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REVUE
ET
GAZETTE MUSICALE
DE PARIS
RÉDIGÉE PAR MESSIEURS
G. BÉNÉDICT,
DAMCKE,
LÉON KREUTZER,
HECTOR BERLIOZ,
DUESBERG,
MATHIEU DE MONTER,
ED. BERTRAND,
LÉON DUROCHER,
ED. MONNAIS,
ADOLPHE BOTTE,
ELWART,
TH. PARMENTIER,
MAURICE BOURGES,
FÉTIS père,
ARTHUR POUGIN,
OSCAR COMETTÂNT ,
GUSTAVE HÉQUET,
SAINT-YVES,
MAURICE CRISTAL,
GEORGES KASTNER,
PAUL SMITH.
TRENTIÈME ANNÉE
1868
PARIS
AV BXJUKAXJ DU JOURIVAIy, I, BOUIiœVAB» «KS ITAIilBWS
18G3
TABLE DU TRENTIÈME VOLUME
REVUE
ET
GAZETTE MUSICALE
TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES.
Académie âes BeanX'Arts.
(institut be frahce.)
Jugement du concours de composition musicale, 214.
Nomination de M. F.-F. de Valdemosa comme membre
correspondant étranger, 230.
Nomination de M. Gaétano Gaspari, en la mémo qua-
lité, 238.
Liste des ouvrages envoyés par les musiciens pension-
naires de l'Académie à Rome, 310. t.i:H'?iJ-iê';5'l
Prix fondé par Charlier pour encouraseinent des compo-
sitionb de musique de chambre, décerné a M. Aug.
Morel, 318.
Séance annuelle; ouverture; cantate; éloge d'Horace
Vernet par M. Beulé, art. de P. Smith, 323.
Nomination de M. Joseph d'Ortigue comme membre
correspondant, 3i2.
La musique au banquet annuel offert par les Associa-
tions d'artistes à IM. le baron Taylor, 169.
AUTEURS ET COMPOSITEURS DRAMATIQUES.
Assemblée générale annuelle; deux réunions; discussions
orageuses, ICG.
GENS DE LETTRES.
Assemblée générale annuelle, 54.
ARTISTES MUSICIENS.
Séance générale annuelle de l'Association, 150.
L'assemblée; le banquet, 156.
Remerciments adressés par le comité à M. Strauss pour
le droit payé au profit de la caisse de l'Association
aux bals de l'Opéra, 4l/i.
AUTEURS, COMPOSITEURS ET ÉDITEURS
DE MUSIQUE.
Vote du syndicat en faveur des ouvriers malheureux de
l'industrie cotonnifcre, 45.
Assemblée générale annuelle, 198.
Extrait du rapport, 238.
ORPHÉONS.
Séance musicale donnée à la salle Barthélémy par l'As-
sociation des Sociétés chorales de la Seine, 87.
Concert annuel de la Société chorale de Saint-Denis,
110.
Concours d'orphéons, de musiques d'harmonie et de fan-
fares, à Puteaux, art. d'E. Mathieu de Monter, 163.
Première et deuxième séances annuelles de l'Orphéon de
Paris, au cirque Napoléon, 190, art. signé P. S., 203.
Concours d'orphéons, de fanfares et de musiques mili-
taires à Suresnes, art. d'A. Elwart, 210.
Grand festival au cirque de l'Impératrice, 414.
Anditions musicales de Paria.
(Voyez aussi Concerts.)
Séances de musique de chambre d'Alard et Fran-
chomme, art. d'A. Botte, 34, 68,
Séances de musique de chambre d'Armingaud et Jac-
quart, art. d'A. Botte, 34.
Séances de musique de chambre de Ch. Dancla, art.
d'A. Botte, 11.
Séances de quatuors français de M. Albert Ferrand,
art. d'A. Botte, 115.
Soirées musicales de Mme Escudier-Kastner, avec le
concours de Vieuxtemps et d'A. Batta, art. d'A. Botte,
27, ,34, 4:^, 50.
MATINÉES, SOIRÉES, CONCERTS, ETC.
Adlcr (Vincent), art. d'A.
Botte, 68.
Aptomnias, id., 50.
Barnard (Mlle L.), 119.
Batta (A.), art. d'A. Botte,
107.
Beaumetz (Mlle M.), id.,
11.
Becker (J.), id., 74.
Id., art. signé S. D., 107.
Béguin-Salomon (Mlle), art.
d'A. Botte, 130.
Bélin de Launay (MUeW.),
id., 91.
Bessems (A.), id., 130.
Billet (A.), id., 140.
Binfield (H.), H".
Borelli, art. d'A. Pougin,
150.
Brisson (F.), art. d'A. Botte
146.
Caussemille (Mlle 0.), art.
d'A. Botte, 154.
Cazaneuve (E.), id., 146.
Clauss sœurs (Mlles), id.,
27.
Colin (Mlle M.), id., 130.
Colonne (E.). id., 130.
Dancla (L.j, id., 130.
Dien (A.), art. d'A. Pougin,
118.
Dombrowski (H.), 126.
Dumon (J.), art. d'A. Botte,
68.
Eichberg (Mlle B.), id., 74.
Elie (Mlle M.), id. 42.
Farrenc (Mme), id., 74.
Gariboldi (G.), id., 140.
Giroud de Villette (Mme),
id., 146.
Goldner, id., 130.
Gouffé (A.), id., 107.
Grœver (Mme M.), id., 50.
Id. (2" concert), id., 107.
Guibert-Jung (Mme), id.,
91.
Hammer (R.), id., 130.
Hartog (E. de), art. signé
S. D., 107.
Harder (Mlles, M. et N.),
art. d'A. Botte, 50.
Hocmelle (E.), id., 74.
Id., 130.
J.icobi (G.), id., 91.
KatoCf (Mlle H. de), id.,
140.
Ketterer (E.), id., 42.
Kruger (W.), id., 83.
Lebouc (C), id., 130.
Luigi (MmeC. de), id.,91.
Mackenzie deDietz (Mme),
118.
Mattel (T.), 167.
Murer (Mlle L.), art. d'A.
Botte, 130.
Mutel (A.),id., 34.
Nabich, id., 130.
Nicosia (S.), id., 154.
PfeifTer (G.), id., 50.
Portehaut, id., 146.
Prudent (E.), id., 83.
Remaury (Mlle C), id.,
91.
Rio (Bernhard],id., 115.
Romano (J.), id., 91.
Sabatier-BIot (Mlle), id.,
115.
Saint-Saëns (C), id., 91.
Sauret fies fr.), id., 74.
Schœn (F.), 102.
Id., art. d'A. Botte, 130.
Schoultz (MUeE. de), id.,
74.
Schumann (Mme C.)., id.,
68.
Id., 91.
Sivori (C), id., 169.
Szarvady-Clauss(Mme),id.,
74.
Id., 91.
Telesinski (J.), id., 130.
Ten-Brink, id., 91.
Thalberg (L.),l"-eet2eséan-
ces id. 129.
Tiéfensée '(Mlle C. de), id.,
154.
Trautmann (Mlle M.), id.,
154.
Vailati (J.), id.,140.
Wieniawski (J.)., id, 115.
Wocher(MlleJ.de),id.,42.
Zompi (D.), 174.
B
Blbliosrapljiic.
I La Plainte du pitre et l'Avenir est à Dieu, romances
par Dassier, 7.
Le ISal, valse de Desgranges, et les Horloges de la foré
Noire, de Strauss, arrangés pour quatre mains, 23.
Romance sans paroles de Thalberg, par A. Frelon, et
l'ouverture de la Sirène, par A. Durand, arrangées pour
piano et orgue, 23.
Partition de piano et chant de Béatrice et Bénédicl,
opéra de Berlioz, 38.
Du travail et du pain ? élégie, paroles et musique de
l'abbé Touzé, 39.
Nocturne pour piano sur la sérénade du Barbier, par
Bernhard Rie, 46.
La Gioja insolita, valse de Strakosch, arrangée pour piano
par H. Wolfart, 46.
Marguerite, chanson florale, de Beethoven; l'Oiseau,
conversation de John Field, 54.
llelle de nuit et Elfrida, par A. Godard, 02.
Les Entrées triomphales, chœur pour voix d'iiorames,
par E. Jonas, 78.
Offertoire du saint jour de Pâques; trois offertoires et
trois ccmmunions, pour orgue, par Ed. Batiste, 87.
Conso/ciJion, pour piano, par J. Herz, 87.
Mignon regrettant sa patrie, mélodie de M. Roberti, 87.
Chanson du printemps et Soir d'été, mélodies d'Albert
Lhûte, 94.
La Taglioni, danse de salon, par P. Stutz, 94.
Une Course au clocher, et la chanson du Berger, mélodies
pour piano, par Ch. Manry, 102.
Le Trésor des pianistes (4° hvraison),l02.
Berceuse et ^nazurlia ( souvenirs de Berlin ), par
F. Schœn, 111.
Un' aura OHîocosa, romance de Cosi fan tutte, trancrite
pour le piano par A. Godard, 111.
Fantaisie pour le violon sur Marlha, par Guichard, ^34
Ronde du Brésilien, par Offenbach, 158.
Alléluia, pour voix de basse, par F. Lavainue, 183.
La prière d'une vierge, morceau de salon pour piano,
par Mme Badarzewska, 190.
La Marche des Cipayes, pour piano, par E. Chabrier,
198.
Schiller-Marche, de Meyerbeer, arrangée pour la musique
militaire, par L. Chic, 214.
Pollca du Brésilien, par Arban, et Valse des Bavards,
par Musard, arrangées pour le piano à quatre mains,
222.
Prélude, pour orgue ou clavecin, par F. Danjou, 222.
La Pèche au trident dans le golfe de Naples, chœur à
quatre voix d'hommes, par C. Manry, 231.
Morceaux détachés de la partition i'UamIet, de V. Jon-
cières, 253.
Deux morceaux pour violon, par Delavault, 270.
Recueil d'airs nationaux espagnols, pour chant et piano,
par San-Esteban, 270.
Ouverture en forme de marche, de Meyerbeer, arrangée
pour petit orchestre, 286.
Le Trésor des pianistes, (5» livraison), par A. Farrenc,
294.
Marche funèbre, de Beethoven, pour piano à deux et à
quatre mains, 310.
La Pensée, pour piano, par Mlle J. Caye, 310.
Traité des intonations, par Aulagnier, 310.
Ecole complète du piano, par Patrice Valentin, 334.
Les Fleurs de la danse, pour piano, par Valiquot, 334.
Symphonie concertante, pour deux violons et violoncelle,
par Ch. Dancla, 350.
Partition du Comte Ory, pour piano seul, 358.
Souvenirs de l'opéra français, par J. Rummel, 35S.
Un Service d'ami, opérette d'Hocmellc, 359.
Ballet des Scythes, de Gluck, transcrit pour le piano
par le Couppey, 366.
Harmonies, de M. J. Cressonnois (3" volume) , 382.
Répertoire du chanteur (3' volume), par H. Panoffka, 382.
Boléro el Berceuse, pour piano, par Palmer, 332.
Tarentelle, pour piano, par V. Adler, 390.
Duo pour le piano, :\ quatre mains, sur les Bavards,
d'Offenbach, parE. Wolff, 390.
Mon Pauvre Cceur, transcription pour piano, par Ponce
de Léon, 308.
Un Othello, opérette de Legouis, pour chant etpiauo,398.
Souvenir de Rouai, morceau de salon, par Marmontel, /i05.
Rêveries déjeune flJle, pour piano, par P. Gerville, (i06.
La Prima Donna, valse de concert, par E. Ettling, 406.
Textes du nouvel office de l'Immaculée Conception, com-
posés en plain-chant, par F. Clément, 406.
Loto musical, par Mme Pilet-Comettant, 414.
Viens belle nuit, caprice pour harmonium, par S. Pouce
de Léon, 414.
PDBUCATIONS DIVERSES.
Petites Clironiques de la science (2' année), parH. Ber-
thoud, 22.
Annuaire de la noblesse de France, par Borel d'Hau-
terive, 23.
Derniers Souvenirs et Portraits, par F. Halévy, 46.
Biographie universelle des musiciens (5* volume), par
Fétis, 62.
Notice biographique sur F. Halévy, par Ad. Catelin,.llS.
Annuaire spécial des musiciens et des artistes, 150.
La :3Iusique au théâtre, par A. L. Maillot, 166.
La Musique à Paris, par MM. A. de Lasalle et Ev. Thoi-
nan, 231.
Les Civilisations inconnues, par 0. Comettant, 231.
Lettres de Félix Mendeissohn (2° volume), 270.
Histoire du piano, par Weitzmann, 294.
La Gamme des amours, par 0. Comettant, 358.
La Musique, poème d'humoriste, par Courtat, 358.
Les Anciennes Maisons de Paris sous Napoléon, 111, tiw
Lefeuve, 399.
Bîograpliies.
Vieuxtemps (Henri), extrait de la Galerie biographique
des musiciens belges, 3.
Chopin, art. de Louis Enault, 20.
F. Halévy, Sou\'enirs d'un ami pour joindre à ceux d'un
frère, art. d'E. îlonnais, S9, 97, 113, 137, 153, 161.
Paolo Giorza, art. d'A. Pougin, 187.
Floquet, art. d'Arthur Pougin, 193, 209, 234, 244, 265.
Hérold (Louis-Joseph-Ferdinand), extrait de la Biographie
universelle des musiciens, par Fétis père, 219, 268.
Martini, art. d'A. Pougin, 387, 394, 401.
Concerts à IParîs.
(Voir aussi Attdilions musicales.]
Soirée pour audition d'instruments de concert, donnée
par la maison Pleyel, Wolff et G", 6.
Audition de Vieuxtemps dans un salon, art. signé P. S.,
11.
Soirée musicale donnée par Mlle Péan de la Roche-Jagu,
dans la salle du Grand-Orient, 14.
Matinée de la Sociéti nationale des beaux-arts, art.
d'A. Botte, 27.
Soirée intime donnée par Mlle Schultz chez sa mère,
38.
Soirée musicale chez M. Marmontel, art. de Paul Smith,
41.
Séance musicale donnée par Mme Erard, 45.
Société nationale des beaux-arts, art. d'A. JBotte, 50.
Matinée musicale au profit des ouvriers de la Seine-
Inférieure, dans les salons de Mme la comtesse de
Ridder, 54, 62.
Soirée musicale dans les salons de la Revue et Gazelle
musicale,^ 62 .
Soirée musicale aux Tuileries, dans les appartements de
S. M. l'Impératrice, 69.
Concert à la cour, 77.
Réception artistique de M. le comte de Nieuwerkerke,
77.
Séance musicale dans les salons du Cercle des sociétés
savantes, 78.
Deuxième concert à la cour, 86.
Troisième concert, 93.
Deuxième soirée musicale chez Mme Erard, 94.
Matinée musicale chez M. Ettling, 94.
Festival annuel donné par Arban, art. signé P. S., 100.
Concert de la loge des Frères-unis-inséparables, art.
d'A. Botte, 101.
Soirées musicales chez le préfet de la Seine, 101 .
Soirée artistique dans les allons de Mme Alexandre,
102.
Soirée de musique religieuse chez M. le préfet de la
Seine, 109.
Matinée musicale donnée par Mme Clara et par M. Geor-
ges Pfeitfer, 118.
Soirée musicale chez le photographe Nadar, 118.
•Troisième soirée musicale chez Mme la baronne de
Meyendorf, 126.
Matinée pour l'audition des élèves de M. Bergson, 126.
Soirée musicale donnée par Mlle S. Prudhomme au Cer-
cle des sociétés savantes, 142.
Premier concert do la Société académique de musique
sacrée, art. d'A. Botte, 146.
Audition de fragments d'Eamlel, musique de M. V.
Joncières, art. d'A. Elwart, 147.
Audition des élèves de W. Kriiger dans les salons d'E-
rard, 150.
TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES.
Séance de clôture du cours d'ensemble de Mme Clara
Pfeiffer, 150.
Soirée musicale chez S. Exe. le ministre d'Etat, 158.
Concert au profit de l'Association de bienfaisance de
Notre-Dame des Arts, 166.
Audition, h la salle Herz, des élèves de M. Francis
Wartel, 231.
Audition du 3' quatuor de Ch. Manry (musique de
chambre), art. d'A. Elwart, 365.
Concert donné dans la salle de la Sorbonne, au béné-
fice d'une Société de bienfaisance, 390.
Concert de la société philanthropique savoisienne à
l'Hûtel de ville, 398.
Audition chez Adolphe Sax, art. signé Y., 403.
Séance delà Société des Enfants d'Apollon, 406.
Société des concerts du Conservatoire, 54.
Id. art. de L. Durocher, 59.
M. art. de L. Durocher, 99.
Concert du jour de Pâques, 118.
Concerts extraordinaires, 398.
Election de M. G. Hainl comme chef d'orchestre, 413.
Concerts populaires de musique classique au cirque
Napoléon, art. signés P. S., 11, 33, 41, 78, 87.
Avant-dernier concert, art. signé P. S., 100.
Concert spirituel, 109.
Derniers concerts de la saison, art. signé P. S., 132.
Reprise des concerts, art. de Paul Smith, 348, 355,
365, 370, 390, 398.
Audition de E. Diémer dans une sérénade de Mendeis-
sohn, 414.
Société des concerts de chant classique (fondation Beau-
lieu), 4° année, art. signé P. S., 122.
Séances de musique de chambre de la Société nationale
des beaux-arts, 381, 390, 398.
Séances populaires de musique de chambre de MM. C.
Lamoureux et E. Rignault, art. d'A. Botte, 68, 393.
OPÉRAS DE SALON.
Il était une fois un roi, opéra-comique représenté au
cercle de l'Union artistique, 190.
Conservatoire impérial <1e lUQsiqtne
et de déclamatio».
Examens pour l'admission des élèves aux concours de la
fin de l'année, 190.
Concours à huis clos, 222, 228.
Concours publics, 234.
Id. .^rt. de Paul Smith, 241.
Séance solennelle, art. de Paul Smith, 249.
Concours d'harmonie et de composition pour les élèves
des classes militaires, 366, 374.
Réimpression des ouvrages classiques consacrés à l'en-
seignement, 383.
Commission d'examen pour l'admission des élèves mili-
taires, 398.
D.
SKépartejinents.
THÉÂTRE, CONCERTS, NODVELLES MUSICALES, etc.
Agen. — Concours d'orphéons et de musiques instru-
mentales, art. d'A. Elwart, 171.
Arkas. — Concert donné par Mlle Marie Sax et
M. Taffanel, au profit des pauvres, 406.
Bordeaux. — Inauguration des concerts du Cercle phil-
harmonique, 14. — Résultats du concert de la So-
ciété Sainte-Cécile, 182. — Festival du Cercle litté-
raire et artistique, 199. — Célébration de la Sainte-
Cécile à Notre-Dame, 391. — Concerts populaires de
musique classique, 399.
Booolgne-sijr-Mer. — Inauguration du nouvel établis-
sement des bains, 214. — Concert de Thalberg et
Godefroid, 263. — Concert de Vieuxtemps et de miss
Arabella Goddard, 294. — Concert annuel pour les
salles d'asile, â82.
Caen. — Représentation de l'Amour d'un trombone,
petit opéra nouveau de M. Croisilles, 103.
CoLMAR. — Inauguration de la saison théâtrale, par
un opéra en dialecte alsacien , les Trois Noces dam
la vallée des Balais , musique de J.-B. Wekerlin ,
309.
Dijon. — Projet d'érection d'une statue h Rameau, 263.
Lille. — Reprise de Charles VI ; exercice des élèves
du Conservatoire, 151. — Distribution des prix de
cet établissement, 270.
Limoges. — Inauguration du grand orgue de la ca-
thédrale, 134.
Lyon. — Réouverture du grand théâtre par Robert le
Diable, 303. — Mme Cabel dans l'Étoile du Nord,
350. — Rentrée de Mme Cabel dans le Pardon de
Ploérmel, 4O6.
Marseille. — Distribution des prix du Conservatoire, 7.
— Représentations de Mlle Sax, 79. — Représenta-
tions de Mme MioUn-Carvalho, 144, 151. — Repré-
sentations de Mme Cabel, 167. — Grand festival or-
phéouique au profit des ouvriers cotonniers, 199. —
Réouverture du Grand-Théâtre, 287. — Début de
Depassio ; représentation du Jugement de Paris,
ballet nouveau de Montplaisir, 350. — Représenta-
tion du Propliéte, 414.
Nice, — Concerts d'Ernest Nathan au bénéfice des ou-
vriers rouennais et des pauvres de Nice, 62. — Re-
présentation de la Favorita, au théâtre italien, 63.
Concert donné par Mme la baronne Vigier (Sophie
Cruvelli) au bénéfice des pauvres, 79. — Débuts de
la troupe française, 327. — Réouverture du théâtre-
Italien, 335, 367.
RoDEN. — Première représentation du Sergent d'Ouis-
ire/iam, opéra-comique en un acte, musique de C.
Caron, 94. — Fête artistique dans la nouvelle église
de Sotteville, 183. — Concours orphéonique, art. si-
gné B. M., 291. — Concert de bienfaisance, 390.
Saint -Germain-en-Laye. — Matinées musicales de
Mme Mackenzie de Distz, 158.
Strasbourg. — Première reiiréientation de la Bohé-
viienne, de Balfe, 14. — Grand concert au bénéfice
des ouvriers de l'industrie cotonnière, 78. — Corres-
pondance signée Y. : Festival, 203.
Tarses. — Titre obtenu de l'Empereur, par l'orphéon
de cette ville, d'Orphéon du Prince Impérial, 358.
Toulouse. — Séances de la Société des concerts popu-
laires à l'hôtel de ville, 414.
Valence. — Concours d'orphéons, de musiques d'har-
monie et de fanfares, art, d'E. M.athieu de Monter, 189.
Versailles. — Inauguration et bénédiction du grand
orgue de la cathédrale, 350.
IBagagevucuta.
Albrecht (Mlle), au théâtre Lyrique, 117.
Antonucci, au théâtre Italien, 238.
Artot (Mlle), au théâtre Italien de Vienne, 214.
Bataille (E.) , à l'Opéra-Comique, 238.
Battu (Mlle M.), au théâtre de Covent-Garden, à Lon-
dres, 101,
Id. h l'Opéra, 317.
Beaugrand (Mlle), au théâtre de Gènes, 157.
Belval, renouvellement h l'Opéra, 29.
Bettini (G.), au théâtre de Sa Majesté, à Londres, 174.
Borghi-Mamo (Mme), au théâtre Italien, 221.
Eoschetti (Mlle A.), à l'Opéra, 101.
Cabel (Mme), au Grand-Théâtre de Lyon, 119.
Caillou, au théâtre Lyrique, 254.
Cico (Mlle), renouvellement à l'Opéra-Comique, 214.
David, à l'Opéra, 317.
Dejean (MmeJ.), au théâtre Italien, 317.
Delle-Seûie, au théâtre de Sa Majesté, à Londres, 86.
Id. au théâtre Italien, 202.
Dulaurena (M. et Mme), au Grand-Théâtre de Lyon,
157.
Ebrard (Mlle), au théâtre Lyrique, 254.
Faure, renouvellement à l'Opéra, 389.
Ferraris (Mme), au théâtre de Sa Majesté, à Londres, 51.
Fioretti (Mlle), à l'Opéra, 365.
Giorza (P.), au théâtre de Govent-Garden, à Londres,
101.
Girard (Mlle), à l'Opéra-Comique, 101.
Gueymard (M. et Mme), renouvellement à l'Opéra, 29.
Kœkert, à l'Opéra allemand de Saint-Pétersbourg, 270,,
Lagrua (Mlle B.), â la Pergola de Florence, 118.
Id. au théâtre du Liceo, à Barcelone, 20a.
Lagye (Mlle), au théâtre Lyrique, 254.
Marchesi, au théâtre de Sa Majesté, à Londres, 280.
Mengal, au théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, 149.
Merly, à l'Opéra, 317.
Monrose (Mlle), à l'Opéra-Comique, 262.
Mouravieff (Mlle), à l'Opéra, 86.
Id. renouvellement au même théâtre, 293.
Née (Justin), â l'Opéra-Comique, 254.
Périer (Mlle), à l'Opéra-Comique, 117.
Quercy (de), au théâtre Lyrique, 77.
Rota, à l'Opéra, 142.
Saint-Urbain (Mlle), au théâtre des Bouffes-Parisiens,
230.
Scalese, au théâtre Italien, 109.
Soustelle, â l'Opéra, 254.
Talvo-Bedogni (Mme), résiliation à l'Opéra, 398.
Trillet, au théâtre Lyrique, 22.
Ugalde (Mme), au théâtre Lyrique, 205.
Wertheimber (Mlle), aux théâtres de Marseille et d'Al-
ger, 118.
Id. à l'Opéra, 285.
Wicart, â Rouen, 118.
Strauger.
THÉÂTRES, CONCERTS, NOUVELLES MUSICALES,
ETC., ETC.
Aix-la-Chapelle. — Grand Festival de chant auquel ont
pris part soixante et une sociétés, 295.
Bade. — Ouverture de la saison, 149, 206. — Représenta-
tions de la troupe du Palais-Royal, 223. — Repré-
sentations d'opéras, 239. — Représentation de la Fille
de l'Orfèvre, opéra nouveau de M, Membrée, 246. —
Représentation de ]'olage el jaloux, musique de Ro-
senhain, 255. — Correspondance signée E. R. : Re-
présentation du Chevalier Nahel, opéra de Litolff,
261. — Reprise de Béatrice cl Bénédict, 271. —
Représentations d'opéras, 279. — Troupe italienne,
287. — Grand concert au profit des hospices de la
viUe, 294. — Troupe allemande : concert à l'occasion
de la fête du grand-duc, 3U3. — Concert de Batta et
Vivier, 326.
Barcelone. —Représentation brillante du Prophète au
Liceo, 45, 55. — Réouverture du théâtre du Liceo,
par Jonc, opéra de Petrella, 336. — Mme Lagrua
dans la Sa/fo de Pacini, 351.
Berlin. — Première représentation de J'OMsi de Gounod,
15. — Clôture de la saison de l'opéra, 207. — Débuts
de la troupe italienne, 343. — Exécution de la Patrie
éternelle, oratorio nouveau d'Hermann Kiister, 375.
Breslau.— Première représentation de la Réole, opéra-
comique de Gustave Schmidt.
Briikswick.— Représentation de la Rose d'Erin, opéra de
Bénédict, 55, 69. — Episode intéressant du dernier
festival de chant, 246.
Bruxelles.— Première représentation des Songes, ballet
de M. Justament, 7. — Correspondance signée M. :
voyage artistique d'E. Prudent, 37. — Première re-
présentation de la Chatte merveilleuse, d'Albert Grisar,
46. — Concerts du Conservatoire, 94. — Clôture de
la saison, 174. — Réouverture du théâtre de la Mon-
naie, 294. — Représentation de Flamma, ballet de Jus-
tament, 414.
Carlsrohe. — Représentation du Roi Ensio, d'Abert, 95.
CoBonRG. — Représentation de la Malédiction du Chan-
teur, opéra nouveau d'A. Langerts, 407.
CoKSTANTiNOPLE. — Représentation de Ladislao, opéra
nouveau de Pisaui, 23.
Darusiadt. — Grand saccbs AelaReine deSaba, deGou-
nod, 39. — Représentation du Meunier de Marlinac,
opéra nouveau de Jasper, 63.
Dresde.— Représentation de Lalla-Rookh, de Rubinstein,
79. — Belle reprise de Zampa, 183.
Ems. — Ouverture de la saison, 206. — Représentations de
la troupe des BoufTes-Parisiens, 223. — Représenta-
tion à'Il siynor Fagotto, opéra bouffe d'Offenbach,
230. — Représentation de Lieschen et Fritschen, po-
chade nouvelle d'Offenbacb, 239, 247. — Concerts, 279,
286.
Florence. — Représentation de Piecarda Donati, opéra
de Vincenzo Moscuzza, 88. — Grand concert populaire
donné au théâtre Pagliano, 110. —Incendie du Putite-
ama, 215. — Distribution des prix du concours Ba-
sevi, 336. — Giula Grisi dans Norma, 375.
FnANcroRT-SDR-MEiN. — Représentation de Biarne, le roi
du chant, opéra posthume de Marschner, 311. —
Sociétés de chant réunies, 327.
Gard. — La musique aux fêtes du congrès, 310.
Gotha. — Représentation d'.lnne de Bretagne, opéra
nouveau d'Otto Pretschler, 144.
HoMBOURG. — Fêtes du Kursaal, 263. — Grand concert,
279.
KoBNiGSBERG. — Grand festival prussien, 191.
Liège. — Grand festival, 222.
Londres. — Première représentation de The Armiirer of
Nantes, opéra nouveau de Balfe, 53. — Programme
de la saison de Covont-Garden, 109.— Correspondance
signée L. B. : ouverture de ce théâtre, 116. — Ou-
verture du théâtre de Sa Majesté, 127.— Correspondance
signée T. X. : nouvelles musicales et théâtrales, 157.
— Correspondance signée Y. : nouvelles des théâtres,
165. — Gorrespondauce signée M. : nouvelles des
théâtres et des concerts, 172. — Correspondance si-
gnée B. S. : nouvelles des tliéàtres; les deux Patti,
181. — Représentation d'Obin, 199. — Correspon-
dance signée L. B. : nouvelles des concerts, 204. —
Le Faust de Gounod i Covent-Garden, 215. — Cor-
respondance signée L. B.= théâtres et concerts, 220.
respondance signic B. S. : nouvelles des théâtres, 237.
— Correspondance signée L. B. : clôture de la saison
de Covent-garden ; travaux du théâtre de Sa Majesté,
253. — Correspondance signée L. B. : clôture du
théâtre de Sa Majesté, concerts divers, 261. —
Représentation de la Fleur du désert, opéra
nouveau de Wallace, 343. — Succès de Mlle C.
Patti au palais de Cristal, 359. — Représentation
de Jessy Lea, opéra de salon de Macfarren, 367.
— Représentation de Blanche de Nevers, opéra
nouveou de Balfa, 391.
LcBECK. — Représentation du Dernier Jour de Pompé'ia,
opéra sans paroles par un compositeur suédois, 336.
Madrid. — Première représentation de Zampa, traduit
en espagnol, 15. — Représentation de la Forsa del
destiiio, de Verdi, 71. — Réouverture du théâtre Ita-
lien par il Burbiere di Seviglia, 326. — Représenta-
tion de gala, à l'occasion du voyage de S. M . l'Impé-
ratrice des Fiançais, 351. — Débuts de Mme Adelina
Patti au théâtre de l'Oriente, 374, 389.
Masheim. — Représentation du Roi Enzio, grand opéra
d'Abert, 23. — Représentation de Lorelei, opéra nou-
veau de Bruch, 139.
Milan. — Premières représentations de Riensl, opéra
d'A. Péri, et des Stelle, ballet de P. Taglioni, 7. —
Représentation d'/ due i<ori, ballet de Taglioni, 38. —
Représentation du Prophète à la Scala, 63. — Repré-
sentation d'.l»/ora di Nevers, opéia nouveau de Si-
nico, 279. — Ouverture de la saison par le Vieux de
la Montagne, do Cagnoni, et Oronos, ballet de Costa,
295. — Réouverture du théâtre Carcano, 367, — Re-
présentation d'/ Profughi fiamminghi, opéra nouveau
de F. Faccio, 37.1. — Représentation dAldina, opéra
nouveau de R. Gandolfi, 391. — Représentation du
Nuovo Figaro, opéra de Ricci, 415.
Moscou. — Représentation de la Salamandre, nouveau
ballet de Saint-Léon, avec apparition de spectres, 407.
Munich. — Représentation des Foscari, opéra nouveau
de Zenger, 31. — Correspondance : grand festival,
324.
Naples. — Grand succès de Mme Tietjens dans la £«-
crezia, 88.
New-York. ~- Correspondance signée Dachauer : l'opéra
italien et la musique d'église, 37. — Inauguration de
la saison italienne par liuberto d'Evereux, 359.
OpoRTO. — Représentation de Béatrice di Portogallo,
opéra nouveau de Novaynho, 95. — • Immense succès
des Huguenots, 157.
Prague. — Repré-entation de Concinî, opéra nouveau
par Th. Lœwe, 7. — Représentation de Rizzio, opéra
nouveau d'A. Schliobiicr, 119.
Rome. — Incendie du tiiéâire Alibert, 63. — Représen-
tation de Maria au lliéàtre Argentina, 70. — Réou-
verture de ce théâtre par liuberto il Diauolo, 319.
Saint-Péterscourg. — Première représentation de Théo-
linde, ballet nouveau de Saint-Léon, 15, — Première
TABLE ALPHABETIQUE DES MATIERES.
représentation de Natascha, opéra inédit de M. Ville-
bois, au théâtre Marie, 47. — Représentation de Ju-
dith, opéra nouveau de Serow, 191. — Société des
concerts sous la direction d'Antoine Rubinstein, 238.
— Réouverture des théâtres, 319. — Correspondance
signée S. D. : représentations du théâtre Italien, 373.
— Correspondance signée S. D. : représentations de
l'opéra Italien et de l'opéra Russe, 396.
Spa. — Grand concert à la Redoute, 247. — Concerts
divers, 255. — Concert de Louis Brassin, 302.
Turin. — Représentation de la Comtesse d'Egmont,
grand ballet de Rota, 38. — Représentation de Don
Carlo, opéra nouveau du chevalier de Ferrari, 199. —
Clôture de la saison du théâtre Victor-Emmanuel, 207.
— Représentation d'Jl Folletto di Gresy, opéra nou-
veau de Petrella, 279, — Réouverture du théâtre
Victor-Emmanuel par Maria, 319.
Vienne. — Nomination du maître de chapelle J. Strauss
comme directeur des bals de la cour, 78. — Succès
triomphal de Mlle Adelina Patti, 79, 95, 103, 117. —
Incendie du théâtre Treumann, 191. — Saison alle-
mande du théâtre de la Cour, 223. — Réouverture du
théâtre Treumann, 279. — Inhumation des dépouilles
mortelles de Beethoven et de Schubert, 351. - Re-
présentation de Jotta ou Art et Amour, ballet nouveau
de Borri, 383.
Weimar. — Représentation de Béatrice et Bénédict,
opéra de Berlioz, 125.
WiESBADEN. — Eclat de la saison, 231. ■ — Concerts di-
vers, 239. — Grand festival pour l'anniversaire de la
naissance du duc de Nassau, 247.
WoRCEsTER. — Grand festival, 302.
Zurich. — Première représentation de Dinorah, 14.
H
Slonunages, décorations et fécompeiises
accordés aux artistes.
{ Voyez aussi Nominations.]
Alard (D . ) , décoration des Saints Maurice et'Lazare, du
royaume d'Italie, 270.
Artot (Mlle D.), les portraits photographiés de tous les
membres de la maison impériale, de la part de l'em-
pereur d'Autriche, SO.
Bendel (F.), décoration de l'ordre de Danebrog, du
royaume de Danemark, 206.
Berlioz (H.), décoration de l'ordre de Hohenzollern, 143.
Bulow (H. de), décoration de l'ordre du Lion de Zœring-
hen, par le grand-duc de Bade, 22.
Carrion, médaille en or pour arts et sciences, de la part
du grand-duc de Darnistadt, 381.
Ciardi, décoration des Saints Maurice et Lazare, du
royaume d'Italie, 391.
Courmont (de), décoration d'officier de la Légion d'hon-
neur, 270.
Desmaisons (E.), décoration de la Légion d'honneur, 222.
Doring (T.), décoration de la maison Ernestine, par le
duc de Saxe-Cobourg, 150.
Dufour (S.), décoration de la Couronne de chêne, du
royaume des Pays-Bas, 38.
Feuillet (0.), décoration d'officier de la Légion d'hon-
neur, 270.
Gastinel (L.), médaille en or, de la part de l'Empereur,
327.
Gautrot, médaille de deuxième classe décernée par la
Société des beaux-arts appliqués à l'industrie, 407.
Gounod (C), décoration de l'ordre de Philippe-le-Magua-
nime, par le grand-duc de Darmstadt, 39.
Graziani (le comte M.), médaille d'argent grand mo-
dule de la part du roi d'Italie, 102.
Groot (de), magnifique émeraude de la part de l'Empe-
reur, 109.
Id. médaille d'argent, grand modale, de la part de
l'Empereur, 326.
Hanssens (C), décoration d'officier de l'ordre de Léopold
de Belgique, 30.
Herz (H.), décoration d'officier de la Légion d'honneur,
45.
Id. médaille de deuxième classe décernée par la So-
ciété des beaux-arts appliqués à l'industrie, 406.
Kastner (G.), commandeur de l'ordre de Charles IH
d'Espagne, 230.
Ketterer (E.), décoration des Saints Maurice et Lazare,
du royaume d'Italie, 316,
Lefébure-Wély, médaille en or, de la part de l'Empe-
reur, 327.
Lépreux, décoration de la Légion d'honneur, 270.
Liszt (F.), insignes de l'ordre du Saint-Sépulcre, de la
part du patriarche de Jérusalem, 14.
Luchs (F.), médaille pour les lettres et les arts, au nom
du duc de Saxe-Cobourg, 206.
Massé (V.), pension de 2,400 francs par le ministre
d'Etat, 109.
Mercadante, décoration de commandeur de l'ordre des
Saints Maurice et Lazare, du royaume d'Italie, 214.
Mey (A.), décoration de l'ordre de la maison Ernestine,
par le duc de Saxe-Cobourg, 14.
Morel (A.), décoration de la Légion d'honneur, 270.
Morin, id., 270.
Nieuwerkerke (le comte de), décoration de grand officier
de la Légion d'honneur, 270.
Pape fils, médaille de troisième classe décernée par la
Société des beaux-arts appliqués à l'industrie, 406.
Pasdeloup, décoration de la Légion d'honneur, 270.
Patti (Mlle A.), bracelet en diamants et émeraudes, de
la part de l'Empereur et de l'Impératrice, 37.
Reignier, décoration de la Légion d'honneur, 270.
Reyer (E.), décoration de l'ordre de la Couronna de
Prusse, 93.
Salles, décoration de la Légion d'honneur, 270
Sardou (V.), id., 270.
Sauvage (T.), id., 270.
Sauzay, id., 270.
Sax, médaille de première classe décernée par la Société
des beaux-arts appliqués â l'industrie, 406.
Scudo (P.), décoration de la Légion d'honneur, 270.
Servais, décoration de l'ordre de Dannebrog, du royaume
de Danemark, Î3.
Strauss, bague riche, de la part de la reine des Pays-
Bas, 30.
Strauss, de Carlsruhe, décoration de l'ordre du Lion de
Zœringhen, par le grand-duc de Bade, 54.
Sulzer, grande médaille pour les arts et les lettres, de
la part de l'empereur d'Autriche, 30.
Tescher, décoration de l'ordre de François-Joseph, de
l'empire d'Autriche, 280.
Thierry, décoration de la Légion d'honneur, 270.
Van-der-Heyden, décoration des Saints Maurice et La»
zarre, du royaume d'Italie, 111.
Wachtel, médaille en or pour les arts et les lettres, de
la part du grand-duc de Hesse-Darmstadt, 126.
"WolS (A.), décoration de la Légion d'honneur, 45.
Jiarisprudence artistique, scientifique
et théâtrale .
Arrêt de la Cour de cassation en faveur de Debain et
consorts, à propos de la reproduction des œuvres mu-
sicales par le procédé du piquage, 63 .
Arrêt de la Cour impériale dans un procès pendant en-
tre MM. Marschner et Aulagnier, à propos de l'opéra
du Vampire, 116.
Arrêt définitif de la Cour impériale d'Orléans dans l'af-
faire Debain et consorts, 174.
Arrêt de la Cour impériale de Paris relatif aux faillites
des directions de théâtre, 206.
Jugement en appel intervenu entre M. Pasdeloup et
M. Girard, premier violon de l'orchestre des concerts
populaires, 254.
Xicttres.
M. Fétis père, au rédacteur en chef du journal, à pro-
pos d'un nouveau système de flûte, 4.
M. Alphonse Sax au directeur du journal, pour une
réclamation, 21.
M. A. de Leuven aux journaux, à propos de l'orchestre
de l'Opéra-Comique, 77.
M. Pasdeloup au directeur du journal, h propos des
Sept paroles, d'Haydn, 123.
Réponse de M. Marie Escudier à M. Pasdeloup, 132.
M. Fétis père au directeur du journal, en lui transmet-
tant une lettre de M. A. Rouget de Lisle, 243.
M. Fétis père au directeur du journal, à propos de la
Marseillaise, 257.
.M. A. Rouget de Lisle au même, et pour le même ob-
jet, 258.
Jacques Offenbach au directeur du journal, à propos de
Don Juan, 333.
Eiittératni'e musicale.
Du rhythme de la poésie lyrique et des études rhythmi-
ques de M. A. Van-Hasselt, art. de Fétis père, 81.
La musique et la danse à l'Exposition des beaux-arts,
par E. Mathieu de Monter, li8, 186.
Delà poésie lyrique, art. de J.-B Rongé, 188, 195.
La vérité sur la Marseillaise, art. de Fétis père, 225.
Effets des circonstances sur la situation actuelle de la
musique au point de vue do la composition, art. de
Fétis père, 251, 275, 297, 321, 345.
Le royaume hawaïen, art. d'O. Comettant, 307.
La guerre de cent ans des organistes, clavessinistes et
maîtres à dançer du royaume de France, art. d'E.
Matbieu de Monter, 330, 338, 362, 372.
Mémoire sur l'origine de la musique, par D, Eeaulieu,
403.
M
Unslque militaire.
Audition de musique militaire chez Adolphe Sax, 118.
Séance donnée dans le même local par la musique du
11' d'artillerie montée de la garde, 142.
Et par la musique de la gendarmerie impériale, 158.
Concours de musiques militaires à Montmartre, 230.
Concours de musiques militaires au camp de Châlons,
art. d'A. Elwart, 200.
musique religieuse.
MESSES, ORATORIOS, SOLENNITÉS RELIGIEUSES,
ORGUE.
Requiem de Mozart â Notre-Dame, art. d'A. Botte, 18.
Messe de M. F. Benoît â Saint-Roch, art. d'A. Botte,
34.
Messe de M. Léon Gastinel à l'église de Saint-Vmcent-
de-Paul, par les soins de l'Association des artistes mu-
Requleni de Mozart à Saint-Eustache, en l'honneur de
Wilhem, 93.
Messe en musique à Notre-Dame, célébrée par 1 Asso-
ciation des artistes niusicicns, 10).
Stabat en musique, par Maurice. Bourges, dans la cha-
pelle des sœurs de Saint-Vincout, 102.
6
Exécution des Sept paroles de Nolre-Seigiicur sur la
croix, oratorio d'Haydn, à Saint-Roch, 109.
Messe du sacre, de Chernbini, à Saint-Rocli, 118.
Messe solennelle de Camille Schubert, à Saint-Eustache,
au profit de la caisse des écoles du 2' arrondissement,
119.
Inauguration du grand orgue de Saint-Etienne du Mont,
142.
Messe de Kicou-Choron, exécutée à la Madeleine, art.
de F. Danjou, 155.
Deuxième messe do M. Ponce de Léon, exécutée à Samt-
Pierre de Montrouge, 222.
Audition de M. Cb. Widor, de Lyon, sur l'orgue de
Saint-Sulpice, 2i6.
Distribution des prix de plain-chant et d'orgue à l'Ecole
religieuse, 254.
Messe d'actions de grâces dans l'église de Suresnes,
342.
Messe de Sainte-Cécile h Saint-Eustache, par l'Associa-
tion des artistes musiciens, art. d'A. Botte, 378.
Messe de M. Ch. Manry à Saint-Eustache, art. d'A.
Botte, 393.
N
Nécrologie et articles nécrologique».
Arnaud (E.l, 39.
Audilîred, 382.
Baver, 239.
Beàle {F.), 215.
Beaulieu (M.-D.-M.), art.
nécrol., 412.
Beyer, 107.
Bock (G.), 144.
Boisseaux (H.), 382.
Borchardt (C), 125.
BouUée (Mlle Ida), 287.
Braham (J.-H.), 7.
Canaple, 254.
Casimiro (J.), 23.
Cavos (A.), 215.
Chartier, marquis de Lo-
raille (À.), 183.
Dalaveux (E.), 375.
Damoreau, 334.
Damoreau-Cinti (Mme), 70;
art. nécrol. , 7G.
Davide (P.), 254.
Delacroix (E.), 263.
Delécluze (E.-J.), 231.
Delsarte (X.), 279.
Dufresne (A.), 78.
Feroglio (P.), 391.
Ferraris (MmeO.Malvatii),
262.
Tiennes ( H. du Bois de ),
70.
Gall, 103.
Gilbert des Voisins (le Cte),
206.
Glover (C), 158.
GrunwalJ (J.), 144.
Hesse (A.-F.), 263.
Hœrter (P.), 366.
Hoffmann (de Francfort ),
134.
Haber (F.), 39.
Jaspar (A), 215.
Kist ( le docteur F. -C),
127.
Kœnneritz(de),183.
Kolb (J. von.), 271.
KûUak (A.i, 14.
Lacombe, mère ( Mme ) ,
246.
Lemaire (Mlle E.), 175.
Livry (Mlle E.), 245.
Lovy (J.)i art. nécrol. d'A.
Elwart, 189.
Mabille (V.), 287.
Mailly (P.-J.). 271.
Masini (F.), 271.
Maurice (A.), 215.
Mayseder (J.), 382, 390;
art. nécrol. ertraitdela
Biographie des Musi-
ciens, de M. Fétis, père,
404.
Merts (J.j, 175.
Moreau, 303.
Moser, 414.
Mûhldorfer, 94.
Mùller (C.-G.), 215.
Nicole jeune, 103.
Pacini (Mme), 342.
Pitre-Chevalier, 199.
Prudent (E.), 157 ; art. né-
crol. de Paul Smith ,
177.
Rossi (L.-F.), 206; art. né-
crol. par A.Pougin,211.
Roth (A.), 158.
Schoberlcchner(Mme), 303.
Schodel, 287.
Schubert (C), 215.
Serda, 111.
Stegmayer (F.), 158.
Tacchinardi ( Mme P. ) ,
303.
Verroust (S.), 127; art.
nécrol. d'A. Elwart ,
Vestvàli (Mme), 294.
Vigny (le comte A. de),
303.
"Wertowsky, 23.
Wollenhaupt (H.), 342.
Zizold, 399.
IKoml nations.
Bacciochi (le comte), premier chambellan de l'Empe-
reur, comme surrintendant général des théâtres, 214.
Bagier, comme directeur du théâtre Italien, 101.
Beaufort (de), comme directeur du théâtre du Vaude-
ville, 133.
Bergson, comme directeur des classes supérieures de
piano au Conservatoire de Genève, 390.
Champfleury, comme directeur du théâtre des Funam-
bules, 125.
Delibes (L.), comme accompagnateur à l'Opéra, 133.
Doucet (C), comme directeur de l'administration des
théâtres au ministère de la maison de l'Empereur et
des beaux-srts, 214.
Lockroy, comme directeur du théâtre du Prince-Eugène,
125.
Salomon (H.), comme accompagnateur du théâtre Lyri-
que, 133.
Stockhausen (J.), comme directeur des concerts de la
Société philharmonique de Hambourg, 94.
Triébert, comme professeur de hautbois au Conserva-
toire, 133.
TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIERES.
Combinaison financière pour achat d'orgues ; circulaire
ministérielle, 164.
Nouvelles attributions du ministère de la maison de l'Em-
pereur et des beaux-arts, 206.
Travaux de la commission de la propriété littéraire et
artistique, art. signé P. S., 259.
Commission nommée pour examiner la question de l'af-
fichage des théâtres, 318, 358.
Projet de décret sur la liberté des théâtres, 365.
Décision du ministre de l'instruction publique qui pres-
crit l'étude de la musique vocale dans tous les éta-
blissements universitaires de l'Empire, 366.
Adresse à l'Empereur des compositeurs de musique, à
propos de la liberté des théâtres, 389.
Extrait d'un article du Sémaphore de G. Bénédit, rela-
tif à la liberté des théâtres en province, 405.
Extrait d'un article de la Revue et Gazelle des théâtres,
relatif au projet de loi sur la propriété littéraire, 405.
De la liberté des théâtres au point de vue musical, an.
de Paul Smith, 409.
R
SSevue critique.
CHANT.
Six mélodies de M. J. Cressonnois, art. d'A. Botte, 43.
LeChant des exilés, pour ténor et chœur d'hommes, par
G. Meyerbeer, art. d'A. Botte, 141.
Chant guerrier, chœur pour voix d'hommes, composé
par Meyerbeer, pour la tragédie de Stniensée, art.
d'A. Botte, 305.
PIANO.
Troisième trio pour piano, violon et violoncelle, par
H. Reber; les Archers, ronde de nuit ; Dors, mon cher
enfant, berceuse; marche et mazurka chinoises, air de
ballet, pour piano, par E. Baumann , art. d'A. Pou-
Le Trésor des pianistes, publié par A. Farrenc (3" liv.),
art. de Fétis père, 19.
Absence et Retour, fantaisie mélodique; Cloches et
Clochettes, caprice imitatif, par Ch. Pourny; fendan/
la valse, scène dramatique; la Coupe en main, brin-
disi ; Vision, romance sans paroles, par, Mlle Léonie
Tonel ; le Soir au bord du lac, nocturne par M. Bil-
let; Cujus animam, transcription par Brinley Richards;
Romance sans paroles de Thalberg, transcrite par
Frelon; Rêverie suisse, \a,\se; l'Enchanteresse, valse à
quatre mains, par A. Riedel; te Ba/, valse par E.
Desgranges; la Pluie de fleurs, valse par Strauss, art.
signé Y., 36.
La Muette de Porlici, le Domino nnir, Slradella, fan-
taisies de salon; la Mer calme, mélodie; Yvonne,
polka-mazurka, par R. Favarger, art. signé Y., 332.
Propeccatis. transcription àa Stabat mafec de Rossini ;
Hymne des vêpres ; la Czarina, mazurka de salon,
par Brinley-Richards , art. signé Y., 332.
Berceuse ; Souvenir jrfe Berlin, par F. Schœn ; les Dra-
gons de Villars, petite fantaisie ; la Prière d'une
vierge, par Thecla Badarzewska, morceau de salon;
les Bavards, fantaisie par J. C. Hess ; les Bavards ;
Slradella, bagatelles par Ltcarpentier, art. signé Y.,
348.
Les Fleurs de la danse , par H. Valiquet ; Souve-
nirs de l'opéra français, par J. Rummel, art. signé
Y., 379. , ,. ,
le Trésor des pianistes, par A. Farrenc (4° et 5' liv.),
art. de Fétis père, 385.
COMPOSITIONS INSTRUMENTALES DIVERSES.
Trente morceaux d'orgue, pour le service divin, par
Th. Stern, art. de Fétis père, 11.
Fantaisie sur les Bavards, pour violon et piano, par
E. Depas, art. signé Y., 348.
Deux Nuits, pour violoncelle et piano, par P. Seligmann,
art. signé Y., 373.
Fantaisie sur Maria, pour violoncelle, par C. Paque ;
la Carita, de Rossini ; Ave Maria, de Schubert ; Pteta
Signor, de Slradella, transcription pour harmonium,
art. signé Y., 379.
MÉTHODES ET OUVRAGES DE THÉORIE.
Traité d'Harmonie, par Henri Reber, art. d'A. Elwart,
12.
OUVRAGES DIVERS.
Chûteau à vendre , par Alexandre de Lavergne. —
Contes du Docteur Sam et Petites Chroniques de la
Science, par S. H. Berthoud, art. de Paul Smith,
171.
Ha Musique au Théâtre, par M. A. L. Maillot, art. de
Paul Smith, 201.
l'Anneau des Nibelungen, par Richard Vi'agner, art. de
J. Duesberg et S***, 217, 282, 290, 300.
La Musique à Paris, par Albert de LasalleetEr. Thoi-
nan, art. signé P. S., 285.
<|uestiou8 artistiques, musicalefi
et théâtrales.
Résolution prise par le comité de la Société nationale
des beaux-arts, 4.
Travaux de la commission instituée pour préparer le
projet de loi sur la propriété littéraire, 62, 103.
Texte du projet de loi relatif â la propriété littéraire et
artistique, 123.
Subventions théâtrales, 133, 143.
Suppléments.
(Voyez à la fin de la table.j
T
Vhéàtres de Paris.
(Pour les théâtres des départements et de l'étranger,
voir â ces mots.)
théathes lyrkjoes.
OPÉRA.
Reprise de la Muette de Porlici, art. de Paul Smith,
25.
Première représentation de to Mide de Pedro , opéra en
deux actes, musique de Victor Massé, art. deP. Smitli,
73.
Début de Villaret, art. signé S. D., 91.
Représentation au bénéfice de Mme Ferraris, 101.
Restauration de la salle, 114.
Reprise de Giselte ; début de Mlle Mourawiefl', art. de
P. Smith, 145.
Reprise du Comte Ortj, art. signé P. S., 163.
Rentrée de Michot, et début de Mme Dori-Rottger, dans /
Trouvère, 213.
Première représentation de Diavolina, ballet-pantomime
en un acte, musique de C. Pugni, art. signé P. S.,
218.
Reprise des Vêpres siciliennes, art. signé P. S., 233.
Nomination de M. Georges Hainl comme chef d'or-
chestre, 238.
Spectacle gratis du 15 août, 269.
Début de Mlle Thérèse Tietjens, dans les Huguenots, art.
de P. Smith, 273, 281.
Troisième début de Villaret, et rentrée de Mlle Wer-
theimber dans le Trouvère, art. de P. Smith, 289.
Rentrée de Merly dans Guillaume Tell, 325.
Début de David dans le même opéra, 333.
Villaret dans to Juive, art. signé P. S., 347.
Début de Mme Bedogni-Talvo dans la Favorite, 381.
Rentrée de Villaret dans ta Juive, 413.
OPÉRA-COMIQUE.
Rentrée de Caussade dans le Chalet, 6.
Première représentation de l'Illustre Gaspard, opéra-
comique en un acte, musique de M. Eug. Prévost,
art. de L. Durocher, 49.
Première représentation de la Déesse et le Berger, opéra-
comique en deux actes, musique de J. Duprato, art.
de L. Durocher, 65.
Reprise des Diamants de la couronne, 93.
Représentation au bénéfice des petits-enfants de Rameau,
117.
Première représentation de Bataille d'amour, opéra-
comique en trois actes, musique de M. de Vaucorbeil,
art. de Léon Durocher, 121.
Reprise de la Chanteuse voilée, art. de L. Durocher, 139.
Reprise Â'Haydée, art. de L. Durocher, 146.
Représentalion au bénéfice de Lemaire, 173.
Reprise de Zampa, art. de L. Durocher, 185.
Début de M. Mirai dans le Clialct, 205.
Début de Mlle Irène Lambert dans Haydée, 214.
Reprise de Galatée avec Mme Ugalde, 221.
Première représentation des Bourguignonnes, opéra-co-
mique en un acte, musique do Louis Deffès ; reprise
de la Fausse Magie, art. de L. Durocher, 226.
Spectacle gratis du 15 août, 269.
Première représentation des Amours du Diable, opéra-
comique en quatre actes, musique d'A. Grisar, art.
de L. Durocher, 274.
Débuts de Mlle Girard, d'Eug. Bataille et de Carrier dans
le Cdid, art. de P. Smith, 289.
Reprise du Songe d'une nuit d'été ; rentrée de Mlle
Monrose ; art. de L. Durocher, 299.
Rentrée de Montaubry et de Mlle Cico dans lalla Eoukh,
317.
Reprise du Domino noir avec Léon Achard et Mlle Cico,
art. de L. Durocher, 337.
Début d'Albert dans Andréa A' Haydée, 341 .
Représentation au bénéfice de l'Association des artistes
dramatiques, 349.
Début de Mlle A. Colas dans les Noces de Jeannette,
374.
Reprise de Joconde, 381.
Représentation au bénéfice de la Caisse de secours de»
auteurs et compositeurs dramatiques, 398.
THÉÂTRE ITALIEN.
Rentrée de Mme Trebclli dans lucresia Borgia, 6.
Première représentation de / Lombardi alla prima cro-
ciata, musique de Verdi, art. de P. Smith, 17.
la serva padrona, de Pergolèse, art. de P. Smith, 27.
Reprise de Don Giovanni; Adelina Patti; art. de Paul
Smith, 33.
Première représentation d'Alessandro Slradella, opéra
en trois actes, musique de F. de Flotow, art. de Paul
Smith, 57. . J ,, ,
Démission de M. Calzado ; gérance provisoire de M. An-
drès Mico, 61.
Alessandro Slradella (deuxième article), par D.-A.-D.
Saint-Yves, 67.
Rentrée de Tamberiick dans Poliuto, et le Trovatore,
art. signé P. S., 83.
Début de Debassini; Otello, art. signé S. D., 105.
Début de Mlle de laPommeraye dans Desdemona, 117.
Exécution du Stabat de Rossini, 118.
Rentrée de Mme Volpini dans Don Pasquale, 3 33.
Clôture de la saison, 142.
Programme de la nouvelle saison, 286.
Réouverture ; Mme de la Grange et Nicolinl dans la 7ra-
viata, 329. „. , . . J
Mme de la Grange et Nicolini dans Rtgoletto, art. de
Paul Smith, 337. ,
Début de Fraschini et de Morelli dans la Lucta di lam-
mermoor, art. de P. Smith, 347.
Fraschini dans Poliuto, et Mme de la Grange dans Nor
ma, art. de P. Smith, 354.
Reprises du Trovatore et du Barbicrc ; débuts de Mme de
Méric-Lablache, de Sterbini, de Baragli et de Rovtre;
rentrée de Mme Borghi-Mamo, art. signé P. S., 369.
Reprise de Lucrezia Borgia, 389.
Début de Giraldoni dans le Troiiatore, 389.
Reprise de Ceiierenlola et d'Eriiani, art. signé P. S., 403.
THÉÂTRE LYRIQUE IMPÉRIAL.
Première représentation A'Ondine, opéra-comique en
trois actes, musique de Th. Semet, art. de L. Duro-
eher, 9.
Première représentation de Peines d'amour perdues,
opéra-comique en quatre actes, musique de Mozart,
art. de L. Durocher, 105.
Premières représentations des Fiancés de Rosa, opéra-
comique en un acte, musique de Mme C. Valgrand ;
et du Jardinier et son seigneur, opéra-comique en un
acte, musique de Léo Delibes, art. de L. Duroclier,
139.
Reprise à'Oberon, art. de L. Durocher, 154.
Rentrée de Mme Carvalho dans Faust, 166.
Clôture de la saison, 173.
Projet de concours musical, art. signé P. S., 228.
Programme de la saison, 278.
Réouverture, 286.
Début de Pilo et rentrée de Mme Faure-Lefebvre dans
Joseph; début de CaiUot dans l'Epreuve villageoise,
293.
Première représentation des Pêcheurs de perles, opéra
en trois actes, musique de G. Bizet, art. de L. Du-
rocher, 313.
TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIERES.
Première représentation des Troyens, opéra en cinq
actes, musique de Berlioz, art. de L. Durocher, 353.
Projet d'une subvention de 100,000 francs, 366.
Reprise d'Obdron, 37i.
Reprise de la Perle du Brésil ; Mme Carvalho, M. Pilo,
M. Petit; art. de L. Durocher, 377.
Première représentation de Itigoletto, opéra en quatre
actes, musique de Verdi, art. de Léon Durocher, 411.
BODFFES-PARISIENS.
Job cl son chien, opérette en un acte, musique de
M. Emile Jonas; Madame Pygmalion, opérette-bouffe
en un acte, musique de M. Fr. Barbier ; art. signé
D., 43.
Les Baoards, opéra-bouffon en deux actes, musique de
J. Offenbach, art. signé D., 59.
Reconstruction de la salle, 230.
REVDE DES THÉÂTRES
Par D.-A.-D. Saint- Yves,
5, 28, 44, 52, 61, 84, 108, 124, 148, 172, 197, 212, 229,
252. 277, 292, 325, 340, 356, 380, 397, 412.
BALS, CONCERTS ET SPECTACLES DIVERS.
Bals de l'Opéra, 399.
Concert des Champs-Elysées, 144, 151, 174, 183, 206,
239, 246, 271, 278.
Concerts Musard au Pré Catelan, 119, 134, 151, 158,
167, 174, 183, 206, 214, 246, 270, 279.
Théâtre des Champs-Elysées, art. signé S. D., 170.
Réouverture du théâtre du Chalet-des-Iles, 182, 191 .
Réouverture du casino Cadet, 310.
Salle Robin, 205, 222,231, 239, 271, 310, 342, 382.
Variété».
Revue de l'année 1862, art. de Paul Smith, 1.
Haydn et les princes d'Esterhazy, art. du docteur L. ;
extrait de la Gazette allemande de musique, 35, 189,
211, 236.
La Tarentelle, art. du docteur Brehm, 75.
Extrait de l'album d'un pianiste en Egypte, art. de
Ch. Wehle, 196.
Derniers jours de Mendelssohn, art. d'H. Chorley, 260,
291.
Un touriste musicien en Italie en 1739, art. d'E. Mathieu
de Monter, 267, 284.
Phénomènes acoustico-physiologiques, art. de Ch. Mee-
rens, 306, 331.
Répétition du premier Requiem de Cherubini, art. de
Bénédit, 314.
Un facteur de clavecins, 315.
Lettres de Mendelssohn, trad. par J. Duesberg, 316,
356, 364, 395.
Projet d'auditions périodiques d'oeuvres musicales d'ar-
tistes vivants, art. de P. Smith, 355.
La musique populaire dans les cités ouvrières, en 1363,
article de Maurice Cristal, 361, 370.
L'Amérique telle qu'elle est, par Oscar Comettant, 338.
MORCEAUX DE MUSIQUE DOfflÉS COMME SUPPLÉMENTS DANS LE COURANT DE L'ANNÉE 1863
Avec le n° 1 (en primes) : Le 1"' volume du Répertoire
de musique moderne pour le piano {Les
succès universels).
Le morceau de chant favori d'Adelina
Patti : la Gioja insolita.
Un aura amorosa, air de Cosi fan lutte,
de Mozart.
Les portraits-cartes d'Haydn et de Weber.
Avec le n" 9: la ballade de l'opéra Slradella, de Flo-
tow: Au sein desAbruzzes,
Avec le n" 17: le quadrille d'Arban sur les Bavards,
d'Offenbach.
Avec le n* 24 : Une transcription pour l'harmonium de
l'Ave Maria, de Schubert, par G. Ro-
mano.
Avec le n" 31 : Berceuse, pour piano, par Ferd. Schoen.
Avec le n° 38: La polka du Brésilien, musique d'Of-
fenbach, arrangée par Arban.
Avec le n° 45 : L'avenir est à Dieu, romance de Da«"
sier.
TABLE ALPHABETIQUE DES i\OMS.
Abert (J.-J.), 23, 95, 202.
Abt, 20/1.
Achard (L), 2, 77, 146, 198, 2i;i,
269, 299, 309, 337, 349.
Acs (Mme), 173.
Adam (A.), 145, 202.
Adam, inst., 365, 394.
Adam (Mlle), 53.
Adenis (J.), 43.
Adler (V.), 69, 390.
Agar (Mlle), 149, 172, 213.
Agnesi, 343,351.
Agresti, 349.
Agrone (Mme), 207.
Aguado (le comte 0.), 69.
Ahaa (Mlle de), 15, 8S, 119, 279,
407.
Alard (D.), 11, 23, 35, 42, 69, 75,
92, 130, 198, 270, 279, 303,
Alary'(G.), 262, 270.
Alaux, 119.
Albert, 4, 341.
Alboni (Mme), 13, 86, 101, 127,
237.
Albrecht (Mlle), 117.
Alexandre, père et fils, 102, 143,
164.
Allaire-Dietsch (Mme), 78.
Allewaërt (Mlle), 55.
Alpbonsiae (Mlle), 340, 413.
Altavilla, 399.
Altès, 115, 381.
Ander, 103.
Andersen (A.), 27 9.
Andrée (Mlle), 94, 135.
Andrieux (Mlle), 37.
Angelini, 373.
Anicbini (F.), 335.
Annenska (Mme), 397.
Anschûtz, 239.
Anthoine (L. d'), 292.
Antonucci, 167, 238, 326, 343.
Aptommas, 22, 51, 54.
Arancio-Guerrini (Mme), 70, 88.
Arban, 78, 100, 129, 134, 144,
151, 158, 174, 183, 190, 206,
214, 220, 222, 246, 271, 286,
297, 310.
Archainbaud (M. etMme), 51, 111 ,
116, 130, 150, 303.
Arditi, 127, 165, 261, 414.
Argenton (d'), 62.
Armaudi, 415.
Armingaud (J.) , 35, 45, 69, 141.
Arnal, 5, 148.
Arnaud (E.), 39, 46.
Aronssohn, 100.
Arronge (Mme 1'), 311.
Artot (Mlle D.), 15, 30, 39, 46,
55,63, 70, 79, 88, 95, 127,135,
144, 165, 172, 181, 199, 205,
221, 302, 326, 343, 374.
Artus (A.), 124, 173.
Astieri (Mlle), 126.
Aubel (L. d'j, 7.
Auber, 2, 6, 22 , 25 , 26, 93, 222,
238, 249, 374, 414.
Aubry (Mlle), 173.
Audiffred, 382.
Auer, 261, 391.
Auesperg (le Pr.), 263.
Augier (E.), 85, 253.
Aujac, 46, 88, 335, 375.
Aulagnier, 116, 310.
Aurèle, 110, 131, 308.
Auroux, 41.
Babaud, 78.
Bacciocbi (S. 'Exe. le comte), 214,
293, 318, 358.
Bach, 242, 250.
Bach (O.), 23.
Baclmiann, 151.
Badarzewska (Mme T.), 181, 190,
212, 349.
Badiali, 92.
Bagier, 101, 142 , 198, 205, 214,
238, 245, 278, 286, 302.
Baillard, 118.
Baille (G.), 326.
Balanqué ( M. et Mme), 142, 261,
287.
Balbi (Mlle), 302.
Baldenecker, 239.
Balfe (VV.), 53, 391.
Balzac (de), 340.
Baneux, 122.
Banville (T. de), 340.
Baragli, 133, 369, 381.
Baralle (A.), 149.
Baratte (Mlle), 219, 233.
Barbier (F.), 43, 341.
Barbier (J.), 105.
Barbisan (Mme), 79.
Barbet (Mme), 47, 343, 373.
Baretti (Mlle), 67, 78, 122, 146,
274.
Barnard (Mlle L.), 119.
Barnetcbe (Mlle), 175.
Barré, 340.
Barrielle, 274.
Barrière (J.), 246.
Barrière (T.), 29, 108, 139, 229,
M3.
Barsagol, 127.
Barthe-Benderali (Mme), 84.
Bartoch ( Mlle 0.), 159,
Bartohni, 13, 17, 167.
Bar-Wol£f, 191.
Basevi, 335.
Bastin (Mlle), 242.
Bataille (E.), 286, 289.
Batiste ( E.) , 11, 87, '101, 134,
150, 151, 379, 398.
Batta (A.), 28, 34, 42, 51, 108,
123, 255, 279, 286, 318, 326,
390.
Battaille (C), 10, 101, 123, 204.
Battu, 324.
Battu (Mlle M.), 23, 28, 58, 67,
69, 77, 85, 93, 116, 144, 182,
199, 237, 279, 287, 303, 325.
Baudier (Mlle), 151, 174.
Bauer, 342.
Bauerkeller, 91, 102, 155.
Baumann (E.), 3.
Baur (J.), 278, 303.
Bayer, 215, 239, 279.
Bazin (F.), 190, 203, 278.
Bazzini , 54, 134, 366.
Beale (F.), 215.
Beaudoin, 414.
Beaufort (de), 133.
Beaugrand (Mlle), 157, 219, 274.
Beaulieu (M.-D.-M.),'122, 412.
Beaumetz (Mlle M.), 11.
Beaumont (A.), 1.
Beauvallet, 5, 148, 250.
Beck, 135, 183, 319.
Becker (J.) , 14 , 30 , 54 , 74 , 87,
93, 94, 107, 108,126, 231, 342,
358, 414.
Béer (M.), 230, 305.
Beethoven, 41, 310.
Béguin-Salomon (Mme) , 75, 77,
108, 131.
Behrens, 263.
Bélia (Mlle). 122, 186, 274, 300.
Bélin de Launay (Mme W), 92.
Bellermann, 263.
Bellini, 359.
Bélot (A), 356.
Belval, 29, 61, 114, 142, 149, 169,
213, 347, 398.
Bénard, 78.
Bénazet, 62, 149, 166, 191.
Bendazzi (Mme), 53.
Bendel (F.), 63, 206, 239.
Benedetti (Di), 327,
Bénédict (J.*), 55, 69, 103, 127,
202, 204, 231', 237. 318, 359,
382.
Bénédict (Mlle A.), 294.
Bénédit (G.), 405.
Benedix, 86.
Bennett (S.), 2.
Benoist (F.), 34.
Benoît (P.), 327.
Beresa, 23.
Beretta (G.-B.), 310.
Bergson (M.), 30, 126, 366, 390.
Bériot flls (G. de), 94.
Berlioz (H.), 2, 7, 38, 50, 79, 87,
99, 110, 125, 133, 142, 143, 182,
198, 203, 254, 271, 353, 375,
381.
Berlyn (A.), 382.
Bernadette, 210.
Bernard (P.), 54.
Bernardi (Mme), 343, 373.
Bernardin, 149.
Bertliélemy, 101.
Berthelier, 23, 52, 125, 173, 190,
2i5, 262, 294, 302, 309, 333,
413.
Berthier, 219.
Berthoud (S.-H.j, 22, 171.
Bertini (Mme), 102.
Bertoletti (Mlle M.), 149.
Bertolini, 175.
Berton, 397.
Bertrand (Mlle I.), 118, 07, 294.
Besnier (Mme), 14.
BesseliÈvre (de), 134, 144, 174Ô
246, 271, 286, 318, 342.
Bessems (A.), 118, 130, 358.
jBettelheim (Mlle), 415.
Bettini '(A.), 15, 53, 77, 86,158,
172, 237, 254, 261, 262, 270, 279,
286, 327; 391.
Bettini (G.), 37, 174.
Beulé, 97, 318, 324.
Beyer, 167.
Bianchi (M. et Mme V.), 47, 93,
191, 397.
Bianco (Mlle E. del), 111.
Bignardi, 23. 88, 95, 157.
Billet (A.), 36, 70, 140.
Binaghi, 70.
Binflold fr., 110.
Birch-Pfeiffer (Mme), 46.
Bizet (G.), 22, -27, 50, 313.
Blanc (A.), 77, 108, 174, 381.
Bléau (Mlle), 63.
Blés (Mlle), 277.
Blum (E.), 380.
Blumenthal, 110, 204, 221.
Blumner, 309.
Boccolini, 53.
Bochkolt-Falconi (Mlle A.), 39,
231.
Bock (G.), 55, 144.
Bœhme (MlleD.j, 375.
Boëly (F.), 116.
Boieldieu (A.), 270, 291.
Boilly (Mlle M.), 231,
Boisgonthier (Mlle), 149.
Boisseaux (H.), 382.
Bonamici (F.), 318.
Bonetti, 67, 357.
Bonhomme, 292.
Boni-Bartel (Mme), 206, 303.
Bonnefoy, 46, 94, 135.
Boiineliée, 54, 117. 158, 213, 233.
Bonnesseur, 26, 163,189, 262, 269,
398.
Bonnet, 197, 223.
Bonnewîtz, 207.
Bonoldi (F.), 14, 310
Borchardt (G.), 26, 125, 133.
Borel-d'Hauterive, 23.
Borelli, 150, 394.
Borglièse (Mme J.), 159, 294, 318,
375, 406.
Borghi-Mamo (Mme), 31, 63, 159,
221, 326, 343, 359, 365, 369,
381, 403, 413.
Boi-ri, 247, 383.
Borsary, 88.
Boschetti (Mlle A.}, 101, 198, 230.
Bossi, 327.
Bost, 207.
Bott, 207.
Beuchardy (J.), 29.
Bouché, 338, 348, 370.
Boucher (Mme), 69.
Boul"ar (Mlle), 247.
Boulan (J.-E.), 294.
Boulanger (G.), 115.
Boulart-Mayer (Mme), 46, 55, 141,
158, 294, 335, 375.
Boulay (Mlle M.), 111.
Bouleau-Neldy, 391.
Boullard (M.), 170.
BouUée (MUel.), 287.
Boulu, 101.
Bourges (M.), 102.
Boutin, 173, 341.
Boulines (J.), 2,J6.
Boyer (Mlle), 140.
Braga, 141.
Braham (J.-H.), 7.
Brajda-Lablache (Mme), 45.
BrandÈS, 206, 303.
Brasseur, 94, 173, 263, 317.
Brassin (L.), 31, 302, 335, 343.
Braun (le P.), 96.
Braun-Biern, 311.
Braunhofer (Mme M.), 31.
Brémond, 335, 389.
Brenner (Mlle), 144.
Brésil (Mme), 147.
Bressant, 117, 197.
Breuning, 167, 255.
Brignoli, 127.
Biindeau, 253.
Brinley-Richards, 36, 102, 125,
246,332.
Brisebarre (E.), 6.
Brisson (F.), 42, 147, 358.
Brochon (H.), 14, 342.
Brohan (Mlle A.). 133, 190.
Brohan (Mlle M.), 197.
Brosses (Le Cte de), 266, 284.
Bruch, 199.
Bruneau, 287.
Brunello, 198.
Brunet, 131.
Brunetti (Mlle M.),'281, 399.
B]'uni, 22.
Brùning (Mme I.), 86, 341.
Brunner, 32.
Bruyant, 142.
Bryon-d'Orgeval, 79, 294, 335.
Bulow (H. de), 22, 311, 359, 367.
Bussine, 54, 108, 132, 147, 183.
Bussou, 143.
Buti, 88, 95, 157.
Cabel, 10, 55, 354.
Cabel (Mme M.), 53, 86, 93, 102,
106, 119, 149, 167, 174, 183,
221, 230, 303, 350, 358, 406.
Cadol (E.), 61.
Caffieri, 144.
Cagnoni, 295.
Caillot, 293.
Caillou, 101, 250, 254.
Calendini, 110.
Caliva, 327.
Callen, 279.
Calzado, 1, 61.
Calzolari, 47, 71, 327, 343, 373,
396.
Cambon, 218.
Canaple, 254.
Cantoni, 335, 367.
Capendu (E.), 213.
Capoul, 34, 67, 132, 139, 186, 274,
325.
Capponi, 303, 375.
Capp-Young (Mme), 327.
Caracciolo (Mme), 70.
Gardani (Mlle), 149.
Carman, 55.
Caron (C), 94, 289, 309, 317.
Carozzi-Zucchi (Mme), 319, 335.
Carré (M.). 105, 139, 215, 313.
Carrier, 46, 228, 245, 289.
Carrion, 88, 327, 381.
Cartelier (Mme), 302.
Carvalho (L.), 1, 105, 189, 205,
228, 278, 281.
Carvalho (Mme Miolan-), 63, 69,
117, 125, 144, 151, 158, 166,
190, 221, 261, 281, 377.
Casella, 87.
Casimiro (J.), 23.
Castagneri, 55, 262.
Casteigner, 131.
Castellan (Mlle), 110.
Castellano, 213, 341.
Castelli (Mme), 23, 157.
Castelmary, 151, 182, 189.
Caters-Lablache (Mme de), 69.
Caussade, 6.
Caussemille (Mlle 0-), 87, 154,
254, 390.
Cavaillé-CoU, 7, 294, 350.
Cavallo, 157, 390.
Gavé, 318.
Cavos (A.), 215.
Caye (Mlle J.), 310.
Cazaneuve (E.), 147.
Sazaux, 26, 101, 119, 158, 213,
274, 341, 381.
Cfebe (Mlle), 88.
CeUier (Mlle J.), 241.
Cesaro, 199, 383;
Chabert (Mlle), 53.
Chabrier (E.), 198.
Chaîne (E.), 54.
Champfleury, 125.
Chapuy, 101.
Charansonney, 287.
Chardard, 111, 214, 263.
Chartier, marquis de Loraille,
(A.), 183.
Charton-Demeur (Mme), 23, 101,
117, 133, 142, 166, 222, 271,
287, 293, 318, 354, 405.
Chaudesaigues (Mlle), 263.
Chéret, 277.
Cherubini, 314.
Chevillard, 54, 74, 92, 131.
Chic (L,.), 214.
Choler |A.), 139.
Chollel-Byard (Mme), 50, 146.
Chopin (F.), 20.
Chouquet, 324.
Christiani, 383.
Ciampi, 246.
Ciardi. 391.
Cico (Mlle M.), 62, 77, 173, 186,
214, 317, 337, 349, 414.
Clairville, 277.
Clarence (Mme), 213 .
Clauss sœura (Mlles), 28, 241.
Clément (F.), 318, 406.
Colas (Mlles A. et S.) , 95, 205,
221, 374.
Colbrun, 325.
Coletti (F.), 381.
Colin (Mlle M.), 130, 206.
Colive, 367.
Collet (N.), 70.
CoUonese, 53.
Colmet-d'Aage, 156.
Colomb, 109.
Colombier (Mlle), 250.
Colonne (E.), 131, 241, 250, 365,
394.
Colosanti, 141, 311, 327.
Colson (Mme), 262, 389, 407.
Comettant (M. et Mme 0.), 14,
30, 51, 78, 93, 102, 115, 131,
231, 307, 358, 366, 338, 414.
Commerson, 213.
Coninx, 398.
Console (F.), 79, 159, 375.
Constantin (C), 158, 214, 294-
Conte (J.), 100.
Cooke, 3!i3.
Cooper (W.), 127, 206, 382.
Coquelin, 197, 213, 340, 413.
Corally, 219.
Corani (Mlle), 149, 175, 205, 303,
375.
Cordier (Mlle A.), 22, 37, 1S7,
279.
Cormon (E.), 313.
Corri, 53, 343.
Corsi, 103.
Corteuil (Mlle de), 302.
Costa, 157, 253, 295, 414.
Cotogni, 53, 279, 295, 375.
Couderc, 49.
Coulon, 183, 327, 343, 350, 366.
Couperin (F.), 19.
Couqui (Mlle), 191, 295, 383.
Courmont (de), 270.
Courtais (Mlle V. de), 198.
Courtat, 358.
Crampton (Lady), 165.
Cranz (A.), 167.
Crémieux (H), 325.
Cresci, 389.
Cresp-Sicard, 271.
Cressonnois (J.), 43, 382.
CrisafuUi, 229.
Crockett, 86,109.
Croff (J.-B), 335.
Croisilles (de), 103.
Crosti, 23, 37, 67, 122, 190, 262,
299, 381, 398.
Cruvelli (Mlle M.), 69, 94.
Cusins, 127.
Cuvillon, 174.
Czillag(Mme B.), 13, 22, 341.
Dachauer, 287.
Daclin (K.), 121.
Damoreau, 334.
D.amoreau-Cinti (Mme), 70, 76.
Dancla (C. et L.), 11, 68, 115,
130, 350, 374, 381.
Danguin, 303.
Danhauser, 158.
Danjou (F.), 222.
Darcier (Mlle), 365.
Darroux (Mlle F.}, 150.
Basse, 239.
Dassier (A.), 7, 353.
Dasti (L.), 93.
Dauty, 219.
David, 317, 323, 333.
David (F.), 28, 50, 377, 331, 390,
398.
David, de Leipzig, 239, 247, 399.
Davide (le P.), 254.
Debain, 63, 174.
Debassini, 47, 101,105.
Debillemont, 27, 50, 124.
Debureau, 182.
Decker (Mlle), 359, 407.
Decroix (Mme), 228.
De£fès(L.), 205, 226.
Déjazet (Mlle V.), 52.
Déjazet (E.), 52.
Dejean (Mme J.), 88, 157, 317,
349, 354.
Delacroix (E.), 263.
Delafontaine, 87.
Delahaye, 6, 241.
Dclannoy, 148.
Delaporte (E.), 291.
Delapoi'te (Mlle), 357.
Delattre, 391.
Delaunay, 340.
Delavault, 270.
Delaveux (E.), 375.
DeKavigne (G.), 25.
Deldevez, 374, 414.
Delécluze (E.-J.), 231.
Delibes (L.), 125, 133, 139, 198.
Dell, 406.
Dellernos (Mlle), 302.
Delle-Sedie, 33, 42, 58, 63, 68, 86,
100, 118. 205, 261, 262, 279,
287, 303, 318, 326, 330, 338, 354,
370, 389, 403.
TABLE ALPHABETIQUE DES NOMS.
Deloffre, 77, 123, 157.
Delsarte (X.), 215, 278.
Demersmaun, 100, 403.
Demi (Mlle E.), 172, 279.
Deinet (Mlle A.), 231.
Denefve, 278.
Deneux (J.), 63.
Dennery, 325, 341.
Depas (E.), 349.
Depassio, 158, 327, 350, 414.
Dereux, 406.
Derosne (B.), 229.
Deschamps (Mlle M.), 279.
Desgranges (E.), 22, 37.
Deshays-Meifred (Mlle), 241.
Désiré, 59, 77, 173.
Desjardins, 241.
Deslandes (P.), 292.
Deslandves, 131.
Desmaisons (E.), 110, i22.
Desnoyers (Mlle), 93.
Deswert (J.), 54, 92, 120.
Diehl (Mlle), 255.
Diémer (L.), 78, 414.
Dien (A.), 123.
Dietsch, 156, 237, 245.
Dieudonné, 357.
Dittmer, 15.
Dombrowski (H.), 126.
Donati (Mme P.), 127.
Doppler (F.), 175.
Doré (Mlle), 342.
Dori-Rottger (Mme), 31, 01, 205,
213.
Doria (Mlle), 149.
Doring (T.), 150.
Dorn (-'..), 15, 196.
Dorus, 100, 122.
Dorus (Mlle J.), 406.
Douay (G.), 391.
Doucet (C), 214, 228, 238, 249,
259, 318, 365.
Draxler, 103.
Dreyfus (Mme C), 91, 118, 146.
Dubois (A.), 108, 323.
Dubois (Mlle), 154, 155.
Dufouv (S.), 38.
Dufrêne (M. et Mme), 191, 287,
335, 358.
Dufresne (A.), 78.
Dulaurens (M. et Mme), 26, 61,
114, 125, 157, 230, 245, 262,
269, 278, 303, 366, 399.
Dumaine, 29, 213.
Dumanoir, 73, 108.
Dumas (A.), 124, 380, 390.
Dumas lils (A), 85.
Duraestre (M. et Mme), 31, 174,
287, 303, 358.
Dumou (J.), 4, 22, 53, 68, 70,
Dunkler, 23, 103.
Duponchel, 25.
Dupont (A.), 2;
Duprato (J.), 65, 125, 133.
Duprez (E.), 411.
Duprez (G.), 156, 173.
Duprez (L.), 107, 406.
Dupuis, 277, 340, 413.
Dupuy (Mlle), 14, 46.
Durand (.i.), 23, 86, 143, 287,
390.
Duret, 93.
Dustmann-Meyer (Mme), 247, 255,
295, 324.
Duvernoy (A.), 34, 41, 77.
Duvernoy (H.), SCO.
Ouvert, 49.
Duveyrier, 233.
E
Ebrard (Mlle), 250, 254, 262.
Ecarlat-Geimar (Mme|, 303.
Eckert, 230.
Edelsberg (Mlle), 324-
Eichberg (Mlle B.), 75.
Elbel (V.), 78, 204.
Elle (Mlle M.), 42.
Ella, 261.
EUard, 279.
EUinger (Mlle), 144, 383.
Eloy, 191.
Elwart (A.), 174, 278, 374, 391,
Enault (L.j, 20.
Engel (L.), 142, 221, 222, 231,203,
391, 399.
Erambert (Mlle), 94.
Erard (Mme), 45, 94, 278.
Erber, 311.
Erl, 335.
Ernst, 126, 261, 319.
Escudier (M. et L.), 133, 174.
Escudior-Kastncr (JIme), 28, 34,
43, 51, 63, 117, 255, 263, 280.
Espeignet, 41, 131.
Espinosa, 173.
Ettling (E.), 94, 400.
Eugénie (S. M. l'Impératrice), 20,
33, 37, 6, 8C9, 93.
ETerardi, 47, 343, 373, 396.
Fabbris, 351.
Fabre, 303, 350.
Fabri-Mulder (Mme), 15, 135,303,
311, 351, 307, 415.
Faccio (F.), 375.
Faivre (Mlle A.), 140, 190, 247,
271, 294, 335, 375.
Faivre (Mlle M.), 279.
Fargueil (Mlle), 397.
Farrenc (M. et Mme), 19, 75, 294,
358, 385.
Fauconnier, 65.
Faure, 74, 91, 93, 116, 172, 215,
221, 237, 269, 274, 317, 333,
341, 370, 381, 389.
Favarger (R.), 14, 214, 332.
Favart (Mlle), 340.
Favel (Mlle A.), 123,
Favilli, 270, 294, 327.
Febvre, 148.
Félisson (Mlle), 231.
Félix, 61, 213.
Ferdinand (Mme), 67.
Feri-Kletzer, 54, 87, 111, 196,
326.
Ferni (Mlle C), 03, 70, 335, 367.
Feroglio (P.), 391.
Ferrand, 116, 206, 259, 350, 405.
Ferranti, 199.
Ferrari (le chevalier de), 199,
Ferrari (Mme), 15, i65.
Ferraris (F.), 374.
Ferraris (Mme A.), 4, 52, 86, 101,
109, 127, 144, 151, 157, 172,
198, 278, 302, 350, 375.
Ferreyra (Mlle J.), 277, 340.
Ferri, 37.
Ferville, 125, 148.
Fétis père, 2, 22, 37, 02, 87, 94,
144, 175, 183, 219, 237, 258,
331, 342, 348, 350, 355, 381,
382, 399.
Fétis (E.), ni.
Feuillet (0.), 270, 357.
Field (J.), 54.
Fiennes (H. du Bois de), 70.
Figeac (Mlle), 182.
Filippi (de), 286.
Fillette (Mlle), 111.
Fioravanti (L.), 70, 158, 319, 343,
373, 396.
Fioretti (Mlle), 71, 134, 181, 182,
327, 365, 373, 396.
Fiori (H.), 335.
Fischer (J. J.), 107, 207.
Fleury-Gœury (Mlle), 30, 382.
Floquet, 193, 209, 234, 244, 265.
Flory (Mme), 383.
Flotow (de), 53, 57, 61, 65, 67, 69,
319, 343, 357, 406.
Fœrster (Mme), 111,
Foltz, 207.
Fonta (MUeL.), 26, 37, 333.
Fontenay (A. de), 156.
Forest, 94.
Formés fr., 88, 127, 237, 239,
261, 287, 391, 399.
Fortuna (M. et Mlle), 118, 141,
167.
Fossey, 277.
Foucher(P.), 325,341.
Foulon, 101.
Fournier (E.), 29.
Fournier (N.), 292.
Foussier (E.), 246. ■
Franchi-Capello, 327.
Franchomme, 11, 35, 42, 84, 86,
174.
Franck (J.), 143, 246, 333.
François, 156.
Franosch, 31 .
Fraschini, 37, 142, 341, 347, 349,
354, 369, 381, 389, 403.
Frasey (Mlle), 42, 277.
Frelon (A.), 23, 36.
Frezzolini (Mme), 13, 17, 33, 105,
118, 214, 350.
Fricca, 165, 181.
Fricci (Mlle A.), 134, 318, 328,
415.
Friedberg (Mlle C.) , 151, 367,
414.
Froment, 247, 255.
Fuchs, 277.
Fusco (F.), 7.
Gabriel, 140.
Gabrielli (le comte), 13, 383.
Gaësch-Liez (Mme), 167.
Gagliano (Mme) , 310, 333, 366,
382.
Gaiffe, 286.
Gaillard (Mlle N.), 110, 131.
Gall, 103.
GaUi-Marié (Mme), 274, 349,
Gandoni (R.), 391.
Ganz, 391.
Garcia, 78, 149. .
Garcin, 318.
Gardoni (M. et Mme) , 33 , 54,
109, 118.
Gariboldi (G.), 141, 246.
Garnier(C.), 29, 114.
Gasc (Mme), 287, 335, 358.
Gaspard, 111, 191.
Gaspari (G.), 238.
Gassier, 118, 191, 254.
Gastinel (L.), 77, 238, 262, 269,
327.
Gatterbourg (le comte), 144.
Gaubert, 100.
Gautier (G.), 249.
Gautier (T.), 145.
Gautrot, 382, 406.
Gavaux-Sabatier (Mme) , 94 .
Gayrard (Mlle P.), 241.
Gazzaniga (Mlle M.), 166.
Geisthardt (Mlle), 15.
Génat (Mlle F.), 85, 325, 341.
Gencive (Mme), 245.
Génin, 110.
Gennari (Mme), 335.
Gentilhomme (Mlle), 102.
Geoffroy, 85.
Geoffroy (Mme), 271, 318.
Georges (E.), 77, 173.
Géraldy, 222, 262, 279, 358.
Gericke (Mlle), 207.
Gerpré, 94.
Gerville (L. P.), 406.
Gevaërt, 327.
Gey (Mlle), 207.
Gilbert, 303.
Gilbert-des-Voisins (le comte), 206.
Gil-Pérez, 173, 213, 293.
Giorza (P.), 101, 142, ',166, 172,
173, 187.
Giotti, 103.
Giraldoni, 37, 389.
Girard, 254.
Girard (Mlle), 10, 101, 107, 154,
227, 262, 289, 317, 349.
Girardot, 140, 374.
Giroud (L.), 254.
Giroud de Villette (Mme), 146.
Girrond (M. et Mme), 131.
Giuglini (A.), 01, 79, 103, 111,
127, 158, 165, 172, 181, 191,
261, 319, 373, 396.
Giuli (Mme de), 199.
Glover (C.), 158.
Godard (A ), 111.
Goddard-Davison (Mme A.) , 62,
205, 294.
Godefroid (F.), 94, 263, 406.
Godelle, 405.
Godfrend (Mlle), 163, 262, 269.
Goldner (W.) 131.
Gondinet (E.), 212.
Gonetti (Mlle A.), 351, 358, 399.
Got, 213, 413.
Gottschalk, 175, 335.
Gouffé(A.), 75, 108.
Goumbine, 47.
Gounari, 319.
Gounod (C), 2, 39, 215, 221.
Goupil, 143.
Gourdin, 47, 77, 139, 150, 228,
324.
Gozlan (L.j, 205.
Grœver (Mme M.), 51, 62, 107,
127, 134, 150, 182, 222, 231,
334,358, 400, 414.
Grassmann, 239.
Grau, 271, 333.
Graziani (le comte M.), 102, 278,
310.
Graziani (F.), 172, 181, 207, 246,
261, 279, 327, 373.
Grazzi, 15.
Gregoir (E.), 126.
Grenier-Nivet (Mme), 147,
Grélry, 227.
Gretton, 150.
Grisar (A.), 205, 274.
Grisez, 131.
Grisi (Mme G.), 117, 525 375.
Grison, 382.
Grizy, 107.
Groot (de), 86, 109, 230, 270, 325,
326.
Gross, 175.
Grossi (Mme), 351.
Gruneisen (C. L.), 261.
Grunow, 311.
Griinwald, 144.
Guadaguini, 320.
Guéroult, 131.
Guerra (Mlle), 33.
Guerreau, 108.
Gueymard (M. et Mme), 13, 26,
29, 74, 93, 101, 114, 125, 189,
213, 230, 269, 274, 289, 309,
341, 381.
Guibert-Jung (Mme), 75,92.
Guicciardi, 343.
Guichard, 134.
Guidi (J. J.), 87, 110.
Guidon fr., 54, 142, 155, 279,
406.
Guidotti, 199.
Guiffrey (G.), 259.
Guignot, 74.
Guilman (A.), 214.
Guillet, 254.
Guillot, 63.
Guiraud, 323.
Gunz, 263.
Guthmann, 358.
Guyon (E.), 118.
Guyot, 107, 314.
Gye, 45, 109, 237, 253.
H
Haertner, 46.
Hagen, 159.
Hainl (G.), 119, 106, 214, 238,
245, 262, 274, 414.
Halauzier, 117, 15S.
Halévy (F.), 2, 46, 87, 89, 97, 113,
137, 153, 161.
Halévy (L.), 89, 97, 113, 137, 153,
101, 389, 413.
Halle (C.), 278, 294.
Hamacker3(Mlle), 274.
Hammer (R.), 23, 75, 84, 130.
Haussons (C.), 30, 31.
Harder sœurs (Mlles), 51.
Harriers-Wippern (Mme), 23, 111,
151, 175, 191, 207, 247, 279,
327, 342.
Harris, 116.
Harrison, 53, 343, 391.
Hartog (E. de), 02, 107.
Hassel, 15.
Hasselmans, 204.
Haumann, 279.
Haussmann (S. Exe. le Préfet de la
Seine), 109, 503.
Hauser, 206, 231, 303.
Haydn, 35, 132, 180, 211, 236.
Hayet, 118, 147, 183.
Heermann (M. et Mlle), 206, 359,
367.
Hekking, 199.
Hell, 247.
Heller (S.), 390.
Hellmesberger, 367.
Hénault, 309, 317.
Henrioû (Mlle), 247, 271.
Henry, 374.
Herman (A.), 23, 75, 91, 102.
Herman (J.), 151.
Hermann (H.), 131.
Hérold, 185, 219, 2.68.
Hertel, 7.
Hervé, 197.
Herz (II.), 45, 231, 406,
Herz (J.), 87.
Herz fils (H.), 110.
Hess (J.-Ch.) 143, 310, 349.
Hesse (A.-F.), 263.
Hetzenecker (Mme), 324.
Heuzey, 149.
Heywood (Miss), 391.
Hiles (Miss), 53.
Hiller (F,), 167, 359, 399.
Himmel, 175.
Himmens, 175.
Hocmelle (E.), 75, 131, 155.
Hœrter (P.), 127, 366.
Hoffmann, 134.
Hofmeister (W.) 198.
Hol (R.). 307.
Hollebecke, 158, 220, 237, 403.
Honoré, 325.
Honoré (Mme), 318, 328.
Hornstein, 343.
Horsley, 320.
Huber (F.), 39.
Huguet (J.), 150.
Humbert (Mlle L.), 30, 126.
Hummel, 20.
Hummler (Mlle S.), 255.
Hunt (Miss), 38.
Hurand, 119.
Hyacinthe, 293.
Ismaël, 314, 411-
J
Jachmann-Wagner (Mme), 23, 39.
Jacobi (G.), 91.
Jacquard (L.), 35, 45, 69, 130,
206, 231.
Jacques (Mlle C.), 6.
Jauger, 159.
Jaëll (A.), 15, 22, 63, 79, 94, 110,
111, 157, 172, 190, 206, 247,
279, 294, 303, 343, 375, 414.
Jahn (0.), 303, 358.
Jancourt, 100, 122.
Janner-Krall (Mme), 79.
Jaspar (A.), 215.
Jauch, 374.
Jaulain, 221, 326.
Jean-Paul, 247.
Joachim (M. et Mme), 324, 342,
367, 399.
JoUy (Mme de), 53.
Jonas (E.), 43, 78.
Joncières (V.), 147, 263.
Jouassain (Mlle), 340.
Jourdan, 40, 88, 94, 135, 174, 222,
262, 271, 318, 375, 406.
Jouy (de), 25.
Julien (P.), 398.
Junca, 207, 319, 335.
Justament, 375, 414.
Justin, 299, 317.
K
Karlberg, 335.
Karoly (Mlle), 6l, 413.
Kastner (G.) 87, 230.
Katow (Mlle de), li8, 141, 302.
Kauffmann (Mlle M.), 343.
Kellermann, 200, 239, 255.
Kellog, 37.
Ketten (H.), 39, 333.
Ketterer (E.), 42, 254, 318.
ICist (le docteur), 127.
Klein, 204.
Klosé, 143.
Knap, 125.
Kock (H. de), 6.
Kœkert, 270.
Kœnig, 20.
Kœnigslœw, 255.
Kœnnemann, 295.
Kœnneritz (de), 183.
Kœster(Mme), 7,119. 135, 407.
Koraperlé, 335.
Koning, 0.
Koubly, 14, 78.
Kovalsky (H.), 14, 45, 286, 303.
Krapp (Mlle), 135.
Kr_auss (Mme), 103, 144, 231.
Krebs, 79.
Kruger )W. et T.), 31, 75, 84,
130, 150, 204, 303, 342, 358.
Kiicken, 203.
Kuhn (E.), 151, 391.
Kullack (A.), 14.
Kunc (A.), 7.
Kuster (H.), 375.
Labarre (Mlle C.), 94.
Labernardie, 391.
Labiche (E.). 5, 85.
Labitzky (Mlle), 15.
Laborde (Mme), 318, 328, 415.
Lacape (J.), 220.
Lacombe (L.), 246.
Lacombe (Mlle), 174, 366.
Lacoste, 63, 103.
Lacressonnière, 29.
Lacroix (J.), 61.
Lacroix (Mlle), 31.
Laenders, 247.
Lafon (Mme M.), 127, 303.
Lafont, 357.
Lafont (C.), 198.
Lafont (L.j, 34, 119, 147, 34!.
Lafontaine, 109, 229, 380.
Lagnier (Mme), 102.
Lagrange ( Mme A. de), 37, 53,
198, 329, 333, 337, 348, 354,
369, 386, 403.
Lagrua (Mlle E.), 62, 77, 86, 103,
118, 144, 215, 262, 335, 351,
383.
Lagye (Mlle) , 110, 182, 254, 303,
399.
Lalliet, 100, 231, 263, 326.
Lalo lË.l, 69.
Lambert (Mlle J.), 214.
Lamoureux (L.), 69, 91, 92, 365,
382, 393.
Lamoury fr., 14, 45, 126, 399.
Lancien, 100.
Landrol, 357.
Lanfranchi (Mme), 407.
Lang, 326.
Langerts (A.), 407.
Langhans (M. et Mme), 366, 406.
Langlé (A.), 148.
Lanner (Mlle), 407.
La Pommeraye (Mlle de), 23, 117,
126.
Lasalle (A. de), 231, 285.
Lasserro (J.), 92, 131, 334.
Laub (F.), 15, 22, 110, 223, 407.
Laurencin, 277.
Lauréat (Mme M. ), 44, 173, 253,
341.
Laurentis (Mlle), 350.
Lauzannc , 49.
Lavaimic (F.), 183, 278.
Laval (Mlle C.), 150, 390.
Larergne (A. de), 171.
Lavessiëre, 101.
Lavigne, 147.
10
Lazare (M.), 336.
Lebas, 93.
Lebeau (A.), I^il.
Lebel, 143.
Lebouc (C), 75, 77, 108, 118, 131,
155, Ï06, 342, 3e6, 381.
Lebrun, 147.
Lecarpentier, 349.
Lecieux (L.), 34, 302, 309.
LecoDite (J.), 197.
Le Couppey (F.), 366.
Lédérac, 182, 294.
Lee (S.), 11, 68, iHi, 115, 381.
Lee (Mlle), 42.
Lcfébure-Wély (M. et Mme). 254,
262, 269, 294, 326," 327, 350,
406.
Lefebvre, 318.
Lefebvre (Mme Faure-), 107, 255,
262, 293, 374.
Lefeuve, 399.
Lefort (J.), 34 , 75, 79, 84, 270.
Lefranc, 134, 303, 414.
Legendre, 167, 263, 326, 367.
Legouix (J.-E.), 13, 398.
Legrain (Mlle), 38.
Legrand, 140, 154.
Lelimann, 159.
Leins (F.), 2Ô7.
Lejeune (E.), 382.
Lelong, 147.
Leraaire, 50, 173.
Lemaire (.\illeE.), 175.
Lemmcns, 12.
Lemmens-Sherrington (Mme) , 03,
70, 206.
Lenevpeu (J.), 115.
Lentz, 142.
Léonard, 103,414.
LcoDi (Q), 407.
Leoncft' (Mme), 47.
Lépine(E.), 334, 355.
Lépreux, 270.
Leprévost (Mlle), 250.
Leroux, 213.
Leroy (A), 58, 246, 348.
Leroy (L.), 213.
Leroy, instr., 122.
Leroy, du Th.-Lyr., 154.
Lesage, 107.
Leslie (H.), 375,
Lestrade (Mme), 63.
Leuven (A. de ), 1, 77, 299.
Levasseur, 70.
Levassor, 29, 103,
Léveillé (\.), 253.
Lévûque (E.), 54.
Lévy (I.), 100, 110, 151, 398.
Lévy (5111e), 241.
Lhéritier, 213.
Lhûte (A.), 94.
Llmillier (Mme), 87.
Liadow, 191 .
Lichfenstein, 175 .
Liébé (Mlle), 204, 350.
Liebhardt (Mlle), 103, 254, 271,
311, 327, 351.
Limberti, 149, 319, 335, 375.
Lind-Goldschmidt (Mme J. ), 157,
174, 183, 215, 261.
Lindeck, 151.
Linder, 406.
Lindner (leD'), 310.
Llndo (Miss), 30.
Lionel (Mme), 170.
Liszt (F^.) , 13 , 62, 18ë, 238, 286.
Litolff(H.), 51, 214, 262.
Litschner (Mlle), 206.
Livry (Mlle E. ), d, 61, 166, 213,
245.
Lockroy, 9, 125.
Locle (C. du|, 05.
Lœwe (T.), 7.
Lot, 4.
Lotti délia Santa (Mme), 119.
Lotto (L), 166, 246, 261, 286,311,
359, 382, 414.
Lovy (J.), 189.
Lubeck (E.), 35, 45, 399.
Lucca (Mlle P.), 15, 86, 88, 151,
237, 261,269, 271, 279,287, 302,
335, 359, 381, 399.
Luchs (F.), 206, 239.
Luigi (Mme C. de), 23, 91, 246,270,
294,310, 327.
Luigini, 262, 406.
Lumley, 134, 199.
Lustani (Mlle), 181 .
Lutz, 204, 281.
Lyonnet, fr., 390.
M
Mabille, (V.), 287.
Macliiels (J.), 92.
Mac-Farren, 367.
Mackenzie-de-Dietz (Mme), 118,
158, 324.
Maësen (Mlle de), 30, 54, 94, 135.
314, 335, 406, 411.
M.agnien (V.), 151, 270.
TABLE ALPHABETIQUE DES NOMS.
Magaier (F.), 118, 147.
.Magnin, 199.
Magnus, 247.
Maillart, 148.
Maillart(A), 205.
Maillot (A.-L.), 166, 201.
Mailly (P.-J.), 271.
Majni, 15,
Majo (Mme), 53, 175.
Mallet {.Mlle A.), 119, 141.
Malvezzi, 117, 373.
Manesi, 141.
Mangeant (S.), 15.
Mangin, 125, 133.
Manry (C), 7, 102, 231, 294, 365,
393.
Mansour, 306.
Manus, 261.
Manvoy (Mlle), 61.
Mapleson, 45, 53, 270.
Maquet (A.), 380.
Marcello, 263.
Marchand, 390.
Marchesi (M. et Mme), 22, 30, 46,
101, 115, 126, 149, 166, 230,
245, 2.")4, 309,326, 358, 359, 366.
Marchisio sœurs (Mlles), 53, 88,
343, 351, 359, 407.
Marchot, 14, 73.
Marcy (Mlle), 279.
Maréchal (J.), 405.
Maretzek, 328.
Mareux, 250.
Marguerin (J.), 390.
Mariani, 207.
Marié, 122.
Marimon (Mlle), 77, 93, 117, 125,
130.
Marini (Mme), 88, 157, 173, 175.
Mario, 2, 01, 80, 142, 157, 172,
181, 237, 201, 309, 343.
Marion, 191.
Markowitz (Mme P.), 255. 283.
Marmontel, 41, 53, 405.
Maroclietti, 1 47, 155, 169, 1 83, 302.
Marquis (Mlle), 102.
Marra (Mme L.), 173.
Marschner, 116, 311.
Marschner (Mme T.), 318.
Martin, 54-
Martin (E.), 5.
Martin (P.), 78.
Martin (G.-W.), 414.
Martiu (Mme C), 398.
Martin (Mlle J.), 91, 157, 390.
Martinelli (Mlle), 75.
Martinet, 4.
Martini (le P.), 19, 387, 394, 401.
Martinozzi, 95, 157.
Mas, 1)9.
Masini (F.), 271.
Massart (Mme), 108,115.
Massé (V.), 73, 109, 139.
Massenet (J.), 158, 214, 323.
Masson, 214-
Masson (Mlle E.), 389, 407.
Massoni (Mlle C,), 310.
Mathews (C), 293.
Mathias (G.), 116.
Mathieu, 63, 382.
Mathon, 279.
Mattei (T.), 119, 167.
Maurice (A.), 215.
Maurin, 14, 74, 92, 131.
Maury, 318, 403.
Max (J.), 124.
Maj'er (J.), 382.
Maymo (Mme), 173.
Mayseder (J.), 382, 390, 404.
MazÈres, 6 .
Mazzoleni, 23, 175, 271, 359.
Medori (Mme), 271, 317, 359.
Meilhac(H.),220.
Meillet(M. et Mme), 134, 151, 198.
294, 335, 375, 414.
Melchissédec, 306, 399, 406.
Mellinet (le général), 251.
Mellon (A.), 261,311,343, 359.
Membres (E.), 247.
Mendelssohn-Bartholdy, 260, 270.
275, 291, 302, 316, 356, 364,
395, 407.
Meneau (L.), 46.
Mengal, 149, 247, 318, 406.
Mengoval (de), 102.
Méo,~ 396.
Mera (Mlle), 231.
Mercadante, 214.
Méreaux (A.), 14.
Meric-Lablache (Mme de), 53, 287
303, 338, 309, 389.
Méric-Lalande (Mme de), 110, 131
Merly, 317, 325.
Mormand, 53.
Mermct, 317,
Merts (J.), 175.
Méry, 124, 203.
Messemaëckers (L.), 334.
Mestépès, 9, 43.
Methfessel, 246.
Meumann (E,), 350.
Meurice (P.), 44.
Mey(A.), 14, 91,102.
Meyer (Mlle A.), 143, 205.
Meyer (L. de), 166, 174, 190.
Meyerbeer (G.), 2, 27, 41, 46, 55,
141, 142, 190, 230, 231, 286,
287, 305, 315, 373, 374, 398.
Meyerhofer, 103, 319.
Meynard (de), 69.
Mezeray (M. etMile C.) 191, 391.
Mezzanti, 199.
Michaëlis-Nimbs (Mme), 23.
Michal (Mlle), 261.
Michaux, 213.
Michot, 333, 373, 381.
Mico (A.), 61, 173.
Mila (Mlle), 173.
Milde (Mme), 125.
Miles, 144.
Millerscheck (Mlle), 231.
Mirai, 305, 203, 350, 400.
Mirecourt, 413.
Mocker (M.), 150.
Massner (Mlle), 135.
Mohr (J.), 34, 78, 115, 131, 198.
Molnar (Mlle), 239.
Monary-Rocca, 286.
Monestier (J.), 110, 164, 189.
Mongini, 119.
Monjauze, 149, 154, 286, 354, 411,
Monnais (E.), 61, 70, 76, 156, 169,
249.
Monplaisir, 335, 351.
Monrose (Mlle), 7, 14, 46, 103, 262,
271, 299, 309.
Monsen, 403.
Montagne, 6.
Montaubry, 45, 102, 122, 186,269,
317, 349.
Monti (Mme), 319, 335.
Montigny, 127.
Moreau, 303.
Moreau (Mlle), 10, 54, 303, 335,
414.
Moreau-Sainsi (Mlle), 14.
Moreaux (E.), 53.
Morel (A.), 7, 79, 199, 270, 318.
Morel-Scott (Mme), 131, 141 .
Morelli, 347.
Morena, 158.
Morensi, 37.
Morère, 31, 46, 134, 151, 174, 198,
335.
Morin, 270.
Morini, 158, 166, 204, 314.
Morio (Mlle), 133.
Morlacclii (Mme G.), 172,
Moro (Mme). 207.
Mortier de Fontaine, 87, 294, 325,
Moscuzza (V.), 88.
Mosé (Mlle), 29.
Moser, 414.
Moulton (Mme), 69.
Mourawicff (Mlle), 15, 86, 145,
157, 166, 219, 254, 293, 302,
319,407.
Mozart, 18, 60, 105.
Milhldorfer, 94.
Muller (C. G.), 215.
MuUer (fr.), 31, 75, 135, 155.
Muratet, 164.
Murer (Mlle L.), 130.
Muret (Mlle), 62.
Musard (A.), 119, 127, 134, 151,
158, 167, 174, 183, 206, 214
222, 246, 263, 270, 279, 342.
Musiani, 45.
Mutel(A,), 34.
N
Nabich, 14, 30, 92, 131, 263, 324.
Nadar, 118.
Nadaud, 54.
Kantier-Didiée (Mme), 103, 109,
172, 181, 220, 237, 246, 343,
396,
Napoléon III (S, M. l'Emp.), 20,
33, 37, 45, 86, 101, 357, 373.
Nalhan (E.), 62, 102, 143, 263
302, 341.
Nathan (de l'Op.-Com.), 122,290,
300.
Naudiu, 2, 13, 17, 58, 68, 69, 75, 77,
93, 100, 116, 134, 246, 279, 287,
303, 319, 343, 351, 357, 359,
374.
Naumann, 279.
Navoigille, 225, 243, 257.
Née (J.), 254.
Négrini, 63, 335, 383,389, 407.
Nelson (Miss), 53, 02, 231.
Neri-Baraldi, 172, 318, 415.
Nertann, 148.
Nessler, 204.
Neveu, 318.
Ney (C), 75, 108.
Nicholson (Mlle), 120.
Nicolini, 329, 337, 349, 354.
Nicolo, 279.
Nicolo jeune, 103.
Nicosia (S.), 155, 166, 167.
Nicou.<;horon, 155.
Niedermeyer, 57.
Niemann, 68, 119, 231, 342.
Nieuwerkerke (le comte de), 69, 77,
270.
Niklsky, 47, 142.
Noblet (Mlle), 25.
Nogens St-Laurent, 143, 405.
Nohl(L.),286.
Noir, 26.
Nolau, 115.
Norblin (E.), 14, 34, 147, 365.
Noubel (A.), 171.
Novaro (M.), 415.
Novaynho, 95.
Nuitter, 59.
Oberthiir, 247.
Obin, 86, 93, 117, 163, 199, 205,
233,237, 274.
OEschner, 399.
Offenbach (J.), 2, 45. 59, 69, 77,
86, 101, 117, 129, 151, 158, 166,
173,183,205,214,223,230, 239,
247, 263, 270, 295, 297, 317,
333, 334, 359, 375, 383, 413,
415.
O'Kclly (J.), 51.
Olivier (Mlle), 303.
Olschbauer, 303.
Oppelt (G,), 67.
Ortigue (J.-d'), lio, 342.
Pabst (A.), 47.
Pacini (Mme), 342.
Padovani, 351.
Pagans, 118.
Pages, 5.
Pailleron, 380.
Paladilhe, 323,
Pallat, 239.
Palmer (Miss), 206, 382.
Palmieri (Mme), 295, 375.
Pancani, 144, 215, 328, 35J, 415.
Panette (A. de), 7.
Panofka (H.), 270, 286, 334, 358,
382.
Panseron, 214.
Pape (L.), 166, 406.
Papini (Mlle), 144.
Pâque (C), 379, 382.
Paquis, 41, 326.
Parade, 148.
Parepa (Mme), 157, 204, 263,
303, 335, 343.
Parlouru, 250.
Pascal (P.), 87, 107.
Pascal (M. et Mme), 191.
Pasdeloup, 2. 11, 38, 41, 69, 77,
93, 100, 102, 109, 123, 132,
190, 203, 254, 270, 298, 348,
365, 370, 379, 381.
Passini, 111.
Passy-Cornet (Mme), 367.
Patti (Mlle A.), 2, 6, 13, 17, 22,
29, 30, 33, 37, 45, 53, 61, 62,
69, 79, 88, 95, 103, 110, 111,
1)7, 142, 144, 149, 172, 174,
181, 182, 190, 191, 215, 221,
246, 25:i, 254, 261, 270, 293,
303, 311, 320, 327, 343, 351,
354, 374, 381, 389, 413.
Patii (Bille C), 37, 134, 157,
181, 205, 246, 311, 333, 357,
359, 390, 398, 405.
Pauli, 333.
Paulin, 122, 147.
Paulus, 101, 118, 206, 291, 403.
Pavani, 70, 383.
Péan de Laroche-Jagu (Mlle), 14.
Pellerin, 223.
Pellerini, 307.
Penco (Mme), 27, 83, 118, 238,
317, 326, 357, 415.
Perega (Miss), 319.
Perelli (Mme), 407.
Pérez (Mlle M.), 334.
Pergolèse, 27.
Péri (J.), 15.
Périé, 54, 94, 135, 318, 406.
Perler (Mlle), U7.
Perny (C), 87, 277.
Peroni (Mme), 383.
Perrelii (G.), 182, 231, 238.
Perrin (E.), 1, 26, 65, 163, 173,
262, 270.
Perrot, 13.
Peschard, 78, 382.
Peschel (Mlle), 279, 326.
Petipa (L.), 26, 245.
Petipa (Mme), 135, 166.
Petit (J.), 107, 28), 293, 377.
Petit (Mlle), 250.
Petrella, 53, 279, 294, 295.
Petrolî, 397.
Peudefcr (Mme), 34, 108, 255.
Peyret (Mlle), 391,
Pfeiffer (G.), 50, 51, 118, 150,
206, 221, 342, 390.
Pfeiffer (Mme C), 118, 150.
Philippe, 191.
Piatti, 215, 366, 398.
Piave, 7.
Picard (Mlle), 29, 293.
Piccinini, 415.
Piccolomini, marquise de Gaëtani
(Mme), 172, 191.
Pierson (Mlle), 148.
Pietro (Di), 397.
Pilo, 393, 377.
Pisani, 23.
Pithon-c'hére't (Mme), 147, 263.
Pitre-Chevalier, 7, 199.
Pitteri (Mlle), 351 .
Pladouska (Mme), 415.
Plantade (C), 198, 398.
Plcssy-Arnould (Mme), 117, 413.
Pleyel (Mme M.), 22, 34, 53, 68,
70, 118.
Pion (E.), 259.
Podolski, 125.
Poëncet (H.), 11.
Pohl (Mme), 143.
Poisot (C.), 126, 183.
Poisson, 79.
Ponce de Léon (S.), 222, 398,
414.
Ponchard, 146, 221, 228, 289,
349.
Portehaut, 102, 147.
Postulat, 391.
Potel, 151, 186, 274, 317.
Potiir (C), 325.
Poultier, 125.
Pourny (C.), 36.
Pouschkine (Mlle), 62.
Poussard, 391.
Pozzi-Branzanti (Mme), 103, 255.
Pradal (Mlle), 374.
Pradeau, 59, 262.
Prédigam, 204.
Preschtler (O.), 144.
Prestreau (A.), 182.
Prével (J.), 277,
Prévost (E.), 49, 149, 381.
Prilleux, 67, 142, 157.
Prudent (E.), 30, 37, 45, 54, 62,
83, 110, 134,143, 157, 177.
Prudenza, 295, 375.
Prud'homme (Mlle S.), 142.
Prumier fils, 101, 147.
Pugni (C), 218.
Puisant. 54.
Pyne (Miss. L. et Miss. S.), 5î.
343, 391.
Quercy (de), 77, 374.
R
Rabaud, 113, 381,
Radonejski, 47.
Raousset-Boulbon, 326.
Rapotti, (M.) 287.
Ravina, (H.) 100, 302.
Raynard, 149.
Real, 170.
Reber, 12.
Reboux (Mlle,) 286.
Régnier, 340.
Reichardt 63, 126, 22».
Reignier, 270.
Reiupcke, 415.
Reiset (le comte de), 63.
Remaury (Mlle C), 92, 381, S98,
405.
Rémond (Mlle), 233.
Kémusat, 309.
Renard, 189.
Réty (C), 1.
Rev'illy (Mlle), 122, 22S.
Rey (Mlle), 42, 250.
Rey-Balla (Mme), 326.
Reyer (E.), 2, 93, 142, 215, 271,
333, 350.
Ribault-AUbs (Mme), 34.
Ribes, 154.
Ricci (L.), 62, 415.
Ricordi 310.
Ridder (Mme la comtesse de), 54,
62.
Rie (B.), 46, 115.
Riedel (A.), 37, 158.
Uieder (Mme), 94.
Rignault (E.), 130, 393.
Riqucr (Mlle E.), 213.
Ristori (Mme), 205.
Roberti, 87.
Robin, 38, 53, 166, 198, 205,
222, 271, 286, 310, 342.
Robyns, 220, 237, 403.
Robzeck, 159.
Rochefort (H.), 213.
Roger, 51, 54, 02, 134, 149, 174,
TABLE ALPHABÉTIQUE DES RÉDACTEURS.
100, 214, 302, 324, 366, 381,
398.
Boissy (Mme de), 53, 119, 191,
319.
Rokitîinsky, 311.
Koland (.\.), 190, 374,
Roliu (Mlle), 214, 29U.
Romainville, 29.
IlomaMi (L.), u9, 103.
r.omano (G.), 91, 185, 380, 407.
Komei, 3!i0.
Uonconi, 70, 157, 172, 246, 335.
tionzl, ^8.
lîopiczek, 3Î7.
Rose, 318.
Kosenliaiii (J.) 87, 109, 255, 390.
Rosier, 325.
Rossi (L. F.), 200, 211, 359, 391.
«ossini, 60, 86. 118, 413.
Rola (G.), 38, 79, 142, 172, 173,
187, nul.
Roth (A.), 158.
Rougei de risle, 225, 243, 257.
Rouget de l'Isle (Mlle), 326.
Rouvano, 53.
Rouvière, 253.
Rnuy ;Mme), 149.
Rovere, 127, 369, 403.
Ruyer(A.), 1,6. 67.
Royer (Mlle .11.), 213.
Rnyer-Gollard, 322.
Rozès (Mlle), 14, 78.
Rubhiaiii. 102.
Hubé. 115.
RubinFteiii (A. et N.). 31, 39, 79.
95, 135, 191, 238, 247.
Rubsani, 295.
hucquny, 204.
Riida (Mlle de), 14, 127.
Uu.li'r!.J(irf (Mme de), 326.
Rndnif.li, 359.
Ruilz, 158, 214.
Rnmniel (J.), 358, 370.
Ruit (W.), 3!).
Sabatier-Blot (Mlle), II, 28, 115,
Sacbi, .-loi.
Sacré (L.), 237.
SaiMt-d'Arod, 126, 246.
Saint-Aguet (Ville), 26, 254.
baii;te-Fny, 6, 29, 122, 125, 186,
221, 317, 349.
Saim-Georges (de), 70, 77, 142,
145, 205, 274.
Saiiit-Lton iM.),15, 38, 218, 407,
Sainton, 205.
S.-inton Dolby (Mn e), 157, 205.
Saint-Saëns (C), 27, 60, M, 123,
131 183, 3-1, 394.
Saim-Salvj, 328.
^Êint-Drbain lM;le), 03, 230.
Sali-ïses, 374.
Salks, 270.
Sali'Hié, 158.
Salotnon (H.), 15, 133.
Saivator, 342.
Salvi, 182, 21'i, 223.
Sahioiii (Mil.-), 116.
Saiii;ry, 310.
Samsoii, 148, 156.
Sandeau (J.), 412.
San-listeban, 270.
Sauter (Mlle), 191, 327.
Santley, 53, 127, 191, 221, 237,
253, 261, 311, 327, 382, 391,
414.
Sarasate, 14, 125, 158, 414.
Sardou (V.), 121, 270, 397.
Sanotti, 191.
Sarti (V.), 110.
Saticr (G.), 2, 31, 47, 55, 102,
2U, 3;7.
Sauret fr., 23, 75, 263.
Sauvage (T.), 125, 198, 270.
Sauzay, 270.
Sax (Ad. et Al.), 14, 21, 1)8,
143, 190, 220, 237, 260, 374,
403, 406.
Sax (Mlle M.), 6, 61, 79, 93,101,
109, 114, 119, 158, 182, 233,
237, 245, 262, 209, 302, 309,
310, 341, 347, 381, 398, 400,
414.
Saxe-CnhoHig (S. A. le duc de),
333, 390.
Scalese, 109, 326.
Scharfenberg, 222.
Sclianroth (la baronne), 95.
Scheffer (Mlle), 204.
Scliira, 137, 261.
SibliebnerfA.), 119.
Schlo.'ser, 23.
.'■chlosser (Al.,''^^), 'JSS.
Sclimid, 231, 255.
Schniidt (G.), 46, 71, 125, 151,
■9, 313, 351.
Srhmitt (A.), 144, 207, 255.
neider, 207.
Srbneider fMUe), 173,197, 223.
Sclinor de Caiosfeld , 77, 95,
367.
Scboberlechner (Mme), 303.
Siliodel (C), 287.
Sclicrn (F.), 102, 111, 131, 2'il,
246, 348.
Sclioultz (Mlle E. de), 73.
Schieck (Mlle), 383.
Schrœder (Mlle), 319.
Seliiœter (C. T.), 390.
Sc:iuhi'n((:.), ll'.i, 215.
Sclinliert (d'Amiens), 63.
Schubenli (Mlle), 53.
Scliulhoiï, 359.
Scliuliz (Mlle), 38.
Scliuniaiin (ft.), 273.
Schumann (Mme C.), 2, 22, 46,
68, 92, !)3, 94, 324, 351, 367,
399.
Scribe {K.), 6, 25, 233, 278.
Scudo (P.), 270.
Sebault-'l liys (Mme), 203.
Second (A.), 177.
Segri-Segara, 327.
Seiffeit, 12.
Seifriz, 143
Seligmann (P.) , 28, 263, 310,
Sriliiig (Mlle), 391.
Scm. t (T.), 9.
Sf-rda, 111.
Servais, 23, 46, 79, 279, 311.
Seiow, 101, 397.
Severini, 62, 204.
Séveste, 250.
Sibillot, 382.
Sigliicelli, 115, 119, 141, 142, 2,70,
406.
Silas, 318.
Simmons (Mlle), 279.
Simon-Coriadi (Mme), 122, 132,
155.
Sims-Reevcs, 102, 221, 237,327,
382.
Singtlée, 179, 237.
Sinico, 279.
Siraudin (P.), 380.
SiïOri, 13, 23, 30, 63, 70, 79,
88, 95, 102, 127, 144, H9, 151,
lî8, 169, 182, 238, 326, 335,
374, 382, 406, 414.
Smilli (Miss), 3S.
Snyders(E,), 349.
Soboleff, 397.
Sokoloff, 390.
Sokolowski, 239, 393.
Soubre (E.), 46,222, 318.
SouU-er (C), 158.
Sonstell" iM. et Mme), 242, 250,
254, 294.
Spaur (le comte P.), 133.
Spohr (Mlle), 327.
Squarcia, 88.
Slaeger (Mlle), 311.
.-teger, 71 .
Stc gm.-iyer, 1 58 .
Sterbini, 369.
Stern iG.), H. 79, 246.
S'ockhuiiseii (J.) , 94, 174, 183,
222. 239.
Stolz (Mme), 383.
StPliz, 15, 311.
Siorih, 2711.
Slranski (Mme), 14.
Strauss, 13, 30, 37, 399, 406, 414.
Strauss (J.), 54, 78.
Strebingen,, 38).
Stuiz (i'.i, 94.
Sudre (F.), 70.
Suizer ;M. et Mme), 30, 287, 359.
Snsini, 127.
Si.vam.y (Mlle), 175, 199.
Szarvady-(:iaus.s (Mûie), 74, 92,
loi.
r
ïaccliinardi (.Mme P.), 303.
Tacova, 325.
Ta(ranel, 100, 406.
Tagliafico, 94, 237.
■laiiiiapetra (P.), 7, 38, 263.
Taillade, 01.
Taisy (Mlle de',. Cl, 74, 107, 163,
262, 269, 274, 379.
Taite, 13.
Talvo-Bedogei (Mme) , 61, 381,
398.
Tauiberlick, 47, 77, 83, 86, 93,
101, 105, 117, 142, 166, 181,
182, 199, 220, 246, 261 , 343,
373, 396.
Tamburini, 63, 207.
Tardieu de Malleville (Mme), 1',,
400, 414.
Tali (Mme), 207.
Tautin (MileL.), 325.
Taveiniei-Devigno, 271.
Taylor (le baron), 156, V.70, 414.
Techeny, 391.
Tede^co (Mme), 01, 283, 326. 366,
374, 415.
Telesinski (J.),131.
Ten-Brinck, 92.
Tenby (S.-R.),126.
Teiinaiit, 205.
Tesc.lier, 286.
Teste, 142, 250.
Thalberg (S. j, 2, 129, 160, 182,
215, 263, 324, 399.
Tlialgrùn, 131.
Tliénc(Mlle A.), 3V5.
Thiboust (L.), al3.
Thierret (Mm.-), 213, 293.
Thierry, 218, 270.
Thoinàn (E.), 231, 285.
Thomas (,\.) 00, 70, 77, 414.
Thomas (F.), 157.
Thomas (T.), 183, 287.
Thomson (Miss), 59.
ïiberini (M. et Mme), 88, 215.
Tichatsche.ck, 38, 183.
Tiefensée (Mlle C. de), 78, 94,
102, 155, 366.
Tietjens (MlleT.), 22, 53, 88,119,
127, 157, 165, 172, 18l', 191,
237, 245, 253, 254, 261, 270,
273, 281, 286, 327, 359, 382,
391, 399, 407, 414.
Tilmant, 19, 84, 3,4.
Tirpenne (V.), 342.
Tolbecque, 147.
Tonel (Mrel..), 36, 155.
Torricelli (M. et Mme), 207.
Testée (MUr), 59, 173.
Tournade, 5,i.
Iourte (F.), 43.
Tousez (Mlle A.), 277.
Touzé (l'abbé), 39.
Trautmann (Mlle M.), 155.
Trebelli-Beltini (Mme), 6, 35, 45,
77, 78, 86, 93, 118, 142, 151,
157, 158, 165, 182, 191, 237,
253, 261, 262, 270, 279, 286,
327, 359, 382, 391.
Trepo (.Mme), 102.
Treumann (K), 207, 222, 239.
Triébert, 100, 101, 122, 133.
Trillet, 22.
Trombetta, 78.
Trny, 77, 146, 221, 262, 274.
Troy , jeune, 250.
Tuai (Mlle), 274.
Turina, 1.
V
Ugalde { Mme ), 2, 59, 69, 101,
133, 149, 154, 205, 221, 281.
nimann, 37, 350.
Ungher (iVIlle), 46.
V
Vacquerie (A ), 340.
Vadé (Mlle), 414.
Vailati (.1 ), 118, 141.
Vailbant (S. E. le marécliai;, 249.
Valdemosa (F.- F. de), 230.
ValeiHin (P.), 334.
Valgrand (Mme C.),139.
Valiquet (H), 334, 579.
Vainay, 157.
Vandenheuvel-Duprez (Mme C.),
26, eO, 91, 99, 101, 114, 123,
143, 11.3, 189, 213, 214, 324,
3-J5, 333, 347, 406.
VandfM-Beck (Mme), 354.
Vanderburcli, 277.
Vanrier Heyden , 111.
Van Hasselt (A.), 81, 168, 196.
Vanneri (Mlle), 109.
Varesi (M. et Mlle), 63, 70, 335,
367.
Varney, 1, 117.
Vaucorbeil (A.-E. de), 121.
Vautrot, 245.
Vcchsner (A.), 246.
Veillet, 102. i
Vera-Lorini (Mme), 45, \'!7.
Vcrdavaine (Mme), 130. *"'
Verdellet, 250.
Verdi, 2, 7, 13, 17, 71, 133, 142,
233, 237, 403, 411.
Verger, 22, 38, 43, 53, 173, 381,
407.
Verhulst (J.), 14, 383, 399.
Vernon Mlle M.), 20, 37,233, 269,
2-6, 293, 302, 317, 333, 349,
3B1.
Verroust (S.) 127, 132.
Vertowski, 23.
Vervnitte (C.), 118, 147, 183.
Vesivali (Mine), 294, 317.
Vialelti, 191, 318, 328.
Via:d, 170.
Viardot (Mme !■.), 69, 84, 93, 94,
99, 100, i:ii, 133, 279.
Vias, 199.
Victoria-Laronlaine (Mme), 109,
229.
Vidal 150, 167, 307.
Vieu)Ltemps(H.), 3,11,23, i8.34,
38, 42, 46, 51, 62, 92, 94, 101.
102, 109,117,118, 133,157,247,
29, 286, 294, 310,318.
Vigier-Cruvelli (la baronne S.), 70,
309.
Vigne (M. et Mme), 196.
Vigny (le comte A. de), 303.
Villa'ni, 33.
Villaret, 91, 93,101,133, 142,158,
166,233,237 289.317,323.333,
341, 347, 357, 363, 389 413.
Villebois, 47.
Villiers (Mlle), 233, 274.
Vincent, 42, 54, 250.
11
Vincentelii, 70.
Violet, 78.
Viîet, 322.
Vivien (Mlle), 242.
Vivier, 236, 309, 318, 326.
Vizentini (A ), 234.
Volpini (M. et Mme', 37, 133, 286,
327, 367, 382, 390, 406.
Von-Kolb (J.), 271.
Vroye (de), 87, 94.
W
Wachlel, 79, 88, 126, 1.15, 199,
231. 239, 247, 271, 287, 295,
303, 311, 319.
Wagner (R.), 7, 207, 217, 238,
270, 282, 290, 300, 390.
Walbach (Mlle), 19U.
Walckiers (E), 108.
Walewski (le (■nmti^\ 259.
Wallace (W.), 0, 333, 343, 398.
Wallenstein (JI.), 327.
Walliang (Mlle), 242.
Walter, 103, 135.
Warol, 23, 50, 52, 74, 77, 119,
163, 173, 182, 214, 269, 302,
333, 347, 379.
Wartel, 70, 107, 140, 2..1.
Wartel (Mme\ 215.
WassiliefT, (i7, 307.
Vv'ast (U. du), 54.
W.ber, 3:8.
WebiT fils, 414.
Wehle (C), 87, 111, 127, 206, 326.
Wein, 127.
Weiss, .53, 343, 391.
Wekeilin (J. B.), 309.
Wekerlin-Damoi'eau(?,!meM,),13l.
204, 350.
Wernike (Mmel, 279.
Wertlieimber (Mlle), 52, 77, 118,
158, 182, 191, 283, 389, 341,
379.
Weyr,nger (Mlli), 231.
White (J.), 77, 92, 118, 131,341
Whiitv (.Mlle) A., 100.
VVicar't, lis, 310.
Widor (C.), 240.
Wieniausky (U. et J.), 115, 167,
191, 222, 247, 302.
Wieprecht, 55, 175, 222.
Wildauer (Mlle), 319.
Wilhelmi, 206, 325.
Winckelmann, 15.
Wocher (Mlle J. de), 42.
Welbruck (Ml e), 86.
Woirart (R.), 46.
Wolir (A.), 45, 51.
Wom'(E.), 198, 245, 381, 390.
Wolff (Alb.), 21.3.
Wollenhaupt (U.), 342.
Woworsl.i, 15, 119,207.
Wynii, 2U6.
Yriarte (C), 149.
Zachi, 88.
Zacometti, 53.
Zappata (F.), 255.
Zellner (L.-A), 7, 103.
Zengnr (M.), 31.
Zina-Mérante (Mme), 61, 69, 114,
145, 157, 233, 317.
Zirndorler (Mile M.), 159, 167,
199, 247.
Zizold, 399.
ZôUner, 407.
Zompi (D ), 174.
Zucchini, 27, 33, 58, 68, 77,86, 93,
172, 238.
TABLE ALPHABÉTIQUE DES RÉDACTEURS.
Beanliru (D.), 403.
Butte (Adolphe), 11, 18, 27, 34. 42, 43, 50, 63, 74, 83,
91, 100, 107, 115, 129, 130, 140, 141, 140', 154,169,
305, 378, 3(J3.
Urebm (le docleur), 75.
Ghorley (Henri), 260, 291.
Cometiant (Oscar), 307, 388.
Oistal (Maurice), 361, 370.
Danjou (F.), 155.
Duesberg !.l.), 300, 3'6, 336, ■,■61 , 395.
Durocher (Léon), 9, 49, 5:1, 65, 99, 105, 121. 139, 146,
154,185,226 274, 281,299, 313, 337, 353,377, 411-
Elwarl (A,), 12, 132, 147, 171, 189, 210, 260, 305.
EnauU (l.oui-), 20.
Fétis père, 4, 11, 19, 81, 219, 225, 243, 251, 257,268,
275 297 321 345 385.
Mathieu de Montei- (Eiii ), 163, 178, 186, 266, 284, 330,
338, 362, 372.
Meerens (Charles), 300, 331.
Moniiais (Edouard), 89, 97, 113, 137, 153, 161.
Pongin (Arlhiii), 3, 123, 187, 193, 209, 211, 234, 244,
265, 387, 394, 4iil.
Rongé (J.-B.), 189, 195.
Saint-Yves (D.-A.-D.), 5, 28, 44, 52, 61, 67, 84, 108,
124, 148, 172, 197, 212, 229, 252, 277, 292, 325, 340,
3i;6, 330, 307, 412.
Smiih (Paul), 1, 17, 25, 33, 41, 57, 73, 145, 171, 177,
201, 249, 273, 281, 289, 323, 329, 337, 348, 334, 409.
Wehle (Charles), 196.
Ariicle signé B. M., 291.
Articles signés B. S., 181, 237.
Anicles signés D., 43, 59.
Article signé E. K., 261.
Ariiclci signés L., 35, 180, 211, 236.
Anicles signés L. B., 116, 204, 220, •;53, 261.
Artirle signé M., 172.
Anicles signés P. S., 11, 83, 100, 122, 132, 163, 203,
218, 228, 233, 241, 259, 283, 347, 303, 369, 403.
Arliiles signés S. D., 91, loS, 107, 170, 373, 396.
Article signé T. X., 157.
Articles signés Y., 36, 203, 332, 3'i8. 373, 379, 403.
BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, I.
30« Année.
IV° 1.
4 Janvier 1863.
Olff S'ABONNE I
Dans les Déiiorlements et à l'Étranger, chez tous
les Harehands de Musique, les libraires, et aui
Purcaui des Messageries et des Postes.
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PRIX DE L'ABONNEUENT :
Paris Sifr.parol
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Le Journal parait le Dimanche.
GAZETTE MUSICALE
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DE LA REVUE ET GAZETTE MUSICALE. i863.
Nons rappelons à nos Abonnés de Paris que les
primes qne nous leur offrons é. titre d'étrcnnes :
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PORTRAITS -CARTES DE HAYDN ET WEBER
sont A leur disposition, et nous les prions de vouloir
bien les faire prendre dans nos bureaux.
IVons les envoyons fbanco aux Abonnés de province.
SOMMAIRE. — Revue de l'année 1862, par Panl Smith. — Vieuxtemps. -
Revue critique, par Arthur Pon§;in. — Correspondance : Bruxelles, par
Fétis père.— Ilevue des théâtres, par O. A. D. Saint-Yveg. — Nouvel-
les et annonces.
REVUE DE L'ÂNNËE 1862
Ce qui distinguera celte année entre toutes, ce n'est certainement
pas le nombre des œuvres nouvelles qu'elle a produites : jamais on
n'en a vu si peu ; mais c'est la fréquence insolite des changements
de direction dans la région des théâtres voués à l'art musical ;
jamais on n'a pu en compter davantage !
11 y a douze mois, à pareil jour, M. Alphonse Royer régnait au
grand Opéra ; M. Beaumont, h l'Opéra Comique ; M. Charles Réty,
au théâtre Lyrique; M Offenbach, aux Bouffes-Parisiens. Aujour-
d'hui, pas un de ces souverains n'est resté debout ; le sol a tremblé
autour de leurs trônes, et ils ont pris le parti d'abdiquer. On con-
naît leurs successeurs : MM. Emile Perrin, Adolphe de Leuven, Car-
valho, Varney. Seul, M. Calzado, directeur du théâtre Italien, a
gardé son sceptre, mais il a failli perdre sa salle, et peu s'en est
fallu qu'il ne fût réduit à la triste nécessité de transporter dans un
quartier lointain le siège de son empire.
A travers ces mouvements, ces agitations, dont la musique a dû
souffrir, en attendant, s'il plaît à Dieu, qu'elle en profite, comment
ne pas remarquer que deux restaurations se sont accomplies? L'une,
a duré quelques mois à peine et l'autre, ne demandait pas mieux
que de durer moins encore, à condition d'être appelée, comme la pre-
mière, à d'autres fonctions. N'est-ce pas chose singulière que M. E.
Perrin, qui vers la fin de 1857 avait quitté l'Opéra-Comiqne, et
M. Carvalho, qui s'était éloigné du théâtre Lyrique an commencement
de 1860, y soient revenus dans la même année, à peu d'intervalle,
pour les sauver tous deux d'une situation désespérée, et peut-être
avec la même ambition, celle de se créer do. nouveaux titres à la
confiance"? M. Emile Perrin a déjà réussi : en le voyant relever Sj
promptement la fortune de l'Opéra-Comique , on l'a jugé digne de
régir celle du grand Opéra. Le voilà donc, arbitre souverain de
cette vaste scène dont un abbé Perrin fut le premier directeur
privilégié ; mais il lui succède comiiis Louis XV à Pharamond. Une
promotion semblait en entraîner une autre, et M. Carvalho le dési-
rait autant que personne : seulement il n'avait pas encore eu le loisir
de raviver la foi, et puis s'il passait à la salle Favart, comment le
remplacer dans celle du Chàtelet? Le problème n'ayant pas trouvé
de solution immédiate, M. Carvalho est demeuré à son poste, et nous
espérons que, secondé par sa femme, il y rencontrera des chances
assez favorables pour n'avoir plus besoin d'en chercher ailleurs.
En traversant le boulevard pour aller de l'Opéra-Comique au grand
Opéra (tout juste le contraire de ce qu'a fait naguère M. Nestor
Roqueplan), M. Emile Perrin va se heurter contre des diflicultés nou-
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
velles , même pour un homme de son expérience, et il n'aura pas
trop de toute sa force pour en venir à bout. A l'Opéra, les obstacles
sont peut-être moins nombreux, mais ils sont plus gros qu'à l'O-
péra-Comique. C'est le théâtre où il faut le plus de temps pour que
la présence d'un directeur se fasse apercevoir du public, le théâtre
où les revanches étant le plus rares, les mauvaises veines sévissent
le plus cruellement. Du reste, la capacité multiple de M. Emile Per-
rin aura largement de quoi s'employer dans l'infinie quantité de détails
d'une administration qu'on pourrait appeler celle des arts réunis . Un
directeur d'opéra, qui tient à voir tout par lui-même, et c'est seule-
ment ainsi qu'on est directeur, n'a pas une minute à lui dans les plus
longues journées. Comment pourrait-il encore, dans ses moments
perdus, diriger l'Opéra-Comique ?
Cependant l'idée en a été mise en avant, la proposition nettement
formulée. Un de nos confrères s'étonnait, il y a peu de jours, que la
presse n'eût pas discuté on système de direction nec pluribus impar.
La raison en est simple : c'est que la presse ne l'avait pas pris au
sérieux. A l'appui du système , on invoquait la théorie et l'histoire :
on prétendait d'abord que l'infaillible moyen de courir à sa perte,
c'était de s'atteler à un théâtre florissant, tandis qu'en le prenant
ruiné, on était sûr de faire fortune. Cela revient quelque peu à la
maxime : Sperate, miseri; cavete, felices (espérez, malheureux ; heu-
reux, prenez garde). La théorie est peut-être une vérité , mais elle
ressemble furieusement à un paradoxe. Quant à l'histoire, nous ne
saurions douter qu'on ne l'ait parfaitement méconnue, expliquée à re-
bours : où elle disait noir, on a dit blanc. Jadis , assurait-on , le ma-
riage du grand Opéra et du théâtre Italien a sauvé deux théâtres,
qui se mouraient, en faisant de deux agonies une double résurrection.
Or, c'est absolument le contraire qui arriva. Les deux théâtres en
question ne furent jamais plus misérables, plus mourants que pendant
leur hymen, et il fallut en venir à la séparation de corps plusieurs
années avant la révolution de Juillet, époque à laquelle commença
pour eux, avec la spéculation particulière, une prospérité jusqu'alors
inconnue. En 1827, le grand Opéra, qui ne vivait qu'en dévorant la
rente de 100,000 francs, destinée à garantir les pensions de retraite,
n'avait plus même de quoi payer son copiste; il fallut que la partition
de la Muette d'Auber attendît trois mois, faute d'argent mignon. Déjà
le théâtre Italien était sorti de la maison royale pour se livrer à un
M. Laurent, qui profita de la circonstance et fit venir des comédiens
anglais. Voilà l'histoire dans sa pureté native : si c'est là une résur-
rection, nous ne savons trop ce qu'on appelle une agonie.
Mais ne nous égarons pas si loin ; bornons-nous aux faits et gestes
de l'année qui vient de finir. Au grand Opéra, un seul ouvrage
nouveau s'est produit dans son cours, la Reine de Saba, seconde
tentative d'acclimatation de la musique sans formules et malheureu-
sement sans mélodie. Richard Wagner avait déjà échoué dans cette
entreprise. M. Gounod, qui n'était pas le premier, ne sera pas le
dernier non plus. Condamnée à Paris, sa Reine de Saba vient d'en
appeler à Bruxelles comme à une cour d'espoir. De sourdes rumeurs
nous apprennent que la France et la Belgique s'entendent mieux
qu'on ne s'en flattait, malgré leur voisinage.
La rentrée de Mario ne doit être notée que pour mémoire : elle a
laissé si peu de trace !
Inscrivons plutôt la date du jour où fut posée la première pierre
de la nouvelle salle d'opéra ; 21 juillet 1862!
A rOpéra-Comique, où les reprises foiiionnent, les ouvrages nou-
veaux ne sont pas communs et ne fournissent en somme que quatre
actes, savoir ; Jocrisse, un; Lalla Boukh, deux ; et le Cabaret des
Amours, un. Cependant le Joaillier de Saint- James, qui n'avait été
joué qu'au théâtre de la Renaissance pourrait compter, à la rigueur,
parmi les nouveautés. Les reprises de Giralda, de Rose et Colas, de
la Servante maîtresse, de Jean de Paris, de Deux Mots ou une Nuit
dans la Forêt, de Zémire et Asor ont servi d'avant-garde à celle de la
triomphante Dame blanche, si heureusement choisie pour le début de
Léon Achard, qui eut l'honneur, lui si jeune, d'entraîner la charmante
vieille, avec redoublement, de vitesse, à sa millième représentation !
Le théâtre Italien a monté deux ouvrages étrangers à son réper-
toire, Il furioso aïï isola di San Domingo, dans la première saison,
et Cosi fan tutte dans la seconde. Pour lui, le début de Naudin fut
une bonne affaire, et l'apparition d'Adelina Patti un coup de fortune.
Au théâtre Lyrique, douze actes anciens et nouveaux figurent dans
le contingent de M. Charles Réty: Joseph, trois; la Châtie merveil-
leuse, trois; la Fille d'Egypte, deux; la Fleur du Val Suson, un; le
Pays de Cocagne, deux; Sous les Charmilles, un. Le changement de
domicile du théâtre, et sa translation du boulevard du Temple au
bord de la Seine, sont, avec le retour de M. Carvalho, les événements
capitaux d'une année fort brillamment close par la reprise du Faust,
de Gounod.
Au théâtre des Bouffes-Parisiens, toujours Orphée, rien qa'Orphée,
que Mme Ugalde a rajeuni pour des mois, des années peut-être. Or-
phée a dépassé sa quatre centième soirée : irait-il aussi loin que la
Dame blanche ? Toutefois n'oublions pas qu'avant et après la reprise
de cette prodigieuse et sempiternelle folie, on a donné quelques piè-
ces nouvelles : Monsieur et Madame Denis, un acte ; Vne fin de bail,
un ; Voyage de Dunanan père et fils, deux ; L'homme entre deux âges,
un ; le Premier avril, un, et Jacqueline, un. Lorsque Offenbach di-
rigeait ce théâtre, il n'avait que le droit d'occuper une certaine part
de l'affiche ; on trouvait que cette part était un peu trop grande et
l'on s'en plaignait. Aujourd'hui qu'il l'accapare absolument tout en-
tière, on ne se plaint plus. E sempre bene.
Un théâtre s'est ouvert à Bade, et deux opéras nouveaux, qu'on ne
saurait oublier, ont inauguré la salle naissante : Béatrice et Bénédict,
dont les paroles et la musique sont de Berlioz ; Erostrate, dont la mu-
sique est de Reyer.
Pour la première fois les Huguenots ont été représentés à Naples,
et Robert le Diable à Palerme.
A Londres, ce qui s'est fait, ce qu'on a vu et entendu pour l'inau-
guration de l'exposition universelle, n'avait aucun précédent et ne se
reproduira jamais peut-être. Quatre compositeurs, Auber, Meyerbeer,
Verdi et Sterndale Bennett, avaient consenti à écrire des morceaux
pour cette séance unique, et cela sur une simple invitation, suivie
d'un remercîment encore plus simple. Nous avons dit les succès ob-
tenus par les compositions de Meyerbeer et d'Auber, lesquelles survi-
vront longtemps à la circonstance et figureront dans tous les con-
certs.
A propos de concerts, disons que ceux du Cirque Napoléon, fondés
l'année dernière par Pasdeloup, n'ont pas cessé de jouir d'une vogue
extraordinaire, parfaitement justifiée d'ailleurs par le talent du chef et
les progrès de l'orchestre. Rappelons le congrès de pianistes, que
sont venus tenir à Paris Gustave Satter, Auguste Dupont, Clara Schu-
mann, Thalberg. Notons aussi l'excellente exécution d'un sextuor et
d'un quintette de notre illustre collaborateur M. Fétis, dans les salons
de Pleyel-Wolff; celle d'une messe de Weber à Saint-Eustache, le
jour de la Sainte-Cécile, par l'association des artistes musiciens;
enfin, pour ne rien omettre et pour finir par quelque chose d'éton-
nant, mentionnons l'immense festival du Crystal-Palace à Londres, en
y joignant l'accueil fait dans la même ville à la musique des zouaves
et de la gendarmerie de la garde, expédiée de Paris.
Puisqu'il faut en venir à la liste funèbre, que notre mission nous
oblige à dresser en partie double , agenouillons-nous d'abord de-
vant cette tombe qui s'élève et sur laquelle sera tracé un nom immor-
tel. Halévy nous a été enlevé bien avant l'heure, et le deuil a été
général. Le grand Opéra lui a rendu les derniers hommages en re-
montant la Juive, le plus beau de ses chefs d'œuvre. S. M. l'Empe-
reur a daigné inaugurer la souscription pour le monument à sa mé-
moire; nos législateurs ont doté sa veuve d'une glorieuse pension.
DE PARIS.
Autour de ce nom, qui ne doit pas mourir, groupons d'autres noms
plus modestes: A. Vieillard, Adrien de La Fage, Cavaillé-CoU père,
Jean-François Sudre, Gustave Vaëz, Henrichs, Arnaud Dancla, Fré-
déric de Courcy, Darthenay, Etienne Bodin , Boulanger-Kunzé ; Mme
Berlioz, Mme Diiret; Emile Van-der-Burch, A, de Gomberousse.
A tous ces artistes, musiciens, poêles, auteurs dramatiques, journa-
listes, que la France regrette, il ne nous reste plus qu'à joindre
ceux que l'étranger a perdus : Gharles Lipinski, Broadwood père, Jo-
seph Frœlich, Castelii, Consul, Leopold Schefîer, Charles Vogel, Jo-
seph Klein, Belart, le colonel Ragai Vechi, Hans Seling, H. Lenz,
Charles Mayer, Jean Hindie, Ignace Assmayer, Anne Eckoff, Aug.
Baumgartner, Joseph Fischer, E. Brouwer, Louis Uhland, Fiedo, Ver-
stowsky,
Et maintenant en voilà pour une année ! Préparons-nous à de nou-
velles scènes, au fond toujours les mêmes, à de nouveaux plaisirs,
et à de nouvelles douleurs.
Paul SMITH.
vrenxTEiHPS
IS. B. La courte notice que l'on va lire sur un artiste qui préoc-
cupe si vivement l'attention, et que l'on peut entendre aujourd'hui
même au Cirque Napoléon, est tirée de la Galerie biographique des
artistes musiciens belges, due à la plume de M. Edouard Grégoir, et
publiée depuis deux mois seulement.
« VIEUXTEMPS (Henri), artiste remarquable et un des plus grands
violonistes de l'époque, naquit à Verviers en 1819, il a été élève de
Letloux et de de Bériot. A sept ans il fut jugé en état d'entreprendre
un voyage artistique à Bruxelles. De Bériot, frappé de sa précoce
habileté, lui donna gratuitement des leçons. Il se rendit à Paris en
1828. A Vienne surtout le talent de Vieuxtemps fit sensation (1833).
En cette ville il eut pour professeur de composition S. Sechter , et à
Paris, Reicha. En 1839 il se mit en route pour Saint-Pétersbourg, et
visita Dresde, Leipzig, Prague, etc. Son talent de compositeur gran-
dissait avec son talent d'exécutant. Il fit une grave maladie à Saint-
Pétersbourg, et se retira pendant six semaines dans un village à quel-
ques lieues de celte ville. Son premier concert a produit 6,000 francs,
tous frais payés. En même temps, Servais donna trois concerts qui
rapportèrent un bénéfice net de 12,000 francs. En 1846, il fut
nommé violoniste de l'empereur de Russie et professeur au Conser-
vatoire de Saint-Pétersbourg.
» Au printemps de 1841 il se rendit à Londres; nous trouvant en
cette ville à cette époque, nous avons été témoin de l'intérêt que les
Anglais portaient à ce jeune artiste. Après quelques excursions en
France, en Belgique et en Hollande, Vieuxtemps partit pour l'Amé-
rique en 1843. Depuis cette époque il a, pour ainsi dire, parcouru
toute l'Europe. Dans le premier concert du Gewandhaus à Leipzig,
en 1862, il a électrisé le public par son 5° concerto en la mineur et
par une Bolonaise brillante.
» Les compositions de notre compatriote se distinguent par un cachet
tout particulier, ses mélodies sont empreintes de noblesse et de sen-
timent. 11 aborde tous les genres avec un rare bonheur et une remar-
quable vérité d'expression. Quant à son jeu, son archet exprime tour
à tour, avec une poésie et une énergie égales, les enchantements sa-
taniques et l'amour le plus tendre. L'effet qu'il produit sur son au-
ditoire est immense ; tantôt il vous étonne par les difficultés inextri-
cables qu'il enlève avec une netteté et une facilité inconcevables,
tantôt il vous ravit par ses chants divins qui respirent la noblesse,
tantôt enfin il vous transporte par la hardiesse de ses traits et l'éner-
gie et la vigueur de son jeu.
» Vieuxtemps a composé des concertos, des fantaisies, des airs
variés qui sont le Vade mecum de tous les violonistes ; c'est en un
mot un artiste de génie, qui a fait faire un grand pas à l'art de jouer
du violon. Vieuxtemps a épousé Mlle Joséphine Éder, une bonne pia-
niste de Francfort, et depuis 1855 il habite, une partie de l'été, une
villa à Dreichenheim, près de cette ville. Il est décoré de plusieurs
ordres et fait partie de l'Académie de Belgique. Le frère d'Henri,
M. Lucien Vieuxtemps, pianiste établi à Bruxelles, s'est fait connaître
avantageusement par des compositions de piano éditées par M. Schott,
à Bruxelles. »
REVOE CRITIQUE.
Henri Keber. — Troisième trio pour piano, violon et violon-
celle, dédié à Mme la comtesse Nina BranicKa.
Kinmanuel Bauinaiiu. — Les Archers, ronde de nuit pour
piano. — Dors, mon cher enfant, berceuse pour piano. — Mar-
che ET Mazurke chinoises, air de ballet pour piano.
Parler d'une œuvre qui porte pour signature le nom de M. Henri
Reber, n'est-ce pas sous - entendre qu'elle est purement conçue,
consciencieusement élaborée, éiégamment écrite? Le musicien dis-
tingué qui a fait applaudir au théâtre la Nuit de Noël, le Père Gail-
lard et les Papillotes de M. Benoist, qui a fait exécuter à la Société
des concerts plusieurs symphonies justement remarquées, qui a pu-
blié chez l'éditeur Richault un recueil de mélodies pour violoncelle
parmi lesquelles se trouve une Berceuse dont tous les salons pari-
siens se souviennent encore, pourrait plus que tout autre se passer
d'éloges, et son talent, malheureusement trop discret — depuis
près de sept ans M. Reber n'a rien donné au théâtre — est cepen-
dant assez connu et suffisamment apprécié pour n'avoir pas besoin
des échos d'une banale publicité.
Aujourd'hui pourtant je veux signaler aux lecteurs de ce journal
l'apparition d'une production nouvelle de cet artiste estimable et in-
fatigable dont le temps se trouve partagé entre les séances de l'A-
cadémie des beaux-arts, sa classe d'enseignement au Conservatoire,
la rédaction de traités didactiques excellents (1) et la composition
d'ouvrages d'imagination dignes de toute l'attention des artistes et
des amateurs. Je veux parler de son troisième trio (en sol) pour
piano, violon et violoncelle, dédié à Mme la comtesse Nina Branicka,
œuvre qui ne le cède en rien à celles du même genre déjà publiées
par l'auteur, et dont les qualités principales sont la grâce, la distinc-
tion et l'élévation des idées.
Le premier morceau de ce trio (allegro à trois temps), d'un style
large et sévère, dans lequel M. Reber semble s'être plu à jouer avec
son motif principal en le faisant passer, â l'aide de transitions habi-
lement amenées, par toutes les tonalités possibles , est un modèle de
pureté et d'élégance dans la facture de la musique de chambre,
malheureusement encore trop peu appréciée en France. V Jndunte,
cantabile qui forme le second morceau, rempli de phrases tendres
et mélancoliques pleines de grâce et de limpidité, rappelle les belles
tr^t'itions de nos meilleurs maîtres en ce genre. Enfin, l'allégro final,
où la légèreté s'allie à la verve et à la vigueur en conservant une
élégance parfaite, conclut dignement cette œuvre distinguée, que
tous les amateurs spéciaux voudront avoir bientôt sur leurs pupi-
tres, et que je regrette de ne pouvoir analyser plus à mon aise et
d'une façon plus étendue.
— Un pianiste de talent, M. Emmanuel Bauinann, vient de publier
(1) M. Reber vient de publier un Traité d'harmonie, dont un de nos collabo-
rateurs, dans un article spticial, fera connaître l'iniportain-.o.
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
trois morceaux de genres différents dans lesquels on retrouve, mais à
un degré supérieur et avec un progrès réel, les qualités qui avaient
distingué ses précédentes publications. M. Baumann est un artiste
véritable, qui soigne ses œuvres et a souci en même temps de la
forme et du fond ; c'est pourquoi je regrette vivement que dans le
premier de ces morceaux, la Bonde des Archers, il se soit rencon-
tré avec M. Lefébure-Wély et sa Retraite militaire; loule accusation
d'imitation servile me semblerait une injure au talent du jeune com-
positeur, et cependant, pour être sincère, je dois avouer que le genre
de ces deux caprices, leur plan, leur coupe, tout est identique.
J'aime mieux passer tout de suile à l'agréable berceuse, Dors, mon
cher enfant, dans laquelle l'auteur a apporté une élégance et une
fraîcheur qui le recommandent à l'attention des amateurs délicats. L'in-
troduction, divisée en deux parties, est suivie par un chant doux et
grave, dont la largeur n'exclut pas la tendresse, et qui forme le mo-
tif principal du morceau ; vient ensuite un court allegretto qu'une
transition heureuse relie à ce premier motif, varié dans la basse
avec un tact exquis, et qui est bientôt suivi d'une coda dont le style
s'accorde parfaitement avec ce qui a déjà été entendu.
Mais c'est dans l'air de ballet intitulé Marche et Masurke chinoise
que M. Baumann a surtout fait preuve d'originalité. Je ne veux pas
lui faire l'injure de croire que ce morceau a une allure véritablement
chinoise, car je ne suppose pas que ce fût là lui faire un compliment
flatteur ; si les Européens qui ont eu la fortune de pénétrer dans l'in-
térieur du Céleste Empire ont été émerveillés de quelque chose, je
ne sache pas que ce soit de la musique indigène, qui, au contraire,
assure-t-on, est des plus barbares qu'il soit possible d'imaginer; le
kin-lo, le gong et le tam-tam, ne seront jamais, je l'espère, et malgré
tout l'éclat de leur sonorité, naturalisés en France, où nous avons de
quoi les remplacer avantageusement, fût-ce même pour faire danser
les ours.
J'en reviens au morceau de M. Baumann, qui n'a, je l'espère, de
chinois que le nom, mais qui, je le répète, est rempli de verve et
d'originalité. Les effets de rhythme y sont bien trouvés , les modu-
lations heureusement amenées et sans recherche pénible, les accom-
pagnements fort soignés; la pensée mélodique n'y est cependant pas
étouffée sous le poids des accessoires : elle surgit, au contraire, lim--
pide et fraîche, et plane toujours sur l'ensemble, dont chaque dé-
tail a été, sans préjudice pour elle, l'objet des préoccupations de
l'auteur. C'est là, en résumé, un morceau bien conçu , bien venu et
bien fait, qui donne plus que des espérances pour l'heureux avenir
de ce, dernier. Je l'attends à de nouvelles productions, et je me plais
à croire qu'elles ne pourront que satisfaire davantage encore ceux
des amateurs de l'art musical qui savent gré à un compositeur d'al-
lier les fantaisies de son imagination à un savoir sans pédantisme et
sans brutalité.
Arthur POUGIN.
Le Courrier artistique publie une résolution prise par le comité de
la Société nationale des beaux-arts, dans sa séance du 24 décembre
dernier, et conçue en ces termes :
« 'i° Les murs de la nouvelle salle (1) n'étant pas suffisamment
secs, il y aurait danger pour les tableaux d'organiser en ce moment
l'exposition.
» 2° En attendant que le local soit complètement en état, le comité
déclare approuver, au nom de la Société, la continuation des con-
certs donnés par l'initiative de Martinet, désirant faciliter ainsi i'au-
dition des œuvres des compositeurs symphonistes vivants. »
Voici un résumé des considérations sur lesquelles cette résolution
est appuyée :
(!) Boulevard des Italiens, 26.
^1 II n'existait pas, on le sait, une salle où les compositeurs sympho-
nistes eussent la facilité de faire entendre leurs œuvres ; celle du
boulevard dos Italiens vient combler cette lacune. Les théâtres, qui
doivent se consacrer aux ouvrages dramatiques, leur sont naturel-
lement fermés ; d'ailleurs, la nature môme de ces ouvrages, le per-
sonnel nombreux qu'ils entraînent, interdisent à nos scènes lyriques
toute incursion sur le domaine de l'art pur. La production des sym-
phonies doit donc se faire sous les auspices d'une société ainsi formée,
qu'elle ait un local convenablement aménagé et qu'elle soit le point
de réunion des amateurs sérieux.
)) Il faut bien le dire, jusqu'à ce jour, en dehors des théâtres, la
musique ancienne a eu seule le privilège d'absorber l'attention du
public. Les morts, toujours les morts ! Nous les respectons assuré-
ment, mais nous ne voyons pas pourquoi on ne s'occuperait pas des
vivants !
» La salle d'exposition du boulevard des Italiens, pouvant servir
en certaines circonstances à des auditions musicales, inaugure une
ère nouvelle pour les compositeurs vivants ; et après les deux expé-
riences qui viennent d'avoir lieu, on a décidé qu'à l'avenir le prix
du plus grand nombre des places, qui peuvent s'évaluer à six cents,
serait fixé à 5 et 6 francs en location, sans préjudice d'un certain
nombre de places d'un prix plus élevé.
» La direction annonce dès à présent une série de six concerts,
dont le premier aura lieu dans le courant de janvier. Chaque séance,
d'une durée de deux heures environ, se composera d'une ou deux
œuvres capitales, accompagnées de productions de noms nouveaux,
symphonies, ouvertures, fragments de messe ou d'oratorios, scènes
de chant, parties d'opéras inédits, etc. »
CORRESPONDANCE.
A Monsieur le Rédacteur en chef de la Revue et Gazette_musicale
DE Paris.
Bruxelles, 29 décembre 1862.
Mon cher collaborateur.
Permettez -moi de signaler dans la Revue et Gazette musicale un
nouveau système de flûte conçu et exécuté par M. Albert, de Bruxel-
les, qui, à l'Exposition internationale de Londres, a obtenu une médaille
pour l'excellente qualité de ses clarinettes. Dans mon volumineux
rapport sur les instruments de musique qui figuraient à l'Exposition
universelle de Paris, en 1855, j'ai rendu compte des diverses transforma-
tions delà flûte qui, de cylindrique qu'elle fut d'abord, devint conique,
puis fut composée de deux parties dont une était conique et l'autre cy-
lindrique, et enfin redevint cylindrique dans le dernier système de
Bœhm, le seul, je pense, qui soit maintenant adopté par les virtuoses
flûtistes de Paris. Nul doute que la qualité des instruments de cette
espèce construits par M. Lot ne soit en général très-remarquable sous
les rapports de la justesse, de l'égalité et du brillant dans le médium
et dans le haut de l'instrument ; mais on ne peut se dissimuler que
la sonorité change de caractère dans le bas, en sorte que le timbre
n'est pas homogène dans toute l'étendue de l'échelle chromatique.
C'est à cette imperfection que M. Albert s'est proposé de remédier
en revenant au système du tube conique, en y appliquant tous les
perfectionnements de Théobalde Bœhm, et en modifiant quelques parties
du mécanisme des clefs, de manière à obtenir des trilles plus fa-
ciles et plus purs sur certaines notes. Sa flûte a une égalité parfaite,
est juste dans toute son étendue, et le timbre en est parfaitement ho-
omgène.
Dans un concert donné récemment à Bruxelles par notre excellent
professeur Murts, du Conservatoire, M. Dumon, professeur de flûte
de la même école, artiste d'élite et dont le talent est plein de nou-
DE PARIS.
veautés dont on jugera bientôt à Paris, M. Dumon, dis-je, a fait en-
tendre la nouvelle flûte de M . Albert, et a électrisé l'assemblée par
les effets prodigieux qu'il en a tirés.
Agréez, etc.
FÉTIS père
BEVUE DES THEATRES.
OoÉON : Misanthropie et Repentir, traduction nouvelle de Kotzebue,
en quatre actes, par M. Pages. — Variétés : Lh ! ailes donc,
TurlureUe, revue en trois actes et neuf tableaux, par MM. Th. Co-
gniard et Clairville. — Palais-Roïal : les Trente-sept sous de
M. Montaudoin, vaudeville en un acte, de MM. Eug. Labiche et
Ed. Martin. — Ambigu : reprise de la Mère et la Fille, drame en
cinq actes, par MM. Empis et Mazères; Vatel, ou le petit-fils d'un
grand homme, vaudeville de Scribe et Mazères. — Théâtre du
BOULEVARD DO Temple: Léonurd, drame en cinq actes et sept ta-
bleaux, par MM. Brisebarre et Eug. Nus. — Théâtre Déjazet :
la Veillée, opérette en un acte, de M. Boy, musique de Mlle Char-
lotte Jacques. — Réouverture des Folies-dramatiques, dans la
rue de Bondy: Bonheur de se revoir, prologue d'ouverture en
deux tableaux, par M. H. Thierry ; tes Fables de la Fontaine, pièce
en trois actes et six tableaux, par M. H. Luguet.
Ah ! que la vertu outragée se venge cruellement ! Telle est l'épi-
graphe adoptée par Mme Mole, comtesse de Vallivon, pour expli-
quer d'un mot le sujet de sa traduction de Misanthropie et Repentir,
représentée avec un immense succès au Théâtre-FrançaiSj en 1799.
Ne pourrait-on pas dire que cette explication du drame si célèbre de
Kotzebue en est en même temps la critique ? Si Meinau est cruel
dans sa vengeance, au point de ne pas la proportionner à l'offense
de sa femme, le but moral est dépassé, et la pièce n'a plus sa raison
d'être. C'est du reste l'impression qu'a paru éprouver une partie du
public de l'Odéon, en écoutant la traduction nouvelle donnée par
M. Pages de l'œuvre du dramaturge allemand. L'autre partie, et ce
n'est peut-être pas la moindre, se conformant scrupuleusement à
l'exemple de la génération de la fin du xviif siècle, a cédé, sans
trop de résistance, à l'attendrissement provoqué naguère, chez les
âmes simples et candides, par les malheurs et par la réconciliation
des deux époux. Nous doutons toutefois que la traduction de M. Pa-
ges, quelle que soit sa supériorité sur celle de la comtesse de Valli-
von, obtienne jamais la vogue enthousiaste que cette dernière a eue,
et qui est attestée par ce couplet d'un spirituel vaudeville de M. de
Jouy, intitulé : les Epreuves de Misanthropie et Repentir :
Contre vous chacun se déchaîne
Si vous refusez d'y pleurer;
Aussi, dès la première scène.
Voit-on les mouchoirs se tirer.
On voit encore de bonnes âmes
Pleurer à la pièce d'après :
J'ai vu bien mieux, j'ai vu des femmes
Pleurer en prenant leurs billets.
Sérieusement, il nous semble que le besoin d'une traduction nou-
velle ne se faisait pas sentir. Le second Théâtre-Français n'est pas
institué pour sacrifier, lui aussi, à la manie des reprises inutiles. Et
qu'est-ce autre chose qu'une reprise déguisée ? Ah ! si les auteurs
d'aujourd'hui ne sont plus capables de produire rien qui vaille le
drame très-défectueux de Kotzebue , c'est autre chose ! Qu'on re-
prenne du Corneille et du Molière, et personne n'aura le droit de
s'en plaindre.
— Le règne des revues serait-il donc définitivement passé? On
le dit depuis longtemps, et chaque année quelques succès partiels
viennent donner un démenti à cette opinion qui n'en gagne pas
moins du terrain. A en juger par le triste sort de celle du Palais-
Royal, qui, malgré de très-piquants détails, est déjà morte à l'heure
qu'il est, il y aurait lieu de parier pour l'affirmative. Ce qu'il y a
de certain, et ce que la revue des Variétés vient de démontrer sura-
bondamment, c'est que le pubUc est las de ces grandes machines à
effets stéréotypés, qui usurpent toute la soirée, de sept heures à mi-
nuit. Autrefois, les revues se donnaient la peine d'emprunter leurs
titres à im fait , à un événement de l'année écoulée, comme les
Pommes de terre malades ou le Banc d'huîtres. Aujourd'hui elles se
contentent invariablement du refrain le plus idiot qui se puisse ra-
masser sur les boulevards et dans les '. MhoMVgs. Eh! ailes donc,
TurlureUe! dit en ce moment l'aiïïche des Variétés, en attendant le
Pied qui remue, qu'on y lira l'année prochaine. Mais ce ne serait que
demi-mal si, de cette enseigne arbitraire, découlaient des drôleries
amusantes, des couplets finement aiguisés, des tableaux n'ayant ja-
mais servi. Malheureusement, il n'y a rien de tout cela dans la pièce
des Variétés. Sur trois actes, il n'y en a qu'un qui ait obtenu grâce
devant le parterre en courroux , c'est celui du déménagement des
théâtres du boulevard du Temple. On ne jouerait que ce seul acte,
qu'on aurait garde bien certainement de réclamer les autres. On est
rebattu do ces imitations nauséabondes, qui sont toujours les mêmes
et toujours faites par les mêmes acteurs ; on ne regretterait assuré-
ment pas davantage ce trop fameux Royaume des femmes qui traîne
depuis trente ans sur toutes les planches, à l'Ambigu, à la Porte-
Saint-Martin et jusqu'aux Délassements-Comiques. On ne devrait con-
server de tout ce fatras que le couplet chanté par M. Campana, c'est-
à-dire par Arnal qui figure pour la première fois dans une revue de
fin d'année ; c'est même la seule chose un peu neuve que nous puis-
sions signaler dans celle des Variétés ; jugez du reste !
— NousavonsditquelePalais-Royalavait coupé court au^ascodesare-
vue. Il l'aavantageusementremplacée par un très-joliacte, dû à l'heureuse
collaboration de MM. Labiche et Edouard Martin , les auteurs de Y Af-
faire de la rue de Lourcine et du Voyage de M. Perrichon. Cette
agréable nouveauté s'appelle les Trente-sept sous de M. Montaudoin.
Tous les jours , depuis vingt ans, trente-sept sous di.sparaissent du
porte-monnaie de cet excellent M. Montaudoin, sans qu'il ait pu mettre
jamais la main sur son voleur obstiné. Mais au m.ariage de sa fille
survient un vieil ami de province qui apporte deux choses , un sup-
plément de dot d'environ 13,000 francs et un quatrain , en forme
d'épithalame, qu'il a dérobé à un brigadier de gendarmerie. La somme
de 13,000 et quelques cents francs représente justement celle qui a
été prise à Montaudoin; le quatrain lui rappelle une tentative faite
jadis contre son honneur conjugal. L'ami d'Etampes est donc le cou-
pable, ou plutôt le complice de Mme Montaudoin. Mais, Dieu merci !
tout s'explique à la satisfaction du pauvre mari, dont les trente-sept
sous n'ont fait que passer de sa bourse dans celle de sa femme, pour
grossir la dot de leur fille bien-aimée. Dire tout ce qu'il y a de gaieté
folle dans cette pièce , dont le principal rôle est merveilleusement
joué par Geoffroy, nous serait impossible. Ce n'est qu'un long éclat
de rire depuis la première scène jusqu'à la dernière.
— Encore une reprise à l'Ambigu! Mais, cette fois, elle est justi-
fiée par les représentations de Beauvallet, à qui l'on n'a pas eu le
temps de préparer une création. L'éminent comédien, en quittant
le Théâtre français pour revenir à la scène qui a vu ses premiers
succès, ne pouvait mieux faire que de choisir une de ces pièces
mixtes qui tiennent à la fois du drame et de la comédie. Le person-
nage de Duresnel dans la Mère et la fille a été joué en 1830, à l'O-
déon, par Frédérick-Lemaître, qui y était ft)rt remarquable, et, depuis,
par Perrier à la rue de Richelieu. Beauvallet, sans faire oublier ses
devanciers, a de fort belles inspirations dans ce rôle de mari trompé
qui se venge, non pas en tuant le séducteur de sa femme, mais en le
forçant de renoncer do lui-même à la main de sa fille, qu'il aime
comme il n'a jamais aimé la mère de cette infortunée. On ne trouve
pas dans cet ouvrage de ces coups de théâtre qui plaisent tant aux
habitués du boulevard, mais il y règne un intérêt puissant et habi-
REVUE KT GAZETTE MUSICALE
lement ménagé ; il est, en outre, signé de deux auteurs qui ont fait
leurs preuves littéraires, MM. Empis et Mazères. Un petit vaudeville
de ce dernier, en partage avec Scribe, Vatel ou le Petit-fils d'un
grand homme, dont les représentations se sont comptées par cen-
taines au Gymnase, sert de lever de rideau à son dratue ; c'est une
galanterie du directeur de l'Ambigu.
— L'ancien théâtre Historique, actuellement théâtre du Boulevard
du Temple, essaie de vivoter sur les anciens reliefs de son directeur.
Léonard est un drame populaire qui, sous le titre de Retour de Me-
hin, et probablement après bien des infortunes secrètes, est allé s'en-
fouir dans un recueil de pièces imprimées sans avoir été jouées.
C'est là que M. Brisebarre l'a pris pour lui décerner les honneurs
de la scène. Nous ignorons jusqu'à quel point cette licence
peut s'accorder avec les termes de ses traités, de même que nous ne
comprenons pas comment certaine direction a le droit de confec-
tionner en famille toutes les grandes pièces de son théâtre.
Ce sont de ces mystères d'autant plus difficiles à expliquer qu'il
existe, assure-t-on, une commission dea.auteurs dramatiques chargée
de défendre les intérêts des nombreux membres de sa Société, lésés
par tant d'abus de ce genre ?
— Le théâtre Déjazet, quoique entraîné, par la force des choses,
daus une autre voie, n'a pas tout à fait renoncé aux opérettes. La
Veillée est un petit acte villageois très-bien venu et très-bien disposé pour
la musique. Il s'agit d'un vieux grognard qui est à la veille de faire la
folie d'épouser une jeune femme; mais il s'aperçoit en temps utile
que Suzanne lui préfère un gentil garçon dont il découvre qu'il est le
père. Alors il renonce à ses projets de mariage, et il unit les deux
jeunes gens. Celte intrigue légère a fourni à Mlle Chariotte Jacques,
une jeune musicienne déjà connue dans le monde artistique, l'occasion
de mettre en évidence un talent de composition qui doit briller un
jour sur une plus vaste scène. On a surtout applaudi une gracieuse
ariette chantée par Suzanne, ainsi que des couplets, tous pleins d'un
sentiment exquis, fort bien interprétés par Pascal. C'est un début des
plus heureux et des plus encourageants pour l'avenir de Mlle Jacques.
Nous devons une mention honorable aux deux vaudevilles nou-
veaux qui accompagnent la Veillée ; l'un, les Tempêtes du célibat, est
un joyeux croquis de mœurs intimes, par MM. Montagne et Dela-
haye; l'autre. Prise au piège, est un piquant chapitre de la science
conjugale, par MM. Henry de Kock et Koning.
— Le théâtre des Folies-Dramatiques, qui chômait depuis plu-
sieurs mois, vient da procéder à sa réouverture dans une salle nou-
vellement construite rue de Bondy, au fond d'une cour, entre l'Am-
bigu et le Château-d'Eau. Pour ne pas manquer les recettes de la pre-
mière quinzaine de janvier, on a laissé à peine le temps aux peintres
et aux décorateurs d'achever leur besogne. Cependant il est aisé de se
rendre compte du charmant ensemble qu'offrira cette salle lorsque
les ouvriers n'y seront plus. La soirée d'inauguration n'a d'ailleurs pas
souffert de cette fête un peu trop prématurée. Le public habituel des
Folies a revu avec un vif plaisir ses acteurs favoris, ses actrices de
prédilection. Un prologue en deux tableaux, intitulé Bonheur de se
revoir, a été criblé d'applaudissements. Les Fables de la Fontaine,
pièce en trois actes et six tableaux, n'ont pas été aussi bien accueil-
lies , mais, avec quelques coupures intelligentes, elles accompliront
une longue et fructueuse carrière. Il faut si peu d'efforts à ce théâtre
pour contenter ces bons bourgeois du j\larais qui ont déjà fait une
fois sa fortune et qui ne demandent pas mieux de la recommencer
sur nouveaux frais !
ii. A. I). SAINT-YVES.
NOOVELLES.
»** Au théâtre impérial de l'Opéra, VEtoih de Messine a été lundi l'oc-
casion d'un nouveau triomphe pour Mme Ferraris. Mercredi on a donné
la Juive et vendredi les Huguenots devant une salle comble. Aujour-
d'hui on jouera Guillaume Tell, suivi du Marché des hmocents , et de-
main le Prophète.
**« Dans le cours de ce mois, doivent avoir lieu les premières re-
présentations de l'ouvrage en deux actes de Victor Massé, du ballet de
Mme Taglioni et Boulanger, ainsi que la reprise de ta Muette de Portici.
**« Les rôles de la Muette de Portici seront remplis par Gueymard
(Masanielloj, Dulaurens (Alphonse), Cazaux (Pietro); Mme Vendenheuvel-
Duprez (Elvire), et Mlle Marie Vernon (Fenella).
**t Mlle Livry est en pleine convalescence. La trace de ses bles-
sures s'efface et le sommeil commence à réparer ses forces.
«** M. Alphonse Royer a pris possession de sa place d'inspecteur
général des beaux -arts, à laquelle il a été récemment nommé.
*** Caussade est revenu à l'Opéra-Comique; il y est rentré par le
rôle de Daniel, du Chalet.
**» Sainte-Foy quitte le théâtre Lyrique pour rentrer à l'Opéra-
Comique, où le pubhc sera très-content de le revoir.
*** Toujours la même foule et le même succès aux représentations
d'Adelina Patti, qui a chanté la semaine passée dans le Barbiere, la
Sotmambula et Lucia.
**^ Mlle Trebelli a fait jeudi soir une brillante rentrée dans Lucresia
Borgia, où elle chantait avec sa supériorité habituelle le rôle d'Orsini.
Le public a revu cette excellente artiste avec le plus grand plaisir
et l'a souvent applaudie. JJme Penco, dans le rôle de Lucrezia,
et Naudin dans celui de Gennaro, ont obtenu un succès aussi grand
que mérité. L'excellent ténor a dû dire deux fois la cavatine du troi-
sième acte , qu'il avait chantée avec un goût exquis.
**:j Les opéras de Flotow, Straddta et la Nuit aux dupes, sont en pleine
répétitions au théâtre de l'opéra Italien et à celui de l'Opéra-Comique. La
première représentation en sera probablement donnée vers la fin de ce
mois.
^,*^ Wallace, l'auteur de Maritana, Lurline et autres opéras qui
jouissent d'une réputation très-légitime, se trouve pour quelques se-
maines à Paris, et s'occupe de la composition d'un nouvel opéra.
»*;,, La première représentation d'Ondine, de Semet, qui avait été an-
noncée pour mercredi dernier, est remise à la semaine prochaine.
^*sf Di Gioja insolita, la délicieuse valse de Strakosch, n'obtient pas
moins de succès dans les salons, qui déjà l'ont adoptée, qu'au théâtre
où Adelina Patti la chante avec tant de verve et de brio.
*** A la grand'messe qui a été dite aux Tuileries dans la matinée du
1/'^ janvier, on a exécuté deux morceaux, un Kyrie et un Gloria compo-
sés par Auber, et Mlle Sax a chanté un salutaris.
^*a, Par suite du décès de S. Em. Mgr le cardinal Morlof, l'exécution
du Requiem de Mozart, qui aura lieu à Notre-Dame, à l'occasion de la
translation des dépouilles mortelles des archevêques de Paris, et qui
avait éié fixée au 8 janvier, est remise au vendredi 9 janvier, à onze
heures et demie. On peut se procurer à l'avance des places dans l'en-
ceinte réservée, en s'adressant à M. Bolle-Lasalle, agent trésorier de
l'association des artistes musiciens, rue de Bondy, 68.
„,*„, Voici le programme du 3= concert de la deuxième série des con-
certs populaires de musique classique qui aura lieu aujourd'hui au
Cirque Napoléon : Symphonie de la Reine, de Haydn ; concerto pour vio-
lon en la mineur, composé et exécuté par II. Vieuxtemps; ouverture
(X'Alhalie (redemandée), de Mendelssohu ; air de ballet de Promélhée, de
Beethoven ; ouverture du FreysrMtz, de Weber. L'orchestre sera dirigé
par M. J. Pasdeloup.
^*^ Lundi soir, la maison Pleyel, WolS et G" avait invité les pianistes
et amateurs de musique à venir essayer et entendre les instruments de
concert destinés à la prochaine saison : cette soirée a offert un intérêt
exceptionnel par la réunion des célébrités les plus en vogue et des ta-
lents les plus divers. On a entendu successivement, sans qu'aucun pro-
gramme ni aucun ordre vinssent entraver l'inspiration de chacun, Mme Szar-
vady Clauss, MAI. Mathias, Ritter, Saint-Saens, G. Pfeiffer, J. Wieniawski,
Kettcrer, Magnus, Delioux, etc. Chaque pianiste, choisissant l'instrument
le plus sympathique à ses qualités individuelles, et excité par cette espèce
de tournoi artistique qui n'avait pour auditeurs qu'un petit nombre
d'élus, a pu faire valoir, l'un la grâce et la légèreté du clavier, l'autre
la puissance et la largeur des sona, tous enfin ce chant sympathique et
moelleux qui distingue plus que jamais les pianos de la maison Pleyel,
Woltf et C". On a vivement regretté que J. Schulhoff, qui fuit si admira-
blement valoir ces beaux instruments, absent de Paris en ce moment,
n'ait pu se joindre â la brillante pléiade.
^*,^ Aojourd'nui, première séance de musique de chambre, donnée dans
les salons de Pleyel et Wolff, par M. Charles Dancla , avec le concours
de MM. Léopold Dancla E. Altès, Sébastien Lee et Mlle" Sabatier Blot.
DE PARIS.
^*^ Le ministre de l'instruction publique et des cultes vient de confier
à M. Cavaillé-Coll la restauration ou plutôt la reconstruction de l'orgue
de l'église métropolitaine de Notre-Dame. Son Excellence ne pouvait,
pour l'exécution de ce travail monumental, faire choix d'un artiste qui
se recommandât mieux par ses œuvres et par la célébrité qu'elles lui
ont conquise dans toute l'Europe, que l'auteur des orgues de Saint-Denis,
de la Madeleine et de Saint -Sulpice.
*** A Nice, on a exécutée l'église Saint-François de Paule, le jour de
Noël, un salutaris, de M. Charles Manry, pour soprano, violon et orgue,
chanté déjà plusieurs fois à Paris avec un grand succès. On peut se
faire une idée de l'effet qu'a produit ce morceau en parcourant les
journaux qui ont rendu compte de cette exécution, et M. Charles Manry,
qui était à Nice, a été vivement complimenté par les auditeurs qui aiment
la musique sérieuse et inspirée.
■s** Sous les titres la Plainte du pâtre et l'Avenir est à Dieu, viennent
de paraître deux romances de Dassier, l'auteur d'un grand nom-
bre de compositions semblables, dont la plupart sont devenues po-
pulaires. Ces nouvelles romances, qui se distinguent aussi bien par la
musique biea inspirée que par les paroles, obtiendront probable
ment la vogue de la Vengeance corse, Pour les pauvres, merci. Va-t'en,
je t'aime, etc.
^** Le nombre des opéras nouveaux d'auteurs italiens représentés
pendant l'année 1862 s'élève jusqu'à vingt, et en voici la nomenclature :
Marion Delorme, de Bottesini ; iVormile, de Braga ; Caterina Blum, de
Bevignani ; la Malora de Chiaja, de Bonomi ; Leojie Isauro, de Cianchi ;
Maria di JVewôwrffOjdeChiaromonte; Angioladi Ghemme, de Crescimanno;
Vlrico e Lida, de Capranica; Werther, de Gentili; d:,n Carlos, de Mos-
cuzza; Balitta, de Kinterland ; don Fabio, dePenso; Castellana cli Thurn,
de Rachele; Ginovra di Scozia, de Rota; Ivanhoe, de Savi; [ginia dAsti,
de Sangiorgi ; Carlo di Borgogna, de Varvaro ; la Forza dcl destino, de
"Verdi; Luisa Strozzi, de Viceconte; Paola Monti, de Zappata.
^*^ Mlle Marie Beaumetz donnera avec le concours de MM. Alard ,
Franchomme et Mohr, trois matinées musicales qui auront lieu les 7 et
21 janvier, et U février, rue du Bac, n° 37.
/^ La distribution des prix du Conservatoire de Marseille a eu
lieu avec grande solennité. Après un discours du maire, le concert a
commencé par une belle ouverture d'Auguste Morel, directeur de l'éta-
blissement. Les honneurs de la séance ont été pour Mlle Paloo, pre-
mier prix de piano, élève de Mlle Marie Perez. Cette jeune personne
a brillamment exécuté le rondo pastoral du concerto de Georges
Pfeiffer.
^*4 Le salon de notre confrère, M. Pitre Chevalier, fermé depuis
quatre ans par un deuil austère, a été cette année l'un des premiers à
rouvrir ses portes, et à voir revenir cette foule d'artistes accoutumés à
s'y produire avec tant de charme. Tout salon est un théâtre, et le théâ-
tre de la rue des Ecuries-d' Artois a une troupe excellente. L'autre soir
on y a représenté une comédie en wagon intitulée : De Pont-V Evêque
à Trouville, ou la Question du cigare, dont M. Pitre-Chevalier est l'auteur.
A cette même soirée, la musique avait pour interprètes Géraldy, Délie
Sedie, Anthiome père et fils, M. et Mme Oscar Comettant et plusieurs
autres, dont la liste nous entraînerait trop loin.
^*^ Un amateur distingué, M. A. de Panette, à qui l'on doit plusieurs
compositions remarquables, vient de faire paraître, chez l'éditeur Jules
Heinz, un Ave verum, chœur avec solo et accompagnement d'orgue. Ce
morceau se recommande aux amateurs de bonne musique par la pu-
reté du style, la beauté de l'harmonie, et surtout par le caractère reli-
gieux dont il est empreint.
,^*^ La Gasetta musicale publiée à Milan par Ricordi, annonce qu'elle
suspend momentanément sa publication, qui existait depuis vingt-ans.
^*^ En attendant l'analyse que nous nous proposons ae faire des œu-
vres pour piano d'Aloys Kunc, mentionnons la dernière publication de
ce maître de chapelle dont les œuvres sacrées sont très-appréciées. Il
s'agit d'un nocturne pour deux voix sur les charmantes paroles d'Adol-
phe Catelin. Les frères Guidou disent avec beaucoup de sentiment cette
mélodie qui a pour titre : Matelots bretons.
»*:t Un nouveau journal de musique, consacré principalement au
chant choral, vient de paraître sous le titre la Musique populaire, cho-
rale, instrumentale, religieuse. M. L. d'Aubel est le rédacteur en chef,
et M. Lebeau, aine, le directeur-propriétaire de ce journal qui paraî-
tra mensuellement en format in-S".
f.*.^, La faculté productive de llozart dépasse toutes les proportions
connues. On peut s'en faire une idée en consultant le catalogue thé-
matique de ses œuvres que vient de publier M. Kœchel, et qui ne men-
tionne pas moins de 626 ouvrages achevés, 200 autres non terminés, et
une cinquantaine sur lesquels il y a doute.
*'** L'éditeur G. Heioze, à Leipzig, annonce la prochaine publication
en allemand des œuvres littéraires d'Hector Berlioz, traduites par Ri-
chard Pohl. Après trois volumes contenant A travers chants, les Grotesques
de la musique et les Soirées de l'orchestre, paraîtront probablement les
Mémoires de Berlioz. Nul doute que ces traductions n'obtiennent la
vogue des ouvrages originaux, dont plusieurs éditions sont déjà épuisées.
.^*^ M. Johu-Hamilton Braham, chanteur, et fils du célèbre chanteur
JohnBraham, mort en 1856, est décédé le 22 décembre à Rochester.
CHRONIQUE ETRAS^GERE.
^*,i, Bruxelles. — La Servante maîtresse qui avait été froidement
accueillie à sa première représentation au théâtre de la Monnaie,
est devenue un vrai triomphe pour la mémoire de Pergolèse le second
jour. Mme Dupuy, MM. Bonnefoi et Carrier, qui avaient fort bien in-
terprété cet opéra bouffe , ont été chaudement applaudis et rappe-
lés. Mlle Monrose vient d'obtenir un très -grand succès à la reprise
de la Fille du régiment. — Un-'nouveau ballet, les Songes, de M. Justa-
ment, a parfaitement réussi. — On répète le Frey^chutz de "Weber avec
les récitatifs de Berlioz.
^*i Berlin. — Du 21 au 31 décembre l'opéra de la Cour a donné :
Joseph, de Méhul ; Ekctra, le nouveau ballet de Taglioni ; les Bugue-
nois, de Meyerbeer et la Mustte de Portici, d'Auber. — Les amis et
admirateurs de Mme Koester ont offert un banquet à l'excellente canta-
trice qui , comme nous l'avons annoncé , quitte le théâtre royal de
l'Opéra.
^*» Vienne. — Richard Wagner a donné, au théâtre An der "Wien, un
concert où il a fait exécuter des fragments de deux compositions ina-
chevées : les MaUres chanteurs et l'Anneau de Nibelungen. — On annonce
un ballet nouveau composé par la célèbre ballerine, Mlle Couqui; il s'in-
titule Actée; l'action se passe du temps de Néron. — ■ Le premier concert
historique de M. Zellner a offert un vif intérêt. On y a entendu succes-
sivement des morceaux qui représentaient l'art musical au xv% xvn'=
et x-vin» siècle. Nous citons : Chant du combat , composition vigoureuse
et caractéristique, par Matthieu de Kennat (xv« siècle); trio choral par
Zachau; fragments de Rameau; sonate de Locatelli ; ariette de l'opéra;
le Tonnelier, par Audinot; air avec chœur de femmes, par T. Bach
(xxui" siècle); enfin. Chant des bergers, tiré de Rosamonde, opéra de
Fr. Schubert. Ce dernier morceau a eu les honneurs de la soirée.
s,** Tubingen. — Diverses sociétés musicales se sont réunies dans la
salle du musée pour exécuter une pastorale de Ilœndel. Cette tentative a
été si favorablement accueillie qu'on se propose de la renouveler inces-
samment.
^*^ Prague. — Un compositeur viennois, M. Théodore Lœwe, a fait
représenter ici un opéra nouveau : Concini. Le succès a été des plus
honorables. L'auteur a été appelé plusieurs fois sur la scène.
^** Turin. — Le 2-5 décembre, a eu lieu, au théâtre Regio, la repré-
sentation des Vêpres siciliennes, écrites il y a quelques années par Verdi
pour l'opéra français. Cet ouvrage a été froidement accueilli,
mais une cantatrice, la signera Bendazzi, y a obtenu un succès
d'enthousiasme. Une étendue de deux octaves et demi, un timbre
délicieux, une force extraordinaire, principalement dans les notes
aiguës, sont les principales qualités de cette voix extraordinaire, et,
chez la signera Bendazzi, la nature est aidée par l'art. Elle a provoqué
des applaudissements unanimes. — Un ballet historique en cinq
actes, du chorégraphe Federico Fusco, musique du maestro Enrico Ber-
nardi, Marco Visconti, a fait au même théâtre un fiasco complet. — On
a exécuté, le jour de Noël, au temple Pan Giovaui, une messe pastorale
de M. Turina, maître de chapelle du roi Victor-Emmanuel. On dit grand
bien de cette œuvre distinguée.
/^ Âlilan. — On vient de représenter, à la Scala, Rienzi, opéra, dra-
matique en trois actes, libretto de M. l'iave, musique du maestro Achille
Péri. L'insuffisance et le caractère par trop lugubre du poëme ont in-
flué, paraît-il, sur l'inspiration du musicien et ont amené le succès né-
gatif de l'ouvrage. — On a donné au même théâtre un ballet fantastique,
le Stelle, du. chorégraphe P. Taglioni, qui semble n'avoir guère mieux
réussi. La musique de ce dernier ouvrage est de M. Hertel. — La troupe
du théâtre de la Scala se compose, pendant la saison du carnaval, de
Mmes Borghi-Mamo, Colson, de Vriès, Monginl, Stecchi et Pati; des té-
nors Galvani, Landi et Negrini; des barytons Giucciardi et Laccomano;
les basses Bremond et Fiorini .
REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS.
ALPHONSE SA2C (JUNIOR)
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l'Exposition universelle de Londres, en 1851. — Exposition universelle de Paris, 1855, les plus belles pages du Rapport officiel, 27"" Classe, pages 1835-1336. —
Exposition universelle de Londres, 1862, PRIZE MEDAL, avec cette mention : POUR BXCEIiliENCB DE TOUTE ESPÈCE D'INSTRUMENTS DE CUIVRE.
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'ItaDS les Bi^partements et à l'Étranger, ches tous
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REVUE
11 Janvier 1863.
PRIX DE L'ABONNEMENT t
Paris 24 fr. paras
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Élrunger 34 n 14.
Le Journal paraît le Diuiuocbo.
GAZETTE MUSICALE
•-'^Aju\(\/\f\ArjwA^ —
IVons rappelons A nos Abonnés de Paris que le»
primes qae nous leur offrons à titre d'étrennes sont
A leur disposition, et nous les prions de vouloir bien
les faire prendre dans nos bureaux.
Nous les euToyons vrastco aux Abonnés de province.
SOMMAIRE. — Théâtre Lyrique : Ondine, opéra-comique en trois actes, paroles
de MM. Lockroy et Mestepës, musique de M. Théodore Setnct, par liéou
Darocber. — Auditions musicales, par Adolphe Botte. — Revue criti-
que, par Fctis père. — Traité d'harmonie, d'Henri Reber, par A. Elwart.
— Nouvelles et annonces.
THEATRE LYRIQUE.
Opéra-comique en trois actes, paroles de MM. Lockroy et Mestepès,
musique rie M. Théodore Semet.
(Première représentation le 7 janvier.)
Le conte d'Ondine, œuvre du baron de Lamotte-Fouqué, a joui en
Allemagne, lors de son apparilion, d'une vogue peu ordinaire. C'était
vers 1815. Le baron de Lamotte-Fouqué, officier prussien malgré son
nom — il descendait d'un gentilhomme prolestant à qui les persécu-
tions du gouvernement de Louis XIV avaient fait quitter la France,
— épuisé de fatigue après la terrible campagne de 1813, .s'était retiré
dans ses terres pendant les campagnes de France , auxquelles il ne
prit aucune part. C'est pendant ce repos forcé, et pour employer ses
loisirs, qu'il écrivit et publia diverses œuvres, parmi lesquelles figure
ce joli conte de fées.
« A mon arrivée en Allemagne, toutes les personnes à qui je parlai
de la littérature allemande, sans en excepter une seule, me deman-
dèrent si je connaissais Ondine; toutes me témoignèrent leur étonne-
ment de ce que je n'avais pas lu ce charmant ouvrage, et me sup-
plièrent de le lire. J'étais trop occupé de travaux sérieux pour donner
même quelques instants à la lecture d'un roman. Enfin, une jeune
personne, belle, aimable et spirituelle, me donna l'ouvrage, en exi-
geant que je le lusse. Peu d'heures après, je courus la remercier des
moments délicieux que son livre venait de me faire passer. »
Voilà ce que M. Monnard, qui, bientôt après, fut nommé professeur
de littérature à l'Académie de Lausanne, écrivait de Francfort, le 15
août 1816, à Mme la baronne de Montolieu. Il lui envoyait en même
temps le petit volume qui avait tant de succès chez nos voisins, et
l'engageait à le traduire. Mme de Montolieu suivit ce conseil, et sa
traduction fut publiée à Paris, en 1819, par le libraire Arthus Ber-
trand. Ondine ne fit pas en France autant de bruit qu'en Allemagne :
mais il s'en faut de beaucoup qu'elle ait passé inaperçue. Le
merveilleux qui lui sert de base n'avait rien d'étrange pour des ima-
ginations façonnées par l'étude de la poésie antique, préparées h la
connaissance des ondins par celle des néréides, potamides, naïades,
limnades, etc. Sous un nom moderne, c'était précisément la même
chose, tant il est vrai que l'imagination humaine tourne toujours dans
le même cercle, et qu'il n'y a rien ds nouveau sous le soleil, comme
le disaitdéjà, il y a plus de trente siècles, le roi philosophe Salomon. Ce
lac, ces fleuves, ces torrents, ces fontaines peuplés d'êtres surnatu-
rels, ces cascades qui s'animent , ces fantômes qui se dissipent au
brouillard, sont tout aussi amusants que les tours d'adresse du petit
Poucet, ou les miracles de la lampe d'Aladin. La fable inventée par
le baron prussien ne manque pas d'intérêt. Le caractère d"Ondine est
charmant, et les détails du conte sont souvent pleins de poésie. 11
restait à savoir si cette matière pouvait être matérialisée, et si elle
prendrait impunément les formes précises qu'exige impérieusement le
théâtre.
Pour éclaircir ce dernier point, un seul exemple nous suffira.
« Le soleil était déjà baissé, raconte le chevalier Huldbrand, et
je sentais la fraîcheur du soir. A travers le feuillage je vis briller
un sentier très-blanc : il me tenta. Je crus qu'il pourrait me con-
duire hors de la forêt, et à la ville. Je voulus le gagner en me pres-
sant contre les arbres. Mais un visage tout blanc, dont les traits
étaient vagues, et changeaient à chaque instant, me regardait à tra-
vers les feuilles. Je voulais l'éviter, et, de quelque côté que je rae
tournasse, je le voyais toujours. Courroucé, je voulus pousser mon
cheval sur lui : mais il me jeta au visage et dans les yeux de mon
cheval une écume blanche comme de la crème fouettée ou comme
celle du ruisseau, qui manqua nous aveugler, et nous fit faire volte-
j face. Il nous pourchassa ainsi pas à pas, en nous éloignant toujours
I du sentier, et ne nous permettant pas de nous écarter de la seule
j route qu'il nous laissait libre, et qu'il paraissait nous indiquer. Lorsque
nous la suivions docilement, il se tenait toujours derrière mon che-
val ... Je tournais quelquefois la tête pour le regarder: je voyais
que ce visage écumant et complètement blanc était placé sur un
corps blanc aussi, et d'une grandeur gigantesque. Il y avait des mo-
ments où il rae paraissait que c'était un jet d'eau ambulant : mais il
REVUE ET GAZETTE MUSICALK
m'était impossible de m'en assurer positivement, car, dès que je
m'arrêtais, on que je voulais m'en approcher de plus près, l'écume
blanche recommençait à jouer son rôle.... Nous cédâmes à la fin à
la volonté de l'homme blanc, qui.... faisait continuellement un signe
de tête, comme pour me dire : « Bien, Irès-bien, obéis. » C'est ainsi
que nous avons atteint l'extrémité de la forêt, etc. »
Ce fantôme blanc, c'est l'oncle Fraisondin, qui amène ainsi la pre-
mière rencontre du chevalier et d'Ondine. Il se présente, plus sou-
vent sous la même forme, celle d'un « jet d'eau ambulant. » L'esprit
du lecteur peut se prêter à ces fantaisies d'un poëte. Mais au théâtre,
tout acteur, comme qu'on s'y prenne, est un homme. Il faut qu'i'
ait des jambes, des bras, des épaules, un visage humain, et que ses
pieds foulent le sol. Il ne peut faire qu'un pas à la fois, allure bien
pesante pour être surnaturel ! Pour ce qui est des vêtements blancs,
et du visage entièrement blanc, cela n'est de mise qu'aux Funam-
bules. Au théâtre Lyrique, on n'a, pour représenter Fraisondin, que
le visage et les traits de M. Battaille, lesquels n'ont rien de fantas-
tique assurément.
Les auteurs d'Ondine ont dû, en conséquence, transformer Fraison-
din. Ils en ont fait un personnage grotesque, et c'est sur lui qu'ils
ont compté pour égayer leur pièce. Il est gourmand, il est ivrogne,
il n'a aucune idée des plus simples convenances, il dit et fait raille
sottises. Mais, en même temps, c'est lui qui mène tout. Rien, dans
le passé, ne lui est inconnu; rien, dans le présent, ne lui échappe.
Il a le don de seconde vue, comme nos somnambules prétendent
l'avoir. 11 voit tout, il entend tout, malgré les plus grandes distances;
il lit au fond des cœurs, et en pénètre les replis les plus secrets.
Parfois même il prévoit l'avenir. Comment un être aussi savant et
d'une si merveilleuse intelligence commet-il tant de balourdises?
Comment blesse-t-il tous ceux auxquels il cherche à plaire ! Comment
perd-il sa nièce par les efforts même qu'il prodigue pour assurer son
bonheur? 11 y a là quelque chose de contradictoire, qui ne se com-
prend pas, qui révolte le bon sens, et qui ne peut s'admettre, même
dans un conte de fées.
Sauf ces modifications apportées au rôle de Fraisondin, les auteurs
ont suivi pas à pas, ou peut s'en faut, l'écrivain. Ils ont conservé
le père Ulrich, et la mère Marthe, et leur fille Berlha, et le vieux
seigneur qui veut adopter celle-ci, après l'avoir élevée. Ils n'ontrien
changé au caractère de tous les personnages, ni à celui d'Ondine et
de son époux. Ils ont seulement chargé ce dernier d'un méfait de
plus, en le fiançant à Bertha avant son départ pour la forêt enchantée.
Dans le conte, il est entièrement libre quand il voit Ondine, et en
devient amoureux. Ondine, de son côté, par cette modification mala-
droite, n'est plus qu'une coquette qui convoite et qui prend le bien
d'autrui, et lorsque Bertha lui rend la monnaie de sa pièce, il ne
paraît pas qu'elle ait droit de se plaindre. Elle en devient beaucoup
moins intéressante. Le spectateur n'éprouve donc aucune sympathie
ni pour Ondine, ni pour Rodolphe, ni pour Bertha, et voit se dérouler
les événements avec une complète indifférence. Les sottises de Frai-
sondin ne l'ont pas fait rire : les lamentations d'Ondine trahie l'ennuient
au lieu de le faire pleurer : c'est une pièce manquée.
La musique n'est guère mieux venue. Les idées mélodiques font
défaut presque partout. Nous voulons dire les idées originales, élé-
gantes, expressives naturellement et sans effort. 11 y avait, assurément,
beaucoup mieux à attendre de l'auteur des Nuits d'Espagne et de
Gû Blas. Traitant un sujet fantastique, M. Semet a cherché les effets
d'orchestre h la manière de Weber, de M. Félicien David, de
M. Gounod et même de M. Wagner — trémolos ou tremoli suraigus
des violons, sourds grognements des bassons et de l'octave grave
des clarinettes, soupirs des flûtes, accouplements bizarres d'instru-
ments. — Il s'est en effet souvenu de beaucoup de choses, mais il
n'a rien inventé, et cette préoccupation constante semble lui avoir
fait oublier ou négliger la recherche de l'idée mère, du motif, par
laquelle on devrait toujours commencer.
Il est pénible d'être obligé de juger aussi sévèrement un musicien
qui a déjà montré du talent, et qui en montrera sans doute encore,
quand il se trouvera dans des circonstances plus favorables, et qu'il
sera aux prises avec un sujet mieux approprié à sa nature. Tenons-
nous en donc à cette appréciation générale, et cherchons, dans sa
partition, qui est assez volumineuse, les morceaux qui semblent faire
exception. 11 faut signaler d'abord les premiers couplets d'Ondine,
dont le chant syllabique est vif, et dont l'accompagnement est très-
piquant. Dans le duo d'Ondine et de Rodolphe, il y a un passage à
trois temps : C'est si bon de rire, dont l'allure est franche, le tour
facile et gracieux. La situation n'a rien de fantastique, et le compo-
siteur profite de l'occasion pour être amusant.
Les couplets d'Ondine, au second acle, avant le tournoi, sont na-
turellement écrits, gracieux et fins.
La chanson du Roi des Grillons est entrecoupée de ritournelles
assez originales. Malheureusement, le chant vocal y est plus étrange
qu'agréable, et les effets de nez de Fraisondin sont d'un goût trè.5-
contestable.
Le troisième acte débute par un chœur fugué assez confus, violent,
brutal. Il est, d'ailleurs, impossible de deviner ce que font là ces pay-
sans, ni ce qu'ils veulent, ni pourquoi ils prennent tout à coup la
fuite, en poussant des cris qui n'ont rien de musical. On en est am-
plement dédommagé par le chevalier, époux d'Ondine et amoureux
de Bertha, qui regrette l'une en désirant l'autre, et qui semble souf-
frir cruellement de la difficulté de partager son cœur. Quoi qu'il en
soit, le spectateur profite de sa perph-ixité, qu'il explique en une ro-
mance tendre, et gracieusement expressive. Après qu'il est parti, ar-
rive un sale paysan, armé d'une longue baguette, qui va furetant
partout, et semble chercher une taupe. On le prend pour un fou, et
l'on se demande longtemps le sens et le but de cette étrange appa-
rition. C'est un émissaire de Fraisondin, sans doute, chargé de dé-
noncer au bonhomme Ulrich les déportements de sa fille Bertha.
II s'acquitte de .sa commission en termes fort mystérieux, et le re-
frain de sa chanson explique tant bien que mal sa gaule et sa bizarre
pantomime :
La taupe est comme les amants.
Elle se plaît au clair de lune.
Ulrich, tout vieux pécheur qu'il est, comprend cette allusion ingé-
nieuse plus facilement que le public. Mais si le public ne se soucie
guère ni de la taupe ni des amans, il tient compte au compositeur
du caractère étrange, mystérieux, sournois de la mélodie et de l'ac-
compagnement. C'est un des morceaux les mieux réussis de tout l'ou-
vrage.
Mlle Girard chante et joue le rôle d'Ondine avec un remarquable
talent. Mais on aurait dit, à la première représentation, que MlleMo-
reau, MM. Cabel et Battaille luttaient à qui chanterait le plus faux.
Les chœurs aussi, plus d'une fois, s'en sont mêlés. Peut-être l'au-
teur doit-il s'en prendre à lui-même de ce phénomène. Il écrit très-
haut, et ne paraît pas toujours se douter qu'un larynx humain n'est
pas comme une clarinette ou un violon, que des efforts trop fré-
quents et trop prolongés fatiguent les cordes vocales et les déten-
dent. Espérons du moins que M. Cabel, qui a une voix fort agréable
quand il ne crie pas trop, et Mlle Moreau dont l'organe brillant et
charmant est naturellement juste, se familiariseront bientôt avec les
difficultés de leur rôle, et que ces accidents funestes ne se renouvel-
leront pas.
Quant à la direction du théâtre Lyrique , nous n'avons que des
éloges à lui donner pour le goût et le soin qu'elle a consacrés à la
mise en scène.
LÉON DUROCHRR.
DE PAHiS.
AUDITIONS niDSICÀLES.
Première matinée rtc Mlle M»rie Beaumeta.— Première
séance Ile musique fie chambre de M. Cliarlcs Dancla.
11 va bientôt y avoir abondance de concerts ; artistes grands el petits
fourbissent leurs armes, ou pour parler plus simplement, mettent la
dernière main à leurs nouvelles compositions, et exécutent chez eux
ou dans les salons les morceaux qu'ils veulent faire goûter cet hiver
au public. Parmi les célébrités attendues, on cite, entre autres,
Mme Pleyel. Nous voudrions être sûr que tous les virtuoses qui se
succéderont ici pendant trois ou quatre mois posséderont seulement
quelques-unes des éminentes qualités de la grande pianiste ; car alors
nous serions délivré de ce piano sec, bavard, insignifiant et banal
dont la musique classique, partout en honneur aujourd'hui , n'a pas
encore pu nous débarrasser entièrement. En attendant, deux séances
de musique de chambre ont été données cette semaine. La première
par Mlle Marie Beaumetz. Cette jeune pianiste, au jeu pur, sobre,
élégant et clair, a très-délicatement et très-cha'.eureusement rendu
les beautés des vieux maîtres. Alard et Franchomme , en prêtant
l'appui de leur magnifique talent à la gracieuse virtuose, ont donné à
sa matinée un éclat et une perfection qui ont été salués par les
enthousiastes applaudissements d'un auditoire délicat et éclairé.
La seconde séance était celle de M. Charles Dancla. On y a entendu
son Qe quatuor, dont le premier morceau, le minuetto et le finale
surtout, ont fait grand plaisir, et sa Symphonie concertante, pour deux
violons et violoncelle, dont l'andante-cantabile, notamment, fort déli-
catement orné et harmonisé, est d'une rare distinction. M. Dancla
possède une connaissance fine et profonde de toutes les ressources
instrumentales, et nous n'apprendrons rien à personne en disant que
sa musique joint h beaucoup d'autres mérites celui d'être bien faite
et bien écrite ; seulement, comme les deux violonistes compositeurs,
Mayseder et Fesca, dont il semble affectionner les œuvres et qui, di-
manche, ont encore trouvé en lui, en Mlle Sabatier-Blot et en M. Lee
des interprètes pleins de zèle et d'intelligence, M. Charles Dancla
renonce trop souvent au grand style symphonique , aux larges pro-
portions et aux combinaisons neuves et hardies ; il ne vise pas aussj
haut que les maîtres du genre, et se contente de plaire à ceux qui
aiment assez que l'on sacrifie les longs développements, les épisodes
riches et inattendus, les sévères inspirations, à la grâce, à l'abon-
dance et à la clarté de la mélodie.
Puisque les auditions nous laissent un peu de place, disons en pas-
sant que, dans un charmant salon de la Chaussée-d'Antin, nous avons
entendu Clair de lune. Il suffit d'aimer et le Réveil du printemps,
mélodies de M. Alfred Mutel, qui nous ont paru dignes de fixer
l'attention des connaisseurs; la Coupe d'or, une brillante fantaisie
sur le Barbier et un joli morceau de Kriiger sur Stradella qui, Joués
par l'auteur, ont produit un grand effet; puis enfin qu'à Saint-Eus-
tache, M. Edouard Batiste a exécuté avec beaucoup de talent une
œuvre nouvelle de M. Félix le Couppey. Cette composition riche
d'harmonie, élevée de pensée et écrite dans le style qui convient à
l'orgue, est tout à fait remarquable.
Adolphe BOTTli,
toucher ses dernières limites. Le compositeur virtuose l'a exécutée,
comme il l'a écrite, avec une énergie et une sûreté sans égales. Pour
bien comprendre la forme de ce concerto, il faut savoir que l'auteur
le destinait à un concours du Conservatoire de Bruxelles, ce qui
l'obligeait à une certaine concision, et ce qui a motivé sans doute le
choix d'un thème de Grétry, celui du quatuor de Luvih, pour couron-
ner le morceau par une espèce d'hymne national.
L'ouverture i'Alhalie (redemandée) est une de ces pages d'un
caractère élevé, d'un style large, mais un peu vague, auxquelles se
complaisait le génie de Mendelssohn. La péroraison a surtout pro-
duit de l'effet sur l'auditoire; mais ce qui l'a charmé complètement,
c'est l'air du ballet de Promêfhéc, de Bsethoven ! Un jeune violon-
celliste, M. Poëncet, en a dit le solo de manière à provoquer un bis
unanime; après quoi, M. Pasdeloup a eu le bon goût d'aller chercher
Uii-même l'habile virtuose pour le présenter au public, qui l'a salué
de chaleureux bravos.
Il y a deux jours, nous avons encore entendu dans un salon le grand
violoniste pour qui nulle enceinte n'est trop vaste, et nous ne l'en
avons pas moins admiré. Vieuxtemps joue la musique de chambre
aussi bien que les morceaux de concert. Il nous l'a prouvé sans ré-
pUque, dans un quatuor et un trio de J. Rosenhain, deux productions
excellentes, pleines d'idées et de verve, conduites avec un art digne
des maîtres du genre, accueillies par l'approbation sans réserve d'un
petit nombre d'amateurs consciencieux. Nous ne savons quels ont été
les plus satisfaits, le compositeur, les artistes, ou les auditeurs? Nul
ne se chargerait de résoudre la question.
P. S.
Concerts populaires de musique classique et matinée
musicale.
Le dernier concert du Cirque-Napoléon commençait par cette char-
mante symphonie d'Haydn, connue sous le nom de la Reine de
France, une de ces œuvres de pur génie, aussi simples que belles,
et qui rajeunissent en vieillissant. Ensuite venait le concerto en la
mineur de Vieuxtemps, œuvre vigoureuse et sévère, où l'art semble
REVUE CEITiOUE.
TRENTE MORCEAUX D'ORGUE POUR LE SERVICE DIVIN,
COMPOSÉS ET ARRANGÉS DANS LES TONS LES PLUS USITÉS,
Par vuÉ:or>aaiii!B: stebiV,
Organiste du temple neuf, à Strasbourg (1).
Bien que la nature et la multiplicité de mes travaux ne m'aient
plus permis depuis longtemps de céder aux sollicitations qui me sont
adressées de toutes parts pour que je fisse des analyses de composi-
tions nouvelles, je me suis décidé à une exception en faveur de
l'ouvrage de M. Stern, parce qu'il m'offre l'occasion, en rendant jus-
tice au mérite d'un homme de talent, de présenter quelques consi-
dérations d'intérêt général sur la situation de la musique, et en par-
ticulier des organistes dans les villes de province et dans les campa-
gnes en France. Peut-être ce que j'ai à dire ne sera-t-il pas du goût
de tout le monde ; mais il y a des vérités qu'il faut signaler de temps
en temps, afin qu'il en reste quelque chose dans la mémoire, et qu'on
finisse par comprendre qu'il faut améliorer ce qui est vicieux.
La vérité dont il s'agit en ce moment est, qu'à l'exception de
quelques grandes villes , la culture de la musique est dans une si-
tuation misérable en France, particulièrement dans une partie des
régions du Nord, du Centre et du Midi. Quant aux exceptions, elles
résultent presque partout de l'influence d'un homme d'initiative,
placé, par le hasard, dans une localité à laquelle il donne une im-
pulsion de progrès momentané. Grimm dit quelque part, dans sa
correspondance, que de tous les peuples du continent européen,
celui de France est le plus mal organisé pour la musique; ce qui
n'est certainement pas exact, car là où les circonstances sont favo-
rables pour le développement du goût de cet art, la population s'y
intéresse et en Jouit. Ce qui manque, ce sont les institutions perma-
nentes propres à répandre ce goùl et à l'entretenir. Les villes qui
(1) A Strasbourg, Levrault et fils.
12
REVUE ET GAZETTE MUSICALK
ont été favorisées par des élab'.issements de cetto nature ont en gé-
néra! une population sensible à la musique. Les sociétés chorales,
bien dirigées, sout un moyen d'éducation pratique excellent pour le
peuple; enfin, l'enseignement des éléments delà musique, et l'usage
constant du chanl, dans les écoles primaires, ne peuvent laisserdedoute
sur les bons résultats qu'on en doit tirer, car c'est ainsi que les
populations germaniques ont acquis une organisation musicale infini-
ment supérieure à celle des autres nations. Mais il faut, dans l'emploi
de ces moyens, une suite, une persistance qui, malheureusement, ne
sont pas dans la nature des Français. Ils s'enthousiasment facilement
pour une amélioration dont ils comprennent la portée; mais, après
que le premier feu a jeté ses lueurs , les meilleures choses sont ex-
posées à tomber bien vite chez eux en désuétude.
Sans aucun doule les aptitudes ne sont pas égales partout. Dans
les provinces de France où le sang gaulois domine, l'instinct musical
est plus faible que dans celles où ce sang s'est mêlé avec le frank ;
mais l'éducation modifie les races avec une puissance irrésistible. Je
ne connais pas d'oreille si rebelle aux beautés de la musique qui ne
finisse par y prendre goût si elle en est fréquemment chatouillée.
Un grand centre d'absorption tel que Paris est une cause de priva-
tion pour les provinces, car de tous les points de la France viennent
des organisations d'élite pour entrer au Conservatoire; mais aucune
ne retourne dans le lieu où elle a pris naissance : tout reste à Paris.
Si cependant chaque artiste venu de sa province au centre de l'édu-
cation musicale, y retournait quand il a reçu l'iEstriiction nécestaire,
la situation de l'art serait bientôt changée dans tout l'empire : cha-
cun d'eux deviendrait rincitateur (pardon pour le néologisme) au
progrès dans sa ville et même dans son arrondissement.
Les hommes modestes comme MM. Stem, Grosjean, Guilmant,
Labat, Kunc, et quelques autres que je pourrais nommer, lesquels
se sont dévoués pour améliorer la situation de quelque partie de
l'art dans leur centre d'activité, le premier à Strasbourg, les autres
à Saint-Dié, à Boulogne, à Montauban , à Auch, etc., méritent des
éloges pour le zèle et le courage dont ils font preuve dans leur diffi-
cile mission. Pour ne parler que de M. Stern, dont il est ici spécia-
lement question, je dirai qu'il a eu tout à faire en quelque sorte pour
la création de l'art de jouer de l'orgue dans l'Alsace, où cet art était
à peu près inconnu dans sa jeunesse. Né à Strasbourg le 2k juillet
1803, il fut nommé organiste de Saint-Pierre le Vieux à l'âge de
seize ans, sans avoir appris à jouer de l'orgue. On croyait alors qu'il
suffisait de savoir jouer un peu de piano pour être organiste. Plus
tard il devint élève de Conrad Berg, artiste de mérite et bon pro-
fesseur de piano; puis il passa quelques années à Stuttgard, où il
eut occasion d'entendre des arlistes distingués. Ce fut là que les ou-
vrages de Rink le mirent sur la voie du bon style de l'orgue.
De retour à Strasbourg en 1830, il prit d'abord possession de l'or-
gue de Saint-Nicolas, puis fut appelé à Saint-Thomas, où il se livra à
l'étude des ouvrages de J. S. Bach. Sa réputation de bon professeur
s'étendait de jour en jour. Appelé à Nancy, comme juge d'un con-
cours d'organistes, il trouva dans cette circonstance l'occasion d'é-
tendre la sphère de son activité. Plusieurs élèves organistes lui fu-
rent confiés, et ses leçons les mirent en état de remplir convenable-
ment leurs fonctions dans des communes de l'Alsace. Nommé en 1841
organiste du temple neuf de Strasbourg, il eut alors à sa disposition
un bon instrument à trois claviers tt pédales, sur lequel il trouva des
ressources pour le perfectionnement de son talent. Ses premières
compositions pour l'orgue datent de cette époque. Les premiers ca-
hiers qu'il publia étaient destinés aux organistes peu expérimentés du
pays. M. Stern n'y avait pas fait usage du clavier de pédales, dont
personne autour de lui ne savait se servir. 'Vers le même temps, l'or-
ganiste de la cathédrale de Nancy, dont je tairai le nom, publiait un
recueil de détestable musique, sous le titre : l'Organiste. M. Stern
se hasarda à y faire insérer quelques grands offertoires pour appren-
dre aux organistes dont il était entouré à sortir du cercle dans le-
quel ils se renfermaient; mais ils furent trouvés beaucoup trop dif-
ficiles, et l'éditeur de l'Organiste se hâta de se débarrasser de la
collaboration du seul homme do talent qui eût mis quelque chose
dans sa publication.
Un des recueils publiés postérieurement par M. Stern, a été l'objet
d'un bel éloge fait par M. Seiflerl, organiste à Naumbourg, dans le
journal des organistes intitulé Urania, que publie Kœrner, à Erfurt.
L'œuvre que j'examine aujourd'hui n'est pas moins digne d'estime.
La mission que s'est donnée M. Stern consiste à opposer au mauvais
goût qui régnait autour de lui dans la musique d'orgue, des pièces
d'un caractère grave, religieux, mélodique, et d'une harmonie pure de
laquelle il bannit les tendances passionnées des altérations multiples
que les compositeurs de l'époque actuelle introduisent dans les ac-
cords. Partout cette harmonie est bien écrite, régulière et convenable
pour l'objet auquel elle est destinée. M. Stern fait usage de la pé-
dale, sans laquelle l'orgue est incomplet; mais la paitie qu'il lui
donne est écrite de manière à pouvoir être supprimée, condition né-
cessaire pour les organistes de la campagne, dans l'ancienne province
d'Alsace. Pour démontrer combien ceux-ci sont encore arriérés, il me
suffira de dire que les paysans qui fréquentent la classe d'orgue de
M. le professeur Lemmens, au Conservatoire de Bruxelles, jouent,
dans un mouvement rapide, les grands préludes et les fugues de
J. S. Bach, où les deux pieds ont, sur le clavier de pédales, la vélo-
cité des doigts sur les claviers manuels.
Au résumé, je considère le recueil récemment publié par M. Stem
comme un ouvrage qui lui fait beaucoup d'honneur et comme un
nouveau service rendu par lui à la dignité du culte et à l'art, parti-
culièrement pour les organistes qui ne peuvent pas aborder les gran-
des difficultés des maîtres. Je le considère comme émanation de l'é-
cole de Rink.
FÉTIS père.
TRAITÉ D'HARMONIE,
Par IIEjVRI ISEBEK,
Membre de l'Inslitut, professeur de composition au Conservatoire impérial
de musique et de déclamation.
Le traité de Henri Reber est, avant tout, essentiellement pratique ;
c'est le fruit de quinze années d'expérience dans l'enseignement que
l'auteur offre aux méditations des savants musiciens et à l'étude jour-
nalière des jeunes élèves. H. Reber, en rédigeant cet ouvrage, n'a
pas eu la prétention d'exposer uue nouvelle théorie de la science des
accords. Il n'a voulu qiie constater l'état actuel de cette science, et
donner aux professeurs qui n'ont pas de méthode particulière un guide
sûr pour conduire leurs disciples dans l'art d'écrire une harmonie
élégante et nombreuse. Pour y parvenir, il a corroboré ses démonstra-
tions par des exemples puisés dans ies œuvres des plus grands com-
positeurs de toutes les écoles. C'est surtout par la division des ma-
tières que la haute raison et le savoir de l'auteur se montrent sous
le jour le plus favorable.
On ne saurait trop admiier le dévouement d'un maître tel que l'au-
teur, en voyant avec quelle vive sollicitude il entre dans les détails les
plus minutieux pour poser en quelque sorte les fondementsd'unescience
dont les débuts sont nattn-ellement très-arides.
En donnant la réalisation de toutes les leçons qui forment le corps
de son traité, il a rendu un service inappréciable aux personnes qui,
privées d'un professeur, mais douées de l'esprit d'analyse, seraient
curieuses d'étudier seules l'harmonie. Au point où l'enseignement
public de celle science est parvenu, les élèves des classes d'harmonie
DE PARIS.
13
du Conservatoire ont peu de chose à apprendre pour devenir d'ex-
cellents fuguistes, lorsque, après avoir terminé leur cours, ils sont ad-
mis dans une classe de contre-point et de composition. En effet, le sys-
tème d'imitations, l'art de développer un motif, de composer une
basse, de reproduire, dans chacune des quatre parties de la partition
vocale, une pensée musicale formant un brillant anlécédent, tout,
sauf l'emploi du sévère contre-point renversable , semble se réunir
dans une leçon d'harmonie moderne pour en faire un véritable mor-
ceau de musique ayant son exposition, ses développements et sa pé-
roraison : et nous pourrions citer telles leçons couronnées aux der-
niers concours comme de véritables fugues vocalepelés. Ces dames ont obtenu le succès que
mérite leur talent, l'une en jouant du Mozart et du Haydn, l'autre en
chantant l'air de Torquato Tasso et le boléro des Vêpres siciliennes. Le
violoniste Sarasate a enlevé tous les suffrages avec la fantaisie sur la
Muette et ses deux dernières compositions: sa. fantaisie originale et la Ha-
vanaise. Ces morceaux lui ont valu des applaudissements et des
rappels. Il n'y a eu qu'une voix pour vanter la justesse et la beauté
de son, la tenue parfaite du jeune artiste, et la façon dont il fait chanter
son violon sans avoir recours à l'afféterie. L'excellent orchestre, con-
duit par son digne chef, M. Cuvreau, après l'avoir admirablement ac-
compagné, lui a décerné de nombreuses ovations.
CHRONrQUE ÉTRANGÈRE.
^*^ Bruxelles, — A la dernière représentation du Pardon ie-Ploérmel,
Mlle Monrose s'est foulé le pied, et cet accident l'éloigné momentané-
ment de la scène. Mlle Dupuy s'est essayée sans succès dans le rôle de
Marguerite de Faust. Avant la reprise de Freyschulz aura lieu la pre-
mière représentation de la Chatte merveilleuse, de Grisar.
^*^ .imsicrdam, 4 janvier. — La Société pour l'encouragement de l'art
musical en Hollande vient de donner son second concert populaire
sous la direction de Verhulst. La salle était comble; l'orchestre a
fait merveille , l'ouverture d''Egmont, de Beethoven, a été bissée avec
acclamation. A la fin du concert, Verhulst a été rappelé avec en-
thousiasme, au milieu des fanfares de l'orchestre ; au 23 janvier le troi-
sième concert populaire. La même Société donnera son second festival
à la fin de février. — L'éminent violoniste Jean Beckor continue ses
pérégrinations triomphales à travers la Hollande et la Belgique; il jouera
le 10 courant au grand concert des étudiants à Amsterdam le concerto
de Mendelssohn, et un intermezzo dramatique de M. de Hartog, un nou-
vel ouvrage de ce jeune compositeur dont on dit grand bien.
.^*^ Zurich. — La première représentation de Dinorah ou le Pardon
de Ploérmel a eu le plus éclatant succès. Mlle de Uuda, chargée du rôle
principal, a été comblée par le public de marques de satisfaction et de
sympathie.
ib
,*„, Berlin, 8 janvier. — La première représentation de Fausi de Gou-
nod, joué ici en grand opéra en cinq actes et sous le titre de Margue-
rite, vient d'obtenir un beau succès. Froidement accueilli d'abord
pendant les deux premiers actes; dès le troisième, c'est-à-dire dès l'ap-
parition de Mlle Lucca, cet accueil est devenu plus vif et plus chaleu-
reux. Mlle Lncca, dont le talent expressif et souple s'était révélé déjà
dans les rôles d'Alice, de lioberl, et de Bertbe, du Prophète, vient de se
placer au premier rang par la manière dont elle interprète le rôle de
Grelehen. Parmi les autres artistes, il faut particulièrement distinguer
Mlle de Aima, qui s'est chargée du petit rôle de Siebel et qui le rend
d'une façon exquise. M. Woworsky - /''««s/, M. Salomon - .l/ep/u'sfo,
sont également très-satisfaisants_, et l'orchestre, sous la direction de
M. Dorn, ne laisse absolument rien à désirer. A partir du troisième
acte, Mlle Lucca a été rappelée chaque fois que le rideau baissait et
plus d'une fois à la fin de l'ouvrage. Le peintre des décors, M. Gropius,
ainsi que le machiniste, ont également été rappelés, et c'était justice ; la j
scène de l'église, entre autres, est un vrai chef-d'œuvre; l'idée en vient
de Paris, mais rien que l'idée, car l'exéoutioa en est tout autre et
(oute neuve. — Mme Fabbri-Mlilder a terminé ses représentations par le
rôle de Lucrezia Borgia: dans ce rôle, ainsi que dans celui de Valentine,
Mme Fabbri a brillé par la fraîcheur et la beauté de son organe , ainsi
que par la pureté de son intonation. Après chaque acte de Lucrèee Bor-
gia, Mme Fabbri a été rappelée avec M. Formés (Gcnnaro).
^*^ Leipzig. — Une messe de Schumann, qui vient de paraître, a été
exécutée par une société de chant, avec accompagnement d'orgue et
du quatuor d'instruments à cordes. Elle a trouvé un accueil des plus
sympathiques.
„,*» Francfort-sur-le-iJein. — On vient de donner avec un grand suc-
cès l'un des meilleurs opéras-bouffes de Fioravanti, / Virt'iosi amlmlanti,
traduit en allemand sous ce titre : Die loandernden Komœdianteii. On sait
que le sujet de l'opéra de Fioravanti est tiré de la scène française :
lea Comédiens ambulants, opéra-comique en deux actes, paroles de Picard,
musique de Devienne, furent représentés en 1798 au théâtre Feydeau avec
uu certain succès Aeuf ans après, Fioravanti se trouvant à Paris, et
les chanteurs du théâtre Italien placés sous la direction de P.card, dé-
sirant être agréables i\ ce dernier, firent traduire le poëme des Comé-
diens par Balocchi, et chargèrent le compositeur ultramontain d'écrire
une musique nouvelle. L'ouvrage fut représenté pour la première
fois le 26 septembre 1807, et interprété par Barilli, Zardi, la cé-
lèbre Mme Barilli et Mme Canavassi. Le succès fut complet. C'est
ce même ouvrage qui vient d'être exécuté devant les Francfortois et
parfaitement accueilli par eux. Il a été bien joué par MM. Winckelmann,
Dettmer, Fichier, Ilassel, Stotz, et surtout par i\illes Geisthardt et La-
bitzky, qui s'y sont fait pariiculièrement remarquer. On se plaint que
l'orchestre manque d'élégance et de délicatesse dans l'accompagnement
d'une musique de ce gi^nre.
^,*;f Vienne. — Depuis que Mlle Désirée Artot a débuté ici dans le Bar-
bierc et la Figlia del Reggimenio, le succès de la jeune et célèbre cantatrice
n'a fait que s'accroître dans des progressions vraiment remarquables.
Pendant les fêtes de Noël, elle a chanté à la cour et y a produit une
telle sensation, que l'impéralrico lui a exprimé le désir de l'entendre
une seconde fois. Un second concert a eu lieu en effet le 3 janvier.
Mlle Artot a commencé le 29 décembre une seconde série de représen-
t^ions. La salle était comble et la jeune cantalFice continue à faire fu-
reur. Elle doit bientôt se faire entendre dans la Sonnambula. — Le
deuxième concert historique de Zellner a eu lieu à la salle de la
Société de musique : le programme était tout aussi riche et tout
aussi varié que celui de la première séance. Parmi les autres con-
certs, nous citerons celui de JIM. Laub et Jaell, et la deuxième
soirée de l'Académie de chant, où ont été exécutés des mor-
ceaux de J. S. Bach, de Lotti, Caldara, le Miserere d'Allegri, etc. — Les
représentations de la troupe italienne, sous la direction de Merelli,
doivent commencer au mois de février. Comme prima donna elle aura la cé-
lèbre Adelina Patti.
,^*.j, Florence, 31 décembre. — Des concerts populaires de musique
classique s'organisent dans cette ville à l'instar de ceux que Pasdeloup
donne à Paris. Dans le programme du premier de ces concerts, figure
l'ouverture en forme de marche composée par Meyerbeer pour l'inau-
guration de l'Exposition universelle de Londres.
^'".^Côrne. — Roberlo il DIavotoaétè accueilli avec enthousiasme ici. La
Ferrari (Alice), Majni (Beltramo) et Grazzi (Roberto), interprètent d'une
façon remarquable les principaux rôles du chef-d'œuvre de Meyerbeer.
,•■*„ Crémone. — L'opéra de Péri, Vittore Pisani, a été accueilli ici à
l'ouverture de la saison avec le même succès qu'il a obtenu sur la plu-
part des théâtres italiens.
^*^ Palerme. — Dix-huit représentations de Roberto il Diavolo ont été
données, et toujours la salle est comble.
^,*^, Madrid. — Zampa. d'IIerold, traduit en italien, a parfaitement
réussi à sa première représentation au théâtre de l'Oriente. Le ténor Bet-
tini a obtenu dans le rôle principal des bravos chaleureux et mérités.
**,j Saint-Pétersbourg. — Théolinde, un ballet nouveau pour notre pu-
blic et arrangé par Saint-Léon d'aprè.'ï le Lutin de la vallée, œuvre
chorégraphique représentée autrefois au théâtre Lyrique de Paris, vient
d'obtenir un brillant succès. La danseuse russe, Mlle Mouraview, au bé-
néfice de laquelle la première représentation avait été donnée au Grand-
Théâtre, y a surtout contribué; la musique en avait également sa part.
En fait de musique de danse, on applaudit beaucoup au théâtre Français
la valse de Strakosch la Gioja insolita. instrumentée par le chef d'or-
chestre Sylv. .Maugeant, et qu'on y exécute presque tous les soirs.
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chant, — Sociétés Philharmoniques, Chorales et Orphéons de Province,
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notation,— Comités spéciaux, — Théâtres Lyriques, direction, premiers
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N« 3.
REVUE
18 Janvier 1863.
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Étranger M » id.
le Journal paraît le Dimanche.
GAZETTE MUSICALE
— ^\Aj uv\Ar lATiAA/^/^'
SOMMAIRE. — Théâtre impérial Italien: / Lombardi alla prima Crociata, mu-
sique de Verdi; Mlle Adelina Patti dans Don Pasquale, par Paul Smith.—
Requiem de Mozart à Notre-Dame, par Adolphe Botte. — Le Trésor des
pianistes (2° article), par Fétis père. — Chopin, par liouis Unault. - ■
Nouvelles et annonces.
THÉÂTRE IMPERIAL ITALIEN.
I liOlIBAnDI AULA PBIUA CBOCIAVA ,
Musique de Verdi.
{Première représentation le 10 janvier.)
Mlle Adelina Patti dans DO:v PASQUAIiE.
Le théâtre Italien a bien voulu nous offrir un des premiers opé-
ras de Verdi pour nos étrennes. C'est un don de pure grâce , dont
nous devons lui être fort obligés, car le besoin ne s'en faisait nul-
lement sentir. Qui songeait à ces Lombardi dont la première repré-
sentation, donnée à Milan, remonte au 11 février 1843? Pas plus le
public que l'auteur. Et ce dernier devait s'en occuper d'autant moins
qu'il en avait déjà tiré ce qu'il y avait de mieux pour nous en gra-
tifier dans Jérusalem, qui fut jouée à Paris le 26 novembre 18Z|7.
Verdi eut cela de commun avec Rossini , que lorsqu'il fut appelé à
se produire sur la scène française , il jugea convenable de ne rien
écrire d'absolument neuf, et se contenta de rhabiller à notre mode
un de ses ouvrages déjà connus en Italie. Rossini avait choisi son
Maometto pour en faire le Siège de Corinthe : Verdi pensa que ses
Lombardi pouvaient être transformés en Jérusalem. A notre avis, les
deux maîtres commirent une faute, et auraient mieux fait de s'y
prendre autrement. Ni le Siège de Corinthe, ni Jérusalem ne s'éta-
blirent solidement au répertoire: il est vrai que les Vêpres sicilien-
nes, que Verdi composa plus tard à notre intention expresse, n'eu-
rent pas un sort beaucoup meilleur, mais Guillaume Tell avait été
plus heureux, et l'on avait vu ce que pouvait un homme de génie,
bien résolu à une naturalisation complète.
Aujourd'hui que mûri par le temps, l'expérience, et, il faut le dire,
par ses éludes du goût français, Verdi a donné Rigoletlo et le
Trovatore, nous ne voyons plus dans les Lombardi qu'un spéci-
men de ses inspirations juvéniles, alors qu'il s'y abandonnait sans
frein et sans réserve. Il y a de tout dans le libretto] des Lom-
bardi : 'ji^%ûozi%yio\en\.es et féroces, assassinais, batailles, chants re-
ligieux, chants guerriers, conversion, baptême, vision, grande va-
riété de tableaux et de coups de théâtre. Verdi, que l'éclatant succès
de Nabuco venait de mettre hors de page, dut être heureux de se
jeter à travers une action si mouvementée, et d'écrire sa musique
à l'image du libretto. Le succès des Lombardi ne resta pas au-des-
sous de celui de Nabuco, et de ce moment commença le règne de
Verdi en Italie. Ktait-ce une raison plausible pour nous rendre un
opéra dont les beautés nous étaient connues, et dont les défauts sont
de nature à nous choquer plus que jamais? Le libretto des Lombardi
n'est peut-être pas plus absurde que celui du Trovatore, mais la mu-
sique est bien inférieure. Nous y avons retrouvé les morceaux sail-
lants qu'on avait transportés dans Jérusalem, notamment l'air de
basse-taille que chantait si bien Alizard ; l'air du ténor admirable-
ment dit par Duprez :
Je veux encore entendre
Sa voix, sa voix si tendre.
A ces morceaux il faut ajouter la brillante cavatine pour voix de
soprano : non fu sogno, ou, si vous l'aimez mieux en français :
quelle ivresse, bonheur su-préme! un fort beau trio, de brillantes fan-
fares, des chœurs pleins d'animation et de larges morceaux d'ensemble.
A dire l'exacte vérité, le public a écouté froidement toute
cette musique; il l'a trouvée plus vigoureuse, plus hardie que tou-
chante. L'exécution d'ailleurs ne la faisait nullement valoir : excepté
Naudin , qui a bien chanté le rôle d'Oronte , mais dont le costume
turc était parfaitement ridicule , les artistes n'avaient rien de ce que
l'on était en droit de leur demander. Tout le monde sait que le rôle
de Gisella fut un des triomphes de Mme Frezzolini ; mais il y a vingt
ans de cela , et le temps se permet sur les voix d'irréparables ou-
trages. Cependant, Mme Frezzolini n'a pas craint d'aborder ce même
rôle qui jadis lui valut tant de bravos et tant de gloire ! Singulière et
périlleuse coquetterie que de reprendre, au bout de vingt ans, la toilette
que l'on portait aux premiers jours de sa jeunesse! La voix de Bar-
tolini manque d'ampleur et ne suffit pas au personnage de Pagano :
comme Naudin, il a aussi beaucoup à se plaindre des maladresses du
costumier, qui, au moment où il quitte la robe de l'ermite pour en-
dosser l'uniforme du guerrier, l'a livré à un homérique accès d'hila-
rité générale.
llâtons-nous de laisser un ouvrage qui , selon toute apparence,
n'aura fait que passer, et venons-en bien vite à quelque chose de
plus agréable. Jeudi dernier, Mlle Adelina Patti s'est essayée dans
Don Pasquale: elle s'est montrée à nous dans ce charmant rôle de
Norina, dans lequel tant d'autres ont réussi avant elle, et Dieu nous
garde d'oublier, de diminuer le talent de toutes ces autres depuis la
18
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
première jusqu'à la dernière, depuis Mlle Julia Grisi, qui a créé le
rôle chez nous jusqu'à Mlle Marie Battu, qui l'a rempli avec tant de
mérites et d'éloges ! Si vous nous demandez comment Mlle Patti s'en
est acquittée à son tour, permettez-nous de vous répondre comme
Don Pasquale lui-même répond au docteur Malatesta dans la scène où
ce dernier lui présente sa prétendue sœur : — Chêne dite? lui demande
le docteur; elle bonhomme répond tout simplement: -—È un incantol
(C'est un charme!) Eh bien! précisément, voilà ce que nous pensons
du jeu et du talent de Mlle Patti dans le rôle de Norina : c'est un
charme! Après cela discutez, critiquez tant que vous voudrez. Nous
nous en tiendrons toujours à ceci : c'est un charme, et quaijd le charme
y est, il défie tous les arguments, il bat en brèche toute la science.
Le fait est que cette jeune fille, un peu jeune peut-être ( et c'est
son unique défaut) pour jouer un rôln de veuve, n'avait jamais été
plus heureuse ni plus habile que dans ce rôle de Norina, si fertile en
malices et en espiègleries. Jamais ce petit être, fin et délié comme
un sylphe, aux yeux si brillants, au sourire si expressif, n'avait
trouvé une meilleure occasion de manifester sa gracieuse tyrannie,
ses terribles et amusants caprices. C'est qu'aussi jamais artiste n'a
réuni au même degré que Mlle Patti le sentiment dramatique et mu-
sical, et c'est ce qui lui donne ce charme dont nous parlions tout à
l'heure, ce charme si rare sur tous nos théâtres, plus rare encore
au théâtre Italien. Le temps nous manque pour la suivre dans toutes
les scènes de la pièce ; disons seulement qu'elle a été applaudie,
rappelée comme elle méritait de l'être, et que dans la salle entière il y
avait unanimité pour rendre justice à l'excellence de sa voix, à la
franchise de son inspiration, au prestige de toute sa personne.
Paul SMITH.
REQUIEM DE MOZART Â NOTRE-DAME.
Le 9 de ce mois, le lendemain des obsèques de Son Eminence le
cardinal Morlot, dont l'éloge était dans toutes les bouches, le souvenir
dans toutes les mémoires (souvenir qui assombrissait encore singuliè-
rement cette cérémonie funèbre), a eu lieu à Notre-Dame la translation
des restes de tous les prélats qui ont précédé Mgr Morlot sur le
siège archiépiscopal de Paris, et que lui-même, on l'a remarqué avec
tristesse, devait, contre toute attente, précéder dans le nouveau caveau.
Restaurée et embellie de très-remarquables vitraux , notre vieille
cathédrale était envahie de bonne heure par une foule nombreuse
qui a religieusement écouté le chef-d'œuvre par lequel Mozart termi-
nait à trente-six ans à peine cette merveilleuse carrière qui, aujourd'hui
encore , frappe l'imagination d'étonnement, et laisse dans toute âme
artiste une inaltérable admiration. Selon les uns , Mozart laissa cet
ouvrage inachevé, selon les autres il le termina. Quoi qu'il en soit, et
quoique la mort , jalouse de tant de jeunesse et de tant de gloire,
glaçât ses dernières pensées et épouvantât ses dernières méditations,
il y mit néanmoins assez de son cœur, et, avec lui, on peut dire sans
crainte — dût- on faire sourire tous les hégéhens d'Allemagne et de
France, — assez de sa foi pour lui donner la vie, la force, la beauté
et la majesté.
Nos habitudes, les progrès de l'instrumentation moderne , progrès
que d'ailleurs, comme tant d'autres progrès, nous payons parfois assez
cher pour n'en être que médiocrement fiers, l'abus des nouvelles ri-
chesses harmoniques nous éloignent chaque jour davantage delà clarté,
de la concision, de la vigueur noble, de l'exquise sobriété telles que
Haydn et Mozart les avaient comprises, voulues, réalisées et données
à l'art immortel de leur temps : aussi les amateurs du bruit, de l'exa-
gération , de l'enflure , de l'effet matériel et brutal, trouvent-ils ce
Requiem bien calme , bien tranquille et bien serein. Certes, Mozart a
compris et traduit le magnifique poëme du Dies irœ tout autrement
que Dante et Michel-Ange ( les deux seuls génies qu'on puisse lui
opposer); certes le désespoir, l'imprécation, l'épouvante, la fureur,
la rage, en passant par son imagination, se fondent vite en soupirs, en
prières , en larmes , en espérances ; mais il n'en atteint pas moins
au terrible quand il le veut et quand il le faut. Il frappe peut-être
moins fort que d'autres, mais il frappe plus juste et émeut plus profon-
dément. Quand il puise dans l'harmonie dissonante, il choisit l'accord
qui convient le mieux à la situation, qui rend le plus complètement
sa pensée , et sa mélodie , moins surchargée qu'on ne la surcharge
généralement aujourd'hui , n'en est que plus forte , plus lumineuse,
plus expressive, plus touchante et plus vraie. Pour nous en tenir au
seul point de vue de la sonorité, croiton que la strophe Tuba mirum,
si belle, si mélodique et accompagnée d'une si adorable façon, eût
beaucoup gagné à ce que Mozart eût augmenté dans une propor-
tion considérable le nombre des instruments? Quand la pensée
est fraîche, vivante et- colorée, elle aime à s'épanouir librement, elle
aime à se montrer, et tout le faux luxe dont on l'entoure n'est souvent,
quoi qu'on en dise , qu'un signe d'impuissance et de décadence. En
musique , amas d'harmonies , mauvaise mélodie ; abus de sonorité,
fausse éloquence: aussi, en écoutant les œuvres de Mozart, pense-t-
on, malgré soi, aux grands écrivains du xvn° siècle ; c'est, en effet, la
même mesure, la même fermeté, la même élévation, la même pureté.
Dans le Requiem l'orchestre est splendide et plein de variété,
mais sa splendeur n'a. Dieu merci, rien d'étourdissant. Les voix,
parfaitement distribuées, gardent toujours le premier rang, et ne con-
tribuent pas peu à donner à la composition un caractère éminem-
ment religieux et chrétien. Que dirons-nous de tous les morceaux en
particulier qui n'ait été dit avant nous ? Que pourrions-nous appren-
dre de nouveau à tous ceux qui s'occupent sérieusement de musique
saine sur la partition souvent sublime de Mozart ? Rien ou du moins
fort peu de chose. Nous nous contenterons donc de rappeler le plus
brièvement possible les inspirations élevées, les expressions variées,
les caractères divers répandus par le maître dans ce magnifique poëme
où se pressent harmonieusement tous les sentiments humains, foutes
les craintes et toutes les espérances que donne la pensée de cette
dernière heure, qui sera suivie du terrible et formidable jugement.
Dès le début, la mélodie sévère, calme, [et pourtant noyée de dou-
leur, monte par imitations et éclate bientôt après dans les quatre par-
ties vocales, accompagnées tristement par des syncopes qui peignent
admirablement l'abattement et le sanglot contenu. La fugue du Kyrie,
qui rappelle la grande manière d'Haendel , est justement célèbre, et
l'une des plus belles et des plus savantes conceptions qu'on puisse en-
tendre. Malheureusement, elle a été dite beaucoup trop lentement.
Le Dies irœ est admirablement"*traité. Que de grandeur dans le
beau ch^wv ÔlQ Rex tremendœ majestatis, quelles formidables basses,
quels beaux accords, quels dessins pompeux, quels dialogues jaillis-
sent de l'orchestre, et comme ils ébranlent invinciblement quiconque
est seulement sensible aux beautés purement musicales ! Quant à tous
ceux que leurs souvenirs personnels oppressaient, ils ont été vive-
ment et visiblement impressionnés par les autres strophes , par le
Recordare, quatuor solo dont on oublie les heureux détails pour s'a-
bandonner tout entier à la tendresse, à l'humilité, à la douceur sereine
et confiante qu'il exhale; par le Confutatis, où le désespoir, le re-
pentir et la prière, tous les mouvements de l'âme enfin luttent d'é-
nergie, et où tout est pathétique et sublime. Au Lacrymosa, Mozart,
ou celui qui a si bien su compléter son œuvre, est rentré pleinement
dans l'accent plaintif et fervent. Les masses vocales éclatent en gé-
missements, et il nous serait bien difficile, pour ne pas dire impos-
sible, d'expliquer en peu de mots comment l'orchestre , par une
simple figure qui se poursuit jusqu'à la fin du morceau, soutient si
merveilleusement celte ravissante mélodie.
Tout dans cette messe impressionne, élève l'âme et plaît univer-
DE PARIS.
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sellement; mais aussi quel musicien a jamais pleuré, supplié dans un
langage plus déchirant, plus harmonieux ? Quel musicien a jamais su
si bien cacher l'art sous la grandeur et la sincérité de rémolion ?
Signalons encore le Domine Jesu , prière pleine d'émotion ,
de caractère , pleine du sentiment religieux le plus élevé , et
dont l'orchestration, comme l'harmonie, comme la disposition, l'or-
donnance des voix et des instruments , est bien faite pour rendre
moins orgueilleuse et surtout moins oublieuse la musique moderne ;
le beau chœur Hostias, superbe larghetto qui précède le Scmctus,où
un passage fugué très-serré, très-riche, mais très- vocal et très-
tonal amène le Benedictus et forme avec lui un délicieux contraste.
Là, l'auteur revient encore une fois à des couleurs moins sombres; il
est tranquille, recueilli, résigné, et termine son œuvre par un Agnus
Dei que couronne la reprise de la fugue du Kyrie.
Si tout dans ce Requiem n'est pas d'une égale beauté, si l'on y
trouve quelques négligences, quelques répétitions inutiles; si, dans
quelques parties, on peut aisément remarquer quelques faiblesses de
style, les principaux morceaux n'en attestent pas moins la main du
génie ; du génie défaillant si l'on veut, mais non épuisé.
Grâce à l'Association des artistes musiciens, on a pu entendre
cette œuvre colossale. C'est déjà beaucoup, mais ce n'est pas assez.
Dans une ville comme Paris, oîi les éléments ne manquent pas, il
est facile de rendre complètement les grandes conceptions, de les
faire admirer dans tout leur éclat, de les restituer avec tout le soin,
toute la conscience et tout le respect qu'elles méritent. Nous avons
regret de le dire, il n'en a pas été tout à fait ainsi l'autre jour :
d'abord les basses et les ténors n'étaient pas assez nombreux; puis,
dans Us mouvements vifs et rapides, une mollesse fâcheuse a
nui à l'effet général. Les altérations de mouvement, plus mau-
vaises encore que le manque de nuances, car elles dénaturent la
pensée du compositeur, ont été aussi beaucoup trop fréquentes pen-
dant toute l'exécution. Les honneurs de la partie vocale ont été, non
pour les solistes, mais pour les enfants, dont les voix étaient fraîches,
justes, et qui ont attaqué avec franchise, netteté et ensemble. On n'a
que des éloges à adresser à l'orchestre que dirigeait M. Tilmant,
.avec le talent et le zèle dont il a donné tant de preuves.
Adolphe BOTTE.
LE TRÉSOR DES PIANISTES,
Publié par M. A. Farrenc (3« livraison).
(2" article) (1).
Poursuivant sa belle et noble entreprise avec cette ardeur et cette
conviction sincère sans lesquelles on ne fait rien de sérieux, rien
qui ait des conditions d'avenir, M. Aristide Farrenc ne se laisse point
ébranler par les obstacles inséparables d'une publication telle que le
Trésor des pianistes. 11 a aussi le bon esprit de ne pas tenir compte
de la critique frivole, intéressée ou dénigrante. 11 apprécie son tra-
vail à sa juste valeur, et sait que sa collection d'œuvres des plus cé-
lèbres clavecinistes et pianistes de tous les temps, réunie pénible-
ment et à grands frais, collationnée avec soin sur les éditions origi-
nales, purgée de toutes les fautes des copistes et des graveurs, enfm
publiée avec une perfection de gravure, d'impression et un choix de
papier inusités en France, est un service d'autant plus considérable
rendu aux vrais artistes et amateurs, que la plupart de ces monu-
ments de l'art sont aujourd'hui à peu près introuvables.
La troisième livraison du Trésor des pianistes ne cède pas aux
deux premières en intérêt ; elle renferme douze sonates du célèbre
(1 ) Voir le ii" 47 de l'annùe 1802.
Père J.-B. Martini, le premier livre des pièces de François Couperin,
surnommé le Grand, et quatre œuvres élégantes de Hummel, à sa-
voir : Chanson hollandaise, variée, œuvre 21 ; marche de Cendril-
lon, variée, œuvre ZiO ; gavotte à'Armide, variée, œuvre b1, et la
Belle Marie ^ chanson variée, œuvre 75.
Les sonates de Martini, publiées pour la première fois à Amster-
dam en 17/|2, eurent peu de retentissement d'abord, à cause des dif-
ficultés du mécanisme qu'elles offrent presque à chaque page ; mais
les éloges qu'en firent plus tard quelques artistes de premier ordre,
au nombre desquels étaient Charles -Philippe -Emmanuel Bach et
Mozart, fixèrent l'attention des connaisseurs sur ce bel ouvrage si
peu connu aujourd'hui. Cherubini n'en parlait qu'avec admiration, et
Clementi, qui m'en fit entendre quelques-unes autrefois avec la per-
fection irréprochable de son talent, avait une si grande estime pour
cette œuvre du savant maître de Bologne, qu'il a reproduit ces sonates
dans les deuxième et quatrième volumes de son recueil, intitulé: Prac-
tical Harmomj, mais en les traitant en ami avec qui l'on ne se gène
pas; car, non -seulement il ne les a pas laissées dans l'ordre où elles
ont été publiées originairement, mais il a transporté des morceaux
d'une sonate dans une autre; de la septième sonate il en a fait deux,
et a transpo.sé le Menuet de la neuvième. Ce n'est pas ainsi qu'en
use le consciencieux M. Farrenc avec la musique pour laquelle il se
sent de l'affection ; reproduire avec fidélité l'ouvrage tel qu'il est
dans l'édition originale, moins quelques fautes qui s'y sont glissées,
est ce qu'il a voulu et ce qu'il a fait. A l'égard des fautes, deux seu-
lement présentaient des difficultés, à cause d'une mesure étrangère
à la tonalité dans un endroit, et de l'oubli fait par le copiste ou le
graveur d'une mesure dans un autre passage : M. Farrenc a adopté
pour ctia les corrections de Clementi, qui sont en effet ce qu'on pou-
vait faire de mieux.
Ainsi que je l'ai dit ailleurs, il ne faut pas chercher avant Charles-
Philippe-Emmanuel Bach les formes et le caractère de la sonate
moderne : chez Martini, comme chez ses prédécesseurs, la sonate
est composée d'un prélude, d'une fugue, d'un adagio, d'un morceau
dans le- caractère d'une des danses du temps, gigue, courante, ga-
votte, etc., et se termine par un aria varié en intreccio armonico ; en-
fin, tous les morceaux d'une sonate sont dans le même ton. La mo-
notonie, jeu de mots à part, n'est pas aussi sensible, dans l'œuvre de
Martini, qu'on peut le croire d'après ce système; car. bien que le ton
reste le même depuis le commencement jusqu'à la fia de la sonate,
la diversité de caractère des morceaux dont elle se compose fait ou-
bher l'uniformité du ton. La mélodie a du charme, souvent de la
naïveté dans l'œuvre de Martini, ce qui n'est pas un petit mérite
chez un si savant harmoniste. Ses fugues sont excellentes, mais fort
difficiles : tel qui joue bien les fugues de Haendel, et même de Jean-
Sébastien Bach, peut éprouver des difficultés à bien dire celles de
Martini. Les gigues, courantes, gavottes, sarabandes, ballets, etc.,
ont de la grâce, les adagios ont un grand et noble caractère, et les
arie ont une naïveté charmante. Dans les sonates /j, 5, 6, Varia va-
rié ou le mouvement de danse sont remplacés par un allegro qui
appartient à l'ancien genre de pièces appelé ricercare. Celui de la
cinquième sonate (en sol mineur) est plein de feu et d'entrain. Au
résumé, les sonates d'intavolatvra de Martini appartiennent aux com-
positions de l'ordre le plus élevé.
Il ne faut pas chercher dans les pièces de Couperin le grand style
de sonates de Martini : ici, c'est tantôt l'élégance coquette, tantôt la
naïveté touchante, et parfois le brio des doigts agiles; mais le goût
français de l'époque où vécut l'artiste n'avait pas de rapport avec les
larges proportions de la musique de Haendel, de Jean-Sébastien Bach,
et ne seplaisait pas aux savantes combinaisons d'harmonie. Les titres
seuls de la plupart des pièces de Couperin suffisent pour faire com-
prendre la différence des voies où l'art est engagé en Allemagne, en
20
REVUE ET GAZETTE MUSICALK
Italie et chez les Français d'alors. On sait que chez ceux-ci les habi-
tudes sont quelque peu bourgeoises. Ainsi les Sylvains, les Abeilles,
l'Enchanteresse, sont des rondeaux; la Bourbonnaise est une gavotte;
la Laborieuse, une allemande ; et la Prude, une sarabande. Quelques-
uns de ces titres sont caractéristiques du genre des pièces, par exem-
ple : la Voluptueuse, les Papillons, la Lutine, les Idées heureuses l
Heureux qui peut donner ce dernier titre à sa musique ! Douperin
avait ce droit, car au sein des petites proportions dans lesquelles il
est contraint d'enfermer son génie, il trouve le secret d'être grand
par le sentiment.
Au xvF siècle , la profusion des ornements se trouvait partout
dans la musique instrumentale; la création du drame en musique la
fit disparaître au xvii« siècle de l'Italie, et bientôt après de l'Al-
lemagne ; mais en France, cette profusion de groupes, de trilles,
à'apogialures, déports de voix, de brisés, de flattés, etc., n'était
pas seulement maintenue par Vépinette, le clavecin et autres instru-
ments dont les sons ne pouvaient être soutenus et chantants, car le
chant même en était surchargé. Couperin, qui écrivit ses quatre li-
vres de pièces pour des instruments mécaniques à cordes pincées,
tels que ceux appelés clavecin et épinette, et qui n'aurait pu faire
aimer à ses compatriotes les riches combinaisons harmoniques des
ricercari et des fugues en usage chez les Italiens et les Allemands, et,
d'ailleurs, entraîné par son éducation musicale et ses habitudes, a
fait aussi un usage, qu'on trouve aujourd'hui excessif, de tous les orne-
ments dont il vient d'être parlé ; mais ces mêmes ornements ont été
conçus en même temps que les idées auxquelles ils sont ajoutés
et en font partie intégrante. L'exécution des charmantes pièces de
Couperin perdrait une grande partie de son charme si l'on en ôtait
ces broderies qui sont leur parure. C'est ce qu'a très-bien compris
M. Farrenc, et c'est pour cela qu'il a donné avec tant de soin l'expli-
cation des divers systèmes de signes de ces ornements, dans un tra-
vail spécial qni fait partie de la première livraison du Trésor des
Il y a le génie des petites choses comme celui des grandes. Fran-
çois Couperin eut le premier des deux. Dans chacun de ses petits
cadres il sait placer des choses gracieuses, tendres, naïves, élégantes :
il a pour lui le charme, qualité suprême pour qui n'a pas la hauteur
de pensée qui émotionne et fait le sentiment de la grandeur ou de
la passion. L'art est si vaste que son domaine embrasse tout. Heureux
l'artiste qui peut y trouver une place en toute propriété, si petite
qu'elle soit. Couperin y a la sienne et la conservera.
Les quatre thèmes variés de Humme! qui complètent le volume de
la troisième livraison du Trésor des •pianistes, ont les qualités qui dis-
tinguent les productions de cet artiste célèbre, c'est-à-dire la clarté,
l'intérêt de la forme, le brillant, la variété et le mérite d'une harmo-
nie écrite avec une grande pureté. Mieux que la plupart des pianistes-
compositeurs, Humrael a l'art de tirer de son sujet des motifs de varia-
tions inattendus et piquants.
Patient dans ses recherches, habile à discuter la valeur des docu-
ments qu'il a consultés, M. Farrenc se recommande par une exacti-
tude scrupuleuse dans les notices biographiques des compositeurs
dont il publie les œuvres dans sa belle et précieuse collection : pour
ma part, je lui dois beaucoup de renseignements dont j'ai fait usage
dans la nouvelle édition de la Biographie universelle des miisiciens.
M. Farrenc n'imite pas la plupart des biographes qui se copient tour
à tour et propagent des erreurs que le temps finit par consacrer : il
va droit aux sources, lit les préfaces, les épîtres dédicatoires des au-
teurs eux-mêmes pour recueillir les faits authentiques, et des choses
nouvelles qu'il découvre, il use avec discernement et discrétion.
Ses notices des deuxième et troisième livraisons du Trésor des pianis-
tes sur Kuhnau, Purcell, Dominique Scarlatti, Hummel, le P. Mar-
tini el François Couperin, se recommandent par ces qualités fonda-
mentales, et sont d'ailleurs du style simple et clair qui convient à ce
genre de travail.
FÉTIS père.
CHOPIN
H)
Il y a toute une langue dans la musique : la musique est souvent
l'histoire d'une nation, écrite avec des notes ; c'est son âme harmo-
nieuse qui se transmet en chantant! Pour mon compte, j'ai toujours
recherché avec une curiosité avide la musique primitive des nations.
Ceux qui aiment la mélodie simple et naïve des anciens temps,
écoutent avec délices ces vieilles Polonaises, qui ne sont pas signées,
mais qui portent pour épigraphe et pour titre un nom de héros.
Tantôt elles ont des tendresses humbles et résignées, et tantôt des
expansions de tristesse dont l'intimité ne se retrouve que dans ces
races du Nord, à qui Dieu a fait le don charmant et fatal de la mé-
lancolie... Plus tard le rhythme s'amollit, la modulation apparaît, et
l'amour troublé soupire dans des chants expressifs ; plus tard encore,
la mélodie se dessine ; elle s'épanouit en gerbes brillantes, comme ces
bouquets de Bengale qui fleurissent la dernière minute d'un feu
d'artifice.
C'était le temps où s'épanouissait aussi dans sa gloire la royale
Pologne !
Chopin, venu après la défaite, à l'heure oii l'on pleurait, trouva
des notes plus émouvantes et des accents plus déchirants; il y eut
en lui comme deux voix qui se répondaient dans un chœur sublime :
l'une disait la gloire, et l'autre la douleur de sa patrie. Parfois le
motif principal, sombre et sinistre, s'interrompt pour faire place à
quelque scène douce et riante, pastorale comme une idylle. C'est ainsi
que le vieux Rhin allemand entr'ouvre parfois ses rives de granit
pour laisser plonger le regard dans la fraîche oasis de ses vallées.
On dit que le talent est de tous les pays : je le veux bien ; mais
il faut que l'on m'accorde qu'il a toujours une patrie. Aussi ai-je dit
que le talent de Chopin était polonais. Ses œuvres, comme sa vie,
restèrent donc fidèles aux souvenirs de sa première jeunesse, passée
tout entière dans l'intimité de cette société polonaise, qui charmait
l'Europe par son élégance, et l'éblouissait de son éclat. C'est là
qu'il vit dans ces réunions, « qu'on eût pu dire une assemblée de
fées, I' comment coulent les pleurs furtifs des jeunes filles éprises,
des jeunes femmes négligées ; c'est là qu'il put apprendre, comme dit
Liszt, si familier lui-même avec le génie des peuples du Nord, « de
quel mélange de levain et de pâte- de rose, de salpêtre et de larmes
angéliques est pétri l'idéal poétique de sa nation, »
On le comprend sans peine : l'homme qui a vécu auprès de ces
créatures presque parfaites, s'il avait en lui cette sensibilité d'orga-
nisation qui permet de saisir les nuances subtiles et délicates qui font
la femme, a dû s'imprégner aussi des sentiments qui sont la vie de
la femme, et répandre dans ses œuvres « comme une vapeur amou-
reuse. »
Chopin a eu le rare bonheur d'être cet homme. Chopin traduit les
Polonaises. Les Polonaises expliquent Chopin.
Chaque artiste vraiment digne de ce nom , qu'il le sache ou qu'il
l'ignore, qu'il s'en rende compte avec la netteté de l'analyse ou qu'il
(1) L'un des privilèges attacliés à la personne et au talent de ce célèbre ar-
tiste, c'est d'inspirer des pages admirables ou charmantes à nos meilleurs écri-
vains. De ce nombre est M. Louis Enault, le romancier fécond, au style élégant,
passionné, qui a si bien résumé en un petit volume le caractère et le génie du
grand compositeur pianiste. Nos lecteurs pourront en juger par le spécimen que
nous nous plaisons à qiettre sous leurs yeux.
DK PAKIS,
en ait seulement le sentiment confus, se forme de son art une théorie
à laquelle il rapporte tous ses efforts et toutes ses tentatives.
Pour Chopin, la musique était destinée à évoquer les passions, à
les rendre sensibles, à en communiquer les frémissements : il éta-
blissait comme un magnétismH invisible entre l'âme de ses auditeurs
et les vibrations sonores de l'instrument. Chopin, pour nous servir
d'un mot de l'ancienne école, fut un artiste pathétique. Cette passion
ne prit pas d'abord la foule, parce qu'elle se manifesta par des
formes et dans des modes encore inusités ; et, il faut bien le dire,
en musique, ce qui sort de la convention traditionnelle a besoin de
l'aide du temps; il faut le temps et l'accoutumance pour saisir le
sens et comprendre la portée des symboles nouveaux. Si Rossini voit
sa gloire vivante, s'il contemple, du haut de son piédestal, la posté-
rité qui passe devant lui, par combien de chefs-d'œuvre a-t-il dû
vaincre la sourde ignorance de ce siècle ! La postérité fera plus pour
Chopin que les contemporains, parce qu'elle l'appréciera mieux.
Maintenant déjà quelques-uns lui ont rendu cette justice de s'être
voué uniquement au culte du beau, sans se laisser égarer par cette
préoccupation du succès présent, qui a perdu tant de hautes intelli-
gences. 11 ne voulut pas disséminer son inspiration dans le fracas de
l'orchestre : il la concentra dans la sonorité modérée du piano ; mais
il transporta sur le clavier d'ivoire les divers effets des instruments
qu'il n'employait pas ; il faisait du piano un orchestre restreint, mais
idéalisé. Chez Chopin l'expression est toujours neuve, et la contexture
harmonique, originale et savante, conserve une irréprochable distinc-
tion; son originalité n'était pas bizarre, et il gardait sa pureté dans
l'exubérance même de ses développements. On a exprimé ces idées
par une image architecturale des plus vraies, en disant que chez lui
« le luxe de l'ornementation ne surcharge jamais l'élégance des
lignes. »
Il en est, du reste, de ses compositions musicales comme de son
caractère : elles voilent la profondeur sous la grâce.
C'est le sentiment qui fait sa force, et au milieu de ses surexcita-
tions maladives, il donne au sentiment une intensité d'expression rare.
Mais son inspiration est impérieuse, et sa grâce n'est pas apprise ;
elle est exempte surtout de la manière, qui est à l'art ce que la pré-
tention est à la vie. Cette inspiration a toujours des allures un peu
sauvages. Aussi Chopin mesure sa mélodie sur un rhythme énergique
et nerveux, qui tout d'abord vous saisit et vous frappe , mais qu'i|
est toujours difficile d'exprimer après lui. Il y a chez Chopin, comme
chez tous les rois du caprice, je ne sais quoi d'inattendu qui vous
étonne à chaque instant.
C'est qu'il se tient constamment sur cette insaisissable limite de
deux mondes qui sépare le fantastique du réel ; c'est un talent fait
d'ombre et de lumière, de rêve et de passion; il part du palpable
pour arriver à l'immatériel; il idéalise ses conceptions jusqu'à rendre
leurs fibres si ténues qu'elles ne paraissent plus appartenir à notre
nature, mais se rapprocher du monde des féeries pour nous dévoiler
les indiscrètes confidences des Péris, des Titanias, des Ariels, des
reines Mabs, et de tous ces génies dos airs, des eaux et des flammes,
dont l'invisible poitrine palpite cependant des mêmes passions que la
nôtre.
C'est dans ses valses, ses mazurkes, et surtout ses ballades, que
Chopin a donné plus librement carrière à l'élément fantaisiste. Ce
sont les mêmes sentiments, dont l'expression varie ; c'est la tragédie
du cœur humain avec des sylphes pour acteurs. Il y a tour à tour
dans ses compositions, comme dans la vraie vie, des gaietés spiri-
tuelles et narquoises,- — mais, comme chez toutes les natures vrai-
ment distinguées, cette gaieté est toujours empreinte d'atlicisme et
n'attaque que les touches supérieures de l'esprit; — il y a les san-
glots étouffés des douleurs poignantes ; il y a ces désespoirs inconso-
lables, qu'on appellerait mieux des désespéraiaces ; il y a aussi les
impatiences joyeuses des jeunes passions, qui ne savent encore de
la vie que le bonheur et le désir !
El comme, après tout, c'est toujours notre cœur et notre àme que
l'on retrouve au fond de nos œuvres, Chopin avoua plus d'une fois,
dans les épanchements de l'intimité, qu'il ne s'affranchissait jamais,
quels que fussent d'ailleurs ses égayements passagers, d'un mélanco-
lique attristement, qui formait « comme le sol de son cœur. » Aussi
les fleurs qu'il faisait éclore avaient le charme rapide et le parfum
trop fugitif de ces pâles fleurs des automnes du Nord, nées à l'ombre
des sapins, et qui ne vivent qu'un jour!
Une de ses compatriotes exprimait, avec autant de justesse que
d'élégance, l'impression que produisent sur les organisations vraiment
artistes les sentiments de cette nature étrange , que Chopin recèle
sous l'étincelante ciselure de ses compositions : « Ce sont, disait-elle,
des cendres inconnues renfermées dans des urnes superbes 1 »
Chopin, dans ses bons jours, fît de vrais miracles d'exécution ; il
donna à son jeu toute la passion orageuse, et pourtant contenue, de
son âme. Le clavier, ce clavier insensible, recevait sous ses doigts
je ne sais quel frémissement ému , et , comme disait Liszt , « une
trépidation par laquelle il faisait onduler la mélodie comme un es-
quif sur le sein de la vague puissante. » C'était une sorte de rhylhm.e
dérobé, entrecoupé; une mesure souple, abruifte et languissante à
la fois, vacillante comme la flamme sous un souffle.
Il eut sa prosodie: il avait déjà sa langue!
Louis ENAULT.
CORRESPONDANCE.
A M. le Directeur de la Revde et Gazette musicale.
Paris, le 10 janvier 1863.
Monsieur,
J'aurais eu plus d'une fois l'occasion de relever quelques erreurs et
omissions préjudiciables à mes intérêts, qui se sont glissées dans votre
journal, «nais j'ai cru devoir attendre le moment où justice entière
pourrait m'être rendue.
Cependant permettez-moi de vous signaler les lignes par lesquelles
votre numéro du 28 décembre dernier, attribue à un autre que moi, la
création d'une nouvelle famille de trompes de chasse, tandis que c'est
bien moi qui ai réellement créé une famille de ces instruments pour
l'Exposition de Londres, où ces trompes ont été soumises à l'exameu
du jury international. Cela résulte positivement d'un article publié par
le Moniteur de l' Eleveur, a la date du 30 août 'I86"2. On y lit notamment
ce passage assez significatif : « Ces trompes nouvelles «raduées en fa-
» MILLE et dues à M. Alphonse Sax junior, réalisent un véritable progrès.»
Ce même article a été reproduit par la Presse tliéâtrale, la Revue et Ga-
zette des tiiéâtres, la France chorale, VEurope artiste et le Sport.
J'espère, monsieur le directeur, que vous voudrez bien accueillir
ma réclamation, que je vous adresse d'ailleurs sous toutes réserves.
Agréez, etc.,
Alphonse SAX.
lOUVELLES.
,f*^ Au théâtre impérial de l'Opéra on a représenté la semaine passée
Robert le Diable, le Trouvère, la Favorite et l Etoile de Messitie. Ce char-
mant ballet, dont la vogue est loin d'être épuisée, était accompagné
mercredi de la Vivandière et du Marché des Innocents. Les amateurs de
la danse ont donc eu bonne mesure.
*** La première représentation de la reprise de la Muette de Portici
doit avoir lieu demain lundi.
/^ Il est question de monter VArmide de Gluck.
„*,t La direction de l'Opéra-Comique vient d'adopter un nouveau sys-
tème d'éclairage qui, sans supprimer le lustre ni la rampe, permet l'ap-
phcation des réflecteurs introduits dans les nouveaux théâtres.
22
REVLE ET GAZETTE MUSICALE
*** On a lu jeudi, au théâtre de l'Opéra-Comique, l'ouvrage nouveau de
M. Auber, la Fiancée du roi f/p Sark-, dont les paroles sont de MM. Scribe et
de Saint-Georges. La pièce est en trois actes et six tableaux; elle aura pour
interprètes Léon Acliard, Sainte-Foy, Barrielle, PriUeux, Nathan, Da-
voust, Mlles Cico, Bélia et Balbi. La Fiancée du roi de Garbe passera
avant l'opéra de 11,\1. Sardou, Daclin et Vaucorbeil, Bataille d'Amour,
dont on s'occupe en même temps que de la Déesse et le Berger et de la
Nuit des Dupes, de Flotow. Dans ce dernier ouvrage Sainte-Foy remplira
le rôle destiné d'abord à Couderc.
**„ Pendant les vingt représentations que Mlle Patti a données au
théâtre Italien, bien qu'elle ne s'y soit fait entendre que dans trois ou.
vrages, la salle a été constamment comble, et Leurs Majestés Impériales
ont plusieurs fois honoré le spectacle de leur présence. Dimanche der-
nier, S. M. l'Impératrice a encore daigné applaudir la jeune artiste, qui
chantait la Sonnambula. Jeudi, Mlle Patti a joué pour la première fois
dans Don Pasquale.
*** La Scrva padrona, que doivent chanter Mme Peuco et Zucchini,
se répète en même temps que Stradclla. Dans leBallo in maschera, qu'on
reprendra incessamment, Mlle Marie Battu cliantera le rôle du page,
qu'elle avait créé avec tant de talent et de succès à Paris.
»** La première représentation dj Stradclla aura lieu au commence-
ment de février, et proba.blement en même temps que celle de l'opéra-
comique de Jl. A. Flotow, la Nuit des dupes.
»*» Le théâtre Italien représentera pendant la saison prochaine un
opéra de Vincent Wallace, dont le rôle principal sera chanté probable-
ment par Adelina Patti.
»** Au théâtre Lyrique, on vient de mettre en répétition un opéra
dont les paroles sont imitées de la pièce de Shakspeare : Peines d'amour
jKrdues, et auxquelles la musique de Cosi fan tutte a été adaptée.
Mme Cabel. Faure-Lefebvre et Girard, Battallle, Cabel et 'Wartel inter-
préteront cette œuvre.
*** M. Carvalho a engagé un ténor léger, M. Trillet, qui a chanté
avec succès à Lyon.
t*,fc Aux Bouffes-Parisiens on annonce les dernières représentations
à'Orphée aux enfers, qui seront suivies de la première représentation de
Bnmrd et bavarde, de Nuitter et Offenbach, avec Mme Ugalde dans le
principal rôle; de Job et son chien, un acte dont la musique est d'Emile
Jonas, et de Madame Pygmalion, opérette de F. Barbier.
*** Les recettes des théâtres, concerts et autres établissements soumis
à la perception des droits de^i indigents, ont été pendant le mois passé
de 1,743,075 francs. Pendant l'année 18t32 ces recettes ont atteint le
chiffre de 17,400,651 francs, et ont dépassé d'environ 800,000 francs
celles de l'année précédente.
**„ Par suite d'un arrangement intervenu entre la direction du
théâtre du Liceo de Barcelone et Mme Czillag, cette dernière, qui était
à la veille de résilier son engagement, est revenue sur sa décision et
chantera le rôle de Fidès dans le Prophète, dont la représentation dans
cette ville s'annonce sous de meilleurs auspices. Nous recevons à ce
sujet une lettre de M. Verger, directeur du théâtre du Liceo ; dans
l'impossibilité de la publier in extenso, nous nous bornons à donner
acte à cet imprésario des efforts qu'il a faits pour mettre fin au dis-
sentiment qui s'était élevé entre son administration et Mme Czillag.
,i,*,s Mme Pleyel est à Paris. La grande artiste vient de se faire en-
tendre à Valenciennes avec un éclatant succès.
,s*„, M. Dumont, le célèbre professeur de flûte du Conservatoire de
Bruxelles, se trouve depuis quelques jours à Paris et va donner un
concert, pour lequel Mme Pleyel lui a prorais son précieux concours.
,»*,), Mlle Cordier, la jeune cantatrice française, est toujours en Amé-
rique, où elle obtient les plus brillants succès. C'estelle qui a, non pas
repris, mais créé à New-York le rôle de Dinorah, qu'elle a joué depuis
à Philadelphie. La foule ne cesse de se porter aux représentations du
chef-d'œuvre. IMlle Cordier n'a pas moins réussi dans le rôle d'Elvire,
des Puritains, et doit bientôt paraître dans Martha.
,^*, Au dernier concert du Cirque-Napoléon, on a entendu un frag-
ment d'une symphonie inédite de M. Bizet, qui a obtenu le prix de
Rome décerné par l'Institut en 1857. C'est un scherzo qai a paru char-
mant, et qui a enlevé tous les suffrages de l'auditoire. Nous ne pouvons
qu'encourager cet heureux essai, dont les jeunes compositeurs profite-
ront sans doute.
**:t La première soirée musicale donnée par Mme Escudier-Kastner,
H. Vieuxteraps et A. Batta, reste fixée à mardi prochain. Mlle Battu, du
théâtre Italien, Mil. Colblain, Bessems, Accursi, Adam, Borelli et MuUer
concourront à l'exécution du programme.
4*» Alfred Jaell continue de donner de brillants concerts avec Laub,
à Vienne et à Prague. Partout des bravos, des rappels. Au deuxième con-
cert à l'i'ague, il n'y avait pas de place pour tout le monde. Devienne,
Alfred Jaeli doit se rendre à Trieste, sa ville natale, et y passera quel-
ques semaines.
/„ Rien n'est changé au programme du concert de la Société natio-
nale des Beaux-Arts, qui aura lieu aujourd'hui. Après des fragments
d'une symphonie de C. Saint-Saëns, une marche funèbre de Debillemont
et un scherzo de G. Bizet , on entendra Vouverture en forme de marche
de Meyerbeer. Le Désert de F. David formera la seconde partie du con-
cert.
t** Aujourd'hui, première séance de MM. Alard et Franchomme, dans
la salle Pleyel. On entendra un quatuor d'Haydn, sonate de Beethoven
en ré majeur pour piano et violon ; trio pour violon, alto et basse , de
Beethoven, et un quatuor en sol mineur de Mozart.
*** Voici le programme du concert populaire de musique classique
qui aura lieu aujourd'hui dimanche au Cirque Napoléon : 1" symphonie
en mi bémol (n° 50), d'Haydn (le solo de violon sera joué par M. Lan-
cien); 2° fragment delà symphonie-cantate de Mendeissohn; 3° ouver-
ture de Fidelio en m* majeur, de Beethoven ; 4° Gavotte (1720), de Sé-
bastien Bach; 5° symphonie en la de Beethoven.
:j** Parmi les artistes étrangers qui ont l'intention de se faire en-
tendre cet hiver à Paris, on cite Mme Clara Schumann.
,1*3, Hans de Bulow, le pianiste-compositeur, dont Paris se souvient,
a été décoré par le grand-duc de Bade de l'ordre du Lion de
Zaehringen.
,f** Nous ne saurions trop recommander les vingt-quatre vocalises
pour soprano, que vient de publier Mme Marchesi, l'excellente canta-
trice et profesiora. C'est un recueil d'études bien faites et d'une incon-
testable utilité pour le perfectionnement du mécanisme de la voix .
j*,i, Un harpiste d'un très-grand talent, M. Aptommas, qui a été sou-
vent applaudi dans les concerts qu'il a donnés pendant la dernière sai-
son à Londres, est à Paris, et se fera prochainement entendre dans la
salle Erard.
»% Sous la présidence de S. Exe. le ministre de l'instruction publique
aura lieu dimanche prochain, au Cirque de l'Impératrice, la distribu-
tion des prix des Associations polytechnique et philotechnique. Divers
chœurs, entr' autres la prière de la Muette d'Auber , seront chantés
pendant cette séance.
^,*,^, On annonce que le projet de la nouvelle loi sur la propriété lit-
téraire et artistique sera présenté au commencement de cette session
au Corps législatif,
,s*,j, On nous écrit de Naples que la célèbre cantatrice Mlle Tietjens,
récemment arrivée dans cette ville, vient d'obtenir un très-grand succès
à son début au théâtre Saint-Charles.
*^ A la suite du concours ouvert par elle, la Société philharmonique
de Vienne a reçu trente-trois symphonies, parmi lesquelles les mem-
bres du jury ont particulièrement distingué celles qui étaient enregistrées
sous les numéros 31 et 17. Les compositions seront exécutées par l'or-
chestre de la Société, et après l'exécution, les noms des auteurs seront
proclamés.
^,*^ Les ouvriers de la maison Pleyel, Wolff et G", voulant offrir à
leurs camarades de la Seine-Inférieure une preuve de leur profonde
sympathie, ont eu l'idée de donner une soirée musicale dont le pro-
duit sera affecté à l'œuvre de bienfaisance qui s'est spontanément or-
ganisée dans toute la France. La Société chorale , composée des
ouvriers de cette maison, qui l'année dernière, à Dieppe, a rem-
porté une médaille d'or, fera entendre dans cette soirée les meilleurs
chœurs de son répertoire ; le concert sera suivi du tirage de trois
lots offerts par MM. Pleyel, Wolff et Comp. Le premier numéro sor-
tant gagnera les Œuvres de Chopin pour piano seul ; le deuxième numéro,
les Sonates pour piano seul (deux volumes) de Beethoven ; le troisième
numéro, un piano droit de la fabrique de MM. Pleyel, Wolff et C". Ou-
vriers et patrons s'unissant dans une même pensée, MM. Pleyel, Wolff et
C ont voulu faire tous les frais de cette soirée dont le produit intégral
pourra ainsi être versé dans la caisse de l'œuvre. Le concert aura lieu
dans les salons de MM. Pleyel, Wolff et C=, rue Rochechouart, 22, le 2
février 1863, à huit heures du soir. Le prix du billet est de 6 francs;
chaque billet porte un numéro qui offre au porteur la chance de ga-
gner l'un des lots énoncés plus haut. On trouve dès aujourd'hui des
billets chez MM. Pleyel, Wolff et C«, rue Uocheohouart, 22, à leur suc-
cursale, 95, rue Richelieu, et chez les pi-incipaux éditeurs de musique
do Paris.
„*„. Dans la cinquième matinée de la Société du quatuor [Soàeta del
quartetlo), à Florence, le second quintette en ré, composé par M. Fétis,
a été exécuté avec un succès des plus brillants et redemandé. C'était
M. le professeur Bruni qui tenait le premier violon. — Nous croyons
devoir rappeler à nos lecteurs le troisième concours d'essai ouvert par
la Société.
* Les frères Garnier viininent de mettre en vente la seconde année
des Petites chroniques de la science, par S. Henry Eerthoud. Cet ouvrage,
exclusivement écrit pour les gens du monde, est une histoire d'une re-
marquable clarté et fort attrayante de tous les événements scientifiques
et de toutes les découvertes de quelque importance qui ont eu lieu de
1862 à 1863. A chaque page, des anecdotes piquantes, racontées avec
Vhumour qui caractérise l'auteur des fantaisies scientifiques, font du livre
que nous signalons une série de lectures instructives, et, ce qui vaut
presque autant, on ne peut plus amusantes.
*„ Le Bal, la valse' arrangée par Desgranges, sur la Gioja insolita de
DE PARIS.
23
Strakosch, dont le succès augmente constamment,, et la polka des Hor-
loijcs de la Forêt noire, de Strauss.viennent de paraître, arrangées pour le
piano 'd quatre mains.
,*, Deux artistes d'un talent très-précoce sur le violon et le piano,
vont donner des concerts cet hiver. Ce sont les frères Auguste et Emile
Sauret, l'un âgé de huit ans, et l'autre de neuf. Ces jeunes virtuoses
se sont récemment fait entendre à Amiens et ont excité l'admiration.
^*^ Les nouveaux morceaux faciles pour le violon, avec accompa-
gnement de piano : Souvenir des Alijes, et le divertissement sur le Do-
mino noir d'Ad. Herman, n'obtiennent pas moins de succès que son
caprice^ nouveau mouvement perpétuel sur la prière du Comte Ory.
/s ^'- Borel d'Hauterive, secrétaire de l'Ecole impériale des Chartes,
vient de faire paraître, à la librairie Dentu , le vingtième volume de
son Annuaire de la noblesse de France et des maisons souveraines de l'Eu-
rope. Ce livre, si utile par ses renseignements héraldiques et généalo-
giques, par sa nomenclature des principaux mariages, décès et nais-
sances de l'année, a consacré un nouveau chapitre à une question dont
l'intérêt ressort de la promulgation de la loi de 185S sur les noms et
les titres; nous voulons parler de la jurisprudence du conseil du
sceau et des cours et tribunaux en cette matière. On trouve aussi dans
le volume de cette année une revue bibliographique qui sera continuée
par la suite. Comme on le voit, rien n'est négligé par l'auteur pour
justifier les sympathies qui, depuis vingt ans, n'ont jamais fait défaut à
son œuvre dans les salons du grand monde.
^.*» Servais vient d'être décoré de l'ordre de Dannebrock par le roi
de Danemark.
»*,tUne transcription très-réussie, pour orgue et piano, d'une des plus
belles romances sans paroles de ïhalberg, par M. Frelon, ainsi qu'un ar-
rangement habilement fait pour les mêmes instruments, par A. Du-
rand, de l'ouverture de la Sirène, viennent de paraître.
*** M. 0. Bach, frère de l'ambassadeur d'Autriche à Rome, vient de
présenter à l'administration du théâtre de la cour un opéra intitulé :
Sardanapale.
^*^ Mme Corinne de Luigi est de retour à Paris après sa brillante
tournée en Angleterre et en France ; elle se propose de donner bientôt
un concert.
4-'** A Moscou vient de mourir le compositeur et ancien inspecteur du
théâtre impérial de cette ville, Wertowsky.
^*:f, Joaquim Casimiro, maître de chapelle du patriarcat et compositeur
de musique religieuse, est mort à Lisbonne.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
^*^ Strasbourg. — La reprise du Prophète attire beaucoup de monde
au théâtre, où le chef-d'œuvre de Meyerbeer est exécuté d'une manière
très-satisfaisante. Giralda, le Toréador et Haydée ont été également re-
présentés avec beaucoup de succès.
^*^ Amiens, H janvier. — Mlle Marie Battu, MM. Alard et Berlhe-
lier prenaient part au concert que la Société philharmonique a donné
le 7 de ce mois, et dans lequel l'orchestre a exécuté la Schiller-Marsch
de Meyerbeer, ainsi que l'ouverture du même compositeur pour l'expo-
sition de Londres, deux compositions de haute valeur et fort applaudies.
Un jeune artiste, M. Dunkler, a fort bien joué deux fantaisies sur le
violoncelle. La fantaisie d' Alard sur Robert le Diable a produit le plus
grand effet.
s,** Le Havre. — Le concert de Vieuxtemps a réussi au-delà de toute
attente. La recette, fait inouï en cette ville, s'est élevée à 2,i00 francs.
Le succès du célèbre artiste a été colossal; son concerto en la mineur,
le même qu'il a exécuté à la salle Herz et aux concerts populaires, a été
couvert d'applaudissements, ainsi que sa fantaisie sur Lucie et un Car-
naval. A la suite du concert, l'orchestre du théâtre lui a donné une
sérénade.
^*^ Arras, 13 janvier. — M. Crosti et Mlle de la Pommeraye se sont
fait entendre au premier concert d'abonnement de la Société philhar-
monique. M. Richard Hammer était chargé de la partie instrumentale.
L'orchestre a fort bien exécuté l'ouverture du Roman d'Eloire, d'Am-
broise Thomas.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
^*.j. Berlin. — A la troisième représentation du Faust de (îounod,
Mme Harriers-Wippern a chanté le rôle de Marguerite, qui avait
été interprété dans les deux premières par Mlle Lucca. Mme Har-
riers-Wippern a lutté sans trop de désavantage contre les impressions
qu'avait laissées Mlle Lucca dans ce rôle, et a eu plusieurs fois les
honneurs du rappel. Le but de l'administration , en confiant la partie
principale de l'opéra de Gounod à la fois aux deux prime donne du
théâtre, a été de parer d'avance aux inconvénients qu'entraînerait l'in-
disposition de l'une ou de l'autre. — On attend le célèbre quatuor des
frères Muller pour le 15 ; ils se feront entendre dans la salle Sainte-
Cécile, et se rendront ensuite à Saint-Pétersbourg.
^*^ Manheim, 14 janvier. — Le Roi Enzio, grand opéra d'Abert, ce
jeune compositeur d'un si rare talent, qui avait été représenté l'année
dernière à Stuttgard avec un grand succès , a été joué ici dimanche
dernier, et l'effet n'en a pas été moindre. Non-seulement tous les mor-
ceaux ont été applaudis avec enthousiasme, mais à la fin de chaque
acte on a rappelé les artistes principaux, ainsi que l'auteur. M. Schlos-
ser, chargé du rôle principal, est un ténor doué d'une voix fort belle,
mais qui, malheureusement, n'a pas beaucoup d'art. Mme Michaelis
Nimbs est une artiste de talent, favorite du public. Nous apprenons
que le Roi Enzio sera représenté à Carlsruhe dans le courant du mois.
s*^. Weimar. — Mme Wagner-Jachmann^ qui s'est fait entendre ré-
cemment dans un concert à côté du célèbre violoncelliste Sivori, doit
jouer, sur le désir du grand-duc, le rôle d'Iphigénie dans la tragédie de
Gœthe .
3,*,f Oporto. — La Muta di Portici a été représentée avec un éclatant
succès. Bignardi (Masaniello) et Mme Castelli s'y sont distingués ; le
célèbre duo Amore a été bissé.
^*^ Constantinople. — Cn opéra nouveau, Ladlslao, dont la partition
a pour auteur un jeune maestro, nommé Pisani, vient d'obtenir un
succès brillant au théâtre de Naum. L'exécution en est assez bonne,
mais Beresa, le ténor, chargé du principal rôle, est tombé malade après
la première représentation.
„,*,s La Havane, 6 décembre. — Mme Charton-Demeur a reçu l'accueil
le plus favorable dans le 7rovatore, la Sonnambula et la Traviata; avec le
ténor Mazzolini, elle a surtout produit beaucoup d'effet dans le dernier
de ces trois ouvrages.
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l'Exposition universelle de Londres, en 1851. — Exposition universelle de Paris, 1855, les plus belles pages du Rapport officiel, 27"' Classe, pages 1835-1336. —
Exnosition universelle de Londres, 1862, PRIZE MEDAL, avec cette mention •- POUR EXCBI.I>E!«CE DE TOUTE ESPÈCE D'INSTRUMENTS DE CUIVRE.
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N» 4.
REVUE
2H Janvier 1863.
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Étranger 34 » id.
Le Journal paraît le Uiitiancbe.
GAZETTE MUSICALE
—^\l\PJ\i\f\f\Pjy\r^
SOMMAIRE. — Théâtre impérial de l'Opéra: (o Muette de Portici, opéra en
cinq actes, paroles de MM. Scribe et Germain Delavigne, musique de M. Auber.
— Tliéàtre impérial Italien : la Serva padrona , de Pergolèse , par Paul
Smith. — Auditions musicales, par Adolphe Botte. — Revue des théâ-
tres, par D. A. D. Saint-Yves. - Nouvelles et annonces.
THEATRE IMPERUL DE L'OPËRÂ.
liA MCJETTE DE PORTICI,
Opéra en cinq actes, paroles de MM. Scribe et Germain Delavigne,
musique de M. Auber.
(Reprise le lundi 19 janvier 1863.)
La Mvelle de Portici est née le 29 février 1828 : dans un mois
et quelques jours, elle aura donc atteint sa trente-cinquième année.
Ce serait beaucoup pour une demoiselle, de Portici ou d'ailleurs,
mais c'est peu pour un opéra qui, avec un fort beau passé, a en-
core devant lui un magnifique avenir. De toutes les révolutions aux-
quelles se rattache cet heureux ouvrage, la moins sérieuse et la plus
passagère assurément, c'est celle qui a fourni le sujet de la pièce.
Qu'est-il resté des neuf jours de ce règne d'un pêcheur que la jus-
tice et la raison abandonnèrent si vite, et qui ne sut triompher que
pour mourir ? La conception lyrique des auteurs de la Muette fut bien
plus profondément révolutionnaire : par son libretto. par sa musique,
par ses costumes et sa mise en scène elle exerça une influence qui
ne sera pas moins durable qu'elle fut vive et soudaine. La Bruyère
écrivait : « Il y a des endroits dans l'opéra qui laissent en désirer
» d'autres, il échappe quelquefois de souhaiter la fin de tout le spec-
1) tacle : c'est faute de Ihéàlre, d'action et de chosf's qui intéressent.»
Quel auteur plus capable que Scribe de trouver ces choses si néces-
saires et de remettre l'opéra sur un pied tout nouveau? Avant lui, le
libretlo n'était que le bâtard de la tragédie classique : M. Jouy l'avait
compris ainsi dans la Vestale; et dans Fernand Cartes, où il s'était
un peu écarté de son idéal, il n'a jamais pu parvenir à mettre d'a-
plomb ses trois actes, qui changeaient de place à volonté. M. Jouy
est pourtant notre meilleur librettiste depuis Q-iinault et Gentil Ber-
nard; mais une révolution était indispensable dans ce genre, et c'est
à Scribe que nous la devoiis. On le blâme d'avoir, non pas créé, mais
rétabli la coupe ancienne des opéras en cinq actes, au lieu de celle
en trois actes, qui avait fini par prévaloir; mais on peut faire des
opéras en cinq actes qui ne soient pas trop longs. Voyez la Muette!
Le libretto était descendu de ses échasses ; il avait quitté les hau-
teurs de l'Olympe et des palais pour nous montrer de simples pê-
cheurs, des gens du peuple, mêlés aux princes et aux grands. La
musique avait trop d'esprit pour ne pas suivre son exemple, et ne
pas mettre autant de variété dans ses accents que le libretto dans
ses allures. Gluck, disait- on jadis, avait retrouvé la douleur antique;
ce que M. Auber a cherché surtout, on peut l'afBrmer, c'est le plai-
sir moderne. Était-il possible de réussir mieux ? Sa partition de la
Muette est un chef-d'œuvre accompli de mélodie claire, franche et fa-
cile, lumineuse comme le soleil. On la chantait en sortant du théâtre,
il y a trenlc-cinq ans, comme il y u fjiielques jours. On b sait pnr
coeur en France; on l'admire et on l'aime à l'étranger. C'est une
musique réunissant toutes les propriétés , toutes les quaUtés de la
langue française et, comme elle, prédestinée à devenir universelle.
Pour compléter l'œuvre poétique et musicale, il ne fallait plus
qu'une révolution dans la mise en scène, dans les costumes, et, pré-
cisément, parmi les artistes chargés de présider à ces détails, il s'en
rencontra un qui fit ses débuts de la façon la plus brillante en
habillant Fenella, Masaniello, ses frères et amis, les lazzaroni de
Portici et de Naples, avec une exactitude et une vérité qui commen-
cèrent par faire scandale. Cet artiste, c'était M. Duponchel, qui de-
puis s'est signalé par bien d'aulres travaux de réforme pittoresque.
Aujourd'hui, nous trouvons cela tout simple; mais alors quel étonne-
ment, quel effroi même, en voyant que toutes les vestes n'étaient
pas de la même couleur, ni taillées sur le même patron ! Chacun
avait son costume, comme, dans le mouvement des masses, chacun
avait sa démarche, son geste. Plus d'uniformes pour toutes les tailles,
plus de choristes rangés en deux plates-bandes, et manœuvrant comme
par ressorts!
Si nous voulions ne rien omettre des éléments du merveilleux suc-
cès que la Muette de Portici obtint dès sa naissance, nous devrions
aussi nommer les artistes qui en remplirent alors les principaux
rôles, .Adolphe Nourrit, Mme Damoroau, Dabadie, Alexis Dupont, Pré-
vost, Mlle Noblet, la première Fenella, par ordre de date, et peul-
êlre détalent, quoique bien des illustrations, notamment Faiiny Ellsler,
aient passé par ce rôle. Mlle Noblet! qui croirait aujourd'hui qu'à
elle revient l'honneur d'avoir inspiré un opéra dont l'héroïne serait
privée de la parole? non pas qu'il soit nécessaire d'ajouter encore
un nom à une liste de collaborateurs déjà fort étendue. Mais en ce
temps, l'opéra n'avait plus de cantatrice dramatique : avec.
Mme Branchu, la passion, l'énergie avaient quitté la scène, et
Mme Dainoreau ne s;ivail que chanter. Elle ne pouvait seule porter
le poids d'une grande œuvre ; le Siér/e de Corinlhe et Mdise ne l'a-
vaient que trop prouvé. Tout au contraire, dans le ballet-pantomime,
26
REVUK ET GAZKTTE MUSICALE
Mlle Noblel s'était fait une haute renommée d'actrice, éloquente
malgré son silence obligé. Nos auteurs rêvaient donc un ouvrage
musical, dont pourtant elle jouerait le premier rôle, un ouvrage dont
le modèle existait dans les Deur. mois ou une Nvil dans, la forêt, que
Mlle Bigollini venait de tirer des ténèbres; ils cherchèrent quelque
temps et finirent par trouver, avec l'aide de WaUer-Scolt, qui lui-
même s'était aidé de Goethe, ce personnage charmant, dont ils avaient
besoin, celte Fenella, sœur cadette de Mignon, qu'ils imaginèrent
de jeter à travers la révolution de Naples. Si Mlle Falcon eût été
connue à cette époque, il est probable que Fenella n'eût jamais vu
le jour, ou que du moins personne n'eût songé à lui interdire la
parole.
Depuis trente-cinq ans, la Muette de Portici s'est rarement ab-
sentée du répertoire ; à combien de rentrées, de débuts, n'a-t-elle pas
servi? Dès qu'on l'avait laissée en repos quelque temps, on se hâ-
tait de la rappeler au théâtre. Une nouvelle reprise en était an-
noncée, promise, attendue, et l'on sait par quels motifs différents
elle avait été retardée , lorsque M. Emile Perrin prit en main la di-
rection de l'Opéra, la Muette fut aussitôt adoptée par lui et traitée
comme sa. propre fille. Il voulut que son avènement fut marqué par
quelque chose de significatif, d'éclatant, et il consacra tous ses soins
à une reprise, qu'il regardait à bon droit comme n'ayant pas moins
d'importance qu'une première représentation. En un mois environ,
la mise en scène subit une révision totale. On improvisa trois décors,
on refit de nombreux costumes. Le rôle de Masaniello fut étudié par
un chanteur qui n'en savait pas une note, et qui ne l'abordait pas
sans un certain effroi. Bref, le chef-d'œuvre nous a été rendu avec
une splendeur, une fraîcheur, une jeunesse, qui lui présagent un de
ces renouveaux de vogue populaire, que nous avons vus se repro-
duire si souvent.
On n'a presque rien changé à la partition; seulement, au premier
acte, on a coupé l'allégro de l'air avec chœur, chanté par Alphonse,
et, au quatrième, celui de l'air de Masaniello : Adoucis la ri-
gueur de tes arrêts terribles; mais, en revanche, on a rétabli, pour
la complète intelligence du drame, le dialogue entre Alphonse et son
confident Lorenzo, placé au début de la pièce, et, au commencement
du troisième acte, le duo de la réconciliation entre Alphonse et
Elvire.
Nous le disions tout à l'heure, Gueymard ne connaissait le rôle de
Masaniello que pour en avoir entendu quelques fragments; jamais
il ne l'avait essayé lui-même. Deux artistes se sont distingués surtout
dons ce personnage historique, auquel chacun d'eux imprimait une
physionomie toute différente : Adolphe Nourrit, le Masaniello sculptu-
ral, YAntinoils de la fraternité et de la révolte, et Duprez, le Na-
politain pur sang, le pêcheur réaliste et sans emphase. Un troisième
artiste mérite encore d'être nommé, c'est Poultier, qui chantait l'air
du Sommeil avec une perfection dont nul autre n'a surpassé le
prestige. Gueymard, on le pense bien, ne soutiendrait le parallèle ni
d'Adolphe Nourrit ni de Duprez, mais, ne les ayant vus ni l'un ni
l'autre, il a l'avantage d'être lui-même. Il possède les qualités essen-
tielles que le rôle demande; il en a le physique, il en a la voix dans
tous les morceaux d'intention vigoureuse et accentuée. On doit aussi
lui savoir gré de la manière dont il a su se maîtriser et s'adoucir
dans cet air du Sommeil, le plus antipathique à sa nature, et dans
ce touchant adieu qu'il adresse à sa pauvre chaumière, au milieu des
acclamations et des fanfares du triomphe. Du reste, il a eu ce fort
beaux effets dans tout le second acte, dans le troisième et le qua-
trième. Ce rôle, dont il avait peur et qu'il a presque emporté d'as-
saut, comptera bientôt parmi les meilleurs de son emploi : nous
disons bientôt, parce qu'à chaque représentation il y fait des progrès
sensibles.
Mme Vandenheuvel-Duprez était l'Elvire désignée pour succéder à
Mmes Damoreau et Dorus : elle a dignemeut recueilli ce brillant hé-
ritage, et la critique ne saurait lui reprocher qu'un peu d'exagération
dans le luxe des vocalises. 11 faut la louer d'avoir animé l'air du
quatrième acte : Arbitre d'une vie, au point de communiquer son
émotion à l'auditoire, qui l'en a remerciée par d'unanimes bravos. Du-
laurens, chargé du rôle d'Alphonse, l'a rempli avec conscience, trop
de conscience peut être, car en certains moments il a donné plus de
voix qu'il n'en faut à un époux et à un prince placé dans une situa-
tion doublehaent fâcheuse. Cazeaux est un bon et solide Pietro ;
Borchardt et Bonnesseur méritent le même éloge dans les rôles acces-
soires de Borella et de Selva. Nommons également Kœnig, Noir, et
Mlle Sainl-Aguet, qui ne dit qu'un mot, pour ne faire ni jaloux ni
jalouse.
11 ne nous reste plus â citer que Mlle Marie Vernon , la jeune et
jolie danseuse, chargée du rôle de Fenella. Ce n'était pas pour elle
une petite entreprise que dé s'y aventurer, et ce n'a pas été non
plus un petit succès que d'y être si bien accueillie, si chaleureuse-
ment applaudie, après tant d'autres, qui avaient plus d'expérience
et de renom. La nouvelle muette n'a que dix-sept ans : mais le zèle
et l'ardeur ne, se mesurent pas à un chiffre. Chez Mlle Marie
Vernon, l'amour de l'art a devancé le temps, et parfois ce même
amour l'entraîne au-delà des limites qne l'art prescrit. Parfois sa
pantomime est trop active, trop loquace: avec moins d'efforts pour
se faire comprendre, elle se fera comprendre beaucoup mieux. Ja-
dis, au dénoùment, la pauvre Fenella courait se jeter dans le , Vé-
suve, en apprenant que son frère avait péri, mais on a réfléchi que
le volcan était bien loin du lieu de la scène, et, comme les études
géographiques se sont perfectionnées, on a craint les ob-ervalions de
quelque spectateur éclairé : on a donc résolu que Fenella se con-
tenterait de mourir sur la scène en présence de tous, sans préjudice
de l'éruption du Vésuve, qui ne vomirait plus de feux et de flammes
que pour son agrément. Du reste, cette éruption nous a paru très-
belle, mais nous avons eu peine à nous expliquer le rayonnement de
lumière électrique, qui apparaît tout à coup à la droite du specta-
teur, comme pour faire concurrence aux lueurs fiamboyanles du
volcan.
La Muette de Forlici n'est pas seulement une œuvre musicale,
c'est une production chorégraphique de l'espèce la plus distinguée.
La danse y occupe une large place ; elle s'y mêle à l'action ; elle la
commente et la paraphrase avec une élégance et une séduction ir-
résistibles, comme, par exemple, dans ce triomphe du quatrième acte,
oîi les groupes de danse enveloppent les compagnies de soldats. Que
serait-ce que la scène du marché, sans cette tarentelle fameuse, que
mène Coralli, vrai lazzarone , qui, dans son ardeur la plus fou-
gueuse, respecte toujours le goût français, en digne élève d'une célèbre
école? Dans cette même scène, il y a eu le début d'une danseuse,
pour laquelle M. Lucien Pelipa n'a pas dédaigné d'écrire un pas
nouveau, ni M. Auber d'en arranger la musique. La danseuse se
nomme Mlle Laure Fonta : elle nous a paru fort jolie, et tout le
monde lui a trouvé infiniment de talent; on l'a donc applaudie, rap-
pelée et comblée de tous les honneurs d'usage en pareille occur-
rence.
L'orchestre, les chœurs ont vaillamment fait leur devoir. L'admi-
rable finale du troisième acte n'avait jamais été mieux rendu, et l'im-
pression générale a été des plus vives. L'enthousiasme a recommencé
avec l'acte suivant, et il éclatait de toutes parts à la fin du cinquième.
On a redemandé les artistes, qui ont reparu; on a redemandé M. Auber,
et certainement il n'y avait là qu'un mouvement spontané de simple
justice. Mais M. Auber a ses idées et n'aime pas à changer ses habi-
tudes. Ceux qui l'appelaient h grands cris et avec une foi sincère
ignoraient que l'illustre compositeur n'a jamais manqué d'être absent
du théâtre au moment où le rappel menace de poindre, et qu'on ne
l'y voit revenir que quand tout péril a cessé.
DK PAliiS.
27
THEATRE mPÉRIAL ITALIEN.
l.a iSERVA PADROXA, «le Pergolésc.
La Serva padrona est, toujours ce que vous savez, un uionumeut,
une date, et, si vous voulez même, un chef-d'œuvre accompli pour le
siècle qui l'a vu naître; mais il faut l'avouer, pour notre temps c'est
quelque chose de plus curieux que de ravissant. C'est une ébauche,
d'où sont sortis des milliers de copies, qui ne la valaient pas ; mais
ce n'est qu'une ébauche. En écoulant ces naïves canlilènes, aux-
quelles on voudrait souvent une autre forme , un autre développe-
ment, on se rappelle l'innombrable famille d'inspirations, de parti-
tions entières, dont la Serva padrona est la mère antique et véné-
rable.
Nous ne savons trop pourquoi le théâtre Italien a exhumé l'œuvre
de Pergolèse, mais ce que nous affirmons, sans crainte d'être dé-
menti, c'est que Mme Penco est excellenlissime dans le rôle de Zer-
bina : nous ne nous doutions pas qu'elle jouât si finement, si gaie-
ment la comédie, ni que sa belle et riche voix pût s'accommoder si
aisément d'un idiome musical qu'elle n'a pas l'habitude de parler.
Zucchini ne l'a pas trop mal secondée dans le rôle de Pandolpho,
mais il ne l'a pas égalée ! A Mme Penco la meilleure part des ap-
plaudissements et du succès, s'il y a succès.
Paul SMITH.
ADDITIONS fflOSICALES.
Iflatinée de la Société untiouale «les Beaux.- Arts.
Concert «les soeurs Cluuss. — Preanière soirée «le
ninie Escudier-Kastuer et de WLWS. Henri Vieux-
temiis et SSatta.
Les jeunes compositeurs se plaignent parfois, et très-amèrement,
des obstacles de toute nature qu'ils rencontrent sur leur route ; ils se
plaignent du public, de ses préventions injustes, de son engoue-
ment — c'est le mol dont ils se servent — pour les chefs-d'œuvre
du passé, de son indifférence pour les œuvres nouvelles. Nous
croyons que le dépit et la mauvaise humeur entrent pour beaucoup
dans toutes ces plaintes, et qu'elles sont loin d'être entièrement fon-
dées. Pourtant, nous ne saurions trop louer la Société des Beaux-Arts
du but qu'elle s'est proposé, des services inappréciables qu'elle veut
rendre aux auteurs vivants, et plus particulièrement aux symphonis-
tes, en faisant entendre leurs ouvrages, en les aidant h révéler les
qualités qu'ils possèdent, et qui doivent fixer sur eux l'attention et les
sympathies du monde musical. Bien des tentatives généreuses et in-
telligentes ont été faites déjà, et n'ont souvent amené aucun des ré-
sultats qu'on s'était promis. Etait-ce la faute des compositeurs ou des
organisateurs? Nous ne savons. Quoiqu'il en soit, nous tenons à si-
gnaler ce qui, cette fois, pourrait, â notre avis, compromettre le
succès qu'on est en droit d'espérer. Nous avons les magnifiques séan-
ces du Conservatoire, où le fini de l'exécution redonne chaque an-
née une vie nouvelle aux plus grandes et aux plus pures inspirations
de l'art ancien et moderne ; nous avons les matinées de Pasdcloup,
celles d'Alard et Franchomme, de Maurin et Chevillard, les soirées
d'Armingaud, et bien d'autres encore, où les plus belles œuvres de
toutes les écoles, et même quelquefois les témérités de ces derniers
temps, dignement interprétées, assurent aux dilettantes mille jouissan-
ces délicales et certaines. En présence d'une aussi redoutable concur-
rence, d'un antagonisme aussi efl'rayant, il faut au moins que l'exé-
cution des ouvrages nouveaux se recommande par quelques-unes des
grandes qualités admirées dans toutes les sociétés que nous venons
de citer, et qui sont en possession, à des deijrés divers, delà haute
estime des connaisseurs ; il ne faut pas qii'à l'infériorité des compo-
sitions (car nul de nos jeunes symphonistes n'a certes la prétention
d'atteindre, dès sou début, au niveau des vieux maîtres) vienne en-
core se joindre l'infériorité de l'interprétution ; il faut, enfin, qu'une
direction unique et forte domine, et donne à l'orchestre et aux chœurs
cet ensemble et cette unité qui, dimanche, manquaient tout à fnit à
la Société nationale des Beaux-Arts, et sans lesquels les meilleures
pages sont plutôt devinées quu comprises. On peut avoir beaucoup
de talent, écrire correctement, savamment, dans un style très-serré,
très-laborieux, et manquer du tact, de l'expérience et de l'art spécial
qu'il faut à un bon chef d'orchestre. M. C. Saint Saens l'a bien
prouvé à cette matinée, en conduisant deux fragments de l'une de
ses symphonies. Le premier fragment a paru froid, décousu et lour-
dement travaillé; le second a semblé plus agréable, plus aisé et plus
naturel; mais il eCit été difficde que l'exécution fût plus hésitante,
plus terne et plus cahotée. M. Bizet, à son tour, a voulu conduire
un M'/tfrjo de sa composition, mais il n'a pas mieux réussi. Sa musique
n'est point tourmentée, cherchée comme l'est, en général, celle de
M . St-Saens; on y a remarqué, au contraire, une clarté, une grâce toute
française bien préférable à toutes les combinaisons avec lesquelles on
espère dissimuler l'absence de mélodie. Après MM. Saint-Saens et
Bizet, est venu M. Debihemont. — On le voit, l'unité de comman-
dement n'était pas à l'ordre du jour. — Ce dernier est peut-être un
peu plus expérimenté, mais, pourtant, il n'est pas assez maître de
lui : plus d'une fois il s'est laissé emporter et n'a pas su contenir et
dominer son orchestre. Néanmoins, sa lUarche funèbre a fait plaisir.
On y a trouve l'accent simple et vrai, 1 ; chant n:ilurel et yc;usé que
l'on demande à toute bonne composition.
A ces trois morceaux, si dilférents par la coupe, par la nature des
idées et par la valeur du fond, a succédé VOuverture de Meyerbeer,
écrite pour l'inauguration de l'Exposition de Londres. On ne l'avait
pas encore entendue ici, et cependant on la connaissait : arrangée
pour le piano, elle est entre les mains A a fait les délices de tous
ceux qui aiment la belle et grande musique. Malgré une exécution
dépourvue de nuances, et à laquelle il nous est itnpossible de ne pas
reprocher des mouvements trop rapides et pleins d'indécision, une
intelligence très-imparfaite des innombrables et ravissants délails dont
l'instrumentation fourmille, on a été frappé de la grandeur, de la
variété, de l'abondance, de la souplesse et de la plénitude d'inspiration
répandues par l'auteur de lluùerl et des Huguenots dans cette page
symphonique.
Déjà, dans ces colonnes, nous avons analysé cette œuvre impor-
tante ; aussi passons-nous rapidement sur les différents morceaux.
La Marche Iriompkale, la .Marche religieuse et le Pas redoublé, dans
lequel le chant national Ride Hrilannia est intercalé avec une richesse,
un goût et une science infinis, s'enchaînent, se succèdent et font passer
devant l'auditeur des tableaux ot des scènes tout à fait dissemblables.
L'harmonie et l'orchestration rehaussent constamment les thèmes prin-
cipaux, traités et développés d'une façon qui, nous ne craignons pas
de le dire, appartient en propre à Meyerbesr. A chaque instant,
dans cet ouvrage, le goût le plus délicat est charmé, ravi, entraîné,
tant les détails semblent naître naturellement de l'idée mère, et en
être la conséquence logique et indispensable. Tous les motifs sont
pleins de fraîcheur, de jeunesse ot d'originalité. Sans parler des nom-
breuses et ravissantes mélodies des Marches triomphale et religieuse,
celle du Pas redoublé a enchanté l'auditoire. Vive, lég'ère, brillante
et spirituelle, elle revient sans cesse, elle alterne avec le chant na-
tional, se mêle bientôt harmonieusement avec lui, marie ainsi, grâce
à un art consommé, la légèreté ii la pompe, l'espièglerie; à la magni-
ficence, et amène, jusqu'à la péroraison fuguée, des effets, des opposi-
tions, des dialogues où se retrouvent les intarissables ressources, les
28
REVUE ET GAZETTE MUSICALti
combinaisons neuves et saisissantes qui sont du domaine de la sym-
phonie, et qui en constituent les grandes et larges beautés.
Cette matinée s'est terminée par le Désert. L'exécution n'a pas
valu, à beaucoup près, celle de Clirisloyhe Co/o?n6, qui, le jour de l'inau-
guration de la salle du boulevard des Italiens, avait donnô une si
haute idée du mérite des interprètes.
La douce et rêveuse poésie orientale qui caractérise le Désert, l'ins-
trumentation fine et élégante, les effets neufs et heureux obtenus en
réunissant l'orchestre et les voix, et en employant les instruments à
vent d'une façon si ingénieuse et si délicate, ont valu à celte char-
mante et pittoresque symphonie, non les transports frénétiques qu'elle
excita dans sa nouveauté, mais de nombreux bravos. Warot a fort
joliment dit VHymne à la nuit, la Rêverie du soir et le Chant du
muezzin. Certes, en écoutant ces g-racieuses et voluptueuses inspira-
tions, ces courtes mélodies relevées par toutes les couleurs que
peuvent donner l'harmonie, le rhythme et les recherches de la sono-
rité, on ne peut méconnaître les précieuses qualilés du musicien ; de
même que cette succession de petits tableaux, cette absence com-
plète de développement auxquelles ce genre condamnait Félicien Da-
vid, n'ont rien de commun, quoi qu'on en ait dit, avec les vastes con-
ceplions symphoniques : c'est tout autre chose, on le reconnaît à
présent. Le cadre admis, les redoutables comparaisons écartées, il ne
reste plus qu'à louer Félicien David pour le style, la distinction, la
fraîcheur d'imagination qui brillent dans sa partition, et qui, d'emblée,
lui donnèrent son rang parmi les artistes contemporains.
— Les sœurs Clauss, qu'on n'avait pas entendues depuis deux ans,
ont fait de notables progrès. Ces jeunes violonistes, très-bien douées,
possèdent déjà un sentiment assez fin des beautés musicales. Ha-
bilement dirigées, elles excelleront problablement, un jour, dans
leur art et retrouveront peut-être les grands succès des soeurs
Milanollo. En attendant, elles ont joué à leur concert, donné ven-
dredi dans les salons Pleyel-Wollï, avec beaucoup d'habileté, de
justesse et d'expression, une fantaisie d'Alard sur Ui Uluelte et un
morceau de Charles Dancla sur la Somnambule. Dans ce dernier,
Mlle Jenny s'est particulièrement distinguée. D'agréables variations de
Weber, dites nettement et brillamment par Mlle Sabatier-Blot, ont
emporté comme d'assaut les applaudissements de toute la salle et
ont été bissées.
— Les noms de Mme Escudier-Kastner, de Henri Vieuxtemps et
A. Batla promettaient, mercredi, une belle soirée; mais on est si
s;iuvenl trompé, qu'il n'est peut-être pas inutile de dire que cette
fois nul n"a été déçu, et que ce concert a été très-brillant.
Mme Escudier-Kastner a obtenu un légitime succès. Son jeu, très-
correct, est fortifié et singulièrement agrandi par un sentiment
poétique qui entre toujours Irès-lieureuseinent dans la pensée du
compositeur; il a été sobre dans les variations de Haendel, élé-
gant, délicat et fin dans le nocturne de Chopin, entraînant et
énergique dans le trio de Beethoven,- et a eu, dans tous les trois,
l'expression qui convenait. Aussi la gracieuse pianiste n'a-t-elle pas
peu contribué à causer les émotions délicieuses que procure tou-
jours la belle musique éloquemment interprétée.
Tout le monde connaît et admire leséniiuentes qualités qui, comme
soliste, distinguent Henri Vieuxtemps des plus grands violonistes de
notre époque; mais ce que tout le monde ne sait peut-être pas, c'est
il quel point il excelle aussi dans la musique classique. Là, son ta-
lent arrive à un caractère de gravité, d'élévation, de pureté, plus di-
rectement opposé qu'on ne le pense aux habitudes et aux préférences
des virtuoses célèbres. Les auditeurs les plus froids ont applaudi de
toutes leurs forces aux merveilles — c'est bien le mot cette fois —
de cet archet qui connaît tous les emportements, toutes les caresses,
et qui atteint à la perfection dans le sérieux comme dans l'aimable.
Ce qui, au point de vue purement musical, ravit les juges les plus
exigeants, ce qui complète le beau talent de Vieuxtemps, ce qui,
chez lui, forme un ensemble de qualités exceptionnelles, c'est que,
au milieu des endroits les plus touchants et les plus passionnés, ja-
mais il ne perd de vue le rhythme, ni la véritable expression : il
touche fortement, parce qu'il sent de même, mais il ne dépasse ja-
mais le but. Sa sonate en ré majeur a été dite avec un grand
charme par lui et par Mme Escudier-Kastner. La première et la der-
nière partie ont été les moins chaleureusement accueillies, et c'était
justice , car la seconde et la troisième sont infiniment plus remarqua-
bles. Dans ces deux dernières les idées ne sont pas trop multipliées;
elles sont bien développées, bien amenées, bien attachées, et ont,
par conséquent, l'unité et le caractère qui manquent aux autres
morceaux.
Entre le grand trio de Beethoven, dans lequel Balta a fait si ma-
gistralement sa partie, et l'ottetlo de Mendelssohn, Mlle Marie Battu a
chanté Mon cœur soupire et un air de Cimarosa avec un goût achevé,
une simplicité de style et une légèreté de vocalisation qui ont été
salués par de fréquents et sympathiques bravos.
Adolphe BOTTE -
REVUE DES THÉÂTRES.
Question des théâtres dans VE.xposéde la situation de, l'Empire. —
TnÉATRE-FRAN'ÇAis : Anniversaire de la naissance de Molière —
Odéon : ta Fille de Molière, comédie en un acte et en vers, par
M. Edouard l'^ournier; reprise des Parisiens, comédie en quatre ac-
tes, de M. Th. Barrière. — Vaudeville : les Bonbons-ganaches;
Levassor et ses chansonnettes; reprise de !^os Intimes! — Palais-
Royal : la Fleur des braves, vaudeville de MM. Ed. Martin et
Monchelat ; reprise de la Mariée du mardi gras. — Gaité : Phi-
lidor, drame en cinq actes, dont un prologue, par M. Joseph Bou-
chardy; reprise de Cartouche.
On a pu voir, dans notre dernier numéro, que les recettes des
théâtres parisiens, pendant l'année 1862, avaient dépassj de 800,000
francs celles de l'année précédente. L'Exposé de la situation de l'Em-
pire, que l'on vient de distribuer aux Chambres, constate celte amé-
lioration en des ternies qui méritent d'être reproduits.
« La prospérité matérielle des théâtres de Paris, dit le document
officiel, s'augmente de jour en jour. Déjà plusieurs salles nouvelles,
joignant à l'élégance artistique de la forme d'heureuses innovations,
remplacent les anciens théâtres qui ont disparu par suite du perce-
ment du boulevard du Prince-Eugène. Bientôt, dans le quartier
même qui a joui si longtemps d'une faveur devenue historique, d'au-
tres salles non moins belles s'élèveront encore pour répondre aux
besoins de la population, et pour ouvrir des débouchés plus nombreux
au talent des écrivains et des artistes.
» D'un autre côté, de constants efforts tendent à élever l'art mo-
derne par le spectacle et l'exemple des chefs-d'œuvre de l'ancien ré-
pertoire; des avantages exceptionnels sont assurés, dans ce but, aux
écrivains qui se consacrent à des études sérieuses. C'est aussi pour
stimuler le travail et encourager le mérite par la perspective légi-
time de la foitune, que l'Empereur a daigné charger une commission
d'examiner, dans son principe et dans son application, la question de
la propriété littéraire et artistique.
» Inspirée par une auguste bienveillance, la solution semblait d'a-
vance assurée; mais de graves intérêts étant en jeu, il n'a pas fallu
moins d'une année pour que la commission ait pu élaborer le projet
de loi qui, dans les premiers jours de la session, sera présenté à
l'examen des grands corps de l'Etat.
» La situation des théâtres des départements est l'objet d'une solli-
citude toute particulière ; un plan de réorganisation générale est à
''étude, et le bien qui doit en résulter pour ces entreprises intéres-
santes ne se fera pas longtemps attendre. »
DK PARIS.
Nous prenons acte de ces promesses solennelles et nous avons
toute confiance dans leur prochaine réalisation.
— Selon leur louable coutume , les deux théâtres impériaux qui
ont le monopole des anciens chefs-d'œuvre de notre littérature dra-
matique, ont fêté, le 1 5 janvier, l'anniversaire de la naissance de
Molière. Le Théâtre-Français donnait le Misanthrope et le m'alade
imaginaire, avec l'élite de sa troupe. A l'Odéon, l'Ecole des maris
et le Malade imaginaire étaient accompagnés d'une petite comédie
de circonstance, due à la plume de M. Edouard Fournier. Cet au-
teur, déjà récompensé de son culte pour les grands génies
qui ont honoré notre scène par le succès de Corneille à la bvtte
des Moulins, n'a pas été moins bien traité par le public, h l'occasion
de la Fille de Molière. Cependant, il faut bien l'avouer, cette seconde
pièce ne vaut pas la première. La donnée en est moins heureuse et
moins franche, et si les vers y sont aussi finement ciselés, ils of-
frent moins de ces traits délicats, de ces rencontres ingénieuses qui
ne peuvent naîire, quoi qu'on fasse, que du choix des situations. De
même que dans sa comédie du théâtre Français, M. Ed. Fournier s'est
bien gardé de faire paraître le grand homme dont il célèbre le ta-
lent et le caractère, et, en cela, il a fait preuve de goût. Molière a
cessé de vivre depuis quelques années, lorsque le rideau se lève. Sa
fille est au couvent, et elle a pour tuteur un certain M. de Monla-
lant, dont le nom se retrouve dans les mémoires de l'époque. C'est
un homme de quarante ans, que l'exemple lamentable de l'auteur
de Sganarelle empêche de s'arrêter à l'idée d'un mariage peu en
rapport avec son âge, et pourtant il ne peut se défendre d'une in-
clination très-prononcée, quoique très-secrète, pour sa pupille Made-
leine. Mais une petite cousine, à tête fantasque , élevée au
même couvent que la fille de Molière, révèle, par maladresse, à
Montalanl que son amour est partagé, et, ma foi, sur les conseils de
la vieille Laforêt, qui devrait bien, ce nous semble, savoir mieux
que personne ce que son pauvre maître avait gagné à une union
disproportionnée, le tuteur se décide à épouser la jeune pension-
naire confiée à sa sollicitude. Nous n'avons pas besoin d'insister sur
les défauts de ce sujet peu conséquent avec lui-même ; ils sautent
aux yeux. La pièce de M. Edouard Fournier n'en a pas moins été
très-favorablement accueillie par le parterre de l'Odéon , d'abord
parce qu'elle est écrite avec un soin tout littéraire, et puis parce
qu'elle est jouée d'une façon vraiment remarquable par Mlles Mosé
et Picard, ainsi que par Bomainville, un excellent comique qui se
fait applaudir dans le rôle d'un valet provençal, naguère au service
de Molière.
On a repris, ces jours derniers, au même théâtre, les Parisiena,
comédie en quatre actes, de M. Théodore Barrière, représentée ori-
ginairement au Vaudeville. Cette galerie photographique, parfaite-
ment réussie d'ailleurs, a produit son effet aussi bien sur la rive
gauche que sur la rive droite, et nous croyons qu'elle exercera une
salutaire influence sur les recettes de l'Odéon.
— Le Vaudeville, qui fondait les plus belles espérances sur les Diables
noirs, ùe M. Victorien Sardou, lutte courageusement contre la fâcheuse
situation qui lui a été faite par le vélo dont cette pièce vient d'être
l'objet de la part de la commission d'examen des ouvrages drama-
tiques. Il a eu recours d'abord à un spectacle composé de six pe-
tites pièces, parmi lesquelles on remarquait une nouveauté intitulée
les Bonbons-ganaches, dont l'existence n'a guère duré au-delà des
circonstances qui l'ont inspirée. On a revu en même temps, avec le
plus grand plaisir, Levassor, toujours habile à interpréter la chan-
sonnette, et débitant avec le même entrain qu'autrefois deux échan-
tillons de son nouveau répertoire comique, le Mal de mer et le
Journal de village. Puis a eu lieu une assez fructueuse reprise de
ISos intimes', qui occupent en ce moment l'afiiche, pour faire place
bientôt, dit-on, à ces capricieux Diables noirs, autorisés sous béné-
fice d'inventaire, et plus fameux peut-être avant qu'ils ne le seront
après leur naissance, comme la chose est arrivée aux Volontaires de
la Porte-Saint-Martin.
— Le succès des Trente-sepl sous de M. Montaudoin n'est pas près
de finir au Palais-Royal. Pour le rendre plus durable, on lui adjoint
une bluette nouvelle, intitulée la Fleur des braves, où Geoffroy rem-
plit aussi le principal rôle, en attendant que son engagement à la
Comédie française, dont il est grandement question, devienne défi-
nitif. Le spectacle est complété par la reprise de la Mariée du mardi
gras, cette épopée burlesque qui égale les plus joyeuses excentricités
dont ce théâtre garde le souvenir. Où trouver ailleurs une réunion
de comiques p.lus complète et plus amusante? Une soirée passée au
Palais-Royal est un éclat de rire sans interruption.
De loin en loin, AI. Joseph Bouchardy, qui a été l'une des gloires
les plus resplendissantes du boulevard du Temple, reparaît sur la
brèche un nouveau drame en main. Malheureusement, ses longues
intermittences lui ont fait oublier les secrets du métier, et la faveur
publique semble s'être retirée de lui. Nous voudrions pouvoir dire que
Philidor, sa dernière pièce, a conjuré le guignon qui, depuis quel-
ques années, déconcerte toutes ses tentatives. Mais nous sommes
forcé de convenir que le parterre de la Gaîté a témoigné fort peu
de sympathie pour ce comédien de province à la recherche d'une
succession qu'on lui a dérobée. !1 y a dans cette course aux billets
de banque une histoire grotesque de papiers cousus dans la doublure
d'un habit et de valeurs déclarées tour à tour vraies ou fausses,
dont on n'a pu prendre au sérieux les péripéties. Ce drame s'est
soutenu avec peine pendant un petit nombre de représentations, et,
à l'heure où nous écrivons, il est déjà remplacé par Cartouche, où
Dumaine et Lacressonnière s'évertuent à rappeler au square des
Arts-et-Métiers la vogue qui, jusqu'ici, est restée ensevelie sous les
décombres de l'ancienne Gaîté.
D. A. D. SAINT- YVES.
NOUVELLES.
^*^ La Muette de Portici, qui a obtenu un si grand succès à,
sa reprise lundi dernier, a été donnée également mercredi et vendredi
au théâtre iiiipérial de l'Opéra, devant un auditoire qui n'a cessé d'ap-
plaudir le chef-d'œuvre d'Auber.
s,*^ LL. MM. L'Empereur et l'Impératrice ont honoré de leur pré-
sence, vendredi, la représentation de la Muette de Portici.
^*^ D9S réparations importantes, dirigées par M. Garnier. archi-
tecte du nouvel Opéra, seront faites dans !a salle actuelle pendant
les jours de relâche de la semaine sainte.
j,*^, Les engagements de M. et Mme Gueymard et de Belval viennent
d'être renouvelés pour trois ans.
,^*^ Robert le Diable devient de plus en plus populaire en Italie. Non-
seulement le chef-d'œuvre de Meyerbeer est Joué avec le succès qu'il
mérite, dans les grandes villes, comme récemment à Palerme, mais les
villes moins importantes en font aussi leur profit ; c'est ainsi qu'entre
autres théâtres secondaires, ceux de Côme et de Plaisance l'ont repré-
senté.
^*^ Vers la fin de cette semaine aura lieu la première représentation
de l'opéra-comique de Duprato, la Déesse et le Berger, chanté par
Mlles Baretti, Ferdinand, MM. Capoul, Crosti, Gourdin et Prilleux.
j*. C'est par erreur que nous avons annoncé que l'opéra-comique
d'Auber, la Fiancée du roi dcGarbcs, serait représenté avant l'ouvrage de
M. Vaucorbeil, Balailk d'amour, dont les répétitions se poursuivent, et
qui sera donné le mois prochain.
*',, -Sainte-Foy est rentré jeudi à l'Opéra Comique, où le public lui a
fait un accueil très-chaleureux.
,1,*,^ Pour la quatrième fois de cette saison, dimanche dernier, LL.
MM. l'Empereur et l'Impératrice honoraient de leur présence le théâtre
Italien; Mlle Adeliiia Patti chantait dans Lucia et enthousiasmait la salle
entière. Le succès que la gracieuse artiste a obtenu dans Don Pasquate n'a
fait que grandir depu'S la première soirée. Bien qu'elle ait chanté le rôle
de Norina mardi et hier samedi, on l'applaudira ce soir encore dans le
30
REVUE KT GAZETTE MUSICALE
même rôle. Mercredi prochain elle se produira dans un chef d'œuvre
de Mozart ; elle chantera Zerlina de Don Giornnni, qui sera donné à
son bénéfice.
^*j, L'opéra de F. David, Lalla Rouldj, a été représenté récemment à
Mayence et à Cobourg. Cette gracieuse partition a obtenu le plus bril-
lant succès dans ces deux villes.
^"^ Le deuxième concert de la Société du Conservatoire a lieu aujourd'hui;
en voici le programme : 1° Symphonie en ut de Mozart; 2° trio des
songes de Dardanus, de Rameau, chanté par IVlUe Charpentier, MM. Grisy
et Petit ; 3° ouverture et fragments du premier acte d'iphir/éiiie en Au-
lidc, solos chantés par MM. Crosti et Bonnesseur ; 4° Andante de la
14= symphonie d'Haydn; b° fantaisie pour piano, orchestre et chœur,
de Beethoven; solo exécuté par de Saint-Saens; 6° Jubé! -ouverture do
Weber.
»*, La prochaine séance de la Société des concerts du Conservatoire
aura lieu, dimanche prochain, au profit des ouvriers de la Seine-Infé
rieure. Le programme sera pareil à celui du concert d'aujourd'hui.
**i Aujourd'hui, dimanche, le concert de musique classique, dirigé
par Pasdeloup offrira un attrait particulier. Mme Pleyel a consenti à
s'y faire entendre en jouant le morceau de concert de Weber. Le pro-
gramme se compose en outre de la symphonie en ré majeur de Beetho-
ven, du Largo e cantabile du 5° quatuor d'Haydn, joués par tous les ins-
truments à cordes, de la symphonie en la mineur de Mendelssohn et de
l'ouverture de Guillaume Tell.
j,*a, Prudent est retourné en Belgique et a dû donner vendredi un con-
cert à grand orchestre à Bruxelles. Le célèbre pianiste-compositeur,
à peine revenu de sa première visite en Belgique, avait entrepris en
compagnie de Roger une tournée en province qui a été triomphale
pour ces artistes.
*** Aujourd'hui, à. l'occasion de la fê:e de sainte Agnès, patronne de
Saint-Eustache, M. Hurand, maître de chapelle, fera exécuter à 10 heures
très-précises, en ladite église, une nouvelle messe à orchestre de la com-
position de M. F. Benoist, professeur au Conservatoire. M. E. Batiste
touchera le grand orgue. La quête sera faite au profit des ouvriers de
l'iouen.
**,La deuxième soirée musicale de Mme Escudier-Kastner, A. Batta et
IL Vienxtemps, aura lieu mercredi prochain, à 8 heures du soir, dans
la salle Herz, avec le concours de M. Delle-Sedie, du théâtre Italien.
Le programme est composé de façon à piquer vivement la curiosité des
vrais dilettanti. Il renferme des morceaux de divers genres et du
plusieurs écoles : 1° Trio en sol mineur de Rubinstein, exécuté
par Mme Escudier, MVL Vieuxtemps et Batta ; 2° air d'église de Sira-
dclla, chanté par M. Delle-Sedie ; ?» le trille du Diable, de ïartini,
par Vieuxtemps; 4° feuillet d'Album, de Heller et Passiflore, par A. Batta;
5° sérénade de Don Juan de Mozart , chantée par M. Delle-Sedie ; 6" so-
nate de Beethoven dédiée à Kreutzer, exécutée par Mme. Escudier et
Vieuxtemps.
.J,*.^, M. Duraont, l'excellent flûtiste, qui nous arrive de Bruxelles, don-
nera un concert le 14 février, dans la salle Pleyel-Wolff, et avec le
concours de Mme Pleyel, MVL Dancla et Lee. Nous en publierons le
programme dimanche prochain -
*** Mercredi prochain aura lieu la première séance de MM. Arrain-
gaud, Jacquart, Lalo et Mas, avec le concours de M. Lubeck. On y en-
tendra : le Grand trio en ré de Beethoven , le 82' quatuor en fa de
Haydn, l'adagio (en si bémol) de Mozart , pour piano et violoncelle, l'oi-
tetto de Mendelssohn, pour quatre violons, deux altos et deux violon-
celles, exécuté par MM. Armingaud, Mas, Accursi, Max-Loévy, Lalo, Dra-
gone, Jacquart et Lée.
*** Sivori, après s'être fait entendre à Weimar, où il a obtenu le plus
éclatant succès, est revenu à Munich, pour y donner son dixième et
dernier Cdncert au profit des pauvres.
t*t M. Charles Lamoureux donnera, mardi prochain, 27 janvier, sa
deuxième séance de musique de chambre, dans les salons Pleyel.' On
y entendra : r quintette en sol mineur (n" 8) de Mozart; 2° la sonate
en la majeur, pour piano et violon (op. 69), de Beethoven; 3» variations
et menuet du septième quatuor d'Haydn; k" sonate pour violon, (publiée
en 1754) de Porpora; B» trio en ré mineur de Mendelssohn.
./« M. Marchesi, le célèbre chanteur, vient d'obtenir de nouveaux
succès à Amsterdam, où il s'est fait entendre dans divers concerts.
Appelé à la Haye par S. M. la reine-mère, il a reçu de cette princesse
une magnifique bague en diamants
*'% Mme Oscar Comettant, que sa belle voix, sa diction parfaite et
son excellente méthode ont placée au premier rang de nos cantatrices
de concert, obtient partout où elle se fait entendre les plus chaleu-
reux succès. En moins d'un mois elle a été appelée par les Sociétés
philharmoniques de Troyes, de Boulogne-sur-Mer, de Dunkerque et de
Saint-Omer. Le 28, elle chantera dans le concert que doit donner la
Société philharmonique de Tours. De la elle se rendra à Lille, où elle
a été également engagée par la Société philharmonique de cette ville.
**^, Un des salons des plus hospitaliers, où l'on est toujours certain
d'entendre de la bonne musique, est celui de M. Bergson. Dans la der-
nière soirée qu'il a donnée cette semaine, cet éminent artiste a fait
entendre ses dernières compositions , que nous nous empressons de
recommander: Berceuse, Barearolk et Shjrienne. La partie vocale était
dignement représentée par trois cantatrices, dont nous avons apprécié
tour à tour le talent, Mme Marchesi, Mme Guery-Fleury et Mlle Lindo.
Le fameux trombone, M. Nabich, a charmé autant que surpris l'audi-
toire, en chantant sur son instrument plusieurs romances et un an-
dante expressément composé pour lui par M. Bergson.
,i.*,i, Mme Szarvady donnera cet hiver trois séances de musique classi-
que, dont- la première est annoncée pour le 30 janvier.
,i;*4 Le concert de Mme Madeleine Graever est définitivement fixé au
10 février, et aura lieu dans la salle de l'hôtel du Louvre. C'est Litolff
qui y dirigera un orchestre composé de nos meilleurs art'stes , et
ajoutera ainsi un nouvel attrait à cette intéressante soirée musicale.
^.** .M. Ch. Hanssens, chef d'orchestre du théâtre Royal de Bruxelles,
a été promu au grade d'officier de l'ordre de LéopolJ.
^*^ C'est vendredi 30 janvier, qu'aura lieu, dans la salle Herz, le
concert, donné par Mlle Julia de Wocher, la charmante pianiste, avec
le concours de Mme Lagnien, de MM. Guyot, Brisson et autres artistes
distingués.
^.*„ M. E. Ketterer, annonce pour samedi 31 janvier, dans la salle
Pleyel, Wolff et C", une audition de ses compositions nouvelles. L'ex-
cellent pianiste fera entendre : l^'antaisie de concert sur la Sonnamhula;
illustration de concert sur II Trovalore; Ah! quel plaisir d'être soldat, et
plusieurs morceaux originaux intitulés : Le Réoiil du Paire, Perle du soir
(mazurka). Boule en Train (galop), caprice militaire. Valse des Fleurs,
ainsi qu'une fantaisie inédite sur Guillaume Tell (pour piano et orgue).
,,*» S. M. la reine des Pays-Bas vient de faire remettre à M. Strauss,
chef d'orchestre des bals de la cour, une bague d'une très-grande ri-
chesse, comme témoignage de la sympathie de Sa Majesté pour les der-
nières œuvres de ce compositeur.
,/„, Samedi dernier, dans une soirée intime, qui réunit chaque semaine
des artistes de premier ordre, Mlle Léonide Mumbert, dont nous
avons eu l'occasion de parler plusieurs fois comme pianiste, s'est fait
entendre sur l'harmonicorde. On nous dit que cette jeune artiste est
élève de Lefébure-Wély; nous ne pouvons en douter ;\ la façon gracieuse
dont elle a exécuté les œuvres de ce célèbre organiste.
^*» M. A. Mute] donne, aujourd'hui dimanche, à la salle Peyel-
Wolff, une matinée musicale, dans laquelle on entendra ses nouvelles
compositions.
^.*,^ Le 8 février, aura lieu un concert à grand orchestre, donné dans
la salle Pleyel-Wolff, par Georges Pfeiffer.
a,*,t S. M. l'empereur d'Autriche vient d'accorder la grande médaille
pour les arts et les lettres à M. Sulzer, premier chantre de l'oratoire
Israélite à Vienne.
^"^ Mme Désirée Artot a reçu de la munificence de l'empereur Fran-
çois-Joseph les portraits photographiés, grande dimension, de tous les
membres de la famille impériale, en faveur de la soirée intime qu'elle a
passée récemment à la cour.
,(*„, L'éminent violoniste J. Becker est arrivé à Paris, venant en der-
nier lieu de Rotterdam, où il a obtenu de brillants succès. M. Becker
se dispose à donner à Paris un concert avec orchestre.
**„ Le public se presse dans le foyer du théâtre Italien, où se trouve
exposé un admirable portrait d'Adelina Patti, dans le costume de Bo-
sine, peint par Winterhalter.
,i,*,t M. Aptommas donnera, le 7 février, un concert dans la salle
Erard, avec le concours d'artistes très-distingués. L'excellent harpiste
jouera le Concerl-Slucl;, de Weber, et plusieurs compositions sur des
mélodies des pays de Galles et d'Amérique.
..*^ Un quadrille composé par Strauss sur la iluetle d,e Portici a eu
beaucoup de succès au dernier bal de l'Opéra. Il est publié arrangé
pour le piano.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
,,,*„, Lille. — Le Pardon ib; Ploérmel vient d'être repris aux applaudis-
sements unanimes, dont .yile de Maësen, dans le rôle de Dinorah, a eu
une large et légitime part.
DE PARIS.
31
a,*^ Bouen. — Dans Ilayclée, Si j'étais roi et les Dragons de Viltars, le
ténor Carré, l'ancien pensionnaire de rOpéra-Comique à Paris, a fait
des débuts très-heureux.
^*^ Marseille. — La reprise de la Muette de Portiei vient d'avoir lieu
avec un très-grand succès, Morère, dans le rôle de Masaniello, et Du-
mestre, dans celui de Pietro, ont été souvent applaudis, et Fenella a
été parfaitement jouée par Mlle Dor. La mise en scène du chef-d'œuvre
d'Auberest très-brillante.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
j*,i, Bruxelles, 23 janvier. — M. Louis Brassin a donné une séance
de musique classique qui avait attiré une brillante réunion au Cercle
artistique et littéraire. L'éminent pianiste a exécuté trois sonates de
Beethoven avec le talent le plus distingué. — Au second concert de l'as-
sociation des artistes musiciens, une symphonie en trois parties de
Spohr et l'ouverture jubilaire, composée à l'occasion du cinquantième
anniversaire de la fondation de la Société royale de la Grande-Harmonie,
par il. Ch. Hanssens, ont réuni tous les suffrages. — Ce soir aura lieu le
grand concert de Prudent, pour lequel presque toutes les places sont
retenues d'avance.
^*,, Gand. — La Muette de Portiei a été accueillie avec une grande
faveur à sa reprise. Mlle Lacroix a débuté dans le rôle de Fenella avec
un succès très-mérité.
.j.*:t Cologne. — Théophile Krijger, harpiste du théâtre royal de Stutt-
gard, engagé par U. Hiller pour le concert d'abonnement du 13 jan-
vier, s'y est fait entendre avec le plus brillant succès. Il a joué le boléro
de Jules Godefroid avec orchestre; il s'était chargé aussi de la partie
de harpe de la musique de Struensée, de Meyerbeer, et d'Athalie, d.;
Mendeissohn. Une nouvelle composition de Ililler pour voix solo avec
chœur et orchestre, a été exécutée pour la première fois à ce concert.
Cette œuvre remarquable a été accueillie avec enthousiasme par les
deux mille auditeurs.
^*^ Carlsrube. — On prépare au théâtre de la Cour la première re-
présentation de l'opéra : le Roi Enzio, par Abert.
^."■j Hambourg. — Lorsque, il y a cinq ans, l'Etoile du Nord fut jouée
pour la première fois, l'impression fut profonde. La reprise a été l'oc-
casion d'un véritable triomphe pour l'illustre compositeur. Mme Masius
Braunhofer, qui a rendu le rôle de Catherine d'une manière tout à fait
distinguée, a eu la plus large part au succès ; on a également beaucoup
applaudi M. Franosch, qui est un excelleut Gritzeuko.
^*^ Munich. — Le théâtre de la Cour a représenté pour la première
fois : les Foscari, opéra de Zeuger. Les spectateurs ont chaudement ap-
plaudi leur compatriote, et l'ont rappelé, ainsi que les acteurs, à la fin
de chaque acte.
*■** Vienne. — Le pianiste M. G. Satter a eu beaucoup de succès
comme compositeur et comme pianiste à son premier concert qu'il vient
de donner.
a** Berlin. — L'opéra de Rubinstein : les Enfants des Landes, sera re-
présenté dans le cours de la saison au théâtre de la Cour. Prochaine-
ment on doit y mettre en répétition l'opéra : la Béole, par G. Schmidt.
Le quatuor des frères Millier a exécuté des compositions de Haydn, de
Mozart et de Rubinstein. L'ensemble et la précision avec lesquels les
artistes ont exécuté ces différents ouvrages ont provoqué à plusieurs re-
prises les applaudissements de- l'auditoire. Pour la fête commémorative
en l'honneur d'Uhland, il s'est formé un comité composé de littérateurs
et d'artistes distingués. La partie vocale de la solennité sera exécutée
par les membres de la société Stern. Le programme de la partie ins-
trumentale so composera de compositions de Weber , Mendeissohn ,
Meyerbeer, etc.
*"'* Milan. — Mme Borghi-Mamo vient d'obtenir un beau succès au
théâtre de la Scala dans le rôle de la Desdemona A'Otello. La célèbre ar-
tiste a enthousiasmé la salle. Prochainement elle chantera le rôle de
Fidès du Prophète dont on prépare la reprise.
^*^ Melbourne. — La troupe d'opéra italien que nous avons ici, vient
de remporter un éclatant succès par les Huguenots. Le chef-d'œuvre de
Meyerbeer, bien qu'imparfaitement exécuté, a excité l'enthousiasme, et
à chaque représentation la salle est comble.
Le Directeur : S. DUFOUR.
f AVIS. — Mous sommes priés d'informer nos lecteurs que les
travaux exécutés à la manufacture de pianos de M. Blanchet fils
étant terminés, le dépôt de pianos ouvert provisoirement boulevard
des Italiens a été réuni, dès le 15 courant, à la maison principale,
26, rue d'Hauteville.
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orgue: chez Heu, rue de la Chaussée -d'Antin, 6;
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glise, contenant un Offertoire jugé très -remarquable par M. L.
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5 »
5 »
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32
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9. Chœiu' du Marclié : Au marché qui vient de s'ouvrir ... 9 »
10. Prîpre sans accompagnement : Saint bien lieureux .... 3 75
11. Air : Nous triomplions, mais jour de terreur 4 SO
12. Air : Du pauvre seul ami fidèle 3 "
13. Cavallne . Arbiti'e d'une vie 3 75
\h. Ouatnor : Je sens qu'en sa présence 5 »
1 D . Barcarolle : Voyez, du liaut de ces rivages 2 50
1 . Air : Ah ! ces cris d'allégresse 4 50
2. Air : Plaisir du rang suprême 6 »
3 . Cliceur de la cImpeUe : Dieu puissant ! Dieu tutélaire . . 5 »
i. Clioeur des Pêcheurs : Amis, amis, le soleil va paraître . . 7 50
5. Barcarolle: Amis, la matinée est belle 3 75
6. Duo : Mieux vaut mourir que resfter misérable 6 »
7. Barcarolle à deux voix : Chantons gaiement la barcarolle 4 50
8. Dno : N'espérez pas me fuir 6 »
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Rosellen. Fantaisie brillante 9 »
Bummel. Transcriptions 6 »
Thaltoerg. Op. 52 Grande fantaisie. 9 »
Valiqaet. Petite fantaisie facile. ... 2 50
Voss. Op. 152. Fantaisie de concert. 9 »
vrocts. Op. 70. Souvenir 7 50
A QU&TBE IlI/lIIVSi.
Caicrny. Op. 226. Fantaisie 9 »
Dnvernoy. Op. 172. Petite fantaisie »
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Clarinetle. — — . . 7 50
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Fantaisie 9 »
FlCUc. Tulou . Grand duo 10 »
— — Op. 54. [''antaisie. . . . 9 •■
— BEKBIGUlEB.Op. 92. — .... 9 11
— GUICBARD. Op. 19. — .... 9
Hannonimn.— Adam. Fantaisie. Harmo-
nium et piano 9 »
RiBAiLLiEK. Cavaiine du Sommeil,
orgue, piano et violon 6 »
Harpe. Bocbsa. Duo sur le chœur du
Marché 7 50
— Prdmieb. Deux quadrilles, chaque 3 75
— Labakbe. Op. 29. Fantaisie .. (5 "
— . Lababbe et Bébiot. Duo pour
harpe et violon 7 30
Hautbois. VERBOusTetFEssY. Fantaisie.. 7 50
Violon. Alabd. Fantaisie de concert. . 10 »
— B.4UD10T. Duo pour violon Rt piano 7 50
— BÉRioT. Op. 10. Souvenir 10 "
— — Op. 61. Grand duo 10 »
— Dancla. Gloire à Dieu et prière. 6 »
— GuicHAKD. Op. 29. Fantaisie 9 »
— Herman. Op. 39. Fantaisie de con-
cert 9 »
— Lafont. Grande fantaisie 9 »
Violoncelle. Baudiot. Duo 7 50
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deux cornets et pour harmonium.
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ON S'ABONNE 1
Bans les Départements et à l'Étranger , chez tous
les Marchands de Musique, les Libraires, et aux
Pureaui des Messageries et des Postes.
REVUE
1er Février 1863.
PRIS DE L'ABONNEMENT:
Paris 24 (r. par 01
l)i;parlra«,'iUs, Ui'lgiqu'' el Suissp.... 30» id.
liln.ngcr 34 . id.
U- Journal piiriii! le Dmii.nche,
GAZETTE MUSICAL
—^^nj\PJ\l\rj\pjy\j\. —
SOMMAIRE. — Théâtre impérial italien: reprise de Don Giovanni: Adelina
Patti. — Concert populsire do musique classique, par Paul Smith . — Audi-
tions musicales , par Adolpbe Botte. — Haydn et les princes d'Esterhazy .
— Revue critique. — Correspondances : Bruxelles et New- York. — Nouvelles et
annonces.
THÉÂTRE mPERIÂL ITÂUEN.
Beprise de DOIV CilOVAUTIVI. — Adellna Patti.
Le chef-d'œuvre de Mozart vient d'être joua trois fois de suite,
mercredi, jeudi, samedi, et il doit l'être encore aujourd'hui di-
manche. Le premier jour, c'était pour le bénéfice de Mlle Adelina
Patti. LL. MM. l'Empereur et l'Impératrice assistaient à la représen-
tation ; la salle était resplendissante et la recette encore plus. Les
jours suivants, l'affluence n'a cessé de se porter au théâtre. Par
quelle cause expliquer cette recrudescence de vogue ? Eh ! mon Dieu,
c'est tout simple : le rôle de Zerlina était joué et chanté par Mlle Ade-
lina Patti : que fallait-il de plus ? On voulait la voir et l'entendre
dans le cinquième rôle abordé par elle à Paris. Amina, Lucia, Rosina,
Norina, s'étaient chargées d'annoncer Zerlina et avaient si bien
rempli leur office qu'on eut craint de la laisser échapper. La jeune
artiste doit nous quitter bientôt, et la foule de ses partisans va tou-
jours s'augmentant d'un certain nombre de retardataires qui tiennent
à la voir, à la juger avant son départ.
Voilà pourquoi Don Giovanni aura été représenté coup sur coup et
toujours devant une assemblée nombreuse et brillante. Nous ne pré-
tendons pas que le génie de Mozart n'y soit pour rien ; mais, hélas!
nous avouons que, sauf Mlle Patti, le talent de ses interprètes n'y
sera pas entré pour grand'chose. Don Giovanni a besoin d'un tel
concours d'artistes, que trop souvent l'exécution en demeure plus ou
moins incomplète. Celle année, elle l'a été plus : Délie Sedie n'est
que l'ombre un peu lourde du séducteur à toutes mains: MmeFrezzo-
lini n'a que les restes d'une voix contre laquelle sa volonté soutient
une lutte douloureuse ; Mlle Guerra n'a ni volonté ni voix ; Gardoni
et Zucchini font tout ce qu'ils peuvent, mais ce n'est pas assez
pour ce que leurs rôles demandent ; des rôles chaulés naguère par
Rubini et Lablache, comme autrefois celui de Don Giovanni le fut
par Garcia! Pour soutenir et sauver le chef-d'œuvre, il ne restait
donc que Zerlina, une jeune fille : Jeanne d'Arc a bien sauvé la
France ! Adelina Patti n'a pas rendu un moindre service au plus ad-
mirable et au plus admiré des opéras de Mozart.
Cependant, à notre avis, le rôle de Zerlina n'est pas le meilleur
du répertoire de la charmante artiste. La comé'iienne s'y montre avec
plus d'avantage que la cantatrice. Celle-ci n'y a pas assez de liberté,
d'espace pour y donner le plein essor à sa voix facile et hardie,
pour y déployer ce trille magnifique dont elle est douée, pour s'y
lancer dans ces fantaisies qu'elle arrête subitement avec tant de
netteté et de sûreté. En un mot, Mlle Patti comprend et sent trop
bien la musique de Mozart pour ne pas la suivre pas à pas, avec
l'adoration que l'on doit au maître des maîtres. Par exemple, avec
le libretlo de Da Ponte, elle se permet des coi'dées pliw franches.
De la fiancée du pauvre Masetto, elle fait une petite coquette assez
vive d'allures, et qui ne résiste aux attaques du grand seigneur que
tout juste autant qu'il faut pour qu'on ne puisse dire qu'elle a capi-
tulé sans se défendre. Au fait, Mlle Patti a peut-être raison de ne pas
nous donner une Zerlina plus fière, plus intraitable , plus à cheval
sur les principes. Songez que ces principes n'attendent pas la fin
d'un duo pour être battus à plate couture ; donc, ils ne devaient pas
être d'une trempe égale à celle de l'acier. Rien de plus amusant, de
plus fin que la physionomie de Mlle Patti, tandis qu'elle se livre à
sa délibération intime. Céderai je? ou ne céderai-je pas? Comme
elle dit doucement, tendrement ce vorrei, qui est la vérité vraie de
son petit cœur, et comme elle articule avec vigueur cet autre mot :
(' no7i vorrei , qui en est le mensonge !
Rendons justice à la jeune et spirituelle artiste Si elle code un
peu vite, elle se repent de même, et ses remords s'expriment avec
tant d'effusion, de grâce, de gentillesse, qu'on ne saurait lui garder
rancune. Le liatli, batti, a bel Masetio et le Vedrai carino demandent
si joliment grâce pour le La ci darem la niano et le Andiam, mio
bene, qu'il n'y a pas moyen de rester inflexible. On conçoit que
Masetio pardonne, mais il fera bien d'être sur ses gardes à l'a-
venir.
Le jour de la représentation à son bénéfice, Mlle Patti a été ap-
plaudie, rappelée ; on lui a redemandé l'air : Batti, batti, et des
bouquets énormes sont tombés à ses pieds. D'ailleurs tous les mor-
ceaux chantés par d'autres qu'elle finissaient dans le même silence,
excepté le sublime trio des masques, fort bien dit par Mme Krezzolini
surtout, et que le public n'a pas eu tort de vouloir entendre une
seconde fois.
CONCERT POPULAIRE DE MUSIQUE CLASSIQUE.
Le programme du concert de dimanche dernier était un des plus
riches et des plus variés que l'on pût imaginer. La symphonie en rc
34
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
de Beelhoven, la symphonie en lu mineur de Meiidelssohn, un largo
canfabile d'Haydn, l'ouverture de Guillaume Tell, et au milieu de
lous ces chefs-d'œuvre, exéculûs avec une perfection pour laquelle
l'éloge manque de formules, un cinquième chef-d'œuvre, le Concert-
SlucI; de Weber, joué par Mme Pleyel.
C'était la première femme qui fût admise à se poser dans la
vaste salle comme virtuose instrumentiste. Et certes, Mme Pleyel
méritait bien d'inaugurer l'avénemeiit de son sexe au pupitre que
jusqu'alors notre sexe avait toujours occupé. Son succès ne pouvait
inspirer le plus léger doute : elle a joué comme elle joue à son
ordinaire, ce qui serait de l'extraordinaire pour toute autre qu'elle.
Nous ne dirons pas qu'elle a fait des progrès ; ce serait tomber dans
la fadeur. Disons plutôt, pour relever la louange par le sel de la cri-
tique, que la grande artiste n'avait peut-être pas assez étudié l'acous-
tique du local, et qu'en parcourant les touches de son piano avec cette
incroyable volubilité qui est une des merveilles de son art, et qui
convient si bien aux salles plus restreintes, elle n'a pas imprimé à
toutes les notes, à lous les traits de l'œuvre, la puissance qu'elle
possède au bout de ses doigts. Cette observation est de nous et non
de l'auditoire, qui nous a paru applaudir, rappeler et rappeler encore
Mme Pleyel, sans la moindre réserve h son enthousiasme ni à ses
bravos.
Paul SMITH.
AUDITIONS MUSICALES.
]?Iesse de M. f. Benoist à Saint-Kustaclie. — mati-
née de ITI. Alfred lïlutel. — Deuxième soirée de
ninie JEscudier-Kastner et de mm. Henri Vieux-
tcniits et Batta. — Premières séances de musique
de chambre d'Alard et franebomme, d'Armin-
gaut et Jacquart.
Tout, dans la nouvelle messe de M. F. Benoist, entendue dimanche
à Saint-Eustache, est empreint d'un caractère de poésie douce et ten-
dre particulier à l'éminent professeur d'orgue du Conservatoire, et
qui ôte à sa musique religieuse, en général, le feu, l'animation, les
mouvements passionnés que d'autres auteurs veulent avoir à l'église
comme ailleurs. L'orchestration es' sobre et distinguée ; les mélodies
ont de la suavité, de la grâce et du charme.
Le Kyrie débute par de délicieux dialogue? entre le ténor et la
basse. Là l'auteur s'est servi du quatuor des instruments à cordes
d'une façon tout à fait remarquable, et lui a confié, en véritable dis-
ciple d'Haydn et de Mozart, d'élégants et expressifs dessins coniinus,
bien capables de ravir ceux qui aiment la vérité d'expression et les
voix plutôt soutenues qu'écrasées.
Le Gloria est plein de vigueur, sans toutefois que la clarté soit sa-
crifiée au bruit. De beaux unissons s'épanouissent sur un brillant ac-
cord, tout le chœur entonne une large et pompeuse mélodie, mais
bientôt un joli solo de soprano vient reposer l'oreille.
M. Benoist se montre aussi excellent harmoniste dans tout le tra-
vail de son instrumentation et de ses chœurs, notamment dans celui qui
succède au Qui Tollis, qu'heureux mélodiste dans les nombreux soli
répandus avec un goût extrême dans ce Gloria, où l'art de dévelop-
per et de moduler savamment est poussé très-loin, et où le composi-
teur a su allier, très - habilement, la simplicité à la grandeur.
Large, sévère, pleine d'élévation et de noblesse, la mélodie du Sanc-
tus est encore rehaussée par d'ingénieux accompagnements. Les
voix, traitées avec ces ménagements délicats qu'on n'a pas toujours
pour elles, et qui cependant ne tarissent en rien la source des beaux
effets, les voix, disons-nous, l'orgue et l'orchestre, se répondent l'un
à l'autre, se réunissent, et, sans étaler un vain savoir, forment un en-
semble où se reconnaissent aisément les sérieuses et solides qualités
d'un musicien savant. Comme inspiration, VO Salutnris et VAgnus
Del sont incontestablement les meilleurs morceaux. Par leur accent
triste, plaintif et douloureux, parleur harmonie naturelle et douce ils
élèvent la pensée, la portent invinciblement à la prière, et ont quel-
que chose de ces ardeurs séraphiqucs si bien décrites par la poésie,
et que la musique excellera toujours à rendre. Nous estimons à trop
haut prix le talent de M. Benoist pour dire que celte dernière œuvre
est parfaite et irréprochable de tout point. Evidemment il a voulu être
simple, touchant et expressif, il a fui toute lourdeur scientifique;
lui qui connaît si bien les ressources de la fugue, qui en impro-
visa et qui en écrivit de si pures et de si remarquables, il s'en
est montré avare, et ce n'est pas nous qui l'en blâmerons ; mais nous
dirons pourtant qu'on voudrait à sa messe un peu plus de force, d'é-
clat et de variété.
— Les nouvelles compositions de M. Alfred Mutel ont reçu di-
manche, de la part du public, un accueil tout à fait favorable ; elles
méritent de nous, par les véritables progrès qu'elles attestent, une
mention toute particulière. On a surtout vivement applaudi le Som-
meil de l'enfant, Jean-Noël, le Danseur Bathylle et Clair de lune,
mélodies écrites sur des poésies de Saintine, de Méry et de Louis
Bouilhet. Les jolies pièces de ce dernier, choisies par le composi-
teur dans le volume Festons et Astragales, où se retrouvent le parfum
antique, les grâces païennes, la vive expression épicurienne, la verve
poétique qu'on avait déjà remarqués dans Melœiiis, se prêtaient-elles
au caractère essentiellement mélodique qu'on aime à retrouver dans
ces courtes pages vocales? On pouvait assurément craindre que ces
beaux vers, toujours si sonores et si pleins, ne nuisissent à la cou-
leur musicale et ne la fissent pâlir; mais, cette fois, le musicien a
très-heureusement triomphé des difficultés qu'apporte souvent le voi-
sinage dangereux des grandes images, que les poêles lyriques comme
Louis Bouilhet répandent dans leurs moindres inspirations.
M. Alfred Mutel, on le savait déjà, écrit avec beaucoup de soin;
son harmonie est aussi correcte qu'élégante ; ses accompagnements
sont pleins de goût et de richesse; mais, jusqu'à présent, on trouvait,
non sans raison, que l'idée mélodique ne s'en dégageait pas suffisam-
ment, que la distinction et l'originalité brillaient surtout dans les dé-
tails. M. Alfred Mutel, qui connaît parfaitement l'art du chant et qui
sait, chose précieuse, écrire pour les voix, se montre aujourd'hui plus
clair et plus fécond mélodiste. Il est toujours vocal, il a toujours re-
cours à d'intéressants dessins, à de piquantes modulations, mais il
ne s'en contente plus comme autrefois. Si, l'autre jour, on a remar-
qué la finesse de l'accompagnement de piano, la belle couleur que
les parties de cor, de violoncelle et de violon, si délicatement dites
par Mohr, Norblin et Lecieux, prêlaient au Réveil du Printemps, à
la Trinité du Poêle et aux Baigneuses de Lesbos, où la musique a
toute la mollesse et toute la grâce que demandaient les paroles de
Méry , on a remarqué aussi que les chants avaient de la netteté, de
la franchise et de la vie ; que les Anges gardiens, par exemple, et
plusieurs duos d'un opéra-comique inédit possédaient le souffle, la
suite et l'unilé qu'ont toujours les idées fortes et bien venues, et que
M. Alfred Mutel était arrivé à ne plus sacrifier la valeur mélodique
aux recherches et aux élégances harmoniques.
Quelques-unes de ces compositions ont été interprétées avec beau-
coup de talent par Mme Peudefer, Jules Lefort et Capoul; quelques
aulres ont été dites par Mme Ribault et Léon Lafont; toutes ont été
fort bien accompagnées par Alphonse Duvernoy.
— Le trio en sol mineur de Rubinslein, exécuté mercredi par
Mme Escudier-Kastner, Henri Vieuxtemps et Batta à leur dernière
soirée, qui — conséquence naturelle de débuts brillants — avait at-
tiré encore plus de monde que la première, est une œuvre pleine de
répétitions et d'harmonies lourdement plaquées, où l'imagination ne
DE PAUIS.
se montre qu'à de rares intervalles. Le violon et le violoncelle, trop
effacés par le piano, s'emparent de temps en temps seulement de la
mélodie, qu'ils disent le plus souvent à l'unisson et à l'octave sans au-
cun travail attachant. Cependant, il a été fort bien joué.
L'interprétation de la sonate de Beethoven, dédiée à Kreutzer, a
bien fait valoir toutes les beautés de cette superbe composition.
Mme Escudier-Kastner a mis une grande précision dans les divers
mouvements (mérite assez rare pour que nous le signalions), beau-
coup de délicatesse dans les adorables variations de l'andante, de
l'élan et une sûreté de rhythme peu communs dans l'étincelant finale ;
enfin, Mme Escudier a fait preuve d'une connaissance nette et pro-
fonde de la grande manière de Beethoven.
Quant à Vieuxtemps, avec cette merveilleuse faculté de s'appro-
prier tous les styles et toutes les pensées, il a constaaiment fait ou-
blier les difficultés; Il a été, à la fois, pathétique et gracieux, fougueux
et spirituel. Après le Trille du Diable, qu'il a admirablement exécuté
et qui lui a été redemandé, il a mis le comble à l'enthousiasme des
dilettantes en jouant sa délicieuse Polonaise. Jamais, peut-être, le cé-
lèbre violoniste n'avait joué avec cette verve , cet entrain , cette
largeur et cette puissance. Il est vraiment impossible de s'élever à un
plus haut degré de perfection.
La voix expressive, souple et étendue de Mlle Trebelli a été fort
appréciée dans un morceau des Noces de Figaro, et dans un air d'église
de Stradella.
A cette charmante soirée, Batta s'est fait vivement applaudir, et a
causé un plaisir extrême en disant avec la mélancolie et la distinction
qu'on lui connaît Passiflore, exquise chanson d'autrefoi.'', et Feuillet
d'album, de Stephen Heller, ravissante et fraîche inspiration d'aujour-
d'hui.
— A force d'étude, de soin et de respect pour les compositions
des maîtres, la société Alard et Franchomme est allée plus loin que
d'autres dans l'interprétation des chefs-d'œuvre du passé ; aussi, au
milieu de ce qui s'est formé d'excellent depuis sî création, a-t-elle
gardé le rang éminent qu'elle avait tout d'abord conquis. Chaque an-
née, et depuis longtemps déjà, les délicats lui reviennent en foule. A
la première séance, plusieurs morceaux d'Haydn, de Mozart et de
Beethoven, magistralement interprétés, ont encore fait goûter aux au-
diteurs de délicieuses émotions, et ont été salués par des applaudis •
sements bien enthousiastes, et, cette fois du moins, bien légitimes.
— Nous ne pouvons pas nous arrêter sur toutes les choses excel-
lentes qui ont été jouées à la première soirée de MM. Armingaud et
Jacquart, mais jious tenons à dire que les bravos qui ont accueilli la
finesse de l'interprétation, l'ensemble parfait qui s'est fait femarquer
aussi bien dans le sublime de Beethoven, que dans l'aimable, le gra-
cieux et le pathétique d'Haydn, de Mozart et de Mendelssohn, étaient
complètement mérités. Ernst Lubeck a été aussi très-fêté ; et nous
ajouterons, comme si cela était ignoré, que, par ses qualités solides
et brillantes, par son jeu qui unit si heureusement la puissance à la
délicatesse, il atteint le but où doit tendre quiconque joue d'un
instrument : il captive, charme l'auditoire, et produit l'effet irrésisti-
ble que produisent seuls les virtuoses chez lesquels on sent les mé-
rites d'un bon musicien.
Adolphe BOTTE.
HAYDN ET LES PRINCES D'ESTERH4ZY "'.
(I II n'y a pas de héros pour son valet de chambre n, dit le pro-
verbe : peut-être serait-il plus exact de le formuler ainsi : « Nul
» héros n'est grand, s'il ne l'est aussi pour son valet de chambre. »
(1j Gazelle altcmaiidc de musi'iuc.
Sans doute l'application de cette maxime réduirait considérablement
le nombre des grands hommes; mais, à coup sûr, .foseph Haydn se
trouverait parmi ceux qui resteraient. Le fait suivant peut en servir
de preuve.
Lorsque le copiste Elssler — le père de la célèbre danseuse et
depuis longues années au service d'Haydn, — le matin, en l'absence
du maître, brûlait de l'encens pour purifier l'air de l'appartement, et
qu'il croyait que personne ne le voyait, il s'arrêtait quelque temps
avec sa cassolette, devant le portrait de l'homme qu'il révérait à
l'égal d'une divinité, pour l'encenser comme un autel. Ce trait suffi-
rait à constater le charme tout particulier que ce génie aimable exer-
çait sur tout son entourage. Ce charme durait encore cinquante ans
plus tard, ainsi que j'ai pu m'en convaincre lors de mon séjour à
Eisenstadt. L'une des personnes qui me donnaient des renseigne-
ments sur Haydn était parfois tellement émue, que sa voix s'éteignait ;
j'étais obligé de lui donner le temps de se remettre et de s'essuyer
les yeux.
Quant à l'extérieur d'Haydn , tous ceux qui , comme moi, ne le
connaissaient que par ces espèces de caricatures, gravées ou litho-
graphiées, où, sous la figure d'un maître d'école pédant, sec et cha-
grin, il vous regarde d'un œil terne, sans âme et sans intelligence,
s'en faisaient une idée complètement fausse. Il nous apparaît tout
autre dans les descriptions tracées par ceux de ses contemporains
qui vivent encore ; ces descriptions s'accordent avec son psrtrait de
grandeur naturelle, lequel se trouve chez le prince Esterhazy, à
Vienne. Dès le premier coup d'œil on est frappé de l'aspect de celte
figure qui ne manque ni d'intérêt ni de charme, quoiqu'elle ne soit
pas belle, tant s'en faut.
Haydn, vêtu avec soin, d'une taille petite plutôt que grande, est
assis à une table, l'index de l'une Je ses mains posé sur la bouche,
l'air pensif, comme si une idée musicale lui venait tout à coup ; la
tête est forte, le front expressif et large, quoique la perruque soit
trop enfoncée. Des yeux d'un gris foncé, empreints d'une sensibilité
profonde, un sourire légèrement ironique, qui se joue autour de la
bouche, complètent ce que cette tête offre d'attrayant. Le nez , épaté
vers l'extrémité et gravé de la petite vérole, la lèvre inférieure proé-
minente et sensuelle, enfin, le bas du visage, large et massif, nuisent
à l'effet de l'ensemble- Qu'on ajoute à cela un teint maladif et bi-
lieux, une voix nasillarde d'un diapason très-élevé, et l'on sera forcé
de convenir que le grand artiste, le favori des Muses, n'avait pas
beaucoup de rapports avec Apollon.
Lord Byron s'afQigeait de son pied bot: de même Haydn s'affectait
de ce que sa personne avait de disgracieux; même à un âge avancé,
il cherchait encore à atténuer ses difformités naturelles par une toi-
lette recherchée. « Il était toujours tiré à quatre épingles u, me disait
.Mme Uhl, la femme d'un artiste de la chapelle du prince. Ce couple,
maintenant arrivé à l'extrémité de la vieillesse, avait connu l'im-
mortel compositeur. A ce sujet, nous reproduisons ici un passage
d'une lettre écrite par l'artiste que nous venons de nommer :
)) En 1808 on célébrait à Vienne, à l'église des Ursulines , une
fête dont le programme comprenait une messe ei des vêpres en mu-
sique. Le prince y avait fait venir sa chapelle, qui comptait à cette
époque soixante exécutants. Hummel, Kreutzer et PreindI avaient
été invités à écrire chacun une messe : le prince se réservait de
choisir parmi les trois compositions. Ce fut sur celle de Hummel que
tomba son choix. Les membres de la chapelle vinrent successive-
ment saluer leur chef, et Hummel se trouva du nombre des visiteurs.
Haydn était assis devant une table, dans un élégant costume noir,
avec manchettes de dentelle, la perruque soigneusement frisée ; de-
vant lui étaient posés des gants neufs, une canne à pomme d'or et
son chapeau. Quand le maître aperçut Hummel : «Eh bien, mon cher,
» lui dit-il, j'ai déjà appris que tu as écrit une belle messe, et cela
» m'a bien fait plaisir. Je t'avais toujours dit que tu arriverais ; con.
36
REVLE ET GAZETTE MUSICALE
' » tinue à travailler, et souviens-toi que tout ce qui est bpau et bon,
» vient d'en haut, etc. »
Bien mieux que par toutes les recherches de la toilette , Haydn
savait faire oublier ses imperfections corporelles par une réunion
rare de toutes les qualités aimables du cœur, qui , plus que tout le
reste, contribuèrent à lui concilier la foule, souvent hostile à l'homme
de génie. Il était impossible d'en vouloir à cet homme d'une can-
deur tout enfantine. Chaque fois qu'à Eisenstadt il passail dans la rue,
les enfants, qu'il aimait beaucoup, couraient après lui, en criant :
« Papa Haydn' Papa Haydn! » Et ce nom, qui lui avait été octroyé
par les marmots, pour lesquels il avait toujours des dragées dans
sa poche, finit par passer dans l'usage général.
Haydn recherchait -, la société des dames, et il était fier des suc-
cès qu'il obtenait auprès d'elles, succès purement platoniques sans
doute; toutefois on m'a parlé d'une Mme P. .., femme d'un chanteur
de la chapelle du prince, avec laquelle il aurait eu des rapports in-
times. En supposant qu'à cet égard sa conduite ne soit pas à l'abri
de tout reproche, on la trouve tout au moins excusable, quand on se
rappelle que la bizarrerie du destin avait donné une mégère pour
femme à un homme si bien fait pour comprendre les joies de la
vie de famille. D'un extérieur repoussant, grossière, acariâtre, bigotte
et dépensière , voilà sous quels traits tout le monde me l'a dépeinte.
Après avoir porté son joug avec patience pendant une longue série
d'années, Haydn finit par le secouer; voici comment et pourquoi:
Il habitait au faubourg de Gumpendorf une maison qu'il avait achetée
avec l'argent gagné à Londres. Un jour il y reçut la visite de deux
demoiselles, appartenant à une des premières familles de Vienne.
Tandis qu'elles traversaient le salon, la femme d'Haydn, entr'ouvrant
sa porte, s'écria: « Qu'est-ce encore que ce,s^^Mre5-/ô?)) Le sens in-
jurieux qui, à Vienne, se rattache à cette expression locale, attira
des désagréments à Haydn, qui prit enfin la résolution de se débar-
rasser du démon domestique. Il envoya sa femme chez un maître
d'école de Baden, près de Vienne, et elle mourut chez lui en 1800.
Le docteur L.
[La suite prochainement.)
REVDE CRITIQUE.
Charles Peurny. — Absence et Retolr, fantaisie mélodique
et brillante; Cloches et Clochettes, caprice imitatif pour le
piano.
Nous ne chicanerons pas M. Ch. Pourny sur l'appellation donnée à
sa Fantaisie, puisqu'il est reconnu qu'en musique la plupart du temps
les titres sont purement arbitraires. S'il a choisi .ibsence et Itclour, c'est,
sans doute, que ces trois mots représentent deux idées très- accusées,
et surtout très-opposées. De la première, tout naturellement, est née
une mélodie empreinte d'un certain charme mélancolique, qui se re-
produit deux fois sous la forme d'un andante ix quatre temps, et d'un
autre andanie à six-huit. Quant à la seconde, elle se traduit par un
aliei;retto brillant, où éclate la joie du retour après la peine et le re-
gret de l'absence. En somme, ce morceau, sagement conçu et modéré-
ment développé, a de plus l'avantage de pouvoir prétendre à l'effet sous
les mains d'un pianiste de force mo3'enne.
On conteste assez généralement à la musique le privilège de l'imita-
tion exacte et absolue ; mais s'il est permis de faire une exception à cet
arrêt, plus ou moins fondé, c'est assurément en faveur du bruit des
duchés et des clochettes, dont la reproduction ne saurait donner lieu ii
ces naïves erreurs qui ont tant égayé les adversaires de l'imitation éri-
gée en système. Kous avons, eu ce genre, des modèles bien connus dans
le chœur de l'âqucs Ikuries, au troisième acte de Fra Diavolo, et dans
plusieurs morceaux du ChevalJe hronze. Le caprice imitatif de M. Pourny,
sans copier ces motifs devenus populaires, les rappelle forcément, et
nous ne lui en faisons pas un reproche. Un badinage musical qui éveille
la pensée de semblables comparaisons, neprouve-t-il pas, par cela même,
qu'il a atteint le but qu'il se propose?
mile liéoiile Touel. — Pendant la valse, scène dramatique ;
La Coupe en main, brindisi; Vision, romance sans paroles pour
piano.
En attendant que Mlle Léonie Tonel nous fasse entendre, dans son
concert annuel, ces trois dernières compositions, vivifiées par son exé-
cution brillante, nous nous faisots un plaisir de les signaler à l'attention
de nos lecteurs, en appelant sur elles l'intérêt qu'elles méritent à tous
égards, et chacune à un titre spécial. Pendant la valse est une scène dra-
matique dont l'intention est indiquée par le titre- N'est-ce pas une vé-
rité banale que le drame se cache souvent sous des habits de fête, et
qu'un sourire de commande dissimule bien des colères sourdes, bien
des angoisses jalouses, intermèdes orageux, terminés, il est vrai, pres-
que toujours par un retour de calme et de rayons de soleil? C'est ce
qu'a voulu peindre Mlle Léonie Tonel par un gracieux mouvement de
valse que n'interrompt même pas la petite scène dramatique perdile
dans le tourbillon du bal, et s'achevant dans une reprise triomphante
du motif principal. Le brindisi, /a Coupe en main, ne nous paraît pas
moins bien réussi, comme chant énergique et plein de franchise. Il est
en quelque sorte divisé par couplets, peu chargés d'ornements parasites,
et dont le refrain est heureusement ramené, sans cahots inutiles et sans
secousses périlleuses. Une phrase très-simple et en même temps très-expres-
sive fait tous les frais de la romance sans paroles que Mlle Léonie Tonel
a nommée Vision. Ce qui nous plaît dans cette composition, comme dans
les deux autres, c'est l'extrême sobriété de moyens employés par l'au-
teur pour arriver aux résultats les plus satisfaisants. C'est une voie
dans laquelle on ne lui fera malheureusement pas beaucoup de con-
currence.
Le Soir au bobd du lac, nocturne pour
Alexandre Billet.
piano.
S'il est vrai que les qualités des artistes vraiment dignes de ce nom
se reflètent dans leurs œuvres, nous ne sommes pas surpris des grands
succès qu'Alexandre Billet obtient, depuis deux ou trois ans, à l'étranger
et dans nos principales villes de province. Le nocturne que nous avons
sous les yeux est un morceau du style le plus élevé; l'inspiration, tou-
jours élégante et gracieuse, s'y développe avec une netteté et un goût
parfaits. .\ travers les dessins les plus variés et les plus délicats, la
pensée mélodique ressort pure et lumineuse. Exécutée par l'auteur,
cette œuvre doit mettre en relief les diverses perfections du talent qu'on
se plaît à lui reconnaître. Nous aurons sans doute occasion d'en juger
dans le courant de cet hiver. Pour tout autre que lui, la tâche est
moins facile, mais elle est loin d'être impossible, et nous pensons que
plus d'un pianiste exercé voudra l'essayer et s'en tu'era à son honneur.
Brînley*Ricliards. — Cujus animam, transcription du Stab
Mater, de Rossini, pour le piano.
A combien de transcriptions l'immortel Slabat de Rossini n'a-t-il pas
donné naissance ? Tous les morceaux de cette œuvre inspirée ont servi
de thèmes ^ux caprices profanes d'une foule de compositeurs, mais au-
cun n'a été plus employé que le Cujus animam, qu'on regarde à
juste titre comme le bijou le plus précieux de ce riche écrin. Voici ve-
nir un pianiste anglais, dont la célébrité a passé le détroit, et qui, à son
tour, s'est probablement avisé qu'il ne pouvait choisir une meilleure re-
commandation auprès du public parisien, et, en cela, il ne s'est: pas
trompé. Les variations de M. Brinley Richards dénotent une belle in-
telligence musicale, en même temps qu'une remarquable entente des res-
sources du clavier. Elles ne peuvent manquer d'être accueillies avec
faveur dans les nombreux salons qui sont restés fidèles au culte de
l'illustre maestro, sous les auspices duquel il s'est placé.
li. T. A. Fréloii. — Romance sans paroles de S. Thalberq,
transcrite pour piano et orgue expressif.
En digne et habile propagateur de l'orgue des salons, M. Frelon con-
tinu à tracer pour ce nouvel instrument d'agréables et gracieuses
compositions qni sont toujours les bienvenues parmi les amateurs spé-
ciaux. Tout le monde connaît la Romance sans paroles de Thalberg,
qu'il a prise cette fois pour thème de sa transcription. La suavité de ce
chant, si élégiaque et si passionné, s'harmonise admirablement avec les
sons de l'orgue auquel il est confié, pendant que le piano prodigue les
richesses de son accompagnement beaucoup plus compliqué. C'est une
charmante combinaison, dont les effets sont sûrs et répondent à un
goût désormais fort répandu.
37
A. Riedel. — Rêverie suisse, imlse, t'ENCnAiVTERESSE, grande
valse à quatre mains pour piano.
Emile Besi^ranges. — Le Bal (la Gioja insoVitSi) , valse favorite
chantée par Mlle Adeltna Patti, composée par Maurice Strakosch,
et arrangée pour le piano.
Strauss. — La Pluie de fleuiis, valses pour piano.
Au moment où les bals se succèdent de toutes parts , en ne laissant
aux danseurs que rembarras du choix, des valses pour piano, d'une
exécution brillante quoique facile, et signées des noms d'A. Riedel,
d'E. Desgranges et de Strauss, ne sont pas certainement une bonne fortune
à dédaigner. Et cependant, si l'on nous demandait celle qu'il faut pré-
férer, nous serions bien embarrassé de nous prononcer sur le plus ou
moins de mérite de chacune d'elles. Aimez-vous les motifs inédits, sim-
ples et gracieu.x, dans lesquels le violoncelle a une partie obligée, ou
d'un effet plus large et plus tapageur, bien que Toujours très-mélodique,:
prenez les quatre valses qui composent la Rêverie suisse d'A. Riedel , le
chef estimé de la musique du régiment de gendarmerie de la garde im-
périale, ou encore l'Endianteresse, grande valse à quatre mains, du même
auteur. Si vous aimez à joindre aux plaisirs du bal le souvenir des plus
vives jouissances que le théâtre puisse faire éprouver, choisissez le très-
joli et très-fidèle arrangement fait par Emile Desgranges , de la Gioja
insolila, cette ravissante valse de Maurice Strakosch, que la lionne de ia
saison, Adelina Patti, vocalise avec tant d'éclat, aux Italiens , dans la
leçon de chant du Barbier de SéviUe. Dans le même ordre d'idées, vous
plaît-il de suivre et de saisir, à travers les méandres de la valse, les ins-
pirations les plus fameuses de nos grands compositeurs, de Meyerbeer,
de Rossini, d'Auber, d'Ad. Adam, d'A. Maillart, etc.: acceptez la Pluie de
fleurs que Strauss a dérobées à leur jardin toujours frais et toujours
jeune. Voyez plutôt: c'est le Pardon de Ploërmel, puis Fra Diavolo, l'Am-
bassadrice, Robert le Diable, la Sirène, Guillaume Tell, la iMuette, le CItevat
de bronze, le Prophète, les Dragons de Villars, Giralda, l'Etoile du Nord,
et, pour bouquet, c'est encore le Pardon de Ploërmel , dont l'air célèbre
de l'Umbre termine, comme il a commencé, l'arrangement du chef
d'orchestre des bals de l'Opéra.
Y.
CORRESPONDANCE.
Bruxelles, 27 janvier.
Emile Prudent fait ici et dans les villes voisines un voyage vraiment
triomphal. Il arrive de Louvain et se dispose à partir pour Bruges.
Ce qui, d'ailleurs, prouverait suffisamment combien était profonde l'im-
pression par lui laissée à Bruxelles, c'est l'empressement de la foule
compacte et brillante qui remplissait vendredi la salle du Grand-Concert.
Cette fois le grand artiste a obtenu plus de succès que jamais : à deux
reprises il a dû céder aux acclamations et aux sollicitations de la salle
entière. M. Fétis, l'illustre directeur de notre Con.servatoire, a lui-même
complimenté le célèbre pianiste etjointsessollicitationsà celles du public.
Emile Prudent est invité de toutes parts à donner une série de con-
certs à Bruxelles. Dimanche dernier, à Namur, l'auditoire lui a non-seu-
lement redemandé deux morceaux, mais à la fin du concert, malgré sa
fatigue, il a été pour ainsi dire porté au piano pour se faire entendre
encore. Lundi , à Louvain , même enthousiasme : la Danse des fées , le
Rêve d'Ariel, le Cliant du ruisseau ont été bissés, et les applaudissements
ont accompagné l'artiste à sa sortie.
Dans tous les concerts qu'il a donnés, les pianos de Henri Herz , sur
lesquels Emile Prudent a joué, ont été l'objet de l'admiration générale.
M.
New-York, 14 janvier.
En parcourant les annonces des journaux, on ne croirait jamais le
pays en guerre civile. L'opéra italien donne quatre représentations par
semaine; l'opéra allemand, tout autant; le théâtre français, deux; il y
a, de plus, huit grands théâtres, où l'on joue tous les soirs, sans compter
les concerts, bals et que sais-je encore? — Ce qu'il y a d'étonnant, c'est
que tous les directeurs font fortune! Une cnose plus incroyable encore,
c'est un directeur d'opéra italien qui paye régulièrement et honnêtement
tous les artistes : aussi est-il aimé et respecté de tous!
L'opéra italien de New-York compte un rival dangereux dans quelques
églises catholiques. On y fait de la musique dans le genre de la messe
de Rossini, arrangée par ce bon Castil-Blaze. .le me rappelle avoir en-
tendu, dans une église renommée pour sa musique mirobolante, celle des
pères jésuites, un des plus fameux tries dramatiques de Verdi appliqué
aux paroles célèbres de saint Thomas I Une autre fois, c'était le jour de
Pâques de l'année passée, ayant été appelé à diriger la musique dans
un couvent de religieuses, je fus fort étonné d'entendre pendant l'offer-
toire un fragment de Don Pasquale (honni soit qui mal y pense!), ar-
rangé en Ecee Panis. Il est vrai de dire que les braves nonnes igno-
raient entièrement ce qu'elles chantaient, et que la faute en doit être
imputée à un éditeur de Cincinnati, qui avait oublié de signaler l'origine
du morceau. Je connais un Ave Maria, composé par un de nos organistes,
et dans lequel il y a un trille incommensurable sur le si bémol aigu.
Etonnez-vous alors de ce que les prières ne sont pas exaucées!
L'imprésario Ulmann vient de partir pour Londres, emportant les
contrats, en bonne forme, de trois prime donne américaines. Depuis le
succès éclatant d'Adelina Patti, on s'imagine que toutes les autres réus-
siront de même. Ceci ne veut pas dire que Mlles Carlotta Patti (sœur
d'Adelina). Kellogg et Morensi, ne possèdent pas de fort belles voix et ne
chantent à merveille. Le succès de Mlle Cordier, notre compatriote, va
toujours crescendo. On vient de monter à l'opéra allemand le Maçon,
d'Auber, et ce vieil opéra du compositeur toujours jeune, a obtenu un
succès éclatant.
Votre tout dévoué,
DaCiiauer.
NOUVEUES.
3: \ Le théâtre impérial de l'Opéra a donné dimanche dernier le Trou-
vère et Grasiosa. La Muette a été représentée trois fois cette semaine
et chaque soir, la salle était comble. Plus sûrs de leurs rôles, les inter-
prètes du chef-d'œuvre d'Auber y rivalisent de talent; Mlle Vernon a
modéré sa pantomime, et le rôle de Fenella est maintenant trèsibien
rendu par cette belle et gracieuse artiste ; Mlle Fonta est toujours
rappelée après le pas brillant qui lui a été confié et qu'elle danse d'une
façon étourdissante.
i*.,, On a repris, au théâtre impérial de l'Opéra, les répétitions du
nouveau ballet Zara, qui réunira Mmes Ferraris et Vernon. Il sera pré-
cédé de la Mule de Pedro, opéra de Victor Massé.
»'% Les Huguenots viennent d'être représentés avec un grand succès
au théâtre de l'Oriente â Madrid. Mme Lagrange a chanté admirablement
le rôle de Valentine; Bettini, dans celui de Raoul, l'a dignement secon-
dée, et le duo du quatrième acte a enthousiasmé la salle. Du reste, Fras-
chini, Geremia Bettini, Giraldoni et Mme Lagrange composent un en-
semble d'artistes qui a toutes les sympathies du public madrilène. — On
répète le nouvel opéra de Verdi, la Forza del destina. — M. Ferri, en-
gagé par M. Bagier, a débuté avec succès d^ns Maria di Rohan. — Dans
une représentation de Don Pasquale, Mme Volpini a substitué au ron-
deau final la valse Di Gioja imolita, qu'elle a chantée de façon à enthou-
siasmer la salle,
,^*,f Les représentations de la Dame blanche et de Lallah Rouhk conti-
nuent à faire de brillantes recettes au théâtre de l'Opéra-Comique. Ceci
explique le retard que subit la première représentation de l'opéra de
Duprato, Déesse et Berger. Les principaux rôles seront interprétés par
Capoul, Crosti, Gourdin et Mlle Baretti.
^'"^ On annonce, pour le 6 février, les débuts de Berthelier, trans
fuge de l'Opéra-Comique, au Palais -Royal.
^*,j Don Giovanni, joué mercredi au bénéfice de Mlle Adelina Patti , a
été donné encore le lendemain, puis samedi et sera joué encore aujour-
d'hui, sans lasser la curiosité du public. La jeune et célèbre artiste ne
nous quittera que le 15 février. — Quelques jours après aura lieu la
première représentation de Stradella. M. de Flotow suit avec beaucoup
de soin les répétitions de son œuvre, que la direction du théâtre Italien
monteavec un grand luxe de décorations et de mise en scène.
:s*3, LL. MM. l'Empereur et l'Impératrice ont fait appeler dans leur loge
Adelina l'atti, le soir de la représentation à son bénéfice, et ont daigné
lui adresser les paroles les plus flatteuses. Le lendemain, LL. MM.
lui ont fait remettre un magnifique bracelet en diamants et éme-
raudes.
,t** Le théâtre Lyrique a repris, cette semaine, l'opéra d'Adam,
Si j'étais roi ! en attendant Peines d'amour perdues, musique de Mozart
(Cosi fan tutte), qui sera donné vers la mi-février. Les principaux rôles
seront remplis par Mmes Cabel, Faure-Lefevre et Girard; MM. Petit, Ca-
bel, Gabriel et Wartel. — Mme Carvalho ne retournera à Marseille que
pour le 1°'' mars.
,i*^ On annonce le prochain mariage de Crosti, de l'Opéra-Comique,
avec Mlle Andrieux.
»'^l, Au théâtre Princess, à Londre.i, deux danseuses ont encore été vic-
times d'un accident semblable à celui qui a failli faire périr Mlle E. Li-
38
REVLE ET GAZETTE MUSICALE
vry. L'une d'elles, miss Smith, qui s'était précipitée sur son amie,
Miss Hunt, pour éteindrejles flammes qui l'entouraient, a été la plus mal-
traitée. Ne serait-il donc pas possible de prévenir de si terribles acci-
dents, soit en entourant les becs de gaz qui peuvent se trouver en
contact avec les acteurs, soit en prescrivant par un règlement l'emploi
pour les vêtements légers, des préparations reconnues propres à les
mettre à l'abri de l'action du feu ?
»*4 Nous avons fait connaître le grand succès que Saint-Léon vient
d'obtenir à Saint-Pétersbourg, avec son nouveau ballet de Thœlinde. A
la deuxième représentation, le public, qui avait rappelé l'auteur après
chaque tableau, lui a fait remettre sur la scène une magnifique bague
en diamants et saphirs. De plus, le lendemain de son retour de Moscou,
l'empereur et toute la famille impériale ont assisté à la troisième repré-
sentation, pendant laquelle Sa Majesté a daigné descendre sur la scène,
pour féliciter l'habile chorégraphe.
**, Tichatschek, à l'occasion du vingt-cinquième anniversaire de sa
première apparition sur le théâtre royal de Dresde, a chanté, le 47
janvier, le rôle de Fernand Cortez, dans l'opéra de Spontini. L'éminent
chanteur a reçu de nombreuses marques de sympathie.
^*^ La Comtesse d'Egmont, grand ballet du chorégraphe Uota, vient
d'obtenir un brillant succès au théâtre royal de Turin. Le principal
rôle a été dansé par Mlle Legrain, qui a été couverte d'applaudisse-
ments. Les décors et la mise en scène sont splendides. — A Milan, au
théâtre de la Scala, / due soci (Robert Macaire et Bertrand) ont égale-
ment réussi et fort amusé le public. Ce ballet fait honneur au maître
de ballets Taglioni.
»*„, S. M. le roi des Pays-Bas a daigné conférer à M. S. Dufour, direc-
teur de la Revue et Gazette musicale, l'ordre royal de la Couronne de
Chêne.
,s** Le concert populaire de musique classique qui aura lieu aujour-
d'hui au Cirque Napoléon sera ainsi composé : 1° ouverture de Médée,
de Cherubini ; 2" symphonie militaire d'Haydn ; 3" polonaise de Struen-
sée, de Meyerbeer ; 4° Septuor de Beethoven.
4*^ La société des concerts du Conservatoire donne aujourd'hui une
matinée extraordinaire au bénéfice de l'industrie cotonnière.
^*.^ La Société nationale des beaux-arts, boulevard des Italiens, n» 26,
donnera dimanche prochain , 8 février, à 1 heure 1 /2, son quatrième
concert. On y exécutera la Fuite en Egypte, deuxième partie de l'En-
fance du Christ, d'Hector Berlioz ; le solo sera chanté par Warot, de
rOpéra-Comique; — VOuveriure du Carnaval romain, du même; Y Invi-
tation à la valse, de 0. M. de Weber, orchestrée par Berlioz (toute cette
partie du concert sera dirigée par le célèbre compositeur), et la pre-
mière audition d'une ode-symphonie de M. E. Bizet: Vasco de Gama, dans
laquelle le solo sera chanté par Mlle Girard, du théâtre Lyrique; — Vcr-
cingetorix, poëme musical, paroles et musique de .1. DebiUemont , solo
chanté parTroy, de l'Opéra-Comique, et enfin la symphonie eii mi bémol
de Félicien David.
^*,^ La partition de piano et chant de l'opéra Béatrice et Benedict,
de M. Berlioz, vient de paraître chez Brandus et Dufour, boulevard
des Italiens. Elle contient entre autres choses d'une originalité piquante,
un trio pour trois femmes et un chœur, ajoutés par l'auteur depuis les
représentations de cet ouvrage à Bade. On s'occupe en ce moment de
mettre en scène Béatrice et Benedict au théâtre de Weimar , Mme la
grande-duchesse ayant demandé cet opéra pour la représentation de
gala qui aura lieu le 8 avril prochain, jour de la fête de Son Altesse.
»*,t M. Pasdeloup, après avoir arrangé à l'usage de l'Orphéon de Pa-
ris, le chœur de la prière de la Muette de Portici, et celui des Bohé-
miens de Preciosa, vient d'arranger dans le même but, Avant la bataille,
de Weber. Nous reviendrons sur cette dernière œuvre, qui se compose
de deux chœurs fort habilement liés entre eux par M. Pasdeloup.
**« Henri Vieuxtemps exécutera pour la première fois mercredi pro-
chain, salle Herz, une sonate pour alto et piano. Au grand intérêt qu'ex-
cite chaque audition d'une œuvre nouvelle de cet artiste, se joint, cetle
fois, celui de l'entendre jouer de l'alto, instrument qu'il manie avec la
même perfection que le violon. Les dilettanti se souviennent encore
de l'effet immense et de l'émotion profonde que produisit il y a quel-
ques années le célèbre artiste lorsqu'il joua son Élégie sur ce bel ins-
trument, un peu trop négligé aujourd'hui.
^*^ La troisième soirée de Mme Escudier-Kastner et de MM. Vieuxtemps
et Batta aura lieu mercredi prochain, 4 février, avec le concours de'
M. Délie Sedie, du théâtre Italien. En voici le programme: 11° Grande
sonate pour piano et violon, dédiée à Kreutzer, de Beethoven (rede-
mandée) ; 2° chant ; 3" sonate pour, alto, exécutée pour la première fois
à Paris par l'auteur (Vieuxtemps) ; 4° chant ; 5' duo pour piano et vio-
loncelle (Mendelssohn) ; 6» quatuor en la majeur (Beethoven),
,^*^, Jean Becker, l'éminent violoniste allemand, est arrivé à Paris.
11 donnera un concert avec orchestre le 25 février, à la salle Uerz.
M. Becker a l'intention de donner également à Paris trois concerts
historiques. Dans le premier il jouera la musique italienne; dans le
deuxième, la musique allemande ; dans le troisième, la musique française
et belge.
4*,,, Mme Clara Schumann, qui vient d'arriver à Paris, donnera le sa-
medi \U février, un concert dans les salons Erard. La célèbre artiste
aura le concours de MM. Armingaud et Jacquart. On ne doute pas que
la grande sensation qu'elle a produite l'hiver dernier ne se renouvelle
cette année.
i% Au théâtre de la cour, à Vienne, il y a eu, dans le courant de
1862, 217 représentations qui se répartissent de la manière suivante :
Meyerbeer, 26; Donizetti, 23; Verdi, 20; Mozart, 17; Uicliard Wa-
gner, 1 6 ; Flotow, 1 1 ; etc.
*** Le concert de M. Aptommas, le célèbre harpiste de New-York, dont
nous avons annoncé l'arrivée à Paris, aura lieu samedi 7 février, à
8 heures du soir, dans les salons d'Erard, avec le concours de Mlle Dau-
deville, de Troy, de l'Opéra-Comique, de MM. Bloch, Colonne, etc.
M. Aptommas jouera, ainsi que nous l'avons dit, le Concert-Stilckàs Weber
et plusieurs morceaux très-intéressants de sa composition.
,j.*.j, Nous avons annoncé pour le 10 février, dans la grande salle du
Louvre, le concert de Mme Madeleine Graever. Roger y chantera le
grand air de Joseph et le Roi des aulnes, de Schubert. Il sera accompa-
gné par Litolff, qui doit diriger d'ailleurs l'orchestre, choisi parmi les
artistes les plus distingués de Paris.
a,*,^ La Gazette musicale de Barcelone dément avec force les bruits
calomnieux répandus à Milan par des malintentionnés, au su-
jet du théâtre du Liceo, qu'auraient quitté les artistes, et dont le di-
recteur, M. Verger, aurait pris la fuite. L'honorable imprésario est
toujours à son poste ; il ne doit pas un réal aux artistes, et les repré-
sentations continuent comme par le passé. — L'engagement de Mme Czil-
lag a été définitivement résilié à l'amiable.
,f*a, Il paraît certain que la nouvelle loi sur la propriété littéraire ne
sera pas présentée au Corps législatif dans le cours de cette session.
Elle devra d'abord être examinée par le conseil d'Etat, et la commission
instituée au ministère d'Etat s'occupe de cette présentation.
.^*,f: Dans une soirée intime, donnée récemment chez sa mère,
Mlle Schultz, dont nous avons eu déjà l'occasion de parler, s'est fait en-
tendre seule et en compagnie de Vieuxtemps et de Seligmann. Un trio
de M. Damcke, compo-îition de l'ordre le plus élevé, à travers laquelle
passe comme un souffle de Beethoven, a été rendu par les trois artistes
avec le style serré, nerveux et précis que réclament ces sortes d'ouvra-
ges dans le goût allemand. Puis, la jeune virtuose a fait entendre une
rêverie de Chopin et la valse de Schubert, arrangée par Liszt pour le
piano. On n'a pas des doigts plus habiles et plus légers que Mlle Schultz,
ni un plus vif sentiment musical.
**:f M. Ferdinand Stolte, l'auteur du poëme dramatique Faust, qui a ob-
tenu un très-grand succès en Allemagne et en Angleterre, en fera
l'objet de deux lectures à Paris, les 4 et 11 février. Ces intéressantes
séances auront lieu dans la salle Lemardeley, 100, rue Richelieu, à
8 heures du soir.
.j*,f Nous avons déjà appelé l'attention de nos lecteurs sur les soirées
intéressantes de prestidigitation et de physique que M. Robin donne
chaque soir dans sa jolie salle du boulevard du Temple. Jeudi dernier,
c'est à peine si elle pouvait contenir la foule qu'y attirait une représen-
tation donnée au bénéfice de l'industrie cotonnière, et dans laquelle le
savant physicien a déployé une adresse et une habileté incomparables.
La totalité de la recette, déduction faite du droit des pauvres, a été
versée, sans retenue d'aucun frais, à la caisse du journal le Constitu-
tionnel. C'est une heureuse initiative qu'a prise là M. Robin, et qui lui
conciliera certainement les sympathies du public parisien.
»*,,, Les charmantes pianistes, Marie et Nadine Harder, donneront le
9 février, un concert dans les salons Erard. On y entendra Mme Mancel
dans la partie vocale, et dans la partie instrumentale, MM. Hugo Her-
mann, Roccius et Mlle Hermann.
,1,*^ Mlle Marguerite Elle, jeune et intéressante artiste de la Nouvelle-
Orléans, élève de Staraatly, donnera, mercredi 4 février, dans les sa-
lons de Pleyel, Wolff et Cie, un concert dans lequel on exécutera plu-
sieurs morceaux de Beethoven, de Mendelssohn , Dœhler, Chopin et de
son maître Stamatly. Outre le talent qui recommando Mlle Elle, des ar-
tistes d'élite lui prêteront leur concours, et on y entendra, entre autres,
Alard, Franchomme, Jules Lefort, etc. Avec de tels éléments le succès
n'est pas douteux.
,j*,t. Les jeunes virtuoses Auguste et Emile Sauret, qui, bien qu'âgés
seulement de huit et neuf ans, jouent déjà du piano et du violon en
véritables artistes, donneront un concert le 21 février, dans la salle
Herz. En attendant, ils sont très-recherchés dans les soirées musicales,
DE PARIS.
6g
et dimanche passé, ils ont été applaudis et fêtés comme ils le méritent,
dans uue réunion d'artistes et d'amateurs de bonne musique.
^** Luigi Romani a publié à Milan une histoire du théâtre de la
Scala depuis son origine jusqu'à nos jours. Ce théâtre ouvrit en 1778
avec les opéras YEuropa riconosciuta, de Saliéri, et Troja distrutla, de
IMortellarl. L'époque la plus brillante de la Scala fut celle de 1815 à 1845.
^.*, Du travail et du pain ! tel est le lilre d'une élégie, paroles et
musique composées par M. l'abbé Toiizé, chanoine honoraire de Reims,
chantée par Aime Miolan-Carvalho, et qui se vend au profit des ou-
vriers sans ouvrage chez lietté et G". C'est la septième composition
de M. l'abbé Touzé publiée par lui dans un but de bienfaisance.
^"^ Le bal annuel de l'Association des artistes dramatiques aura lieu
le 7 mars prochain, dans la salle du théâtre impérial de l'Opéra-Comique,
sous le patronage de LL. MM. l'Empereur et l'Impératrice. La réputa-
tion de cette fête est assez établie pour que nous jugions inutile d'in-
sister sur son éclat et sa splendeur. L'orchestre, de cent musiciens, sera
dirigé par M. Strauss. Le prix du billet d'entrée est de 1 francs. On
souscrit chez M. Thuiilier.
./'■^ L'auteur de charmantes romances, Etienne Arnaud, vient de
mourir des suites d'une fluxion de poitriue.
^*^ A Saint-Gall est mort, le 9 janvier, dans'sa quatre-vingt-deuxième
année, le compositeur Ferdinand Huber, à qui l'on doit les plus beaux
lieder suisses. On peut dire qu'ils se sont répandus sur le globe en-
tier. Huber en avait dédié un cahier à Mendelsshon, qui en fait le plus
chaleureux éloge dans une lettre adressée à l'auteur.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
,*^ Berlin. — Vers la fin de février on attend Mlle Désirée Artot, qui
doit donner une série de représentations au théâtre royal de l'Opéra.
Vers la même époque Mlle Lucca prendra son congé. — Wilhem Rust,
directeur de la société Bach , a donné un concert de bienfaisance à
l'église neuve. Parmi les morceaux que l'on y a entendus, le plus in-
téressant est l'ode à la mort, par KIopstock, que Gluck chantait sou-
vent en s'accompagnant lui-même sur le piano, mais dont il n'avait
jamais écrit la notation. Le maître de chapelle Reichardt avait transcrit
la musique après l'avoir entendue. Cette pièce curieuse étant venue
aux mains de Rust, il adapta au chant un accompagnement conforme
aux intentions du compositeur. — L'ode â la mort, chantée par Mme Jach-
mann-Wagner, n'a pas produit tout l'effet qu'on attendait.
^•^ Vienne. — Parmi les nombreux concerts de la saison, nous cite-
rons la soirée du jeune Ketten, qui a été très-applaudi, et le concert
de la société philharmonique, dont le produit est affecté à la restaura-
tion des tombeaux de Beethoven et de Schubert. Les honneurs de la
soirée ont été pour Mlle Bochkolz-Falconi. qui a chanté deux lieder
de Beethoven avec un succès des plus flatteurs. — Mlle Désirée Artot
vient de quitter notre ville, où elle a terminé la seconde série de ses
représentations. Elle se rend à Berlin pour y clore la saison du grand
théâtre royal. Avant de partir, elle a été invitée à chanter une troisième
fois à la cour; l'archiduchesse Sophie lui a fait remettre après le
concert un magnifique bracelet, en exprimant le désir de voir la cé-
lèbre cantatrice revenir bientôt à Vienne.
.j*^ Varmstadf. — Le 25 janvier a été représentée, sur le théâtre
grand-ducal, la Rei^w de Saba, de Gounod. Presque tous les directeurs
des théâtres de l'Allemagne assistaient à cette représentation, que le grand-
duc etsafamille honoraientde leur présence. Gounoda dirigé l'orchestre,
et le succès a été très-grand. Le quatrième acte a cependant paru trop
long. Le second acte, qui représente la mer d'airain, a produit beau-
coup d'effet. A la fin de la soirée le compositeur a été rappelé. Avant
son départ pour Berlin, où il va assister à une des représentations de
Faust, il a reçu du grand-duc la croix de son ordre de Philippe le
JVIagnanime.
^*» Brème. — La symphonie l'Odan, par A. Rubinstein, qui a été
accueillie précédemment avec une faveur marquée à Berlin, Leipzig, etc.,
vient d'être exécutée ici par la société des concerts de symphonie.
Cette œuvre importante, empreinte d'un talent original, a produit le
plus grand effet.
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IVenstedt (Ch.). Première rêverie
— Deuxième nocturne
Valexy (A.). Les Feuilles de la marguerite, six morceaux-oracle
1. 11 m'aime! 3. Beaucoup! 5. A la folie!
2. Un peu! 4. Tendrement! 6. Pas du tout!
Chaque numéro séparé
L'ouvrage complet, broché
— Fouets et Grelots, grand galop brillant
— Id. à quatre mains
fVachs (P.). La Première amitié, romance sans paroles . . . .
marque
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6
5 .
5 .
15 ..
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BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, I.
30« Année.
^0 6.
8 Février 1863.
OR S'ABONNE l
Dana les Déportements et à l'Étranger, chez loua
les Marchands de Musique, les Libraires, et aux
Pureaux des Messageries el des Postes.
REVUE
PRIS DE L'ABONNEMENT :
Paris 24 (r. par 01
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Étranger 34 " id.
Le Journal parait le Diuianche.
GAZETTE IHUSIC
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Nos abonnés reçot-vent, avec le numéro d'aujourd'lini,
les titres et la table analytique des n)atl«^res pour
l'année 186%.
SOMMAIRE, — Concert populaire. — Soirée musicale, par Paul ISmitli. —
Auditions musicales, par Adolphe Botte. — Bouffes-Parisiens : Job el
srni chien , opérette en uu acte , paroles de M. Mestipes, musique de M. Emile
Jonas î Madame Pygmalion, opérette-bouffe en un acte, paroles de MM. Jules
Adenis et Francis Tourte, musique de M. Frédéric Barbier. — Revue critique,
par Adolphe Botte. — Revue des tliéàtres, par D. A. D. Saint-Yves.
— Nouvelles et annonces.
CONCERT POPULAIRE DE MUSIQUE CLASSIQUE.
11 y a huit jours, le programme se composait de quatre numéros
seulement, et l'ouverture de la Médée de Cherubini en faisait par-
tie. C'est un morceau bien fait que cette ouverture, mais il n'a rien
qui sorte des proportions ordinaires : on y sent l'art plutôt que le
génie, et le métier plutôt que l'art. Les idées y manquent de ce ca-
ractère saillant qui résume tout un drame, et de cette distinction
qui fait qu'on les retient de préférence à une foule d'autres.
Il faut parler tout autrement de la symphonie militaire d'Haydn,
œuvre naïve et charmante remplie d'inspirations qui, par leur dou-
ceur et leur aménité, semblent parfois en contradiction flagrante
avec le titre. 11 est certain que si, de nos jours, on avait à écrire
une pareille œuvre, on s'y prendrait d'un autre style, et qu'on s'ar-
rangerait pour faire un autre fracas. Mais Haydn vivait dans un
siècle où l'on ne connaissait pas encore les canons rayés, et puis il
était d'une nature essentiellement pacifique. Dans sa symphonie mi-
litaire, les soldats vont à la parade, et non au combat ; il aurait eu
trop peur de faire tuer un homme !
A l'œuvre gracieuse d'Haydn succédait une œuvre profondément
dramatique de Meyerbeer, la Polonaise de Struensée , le second des
entr'actes compo.sés par l'illustre maëstn pour la tragédie de son
frère. Une Polonaise dramatique ! Ce substantif et cet adjectif ne
sont-ils pas quelque peu surpris de se voir accouplés ensemble ? Et
pourtant rien de plus juste, rien de plus vrai. Le bal et ['arrestation,
le plaisir et la crainte, la joie et les larmes, tel est le contraste ad-
mirablement saisi et reproduit par la musique : tel est l'émouvant
tableau tracé par la même main qui peignit les Hwjiiemls et le
Prophète. Notre savant collaborateur, M. Fétis père, a dit, il y a
longtemps, dans ce journal, qu'il estimait à égal prix les morceaux
de Struensée, en commençant par la magnifique ouverture, exécutée
plusieurs fois par les deux orchestres de Pasdeloup, celui de la So-
ciété des jeunes artistes, dans la salle Herz, et celui des concerts
populaires dans le cirque Napoléon. Nous devons bientôt l'entendre
encore : nous le désirons d'autant plus que l'exécution de la Polo-
naise a mérité dimanche dernier des éloges sans réserve, et qu'elle
a produit un merveilleux effet. Trois salves d'applaudissements ont
témoigné de l'impression res?eatie par tout l'auditoire ; Ttcuvre aviiit
donc été comprise aussi bien que rendue ! A chaque retour de l'air
de danse et du ton primitif, on avait senti ce léger murmure qui
circule de proche en proche lorsqu'il y a émotion vraie et sponta-
née. Les cœurs étaient serrés, tandis que le drame grondait sous le
■pizzicato si expressif des violons, ou bien dans Vagilato appassionato
en ut mineur, et puis la Polonaise reparaissant était accueillie chaque
fois comme un sourire.
Pour ne pas rester au-dessous d'une composition de cette force,
il ne fallait pas moins qu'une des meilleures œuvres de Beethoven, et
Pasdeloup avait choisi fort à propos le grand septuor de ce maître
pour le faire exécuter dans son entier. Le succès le plus complet a
couronné la noble entreprise : on a tout admiré, tout applaudi; on au-
rait volontiers tout redemandé de ce magnifique septucr, frère aîné
de toutes les symphonies du même auteur, supérieur même à quel-
ques-unes. Les trois solistes qui jouaient la partie de cor, celle de la
clarinette et celle du basson, n'ont rien voulu céder de l'honneur de
la journée au gros bataillon des instruments à cordes. Aussi, quand à
la fin du sextuor, les transports de l'enthou.siasme général ont éclaté,
Pasdeloup a-t-il amené sur le devant de l'estrade MM. Pâquis, Au-
roux et Espeignet pour qu'ils fussent tous les trois applaudis en per-
sonne, et connus de son public, comme lui-même.
SOIRÉE MUSICALE.
L'autre samedi nous avons entendu chez Marmontei , le célèbre
professeur, des artistes dignes de ce tilre, et dont plusieurs ont été ses
élèves. Parmi eux se distinguait Alphonse Duvernoy, pinniste encore
jeune d'âge, niais non de talent. Nous le louerons d'abord pour l'é-
légance et la finesse de son jeu, qui n'ont guère de rivales pour la
qualité exquise du son qu'il tire de ses touches. Ce que nous signa-
lerons de plus, c'est l'individualité que son talent aspire à prendre,
et qui déjà commence à se roanilestcr. Nous l'avons apprécié dans
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
un nocturne de Chopin ( avec lequel il a quelque analogie ) , dans
un andante de Beethoven et dans le rondo de Weber. Le même ar-
tiste avait supérieurement joué la partie de piano dans un trio d'A.
Blanc, composition des plus distinguées, écoutée avec un vif plaisir.
M. Vincent, Mlles Rey et Lée, trois élèves de Révial, ont eu beau-
coup de succès dans la partie vocale de cette soirée, où les habiles
instrumentistes étaient nombreux.
Paul SMITH.
AUDITIONS MUSICALES.
Eugène Ketterer. — Hllle Julte de ivociter.' — Mlle iwar»
gaerlte Elic. — Troisième «otrée de Blme Escndier-
Kastner et de WV3. Henri 'Vieïixtemps et A. Batla.
Si les concerts ne sont pas rares, les réunions particulières ne
sont pas moins nombreuses ; c'est à qui , chez soi , fera de
la musique, c'est à qui ravira le plus les admirateurs des chefs-
d'œuvre de toutes les écoles et de tous les temps; seulement, c'est
toujours de la musique de chambre : musique de chambre chez M. Le-
bouc, dont le talent est apprécié comme il mérite de l'être ; musique
de chambre chez Mme Wartel, chez Mlle Marie Baumetz, chez
Mlle Trébelli, chez Mais arrêtons-nous, et parlons de ce qui
n'a pas été exclusivement réservé à d'heureux privilégiés. D'ailleurs,
fût-on aussi bref que possible, les colonnes de ce journal ne sufliraient
point à enregistrer tous les succès intimes.
Parmi les transcriptions d'Eugène Ketterer, jouées samedi dans les
salons Pleyel-WolCf, nous citerons celle du Trovatore, celle de Ah !
quel plaisir d'être soldat ! celle de Guillaume Tell pour piano et
orgue et celle de la Somnambule, où, comme pianiste, l'auteur a
montré une expression soutenue et une certaine ampleur qui ne lui
sont pas habituelles, et dont l'éloignent d'ailleurs les choses courtes
et légères auxquelles il semble avoir voué son double talent. Les
morceaux originaux ont peut-être satisfait la majorité des auditeurs,
mais cela ne suffit point. Quoi qu'il en soit et quoi qu'on en dise, les
minorités ont une valeur, une influence parfois singulière et redou-
table, et ce sont elles surtout qu'il faut gagner quand on est jaloux de
la durée et de l'importance de son œuvre.
En composant si vile un si grand nombre de morceaux, le but
d'Eugène Ketterer n'est pas évidemment d'atteindre à la beauté du
travail harmonique, à la richesse des développements, à la nouveauté
des combinaisons instrumentales, — toutes choses que cherchèrent
et atteignirent les maîtres modernes du piano; — il a voulu surtout
satisfaire aux exigences du moment, transcrire la mélodie en vogue,
et varier, dans un style enjoué et facile à comprendre, les inspirations
qui tour à tour ravissent le public. Là est le secret de ses succès; là
aussi est la raison de ses faiblesses. Le grand Caprice hongrois éclos
dans la première jeunesse de l'auteur, reste comme un heureux aîné.
Cette fois encore, il a produit son effet accoutumé, effet que n'ont
pas produit, nous devons le dire, toules les dernières œuvres.
Comme cela arrive trop souvent, la partie vocale n'était pas bril-
lante. Jamais peut-être on n'avait entendu de pareilles intonations,
jamais on n'avait entendu phraser, prononcer et respirer de cette façon.
Ce qui manque à Mlle Frasey ce n'est pas la voix, c'est seulement
l'élude. En vérité, nous ne comprenons pas qu'on ose se présenter
devant le public quand on ne possède aucun talent. Pendant que les
instrumentistes travaillent et s'élèvent aux qualités les plus solides et
les plus brillantes, la plupart des chanteurs se dispensent aussi bien
du solfège que des vocalises : aussi s'en aperçoit-on au charme de
leurs points d'orgue et au sentiment qu'ils ont du rhylhme et de la
période musicale! 11 est grand temps, ce nous semble, qu'on se
préoccupe un peu plus sérieusement de l'art du chant.
Les compositeurs surtout déplorent cette décadence et en souffrent.
Ils essaient bien d'imposer à leurs interprètes le style, les ornements,
les mouvements, le caractère et l'expression que demandent leurs
inspirations ; mais souvent ils ne sont ni écoutés ni compris, et ne
sauraient l'être. Comment, en effet, parler de goût, de finesse, de
distinction et de vérité à des gens auxquels l'éducation première a
manqué et qui ne se doutent même pas de la véritable physionomie
d'un morceau?
— A son concert, où le chant aussi a laissé trop à désirer,
Mlle Julie de Wocher a dit avec netteté, vigueur et délicatesse le
trio de Mayseder, puis de jolis morceaux de Litolff et de Gutmann.
Le trio écrit, par Frédéric Brisson pour piano, orgue et violon sur
la Somnambule est délicieux, non-seulement, comme cela arrive par-
fois, grâce à la beauté des canlilènes, mais grâce à l'élégance et à
l'habileté du travail. L'ingénieux auteur de V Arabesque écrit toujours
de charmantes petites pièces. Sa Valse des rêves, sa Fête des Por-
cherons et surtout sa Cansone, qu'il a jouée très-finement l'autre soir,
attestent qu'il n'a rien perdu des aimables qualités qui lui firent goû-
ter plusieurs fois au fruit savoureux du succès.
— Le public demande aujourd'hui plus que des rêveries, des ca-
prices et autres choses semblables; il veut du grand, du large, du
beau, et a tout d'abord su gré à Mlle Marguerite Elie, jeune élève de
M. Stamaty, du bon goût de son programme. Trio en ut mineur de
Mendelssohn, magnifiques varialions de Beethoven sur un thème des
Machabées — c'est-à-dire Haendel, qu'on a si justement comparé à
Homère — traité et développé par un homme de même taille que lui,
tel était le fond de ce concert. Dites par Mlle Marguerite Elie, par
Alard et par Franchomme, qui, le matin même, chez Mlle Marie
Beaumetz, avaient ravi l'auditoire, ces pages, qu'il est bien inutile de
louer, ont causé un vif plaisir. Succédant à l'énergie, à la passion
frémissante qu'on sent dans Haendel et dans Beethoven, même dans
leurs inspirations relativement calmes, le scherzo de M. Stamaty
a été très-sympathiquement accueilli. En exécutant, seule, des mor-
ceaux de Dœhler et de Chopin, Mlle Marguerite Elie a fait apprécier
la netteté, la sobriété et l'élégance de son jeu. Si la jeune pianiste
n'était pas encore une enfant, nous dirions, quoiqu'elle ait été vive-
ment encouragée, qu'un peu moins de mollesse, un peu plus de cha-
leur et d'émotion, des accents un peu plus passionnés eussent satis-
fait davantage et donneraient à son talent l'éclat et la variété qui lui
manquent encore et qu'il ne dépendra que d'elle d'obtenir.
Les soirées de Mme Escudier-Kastner et de MM. Henri Vieux-
temps et A. Batta attirent toujours la foule, et prouvent une fois de
plus, comme le prouvent chaque jour tant d'intéressantes fêtes artis-
tiques, que nous sommes encore loin — malgré tout ce qu'on fait
pour cela — d'être déshérités de l'enthousiasme et de l'amour des
belles choses. Il faut reconnaître aussi que ces soirées sont organi-
sées avec beaucoup de goût ; on n'y oublie pas ce besoin de variété
qui, en France surtout, domine souvent tous les autres. Si, cette fois,
le piano est resté aussi net, aussi brillant, aussi remarquable de vi-
gueur et de grâce, si le violoncelle est resté aussi expressif, si tous
deux ont réellement enlevé les suffrages, le violon, lui, s'est tout à
coup métamorphosé. Il a voulu voir si, en baissant le ton, en grossis-
sant sa voix, il exciterait les mêmes transports. Il y a parfaitement
réussi. La Sonate pour alto a valu à Henri Vieuxtemps, nous ne di-
rons pas comme compositeur, mais comme exécutant, le succès qu'il
avait obtenu le mercredi précédent en jouant son entraînante et jolie
Polonaise. Pouvoir ainsi changer de voix et conserver la même su-
périorité, c'est vraiment merveilleux. Combien de ténors devenus
barytons vont porter envie à Vieuxtemps!
Après avoir applaudi, aux deux premières séances Mlles Marie Battu
et Trébelli, il a été donné aux diletlanles d'applaudir cette fois Delle-
Sedie. A la vivacité des bravos, l'excellent artiste a pu voir que, au
concert surtout, on sentait tout le prix de sa diction, de son style.
DE PAHIS.
43
ei que, mieux qu'au théâtre, où l'organe dissimule plus difficileraenl
ses faiblesses, on était très-syaipathique à la pureté, à la correction
et à tous les mérites d'une belle méthode.
Adolphe BOTTE.
THÉÂTRE DES BOUFFES-PARISÎENS.
JOB GX SOiV CIIIEW,
Opérette en un acte, paroles de M. Mestépes, musique de
M. Emile Jonas.
BIADAIUH PVG.UAIilOiV ,
Opérette-bovffe en un acte, paroles de MM. Jules Adenfs et Francis
Tourte, musique de M. Frédéric Barbier.
(Premières représentations le 6 février.)
L'heure du repos a sonné pour Orphée aux enfers, fatigué, mais
non usé par ses quatre cents représentations. Le temps n'est peut-
être pas éloigné oii nous le verrons renaître plus jeune et plus alerte
que jamais. Provisoirement, il daigne, en bon prince, céder le pas
à d'autres ; il entrouvre la porte, et les impatients qui désespéraient de
voir arriver leur tour, se hâtent d'entrer dans la place.
Voici d'abord Job et son chien, petite opérette bien folle et bien
extravagante de M. Mestépes. Job a un chien qu'il aime avec la pas-
sion d'une vieille fille ; mais il a aussi un maître qui ne professe
pas pour les animaux la même tendresse que lui. Le docteur Corné-
lius veut fonder sa réputation sur un élixir contre le spleen ; malheu-
reusement, les essais qu'il a tentés jusque lîi in anima vili, c'est-à-
dire sur les chiens, n'ont pas été couronnés de succès. La dose de
poison qui entre dans la composition de son élixir les a tous tués.
Cornélius n'en persiste pas moins à vouloir expérimenter sur l'homme,
et, le pistolet à la main, il force un de ses locataires à avaler sa
drogue. Or, ce locataire, fort maltraité par la fortune, et par con-
séquent sujet au spleen, se trouve tout à coup transformé par la
boisson du docteur. On s'étonnerait à moins : aussi, dans sa joie,
Cornélius donne-t-il une somme considérable au jeune Franz , qui
témoignera de l'excellence de son remède. Cette somme , qui lui
tombe du ciel tout à point pour épouser une jeune fille qu'il aime,
Franz ne l'a pas gagnée; car on apprend bientôt que l'élixir du
docteur a été édulcoré par Job, qui craignait que son chien n'en fît
l'expérience. Mais il est trop tard pour se raviser, et le docteur en
est pour la perte de ses illusions et pour le sacrifice de ses billets
de banque.
M. Emile Jonas , professeur au Conservatoire , a écrit sur cette
donnée canine quelques morceaux faciles et spirituels qui ont été
fort applaudis, et à très-juste titre. Son ouverture , composée de di-
vers motifs qu'on retrouve plus tard dans la pièce , est d'un effet
charmant, grâce à la variété de ses combinaisons. Les couplets de
Job, dans lesquels il imite l'aboiement de son chien , ont un cachet
original. Wous citerons encore les couplets en duo : Eh! va ton
train, cher médecin , qui sont pleins de gaieté et de franchise ; les
couplets à boire et le finale, morceau fort habilement tracé, oîi l'on
voit défiler successivement les principaux motifs de la pièce.
Tout cela est joyeusement interprété par Desmons , Marchand ,
Georges et Mlle Géraldine.
Il semblait impossible que l'on pût faire quelque chose de plus dé-
raisonnable que Job , et cependant Madame Pygmalion a résolu le
problème. Il est vrai qu'ici nous sommes en pleine fantaisie, et même
en pleine parodie de la Galathée de l'Opéra-Comique. Clorinde , ar-
tiste peintre du genre féminin, se meurt d'amour pour l'image d'une
espèce de Turc de carnaval qui est le fruit de ses pinceaux. Un guide
basque et un cocodès jaune, amoureux de sa soubrette et de sa
nièce, s'entendent pour la mystifier, afin de la forcer à donner son
consentement à leur mariage , en la compromettant. Donc , le guide
Andréas s'introduit dans le cadre du Turc Hassan, et, docile à l'évo-
cation de Clorinde, il s'anime comme Galathée, mais pour faire bientôt
repentir l'artiste de ses vœux indiscrets. Il va sans dire que les com-
plices d'Andréas prennent plusieurs déguisements pour seconder ses
projets, et que tous ensemble ils bouleversent complètement les idée.s,
déjà fort obscures, de Clorinde ; que la pauvre femme est trop heu-
reuse de penser qu'elle a fait un mauvais rêve, et de retourner bien
vite à la réalité.
La musique que M. Frédéric Barbier a brodée sur ces situations
bouffonnes, nous a paru on ne peut mieux adaptée au sujet. Le public
a particulièrement fait bon accueil à une sérénade pour deux voix
d'hommes, à un duo comique et à la ronde de l'émir, qui est le mor-
ceau capital de sa partition.
Mlles Giraldine et Laurent sont très-agréablement placées toutes
deux dans les rôles de la soubrette gracieuse et de la nièce Florès.
Duvernoy et Jean-Paul s'acquittent fort bien de leurs personnages
grotesques. Mais les honneurs de la pièce sont, sans contredit, pour
Mlle Baudoin, qui interprète en vraie comédienne les boutades ex-
centriques de l'artiste Clorinde.
La reprise de Ba-ta-clan et des Deuc Aveugles, qui accompagnait
ces deux nouveautés, a fait le plus grand plaisir. Pradeau, Marchand,
Tacova, Mlles H. Loyé, Tafïanel, Simon, Dalbert remplissent aujourd'hui
les principaux rôles de la célèbre chinoiserie musicale. La Kaoul-
chou-lika, dansée par Mlle Simon, l'ancienne ballerine de l'Opéra, et
par tous ses camarades, t'.'rmiae dignament cette bouffonnerie.
D.
BEVUE CRITIQUE.
SIX UÉIiODIEiS DE! 11. <I. CBSI^SSOi^'i^'Om.
(Deuxième volume des Haumosies.)
Dans sou deuxième comme dans son premier volume , intitulé
Harmonies, M. Cressonnois n'a pas compté seulement sur le charme
et l'intérêt de sa musique; il s'est inspiré des vers si puissants, si
colorés de Victor Hugo, et-des pensées si spirituelles, si fraîches et si
délicates de Théodore de Banville, de Piron et d'Armand Barthct,
l'heureux auteur du Moineau de Lesbie, de cette admirable bluette à
laquelle l'inimitable talent de Rachel donna presque la valeur d'une
belle étude antique, et qu'on osa dans le temps comparer à la Ciguc
d'Emile Augier. M. Cressonnois aime l'art et respecte le public, —
deux choses assez rares aujourd'hui; —c'est un artiste sérieux, et
qui s'adresse évidemment à tous ceux qui ont une sainte horreur de
la banalité.
Le Dernier baiser est une mélodie plus gracieuse et plus vocale que
quelques autres inspirations du recueil. Ici l'auteur a abandonné, il
est vrai, la variété des accompagnemenls qui fait le principal mérite
de plus d'une de ses compositions. Le chant a de la douceur, de la
mélancolie, de la tendresse; il est bien approprié à la pensée du poëte,
et l'on ne regrette pas du tout les harmonies trop serrées, les modu-
lations trop rapprochées, les dessins trop multipliés dont M. Cres-
sonnois entoure très-souvent ses idées mélodiques. Il y a demies Tron-
çotis du serpent d'excellents passages, une richesse d'harmonie rc -
marquable et des détails vraiment délicieux; mais ils rappellent
malheureusement plus qu'il ne faudrait les formes choisies par Schu-
bert et admirées dans ses ravissants petits chefs-d'œuvre. On voudrait
aussi à ce morceau un .sentiment plus profond, et une originalité qui
n'existe guère que dans la manière de moduler. Une tonalité franche
hk
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
et claire, uû chanl simple, naturel et plein de verve, auquel quelques
retards de consonnances donnent une gravité tout à fait aimable,
telles sont les' principales qualités de \â Ronde sentimentale. L'accom-
pagnement différent (car elles ont chacun le leur) des quatre strophes
qui composent cetle ronde, témoigned'un vif amour pour les finesses du
contre-point et atteste un goût très-exercé. Ce joli morceau et le Der-
nier baiser sont faciles à comprendre, faciles à chanter et plairont à
tous également.
Dans la Vieille Chanson, dans la Volage et dans le Printemps d'a-
vril, on sera frappé de la nouveauté de la coupe, de la fraîcheur de
certaines recherches harmoniques, et, en dépit de la valeur très-
inégale de ces mélodies, en dépit de la difficulté que quelques-unes
pourront offrir aux chanteurs, car — de même que Lien d'autres
compositeurs — M. Cressonnois semble être plus familiarisé avec
les instruments qu'avec les voix, on trouvera que toutes sont l'oeuvre
d'un musicien instruit et distingué.
Adolphe BOTTE.
BEVUE DES THÉÂTRES.
Vabiétés : les Scerels du grand Albert, vaudeville en deux actes,
par MM. Eug. Grange et H. Rochefort. — Ambigu : François les
bas-bleus, drame en cinq actes et sept parties, par M. Paul Meu-
rice. — Cirque Napoléon : exercices nouveaux.
S'il faut juger de l'étal de prospérité des théâtres parisiens par la
rareté des pièces nouvelles, qui n'a jamais été plus grande, leur situa-
tion [est assurément très-florissante. Tandis que les Ganaches abor-
dent victorieusement leur centième représentation, que le Bossu a
dépassé sa cent cinquantième et que la Prise de Pékin est devenue
deux ou trois fois centenaire, c'est tout au plus si nous trouvons à
enregistrer deux nouveautés dans la quinzaine qui vient de s'écouler.
11 y a bien aux Variétés un vaudeville en deux actes, intitulé les
Secrets du grand Albert, par qui la revue s'est vu détrôner, mais
nous ne pensons pas qu'il ait la prétention de se donner pour du
nouveau. Il faudrait être bien ignorant des productions du théâtre
contemporain pour ne pas saluer, comme de vieilles connaissances,
les personnages de cette œuvre soi-disant comique. Son excuse est,
assure-t-on, qu'elle a été oubliée pendant plusieurs années dans les
cartons. Peut-être aurait-on mieux fait de l'y lais.ser! Voici, du reste,
de quoi il s'agit dans ces deux actes rétrospectifs : la scène se passe en
Prusse, du temps du grand Frédéric; un imbécile de jardinier, chassé
pour une bévue digne de Jocrisse, va trouver sa prétendue en service
chez un bourgmestre qui est en train de marier sa fille. L'ex-jardinier,
dans un accès de jalousie, s'empare d'une canne, d'un flacon et d'un
livre dont la présence entre les mains de la soubrette lui inspire de
graves soupçons. Mais à peine est-il possesseur de ces trois talismans
anonymes, que toutes les félicités terrestres lui sont dévolues. Le
bourgmestre l'installe dans sa maison ; on l'entoure de soins et d'é-
gards; les femmes lui font des déclarations. Bref, notre homme,
marchant de surprises en surprises, s'imagine que toutes ces bé-
nédictions lui sont attirées par le livre qu'il a pris à sa prétendue,
et qui n'est autre que l'ouvrage cabalistique des Secrets du grand
Albert. Mais la vérité est tout simplement qu'on le prend pour un
autre, et comme cet autre a sur la conscience un certain nombre
de méfaits, son sosie ne tarde pas à voir le revers de la médaille,
et il aurait bien de la peine à se tirer de ce mauvais pas si l'ar-
rivée soudaine de l'ofBcier qui a donné lieu au quiproquo ne ve-
nait tout expliquer et remettre chacun à sa place. Nous ne savons pas
si le grand Albert, dans son livre qui traite de tout et de quelque
autre chose encore, a indiqué la recette pour faire un bon vaudeville,
mais ce qu'il y a de sûr, c'est que les auteurs ne l'y ont pas ren-
contrée.
— On ne se douterait guère que, sous ce titre essentiellement po-
pulaire de : François- les- Bas-Bletis, le nouveau drame de l'Ambigu
eût ses racines dans l'histoire authentique du grand siècle. Rien
n'est plus vrai pourtant, et nous avouons que peu de pièces offrent
à un aussi haut degré le respect de sa tradition. Est-ce un bien ? Est-
ce un mal? La question est délicate, etnous hésitons, malgré les appa-
rences, à la trancher en faveur d'Alexandre Dumas, dont les drames
historiques ne doivent peut-être leur succès qu'à la dose romanti-
que qu'il y a mêlée sans façon. Quoi qu'il en soit, gardons-nous de
mépriser l'honorable procédé de M. Paul Meurice, et, à défaut d'au-
tres choses, sachons -lui gré de ses bonnes intentions. Donc, en s'ap-
puyant formellement sur l'histoire, il nous montre Henriette d'Angle-
terre, si connue sous le nom de Madame, en proie aux poursuites
amoureuses de trois prétendants, d'abord le roi Louis XIV, puis le
duc de Guise et le chevalier de Lorraine. La princesse a une préfé-
rence secrète pour le duc de Guise; mais il faut à tout prix la cacher à
des rivaux, dont l'un est tout-puissant, et l'autre odieusement vindi-
catif. C'est dans l'intrigue nécessitée par les dangers que court à
tout instant Madame, qu'apparaît le rôle de François-les-Bas-Bleus, un
petit métayer, frère de lait de Guise et protégé d'Henriette d'An-
gleterre. Sans rien céder pour ainsi dire, aux conventions scéniques,
M. Paul Meurice lui fait traverser les réalités de son drame, en l'é-
tablissant gardien zélé de ses protecteurs, jusqu'au moment où le
chevalier de Lorraine, instruit des avantages de Guiche, empoisonne
la tasse dans laquelle doit boire Henriette, ce qui donne pour dé-
noûment la fameuse exclamation de Bossuet : Madame se meurt ! Ma-
dame est mortel
M. Paul Meurice, littérateur sérieux, affectionne un peu trop peut-
être ces personnages légendaires, dont le nom fait un violent et sin-
gulier contraste avec les figures graves dont ils sont entourés. Une
première fois, cela lui a réussi avec Mélingue, dans Fanfan-la-Tulipe ;
nous ne pourrions aflirmer qu'en dépit du talent de Mme Laurent, le
même bonheur fût réservé à François-les-Bas-Bleus. L'administration
de l'Ambigu a, du reste, monté la pièce avec un luxe de décors, de
mise en scène et de costumes qui attirent le public. On doit de justes
éloges à la façon dont Castellano a conçu et rendu le rôle du duc de
Lorraine. Mlle Esler a montré de la sensibilité dans celui de Madame,
et Bondois de la chaleur dans celui du duc de Guise.
— Depuis quelque temps, le Cirque Napoléon a renouvelé son af-
fiche en grande partie, et le public s'est empressé de répondre ù l'ap-
pel de l'habile direction de ce spectacle. Outre le couple Bridges,
outre l'écuyer américain David Richard, et le vieux Auriol, qui re-
trouve par instants toute la verdeur de sa jeunesse pour exécuter une
scène favorite, comme celle du Poussah, on y applaudit maintenant
le Tourniquet, par le jeune Eugène Pfau, la haute école, par son
frère Antony, qui, en digne élève de Baucher, obtient des mer-
veilles de son cheval Blaclt-Eagle, la collation diabolique, par
Bond, le clown Brunet avec ses oiseaux et ses mouches, dont il
imite si bien le bourdonnement, et surtout le Songe (Tor, grande
pantomime féerie, fort émouvante, qui offre l'innovation d'un pierrot
italien tout de noir habillé.
D. A. D. SAINÏ-VVES.
NOUVELLES.
^** Trois représentations consécutives de iaJtfî«e«e de Porlici ont encore
eu lieu cette semaine au théâtre impérial de l'Opéra, et la recette atteint
chaque fois le maximum.
^♦^ La Dame blanche et Lcdla-Bouck sont stéréotypées sur l'affiche du
théâtre de l'Opéra-Comique. La salle est toujours pleine. Il n'y a eu
d'interruption que par suite d'une légère indisposition d'Achard, pen-
DE PARIS.
45
dant laquelle Montaubry a joué deux fois le Portillon de Lunyjumeau,
tout en gardant son rôle dans Lalla-Rouck.
^*t I^e théâtre Italien a joué vendredi, pour la dernière fois de la sai-
son, la Somambuta avec Mlle Patti. La salle était comble, et bien des
amateurs ont dû être refusés. La jeune et déjà si célèbre cantatrice
s'est surpassée et a été rappelée après chaque acte par les applaudisse-
ments les plus enthousiastes. On donne aujourd'hui aussi pour la der-
nière fois Don Pasquate, dans lequel Mlle Adelina Patti chantera le rôle
de Norina. C'est le 16 «[u'elle quitte Paris pour aller commencer à Vienne
le cours de ses représentations.
**^ Une répétition de Stradella a eu lieu à l'orchestre ; les décorations
et ics costumes sont prêts. L'œuvre de M. de Flotow sera donnée im-
médiatement après le départ de Mlle Patti.
^*f J. Offenbach est ùe retour de Berlin et va présider aux répéti-
tions de son opérette Bavard et bavarde, qui sera donnée incessamment
aux Bouffes.
,*« Des dépêches télégraphiques annoncent que /e Prophète vient d'être
représenté pour la première fois au théâtre du Liceo ;i Barcelone avec
un immense succès. On ne se rappelle pas un enthousiasme pareil. Les
principaux rôles ont été remplis par Mme Vera-Lorini (Fidès) , Musiani
(Jean de Leyde) et Mme Brajda - Lablache (Bena). Ce succès s'est con-
firmé â la deuxième représentation. La salle était comble comme la pre-
mière fois ; les artistes, les décorateurs ont été rappelés à maintes
reprises. Verger, le directeur, l'a été quatre fois ; il est vrai qu'il n'avait
rien épargné pour monter le chef-d'œuvre de Meyerbeer avec la splen-
deur qu'il comporte. Barcelone est d'ailleurs la première ville d'Espagne
à laquelle il ait été jusqu'à présent donné de l'entendre.
*** On annonce la destruction, par un incendie, du théâtre Hoyal
de Glascow. Malgré la rapidité des secours et la présence de treize puis-
sautes pompes mises de suite enjeu, ce théâtre n'est plus qu'un moa-
ceau de ruines. On pense que le feu a pris dans le magasin des accès
soires.
,** M. Gye directeur du théâtre italien de Covent Garden , et M.
Mapleson, directeur de Her Hajesty's Iheaier à Londres, sont à Paris en
ce moment.
**:( S. M. l'Empereur a fait en personne, dans la grande salle du
palais du Louvre, la distribution des récompenses aux exposants fran-
çais dont les mérites ont été signalés, par la commission impériale, à
la dernière Exposition universelle de Londres. M. Henri llerz a reçu la
croix d'officier de la Légion d'honneur, pour l'excellence dans la fabri-
cation de ses pianos ; et M. Auguste Wolff, celle de chevalier de la
Légion d'honneur, pour perfectionnement et excellence dans la fabrica-
tion de pianos de la maison Pleyel- Wolff et C". Ces deux nominations
ont été accueillies avec une satisfaction générale.
^*i D'importants travaux de restauration, d'embellissements et de
transformation sont entrepris depuis quelques mois au Conservatoire de
musique et de déclamation : la décoration de la salle de spectacle a été
refaite ; on change le local de la bibliothèque des partitions, et l'on est
en train de préparer un emplacement pour le musée Clapisson. Les
bustes des artistes qui ont le plus contribué i l'illustration de nos
scènes lyriques et dramatiques ont été commandés à divers sculpteurs
par le ministre d'Etat, et doivent concourir à l'ornementation du musée
et de la bibliothèque du Conservatoire.
**„, Aujourd'hui dimanche, concert populaire de musique classique
sous la direction de Pasdeloup. En voici le programme : 1° Ouverture de
Geneviève, de Robert Sohumann. 2" Symphonie (n° 42), de Haydn. 3» Ada-
gio du 9= quatuor de Beethoven pour tous les instruments à cordes.
i° Le Songe d'une nuit d'été , de iUendelssohn.
.,,** Mardi prochain, â 8 heures , aura lieu dans la salle de l'hôtel du
Louvre , le concert à grand orchestre de Mme Madeleine Graever sous
la direction de Litolff. En voici le programme : ouverture à'Oberon, air
de Joseph, chanté par Boger, troisième concerto symphnnique de Litolff,
exécuté par Mme Graever; le Roi des aulnes, chanté par Roger; andante
et rondo du concerto en mi bémol de Beethoven, exécuté par Mme
(iraever.
^'^\^ La célèbre pianiste , Mme Clara Schuniann , donnera samedi pro-
chain 13 février, un concert dans les salons Erard. Elle y fera entendre
avec MM. Arminj-aud et Jacquard, le trio en mi bémol de Beethoven ,
et seule deux canons de Robert Schumann pour le piano à pédales; des
variations de Mendclssohn , le nocturne en fa dièse mineur et l'étude
en sol bémol de Chopin.
»*,t IVIme Erard réunissait dimanche dernier, pour la deuxième fois
de la saison, dans son splendide appartement de la rue du Mail, les
personnes de son intimité et les artistes les plus distingués. On y a fait
d'excellente musique pour l'interprétalicn de laquelle Mme Erard n'a
que l'embarras du choix. Dimanche, c'était le tour de MM. Lubeck,
Armingaud et Jacquard, pour la partie instrumentale, et de Mlle Tre-
belli pour le chant. Un trio de Mendelssohn par les trois célèbres vir-
tuoses a été enlevé avec un ensemble admirable; M. Armingaud a
joué ensuite avec une délicatesse et un fini merveilleux deux petites
perles de son écrin de compositeur, Tenerezza et la Dame russe, qui
ont enchanté l'auditoire. L'adagio d'une sonate de Mozart a fait valoir
ensuite les belles qualités qui distinguent le talent de M. Lubeck
et de M. Jacquard. Mlle Trebelli apparaissait dans les intervalles
avec son bel organe et son excellente méthode; elle avait choisi
trois morceaux d'un caractère tout à fait différent : un air du Giura-
mento , sévère et dramatique; Voi che sape te , chant de tendresse et
d'amour, et une valse nouvelle, fort en vogue à Saint-Pétersbourg, oii
elle a été composée pour Mme Nanti er-Didiée, sous le titre de : Echo des
îles (1). Mlle Trebelli a su donner à chacun de ces morceaux son ca-
ractère propre, et la jeune et belle cantatrice a dû être satisfaite de
se voir si bien appréciée par les connaisseurs qui l'entouraient de leurs
hommages et de leurs félicitations.
^,'% On nous écrit de Belgique que les concerts donnés cette semaine
par Prudent au grand théâtre d'Anvers et à Gand, n'ont pas été moins
brillants que celui qui avait produit tant d'effet à Bruxelles: aussi y
a t-il été rappelé pour en donner un deuxième au théâtre, avec l'or-
chestre et les chœurs. Le grand pianiste sera de retour à Paris cette
semaine.
a,** Mercredi prochain, quati-ième et dernière soirée de Mme Escudier-
Kastner, Vieuxtemps et Batta. Bonnohée, de l'Opéra, y chantera deux
morceaux. Le trio en ré de Mendelssohn, la grande paraphrase du Songe
d'une, nuit d'été, du même c.impositcur, arrangée par Liszt, et le duo, de
Thalberg et de Bériot , sur les Huguenots, de Meyerbeer, composent un
programme qui couronnera dignement ces quatre soirées.
,f*:t C'est samedi lu février, dans les salons Pleyel-Wolff, qu'aura lieu
le concert donné par M. Dumon, professeur de flûte au Conservatoire
de Bruxelles. Nous avons annoncé l'arrivée à Paris de cet artiste hors
ligne, et qui justifie de tout point la réputation acquise par la Belgique
dans la personne des Vieuxtemps, Servais, de Bériot, etc. Mme Pleyel,
MM. Archainbaud, Dancla et Lee se sont empressés de lui offrir leur
concours. Le programme est d'ailleurs des plus intéressants et promet
de nombreux auditeurs à M. Dumon ; car, outre le trio en ut mineur
de Mendelssohn, exécuté par lime Pleyel, MM. Dancla et Lee, une so-
nate de Weber, jou e par la célèbre pianiste avec le bénéficiaire, des
airs valaques, et une fantaisie pour flûte, un andante de Flummel, par
Mme Pleyel, satisferont les plus difficiles.
,,,** Mercredi prochain II février, à 8 heures 1/2 du soir, dans les
salons de MM. 'Wolff et C", la deuxième séance de MM. Armingaud,
Jacquard, Lalo et Mas, avec le concours de Mme Massart.
3,% M. Vincent AdliT donnera vendredi prochain, 13 février, un
concert dans les salons d'Erard, avec le concours de Mlle Marie Cru-
velli et de MM. Armingaud, Jacquard, Lalo et Mas. M. Vincent Adler
fera entendre, entre autres morceaux : une liarcarolle et une Tarentelle
inédites de sj, composition ; il exécutera en outre sa Scène de bal et le
Thème siyrien , deux de ses œuvres les plus justement connues et ad-
mirées.
,j*,t. La tournée artistique des frères Lamoury et d'Henri Kovalsky, en
Bretagne, s'accomplit d'une façon très-brillante. Ils ont joué au concert
des Sociétés philharmoniques d'Angers et de Vannes, et sont appelés pour
la troisième fois à Nantes; partout ils ont trouvé le plus chaleureux
accueil.
^*^ MM. les ecelésiastiques, organistes et maîtres de chapelle qui ont
adhéré â la formation d'une Société pour la restauration du plain-chant
et de la musique d'église, et les personnes qui se proposent d'en faire
partie, sont convoqués à une assemblée générale à 2 h. 1/2, dans les
salons Erard ,13, rue du Mail, sous la présidense de M. l'abbé Victor
Pelletier, chanoine de l'égUse d'Orléans , ancien président du congrès
pour le plain-chant et la musique de l'Eglise. C'est dans cette séance que
la Société doit être définitivement constituée.
^''■^ Le syndicat de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de
musique, interprète des sentiments de ses commettants, a, dans sa
séance du 29 janvier 1 863, voté une offrande de 300 francs aux ouvriers
malheureux de l'industrie cotonnière. Il a, de plus, décidé qu'il renon-
çait â tous ses droits sur les bals et concerts qui seraient donnés exclu-
sivement au bénéfice de ces ouvriers dans toute la France.
,f*^ Le concert orphéonique donné â Rouen au bénéfice des ouvriers
(1) Les lies formées par les divers bras de la Neva autour de Saint-Pétersbourg,
sont le séjour d'été de l'aristocratie russe, qui les a peuplées de nombreuses et
élégantes villas.
46
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
cotonniers a produit une recette de 6,000 francs. L'effet moral a été
immense.
**, En quittant la Norwége, où il obtient de grands succès. Ser-
vais devait se rendre en Russie ; mais cédant aux instances des ad-
mirateurs de son beau talent, il viendra vers la fin de ce mois à Paris
pour s'y faire entendre.
**, Mercredi 25 courant, salle Herz, M. Edmond Hocmelle, organiste
de Saint-Philippe du Roule et de la chapelle du Sénat, donnera une
matinée musicale et littéraire, avec le concours de MM. Alard, Jules
Lefort, de Mlle Agar et autres artistes d'élite. M. Hocmelle fera en-
tendre ses nouvelles compositions pour l'orgue d'Alexandre et pour le
piano; il chantera deux romances dont il est l'auteur; enfin il produira
pour la première fois en public une jeuno cantatrice, son élève,
Mlle Marti nelli.
«*a, La troisième séance de musique de chambre de M. Charles La-
moureux aura lieu le 10 février, à 8 heures et demie, dans les salons
Pleyel. En voici le programme : 1» trio en ut mineur, pour piano, vio-
lon et violoncelle, Mondelssohn; 2° quatuor en re majeur (n" 63), pour
deux violons, alto et violoncelle, Haydn; 3" variations de la sonate en
la majeur, pour piano seul, Mozart; 4° quatuor en si bémol (n° 6),
pour deux violons, alto et violoncelle, Beethoven.
/* La -société impériale de Valenciennes ouvre un concours de com-
position musicale pour chœur d'hommes (sans accompagnement ni solo)
sur les paroles d'un'3 cantate ayant pour titre la Poésie pour tous. Une
médaille en or ou en vermeil, selon le mérite de l'œuvre, sera décernée
à l'auteur de la composition jugée la meilleure. Les manuscrits devront
être adressés franco au secrétaire général de la Société d'ici au 1" mai
prochain, terme de rigueur ; s'adresser en outre à lui pour tous autres
renseignements.
*** I.'éminent pianiste-compositeur Bernard Rie, vient de publier,
chez l'éditeur Heugel, au Ménestrel, un nocturne sur la sérénade du
Barbier. Ce morceau, que l'auteur -à dédié à Rossini, est appelé à un
grand et légitime succès, M. Rie le fera entendre au concert que l'é-
minent artiste donnera le 7 mars, avec orchestre, à la salle Herz.
*',,Un arrangement facile de la valse Gi'oj'a insolitade Strakosch, com-
posé pour le piano par H. Wolfart , vient de paraître.
*"* Sous le titre de Derniers souvenirs et Portraits, il vient de paraî-
tre chez Michel Lévy un volume contenant une nouvelle collection de
travaux et d'écrits laissés par F. Halévy. Ce ne sont pas les moins im-
portants ni les moins remarquables, et nous aurons bientôt l'occasion
de nous en occuper.
*** M. Léon Crus vient d'acquérir la propriété des œuvres suivantes
de Victor Massé ; Galathée, les Saisons, les Chants bretons, les chaiits
d'autrefois, les chants du soir.
.^*t Parmi les manuscrits qui font partie de la succession du célèbre
poëte Uhlaud, on a trouvé une opérette intitulée : le Chevalier de l'Ours,
qu'il avait écrit en collaboration avec J. Kerner. C'est Kucken qui s'est
chargé d'en composer la musique.
.j:*^ LL. MM. l'Empereur et l'Impératrice ont daigné honorer de leur
patronage la fête annuelle de la Société de secours mutuels des artistes
dramatiques, qui aura lieu, le samedi 7 mars, dans la salle du théâtre
impérial de IjOpéra-Comique. On souscrit chez les artistes de tous les
théâtres de Paris, et chez le trésorier de l'OEuvre, 68, rue de Bondy.
Pour la location des loges s'adresser à M. Berthier, membre du Con-
seil, régisseur de la danse au théâtre impérial de l'Opéra.
*** Samedi prochain a lieu le dernier bal de la saison à l'Opéra.
L'orchestre, composé de cent cinquante musiciens, sera conduit par
Strauss. Chacun des derniers bals n'a pas fait moins de 30,000 francs de
recette !
*,,* Nos lecteurs n'ont pas oublié les deux excellents articles publiés
dans ce journal, et intitulés : le passé, le présent et l'avenir du chiffre ap-
pliqué à la notation musicale en Allemagne, par William Cronthal (1). Tant
de demandes nous ont été adressées par des personnes qui désiraient se
procurer ces articles, que le tirage en est épuisé. L'auteur a donc jugé
à propos de les réunir en une brochure , qui vient de paraître chez
MM. Napoléon Chaix et 0% rue Bergère, 20. — Prix, 25 centimes.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
,"** Marseille. — Morère continue de chanter avec succès. Nous avons
eu, cette semaine, une belle représentation de Robert le Diable. Après
(1) Voir les numéros des 21 et 28 octobre 1860.
le troisième acte , le jeune artiste a été rappelé deux fois.— La mort de
notre compatriote Etienne Arnaud a été pour notre ville un deuil généard
de Besse , et nous l'inscrivons ici pour le conserver à la postérité.
Qu'il soit célébré, comme dit Voltaire, dans tous les journaux et dans
tous les siècles !
Ce n'est pourtant ni un grand capitaine, ni un profond politique,
ni un savant astronome, ni un poëte inspiré ; pas même un habile
médecin. C'est tout simplement un chef de bandits, un élève de
Mandrin, un artiste inQniment supérieur à Cartouche, dont la répu-
tation a été surfaite, et qui n'a su que se faire rouer vif, après avoir
volé quelques diamants. Gaspard de Besse, qui opère en Provence,
tient vaillamment la campagne, arrête sur la grande route les Tur-
gotines ou diligences, et, si l'on en croit la ballade composée en
son honneur par M. le chevalier de Cavailles,
Séduit toutes les femmes
Dont il a tué les maris.
— Est-ce donc la reconnaissance qui pousse vers lui avec tant de
force tout le beau sexe provençal ?
Ce chevalier de Cavailles n'est pas poëte seulement, il est de plus
maire de Brignolles. Comme poëte, il chante les exploits de Gaspard;
comme maire , il s'efforce d'en arrêter le cours , et lance la maré-
chaussée sur ses traces, mais inutilement. Gaspard se moque de
lui et déjoue toutes ses mesures. M. le maire a beau s'évertuer,
passer les jours sans manger et les nuits sans dormir, il ne prendra
pas Gaspard. Or, pendant qu'il pourchasse cet illustre brigand ,
M. de Porquerolles pourchasse sa nièce et pupille Armande.
Ce Porquerolles est un vaurien qui a mangé, Dieu sait comment,
sa fortune, est poursuivi par des créanciers nombreux et affamés,
et prétend leur jeter en pâture la dot de Mlle Armande. Le
chevalier le remet de jour en jour, sous le vain prétexte qu'il ne
saurait marier sa nièce avant d'avoir pris Gaspard. Repoussé de ce
côté, il s'adresse à la nièce elle-même, et, la trouvant assez froide
à ses protestations d'amour, il l'enlève, pour abréger. Mais M. de
Berlaudier la délivre et la ramène.
Ce Berlaudier est assez difficile à expliquer. Il aime Armande, et
lutte contre son amour, sans dire pourquoi, et sans qu'on puisse le
deviner. Il la fuit et la rencontre partout, à Ver.sailles, à Paris, à
l'Opéra, à la Comédie italienne, aux, Tuileries, au Gours-la-Reine, au
bal, au courert, à Grenoble, à Brignolles enfin. Pour être sûr de ne
plus la voir, il se résout d'aller en Amérique. Malheureusement, il
n'a pas de quoi payer le voyage. — Qu'à cela ne tienne ! lui dit Por-
querolles, qu'il a pris pour confident. Le gouvernement offre à Gas-
pard de Besse le passage gratuit et la table du capitaine pendant le
voyage, s'il consdnt à se laisser transporter eu Amérique. — Ah !....
et qu'est-ce que ce Gaspard de Besse ? — C'est un homme qui s'est
rendu célèbre en Provence par ses hauts faits sur les grandes routes.
— C'est donc un ingénieur, dit le naïf Berlaudier. ~ Justement, c'est
un ingénieur, dit le traître Porquerolles.
Berlaudier se hvre, en disant . Je suis de Besse. On traite avec la
plus grande considération un héros de cette trempe. La maréchaussée
est en campagne, et, en attendant qu'elle revienne, M. le maire trem-
ble de tous ses membres devant son terrible prisonnier. Il lui donne
à dîner, lui fait boire son meilleur vin. La terreur du magistrat et les
excentricités du faux brigand font le bonheur du parterre et la joie
des belles dames, ravies de rencontrer à l'Opéra-Comique les farces
du Palais-Royal. Qtiand on a suffisamment ri, Berlaudier délivre Ar-
mande des témérités de Porquerolles. Puis ime lettre trouvée dans
sa poche, le fait connaître pour ce qu'il est. Aussitôt il cesse de faire
des sottises et de dire des folies, et M. de Cavailles, qui, à son tour,
paraît avoir perdu la tête, lui donne sa nièce, qui se laisse donner
sans objections. Ce dénoûment est assurément la plus forte de
toutes les extravagances. Mais il faut en finir, et MM. Duvert et Lau-
zanne, gens d'esprit s'il en fut jamais, ont eu assez de tact pour
faire tomber la toile une minute avant qu'on ne pensât à leur dire :
En voilà assez, ou même en voilà trop ! Le public permet très-volon-
tiers qu'on se moque de lui, pourvu qu'en somme on le fasse rire.
Nous ne serions point surpris que ce vaudeville, car ce n'est pas
autre chose, au fond, eût été écrit au temps jadis pour Arnal et Le-
peintre jeune. Berlaudier n'est pas plus fou que le clerc d'huissier dé-
guisé en cuisinière et jouant de l'harmonica pour prouver son amour.
Le maire de Brignolles n'est pas plus bête que monsietir... enfin
n'imporle! qui ne fait cas que des cuisinières grasses. MM. Couderc et
50
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
Lemaire ne sont pas d'ailleurs moins gais ni moins amusants qu'Arnal
et Lepeintre jeune l'étaient il y a tout juste trente ans. Vers cette
époque, M. Eugène Prévost écrivait déjà de la musique, et donnait à
l'Opéra-Comique Cosimo, qui n'était pas mal accueilli. Depuis, M. Pré-
vost est allé en Amérique. 11 a été longtemps chef d'orchestre du
théâtre français de la Nouvelle-Orléans. — Est-ce la guerre civile qui
nous l'a rendu ? — Nous n'aurions qu'à l'en remercier, si elle nous
l'eût rendu tout entier. Malheureusement, il n'en est rien. Il semble
qu'une partie du Prévost d'autrefois soit resté en route, soit en al-
lant, soit en revenant. Chose étrange ! cette musique de Gaspard
porte, en maint endroit, l'empreinte de l'inexpérience. Souvent on
croit avoir affaire à de la musique d'amateur.
Nous ne passerons pas en revue tous les morceaux de cette parti-
tion. L'ouverture commence assez agréablement par une jolie phrase
mélodique exécutée par le hautbois et redite par la flûte. L'allégro
est une valse qui brille par la facilité bien plus que par la nou-
veauté. Il y a quelques effets harmoniques assez bien trouvés dans
la ballade de M. le maire, que chante M. Lemaire avec son esprit
habituel, mais aussi avec une voix un peu trop municipale. Le duo
de Berlandier avec Arraande : Laisses-moi du moins la Navarre, ne
manque pas de mélodie, et ce n'est pas la faute de l'auteur s'il est
aussi imparfaitement chanté. L'air du secrétaire de la mairie , qui
publie le ban contre le voleur Gaspard, en attendant l'occasion de
devenir lui-même voleur, est plus remarquable par son accompagne-
ment de tambour que par l'originalité des motifs et des combinaisons
harmoniques. On en peut dire autant de la chanson à boire de Ber-
landier, et du trio qui précède, lequel doit son plus grand agrément
à la vieille romance : Portrait charmant, portrait de mon amie, qui
s'y trouve intercalée. Il est évident que M. Eugène Prévost, après un
si long silence, a besoin de se refaire la main. Nous lui souhaitons,
pour son prochain ouvrage, non des acteurs plus amusants, il aurait
de la peine à les trouver, mais des chanteurs dont la voix soit plus
fraîche ou mieux posée. Ceci s'adresse surtout à Mme Chollet-Byard,
qui a évidemment besoin de compléter ses études, ou de les refaire.
LÉON DUROCHER.
AUDITIONS MUSICALES.
Société nationale des Beaux-Arts. — Georg^es PfeilTer.
— miles JUarie et IVadîne Hardei-. — M. Aptommas. —
Dernière soirée de lime Kscadler-Kastncr et de
mu. nenrl Vleaxtemps et A. Batla. — lime Made-
leine Ciraevcr.
Il est impossible de contester la grâce, la fraîcheur et l'originalité
de la symphonie en mi bémol de Félicien David. Elle a causé di-
manche, dans la salle Martinet, un vif plaisir et a vraiment mérité les
nombreux bravos qui l'ont accueillie. L'instrumentation de celte œu-
vre est remarquable par la science des effets, par la clarté des com-
binaisons, par la sobriété et par la nouveauté des mélanges de sono-
rité qu'on y trouve à chaque instant.
Sauf quelques accidents et quelques attaques malheureuses, dont
les instruments à vent sont seuls responsables, l'exécution, dirigée
par l'auteur, a été satisfaisante. Nous n'en pouvons dire autant
de l'exécution de Vercingétorix, poëme musical de M. J. J. Debille-
ment, et de Vasco de Gama, ode symphonie de M. Georges Bizet. Il
est vrai que, dans ces deux ouvrages, les voix sont intervenues,
qu'elles y ont apporté le trouble, la confusion, nous dirions volontiers
le chaos ; mais il est vrai aussi que, dans le style vocal, les auteurs
sont loin d'être aussi à l'aise que dans le style instrumental.
En abordant une civilisation antique, de grandes scènes militaires
et religieuses, en touchant à de grands souvenirs païens, M. Debil-
lemont n'a trouvé là matière, à en juger du moins d'après les frag-
ments entendus dans cette matinée, qu'aune œuvre peu imposante, peu
remarquable par l'unité, par la nouveauté et par la distinction des
idées. Troy était visiblement mal à l'aise dans des chants et des ré-
citatifs écrits trop bas pour sa voix, et qui rappelaient un peu trop
ceux de Bertram et de Marcel.
Nous ne sommes pas d'avis qu'on s'interdise certains sujets parce
qu'ils ont déjà été traités; nous trouvons donc tout naturel que
M. Bizet ait voulu avoir son Vasco de Gama, tout comme Sponlini
avait son Fernand Cartes, et Félicien David son Christophe Colomb,
seulement, nous regrettons qu'il ait si mal réussi. Il ne faut pas se
le dissimuler, il est des comparaisons inévitables et parfois écrasantes;
mais nous voulons nous les interdire aujourd'hui. D'ailleurs elles sont
inutiles en présence d'une œuvre d'aussi courte haleine et, qui pis
est, aussi imparfaite. Excepté un assez joli solo de cor, habilement
accompagné par l'orchestre, un élégant boléro chanté par Mlle Girard et
une prière trop touffue de dissonances et pas assez simplement har-
monisée, tout, depuis le commencement jusqu'à la fin, c'est-à-dire
depuis le chœur de matelots et de soldats, qui, sous prétexte de vé-
rité et de franchise, est plein de phrases banales, d'unissons pauvre-
ment bruyants, de rhythmes communs, jusqu'à forage, où les sons
aigus de la petite flûte, les sifflements, les roulements de gammes
ascendantes et descendantes, plus chromatiques que dramatiques,
sont mis à contribution, tout manque de souffle, de couleur et d'ori-
ginaUté.
La deuxième partie de ce concert a commencé par l'Invitation à
la valse, si magnifiquement orchestrée par Hector Berlioz. L'orches-
tre, conduit par lui avec cette autorité et ce prestige des maîtres
que les plus rebelles subissent, s'est tout à coup métamorphosé, et,
dans la Fuite en Egypte, les chœurs eux-mêmes, jusque-là insuffi-
sants, se sont mis à chanter juste, en mesure, et avec une remarquable
intelligence des nuances et de la pensée de l'auteur. Les répétitions
avaient-elles été plus nombreuses, ou la présence et l'influence de
Berlioz ont-elles suffi à rendre l'exécution aussi complète et aussi belle?
Nous l'ignorons. Toujours est-il que, compris par ses interprètes, il
l'a été aussi par l'auditoire, qui lui a fait une ovation des plus spon-
tanées et des plus enthousiastes. On a redemandé le Repos de la
sainte famille, et il a été redit avec autant de charme que la pre-
mière fois par Warot, par l'orchestre et par les chœurs.
L'ouverture du Carnaval romain, par ses allures vives, capricieu-
ses et spirituelles, contrastait brillamment avec la pureté, la sévérité,
la chasteté d'inspiration qui venaient de produire une si profonde im-
pression.
— Déjà, l'année dernière, Georges Pfeiffer . avait fait entendre un
concerto avec orchestre qui avait obtenu plus qu'un succès d'estime :
on y avait senti des études intelligentes, une certaine ampleur et
beaucoup d'habileté; aussi en exécutant, lundi, dans les salons Pleyel-
Wolff, le rondo pastoral de cet ouvrage, l'auteur a-t-il retrouvé l'ac-
cueil sympathique qu'on avait fait à cette heureuse tentative de mu-
sique sérieuse. Le talent de Georges Pfeiffer a gagné : il est plus mâle
et plus vigoureux qu'autrefois; la grâce ne règne pas seule, et quel-
que chose de hardi atteste le désir et la faculté de s'élever aux effets
variés et aux accents passionnés. Son deuxième concerto (soumis pour
la première fois à l'appréciation du public) a été joué par lui avec une
puissance de son et une largeur de style qui, mêlées à la finesse, à
la netteté et à la délicatesse qu'il a toujours eues, ont fait éprouver un
vif plaisir. Une pareille composition a besoin d'être entendue deux
fois pour être bien appréciée ; nous y reviendrons.
La Ruche est une charmante inspiration. Dans ces petites pièces
de salon, Georges Pfeiffer trouve non- seulement des mélodies fraîches
et élégantes, mais il y apporte en outre une distinction d'harmonie et un
DE PAKIS.
51
mérite de facture qui annoncent un musicien instruit. On a chaleureuse-
ment applaudi le troisième ISocturne de Mme Clara Pfeitïer, morceau
aussi suave que bien écrit, et un Rondo de Mendelssoha. Ils ont été
dits du reste d'une façon ravissante. Une sûreté de rhytiime et une
pureté de goût bien rares arrêtaient le jeune pianiste là ou eussent
commencé l'excès de délicatesse et l'excès de force.
On avait pu apprécier la semaine précédente, au banquet
donné par M. Wolff aux cinq cents ouvriers de sa fabrique, à l'oc-
casion de sa nomination dans l'ordre de la Légion d'honneur, les
progrès remarquables accomplis par ces ouvriers dans l'art du
chant choral, sous l'impulsion artistique du chef de la maison Pleyel-
Wolff, et qui leur a valu récemment une médaille d'or au concours
de Dieppe. Il était tout naturel que M. Georges Pfeiffer, qui, avec
M. O'Kelly, contribue avec tant de zèle à l'enseignement de la
Société orphéonique Pleyel -Wolff, profilât de roccasion que lui of-
frait son concert et l'excellent orchestre dont il disposait, pour
réclamer son concours et la produPre avantageusement. Ainsi a-t-il
fait et la société chorale Pleyel-Wolff, très-bien conduite par M. Âug.
Wolff, a obtenu un vrai succès. Quoiqu'elle fût chez elle, elle n'a
point abusé de cet avantage : elle a chanté très-juste et avec un
très-bon sentiment musical un chœur des Mystères d'isis, qu'on lui
a redemandé, et la Vapeur, d'Ambroise Thomas , belle page où se
retrouvent les qualités élevées de l'auteur du Songe d'une nuit d'été.
L'excellente vocalisation et la jolie voix de Mme Oscar Comettant
ont, comme de coutume, charmé les dilettantes. En disant un air
d'Othello et Vieille chanson du jeune temps , gracieuse mélodie de
M. J. O'Kelly, M. Archainbaud a contribué aussi à rendre la partie
vocale on ne peut plus intéressante.
— Si l'on blesse quelques personnes en disant que Schumann n'est
pas toujours facile à comprendre, qu'il est très-inégal, et que, à côté
de beaux ouvrages, on compte dans son œuvre bien des pages qui
n'ont aucun mérite durable, on peut affirmer, certain, cette fois, de
n'être point contredit, qu'il n'est jamais facile h interpréter. Il ne
faut donc pas s'étonner si une toute jeune fille comme Mlle Marie
Harder n'a pas eu , dans la périlleuse partie de piano d'un quintette
de ce maître , tout l'aplomb , toute l'expression et toute l'ampleur
désirables. Avec sa gentille sœur Nadine, elle a fort bien enlevé
Vallegro d'une sonate de Moschelès, et a dit seule correctement,
brillamment, et ajoutons très-simplement, diverses pièces de J. -S. Bach,
de Mendelssohn, de Schubert, et la jolie valse de Joseph Wieniawski.
— A l'orchestre, la harpe fait toujours merveille, et l'on ne saurait
se passer d'elle quand on veut une teinte vaporeuse ou religieuse ;
dans le solo, c'est autre chose, et, comme les Félix Godefroid sont
rares, on est bientôt frappé de sa sécheresse et de sa monotonie.
Pourtant, samedi, M. Aptommas, qui nous vient d'Amérique, a su se
faire écouter et a même été vivement applaudi. Secondé par le piano,
il a joué le concerto de Weber; puis d'agréables Souvenirs de New-
York, des mélodies du pays de Galles pleines de saveur et d'origi-
nalité, et enfin II ManioLino d'Alvars et une tarentelle très-vive et
très-pétulante. M. Aptommas a donc prouvé une fois de plus qu'entre
des mains habiles tous les instruments pouvaient exprimer quelque
chose, être éloquents et, partant, plaire au public.
— Mme Escudier-Kastner et MM. fleuri Vieuxtemps et A. Battu ont
dit, à leur dernière soirée, avec un fougueux emportement et une
exquise délicatesse le trio en ré de Mendelssohn. Ils ont été ac-
cueillis par d'unanimes bravos. Après la grande paraphrase du Songe
d'une nuit d'été, hérissée de difflcullés par Liszt, et jouée par l'ex-
cellente pianiste avec beaucoup d'élan, de puissance et de clarté, est
venu le magnifique duo de Thalberg et de Bériot sur les Huguenots.
On le sait, ces deux célèbres instrumentistes ont disposé , orné et
varié avec un art infini les mélodies si larges et si pathétiques de
Meyerbeer. Mme Escudier-Kastner et Batta ont mis dans ce duo
une chaleur d'expression, une sûreté et un charme de style qui ont
enthousiasmé l'auditoire.
— Un orchestre excellent, comme on en entend rarement dans
les concerts; Roger, qui jamais peut-être n'avait mieux dit l'air de
Joseph et te Roi des Atdnes; enfin, Henri Litoiff dirigeant l'exécution,
ont fait de la soirée de Mme Madeleine Graever, donnée mardi dans
les salons de l'hôtel du Louvre, une véritable solennité. Mme Graever
est encore une de ces artistes que la guerre civile qui désole l'Amé-
rique a ramenées en France, où déjà nous l'avions entendue il y a
quelques années; mais elle nous revient grandie par l'étude, l'expé-
rience et le succès. Elle est la seule pianiste qui puisse se présenter
comme élève de LitolfT; et l'un des témoignages les plus (latteurs
dont elle s'honore, c'est que le maître lui ait confié l'exécution d'un
de ces beaux et difficiles concertos qu'il interprète lui-même avec le
sentiment énergique et chaleureux qui a présidé à leur eomposi-
tion.
Parmi les symphonistes de notre temps, Henri Litoiff est l'une des
physionomies les plus originales et les plus distinguées. Son troisième
Concerto symphonique, dont la partie de piano a été jouée par
Mme Madeleine Graever avec beaucoup de pureté, d'éclat et de dé-
licatesse, est une œuvre tracée de main de maître et qui suffirait à
assurer le succès d'un compositeur. Par le fond comme par la forme,
par les idées comme par la manière de les présenter et de les traiter,
on reconnaît tout de suite un esprit vigoureux, indépendant et hardi. La
mélodie de Validante est délicieuse ; elle anime tout l'orchestre et
colore tous les effets d'une instrumentation riche, brillante et pleine
de relief. Le scherzo, où se joue un peu longuement peut-être un
thème hollandais, et la dernière partie, où l'hymne national Notre
Guillaume est très-heureusemout amené, ont plus d'une fjis charmé
et captivé l'auditoire. Il y a bien dans quelques parties de ce con-
certo une certaine exubérance, notamment dans le premier allegro
maestoso; mais l'exubérance n'est pas donnée à tout le monde. D'ail-
leurs, elle n'est pas chez Litoiff le produit ordinaire des écoles ; elle
vient, on le sent à chaque note, d'une imagination bouillante et vrai-
ment exaltée qui abonde en pensées, en images, qui voudrait expri-
mer toutes ses impressions, et brise les moules trop étroits à son.
gré. On l'a pu voir dans les Girondins, ouverture dramatique,
par laquelle commençait la deuxième partie de ce concert et
qui est la préface d'une tragédie allemande. Assurément, il y a
dans cette longue composition (sans parler, bien entendu, des airs
patriotiques — et même démagogiques — qu'on y trouve ), une
peinture énergique et saisissante des passions si complexes qui en-
flammèrent les hommes de 89; un souffle vraiment révolutionnaire
traverse Torchestre, qui tantôt gronde comme le tonnerre, et tantôt
soupire quelque fraîche et poétique idylle ; mais il y a là aussi un
style haché, fiévreux, des violences de sonorité dont on peut con-
tester bien plutôt la beauté que la vérité. Ces réserves faites, il ne
nous reste plus qu'à constater le succès hors ligne obtenu par Litoiff.
Ce succès ne tient pas uniquement au mérite de l'orchestration , il
repose sur des bases plus solides, sur une réunion de qualités qui
souvent s'excluent : la grandeur, l'abondance, la passion, unies à une
grâce, à une finesse et à un charme extrêmes; toutes choses dé-
ployées surtout dans le Concerto symphonique, et présentées par
l'orchestre et le piano sous des formes neuves et prodigieusement-
variées.
Il ne faut pas que Litoiff nous fasse oublier son excellente et char
mante interprète. Disons donc que Mme Graever a pleinement jus-
tifié la confiance du maître, par le talent supérieur qu'elle a déployé
dans l'exécution de l'une de ses plus belles œuvres. Ce talent, qui
l'a placée au premier rang des virtuoses de son sexe, elle l'a mon-
tré encore dans la Tarentelle de Rossini, dans Vandanle et rondo du
concerto en si bémol de Beethowen. Ni les bravos ni les acclama-
tions ne lui ont manqué dans es concert vraiment exceptionnel.
52
REVUE ET GAZETTE S USIGALE
auquel on ne saurait reprocher que d'avoir attiré trop de monde,
et c'est un reproche de nature assez rare pour qu'on ne se félicite
pas de l'avoir mérité.
Adolphe BOTTE.
REVUE DES THEATRES.
Théâtre Déjazet : l'Argent et l'Amour, pièce en trois actes , de
MM. Jaime fils, Colin et Polo, musique de M. Eug. Déjazet. —
Palais-Royal : Jean Torgnole, vaudeville de MM. Eug. Grange et
Lambert Thiboust; début de Berthelier.
Si, parmi les pièces nouvelles dont l'abondance soudaine est venue
démentir nos prévisions, noui croyons devoir accorder une mention
particulière à deux d'entre elles, c'est que, par certains détails, ces
pièces ont, sur les autres, l'avantage de rentrer dans notre spécialité.
Le premier titre de rArgtnl et l'Amour était les Dieux s'amvsent.
Celui-ci n'a pas prévalu, parce qu'il ne faisait point assez ressortir
le caractère sérieux et la portée philosophique qui sont, paraît-il, au
fond de celte œuvre. Ce n'est pas nous qui parlons, c'est le théâtre
lui-même, dans ses réclames. Où diable la philosophie va-t-elle se
nicher? Les dieux travestis n'ont pourtant pas porté malheur à
Orphée aux e?ifers, et l'exemple, selon nous, était assez concluant
pour ne pas être renié. Peu importe, au surplus ; le choix est fait,
et il n'y a plus à y revenir. Nous avons devant nous l'Argent
et l'Amour, c'est-à-dire Mercure et Cupidon. Les dieux ne s'amusent
pas, bien au contraire ; ils s'ennuient mortellement dans leur Olympe,
et ils ne sont pas fâchés de saisir l'occasion d'aller faire un voyage
sur terre pour juger une querelle survenue entre le fils de Vénus et
le messager du céleste empire. Il s'agit de savoir qui l'emporte, chez
les hommes, de l'amour ou de l'argent. Mercure commence ses
épreuves à l'hôtel Rambouillet, où il se présente sous les traits de
Mlle de Scudéry, et où il essaie de ridiculiser l'amour avec sa fa-
meuse Carte du Tendre; mais Cupidon n'a qu'à se montrer, en petit
poète blondin, pour faire pencher la balance en sa" faveur. Mercure
a beau vouloir lutter, il n'est pas heureux dans ses travestissements,
et le paysan Jean Maclou n'a pas plus d'action sur les précieuses que
Mlle de Scudéry. Mieux inspiré, après un intervalle de deux siècles,
il règne, en souverain, de nos jours, par la puissance de l'or. Il donne
des fêtes splendides, auxquelles il préside en riche costume de prince
asiatique. Mais, au moment où il se croit sûr du triomphe, Cupidon
lui amène Psyché, et l'orgueilleux Mercure, qui se disait invulnérable,
s'avoue vaincu et rend hommage à l'amour.
En dépit des réclames de la direction, nous n'insisterons pas sur
le côté sérieux de celte pièce, et nous féliciterons sincèrement
Mlle Déjazet de ses merveilleux eflbrts pour le faire oublier. Dans
les transformations diverses du rôle de Mercure, l'inimitable comé-
dienne ne laisse rien à désirer, et, ce qui n'est pas un mérite vul-
gaire, c'est que ses costumes sont tous d'un goût parfait, Quant à son
chant, on ne saurait trouver de nouvelles expressions pour la louer
convenablement ; tout a été dit sur l'art ir.comparable avec lequel
elle détaille jusqu'aux moindres couplets. Elle excelle surtout dans
les anciens airs, qu'elle se plaît à ressusciter de loin en loin avec
beaucoup de discrétion.
Ce n'est pas que les airs nouveaux manquent dans l'Argml et
l'Amour: M. E. Déjazet en a composé quatorze, et, dans ce nombre,
sa mère en chante plusieurs; nous avons remarqué notamment, au
deuxième acte, une joyeuse chanson villageoise que le public a fait
répéter. Comme pages plus iraporlantes et plus dignes d'attention,
nous citerons l'ouverture, qui est charmante, un très-joli chœur d'in-
troduction , un finale habilement dessiné, un très-coquet morceau
d'ensemble, babillé par les précieuses, et deux airs qui se chantent
sur des motifs de valse d'une distinction réelle. La musique de
M. Eug. Déjazet contribuera, nous n'en douions pas, au succès de
l'Argent et l'Amour, quoiqu'elle ne soit pas, ou plutôt parce qu'elle
n'est pas philosophique.
— Nous nous rappelons toujours avec un vif plaisir les débuts de
Berthelier dans les Deux Aveugles et dans la Nuit blanche; il n'y a
pas, du reste, de bien longues années. Lorsqu'il apparut sur la scène
des Bouffes-Parisiens, c'était un acteur inconnu, et le lendemain, sa
réputation était faite. A un jeu plein d'entrain, de verve et de bonne
humeur, il joignait une voix agréable, dirigée avec goût et rehaussée
par un accent mordant et spirituel. Tant de riches qualités devaient
le conduire et l'ont conduit en effet à l'Opéra-Gomique, où il a
marqué son passage par plusieurs très-heureuses créations. Mais son
ambition, assurément fort légitime, ne trouvait pas là d'occasions
assez fréquentes de succès, et nous l'approuvons d'être allé les cher-
cher ailleurs. Son début au Palais-Royal a été des plus brillants :
comme comédien, il s'y est trpuvé de pair avec les meilleurs co-
miques de l'endroit ; comme chanteur, personne ne peut lui être
opposé. Ajoutons qu'il a eu la chance favorable de tomber tout
d'abord sur un bon rôle et sur une bonne pièce.
Jean Torgnole, dont le nom dit assez les habitude tapageuses, est
un paysan qui, un beau jour, s'est fait marin, laissant là, au pays,
une promise bien décidée à lui rester fidèle, mais entraînée, à la
longue, à lui donner un remplaçant. Le jour même du mariage de
Jacqusline avec Clochedoux, Jean Torgnole revient plus amoureux
que jamais. Les nouveaux époux n'osent lui avouer la vérité, et une
gentille paysanne, la Margotte, les tire provisoirement d'embarras,
en se faisant passer pour la mariée. Mais alors, c'est bien une autre
affaire : Jean s'attache aux pas de Jacqueline, qu'il croit libre, lui
fait la cour, devient pressant, et cela sous les yeux de Clochedoux,
partagé entre la peur et la jalousie. Par bonheur, la Margotte s'ar-
range de manière à confisquer à son profit le cœur de Jean, qui, en
fin de compte, n'est pas fâché que Jacqueline ne l'ait pas attendu.
La donnée de cette petite pièce n'est pas bien neuve. Nous ayons
souvenance d'un ancien vaudeville de l'Ambigu, l'Idée du Mari, qui
lui ressemblait singulièrement; mais peut-on lui en faire un re-
proche ? L'Idée du Mari est morte ; Jean Torgnole vivra, non-seule-
ment parce qu'il est bien constitué, mais aussi parce qu'il a pour
soutien Berthelier, qui s'y fait applaudir doublement, par son jeu
sympathique et par sa voix, chargée d'interpréter quelques airs nou-
veaux très-bien faits et toujours en situation.
D. A. D. SAINT-YVES.
NOUVELLES.
.^** Dimanche dernier, le théâtre impérial de l'Opéra a donné le
Trouvère et le Marché des Innocents. Par suite d'une indisposition subite
de Mme Tedesco, Mlle Werthoimber a joué à rimproviste le rôle d'Azu-
céna du Trouvère. Elle s'est tirée avec bonheur de cette tâche inatten-
due et qu'elle a acceptée sur la prière de M. Perrin.— Trois représenta-
tions de la iMuetle ont défrayé le spectacle pendant la semaine. Le
succès prend des proportions insolites et qui ne paraissent pas près de
s'amoindrir.
.,,*,. Aujourd'hui, représentation extraordinaire de Itobert le Diable.
/^ Mlle Cico est décidément engagée à l'Opéra.
*j. Rien n'est décidé encore au sujet de la reprise d'Armide de
Gluck, qui est cependant fort probable. Warot y chanterait le rôle de
Renaud.
^/% Mme Ferraris quitte l'Opéra le i avril. La célèbre danseuse don-
nera sa dernière représentation dans le courant du mois de mars à
son bénéfice. Elle vient de signer un brillant engagement pour Londres,
avec M. Mapleson, directeur du théâtre de Sa Majesté. C'est une perte
pour le théâtre impérial de l'Opéra.
i*^ Warot doit prochainement faire son premier début dans le rôle
de Tebaldo, de l'opéra de Victor Massé, la Mule de redro. Faure chan-
tera celui de Pedro Zancaro, et Mme Gueymard, celui de Gilda.
53
»** Gourdin, ayant un rôle important à créer dans le nouvel opéra
de Duprato, la Déesse et le Berger , qui va être donné incessamment ,
il sera remplacé par Barielle dans celui de Baskir de Lalla-Roukh.
*** Vendredi a eu lieu l'avant-dernière représentation de Mlle Ade-
llna Patti dans la Lucia, un des rôles où la jeune cantatrice se produit
sous la forme la plus dramatique. On avait loué pour cette représenta-
tion jusqu'aux places du cintre qui se trouvent derrière le lustre et
qu'on ne loue jamais. Des fanatiques ' de la diva ont payé leur stalle
d'orchestre jusqu'à 50 francs ; des fauteuils de balcon ont été achetés
90 francs. Cet enthousiasme est, quoi qu'on en puisse dire, justifié par
les qualités exceptionnelles qui se trouvent réunies dans Mlle Patti.
Certes, bien des cantatrices ont chanté sur notre scène italienne ce
beau rôle de Lucia, mais on peut affirmer qu'aucune n'a détaillé d'une
façon aussi saisissan:e Ja magnifique scène du désespoir du deuxième
acte, et surtout celle de folie du troisième acte; Mlle Patti fait de cette
dernière tout un petit drame qui captive et émeut au plus haut degré
l'auditoire; tout ce morceau est d'ailleurs chanté à ravir. Aussi les
bravos de la salle entière ont-ils eu de la peine à se contenir jusqu'à
la dernière mesure. Acclamée, rappelée, Mlle Patti, nonobstant les rap-
pels précédents, a dû reparaître cinq ou six fois de suite. — Aujour-
d'hui même, la brillante artiste chante pour la dernière fois dans le
Barbier le rôle de Uosine, et pas une place ne reste à louer. — Tam-
berlick est attendu à Paris le 27.
*% On annonce pour jeudi prochain la première représentation de
Stradella. Si l'on en doit juger par le succès que cette charmante par-
tition do l'auteur de Marta a obtenu en Allemagne et, l'année passée, sur
le théâtre Italien de Saint-Pétersbourg, elle ne peut manquer d'être bien
accueillie à Paris. M. de Flotow a voulu , du reste, surveiller lui-
même l'apparition de son œuvre en France, et il y a ajouté, pour cette
occasion, deux morceaux nouveaux qu'on dit très-bien réussis. Ce qu'il
y a de certain, c'est qu'aux répétitions la musique a produit beaucoup
d'eB'et. MM. Naudin, Délie Sedie, Zucchini et Mlle Battu composeront
un ensemble d'interprètes qui ne contribueront pas moins au succès que
la mise en scène, les costumes et les décors, pour lesquels la direction
a fait toutes les dépenses nécessaires.
j*:^ Mme Cabel est de retour de Lyon , où elle a été créer avec suc-
cès le rôle de Féline de la Chatte merveilleuse. Les répétitions de
Peines d'amour perdues (Cosi fan tutte), de Mozart, vont donc marcher
rapidement. En attendant, Faust continue à attirer la foule. — Deux dé-
butants ont paru vendredi à ce théâtre dans Robin des bois . Mlle Schubert
et M. Mermand. Leurgrande inexpérience de la scène et leur timidité ne
permettent pas à la critique de formuler un jugement sur eux et ne
laissent place qu'à l'indulgence.
,j*,j, On assure que Berlioz destine décidément son opéra les Trmjens
au théâtre Lyrique. — La partition du célèbre compositeur, Béatrice et
Bénédict, dont nous avons annoncé la mise en vente, est très-demandée
en France et à l'étranger.
^*^ C'est après les jours gras qu'apparaîtra au théâtre des Bouffes
la pièce de Nuitter et d'Offeubach, Bavard et Bavarde. Pradeau, Désiré,
Mme Ugalde et Mlle Testée sont chargés des principaux rôles.
*** Le théâtre Robin annonce la fui des représentations de la pre-
mière série d'agioscope, et pour le Carême, un spsctacle tout à fait de
circonstance et du plus grand attrait; il s'agit d'un voyage en Syrie,
en Palestine et à Jérusalem. On dit merveille de cette seconde exhibi -
tion, qui a obtenu à Londres six cents représentations consécutives.
a,*:„ Voici l'état des recettes brutes qui ont été faites, pendant le mois
de janvier 1 863, dans les établissements soumis à la perception du droit
des indigents ;
r Théâtres impériaux subventionnés 622,700 69
2° Théâtres secondaires, de vaudevilles et petits spec-
tacles 1,167,876 60
3° Concerts, spectacles-concerts, cafés-concerts et
bals 273,372 50
4° Curiosités diverses 7,631 50
Total 2,071,581 29
,t** Le théâtre du Havre vient de monter Martha. La partition de
M. de Flotow a été très-bien accueillie, et l'orchestre l'a parfaitement
interprétée. Mme de Joly, aussi bonne chanteuse que bonne comédienne,
a fort bien dit la romance de la Rose. Le rôle de Nancy ne pouvait être
mieux confié qu'à Jllle Chabert.
,(,** Marta vient d'être représentée au théâtre de Trieste avec un
succts d'enthousiasme ; Mme de Boissi (Enriclietta) a chanté parfaite-
ment le rôle principal. Les autres ont été non moins remarquablement
interprétés par la Majo (Nancy), Zaccomelli (Lionel), Boccolini (Plum-
kett), Marchisio (Tristano).
**« Le théâtre Regio vient de donner l'opéra de Petrella, Jane, dont
le sujet est tiré du Dernier jour de Pompei, et qui avait paru pour la
première fois en 1858, à la Scala à Milan. Il a été accueilli par des ap-
plaudissements enthousiastes, et les représentations suivantes n'ont fait
que confirmer ce succès. Il est très-bien interprété par la Bendazzi, Vil-
lani et Colonnese.
^*^ L'exploitation des théâtres royaux de Naples vient d'être concédée
pour neuf ans à M. Mapleson, directeur du théâtre de Sa Majesté à
Londres. -- Mme Titjens est à San-Carlo, où elle continue à obtenir le
plus grand succès. La Lucia a été pour elle un véritable triomphe.
^*^ Vendredi soir, au théâtre de Covent-Garden, Balfo a remporté un
nouveau succcès avec un opéra : the Armurer of Nantes, paroles
de J.-V. Bridjeman. 11 a été très-bien interprété par miss Pyne,
miss Hiles, MM. Harrison, Santley, Weis et Corri. L'opéra est en trois
actes et a duré quatre heures. C'est un peu long pour le public anglais.
„,** Au théâtre Jovellannos, à Madrid, a eu lieu une soirée de bien-
faisance à laquelle ont pris part Mmes de Lagrange, de Merle, MM. Bet-
tini et Cotogni. Ils ont exécuté le deuxième acte de Marta, aux grands
applaudissements de l'assemblée qui a fait répéter le quatuor du rouet.
„,** Aujourd'hui, au Cirque JNapoléon, premier concert populaire de
la troisième série, sous la direction de Pasdeloup : Jupiter, symphonie
de Mozart; Marche turque, de Beethoven; andante final (l'Ours), de Haydn;
ouverture d'06eron, de Weber; air de ballet de Prométhée, de Beethoven
(solo de violoncelle par M. Poëncet); ouverture du Jeune Henri, de
Méhul.
.j,*^ Marseille prépare un grand concert au profit des ouvriers néces-
siteux. Les directeurs auraient vivement désiré avoir le concours de
Mlle Adelina Patti ; mais, tenue par ses engagements, la jeune et célèbre
cantatrice s'est vue à son grand déplaisir obligée de refuser. En effet,
elle chante aujourd'hui à Paris pour la dernière fois; demain elle se mot
en route pour Vienne, et c'est à peine si elle pourra prendre quelques
heures de repos en route, puisqu'elle doit être rendue à Vienne mer-
credi pour y commencer immédiatement ses représentations. Il est vrai
que l'offre de 15,000 francs a été faite â Mlle Patti pour chanter à ce
concert; mais il est vrai aussi qu'en témoignant aux organisateurs du
concert projeté, tout son regret de ne pouvoir s'associer à leur bonne
œuvre, son premier mot a été de dire qu'elle eût refusé la somme of-
ferte par eux.
f"'^ Jeudi dernier, le mariage de M. Edmond Moreaux, compositeur
organiste, et de la fille d'Adolphe Adam, s'est célébré en l'église de
Saint-Eustache. Les témoins des jeunes époux étaient MM. Auber, Am-
broise Thomas, Adolphe Dennery et Ritt. Pendant la messe, plusieurs
morceaux ont été chantés, notamment un salutaris d'Adolphe Adam,
et un orchestre dirigé par M. Hurand a joué un charmant morceau
in.-trumental, dans lequel M. Edmond Moreaux avait fort heureusement
réuni plusieurs mélodies des deux maîtres présents et de celui dont le
souvenir planait sur toute la cérémonie.
,j*„ Henri Heiz organise pour la fin de ce mois, dans sa salle, un
concert avec orchestre, dont le produit sera consacré au soulagement
des ouvriers de la Seine Inférieure. M. Uerz compte sur le concours
d artistes célèbres, et se propose d'entourer ce concert de tous les élé-
ments propres à le rendre à la fois brillant au point de vue artistique
et fructueux comme recette.
^'"^ Dimanche dernier, une brillante réunion se pressait encore dans
les salons de Marmontel, pour y entendre Mme Pleyel et M. Dumont, le
flûtiste de Bruxelles. La célèbre pianiste a exécuté sa partie d'un trio de
Mendelssohn, et deux études de Jules Cohen, avec tout le talent qu'on
lui connaît et tout le succès dont elle a l'habitude.
^*f, M. Romano, organiste distingué et qui jouit en Italie d'une
grande réputation, est en ce moment à Paris.
,,,*„,. A l'occasion de l'accident dont les deux coryphées du théâtre
Princess, à Londres, ont été les victimes, nous émettions le vœu qu'on
adoptât les mesures les plus propres à prévenir de semblables sinis-
tres ; on lit à ce sujet dans le dernier numéro de la Revue et Gazette
des Théâtres : « A la réunion des propriétaires de Drury Lane, M. Nel-
son, architecte du théâtre, a présenté un rapport d'où nous extrayons la
description de toutes les excellentes mesures préventives adoptées contre
l'incendie. Et d'abord: « Tous les becs de gaz, dit-il, au nombre de près
» de trois cents, sont entourés d'un globe en treillis de lil de fer gal-
» vanisé, dont la durée est illimitée et le prix peu élevé. Puis, afin de
» rendre désormais impossible tout accident, on a poussé la précaution,
le long de la rampe, comme dans toutes les parties de la salle, jus-
>, qu'à protéger chaque bec de gaz par un couvercle en talc. En troisième
» lieu, on a placé des pompes à bras plongeant dans des seaux d'eau
» régulièrement distribués de distance en distance, de sorte qu'au
» moyen de ces diverses mesures et de l'emploi de couvertures de laine
» mouillées toujours disponibles, l'architecte a déclaré qu'il n'y aurait
» plus désormais aucun risque à redouter sur la scène. » Il est bon
d'observer que diverses expériences chimiques ayant été faites avec
succès devant le jury, à la dernière enquête faite , au sujet d'un nou-
veau mode pour rendre les étoffes légères incombustibles (incombustible
Starch), le jury exprima à la fin du verdict la vœu que chaque direc-
teur de théâtre ne permît plus d'autres costumes que ceux préparés
de cette manière. »
„'*,t L'association des artistes musiciens célébrera la fête de la Purifica-
tion en l'église Saint-Vincent de Paul, le lundi 23 février, à onze heures
54
KKVLE ET GAZETTE MUSICALE
très-précises, en faisant entendre la première messe solennelle de
M. Léon Gastinel. Les exécutants, au nombre de deux cents, seront di-
rigés par M. Deloffre. Les solos seront chantés par les premiers artistes
de la capitale. Le produit de la quête et des cliaises sera versé dans la
caisse de secours de l'association.
^*^ Dimanche passé, la Société des concerts du Conservatoire a exé-
cuté le chœur de la Charité de Rossini; prière de la symphonie en la ma-
jeur de Mendelssohn; la Tempête et le Calme, chœur de Haydn; la mu-
sique composée par Beethoven sur Egmont, et l'ouverture du Freiisçhutz-
Nous rendrons compte dimanche de ce concert, ainsi que des séances
précédentes.
^*^ Vendredi a eu lieu, dans les salons de Mme la comtesse de Ridder,
une matinée musicale dont le produit était destiné aux ouvriers de la
Seine-Inférieure. Une foule nombreuse et élégante avait répondu à l'ap-
pel de cette maîtresse de maison, dont l'exemple ne saurait être trop
répandu et trop prôné. Indépendamment d'un acte de charité, on y a
fait d'exce'lente musique. Mme Paléologue et sa sœur, Mlle de Ridder,
secondées par Roger et Bonnehée, ont chanté le quatuor de Ma tante
Aurore et le duo de Felicie; Roger a ensuite interprété des mélodies
françaises et allemandes, et Bonnehée un air d'il Ballo in maschera.
La partie vocale a été complétée par le trio du Matrlmonio segreto, où
Mme Gardoni a fait apprécier sa méthode et sa voix. Quant à la partie
instrumentale, elle était confiée à MM. Ubicini et Charpentier, qui ont
merveilleusement exécuté plusieurs morceaux de Beethoven et de Mozart,
avec le concours d'E. Chaîne et de Chevillard. Le lendemain , on a dû
verser au Journal des Débats une somme de 1,500 francs.
^** L'éminent violoniste Jean Becker a été appelé à Bruxelles
pour jouer dans une séance de musique de chambre, donnée au Conser-
vatoire par l'illustre directeur M. Fétis père. Cette séance a eu lieu
mercredi, et M. Becker a joué un quintette de M. Fétis père, et le
second quatuor d'Edouard de Hartog, avec un immense succès. M. Bec-
ker s'est fait entendre aussi à Anvers, où il avait été demandé pour la
troisième fois; il est de retour à Paris. Son concert reste fixé au 23 fé-
vrier, à la salle Herz. Ce sera l'une des plus belles fêtes musicales
de la saison. Jean Becker y exécutera avec orchestre le grand concerto
de Beetlioven, les Grelots du Diable, de sa composition , et Nel cor
piu non mi sento, de Pagauini.
^'"^ Une dame du monde, Américaine comme la Patti, s'est fait en-
tendre cette semaine, à la chapelle impériale du château des Tuileries,
et y a produit une sensation profonde dans un morceau religieux com-
posé par Auber. L'illustre compositeur, d'accord en cela avec l'opinion
du noble auditoire, a reconnu dans cette jeune étrangère, qui est élève
de M . Panofka, une voix magnifique et un grand style.
^*.f. Prudent est de retour à Paris et doit donner, dans quinze jours,
un grand concert.
j*» M. Aptomraas, du concert duquel notre collaborateur M. A. Botte
rend compte, est engagé pour le mois d'avril à Londres , où il donuera
une seconde série de séances musicales , sous le patronage des grands
noms de l'aristocratie anglaise.
^*^ La Société nationale des beaux-arts, 26, boulevard des Italiens,
donnera dimanche prochain son cinquième grand concert, et, à la de-
mande générale, elle fera de nouveau entendre la deuxième partie de
la Fuite en Egypte, l'Invitation à la valse et le Carnaval romain, de
Berlioz. L'orchestre sera dirigé par le célèbre compositeur. Dans la
deuxième partie, Christophe Colomb, dirigé par Félicien David.
a,"^^, Le grand-duc de Bade vient de conférer au maître de chapelle
M. Strauss, à Carlsruhe, la croix de chevalier de l'ordre de Zsehringen.
,^*^ Vendredi soir, 6 mars, grand concert donné par Mlle Corinne
de Luigi dans la salle Herz.
**„, Bazzini, le célèbre violoniste, est depuis le commencement de
l'hiver à Pau, où il a organisé des matinées hebdomadaires de musique
classique et de musique moderne très- suivies. Il y a fait entendre
quelques-unes de ses compositions, qui ont été fort goûtées par la so-
ciété aristocratique de Pau. Bazzini a également obtenu de grands suc-
cès à Bordeaux et à Angoulême, où l'avaient appelé les Sociétés phil-
harmoniques de ces deux villes. Il compte revenir à Paris au prin-
temps.
.j,*,^ Feri Kletzer, violoncelliste et compositeur, distingué qui s'est
déjà fait applaudir à Paris, est de retour et y passera quelques mois.
^% Jules Deswert, le jeune violoncelliste que nous avons applaudi il
y a quelques années comme un artiste d'une précocité extraordinaire,
est revenu à Paris et s'y fera prochainement entendre.
,,■"* La Société des gens de lettres a tenu, dimanche dernier, son as-
semblée générale dans les salons de Lemardelay, et a procédé au rem-
placement de MM. Amédée Achard, Charles Deslys, Etienne Enault, Em-
manuel Gonzalès, Léon Gozlan, Achille Jubinal, Méry et Albert Second,
composant le tiers sortant du Comité. Ont été élus : MM. Edouard Four-
nier, Paul Juillerat, G. de la Landelle, Léo Lespès, Hypolite Lucas,
X. Saintine, Aurélien SchoU et Auguste Vitu. En conséquence, le Comité
est composé, pour l'année 1863, de MM. de Balathier-Bragelonne, Ch.
Basset, H. Celliez, G. Chadeuil, L. Enault, P. Féval, Ed. Fournier, Théo-
phile Gauthier, Georges Guiffrey, Paul Juillerat, Jean Laffitte, G. de la
Landelle, Léo Lespès, Hippolyte Lucas, Michel Masson, Eugène MuUer,
Ponson du Terrail, Xavier Saintine, Aurélien SchoU, Jules Simon, le ba-
ron Taylor, Frédéric Thomas, Auguste Vitu et Francis Wey. Le lundi
9 février, le Comité a procédé à la formation de son bureau pour 1863'
Ont été élus : président, M. Wey; viccrprésidents, MM. Laffitte et de
la Landelle; rapporteurs, MM. Edouard Fournier et Léo Lespès; secré-
taires, MM. Guiffrey, Ponson du Terrail et Aurélien SchoU; questeurs,
MM. Charles Basset et Louis Enault ; archiviste bibliothécaire, M. Eu-
gène MuUer; présidents honoraires, MM. le baron Taylor, Louis Des-
noyers (fondateur de la Société), Léon Gozlan, X. Saintine, Michel Mas-
son, Edouard Thierry.
^*,j Chaque mardi , le professeur-compositeur Paul Bernard réunit
ses élèves, et par la manière dont elles interprètent les œuvres des
maîtres, on peut apprécier de plus en plus l'excellence de sa méthode
et son talent de compositeur. Des artistes distingués assistent à ces
réunions, et mardi dernier on y a entendu Nadaud, Vincent et les
frères Guidon. M. Paul Bernard a joué avec une de ses élèves. Mlle
Baronnet, un beau duo de Hummel à deux pianos, et, seul, un nouveau
caprice arabe de sa composition : l'Oasis, destiné à un beau succès. Il
a été fort applaudi.
**„, MUe Murer, une des élèves les plus distingués de Prudent, don-
nera le 3 mars un concert dans la salle Herz.
„*,t Marcel Colombier, éditeur, 8S, rue de Richelieu, vient de faire
paraître deux nouvelles transcriptions vocales de nos grands maîtres.
Marguerite (chanson florale), musique de Beethoven; l'Oiseau (conver-
sation), musique de John Field, poésies de Mme Desbordes-Valmore. In-
dépendamment de leur mérite littéraire et musical, ces deux morceaux,
destinés aux jeunes personnes, ont encore le précieux avantage d'être
d'une entière convenance.
*■** Le bal annuel de l'Association des artistes dramatiques aura lieu
le T mars prochain, dans la salle du théâtre impérial de l'Opéra-Co-
mique, sous le patronage de LL. MM. l'Empereur et l'Impératrice. La
réputation de cette fête est assez établie pour que nous jugions inutile
d'insister sur son éclat et sa splendeur. C'est le rendez-vous de la haute
société parisienne et des étrangers de distinction qui viennent admirer
de près les étoiles de la scène. On souscrit chez le trésorier de l'œuvre,
rue de Bondy, 68, et au bureau de location du théâtre de l'Opéra-Co-
mique.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
,j*,f Château-Thierry. — Un concert fort intéressant à plus d'un titre
vient d'être donné au bénéfice des ouvriers sans travail par une société
d'amateurs, auxquels s'est joint un artiste d'un grand mérite, M. Ulysse
de Wast. Ce dernier a chanté avec un goût parfait et un sentiment
très-remarquable des nuances, la délicieuse sérénade de Gounod, qui a
obtenu un succès d'enthousiasme. On a aussi chaleureusement applaudi
la distinction et le style du jeune et brillant artiste dans la romance de
Lalla-Roukh; mais ce qui a surtout vivement frappé , c'est l'étendue et
l'ampleur de sa voix dans le Miserere du Trovatore. M. du Wast est un
des meilleurs élèves de Duprez ; il possède donc une excellente méthode,
et sa voix très-sympathique est d'une grande fraîcheur.
,*^, Poitiers. — Notre Société chorale vient de donner son concert an-
nuel au profit des pauvres. Elle s'était assuré le concours de MUe Mo -
reau, la charmante cantatrice du théâtre Lyrique ; de M. Bussinc, artiste
de l'Opéra-Comique, et Emile Levêque, virtuose-violoniste, qu'on ne peut
se lasser d'entendre. Ces éminents artistes ont été constamment applau-
dis et rappelés. L'orchestre a joué avec précision , quoique mollement
conduit, les Quvertnresdal'Italienneen Algérie, de Rossini, et de /a StVene,
d'Auber. Les chœurs, sous la direction d-î M. Puisant, ont obtenu un
beau succès.
'^,^*.j, Nice. — Il n'est bruit que du magnifique concert annoncé pour
le 19, au théâtre impérial, par Mme la baronne Vigier(néeCruveUi), au
bénéfice des pauvres. Les entrées sont fixées à 1 francs, et l'on paiera,
en outre, les premières et deuxièmes loges 1 00 francs, et les fauteuils
15 et 20 francs 1 Tel est le prestige exercé par la grande cantatrice,
que, vu l'affluence des demandeurs, les places devront être délivrées
par la voie du sort.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
,^*» Bruxelles. — La direction du théâtre de la Monnaie a donné, ven-
dredi dernier, un concert, avec le concours d'Emile Prudent, de
Ikllle De Maesen, et de MM. Martin et Férié. Le célèbre pianiste français
a joué, outre son nouveau concerto, plusieurs de ses plus charmantes
OE PARIS.
53
créations, entre autres le Réveil des Fées, auquel il a ajouté un accom-
pagnement d'orchestre. Ce morceau, déjà si ravissant sous sa première
forme, a gagné considérablement encore par le développement que lui
a donné l'auteur. Comme on peut le penser, les applaudissements et les
rappels n'ont pas fait défaut au grand pianiste. Mme la duchesse de
Brabant, excellente pianiste elle-même, semblait suivre avec le plus
grand intérêt le jeu élégant de M. Prudent, et mêlait ses applaudisse-
ments à ceu.x du public enthousiasmé. Mlle De Maesen a chanté l'air de
l'Ombre du Pardon de Ploirmel avec un goût et une méthode parfaits. —
Après ce concert. Prudent est retourné à Gand, où il a clôturé, devant
deux mille auditeurs enthousiasmés, sa brillante excursion en Belgique.
^*^ Gand. — La reprise du Pardon de Ploërmel vient d'avoir lieu, à
la grande satisfaction de notre public. Le dernier chef-d'œuvre de
Meyerbeer a été remarquablement interprété par Carman (Hoël),
Mme Meyer-Boulart et Tournade (Corentin). Le grand air d'entrée et la
romance du troisième acte ont valu à, Carman des applaudissements et
un rappel largement mérités. Le rôle de Dinorah est une des meilleures
créations de lime Meyer-Boulart ; elle en a saisi admirablement toutes
les nuances, et il est devenu pour elle un véritable triomphe. Tournade
est un excellent Corentin dont la voix de trial est secondée par un ex-
cellent talent de comédien. — Lundi, M. Cabel, frère de la pensionnaire
du théâtre Lyrique de Paris, a donné un très-beau concert au profit du
Cercle philanthropique. Mlle Léontine Allewaert y a très-bien chanté
un air des Huguenots et celui du Juillet de loterie.
^*^ Vienne. — Merelli est arrivé. On attend Mlle Patti pour le 17, et
Mme Lafont pour le 21) du courant. La Société italienne doit donner en
tout trente représentations ; Mlle Patti chantera dans vingt-deux soi-
rées. Quoique le prix d'abonnement d'une loge de parterre et de pre-
mière galerie soit fixé à 30 florins par soirée, presque toutes sont
louées. Merelli fait construire une vingtaine de loges supplémentaires
à la deuxième galerie. Il y aura trois ou quatre représentations par se-
maine. Mlle Patti débutera dans la Sonnambula. Carrion chantera le
rôle d'Elvino. Giugllni doit débuter en même temps que Mine Lafont.
— Satter vient de donner son quatrième concert. L'éminent pianiste va
partir pour Pesth.
a,*» Berlin. — Les répétitions de l'opéra de Rubinstein, les Enfants
des Landes, viennent de commencer au théâtre de la cour. — Dans la
Fille du régiment, Mlle D. Artot a obtenu peut-être plus de succès en-
core que dans la Somnambule. Le rôle de Marie est un des plus brillants
de son répertoire, et il a été de nouveau pour l'éminente cantatrice
l'occasion d'un véritable triomphe. Le prochain rôle qui sera chanté
au théâtre de l'Opéra par Mlle Artot est celui de Margareth, de Faust.—
Sivori est attendu prochainement pour donner une série de concerts. —
Le directeur général des corps de musique de la garde, M. Wieprecht,
a célébré ces jours-ci le vingt-cinquième anniversaire de son entrée
au service. Meyerbeer avait écrit à ce sujet à M. Wieprecht une gra-
cieuse lettre de félicitations. — La Clochette de l'Ermite, de A. Maillart,
a été représentée à l'établissement KroU, et cet ouvrage alterne avec
les Pêcheurs de Catatic, du même autour, que la troupe du théâtre Fré-
déric-Guillaume représente dans la même salle, avec un succès qui
grandit chaque jour. — L'éditeur G. Bocli vient de célébrer avec solen-
nité le vingt-cinquième anniversaire du jour où il a fondé l'établisse-
ment qu'il dirige avec tant de succès. Le prince royal lui a fait re-
mettre ù cette occasion, par le général Maliszewski, une lettre de féli-
citations, et des témoignages semblables d'estime lui ont été adressés
par des sommités artistiques, parmi lesquels Meyerbeer, Taubert, F.
Kœster, de Bulow, etc.
^*^ Brunsivick. — L'opéra de Bénédict, la Rose d'Erin, qui a déjà eu
soixante repr.5sentatious à Londi-es, sous le titre de Lilly of Killarnéy,
vient d'être donné pour la première fois au théâtre de la cour. Sans
être précisément une oeuvre originale, la partition est facile et agréable
et a reçu un bienveillant accueil.
^*^ Barcelone. — Le Prophète poursuit le cours de son triomphe. A la
dernière représentation, deux magnifiques couronnes ont été jetées sur
la scène, l'une en or, d'un très grand prix, pour l'illustre compositeur;
l'autre en laurier, pour l'habile chef d'orchestre, M. Castagneri. Lors-
que ce dernier prit la couronne d'or et la posa sur la partition, l'en-
thousiasme fut immense, et les applaudissements éclatèrent de toutes
parts. La couronne d'or a été expédiée immédiatement à Paris, à M. Ver-
ger, directeur du théâtre de Barcelone, afin qu'il la fasse parvenir à
M. Meyerbeer.
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56
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Départements, Belgique et Suisse.... .30 » id.
Étranger 34 -• id.
Le Journal paraît Le Dimanche,
GAZETTE MUSICALE
— ^N/u vAAA/VrvPowv—
SOMMAIRE. — Théâtre impérial italiea: Alessandro Stradella, opéra en trois
actes, musique de F. de Flotow, par Paul Smith. — Théâtre des Bouffes-
Parisiens : les Bavards, opéra-bouffe en deux actes , paroles de M. Nultter,
musique de M. Jacques Offenbach. — Société des concerts du Conservatoire
impérial de musique et de déclamation, par Xiéon Darocher. — Revue des
théâtres, par D. A. D. Saiut-YTes, — Nouvelles et annonces.
THÉÂTRE IMPÉRIAL ITÀUEN.
AliESS.lNDBO STBAUœiiliA,
Opéra en trois actes, musique de F. de Flotow.
(Première représentation le 19 février.)
La légende d' Alessandro Stradella, vraie ou fausse, historique ou
romanesque, est digne de la fabuleuse antiquité. Ce chanteur qui se
sauve lui-même en désarmant des assassins par le charfne de sa voix,
marche de pair avec Orphée, attendrissant l'enfer et lui reprenant
son Eurydice; avec Amphion, transportant les rochers et en cons-
truisant des villes. Comment l'opéra moderne eùt-il laissé échapper
un héros tel que Stradella, surnommé de son temps V Apollon de la
musique? Une belle voix dans un beau corps! Nous avons bien su
exploiter Garât, fait prisonnier par une patrouille, et entonnant la
Gasconne pour recouvrer sa liberté. Le chanteur italien du x\n^ siècle
devait avoir le pas sur le chanteur français du siècle précédent et de
celui-ci. Dans la même année, à peu de jours de distance, on le vit
apparaître sur deux théâtres de Paris. Le Stradella représenté du
grand Opéra le 3 mars 1837, avait pour auteurs MM. Emile Des-
champs et Erailien Pacini ; c'était, M. Niedermeyer qui en avait écrit
la musique, et le rôle principal fut joué successivement par Adolphe
Nourrit dans ses adieux, et par Duprez dans ses débuts. Un autre
Stradella, plus petit de format, plus modeste d'intention, mais très-
original et très amusant dans ses allures, s'était montré au théâtre du
Palais-Royal le 3 février, un mois auparavant ; il sortait d'une heu-
reuse collaboration, celle de MM. Paul Duport et de Forges, et il
avait pour interprète naturel à ce théâtre le joyeux et mélodieux
Achard, père du jeune artiste que l'Opéra-Comiquo possède aujour-
d'hui.
Si nous avons rappelé ces deux ouvrages, véritables ancêtres du
libretto d'abord allemand, ensuite italien, dont, par parenthèse,
l'auteur n'a pas manqué de mémoire, ce n'est pas ponr étaler un
vain luxe d'érudition généalogique, mais c'est que dans le Stradella
du Palais-Royal nous rencontrons déjà M. de Flotow, qui n'avait pas
dédaigné d'écrire deux morceaux charmants pour cette petite
pièce, un air pour le bandit Malvolio, et l'hymne à la Vierge, qui
amenait le dénoûment. L'hymne, chantée par Achard, contribua
grandement au succès, et il est tout simple que le compositeur en
ait g-ardé le souvenir. Ainsi, de ses deux opéras les plus populaires
en Allemagne, Stradella et Martha, la première esquisse avait été
tracée par lui en France : celle de Stradella dans un vaudeville, et
celle Aq Martha dans un acte de ballet.
Stradella fut joué pour la première fois à Hambourg, au mois de
décembre 18M, et, tout récemment, on l'a donné pour la centième
fois dans la même ville, au même théâtre. C'est donc une œuvre en
tout semblable, pour le destin comme pour le mérite, à cette Martha
née trois ans plus tard, à Vienne, vers la un de 1847. Ce dont peut-
être il faut s'étonner, c'est que nous ayons attendu Stradella si
longtemps, et que l'aîné des deux opéras ne se soit produit chez nous
que six ans après le plus jeune. Le poète allemand auquel M. de Flotow
s'adressa pour avoir un libretto complet, jugea sans doute prudent
de ne pas se mettre l'imagination à la torture. 11 avait sous les yeux,
sous la main les deux pièces françaises, et il se contenta d'y prendre
ce qu'il y trouvait de mieux : à l'une quelques idées de scène, à
l'autre des personnages excellents, deux hravi facétieux et mélomanes-
Heureusement, le compositeur se donna plus de peine. En artiste
consciencieux et de vaillante race, il tint à écrire une parti-
tion qui fût entièrement à lui, depuis la première note jusqu'à la
dernière : ou peut en juger par son ouverture, morceau vigoureux,
dont le début si riche d'harmonie annonce pompeusement les solen-
nités de l'église. A l'andante en ré majeur succède un leste et pimpant
allegro en fa mineur, d'où l'on revient pour conclure au mouvement
et au ton primitifs.
Une introduction pleine de finesse et d'élégance, un chœur char-
mant précèdent l'entrée de Stradella, qui paraît bientôt, et chante
une sérénade des plus passionnées sous les fenêtres de sa belle. Nous
sommes à Venise, au milieu des folies du carnaval ; mais Stradella et
sa Leonora, pupille du signor Bassi, n'en sont pas moins graves ; ils
n'en échangent pas moins sérieusement leurs soupirs amoureux et
leurs projets d'évasion dans un délicieux nocturne, où la voix de so-
prano répond sur les mêmes notes à la voix de ténor. Puis intervient
un chœur de manques suivi d'une tarentelle. On danse, on rit, on
s'amuse, excepté Bassi, le tuteur, qui tout à coup s'aperçoit que sa
pupille lui est enlevée. Alors il se fâche et s'agite : à sa place, Bar-
tholo n'en eût pas fait moins. Il veut que l'on coure après les fugitifs ;
les masques l'entoureut et lui barrent le chemin. Le premier acte finit
sur celte scène mouvementée, qui forme un piquant tableau.
58
r.EVUE ET GAZETTE MUSICALE
Le second acte nous conduit dans un village aux environs de
Rome : à gauche on voit une maison portant, au lieu d'un numéro,
cette inscription : alla campanella, c'est-à-dire à la clochette. Là se
sont réfugiés les deux amants, dont le mariag-e doit être célébré le
jour même ; mais là aussi vont les relancer deux bravi détachés par
le tuteur. Ces deux gaillards, envoyés séparément et chacun pour son
compte, ont les mêmes instructions, le même mandat. Le tuteur a
voulu être sûr de son fait, et, comme en un jour de bataille, il ne
s'en est pas rapporté à un seul aide de camp. Malvolio et Barbarino
se reconnaissent, se parlent de leurs affaires, de leurs femmes, de
leurs enfants, et, après s'être un peu chamaillés sur l'objet même de
leur voyage, au lieu de se séparer, ils s'associent et se décident à
frapper Stradella de compte à demi.
Frapper, assassiner, c'est aisé à dire, mais beaucoup moins facile à
exécuter quand il s'agit d'un artiste, d'un chanteur comme Stradella.
Cependant il n'a aucune défiance, et quand les deux bandits, qui
n'ont rien de rassurant ni dans la figure, ni dans le costume, lui de-
mandent la permission de s'asseoir au banquet nuptial , il la leur
accorde tout de suite : un peu plus tard il va même jusqu'à les ac-
cueillir dans sa maison. Sublime imprudence, dont le compositeur
a tiré un admirable parti! Le banquet nuptial est aussi plantureux,
aussi gai qu'il doit l'être : c'est à peine si de temps à autre Malvolio
et Barbarino font luire la lame de leurs poignards, mais aussitôt les
poignards rentrent dans leur gaine. Ce qui est différé n'est pas perdu:
du moins les deux bandits le supposent, et en attendant ils ne se re-
fusent ni bon vin, ni bonne chère. La nouvelle mariée chante un
brindisi, qu'ils écoutent avec un extrême plaisir, ainsi que la salle
entière, mais ils sont encore plus sensibles à la chanson de Salvator
Rosa, que Stradella est prié de dire à son tour. A la vérité, la mo-
rale en est saisissante, et tout à fait à la portée de gens comme les
deux bandits. On connaît l'anecdote du peintre fameux, que des vo-
leurs arrêtent dans les montagnes, mais qu'ils traitent avec excès de
générosité, en lui disant :
Del ladrone il nobil foco
Sa gringegni rispettar,
E gli artisti in ogni loco
Un asil si pon trovar.
Traduction quasi-littérale : Le voble feu, qui anime le voleur, sait
respecter les hommes de génie, et tons les artistes peuvent trouver
un aille parmi nous. Fiez-vous à ce refrain, si vous voulez, ou si
vous aimez mieux , munissez-vous de bons pistolets et tâchez de
trouver une bonne auberge.
Quoi qu'il en soit de l'anecdote, de la morale et de ses effets pro-
bables, au lieu d'assassiner Aie elnunc, Malvolio et Barbarino s'envon.
dormir paisiblement sous le même toit que Stradella. Le lendemain seu-
lement, ils songent aux affaires sérieuses, et encore faut-il pour cela
que le tuteur, Bassi, vienne les réveiller et les presser d'agir. Là
nous avons la scène qui avait inspiré un fort bon trio à Niedermeyer :
Trente ducats pour vous : Voyez, mes braves gens.
Voulez-vous les gagner? c'est un beau bénéfice.
Les brigands acceptaient d'abord; mais quand ils apprenaient le
nom de celui qu'ils devaient occire, quand ils étaient instruits du jour,
de l'heure et du lieu où le crime devait être commis, ils demandaient
une somme toujours de plus en forte, et finissaient par obtenir
300 ducats, au lieu de 30. C'est à peu près la même chose qui se
passe entre le tuteur et les coupe-jarrets. Quand il les a bien enflam-
més, bien déterminés, Stradella vient répéter l'air qu'il sera tout à
l'heure appelé à chanter dans l'église, l'hymne à la Vierge :
santa, ô pia,
Del Ciel regina,
Madré divina
Del Redentor.
Ici le prodige est encore plus grand, plus étonnant que dans toutes
les autres pièces où a figuré Stradella. Le charme de sa voix et de
son chant opère non-seulement sur les deux assassins, mais sur celui
qui les avait soudoyés pour le crime. Malvolio et Barbarino tombent
aux genoux de Stradella, en lui disant, comme dans la fable le cuisi-
nier dit au cygne :
Quoi! je mettrais un tel chanteur en soupe?
Non, non, ne plaise aux dieux que jamais ma main coupe
La gorge à qui s'en sert si bien I
De plus, Bassi, touché jusqu'au fond de l'âme, laisse échapper ce
mot d'une candeur parfaite : Scusate. « Excusez les fautes du tuteur. »
Avons-nous besoin de dire que Stradella n'hésite pas à lui pardonner ?
Pardonnons aussi, et de grand cœur, aux légères imperfections, aux
petites invraisemblances d'un canevas qui a fourni à M. de Flotow
l'occasion d'écrire le deuxième et le troisième acte de son opéra. De
toutes les combinaisons, à peine effleurées par notre analyse, il a eu
le talent, le bonheur de faire un ensemble rempli d'intérêt, et dont
chaque détail a sa valeur. Tout le rôle de Stradella est d'une con-
ception élevée : il abonde en mélodies d'un ordre peu commun, et
répond à l'idée que l'on se forme d'un chanteur de prima sfera. Le
rôle de Léonora est élégant, distingué, brillant: c'est une Rosine
chantante. Mais convenons-en, la plus saillante individualité de la
partition consiste dans les rôles de Malvolio et de Barbarino, dont la
musique a rendu les singuhères physionomies avec autant de relief
que le meilleur des peintres l'eût pu faire. Pas un seul des morceaux
qu'ils chantent, ou auxquels ils concourent n'est indifférent, et dans
le nombre il y en a qui excitent le franc rire; il y en a qu'on re-
demande avec chaleur, comme par exemple la délicieuse canzone
en six-huit :
Beviam compar
Glu ! glu 1 glu ! glu 1
Che il buon vin è salutar.
Pour qui connaît le style de l'auteur de Maria, nous n'insisterons
pas sur les qualités qui le distinguent, et dont la partition de Stra-
della est largement pourvue. Ce que nous en aimons surtout, c'est
la douceur italienne toujours mariée à l'esprit français, à la grâce
française ; c'est la puissance qui sait user de toutes les ressources
instrumentales sans jamais tomber dans l'exagération. La manière
de M. de Flotow, dira-t-on, est éclectique; est-ce un reproche ou
un éloge ? Ce qui n'est pas douteux non plus , et Marta l'a prou\é,
c'est qu'elle est cosmopolite.
L'exécution a été digne de l'œuvre. Naudin a rempli le rôle de
Stradella en artiste qui en comprend l'importance; il y a donné
beaucoup de sa voix et de son âme ; il s'est modéré quand il l'a fallu,
et il est parvenu à émouvoir. Mlle Battu, qui faisait une sorte de
rentrée, nous est revenue avec tout le prestige de sa vocalisation pure
et accentuée; elle a supérieurement rendu l'air du premier acte,
celui qui ouvre le second et bien d'autres morceaux encore. Quant à
Zucchini et à Délie Sedie, les deux bravi, nous n'étonnerons per-
sonne en disant qu'ils sont excellents; s'il n'y avait qu'un prix à dé-
cerner, nous leur conseillerions de s'entendre pour le partage, comme
dans la pièce ils s'entendent pour une association de genre dif-
férent.
Le théâtre Italien n'a rien épargné pour la mise en scène du nou-
vel ouvrage : costumes, décors, tout est frais et séduisant. M. Leroy,
dont le talent s'est exercé au grand Opéra, à l'Opéra-Comique et ail-
leurs, s'est occupé de disposer les groupes , de régler les danses :
c'est un bon office dont nous devons lui savoir gré.
Paul SMITH.
DE PAKIS.
5«
THEATRE DES BODFFES- PARISIENS.
liGS BA.VARDS,
Opéra-bouffon en deux acles, paroles de M. Nuitter, musique de
M. Jacques Offenbach.
(Première représentation le 20 février 1863.)
Le succès de cette opérette, ou plutôt, pour parier comme l'affi-
che, de cet opéra-bouffe, a été consacré déjà par le public aristocra-
tique d'Eras, où il a été représenté l'été dernier, sous le titre de Ba-
vard et Bavarde. 11 a reçu depuis des développements qu'il n'avait
pas, son importance s'en est accrue, surtout sous le rapport de la
musique, mais le fond n'en a pas changé. 11 est tiré du théâtre de
Cervantes, traduit récemment par M. Alphonse Royer, et l'on y
trouve en effet le cachet humoristique des saynètes espagnoles ,
bien plus nombreuses encore dans les œuvres de Cervantes ,
de Lope de 'Vega, de Calderon, de Tirso de Molina, que les drames
de cape et d'épée, auxquels ces poètes doivent en France une bonne
partie de leur réputation.
C'est en 1624 que fut représentée à Séville, sous le titre des Deux
Bavards, la pièce qui a fourni à M. Nuitter le sujet de la sienne. Il
s'agit, dans cette pièce, d'un certain Roland, un jeune senor de Sé-
govie, criblé de dettes et poursuivi, à travers les rues, par la
meute de ses créanciers. Ce Roland aime la fille du bourgeois Sar-
miento, et tout naturellement, il vient errer, dans sa fuite, autour de
la demeure habitée par la gentille Inès. Il fait, sur cette place, la ren-
contre de Sarmiento, et cherche , par tous les moyens possibles, à
l'intéresser à son sort, sans pourtant lui laisser deviner son individua-
lité. Dans tout le bavardage fiévi'eux de Rjland, le bon bourgeois,
digne d'avoir vu le jour sous le même ciel que Rabelais, ne voit
qu'une chose, c'est que ce jeune inconnu est plus bavard que sa
femme, et comme il est fort incommodé au logis par le verbiage inta-
rissable de dame Réatrix, il conçoit aussitôt le projet de lui opposer
le senor Roland, similia similibus; ce bourgeois ségovien a certaine-
ment pressenti le système homœopathique.
Roland est donc installé sous le même toit que son Inès , et l'idée
de Sarmiento, mise sur le champ en pratique, réussit à merveille.
Mais Béatrix, furieuse d'avoir trouvé son maître, ne tarde pas à pé-
nétrer le secret de son mari, et elle s'en venge par une contre-partie
fort ingénieuse, qui n'existe pas dans la pièce originale, et qui donne
un côté fort comique au dénoùment de M. Nuitter. Au moment où
Sarmiento a le plus grand intérêt à savoir ce qui se passe dans sa
maison, où les révélations d'un alcade, autre bavard insupportable,
lui font supposer une intrigue attentatoire à son honneur conjugal,
non-seulement il ne peut arracher une parole à sa femme, mais tout
Ift monde est devenu muet autour de lui, jusqu'à l'alcade. Le bon-
homme, désespéré, redemande à grands cris son ancien martyre,
mais on ne se rend à ses vœux qu'à condition qu'il accordera son
consentement au mariage de sa nièce et que la dot d'Inès paiera les
dettes de Roland.
La partition qu'Offenbach a écrite sur cette amusante co-
médie de M. Nuitter, est, sans contredit, une des plus char-
mantes qu'il ait faites pour le théâtre des Bouffes-Parisiens, qui lui
doit tant de brillants succès. L'affiche a eu raison ; ce n'est pas une
opérette, c'est bel et bien un opéra-bouffe, traité avec le soin et
soumis aux développements que comportent les compositions de ce
genre. Presque tous les morceaux méritent d'être cités. Et tout d'a-
bord l'ouverture, où le principal motif de la pièce, inspiration des
plus heureuses, est adroitement encadré dans l'indispensable boléro
des pièces espagnoles, rajeuni en cette circonstance par la nouveauté
de la forme. Puis vient un chœur excellent, chanté par les créan-
ciers de Roland, puis des couplets : Sans aimer, ah! peut-on vivre!
terminés par un refrdin chaleureux; un air très-coquet chanté par
Béatrix : C'est bien connu, j'ai toujours bon caractère ; des couplets
dits par l'alcade sur un joyeux motif de polka ; un très-joli duo entre
Roland et Sarmiento, où nous avons remarqué, entre autres choses,
la phrase musicale : Je la ferai taire, et la valse qui lui sert de
péroraison; enfin, pour terminer dignement ce premier acte, un finale
qui, à lui seul, eût suffi pour fixer le sort des Bavards, s'il eût été
encore douteux. II y a là quatre couplets rhythmés, comme Offenbach
sait si bien les faire ; le public les a fait répéter, et pendant l'en-
tracte, tout le monde allait chantant dans les couloirs : Quand on
doit, il faut qu'on paie, paie.
Mais si le premier acte a été bien accueilli, le second, quoique
moins riche de musique, a excité plus d'enthousiasme, grâce à un
bijou mélodique, frais, distingué, original, qui deviendra tout aussi
populaire, si ce n'est davantage, que la célèbre cJianson de Fortunio.
C'est le motif que nous avons désigné dans l'ouverture, et que Roland
répète ici, le verre à la main, accompag-né par ses convives. Il a eu,
comme de juste, les honneurs du bis, et nous avons vu le moment où
le public rappellerait les artistes, après la chute du rideau, pour le
leur faire chanter encore. Que celledélicieusemélodieue nous rende pas
d'ailleurs injuste envers d'autres morceaux du deuxième acte qui
ont bien leur valeur, tels que le prestissimo babillard de Roland elle
gentil terzetto chanté par trois voix de femmes.
Nous n'étonnerons personne en disant que Mme Ugalde est parfaite
dans le tôle de Roland, aussi bien comme comédienne que comme
chanteuse. Nous l'avons vue déjà porter le costume espagnol dans
Gil Blas ; quoiqu'il y ait peu de rapports entre ce personnage et
celui qu'elle joue dans les Bavards, on ne peut s'empêcher néanmoins
d'évoquer le souvenir du premier en la voyant si bien s'acquitter du
second. Kous croyons que la manière dont elle chanij la mélodie
du deuxième acte et l'air du babil contribuera aussi puissamment
à la vogue de cette pièce, que la verve merveilleuse avec laquelle
elle lançait naguère son fameux ; Verse ! verse ! a contribué au suc-
cès de Galathée.
Mlle Testée est une commère fort attrayante, sous les traits de
Béatrix; Pradeau joue toujours avec conscience, et souvent avec bon-
heur, le rôle ingrat de Sarmiento ; Désiré est mieux partagé dans
celui de l'alcade. Quant à Mlle Thompson, qui débutait dans le rôle
d'Inès, nous attendrons une autre occasion pour la juger, et nous
rejeterons provisoirement sur l'émotion le résultat de cette première
soirée d'épreuve.
SOCIÉTÉ DES CONCERTS
DU conservatoibe: isiPEiBiAii de: musique
ET »S DËdiASSAVIOlV.
Nous nous occuperions plus souvent de ces belles manifestations
de l'art musical, si la Société variait un peu plus son programme.
Mais ce sont , à peu d'exceptions près , les mêmes morceaux qui
viennent, à tour de rôle, y figurer chaque année. Elle a été fondée,
il y a trente-cinq ans tout juste, par un arrêté de M. l'aide de camp
du roi chargé du département des beaux-arls, en dale du 15 février
1828. Elle a ouvert sa première séance le 7 mars suivant, à deux heu-
res de relevée, par la symphonie de Beethoven en mi bémol, dite
Symphonie héroïque (■!). Depuis ce jour, combien de fois la symphonie
en )ni bémol a-t-elle été exécutée par les mêmes artistes, dans le même
lieu ? ïrente-ciuq fois pour le moins, et, probablement, beaucoup
plus de trente-cinq fois, puisque nous la retrouvons (généralement
(1) Sur l'origine, la fondation et les commencements de la Société des concerts
on trouvera une foule de détails intéressants, des dates précises et des faits pré-
cieux dans l'Histoire de la Société des concerts, etc., par M. A. Elwart.
60
fi6\i:iî. ET GAZETTE MIJSICALK
redemandée) en têle du programme du second concert, donné le
dimanche 23 mars, — programme que nous avons sous les yeux en
ce moment même. Combien de fois, depuis lors, ce chef-d'œuvre
a-t-il été analysé, apprécié, commenté dans la Revue musicale, qui
existait avant la Société des concerts, et qui, dès le 16 mars 1828,
par la plume de son savant fondateur, M. Fétis, a proclamé son ad-
miration et sa vive sympathie pour cette précieuse institution P Nous
l'ignorons, et nous n'avons pas la moindre envie d'en faire la re-
cherche. Mais on comprendra sans peine que nous n'éprouvions pas
un besoin irrésistible d'attester une fois de plus, sur notre honneur
et conscience, devant Dieu et devant les hommes, que le premier
morceau de la symphonie en mi bémol est une œuvre colossale et
splendide, malgré l'inexplicable bizarrerie harmonique qui accom-
pagne la rentrée du thème principal ; — que le second morceau
{marche funèbre) est une des plus sublimes conceptions qui soient
jamais sorties d'un cerveau de musicien, etc., etc. Nos lecteurs sa-
vent cela par cœur, et ne demandent pas qu'on le leur répète.
Ce que nous disons de la symphonie héroïque s'applique à toutes
les symphonies de Beethoven et à celles de Mozart, et à celles de
Haydn, que la Société des concerts a adoptées, et au grand septuor
en mi bémol, dont elle s'obstine, on ne sait pourquoi, à ne donner
que la seconde moitié, et aux ouvertures de Weber, de Beethoven,
de Mozart, etc. Ce sont des chefs-d'œuvre, assurément, mais des
chefs-d'œuvre sur lesquels il ne reste plus rien à dire ; et, quant à
l'exécution, la supériorité de l'orchestre du Conservatoire sur tous
les orchestres du monde est si généralement reconnue, que tout com-
pliment adressé à cette merveilleuse réunion de grands musiciens
ressemble à une trivialité, et presque à une fadeur.
Qu'on ne se hâte pas , cependant, de prendre pour une critique
les observations sur l'immutabilité des programmes de la Société des
concerts. Jille s'est emparée de prime abord de tout ce que l'art avait
produit de plus beau. Elle donne en tout dix séances, en y compre-
nant les deux concerts spirituels. Cela suffit à peine pour faire en-
tendre à l'incommutîble auditoire de la rue Bergère les chefs-d'œuvre
qu'il adore et auxquels il tient. Est-ce donc trop que de savourer une
fois par an la symphonie pastorale? Toute addition au répertoire est
une substitution. Voilà ce qu'il ne faut pas oublier, et ce qui rend
l'opération si difficile. Ce public du Conservatoire est exigeant et
exclusif, parce qu'il est enthousiaste. Quand il n'est pas content, il
sait le faire sentir, — sans oublier pour cela les lois de la politesse,
— et on l'a vu se gendarmer, quelquefois beaucoup plus que de
raison, contre des tentatives qui, à notre avis, auraient plutôt mérité
d'être encouragées. Or, tous les artistes, sr haut qu'ils soient placés,
respectent naturellement et comme par instinct leur public jusques
dans ses faiblesses.
Un homme d'esprit nous disait un jour : « Pour réussir au Con-
servatoire, il faut être mort. » Cela n'est pas absolument vrai, sans
doute, et d'illustres exemples ont prouvé le contraire ; mais nous
pourrions citer des faits bien plus nombreux qui semblent donner
raison à cette charmante boutade.
Parmi ces faits, on n'enregistrera pas du moins l'exécution, qui a
eu heu, dans le premier concert de cette année, du chœur des
nymphes , de Psyché, par M. Arabroise Thomas. 11 est extrait de
l'opéra-comique joué sous ce titre il y a peu d'années. Les nymphes
dévouées à Vénus, et jalouses des attraits de Psyché , lui font une
réception peu cordiale et passablement malveillante, la raillent,
l'insultent. Le compositeur a exprimé avec un esprit infini ces mau-
vais sentiments et cette fureur à peine dissimulée sous une gaieté de
commande. Mais il a su éviter l'écueil oii tant d'autres auraient péri.
Il n'a point oublié que ces insolentes, après tout , étaient déesses,
bien que déesses d'antichambre. Leur gaieté garde des mesures, leur
rire n'a rien de trivial , et leur chant est relevé par les harmonies
les plus fines et les combinaisons sonores les plus distinguées. L'au-
ditoire a fait fêle à cette nouveauté, — c'en était une en ce lieu, —
quoique l'auteur soit vivant et qu'il se porte à merveille. Il l'a re-
demandée séance tenante.
Ce joli morceau a été suivi de l'ouverture et du premier air de
VIdoménée de Mozart, qui n'avaient jamais été exécutés à Paris.
Mozart avait vingt-quatre ans quand il donna son Idomeneo à Mu-
nich, au mois de janvier 1781. Il était donc dans toute sa force; car
les hommes extraordinaires, que la Providence a marqués pour les
grandes choses, se forment rapidement, et parviennent vite à leur ma-
turité. C'est à vingt-quatre ans que Rossini a écrit, -dans la même
année, le Barbier de Seville et Otello. Mozart est tout entier dans
Idoménée. L'ouverture est empreinte d'un merveilleux cachet d'éner-
gie et de grandeur. La savante ordonnance du plan, le caractère
simple et grandiose des motifs, la richesse des développements, la
vigueur du coloris instrumental, la hardiesse des harmonies, tout at-
teste une main magistrale et d'une puissance souveraine. L'air d'Ilia :
Padre, germani, addio! qui suit cette belle symphonie, a une' noblesse
de style et une profondeur d'expression qui n'ont jamais été sur-
passées. On l'admirerait dans Don Giovanni ou dans la Clemenza di
Tito. Mme Vanden-Heuvel Duprez l'a chanté d'ailleurs en grande ar-
tiste. Elle en a pénétré et rendu toutes les intentions, et jusqu'aux
nuances les plus délicates, et l'on aurait juré qu'elle l'avait étudié
avec l'auteur lui-même, tant elle exprimait fidèlement sa pensée.
Nous ne voyons aucune cantatrice qui soit plus digne, aujourd'hui,
de se faire entendre dans cette enceinte privilégiée, dans ce temple
consacré au culte des grands génies de toutes les époques et de tous
les pays.
M. Saint-Saëns a exécuté, dans le second concert, la fantaisie de
Beethoven pour piano, chœur et orchestre, composition très-piquante
et singulièrement originale. L'entrée du chœur, qui est tout à fait
inattendue, y produit un effet saisissant. M. Saint-Saëns a joué sa
partie avec un aplomb magistral et une netteté parfaite. Il ne lais-
serait rien à désirer s'il avait le toucher plus moelleux, et si, de temps
en temps, on le voyait s'échauffer un peu. Quoi ! tant de calme et
un sang-froid si imperturbable en interprétant Beethoven !
On a essayé, dans le troisième concert, le Chœur de la charité,
morceau charmant, d'une élégance et d'une douceur inelfables, on se
trouve, pour accompagner le motif, la seconde fois qu'il se présente,
cette gamme descendante, si ingénieuse et si hardie, et qui inspirait
à Ad. Adam tant d'admiration. Peut-être n'a-t-il pas produit tout
l'effet qu'on en devait attendre. Mais il faut observer que ce chœur,
écrit à la solhcitalion de M. Troupeuas, était spécialement destiné
aux pensionnats de jeunes demoiselles. Qu'il ait paru, au Conserva-
toire, un peu trop simple, un peu trop calme, il n'y a point à s'en
étonner. Rossini, d'ailleurs, n'y a mis qu'un accompagnement de
piano. Nous ne savons quelle officieuse main a traduit cet accompa-
gnement, l'a arrangé pour une harpe et un orchestre; mais nous of-
frons de parier que l'auteur, si on l'en eût prié, y aurait su ajouter
quelques ingrédients d'un plus haut goût.
A ces trois premiers concerts, la Société, toujours prête aux nobles
inspirations, en a joint un quatrième, qui était en dehors de l'abon-
nement, et dont le produit était destiné aux ouvriers de l'industrie
colonnière. La symphonie en ut mineur, et le septuor de Beethoven,
l'ouverture d'OieroH, un beau chœur du Paiilus de Mendeissohn, et
un admirable motet à double chœur de Séb. Bach, en ont fait les
frais. Nous ne savons à quel chiffre a monté la recette, mais nous
pouvons attester que la salle s'est trouvée trop petite pour recevoir
tous les dilettan'i qui sont venus offrir leur argent. Jamais aussi cette
admirable musique n'avait été exécutée avec plus de verve, avec plus
de cœur. — Pectu.i est guod disertes facit, disait autrefois Cicéron.
LÉON DUROCHER.
DE PARIS.
61
BEVUE CRITIQUE.
Odéon : Macbeth, drame en cinq actes, imité de Shakspeare, par
M. Jules Lacroix. — Vaudeville : la Germaine, comédie en trois
actes, par M. Edouard Cadol ; Henri le Balajré , comédie en un
acte, par W. Maréville.
Depuis les essais timides de Ducis jusqu'aux téméraires imitations
des dramaturges modernes, que d'elforls sont venus se briser contre
l'insurmontable difficulté d'adapter à notre goût national les chefs-
d'oeuvre de Shakspeare ! Assurément, nous sommes loin de Voltaire,
qui, tout en proclamant le génie du grand poëte anglais , le traitait
de barbare; mais, en dépit de nos tendances de réaction, nous dou-
tons qu'un public français puisse jamais accepter les bizarreries que
certains admirateurs quand même voudraient nous imposer comme
d'inviolables fétiches, lorsque nos voisins eux-mêmes ne les ont pas
toujours respectées. Il existe entre le néant de Ducis et l'exubé-
rance des fanatiques de Shakspeare, un milieu qui, selon nous, est
la mesure exacte de ce que nous devons admirer et de ce que nous
pouvons supporter sans répulsion. Le nouveau travail de M. Jules
Lacroix, soumis au parterre lettré de l'Odéon, se renferme exactement
dans ces limites, et c'est pour cela qu'il a été salué par d'unanimes
applaudissements. Toutes les principales situations du drame de Shak-
speare, que nos lecteurs connaissent trop bien pour que nous
ayons la prétention de leur en faire l'analyse, y sont reproduites avec
une scrupuleuse et énergique fidélité. La fameuse scène des sorcières,
le meurtre de Duncan, l'apparition du spectre de Banque, le terrible
somnambulisme de lady Macbeth et l'expiation sanglante qui clôt
cette sombre légende, tout y est à sa place, dans un relief plein de
grandeur et d'épouvante, mais soigneusement dégagé des mixtures
étranges et parfois grotesques que le comédien-poëte prodiguait,
comme une nécessité du temps , à la foule grossière de ses specta-
teurs, mais qui sont réprouvées par le public plus épuré, plus délicat,
de notre siècle. Le drame de M. Jules Lacroix nous semble bien
supérieur à tout ce qui a été fait avant lui, et nous croyons qu'il
restera. Constatons d'ailleurs que la direction de l'Odéon n'a rien né-
gligé pour faire valoir ses mérites. Une mise en scène qui sort des
habitudes de ce théâtre ajoute à l'impression produite par la solen-
nité saisissante du sujet. Taillade, engagé pour le rôle de Macbeth,
s'en tire à son honneur ; Mlle Karoly a de très-belles inspirations,
dans l'interprétation du personnage odieux de lady Macbeth ; nous
citerons encore un jeune comédien, du nom de Courdier, qui fait
frissonner toute la salle lorsqu'il apparaît, sous les traits de Banque,
au festin royal. La terreur ne saurait aller plus loin.
— Le genre berrichon, de Georges Sand, vertueux et sentimental,
mais un peu faux, un peu maniéré, à l'instar des toiles de Greuze,
nous a tout l'air de vouloir faire école. La Germaine, du Vaudeville,
est une paysannerie si bien calquée sur celles de l'auteur du Champi,
de Claudie et du Pressoir, que bien des gens la lui ont attribuée, et
persistent, malgré ses dénégations, à lui donner dans cette œuvre
une certaine part de paternité. Cependant le nom de M. Edouard
Cadol figurant seul sur l'afliche, nous devons le considérer comme
responsable, et c'est à lui seul que nous avons affaire. Qu'est-ce, après
tout, que cette comédie, autour de laquelle on a essayé de faire tout
ce tapage? Elle est bien simple, et ses allures n'ont rien de bien
original. Le père Chanteaume, un vieux paysan enrichi, destine sa
fille Germaine à un brave garçon nommé Sylvain Langlois , qui se
présente pour l'épouser. Mais Germaine aime en secret un garçon de
ferme, sournois et rusé, qui n'en veut qu'aux écus du père Chan-
teaume. Celui-ci apprend ce qui se passe dans le cœur de sa fille,
et, dans un premier mouvement de colère, il la maudit et la chasse,
ainsi que le garçon de ferme Ardenet. Germaine n'en est pas moins
résolue à tenir ses serments faits à ce dernier, lorsque, par bonheur.
intervient le père Langlois, qui fait accroire à Ardenet que son com-
père Gbanteaume est ruiné, et qui obtient, grâce à cette ruse, le dé-
sistement du mauvais drôle. Germaine reçoit son pardon et consent
à devenir Mme Sylvain.
On a fait la remarque assez singulière que cette pièce était, à un
autre degré de l'échelle sociale, la reproduction exacte d'un petit
drame de Scribe, intitulé Malvina ou le Mariage d'inclination.
La seule différence qu'il y ait entre ces deux ouvrages, c'est que
dans l'un, Malvina est mariée secrètement et d'une manière indisso-
luble à son séducteur, tandis que, dans l'autre, la Germaine n'est
encore liée que par une promesse imprudente, et peut échapper aux
calculs d'Ardenet. Mais cette dissemblance est toute à l'avantage de
Scribe, dont la pièce, précisément à cause de la faute irrémédiable
de Malvina, a une portée bien autrement morale que celle de
M. Edouard Cadol.
La Germaine est escortée chaque soir d'une charmante petite co-
médie, Henri le Balafré, dont l'auteur, qui se cache sous le nom de
Maréville, est, dit-on, un docteur fort connu et fort apprécié dans le
beau monde parisien. Une femme jalouse de son mari prome*
100 francs de récompense au domestique chargé de le raser, s'il lui
fait une balafre qui l'empêche d'aller passer la soirée chez une rivale.
Henri découvre le complot conjugal, et feint, à l'aide d'une large
bande de taffetas noir, d'en avoir été victime ; mais bientôt il arra-
che son taffetas et accable de reproches sa femme, qui, mieux ins-
pirée, en revient alors aux armes ordinaires de son sexe, à la co-
quetterie, pour retenir chez elle son mari et pour lui faire oubher
l'heure du danger. Cet agréable marivaudage est joyeusement inter-
prété par Félix et par Mlle Manvoy.
D. A. D. SAINT- YVES.
Le défaut d'espace nous oblige à ajourner le compte rendu des
concerts de la semaine.
NOUVELLES.
^*^ Le théâtre impérial de l'Opéra a donné de nouveau cette se-
maine trois représentations de la Muette de Portici, avec la même af-
fluence.
^*^ La représentation extraordinaire de Robn-t te Diable qui a eu
lieu dimanche dernier, a été très-brillante. Mlle Sax, qui reparaissait
dans le rôle d'Alice, Dulaurens, Belval et Mlle de Taisy ont interprété
avec beaucoup d'ensemble le chef-d'œuvre de Meyerbeer, qui a pro-
duit tout son eCfet. Mme Zina-Mérante a supérieurement dansé le rôle
de l'abbesse.
^*^ On parle de l'engagement à l'Opéra de deux contralti, Mmes Dori
et Talvo.
^*^ On annonce que Mme Tedesco quitte le théâtre de l'Opéra.
,s*a, Une notable amélioration s'est manifestée dans l'état de Mlle
Emma Livry : la jeune et intéressante artiste a pu se lever mardi.
^*^ Le théâtre impérial de l'Opéra-Gomique a donné hier la première
représentation de la Déesse et le Berger, musique de Duprato.
t*^ M. Calzado ayant remis sa démission entre les mains du ministre
d'Etat, la gérance provisoire du théâtre impérial Italien, jusqu'à la no-
mination d'un nouveau directeur, a été confiée à M. Andrôs llico, sous
la surveillance administrative de M. Edouard Monnais, commissaire im-
périal près les théâtres lyriques subventionnés. (Moniteur.)
^*^ Mario a terminé le cours de ses représentations à Paris, il est
parti pour Barcelone où il est engagé pour deux mois.
^*^ Mlle Patti est arrivée à Vienne. Le célèbre ténor Giuglini a été
engagé pour chanter avec elle.
^** Le succès de Stradetla s'est brillamment confirmé à la deuxième
représentation; on annonce la troisième pour mardi. L'opéra de Flotow
a désormais conquis sa place au répertoire du théâtre Italien, et comme
Maria il va défrayer tous les théâtres de la France et de l'étranger.
Le brindisi nouveau composé pour Mlle Battu, et dit avec beaucoup
d'entrain par la charmante artiste, la chanson à boire des deux bandits,
8S
REVLE ET GAZETTE MUSICALE
la délicieuse ronde de Salvator Rosa et le grand air du quatrième acte,
si bien chantés par Naudin, ont provoqué d'unanimes applaudissements.
On sait que M. de Flotow n'a pu être témoin de ce succès. Une dépêclie
télégraphique, qui lui annonçait la mort de sa mère, l'a forcé de partir
pour Schwerin le jour même de la première représentation de son
œuvre.
^*^ Erreur n'est pas compte. En additionnant les sommes diverses que
Mlle Patti a récoltées pendant son séjour à Paris, plusieurs de nos con-
frères sont arrivés à un total qui manque de Justesse. Leur méprise
vient de ce qu'ils ont estimé au prix de 2,500 francs chacune des
trente-sept représentations données par la jeune artiste au théâtre Ita-
lien, tandis que les vingt quatre premières ne lui ont été payées que
1,500 francs et les sept autres que 2,000. Ce sont donc 27,500 francs
à retrancher de 103,500 francs. La différence en vaut la peine.
j,*^ Nous apprenons que la célèbre cantatrice Emy Lagrua , qui a
passé plusieurs mois en Italie pour rétablir sa santé altérée par la ri-
gueur du climat de Russie, se trouve aujourd'hui complètement rétablie,
et qu'elle va rentrer dans la carrière artistique au théâtre Regio de
Turin, où elle débutera cette semaine dans Norma, l'un de ses rôles les
plus brillants.
^*^ Les journaux espagnols sont unanimes pour constater l'effet pro-
digieux produit par les représentations du Prophète à Barcelone. Le chef-
d'œuvre de Meyerbeer continue d'y exciter un véritable enthousiasme,
»*„, Roger vient de partir pour Lyon, où il doit chanter son réper-
toire de l'Opéra et de l'Opéra-Comique : les Huguenots, le Prophète, le
Domino noir, la Sirène, etc. Il a dû donner déjà sa première repré-
sentation.
/» Aujourd'hui, à 2 heures, au Cirque Napoléon, deuxième concert
populaire de la dernière série, sous la direction de Pasdeloup : 1° symphonie
n" 51 de Haydn (introduction, allegro, andante, menuet, finale) ; 2° ou-
verture de la Grotte de Fingal de Mendelssoh:i: 3° sérénade pour instru-
ments à vent de Mozart; 4° symphonie en ««mineur de Beethoven (allegro,
andante, finale).
.^*^ Aujourd'hui, à 2 heures, cinquième concert de la Société na-
tionale des Beaux-Arts, boulevard des Italiens, dont la première partie
sera conduite par Berlioz, et la deuxième, par Félicien David. Nous en
avo; s donné le programme.
^"^ Nous avons annoncé le retour de Prudent à Paris, après sa bril-
lante excursion en Belgique. Nous apprenons qu'il donnera le vendredi
6 mars prochain, salle Herz, un grand concert avec orchestre, dans le-
quel il jouera ses œuvres nouvelles. Le célèbre virtuose fera entendre
pour la première fois une composition importante pour piano et or-
chestre : les Trois Rêves; ce morceau est divisé en trois parties : 1° tes
Esprits des campagnes (allegro); 2" les Génies du foyer (andante); 3° Ballet
des Zingari (rondo final). Emile Prudent jouera encore le Chant d'Ariel,
le quatuor de Rigolette, ses études-lieder, etc. M. Tilmaot conduira l'or-
chestre. Plusieurs de nos célébrités prêteront leur concours à cette
fête musicale.
,j*^ Au nombre des soirées musicales particulières de la semaine,
nous ne pouvons nous empêcher d'en mentionner une qui réunissait,
mercredi, dans le salon de la Revue et Gazette musicale de Paris,
l'éminente pianiste, Mme Madeleine Graever, encore triomphante de
son récent et grand succès à l'hôtel du Louvre; Vieuxtemps, pour lequel
toutes les formules d'éloges sont usées et insuffisantes ; un jeune ténor,
élève: de Hanoffka, qui se destine au chant italien, M. Severini, et deux
charmantes élèves de Duprez, Mlle Muret et Mme Pouschkinn, que son
récent mariage avec un gentilhomme russe enlève à la carrière artisti-
que. L'auditoire, composé de connaisseurs, a vivement applaudi
Mme Graever et Vieuxtemps, qui avaient choisi ce qu'ils avaient de plus
exquis dans leur répertoire pour s'y surpasser, et il a donné l'approba-
tion la plus flatteuse à M. Severini, dont la voix fraîche et bien po-
sée, beaucoup de sentiment et de distinction, ont pu se faire bien ap-
précier dans la romance de Maria et dans celle de la Traviata. Mlle Muret
possède une très-jolie et très-délicate voix de soprano, qu'elle conduit
bien et qui lui assure une place distinguée sur un de nos théâtres
lyriques. Quant à Mme Pouschkinn, qui ne chante plus que pour son
plaisir et pour celui des autres, elle possède une voix puissante et étendue
de contralto, qui a fait un grand plaisir dans la tyrolienne de Bettly.
t*^ Ernest Nathan, l'éminent violoncelliste-compositeur, vient de don-
ner à Nice deux brillants concerts, dont le second avait lieu au profit
des ouvriers rouennais et des pauvres de Nice. Le résultat en a été
très-fructueux, et en même temps que les autorités lui adressaient des
remercîments chaleureux, le nombreux auditoire accouru à cette fête
prodiguait au célèbre violoncelliste des applaudissements et des rappels
partagés par Tamburini, qui avait voulu s'associer à cette bonne œuvre.
,1,*^ Nous avons quelques rectifications à apporter au compte rendu
que contenait notre dernier numéro sur une matinée musicale donnée
dans les salons de Mme De Ridder. D'abord cette dame , avec une mo-
destie qui l'honore, réclame contre le titre de comtesse, que nous lui
avions donné indûment; ensuite nous avions évalué à 1,500 francs la
somme récoltée, tandis qu'elle s'est élevée à 1,815 francs, au profit des
ouvriers du département de l'Orne (et non de la Seine-Inférieure); enfin
ce sont Mraes (et non MM.) Ubicini, Viguier et Charpentier qui étaient
chargées de la partie instrumentale du concert.
„*^, Mme Szarvady (née Wilhelmine Clauss), donnera son premier
grand concert le 26 février, dans les salons Pleyel-Wolff. Déjà la célèbre
artiste s'est fait entendre samedi avec un succès prodigieux aux inté-
ressantes séances de Maurin, Chevillard, Viguier et Sabbatier.
,*<, Mercredi prochain, dans les salons Pleyel-Wolff, cinquième séance
de musique classique de MM. Armingaud, Jacquart, Lalo et Mas, avec le
concours de Lubeck.
^*f Mlle de Schoultz, pianiste de Saint-Pétersbourg, annonce pour le
lundi 2 mars, dans les salons d'Erard, un concert, avec le concours
d'artistes distingués.
**„, M. Edouard de llartog est de retour à Paris, après avoir séjourné
pendant plusieurs mois en Allemagne et en Hollande, où il a fondé les
concerts populaires. Il se propose de s'associer à un des trois conjerts
historiques que le célèbre violoniste Jean Becker donnera prochaine-
ment avec orchestre, et dans lequel on dira deux nouvelles ballades de
sa composition, le Pécheur et l'Esclave, que la maison Brandus et Dufour
vient d'éditer, et un j;!/er?)iC330 pour violon et orchestre, joué par Becker,
qui y exécutera aussi le neuvième concerto de Spohr, ouvrage peu
connu à Paris; ce sera une séance d'un intérêt tout à fait exceptionnel.
^*^ Le 19 mars, Mlle Sabatier-Blot, premier prix de piano du Conser-
vatoire, se propose de donner, salle Herz, un grand concert au profit
des ouvriers cotonniers.
^*^ Le 25, salle Herz, concert de Jean Becker, dont notre dernier nu-
méro a donné l'intéressant programme.
^*^ Mardi 2i, quatrième séance de musique de chambre de Charles
Lamoureux.
^*^ Nous avons dit l'année dernière que M. Benazet avait institué un
comité de lecture composé d'un sociétaire de la Comédie française, d'un
écrivain en réputation et d'un homme du monde versé dans la connais-
sance du théâtre. Ce comité, qui sera chargé de l'admission des ou-
vrages destinés à être représentés sur le théâtre de Bade, va entrer en
fonctions, et il se réunira au bureau que M. Benazet établit à Paris pour
tout ce qui se rattache à l'administration et à la direction du théâtre de
Bade. Afin de lui assurer une plus complète indépendance, les noms
des membres du comité de lecture ne seront pas publiés.
^*ij Le Journal de Genève parle, avec les plus grands éloges, d'un
beau concert qu'y a donné, le 19 février, M. D'Argenton, et dans lequel
l'éminent pianiste-compositeur a exécuté plusieurs de ses compositions
et différentes œuvres de Chopin, Mendelssohn, de Bach, etc., avec un
talent vivement apprécié, et qui lui a valu les plus légitimes applau-
dissements.
„*„, La commission instituée pour préparer le projet de loi sur la pro-
priété littéraire a terminé son travail. La Nation annonce que toutes
les questions qui étaient encore pendantes ont été résolues, et que
M. Duvergitr a été chargé de rédiger le rapport qui doit être présenté
à l'Empereur. On nous assure que ce rapport sera prêt d'ici à peu de
jours, et que le conseil d'État sera mis en situation de soumettre le
projet de loi au Corps législatif dans le courant de cette session. Le
même journal croit savoir que le principe de la rétroactivité en matière
de propriété littéraire et artistique, après avoir été longuement discuté,
a été repoussé à une faible majorité.
,1,'',^ Les deux dernières compositions d'Alfred Godard, Belle de nuit
et Elfrida, publiées par Adolphe Catelin, ont un véritable succès dans
les salons du grand monde.
^*,j La nouvelle composition de Franz Liszt, l'oratorio Sainte-Elisa-
beth, sera probablement exécutée pour la première fois au château de
Wartbourg.
,j*,j MM. Firmin Didot frères viennent de faire paraître le tome V^
de la nouvelle édition de la Biographie universelle des musiciens (Kech-
lina-Martini), par Fétis. Ainsi avance vers son achèvement cet immense
et utile travail de notre savant collaborateur. Nous rendrons incessam-
ment compte de ce nouveau volume, qui n'offre pas moins d'intérêt
que les précédents.
,s*» La célèbre chanson des étudiants allemands, Gaudeamus igitur,
date de 1554 ou de 1855, où elle a été composée et chantée pour la
première fois en l'honneur d'Olympie Morata, la belle et savante épouse
du docteur Grûndler, médecin à Heidelberg.
„,** A Trieste, l'enfant-prodige Luigino Ricci, qui s'est déjà fait con-
naître par diverses compositions, entre autres par des messes, vient
d'écrire un opéra en trois actes, que les connaisseurs ont accueilli avec
beaucoup de bienveillance, et dont ils ont demandé la représentation au
comité du théâtre.
^*^ Encore une victime de l'éclairage des théâtres. Mlle Nelson, une
des danseuses de Sadier's Well's theater, s'étant, pendant qu'elle était
en scène, approchée par inadvertance d'un bec de gaz brûlant à décou-
vert, a eu ses vêtements atteints par la flamme. La gaze et la mousse-
line qui les composaient n'ont pu être éteintes qu'avec la plus grande
difficulté, et la pauvre fille a été cruellement brûlée ; son état est des
plus graves, sinon désespéré.
DE PARIS.
63
/^ Des dépêches télégraphiques de Rome ont annoncé la destruction
par ie feu du théâtre Alibert ; il avait été récemment restauré par son
propriétaire, le prince Torlonia.
»*j La Cour de cassation, sur le pourvoi des sieurs Debain et consors,
a cassé l'arrêt de la Cour impériale qui n'avait pas considéré comme
contrefaçon la reproduction par le procédé du piquage des œuvres mu-
sicales.
^*^ Salle Robin. — Tous les jours, à 8 heures, soirées de physique et
de magie. Deuxième série, expériences nouvelles. Tableaux nouveaux:
La terre sainte, excursion de Paris à Jérusalem. L'agiosoope.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
**, Toulon. — Le grand événement de la quinzaine a été la reprise
de Martha, qui s'est accomplie à la grande satisfaction du public
avec Mathieu et Guillot, Mlle Bléau et Mme Lestrade. JVL Mathieu est
une nouvelle acquisition de notre théâtre, et son début dans le rôle de
Lionel lui a valu l'accueil le plus sympathique. Mlle Bléau a été char-
mante dans le rôle de lady Henriette; les applaudissements se sont fait
entendre pendant tout le cours de la représentation, et le chef-d'œuvre
de Flotow compte un beau succès de plus.
^*jg Nice. — Dans la semaine a eu lieu la première représentation au
théâtre italien, de la Favorita, chantée par Mlle Ferni et M. Varesi. Mal-
gré l'émotion bien naturelle de Mlle Carolina Ferni, la jeune artiste a
triomphé victorieusement de cette épreuve. Sa voix, sans être très-puis-
sante, a beaucoup de charme. Sa méthode est bonne, et elle y joint
un joli talent de comédienne. En un mot, c'est un succès qui l'ait
honneur à la débutante et qui assure de nombreuses représentations
au chef-d'œuvre de Donizetti.
^*^ Amiens. — Notre Société philharmonique, grâce au zèle de son
président, M. Jules Deneux, enchérit chaque année sur l'importance et
l'attrait de ses concerts. Celui qu'elle vient do nous donner, et qui est
le deuxième de la saison, ofifraitun programme dont les éléments bientôt
connus de nos dilettanti avaient, bien à l'avance, rempli la salle de spec-
tacle qui offrait vp magnifique coup d'œil. Il est vrai que Mme Car-
valho, M. Délie Sedie et Mme Escudier-Kastner avaient été mandés de
Paris pour donner à cette solennité tout l'éclat de leur talent. Le concert
a commencé par l'ouverture d'Auber composée pour l'exposition de
Londres, et dans laquelle brillent à un si haut degré les qualités de son
génie si fécond et si gracieux. La magnifique Marche aux flambeaux de
Meyerbeer a suivi et a provoqué des applaudissements enthousiastes ;
l'ouverture du Lac des Fées d'Auber complétait la partie instrumentale,
et l'orchestre de la Société, sous la direction de M. Lacoste, a exécuté
ces trois morceaux avec un ensemble et une vigueur remarquables.
Mme Carvalho a chanté avec sa supériorité ordinaire quatre beaux airs
de son répertoire. M. Délie Sedie s'est montré l'excellent baryton du
théâtre Italien de Paris et a été chaleureusement applaudi; Mme Escudier
a partagé ce succès et l'auditoire n'a pas moins fait très-bon accueil
à M. Schubert, premier prix de basson de notre Conservatoire et pre-
mier basson solo du théâtre, qui a joué de la façon la plus remarquable
sur son in.strument deux morceaux d'une grande difficulté. En résumé,
ce second concert de la saison a été de tout point digne de ses aînés.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
*'** Brighton. — Nous sortons de la délicieuse matinée musicale que
vient de nous donner le lion actuel de Brighton, le charmant ténor
Reichardt. Toute notre aristocratie avait pris cette matinée sous son pa-
tronage, et nous pouvons dire qu'elle a tenu tout ce que promettait son
attrayant programme. M. Reichardt est un excellent chanteur, et le charme
et l'originalité de ses ballades ont depuis longtemps établi sa réputa-
tion. Sa nouvelle romance « Du bist mein trauni » n'est pas inférieure
aux précédentes, et la manière dont elle a été diteavaluà M. Reichardt,
comme tout ce qu'il a chanté d'ailleurs, les applaudissements les plus
chaleureux do la noble assistance.
,j*^ Vienne. — Ofifenbach écrit pour le théâtre du Quai une opérette
en deux actes : la Fée rose. — Au budget de l'État, pour 1 863, il a été
ouvert un crédit de 10,000 florins destinés à l'encouragement des beaux-
arts. L'emploi de cette somme sera réglé par une commission présidée
par le ministre d'État, M. de Schmerling.
„*^ Berlin. — Au Schauspielhaus a eu lieu, par ordre, un concert où
Sivori s'est fait entendre après vingt ans d'absence. Sivori a joué un
concerto de Paganini, une fantaisie de sa composition, et dans tous ces
morceaux il s'est montré le digne successeur de son maître. L'éton-
nant virtuose a eu, après chaque morceau, les honneurs du rappel. Dans
cette même soirée, MlleArtot a chanté un air napolitain, Santa Lucia, et
l'air espagnol la Calesera. Inutile d'ajouter que son succès a été des plus
flatteurs.
,1,*^ Cologne. — Au septième concert d'abonnement s'est fait enten-
dre, pour la première fois en Allemagne, Mme Lemmens-Sherrington.
Cette éminente cantatrice, qui jouit d'une grande célébrité en Angleterre,
a chanté l'air de VOmbre (Dinorah) avec une grâce et une finesse de
nuances qui a fait le plus grand plaisir. Mme Lemmens a chanté avec
une égale supériorité un air (Tldoménée, ce qui prouve la flexibilité de
son talent.
^*^ Darmstadt. — Au théâtre de la cour on a représenté le Meunier
de Marlinac, opéra nouveau par M. Jesper. Sous ce pseudonyme se cache
le comte de Reiset, ministre de France près la cour de Hesse-Darmstadt.
^*^ Copenhague. — Le pianiste Franz Bendel vient d'obtenir de grands
succès ; le roi de Danemark lui a conféré la croix de l'ordre de Da-
nebrog.
^*^ Milan. — La première représentation du Prophète vient d'avoir
lieu au théâtre de la Scala, et malgré une défaillance dans la voix de
Negrini (Jean de Leyde), le chef-d'œuvre de Meyerbeer a produit le
plus grand effet. Mme Borghi-Mamo a fait du rôle de Fidès une création
tout à elle, et la célèbre cantatrice a enthou.siasmé la salle. Nous re-
viendrons sur cet événement musical.
^*^ Trieste. — Notre compatriote Alfred Jaell est ici depuis quelques
jours. Il a donné son premier concert mardi, au grand théâtre, et mal-
gré la dimension de la salle, on a dû refuser une masse d'amateurs dé-
sappointés. Chacun des morceaux qu'il a joués lui a valu des bravos
enthousiastes et plus de trente rappels successifs. Bien plus, une pluie
de poésies italiennes, à son adresse, et quatre couronnes de laurier sont
tombées à ses pieds, manifestation bien significative de l'effet produit
sur le public par le célèbre artiste. Un triomphe aussi éclatant a décidé
A. Jaell à donner très-prochainement un second concert.
,1,*,^ Peslh. — Plusieurs magnats sont en instance auprès du comité du
théâtre national pour que Franz Liszt soit nommé maître de chapelle
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ATTO I.
1. Coro : Al chiaror di luna delta notte
7iel mister
S. Sierenata chmtée par Naudin :
Cara il tuo bene a le sen vien . . .
2 bis. La même , transposée pour ba-
ryton
3. ivotiumo chanté par Mlle Battu
et Naudin: Per colline e valli erbose.
4. Coro dl mascbere : Roinoreg-
(jiam d'ogni interne
5. Bomanza chanté par Mlle Battu:
Rondinella prigioniera
8 bis. La même, transposée pour mezzo-
soprano
6. Coro : Viva, viva la galloria . . .
ATTO H.
7. Aria chantée par Mlle Battu : Delta
gioja che il seno m'inonda .... 7 50
7 bis. La même, transposée pour mezzo-
soprano 7 50
8. Coro : La campana che risuona
ne fa invilo al satro altar » »
9. Dnetto bnffo chanté par Delle-
Sedie et Zuochini : V'é dd Tebro
al manco lato 9 »
1 0. Coro : Che fra l'amor cd i bicchier » »
11. Brindlsl chanté par Mlle Battu :
Su la tazza ognuno impugni . . . 6 »
11 bis. Le même, transposé pour mezzo-
soprano 6 »
12. Canzone chanté par Delle-Sedie
et Zucchini : Dal lino sgorga il vin,
il vin 3 »
12 bis. La même, transposée pour ténor 3 ■ »
12 tir et quater. La même, transposée
pour baryton et basse 3 »
13. Ballata chantée par Naudin : lu
fonda a gli Abruzzi mira con terror 3 »
13 bis. La même, transposée un demi-
ton plus bas 3 »
13 ter. La même, transposée pour ba-
ryton ou basse 3 »
DE PIANO :
ATTO III.
1 4. Quartetto • Oh ! cara Italia ,
dolce
1.^. Coro dl peligrinl : Oggi, o ver-
gin più ridente
Itj. Trio chanté par Capponi, Delle-
Sedie et Zucchini : Dimmi un po
mio Barbarino Paffar nostro corne va
17. Terzetto : Piano zitto attentiban.
18. Inno chanté par Naudin : Ohl
corne bello è il giorno , oh ! corne
splende il sole
18 bis. Le même, transposé un demi-ton
plus bas ,
18 ter. Le même, transposé pour bary-
ton ou basse
19. Coro : Ed implori da quel Dio . .
7 50
7 50
7 50
LES MÊMES MORCEAUX PUBLIÉS AVEC PAROLES FRANÇAISES.
ARRANGEMENTS POUR LE PIANO
HESS. — Op. 78. Caprice sur les plus jolis motifs 7 50
HDHTES (F.). — Op. 108. Rondino brillant 5 »
HERMANN. — Andante et Tarentelle pour violon et piano . . 7 50
KRU6ER (W.). — Transcription de la Sérénade. 7 50
Id. — Op. 118. Illustrations 9 .
IIND. — Choix de Mélodies (facile) 7 50
lONGUEVttlE. — Op. 106. Fantaisie dramatique 7 50
RDMIIEl. — Mosaïque des Airs 6 •
VAIIQDET. — Petite fantaisie facile, à quatre mains 5 »
WOLFF. — Grand duo brillant, à quatre mains 9
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la BAiiiiAOE de l'opéra STRADEEiI/A , de F1.0T0 w : « av
SEiK DES AnnczzES, » cbantée par IWaudîn.
SOMMAIRE . — Théâtre impérial de l'Opéra-Comique : la Déesse et le Berger,
opéra-comique en deux actes et envers, paroles M. Camille du Locle, musique
de M. Jules Duprato , par liéon Uarocher. — Théâtre impérial italien:
Alessandro Stradcll i (2" article), par B. A. D. Saint-T'Tes.— Auditi.ins
musicales, par Adolpbe Botte, — Nouvelles et annonces.
THÉÂTRE mPERIÂL DE L'OPÉRÀ-COMIOUE.
liA. DÉEsisi; ET ri: berger,
Opéra-comique en deux actes et en vers, paroles de M. Camillk
DU Locle, musique de M. Jules Duprato.
(Première représentation le 21 février.)
Jusqu'à la direclion de M. Emile Perrin, la mythologie n'avait pas
joué un très-grand rôle à l'Opéra-Comique. Grétry, associé à d'Hèle,
avait fait une fois , il est vrai, le Jugement de Uidas. Mais on ne
l'avait guère suivi dans cette vole, et nous doutons que Grétry lui-
même ait recommencé. Par une sorte de convention tacite, l'Opéra-
Comique laissait la mythologie au grand Opéra, et quand il voulait
du merveilleux, il s'adressait de préférence à la féerie, qui remonte
moias haut dans la nuit des temps. M. Perrin qui, pendant tout le
temps qu'il a dirigé l'Opéra-Comique, semble avoir tendu constam-
ment à agrandir son domaine, nous a déjà donné Galatée, Psyché,
et a laissé en répétition, quand il a quitté la place Boïeldieu pour la
rue le Peletier, la Déesse et le Berger dont il faut que nous vous
contions les aventures.
Bacchus, vous le savez, revenant dans la Grèce après avoir con-
quis les Indes, fit escale dans l'île de Naxos, et y trouva la tendre
Ariane, délaissée par l'ingrat vainqueur du Minotaure. Il la consola,
et de cette consolation naquit. . . Ici, nous sommes forcé, pour sui-
vre M. du Locle, comme c'est notre devoir, de nous séparer de tous
les précédents mythologues. Ceux-ci affirment que Bacchus eut d'A-
riane six enfants, dont ils nous ont même transmis les noms, et cela
autorise à penser que la consolation dura longtemps. M. du Locle,
qui a eu, sans doute, de meilleurs renseignements, soutient au con-
traire que Bacchus n'eut qu'un enfant de la fille de Minos; qu'il se
conduisit, tout dieu qu'il était, en véritable vaurien , pire que Thésée
lui-même ; qu'Ariane, délaissée de nouveau , et ne sachant que faire
de sa progéniture, vint la déposer par une belle nuit, à la porte du
temple consacré au dieu du vin, lequel dieu ne s'en émut pas le
moins du monde , et que le petit malheureux aurait péri si une
naïade charitable ne se fût chargée de son éducation. C'est la naïade
elle-même qui raconte cette scandaleuse et touchants histoire, quand
elle révèle à Bathylle, devenu grand, son étrange destinée :
pasteur né du sang des dieux,
fils d'Ariane la blotde
Et de Bacchus victorieux !
Quand, tremblante, sous les étoiles,
Ta mère ici vint t'exposer,
Je t'ai recueilli dans mes voiles.
Et consolé par un baiser ;
J'ai fait boire à tes jeunes lèvres
Le lait pur ; parmi les pasteurs
Tu grandis, et moi, de tes chèvres
J'écartais les loups ravisseurs, etc.
Pendant ce temps, que faisait Bacchus? Ah! le fatal exemple
qu'il donnait n'a été que trop fidèlement suivi dans tous les temps et
dans tous les lieux ! Un ivrogne est rarement un bon père.
Bathylle, protégé des naïades, a donc grandi. Il a seize ans. Il est
chevrier et amoureux. Amoureux de la jeune Maïa, qui a seize ans
comme lui, et qui joue avec succès le rôle de déesse de contrebande
dans le temple même de Bacchus. Polémon, le desservant du lieu,
est un vieux drôle qui, voyant languir la dévotion des fidèles, et,
par suite, les profits décroître rapidement, a imaginé, pour ramener
la foule, de mettre à côté d'un dieu déconsidéré par ses fredaines,
— car la scène est à Naxos, — une divinité fraîche, gracieuse, bien-
veillante et irréprochable. (Un coquin de brahmane d'opéra-comique
avait déjà fait ce calcul, et employé cet ingénieux procédé dans un
livret en deux actes, dont un compositeur belge, M. Fauconnier, a
écrit la musique il y a quatre ans environ.) Maître Polémon, aussi ef-
fronté que ce brahmane, n'a pas moins bien réussi. Il connaissait
l'histoire d'Ariane, et chercha d'abord l'enfant de Bacchus. Mais il
ne le put trouver.
Dans ma tète un éclair brille.
J'avais au monde une fille,
Et de ma paternité
Je ne m'étais pas vanté.
La place me paraît bonne,
Et vite je la lui donne.
66
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
Il faut bien que les parents
Etablissent leurs enfants.
Avec quatre tours d'adresse
Bientôt ma jeune déesse
Comme le peuple enchanté
Croit à sa divinité.
Les présents viennent en foule. . .
C'est-à-dire les fleurs, les fruits, le blé, le vin, les bœufs, les mou-
tons, l'or et les pierres précieuses. Polémon ne dédaigne rien. Le
voilà riche, de cancre et pauvre hère qu'il était. Mais Balhylle me-
nace son bonheur, puisqu'il aima Maïa, et que Maïa l'aime, et que
lui-même a eu l'inadvertance de leur dire comment s'appelle le sen-
timent qui les attire l'un vers l'autre. — Une déesse amoureuse d'un
berger! Elle y perdrait toute sa considération. Ces inquiétudes de maître
Polémon prouvent qu'il sait mal sa théologie ; car la chaste Diane
aima le berger Endymion, Vénus estima le chasseur Adonis et le
prince Anchise, qui gardait ses troupeaux sur le mont Ida quand il
eut la gloire de lui plaire, et ces deux déesses n'en furent pas pour
cela moins révérées.
Polémon croit éloigner le danger en déclarant, d'un ton solennel,
que Bathylle, s'il osait prendre un baiser à Maïa, serait foudroyé sur
la place, et réduit en cendres. Mais l'amour est plus fin que lui : peu
après arrive un gros homme ventru et lascif, qui dit se nommer
Gnathon, et qui n'est en réalité que Silène déguisé. Il trouve Maïa
seule, lui fait, pour passer le temps, un doigt de cour, et lui de-
mande la faveur d'un baiser. Maïa n'est crédule qu'à moitié, et les
menaces de Polémon l'ont rendue curieuse. Elle toise de la tête aux
pieds l'insolent, le trouve parfaitement laid, et se dit tout bas :
« Après tout, s'il est foudroyé, il n'y aura pas grand mal. n Décidée
par ce raisonnement naïf, elle abandonne sa main aux entreprises du
faux Gnathon. L'air demeure calme et le ciel serein. — Ah ! s'é-
crie-t-elle avec une adorable simplicité, je ne crains plus rien pour
Bathylle. Puis elle s'enfuit en riant, et les nymphes, sortant de leurs
fraîches retraites, viennent danser en rond autour de Silène mystiQé,
en lui chantant d'un ton goguenard :
Le baiser n'était pas pour toi.
C'est la fin du premier acte.
Au second, Bacchus, qui voyage incognito sous le pseudonyme de
Protagoras, comme Silène sous celui de Gnathon, trinque et chante
des airs à boire avec Polémon, qui, ne se doutant de rien, raconte
à ses hôtes les tours d'adresse que nous avons rapportés plus haut.
La scène est plaisante, bien que la surprise et l'indignation de Bac-
chus, en écoutant ce récit, soient parfaitement absurdes. Étrange dieu,
vraiment, qui ne sait pas ce qui se passe dans son propre temple ! Mais
Bacchus ig-nore ce qu'il lui importe le plus de connaître. Les lieux
qu'il revoit lui rappellent Ariane et son enfant abandonné.
souvenir vivant qui s'éveille et me touche!
charme navrant du passé 1
11 sent une vive sympathie pour Bathylle; il entend la voix du
sang, mais il hésite à l'écouter. Il lui faut un acte de naissance, ou
tout au moins un certificat de notoriété ; et l'on ne sait trop ce qu'il
adviendrait si la naïade ne sortait de sa grotte en temps opportun
pour faire la déclaration que nous avons transcrite, c'est-à-dire si
Bathylle, violemment sépare de Maïa, prenait son mal en patience
et n'avait la fantaisie de se noyer. C'est ce beau mouvement qui
sauve tout. La naïade se montre enveloppée de gazes vertes, et l'ar-
rête au bord de la fontaine. Quand elle a fini son petit discours, Bac-
chus paraît, à son tour, armé du thyrse d'or emblème de sa puis-
sance, reconnaît publiquement son fils, et bénit les jeunes époux.
Nous ne savons ce que devient Polémon, s'il demeure prêtre du Dieu
dont il s'est tant moqué, ou si Maïa, qui est sa fille après tout, sera
forcée de lui servir une pension alimentaire.
Tout cela constitue un récit dialogué plutôt qu'une pièce. On repro-
chait à Scribe, dans les années qui ont précédé sa mort, d'entasser
les incidents outre mesure, de multiplier inutilement les péripéties,
de faire de ses intrigues des écheveaux si compliqués que l'attention
du spectateur en était fatiguée, et que sa curiosité, surexcitée d'abord,
finissait par lâcher prise. On ne fera pas ce reproche aux librettistes
d'aujourd'hui. Vraiment, ils abusent de la simplicité. 11 y a parfois,
dans le poëme de M. du Locle, des vers lestement tournés, de gra-
cieuses idées, de frais tableaux ; mais on ne saurait imaginer rien
qui ressemble moins à ce que l'on appelle, au théâtre, une intrigue.
Les deux amants sont constamment d'accord. Polémon, depuis le
commencement jusqu'à la fin, travaille à les séparer, et s'y prend
toujours de la même manière. Il n'a qu'un seul argument , ce qui
n'est pas très-varié. Le seul point à éclaircir, la question qui forme
le nœud de la pièce, est la filiation de Bathylle : cette question ne
se pose qu'au moment même oîi elle est résolue, car Polémon n'a
jamais songé à lui objecter qu'il n'est l'enfant de personne. Bacchus,
qui intervient dans la pièce, n'y fait rien du tout, et l'on se de-
mande avec étonnement comment un si grand personnage a pu se
déranger pour si peu. Bref, on voit défiler toutes ces scènes' avec
une parfaite indifférence, et, si l'on soupire après le dénoûment,
c'est uniquement parce que l'on sait qu'au dénoûment , quel qu'il
soit, la pièce finira.
M. Duprato, l'auteur de la partition, paraît s'être rangé décidément
parmi les musiciens coloristes. Il fait de l'orchestre avec un merveil-
leux zèle. Flûtes , hautbois , clarinettes , cors , bassons , trompettes,
trombones, timballes, cymbales même sont continuellement en action
dans son ouvrage, et il s'occupe à tel point des effets de sonorité,
qu'il semble oublier le reste. — Qu'importe que cette idée soit dans
le domaine public, que cette phrase mélodique soit insignifiante ou
contournée, qu'elle s'ajuste mal avec les paroles, et donne des en-
torses à la versification? Il y aura des accompagnements là-dessous,
comme dit Figaro, et les accompagnements font tout passer. — Nous
avons souvent combattu ce système, soutenu que les combinaisons
instrumentales étaient un brillant accessoire qui ne saurait suppléer
le principal , que l'accompagnement est le vêtement du chant , et
qu'il n'est pas absolument indifférent qu'un manteau, fût-il de pourpre
et d'or, soit accroché à un poteau, ou s'arrondisse en plis élégants
autour du torse de l'Apollon. Nous n'y reviendrons pas , car on se
lasse de tout, et nous nous bornerons à indiquer les morceaux ou
fragments qui, dans la Déesse et le Berger, nous ont paru s'élever
au-dessus du niveau commun. C'est d'abord la romance de Bathylle :
Je puis comme autrefois
Venir dans ce bois sombre,
qui ne brille peut-être pas par l'invention mélodique, mais où il y a
du moins de l'expression, de la passion, soit qu'elle vienne du compo-
siteur, soit que le chanteur l'y ait mise. Nous ferons remarquer un
joli dessin d'orchestre, plusieurs fois reproduit, dans le duo de Bac-
chus et de Silène. En cet endroit là c'est le violon qui parle, et ce
qu'il dit a une valeur mélodique que nous portons à l'actif de l'au-
teur. Mais nous sommes obligé d'inscrire à son passif tout ce que di-
sent le dieu et le demi-dieu beaucoup moins bien inspirés. Les cou-
plets de Maïa :
J'en veux tenter l'expérience,
ont obtenu tant d'applaudissements qi\'ils se passeront aisément des
nôtres. Le public a compris qu'il devait y avoir là ce que Boïeldieu
appelait un bon mot musical^ et il a cru l'y voir. Nous pensons que
l'auteur l'a cherché sans le trouver, et n'a fait qu'en marquer la
place. Qui a raison, de nous ou du public? Nous l'ignorons nous-
même. Le temps seul peut décider la question.
Le trio de Bacchus, Silène et Polémon débute par une entrée fu-
guée qui a du caractère. Malheureusement, quand les trois voix n'ont
DE PAMiS.
C7
plus qu'à manœuvrer l'une à côté de l'autre, leurs évolutions parais-
sent un peu confuses. Le chœur des Bacchantes,
Cistres et cymbales,
Tambours et crotales, etc.
nest guère remarquable que par le bruit qu'il fait. Mais celui qui
suit : Mata, déesse charmante, nous a paru aussi charmant, pour
le moins, que la déesse. La mélodie en est gracieuse et tendre,
l'harmonie élégante sans recherche, et l'accompagnement instrumen-
tal du meilleur goût. Pourquoi, bon Dieu! M. Duprato n'a-t-il pas
tiré son opéra tout entier de ce tonneau-là? Il aurait fait une œuvre
délicieuse.
M. Capoul, dans le rôle de Bathylle, a su être tout à la fois naïf
comme un jeune pâtre, et naturellement distingué, comme il convient
au fils d'un dieu. Il chante avec beaucoup d'élégance et d'expression
la romance dont nous avons parlé, et tous les passages dont le tour
est tant soit peu mélodique. Mlle Baretti est gracieuse et fine dans le
rôle de Maïa. II n'y a que des compliments à faire à MM. Crosti,
Gourdin, Prilleux, et à la charmante naïade, Mme Ferdinand. Cet
ouvrage, Irès-convenablement monté, est interprété avec un soin ex-
trême. Les décors sont très-frais, très-agréables à l'œil, ainsi que la mise
en scène. L'administration a fait si bien qu'on n'apercevra peut-être
pas toutes les défaillances des auteurs, ou qu'on les leur pardonnera.
LÉON DUROCHER.
THEATRE IMPÉRIAL ITALIEN.
AliESSAlVDRO jSTKDEIiliA.
(U» article) (1).
Le théâtre a rendu son arrêt souverain *sur Slradella, et, l'autre
soir, la cour suprême de Paris n'a fait que confirmer à son sujet la
jurisprudence établie dans toute l'Allemagne, la Belgique et la Russie.
Notre collaborateur, Paul Smith, a dressé le procès-verbal exact et
judicieux de la séance dans laquelle a été confirmé par le public
parisien tout ce qu'avait pensé , jugé, décidé précédemment le public
d'une foule d'autres villes. Aujourd'hui donc il ne s'agit plus d'exa-
miner l'ouvrage au point de vue théâtral, mais de placer en quelque
sorte sur le pupitre la partition de M. de Flotow, afin d'en feuilleter
plus à loisir les divers morceaux, sans en omettre un seul , tout en
regrettant que la tâche si délicate de juré-priseur d'une si brillante
production n'ait pu être achevée par la plume qui l'avait si bien
commencée.
La presse en général a été très favorable dans son appréciation de
Slradella. Il y a donc lieu de s'étonner qu'un opéra de cette impor-
tance ait mis près de vingt ans à venir jusqu'à nous. Quand on songe
à quel point il est devenu populaire dans toute l'Allemagne, oià l'on
compte par centaines ses représentations dans certaines villes, on se
demande comment il a pu se faire que Paris ait attendu, pendant si
longtemps, la traduction italienne, qui a permis au théâtre Ventadour
d'en enrichir son répertoire, ou, tout au moins, la traduction fran-
çaise que MM. A. Royer et G. Oppelt ont faite pour la Belgique, et
qu'un de nos théâtres lyriques aurait dû s'approprier, à l'exemple
de plusieurs de nos grandes villes de la province.
Mais nous possédons enfin Slradella, et tout nous porte à croire
qu'il aura, chez nous, le sort heureux de Maria. Il est bon de dire,
d'ailleurs, que plein d'un louable respect pour la consécration pari-
sienne, M. de Flotow a cru devoir présider lui-même à la transfor-
mation de son œuvre, et qu'en lui faisant franchir la frontière, il l'a
complétée par l'adJition de deux morceaux inédits, qui n'ont pas été
les moins applaudis de la partition.
(1) Voir le n" 8.
Ces deux morceaux ont été écrits pour Mlle Marie Battu qui,
comme l'a dit notre collaborateur, les a supérieurement interprétés.
Le premier est une romance qu'elle chante, au premier acte, lors-
qu'elle va prendre la fuite , sur ces paroles : Rondinella prigio-
niera; le second est un brindisi placé, au deuxième acte, dans la
scène de table et qui commence par ces mots : su la tazza oijnuno
impucjni. La romance est formée d'un andante à quatre temps ,
précédé d'un court récitatif, et qui respire, d'un bout à l'autre,
une douce et suave mélancolie. Le brindisi, plus vif et plus accen-
tué, comme l'exige la situation, obéit à un mouvement de valse,
sur lequel Mlle Battu dessine, avec la précision qui lui est habituelle,
les plus pures et les plus hardies vocalises. Ces deux gracieuses ins-
pirations, que nous avons tenu à saluer tout d'abord, pour répondre
à la politesse du compositeur qui les a spécialement dédiées à nos
oreilles parisiennes, auront bientôt franchi la rampe et se feront ra-
pidem.ent adopter par les salons.
Revenons maintenant au début de la partition, et louons sans ré-
serve l'excellente ouverture que l'orchestre de M. Bonetti exécute
avec une rare perfection. Elle entre en matière par un chant reli-
gieux, largement posé, et dont le motif est celui de l'hymne du troi-
sième acte; c'est à la fois le principe, la situation capitale, la raison
d'être de l'ouvrage. Cet andante maësloso est suivi d'un allegro très-
élégant, qui se résout dans le motif du chœur nuptial du deuxième
acte, autre situation importante de la pièce, et qui, par une heureuse
transition, de fa mineur en ré majeur, ramène, comme péroraison,
l'hymne du commencement.
Le premier acte s'ouvre par une barcarolle avec chœur, d'un très-
bon style ; et pendant que Stradella descend de sa gondole pour se
rapprocher du balcon de sa maîtresse , la clarinette fait entendre
une ritournelle d'un effet aussi gracieux qu'original. C'est le prélude
de la jolie sérénade : Cara! il tuo bene a te sen viene, dans laquelle
Naudin se distingue par d'habiles contrastes do forte et de mezza-voce.
Après ce morceau, vient un nocturne chanté par Naudin, sur la scène,
et par Mlle Battu, à son balcon : Per colline e valti erbose. C'est un
andante à trois temps, dont chaque phrase est dite tour à tour par
les deux interlocuteurs, et qui se termine par un court et charmant
ensemble. Le finale est principalement une affaire de mise en scène ;
le tuteur Bassi veut empêcher l'enlèvement de Leonora, sa pupille ;
une troupe de masques, composée des amis de Slradella, entoure le
vieux barbon , le sépare des deux amants , et Stradella entraîne sa
maîtresse pendant que le chœur fait tonner aux oreilles de Bassi, ce
joyeux refrain : Viva I viva la (jalloria! Le tiUli des voix et de
l'orchestre prête beaucoup de mouvement et d'entrain à cette fin du
premier acte.
Le second débute par un air que chante Leonora avant de suivre
Stradella à l'autel : Délia gioja che il seno m'inonda. Il est formé
de deux andanli, l'un à six-huit, plein de charme et de douceur;
l'autre, à deux temps, plus animé, et terminé par des vocalises aux-
quelles la voix correcte et pure de Mlle Battu donne un prix inesti-
mable.
Nous avons parlé du chœur nuptial , à propos de l'ouverture ;
l'accompagnement des cloches saintes augmente encore l'effet de ce
joli morceau. Ici paraissent, pour la première fois, les deux bandils,
si gaiement représentés par Zucchini et par Delle-Sedie , une basse
et un baryton. Leur duo bouffe : f'è del Tihro al manco /a^o, jouis-
sait d'avance d'une grande célébrité, que l'audition n'a pas démen-
tie. Il est écrit de manière à soutenir la concurrence redoutable qu'il
rencontrera sur la scène où régnent souverainement Rossini et Ci-
marosa. Le finale de cet acte, beaucoup plus développé que celui du
premier, du moins en l'absence du ballet qu'on a retranché à celui-ci,
commence par le retour du chœur nuptial. On apporte des tables,
on se place autour, le chœur chante l'amour et le bon vin : Fra
l'amor ed i Licchier; après quoi, Leonora attaque son brindisi, puis
REVUE ET GAZETTE MUSICALK
les bandits Malvolio et Barbarino, admis, sous leur déguisement, au
festin des époux, paient leur bienvenue par une chanson à boire,
petit chef-d'œuvre de gaieté franche et facile, qui aura les honneurs
du bis, aussi longtemps que vivra l'opéra de M. de Flotow. On ne
saurait imaginer rien de plus entraînant que les ghi! glu! de ces
trois couplets si bien chantés par Zucchini et son compère Delle-
Sedie. Il était bien difficile d'émouvoir le public après cet air, et
cependant Naudin y est parvenu avec sa délicieuse ballade de Sal-
vator Rosa : In fonde agit Abntzsi, où ses suaves effets de mrzza-
voce lui ont encore valu de chaleureux applaudissements. La reprise
du refrain de la chanson à boire des bandits termine dignement ce
finale dont le mérite est égalé par le succès qu'il a obtenu.
Si le second acte se recommande par le nombre et la variété des
morceaux saillants qui le composent, le troisième ne lui est pas in-
férieur, quoique moins étendu. Nous' signalerons, au lever du ri-
deau, le quatuor : Oh! cara llalia! dont le dessin est parfait, la
facture distinguée, et où se mêlent 'd'une façon magistrale les accents
enthousiastes de Stradella et de Léonora aux impressions diverses
de Malvolio et de Barbarino, qui jouent en même temps à la inorra.
Le chœur des pèlerins qui lui succède forme une habile opposition.
Le trio des deux bandits et du tuteur Bassi venant leur rappeler la
mission qu'ils ont acceptée, est parfaitement en situation ; nous de-
vons surtout des éloges à Vallegro mouvementé à trois temps, par
lequel il se termine. Mais voici le morceau principal de l'ouvrage,
l'hymne religieux chanté par Stradella, tandis que ses assassins le
guettent sous la surveillance du tuteur de Léonora. r;ous n'avons pas
besoin d'insister sur la situation ; elle est connue ; c'est pour elle que
la partition existe. M", de Flotow avait un grand effort à faire pour ne
pas rester au-dessous de sa tâche, pour la dépasser même, s'il était
possible, dans cet instant solennel, et nous pouvons affirmer qu'il y
a réussi, au-delà de ce qu'avaient le droit de demander les exi-
gences les plus sévères. L'hymne : Oh ! corne bello è il giorno, est
complexe ; il débute par un magnifique adugio que la harpe accom-
pagne. Puis, vient un ravissant andante, sur ces paroles : sanla,
pia del Ciel Regina! La voix de Stradella, d'abord douce et onc-
tueuse, s'élève, s'anime, s'exalte : Oh ! fa che splenda la gran luce
del Signer! Le chant de l'ouverture éclate au milieu des splendeurs
de l'orchestre. Les deux assassins qui vont frapper Stradella, sont
touchés par ses accents sublimes, et le poignard tombe de leurs
mains. Rendons justice à Naudin qui, dans cet admirable morceau,
s'est constamment maintenu à la hauteur de son rôle.
Nous nous plaisons à le répéter, l'accueil plus que favorable fait à
la musique d'Akssandro Stradella, n'est pas attesté par nous seule-
ment; presque tous les journaux qui en ont rendu compte partagent
notre avis sur l'opéra de M. de Flotow, dont la manière, en ré-
sumé, peut bien être éclectique, mais qui, selon l'heureuse expres-
sion de notre collaborateur Paul Smith, est à coup sûr cosmopolite.
Marta l'a prouvé, et Stradella le prouve en ce moment.
». A. D. SAINT-YVES.
AUDITIONS MOSICAIES.
M. J. Dumou. — Mme Clara Scliumann. — M. Vin-
cent Aaier. — Deuxième séance de musique de
chambre d'Alard et Francliomme. — Troisième
soirée de M. Cliarles Iiamoureux.
Le Conservatoire de Bruxelles peut se montrer fier à juste litre
du succès éclatant remporté samedi, dans les salons Pleyel-Wolff,
par deux de ses professeurs : Mme Pleyel et M. J. Dumon. Joindre
ainsi l'exemple au précepte n'est point indispensable en matière d'en-
seignement, nous le savons, mais enfin cela ne gâte rien.
M. J. Dumon a pris rang du premier coup parmi les artistes les
plus justement applaudis et fêtés cet hiver. 11 est assurément très-
fort; il enlève les difficultés avec autant d'aisance que de pureté;
mais ce qui a le plus étonné et captivé, c'est l'art qu'il déploie
dans les cantabile. Il phrase si bien, il trouve sur sa flûte de si
beaux sons, des inflexions si variées que, mérite suprême à notre
avis, il rappelle la voix humaine, et ajoutons — car par le temps
qui court et les méthodes qui fleurissent cela n'est pas inutile — la
voix humaine habilement conduite.
M. Dumon est un musicien, il sait écrire, il a du goût, et sa
fantaisie sur un thème original est de tout point charmante. Le
chant se détache constamment des dessins et des arpèges dont il est
orné; les variations, très-difficiles, sont du plus bel effet : elles offrent
souvent l'intérêt de plusieurs parties, et réunissent le brillant et la ra-
pidité de certaines variations écrites pour le piano. Le nocturne et
les airs valaques de Doppler ont permis à M. J. Dumon de montrer
toute la flexibilité de son talent. Mais, nous tenons à le répéter, ce
qui distingue plus particulièrement le jeune professeur, c'est le style
et l'art de chanter. Cette pauvre flûte, qui n'a pas été plus épargnée
que le piano, a été écoutée très-sérieusement et a' causé un plaisir
exceptionnel. Nous disons exceptionnel, non en pensant à d'autres
flûtistes, mais à tous les artistes qui se font entendre cha([ue jour.
Les reines du piano ne nous manquent pas : on en sacre tous les
jours dont les couronnes ne résisteront guère au premier souffle de
justice qui passera. Malgré tous ces avènements, il nous faut pourtant
bien reconnaître que Mme Pleyel a été accueillie en souveraine ; mais
elle, du moins, justifie pleinement cet accueil.
Après avoir dit avec M. Dumon une très-belle sonate de Weber
et avec MM. Charles Dancla et S. Lee le trio en ut mineur de Men-
delssohn, après avoir déployé dans ces morceaux une ampleur de
style et un fini d'expression tout à fait rares, Mme Pleyel a exécuté
un magnifique andante de Hummel. Les mille et une broderies se-
mées par ce maître non profuséraent, mais abondamment, sur son
tissu mélodique, et les fins contours de sa phrase, ont été rendus par
Mme Pleyel avec une légèreté, une délicatesse, une variété de son
et un style très soutenu et très-noble qui ont émerveillé le public. La
célèbre pianiste a été rappelée avec enthousiasme, et on lui a de-
mandé la Tarentelle de Rossini transcrite par Liszt. En écoutant cette
■page délicieuse, si vive et si colorée, enlevée avec un brio et une
vélocité incomparables, l'enchantement a été complet.
— Mme Clara Schuniann nous est revenue, la semaine dernière,
dans les salons Erard; son beau et vigoureux talent a passé de Bee-
thoven à Menieissohn, de Chopin à Schumann, avec cette sûreté,
cette intelligence sérieuse qui excelle à traduire les beautés les plus
grandes et les plus élevées, comme les pensées les plus fugitives et
les plus quintessenciées de la jeune école allemande. Les qualités de
Mme Clara Schumann sont trop connues pour qu'il soit besoin de
les énumérer ici ; elles lui méritent partout un accueil chaleureux qui
ne lui a pas fait défaut l'autre soir.
L'éminente pianiste a joué, entre autres choses, deux canons de
Schumann. Certes, il est permis de trouver un peu de roideur sco-
lastique et de froideur dans ces pages auxquelles la sévérité et même
l'austérité sont inhérentes ; mais il est impossible de ne pas admirer
la chaleur de conviction avec laquelle Mme Schumann les impose.
Les profanes — il y en a toujours et partout — pensent que ces
sortes de pièces ressemblent trop à des études académiques, et qu'il
faut avoir passé par l'atelier, ou plutôt avoir fréquenté les classes de
contre-point pour pouvoir les comprendre et les goûter; ils n'ont
peut-être pas tort. Quoi qu'il en soit, ils ont été amplement dédom-
magés par les inspirations de Beethoven et de Chopin. Là, Mme Clara
Schumann a été mieux comprise. Ce n'était plus seulement la préci-
m PARIS.
69
sion, la carrure, la fermeté, c'était l'expression, la douceur et un slyle
moins tendu, se prêtant avec beaucoup de souplesse aux chants et
aux orneuients si brillants, si distingués, si pleins de sens poétique
et de nouveauté qu'on aime tant dans les ouvrages de ces maîtres.
Mme Viardot, qui à cette heure possède seule le secret du style
vocal de Gluck et de Mozart, est aussi la cantatrice qui comprend et
rend le mieux les exquises et dramatiques petites scènes de Schu-
raann; elle l'a prouvé une fois de plus dans cette soirée.
— Chaque année, M. Vincent Adler, qui ne se prodigue pas ,
donne un ou deux concerts tout au plus, fait entendre ses nouvelles
compositions et, bien vite, cède la place à d'autres. En dépit, ou plu-
tôt à cause de cette discrétion, son nom attire toujours un auditoire
nombreux et distingué. L'atmosphère des salons convient mieux peut-
être à ses morceaux que celle des grandes salles de concert ; ce-
pendant, par sa vigueur et son ampleur, l'allégro avec double qua-
tuor n'a rien à redouter en se montrant au grand jour et en renon-
çant aux douceurs et au prestige de l'intimité. Les traits rapides et
élégants semés dins la plupart de ses fantaisies sont d'un effet neuf
et souvent délicieux; ils ont même un certain cachet d'originalité.
M. Adler joue sa musique d'une façon ravissante, ce qui n'est pas
commun à tous les compositeurs ; il y met une rare délicatesse, une
grande souplesse de doigts, — choses sur lesquelles on est blasé, —
mais il y met aussi une grande souplesse de style, — chose sur la-
quelle on ne l'est pas. Après avoir fait très-vivement applaudir ses
propres ouvrages, entre autres sa Tarentelle^ sa Barcarolle , son
Thème styrien et sa Scène de bal qui a été bissée , M. Vincent Ad ■
1er, en compagnie de l'excellent violoniste Armingaud, a brillam-
ment exécuté un beau duo hongrois de Vieuxtemps et Erkel, et une
fantaisie d'Edouard Lalo. MM. Armingaud, Léon Jacquard, Mas et
Lalo, c'est-à-dire le quatuor qui, à si juste titre, jouit de l'estime des
connaisseurs et a le privilège de voir tous les ans grossir le nombre
de ses auditeurs et g-randir le succès de ses intéressantes séances,
accompagnaient cette fantaisie et ont beaucoup contribué au plaisir
qu'elle a fait éprouver.
La Sérénade et la Chanson villageoise, du même auteur, ont été
jouées avec beaucoup de pureté, de charme et d'expression par
M. Léon Jacquard. On a redemandé une de ces petites pages, simple
cantilène qui n'est point ambitieusement ornée, et qui a prouvé en-
core une fois combien le public était friand de mélodies naturelles
et gracieuses. Un air de Tancrède, pétillant de jeunesse, d'esprit et
de grâce, et un large et beau cantique de Stradella, dans lesquels
Mlle Marie Cruvelli a fait apprécier sa voix et sa bonne méthode,
composaient la partie vocale, et ont apporté une très-agréable diver-
sité à cette charmante soirée.
— Malgré les plaisirs du carnaval et pendant que d'autres culti-
vaient le quadrille, la mazurka, etc., les dilettantes se rendaient à la
deuxième séance d'Alard et fêtaient Haydn, Mozart et Beethoven.
Celte matinée, qui avait été remise à cause du magnifique concert
donné au Conservatoire pour les ouvriers de la Seine-Inférieure, a
été très-belle. Franchomme et Dièmer ont dit à ravir la sonate en
sol mineur de Beethoven. Puis Alard a joué en perfection un déli-
cieux trio de Mozart et un ravissant quatuor en mi bémol de Haydn.
— Les plus jeunes sociétés de musique de chambre s'efforcent de
rivaliser avec les plus anciennes, et de donner satisfaction aux ten-
dances élevées que les artistes éminents ont fait naître à peu près
dans toutes les classes de la société. Celle de M. Charles Lamoureux
est en progrès. A la troisième soirée, un quatuor d'Haydn et un trio de
Mendelssohn ont surtout fait un plaisir infini. Mozart et Beethoven
ont été joués ensuite avec un ensemble très-remarquable et une
grande intelligence du sens et de la portée des moindres notes qui,
là, ne sont pas mises uniquement pour faire briller la virtuosité.
M. Charles Lamoureux comprend très-bien ce que la musique clas-
sique exige de sérieux, de sobre, de pur et de contenu. Par ses
qualités solides et brillantes, de même que par la chaleur et le
charme de son exécution, il est tout à fait digne d'interpréter les
vieux maîtres.
Adolphe BOTTE.
NOUVELLES.
3,*^: Le théâtre impérial de l'Opéra a donné, dimanche dernier, laFa-
vorite et Graziosa ; Mme Zina Mérante a pris la place de Mme Ferraris
dans ce ballet. Trois représentations de la Muette avec une salle com-
ble ont eu lieu cette semaine.
^*^ Des réparations importantes vont être faites à l'intérieur de la
sal!e de l'Opéra; M. Garnier, l'architecte de la nouvelle salle, a confié
ces travaux à MM. Gustave Boulanger et I.enepveu.
^*^ Le théâtre Italien continuera, la semaine prochaine, les représen-
tations de Stradella. Plus on entend cet opéra, et plus le public en
goûte les mélodies fraîches et chantantes.
^*^ M. de Flotow est de retour à Paris.
^*^ Si l'on a trouvé que Mlle Patti avait été payée cher par le théâtre
Italien, et si l'on a supputé avec soin les sommes que lui a rapportées
son séjour à Paris, il est juste de mettre en regard le chiffre des re-
cettes que ses représentations ont versées dans la caisse delà direction.
Or, nous lisons dans la Presse théâtrale que ce chiffre a atteint pour
trente-trois représentations 373,760 fr. 90 c, soit une moyenne de
Il ,326 fr. 6 c. par représentation !
^*,t Mme Miolan-Carvalho, qui devait partir pour Marseille le l''"' mars^
a obtenu de M. Halanzier, directeur du théâtre de Marseille, de n'aller
remplir son engagement que le 1" avril. Cet ajournement permettra
la continuation des recettes toujours fi'uctueuses de Faust.
^*^ Le théâtre des BouffeS-Parisiens vient de rencontrer dans le nou-
vel ouvrage d'Offenbach, les Bavards, un des plus grands succès qu'ait
obtenus le fécond et charmant compositeur. Chaque soir on refuse du
monde ; l'air de Mme Ugalde, la chanson des créanciers : Il faut qu'on
paie, sont bissés. Les applaudissements, les rires de toute la salle ne
discontinuent pas pendant le cours de la représentation. Tout à fait
sûrs de leurs rôles, les acteurs font merveille, et depuis Gil Blas
Mme Ugalde ne s'est pas montrée sous un jour qui lui soit plus avanta-
geux ; il faut l'entendre pour se faire une idée du talent, de la verve et
de l'entrain qu'elle dé|)loie dans le personnage de Roland. Les Bavards
sont plus qu'un opérette : c'est un très-joli opéra-comique dont vont
s'emparer toutes les scènes de province.
»** Le théâtre de Bordeaux monte Stradella. — Le théâtre de- Barce-
lone va monter également l'opéra de Flotow.
„,*» Les représentations successives du dernier ouvrage de Benedict,
la Rose d'Erin (the Lilhj of Killarney), n'ont fait que confirmer le grand
succès que cette œuvre remarquable a obtenu dès sa première appari-
tion au théâtre de Brunswick, le premier de tous les théâtres d'Alle-
magne qui a monté cet ouvrage, dont la vogue en Angleterre a eu tant
de retentissement. La nouvelle partition de Benedict paraît destinée à
une popularité non moins grande en Allemagne ; elle est en pleine ré-
pétition à Stuttgart, et on la prépare à Darmstadt, à Hambourg et à
Berlin.
^*^ Demain aura lieu aux Tuileries le premier grand concert du ca-
rême. Lundi passé, il y avait eu dans les appartements de S. M. l'Impé-
ratrice une soirée intime, pour laquelle cinq cents invitations seulement
ont été distribuées. On y a fait de la musique d'amateurs. Mme la ba-
ronne de Caters, Mme Moulton et Mme Boucher; M. le comte 0, Aguado
et M. de Meynard, ont successivement chanté plusieurs morceaux avec
un talent qui ferait honneur à des artistes consommés. Mme de Caters,
la digne fille de Lablache, s'est fait surtout admirer par le noble audi-
toire, et S. M. l'Impératrice a daigné lui demander des airs espagnols
que Mme de Caters a dits d'une façon ravissante. M. de Meynard aussi
a chanté avec un sentiment exquis la délicieuse romance de Maria.
^*.j, Les réunions musicales du carême ont recommencé dans les sa-
lons de rilôtel de ville, sous la direction de Pasdeloup. Au nombre des
morceaux annoncés par le programme, figurait le brindisi de Stradella,
composé par M. de Flotow pour Mlle Battu, et qu'elle a chanté avec au-
tant de talent que de succès.
**<, M. le comte de Nieuwerkerke a repris ses soirées artistiques du
vendredi. On y a fait, comme les années précédentes, d'excellente mu-
sique dirigée par Pasdeloup. A la première, Naudin a chanté deux fois,
aux grands applaudissements de son brillant auditoire.
^*^ Les théâtres italiens commencent à se familiariser avec la mu-
sique française. Le Cuid d'Ambroise Thomas, traduit en italien, vient
d'obtenir à Milan un très-grand succès. Plusieurs morceaux ont été
bissés, et les acteurs ont été applaudis et rappelés à diverses reprises.
70
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
»** Les artistes engagés pour chanter cette saison avec Mlle Pattl,
au théâtre de Vienne, sont : Mmes Marie Lafon, Lucia Pieralta, MM. Giu-
glini et Carrion, ténors ; MaurojZacchi, Agnesi, Mazetti, barytons.
»*» On lit dans le Trocalore : « L'aulre soir, la Marta, impatiemment
attendue, a fait sa première apparition au théâtre Argentina, à Rome,
exécutée par l'Avancio-Guerrini, la Caracciolo, Vincentelli. Binaghi et
Luigi Fioravanti, qui avait accepté par complaisauce le rôle de Tristano.
La musique a plu infiniment; c'est un véritable bijou, et tous les artistes
ont été chaleureusement applaudis. La romance chantée par l'Avancio-
Guerrini, et le duo entre Lionel et Enriclietta au deuxième acte, l'aria
et la romance du contralto , et la romance du ténor au troisième acte
qu'il a dû bisser, le dueito du ténor et du soprano au quatrième, ont
tour à tour provoqué les applaudissements les plus frénétiques et
quatre à cinq fois répétés. Le finale de l'opéra a provoqué un véritable
enthousiasme, et, à la chute du rideau, trois salves d'acclamations ont
rappelé les deux principaux artistes. »
»*^. Le conseil municipal a décidé dans sa dernière séance qu'une
des rues nouvelles avoisinant l'Opéra prendrait le nom de rue Auber.
^*^, La Patrie affirme que le conseil d'Etat n'a pas encore été saisi
de l'examen de la nouvelle loi sur la propriété littéraire, et qu'en con-
séquence elle ne pourra être discutée dans la session actuelle.
,*, Aujourd'hui dimanche, à 2 heures, au Cirque Napoléon, troisième
concert populaire de la dernière série de musique classique, sous la
direction de Pasdeloup : ouverture de Pjro'osa, de Weber; symphonie en
mi bémol de Schumann; ouverture de la Grotte de Fingal, de Mendels-
sohn, redemandée ; adagio du quintette (op. 1 08), de Mozart ; symphonie
en tit majeur de Beethoven.
^*f Le concert dont Mme la baronne Vjgier (Sophie Cruvelli) avait
pris l'initiative au bénéfice des pauvres, a eu lieu à Nice le 21, au
Théâtre-Impérial. Le roi de Bavière, le roi de Wurtemberg, la duchesse
d'Hamilton, le prince de Stirbey, le prince Comitini, la baronne de
Eothschild et une foule de princes et de princesses de toutes nations,
en même temps que les hauts fonctionnaires de l'administration, du
département et de la cité, et l'élite de la société niçoise, assistaient à
cette solennité, qui offrait le plus magnifique coup d'œil.La cavatine de
Norma : Costa diva, le chant suisse. d'Eckert, la Gioja insolita de Stra-
knsch, ont été dits par la grande cantatrice de façon à. exciter les
transports de son brillant auditoire, et à faire de plus en plus regretter
que les scènes lyriques soient privées d'un si admirable talent. Mlle Ferni
a joué avec beaucoup de charme et d'expression un morceau sur le
violon, et un trio chanté par Pavani, Varesi et Ronconi a terminé cette
belle fêle musicale, dont le produit a atteint 12,000 francs.
*■** Lundi, 9 mars, aura lieu le premier concert historique (école ita-
lienne) de M.Jean Becker. En voici le programme : 1° sonate de Tartini
{Trille du Diable), 1692-1770 ; 2° concerto de Viotti, 1753-1824 ; 3° / Pal-
piti, fantaisie de Paganini: 4° la Reddadei Folktti, de Rossini.
.f*^ Voici le programme du concert que donnera Emile Prudent ven-
dredi soir, 6 mars, dans la salle Herz, avec le concours de Mme Viardot
et de M. Franchomme. L'orchestre sera dirigé par M. Tihnant. Pre-
mière partie: 1» ouverture de Fidelio (Beethoven); 2° air à.'Idoméiiée
(Mozart), chanté par Mme Viardot; 3° les Trois Rêves, morceau de con-
cert pour piano et orchestre (Prudent) : -l" les Esprits des campagnes
(allégro), 2° les Génies du Foyer (andante), 3" ballet des Zingari (rondo
final). — Deuxième partie : à" air de l'oratorio la Resurrezione et air de
l'opéra Julio Cesare (Haëndel), chantés par Mme Viardot, avec accompa-
gnement de violoncelle obligé, par M. Franchomme : b" quatuor de
Rigolelto et le Chant d'Ariel, pour piano (Prudent) ; 6° air : Divinités du
Styx, d\4lceste (Gluck), chanté par Mme Viardot; 7° Etudeslieder : la
Danse des Fées, pour piano et orchestre (Prudent) ; 8° ouverture de la
Grotte de Fingal (Mendelssohn).
,j** Alexandre Billet, un des maîtres du piano, est attendu prochaine-
ment à Paris pour la saison musicale.
^''^_ Mme Lemmens, dont nous avons annoncé récemment le grand
succès à Cologne, n"a pas recueilli moins d'applaudissements à la Haye
et à Anibeim, où elle s'est fait successivement entendre dans les con-
certs des sociétés philharmoniques de ces deux villes. Elle y a été rap-
pelée et bissée à plusieurs reprises.
.j,*^ C'est demain lundi que doit avoir lieu, dans les salons Erard, le
concert de Mlle Elisabeth de Schouitz, avec le concours de Naudin, du
théâtre impérial Italien, de MM. Hammer et Lebouc.
a,*,t Mme Clara Schumann donnera, le 1 3 mars, un deuxième concert
dans les salons Erard.
^*^. C'est le mercredi 4 mars que M. Camille Saint-Saëns donne, dans
les salons Pleyel-WolfT, un grand concert avec orchestre. MM. White,
Dorus et Leroy prêteront leur concours au bénéficiaire.
^*^ Le concert annuel de l'excellent violoniste G. Jacoby, aura lieu
le 10 mars, dans la salle Ilerz. Mlles Joséphine Martin, Hayet et autres
artistes distingués en feront partie.
,j*„ Le concert annuel de l'éminent pianiste-compositeur, M. Kruger,
aura lieu le mercredi 11 mars, à 8 heures du soir, dans les salons
Erard, avec le concours de Mme Barthe-Banderali, de MM. Jules Lefort
et Hammer.
^*^ Le concert de Mme Corinne de Luigi, qui devait avoir lieu ven-
dredi 6 mars, à la salle Herz, sera donné le même jour et à la môme
heure, dans la grande salle du Louvre.
a,*^ L'éminent pianiste-compositeur Bernhard-Rie se propose de
donner, le 18 mars, salle Herz, un concert à grand orchestre, dont nous
ferons connaître incessamment le programme.
^*^, M. Joseph Romano, éminent pianiste et organiste italien , dont
nous avons annoncé l'arrivée à Paris, se propose de donner un concert
dans les salons Erard, le 6 mars prochain.
a,"^,» La Liederfo/ei d'Aix-la-Chapelle vient d'ouvrir un concours pour
deux compositions pour chœurs d'hommes avec orchestre. Le premier prix
ûstdeSOOthalers; le second, de 1 00 thalers. Le choix du texte, qui doit être
écrit en allemand, est laissé au compositeur; l'exécution de l'œuvre doit
durer au moins une demi-heure, et ne doit pas dépasser une heure. Le
terme du concours est fixé au i"' octobre 1863 Les manuscrits doivent
être adressés à M. le D^ I\oderburg, à Aix-la-Chapelle.
^*^ Notre collaborateur, A. Botte, vient de rendre compte du pre-
mier concert donné à Paris par M. Dumon. Le célèbre flûtiste a
obtenu un nouveau succès, et plus grand encore s'il est possible, à
l'Institut des jeunes aveugles, où il a joué un duo avec Mme Pleyel,
sur les motifs de Guillaume Tell. L'impression produite par M. Dumon et
l'illustre pianiste n'a pas été moins vive dans les soli que chacun de
de ces deux éminents artistes a ensuite exécutés.
j,*^, Lundi, 9 mars, à midi, à l'église de Saint-Eustache , les orphéo-
nistes, les chœurs de la ville de Paris et l'orchestre des Concerts popu-
laires exécuteront le Requiem de Mozart, sous la .direction de M. Pasde-
loup, et à la mémoire de Wilhem. Le produit de la quête est destiné
aux ouvriers cotonniers sans travail.
^*^ On annonce pour le 6 mars prochain l'apparition d'une nouvelle
feuille destinée principalement à soutenir les intérêts du théâtre et dé
la littérature. Ce journal doit s'appeler la Comédie; il a pour rédacteur
en chef M. Paul Ferry, dont la retraite du Messager des théâtres, qu'il di-
rigeait depuis longtemps, avait été accueillie dans la presse spéciale avec
d'unanimes regrets.
.f,*^ M. N. Collet annonce la deuxième édition de ses Exercices élémen.-
taires de musique vocale. Un volume in-8'', prix 5 francs, chez l'auteur,
à Fontenay-aux-Roses.
,"*,, Le cabinet de M. Berthier, l'habile régisseur de la danse au
théâtre de l'Opéra, est littéralement envahi chaque jour par un public
avide de se procuper des billets et des loges pour le grand bal des ar-
tistes dramatiques du 7 mars prochain. Jamais cette fête, placée sous
le haut patronage de LL. MU. l'Empereur et l'Impératrice, n'aura été
plus brillante. Une décoration spendide, le foyer transformé en jardin
d'hiver, la réunion de nos artistes les plus charmantes et les plus ap-
plaudies ; ne sont-ce pas là des éléments d'un succès certain ?
^*^: Dans une de ses dernières séances, le Comité municipal de la
ville d'Albi a décidé qu'un monument funéraire serait élevé aux frais de
la ville à la mémoire de F. Sudre, inventeur de la langue musicale uni-
verselle et de la téléphonie appliquée à l'art de la guerre. Le cœur de
François .Sudre sera renfermé dans ce monument, dédié par une impor-
tante cité à l'un de ses plus dignes enfants.
^*^ On annonce, à Anderlecht, la mort de M. Henri du Bois de
Fiennes, pianiste honoraire du roi des Belges, président de la Société de
l'harmonie. Cet artiste, élève distingué de Henri Herz et de Kalkbrenner,
laisse un certain nombre de compositions pour le piano, écrites, selon
M. Fétis, avec la préoccupation du style de Thalberg.
^*^ Hier samedi ont été célébrées à l'église de Notre-Dame de Lorette
les obsèques de Mme Damoreau, qui avait succombé deux jours aupa-
ravant, dans sa soixante-troisième année. Une foule immense remplissait
l'église et a suivi le char funèbre jusqu'au cimetière Montmartre, où
des discours ont été prononcés par MM. Edouard Monnais, commissaire
impérial près les théâtres lyriques et le Conservatoire, de Saint-Georges
et Arabroise Thomas. Pendant le service, des fragments du Requiem de
Mozart, et un Pie Jcsu de Panseron ont été exécutés par des artistes de
nos grands théâtres. La belle voix de. Levassourse di.stinguait parmi toutes
les autres. Nous, reviendrons sur cette imposante et triste solennité.
Mme Damoreau a été conduite à sa dernière demeure trente-cinq ans,
jour pour jour, après la première représentation de la Muettv de Portici,
où elle avait créé le rôle d'Elvire.
CHRONIQUE ETRANGERE.
^*^ Berlin. — Sivori a joué dans un concert à la cour, où il a été
accompagné par Mej'erbeer, et il a produit le plus grand efl"et. Il joue
tous les soirs à la salle KroU. Partout l'éminent violoniste excite un
véritable enthousiasme. -~ Mlle Artot et le ténor Wartel chantent avec
beaucoup de succès à l'Opéra.
1>E PARIS.
71
^** Brunswick. — On annonce que l'opéra de G. Schmidt, la Mole,
qui a eu du succès ù Breslau, doit être représenté au tliéâtre de la
Cour, pour l'anniversaire de la naissance du duc de Brunswick.
*** yienne. — Le théâtre de la Cour a donné mardi 24 les Huguenots;
le lendemain, l'Etoile du Nord. — La première représentation de la
troupe Merelli, qui avait été fixée au mardi 24, a dû être ajournée par
suite d'une indisposition de Mlle Patti. L'opéra de Mozart, Cosi fan tutte,
a déjà été donné deux fois avec le plus grand succès ; la salle était
comble. A la deuxième représentation, on avait fait de larges coupures
au deuxième acte, et l'ensemble marclie parfaitement. — La souscrip-
tion au monument Schubert atteint déjà plus de 10,000 florins.
„*^, Bucharest. — L'opéra de Rossini, Otello, a été donné au bénéfice
de Steger. ■ Cette représentation est devenue pour le célèbre chanteur
viennois l'occasion d'un véritable triomphe. On lui a jeté sur la scène
une couronne de lauriers, ornée de rubans aux couleurs nationales de
la Valachie et de la Hongrie. Le prince-régent lui a fait remettre une
montre magnifique, enrichie de diamants avec son chiffre.
^** Madrid. — La première représentation du nouvel opéra de Verdi,
la Forza del destina, a eu lieu avec un grand succès au théâtre de
l'Oriente.
^*^ Saint-Pétersbourg. — Les jours gras viennent de donner le signal
du départ de tous nos artistes chanteurs. On avait fait courir le bruit
que la direction des théâtres impériaux renoncerait l'année prochaine au
théâtre italien ; mais jusqu'à présent ce bruit ne s'est pas confirmé. D'ail-
leurs, plusieurs des principaux engagements n'expirent qu'après cette
saison. Celui de Calzolari, entre autres, qui a été renouvelé en
1862 pour deux ans, est dans ce cas. Le célèbre ténor n'a jamais mieux
chanté que cet hiver, et nous ne croyons pas qu'il ait de rival aujour-
d'hui en Italie ou ailleurs : aucun d'eux certes ne possède une voix
plus fraîche et plus délicieuse que la sienne. Almaviva, le comte Ory et
Stradella viennent d'être pour lui de véritables triomphes, et tout ré-
cemment encore Fidclio, opéra donné à son bénéfice, et dans le-
quel il a compris et rendu en artiste consciencieux et nourri d'études
sérieuses cette musique si différente de la musique italienne. Si,
comme on le dit, Calzolari est décidé à quitter le théâtre pour jouir,'
dans la belle propriété qu'il possède près de Naples, des loisirs de la
vie des champs, sa retraite prématurée sera une véritable perte pour
l'art. — Nous avons eu dans la vaste salle de la Noblesse un magnifique
concert vocal et instrumental dans lequel les principaux artistes du
théâtre Italien, Mgies Barbot, Fioretti, Bernard!, Didiée, Tamberlick,
Calzolari, Malvezzi, Angelini et Everardi nous ont fait leurs adieux. Au
nombre des morceaux exécutés, l'air de l'ombre du Pardon de Ploërmel a
été chanté par Mme Fioretti avec un immense talent; il a été bissé avec
acclamation et a valu à la cantatrice une véritable ovation.
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Waclia (F.). Le Tourbillon, quadrille 4 50
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en ISil. — Prix d'honneur, médaille d'or, en 1843. — Médaille d'argent à l'Exposiiion de Paris, as.'ifi. — DÉI^BCiUB par le gouvernement belge pour visiter
l'Exposition universelle de Londres, en 1851. — Expoï-ition universelle de Paris, 1855, les plus belles pages du Bapport officiel, 27"" Classe, pages 1835-1336. —
Exposition universelle de Londres, 1862, PR/ZE MËDAL, avec cette mention ; POUR EXCBEiliENCE DE TOUTE ESPÈCE D'INSTRUMENTS DE CUIVRE.
— Membre de l'INSTITUT POLYTECHNIQIE de Paris, membre de l'ASSOCIATION INTERNATIONALE POUR LE PROGRÈS DES SCIENCES SOCIALES. —
MÉDAILLE D'OR et Membre du CORPS SCIENTIFIQUE DE L'HOTEL DE VILLE DE PARIS.
MANUFACTURE DE PIANOS — MAISON HENRI HERZ
Hue de la Yictoire, 4$, à Paris.
L'immense succès que les Pianos de la Maison Henri HERZ ont obtenu à l'Exposition universelle de Paris, en 1855,
vient de se reproduire à Londres avec plus d'éclat encore : aussi le Jury international vient-il, en plaçant ces instruments
au premier rang, d'accorder à l'unanimité, h M. Henri HERZ, la médaille, en motivant cette distinction par la perfection
reconnue dans tous les genres de Pianos et sous le rapport de la solidité, de la sonorité, de l'égalité, et la précision du
mécanisme dans les nuances d' expression. (Rapport du Jury international.)
PRIX ACCORDE A L'UKANIMITE A l EXPOSITION
UNIVERSELLE DB LONDRES 1851.
Tournlfssenr des Ministères de la
Caerre et de la Marine de France.
Seuls agents à Londres
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ANTOINE COURTOIS
MEDAILLE D ARGENT DE 1" CLASSE
A l'exposition universelle DB PABIS 1855.
Facteur du ; Conservatoire et de
rA.cadcuiie Impériale de Paris.
Agent à Saint-Pétersbourg :
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Perspect. Newsky, maison del'égliseSt-Pierre.
S8, rue ttea Itlttruig- Saint- Murtin, S8
Ci-devant rue du Caire, 21.
La ^liaison ANTOINE COURTOIS ayant agrandi ses ateliers, est en mesure de satisfaire à toutes les demandes qui pourront lui être
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30^ Année.
N« 10.
OIV S'ABONNE t
Dans les Départements et à l'Étranger, chez tous
les Marchands de Musique, les Libraires, et aux
Itureaux des Messageries et des Postes.
REVUE
8 Mars 1863.
PRIX DE L'ABONREUENT:
Paris 24 fr. rai ai
Départements, Belgique et Suisse.... 30 m id.
Élranser 3« • Id.
Le Journal parait le Ditnanche.
GAZETTE MUSICALE
SOMMAIRE. — Théâtre impérial de l'Opéra : la Mule de Pedro, opéra en deux
actes, paroles de M. Dumanoir , musique de M. Victor Massé , par Paal
Smitb. — Auditions musicales, par Adolphe Botte. — La Tarentelle,
par le D'Brehm. — Nécrologie: Mme Damoreau-Cinti. — Nouvelles et an-
nonces.
THÉÂTRE IMPÉRIAL DE L'OPÉRA.
liSk BlUIii: DE PEDSSO,
Opéra en deux actes, paroles de M. Dumanoir, musique de
M. Victor Massi5.
(Première représentation le 6 mars.)
C'est une vérité parfaitement reconnue , établie, que si à l'Opéra
les grands chefs -li'œiivre ne sont pas communs, les petits sont en-
core plus rares. Voilà pourquoi, dans cette dernière catégorie, nous
n'avons toujours à citer, depuis trente ans et plus, que le Comte
Ory, le Dieu et la Baijadére, le Philtre, dont les partitions sont de
deux compositeurs, et les poëmes d'un auteur unique. Scribe comprenait
donc mieux que personne ce genre d'ouvrage si difficile à définir,
qui ne doit être ni une réduction de grand opéra, ni même un
opéra-comique, encore moins un vaudeville. A la bonne heure, mais
que doit-il être? Vous avez trois modèles sous les yeux : cherchez,
voyez, essayez. Ainsi a fait M. Dumanoir, l'un des plus spirituels et
féconds élèves d'une école célèbre, devenu maître à son tour, et il
ne nous semble pas avoir mal réussi dans le choix de son thème
lyrique. Pedro Zamora est un riche fermier dont la mule possède les
honnêtes et paisibles mœurs des animaux de sa race. Ecoutez ce
qu'il en dit lui-même :
C'est elle, qui chaque semaine.
Me mène aux marchés d'alentour.
Et qui doucement me ramène
Quand sonne l'heure du retour.
Bien mieux que moi, la bonne bète,
Sait le chemin de la maison. . .
Ah ! c'est qu'elle a toute sa tête,
Quand moi j'ai perdu la raison.
Pedro ne s'en tient pas à cet éloge; il ajoute que sa mule, con-
naissant ses goûts, ses instincts, s'arrête d'elle-même à la porte des
cabarets, et ce n'est pas tout :
Vienne à passer flUe jolie,
Elle s'arrête encor bien mieux,
Et même alors, chaste et polie,
l'our ne rien yoir baisse les yeux.
Ce dernier trait passe un peu les vraisemblances. On en croira ce
qu'on voudra, mais ce qui nous suffit, c'est que la mule soit douée
de la faculté de revenir au logis dès qu'on la laisse libre, faculté qui
sert de pivot à l'intrigue du nouvel opéra. Le fermier Pedro veut
épouser la belle Gilda, fille de l'hôtelier Hernandez :
Je suis jeune, je dois lui plaire :
Je suis riche, elle doit m'aimer.
Tout au contraire, Gilda n'aime que Tébaldo, jeune soldat, au ser-
vice depuis deux années. Tébaldo revient juste à point pour sauver
Gilda, menacée par un taureau furieux. Il n'avait qu'une heure, il l'a
bien employée. Au moment de partir, il s'aperçoit qu'il est blessé,
que la force lui manque, et il craint de manquer au devoir. Le fer-
mier Pedro, qui avait songé d'abord à se battre avec lui, ne demande
pas mieux que de lui venir en aide. Il lui offre sa carriole et sa mule ;
il l'enveloppe de son manteau :
Je ris du pauvre diable!
Adroit et généreux,
Par ce tour impayable
J'éloigue un amoureux.
Eloigner, c'est bientôt dit ; mais Pedro compte sans sa mule ! Dès
qu'il croit s'être débarrassé du soldat, le fermier enlève résolument
sa belle et la conduit dans son manoir, où Tébaldo arrive de son côté.
Tébaldo s'est endormi dans la carriole, et Pedro dans une cave où l'a
enfermé Gilda. Bref, les deux rivaux se retrouvent en présence : l'un
et l'autre se mettent à sonner le tocsin pour appeler les gens du
village. Pedro n'a d'autre idée que de compromettre Gilda devant té-
moins, et il dit à l'assistance :
C'est un fermier qui va vous présenter sa femme.
Mais Tébaldo l'interrompt brusquement :
La mienne, s'il vous plaît, monseigneur don Pedro.
En cette circonstance le Don accolé au nom propre est terrible-
ment irjn- Cependant, chose étonnante! le fermier se montre
bon priu' ■• au lieu de se fâcher contre le mauvais plaisant , il lu'
adresse une observation fort sage :
Vous avez fait, mon cher, une sotte campagne,
Car, en nommant Gilda ma femme, ma compagne,
Je sauvais son honneur que j'avais compromis...
En ferez-vous autant?....
Non, sans doute : Tébaldo , honteux et confus, reconnaît un peu
tard qu'il est au service et ne peut s'engager dans d'autres liens.
Là-dessus Pedro, ne voulant pas rester à mi-chemin de sa gran-
deur d'âme, lui offre cent ducats pour se racheter, et Tébaldo les
74
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
accepte. La belle Gilda pardonne au fermier et chante d'une voix
joyeuse :
Dans chaque ferme, d'âge en âge,
Sur les deux rives du Douro,
On parlera du mariage
Fait par la mule de Pedro.
En admettant cette donnée, la critique pensera peut-être que
M. Dumanoir aurait pu en tirer un meilleur parti, et surtout la tour-
ner dans le sens comique. Son petit opéra pèclîe par le double tort
d'être un peu long et un peu sérieux. D'ailleurs il est écrit avec
plus de soin qu'on n'en met ordinairement dans les opuscules de
cette sorte, quoiqu'on y trouve encore des vers tels que ceux-ci,
dont la correction eût été si facile :
La voici cette église où l'onde du baptême
Coula sur mon front assaini !
C'était presque une rentrée que faisait M. Victor Massé, après un
trop long silence, et c'était en même temps un début, puisqu'il n'a-
vait encore rien composé pour notre grande scène lyrique. Il y a
d'excellentes choses dans sa partition nouvelle; mais, si nous ne nous
trompons, il y a moins de liberté, moins de vivacité que dans ses
œuvres précédentes. Serait-ce que la majesté du lieu lui a imposé
de certaines réserves toujours nuisibles à l'inspiration? Sa musique
est bien conçue, bien écrite, mais elle n'a pas assez de ce tour ori-
ginal, imprévu, hardi que l'on avait remarqué dans Galatée, dans
les ISoces de Jeannette, dans la Reine Topaze. Nous ne citons ces
titres qu'à regret et en protestant contre l'intention de les lancer
comme autant de reproches à l'auteur de la Mule de Pedro. Sans
examiner en détail cette partition, disons que le morceau le plus
saillant est celui que chante Pedro, sur le caractère et les habi-
tudes de sa mule. Ces couplets, d'une facture habile et charmante,
reviennent plus d'une fois par fragments et terminent la pièce. Le
chœur des toreros, au premier acte, a produit de l'effet, et l'on a jus-
tement applaudi la romance de Gilda : Chaque jour je me le rap-
pelle; l'air d'entrée de l&asXào : Hameau natal! terre chérie. Au
second acte, nous trouvons plus de' prétention que de valeur réelle
dans l'air de Grilio sur le lutin, et dans la chanson de la gitana;
mais il se peut qu'une seconde audition efface ou modifie nos impres-
sions de la première.
Quant à la distribution des rôles, nous ne saurions l'approuver en
ce qui touche Mme Gueymard : le rôle de Gilda ne convient ni à sa
voix ni à sa taille , qui n'est pas à beaucoup près celle d'une vive et
légère Andalouse ; sa voix, accoutumée aux grandes émotions, n'a
pas non plus l'éclat, le brio que demandent impérieusement les folles
chansonnettes. Le rôle du fermier sied bien mieux à Faure, et sa
belle voix s'y déploie largement; dans celui de Tébaldo, Warot s'est
produit avec un succès qui promet pour l'avenir , et il nous a paru
plus à l'aise qu'au théâtre de l'Opéra-Comique. Les rôles confiés à
Mlle de Taisy et à Guignot ne sauraient compter.
Faut-il dire que les décors, notamment le premier, sont très-agréa-
bles, et qu'ils ont pour auteurs plusieurs de nos artistes renommés?
La mise en scène est aussi soignée que possible, et, selon l'habitude
dès longtemps prise, ne laisse rien à désirer.
Paul SMITH.
AUDITIONS MUSICALES.
H, aean Becber. — Urne Slzarvacly.— Edmoiid fflocmelle.
— SIlIc Berttaa Elcbberg. — I>es frèreis Saaret. —
Sllle Elîsabcfli de filcSioaltz. — aime Farrenc.
M. ]. Becker a obtenu la semaine dernière un grand succès à la
salle Herz. Il a joué un très-difficile et très-beau concerto de Beet-
hoven. Nous avons déjà parlé ici même de cet artiste; nous avons dit
qu'il faisait parfaitement les difficultés, mais qu'il leur sacrifiait parfois
le charme pénétrant, la simplicité de style, la vérité d'accent qu'on
aime tant chez les violonistes, et qu'on admire chez Sivori, chez Alard
et chez Vieuxtemps. Le redirons-nous aujourd'hui ? Oui ; mais un peu
plus faiblement; car, de ce côté, M. J. Becker nous a paru avoir
gagné.
Il y a des maîtres qui en écrivant des concertos ne font que des
fantaisies; Beethoven, lui, au contraire, agrandit encore la forme et
fait quelque chose de colossal. Il n'était pas homme à reculer devant
un doigté plus ou moins périlleux (la musique bien sur les doigts lui
importait peu) ; il croyait avoir atteint son but quand il avait noté
quelques-unes de ses grandes inspirations, et l'on sait ce que sont
en général ses concertos. M. Becker, en exécutant l'œuvre de Beet-
hoven, s'est montré à la hauteur de cette magnifique conception si
redoutée des violonistes ; il a été très-brillant, très-chaleureux. Dans
Vadagio, il a phrasé avec beaucoup de goût. Cette fois, l'ampleur ne
faisait pas défaut, et la sensibilité un peu trop nerveuse de l'artiste se
contenait et laissait à la période musicale toute sa largeur et toute sa
majesté. Après avoir été dans cet ouvrage aussi allemand qu'il l'a
pu, M. Becker, par son élégant Morceau de salon, par ses Grelots du
diable, par la jolie Cascade de Kontski et les belles variations de Pa-
ganini sur Nel cor piu non mi scnto, est revenu à la fantaisie de
style qu'il recherche évidemment. M. Becker, dont l'exécution est re-
marquable, déroute quelque peu les auditeurs accoutumés à classer
les virtuoses et à les rattacher à une école très-distincte. Par ses
qualités de musicien, comme par sa manière de tenir l'archet, il ap-
partient à l'Allemagne ; mais il a pensé qu'il serait glorieux pour lui
de marier la fantaisie italienne, le brio, le fantastique de Paganini, au
sérieux, à la pureté des maîtres d'outre-Rhin, et il ne s'est pas
trompé ; seulement il a tenté l'impossible. En gagnant une certaine
variété, il a peut être perdu ce quelque chose d'original, de franc et
de vrai qui fait saillir une physionomie d'artiste et lui donne une
saisissante et énergique personnalité. M. Becker affectionne certaines
témérités qui, même lorsqu'elles réussissent, étonnent plus qu'elles
ne charment; il brille dans les doubles cordes, dans les sons harmo-
niques, dans les piszicati, et surtout dans les trilles, qu'il enlève à
ravir ; mais il n'a pas cette note profonde qui remue tous les cœurs.
Il est jeune, il aime sincèrement son art, et nous nous demandons
s'il ne ferait pas mieux de pencher davantage d'un côté, de celui,
par exemple, du chant large et des beaux sons.
— L'autre soir, dans les salons Pleyel-Wolff, MM. Maurin et Che-
villard secondaient seuls Mme Szarvady. Leur sérieux talent , depuis
longtemps initié aux coquetteries, aux surprises harmoniques du style
de Mendeissohn, a fait merveille dans le grand trio en ut mineur de
ce maître. Toutes les parties de l'œuvre, notamment le scherzo et le
finale, ont été dites avec une chaleur d'expression, une unité d'in-
tention, que les meilleurs artistes ne rencontrent que bien rarement
à ce point. Après ce tribut payé à la musique d'ensemble , le piano
a supporté seul l'effrayante responsabilité de captiver un auditoire
composé d'artistes et de véritables dilettantes. Disons tout de suite que
Mme Szarvady a triomphé de cette épreuve difficile, même pour les
talents les plus élevés.
Mme Szarvady joue en parfaite musicienne; elle fait sentir le
rhythme et le soutient constamment sans jamais le sacrifier à cette
malheureuse chose qu'on appelle l'effet. Indépendamment de son mé-
canisme, dont il est bien superflu de parler, elle a ces qualités maî-
tresses qui font les grands virtuoses : le sentiment , l'émotion et
l'enthousiasme. Tour à tour sobre, gracieuse, fougueuse et pathéti-
que, dans une sonate de Scarlatti, dans une gigue de Mozart, dans
une gavotte de Rameau et dans une admirable sonate de Beethoven ;
touchante et expressive dans de délicieuses pages de Chopin et de
Slephen Heller, Mme Szarvady a enchanté les plus exigeants.
DE PARIS.
75
— A sa matinëe musicale et littéraire, Edmond Hocmelle a joué
sur l'orgue différentes petites pièces de lui qui toutes ont fait plaisir.
Ces productions brillent plutôt par la correction et l'élégance de
la forme que par la nouveauté et le charme des idées ; elles sont
très-courtes, mais bien faites, et il est étonnant que, avec son ta-
lent, l'auteur n'écrive rien de plus grand et de plus distingué.
M. Edmond Hocmelle ne s'est pas contenté d'être applaudi comme
organiste et comme compositeur, il a voulu l'être aussi comme chan-
teur, comme poëte et comme professeur de chant. A t-il réussi?
Quoi qu'il en soit, il ne nous en voudra pas de dire que Jules Lefort
a fait plus de plaisir que lui ; car nous dirions probablement la
même chose, mais avec renversement, si Jules Lefort s'avisait jamais
de vouloir se produire comme instrumentiste. Mlle Martinelli , élève
de M. Hocmelle, dit bien et phrase avec goût. Si ses vocalises lais-
sent encore à désirer, sa jeunesse et le travail lui permettront de
les perfectionner. On a beaucoup encouragé Mlle Marie Jung, qui a
joué l'andante et le finale du cinquième concerto de Henri Herz, son
maître, avec une netteté, une élégance et un charme remarquables.
Comme toujours, les plus enthousiastes bravos ont accueilli Alard.
Avec sa fantaisie sur Robert le Diable, il a profondément ému l'audi-
toire. C'étaient les voix d'Alice et d'Isabelle dans leurs plus beaux
jours. Le grand violoniste a trouvé une fois encore les accents pa-
thétiques, les élans de sensibilité, le beau sentiment dramatique et
la vérité d'expression qui, mieux que les plus étonnantes surprises
du mécanisme, ont le privilège de passionner les foules.
— MM. Kriig-er, Hermann et MuUer ont fort bien exécuté, la se-
maine dernière , au concert de Mlle Berlha Eichberg , un trio de
Gade. A en juger par cet ouvrage sérieux, distingué de forme, plein
de couleur et de fraîches mélodies, M. Gade mériterait qu'on fît pour
lui ce qu'on a fait pour Schumann, auquel il se rattache par plus
d'un côté, et notamment par un désir évident d'explorer des routes
nouvelles.
Mlle Bertha Eichberg, brillante élève de M. Théophile Kriiger, a
fait entendre une très-jolie fantaisie de son maître sur des mélodies
de VElisire d'amore, la Danse des fées, de P. Alvars, et un grand
duo de Godefroid, dans lequel Mlle Hermann a très-élégamment fait
sa partie, L'Allemagne , de même que l'Angleterre , aime les poèmes
d'Ossian , les chœurs de bardes , et est restée fidèle à la harpe.
M. Théophile Kriiger est, dit-on, l'un des champions les plus distin-
gués de cet instrument, et son élève eu joue d'une façon charmante ;
elle a un bon style, beaucoup de goût, de brio et d'expression.
M. W. Kriiger prêtait l'appui de son talent si justement apprécié
à l'élève de son frère ; il a joué un caprice de sa composition sur
Guillaume Tell, et a été très-chaleureusement accueilli.
— Les frères Sauret, l'un violoniste, l'autre pianiste, sont trop in-
téressants, ils annoncent une vocation trop prononcée, des disposi-
tions trop précoces, pour que nous ne constations pas le plaisir qu'ils
ont fait éprouver l'autre soir dans les salons Erard.
Rien de plus gracieux, de plus aimable à voir et à entendre que
ces charmants enfants, qui seront sans doute un jour de véritables
artistes. On a été étonné de leur sentiment musical, des qualités ac-
quises qu'ils possèdent déjà, de la justesse et de l'expression avec les-
quelles ils ont attaqué, soit le duo d'Osborne et de Bériot sur Guil-
laume Tell, soit une sonate de Fiorillo, soit une fantaisie sur la
Favorite, et on ne leur a point marchandé les bravos.
— Lundi, Mlle Elisabeth de Schoultz a rendu très-sobrement le
nocturne en ré bémol de Chopin, magnifique rêverie dont la profon-
deur est cachée à bien des yeux sous le charme d'une forme artiste-
ment élaborée. Mlle de Schoultz recherche parfois les couleurs tran-
chées, puissantes, les sonorités tumultueuses, heurt<5es, et son talent
y perd alors de sa grâce et de sa souplesse. Pour notre part, nous
l'aimons bien mieux lorsqu'il ne vise pas trop à la vigueur et qu'il
se montre net, franc et délicat. Dans des fragments d'un concerto
de Henselt et dans une valse de Schubert, le jeu de la jeune pianiste
a été énergique sans de trop grands éclats de sonorité. Là, Mlle de
Schoultz n'a point forcé son talent : elle est restée elle-même, c'est-
à-dire fort distinguée et fort élégante. Elle a dit en bonne musi-
cienne et avec beaucoup de fermeté et de chaleur un très-joli trio
de Damcke. MM. Hammer et Lebouc ont interprété aussi ce trio d'une
manière remarquable. Ce dernier a joué ensuite ses variations sur
des airs irlandais; il a tiré de son violoncelle des sons délicieux.
M. Lebouc est un artiste sérieux et convaincu; il possède la plus
précieuse de toutes les qualités de l'exécutant : le style ; aussi est-il
toujours écouté avec sympathie. Une romance de Cosi fan lutte,
chantée par Naudin avec cette flexibilité, cette égalité de voix, cette
douceur, cette grâce qui charment les oreilles et ravissent l'âme, a
fort agréablement diversifié cette soirée.
— Mme Béguin-Salomon, MM. Alard, Lebouc, Gouffé et Casimir Ney
ont joué, à la soirée donnée par Mme Farrenc, des œuvres de cette
éminente pianiste compositeur. C'est dire qu'elles ont été admi-
rablement interprétées par quelques-uns, et fort joliment par quel-
ques autres. Ce que nous tenons surtout à constater aujourd'hui (car
le succès des exécutants se renouvelle chaque jour, et celui des
auteurs n'a pas ce même bonheur), c'est le mérite très-peu com-
mun qui distingue les ouvrages de Mme Farrenc. Ce mérite est assez
grand, il est assez connu depuis longtemps pour que nous ne cher-
chions pas à le surfaire; d'ailleurs, l'exagération dans l'éloge, qui
est souvent une preuve de bienveillance, n'est pas digne, à notre
avis, des artistes haut placés. Disons donc que si les idées de
Mme Farrenc ne sont pas toujours aussi neuves, aussi saillantes qu'on
l'attendrait d'elle, elles sont du moins traitées avec infiniment d'art ;
que si sa musique ne s'élance pas au-delà des bornes posées par les
maîtres, — nous parlons de la forme, bien entendu, — elle n'en at-
teste pas moins, à chaque pas, un talent consommé, sûr de lui,
ferme et brillant. Le talent n'est certes pas le génie ; mais, quand il
atteint à celte hauteur, il lui ressemble, et s'il n'en a pas tout l'essor,
il n'en a pas non plus les inégalités. Dans le quintette et dans les
sonates entendus mardi, on a retrouvé l'élégance, la finesse, le goiit
exquis, l'unité de style, qui ont valu à Mme Farrenc de si précieux
suffrages et de si beaux succès.
Adolphe BOTTE.
LÀ TARENTELLE.
Pendant un séjour de plusieurs années en Espagne, et notamment
dans les provinces de Murcie et d'Andalousie, j'ai eu fréquemment oc-
casion d'observer la danse connue sous le nom de tarentelle, et qui
est exécutée par les personnes qui ont été mordues par la tarentule.
C'est une araignée ayant environ un pouce de long, rouge sous le ven-
tre, le dos tacheté de noir; à part la grosseur, elle ressemble à l'a-
raignée domestique. On la trouve dans l'Italie méridionale , en Espa-
gne et dans le nord de l'Afrique. Ses yeux, d'un jaune clair, luisent
la nuit comme ceux; du chat. Elle en a huit, quatre rangés en
carré et quatre sur la même ligne, sur le bord supérieur du front.
La tarentule creuse, de préférence dans des terrains marécageux,
un trou perpendiculaire, qu'elle remplit tout entier. C'est surtout la
nuit qu'elle donne la chasse aux insectes dont elle se nourrit ; je ne
sache pas qu'elle attaque dautres animaux.
La morsure de la tarentule est suivie d'une douleur aiguë, pareille
à celle que produit l'aiguillon de l'abeille ou de la guêpe ; elle dure
environ douze heures, mais jamais personne n'en est mort.
76
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
Dans toute l'Espagne règne encore aujourd'hui le préjugé que si
on a été piqué de la tarentule, le seul remède auquel on ait à re-
courir, c'est la danse furieuse que vous savez. Dès qu'un individu
se sent piqué, on fait venir les guitarreros qui jouent une taren-
telle, et l'on invite le patient à gambader de son mieux. Le jeu des
musiciens s'accélère successivement, et le malheureux danseur fait
des bonds désespérés jusqu'à ce que, haletant, baigné de sueur, il
tombe de fatigue.
C'est dans la province de Murcie que, pour la première fois, je fus
témoin de ce singulier exercice chorégraphique. Le patient avait été
piqué une heure auparavant. Plus il montrait d'ardeur dans ses
gambades, et plus les assistants l'applaudissaient et l'excitaient par
leurs bravos. J'appelai le danseur, et il vint à moi sans hésiter.
Quoique la danse fût interrompue, il n'en ressentit aucune suite fâ-
cheuse. Je visitai la main blessée ; sans le consulter, je fis une inci-
sion dans la tumeur et frottai la plaie avec du sel ammoniac. La
douleur qu'il ressentit lui fît encore faire quelques bonds, puis il
s'assit : au bout de quelques minutes, tous les symptômes doulou-
reux avaient disparu*
A la suite de plusieurs opérations de ce genre, qui furent suivies
d'un plein succès, la tarentelle fut complètement discréditée parmi
les paysans de la Murcie. On ne tarda pas à se convaincre que Va-
gua juerte du médecin allemand agissait bien plus énergiquement
que la danse la plus furibonde.
Le Docteur BREHM.
NÉCROLOGIE.
nime DAMOBEAV-CIIVTI.
C'est, comme nous l'avons déjà fait observer, trente-cinq ans, jour
pour jour après la première représentation de la Muette, dans la-
quelle Mme Damoreau-Cinti créait le rôle d'Elvire, que ses restes
mortels ont été conduits au lieu du repos. Des souffrances si cruelles
avaient affligé la fin de celte vie longtemps heureuse et brillante que
le dernier moment en dut être regardé par ceux qui l'entouraient
comme celui de la délivrance, et pourtant ce n'en était pas moins
une perte vivement sentie par tous ceux qui l'avaient connue, ad-
mirée, applaudie, ou qui savaient seulement quelle place elle avait
occupée dans l'art français.
Parmi les notabilités de tout genre qui assistaient aux obsèques
de la célèbre cantatrice, on distinguait MM. Auber, le baron Taylor,
Georges Kastner, Alfred Blanche, Alphonse Royer, etc.
On y remarquait aussi beaucoup d'artistes, et dans le nombre,
MM. ChoUet, Perrot, l'ancien danseur, ainsi que plusieurs dames ayant
appartenu ou appartenant encore au théâtre. M. Wekerlin, gendre
de la défunte, conduisait le deuil, et les cordons du char funèbre fu-
rent successivement tenus par MM. Camille Doucet, Emile Perrin, Am-
broise Thomas, Adolphe de Leuven, de Saint-Georges, Duprez, et
Desprez, le sculpteur. M. Heugel avait présidé à tous les détails de la
cérémonie, et M. Plantade en avait réglé la partie musicale, à la-
quelle ont concouru MM. Levasseur, Obin, Belval, Warot et Gourdin,
qui se sont fait entendre dans la messe chantée par les choristes de
l'Opéra et de l'Opéra-Comique.
Quand le cortège funèbre eut atteint dans le plus grand recueille-
ment le cimetière Montmartre, M. Edouard Monnais, commissaire
impérial près les théâtres lyriques et le Conservatoire, s'exprima en
ces termes :
« Le Conservatoire tout entier, son illustre chef d'abord et les ar-
tistes dont il se compose, vient, par mon organe, déposer un
douloureux hommage sur cette tombe qui va se fermer pour
jamais.
» Mme Damoreau n'est plus, et nous qui l'avons suivie depuis le
premier pas jusqu'au dernier dans sa brillante carrière de cantatrice
et de professeur, nous n'avons qu'à dire la vérité toute simple pour
lui décerner un éloge qu'envierait l'orgueil le plus exigeant, inais
que n'aurait pu désavouer son aimable et sincère modestie.
» Au Conservatoire, Mlle Laure-Cinthie Montalant, qui devint
Mme Damoreau, fut ce qu'on appelle Yenfant de la maison. Elle n'a-
vait pas sept ans lorsqu'elle y fut admise comme élève du solfège;
elle y étudia le piano , l'harmonie , la vocalisation. Il n'entrait pas
dans le plan des fondateurs d'exclure les femmes de l'enseignement,
puisque le nom de Mme Mongeroult, si "estimée comme pianiste,
figure sur la première liste des professeurs ; mais il disparut bientôt,
et sauf de rares exceptions pour des classes secondaires, on ne ren-
contre plus dans le professorat que des noms d'hommes , jusqu'à
l'époque où l'on voit apparaître celui de Mme Damoreau, à qui une
classe de chant fut confiée, et elle la garda plus de vingt ans.
» Notre Rachel aussi reçut le titre de professeur, mais elle n'en
exerça pas les fonctions. Mlle Mars, Mlle Georges, furent seulement
appelées au comité des études et au jury des concours. Mme Damo-
reau fut réellement, sérieusement professeur, et en cette qualité elle
forma une école. L'enfant de la maison eut alors le droit d'en être
surnommée la Muse, comme cet être idéal placé par M. Ingres dans
l'admirable portrait de Cherubini, et dont le regard divin plane sur
le grand artiste.
» Mme Damoreau était née le 6 février 1801. C'est en 1816 qu'elle
débuta sur la scène italienne, où le célèbre Garcia la fit monter pour
chanter avec lui dans son Califfo di Bagdad. En 1825, elle parut au
grand Opéra dans une représentation extraordinaire. Pendant quelques
mois, elle se partagea entre les deux théâtres, et, en 1826, elle s'at-
tacha exclusivement au dernier, qu'elle quitta dix ans après pour
passer à l'Opéra-Comique. Au mois de mai 1841, elle crut devoir
prendre sa retraite au milieu de ses succès.
» Avant elle, nulle artiste n'avait obtenu la double couronne qui
ceignait son front : celle du chant italien et celle du chant français
dans les deux genres si voisins, mais si différents, du grand -opéra
et de l'opéra-comique. Si la forte émotion n'était pas de son domaine,
la pureté, la correction, l'élégance hardie, lui appartenaient par droit
de nature et d'éducation. C'était on clavier parfait que sa voix. Cha-
cune de ses notes, irréprochable dans sa justesse, avait la sûre et
douce sonorité d'une touche d'ivoire.
» A elle la gloire d'avoir inspiré des hommes de génie : Rossini,
Auber, Meyerbeer, Halévy. Les airs qu'ils ont écrits pour elle con-
serveront à jamais le souvenir, et, s'il faut le dire, l'impression, la
trace de cette voix, pourtant si légère. C'est que les grands artistes
qui exécutent ont leur part de création dans l'œuvre des hommes de
génie qui composent. On trouve, on invente pour eux ce qu'on n'au-
rait trouvé ni inventé pour nul autre, et ce fut là sans aucun doute
l'un des plus rares et des plus précieux privilèges départis à Mme Da-
moreau.
» Dans le professorat, elle porta le même goût, le même talent
qu'au théâtre. Dans la méthode de chant qu'on lui doit, on la re-
trouve toujours avec sa raison, sa modération fine et ingénieuse. Que
n'a-t-elle pu y déposer aussi sa grâce spirituelle et son inépuisable
bonté ! Elle était chérie de toutes ses élèves, parce qu'elle ne refusait
à aucune sa tendresse, son zèle et ses soins. Dans ses leçons, dans
les examens, elle les accompagnait toujours elle-même sur le piano,
et avec quel talent ! 11 nous semble l'entendre encore !
» D'autres que nous vous peindront ses qualités de femme, de mère
DE PARIS.
77
d'amie. Nous ne devions vous parler que de l'artiste, dont le modèle
n'existait pas chez nous. Nous ne voulions que rappeler ses titres à
une renommée que le temps ne détruira pas. »
MM. de Saint-Georges et Ambroise Thomas prirent ensuite la pa-
role : le premier, au nom des auteurs dramatiques ; le second, pour
les compositeurs de musique, et nous regrettons vivement de ne pou-
voir reproduire ici les touchants discours dans lesquels ils ont achevé
le portrait de la célèbre artiste. Nous ne citerons, pour conclure,
que les derniers mots de M. Ambroise Thomas, à propos des élèves
de Mme Damoreau et des traditions laissées par elle :
« Trop tôt retirée du théâtre, trop tôt perdue pour le Conserva-
toire, elle n'en a pas moins laissé d'ineffaçables souvenirs.
» Ses élèves, et surtout celle qui lui était naturellement la plus
chère, et comme le reflet vivant de son style admirable, sauront
maintenir la tradition de sa méthode ; le public qu'elle a charmé ne
l'oubliera jamais, et ses nombreux amis resteront toujours fidèles à sa
mémoire. »
Le défaut d'espace nous oblige à remettre à la semaine prochaine
la Revue des théâtres de M. D. A. D. Saint-Yves.
NOUVELLES.
^*^ Le théâtre impérial de l'Opéra a donné cette semaine deux re-
présentations de la Muette, et vendredi, pour les débuts de Warot, la
première représentation de la Mule de Pedro, de Victor Massé.
^*^ On prépare la reprise du Comte Ory pour la semaine de Pâques.
Warot, Obin, Borchardt, Mmes Wandenheuvel et de Taisy rempliront
les principaux rôles de cet ouvrage.
»*:„ Quelques coupures ont été faites à l'opéra de M. Duprato, la Déesse
et le Berger ; il précède maintenant Lalla-Rookh.
^*, Pour couper court à des commentaires désobligeants qui se sont
produits récemment dans la presse parisienne au sujet de l'orchestre du
théâtre impérial de l'Opéra-Comique, M. de Leuven vient d'adresser la
lettre suivante aux journaux :
« Monsieur le rédacteur,
» Permettez-moi de répondre un mot à certaines petites insinuations
plus que malveillantes qui s'adressent à la nouvelle direction du théâtre
de rOpéra-Comique, relativement à de prétendues mesures d'économie
portant principalement sur les artistes de l'orchestre.
» Dans mon administration personne n'a jamais eu la pensée qu'on
nous attribue si gratuitement.
» Bien loin de songer à amoindrir un orchestre qui doit toujours être
maintenu au premier rang, je veux en améliorer et surtout en régula-
riser le service. Les concours annoncés ne pourraient donc effrayer que
les artistes médiocres ou manquant à leur devoir.
j) Je mets d'ailleurs au défl tout artiste de l'orchestre de faire la
preuve qu'on lui ait proposé la moindre diminution.
» Veuillez agréer l'expression de mes sentiments distingués.
» A. DE Leuven. »
^*.f Tamberlick a fait sa première réapparition sur 1» scène italienne
hier samedi par le rôle de Poliuto. Le même opéra sera donné ce soir,
et on annonce Otello pour fa semaine prochaine.
^*^ M. Carvalho, directeur du théâtre Lyrique vient d'engager pour
trois ans un ténor, M. de Quercy, qui chante en ce moment à Versail-
les avea beaucoup de succès.
»*^ La première représentation des Peines d'amour perdues {Cosi fan
tutte) aura lieu cette semaine au théâtre Lyrique.
j*a.Onlitdans VEntr'acte: « Les Bavards obtiennent aux Bouffes-Parisiens
un succès immense et justifié. Tout: d'abord la pièce si originale; en-
suite la partition, pour laquelle M. Offenbach s'est surpassé ; puis l'inter-
prétation avec Mme Ugalde dans le rôle de Roland, qu'elle joue en
comédienne consommée et qu'elle chante en cantatrice émérite, avec les
joyeux Pradeau et Désiré ; enfin la mise en scène jolie, gracieuse, de
hon ton comme la pièce et la musique, tout, disons-cous, contribue à
cette brillante réussite qui n'a recueilli que des éloges dans la presse
et que le public consacre chaque soir. »
,1,*^. Le conseil municipal de Paris vient de décider la reconstruction
sur place de la salle des Bouffes-Parisiens, passage Choiseul , reconnue
trop petite pour la foule qui se porte à ce théâtre. Xn lieu de cinq cents
places à peu près que jauge la salle actuelle, il y en aura mille vingt.
s,*^ On a annoncé l'engagement à la Porte-Saint-Martin de Désiré et
Edouard Georges pour jouer dans les Pilules du Diable ; mais cet enga-
gement est limité au congé que leur donne la fermeture annuelle des
Bouffes-Parisiens. Ils y reprendront leur service à la réouverture en
septembre. — L'intention du directeur des Bouffes est de ne pas entre-
prendre de tournée théâtrale à l'étranger cette année.
^•*^ Le théâtre italien de Covent-Garden va reprendre cette saison la
Stella del Nord, de Meyerbeer, dont le grand succès ne fut interrompu
que par l'incendie du théâtre.
^*^ Une dépêche télégraphique vient d'annoncer que le début de
Mme E. Lagrua au théâtre Regio, à Turin, a eu lieu aux applaudissements
enthousiastes de la salle entière. Rappelée après chaque morceau, la cé-
lèbre cantatrice, dont la voix n'a jamais été plus belle, a dû reparaître
cinq fois encore après la chute du rideau.
^*^ Stradella fera partie du programme de M. Gye pour la saison pro-
chaine du théâtre italien de Covent-Garden.
j,*,., Le théâtre national de l'Opéra à Madrid joue l'opéra de Stradella,
traduit en espagnol avec beaucoup de succès.
^*^ Le concert de la Cour qui a eu lieu lundi, avait puisé son pro-
gramme dans le répertoire de l'Opéra-Comique, interprété par Mmes Ci-
co, Marimon, Troy et Aohard; différents morceaux des A^oces de Jean-
nette, du Chalet, de h Dame Blanche, du Domino noir, du Caid, ont fait le
plus grand plaisir à l'illustre auditoire, etLeurs Majestés ont complimenté
les artistes avec la plus grande bienveillance. — Demain, ce sera le tour
des Italiens ; Tamberlick doit y chanter, et un joueur de mandohne
italien, il slgnor Vailati, qui a joué avec beaucoup de succès de cet
instrument chez S. A. I. la princesse Mathilde, doit s'y faire en-
tendre .
*'** Le sort vient de favoriser deux artistes qui, chacun dans leur
genre, ont droit ;i la sympathie de tous ceux qu'intéresse l'art musical;
MM. Gourdin, du théâtre de l'Opéra-Comique, et le jeune pianiste, Al-
phonse Duvernoy, étaient appelés cette année par la conscription ; le
premier a amené le n» 55i, et le second, le n" 485, qui les enlèvent
à la loi du recrutement.
»** Mlle Wertheimber est à Lille, oii elle joue tout son répertoire
avec un brillant succès.
^*» Demain lundi à 1 1 heures, Mlle Gillebert, dite Trebelli, et le ténor
Alessandro Bettini recevront la bénédiction nuptiale à Saint-Roch.
s,** Demain lundi, 9 mars, à midi, à l'église Saint-Eustache, les or-
phéonistes, les chœurs de la ville de Paris et l'orchestre des Concerts
populaires exécuteront le Requiem de Mozart, sous la direction de
M. Pasdeloup, et à la mémoire de Wilhem. Le produit de la quête est
destiné aux ouvriers cotonniers sans travail.
^*^ A la deuxième réception artistique de M. le comte de Nieuwer-
kerke, Naudin s'est fait entendre deux fois ; il a chanté l'air de Roberto
Devereux, Bagnato il sen, et la romance de Cosi fan tutte, qu'on lui a
redemandée avec acclamation — Naudin vient d'être engagé pour deux
mois (du 15 avril au 15 juin) par M. Gye, directeur de Covent-Garden.
Le célèbre ténor y chantera le rôle de Stradella.
**^ L'Association des artistes musiciens de France a fait entendre une
messe de M. Léon Gastinel, le 23 février, à l'église de Saint-Vincent de
Paul. Les artistes, au nombre de deux cents, étaient dirigés par M. De-
loffre, chef d'orchestre du théâtre Lyrique. Les morceaux les plus re-
marqués sont le Kyrie, le Gloria, le Sanctus et le Domine salvum. C'est
la quatrième fois que le comité désigne une des messes de M. Gastinel
pour être exécutée dans des solennités musicales et religieuses. (La
quête a produit 1,200 francs.) — Nous mentionnerons aussi le succès
que le même compositeur vient d'obtenir dans la matinée du 2i février,
chez M. Lebouc. Un quatuor de lui, interprété par Mme Béguin-Salomon
(piano), MM. White (violon), Adolphe Blanc (alto) et le maître de la
maison, a complètement réussi. La première partie et le scherzo surtout
ont été vivement applaudis.
^*s: Samedi, Mlle Battu et Zucchini ont chanté .à la réception de
M. Haussmann dans les salons de l'Hôtel de ville.L e nombreux et brillant
auditoire a vivement applaudi la jeune cantatrice après le brindisi de
Stradella, composé pour elle par M. de Flotow, et qu'elle a dit avec beau-
coup de brio. Pasdeloup dirigeait l'orchestre.
78
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
»** Le cinquième concert de la Société du Conservatoire a lieu au-
jourd'hui 8 mars. En voici le programme : r Symphonie n° 31 d'Haydn;
2° chœur de Castor et PoUimc, de Rameau ; 3° fragment du ballet gli
Uomini di Prometeo, de Beethoven ; 4° psaume (double chœur) de Men-
delssohn (paroles de Trianon); 5° symphonie en la, de Beethoven.
^*^ Aujourd'hui dimanche, à 2 heures, au cirque Napoléon, quatrième
concert populaire de musique classique, troisième et dernière série,
sous la direction de Pasdeloup : 1° Symphonie en sol majeur (n" 45) de
Haydn; 2° Allegretto un poco agitalo de l'opéra 58 de Mendelssohn;
3° Symphonie en mi bémol de Beethoven; à" Ouverture de Sémira-
mide.
^% Vendredi 13, premier concert historique de Jean Becker, qui fera
entendre : 1° Sonate de Tartini {Trille du Diable) ; 2° Concerto de Viotti;
3" i Palpiti, fantaisie de Paganini ; 4° La Redda dei Fallelti , de Baz-
zini.
^*» Mme Madeleine Graever est appelée à jouer au concert donné pour
Leurs Majestés le roi et la reine, par la Société Félix Meritis.
^*^ Une séance intéressante avait lieu le 2 de ce mois dans les salons
du Cercle des sociétés savantes. Mme AUaire-Dietsch, nièce de l'esti-
mable chef d'orchestre de l'Opéra, donnait, avec le concours de MM.Gar-
cin, Violet, Trombetta et Babaud, artistes de l'Académie impériale de
musique, une soirée musicale, dont Haydn, Mozart, Weber et Mendels-
sohn faisaient les frais. Mme AUaire-Dietsch est une pianiste de race,
qui s'est fait applaudir particulièrement dans la délicieuse sonate en si
bémol de Mozart, qu'elle a dite, ainsi que M. Garcin, avec une rare
perfection. Elle ne s'est pas fait moins applaudir dans l'exécution de
deux jolies pièces de démenti, ainsi que dans le quatuor en si bémol
do Weber et dans le superbe trio en ré mineur de Mendelssohn.
Mme AUaire-Dietsch a remporté un succès complet, justifié par d'émi-
nentes qualités, et partagé par les artistes remarquables dont elle
s'était entourée.
^*^ Le dernier concert populaire du Cirque Napoléon offrait comme
attrait principal l'ouverture de la Grotte de Fingal, chef-d'œuvre de fan-
taisie, d'invention et de caractère vraiment original, admirablement
exécuté par l'orchestre. On l'avait redemandée et on la redemandera
encore. Il n'en sera pas de même de la symphonie en si bémol de
Schumann, malgré son excellent scherzo; mais l'andante et surtout le
finale ont été peu goûtés : quelques personnes en ont dit leur avis d'une
façon qui aurait pu être, sinon plus juste, du moins plus convenable.
:i,*:i, G. Wieniawski, de retour à Paris, donnera un grand concert le
20 mars, salle Pleyel-Wolff. Le programme, que nous publierons en en-
tier dans notre prochain numéro, sera des plus intéressants, et contien-
dra, entre autres morceaux, des mazurkas inédites et la sonate de Wie-
niawski.
^*^ Samedi 14 mars 1863, à 8 heures 1/2 du soir, dans les salons
d'Erard, concert de Mlle Wilhelmine Belin de Launay, avec le concours
de M. Alard, Badiali et de Mlle R. Desnoyer.
^*^ Samedi prochain, à la salle Herz, Mme Peudefer, cantatrice dis-
tinguée, donnera un concert avec le concours de MM. Archainbaud, Léon
Lecieux et de Mlle Marie Beaumetz.
^*^ Demain lundi, dans les salons Erard, concert de l'éminent har-
piste NoUet.
^*.j. Le jeune violoniste Hugo Heermann et sa sœur, Mlle Hélène Heer-
mann, harpiste de talent, donneront mardi prochain, 10 mars, un con-
cert dans les salons Erard.
/* Mlle Charlotte de Tiefensée a parcouru cet hiver les Pays-Bas,
et s'est fait entendre, avec le plus brillant succès, à plusieurs reprises
dans les principales villes, notamment à Arnheim, à Amsterdam, à la
Haye. Dans cette dernière ville, elle a eu l'honneur de chanter chez
S. M. la reine-mère, qui a daigné lui exprimer sa satisfaction dans les
termes les plus flatteurs.
^*^ Mardi prochain, 10 mars, séance de musique de chambre de
M. Charles Lamoureux, avec orchestre sous la direction de M. Del-
devez.
,t*^ Mercredi prochain, 1 1 mars, à 8 heures et demie du soir, dans les
salons de MM. Wolfi" et O', quatrième soirée de SIM. Armingaud, Jac-
quart, Lalo et Mas, avec le concours de Mme Massart.
/^ Le maître de chapelle J. Strauss, à Vienne, a reçu récemment le
titre de directeur des bals de la Cour, emploi qui était resté inoccupé
depuis la mort de son père.
**^ Un nouveau chœur pour quatre voix d'homme, les Entrées triom-
phales, composé par Emile Jonas, avec ou sans accompagnement de fan-
fare {ad libitum), est destiné k réunir, dans les manifestations publiques,
les sociétés chorales et instrumentales, qui manquaient jusqu'à présent
d'un répertoire composé dans ce but. Ce chœur, d'une exécution facile,
trouvera naturellement sa place dans les cortèges, aubades, concours.
distributions de prix, etc. II se vend au bureau du journal l'Orphéon,
2, passage du Désir, et chez M. Adolphe Sax, 50, rue Saint-Georges.
^% Vendredi prochain, dans les salons Erard, deuxième concert de
Mme Schumann, avec le concours de Mmes Viardot, Szarvady et autres
artistes distingués.
*** A la dernière soirée de Rossini, qui était très-brillante, Mlle Tre-
belli a chanté une polka-mazurka inédite, la Farfalletta, de l'auteur d'/i
Bacio. Diémer y a joué pour la première fois une fantaisie bouffe pour
piano, composée par l'illustre maestro, et intitulée VEnterrcment du car-
naval, dont l'effet a été étourdissant.
*** A son arrivée à Paris en avril, S. Thalberg donnera dans les sa-
lons d'Erard un concert où il fera entendre les sonates en ut et en ré,
et V Adélaïde, de Beethoven. — La marche funèbre, les polonaises en la
bémol et en ut dièze mineur de Chopin; — des études de Moschelès ; — leme-
nuetde la symphonie en soi mineur de Mozart; — le scherzo du Songe d'une
nuit d'été, de Mendelssohn ; — ■ VAve Maria, la Fille du pêcheur et le Joueur
de vielle, de Schubert; —la ballade de Preciosa, de Weber, et, de lui-même,
Etudes en octaves liées, le trille-pastorale, airs irlandais, airs écossais (tous
morceaux Inédits).
*** Mme Madeleine Graever a brillamment et rapidement reconquis la
place qu'elle occupait dans le monde des artistes lorsqu'elle quitta la
France. L'immense succès qu'a obtenu son premier concert à l'hô-
tel du Louvre et les nombreuses demandes qui lui ont été adressées
l'ont décidée à le répéter, et nous l'entendrons de nouveau le 24 mars,
dans la grande salle du Louvre. Mme Graever a voulu s'entourer des
mêmes éléments, et Litolff conduira l'orchestre. Nous en donnerons,
incessamment le programme, qui offrira, entre autres, plusieurs composi-
tions de la bénéficiaire.
^*,f Le jeune pianiste, M. Goldner, donnera son concert à la salle
Pleyel, le 17 mars, avec le concours de Mme Oscar Comettant, M. Heer-
mann, M. Poëncet et le fameux tromboniste, M. Nabich; le bénéficiaire
fera entendre plusieurs morceaux de sa composition.
^,*a, M. Alfred Dufresne, compositeur de musique, vient de mourir à
l'âge de quarante et un ans. Il avait fait représenter au théâtre Lyrique
les Valets de Gascogne, et aux Bouffes-Parisiens Maître Bâton, En revenant
de Pantoise et l'Hôtel de la poste. M. Alfred Dufresne était beau-frère de
M. Gilles, secrétaire du théâtre Lyrique sous la direction de M. Ch. Réty.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
/, Strasbourg, 1«' mars. — Le grand concert donné au bénéfice des
ouvriers de l'industrie cotonnière a été non moins beau que productif.
On y a exécuté Berlin la nuit, symphonie descriptive de M. Victor Elbel,
et l'Océan, oratorio du même auteur. L'orchestre a parfaitement rendu
la première de ces œuvres : les solos de violon, de hautbois, de clari-
nette et de flûte ont été successivement applaudis. C'est M. Schwaederlé
qui exécutait le Songe. Dans l'oratorio, MM. Koubly, Marchot et Mlle Ro-
zés s'étaient chargés des solos, et les ont chantés avec un plein succès.
La ballade du Vaisseau fantôme a valu à Mlle Rozés une triple salve de
bravos. Le rideau est tombé au bruit de manifestations chaleureuses,
dont une bonne part revient à l'auteur des deux compositions que l'on
venait d'entendre.
^*» Lille, 2 mars. — Le troisième concert du Cercle du Nord a été
très-brillant. M. Peschard et Mlle Trebelli s'y distinguaient dans la par-
tie vocale ; M. Arban, le Paganini du cornet à pistons, qui exécute sur
son instrument des choses fabuleuses avec la plus grande aisance, nous
a fait entendre son Carnaval de Venise ainsi qu'une charmante fantaisie.
Comme partout, son succès a été très-grand, très-mérité. C'est, du
reste, un des musiciens qui jouissent d'une réputation européenne.
L'orchestre, sous la direction de son excellent chef, M. Bénard, a exé-
cuté un pot-pourri d'Hanssens, sur des motifs populaires habilement
enchaînés. Les ouvertures de Zanctta et de la Juive ont été fort applau-
(jies. — Au quatrième concert, donné la semaine dernière par V Associa-
tion lilloise, le chef d'orchestre de cette Société, M. Paul Martin, ancien
premier prix de violon de notre Conservatoire, a été l'objet d'une ova-
tion toute particulière. Un magnifique archet lui a été offert par le
comte de Melun, au nom de la Société, comme un témoignage de vive
sympathie et de reconnaissance. Les paroles prononcées par M. le
comte de Melun au moment où il est monté sur l'estrade pour présen-
ter l'archet à l'artiste, ont ému l'auditoire. Mme Oscar Comettant, que
sa jolie voix et son excellente méthode font rechercher de toutes les
sociétés philharmoniques, chantait à ce concert, et les journaux de la
localité constatent dans les termes les plus chaleureux le succès qu'elle
y a obtenu.
a,*^ Arras. — Mlle Baretti, MM. Peschard et Mohr ont pris part au
„econd concert d'abonnement de la Société philharmonique. Le public
DE PARIS.
^9
et les artistes n'ont eu qu'à se féliciter des résultats de cette brillante
soirée. L'orchestre, dirigé par M. Poisson, a fort bien exécuté l'ouverture
de Sémiramis et un fragment de la symphonie pastorale.
*** Grand, i<" mars. — La représentation extraordinaire au bénéfice
de M. Siiigelée, l'excellent chef d'orchestre, se composait de la Part
du Diable, et d'un intermède musical. Les cadeaux que lui ont offerts
les habitués et les artistes étaient splendides ; en outre, chaque ar-
tiste lui a remis un bouquet en témoignage de l'attachement que lui por-
tent ceux qui l'entourent.
^*g. Marseille. — Les représentations de Robert, des Huguenots, de
la Juin, du Trovatore, que vient de donner Mlle Sax, de l'Opéra de Paris,
sur notre Grand-Théâtre, ont été fort brillantes et fort suivies. On y a
surtout admiré le magnifique organe de la jeune cantatrice et des qualités
dramatiques incontestables. L'inauguration de la Société de l'Union des
Arts a été ces jours-ci l'occasion d'une grande solennité musicale. Elle s'est
onverte par une cantate de Méry, dont Reyer a écrit la musique, et à
laquelle ces deux enfants de la Provence ont donné le titre de Marseil-
laise des Arts. Chantée par Mlle Sax et par Jules Lefort, qui l'a dignement
secondée, cette ode a électrisé l'auditoire. Une ouverture du directeur
de notre Conservatoire, M. Jlorel; une fantaisie d'Alard, exécutée par le
célèbre violiniste, et plusieurs morceaux chantés par Jules Lefort et
Mlle Sax, ont richement défrayé cette belle fête dont Marseille conser-
vera longtemps le souvenir.
CHRONIQUE ETRANGERE.
j,*^ Anvers. — Le.théâtre royal vient de reprendre , pour M. Bryon-
Dorgeval, l'Etoile du Nord qui a valu à cet excellent baryton une véri-
table ovation de la part de notre public.
^*^ Hambourg. — Au trentième concert d'abonnement, nous avons
eu le plaisir trop rare d'entendre Servais, le célèbre violoncelliste, qui
a enthousiasmé l'auditoire ; parmi ses propres compositions on a sur-
tout remarqué sa fantaisie sur des chants nationaux polonais.
s,*,^ Berlin. — Le ténor Wachtel a continué ses représentations par
le rôle de Jean de Leyde dans le Prophète; précédemment il avait in-
terprété celui de Raoul dans les Huguenots. Dans ce dernier opéra,
Wachtel a eu autant de succès que dans le Prophète, où il a été surtout
applaudi au finale du deuxième acte. — Le succès des Pêcheurs dcCatane
et celui de la Clochette de VErmite se soutiennent au théâtre KroU, où Si-
vori continue aussi à attirer la foule. — L'oratorio de Samson, qui a été
exécuté par la société de chant Stern, a produit le plus grand effet.
— Dans le Domino noir, Mlle Artot chantera son rôle en allemand.
j*^ Vienne. — Depuis que Mlle Patti a débuté dans le rôle d'Amina
(Sonnambula), son succès triomphal est décidé. Toute la famille impé-
riale a assisté à la seconde représentation de cet opéra, et l'enthou-
siasme du pubhc a atteint un degré qui rappelle les plus beaux jours
du théâtre italien. C'est une apparition rare que cette jeune fille ; rien de
plus suave, de plus pur que le timbre de son organe. Son jeu respire
une poésie si candide et si chaste, qu'elle exerce un charme irrésistible.
Mlle Patti a remis en honneur l'opéra tant soit peu suranné de BelUni.
Giuglini est digne en tout point de figurer à côté de la diva ; dans les
duos entre Elvino et Amina, il a fait admirer le charme de sa voix de
ténor et la pureté du grand style italien. Après la Sonnambula nous
aurons Lucia, avec Mlle Patti et Giuglini.
^*^ Dresde. — L'opéra nouveau de Rubinstein, Lalla-Rookh, paroles
de Rodenberg, a été donné pour la première fois au théâtre de la cour,
avec un grand succès. Dans cette nouvelle production , Rubinstein a
fait preuve d'un talent peu commun ; les mélodies les plus gracieuses
y coulent de source; les rhythmes, les modulations ont un caractère
d'originalité exempt de toute recherche. L'instrumentation est riche-
ment colorée, et en même temps simple et naturelle. Enfin toute la
partition respire une poésie rêveuse, or'entale, parfaitement en
harmonie avec le sujet de la pièce. Le premier acte , surtout , abonde
en morceaux remarquables. La ballade de Féramor a toutefois semblé
un peu trop longue ; le finale, par contre, est ravissant. Au second
acte, on a vivement applaudi le duo entre Lalla-Rookh et Féramor.
L'espace nous manque pour signaler tout ce que Lalla-Rookh renferme
de beautés élégantes, suaves, pleines de distinction. L'exécution a été
excellente, et la mise en scène ne laisse rien à désirer ; décors, costu-
mes, tout cela est vraiment splendide. Les honneurs de la soirée re-
viennent à Schnorr de KarolsfelJ , chargé du rôle de Féramor.
Mme Janner-Krall a chanté celui de Lalla-Rookh avec beaucoup de
grâce. L'orchestre a parfaitement marché sous la conduite de l'habile
directeur de musique, M. Krebs. Enfin, les chœurs et les ballets ont
complété l'ensemble de cette représentation, une des plus brillantes de
la saison.
^*^ Leipzig. — L'éditeur Heine vient de publier, traduites par Pohl,
les diverses œuvres littéraires d'Hector Berlioz. Le dernier volume de
l'émiuent écrivain, A travers chants, s'y trouve compris.
^'*,i, Turin. — Le théâtre national vient de faire un excellent accueil
au ballet la Jolie fille de Gand ; il a surtout applaudi la fougueuse bal-
lerine, Mme Barbisan, qui, au bruit d'un vacarme diabolique, a dû ré
péter un de ses pas. Le tliéâtre Victor-Emmanuel nous promet pour le
printemps un beau spectacle, la Marta, interprétée par Mme de Roissy
et Zacometti, qui a excité tant d'enthousiasme à Trieste et qui n'en
rencontrera pas moins parmi nous.
^*^ Milan. — Notre Conservatoire de musique nous promet une nou-
veauté intéressante. Il nous fera enfin entendre l'ouverture du Pardon
de Ploërmel, de Meyerbeer, et celle de la Vestale, de Spontini.
^*j Trieste. — Jaell poursuit le cours de ses triomphes; quatre con-
certs ont à peine suffi pour satisfaire l'enthousiasme de nos compatriotes
pour le célèbre artiste; aussi nous en promet-il un cinquième d'adieu
avant son départ pour Vienne, pour lequel tout est déjà retenu. Un
jeune élève de Léonard, M. Console, s'est produit dans deux des con-
certs de Jaell et promet un futur Paganini. — Le ballet de Rota, la
Comtesse d'Egmont, vient d'être monté et représenté avec un grand luxe
au grand théâtre. — Marta attire toujours beaucoup de monde. — Le
théâtre Armonia se prépare à donner une série des opérettes d'Offen-
bach.
leDireclevr ; S. DTIFODR.
Nouvelles publications de JULES HEINZ, éditeur de musique,
RUE DE [RIVOLI, 146.
PIANO
H. Dergson. Op. 53. Berceuse 5
— Op. 54. Vénitienne 5
— Op. 55. Styrienne „ 5
Beyermann. Gitanes, galop espagnol 6
K. Brlniey. Souvenirs de Marie Stuart, fantaisie sur un thème
écossais 6
— Picciola, chant du captif 6
A. Croisez. Rose et Colas , sur les couplets : « Il était un oi-
seau gris. » 5
— Portici, barcaroUe 6
— L'Orage, d'après le rondo.de Steibelt .5
— Le Désir, valse de Beethoven 3
— Marche turque de Mozart 4
— Valse du FreyschUtz (très-facile) 2
li.-P. Gervlllc. Op. 91. Comme autrefois, simple récit ... .5
— Op. 92. Couplets : o La danse n'est pas ce que j'aime, »
de Richard Cœur de lion S
l^eybacli. Op. 57. La Régente, valse brillante
— Op. 38. La Danse des Elfes, caprice
liecarpentler. Six ouvertures célèbres arrangées à quatre
mains, faciles :
\ . Le Barbier de Séville. 4. L'Italienne à Alger. )
2. La Gazza ladra. 5. Cenerentola. | Chaque
3. Sémiramide. 6. Chasse du Jeune Henri.)
— Les mêmes, à deux mains, faciles, chaque . .
U. liCe. L'Ange de l'espérance, nocturne
Cl». '«Vehie. Betly, canzonetta
CHANT
Tb. Parntenticr. Op. 8. Trois romances nouvelles :
1 . Fantaisie
2. L'Adieu •
3. Dans l'absence (ténor)
La même, pour baryton
A. de Panette. Ave verum
— Adoremus (solo de basse, duo de ténor et basse et chœur)
7 50
7 50
3 7>
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5 »
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u so
5 »
80 REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PAPJS.
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30« Année.
I\o \\.
15 Mars 1863.
on S'ABONNE 1
Pans les Départements et i l'Étranger, chez tons
les Marchands de Musique, les Libraires, et aux
BureauT des Messageries et des Postes.
REVUE
PRIS DE L'ABOHNEUCHT:
Paris 24Ir.pnroll
Départements, Belgique et Suisse. ... 30 « id.
Étranger 34 .1 Id.
Le Journal paraît le Dinianche .
GAZETTE MUSI
--y^/V VP j\Af JVjw^-
SOMMAIRE. — Du rhythme de la poésie lyrique et des études rhythmiques de
M. A. Van Hasselt, par Fétis père. — Théâtre impérial italien: rentrée de
Tamberlick dans Poliulo et le Trovatore. — Auditions musicales, par Adol-
phe Botte. — Revue des théâtres, par D. A. O. Salut-lfTes. — Nou-
velles et annonces.
DU RHYTH9IE DE L& POËSIE LYRIQUE
ET DES ÉTUDES RHYTHMIQUES DE M. A. VAN HASSELT.
Il y a maintenant onze ans que, dans une suite d'articles publiés
par la Revue et Gazette musicale de Paris, j'ai indiqué une partie
inexplorée du domaine de la musique, à savoir, la variété des rhy-
thmes et leurs transformations. J'y ai fait voir que le rhythme est la
symétrie, soit dans le temps, soit dans l'accent, soit dans la période,
et j'y ai démontré que, les valeurs de temps étant données, las rhy-
thmes qui en résultent peuvent être très-divers, en raison du temps
de la mesure musicale, qui est l'initial de la formule rhythmique .
Prenez, par exemple, l'élément le plus simple, tel que deux notes
d'égale valeur, vous en obtiendrez deux rhythmes très-différents si
la première note est au temps frappé, comme | . . | , ou au temps
levé, comme . | . — .La variété est plus sensible encore s'il s'agit
de deux signes de durées différentes, comme une noire et une blan-
che, soit qu'on commence au tem,ps frappé ou au temps levé.
La différence des accents forts et doux, exprimés en musique par
/ etp, peut donner lieu ii des rhythmes très-dissemblables dans des
dispositions symétriques. Ces rhythmes dynamiques, pour me servir
de l'expression allemande, ont des caractères très- différents, s'ils sont
disposés comme dans ces exemples :
fv
Pf
fv
Pf
fv
V t
ou I
ou I
fv f fv f fv f
f
f
Que si l'on combine la diversité des temps d'attaque du frappé
ou du levé avec la diversité des accents dynamiques, on produira
une grande variété de rhythmes avec les éléments les plus simples
de durée; variété qui, dans l'expression des sentiments, exercera
une action très-puissante.
A ne considérer le rhythme que dans le temps, il se réduit à deux
éléments, qui sont le binaire et le ternaire-, mais, comme on vient
de le voir, la musique possède les moyens de varier la valeur primi-
tive de chacun de ces éléments par la différence du temps d'attaque
et par la diversité de dispositions des accents dynamiques.
La poésie lyrique, de même que la musique, a les deux éléments
rhythmiques primitifs appelés binaire et ternaire; mais elle n'a ni la
diflérence facultative de temps frappé ou levé, ni la diversité de dis-
positions des accents dynamiques. Tous ses moyens consistent dans les
nombres do syllabes, et dans le placement de l'accent de repos. Les
poètes lyriques italiens, à la tète desquels se place Métastase , ont
très-bien compris, soit par instinct, soit par expérience, que les
vers destinés à la musique doivent être rhythmiques, que le rhythme
naît de la symétrie, et que la symétrie a trois caractères qui sont :
Vaccent, le nombre et la période. Tous leurs couplets des airs sont
construits d'après ces principes. Il n'en était pas de même autrefois
des poètes lyriques français ; les meilleurs même négligeaient dans
leurs vers les plus simples notions du rhythme. Ainsi, Quinault, bien
supérieur à ceux qui sont venus après lui, a souvent des thèmes de
mélodies semblables à celui-ci, tiré du deuxième acte de la tragédie
lyrique de Thésée :
Recommencez d'aimer, reprenez l'espérance ;
Thésée est un héros charmant ;
Méprisez en l'aimant
L'ingrat Jason qui vous offense.
Il faut par le changement
Punir l'inconstance ;
C'est une douce vengeance
De faire un nouvel amant.
Non-seulement ces vers de toutes mesures, jelés pêle-mêle et sans
ordre, sont antipathiques à la musique, mais il est de toute évidence
que QuinauU ne soupçonnait pas la nécessité du rapport symétrique
d'accent entre la versification et le chaut. Lors même que les vers
sont de même mesure, comme ces deux derniers :
C'est une douce vengeance
De faire un nouvel amant,
le musicien ne peut les rhythmer, parce qu'il n'y a pas de symé-
trie dans la manière dont les syllabes tombent; car l'accent se
trouve au premier vers sur la première syllabe de douce; or, le
compositeur, soumis qu'il est à la loi de correspondance des phra-
82
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
ses, pour le rhythme de sa mélodie, sera obligé de placer sa note
longue sur la première syllabe de non — vel amant; ce qui est mons-
trueux.
Il est une autre imperfection qui se rencontre chez Quinault
comme chez la plupart des versificateurs français qui écrivent pour
la musique : elle consiste à faire commencer indifféremment les vers
par une consonne ou par une voyelle, sans avoir égard à la nature de
la syllabe qui termine le vers précédent. Or, c'est là une cause de
perturbation pour la régularité du rhythme musical. Ce rhythme exige
qu'après une rime féminine le vers suivant commence par une voyelle,
si les vers sont égaux, sous peine de donner une syllabe surabon-
dante au vers féminin, car la musique n'a pas d'e muet : tout s'y
prononce. Au contraire, s'il y a changement de mesure dans le vers
qui suit la rime féminine, et si ce vers correspond à un autre de
même mesure, il doit commencer par une consonne ; car, s'il y
avait élision, elle enlèverait au vers une syllabe nécessaire pour la
mesure, et le rhythme musical serait brisé. Tous ces défauts sont ac-
cumulés dans la versification de nos anciens poètes lyriques.
Hoffmann fut le premier qui, au commencement du xix« siècle, s'oc-
cupa des questions de quantité dans leurs rapports avec la musique,
et qui fit des essais de dispositions symétriques de nombres de syl-
labes et d'accents de repos. Le premier, il osa faire des vers de neuf
pieds avec deux césures ou accents toniques; vers qualifiés de monstres
par les littérateurs qui n'entendent rien aux conditions du rhythme
musical, mais qui n'en sont pas moins excellents pour la mélodie. Ce
fut dans le Secret, petit opéra en en acte, qu'il introduist le premier
essai de vers de cette espèce :
Je te perds | fugiti | ve espérance !
L'infidè | le a rompu [ tous nos nœuds.
Pour calmer | s'il se peut | ma souffrance,
Oublions | que je fus | trop heureux.
Un seul défaut est dans ces vers ; après la rime féminine du pre-
mier, le second aurait dû commencer par une voyelle.
L'exemple des essais d'Hoffmann a été suivi depuis environ trente
ans par les auteurs de livrets d'opéras français, et quelque améliora-
tion se fait apercevoir çà et là dans leurs ouvrages, mais d'une ma-
nière partielle et tout exceptionnelle. Tous savent que, dans la versi-
fication, comme dans la musique, les éléments du rhythme sont
binaires et ternaires ; mais leur attention ne s'est pas fixée sur les
diverses combinaisons régulières et symétriques qu'on peut faire de
ces éléments, pour en tirer de riches variétés de rhythmes. M. An-
dré Van Hasselt, inspecteur général de l'enseignement en Belgique
et mon honorable confrère à l'Académie royale, a fait, depuis plus
de vingt ans, de l'art de ces combinaisons rhythmiques l'objet de
constantes études et de travaux remplis d'intérêt. Dans nos conver-
sations, il soumettait ses innovations poétiques à mes analyses musi-
cales, et le résultat de nos entretiens était toujours de ma part, et
comme musicien, une approbation absolue de ses formes nouvelles,
parce que je trouve des rhythmes propres à la musique partout où
il y a symétrie de nombre et d'accents dans les retours périodiques.
Les nombres 2 et 3 sont disposés par M. Van Hasselt dans une
multitude de combinaisons dont l'effet rhylhmique résulte de la symé-
trie des répétitions. Jamais on ne voit dans ses vers destinés à la
musique la moindre altératioc dans cet ordre symétrique, qui est la
règle suprême du rhythme. Je prends pour exemple de la disposi-
tion la plus élémentaire celle oià les nombres 2 et 3 se suivent alter-
nativement, et je le trouve dans cette chanson du printemps :
Les fleurs | sont écloses.
Les fleurs | du printemps.
Hélas! I mais ces roses
Ne du I rent qu'un temps.
ter I re des hommes
Où rien | n'est certain.
Comme el | le nous sommes
Des fleurs | d'un matin.
La ro I se s'effeuille
Sous l'ai I le des vents.
La tomb | be recueille
Le bruit | des vivants.
Tout pas I se, tout change.
La nuit I suit le jour.
Tout meurt, | ô mon ange I
Mais non | mon amour.
S'il ne fait usage que d'un seul élément, par exemple, de l'ana-
peste, la forme symétrique de son vers pourra n'être pas admise
dans la poésie récitée, mais elle est très -bonne pour le chant,
comme on peut le voir dans ce couplet :
Hélas 1 I comptez | combien [ d'étoiles
La nuit | allu \ me au fond | des airs ;
Comptez I les flots | où vont j les voiles
Qu'on voit I courir | les vas | tes mers.
Sa manière de combiner l'ïambe et l'anapeste est variée-, mais
chacune de ses formes, son rhythme est toujours parfaitement régu-
lier. En voici des exemples :
Qui vous don | ne, ô dou | ces fleurs!
Aux baisers | de Tau | be écloses,
Qui vous don | ne vos | couleurs,
Margueri | tes, lis | et roses?
Qui vous la I ce, le | matin,
Vos corsa | ges de | satin?
Et vos ro I bes nu | ancées,
Quelle main | les a | tissées?
Autre combinaison :
3, 2, 2.
Mes amis, | la vi j e est un livre
Que chacun | écrit | de sa main ;
Dont on voit | les feull | les se suivre.
Et qui joint j hier | à demain.
3, 2, 3.
Autre combinaison :
Le Gondolier nocturne.
2, 3, 3, 3
2, 3, 3.
2, 3, 3, 3
2, 3, 3.
3, 2, 3, 2
3, 2.
3, 2, 3, 2
3. 2.
A l'heu I re où la nuit | sur Veni | se descend,
Aux dou I ces clartés | de la lune,
La bar | que fantô | me s'avan | ce en glissant
Sur l'eau | de la mor | ne lagune.
Autre :
Ecoutez I là-bas, | tout au fond | des bois,
Dans son nid | de mousse,
Ecoutez I gémir | cette dou | ce voix,
Cette voix | si douce.
Sous la feuil | le ombreu | se au soleil [ levant, ^ 3, 2, 3, 2,
Dans la nuit | dormante, / 3, 2.
Comme un luth | des cieux, | elle jet | te au vent î 3, 2, 3, 2.
Sa chanson [charmante. J 3, 2.
M. Van Hasselt , persuadé avec raison que toute forme régulière
et symétrique peut offrir au compositeur des rhythmes favorables
pour ses chants, ne craint pas d'associer le vers de douze syllabes aux
petits vers, parce que la rapidité de celui-ci compense la lenteur du
premier. 11 a donné un heureux spécimen de cette combinaison dans
le recueil de Nouvelles poésies, publié en 1857. La pièce a pour li-
DE PARIS.
88
tre : le Soulier de la Vierge ; j'en citerai seulement les trois pre-
mières strophes :
Quand VAngelus murmure à travers le feuillage
Son chant d'airain,
Où donc va ce vieillard, triste et ployé par l'âge,
Le long du Rhin?
Il traîne en gémissant, par les sentiers arides,
Ses pieds tremblants,
Et le vent chasse autour de son front plein de rides
Ses cheveux blancs.
Il va, les yeux en pleurs et la tête affaissée
Sous l'aquilon.
Et porte dans sa main, de froid toute glacée.
Son violon.
Je pourrais offrir encore cinquante autres formes, ' toutes origina-
les, toutes inconnues, résultats des études rhythmiques de M. Van
Hasselt; mais ici je suis obligé de renfermer dans d'étroites limites
les citations qui concernent ce sujet intéressant. Ce que je me suis
proposé, c'est de fixer l'attention des littérateurs qui écrivent pour
les scènes lyriques sur la nécessité de perfectionner la versiQcalion
des livrets d'opéras et de la rendre régulière au point de vue des
rhythmes de la musique. Que s'ils s'astreignent à mettre, comme
Van Hasselt, de la symétrie dans les dispositions des nombres de
syllabes et des accents de leurs vers, nul doute que la trop grande
uniformité des rhythmes mélodiques ne disparaisse du travail des
compositeurs, et qu'il n'en résulte une variété dont la musique a été
privée jusqu'à ce jour.
J'ai souvent pressé M. Van Hasselt de publier ta théorie de la
versification rhythmique, avec des modèles de toutes les combinai-
sons, accompagnés d'analyses; rien de plus facile, ^dit-il, et la théorie
sera renfermée dans un petit nombre de pages ; mais il ne croit pas
que les avantages d'une semblable versification puissent être démon-
trés par la poésie seule: c'est au musicien, selon lui, qu'il appartient
de prouver par ses compositions le mérite du système nouveau de
versification, et les ressources qu'il y a rencontrées pour la régularité
des rhythmes de ses mélodies, ainsi que par la diversité de leur ca-
ractère. A son tour, il m'a demandé d'être son collaborateur pour ce
travail; j'ignore si la collaboration qu'il désire est par lui bien choi-
sie; mais je la lui ai promise. 11 en sera ce qui plaira à Dieu.
FÉTIS père.
THEATRE IIHPÉRIAL ITALIEN.
Rentrée de Tamberllck dans POLIUTO et le
TROVATOBE.
Mais 'qui peut dans sa course arrêter ce torrent ?
Tamberlick n'a-t-il pas quelque chose de ce fougueux Achille que
nous dépeint Racine et ne chante-t-il pas, comme l'autre combattait?
Hier il était au bout du monde,- aujourd'hui le voici parmi nous, et il ne
s'arrête seulement pas pour reprendre haleine. A peine arrivé, il chante
quatre fois de suite. Comme l'année dernière, il a fait sa rentrée dans
Poliulo, ce rôle qui l'embrase d'une sainte chaleur, et dans lequel
sa voix émue caractérise si bien , par ses qualités et même ses dé-
fauts, l'enthousiasme fébrile du néophyte. A côté de lui, Mme Penco
ne se montre ni moins ardente ni moins convaincue, ce qui fait que
l'auditoire est entraîné, transporté par ces deux artistes , dont le ta-
lent s'identifie si bien avec leurs rôles.
Une indisposition de Mme Penco ayant empêché Poliulo d'être
donné plus de deux fois, il Trovaiore lui a succédé jeudi, et Tam-
berlick a passé sans effort au rôle de Manrico, pour lequel il avait
des flammes toutes prêtes ; mais, il faut l'avouer, ces flammes ne se
manifestent dans tout leur éclat qu'à la fin du troisième acte, où re-
tentit la magniQque et terrible note, impatiemment attendue et tou-
jours saluée de frénétiques bravos.
Voilà déjà plusieurs années que Tamberlick nous revient à la même
époque et produit toujours le même effet. Celte année, il y avait des
incrédules et des sceptiques : on inclinait à penser que le miracle ne
se renouvellerait pas, ou que la grâce serait moins efficace. A pré-
sent, il faut bien reconnaître l'évidence et croire à Tamberlick comme
par le passé. Nous l'entendrons bientôt dans le Ballo in maschera,
qu'il n'a pas encore chanté à Paris, et dans Olello, qui a servi, chez
nous, à fonder sa renommée. Pendant ce temps, on fera bien de re-
toucher la cloche funèbre, qui, dans \e. Miserere du Trovatore, s'obs-
tine à rester d'un quart de ton trop haut, sans aucun souci du chan-
gement de diapason.
P. S.
ADDITIONS MDSICALES.
Emile Prudent. — W. Krûg;er.
Sans accorder aux titres choisis par Emile Prudent pour ses der-
nières compositions plus d'importance qu'ils ne méritent, et qu'ils
n'ont sans doute dans sa pensée, ils n'indiquent pas moins une
chose très-réelle : le désir et la faculté de traiter le piano d'une
manière exclusivement musicale, de le rendre, avant tout, chantant,
expressif et coloré. En parlant de la Danse des Fées, de ce petit
chef-d'œuvre oîi l'orchestre, ingénieusement traité, sert à développer
avec tant de charme, de fraîcheur et de poésie les choses merveil-
leusement légères, délicates et éblouissantes confiées au piano ; en
parlant de cette ravissante inspiration qui est comprise partout, et
qui, la semaine dernière encore, a excité l'enthousiasme et a été re-
demandée, nous avons plus d'une fois signalé l'heureuse modifica-
tion du style et des idées d'Emile Prudent. Certes, il a écrit de
grandes, difficiles et belles fantaisies ; la plupart de ses arrangements
sont très-remarquables; mais ses œuvres originales ont une tout au-
tre valeur, même comme facture, et elles justifient bien la place à
part que l'auteur s'est faite parmi les artistes contemporains.
Son dernier morceau de concert pour piano et orchestre, les Trois
Rêves, se distingue, comme quelques autres de ses compositions, par
la recherche de la couleur, du sentiment pittoresque, de l'expression
simple, vive et naïve. L'allégro, les Esprits des campagnes, est très-
concis. La phrase mélodique, pleine de netteté, sinon d'originalité,
est revêtue d'ornements délicieux ; mais , ce dont nous ne saurions
assez féliciter Emile Prudent, l'accessoire ne devient pas le principal,
les traits ne remplacent pas les motifs. Ici point de ces formules,
de ces éléments tumultueux qui aujourd'hui tiennent une si grande
place dans la musique de piano ; point de ces choses parasites, de ce
papillotage frivole qui souvent ne servent qu'à dissimuler ce que
l'inspiration première a de vague, de terne, de froid et de vaporeux.
Malgré une légère réminiscence de l'andante en fa, si joliment varié
par Prudent dans sa grande fantaisie : Soiwenirs de Beethoven, l'an-
dante, les Génies du foyer, vaut mieux encore que le premier mor-
ceau ; il est doux et suave, mélancolique et distingué. Comme origi-
nalité et comme souffle, la meilleure partie, à notre avis, est le
rondo final intitulé Ballet des Zingari. A travers les capricieuses
combinaisons d'une instrumentation très-claire et très-brillante, le
piano garde une importance singulière. La beauté, la hardiesse et la
légèreté de l'exécution d'Emile Prudent, les divers développements
de l'orchestre et de la partie principale qui se renvoient le motif, le
coupent ou le développent, le charmant paysage où s'agitent les zin-
gari, ont produit une grande impression. Assurément, ce nouvel ou-
84
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
vrage n'a pas l'ampleur et l'élévation du Concerto-symphonie, qui,
dans l'œuvre d'Emile Prudent, reste jusqu'à ce jour sans égal ; mais
on y reconnaît cependant le même pinceau. On trouve même dans
le rondo final des Trois Rêves quelque ressemblance avec Vallegretto
du concerto. Toutefois par le côté mélodieux, par le dessin délicat et
pur, qui maintenant remplace chez Prudent les conceptions larges
et pompeuses, par le charme des arabesques qui, peu prodiguées,
donnent un grand intérêt mélodique à la composition, les Trois Rêves
sont très-remarquables.
Nous avons dit qu'on avait bissé la Danse des fées; ajoutons qu'on
a bissé aussi le Chant d'Ariel. A côlé de nombreuses difficultés que
le célèbre pianiste ne laissait guère soupçonner, tant il les a dites
avec une aisance et un charme incroyables, il y a dans cette page
des harmonies neuves, une finesse et une élégance de pensée qu'on
n'a pas retrouvées, nous devons l'avouer, dans les Etudes-Lieder.
Seule, la troisième de ces études a fait beaucoup de plaisir. Elle est
très-belle , en effet , et n'a rien de cette langueur, de celte pâleur
mélodique et de ce vaporeux qui entraînent quelquefois l'auteur vers
un genre de musique un peu maniéré, et dans lequel sa forte nature
perd ses meilleures qualités. Emile Prudent est Français et très-
Français : le précieux ne saurait être son fait. 11 est à cette heure
notre seule gloire militante ; partout il représente brillamment notre
école de piano et est accueilli avec enthousiasme. Aussi désirons-nous
vivement que, comme compositeur, il se garde davantage des miè-
vreries et des élégies creuses, des rêveries poétiques qui, souvent,
n'attestent que l'absence d'idées fortes et originales.
Nous ne voulons pas parler longuement du jeu d'Emile Prudent, et
répéter après tant d'autres ce que chacun sait si bien; nous dirons
seulement que ce talent est d'autant plus magnifique qu'il s'est un
peu métamorphosé. La délicatesse et la douceur sont venues se join-
dre à la puissance, à la beauté de son habituelles au grand pianiste,
et forment maintenant un ensemble de quahtés vraiment admirables.
Mme Viardot et Franchomme ont contribué à donner à ce beau con-
cert un éclat inaccoutumé. Un excellent orchestre, conduit par M.Til-
mant, a exécuté les ouvertures de Fidelio et de la Grotte de Fingal.
Cette dernière composition de Mendelssohn est appelée à avoir parmi
nous le sort de la belle partition du Songe d'une nuit d'été, c'est-à-
dire à exciter d'unanimes suffrag-es. Elle a été écrite dans une heure
d'inspiration. La couleur de l'instrumentation et la richesse des idées
en font une merveille, et les auditeurs d'Emile Prudent ont été ravis
d'entendre cette poétique et capricieuse ouverture.
M. W. Krijger s'est fait parmi nous une légitime réputation de
pianiste compositeur. Ses qualités, à la fois solides et aimables, ne
sauraient être contestées. On lui reconnaît surtout le talent de traiter
les mélodies et de garder un juste milieu entre ce que demandent
les artistes et les gens du monde, talent que M. Krûger doit à ses
bonnes études, mais auquel son goût et sa parfaite connaissance des
beautés de l'école allemande donnent une sûreté et une variété peu
communes. Au charmant concert qu'il donnait mercredi dans les
salons Erard, il a joué ses Illustrations sur Stradella, et a obtenu
un fort beau succès. Dans ce morceau brillant, difficile et bien fait,
se pressent les plus jolies mélodies de M. de Flotow. On a reconnu
et applaudi au passage l'andante de l'air : Soyes témoins de mon
ivresse , chanté au second acte par Leonora , où le compositeur a
exprimé très-mélodieusement les ravissements d'une âme vraiment
éprise et la surabondance de vie qui l'oppresse; le chœur. Cloche
sainte , dont la mélodie naïve a tant de charme , dont l'harmonie
simple , allant presque toujours de la tonique à la dominante , est
néanmoins très-élégante ; la ballade que chante Stradella et qu'il
appelle la ronde du fier Salvator Rosa. Il était difficile de mieux ar-
ranger cette ronde vraiment entraînante, pleine de verve, franche,
hardie et bien rhythmée: aussi a-telle excité, ainsi que l'hymne
final qui couronne si pompeusement le beau morceau de M. Krûger,
de chaleureux bravos.
En quelques pages, l'auteur a su avec une grande habileté faire
entendre les mélodieux arpèges des harpes et donner au piano l'ac-
cent éminemment passionné et religieux qui fait de la dernière scène
de Stradella une chose très belle et très-élevée de style.
La Résignation, remarquable adagio de concert, et la Coupe d'or,
brillant caprice que le succès a déjà popularisé, ont été joués par
l'auteur d'une façon tour à tour ferme, expressive, fine et délicate.
Après avoir charmé ses auditeurs avec ses œuvres originales ,
M. Krûger a fait entendre d'abord un scherzo de Chopin, vif, bon-
dissant , et pourtant plus essentiellement mélodique que beaucoup
d'autres pages du même maître ; puis, avec M. Hammer, la sonate
en ut mineur de Beethoven. Tout dans cette sonate est magniOque ;
mais c'est peut-être le splendide adagio cantabile qui a excité le plus
vif enthousiasme. Il y a là des modulations, des variations d'un effet
vraiment prodigieux ; le violon et le piano atteignent chacun à leur
tour les derniers sommets du style élégiaque, mais élégiaque comme
Beethoven le comprenait : avec des bonds et des soubresauts où
l'énergie de la passion se montre au beau milieu des plus suaves
harmonies et du plus rehgieux apaisement. Les exécutants ont par-
faitement rendu les nobles aspirations, les chants sublimes de cet
adagio, et ont prouvé encore une fois qu'ils avaient le goût et l'in-
telligence de l'art sérieux. Mme Barthe-Banderali et Jules Lefort, avec
le talent sympathique qu'on lui connaît, ont donné à la partie vocale
une valeur dont on se montre trop avare dans ces fêtes musicales
où, en général, les instrumentistes ont le beau rôle.
Adolphe BOTTE.
EEVDE DES THÉÂTRES.
Gymnase : Sortir seule, comédie en trois actes, par MM. Eug. Grange
et H. Rochefort; Permettez, Madame, comédie en un acte, par
MM. Labiche et Delacour; le Défaut de Jeanne, comédie en un
acte, par M. Moreau ; reprise du Fils naturel. — Vaudeville :
reprise du Hlariage d'Olympe, comédie en trois actes, de M. Em.
Augier. — Variétés : les Mousquetaires du carnaval, folie-vau-
deville en trois actes, par MM. Eug. Grange et Lamb. Thiboust.
— Palais-Royal : la Dame au petit chien, vaudeville de MM. La-
biche et Dumoustier; Célima-e le bien-aimé, comédie-vaudeville en
trois actes, par MM. Labiche et Delacour. — Gaité : reprise de la
Belle Gabrielle, drame en cinq actes et deux tableaux, par A.Maquet.
— Théâtre impérial du Chatelet : Marengo, drame militaire en
douze tableaux, par M. Dennery. — Théâtre allemand de la salle
Beethoven. — Cirque Napoléon : le dompteur Crockett,
Depuis quelque temps les Ganaches ont disparu de l'affiche du
Gymnase, en rendant leur liberté à Lafontaine et à Mlle Victoria, qui
en ont profité pour se marier et pour se faire admettre, par décision
ministérielle, dans la Société du Théâtre-Français. On ne peut rien
préjuger sur la nature et l'importance des services que les deux
nouveaux époux rendront là-bas; mais ce qui est certain, c'est qu'ils
laissent un grand vide au boulevard Bonne-Nouvelle, où ils ne seront
pas oubliés de sitôt. La tiédeur avec laquelle on a reçu les trois co-
médies qui ont succédé tout d'un coup aux Ganaches, semble être
une preuve des obstacles que rencontre presque toujours le rempla-
cement immédiat des pièces et des acteurs à succès. Ces comédies ne
sont cependant pas pires que beaucoup d'autres qui ont complète-
ment réussi. 11 y a trois actes à Sortir seule! C'est peut-être un peu
long ; néanmoins, la donnée, quelque mince qu'elle soit, accuse chez
ses auteurs un louable esprit d'observation. Qu'est-ce qu'une jeune
femme, au matin du plus beau jour de la vie, désire le plus, après,
bien entendu, les diamants et les cachemires de la corbeille? c'est le
droit d'aller où bon lui semble, sans chaperon incommode, et pour
le très-innocent plaisir de sortir seule! Pour une ex-demoiselle de la
DE PAKIS.
85
veille, à peu de chose près sans expérience, ce privilège tant convoité
n'est pourtant pas dénué d'inconvénients. C'est ce qu'éprouve à ses
dépens Mme Emma Charvière, poursuivie dans la rue à sa première
sortie, et accompagnée même jusque dans une maison tierce par un
jeune audacieux que ses charmes ont subitement fasciné. Si des
amis, si son mari lui-même ne se trouvaient pas là tout à point pour
la défendre et pour la protéger, à quels périls ne se trouverait -elle
pas exposée? Aussi jure-t-elle qu'on ne l'y prendra plus, et que
lorsqu'elle voudra sortir, elle commencera par réclamer le bras de
'son guide légal.
Permettez, Madame! Ces deux mots impliquent tout un système de
contradictions perpétuelles entre deux personnes de sexe différent
qui, sans le respect dû aux lois de la civilité , auraient recours bien
certainement à des arguments plus énergiques. Ces estimables adver-
saires ne sont d'accord que sur un point, celui de renoncer à un pro-
jet d'union qui devait faire le bonheur de leurs enfants. Mais, au
milieu de leurs controverses, ils se rappellent un roman qu'ils on''
ébauché ensemble dans leurs jeunes ans, et voilà le mariage renoué
et la paix rétablie.
Reste le Défaut de Jeanne, une petite comédie bâtie sur une pointe
d'aiguille, et ne chômant pas de détails fins et spirituels. Jeanne a
un bien joli défaut : elle est trop riche, non-seulement à ses yeux,
car elle veut être aimée pour autre chose que pour sa dot, mais
aux yeux de M. Sylvain, un charmant garçon qui n'ose, en raison
de sa pauvreté, avouer à Jeanne sa tendresse. Avons-nous besoin
de dire que tout s'arrange de manière à ce qu'un pareil défaut de-
vienne une qualité précieuse pour les deux amoureux ?
Non content de ces nouveautés, le Gymnase a repris tout récem-
ment le Fils nattirel, qui n'est certes pas une des meilleures co-
médies de M. Alexandre Dumas fils, mais qui contient un très-bon
rôle de début, celui de Clara Vignot, dans lequel Mlle Fanny Génat,
ex-danseuse de l'Opér^a, a démontré d'une manière victorieuse que,
si la chorégraphie perdait en elle une étoile, elle n'avait fait que
changer de place au Crmament, et que le drame pouvait dès au-
jourd'hui la compter parmi les siennes.
— Ce que c'est que de ne pas arriver à l'heure! Lorsque l'œuvre
si saisissante et si originale de M. Emile Augier a été représentée
pour la première fois, la Dame aux Camélias, les Filles de marbre,
le Demi-Monde, triomphaient sur toute la ligne. La rude leçon infli-
gée par le jeune académicien à ces vipères de courtisanes ne pouvait
être comprise, et elle ne le fut pas en effet. Mais pour tous les gens
de goût qui ont lu et médité le Mariage d'Olympe, sa réaction était
un fait acquis d'avance. Nous avons donc vu sans surprise la revanche
éclatante que cette pièce vient d'obtenir au Vaudeville. Sans nul doute,
elle sera durable, et achèvera de donner raison à ceux qui, à l'exemple
de M. Lebrun, lors de la réception de son nouveau confrère, n'ont
pas cessé de considérer ce drame comme un des plus grands événe-
ments littéraires de notre époque.
— Une étourdissante bouffonnerie, des mêmes auteurs que la
Mariée du mardi gras, recule, aux Variétés, les barrières delà folie et
de la vraisemblance. Les Mousquetaires du carnaval arrivent pour-
tant un peu tard pour prendre de semblables libertés ; mais il est
convenu qu'il n'y a pas de carême pour les théâtres, et que les
travestissements, défendus snr la voie publique, se réfugient dans ces
endroits privilégiés. Du reste, les héros de ce vaudeville de circons-
tance, sont menacés, par le fait de leur propriétaire, qui les a mis à
la porte de son immeuble, de voir lever le soleil du mercredi des
cendres, dans leur défroque de mousquetaires carnavalesques, qu'il
ne leur est pas permis d'échanger contre un costume plus décent et
plus rationnel. Ils sont donc presque excusables de ne pas se sou-
venir que les jours gras ont un lendemain. Par exemple, ne nous
demandez pas en vertu de quelle aberration du sens commun ils s'in-
troduisent chez un notaire pour empêcher la signature d'un contrat
qui doit enlever sa belle à l'un d'entre eux, et comment ils forcent
ensuite, au bal de l'Opéra, le père de la susdite demoiselle à donner
son consentement au mariage de leur acolyte. Tout cela est insensé,
mais on rit, et l'on est désarmé.
— Au Palais-Royal, les choses ne se passent guère d'une façon
plus raisonnable. Un jeune homme a des créanciers : quoi de plus na-
turel? mais, parmi eux, se distingue un affreux usurier qui, pour être
Slir de rentrer dans ses avances, au détriment de ses confrères, fait
transporter chez lui le mobilier que son débiteur lui abandonne. En
conséquence de cet arrangement, le débiteur accompagne son mobi-
lier, et le voilà installé chez son créancier, buvant son vin, chaussant
ses pantoufles, et faisant la cour à sa femme. Mais pourquoi cela
s'appelle-t-il la Dame au petit chien ? C'est juste; vous n'en saisissez
pas le motif. . . ni nous non plus. Cependant, nous vous dirons, par
acquit de conscience, que, la veifle du jour où le débiteur en ques-
tion est venu s'asseoir au foyer de son créancier, il a rencontré sa
femme aux Tuileries, et a marché, par mégarde, sur la patte de son
petit chien.
Cette petite pièce n'a d'ailleurs pas d'autre prétention que de ser-
vir de lever de rideau à un ouvrage plus important, qui a pour litre :
Célimare le hien-aimé. Comme dans presque toutes les pièces oià
M. Labiche a une part de collaboration, il y a dans celle-ci une bonne
idée de comédie. Célimare, le gandin de la rue des Lombards," n'est
plus jeune ; mais il n'a pas toujours eu quarante-cinq ans, et il fut
un temps où il était cité pour sa scélératesse avec les femmes, sur-
tout avec les femmes mariées. Demandez plutôt à Mme Vernomllat
ou à Mme Baucardon. Puis un jour est venu où Célimare a senti le
besoin de se faire ermite, c'est-à-dire de goûter à son tour les dou-
ceurs du ménage. Il dit donc adieu au passé, et prend une jeune
femme, bien persuadé qu'il va vivre désormais dans un parfait état
de béatitude. Mais il a compté sans son hôte : les mads de ses an-
ciennes maîtresses, qui ont contracté l'habitude de voir à tout ins-
tant Céées des maîtres du genre dont J. Rosenhain est le conti-
tinuateur excellent. J. Becker, qui tenait le premier violon, s'est ac-
quitté de sa tâche avec un admirable talent de virtuose et de musicien
habile à pénétrer les moindres secrets d'une composition musicale.
,*, Nous annonçons et recommandons quatre œuvres nouvelles pour
orgue : Olfertoire du saint jour de Pâques, composé sur le chant de
VO Fila, trois offertoires et trois communions, de M. Edouard Batiste,
professeur au Conservatoire impérial de musique. Ces remarquables
compositions du célèbre organiste de Saint-Eustache sont publiées chez
Simon Richault.
a,*,, Aujourd'hui , à 2 heures , au cirque des Champs-Elysées , grand
festival choral au profit des ouvriers cotonniers, par les sociétés cho-
rales de Paris, de la Seine, et plusieurs orphéons des départements.
**» M. Bessems donnera une séance musicale le 6 avril, à 8 heures du
soir, dans les salons d'Erard ; on y entendra, outre les instrumentistes
les plus distingués, Mlle Trebelli pour le chant.
,■"* Le pianiste-compositeur Charles Wehle, accompagné du violon-
celliste Fery Kletzer, nous quitte pour un grand voyage artistique dans
l'extrême Orient. Avant leur départ, ces intéressants artistes ont eu
l'honneur de se faire entendre dans les salons du prince Metternich.
MM. Wehle et Kletzer se rendent d'abord à Marseille, Alger, Tunis,
Malte, Alexandrie et le Caire. Nous les suivrons dans leur tournée ar-
tistique.
.^,'*^ Jeudi 26 mars, une messe solennelle à grand orchestre de Camille
Schubert sera exécutée à Saint-Eustache , au profit de la Caisse des
écoles. Mlle Marie Sax, MM. Cazaux et Warot chanteront les soli;
M. Hurand conduira l'orchestre, et M. Batiste tiendra le grand orgue.
^*^ La partition piano et chant du Dilettante d'Avignon, la premèire
d'œuvre d'Halévy, paraîtra le 17 de ce mois, jour anniversaire de
la mort de son illustre auteur. L'éditeur Adolphe Catelin fait précéder
cette puDlication d'une notice complète sur ce maître tant regretté.
,t*^ C'est samedi 21 mars, à la salle du Casino, qu'a lieu le concert
annuel au bénéfice d'Arban. L'orchestre qu'il dirige avec tant d'autorité
et d'habileté, sera composé de cent vingt musiciens. Le programme est
des plus riches et se distingue autant par la nouveauté des morceaux
que par leur valeur. Ainsi on y entendra, par deux orchestres, la marche
composée par Meyerbeer pour le couronnement du roi de Prusse ; la
grande fantaisie composée par Arban sur la Muette de Portici ; le. Carnaval
à Rome, symphonie descriptive, composée exprès par M. Jean Conte,
premier prix de Rome de 18S5, et dont on dit le plus grand bien ; un
nouvel et entraînant quadrille sur Stradella, composé par Arban; un
caprice et des variations exécutés par lui sur le cornet à pistons, et bien
d'autres choses encore. Tels sont les éléments qui, avec le talent du
bénéficiaire et les sympathies qu'il inspire, rempliront et au delà la
vaste salle du Casino.
t^*^ Un nouveau morceau de J. Herz pour le piano, Consolation, vient
de paraître chez l'éditeur Hiliard.
^*» Mignon regrettant sa patrie est une charmante composition dans
laquelle Mme la vicomtesse de Renneville a traduit en vers élégants la
chanson de Goethe. Sur ce texte, M. Robertî a écrit une mélodie qui
en double la valeur.
^*» Notre excellent contre-bassiste A. Gouffé donnera mercredi
prochain, 18 niars, son concert annuel, dans les salons Pleyel-Wolff, à
2 heures très-précises, MM. Guerreau, A. Rignault, Casimir Ney, Lebouc
et Mme Béguin-Salomon concourront à cette séance, dans laquelle on
entendra des fragments d'un quintette de M. E. Walckiers, un quin-
tette de Mozart, des fragments d'un quatuor de G. Onslow, un air varié
pour le violoncelle, de Weber, un quatuor d'A. Blanc, deux mélodies
pour le violon, de Robberechts, un solo de piano. En outre, le béné-
ficiaire exécutera sur la contre-basse une sicilienne de sa compo-
sition.
^*t, C'est vendredi prochain, 20, dans la salle Herz, que Joseph
Wieniawski donnera le grand concert que nous avons annoncé. En voici
le programme : 1° sonate en la mineur, d'A. Rubinstein, pour piano et
violon, exécutée par Wieniavt'ski et Sighicelli ; 2° Récitatif et air de
l'opéra Acis et Galathèe de Haendel, chantés par Marchesi ; 3" menuet
de Beethoven, prélude n° 1 de Mendelssohn, et mazurka de Wieniawski,
exécutée par lui pour la première fois ; k° sonate (op. 22), en si mineur,
de Wieniawski; 5° le Soldat, le Cracovien, romances chantées par Mar-
chesi ; 6» thèmes et variations pour deux pianos, par Mmes Massart et
Wieniawski.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
,1,*:^ Orléans. — La société de Sainte-Cécile vient de docner son on-
zième concert, dans lequel se sont fait entendre MM. de Vroye et Mor-
tier. Ce dernier, qui possède une voix de ténor des plus sympathiques,
a parfaitement dit l'air de la Beine d'un jour, et le duo des Dragons de
Villars, avec Mme Lhuillier, ainsi que deux jolies romances. M. de Vroye
a joué les variations sur le Carnaval de Venise, de Demersmann. Ap-
plaudi, rappelé, M. de Vroye a bien voulu encore exécuter une simple
et délicieuse romance, dans laquelle il a su donner à son instrument
tout le charme de la voix. Des fragments de la symphonie de Beetho-
ven (en ut mineur), des chœurs de Judas Machabée, Guillaume Tell, et
quelques chansonnettes , complétaient un programme des plus at-
trayants.
,1,*^: Bordemiac. — Lalla-Roukh vient de recevoir un mauvais accueil
sur notre Grand Théâtre. Dès la quatrième représentation la salle était
vide ; on reproche à la musique de cet opéra de n'être pas assez dra-
matique. L'interprétation en a cependant été excellente, et la direc-
tion l'avait monté avec beaucoup de soin.
,,*„, Nice. — Nous avons eu dernièrement un très-beau concert donné
par l'éminent violoncelliste Casella, avec le concours de MMes d'Arbo-
ville, Peschel, de MM. Sasserno, Perny. Guidi et Henry. La salle était
comble, le programme des plus riches et le succès à l'avenant. On a
redemandé avec acclamations le quatuor de Rigoletto pour violoncelle,
orgue et piano, exécuté par l'auteur, M. Cazella, Cuidi et Perny.
REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
»*4 Bruxelles. — Vendredi, on a repris au théâtre de la Monnaie les
Diamants de la couronne, une des plus charmantes inventions de Scribe
et l'une des partitions les mieux inspirées d'Auber. Notre public lui a
fait le meilleur accueil, et Jourdan, Aujac, Borsary et Mlle Cèbe y ont
vaillamment contribué pour leur part. On nous annonce encore les
prochaines représentations de l'Eloik du Nord et de Martha, qui ne
seront pas moins bien reçues.
t** Berlin. — Au théâtre royal de l'Opéra, a eu lieu une matinée
au profit des artistes des chœurs de ce théâtre. On y a surtout ap-
plaudi Mlle Artot, qui a chanté avec Formés un duo ûe Blangini ; Si-
vori, Mlle Luoca et Mlle de Ahna ont également prêté à cette solennité
le concours de leur talent.
,** \'ienne. — Adelina Patti poursuit ici le cours de sei? succès ;
l'enthousiasme du public va croissant, si c'est possible, à mesure que
le talent de cette merveilleuse artiste se montre sous de nouveaux as-
pects. Dans le rôle de Rosine, du Barbiere, elle a ravi l'auditoire, dont
l'admiration ne pouvait se contraindre ; plus d'une fois un tonnerre
d'applaudissements intempestifs a éclaté au milieu du plus beau passage.
Zachi est très-bien dans le rôle de Figaro. Quant k Carrion (Alraaviva),
il est du petit nombre des chantsurs actuels qui nous donnent une idée
des beaux jours de la période rossinienne. On pense qu'après le Barbiere,
le Carltheater donnera Don Pasquale. — Pour le mois de juillet on attend
Mlle de Tietjens, qui donnerait des représentations à ce théâtre.
**» Darmstadt. — Le célèbre ténor Niemann a terminé ses représen-
tations par le rôle de Rienzi , dans l'opéra de 'Wagner : on attend
Wachtel, qui vient d'obtenir un si beau succès à Berlin dans les Huguenots
et dans le Prophète.
^*\f Muyence. — Le ténor Wachtel donne des représentations au théâ-
tre de la ville. Ses débuts dans le rôle du postillon de Longjumeau ont
été des plus brillants.
^*^ Florence. — Le maestro Vincenzo Moscuzza vient d'obtenir un
grand triomphe au théâtre delà Pergola avec son opéra Piccarda Donati,
dont on vient de donner la première représentation. Cette œuvre ren-
ferme des beautés de premier ordre et qui témoignent d'une grande
connaissance do l'art. Les époux Tiberini en ont été les principaux in-
terprètes, et on les a forta pplaudis.
,;,*,, Rome. — Deux magnifiques soirées musicales, organisées au profit
des incendiés du théâtre Alibect, ont rempli la vaste salle du théâtre
Argentina. Le^ sœurs Marchisio, Ronzi, .'iquarcia et une foule d'autres
artistes s'étaient empressés d'y apporter le tribut de leur talent. On y a
exécuté admirablement la première partie du Stabat, de Kossini; le duo
de cette œuvre pour soprano et contralto e.xécuté par les sœurs Mar-
chisio, et la cavatine d'Isabelle, de Robert le Diable, chantée par
Mme Arancio-Guerrini, ont été les morceaux les plus applaudis.
^*,f Naples.— L'opposition qu'avait rencontrée d'abord Mme Titjens à
Naples, a fait place à l'enthousiasme. Dix représentations successives
de la Lucrezia ont valu à la célèbre cantatrice un véritable triomphe.
Elle a dû avant-hier bisser sa cavatine Wodi, ah! rriodi, aux acclama-
tions de la salle entière.
^*» Oporto. — Nous avons eu ces derniers soirs une belle représen-
tation au bénéfice de notre excellent baryton Buti. 11 avait choisi pour
cette solennité la Marta, dont huit représentations successives ont con-
sacré le succès. Mmes Julienne Dejean et Marini, MM. Bignardi et Buti
s'y sont surpassés, et l'on a fait à Buti une véritable ovation. —Sous très-
peu de jours nous aurons un nouvel opéra, Béatrice di Portogallo, dû à
un de nos compatriotes, Francisco Novonha.
Voici la liste des principaux concerts annoncés jusqu'à la fin de ce
mois ; le défaut d'espace ne nous permet pas de faire une mention
particulière de chacun d'eux :
15 mars. Salons Erard. Matinée musicale de M. Ten - Brinck, composi-
teur hollandais ; audition de ses compositions.
16 — Salle Herz. Grand concert de M. Ben-Tayoux, compositeur.
16 — Salons Pleyel-Wolïf. Deuxième soirée musicale de Mme Szar-
vady, avec le concours de Mme Clara Schumann,
Mlle Lorch, MM. Maurin et Chevillard; morceaux à
quatre mains par Mmes Szarvady et Schumann.
17 — Salle Herz. Concert de Mlle Louise Murer, élève de Prudent,
qui exécutera plusieurs compositions de son maître,
de Beethoven et de Mendelssohn.
17 — Salons Pleyel. Concert donné par W. Goldner.
18 — Id. Concert avec orchestre de Bernhard Rie, avec le con-
cours de Mme 0. Comettant.
49 — Id. Concert de Mlle Sabatier-Blot au profit des ouvriers co-
tonniers; le Corsaire, opérette de Mlle Sabatier-Blot.
20 — Salons Erard. Concert de M. Ferd. Schoen, pianiste compo-
siteur.
23 — Salle Herz. Concert d'Aug. Durand, organiste de .Saint-Roch,
avec le concours de MM. B. Bandarali, Badiali, de
Bériot et Sighicelli ; transcription de l'ouverture de
la Sirène pour orgue, et trio pour piano, orgue et
violon sur la première romance de Mendelssohn par
le bénéficiaire.
24 — Salle du Louvre. Dernier concert à grand orchestre sous la
direction de Lilolfi', de Madeleine Graever.
28 — Salons Erard. Soirée de Theresa VVartel : 1™ partie, musique
de chambre ; 2" partie , Antipathie , comédie de
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IVacbs (F.). Le Tourbillon, quadrille 4 50
lUatbien (fils.). Déesse, polka-mazurka 5 »
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en ISdl. — Prix d'honneur, médaille d'or, en 1843. — Médaille d'argent à l'Exposition de Paris, IS^It. — I6E1.EGUE par le gouvernement belge pour visiter
l'Exposition universelle de Londres, en 1851. — Exposition universelle de Paris, 1855, les plus belles pages du Rapport officiel, 27"° Classe, pages 1835-1336. —
Exposition universelle de Londres, 1862, PHIZK iVEUAL, avec cette mention : POUR EXCEI.I.EWCE DE TOUTE ESPECE D'INSTRUMENTS DE CUIVRE.
— .Membre de l'INSTITlIT POLYTECHNIQVe de Paris, membre de l'ASSOCIATION INTERNATIONALE POUR LE PROGRÈS DES SCIENCES SOCIALES. —
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1V° 12.
REVUE
22 Mars 1863.
PRIS DE L'ABONNEUENT :
Poris Silr.patal
UL'purtcniuuls, Belgique el Suisse — 30" id-
Élranger 31 " '*•
Le Journal paruU le Diiuunchc.
GAZETTE MU
— ^A/uw\/\Afjwv—
SOMMAIRE. — F. Halévy ; Souvenirs d'un ami pour joindre à ceux d'un f rère ; à
M. Léon Halévy, par Edouard lUonnais. — Théâtre impérial de l'Opéra :
début de M. Villaret. — Auditions musicales, par Adolphe Botte. — Nou-
velles et annonces.
F. HALÉVY.
[Souvenirs d'un ami pour Joindre A ceux d'an frère.
A. M. LÉON HALÉVY.
Encore deux jours, mon cher Léon, et une année entière se sera
écoulée depuis que nous avons conduit à sa dernière demeure, au
milieu d'un deuil national, vous, le frère , moi, l'ami que nous
avons tant aimé ! Rien ne lui aura manqué des hommages dus
aux grands artistes qui ont pris rang parmi les illustrations de
leur pays et de leur siècle. En attendant que sa statue s'élève
sur le monument consacré à sa mémoire, son portrait historique
a été largement tracé , au sein de l'Académie , par l'homme
éminent qui lui a succédé comme secrétaire perpétuel ; mais à
côté de cette image en quelque sorte officielle, vous avez voulu
en esquisser une autre plus délicate, plus intime. J'ignorais en-
core votre intention pieuse, lorsque, de mon côté, pressé par ce
devoir triste et doux qui nous oblige à recueillir tout ce qui nous
reste de ceux que nous pleurons, à ramasser en un faisceau toutes
nos chères épaves, je vous demandais quelques détails sur votre fa-
mille. Je tenais à savoir quelle part il fallait faire aux influences dans
l'éducation, dans la vocation de votre illustre frère. Il m'avait
souvent parlé de votre père comme doué d'un esprit distingué, de
facultés rares, mais sans me dire précisément quel eu avait été l'em-
ploi. En m'apportant les lumières dont j'avais besoin, votre lettre
m'apprit que nous nous étions rencontrés dans le projet de consigner
par écrit de précieux souvenirs. Je sentis aussitôt que c'était à vous
de marcher le premier, à moi de suivre vos traces. Vous avez
rempli votre tâche, mon cher Léon, et s'il ne s'agissait ici d'un
tout autre sentiment que celui de l'amour - propre , vous l'avez
remplie de façon à me détourner d'entreprendre la mienne. Je l'es-
sayerai pourtant, mais dans la mesure la plus modeste. Tout le monde
a lu avec un vif intérêt les pages touchantes où, sous le titre de :
Simples récits, Impressions personnelles, vous avez écrit la biogra-
phie complète de votre frère, apprécié ses oeuvres, indiqué les
rapports qui ont rapproché votre existence de la sienne. Ce
qui me reste à dire est bien peu de chose, et ce peu de chose
pourrait bien n'avoir de valeur que pour moi. N'importe! C'est une
espèce de bout de l'an que je célébrerai en quelques ligues commé-
moratives d'une journée fatale, dont la douleur se prolonge et se pro-
longera toujours avec une force égale entre nous deux. Nitlli flebilior
quam iibi, quam mihi !
La plupart dos musiciens célèbres sont nés en pleine musique :
lorsqu'un enfant survient dans ces familles prédestinées, il n'y a rien
de changé, si ce n'est qu'on y compte une voix ou un instrument de
plus. Pour votre frère, il n'en fut pas ainsi, et c'est ua argu-
ment à l'appui d'un instinct qui s'éveilla presque de lui-même, et
pour se développer, se passa des excitations d'une serre chaude
domestique : « Notre père. Elle Halévy, m'écriviez-vous dans votre
réponse à mes questions, était un homme très-hoiioré parmi les Is-
raélites pour son caractère et pour sa science; mais, je dois le dire,
celte science était toute spéciale. 11 était profond hébraïsant et très-
versé dans les connaissances talmudiques. Il avait fondé en 1818, de
concert avec quelques Israélites de Paris, un journal ou Revue men-
suelle. Intitulé l'Israélite français, qui avait pour épigraphe cette
belle parole de l'Ecriture : tiens au pays et conserve ta foi, parole
qui semble résumer l'avenir universel du peuple juif. Poëte hébraïque
très-renommé, il eut toute sa vie l'estime del'illustre orientaliste Silves-
tre de Sacy (père de l'académicien d'aujourd'hui), qui l'honora d'une
constante amitié et d'un Intérêt qu'il voulut bien reporter sur moi-
même pendant tout le cours de mes études universitaires. Notre père,
très-ardent pour l'émancipation intellectuelle de ses coreligionnaires,
que la révolution avait fait citoyens, ne prit pas à notre instruction
une part directe : la spécialité de ses connaissances ne le permet-
tait pas ; mais il se dévoua entièrement à notre éducation, et, quoi-
que ruiné par une malheureuse entreprise commerciale, il fit les plus
grands sacritices pour vouer ses deux fils aux études et aux profes-
sions libéi'ales. »
Elie Halévy était né à Furth, petite ville de Bavière, près de Nu-
remberg, mais la France devint sa seconde patrie. Julie Meyer, sa
femme, était Lorraine : elle avait vu le jour dans le village de Malze-
ville, près de Nancy. Comme vous, mais environ trois ans plus tôt,
votre frère, Jacques-Fromental-Elie, vint au monde à Paris. Il naquit,
le 27 mai 1799, dans une de ces maisons de la rue Neuvcdes-
Malhurins qui viennent d'être abattues pour laisser le terrain libre
au nouvel Opéra. Par une coïncidence bizarre, c'est aussi dans une
de ces maisons disparues du sol, qu'il se maria en 1842 avec Mlle Léo-
nie Rodrigues. Si rien de musical n'apparaît auprès de son berceau,
j'aperçois, au contraire, dans ses traditions et ses habitudes de fa-
90
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
mille, dans l'exemple paternel, l'explication de ce penchant qui
Tenlrainera plus tard vers l'étude des lettres, des sciences et des
divers idiomes morts ou vivants. Mais ce qui ût de lui un musicien,
ce qui lui révéla son génie, ce fut, comme vous l'avez remarqué, un
pur effet du hasard.
« La vocation de mon frère, disiez-vous, se prononça de très-bonne
heure et fut déterminée par une circonstance singulière. La première
pension oîi nous fûmes placés (car je ne parle pas d'une petite
école, enclos du Temple, où nous reçûmes force coups de férule et
quelques notions de grammaire) était un externat dirigé par un
nommé Cazot, dont le fils, musicien, avait remporté le premier prix
de fugue et de contre-point au Conservatoire. Il y était répétiteur de
solfège. Il remarqua les brillantes dispositions musicales du jeune
élève de son père, et le fit entrer dans sa classe au Conservatoire,
en 1809. Je crois que de toute façon mon frère aurait été ce qu'il
devint plus tard, mais il n'en est pas moins vrai qu'il y eut quelque
chose de providentiel dans ce hasard, qui avait mis dans le voisi-
nage de notre père (nous demeurions alors rue Michel-le-Comte, et
la pension était rue du Chaume, vis-à-vis des Archives) un maître de
latin ayant un fils répétiteur de solfège et lauréat musical du Con-
servatoire. »
Ce lauréat du Conservatoire devait être aussi celui de l'Institut ;
il remporta en 1812 le grand prix de composition musicale ; Hérold
l'obtint en partage avec lui dans le même concours, et Halévy,
l'élève de Cazot, le méritait sept ans après, en 1819. Hérold, Cazot,
Halévy ! quel assemblage de noms et quel contraste ! que de rayons
et que d'ombre! C'est que, nous le savons trop, le voyage de Rome
n'est qu'une épreuve, et le plus difficile après tout , ce n'est pas d'y
aller, mais d'en revenir.
Halévy ne partit pour l'Italie qu'en 1820. La mort prématurée de votre
mère l'avait retenu à Paris, et, avant son départ, il fit exécuter dans le
temple israélite un De profundis à grand orchestre pour la mort du
duc de Berry. Ce morceau fut gravé, dédié à Cherubini, qui l'avait
initié aux mystères du contre-point. Halévy, qui devait en ouvrir
l'accès, en enseigner les détours 5 tant d'autres, m'a souvent avoué
qu'il avait eu des peines inouïes à y faire ses premiers pas. A cette
époque, il était déjà professeur adjoint de solfège au Conservatoire,
comme l'avait été ce Cazot, son ancien mtîlre, et, pour suspendre
ses fonctions, sans perdre son titre, il se munit d'un congé. Pendant
son séjour en Italie, en Allemagne, s'il ne montra pas pour le travail
une ardeur excessive , il ne resta pas non plus oisif. A Naples, il
écrivit trois airs de ballet pour le théâtre San Carlo, et trois canzo.
nette en dialecte napohtain, qu'il dédia à l'une de vos sœurs.
En 1822, à Vienne, il composa une ouverture h grand orchestre,
un psaume à grand orchestre et à deux chœurs, et le finale d'un
grand opéra italien : Marco Cursio. A Rome, il s'était lié avec Ros-
sini. A Vienne, il avait entrevu Beethoven, et c'était assurément l'un
des avantages les plus grands qu'il eût retirés de son voyage.
En revenant à Paris, il lui arrive ce qui arriva à tous les lauréats
de Rome: pendant son absence, les ténèbres un instant dissipées par
l'éclat d'une couronne académique , s'étaient refaites autour de lui.
Le nom d'Halévy vous devait alors tout son lustre, à vous, notre ad-
miration et notre envie; vous que la célébrité avait visitée sur les
bancs du collège, qui déjà traduisiez si bien en vers français les odes
d'Horace, etdont les journaux vantaient si justement le talent précoce!
Votre frère ne pouvait mieux faire que de chercher en vous son Mé-
cène et de vous demander un poëme, cette chose introuvable et
pourtant indi.spensable à tout musicien. Grâce à vous, un vétéran de
rOpéra-Comique, M. Vial, auteur d'Aline, des Deux Jaloux et autres
pièces connues, lui confia un petit acte, le Jaloux et le Méfiant, dont
il écrivit rapidement la partition, mais les regards tournés vers une
scène plus élevée, plus vaste, qu'il affectionnait surtout. Pour celte
scène, deux collaborateurs, dont M. Patin, aujourd'hui de l'Académie
française, faisait partie, écrivirent, à son intention, un Pygmalion;
vous-même, en société avec Arnould, déjà l'associé de M. Patin, vous
lui prépariez un Erosirale, en trois actes, dont la musique , comme
celle de Pygmalion, ne sortit jamais des limbes où dorment tant
d'œuvres qui ont coûté de si grands efforts.
Parmi les phénomènes les plus intéressants de la mémoire, je n'en
connais pas de plus curieux que la promptitude et la ténacité avec
lesquelles s'y gravent certains noms qu'on entend prononcer, sans en
comprendre, sans en pressentir toute la valeur et l'importance.
Aujourd'hui encore, je dirais sans me tromper, sans hésiter, le jour,
l'heure, l'endroit où pour la première fois les noms de Rossini , de
Walter Scott, de Lamartine, de Balzac et de bien d'autres frappèrent mon
oreille. Il en est ainsi de certaines physionomies, que l'on retrouve
avec facilité, comme dans un miroir rétrospectif. Savez -vous, mon
cher Léon, où, pour la première fois, je rencontrai votre frère, le fu-
tur auteur de la Juive et de l'Eclair, que, je dois en convenir, je
regardai fort indifféremment ? C'est dans le salon de M. Villemain,
l'illustre écrivain, où, devant un nombreux auditoire, par l'organe de
M. de Saint-Georges, votre ami, et depuis le nôtre, vous lisiez une
comédie en trois actes. El comment la mère de notre hôte, Mme Vil-
lemain, me désigna-t-elle votre frère ? « Ah ! dit-elle, c'est le musi-
cien : il donne des leçons chez Mme de Duras. » La désignation
était exacte, mais à quelque temps de là, on eût pu la trouver bien
inconvenante, ou du moins bien incomplète. Cependant la physiono-
mie de votre frère me demeura présente, et je la vois encore telle
qu'elle était alors, comme si plus de trente années ne fussent inter-
venues depuis ce moment.
Enfin, l'heure propice finit par sonner pour le jeune compositeur
en quête de ce poëme tant recherché, tant désiré. Le théâtre de
rOpéra-Comique vivait sous les lois d'un vieil auteur de mélodra-
mes , M. Guilbert-Pixérécourt , qui avait joui du titre de Corneille
dans un genre dont M. Caignez passait pour le Racine. Halévy n'avait
pas manqué de faire sa cour, avec toute l'adresse dont il était ca-
pable, à cet autocrate redoutable et redouté, arbitre souverain de son
avenir, de sa vie. Un soir, il le trouva dans un salon, chez Boieldieu,
je pense : l'autocrate jouait au whist et le destin lui souriait. Il sou-
rit au jeune artiste, et lui dit: « Venez me voir demain matin, je
crois que j'ai votre affaire. » Halévy fut ponctuel , et M. Guilbert-
Pixérécourt lui remit le manuscrit d'une pièce en un acte, dont l'au-
teur était M. de Saint-Georges, déjà nommé. Cette pièce avait pour
titre l'Artisan, la musique en fut lestement^ écrite, et la première re-
présentation ne se fit pas attendre. Il y eut succès, mais un de ces
succès plus profitables au poète et au musicien qu'au théâtre. Le di-
recteur rencontrant votre frère le lendemain, lui dit du ton le plus
agréable : « Je suis content, très- content; je jouerai votre pièce qua-
torze fois. » Et en effet, il ne la joua pas davantage. Pourquoi qua-
torze et non pas quinze ? Y avait-il dans le nombre fixé quelque
chose de cabalistique ? On comprend que le jeune compositeur ne
fut pas assez téméraire pour le demander.
Il faut tout noter dans l'histoire d'un artiste, les bonnes fortunes
comme les déceptions. Le soir même de son premier succès, Halévy
eut une chance encore plus rare, de nos jours surtout. Il y avait
dans la salle un éditeur, un jeune homme, qui commençait le com-
merce de musique avec une hardiesse égale à son intelligence. A la
chute du rideau, l'éditeur monta sur le théâtre, et dit au composi-
teur, qui reçut le coup à bout portant : « Monsieur, voulez-vous me
vendre votre partition ? — Comment donc? mais de tout mon cœur. —
Eh bien , je vous la paie 1,000 francs. Tenez, les voilà, mais c'est
à condition que vous me vendrez d'avance vos six premiers ouvrages
en un acte, au même prix? — J'accepte. » Et le marché fut con-
clu. L'éditeur, que quelques-uns ont nommé déjà, était M. Mau-
rice Schlesinger, qui acheta plus tard aussi, Ludovic, la Juive, l'E-
DE PAKIS.
01
clair, Guido, la Heine de Chypre, Charles VI, et qui avait deviné
tout cela dans l'Artisan; c'était avoir la vue assez fine !
Désormais, Halévy pouvait travailler avec confiance : il comptait un
succès ; il avait un théâtre, et, qui plus est, un éditeur!
Edouard MONNAIS.
( La suite prochainement.
THÉÂTRE IMPËRIU DE L'OPËRÀ.
Dëbut de M. Villaret.
Le début du ténor Villaret a eu lieu vendredi dans Guillaume Tell.
On sait que, professant le métier de brasseur dans le Midi, il faisait
partie d'une société chorale ; le hasard mit le célèbre avocat Nogent
Saint-Laurent à même de l'entendre, et ce fut lui qui le signala à
l'attention du directeur de l'Opéra. Mandé à Paris, il a travaillé
avec beaucoup de zèle et de persévérance sous la direction de
M. Vauthrot et, devenu mûr pour la scène, il s'est produit dans le
rôle d'Arnold, qu'on a jugé le plus propre à faire valoir les moyens
du néophyte. On ne s'est point trompé, et dès les premières phra-
ses de son récitatif, il avait conquis toutes les sympathies de la salle.
En effet, la voix de M. Villaret se distingue tout d'abord par
un timbre extrêmement flatteur; elle est en même temps sonore,
douce , harmonieuse ; l'émission en est juste , le son sort sans
effort et monte de même jusqu'aux notes les plus élevées, et ce
n'est pas un des moindres charmes de cet organe qui ne laisse aucune
inquiétude au spectateur, en même temps qu'il ne trahit aucune
peine, aucune fatigue de la pari du chanteur.
Ces qualités se sont manifestées dans l'air O Mathilde ,
idole de mon âme, qu'il a dit avec une suivilé et pourtant avec une
plénitude de son qui ont soulevé des bravos unanimes. Le duo avec
Mme Vandenheuvel-Duprez au deuxième acte, n'a fait que confirmer
cette première impression, et le succès de M. Villaret a été couronné
par l'admirable air Asile héréditaire, dans lequel Duprez n'a point
jusqu'à présent trouvé de rival ; l'andante en a été dit avec un sen-
timent exquis, et l'allégro très-vaillamment attaqué par le chanteur,
qui, dans le fameux Suivez-moi, écueil des imitateurs de Duprez , a
fait entendre Yiit de poitrine avec une facilité remarquable. Aussi
n'étaient ce plus des applaudissements d'encouragement prodigués à
M. Villaret, mais bien les bravos et les acclamations accordés à l'ar-
tiste qui a conquis de longue date la faveur du public.
Jamais, peut-être, Mme Vandenheuvel n'avait chanté avec une
semblable perfection le rôle de Mathilde. La romance : Sombres fo-
rêts a été détaillée, nuancée d'une façon inimitable. Fauro tient
magistralement le rôle de Guillaume Tell, et il y a eu de très-beaux
élans. En définitive, nous croyons que la direction de l'Opéra a
mis la main sur un sujet qui lui fera honneur. Sans être très-jeune,
M. Villaret est dans la force de l'âge, sa taille, sans être fort élevée,
est bien proportionnée, les épaules larges et le thorax bien développé.
Si l'on fait la part de l'émotion d'un premier et si solennel début,
le maintien de M. Villaret n'a pas été gauche, et il se mettra prompte-
rnent à l'aise ; c'est de même à cette émotion bien naturelle qu'il faut
attribuer quelques défauts de respiration, et la brièveté de pronon-
ciation de quelques syllabes désinentes ; mais ces imperfections dis-
paraîtront bientôt lorsqu'il se sera familiarisé avec la scène et avec le
public.
S. D,
AUDITIONS MUSICALES.
dTosepIi Romano. — Unie Coriae de Eiaigl. — Cieorgc!*
dacobi. — Camille Saint-iliaëns. — Mlle C. Remanry.
— aime Gulbert-Jung. — BIme Siarvady. — M. Ten
Briak. — UUe IVîltaelmine Belïa de liauuay. —
lime Clara iSctanmann.
La semaine dernière, dans les salons Erard, Joseph Romano, com-
positeur et organiste de talent, a exécuté divers morceaux de lui
fort bien faits et fort bien conduits. Cet artiste a le charme qu'ont
en général les musiciens italiens, et il phrase avec beaucoup de goiit.
Ses arrangements sur Robert le Diable et sur le Stabat de Rossini
annoncent une plume exercée ; ils sont écrits avec soin , avec art ;
ils sont brillants, sans toutefois enlever à l'harmonium son plus grand
mérite, qui, on l'oublie trop souvent, est, non de pouvoir rivaliser de
brio avec le piano, mais de pouvoir mieux chanter et mieux nuancer
le son : aussi les mélodies de Meyerbeer et de Rossini ont-elles eu,
sous les doigts de M. Romano, toute leur puissance et toute leur va-
riété. Par le mélange heureux des deux instruments, elles unis-
saient, cette fois, des sonorités diverses et rappelaient les émotions
délicieuses qu'elles font goûter ailleurs.
— Mme Corinne de Luigi a donné l'autre soir, à l'hôtel du Louvre,
une soirée musicale et littéraire dans laquelle elle a dit plusieurs
morceaux de Rossini. L'art, la méthode et le goût de la cantatrice
perçaient malgré les défaillances de sa voix, que paralysait une in-
disposition. Les instrumentistes ont eu le beau rôle. Dans quelques
fragments du beau concerto de Mendeissohn et dans la fantaisie d'A-
lard sur la Fille du régiment, le jeu brillant et expressif du jeune
violoniste Bauerkeller a fait un vif plaisir. Mme Dreyfus et M. Au-
guste Mey se sont fait applaudir aussi : l'une, avec des morceaux sur
la Muette Ql sur Lucie; l'autre, avec sa jolie fantaisie sur Diane de
Solanges, opéra du duc de Saxe-Gobourg-Gotha.
— itfardi, pendant qu'à la salle Pleyel-Woff M. Charles Lamoureux
interprétait Mozart et un très-beau concerto de Rode de manière à se
placer définitivement parmi les meilleurs solistes sortis du Conserva-
toire, si fécond pourtant en violonistes remarquables ; pendant qu'à
la salle Erard on applaudissait M. Hugo, Herman dont le talent fin,
élégant et expressif a été bien des fois apprécié cet hiver, notam-
mant à une soirée donnée sous le patronage de Mmes Rouland, du-
chesse Tascher de la Pagerie, Paulin Talabot, de Mouzay, etc., au
profit des ouvriers rouennais, M. G. Jacobi obtenait à la salle Herz
un véritable succès. Le public lui a fait un chaleureux accueil, bien
justifié par la grâce et la légèreté de son archet, par la pureté et le
brio de son exécution. En jouant un difficile concerto de R. Kreut-
zer, il a développé tout à son aise les qualités sérieuses qu'il pos-
sède ; en disant des pages plus légères, telles que la Fantaisie bal-
let de Bériot, et les Variations de Vieuxtemps sur un thème original,
il a prouvé que son style avait de la souplesse, et qu'il se prêtait
également bien à l'interprétation des œuvres sérieuses et à celle des
productions qui se contentent d'être délicates et gracieuses, ambition
assez haute, on en conviendra, et à laquelle bien des fantaisies
semblent avoir renoncé. Nous dirions bien que Mlle Joséphine Martin
a partagé avec M. Georges Jacobi les honneurs de la soirée; mais,
outre que cette formule a peut-être déjà trop servi, elle est, en vé-
rité, tout à fait insuffisante pour donner une idée de la sévère cor-
rection, de la haute intelligence, du goût irréprochable qui, on le
sait, distinguent le talent de l'excellente pianiste.
— Il est assez malaisé de parler de M. Camille Saint-Saens. Pour
notre part, nous ne cherchons pas à le dissimuler, cela nous embar-
92
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
rasse fort. Pianiste, il a un très-beau lalent gâté par une sécheresse
d'autant plus regrettable qu'elle semble presque volontaire, tant il
s'y mêle parfois de délicatesse et de fini ; compositeur, il a un incon-
testable mérite de style, obscurci à chaque instant par des idées
vieillottes, par une hésitation évidente entre les formes d'autrefois,
celles d'aujourd'hui et même, souvent, celles de demain : Bach et
Wagner sont confondus et forment un tout qui ne satisfait complète-
ment personne.
La semaine dernière, dans les salons Pleyel-Wolff, M. Camille
Saint-Saens a fait exécuter, entre autres morceaux de sa composi-
tion, une symphonie en ré qu'on entendait pour la première fois et
qui a été bien dite par un bon orchestre. Il y a toujours infiniment
de lalent dans les ouvrages de M. de Saint-Saens ; mais, tantôt,
comme dans cette symphonie, le style fugué, une concision exagérée,
une instrumentation un peu vide (et oii est prodiguée cette puérile
antithèse de la flûte et du hautbois, dialoguant avec la masse des
instruments), ne laissent que trop voir la pauvreté de l'invention
première ; tantôt comme dans son concerto pour violon, — joué l'au-
tre soir par M. White avec une supériorité digne d'éloges — des
développements trop longs, des harmonies plus correctes que belles,
enlèvent toute proportion à l'œuvre et cachent complètement l'idée
mélodique. Mais, dira-t-on, y a-t-il des idées mélodiques dans la
musique de M. de Saint-Saens ? Oui, il y en a ; pas en profusion
assurément, mais, enfin, dans ses concertos, par exemple, on en
trouve. Malheureusement, avec sa crainte d'être commun, son amour
du détail et de la couleur, l'auteur précipite bientôt ses thèmes dans
un flot dHniitations, de canons, où ils disparaissent tout à fait, pressés
et étouffés sous une forme qui manque d'air et de naturel, sous une
harmonie trop serrée, sous un réseau de dissonances, de cadences
évitées, qui fait perdre de vue la tonalité et qui déroute l'oreille.
Cette monotonie des surprises et des coquetteries ne vaut pas mieux
que l'autre. En somme, tous ceux qui connaissent les difficultés du
style symphonique, accordent largement à M. Saint-Saens presque
tous les genres de mérite que donne l'étude ; quant à la grâce et à
l'abondance mélodique, c'est tout autre chose. M. Camille Saint-Saens
est encore assez jeune pour s'apercevoir un jour que, s'il est bon
d'avoir passé par l'école, d'y avoir puisé le savoir et l'érudition,
il est bon aussi de secouer un peu tout cela et de se réchauffer
l'âme au contact de tout ce qui est libre, vivant et passionné.
— Parmi les soirées données dans les salons Erard , celle de
Mlle Caroline Remaury a été l'une des plus charmantes. Mlle Remaury
est une jeune et brillante élève de M. Félix Lecouppey ; elle a fait
de notables progrès. Son jeu , très-énergique au besoin , n'exagère
cependant jamais la pensée du compositeur; il évite les oppositions
violentes et se garde de certains effets d'enflure, si chers à plus d'une
école. Il n'a pas encore toute la liberté, toute la spontanéité des ta-
lents vraiment originaux et complets, mais il est ferme , pur et dis-
tingué. Après avoir exécuté des œuvres de Bach , de Haydn , de Ra-
meau, de Mendelssohn , Mlle Remaury a parfaitement triomphé des
difficultés de la sonate en ré mineur de Beethoven, et en a fait jaillir
le véritable esprit, la noble grandeur, les grâces fougueuses et en-
traînantes. Mlle Remaury dédaigne, et nous l'en félicitons, toute es-
pèce d'affectation; elle a dit simplement et d'une façon ravissante un
rigodon de Dardanvs, transcrit par M. F. Lecouppey, un nocturne
de Chopin et une valse de Slephen Heller. Ce dernier morceau a été
bissé et méritait tout à fait un pareil accueil. L'ampleur, la largeur,'
les beaux sons, en un mot toutes les hautes et grandes qualités de
Henri Vieuxtemps ont été déployées par lui dans sa Fantasia appas-
sionata et ont ravi les auditeurs.
■— Les concerts avec orchestre sont nombreux cette année. Grâce
à ce puissant auxiliaire, Mme Guibert-.Iung, à sa soirée donnée salle
Herz, nous a rendu dans toute leur richesse le caprice en si mineur
de Mendelssohn et un fort beau concerto de Charles de Meyer. Chez
Mme Guibprt-Jung on ne remarque pas ce divorce malheureux entre
la délicatesse et la puissance : l'une et l'autre se touchent, se re-
joignent et donnent à son style beaucoup de variété. Le septuor de
Lucie, transcrit par Liszt, et deux jolies compositions de M. Mar-
montel, joués par l'habile pianiste, ont été très-goûtés. En interpré-
tant un Adagio et Rondo militaire de Servais, fantaisie remplie de
mélodies colorées, de traits difficiles et brillants, M. Jules Deswert a
recueilli de nombreux bravos, Un des plus grands succès de la soirée
a été pour M. Jean Machiels, qui a dit avec une grande supériorité
un solo de clarinette de Bender.
— Rien ne manque à Mme Szarvady pour interpréter les œuvres
des maîtres : ni la conviction, ni les fortes études, ni un mécanisme
excellent, ni l'amour éclairé et désintéressé du beau. A sa seconde
séance, donnée lundi dans les salons Pleyel-Wolfî, Mme Szarvady a
d'abord, avec MM. Maurin et Chevillard , exécuté un superbe trio de
Beethoven. Là, elle n'avait rien à redouter : la beauté reconnue de
l'œuvre, le talent éprouvé des interprètes, répondaient du succès et
assuraient une victoire ; mais avec Mme Schumann, elle a joué deux
morceaux à quatre mains de Schumann, et le public , qui appréciait
très-bien cette attention délicate, cet hommage rendu à un musicien
éminent quelquefois, mais très-inégal et très-obscur souvent, le public
se demandait s'il ne paierait pas tous les frais de cette courtoisie fé-
minine (la plus savante et la plus gracieuse de toutes les courtoisies
sans contredit). Hâtons-nous de constater que ses craintes ont été
vite dissipées. Les deux grandes virtuoses ont fait assaut de talent,
ont rivalisé de verve, de délicatesse, et le compositeur a eu aussi sa
bonne part dans les bravos enthousiastes de l'auditoire.
— Un jeune musicien hollandais, M. TenBrink, a fait entendre di-
manche divers morceaux sérieux de sa composition, entre autres un
quatuor et des fragments de plusieurs trios. M. Ten Brink est plein
détalent, mais qu'est-ce que le talent sans l'inspiration? Nous ne sa-
vons pas au juste ce qu'est aujourd'hui, dans la patrie de Paul Potter,
l'art hollandais ; mais ce que nous savons, c'est que dans ce pays,
comme dans bien d'autres, beaucoup déjeunes auteurs oublient com-
plètement la mélodie.
La forme c'est beaucoup, nous ne l'ignorons pas; toutefois, lors-
qu'elle est seule, c'est fort peu de chose ; et la musique qui n'offre
que cet intérêt est rangée dans le pire de tous les genres, genre
que nous nous abstiendrons de nommer. M. Ten Brink est un bril-
lant pianiste, plus énergique que délicat. Ses fragments de trios et
son quatuor attestent du savoir et ne manquent pas de détails ingé-
nieux ; seulement ils n'ont aucun caractère , aucune physionomie
propre.
Trois solistes des plus distingués, MM. Charles Lamoureux, Nabich
et Jules Lasserre, ont été chaleureusement accueillis dans ce concert
— Mlle Wilhelmiue Belin de Launay appartient à cette race d'ar-
tistes trèS' distingués qui vivent volontiers dans le passé et y trou-
vent, mieux que dans le présent , l'ex^iression de leurs sentiments
délicats et élevés : aussi est-ce Mozart que la jeune pianiste comprend
le mieux. Quoiqu'elle ait bien dit l'air de Grâcel de Robert, si habi-
lement transcrit par Emile Prudent, qu'elle se soit efforcée, non sans
succès, d'atteindre au pathétique répandu dans cette mélodieuse ins-
piration ; quoiqu'elle ait mieux dit encore un ravissant andante de
Hummel, c'est en jouant, avec Alard, un thème varié de Mozart, et,
seule, les adorables variations du même maître sur fJson dormait
dans un bocage, que Mlle W. Belin de Launay a fait le plus applaudir
la grâce, la clarté et le charme de son talent.
Les marques d'admiration n'ont manqué ni à Alard ni à, Badiali,
et, bien des fois, la fantaisie sur la Muette, exécutée par l'un, et
l'air du Barbier, chanté par l'autre, ont été interrompus par les ac-
clamations enthousiastes de l'auditoire.
DE PARIS.
93
Mlle Desnoyers porte un nom honorable et bien connu dans le
inonde des lettres; elle a chanté de façon à faire espérer qu'elle le
portera dignement dans le monde musical. La romanre de Marie
Stuart, qui demande, non une habileté de vocalisation que Mlle Des-
noyers ne possède pas encore, mais une sensibilité et un gDÙt qu'elle
possède déjà, a été phrasée par la jeune cantatrice avec une re-
marquable expression.
— Le public parisien n'a nulle rancune ; l'autre soir, chez Erard,
il a applaudi le beau quintette en mi bémol de Schumann, absolu-
ment comme si ce maître ne lui eût jamais fait passer d'assez mau-
vais moments. Est-il besoin de dire que cette œuvre est de tout point
délicieuse? A quoi bon? Il y a longtemps déjà que MM. Armingaud,
Jacquard, Lalo, Mas, Lubeck ou Mme Massart nous en ont révélé tout
le prix; il vaut donc mieux ajouter que Mme Schumann a obtenu, à
son second concert, plus de succès encore qu'à son premier. L'émi-
nente pianiste ne s'est interdit ni les fugues de Bach, ni bien d'autres
choses bien austères ; mais ce quintette, un admirable duo de Mozart
à deux pianos, un air de Lulli chanté par Mme Viardot, ont fait
éprouver à tous un véritable plaisir.
Adolphe BOTTE.
NOUVELLES.
**, La représentation de la Muette de Portici donnée dimanche au
théâtre impérial de l'Opéra a produit plus de 10,000 francs de recette.
On ne se lasse pas d'entendre cette admirable partition d'Auber qui
semble aujourd'hui toute nouvelle, et dont le succès actuel surpasse
celui qu'elle obtint dans l'origine. Lundi l'on a joué, pour la troisième
fois, la Mule de Pedro avec la Vivandière. L'opéra de Victor Massé gagne
à chaque audition. Mercredi, la Mueile a de nouveau rempli la salle, et
vendredi une grande affluenoe de spectateurs assistait au début du ténor
Yillaret, dans Guillaume Tell.
*** Le théâtre de l'Opéra-iJomique a repris, le semaine dernière, avec
beaucoup de succès les Diamants de la Courcnne. Mlle Marimon a été
fort applaudie dans le rôle de la Catarina. — Ou remonte Uaydée pour
Achard, qui remplira le rôle de Lorédau.
„*^ TamberHck est toujours fort beau dans Poliuto. Les dernières re-
présentations de cet ouvrage lui ont été complètement favorables, et
nous voudrions pouvoir en dire autant d'un Bullo in maschera, mais le
genre léger ne lui convient pas à beaucoup près autant que le genre
grave. Sa voix n'a rien de ce que demande un badlnage élégaut, facile,
et sa physionomie est comme sa voix. Pour la première fois de la saison,
Mlle Saint-Urbain reparaissait sur la scène dans le rôle d'Amelia. Nous
n'avons trouvé nul changement dans sa personne ni dans son talent.
C'est toujours une jolie femme, qui joue et chante sans émotion , sans
effet. Délie Sedie et Mlle Marie Battu ont seuls été applaudis et bissés.
On a redemandé au chanteur VEri tu, à la cantatrice, le Saper vorreste,
et on les a remerciés de leur complaisance à les redire par de nou-
veaux applaudissements. On regrette que i\llle Trebelli ait été condam-
née à remplir le rôle insignifiant de la devineresse.
,1,*^ A l'un des derniers concerts des Tuilerie.;, Sa Majesté l'Impéra-
trice a témoigné à MM. Delle-Sedie et Zucchini, chargés du rôle des
bravi dans Stradella, le regret que l'interruption des représentations de
l'opéra de Flotow ne lui permît pas de l'entendre.
^*» La première représentation, très-procliaiue, des Peines d'amour
perdues {Cosi fan lutlc)^ offrira un attrait de plus à la curiosité, par le
début de M. Léon Duprez, fils du célèbre ténor, frère de Mme Vanden-
heuvel, qui a bien voulu, en présence des indispositions qui retardent
l'ouvrage, se metéterminé par la forme don-
née aux développements de l'idée, plus encore que par l'intensité des
sonorités. On confond souvent le bruit avec la force : M. Fétis n'a pas
commis cette méprise. L'allégro, qui s'enchaîne avec l'introduction, est
d'une énergie et d'une chaleur entraînantes. Le motif de Vandantino est
plein de charme; le sentiment se manifeste pleinement dans sa con-
DE PARIS.
95
ception, et toutes les ressources de l'art apparaissent dans la manière
dont il est traité, dans la diversité des aspects par lesquels lo font pas-
ser les combinaisons instrumentales. Ce morceau montre l'heureuse al-
liance de l'art et du sentiment. On la retrouve également dans la Fan-
tasia d'inUrinczzo, inspiration vraiment originale, de cette originalité qui
ne sent point le parti pris, mais surgit spontanément. Le finale, qui dé-
bute de la manière la plus neuve, la plus itattendue, agit sur l'audi-
toire comme une force magnétique, par une vigueur et un mouvement
irrésistibles. Il faudrait plus d'une audition pour pouvoir saisir et ana-
lyser une pareille œuvre dans tous ses détails ; mais on en embrasse de
prime abord les beautés dans leur ensemble, et les chaleureuses accla-
mations du public ont prouvé à l'auteur qu'elles avaient été comprises.
^*^ Carhruhe. — La première représentation du Roi Enziu, opéra en
quatre actes, musique d'Abert, vient d'avoir lieu ici avec un succès qui
dépasse encore celui que l'ouvrage avait obtenu à Stuttgard et à Mann-
heim. Tous les morceaux ont été applaudis, le compositeur et les ar-
tistes rappelés après chaque acte; un délicieux duo d'amour a été bissé
au second. Après la chute du rideau, le grand-duc et la grande-duchesse
ont fait demander le compositeur dans leur loge pour le féliciter. Le Roi
Enzio sera joué plusieurs fois de suite, et notamment le 28 mars, pour
les grandes fêtes qui seront célébr'ies à l'occasion de l'arrivée du frère
du grand-duc avec sa jeune épouse, la fille du duc de Leuohtenberg.
,^*,j Vienne. — Mlle Adelina Patti a obtenu un nouveau triomphe dans
le rôle de Norine ; elle y a été vraiment admirable au double point de
vue du chant et du jeu. 11 y a là plus que du talent, il y a un art
consommé, rehaussé par les grâces et la fraîcheur de la jeunesse. Don
Pasquale, qui n'avait jamais pu prendre à Vienne, y est maintenant en
grande faveur, grâce à l'enchanteresse qui a su donner à cette partition
un charme tout nouveau. Giuglini a fait merveille dans le rôle d'Er-
nesto : c'est sans contredit un des meilleurs ténors italiens actuels.
Mlle Patti, ainsi que les autres artistes qui jouaient dans la pièce, ont eu
fréquemment les honneurs du rappel. LL. MM. l'empereur et l'im-
pératrice, les archiducs et les archiduchesses de la famille impériale,
assistent avec la plus gracieuse bienveillance aux représentations de
Mlle Patti; et la loge impériale a bien souvent donné le signal des plus
sympathiques applaudissements, répétés avec empressement par toute la
salle. Le portrait de Mlle Patti, peint par Winterhalter, est exposé
dans un des foyers du théâtre ; on paie 1 franc pour le voir, et le pro-
duit de cette exposition est donné aux pauvres.
,1,*^ Dresde. — La troisième représentation de Feramor (Lalla-Rookk),
opéra de Rubinstein, a eu lieu en présence d'une brillante et nombreuse
société. M. Schnorr de Carolsfeld (Féramor) s'est surpassé; il a eu plu-
sieurs fois les honneurs du rappel, ainsi que les autres artistes chargés
des principaux rôles.
„*^ Berlin. — Le 10 mars, Sivori a donné son concert d'adieux , à la
salle Kroll, qui était comble. Sivori est le lion de la saison: depuis
longtemps virtuose n'a eu ici un pareil succès. — Au profit des orphe-
linats catholiques, la duchesse d'Ujest, la comtesse Redern et d'autres
dames appartenant aux plus hautes classes de la Société, ont organisé
un concert, dans lequel se sont fait entendre la baronne Schauroth,
Mlle Artot, Sivori, etc.
„,*« Oporto. — Le succès de l'opéra de M. Novaynlio, Béatrice di Portogallo,
a été immense; tous les morceaux ont donné lieu aux plus bruyantes
acclamations et aux rappels réitérés des artistes. Mlle Stella, le ténor Bi-
gnardi, Buti et Marinozzi.qui, d'ailleurs, ont fait vaillamment leur devoir.
L'auteur, violoniste distingué et chef d'orchestre, assistait à la représen-
tation et a été l'objet de manifestations empressées.
"Voici la liste des concerts annoncés jusqu'à la fin de mars :
22 mars. Salle Ilerz. Concert de Mlle Hélène de Katow, violoncelliste, avec
le concours de Mlles Fortuna et Léontine Boulard,
de MM. Jules Lefort , Fortuna et Malvez , pour la
partie vocale; de Mlle Mallet et de MM. Sighicelli
et A. Lebeau, pour la partie instrumentale.
24 — Salons Pleyel-Wolff. Dernière séance de musique de chambre
donnée par M. Ch. Lamoureux.
24 — Salons Erard. Soirée musicale de MM. Binfieîd frères, avec
Mlle Binfield, MM. Accursi, Sabattier, Borelli, Poën-
cet, Hurand, Mlles Perelli, Lind et Arohaimbaud.
25 — Salons Pleyel-Wolff. Cinquième séance de musique de chambre
de MM. Armingaud, Jacquard, Lalo et Maas, avec le
concours de M. Lubeck.
25 — Salle Herz. Concert de Mme Ernest-Bertrand, avec le concours
de Henri Vieuxtemps, MJI. Bussine et Pagans.
26 — Salons Pleyel. Concert de M. Greive, auteur de l'opéra la Neu
vaine de la Chandeleur, avec le concours de MM. Ar-
mingaud, Jacquard, Lalo, Lubeck, A. Mortier et
Mlle Levietti; audition de plusieurs nouvelles com-
positions de M. Greive.
28 — Salons Erard. Soirée de Mme Theresa Wartel : 1« partie,
musique de chambre; 2« partie, Antipathie, co-
médie de Mme Wartel.
30 — Salons Erard. Concert de M. Dombrowski , audition de ses
nouvelles compositions, avec le concours de Mlle As-
tieri et de M.VI. Jules Desvaert et Michotte
31 — Salle Herz. Concert du tromboniste Nabich, avec le concours
de Mme Szarwady, Mlle Lindo, de Londres, MM. Mau-
rin, Chevillaid, Viguier et Sabatier.
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8. Couplets (sopr.) : Ouf! quel métier qw. d'élre femme ... 3 »
10. Cbanson à boire chantée par Mme Ugalde : Chantons fEs-
pagne 4 50
10 bis. La même, transposée deux tous plus haut 4 50
10 ter. La même, transposée un ton plus haut 4 50
1 1 . Causerie Chantée par Mme Ugalde : Ah ! quel repas sans
égal , 3 »
12. Romance: C^était pendant la mascarade 3 »
PREMIER ACTE.
2. Romance chantée par Mme Dgalde : Sans aimer, ah I peut-
on vivre ? 2 50
3. COHiilets (sopr.): Ce sont d'étranges personnages 3 »
3 bis, Daetto : Et maintenant il faut que je uous dise 5 »
4 . Air de la Bavarde : C'est bien reconnu 6 »
5. Clianson de l'alcade: Partout on chercherait en vain .... 3 »
6. Duo bouffe: Quel bavard insupportable T 50
7 bis. ConpI<>ts des créanciers : Sur ma mule il trotte, il trotte. 3 »
MUSARD. — Suite de Valses, arrangée pour le Piano par Desgranges, 6 fr.
Quadrille par ARBATV pour le Piano 4 50 | Pollia par MARX pour le Piano k »
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30^ /Innée.
!\° 13.
ON S'ABONNE 1
Dana les Déportements et à l'Étranger, chez tous
les Marchands de Musique, les libraires, et aux
Purcaui des Messageries et des Postes,
REVUE
2» Mars 1863.
PRIS DE L'ABONNEMENT:
Paris 24fr.parQn
Départements, Belgique et Suisse..., 30 » id.
Étranger 3* " ^^'
Le Journal paraît le Dimiiache.
GAZETTE MUSICALE
j\pj\f\s\s\rjvj\. —
SOMMAIRE. — F. Halévy; Souvenirs d'un ami pour joindre à ceux d'un frère ; à
M. Léon Halévy (2" article), par Edouard lUonuaïs. — Société des concerts,
par Eiéon Oarocher. — Avant-dernier concert populaire de musique classi-
que. — Festival annuel donné par Arban. — Concert de la loge maçonnique
des Frëres-Unis-Inséparables, par jtdolphe Botte. — Nouvelles et annonces.
F. HALÉVY.
Souvenirs d'an ami ponr joindre h ceux d'un frèrn.
A. M. LÉON HALÉVY,
(2= article) (1).
La première étape de votre illustre frère dans la carrière théâ-
trale, ce fut donc l'Artisan, joué en 1827 ; la seconde, il la fit avec
le Dilettante d'Avignon, donné en 1829, et pour ce petit ouvrage il
avait deux collaborateurs, Hoffmann et vous. Le célèbre auteur de
Sratonice et des Rendez-vous bourgeois s'était amusé à crayonner un
canevas en quelques scènes dans le genre de V Imprésario, dont la
musique est de Mozart ; rajeunie et polie par vos soins, celle baga-
telle posthume fournit à votre frère un de ces thèmes excellents,
parce qu'on les traite absolument sans conséquence. On n'avait pas
encore épuisé la grande question de savoir laquelle valait mieux de
la musique française ou de la musique italienne, et sur nos théâtres
on aimait toujours à rire aux dépens de ceux qui préféraient la der-
nière. Du reste, pour se moquer de la musique italienne, il fallait la
parodier, l'imiter plus ou moins, et l'on ne saurait dire combien de
fois cette obligation a servi nos compositeurs. Halévy profita aussi
de la circonstance : un rayon de soleil illumina son style, devenu
tout à coup plus franc, plus libre, plus hardi. La popularité s'empara
du charmant chœur : vioe Vllaiiel et l'on sentit la main du maître,
qui, pour se révéler, n'a besoin que d'un prétexte, dans le trio
si savamment jeté sur les vers de Mallebranche : Il fait en ce beau
jour le plus beaii, temps dumonde, etc., poésie fameuse, à laquelle
s'enlaçait la non moins fameuse mélodie de Malbrough.
Du théâtre Italien, où votre frère avait été nommé accompagnateur
et chef du chant en 1826, il passa, en 1829, au grand Opéra pour
y remplir les mêmes fonctions, mais nulle part il ne devait s'y bor-
ner : son mérite en élargissait bientôt la sphère. Au théâtre Italien,
(1) Voir le n" 12.
où il avait remplacé Hérold, il fut admis à écrire un ouvrage en
trois actes, Clari, et jugé dig-ne d'avoir Mme Malibran pour
interprète. Au grand Opéra , où il se trouvait à côté d'Hérold,
presque dès son entrée, il composa la musique d'un ballet, Manon
Lescaut, puis la partie lyrique d'un autre ballet, la Tentation, où il
y avait des chœurs pleins de verve. Dans le même temps, il avait
donné successivement à l'Opéra-Comique plusieurs petits ouvrages :
le Roi et le Batelier, la Langue musicale, les Souvenirs de Labeur •
il avait écrit la musique dUldla, ouvrage en trois actes, mis en répé-
tition, mais non représenté par suite d'événements politiques. De tous
ces travaux, par lesquels il achevait de se former, de se préparer à
des œuvres plus hautes et plus heureuses, aucun ne lui avait con-
quis la position à laquelle l'appelait sa nature d'élite. Hé.'-old vint à
mourir, le lendemain d'un triomphe ; l'auteur du ï>ré aux Clercs lais-
sait une partition à peine ébauchée, celle de Ludovic :\& choix qu'on
fit d'Halévy pour la terminer fut à la fois un honneur et une jus-
tice. Nul autre n'était plus capable que lui de remplir la mission
qu'on lui confiait, mais en le déclarant publiquement, on l'apprenait
à beaucoup de gens, qui ne s'en doutaient guère; on devançait la pos-
térité, en mettant sur la même ligne Hérold et Halévy. Ce fut là,
selon moi, la troisième étape de cette existence si laborieuse, si
féconde, à laq-uelle nous avons assisté de si près ; la quatrième et
dernière, parce qu'elle conduisit votre frère à son but, et ne lui
laissa plus d'autre souci que celui de rester égal à lui-même, vous le
savez aussi bien que moi, et chacun le sait comme nous, c'est la
Juive.
La .luive fut composée à cette heure solennelle où l'artiste sent
que la bataille décisive va se livrer , que l'occasion de vaincre se
présente aussi belle que possible, et que, sur sa tête, il est con-
damné à ne pas la manquer. Comme le dit M. Beulé, dans son éloge
académique , on est alors forcé de faire un chef-d'œuvre, et il
ajoute : « Halévy sentait le danger et n'en était que plus enflammé.
Ceux qui l'ont vu de près â celte époque étaient frappés de son
exaltation : il avait tantôt cette lièvre salutaire, tantôt ces abattements
féconds, douleurs de l'enfantement intellectuel, sans lesquels ne
naissent point les belles choses. 11 était malade et il avait peur de
mourir, non point à la façon des âmes pusillanimes ou troublées par
la superstition, mais à la façon des âmes éprises de la gloire: il
avait peur de mourir avant que son œuvre fût achevée et son nom
sauvé de l'oubli. » Tel était. en traits généraux l'élat moral, dont
les détails racontés par Halévy lui-même avaient quelque chose d'ef-
frayant et parfois aussi de comique. Un grain de la folie du Tasse,
doutant du sort de sa Jérusalem, se retrouvait au fond de ces agita-
98
REVUE ET GAZETTE MUSICALZETTE MUSICALE
Louis XV, enuuyé des froides vertus de la reine, trouvait dans l'il-
lustre maison de Nesle
Ce troupeau de jouvencelles
Toutes jeunes, toutes belles,
Que Sedaine enferma un peu plus tard dans le « jardin » du sultan
Saladin. Gentil Bernard, on le reconnaîtra, savait prendre l'air de la
cour aussi bien que son prédécesseur Quinault, et n'était pas moins
fade que lui, ni moins plat.
Quoi qu'il en soit, cette seconde partie du menuet, devenu mor-
ceau de chant, et disposée comme la première : solo de haute-contre,
répété à trois voix par les Arts et les Plaisirs. Ce n'est pas ce qui se
fait aujourd'hui, et nous devons faire observer encore que Rameau
a pris la peine d'indiquer dans sa partition des alternatives de doux
et de fort dont le chœur et l'orchestre du Conservatoire ne tiennent
aucun compte. Ces messieurs sont fort habiles , et sans doute ils
n'ont pas tort. Mais Rameau, qui est d'un avis contraire au leur,
n'était pas non plus le premier venu, et l'on peut supposer à la rigueur
qu'il avait aussi ses raisons. Malheureusement pour lui , il n'est pas
là pour les faire valoir. Vœ victis !
LÉON DUROCHER.
Avant-tlernier Concert iiopiilaire de Slasiqne
classique.
Nous touchons au terme de la seconde saison remplie par ces con-
certs, dont le succès toujours croissant a quelque chose de si imprévu,
de si extraordinaire. Pas une seule fois, la foule n'a cessé de s'y
porter avec ardeur, avec enthousiasme. De son côté, M. Pasdeloup
a eu l'art de justifier la faveur qu'il avait tout d'abord conquise : on
ne pouvait lui demander rien de plus ni poifr la richesse et la va-
riété des programmes, ni pour les mérites de l'exécution. Au concert
de dimanche dernier, l'ouverture de Struensée, déjà entendue pen-
dant l'autre saison, a été dite de nouveau par un orchestre bien ini-
tié à la grandeur du chef-d'œuvre. Ce drame instrumental si ma-
jestueux, si noble au début, si passionné dans ses phases diverses,
d'une énergie si entraînante au dénoûment , qu'on voudrait con-
naître entièrement à Paris comme en Allemagne, s'est déroulé avec
une précision chaleureuse, qui n'a laissé dans l'ombre aucjne des
beautés d'ordre si élevé. C'est le triomphe d'un chef d'orchestre que
la conduite habile et heureuse d'une telle œuvre, qui dépasse toutes
les proportions communes. La symphonie en fa de Beethoven, le
Songe d'une nuit d'été de Mendelssohn, n'ont pas été rendus avec une
perfection moindre, ni applaudis moins unanimement. M.Lancien, qui
tient si dignement le premier violon, s'est distingué comme soliste,
en jouant très-purement l'allégro du concerto en ré mineur de
Kreutzer. Il est bon de rendre ainsi hommage aux éminentes qua-
lités d'une école. Les camarades de M. Lancien ont compris que
l'hommage s'adressait à eux aussi bien qu'à lui.
Festival annuel donné par Arlian.
Arban est aussi un artiste, dont nous nous honorons à plus d'un
titre. Chaque année, dans les salons du Casino, il nous donne un spé-
cimen des progrès qu'il sait commander à son orchestre. Et d'abord,
comme chacun sait, il prêche d'exemple : il est le premier des solistes
sur son instrument : il tire du cornet à pistons des sons qui
foraient envie à la voix humaine. Comme compositeur il arrange
des fantaisies dans lesquelles il résume avec une habileté sans égale
des opéras entiers. L'autre soir il a voulu nous montrer qu'il pouvait,
I lui aussi, s'élever au niveau des plus grands maîtres. Il a dirigé l'exé-
I cution de la fameuse marche à double orchestre composée par
Meyerbeer pour le couronnement du roi de Prusse et qu'on entendait
pour la première fois à Paris. Rien n'y a manqué, ni la vigueur, ni
la chaleur, ni l'éclat. Les voûtes du Casino ont dû être quelque peu
surprises de retentir d'un morceau digne d'un palais ou d'un temple,
mais l'ensemble n'en a pas moins profondément saisi tout cet audi-
toire qu'on aurait pu croire plus profane. Sans revenir sur l'œuvre
même dont nous avons apprécié en détail toutes les beautés, nous
pouvons dire qu' Arban n'a eu qu'à se féliciter de son initiative, et
que ce magnifique morceau n'a pas produit un effet moins grandiose
ici qu'en Allemagne et en Angleterre.
Rendons justice à l'essai d'un jeune musicien, M. Jean Conte, lau-
réat de l'Institut, qui, dans une espèce de symphonie pittoresque, a
retracé le tableau du Carnaval à Rome. Ce sont les souvenirs de son
voyage dans la ville éternelle, qu'il a réunis avec un talent mûri par
de solides études. Il y a de la musique et de la musique bien faite dans
son tableau sonore, et l'auteur d'une telle esquisse mérite assurément
d'obtenir un libretlo d'opéra.
C'est purement et simplement un chef-d'œuvre du genre que la
grande fantaisie d' Arban sur la Muette de Portiez : nous lui décer-
nons le prix sans conteste, et nous ne doutons pas de l'assentiment
qui confirmera notre sentence, partout oîi la fantaisie sera jouée,
deux ,ou trois fois plutôt qu'une. Pour finir, distribuons en
bloc nos éloges à M. Demersseman, le flûtiste admirable, à M. Lal-
liet, le hautbois, à M. Isidore Lévy, le violon, et aux Enfants de Lu-
ièce, qui, sous la direction de M. Gaubert, chantent si bien le beau
chœur du Songe d'une nuit d'été.
P. S.
Concert de la loge maçonnlciue deis Frères-Unis-
Inséparables.
Si nous tenons à faire mention de la matinée musicale annuelle
que la loge maçonnique tes Frères-Unis Inséparables vient de donner
dans la belle salle du Grand-Orient, c'est d'abord que T'excellence
du programme nous y autorise, car nous y voyons figurer des noms
éminents, tels que ceux de Mme Viardot, Naudin, Délie Sedie; ensuite
cette loge, cette réunion d'hommes de bien, compte dans son sein bon
nombre de musiciens, parmi lesquels nous rencontrons un nom illustre.
Plusieurs exécutants même étaient revêtus de leurs insignes maçon-
niques, — et il ne tiendra qu'à Mme Viardot, si l'année prochaine,
elle veut encore une fois prêter son précieux concours aux Frères-
Unis-Inséparables, de s'en revêtir également, car la loge, dans la der-
nière séance, lui a voté à l'unanimité son bijou d'honneur. Pareille
distinction maçonnique exceptionnelle avait été décernée, l'année
dernière, à Mme Cabel.
Si aux noms déjà cités nous ajoutons ceux de MM. Dorus et de
son élève Taffauel, MM. Jancourt, Ravina, Triebert et Mlle Anna
Whitty, élève de Mme Viardot, et qui fait le plus grand honneur à
son éminent professeur, nous aurons signalé ce concert comme un
des plus beaux auxquels nous ayons assisté. Tous les artistes y ont
d'ailleurs recueilli chacun leur part des applaudissements chaleu-
reux d'un auditoire d'élite, et en dehors de leur talent ces applau-
dissements leur étaient bien dus pour leur généreux empressement
à seconder celte œuvre éminemment, bienfaisante et humanitaire.
Grâce à leur noble désintéressement sept nouveaux orphelins vont
retrouver une famille, car c'est au profit de son patronage spécial
des orphelins que la recette du concert a été appliquée par la loge,
déduction faite d'une certaine somme destinée à l'Association des ar-
tistes musiciens. Le zèle déployé pour obtenir ce beau résultat par
M. Aronssohn, président de la loge, et la haute bienveillance du grand
DE PARIS.
101
maître de la maçonnerie française, S. Exe. le maréchal Magnan,
membre de la loge des Frères-Vnis-lnséparables, sont au-dessus de
tout éloge.
Adolphe BOTTE.
Le défaut d'espace nous oblige à ajourner le compte rendu des
concerts de la semaine.
NOUVELLES.
**^ Le théâtre impérial de l'Opéra a donné lundi la Muette; mer-
credi, GuUlawme Tell ; vendredi , en mémoire d'Halévy mort il y a un
an, la Juive, et samedi, par extraordinaire, Guillaume Tell.
^*.jg Rarement on avait vu représentation plus splendide à l'Opéra que
celle de samedi dernier, donnée au bénéfice de Mme Furraris. La recette
a dépassé 12,000 francs, quoique les prix n'eussent pas été augmentés.
Le comte Walevvsky avait envoyé 300 francs pour sa loge. Ce n'étaient
pas seulement LL. MM. l'Empereur et l'Impératrice, S. A. le prince Na-
poléon, la comtesse Walewslca, la princesse de Metternicli , la princesse
Poniatovi'ska, la baronne de Rotlischild , les comtesses d'Hahn et de
Pourtalès, en un mot tout ce que Paris possède de plus haute aristo-
cratie; mais encore toutes les célébrités artistiques de la danse et des
théâtres, qui avaient voulu faire leurs adieux k cette étoile de la danse
s'envolant vers d'autres horizons. Quoique le spectacle ait fini à près d'une
heure du matin, personne, àcomraencerpar la famille impériale, n'a voulu
se retirer avant la chute du rideau. D'ailleurs iMme Ferraris avait com-
posé sa représentation d'éléments bien faits pour retenir le public , et
sans parler d'elle, qui s'est surpassée, Mme Gueymard et Cazaux dans un
acte d'/lfces/e ; Gueymard, Mlle Sax et Mme Duprez dans le second acte
de la Juive; M. et Mme Gueymard dans le quatrième acte des Hugue-
nots; tous rivalisant de talent dans ces chefs-d'œuvre n'ont cessé de
captiver l'attention et de provoquer les applaudissements. Mme Ferraris
avait choisi pour sa part le ballet de Graziosa, augmenté d'un grand pas
nouveau pour elle et Chapuy, et le premier tableau de l'Etoile de Mes-
sine. Graziosa est un des triomphes de la célèbre danseuse ; jamais elle
n'y avait prodigué tant de grâce et de légèreté, et l'on eût dit que pour
VEloile de Messine elle avait réservé de même dans cette dernière soirée
toutes les ressources de son talent. Aussi a-t-elle dû éprouver une sa-
tisfaction mêlée d'orgueil en présence de l'ovation que lui faisait cette
foule enthousiaste, traduisant par des acclamations et une pluie de fleurs
ses regrets de la voir partir. L'Empereur avait voulu donner aussi à
Mme Ferraris un témoignage de sa sympathie. Pendant le deuxième ta-
bleau à.\'iLeste, M. le comte Bacciocchi est monté dans sa loge et lui a
remis, de la part de Sa Majesté , une magnifique paire de boucles d'o-
reilles en émeraude, entourées de diamants, dont elle s'est empressée
de se parer.
.^*^ La direction de l'Opéra vient d'engager pour le 1=' septembre
une danseuse d'une grande réputation, Mme Amina Boschetti. Elle a
créé plusieurs rôles importants sur les grandes scènes de l'Italie, dans
les ballets de Rota et de Borri. On la dit surtout très-remarquable
comme mime.
^,*^: Le succès du ténor Villaret s'est pleinement confirmé à son se-
cond début. On a donné hier samedi, par extraordinaire, une troisième
représentation de Guillaume Tell. — Les réparations de la salle qui sera
fermée toute la semaine sainte, vont commencer immédiatement.
^*^ C'est vraisemblablement dans la semaine de Pâques que sera re-
présenté l'opéra de MM. Sardou et Vaucorbeil. Une première répétition
générale a eu lieu cette semaine et fait bien augurer de l'ouvrage. —
Le début de Mlle Girard, nouvellement engagée, aura lieu au mois de
juin. — Mme Galli-Marié viendra au mois de mai prendre possession de
son emploi. — On prépare la reprise de la Chanteuse voilée de y. Massé,
avec Capoul, Gourdin et, Mlle Marimon.
»** Mlle Girard quitte le théâtre Lyrique; elle vient de signer un
engagement avec la direction de l'Opéra-Comique.
^*^ Par arrêté du ministre d'Etat, en date du 25 mars, M. Bagier a été
nommé directeur du théâtre impérial Italien, à panir du 1"' mai pro-
chain. M. Bagier prend le théâtre sans soubvention. Il doit ouvrir le
I''"' octobre.
^*.^ Le théâtre Italien donne aujourd'hui Otello avec Tamberlick et
Mme Frezzolini.— Samedi de la semaine dernière, à la représentation
d'un Ballo in maschcra, des manifestations peu bienveillantes et en de-
hors des habitudes du public distingué du théâtre Italien, se sont pro-
duites contre l'illustre chanteur qui, par suite d'un retard dans l'arri-
vée de la musique militaire nécessaire pour la scène du bal, avait sup-
primé une partie du récitatif et l'air qui précèdent. De là des signes de
mécontentement qui auraient cessé de suite, si M. Tamberlick avait pris
la peine de faire expliquer par le régisseur la cause de cette suppression.
^*^ L'un des artistes les plus distingués du théâtre Italien de .Saint-
Pétersbourg, et l'un des plus célèbres barytons de l'Italie, M. Debassini,
s'est décidé à paraître sur notre scène italienne dans deux de ses prin-
cipaux rôles, celui de don Alfonso de Luoresia Borgia et de Bon Giovanni.
Hier soir le théâtre Italien a donné à cet effet le deuxième acte de
l'opéra de Donizetti, et nous reparlerons dans notre prochain numéro de
ce remarquable début.— luo-ezm Borgia était précédée des deuxième et
troisième actes de StraJella.
^*,. Une indisposition de Mlle Battu a forcé de changer jeudi dernier
la reiDrésentation du théâtre Italien et de substituer le Barbier à l'opéra
annoncé : Cosi fan tulle. Mlle Volpini, qui vient de Barcelone, rempla-
cera à partir du I»'' avril Mlle Battu, qui part pour Londres.
^% Mme Miolan-Carvalho, avant son départ pour Marseille, a con-
senti à paraître encore une dernière fois dans son beau rôle de Mar-
guerite. Demain lundi, irrévocablement, dernière représentation de
Faust.
^*^ Mlle Marie Battu partie 2 avril pour Londres, où elle est engagée
pour toute la saison au théâtre Covent-Garden. La Muette de Portici est
le premier opéra qu'elle y chantera. Elle se rendra le 15 août à Bade,
pour y jouer au nouveau théâtre l'opéra italien, et terminera la saison
par le grand concert donné pour les pauvres, à l'occasion de la fête du
grand duc, le 8 septembre, dans le salon Louis XV.
s'%. Les Bavards en sont à leur quarantième représentation, et le suc-
cès de ce charmant ouvrage d'Offenbach ne paraît pas près de faiblir.
Chaque soir la salle est comble, et l'on applaudit à la fois la musique,
les paroles, l'exécution, la mise en scène , les costumes et les décors ;
mais par-dessus tout Mme Ugalde, qui a rencontré dans cette pièce l'un
de ses plus beaux succès artistiques.
/, La célèbre cantatrice Mme Charton-Demeur est de retour de la
Havane, après y avoir brillamment accompli son engagement.
*** Au nombre des engagements faits par M. Gye pour le théâtre de
Covent-Garden, il faut citer celui de M. Paul Giorza en qua'ité de chef
d'orchestre pour les ballets.
*** On vient de reprendre, avec un très-grand succès, au théâtre de
Nantes, Charles VI, opéra d'Halévy.
^.*^ Voici l'état des recettes brutes qui ont été faites, pendant le mois
de février 1863, dans les établissements soumis à la perception du droit
des indigents :
r Théâtres impériaux subventionnés 592,197 31
2° Théâtres secondaires, de vaudevilles et petits spec-
tacles 1,052,525 95
3» Concerts, spectacles-concerts, cafés-concerts et
bals. 287,630 25
4° Curiosités diverses 8,967 »
Total 1,941,320 51
^Kf Aujourd'hui dimanche, à 2 heures, au cirque Napoléon, septième
concert populaire (le dernier de l'abonnement) de musique classique,
sous la direction de Pasdeloup : 1° Ouverture d'Euryanthe de Weber ;
2° symphonie en la de Beethoven; 3° allegretto un poco agilato de Men-
delsohn ; 4° andante et menuet de la symphonie en mi bémol de Mozart;
5° septuor de Beethoven, exécuté par MM. Auroux, Espeignet, Paquis
et tous les instruments à cordes.
^*^ L'Association des artistes musiciens a fait célébrer à l'église Notre-
Dame, mercredi dernier, 25 mars, une messe en musique , à l'occasion
de la fête de l'Annonciation. Les soli ont été chantés par MM. Bataille et
Laveissière, du théâtre Lyrique, et Caillou, ténor, élève de M. Bataille.
L'orphéon de M. Foulon et les élèves de la classe de chant de M. Bazm,
sous la direction de M. Prumier fils, ont chanté les chœurs avec un en-
semble remarquable. L'orgue d'accompagnement était tenu par M. Batiste.
Au graduel, Vieuxtemps a exécuté un adagio d'un de ses concertos, qui
a produit le plus grand effet. Rarement il a déployé plus de goût et
d'onction; rarement il a tenu davantage son auditoire sous le charme
de son archet magique. MM. Triebert, Boulu et Berthélemy, ont fait en-
tendre, sur le hautbois, un trio de Beethoven en artistes consommés.
La belle musique de la garde de Paris, conduite par son chef, M. Paulus,
outre la- messe, a exécuté la marche religieuse, avec accompagnement
de harpes , d'Ad. Adam , et le Noël du même compositeur. Elle s'est
montrée à la hauteur de sa réputation. N'oublions pas de payer un juste
tribut d'éloges aux artistes éminents chargés des parties de harpe. Leur
remarquable talent a ajouté un attrait de plus à cette fête, qui avait at-
tiré un grand concours d'étrangers et l'élite de la société parisienne.
*.^, Les soirées musicales qui ont lieu le samedi chez le préfet de la
Seine, sous la direction de Pasdeloup, continuent avec un grand éclat,
justifié par le choix des morceaux exécutés et par la valeur des artistes
invités. C'est ainsi que samedi dernier on a pu entendre 1 ouverture de
Zanetio, d'Auber; le duo de Semiramide, par Mme Alboni et Marchesi_;
le chœur des génies, d'Oôcron; les variations de l'.ode, par Mme AlDom,
l'allegretto-scherzando de la symphonie en fa, de Beethoven, une ana
du xvn« siècle, de Carissini, chantée par Marchesi ; la valse ûe taust,
avec chœurs de Gounod, et le brindisi de la Lucrezia, par Mme Alboni.
102
REVDE ET GAZETTE MUSICALE
Aussi ces réceptions sont-elles très-suivies par l'élite de la société pa-
risienne.
^** Les deux théâtres d'opéra italien à Londres se préparent à inau-
gurer leur saison musicale qui s'annonce cette année sous les auspices
les plus brillants. M. Mapleson, le directeur de Her majesiys théâtre, vient
de publier son programme, dans lequel nous remarquons les engage-
ments suivants : ténors : Giuglini, Allesandro Bettini, Fraschini, Baragli,
Geremia Bettini. Prime donne : Mmes Tiétjens, Artot, Rose de Ruda,
Kellogg, Piccolomini, Louise Michel, Alboni, Trebelli et Lemaire. Basnes
et barytons : Dalle Sedie, Santley, Fagotti, Tricca, Batagiolo, Bossi,
Vialetti, Bovere, Zucchini, Gassier. — L'orchestre sera, comme l'année
passée, dirigé par M. Arditi. Les étoiles du ballet seront Mmes Ferra-
ris, Pocchini et Beretta, qui danseront sous la direction de MM. Bota,
Borri et Diani. En dehors du répertoire de la dernière saison, qui se
composait du Barbiere, Gli Ugonotti, Nozzc. di Figaro, Oberon, Maria,
Rigoletto, Fidelio, Roberto il Diavolo, Norma, Trovatore, etc., on repré-
sentera pour la première fois Id Forza del destina, de Verdi, Faust, de
Gounod, Stradella, de Flotow, Nicolo de Lassi, de Schira, et les ballets
Blanchi e Negri, la Farfalletta et la Giocoliera. La saison s'ouvrira le
< 1 avril par II Trovatore.
*■- **»Dans l'espacedecinquante-deuxjoursSivori a jouédans septconcerts
à la Cour, deux grands concerts au grand Théâtre-Royal, deux concerts
de bienfaisance à l'Académie de chant, et dix concertsàlasalleKroll. Au
dernier concert de la Cour, qui a eu lieu le 22, S. M. le roi a fait re-
mettre à Sivory l'ordre de la Couronne et 4,000 francs en or. Le prince
royal y a ajouté un magnifique album relié. — Sivori vient de contracter
un nouvel engagement pour huit concerts au théâtre, et après les fêtes
de Pâques, il doit donner une nouvelle série de concerts à la salle Kroll,
et des séances de musique classique à l'Académie de chant.
**, Après la brillante campagne artistique qu'il vient de faire à, Nice
et dans le Midi de la France, l'éminent violoncelliste Nathan revient à
Paris où l'attendent de nouveaux succès.
s,** Aujourd'hui dimanche doit être exécutée au troisième concert du
Conservatoire de musique de Bruxelles, et sous la direction de M. Fé-
tis, la troisième symphonie à grand orchestre de Mme Farrenc.
^*^ Gustave Satter est en ce moment à Pesth, où il a donné une série
de concerts qui ont été très-suivis. A son retour à Vienne, vers le com -
mcucement d'avril, l'excellent pianiste y donnera son sixième concert,
au profit des pauvres.
»*s, Après le grand succès qu'il venait d'obtenir au Havre, l'infati-
gable Vieuxtems se rendait à Lille, où il était appelé pour jouer au
Cercle du Nord, et s'y faire applaudir avec enthousiasme; et aujourd'hui
il est à Bruxelles pour la seconde fois de l'hiver. — S. M. le Roi de Ha-
novre vient de lui envoyer la grande médaille en or du Mérite et Science
pour la dédicace de sa sonate d'alto et piano.
„,*„, M. Pasdeloup se propose d'inaugurer à son prochain concert
spirituel du vendredi saint, un chœur composé de cinq cents voix
d'homme et de femme, qu'il désignera sous le titre de Choral populaire
de musique classique, et qui complétera heureusement sa création
des concerts populaires. Le programme de ce premier concert spirituel
comprendra des chœurs du xvi% xvif, xvm'' et xix" siècles.
,j,** On parle beaucoup d'une soirée très-intéressante qui doit avoir
lieu mercredi chez Rossini, et dans laquelle l'illustre maestro fera exé-
cuter deux morceaux du Stabaf de Pergolèse, deux du Stabai d'Haydn,
deux du Stabat de Rossini. Vinflammalus du Stabat moderne sera chanté
par Giulia Grisi. Le duo des femmes sera exécuté par Mmes Ferranti
et Trebelli.
^*^ Un Stabat en musique de la composition de Maurice Bourges a été
exécuté vendredi dernier dans la chapelle des sœurs de Saint- Vincent,
rue Boutebrie. Cette œuvre, vraiment considérable sous tous les
rapports, se distingue non-seulement par l'élévation du caractère re-
ligieux, mais encore par le charme, l'élégance, l'abondance de la mé-
lodie aussi bien que par la richesse d'une harmonie colorée, toujours
appropriée à la dignité du texte sacré. L'exécution n'est pas restée au-
dessous du mérite de la partition. Il faut citer avec de grands éloges
l'admirable soprano de Mme Lagnier, si sonore, si entraînant ; la voix
suave et sympathique de Mme Tropo; le chant très-expressif de
Mlles Marquis et Gentilhomme; le ténor éclatant de M. Veillet; la basse
extraordinairement puissante de M. Rubbiani, enfin, et surtout la mé-
thode savante et magistrale de M. Portehaut, dont le style, empreint
d'une onction pénétrante, cause à l'église une irrésistible émotion.
^*t Le concert annuel de la Société des Concerts de chant classique,
fondée par M. Beaulieu, de Niort, correspondant de l'Institut, aura lieu
le H avril prochain. Un offertoire composé par Michel Haydn, et dont
la partition n'est pas même gravée en Allemagne, des fragments du
vingt-sixième psaume à trois voix de Marcello, un Ave verum corpus
inédit, d'Halévy, et des fragments du Paulus de Mendelssohn, figureront
sur le programme, et auront pour interprètes principaux Mme Vanden-
heuvel-Duprez et M. Eattaille. Nous aurons à donner quelques détails
sur les statuts qui viennent d'être adoptés pour garantir la perpétuité
d'une fondation qui intéresse si vivement l'art musical.
„% Dans son concert de vendredi le jeune pianiste Schœn a fait en-
tendre une charmante mazurka de sa composition {souvenir de Berlin),
qui a été particulièrement remarquée. La mélodie en est fort distin-
guée, le rhythme bien accentué, et nous la croyons réservée à un grand
succès.
*■** Dans les intervalles de travaux plus sérieux, M. Ch. Manry, dont
nous avons à plusieurs reprises signalé à nos lecteurs les compositions
religieuses, ne dédaigne pas de consacrer ses loisirs à des œuvres qui,
pour être plus légères, n'en ont pas moins de charme. De ce nombre sont
deux mélodies nouvelles pour piano : Une course au clocher et la Chan-
son du Berger, qui viennent de paraître et qui, malgré leur concision,
témoignent qu'elles émanent d'une plume ferme, habile et rompue aux
savantes combinaisons. Elles ne rappellent en rien la profusion de no-
tes, les sonorités éclatantes par lesquelles, si souvent, on cherche à
dissimuler l'absence de toute idée musicale. Ici, tout annonce au con-
traire un musicien accoutumé à écrire pour les voix et pour l'orchestre.
Ces petites pièces offrent parfois l'intérêt de trois ou quatre parties
réelles, traitées avec une aisance et un art remarquables. Les mélodies
ont assez de force et de fraîcheur pour se passer de tout ornement pa-
rasite; l'harmonie, malgré sa simplicité, trahit cependant, par quelques
modulations neuves et du plus bel effet, un artiste d'un goût sûr et dé-
licat. Il était difficile à M. Charles Manry, auquel on doit plusieurs
messes, de montrer d'une façon plus caractéristique la flexibilité de son
talent.
**:j Nous constations dans notre dernier numéro le succès obtenu à
Bruxelles par Mme Charlotte de Tiofensée; au second concert qu'elle y
a donné, et auquel assistait la famille royale, ce succès a été plus grand
encore, et après le concert, S. A. Mme la duchesse de Brabant, déro-
geant à l'étiquette, a daigné faire appeler l'éminente artiste pour la
féliciter sur son beau talent. Mme de Tiefensée, qui est d'ailleurs l'ob-
jet des plus grands éloges de la presse belge, n'avait pas reçu à la
Haye un accueil moins fliatteur; elle compte sous peu se rendre à
Paris.
^*:j Le nouvel air national anglais, God bless Ihe Prince of Wales, com-
posé par M. Brinley Richards pour les noces de H. R. H. le prince de
Galles avec H. R. H. la princesse Alexandrina de Danemark, a eu un si
beau succès en Angleterre que ses éditeurs, MM. R. Cocks et C", ont
fait présent au compositeur d'une bourse contenant 3,000 francs , et
d'une somme pareille à Sims Reeves, le célèbre ténor, qui l'avait chanté
aux fêtes du mariage. God bless the Prince of Wales a été chanté le même
jour dans chaque ville de l'Angleterre.
^*, Lundi dernier, cent cinquante ou deux cents personnes apparte-
nant au monde des lettres et des arts, étaient réunies dans les salons
de Mme Alexandre (Charlotte Dreyfus). Une soirée artistique qui, aurait
fait fortune à la salle Herz, avait été organisée par les soins de la gra-
cieuse maîtresse de la maison, qui est en même temps une de nos
grandes artistes. En voici le programme : l'air de talla Rookh et II
Bacio , admirablement chantés par Mme Oscar Comettant ; l'air de
Robin des Bois, que la belle Mme Bertini a dit à ravir ; un solo de violon
d'Alard, sur les motifs de la Muette, exécuté par M. Bauerkeller qui, der-
nièrement, a obtenu un si grand succès à l'hôtel du Louvre; Souvenirs de
Diane de Solange, composés et exécutés sur le piano par M. Auguste
Mey ; une fantaisie pour orgue, ainsi que le duo de Freyschutz , pour
orgue et piano, par Mme Dreyfus et M. A. Mey (ces deux morceaux
d'un grand effet), exécutés avec un art, un goût extrêmes, Mlle Dupont,
des Français, a dit des vers : Les deux chats et le voleur par humanité ;
Mme Armand, de l'Odéon, a récité l'Histoire d'uu sou, de Mme Anaïs
Ségàlas ; enfin, un proverbe d'Octave Feuillet, le Cheveu blanc, a été
interprété d'une manière remarquable par Mme Armand et M. Saint-
Germain, du Vaudeville, et a été accueilli par plusieurs salves d'ap-
plaudissements. Cette soirée, dont Mme Charlotte Dreyfus a fait les
honneurs avec tant de grâce et de charme, s'est prolongée fort avant
dans la nuit.
,t*,^ La quatrième livraison du Trésor des pianistes vient de paraître ;
elle contient deux recueils de six sonates chacun de Charles-Philippe-
Emmanuel Bach, et tout l'œuvre de Haendel pour le clavecin, précédé
d'une notice très-développée sur la vie et les diverses compositions de
ce grand musicien. Les douze sonates d'Emmanuel Bach peuvent être
classées au nombre de ses plus belles compositions.
^*^. S. M. le roi Victor-Emmanuel vient de conférer à M. le comte
Maximilien Graziani, qui s'est fait connaître par des compositions dis-
tinguées, une médaille d'argent grand module à l'effigie de Sa Majesté,
pour la marche triomphale Vltalia que M. Graziani lui avait dédiée. Cet
envoi était accompagné d'une lettre très-flatteuse de M. Nigra, ministre
de la maison du roi.
,,*,, On sait avec quelle libéralité M. de Mengoval met au service de
l'art musical la grande fortune dont il jouit. Le dernier concert de la
Société philharmonique de Douai, à l'organisation duquel il avait pré-
sidé, vient d'en offrir une nouvelle preuve. Mme Cabel, Hermann, l'é-
minent violoniste, Montaubry avaient été invités à lui prêter leur con-
cours, et le succès de ce concert a été complet. Hermann y a fait
admirer et chaleureusement applaudir son magnifique talent. De retour
DE PARIS.
103
à Paris, Hermann annonce un grand concert dans la salle Herz, pour
le 48 avril. On y entendra Ketterer, J. Lefort et Mme Cabel.
,*, S. Exe. M. le ministre d'Etat a réuni hier, dans une dernière séance,
la commission de la propriété littéraire et artistique. L'ensemble du
projet de loi a été adopté et va être immédiatement présenté à l'Empe-
reur, pour passer ensuite au conseil d'Etat. Ce projet, conçu sur les
bases les plus justes et les plus libérales, doit donner aux écri-
vains et aux artistes les satisfactions légitimes qu'ils réclament depuis
si longtemps.
,*» Nicole, le compositeur à qui nous devons Joconde, est mort en 1818,
à l'âge de quarante- trois ans. Il laissait alors un frère plus jeune
que lui d'une vingtaine d'années, et qui vient de mourir, le 23 de ce
mois, à Rouen. Ce frère, qui d'abord suivit la carrière militaire et qui,
sous le premier empire, avait atteint le grade d'officier, se voua ensuite
au théâtre comme artiste et comme directeur. Quoique son nom de fa-
mille fut celui d'Isouard, il se fit longtemps appeler Kicolo comme son
frère. Il était médaillé de Sainte-Hélène.
*** A Donau-Eschingen est mort, le 5 mars dernier, à l'âge de
soixante-deux ans, le musicien de la cour, Gall, un des vétérans de la
chapelle devenue célèbre sous la direction de Kalliwoda.
:(,** Musard va renouveler cet été au Pré-Catelan ses succès de l'an-
née dernière. L'administration municipale, désirant encourager cette en-
treprise vient de lui en continuer le privilège. Musard prépare déjà son
répertoire qui offrira tout d'abord à ses habitués l'ouverture-mar-
che de Meyerbeer, composée pour l'Exposition de Londres, et une valse
sur les Bavards, qu'on dit une des meilleures qu'il ait faites.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
^*,t Amiens, 25 mars. — Mme Nantier-Pidiée, MM. Léonard, Levassor
et Dunkler prenaient part au concert donné par la Société philharmo-
nique au profit des pauvres. Ce n'est pas la bonne volonté, mais la voix
qui a manqué à M. Achard pour y concourir aussi. L'ouverture de Gus-
tave, d'Auher, la symphonie en «« mineur de Beethoven et la fantaisie
d'Arban sur / Lombardi, supérieurement exécutées par l'orchestre sous
la direction de M. Lacoste, complétaient le programme. L'excellent vio-
loniste Léonard ne s'était pas fait entendre ici depuis sept ans, mais on
espère que désormais il ne mettra pas dans ses visites un si long inter-
valle.
,1,*^ Caën, 21 mars. — Sous ce titre, l'Amour d'un trombone, on a joué
avec succès un petit opéra, dont la musique est de M. de Croisilles, qui
a été longtemps président de la Société philharmonique et n'a cessé de
rendre des services aux artistes. Les heureuses mélodies de sa partition
se déroulent sur un bon tissu harmonique. Les paroles, ainsi que la mu-
sique, sont un produit du terroir.
,*^ Nice. -~ L'opéra de Marta voit chaque soir grandir son succès. A
l'une des dernières représentations, la Pozzi-Branznnti a excité un véri-
table enthousiasme dans la romance de laRose; on lui a jeté deux magni-
fiques bouquets de fleurs rares, noués avec de riches rubans ; le ténor
Corsi chante divinement, et sa romance lui a valu une véritable ovation.
Giotti et Ronconi, chacun de leur côté, ont également recueilli force
applaudissements.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
^*^ Bruxelles. — Le théâtre de la Monnaie nous offre tour à tour les
Diamants de la couronne, avec Mlle Monrose, qui chante maintenant très-
bien le rôle de Catarina, etMartha, dans lequel Jourdan, Perié, Mlles De-
maesen et Andrée luttent de talent et de succès.
^*^ Vienne. — Après Bon Pasquale, les Italiens ont donné II Barbiere;
Mlle Patti a été ravissante dans le rôle de Rosine. Nous ne dirons pas
que le succès de l'enchanteresse va croissant, cela n'est pas possible,
mais l'enthousiasme du public se maintient au même niveau. Dans
chaque nouveau rôle, son merveilleux talent se montre sous une face
nouvelle, mais toujours il charme, il séduit, il fascine. Le Barbiere sera
suivi de Lucia; Giuglini, qui doit partir incessamment pour Londres,
chantera le rôle d'Edgardo ; inutile d'ajouter que le rôle principal sera
chanté par Adelina Patti. Le dimanche des Rameaux elle se fera entendre
dans un concert que la société Concordia doit donner au Carlihcatcr, et
le dimanche de Pâques, dans une messe de Beranck, ancien professeur
de Strakosch. — Le troisième concert historique de M. L.-A. Zellner a
été des plus intéressants et des plus variés. On y a entendu deux chan-
sons de Thibaut, roi de Navarre (xm» siècle), chantées par M. Walter,
avec accompagnement de harpe, parZamarra; duo des Roses, par J.-J.
Rousseau; des morceaux à quatre voix, de Pierre Meïer, D. Becker,
M. Siebenhaar (tous les trois du xvii'' siècle), et de Robert Schumann,
chantés par Mlles Kraus et Prager^ par MM. Walter et Meyerhofer.
Musique instrumentale: sonate de P.-E. Bach; diverses compositions,
arrangées pour l'harmonium et exécutées par Zellner, qui a eu plusieurs
fois les honneurs du rappel. Enfin, airs de danse, tirés de Ferramor,
opéra de Rubinstein. Pendant la semaine sainte aura lieu au Carltheater
un concert dont le produit sera employé à décorer le tombeau de Bee-
thoven. On y exécutera la symphonie héroïque, illustrée par des ta-
bleaux vivants. — Mardi 24 mars, les Huguenots ont été représentés
avec un succès qui rappelle la première apparition de ce chef-d'œuvre
au théâtre de la Cour. Ander était en voix, et il a chanté le rôle de
Raoul de manière à électriser la salle. Celui de Marcel est un des plus
brillants du répertoire de Draxler. Les dames Liebhart et Krauss (Va-
lentine et Isabelle) se sont très-bien acquittées de leur tâche. Bref, la
soirée n'eût laissé rien k désirer, si la mise en scène avait répondu à
l'exécution.
,** Stuttijard. — Le théâtre de la Cour a donné une deuxième repré-
sentation de la Rose d'Erin, par Benedict. Le succès a été encore plus
brillant qu'à la première. C'est une œuvre musicale très-importante, et
qui ne tardera pas à faire le tour de l'Allemagne.
*■*,. Turin. — Nous avons eu cette semaine, au cercle des artistes,
une magnifique matinée musicale qui tirait surtout son éclat de la pré-
sence d'une des étoiles de la scène italienne, Emmy Lagrua. Elle a
chanté un grand air du Prophète, une barcarole, et avec le ténor Can-
toni, une légère pensée de Rossini : Mira la bianca luna. Il est inutile de
dire qu'elle a été accueillie par des applaudissements enthousiastes :
c'est pour les grands artistes que sont faites les ovations, celle-ci allait
donc tout droit à la grande cantatrice.
Voici la liste des concerts annoncés :
31 mars. Salle Herz. Concert du fameux tromboniste Nabich ; plusieurs
morceaux de sa composition, de Schumann, Mozart,
David , Bergson, etc. ; artistes : MM. Maurin, Chevil-
lard, Viguier et Sabatier; Mme Szarvvady, Mlle Lindo.
31 — Salons d'Erard. Concert de Mlle Marie Colin, avec le concours
d'Alard, Jacquard et Mme G. Comettant.
6 avril. Salle Pleyel-Wolff. Concert de M. et Mme Léop. Dancla, avec
le concours de Ch. Dancla, Archainbaud, B. Rie,
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dUUrLtlU Médaille de ■\"' classe, Exposition universelle 1853. Spé-
cialité de pianos pour l'exportation. — Cette maison a obtenu, depuis
1834, à toutes les Expositions, des récompenses méritées par l'excel-
lence de ses pianos droits, cordes obliques, dont la réputation est jus-
tement établie. Elle vient de mettre en vente un nouveau modèle de
piano droit, cordes obliques, grand format, extra, qui ne laisse rien à
désirer sous le rapport de la quantité et de la qualité du son.
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Xalexy (A.). Les Feuilles de la marguerite, six morceaux-oracle:
1. 11 m'aime! 3. Beaucoup! 5. A la folie!
2. Un peu! 4. Tendrement! 6. Pas du tout!
Chaque numéro séparé 4 »
L'ouvrage complet, broché IS >>
— Fouets et Grelots, grand galop brillant 7 50
— Id. à quatre mains 9 >>
iVatiisi (F.). La Première amitié, romance sans paroles .... 5 »
CHANi'S'. Prii marqné.
Bea-tlioven. Marguerite (poésie de Mme Valmjrc), chanson florale (2 t.) 2 50
Ficld (John). L'Oiseau, id. conversation .... 3 »
— Le Rêve à deux, id. romance 2 50
BCorenux (Ch.). L'Amour et l'Amitié ((aUian de Miilcvoyc), deux tons 2 50
Bonllard (V.). Fifres et clairons, polkas 3 »
— Turf-Polka 5 »
Talesy (A.). Bella Maria, polka 5 »
liO Corboilicr (Ch.). La Première Gerbe, valse 5 »
«luBSuno (A. -P.). La Fête au hameau (très-facile), quadrille. . Il 5o
1^'aclss (F.). Le Tourbillon, quadrille 4 50
BSat55i*iiE (fils.). Déesse, polka-mazurka 5 »
-1" médaille d'or
Exposition nationale françaisede 1849.
DÉCORATION DE LA lÉGION D'HONNEUR
Exposition de 18i9.
!<'<> nicdaillc d-ai-gcnt
Exposition nationale française de 18a!i.
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1'° médaille
Exposition nationale iKlge de 1841.
DÉCORATIOn DE LA COURONNE DE CHÊNE
de Hollande {l&ti5).
Orande médaille il'or
du Mérite de Prusse (1846).
Senle grancSe niétIaiiSe d'Iionneur à l'S)xiiosition uniTei'selis" de Paris (8 855). — SmSe grisude inédaille
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en 1841. — Prix d'honneur, médaille d'or, en 1843. — Médaille d'argent à l'Exposition de Paris, 1844. — MMjKtJUE par le gouvernement belge pour visiter
l'Exposition universelle de Londres, en 1851. — Exposition universelle de Paris, 1855, les pins belles pages du Rapport officiel, 27"»' Classe, pages 1835-1336. —
Exposition universelle de Londres, 1862, PRIZE MEDAL, avec cette mention : POUR EXCBl,l,E!«CE DE TOUTE ESPECE D'INSTRUMENTS DE CUIVRE.
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MÉDAILLE D'OR et Membre du CORPS SCIENTIFIQUIi DE L'HOTEL DE VILLE DE PARIS.
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BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS,
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1V° 14.
OIV S'ABONNE 1
Dans les Départements et à l'ËtraDger, chez tous
les Uarchanâs de Uusique, les Libraires, et aux
Purcaui des Messageries et des Postes.
REVUE
8 Awil 1863
PRIS DE L'ABONNEMENT:
Paris ■ 24 tr. par on
Départements, Belgique el Suisse..., 30 » id.
Étranger M " W-
11- Journal paraît le Dimanche.
GAZETTE IHUSIC
■^AA/ vaAA/\AAaa/v-
SOMMAIRE. — Théâtre impérial italien: début de Debassini; Oiello. —Théâ-
tre Lyrique : Peines d'amour perdues, opéra-comique en quatre actes, de
MM. Michel Carré et Jules Barbier, musique de Mozart, par liéon Dapocker.
— Concert donné par Jean Becker et Ed. de Hartog. — Auditions musicales,
par Adolphe Botte. — Revue des tliéàtres, par D. A. D. Saint-Yves.
— Nouvelles et annonces.
THÉÂTRE IMPÉRIAL ITALIEN.
Débat de Debassini. — Otetlo.
Samedi passé le spectacle se composait au théâtre Italien des deux
derniers actes de Stradella et du deuxième acte de Lucresia Borgia
dans lequel débutait M. Debassini, baryton du théâtre impérial de
Saint-Pétersbourg.
Les deux actes de l'opéra de Flotow ont reçu, comme aux pre-
mières représentations, un accueil tout à fait sympathique de la part
du public, qui a fait répéter les charmants couplets à boire des deux
bravi, et applaudi chaleureusement la ballade et le grand air du
troisième acte, délicieusement chantés par Naudin.
Debassini, de son côté, n'a qu'à se féliciter de la tentative qu'il
vient de faire. On a vite apprécié sa belle tenue en scène, la no-
blesse de sa démarche et la sobriété de son geste, qui dénotent un
artiste de la grande école. Dans cette lutte terrible de don Alfonso
et de Lucrezia, Debassini s'est montré excellent tragédien. En outre,
son organe est plein et' sonore, sa méthode excellente. Accoutumé
à chanter sur les grands théâtres de la Scala, de San-Carlo et de
Saint-Pétersbourg , il aurait même à modérer la portée de sa voix,
qui, dans les moments de passion, semble trop forte pour les dimen-
sions de la salle Ventadour. Très-applaudi après son grand air d'en-
trée, qu'il a dit d'une façon magistrale, il l'a été de nouveau à plu-
sieurs reprises et rappelé après le duo dans lequel Mme Penco l'a
fort bien secondé.
Debassini devait chanter Don Giovanni, mais le départ de plu-
sieurs des artistes pour Londres y a mis obstacle, et il a quitté Paris
pour se rendre en Italie. 11 est à regretter qu'on ne l'ait pas en-
tendu dans ce rôle qui, depuis Tamburini, n'a jamais été aussi bien
chanté que par lui.
Dimanche on a donné Otello pour la continuation des débuts de
Tamberlick. Nous constatons avec regret que la représentation n'a pas
été satisfaisante. Sans doute Tamberlick est toujours un grand artiste,
mais il faut bien avouer que, soit effet du temps, soit fatigue, sa voix
perd sensiblement. Aussi le public s'est-il montré très-froidjusqu'au fa-
meux duo /'î>a (Z'owe/-so qui a d'ailleurs produit son effet accoutumé et
dont le célèbre chanteur a dû répéter la seconde reprise. Quant à
Mme Frezzolini, qui chantait le rôle de Desdemona, pourquoi s'obstine-
t-elle à donner le spectacle afQigeant de l'agonie d'une voix qui fut
si belle' Quelle que soit l'excellence de sa méthode et la distinction de
son style, il n'y a ni méthode ni style qui tiennent quand l'instru-
ment fait défaut ! Dans la phrase si dramatique Se il padre m'aban-
dona, on a pu croire un instant qu'elle ne gravirait pas la gamme de
si à sol dièze écrite sur les paroles, et qu'après avoir atteint par des
ports de voix et des efforts réitérés la note culminante, elle ne pour-
rait plus redescendre sur l'octave ! En outre, nous défions quel-
que auditeur que ce soit d'avoir pu reconnaître dans la romance du
Saule telle qu'elle l'a chantée, le thème de Rossini ! Lorsqu'on en est
réduit à de pareils expédients pour chanter un rôle , le soin de sa
dignité et un peu de charité envers le public doivent engager à s'abs-
tenir. Mme Frezzolini est jeune encore ; elle possède plus que per-
sonne le sentiment et les secrets de son art, et une belle carrière lui
serait ouverte, celle du professorat, si elle voulait s'y livrer. Après
avoir brillé sur notre scène lyrique, Mme Damoreau-Cinti, en ensei-
gnant ce qu'elle savait si bien, a rendu d'immenses services. Mme Frez-
zolini serait, en l'imitant, certaine de recueillir des succès, qui, pour
être moins éclatants, n'en auraient pas moins de prix.
S. D.
THÉÂTRE LYRIQUE.
PEINES D'AIIOVR PERDUES,
Opéra-comique en quatre actes, imité de Shakspeare, de MM. Michel
Carré et Jules Barbier, musique de Cosi fan tutte, de Mozart.
(Premitre représentation le 31 mars.)
Quand cette œuvre charmante de Mozart, Cosi fan tutte, fut don-
née au théâtre Italien (novembre 1862), il n'y eut qu'un cri, dans le
public comme dans la presse, sur le mérite de la partition, et sur la
sottise du Ubretto. M. Carvalho, que le succès des Noces de Figaro
avait affriandé, crut voir dans la partition une nouvelle source de
fortune, et résolut de se l'approprier. Mais si au théâtre Italien on
trouve du plaisir à rire du Ubretto, l'on a coutume, sur les scènes
françaises, de prendre le poëme au sérieux. M. Carvalho en conclut
qu'il fallait garder la musique, et changer le poëme.
ÎS'aurait-il pas été plus simple de le prendre à corrections? La
406
revu!-; ta GAZlîtïE MUSICALE
pièce italienne est plate et impertinente parce que les deux amants,
qui entreprennent de mystifier leurs maîtresses , y réussissent. Fior-
diligi et Dorabella sont deux sottes qui ne peuvent inspirer aucun in-
térêt, el le pardon qui, au dénoûment, couvre leur infidélité, pardon
motivé sur ce que toutes les femmes se valent , est une dernière
impertinence plus grossière que toutes les autres. Mais si, au premier
acte, les deux sœurs découvraient le piège qui leur est tendu, si,
pour se venger et pour punir les insolents qui les outragent, elles
feignaient de s'y laisser prendre, alors les mystificateurs deviendraient
les mystifiés, le comte Alfonso perdrait son pari, el la pièce, dé
stupide qu'elle est, deviendrait immédiatement spirituelle et amu-
sante. 11 suffirait pour cela d'ajouter douze lignes au dialogue. N'é-
tait-ce pas plus [ court et moins hasardeux que d'essayer un mariage
forcé entre les deux génies les plus incompatibles? Et ne faut -il pas
avoir eu la main bien malheureuse pour choisir précisément, à cet
effet, le moins intéressant et le plus vide de tous les ouvrages du
poëte anglais?
Le commentateur Johnson, assez disposé, comme la plupart des
commentateurs, à vanter intrépidement tout ce que son auteur a pro-
duit, ne peut pourtant pas se faire complètement illusion sur les dé-
fauts de Loves labours lost. « Tous les éditeurs, dit-il, sont d'accord
pour censurer cette pièce, et plusieurs l'ont rejetée, comme indigne
de notre poëte. 11 faut avouer qu'il s'y trouve plus d'un passage mé-
diocre, puéril, vulgaire {mean, childish and vulgar).-» Il plaide seu-
lement la circonstance atténuante, et soutient qu'il s'y trouve, çà et
là, des traits de génie. Il y a, en effet, des vers très-brillants, el des
élans de lyrisme qui seraient plus à leur place dans un poëme que
dans une comédie. Mais on chercherait vainement un ouvrage drama-
tique 011 les caractères soient plus faux, l'action plus nulle el l'intérêt
plus languissant.
Il s'agit d'un Ferdinand, roi de Navarre, amoureux de la science,
et passionné à tel point pour l'étude qu'il a juré et fait jurer à ses
courtisans Biron, Dumaine el Longueville, de consacrer trois années
de suite au travail, et, pendant tout ce temps, nol to see a woman,
de ne pas voir une femme, de passer un jour par semaine sans man-
ger, et de ne dormir que trois heures sur vingt-quatre. La princesse
de France arrive sur ces entrefaites, chargée par le roi son père
d'une importante négociation. Ferdinand refuse de la recevoir dans
son palais, et lui permet seulement de séjourner dans son parc, avec
sa suite, sous des lentes. Il ne peut pourtant pas se dérober à la né-
cessité d'un entrelien, et une seule entrevue suffit pour le rendre
amoureux de la princesse. Ses trois favoris ne tiennent pas mieux
leur serment; ils trouvent auprès de la princesse trois filles d'hon-
neur qui mellenl en désarroi leur pauvre cervelle. La maladie, chez
tous les quatre, se manifeste par les mêmes symptômes, malgré la diffé-
rence des tempéraments, ce qui prouve que Shakspeare était plus poëte
que physiologiste : Ils font des vers à qui mieux mieux ; ils riment
des madrigaux, el quels madrigaux ! Tous quatre jouent à peu près
le même rôle, et font les mêmes sottises. La princesse el les trois
suivantes les bafouent de la même manière. C'est une lutte sans cesse
renouvelée de subtilités, de jeux de mots, de railleries sans finesse,
de plaisanteries fort peu altiques, entre quatre précieux et quatre
précieuses. Les précieux finissent par s'avouer vaincus et demander
grâce, c'est-à-dire mariage. Ils ne l'obtiennent qu'à la condition de faire
pénitence pendant un an el un jour. On voit que Xqmvs peines d'amour
ne sont pas aussi complètement perdues que le titre l'annonçait. Mais
rien au monde n'est plus froid que cette longue suite de scènes sans
situations, el de conversations alambiquées, qui n'intéressent ni l'es-
prit ni le cœur, et si l'auteur a eu pour bui d'amuser les honnêtes
gens, on peut dire que c'est lui qui a perdu sa peine.
Ce qui a donné à MM. Michel Carré et Jules Barbier l'idée de
substituer cette mauvaise pièce anglaise à la mauvaise pièce italienne,
c'est probablement que le roi de Navarre etses trois acolytes imaginent,
on ne voit pas trop dans quel but, de se présenter chez la princesse
déguisés en Moscovites, comme les deux amants de Cosi fan lutte
reviennent chez leurs soties maîtresses déguisés en gentilhommes al-
banais. D'ailleurs, ils n'ont eu garde de suivre trop fidèlement le pro-
gramme tracé par Shakspeare. Ils y ont introduit le faux empoison-
nement du libretto italien, ainsi que le faux médecin. Ils ont mis
seulement un duel fictif, et de faux coups d'épée à la place du poi-
son, et un page malin à la place de la soubrette effrontée. Au dé-
noûment le même page se présente en robe de devin, et débite nous
ne savons quelle prophétie sur les mêmes notes qiii Servent à Despina,
travestie en notaire, pour lire les contrats de mariage. Il estàremar"
quer que ces deux endroits où l'ouvrage français se rapproche de
l'italien sont justement ceux qui produisent l'effet le plus satisfaisant.
On devait s'y attendre, car c'est là qu'il y a le plus d'accord entre
les paroles et la musique. En effet, pourvu qu'on ne demande pas à
Mozart la verve bouffonne des compositeurs italiens, il exprime avec
une étonnante précision la situation, les sentiments et le caractère
des personnages. Il s'ensuit nécessairement que si l'on change les
personnages, les caractères et les situations, la musique n'a plus de
sens.
Nous n'en donnerons qu'un exemple, qUe nous tirerons du quin-
tette di scrivermi, ogni giorno giurami, vila mia, etc. Il commence
par des noies séparées par des silences, comme il convient à la si-
tuation de deux femmes éplorées dont les soupirs coupent la respi-
ration, dont les sanglots arrêtent la voix. Ce même quintette se
trouve au second acte des Peines d'amour, mais dans une situation
calme oîi personne ne pleure. Qu'en reste-t-il? Une mélodie char-
mante sans aucun doute, el un admirable tissu harmonique. Mais le
sens dramatique n'y étant plus, l'impression qu'en reçoit le specta-
teur est presque nulle : verba et voces, prœtereaque nihiî .
Nous n'insisterons pas davantage sur cet inconvénient à peu près
inévitable dans tous les pastiches ; c'est pour cela sans doute qu'au-
cun ne peut vivre. Déjà sous le premier Empire on avait ajouté la
musique de Cosi fan tulle à un poëme intitulé le Laboureur chinois.
Qui se souvient aujourd'hui du Laboureur chinois? L'héroïne princi-
pale y chantait le bel air : Per pietà, ben inio, perdona! sur ces vers,
dont il serait impossible de nommer l'auteur :
Au nœud secret qui nous engage
Qu'aurait-il donc à reprocher ?
J'aime son fils, mais son hommage,
Je l'ai reçu sans le chercher.
Ces paroles et celles qui suivent allaient beaucoup mieux à la mu-
sique, nous pouvons l'attester, que celles que Mme Cabel chante au-
jourd'hui au théâtre Lyrique. — Quel éditeur d'à présent serait ca-
pable de les retrouver? Oîi chercher la partition tout entière, et celle
de la Prise de Jéricho, et même peut-être celle des Mystères
d'isis?
Quand on rencontre un ouvrage ancien — nous parlons d'un ou-
vrage célèbre — le plus simple, à notre avis, comme le plus sur,
est de ne pas ambitionner la gloire de le perfectionner. Laissez-le tel
qu'il est, de grâce ! avec ses qualités et ses défauts. Ces défauts, si
grands qu'ils soient, ne l'ont pas fait mourir, puisque vous songez à
le reprendre. L'impertinence du libretto de Cosi fan lutte n'a pas
empêché celte partition charmante d'être, au théâtre Italien , le plus
grand succès de la saison. 11 est ce qu'il est, on le prend tel quel,
et l'on jouit de la musique en se moquant du signer poeta qui
ne vaut même pas la peine qu'on lui fasse son procès. La responsa-
bilité de ses inepties ne pèse sur aucun être vivant. Mais si le public
trouve votre arrangement mal réussi, êtes-vous sûr qu'il ne vous en
rendra pas responsable?
Nous n'avons pas besoin d'indiquer ici les beautés intrinsèques de
l'œuvre de Mozart. Elles sont connues, et personne, probablement, ne
les conteste depuis que la mort a brisé la plume du spirituel el pa-
DE PARIS.
107
radoxal dcrivain qui soutenait d'un air si résolu que « Mozart était
le premier des musiciens médiocres )>.Si la pièce à laquelle MM. Carré
et Barbier ont mis leur nom nous a paru froide, nous pouvons attes-
ter, en revanche, que la versification en est facile , élégante habi-
tuellement et parfois très-spirituelle, et que souvent ces messieurs ont
remplacé, par des traits ingénieux et fins, les lourdes plaisanteries de
leur original. Mme Faure chante le rôle de la princesse avec une
voix faible, mais beaucoup de grâce. Mme Cabel, au contraire, a plus
d'éclat et de puissance qu'elle n'en a jamais eu. On l'a vivement ap-
plaudie après l'air de Fiordiligi : Per pietà, dont nous parlions tout
à l'heure, et qui donne, plus qu'aucun autre peut-être, la mesure de
ses trois registres. Elle donne religieusement le texte écrit, sans se
permettre le moindre gropetto. C'est pousser le respect un peu trop
loin. Les maîtres du xvni° siècle comptaient sur l'imagination comme
sur le goût de leurs interprètes, et c'est pour cela que leurs parties
vocales sont si peu ornées. Si Mme Cabel tient à connaître le style de
Mozart, qu'elle se fasse jouer quelq^ues andanie de ses sonates de
piano, où il a tout écrit.
Mlle Girard est piquante et fine, comme toujours, dans le rôle du
page Papillon. M. Petit chante très -agréablement celui de Biron.
M. Wartel, BI, Guyot, M. Lesage, font valoir les leurs autant que
possible ; M. Léon Duprez, fils du grand chanteur qui nous a laissé
de si beaux souvenirs, débute dans le rôle du roi Ferdinand. 11 serait
difficile de chanter avec plus d'art, d'intelligence, et, pour tout dire
en un mot, de talent que M. Léon Duprez. Pourquoi faut-il que sa
voix chut! On l'a applaudi à trois reprises, après l'air en la
dont le public connaît si bien les paroles italiennes : Un' aura amo-
rosa, etc. On lui a fait répéter cette délicieuse cantilène, après quoi
on l'a applaudi plus fort qu'auparavant. S'il sait se faire écouter, et
si le public le trouve suÉSsamment fort de larynx, qu'avons-nous à
dire ? Rien, si ce n'est que les costumes comme les décors des Peines
d'amour ont un éclat, une magnificence dignes du grand Opéra, et
que M. P. Pascal, qui choisit et ajusta les morceaux de musique au
nouveau livret, s'est acquitté de cette tâche délicate avec autant de
goût que d'intelligence. Si la couleur, le ton général et les situations
des Peines d'amour ne se sont pas trouvés parfaitement semblables
à ceux de Cosi fan tutte, ce n'est pas sa faute.
LÉON DUROCHER.
COSCERT DONNE PAR JEAN BECKER ET ED. DE HARTOG.
Nous avions déjà plusieurs fois entendu M. J. Becker et apprécié
en lui l'artiste destiné à occuper une des premières places parmi les
maîtres de l'art du violon. Le dernier concert qu'il a donné chez
Herz, en compagnie de M. Ed. de Hartog, l'a encore élevé de beau-
coup dans notre estime , et nous croyons fermement que ceux qui
n'assistaient pas à cette soirée, ne peuvent se flatter de le bien con-
naître. Poursuivant la voie historique, oij il a fait une si brillante
entrée avec l'école italienne, le jeune virtuose abordait cette fois
l'école allemande, et, pour ainsi dire, l'épuisait d'un seul coup. Où
trouverait-on un autre violoniste capable d'exécuter, comme il l'a
fait, cette chaconne de J. Séb. Bach, pour violon seul, composée en
1730? Quel autre eût osé entreprendre ce long morceau, hérissé de
difficultés d'un genre si étrange pour nous, et dont tout le charme
consiste dans l'habileté avec laquelle l'artiste parvient à les vaincre?
J. Becker les a toutes vaincues, sans paraître avoir besoin d'effort.
Pendant plus de dix minutes, il nous a transportés dans un autre
siècle, dans un autre art que celui au milieu duquel nous vivons, et
il avait l'air de s'y trouver comme chez lui. Quelle facilité , quelle
assurance dans ces coups d'archet si compliqués, si ardus! Quelle
sûreté d'intonation ! quelle finesse de nuances ! L'allégro et l'adagio
du quatrième concerto de Spohr n'ont été pour lui qu'un repos et lui
ont servi de transition pour arriver à un scherzo de Ferdinand David,
c'est-à-dire à ce qu'il y a de plus hardi et de plus Oclatant dans
l'art moderne.
Eh bien ! J. Becker n'était encore qu'à la moitié de la tâche qu'il
s'était imposée. Il est rentré dans la lice en jouant un Concertstûck,
pour violon et orchestre, écrit à son intention par M. de Hartog.
Ensuite il a joué la troisième polonaise de Mayseder, l'un de ces mor-
ceaux populaires en naissant, mais d'une élégance et d'un brio tant
soit peu vulgaires. Enfin, comme pour faire contraste, il a terminé par
une fantaisie sur des thèmes hongrois, dans laquelle Ernst s'est complu
à résumer les excentricités , les coquetteries les plus recherchées du
style paganinien. Ainsi s'est achevé le tour de force , qui sans aucun
doute avait quelque chose de fabuleux, et pourtant ne semblait nulle-
ment avoir lassé le vigoureux athlète. Notez bien que la vigueur de
i. Becker ne se montre jamais ui sauvage ni rude ; que sou archet
conserve toujours la moelleuse douceur que l'on admirait en Viotti.et
qui faisait dire de lui : « C'est un archet de coton dirigé par un bras
d'Hercule. »
Dieu nous garde de rien ôter à la gloire des virtuoses dont le
talent se consacre uniquement à leurs propres œuvres, et qui nous
donnent de la personnalité autant et plus que parfois on n'en désire;
mais rendons pleine justice à ces rares artistes qui ne sont étran-
gers à aucun siècle, à aucun pays, à aucune école, et qui nous en
révèlent si généreusement les beautés ! Notre Baillot , qui avait bien
aussi son cachet individuel, excellait à ces initiations rétrospectives;
nous ne doutons pas qu'il n'eût franchement applaudi en M. J. Becker
un de ses plus dignes continuateurs et rivaux.
La charmante aubade de M. Ed. de Hartog ouvrait mélodieusement
et discrètement cet intéressant concert, où plusieurs scènes et canti-
lènes gracieuses du même compositeur ont été dites par Mlle de Taisy
et M. Grizy du grand Opéra. Les ritournelles et l'instrumentation de
ces divers morceaux sont remplies d'effets d'une distinction extrême;
on a surtout distingué l'Esclave, le Pécheur et Poëme d'amour,
comme dictés par une heureuse et poétique inspiration.
S. D,
AUDITIOISS inSICÂLES.
Deuxième concer* ac aime Mailcleïne «raever. —
A. Ciouffé. — Alexamlre Batla.
La seconde soirée donnée mardi par Mme Madeleine Graever
était une véritable solennité. De même qu'à la première , les salons
de l'hôtel du Louvre étaient à peine assez vastes pour contenir la
foule des dilettantes qui était là attentive et sympathique, comme elle
l'est toujours aux fêtes de l'art. A son entrée, Litolff a été salué de
bravos enthousiastes, témoignages sincères des délicieux souvenirs
qu'avait laissés son troisième concerto symphonique.
L'ouverture à'Egmont, c'est-à-dire une de ces pages dramatiques
et grandioses comme Beethoven en écrivit tant, et qui suffirait seule
à faire regretter qu'il n'ait pas plus souvent associé son génie à ce-
lui de Goethe, a tout d'abord transporté l'auditoire, heureux qu'on
débutât par une aussi large et aussi imposante conception.
Cette fois, c'est l'andante relirjioso et le scherzo du quatrième
concerto symphonique de Henri Litolff que Mme Madeleine Graever
a fait entendre. Ces deux morceaux, tout le monde le sait, n'ont
pas peu contribué à fonder la réputation du compositeur. Jusqu'à ce
jour, il n'a rien réalisé de plus pur, de plus clair, de plus élevé et
de plus saisissant ; c'est, comme disait Mme de Sévigné, le dessus
108
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
du panier. Rarement nos maîtres symphonistes eux-mêmes ont tiré
du rhythme, de l'harmonie et de l'instrumentation des effets plus
neufs et plus délicieux ; rarement l'orchestre et le piano ont mieux
gardé l'un et l'autre l'importance qu'ils doivent avoir ; rarement ils
ont été animés d'un souffle aussi puissant et aussi égal.
Vandante religioso, plein de noblesse et de mélancolie, est ma-
gnifique. La mélodie, les développements et la sobriété relative des
modulations, attestent une fermeté, une concision et une mesure qui
distinguent presque toujours les œuvres de Litolff. Pourquoi donc le
scherzo, oh les répétitions, les mêmes formes sont prodiguées, a-t-il
fait éprouver plus de plaisir encore? C'est tout simplement une
question de mouvement : notre éducation musicale n'est pas assez
avancée pour que Vallegretto, avec ses allures plus ou moins frin-
gantes et légères, ne l'emporte pas toujours sur le plus mélodieux
andante.
Dans le Chant des Guelfes, ouverture héroïque jouée par l'orches-
tre d'une façon qu'on a fort admirée, Litolff est plus pompeux, il
vise au grand; mais il est moins éloquent que dans ses concertos.
Toutefois, si les couleurs violentes, les tutti formidables abondent
dans cette page, il y a aussi des effets merveilleux d'orchestration
et même des élans d'inspiration que nous ne mettrons pas en paral-
lèle avec ceux des œuvres où le goût égale le génie, mais qui n'en
justifient pas moins les ovations et les acclamations prodiguées l'autre
soir au compositeur.
Personne ne peut raisonnablement dénier à la critique le droit
d'avoir aussi ses prédilections. Les nôtres ne sont point pour l'exa-
géré, pour l'effet purement matériel , pour l'affectation et l'enflure.
L'abus de la sonorité nous semble plutôt un obstacle qu'une ressource.
On sent trop dans l'ouverture de Litolff le parti pris d'étonner, de
frapper fort, et, quoiqu'elle renferme de vigoureuses pensées et des
passages magistralement traités, nous préférons de beaucoup ses con-
certos symphoniques.
Mme Madeleine Graever, après avoir dit le concerto de Litolff en
bonne musicienne, en pianiste capable de lutter avec un brillant or-
chestre et de faire complètement saisir toutes les beautés et tous les
détails de la partie principale, si toutefois on peut appeler ainsi la
partie de piano aussi splendidement escortée, a joué, aux applau-
dissements de toute la salle, les variations de Haendel sur l'air :
The harmonïous Blacksmith, qui ont été bissées, et le deuxième con-
certo de Mendelssohn. La charmante pianiste a fait apprécier le brio,
l'élégance et la chaleur d'une exécution à laquelle (puisqu'il faut tou-
jours demander quelque chose, et surtout à ceux qui peuvent donner)
nous voudrions dans les traits un peu plus de netteté, et dans le
cantabile un peu plus de simplicité, de moelleux et de charme. Qua-
lités précieuses et qui doivent absolument faire partie de toutes celles
qui ont été si largement départies à Mme Graever. Nous devons
constater, malgré cette légère critique, que les applaudissements les
plus chaleureux et les rappels après chacun de ses morceaux , ont
témoigné de la façon la plus significative à l'élève de Litolff qu'on
l'associait pleinement au triomphe de son maître.
— Les juges les plus éclairés ont depuis longtemps reconnu le
mérite tout exceptionnel de M. A. Gouffi Récemment, dans les salons
Pleyel-Wolff, l'excellent contre-bassiste n'est pas resté au-dessous des
éloges qui lui ont été si souvent donnés. Doubles cordes, sons har-
moniques, trilles badins, abondance inattendue de traits, il n'est pas
une des formes connues des violoncellistes dont M. A. Gouffé n'ait
réussi à transporter la variété, la légèreté et la douceur sur son
instrument. Après une délicieuse sicilienne de sa composition, de
chaleureux bravos lui ont été prodigués.
Des fragments d'un quintette de. M. E. Walckiers ont été écoutés_
très-favorablement. L'auteur réunit toutes les qualités que réclame la
musique de chambre : harmoniste très-instruit, il a puisé dans les
chefs-d'œuvre de l'école allemande de nombreuses ressources de
style; mélodiste bien doué, ses chants sont simples, gracieux, francs
et souvent très-heureux. Le quatuor de M. Adolphe Blanc, dédié à
Rossini, est bien connu; il a été fort bien exécuté par Mme Béguin-
Salomon, MM. Guerreau, Lebouc et Casimir Ney, et a fait grand plai-
sir. 11 abonde en inspirations charmantes, aimables, en développements
ingénieux. Jusqu'ici M. A. Blanc n'a rien fait de plus complet et
rien non plus qui pût mieux annoncer un véritable compositeur.
— Le public est toujours très-bienveillant ; pourtant il sait parfai-
tement donner à chacun son rang. Comme la critique, il tient essen-
tiellement à établir une hiérarchie ; aussi a-t-il, cette semaine, dans
les suions Erard, accueilli Alexandre Batta d'une façon toute particu-
lière et comme il accueille seulement les artistes d'un vrai mérite.
L'exécution de Batta est-elle restée ce qu'elle était autrefois? En at-
teignant à un charme si pénétrant, n'a-t-elle rien perdu de sa force,
de son éclat et de sa variété ? L'excellent virtuose a obtenu tant de
succès en disant, comme eussent pu le dire les meilleurs chanteurs,
des mélodies gracieuses, nobles et touchantes ; il a, sans exagération,
fait verser tant de larmes en soupirant de plaintives et pathétiques
élégies, que son talent s'est un peu efféminé. 11 néglige, assez sou-
vent maintenant, la sévérité, la grandeur, les effets variés et puis-
sants, les combinaisons piquantes qui, par leur plénitude et leur
diversité de formes, ne font cependant que mieux ressortir la simpli-
cité et la beauté des cantilènes. S'il a des grâces à lui, des coquette-
ries tout à fait séduisantes, il délaisse peut-être un peu trop les
étonnantes et brillantes difficultés. Mais l'expression, la sensibilité et
la distinction ont un pouvoir irrésistible, et Batta triomphe là où
d'autres échoueraient. Le violoncelle se prête admirablement aux
plus délicates inflexions du langage musical, et Batta le fait chanter
à ravir. Mercredi, il a captivé, ému et enchanté un auditoire élégant
qui, après ses jolies fantaisies sur il Trovatore, sur la Favorite et la
Norma, lui a prodigué les bravos les plus sincères et les plus chaleu-
reux. Nous pourrions tout louer dans ce beau concert, car bien peu
réunissent comme celui-ci des solistes tels que Mme Massart, MM. A.
Dubois et Jean Becker. Ces trois artistes ont soutenu l'éclat de cette
soirée par une exécution également vive et pure. Les gens du goût
le plus exquis ont été charmés des caractères différents de ces vir-
tuoses d'élite, qui ont si agréablement varié leurs jouissances et si
brillamment justifié la réputation et la haute estime qu'ils se sont
acquises.
Le talent de Bussine et celui de Mme Peudefer, l'un sévère et grave,
l'autre fin, délicat et expressif, ont été fort appréciés.
Adolphe BOTTE.
BEVUE DES THEATRES.
Gymnase : la Maison sans enfants, comédie en trois actes, par M. Du-
manoir ; le Bout de l'an de l'amour, causerie à deux par M. Théo-
dore Barrière. — Variétés : Crockbéte et ses lions, à -propos en deux
actes, par MM. Clairville et Blum.
Une comédie en trois actes de M. Dumanoir et une spirituelle cau-
serie de M. Théodore Barrière, arrivant dans la même soirée, voilà
qui vaut mieux pour le Gymnase que toutes les reprises imaginables,
La comédie repose sur une idée féconde , et qui , pour n'être pas
très-neuve, n'en offre pas moins matière à des déductions sans nom-
bre. La Maison sans enfants , on sait ce que cela veut dire. C'est le
mari cherchant au dehors un lien, un intérêt qu'il ne trouve pas dans
son ménage; c'est sa femme qui, n'étant pas retenue par les soins
maternels, livre sa vie à ia dissipation et finit par tomber dans le
désordre. Telles sont en effet les apparences dans l'intérieur de M. et
Mme de Rives. Mais, en réalité, Clémence, désolée de n'avoir point
d'enfants, s'efforce vainement de se distraire pour ouWier, tandis
qu'Albert consacre une partie de son temps à l'éducation d'une petite
DE PARIS.
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fille qu'il a eue avant son mariage et dont il n'a pas osé avouer l'exis-
tence à sa femme. Celle-ci, guidée par un instinct jaloux , découvre
un jour la vérité, et, bien loin d'accabler son mari , elle lui propose
d'adopter l'enfant, qui leur tiendra lieu de celui que le ciel leur a
refusé. Cette jolie pièce est interprétée d'une façon remarquable par
les deux nouveaux sociétaires de la Comédie-Française, Lafontaine et
Mme Victoria, qui appartiennent encore pour quelques jours au
Gymnase.
— Deux amis attendent, dans un cabinet du Café anglais, d'anciennes
maîtresses, pour fêter avec elles le lout de l'an de l'amour. Mais ces
demoiselles se font désirer, et elles laissent à leurs adorateurs le
temps de réfléchir sur le néant des distractions éphémères qui, jus-
que-là, ont rempli tous leurs instants. Justement, Charles a une sœur
dont Henry n'a vu que le portrait photographié ; dans les dispositions
ovi il se trouve amené par la conversation, cela suffit pour qu'il
veuille devenir le beau-frère de son ami. L'affaire est arrangée
quand les imprudentes retardataires arrivent au rendez-vous, et pen-
dant qu'elles entrent par une porte, Charles et Henry s'esquivent sans
bruit par l'autre.
— 11 n'y a pas de héros qui n'ait eu son parodiste ; à ce com|jte,
le fameux dompteur Crockett, qui emplit chaque soir le Cirque Na-
poléon, devait trouver le sien. Le dompteur des Variétés s'appelb
Croekbéte, et ses lions ne sont autres que des bipèdes déguisés, pour
accaparer l'admiration et les écus des habitants de Coulanges-la-Vi-
neuse. Mais ils ne sont pas à leur poste, c'est-à-dire dans leur cage,
au moment de l'exhibition, ce qui provoque une immense épouvante
chez les braves Bourguignons venus pour les applaudir et qui se
répandent dans les bois pour leur donner la chasse. Hâtons-nous
d'ajouter qu'à la suite d'une battue des plus grotesques, le lion prin-
cipal se dépouille de sa peau et épouse la fille de son directeur. Il
est à parier que les lions de M. Crockett n'en pourraient faire autant.
D. A. D. SAINT-YVES.
NOUVELLES.
*** La salle du théâtre impérial de l'Opéra a été fermée toute la se-
maine sainte; demain lundi elle se rouvrira par une représentation de
la Muette de Portici.
^*^ Mardi, représentation extraordinaire : le Trouvère et Graziosa.
*% Mme Ferraris a quitté Paris le 31 mars se rendant à Londres. Le
ballet, dans lequel elle doit débuter à Hay-Market, s'appelle décidé-
ment la Farfaletla, et non plus la Charmeuse.
^*a, Pour la réouverture du théâtre impérial de l'Opéra-Comique,
après la semaine sainte, Achard reparaîtra ce soir dans la. Dame blanche.
Montaubry créant un rôle nouveau dans Bataille'd' amour, dont la pre-
mière représentation est lîxée à, jeudi 9 avril, on jouera demain Lalla-
Roukh pour la dernière fois.
^*^ On se rappelle les difficultés qu'éprouva l'année dernière l'orga-
nisation d'une représentation au bénéfice des petits-enfants du célèbre
Rameau. Ces difficultés viennent d'être vaincues, et cette représenta-
tion, qui sera très-belle et très-intéressante, est annoncée pour mer-
credi prochain au théâtre de l'Opéra-Comique. Le spectacle se compo-
sera : 1° du trio de Guillaume Tell, chanté par MM. Tamberliok, Bonne-
hée et Obin; 2° air de Poliuto, par Tamberlick; 3° la Musette, de Rameau,
chanté par Mlle Marimon ; 4" duo du Travatorc, par Mlle Grisi et Bon-
nehée; 5° air du Pirate, par Malvezzi ; 6° premier acte de la Traviata,
par Mme Charton- Demeur ; 7° duo de Béatrice et Bénédict, par Mmes Char-
ton et Marimon ; 8° intermède instrumental, par Mme Escudier-Kastner,
et, enfin, 9" te Chapeau de l'horlocjer, joué par Lesueur et les artistes du
Gymnase. Peu de représentations auront été composées avec un ensemble
plus parfait et sous les auspices de plus grands noms.
»% Le théâtre impérial Italien annonce pour ce soir au bénéfice
d'un employé du théâtre pris par la conscription, une nouvelle re-
présentation (VOtcllo, avec Tamberlick. Elle offrira un intérêt de plus en
ce que, cette fois, c'est Mlle do Lapommeraye qui chantera le rôle de
Dcsdemona, pour lequel la direction l'avait d'ailleurs engagée, mais qui
avait été revendiqué par Mme Frezzolini en sa qualité de chef d'emploi.
Nous dirons dimunclie le succès de ce premier pas de Mlle de La-
pommeraye dans la carrière du chant italien, pour lequel elle prendr
désormais le nom de Mlle Pomerani.
^*,f Au nombre des artistes engagés par M. Bagier pour la prochaine
saison, on cite le chanteur bouffe Scalese, qui a obtenu cet hiver beau-
coup de succès à Madrid.
^*^ On répète aux Bouffes-Parisiens une opérette nouvelle qui a
pour titre .Migrelin,et, qui sera jouée par Désiré, Pradeau et Mme Ugalde.
*** S. E. le ministre d'État vient d'accorder à M. 'Victor Massé une
pension de 2,Z|00 francs.
*** Le concours annuel pour le grand prix de composition musicale
commencera le samedi 2 mai 1863, à dix heures du matin. Les person-
nes qui sont dans l'intention de concourir sont invitées à se faire ins-
crire, à cet effet, au secrétariat de l'Institut impérial de France, et à
justifier qu'elles remplissent les conditions requises.
^*^ La réception de samedi dernier chez M. le préfet de la Seine a
été consacrée à la musique religieuse. On y a entendu : Lacrymosa, de
Mozart ; air d'église, de Stradella, par M. Gardoni; chœur du xvp siècle,
de Arcadet ; Inflammatus, de Rossini , par Mlle Sax ; chœur des Saisons
(le printemps), de Haydn ; air de l'oratorio û'Elie, de Mendelssohn, par
G. Gardoni; Salutaris, d'Auber, par Mlle Sax; Sanctus, de Gounod; le
solo par M. Colomb. L'orchestre était dirigé par Pasdeloup. Toutes les
sommités du grand monde, de la littérature et des arts se pressaient
dans les salons de M. Haussmann.
^*j Le concert populaire spirituel donné le vendredi saint par Pasde-
loup au Cirque, a été magnifique et a produit un immense efïet; on dit
qu'on a refusé plus de douze cents personnes. Mme Nantier-Didiée a
fort bien chanté un salutaris, d'Auber, et ce morceau a été rede-
mandé, ainsi que l'hymne d'Haydn, exécuté par tous les instruments
à cordes.
„*,^ L'Empereur a daigné faire remettre une magnifique émeraude à
M. Adolphe de Groot, chef d'orchestre du théâtre impérial du Châtelet,
pour la cantate composée le 16 mars dernier, à l'occasion de l'anni-
versaire de la naissance de Son Altesse le Prince Impérial.
^'% Nous avons encore entendu cette semaine un admirable quatuor
de J. Rosenhain, exécuté par Vieuxtemps et trois autres excellents ar-
tistes. Dans la même matinée, une charmante composition pour piano
de Rossini, avait été jouée par l'auteur du quatuor.
^*,, Le troisième et dernier concert historique de M. Jean Becker est
fixé à lundi prochain, 6 avril, à la salle Herz. Le programme est des plus
intéressants. Cette fois, c'est un spécimen des écoles française et belge
que déroulera l'éminent violoniste dans une série de morceaux em-
pruntés aux maîtres les plus célèbres, depuis Leclair jusqu'à Alard.
M. Becker fera entendre, en outre, une Marche aux flambeaux de sa
composition. L'orchestre sera dirigé par M. Placet. Mme Ernest Ber-
trand et M. Ferranti sont chargés de la partie vocale.
^*^ Mlle Simon-Corraldi et M. Paulin se feront entendre dans le con-
cert qui sera donné le 14 de ce mois par la Société Beaulieu.
^*^ Le vendredi saint, à midi, dans l'église Saint-Roch, on a exécuté
l'oratorio d'Haydn, les Sept Paroles de Notre Seigneur sur la iroix. Le di-
manche de Pâques, on exécutera la Messe du Sacre de Cherubini. Un
salut delà composition de M. Charles Vervoitte sera chanté à 3 heures.
L'orchestre et les chœurs seront dirigés par M. Charles Vervoitte, maître
do chapelle de Saint-Roch.
**^ M. Gye, le directeur du théâtre royal de l'opéra italien de Co-
vent-Garden à Londres, vient de publier le programme de sa saison.
Comme celui de M. Mapleson, que nous avons fait connaître di-
manche passé, il se distingue par un nombre inusité d'artistes d'une
grande célébrité. Nous y remarquons neuf chanteurs et cantatrices
qui se feront entendre pour la première fois à Londres. Ce sontMmes Fio-
retti, Pauline Lucca ,Maurensi, Elvira Demi, de Mafifei, et MM. Obin, Caffieri,
Ferenesi et Naudin, et les principaux artistes qui faisaient partie de la
troupe du théâtre de l'année passée : Adelina PattI, qui chantera pour
la première fois les rôles de Ninetta dans la Gazza laira et de Zerline
de Fra Diamlo; Mme Miolan-Carvalho, qui débutera dans le rôle de Cata-
rina de la S/ei/a del Nord, Mme Nanlier-Didiée, Mlles Battu, F.udersdorff,
Fricci, Dottini, Anese et Tagliafico ; les ténors : Mario, Tamberlick,
Neri-Beraldi, Lucchesi et Rossi; les barytons et basses : Graziani, Iton-
coni. Formés, Ciampi, Capponi, Zelgor, Tagliafico, Fellar. Deux opéras
nouveaux seront donnés : La forza del destino, de Verdi, et Stradella, de
de Flotow. Parmi la reprise d'anciens ouvrages, nous remarquons celle
de la Stella del Nord, de Meyerbeer. Les autres chefs-d'œuvre du maître :
il Profeta, (jli Ugonotti, il Pelteyrinagyio di Ptoërmel et Roberlo il Diavolo
figurent également sur le programme. Mmes ZIna-Richard, Salvioni,
Montero, Duriez et Dumilâtra sont les principales danseuses. La soirée
d'ouverture aura lieu, le 7 avril, par la Muta di Portici.
^*^ Les propriétaires du théâtre de Sa Majesté, à Londres, et de hauts
personnages anglais, voulant donner à M. Lumiey un témoignage de sym-
pathie, organisent trois représentations au bénéfice du célèbre imprésa-
rio. Mlle l'icoolomini, aujourd'hui marquise Gaetini, qui doit sa fortune
il l'cx-directeur du théâtre de Sa Majesté, et qui, ù la suite de son ma-
riage, a abandonné la scène, doit chanter dans ces trois représentations;
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REVUE ET GAZETTE MUSICALE
ce sera la dernière fois, dit le Musical H'orld, qu'elle paraîtra en pu-
blic.
^.*^ MM. Binfield ont donné leur grande soirée, le 24 mars, dans les
salons d'Erard. Henri Binfield, dont on a déjà pu, depuis plusieurs an-
nées, apprécier les belles et sérieuses qualités de compositeur et de vir-
tuose, a, par de nouvelles compositions, pleinement justifié l'espérance
de ceux qui comptaient voir grandir sa réputation. L'ottetto pour deux
harpes, piano, violon, alto, violoncelle et contre-basse, est un morceau
plein d'originalité et de pensées poétiques. L'introduction, allegro quasi
alleijretto, dénote une fermeté de style qui a vivement impressionné
l'auditoire ; l'effet est allé en grandissant dans l'adagio appassionato, qui est
une rêverie nocturne, et dans Vallegretto misterioso et finale, qui peint la
danse des ombres de la nuit et l'aurore naissante. La fantaisie italienne
pour harpe a fourni à M. Binfield l'occasion de se poser de nouveau en
harpiste éminent, et dans le Dernier des Carnavals, qu'il a exécuté sur
une seule corde, il a amusé et intéressé le public, qui, si les autres
cordes n'a\ aient pas été démontées, aurait cru la chose impossible.
Mlle Louise et Guillaume Binfield ont prêté leur précieux concours à
cette belle soirée, pour laquelle l'affluence du public était considérable.
»■*» On parle beaucoup en Italie du ténor Vincenzo Sarti, qui chante
en ce moment avec un très-grand succès au théâtre Bellini à Palerme.
Il a chanté trente fois le rôle de Robert dans Jioberto il Diavolo et dans
cet opéra, de même que dans Anna Bolena, la Trauiata et autres d'un
genre très-varié, on lui a prodigué les applaudissements, les cadeaux et
les ovations de toutes sortes.
,f*, Alf. Jaell vient de donner à Vienne une séance de musique clas-
sique avec le violoniste Laub. Brème, Brunswick et Francfort ont
successivement applaudi le célèbre artiste, qui sera de retour à Paris
dans le courant de ce mois. Plus de douze cents auditeurs étaient accou-
rus l'entendre à Francfort.
^*^: Prudent est revenu pour la troisième fois de cet hiver en Bel-
gique, et a obtenu à Liège un succès qui doit lui laisser les plus agréables
souvenirs. Plusieurs morceaux ont été bissés ; à la fin du concert il a
été rappelé et on lui a demandé de jouer encore.
^*^, Nous rappelons à nos lecteurs que mercredi prochain, 8 avril,
dans les salons d'Erard, aura lieu la première séance de Thalberg, dont
nous avons déjà donné l'intéressant programme.
„,*» iNous distribuons à nos abonnés de Paris le programme d'une
grande fête musicale, dramatique et de prestige organisée pour la jeu-
nesse par M. Hocmelle et qui aura lieu jeudi 9 avril, à la salle Herz , à
1 heure de l'après-midi.
^*g. Berlioz est en ce moment à Weimar occupé à diriger la prochaine
représentation de son opéra Béatrice et Bénédict.
,% M Alexandre Billet donnera vendredi 17 avril, à 8 heures 1/2,
une soirée musicale chez Erard, avec le concours de Mme Scott-Morel,
MM. Marchesi, Armingaud et Jacquard.
j*,t L'éminent pianiste compositeur Blumenthal est en ce moment à
Paris. Il vient d'Italie, où son talent de virtuose et ses charmantes
compositions lui ont valu de grands succès.
^*^ Les amateurs n'ont pas oublié le délicieux portrait d'Adeliua Patti,
dû au crayon de Desmaisons. Nous avons sous les yeux deux nouvelles
productions de cet artiste, qui n'est pas seulement un dessinateur litho-
graphe de grand mérite, mais encore un de nos photographes les plus
habiles : ce sont les portraits de LL. AA. RR. le prince et la princesse
de Galles. Nous avons rarement vu des portraits photographiques mieux
réussis, et surtout traités plus artistement . M . Desmaisons a déjà pu-
blié une galerie de portraits des musiciens célèbres qui se distingue
précisément par cette qualité artistique, mais il s'est surpassé dans ceux
du prince et de la princesse de Galles. Il a fait le voyage de Dane-
mark exprès pour avoir l'image la plus ressemblante de la princesse, et
il y a joint ce qu'il entend si bien : une pose et des ajustements d'une
grâce et d'un fini inimitables. Aussi ne peut-il suffire aux demandes
qui lui en sont faites de tous côtés.
»*» Jeudi 9 avril, salle Herz, concert de Mlle Joséphine Martin , avec
le concours de M. et Mme Archainbaud, MM. Pagans et Jules Lasserre.
Orchestre sous la direction de M. Deledicque.
,*„, Jeudi 9, salons Pleyel-Wolff, dernière soirée de musique de cham-
bre de M. Ch. Dancla, avec le concours de son frère et de plusieurs
autres artistes d'élite.
^*.^ Mercredi prochain, 8 avril, dans les salons Pleyel-Wolff, sixième
et dernière séance de musique de chambre de MM. Armingaud, Jac-
quard, Lalo et Maas, avec le concours de Mme Massart.
^*^ La Société chorale de Saint-Denis, que M. Jules Monestier, ancien
élève d'Halévy et compositeur de musique, dirige avec un talent remar-
quable, a donné le 27 mars dernier son concert annuel au théâtre de
cette ville. L'auditoire était nombreux, et le programme intéressant. On
a fort applaudi Mile Lagye, du Conservatoire , une belle voix et un ex-
cellent style, que l'Opéra-Comique ne tardera pas à réclamer; M. Isi-
dore Lévi, un des meilleurs élèves d'Alard, passé maître lui-même , et
qui rappelle les brillantes qualités du grand artiste ; MM. Genin et Ca-
lendini, de l'orchestre des Italiens. La Société a chanté plusieurs œuvres
de son directeur i. Monestier, entre autres les Enfants du Midi, chœur
encore inédit, d'une inspiration heureuse et colorée , et d'une grande
richesse de développements. On a également remarqué un chœur nou-
veau de Camille de Vos, Salut ! qui présente plusieurs effets nouveaux
de sonorité et d'agencement du quatuor. Ces différents chœurs ont été
parfaitement interprétés; il est vrai de dire que, par son accentuation
nette et vigoureuse, par son .sentiment musical, par l'élégance et le fini
de son exécution, la Société chorale de Saint-Denis compte parmi les
meilleures de France et qu'elle consacre tous ses efToris à conserver
son rang et sa réputation.
**t Une très-intéressante soirée a été donnée dimanche dernier au
théâtre de Sèvres. On a beaucoup applaudi Mlle Castellan, qui a déli-
cieusement joué une fantaisie de son maître Alard. Mlle Nina Gaillard
a exécuté avec unegrande perfection une valse de Seligmann, intitulée les
Houris. Mlle Gaillard a été rappelée et applaudie avec enthousiasme.
M. Aurèle a été désopilant, et Mme Méric Lalande aussi a eu une bonne
part dans le succès de cette soirée, qui avait réuni un nombreux public.
**» M. Robin annonce qu'il donnera aujourd'hui dimanches et demain
lundi 6, à 2 heures, une représentation de physique et de magie, sans
préjudice de celle du soir ; cédant aux nombreuses demandes qui lui
ont été faites, il continuera sa deuxième série, ainsi que les tableaux
de la Terre sainte, jusqu'au vendredi 10 avril. Samedi 11, expériences
et tableaux nouveaux.
,('*» On lit dans le Monde musical, et nous reproduisons volontiers, une
nouvelle qui intéresse tous les pianistes : « Les pianistes et les facteurs
de l'aris s'entretiennent en ce moment d'une nouvelle manufacture de
pianos qui vient de se créer, ec qui ne tardera pas, si nos renseigne-
ments sont exacts, et ils le sont, à prendre le rang de grande maison.
En effet, nom, capitaux, haut patronage, tout y est réuni à la fois. Le
fondateur est M. Henri Herz jeune, fils de M. Charles Herz, et neveu du
célèbre pianiste. Le capital a été formé par des personnes aussi in-
fluentes par le rang élevé qu'elles occupent, que par leur position
de fortune. On parle de grands noms, de puissance financière, dont le
concours amical et dévoué est assuré à M. Herz fils. Ce n'est pas là
évidemment une commandite ordinaire, mais bien un témoignage sé-
rieux d'estime et de considération rendu à M. Herz jeune, et résultant de
motifs tout particuliers. Outre ces éléments exceptionnels de succès, la
coopération de contre-maîtres aux capacités de longue date reconnues
est acquise à cette nouvelle maison. Si nous ne craignions d'être in-
discret, nous nommerions M Marcus Knust, ce contre-maitre hors ligne
et dont la réputation si justement établie dans la facture nous dispense
de tout commentaire. Nous attendons avec impatience, pour en parler,
l'apparition de ces pianos, qui seront, dit-on, de forme tout à fait nou-
velle, et construits sur des plans également nouveaux. »
^,*^ Un des derniers feuilletons de M. d'Ortigue, dans le Journal des
Débats, était en partie consacré aux efforts intelligents que fait un édi-
teur de musique de Florence, M. Guidi, pour propager le goût de la mu-
sique instrumentale en Italie. Nous reproduisons avec plaisir les appré-
ciations de l'éminent critique; elles intéresseront certainement les
lecteurs de la Gazette :
« Merci à l'éditeur Guidi, de Florence, pour ses publications de mu-
sique instrumentale. Rien de plus joli, de plus coquet, de plus net que
ses partitions en petit format des Huguenots, de Guillaume Tell, des six
premiers quatuors de Beethoven, qui attendent les onze autres, du
grand septuor et de la sérénade du même, ainsi que des ouvertures en
format in-8° de Struensée, de Meyerbeer, et du Songe d'une nuit d'été, de
Mendelssohn, qui nous promettent les neuf symphonies de Beethoven.
C'est là un symptôme très-remarquable du mouvement qui s'opère au-
jourd'hui, au-delà des Alpes, dans la musique instrumentale. Le onzième
numéro du Boccherini nous apporte des nouvelles intéressantes de cette
heureuse révolution, L'Italie, disent les rédacteurs, tenait depuis des
siècles le sceptre de la musique vocale ; elle l'a laissé tomber de ses
mains, et aujourd'hui elle n'applaudit plus que des hurlements (urli).
Il faut qu'elle se dédommage en tâchant d'égaler les autres nations
dans la musique instrumentale. Il faut réveiller les traditions
de l'art des Boccherini et des Sammartini. La fondation de la
Società del Quartelto de Florence a donné naissance à deux sociétés
semblables, l'une à Naples, l'autre à Lucques. Dans les autres villes, il
n'y a encore que des tendances sans résultat apparent. En attendant,
la Société de Quatuors de Florence fait exécuter la musique de chambre
de Boccherini, de Haydn, de Mozart, de Beethoven, de Mendelssohn,
de Spohr. Dans une des dernières séances, le deu.vième quintette de
M. Fétis a été fort apprécié et goûté, grâce à l'habile interprétation de
MM. Bruni, Sbolci, Meunier, Niccoli et Laschi. Voilà Florence en pos-
session de concerts populaires de musique classique insirumontate. La belle
et féconde idée de M. Pasdeloup, si magnifiquement réalisée parmi nous,
a porté ses fruits au-delà des monts. Les .séances auront lieu dans le
vaste théâtre Pagliano. L'orchestre sera dirigé par un habile professeur,
M. T. Mabellini, et le premier concert s'ouvrira par la symphonie en ut
mineur. C'est là ce qui se passe dans la cité qui a été le berceau du
drame lyrique. »
D'après ce qu'on nous écrit de Florence, le succès du premier concert
populaire donné au théâtre Pagliano, devant deux mille auditeurs, doit
DE PARIS.
111
singulièrement encourager les efforts de M. Cuidi. La symphonie en ut
de Beethoven, le concerto en mi mineur de Mendelssohn pour violon,
l'ouverture de Guillaume Tell, la fameuse Ouverture en forme de marche
de Meyerbeer, et le concerto en sol mineur de Mendelssohn pour piano,
composaient le programme de ce concert. Tous les morceaux ont été
applaudis avec enthousiame, et on a admiré le caractère majestueux de
l'ouverture de l'illustre auteur des Huguenots. Les exécutants, MM. Guidi,
Passiui et Mile Elv. del Bianco ont été maintes fois acclamés et rappe-
lés. Enfin, le chevalier Mabeliini a dirigé l'orchestre avec autant de sa-
voir que d'autorité.
**» J. Van der Heyden, l'excellent violoncelliste, vient de recevoir de
S. M. le roi d'Italie, la croix de chevalier des Saints-Maurice etLazare.
^*^ L'inauguration des concerts IMusard au Pré Catelan, aura lieu les
dimanche et lundi de Pâques. La fête commencera à une heure ; fan-
fares par le 16'= chasseurs à pied; à 2 heures 1/2, concert; pendant
l'entr'acte, bal d'enfants sous les quinconces; marionnettes lyriques au
petit théâtre, jeux divers, café et brasserie. Première audition de deux
piquantes nouveautés musicales par M. Musard : la valse des Bavards et
un quadrille sur la Forsa del destino.
^*t La Berceuse et la Mazurka (souvenir de Berlin), jouées avec tant de
succès par M. P. Schœn dans ses concerts, viennent de paraître chez
les éditeurs Brandus et Dufour.
**i L'éditeur Adolphe Catelin vient de publier une bonne transcription
pour le piano de la ravissante romance de Cosi fan lutte (im' aura amo-
rosa) par Alfred Godard. Cette transcription, dédiée à M. Félix Lecouppey
et acceptée par l'éminent professeur, est une garantie du mérite de cet
ouvrage, que nous recommandons aux pianistes.
t*^ M. Serda, basse-taille, qui fut longtemps attaché à l'Opéra, vient
de mourir à Béziers, où il s'était retfré il y a une quinzaine d'années.
Ce fut lui qui créa le rôle de Saint-Bris dans les Huguenots.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
»*» Marseille. — Charles Wehle et Kletzer ont donné leur premier
concert à Marseille le 21 mars. Le grand succès qu'ils ont obtenu est
d'un bon augure pour le grand voyage qu'ils entreprennent dans l'O-
rient. On a beaucoup applaudi le talent correct et l'exécution brillante
de Ch. Wehle^ ainsi que ses compositions. Kletzer a joué avec beau-
coup de sentiment de charmantes compositions de Seligmann, et son
succès a été très-mérité.
^*^ Boulogne. — Un intéressant concert vient d'être donné au profit
des salles d'asile. Mlle Maria Boulay, la charmante violoniste, élève
d'Alard, Mlle Filliette, gracieuse pianiste de notre ville, M. Archainbaud,
chanteur d'un véritable talent , se sont partagé les applaudissements
que leur a prodigués un nombreux auditoire. L'orchestre, sous la direc-
tion de M. Chardard, a brillamment exécuté les ouvertures d'Oberon et
de la Prison d'Edimbourg.
»*, Alger. — Le directeur de notre scène lyrique a eu l'heureuse idée
de monter Charles VI. L'opéra d'Halévy a obtenu le plus grand succès.
M. Gaspard, qui remplissait le rôle principal, a été chaleureusement
applaudi. — On attend l'arrivée prochaine de Mlle Wertheimber , et
l'on monte le Prophète.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
^*^ Bruxelles. — M. Ed. Fétis, qui depuis trois ans professe le cours
d'esthétique établi par notre conseil communal, vient d'être, à l'expira-
tion de son année d'enseignement, l'objet d'une ovation aussi flatteuse
que méritée de la part des habitués de son cours. M. l'iron Vanderton,
conseiller provincial, l'un de ses auditeurs les plus assidus, lui a adressé
dans une allocution très-bien sentie, l'expression de leur gratitude, et
l'a accompagnée d'un très-beau présent fait en leur nom. M. Fétis a
été fort ému de cette honorable démonstration, hommage rendu à une
existence consacrée tout entière à l'étude de l'art et aux travaux qui
s'y rapportent.
^"^ Dusseldorff. — Voici le programme complet du festival du Bas-
Rhin qui aura lieu ici les 2U, 23 et 26 mai prochain. Premier jour :
Elie, de Mendelssohn. Deuxième jour: ouverture en ré majeur de J.
Bach: psaume de Marcello, orchestré par Lindpaintner; l'Ode à sainte
Cécîfe, d'Haendel ; symphonie en «< mineur de Beethoven; troisième
partie de la Création, d'daydn. Troisième jour : ouverture de J. Fausch;
scènes du Faust, de Schumann; fragments de l'oratorio de Hiller, la
Destruction de Jérusalem. La direction du festival a été confiée à M. 0.
Goldschmidt et M. Jules Fausch. Outre Mme Jenny-Lind-Goldschmidt, se
feront entendre Mlle d'Edelsberg et M. Kindermann, de Munich.
i*^ Berlin. — Mme Foerster, qui était ici en représentation, a fait
ses adieux au public dans le rôle de Valentine. Mme Foerster brille
plus en général au concert qu'au théâtre ; néanmoins elle a eu de fort
beaux moments, entre autres dans le duo avec Marcel, et dans le ma-
gnifique duo du quatrième acte avec Raoul ; après ces deux morceaux,
Mme Foerster a eu les honneurs du rappel. Dans la même représenta-
tion Mme Harriers-Wippern a chanté le rôle de la reine de sa voix suave
et sympathique.
^*^ Vienne. — La deuxième représentation de Lucia n'a pas eu moins
de succès que la première. Mlle Patti doit paraître encore dans deux
opéras : dans Don Juan, de Mozart, et la Traviata, de Verdi. Mme La-
font débutera dans Don Juan par le rôle de donna Anna. — Au concert
qui a eu lieu au Carltheater au profit de la Société de secours Con-
cordia, pour les journalistes et les écrivains, on a entendu entre autres
Mlle Patti, qui a eu les honneurs de la soirée. Avec son obligeance
bien connue, la charmante cantatrice a dépassé le nombre des mor-
ceaux annoncés par le programme, et presque tous lui ont été rede-
mandés. Giuglini, qui, dans cette soirée, faisait ses adieux au public
viennois, a chanté plusieurs lieders avec beaucoup de grâce et d'ex-
pression. Le célèbre ténor se rend à Londres, où l'appelle un brillant
engagement.
**„, Leipzig. — Au dix-neuvième concert du Gewandhaus, on n'a exé-
cuté que des compositions françaises, anciennes et modernes. En voici
le programme. Première partie: ouverture de Sémiramide, par Catel,
écrite dans un style simple et grandiose ; deux chansons populaires du
xvii"> siècle ; ariette et chœur du ballet : la Mascarade de Versailles, par
LuUy; variations pour violon, par Rode, exécutées par le maître de
concerts David , avec autant de succès que de talent ; air et chœur
à!Hippolyte et Aride, par Rameau; ouverture de Jean de Paris. — Se-
conde partie : symphonie de Méhul ; cette œuvre instrumentale de l'au-
teur de Joseph en Egypte a été accueillie avec une faveur marquée ;
chœur des Deux Avares, par Grétry ; la Fée Mab, scherzo de la sym-
phonie Roméo et Juliette, par Berlioz, et finalement : marche et chœur
des Mages, tirés de Alexandre à Babylone, par Lesueur.
a,** Trieste. — Après son sixième et dernier concert , non moins
brillant que les précédents, Alfred Jaell a reçu de la-Socje'/é Schiller de
notre ville une distinction des plus flatteuses : elle l'a nommé membre
honoraire.
leOirecteur : S. OUFOUB .
Le dernier numéro de la Gazette musicale a distribué le prospectus d'une
publication qui ne peut manquer d'intéresser tous les amateurs de
l'art musical ; c'est celle des œuvres choisies de M. A. Elwart, profes-
seur au Conservatoire que, l'auteur, sur l'insistance de plusieurs de ses
amis s'est décidé à réunir et à faire paraître. Cette publication sera di-
visée en six groupes principaux qui parcourront le cycle entier de la
composition musicale, en commençant par la musique de chambre pour
finir â celle d'opéra; elle aura lieu par souscription et sera terminée
en trois années. Dans les premiers jours de chacun des semestres de
1863 à 1866 les souscripteurs recevront un des groupes de l'œuvre en
échange d'une somme de 25 francs, soit 150 francs pour la souscription
entière. Plusieurs des notabilités artistiques de Paris ont déjà encou-
ragé cette publication. — La souscription est ouverte au magasin de
musique Brandus, chez Retté et C", 103, rue Richelieu.
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STABAT MATER
1. Introduction.]
2. Air pour ]
ténor . . . (
3. Duo pour 2 (
soprani. .]
4. Air pour I
basse ou ténor.]
5 . Chœur et réci-\
latif . . .(
6. Quatuor . . .
7 . Cavatine pour
soprano. .
8. Air et chœur\
pour sopranoi
9. Quatuor sans[
accompag.'i
10. Chœur final.'
iStabat Mater )
|La Vierge en pleurs. . . .)
iCujus animam I
[La douleur avec son glaive!
IQuis est bomo (
[Où peut être la mesure . . (
IPro peccatis I
[Fruits amers |
lElia mater |
[Source d'amour j
iSancta mater I
Vierge, accorde-moi la grâcej
(Fac ut portem I
(0 cœur noyé! |
ilnflammatus I
[Par la flamme j
IQuando corpus j
[Que la croix me justifie. . !
iAmen j
[Seigneur! Seigneur!. . . .)
5 »
3 75
3 75
3 75
3 75
A. PAJVSERODir
Prière à Marie, cantique pour basse-taille, bary-
ton ou contralto
le nom de Marie, cantique à deux voix de femmes
Invocation à Marie, cantique h deux voix . .
saiw(a?'(.s, pour soprano ou ténor
Agnus Dei, pour basse-taille, baryton ou contralto
Benediclus, pour basse-taille, baryton ou contralto
Mon unique espérance, pour soprano ou ténor,
avec accompagnement de piano ou mélodium,
Jésus vient de naitre, cantique pour deux voix
. H. PAIVOFKA
Ave Maria, pour ténor ou mezzo soprano , avec
accompagnement de piano ou orgue
salutaris, pour ténor ou mezzo soprano, avec
accompagnement de piano ou orgue
Ti prego o Madré mia, prière pour mezzo soprano,
avec accompagnement de piano
XiABARRE
Cantique à Marie, chœur à trois voix de femmes
A. IfII]VÉ
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REVUE
12 Avril 1863.
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Départements, Belgique et Suisse.... 30 •> id.
Etranger.
le Journal paraît le Dimanche.
34 » id.
GAZETTE MUSICALE
— "j\j \pj\f\rj\pju\j\' —
SOMMAIRE. — F. Halévy; Souvenirs d'un ami pour joindre à ceux d'un frère ; à
M. Léon Halévy (3= article), par Edouard lUonnais. — Théâtre impérial
de l'Opéra : restauration de la salle. — Auditions musicales , par Adolphe
Botte. — Correspondances : Londres. — Nouvelles et annonces.
F. HALÉVY.
Souvenirs d'an amil poar joindre à ceux d'un rrèFi;.
A. M. LÉON HALÉVY.
(3" article) (1).
Voire frère avait fait ses preuves. La Juive était née d'un effort,
mais d'un effort heureux ; l'Eclair, qui vint ensuite, fut au contraire
écrit avec la facilité puissante d'une main qui se repose d'un grand
travail et que le succès a fortiliée. Au lieu de vivre dans de perpé-
tuelles inquiétudes, Halévy montrait une pleine confiance. 11 me di-
sait un jour, à propos de sa partition : « Je l'aurai terminée quand
je voudrai. » Vous savez que le poëme de l'Eclair, dû à la collabo-
ration de MM. de Planard et de Saint Georges (et dans lequel, par
parenthèse, il y a une romance de vous : Quand de la nuit l'épais
nuage), avait été confié d'abord à Adolphe Adam, qui écrivit toute
la musique du premier acte. Adam n'alla pas plus loin, n'importe
par quel motif; mais lorsque l'Eclair eut été joué, personne plus que
lui ne rendit justice à la musique d'Halévy, personne n'en reconnut
plus hautement le mérite, quoiqu'elle fût composée dans un tout autre
système que celui qu'il avait cru devoir adopter . « Sous l'influence
de Planard, me ùisait-il , j'en étais venu à croire que la pièce, fort
jolie d'ailleurs, avait à peine besoin de musique , et qu'il fallait la
traiter dans le genre des vieux opéras à ariettes, avec peuou point de
développements. Tout l'intérêt devait être dans !e sujet et le dialo-
gue. Je travaillais dans ce goût, et si j'eusse achevé mon œuvre, je
suis sûr qu'elle n'eût pas eu le moindre succès, Halévy a fait préci-
sément tout le contraire, et il a eu bien raison. » Il est vrai que
pour avoir raison, comme votre frère, il fallait de plus avoir son ta-
lent, et qu'en essayant de voler comme lui, un autre eût fort bien pu
se préparer une belle et bonne chute.
Du reste, ce n'est pas sans une opposition assez vive que M. de
(1) Voir les n"' 12 et 13.
Planard avait vu la musique prendre des proportions ti op considéra-
bles, suivant lui, dans son ouvrage, dont il disputait pied à pied le
terrain à l'invasion du flot musical. Il ne pouvait pardonner à votre
frère d'avoir conclu en trio, et quel trio ! l'air de George, au pre-
mier acte :
Je veux que dans trois semaines,
Sans les allonger d'un jour,
Vous ayez serré les chaînes
De l'hymen et de l'amour,
ïrès-mécoiitent de son musicien, il le boudait pendant les répéti-
tions; mais à cette dernière incartade, il ne put se contenir et quitta
la place, en s'écriant : « Je n'y reconnais rien, je n'entends flus mes
paroles ! » En entendant les bravos qui accueillirent le délicieux
morceau de mélodie si spirituelle et d'harmonie si piquante, M., de
Planard aura sans doute oublié ses ressentiments.
La Juive est du mois de février, l'Eclair du mois de décembre
1835 : quelle belle et glorieuse année ! quel jeune compositeur em-
ploya jamais mieux son travail et son temps ! 11 ne manquait plus
que l'occasion pour qu'Halévy fût élu membre de l'Académie des
beaux-arts. Quand Boïeldieu mourut, Boïeldieu qui voyait déjà en
votre frère un futur collègue, on demanda que l'élection de son suc-
cesseur fût remise à six mois ; Cherubini appuya la motion par cette
parole d'une naïveté touchante et presque sublime dans la bouche
d'un maître si sévère : « Halévy fait la Juive ! » On était alors au
mois d'octobre 1834 ; six mois après, la Juive était faite et jouée.
Cependant, malgré les droits qu'elle constituait à son auteur, Halévy
ne fut pas nommé : Reicha l'emporta sur lui, mais pour peu de temps.
Au bout d'une année , Reicha vint à mourir, et cette fuis Halévy
réunit à peu près l'unanimité des suffrages.
Notre amitié devenant chaque jour plus intime, je parlais souvent
à votre frère de sa situation, de son avenir, et je m'étonnais qu'il
n'abandonnât pas ses fonctions de chef du chant à l'Opéra. C'était
peu après la Juive, et je me souviens qu'il me répondit: « On ne
peut pas faire des opéras toute la journée. » Non sans doute ; mais
pour faire des opéras il faut pouvoir y penser, y rêver alors qu'on
ne tient pas la plume, dans ces heures oisives, inerlibns horis, qui
semblent perdues, mais qui profitent à l'imagination, comme le chô-
mage profite à la terre : il faut surtout n'être pas forcé de songer sans
cesse à d'autres choses, qui détoiunent et fatiguent sans compensation.
Halévy le savait, et pourtant il tenait à ses fonctions par habitude,
par reconnaissance peut-être, car il croyait leur devoir la permission
qu'il avait obtenue do faire un chef-d'œuvre. Au lieu de s'en affran-
chir, il s'y engagea plus que jamais, lorsque M. Duponchel, dont le
Hfl
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
savant et habile concours avait été si ulile à la nnise en scène de la
Juive, fut appelé à la direction de l'Opéra. C'est une espèce de vice-
royauté qu'il offrit alors à votre frère , et votre frère n'eut pas la
force de la refuser. Il quitta la rue Montholon et vint s-'installer dans
les bâtiments du théâtre, à côlé de ce directeur dont il était Yalter
ego. 11 y demeura plus de trois ans; c'est ce que j'appellerai la pé-
riode administrative de sa vie, et ce n'en fut pas la meilleure, quoique
pendant son cours, il ait écrit la partition de Guido et Ginevra. Le
poëme lui en avait été donné par Scribe, en échange d'un autre ou-
vrage de genre bien différent, qui passa entre les mains de M. Auber,
r Ambassadrice. Qui doute que le marché ne fût en parfaite harmo-
nie avec le genre et l'esprit des deux compositeurs ?
Halévy était du nombre de ces artistes qui toujours mécontents
d'eux-mêmes, cherchant toujours un mieux possible, ont besoin de con-
trainte pour se résigner à faire seulement bien. Pour eux, je l'aiditily
a longtemps, le dernier moment est une dixième muse qui triomphe
heureusement de leurs scrupules et met un terme à leurs hésitations.
Ce dernier moment, Halévy l'attendait presque toujours pour se dé-
cider à écrire. Au milieu des occupations qui l'assiégeaient du matin
au soir, et avec sa défiance habituelle de lui-même, on conçoit que
la partition de Guido n'avançât pas vite. Enfin, quand il n'y eut
plus moyen de reculer, on indiqua une répétition, et un chœur fut
mis à l'étude. Les autres morceaux arrivèrent à la suite, au fur
et à mesure que l'auteur les terminait. Le finale de l'un des actes se
fit désirer avec tant d'impatience, que l'on pria quelqu'un de veiller
auprès du compositeur, et, quelle que fût l'heure de la nuit, de ne
le quitter qu'avec la certitude que le finale était achevé et qu'il n'y
avait plus qu'à le livrer à la copie. « Si l'on me donnait trois ans
pour faire un ouvrage, me disait un jour votre frère, je voudrais
bien savoir si je parviendrais à me satisfaire ? — Si l'on vous don-
nait trois ans, lui répondis-je, vous ne commenceriez que le douzième
mois de la troisième année, non par paresse, mais parce que vous
ne sauriez vous passer de la plus puissante des muses, le dernier
moment. » Halévy plaisantait lui-même sur cette invincible disposi-
tion à toujours différer, dont les exemples sont si communs chez les
compositeurs les plus célèbres. Il était à la veille de donner je ne
sais plus quel opéra-comique, et un ami lui demandant s'il avait fait
son ouverture : « Pour gui me prenez-vous ? n répliqua-t-il sur-le-
champ.
Guido et Ginevra fut représenté le 3 mars 1838, plus de trois
ans après la Juive. Le second ouvrage n'était pas inférieur au pre-
mier dans ses belles parties, le troisième acte, par exemple, où le
rôle du ténor touchait au sublime, et ce rôle était chanté par Du-
prez dans toute la force et la fraîcheur de sa voix; mais il y avait
moins d'égalité, moins d'unité ; le poète avait moins bien servi le
musicien, et il avait commis la faute inexplicable, chez un auteur
si expérimenté, de s'imaginer qu'un drame des plus noirs, rempli de
morts et de mourants, pouvait se dénouer en simple pastorale. La
pastorale ne tarda pas à disparaître, mais l'impression resta. Guido et
Ginevra ne cessa d'attirer la foule jusqu'à l'époque où Duprez par-
tait en congé. Toutes les reprises que l'on tenta depuis furent im-
productives. Et pourtant c'est un des plus beaux ouvrages du maître!
mais, comme l'a dit Horace :
Non satis est pulchra esse poemata : dulcia sunto.
« Ce n'est pas assez que les ouvrages soient beaux. » Le dulcia sunto
se traduit de nos jeurs par faire de l'argent, condition impérieuse,
sans laquelle on est sans pitié banni du théâtre, relégué dans la
poussière et l'oubli.
Le grand succès obtenu d'abord par Guido et Ginevra ne fut donc
pas sans mélange d'amertume. Halévy ne pouvait s'en consoler qu'en
se remettant au travail; mais la vice-royauté de l'Opéra n'était pas
une sinécure. Halévy avait tous les ennuis, tous les tracas d'une
direction théâtrale. Le monde, en général, n'en aperçoit que le côté
brillant, sans en deviner les mille et une petites misères. On ne se
doute pas de ce que c'est au fond que passer sa vie à mettre des
auteurs d'accord, à concilier des artistes, à batailler sans paix ni
trêve pour faire chanter ou danser des gens qui ont leurs raisons
pour ne le pas vouloir, et auxquels on ne peut pas dire une bonne
fois la vérité ; enfin, pour arriver à faire une affiche qui se défait
presque aussitôt. Telle était la mission d'Halévy, et ce qui devait la
lui rendre encore plus difficile, c'était sa qualité de compositeur,
d'auteur travaillant pour le théâtre, où il régnait en second ordre, et
qui suscitait contre lui les jalousies, les soupçons, les colères, et fai-
sait de tous les mécontents ses ennemis personnels. Composez donc
à travers ces débats, ces chagrins, ces murmures, ces calomnies!
Puisez la poésie à pleine aiguière dans l'onde impure et troublée
que tant de mains agitent autour de vous !
C'est ce qu'avait fait Halévy en écrivant sa dernière œuvre, et ce
qu'il tâcha de faire encore pour ses partitions des Treize, du Shériff
et du Drapier., deux opéras-comiques et un opéra de genre repré-
sentés coup sur coup dans l'espace de quelques mois. Les Treize
furent joués le 15 avril 1839; le Shériff, le 22 septembre de la même
année, et le Drapier, le 6 janvier 1840. Jamais le grand artiste ne
s'était montré plus laborieux, plus infatigable ; jamais il n'avait dé-
pensé avec une si effrayante prodigalité ses idées, son savoir, ses
veilles, car il n'avait guère à lui que le temps qu'il prenait sur son
sommeil. Et de tant de travaux que lui revint-il ? Peu de chose ou
rien. Plus il redoublait d'efforts, moins il recueillait de fruits ! Plus il
semait, moins il récoltait! Si ce n'était pas entièrement la consé-
quence de la situation que votre frère avait acceptée, et qu'il subis-
sait douloureusement, cette situation n'en devenait pas moins intolé-
rable : il eût fini par s'y consunaer en pure perte. Par bonheur l'O.
péra changea de régime ; un nouveau directeur en prit le sceptre,
et il avait trop d'intelligence pour garder auprès de lui un homme
dont l'influence eût absorbé la sienne. M. Léon Pillet s'entendit avec
Halévy pour l'amener à une retraite honorable. Le \'" juin 1840,
votre frère abdiqua son litre de chef du chant, et, le soir même, il
alla s'asseoir comme simple spectateur à l'Opéra, dans un fauteuil de
l'orchestre. Moi qui venais aussi de résigner un titre que j'avais
porté six mois seulement, je me donnai l'honneur et le plaisir de siéger
à côté de lui.
Edouard MONNAIS.
[La suite prochainement.)
THÉÂTRE IMPERIAL DE L'OPÉRA.
Bestauration de la salle.
Le théâtre impérial de l'Opéra a rouvert, lundi, par la Muette,
qui a été encore donnée vendredi. Dulaurens y a remplacé, dans le
rôle de Mazaniello, Gueymard, indisposé. — Mercredi, par suite
d'une indisposition du nouveau ténor Villaret, Robert le Diable a
remplacé Guillaume Tell. Le chef-d'œuvre de Meyerbeer avait rem-
pli la salle. Mmes Duprez-Vandenlieuvel, Mlles Sax, Gueymard, Bel-
val et Mme Zina Merante y ont été chaleureusement applaudis.
Mardi, la presse avait été gracieusement convoquée à la représenta-
tion extraordinaire donnée aux abonnés en remplacement de celle du
30 mars, dont les travaux de restauration de la salle les avaient privés.
Cette restauration s'est accomplie, sous la direction d acquise en France au domaine
public ;
» Que si Aulagnier, éditeur français, a fait graver à Paris les parti-
tions dudit opéra, soit pour piano, soit pour orchestre, il justifie, par
ses livres, que ces publications ont été par lui faites en 1843 et 1844;
» Qu'il résulte de ce que dessus, qu'antérieurement à 18ù3 l'œuvre
de Marschner était tombée dans le domaine public;
» Que dès lors Aulagnier ne saurait être recherché à l'occasion des-
dites publications, et qu'il était eu droit de continuer à écouler et à
vendre les exemplaires lui restant de ses tirages de 1843 et 1844;
. Considérant que le décret du 28 mars 18S2 ne saurait avoir d'effet
rétroactif, et qu'il ne pouvait dès lors faire obstacle à la vente desdits
exemplaires, alors même que Marschner aurait rempli les formalités
prescrites par l'article 4 de ce décret;
» Que si, en exécution de l'une des clauses de la convention conclue
entre la France et le Hanovre, le 20 octobre 1851, pour la garantie ré-
ciproque de la propriété des œuvres littéraires ou musicales des na-
tionaux des deux pays, un acte additionnel a fixé au 1" septembre
4853 l'expiratiijn du délai après lequel la vente des réimpressions ou
reproductions ne pourrait plus avoir lieu, Marschner ne justifie pas,
conformément aux conditions énoncées dans ladite convention, avoir
primitivement publié son œuvre dans le Hanovre, et avoir accompli
dans son pays les formalités nécessaires pour y jouir de la protection
légale contre la contrefaçon ou réimpression illicite;
» Qu'en admettant que ladite convention additionnelle ait été régu-
lièrement portée à la connaissance du commerce en France, Marschner
ne prouve pas que le bénéfice lui eu soit réellement acquis;
» Considérant enfin que si, dans la publication de la partition d'or-
DE PARIS.
117
chestre, Aulagnier a eu le tort d'attribuer à Marschner des récitatifs
notés qui n'étaient pas son œuvre, il n'est pas établi que de ce fait soit
résulté pour Marschner un préjudice de nature à donner lieu à son
profit a une réparation pécuniaire, et que d'ailleurs depuis le procès,
Aulagnier a fait apposer sur la couverture des huit exemplaires lui res-
tant de la partition d'orchestre une mention indiquant que les récitatifs
ne sont pas de Marschner;
» Que dans ces circonstances il est superflu de statuer sur le moj'en
de prescription opposé par Aulagnier et qu'il y a lieu de débouter
Marschner de sa demande;
» Infirme ;
B Au principal : déboute Marschner de sa demande et le condamne
aux dépens. «
NOUVELLES.
.j,** Les répétitions du Comte Ory pour la continuation des débuts de
Warot et du ballet de Giselle, pour ceux de Mlle Mourawiew, sont pous-
sées avec activité à l'Opéra, et selon toutes apparences, la représenta-
tion en aura lieu vers la fin de la semaine.
*** La première repi'ésentation de Pierre do Médicis, opéra du prince
Poniatowslù, vient d'avoir lieu à Madrid, avec un grand succès.
»** La représentation donnée mercredi au théâtre impérial de l'O-
péra-Comique, au bénéfice des petits-enfants de Rameau, a tenu tout
ce qu'elle promettait. La salle était comble, la recette très-fructueuse, et
le but philanthropique des promoteurs de cette solennité a éié complè-
tement atteint. Laissant de côté le proverbe 11 faut qu'une porte soit uu-
vcrte ou fermée et le Chapeau d'un Horloger, interprétés comme ils de-
vaient l'être par Bressant, Mme Plessy et les artistes du Gymnase, nous
donnerons un compte rendu sommaire de la partie musicale, qui jouait
le plus grand rôle dans la représentation. Après rAvucat Pathetin, le
premier acte de la Truoiala a permis à Mme Charton, qui revient de la
Âavane, chargée de couronnes et de dollars, de faire apprécier de nou-
veau à Paris les qualités qu'elle avait déployées l'année dernière au
théâtre Italien : voix fraîche et pure, énergie et sensibilité, intelligence
et passion dramatique, telles sont les qualités qui font de Mme Charton-
Demeur une artiste d'éiite. Le ténor Malvezzi l'a vaillamment secondée.
Le trio de Guillaume Tell, chanté par Tamberlick, Obin et lionnehée ;
un fragment de Poliuto, par Tamberlick ; le duo du Trovatore, par Bon-
nehée et lime Giulia Grisi; l'air de Marta, dit par la célèbre cantatrice
avec une expression sans pareille, et la cavatine des Puritains, dans la-
quelle on n'a pas oublié sa supériorité; une chansonnette de Sainte-l''oy;
la Musette, de Rameau, et l'air du Songe d'une nuit d'été, par Mlle Ma-
rimon ; enfin, le violon de Vieuxtemps et le piano de Mme Escudier-
Kastner ont composé un intermède vocal et instrumental aussi com-
plet et d'une exécution aussi parfaite que les plus exigeants pouvaient
le rêver. Aussi les applaudissements les plus unanimes ont-ils accueilli
chacun des artistes après leurs morceaux. Nous devons constater qu'un
de ceux auxquels on les a surtout prodigués, c'est Vieuxtemps, dont la
Fantasia appassionala a produit une immense sensation.
^*^ Mlle Ferler, jeune artiste dont on dit beaucoup de bien, vient
d'être engagée au théâtre de l'Opéra-Comique pour l'emploi des Du-
gazon.
^*» Le théâtre impérial de l'Opéra-Comique annonce pour demain
lundi la première représentation de Bataille d'amour. — La Fiancée du
roi de Garbes, d'Auber, ne sera représentée qu'au mois d'octobre.
^*,, Au théâtre impérial Italien, un début d'espèce rare et curieuse
a eu lieu dimanche dernier dans Olello. Mlle de la_ Poromeraye, qui jus-
qu'ici n'avait chanté qu'à l'Opéra français, s'essayait dans le grand rôle
de Uesdemone, sous le nom de Pomerani. 11 faut dire qu'une transfor-
mation s'est opérée dans la voix non moins que dans le talent de la
jeune cantatrice, qui a passé du contralto au soprano, en acquérant une
facilité de vocalisation dont on ne l'aurait pas jugée susceptible. C'est
surtout dans le finale du second acte que cette facilité brillante s'est
manifestée. Mlle Pomerani a été chaleureusement applaudie et rappelée
après la chute du rideau. Nous regretterions qu'à la fin d'une saison,
les convenances administratives empêchassent la continuation de débuts
si heureusement commencés.
f,*^ On a beaucoup parlé à Paris de l'incident relatif au traité de
Mme Carvalho avec le théâtre de Marseille. Les faits n'ont pas été établis
comme il convenait. 'Voici ce qui s'est passé : « Mme Carvalho, d'abord
engagée à Marseille pour deux mois, avait obtenu de ne passer qu'un
mois dans cette ville, et cela, grâce à la compensation qu'avait oiTerte
M. Carvalho en donnant Mme Cabel pour un mois. Mais au commence-
ment de ce mois, M. Carvalho se trouvant dans l'impossibilité de laisser
partir Mme Carvalho, s'est rendu lui-même à Marseille, et a offert à
M. Ilalanzier, soit le dédit stipulé de 20,000 francs, soit une nouvelle
combinaison, qui donnait Mme Carvalho au théâtre de Marseille pendant
la première quinzaine de mai, et Mme Cabel pendant la dernière quin-
zaine. — M. Halanzier n'a accepté ni l'une ni l'autre de ces offres. Il
avait assigné M. Carvalho non-seulement en paiement de son dédit, mais
encore en 30,0i'0 francs de dommages-intérêts. En outre, il a fait publier
à Marseille une note que quelques journaux ont reproduite, — note qui
n'avait qu'un tort, celui de passer sous silence l'offre que lui avait faite
M. Carvalho : ou de payer le dédit de 20,000 francs, ou de lui envoyer
Mnies Carvalho et Cabel -Je mois en mois. — L'affaire en était là, lorsque
M. Carvalho, dans un but de conciliation qu'on appréciera, a proposé un
nouvel arrangement, qui consistait à envoyer Mme Carvalho à Marseille
en représention du 20 avril au 10 mai, et Mme Cabe!, du 10 mai jusqu'à
la fin du mois. Cet arrangement a été accepté par M. Halanzier, et l'af-
faire s'est terminée à la satisfaction de tous. »
J^-^ On annonce l'engagement au théâtre Lyrique de Mlle Albrecht, du
Gymnase.
/„, Le théâtre des Bouffes-Parisiens fermera, comme à l'ordinaire, à
la fin d'avril; mais, cotte fois, c'est pour la reconstruction de la salle.
Avant la fermeture, et quoique le succès des Bavards soit loin d'être
épuisé, les Bouffes passeront en revue quelques-unes des plus jolies
pièces de leur répertoire. Ainsi, dans quelques jours, pour la clôture
des représentations de Mme Ugalde, Orphée aux enfers alternera avec
les Bavard", et le public pourra applaudir tour à tour Eurydice et
lioland, personnifiés dans 1 éminente et infatigable artiste, et, à côté
d'elle, Mlle Testée, Pradeau, Désiré, Léonce, Georges, etc., ses joyeux
partenaires.
,.*,f Offenbach vient départir pour l'Allemagne. Voici les noms des
ouvrages auxquels il travaille, et qui, par traité, doivent tous être re-
présentés avant la fin de l'année. Les Fées du Rhin, opéra romantique
en quatre actes, composé pour l'opéra impérial de Vienne, sur un poëme
de M. Nuitter. C'est M. de Wolgagcn, un des premiers littérateurs de
l'Allemagne, qui en fait la traduction.— la Belle Aurore, opéra bouffe en
trois actes et quatre tableaux, sur un livret allemand, composé pour le
Vicioria théâtre de Berlin.—// signor Fagottu, opérette bouffe de MM. Nuit-
ter et Tréfeu, composé pour la saison d'Ems.— Les Géorgiennes, opéra
bouffe de MM. Moinaux et Dulocle, pour l'inauguration de la nouvelle
salle des Bouffes-Parisiens, qui doit avoir lieu le 4" octobre prochain.
Si le fécond maestro accomplit cette tâche avec le succès dont il est
coutumier, on ne pourra pas dire qu'il a perdu son année.
a,*s, Les recettes des théâtres, cafés, concerts et spectacles de Paris
pendant le mois de mars écoulé, ont atteint le chiffre de 1,939,286 fr. 86 c.
./^ Le directeur des eaux d'Ems vient de traiter avec M. Varney pour
l'engagement d'une partie des artistes du théâtre des Bouffes-Parisiens.
Ils joueront les principales pièces de leur répertoire et une opérette
nouvelle d'Offenbach.
„,*„, Il parait que si l'on doit qualifier d'engouement l'effet produit à
Paris par Mlle Adelina Patti, cet engouement s'est singulièrement pro-
pagé à Vienne. Du moins, nous recevons sur le séjour de la jeune artiste
dans cette capitale, et sur l'enthousiasme dont elle est l'objet, des détails
aussi intéressants que significatifs. Ainsi, ce n'est pas seulement au
théâtre où ses représentations ont déjà mis dans la caisse do l'impré-
sario Merelli 60,000 francs de bénéfice, c'est à la cour, c'est dans les
salons de la plus haute noblesse, comme dans le milieu plus modeste
de la bourgeoisie, qu'elle est le sujet de tous les éloges, de toutes les
conversations. Ainsi, tout récemment, le riche baron Sina a désiré
qu'elle chantât dans une soirée chez lui, et Merelli n'y a consenti qu'au
prix de 10,000 francs, qui lui ont été payés sans hésitation. Et de plus,
pour témoigner sa satisfaction à la charmante cantatrice, le baron lui
a envoyé le lendemain un magnifique bracelet d'une valeur de 3,000
francs. Quelques jours plus tard, le dimanche de Pâques, elle avait été
priée de chanter à la grand'messe, et voici comment un journal en rend
compte : « Le dimanche de Pâques, une foule immense se pressait dans
l'enceinte de l'église des Augustins pour entendre Mlle Patti, qui
chantait à la grand'messe. Au moment où la merveilleuse cantatrice
quittait l'église pour monter en voiture, il y eut une telle cohue, les
témoignages d'enthousiasme et d'admiration devinrent tellement
bruyants, que la jeune fille, à moitié évanouie, fit tous ses efforts pour
chercher à se dérober à une ovation qui commençait à l'effrayer. Se
trouvant séparée des personnes qui l'accompagnaient, ne pouvant rega-
gner sa voiture, elle prit le parti de se réfugier au palais Palfy, qui est
tout proche. Par bonheur, la camériste de la comtesse Ferrari-Zichy,
qui habite ce palais, avait vu de loin ce qui se passait ; elle courut à la
rencontre de Mlle Patti sur l'escalier, et après lui avoir ouvert la porte
du corridor, qu'elle referma vivement, elle conduisit l'artiste éperdue
dans les appartements de la comtesse. Mais la foule qui était sur ses
pas, se précipita en tumulte sur l'escalier, après avoir enfoncé la porte;
enfin, la princesse Palfy dut se montrer elle-même, et par ses exhor-
• talions, son attitude calme et digne, elle parvint à décider la foule à
se retirer. Pendant ce temps, Mlle Patti, désormais en sûreté dans le
salon de la comtesse, y recevait de la famille empressée autour d'elle,
les soins les plus délicats. Ce ne fut qu'au bout d'un certain temps que
la virtuose effarouchée se trouva assez bien remise pour pouvoir être
ramenée sans danger dans sa demeure. Toutefois l'émotion que lui a
causée cette scène ne lui a pas permis de chanter à la représentation
du soir. «
118
REVLE ET GAZETTE MUSICALE
^% L'exécution du Stabat a dominé dans tous les concerts spirituels
de la semaine sainte. A la cour, au théâtre Italien et chez Rossini, on
a non-seulement chanté celui de l'illustre maestro, qui a eu naturelle-
ment les honneurs, mais des fragments de ceux de Pergolèse et de
Haydn. La direction du théâtre Italien a donné deux fois, jeudi et sa-
medi, le Stabat de Bossini. Entre les deux parties, un Ave Maria de
Verdi et un trio de Mercadante ont été dits, le premier par Mme Frez-
zolini, et le deuxième par elle, Gardoni et Delle-Sedie. En général,
l'exécution de ce concert a été satisfaisante ; on eût désiré pourtant
plus d'accentuation dans Vlnflammatus, dont Mme Penco s'était chargée.
On a redemandé le duo Quis est homo, chanté avec une grande perfec-
tion par Mmes Frezzolini et Trebelli-Bettini, qui n'a pas obtenu moins
de succès dans la cavatine Fac ut portem. On a remarqué le trio de
Mercadante, traité avec beaucoup de soin, et dans lequel la harpe et le
hautbois produisent des effets très-heureux.
^*^ Pasdeloup fera exécuter dimanche prochain, 19 avril, à son concert
populaire, la symphonie avec chœurs de Beethoven, et un choix de
chœurs de Haendel.
«*, Mlle Wertheimber vient d'être engagée à de brillantes conditions
pour une série de représentations à Marseille et à Alger. Elle se fera
entendre dans le Prophète, qui doit être monté avec beaucoup de soin à
cette occasion. La célèbre artiste vient d'obtenir un très-grand succès
à Liège, où elle a dii chanter trois fois le rôle de Fidès et toujours de-
vant une salle comble.
*** Le Propagateur du Nord annonce que le ténor Wicart est engagé
au théâtre de Rouen pour la prochaine saison.
:j*:(, On annonce que Mlle E. Lagrua vient d'être engagée, en qualité
de prima donna, au théâtre de la Pergola pour la saison du printemps.
^*t Mme Pleyel, après avoir, comme toujours, signalé brillamment
sa présence momentanée à Paris dans les concerts de Dumon et de
Pasdeloup, vient de repartir pour Bruxelles.
*** Au nombre des artistes réengagés pour la prochaine saison ita-
lienne au théâtre de Moscou, on cite : Mmes Frizzi et Laborde ; MM. Pan-
cani et Neri-Baraldi, ténors; Frizzi et Vialetti, basses.
^% Une indisposition a retardé l'arrivée de Thalberg à Paris. La soi-
rée annoncée par lui est fixée au 15 courant.
^*,. Mme Mackenzie, née Cathinka de Dietz, ne veut pas se faire ou-
blier des amateurs, et elle prend le bon moyen en se faisant entendre
chaque année dans sa villa de Saint-Germain. Sa dernière réunion mu-
sicale a été charmante, et l'éminente virtuose y a produit son effet ac-
coutumé dans un quintette de Hummel, exécuté en compagnie de
MM. Bessems-Muller, Baillard et Rabaud. Plusieurs morceaux ont été
ensuite exécutés séparément par les artistes avec beaucoup de talent.
On n'a pas moins applaudi les nouvelles compositions pour le piano de
M. Edm. Guyon, qui se distinguent par un mérite réel.
*** Une audition qui réunissait, chez Monsieur Adolphe Sax, une
société d'élite, a de nouveau fait ressortir les richesses sans nombre que
renferme sa nouvelle organisation des orchestres régimentaires. Dans
une série de morceaux composés par son habile chef, M. Magnier, la
musique du 1" régiment des grenadiers de la garde amis en lumière un
genre tout nouveau de composition, qui consiste principalement à pro-
céder par familles et par groupes, système d'où résultent mille effets
variés et inattendus, par les oppositions non-seulement d'intensité, mais
de timbre et de coloris. La fantaisie intitulée les Querelles a particuliè-
rement fait ressortir ces dispositions si neuves de l'instrumentation mili-
taire, interdites, il n'est pas besoin de le dire, à l'ancienne organisation,
et qui ne repoussent d'ailleurs, au besoin, ni les soli à découvert, ni
les ensembles précédemment en usage. Ce sont de nouvelles ressources
ajoutées aux anciennes, et par conséquent un incontestable progrès.
M. le général Mellinet, M. G. Kastner, membre de l'Institut, M. Ed. Mon-
nais et plusieurs artistes de distinction convoqués à cette intéressante
séance, ont adressé à M. Magnier de chaleureuses félicitations, tant pour
la perfection de son exécution, que pour l'intelligence avec laquelle il
est entré dans les désirs de M. Adolphe Sax. La nouvelle composition
militaire nous révèle d'ailleurs chaque jour de nouveaux prodiges. Il y a
quelques semaines, elle triomphait, dans la salle du cirque des Champs-
Elysées, par l'organe de la musique de la Garde de Paris ; il y a quinze
jours, le même orchestre, sous la direction de son excellent chef,
M. Paulus, accompagnait à Notre-Dame, dans une solennité religieuse, le
violon magique de Vieuxtemps. — Pour revenir à la séance de la rue
Saint-Georges, n'oublions pas de mentionner le résultat véritablementex-
traordinaire obtenu par les élèves de la classe de saxophone de M. Adol-
phe Sax, qui ont exécuté avec un aplomb remarquable le septuor de
Beethoven arrangé pour sept saxophones. On y a applaudi, en outre,
le son magnifique et magistral du nouveau saxhorn-basse à six pistons
indépendants et à pavillon tournant, sans préjudice de la nouvelle trom-
pette également à six pistons, et d'un cornet à sept pavillons, merveille
de justesse, de pureté et d'égalité dans la voix.
*** M. Vervoitte, maître de chapelle de Saint-Roch, a fait exécuter,
le jour de Pâques, dans cette paroisse, la messe du Sacre, de Chérubini.
L'exécution a été digne d'éloges pour le maître de chapelle, les chan-
teurs et l'orchestre, composé d'artistes du premier ordre. M. Hayet a
dit les soli, et on a remarqué la voix suave d'un enfant de chœur.
t*^ La Société des concerts a donné le dimanche de Pâques, au Con-
servatoire, un beau concert dans lequel on a entendu la symphonie pas-
torale, le beau Credo de la messe du sacre de Chérubini, un air de la
Fête d'Alexandre, et le magnifique chœur de Judas Machabée, de Haen-
del. Mais l'événement de la séance a été l'exécution par Vieuxtemps de
sa ballade et de sa Polonaise ; on eût dit qu'électrisé par le milieu dans
lequel se trouvait le célèbre violoniste compositeur, toutes les ressources
de son prodigieux talent eussent été mises en œuvre. Aussi l'effet qu'il a
produit a-t-il été immense. Applaudi, acclamé par tout cet auditoire
composé des plus fins connaisseurs, Vieuxtemps aura sans doute obtenu
rarement plus flatteuse ovation.
^*,i, Mme Clara Pfeiffer et M. Georges Pfeiffer ont donné lundi une de
leurs plus belles matinées. Mme Bertrand, MM. White, Lebouo, Pagans,
y ont été tour à tour chaudement applaudis, à côté des maîtres de la
maison. Le quatrième nocturne de Mme C. Pfeiffer et la délicieuse bar-
caroUe du second concerto de son fils, ont été surtout vivement goûtés
par le monde élégant qui se presse dans leurs salons.
,** Une société vient de se former à Londres au capital de 125,000
liv. sterl. (3,125,000 franc.*:), divisés en actions de 25 livres, pour la
construction à Haymarket d'un nouveau théâtre qui réaliserait toutes
les améliorations obtenues dans la construction des derniers qu'on vient
de bâtir à Paris. On sait que la majeure partie des théâtres de Londres
ne brille guère par la commodité et l'aération.
*** Voici le programme du concert que donnera mardi prochain,
14 avril, dans la salle Herz, la Société des concerts de chant classique
fondée par M. Beaulieu, correspondant de l'Institut, et par lui dotée,
avec approbation de toutes les autorités musicales. — Première partie :
1° Offertoire pour chœur et orchestre, de Michel Haydn (non encore
exécuté à Paris) ; 2° air de Samson, de Haendel, chanté par M. Paulin ;
3° Salve liegina, chœur sans accompagnement (xvi» siècle), Orlando Lasso;
4° air i''Armide , de Gluck , chanté par Mme Vandenheuvel-Duprez ;
5° fragments du 26= psaume de Marcello, chanté par Mlle Simon Cor-
radi, MM. Paulin, Marié, et chœur. — Intermède : Octuor pour deux
hautbois, deux clarinettes, deux cors et deux bassons, de Beethoven,
exécuté par MM. Xriébert, Barthélémy, Leroy, Rose, Baneux, Rousselot,
Jancourt et Linof. — Deuxième partie : 1° Ave verum, d'Halévy, mo-
tet chanté par Mme Vandenheuvel-Duprez, Mlle Simon-Corradi , et
chœur (in(*dit) ; 2° air sur des paroles de la Disfatta di Dario, de Mo-
zart, chanté par M. Battaille ; 3° Spirto di Dio, chœur sans accompa-
gnement, de Lotti, qui se chantait sur le Bucentaure, à l'occasion du
mariage des doges avec la mer Adriatique ; Wair des Nozze di Figaro, de
Mozart, chanté par Mme Vandenheuvel-Duprez; 5° fragments de l'ora-
torio de Paulus, de Mendelssohn, chanté par M. Battaille et chœur.
^*a, La notice biographique sur F. Halévy, par Adolphe Catelin se
trouve chez Michel Lévy frères ; elle se trouve également en tête de la
partition pour chant et piano du Dilettante d'Avignon, du célèbre maître.
^*^ M. Alexandre Billet, l'éminent pianiste, n'avait pas renoncé, comme
on avait pu le croire, à se faire entendre cette saison à Paris; son con-
cert n'a été que retardé et n'en sera que plus beau ; il aura lieu le
17 de ce mois dans la salle Erard ; le programme est splendide : outre
M. Billet, on y entendra Mme Scott-Morel, MM. Marchés!, Armingaud et
Léon Jacquard. Beethoven, Haendel, Chopin, Field, Weber, Mozart,
Mendelssohn, Moschelès, Henselt, sont les maîtres qui ont été choisis
pour l'ornement de la soirée; on peut donc promettre que rien ne
manquera pour en assurer le succès.
»** Nous avons déji parlé des succès obtenus en Russie par Mlle For-
tuna ; cette jeune cantatrice est en ce moment à Paris et ne tardera
pas à y établir également sa réputation. Du moins la manière dont elle
a chanté il y a quelques semaines au concert de Mlle Hélène de Katow,
et, ces jours derniers, à celui qu'a donné, salle Beethoven, le violoniste
Favilli, lui a valu des applaudissements du meilleur augure. Mlle For-
tuna possède d'ailleurs une belle voix et vocalise parfaitement : aussi
avait-elle mis un peu de coquetterie à choisir la polonaise d'/ Puritani
et celle des Vêpres siciliennes, deux morceaux de nature à faire briller
les qualités qu'elle possède et que l'auditoire a chaleureusement appré-
ciées.
/^, Samedi dernier, Nadar, l'écrivain spirituel , le dessinateur sati-
rique, le photographe par excellence, avait convié dans son atelier du
boulevard des Capucines, cet élégant musée des célébrités contempo-
raines, transformé pour la circonstance en salons délicieux par Godillot;
avait convié, disons-nous, à une soirée musicale les nombreux amis
qu'il compte parmi les littérateurs et les artistes. Aucun n'a manqué à
l'appel ; et, vers dix heures, tous les sièges étaient occupés par une
réunion de jolies femmes dont l'éclairage à giorno faisait ressortir les
toilettes. Vail?.ti, l'aveugle, qui joue de la mandoline mieux que ne le
pourrait faire un clairvoyant, s'est fait entendre trois fois, et a joué,
entre autres, sur une seule corde, le Carnaval de Venise avec variations,
de manière à étonner et à enchanter l'auditoire. Successivement,
Mlle de Katow sur le violoncelle ; Mme Alexandre Dreyfus sur le piano-
orgue ; l'excellent baryton Gassier, qui a chanté avec autant de verve
DE PARIS.
119
que de talent l'air du Barbier : Sighicelli sur le violon, et Mlle Mallet,
pianiste d'un fort joli talent, ont varié les plaisirs des invités, qui ne
se sont retirés qu'après minuit, heureux d'avoir entendu d'excellente
musique et reconnaissants de l'aimable hospitalité pratiquée à leur
égard avec tant de grâce et d'empressement par le maître et la maî-
tresse de la maison.
^*^ Mlle Trautmann, dont le talent comme pianiste est bien connu,
donnera le lundi 27 avril, un concert dans la salle Herz ; il sera des
plus intéressants. Mlle Trautmann exécutera des œuvres de Mendel-
ssohn, de Thalberg, de Herz, de Liszt, et elle sera secondée par d'émi-
nents artistes.
4*^. Mme Titjens vient de passer à Paris se rendant à Londres où elle
doit chanter dans la pièce d'ouverture du théâtre de Sa Majesté.
a,** Vendredi 17 avril, salle Pleyel-Wolff, soirée musicale donnée par
Mlle Judith Lion, organiste.
^*t Mme Madeleine Graever part pour la Hollande la semaine pro-
chaine. Elle y est appelée pour jouer à la représentation solennelle
donnée par la Société l'élix Méritis.
^** Mlle Charlotte de Tiefensée, dont nous avons annoncé les succès
récents en Belgique, vient d'arriver à Paris, où elle se propose de se
faire entendre.
^** Mlle Louisa Barnard, jeune et brillante pianiste, élève de Georges
Pfeiffer, a donné un très-beau concert. Les Habaneras, de fiavina, et
le rondo pastoral d'un concerto de son professeur, ont eu un grand
succès sous ses doigts charmants et gracieux. M. Lafont a partagé avec
elle les honneurs de la soirée.
a,*s, Toute la presse a constaté le succès de la messe solennelle de
Camille Schubert, exécutée le 26 mars à Saint-Eustache au profit de la
caisse des écoles du deuxième arrondissement. Cette messe à grand or-
chestre est empreinte d'un sentiment religieux très- remarquable, le
style en est élevé, et elle a produit une vive impres.sion sur les cinq
mille auditeurs qui se pressaient dans la vaste basilique. La partie ins-
trumentale était confiée à l'excellent orchestre du théâtre Italien, di-
rigé par M. Hurand ; les chœurs étaient composés des enfants des écoles
communales; Mlle Marie Sax, MM. Cazaux et Warot chantaient les soli.
La quête a été des plus fructueuses.
4*,, Le théâtre Robin annonce de nouvelles expériences de physique
et de magie, et des tableaux nouveaux. Dans cette troisième série de
tableaux on cite particulièrement ceux qui reproduisent le terrible
tremblement de terre qui détruisit la ville de Lisbonne le l^"' novembre
1755.
5A1S M. Alaux, membre de l'Institut, ancien directeur de l'Académie
de France à Rome, auteur d'un si grand nombre de toiles qui ornent le
Musée de Versailles, et des deux grands tableaux du Testament de
Louis XIV et de Charlemagne donnant les Capitulaire tvient de se décider
à se séparer de nombreuses esquisses qu'il a faites pendant quinze ans
de son séjour en Italie. — L'exposition aura lieu, lundi 13 avril, à l'Hôtel
Drouot, et la vente le lendemain, 14.
^*^ Tito Mattei, pianiste italien d'un très-grand talent, se trouve à
Paris et s'y fera prchainement entendre.
^*, Deux journées magnifiques ont favorisé l'inauguration du con-
cert Musard au Pré-Catelan ; les plus beaux équipages s'y pressaient au
milieu d'une foule compacte, accourue à cette charmante fête. L'or-
chestre de Musard a fait merveille, et sa nouvelle valse sur les Bavards
aétéaccueillie par de chaleureux applaudissements. — Aujourd'hui grande
fête musicale ; programme aussi riche que varié ; bal d'enfants sous
les quinconces; marionnettes françaises; musique militaire ; jeux divers;
fanfares par le bataillon de chasseurs à pied; café et brasserie. —
L'heureuse idée de la création du bal d'enfants a été justement goû-
tée par les mères de famille.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
/'^, Lyon. — Mme Cabel est engagée pour toute la saison, c'est-à-
dire de septembre à avril. Un des premiers ouvrages que chantera la
célèbre cantatrice sera le l'anlon de Ploermel, remonté avec de nou-
veaux décors. — Le concert de George Hainl est toujours la plus
grande manifestation de l'art qui se fasse en notre ville. Comme
violoncelliste de premier ordre, comme chef d'orchestre, il ne cesse de
justifier ce que Berlioz a écrit de lui : « A une supériorité incontes-
table sur le violoncelle, il joint toutes les qualités de chef d'orchestre
conducteur-instructeurorganisateur, c'est-â-dire qu'il dirige d'une fa-
çon claire, précise, chaleureuse, expressive ; qu'il sait, en montant les
nouveaux ouvrages, faire la critique des défauts de l'exécution et y por-
ter remède, autant que les forces musicales dont il dispose le lui per-
mettent, et enfin qu'il sait mettre en ordre et en action productive tous
les moyens qui sont à sa portée, administrer son domaine musical et
vaincre promptement les difficultés matérielles dont chacun des mou-
vements de la musique, en province surtout, est ordinairement entravé.
D'où il résulte implicitement qu'il joint à beaucoup d'ardeur un esprit
pénétrant et une persévérance infatigable. Il a plus fait en quelques
années pour les progrès de la musique à Lyon que ne firent en un
demi-siècle ses prédécesseurs. » Dans son concert de cette année,
George Hainl a fait entendre deux compositions nouvelles : l" le pre-
mier allegro d'un concerto pour le violoncelle ; 2° une fantaisie sur des
motifs de la Fiancée, d'Auber, d'après Bohrer, refondue et orchestrée.
Entre ces deux morceaux très-remarquables, la préférence peut hésiter.
Des fragments de la Reine de Saba, de Gounod, et conduits par l'au-
teur , et le Christophe Colomb de Félicien David figuraient dans le
programme.
CHRONIQUE ETRANGERE.
j.*^, Berlin. — A l'occasion de l'anniversaire de la naissance du roi, le
théâtre de la cour a joué Armide, de Gluck. Mme Koester a rendu le
rôle d'Armide avec une puissance dramatique qui rappelle les plus
beaux jours de l'éminente cantatrice. A côté de Mme Koester se sont
fait applaudir Woworsky (Renaud), et Mlle de Ahna (la Haine).
^*^ Vienne. — Dans la vaste enceinte de l'église d'Alt-Lerchenfeld,
un des plus beaux monuments de l'architecture contemporaine, a été
exécuté, le 3 avril, le Slabat de Fr. Schubert. On y trouve de beaux
passages; mais, en général, la musique est par trop mondaine; en
outre, l'unité de style fait défaut à cette composition. — Des fragments
d'un oratorio inconnu du même auteur, la Résurrection de Lazare , ont
été e.xécutés dans la salle de la Société de musique. On y remarque
la partie de Simon ; les chœurs de la marche funèbre du convoi de
Lazare sont une des meilleures productions de Fr. Schubert.
^*a, Carlsruhe. S Le Roi Enzio, par Abert, a été représenté pour
la première fois avec succès il y a quinze jours ; la deuxième représen-
tation, qui n'a pu avoir lieu que le lundi de Pâques, n'a fait que con-
firmer le triomphe du jeune compositeur.
^*^ Cologne. — Niemann, l'excellent ténor qui a laissé parmi nous de
bons souvenirs, vient de débuter au théâtre de la ville de Cologne dans
le rôle de Raoul, des Huguenots.
^*j, Prague. — On vient de représenter pour la première fois Rizzio,
opéra nouveau en cinq actes, musique de M. A. Schliebner. Le sujet du
libretto est la fin tragique du célèbre musicien de Turin, qui fut, comme
on sait, un des nombreux amants de la belle et infortunée Marie
Stuart. La musique se distingue par des idées caractéristiques et des
motifs d'un grand efl'et vocal et instrumental. L'opéra de M . Schliebner
a reçu un accueil favorable ; le compositeur a été rappelé à la chute
du rideau.
*% Trieste. — La dernière représentation de notre grand théâtre a été
consacrée au bénéfice de Mme de Roissy. Cette solennité a été fort
brillante, et tout notre public a voulu fêter la vaillante artiste dans la
pièce qu'elle a créée avec le plus de supériorité, AJarta. Aussi l'a-t-on
acclamée après chaque morceau, et surtout après la romance de la Rose
qu'elle dit avei un sentiment et un charme inexprimables. Dans un en-
tre acte, elle a chanté la scène de l'Ombre du Pardon de Ploermel avec
un talent de vocaliste et une intelligence dé comédienne qui ont fait
redoubler les applaudissements. A peine avait-elle fini, que des bouquets
ornés de riches rubans, un magnifique cachemire et une couronne d'or
accompagnée d'un sonnet en l'honneur de l'artiste, lui ont été offerts au
nom de l'auditoire enthousiasmé.
^*^ Lisbonne.— Mme Lotti délia Santa avait choisi, pour son bénéfice,
la Maria et le duo du quatrième acte des Huguenots qu'elle a chanté
avec Mongini. On peut dire que la célèbre artiste a triomphé jusqu'au
dernier moment, car dans cette soirée, elle a provoqué un véritable
enthousiasme,
J''.j, Saint-Pétersbourg. — Mardi dernier, 31 mars, a eu lieu au grand
Théâtre le concert annuel au bénéfice des invalides ; plus de mille mu-
siciens et chanteurs ont pris part à cette solennité, qui avait attiré un
grand concours d'auditeurs. LL. MM. l'empereur et l'impératrice , le
grand-duc héritier, et plusieurs autres membres de l'auguste famille
impériale y assistaient.
LeIHrcctevr : S. DUFOUn .
120
REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS.
En Tente chez UARCELi CQ1<01IBIER, édftenr, S5, rue de Ricbellen , à Paris.
l^OUVELLES PUBLICATIORJS MUSICALES
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Bernard (Padl). Barcarolle 6 »
liambert (LnciEn'. God savc the queen, air national anglais. . 6 »
Nensledt (Ch.). Première rêverie 5 ■■
— Deuxième nocturne ■ . . . . 5 ■>
Talexj' (A.). Les Feuilles de la marguerite, six morceaux-oracle:
1. Il m'aime! 3. Beaucoup! 5. A la folie!
2. Un peu! 4. Tendrement! 6. Pas du tout!
Chaque numéro séparé 4 «
L'ouvrage complet, broché 15 »
— Fouets et Grelots, grand galop brillant 7 .50
— Id. à quatre mains 9 »
TVacbs (F.). La Première amitié, romance sans paroles .... ?> »
CHANT. Prix marqnt.
Beethoven. Marguerite (poésie de Mme Valœorc), chanson florale i2 t.) 2 50
Field (John). L'Oiseau, id. conversation. ... 3 »
— Le Rêve à deux, id. romance 2 50
lEoreaux (Ch.). L'Amour et l'Amitié (labliao de Miilevoyc), deux tons 2 50
n>%N.«K%.
Bonllard (V.). Fifres et clairons, polkas 3 »
— Turf-Polka 5 „
Talexy (A.). Bella Maria, polka , 5 »
l<e Corbeiller (Ch.). La Première Gerbe, valse 5 »
Jullano (A.-P.). La Fête au hameau (très-facile), quadrille. . li 5o
Wacbs (F.). Le Tourbillon, quadrille 4 50
aiatbien (fils.). Déesse, polka-mazurka 5 »
Irc niédallle d'or
Exposition nalionale française de 5S(iO.
DÉCORUTION DE LA lÉGION D'HONNEUR
Exposilion (le 1849.
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Exposition nationale française de ISad
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FONDÉE A PARIS EN 1843 PAU
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1 Exposition universelle de Londres, en 1851. — Exposition universelle de Paris, 1855, les plus belles pages du Rapport officiel, 27°" Classe, pages 1835-1336. —
Exposition universelle de Londres, 1862, PfiJZE MEDAL, avec cette mention : POUR EXCEIiliERiCE DE XOUXB ESPÈCE D'INSTRUMENTS DE CDIVRE.
TTi-^^Yir?,. f.JF'^^lJ^^'^, POLYTECHNIQUE de Paris, membre de l'ASSOCIATION INTERNATIONALE POUR LE PROGRÈS DES SCIENCES SOCIALES. -
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IV« 16.
REVUE
19 Avril 1863.
PRIX DE L'ABONNEUENT :
Paris. „ 24 fr. par an
Départements, Belgique et Suisse.... 30 » id.
Étranger U » Id.
Le Journal paraît le Dioianche.
GAZETTE MUSICALE
-^^J\i\J\f\f\rj\S\j\r\rj^-
SOMMAIRE. — Théâtre impérial de l'Opéra-Comique : Bataille d'amour, opéra-
comique en trois actes, paroles de MM. Victorien Sardou et Karl Daclin, mu-
sique de M. de Vaucorbeil, par liéon Dnrocher, — Société des concerts de
chant classique, fondation Beaulieu. — Concert de M. Achille Dien, par Ap-
thnr Pongin. —Correspondances. — Revue des théâtres, par D. A. D.
Saint-IfTes. — Nouvelles et annonces.
THÉÂTRE mPÉRIAl DE L'OPÉRÂ-COffllOUE.
BATAIIiliE D'AMOUR,
Opéra-comique en trois actes, paroles de MM. Victorien Sardou
et Karl Daclin, musique de M. de Vaucorbeil.
(Première représentation le 13 avril.)
Tout le monde sait que Bataille d'amour est une imitation, une
ampliflcation d'une comédie de Dumaniant , Intitulée Guerre ouverte
ou Ruse contre ruse. Dumaniant n'avait pas dissimulé que sa pièce
était sortie d'une pièce espagnole comme l'oiseau sort de son œuf.
L'auteur espagnol était Don Augustin de Moreto , et sa comédie en
trois journées est intitulée No puede ser [Cela ne peut être). L'avo-
cat et littérateur Linguet, qui en avait publié la traduction vers 1770,
l'avait intitulée : La chose impossible, ce qui rendait assez heureuse-
ment le titre original. La chose impossible, c'est de contraindre l'in-
clination d'une fille, de lui faire épouser Jean quand elle veut épouser
Pierre, et de la retenir à la maison quand elle est résolue de sortir.
Dumaniant ne prit guère que la donnée de l'auteur espagnol. Il chan-
gea les personnages, les caractères, et presque tous les détails de
l'action. Mais après avoir fait remarquer, dans sa préface, ces modi-
fications, il ajoute loyalement : « Je dois convenir que sans sa pièce
je n'aurais pas fait la mienne. »
M. Victorien Sardou et son collaborateur ne sont pas, sans doute,
moins loyaux que Dumaniant, et, s'ils ont adopté un titre nouveau,
ce n'était pas pour donner le change au public. Ils ont déplacé la
scène, qui était à Marseille, et qu'ils ont mise dans la forêt de Saint-
Germain. Ils ont affublé les personnages de noms plus recherchés.
Le baron de Stan ville est devenu baron d'Hocquincourt ; Lucile, sa
nièce, s'appelle Diane aujourd'hui , et Lisette , Olivette , ce qui est
plus rare. La duègne Nancy, le valet de chambre l'Olive, se nomment
Barbe et Calendrin. Enfin l'amoureux marquis de Dorsan est trans-
formé en comte Tancrède, non moins amoureux, mais bien plus in-
ventif, car il n'a point de valet, et fait ses affaires lui-même. Il faut
tenir compte de ce progrès du théâtre moderne sur le théâtre an-
cien. Il prouve que la lutte est finie pour jamais entre la noblesse
et la roture. Avant la révolution , tout gentilhomme qui entrait en
scène était invariablement doublé d'un valet dont la fonction était
d'avoir de l'esprit pour lui, et de lui fournir des idées. C'était une
vengeance à l'usage des auteurs, tous roturiers. Ecoutez Boileau par-
lant de Molière :
L'autre, fougueux marquis, lui déclarant la guerre.
Voulait venger la cour immolée au parterre.
MainteuaiU qu'il y a des roluriers à la cour, — en majorité peut-
être, — on n'immole plus au parterre ni ducs, ni marquis, ni vi-
comtes , et le parterre est prêt à applaudir tout gentilhomme qui
montrera de l'esprit ou- du cœur. Le comte Tancrède de.... excusez-
moi de n'avoir retenu que son prénom, est donc bien plus intéres-
sant que le marquis de Dorsan, qui, sans Frontin, ne savait rien faire.
M. Victorien Sardou a supprimé encore deux autres personnages
secondaires. En revanche, il a fait comparaître le prétendu choisi
par le baron, et il en a fait un duplicata de i\I. de Pourceaugnac.
Son chevalier Ajax de Hautefeuille vient de Carcassonne au lieu de
venir de Limoges ; mais, à cela près, c'est le même type : ladre,
gourmand, poltron et sot. Il en résulte que le baron d'Hocquincourt,
qui, après l'avoir vu, s'obstine à l'imposer à sa nièce, n'est plus
lui-même qu'un sot, un Cassandre extravagant et ridicule, ce qui
mine par sa base la donnée de la pièce : les deux adversaires
sont de force trop inégale. Le baron est trop bête pour n'être point
battu, et, comme l'a si bien dit un des plus habiles maîtres dans
l'art de l'intrigue théâtrale.
On n'a plus ni plaisir ni peine,
Quand les dénoûments sont prévus.
M. Sardou a d'ailleurs multiplié les incidents, allées, venues, ap-
paritions, disparitions, cabinets, paravents, etc., etc. Sa pièce est
un jeu de cache-cache et de colin-maillard continuel. Il ne laisse
pas un moment de repos à ses personnages, ni aux spectateurs, que
lasse et importune à la fin cet excès de mouvement. Ils le lui ont
prouvé avec une franchise qui nous dispense évidemment d'insister.
Ce qui manque surtout dans cet arrangement de Guerre ouverte,
c'est le goût et la mesure. Nous n'en citerons qu'un exemple. Dans
la pièce originale, le baron de Stanville explique pourquoi il ne craint
pas que sa nièce s'évade. « J'ai eu, dit-il, la précaution d'enlever
toutes ses hardes. » M. Victorien Sardou a jugé à propos ds déve-
lopper cette idée. II installe au milieu de la scène sou baron d'Hoc-
quincourt, qui dit à la suivante Olivette : « Que fait ta maîtresse ?
122
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
— Elle est malade, monsieur, elle va se coucher, elle se déshabille.
— Ah !.. . elle se déshabille ! — Oui, monsieur, elle vient d'ôler sa
modeste. — Sa modeste? qu'est-ce que cela? — Dame! monsieur,
cela s'appelle ainsi. — Eh! bien, va me chercher cette modeste. (La
soubrette sort par la droite, et rentre aussitôt, avec une pièce de
linge qui ressemble assez à une jupe.) — Et maintenant ?. . . — Elle
vient d'ôler sa discrète. — Apporte-moi la discrète. (Même jeu.) —
Oii en est-elle à présent? — A la friponne. — Je veux voir aussi
la friponne. » Et la friponne arrive, comme la discrète et la modeste.
Hélas ! le public n'a point paru charmé de cette littérature de blan-
chisseuse. Décidément, le bon goût s'en va, et nous devenons insen-
sibles aux attraits de la belle poésie.
Sr. Sardou est un homme d'esprit et d'imagination. II s'est four-
voyé celte fois. Mais cet accident, auquel tout auteur dramatique est
exposé, n'ôte rien au mérite des Ganaches que l'on applaudit si jus-
tement au Gymnase. M, de Vaucorbeil, son collaborateur musical,
s'était fait connaître par des compositions instrumentales et des mor-
ceaux de salon d'une valeur incontestable. On ne peut lui refuser ni
la science, ni l'originalité, ni la hardiesse harmonique. On avait donc
le droit d'attendre beaucoup de lui. On a été un peu désappointé, il
faut le reconnaître. Les qualités par lesquelles on brille au salon ne
sont pas toujours celles qui réussissent au théâtre. Les menus dé-
tails, les finesses harmoniques se perdent à distance , et manquent
leur effet. Il y a une perspective pour l'oreille comme pour les yeux.
Il faut surtout au théâtre de grandes lignes, des effets vigoureux , et
nous offririons volontiers de parier qu'il y a dans l'orchestration de
Bataille d'amour quantité de petits détails fort jolis que l'on n'a
point aperçus. Sous ce rapport, le mécompte probablement a été plus
grand encore pour le compositeur que pour le public.
M. de Vaucorbeil mérite un reproche plus grave. Le livret qui luj
avait été confié, — quels que soient d'ailleurs ses défauts, — est une
des pièces les plus bouffonnes qu'on ait jouées depuis longtemps à
rOpéra-Comique. Sa musique est triste. L'amour y est sentimental,
mélancolique, rêveur. Les emportements du baron, qui ne lutte après
tout que pour ne pas perdre sa gageure, y sont aussi violents et aussi
sombres que les fureurs d'Othello. A la fin du second acte, le baron
rassemble les domestiques, valets, laquais, piqueurs, veneurs, cochers,
cuisiniers, marmitons, les arme de lanternes, bâtons, manches à balai,
et part avec eux pour faire patrouille dans les corridors , les esca-
liers, la cour, le jardin. Y eut-il jamais scène plus digne d'une verve
bouffonne et baroque? M. de Vaucorbeil a pris la chose au sérieux,
et fait chanter à ce chœur grotesque un hymne guerrier qui con-
viendrait parfaitement à une armée donnant l'assaut à une ville de
guerre. Il n'y a pas d'ouvrage qui puisse résister à de tels contre-
sens.
Ce désaccord entre le livret et la partition est, selon nous, le plus
grand reproche qu'on puisse adresser à M. de Vaucorbeil. On doit
certainement le blâmer encore d'abuser de la modulation au point
de torturer, de défigurer ses mélodies, et de se rendre trop souvent
inintelligi le. Cela dit, nous ne chercherons plus dans son ouvrage
que ce que l'on peut y louer, et nous signalerons — le quatuor du
premier acte chanté par Diane, Olivette, Tancrède et Calendrin caché,
morceau dont l'harmonie et le chant ont beaucoup de grâce; — l'air
d'entrée du baron, dont le rhythme est énergique; — un passage
très-bien trouvé du duo de ce baron avec le comte Tancrède, sur les
quatre vers :
Je m'engage formellement
A pénétrer tranquillement,
Commodément, facilement.
Jusque dans votre appartement.
Cette fois, M. de Vaucorbeil a oublié l'orchestre et la modulation.
11 a mis là une mélodie simple, claire, franche, originale, et, chose
inattendue ! très-plaisante. S'il eût continué sur ce ton-là , il aurait
obtenu un prodigieux succès. Mais ce n'est qu'un éclair, dont la lueur
s'efface avant même la fin du duo. Les deux adversaires, après ce
petit assaut de plaisanterie, reprennent tout à coup leur sérieux,
froncent le sourcil, enflent leurs voix, font des gestes de matamores,
se bravent, se défient... et crient aussi fort que s'ils allaient tirer
l'épée. Et alors, adieu l'esprit, adieu la grâce, adieu la raillerie pi-
quante, que les trombones ne remplacent pas !
Au second acte, Diane chante un air qui commence à merveille,
et qui aurait de l'expression et de la couleur s'il ne changeait pas
de ton, pour ainsi dire, à chaque mesure. Jamais la manie des modu-
lations sans but et sans effet n'avait été poussée jusque-là. N'est-il
pas affligeant de voir ainsi gâter, comme à plaisir, une idée agréable,
qui, mieux développée, aurait pu devenir charmante?
Au troisième acte, le baron contraint Olivette à chanter une chan-
son qui doit attirer le comte Tancrède dans le piège qui lui est tendu.
Cette chanson est naturellement écrite, simple, mélodieuse, bien
tournée, bien accompagnée. Elle prouve donc que M. de Vaucorbeil
fera de la musique agréable aussitôt qu'il le voudra. Il faut seulement
pour cela qu'il abdique ses prétentions à l'imprévu, à l'extraordinaire,
qu'il écrive ses idées telles que le bon Dieu les lui envoie, sans les
alambiquer, sans les torturer, et qu'il comprenne, une fois pour
toutes, que les compositeurs les plus originaux sont ceux qui ont le
moins cherché à l'être.
MM. Montaubry et Crosti jouent et chantent fort bien les deux
rôles de Tancrède et du baron. Mlle Baretti, Mlle Bélia , sont très-
agréables dans ceux de Diane et d'Olivette, et l'on n'a que du bien
à dire de Mlle Révilly, de M. Sainte-Foy et de M. Nathan. Bref,
l'administration et les exécutants ont fait pour cet ouvrage tout ce
qu'ils pouvaient faire. Mais il aurait fallu que l'ouvrage s'aidât lui-
même un peu mieux.
LÉON DUROCHER.
SOCIËTË DES CONCERTS DE CHANT CL&SSIQUE.
Fondation Beanlieu (i° année).
L'institution fondée par M. Beaulieu a fait un grand pas cette année.
On sait qu'elle a pour but de remettre en lumière les chefs-d'œuvre
de chant religieux et du chant dramatique oubliés ou complètement
ignorés de la génération actuelle. Voulant la doter d'une partie de sa
fortune pour en assurer à jamais la durée , le fondateur n'a trouvé
d'autre moyen que d'établir une Société capable d'accepter ses dons,
et la Société est déjà formée. Elle compte plus de cent adhérents,
dont la cotisation, ne pouvant dépasser 10 francs et ne s'élevant pour
cette année qu'à 7 fr. 50 c, donne droit à un certain nombre de
billets qui en excèdent la valeur et la remboursent avec usure. Du
reste, les statuts sont là et répondent à toutes les questions possibles.
Le concert donné mardi dernier dans la salle Herz avait attiré un
auditoire beaucoup plus nombreux que les trois précédents : pas une
place n'était demeurée vacante, et l'exécution du programme a par-
faitement répondu à ce qu'on devait s'en promettre. La soirée com-
mençait par un offertoire de Michel Haydn, frère de l'illustre Joseph ;
à ce morceau, d'une allegria plus mondaine que religieuse, succédait
un air de Samson, de Haendel, fort bien chanté par M. Paulin, et un
Salve Regina, dit parle chœur, sans accompagnement, avec une jus-
tesse irréprochable. Mme Simon-Corradi , MM. Paulin et Marié se
mêlaient au chœur dans les fragments du 26"= psaume de Marcello.
L'octuor de Beethoven ayant été forcément remplacé par un char-
mant quinfetto de Reicha, MM. Dorus, Triébert, Jauncourt, Leroy et
Baneux en ont supérieurement joué les parties de flûte, hautbois,
basson, clarinette et cor. Personne n'a donc pu que se louer du
morceau et applaudir les artistes.
L'Ave verum, d'Halévy, par lequel s'ouvrait la seconde moitié du
DE PARIS.
123
concert, est une belle composition d'un style élevé, d'une facture
large, où le chant se partage entre les deux voix de femmes, et se
meut sans effort au milieu du chœur. Les deux femmes étaient
Mmes Vandenheuvel-Duprez et Simon-Corradi. La première de ces
cantatrices n'a jamais été plus en voix que dans ce moment : elle l'a
prouvé par la manière dont elle a rendu un air de l'Armide de
Gluck et le Porgi amor des Nozze di Figaro, de Mozart. Quant à
Mlle Simon-Corradi, elle sera bientôt une de nos meilleures canta-
trices de théâtre et de concert. Battaille, fidèle à son poste et à
son drapeau, s'est distingué dans un air de Mozart et des fragments
du Paulus de Mendelssohn. Dans le Spiiio di Dio de Lotti, mor-
ceau qui se chantait sur le Bucentaure pour le mariage des doges avec
la mer Adriatique, on a remarqué d'heureuses dispositions de voix et
des effets de sonorité qui auraient été encore plus saisissants en plein
air ou dans une plus vaste enceinte. M. Marié conduisait les chœurs,
et M. Deloffre l'orchestre, dans celte soirée, dont l'influence sera
des plus fa vorables à l'intéressante fondation de M. Beaulieu.
P. S.
CONCERT DE M. ACHILLE DIEN.
Jeudi dernier, un public nombreux et sympathique s'était réuni
dans les salons Erard pour assister au concert intéressant donné par
un violoniste d'un talent souple et distingué, M. Achille Dien. Il s'a-
gissait d'entendre deux nouvelles compositions de M. Henri Reber,
dont on regrette le silence au théâtre, et qui semble ne vouloir plus
s'occuper que de musique instrumentale.
La séance a commencé par le joli trio en sol mineur, aussi de
M. Reber, exécuté par MM. Saint-Saëns, Dien et Batta, et pour le-
quel je renvoie le lecteur à l'analyse que j'en ai donnée dans ce
journal (1). Puis venait le Chant de Mignon, l'une des deux nouvel-
les compositions du maître estimé, écrite par lui sur les jolies stro-
phes que M. X. Marmier a imitées de l'auteur de Faust et de Wer-
ther. Cette mélodie, pleine de tendresse, de charme et de sim-
plicité, est limpide dans sou style comme l'azur d'un beau ciel.
Mlle Andréa Favel, que nous avons entendue il y a quelques années
à rOpéra-Comique, a chanté cette petite pièce charmante avec une
émotion contenue et tout à fait heureuse. On a entendu ensuite une
Tarentelle de M. Saint-Saëns, pour flûte, clarinette et piano; ce mor-
ceau, d'une facture très-distinguée et auquel je ne reprocherai que son
titre, qui ne me semble pas suffisamment justifié, renferme de jolies
pensées mélodiques et est très-bien écrit pour les trois instruments.
D a reçu un excellent accueil, dû en partie à la perfection avec la-
quelle il a été exécuté par MM. Dorus, Leroy et Saint-Saëns, trois
virtuoses d'un talent exceptionnel.
Après le joli air du Père Gaillard, chanté avec goût par Mlle An-
dréa Favel, qui en a surtout bien enlevé la strette verveuse et char-
mante :
Vive du village
La simplicité...
est venue la délicieuse sérénade inédite (en ré majeur) de M. Reber,
œuvre d'une exquise élégance, divisée en quatre morceaux : un alle-
gro à deux temps, vif, léger et charmant ; un andante avec sourdi-
nes, inspiration d'une grâce et d'une tendresse adorables, qui a
tellement séduit l'auditoire qu'il l'a spontanément redemandé} un
allegretto peu développé, mais d'un charme piquant et singu-
lier; enfin un finale chaud, vigoureux et coloré, dans lequel
une sorte de récit dialogué entre les trois instruments amène ['al-
legro, dont la coupe très-franche et très-originale, le rhythme volon-
taire et persistant produisent l'effet le plus heureux. Ce morceau a
(Il 1S53, n" 1.
été exécuté d'une façon merveilleuse par MM. Dien, Batta et Saint-
Saëns. M. Dien, que je regrette d'entendre très-rarement en public,
est un artiste de race, un violoniste de style, au son pur, au jeu bril-
lant, au style à la fois sobre et coloré, qui sait interpréter avec dis-
tinction et une rare élégance les œuvres qu'il présente au public.
M. Heber n'eût pu mieux choisir pour l'exécution des deux mor-
ceaux importants de musique instrumentale que nous avons entendus
dans cette admirable soirée. Quant à MM. Batta et Saint-Saëns, je
n'ai pas besoin de m'appesantir sur leurs excellentes qualités, qualités
qui sont appréciées depuis longtemps à leur juste valeur par le public
dilettante et connaisseur.
La soirée s'est terminée pnr une excellente exécution de l'Hymne
d'Haydn pour deux violons, alto et violoncelle, par MM. Dien, Faure,
Defrance et Batta.
Arthur POUGIN.
CORRESPONDANCE.
Monsieur le Directeur,
Je viens vous demander l'hospitalité pour ces quelques lignes, des-
tinées à repousser le reproche de sacrilège qui m'est fait par le journal
la France musicale au sujet du fragment des Sept Paroles exécuté à mon
concert du vendredi saint. Je laisse d'ailleurs à Haydn le soin de ré-
pondre lui-même par une lettre bien connue de tous les musiciens, et
que M. Escudier n'aurait pas dû ignorer.
Veuillez agréer, etc.
Pasdei.oup.
— « Un chanoine de Cadix me pria, il y a environ quinze ans, de
mettre en musique les Sept Paroles de Jésus sur la croix.
i> Tous le^ ans, pendant le carême, on avait l'ha'jitude dans la cathé-
drale de Cadix de dire un oralwio, dont les apprêts suivants ne devaient
pas peu contribuer à augmenter l'effet : on couvrait les murailles, les
croisées et les piliers de l'église d'une tenture noire ; une lampe sus-
pendue au milieu de la nef éclairait seule l'obscurité des saintes té-
nèbres ; à midi, on fermait toutes les portes, et la musique commençait.
Après l'introduction, l'évêque montait en chaire, et prononçait une des
sept Paroles, dont il faisait le texte de son instruction. Il descendait
ensuite pour aller se prosterner au pied de l'autel, alors l'orchestre se
faisait entendre. Pour chaque Parole, l'évoque montait et descendait, et
chaque fois l'orchestre exécutait la musique relative à la Parole dite en
chaire.
1) On avait assigné des bornes à ma composition. Pour ne pas fatiguer
l'auditoire, chacun des sept adagio ne devait durer que dix minutes.
Je m'aperçus bientôt que cette condition était difficile à remplir, et que
je ne pouvais me renfermer exactement dans l'espace de temps pres-
crit. La musique était d'abord sans paroles; c'est ainsi qu'elle a été
imprimée. Plus tard, on m'a prié d'y joindre le texte, et maintenant
les Sept Paroles du Sauveur sur la croix, formant un ouvrage complet et
tout nouveau sous le rapport de la partie vocale, se trouve pour la pre-
mière fois chez MM. Breitkopf et Hœrtel, à Leipzig.
» La bienveillance avec laquelle les connaisseurs accueillent cet ou-
vrage me donne lieu d'espérer qu'il ne manquera pas son effet dans le
reste du public.
» Joseph Haydn.
!) Vienne, mars 1801. »
Le Moniteur vient de donner, à la suite du remarquable rapport
de S. Exe. le comte Walewski, le texte du projet de loi relatif à la
propriété littéraire et artistique. Nous en extrayons les principaux
articles, et nous nous proposons de les examiner au point de vue du
commerce de musique, qu'on n'a aucunement distingué de celui de
la librairie, et qui deviendrait impraticable si des modifications à
cet égard n'étaient pas introduites dans le projet de loi.
Projet de loi Mur la propriété tiUérairc et arlIMique.
Art. 1". — La propriété littéraire et ar-tistique est le droit, pour les
auteurs, compositeurs et artistes ou leurs ayants cause, de disposer et
in
REVUE ET GAZETTE MUSICALK
d'user à perpétuité de leurs œuvres, conformément aux distinctions
établies dans les articles suivants.
Elle s'acquiert et se transmet par les manières énoncées dans les ar-
ticles 711 et 712 du Code Napoléon.
Art. 2. — Les auteurs, compositeurs et artistes ont le droit personnel
et exclusif de publier leurs œuvres, de les reproduire ou faire repro-
duire, de les exposer ou faire représenter en public, en employant les
procédés appropriés à chaque espèce d'ouvrages.
Art. 3. — A la mort de l'auteur, son droit est dévolu à ses héritiers,
à son conjoint ou à -ses légataires, conformément aux règles du droit
civil.
La durée des droits des héritiers, du conjoint ou des légataires, est
fixée à cinquante ans, à compter du décès de l'auteur.
La même durée est assurée aux droits que l'auteur a pu conférer,
de son vivant, à des donataires ou cessionnaires.
Art. 4.'" — A l'expiration de la période de cinquante ans fixée par l'ar-
ticle précédent, toute personne peut publier, reproduire, faire repro-
duire, exposer ou faire représenter les œuvres d'un auteur, d'un com-
positeur ou d'un artiste, à la charge de payer à ses ayants cause une
redevance prélevée sur le produit des publications ou reproductions,
sous quelque forme on par quelque procédé qu'elles aient lieu.
Art. 5. — La redevance établie par l'article précédent est fixée à 5 0/0
du prix fort de tous les exemplaires ou objets compris dans chaque édi-
tion, publication ou reproduction d'une œuvre littéraire ou artistique.
Elle est fixée sur les recettes provenant de la représentation d'œu-
vres dramatiques ou de l'exécution d'œuvres musicales, à la moitié des
droits attribués aux auteurs vivants;
Sauf le droit jjour les parties de modifier ces bases par leurs conven-
tions.
Art. 6. — Quiconque veut user de la faculté accordée par l'article 4
ci-dessus est tenu d'annoncer la publication qu'il se propose de faire,
dans la forme prescrite par l'article 26 ci-après.
Art. 7. — Au cas de mariage, le droit de propriété littéraire et ar-
tistique reste propre à l'auteur.
Art. 16. — Le compositeur d'une œuvre musicale et l'auteur des pa-
roles qui l'accompagnent ont, à moins de conventions contraires, des
droits égaux sur l'œuvre commune.
Art. 21. — Avant toute publication ou reproduction d'une œuvre lit-
téraire ou artistique, la déclaration doit en être faite, à Paris, au mi-
nistère de l'intérieur, et dans les départements, au secrétariat général
de la préfecture.
Le procès-verbal de la déclaration est inscrit sur un registre spécial.
Une expédition des procès-verbaux faits dans les départements est
transmise au ministre de l'intérieur dans les cinq jours de leur date.
Cette déclaration doit énoncer les nom, prénoms et domicile de celui
qui la fait, les nom , prénoms et domicile de l'auteur, sauf les cas où
il s'agit d'ouvrages anonymes ou pseudonymes.
Elle doit indiquer le titre ou contenir la désignation ou la description
de l'œuvre et faire connaître le procédé de publication ou de reproduc-
tion, le nombre des exemplaires ou des objets compris dans la publica-
tion ou reproduction, et enfin leur prix.
Si, postérieurement k la déclaration ci-dessus prescrite, une modifica-
tion est apportée soit au nombre, soit au prix des exemplaires, il sera
fait une nouvelle déclaration indiquant le nombre et le prix qui auront
été définitivement arrêtés.
Lorsqu'il sera fait plusieurs tirages successifs, chacun sera l'objet
d'une déclaration particulière.
Art. 22. — A défaut de déclaration de la part de l'auteur ou de ses
ayants cause, conformément à l'article précédent, ils sont non rece-
vables à exercer en justice les droits qui leur sont conférés par la pré-
sente loi.
Art. 23. — Aucun acte entre vifs, à titre onéreux ou à, titre gratuit
opérant transmission totale ou partielle, temporaire ou perpétuelle, d'une
propriété littéraire ou artistique, n'est valable à l'égard des tiers qu'après
avoir été déclaré et transcrit à Paris, au ministère de l'intérieur, et
dans les départements, au secrétariat général de la préfecture.
Art. 26. — Toute personne qui veut user de la faculté accordée par
l'article 4 ci-dessus, est tenue d'annoncer la publication qu'elle se pro-
pose de faire, par un avis inséré dans le Moniteur, dans le Journal de la
Librairie et dans un journal publié au chef-lieu du département de son
domicile.
Cet avis doit contenir l'indication de l'ouvrage, le nom de l'auteur, le
mode de publication, les nom, prénoms, profession et domicile de celui
qui se propose de faire la publication.
Il est renouvelé deux fois, de mois en mois.
Art. 36. — Les œuvres littéraires et artistiques publiées à l'étranger
profitunt des dispositions de la présente loi, à la charge, par les auteurs,
compositeurs ou artistes, de remplir les obligations qu'elles imposent, et
de se conformer aux stipulations des traité.i conclus avec la nation sur
le territoire de laquelle a eu lieu la publication.
BEVUE DES THEATRES.
Poivte-Saiint-Martiiv : Reprise de Bon Juan de Marana, drame en
cinq actes et quatorze tableaux , par M. Alexandre Dumas. —
Ambigu-Comique : l'Otage^ drame en cinq actes et six tableaux,
avec prologue, par M. Thomas Sauvage.
Les morts vont vite, dit la ballade; et cela est si vrai que nous
avons peine à égaler leur allure. Nous n'en devons pas moins une
mention très-honorable à la dernière reprise de la Porte-Saint-Mar-
lin, qui, d'ailleurs n'est sans doute pas définitivement enterrée.
Quoique Don Juan de Marana n'ait pas obtenu, lorsqu'il fut joué
en 1836, un de ces succès qui font époque, comme Antony ou la
Tour de Nesle, il n'en a pas moins laissé une trace considérable dans
les souvenirs de ses contemporains. Le grand tort de ce drame ,
qu'aucun art, quelque admirable qu'il fût, ne pouvait dissimuler, était
de venir après son homonyme, un chef-d'œuvre de Molière. Certes,
les deux Don Juan ont entre eux des différences faciles à constater.
Les événements , les personnages au milieu desquels ils existent
et agissent, ne sont pas les mêmes ; la terreur et le fantastique oc-
cupent exclusivement, chez l'un, la place qui, chez l'autre, est cédée
à la comédie; mais, au fond, le héros de Molière et celui d'Alexandre
Dumas, issus d'origines à peu près semblables, ont un air de famille
qui domine tout le reste. Don Juan de Marana, comme l'autre don
Juan, est un type achevé de tous les vices, sous un vernis d'orgueil
intrépide et de séduisante allraclion. Cuirassé d'athéisme, il ne craint
ni le ciel ni l'enfer, et il faut que les morts sortent de leurs tombes
pour qu'il s'incline terrassé devant un Dieu vengeur. Don Sandoval
est pour lui la statue du commandeur. Nous ne pousserons pas plus
loin la recherche de l'analogie ; elle est flagrante, et elle explique,
selon nous, la tiédeur de l'accueil fait, dans sa nouveauté, à la pièce
d'Alexandre Dumas.
Ce précédent redoutable n'a pas effrayé le directeur actuel de la
Porte-Saint-Martin , qui a sans doute pensé qu'en entourant Don
Juan de Marana de tout l'éclat d'une mise en scène qui lui avait
manqué en partie au temps d'Harel, il triompherait de toutes les pré-
ventions, et, en cela, nous ne pouvons que le plaindre de s'être
trompé. La pièce primitive avait pourtant subi quelques remanie-
ments, opérés avec discrétion par M. Méry, d'après l'autorisation
formelle d'Alexandre Dumas. On y avait en outre introduit des bal-
lets et du chant qui n'existaient pas autrefois. Et, à ce propos, fé-
licitons M. Amédée Arlus qui, chargé de la musique des quatre
premiers actes, s'est distingué dans l'orgie du lever de rideau
et dans le Boléro de Grenade, un merveilleux ballet dansé par
Mlle Mariquilta et par une foule de charmantes danseuses dont
les pas sont accompagnés, comme dans Guillaume Tell, par la voix
de M. John Max et par un chœur d'élèves du Conservatoire. La mu-
sique du cinquième acte, dont le fantastique rappelle celui de la
Nonne sanglante, est due à M. Debillemont, qui a su trouver d'ori-
ginales et émouvantes inspirations pour son Bal des Spectres.
Mais à quoi bon insister sur cette reprise , si ce n'est pour espérer
que le talent déployé par Mélingue et Mlle Périga, ainsi que la ma-
gnificence des décorations el des costumes n'auront pas été dépen-
sés en pure perte.,
— Il paraît qu'une loi révolutionnaire (Dieu sait le nombre des lois
et décrets édictés par la Révolution !) autorisait les représentants du
pouvoir, en cas de troubles dans un déparlement, à prendre des
otages dans les familles des ci-devant nobles, comme garantie de la
tranquillité publique. C'est sur cette loi qu'est basé l'intérêt du nou-
veau drame de l'Ambigu. Le citoyen Bergerac, envoyé en Bretagne
par le Directoire, fait la rencontre de deux jeunes personnes dans la
diligence qui part de la cour du Plat-d' Etain. L'une d'elles est
la fille du marquis de Monbarrois, forcé de fuir à l'étranger ; l'autre
est la sœ.ur de lait de la première. Bergerac, trompé par certaines
DE PARIS.
125
apparences, adresse ses vœux à la seconde, qu'il prend pour la riche
héritière des Montbarrois, et, arrivé à sa destination, il la force de
le suivre, en vertu de la loi des otages. Madeleine Morel, cédant aux
plus mauvais instincts, se garde bien de le désabuser avant de l'avoir
complètement subjugué. Ce point acquis , Bergerac et sa digne
femme s'entendent à merveille pour essayer de dérober à Octavie de
Montbarrois un trésor caché dans les caveaux de ses ancêtres; puis,
ayant échoué dans ce beau projet par suite du retour inattendu du
vieux marquis, ils prennent le parti beaucoup plus radical de faire
assassiner le père et d'empoisonner la fille. Est-il besoin de dire que,
selon l'antique usage, le crime est puni et la vertu reçoit sa récom-
pense? M. Thomas Sauvage, auteur de plusieurs bons livrets d'opéras-
comiques, nous semble moins habile à amener des péripéties drama-
tiques que des situations musicales. Néanmoins, l'Otage a réussi, et
nous avons la conviction qu'il fournira une honorable carrière.
D. A. D. SAINT- YVES.
Le défaut d'espace nous force à renvoyer au numéro prochain, le
compte rendu de la première soirée de Thalberg et celui des concerts
de la première quinzaine d'avril.
NOUVELLES.
*** Le théâtre impérial de l'Opéra a donné dimanche le Trouvère et
h Diable à quatre, dansé par Mlle Vernon et Mme Zina-Merante.— Lundi,
Guillaume Tell; le ténor Villaret, encore indisposé, a dû réclamer l'in-
dulgence du public. —Mercredi, la Muette avait rempli la s^lle. —Ven-
dredi, la Favorite et Grauosa. — Aujourd'hui dimanche, par extraor-
dinaire, la Muette.
^*^ Mardi dernier, pendant la répétition du Comte Ory, M. Borohardt,
chargé du rôle de Raimbaud, est tombé, en entrant sur la scène, frappé
par une attaque d'apoplexie. Tous les secours ont été inutiles et il a
expiré dans la soirée. Borohardt n'était âgé que de trente-cinq ans ; avant
d'entrer à l'Opéra, il s'était fait applaudir sur les principales scènes de
province.
»** Dulaurens qnitte, dii-on, l'Opéra pour faire partie de la troupe
du grand théâtre de Lyon.
**^ Un journal annonce que M. Delibes, l'auteur des Deux vieilles gardes
et autres opérettes, accompagnateur au théâtre Lyrique, passe en cette
qualité au théâtre de l'Opéra, et qu'il est remplacé au théâtre Lyrique
par M. Mangin, lauréat du Conservatoire.
»% La Patrie donnait au sujet de la construction du nouvel Opéra,
la nouvelle qu'un prêt de 12,000,000 de francs avait été proposé à l'ad-
ministration de la ville de Paris par la Compagnie immobilière, à la
condition que les travaux seraient achevés en une année.
*** La Dame blanche continue à être donnée avec grand succès au
théâtre de l'Opéra-iJomique.
**a, La partition de la Déesse et le Berger vient de trouver un acqué-
reur aussi généreux qu'imprévu dans la personne d'une dame fort riche,
qui a donné 6,C00 fr. au jeune compositeur, et qui fait graver et publier
l'œuvre à ses frais. C'est là certes un événement heureux pour M.
Duprato, et dont nous le félicitons sincèrement;seuiement,ilestf;icheux,
ainsi que le fait remarquer sensément un de nos confrères, que quel-
ques journaux, en mentionnant ce fait, aient cru devoir ajouter que le
Mécène féminin qui a surgi si inopinément vengeait ainsi le compositeur
méconnu de V indifférence des éditeurs qui, si dédaigneux hier, regretteront
aujourd'hui de l'avoir été. C'est une erreur de croire que les éditeurs ne
soient pas toujours disposés à acquérir une œuvre dont ils ont conçu une
bonne opinion, et les compositeurs ne doivent souvent les déceptions
qu'ils subissent qu'à des exigences déraisonnables. Si, comme cela pa-
rait être, M. Duprato avait, la veille de la représentation, rejeté bien
loin l'offre de ces mêmes 6,000 francs, qui lui était faite par un h<ino-
rable éditeur de Paris, sa déconvenue du lendemain n'a rien d'étou-
naut, et l'éditeur en question a dû se féliciter grandement de n'avoir
pas été pris au mot.
1^*^ La représentation au bénéfice des petits enfants Rameau a atteint
le chiffre de M ,000 francs. Peu s'en est fallu qu'elle n'allât pas à sa
destination. Un créancier du père des bénéficiaires l'avait frappée d'op-
position; mais une ordonnance de référé, rendue par te président du
tribunal Je première instance, attendu la nature alimentaire de cette
représentation, a débouté le créancier de son opposition et a autorisé
le directeur du théâtre de l'Opéra-Comique à en payer le montant net
entre les mains et sur la quittance du sieur Couvert-Rameau , adminis-
trateur et tuteur des biens de ses enfants mineurs.
,j% La représentation donnée au bénéfice de M. Ferville au Gymnase
a produit 11,280 francs. Leurs Majestés Impériales y assistaient, et quoi-
qu'elle ait fini à près de 2 heures du matin, l'Empereur n'a pas voulu
quitter sa loge avant la fin. La partie musicale était confiée à
M. et Mme Gueymard, Mme G. Grisi, Mlle Marimon, qui a fort bien
chanté, accompagnée par le violon de Sarasate, l'air du Pré aux clercs,
et A. Poultier, Sainte Foy et Eerthelier. Ferville est âgé de soixante-dix-
huit ans. Son père était directeur de théâtre et le jeune Ferville débuta,
à l'âge de douze ans, comme violoniste au théâtre Louvois. Son engage-
ment au Gymnase date de 4822.
^*,i, Nous devons rectifier par un petit erratum la note que nous avons
publiée dimanche dernier relativement au traité entre Mme Carvalho
et le théâtre de Marseille. Dans l'un des derniers paragraphes de cette
note, en parlant de « l'offre faite par M. Carvalho à M. Halanzier de
lui payer le dédit de 20,000 francs ou de lui envoyer M mes Carvalho
et Cabel au mois de mai, » on a imprimé par erreur : de mois en mois.
Erreur que l'intelligence du lecteur aura facilement redressée, et que
le paragraphe précéJent rectifiait, du reste, implicitement.
a,*,^ La clôture des Bouffes-Parisiens est toujours fixée au 30 avril. Les
Bavards sont donc forcément interrompus au milieu de leur éclatant
succès. Ainsi le veulent les traités passés avec les architectes char-
gés de la reconstruction et de l'agrandissement de la salle. Elle va
continuer d'être trop petite pour tous ceux qui voudront encore
applaudir Mme Ugalde dans un de ses rôles les plus brillants, et dire
adieu pour quelques mois â cette pléiade de comiques-bouffes dans la-
quelle on compte Pradeau, Désiré, Edouard Georges, etc.
.j,*.j, Par arrêté en date du 15 avril, M. le ministre d'État a nommé
M. Lockroy directeur du théâtre du Prince-Eugène, et M. Champlleury,
directeur du théâtre des Funambules. — Ces deux théâtres, font
partie des nouvelles constructions du boulevard des Amandiers; le
premier sera consacré au drame, à la comédie et à la tragédie.
,.*,, Nos lecteurs savent que Berlioz s'est rendu à Weimar pour pré-
sider aux répétitions de son opéra, Béatrice et Benedict, qui vient d'être
donné avec le plus grand succès. A la première représentation, où
l'étiquette interdisait les applaudissements, Berlioz a été complimenté
par LL. AA. le grand-duc et la grande-duchesse, et par la reine de
Prusse. A la seconde représentation, les applaudissements ont pris leur
revanche. Le compositeur a été rappelé après le premier et le second
acte. Les artistes de Weimar, réunis à ceux qui étaient venus de Dresde,
de Leipzig et des petites villes voisines, lui ont offert un grand souper.
Mme Milde joue avec une grâce charmante le rôle de Béatrice; dans
celui de Benedict, le ténor Knop s'est montré acteur plein de feu et musi-
cien consommé. Le rôle du maître de chapelle, Somarone, n'est pas
moins bien rendu par Sohmidt. Le nouveau trio chanté par Mmes Milde,
Podolski et Schmidt, a produit l'effet le plus heureux, et les trios de
femmes sont si rares que tout le monde a lieu de s'en féliciter. Ce qu'il
y a de plus rare encore, c'est le noble accueil dont S. A. le grand-duc
sait honorer les artistes. — Berlioz est allé à Lowenberg, invité par le
prince de HohenzoUern pour y diriger un concert, dont le prince lui-
même a composé le programme, ainsi qu'il suit : Ouverture du Roi
Lear, fragments de Bomeo et Juliette, symphonie {scène cVamuur, adagio,
fête) ; ouverture du Carnaval romain, et symphonie d'Harold.
H,** La Gazette des étrangers annonce le retour à Paris de Mlle Patti pour
le 26 de ce mois, et ajoute qu'elle a â peu près promis de donner, avant
son départ pour Londres, une représentation au théâtre italien.
^'^^ Le théâtre national de Boston vient d'être la proie d'un incendie.
C'est le sixième établissement du même genre détruit par le feu dans
cette ville. Le théâtre national avait été construit sur les ruines du
Warren theater, incendié le 22 avril 1843 et le 24 mars il périssait de
la même manière que son devancier.
,t'*,,Au Cirque Napoléon, pour la clôture, aujourd'hui 19 avril, à 2 heu-
res, concert populaire de musique classique. Programme : Symphonie
avec chœurs de Beethoven. Soli : Mmes Viardot, Simon, MM. Capoul,
Bussine. — Sélectioa d'Itendel. — Chœur de Salomon;— chœur du .Messie. —
Alléluia, air de l'opéra Alcina (Mme Viardot). — Chœur de Josué. — L'or-
chestre et les chœurs sous la direction de M. Pasdeloup.
**j. Voici le programme de la deuxième soirée de Thalberg qui aura
lieu mercredi prochain, dans les salons d'Erard. BarcaroUe : Giovanni di
Calais, de Donizetti; duo de la Flûte enchantée, de Mozart; air irlan-
dais inédit, de Thalberg; le Joueur de vielle, la Fille du Pécheur, de
Schubert; pastorale inédite de Thalberg; sonate en ré mineur, de Bee-
thoven; ballade; romance sans paroles et étude, de Thalberg; scherzo
du Songe d'une nuit d'été; fantaisie du Trovalore.
,s*,t Le chant God blcss Ihe prince of Waks ■' composé par M. Brindiey
Richards, à l'occasion du mariage du prince avec la princesse Alexandra,
a produit une grande sensation dans la principauté de Galles. A Swansea,
plus de dix raille enfants, réunis en l'honneur du mariage royal, ont
exécuté ce chœur avec autant d'âme que de puissance vocale, d'abord
126
KKVLE ET GAZETTE MUSICALK
en anglais, ensuite en gallois ; à. Merthyr, pendant les fêtes, il a été dit
par quatre mille enfants; à Carmarthen, pour la même occasion, un
corps de volontaires qui traversait la ville, Ta joué comme marche mi-
litaire, après quoi il a été chanté en chœur; le même jour, à Lancaster,
quatre mille et à Stafford cinq mille enfants l'ont dit et ont été large-
ment approvisionnés de gâteaux et d'oranges par les habitants de leurs
villes respectives.
^*^ L'éminent violoniste Jean Becker vient d'être appelé à Bordeaux
par la Société du cercle ai'tistique et philharmonique , pour un grand
concert qui aura lieu le 25 de ce mois. La lettre flatteuse adressée par
le président de la Société à M. Becker, vient confirmer brillamment les
succès obtenus par l'éminent artiste à Paris, et leur retentissement en
France et à l'étranger.
^*^ Mme Oscar Comettant donnera le 30 de ce mois, dans la salle
Herz, un concert dont le magnifique programme nous paraît de nature
à exciter au plus haut point la curiosité de tous les amis de l'art. La
gracieuse cantatrice s'est assuré le concours de MM. Tamberlick, Bon-
nehée (de l'Opéra), Alard, Félix Godefroid, Léon Jacquard et Diémer.
On y entendra également toute la phalange des illustres pianistes, exé-
cutant une œuvre d'une remarquable originalité. Cette œuvre est l'Hexa-
méron, grande fantaisie composée par Chopin, Czerny, H. Herz, Liszt,
Pixis, Thalberg, et arrangée pour six pianos concertanis par Henri
Herz. Les six variations d'écoles différentes comprises dans cet ouvrage
unique en son genre, sont distribuées entre les divers pianos, de ma-
nière à mettre en relief, et à tour de rôle, tout le talent de chaque
exécutant. L'Hexaméron sera joué par : Henri Herz (variations de Henri
Herz); G. Mathias (variations de Liszt ) ; Bernhard Rie (variations de
Czerny); W. Kruger (variations de Pixis); Ravina (variations de Chopin);
Saint-Saëns (variations de Thalberg). Le concert sera terminé par le
célèbre duo d'Otello, chanté par MM. Tamberlick et Bonnehée. On peut
dire que tout le Paris musical voudra assister à ce festival donué par
Mme Oscar Comettant, dont le talent peut se passer d'éloges.
„,*, Ernst, le grand violoniste, malheureusement toujours souffrant,
à passé cette semaine par Paris pour se rendre dans un établissement
hydrothérapique de l'Angleterre.
^*^ La foule était si considérable au concert du pianiste Henri Dom-
browski que beaucoup de personnes ont dû se retirer faute de place.
A ce!;i près, la soirée a été de tout point intéressante et variée.
M. Dombrowski a joué avec succès plusieurs de ses compositions,
notamment Toujours — Jamais ! qui a été bissée, et une fantaisie sur des
motifs nationaux polonais, qu'on a également voulu entendre deux fois.
Mlle Astieri, le violoncelliste belge, J. Desovert, et Mlle Humbert, or-
ganiste de beaucoup de talent, ont dignement secondé le bénéficiaire. .
^,*^ Samedi dernier, M. Poisot à fait entendre un trio pour piano,
violon et violoncelle à la Société des compositeurs ; ces deux ouvrages
ont été parfaitement exécutés par les deux auteurs, secondés par M. de
Cuvillon, White et Lebouc.
^*^ Mardi 21, soirée musicale donnée dans les salons d'Erard par
Mlle Sabatier-Blot, avec le concours de Mlles Jenny et Fanny Clauss,
MM. Mohr et Lavignac ; deuxième partie, le Corsaire, opérette de Mlle
Sabatier-Blot, jouée par M. et Mme Archainbaud.
„,*» Lundi 27, salle Herz, grand concert de Mlle Marie Trautmann,
déjà annoncé.
^*^ Demain lundi, salle Herz, concert de Henri Lutgen, avec le con-
cours de Mlle Simon-Corradi, de MM. Archainbaud, Magnin et A. Du-
rand.
a,*t Vendredi soir 24 avril, salons Erard, M. Eugène Ketterer don-
nera une audition de ses nouvelles fantaisies sur divers opéras. MM. le
Cieux, Durand, Mlle Louisa Barnard et Mme Archainbaud lui prêteront
leur concours.
t** Le célèbre ténor Wachtel vient de recevoir du grand-duc de
Hesse-Darmstadt la médaille en or pour les arts et les lettres.
*** La séance annoncée par le flûtiste et compositeur Gariboldi pour
l'audition de ses nouvelles compositions, aura lieu le vendredi 24 avril.
,t** Mlle Charlotte de Tiefensée, cantatrice d'origine slave, qui vient
d'obtenir d'éclatants succès à Londres, Saint-Pétersbourg et Bruxelles,
annonce pour le l*' mai, salle Herz, un brillant concert. Elle fera en-
tendre divers morceaux anciens et modernes des grands maîtres ita-
liens et allemands, ainsi que des chants nationaux en six langues diflé-
rentes.
^** Le dimanche de Pâques on a fait d'excellente musique à la ca-
thédrale de Dijon. M. l'abbé Schwach, artiste des plus distingués, a di-
rigé en maître la messe d'Adolphe Adam. L'orchestre et.les chœurs ont
parfaitement marché. On a particulièrement remarqué la jolie voix de
baryton de M. le vicomte de S. . . S. . ., qui a fait naguère les délices
de nos salons parisiens.
^*^ Un intéressant concert doit être donné le samedi 25 avril, salle
Pleyel-Wolfl", par Frédéric Brisson, avec le concours de plusieurs ar-
tistes distingués. L'éminent bénéficiaire fera entendre sur le piano et
sur l'orgue d'Alexandre plusieurs de ses nouvelles compositions, tou-
jours si recherchées par les amateurs; puis on exécutera pour la pre-
mière fois un petit opéra-comique, les liuses cillaycoises, dont les paroles
et la musique sont de Brisson. La séance commencera par l'œuvre pre-
mière d'Auber, trio, pour piano, violon et violoncelle, morceau inconnu
de nos dilettantes.
„,*« La troisième des soirées organisée à l'hôtel de Mme la baronne
de Meyendorf par Mme la comtesse Tascher de la Pagerie, a eu lieu
jeudi devant une assemblée aussi brillante que les précédentes. Mlle Po-
merani y remplaçait Mlle Mira, et la jeune néophyte italienne a reçu
l'accueil le plus flatteur. Le charmant ténor allemand Reichardt, de
passage à Paris, avait été invité à y chanter. Il a dit, en allemand, sa
ravissante mélodie, belle Etoile, et une mazurka, avec une distinction
et un sentiment qui lui ont valu les applaudissements de l'aristocratique
auditoire tout entier.
^*^ A la matinée donnée pour l'audition de ses élèves (chez M. Ben-
son) par M. Bergson, on a surtout remarqué une jeune Anglaise,
Mlle Nicholson. Elle a exécuté le Concertstûck de Weber avec une verve
et une légèreté qui promettent une artiste très-remarquable. Nous espé-
rons l'entendre dans les concerts de la s'aison prochaine. Mlle J a
joué avec beaucoup de style et de charme la Rêoerie , un souvenir de
Bergson, ainsi que Mlle L. . . la Styrienne du même auteur. La sonate en
si bémol à quatre mains, de Mozart; la sonate pathétique de Beethoven, ainsi
que Vlnvitation à la valse ont mis en évidence de grandes dispositions
dans les élèves qui les exécutaient. Les exercices rhythmés, destinés à
développer le sentiment de la mesure, ont été exécutés par six élèves
(sur deux pianos) avec un ensemble parfait. M. Marcliesi a très bien
chanté l'air des Nozze di Figaro ainsi que celui du Ballo in maschera.
,*j La messe de Rome, qui a fait la réputation de son auteur, a été
interprétée le jour de Pâques dans quatorze églises cathédrales de
France. Cette grande composition de musique religieuse, l'une des plus
importantes du genre, et qui rappelle la forme des oratorios deHaendel,
est beaucoup plus connue en Allemagne, en Italie et eu Espagne que
chez nous, par la raison que nos orphéons se forment généralement
avec les seules voix d'adultes dont les timbres sont identiques, et que les
femmes, flUes et enfants adeptes de l'art choral, ne peuvent pas toujours
être incorporés en grand nombre dans les maîtrises des paroisses. Quoi
qu'il en soit, la messe de Rome est l'œuvre d'un artiste français,
M. Sain-d'Arod, maître de chapelle honoraire de l'ancienne cour de
Sardaigne, qui depuis vingt ans s'est occupé avec une activité inces-
sante de l'organisation des maîtrises dans toutes nos grandes villes , et
que l'on considère généralement, à ce titre, comme le continuateur de
l'entreprise de Cherubini et de Lesueur.
,^*,t On lit dans un journal de Londres : « M. S. R Tenby a inventé
une machine pour imprimer la musique au fur et à mesure que l'on
compose. Cette machine aurait épargné bien des fatigues à nos grands
compositeurs, puisque cet instrument, qui ressemble beaucoup à un té-
légraphe électrique à clavier, a des touches sur lesquelles le composi-
teur joue, et les notes s'impriment sur une feuille de papier que
l'on introduit dans l'instrument. Le temps, la mesure, les notes, le
mouvement, andante ou allegro, tout est marqué sur la feuille avec une
précision remarquable. »
,j*:j. La Société académique de musique sacrée, appelée à continuer
celle dirigée autrefois par le prince de la Moskowa, donnera, le ven-
dredi 24 avril, à 8 heures du soir, dans la salle Herz, son premier
concert de bienfaisance, au profit des ouvriers cotonoiers. On y enten-
dra de la musique des divers maîtres des xv", ivi^, xvii" et xvui» siè-
cles. Les soli, chœurs et orchestre seront conduits par M. Charles
Vervoitte, président-directeur de la Société. Le programme de ce con-
cert promet une soirée des plus intéressantes pour les amateurs de la
belle musique classique et religieuse, et le double but d'art et de cha-
rité que se propose la Société nous fait un devoir de la recommander
vivement à tous nos amis.
^*^ On lit dans le Guide musical, de Bruxelles : « Dans sa notice sur
l'Origine de Louis Van Beethoven, suivie du testament de l'illustre maître,
M. Edouard Gregoir prouve, par des faits et ûes dates authentiques, que
la famille Beethoven est originaire de la Hollande. Quant au testament,
c'est la première fois qu'il aura paru d'après l'original. L'espace nous
manquant pour le donner en entier, nous nous bornons à reproduire la
suscription ajoutée par Beethoven sur l'enveloppe dans laquelle le testament
était enfermé : « Heiligenstadt, 1 octobre 1802. — Ainsi je vous quitte
— et bien douloureusement. — Oui, ce doux espoir, — qui m'avait ac-
compagné ici, de me rétablir au moins à un certain degré, — je l'ai vu
s'évanouir tout à fait ; et de même que les feuilles tombées en automne
se sont flétries, j'ai vu mon espoir se dissiper. Tranquille comme j'étais
en arrivant ici, — je poursuis la route qui m'est tracée ; — le courage
même, — qui m'animait souvent pendant les belles journées d'été, —
a disparu. — providence ! — qu'un beau jour de félicité daigne m'é-
clairer encore ! — Oh ! quand, mon Dieu, pourrai-je de nouveau l'é-
prouver dans le temple de la nature et de l'humanité ! — Jamais ! non 1
— Oh 1 le choc serait trop violent. »
^*^ Les frères Lamoury ont inauguré leurs succès de la saison en An-
gleterre, Ils avaient été engagés pour jouer au troisième concert de
souscription de la Société philharmonique de Liverpool. Les autres ar-
DE PARIS.
127
listes étaient Mme Alboni, Mlle Rosa de Ruda, M. Wehli, M. Vf. Cooper
et M. Rovere. L'ouverture de l'Etoile du Nord, magnifiquement exé-
cutée, a ouvert la séance aux applaudissements de l'auditoire ; Mlle Rosa
de Ruda a été charmante dans la scène de l'ombre de Dinorah, qu'elle
a dite et jouée avec le plus grand succès. Les frères Lamoury ont ob-
tenu l'accueil le plus flatteur et de nombreux bravos leur ont été pro-
digués après chacun de leurs morceaux.
^*^ L'inauguration des concerts Musard au Pré-Catelan a été des plus
brillantes. Aujourd'hui dimanche grande fête musicale ; programme
aussi riche que varié ; bal d'enfants sous les quinconces ; marionnettes
françaises ; musique militaire ; jeux divers ; fanfares par le bataillon de
chasseurs à pied; café et brasserie.
^*^ Stanislas Verroust, arrivé à llazebrouck, son pays natal, le 9 avril
au soir, y est mort le surlendemain. Il était professeur au Conservatoire
de Paris, et tenait la classe de hautbois depuis dix ans.
^*^ Le D' F. C. Kist, éditeur de la gazette musicale néerlandise Cae-
cilia, vient de mourir à Utrecht, dans sa soixante - septième année.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
^*:5 Londres. — Le théâtre de Sa Majesté vient à son tour d'ouvrir ses
portes pour la saison. Salle et corridors sont repeints et redorés à
neuf, et, par un procédé ingénieux, on a même su rendre aux rideaux
des loges, couleur d'ambre, jadis fameux, leur ancien lustre. Le Trovatore
avaitété choisi pour cette solennité; il était chanté parGiuglini, Santley,
Mmes Titiens et Alboni, les tètes de colonne de la troupe, toutes aussi
anciennes connaissances du public que la pièce qu'elles interprétaient,
et dont il devient inutile de répéter l'éloge. Entre le deuxième et le
troisième acte, on a exécuté une cantate de la composition de M. Cusins,
en l'honneur du mariage du prince de Galles, à laquelle l'auditoire ce-
pendant n'a paru prêter que peu d'attention. Les chœurs très-faibles
l'année dernière, semblent beaucoup améliorés, et l'orchestre, qui sous
la direction de M. Arditi, a toujours été bon, ne laisse plus rien, ou
que fort peu de chose à désirer. Cependant, pour bien les juger,
chœurs et orchestre, il nous faudra des pièces moins souvent jouées que
le Trovatore ; le programme de la saison, du reste, nous en promet en
abondance. — Mme Ferrarisafaitdeson côté avec le plus grand éclat son
début au même théâtre, dans le ballet de Diani , la Farfalelta ; la cé-
lèbre danseuse a été rappelée à plusieurs reprises, couverte de bou-
quets magnifiques, et elle a dû bisser le ballabile et les variations de
son pas principal. — Dans le concert de la Vocal-Association, dirigé avec
tant de zèle par Benedict, on a entendu et applaudi un chœur encore
inconnu à Londres de Meyerbeer, l'Amitié, et un Cantique pour voix de
basse et chœur, les paroles d'après Thomas Akeaipis , du même maître.
Ce dernier morceau surtout, et dont le solo était admirablement chanté
par M. AVein, a produit une impression profonde et doit être chanté do
nouveau au plus prochain concert de la Vocal-Assuciation.
*** Wiesbaden. — La Société Sainte-Cécile a donné son troisième con-
cert de la saison. On y a exécuté le Requiem de Cherubini ; cette ma-
gnifique composition, qui est placée, même en Allemagne, à côté du
Bequiem de Mozart, a produit un effet immense. — Wachtel est attendu
avec impatience; il y a dix ans, ce chanteur, l'un des meilleurs ténors
allemands, obtenait h peine la faveur de chanter un bout de rôle.
,j*^ Genève.— îious avons eu ici une fort bonne représentation du Pro-
phète, avec une mise cnscènevraiment magnifique. En outre, on a donné
avec plus ou moins de succès : Jean de Paris, Si j'étais roi', le Domino
noir, la Sirène et Martha. Dans le charmant opéra de M. de Flotow, a
débuté avec succès un nouveau ténor. M,
^,*,f, Turin. — Une chute qu'a faite Mme Paul Donati en s'embarras-
sant dans sa robe, à la répétition de Hohert le Diable, et dans laquelle
le bras a été contusionné, a forcé de retarder la première représenta-
tion du chef-d'œuvre de Meyerbeer, qui était annoncée pour mardi
passé, mais elle est très-prochaine.
,j*^ Amsterdam, i6 avril. — Les concerts populaires continuent à fa-
natiser toutes les classes de notre Société ; à chaque concert la salle
du Parc est trop petite pour contenir le nombre des spectateurs qui
s'y rendent; le sixième concert aura lieu le 19 avril: on y exécutera la
symphoniq militaire de Haydn, une nouvelle symphonie de Verhlilst,
un scherzo et une ouverture de Mendelssohn, plus un concerto pour vio-
loncelle, joué par M. Montigny, de Saint-Pétersbourg. —A la fin du mois,
aura lieu le dernier festival de la Société pour l'encouragement de l'art
musical, où l'on dira l'oratorio Paulus de Mendelssohn, sous la direc-
tion de Verhiilst. — L'éminent violoniste 'Wieniawki se fera entendre au
concert du Parc, le 25 avril, avant de se rendreà Londres.— Mme Graever
s'est fait entendre à la Société Félix Meriiis, où le célèbre violoncelliste
Piatti a obtenu dernièrement un succès d'enthousiasme.— On parle d'un
grand festival musical, qui sera donné pour l'inauguration du Palais de
l'Industrie, au mois de septembre prochain.
^*,„ Darmstadt. — La fermeture du théâtre de la Cour a été fixée au
27 du courant. A partir du 1^'' mai, le personnel de ce théâtre se ren-
dra à Mayence, pour y donner des représentations pendant le séjour du
grand-duc de Hesse-Darmstadt dans cette ville, chef-lieu de la H esse
rhénane.
**^ Berlin. — La représentation du Domino noir au théâtre de la Cour
a été tout un événement. Mlle Artot s'est surpassée dans le rôle d'An-
gèie, qu'elle a chanté et récité en allemand: sa prononciation, facile et
naturelle, a de légères inflexions françaises, qui lui donnent quelque
chose de piquant. Après la célèbre ronde aragonaîse, que Mlle Artot a
enlevée avec une verve et un talent d'exécution très-remarquable, toute
la salle a éclaté en bravos enthousiastes. Formés est également très-bien
dans le rôle d'Horace.
,j*,j Francfort. — Au grand festival des Sociétés pour chant d'hommes
qui doit avoir lieu ici cette année, sera exécutée la cantate de M. E.
Kuhn, organiste à Manheim, qui a obtenu le prix de 10 ducats mis
précédemment au concours.
,j*,„ Vienne. — La représentation de Don Juan par la Société italienne
du Carltheater a laissé beaucoup à désirer. Mme Lafon, qui débutait dans
le rôle de dona Anna, est toujours une éminente cantatrice : elle a
une bonne méthode et connaît toutes les ressources de son art; mais elle
a perdu un peu de la puissance et de la sonorité de sa voix. C'est Adelina
Patti qui a sauvé l'honneur de la soirée ; elle a joué et chanté le rôle
de Zerline avec une grâce, un entrain qui ont beaucoup contribué à
tempérer la mauvaise humeur du public. Tous ses morceaux lui ont été
redemandés, mais ce sont les seuls que l'on ait bissés. Applaudie et
rappelée fréquemment pendant la soirée, elle a reçu à la fin du spec-
tacle une couronne de laurier en or, sur laquelle se trouvent gravés
les noms des principaux rôles de son répertoire. — On annonce la
prochaine représentation de la Somnambule, puis la diva chantera le
rôle d'Adine, dans PElisire d'amore.
,1,*,^ Leipzig. — Au vingtième et dernier concert du Gewanahaus
on a exécuté la Nuit de If alpurgis, et la neuvième symphonie de Beetho-
ven. — Un nouvel opéra : l'Abbé de Saint-Gall, par Herther, a été re-
présenté pour la première fois, le 29 mars, au théâtre de la ville.
3,*,s Jiœnigsberg. — Sivori a donné ici un concert au théâtre de la
ville. La saile était comble; le bruit de sa réputation faisait pressentir le
succès du célèbre virtuose. Ce succès a été immense.
,*,^ Boston. — Robert le Diable vient d'obtenir un succès d'enthou-
siasme à sa reprise au théâtre Italien. Le chef-d'œuvre de Meyerbeer a
été du reste parfaitement e.xécuté : Brignoli est un excellent Robert ;
Susini s'est montré très-remarquable dans le rôle de Bertram; Mme Lorini
ne lui était pas inférieure dans le rôle d'Alice, et Mlle Cordier a fait
preuve de beaucoup de talent dans celui d'Isabelle : elle y a été ap-
plaudie autant que dans le rôle de Dinorah, qu'elle avait créé ici avec
tant de succès.
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on vivre ? 2 50
3. Couplets (sopr.) : Ce sont d'étranges personnages 3 »
3 Us. Daetto : Et maintenant il faut que je vous dise 5 »
4 . Air de la Bavarde : C'est bien reconnu 6 o
5. Cbanson de l'alcade : Parioui on chercherait en vain . ... 3 »
6. Bno bouffe: Quel bavard insupportable T 50
7 bis. Couplets des créanciers : Sur ma mule il trotte, il trotte. 3 »
Prix net : lO fr.
DEUXIEME ACTE.
8. Couplets (sopr.): Ouf! quel métier que d'être femme ... 3 »
10. Cbanson à boire chantée par Mme Ugalde : Chantons P Es-
pagne 4 50
10 bis. La même, transposée deux tons plus haut 4 50
10 ter. La même, transposée un ton plus haut 4 50
1 f . Causerie chantée par Mme Ugalde : Ah ! quel repas sans
égal 3 »
12. Romance: C'était pendant la mascarade 3 »
MUSARD. — Suite de Valses, arrangée pour le Piano par Desgranges, 6 fr.
Quadrille par ARBAIV pour le Piano 4 50 | Polka par IHARX. pour le Piano 4 »
WOIiPART. — Transcriptiou facile pour le Piano de la Romance et Chanson à boire, cbantées par Mme Ugalde, prix : 5 fr.
Œuvres de S. THALBERG
Op.
Op.
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Op.
Op.
Op.
Op.
Op.
Op.
Op.
Op.
Op.
1 . Mélange sur Euryanihe
2 . Fantaisie sur un thème écossais
3. Impromptu sur le Siège de Coriiithe..
U. Douze caprices en forme de valse....
9. Grande fantaisie sur (o SIraniera.,..
10. Grande fantaisie sur / Capuletti... . .
lit'. Grande fantaisie sur Don Juan
15. Premier caprice
18. Premier divertissement sur les Soi-
rées musicales de Rossini
18 Deuxifeme caprice
21 . Trois nocturnes
22 . Grande fantaisie
27. Fantaisie sur God save the Queen...
29 et 30. Lieder, transcrits pour piano
par Czerny. 2 suites.
N°' 1. Les Adieux, les Tourments d'amour
du voyageur
2. Les Plaintes de la fiancée du chas-
seur, le Songe, la Femme malheu-
reuse
31 . Scherzo
32. Andante
33. Fantaisie sur la prière de Mdise.,..
34. Divertissement sur la Gipsy
35 . Le Trémolo, grand nocturne
7 50
7 50
9 »
7 50
7 50
7 50
Op. 36.
Op. 37.
Op. 38.
Op. 39.
Op. 40.
Op. 41.
Op. 42.
Op. 43.
Op 45.
Op. 47.
Op. 49.
Op 51.
Op. 51
Op. 52.
Op. 56.
Op. 57.
Étude en la mineur
Grande fantaisie sur Oberon
Romance et étude
Souvenirs de Beethoven, fantaisie. . .
Fantaisie sur la Donna del Lago...
Trois romances sans paroi s
Grande fantaisie sur la sérénade et
le menuet de Don Juan
Fantaisie sur les Huguenots
Thème et étude en la mineur
Grandes valses brillantes
Fantaisie sur Béatricoven. Ensuite, il a fait entendre, avec accompagne-
ment de double quatuor, sa jolie fantaisie sur des motifs de Sainte-
Claire, opéra du duc de Saxe-Cobourg-Gotha, une Berceuse et une
Mazurka. Dans ces deux dernières pièces l'individualité du jeune
pianiste se dessine, et l'on voit aisément qu'il se dirige vers la
bonne voie.
— Dans le solo, le trombone est un instrument presque impossible
et très-ingrat ; mais avec M. Nabich il a des sons délicieux et sua-
ves : le monstre est muselé, il fait patte de velours, il a des in-
flexions caressantes; il est doux, souple, expressif et chante d'une
façon ravissante. Lui qui tonne si bien, qui est parfois si terrible à
l'orchestre, il s'est prêté, l'autre soir, dans un concerto de David,
dans un solo de Nabich et dans une romance d'Abt, à une variété
d'effets, à une grâce de style dont on ne l'aurait guère cru capable.
Le succès de M. Nabich a été complet. On a beaucoup fêté aussi
Mme Szarvady, MM. Maurin et Chevillard. Le quintette de Schumann
et une sonate de Mozart ont été dits par ces artistes éminents d'une
façon qui leur appartient et que nous pouvons louer sans réserve.
— Pour toucher, pour émouvoir, pour atteindre le but que se pro-
posent tous les instrumentistes, il ne suffit pas d'être habile à toutes
les difficultés du mécanisme. M. Lebouc , par exemple, n'est pas,
comme on dit, plus fort que bien d'autres violoncellistes ; mais , de
plus que quelques-uns , il sait faire chanter son instrument : aussi
a-t-il conquis depuis longtemps les suffrages du public. Lundi, dans
les salons Pleyel-Wolff, après un quatuor de Weber, un trio de
M. Adolphe Blanc, dont l'andante surtout a fait plaisir, et un caprice
de B. Romberg sur des airs nationaux suédois, M. Lebouc a été très-
chaleureusement applaudi .
Mme Marie Damoreau-Wekerlin a délicieusement chanté et vocalisé
l'air de la Muette. Elle a orné d'exquises broderies plusieurs mor-
ceaux, et notamment un duo d'Agnès, de Paer, et l'Oiseau, de Lach-
ner. Cette fois, nous n'étions plus, Dieu merci, dans cette voie de
l'exagération et du faux qui continue d'effrayer les amateurs et tous
ceux qui se préoccupent un peu sérieusement de l'art du chant.
— Mme Beguin-Salomon avait groupé autour d'elle, dans les salons
Erard, les talents aimés de MM. White et Brunet. Elle a ouvert sa
séance par un quatuor de Beethoven ; puis elle a dit seule, et par-
faitement, le Chant de la fileuse, de Litolff, une étude de sa compo-
sition, écrite pour la main gauche, et deux belles, bonnes et inté-
ressantes études de Mme Farrenc ; enfin, avec M. Lebouc, un très-
beau duo de cet excellent violoncelliste sur des mélodies de Gluck .
— La matinée offerte jeudi à la jeunesse par M. Edmond Hoc-
melle était vraiment tout à fait charmante ; quantité et qualité, rien
n'y a manqué. Outre Edmond Hocmelle, qui a très-bien joué sur
l'orgue d'élégantes pièces de sa composition , Mmes Méric-Lalande,
Nina Gaillard et M. Hugo Hermann se sont distingués en interprétant
plusieurs morceaux d'Aimé Maillart, da Henri Her^ et de Nieder-
meyer. A la partie musicale, dans laquelle M. Aurèle, des Variétés, a
fait un plaisir infini, en disant deux chansonnettes de très-bon goût,
a succédé un spirituel et fin proverbe de Mme la comtesse Leroux
de Mouzay ; puis une jolie saynette villageoise. Mais ce n'est pas tout:
prestige, somnambulisme et spiritisme étaient encore de la fête.
Mme Julia Girrood, surnommée la fée sensitive, a vivement impres-
sionné l'auditoire. La charmante fée a-t-elle dissipé tous les doutes,
at-elle fait taire les incrédules et les a-t elle désarmés ? Nous sommes
loin de le prétendre. , D'ailleurs cela nous entraînerait vers un ordre
d'idées qui doit être laissé à la science et qui demande une étude
approfondie. Moins que tout autre, nous ne voudrions y toucher. Tout
ce que nous pouvons dire, c'est que les spectateurs ont passé quel-
ques moments extrêmement agréables. Tous les jours, dans le monde
musical, on constate tant de succès que nous ne pouvons ni mieux
comprendre ni mieux expliquer, que nous ne voyons pas pourquoi
nous ne constaterions pas celui de M. et de Mme Girrood.
— Le trio de M. Emile Albert, exécuté au concert de M. Ed. Co-
lonne, manque de proportions; certaines parties sont beaucoup trop
concises, et cet ouvrage est plutôt une fantaisie pour piano, accom-
pagnée par un violon et par un violoncelle, qu'un véritable trio.
Malgré cela, par le charme de certaines mélodies, par l'élégance de
certains détails, il n'en reste pas moins une œuvre estimable qui, si
elle n'atteste pas un commerce très-suivi avec les modèles les plus
parfaits, annonce cependant le désir de s'élever au-dessus des produc-
tions frivoles. Un concerto de Viotti, accompagné par un bon petit
orchestre, n été le grand succès de la soirée. M. Edouard Colonne a
exécuté ce concerto avec un grand charme d'expression, sinon avec
une grande vigueur de style, et a été très favorablement accueilli.
La jolie voix, la distinction, la sûreté d'intonation déployées par
Mme Oscar Comettant dans l'air de Lalla-Rouhk et dans 11 Bacio,
ont fait éclater d'unanimes bravos.
— Aujourd'hui les virtuoses, même ceux de second ordre, s'ap-
pliquent à rendre les beautés sévères et vigoureuses de l'école al-
lemande; ils sortent enfin du morceau de concert, qui, on le sait,
ne fut trop souvent qu'un mélange peu harmonieux et peu remar-
quable des thèmes à la mode. A son concert, donné salle Herz,
M. Joseph Telesinski a fait entendre un quintette de Beethoven, dont
le talent de MM. Camille Saint -Saens, Castaigner, Grisez, Mohr et
Espaignet a parfaitement su faire saillir les beautés, et un quatuor
de Mendelssohn. La Polonaise de J. Moniuszko, pour trois violoncelles,
alto et contre-basse, dite d'une façon extrêmement remarquable par
MM. Lasserre, Guéroult, Thalgrun, Deslandres et Telesinski, était di-
gne d'être applaudie à côté des grandes et ravissantes pages des
maîtres allemands. A en juger par ce que nous avons entendu de
J. Moniuszko, l'école polonaise, que l'on ne connaît guère que par
Chopin, conserve une fraîcheur, un accent ému et sincère, une poésie
qui éclipsent entièrement cet art de convention, ces formes glacées
que tout le monde peut apprendre, et avec lesquelles on espère, bien
à tort, remplacer la vie et l'inspiration. Cette polonaise est fille de
l'imagination et du savoir; elle n'a rien de commun avec ces choses
froides et inanimées écrites d'une façon où il n'y a rien à reprendre,
si ce n'est pourtant l'absence complète de couleur, de signification et
. d'originalité. Après ces hautes et charmantes conceptions, oîi les exé-
cutants se sont élevés au niveau de leur admirable texte, M. J. Te-
lesinski a joué les fantaisies de son maître sur la Muette et sur le
Désir, de Beethoven. Il les a jouées toutes deux avec la justesse, la
sensibilité, l'élan et la largeur qui caractérisent l'école d'Alard.
Adolphe BOTTE.
132
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CONCERTS POPULAIRES DE MUSIQUE CLASSIQUE.
Les deux derniers concerts du Cirque Napoléon, celui du vendredi
saint et celui de dimanche, dans lequel on a exécuté la symphonie
avec chœurs, ont été parliculièrement remarquables. Il faut recon-
naître et constater que M. Pasdeloup n'a rien voulu laisser à faire de
ce qui pouvait être fait. Il a ouvert à l'élément choral la vaste en-
ceinte dans laquelle il avait déjà établi l'orchestre, et tout d'abord
il l'a posé sur des bases assez larges pour qu'il n'y eût pas moyen de
demander plus ou mieux. Cinq cents voix choisies parmi les meil-
leures du Conservatoire, des théâtres lyriques et des sociétés cho-
rales, forment un effectif de valeur et de force imposantes, dont l'en-
semble produit d'admirables effets.
La symphonie avec chœurs de Beethoven était désignée pour la
conclusion de ce pacte d'alliance entre les instruments et les voix.
M. Pasdeloup a eu raison de réserver jusqu'ici cette symphonie im-
mense et de ne l'aborder qu'avec la certitude de prouver qu'il n'y a
rien pour lui d'inabordable : nil intentatum. Nous qui ne nous
flattons pas encore de tout comprendre dans une production oi; il y
a certainement quelque chose de surhumain, nous avons fait des
progrès en écoutant l'interprétation que le chef en a dictée, inspi-
rée, commandée à son orchestre et à ses chanteurs. Et nous n'avons
pas été les seuls, si nous en jugeons par le recueillement profond,
entrecoupé de bravos enthousiastes, dans lequel l'assemblée entière a
écouté une œuvre qui ne dure pas moins d'une heure et demie.
Mmes Viardot et Simon, MM. Bussine et Capoul étaient chargés
des soli, que, suivant son habitude et son génie, le maître n'a pas
gâtés de ses faveurs. Les quatre artistes ne sont placés là que comme
des têtes de colonne, obligés de tenir plus ferme que les autres et
marcher au feu les premiers. Ils nous rappellent le prince de Lig-ne
gravissant une pente escarpée, et disant à ses grenadiers : « Savez-
vous bien que s'il n'y avait pas de coups de fusil à gagner, la po-
sition ne serait pas tenable- » Malgré ces difficultés, malgré ces
périls, la quatrième partie de la symphonie n'a pas été moins victo-
rieusement enlevée que les trois premières, et nous n'avons qu'un
glorieux bulletin à rédiger.
Dans le choix {sélection) des morceaux de Haendel , qui venaient
après le Leviathan de Beethoven, les choristes ont remporté encore
des avantages signalés. Un chœur de Salomon a paru si charmant,
si curieux dans sa juvénile vieillesse, qu'il a été redemandé et répété.
Même honneur revenait à l'air à'Alcina, chanté par Mme Viardot
avec ce sentiment de grande artiste qui fait que rien de ce qui
tient au beau et au vrai ne lui est étranger. C'est un triomphe de
plus à inscrire sur sa liste, si toutefois il y reste une place vide, et
nous en doutons beaucoup.
P. S.
NECROLOGIE.
SVAIVISI/AS VERROVIST.
Cet artiste est du nombre de ceux à qui la fortune ne refusa rien
dès le début de leur carrière, mais dont le caractère ne fut pas à la
hauteur de leur talent. C'est à cette cause qu'il faut attribuer le fatal
ostracisme qui, pendant les dix dernières années de sa vie, l'a suc-
cessivement privé de la plupart des fonctions auxquelles il avait été
Né à Hazebrouck (Nord), le 10 mai 1814, Stanislas Verroust mon-
t)'a dès son enfance les plus heureuses dispositions pour la mu-
sique. Enfant de chœur de l'église de sa ville natale, il s'y fit re-
marquer par l'expression avec laquelle il chantait les petits solos qui
lui étaient confiés.
Lorsque l'âge de choisir un état fut arrivé, il se décida à continuer
plus sérieusement ses études musicales, et il se voua, non pas à un
seul instrument, mais à plusieurs d'un genre différent. Stanislas Ver-
roust jouait avec habileté du violon, de l'alto, de la flûte, grande et
petite, du hautbois, du cor anglais et de la musette. En 1831 il vint
à Paris, fut admis au Conservatoire dans la classe de .M. Vogt, et entra
vers la même époque à l'orchestre du théâtre du Palais-Royal, en
qualité de second violon. Ses aptitudes variées le rendirent cher à ses
nouveaux camarades qui, sous le moindre prétexte, obtenaient, grâce
à lui, un congé de leur chef d'orchestre, le bon et original Hus-
Desforges.
S. peine admis au Conservatoire, il y remporta l'un des plus bril-
lants premiers prix de hautbois qui aient illustré l'enseignement de
M. Vogt. Le Gymnase musical militaire le compta bientôt parmi ses
plus habiles professeurs. Après avoir fait successivement partie des
orchestres de la Porte-Saint-Martin, du théâtre de la Renaissance et de
l'opéra Italien, Stanislas Verroust fut admis enfin à celui de l'Acadé-
mie royale de musique. Lors de la retraite de son éminent profes-
seur, Stanislas Verroust eut l'honneur de lui succéder dans tous ses
emplois ; il fut donc nommé premier hautbois de l'Opéra, de la mu-
sique du roi Louis-Philippe et de la Société des concerts.
Il lui succéda aussi comme professeur au Conservatoire.
Après la révolution de 1848, la garde nationale parisienne ayant
été réorganisée, Stanislas Verroust fut nommé chef de musique
d'une de ses subdivisions. Doué d'une imagination très ■ vive,
il devinait plutôt qu'il n'apprenait, surtout en ce qui touche la
composition musicale. Celui qui écrit ces lignes a eu l'honneur de
lui enseigner l'harmonie, et ses progrès furent aussi prompts que
brillants. Le nombre de ses œuvres et arrangements est considé-
rable ; les excellents élèves qu'il a formés au Gymnase musical et au
Conservatoire comptent parmi eux de véritables virtuoses.
Atteint depuis plusieurs années d'une atonie générale , Stanislas
Verroust s'était rendu le 5 avril courant dans son pays pour y cher-
cher un adoucissement à ses maux ; mais à peine avait-il touché le
sol natal qu'il s'y est éteint. Ses obsèques ont eu lieu le 11 avril
1863, à Hazebrouck. Comme virtuose et hautboïste, Stanislas Verroust
était le premier de l'Europe; et quel que soit le mérite de ses rivaux,
aucun d'eux ne pourra le faire oublier, car il réunissait à la beauté
du son, la grâce, le style, l'expression et une sûreté d'exécution ex-
traordinaire.
A. ELWART.
CORRESPONDANCE.
Paris, 22 août 1863.
Monsieur le Directeur,
M. Pasdeloup s'étaut servi de votre journal pour répondre à un ar-
ticle de la France musicale, sur Pavant-dernier concert au Cirque Na-
poléon, permettez-moi de lui faire parvenir ma réponse par la même
voie.
J'ai dit et je soutiens que M. Pasdeloup, ayant fait exécuter un frag-
ment de l'oratorio de Haydn, le Sette ultime parole, par son orchestre
seul, quand il pouvait disposer de 500 choristes, avait commis, au point
de vue de l'art, un véritable sacrilège. M. Pasdeloup, pour combattre
mon opinion, m'oppose une lettre de Haydn de 1801. Eh bien ! c'est dans
cette lettre même que je vais puiser sa condamnation.
Si le chef d'orchestre des concerts populaires de musique classique
ne connaît ce document que d'hier, i'ai l'avantage sur lui de le connaître
depuis plus de vingt ans, car je l'ai publié en 1340 dans la France mu-
sicale, et je crois en avoir été le premier traducteur.
Que dit cette lettre?
Elle constate : 1 " que l'oratorio de Haydn a été écrit pour une cathé-
drale de Cadix qui manquait du principal élément pour l'exécution
d'une œuvre de ce genre, le chant, ce qui fait dire à Haydn qu'on avait
assigné des bornes à sa composition ;
2° Que, pour remplacer le chant, l'évêque montait en chaire et pro-
nonçait une des sept paroles dont il faisait le texte de son instruction ;
DE PARIS.
133
3° Que, plus tard, Haydn ajouta des chcsurs aux Sept paroles du Sau-
veur sur la croix, pour former un ouvrage cmnplet, et c'est ainsi que
l'oratorio a paru chez MM. Haertel et Breitkopf, à Leipzig.
C'est donc un morceau incomplet des Sette ultime parole que nous a fait
entendre M. Pasdeloup; et puisque, pour remplacer le cbant, il n'a pas
eu le soin, à l'exemple de l'évêque de Cadix, de venir devant le public
prononcer le texte du fragment qu'il a fait exécuter, j'ai été double-
ment fondé à dire qu'il avait commis un sacrilège. Les 500 choristes
que M. Pasdeloup avait devant lui, cahier en main et bouches closes,
représentaient un régiment de soldats qu'un général aurait désarmés au
moment du combat : sur le champ de bataille, cela s'appellerait une
trahison; par analogie, ce qu'a fait M. Pasdeloup peut bien, encore une
fois, être qualifié de sacrilège.
L'intérêt constant avec lequel j'ai suivi jusqu'à ce jour les progrès de
l'institution fondée par M. Pasdeloup, justifie, je crois, suffisamment
mon droit de critique à son égard, et c'est à ce titre que je vous prie
d'accueillir ma réponse à la lettre qui a paru dimanche dernier dans
votre Gazette.
Veuillez agréez l'assurance de ma considération la plus distinguée,
Marie Esccdier.
Pour répondre d'un mot à la lettre que l'on vient do lire, il suffit de
rappeler que l'auteur des sept paroles en écrivit la partie vocale quinze
ans après en avoir composé la partie instrumentale. Il en est donc ré-
sulté deux œuvres, entre lesquelles il est permis de choisir, sans man-
quer à aucune loi. Pour notre part, nous ignorions que la loi du sa-
crilège eut été introduite dans la musique; mais évidemment ce ne
serait pas ici le cas de l'appliquer.
NOUVELLES.
,*, Dimanche dernier le théâtre impérial de l'Opéra a donné par
extraordinaire la Muette. — Lundi, Villaret a continué ses débuts dans
Guillaume Tell. — Mercredi, les Huguenots, joués par M. et Mme Guey-
mard, Mmes Duprez-"Vandenheuvel et Donnesseur, avaient rempli la
salle. — Vendredi , la Muette a repris son tour. Le répertoire est
donc loin de manquer de variété; ce qui n'empêche pas de presser les
répétitions du Comte Ory dans lequel Bonnesseur doit remplacer
Comte-Borchardt, qui a succombé d'une façon si imprévue.
^*^ Villaret fera son second début dans les l'êi^res siciliennes. Mlle Sax
chantera le rôle d'Hélène. Verdi préside aux répétitions de son opéra.
^** Nous avons dit et on a répété que M. Léo Delibes, accompagna-
teur au théâtre Lyrique, passe en cette qualité à l'Opéra; mais on a
ajouté que M. Delibes était remplacé au théâtre Lyrique par M. Mangin;
il n'en est rien. 11. Delibes a pour successeur iM. Hector Salomon, et
M. Mangin entre au théâtre Lyrique comme second accompagnateur.
^*^ Le journal la France, dans une appréciation des causes de la
mort du chanteur Comte-Borchardt, avait cru pouvoir attribuer cet évé-
nement aux émanations de la peinture encore fraîche au moment de la
réouverture de la salle. M. Perrin vient, dans une lettre adressée à la
France, et que ce journal a publiée, de réfuter cette opinion en produi-
sant à l'appui un certilicat signé par les douze médecins du théâtre de
l'Opéra, et constatant que la mort de M. Borohardt est due à une con-
gestion cérébrale, déterminée par sa constitution, par des accidents de
même nature éprouvés par lui à d'autres époques et par des antécé-
dents de famille.
^*^ Une indisposition de Montaubry a forcé de faire relâche jeudi, au
théâtre de l'Opéra-Comique. — La reprise de la Chanteuse voilée, de Massé,
chantée par Capoul, Gourdin et Mlle Marimon, aura lieu demain. — On
annonce pour mercredi celle tX'IIaydée. Le charmant opéra d'Auber est
remonté avec beaucoup d'éclat. Achard jouera Loredan et Mlle Cico
Haydée.