'utllite. Cctte entreprise bardie
doit Stre vue avec interet, parce qu'il est impossible de la conduire a
fin, sans y faire concourir de noinbreuses recberchcs, et sansy develop-
perdes conceptions nouvel'esjdesidees profoade'mcnt medittics. M.Cous-
,()(, LIVHES I'RAKCAIS.
sin ne pcul Cspcrer saiisdoule de se montrersurun teriain aussi pcu frayu,
sans exciter la severile de quelqucs esprils fVoids et diflicil s, qui aiment a
{•e rcndre conipic des choses avant d'y applaudir. Ces ccnsciirs , sans chei-
chcr a le decourager a I'eloigner de la caniere qu'il s'est ouverte, pour-
ront peule!re liouver qu'un aussi vaste syslfrme demandait a elrc muri
quelque terns encore; car de pareilies revelations doivent etre fans re-
plique. Qiielquesdeveloppemens de plus eussent prevenu les objections ;
une redaction plus soignee ct plus eclaiiee etit perrais de niieux suivre
rcnchainement des idees , au tnoins pour les gens du mondejor les ar-
tistes, familiarises avcc les malieres dont traite M. Coussin , le com-
prendront facilement , et trouveront sans peine dans son livre ce qn'iU
peuvenl v chercher. Mais, quand on ecrit pour tous , il faut se faire
comprendrc de chacun. La metaphysique doit elrc clairc dans son ex-
pression ; sansccla , c'cst porter I'obscurite dans les tenebres : son pre-
mier soin doit 6tre d'inilicr le lecteur au vocabulaire nouveau qu'elle
b'cst cree pour exprimer des idees nouvclles ; de donner ensuite la deli-
nition la plus rigoureuse des principes dont elle pietendtirer toutes ses
consequences; enOn, de coordonner ces principes et ces consequences
de maniere a ce que la cbaine des idees ne soit jamais interrompuc et
qu'elle puisse etre facilement suivic. M. Coussin n'aura que bicn peu de
chose a faire pour satisfaire a cs-'s conditions rigoureuses de toule expo-
sition d'un systeme quelconque. Son ouvrage offre une foule d'aper9U9
neufs , de rapprochemens ingenieux, ct d'exeniples utiles. En un mot,
il est ricbe de son proj)re fonds et des plus heureux emprunts faits a lous
les pays eta tous les ages. Ilserait trop long de suivre I'auteur dans le de-
veloppement deses doctrines; je mcborneraia cxposerla marclie dcson
ouvrage. II traite d'abordde I'origine de I'architecture, puis du genie de
cetart, a toutes lesepoques connues et cbez tous les peoples dont il nous
reste des monumens;de ['influence du sysleme des ordres chez lesmoder-
nes; du caractere et des types de rarchiteclure depuis sa renaissance. II exa-
mine ensuite rapidement les ceuvres du genie architectoniquc,en rappro-
cliant sur une ligue synoptique tous les monumens qui se presentent de
Paris a Rome et jusqu'a Tivoli. Les jardins, qui accompagnent si blen les
cieations de I'architecture, ne sont point oublies. L'auteur traite, dans les
divisions suivantes, des principal's qualiles de rarchiteclure, du gout,
de la construction et de ri'conomie; enlln, reconnaissant envers lo Pry-
tanec, oil il a regu la recompense de ses leagues eludes , M. Coussin a
consaere son dernier chapitre a I'Academie de France. Cinquanle plan-
ches supcxieurement gravces olFrent la plupart des monumens cites par
l'auteur, et forment une espece de parallele d'edilices divers , qui est
LIVnES FRANCAIS. 197
d'un grand interet. SI quelques personnes severes melent, en analysant
ce grand travail, la crilique a la louange ; si enlln la naliire dc ce vasle
ouviage ne comporte pas un de ces succes de vogue, rtiserves souvenl a
des productions peu digncs d'un lei bonncur, I'auteur n"en est pas moins
siir d'obtenir ce succes d'cstime plus flatteur et plus durable, qui ac-
compagne toujours les travaux utiles et scrieux, entrepris par un veri-
table amour des arts , des sciences ou des letlres. Mazois.
120 {'). — Essai sur I'liistoire dc ia Peinlurc en Italie, dcpuls Ics
terns les plus anciens jusqu'a nos jours, par M. le coiule Grcgoirc Orlpf,
senateur de I'empire de Russie. Paris, iSvo ; galeric de Bosfange jiere,
libraire de S. A. Mgr. le due d'Orleans, rue de Riclielieu, n° do ; Lon-
dres, Martin Bossange et C". i4 great Malborougb street ii\ Regent
street. Deux vol. in-S". Prix, 9 f'r.
Memoireset Rapports des Societes savanles el d' utilite piibti(/ue.
121. — Precis anatytique des travaux de I'Academie royale des sciences ,
6elles-(eltrcs el arts de Rouen, fendant I'annve 1822. Rouen, iSao ; Pc-
riaux pferc. Un volume in-iS", 167 pages, fig.
Ce recueil continue a se rapprocher du but que se propose I'Academie
de Rouen : « rcculer les limites de la science , agrandir le doraaine des
leltres, porter les arts et I'induslrie au plus haul degre possible de per-
I'eftion. Au nombre des ouvrages dont TAcaderaie a ordonne I'im-
prcssion, on remarque un Memoire de M. Dcbic, pharmacien, sur les
paremens ou encollagcs prepares pour lis eloffes et toUcries avec les irois
especes de riz qu'on trouvc dans ie comnxcrce ; des Observations cliimi-
coagricoies, du meme academicien , sur I'emploi du ehlorure de cal-
cium, considere commc engrais ou comine stimulant veqetalif, et des-
quclles il resulte que re ehlorure en dissolution produit une force de
vegetation extraordinaire; des Recherclies de M. Vitalis, sur Vanalyse
des terres arables, fixeront aussi I'altention du cultivateur qui vcut
s'instruire : le pliilantrope li:a avec plaisir une Notice hiographique de
M. Adam, tur feu M. Buhi.angeb, jugc equitable , que la classe ouvriere
oe Rouen appelait Icboninagistrat. Le rapport dc la commission pour
le prix de poesie , presente une analyse critique par 51. Th. Licqiet ,
des quinze pieces envoyees au concours. La piece coiironnee a pour titre :
Course poeti^uc dans les Atpes suisses du canton de Bcrnc; elle est de
M. Andre Hijppolito LemoniMer , avocat a la Cour rojalc de Paris. Ou y
remarque les vers suivans :
Le pere des saisuns, Ic roi du jour s'avnnce,
Daus les plaines du ciel, radicux, il s'6Iaaie ;
if)8 IJVRES FRAlSgAIS.
Son ovbc cI)loiiissant , dans I'cspacc cmjnult^,
vSur lo front des glacieis ronic avcc majostc ;
Kt, dcs oinhrcs vaiiuiuciii", sur la nature outierc,
II verse des loirens do vie et de limiirre.
M:iis la description dii Mont-Blanc, iinilce de lord Byron, est loin dc
rendrc la precision el I'liarmonie du poele anglais. Les couleurs du laii-
reat semblent n'ollVir qu'une bigarrure desagreable. — Le precis dcs tra-
vaux dc rAcadiiiriic est termine par une Epilrc en vers intitulee : Un
Pire a sa Fide , laveillc dc son mariaijc. Cest le tribut annuel et gra-
cieux de M. d'Oknay, dnyeo des acadeniicicns , et pocte plus que nona-
genaire. B. G.
122 (*). — Mcinoires de fa Socicte royate d' Arras, pour i'encouragc-
ment des sciences, des Icttres et des arts. — Seance publique du 2j aoilt
1821. Arras, 1825. In-S" de trois feuilles. — Ccs memoires parailront
successiveinent par livraisons de trois feuilles d'impression. La souscrip-
tion est de 12 I'r. puur 12 livraisoDS. On souscrit a Arras, chez Topino ; a
Paris , chez Eyniety.
Le numero que nous avons sous les yeux rontieut la relation de la
seance publique du 27 aoOt 1821 , une ode courountie dans cetle seanre,
et deux pieces de vers couiposees par des niembres de la Sociele. Le dis-
cours du president ( M. Lallaht), el U; rapport du secretaire ( M. Cob-
nillk), ont I'un et I'autre le merile que Ton recherche dans les compo-
sitions de ce genre. Le premier est recommandabie par des vues utiles
et des pensees jusles ; le second , par une exposition claire et methodi-
que ; tous deux, par une observation scrupulcuse des convenances. Le
president ecartc toule discussion sur les avantages et les inconveniens de
la multiplication des machines qui epar^nenl la main d'a'uvre ; mais il
fait voir que les peuples et les provinces ne pcuvent se dispenser d'adop-
ter ce moyen dc maintenir leur Industrie, lorsque leurs voisins en font
usage. En parlant des tableaux d'observations meleorologiques envoyes
a la Sociele, le secretaire fait remarquer que les phases de la lune ne cor-
respondent point aux grandes variations de temperature, ni aux mouve-
mens dc ratmospherc. — La Societe a re^u le don dc qunrante volumes
tnanuscrils &ut Vlustoire de I'Arlois. Si ces immeuses maleriaux doivent
reellement s'ajouler a ceux que Ton possede deja , aucune histoire ne
sera aussi complete que cellc de celtc petite province. — Une couverture
cconomique et iijnifuge, pour les constructions rurales, a ele proposi'c
par 51. LE Gavrian , et soumise a quelques cssais; mais les experience.^
en grand et decisives ne sont pas encore faitcs, et pcuvent seules coni-
LIVRES FRANXJAIS. h)9
t.'iler I'lililile de celle iuvention. — M. de Rdrius, pharmacicn a Saint-
Gnier, a rudigti un Traitc sur I' art de moircr, dans Icqucl Ics precedes
de cct art sont exposes avcc asscz de delalls pour diriger les fabricans.
— Dans la rueme seauce , M. Billet a fail un rapport sur les concours
de I'annee 1821. Aucun prix n'a pu elre decerne en agriculture. Un
Eloge de Palisot de Beiitais, et une Ode sur la bataille de Lens, onl ete
touronnes; mais le poeme a ete jtige avcc une saine critique, apprecie
a sa juste valcur comnie production liiteraire, en sorle que la couronne
qu'on lui a decernee n'cst qu'une preuve de la faiblesse des autres pieces
envoyets au concours. — - La Societe d'Airas atleindra son but ; elle
sera utile a son deparlcment , dont elle s'occupe avant tout, ct a toutes
les branches des connaissauces auxquelles elle consacre ses soins. F.
X)uvragcs Pcriodiqnes.
123 (*). — Annates Franraisss des arts, des sciences et des lettres;
redigees par une societe d'artistes, de savans et de litterateurs; publiecs
par MM. Alex. Lenoih , A. D. Lodhmand et B. Mondob. Deux cahiers
in-S° , de 5 ou 4 feuilles par mois. Prix pour un an , 25 i'r. a Paris ; 2S fr.
dans les departemens et I'elranger; cliez M. Mondor, directeur, rue de
Vcnddme, n" 12; ou boulevart du Temple, n° 45; M. A. D. Lour-
mand , redacleur principal, rue St- Louis, n° 26.
Les Annaies Franraises se rccommandent par une utilite generale ,
qui reclame pour riles les sulIVages des hommes eclaires. Elies traitenf
de cbacunc des branches des sciences et des arts, avec une etendue pro-
purtionnee a son importance. Elles remplacent avec avantage plusieurs
ouvrages qui seraient consacres a des matieres speciales ; dies offrcnt
surtout aux architectes et a ceux qui cultivent les arts du des^in , une
serie de bons articles sur les objets de leurs etudes. Elles renJent les
nieraes services pour les arts industnels ct pour I'agriculture. On y re-
inarque des notices utiles sur la slatistique, sur les sciences physiques ,
sur I'arcbeologie, sur les principa'cs inventions et decouvertes en lout
genre; enfin, sur tout ce qui ru^jrile I'altcntion des savans el des ar-
tistes. Le mtirile des Annaies Franraises doit procurer a ses edileurs
un2 juste recompense de leurs travaux, dans i'estime de tous cejx qui
en auront connaissance.
124. — Tabicttes deia Drome. — Tome i". — Ge recueil liilerairc p.'i-
raitra deux ou trois Ibis par uiois, suivant I'abondance des matieres : cba-
que livraison sera de iG a 02 pages d'impres-iion. On y inserera, chaquc
mois, une romance gravee, ou une lilhographie. MM. Its libraircs et
2,)f. LIVRES FRAISgAIS.
niai-chands dc gravufes ct de musique jiouiront y fairc rcndre compte
dfs ouvrages qu'ils publieront. Le prix de rabonneiiient , 7 fr. pour
trnU mois , i3 fr. pour six mois, et ^4 fr. pour I'annee. Lcs articlfs a iii-
. serer, lcs livrcs a annoncer doivent ftre adresscs, francs de port, au
labincl lillerairc de M. Dourillc, placp aiix Clercs, a Valence.
Rons croyons devoir nous abslenir de ju^er lcs redacteurs dc ce rc-
cucil purcment lillerairc sur un coup d'essai , el nous ajouruons, par re
motif, les observations criliques que les deux premiers nunieros , b
seuls qui nous soient parvenus, puurraient nous sugperer. Wous rapjiel-
lerons seulement aux redacleurs, dans I'inler^t mfernc dc leur enlre-
prise , que notre epoque deinande , dans un recueil litteraire , des arti-
cles oil la force des pensees soit unic au nierife de ['expression. Les
cnoeurs francaises ont perdu Ic caraclcre de frivolile qu'on leur a si sou-
vent reproclie; un ouvrage enlierement frivole ne saurait avoir un sue-
ces durable.
Liores e?i (ungues ctrangires, publies en France.
125 (*). — Cains Crhfus SALiusTins, ad codices farisinos recensitus,
cum varietale lectionuni et novis commentariis; item Julius Exupe-
rantius k codice nondum explorato cmendatus, curanle J . L. Bubnouf,
rhetoricis in eollegio Ludovici Magni, et eloqucnliae latinac in rcgio Fran-
cise eollegio professore. Parisiis colligebat N. E. Lemaire, 1821. — Edi-
tion de Sallustc, revue sur les manuscrits des diflerentes bibliotlieques
dc Palis, par M. Bi'rnoif. Paris, 1821, un vol. in-S". — Ce livre fait
partie de la Collection des ctasnques latins, publies par M. Lemaibk,
que nous avons annoncee prccedemnirnl. {f'oy. Tom. Ill, pag. 194, et
Tom. VI , pag. 192.)
Les progres de I'esprit pbilosopliique doiveni nalurellement se mani-
fester dana toutes les branrhes des ronnaissances bumaines, dans les
etudes mfime d'oii Ic jugcment ct la saine critique ont ele bannis le
plus long-tcms. L'injusic de<laiu que le dix-huit!eme siecle fit parai-
Ire trop souvent pour I'erudilion, eut sa cause, il faut I'avouer, dans les
vues etroites du plus grand nombre dc ccux qui se livraient a I'etude
iniportante de I'anliquite. l'!st-il besoin de rappeler ceslourds couimcn-
taires, oii, jusqu'aux mois les plus clairs, toul est scrupuleuscmpnt expli-
que, exceple le passage difficile; oil I'on parle de lout, bormis du sujot
sur Icquel le lecteur desire un eclaircissement? Ceptndant, la eonoais-
sance des anciens, base necessaire de loute instruction solide, exige ab-
Rolumcnl des jntcrprelations frequenles, soil pour (cs expressions obs-
cures de la langue, soil pour des usages trop c.'oigncs dc nos liabiludcs.
LIVRES FRAJsgAIS. 201
Telle doit etre la double utilite d'un bon commentairc; tcl est aussi le
double but que s'est propose M. Burnouf, dans celui qu'il vient de pu-
l)licr sur Salluste. Peu satisfait des travaux de ses devanciers, il a cn-
tiercment reCait les noles que reclament a chaque pas le style serre
ct la penscc prol'onde de cet autcur. 11 le commenle, ea rapprocbant
sans cessc , iion-feuienient les cciivains grecs el romains, mais aussi
les pas-tages analogues des auleurs tVau^ais les plus estimes. Ain>i, le
I'amcux discours que Sallusle prefe a Marius, duns su guerre de Jugurllia
se trou\e souvent eclairci par des passages empi'unles a Boileau , Vol-
taire, J. -J Rousseau, Ducis, La FontainCj etc.Queiquefois, ce sont de-
pensees prot'ondes de Montesquieu, de Miiubeau, qui viennent achc-
verou developper la pensiio de I'historien latin. La Fiance pourra done
opposer desormais cc travail de M. Burnouf a ceux qui nous accusaient
d'inferiorile dans le genre de la critique pbilologique. 11 a surtout i'avan-
• age eminent de reanir a uae saine erudition I'esprit philosophique, qui
le met a la bauteur des lumi^res du siecle. En tete du livre, est une Fie
tie Sallusle, ecrile d'un lalin pur et elegant, oil I'oii remarque un choix
judicieux de fails et de pensees. Getle nolice est signee u. f. Ceux qui
onl penelre le secret de ces iniliales n'ont pu elre etonnes de celle asso-
ciation loule nalurelle, quiannonce un beureux beritage dc lalens dans
une meme famillo. A.
126. (*) — Quintus Horatius Flaceus. — Oiiivres d'Horaoe, texte revu
ct corrige par F. G. Pothier. Paris, 1820, Malepeyrc, rue Gil-leCoeur,
n° 4-Un Vol. in-8", de rimprimerie de Firmin Didol. Prix , 7 fr. — La Pre-
face el la vied'Horace sonl en francais. — Ce volume est le premier de
la CoHeclion des auteurs latms. [Voy, Rev. Enc. , T. xvn , p. 2o5.)
127. — Satires de Juvenal,, traduilcs en fran9ais par B"*, avec des
notes et le tcxteen regard. Paris , iSaS ; imprimerie de Cellol , rue Saint-
Hyaeintlie, n° 7. In-S" de 00 feuilles 5/S. Piix, 6 fr. , papier vejin ,
12 fr.
liK. — QEdipe, etc., tragedie de Sopliocle, lexte grcc, accompagne
de noles historiques et grammalicales , a I'usage des classes , par T. Char-
tes HcvET. Paris, iSi5 ; BrunolLabbe. In 12 de i5 feuilles ip; de rim-
primerie de Fain ; prix , 2 Ir.
•v%«VVV\VVVV^V\%VV\|%/VV\ftVV%V\'V%fbV\^«.VV%\IVVVVV%V'%/V\Vt>VVVXX\V%\\\.V\\i\\\\«VV x\\%
IV. NOUVELLES SCIEN TIFIQUES
ET LITTERAIRES.
ETATS-UISIS.
AMERIQUE.
Dinomhremcnt de, la fopulaiioii , en iSao.
Horames Llaiics , au-dessoiis de lo ans. i, 545, 220 I
dc 10 a 16 . . . 612,535 I
dc 16 a 26 . . . 776,1 5o \ 5,c)g5,ovr>
de 26 a 45 . . . 766,083 I
au-dessus de 45 • • • 4^5,065 j
Femmes blanches, au-dessous de 10 . . . i,28n,55o \
de 10 a 16 . . . 6o5,548 i
de 16 a 26 . . . 781,371 \ 5,866,657
de '26 6 45 . . . 75(i,6o) I
an-dcssus de 45 • • • ^62,788 '
Ilommes du coulcur librcs, au-dessous \
dc i4 • • • 47>659 I
de 14 a 26 . . . 24.048 > 112,770
de 26 a 45 . • . 23,i5o I
au-dessus de 45 • • • i7,6i5 J
Femmes idem, au-dessous dc i4 • . . 45i8.,8
de i4 a ?6 . . . 28,800
de 26 a 45 • . . 27, iSi
au-dessus de 45 . ■■ i8,S8i j "' ' •'
Toutes peisonncs librcs aulres que des
Indiens non laxes ^,G^i
Esclaves (hommcs) au-dessous de i4 • • • 5|5,852 "j
de I i a 26 . . . 2o5,o88 I „„ ,,
de 26 a 4a • • • 160, 72J j ^ '
au-dessus de 45 . . . 77)565 )
Idem (femmes) au-dessous de i4 • • • 524, 5<4 \
de i4 a 26 . . . 2t2,456 I ,
1 3 ■ / - r ,• -i I 750,100
de v6 a 4'^ • • • i52,6g3 1 ' '
au-dessus de 45 . • . 70,627 )
9'C 7,999
AMERIQUE. ao5
Denomhremcnt de chaque Elat.
N.B. Lcs calciils pour le nombre de personnes par mille carre ont
ete fails a diverses epoques, pour les etats ci-dtssus cotes (a — ibi5,
*— i«i6, — 1818).
ETATS.
Maine
JVew-Harnpsliire
Massacliusets
Rhode-Island
Connecticut
Veruionl
Ucw-Yorck
New-Jersey
Pcnsylvanie
Dela^■^■are
Maryland
Virginie
Caroline du nord
Caroline du sud
Georgic
Alabama
Mississipi
Louislanc
Tennessee '.
Kentucky
Oliio
Indiana
Illinois
Alissouri
Michigan (Terriloire de)
Arkansas [Idem de)
Territoirede Colombia, oudel'oucst.
I'loride
Colombie (district de)
Siege du gouvernemenf.
Total
n HABIIANS
en 1820.
N O M B R K
DE MILLES
Carres.
2q8,ri3,j
244,16'
523,285
83,o5()
273,248
1 ,3-2,8i 2
277,575
i,o49,4^f^
7 -''749
407,000
1,060,366
608,829
002,741
540,989
127,901
75,44s
153,407
4j2,6i3
564,317
581,434
i47''78
55,21 1
66,586
8,806
4.000
33,o59
9'637'999
02,628
9>49'
6,25o
i,58o
4.674
lO,2.>7
46,080
8, ^.20
46,800
2,120
l4-000
70,000
48,000
24,'>8o
6 'jooo
46,0 )0
45,5oo
4^,220
40,000
09,000
4o,ooo
54,000
56,122
445,334
164,000
76, gf) I
180,11',
55, 80S
100
1,607,424
Population comparative des Etats- Unis.
En 1753 i,o5 1,000
1774 0,026,678
1790 5,929,328
le personnes
par
inille carre
fn 1810.
22,60
75,55
48,69
56. 04
21,29
20,81
29.5 1
27,18
10,9'i
1 1,57
>7>4
4,0:
0,72 (h)
0,98 («)
i,So
6,54
10,42
5,77
»>99('')
0,62 (f)
0,11 (f)
0,07
0,12
ao4 AWERIQUE.
1800 5,5u6,o3?
1810 7,239, ()o3
1820 9>C3;,999.
Oiservation. — Les dixhuit premiers elals, coolenant 553,48.') inilles
rarrt's, etaient pcuples en 1810 de 7,120,119 habitans ; ce qui donnc
12,8-ou priisde 10 pcrsounesparmillc carre, tandis que les dernicis (non
I'oiupris le lerriloire de Columbia , ou dc I'ouest , qui n'a pas encore dc
population blandie) , d'une elendue de 903,825 niilles carres, n'elaieiit
babites, en 1816 (qui est a pcu pri;s le Icrine moyen , cntre les annees
nuxquclles correspondent les populations indiquees pour ces etats et
tcrriloires) , que par 280,27! personnes; oe qui fait sculcroent o,3i, ou
pres d'un i/3 d'habilant par millc carre.
L'esllniation du congres , pour 1774, qui I'crait doubler la population
dc quelques-uncs dcs colonies en i5 ou 16 ans, ct cclle des autres en 18
ou 20 ans, est sans doute exageree; et Ton doit s'en ra[)porter de prele-
rence a celle du gouverncur Povvnal, qui Devalue le nombre d'babitans
a cetic epoque, qu'a 2,i4i,3o7, atlendu que la'proporlion de I'accrois-
sement est plus vraisemblable. L'accroissemcnt pour cent de la popula-
lion de 1700 a 1790 , en 90 ans, est de 1099,74, et o,o5 ou i/o5 par an ;
et I'accroisscmenl de 1790 a j8io, eu 20 ans , est de 84,25 , ou 3,io ou
a;52 par an.
D'apres les recensemens qui ont etc fails en 1800 et en iSio, il paiait
que le nombre des males est a celui des femelles , dans le rapport de
wngt-tix a vingl-cinq ; que la proportion des enfans inSles , au-dessous
de 10 ans a celle des femelles du meme age, etait, en iSoo, de vingt u
dix-neuf; en 1810, de dix-ueuf a dix-huit.
Dans les Etats-Unis , la proportion dcs mariages a la populaliona ele
evaluee comme un a Irente; les naissances cotnme un a vingt, el les
dcces comme un a quarante environ, (f'^oy. Vol- V, cliap. 2 , de la DfS-
criptiondes Etals-Unis, par M. Wakden.) W.
Ameriqle du Sud. — Donnccs statisliqucs sur Ic Pcrou. — Au mo-
ment oil le sort de I'Amerique espagnole va cire fixe, ou des inslilu-
tious nouvelles vont changer dans ces contrees la direction generale
dcs esprils et des aflaires; ou une guerre europeenne est sur le point
d'exclure !a France du commerce avec les etats nouveaux formes dans lis
colonies cspagnoles, et de livrer exclusivcment aux Anglais ce vaste de-
boucLe dc leuis produits manufactures, il neparait pas inutile de i'aire
counailrc au moins ce que nous ailons perdre, a(in que celle instruc-
tion, recueillie el conservee par rbistoire, puisse eclairer quelque jour
dis generations plus lieureuscs. JNous nous altachcions done a rassem-
OCEANlQUr. ao5
bier dfs inateriaux pour une statlstiqiie de ces etats, qui s'elevent en
Ameriijue pour la consolation de I'liumanite. Le Perou est un des nou-
veuux etats sue lequel uous avons actuelletnent le plus de nolions exac-
tes. Dans uii des cahicrs prochains, nous I'erons quelques remarquts sur
sa constitution, et nous donnerons quelques detaiU sur le general Saint-
Martin, protecteur de la republique peruvienne : nous nous bornons
aujourd'hui a un petit nombre de fails statistiqucs encore peu connus,
et qui devront faire partie de I'expose de la situation actuelle des an-
ciennes colonies espagnoles.
Un ri'censement, fait en 1790 et 1791, porte la population du Perou
k i,5oo,ooo habitans , repandusdans i4villes, i4 bourgs et 977 villages,
hameaux, ou maisons isolees La surface de ce pays est evaluee a 4f)00o
lieues carrees deCastille, environ 100,000 de nos lieuesde poste , ce qui
donnerait i5 habitans par lieue carree de poste. Mais il faut observer
qu'une grande partie de ce pays est couvertc paries Hautes-Andes. —
Les produits de I'agriculture, des troupeaux et de I'lndustrie s'el^vent
annuellement a plus de Sg millions de francs. Les produits des dimes est
estiraea pres de deux millions. On frappait, annee moyenne, a Lima^
pour 24 millions de monnaies. — La balance du commerce elait en fa-
veur du pays de pres de 6 millions de francs. — Les proprictes de I'c-
glise, avant la revolution actuelle, rapportaient onze millions cinq cent
millc francs. Les recettes surpassaient les depenses de plus de dix mil-
lions. Cependant, une dette publique avait etc contractee , et s'elevait
a pres de Co millions de francs ; mais la plus grande partie de cette som-
me n'ayant point ele employee dans le pays, la republique peruvienne
ne se croit responsable que de ce qui lui fut reellement consacre sur
cette somme. Cette partie de I'ancienne dette est fort peu de chose; on
pent done rcgarder le nouvel etat comme affranchi dc la necessile de
vivre aux depcns de I'avenir. F.
OCEANIQUE.
PoLYNKsiE. — llcDE PiTCAiRs (i). — Lc uavirc /c 7? uwe< cst revcnu au poit
de New-Bed ford (Massacbusetts), apres avoir visile cette ile sur laquelleil a
(i ) Cette i!e est situce au milieu de I'Ocean pacifi4ue, latitude de aS d. 2 ni. sud.
et i33 d. 21 ni. , ouest de Greennwich; sans ririeres, ni rades , elie resta iohabitcB
jisqu'isa prise de possession par I'^quipage revolte du navire anglais le Bounty.
qui y aiueun plusieurs femmes d'Otailiiti, et fonda , ainsi il y a phis de qnaranle
aus, une culonie anglaise. Les naviies des difF^rentes natiuns y reUcljeut pour y
prcndr* Jss laliVaichissemeuS; avant do doublerle cap Hcirne.
■2o8 laJllOPE.
fourni quel(iiiesilelails curieiix. Ce navire, eny abordant, le 8 mars 182a,
}■ lit rcnconlrc d'unc chaloupe monlcc par dix jcuncs gens qui iiarlaient
Irdsbicn anglais. Lfurltint clait oiivatrc; quclqucs-unsoffiaient encore
les caraclores dc la pliysiononiie brilaiiniquc, tandis que k's trails des
aulrcs indiquaient unc origiiie otaVticnnc : ils etaicnt vttus de cliemiscs
bliinclics et de cliausses dc matelots. lis presentf;rcnt au capitaine des
banancs, des cocos et des melons d'cau. Celui-ci les fit desccndre dans
sa cabanc; il leur oITrit du pain et dn beurre qn'ils rcfuserent, aliu-
giiant que c'etait jour de jedne ; neanmoins, presses par scs instances,
ils en goulerent, apres avoir Icvc les mains au cicl et beni la table. Us
savaicnt un peu lire, et paraissaicnt tres-intelligens : leur bateau, qui
avail 8ervi a la pecbe de la baleiiie , etait en tres-mauvais elat; le capi-
taine le fit radoubcr. JNous debarquames, dit I'auteur du journal, au
pied d'unc nionlagne qui a au moins 4oo pieds de hauteur, et qui est
couverlc d'arbrcs de plantain ; nous descendimcs dans unc vallee plantec
de cocotiers bien alignes. A un iiiille plus loin, au milieu d'une autre
vallee oil croit I'arbre a the, se trouvaient les babilations, d'ou chacun
sortit pour nous voir; les femmcs portaient des mantaux dc papier d'e-
corce de nulricr , qui pcndaient negilgemmenl sur leurs epaules; noua
vimes aussi Jobn-Adam, le seul qui reste de I'equipage du navire Boun-
ty. Les cabanes de ccs insulaires ont deux etages , et sonl conslruitcs en
bois tres-fort qui a la couleur de I'acajou. Elles sent couverles de feuil-
les de plantain. Les instrumens aratoircs, constiuils avec du fer qu'ils
onl sauvi's du Bounty, sont Icllement uses qu'ils ne peuvenl plus ser-
vir. Ils ont des cochons ct des poules. II y a sept families compost'cs dc
55 individus qui vivent dans la plus parfaite barnionie. W.
f:UROPE.
ILES BRITAKNIQLES.
EoiMBOtiBG. — /4rls mecaniques. — La matierc la plus propre a don-
ner au granite un beau poli, est la poussifcre dc corindon, sortede spalb.
On la mdle, non avec de la circ, mais avec de la laque. Le poli qu'on
oblient est d'aulant plus beau et plus durable, qu'on a donne de soin a
cetle dernifcrc operation. II est essentiel que la poudre qu'on y cmploie
soil cxlremcment dure : c'esl par ce molil' que Ton a cboisi le co-
rindon. F.
LoNDRES. — Invention d'une nouvelle machine d vapeur, — M. Per-
liins, dont I'actiie Industrie est inl'atigable, u invent^ una nouvelle ma-
chine a vapeur, dont le niecanisme est fonde sur une propriete de la va-
EUROPE. 207
peur, receminent ducouvcrlc , ct a I'aide de laquelle on peut t'pargner
plus des sept Iiuillemes du combustible ct du poids. M. Perkins en a
construit unc dont le cylindre a deux pouccs du diamt;tre, ft qui a la
force descpt clievcux. L. S. B.
— Brevets d' invention, — M. Brunei a trouve le moyen d'atne-
liorcr les machines a vapeur employees a la navigation. 11 suppri-
nie le balancier, donne au cjliudre une disposition plus propre a la
transmission du mouvcmenl, ttobtient le mouvement de rolalim plus
directemcDt et avec unc nioindre perte de force motrice. Sa machine
conserve la regulaiite d'aclion , malgre les variations de la resistance
qu'elle eprouvc. Les chaudieres deviennent plus legeres de pres dcs
trois quarts de leur poids acluel. Le Coyer s'alimente dc lui-meme. Enlin,
I'appareil encombre beaucoup moins les embarcations : cttte construc-
tion contribuera sans doutc a multiplier les paquebots a vapeur. M. Bru-
nei a pris une palente pour ses nouvcllcs machines. Get artiste est Fran-
l;ai^; il est a rcgretter que sa palrie ne I'ait pas conserve. F.
— Bibliographic. — OEuvrcs potitiques et litlaraircs dc Nafoleon. —
Voici, d'apres deux journaux anglais, la liste dts ouvrages dont Napoleon
estauleur, et qui seront sans d out ereunis dans la collection des OEuvrcs d 6
ISiifoleon BonapariCy publiees a Paris, par M. Panckoucke. 1° Leltrede
M. Bonaparte a M. Mallco Bultafuoco, depute de la Corse a I'Assem-
blee nationale, ijgo, signee Bonaparte, et datee du cabinet de Millet, le
28 Janvier, an 2 de la liberte (1790). Elle se compose de 28 pages in-S",
sorties des presses de M. Fr. X. Joly, imprimeur a Dole, lorsque Bona-
parte elait lieutenant au regiment de la Ffere. II corrigeait lui-meme les
epreuves, et partait expres d'Auxonnc a 4 heuresdu matin pour se ren-
dre a Dole; apres ce travail ', il partageait le dejeuner de M. Joly, et rc-
tournait a sa garnison , vers midi. La distance est de S lieues de poste.
M. Amanlhon, de Dijou, en a un excmplaire qui fut donne par I'auleur
a une d.Tme d'Auxonne. 2" Ic Souper de Beaucairc. Avignon, journal sa-
bin , 1793. In-8° et anonyme. Tt" Rccueil general ct comptet des Icttres,
proclamations ., discours , messages , etc., dc Napoleon , 2 vol. in-8°. 4"
Correspondancc inedite , officietlc et con f idcnlieile de Napoleon Bona-
parte, 7 vol. in-8°; 5° les notes du volume intitule : la Batuiile d'Auster-
iilz, par le general autrichien, baron Stutlerheim, in-M"; (>" Manusorit
dc I'lle d'Elbc; des Bourbons en i8i5; Miinoircs dc Napoleon, livre 9;
7" Sur I' education des princes dusang en France; 8° Notes annexees au
Monileur, sur les traductions des journaux an;I.iis qui lui etaient soumi-
ses ; cfO Essni, pour un prix propose par VAcndcmic de Bcsancon; lo"
Ilistoire dc la Corse, en 2 volumes in- 12. Lorsqu'il elait en garnison a
ao8 EIJROPE.
Auxonnc en i^jjo, il cngagea M. Joly k venir t^ai^er avec )ui dc I'im-
prcssion de cct ouvragc. Bonaparte occupait alors, dans le pavilion dc»
casernes, unc chainbrc dont tout ramcubiemciit consislait en un mau-
vais lit, une tabic devant la J'enfitrc couverte dc livres et de papiers, ct
deux chaises. Un de ses frcres coucbait sur un matelas, dans un cabinet a
cote. Le libiaire cunvint du prix; niais Bonaparte I'ut envoye a Toulon,
et I'ouvragc ne i'ut pas imprime. 1 1" Rapport sur un instrument polygra-
phique, pour impriiner des eirculaires avec rapidite; 12° un mynuscrit
inaintenant en la possession du conite Dzialinski ; i3° Histoire de savie
•puMique , ecrite a Sainte-Helene, aujourd'hui en la possession ue ses
cxeculeurs testanientaircs. L. S. B.
LoNDRFS. — Beaux-Arts. — Tableau duproccs de ia rcine d' Anglclerrc ,
jjeint -par Georges Haytcr. — Apres deux ans et demi de travaux assidus,
M. Hayter vient enfin de terminer ce tableau , et il est expose aux re-
gards du public depuis le commencement d'avril. Le sujet, deja interes-
sant par lui-mcmc, acquicrt un nouvcau degre d'importance par la reu-
nion de plus de deux cents portraits, qu'on dit frappans de resstmblnnce,
des personnages Its plus distingues de la Grande-Bretagne. L'arliste a
choisi, dans le sixieme jour du procfes (2!) aout 1820), le moment ou le
comle Grey s'est leve pour intcrroger Tbeodore Majocchi, si connu par
sa reponse renouvelee presqu'a rhaque question : Non mi ricovdo. L'at-
titude du lord est aussi elegante el expressive que la ligure du temoin
italien est basse el hideuse. La reine, assise a droite de la barre qui forme
le devant du tableau, regarde ce temoin avec calmc et dignite. Elle a
prfes d'elle son conseil, oii Ton distingue M. Brougham, qui parait repon-
dre a une question que lui adresse M. Denman, autre ptrsonnage distin-
gue du barreau anglais. M. Vizard, solliciteur de la rcinc, serable pren-
dre part i leur conversation, tandis que le quatricme personnage dc cc
groups intercssant, M. Lushington , porte toute son attention sur I'in-
terrogatoire du temoin. Le procurourel le soUicitcur generaux lorment
un autre groupe dans I'inlerieur de la barre.
Tels sont les principaux personnages que l'arliste a distribues avec
beaucoup d'babllete sur le premier plan de son tableau. Le reste de la
nombreuse assemblee est repandu, tant sur les bancs des pairs, au mi-
lieu de la salle et des deux coles, que sur les tribunes laterales, et sur les
marches du trone qui lorment le I'ond du t^iblcau.
L'arliste devait rencontrer de grands obstaL-les dans rexiiculion de ce
vasle ensemble. La chambre des pairs, comme edifice, ne se prfile guere
a des effets piltoresques, car elle est depoui vue de tout orncment arclii-
tectonique. Les tapisserics el les djaperies sont d'une teiiite monotone
i
EUROPE. 2ot)
et fanee. Le ci'inire renibruni, d'ou descendi'nt d'enornies lustres de cui-
vre; les tribunes, construites sans grace et decorees sans goOt; le jour qui
entre de tous totes par dos fcnelrcs demi-circulaires , et se croise dans
rinterieur en sens divers; la disposition ordinaire de la sallc, oii les pairs
sont ranges sur leurs bancs droits et longs, de manitre a tourner neces-
Baireineut le dos a la scene principalc, formeiit aulant de difficullts quo
M. Hajter parait avoir heureusemcnl surmontees. Les journaux anglais
sont remplis de ses louanges. II y en a meme qui pl.-iccnt la produrlion
de leurcompatriotc bien au-dossus du tableau historiquedu meme genre,
execute par le premier peintre de notre siecle, et represontant le cou-
ronncmcnt de Jiapoleon. Qiielqucs critiques y trouvcnt neanmoios des
fautes assez graves; ils pretendent d'ailleurs que le ton des chairs est dur
ct sec. Nous ne pouvons apprecier la justesse de cette remarque, n'ayant
pas vu le tableau, et n'en connaissant qo'un croqiiis au trait dessine a la
liale. Mais ce croquis seul sufBt pour faire connaitre que M. Hayler me-
rite les elogcs qu'on lui a prodiguts sous le rapport de la composition.
II est a desirer que ['exposition publique de son tableau recomjiense
M. Hayter. Ce tableau avait ete commande par I'lionorable Georges
Agar Ellis, protecleur distingue des beaux-arts, pour la somme de i,5oo
livres sterling, ou 56,ooo francs. II — s.
— Dcssin. — Gravure. — Pendant Tele de 11S21, on desccndit la croix
de I'eglise Saint-Paul, pour la reparer et la redorer. Vn artiste liabile et
cnlreprcnant , M. Tbomas Homer, profita de cette circonstance pour
clever un observatoire a la place de la eroix, aGn d'offrir une especc de
panorama de cette grande cite ct du pays environnant. Cette entreprise,
qni n'etait pas sans danger, reussit, el M. Horner en oifrc aujourd'hui
les resultats au public. Son prospectus annonce quatre gravures magnl-
fiques, reprcsentant autant de vues de la villc, prises du nord, du sud, de
Test et de I'ouest, et accompagnees d'un texte descriptil'. II se propose
d'en faire tirer deux series : I'une, a la manierc noire, coutcra S guinees;
I'autre , colorlee comme le dessin , sera de 10 guinees. M. Horner est
Pinventeur d'un appareil , a I'aide duquel le pays le plus eloigne et le
plus coupe de bois el de inonlagnes peul Clre dessine avec la plus
grande Cdelite.
Hecueii ■periodique. — La premiere Ws'raUon da Liherai, journal pu-
blic par lord Byron , a ete frappee d'un bill d'accusalion. On soup9onne
qu'un poele, rival du chantrc de Lara , a suscite cette mesure, pour se
venger des diatribes lancees contre lui par I'editeur du nouveau recueil.
L. s. n.
Necrotogie. — Kemble. — L'Angleterre deplore la perte d'un des plus
T. xviii.— ^4v7i7 1823. 1}
21 o EUROPE.
grands acleurs tragiques que rEuro|)e ait produits ; M. Kemble tst mors
a Lausanne, dans les dernicrs jours de Kvrier. Kous almons a consacrrr
quclqucs ligncs a la meinoirc d'un homrue dont le talent donna de noii-
veaux charmes et unc energie nouvelle a la muse de Shakspcare, et qui
a «5te un si krillant orncment do la scene Iragique.
JoliD Philip Kemble naquit,en lySy, a Prescot, dans le Lancashire.
Fils aine de Roger Kemble, direcleur d'une troupe de coiuedicns anihu-
lans, ct fiere de la celebre actiice mistriss Syddons, ft de M. Cli.
Kemble, actcur habile, direcleur actuel dcs deux premiers thealrcs de
Londres , il maiiii'esta de bonne heurc un penchant decide pour la scene.
Gepcndant son p^rc, suit qu'il cut fait unu experience lachcuse de ccltc
profession, soit que dcs prejuges I'aveuglassent sur l<s dispositions de
son I'lU , mit tous Ics obstacles possibles a ce penchant inne, et destina
le jcune Kemble a Tetat ecclesiaslique. II I'envoya , a cet elFet, an scmi-
oaire Calholique remain de Scdgelej-Park, dans le comie de Stafford ,
puis 3 rUnivcrsile anglaise de Duuai, oil il ne tarda pas a se distinguer
par cette grace et cette facilile! d'eloeution qui devaient plus tard I'elever
k un si haut degre de superiorite. Fatigue de la contrainle des colleges et
pousse par un penchant irresistible, il abandouna ses etudes, revint en
Angletcrre, a peine age de vingtans, etse livralout enticr a la prolcssion
theatrale, jouant successivement a Liverpool, Yorck , Edimbourg et
Dublin. Pendant son sejour a Yorck, M. Kemble inlroduisit le goiit de
seances de declamation , ou il put deployer toutes les ressources d'un or-
gane pur et plein d'expresslon. II recUait quelques-unes dcs odes do
Mason, Collins et Gray, des conies palhetiques de Sterne, et d'autres
pieces populaires en prose et en ver?. A Edimbonrg, il fit une lecture
publique d'un disiours qu'il avait compose sur I'art oraloire, sacre et
profane, dans lequel il se montra excellent critique et homme de lettres.
Mais son merite n'etait pas encore suBlsamment apprccie : sa soeur lui
procura un engagement au theatre de Drurylane, a Londres , et il y de-
buta, en septembre 1783, dans le role d'Hamlet. Peu dc debuts se sont
anuonccs sous d'aussi favorables auspices. Une sorte de Icrreur reli-
gieuse, cmpieintc dans son maintien et dans toute sa pliysionoinie,
pari'.t eminomment adaptee au caractfere de ce role ; M. Kemble le joua
plusieurs fuis encore, ct en y deployant cbaque Ibis un nouveau degre
de profondcur. Depuis il a joue ou cree bcaucoup d'autres roles , toii-
jours d'une maniere remarquable : dans ceux de Coriolan, de Mac-
delli , (VUctavieti, il s'elevait jusqu'au sublime.
Ci- celebre tr.igique lul aiissi hibile admlnistrateur : successeur dc
11. King, daos la direction du theatre de Drurylane, il I'a dirige peu-
EL'ROPE. 2n
dani Luit annees. Eu i8oa, M.Kemble visita le continent, dans le but
d'ettidler les theatres franrais ct cspagflol , etd'cnrichir la sccoe anglaise
dfs bcaules tju'ils presenlenl. 11 a passti une annee entiere a Paris et a
Madrid, honore partout dn cette considcratioo, digne apanage du ta-
lent. A son relour, il aeheta unesixieme part de la propritte du theatre
de Covent-Garden el en devint directeur; il Ct preuve, dans ce dernier
poste, d'un jugemcnt sain et d'une connaissance approfondie de la scfene.
INoiisne diruns que pen rle mots de RI. Remble, comnie aiiteur drama-
tique. II a ele rarenient original ; presque toules ses pieces sont des imi-
tations, des ouvrages retouches ou entierement refondus, qui semblcnt
toujours sortir du metne moule. Pendant qu'il administra les theatres
de Londres, M. Keinble fit revivre plusleurs bonnes pieces, ct arrange:i
plusieurs des productions de rimmortel barde anglais, pour le goiit nio-
derne. Ses principales compositions sont : une tragedie intitulee Beli-
sairc; un poeme sous le litre de Palais do la Miscricoi'de ; The Farm-
House (^la Ferine) ; Celcdon and Floriiiiel (Celedon et Florimel) ; Tlie
Female Officer (la Femme Officier), et Ludci'sha , espece d'opera. Parmi
ses imitations ou ouvrages retouches. Ion remarque : Lout! in many
masks (les Deguisemens amoureux); the Pannct (le Bat); Oil's inipos-
sHiie (Oh ! c'est impossible) , etc. M. Kerable a aussi public, vers I'annce
1780, une petite collection de Poesies fugitives. II parait que le jour
meiue de leur publication, il fut si mecontent de les voir imprimees,
qu'il en detruibit tous les exemplaires qui tomberent sous sa main;
quelques-uns ayant cependant echuppe a cette proscription , peu d'an-
nees aprfes, un seul fut vendu. 5 1. 5 s. (environ 80 I'r.). L'lionneur et la
plus stride probite out constamment dirige M. Remble dans sa labo-
rieuse canierc. II faut leconnaitre dans tout ce qu'on a dit d'iujurieux
centre lui , ce langage abject de I'envie, qui se plait a poursuivre le viai
merite. Plusieurs biographes ont pretendu d tort que son mariage avec
mistriss Breretou n'avait tile qu'une affaire de calcul, un mojen d'aug-
menter sa fortune, et le simple resultat d'une ofifre de 3,ooo 1. (72,000 fr.)
qui lui fut faite, sous la condition de se marier sur-le-champ, par un
ministre d'etat, dont la fille avail con9u pour lui une vive passion.
M. Kemble, apres avoir eu si long-tems la direction des deux premiers
theatres de Londres, s'est retire sans fortune; nous ne pouvons sans
doute micux prouvcr son noble desinteressement. II n'a laisse a sa veuve
qu'un modeste heritage, fruit de ses economies et dis liberalites du due
de Northumberland , chez lequcl il avail trouve I'interet d'un veritable
ami. Ses corapatriotes ont d^ja ouvert une souscription pour I'erection
d'un monument public a sa miimoire. On compte parmi les principaux
■Ill El ROPE.
souscrijjleurs, les dues de Bt'dJbrd , dc Dcvonatiiie, dc ^lorthuiiiberlaaitt
le conitc d'Aberdeen , Ic marquis de Hertford) ioid [lulland, M. Can-
ning, etc. H — s.
UUSSIE.
Chimkk. — Fkodosie. — Eicempie dc lon^ivUe. — Dans celle ville vit un
porlc-l'aix , nomnie Soast Oglou , nd A ErzLTOuni en Armenie, en 171)2.
11 nionle les degres cominc un jeunc liomme ; I'annee derniere encore,
il portait un sac de i'arinc jusqu'au sommet d une colline. II a bon ap-
petil , et une excellente menioire. Sa barbe grise commence a deveiiir
noire a la racine, phenomene qui a dtja ele remarque cbez des person-
nes d'un age avance. II lui a pcrce trois nouvelks dents , depuis qu'ii ;•
accompli sa ccniieme annee ; mais il a perdu Touie. M Busche, conseil-
ler-d'elat, a fait le portrait de ce vieillard ; et le comte Langeron , gou-
venieur militaire , a voulu qu'il lui fut presente , ct lui a donne des
sccours. L. S. B.
Saint-Pktebsbodbc. — Socielo Bihlique. — La Sociele Biblique russe a
tenu sa seanrc publique annuellc, le 8 juillet 1822 , dans la grande sallo
du palais de Tauride. Lc prince Alexandre Galitzin, minisire des culles
ct de I'instruction publique , et president de la Sociele , a ouvert la
seance par un expose dea succes des Socieles Bibliques dans tout I'em-
pire. Les membrcs du conseil de la Societc biblique russcsonlau nom-
bre de 63 , dont un president , 22 vice-presidens , 3 vicepresidcns des
Socieles auxiiiaires , residant a Felersbourg; 01 direcleurs el (5 secretai-
res. La traduction russe du Kouveau Testament et du Psaulier a ele
poursuivie avcc activite en 1821, et le succes de la propagation de la
Bible est du , en grande parlie , au voyage entrepris la meme annee
par trois mcmbres de la Societe , pour I'inspeclion des Socieles auxi-
iiaires de la Russie.
— Moscoc. — Dans la seance du 28 septembre dernier, Ic comite de la
Societe Biblique russe a eutendu le rapport sur les quatre deruiers mois,
mai, juin, juillet et aoiit. II resulte de ce rapport : 1" qu'il a ele vendu,
a Moscou , 2762 exemplaires dc la Bible, duNouveau Tcstameut et de*
I'saunics en langue russe, pour la somme de 7/44 roubles 5o kopek» ;
2° qu'il en a ele envoje aux comlt(5s des Socieles auxiiiaires dc I'empi-
re. au nombre de 2io4 exemplaires, pour 10,570 roubles 10 kopeks :
total, 4)866 exemplaires , pour i8,5i4 roubles 60 kopeks. 0° 28 exem-
plaires ont ele distribues gratis aux pauvres. 4° Dans le nombre d'exem-
plaires vendus et envoyes , il se trouve 1268 exemplaires de la Bible et
du Kouveau Testament, nouvclleineut imprimes en langue polonaise.
6° La publication de» Psaumcs en langue russe sc fait aux I'raii d« la
EUROPE. 21 5
Societe de Moscou , qui vient de preparer aiissi une secondc edillon de
la traduction russe du Nouveau Testament , avec le loxtc slavon. 6° Trois
menibres du cornite, MM. Kcliitiavo , general - major ; Gortchakol',
conseiller du col'.tSge, ct Azanlchevsky , conseiller de cour, so sont im-
pose la taclie de visiter les prisons , les hopilaus et ies dcmeures de?
jiauvres, et dc leur procurer les Saiiites-Ecritures. 7" Le comite de Sl-
Piitersbourg a communique a celui de Moscou plusicurs nouvelles rela-
tives aux succ^s des Socielt's Bibliques dans les aulies pays. ( Voyez ,
sur las Socieles BMiques russos , Rev. Eno. , T. I'^j pag. 174 <?' 356;
Tom. Ill, pag. 167 el 670; Tom. VI , pag. 2i4; Tom. VII, pag. 608 :
Tome IX , |)ag. 38t ; tome XII , pag. 652 ; tome XV , pag. 190.)
— Societe dcs Amateurs de la Litleraturc russe. — Dans la seance ordi-
naire du 8 juin 1S22, sous la presidence de M. Procopovilch-Jnlottsky,
et en presence de M. Dmttrief et du Pr. Dolgorouhy ■, membres bono-
raires, M- Zagoskin, mcmbre nouvcllement elu, a exprirae sa recon-
naissance a la Soriete , par un discouis ou il a expose rapidement ics
•progris du theatre russc , cl la translation des caracleres tragiques ct
comiques dc la scene d'un fcupie sur cetle d'un autre. M. Masslof lut
ensuite unc imitation d'un pr.aume dc David, par Cbalrof; M. Mer-liw
rof, sa dissertation sur la maniere d'analgscr les productions litlirai-
rcs ; M. ISovikof, une piece de vers du prince Dolgorouky , intitulee:
Coup d' mil d'un vieillard sur le couclier du soteil; M. Netchaef, le
P r interns , piece de vers; M. Pissaref, un morceau de poesie, intitu-
le : les Rives du Don; M. Maharof, limine, conle; M. VasHi Pouchhin,
une traduction d'une ode dTlorace a Melpomene, par Kapniste, mem-
bre bonoraire ; M. Novihof, une elegie; M. Netchaef, une epitre dc
Pissaref a Mich. Dinitrief; endn , M. Fasili Pouchkin, une fable.
M. Philimonof, membre actif , a offert a la bibliothfeque de la Societe
deux volumes de ses oeuvres. S. P — y.
Saint- Pktehsbourg. — Litterature. — Le comte Khvastof , avanta-
geusement connu par ses fables, imitees de La Fontaine, par ses Poc-
sies lyriques et didaetiques, et surtoul par sa traduction en vers des
classiques frangais {{'Art poet-ique de Boileau, et V .indromaque de
Racine), vient de ftiire paraitrc, au commencement de cettc annee, un
poeme tres-inleressani, qnicontient plus dc 700 vers alexandrins, et qui
est intitule : ies Navigateurs russes dans la mcr G<aciafe. I'lusieurs frag-
raens de cet ouvrage ont ete lus a I'assemblee mineraiogique de Saint-
Petersbourg, le i5/27 Janvier, et ont ete generaleraent applaudis par
un public choisi et nombreux, Le but, qui en est trfcs-louable , est de
montrer I'ulilite des voyages loiotaius pour les sciences ct pour I'huDM-
2i4 EIROPE.
nili-. Les pen^ecs sotil en general fort belles ct cupiimecs siins aucune
enflurc. Un passage conlre I'esprit deconquele, est icril avec bcaueoup de
leu, el senible dicle par les plus nobles sen'timens. Los dcseriptions de
i'ouragan, du tiplion, des giaces de I'Ocean, sonl copiees d'apris natu-
re. Cc pocme prouvc, dans son ensemble, que I'auleur a fait une 6lude
spptofondie des beaux niodelcs de I'antiquitc et de I'ecole fran^aise.
Gut.HlEI.MY.
POLOGNE.
Histoirc nalurcUc- — Ossenicns fossUcs. — La monlagnc de Ilrouislava,
qui excite deja un vif interet a cause du monument erige a Kosciusko,
vient encore de fixer ratlcntion des uaturalisles. Dans les fouilles occa-
sionnees par rachevemcnl des travaux, on a decouvert dans la roche cal-
eaire, et a dix aunes de prol'ondeur, une tpine dorsale d'une dimension
extraordinaire : clle a i 2 aunes de longueur. Aussitot que les savans en
auront fait I'objet de leurs etudes, le public sera instruit du resultat que
la sticijce peut en espercr. Ph. G.
SUEDE.
Necroiogie. — Le iiaron Satnuei Gustave Ilermelin. — Ce savant et
philanthrope suedois naquit a Slockholm, en tj-i^, d'un pere elcve ii la
dignite de seiiateur du ro\'aurae. Use deslina a I'adminislration des mi-
nes cl des usines , et visita d'abord les principales exploitations de la
Suede. II fit cnsuite des voyages en Aliemagne, en France, et aux Elals-
Unis, oil le gouvernement suedois I'avait charge d'unc mission politique.
A son retour d'Amerique, il pareourut I'Angleterre, vers la fin de i'84*
Ces voyages lui inspirercnt le de.-iir de perfection ner la gcographie et la
slatlstique de la Suede, qui lui parurcnt moins avancees que celies des
p.'iys qu'il avait visites.Au moyen de rerherches qu'il fit faire a ses fraij,
il put corrigerla carte de la Westro-Botlinic et dc la Laponie,ct ce fill le
commencement d'une grande entrepris^e geographique a laijuellc il con-
sacra quinzc annees de soins et une grande partie de sa fortune. Mallieu-
rcusement, apres la publication des 26 premieres carles, ses ressources
pecuniaires clant epuisees, il fut contrainl de ceder a une compagnie la
suite de son travail qu'il ne cessa pourtant pas de diriger, en.sorte qu'a-
vant de terminer sa carriere, il put voir acheve cet atlas dc la Sutde, ve-
ritable munumeol eleve aux sciences et a la palrie. Dans le cours des re-
cherchcs que la construction des cartes reodait necessaires, il avait etc
frappe dc la pauvrete des liabitans du nord de la Suede; il con<;iit le pro-
jet dc leur procurer de Douveaux moycns de sub^islancc par I'cxploila-
EUROPE. 21 >
li n des mines de fer, si abondantcsdans ces contrees. Trols forges s'cle-
verent dans la Bolhiiie, des routes furent ouverles, les communications
par eau dcvinrent plus I'aciles, des colons J'urent appeles, ct des cultu-
res s'etablircnt. Toutes ces ameliorations etaient failes par M. Hennelin,
ct a ses frais; mais clles ne furent point sccondecs. Des obstacles acci-
dentels les arreterent, les ressources du pliilantrope furent epuisces de
nouveau, ct ses proprietes passercnt en d'autrcs mains. Le seul dedom-
niagement qu'il oblint, Cut une medaille que le college des nobles fit
frapper en son honneur, avec cette icgendc: offcrt a Hermelin par ses
coneiloyens ct amis, pour avoir fait mieux connaitre noire patrie, et
pour avoir peupte des deserts. — ■ L'Acadcniie des sciences de Stockholm
lul ouvrit ses portes en lyji, et cette societe fit en lui une acquisition
doublement avantageuse; cai: il etait toujours piet a coopercr de ses ta-
Kns ct de sa fortune a toutes les entreprises utiles. — En i8i5, il quitta
I'adrainistration des mines, apres 54 ans de service Non-seulemcnt son
traitement lui I'ut conserve, mais les etats y ajouterent une pension de looo
rixdales. Et toulefois, il etait pluspauvre, en quittant cet emploi, que
lorsqu'il y etait arrive. Mais il cmportait dans sa relraite le souvenir du
bien qu'il avail fait; et cela siiffisail pour lui faire trouver un bonheur
dont il ne jouit pas longtems. Le 4 ma' 1^20, la mort I'enleva a sa
patrie, a ses amis et aux sciences. Les ouvrages de M. Hermelin sent
conlenusengrandc partie dAnslea M emnires del' A cademie de Stockholm.
Voici les litres de ceux qui ont ete imprimes separement : i" Sur la fonte
des minerais de cuivre; 2° Sur remploi des pierres que fournissent les
carrieres de la Suede; 5° Sur les r'"ssources des differentes provinces de
la Suede; 4° Tableaux de la population et de I'industrie de la Weesto-
Uothoie; 5° Essai d'une description mineralogique de la Laponie et de la
Wcstro-Bolbnie ; 6" cnfin, les Carles mineralogiques des provinces dit
sud de la Suede. {Extrait du Bulletiti des sciences, a° 1.)
ALLEMAGNE.
KosraiTZ. — Ossemenshumains fossiles. — Des observations d'un grandi
interet oat ete faites dernierement en Allemagne par M. Thomas Wea-
ver, sur des ossemens humains qu'on a trouvesconfondus avec des os de
grands et petits anim^uiL, le& uns carnivores, les autres d'especes eteinles
depuis long-tems; cette masse informe, cnveloppee dans un limoa dur-
ei, etait ent'oaie dans des fcntes ou cavites dependantes autrefois de car-
rieres siluees dans un terrain bas sur les bords de la riviere Elster, prfes
de Kostriti. Ces fails, et d'autres du meme genre, sont consignes a»ec
ai6 EUROPE.
dcs observations dc M. Wcrucr, dans Ics Aiuialcs de pitilosophtc.
L. S. 15.
OtDEMBouKC. — Mcdccinc. — Ln regcnce de cctte ville a propose un
prix de 200 ducats dc Hollandc, pour lu mcilleure rcponse aux questions
drossees par le college medical d'Oldenihourg, et publiues en allemand
et en latin, conccrnant la nature el la contagion de la fievrc jaune. La
regence invite en lueme tems les meJecins de toules les nations a con-
courir pour/;c prix.
liBEji.Au. — Universitc. — La faculle de tlu-ologie catholique a pro-
pose, pour sujel d'un prix a decerner au inoi.^ d'aoiil, la question suivan-
te : Quibus nolis disccrnantur jura piin>atis ecclesiae caiholicx essen-
lialia ab accidcniatibus. L— o.
Dab.mstadt. — RecHcils periodiques. — Le journal publie sous le titre
de Monuts Schrift fur PredigerWissenschaftcn, continue a s'acfiuerir
Tcsitime dcs ecclesiasliques et dcs gens du nionde. Le Iroisicjme volume
est acbev»!. Les principaux collaboraleurs sont : MM. Bockel, Dietsch,
de Gebrcn, Graff, Huffel, Lampert, Lclimus, Lomlcr, Marlyni-Laguna,
Kebe, Sartorius, Schlez, Volbeding, VVcimicb, Welkcr, Winner, Ziin-
mcr, etc. Cliaque cahier contient cinq divisions : 1° Dissertations; a"
Travaux pratiques; 0° Annonces litteiaires; 4" Kouvellcs hisloriques; 5"
Melanges. Tous les nioisj il parait un no;iveau volume.
Halle, — On annonce, comme vcnantde paraitre, i^le onziime cahier
du Journal de littcrniure, des arts ct des modes, etc. ; 2" les 6o'ct 61' des
Notices sur i'hisioire actueilc et sur la medccine de Froriep ; o" le o.t-
zieme cabicr des Epiiemcrides , de gcographie ct dc statist iquc; 4° Ic
quatrieme cahier du sixieme volume du Magasin general des jardins ;
5° enGn, le troisieme cahier du vingt-deuxleme volume de la Connais-
sancc des peiiptes ct des pays { Lander und Volker Kunde ).
Beblin. — L'adminislralion geuerale des posies a fait iraprimcr un ta-
bleau de tous les journaux poliliques, litleraires et scienlifiques dont la
lecture peut inleresser les habilans de la Prusse; elle y a joint les prix
d'abounemcnt. Cc tableau contient en tout ^'J journaux d'Allemagne,
dont 5o appartiennent au Nord et 23 au Sud. Par un contrastc singulic r,
cc tableau en adiuet deux seulement pour I'Auiriche, tandis que, pour
la Prusse, il fait meulion de 27. La France y est pour 5i journaux ,
dont 9 seulement paraisscnt a Paris. Ou se dematidc ousont les journaux
de departemens qui meritcnt ainsi i'altenlion de la Prusse? Ces recueils
bont-ils politiqucs ? ils ne sont que le reflet des journaux dc Paris;
sont'ils litleraires? ils ne sont que des proces-verbaux de seances d'Ara-
dctnics ; cl I'on sera fori etoumi, taas doule, en Piauct, que dc Berlin
FUROPE. 317
Ton ak npcrru vingl-dcux gazettes departcmenlalesj donf la pluparl
echappent a la vue des Parisicns. Lc 'J'ablcau de radnainistralron des
postcs porte i4 journaux anglais; 11 sur les i4 s'itnpriment a Londres.
L'llalie figure pour 11 recueils, I'Espagne pour 5 , le Portugal pour 7,
la Belgique pour 9, la Suede pour 4? le Danemarck pour 3, la Russia
pour 6, la Pologne aussi pour 5; cnCn , on y remarque un Journal
latin, public