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Full text of "Revue et gazette musicale de Paris"

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REVUE 



ET 



GAZETTE MUSICALE 

DE PARIS 



I 



REVUE 



ET 



GAZETTE MUSICALE 



DE PARIS 



RÉDIGÉE PAR MESSIEDBS 



C. BANNELIER, 
G. BÉNÉDICT, 
HECTOR BERLIOZ, 
P. BERNARD, 
MAURICE BOURGES, 
OSCAR COMETTANT, 
MAURICE CRISTAL, 
ELWART, 



FÉTIS père, 
EDOUARD FÉTIS, 
ARMAND GOUZIEN, 
MAURICE GRAY, 
STÉPHEN HELLER, 
LÉON KREUTZER, 
DE LAUZIÈRES, 
ED. MONNAIS, 
MATHIEU DE MONTER, 



EDMOND NEUKOMM, 
ARTHUR POUGIN, 
ELIAS DE RAUZE, 
ERNEST REYER, 
THOMAS SAUVAGE; 
SAINT-YVES, 
PAUL SMITH, 
THURNER. 



TRElVTE-CmQUIÈME ANNÉE 



1868 



PARIS 



A«J BUREAU DU JOUn:VAI>, 1, BO(JL.EVARD DE» ITAL.IEX'S 

1868 



TABLES DU TRENTE-CINQUIÈME VOLUME 

DE LA 

REVUE 

ET 

GAZETTE MUSICALE 

mm wAWktB. 



TABLE AlVALYTIQUE DES MATIÈRES. 



Académies des Be^nx-Artg. 

(iNSTITDT BE FRANCE.) 

Eleciion de M. le comte Walewski, comm« académi- 
cien libre, en remplacement de Georges Kastner, 54. 

Prix d'encouragemeut-Frémont décerné à M. Léonce 
Cohen, 366. 

Prix annnel de la musique de chambre décerné à M. 
Ch. Dancla, 390. 

Associations, 

Election de deux vice-présidents par le comité de la 
Société des artistes musiciens, 62. 

Don d'une somme de 5,000 francs par Mme G. Kastner 
à la même association, 110. 

Assemblée géni'rale de cette Société, 158, 162. 

Assemblée générale de la Société des auteurs et com- 
positeurs dramatiques, 174. 

Assemblées générales des trois Sociétés pour la percep- 
tion des droits d'auteurs, art. de T. Sauv;ige, 195. 

Assemblée générale de la même Société pour la ques- 
tion de révision des statuts, 384. 

Anditions musicales de Paris. 

(Voyez aussi Concerts.] 
MATINÉES, SOIRÉES, CONCERTS, ETC. 



Baur (J.), 133. 
Bedel (Mlle L.), 133. 
Béguin -Salomon (Mme), 

101. 
Benoiton (La petite Fan- 
fan), 109. 
Bériot fils (C. de), 93. 
Bonewitz, 43. 24. 125. 
Boscowitz (F.), 109. 
■Callias (Mlle N. de),414. 
•Carreno (Mlle T.), 93. 
Caussemille (Mlle G.), 141. 
Charles (A.), 60. 
Colonne (E.), 77. 
Console (F.), 125. 
Delaborde E.), 133. 
Delahaye (L.), 95. 
J)elgado , S>3 . 
Ernesti (T. d'), 93. 
Errera (U.), 190. 
Tibre (Mlle A.), 116, 
Firmin (N.). 101. 
Frémeaux (La famille), 

141. 
Gagliano (Mme), 93. 
Garcin, 198. 
Gernsheim (F.), art. de C. 

Bannelier, 148. 
Golduer iW.), 117. 
■jGouffé (A.), 93,165, 414. 
Grignon (H.), 141. 
Guzmun (F.), 70. 
Jacobi (G.), 93. 
Jellsch (C), 133. 
JCowalski ;H.), 93. 
Kruger (W.), 93. 
Lamoureux (C), art, de 

C. Bannelier, 51. 
Xanghans [ M. et Mme 

W.), 109. 
Lapret (L.), 85. 
Larg.jntière (Mlle de), 173. 
Lalapie (Mlle de), 77. 
Lavini (Mlle), 101. 
Xebouc, 29, 109, 116, 141, 

350, :«9. 



Lemmens, 374. 

Lévy (Mlle C), 101. 

Leybaque (Mlle H.), 141. 

Liebé (Mlle T.), 141, 

Lopez, 190. 

Magnus (D.), 60. 
Id. (2" concert), 93. 

Martin (Mlle J.), 125. 

Martin-Robinet (Mme), 70. 

Monbelli (Mme), 193 

Mortier de Fontaine, 141. 

NormanNéruda (Mme) art. 
de Mathieu de Monter, 
98. 

Pellini sœurs (Mlles), 93. 

Pénavaire, 109. 

Pérelli (G.), 77. 

Pfeifi-er (G.), 93. 

Potier (Mlle D. de), 77. 

Régnier (Mlle P.), 193. 

Rendano (A,), 133. 

Rosenhain {J.),101. 

Rouxel (Mme),), 93. 

Rubinstein (A.' — 1" con- 
cert, art. de C. Banne- 
lier, 89. 

Id. (2' concet), 101. 
Id. (3" concert), 108. 
Id. (4* concert), 116. 
Id. (5» et 6 concert), 125, 
141. 

Saint-Saëns (C), 157. 

Sauret fr., 93. 

Sécrétain (Mlle M.), 37. 

Simonet (Mme M.), 101. 

Skiwa (Mlles C), 70. 

Staps (Mlle A.), 70. 

Teysson, 53. 

Valdès (R.), 85. 

Van-Lier (Mlle R.), 70. 

Villa, 37. 

Vivier, art. de C, Banne- 
lier, 130. 



B 
Biographies. 

Etudes sur Charles-Marie de Weber, d'après la bio- 
graphie écrite par son fils (suite), art. de Paul 
Smith, 1. 

Gi'orges Kastner et son œuvre, par E. Reyer (Extrait du 
Journal des Débats], 44. 

Détails biographiiiues sur Edouard Monnais, par J. 
Janin (Extrait du Journal des Débats), 85. 

Troisième partie des Etudes sur Charles-Marie de We- 
ber, art. d'E. Neukomm, 139, 16?, 179, 193, 217,242, 
284, 3(i6, 353,387, 393, 401. 

Mortier de Fontaine, 155. 

Stephen Heller (Etudes biographiques et critiques), par 
Mathieu de Monter, 329. 337. 

Léon Kreutzer, art. d'A. Pougin, 347, 363. 

Minnie Hauck (Détails extraits de l'Illustraled London 
NeivsJ, 403. 



Concerts à Paris. 

(Voir aussi Auditions musicales.] 

Audition des sœurs Pellini à la Société philharmonique 
de Rueil, 14. 

Première audition du psaume CXXXVII, mis en musi- 
que par M. Jules Béer, art. signé S. D., 27. 

Premier concert de l'année, donné à l'Institution des 
Jeunes Aveugles, 29. 

Grande soirée musicale à la salle Herz, 29. 

Concert de la Société chorale allemande Liederkranz, 
37. 

Concert de la Société Sainte-Cécile, sous la direction de 
M. Wekerlin, 53. 

Soirée musicale à l'Institution impériale des Jeunes 
Aveugles, 60. 

Concerts du ministère de la marine et de la surinten 
dance des Beaux-Arts, 69, 7G, 100, 116. 

Concerts des Tuileries, 76, 85, 92, 100. 

Concert donné pour l'Orphelinat de Sainte-Marie, 77. 

Second concert de Mme la duchesse de Galiera, 85. 

Concert de la loge maçonnique les Frères-unis-insépara- 
bles, art. de Mathieu de Monter, 90 . 

Concerts de l'HOtel-de-Ville, 92, 100, 116. 

Concert au profit de la crèche du quartier des journaux, 
93. 

Concerts do la princesse Malhilde, 100, 116. 

Matinée musicale à Notre-Dame des Arts, 100. 

Audition de fragments du Dante, opéra .du duc de 
Massa, art. d'A. Gouzien, 106. 

Soirée musicale pour l'inauguration de la mairie du 3" 
arrondissement, 109. 

Soirées musicales du comte d'Osmont, de M. Ed. Four- 
nier et de Mme la baronne de Maistre, 116. 

Concert, à la Sorbonne, au profit de la crèche de Sainte- 
Geneviève, 116. 

Concert de l'Institut de la Providence, à la Sorbonne, 
133. 

Concert annuel de la Société des concerts de chant 
classique, 150. 

Concert pour la fondation d'une crèche, 150. 

Concerts de la Société académique de musique sacrée, 
157, 173. 

Concert au profit de l'Orphelinat des jeunes filles d'Al- 
ger, 165. 

Concert à Notre-Dame des Arts, 173. 

Concirt annuel des élèves de l'institution de Notre- 
Dame d'Autouil, 182. 

Audition de la musique d'un ballet chez le comte d'Os- 
mont, 206. 

Séance musicale des Enfants d'Apollon, 374 . 
Concert de la Société chorale allemande la Lieder- 
kranz, au Grand-Orient, 390. 
Nouvelles séances théâtrales à l'Ecole spéciale de chant, 
art. signé M. M., 411. 



Concert de la Sorbonne, au profit de l'Institut de la 

Providence, 414. 
Concerts du Conservatoire, 14, 22, 37, 45, 60, 69, 85, 
92, 108, 116,125. 
Premier concerts delà nouvelle saison, art. de C. 

Bannelier, 403. 
Deu.îième concert, 414. 
Concerts populaires de musique classique, au cirque 
Napoléon : 
Léonard, art. signé P. S., 12. 
L'ouverture de Manfred, et la Sicilienne de S. 

Bach, 22. 
Joachim Raff, 37. 

Suite d'orchestre, par M. Masscnet, art. d'A. Gou- 
zien, 42. 
Marche religieuse de Lohengrin, 53. 
Mme Néruda-Norman, art. d'A. Gouzien, 59, 69, 77. 
Symphonie posthume de Mendelssohn ; adapo de 

M. Garcin, art. d'A. Gouzien, 99. 
Fragment de Roméo et Juliette, 116. 
Concert spirituel du vendredi saint, 125. 
Réouverture, art. de C. Bannelier, 340, 350. 
Concerts de la saison nouvelle, 350, 366, 374, 389, 
397, 406. 

Opéras de salon. 

Le Double Piège, opéra-comique en un acte, musique 
de G. Douay, représenté à la salle Herz, 182. 

Le RÉve d'un écolier, opéra-comique de Gariboldi, re- 
présenté par les élèves de l'Ecole internationale de 
Saint-Germain en Laye, 206. 

Conservatoire impérial de musique 
et de déclamatiou. 

Nomination de M. Charles Colin, comme professeur Je 
hautbois, en remplacement de AI. Barthélémy, 62. 

Concours ouvert pour les paroles de la cantate du grand 
prix de Rome, 68. 

Nomination de M. G. Hainl comme membre du comité 
des études musicales, 86. 

Composition du jury pour le prix de Rome, 151 . 

Souscription pour élever un monument à la mémoire 
d'Ed. Monnais, 165, 190, 206, 229, 253. 

Examens préparatoires pour l'admission aux concours 
publics, 191, 

Décision du jury au sujet du grand prix de composition 
musicale, 214. 

Concours à huis clos, 225. 

Concours publics, art. de Ch. Bannelier, 233. 

Concours publics (suite), 241. 

Distribution des prix, 249. 

Examens annuels pour l'admission dans les classes de 
chant, 358. 

Démission de M. Révial, professeur de chant, 366. 

Son remplacement par Roger, 374. 

Nomination de M. Jules Cohen comme professeur de la 
classe d'ensemble vocal, 374. 

Résultat du concours d'harmonie écrite et d'orchestra- 
tion des élèves militaires, 389. 

Nomination de M. Altès comme professeur de flttte, en 
remplacement de M. Dorus, démissionnaire, 398. 

Résultat du concours de solfège de la classe des élèves 
militaires, 206. 

Nomination de M. Leroy, comme professeur de clari- 
nette, en remplacement de M. Klosé, 406. 

D 
Départements. 

THÉÂTRES, CONCERTS, NOUVELLES MUSICALES, 

ETC., ETC. 

Alger. — Représentation de la Grande-Duchesse, 166. 
— Représentation de Fleur de Thé, 389. 



Amiens. — Grand Concert de la Sociiîté Pliilliarnionique, 
29, 37. — Nouveau concert au profit rUs pauvres, 93. 

— Concert avec le concours d'Adelina Patii, 157. — 
Concert des Orpliéonisles, iil4. 

BAGNÈnBs-DE-BiGoiiRE. — Inauguration du nouveau Ca- 
sino, 263. 

Baïonne. — Inauguration du grand orgue de l'église 
Saint-Esprit, 294. 

Besançon. — Représentation de la Grande-Duchesse, 30. 

Biarritz. — Concours de sociétés chorales et inbtru- 
mentales, 318. 

Bordeaux. — Association des artistes du Grand Théâ- 
tre, 21. — Représentation de la Leçon d'Ainoui-, opéra- 
comique de M. Alphonse Varncy, 5i. — Norainaiion 
de M. Halanzicr comme directeur du Grand Tliéàlre. 
se. — Reprise do l'Africaine, 102. — Représentation 
de Quand les C/tals n'y soni pas, opérette do L, La- 
laste, 110. — Représentations de Hiibinson Cnisoé et 
de kl Grande-Duchesse, 134. — Repréâcnlation de 
Fleur de Thé au théâtre Français, 24û. — Représen- 
tation de Peau d'Ane au Grand Théâtre, 2:8. — Ou- 
verture du nouveau théâtre Louit, i94. 

BouLOG^E-sl^n-MER. — Représentation de Stais un Bal- 
con, opérette n'A. Sergent, 110. — Conceit de la So- 
ciété philharmonique au profit des pauvres, 117. — 
Inauguration de l'église Notre-Dame, 151. — Premier 
concert de la saison d'été, 2d3. 

Brest. — Représentation de la Grande-Dïichcsse. 342. 

Breteuil. — Concours de musiques, 173. 

Caen. — Représentation de la Grande-Duchesse, 71. — 
Inauguration du nouvel orgue de l'église Saint-Sau- 
veur, 198. — Concert à l'occasion des Courses, 255. 

CARC.\ssoi\KE. — Représentation des Drarjons ae Yillars, 
246. 

Chartres. — Concours musical, 190. 

CoLSiAn. — Don fait au Conservatoire en voie de for- 
mation, par Mme veuve Kastncr, d'un exemplaire des 
oeuvres de son mari (e\tr. du journal l'Alsace), 3G5. 

Contrexeville. — Concert de bienfaisance organisé par 
E. Ettling, 294. 

Deauville. — Correspondance de Paul Cernard : courses 
annuelles; bal des courses, etc. , 25').— Grand bal au 
bénéfice de M. Desgranges, 279. 

DiEPFE. — Représentation île ta Ciande-Ducliessc;con- 
cert do la compagnie Ulmann-Patti, 202.— Fêtes et 
concerts, 286. 

Dijon.— Représentation du Pardon de Ploërmel, 14. 

Dreux. — Inauguration d'un orgue dans l'église parois- 
siale, 263. 

Dukkerque. — Représentation au Casino des Noces Bre- 
tonnes, opéra-comique nouveau de M. V. Buot, 262. 
—Inauguration du Casino de la villa des Dames, 279. 

Grenoble. — Représentation de l'Africaine, 38. — Rè- 
glement d'un giand concours musical, 158. — Médaille 
offerte par les religieux de la Grande - Chartreuse 
pour ce concours, 174. — Procès-verbal du classement 
des Sociétés chorales et instrumentales, 231. — Cor- 
respondance de Mathieu de Monter : grand concours 
musical et inauguration de la statue de Napoléon l'', 
267. — Election de M. J. Monesiier comme président 
des Sociétés musicales de cette ville, 343. 

Havre (i.e). — Représentation de II Barbicre avec Ade- 
lina Paiti, 46, 54. — Représentation de l'Africaine, 
126. — Cértmonie d'ouvcTluie de l'Exposiliou mari- 
lime, 182. — Correspondance de Fr. Crisson ; la mu- 
sique à TExpcsilion, 301. 

Lille. — Reprise de /aCïj'aîirff-Dwc/iesse, avccMmeUgalde, 
102. — Distribution des prix au Conservatoire, 271. 

— Reprise de Fleur de Thé, 302.— Représentation de 
laPériclwle, 383. 

LïOH. — Succèsde rj/)icaiiie, 6. — Représentation d'un 
opéra-comique de M. E. Pichoz, Dans les Gardes 
françaises, 30. — Représentation (le Robinson Crusoé, 
61. — Concert de la compagnie Patti-Ulmanu, 77. — 
Xa Grande-Duchesse aux Célestins,avec Zulma-Bouf- 
far, 274. — Fleur de Ilié, au même théâtre, 3i6. 

Lorient. — Représentation de la Grande-Duchesse, 35'7. 

Marseille. — Conceit donné par la compagnie Patti- 
Ulmann, 60. — Représentation du Pelil-I'ouce/, opé- 
rette nouvelle d'Ed.Audran, 118.— Concert de Mlle A. 
Meyer, 157. — Représentation de la Grande-Du- 
chesse, au Gymnase, 262. — Réouverture du Grand- 
Théâtre par te Tromèrc, 317. — Représentation de 
Fleur de Thé, au Gjœase, 366. — Débuts du té- 
nor Lbérie, 390 

Mabeelce. — Inauguration du grand orgue de Merklin- 
Schutze.lll. 

Montpellier. — Reprise de l'Africaine, 30. 

Moulins.- Médaille décernée au concours pour la com- 
position d'un chant choral, 190. 

Nancy.— Réouverture du Théâtre, avec les Dragotis de 
Villars, 334. 

Nantes. — Reprise de l'Africaine. — Représentation de 
la Grande-Duchesse avec Mme Dgalde, 246.— Grand 
concert au bénéfice de la caisse de secours de l'Asso- 
ciation philharmonique, 358. 

Nice. — Succès de l'Africaine, 6. — Concert de la com- 
pagnie Patti-Ulmann, 70. — Accident arrivé à H.Ber- 
lioz, 118. — Repiise de la Grande-Duchesse, avec 
Mlle Géraldine, 326. — Représentations de Mme Bor- 
ghi-Mamo, 406. 

NÎMES. — Représentation de VElo'ile du Nord, 62. 

Orléans.- Représentations de la Grande- Duchesse, avec 
Mme Ugalde, 206. 

Rennes. — Concert au profit des pauvres, 101. 

RoDEN. — Représentation de la Luria. avec Adelina 
Patti, 38.— Représentation de l'Africaine, 62.— Con- 
cert annuel de bienfaisance de la Société lyrique, 86. 

. — Inauguration de l'Exposition régionale, 173. — Con- 
cours d'Orphéons; exécution du Salut Impérial, d'A. 



TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES. 

Ehvart, en présence de Leurs Majestés, 182. — Ban- 
quet offert â M. A. Méreaux par ses élèves, 207. 

Strasbourg. — Conceits classiques de la Société du con- 
servatoire, 70. — Exécution d'une messe de F. Schwab, 
231. — Reprise des Dragons de Viltars,3lt'>. 

Toulon. — Première représentation do l'Afiicaine, 30. 

Tooloise. — Reprise de l'Africaine, 21.— Reprise du 
Prophète, W2. — Mlle Schneider dans la Grande-Du- 
chesse, 166. — Inauguration de l'orgue du chœur de 
la cathédrale, 175. 

Tboyes. — Représentation de l'Africaine, 230 

'i^ERSAiLLES. — Cérémonie religieuse au profit de l'Œuvre 
des Crèches, 1^2. — Messe de Hajdji, exécutée pour 
la fête de Sainte-Cécile, 390. 

ViCBV. — Ouverture de la saison, 191. — Capoul et 
MmeCabel dans la Fille du Héyiment, 222. — Corres- 
pondance signée S. D. : Exécution d'une œuvre de 
M. Schimon, 253. 



Ëtraug^er. 

THÉÂTRES, CONCERTS, NOUVELLES MUSICALES, 

ETC., ETC. 

Aix-ia-Chapelle. — Représentation de l'Africaine, 302. 

Amsterdam. — Concerts d'Arban, dans le Parc, 255, - 
Concours international d'Orphéons, 271. 

Anvers. — Représentations de Mme Marie Sass, 47. 

Bade. — Inauguiaiion de la saison, 167. — Audition 
des enfants Frémeaux, 182. — Représentation de 
l'Ogre, opérette de Mme P. Viardot, à la villa Tour- 
gucnicf, 183. — Premières fêtes musicales, 191. — 
Concerts de la salle Louis XIII, 215. — Correspon- 
dance signée M. S. : Fête musicale à la villa Viardot, 
271. — Correspondance signée S. : Débuts de 
l'Opéra allemand par Lohcngrin, 293. — Grand con- 
cert à l'occasion de la fête du gtrnd-duc, 294, 302. 

— Représentations de l'Opéra Italien, 3i0. — Concert 
de Besekirsky, 311. 

Barcelone. — Représentation du Pardon de Ploérmel, 
63. — Repiésentation des Dragons de Villars par la 
troupe française d'Opéra-Co'.iiique, 223. 

Berlin. — Rentrée de Mlle Artôt dans te Domino noir, 
15.— Représentation de Dvu Parasol, ballet nouveau 
de Taglioni. Représentation de la Grande-Duchesse 
au théâtre de Friedrich-Wilhemstadt, 23. — Repré- 
sentation au théâtre Kroll de In loyaije d'artiste, 
opérette nouvelle, 47. — Représentation de Die Fii- 
bier, opéra de Langert, 72. — Rentiée de Pauline 
Lucca à l'Opéra, 79. — Rentrée de Kiemann dans le 
Prophète, 87. — Représentation de Die llerren Ter- 
tianer, opérette de A. L'Arronge, 183. — Représen- 
tation de la Plus belle Fille du b' urg, opéra-comique 
en deux actes de A. Conradi, lSi9. — Mise au con- 
cours par l'éditeur Bock d'un opéra-comique, texte et 
musique, 214. — Représentation du Templier et de tu 
,luice, de Marschner, 327. — Mlle J. David dans les 
.loyeux Mouscjuetairts, ballet nouveau de P. Tcglioni, 
335. — Mlle Oigéni dans les huguenots, 343. — 
Début de Mlle M. Calisto dans la Travialu: concerts 
de Tausig, 301. 

Birmingham. — Représentation de la Grande-Duchesse, 
127. 

Bologne. — Représentation à'IlBarhiere di Scviglia, de 
■ Liall'Argine, 375, 391. — Cérémonie funèbre en l'hon- 
neur de Rossini, 415. 

Bonn. — La musique au congrès international archéo- 
logique, 319. 

Breslau. — Repiésentation de l'Afrcaine, 183. 

Bruxelles. — Correspondance signée E. F. : nouvelles 
musicales, 19. — Second concert du Conservatoire, 
31. —Représentation du Bramais, opéra-comique en 
trois actes, de M. Radoux, 19. — Représentation de 
Robinson Crusoé, 61. — Nouveau concert du Con- 
servatoire, 62. — Représentation de ZJoii Carlos, 87. 

— Dernier concirt du Couservatoiie: représentation 
du Tricorne emhan/é, cpéra-comique de M. L. Jouret, 
113. — Représentation de Don Carias, 119. — Re- 
présentations de Mme Marie Sass, 120.— Représen- 
talions de la Compagnie Italienne, 151. — Mme Car- 
valho dans Roméo et Juliette, 159. — Audition du 
grand oigue au Palais-bucal, 166. — Représentations 
de la troupe de l'Athénée de Paris, 222. — Grand 
concert militaire, 239. — Nomination d'un jury pour 
le concours international de musique religieuse, 
263. — Résultat de ce concours, 26b. — Réouverture 
du théâtre de la Monnaie, 287. — Séance publique 
de l'Académie royale, sous la présidence de M. Féiis, 
319. — Correspondance de M. Féiis: inauguration 
d'un nouvel oigue à Iselles, 325 — Débuts de Warot, 
dans la Muette; sérénade donnée l^ M. Fétis par 
YOrplwon, 327. — Correspondance signée F.: com- 
mencements difficiles de l'année théâtrale, 332. — 
Représentation du Premier Jour de bonheur, 359. — 
Réouverture des concerts populaires, 367. — Reprise 
de l'Africaine ; lepréseniation de la Périchole aux 
Galeries-Saint-Hub«rt, 397. — Audition de Mme Plej el 
dans nu concert, 398. — Reprise du Pardon de 
Ploérmel, 415. 

Cablsrcue. — Représentation de la Fiancée d'Asola, 

opéra nouveau de L. Liebé, 310. 
Cologne. — Célébration du 45« festival Bas Rhénan, 181. 

— Examens publics du Conservatoire, 287. — Audi- 
tion de G. Saint-Saéns, 367. 

Constant. NOPLE. — Représentation de gala au théâtre 
Naum, 135. 

Darmstadt. — Sixième festival du Rhin central, 327. 

Ems. — Inauguration de la saison, 207. — Théâtre el 
concerts, 255. — Représentations des Bouffes-Pari- 
siens, 270. 



Florence. — Inauguration de la saison d'hiver de la 
Pergola par Vn Ba'lo in Mascliera, 15.— Représen- 
tation de Rosmunda, opéra nouveau de Gialdini, 87. 

— Représentation de la Schiaca Greca, de l'ontoglio, 
335. — Réouverture de la Pergola par le Prophète, 
367. — Concerts de Sivori ; fermeture du théâtre Pa- 
gliano, 391. 

Fraicfort-sub-le-Mein. — Audition de Rosenhain, 22. 

Gand. — Reprise de l'Africaine, 399. 

GÊNES. — Réouverture du Carlo-Felice par le Prophète, 
8. — Représentation de (/ Sugno d'Inès, ballet nou- 
veau de Piuzuti, 79. 

Genève. — Représentation de Rob'mson Crusoé, 134. — 
Représentations de Montaubry, 174. 

GoTiiA. — Représentation de la Nuil de Sainl-Jean, 
opéra-comique d'EUers, 87. 

Haïe (La). — Grand concert national â l'occasion du 
congrès des savants, 319. 

HosiBoiRG. — Ouverture du théâtre Italien, 239. — 
Réprésentation de Faust, 247. — Le Domino noir, 
avec Mlle Artût, 255. — Représentations diverses de 
la Société italienne, 263. — Repiésen talions d'Ade- 
lina Patti, 271, 295. 

KœNiG;BEriG. — Représentations de la la Grande-Du- 
chesse, 247. 

Leipzig. — Inauguration du nouveau Théâtre d'opéra, 
47. — Exécution de la Symphonie fantastique et du 
Reguiem d'H. Berlioz, 238. — Représentation de la 
Phœdra, de Taubeit, 311. — Audition de C. Saint- 
Saiins au Gevatidhaus, 343. 

Liège. — Représentation des Bavards, d'Ofl'enbacb, 95. 

Lisbonne. — Représentation de la Grande-Duchesse, 96. 

— Représentation de l'^rco de Smita-Anna opéra 
nouveau de Kororha, 111. — Représentation de F(cMr- 
de-Thé, 327. 

Livebpool.— Représentation de la Grande-Duchesse, 143. 
Londres. — Incendie de The Oxford Music-Hall, 55. 

— Programme de Covent-Garden, 102. — Ouverture 
de //(•»■ Majesty's Opéra et de Covent-Garden, 111. 

— Rentrée de Mario; concert; divers, 119. — Ren- 
trées d'Adelina Patti, de Mlle P. Lucca et de Mlle 
Nilsson, i52. — Grand concert annuel d'Aiditi, 175. 

— Reprise de la J/ct/cc, do Cherubini, à Drury-Lane; 
concerts divers, 183. — Grand mteting annuel des 
Charitij Childrcn, 191. — L'Afiicaine h. Covent-Gar- 
den ; grand l'estival triennal de Haendcl, 199, 207. — 
Mlle Schneider dans ta Grande- Duchesse au théâtre 
Saint-James, 206. — Représentations et concerts, 215. 

— Correspondance de C. L. Gruneisen : Représenta- 
tion du Domino noir â Covent-Garden, 237. — Mariage 
d'Adelina Patti avec le inarqi is de Caux, 246. — Re- 
présentation de clôture à Covent-Garden, au béné- 
fice d'Adtlina Patti; rfpréstnt,ations de cltiture de 
Her Majesty's Opéra, 2.'i7. — Concerts-promenades du 
Fairy-Palace, 319. — Concerts du Palais-de-Cristal, 
sous la direction de M. Matins, 327. — Ouverture de 
la saison d'automne â Covent-Garden, avec Lucrezia 
Borcjio, 351. — Construction d'un nouveau théâtre 
dans le Strand, 357. — Début de Mlle de Murska 
dans Lvcia, 367. — Concerts populaires de Saint- 
James Hall, 375. — Représentation de Dinorah à 
Covent-Garden, et de lu Grande-Duchesse au Sten- 
dard, 384. 

Madrid. — Arban et son orchestre au théâtre des Jo- 
vellanos, 159. — Représentation de la Muette au bé- 
néfice des blissis d'Alcoléa, 335. — Reprise de l'Afri- 
caine, 351. — Début de Mme (jueymard dans le 
Troralore, 359. — Représentation de la Grande-Du- 
chesse aux Bufos Ardenius, 375. 

Magdebourg. — Représentation de lUro el Léandre, 
opéra-comique de ^V. Steinhart, 79. 

Manchester. — Représentation de la Grande-Duc.hcsse, 
167. — Accident arrivé dans une salle de concert. 
255. 

Mannheiu. — Représentation du Voisinage dangereux, 
opérette nouvelle de Langer, 207. — Repiise de l'A- 
fricaine, 280. 

Milan. — Représentation de la Camurgo, ballet nou- 
veau de Monplaisir, 23. — Représentation de Pielro 
da Padova, opéra nouveau de Fioii, 72. — Représen- 
tation de Biahma, ballet de Monplaisir, 79.— Repré- 
sentation de Mefistofete, opéra nouveau d'A. Boiio, 
96. — Embarras ûe la Scala, 247. — Représentation 
de la Grande-Duchesse au théâtre de Santa-Rade- 
gonda, 294: — Ouverture du Carcano avec Dinorah, 
295, 311. —Brochure du directeur Lamperti relative à 
la dotation du Grand-Théàlre, 357. — Programme de 
la Scala, 415 . 

MoNS. — Représentation de l'Etoile du Nord, 72. 

Moscou. — Début de Mlle Artot dans Faust, 143. -- 
Représentation â son bénéfice, 166. — Représentations 
brillantes du théâtre Italien, 357, 365. — Début de 
Mlle Sarolta dans Don Giovanni, 399. — Représen- 
tation de Faust au bénéfice de Mlle Artôt, 407, 414- 

Munich. — Représentation des Maîtres chanteurs de 
Nuremberg, opéra-comique en trois actes, de Richard 
\Vagner, art. de Ch. Banuelier, 205-210. — Représen- 
tation du Manteau rouge, opéra-comique de Krem- 
peisefzer, 415. 

Naples. - Programme du Théâtre San Carlo, 319. — 
Ouverture de ce 'i héâtre avec Jone, opéra nouveau de 
Pétrella, 359. 

New-York . — Ouverture du Théâtre Pike, 55. — Re- 
préseniation des Dragons de Villars, 175. — Repré- 
sentations de l'Opéra-bouffe Français, 254 — liarbe 
Bleue et la Grande-Duchesse, 325. — Début de miss 
Kellogg, 358. 

Oldenbourg. — Grand festival des Sociétés chorales de 
l'Allemagne du Nord, 263. 

Pesth. — Représentation des Zrinyi, opéra nouveau 
d'Adelburg, 215, 223, 



Pmi.AOELPeiE. — Représentation do la Grande- IJucliesse, 

199. 
Phacue. — Représentation de la Cronde Viicliesse, 39. 
— Représentation de lins Kaelhchen von Iffilbronu, 
opéra noincau de Jaffé, 119. — Représentation de 
Ain Itiiiieins/ein, opéra nouveau de MM. de Flotow 
et R. Gênée, 127, 1.35. — Représentation dn Dniibor, 
opéra nouveau de Smolana, 175. — Mlle Yilali dans 
le Pardon de Ploermel, 303. — Représentation au 
Théâtre Tchfci|ue de la Fiancée Jlussile, opéra nou- 
veau de Seiror, :M3. 

Rio-i)E-jANEino. — Représentation de la Grandc-Du- 
c/icsse, 102. 

Rome. — Représentation de la Tombola, opéra nouveau 
de Cagnoni, 39 — Représentation de la Grande-Du- 
c/iessi\ 78. — Représentation de Dinorah au théâtre 
Arfrentina, 375. 

SAiNT-PiÎTPiisniiuiio. — Concerts dirigés par Berlioz, 15. 

Ri'prespnuuions de Pauline Lucca, Ï|7. — Ovations 

laites à iMlles Lucca et Granlzofî, 63. — Prcgrammedu 
Théâtre italien, 103. — Exécution de la symphonie 
héroîi|tie Jeanne d'.-IccdeA. Holmes, 1/i3. — Représen- 
tation dn liai Canrlaale, ballet de MM. de St-Georges, 
Marius Petipa et Pugni ; F/eur de TM au théâtre 
Michel, 357. — Représentation de Lohengrin, 367. — 
liéouverture du théâtre italien par Maria, 38i. — 
Rentrée de Mlle P. Lucca dans Don Juan et dans 
l'Africaine, lilô . 

Solf.uhe. — Fêles fédérales suisses, 2i6. 

Spa. — Programme de 1". saison, li3. — Premier con- 
cert, 247. — Grands concerts à la Redoute, 203, 295. 

Stottcabd. — Reprise de l'Africaine, 31. — Exécution 
A' Elle, oratorio de Michel Costa, 359. 

Tkèves. — Représentation de l'Africaine, 79. 

Trévise. — Incendie du T/téûtre sociale, 326. 

Trieste. — Représentation de Fiamclta, ballet nouveau 
de Saint-Léon, 95. 

Tdbin. — Incendie du Théâtre Alberto-Nota, 230. — 
Réouverture de la saison avec Dinorah, 335, — Re- 
présentation de Gli arlisli alla Fiera, opéra comique 
de L. Rossi, au théâtre Carignan, 375. — Représenta- 
tion de Un Fallo, ballet nouveau de Rota, 39]. 

Venise. — Représentation de l'Africaine, 81. 

Vienne. — Représentation de Lucifer, opérette de S. 
Duniecki, au théâtre An derVien,15. — Représenta- 
tion de Nana-Sahib, ballet nouveau d'H. Desplaces, 23. 

— Représentation de Madame, la maîtresse, opérette 
de Suppé, et de la Somnambule, opérette de Zaytz, 
30. — Représentation de Roméo et Juliette, de Gou- 
nod, 55. — Représentations dn ténor Sontheim , 143. 

— Réouverture de l'opéra avec Guillaume Tell, 223. 
Constitution de la Sociéié des auteurs et compositeurs 
allemands, 263. — Début de Mlle Gindele dans l'A- 
fricaine, 263, — Début de Mlle Salvioni dans le Dia- 
ble amoureux, 279. — Premier jubilé de l'orphéon 
Viennois, 343. — Représentation de Mijnon, 351. 

Weimar. — Représentation des Héros du Nord, nouvel 

opéra de C. Gcetze, 31. 
Wiesbaden. — Représentation du Prophète et concert, 

223. — Concert en l'honneur du roi de Prusse, 271. 
WoBHS. — Inauguration du monument de Luther, 223. 

H 

Hommages, décorations et récompenses 

accordés aux artistes. 

( Voyez aussi Nominations.) 

Arban, décoration d'Isabclle-la-Catholique, d'Espagne, 
198. 

Arditi, décoration d'officier du Medjidieh, de Turquie, 
262. 

Bagier, décoration de l'ordre des Saints Maurice et 
Lazare, d'Italie, 62. 

Capoul, décoration d'officier du Nischam, de Tunis. 287. 

Caire M.), décoration de l'ordre de la Légion d'hon- 
neur, 270. 

Choudens, décoration de l'ordre de Gustave-Wasa, de 
Suède, 23. 

Dauverné, décoration de l'ordre de la Légion d'honneur, 
270. 

Elwart (A.), médaille d'argent offerte par le départe- 
ment de la Seine-Inférieure 254. 

Gautier (E.), décoration de l'ordre de la Légion d'hon- 
neur, 270. 

Gérard (E.), décoration de l'ordre de Charles III, d'Es- 
pagne, 174. 

HainI (G.), décoration de l'ordre de la Légion d'hon- 
neur, 270. 

Lachner (F.), décoration de commandeur de l'ordre du 
mérite de Saint-Michel, de Bavière, 55. 

Le Couppey (F.), décoration de commandeur de l'ordre 
du Lion de Perse, 183. 

Massé (V.), décoration de l'ordre de Charles III, d'Es- 
pagne, 30. 

Masset (J.-J.), décoration de l'ordre de Gustave-Wasa, 
de Suède, 415. 

Mercadante, décoration de l'ordre du Mérite d'Italie, 
287. 

Méreaux (A.), décoration de l'ordre de la Légion d'hon- 
neur, 183. 

Roger, grande médaiUe des Arts et Sciences, décernée 
par l'empereur d'Autriche, 23. 

Rossini, décoration du grand-cordon do l'ordre de la 
Couronne, d'Italie, 143. 

Saint-Saéos (C), décoration de l'ordre de la Légion 
d'honneur, 270. 

Sivori (C.), décoration de l'ordre de la Couronne, d'Ita- 
lie, 318. 

Stoltz (Mme R.), décoration de l'ordre du Mérite, de 
Saxe, 318. 



TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES. 

Strakosch (Maur.), décoration d'officier du Medjidieh, 

de Turquie, 374. 
Thomas (A.), décoration do commandeur de l'ordre de 

la Légion d'honneur, 254. 



Jarisprudencc artistique, scicnfiflque 
et théâtrale. 

Jugement de la Cour impériale relatif ù Mme Monbelli, 

ô. 
Jugement de la Cour impériale de Rennes, confirmant 

la jurisprudence relative aux droits d'autoris.ation des 

composiieiirs do musique pour l'exécution de leurs 

œuvres, 8. 
Jugement du Tribunal correctionnel d'Arras dans une 

action intentée par la Société des sutcurs dram.aiiques 

contre la musique des amateurs, 118. 
Arrêt du Tribunal civil relatif aux billets de faveur dans 

les théâtres, 174. 
Arrêt du Tribunal civil de la Seine (1" chambre) dans 

le procts intenté par M. Blaze de Bury aux héritiers 

Meyerbeer, à propos de la Jeunesse de Gœthe, plai- 
doiries, 273, 281. 
Arrêt de la Cour impériale dans un appel relatif à la 

contrefaçon d'objets d'art; application de la loi sur 

la propriété littéraire et artistique, 356. 
Jugement du Tribunal de première instance dans un 

procès entre la direction des théâtres impériaux de 

Russie et le ténor Fraschini, 414. 



Iiettres . 

H. Berlioz à un ami, 20. 

Otto Nicolai à son ami M. deFilippi, 46. 

M. Fétis père au directeur du journal, à propos de M. 
Edouard Monnais, 84. 

M. N. Noetinger aux membres de l'Association des so- 
ciété chorales d'Alsace, au sujet de G. Kastner, 115. 

Roger â H. de Pêne, â propos de son engagement à la 
Porte-Saint-Martin, 270. 

F. A. Gevaërt, au directeur du journal, à propos d'une 
note de M. Fétis, 404. 

liiltérature musicale. 

Histoire de la musique instrumentale (suite), art. de 

Maurice Cristal, 17, 65, 73, 113, 129. 
Du nouveau en musique, art. d'Ed. Fétis, 25. 
Les droits des auieurs (suite), par Thomas Sauvage, 49, 

66, 169, 201, 211, 219, 226, 258. 
Les théâtres lyriques secondaires à Paris depuis 1820, 

art. d'A. Pougin, 106, 203, 228, 243, 259, 263, 290, 

299. 
Songe de Ch.-M. de Weber écrit par lui-même, 257. 
La critique musicale, par Mathieu de Monter, 289. 
Armide, étude par A. Thurner, 305,315. 

M 

Slnsiiiae militaire. 

Dernier concert de la garde de Paris, 318. 

SInsiqne religieuse. 

MESSES, ORATORIOS, SOLENNITÉS RELIGIEUSES, 
ORGUE. 

Inauguration du grand orgue de Notre-Dame, recons- 
truit, 79, 85, 95. 

Messe de Weber, exécutée à Notre-Dame par l'Associa- 
tion des artistes musiciens, 102. 

Messe solennelle du prince Poniatowski à Saint-Eusta- 
che(2« audition), 102. 

Audition du Jugement dernier, oratorio de J. Duprez, 
art. d'A. Gouzien, 106. 

Solennités religieuses de la seaiaine s.ainte, 118. 

Les Se/it paroles du Chri.il, oratorio de Th. Dubois ; 
Stabat, de Palestrina, exécuté par plusieurs sociétés 
chorales; Messe solennelle, de Fr. Schwab, à Saint- 
Eostache; La Création, d'Haydn, exécutée par le 
Lieder-Kranz de Paris, art. de Mathieu de Monter, 
121. 

Exécution du Stabat â la chapelle des Tuileries, 125. 

Rapport adressé au ministre des cultes sur la recons- 
truction du grand orgue de l'église Notre-Dame, 131. 

Visite au grand orgue par les délégués des sociétés sa- 
vantes de France, 134. 

Exécution de la 6° messe solennelle d'A. Leprévost, à 
Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, 141. 

Première communion du Prince Impérial, à la chapelle 
des Tuileries, art. signé A. E., 148. 

Messe de Ch. Vervoitte exécutée à l'église de Saint- 
Cloud, 173. 

Application de l'électricité aux grandes orgues, à propos 
du grand orgue de la nouvelle église Saint-Augustin, 
art. de Mathieu de Monter, 180. 

Bénédiction solennelle de cet orgue, 198. 

Audition des grandes orgues de Notre-Dame par les 
membres de l'Association scientifique dn France, 222. 

Solennité religieuse à l'institution impériale des Jeunes 
Aveugles, 238. 

Distribution des prix à l'Ecole de musique religieuse 
Niedermeyer, 246. 

Inauguration du grand orgue de la nouvelle église pa- 
roissiale de Saint-Denis, 271, 219. 

Inauguration d'un nouvel orgue à l'église Saint-Ambroise, 
334. 



Messe de Sainte-Cécile, d'A. Thomas, exécutée à Saint- 
fjiistache, pour la fête de l'Associ.ition des artistes 
musiciens. — Messe de Sainte-Cécile , de Mme de 
Gramlval, à Sainte-Geneviève, art. signé M. M., 388. 

Société des oratorios, sous la direction de J. Pasdeloup: 
l" e.'iécution, au Panthéon : la Passion, de J.-J. 
Bach ; Ode à sainte Cécile, de Haendel, art. de Ma- 
thieu do Monter, 145. 
2" exécution, 157. 

N 
Xôcrologie. 



Alsaniello (Mlle E.), 247. 

Arban père, 95. 

Artois de Bournonville 

(A. d'). 398. 
Barrez, 390. 
Barsotti, 111. 
Barthélémy, 55. 
Béquignolles (de), 7. 
Ber (E.;, 203. 
Berwald (F.), 151. 
Bessems (A.). 343. 
Blanchard (Mlle), 297. 
Blaquières (P.), 126. 
Bocquillon, art. nécrol. 

par T. Sauvage, 20. 
Bovery 'J.j, 239. 
Brendel, 390. 
Calderon, 359. 
Challiot, 351. 
Chevé (Mme veuve E.>, 

215. 
Cicéri père, 279. 
Conti (C), 255. 
Cotta (J.), lis. 
Cruvelli (Mlle M.), 255. 
Dauprat (L. F.), 255. 
Delavigne (G.), 359, 
Deleurie (L.), 263. 
Desnoyers (L.), 407, 
Ducis (Mme L.), 39. 
Duponchel, 118. 
Eberwein (C), 103. 
Empis, 407. 
Epagny (V. d'), 367. 
Favarger (R.), 287. 
Ferrand (H.), 311. 
Franck (li.), 103. 
Franck-Marie, 15. 
Ganz (M.), 39. 
Gaspérini (de), 135. 
Gaudonnec fils, 143. 
Gide (CI, 62. 
Harrison (W.), 374. 
Hauptmann (M.), 15. 
Hugo (Mme V.), 279 
Hûttenbrenner (A.), 297. 
Ketterer (.Mme), 325. 
Kistner IJ.), 175. 
Kittl (J.-F.), 255. 
Kolesowsky (S.), 287. 
Kreutzer (L.), 327. 
Kriiger père, 158. 
Laborie (le docteur). 23. 
Lacombe (Mme L.), 280. 
Lacour (Mme), 263. 
La Madeleine (S. de), 237. 
Leduc (A.), 199. 



Fétis 



Lemoine (R.), 95. 

Lomagne (J.), 271. 

Louis I'', roi de Bavière, 

79. 
Lover (S,), 239. 
Margueritat (R.), 31. 
Marck (le docteur), 31. 
Marque (A.), 398. 
Mazrtti (R.), 39. 
Mazilier, 107. 
Mercier (J.), 87. 
Mévil (C), 55. 
Michel (Cam.), 239. 
Michel (Marc), 87. 
Mitheli (J.), 407. 
Monnais (E.), 68. 

Ses obsèques, 69. 

art. nécrol. p&.r 

père, 75. 
Monpou (Mme veuve), 135. 
Montoriol, 5ô. 
Morelly (L.l, 287. 
Mouravieff (Mlle), 359. 
Naum (M.), 223, 302. 
Paulowna 'Anna) Frarevna, 

de Géorgie, 71. 
Péronnet, 279. 
Pillet (L.), 102. 
Ponchard (Mlle J.), 55. 
Prémaray (J. de), 191. 
Prumier (A.), 31. 
Reinecke (Aime), 287. 
Remack (E.). 398. 
Ronzoni, 398. 
Rossini (note), 371. 

Ses funérailles, art. de 

Mathieu de Monter, 367, 

381. 
Ryan (D.-H.l, 398. 
Schnyder de Warlensée 

(X ), 287. 
SchrœdRr (Mme S.), 87. 
Simon (F.-J.), 374. 
Simrock (N.), 415. 
Stigelli, 223. 
Taglioni ,S.), 335. 
Tromba (Mlle A.), 247. 
Ugalde (Mlle), 135. 
Van-Eyken (J.-A.), 335. 
Viennet, 231. 

Vieuxtemps (Mme), 207, 
Vieyra (A.), 215. 
Vitali (Mme), 118. 
Walewski (le comte), 219. 
Wurtemberg (le prince E. 

de), 359. 
Zabalza (A.), 62. 



IVominati ons. 

Baille (G.), comme directeur du Conservatoire de Per- 
pignan, 326. 

Baneux (G.), comme sous-chef de musique de la 5" sub- 
division de la garde nationale, 30. 

Beauplan (A. de), comme commissaire impérial près les 
théâtres lyriques et le Conservatoire, 78. 

Cabanis, comme inspecteur des théâtres des départe- 
ments, 30. 

Dessane, comaie organiste du choeur, à Saiut-Sulpice, 
158. 

Dubois, comme maître de chapelle de la Madeleine, 
374. 

Eigenschenck, comme officier d'.Vcadémie, 294. 

Ferrand (E.), comme chef du bureau des théâtres, au 
ministère de la maison de l'Empereur, 30. 

Fissot (H.), comme organiste de Saint-Merri, 151. 

Gautier (T.), comme bibliothécaire de S. A. I. la pria- 
cesse Mathilde, 351. 

Hess (H.), comme maître de chapelle de la cathédrale 
de Nancy, 414. 

Hurand, comme officier d'Académie, 113. 

Jancourt, comme capitaine de musique de la 5= subdi- 
vision de la garde nationale, 6. 

Jonas (E.), comme inspecteur général des corps de mu- 
sique de la garde nationale de la Seine, 6. 

Pasdeloup, comme directeur privilégié du théâtre Lyri- 
que impérial, 278. 

Id. comme officier d'Académie, 279. 

Thibaut, comme capitaine de musique de la 2" subdivi- 
sion de la garde nationale, 6. 

O 
Orphéons. 

Festival donné au cirque de l'Impératrice, par l'Associa- 



4 

tion des sociélc's chorales de Paris et du départe- 
ment de la S^ine, 60. 

Médailles distribuées par le préfet de la Seine , à la 
suite du concours ouvert pour la composition de 
chœurs sans accompagnement, l^^ ■ 

Séance solennelle de l'Orphéon de Paris (rive gauche), 
article de Mathieu de Blonter, 99. 
Séance annuelle de la Société chorale d'amateurs, 141. 

Séance solennelle de l'Orphéon de Paris (rive droite), 
art. de Matliieu de Monter, 146. 

Concours choral et instrumental à Melun, art. d'A. EI- 
wart, 156. 

Concours d'Orphéons à Choisy-le-Roi, 206. 

Concours d'Orphéons, de Fanfares et de Musiques mili- 
taires à Senlis, art. d'A. Ehvart, 229. 

Concours de musique entre les écoles communales de 
la ville de Paris dirigées par M. F. Bazin, 2(i6. 

Concert de la Société choiale des Enfants de Saint- 
Denis, 318. 

Concert donné à la salle Dourlens par quatre sociétés 
chorales allemandes de Paris, 414. 



Questious arliiitiiiues, miusicaJcB 
et théâtrales. 

Concours pour la composilion d'un poëme d'opéra, 75. 

Election d'un jury pour ce concours, 100. 

Rapport de la rommissioii instituée par le ministère de 

la maison de l'Empereur pour juger les poèmes, 123. 
Avis relatif à la délivrance du poëme, 141. 
Nouveau traité intervenu entre la direction de l'Opéra- 

Comique et la Société des auteurs et compositeurs 

dramatiques, 222. 
Concours pour la mise en musique de l'opéra-comique 

le Flurtnlin, 229, 254. 
Reconnaissance du traité international pour les droits 

de propriété des auteurs français, par la Hongrie, 229. 
Vote des subventions théâtrales par le Corps législatif, 

238. 
Constitutions du jury pour le concours de l'Opéra-Co- 

mique, 332 . 
Nomination des jurys pour le concours du théâtre Lyri- 
que impérial, 366, 373, 40f'. 



IKcvue critique. 

L'acoustique, ou Les phénomènes du son, par R. Ra- 

dau, art. d'Arthur Pougin, 19. 
Le trésor des pianistes (11» et 12° livraisons), art, de 

Fétis père, 4^. 
La musique ta-]jliquée aux gens du monde, par A. 

Meliot, art. de Maurice Bourges, 51. 
Galerie des musiciens célèbres anciens et nouveaux, 

92. 
Compositions diverses d'E. Stœger, art. signé C. B., 98. 
Un nouveau système d'acoustique musicale, par M. G. 

Bertrand, art. d'A. Pougin, 108. 
La musique et l'amour, pai A. de Lasalle, art. de 

Mathieu de Monter, 140, 164. 
Chœurs suédois et nurrégiens, à quatre parties pour 

voix d'hommes, art. de Maurice Bourges, 154. 
■ Un livre incomplet, art. d'A. Pougin, 156. 
Etudes pratiques de sli/le vocal, par S. de la Madelaine, 

art. de A. Pougin, 171. 
La notation de la musique classique comparée à la 

notation de la musique moderne, etc., par M. E. 

Deldevez; De l'émission de la voix, par Jules Lefort, 

art. d'A. Pougin, 181. 
La musique, le théâtre et la danse, à l'exposition des 

Beaux-Arts (salon de 1868), art. de Mathieu de Mon- 
ter, 185. 
Bellini, sa rie, ses œuvres, par A. Pougin, art. de Ma- 
thieu de Monter, 220. 
lUisères d'un prix de Rome, par A. Second, art. de 

Mathieu de Monter, 235. 
Lettre allemande stir la musique française, par Szar- 

vady, 244. 
Les étoiles du c/iant (Adelina Patti), par Guy de Char- 

nacé, art. de Mathieu de Monter, 250. 
Etude en taniineiir, de Mcndelssohn; Tzigane, marche, 

souvenir de Hongrie, par D. Magnus; Gavotte, par 

Ch. Lecoq ; Ma, par Martin de Fontaine, pour piano, 

261. 
Abrégé du système d'acoustiqiie musical de Belmholtz, 

par E. Mach, art. de C. Bannelier; Adagios de Beethoven, 

transcrits par F. Brisson, 292. 
Phénomènes musicaux-pliysiologiqucs, par Ch. Meerens, 

art. signé C. D. G., 300. 
Chœur des Evèques, de l'Africaine, transcrit pour 

piano, par J. Baur; fantaisie sur l'Africaine, par 

Teresa Carreno ; trois morceaux de concert, par E. 

Stœger; Murmures, nocturue pour piano et si vous 

n'avez rien à me dire, pour le chant par C. A. 

Palmer; le Message, mélodie pour piano par J. P. 

Goldberg; fantaisie sur les Dragons de f'illars, par 

J. B. Duvernoy; fantaisie sur le même opéra par 

E. Ketteier, 355. 
La musique de la Périchole, art. de P. Bernard, 412. 



Théâtres lyriques de Paris. 

OPÉRA. 

Sérénade donnée à Rossini par les artistes de l'Opéra, à 
l'occasion de la 500= représentation de Guillaume 
Tell, 53. 

Début de Maurel dans le Trouvère, 78. 



TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES. 

Première représentation à'Hamlel, opéraen cinq actes, 
musique de M. Ambroise Thomas, art. de Paul Ber- 
nard, 81. 

Rentrée de Mlle Granzow, dans le Corsaire, 126. 

Représentation au bénéfice de la caisse des pensions de 
retraite, 142. 

Rentrée de Mme M. Sass dans Don Juan, 150. 

Représentation extraordinaire au profit de la Caisse de 
secours des acteurs et compositeurs dramatiques, 150. 

Début de Mazzoleni dans le Trouvère, 166. 

Reprise A' Herculanuni , de F. David, art. de Paul Ber- 
nard, 209. 

Début de Mlle J. Hisson dans le Trouvère, 230. 

Représentation gratuite du 15 août ; l'Hymne de Ros- 
sini, 261, ï69. 

Rentrée de Mlle M. Battu dans Berculanvm, 301. 

Devoyod dans le rôle de Guillaume Tell, 350. 

Reprise des Huguenots, art. de E. de Rauze, 361, 373. 

Mme Carvalho dans les Huguenots, art. d'E. de Rauze, 
377. 

Représentation solennelle de Guillaume Tell, à la mé- 
moire de Rossini, 389. 

OPÉRA-CUMIQUE. 

Première représentation du Premier Jour de bonheur, 

opéra-comique en trois actes, musique d'Auber, art. 

de Paul Bernard, 57. 
Début de Hayet dans Zampa, 78. 
Représentation au bénéfice de la Caisse de secours de la 

Société des auteurs dramatiques, 94. 
Reprise de la Part du Diable, art. de Maurice Gray, 

97. 
Picmière représentation de Mademoiselle Sylvia, opéra- 
comique en un acte, musique de M. Samuel David, 

art. de Paul Bernard, 121. 
Reprise des ]'oilures versées, 142. 
Première représentation lu Pénitente, opéra-comique en 

un acte, musi(|ue de Mme deGrandval, art. de Paul 

Bernard, 153. 
Première représentation (â ce théâtre) des Dragons de 

Vilturs, opéra-comique en trois actes, musique 

d'Aimé Maillarl, art. de Paul Bernard, 117. 
Reprise du Docteur Mirobolan, 222, 230. 
Représentation gratuite du 15aoilt; la Honnc Moisson, 

cantate de M. Chariot, 261, 269, 271. 
Début de Mlle Guillot dans le Chalet, 356. 
Première représentation du Corrlcolo, opéra- comique en 

trois actes, musique de M. Ferdinand Poise, art. 

de Paul Bcrnaid, 385. 
Représentation au bénéfice de Mme Ugalde, 413. 

THÉÂTRE IMPÉRIAL ITALIEN. 

Reprise de la Gazza-Ladra, 21. 

Grand concert donné par la Société italienne de bien- 
faisance, 29. 
Première représentation de H Temptario. opéra-seria 

en trois actes, musique d'Otto Kicolai, art. de 

Maurice Gray, 33. 
Reprise de Don Giovanni. 54. 
Reprise de Malilda di Shabran; débuts de M. et de 

Mme Tiberini, art. de Maurice Gray, 84. 
Adelina Patti dans le Trovatore, 86. 
Première représentation de Giovanna d'Arco, opéra en 

quatre actes, musique de T. Soléra, art. de Maurice 

Giay, 105. 
Concert spirituel du jeudi saint, 117. 
Représentation au bénéfice d'Adelina Patti, 134. 
Première représentation de la Conlessiiui, opéra semi- 

spria en trois actes, musique du prince J. Ponia- 

touwski, art. de Maurice Gray, 137. 
Représentation au bénéfice de Mlle Krauss, 142. 
Pi ogranime de la saison nouvelle, 286. 
Réouverture par la Lncia, art. signé E. R., 313. 
Rigoletio; Crispino e la Comare, art, d'E. deHauze, 321. 
Ld Trariala, art. d'E. de Rauze, 330. 
La Conlessina ; Maria ; Don Pasquale, art. d'E- de 

Rauze, 338. 
Lucrezia Borgia, art. d'E. de Rauze, 355. 
Semiramide, art. signé E. R., 378. 
Otello ; In Serva padrona, art. d'Elias de Rauze, 410. 
Adieux d'Adelina Parti, 414- 

THÉÂTRE LYRIQUE IMPÉRIAL. 

Première représentation de la Jolie Fille de Perth, 

opéra en 4 actes et 5 tableaux, musique de M. Georges 

Bizet, art. d'A. Gouzien, 3. 
Reprise de la Fanchonnette, 13. 
Soirée d'inauguration du théâtre de La Renaissance, par 

Faust, 94. 
Roméo et Juliette à ce même théâtre, 110. 
Secours accordé aux choristes par le Ministère de la 

Maison de l'Empereur, 166. 
Prise de possession du théâtre Lyrique par M. Pasde- 

loup, 293. 
Personnel et travaux artistiques, 301. 
Réouverture, art. d'A. Gouzien, 345. 
Reprise du Barbier de Séville; début de M. Aubéry, 

357. 
Reprise à'îphigénieen Tauride, de Gluck, art. de Paul 

Bernard, 379. 
Reprise du Maître de Chapelle, 405. 
Reprise du Brasseur de Preston, d'A. Adam, art. de 

P. Bernard, 409. 

BOUFFES-PARISIENS. 
Réouverture : l'A:r<:he Marion, opérette de M. Adolphe 

Nibelle; le Fifre enchanté, opérette d'Offenbach; 

l'Ile de Tulipalan, opérette du même, art. d'Elias de 

Rauze, 313. 
Reprise des Deux Aveugles, 342. 



Reprise de la Chanson de Forlunio et de Jeanne qui 
pleure et Jean qui rit; rentrée de Désiré, 357. 

Petit Bonhomme vit encore, opéra-comique en deux 
actes, musique de L. Defl'ès, art. signé D., 411. 

FANTA ISIES-PARISIENNES . 

La Croisade des Dames, opéra-comique en un acte, de 
François Schubert; l'ÉUjAr île Cornélius, opéra-co- 
mique en un acte de M. Em. Durand; reprise du 
Farfadet, d'Ad. Adam, art. signé D., 41. 

Roger llonlemps , opéra- comique en deux actes, de 
M. Debillemont, art. signé D., 91. 

Reprise du Midetier, d'Hérold, 101. 

Le Barbier de Séville, de Paësiello, art. signé D., 163. 

L'Amour mouillé, opérette en un acte, musique d'E. de 
Bartog, art. signé D , 178. 

Fermeture annuelle, 198. 

Réouverture par le Barbier de Séville, art. signé M. G., 
215. 

Le Soldat malgré lui , opéra-comique en deux actes, 
musique de F. Barbier, art. signé D. A. D., 339. 

Reprise de la Fêle du Village voisin, art. signé D., 
362. 

Reprise de Gilles ravisseur, art. signé D., 411. 

THÉÂTRE BE L'ATHÉNÉE. 
L'Amour et son carquois, opéra-bouffe en deux actes, 

musique de Ch. Lecocq, art. signé D., 35. 
Fleur de Thé, opéra-bouffe en trois actes, musique de 

(h. Lecocq, art. signé D., 122. 
Fermeture annuelle, 206. 
Réouverture par Fleur de Thé, 286. 
Le Petit Poucet, opéra-boufl'e en trois actes, musique de 

Laurent de Rillé, art. signé D., 324- 
Le Vengeur, opéra-boufl'e en un acte, musique d'Isidore 

Legouix, art. signé D., 380. 
Les Horreurs de la guerre, opéra-bouffe en deux actes, 

musique de M. Jules Cosié, art. signé D., 395. 

REVUE DES THÉ.4.TRES 
Par D.-A.-D. Saint- Yves. 
12, 28, 36, 52, 75, 91, 114, 132, 149, 172, 189, 213, 237, 
^45, 268, 277, 292, 308, 332, 348, 372, 396. 

Au théâtre des Menus-Plaisirs, Geneviève de Brabant, 

opéra- bouffe en trois actes et dix tableaux, musique 

de J. Offenbach, art. signé D., 5. 
Au théâtre de Cluny, Un Cousin de retour de l'Inde, 

opérette de Bovery, 134. 
Au théâtre des Jeunes-Artistes, un opéra-comique de 

M. Mailyns, 142. 
X\i llu-âtru du Palais-Royal, le Château à Toto, opéra- 
bouffe en trois actes, musique de J. Offenbach, art. 

signé D., 147. 
Au théâtre des Variétés, reprise du Pont des Soupirs, 

opéra-boufl'e en cinq tableaux, musique d'Offenbach, 

art. signé D., 148. 
A l'Eldoiado, \'énus infidèle, opérette de M. L. Roques, 

278. 
Aux Menus-Plaisirs, les Croqwusesde Pommes, opérette 

eu cinq actes, musique de L. Deffès, art. de Maurice 

Gray, 314- 
Aux Variétés, la Périchole, ipéra-bouffe en deux actes, 

musique de J- Offenbach, art. signé D. A. D., 322. 
Aux Folies-Dramatiques, Chilpéric, opéra-boufl'e en trois 

actes, d'Hervé, art. signé D. , 346. 
Aux Folies-Marigny, J(_nn qui pleure et Jean qui lit, 

opérette de Marc-Chautagne, ;i57. 
Aux Menus-Pluibirs , le Grand Duc de Matapa, opéra- 
bouffe en cinq tableaux, musique de M. Debillemont, 

art. signé D., 380. 

CONCERTS, BALS ET SPECTACLES DIVERS. 

Grand Festival donné au Casino, par Arban, 109. 

Ouverture du Jardin Mabille, 135. 

A l'Eldorado, débuts des frères Guidon, 150. 

Ouverture du Pré-Catelan, 151. 

Réouverture du Casino-Cadet, 310. 

Réouverture de l'Alcazar, 326. 

Concerts d'Arban à la salle Valentino, 334. — Festival 

Meverbcer, 342. — Mme Taroni, 366. 
Inaugurati'-n des Bals du Cirque de l'Impératrice, 374. 
Bals de l'Opéra, 415. 



Variétés. 

Revue musicalp de l'année 1867, art. de Em. Mathieu 
de Monter, 9. 

A propos de la Jeunesse de Goethe, drame de M. Blaze 
de Bury, 45. 

Un inconnu, art. d'A. Pougin, 68. 

Une séance de musi<iue intime, art. de L. Kreutzer, 74. 

A propos d'une erreur commise dans la distribution des 
médailles, à la suite de l'Exposition internationale, au 
détriment de Ph. Herz neveu, 172, 239, 396. 

Beethoven à Tœplitz, 267. 

Le Chant hturgique au monastère de la Grande Char- 
treuse (extrait d'un nouvel ouvrage de M. E. Mathieu 
de Monter, 297). 

Vl'achtel et le Postillon de Lonjumeau, art. signé XX., 
316. 

La Périchole (opinion de la presse), 331, 340. 

L'Hymne de Riego, art- d'A. Pougin, 341. 

Note sur un poiut de l'histoire de l'Harmonie et de la 
Tonalité, art. de Fétis, 381. 

Catalogue des œuvres posthumes de Rossini (extr. du 
Mémorial diplomatique), 406. 



TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS. 



Abel (MUeL.j, 123, 286. 

Abraham (E.), 300. 

Achard (L.), 97, 144, 214, 215, 

222, 201 
Accursi (M. et Mme R.), 191, 237, 

253, 302, 320. 
Adam (A.), 41, 409. 
Adelburg Id'), 63, 213. 
Adenis (J.), 3. 
Agnesi, 21, 30, 35, 61, 84, S6, 

107, 124, 125, 215, 239, 247, 

203, 280; 313, 322, 339, 370, 

3T8, 389, 41('- 
Alary (G.), 117. 
Alboni (Mme), 370. 
Alplioûsine (Mlle), 147. 
Altbs, 374, 398. 
Ambioselli, 326. 
Ancoiia (d'), 370, 383. 
Andréeff, 63. 
Aniigny (Mlle B. d'), 347. 
Arbaa, 37, 95, 109, 143, 151, 159, 

191, 198, 255, 263, 302, 334, 

342. 
Archainbaud, 77, 93. 
Arditi, 175, 262, 358, 377, 391. 
Arnaud (Mlle), 42. 
Arrouge-Sury (M . et Mme L.), 175 

Arsandaux, 164, 315, 362. 

Artois de Bournonville (A d'),398. 

Artot (Mlle D,), 15, 23, 31, 47, 
63, 72, '103,111,143, 159, 166, 
174, 191, 239, 247, 255, 263, 
271, 279, 294, 317, 327, 357, 
365, 407, 414. 

Artus (A.), 318. 

Asantchewski (d'), 109. 

Auber, 39, 57, 62, 97, 116, 148, 
233, 237, 244, 405, 411. 

Aubéry, 234, 270, 357, 380. 

Audran (E.), 118. 

Audran fils (A.), 60, 78, 158. 

Auer, 311. 

Augier (E.), 36, 270. 

Aurële, 381. 

Auzende, 2:î3. 

Avenel(P.), 195. 

B 

B« (D.), B. 

Bach, 215. 

Bach (Les), 17. 

Bacqaié, 270. 

Baëtz (E.), 246. 

Bagier, 33, 54, 6Î, 198, 270, 286, 

378. 
Baille (G.), 320. 
Balakireff, 391. 
Baltard, 180. 
Baneux (G.), 30. 
Barbier (F.), 317, 333, 339. 
Barbier (J.) 81. 
B:irbot, 01. 
Barbot(Mme), 397. 
Barker, 180. 
Baraolt, 164, 178, 411. 
Barré, 5, 94, 174, 178, 254, 255, 

386. 
Banez, 390. 
Barrière (A.), 182. 
Barsctti, 111. 
Barth (H.), 47. 

Barthe-B:inderali (Mme), 53, 90. 
Baiiste (E.), 198, 207, 279, 334, 

388. 
Batia (A.), 255, 390. 
Battaille, 102, 182, 388. 
Battu (Mlle M.), 10, 29. 45, 92, 

100, 125, 150, 209, 222, 245, 

301, 350, 372, 389. 
Baudier (Mlle), 6. 
Baunay ((Mlle de), 109, 334, 342. 
Baur (J.j, 133, 301, 305,355,367. 
Bausewein, 211. 
Bayeux (M.), 28, 
Bazin (F.), 99, 246. 
Bazzini, 47, 135. 
Beaugrand (Mlle), 362, 378, 
Beaiiplan (A. de), 78. 
Beck.-r (J.) 31. 
Bédel (Mlle L.), 133. 
Bédora (Mlle), 126, 230. 
Boer (J.), 27. 
BOguin-Salomon (Mme), 29, 93, 

lui, 374. 
Bélia (Mlle), 97, 2)4, 230. 
Bell de La Porrmcraye (Mme R.), 

21, 54. 81'., 1.15, 134, 246, 262, 

327, 34^, 350, 306. 
Bellini, 220. 

Belval, 51, 83, 222, 302, 378. 
Bcnaben, i30. 



Benati (Mme), 357. 

Bénazet (E.i, 7, 390. 

Bencteux, 111. 

Bender (V.), 229, 

BiiiiiSdict (I,), 207. 

Bennett (W. S.), 39. 

Beiiou, 3111. 

Bcnza (Mlle), 167. 

Béquignolles (de), 7. 

Bir (E.), 203. 

Bergson (M.), 231. 

Bériot fila (C. de), 03, 

Berlioz (II,), 15, 20, 46, 63, 87, 

116, 118, 175, 183, 238, 267. 
Berlyn (A.), 30, 127, 167. 
Bernard [de l'Opéra-Comique], 

7, 286. 
Bernard (P.), 60, 109. 
Bernardi, 254. 

Bernardin, 36, 123, 325, 380. 
Berthélemy, 55. 
Berthelier, 22, 102, 116, 125, 150, 

183, 230, 240, 279, 314, 342, 

411. 
Berton (P.), 28. 
Bertrand (G.), 108. 
Berwald (F.), 151, 
Besekirski, 103, 280, 311, 375. 
Bessems (A), 93, 231, 343. 
Bessin-Pouilley (Mme), 02. 
Bettini (Mlle) , 247. 
Betz, 72, 211, 280, 293. 
Beumer, 398. 
Biancolini (Mlle), 391. 
Biron, 141. 
Bischoffbheim, 11. 
BIzet (G.), 3, 10, 174. 
Blanc (A.), 7), 263, 374. 
Blanc (C), 384. 
Blanchard (Mme), 295. 
Blanche (A.), 91, 99, 146. 
Blaquières (P.), 127. 
Blau (E ). 123. 
Blaze de Biiry (H.), 45, 238,270, 

273, 281, 364. 
Bléaii (Mlle), 110, 294. 
Bloch (Mlle), 85, 90. 93, 110,301, 

350, 370. 
Blondelet, 323. 
Blot-Dermilly (M. et Mme), 70, 

117. 
Blum, 357. 

Boccherini, 19, 65, 113, 129. 
Boccolini, 351. 
Bock (E.), 214. 
Bockhoitz - Falconi (Mme), 207, 

318. 
Bo quillon, 20. 
Boieldieu (A.), 182. 
Boissier-Duran (Mlle C), 95. 
Boito (A.), 96. 
Bonelli (Mlle), 395. 
Bonewitz (H.), 14, 45, 94, 125. 
Boniiehée, 3;0. 
Iloniiesseur, 90. 
Bonnet, 42, 164, 233, 411. 
lionnet (G,), 91, 340, 411. 
Bonola (G.), 247. 
Bord.'t (Mlle), 134. 
Borghèse (Mme J.), 47, 311. 
Borjihi-Maino (Mme), 23. 
Borri, 359. 
Boscowitz (F.), 109. 
Bosquin, 38, 346, 370. 
Bossclct, 319. 
Bouché (.\Ille L.), 117. 
Bouctard A.), 254. 
Boudias, 334. 
Boudié (Mlle), 45. 
Bouffar (Mlle Z.), 5, 147, 294. 
Boulangeot (Mme), 14. 
Boullard (M.), 31,5. 
Boiirgault-Ducoudray, 118, 358, 

414. 
Bourgeois, 233. 
Bourges (M,), 146, 147. 
Bovery (J.), 134, 239. 
Brandt (lllle), 152, 295. 
Brasseur, 147. 
Brendel, 390. 
Brière (H), 383. 
Brignoli, 327. 
Brisebarre (E.), 195. 
Brisson (F.) 292, 315, 407. 
Brunet-Lalleur (Mlle), 13, 97, 117, 

222. 
Brunetti, 73. 
Bruiietti (Mlle), 190, 207, 215, 

247. 
Brunswik, 409. 
Brzowski (J,), 239. 
r.ninw fn, (]<■•■. l'il. 
Bulterini, 247. 
ISuonomo, 15. 
Buot (V.), 202. 
Busch (Mlle de), 141. 



Rusnach (W.), 35, 153. 
Bussine, 390. 
Bussmeyer, 53. 



Cabanis, 30. 

Cabel (Mme M.), 58,70, 214,222, 

254, 309, 386. 
Cagnoni, 39. 
Caillot, 380, 405. 
Calderon (MmeD.), li'O, 359. 
Calislo (Mlle M.', 391. 
Caillas (Mlle N. de), 414. 
Callou (A.), 236. 
Capoul, 580, 70, 76, 109, 222,254, 

287, 309, 398. 
Capurro, 151. 
Cariicciolo (Mme L. ), 63, 239, 

Cariez (J.), 81. 
C.arman, 415. 
Carron, 27, 93, 108, 124, 150, 

389. 
Carré (M.), 81. 

Carreno (Mlle T.), 92, 223, 355. 
Carretier, 30Î. 
Carrier, 71, 134. 
Carrion, 87. 
Carrodus, 343. 
Carvallio,54, 61,78, 94,150,278, 

Casvallio (Mme M.) 13, 21,85,86, 
94, 100, 110, 134, 142, 159, 
215, 239, 255, 294, 378, 383. 

Casabon, 62. 

Casimir (Mme), 142. 

Castel, 14- 

Castelraary, 84, 142. 

Caters (Mme la baronne de), 389. 

Caussemille (Mlle 0.), 141. 

Caux (Le marquis de), 238, 246. 

Cav.iillé-CoU (A.), 85, 131, 134. 

Cave (A.), 30. 

Cazat (Mlle), 315, 362. 

Cazaux, 62, 332. 

Celentano (L.), 7. 

Cervantes, 93. 

Challiot, 351. 

Chantepie, 124. 

Cliarle (J.) !229. 

Charlts (a'.), 60, 101, 116, 151. 

Chariot, 201, 209. 

Charnacé (G. de), 231, 250. 

Chanon-Demeur (Mme), 173, 182. 

Chautagne (M.), 13, 357. 

Chauvet (A.), 111, 370. 

Chevé (Mme V E.), 215. 

Chopard-Chas^ant (Mme), 6. 

Choudens, 23, 229 

Christian, 323, 341. 

Ciampi, 21, 54, 61, 237, 271, 322, 
339, 411- 

Cicéri père, 279. 

Cico (Mlle), 0, 142, 154, 206, 262. 

Coedès, 191. 

Ccevoel (Mlle), 7. 

Cohen (J,), 10, 369, 374. 

Cohen (L.), 306. 

Colin {de l'Opéra), 84, 209, 254, 
362, 378. 

Colin (C), 02. 

Colini, 135. 

Colombier. 196. 

Colonne (E.), 77. 

Comettant (M. et Mme O.j, 14, 77, 
150, 158, 239, 294, 302. 

Comte (C), 94. 

Conneau (Mme), 100. 

Conradi (A.). 199. 

Consolo (F.), 125, 190. 

Constantin (C), 42, 91, 164, 174, 
315. 

Constanzia (Mme A.), 141, 

Conti (C), 255. 

Conti (Mlle), 240. 

Cordier (Mlle A.), 38,76, 94. 

Corelli, 18. 

Coruion (E.), 57. 

Corradi (Mlle E.), 190, 

Cortez (Mme), 61. 

Cossmann, 253. 

Costa (M.), 199,307, 234, 359. 

Costé (J.), 395, 414. 

Cotogni, 7. 

Cotta (J.), 118. 

Couder, 02. 

Couderc, 230, 3Ô6. 

Crémiciix, 274, 281. 

Ciémic.ux (H.), 5, 148. 

C.'Psci, 13, 55, 



:iG7 



Cros, 234. 

Cro»ti, 76, 93, 142, 190, 
Cruvelli (Mlle M,), 455. 
Cuvillon (de), 77, 125, 



Cuvreau, 21. 
Cyriali, 47. 
Czéké (A. de), 173. 
Czillag'(MmeR.), 15, 355, 51, 415. 



Dall'ArgiTie, 23, l.'J9, 375, 391. 
Dalli-Guadognini (Mme), 47. 
Damcke (M. et Mjnej, 74. 
Danioreau-Wekerlin (Mme C), 29, 

37. 
Dancla (C), 390, 398. 
Daniel (S.), 183. 
Daaiele(Mlle), 61, 151, 350. 
Daram (Mlle), 38, 346, 410. 
Darcier (Mlle), 158, 104. 
Dard, 141. 
Dassier (A.), 567. 
Daubray, 280, 324. 
Dauprat, (L. F.), 255. 
Dautresme (L.), 10, 64, 314. 
Dauverné, 270. 
David (rie l'Op.), 83, 150, 183, 

552, 378. 
David (Fél.), 209. 
David (Ferd.), 335. 
David (S.), 121. 
Duvid (MlleJ.), 335. 
Davidoff, 39, 
Davoust, 348. 

Debillemont, 13, 91, 1,50, 380. 
Debrigny-Varney (Mme), 6, 381. 
Decroix'(Mme), 42, 440, 362. 
Deffès (L.). 280, 314, 320, 4(1. 
Déjazet (Mlle V.), 294. 
Diiiazet (E.l, 53, 133, 383. 
Delaborde (E.), 110, 133. 
Delacour, 385, 
Delafontaine, 00. 
Delahaye (L.), 45, 83. 
Uelapone (E.), 118, 155, 173. 
Delavigne (A.), 41. 
Delavigne (G.) 359. 
Dt'ldevez, Idl. 
Deleurie (L.). 263. 
Delgado, 93. 
Delibes (L.), 214. ■a4. 
Della-Rosa (Mme), 93. 
Delle-Sedie, 29, 60, 90, 98, 157, 

173 321. 
Deloffre, 62, 383, 380. 
Delvil (M. et Mme), 311, 397. 
Demunck, 70, 117. 
Denay, (Mlle), 223. 
Deneux (J), 29, 57, 93, 167. 
Denis (A.), 143, 231. 
Dennery (A.), 57. 
Depoitier (M. et Mme), 30. 
ûerasse (Mlle), 37, 142. 
Oerval, 42, 91. 
Desaint, 37. 

Deschamps (Mlle), 282. 
DesgiangHs (E.), 253, 279, 406. 
Deshorties, 196. 
Désiié, 36, 122, 537. 
Desmet père et fils (V), 190, 318. 
Desnoytrs (L.), 407. 
Desplaces (H.), 23. 
Dessane (L. A.), 158. 
Destin (Mlle M,). 215, 263, 319, 
Devoyod, 230, 350, 413, 414. 
Devriës (Mlle F.), 107, 125, 345. 
Devriès (Mlle J.), 5, 94, 357. 
Diez (Mme), 211. 
Dœrfeldt, 63. 
Dolmetsch (Mlle C), 109. 
IJomei'gue, 302. 
Doppler, 127. 
Dor (Mlle H.), 311,357. 
Doré (Mlle P), 77. 
Dorn (H.), 111, 391. 
Dorus, 39*. 
Dory (Mme), 55, 
Douau (Mlle), 01. 
Douay (G,), 182. 
Doucet (C), 106, 370. 
Drigo, 254. 

Dubois, 111, 325, 374. 
Dubois (T.), 124, 125. 
Ducasse(Mlle), 4, 346. 
Ducci, 23. 
Duchesne, 134. 
Ducis(Mme L.), 39. 
Duhaupas, 271, 390. 
Dulaurens, 20, 310. 
Dumestre (M. et Mme), 20, 61. 
Duniecki (S,), 15. 
DuMkU-r (E), 55, 159, 287, 415. 
Dupiii, Si:!. 
Duplan, Ù7. 
Dii|Miiiclip|, 118. 
Uu|)oiit (J ), Ou, 305, 414. 
Diiprat, 71. 

Dn|iresboir, 101, 230, 151. 
Duprey, 267. 



Duprez (G.), 106, 165, 3S8, &05, 

411. 
Duprez (E.), 411. 
Dupuia, 148, 323, 331, 341. 
Dupuy (Mlle M.), 223, 239. 
Durand (A ), 85, 118, 134. 
Durand (E.), 41. 
Durand (Mlle), 117. 
Dustmann (Mme), 181. 
Duval (Mlle), 405. 
Duvernoy (A.), 116. 
Duveruoy (J.-B.), 350. 



Eberlé, 247. 
Eberwein (C), 103. 
Ebrard-Gravière (Mme), 21, 102. 
Ecarlat-Geismar (Mme), 21 . 
Eckert (C), 293, 367, 391. 
Edeisberg (Mlle P. d'), 15, 303. 
Ehmant, 37, 390. 
Ehnn (Mlle), 39, 110. 
Ehriich, 263, 399. 
Eigenscheiick, 294. 
EUers, 87. 
Elwart (A,), 53, 93, 151, 182, 239, 

254, 287, 382. 
Empis, 407. 
Enaux (Mlle), 334- 
Enequist (Mlle), 191. 
Engel (L.j, 119, 191, 334. 
Epaguy (V. d'), 367. 
Erl, 119. 

Ernesti (T. d'), 93, 398. 
Ernst (Mme), 263. 
Errera (U.) 190. 
Escudier-Kastner (Mme), 27, 230, 

287. 
Etcheverry (d'), 295. 
Etex, 389. 
Etienne, 61, 320. 
Ettling (E.) 204. 
Eugénie (S. M. l'Impératrice), 29, 

01, 148. 
Everardi, 31, 70. 



Fabre, 287. 

Fabre (Mlle A.), 116. 

Faccio (F.), 263. 

Faivret, 126, 230. 

Farrenc A.), 42. 

Farreric (Mme), 7, 42, 62. 

Fauquez, 412. 

Faure, 10, 13, 29, 09, 83, 85, 92, 

100, 110, 125, 142, 150, 157, 

254, 269, 325, 362,370, 378, 389. 
Favarger (R.), 281. 
Félix (R.), 174, 23tf. 
Féret. 61. 

Féri-Kletzer, 96, 103, 127. 
Ferni (Mme), 343. 
Ferrand (E.), iO. 
Ferrand (H,), 311. 
Ferraris (Mme A.), 23, 79, 359. 
Fcrrier, 14. 
Feruci (Mme), 357. 
Fétis père, 31, 103,129,156,106, 

299, 319, 327, 330, 334, 347, 

404, 413, 415. 
Fiocre (Mlle), 84, 378. 
Fioretti (Mlle), 84. 
Fiori (E.), 72. 
Firmaui (Mme), 247. 
Fi.-min (N.), 101. 
Fissot (H,), 29, 151 390, 414. 
Flachat (Mlle), 340, 362. 
Florimo (de), 287. 
Flotow (de), 14,127, 135, 303, 311, 

325, 339. 
Flynn (Mlle), 279. 
Fogliari (Mlle), 412. 
Fonta (Mlle L.), 206, 210. 
Fonti (Mlle), 357, 411. 
Fortuna (Mlle), 133. 
Fournier (E.), 28, 45, 364. 
Fournier(N.), 121. 
Franccschi, 116. 
Franchino (Mlle), 38, 397, 407. 
Friinchorame, 100. 
Franck (E.), 103. 
Franck-Marie, 134, 222. 
Fratjco-Mendès, 133. 
François (A.), 109. 
Fraschini 111, 117, 313, 321, 339, 
350, 384, 414- 
Frémeaux (Fam.), 77, 133, 141, 

151, 182, 191, 253. 
Fricri (Mme), 7. 
Friderici (Mme), 55, 135. 
Krigcila, 18i. 
Fumagalli (Mlle E.), 45, 109. 



TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS. 



Gabel, 5. 

Gagliaiio (>'me), 93. 

Oailhard, 37, 97, 2U, 254, 269. 

Galetti (Mlle), 23. 

Galilzin (Mlle M.), 100, 173, 254. 

Gallet (L.), 123. 

Galli-Marié (Mme), 86, 178, 301, 

356. 
Gamelin, 86. 
Gandonnet (A.), 143. 
Ganz (M.), 39. 
Garait (Mlle), 383, 389. 
Garciu, 12. 99, 108. 
Gardoni, 21, 76, 85, 100, 133. 
Garfounkel, 100. 
Gariboldi, 206. 
Gasperini (de), 11, 54, 135. 
Gastoldi (Mlle), 45. 
Gautliier (Mlle), 311. 
Gautier (E.), 150, 222, 270, 
Gautier (T.), 351. 
Gênée (R.), 295, 303, 311. 
Génibrel, 6. 
Geniien (Mme), 302. 
Geoffroy (Mme) 134, 373, 
Géraizer, 42, 164, 293. 
Géraldine (Mlle), 71 , 206, 262. 

326. 
Géraldi, 247. 
Gérard (E.), 174. 
Gernslieim (F.), 148, 263. 
Gevaort, 370, 381. 
Gialdini, 87. 
Gide (C), 62. 
Gigout, 198. 
GilPérez, 147. 
Gilbert, 357. 
Gilbert-David, 102. 
Gilbert (Mlle), 411. 
Gille (P.), 395. 
Ginet (P.), 5, 38Î. 
Giovanonni-Zucclii (Mme) , 47 , 

391. 
Girard (Mlle), 121, 178, 280. 
Giraudet, 319, 410. 
GiudÈle (Mlle), i63. 
Goby-Fontanel (Mme), 110. 
Goddard-Davison (Mme A.), 103. 
Godebski. 384. 
Godpfroid (F.), 173. 
Godefroid {Mlle A.), 77, 117, 

332. 
Godefroy (Mlle), 255. 
Godin (Mme), 109. 
Gœtze (C), 31. 
Goldberg (J.-P.), 159, 193, 356, 

390. 
Goldner (W.). 117. 
Goldschmidt (O.), 247. 
Gondinet, 28. 
Gonetti (Mlle), 237. 
Goud, 30. 

Gouflfé (A.), 93, 165, 414- 
Gounod (C), 10, 55, 157, 229, 

397. 
Gourdon, 6, 315, 381. 
Goury (Mmel, 230. 
Gouvy (T), 403, 414. 
Grandval (Mme la vie. de), 153, 

389. 
Granier, 134. 
Granzow (Mlle), 47, 63, 126, 142, 

166, 222. 
Graziani, 47, 365. 
Gréef (de), 55. 
Grenier, 148, 323, 341. 
Grignon (H.), 141, 214. 
Grisar (A.), 411. 
Grisez, 374. 
Grison, 111. 

Grisy, 84, 148, 373, 388. 
Grossi (Mlle), 21, 84, 86, 117, 

138, 263, 321, 339, 355, 370, 

378, 389. 
Gruneisen, 246. 
Grûtzmacher (F.), 391. 
Guédéonoff (del, 198. 
Gueymard (M. et Mme), 60, 83, 

16ô, 198, 209, 245, 271, 359. 
Guffroy, 415. 
Guibert (Mlle N.), 93. 
Guidon fr., 21, 77. 150. 
Guilbaut, 151. 

Guillot de Sainbris, 93, 141. 
Guillot (Mlle), 356. 
Gunz (le docteur), 159, 181. 
Guzman (M. et Mme F.), 60, 70, 

215. 

H 

Hainl (G.), 10, 53, 84, 86, 95, 

270, 294, 378. 388. 
Halanzier, 86, 100, 278, 294, 326. 
Halanzier (Mlle E.j, 39. 
Halévy (L.), 147, 148, 175, 215, 

Halle '(C.), 375. 

Hamackers (Mlle), 190, 373, 378. 



Hammer, 6, 93. 
Hammerick (A.), 358. 
Harriers-Wipperc (Mme), 303. 
Harris (Mlle L.), 6, 10, 29, 30, 

37, 61, 70, 71, 78, 116, 223, 

255, 263, 406. 
Harrisson (W.), 374. 
Hartog (E. de), 178. 
Hasselmans, 70. 
Hauck (Mlle M.), 262, 270, 310, 

351, 359, 387, 334, 389, 398, 

403. 
Haulard, 198. 
Dauptmann (M.), 15. 
H yet, 78, 173. 
Hebbé (Mlle), 31. 
Heilbron (Mlle A.), 93, 206, 286, 

386. 
Heinz (J.l. 367, 398. 
Heller (S.), 244, 273, 329, 337. 
Hnlmhollz, 108. 
Hemmerlé, 151, 311. 
Herbeck, 343. 
Herman (A.), 374, 414. 
Hérold, 102. 

Hervé (F.), 13, 277, 346. 
Heiz (H.l. 15. 
Herz neveu (P.), 172, 191, 239, 

262, 374, 3! 6. 
Hess (H.) 414. 
Hesselboin (Mlle), 238. 
Heyberger (J.), 15. 
Heymann, 397. 
HiRUard (A.), 86. 
Hill, 181. 

Hiller (F.), 181, 359, 391. 
Hisson (Mlle J.), 174, 183, 230, 

238. 
Hocbheimer, 271. 
Hochstetter, 198. 
Hol, 31t!. 

Holmes (A.), 31, 143, 318, 358. 
Holmts (Mlle), 77. 
Holzl, 211. 
Howiird-Paul (Mme) , 127, 143, 

107. 
Hubans (C), 38. 
Huerii, in:i. 
Huberti (Mlle], 38. 
Huberta. 341. 
Hup.t (Mlle V.), 398. 
Hugo (Mme V.l, 277. 
Hulsen (de), 72. 
Hurand, 27, 102, 118, 124. 
Hnstailie (Mlle A.), 38. 
Huttenbrenner (A.), 207. 
Hyacinthe, 147 

I 

Isturitz (Mme), 327. 

J 

J.icobi (G.), 47, 93, 99, 222, 314. 
Jacquard (L.), /4, 101, 150. 
Jacquin, 301. 
JaëU (M. et MmeA.), 22,38, 94, 

152, 183, 263, 342, 390, 415. 
.lafifé (M.), 119. 
Jancourt, 6. 
Janin (J.), 85. 
Jeltsch (C), 133. 
Joachim, 15, 63, 118, 119, 181. 

351. 
Joël (Mlle G.), 359. 
Joly (Mme de), 174- 
Jonas (E.), 6, 196, 370. 
Joncières (V.), 10. 
Jourdun, 61, 159, 295, 359, 391. 
Jouret (L.), 103. 
Jouvin (B.), 30, 157. 
Juvin, 414. 
Justamenî, 350, 389. 

K 

Kaler (Mlle de,, 39. 

Kapfelmann, 155. 

Karl (Mlle L.), 110. 

Karren, 198. 

Kastner (G.), 44, 115, 162, 246, 

250, 311, 3Ô5. 
Kastner (Mme Vve), 110, 115, 163 

363. 
Kellogg (Miss). 119, 127, 215, 

358. 
Kemp (R.), 279. 
Ketten (L.), 151, 397. 
Ketterer (E.), 116, 255, 301, 335, 

356. 
Kieffer, 301. 
Kipper, ,37. 
Kistner (J.l, 175. 
Kittl (J. F,), 255. 
Klein (A.), 406. 
Klein (J.), 167. 
Kliuworth (C), 287. 
Kœnnemann, 167. 
Kolesowski (S.), 287. 
Kopp, 148. 



Kowalski (H.), 37, 93, 358. 
Krauss (Mlle), 30, 35, 61, 71, 117, 

142, 355, 370, 378, 397, 410. 
Krempelsetzer, 415. 
Kretschmer (E.), 263. 
Kreutzer (L.),327, 347, 363. 
Kropp (Mlle), 303. 
Krùger (W.), 45, 60, 62, 93, 109, 

118, 127, 157, 158, 398. 



Labarre (Mlle), 42, 91. 

Labiche (E.), 385. 

Laborie (le Dr.), 23. 

Laboureau, 53. 

Labrunie (Mlle), 13. 

Lacaze (Mme), 380. 

Lachner (F.), 55, 63, 280. 

Lacombe (L.), 70, 280. 

Lacour (Mme), 263. 

Lafaye, 294. 

Lafon (Mme). 15. 

La Grange (Mme A. de), 55. 

La Grua (Mlle E. de), 23. 

Lalliet (T.), 166. 

La Madelaine (S. del, 171, 287. 

Lamarre (Mlle E.), 79. 

Lamoureux (C), 51. 

Lamoury (Fr.), 90, 95. 

Laniperti (le Dr. G.), 357. 

Lanjallais, 411. 

Langer (F.), 207. 

Langert, 63, 72. 

Langhaiis (M. et MmeW.), 109. 

Langlois, 151. 

Lapret (L.l, 85. 

La Rounat (C), 275, 283. 

Lasalle (\. del, 140, 164. 

Lassabathie, 110, 

Lasscn (E.), 311. 

Lasséuy (Mlle), 325. 

Lassere (J.l, 37, 03, 203, 390. 

Lassouche, 147. 

Latapie (Mme C.. de), 77, 94. 

Lataste (L.), 110. 

Laiih, 20. 

Laurent, 42, 164, 386. 

Laurent (Mme A.), 100. 

Laurentie, 363. 

Lauterbach, 39. 

Larergne (A. de), 55. 

Lavignac (A.), 37, 1J8. 

Lavini (Mlle), 93, 101. 

Lawrowski (Mlle), 167. 

Lebeau, 301. 

Lebel, 238. 

Lebouc (C), 29, 117, 366, 390. 

Lecocq (C), 35, 117, 122, 150, 

191, 222, 255, 246, 286, 302, 

311, 26, 327, 373, 383, 414. 
Lecomte, 246, 323. 
Le Conppey (F.), 183. 
Lédérac, (S2. 
Leduc (A.), 199. 
Lee (S.), 294. 
Lefébure-Wély, 53. 
Lofébure-Wélv 'Mlle M.), 238. 
Lefebvre (Mile V.), 30) . 
Lefort (J,), 135, 18J. 
Lefranc, 143, 415. 
Legouii ;I.), 380. 
Legrand, 405, 80. 
Lemercier de Neuville, 125. 
Lemmens, 166, 374. 
Lemoine (E.), 95. 
Lentz (Mllei, 36. 
Léonard (AI. et Mmel, 12, 19,37. 

60, 93, 109,131, 263, 271,374. 
Léonce, 36, 122, 286, JOl, 325, 

380, 395. 
Leprévost (A.l, 141. 
Leroy (de l'Op. Com.), 122, 154, 

414. 
Leroy {du Conserv.,', 406. 



Lespès (L.), 196. 
Lestrade (Mme), 166. 
Letellier, 332. 

Leuven (A. de), 183, 262, 409. 
Léveillé (A.), 395 
Léïêque (E.l, 390. 
Lévy (J.), 198r 
Lévy (Mlle C.), 101. 
Leybaque (Mlle H.l, 141. 
Lliérje, 178, 365, 390. 
Libert (Mme), 357. 
Liebé (L.), lis, 310. 
Liebé (MlleT.l, 117,141, 335. 
Ligner, 318. 

Lindheim, 148, 229, 324. 
Liszt (l'abbé F.), 326. 
Litolff (H.l, 15, 327. 
Lœbmaa (J.), 268. 
Lceffler (Mme), 223. 
Lomagne (J.), 271. 
Lopez, 190. 

Loiti délia Santa (Mme), 7,87,119. 
Lotto, 167. 

Lovato (Mlle), 36, 142, 286, 325. 
414. 



Lover (S.), 239. 

Lowenlbal, 133. 

Lubeck (H.), 22. 

Lucas (G.), 39, 390. 

Lucca (Mlle P.), 6, 23, 47, 63, 72, 
79, 95, 111. 152. 175. 198, 215, 
295, 303, 307, 391, 414, 415. 

Luce, 286, 334,- 395. 

Luigini (L.). 61, 267. 

Lust (C), 268. 

Lulz, 5, 70, 346, 405. 

M 

Mach (E.), 292. 

Mackonsie (Mme), 36, 279, 318, 

?35. 
Maësen (Mlles C. et L. de), 15, 23, 

143, 311, 335. 
Magnien (V.), 271. 
Miignus (D.), 60, 70, 93, 261, 301 
Maillart (A,), 86, 174, 177, 238, 

311. 
Mailly (A.), 166. 
Maistre (Mme la baronne de), 270. 
Mallard iMllej, 238. 
Mallinger (Mlle), 211, 293. 
Alangeant (S ), 86. 
Mangin, 301, 346, 357. 
Mangold (C), 39, 327. 
Manns, 327. 
MaplesoD, 14, 61, 78, 111, 231, 

302. 351, 367, 391. 
Marchand (Mme), 315, 381. 
Marchusi (Vl. et .Mme), 231. 
Marchisio sœurs (Mlles), 31. 
Marciis (Mlle), 142, 315. 
M:irgucrilat (R.), 31. 
Marie (F.l, 15. 
Marié (Mlle L), 21, 36, 123, 25'i, 

3.)5. 
Jlarimon (Mlle), 37, 94. 101, 295, 

327, 332, 359, 391, 407, 415. 
Marini iJ. M.), 33. 
Slario, 6, 47, 72, 79, 119, 175. 
Marion, 30. 
Mariquita (Mlle), 13. 
Mark (le D'), 31. 
Marlois (E.), 246. 
Marochetii, 99. 
Marque (A.) 398. 
Marquet, 35. 
Martin (E.), 110, 293. 
Martin (Mlle .1.), 125. 
Martin-Robinet (Mme), 70, 133. 
Martinet, 164, 174, 278, 357, 397, 

411. 
Marty (Mlle), 302. 
Martyns, 142. 
Marx (A.), 6, 374. 
Massa (le duc de), 102, 106, 118, 

143. 
Massart (M. et Mme), 74, 398. 
Alassé (V.), 10, 30. 
Alassenet, 10, 42. 
Masset (J.-J.), 415. 
Masson, 91. 

Massy, 5, 94, 302, 310. 
Massy (Mme), 72. 
Alaton, 107. 
Mauduit (JlUe), 27, 51, 70, 85, 

101, 116, 148, 150, 158, 350. 
S!aurel, 78. 
Maury, 151. 
Mayeur (L.), 93. 
Mayr (Aille L.), 23. 
Mayr-Olbricli (Mme), 271. 
Mazilier, 167. 
Mazurini, 102. 
Mazzoleni, 38, 166. 
Aleerens (C), 300. 
Meilbac (H.), 41, 147, 153, 322. 
Meillet (M. et MœeJ, 94, 254,310, 

346, 410. 
Aleinardi (F.), 157. 
Melchissédec, 59. 
Méliot (A.), 51.- 
Mellinet (le général), 91. 
Membrée, 384. 
Meudelssohn-Bartlioldy, 99, 261, 

390. 
Alengal, 262. 
Mérante, 210. 
Alercadante, 287. 
Mercier (J.), 87. 
Alercklin-Scbiitze, 294, 325. 
Alercuriali, 322. 
Méreaux (A.), 172, 173, 183, 207, 

262. 
Merly, 23, 87. 
Mévil (C.), 55. 

Mey (A.), 135, 223, 271, 310. 
Meyer (L. de), 142. 
Aleyer (Aille A.), 157, 406. 
Meyer (Mlle C), 77. 
Meyerbeer (G.), 45, 62,273, 281, 

309, 364. 
Meyerbeer (Mme), 273, 281. 
Mézeray (Mlle), 61. 
Michel (Cam.), 239. 
Jlichel (Alarc), 87. 



Alicheli (J.), 407. 

Alicliotte, 372. 

Milher, 347. 

Ali Met (V.), 190. 

Mmetti, 23, 311, 335. 

Mineur (Mlle M.), 55, 

Alinier, 29 'i. 

Minkus, 96. 

Hiretzky (de), 234. 

Alocker, 309. 

Alohr, 42. 

Aloisset (Mlle G.), 309 

Monbelli (Mme), 6, 70, 93, 293, 

391. 
Monsstier (J.), 174, 343. 
Mongin (Mlle M.), 62, 116. 
Alongini. 10, 167, 175, 317, 351. 
Aloniot (E.), 350. 
Monjauze, 14, 254, 203, 346. 
Monnais (E.), 08, 75, 84, 85, 162, 

165, 250, 252, 253. 
Alonplaisir, 23, 79. 
Alonpou (Aime Vve), 135. 
Aloniaubry, 71, 174, 206, 214, 350, 

396. 
Alontauriol, 55. 

Montant-Lambert (Aime), 134. 
Montellio (Aime). 159. 
Alonler (M. de), 38. 
Montigny (Mme), 85. 
Moreau lE.l, 176. 
Morel (A.), 125. 
Morel (Mlle Y.), 173, 254. 
Morelly (L.), 287. 
Alorére, 373. 
Moriani, 335. 
Morini, 90. 
-Alortier de Fontaine, 129, 141, 

155, 201. 
Mouravieff (Mlle), 359. 
Alouren, 90. 
Mousskon'(P.), 71. 
Aloya (Aille), 6, 36. 
Alubldorfer, 31. 
Alunclieimer, 152. 
Murer (Aille L.), 109, 150. 
Murska (Mlle J. de), 55, 159 

367, 384. 
Muzio, 334. 

N 

Nachbaner, 211, 293, 327. 

Napoléon III (S. M. l'Empereur), 
61, 148, 319. 

Napoléon (S. A. le Prince Impé- 
rial), 148. 

Nathan, 122, 142. 

Nau (Aille), 61, 310. 

Naudin, 103, 237, 263, 271, 319 
415. 

Naum (AI.), 223, 302. 

Nègre, 63. 

Néruda (Mlle M.), 98. 

Nibelle (A.), 313. 

Nicodami (Aime), 250. 

Kicolaï (0.), 33, 46, 319. 

Nicolai (le baron), 326. 

Nicolini, 35, 38, 86, 106, 117, 
1.58, 331, 370, 378. 

NicoUe, 301. 

Nicot (C.), 234,389. 

Niemann, 7, 87, 95, 111. 

Nilsson (Mlle), 76, 83, 90, 92, 
100, lOl, 107, 125, 142, 152, 
155, 159, 167, 175, 191, 215, 
239, 254, 269, 294, 302, 325, 
370, 383, 388, 415. 

Nissen-Saloman (AI. et Mme), 159, 
311. 

Noetinger, 115. 

Nohl (L.), 62. 

Nondin (Mlle M.), 358. 

Norblin, 335. 

Noriac (J.), 94, 270, 313. 411. 

Norman-Néruda (Mme), 59, 69, 
76, 77. 90, 68, 100, 108, 109, 
116. 167, 230. 

Noronha, 111. 

Nuiter ^C.), 305. 



Obin, 150, 183, 209, 245, 370, 

389. 
Obiols (L.), 7. 
Odezenne. 47. 
OEschner, 182. 
Offenbach (J.), 5,46,61,91,147, 

148, 239, 254, 311, 313, 322, 

320, 331, 337, 340, 350, 357, 

365, 402, 414. 
Offermans Van-Hove (Mme), 319. 
OUvier (Mlle), 62. 
Orgéni (Mlle A.), 63, 135, 199. 

3ll, 343, 407, 415. 
Osmont (le comte d'), 116, 290. 
Otto (Mllei, 223. 
Oudshorn, 263. 



TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS. 



Pacini (E ), 27, 55. 

Pacius, 155. 

Paisiello, 103. 

PiiliTmi, aai, :i39, 355, 378, 410. 

Palianti flls, 300. 

Palmei- (C.A.), 356. 

Palmer (T.), I^l. 

Pancani, 175, 313, /il5. 

Panofka (H.), 262, 311, 334. 

Papini, 23. 

Pardon (F.), 268. 

Pasdeloup, 11, 22, 37. 47, 99, 143, 
145, 187, 244, 245, 254, 20i, 
278, 279, 280, 293, 301, 340, 
345, 350, 379, 389, 397. 

Putt', marquise deCaux (Mme A.), 
JO, 13. 21, 29, 30, 38, 46, ."j4, 
61, 71, 76, 78, 86, 101, 106, 
110, 117, 134, l'l2, 152, 157, 
■159, 107, l'Jl, 199, 2^3, iSl, 
238, 2.i9, 245, 246, 247, 251, 
271, 280, 295, 310, 313, 321, 
331, 339, 357, 365, 370, 373. 
389, 397, 398, 405, 414. 

Patti (Mlle C), 10, 173, 230, 3G6. 

Pauer, 327. 

Paul (V.), 29, 60. 

Paulus, 68, 318. 

Paurelle (Mlle), 147. 

Pélardy, 301. 

Pellini sœurs (Mlles), 14, 93. 

Pénavaire, 199 133. 

Penco (Mme), 23. 

Pêne (H. de), 358, 406. 

Perafailo, 117. 

Pereira (Mlle A.), 327. 

Perelli (G.), 77. 

l'érez(Mlle M.), 255. 

Périer (Mlle), 357. 

Péronnet, 279. 

Perrin (E.), 84, 209, 269 319 
389, 

Persini (Mlle), 362, 411. 

Peschard, 61, 180, 397. 

Pesclika-Leuluer (Mme), 39, 327, 
335. 

Pessard, 10 

Petipa (M.) 357. 

Petit, 63, 92. 

Peudefer (Mme), 45. 

Pfeiffer (G.), 11, 37, 45, 93. 

Pfeiffer (Mme C), 37, 77, 125. 

Piatti, 302. 

Piazuii, 79. 

Piazza, 327. 

Pichoz (E.), 30. 

Pickaért, 102, 388. 

Pierson-Bodin (Mme), 6, 45, 70, 
109 398. 

Pillet (L.), 102. 

Pisano, 135. 

Placet, 62, 262, 386. 

Plantade (C), 196. 

Pleyel (Mme), 398. 

Poëncet (H.), 99, 246. 

Poinsoi (Mlle), 373, 390. 

Poise (F.), 385. 

Poisson, 390. 

Poil da Silva, 71. 

Ponchard (C), 142, 178. 

Poncliard (Mlle J.), 55. 

Ponialowski (Le prince J.j, 102, 
137,338. 

Pons, 310. 

Pontoglio, 303, 335. 

Potel, 6, 154. 

Potier (C), 37. 

Potier (Mlle D. de), 77. 

Pougin (A.), 71, 127, 158, 320, 
280, 258, 371, 398. 

Poiiilley, 62. 

Prémaray (J. de), 191. 

Prilleux, 59, 97, 222, 230, 386. 

Priohi (Mlle), 380. 

Prumier (A.), 31. 

Puget, 117. 

Pugoi, 357. 

Pujol (J.-P.), 246. 



Quercy (de), 134. 



U 



Radau (R.), 19. 

Radccke (Mlle), 319. 

Radoux, 30. 

Rair (J.), 37. 

Raoult, 166. 

Raymondu (Mlle), 397. 

Raynal, 120. 

Reboux (Mlle), 351. 

R(ignier (Mlle P.), 93. 

Reicliardt, 61. 

Reinecke (C), 111, 183. 

Reiuecke (Mme), 287. 

Reis (Mlle A.), 350. 

Remack (E), 398. 

Rémusat, 358. 

Renard (E. 1,390. 

Rendauo (A.), 70, 85, 109, 133. 

Réty (E.), 158, 162. 

Révial, 306, 374. 

Révilly (Mme), 97, 342, 346. 

Rey-Balla (Mme), 111, 215. 

Reycr, 44. 

Rheiuberger (J.), 350. 

Ricci (F.), 72,110, 280, 301,325, 

342, 405. 
Ricci (Mlle L.), 317, 321. 
Richald, 327. 
Richter (E.-F.l, 207. 
Riedel, 157, 374. 
Ries [¥.), 22, 70. 223, 234. 
Rigby (V.), 327. 
Rillé (L. de), 157, 267, 324. 
Rionnelle (Mlle N. de), g, 134. 

Iii7, 414. 
Ritter (Mlle W.), 318, 343. 
Rives (Mlle), 89,. 90, 99, 100. 
Roche, 141. 

Rœdern (Le comte de), 111, 
Roger, 7, 23, 71, 223, 276, 374. 
Roger (Mlle P.), 141. 
Rolland (Mlle), 306. 
Romani (C), 367. 
Rondeau, 190, 246. 
Ronzoni, 398. 
Roqueplan (N.), 188. 
Roqnes (L.), 94, 125, 261, 254, 

278, 377, 397. 
Rose, 6, 37. 
Rosello (Mlle), 30, 84. 
Rosenhain (J.), 22, 90, 93, 101. 
Rossi (L.), 375, 382. 
Rossi-Galicno (Mme), 150. 
Rossini, 53, 61, 71, 84, 143, 174, 

223, 269, 351, 359, 361, 369, 

378, 382, 389, 399, 400. 
Rossini (Mme), 372, 382, 406. 
Rota, 391. 

Roubaud (Mlle AL), 29. 
Roubin (A. de), 294. 
Roudil, 21. 
Roulle (Mlle), 93. 
Roussel, 29, 60, 238. 
Rouxel (Mme), 93. 
Royer (A.), 398. 
Roze (Mlle M.), 59, 76, 109, 182, 

214, 230, 263. 
Rubinstein (A. et N.), 15," 45, 72, 

77, 86, 87, 89, 100, 108, lld, 

125, 141, 149, 157, 214, 359, 

375, 414. 
Ruelle (J.), 262, 301. 
Ryan(D.-H.), 398. 



SaSnger, 109. 
Saffray (Mme de), 45, 101. 
Saiii-d'Arod, 223, 268, 
Sainte-Beuve. 158. 
Sainte-Foy, 59, 93, 262, 386. 
Saint-Geoiges (de), 3, 69, 162, 337, 

371, 382. 
Saint Léon, 95. 
Saint-Saëns (C), 14, 29, 95, 109, 

157, 263, 270, 343, 367, 406. 
Saint-Urbain (Mlle), 389. 
Saint-Victor (P. de), 23. 
Sallard (Mme F.), 20, 39, 222, 

391. 
Salom.in (S.), 47. 
Salomé, 369. 



Salvioni (Mlle), 10, 05, 270, 391. 

Samuel, 367. 

San-Miguel (E.), 341. 

Sannen, 325. 

Sunnier (Mlle M.), 111. 

Sarasate, 100, 182. 

Sarolta (Mlle), 399. 

Sartiges (de), 62. 

Sass (Mme M.), 0, 29,37, 46, 47, 

86, 92, 94, 100, 110, 150, 183, 

222, 304, 325, 333, 362, 373, 

378. 
Sauret frtres, 93. 
Sauvage (T), 196, 206, 397, 411. 
Sauzai, 100. 
Sax (A.), 93. 
Scalclii (Mlle), 94, 
Scaleso, 37, 84, 138. 
Schebor, 343. 
Schepers (Mlle), 295. 
Schiever, 351. 
Scbimon, 236. 
Schlosser, 211. 
Schlotmann, 374. 
Schmitt (A), 135,198. 
Schnaabelt (H.), 119. 
Schneider (Mlle), 21, 30, 78, 110, 

126, 166, 206, 323, 331, 337. 

341, 413. 
Schnyder de Wurtens(5e.(X.), 287, 

391. 
Schott, 268. 
Sohrœder(Mlle), 27, 239, 287, 363, 

390, 414. 
Schrœder (Mme S.), 87. 
Schrœtter (Mlle), 175. 
Schubert (F.l, 41. 
Schumann (Mme C), 20, 63, 119. 
Schwab (F.), 124, 231. 
Scoffino, 71. 
Scudéri, :i3. 
Si'cond (A.l, 78, 235. 
Sécrétain (MlhvM.), 37, 93, 801. 
Segri-Segara, 15. 
Séligmann (P.), 6, 37, 00, 70, 87, 

125, 280, 334. 
Selva, 335. 
Semet (T.), 269. 
StTgeat (A.), 85, 110, 222. 
Séroff, 414. 
Serrier (P.), 183. 
Servais (J.), 6, 384. 
Sessi (Mlle), 159, 384. 
Séveste (Mlle), 121. 
Sézanne (Mlle), 342. 
Slierrington (Mme L.), 237, 375. 
Sichel (Mlle), 381. 
Sighicelli, 37, 173. 
Simon (F.-J. ), 374. 
Simonet (Mme M.), 101. 
Simoni (Mlle), 34, 302. 
Simrock (N.), 415. 
Sims-Reeves, 391. 
Singelée (Mme), 134. 
Sinico (Mlle), 31. 
Sivori (C), 37, 46, 85, 157, 175, 

199, 246, 311, 318, 375, 390, 

391. 
Smetana, 175. 
Smidt (Mlle M.), 412. 
Smitz-Èrambert (Mme), 399. 
Solera (T ), 105. 
Selon, 234. 
Solvi, 30. 

Sonieri (MlleR.), 351. 
Sontheim. 31, U3, 159, 223, 239, 

325. 
Soto, 315, 340, 411, 
Souviran, 156, 
Spay, 294. 

Stagno, 63, 111, 327, 357. 
Stanni (Mlle), 133. 
Slanio, 317. 
Staps(Mlle A.), 70. 
Steenmann, 388. 
Steger 391 . 
Stehle (Mlle), 327. 
Steinhart (W.), 79. 
Stella (Mlle G.), 327, 335, 415. 
Steller, 35, 61, 71, 76, 84, 101, 

106,279, 331, 355, 399. 
Stennebruggen, 70. 
Sternberg (H.), 119. 
Sternberg (Mlle), 7, 327. 



Stigoll, 7, 223. 

Stockhauscn (J.), 47. 

Siœger (E.), 93, 98, 116, 125, 

280, 356. 
Stollz, (Mme. R.), 318. 
Strakoscli (Maur.), 206, 251, 270, 

286, 374. 
StrakobCh (Max), 300, 415. 
Straus (L.l, 319. 
Strauss (J.). 38. 
Stubel (Mlle), 247. 
Sunimers (S.), 268. 
Suppù, 3'). 
Swert (J. de), 135. 
Sylva, 30, 
Sytter, 122. 
Szarvady, 244. 

T 

TafTanel, 414. 

Taffanel (Mlle), 30. 

ïagliafico, 237. 

Taglioni (P.), 23. 

Taglioni 'S.), 335. 

Taisy (Mme de) 110, 294. 

ïamberlick, 103, 335, 351, 359, 

410. 
Tamburiul, 370. 
Tapie-Brune, 30. 
Tarbé (E.), 30. 

Tarbé des Sablons (Mme), 71, 
Tardieu de Malleville (Mme), 14. 
Taroni (Mme), 366. 
Taubert, 117, 311, 391. 
Tausig, 391. 

Tautiu (Mlle L.), 148, 238. 
Tavernier (Mlle N,), 60. 
Tayau (Mlle), 00, 77. 
Taylor (le baron), 69, 158, 162, 

173, 198,415. 
Teste, 151. 

Testot de Beauregard, 334. 
Teysson, 53. 

Thér&a (Mlle), 13, 322, 286, 373. 
Thibaut, 6, 39, 287. 
Thierret (Mme), 314, 
Thierry, 30. 
Thiron, 148. 
Thomas (A.), 22, 47, 81,102,155, 

183, 244, 250, 254, 370, 374, 

388. 
Thouret (Mlle), 301. 
Thuot (Mme), 367. 
Tiberini (M. et Mme), 84, 101, 

117. 138. 
Titjens ( Mlle) , 143, 255, 279, 

335, 367. 
Tilmant, 317. 
Tombesi, 151, 159. 
Tornquist (Mlle O.), 23, 72. 
Torriani (Mlle 0.], 215, 263. 
Testée (Mlle), 199. 
Toudouze (Mlle), 326. 
Tourguénief (L), 199, 
Tournade, 134. 
Trébelli (Mme), 47. 
Tréfeu, 5. 

Trél;it(Mme M.), 225, 
Trombetia, 29. 
Troy, 38, 94. 
Tuai (Mlle), 86. 

U 

Ogalde (Mme), 102, 110,198,206, 
214, 222, 236, 246, 270, 279, 
405, 413. 

Ulbach (L.), 253. 

Ulmann, 367. 

Urban (Mlle), 138, 339, 411. 

Usiglio, 173. 



Vaillant (S. Exe. le maréchal), 14, 

Valdès (R.), 85. 

Valiquet (H.), 182. 

Van den Heuvel-Duprez (Mme), 

21, 146, 
Van der Beck (Mlle), 101. 
Van der Gucht, 237. 
Van Eyken (J. A.), 335. 
Van Ghell (Mlle) 324,380, 395. 



Van Ghelnwe, 319. 

Van Lier (Mlle R.j, 70. 

Vannier, 301. 

Vanzini (Mlle), 127. 

Varney (A.), 54, 158, 174. 

Vast (E.j, 301. 

Vauquehn, 86. 

Verdcllet, 340, 410. 

Verdi, 87, 105, 280, 382. 

Verger, 38, Cl, 80, 133, 159, 26S, 

271, 313, 339, 410. 
Verhulst, 319. 
Verreyt (J.), 62. 
Vervoitte (C), 102, 151, 157,173, 

198, 318, 319, 372, 398, 406. 
Viardot (Mme P.), 175, 183, 199, 

Î71, 293, 374, 384. 
Victor, 80, 314. 
Viennet, 231, 

Vieuxtemps, 37, 00, 70, 87, 207. 
Vieyra (A.), 215. 
Vilbac (R. de), 279, 295, 325, 

334. 
Villa, 37. 
Villani, 21.5, 319. 
Villaret, 92, 94, 124, 150, 183, 

222, 389, 413. 
Vitali (Mlle), 37, 63, 72, 118, 303. 
Vivier, 76, 100, 130, 
Vizcntini (A.), 13, 262, 286, 333. 
Voggenhuber (Mme de), 79. 
Vogt (Mlle A.), 141. 
Vois, (E.), 412. 
Vois (MllR A.), 42, 91. 
Volpini (Mme) , 23, 47, 63, 72, 

373, 399. 
Vroye (de), 15, 247, 415. 

W 

Wachtel, 55, 316, 407. 

Wagner (R.), 25, 37, 183. 205, 

210, 293, 340, 397. 
Waldteufel, 407. 
Walewski (le comte) , 54, 246, 

319. 
Walter, 55. 

Warnots, 166, 295, 398. 
Warot, 14, 27, 37, 45, 150, 327, 

332, 390, 397, 407, 415. 
W<artel, 5, 410. 
VVeber (C. M. de), 1, 138, 161, 

179, 193, 217, 242, 257, 284, 

306, 353, 387, 393, 401. 
Wehii (J.), 95. 
Wekerlin, 53. 
Wertheimber (Mlle), 22,116, 236. 

253 
Wesley (le Dr.), 95. 
Whist (Mme), 101. 
White, 117, 141. 
Widor (C.),175. Il, Si, 
Wieniawski (H. et J.), 15, 335. 
Wieprecht, 63, 118, 311, 327. 
Wilden (Mlle), 116. 
Wilder(V.),41, 164. 
Wilhelmy, 23, 63. 
Wilhelm-Massé (Mme), 102. 
Winzweiler, 214. 
Wittmann (H.), 414- 
Wolff (Ë.), 37, 60, 70, 86, 87, 

131, 150, 167. 
Wolowski (B.), 7. 
Worms (Mlle), 147. 
Wugk (Mlle), 412. 
Wuille, 94, 167. 
Wurtemberg (le duc E de), 359. 



Zabalza (A.), 62. 

Zapater (Mlle R.), 390. 

Zaytz, 39. 

ZEllner (L. A.), 215. 

Zenger (M.), 175, 263. 

Ziua-Mérante (Mme), 13, 133. 



TABLE ALPHABETIQUE DES REDACTEURS. 



TABLE ALPHABÉTIQUE DES BÉDACTEUBS. 



Bannelier (Charles), 51, Ss», 130, IftS, 210, 233, 292, 

Sao, i03. 
Bernard (Paul), 57, 81, 121, 153, 177, 209, 253, 379, 

385, 409, 412. 
Bourges (Maurice), 51, 154. 
Brlsson (Frédéric), 301. 
Chavornay (Louis de), 36. 
Cristal (Maurice), 17, 65, 73, 113, 129. 
Elwart (A.), 157, 229. 
Fétispère, 42, 75, 325, 381. 
Fétis (Edouard), 25. 

Gouzien (Armand), 3, 42, 59, 99, 106, 345. 
Gray (Maurice), 33, 84, 97, 105, 137, 314. 
Gruneisen (C.-L.), 237. 
Kreutzer (Léon), 74. 



Monter (Em. Mathieu de), 9, 90, 98, 99, 123, 140, 145, 

146, 164, 180, 185, 220, 235, 250, 267, 289, 297, 329, 

337, 369. 
Noukomm (Edmond), 138, IGl, 179, 193, 217, 242, 284, 

306, 363, 387, 393, 401. 
Pongin (Arthur), 19, 68, 108, 156, 171, 181, 196, 203, 228, 

243, 259, 265, 290, 299, 341, 3(|7, 363. 
Rauze (Elias de), 313, 321, 330, 338, 355, 361, 377, 410. 
Keyer (Ernest), 44. 
Saint-Yves (D.-A.-D.), 12, 2b, 36, 52, 75, 91, 114, 132, 

149, 172, 189, 213, 237, 245, 2G8, 277, 292, 308, 322, 

339, 348, 372,396. 
Sauvage (Thomas), 20, 49,66, 169, 195, 201, 211, 219, 

226, 258. 
Smith (Paul), 1. 



Thurner (A.), 305, 315. 

Article signé A. E., 148. 

Article signé C. B., 99. 

Arlicle signé C. D. G., 300. 

Articles signés D., 5, 35, 41, 91, 122, 147, 148, 163, 178, 

324, 346, 36-2, 380, 395, 411. 
Article signé E. F., 19. 
Articles signés E. R., 313, 378. 
Article signé F., 332. 
Article signé M. G., 315. 
Articles signés M. M., 388, 411. 
Article signé M. S., 230. 
Article signé P. S., 12. 
Article signé S., 293. 
Articles signés S. D., 27, 236, 252. 
Article signé X. X., 316. 



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Répertoire de musique classique de 
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nouvelle de Th. Palmer. 

Avec le w 13 : L'Elude en fa mineur, de Mendelssohn. 



Avec le n" 17 : Ida, rêverie pour le piano, par Mor- 
tier de Fontaine. 

Avec le n° 21 : Clicquol-polka , d'après Fleur de Thé, 
de C. Lecocq, par L. Roques, 

Avec le n» 25 : Le Message, mélodie caractéristique, de 
J.-P. Goldberg. 

Avec le n° 29 : Gavotte pour piano, par Ch. Lecocq. 



Avec le n° 35 : Sonnet, prélude pour le piano, par Sté- 
phen Heller. 

Avec le n" 39 : Le chœur des Evéques, de l'Africaine, 
transcription pour le piano, par J. 
Baur. 

Avec le n° 43 : La Lettre de la Périchole, dans le nou- 
vel opéra d'Offenbach. 

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4. Op. 44. 

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Op. 73. — 
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Bavarda (les) : Chantons l'Espagne Brindisi. 

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par Paul Smith. — Théâtre Lyrique impérial: la Jolie Fille de Perlh, 
opéra en quatre actes et cinq tableaux, paroles de MM. de Saint -Georges et 
Jules Adenis, musique de Georges Bizet, par Armand douzien. — Théâtre 
des Menus-Plaisirs : Geneviève de Brabant, opéra-bouffe en trois actes et dix 
tableaux, de MM. Hector Crémieux et Tréfeu, musique de J. Offeobach. — 
Nouvelles des théâtres lyriques. — Nouvelles diverses. — Annonces. 



ÉTUDES SUR GHÂRLES-fflÂRIE DE WEBER. 

D'après la blograpble écrite par son flls. 



SECONDE PARTIE. 



VIII (1). 



Malgré ce retour à d'anciennes habitudes de gaieté, de folie, 
Weber n'en persistait pas moins dans sa résolution de quitter 
Prague. Le bruit en vint jusqu'au bon Liebich, et le frappa au 
cœur. Les larmes dans les yeux, il demanda à Weber si c'était 
vrai, et, sur la réponse affirmative du jeune chef d'orchestre, il le 
supplia de ne pas l'abandonner, avec une éloquence si touchante, 
qu'il lui devint bien difficile de se montrer inflexible. Il y a même 
des raisons de croire que Weber se serait laissé vaincre (au moins 
pour une année encore) par les supplications de son vieil ami, si 
une circonstance n'était venue le confirmer plus que jamais dans 
son dessein . Un changement s'était opéré dans la présidence du 
théâtre ; un mémoire avait été remis à Liebich par le nouveau 
président, et Weber ne put y voir, sans surprise ni douleur, que, 
tout en reconnaissant ses services, on y désapprouvait complète- 
ment sa manière de conduire l'Opéra depuis l'année 1812. Dès 
lors le parti qu'il avait pris de renoncer à son poste fut irrévo- 
cable. A son tour il adressa à Liebich un mémoire, qui devait 
être lu par des personnes plus haut placées que lui: il y donnait 
le détail de tout ce qu'il avait fait dans l'intérêt du théâtre, au péril 
de sa santé, de sa vie; il y défendait son honneur d'un ton simple 
et modeste, mais comme un galant homme profondément blessé : 

■ (1) Voir les n" 7, 17, 19, 24, 32, 44 et 47' de l'année 1867. 



UEVUE ET GAZETTE MUSICALE 



« Mes détracteurs, y disait-il, m'ont pris sans doute pour un second 
» Prométhée musical; ils ont cru que je tirerais des chanteurs du 
» limon de la terre ! » Immédiatement après ce mémoire, Weber 
envoya sa démission, et cependant ne continua pas de remplir avec 
moins de zèle et d'activité des fonctions auxquelles il avait sacrifié trois 
des meilleures années de sa vie. Les opéras se succédaient l'un à 
l'autre, et, dans le nombre, il fit jouer cette Athalie, de son ami 
PoissI, dont les beautés l'avaient vivement frappé, et qu'il eut le 
plaisir de voir approuvée par un public qu'il avait l'habitude 
d'appeler le froid public. Il semblait que son zèle augmentât, de- 
puis qu'il n'avait plus l'espoir d'en recueillir la récompense. 

Au printemps de 1816, il fit relier avec élégance et richesse plu- 
sieurs copies de sa cantate. Lutte et Victoire, pour les offrir à l'em- 
pereur d'Autriche, au roi de Prusse, au prince régent d'Angleterre, 
au roi de Hollande, de Saxe, Bavière et Danemark et à quelques autres 
princes souverains. En l'envoyant au roi de Prusse, il lui demanda 
l'autorisation de faire exécuter sa composition nouvelle ii l'Opéra 
de Berlin, le 18 juin, pour l'anniversaire de Waterloo, au bénéfice 
des soldats invalides. L'autorisation fut accordée, mais le comte 
Briihl, chargé de la transmettre, l'était en même temps d'informer 
Weber qu'il ne fallait plus penser à la position qu'il se flattait 
toujours d'obtenir à Berlin. C'était Bernard Romberg qui allait 
remplir la place vacante de directeur musical, et la cantate môme 
était une des raisons qui éloignaient Weber du service de la 
Prusse. Les conseillers qui entouraient le roi et le roi lui-même 
n'étaient nullement tentés de s'attacher aucun de ceux qui avaient 
quelque part à réclamer dans la grande œuvre de l'aiîranchissement 
national. 

Le S juin, Weber se remit en route pour Berlin, accompagné 
du jeune pianiste Freytag, qui devait l'aider pour les répétitions 
de sa cantate et qui était, après Jules Benedict, le meilleur de ses 
élèves. A son passage à Dresde, il trouva une lettre du comte 
Witzthun, grand écuyer du roi de Saxe, qui le priait de venir le 
trouver à Pillnitz : il avait une communication à lui faire, une très- 
belle tabatière en or à lui remettre, au nom du roi, en remercî- 
ment de sa cantate. Il était alors bien loin de penser que cette 
courte entrevue dût exercer sur sa destinée une si grande in- 
fluence. 

Il arriva le 9 juin à Bei'lin, où il retrouva l'affection de la 
famille de son ami Meyerbeer, qui habitait alors une splendide 
villa dans le Thiergarten, et qui était toujours prête à offrir 
l'hospitalité à son bien-aimé Charles. Un soir, chez Gubitz, il re\it 
ce personnage étrange, qu'il se souvenait d'avoir aperçu en 1811, 
à Bamberg, à la lueur des éclairs ; c'était Hoffmann, l'auteur des 
Contes fantastiques, qui venait d'écrire un ouvrage nouveau, 
l'EHxir du Diable. Il le lui donna à lire, et qui réveilla en lui 
l'envie de travailler à ses Voyages d'artiste. Quoique Weber ne dût 
pas compter sur une position fixe à Berlin, il y était fort bien 
traité à tout autre égard : un de ses plus grands désirs était d'ob- 
tenir pour Caroline Brandt un engagement extraordinaire, à titre 
d'Etoile, et le comte Brûhl, pour lui faire plaisir, se hâta d'ar- 
ranger l'affaire. Mlle Brandt fut engagée pour jouer dans six rôles 
différents, à raison d'un louis d'or par représentation, et c'était 
pour l'époque un prix très-élevé : « Vous serez contente de votre 
> commissionnaire, lui écrivait-il, et vous lui devrez un bon nom- 
» bre de baisers extra pour son retour. » Weber était flatté de 
voir sa réputation et son crédit grandir : « Tout va bien ici pour 
» moi, écrivait-il encore ; les habitants de Prague finiront-ils par 
» ouvrir les yeux, et verront-ils comment on honore un artiste? » 

Les puissances théâtrales avaient cessé d'être hostiles à Weber : 
protégé par Brûlil, il vit tous les obstacles s'abaisser devant lui. 
Les répétitions de sa cantate commencèrent sans aucun empêche- 
ment. La première donna une si haute idée de l'ouvrage entier à 



tout l'orchestre, que chacun, de son côté, s'en alla colporter son 
admiration et emboucher la trompette; à la seconde, on eut de la 
peine à empêcher la foule des musiciens d'envahir la salle. La 
dernière fut un véritable triomphe. L'orchestre et les chanteurs y 
allaient d'enthousiasme ; à chaque pause, les musiciens et les 
hommes influents se pressaient sur le théâtre, entouraient le mu- 
sicien en témoignage d'admiration et de joie. Bernhard-Anselme 
Weber, fidèle à sa vieille haine, voulut en vain détruire d'avance 
l'effet du petit élève, en faisant exécuter quelques jours auparavant 
la Bataille de Viltoria, de Beethoven : l'intention réussit mal, et 
ne servit qu'à rendre plus désireux de savoir comment Weber 
avait traité un sujet à peu près semblable. 

La mauvaise étoile se montra encore un peu dans cette cir- 
constance. De tels torrents de pluie tombèrent le soir même que 
le théâtre ne fut rempli qu'à moitié. Weber en était d'autant plus 
désolé que la recette avait une destination charitable. Briihl avait 
fait de son mieux pour illuminer la salle et pour donner un air 
de fête à toute la cérémonie, dont le résultat fut des plus saisis- 
sants : (t D'aliord, écrit le lendemain Weber à Caroline, je dois 
vous dire le brillant succès de la soirée d'hier. L'ouverture de 
Bernhard Anselme fut jouée dans un silence solennel. Ensuite 
vinrent mes chants patriotiques, la Chasse sauvage de Lutzow, qu'il 
fallut répéter, — chose inouïe à l'Opéra de Berlin. Puis ma can- 
tate, qui, admirablement exécutée par l'orchestre et les chanteurs, 
excita un enthousiasme frénétique; à l'endroit où j'ai introduit, 
après la bataille, le God save the King, j'ai cru que les bravos ne 
finiraient pas. Le roi m'envoya directement le comte Brûhl pour 
me dire qu'il avait été profondément ému, et qu'il désirait l'enten- 
dre encore une fois. Ainsi, volens, nolens, me voilà forcé de rester 
ici quelques jours de plus, et de recommencer la semaine pro- 
chaine. Du reste, je ne puis douter du succès de la seconde exé- 
cution, car l'admiration a été générale, on s'élançait de tous les 
côtés sur le théâtre, et j'étais presque assommé par la violence de 
mes admirateurs. » 

Ce second concert, dont le succès semblait infaillible, fut cepen- 
dant fort compromis par l'arrivée de Mme Catalani, qui menaçait 
de tout envahir et de tout absorber. Il était certain qu'on ferait 
des économies pour l'entendre. Il n'y eut qu'une voix pour con- 
seiller à Weber de remettre son concert après celui de la célèbre 
cantatrice; il ne voulut jamais y consentir, et son courage fut ré- 
compensé. Mme Catalani put bien faire tort de 100 louis à sa re- 
cette, mais les- applaudissements eurent quelque chose de formi- 
dable, et il reçut une lettre de tous les chanteurs qui faisaient 
partie du chœur, et qui renonçaient à la rémunération de leurs 
services; ils se trouvaient assez payés par l'honneur, et désiraient 
le témoigner. Il fut présenté à la reine de Hollande, qui le com- 
bla d'éloges ; c'était à un concert donné par le prince Radziwill, où 
de plus il eut le plaisir d'entendre Mme Catalani. 

L'effet de ces deux concerts avait été si grand, et le roi de 
Prusse se montra si aimable pour Weber dans son audience de 
congé, qu'il croyait encore obtenir quelque titre officiel, comme 
celui de compositeur de sa chambre. Weber n'avait jamais été 
de ces artistes qui affectent de dédaigner les distinctions de ce 
genre; au contraire il en reconnaissait la valeur et l'avantage ma- 
tériel dans la société et dans les voyages. Un mémoire dans ce 
sens fut présenté au roi par le comte Brûhl , mais les conclusions 
en furent rejetées. Sans se décourager, Brûhl se flattait, tout au 
moins, d'obtenir le titre purement honorifique de maître de cha- 
pelle. On lui répondit par un refus plus formel encore : on ne 
voulait rien accorder de ce qui pouvait éveiller des espérances 
qui ne devaient pas se réaliser. Brûhl voulait insister, mais We- 
ber ne le permit pas, et quitta Berlin, persuadé que les princes ne 
feraient rien pour lui. 



DE PARIS. 



En revenant à Prague, il avait rc'solu de s'arrêter quelque temps 
à Carlsbad, où il rencontra quelques amis. En passant par Leipzig, 
on lui offrit la direction de l'Opéra de celle ville et dans les 
meilleures conditions ; l'offre venait de Kulsner, le nouvel entre- 
preneur; mais il était bien décidé à ne plus s'allaclier désormais 
à aucun établissement fondé sur une spéculation particulière. Il 
n'existe pas de renseignements positifs sur ce que Weber venait 
faire à Carlsbad, mais la suite prouve qu'il avait entrepris ce 
voyage, en conséquence de ce qui s'était passé entre lui et le comte 
de Witzthun, lorsque ce dernier lui avait remis une tabatière de 
la part de son souverain. Le grand maréchal, comte Henri Witzhun, 
frère de celui-ci, était aloi's directeur royal du théâtre de Dresde, et 
se trouvait à Carlsbad. Weber fut mis en communication immédiate 
avec lui, sous le sini])le prétexte de l'engagement d'un chanteur, 
mais il parait que l'idée lui était venue de s'assurer du jeune 
maître de chapelle et de l'altaclier à l'Opéra allemand qu'il était 
sur le point d'organiser à Dresde. Il écrivit de Carlsbad à son frère 
l'offre qu'il avait faite à Weber et le grand désir qu'il avait de la lui 
faire accepter, mais Weber hésita beaucoup sur la durée de l'enga- 
gement; il résulte de plusieurs lettres qu'on finit par s'entendre 
et convenir des termes d'un traité soumis à l'approbation royale. 
Dans un passage d'une lettre du comte Henri à son frère, les 
avantages de la fondation d'un théâtre allemand sont ainsi mis en 
relief : « C'est maintenant le sentiment général des musiciens et 
des artistes que la Saxe doit profiter de sa position exceptionnelle 
pour la culture des arts et des sciences, puisque toute espérance 
d'autre gloire est à jamais perdue. De toutes les villes, c'est la 
plus riche en trésors de l'art, celle qui offre l'aspect le plus sédui- 
sant; elle peut devenir un foyer intellectuel, une espèce d'arène où 
les grands esprits du jour se disputent la palme d'honneur et atti- 
rent l'attention de l'Europe entière. » Pendant les négociations 
avec le comte Witzthun, Weber eut le temps de jouir des eaux 
bienfaisantes du pays et de la société la plus élevée. Ce ne fut 
qu'à Prague que se conclurent les arrangements qui lui ouvrirent 
une perspective nouvelle. 

A son retour, il trouva les affaires du théâtre dans le plus triste 
état : le pauvre ^ieux Liebich, papa Liebich, comme on l'appelait 
toujours, était entré dans la dernière période du mal dont il souf- 
frait si longtemps ; il était étendu sur le lit d'où il ne devait plus 
se relever. Ou attendait sa mort en même temps que la fin de 
l'engagement de Weber et le théâtre allait perdre ses deux meil- 
leurs soutiens. Mme Liebich, qui remplaçait son mari malade, 
était peu aimée, à cause de son cai'actère et de ses manières impé- 
rieuses. Jusqu'à ce que la direction pût être remise à un successeur, 
tout reposait sur Weber, qu'on accusa bien à tort de négliger les 
fonctions qu'il allait bientôt quitter. On étudiait les opéras, on les 
jouait avec autant d'activité que jamais. Pour rendre à celui qui 
viendrait après lui la tâche plus facile, il mit en ordre les archives 
de l'Opéra, dressa des catalogues de la mise en scène, des costumes, 
décors, et de ce qui appartenait à chaque pièce avec des l'emarques 
et observations sur ce qui convenait à la nature et au goiit du 
public de Prague. Ce fut avec une conscience parfaitement nette 
qu'il quitta son poste après plusieurs années, mais ce ne fut 
pas sans chagrin qu'il se démit de ses pouvoirs entre les mains 
de la directrice et qu'il fit ses adieux à sou vieil ami Liebich, déjà 
trop affaibli pour rien sentir et comprendre. La troupe entière en- 
tourait la voiture dans laquelle il monta le 7 octobre, emmenant 
Caroline, qui allait remplir à Berlin l'engagement qu'il lui avait 
préparé. 

Il y eut un parfait contraste entre ses adieux à Prague et sa 
réception à Berlin; il y arrivait avec sa bien-aimée, avec celle qui 
devait être bientôt sa femme, et dans le grand monde de Berlin 
il la présentait déjà comme sa fiancée. CaroUne produisit partout i 



l'impression la plus favorable par la grâce et par la finesse de son 
esprit. Au théâtre elle ne réussit pas moins; en peu de jours on 
ne parla que du talent et des charmes de Caroline. Jamais enga- 
gement d'étoile n'avait obtenu un pareil succès. 

Caroline Brandt quitta Berlin le 7 novembre pour aller donner 
quelques représentations à Dresde, tandis que le comte Witzthun 
ne cessait de s'occuper de l'engagement de Weber pour la créa- 
tion d'un Opéra allemand dans cette ville; il avait à lutter contre 
le ministre , comte Einsiedel, qui d'abord lui avait répondu que 
c'était une affaire trop peu mûre pour songer à engager un chef 
d'orchestre. Witzthun n'était pas homme à se laisser abattre ni 
détourner ; il produisit mémoires sur mémoires. Enfin la question 
se réduisit à celle du traitement, et l'on voulut que l'engagement 
ne fut que d'une année : Weber y consentit, tout en protestant 
que, sans sécurité pour l'avenir, il lui serait impossible d'obtenir 
quelque résultat important. 

Le matin du jour de Noël 1816, Weber reçut le brevet de sa 
nomination. En même temps deux boites renfermant des cadeaux 
de Noël lui étaient remises, l'une contenant une bague, de la part 
du roi de Hanovre, l'autre une tabatière de la part du roi de Ba- 
vière. « Je regardai longtemps la lettre du comte Witzthun, sans 
oser l'ouvrir, écrivait-il à sa bien-aimée ; était-ce de la joie? était- 
ce du chagrin? Enfin je pris courage. C'était de la joie. Alors je 
courus chez tous mes amis, qui m'accueillirent en riant et sa- 
luèrent profondément le royal maître de chapelle. Je dois main- 
tenant me conformer moi-même au style de la cour. Peut-être 
devrai-je porter une perruque, pour plaire aux gens de Dresde? 
Qu'en pensez-vous? Toujours est-il que je réclame un baiser extra 
pour cette bonne nouvelle. » 

Ainsi, peu de temps après son mariage résolu, Weber trouvait 
une position qui lui permettait d'assurer à sa compagne chérie 
bonheur et distinction. 

Paul SMITH. 
{La suite prochainement.) 



THEATRE LYRIQUE ïlttPÉRIÂl. 

Mj/k aOLIE FILiIii; DE PERTH, 

Opéra en quatre actes et cinq tableaux, paroles de MIL de Saint- 
Georges et Jules Adenis, musique de M. Georges Bizet. 

(Première représentation le 26 décembre 1867.) 

De tous les emprunts, dérangements, mutilations auxquels se 
sont livrés depuis quelque temps les librettistes, à bout de scé- 
narios : les uns, empruntant à Wilhelm Meister un épisode pour 
habiller Mignon; les autres, dérangeant une des Chroniques de la 
Canongate pour en créer Deborah, — paix à sa tombe ! — ceux-ci, 
prenant à Shakspeare trois duos d'amour pour en composer cinq 
actes, et assez heureux pour se faire absoudre entièrement par 
Gounod; ceux-là, étirant jusqu'à ce qu'elle se brise pitoyablement, 
tiraillée encore par le musicien, une ^simple ballade d'Hugo; de 
tous ces livrets pris dans Goethe, dans Walter Scott, dans Shakspeare 
ou dans Victor Hugo, aucun ne se rapproche moins de son ori- 
gine que celui de la Jolie Fille de Perth. En vérité, il eût été dé- 
raisonnable de chercher aux librettistes une querelle de critique 
si, débaptisant leurs personnages et leur pièce, ils en avaient 
simplement accepté la paternité tout entière : la part que Walter 
Scott a dans ce livret est fort modeste, il en est tout au plus le 
parrain. 

Nous ne pouvons donc cette fois, pour nous épargner l'ana- 
lyse de la pièce, renvoyer le lecteur à l'œuvre dans laquelle 



REVUE ET GAZETTE MUSICALE 



elle a été puisée; il nous faut, pour être le consciencieux rappor- 
teur de celte première représentation, — la seule qui ait vraiment 
réussi au théâtre Lyrique depuis Roméo et Juliette, — prendre le 
parti d'en condenser en quelques lignes le sujet. 

L'armurier Henri Smith aime la fille du gantier Glover; une 
fleur d'or offerte par lui à Catherine est le gage d'espérance ac- 
cepté par la jolie fille de Perth ; mais, un jour, la fiancée a ren- 
contré chez Smith une bohémienne que celui-ci avait arrachée 
aux insuites delà foule; sous l'influence d'un soupçon jaloux, elle 
lui rend la fleur des fiançailles, et, pour éveiller aussi la jalousie 
de Smith, elle profite de l'entrée d'un jeune seigneur pour feindre 
d'accepter de lui un rendez-vous. 

Au second acte, le carnaval joyeux ébranle ses chariots enguir- 
landés, fait sonner les grelots de ses marottes et couler à longs 
flots le wisky d'Ecosse dans les tavernes de Perth. Le jeune sei- 
gneur, qui n'est autre que le gouverneur de la ville, préside à la 
mascarade; elle passe, bruyante et tumultueuse; le majordome 
seul guette la belle Catherine pour la conduire au rendez-vous. 
Un domino sort de la maison de Glover et le suit. Ralph, l'ap- 
prenti, a tout vu et court appeler Smitli pour arracher la fille de 
son maître au déshonneur. 

Le domino mystérieux s'est glissé au milieu du bal masqué 
donné par le gouverneur, et, sous le masque, l'incognito de la bo- 
hémienne, — car c'est elle qui a pris la place de Catherine Glo- 
ver, — sera respecté. Après quelques madrigaux échangés, la ru- 
sée s'esquive, mais en laissant imprudemment aux mains du duc 
la fleur d'or qu'elle gardait à la ceinture, afin de la rendre bientôt 
à la jolie fille de Perth apaisée. Smith aussi a pénétré dans le pa- 
lais et s'est soustrait aux regards. Le jour venu, le duc a reçu 
en audience Glover, que sa fille a voulu accompagner, et c'est alors 
que l'armurier se montre. Ralph disait donc vrai ; tout accable la 
malheureuse fille : sa présence à cette heure matinale chez le gou- 
verneur, la fleur d'or que le duc porte à son pourpoint ! Le violent 
Smith n'écoute point Catherine et maudit celle qu'il nommait 
sa fiancée. Ralph seul a cru à la sincérité de celle qu'il aime aussi 
en secret, et il propose de se soumettre au jugement de Dieu 
en provoquant l'armurier. Mais celui-ci, le lendemain, avant 
l'heure du combat, a revu Catherine, mourante et désolée, et, mieux 
que l'indignation, les larmes de la jeune tille l'ont convaincu de 
sou innocence. Cruelle alternative! s'il meurt dans le combat, l'hon- 
neur de celle qu'il aime est sauf; s'il est vainqueur, Dieu affirme 
ainsi le déshonneur de Catherine. Les librettistes savent seuls dé- 
nouer ces situations gordiennes. Ce coup terrible frappera la raison 
de la pauvre fille, mais, le jour de la Saint-Valentin, on improvi- 
sera une scène où la bohémienne, prenant encore la place de Ca- 
therine, jouera le rôle de Valentine et Smith celui de Valentin. 
La vue de cette scène réveillera les souvenirs de la fille de Glover, et 
la fleur d'or reconquise par le duc reprendra sa place au corsage 
de la jolie fille de Perth, qui épousera enfin son fiancé ! Tout cela 
est bien un peu naïf et décousu, mais il y a des situations heu- 
reuses pour le musicien dans ce libretto et il a su en profiter. 

M. Georges Bizet, que l'honorable succès des Pêcheurs de perles 
avait placé au rang des compositeurs sur lesquels l'avenir devait 
compter, a écrit sur ce poëme une partition qui tient toutes les 
promesses de ses débuts au théâtre. En raison même du cas que 
nous faisons de son talent, nous devions, en examinant l'œuvre 
qui nous occupe, critiquer ce qui nous a semblé le moins digne 
des qualités dont il a fait abondamment preuve dans la Jolie Fille 
de Perth : c'est envei's ceux sur lesquels l'art fonde de réelles 
espérances que la critique a le devoir de se montrer d'une impar- 
tialité plus sévère. Nous aurons assez d'éloges à faire par la suite 
pour commencer cette appréciation rapide par un reproche qui 
n'accuse d'ailleurs que la mémoire surprise du compositeur : le 



motif, qui est comme une préface déclamée par les violoncelles 
dans l'introduction, est vraiment trop parent d'une phrase célèbre 
de Gounod; d'ailleurs elle ne se montre que tout juste le temps 
de se faire reconnaître au passage, et les développements qui la 
suivent sont absolument affranchis de toute ressemblance volon- 
taire. 

Le chœur des armuriers est d'une carrure extrême ; si le nombre 
des ténors avait été doublé et s'ils avaient franchement attaqué la 
deuxième phrase syncopée en la bémol, ce chœur eût produit un 
grand effet; il est très-ingénieusement orchestré. La phrase de 
Smith qui l'interrompt : 

Ce soir, amis, c'est grande fête... 
est d'une grande franchise et d'un bon effet reprise par le chœur. 

Il faut surtout citer dans cet acte, qui a été moins goûté que 
les autres, deux quatuors très-habilement étudiés ; le second 
surtout, — qui précède le finale, — est une des bonnes pages de la 
partition ; les voix y sont adroitement groupées et le rhythme qui 
domine le morceau est des plus heureux. 

Citons aussi dans cet acte un air de Catherine ; 
Vive l'hiver et vive son cortège ! 
qui est, en réalité, fort original. — Dans le duo d'amour, qui nous 
a paru inégal (est-ce la faute des exécutants qui ont montré plu- 
sieurs fois de l'indécision?) nous avons remarqué un ensemble 
où le soprano brode sur le chant simple du ténor une charmante 
arabesque. 

Le second acte a été accueilli avec une grande faveur ; il faut à 
peu près signaler tous les morceaux qui le composent; la ronde de 
nuit n'a guère été goûtée ; un jeu de scène oblige les bourgeois 
peureux qui, sous la conduite du père Glover, font la police noc- 
turne des rues de Perth, à trembler de tous leurs membres à 
chaque alarme nouvelle, un nuage qui passe, un fanal qui s'éteint, 
un rat qui rentre dans son trou ; or comme cette faiblesse armée 
est couverte d'armures préservatrices, il en résulte à chacun de 
ses mouvements de terreur un bruit de ferraille qui domiue les 
voix et l'orchestre. 

Après un chœur de masques, le morceau qui a enlevé tous les 
suffrages, c'est la danse bohémienne, d'une allure, d'un caractère 
vraiment étranges : la harpe détache son pizzicato clair, pendant 
que la flûte brode un motif très-rhythmé d'une délicieuse mono- 
tonie ; peu à peu les instruments divers s'enlacent dans ce motif 
principal, le crescendo éclate enfin en tutti brillant en si majeur. Le 
motif du tutti passe ensuite, légèrement transformé dans son rhythme, 
aux bassons; cette ingénieuse transformation a bien certainement 
échappé aux plus attentifs, grâce à la violence avec laquelle a 
été battu le trille qui le domine. Au lieu d'un détail ingénieux, 
il en est résulté une grande confusion. Cette petite tache d'exécu- 
tion a été effacée par la fin de la danse, à laquelle se mêlent 
quelques notes du chœur ; on a bissé ce très-piquant morceau. 

Il eût fallu plus de finesse et d'intention que n'y en a mis 
Mlle Ducasse pour faire valoir ses couplets : 

Les seigneurs de la cour... 
d<mt elle précipite trop la fin; il y a de charmants dessins de 
violons sur les tenues, qui terminent chaque membre de phrase 
de la mélodie. 

Nous n'aimons pas beaucoup le motif de la sérénade de Smith : 
il n'a pas l'originalité que nous eussions voulu rencontrer après 
cette danse de bohémiens , si pittoresque, et, sans le soin de l'ac- 
compagnement qui, chez les musiciens du savoir de M. Bizet, 
sauve souvent bien des défaillances d'inspiration, ce morceau ne 
nous eût laissé nul souvenir. 

Mais, en revanche, nous n'aurons que des éloges pour l'air de 
Ralph; cela est d'une étrangeté toute particulière, et la difficulté 



DE PARIS. 



de ce récit entrecoupé a été vaincue très-habilement ; le cri de 
désespoir de Ralph : 

Hé! l'hôtesse, mon flacon. 
Que j'y laisse ma raison ! 
rendu, il faut le dire, avec un véritable sentiment dramatique par 
M. Lutz, a fait éclater toute la salle en applaudissements prolongés. 

Le morceau capital du troisième acte n'a pas été compris 
comme il devait l'être par le public de la première représentation; 
nous avons à en accuser encore une certaine indécision des exécu- 
tants, indécision assez facile à concevoir; ce morceau, en ett'et (duo 
entre le duc et Mab), est accompagné par l'orchestre de danse 
jouant un menuet dans la coulisse. Cet accompagnement, très-pi- 
quant, oîi flûte et violon se mêlent harmonieusement dans le même 
motif, troublait peut-être les chanteurs qui quelquefois perdaient 
la mesure ; quand ce duo sera bien exécuté, il produira un effet 
très-original, car la franchise de la mélodie chantée n'est nulle- 
ment contrariée par celle qui se joue dans la coulisse. 

Enfin, le finale dramatique de cet acte a révélé chez IVI. Bizet, 
d'une façon décisive, une véritable habileté scénique, qualité 
rare et précieuse sur laquelle il nous est permis de fonder pour 
l'avenir de l'auteur de la Jolie Fille de Perih de très-légitimes es- 
pérances. 

Le chœur de la provocation, au quatrième acte , est franc, mais 
la scène du démenti ne nous a pas paru assez énergique. Il y a 
des phrases pleines de charme et de tendresse dans le duo qui 
suit cette scène, entre autres la phrase en vii bémol, à trois 
temps : 

beaux rêves d'or ! 
souvenirs de mon enfance ! 

La fête de la Sainte-Valentin vient égayer le dernier tableau, 
assombri un moment par la scène de folie de Catherine, oiî nous 
avons remarqué surtout un accompagnement d'une oppression dou- 
loureuse, tout à fait en situation. Un motif du second acte, repris 
tour à tour par Smith et par Catherine, conduit au finale ; celui-ci 
clôt dignement cette partition, qui permettra au théâtre Lyrique, 
grâce au succès qu'elle aura certainement, de préparer à loisir ses 
nouveautés, auxquelles la Jolie Fille de Perth fera de charmants 
lendemains. 

La débutante, Mlle Devriès, a une très-jolie voix, facile, se 
jouant de la difficulté, et l'on ne peut refuser à la jeune artiste 
beaucoup de bonne volonté et un grand instinct du théâtre, encore 
mal servi peut-être par la nature un peu saccadée de son jeu. 
L'étude en fera, sans doute, une artiste qui rendra de réels ser- 
vices au théâtre Lyrique dans des rôles plus importants que celui 
de Catherine Glover. 

MM. Barré et Massy jouent et chantent convenablement les rôles 
du duc et de l'armurier; M. Warlel ne s écoute pas assez, ce qui 
fait qu'on entend trop certaines notes passant trop facilement à 
côté du ton. Mlle Ducasse joue avec intelligence le rôle de la bo- 
hémienne; mais le succès a été pour M. Lutz qui a chanté, d'une 
manière fort remarquable, son air très-difficile du deuxième acte. 

La pièce nouvelle méritait mieux , comme mise en scène : nous 
y avons revu, sur le dos des seigneurs et des grandes dames de 
la cour du duc de Rothsay, des pourpres, des brocarts et des 
hermines qui ont depuis longtemps acquis des droits à la retraite 
pour ancienneté de service. 

A part la légère critique que nous avons faite à propos d'un 
trille trop forcé dans la danse bohémienne, l'orchestre ne mérite 
que des éloges pour la façon dont il a su faire ressortir l'orches- 
tration très-habile et très-touffue de M. Georges Bizet. 

L'auteur de la Jolie Fille de Perth vient, par le succès de son 
ouvrage , de prendre l'engagement, vis-à-vis du public, de le faire 



bientôt juge d'une œuvre nouvelle qui pourra le placer d'une 
manière décisive au rang des compositeurs éminents de l'école 
française contemporaine. 

Armand GOUZIEN. 



THÉÂTRE DES HENnS-PLUSIRS. 

«ENEVIÉVE DE BRAUANT, 

Opéra-bouffe en trois actes et dix tableaux, de MM. Hector 
Crémieux et Tréfeu, musique de J. Offenbach. 

(Première représentation le 26 décembre 1867.) 

Lorsque la première Geneviève de Brabant fut représentée aux 
Bouffes-Parisiens en 1859, ce théâtre était alors à l'apogée de son 
succès. La pièce était magnifiquement montée; elle avait pour 
principaux interprèles Désiré, Léonce, Mlle Lise Tautin et la belle 
Mlle Maréchal dans le rôle de Geneviève. Offenbach y avait pro- 
digué de charmants motifs, dont quelques-uns sont restés célèbres. 
Et cependant tous ces éléments favorables ne purent lutter contre 
l'indifférence du public. La faute en était évidemment aux au- 
teurs des paroles, qui avaient fait fausse route en poussant la fan- 
taisie au delà des limites permises, même dans un genre où l'on 
permet tant do choses. 

La musique d'Offenbach méritait de survivre à ce naufrage; 
aussi doit-on savoir gré au petit théâtre des Menus-Plaisirs de la 
tentative qu'il vient de faire en ce sens et des sacrifices de toute 
espèce qu'il y a consacrés. Avant tout, il fallait remanier l'ouvrage 
de MM. Jainie fils et Tréfeu. C'est M. Hector Crémieux, l'un des 
auteurs de Robinson Crusoé, qui a entrepris cette tâche, et il faut 
convenir qu'il était difficile de s'en mieux acquitter. Nous ne lui 
reprocherons, surtout dans la première partie, que certaines lon- 
gueurs qu'on peut aisément faire disparaître. Mais, en revanche, il 
a introduit dans l'économie de la pièce deux créations nouvelles, 
qui lui ont donné le ressort qu'elle n'avait pas. C'est d'abord l'in- 
tervention du page Drogan dans les aventures de Geneviève, dont 
il se fait le protecteur, et puis l'action épisodique des deux gens- 
d'armes indiqués par la complainte, et qu'on avait maladroitement 
oubliés dans l'opérette des Bouffes-Parisiens. Ces deux gens-d'ar- 
mes, parfaitement joués par MM. Ginet et Gabel, sont tout simple- 
ment le moyen d'attraction le plus certain de la Geneviève des 
Menus-Plaisirs ; ils deviendront légendaires comme leurs confrères 
de Gustave Nadaud. 

Hâtous-nous d'ajouter que la partition d'Offenbach, revue et 
considérablement augmentée, n'aura pas une médiocre influence 
sur le succès qui se dessine en ce moment dans de très-vastes pro- 
portions. Nous y avons retrouvé avec plaisir les couplets drola- 
tiques de la Poule sur un mur, la gracieuse sérénade : Ohé! de 
la fenêtre, ohél la chanson de Charles Martel, et le fameux finale : 
Le clairon qui senne, encore dans la mémoire de tout le monde. 
L'autre soir, en l'entendant, les spectateurs n'ont pas pu se dé- 
fendre d'un enthousiasme frénétique, et il a fallu relever le rideau 
pour le redire en entier. 

Parmi les nouveaux morceaux d'Offenbach, il y en a. plusieurs 
qui ont provoqué de légitimes bravos, notamment la chanson du 
pâtissier, le très-joli trio de femmes : Chérubin, qu'il a l'air doux ! 
les couplets du page, au sixième tableau, la scène de l'ermite et, 
en première ligne, les couplets des deux gens d'armes, qui sont très- 
bien réussis, et qu'on a eu raison de faire bisser. 

Le rôle du page Drogan, la cheville ouvrière de l'ouvrage, est 
joué et chanté par Mlle Zulma Boufifar avec un brio, avec une 
facilité que n'ont pas même effleurés les trois cents représentations 
consécutives de la Vie Parisienne, dont elle sort à peine. 



REVUE ET GAZIiTTE MUSICALE 



Mlle Baudier n'a pas, à beaucoup près, le charme de Mlle Ma- 
réchal sous les traits de Geneviève; mais elle chante avec goût. 
Mme de Brigny-Varney, dans yon rôle de soubrette, t'ait preuve de 
vivacité piquante et vocalise agréablement. 

Gourdon, que nous avons souvent applaudi aux Fantaisies- 
Parisiennes, tire un excellent parti du rôle de Siffroid ; Daniel Bac 
fait tout ce qu'il peut de celui de Golo; quant à Lesage, qui re- 
présente Charles Martel, nous n'avons pas reconnu en lui l'ancien 
baryton du théâtre Lyrique. 

Une mise en scène brillante, de riches costumes, un intermède 
de danse, avec Mlle Battagliri, des chants tyroliens, exécutés par 
la famille Martens, qu'on a tant entendue, cet été, à l'Alcazar des 
Champs-Elysées, d'intelligents artistes secondaires, un essaim de 
jolies femmes dans les petits rôles et, enfin, un bon orchestre, con- 
duit avec verve par M. BouUard, \oilà certes plus qu'il n'en faut 
pour aider à rendre plusieurs lois centenaire la nouvelle Geneviève 
de Brabant de l'heureux et universel maestro Jacques Offenbach. 

D. 



Une indisposition de notre collaborateur M. Mathieu de Monter 
nous force de renvoyer, à dimanche prochain , notre Revue habi- 
tuelle de l'année écoulée. 



NOUVELLES DES THËÀTBES LYRIQUES. 

^*^ Ou a donné lundi au théâtre impérial de l'Opéra Guillaume Tell. 
— Une indisposition de Faure a fait changer mercredi le spectacle ; on 
a représenté Robert le Diable et vendredi le Trouvère et la Source. 

^*^ Mme Marie Sass est engagée, pour le mois d'avril, au théâtre de 
la Monnaie, à Bruxelles. — Elle chantait la semaine dernière, au théâtre 
d'Anvers, le rôle de Valentine, des Huguenots; elle y a été applaudie 
avec enthousiasme. 

^*^ Toujours salle comble à l'Opéra-Comique avec Robinson Crusoé. 

^*^ Mlle Brunet-Lafleur répète en ce moment le rôle de Carlo dans 
la Part du Diable., qu'on va reprendre au théâtre de l'Opéra-Comique. 

,(:.*» La direction de ce théâtre vient de renouveler les engagements 
de Mlle Cico et de Potel. 

^% Par son jugement rendu vendredi, la Cour impériale a infirmé ce- 
lui du Tribunal civil qui avait autori-é Mme Monbelli (Mme Crémieux) à 
s'engager comme cantatrice au théâtre de l'Opéra-Comique. 

^*^ Marta a de nouveau été donnée hier au théâtre Italien, avec Mlle 
Harris qui s'y fait de plus en plus applaudir. — On annonce, pour la 
semaine prochaine, la Gazsa ladra avec Adelina Patti. 

^** Le théâtre Lyrique annonce , pour mardi , la reprise de la Fan- 
chonnette . 

^** La direction de l'Athénée a engagé Mlle Moya, une jeune et 
charmante personne qui joua, il y a deux ans, aux Italiens dans le Ballo 
et la Sonnambiila, et trouva moyen de se faire applaudir à côté d'Ade- 
lina Patti. — On parle aussi de l'engagement de Désiré à ce théâtre. 

5^** VAfrieaine poursuit à Nice le cours de ses brillantes représenta- 
tions. Genibrel qui vient de faire ses débuts au Grand-Théâtre, et Mlle de 
Rionnelle y ont été l'objet de bravos et de rappels enthousiastes; ces 
deux artistes n'ont pas eu moins de succès dans Robert le Diable. Le 
rôle d'Alice a été un nouveau triomphe pour Mlle de Rionnelle qui, après 
l'air du premier acte, la scène de la croix et le trio sans accompagne- 
ment, a été applaudie à tout rompre. — Quelques jours après, dans un 
rôle tout à fait opposé, celui de Rose Friquet dans les Dragons de Vil- 
lars, la jeune artiste a donné une preuve non moins heureuse de la 
flexibilité de son chant et de son talent de comédienne. Elle a été rap- 
pelée plusieurs fois. 

„;** Le Grand-Théâtre de Lyon fait de magnifiques recettes avec 
l'Africaine. Les étrangers de passage dans cette ville abondent aux belles 
places et rendent à la salle la physionomie caractéristique des soirées de 
l'Africaine de l'an passé. 

^*^ Les journaux de Lisbonne constatent unanimement et en termes en- 
thousiastes le succès de Mongini dans les Huguenots et la Sonnambula. 

**5f On nous écrit de Saint-Pétersbourg que Fausto vient d'être repré- 
senté au théâtre Italien avec Mme Pauline Lucca, qui a été admirable 
dans le rôle de Marguerite. Mario s'est relevé, dans celui de Fausto, de 
l'échec qu'il avait subi à son début dans il Barbiere; toutefois, une dé- 



pêche a été envoyée à Tambcrlick pour l'inviter à revenir s'il était dis- 
ponil)le. 

**„j La construction de nouveau -i théâtres étant à l'ordre du jour, — 
le moment viendra où il faudra construire des spectateurs! — on prête 
à M. de Salamanca le projet d'édifier sur le boulevard Haussmann une 
scène spécialement affectée à l'exploitation du genre dramatique et bouffe 
italien . 

^''ij: Les abords du nouvel Opéra sont complètement régularisés, et les 
rues qui entourent l'édifice en construction portent définitivement, par 
décret spécial, les noms de Meyerbeer, Halévy, Scribe et Gluck. Le nom 
de Mozart a été donné à une avenue conduisant de la Muette à Auteuil. 

^*,i, Toujours même affluence aux bals masqués de l'Opéra. Ce résultat 
est particulièrement dû à l'orchestre de Strauss, qui exécute avec un 
entrain diabolique les morceaux de l'album composé par son habile chef. 



NOUVELLES DIVERSES. 



^% M. le général Mellinet a nommé, par un arrêté récent, M. Emile 
Jonas, inspecteur général des corps de musique de la garde nationale de 
la Seine; M. Jancourt, l'éminent basson solo de la Société des concerts 
du Conservatoire, capitaine de musique de la cinquième subdivision, en 
remplacement de M. Forestier, décédé; M. Thibaut, l'excellent chef de 
la fanfare des cuirassiers de la Garde, licenciée, capitaine de musique de 
la deuxième subdivision, en remplacement de M. E. Jonas. 

^*» La Société des Concerts du Conservatoire donne aujourd'hui di- 
manche, à 2 heures, son troisième concert, dirigé par Georges Hainl. En 
voici le programme : 1" symphonie en la, de Beethoven ; — 2° chœur de 
Psijclié, d'Ambroise Thomas; — 3° concerto en ré mineur pour piano, de 
Mozart (exécuté par Mme Tardieu de Malleville); — A" air de Slratouice, 
de Méhul (cliauté par M, VVarot); — 5° marcliedu Tannhauser (chœur), 
de Wagner. 

jt(t Aujourd'liui, à 2 lieures, au cirque Napoléon, dixième concert 
populaire de musique classique, sous la direction de J. Pasdeloup. On y 
entendra : J" ouverture de Fidelio, en mi majeur, de Beethoven; — 
2° symphonie en mi bémol, n° 53, de Haydn (introduction, allegro, 
adagio, menuet, finale, adagio), de Gnunod; — 3° concerto pour violon, 
de Léonard (exécuté par l'auteur) ; — A" ouverture {la Mer calme), pre- 
mière audition, de Mendelssohn ; — S° Imitation à la Fofcc (orcliestrée 
par Berlioz), de Weber. 

,ll*^, La seconde matinée de Mme Pierson-Bodin a eu lieu dimanche der- 
nier en présence d'un nombreux auditoire. Outre le délicieux chanteur 
Pagans, don! le succès a été immense, on a vivement applaudi dans la 
partie instrumentale une sonate de Beethoven, exécutée par Mme Pierson- 
Bodin et M. Hammer, et un très-beau- trio de Mme Farrenc pour piano, 
clarinette et violoncelle, dont l'adagio a surtout produit une grande impres- 
sion. Ajoutons que Mme Pierson, MM. Ruse et Alfred Marx ont grandement 
contribué à son succès. Des variations de Beethoven, exécutées par Mme 
Chopard-Chassant, un solo de violon par M. Hammer, et une fantaisie 
sur la Juive par M. A. Marx, ont tour à tour ému et charmé l'auditoire. 
Enfin, les belles variations de Weber pour piano et clarinette ont été 
brillamment enlevées par Mme Chopard et M. Rose. Mentionnons, en 
terminant, un air italien chanté avec beaucoup de charme par Mlle C. 
M***, et une pièce de vers dite d'une manière ravissante par Mme Ar- 
mand-Richault. 

^*^ La Société centrale d'éducation et d'assistance pour les sourds- 
muets de France donnera, le 18 de ce mois, salle Herz, une grande 
soirée musicale et dramatique à laquelle Mlles Battu et Favart, MM. 
Delle-Sedie, Delaunay, Leroy, Werroust, Saint-Saëns, etc., prêteront 
leur concours. 

»** Nous disions dans notre dernier numéro que Ulmann avait eu 
l'heureuse idée de s'attacher Seligmann pour sa prochaine tournée; nous 
apprenons qu'il a eu également la bonne fortune de décider Ed. Wolff 
à faire partie de son personnel d'artistes. C'est là certes un excellent 
choix, car des morceaux exécutés par Wolff et Yieuxtemps ne peuvent 
manquer d'attirer la foule et de la passionner. 

^*t A une très-belle soirée donnée la semaine dernière chez M. et 
Mme Garfounkel, où chantaient plusieurs artistes du théâtre Italien et 
du théâtre Lyrique, Seligmann s'est fait applaudir avec enthousiasme en 
jouant, avec ce sentiment profond qui caractérise le talent du célèbre 
violoncelliste, la Kouitra, morceau de sa composition, et VEloge des larmes 
de Schubert. 

^*ji: Sivori vient d'arriver à Paris. 

ai*5R- M. Joseph Servais marche brillamment sur les traces de son père; 
il vient de recevoir au Cercle philharmonique de Bordeaux, qui l'avait 
engagé, l'accueil le plus sympathique. Des bravos enthousiastes ont, à 
plusieurs reprises, salué divers morceaux de la composition du célèbre 
défunt exécutés par son fils avec une vigueur d'archet, une puissance de 
son, un sentiment exquis qui rappelaient étonnamment à l'auditoire le 
talent de celui qu'ils avaient si souvent applaudi. 



DJi PAKIS 



^""^ Mme Farrenp nous écrit pour rectifier une allégation de la France 
musicale, relative k une jeune pianiste de beaucoup de talent, Mlle Cœvoel, 
qui s'est l'ait entendre la semaine dernière dans une matinée musicale 
de Mme Pellereau. Mme Farrenc rappelle que l'honneur de l'avoir 
formée n'appartient pas à Mme Escudier Kastner, dont elle a pu rece- 
voir quelques conseils, mais à Mme Pellereau d'abord, et au Conserva- 
toire ensuite, où elle a suivi successivement les classes de Mme Maucorps, 
de Baillot, pour l'accompagnement, et la classe de Mme Farrenc elle- 
même, d'où elle est sortie en remportant avec éclat un premier prix de 
piano. 

51;-*, Un jugement rendu par la Cour impériale de Rennes, dans un 
procès intenté par Rossini, Plantade, Haas, etc., conjointement avec la 
Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique, vient de confir- 
mer encore une fois la jurisprudence adoptée par les tribunaux, à savoir 
que : " les compositeurs de musique, leurs héritiers et représentants ont 
le droit d'empêcher que des morceaux leur appartenant et non encore 
tombés dans le domaine public soient exécutés publiquement, sans leur 
autorisation formelle et préalable. » Pareil procès a été intenté à la 
Société des eaux de Dinan. 

.^.% L'Ami des Arts, dont nous avons déjà annoncé la fondation, vient 
de paraître sous la direction de M. Bronislas Wolowski. Voici le som- 
maire de son premier numéro: une Causerie de M. Henry Maret (rédac- 
teur en chefj; un-. Lettre de M. Francisque Sarcey; la Femme et les 
Beaux-Arts, par M. Oscar Comettant; Victor Jacquemont, par M. Jules 
Levallois; Beethoven, par M.-J. Weber; les Echos de Paris, par M. Emile 
Blavet, et les comptes rendus des premières représentations par MM. B. 
Wolowski, Félix Jahyer et Charles Giquel, etc.. etc. M. Francisque Sar- 
cey publiera dans l'Ami des Arts des portraits d'artistes dramatiques qui 
auront un succès égal à tout ce qui est sorti de la plume de ce critique, 
un des plus justement estimés de nos écrivains contemporains. M. Albert 
Vizentini fera dans l'Ami des Arts les bruits des coulisses. — M. B. Wo- 
lowski, voulant se consacrer tout entier au journal, a chargé de la di- 
rection de son Agence des concerts son frère cadet, M. Ladislas Wolowski. 
Bonne chance et bonne réussite à notre nouveau confrère. 

,f't Un professeur de Naples, Luigi Celentano, vient de faire paraître 
Une brodiure. intitulée: Intorno all'arle del cantare in Ilalia nel secolo xix, 
où sont traitées avec beaucoup de sagacité et à un point de vue élevé 
d'importantes questions relatives à l'art du chant. L'auleur insiste prin- 
cipalement sur l'abandon du chant orné, abandon qui lui paraît regret- 
table en ce que jadis les études de chant étaient forcément plus com- 
plètes et plus sérieuses qu'aujourd'hui, et que la force, l'expression et 
l'émission, qualités seules nécessaires pour l'exécution de la musique 
moderne, ne peuvent pas plus se dispenser d'études que l'agilité; enfin, 
que la multitude de chanteurs improvisés qui surgissent de nos jours ne 
peut qu'entraîner l'art du chant sur une pente fatale. 

**:t Un Almanaque musical, le premier de ce genre qui ait paru en 
Espagne, vient d'être publié à Barcelone par M. F. Luis Obiols, jeune 
compositeur et critique de talent. Ce recueil contient des documents 
statistiques et historiques d'un grand intérêt. 

jf*:^ Croirait-on que l'harmonica fut inventé, en 1740, par Richard 
Pochrich, un fils de la verte Eryn ? Les bardes irlandais adoptèrent aus- 
sitôt cet instrument mélodieux, et l'oi ajoute même que Pochrich jouait 
de son harmonica avec une perfection telle que deux gendarmes, — ô 
rochers d'Orphée! — étant venus pour l'arrêter (la loi anglaise décrétait 
alors les musiciens d'infamie), leur émotion fut telle qu'ils ne purent 
accomplir leur mandat. La musique adoucit les mœurs ! 

^** Au service funèbre célébré la semaine dernière à Bade, en mémoire 
de M. Ed. Benazet, en présence d'une affluence extraordinaire de monde, 
la partie musicale de la solennité a été dirigée par M. Kœnnemann, et 
remplie par les artistes du théâtre Grand-Ducal de Carlsruhe, les chœurs 
religieux de Bade et l'orchestre de la Conversation. On a exécuté un 
Requiem de Xavier Schmid, dans lequel se trouvaient intercalés un mor- 
ceau de Cherubini pour soprano, dit par Mlle Ludecke, et un Benedictus 
composé pour la circonstance par Kalliwoda, et chanté par le ténor Stol- 
zenberg. L'exécution a produit un effet saisissant sous les voûtes de la 
vieille église. 

^*j, On annonce la mort, à Wiesbaden, de l'intendant des théâtres 
royaux, M. de Béquignolles ; il n'était âgé que de quarante-deux ans. 



ÉTRANGER 

»*» Baden-Baden. — La nouvelle direction de l'établissement thermal de 
Baden apportera certaines modifications dans les plaisirs qu'elle offre à 
ses visiteurs. Les représentations théâtrales y auront moins d'impor- 
tance, et on renonce aux pièces inédites. Par compensation, le nombre 
des concerts serait doublé. — Une feuille quotidienne, servant de pro- 
gramme, remplacera V Illustration de Bade, qui est supprimée. 

^*t Stuttgart. —L'Africaine est à l'étude; on en attend la reprise vers le 
milieu de janvier. 

iVf*» Stettin. — Roméo et Juliette, de Gounod, représenté pour la pre- 



mière fois le i8 de ce mois, y a été reçu avec indifférence. Plusieurs 
morceaux ont cependant été applaudis; les artistes ont fait de leur 
mieux, et le public leur en a témoigné sa satisfaction. 

^,** Vienne. — Le célèbre t(:nor Roger a, paraît-il, accepté un engage- 
ment qui l'attache à l'Opéra impérial en qualité de régisseur.— Niemann 
a signé pour trois ans avec le même théâtre; il doit chanter, à dater de 
l'ouverture de la nouvelle salle, quarante fois chaque année pendant les 
mois de septembre, octobre, novembre et décembre. 

^% Venise. — L'ouverture de la saison d'hiver (ou de carnaval) à la 
Fenice a eu lieu, comme c'est l'habitude pour les théâtres italiens, le 
26 décembre, jour de la Saint-Etienne. On a donné Un Ballo in maschera, 
mais avec un succès plus que douteux. Seule, la prima donna Lotti délia 
Santa a été applaudie. 

*** Turin. — Don Carlos, de Verdi, vient d'être donné au Théâtre- 
Royal. C'est un grand succès pour Verdi et pour les artistes chargés des 
principaux rôles, Cotogni et la Fricci, qui ont été couverts d'applaudis- 
sements bien mérités. — 11 est question de monter l'Africaine avec 
Mme Destin. 

^ *** Sologne. — L'imprésario Scalaberni a l'intention de reprendre 
l'Africaine après l'hiver; il a déjà engagé à cet eflet le baryton Cotogni. 
»*^ Gènes. — La soirée de réouverture du Carlo-Felice, le jour de la 
Saint-Etienne, a été très-belle, grâce à une bonne exécution d'il Profeta. 
Mlle Sternberg, jeune cantatrice, quoique novice sur la scène, s'y est dis- 
tinguée par toutes les quahtés qui annoncent une artiste de grand avenir; 
elle a été très-applaudie. Le ténor Stigelli, un peu faible pour le rôle 
écrasant de Jean de Leyde, a cependant eu de Irè.s-beaux moments. 



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CRAIIIE6.. — Deux bouquets de mélodies pour le piano, ch. 9 « 

E. KETTEBER. — Fantaisie brillante pour le piano 9 » 

LECÂRPENTIER. — Deux bagatelles pour le piano, chaque 5 » 



A. HERMÂN. — Divertissement pour piano et violon 9 •» 

ROSELLEN. Fantaisie de salon pour le piano 7 SO 

RUISSEL, — Fantaisie élégante pour le piano 6 » 



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Vive l'eau ! chanson de Degeorge, pour baryton 3 » 

A chacun sa part de soleil, chanson de Ch. Grou, n° i, pour ténor, 

n° 2, pour baryton 3 » 

Musique de L.-C. Desormes. 

Luciols, légende d'Alexandre Flan 2 50 

Le Grand Voyage, chanson d'Alexandre Flan 2 50 

Musique de H. Cellot. 

On vous dira qu'ça n'est pas vrai ! chanson héroïque d'Al. Flan . . 3 » 
Musique de A. Coedès. 

Oh! eh! mon chien Picard! chanson rustique d'A. Bouvier. ... 3 » 

pour paraitre incessamment 

(musique de a. coédès.) 
Roulez les dés. mes fils, chanson dramatique d'Alexandre Flan. . 3 » 
Les Deux Hirondelles, fabliau de Ch. Grou 3 » 



lUPBiaEBIE CENTBAI.E BES 



DE FEB. — Jl. CH&IZ ET I 



: BEUGEBE, 30, A PABIS. 



BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 



3S^ Année. 



W 2. 



12 Janvier 1868. 



ON S'ABONNE : 

DoDS les Départements et A l'Êlranerpr, 

chez tous les Marchands de Musique, I< s I.ibrairt 

et QUI Uureaux der Messageries et des Postes. 



REVUE 



PRIX DE L'ABONNEMENT: 

Paris '24 r. par Ui 

Diipûrtcaïunts, Bt-Igiquc et Suisse..., 30 u Jd. 
Étrupgcr .•. 34 " Id, 

Le Journal paraît le Dimanche , 



GAZETTE MUSICALE 



DE PARIS 



S051MAIRE. — Revue musicale de l'Année 1867, par Em. Uathien de 
Monter, — Concerts populaires de musique classique au cirque Napoléon : 
Léona-.d. — Revue des tliiiâtres, par O. A. D. Saint-Yves. — Nouvelles 
des tliéâtres lyriques. — Nouvelles diverses. — Annonces. 



REVDE fflUSIGÀLE DE L'ANNÉE 1867. 

Mil huit cent 5oixante.-sept, — An luusjcal et international entre 
tous, — a vécu, et ses lauriers sont coupés. 

Eclectique, lahatieux, vaillant, avec un grand air de gloire, 
généreux jusqu'à IÇ prodigalité, actif et non pas sans fièvre; tout 
imprégné de^ cet èsprii de. la- patrie qui, aux heures sévères et 
aux moments décisifs-,-' a su toujours donner le signal et la vie à 
des floraisons inattendues, à des renaissances ; profondément 
creusé et presque meurtri par la lutte de l'intelligence et de l'in- 
térêt; traversé par tant et de si divers courants, 1867 a une his- 
toire agitée, contrastée, autant que brillante. Rien ne lui a man- 
qué des qualités nombreuses, et des défauts essentiels qui font de 
lui l'image accomplie d'une période lyrique caractéristique; on le. 
croirait destiné à eh offrir le modèle. Alors que la paix elle-même 
était' sans trêve, tant elle était occupée à l'utile; que, jusque 
dans les journées sereines.,. les arrière-pensées et les soins étaient 
en_^bien,des âmes, la musique af. sonné le réveil, escorté la marche 
de tout ce que le monde- galue s'oùs le. nom de civilisation fran- 
çaise, de tout ce qui devait, une fois encore, le surprendre et 
le réjouir. 

Aux faits et aux circonstances artis.Jiques des douze derniers 
mois, — la placem'étant ici mesurée Strictement, r— je ne veux 
emprunter que leur physionomie générale et leur mouvement 
d'ensemble. 



L'année écoulée a été et restera frappée à l'effigie de l'Exposi- 
tion universelle, qui la guide, la caractérise et la domine. Tandis 
que la fleur des beaux-arts s'épanouit, se surmène presque pour 
couronner cette grandiose manifestation du génie hunjain, et n'en 
retire que des compensations insuffisantes, la Musique, elle, en 
reçoit une impulsion énergique et y recueille de merveilleux ré- 



sultats. Il ne pouvait guère en être autrement. Dans ce rappro- 
chement des peuples, dans ces luttes artistiques, littéraires et in- 
dustrielles, dans ce congrès des mœurs, des usages et des langues, 
la musique ne devait-elle pas se montrer l'art suprême de la fu- 
sion des cœurs et de la pénétration mutuelle, l'âme même du 
monde moderne, la langue universelle par excellence, familière à 
tous, où tout passé et tout avenir sont contenus? 

A peine l'année s'ouvre-t-elle, que les envois, les adhésions com- 
mencent à affluer au Champ de Mars, et que les notabilités artis- 
tiques et industfi^ês accourent des quatre coins du monde à 
Paris ; on dirait d'une surexcitation générale. Il semble que toutes 
les nations ont hâte de venir plaider, preuves en main; dans ce 
solennel prétoire pour leurs foyers de Matière, pour leurs autels 
d'Idéal. La galerie des arts hbéraux s'emplit rapidement d'instru- 
ments de prix et de marque, de belles éditions, d'innovations 
curieuses, de découvertes intéressantes. Il est décrété que l'his- 
toire de la Musique sera admise dans le Palais, suivant le plan 
adopté pour l'histoire du travail; que l'art de la Musique y sera 
représenté au triple point de vue de la composition, de l'exécu- 
tion, de l'histoire. Trois comités se. coiistituent sous la présidence des 
compositeurs et musiciens les plus célèbres de l'Europerpar les résul- 
tats de leurs travaux, on a pu juger ide l'étendue de leur tâche et 
de leur dévouement, ainsi que de la science profonde , de la haute 
expérience qui avaient dicté leurs programmes, dont la réalisation a 
sombré sous le poids de considérations étrangères à l'art. On met 
au concours, avêcdes" prix' d'une valeur totale de 10,000 francs, l^ 
cantate dé l'Exposition , Thyhine de la paix. On offre à l'émulation 
des Sociétés .,orphéoniques f vocales et instrumentales, des récom- 
penses qui s'élèvent à plus de 30,000 i'rancs. Elles sont chaude- 
ment disputées — j'ai dit comment et en quelles t;irconstances , 
— par la nombreuse élite de cette institution populaire, qui pos- 
sède à un degré si développé le goût et le sentiment musical, 
institution dont l'extension rapide prou\e la vitalité et qui s'appuie 
sur l'esprit de solidarité, ce mot d'ordre de l'avenir. 

Aux facteurs d'instruments, aux luthiers, aux éditeurs, aux au- 
teurs d'ouvrages didactiques et d'enseignement, on décerne trois 
brevets de légionnaire, neuf médailles d'or, soixante-quatre mé- 
dailles d'argent, quatre-vingt-quinze de bronze, soixante-treize 
mentions honorables. Le jour de cette distribution de récom- 



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UEVUE ET GAZETTE MUSICAL!-. 



penses , pendant cette fête ciu travail et de la paix féconde, sous 
ce vélum constellé d'étoiles comme un symbole d'espérance et 
d'union, un orchestre imposant exécute l'hymne de Rossini qui 
veut, pour cette circonstance unique,- joindre sa gloire à tant de 
gloires. De longtemps on n'oubliera ces magnifiques fêtes du mois 
de juillet. Lors du Festival de la Commission impériale, quatre 
mille exécutants interprètent, sous la direction de Georges Hainl, 
l'homme des masses, un programme composée d'oeuvres popu- 
laires, de celles que l'on aime à entendre lorsque l'âme s'ouvre 
aux sentiments généreux, aux émotions entraînantes et qui sem- 
blent nées, au surplus, pour traverser de leur chaud rayonnement 
les frémissements enthousiasfes des foules. On sera lier, plus tard, 
d'avoir assisté au concours international des musiques militaires. 
Neuf peuples en présence! Et quelle effervescence! Et quel délire! 
Et que de beaux rêves de concorde universelle caressés en ces 
heures rapides et mélodieuses ! 

Réveillerai-je ici les échos de ce Champ de Mars tout vibrant, 
tout bruissant de l'orchestre de Strauss, de Bilse, des Tziganes et de 
la ChapeOe hongroise, du Théâtre chinois et du Café tunisien, de 
la Brasserie bavaroise et de l'orchateria espagnole, de la salle 
Suffren et des Salons français ? Musique, musique partout et du 
matin au soiv. Dans les galeries, cent pianistes s'escriment sur 
autant de pianos; là-bas les orgues tonnent; le Théâtre interna- 
tional essaie de se faire entendre au milieu de la gigantesque sym- 
phonie ; mais, hélas! ses ariettes s'envolent dans un rayon de la 
lumière électrique des phares. Tout cela, j'ai tenté, cet été, de le 
dire, de le peindre ici même. 

A distance, et toutes réflexions faites, je ne vois )'ien à changer 
à mes conclusions. L'art musical, ses procédés pratiques, ses créa- 
tions et ses constructions, tous leurs contingents ont grandi dans 
cette chaude atmosphère. Semblable à la vapeur sortie de la four- 
naise ardente et soulevant de sa puissante expansion l'outillage de 
vingt industries à la ibis, le souffle d'émulation engendré par la 
grande fédération pacifique du Champ de Mars animera longtemps 
la facture instrumentale, la lutherie et fécondera ainsi les progrès 
de l'art musical. 

Les théâtres lyriques, littéralement assiégés pendant l'été par 
les visiteurs de l'Exposition, ont été à la hauteur de leur glorieux 
renom. 

L'Opéra poursuit le cours de ses magnifiques représentations de 
l'Africaine, chantée aujourd'hui sur toutes les scènes un peu im- 
portantes de notre pays et de l'étranger, et avec un succès toujours 
plus grand. Mlle Battu s'approprie le personnage de Sélika, si puis- 
samment créé par Marie Sass, car « c'est le privilège des beaux rôles 
— écrivait à cette occasion le critique ingénieux et sûr, M. Paul 
Smith, que j'essaie de suppléer, mais que je ne remplace pas, — de 
se prêter aux talents divers et de fournir à chacun d'eux le moyen 
de briller sans se nuire réciproquement, par les qualités qui leur 
sont propres. » A V Africaine succède Don Carlos, œuvre inégale, qui 
recèle néanmoins d'incontestables beautés. Mlle Salvioni rajeunit 
la Fenella de la Muette au feu de son jeune et gracieux talent. 
Robert le Diable atteint la cinq centième de ses représentations, 
événement unique dans les fastes de l'Opéra et qui atteste la pro- 
digieuse vitalité des inspirations et du génie de Meyerbeer. A son 
répertoire habituel, à Guillaume Tell et au Corsaire solennellement 
repris, ce théâtre ajoute la Fiancée de Corinthe, qu'appuie brillam- 
ment le talent de Faure. Des représentations de gala offertes aux 
souverains, hôtes de la France, l'audition des étudians Scandina- 
ves, aux voix pures, aux chœurs d'une poésie originale, et les 
concerts des meilleures musiques étrangères, la musique de Prusse 
entre autres, complètent le bilan de l'Académie impériale de mu- 
sique. 

L'Opéra-Comique, de son côté, reprend VEloile du Nord, produit 



quelques débutants d'avenir et présente au public plusieurs opéras 
nouveaux. Le Fils du Brigadier n'ajoute rien à la réputation de 
V. Massé. Chez la Grand'Tante de M. Massenct, la froideur est 
compensée par l'éclat du coloris. La cantate du grand prix de 
composition révèle chez M. Pessard, son auteur, une expérience 
précoce et... des idées. floômsow Crusoé clôt spirituellement l'année: 
Offenbach s'y révèle sous un jour nouveau qui frappe le public, et 
paralyse la critique de certaines coteries jalouses. Dans ce style 
vif, gracieux, pétillant, dans cet esprit humoristique, dans cette 
fécondité toujours heureuse, dans cette appropriation exacte et pit- 
toresque à la fois de la mélodie au sujet lui-même, dans cette vi- 
vacité d'une imagination piquante et délicate, on se plaît ù pres- 
sentir une voie nouvelle ouverte à ropéra-comique, et comme la 
modernisation do ce genre. 

Au théâtre Lyrique, les nouveautés sont moins rares. Déborah 
disparaît écrasée sous l'ennui ((u'elle provoque ; Sardanapale met 
M. Victorin Joncières en lumière, mais sans trop d'éclat, et, en 
ramassant, avec une mémoire remarquable des bons endroits 
et des riches propriétaires, des Bleuets dans les blés, M. Jules Cohen 
no cueille pas le rameau d'or du succès et de la vogue. Le Car- 
dillac de M. Dautresme, plus incidente et plus retentissant à la 
ville qu'au théâtre , sans forcer l'admiration du publie, trouve 
pourtant des appréciateurs. De tous les sujets empruntés à 
Waltor Scott, aucun ne se rapproche moins de son origine que 
la Jolie Fille de Perth, mais sur ce livret assez riche, néan- 
moins, en situations musicales, M. Georges Bizet écrit, avec une 
véritable entente de la scène, une partition mélodique, mou- 
venienlée, intéressante, qui tient les promesses des débuts' de 
ce compositeur. L'événement de l'année, au théâtre Lyrique, — où 
se produisent entre temps la beauté luxuriante et la voix agile 
jusqu'à l'excès de Carlotta Patti, — c'est, incontestablement, l'appa- 
rition de Rome} et Juliette. La muse de Charles Gounod traduit 
passionnément ce drame féodal, couleur d'aurore et de sang, oii 
chantent l'alouette et l'amour, où se heurtent le fer et la haine. 
Cette œuvre restera acquise à l'honneur du mouvement musical 
de l'année et de la jeune école française. La « jeune école fran- 
çaise ! » Devant les regretteurs jurés du passé, les douleurs de 
l'avenir, les mécontents et les sceptiques, n'est-ce point là un mot 
bien ambitieux? Non, car elle existe, s'il .suffit pour être école, de 
posséder la science de l'harmonie, la puissance de la couleur, la 
vérité de l'accent, le secret des rhythmes, le charme, le sourire, 
l'émotion aussi. Ne nous plaiguons donc pas, sachons attendre; 
n'allons pas, dans l'acuité de nos souvenirs ou dans l'excès de 
nos impatiences, nous faire plus pauvres que nous ne sommes et 
méconnaître injustement nos richesses. 

Aux Italiens, Adelina Patti soutient le répertoire de la lin de la 
dernière campagne et du début de celle-ci. 

Parmi les beaux soirs de Norma, d'I Purilani, d'Otello, de la 
Traviata, de la Gassa, de Lucrezia, de Maria, se glisse le Columella, 
de Fioravanti, olla-podrida de vieilles rengaines, et la Locanda 
gratis d'Alary, où il n'y a qu'à louer une facilité de plume poussée 
jusqu'à l'abandon. La province et l'étranger affluent aux représen- 
tations exceptionnelles que M. Bagier a l'heureuse idée de donner 
eu septembre. Après avoir déployé un entrain inouï et un goût 
adorable dans l'Angiolina de ce Don Desiderio, qui est comme le 
résumé touffu des errements de l'ancien genre bouffe italien, Ade- 
lina Patti s'empare du répertoire dramatique avec une autorité, 
une passion, un charme. pénétrant indicibles: toute une révéla- 
tion ! Mlle Harris gravite et se fait remarquer autour de l'étoile. 
Mongini, plus artiste que virtuose, d'un talent qui déborde plutôt 
qu'il ne se possède, servi par une voix fort belle, mais capricieuse 
et rétive, disparaît bientôt de ce ciel où il comptait briller d'un 



DE PARIS. 



H 



éclat plus vif. On sait le reste : c'est l'histoire que nous écrivions 
au jour le jour. 

Aux Fantaisies-Parisiennes, sept l'cpriscs intéressantes et six pe- 
tits opéras-comiques nouveaux témoignent de l'activité et du désir 
de bien faire de M, Martinet, et justifient les encouragements gé- 
néreusement accordés à cette scène lilliputienne, mais vaillante et 
bien musicale. 

La musique règne du reste partout en mil huit cent soixante- 
sept, et même sur les scènes les plus modestes. 

Le théâtre Rossini, qui n'est jamais plus fermé que lorsqu'il est 
ouvert, débute par une pâle opérette; l'Athénée réunit chanteurs 
et danseuses là oîi trônait le fauteuil des conférences; l'Odéon 
déclame Athalie , avec les cliœurs de Mendelssohn ; la Gaîté, 
Hamlet, avec les mélodrames de M. Joncières: ce qui permet d'é- 
tablir une comparaison. Les cafés-concerts , émancipés , jouent 
des opérettes, des revues, des actes d'opéras, renforcent leur 
orchestre et deviennent de véritables scènes lyriques. 

Dominant ces entreprises, aux fortunes diverses, de toute la hau- 
teur que peuvent donner une origine illustre et l'habitude de 
vaincre, la Grande-Duchesse séduit , pendant deux cents jours , 
rois, princes, bourgeois et manants; elle disparaît, dans sa gloire, 
de la scène des Variétés, et poursuit sa marche triomphale au 
milieu des populations de la France et de l'étranger accourues sur 
son passage ^ 

J'aurais aimé à indiquer les causes, les résultats du succès de 
nos œuvres lyriques à l'étranger, et à présenter en même temps le 
tableau des travaux des principales scènes de l'Europe en 1867; 
mais ces colonnes s'emplissent avec une incroyable rapidité... 
Je me bornerai à mentionner la fécondité italienne : vingt-neuf 
grands opéras en une année! Le lyrisme italien a de la force, 
mais pas d'énergie, plus de muscles que de talent vrai, du feu 
sans éclat, de l'explosion, de la verve, mais pas d'inspiration, pas 
de délicatesse, celte condition suprême de l'art. Cela remue, mais 
n'émeut point. 

Du théâtre passant au concert, nous verrons que durant le cours 
entier de 1867, l'Europe entière applaudit à l'interprétation des 
chefs-d'œuvre classiques. Le goût public veut bien reconnaître que 
les anciens ont enrichi la pensée humaine, qu'ils ont exprimé leur 
sentiment d'une manière large et grande, fine et sensée, belle en 
soi, qu'ils ont parlé à tous dans un style à eux et qui se trouvait 
aussi celui de tout le monde, style nouveau et antique, aisément 
contemporain de tous les âges. Aussi voyons- nous la Société des 
concerts du Conservatoire — déjà obligée de doubler le nombre de 
ses séances habituelles — provoquer autour de ses manifestations 
artistiques un intérêt d'autant plus vif que l'admiration s'imprègne 
là d'une sorte de respect, et attirer au moment de l'Exposition 
un public cosmopolite , auditoire sympathique qu'elle séduit et 
qu'elle entraîne. Les concerts populaires gagnent encore en per- 
fection et en succès: Pasdeloup y livre de glorieuses batailles dont 
les généraux s'appellent Joachim, Koempel, "Wilhelmy. 

L'Athénée s'ouvre sous une inspiration philanthropique et qui 
honorera le nom de Bischoffsheim. Il accorde à la musique classi- 
que une hospitalité remplie de bonnes intentions : au lendemain 
de conférences, souvent intéressantes, un public de choix et de 
haute élégance vient applaudir dans ce luxueux sous-sol le Struen- 
sée de Meyerbeer, dont on ne connaissait jusqu'alors que l'ouver- 
ture et la polonaise, exécutées par les soins de Pasdeloup à ses 
concerts populaires, et que le célèbre chef d'orchestre tient à 
honneur, dans son amour pour ce chef-d'œuvre, de faire connaî- 
tre tout entier à son nouvel auditoire; les chœurs d'Ulysse et d'^l- 
thalie; M. de Gasperini et ses gloses passionnées sur les anciens 
traduits — je ne ne dis pas trahis — par Georges Pfeiffer; le Désert, 
de Félicien David, présage poétique, mais fatal, du sort réservé à 



la salle. De leur côté, les concerts de la Société libre des beaux- 
arts, de la Société séculaire des Enfants d'Apollon, de la Société 
académique de nmsique sacrée, etc., puisent largement au trésor 
lyrique du siècle dernier. 

Si les chefs-d'œuvre de l'art sont partout vulgarisés, et si des 
esprits d'élite en assurent la tradition en y faisant entrer plus ou 
moins chacun, et en les plaçant sous la sauvegarde universelle, 
hsCénades, les l'cunions artistiques choisies, entre soi, à huis clos, 
n'en (lorissent pas moins, et l'on pourrait citer nombre de ces 
petits « cabinets bleus » dans lesquels les jouissances rallinées de 
l'oi-eille et du goût se mêlent aux plus délicates théories. La 
grande société substitue, en effet, dans ses plaisirs, la musique à 
la danse et l'harmonie est la conviée du monde officiel. Quant 
aux concerts, il suffira de constater leur marée inexorablement en- 
vahissante ! 

La musique religieuse n'est pas moins bien partagée en 1867 
que la profane : je ne parle pas d'une exécution incomplète de la 
messe en ré de Beethoven; mais les messes du prince Ponia- 
towski, de Duprez, de Ch. Colin, de Cauvin, de Lajarte, de 
Mme de Granval, d'autres encore ont prouvé que la source des 
éludes sérieuses et du sentiment musical religieux n'était pas en- 
core tarie. L'adoration est un état de l'âme que la musique peut 
seule exprimer et qu'elle a traduit en des pages immortelles. 

Dans ce tableau rapide du mouvement musical de l'année, je 
n'aurais garde d'oublier les développements de la virile institution 
du chant choral populaire. Les sociétés orphéoniques , vocales ou 
instrumentales, enserrent aujourd'hui l'Europe de leur réseau mé- 
lodieux. Obéissant à des chefs habiles, encouragées par les gou- 
vernements, ralliant à elles la sympathie des intelligences les plus 
élevées, elles savent comprendre le beau et faire le bien : en 
France, ces paysans-musiciens, ces artisans-chanteurs ont versé, 
cette année, près d'un demi-million dans les caisses de la bien- 
faisance publique. 

L'année 1867 a vu naître environ seize journaux de théât'-e et de 
musique et paraître un grand nombre d'ouvrages et traités con- 
cernant notre art, sans compter les almanachs. Dans l'examen 
détaillé de ce mouvement littéraire spécial et des judicieux travaux 
de la presse musicale de Paris, de Londres et d'Allemagne, il y 
aurait certainement matière à un chapitre riche en documents in- 
téressants, en révélations curieuses et en piquants contrastes. 

Parmi les faits généraux à porter à l'actif de l'année défunte, 
je signalerai le licenciement, regrettable à bien des points de vue, 
des corps de musique de la cavalerie française et italienne ; plu- 
sieui's conventions nouvelles internationales relatives à la propriété 
artistique; un prix de 20,000 francs accordé à l'auteur, favorisé 
des dieux, de LaltaRouck; la création de nouveaux conservatoires 
en Angleterre et en Russie ; la destruction complète par le feu du 
théâtre de Sa Majesté, à Londres; les concours d'opéras, enfin, 
ouverts par décision ministérielle, à l'Académie impériale de mu- 
sique, à rOpéra-Comique et au Théâtre-Lyrique. En présence des 
progrès du sentiment musical en France, l'administration a com- 
pris qu'il était juste d'aider les jeunes compositeurs à surmonter 
ces obstacles du début qui enchaînent parfois l'essor de toute une 
carrière; elle a cherché, par ces concours, à offrir au talent l'ap- 
pui le plus digne et le plus enviable, c'est-à-dire l'occasion d'un 
jugement impartial et la perspective d'une publicité fructueuse et 
brillante. 

Il me reste la douloureuse tâche de compter nos morts. Ils sont 
là, quatre-vingt-dix-huit, couchés dans le tombeau, compositeurs, 
écrivains, chanteurs, cantatrices, artistes, virtuoses, professeurs, 
éditeurs, auteurs dramatiques, dilettantes, protecteurs de l'art. . . 
Mmes Méric-Lalande, Nantier-Didiée, Masson, Rita Favanti, Lagel, 
Saint-Aubin, Persiani, les belles voix, le charme et l'émotion du 



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REVUE ET GAZETTE MUSICALE 



passé; Paulin Lespinasse, Mercadier, Pierre Gross, Triébert, Sin- 
gelée, Mattau, Meifred, de Kontski, Wéry, Forestier, Maussant, 
artistes au talent sympathique, au cœur généreux; Ernst Neu- 
mann , Perelli, Immler, Barbieri, auteurs d'œuvres estimables; 
Pacini, compositeur fécond; miss Glover, directrice de la Tonic 
fa sol Association, de Londres, couronnée aux concours choraux 
de l'Exposition ; Smart, doyen des musiciens anglais ; Mellon, di- 
recteur des célèbres concerts de ce nom; Legouix, Metzler, édi- 
teurs ; Ludwig Bischoff, de Bougé, Malliot, critiques d'art et 
musicologues; le docteur Véron ; Crosnier, ancien administrateur 
de l'Opéra ; notre regretté Georges Kastner, noble et laborieuse 
existence dont aucun feuillet n'est à arracher... Combien d'autres 
encore qui furent utiles, aimés, amusants et célèbres dans le 
monde; malheureux ou maltraités autant qu'intelligents, choyés, 
dévoués et courageux : preuves frappantes pour qui les étudie 
qu'il faut toujours faire son devoir, puisque la belle mémoire qu'on 
laisse est la vie éternelle qui récompense et qui venge! 



Riche des exemples du présent et des traditions du passé qu'il lui 
a été donné de comparer ; fortifié au contact de ces robustes in- 
fluences; en quelque sorte pénétré d'une substance où s'est épan- 
chée lai'gcment la véritable volonté des peuples, 1867, et ce ne sera 
pas sa moindre gloire, a donné pour la première fois le consolant 
spectacle d'une haute sanction, d'une protection efficace, de récompen- 
ses précieuses, prêtées et accordées à la musique, le seul art à com- 
pléter, en effet, le seul qui progresse, le seul nouveau; pour la 
première fois, dis-je, car auparavant on ne protégeait, on ne con- 
sacrait soigneusement que la peinture, la sculpture, tous les arts 
du dessin. De l'année écoulée, grâce à la concentration des for- 
ces vives de l'intelligence qu'elle a magnifiquement suscitée, grâce 
à la mémorable sanction donnée par elle à l'âge héroïque du tra- 
vail, datera la vulgarisation et comme la preuve pratique de cette 
grande vérité, à sa^•oir que la recherche du beau ne se divise pas 
en études rivales et en manifestations d'antagonisme. Mozart et 
Racine, Beethoven et Shakspeare, Meyerbeer et Rubens, et tous 
les vrais génies ont marché aussi droit les uns que les autres vers 
l'éternelle lumière où se complète l'harmonie des sublimes inspi- 
rations. 

Em.-iAUthieu UE monter. 



CONCERTS POPDLÂIBES DE fflDSIQUE CLASSIQUE 

AU CIRQUE NAPOLÉON 
l.éoiiard. 

Aux concerts populaires de musique classique fondés par 
M. Pasdeloup, il y a toujours un pupitre dressé pour tous les 
grands violonistes de l'Europe : Sivoi'i, Alard, Joachim, Wilhelmy, 
l'ont occupé tour à tour, et, dimanche dernier, Léonard y compa- 
raissait, Léonard, connu, aimé de tous, qui dernièrement a jugé 
à propos de quitter la Belgique pour la France, et d'établir son 
quartier général à Paris. 

Dès son arrivée, le célèbre artiste nous donna un charmant con- 
cert, où son talent s'appuyait sur celui de sa charmante femme, 
l'un des fleurons les plus brillants de la famille des Garcia. Di- 
manche, il a paru seul dans un beau et large morceau, son qua- 
trième concerto, où il a montré successivement toutes les qualités 
dont son art se compose : sûreté d'archet, justesse de son, gran- 
deur et force de style, élégance et finesse. Aussi Léonard a-t-il été 
reçu les bras ouverts, acclamé à plusieurs l'eprises par toute la salle 
et spontanément par les musiciens mêmes de l'orchestre. Jamais il 



n'y eut de succès plus général, plus enthousiaste et plus significatif; 
on a reconnu le professeur que la Belgique voulait retenir à tout 
prix et dont ses regrets attestent la valeur. Heureusement la France, 
qui la première consacra son talent, n'est pas ingrate et elle saura 
lui faire retrouver ce qu'il a quitté pour elle. 

Le concert dans lequel s'encadrait ce morceau était fort habi- 
lement composé ; d'abord, : la belle ouverture en mi majeur de 
Fidelio, la ravissante symphonie en mi bémol d'Haydn ; puis un 
adagio fort remarquable de Gouuod ; après le concerto, venait 
l'ouverture de Mendeissohn, la Mer calme, dont le charme et le 
mérite consistent dans de belles et pures harmonies, et enfin, Yin- 
vitation à la valse, avec la célèbre instrumentation de Berlioz. 
Léonard rayonnait au milieu de toute cette musique si variée, il 
rayonnait de manière à laisser un long souvenir- de lui, comme 
virtuose et comme compositeur. La France a prouvé qu'elle était 
heureuse et fière de sa conquête : elle a pris Léonard et elle le 
gardera . 

P. S. 



REVUE DES THEATRES. 

Odéon : la Saint- François, comédie en un acte et en prose, par 
Mme Amélie Perronnet; les Amoureux de Marton, comédie en 
un acte et en vers, par M. Léon Supersac. — Porte Saint-Mar- 
tin : IS67, revue eu cinq actes et vingt-cinq taJjleaux, par 
MM. Clioler frères et Koning. — GArrÉ : les Treize, drame en 
cinq actes et six tableaux, par iMiVl. F. Dugué et G. Peaucellier. 

En attendant la grande pièce de M. Pierre Bei'ton, sur laquelle 
rOdéon croit pouvoir fonder de légitimes espérances, ce théâtre 
vient de donner coup sur coup, dans la même soirée, deux petites 
comédies qui ont complètement réussi. La première est en prose 
et s'appelle la Saint-François. C'est le début littéraire d'une dame 
qui s'est déjà fait connaître dans le monde artistique comme pia- 
niste distinguée. Les sympathies du public ont suivi Mme Amélie 
Perronnet à la scène, et lui ont prodigué des encouragements qui 
la décideront sans doute à persévérer dans cette nouvelle et pé- 
rilleuse carrière. La Saint-F ançois n'est cependant qu'une promesse 
où l'on voit poindre d'aimables qualités, de la grâce et du senti- 
ment. C'est un tableau de famille qui rappelle les sujets préférés 
de Greuze. Tout le monde est réuni pour célébrer la fête du chef 
de maison ; mais un couvert est vide à la table du festin, c'est 
celui du fils qui a encouru la disgrâce paternelle pour avoir préféré 
la fortune des lettres aux hasards du commerce. 

En dépit de ses propres rigueurs, le père regrette son enfant 
chéri, dont il se ci'oit oublié. Mais, à cet instant même, le jeune 
homme risque sa vie pour l'honneur de son nom. On comprend 
les angoisses de toute cette famille rassemblée pour une fête, et le 
bonheur du père quand son fils, sain et sauf, vient se jeter dans 
ses bras. 

La seconde pièce, agréablement versifiée par M. Léon Supersac, 
est intitulée les Amoureux de Marton. Marton, la fine soubrette, a, 
en effet, trois amoureux, mais tous trois de commande. Son maître, 
M. Géronte, l'a léguée avec tous ses biens à celui de ses collaté- 
raux qui se ferait aimer d'elle. Un tabellion, madré et retors, l'em- 
porte sur ses concurrents; mais quand il a épousé Marton, il re- 
connaît qu'il a été mystifié par le défunt, dont les trésors sont au 
fond de la mer. La fortune lui échappe, mais Marton lui reste ; 
l'avenir lui apprendra s'il y a compensation. 

Il faut dire, à la louange des artistes de l'Odéon, que ces deux 
comédies sont fort bien interprétées, la dernière surtout, par Mar- 
tin et par Mlle Damain. 



DE PARIS. 



13 



— La Porte-Saint-Martin a joué sa grande revue, (|uc l'on pfut 
même traiter de grandissime, car elle dure de sept heures à mi- 
nuit. C'est une lanterne magique, où tout est pour les yeux. La 
part des auteurs se borne à la préparation, à l'eneliaîiiemcnt 
d'une foule de tableaux splendides, dont l'honneur appartient au 
metteur en scène, au machinisle et au décorateur. Ne soyons- 
donc pas aussi sévère pour ces messieurs que l'a été le public de 
la première représentation. Constatons d'ailleurs que l'enthou- 
siasme maladroit de la claque patentée a été pour beaucoup dans 
l'esclandre qui a troublé cette soirée et qui a nécessité une en- 
quête de la part du préfet de poiic3. Les spectateurs ont protité 
de cette circonstance pour affirmer leur di'oit de siffler en opposition 
avec les applaudissements payés par les directeurs de théâtre, et 
nous avons tout lieu de croire que ce droit ne sera plus contesté. 
Les auteurs de la Revue ont eu le contre-coup du débat engagé 
en dehors d'eux, et ils ont reçu les horions de la foule agacée. 
Mais, en somme, ils n'ont pas tout à fait mérité leur sort. Le ca- 
nevas de leur pièce n'est pas plus mauvais que tant d'autres, et 
il remplit exactement son but, qui consiste à nous montrer toutes 
les curiosités, toutes les magnificences de l'année 1867. Avec un 
aussi charmant cicérone que Mlle Honorine, et un aussi joyeux 
compère que Laurent, on ne sent pas trop la fatigue de ce long 
voyage à travers le passé. Et puis, que de merveilles! quelles ri- 
chesses et quelles splendeurs! Les Champs-Elysées, le Palais de 
l'électricité, Paris à vol d'oiseau, le jardin réservé de l'Exposition, 
la galerie des machines, le champ de course, et il est probable que 
nous en oublions. 

Quant aux exhibitions d'artistes, il faut avouer qu'elles ne sont 
pas toutes très-lieureuses. On a eu tort de déranger Mme Thierret 
pour si peu. Les formes plastiques de Mlle Delval sont beaucoup 
trop connues pour l'abus qu'on en fait. Les parodies de Mlle Silly 
ne sont généralement pas marquées au coin du bon goût, et sa 
camarade Schneider a été bien vengée de ses attaques malséantes 
par le mauvais accueil qu'on leur a fait. 

En revanche, la réapparition de Mlle Thérésa, après une longue 
absence, a été l'objet d'une chaleureuse ovation, que nous com- 
prenons jusqu'à un certain point, car, en vérité, l'art n'est pas 
aussi étranger que bien des gens le disent au succès de cette 
Reine de la chanson populaire. Darcier n'est pas, non plus, un 
chanteur à dédaigner ; mais sa manière discrète pâlit singulière- 
ment auprès de la rondeur toute prime-sautière de Thérésa. 

Nous ne parlerons que pour mémoire des deux nains Primo et 
Ernesto, sur qui repose la critique de M. de Camors, d'Octave 
Feuillet. 

La partie chorégraphique a de l'ampleur et de l'éclat : le ballet 
des Francs-Tireurs ne manque pas d'originalité, celui des Japonais 
de bizarrerie, et le grand ballet du Sport, légèrement contesté le 
premier soir, est aujourd'hui l'un des plus précieux attraits de la 
pièce, grâce au talent sérieux de Mme Zina-Mérante et aux pi- 
rouettes fantaisistes de Mlle Mariquita. 

Enfin, nous devons dire que la musique occupe une large place 
dans cette immense Revue. Parmi les morceaux nouveaux, nous 
citerons les deux chansons de Thérésa, la ronde de Mlle Silly, le 
chœur de la Vapeur, par Hervé, la grande scène de Darcier, la 
Tyrolienne et les couplets de la Poule, par Chautagne, un rondeau 
et deux chœurs d'eunuques et de Chinois, par DebiUemont, l'ou- 
verture, la musique de scène et celle des ballets par le nouveau 
chef d'orchestre, Albert Vizentini. 

— Bien différente de la Porte-Saint-Martin, la Gaîté abandonne 
la féerie pour se retremper dans le drame pur-sang, qui parais- 
sait être passé de mode. La l'cprésontation des Treize laisse au 
moins la chose en suspens, et ce genre condamné n'en aura pas 
en Vain appelé à ses juges. Balzac est-il d'un grand poids dans ce 



moiivcnienl de lu iialance? Quoi qu'en disent les auteurs du drame 
nouveau, qui ont V(julu pailager leur gloire avec le romancier de 
la Comédie humaine, nous ne le pensons pas. Leur Fcrragus est 
bien un empi'unt fait à Balzac; le point do départ de leur pièce 
est bien le même que celui du livre. Mais à cela se borne la simi- 
litude des deux œuvres. Ferragiis, l'ancien forçat, le chef des 
Treize, se sert de son redoutable pouvoir pour protéger l'honneur 
et le repos de sa lille Clémence: mais ici l'action bifurque et ne 
se rattache plus à Balzac que par l'intervention de la duchesse de 
Langeais, une autre de ses créations, absente du roman de Fcrra- 
gus. Cette duchesse, qui veut perdre Clémence, est condamnée 
par les Treize, et Ferragus est chargé de la marquer au front 
d'un fer chaud; par bonheur, Clémence a appris que la duchesse 
est sa sœur, et, pour épargner un abominable crime à son père, 
elle la sauve, et court s'enfermer avec elle dans un couvent sur 
les bords de la mer. Un général, qiii aime la duchesse, la poursuit 
jusqu'au fond de son asile; Ferragus vient l'arrêter en le menaçant 
de son épée, mais au même instant on entend les prières des 
morts, et le couvent rend à Ferragus le cadavre d'une de ses 
filles. Laquelle? L'aspect de la duchesse apprend que c'est Clé- 
mence, et le père désolé ne songe plus à disputer l'autre à l'amour 
du général. 

Ce drame, très-intéressant et ti'ès-habilement conduit, a été très- 
applaudi, surtout dans sa dernière partie. Dumaine est parfait dans 
le rôle de Ferragus, et il y est fort bien secondé par Lacresson- 
nière, par Mlle Lia Félix et par Mme Juliette Clarence. 

D. A. D. SAINT-YVES. 



NOUVELLES DES THÉÂTRES LYRIQUES. 

:i*jg Le théâtre impérial de l'Opéra a donné lundi l'Africaine. — Mer- 
credi, le Trouvère et la Source. — Faure, remis de son indisposition, a 
repris vendredi son rôle dans Guillaume Tell. 

a,*jtf Les études A'Hamlci sont poursuivies avec activité, et l'on compte 
que l'œuvre nouvelle d'Ambroise Thomas fera son apparition à la fin de 
février au plus tard. 

if*^ liohinson Crusoè. Tait toujours de belles chaudjrécs au théâtre de 
l'Opéra Comique.— Mlle Brunet-Lafleur continue avec beaucoup de succès 
ses débuts dans le rôle d'Angèle du Domino Jioir., qui attire beaucoup de 
monde. 

**^ Les études d'Un jour de bonheur sont activement suivies. Les répé- 
titions générales vont commencer incessamment. 

^*^ MM. de Leuven et Ritt viennent d'engager une jeune élève du 
Conservaloii'e, Mlle Labrunie. 

^*^, La Traviata a été donnée au théâtre Italien mardi, avec Adefina 
Patti et Steller dans le rôle de Germond.— JeuOi le célèbre baryton chan- 
tait avec Mlle Kraiiss dans la Lucrezia Borgiti. — Hier on a repris la 
Gasza ladra avec Mlle Patti, Gardoni, Agnesi, Mlle Grossi et Ciampi. 

^*^ L'engagement qu'Adelina Patti a contracté avec le théâtre de Saint- 
Pétersbourg ne privera pas le public parisien de son talent pour l'année 
prochaine. Elle chantera au théâtre Italien pendant les mois d'octobre et 
novembre, en Russie de décembre à février, et de nouveau à Paris en 
mars et avril. 

*** Cresci vient de résilier à l'amiable l'engagement qui le liait à 
M. Bagier. Il est reparti pour l'Italie. 

.j*^ Depuis longtemps, les échos du théâtre Lyrique n'avaient retenti 
d'applaudissements pareils à ceux qui ont accueilli jeudi soir la reprise 
de fa Fanchonnelle. C'est qu'aussi Mme Garvalho, dont ce rôle avait 
établi si solidement la réputation au moment où elle passait du 
théâtre de l'Opéra-Coniiq-ie à celui du boulevard du Temple, y repa- 
raissait dans tout l'éclat de son magnifique talent, mûri par les grands 
rôles qu'elle a créés depuis onze ans. Si, dans la classification des . 
œuvres lyriques, la Fanchonnotle n'occupe qu'un rang secondaire, elle 
n'en est pas moins un des opéras -comiques contemporains les plus amu- 
sants et les plus sympathiques. Les nombreux morceaux qu'elle contient 
sont admirablement écrits pour faire briller une première chanteuse, et 



14 



KEVUE ET GAZETTE MUSICALE 



quand cette première clianteiise est de la force de Mme Carvallio on 
comprend le parti qu'elle en devait tirer. Aussi la romance : Mon pauvre 
cœur, lais-toi, la ronde qui termine le premier acte, le Noël de M. Jean, 
le boléro et parliculièrement le délicieux duo de la vieille tante avec 
son neveu, au troisième acte, la portèrent-ils aux nues. Ce triomphe 
s'est reproduit jeudi. Les mélodies faciles, mais séduisantes, de Clapisson, 
dites avec une pareille perfection, ont valu à leur interprète bravos sur 
bravos, rappels et couronnes Monjauze rentrait ce jour-là, sur la scène 
qu'il avait momentanément quittée, et sa part dans le succès a été d'au- 
tant plus grande qu'un repos de quelques mois a l'endu beaucoup de 
fraîcheur à sa voix. Aussi a-t-on bissé ses coup!els d'entrée et a-t-il été 
applaudi chaleureusement après sa romance du deuxième acte et le duo 
du troisième. Cette reprise, par .«-on éclat et sa solennité, présage à la 
direction une suite de fructueuses repré.senlalions. 

^*^ C'est sous le titre de Elisabelh en Hongrie et non du Hoi de la 
Montagne, comme nous l'avons annoncé par erreur, qu'on répète en ce 
moment au théâtre Lyrique le nouvel ouvrage de M. Jules Béer Mlles 
Schroeder et Ducasse, MM . Massy, Ismaël et Barré y rempliront les prin- 
cipaux rôles. 

,j*^ Aux litres d'opérettes que l'actif Athénée se propose de jouer pro- 
chainement et dont nous avons donné la liste, nous ajouterons un 
Riquet à la houppe dont la musique est due à la plume élégante et fine 
de Deflès. 

,*;:- Ainsi que nous en avions donné la nouvelle, le Pardon de Plocrmel 
a été récemment et pour la première fois représent(; à Dijon. Les difficul- 
tés qu'il a fallu vaincre ont été grandes; la direction a fait rie vaillants 
efforts pour que la mise en scène, les décors, le torrent, les effets de 
lumière électrique, les chœurs, l'orchestre, les artistes, tout enfin con- 
courût à la réussite complète de l'œuvre. Le rôle de Dinorah a été un 
triomphe pour Mme Boulangeot. M. Ferrier joue et chante Hoël avec 
beaucoup d'énergie; MM. Fetlinger et Delparle ont fait bisser l'air du 
Chasseur et celui du Faucheur. Le public se presse aux représentations 
de ce bel ouvrage qu'aucune direction dijonnaise n'avait encore osé 
aborder. 

^"^ Les théâtres de Reims et d'Avignon viennent de jouer la Grande- 
Duchesse, avec un égal succès. Sur ces deux scènes, l'ouvrage a été 
bien monté et convenablement distribué. Mme Vauthier, MM. Minne et 
Châtillon ont reçu du public rémois un accueil sympathique. On 
écrit d'Avignon que l'espèce de pruderie introduite dans son rôle par 
Mlle Coinde (la Grande-Duchesse), ne saurait porter atteinte à la pièce 
qui gagne presque à être jouée de la sorte et sans cascades exagérées. 

,^*^ Les "répi'titions de Robinson Crusoé sont poussées avec une grande 
activité à Bruxelles, à Lyon, à Bordeaux et à Genève; le théâtre de 
Marseille se dispose également à le mettre à l'étude 

^*if I.es Nuits de Florence : tel est le titre d'un nouvel opéra en trois 
actes, qui doit être représenté prochainement sur le Grand-Théâtre de 
Lille. Cet ouvrage est dû à la collaboration de MM. Brun Lavainne pour 
les paroles, et Ferdinand Lavainne pour la musique; la réputation de ce 
dernier, comme compositeur, est une garantie de succès. Aussi la direc- 
tion eompte-t-elle Sur cet ouvrage, et sur Roméo et Juliette de Gounod. 
pour clôturer dignement l'année théâtrale. 

^"^ Martha ne ralentit pas ses pérégrinations heureuses « aux rives 
étrangères. « On l'a représentée la semaine dernière, sous des cieux bien 
différents : à Genève et à Alger. Ici comme là, comme partout, le mélo- 
dieux opéra de Flotow a su plaire et a été un succès de partition et d'ar- 
tistes. 

„;** On lit dans la Gazette des Étrangers : « L'opéra italien en Chine ! 
Une troupe- italienne et un ballet sont attendus à Hong-Kong au prin- 
temps prochain, pour donner des représentations au Teatro^ Lusitano. 
L'ouverture aura lieu par // Trovatore. Les prix d'entrée sont à peu 
près les mêmes qu'à Paris et à Londres; une stalle est cotée 25 francs; 
une loge de six personnes, 123 francs. » 

^*,t. On écrit de Londres que la reconstruction du théâtre de Sa 
Majesté, décidée en principe, va commencer prochainement. Les entrepre- 
neurs se sont engagés à la livrer pour le l" janvier 1869. M. Mapleson 
fait rafraîchir la salle de Drury Lane pour y donner ses représentations 
la saison prochaine. 



NOUVELLES DIVERSES. 



3^*, A l'occasion du jour de l'an, S. Exe. le maréchal Vaillant, ministre 
de la Maison de l'Empereur, a reçu aux Tuileries le haut personnel 



du Conservatoire Impérial de Musique et MM. les directeurs des théâtres 
de Paris. 

if*^ Au troisième concert du Conservatoire, l'exécution de la symphonie 
en la de Beethoven, qui figurait en tête du programme, a été de tous 
points magnifique : précision, nuances, mouvements, rien n'a laissé à 
désirer. — Le délicieux chœur des nymphes de Psgché, d'Ambroise Tho- 
mas, si scénique et d'une si délicate contexture, a été bissé. — Mme Tar- 
dieu de Malleville, qui a exécuté le huitième concerto pour piano en ré 
mineur de Mozart, a eu de beaux moments dans la poétique et suave 
romance en si bémol; mais son succès n'a pas été très-vif dans le pre- 
mier et le dernier morceau, et force nous est de dire que le public a 
élé juste. C'est un léger échec qu'elle eût pu éviter en comptant moins 
sur elle-même et sur ce concerto, qui lui est familier depuis longtemps, 
et dont l'exécution a péché principalement du côté technique. — M. Wa- 
rot a chanté l'air célèbre de Slralonice : Versez tous vos chagrins, avec 
un bon style; il a été justement applaudi. On a également fait très-bon 
accueil à la marche du Tannlmuser, qui terminait le concert, et qui a 
été fort bien dite. — Le programme d'aujourd'hui comporte quelques chan- 
gements, par suite de la décision prise au commencement de cette année 
par le Comité de ne pas faire entendre deux fois de suite les mêmes 
soHstes; ainsi le concerto de Mozart est remplacé par un concerto de 
violon composé et exécuté par M. Garcin, membre de l'orchestre, et 
l'air de Slralonice par le chœur Alla beala Irinità. Cette mesure, établie 
en vue de permettre à un plus grand nonibre d'artistes de se produire, 
les prive aussi de la moitié de leur public, puisqu'une seule série d'a- 
bonnés pourra désormais entendre chacun d'eux. 

*'** Voici le programme du onzième concert populaire de musique 
classique qui sera donné aujourd'hui à 2 heures, au cirque Napoléon, 
sous la direction de J. Pasdeloup : 1° Symphonie en sol mineur de Mo- 
zart (allegro, andante, menuet, finale); — 2° Ouverture de Manfred de 
Robert Schuinann, \"^ audition; — 3° Sicilienne, menuet de J. -Sébastien 
Bach [V audition); — i" 9« symphonie de Beethoven (i'" partie : alle- 
gro un poco maestoso, adagio cantabile, scherzoj; 3° — Ouverture de 
Guillaume Tell de Rossini : soli par MM. Brunot (flûte); Casleignier fcor 
anglais); Poëncet (violoncelle). 

^,*t La cinquième séance de musique de chambre donnée par M. Bo- 
newilz le 29 décembre, offrait l'intérêt d'une nouveauté qui avait son 
prix pour les amateurs de bonne musique. Nous voulons parler d'un 
trio (op. 18) pour piano, violon et violoncelle, de M. Saint-Saëns, œuvre 
d'un très-grand mérite, et qui, fort bien exécutée par M.M. Bonewitz, 
Telesinski et Norblin, a produit un excellent effet. — M. Bonewitz an- 
nonce une nouvelle série de matinées, à dater du 19 janvier, dans les 
salons Kriegelstein. On entendra dans la première un tiio de Charles 
Dancla . 

^*^ Une très-belle salle de concert, à laquelle on a donné pour parrain 
l'illustre auteur des Huguenots, a été inaugurée à Liverpoul le 31 dé- 
cenibre dernier. La Meyerbeer-Hall est située dans Hardman Street. La 
première soirée a été splendide: après un prologue en vers lu par M. H. 
Edward Hime, et couvert d'applaudissements, un concert a eu lieu au 
profit des Israélites pauvres de Liverpool. La fête s'est terminée par un 
bal qui a largement empiété sur Tannée nouvelle. 

i*,j, L'inauguration du grand orgue de Notre-Dame, aura lieu pro- 
chainement, avec une solennité exceptionnelle. Les organisles les plus 
célèbres de l'Europe, convoqués à cette occasion, .'e feront entendre dans 
l'église métropolitaine, et se réuniront en un congrès où seront agitées 
plusieurs questions intéressantes relatives à la musique religieuse. 

»*,^ Mme Oscar Comettant a repris, dans son salon de Versailles, les 
soirées musicales qui ont le rare privilège d'attirer la meilleure Société 
de la ville du grand roi. A la dernière de ces réunions, Mme Comet- 
tant a chanté, avec un sentiment exquis et la méthode à laquelle elle doit 
sa réputation, le Vallon de Gounod et une sonate en la, de Mozart, arran- 
gée pour la voix. On a chaleureusement applaudi Alard, dans un solo 
de sa composition . 

^*^ Nous sommes heureux de constater le nouveau succès que les 
deux charmantes sœurs Rila et Nina Pellini viennent d'obtenir en 
chantant pour la seconde fois de cet hiver au concert donné par la 
Société philharmonique de Rueil. On leur a fait l'accueil le plus flatteur, 
et les applaudissements les plus chaleureux leur ont été prodigués après 
le duo de la Pia di Potolomci et dans un autre duo de Géraldy, les Prés 
verts, qui a été expressément écrit pour les deux gracieuses cantatrices. 
Mlle Rita, l'aînée des deux sœurs, n'a pas été moins heureuse dans un 
air russe et dans une romance française. A côté d'elles, on a remarqué 
et applaudi le jeune pianiste Kowalski, qui a exécuté à merveille un 
morceau de sa composition sur Don Juan, et le chanteur M. Castel, qui 
a égayé son auditoire par ses chansonnettes. 

^^"-^ Deux œuvres magistrales, du genre le plus opposé, le Désert de 
Félicien David et Der Rose Pilgerfahrt, de Robert Schumann formaient 



DE PAKIS 



15 



le programme du dernier concert de la Cônconlia de Mullioiit;e. Celle 
jeiuie et vaillante Société orphéoniquo, dirigée par M. J. Heyber^cr 
avec tant de zèle et de talent, et renforcée par un orcliestrc de mérite, 
s'est réellement surpassée dans l'interprétation de ces deux importants 
poëmes mélodiques. Le public n'a pas ménagé les marques de sa vive 
sympathie aux membres de la Concordia qui, répudiant les succès faciles 
consacrent de longs mois à l'étude des œuvres sévères et en révèlent, à 
un Jour donné, les beautés saisissantes. 

^*^ Berlioz continue d'être, à Saint-Pétersbourg, l'objet des plus sym- 
pathiques manifestations. Déjà on a pu remarquer, dans notre dernière 
correspondance, que l'une de ses œuvres (igurait au programme du 
second concert, bien qu'il eut été convenu que le dernier .seul lui serait 
réservé; mais le dilettantisme russe, qui a voué un véritable culte à 
notre illustre compalriote, n'a pas eu la patience d'attendre et a voulu 
l'applaudir dès le début. Au troisième concert, Berlioz a dirigé, avec cet 
admirable talent de chef d'orchestre que per.ionne peut-être ne possède 
comme lui, l'exécution de la symphonie en ut mineur de Beethoven, le 
second acte A'Orphéc de Gluck, dont les -soli ont été chantés par une 
élève du Conservaloii-e, Mlle Nawroski, douée d'une magnifique voix rie 
contralto, et son ouverture du Carnaval romain; son caprice pour violon 
a été joué avec un très-grand succès par Henri Wieniawski. On répète, 
pour les concerls suivants, la symphonie de HaroU, la seconde partie de 
l'Enfance du Ciirist, d'importants fragments des Troyens et la belle mélo- 
die de la Captive, avec accompagnement d'urcheslre; autant de triomphes 
qui attendent l'éminent compositeur. 

t*jf Ullmann vient d'augmenter sa compagnie d'artistes de l'excclent 
flûtiste M. Do Yroyes; il l'a engagé pour huit concerls. 

,;;%, L'excellent violoniste Alfred Holuies est engagé pour jouer diman- 
che prochain 19 janvier, au concert du Conservatoire de Bruxelles. Il y 
exécutera le concerto de iMendelssohn et un amiante avec orchestre, VA- 
doralion, de sa composition. 

5);*^ Le Chant de guerre, à quatre mains, par M. Henri Herz, vient de 
paraître, et nous nous empressons de l'annoncer. Nous avons eu la 
bonne fortune d'entendre ce délicieux morceau exécuté par MM. Henri 
Litolfl' et Henri Herz, et d'après l'effet qu'il a produit, nous croyons 
pouvoir lui prédire un grand succès. 

3,*!, Hier a eu lieu le quatrième bal de l'Opéra. Grande foule et mu- 
sique entraînante de l'orchestre de Strauss, dirigé par son habile chef. 

i*4 Un nouveau journal de musique vient de se fonder h Londres, 
sous le titre d't'xeler-HaU. 11 est consacré, comme son aîné The Choir, 
à la muMque l'oligieusc, et spécialement à celle qui, d'après un usage 
anglais très-répanclu, s'(xécute en famille le dimanche soir. Des compo- 
siteurs de mérite collaboreront à cette feuille, que publie la maison d'é- 
dition Motzler et C=. 

,^*^ Au nombre des nouvelles publications musicales appelées à obte- 
nir un succès mérité, nous signalerons l'heureux débutd'un jeune com- 
positeur espagnol, M. Edouard Ocon, dont plusieurs salons parisiens ont 
déjà pu apprécier le talent original et .sympathique. Sa barcai'olle. Hérons 
à notre amour, dont les paroles sont traduites do l'espagnol, est une de 
ses plus charmantes inspu'ations, et nous comprenons que Mme Marie 
Cabel en ait accepté la dédicace. 

^*^. Un des vétérans de l'art niusical, le cantor de la Thoraasschule 
de Leipzig, Moritz Hauptmann, vient de mourir dans cette ville à l'âge 
de soixante-quinze ans. Il était né à, Dresde le 13 octobre 1792. La place 
de cantw de la célèbre école de Saint-ïhomas avait été jadis occupée, 
comme on sait, par Sébastien Bach. Moritz Hauptmann laisse, comme 
professe'ur de contrepoint et compositeur, un nom honoré; les artistes 
les plus distingués d'Allemagne se font gloire d'avoir reçu sas leçons au 
Conservatoire. Son caractère plein de noblesse et de bienveillance ne lui 
avait attiré que des amis. 

.^*^ M. Franck-Marie, qui fut longtemps critique musical à la Patrie, 
vient de mourir à Rome dans un âge peu avancé; il n'avait que trente- 
deux ans. 



ÉTRANGER 



^*jf Berlin. — A peine de retour de Varsovie, où elle avait été escortée 
par les adieux enthousiastes du public, et oi^i son directeur lui avait 
offert une belle bague, Mlle Artôt a fait sa rentrée à Berlin avec le suc- 
cès qui l'accompagne partout. Elle y a chanté le Domino noir, et à la 
première représentation de cet ouvrage, on a fait bisser plusieurs mor- 
ceaux à l'éminente cantatrice et on lui a jeté de nombreux et magni- 
fiques bouquets. Mlle Artôt a, depuis, reçu dans la Somnambule un 



accueil aussi brillant ; elle doit encore pa.sser Ici mois de février à Var- 
sovie, à la grande joie du dilettantisme di; celte ville, puis elle reviendra 
à Berlin pour le reste do la siiisoji.— Le théàlre de Friedrich-Wilhclms- 
tadt a encaissé pendant l'année JH(i7: 111,000 thalcrs; les receltes de la 
Vie Parisienne, d'Oflenbach, entrent dans ce total pour p'ès de la moitié. 

jf*sf: Cologne. — Roméo cl Juliette a été donné le 4 de ce mois; l'œuvre 
de Gounod a été favor-aldement accueillie du public. 

*** Vienne. — Mlle d'EdeIsberg a fait un heureux début dans le rôle 
de Fidès du Prophète. — Roméo et Juliette de Gounod est prêt à passer. 
Mignon .sei-a monté ensuite. — Une opérette de Stanislas Duniecki, Lu- 
cifer, a été donnée avec succès au théâtre An der Vien ; Zampa, avec 
Robinson dans le rôle principal, attire la foule à ce théâtre. Les répéti- 
tions de Robinson Crusoé .se poursuivent aclivemenl. — Joachim et Ru- 
binstein ont fait, chacun de leur côté, leurs adieux au public do Vienne, 
où ils ont recueilli d'enthousiastes bravos. 

^*^ Madrid. — Itiyolctto a servi aux débuts de Mlle Léontine de Mae- 
sen, qui a pleinement réussi. Bonnehéo a été superbe dans le rôle de 
Rigoletto. — Dans Un Ballo in mischera , Mme Lafont, dont l'engage- 
ment vient d'être prolongé d'un mo's et demi, s'est fait chaleureuse- 
ment applaudir avec Tamberlick, Bonnehée et Mme Sonieri. 

^*^. Barcelone. — Fra Diavolo et le Pardon de Ploërmel, avec récitatifs 
et pai'oles italiennes, viennent d'être mis à l'élude au théâtre du LIceo. 

,,•"% Rome. — La censure ayant refusé d'approuver le libretto de Don 
Carlos, l'imprésario .lacovacci, désireux de donner l'œuvre de Verdi, y a 
laissé introduire d'impurlanis changements, qui dénaturent complète- 
ment certaines situations et certains caractères. 

^■■,, Florence. — La Pergola a inauguré la saison d'hiver le 31 dé- 
cembre avec Un llallo in mascliera. Mlle Rusa Csillag, pour ses débuts, y 
a i-emporté un très-beau succès, qui a augmenté encore le lendemain à 
la représentation de gala donnée en présence du roi et de la cour. 

f*^; Modène. — Gli Vgonotti ont brillamment ouvert la campagne le 
29 décembre. La basse Segri-Segarra s'est particulièrement distingué 
dans le rôle difficile de .Marcel. 

.J'.^: Milan. — Le théâtre Santa-Radegonda se fait de belles soirées avec 
Ciceo e Cola, opéra-bufifa en quatre actes du maestro napolitain Buo- 
nomo. 



Quatre morceaux nouveaux pour le Piano 

Chez Gérard et C", 12, boni, des Capucines (maison du Grand-Hôtel). 

1. — fSoMveuir «!« l'iinge et t'enfant, dédié à Mme la ba- 

ronne de Bosmelet (née de Virieu). 

2. — Galop, à M. Francis Sandford. 

3. -- Atlegretlo ft,cIierzuu<Bo, à Mme Levasseur (née Wo'owski). 

Chez Gamuoci fi'ères, 112, rue de Richelieu (maison Frascati). 
i. -- AHdantc cuntuliilc, à M. de Cutloli. 



Publication de G. Brandus et S. Dufour, éditeurs, 
103, RUE DE Richelieu. 



LA ISIOi i 



CARTES-PORTRAITS, AVEC MUSIQUE, PHOTOGRAPHIÉES 

Cette nouvelle collection se recommande parliculièrement par ses por- 
traits tout artistiques et d'une grande ressemblance; par la perfection de 
la musique photographiée, dont les types, quoique aussi réduits que pos- 
sible, sont cependant très-lisibles; enfiii par un format exceptionnel qui 
la rend vraiment portative. Rien de plus commode, en effet, que de 
pouvoir ]ilacer dans sa poche un étui renfermant vingt à trente cartes- 
musique; rien de plus gracieux à oftrir comme cadeau. 

N.B. — La collection s'augmentera successivement et de façon à offrir 
le choix le jilus varié. 



16 



HEVUE ET GAZETTE MLSICALE DE l'AUlN. 



(Eiivres de Georges Kastner 

PUBLIÉES PAR G. BBANDUS ET S. DUFOUR, ÉDITEURS, 103, RUE DE RICHELIEU. 



DE LA LANGUE FRANÇAISE 

Ou Explication des proverbes, locutions proverbiales, mots figurés, qui tirent leur origine de la musique. 
Accompagnée de Recherches sur un grand nombre d'expressions du même genre empruntées aux langues étrangères, et suivie de 

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LA MUSIQUE COSMIQUE 

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DISSERTATIONS ET RECHERCHES HISTORIQUES, 

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tant en France qu'à l'Etranger, 

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xvi« et xvn" siècles, la plupart publiés en France pour la première fois, 
avec les figures d'instruments de musique qu'ils contiennent, ainsi que 
d'autres figures d'instruments du moyen âge et de la renaissance. 



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RECHERCHES HISTORIQUES 

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2. Prière. 

3. Chant de baptême. 

4. Sérénade. 

5. Sur la mort d'un artiste. 

6. Guitare. 

7 . Le Cri d'alarme . 

8. Le Commencement du voyage. 

9. Chant d'hymen. 

10. Chant des batehers. 

11. Primavera, tyrolienne. 

12. Chant d'hymen. 

13. L'Asile, tyrolienne. 

14. Pensée d'amour. 



13. Les Matelots. 

16. Chant de victoire. 

17. Barcarolle. 

18. Sur la mort d'un guerrier. 

19. L'Eté tyrolien. 

20. Pendant la tempête. 

21. Le Printemps. 

22. Chant bachique. 

23. La Chasse. 
2-4. Valse. 

23. Polka. 
2lj- Marche. 

27. Pas redoublé. 

28. Galop. 



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MANUEL GÉNÉRAL 

DE 

A L'USAGE DES ARMÉES FRANÇAISES 

COMPRENANT 

1° L'esquisse d'une Histoire de la musique militaire chez les différents 
peuples, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours. 

2° La nouvelle organisation instrumentale prescrite par l'ordonnance 
ministérielle du 19 août 1843. 

3° La description et la figure des instruments qui la composent, notam- 
ment des nouveaux instruments de M. Adolphe Sax. 

i° Quelques instructions pour la composition et l'exécution de la musique 
militaire. 

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LES CHA]\TS 

DE L'ARMÉE FRANÇAISE 

OU RECUEIL DE MORCEAUX A PLUSIEURS PARTIES 

Composés pour l'usage spécial de chaque arme 

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liES CHANTS HII>iTAIRESi DES FRANÇAIS 

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1 . Les Carabiniers. 

2. Les Cuirassiers. 

3. Les Dragons. 
i. Les Lanciers. 



PREMIERE SERIE. 

1. L'Armée. 

2. La Garde. 

3. Les Guides. 

4. Les Soldats du génie. 
b. Les Artilleurs à cheval. 

6. Les Artilleurs à pied. 

7. Les Pontonniers. 

8. L'Infanterie de marine. 

9. Les Matelots. 

10. Les Gendarmes. 

1 1 . Les Pompiers. 

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5. Les Hussards. 

6. Les Chasseurs à cheval. 

7. Les Spahis. 

8. LTnfanlerie de ligne. 

9. L'Infanterie légère. 

10. Les Chasseurs à pied. 

11. Les Zouaves. 

12. Les Tirail). indig. de l'Algérie. 
- Chaque numéro, net : iO c. 



1» 



Essai sur les principaux mytbes relatifs à l'incantation, les enchanteurs, la musique magique, le chant du cjgne, etc . 

Considérés dans leurs rapports avec l'histoire, la philosophie, la littérature et les beaux-arts. 
Ouvrage orné de nombreuses figures représentant des sujets mythologiques tirés des monuments antiques et modernes , et suivi de 

LE RÊVE D'OSWALD ou LES SIRÈNES 



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REVUE 



19 imm 1868. 



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Paris. 24 r. par on 

Départements, Belgique et Suisse..., 30 ». id. 

Étranger 31 » id. 

Le Journal paraît le Dimanche. 



GAZETTE MUSICALE 



DE PARIS 



SOMMAIRE. — Histoire de la musique instrumentale (9' articlel, par Mau- 
rice Cristal. — Littérature musicale: l'Acouslique-i ou les Phénomènes du 
son, de R. Radau, par Arthur fou^in. — Correspondances : Bruxelles et 
Moscou. — Nécrologie: Bocquillon, par Thomas SauTage. — Nouvelles 
des théâtres lyriques. — Nouvelles diverses. — annonces. 



HISTOIRE DE l MUSIQUE INSTRUMENTALE 

(6= article) (1). 

On n'ignore pas que tous les peuples ont eu, en général, une 
prédilection marquée pour les timbales, les tambours et les trom- 
pettes. C'est un goût que les Allemands, tout aussi bien que les 
Russes et les Anglais, ont constamment gardé, n'en déplaise aux 
nations du Midi qui ne dédaignent pas non plus ces bruyants en- 
gins musicaux! Unies aux trompettes, les timbales servaient à 
former des espèces de fanfares qui se nommaient entrées, parce 
qu'elles retentissaient pour saluer l'arrivée des grands personna- 
ges. Ces fanfares acclamatives, ces toasts musicaux, comme les 
appelle spirituellement M. Kastner, se sont perpétués jusqu'à nos 
jours dans le Nord, en Angleterre, en Russie, en Allemagne, et 
le tusch, sorte d'impromptu musical au moyen duquel les artistes 
des orchestres d'Allemagne manifestent, sous forme d'ovation, 
leur sympathie pour un illustre compositeur, pour un habile vir- 
tuose, qui vient d'obtenir un succès brillant, en est sans doute 
dérivé. 

Dans les pays du Nord, point de belles fêtes sans timbales et 
sans trompettes : les noces et les festins s'animaient à leur fière 
harmonie, à leurs accents enthousiastes! Seulement, les lois de 
l'étiquette n'en permettaient la jouissance qu'aux princes, aux no- 
bles, aux riches, aux puissants ; ce n'est qu'en de rares occasions 
que les personnei investies de charges importantes, s'aventuraient 
à les utiliser pour les plaisirs concertants de leur société fami- 
lière. 

La faveur toute aristocratique réservée alors à ces énergiques 
voix englobées aujourd'hui dans nos orchestres, tenait surtout aux 

(1) Voir les n'^" 38, 40, 42, 44 el 46 de l'année 1867. 



idées guerrières et chevaleresques qu'on y attachait en souvenir 
des vieilles traditions de la féodalité. La musique instrumentale 
du xvni'= siècle rallia ces instruments d'accents divers et les utilisa, 
mais en les perfectionnant et les remaniant. Les plus bruyants 
n'étaient pas les moins recherchés; cependant tout s'harmonisa, et 
vers le milieu du xvni* sièsle, des différentes formes de la musi- 
que, la musique instrumentale fut celle qui réalisa les progrès les 
plus remarquables, surtout en Allemagne où le style et le génie de 
l'instrument se manifestèrent tout à coup avec un éclat incompara- 
ble. C'est alors que le concerto, le trio, le quatuor, le quintette, 
la sonate à plusieurs instruments prirent à peu près le caractère 
qu'on remarque dans les premières productions de Boccherini et 
d'Haydn. 

Les jalons des progrès accomplis peuvent être ainsi marqués. 
Ce genre de pièces, par l'usage fréquent qu'on en avait fait au 
xvie et au xvn"^ siècles, avait pris entre les mains des grands 
maîtres, Bach, Haendel, Corelli, Tartini, des proportions et des 
développements qui, en répondant également au mérite musical et 
à l'intérêt de la composition, devaient amener progressivement l'art 
à la forme sous laquelle il se manifeste aujourd'hui. Kobrich, 
Agrel, Janitsch, Radecker, Camerloer, avivèrent l'intérêt de ces 
compositions déjà en vogue. Après eux, Craft, Kurtzinger, Tele- 
mann, Schwindel, Mislivecek, Toeski,Wagenseil, Stamitz et Wanlial, 
iirent pressentir que le cadre symphonique pouvait s'agrandir, et 
qu'il serait aisé de multiplier et de varier la petite armée instru- 
mentale, mais les essais étaient encore timides ou inhabiles ; il y 
manquait l'impulsion d'un homme de génie. 

Les écrivains de l'époque se plaignaient surtout du peu d'audace 
des compositeurs; ils sentaient germer toute une oeuvre nouvelle 
et ne se rendaient pas compte que c'est par l'effort de tous les 
maîtres, aujourd'hui un peu délaissés, que le fruit si longtemps at- 
tendu put atteindre à sa maturité. Il est bon de constater en quel- 
ques mots quelle part chacun prit au progrès général et ce que 
leur intervention présenta de profitable et de fécond. 

La musique de Bach, peu répandue au dehors, ne put exer- 
cer qu'une médiocre influence sur les compositeurs contem 
porains; elle montre ce que l'art instrumental était à cette 
époque, déduction faite du génie immense du maître. La re- 
nommée du grand Bach fut en effet immense, même longtemps 



18 



UEVUE ET GAZETTE MUSICALE 



avant sa mort. Toutefois on peut affirmer que le grand homme 
n'a pas été apprécié à toute sa valeur. Ses auditeurs, les maîtres 
célèbres de cette époque, ont reconnu qu'il était le plus habile des 
organistes, le plus merveilleux des improvisateurs, le plus docte 
des musiciens de l'Allemagne. Ses fugues étaient considérées par 
quelques artistes comme les plus belles qui eussent été écrites pour 
l'orgue ou pour le clavecin ; ils y avaient distingué l'œuvre d'un 
esprit profond et hardi dans un genre qui semble exclure l'inven- 
tion ; mais on était loin de soupçonner toute la diversité et la puis- 
sance du talent de cet homme qui portait en lui tout un monde 
nouveau. Sa musique d'orgue et de clavecin, bien que nombreuse 
et toujours admirable, n'est que la minime partie des productions 
d'une verve originale qui semble avoir été inépuisable. L'existence 
calme et régulière de Bach avait favorisé son pencliant au travail. 
Son activité égalait son talent et, comme il vivait éloigné des 
grandes villes, il resta étranger aux variations de goût et de mode 
que l'art subissait de son temps. La personnalité si énergique qui 
caractérise chacune de ses compositions se maintint intacte, grâce 
à l'isolement où il se confina pendant toute salaboricusecarriere.il 
fuyait les applaudissements, ne travaillait que pour lui et pour 
quelques amis, et condamnait en quelque sorte à l'oubli les ou- 
vrages qu'il produisait et qui, exécutés au moment oîi il venait de 
les ternn'ner, étaient aussitôt enfermés dans une armoire d'oîi ils 
ne sortaient plus. 

Les effets d'instrumentation, dans les compositions de Bach, 
sont si variés et si remarquables qu'on a peine à comprendre 
comment cet homme, qui longtemps a vécu dans de petites villes 
et qui avait peu d'occasions d'étudier les instruments , a pu si 
bien les connaître et devancer son siècle dans l'art de les em- 
ployer. Dans l'œuvre de Bach, l'harmonie, plus hardie que cor- 
recte, saisit toujours l'auditeur par l'imprévu et par l'énergie. 

Le caractère sérieux et même austère de ce maître le portait 
aux amplifications magistrales de la symphonie, et s'il eût pu dis- 
poser de la virtuosité d'instrumentistes de mérite, il etit été aussi 
créateur en ce gem-e que Haydn et que Beethoven ; la richesse 
d'instrumentation, la virilité de pensée qu'il a déployées dans sa 
musique pour divers instruments, dans les sonates, dans les con- 
certos, dans les ouvertures et les symphonies qu'il a laissés, font 
regretter que les circonstances n'aient pas contraint son génie à 
se développer spécialement dans ce genre de composition qui était 
si conforme à ses aptitudes. 

Guillaume-Friedmann Bach, fils aîné de Jean-Sébastien, a été, 
après son père, un des musiciens les plu3 savants de l'Allemagne. 
Malheureusement il préférait l'improvisation à la composition mé- 
ditée; mais les œuvres peu nombreuses qu'il a laissées dénotent 
la science la plus profonde et une imagination très-vigoureuse. 
Sa Cmnposi'.ion de musique complé/e pour la Pentecôte, avec 
orcheftre et orgue, est admirable de tous points; ses œuvres con- 
certées sont toujours intéressantes et quelquefois d'une rare va- 
leur. On exécute encore en Allemagne, avec succès, ses composi- 
tions pour les fêtes principales de l'église, pour voix, orgue et 
instruments. Il est à regretter que ces œuvres n'existent qu'en 
manuscrits et n'aient pu se répandre. 

Les compositions instrumentales de Charles-Philippe-Emmanuel 
Bach, deuxième fils de Jean-Sébastien, ont été bien plus décisives 
pour les progrès de la symphonie. Actif et perspicace, cet artiste 
avait fondé à Francfort une Académie de musique dont il se ré- 
serva la direction, et pour laquelle il composait dans les occa- 
sions solennelles des œuvres qui sont restées des modèles. Il entra 
aussi au service de Frédéric-le-Grand, pour lequel il écrivit, beau- 
coup de musique instrumentale. Il fut ensuite nommé directeur 
de la musique à Hambourg, où il remplaça Telemann. Les socié- 
tés artistiques de cette ville le prirent pour chef; sous sa direction 



elles arrivèrent à une exécution chorale irréprochable, et lui durent 
leur transformation. Enfin, il fut nommé maître de chapelle de la 
princesse Amélie de Prusse. 

Tout ce qu'il écrivit de musique dans ces différentes positions 
officielles a un cachet de nouveauté et de génie. Sa musique s'ac- 
cuse par l'originalité, la grâce, la souplesse et le dédain des phra- 
ses conventionnelles, des formules vieillies, de toute cette rétho- 
rique routinière que le pédantisme scientifique traîne après lui. 
En France et en Angleterre le succès de ce novateur fut à la hau- 
teur de son talent; mais en Allemagne, où l'on était accoutumé 
au style doctrinaire, alourdi des maîtres scolastiques de second 
ordre, on ne sut pas appi-écier tout son mérite ; c'est cependant le 
style d'Emmanuel Bach, perfectionné par Haydn et Mozart qui 
depuis a charmé toute l'Europe. 

Jean-Christophe-Frédéric Bach a aussi écrit des œuvres sym- 
phoniqucs d'un très- haut intérêt ; mais il est moins connu que 
Jean-Chrétien Bach, onzième fils de Jean-Sébastien. Sa célébrité 
lui vient de ses succès de théâtre; tels sont les avantages de la 
carrière dramatique. Pendant longtemps son nom et ses ouvrages 
furent plus généralement répandus que ceux du grand Bach lui- 
même dont cependant il fut loin d'avoir le génie. Elevé dans les 
principes de la scolastique la plus austère, il eut la chance de se 
passionner pour des cantati'ices italiennes; il leur fut redevable 
d'étudier la musique de leur pays, de la comprendre et de l'aimer. 
Plein d'admiration pour l'art nouveau qui se révélait à lui, il ré- 
solut de faire pénétrer le sentiment italien dans les procédés alle- 
mands. Il voyagea en Italie et en revint avec un programme mu- 
sical tout réformé. C'est à Londres qu'il donna son premier ou- 
vrage : Orione ossia Diana vcndicala. On y remarqua la vive 
originalité de quelques beaux airs et des effets nouveaux d'instru- 
ments à vent. C'est dans cette partition que les clarinettes furent 
entendues pour la première fois en Angleterre. 

Sans avoir la puissance d'invention, la richesse d'harmonie, 
l'ampleur instrumentale de- son père, ni la variété d'idées et la 
profondeur de son frère, Cliarles-Philippe-Emmanuel-Chrétien 
Bach fut cependant un des musiciens les plus remarquables du 
xvni*^ siècle. Ses airs sont fort l'cmarquables et plusieurs ont 
joui d'une grande célébrité. Son chant n'a point de caractère qui 
lui soit particulier; il se rapproche beaucoup de la manière des 
maîtres italiens de l'époque où il écrivait, et surtout de ceux de 
l'école de Naples; mais il a du brillant, de la facilité. Ses mélodies 
sont favorables aux voix, les accompagnements sont élégants et 
d'une heureuse appropriation; il a eu le mérite de doter les airs 
d'opéra d'efi'ets plus dramatiques et ne ramenant pas après l'allé- 
gro le mouvement lent du commencement, comme l'avaient fait 
tous les compositeurs italiens qui l'avaient précédé. Son orchestra- 
tion était aussi marquée d'un énergique cachet d'originalité dont 
les mérites se retrouvent dans la musique instrumentale que ce 
maître nous a laissée et qui jette un jour très-vif sur l'histoire de 
l'orchestration à ceite époque. 

Le nom de Corelli est justement célèbre dans les fastes de 
la musique et il traversera les siècles sans rien perdre 
de son illustration, quelles que soient les révolutions auxquelles 
cet art sera soumis. Le grand artiste n'est pas moins remarquable 
comme compositeur que comme violoniste. Comme directeur 
d'orchestre, il s'est montré aussi d'une incomparable habileté, et 
c'est ainsi qu'il a influé si magistralement sur les progrès de la 
musique de chambre et de la symphonie. L'élévation de son style, 
les prodiges de son exécution, tout se réunissait pour étendre la 
réputation de Corelli. Ce 'n'est point par une pureté d'harmonie 
irréprochable, ni par une entente très-grande des combinaisons 
sonores que brillent les compositions si importantes de ce maître; 
mais par une variété de chants, une richesse d'invention, une 



DE PARIS. 



19 



ampleur j,'raiidiose, qu'ont rarement atteintes les compositeurs con- 
temporains. L'étude de ces ouvrages est encore une des meilleures 
et plus profitables études que l'on puisse taire, et le public les 
écoute toujours avec une satisfaction marquée. Le nom qui, en 
musique, mérite le plus d'être cité comme résumant l'ensemble 
des compositions du quatuor, est celui de Boccberini, admirable 
compositeur qui vivait en même temps qu'Haydn, et qui a si 
puissamment contrijjué à la création de la musique de chambre; 
mais ce génie original, qui pour ne rien perdre de son individua- 
lité s'interdisait jusqu'à la bcture des grands maîtres ses contem- 
porains, se refuse, par ses qualités mêmes, à un parallèle qu'on 
cherche toujours à établir entre les maîtres du genre. 11 doit être 
envisagé à part, et sa mimographie, quoi qu'on fasse, se détache 
toujours du cadre où ses travaux semblent l'enfermer. 

Mauiuce cristal. 
{Ln suite prochainement.) 



LITTÉRATURE MUSICALE. 

L'ACOUSTIQUE, OU LES PHÉNOMÈNES DU SON, 
Par R. RADAU (1). 

La science de l'acoustique est une de celles qui ont été le plus 
négligées en France jusqu'à ce jour. A part les écrits du baron de 
Prony et du baron Blein, à part le livre ultra-fantaisiste de Louis 
Lucas, l'Acoustique nouvelle, nous ne possédions sur ce sujet, jus- 
qu'à ces derniers temps , que quelques rares brochures de peu de 
valeur. 

Un mathématicien flamand, M. Delézenne, s'est occupé cepen- 
dant de ces questions délicates, sur lesquelles il a publié plusieurs 
opuscules intéressants, insérés d'abord dans les Mémoires de la 
Société des sciences, de l' agriculture et des arts, de Lille. Un an- 
cien officier de marine, M. Edouard Patau, a fait paraître tout ré- 
cemment une brochure intitulée : Science et Musique. Enfin, un 
travailleur instruit et consciencieux, M. R. Radau, auquel nous 
devions déjà sous ce titre : Sur la hase scientifique de la musique, 
analyse des recherches de M. Hebnholts, un excellent résumé des 
doctrines et des travaux du célèbre physicien allemand , vient de 
■publier, il y a un mois environ, le livre plein d'attrait et d'intérêt 
dont nous avons inscrit le titre en tête de cet article. 

Ce livre n'est point, à proprement parler, un traité scientifique , 
mais c'est un travail vulgarisateur destiné à faire connaître, à 
l'aide d'une forme familière, attachante et sans pédantisme, les 
étonnants phénomènes de la production du son, et à donner sur 
ce sujet des renseignement puisés dans l'observation des faits, 
tout en ne tirant de ces faits que les déductions bornées au peu 
de certitude que l'on possède encore sur le rapport des 
effets et des causes, relativement à une science dont l'élude re- 
monte pourtant à une haute antiquité. 

Le livre de M. Radau est divisé en quinze chapitres, dont nous 
allons reproduire les titres pour donner une idée de son impor- 
tance : — l. Le son dans la nature. — II. Effets du son sur les 
êtres vivants. — III. Propagation du son dans les différents mi- 
lieux. — IV. Intensité du son. — V. Vitesse du son. — \'I. Ré- 
flexion du son. — VIL Résonnance. — VIII. Le son est une vibra- 
tion. — IX. Hauteur des sons. — X. Les notes. — XL Le Timbre. 
— XII. Interférences. — XIII. La voix, — XIV. L'oreille. — 
XV. Science et Musique. 



(1) Volume faisant partie de la Bibliothèque des Merveilles. Paris, Ha- 
chette, 1867, in-J2, orné de 114 vignettes. 



Ce qu'il y a d'érudition, d'observation, de savoir et de finesse 
d'analyse dans ce petit livre est incalculable, et témoigne chez son 
auteur d'une lecture prodigieuse, d'une connaissance vaste et 
étonnamment étendue du sujet qu'il avait à traiter. Les observa- 
tions physiques et mathématiques, les phénomènes naturels, les 
faits tirés des nombreuses expériences auxquelles se sont livrés les 
savants de tous les pays, les lois particulières de racousti([ue, la 
formation de l'écho, les études sur les ondulations de l'eau, sur 
les vibrations des corps solides, sur le sonomètre, sur l'étendue de 
l'échelle générale de sons appréciables, sur les limites de la voix 
humaine, sur le diapason normal, sur la résonnance multiple, le 
mécanisme de l'audilion, la direction naturelle des sons, tout y est 
abordé, expliqué, élucidé, autant du moins que le permet l'état 
actuel d'une science peu avancée encore à certains points de vue. 

Et tout cela, je le répèle, est présenté sous une forme claire, 
lucide, facilement saisissable, qui, au lieu de rebuter le lecteur, 
comme il arrive trop souvent dans cet ordre particulier d'idées 
abstraites, l'attache d'une façon prodigieuse par suite de l'intérêt 
que l'auteur a su donner à sa narration, dont la rapidité est éton- 
nante. 

Dans le dernier chapitre, le plus important sous le rapport vrai- 
ment scientifique, M. Radau analyse les travaux et les expérien- 
ces des hommes distingués qui se sont principalement occupés de 
CCS questions: Euler, Rameau, Sauveur, Helmholtz, etc. Enfin, 
son livre est orné d'une multitude de vignettes destinées à rendre 
plus facile encore la compréhension des phénomènes dont il en- 
tretient le lecteur. 

Et pour montrer que la forme de ce livre en rend la lecture fa- 
cile et agréable, je vais terminer en lui empruntant une des nom- 
breuses anecdotes que l'auteur a su y enchâsser pour donner 
plus de poids à ses assertions. 

Dans le but de démontrer que l'écho, ce phénomène souvent 
incompréhensible, « est une personne exigeante dont il n'est pas 
toujours facile de deviner les caprices, » M. Radau rapporte le fait 
que voici : 

« Un Anglais qui voyageait en Italie rencontra sur sa route un 
écho tellement beau qu'il voulut l'acheter. L'écho était produit par 
une maison isolée. L'Anglais la fit démolir, numérota toutes les 
pierres et les emporta avec lui en Angleterre, dans une de ses 
propriétés, où il fit rebâtir la maison exactement comme elle avait 
été. Il choisit pour emplacement un endroit de son parc qui était 
à une distance du château égale à celle où l'écho avait été distinct 
en Italie. Quand tout fut prêt, l'heureux pi'opriétaire résolut de 
pendre la crémaillère de son écho d'une manière solennelle. Il 
invita tous ses amis à un grand dîner et leur promit l'écho pour 
le dessert. On mangea bien, l'histoire ne dit pas si l'on ne but pas 
mieux... Quand on fut arrivé au dessert, l'amphitryon annonça 
qu'il allait inaugurer son phénomène, et se fit apporter sa boîte 
aux pistolets. Après avoir chargé lentement les deux armes, il s'ap- 
procha de la fenêtre ouverte et tira un coup. Pas l'ombre d'un 
écho! Alors il prit le second pistolet et se brûla la cervelle. On n'a 
jamais su quel défaut de construction avait été la cause de 
cet échec. » 

Arthur POUGIN. 



CORRESPONDANCE. 

Bruxelles, 47 janvier. 

On a vu avec grand plaisir de quelle manière mesurée, délicate et 
vraie le réJacteur de la Gazelle musicale, rendant compte. du concert 
populaire où s'est fait entendre dernièrement M. Léonard, aux applau- 
dissements du public parisien, a parlé de la résolution prise par ce vir- 
tuose de transporter sa résidence de Belgique en France. Un critique 
1 



20 



REVUE ET GAZETTE MUSICALE 



moins bien renseigné et peu bienveillant pour notre pays, a dit, en par- 
lant (tu brillant succès obtenu par M. Léonard à ce même concert, qu'il 
était ■. bien vengé des absurdes dédains de la Belgique, sa patrie, qui 
n'avait su ni l'apprécier, ni le retenir. » 11 n'y a rien de fondé dans 
celte allégation. Loin d'être l'objet d'absurdes dédains dans sa patrie, 
M. Léonard y jouissait, au contraire, de la considération méritée par un 
talent tel que le sien. Ce talent était hautement apprécié et n'a pas été 
moins applaudi à Bruxelles qu'à Paris. Ainsi que le dit fort bien le rédac- 
teur de la Gazette musicale, on a fait de grands efforts, en Belgique, pour 
dissuader M. Léonard d'aller se fixer à Paris; mais pouvait-on le retenir 
de force? Sa position au Conservatoire de Bruxelles était la même que celle 
de Servais et de Mme Pleyel, et je puis vous affirmer que les professeurs 
les plus renommés du Conservatoire de Paris sont loin de jouir d'avan- 
tages pécuniaires aussi considérables. Nous avons vu avec beaucoup de regret 
M. Léonard s'éloigner de la Belgique ; mais si nous n'avons pas trouvé 
mauvais qu'il allât s'établir là oii il croyait exploiter plus fructueusement 
son talent, nous ne pouvons nous empêcher de protester contre Its 
injures que nous adressent des écrivains mal informés, pour le fait de 
l'expatriation, tout à fait volontaire, du célèbre virtuose liégeois. La ma- 
nière dont les choses sont présentées par votre honorable collaborateur 
est infiniment plus digne d'un artiste tel que M. Léonard, plus conve- 
nable pour la Belgique et plus exacte en même temps. 

Nous venons d'avoir, au Théâtre royal de Bruxelles, un incident sem- 
blable à celui qui survint à l'Opéra lors de la mise en scène de Don 
Carlos. Pendant les répétitions du Béarnais, opéra-comique de deux au- 
teurs belges, une jeune cantatrice renvoya le rôle dont on l'avait chargée, 
alléguant qu'il était, non trop peu important,, mais trop difficile pour 
elle. Était-ce de sa part modestie ou amour-propre déguisé'? C'est ce que 
je ne saurais dire. Quoi qu'il en soit, le directeurn'admit pas queles chan- 
teurs qu'il paie pour tenir leur emploi s'attribuassent le droit de ne 
remplir que des rôles à leur convenance. Il intenta un procès à sa pen- 
sionnaire; celle-ci demanda la résiliation de son engagement, et comme 
elle n'était pas trop dans les bonnes grâces du public, on la prit au mot. 
L'aventure était fâcheuse pour les auteurs du Béarnais dont l'espoir de 
voir leur ouvrage représenté pouvait être ajourné indéfiniment. Heureu- 
sement, il se trouva une cantatrice complaisante qui déclara se charger 
du rôle délaissé! Cette cantatrice, vous la connaissez. C'est Mme Ferdi- 
nand Sallard, que notre imprésario venait précisément d'aller engager 
à Paris pour l'aider à monter Don Carlos, et qui, en arrivant à Bruxelles, 
eut le bon goût de s'annoncer par un acte de gracieuseté vis-à-vis d'un 
compositeur belge. 

Mme Sallard a débuté dans Rigoleilo. 11 n'y a eu qu'une voix sur ses 
avantages physiques; s'il avait fallu lui délivrer un brevet de jolie 
femme, tous les spectateurs l'eussent signé; comme cantatrice, il a pai-u 
qu'il lui manquait de la sûreté, do la justesse, et l'expression dramatique, 
qu'il ne faut pas confondre avec les grands éclats de voix. Du reste, ce 
n'est pas à une première audition qu'on peut juger une cantatrice 
s'e.ssayant devant un public nouveau, et sous l'Influence de l'émotion 
causée par une semblable épreuve. Les spectateurs ont fait à Mme Sal- 
lard un accueil bienveillant, attendant, pour se prononcer sur son 
niérlle, qu'elle soit plus maîtresse d'elle-même. M. Dumestre a réussi 
dans le rôle de Rigolelto. M. Dulaurcns ne s'était pas mis suffisamment 
dans la voix celui du ténor, qu'il a chanté avec peu de justesse. 

Au dernier Concert populaire on a entendu Mme Clara Schumann, 
qui était venue exprès d'Allemagne pour participer à cette séance. La 
célèbre virtuose a joué le concerto de son mari, qui est, depuis tant 
d'années, la pièce principale de son répertoire, puis un caprice de Men- 
delssohn, suivi d'une fantaisie de Hiller et d'une étude d'Henselt. L'au- 
ditoire a payé un large tribut d'applaudissements à son talent si ferme, 
si sur, si vigoureux et si délicat. Il est douteux qu'elle ait jamais été 
l'objet d'une ovation plus chaleureuse, même e.i Allemagne où cepen- 
dant on ne manque jamais de lui faire fête. Dimanche prochain on en- 
tendra au Conservatoire M. Holmes, qui se propose, dit-on, de donner 
ensuite au théâtre Royal un concert composé de ses œuvres instrumen- 
tales, symphoniques et autres. 

E. F. 



Nous devons à l'obligeance de l'ami auquel elle est adressée 
communication de la lettre intime qui suit. Nous ne doutons pas 
qu'elle ne soit lue avec intérêt, quoique n'étant pas destinée à la 
publicité. 



Moscou, vendredi 40 janvier. 



Mon cher ***. 



J'étais si fatigué ces jours-ci que je n'avais pas le courage de vous 
écrire; et pourtant il m'est arrivé un grand événement musical. Les 
directeurs du Conservatoire de Moscou sont venus me chercher à Saint- 
Pétersbourg et ont obtenu de S. A, la grande-duehesse un congé de douze 
jours pour moi. J'ai accepté l'engagement de diriger deux concerts. Ne 



trouvant pas une salle assez grande pour le premier, ils ont eu l'idée de le 
donner dans la salle du manège, un local grand comme la salle du 
milieu de notre palais de l'Industrie aux Champs-Elysées. Cette idée, qui 
me paraissait folle, a obtenu le plus incroyable succès. Nous étions cinq 
cents exécutants, et il y avait, au compte de la police, douze mille six 
cents auditeurs. Je n'essaierai pas de vous décrire les applaudissements 
pour la Fête de Roméo et Juliette, et pour l'offertoire du Requiem. Seu- 
lement j'ai éprouvé une mortelle angoisse quand ce dernier morceau, 
que l'on avait voulu absolument, à cause de l'effet qu'il avait produit à 
Saint-Pétersbourg, a commencé. En entendant ce chœur de 300 voix 
répéter toujours ses deux notes, je me suis figuré tout de suite l'ennui 
croissant de cette foule, et j'ai eu peur qu'on ne me laissât pas achever. 
Mais la foule avait compris ma pensée : son attention redoublait et l'ex- 
pression de cette humilité résignée l'avait saisie. A la dernière mesure 
une immense acclamation a éclaté de toutes parts; j'ai été rappelé 
quatre fols, l'orchestre et les chœurs .s'en sont ensuite mêlés, je ne sa- 
vais plus où me mettre. C'est lapins grande impression que j'aie produite 
dans ma vie. On a aussitôt envoyé une dépêche à S. A. la grande-du- 
chesse pour l'informer de cette émotion populaire. 

Le Conservatoire donne un second concert, demain samedi soir, avec son 
orchestre de 70 musiciens seulement. 11 a remis encore l'offertoire dans 
le programme. Laub joue l'alto solo dans ma symphonie d'Harold et 
nous commençons par l'ouverture du Roi Lear. Laub joue ensuite le 
concerto de violon de Beethoven. Nous avons fait la dernière répétition 
ce matin et cela va à merveille. 

Après-demain on me donne une fête, dans la salle de l'assemblée des 
Nobles, où sera loule la ville artiste de Moscou. Après quoi je repartirai 
pour Saint-Pétersbourg, où me restent deux concerts à donner. Je suis 
bien exténué, mais heureux aussi de ce beau résultat. 
Adieu, mon cher ami, etc. 

H. Berlioz. 



NÉCROLOGIE. 

BOCQUIIiEiON. 

Une individualité singulière, originale, vient de disparaître, c'est 
Bocquillon. 

Je le rencontrai en 1819 ou 1820. Ami de M. Tissot, j'avais été 
chargé par lui du feuilleton dramatique du journal le Pilote, dont 
il était directeur et rédacteur en chef. Un jour, du fond de l'im- 
primerie, je vis monter au bureau de rédaction un de nos com- 
positeurs qui venait timidement soumettre un article à mon ap- 
préciation. Ce garçon était fort laid, fort disgracieux; défiguré 
par une brûlure qui avait affligé l'un de ses yeux d'une sorte de 
plaie permanente et qui rendait cet organe à peu près inutile; 
de plus, son autre œil était myope, ce qui constituait le pauvre 
diable, propriétaire de ces deux mauvais meubles, dans un état 
très-voisin de la cécité. 

Et cet homme s'était fait compositeur typographe! 

C'est que cet homme était doué d'une force de volonté prodi- 
gieuse, 

Bocquillon possédait, dit-on. une petite rente viagère; mais il 
s'était imposé l'obligation de vivre de son travail pour capitaliser 
ses arrérages et se ménager ainsi une existence plus douce dans 
sa vieillesse. Il y est parvenu. 

C'est en faisant des expériences de chimie qu'il avait acquis son 
infirmité. 

Il voulait écrife et il écrivit des articles dans Is Pilote et autres 
journaux. 

Il publia des brochures politiques. 

Puis il retourna aux sciences : il y obtint une certaine notoriété 
comme technologiste, qui lui valut la place de bibliothécaire du 
Conservatoire des arts et métiers. 

Tout ceci, malgré nos vieilles et bonnes relations, ne motiverait 
pas le souvenir que je lui donne dans cette Revue musicale, si 
Bocquillon, qui touchait à tout par curiosité, n'eût pas touché 
aussi à la musique. 

Je ne sais pourquoi ni comment il se mit à tapoter un piano; 



DE PARIS. 



21 



bientôt il put déchiffrer un air ; puis en déchiffrant les airs de 
nos vieilles chansons, dominé par son goût de collectionneur, par 
ses habitudes de bibliothécaire, il se prit à cataloguer les airs qui 
lui passaient sous les yeux et les diverses chansons faites sur ces 
airs; enfin il arriva à réunir un grand nombres de cartes et de 
fiches. 

11 y a trois ans, il vint me voir : il pensait à sa fin, il prévoyait 
avec chagrin la dispersion de sa chère collection ; mais qu'en 
faire? Il me consulta sur une place à lui donner, un emploi à lui 
trouver. Il demandait au président de la Société des auteurs, 
compositeurs et éditeurs de musique si cette Société ne pourrait 
pas acquérir ce fruit de ses longs travaux, de ses recherches per- 
sévérantes. 

J'allai au Conservatoire examiner les casiers et les tiroirs de Boc- 
quillon. 

Mais il ne s'était imposé aucune règle de classement , ni par 
dates,, ni par genres, ni par auteurs; enregistrant seulement les 
timbres, c'est-à-dire le premier vers de chaque chanson, il n'avait 
pas distingué, indiqué le primitif, l'original, celui pour lequel l'air 
avait été composé, de tous les timbres des chansons faites depuis 
sur le même air : ce que l'on appelle les faux timbres. Enfin, sur 
ses cartons tout était confus et confondu. 

Cependant il y avait là tant de renseignements, et je désirais 
tant être agréable à cet excelbnt Bocquillon, que je crus devoir 
appeler sur sa collection l'attention de notre agent général et le 
prier de venir la voir à son tour. 

Après l'avoir compulsée de nouveau, nous tombâmes d'accord 
qu'elle n'offrait aucun intérêt à notre Société, et que, par consé- 
quent, l'acquisition n'en pouvait être faite par son syndicat. 

J'ignore maintenant ce que deviendra ce monceau de notes; il y 
a certainement là une mine de renseignements inconnus sur les 
deux parties constitutives de la chanson, l'air et les paroles, qui 
pourrait piquer et satisfaire la curiosité des chercheurs, — mais 
être utile?... là est la question! 

Thomas SAUVAGE. 



NOUVELLES DES THÉÂTRES LYRIQUES. 



^.*,i- Deux représentations de Guillaume Tell, lundi et mercri'di, et ven- 
dredi le Trouvère et la Source ont défrayé le réperloire de la semaine au 
théâtre impérial de l'Opéra. - - On annonce la Juive pour la semaine 
prochaine. 

^*^ C'est au plus tard du lo au 20 février qu'aura lieu la première 
représentation d'Hamlet. Hier soir, a eu lieu la première répétition 
complète à l'orchestre. 

^*t Depuis quelques jours, on répète à l'Opéra-Comique, avec le titre 
provisoire de Sylvia, sous lequel il a été reçu il y a plus d'un an, un acte 
de M. Samuel David, prix de Rome, œuvre do laquelle on dit déjà 
le plus grand bien. 

^*^ Samedi dernier, la reprise de la Gazza ladra avait attiré un bril- 
lant auditoire au théâtre Italien, et l'on a fait un bon accueil à tous les 
morceaux, depuis l'ouverture bien exécutée, du reste, le fait mérite une 
mention, jusqu'au rondo final. Cet accueil s'expliqi e par.les beautés mé- 
lodiques, quoiqu'un peu vieillissantes peut-être, mais d'un efiet puissant 
encoe, do la partition. D'ailleurs, Adelina Patti, tour à tour émouvante 
cl gracieuse, apportant àcette création, comme à tout ce qu'elle chanie, 
de la simplicité, du charme et une émotion communicative ; applaudie 
dans la cavatine célèbre Di placer du premier acte, dans le duo avec son 
père, dans la scène du signalement avec le podestat, dans le duetto avec 
Pippo, dans la prière, Mlle Patti a remporté les honneurs de la soirée. 
Agnesi s'est montrée digne de figurer à côté de la diva. Dans ce rôle de 
Fernando, où excellèrent et Galli et Tamburini, Agnesi ne déploie pas 
seulement une belle voix, il fait aussi preuve du style dramatique large 
et sûr de l'ancien drame lyrique. Gardoni se tire à merveille de la cava- 
tine et des morceaux d'ensemble. Au duo de la prison, Mlle Grossi a 
fait briller ses qualités vocales scéniques, et Ciampi, dont le talent souple 
et varié gagne de plus en plus dans l'estime du public, donne un relief 
plaisamment accentué à la personnalité libertine et prévaricatrice du Po- 



dcsta. La deuxième représentation a obtenu encore plus de faveur que 
la première, l'interprétation ayant été meilleure et plus sûre. 

*** On poursuit activement à ce théâtre les études du Te.mplario (Ivanlioë), 
œuvre éminemment dramatique dans la(|uelle la mélodie italienne est 
vigoureusement appuyée par une orchestration savante et puissante, tout 
à la fois. L'opéra renommé de Nicolaï nous paraît appelé à avoir à Paris 
le succès qu'il a remporté sur les scènes les plus importantes de la Pé- 
ninsule. 

*** Les trois représentations de la Fanchonnelle qui ont été données 
cette semaine au théâtre Lyrique ont amplement confirmé le succès de 
cette reprise et de son interprète hors ligne, Mme Carvalho ; succès 
triomphal pour la grande artiste et que nous nous empressions de cons- 
tater dimanche dernier. 

^** Le baryton Ismaël, du Théâtre-Lyrique, utilisera le congé auquel 
il a droit en allant chanter à Marseille, avec Michel et Mlle Monrose, tout 
son répertoire, entre autres ouvrages, Guillaume Tell et l'Africaine. 

45% Six opéras-comiques, rien que cela! sont en ce moment à l'étude 
aux Fantaisies Parisiennes. Sur les six, nous en avions nommé trois. Il 
nous reste à pn'îsenter à nos lecteurs: le Farfadet, d'Ad. Adam, Mam'selle 
Pénélope, de M. deLajarte elle Muletier, d'Hérold. On comprend que les 
répétitions de ces actes nombreux doivent nécessiter une .série de re- 
lâches qui commenceront demain, et que l'administration mettra à 
profit pour approprier la salle aux exigences légitimes du public. 

^*ii Mlle Irma Marié, annonce-t-on, est engagée à l'Athénée pour jouer 
dans l'Amour et son carquois, avec Léonce et Désiré. 

.*« L'apparition d'une chanteuse masquée dans le 4= acte des Plaisirs de 
Paris, au théâtre Déjaz^t, a excité cette semaine une sorte de curiosité. 
Cette cantatrice, grande dame ou artiste, est douée d'un physique 
agréable et distingué; mais soit peur, soit inexpérience, elle n'a pas 
réali.sé ce qu'on devait attendre d'une semblable tentative. Les deux 
morceaux choisis par elle — des paroles sur l'air de la romance de Mme de 
Rothschild et la valse si connue du Bacio — ne pouvaient d'ailleurs don- 
ner une grande opinion de ses facultés musicales. Toutefois, les encou- 
ragements ne lui ont pas manqué, et la courtoisie du public l'a applaudie 
et même rappelée. 

i^*jf, Au théâtre des Jeunes-Artistes de la rue de la Tour d'Auvergne, 
jeudi dernier nous avons entendu le Chien du, Jardinier, de Grisar, exé- 
cuté d'une façon charmante par MM Davy et Poulmier, Mlles Durand 
et Alice C. . . Il y a certainement beaucoup d'avenir chez ces jeunes ar- 
tistes, et nous indiquons aux directeurs en quête d'une gracieuse et in- 
telligente Dugazon, Mlle Alice C. dont la voix est aussi fraîche que sym- 
pathique. 

i*:^ Léo Delibes compose en ce moment la musique — presque une 
partition — de Nos Ancêtres, le drame nouveau ri'Amédée Rolland, qui 
va être représenté au théâtre de la Porte-Saint-Martin. Cet élément essen- 
tiellement artistique ne peut qu'ajouter grandement au succès littéraire 
que l'on se plaît dès à présent à prédire à cet ouvrage. 

^,% Le traité qui liait Mlle Schurider au Châtelet ayant été résilié à 
l'amiable, ainsi qu'il était facile de le prévoir, l'artiste aimée du public 
des Variétés est rentrée, hier soir, à ce théâtre dans Barlie-Bleue, avec 
son partenaire Dupuis. MM. Kopp, Grenier, Christian, Hittemans, Ham- 
burger, Mlles A. Duval et G. Vernet avaient repris leurs rôles. 

i*,,. Les recettes brutes réalisées pendant le mois de décembre dernier 
dans les théâtres impériaux, théâtres secondaires, concerts, etc., ont été 
de 1,711,603 fr. 75 c. 

,t*j La direction du Grand-Théâtre de Rordeaux étant tombée en dé- 
confiture, les artistes de ce théâtre se sont immédiatement et à l'unani- 
mité constitués en Société, sous la gérance de M. Cuvreau, le chefd'or- 
che.-lre. Le cours des représentations n'a été interrompu qu'un jour. La 
nouvelle commi.ssion a pour elle l'appui de la Mairie, et les vœux du 
public qu'elle a su se rendre symphalique par quelques modifications 
apportées à l'ancien état do choses ; on ne doute pas que sa tentative 
n'ait un heureux résultat. 

^*if: La direction du théâtre de Toulouse vient de reprendre avec de 
nouveaux artistes V A f ri-aine, attendue avec impatience par le public. 
Mme Ecarlat-Geismar, par son interprétation du rôle de Sélika, a justifié 
sa réputation de cantatrice et d'actrice et a répondu aux espérances des 
.'■pectateurs. Mme Ebrard-Gravière chante avec sentiment et délicatcs-e. 
Une grande part du succès de cette reprise revient à M . Roudil, naguère 
encore à l'Opéra. 

t*^ La semaine dernière, Mme Vandenheuvel se trouvait à Monaco, et 
elle a chanté les Noces de Jeannette sur la petite scène de cette plage 
aimée du soleil. L'éminente artiste y a remporté le plus franc des succès. 
Le public monégasque et cosmopolite ne ménage pas non plus ses bra- 
vos aux frères Guidon qui interprètent, dans les Etats de S. A. Char- 
les 111, le Violoneux, d'Ofténbach, avec leur goût et leur esprit' habituels. 

,j;*,p A la dernière représentation de la Grande-Duchesse, à Liège, ven- 
dredi de l'autre semaine, les abonnés du théâtre ont fait remettre sur 
la scène à Mme Rose Rell, tandis que la foule éclatait en bravos enthou- 
siastes, un bouquet splendide aux couleurs françaises et une magnifique 
bague en diamants. Mme Rose Bell, sur la demande formelle du public 



REVUE ET GAZETTE MUSICALE 



de Liège, donnera pendant un mois encore des représentsitions au théâtre 
de cette ville. 

,*» Hier, le cinquième bal masqué de l'Opéra, sous la direction de 
fctrauss, a été aussi brillant et aussi nombreux que les précédents. 



NODVELLES DIVERSES. 

,** Le quatrième concert du Conservatoire a eu lieu dimanche der- 
nier pour les abonnés anciens, avec les modifications que nous avons in- 
diquées dans le programme On avait bissé, au dernier concert, le char- 
mant chreur de^ nymphes de Psyché, d'Ambroise Thomas; cette fois 
c'est Valkgretto àc, la symphonie en ta qu'on a fait répéter. Pour qui 
connaît les deux niorocaux, ce choix est caractéristique. La jeune séné- 
ration d'abonnés, qui n'a pas encore fait de .stage à la salle de la rue 
Bergère, se laisse plus facilement prendre par le côté gracieux que l'ina- 
movible première série, stylée depuis Habeneck à réserver son admiration 
pour des beautés plus sévères. Le concerto de \iolon de M. Garcin a eu 
un succès très-honorable. On y trouve des preuves d'un talent incontes- 
table qui se révèle surtout dans hs détails, dans les finesses et les re- 
cherches de l'harmonie; mais le style n'est pas celui d'un concerlo. On 
cherche aussi, et souvent en vain, un plan que l'auteur paraît avoir 
subordonné aux effets isolés d'Iuirmonie, de mouvement de parties et de 
virtuosité. L'adagio a surtout fait plaisir. M. Garcin a exécuté son œuvre 
avec beaucoup de sûreté et de charme. 

»*^ Le concert donné dimanche au cirque Napoléon, offrait à ses au- 
diteurs ordinnires deux nouveautés intéressantes, — et il faut rendre 
cette justice à M. Pasdeloup, qu'il n'épargne ni son temps pour les cher- 
cher, ni ses peines pour les faiie exécuter, — l'ouverture de Manfred de 
Schuman et la Sicilienne de Séb. Bach. Chaque fois qu'un morceau nou- 
veau est joué aux Concerts populaires, il se produit une sorte d'hésita- 
tion, fort naturelle d'ailleurs, dans le public: il se partage presque tou- 
jours en deux courants contraires se traduisant, l'un par une approba- 
tion forcenée, l'autre par une sorte de résistance; toutefois, l'intelli- 
gence musicale qui distingue les habitués de M. Pasdeloup ne tarde pas 
à prendre le dessus, la fusion s'opère et l'on est tout étonné de voir, à 
la deuxième ou troisième audition, l'œuvre accueillie froidement d'a- 
bord, obtenir un succès enthousiaste. L'ouverture de Manfred n'a pas eu 
dimanche à subir celte épreuve : elle a été tout d'abord favorablement 
reçue et saluée de trois salves d'applaudis'-ements très-francs et très-ac- 
centués. C'e.n d'ailleurs une œuvre qui recèle de grandes beautés sym- 
phoniques, et l'une de celles qui ont dû contribuer fortement à la répu- 
tation du compositeur. On ne .s'est pas montré moins sympalhique à la 
Sicilienne de Bach qui a été également fort applaudie. — Nous ne di- 
rons rien des autres parties du concert, si ce n'est qu'elles ont été ren- 
dues avec l'excellent ensemble qui distingue l'exécution des artiste:; de 
M. Pasdeloup. On a redemandé de toutes parts le menuet de la sym- 
phonie eu sol mineur de Mozart; la 9» symphonie de Beethoven a pro- 
duit un immense effet, et l'ouverture de Guillaume Tell a brillamment 
clos cette belle séance. 

a,*i Aujourd'hui dimanche, à 2 heures, douzième concert populaire de 
musique classique au cirque Napoléon. On y entendra : 1° ouverture de 
Strue7isée de Meyerbeer; — 2° symphonie en fa majeur de Beethoven 
(allegro, allegretto scherzando, menuet, finale); — 3° adagio du qua- 
tuor en si bémol (op. 50), de Haydn (exécuté par tous les instruments à 
cordes); — i° marche hongroise, orchestrée par Berlioz; — S' Songe 
d'une Nuit d'été, de Mendelssolm (ouverture, allegro appassionato , 
scherzo, nocturne, marche.) L'orchestre sera dirigé par M. J. Pasde- 
loup. 

*% Hier soir a eu lieu à la salle Herz une grande soirée musicale et 
dramatique au profit de l'œuvre de la Société d'éducalion et d'assis- 
tance pour les sourds-muets de France. Mlle Battu, Delle-Sedie, MM. 
Lebouc, Saint-Saëns et un violoniste étranger. M. Console, qui sera bien- 
tôt célèbre; Mlle Favart et M. Delaunay, de la Comédie-Française, prê- 
taient leur concours à ce beau concert dont nous reparlerons. 

-^*sj; Berthelier, qui à peine de retour de sa dernière campagne avec 
M. Ulmann s'apprête à repartir avec Carlotta Patti et les nouveaux 
artistes engagés, a chanté dans ses concerts successifs trente-sept fois 
l'Air bouffe anglais avec un succès qui a été général; toujours applaudi 
à outrance, l'ex' client chanteur était obligé de répéter cette chansonnette, 
l'une des plus originales d'Otïenbach. 

^*^ La reprise des séances populaires de musique de chambre, par MM. 
Ch. Lamoureux, Colblain, Adam et Poëncet, est maintenant certaine. La 
première est, en effet, annoncée pour mardi prochain, avec le concours 
du pianiste Henri Fissot. On entendra les morceaux suivants : 1° Trio 
en ré mineur, de Mendelssohn, pour piano, violon et violoncelle ; 2° Qua- 
tuor en sol mineur, (n° 74), de Haydn; 3° Sonate en ut dièse mineur 
de Beethoven, exécutée par M. Fissot; i° Quintette en la mineur, de 
Mozart. Les séances populaires de nmsique de chambre auront lieu, 
comme de coutume, dans les salons Pleyel, Wolff et C*'. 



**^ Une jeune et charmante pianiste, Mlle Marie Secretain, donnera 
le 23 janvier, dans la salle de M. Herz, .son maître, un concert à grand 
orchestre. Entre autres morceaux, Mlle Secretain fera entendre le 6° 
concerto de Henri Herz. 

^% M. Eugène Ketterer, l'excellent pianiste-compositeur, qui faisait 
partie de la dernière tournée Ulmann, est revenu à Paris, où il va re- 
prendre ses leçons et ses travaux de composition. 

,*» Nous annonçons pour dimanche prochain, 26 janvier, la matinée 
d'inauguration des cours de chant, piano, accompagnement et orgue, 
composée de Mme Anna Fabre, MM. Eugène Ketterer, Albert Vizentini, 
Auguste Durand, qui aura lieu. chez Mme Anna Fabre, 23, rue d'Haute- 
ville, à 2 heures. Nous pouvons prédire d'avance un grand succès à cette 
matinée et à ces cours. 

^*^ Aujourd'hui, à deux heures, a lieu, à la salle Herz, une belle 
matinée musicale et dramatique au bénéfice de M. Nathan, de l'Opéra- 
Comique, Tout le personnel artistique de ce théâtre, Mme Marie Sass, 
les frères Lionnet, Sarasate, etc., prêtent leur concours au bénéficiaire. 
Entre autres attractions du programme, nous citerons le chœur des Deux 
Avares, chanté par tous les artistes de l'Opéra-Comique. 

^*^ La Société de bienfaisance italienne, protégée spécialement par 
l'Empereur, donnera, demain lundi, son grand concert dans la salle du 
théâtre Italien, avec le concours des artistes de cette scène; concours et 
salle gracieusement accordes par M. Bagier. Le programme se composera 
du deuxième acte de Norma, du premier acte de D>,n Pasquate, du 
deuxième acte de Maria et du premier acte de Crispino c la Comare. 

**;^ Mlle Wertheimber est de retour à Paris, après une triomphale 
campagne que les dilettanli barcelonais ont trouvée trop courte. Elle a 
paru pour la dernière fois au théâtre du Liceo dans le Prophète, après 
l'avoir chanté dix fois de suite avec un succès sans égal. Rarement on 
a vu se produire un pareil enthousiasme : Mlle Weirtheimber a été 
maintes fois rappelée et couverte de bouquets. Elle est au moment, 
paraît-il, de signer un engagement avec une de nos grandes scènes fran- 
çaises. 

^*fi. L'un des solistes les plus distingués de l'orcfiestre d'Arban, M. 
Emile Dunckler, violoncelliste, vient d'être eng:)gé au Casino de Gand 
pour s'y faire entendre au concert qui sera donné par cet établissement 
le 23 de ce mois. 

-c** On nous écrit de Francfort : « M. Rosenhain, le célèbre pianiste- 
compositeur, a passé quelque temps parmi nous. Avant de partir pour 
Paris, où ses amis et ses élèves l'attendent, il a fait entendre, devant une 
réunion qui se composait de toutes les notabilités artistiques de notre 
ville, plusieurs de ses nouvelles compositions qui ont obtenu l'accueil le 
plus chaleureux : une sonate pour piano et violoncelle (op. S3), œuvre 
magistrale, dramatique et pleine de passion, admirablement exécutée par 
l'auteur et M. Lubeck; une méditation pour le piano (op. 77), remplie de 
poésie et rendue par l'auteur avec ce style, qui n'appartient qu'aux 
grands maîtres; quatre mélodies caractéristiques (op. 68): barcarolle, 
Chanson du Touriste, Courante et Cloches du soir, véritables bijoux; 
plusieurs mélodies pour piano et violoncelle et pour piano seul, entre 
autres un morceau intitulé : « Conte d'enfant », pétillant d'esprit, qui a 
transporté l'auditoire. Toutes ces œuvres nous ont ravi par leur richesse 
mélodique et par l'élévation et la variété de leur style. M. Rosenhain 
nous a prouvé qu'il est à la fois un grand pianiste et un de nos 
meilleurs compositeuis. » 

j*^ Les journaux de Berlin nous apportent la mention d'un concert 
donné dernièrement par un jeune violoniste-compositeur dont l'avenir 
s'annonce brillamment et que le Conservaloire de Paris couronnait der- 
nièrement, Franz Ries, le neveu du célèbre pianiste: le programme était 
composé exclusivement de ses œuvres, parmi lesquelles on a distingué un 
quatuor, des lieder et des solo de violon qui témoignent d'un talent déjà 
mur et formé à la meilleure école. 

^*,^ Alfred Jaëll et sa femme \iennent de remporter de nouveaux et 
éclatants succès au Gewandhaus de Leipzig, à la Société philharmonique 
de Hambourg, à Brunswick, etc. Les duos pour deux pianos, de Schu- 
mann, Reinecke et autres auteurs que ces deux éminents artistes exé- 
cutent, sont bissés chaque fois. Paris les possédera de muveau, et cette 
fois d'une manière durable, après leur tournée d'Allemagne qui se termi- 
nera en février. 

^*^ La saison prochaine et la nouvelle direction seraient, dit-on, inau- 
gurées à Bade par plusieurs innovations. En ce qui concerne la mu- 
sique, on améliorerait l'orchestre du kiosque, et l'opéra italien serait 
remplacé par un théâtre allemand dont les artistes seraient recrutés sur 
les scènes les plus célèbres. 

^% S'il faut en croire les affirmations réitérées et quasi-officielles du 
Constitutionnel, la réorganisation des musiques militaires de la cavalerie 
française serait décidée. 

^*^ Le populaire auteur de la Femme à barbe, de Rien n'est sacré pour 
un sapeur et autres mélodies avantageusement connues, M. Villebichot, 
annonce l'ouverture prochaine d'un théâtre qui portera son nom et qui 
se transformera, suivant les circonstances, en une vaste salle de concerts. 
Le Théâtre-Villebichot sera situé boulevard Lafayetle, près de la Villette; 



DE PARIS 



23 



on pouvait s'y attendre, car il est pour certains répertoires des lieux 
prédestinés. 

t% L'éditeur de musique Choudens vient de recevoir de S. M. le roi 
de Suéde la décoration de son ordre de Gustave VV;isa. 

^,*^ Nous apprenons de Vienne que S. M. l'empereur d'Autriche vient 
de faire remettre au célèbre ténor Roger, la grande médaille des Arts 
et Sciences, pour son mérite artistique et sa remarquable traduction des 
Saisons d'Haydn. 

**, M. Paul de Saint-Victor, l'érudit et brillant critique théâtral, passe 
du journal la Presse à la Liberté; c'est une véritable bonne fortune pour 
les lecteurs du journal de M. de Girardin. 

»% Un praticien du plus grand mérite, un professeur très-écouté, 
M. le docteur Laborie, officier de la Légion d'honneur, attaché au ser- 
vice médical de l'Opéra, vient de mourir, jeune encore, et par suite d'un 
accident survenu dans l'exercice de son art. Ses obsèques ont eu heu 
mardi dernier, en l'église Saioi-André. Cette perte sera vivement ressen- 
tie par la société parisienne et le monde artiste, où le docteur Laborie 
comptait une nombreuse, fidèle et sympathique clientèle. 



ÉTRANGER 

,fc** Brunswick. — On vient de donner Roméo et Juliette de Gounod; 
on ne compte pas sur une vogue pareille à celle de Faust, mais on a 
bien accueilli l'ouvrage et on s'atlend à un nombre raisonnable de re- 
présentations. 

«% Berlin. — Mlle Artôt, plus que jamais l'idole du public, a chanté, 
après II Barbiere et la Sonnambida, le Faust de Gounod, oii elle captive 
par des moyens autres que Pauline Lucca, mais aussi sûrs. Elle s'est 
également fait entendre à la Cour. Les conditions de son réengagement à 
Varsovie sont des plus brillantes : oO,OOÛ francs pour cinq mois et une 
représentation i bénéfice gaiantie 8,000 francs. A Moscou, oii elle doit 
chanter deux mois, son traité lui assure de plus beaux avantages encore. 
— ïaglioni vient de donnerun nouveau ballel, "on Paraso/, qui lui a valu 
un magnifique triomphe; il a été rappelé douze fols au moins. Mlles 
Girod et David, chargées des rôles principaux, ont partagé ce succès. — 
La Grande Duchesse de Gcrolstein, vient de conquérir, haut la main, le 
public de Berlin, qui passera tout entier au théâtre de Friedrich-Wilhelm- 
stadt. Mlle Lina Mayr est une gracieuse Grande-Duchesse, un pej senti- 
mentale peut-être, mais bonne musicienne et chanteuse expérimentée. 
On l'a applaudie à diverses reprises, et ses camarades, Neumann (Boum), 
Adolphi (Frilzj, Mathias (le prince Paul), ont pris leur bonne part do ce 
sympathique accueil. On les a tous rappelés après chaque acte. On peut 
prédire maintenant à la Grande Duchesse une longue série de représenta- 
tions. 

^*^ Vienne. — Un nouveau ballet de Henri Desplaces, Xana-Sahih, & 
été donné à l'Opéra sans succès, mais non sans bruit. Deux partis soute- 
nant deux ballerines rivales, Mlles Couqui et Lucas, en sont venus 
presque aux mains, sans nul profit pour l'ouvrage, qui était la chose à la- 
quelle on songeait le moins dans cette bagarre. - Wachtel fils et 
Mme Ehnn ont signé un engagement avec l'Opéra. 

,is** Venise. — La Fenice est restée fermée dix jours pour préparer con- 
venalslement la représentation de Dinorah. Après de nombreux tiraille- 
ments entre le public et les impresarii successifs, voici la paix faite et 
cimentée par un des succès les plus complets, les plus retentissants dont 
ce grand théâtre ait été témoin. L'ouvrage est allé aile stelle; on ne se 
lassait pas d'applaudir cette musique si gracieuse et si forte en mê'uie 
temps; on prodiguait les bravos aux artistes, Camille de Maesen, Minetti, 



Merly, qui tous ont rivalises de talent. La soirée du 8 janvier marquera 
dans les annales de la Fenice, si riches déjà de beaux souvenirs. — On 
monte maintenant à grands frais l'Africaine pourlaLotli délia Santa. 

tf,*^ Florence. — Le jeune et déjà célèbre violoniste Wilhelmy à prêté 
son concours à la troisième et à la quatrième .séance de la Socicta dcl 
Quarlello. On ne se rappelle pas ici avoir vu un succès pareil ; les ap- 
plaudissements ébranlaient la salle, surtout après le concerto de Paganini. 
Wilhelmy e.st également admirable dans la musique d'ensemble; il a 
exécuté, avec MM. Bruni, Laschi et Sbolei, plusieurs quatuors de Haydn 
et de Beethoven après lesquels lesbravo» ne finissaient pas.llest parti pour 
Saint-Pétersbourg, où un engagement l'appelle jusifu'à la fin de mars; .son 
court passage ici aura été un véritable événement musical. — A la cinquième 
séance, le S janvier, le pianiste Ducci a joué en maître, avec un excellent 
violoniste, M. Papini, une sonate de Rubinstoin, puis le célèbre septuor 
de Hummel. — Un comité vient de se constituer, .sous la présidence du 
prince Charles Poniatowski, pour élever un monument à Pacini. 

ji*^ Milan. — La Camarijo, ballet nouveau de Monplaisir, a très-bien 
réussi à la Scala. La première danseuse Ferraris y a obtenu un grand 
succès. La musique est de Dall'Argine; elle a été également goûtée. — 
Mme Borghi-Mamo s'e.st fait eniendre dans une soirée donnée par l'édi- 
teur Lucca; le beau talent qui lui a conquis de si fervents admirateurs 
s'est mis en pleine lumière dans une Canzone napolitana, la romance 
à'Otello, le duo du Barbier et le? variations de Rode. Elle a recueilli les 
plus sincères et les plus justes applaudissements.— Au théâtre Carcano ont 
eu lieu, dans le rôle de Gilda, de Rigotetto, les débuis d'une toute jeune 
et charmante artiste, Mlle Octawa Tornsquistqul parait réunir toutes les 
qualités désirab.'es comme chanteuse et comme comédienne. Son succès 
a été des plus chaleureux. Voici comment la Gazetta dei Teairi s'exprime 
à son égard : • Mlle Tornqui.st joint à une belle voix limpide et métal- 
» lique une habitude de la scène bien rare chez une débutante. Aussi 
» son succès a-f-il pris les proportions d'un véritable triomphe. 
» .Mlle Tornquist a fait ses études musicales à Paris, et son succès n'é- 
» tonnera personne lorsqu'on saura que Délie Sedie ia comptait au 
» nojibre de ses bonnes élèves. 

^*\p Cadix. — Emmy La Grua maintient l'enthousiasme au même ni- 
veau depuis son arrivée. Elle vient de chanter Gemma di Veryy avec un 
immense succès que la presse locale enregistre avec une significative una- 
nimité. 

^'.^ .Madrid. — On monte /a .l/ue«eavecTamberlick, Selva, Mmes Pa- 
lermi, Sonieri et Roseré (Fcnella).— .Mme Penco a fait sa rentrée dans Lu- 
crezia Borgia, au milieu d'une pluie de fleurs et de couronnes. Toutefois la 
santé de la célèbre cantatrice est toujours fort précaire. On va reprendre 
pour elle Roberto il Diacolo. 

jf*t Barcelone. — La direction du Liceo vient de mettre à l'étude le 
Pardon de Ploérmel, qui y sera représenté très-prochainement. Mlle Vi- 
tali est engagée pour le rôle de Dinorah. — On se propose également 
de monter ensuite Fra Diavoto. 

*** Saint-Pétersbourg. — Mme Volpini a débuté le 7 janvier, avec un 
succès énorme, dans Dm Pasquale; l'Empereur l'a fait complimenter 
après la représentation. — Le^<début de Mlle Galetii a été également 
très-brillant; Mario, Graziani -et .\ngelini l'entouraient et n'ont pas été 
moins fêtés. — Tous les journaux sont pleins d'éloges à l'adresse de 
Mme Pauline Lucca et la célèbre cantatiùe allemande fait réellement 
fanatisme parmi le [uiblic russe. 



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24 



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lUrunger 34 n iil. 

Le Journal parait le Dimanchii. 



GAZETTE MUSICALE 



DE PARIS 



SOMMAIRE. — Du nouveau en musique, par Edouard Fétis. — Le Psaume 
CXXXVII, imité de la Bible par M. Pacini, mis en musique par M. Jules Béer. 
— Hevne des tli''âtrps, par It. A. 1). Sain<-'V>«H. — Concerts et audi- 
tions musicales de la semaine. — Nouvelles des théâtres lyriques. — Nouvelles 
diverses. — Annonces. 



DU NOUVEin EN OnSIQUE. 

Bien des personnes se demandent avec inquiétude si l'on peut 
encore faire du nouveau en musique, si les combinaisons aux- 
quelles peuvent se prêter les éléments de cet art ne seront pas 
bientôt épuisées, si elles ne le sont pas déjà. 

Qu'elles se rassurent : non-seulement on peut encore faire du 
nouveau en musique, mais on en pourra toujours faire. Il n'a été 
assigné de terme à l'application d'aucune des facultés de l'homme. 

Les combinaisons qui peuvent fournir les éléments de l'art mu- 
sical sont inépuisables. Certaines combinaisons d'effets pourront 
s'épuiser, mais non pas celles qui relèvent du sentiment. Ce qui 
ne s'épuise pas, ce qui est éternel, c'est la puissance créatrice du 
génie humain, c'est la faculté lu'il a de renouveler la forme de 
toutes choses. 

On fait éternellement du nouveau avec les mêmes mots de la 
langue, avec les mêmes couleurs, avec la même matière, quand 
l'esprit vient la vivifier. On ne cessera pas d'en faire avec les 
notes de la gamme. 

Lorsqu'une forme est épuis^^e, il vient un homme de génie, soit 
immédiatement, soit après une attente plus ou moins longue, qui 
prend une autre forme pour ex[)rimer ses idées, et l'art est renou- 
velé pour une période d'une certaine durée. 

Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on s'avise de croire que les combi- 
naisons musicales sont épuisées. Nous gagerions que du temps de 
Lulli, il y avait des gens qui doutaient qu'on pût faire encore du 
nouveau en musique et qui voyaient dans les opéras de ce maitre 
le suprême effort, le dernier mot de l'art. Les contemporains de 
Mozart ont eu la même pensée, on n'en saurait douter. Us ont 
cru qu'il n'y avait plus rien à faire après Don Juan; ont-ils prévu 
Weber, Rossini, Meyerbeer? Certes, Don Juan est le chet-d'œuvre 



de la musique dramatique, dans une certaine forme ? msûs dece que 
la perfection d'une forme a été atteinte, il ne résulte pas que l'art 
ait pris fin. Il renaît sous une autre forme. Arrivé à un certain 
degré, l'art ne monte plus, mais on aurait tort de croire qu'il doit 
nécessairement décliner, il peut prendre d'autres directions. Le 
mouvement est la loi universelle du monde; il est à la fois le 
principe et le résultat de l'action vitale. Cela posé, il faut recon- 
naître qu'il y a d'autres mouvements que celui qui monte et que 
celui qui descend. Marcher au niveau d'un degré quelconque d'élé- 
vation, en prenant à droite ou à gauche, c'est encore marcher. 

Comment peut-on faire du nouveau en musique? C'est le secret 
du génie. Si cela pouvait s'indiquer, se déterminer par des règles 
en quelque sorte mathématiques, s'il y avait des procédés pour 
faire du nouveau, la chose serait trop facile et sans mérite. A quoi 
servirait d'avoir du génie? 

Non, il n'y a pas de méthode pour faire du nouveau dans les 
arts ; le nouveau se conçoit, il ne se prépare point. Le nouveau est 
toujours trouvé instinctivement, par des hommes inspirés qui ne 
savent pas qu'ils font du nouveau. Jamais l'art n'a été redevable 
de quelque innovation féconde aux hommes à systèmes qui se 
tracent des plans de conduite et s'érigent en créateurs. 

Ce qui prouve que M. Wagner n'est pas un homme de génie, 
quoi qu'en disent ses amis, quoi qu'il en dise lui-même, ce n'est 
pas tant la nature des impressions produites par l'audition de ses 
œuvres que la prétention qu'il a de jouer le rôle de réformateur. 
Il suffit de lire ses écrits, de voir les théories qu'il a exposées, 
pour être certain que ce n'est pas un novateur, dans la véritable 
acception du mot. Le génie ne dit pas: «Je vais faire telle chose.» 
Il la fait involontairement et pour ainsi dire malgré lui. En la 
faisant, il accomplit une fonction dépendante de sa constitution. 

Lorsqu'il a transformé l'art de la peinture, Giotto n'a pas an- 
noncé qu'il allait substituer à l'immobilité byzantine le mouvement 
et la vie ; qu'il allait rétablir la nature dans ses droits méconnus 
par de nombreuses générations d'artistes. Quand Monteverdi dota 
la musique des éléments dont s'est formée la tonalité moderne, il 
n'avait pas lui-même conscience de l'importance de ses innovations. 
Il faisait, sans prétention et sans intention, ce que son instinct le 
portait à faire. Ni Haydn, ni Mozart, ni Bach, ni Haendel, ne se 
sont posés comme des réformateurs. Ils ont commencé par em- 



KEVUE ET GAZETTE MUSICALE 



ployer les formes techniques en usage de leur temps ; peu à peu 
leur talent a pris dos allures plus indépendantes, il s'est indivi- 
dualisé; enfin le talent s'est élevé, en eux, jusqu'au degré où il 
change de nom et devient le génie dont les manifestations ont un 
cachet prononcé d'originalité. Tout cela s'est fait naturellement, 
sans préméditation et sans etfort. 

C'est toujours ainsi que les choses se passent chez les hommes 
prédestinés au rôle do novateurs, rôle qu'ils savent d'instinct, 
qu'ils n'ont pas besoin d'apprendre comme fait le comédien, et 
qu'ils jouent avec naturel. Quand vous voyez un artiste, peintre 
ou musicien, crier tiès-haut que ce qu'on a fait avant lui ne va- 
lait rien, et qu'il faut changer de route; quand vous lui voyez 
développer longuement et prétentieusement des projets de réforme, 
annoncer les merveilles qu'il se pi'opose de réaliser, arborer un 
dfikpeau, t'eHbl'cer de créer un parti pour soutenir ses idées, soyez 
convaincu que vous avez alfaire à un ambitieux incapable, duquel 
il n'y a à attendre aucune de ces nouveautés qui font époque dans 
l'histoire de l'art. Il est sans exemple que de vrais hommes de 
génie, trouveurs d'idées ou de formes nouvelles, aient rédigé des 
programmes et les aient publiés à son de trompe. 

Les maîtres font du nouveau comme M. Jourdain faisait de la 
prose, sans le savoir. Ils disent en musique, leur langue, ce qu'ils 
pensent; ils expriment ce qu'ils sentent. Il se trouve que c'est du 
nouveau. Ce n'est pas leur faute. 

On peut faire avec intention des eilets nouveaux; mais on ne 
fait pas des idées nouvelles. Il faut qu'elles se présentent d'elles- 
mêmes. L'idée appelle nécessairement la forme propre à l'expri- 
mer. Si l'idée est nouvelle, la forme est nouvelle aussi. Supposez 
que Beethoven ne fût pas doué du génie créateur, mais qu'il eût 
simplement la science des combinaisons, supposez qu'il eût pensé 
comme Mozart, en développant seulement la puissance des compli- 
cations instrumentales, nous n'aurions ni la symphonie en ut mi- 
neur, ni la symphonie en la, ni l'Ucro'ique, ni la Pastorale, aucune 
des œuvres, enfin, dans lesquelles nous admirons sa profonde et 
saisissante originalité. Il a pensé comme Beethoven, avant d'écrire 
comme Beethoven. Ainsi que chez tous les inventeurs, la forme 
est, chez lui, la conséquence de l'idée ; toutes deux sont le pro- 
duit de la même conception. Essayez de renforcer l'instrumentation 
d'Haydn, ou de simplifier celle de Beethoven, vous n'aurez que des 
productions sans unité, sans caractère, des productions incohé- 
rentes. On a fait de ces tentatives, et elles n'ont jamais abouti à 
des résultats approuvés des connaisseurs. Ce rapport entre l'idée 
et la forme existe dans tous les arts. Appliquez, par la pensée, le 
coloris de Rubens aux compositions de Raphaël; imaginez une 
figure dessinée par Fra AngeHco et peinte par Rembrandt, au lieu 
d'œuvres accomplies, vous aurez des monstruosités. Pour faire du 
nouveau en musique, il faut donc commencer par avoir des idées 
nouvelles, par en avoir naturellement, comme en ont les hommes 
de génie ; c'est une condition qu'on remplit parfaitement lorsqu'on 
est organisé pour cela. En pareil cas, il est inutile de faire des 
efforts, de formuler des théories, de publier ses intentions; les 
choses viendront d'elles-mêmes et le public verra bien à qui il a 
affaire. Il y en a beaucoup de variétés déçues depuis que le monde 
existe, mais on aurait vite dressé la liste des génies méconnus. 

Faut-il absolument faire du nouveau en musique? Comment re- 
connaît-on qu'il est nécessaire défaire du nouveau? 

Pour répondre à cette double question, il faudrait commencer 
par convenir de ce que l'on entend par du nouveau; assurément 
aucun compositeur ne peut être autorisé à refaire ce qu'ont fait 
ses prédécesseurs. S'il ne sait que répéter ce qui a déjà élé dit, il 
n'a qu'à garder le silence. Tout musicien doit avoir ses idées à 
lui, ses propres inspirations ; il doit aussi les présenter sous une 
forme technique qui lui soit personnelle. En conclure qu'il esttenu 



d'opérer une révolution radicale dans l'art, d'innover en tout, ce 
serait forcer l'ordre naturel des choses. Dans les arts comme en 
politique, le besoin d'une révolution se fait sentir de temps à 
autre. La société ne peut pas rester perpétuellement organisée sur 
la même base; la musique, pas plus que l'architecture, la peinture 
et la statuaire, ne peut pas s'immobiliser sous une même forme. 
D'une autre part, il est certain que des révolutions sans cesse re- 
naissantes ne seraient admissibles ni dans les arts, ni en politique. 
Ainsi donc, s'il faut du nouveau en umsique, il n'en faut pas trop; 
il n'en faut pas au point de troubler les amateurs dans la percep- 
tion de certaines sensations qui leur plaisent. Quant aux signes 
par lesquels on reconnaît que le moment est venu de faire du 
nouveau, il est difficile de les indiquer. Non-seulement, c'est dif- 
ficile, mais encorj c'est inutile ; (attendu que l'on ne fait pas, 
comme nous l'avons dit, du nouveau de parti pris, et que les 
hommes de génie appelés à jouer le rôle de novateurs tiennent 
leur mission de la Providence. En vain les appellerait-on: i!s 
viennent à leur heure. 

Un musicien bien organisé et instruit fait du nouveau instincti- 
vement. Il fait du nouveau parce que tout homme a son tempéra- 
ment, sa manière de sentir, sas idées et sa manière de les expri- 
mer. Tout homme est original lorsqu'il s'abstient d'imiter. Il n'y 
a pas moins de variété dans les esprits que dans les visages. Le 
musicien dont nous parlons fera du nouveau sans tomber dans le 
bizarre, qu'il faut bien se garder de confondre avec l'original, dont 
il diffère autant que le naturel diffère de l'affectation. 

On est passé d'un extrême à un autre. Jadis on professait le 
culte de la tradition; rien n'était bon que ce qui était usité; il 
fallait des exemples, des autorités. La moindre innovation était 
imputée à crime aux compositeurs qui osaient se la permettre. 
Les maîtres avaient-ils fait une chose, il était bien de la recom- 
mencer; mais la faire pour la première fois, cette chose, c'était 
commettre un grave péché ! Certes, c'était une singulière aberra- 
tion d'idées que celle qui interdisait à l'artiste la faculté d'innover; 
mais, comme nous le disions tout à l'heure, on n'a renoncé à un 
préjugé que pour tomber dans un autre. Le mépris de la tradition, 
la crainte de la banalité font qu'on se torture l'esprit pour trouver 
du nouveau. Quant à examiner si ce nouveau est bon, on ne s'en 
occupe guère; on semble croire qu'il est de l'essence de la nou- 
veauté d'être excellente. En portant ce principe jusqu'à ses der- 
nières conséquences, on perd de vue le but de l'art et l'on s'égare 
dans des voies qui aboutissent à l'erreur. 

On croyait que, sans tomber dans une simplicité enfantine, il 
fallait faire de la musique intelligible, et ne pas multiplier les com- 
plications techniques au point de fatiguer l'attention de l'auditeur. 
Une école qui a son siège en Alleinagne et qui s'efforce de faire 
prévaloir partout son influence tend, au contraire, à faire de 
l'obscurité la première condition du mérite des œuvres musicales. 
Il y a longtemps qu'en Allemagne ce principe est appliqué à la 
philosophie et à la littérature. La simplicité, la clarté, dans ces 
matières, sont considérées, au delà du Rhin, comme les signes 
d'un esprit médiocre. L'écrivain qui se fait comprendre sans dif- 
ficulté est superficiel; celui qui est obscur et dont la pensée n'est 
pénétrée qu'à force d'étude et de méditation est profond; on l'es- 
time. Il est d'autant plus considéré qu'on a eu plus de peine à le 
deviner. Le lecteur tire vanité de la sagacité dont il a fait preuve 
lorsqu'il vante les œuvres des écrivains qui lui ont donné l'occa- 
sion de déployer sa pénétration. 

Le même principe a été appliqué à la peinture. Les grandes 
compositions de Sclmorr, de Cornélius, de Kaulbach, de Bende- 
mann, sont remplies d'allégories subtiles dont on ne saisit le sens 
qu'après de longues études et des journées entières d'examen. 
Pour expliquer ce qu'il y a d'idées dans un seul tableau, il faudrait 



I)E l'AKIS. 



un volume. 11 y a de ces peintures qui sont do vraies énigmes 
dont on n'est pas bien certain d'avoir le mot, même lorsqu'on a 
pris connaissance des volumineux commentaires qui en donnent 
l'interprétation avec commentaires. 

Ce qui est admissible, jusqu'à un certain point, en peinture et 
en littérature, comme obscurité systématique, ne saurait l'être en 
musique. On peut étudier à loisir les pages d'un livre; on peut 
réflécliir des heures et des jours entiers sur le sens allégorique 
d'une composition picturale; mais la musique. ne s'arrête pas pour 
laisser pénétrer le mystère de ses combinaison-;; il faut la saisir, 
la comprendre au passage. Si elle n'est point intelligible, si l'i- 
dée ne se dégage pas de l'ensemble des sonorités, elle n'est qu'un 
bruil. La prétention de faire du nouveau a mis l'imprévu en 
grand lioimeur auprès des compositeurs de l'école dont nous ve- 
nons de parler. Leurs plus grands efforts tendent à tromper les 
prévisions de l'auditeur sur les développements de l'idée et sur la 
succession des effets. Leur méthode supprime les affinités des 
sons, les tendances naturelles des résolutions harmoniques, les 
préparations ingénieuses et les progressions régulières. Rien de 
ce que l'oreille attend n'arrive, rien de ce qu'elle espère ne lui est 
accordé. La phrase mélodique prend un autre chemin que celui 
vers lequel elle semblait se diriger; l'accord qui s'annonçait est 
remplacé par un autre; la période se brise et se transforme au 
moment où l'on croyait en saisir le sens complet. L'auditeur est 
trompé sur les dimensions du morceau, comme sur tout le reste. 
Il croit entendre les derniers accords : ce n'est qu'une ruse du 
compositeur qui recommence de plus belle et fait longtemps en- 
core jaser son orchestre, pour finir brusquement, lorsqu'il est bien 
persuadé qu'on ne s'y attend pas. Tel est le jeu auquel s'amusent 
les musiciens qui spéculent sur l'imprévu, et font du nouveau 
avec préméditation. 

11 y a dans tout cela beaucoup d'égoïsme et beaucoup d'orgueil, 
deux maladies de la société de notre temps. Plaire à ses audi- 
teurs, les toucher, les intéresser étaient les choses dont le musi- 
cien s'occupait jadis en composant. Il s'agit aujourd'hui d'un 
objet plus important; il s'agit de l'amour-propre du compositeur 
qui veut étonner, surprendre, et montrer que son savoir est su- 
périeur à l'intelligence de ceux qui l'écoutent. Qu'ils aient ou non 
des jouissances, peu importe; s'ils l'admirent, tout est dit. L'a- 
mour-propre des compositeurs a pour complice la vanité des pré- 
tendus connaisseurs qui rougiraient de n'être pas au niveau de la 
science dont on fait étalage, et qui aiment mieux applaudir com- 
plaisamment ce qui ne les amuse guère, que d'avouer qu'ils ne le 
comprennent pas. Pour nous, quand nous écoutons cette musique 
à surprises, nous nous prenons à regretter la bonhomie des an- 
ciens maîtres qui allaient tout droit leur chemin, ne cherchaient ni 
à tromper ni à surprendre leur m(mde et faisaient du nouveau, 
lorsqu'ils en étaient capables, sans y mettre ni prétention ni va- 
nité. 

Edouard FÉTIS. 



LE PS&UfflE CXXXYII. 

Imité de la Bible par U. Emilien Paetnl, 
His rn Uasique par H. Jules Béer. 

{Première Audilion.) 

Un auditoire d'élite remplissait de bonne heure, jeudi soir, les 
salons de M. Jules Béer, neveu de Meyerbeer, auteur de la Fille 
d'Egypte, et qui tient à perpétuer dans sa famille les traditions de 
l'art qu'illustra son oncle. On savait qu'au programme habituel 
d'une soirée musicale, M. Jules Béer ajouterait la première audi- 



tion d'un morceau de sa composition : le psaume 137, imité de 
la Bible par M. Emilien Pacini, et qui devait être exécuté par des 
choristes du Conservatoire et MM. Warot, Caron et Mlle Mauduit 
chantant les soli. Aussi les invités n'étaient-ils pas moins curieux 
qu'empressés de fêter cette primeur. Vers dix heures, M. Jules 
Béer, qui joint à sa ([ualité de compositeur celle d'excellent accom- 
pagnateur, s'est mis au piano et les chœurs ont attaqué l'introduc- 
tion : 

Près des fleuves de Bab^lone, 
Nous nous étions assis en proie à nos douleurs. 

On a pu voir, dès ce début, que pour traiter son sujet M. Béer 
s'était placé au point de vue où s'était mis Hossini en composant 
son Stabat, et qu'il s'était proposé de faire du psaume VSl une 
cantate avec ses développements. Tout en lui conservant son ca- 
ractère biblique, le compositeur lui a donné les formes de la mu- 
sique dramatique. Son intention s'est encore plus accentuée dans 
la strophe deuxième, arioso, chantée par Mlle Mauduit : 

Dans la ville, aux branches des saules 
Nos harpes et nos luths pendaient silencieux. 

La jeune cantatrice y a déployé beaucoup de chaleur et de sen- 
timent; sa voix pure et sonore retentissait dans ce salon avec un 
éclat qui a produit la plus vive impression. Elle a dû répéter 
cette strophe aux acclamations unanimes de l'auditoire. 

Dans la troisième : 

Jérusalem, reine éplorée, 
le compositeur s'est élevé à une grande hauteur de style, le chant 
en est vraiment très-beau; interprétée avec beaucoup d'énergie 
par Warot, elle se fond avec habileté dans le trio qui suit : 

Jérusalem, notre espérance ! 
Le récitatif et choeur : 

Seigneur! à l'assaut de Solyme, 
est le morceau qui nous a paru le mieux réussi. 

Entonnés avec une grande puissance par M. Caron, les deux 
premiers vei'S sont interrompus par le chœur : 

. . . Détruisez, de la cité sublime, 
Les derniers fondements. 

La répétition des syllabes martelées de ces deux vers peint bien 
l'œuvre de destruction et la fureur sauvage des démolisseurs. 
Toutes les voix réunies pour la strophe sixième : 

... Oh! de Babel, fille altière. 



. . . Qui viendra te prendre, 
Et briser sur la pierre 
Tes exécrables fils? 



terminent heureusement cette œuvre dans laquelle, ainsi que nous 
l'avons dit, M. Jules Béer s'est inspiré autant du sentiment scé- 
nique que du sentiment religieux. Bien écrite pour les voix, forte- 
ment colorée, elle dénote chez l'auteur une science harmonique 
dont il avait d'ailleurs déjà donné des preuves incontestables. 11 a 
donc pu s'enorgueillir à bon droit des félicitations chaleureuses 
qui lui ont été adressées. 

Les trois solistes de l'Opéra qui lui prêtaient leur concours, l'ont 
parfaitement secondé et les témoignages de satisfaction qu'ils ont 
reçus à plusieurs reprises étaient bien mérités. Des éloges sont dus 
également à M. Hurand pour la façon dont il a dirigé les chœurs. 

La seconde partie de la soirée a été remplie par un intermède 
musical dans lequel Mme Marie Escudier-Kastner, s'est fait en- 
tendre deux fois et a rencontré ses succès habituels. La scène et 
l'air de l'Ombre du Pardon de Ploërmel, chantés par Mlle Schroe- 
der, du théâtre Lyrique, ont mis brillamment en relief les rares 



REVUE ET GAZETTE MUSICALE 



qualités du talent de la jeune et belle artiste qu'on a de nouveau 
applaudie avec Mlle Mauduit dans le duo de la Fille d'Eyypte, l'un 
des plus beaux morceaux de l'opéra do M. Jules Béer. Entin, les 
voix de M. Warot et de M. Caron se sont admirablement mariées 
dans cette magnifique page d'Halévy, qu'on regrette de ne pas en- 
tendre plus souvent, le duo de la Reine de Chypre « Triste exilé 
sur la terre étraugèi-e. » 

S. D. 



BEVUE DES THÉÂTRES. 

Théâtre Français : lu Valise de Molière, à-propos en un acte par 
M. Edouard Fournier. — Odéon : Didier, drame en trois actes, 
par M. Pierre Berton. — Gymnase : le Comte Jacques, comédie en 
trois actes et en vers, par M. Edmond Gondinet. — Bouffes Pa- 
risiens : les Tribulations d'un Témoin,, vaudeville en trois actes, 
par M Adrien Decourcelle. 

L'anniversaire de la naissance de Molière a été célébré, comme 
de coutume, au Théâtre-Fraufais, par un hommage rendu à la 
mémoire de notre grand poëte comique. On a couronné son 
buste, on a lu des stances dithyrambiques de M. Marc-Baveux, et 
on a joué une petite pièce de circonstance, due à la plume de M. 
Edouard Fournie)', qui a le monopole de ces sortes de choses. 
Du reste, on a eu afTaire, cette fois, bien plus à l'érudit qu'à 
l'auteur dramatique. La Valise de Molière est un cadre dans le- 
quel viennent se grouper divers fragments, en vers et en prose, 
attribués au peintre immortel du Misanthrope, et dont quelques- 
uns portent évidemment son cachet. Pour donner un prétexte à 
l'exhibition de ces documents plus ou moins précieux, M. Four- 
niere suppose que Molière a perdu, dans une de ses tournées, sa 
valise qui renferme, outre les fragments en question, le manuscrit 
de Tartufe. Un marchand d'orviétan, du pont Neuf, met la main 
sur ce trésor et prétend se l'approprier ; mais Molière, aidé des 
principaux comédiens de sa troupe, entre au service du sieur Cor- 
mier pour reprendre son bien, et, en fin de compte, le charlatan, 
honteux et confus, est trop heureux d'être accepté comme mou- 
cheur de chandelles dans la compagnie du futur valet de chambre 
du roi. 

Cet à-propos a été fort bien accueilli par les nombreux admira- 
teurs de la gloire de Molière, qui s'étaient donné rendez-vous au 
Théâtre-Français, le IS janvier. Febvre, sous les traits du poëte, a 
été très-applaudi, ainsi que Kime, dont le début s'est eft'ectué 
d'une manière satisfaisante. Les autres rôles sont tenus par Eu- 
gène Provost, Chéry, Séveste, Mlle Dinah Félix et Mlle Tordeus. 

— Le drame de M. Pierre Berton, que l'on a joué à l'Odéon, 
sous le titre de Didier, n'a pas tout à fait répondu aux espérances 
qu'il avait fait concevoir. La donnée n'en a pas paru suffisamment 
neuve, et la coiilexture des deux premiers actes a semblé parfois 
pénible, embarrassée. Mais il ne faut pas oublier que M. Pierre 
Berton, l'estimable artiste du Gymnase, en est encore à ses débuts 
comme auteur dramatique, et il faut lui tenir compte de certaines 
qualités qui dénotent une louable aptitude et présagent d'heureux 
succès. 

Didier est un vieux savant plein d'illusions naïves, qui s'est 
laissé prendre à l'espoir d'inspirer une affection tendre à la fille 
de son ami, le docteur Baymond. Il songe à l'épouser, lorsque, 
arraché brusquement à son rêve, il apprend que Lucie a un vé- 
ritable amour dans le cœur pour un jeune médecin, dont son père 
repousse la recherche parce que, nouvel Antony, on ne lui connaît 
pas de famille. L'excellent Didier, comprenant qu'il a fait fausse 
route, se sacrifie au bonheur de Lucie et forme le projet d'adopter le 
jeune Henri pour anéantir les obstacles qui s'opposent à son ma- 



riage. Mais le pauvre savant a trop présumé de ses forces, et au 
moment de la signature du contrat, il succombe et perd lu raison. 
Comme on le pense bien, il ne peut plus être question de l'hymen 
des deux amoureux, et ils resteraient éternellement étrangers l'un 
à l'autre si Didier, retrouvant peu à peu la mémoire et le calme, 
ne se chargeait lui-même de les rapprocher et de les unir. 

C'est cette dernière partie de la pièce qui lui a fait trouvei' grâce 
devant ses juges, non-seulement par la maniera dont elle est trai. 
tée, mais aussi par le talent sympathique que Taillade y a déployé 
dans le personnage de Didier revenant à la raison. 

Mlle Antonine représente Lucie aveu nue grâce touchante ; Mar- 
tin tire le meilleur parti possible du rôle de Raymond et un dé- 
butant du nom de Kaynald s'acquitte très-convenablement de celui 
de Henri. 

— Le Comte Jacques, du Gymnase, e;t un peu parent, à la 
mode de Bretagne, de cet officier qui, dans Mademoiselle de la Sei- 
ylièrc, revient après une longue absence prendre possession de la 
succession de son père et la trouve accaparée pai- des intrus. Au 
lieu d'une famille d'émigrés, c'est une jeune fille recueillie et élevée 
par le vieux marquis de Prignon que Jaccjues rencontre installée 
dans la maison de cet oncle, mort intestat. Blanche se croit vci'itable- 
ment héritière du marquis, et Jacques se refuse d'autant mieux à 
l'éclairer, qu'en la voyant il est tonabé sous le charme de son es- 
prit et de se.-i attraits. Il ouvrirait bien son cœur à Blanche, mais 
il y a, de par le monde, un baron de Prangy à qui elle est enga- 
gée, et, par excès de délicatesse, il préférera s'éloigner sans mol 
dire. Un vieux boule-dogue, ancien intendant du marquis, n'a pas 
les mêmes scrupules, et révèle sans façon la vérité à Blanche qui, 
en apprenant qu'elle n'est pas chez elle, veut parlir à son tour. 
Quelques péripéties de peu d'importance retardent encore l'explica- 
.tion décisive <iui doit avoir lieu entre les deux jeunes gens; mais 
ils ne finissent pas moins par s'entendre, le baron de Prangy est 
congédié et tout s'arrange par le mariage de Jacques avec Blanche. 
M. Gondinet, l'auteur de cette comédie, réussit à merveille dans 
les vers faciles, si voisins de la prose qu'on aurait peine à y recon- 
naître la ligne de démarcation. Deux petites pièces de même 
nature ont précédé le Comte Jacques, qui a plus d'importance et 
fera plus d'honneur à M. Gondinet. L'interprétation en est confiée 
à Pierre Berton, l'auteur de Didier, ci-dessus nommé, à Laiidrol, 
à Blaisot et à Mlle Massin, qu'une fâcheuse indisposition de 
Mlle Delaporte a gratifiée du joli rôle de Blanche et qui n'y est 
pas au-dessous de sa tâche. 

— Le vaudeville, qui passait pour avoir fait son temps, s'est 
réfugié aux Bouffes-Parisiens et a tout l'air de vouloir y opérer 
une réaction favorable. Dieu merci! il existe encore un public pour 
ces facéties amusantes et spirituelles qui dédaignent le secours des 
trucs, des jupons courts et des animaux rares. Les Tribulations 
d'un témoin ont réussi sans tous ces coûteux accessoires et nous 
souhaitons qu'un tel exemple trouve des imitateurs. 

C'est la fête de l'opticien Moutonnet; il se délecte dans les em- 
brassements, dans les cadeaux de famille; il est content, il est 
heureux. Tout à coup survient son ami Duvivier qui a un duel 
et qui le choisit pour témoin. La première pensée de Moutonnet 
est de se soustraire à cette triste obligation ; mais, sous la promesse 
que l'affaire s'arrangera, il cède. Malheureusement, l'adversaire de 
Duvivier a pris pour second un sapeur inaccessible aux accommo- 
dements. L'infortuné Moutonnet, entraîné sur le terrain, poursuivi 
par la gendarmerie, en proie à toutes les terreurs imaginables, est 
prêt à fuir en Belgique pour échapper à la vindicte des lois. Mais 
la rencontre que l'on croyait mortelle s'est terminée sans effusion 
de sang, et Moutonnet en est quitte pour la peur. 
Le rôle épisodique du sapeur est joué avec infiniment d'origi- 



DE PARIS. 



29 



nalité par Lacombe, et les autres personnages sont interprétés avec 
beaucoup d'entrain et de gaieté par Charles Perey, Oscar, Mme Da- 
puis et Mlle Jouven. 

D. A. D. SAINT-YVES. 



CONCERTS ET AUDITIONS ISDSICÂLES DE LA SENAINE. 

^*^ Deux salves d'applaudissements ont accueilli dimanche dernier au 
concert populaire l'ouverture de Struensée de Meyerbeer, exécutée avec 
un ensemble parfait. Pour ce morceau comme pour ceux qui suivaient, 
il n'y a que des éloges à donner à l'interprétalion du beau programme 
qui composait le concert. 

^** Samedi, il y a huit jours, un auditoire nombreux, distingué et 
sympathique assistait au premier concert de l'année scolaire donné par 
les élèves de l'institution impériale-des-Jcunes-Aveugles. Divers fragments 
classiques, le difficile anàanle de la sym|.ihoiiie avec chœurs de Beethoven, 
entre autres; un concerto de Kaikbrenner; une fantaisie pour hautbois; 
le trio de la Fée avx Roses ; deux chœurs bien mélodiques et parfaitement 
écrit-s pour les voix, composés par deux professeurs non-\oyants, MM. 
Paul et Roussel, formaient le programme de cette intéressante séance ar- 
tistique qui empruntait un caractère touchant à la cruelle intirmité de 
ses interprètes. Nous unissons de tout cœur nos félicitations aux applau- 
dissements chaleureux qui ont accueilli les voix iraîchos et habilement 
exercées de Mlles Mallard, Chatrane et Bergeret; la virtuosité remarquable 
de MM. Larrieux, Ponnelle, Alizon, Gachedaure, Person ; l'ensemble des 
chœurs, la précision de l'orchestre. L'organi-ation de ces fêtes musicales 
fait le plus grand honneur à la direction de ce magnifique établissement 
et lui attire d'unanimes sympathies. La musique est, de tous les arts, ce- 
lui qui convient le mieux aux aveugles, celui pour lequel iis semblent 
même avoir été formés par la nature et le seul qui puisse leur donner 
un plaisir véritable et une consolation efficace, tout en assurant leur 
sort. 

^% Dans la grande soirée musicale donnée, le 18 janvier, à la salle 
Herz, on a particulièrement applaudi Mlle Battu et Délie Sedie. Ces deux 
virtuoses de premier ordre ont admirablement chanté ; trois salves de 
bravos sans fin ont accueilli les morceaux chantes par Mlle Battu. Un 
violoniste étranger, qui a reçu des leçons de Léonard, y faisait sa pre- 
mière apparition ; il s'est fait remarquer par une, grande sûreté d'archet 
et un très-beau son ; il a joué la ballade et polonaise de Vieuxtemps, et la 
fantaisie sur Norma du même maître, morceau hérissé de difficultés, 
avec une fougue qui a provoqué les applaudissements les plus enthou- 
siastes. C'est un talent de haut goiit et destiné à faire sensation. 
MM, Saint-Saëns et Lebouc prêtaient aussi leur concours à celle belle 
fête dont le produit aura dû satisfaire la classe intéressante des sourds- 
muets, au profit de qui elle était donnée. 

<,*,p Les séances de musique de chambre de M. Lebouc deviennent de 
plus en plus intéressantes; à chaque matinée un morceau de musique 
nouvelle vient s'ajouter aux chefs-d'œuvre des grands maîtres. A l'avant- 
dernière réunion, le ^i" quintette d'Ad. Blanc, paru récemment, a reçu 
le meilleur accueil; il a été délicieusement rendu par MM. While, 
Conitat, Trombetta et Gouffé. Un charmant solo d'alto, de Vignier, exé- 
cuté par M. Trombetta, a été aussi très-applaudi. Mme Beguin-Salomon 
a joué dans la perfection le trio en si bémol de Beethoven dans lequel 
le clarinettiste Rose s'est également distingué. Nous y avons assisté au 
début de Mlle Marie Roubaud, jeune cantatrice qui possède une voix 
admirable et a fait preuve d'une bonne méthode. A la matinée de lundi 
dernier, le septuor de Hummel, exécuté par MM. Duvernoy, Donjon, 
Barthélémy, Baneux, Trombetta, Lebouc et Gouffé, a obtenu un succès 
d'enthousiasme. De poétiques mélodies de Lacombe, fort bien inter- 
prétées par Mme Daraoreau et accompagnées par l'auteur, formaient la 
partie moderne du programme. 

^*jf. Les séances populaires de musique de chambre de MM. Lamou- 
reux, Colblain, Adam et Poëncet, ont repris mardi dernier. Cette année, 
c'est à la salle Pleyel qu'il faut aller applaudir ces vaillants artistes. Leur 
public ordinaire est là, nombreux et intelligent. On y a remarqué M. 
Fissot, qui marche à grands pas vers la célébrité. 

*% La Société des concerts du Conservatoire donne aujourd'hui di- 
manche, à 2 heures, son cinquième concert. En voici le programme : 
1° Symphonie avec chœurs de Beethoven (les soli seront chantés par 
Mlles Marimon et Derasse, MM. Warot et Gailhard): — 2° andante de la 
49'" symphonie de Haydn ; — 3° air de Monlano et Stéphanie de Berton 
(chanté par Mlle Marimon) ; — 4" ouverture d'Ofceron de Weber. — Le 
concert sera dirigé par M. George-Hainl . 

^^: Voici le programme du treizième concert populaire de musique 
elassique qui sera donné aujourd'hui, à 2 heures, au cirque Napoléon, 



sous la direction de J. PasJeloup: 1° symphonie en la majeur de Mendels- 
sohn (allegro vivace, andante, scherzo, saltarelle); —2° adagietto, scherzo, 
de Joachim Raff, (op. 101), 1" audition; — 3" symphonie en ut majeur, 
de Beetlioven (allegro, andante, menuet, final) ; — i" larghetto du quin- 
tette (op. 108), de Mozart (exécuté par M. Grisez (clarinette) et tous les 
instruments à corde.s); — ;>' ouverture du V aisseau- l'anlwne, de Richard 
Wagner. 

.i*4f Jeudi, 6 février, à la salle Herz, aura lieu un grand concert avec 
orchestre et chœurs (1.^50 exécutants) sous la direction de M. Charles 
Lamoureux. On y entendra: \" Symphonie pastorale (Beethoven); — 
2" marche et chœur des fiançailles de Lohemjrin (Richard Wagner) ; — 
3° air de Fo.raand Cortez, chanté par Mlle Mauduit; — 4° Canzonetta du 
quatuor en mi bémol (Mendelssohn) ; — .'i" scène et finale du deuxième 
acte de la Vestale (Spontini); — ti» ouverture A'Oberon (Weber). Les .soli 
seront chantés par Mlle Mauduit et M. Ponsard, du Théâtre Impérial de 
l'Opéra. 

»*4 On se rappelle la jeune pianiste llachel Van Lier, qui étonna l'hiver 
dernier par la précocité de son talent. Elle annonce pour le dimanche 
23 février, à la salle Herz, une matini';e musicale qui promet d'être fort 
intéressante et dont nous donnerons bientôt le programme. 

*** On nous écrit d'Amiens que le dernier concert de la Société phil- 
harmonique, pour lequel le président .M. Jules Dencux avait demandé 
et obtenu le concours de Marie Sass et de Faure, de l'Opéra, a dépassé 
en succès tous le^ précédents. Les deux éminents artistes y ont produit 
le plus grand effet et ont été couverts d'applaudissements. 



NOUVELLES DES THÉÂTRES LYRIQUES. 



,i*if Le théâtre impérial de l'Opéra a donné, cette semaine, trois re- 
présentations de Guillaume Tell. — On prêle à M. Perrin Tintenlion de 
reprendre VArmide de Gluck, après VHamlet de M. Ambroise Thomas. 

^^ Une indisposition n'a pas permis au théâtre de l'Opéra-Comique 
de donner Robinson Ciusoé crtte semaine; on espère que les représenta- 
tions du charmant opéra d'Oft'enbach pourront être reprises dans les 
premiers jours de celle-ci. 

^*^^MM. Henri Meilhac et William Busnach ont lu, dimanche dernier, 
aux artistes de l'Opéra-Comique, un acte, le Pâté de grives, dont Mme de 
Granval a écrit la musique. Les rôles de cette pièce sont destinés à Po- 
tel, Leroy et à Mlle Cico. 

,^*,i. Samedi dernier, aux Italiens, une subite indisposition de Mlle 
Patti n'ayant pas permis de changer le spectacle, — la Lucia annoncée — 
Mlle Laure Harris a dû chanter ce rôle, au pied levé, comme l'on dit, 
sans préparation, sans répétition, et ce page, cette Zerline, cette jolie pe- 
tite voix, cette agilité, cet esprit, ce «diable au corps,» tout cela subite- 
ment transformé par une de ces métamorphoses dont le talent et la jeu- 
nesse ont seuls le secret, s'est tiré de la tâche imprévue avec une am- 
pleur et une justesse de voix dignes d'éloges, avec une exécution des plus 
habiles, et surtout avec l'allure mélancolique, noble et passionnée à la 
fois que réclame le caractère du personnage. Malgré le désap- 
pointement légitime du public de ne pas entendre sa favorite, Mlle Har- 
ris, qui la double, a obtenu un succès très-décidé et qui s'est accentué 
depuis lors dans une seconde représentation du même ouvrage donnée 
jeudi à la place de Lucrezia Borgia. — On s'occupe beaucoup de la re- 
prise de Don Giovanni, à ce théâtre, avec la distribution suivante : A. 
Patti, Zwlina; Krauss, Donna Anna; Nicolini, Don Otiavio; Verger, iJa- 
sctto; Agnesi, le Commendatore. Quant à Elvira, ce personnage redouté, 
que l'on ne peut remplir sans voix, sans figure, sans intelligence scéni- 
que, qui s'appelle Nilsson au théâtre Lyrique, Gueymard à l'Opéra, on 
ne sait pas encore quelle sera son incarnation prochaine aux Italiens. 

jf*^ Jeudi, l'Impératrice Eugénie a honoré de sa présence la représenta- 
tion de la Sonnamhula au théâtre Italien. Sa Majesté a daigné faite 
complimenter Mlle Patti et Gardoni qui se sont surpassés dans cette re- 
présentation. L'auditoire était des plus brillants. — Du reste, on s'a- 
perçoit que Mlle Patti arrive au terme de ses représentations (elle n'en 
a plus que dix-huit à donner) ; on veut en jouir, et les notabilités pa- 
risiennes abondent de plus en plus lorsqu'elle joue . 

,j*^ Une indisposition de Mlle Krauss ajourne la première d't'i Templario, 
et il se pourrait même qu'il ne fût pas donné mardi. Toutefois la se- 
maine laissant Mlle Patti libre, il est probable qu'elle quittera Paris au- 
jourd'hui pour aller donner en province ou à l'étranger deux ou trois 
représentations que plusieurs directeurs sollicitent d'elle à la fois. Elle 
jouerait sur le théâtre qui aura la préférence la lucia , Marguerite de 
Faust, et Valentine des Huguenots en français. 

^*^ Autant le programme du grand concert donné, lundi dernier, à la 



30 



REVUE ET GAZETTE MUSICALE 



fallc Vftntadour, par la Société italienne de bienfa'sance, et quR nous 
avons publié, était intéressant et varié, autant les résultats de cette nié- 
morable soiréeont répondu à l'attente du public, qui y a goùlé les jouis- 
sances artistiques les plus délicates, k celle des artistes, auxquels de cha- 
leureuses ovations ont été décernées, à celle des pauvres enfin — les 
premiers intéressés ceux-là ! —qui y ont recueilli 16,400 francs, une des 
plus fortes recettes qui aient jamais été faites peul-être aux Italieu.s. 
Mlle Krauss paraissait, pour la première fois, dans ce rôle austère de 
Norma., qui réclame autant d'agilité de voix et de puissance dramatique 
que de beauté plastique; la tragédienne lyrique a su allier la noblesse à 
la nature passionnée de son personnage, qu'elle a suffisanmient traduit, 
du reste, au point de vue musical. Mlle Rosello (Adalgis-e) s'est montrée 
séduisante. Agnesi a été un grand prêtre fort remarquable et d'une belle 
prestance Mlle Patti, quoique souffrante, n'avait pas cru devoir refuser 
sa voix d'or à ses compatriotes malheureux, et, après avoir chanté le 
premier acte de Crispino, elle a dit, comme elle seule sait et saura Jamais 
le dire, ce premier acte de Don Pasqualc que Donizetti semblerait, en 
une prescience singulière de l'avenir, avoir écrit pour la Norina prédes- 
tinée. Ciampi, Verger, Scalese, Gardoni ont vaillamment contribué à la 
perfection de l'exécution en se niontrant, avec cette bonne volonté qui ne 
fait jamais défaut aux véritables artistes lorsqu'il s'agit d'une œuvre de 
charité, en se montrant, dis-je, ce soir-là, aux applaudissements d'une 
salleinagnifique, dans les rôles les plus opposés. Une bonne part du 
succès de la soirée revient, sans contredit, à la .-émillante Mlle Harris, 
qui vient de prendre son essor avec infiniment de grâce et [de légèreté 
vers la région des étoiles. 

^*jf Le théâtre Lyrique s'occupe lieaucoup de l'opéra nouveau de 
M. Jules Béer, Elisabeth de HotiQrie; Troy a pris le rôle qui avait été 
primitivement destiné à Ismaël, maintenant en représentation à Marseille, 
et les répétitions se poursuivent activement. 

^*^ L'Alhénée annonce pour demain la première représentation de 
V Amour et son carquois, opéra- bouffe en deux actes, joué par Désiré, 
Léonce, Mmes Irma Marié, Lovato et toute la troupe féminine. On re- 
prendra en même temps une bouffonnerie. C'est pour ce soir, jouée pri- 
mitivement au théâ're du passage Cboiseul, et dans laquelle Mlle Moya 
chantera deux chansons espagnoles d'Yradier. 

^''^ La chanteuse masquée, dont nous avons parlé, a chanté pour la 
dernière fois jeudi dernier au théâtre Déjazet, où, plus maîtresse d'elle- 
même, elle avait su faire applaudir depuis quelques soirées sa voix sou- 
ple, étendue et bien menée. La i mélodieuse mascherirw, • ainsi que 
certains journaux la nomment, doit continuer très-prochainement, et 
d'une laçon plus régulière, ses débuts à ce théâtre, dans une opérette que 
l'on dit charmante. A la scène dernière, ô surprise ! elle enlèvera son 
masque. En attendant elle n'aura pas peu contribué aux Plaisirs de 
Paris ! 

^% Ainsi qu'il était facile de le prévoir, le public des Variéléjs a cha- 
leureusement accueilli Mlle Schneider dans sa rentrée de Barbe-Bleue. 
Mlle Schneider a chanté et joué, du reste, ce soir-là (samedi de l'autre 
semaine) avec sa verve la plus entraînante et sa gaieté la plus communi- 
cative. 

,*^: Aujourd'hui, au théâtre des Variétés, représentation extraordinaire 
au bénéfice de Grenier (le prince Paul), avec le concours d'artistes de 
l'Opéra, de l'Opéra-Coniique, du Palais-Royal et du Gymnase. 

»** On monte en ce moment, avec un très-grand luxe, le Prophète, 
au théâtre de Versailles. 

;f*» L'Africaine a été reprise à Nantes, et les arti?tes de la campagne 
courante ont supporté, vaillamment et sans faiblir un seul instant, le 
poids des souvenirs laissés par leurs prédécesseurs, et la charge des 
comparaisons et des ci-aintes que les rôles de Vasco, de Selika et de Ne- 
lusko devaient nécessairement produire. M. Thierry a parfaitement com- 
po.sé le rôle du farouche sauvage , et il le chante avec des effets d'ex- 
pression bien calculés. Dans le finale du deuxième acte, Mme Barbot, 
une grand artiste entre toutes, fait admirer la pureté , le charme et la 
puissance de sa voix essentiellement dramatique. Mlle Franchino se tire 
à son avantage du personnage écrasant de Selika. M. Sylva s'acquitte 
bien du rôle de Vasco. L'orchestre et les chœurs ne manquent ni de 
goût, ni d'ensemble. 

^*ji(. Reprise également à Montpellier, l'Africaine a été un succès pour 
tous les interprètes. M. Tapie-Brune s'est montré à la hauteur du rôle 
de Nelusko. Marion a donné une physiunomie parfaite à don Pedro; De- 
poitiers a parfaitement rempli les rôles du grand brahmine et de l'in- 
quisiteur. Inès est chantée avec un talent réel par Mme Depoitiers. — 
Le ténor Solve a fait, dans les Huguenots, une réapparition brillante sur 
cette scène. 

5^% On nous écrit de Toulon en date du 22 janvier: « Hier a eu lieu 
avec un succès immense la première représentation de l'Africaine. Le 
directeur, M. Defrenne, préparait depuis longtemps, avec un très-grand 
soin, la mise à la scène du dernier chef-d'œuvre de Meyerbeer. Trois 



décors nouveaux pour le 2», le i" acte et celui du Mancenillier, 
de magnifiques costumes, de nombreuses répétitions ; rien en un mot 
n'avait été épargné, négligé pour assurer ce succès auquel ont vaillam- 
ment contribué pour leur part les artistes et l'orchestre. Une longue 
suite de fructueuses représentations est déjà assurée à M. Defrenne, et 
viendra le récompenser des peines qu'il s'est données et des dépenses 
qu'il a faites. — De son côté la Grande-Duchesse en est à sa dixième re- 
présentation et sa vogue ne .se ralentit pas; Mlle Taffanel y fait fana- 
tisme. » 

j*» Le théâtre de Besançon vient de jouer la Grande-Duchesse, pour le 
bénéfice de son chef d'orchestre, en même temps directeur de l'école 
municipale de musique, M. Goud, dont le talent est fort apprécié en 
Franche-Comté. Exécution excellente et qui a fait honneur à Mlle Marie 
Clément, à MM. Roumégoux, Saint Lot et Victor. Ce succès très-franc 
fera attendre patiemment au public bisontin l'apparition des grands ou- 
vrages lyriques qui doivent clôturer la campagne, l'Africaine notamment, 
où .se produira l'impresario-ténor de la troupe, M. Duprat, un chanteur 
bien connu de l'école de Duprez. 

*\ Le théâtre d'Anvers vient de mettre nobinson Crusoé à l'étude. 

^,*^, Un opéra-ciiniique inédit d'un compositeur de Ljon, M. Emile 
Piclioz, a été joué ces jours-ci au Grand-Théâtre de celte ville, sous le 
titre pimpant de Dans les (jardis françaises. Livret banal, pr.sque en- 
fantin ; musique alerte et spirituelle sans originalité; interprétation des 
plus médiocres, tel est le ré,>umé d s appréciations de la critique locale 
sur coite tentative nouvelle de décentralisation artistique. 

,,,*, Chaque semaine apporte, maintenant, la nouvelle de l'ouverture, 
ou plutôt de la construction d'un théâthe. Après Vil ebichot- Théâtre voici 
venir les Folies-Trévise ou Bergère qui s'élèveront aux Colonnes d'Her- 
cule... de la rue Richer. On y jouera l'opérette et la chanson populaire 
y sera chez elle. 

»** On annonce que M. Eugène Ferrand, avocat, sous-chef du bureau 
des Théâtres au Ministère de la Mai.^on de l'Empereur et des Beaux Arts, 
est nommé chef du même bureau, en remplacement de M. Cabanis, qui 
serait appelé à l'inspection des théâtres des départements. M. Albert Cave 
serait chargé des fonctions de sous-chef du bureau des théâtres. Si nous 
avons bonne mémoire, M. Eugène Ferrand, très-vers; dans la connais- 
sance du droit, était l'un des secrétaires de la Commission impériale de 
la propriété littéraire et artistique, qui propo,sa la perpétuité des droits 
d'autours, au moyen de la redevance. 

tf*t, Le sixième bal masqué de l'Opéra, qui a eu lieu hier, a été très- 
brillant; l'affluence y était grande et l'orchestre, dirigé par son habile 
chef Strauss, a fait merveille. 



NOUVELLES DIVERSES. 



»% M. Victor Massé vient de recevoir l'ordre de Charles 111 d'Espagne. 

jf*^ M. Paul de Saint-Victor a pour successeur à la Presse M. B. Jou- 
vin, que sa notoriété comme critique de théâtre désignait tout le premier 
au choix de la direction de ce journal. 

,% Nous apprenons la nomination de M. Gustave Baneux au grade 
de sous-chef de musique de la cinquième subdivision de la garde natio- 
nale de Paris, en remplacement de M. Jancourt, promu chef. Cette 
marque de distinction était bien due à l'eminent artiste qui tient si 
consciencieu>ement et d'une façon si remarquable l'emploi de premier 
cor de la Société des concerts du Conservatoire. 

^*^ On nous écrit d'Amsterdam que M. A. Berlyn vient d'obtenir aux 
concerts de M. Stumpf, au Parc, un grand succès avec une nouvelle œu- 
vre de sa composition intitulée Phantasiestiick, qu'il a fait exécuter deux 
fois dans la même semaine, sous sa direction, en présence d'un public 
enthousiaste. 

,t% M. Gabriel Baille nous prie d'annoncer la publication prochaine, 
par livraisons, d'un ouvrage de sa composition qui, sous le litre de Proe- 
ludium, contiendra cinquante morceaux appropriés à la liturgie catho- 
lique et pouvant, quoique écrits pour le grand-orgue, être également 
joués sur l'harmonium. Le spécimen de cette publication nous permet 
de bien augurer de son avenir. Le prix de chaque livraison est de 3 fr. 
net. Les souscriptions sont reçues chez l'auteur, à Perpignan. 

^*,t La sérénade du Page, les couplets de la Main et de la Barbe, ceux de 
la Toilette et de la Mèche de cheveux, la fameuse chanson des Deux hommes 
d'armes, les couplets du Thé, de la Biche, la Tyrolienne et tous les au- 
tres morceaux de la nouvelle Geneviève de Brabant, d'Offenbach, le grand 
succès du théâtre des Menus-Plaisirs, viennent de paraître au Ménestrel, 
2 bis, rue Vivienne. — La partition est sous presse . 



1>L l'xVKlS 



31 



*** Le beau Stahat de Mme la barorrne de Maistre vient de paraître 
arrangé pour le piano.— 11 ne peut mamiuer d'avoir comme édition le 
beau succès qu'il a remporté comme exécullon. 

^*, M. Debillemont, chef d'orcliestre habile et compositeur do talent, 
dont nous avons eu souvent occasion de parler, se propose d'ouvrir pro- 
chainement un cours spécial et simplifié d'harmonie, de composition 
et d'inslruircniation pratique deMiné aux personnes qui veulent s'initier 
rapidement à l'art d'écrire correctement la musique. 

,f*^ La noravellede la mort subite de M. Antoine Prumier a vivement 
impressionné, cette semaine, deux branches m ttement tranchées de la 
société parisienne; car, si l'homme distingué que nous regrettons appar- 
tenait au monde musical par son talent, par ses travaux et sa position, 
d'un autre côté ses premières études et ses aptitudes spéciiiles rattachaient 
sa remarquable personnalité au monde scientifique. M. Prumier, en effet, 
aprèsavoir faitd'excellentes études classiques au lycée Bonaparte, avait été 
élève du Conservatoire de musique en 1811, de l'Ecole polytechnique en 
1813 et de l'Ecole normale, qu'il quitta l'année suivante avec le diplôme 
de licencié ès-sciences. Les événements de celte époque l'ayant délivré de 
l'engagement qu'il avait contracté avec l'Université, il fut heureux de 
' reprendre ses études de prédilection el s'empre.'-sa de rentrer au Conser- 
vatoire, où il reçut d'Eler des leçons de contrepoint. Harpiste à l'orchestre 
des Italiens, puis de 1 Opéra-Comique; piofcsseur de harpe en rempla- 
cement de Naderman (183S) au Conservatoire, où sa classe remporta plus 
de quarante distinctions, chevalier de la Légion d'honneur de la promo- 
tion de 18i5, vice-président pendant dix-sept années consécutives de 
l'Association des artistes musiciens à laquelle il n'a jamais cessé de prê- 
ter un concours actif et efficace, M. Prumier a publié, en outre, près de 
cent oeuvres de fantaisies, rondeaux et thèmes variés pour son instru- 
ment. Il a été foudroyé par la rupture d'un anéviisme, mardi dernier, 
au Conservatoire, pendant une séance d'examen du Comité des études, 
dont il était membre. Homme de bien, artiste d'un mérite incontesté, 
savant d'une intelligence hors ligne et d'une vaste portée, Ant. Prumier 
laissera de durables souvenirs dans le cœur de tous ceux qui l'ont 
connu, c'est-à-dire estimé et aimé. 

^""^ Mardi, les derniers devoirs ont été rendus, en l'église Bonne- 
Nouvelle, à M. René Margueritat, éditeur de musique fort connu, dont 
la mort inattendue a douloureusement surpris ses amis. 

^*,^ A Manchester vient de mourir un homme qui avait dévoué sa 
vie tout entière à la vulgarisation de la mu.sique, le docteur Mark. lia 
publié lui-même le nsultat de ses travaux; on y trouve la mention de 
9,380 concerts donnés par lui, et de 5,2j;0 conférences qu'il a faites de- 
vant 7,6i5,791 enfants et 5,233,689 adultes. 11 a fait exécuter l'hymne 
national anglais 9,982 fois; il a parcouru 296,690 milles (95,363 lieues), 
et a dépensé 113,000 liv. sterl., en plus de 23,000 prises sur sa fortune 
personnelle. Outre son collège de musique, il a créé plusieurs conserva- 
toires et organisé un grand nombre de petits corps de musique qu'il 
appelait Litite mm ou les petits hommes ; enfin, l'ir.slruction musicale 
a été départie d'après son système à plus de 3,300 classes tant publiques 
que particulières. 



ÉTRANGER 



^*^ Bruxelles. — Le second concert du Conservatoire a offert un 
puissant intérêt par la variété des œuvres symphoniques qu'on y a en- 
tendues. La pièce d'introduction était l'ouverture de lioméo H Juliette de 
Steibelt, une très-belle et très-vigoureuse page instrumentale que la gé- 
nération actuelle ne connaît pas, et qui n'a pas causé moins de surprise 
que de plaisir à nos amateurs, étonnés qu'on fit de pareille nuisi>|ue il 
y a trois quarts de siècle. Vint ensuite la première symphonie de M. Fé- 
tis, exécutée pour la seconde fois, après un intei'valle de cinq ans, et 
qui a produit une impression plus vive encore qu'originairement. Par la 
fraîcheur des idées, cette œuvre semblerait remonter à la jsune-se de 
l'auteur; mais à la science qui s'y trouve, à la richesse des combinai- 
sons qui ne peuvent être que le fruit d'une longue expérience, on com- 
prend qu'elle doit appartenir à la pleine maturité de .sa carrière. Léton- 
nement est grand lorsqu'on sait que M. Fétis l'a composée à l'âge de 
soixante-dix-huit ans. Rien de plus mélodique, de plus frais, de plus 
nouveau, de plus piquant que les idées qui sont d'une abondance singu- 
lière; rien de plus intéressant, de plus riche, de plus varié que les Ibrmes 
instrumentales sous lesquelles ces idées sont présentées et développées. 
Chaque morceau est marqué de l'empreinte d'une véritable originalité 
qui frappe dès le début et se soutient jusqu'au bout. Des applaudisse- 
ments enthousiastes ont éclaté après chacune des quatre parties dont se 
compose cette œuvre remarquable, et l'auteur, forcé par les acclama- 
tions obstinées de l'auditoire, a dû reparaître à la fin. L'exécution a été 
d'une perfection rare. L'orchestre du Conservatoire s'est surpassé pour 
rendre hommage au maître. La troisième page symphonique inscrite 



au programme de celle séance était l'ouverlurc de concert de Beethoven, 
celle qu'il composa pour répondre aux observations di; ses amis sur ce 
qu'il n'avait fait des morceaux de ce genre que dans le stylo dramatique, 
et dans laquelle il se rapprocha do la manière de Haendel. On a en- 
tendu, dans celte même séance, M. Holmes, le virtuose anglais, qui a 
exécuté le concerto de Mendelssohii, un andanie de si composition et 
une gigue de Corelli, instrumentée par lui. Le lendemain du concert, 
M. Holmes est parti pour Sainl-Péter.sbourg. 

^*^ Stultqard. — La reprise de l'Africaine est venue donner une nou- 
velle vie h notre théâtre. Une salle comble a applaudi avec enthousia.s- 
mo Sontheim, aujourd'hui le meilieur ténor de l'Allemagne, Mme Ellin- 
ger (Sélika), Schïittky (Nélusko) et Mlle Klettner (Inès). Ces quatre ar- 
tistes con.siituent l'un des plus beaux en.>^embles que l'Africaine ait 
jamais rencontrés. 

^*,Schwerin. — On vient de donner pour la première fois la charmante 
œuvre de Flotow, Zildii, qui a été trcs-goùtée, et dont l'exécution n'a rien 
laissé à désirer, - Le quatuor florentin dirigé par Jean Becker s'est fait 
entendre ici plusieurs fois avec succès. 

,*^ Weimar. — Un nouvel opéra, le Héros du A'ord fGustave "Wasa), de 
C. Gœize, attendu depuis longtemps vient d'être représenté et a répondu 
aux espérances du puldic. L'auteur est un simple choriste du théâtre, 
qui s'est déjà fait connaître avantageusement par un opéra intitulé les 
Corses. 

^*j,!, Berlin. — Une brillante reprise de Fcrnand Cortez a eu lieu à 
l'Opéra; le ténor Niemann s'y est particulièrement distingué.— Mlle ArtOt 
a eu de nouveaux triomphes dans Faust et les Diamants de la Couronne. 
— La Grande- Duchesse a formé à elle seule le répertoire de toute la semaine 
dernière au théâtre de Friedrich-Wilhelrastadt. 

^*^ Leipzig. — Toute la première partie du douzième concert du 
Gewandhaus, le 9 janvier, se composait d'œuvres de Moritz Hauptmann, 
dont nous avons annoncé la mort récente : Saloe Regina, ouverture de 
l'opéra Malhilde, et trois compositions chorales d'église. Des œuvres du 
répertoire classique complétaient le programme. — Im Kyffhœuser, :yçc,rsi- 
comique el romaniique en deux actes de Mùhldorfer, a été donné le 4 
janvier avec un complet succès. Le sujet est une histoire villageoi.-^e que 
le compositeur a très-hetireusement traitée, en se renfermant dans une 
simphcilé de bon goût. — On pen.se pouvoir inaugurer le nouveau 
théâtre d'Opéra le 28 janvier. 

^*., Varsovie. — La cantatrice suédoise Mlle Hebbé vient de débuter 
brillamment aii Théâtre italien dans le rôle de Valentine des Huguenots; 
elle est applaudie et rappelée chaque soir, et le vice-régent lui a fait les 
plus flatteurs compliments. Elle doit chanter bientôt le rôle de Léonore 
du Trouvère. 

**H. Barcelone. — Guillaume Tell vient d'être représenté pour la pre- 
mière fois de la saison el d'une manière splendide. Le ténor Steger, 
Mme Rey-Balla, et le baryton Petit, trois artistes de talent dont l'éloge 
n'est plus à faire, se sont surpassés; le public ne se lassait pas de les 
acclamer. — Le succès de Mme Sinico, à son début dans Lucia, a été 
très-grand; les journaux barcelonais sont remplis de ses louanges. Outre 
le Pardon de Pliiërmel on va monter également FraDiavoloen italien. 

,j*^, Cadix. — Dans Sémiramis, les sœurs Marchisio et la basse Everardi 
ont provoqué, comme partout où on a la bonne fortune de les entendre, 
un véritable enthousiasme. Avec de pareils artistes el Emmy Lagrua, 
notre public ne pourra se plaindre celte année d'avoir été mal partagé. 

^*, Rome. — Des embarras pécuniaires ont obligé l'imprésario Jaco- 
vacci à remettre son administration entre les mains de la municipalité, 
qui gérera probablement les alfaires du théâtre jusqu'à la fin de la 
saison . 



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Musique de P. Henrion. 

Les Larmes, mélodie, de Mme Adam-Boisgontier 2 50 

Au temps des Roses, six rondes enfantines, de J.-B. Clément : 
i. Petit mouton blanc. i. Encore une chanson. 

2. Malinette. 5. Saint-Bon-Enfant. 

3. Petit bonhomme Lonlà. 6. Vive la Ronde! 

Les six rondes réunies en album, net : 5 francs. — Chaque, 2 SO 

Musique de H. de la Haulle. 

les Etrenncs du cœur, historiette avec chœurs [ad libitum), de *•*, 

dédiée à S. A. le Prince-Impérial 3 » 

Musique de Clavier père. 

L'Ogre, ballade enfantine avec chœurs (ad libitum), de Ch. Grou; 

petite partition, net 1 SO 

Musique de F. Jouffroy. 

La Crèche Sainte - Marie, chanson de J. de Blainville, vendue au 

profit de l'Œuvre des crèches 2 SO 



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Musique de Ch. Hubans. 

Le Cantonnier, chanson d'Alexandre Flan, pour baryton .... 3 » 

Vire l'eau I chanson de Degeorge, pour baryton 3 » 

A chacun sa part ch soleil, chanson de Cli. Grou, n° i, pour ténor, 

n° 2, pour baryton 3 » 

Musique de L.-C. Desormes. 

Luciole, légende d'Alexandre Flan 2 50 

Le Grand Voyaye, chanson d'Alexandre Flan 2 50 

Musique de H. Cellot. 

On vous dira qit'ça n'est pas vrai ! chanson héroïque d'Al. Flan . . 3 » 

Musique de A. Coedès. 
Oh! eh! mon chien Picard! chanson rustique d'A. Bouvier. ... 3 » 

pour paraitre incessamment 

(musique de a. coédès ) 
Roulez les dés. mes fils, chan.sun dramatique d'Alexandre Flan. . 3 » 
Les Deux Hirondelles, fabliau de (Jh. Grou 3 » 



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IN^OUVELLES PUBLIGA.TIONS 



Pour le piano 



J.-L. Battmann. op. 27S. Les Porcherons, petite fantaisie 

A. Croisez. Op. 146. Notre- Dame-des- Anges, prière de 

jeunes filles 

— Op. 147. Les Faux Monnayeurs, caprice 

J. Leybach. Op. 107. La Cenerentola, fantaisie brillante. 

— Op. 108. Tristesse, élégie 

A. Le Garpentier. Airs et Rondes populaires , arrangés 

à quatre mains, en 3 livres, chaque 

L. Schiiffniacher. Op. 72. Slon pays, transcription variée 

Danse 

Gaston de Lille. En avant ! polka 

— Biarritz, polka-mazurka 

— Sous la Feuillée, valse 

Ad. Lacout. Le Petit Mignon, quadrille très-facile 

— Babij, polka très-facile 

Strauss. Le dernier des Romains, quadrille 



S » 
S 1) 



7 SO 

6 » 

7 50 



S » 

5 » 

6 » 
4 50 
2 50 
4 50 



Chant 

LE DERNIER ROMAIN, 

Tragédie lyrique et comique, paroles et musique de 

Eugène MONIOT. 

Partition piano et chant, et libretto, prix net : 5 francs. 

D. Balleyguier. Douce chanson 3 » 

G. Douay. C'est plus fort que moi, chansonnette 3 » 

— Un Bourgeois pour tout faire, chansonnette 3 » 

J. Javelot. Mon Oscar, chansonnette 3 » 

P. Blaquières et J. Moinaux. Gratteloup au camp de 

Châlons, chansonnette 3 » 

J. Moinaux. Explication du fusil Chassepot, chansonnette 3 » 

l>uos pour ténor et baryton 

Léo de Libes. Le Marchand d'Oublis 6 » 

Ch. Lecocq. Les Tonneliers 4 » 

— Le même à une voix 2 50 



. CHEMINS DE FEB — A. CHAIX ET I 



BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 



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2 Février 1868. 



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Le Journal paraît le Dimanche, 




TTE MUSICALE 



DE PARIS 



Nos abonnés reçoivent, avec le numéro d'anjonrd'linl, 
la table analytique des matières de Tannée ISGï. 



SOMMAIRE. — Théâtre impérial Italien: il Templario, opéra- séria en trois 
actes, inusiqae d'Otto Nicolaï, par Slaariue Ciray. — Théâtre de l'Athénée : 
l'Amour et son carquois, opéra-bouffe en deux actes, de M. Marquet, musique 
de M. Ch. Lecocq; C'est pour ce soir, bouffonnerie de M. W. Busnach. — 
Revue des théâtres, par H. A. D. Saiiil-Ytes. — Concerts et audi- 
tions musicales de la semaine. — Nouvelles des théâtres lyriques. — Nouvelles 
diverses. — Annonces. 



THÉÂTRE IMPÉRIAL ITALIEN. 

IL TEMPLARIO, 

Opéra-seria en trois actes de J.-M. Marini, musique d'Orro Nicolaï. 

(Pjeniière représentation le 28 janvier 1868.) 

Depuis près de trente ans, la partition à' Il Templario est célèbre 
en Allemagne et en Italie; depuis longtemps déjà nos dilettantes 
des départements ont été mis à même d'apprécier sa valeur, puis- 
qu'une traduction française de cet ouvrage intéressant a paru sur 
plusieurs des scènes de nos grandes villes, Lyon, Bordeau.K, Tou- 
louse, etc., et cependant le public parisien n'en connaissait jus- 
qu'ici que l'ouverture, exécutée seulement l'année dernière aux 
concerts des Champs-Elysées. Toutes les administrations qui se 
sont succédé au théâtre Ventadour depuis 1839, époque de la créa- 
tion A' Il Templario à Turin, ont négligé de nous faire '• 4* 
cette belle production, et si le théâtre Lyrique ne s'étt» 
il y a deux ans, à monter les Joyeuses Commères de Windsor (ex- 
périence qui du reste n'a pas été des plus heureuses), Nicolaï ne 
serait absolument connu chez nous que de nom. On di ' onc 
savoir gré à M. Bagier de la tentative qu'il vient de fai>' 
comme tout portait à le croire, a été couronnée d'un ' , 

Mais, avant de parler de l'œuvre, disons quelques .• *' :, son 
auteur. 

Otto Nicolaï, qui mourut avant d'avoir accompli sa trente-neu- 



vième année, était né en Prusse, à Kœnigsberg, le 10 juin 1810, 
d'un père musicien qui l'éleva assez rudement, et voulut lui faire 
embrasser la même carrière. Elève d'abord de Bernard Klein, 
un artiste distingué, le jeune homme fit des progrès très-rapides, 
devint un bon pianiste, et s'adonna à l'étude de la composition. Il 
n'était pas riche, et devait travailler pour vivre en même temps 
que pour parvenir. Il s'en fut à Berlin, oti le concours et les 
efforts de quelques amis contribuèrent à faciliter les commence- 
ments de sa carrière, et à lui donner la possibilité de mener ses 
études à leur terme. 

M. de Bunsen, alors ministre de Prusse auprès de la cour de 
Rome, étant venu passer un congé à Berlin, remarqua le talent 
solide et les qualités réelles du jeune compositeur, qu'il avait 
eu l'occasion d'entendre dans différents salons. 11 s'intéressa à lui, 
et lui proposa de l'emmener à Rome, où il le chargerait des fonc- 
tions d'organiste de la chapelle prussienne en cette ville. Il faut 
dire que M. de Bunsen songeait à une réforme du chant dans 
l'église protestante, et qu'il comptait, à cet effet, tirer parti des 
talents de son jeune protégé. Celui-ci, que la perspective d'un 
voyage au-delà des Alpes tentait comme elle doit tenter tout véri- 
table artiste, accepta les propositions qui lui étaient faites, et partit 
pour Rome dans le cours du mois de décembre 1833. Peu de 
temps après, il prenait possession de son emploi, auquel était 
attachée une rémunération mensuelle de 15 sciidi, environ 7S 
francs. Pour un réformateur, il faut avouer que M. de Bunsen 
manquait d'ampleur dans les vues. 

Néanmoins, Nicolaï passa à Rome les années 1834, 183S et 1836, 
et l'on peut dire qu'il y mit le temps à profit. Remplissant avec 
une scrupuleuse exactitude les devoirs de sa charge, s'astreignant 
à donner des leçons pour augmenter les maigres ressources que 
celle-ci lui procurait, il trouvait encore le moyen de travailler 
pour lui-même, et s'était mis sous la direction du célèbre abbé 
Baini, l'éloquent et consciencieux biographe de Palestrina; il fit 
avec lui un nouveau cours complet d'études, nourrissant son es- 
prit des grandes œuvres des anciens maîtres de l'école romaine, 
et particulièrement de Palestrina lui-môme. 

Ces recherches dans le domaine de la musique scolastique et 
sacrée n'amoindrissaient cependant pas ses aspirations vers la mu- 
sique dramatique. Alors qu'il était encore enfant, à Berlin, il avait 



34 



KEVLE ET GAZETTE MUSICALE 



entendu, étudié lés opéras alors en vogue de Rossini, de Mayr, de 
Generali, de Bellini et de bien d'autres compositeurs italiens. A 
Rome, où il se mit à fréquenter les théâtres, son goût pour ce 
genre de composition ne fit que se développer davantage, et il ré- 
solut de travailler lui-même en vue du théâtre. 

Bientôt il abandonna Rome, se mit à parcourir l'Italie, visita 
successivement Naples, Florence, Bologne, où il coimut Rossini, 
puis s'en fut à Milan, que l'influence du théâtre de la Scala, alors 
possesseur d'une troupe admirable, rendait la première ville musi- 
cale de l'Italie. La Scala offrait, en eft'et, à cette époque une réu- 
nion d'artistes incomparables, la Malibran, la Schoberlecliner, la 
Tadolini, Mariotta Brambilla, Poggi, Cartagenova, Scalese, etc.v 
et c'éteît sur celte scène illustre qu'apparaissaient les plus gran- 
des parmi les œuvres contemporaines : Gemma di Vergy, Lucrezih 
Bor'^ihjde Donizetti; Norma, de Bellini; Chiara diUosembérg, "Uh' 
avvenlura di Scaramuccia, de Luigi Ricci ; Catcrina di Guisa, de 
Carlo Coccia; Il Giuramento, de Mercadante... 

Nicolaï se fixa à Milan, afin de pouvoir prendre sa part du 
grand mouvement artistique qui animait cette ville intelligente, et 
c'est là qu'il écrivit tous ses opéi'as italiens, s'absentant seulement 
pour aller veiller à leurs études dans les villes où ils devaient être 
représentés. Il donna d'abord à Trieste (1837) Enrico II, dont le 
premier titre était Eleonora di Guienna, puis Uosamonda d'Inghil- 
terra ; peu après (décembre 1839), il produisait au Théâtre royal 
de Turin le fameu.x Templario, dont le succès fut colossal, et qui 
fit bientôt le tour de l'Italie et de l'Allemagne ; il donnait ensuite 
au Carlo-Felice, de Gênes, Odoardo e Giklippe; et enfin, en 1841, 
à la Scala, qui s'était emparée déjà du Templario, son dernier 
opéra italien, // Proscriito, lequel, il faut le dire, fit un fiasco so- 
lennel. 

Mais le succès de ses œuvres antérieures, surtout celui du Tem- 
plario, avait appelé sur lui l'attention de ses compatriotes. Bientôt 
Nicolaï fut mandé à Vienne, où on lui offrait la place de chef 
d'orchestre du théâtre de la Cour, sur lequel les représentations 
de l'Opéra allemand alternent avec celles de l'Opéra italien. 11 
accepta, entra en fonctions dans le cours de 1842, et ne quitta ce poste 
important qu'en 1847, époque à laquelle il fut appelé à diriger l'Opéra 
royal de Berlin. C'est dans cette dernière ville qu'il écrivit et fit 
représenter, le 9 mars 1849, son unique opéra allemand, les 
Joyeuses Commères de Windsor, dont le succès rappela les propor- 
tions de celui du Templario, bien que les deux œu\res fussent de 
caractère absolument opposé. Malheureusement, l'artiste ne survé- 
cut pas à ce nouveau triomphe : il mourut subitement, à la fleur 
de l'âge, le 11 mai 18i9, deux mois après la représentation de son 
dernier ouvrage. 

Parlons maintenant du Templario. 

Donné à Turin, comme nous l'avons dit, à la fin de 1839, cet 
opéra, qui était chanté alors par la Marini-Raineri (était-ce la 
femme de Marini, l'auteur du livret?), le ténor Salvi et le baryton 
Ferlotli, dut à son éclatant] succès d'être représenté dès le mois 
d'août suivant à la Scala, où il ne fut pas moins bien accueilli. 
Bientôt il parut au San-Carlo, de Naples, puis au théâtre Italien 
de Vienne, mais cette fois avec des changements nécessités par la 
voix du principal interprète: le rôle de Rebecca, qui avait été 
créé par un contralto, la Marini-Raineri, passait aux mains d'un 
soprano, la Tadolini. Des remaniements étaient donc indispensa- 
bles et Nicolaï les opéra lui-môme. En 1841, le Templario retrouve 
son succès à Barcelone et à Malaga; en 1842, il est chanté à 
Pesth, puis à Grenade (1843), à Berlin (1844), à Saint-Pétersbourg 
(1846). Enfin, il va charmer les échos du Bosphore, paraît à Cons- 
tantinople, puis traverse les mers pour se produire à New- York. 
Depuis lors, à l'exception de Paris (exception qui n'existe plus 



aujourd'hui), il n'est pas une ville importante à laquelle il n'ait 
été donné d'entendre cette remarquable partition. 

Le sujet, tout le monde le sait, est tiré du magnifique roman 
de Walter-Scott, Ivanhoé, l'un des récits les plus émouvants et les 
plus rapidement menés (chose rare !) du grand écrivain. C'est 
l'histoire., connue de tous, de la passion de Briand de Boisguil- 
bert, le templier, un chevalier indigne, pour une juive, la jeune 
et belle Rebecca. La pièce reproduit en raccourci les principales 
situations du roman; elle nous fait assister aux poursuites odieuses 
de Briand, qui ne recule pas devant le crime pour s'emparer de 
la jeune fille; elle nous montre la haine et le mépris qu'il inspire 
à celle-ci; l'amour qu'elle éprouve au contraire pour le chevalier 
Vilfredo (Ivanhoé); la générosité de ce dernier, qui se dévoue pour 
la sauver, et enfin elle conserve, en le précipitant, selon les be- 
soins de la scène , le dénoûment touchant et pathéti(jue de 
l'œuvre. 

Le sujet était assurément digne d'inspirer un musicien doué de 
qualités nombreuses et variées, comme l'était Nicolaï. Aussi la 
partition est-elle complètement réussie, et justifie-t-elle les sym- 
pathies qui n'ont cessé de l'entourer depuis sa naissance. 

L'ouverture, célèbre dans toute l'Allemagne, où elle fait partie 
de tous les programmes de concerts, débute, après quelques me- 
sures d'introduction, par la marche funèbre du troisième acte, 
marche qui se fait entendre lors des apprêts du supplice, auquel 
Rebecca échappe comme par miracle. Après cette marche, vient 
un allegro con fuoco, d'une allure sombre et tourmentée dont on 
retrouve plus tard des fragments dans la scène qui précède la 
cavatine dramati([ue de Rebecca. (^oupé en deux parties par un 
andanie d'un grand caractère, cet allegro est suivi d'un motif ins- 
trumental moins rapide, où la tonalité mineure fait place â la 
tonalité majeure, pour amener une péroraison chaude et colorée. 
Cette ouverture est une page d'un ordre très-élevé, et l'on se de- 
mande pourquoi M. le directeur du chant du théâtre Italien vou- 
lait la remplacer par celle des Joyeuses Commères de Windsor, 
dont le moindre défaut eût été de former une disparate complète 
avec l'ensemble si dramatique de l'ouvrage. 

Le chœur d'introduction est franc et bien venu ; quant à la ca- 
vatine de Vilfredo, elle est rendue méconnaissable par d'énormes 
coupures, et on a supprimé entièrement la scène qui suit, dans 
laquelle pourtant on trouve une belle cantilène chantée par Briand. 
Le chœur féminin, Del cielo hriianno, est adorable et d'un excel- 
lent effet, surtout dans sa seconde partie, où le contre-point des 
violons le rend plus charmant encore. La romance de Rovena, Il 
cor gli affanni..., est bien jolie aussi, mais Mlle Simoni l'a défi- 
gurée par des changements intempestifs et par la suppression au 
moins inutile de toute la période finale. La cavatine de Rebecca, 
très-di'amatiqne et d'un grand sentiment, est encore relevée par 
une instrumentation très-colorée et d'une l'arc élégance. Enfin, le 
finale du premier acte est une page splendide et de grand effet, 
dont le public a redemandé ù grands cris l'épisode principal : 
Chiuso nel sen di fremere, épisode d'une grandeur d'accent et d'une 
ampleur d'inspiration qui touche au sublime, surtout lorsque le 
motif, entonné d'abord par les voix seules, est repris ensuite avec 
l'adjonction de toutes les forces instrumentales, au milieu desquelles 
se fait particulièrement entendre la note persistante et comme fa- 
tale des trompettes. 

Le second acte s'ouvre par un duo très-vif, très-chaud, très- 
coloré entre Briand et Rebecca, duo conçu dans la pure forme 
italienne et qui rappelle les meilleurs moments de Donizjtti. Le 
chœur des templiers, qui vient ensuite, est large et grandiose. 
Après un air de Briand, dont la coupe est franche et l'allure heu- 
reuse, vient un duo entre Cedrico et Vilfredo, qui se transforme 



DE PARIS. 



35 



en ti'io par l'arrivée de Rovcna ; c'est là un morceau dramatique 
très-scéiiiquc, liicii campé et d'une facture trî'S-serrée. 

Nous retrouvons au roramencement du troisième acte le chœur 
qui vient d'être cité, et qui est bientôt suivi delà marclie funèbre 
annonçant l'arrivée de Rebecca conduite au supplice; cette mar- 
che est caractéristique et d'une couleur sombre bien appropriée à 
la situation. On a coupé à la suite un morceau d'ensemble très- 
important, et dont la lecture sur la partition m'a fait regretter 
vivement l'absence. Quant à la prière chantée par Rebecca pour 
invoquer le secours du ciel en faveur du chevalier qui, pour lui 
sauver la vie, se bat contre le traître Briand, c'est une large et 
belle inspiration, pleine de grandeur, d'onction et de poésie; l'effet 
produit sur le public par celte page émouvante et émue a été 
très-grand, et Mlle Krauss, qui l'avait nuancée avec un charme 
rjrc, a dû la dire une seconde fois.. Le. finale n'a qu'une impor- 
tance secondaire, et peut-être est-il un peu trop écourté. 

En résumé, si la partition du Templario n'est point l'œuvre d'un 
homme de génie, elle est du moins celle d'un artiste supérieur, 
très-versé dans la connaissance pratique de son art, doué d'un 
juste et vrai sentiment dramatique, et souvent inspiré. Si la forme 
n'est pas toujours originale , elle est toujours très-soignée ; l'idée 
est abondante, et l'harmonie qui l'accompagne est généralement 
fort distinguée. Nous ne devons pas oublier d'ailleurs que le Tem- 
plario a été écrit en 1839, en pleine période donizettienno, que 
l'auteur devait être sous l'impression des grandes œuvres produites 
par le maître qui a écrit la Lucia et Lucrezia Borgia, et que de- 
puis lors des formes' qui pouvaient passer pour neuves ont eu le 
temps de se mettre en cours. Il est un point, toutefois, sur lequel 
on ne saurait trop insister : c'est l'intérêt, l'élégance, la richesse et 
la couleur que Nicolaï a su donner à son instrumentation. Son 
orchestre est soigné d'un bout à l'autre et souvent traité de main 
de maître; et cela sans effort apparent et sans exagération de so- 
norité. 

On ne peut donc que louer M. Bagier d'avoir songé à nous 
offrir une œuvre absolument inconnue à Paris, et de nous avoir 
mis à même d'apprécier le talent très-remarquable d'un compo- 
siteur dont la réputation est à juste titre considérable en Allema- 
gne et en Italie. Nous regrettons seulement que des coupures fâ- 
cheuses et souvent peu logiques aient été pratiquées sans scrupule 
dans la partition. Que l'on supprime un ou plusieurs morceaux 
entiers, cela se comprend à la rigueur, par suite de telle ou telle 
difficulté d'exécution. Mais mutiler ces morceaux, leur ôter vingt 
mesures par-ci, quarante mesures par-là, écourter les modulations, 
changer les cadences, enlever par conséquent à ces morceaux le 
plan et la forme logiques dans lesquels l'auteur les avait conçus, 
voilà ce dont on eût dii s'abstenir, et ce qui eût pu, avec une œuvre 
moins solide et moins bien venue, en altérer considérablement 
l'effet sur le public II n'en a rien été, fort heureusement. Nous 
nous bornerons donc à constater le fait, sans plus insister. 

L'interprétation du Templario a été très-satisfaisante. 11 faut placer 
en première ligne Mme Krauss, qui, pathétique, touchante et poé- 
tique, a joué le rôle de Rebecca en grande comédienne, comme 
elle l'a chanté en grande virtuose qu'elle est, La nature de son 
talent souverainement dramatique convenait d'ailleurs on ne peut 
mieux au personnage. Après s'être montrée très-brillante dans la 
cavatine du premier acte, elle a eu de superbes élans de fureur et 
de hjine dans son duo avec Briand ; elle a dit la prière avec une 
très-grande largeur de style, enfin elle s'est montrée très-passionnée 
dans toutes les parties importantes de ce rôle lourd et difficile. A 
elle seule, elle aurait assuré le succès de l'ouvrage. 

M. Stellcr, lui aussi, a droit à de grands éloges. Il a donné au 
personnage de Briand de Boisguilbert l'allui-e farouche et sombre 



(ju'il comporte , et sa belle voix de baryton, si franche, si bien 
timhi'ée, si bien conduite, a impressioimé profondément. 

Bf. Nicolini a vu malheureusement les coupures s'attaquer prin- 
cipalement à son rôle (Vilfredo); comme, pourtant, il était difli- 
cilc de le supprimer entièrement, les occasions ne lui ont pas man- 
qué de déployer les qualités de sa voix fraîche et sympathique 
et de son jeu distingué. 

Enfin, M. Agnesi, dans le personnage de Cedrico, et Mlle Simon^ 
dans celui de Rovena , complètent un ensemble qui , nous le 
répétons, est aussi satisfaisant que possible. 

Au surplus, les rappels et les applaudissements n'ont pas man- 
qué, le soir de la première représentation et depuis lors, à ces 
excellents artistes qui assurent pour long-temps, nous le croyons 
fermement, le succès A'U Templario en France. 

Maufiice GRAY. 



THEATRE DE L'ATHENEE. 

L'Amour et son carquois, opéra-bouffe en deux actes, de 
M. Marquet , musique de M. Cir. Lecocq. — Reprise de C'est 
pour ce soir, bouffonnerie de M. W. Busnach. 

(Premières représentations le 30 janvier 1868.) 

Qui ne connaît ce fameux distique de Voltaire, à propos de 
l'Amour : 

Qui que' tu sois, voilà ton maître; 
Il l'est, le fut ou le doit être. 

C'est, en quelque sorte, l'épigraphe de la pièce de M. Marquet, 
dont la donnée fantaisiste ne manque pas d'une certaine ingé- 
niosité. 

Cupidon est un enfant fort mal élevé qui compromet sans cesse 
la gravité de l'aréopage céleste, et qui a besoin d'être remis sous 
la férule pour apprendre le respect dû aux divinités de l'Olympe. 
Vénus, sa mère, le prend par la main et le conduit chez un péda- 
gogue de l'île de Crète, où elle le laisse, en lui imposant, pour 
condition de son retour dans l'Empyrée, l'obligation de conserver 
précieusement son carquois et ses flèches. 

Mais le bonhomme Chrysidès tient à la fois école de garçons et 
de filles; les sexes y sont un peu mêlés, et, dans ce tohu-bohu 
anacréontique, Cupidon- n'est que trop porté à continuer les esca- 
pades qui l'ont fait exiler du ciel. Il jette principalement son dé- 
volu sur Mlle Thisbé, la gentille nièce de Chrysidès, que le vieux 
barbon a l'intention de garder pour lui, en dépit de sa répulsion. 
La prudence n'est pas une des vertus de l'amour; en courtisant 
Thisbé, Cupidon oublie son carquois qui tombe entre les mains 
de Chrysidès. Celui-ci saisit une flèche pour en percer le cœur de 
Thisbé, mais le trait va s'enfoncer dans la poitrine de son valet 
Laudanum, tandis que toutes ses écolières prennent la clef des 
champs, en compagnie de Cupidon et de Zéphire qui est venu le 
rejoindre. 

La rnéprise de Chrysidès à l'endroit de Laudanum n'a pas eu 
de suites, par la raison que le pédagogue, possesseur des flèches 
de l'Amour, s'est mis à les distribuer à tort et à travers, si bien 
qu'il en est devenu complètement idiot. Sui,vi de son valet Lau- 
danum, il est allé fonder à Athènes un restaurant connu sous le 
nom du Moulin rouge; mais là, son état de crétinisme le rend 
moins apte à commander qu'à obéir. Laudanum veut profiter de 
l'ascendant qu'il a sur lui pour savoir où il a caché le carquois de 
l'Amour, mais c'est en vain, Chrysidès a perdu la mémoire ! Or, le 
Moulin rouge est le rendez-vous de toutes les anciennes écolières 
de l'île de Crète, métamorphosées en hétaïres, et le hasard y amène 
Cupidon qui, après la perte de ses attributs, s'est vu assaillir par 



REVUE ET GAZETTE MUSICALE 



toutes les misères de l'humanité, et s'est mis à courir les aven- 
tures avec Thisbé et Zéphire. De concert avec Laudanum, toute 
cette volée d'oisillons échappés de leur cage s'empare de Chrysi- 
dès, et, grâce à de nombreuses libations bachiques, on lui arrache 
son secret. Les flèches sont cachées dans les ailes du moulin 
rouge, que Zéphire met en mouvement par le pouvoir de son 
souffle; Cupidon rentre en possession de son carquois, et il peut 
aller reprendre sa place à la table des dieux. Emmène-t-il Thisbé? 
C'est ce que la légende de M. Marquet ne nous dit pas, 

Cet opéra-bouffe, agréablement traité, ofTre d'excellentes situa- 
tions musicales, qui ont inspiré à M. Ch. Lecocq de gracieux et 
piquants motifs, déduits avec art, orchestrés avec délicatesse. Nous 
citerons, entre autres choses, au premier acte, un air de Cupidon, 
son duo avec Thisbé, où l'on remarque une phrase des plus mé- 
lodi(iut's, un finale entraînant, et, au deuxième acte, la complainte 
du Voyage d'Anacharsis, chantée en trio; les couplets de Thisbé ; 
Est-ce à moi de vous apprendre^ qui sont charmants, et l'air ba- 
chique sur lequel on grise Chrysidés. 

L'interprétation est, en général, fort satisfaisante. C'est Désiré 
qui joue Chrysidés, et Léonce le valet Laudanum ; ils y sont tous 
deux d'un comique épatant. Mlle frma Marié s'acquitte à merveille 
du joli personnage de Cupidon; Mlle Lovato et Mlle Lentz prêtent 
une physionomie séduisante à ceux de Thisbé et de Zéphire. 

La mise en scène est fort soignée ; l'orchestre de M. Bernardin 
marche très-bien ; mais, il faut en convenir, on est un peu rebattu 
de cette couleur grecque et romaine, et nous dirons au lecteur, 
avec ce médecin du siècle dernier : « Hâtez-vous d'aller prendre 
de ce médicament, pendant qu'il guérit encore. » 

La reprise de : C'est pour ce soir, bouffonnerie faite pour servir 
de cadre aux chansons de Thérésa, à l'ancien théâtre des Bouffes- 
Parisiens, a été accueillie avec plaisir; Thérésa y est remplacée par 
une demoiselle Moya, qui y chante des couplets d'Yradier, Juanita, 
en costume d'Andalouse; ce qui n'empêche pas Léonce et Désiré 
d'avoir tous les honneurs de cette facétie burlesque. 

D. 



REVUE DES THÉÂTRES. 

Théâtre-Français : Paul Forestier, comédie en quatre actes et en 
vers de M. Emile Augier. 

Nous ne voulons pas attendre notre échéance ordinaire de quin- 
zaine pour solder le compte de M. Emile Augier, dont la comédie 
nouvelle est un de ces événements littéraires qui font époque et 
qui excitent au plus haut degré l'intéi'êt du public. Il est certain 
que la portée de cette œuvre hardie sera ardemment débattue et 
diversement jugée ; mais il n'y aura qu'une voix sur le transcen- 
dant mérite du poëte. Paul Forestier restera comme un des plus 
beaux titres de M. Emile Augier à sa couronne académique. 

Quant à la thèse soulevée par cette pièce, nous croyons, pour 
notre paît, qu'on ne peut l'accepter sans réserves. Tous les pro- 
blèmes sociaux sont du domaine de l'auteur dramatique. Il lui est 
permis de ne pas être de l'avis du législateur, qui a cru devoir 
poser des barrières à la possibilité du divorce absolu. Mais que 
pour signaler l'impasse à laquelle aboutit, en certains cas, cette 
négation plus ou moins justifiée des droits naturels, il ait recours 
à des exemples, à des arguments d'une moralité douteuse, voilà 
ce qui compromet un peu la bonté de sa cause et lui fait perdre 
une pai'tie de ses avantages. M. Emile Augier est ainsi orga- 
nisé qu'il va toujours droit au but, sans essayer de tourner les 
difficultés du chemin, sans s'embarrasser des ornières. La fran- 



chise en littérature est sans doute une qualité louable, mais encore 
faut-il qu'elle ne blesse ni le bon goût, ni la décence. 

Paul Forestier est engagé dans une intrigue avec une femme 
mariée, mais séparée de son mari, et qu'il n'hésiterait pas à épou- 
ser, si elle était libre, tant il a pour elle d'amour et d'estime. 
Son père, ne voyant pas d'issue à cette situation irrégulière, se met 
en devoir de rompre la liaison de Paul avec Léa pour lui donner 
une épouse de son choix; c'est une jeune fille qu'il a élevée, qu'il 
regarde comme son enfant et qui est digne, sous tous les rapports, 
de la tendre affection d'un honnête homme. Paul ne se rend pas 
sans combattre; mais Léa, en prenant le parti de s'éloigner, le 
délie elle-même des serments qu'il lui a faits. 

Paul épouse donc Camille, et tout fait espérer que la paix du 
jeune ménage ne sera pas troublée, lorsque surviennent coup sur 
coup deux incidents qui bouleversent ce frêle échafaudage. L'an- 
cien amant de Léa apprend d'abord qu'elle est veuve, ce qui lui 
inspire le regret de n'avoir pas attendu ; puis, une confidence bi- 
zarre lui révèle que cette même Léa s'est donnée, comme une 
courtisane vulgaire, à un adorateur de rencontre. 

Paul s'aperçoit alors qu'il n'a pas cessé de l'aimer, car il en est 
jaloux, et il couit chez elle pour l'accabler de reproches. Léa ne 
se justifie pas; elle fait mieux, elle prouve à Paul que, si elle s'est 
oubliée un jour, un seul jour, c'est uni(iueinent par amour pour 
lui, c'est-à-dire par un frénétique, par un délirant besoin de ven- 
geance, lorsqu'elle a su qu'il se décidait à épouser Camille. Cet 
aveu, au lieu de dégriser Paul, ne fait que r.aviver sa passion, et 
il maudit les liens qui l'enchaînent à Camille, maintenant que Léa 
pourrait lui accorder sa main. 

La situation est critique, et comment en sortir? C'est là mal- 
heureusement que l'impuissance du moraliste se manifeste par un 
retour forcé aux idées reçues, et par un dernier sacrifice de Léa, 
qui plie bagage devant l'épouse légitime. 

Est-ce une solution? El peut-on se retirer avec la conviction que 
l'avenir du ménage de Paul n'est pas gros de tempêtes ? Alors, 
pourquoi toutes ces audaces qui sont sans résultat possible et qui 
n'amènent qu'un dénoiiment à l'eau rose ? 

On peut donc affirmer hautement que tous les dangers accumu- 
lés par l'auteur dramatique n'ont été conjurés que par le double 
talent du poëte et de ses interprètes. Le rôle do Paul Forestier 
est joué par Delaunay avec cette fougue, tempérée de distinction, 
qui est dans sa nature et qui confond les dispositions les plus 
hostiles. Le personnage de Forestier le père a des côtés périlleux qui 
sont admirablement sauvés par l'habileté de Got ; d'atroces souffrances 
ont failli l'empêcher d'accomplir jusqu'au bout sa tâche du premier 
soir ; mais il est resté sur la brèche avec un courage héroïque, et 
deux ou trois jours de repos lu ont rendu lai plénitude de ses 
moyens. Coquelin a su également dissimuler, à force de tact et 
de convenance, les aspérités d'un rôle aussi pathétique. Mlle Fa- 
vart est une merveilleuse Léa ; elle y a de ces élans soudains qui 
font tressaillir toute une salle et qui lui donnent le droit d'être 
comparée à Rachel. Nous n'avons trop rien à dire de Mme Vic- 
toria Lafontaine dans le rôle de Camille ; elle y est convenable, 
mais un peu effacée, et ce n'est pas tout à fait de sa faute. 

D. A. D. SAINT-YVES. 



Une de nos pianistes de grand style, la meilleure et la dernière 
élève de Hummel, qui honora son enfance d'une amitié paternelle, 
Mme Mackenzie, née Catinka de Dietz, dont le nom ne peut être 
oublié de nos lecteurs, et dont les oeuvres sont empreintes d'un 
profond sentiment classique, se décide à perpétuer les traditions 



DE PAKIS. 



37 



de la remarquable école à laquelle elle appartient en revenant au 
professorat dont elle s'était retirée depuis quelques années. Les le- 
çons, ou plutôt les séances toutes classiques de Mme IVIackenzie 
ont surtout pour but de former les jeunes filles, déjà bonnes pia- 
nistes à l'intelligence des œuvres des maîtres et d'en faire des 
musiciennes à une époque oh tout le monde joue du piano et où 
cependant bien peu d'artistes sont réellement dignes de ce nom. 
Travail, respect des traditions et consciencieuse étude sont les 
bases de l'enseignement de Mme Mackenzie, qui compte déjà bon 
nombre d'élèves dans la haute société aristocratique française et 
étrangère de l'Europe, dont, au reste, elle parle presque toutes 
les langues avec une égale facilité. Nous croyons, pour notre part, 
que des tentatives de ce genre doivent être vivement encouragées 
et méritent une sérieuse attention, non-seulement de la presse 
spéciale, mais encore de tous les amateurs de l'art musical, qui 
qui ne peuvent qu'y applaudir. 

Louis DE Chavornay. 



CONCERTS ET ÀDDITIOUS fflUSICÀLES DE LA SEUIÂINE. 



*** La réapparition de la symphonie avec choeurs au programme de 
la Société des Concerts du Conservatoire a été saluée avec bonheur. 11 y 
a, en effet, trois ans au moins que le manque de solistes en prive le public 
de la rue Bergère; telle est du moins la raison alléguée par la Société. 
Il s'en est enfin trouvé, et nous sommes heureux de pouvoir dire que, 
confiés aux voix exercées de Mlles Marimon et Derasse, de MM. Warot et 
Gailhard, les dangereux soli de la dernière partie ont été jusqu'au bout sans 
encombre; c'est tout ce qu'on peut demander. M. Gailhard s'est fort bien 
tiré du récitatif initial ; une bonne note aussi aux violoncelles etcontre- 
basses pour ce même récitatif, l'écueil des orchestres médiocres. La sym- 
phonie entière a été, du reste, parfaitement rendue. Espérons que cette 
œuvre monumentale est revenue une bonne fois au répertoire pour ne plus 
le quitter, et qu'il n'en sera pas d'elle comme de l'ouverture de Coriolan, 
par exemple, dont la dernière exécution a eu lieu il y a dix ans, en avril 
■18S8. — Mlle Marimon a dit très-convenablement, sans beaucoup s'échauffer, 
l'air ie Monlano et Stéphanie de Berton : « C'est donc demain que l'hy- 
ménée », qui a fait le bonheur de toute une génération, et dont la mé- 
lodie, corrigée et raccourcie, a eu l'honneur d'être adaptée aux paroles 
d'un cantique qui se chante encore dans nos éghses. — Le joli andante 
de la 49= symphonie d'Haydn et l'ouverture à'Oberon, détaillés par l'or- 
chestre avec sa finesse et son brio ordinaires, complétaient le pro- 
gramme. 

5js*^ Au concert populaire de dimanche dernier, un nom nouveau 
figurait au programme, celui de Joachim RafT. Nous avons dû juger ce 
compositeur, dont la réputation est assez grande dans une partie de 
l'Allemagne, et qui tient d'un peu loin à l'école wagnérienne, sur deux 
échantillons que nous en a offerts M. Pasdeloup : un adagietlo et un 
scherzo extraits d'une de ses symphonies. Il y a chez ce compositeur do 
la grâce et de la distinction, mêlées malheureusement à une trop grande 
recherche. Le scherzo a fait particulièrement plaisir. — L'ouverture du 
Vaisseau-Fantôme, de Wagner, a été, comme chaque fois qu'on l'a exécutée 
(c'est, si nous ne nous trompons, la troisième audition), accueillie par une 
double salve d'applaudissements émanant des fanatiques qui ne manquent 
pas plus aux concerts populaires qu'ailleurs, puis par une bordée de 
sifflets provoquée par une nouvelle tentative du même genre en faveur 
de cette œuvre. — 11 est à croire, du reste, que l'auteur de Lohenrjrin 
fait fi du succès, en France du moins; comment expliquer, en effet, 
les outrages qu'il nous prodigue en ce moment même dans une publi- 
cation violente et insensée? A moins que ce ne soit pour pouvoir se 
poser en victime à l'avance, ou pour décliner la compétence des juges 
qu'il pressent devoir le condamner; mais alors dans quel but se soumet- 
tre à leur appréciation? 

^*.^ Un concert brillant a été donné vendredi dernier au ministère de 
la marine. Les artistes qui y ont apporté le concours de leur talent s'appe- 
laient : Mlles Nilsson et Grossi, MM. Délie Sedie, Gardoni, AlarJ, Fran- 
cbomme, autant de noms aimés et à juste titre. On a exécuté entre 
autres le ravissant quatuor de Mart/ia, qui a produit le plus grand efïèt. 

:)f*f. La société chorale allemande Liederkram réunissait samedi dernier 
une société d'élite dans la salle du Grand-Orient, rue Cadet, à l'occasion 
du dixième anniversaire de sa fondation. Des chœurs des meilleurs au- 
teurs, Schumann, Kalliwoda, Mangold, ont été exécutés avec cette per- 
fection dont les Allemands ont le secret, sous la direction de l'excllent 
chef de la Société, M. Ehmant. Le violon magique de Sivori était de la 



fête; c'est dire que le grand artiste a été rolij('t d'une chaleureuse ova- 
tion, après sa fantaisie sur Faunt et colle de Thalborg et de Bériot sur 
les Hu-jucnols. MM. Lasserre et Kowalski lui ont dignement tenu tête: 
ce dernier, dans sa paraphrase d(! Don Juan, pour piano, et M. La.«serre 
dans sa transcription pour violoncelle sur Marlha. Une opérctte-boufTe en 
deux actes, de Kipper, Fidelia, a gaiement terminé cette charmante soirée, 
que les fidèles du Liederkranz voient avec plaisir revenir chaque année. 

„,''* Le concert donné jeudi dernier par M. Villa, à la salle Herz, au 
bénéfice des Arabes de l'Algérie, offrait un progranmie aussi varié qu'at- 
trayant. Dans la sonate de Beethoven dédiée à Kreutzer, nous avons 
apprécié une fois de plus le talent fin et sympathique de MM. Sighicelli 
et Albert Lavignac. Ce dernier a été très-applaudi dans la brillante po- 
lonaise en tit de Chopin et la fantaisie de Prudent sur Lucie. Dans la 
partie vocale brillait en première ligne Mme Marie Sass, dont la voix 
puissante primait aisément celle de M. Villa, d'un volume beaucoup 
moindre, quoique d'un timbre agréable. Des chansonnettes dites avec es- 
prit par M. Ch. Potier ont terminé gaiement ce concert. 

^,*^ La deuxième matinée de Mme Clara Pfeiffer offrait le même intérêt 
varié que toutes celles que donne cette éminente artiste. A côté d'elle se 
sont fait applaudir son fils Georges, Mme Damoreau, MM. Géraldy, 
White, Lebouc et le flûtiste Donjon ; nous avons à signaler, parmi les 
œuvres exécutées, un charm.unt trio d'Adolphe Blanc; la nouvelle trans- 
cription de l'ouverture d'Egmont, par Georges Pfeilfer; enfin une jolie 
mélodie de Mme Damoreau sur des stances d'Alfred de Musset. 

*** Mlle Marie Secretain, premier prix du Conservatoire, élève de 
MM. Henri et Jacques Herz, a donné un brillant concert samedi dernier 
à la salle Herz. Elle a joué exclusivement des œuvres de ses deux pro- 
fesseurs : le 6° concerto de H. Herz, ses variations sur le Carnaval de 
Venise et sur le Pré aux Clercs, et la Valse orientale le J. Herz. Elle a une 
exécution souple, nette et bien nuancée ; c'est une artiste d'avenir et 
qui, du reste, ne peut être à meilleure école. Mlle de Beaunay et M. Bac- 
quié se sont tirés à leur honneur de la partie vocale, et l'orchestre, dirigé 
par Aug Mey, mérite une mention spéciale. 

^*^ Nous avons dit quelques nnts, dimanche, du beau concert que 
venait de donner la Société philharmonique d'Amiens, sons la direction 
de son président, M. A. Deneux. Les journaux de la localité sont rem- 
plis de détails sur l'éclat de ce concert et sur l'effet qu'y ont produit les 
deux grands artistes de l'Opéra, Marie Sass et Faure. L'orchestre, com- 
posé d'artistes et d'amateurs de la Société, y a donné de nouvelles 
preuves de sa supériorité, et a mis en grand relief un jeune violoniste, 
élève de MM. Stoupy et Alard, M. Desaint, accueilli par d'enthousiastes 
applaudissements. 11 en a été de même d'un jeune ténor, M. Roze, qui 
a très-bien chanté plusieurs morceaux, et, entre autres, la cavatine de 
Martha. En somme, ce concert, le premier de la saison, fait le plus 
grand honneur à la Société et à celui qui la dirige. 

»*,,. Léonard vient de remporter un éclatant succès, à Dijon, dans un 
concert de bienfaisance. Le grand violoniste a joué, avec son charme or- 
dinaire et son style magistral, sa Fantaisie militaire, ses Souvenirs d'Haydn 
et sa Romance sans paroles. A côté de lui, Mlle Laura Harris, la gracieuse 
cantatrice, a entliousiasmé l'auditoire dans l'air de la Flûte enchantée, le 
rondo de la Sonnambula, la romance de Martha et la valse de Roméo. 

^*^ Un triomphe signalé vient d'accueidir Arban à Nantes, dans un 
concert de bienfaisance donne par le Cercle du sport. L'excellent chef 
d'orchestre et non moins brillant virtuoje a été couvert d'applaudisse- 
ments après sa fantaisie sur la Muette; son vaillant orchestre a exécuté 
avec son entrain habituel la marche du Prophète, et ses fantaisies sur 
Robert, rAfricaine, Lucie, etc. Nantes gardera longtemps le souvenir de 
cette fête. 

ii*^ A Orléans, Mlles Vitali, Sivori et Scalese se sont fait entendre au 
deuxième concert de l'Institut musical; les ovations ont été prodiguées à 
ces éminents artistes, qui se sont vraiment surpa,sscs et qui avaient fait 
choix, pour le public Orléanais, des plus beaux joyaux de leur réper- 
toire , 

^f*:jf La compagnie Ulmann, qui se compose actuellement, comme on 
sait, de neuf artistes du plus grand mérite, parmi lesquels on remarque 
Carlotta Patti, Vieuxtemps, Seligmann, Ed. Wolff, Godefroid, etc., a 
commencé, le 22 janvier, une nouvelle tournée dans les villes principales 
de France. A Nantes, à Angers, à Tours, comme à Bordeaux et à Agen, 
partout des salles combles, un public enthousiaste, de magnifiques re- 
cettes, des applaudissements et des couronnes. Ed. Wolff produit le plus 
grand effet avec ses meilleures compositions, la Triomphale, le boléro de , 
V Africaine, la Chanson bachique, etc., et le public ne se lasse pas de 
l'applaudir, ainsi que Vieuxtemps, dans leur splendideduo sur Don Juan. 
Le beau son que Sfligmann tire de son instrument, la largeur et la 
pureté de son jeu, dans sa fantaisie sur Martha, notamment, intéressent 
et émotionnent profondément. Aussi, ces deux maîtres sont-ils tout 
particulièrement rappelés, en même temps que leurs camarades, à la fin 
de chaque concert. Nous reviendrons sur les ovations que la suite de ce 
voyage artistique et véritablement triomphal réserve aux artistes émi- 
nents qui l'ont entrepris sous une direction aussi habile qu'heureuse. 



38 



REVUE ET GAZETTE MUSICALE 



**» La Société des concerls du Conservatoire donne aujourd'liui di- 
manclie, 2 février, à 2 heures précises, la répétition de son S" concert. 
En voici le programme, dans lequel la scène et le chreur d'Ido7ncnéc 
sont substitués à l'air de Montana et Stéphanie: i" symphonie avec chœurs 
de Beethoven ( les soli seront chantés par Mlles Marimon et Derasse, 
MM. Warot et Gailhar.l) ;— 2« andante de la {9° symphonie de Haydn; 
— 3° scène et chœur d'idomcnée de Mozart (le solo sera chanté par 
M. Warot; — i" ouvei'ture à'Oberon de Webcr. — Le concert sera dirigé 
par M. Georye-Hainl. 

,*!s- .aujourd'hui dimanche, à 2 heures, au cirque Napoléon, 1 i" con- 
cert populaii'e de musique cla.ssique, sous la direction de J. Pasdeloup. 
Ou y entendra : 1° ouverture de la Flûte cncimntée de Mozart; —2° suite 
d'orchestre de M. Massenet (pastorale, fugue, thème hongrois varié, 
adagio, marche, strettej; — 3° ouverture de la Belle Mélusine de Men- 
delssohn (légende pastorale du xu" siècle); — 4° la Sé/)«rj(io;i, romance 
pour cor, de Lorenz. 

»** Dimanche 9 février, à 2 heures précises, salle Pleyel-Wolff, deu- 
xième séance de musique de chanihre de MM. Alard et Franchomme. 
On y exécutera : l" quatuor en ré de Meudelssohn ; — 2° trio en mi béniol 
de Mozart; — 3" andante varié et Minuetto à la zingarèse d'Haydn; — 
•J" quatuor pour piano et instruments à cordes de Beethoven. 

a,** On annonce comme très-prochaine la reprise, dans les salons 
Pleyel-Wolff, des séances de musique de chambre de M. Maurin, réor- 
ganisées avec le concours de MM. C. Sainl-Saëns et Demunck. 

^*» Mardi prochain, 2» séance populaire de musique de chambre de 
MM. Lamoureux, Colblain, Adam et Poëncet, avec le concours de M. 
Fissot. 

s** Nous rappelons à nos lecteurs le beau concert à grand orchestre 
qui sera donné, jeudi 6 février, par M. Ch. Lamoureux, à la salle Herz, 
et dont notre dernier numéro faisait connaître le programme: ils n'au- 
ront pas d'ailleurs oublié le grand concert de la o Société protectrice, » or- 
ganisé également par M. Lamoureux, et dans lequel il déploya les qua- 
lités d'un excellent chef d'orchestre. 

^*^ Au nombre des artistes qui comptent se faire entendre à Paris cet 
hiver, nous devons mentionner un jeune virtuose qui arrive du Chili, 
où il jouit d'une grande réputation comme pianiste. C'est M. Fred. Guz- 
man, dont on a déjà pu apprécier le talent dans quelques réunions pri- 
vées. M. Guzman est aussi fort connu en Allemagne grâce au mérite des 
œuvres qu'il y a publiées. 

:„% Les succès d'Alf. Jaell et de sa femme suivent une progression 
croissante, comme leur infatigable activité. Bruges, Gœtlingen, Brème, 
Aix-la-Chapelle et Cassel viennent de les applaudir; et il y a bien des 
villes sur cette roule de Parif, qu'ils visiteront en reprenant prochaine- 
ment celle-ci. 

i^*^ Mlle Angèle Cordior vient d'être engigée pour chanter dans les 
trois concerls donnés par les .-sociétés philharmoniques de Rennes, de 
Laval et du Mans. 

,% S'il faut en croire les journaux américains, Johann Strauss serait 
engagé pour diriger pendant quatre mois des concerts, et il recevrait 
pour cela l'énorme somme de 300,000 francs. 



ROUVELLES DES THÉÂTRES LYRIQUES. 



if*^ Le théâtre impérial de l'Opéra a donné Guillaume Tell deux fois 
pendant la semaine, lundi et vendredi ; mercredi, le Trouvère et la 
Source. — Les répétitions à l'orchestre d'//(7m/p( ont commencé mardi der- 
nier.— Dès que la primeur du sucà's de l'œuvre nouvelle d'Amb. Tho- 
mas .'■era épuisée, Mazzoleni, le ténor dont nous avons annoncé l'engage- 
ment par M. Perrin, débutera dans Don Carlos; le second rôle qu'il 
abordera sera celui de Jean de Leyde, du l'rophéte, et la direction de 
l'Opéra apportera à cette reprise le même soin et le même luxe qu'à 
celle de Guillaume. 

^*t Aujourd'hui, par extraordinaire, Gm'Waunie 7'eH,avec la tyrolienne 
dansée par les premiers artistes du ballet, et demain lundi l'Africaine. 

*** Les répétitions à l'orchestre d'Un jour de bonheur ont commencé 
avant-hier, vendredi, à l'Opéra-Comique. On compte donner le nouvel 
opéra de M. Auber, vers le 10 février. 

S;"* La salle du théâtre Italien était comble jeudi pour )a dernière re- 
présenla;ion de Rigclctto ; on voulait encore entendre Adelina Patti dans 
le rôle de Gilda, l'une de ses plus brillantes créations; elle s'y est sur- 
passée. Nicolini est très-élégant dans le rôle du duc, et Verger a' très-bien 
chanté celui du bouffon. 



ji,*ii, Il Teniplario, dont nous rendons compte aujourd'hui , devant être 
suivi de plusieurs reprises importantes, Don Giovanni, MathilJa di Sha- 
bran, entre autres, Mlle Patti ne chantera plus qu'une fois les rôles les 
plus brillants de son répertoire. — Demain, par extraordinaire, dernière 
représentation de la Traviata, au bénéfice de Scalese; le .spectacle sera 
complété par la scène des fous, de Columella, chantée par le bénéfi- 
ciaire. 

**, Lundi dernier, le théâtre Lyrique a donné une bonne représenta- 
tion de Marthn, avec Mlle Daram dans le rôle principal. Le talent, la 
voix agréable et le jeu intelligent de la débutante ont surmonté les 
périls de cette tâche, et la soirée a été de tous points favorable à la 
jeune artiste. Le rôle de Lyonel est bien dans la voix de Bosquin et le 
fait applaudir. Troy a obtenu son succès habituel. — La Fanchonnette con- 
tinue d'attirer beaucoup de monde. — M. Carvalho va remonter, dit-on, 
la Fête du villaij-: voisin, de Buïel.lieu. — On répète le Lohengrin de 
Wagner. 

i^'tj: La salle des Fantaisies parisiennes est complètement restaurée, et 
la direction en annonce pour demain la réouverture par te Farfadet. 

^,*^ L'Africaine vient d'être chantée pour la première fois à Grenoble. 
Cette représentation n'a été qu'une longue ovation décernée au chef- 
d'œuvre el couronnée par le rappel de ses excellents interprètes sur 
celte scène. Mlle Huberti, notamment, s'est magnifiquement approprié le 
rôle de Selika. 

,■*,(, Mardi, Adelina Patti a donné au théâtre de Rouen une repré.>;enta- 
lion de Lucia. Dès que les aflîches ont annoncé cette bonne fortune, une 
foule immense a assiégé le bureau de location, et, malgré l'élévation des 
prix (23 francs les premières), il n'y en a pas eu assez pour contenter 
tout le monde. Il n'est sorte d'ovation qu'on n'ait faite à la jeune et célèbre 
diva, et la recette s'est élevée à près de 14,000 francs. 

^'''^Ou nous écrit de Douai que Mlle Alice Hustache est en ce moment 
l'éloile du théâtre de cette ville. Dans Romio et Juliette, les Dragons de 
]'illars, le Toréador, elle fait applaudir tour à tour une merveilleuse 
flexibilité de talent et une délicieuse voix de soprano. Les journaux de 
la localité sont pleins d'éloges adressés à la jeune artiste, et légitimés 
d'ailleurs par son excellente méthode et son grand siyle. 

<,% On vient de donner au théâtre-concert de l'Alcazar une opérette 
nouvelle do MM. Alph. Baralle et Hubans, chef d'orchestre de cet éta- 
blissement . 

^*^ La représentation donnée dimanche dernier aux Variétés, au bé- 
nélice de Grenier, a produit plus de 9,000 francs. 

5t;*» La Grande-Duchesse de Gérolslcin continue sa marche triomphale 
en Allemagne. Briinn, Posth et Glogau viennent de l'applaudir. 

,*<, Agencer, transformer le théâtre du Prince-Impérial en Alhani ra 
londonien, empruntant ses attractions principales à l'art lyriane et cho- 
régraphique, tel est le projet théâtral de la semaine. Entrcpiise liardie ! 
Que d'argent englouti déjà dans et par cette solitude ! 

i^*^ Londres possède actuellement 32 théâtres avec des placrs pour 
S9,863 spectateurs. La' salle la plus xi&le e&lceWe du liritannia-Theater, qui 
a 3,923 places; puis viennent Driicy-ionc, qui en a 'i,%Oi; Astley-Theater, 
3,780 ; le Pavillon, 3,300 ; le Standard-Theater, nouvellement inauguré, 
3,i00, et le Victoria-Theater, 3,S00. VOpéra-Royal-Italien de Covent-Gar- 
den ne contient que 2,300 personnes; sept autres théâtres peuvent en 
contenir de 2,000 à 2,300; douze autres, 1,000 à 2,000, et six, 360 à 
800 personnes seulement. Les deux plus petits théâtres sont le Cabinet- 
Theater et h Galerie of illustration. L'Opéra incendié, Her 3Iajcstg's-Theatcr, 
avait i,6S3 places. 

i*„ Un riche négociant de New-York, M. Pike, vient de faire élever 
un théâtre d'opéra dans les 23<= et 28"^ avenues. D'après un correspon- 
dant, ce théâtre est construit en marbre blanc, dans le style italien. La 
salle peut contenir 2,000 personnes, elle est décorée or et blanc ; les ri- 
deaux des loges particulières sont blancs et b!eus, les fauteuils rouges, 
et il y a partout une profusion de statues, de lustres, de candélabres et 
de peintures. De plus, l'acoustique y est meilleure que celle de tous les 
théâtres de New-York. 

^*, M. Prosper Pascal nous prie de faire savoir, pour éviter toute 
confusion, que le sujet de l'opéra les Templi>-rs, dont il a composé les pa- 
roles et la musique, n'a aucun rapport avec celui d'// Teniplario d'Otto 
Nicolaï, qu'on représente au théâtre Italien, et qui est, comme on .sait, 
emprunté au roman d'ivanhoé, de Walter Scott. 

^*^ Ce n'est qu'avec peine que samedi, vers une heure de la nuit, on 
pouvait pénétrer au bal masqué de l'Opéra tant la foule y était grande; 
c'était le septième, el comme ils touchent à leur fin, on se presse de 
jouir du coup d'œil et d'entendre l'orchesire que Stauss dirige avec tant 
de verve et d'entrain. 



Uh PAIUS 



39 



NOUVELLES DIVERSES. 



^*^, M. Aiiber vient d'entrer dans sa quatro-vingl-scplifcmc année. Pour 
fêter cet lienreux anniversaire, la musique de la 2° légion de la garde 
nationale, dirigée par' M. Tliibaut, a offert une sérénade ^ l'illustre re- 
présentant de l'école française. Après l'ouverture de la Muelle, les excel- 
lenls artistes du bataillon de l'Opéra ont exécuté une marcbe arrangée 
par M. E. Jonas sur les motifs d'une sonate manuserile, découverte der- 
nièrement par M. le général Mellinet dans une boutique do bouquiniste, 
et que M. Auber avait composée en 1798, c'est-à-dire à l'âge de dix-sept 
ans. A soixante-dix années de dislance, M. Auber avait oublie cette 
œuvre de sa jeunesse, et il a été vivement touché de l'attention délicate 
qui la rappelait, vivante et colorée, à son souvenir. 

^*4 M. Charles Lucas, architecte, auteur d'un travail fort complet sur 
les travaux publics espagnols >à l'Exposition universelle de 1867, vient 
d'être nommé chevalier de l'ordre royal de Cliarles 111, à la suite de la 
traduction de ce travail dans la Gaceta de Madrid. M. Lucas n'est pas 
un inconnu pour les lecteurs de la Gazette, car il s'est occupé pendant 
longtemps de critique musicale. 

^*^ L'éminent pianiste compositeur Rosenhain, qui habite Bade les 
trois quai'ts de 'l'année, est de retour à Paris où il va passer trois mois. 

^*.jf, L'Exposition illustrée, publication autorisée par la Commission impé- 
riale, est arrivée à .sa soixantième et dernière livraison. Elle aura eu le 
mérite de réunir dans le même cadre de rédaction les noms les plus 
divers et les plus opposés : MM. Michel Chevalier et le baron Séguier 
(de l'Institut) à côté de MM. Jules Simon et Henri Martin; MM. Auguste 
S'itu, Ernest Dréolle, Valserre et Oct. Lacroix h côté de MM. Ducuing, 
Léon Plée, Malespine, Ch. Sauvesire et E. de la Bédollière; enfin MM. 
Am. Achard, Ed. About et Jules Janin à côté de MM. Alf. Assollant, F. 
Sarcpy et Louis Ulbach. Mais le plus curieux rapprochement de collabo- 
ration aura été celui des rapporteurs du jury et des rapporteurs de la 
classe laborieuse, délégués ouvriers, dont la cinquante-neuvième livrai- 
son publie des notices fort intéressantes sur l'aniline et la galvanoplastie. 
L'Exposition illustrée est une publication hors ligne et dont le grand 
succès se justifie. Ce magnifique recueil, contenant six cent quatre-vingts 
graDds dessins et sept cents articles différents, trouvera des acheteurs 
tant que le souvenir du grand concours de 1807, dont il est la représen- 
tation fidèle, se conservera parmi les hommes. C'est une œuvre digne 
de l'événement qu'elle célèbre. Félicitons M. F. Ducuing, son rédacteur 
en chef, d'avoir attaché son nom à une œuvre de cette valeur et si vive- 
ment conduite. L'Exposition illustrée est donnée en prime, moyennant 
le prix modeste de H francs, aux abonnés de l'Année illustrée, qui con- 
tinue avec éclat la publication précédente. 

^^ Mlle Eugénie Halanzier, fille de l'ancien directeur des théâtres de 
Mar.seille, épouse M. Emile Lachau.^se, fils d'un banquier de-Troyes. Le 
mariage aura lieu le mardi, 4 février, à midi précis, dans l'église de 
Notre-Dame-de-Lorette. 

,,;** On annonce la mort à Paris, à l'âge de quatre-vingt-quinze ans, 
de Mme Louis Ducis, sœur de Talnia et veuve du neveu du poète tragi- 
que, administrateur général de l'Opéra-Comique sous la Restauration, et 
un moment directeur du même théâtre sous le gouvernement de Juillet; 
— A Iniola (Italie), du co:iipositeur Ratfaello Mazetti, auteur des opéras 
Marco Visconti et Gustavo Tf>sa. 

;^*,i; A Berlin vient de mourir, à l'âge de soixante-quatre ans, le vio- 
loncelliste Morilz Ganz, artiste estimé, soliste de l'orchestre royal et com- 
positeur pour son instrument. 



ÉTRANGER 



^*^ Bruxelles. — Le Béirnais, opéra comique en trois actes, a été repré- 
senté, jeudi, au Théâtre royal. Cette production de deux auteurs belges 
a obtenu un succès très-brillant et très-mérité, surtout comme musique, 
car la pièce n'est qu'une seconde édition du Capitaine Henriot, inférieure 
à la première sous tous les rapports. La partition est l'œuvre de M. 
Radoux, lauréat du grand concours de composition musicale, ou comme 
qui dirait, prix de Rome en Belgique. Elle renferme assez de morceaux 
vraiment distingués pour réussir partout où l'on voudrait passer sur la 
faibles.se du poëme en faveur de la musique. M. Radoux a de la mélo- 
die, l'instinct de la scène et la fermeté de style que donne un tavoir 
réel. Peut-être dépasse-t-il parfois les proportions du cadre dans lequel 
il conviendrait de renfermer les développements de ses idées ; mais c'e«t 
un défaut excusable chez un jeune compositeur qui, ayant pour la pre- 



mière Ibis l'occasion d'écrire un opéra, .s'en donne à cieurjoie. Le prin- 
cipal rôle de léniiiu^ celui de Gabri(!lle d'Estrée, est rempli |iar Mme 
Ferdinand Sallaivl, Ia(piellc a fait preuve de talent en jnême lemp< que 
de complaisance, en prenant la place de Mlle Wallack, qui s'était récu- 
sée ; Mme Sallard a recueilli force bouquets, sans préjudice des a|iplau- 
dissements, pour le service qu'elle a rendu gracieusement à de jeunes 
auteurs. Les autres rôles du Béarnais sont remplis par MM. Ricqiiier- 
Delaunay, Jamet, Laurent et Mme Dumestre. 

^*» Darmstadt. — La légende .Scandinave de Frithjof, qui a déjà heu- 
reusement inspiré Max Bruch, vient d'être traitée de nouveau par Man- 
gold, et avec non moins de talent. Cette œuvre a élé exécutée le 13 jan- 
vier, et a produit un excellent effet; le Festival rhénan de celte année 
la comprendra probablement dans son programme. 

i:*^ Francfort-sur-lc-Mein. — Roméo et Juliette, de Gounoil, a été ac- 
cueilli avec une certaine réserve à la première représentation qui a eu 
lieu le 11 janvier. 

»*.;(( Berlin. — L'orchestre de Bilse a inauguré, le 15 janvier, sa nou- 
velle salle par un grand conce;t auquel ont pris part cent exécutants. 

,if*x Lnpsig. — Au treizième concert du Gewandhaus, l'ouverture des 
Naiades, du compositeur anglais W. Sterndale Bennett, œuvre qui a con- 
servé assez longtemps la faveur du public, a été froidement reçue; par 
contre, on a beaucoup applaudi la symphonie en si bémol de Schumann, 
et le violoniste Lauterbach, de Dresde, qui a joué le concerto de Beetho- 
ven et celui en la mineur de Bach. La cantatrice, Mme Peschka-Leutner, 
de Darmstadt, qui se faisait entendre pour la première fois à Leipzig, 
a obtenu un très-grand succès avec une scène et air de Spohr et un air 
de la Flûte enclwmtée. 

av*:j: Vienne. — Mlle Ehnn, attachée par un engagement durable à 
l'Opéra, qui l'a possédée quelque temps l'année dernière, voit ses succès 
se confirmer. Après deux brillants débuts, elle a abordé, pour .sa troi- 
sième représentation, le rôle de Sélika de l'Africaine, où ses précieuses 
qualités dramatiques se montrent dans tout leur jour. De Bignio est tou- 
jours un excellent Nélusko et Adams un Ya.sco irréprochable. — Deux 
jolies opérettes : l'une de Suppé, Madame la Maîtresse (Die Frau Meisterin) ; 
l'autre de Zaytz, 'to Somnambule, ont pleinement réussi au Carltlieater 
et à l'Harmonie-theater. Les auteurs sont, du reste, des vétérans de la 
vogue, 

,ij*,f Prague. — La Grande-Duchesse de Gérolstcin est venue et elle a 
vaincu... ailleurs qu'on ne l'attendait, toutefois, car elle était promise de- 
puis longtemps au Ihéâtro Tchèque, auquel des difficultés de traduction 
l'auront vraisemblablement contrainte à renoncer pour le théâtre alle- 
mand. Elle a déjà assez prouvé, d'ailleurs, que tous les terrains lui sont 
bons. C'est un triomphe de plus que nous avons à enregistrer à son ac- 
tif, triomplie dont une bonne part revient à la principale interprète, 
Mlle de Kaler. 

^*,^ Rome. — Cagnoni, l'auteur de Dun Bucefalo , vient de remporter 
un nouveau succès avec la Tombola, au théâtre Argentina. Auteur et 
chanteurs (Fioravanti entre autres) ont été maintes fois acclamés et rap- 
pelés. Le librctto de la Tombola est de F. Piave, qui l'a tiré de la co- 
médie français la Cagnotte. 

^*,ii Saint-Pétersbourg . — Le violoncelliste Davidoff , dont la carrière 
de virtuo.se avait été entravée, en 1S62 par sa nomination au Conserva- 
toire, commencera en février une grande tournée artistique en Alle- 
magne et en France. Il se fera eotendrre le 27 février au Gewandhaus 
de Leipzig. 



s. DUl'ÛCll. 



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CBÀ1IICR. — Deux bouquets de mélodies pour le piano, eh. 9 » 

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LECÂRP£NTI£R. — JJeux bagatelles pour le piano, chaque S » 

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Le même, à quatre mains 

STRAUSS, — Grande valse pour le piano et à quatre mains 

Id. Grand quadrille des bals de l'Opéra 

MARX. — Deuxième quadrille pour le piano 

LEON ROQUES.— Polka brillante pour piano et à 4 mains . 

STRAUSS. — Polka-Mazurka pour le' piano 

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Le Journal parait le Dimanche. 



GAZETTE MUSICALE 



DE PARIS 



Nos abonnés reçoivent, avec le numéro d'aujourd'hui, 
une roni,ance nouvelle composée par Tb. Palmer, Inti- 
tulée : /Si voMs n'ave» rien à me aire, poésie de 
Victor Hugo. 



SOMMAIRE. — Théâtre des Fantaisies - Parisiennes : la Croisade des Dames, 
l'Elixir de Cornélius et le Farfadet. — Concerts populaires de musique classi- 
que au cirque Napoléon, par Armand Qonzien. — Le Trésor des Pia- 
nistes (11' et 12' livraison), par Fétts père. — Entrefilets. — Concerts et audi- 
tions musicales de la semaine. — Nouvelles des théâtres lyriques. — Nouvelles 
diverses. — Annonces. 



THÉÂTRE DES FANTÂISIES-PÂRISIENSES. 

La Croisade des Daines, opéra-comique en un acte, paroles 
de M. Victor Wilder, musique posthume de François Schubert. 
— L'Elixir de Cornélius, opéra-comique en un acte, pa- 
roles de MM. Henri Meilhac et Arthur Delavigne, musique de 
M. Emile Durand. — Reprise du Farfadet, opéra-comique en 
un acte, d'Adolphe Adam. 

(Réouverture, le lundi 3 février 1868.) 

I/intelligent directeur des Fantaisies-Parisiennes vient de rema- 
nier sa salle, et de lui donner enfin l'aspect d'un véritable théâtre. 
Outre le vaste orchestre et les loges du fond qui existaient déjà, 
on y trouve aujourd'hui une galerie flanquée de loges, un pour- 
tour et des avant- scènes disposés avec goût et suffisamment dé- 
gagés. Il résulte de cet agencement une notable augmentation de 
places, auxquelles le public ne manquera pas, si nous en jugeons 
d'après l'effet produit par la soirée de réouverture. 

La pièce de résistance de ce spectacle d'inauguration, la Croisade 
des Dames, est une œuvre posthume de François Schubert, l'auteur 
du Roi des Aulnes et de tant d'autres mélodies devenues populaires 
en Allemagne et en France. On ignorait généralement que Schubert 
eût travaillé pour le théâtre, et ses biographes nous apprennent, 
en effet, que ce compositeur, mort jeune en 1828, n'a jamais eu. 



dans sa patrie, un opéra représenté de son vivant. Mais il en a 
laissé plusieurs, et l'un d'eux, celui qui nous occupe, a vu le jour 
de la rampe à Francfort, en 1861, sous le titre des Conjurées. 
Nous ignorons si cet ouvrage est le même que la Croisade des 
Dames; cependant, il est supposable que M. Victor Wilder en a 
conservé le fond, qui d'ailleurs est emprunté à Lysistrata, une co- 
médie d'Aristophane, tant il est vrai qu'il n'y a rien de nouveau 
sous le soleil. La guerre du Péloponnèse durait depuis vingt et un 
ans, au grand dommage des Grecs, lorsque le poète athénien fit 
entendre sa voix en faveur de la paix, et, par une fiction bizarre, 
suggéra aux femmes la pensée de tenir leurs maris à distance jus- 
qu'à la conclusion d'un traité avec les Lacédémoniens. A la place 
des Athéniennes, mettez les châtelaines du xi' siècle; à la place 
des Athéniens, mettez les croisés de la Palestine, et vous aurez la 
pièce de M. Wilder. Cette tentative de rajeunir et de franciser Aris- 
tophane avait déjà été faite en 1801, au théâtre Feydeau, par 
Hoffmann le critique ; mais sa pièce, dans laquelle on retrouve à 
peu près les mêmes situations que dans celle de M. Wilder, fut 
défendue par ordre. Pourquoi? Le Consulat avait ramené la paix, 
mais peut-être prévoyait-on déjà la reprise de la guerre, et dès 
lors Hoffmann était mal venu à donner de perfides conseils aux 
femmes de nos héros futurs. 

O,u'on nous pardonne cette digression qui ne manque pas, 
croyons-nous, d'un certain intérêt historique Nous revenons à la 
Croisade des Dames, et nous nous empressons de constater que non- 
seulement le livret de M. Wilder est amusant et spirituel, mais aussi 
que la direction n'a rien négligé pour le faire valoir. La mise en 
scène est aussi satisfaisante que possible, et l'entrée des femmes 
armées en guerre forme un brillant tableau. Nous ne pensons pas 
qu'il soit possible de tirer un meilleur parti du cadre étroit dans 
lequel se meuvent tant de personnages. 

Quant à la musique de Schubert, c'est la plus charmante des 
surprises. La partie chorale est surtout remarquable; on y ren- 
contre une puissance, une largeur d'harmonie, qui prouvent que 
si Schubert avait vécu l'opéra germanique compterait un digne re- 
présentant de plus. Rien de plus entraînant que le chœur : Guer- 
riers et chevaliers, que l'on a redemandé à grands cris; rien de 
plus scénique et de plus coloré que l'introduction, que le morceau 
de la rencontre des croisés avec leurs femmes, et que l'ensemble 



42 



lŒVUE ET GAZETTE MUSICALE 



final. L'orchestration mérite aussi nos éloges pour sa netteté et 
pour sa sobriété en quelque sorte substantielle. 

Mme Décrois joue t\ merveille le rôle de la baronne, qui corres- 
pond à la Lysisirata du poète grec. Géraizer est fort plaisant sous 
es traits du vieux croisé qui déjoue la conjuration des femmes. 
L'écuyer Hector a pour interprèle Laurent, qui est à la fois un 
bon comédien et un chanteur agréable. Mlle Arnaud est bien 
jolie sous son costume de châtelaine, et Mlle Alice Vois fait preuve 
de finesse dans le rôle de la soubrette Suzanne. 

La transmigration des âmes, prise au comique, défraie le sujet 
de VJEliœir de Cornélius. Un soudard facétieux persuade au docteur 
Cornélius qu'il a été victime d'une séduction rétrospective, il y a 
bien cinq cents ans, de la part de sa nièce Frédérique, alors qu'il 
était fille et qu'elle était garfon. Aujourd'hui que les rôles sont 
changés,- il vient demander réparation au docteur des déportements 
de sa nièce, et celui-ci est trop heureux de terminer le dill'érend 
par un mariage. 

Ce petit opéra comique est l'œuvre fort réussie de deux liommes 
d'esprit, M. Henri Meilhac, l'un des auteurs de la Grande-Duchesse, 
et M. Arthur Delavigne, le fils du poëte des Messéniennes. La mu- 
sique est le début au théâtre de M. Emile Durand, lauréat du 
Conservatoire, qui s'est fait connaître par quantité de jolies romances, 
parmi lesquelles nous citerons : Comme à vingt ans, l'Arbre mort, 
la Vedctie surprise, etc. M. Emile Durand est mélodiste; le motifs 
faciles, gracieux et distingués, abondent dans l'Elixir de Cornélius. 
On y a principalement applaudi l'air du Docteur, où il explique 
son syslème, une chanson militaire, une sérénade et un quatuor 
final. 

Bonnet a des tics et parle un patois ébourilfants dans le rôle du 
faux soudard. Celui du docteur Cornélius est joué d'une façon 
plaisante par Derval, qui, sans doute, aura montré plus de mémoire 
à la deuxième représentation qu'à la première. Les deux person- 
nages féminins sont bien remplis par Mme Decroix et par Mlle 
Labarre, la gentille nièce du docteur. 

H nous reste à parler du Farfardet, d'Adolphe Adam, qui fut re- 
présenté à i'Opéra-Comique en 18Sâ, et que M. Martinet a eu la 
bonne inspiration de reprendre i\ son théâtre. Cet ouvrage, qui 
avec la Poupée de Nuremberg est une des productions légères les 
plus agréables de l'auteur du Chalet, n'a rien perdu de sa fraî- 
cheur ni de son élégante vivacité. Tous ces motifs heureux qu'A- 
dam semait avec tant de profusion et de facilité jusque dans ses 
moindres opéras sont toujours entendus avec un vif plaisir. Le 
livret de M. de Planard, s'il a un peu vieilli, n'en offre pas moins 
des situations piquantes et musicales, dont le compositeur a doublé 
le prix par son habile coopération. A son origine, le Farfadet 
n'eut pas moins d'une cinquantaine de représentations consécu- 
tives et était fort bien joué par Lemaire, Bussine, Jourdan, Mlles 
Talmon et Lemercier. Aujourd'hui, il a pour interprètes: Guyard, 
Masson, Barnolt, Mlle Géraizer et Mlle Deneux, qui ne font pas 
trop regretter leurs devanciers. 

Nous ne finirons pas sans féliciter M. Constantin et son or- 
chestre, qui ont eu leur ample part de succès dans cette soirée 
féconde. 



Quoique nous n'ayons pas l'habitude de relever toutes les fautes 
typographiques qui échappent à la rapidité de la composition, et 
qui sont d'ailleurs, pour la plupart, corrigées par la sagacité de 
nos lecteurs, nous ne pouvons laisser passer sans protestation la 
coquille qui nous a fait dire, dans notre dernière Revue des 
Théâtres, que le rôle de Coquelin était pathétique, lorsque nous 
avions écrit antipathique, ce qui est bien différent. 



COHCERTS POPOLAIRES DE IDSIQUE CLASSIQUE 

AU CIRQUE NAPOLÉON 

L'accueil très -sympathique fait, l'année dernière, aux deux 
premiers morceaux de la suite d'orchestre de M. Massenet a décidé 
M. Pasdeloup à l'exécuter en entier cette année, et ce n'était pas, 
pour ceux qui aiment à voir poindre l'aurore des talents nou- 
veaux, le moindre attrait du dernier concert. La petite tempête 
qu'elle a soulevée a mis en évidence le nom d'un jeune composi- 
teur à qui on ne peut au moins refuser le talent d'agiter la foule. 

Nous avons rendu compte des deux frag-ments exécutés l'an 
passé. 

Le thème de Vandante qui suit et qu'on entendait pour la 
première fois est d'une belle ligue mélodique : la clarinette en fait 
pressentir les développements en l'indiquant, sobrement accompa- 
gnée par les instruments à cordes. La harpe joue ù notre avis, 
comme sonorité, un rôle trop important dans la composition har- 
monique du moi'ceau, si l'on considère l'obstination de ses arpèges 
ascendants . 

Toutes les témérités et toutes les hardiesses, qui ont excité les 
applaudissements et les protestations, sont renfermées dans la 
marche et le finale : hardiesse de conception, de puissante sono- 
rité, de développements d'un côté ; de l'autre témérité d'accouplements 
d'instruments, et maigreurs d'orchestration que le ton de fa mineur 
laisse entendre encore plus que le mariage des timbres de la cimbale 
et de la harpe. Toutefois de hardiesse et témérité, le total est talent. 

Aussi malgré ces critiques, n'oublions pas que M. Massenet est à 
l'âge où l'on copie encore et qu'on sent qu'il s'est affranchi et qu'il 
veut marcher librement. H a ce qu'on pourrait appeler du « tempé- 
rament. » Avec cela on est discuté, mais on sait se faire une place 
au grand jour et la critique doit crier : Courage ! 

Au même concert on a beaucoup applaudi, et comme il le 
méritait, un solo de cor, la Séparation, de Lorenz, joué par M. Mohr; 
on l'eût certes bissé, isi le thème de la romance n'eût été plu - 
sieurs fois répété dans le morceau. C'est la perfection absolue; il 
y a des instants où l'on est tenté de croire que l'exécutant a sup- 
primé les « sons bouchés, » tant est grande l'homogénéité de son 
jeu. 

La splendide et immortelle symphonie en ut mineur terminait 
le concert et elle a eu son succès accoutumé. 

Armand GOUZIEN. 



LE TRÉSOR DES PURISTES. 

('/'/' et IT livraisons). (1). 

Un meilleur titre que Trésor des Pianistes n'aurait pu être 
trouvé pour la splendide collection des chefs-d'œuvre dont la pu- 
blication a été commencée par feu notre excellent ami Aristide 
Farrenc, et que sa veuve, si digne d'intérêt par son talent viril de 
compositeur et par les résultats de son enseignement, continue 
avec autant de goût et d'intelligence que d'abnégation. Les éloges 
que j'ai donnés à cette courageuse entreprise dans les comptes 
rendus du contenu des dix premières livraisons ont été de nouveau 
justifiés par les onzième et douzième, où se trouvent réunies des 
compositions d'une haute valeur, dont la plupart sont aujourd'hui 
si rares, qu'il serait à peu près impossible d'en prendre connais- 
sance si l'éditeur du Trésor des Pianistes ne les avaient remises 
en lumière. 

Le volume de la onzième livraison renferme : 1° cinq sonates et 

(1) Paris, Mme veuve Farrenc, rue Taitbout, 10. 



DE PARIS. 



43 



quatre rondos pour clavecin, 10° recueil d'Emmanuel B.icli; 
2° onze sonates de clavecin, en deux suites, par Christophe Ni- 
chelmann ; 3° seize pièces de Dominique Scarlatti (n° 78 à 94) ; 
4° cinq caprices et six suites de Jacques Froberger, dont la vie fut 
un roman, et le talent un digne précurseur de Jean-Sébastien Bach; 
S" et enlin, la première partie du premier œuvre de musique de 
clavecin de ce grand Bach, consistant en exercices divisés en six 
suites. 

Dans la douzième livraison se trouvent : 1° le troisième livre 
des pièces de clavecin de François Couperin ; 2° une toccate de 
Jean Kuhnau; 3° introduction et rondo par J.-N. Hummel, pour 
piano, op. 19; 4o diverses pièces de clavecin, 2'= et 3« recueils de 
Philippe Kirnberger; S" deux sonates de VoUrath Buttstedt; 6" six 
préludes et fugues par Ernest Eberlin ; 7° la sonate, œuvre 101, 
et la grande sonate, œuvre 106, de Beethoven. C'est le monde de 
la musique traversé d'un pôle à l'autre. 

Les lecteurs de la Revue et Gazelle musicale n'attendent pas de 
moi, sans doute, une analyse suivie de tant d'œuvres de styles si 
diiférents; je me bornerai à l'aperçu sommaire des choses les 
moins connues aujourd'hui, lesquelles, n'eussent-elles pas le mé- 
rite essentiel qui les distingue, seraient encore dignes d'intérêt, 
ne fût-ce que par curiosité, à cause de la renommée historique 
de leurs auteurs et de leur rareté excessive. 

Je n'ai plus d'éloges nouveaux à donner à Gharles-Philippe- 
Emmanuel Bach ; je ne pourrais que répéter ce que j'ai dit plu- 
sieurs fois du sentiment exquis de ce grand musicien et de son 
génie d'invention dans la forme. Je ne puis cependant résister au 
désir de signaler à l'attention des artistes la cinquième sonate de 
ce recueil (en fa mineur), oij. tout est beau, original, inspiré, et 
que couronne si bien la fantaisie en ut mineur dont elle est suivie. 
Nichelmann, qui fut attaché à la musique du roi de Prusse Fré- 
déric II, n'a pas laissé un des grands noms qui traversent les 
siècles. Ses inspirations ne vont pas très-haut, mais elles ont du 
charme, une certaine naïveté gracieuse et de l'élégance dans la 
forme. Il était d'ailleurs claveciniste, et sa musique, en dépit de 
son apparente simplicité, n'est pas d'une exécution facile, à cause 
de la rapidité des mouvements. La troisième sonate de son pre- 
mier œuvre (en ut mineur) a un parfum d'Emmanuel Bach. Ni- 
chelmann a fait un livre qui a pour titre : La Mélodie comidérée 
en elle-même ainsi que dans ses propriétés (1). Il avait le droit de 
parler sur ce sujet, car il était essentiellement mélodiste; ses Lie- 
der, pleins de sentiment, sont répandus dans les recueils de son 
temps. Son deuxième œuvre de sonates a paru sous ce titre naïf: 
Brevi sonate da cembalo aU'uso di chi ama il cembalo, massime délie 
Dame. Massime délie Dame aurait dû procurer un succès de vogue 
à l'œuvre de Nichelmann ; mais il est à peu près certain qu'il n'en 
vint jamais un exemplaire en France. Imprimée à Nuremberg, en 
1749, et quelques années plus tard, la musique de cet artiste se- 
rait à jamais ignorée si Mme Farrenc ne l'eût fait revivre dans sa 
belle collection. 

Il n'y a guère de pianiste de talent aujourd'hui qui ne consi- 
dère Dominique Scarlatti comme un homme de génie, sauf ceux de 
l'école échevelée d'il y a quelques années, qui déjà sont chauves, 
et ne laisseront rien dont on se souvienne. Il paraît donc à peu 
près inutile de parler de la fécondité d'inspiration du célèbre 
claveciniste, de la variété de ses idées, de l'originalité qui a fait 
de sa musique quelque chose à part; mais il n'est peut être pas 
hors de propos de rappeler que cette musique si piquante d'effet 
est l'œuvre d'un artiste mort il y a cent onze ans, dans un âge 
avancé. 



(1) Die Mélodie nach ihren Wesen sowohl als nach ihren Eiyenschaften, 
Dantzlck, 1733. 



Artiste de premier ordre, par l'habileté dans l'art d'écrire 
comme par le talent d'exécution, Froberger est, sans aucun doute, 
le claveciniste le moins connu chez les pianistes de notre époque; 
cependant il fut, ainsi que son maître Frescobaldi, le créateur de 
la grande école des instruments à clavier; car il n'était pas moins 
remarquable dans ses improvisations sur l'orgue que dans ses 
pièces pour le clavicorde et le clavecin. Bien différent des ar- 
tistes de notre temps, Froberger mourut sans avoir rien publié de 
ses ouvrages. Des admirateurs de son talent en firent imprimer 
deux recueils à Mayence après son décès, en 1696 et 1714. Les 
exemplaires en sont si rares, que j'ai fait chercher en vain ces 
ouvrages en Allemagne, depuis un grand nombre d'année;. Pour 
les insérer dans son Trésor des Pianistes, Mme Farrenc u dû en 
faire prendre des copies collationnées d'après les exempkiires de 
la Bibliothèque royale de Berlin. 

C'est donc dans le Trésor des Pianistes que les pianistes jieuvent 
aujourd'hui connaître les titres de Froberger à la grande renommée 
qu'il obtint de son temps ; mais après avoir lu et exécuté cette 
musique de grande école, personne ne sera tenté de lui contester 
la légitimité de la réputation dont l'artiste jouit parmi ses con- 
temporains. Prédécesseur de Jean-Sébastien Bach, il a, comme ce 
grand homme, l'art d'introduire, dans ses caprices fugues, des 
épisodes inattendus dont s'accroît l'intérêt jusqu'à la fin. des piè- 
ces. L'harmonie, riche, pure, a des cadences d'inganno très-pi- 
quantes et d'heureuses modulations. Comme éludes pour les pia- 
nistes, cette musique a d'ailleurs de l'intérêt, car elle offre d'assez 
grandes difficultés d'exécution. Dans ses suites, Froberger a des 
pièces charmantes parmi ses allemandes, gigues, courantes et sa- 
rabandes. La sixième sonate est particulièrement intéressante par 
un air intitulé la Mayerin, avec cinq variations, une courante et 
une sarabande sur le même thème. 

Les suites de pièces de clavecin de Jean-Sébastien Bach, où le 
génie du maître se montre à chaque page, sont moins connues en 
France et en Belgique que ses quarante-huit préludes et fugues 
du clavecin bien tempéré ; je ne puis donc que féliciter Mme Far- 
renc de leur avoir donné une place dans son Trésor des Pianis- 
tes, car il n'en existe pas, je crois, d'édition française. Comme 
toute sa belle collection, la sienne est splendide d'exécution typo- 
graphique et d'une correction irréprochable. 

Tel est le contenu de la onzième livraison du Trésor, dont l'in- 
térêt peut être apprécié par ce qui vient d'être dit. La douzième 
livraison n'est pas moins digne d'attention par la variété de style 
des maîtres dont les compositions y sont réunies. 

Dans les comptes rendus des premières livraisons du Trésor des 
Pianistes, j'ai dit ce qui distingue la manière de François Couperin, 
dit le grand Couperin, pour le distinguer des autres membres de 
sa famille, qui étaient néanmoins d'habiles artistes. Cette manière, 
plus mélodique que celles de maîtres allemands du môme temps, 
se prononce davantage dans le troisième livre que dans les deux 
précédents. C'est ce troisième livre que Mme Farrenc a reproduit 
dans la douzième livraison de sa collection. Suivant l'usage de son 
temps en France, Couperin ne se bornait pas, comme les clavecinis- 
tes de l'Allemagnt, à composer ses suites de préludes, allemandes, 
courantes, sarabandes, gigues et autres mouvements de danse; 
il leur donnait des titres de fantaisie que le caractère de la musi- 
que n'explique guère, et dont quelques-uns ne sont pas exempts 
de ridicule, comme la Pudeur sous le domino couleur de rose, 
l'Ardeur sous le domino couleur d'incarnat, l' Espérance sous le do- 
mino vert, la Persévérance sous le domino gris de lin, et d'autres 
de ce genre. Il est évident que la musique n'a rien à faire avec 
ces fadaises; mais, laissant à part le mauvais goût de ces inscrip- 
tions qui appartenait ù la mode du temps de la régence, on com- 
prend que, libre de ses allures dans cette voie de fantaisie, au 



44 



REVUE ET GAZETTE MUSICALE 



lieu de s'astreindre aux mouvements déterminés de certaines 
danses, le talent de Couperin devait se manifester avec plus d'ori- 
ginalité et de variété. Telles sont en réalité les qualités qui dis- 
tinguent éminemment ses œuvres et leur assurent une place très^ 
distinguée parmi les monuments de l'histoire de l'art. Couperin 
n'a pas la force d'harmonie de la grande école allemande de son 
temps; mais il a plus de grâce, de charme, d'oppositions heu- 
reuses dans les divers caractères de ses morceaux. S'il procède 
jusqu'à certain point de l'école française de Chambonnières, il a 
bien plus d'abondance d'idées, plus d'élégance dans la forme que 
ce vieux maître. 

Dans mes comptes rendus des premières livraisons du Trésor, 
j'ai rendu justice au mérite considérable des compositions de Jean 
Kuhnau pour le clavecin. Aux pièces déjà publiées de cet artiste 
dans cette collection, Mme Farrenc ajoute ici une toccate très-di- 
gne d'intérêt par le caractère dramatique de toute la première 
partie, ainsi que par l'élégance du mouvement fugué dont elle est 
suivie. 

L'introduction et rondo de Hummel, qui suit cette loccate, nous 
introduit dans une autre province du monde musical: les allures 
y sont très-dilférentes de celles que nous venons de signaler. Cette 
composition est l'œuvre dix-neuvième de l'artiste ; je ne la con- 
naissais pas avant de la voir ici, mais j'y reconnais pourtant le 
style du maître : cela est mélodique, gracieux et brillant tour à 
tour ; avec cela un parfum de bonne harmonie et de distinction 
qui se sent d'un bout à l'autre. 

Des menuets, des- polonaises, des danses de divers caractères, des 
morceaux sans titres, des préludes et des thèmes variés composent 
les deuxième et troisième recueils des pièces de Kirnberger, dont 
j'ai signalé le talent. Tout cela compte déjà plus d'un siècle 
d'existence, car les éditions d'où Mme Farrenc a tiré ces pièces 
ont paru depuis 1761 jusqu'en 1766. Kirnberger était un savant 
musicien connu par des traités d'harmonie et de contre-point qui 
ont fait sa réputation ; cependant il méritait davantage par ses 
compositions, qui sont à peine connues de ses compatriotes. C'est 
en quelque sorte une réhabilitation que Mme Farrenc procure à 
cet ancien maître, en reproduisant des œuvres d'un mérite réel 
tombées dans l'oubli. 

C'est aussi une sorte de résurrection que la nouvelle publication 
dans le Trésor de deux sonates de Franz-Vollrath Buttstedt, pau- 
vre organiste d'un comte de Weikersheim, dans la principauté de 
Hohenlohe. Où diable le talent va-t-il se nicher? On peut le de- 
mander à ce propos, car le talent et la distinction ne sont pas 
contestables dans ces deux sonates. Sans vouloir trop insister en 
faveur du thème des génies inconnus, on ne peut nier qu'il a 
existé des hommes heureusement doués auxquels il n'a manqué 
que d'être placés dans un milieu favorable pour développer leurs 
facultés et lixer sur eux l'attention générale. Tel fut le pauvre 
Buttstedt, comme on pourra en juger par l'exécution de ses so- 
nates. 

En 1847 parut à Augsbourg un recueil intitulé : IX Toccate et 
fugue per l'Organo, par Jean-Ernest Eberlin. L'auteur, dit Gerber, 
était porte-plat et maître de chapelle de l'archevêque de Salzbourg. 
En vérité, voilà une singulière réunion de fonctions dans le même 
homme. Les biographes allemands ne savent rien de la vie de ce 
porte-plat, qui fut, sans aucun doute, un des grands musiciens de 
l'Allemagne au xvni'= siècle, quoiqu'on n'en eût jamais entendu 
parler en France. Ce fut démenti qui, dans un voyage en Bavière, 
découvrit l'œuvre qui constate le grand talent d'Eberlin, et le fit 
connaître en s'empressant de le publier dans sa collection de pièces 
rares des grands maîtres pour l'orgue et le clavecin, qui parut à 
Londres, en quatre volumes. Dès ce moment l'attention des ar- 
istes se fixa sur la valeur considérable de ces toccates et de ces 



fugues dont Mme Farrenc donne aujourd'hui une édition nouvelle 
et qui figureront toujours parmi les plus belles choses de ce 
genre. 

Je n'ai point à parler ici des sonates de Beethoven, œuvres 101 
et 106; j'en ai dit mon sentiment ailleurs; mais je ne puis que 
louer Mme Farrenc de leur avoir donné place dans sa collection, 
qui doit présenter l'art sous toutes ses formes. 

FËTIS père. 



Le numéro du 19 janvier du Journal des Débals contenait un 
article très-remarquable d'Ernest Reyer sur Georges Ivastner et ses 
œuvres. Il y a trop peu de temps que notre collaborateur a été 
enlevé à l'art et à ses amis, pour que les abonnés de la Gazette 
musicale ne lisent pas avec intérêt la reproduction d'uriC partie de 
ce travail, dans lequel M. Reyer apprécie si consciencieusement 
l'homme et l'écrivain : 

Georges Kastner vient de mourir. Peu de nmsiciens ont eu une exis- 
tence aussi laborieuse, aussi bien remplie que celle du docteur Jean- 
Georges Ka'^tner. Je l'ai beaucoup connu : il était bon, aflfable et toujours 
disposé à l'obligeance. La fortune dont il jouissait et la position qu'il 
s'était acquise par ses travaux sur l'art musical lui avaient créé de 
nombreuses relations; son caraclère honorable et ses qualités privées lui 
avaient fait beaucoup d'amis. C était un honnête homme et un homme 
heureux; une seule chose a du manquer à son bonheur : très-apprécié 
comme écrivain, comme savant, Georges Kastner était à peine connu 
comme compositeur. Et pourtant le talent qu'il devait à de sérieuses 
études, et dont il a fait preuve dans ses diverses compositions, lui don- 
nait les mêmes droits qu'à tant d'autres de prétendre à la renommée et 
au succès. 11 a écrit pour le ihéâtre et pour le concert. Ses opéras, pas 
plus que ses symphonies, ne passeront à la postérité; mais ses livres res- 
teront. La plupart sont extrêmement volumineux; il faut les avoir lus 
(et l'on ne regrette pas le temps qu'on a employé à les lire) pour se 
faire une idée de l'érudition, de la science et des patientes recherches 
que l'auteur y a dépensées. Doué d'une activité peu commune, Kastner 
n'a jamais refusé de faire partie d'aucune commission, d'aucune associa- 
tion, d'aucun jury, et partout oii son concours était sollicité, il s'empres- 
sait d'apporter son expérience et sa bonne humeur, son affabilité et la 
sûreté de son jugement. Il était né à .Strasbourg, et c'est là qu'il passait 
ses vacances pendant la belle saison , mais le temps des vacances n'était 
pas pour cet infatigable travailleur un temps de repos absolu ; il possédait 
en double une fort belle bibliothèque et retrouvait à Strasbourg les 
livres qu'il avait laissés à Paris. « En allant d'une de ces villes dans 
l'autre, nous dit M. Fétis dans une notice fort intéressante sur la vie et 
les ouvrages de Georges Kastner, il ne faisait que changer de cabinet. » 

Je n'ai point ici l'e-pace nécessaire pour publier la liste de toutes les 
ceuvres auxquelles Kastner a attaché son nom ; on la trouvera très-com- 
plète et très-détaillée dans la Biographie des Musiciens, de M. Fétis; j'ai 
voulu seulement, avant de dire quelques mots du dernier ouvrage qu'il 
nous a laissé, donner un souvenir, un regret au savant écrivain, au 
musicien érudil dont la mort inattendue a été une douloureuse surprise 
pour ses amis, une perte vivement sentie dans le monde des arts. 

La Parémiologie musicale de la langue française forme un volume in-4'> 
qui, avec la Saint-Mien des Ménétriers, contient plus de 800 pages. On 
doit comprendre que je serais extrêmement embarrassé s'il me fallait 
faire un choix parmi la quantité innombrable de définitions et d'étymo- 
logies, de locutions et de proverbes, de ren.'^eignements et de faiis histo- 
riques, d'anecdotes et de citations curieuses renfermées dans ce volume ; 
car ce n'est pas aux seules expressions proverbiales de la France que 
s'est arrêté l'auteur de la Farémiologie musicale ; il a poussé ses investi- 
gations beaucoup plus loin, et sa parfaite connaissance des langues an- 
ciennes et modernes lui a permis de rechercher en Allemagne et en 
Italie, en Espagne, en Russie, en Angleterre et dans l'ancienne Grèce, 
les locutions populaires qui font allusion à la musique et dont il a eu 
soin de conserver le texte en regard de la traduction. Georges Kastner 
nous dit lui-même le très-grand nombre de documents auxquels il a dû 
avoir recours pour composer son livre, et il nomme, en les remerciant, 
tous ceux qui, • par leur empressement à lui fournir des renseignements 
utiles ou à lui procurer les ouvrages dont il avait besoin, lui ont épargné 
plusieurs fois des retards et des fatigues qu'il n'aurait pu éviter sans ce 
secours. » 

Je recommande tout particulièrement au lecteur la partie du volume 
consacrée aux musiciens et aux artistes dramatiques. 

« A chaque groupe de virtuoses se rattache un ensemble d'adages tour 
à tour élogieux et s-atiriques. Les proverbes cependant, on le verra, sont 
généralement peu charitables pour les musiciens. Ils raillent le parasi- 



DE PARIS. 



të 



tisme et la cupidilé des troubadours et dos nicneslrels, l'insolence et la 
vanité du chanteur, l'insouciance et la prodigalité du ménétrier, la lenteur 
et la paresse du vielleux, du musard et du cornerausard, l'ignorance et 
la rusticité du tambour, l'indiscrétion et la lulLlerie bouffonne du troni- 
pette, le cvnisme et l'ivrognerie du chantre, et surtout l'intempérance du 
joueur de flûte, si bien nonnné llûleur, type du prodigue et du débauche. 
A en croire l'ironie proverbiale de nos aïeux, les sept pèches capitaux 
ont leurs représentants parmi les joyeux adeptes du ijay Saber. » 

La plupart de ces proverbes ont une date qui doit rassurer les musi- 
ciens d'aujourd'hui. 

Le livre de Georges Kastner, d'après le conseil qu'il donns lui-même 
dans sa préface, « doit être lu comme il a été écrit, h loisir et non d'un 
trait. Il doit être parcouru, feuillo'é, ouvert pour ainsi dire au hasard, et 
peut-être offrira-t-il aux uns quelque intérêt scientifique, aux autres 
quelque distraction instructive » Ce conseil est bon à suivre, d'autant 
plus que l'ouvrage, ainsi que je l'ai dit plus haut, a une étendue consi- 
dérable. 

Dans la symphonie-cantate qui a pour titre la Saint-Julien des Méné- 
triers, l'auteur, avec l'aide d'une plume « élégante et toute française », 
celle de M. Edouard Thierry, a cherché à grouper quelques inspirations 
tirées de son sujet, ainsi qu'il l'avait déjà fait pour des œuvres anté- 
rieures : les Voix de Paris, la Harpe d'Eole, les Sirènes et la Danse des 
Morts. La Saint-Julien des Ménélriers, sans avoir peut-être les qualités 
originales qui distinguent le Rêve d'Oswald ou les Sirènes et la Danse 
Macabre, mérite cependant de fixer l'attention des musiciens par l'intérêt 
du travail harmonique et les procédés ingénieux de l'instrumentation. 
{Deba s.) Ernest Rêver. 



Les journau.x de théâtre se sont faits cette semaine les propaga- 
teurs d'un canard ridicule au sujet de la Jeunesse de Goethe, drame 
de M. Blaze de Bury, pour lequel Meyerbeer avait composé, quelque 
temps avant sa mort, un intermède musical. Dans l'intérêt de la 
vérité, et pour réduire une fois de plus à leur juste valeur les 
excentricités qu'on s'est plu à attribuer à l'illustre compositeur, 
nous croyons devoir préciser la situation en la dépouillant des 
enjolivements fantaisistes dont on se plaît à l'entourer. 

Meyerbeer, avant le dernier voyage qu'il lit à Paris pour la re- 
présentation de l'Africaine, avait en effet composé, à la sollicitation 
de M. Blaze de Bury qu'il affectionnait, un intermède musical pour la 
Jeunesse de Goethe, et, bien probablement, il s'en fût occupé après 
la représentation de son dernier ouvrage. Malheureusement la mort 
vint mettre obstacle à sa bonne volonté. Or, son testament ayant 
interdit formellement à ses héritiers de ne rien laisser exécuter de la 
musique qu'il laissait autre que l'Africaine, il devenait impossible 
à Mme Meyerbeer et aux exécuteurs testamentaires choisis par feu 
son mari, de délivrer à M. Blaze de Bury la partition dont il récla- 
mait la remise, et qui faisait partie des manuscrits renfermés, selon 
les volontés du testateur, dans une caisse déposée et léguée éven- 
tuellement à la Bibliothèque royale de Berlin. Maintenant M Blaze 
de Bury affirme qu'un eiiaggement, résultant de sa correspondance 
avec Meyerbeer, annule, en ce qui le concerne, l'interdiction lormulée 
par le testament du défunt, et il se propose d'intenter aux exécu- 
teurs de ce testament une action en délivrance de la musique qui 
lui avait été promise. M. Blaze de Bury est dans son droit, et un 
jugement du tribunal de Berlin peut seul en effet résoudre la 
question. Mais il est assez difficile de comprendre que le nouvel- 
Ifste, qui le premier rapportait un tait autsi simple, ait cru devoir 
se mettre en frais d'imagination pour substituer à la Bibliothèque 
royale, dépositaire des manuscrits de Meyerbeer, « quatre braves 
corroyeurs » d'un faubourg de Berlin, qui seraient sans doute bien 
surpris de se voir figurer en cette affaire ! 



CONCERTS ET AUDITIONS MSICÀLES DE LÀ SEMAINE. 

if*if, L'Ave Maria et un duo religieux de I* composition de M. Auber, 
doivent être chantés, aujourd'hui, à la messe de la chapelle des Tuile- 
ries, par Mme Conneau et Mlle Bloch. — Dimanche dernier, c'était 



Mlle Marie Battu qui y chantait délicieusement le beau Beneiictus de 
M. Auber. 

:j*j Au sixième concert du Conservatoire, le 2 février, la symphonie 
avec chœurs, dont l'interprétation, cette fois encore, a surpassé en per- 
fection l'exécution du dimanche précédent, a produit le plus ^rand effet. 
Les magnifiques fragments à'idoménée de Mozart, si dramatiques, si sai- 
sissants qu'on les attribuerait volontiers à l'auteur A'Alcette, n'étaient les 
trésors de sentiment et de grâce qu'on y découvre et qui restèrent 
presque toujours un livre fermé pour Gluck ; les fragments A'idoménée 
ont soulevé un véritable enthousiasme, qu'une irréprochable exécution 
augmentait encore. M. Warot a très-bien dit le solo. Le reste du concert 
se composait, comme le dimanche précédent, de l'andante de la -iQ» 
symphonie de Haydn et de l'ouverture d'Oberon. 

f*^ Dimanche dernier, à la seconde réunion artistique donnée par 
Mme la marquise de SafFray à ses amis, on a particulièrement remar- 
qué et applaudi de charmantes compositions du maestro Mattiozzi, 
Danse d'amour et Polka chantée, dits par Mnies Pcudefer et Boudié. Mais 
le principal attrait de cette matinée était la lecture d'un poème composé 
par Mme de Saffray en l'honneur du célèbre Joseph Karam, chef des 
troupes chrétiennes du mont Liban et qu'elle a récité sur un accompa- 
gnement de piano. On a fort apprécié et chaleureusement applaudi les 
pensées élevées qui ont inspiré l'auteur et la belle forme poétique qu'elle 
a su leur donner. Ce morceau ne tardera pas a paraître. 

**« Dimanche dernier a eu lieu chez W. Kriiger la première réunion 
de ses élèves, et on a pu apprécier, par la façon dont elles ont joué les 
morceaux mis au programme, la supériorité d'enseignement de l'excel- 
lent professeur. Mlle Em;na Fumagaîii, âgée seulement de treize ans, a 
particulièrement surpris l'auditoire par son jeu aussi brillant qu'expres- 
sif. Georges Pfeiffer a terminé la séance en jouant admirablement trois 
de ses plus jolies compositions. — C'est lundi 16 mars qu'aura lieu à la 
salle Herz le concert annuel de W. Kriiger. 

**.4f Les matinées de musique de chambre de iVl. H. Bonewitz sont 
toujours fort suivies et très-intéressantes. Nous avons eu le plaisir d'ap- 
plaudir à celle de dimanche dernier Mlle Constance Skiwa, qui, d'un jeu 
brillant et délicat, a détaillé avec une imperturbable assurance une sonate 
ento majeur de Beethoven et plusieurs morceaux de Chopin, de Haendel 
et de Schumann. Le talent de Mlle Skiwa est empreint d'une remar- 
quable individualité. Le concerto pour deux pianos de M. Bonewitz est 
une des œuvres les plus fouillées et les plus attrayantes de ce composi- 
teur, qui se plaît aux savantes recherches de la forme Mlle Gastoldi 
excelle à interpréter les lieder de Schubert : il serait difficile d'unir 
plus de sentiment et d'expression personnelle à un plus grani respect de 
la pensée de ce maîire, dont 1rs mélo lies font rêver au bonheur quand 
elles ne portent pas au désespoir. 

t'^st Dimanche dernier, chez M. Edouard Fournier, le critique théâtral 
de la Patrie, Delahaye, a exécuté en maître la grande fantaisie de Pru- 
dent sur le Domino noir, et un ravissant nocturne de Chopin. — Ces deux 
morceaux et leur brillant interprète ont été l'objet d'un succès très- vif et 
d'autant plus flatteur que l'auditoire était des plus compétents. 

»*j, La matinée donnée dimanche dernier par Mme Pierson-Bodin a 
mis de nouveau en lumière les remarquables progrès accomplis par ses 
élèves, et la supériorité de .'on enseignement. 

^** Nous parlerons prochainement dts remarquables soirées musicales 
que donne tous les quinze jours notre excellent collaborateur Paul Ber- 
nard, et dans lesquelles ses élèves se montrent de véritables artistes. 

^'^* Un brillant festival sera donné dimanche prochain 16 février, à 
une heure et demie, dans le cirque de l'Impératrice, aux Champs-Ely- 
sées, par l'Association des Sociétés chorales de Paris et du département 
de la Seine. Cinq cents exécutants prendront part à cette solennité, en 
exécutant des œuvres d'Adolphe Adam, François Bazin , Laurent de 
Rillé, Rameau, Weber, etc. Les premiers artistes de la capitale, ainsi 
que l'excellente musique de la Garde de Paris, prêteront également leur 
concours à cette fête magnifique. 

»'** Mme J. Martin-Robinet, l'habile pianiste qui se fait applaudir 
tous les ans à Vichy pendant la saison des eaux, et qui, l'hiver à Paris, 
tient un cours des plus intéressants, doit donner un fort beau concert le 
17 de ce mois, à huit heures et demie du soir, dans les salons de Pleyel- 
Wolff, avec le concours de MM. Auguate Durand, Penavaire, Robinet, 
Dragone et Cordiez. On finira par une opérette. 

^*^ Rubinstein parcourt en ce moment l'Allemagne, et il obtient de 
grands succès dans les nombreux concerts qu'il y donne. Il se rendra de 
là en Hollande oîi des engagements fort brillants l'appellent, et il sera à 
Paris au mois de mars pour se faire entendre dans plusieurs grands 
concerts qui s'organisent en ce moment pour lui. 

^*^ En attendant le grand concert qu'il doit donner au mois de mars 
prochain, le pianiste composieur D Magnus va faire entendre samedi 
15, dans les salons Pleyel-Woltf, plusieurs de ses dernières compositions, 
au nombre desquelles la Tsigane-Marche destinée sans aucun doute au 
succès qui a accueilli la Taraboukha. 

jf\ Mlle Marie Mongin, l'excellente pianiste, sortie avec éclat, il y a 
quelques années, de notre Conservatoire, est engagée pour jouer au pro- 
chain concert du Conservatoire de Bruxelles. Elle y exécutera, sous 



4é 



itEvi;)-. i;t c.vzette musicale 



riiabile (lirfclion de II. Fétis, le concerto en ut mineur de Muzart (n" 7) 
et une fantaisie, avec orclicstre, de Mme Fiirrenc. 

»** Lo pnblic parisien va être trèK-prochainomenl appelé à juger un 
talent, merveillenx, dit-on, sur la fliite, M. Ramirez Valdès, d'Orizava, 
en Amérique. 11 arrive du moins précédé des succès extraordinaires qu'il 
y a obtenus, et qu'il veut voir consacrer à Paris. Pour cela, il donnera, 
avec M. Louis Lapret, pianiste distingué, un concert samedi prochain, 
k 8 heures et demie, dans les salons d'Erard, et il sera certainement fort 
intéressant de l'entendre. Mlle Roulle, MM. Teysson, Poëncet et Bloch lui 
prêteront leur concoui's. 

. <^*^ De même qu'à Orléans, Sivori vient d'obtenir , au coecert donné 
parla Société des benix aris de Nantes, un succès colossal. On ne se 
lassait pas d'applaudir et de le rappeler. 

415*;, i\IM. Maurin, Colblain, Mas et E. Demunck vont reprendre avec le 
concours de M. C. Saint-Saëns leurs soirées de musique de chambre 
spécialement consacrées à l'audition des derjiiers quatuors de Beethoven. 
Ces soirées seront au nombre de quatre et auront lieu dans les salons 
Pleyel Woltî, les 19 de ce mois, il mars 1™ et 13 avril. 

,j*^ Berlioz sera dans quelques jours de retour à Paris. Le dernier 
concert de la série qu'il devait diriger à Saint-Pétersbourg, a éié exclu- 
sivement consacré à ses œuvres; on y a exécuté, au milieu d'un enthou- 
siasme sans précédent, des fragments de Roméo et Juliette, de la Damna- 
tion de Famt, et toute lasymphonie de Harold. Les Troyens ont été traduits 
en russe et l'on n'attend pour les repr.'senter qu'une réunion suffisante 
du personnel chantant. 

.^jA^... Voici le programme du quinzième concert populaire de musique 
clctssique qui sera donné aujourd'hui dimanche, à 2 heures, au Cirque 
Napoléon, sous la direction de J. Pasdeloup : 1" Symphonie en ut mi- 
neur, n» 41, de Haydn (allegro, — andante cantabile, — menuet final; 

— 2° marche religieuse de iMhengrin (première audition), de R. Wagner ; 

— 3° canzonetta du quatuor (op. -là), de Mendeissohn (par tous les ins- 
truments à cordes; — 4° le Comte d'Efjmont, tragédie de Gœthe, de 
Beethoven ; — 3° Jubel-Ouverture, de Weber. 



NOUVELLES DES THEATRES LYRIQUES. 

,^*,i; Le théâtre impérial de l'Opéra a donné lundi Guillaume Tell, — 
mercredi l'Africaine, et vendredi la Muette de Porlici. — Les répétitions 
di'Hamlet avancent assez pour que l'on puisse être certain de le voir re- 
présenté immédiatement après les jours gras. 

^^ Mme Marie Sass passera le congé qui lui est accordé au mois 
d'avril, en Belgique, son pays natal. Elle vient de traiter avec les théâtres 
de Liège, d'Anvers et de Gand pour y chanter les trois grands rôles de 
son répertoire: Valentine, Selika et la Juive. 

,j*,j Robinsun Crusoé continue d'attirer la foule au théâtre de l'Opéra- 
Comique, et les deux représentations du nouvel opéra d'Offenbach don- 
nées mercredi et vendredi, ont été très-brillantes. Le public applaudit 
chaudement la plupart des morceaux et fait toujours bisser la ronde du 
Dimanche, la délicieuse romance chantée par Mlle Cico, les couplets de 
Ponchard, ceux de Mlle Girard, Cest un brun, et la chanson si originale 
du Pot au Feu. Le plaisir que le public trouve à entendre ces morceaux 
est le témoignage le plus significatif d'un succès bien établi. 

ij,*^ C'est jeudi ou samedi de la semaine prochaine, au plus tard, que 
sera représenté le Premier Jour de bonheur, le nouvel opéra d'Auber. 

^*j^ Le Templario a été joué pour la troisième fois jeudi et l'on a pu 
voir que le public appréciait de plus en plus les beautés incontestables 
que renferme cet ouvrage. Le délicieux chœur de femmes : « Del cielo 
britanno, » le beau finale du premier acte, le grand duo entre le Templier 
et Rebecca, la marche funèbre et la prière de la juive, sont des morceaux 
capitaux et qu'on applaudit spontanément. A l'occasion de cette appa- 
rition sur une scène de Paris de l'ouvrage de Nicolaï, il ne sera pas 
sans intérêt de lire la lettre qu'il écrivait à son ami, M. de Filippi , le 
lendemain de la première représentation de son œuvre à Turin, lettre que 
nous trouvons dans VEpoque et que voici : 
5 Ami très-cher, 

1) Je suis encore abasourdi et doutant de la vérité même de ce qui 
m'arrive. — Sache donc que j'ai fait fureur, — fanatisme! Le Templier a 
été au comble du succès avant-hier, après trente-quatre représentations 
de Guillaume Tell, qui avaient été interrompues par six du Comte Obcrto de 
Verdi. Je ne peux pas dire autre chose que le succès de mon opéra est 
tel que l'imprésario et tout le monde disent qu'on n'a jamais vu chose 
semblable au Théâtre-Royal. Je ne sais, cela ne me paraît pas vrai; Mais 
à la fin des fins je suis fou de tout ce que j'entends. Dis-le, dis-le à tous, 
et avant tout dans ta maison où l'on prend intérêt, je le sais, à mes 
affaires. Outre le nombre infini de fois que j'ai été obligé de me lever de 
mon siège pour remercier le public, jai été acclamé trois fois après le 
premier acte, deux fois après le second, et sept fois après le troisième 
acte sur le théâtre. 

» Par Dieu! Pepino! qu'en dis-tu? 



« Chaque morceau a été applaudi, oulre le chant choral dans le 
style du xvi" siècle qu'on n'a pas tout tle suite compris, étant une musique 
qu'on n'a jnmais encore o.sé mettre snr le théâtre Italien ; mais hier soir 
on l'a di'jà applaudi aussi. On n'a jamais remarqué sur aucun point le 
plus petit signe de désapprobation d'un parti opposé. 

» A la fin des fins, fanatisme unanime, grandisMme. Je le dois aussi, 
en partie aux chanteurs excellent.s. Saivi est un ange ; Badiali est un lion: 
la iMarini est la plus belle Rebecca que, dans ce monde, on puisse voir. 
L'orchi'stre joue bien et m'aime. Enfin, je n'en puis plus : j'embrasse 
dans mon cœur tout ton monde et toi le premier. 
» Adieu... adieu, ton Nicolaï. 

» Turin, 13 février 18i0. • 

,t*„ La représentation de Don Pasquale, la dernière de la saison, avait 
attiré, mercredi, une affluence aussi nombreuse que brillante au théâtre 
Italien. Hier .soir, pour la dernière fois, on a joué VElisirc d'Amore. 
Inutile d'ajouter que chacune de ces représentations a été un triomphe 
pour Adelina Patli. Avant que la jeune diva dépose le lourd fardeau du 
répertoire de cette saison, mémorable entre toules, nous l'entendrons dans 
deux nouvelles créations : la Semiramide et Giovunna d'Arco, sans 
préjudice de Zcrlina de Don Giovanni qui sera joué très-prochainement. 

**> C'est demain que sera jouée la Traviata pour la représentation ex- 
traordinaire donnée au bénéfice de Scalese. Ainsi que nous l'avons dit, 
la scène des fous, de Columella, jouée par le bénéficiaire, complétera ce 
spectacle . 

,*,!, Jeudi, le Havre possédait Adelina Patti et elle y a donné une re- 
pi'ésentation d'il Barhiere. L'empressement pour aller l'entendre n'a pas 
été moindre qu'à Rouen et, malgré l'élévation du prix des places, le 
bureau de location, dès le premier avis, a été littéralement pris d'assaut. 
La r.jcelte a dépassé 10,000 francs. L'espace nous manque pour dire 
l'enthousiasme soulevé par la jeune diva, et qui s'est encore accru lors- 
qu'on l'a entendue chanter l'Éclat de rire, de Manon Lescaut, la Calesera 
et la Gioija insolita. Nous y reviendrons. 

js*,^ Le départ de Mlle Nil.sson n'a point suspendu les représentations de 
iMartha au théâtre Lyrique; on y donne fréquemment l'opéra si popu- 
laire de Flotow, qui remplit toujours la salle et dans lequel se font 
légitimement applaudir Bosquin et Troy, Mlle Daram et Mlle Wil- 
leme. 

,^*^, L'Amour et son Carquois obtient un très-grand succès au théâtre 
de l'Athénée. La réunion des talents de Mmes Irma Marié, Lovato, de 
Léonce et de Désiré est une immense attraction, et la délicieuse mu- 
sique de M. Lecocq esl de plus en plus appréciée. — La bouffonnerie de 
Busnach, C'est pour ce soir, est un éclat de rire continuel, et la chanson 
de Mlle Moya est bissée à chaque représentation. 

,^% Au premier jour, la Grande-Duchesse fera sa réapparition sur la 
scène des Variétés. La distribution sera la même qu'à la création (moins 
toutefois le pauvre et regretté Couder), et ce ne sera pas li le moindre 
attrait de cette œuvre populaire qui a déjà fatigué de si nombreux inter- 
prètes sans jamais lasser le public. 

^,% Une très-intéressanie représentation, avec le concours d'artistes de 
l'Opéra, de rOpéra-Comique,de la Comédie-Française, etc., est annoncée 
pour ce soir aux Variétés, au bénéfice de la veuve de feu l'acteur Couder. 

i^*t Le théâtre Lafayette joue en ce moment avec un grand succès la 
charmante opérette d'Ad. Adam, les Pantins de Violette. 

,^*:f Le théâtre de Versailles va donner incessamment une représenta- 
tion au bénéfice d'un de ses pensionnaires, M. Villefroy, composée des 
Dragons de Villan, d'Aimé Maillart. C'est Mme Galli- Marié qui jouera 
le rôle de Rose Friquet. 

^*,„ Rouen est une des rares villes de France où VAfricaine n'ait pas 
encore été représentée Nous apprenons que M. Derville, directeur du 
théâtre de cette ville, se prépare à donner le dernier chef-d'œuvre de 
Meyerbeer, avec un soin d'interprétation et un luxe de mise en scène 
dignes de l'œuvre et du public foncièrement artistede l'ancienne capitale 
de la Normandie. — L'Africaine sera suivie de Cardi'llac, dont l'auteur, M. 
Dautresme,- est Rouennais. 

i*,j, Robinson Crusoé est en pleines répétitions pour être joué cette sai- 
son au théâtre de la Monnaie de Bruxelles, à Anvers, à Genève, à Lyon, 
à Bordeaux, à Nan -y, à Toulouse et à Vienne. 

„*,j Les Etats héréditaires de la Grande-Duchesse ont changé de nom 
en Amérique. On veut là-bas que le glorieux père de la souveraine lui 
ait transmis, avec son sabre, le grand-duché de Cancanstein. 

,i,*, 11 y avait encore plus de monde que samedi au huitième bal mas- 
qué de l'Opéra, qui a eu lieu hier. Le mardi-gras avance à grands pas, 
et l'on se presse de jouir de l'entrain qui règne dans ces bals, et d'enten- 
dre les derniers accents de l'orchestre de Strauss. 



NOUVELLES DIVERSES. 

^,*,j Les candidats pour la place d académicien libre qu'occupait 



DL PARIS 



47 



M. Kastner ont été présoaté.s à l'Acadéinie par la commission mixte, 
dans l'ordre suivant': au premier rang, M. le comte Walewski; au 
deuxième rang, M. Ciiarles Blanc; au iruisièmo rang, M. Vintt. 

^** Au mois d'août dernier, un concours a été ouvert pur le préfet de 
la Seine pour la composition de chœurs sans accompagnement, destinés 
plus particulièreraerit aux réunions de l'Orphéon des écoles communales 
et des classes d'adultes de la ville de Paris. Un jury, pris dans le sein 
de la commission de surveillance de renseignement du chant, a été chargé 
d'apprécier le mérite de 142 chœurs présentés au concours. Trois mé- 
dailles de 300 francs ont été accordées à MM. Ei'mondde Polignacet Léo 
Delibes. Quatre médailles de 200 francs à MM. Jules Massenet, Edouard 
Mangin et Hemery. Deux médailles de bronze à MM. Jos Betjens et Fré- 
déric Lentz. 

^*^ On n'a pas oublié les succès remportés l'été dernier, à Paris, par 
la Société musicale des étudiants de Copenhague, d'Upsal et de Lund; on 
se souvient aussi de l'intérêt sympathique, mélangé même d'une certaine 
émotion, qui accueillit leur apparition et leurs chants sur la scène de 
l'Opéra. Déjà, la veille de cette soirée mémorable, le jury du Concours 
international, en leur décernant la médaille d'honneur accordée par 
S. M. l'Impératrice, leur avait témoigné, par la voix de M. Ambroise 
Thomas, son président, l'expression de son « admiration » pour les 
œuvres qu'ils veuaient de chanter autant que pour leur interprétation. 
Ces chœurs Scandinaves, empreints d'une douce gaieté, d'une mélancolie 
pénétrante ou d'une sauvage énergie, le Cortège de Noce, le Printemps, 
la Plainte du Roi de la mer, le Chint du liossiijnol, etc., seront exécutés, 
avec paroles françaises, par les classes de chant de la ville de Paris 
(rive gauche). Il y a lieu de féliciter le directeur de cette subdivision, 
M . Pasdeloup, d'iniiier ses élèves et le public à ces mélodies étrange- 
ment belles, remarquables par l'étonnante franchise de leur accent, 
et qui ne ressemblent à rien de ce que chantent les sociétés chorales 
françaises. Interprétés par nos artisans-chanteurs, ces chœurs à quatre 
parties étonneront et impressionneront, sans aucun doute, autant 
que lorsqu'on les a entendus par les fils des anciens ScaJdes. On peut 
donc supposer, sans exagération aucune, qu'après avoir renouvelé 
la veine à demi-tarie du vieux monde et inspiré la muse populaire 
germanique, la poé.-ie lyrique Scandinave pouri'ait bien encore rajeunir 
notre répertoire orphéonique, y introduire un élément délaissé jusqu'à 
présent, et devenir en même temps, pour les compositeurs de chœurs 
d'hommes, comme le souffle et l'âme d'inspirations nouvelles. 

st*sf Nous recommandons aux amateurs, avec certitude de leur être 
agréable, une nouvelle pubhcation de M. Edouard Pascal qui contient 
12 romances à une, deux et quatre voix compo.-ées sur des poésies de 
Victor Hugo, Th. Gautier, A. de Musset et F. Mistral. Outre le charme de 
la méloùie qui les distingue, elles sont très-bien disposées pour les voix, 
aussi le succès qui a accueilli cette œuvre à son apparition grandit-il tous 
les jours. 

**i M. Jacoby, premier violon à l'orchestre de l'Opéra, épouse Mlle 
Marie Pilatte, qui fait partie du corps de ballet de ce théâtre. 

ÉTRANGER 

^% Anvers. — Mme Marie Sass a clôturé la série de ses représenta- 
tions par les Huguenots; bien secondée par les artistes du théâtre, son 
succès a été tiès-grand. — La première représentation de la Grande- 
Duchesse a eu lieu la semaine dernière, et, comme partout, le résultat a 
répondu à l'attente : ce fait est d'autant plus .significatif que, jusqu'à 
présent, le public anvcrsois avait montré peu d'enthousiasme pour les 
œuvres du maestro. Mme Juliette Borghès-, qui, la veille encore, per- 
sonnifiait admirablement la noble et sévè;-e figure de la Fidès du Pro- 
phète, a su, — contraste étrange! — triompher, avec une singulière sou- 
plesse de talent, des difficultés de son nouveau rôle, et lui donner l'allure 
juvénile et crâne qu'il comporte. M. Odczenne a parfaitemen" mis en 
relief la valeur militaire du général Boum; M. Duplan ist un amusant 
Fritz et M. Cyriali un parfait prince Paul. — Le succès de l'œuvre po- 
pulaire d'Offenbach a décidé la direction à monter Robinson Crusoé. 

^*.ji Berlin. — Mlle Artût vient de terminer par une splendide repré- 
sentation des Diamants de la Couronne la première moitié de son enga- 
gement de cette année. Varsovie va l'applaudir un mois, après lequel 
elle nous reviendra pour ne nous quitter que le i" aviil; Moscou, puis 
Hombourg, la réclament ensuite. — La Grande-Duchesse fait de fruc- 
tueuses soirées au théâtre de Friedrich-Wilhelrastadt; le dimanche, iio- 
tammcnt, il est bien difficile de trouver des places. On en est à la 25" i-e- 
présentation. — Au théâtre de Kroll, que l'activité du directeur Engel 
maintient dans une situation prospère, on a donné une nouvelle opé- 
rette : Un voyage d'artiste, de Winter et Sommer (comme qui dirait 
Hiver et Eté; li^ez : Winterfeld et Richard Wiierst) ; ce charmant ouvrage 
a complètement réussi. 

^'ji, Leipzig. — La solennité de l'inauguration du nouveau théâti-e 
d'Opéra a eu lieu le 28 janvier dernier, en présence du roi, de la cour 
et de beaucoup de hauts personnages. La représentation se composait de 
la Jubel-Ouverture, de Weber, d'un prologue de circonstance, la Patrie des 
Arts, de l'ouverture d'iphigènie en Aulide, de Gluck, et de la tragédie de 



Gœlhe Iphigénie en Tauride, — Ce beau monument, l'un des modèles du 
genre, est construit dans les meilleures conditions d'acoustique et de com- 
modité. Il peut contenir 1,800 spectateurs. — Au quatorzième concert du 
Gbwandhaus, le 23 janvier, le célèbre chanteur Stockliausen a concentré 
sur lui toute l'attention du public; il a été acclamé avec un véritable 
enthousiasme après chacun de ses morceaux : deux airs tVEuryanlhe et 
de Jean di Paris, et des mélodies de Schubert. Un pianiste pru.ssien, 
M. Henri Barth, a quelque jeu souHért de ce voisinage; il n'est cepen- 
dant pas sans mérite, surtout sous le rapport de l'habileté technique. H 
a joué un concerto de Henselt et divers morceaux de Chopin. 

,ifi*^ Munich. — Armide, de Gluck, qu'on n'avait pas entendue depuis 
trente- cinq ans, vient d'être repri.se avec beaucoup de soin et d'éclat, 
sous l'habile direction de Franz Lachner. 

,,.'',1. Vienne. — Par suite d'une récente mesure, l'administration de 
l'Opéra dispose en ce moment d'un double personnel de chœurs, qui ne 
tardera pas cependant à être réduit par le renvoi de 36 anciens choristes; 
ceux qui sont nouvellement engagés .sont assidûment exercés, leurs ap- 
pointements ont été fixés à un taux raisonnable; on espère arriver ainsi 
à former un ensemble irréprochable, un Chorpersonal modèle. — La So- 
ciété des Amis de la musique a constitué un Comité chargé de présenter 
un plan pour la réorganisation complète du Conservatoire. 

^*^ Madrid. — Don Giovanni vient d'être représenté au Théâtre- 
Royal d'une manière splendide par Mme Penco, Tamberlick , 
Bonnehée, Selva, autant de noms justement célèbres. Ajoutons-y celui 
de Mme Dalti-Guadagnini, qui pourra l'être bientôt; cette jeune cantatrice, 
qui progresse chaque jour dans la faveur du public, a rempli le rôle de 
Zerline de façon à rendre jalouse une Patti elle-même. 

^*^ Barcelone. — On espère pouvoir représenter le Pardon de Ploërmel, 
au Liceo, vers le lo février. Mlle Vitali, le ténor Stagno et la basse Petit 
en rempliront les principaux rôles. Ensuite viendra II Bravo, de Merca- 
danto, avec Steger, Petit et Mme Rey-Balla — Le Teatro Principal ou- 
vrira ses portes le 12 avril, avec une troupe d'élite oii figurent les noms 
d'Emmy Lagrua, des sœurs Marchisio, des ténors Tamberlick et Corsi, 
des barytons Everardi et Rota, de la basse Rossi-Galli et du caricàto 
Alessandro Bottero. 

«*, Milan. — La Socielà del Quartelto a courageusement repris ses 
séances, et cette fois elle n'a point eu à s'en repentir ; le public est 
accouru avec empressement, surtout à la seconde séance. Beethoven, 
Weber, Haydn, Boccherini et Rubinstein figuraient au programme. Baz- 
zini était au premier pupitre. 

^*,fi Rome. — Do7i Carlos a couru un grave danger, grâce au zèle de la 
censure; mais le Saint-Père, après avoir pris connaissance du libretto, 
en a libéralement autorisé la représentation, — sans inquisiteurs toute- 
fois; on substituera au redoutable tribunal quelques inofifensifs soli- 
taires . 

^*^ Copenhague. — La troupe italienne dirigée par Lorini a fait cette 
année son premier début avec la Favorita, sans beaucoup de succès. 
Des noms inconnus, représentant des talents médiocres ou nuls, ne sont 
point faits pour attirer la foule. — Vn Ballo in maschera a dû être donné 
ensuite. 

^% Stockholm. — Le Conservatoire, sous l'impulsion donnée par le 
prince royal Oscar, a subi, il y a un an déjà, une transformation com- 
plète, dont les résultats se font sentir aujourd'hui de la manière la plus 
heureuse. Une fête commémorative de cette renaissance vient d'être 
donnée; outre un programme musical intéressant et défrayé par nos 
meilleurs artistes, on a applaudi un remarquable discours du prince 
Oscar, président de l'Académie royale de musique, traitant très-pertinem- 
ment, et au point de vue scientifique, du son musical. Voilà un futur 
souverain qui promet à l'art un protecteur zélé et éclairé ! 

^*^ Saint-Pélersbourg. — Pauline Lucca maintient ici au même degré 
l'enthousiasme qu'elle a provoqué depuis son arrivée, haas Don Giovanni, elle 
a été encore plusfêtée qu'auparavant, s'il est possible. Mme Trebelli et Mario 
ont eu un beau succès dans la Favorite. Mario supplée avec son grand 
art de comédien aux défaillances de sa voix; il a notamment été su- 
perbe dans les récitatifs. On l'a beaucoup applaudi dans Un Bail- in 
Maschera, avec Mme Yolpini — qui a partagé avec lui les honneurs de la 
soirée — Graziani (Renato). et une débutante, Mlle Giovannoni (Amelia). — 
Mlle Grantzoff vient de faire sa rentrée ; elle a été accueillie avec enthou- 
siasme. 

jf.*^ Moscou. — La Rose des Carpathes, de Siegfried Saloman, a été re- 
présentée le 7 janvier, pour la première fois, au bénéfice de Mme Alexan- 
droff, avec un complet succès. La bénéficiaire et Mme Honoré ont été 
couvertes d'applaudissements. Le sujet de cet opéra est un épisode de 
l'histoire moldo-valaque, vers la fin du xvii° siècle. 



s. DUFoen. 



/l 17 T C ^" concours aura lieu le mardi II février, à -4 heures pré- 
il V 1 (3 . cises, à l'église Saint-Eustache, pour une place de basse. 
— On est prié de se présenter à la sacristie pour se faire inscrire. 



48 



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J.-L. Battmann. op. 273. Les Porcherons, petite fantaisie 

A. Croisez. Op. 146. Notre-Dame-des- Anges, prière de 

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J. Leybach. Op. 107. La Cenerentola, fantaisie brillante. 

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L. Schiffmacher. Op. 72. Mon pays, transcription variée 

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Gaston de Lille. En avant! polka 

— Biarritz, polka-mazurka .• 

— Sous la Feuillée, valse 

Ad. Lacout. Le Petit Mignon, quadrille très-facile 

— Baby, polka très-facile 

Strauss. Le dernier des Romains, quadrille 



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Châlons, explication du fusil Chassepot, chansonneite. 3 » 

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Léo Delibes. Le Marchand d'Oublis 6 » 

Ch. Lecocq. Les Tonneliers 4 » 

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N» 7. 



U Février 1868. 



ON S'ABONNE : 

Dons les Diipartomenls et ù riUranger, 

chez tous les UoTchnnds de Musique, Us Libraires, 

et aux Cureûux der. Jffessugeries et des Postes. 



REVUE 



PRIX DE L'ABONNEMENT: 

Paris 24 r. pur Qi 

DuparleniLutB, Belgique et Suisse.,.. 30 » id. 

Étranger 34 » i<i. 

Le Journal parait le Dimanche. 



GAZETTE MUSICALE 



DE PARIS 



SOMMAIRE. Les droits des auteurs (deuxième partie, 6° article], parVhomaB 
Sauvage. — Grand concert avec orcliestre donné par Charles Lamoureux à 
la salle Herz, par Charles Bannelier. — Bibliographie musicale : la Mu- 
sique expliquée aux gens du monde, de A. Meliot, par Maurice Bourges. 
— Revue des théâtres, par D. A. O, Saint-Yves. — Concerts et audi- 
tions musicales de la semaine. — Nouvelles des théâtres lyriques. — Nouvelles 
diverses. — Concerts et auditions musicales annoncés. — Annonces. 



LES DROITS DES AUTEURS. 

(Deuxième partie.) 

SOCIÉTÉS DES AUTEURS, COMPOSITEURS ET ÉDITEURS DE MUSIQUE. 

(6= arlicle) (d). 

Il y avait alors à l'Opéra-Comique une actrice, fort jeune en- 
core, dont cependant la réputation était, pouvait-on dire, déjà 
vieille; enfant, elle avait débuté à la foire Saint-Laurent, avec 
d'autres artistes de son âge, dans un opéra-comique de Panard 
intitulé : la Nièce vengée. Dans le prologue, La Rancune, comé- 
dien de campagne, venait annoncer que la chaiTette qui portait 
ses camarades avait versé ; que tous, plus ou moins écloppés, se 
trouvant hors d'état de paraître, il offrait en remplacement ses 
enfants , pour lesquels il réclamait l'indulgence en ces termes: 

S'ils n'ont pas l'honneur de vous plaire, 
Epargnez-les; c'est moi, Messieurs, 
Qui dois porter votre colère . . . 
J'ai fait la pièce et les acteurs. 

Dans la comédie, la jeune enfant qui jouait un rôle de tante, 
disait au dénoûment, en s'adressant au parterre : 

« Messieurs, si quelqu'un de vous veut épouser une petite veuve, 
je suis à lui, et je vous assure qu'il trouvera mieux qu'il ne 
croit. » Puis elle chantait : 



(1) Voir les n»= 33, 40, il, 43 et 49 de l'année 1867. 



J'ai, sous des cheveux gris, 

L'humeur assez jolie ; 

Sans trop de flatterie, 

Je vaux encor mon prix. 

Vive, fringante et preste. 
On me trouve encor des appas ; 

Et zeste, zeste, zeste, 
Bien des jeunes filles n'ont pas 
Un si beau reste. 

Je me suis permis ces citations un peu gaillardes, pour montrer 
à quelle école avait été élevée la petite tante, car le nom lui en 
resta pendant longtemps, et pour expliquer l'aventure que je vais 
raconter. 

La petite tante était devenue grande fille. Favart, juste appré- 
ciateur du talent, l'avait distinguée et lui fit des rôles dans ses 
pièces. C'est de l'École des amours grivois (1) que date la réputa- 
tion de cette jeune merveille : c'est là qu'elle créa le rôle de ma 
MIE Babichon, paysanne naïve, personnage épisodique qui n'arrivait 
qu'à la fin de la pièce avec le niais Nicodème pour chanter des 
couplets sans rimes et danser un menuet grotesque. Il paraît que 
l'effet de cette scène fut extraordinaire, incroyable, grâce au jeu 
des acteurs, tel enfin, que Favart, pour contenter le public, se vit 
obligé de reproduire dans une seconde pièce (2), puis dans une 
troisième (3), ces deux personnages accueillis avec tant d'enthou- 
siasme. 

Alors le nom de petite tante disparut sous celui du nouveau 
rôle et l'actrice fut pour tout Paris ma mie Kabichon. 

On pense bien qu'un tel triomphe n'avait pas peu développé les 
dispositions audacieuses, effrontées même, de la jeune élève de la 
foire. Il arriva ce que nous voyons chaque jour se renouveler dans 
nos théâtres : — les prétentions, les exigences de l'actrice en vogue 
augmentèrent en raison de ses succès. De là : indisposition dès 



(1) A -propos composé à l'occasion des victoires de Louis XV dans 
les Flandres. 



(2) Les Fêtes publiques. 

(3) Le Dil de, Strasbourg. 



50 



lŒVUE ET GAZETTE MUSICALE 



qu'on avait quelque partie avec un beau mousquetaire gris ou noir; 
demandes de coiie'és pour se refaire dans la petite maison de 
quelque galant fermier général, puis l'inexactitude aux répétitions, 
les refus de rôles, la suffisance avec les auteurs, l'impertinence 
avec les camarades... Enfin ma mie Babichon devint une créature 
insupportable, — comme la plupart (je dis la plupart et non 
tovs I) de nos artistes à réputation, qui sont ou se croient indis- 
pensables. 

Un jour, on répétait le Trompeur trompé, de Vadé. — Clairval, 
qui venait de sauter de la boutique d'un perruquier-barbier sur 
les planches de l'Opéra-Comique (1), et qui commençait à la foire 
l'immsnse réputation que lui acquirent plus tard tant de brillants 
succès à la Comédie italienne et auprès des belles dames, — Clair- 
val jouait le trompeur. Ifa mie Babichon devait représenter la com- 
tesse qui mystifie le trompeur. Plusieurs airs nouveaux avaient 
été composés pour cet ouvrage par M. Exaudet, chef d'orchestre 
du théâtre, — M. Exaudet, l'auteur du charmant menuet venu 
jusqu'à nous! — On était arrivé à des couplets fort jolis : 
Clairval chante le premier, M. Exaudet est satisfait ; ma mie Ba- 
bichon commence le sien, mais avec mollesse, sans mesure et sans 
expression. — M. Exaudet se récrie, l'air est syllabique et rhylhmé, 
il faut marquer le mouvement. — Ma mie Babichon affirme que 
l'air ne peut et ne doit être dit que comme elle le chante; au reste, 
elle ne le dira pas autrement ! 

On comprend la situation de M. Exaudet, blessé dans son cœur 
paternel et dans ses oreilles musiciennes ! — Vadé, Clairval veu- 
lent s'interposer; ma mie Babichon les envoie... infiniment loin! et 
persiste dans son obstination. Tous ses camarades, — qui demain 
feront peut-être comme elle, — la blâment et essaient de la ra- 
mener à la raison : peine perdue ! Babichon ne cédera pas : « l'or- 
chestre doit la suivre, l'orchestre doit être à ses ordres ! » 

A de telles prétentions, M. Exaudet se lève furieux, les musiciens 
s'insurgent et prennent son parti; tout le monde crie... on ne 
s'entend plus... le désordre est au comble... quand paraît Favart, 
le directeur. Il veut d'abord arranger amiablement l' affaire ; mais 
M. Exaudet, trop exaspéré, déclare qu'il se retire si l'on ne fait 
justice de l'insolence de ma mie Babichon. Favart est donc obligé 
de reprendre le rôle à la coupable ; il le donne à Mlle Rosaline. 

La pièce est jouée, elle obtient le plus Êirand succès. Les airs de 
M. Exaudet sont fort applaudis, et Mlle Rosaline, jusque-là ina- 
perçue, est tout à coup distinguée par le public. 

Remarquez, je vous prie, que semblable scène se représente à 
peu près chaque semaine sur chacun de nos théâtres, et plaignez, 
en passant, les auteurs et les directeurs ! 

Ma mie Babichon, comme bien vous pensez, n'oublie pas la cou- 
rageuse résistance de M. Exaudet; et ne pas oublier une offense, 
pour une femme, c'est en désirer la vengeance ! et la désirer, c'est 
la méditer, c'est s'en occuper à chaque instant, c'est la préparer 
à chaque minute! 

Cependant, en habile comédienfte, Babichon dissimula: trois jours 
après l'événement, le passé semblait pour elle à cent ans de date; 
on la voyait gracieuse et avenante avec tout le monde, même avec 
M. Exaudet! 



(1) Transition que Clairval n'oublia jamais; mais il craignait tellement 
de la rappeler que, pour ne pas jouer le rôle de figaro, il fît refuser 
le Sarbier de Séville de Beaumarchais, présenté par l'auteur à la Comédie 
italienne. D'autres la lui rappelaient trop bien : 

Clairval, d'un beau Pierrot étalant tout l'éclat, 

A repris la couleur de son premier état. 
disait Parissot dans son Epître à mon digne ami Nicolet. 
Et Guichard écrivait au bas du portrait de l'artiste : 

Cet acteur minaudier, san» talent et sans voix, 

Ecorche les auteurs qu'il rasait autrefois! 



Pauvre Exaudet! il ne se doutait pas du malheur qui menaçait 
sa tétel 

A quelque temps de là, autre pièce nouvelle, autre répétition ; 
mais celle-ci devait être plus solennelle. M. Berger, directeur de 
l'Opéra, depuis peu titulaire du privilège de l'Opéra-Comique, avait 
fait annoncer qu'il y assisterait; tout le personnel était donc venu 
dans la toilette la plus soignée : femmes en paniers, avec des mou- 
ches et du rouge; hommes en habits droits et pinces, amples per- 
ruques frisées et poudrées, rien ne manquait pour que l'aspect 
cérémonieux de ses humbles sujets flattât l'amour-propre de l'au- 
tocrate des fions- fions, — du Perrin de ce temps-là. 
. Tout le monde est en place : à l'orchestre, les musiciens devant 
le pupitre ; au milieu d'eux, M. Exaudet, ainsi qu'un maréchal de 
France, le bâton de commandement à la main (4); sm' le théâtre, 
les acteurs exercent leur gosier en filant des sons, ou réveillent 
leur mémoire en repassant leur rôle; les danseurs rappellent par 
des plies et des ronds de jambes la souplesse et l'élasticité dans 
leurs muscles et leurs articulations. L'auteur, sa famille et quel- 
ques-uns de ses amis sont à la galerie; dans l'ombre, au parterre, 
se cachent trois ou quatre auteurs jaloux et envieux, qui viennent 
épier les endroits faibles de l'ouvrage pour les signaler d'avance 
dans les cafés! 

Çà et là circulent dans la salle ou sur la scène les membres de 
la troupe qui ne sont pas employés dans l'ouvrage nouveau. Les 
uns causent avec les acteurs, qui, plus heureux, ont des rôles, et 
cherchent à leur faire entendre que ces rôles sont mauvais, sans 
quoi ils ne les auraient pas. Les autres font des courbettes devant 
l'auteur, pour qu'il ne les oublie pas dans une prochaine distribu- 
tion. Ma mie Babichon, qui, comme je vous l'ai dit, semble vouloir 
faire oublier ses anciens torts, cause à l'orchestre avec les musiciens 
s'informe de leur santé, présente à chacun, et souvent en planant 
par-dessus les têtes, son élégante bonbonnière et ses pastilles à la 
duchesse. M. Exaudet et sa brigade sont touchés, attendris par 
tant de politesse ! 

Mais un carrosse s'arrête à la porte de la Loge (2) : un gagiste 
annonce M. le directeur de l'Opéra ! A ce nom tout se met en 
mouvement : chacun regagne sa place et ma mie Babichon, après 
avoir serré la main de M. Exaudet, va s'installer aux troisièmes 
loges. 

Anteaume (auteur depuis du Tableau parlant, alors répétiteur... 
on dirait aujourd'hui régisseur) donne le signal pour qu'on se 
tienne prêt, et Taconnet, qui n'a bu que trois bouteihes pour con- 
server la liberté de sa langue et la netteté de sa prononciation, se 
précipite dans le trou du souffleur. 

Monsieur Berger paraît ! — Aspect demi-financier, demi-petit 
maître, air important et protecteur, dédaigneux et ennuyé; il salue 
à peine, passe la main sous le menton de la gentille Luzy, donne 
un petit soufflet à Gogo-Beauminard et sourit à Mlle Chantilly 
(Mme Favart); — il se place nonchalamment sur un fauteuil, à 
l'avant-scène ; Favart s'assied près de lui, modestement sur une 
chaise. 

On va commencer : le chef d'orchestre a frappé légèrement sur 
son pupitre, les archets sont suspendus au-dessus des cordes, les 
lèvres sont avancées sur les instruments à vent et les joues gonflées 
vont leur envoyer le souffle, l'âine et l'expression. 

Thomas SAUVAGE. 
(La suite prochainement.) 



(1) Les chefs de nos orchestres de théâtre sont aujourd'hui privés de 
cet insigne, qu'Alexandre Piccini, chef d'orchestre de la Porte-Saint- 
Martin, a porté le dernier. 

(2) C'est ainsi que l'on appelait à la foire la salle de l'Opéra-Comique. 



DE PARIS. 



Î51 



GRAND CONCERT AVEC ORCHESTRE 

Donné par U. Charles liamonreux à la salle Ilerz, 

Le 8 février 186S. 

La plupart des habitués des séances populaires de musique 
de chambre ne connaissent Lamoureux que comme un virtuose 
éminent, interprétant en grand artiste la musique classique; ils 
ont pu se convaincre, samedi dernier, que c'est encore un habile, 
un consciencieux chef d'orchestre. Je dis la plupart , parce que 
Lamoureux n'en est pas à son coup d'essai, et que plusieurs se 
souviendront encore du concert qu'il dirigea avec tant de succès 
l'année dernière. Je n'étais pas de ceux-là, je ne puis donc ap- 
prendre aux lecteurs de la Gazette musicale s'il a fait des progrès; 
mais je leur affirme aujourd'hui que c'est un maître qui possède 
la sûreté de coup d'œil , la finesse de perception musicale, le tact 
et l'expérience; on sent qu'il a soigneusement étudié tout ce qu'il 
fait exécuter, qu'il ne livre rien au hasard, que tous les fils de 
cette intrigue compliquée qu'on appelle une partition sont dans sa 
içain, que ses quatre-vingts artistes le comprennent et savent à 
qui ils ont affaire . . . Cela s'appelle, pour parler comme Berlioz, 
jouer de l'orchestre. Ce soir-lîi, le superbe stradivarius de Charles 
Lamoureux se reposait. 

La Symphonie pastorale, — le morceau de résistance, le « great 
feature » — du concert, a été rendue avec un admirable ensemble, 
et je dirai presque avec un luxe de nuances auquel nos meilleurs 
orchestres ne nous ont point accoutumés. Contrairement à l'usage, 
M. Lamoureux ne fait pas ralentir le mouvement au début du 
premier morceau avant d'arriver au point d'orgue de la quatrième 
mesure; c'est affaire de goût, et en l'absence de toute indication sur 
la partition, il n'y a pas d'autre raison que le sentiment personnel 
pour suivre ou abandonner la tradition. Reste à savoir si, du 
temps de Beethoven, il était convenu qu'un rallentando précédait 
toujours les points d'orgue; M. Lamoureux n'en paraît pas con- 
vaincu. — Il a parfaitement senti que la plus grande précision 
métronomique est de rigueur dans Vandante, sous peine de faire 
d'un magnifique poëme un gâchis insupportable; aussi, tout a mar- 
ché à souhait, et un tonnerre d'applaudissements a prouvé à l'intelli. 
gent artiste qu'on l'avait compris. — Une idée qui a bien sa valeur, 
et qu'il a mise en pratique le premier, consiste à prendre le scherzo tant 
soit peu moins vite qu'on ne le fait d'habitude, pour pouvoir en- 
suite animer le mouvement lorsque approche le trait en arpèges 
ascendants des altos et des violons que suivra bientôt la mélodie 
agreste et boiteuse du hautbois, et plus tard l'orage. Ce contraste 
est d'un effet très-heureux. — Le finale tout entier a été glorieu- 
sement enlevé; on ne fait mieux nulle part. 

La Symphonie pastorale nous a entraînés un peu loin; il nous 
faut cependant réserver quelques lignes pour payer un juste tribut 
d'éloges à la splendide exécution de l'ouverture d'Oberon, — de la 
Marche et du Chœur des fiançailles de Lohengrin, dont les chœurs 
ont été chantés avec justesse, ensemble et entrain, et qui ont été 
bissés; — de la canzonetta du quatuor en mi bémol de Mendelssohn, 
aujourd'hui populaire; pour constater enfin le grand et légitime 
succès obtenu par Mlle Mauduit et M. Bel val dans un air de Fer- 
nand Cariez et dans le puissant finale du deuxième acte de la Ves- 
tale. 

L'orchestre était composé d'artistes de la Société du Conserva- 
toire et des concerts populaires; la besogne de M. Lamoureux 
était donc déjà bien avancée avant même de la commencer, ce 
qui n'a pas empêché de nombreuses et laborieuses répétitions. 
Un regret en terminant : c'est que les frais et les difficultés de 



semblables entreprises ne permettent pas de les renouveler plus 
souvent, et que M. Lamoureux ne dispose pas d'un orchestre cons- 
titué en société. 

Chaules BANNELIER. 



BIRLI06RAPHIE MUSICALE. 

liJk MUSIQUE EXPIilQUÉE AUX «BRISi DU »0\DE, 

Pau A. MELIOT (i). 

Le voilà déjà bien loin le temps où la science et l'art consti- 
tuaient le lot exclusif et comme le domaine privé d'un petit nombre 
de doctes initiés. L'esprit de curiosité s'est fait populaire. Chacun' 
veut savoir, savoir un peu de tout, mais surtout savoir vite et 
sans peine. Aussi les gros ouvrages font-ils peur,! Comment penser 
à s'y arrêter, quand la vie a des allures de locomotive courant à 
toute vapeur, quand le loisir est une vraie rareté? Que le spécia- 
liste studieux compulse, médite, approfondisse de volumineux re- 
cueils, à la bonne heure. Mais la foule! Il lui faut un aliment 
plus léger, plus émietté et de digestion bien autrement rapide. 
La librairie moderne s'est hâtée de le lui offrir dans ces petits livres, 
de format commode et portatif, qui ont aujourd'hui mission de vul- 
gariser, en quelques pages sommaires et d'une lecture facile, la 
science, l'histoire, l'industrie, les beaux-arts. 

La musique, dont le goût et la culture vont se propageant de 
plus en plus en France, ne pouvait manquer de trouver tout aussi- 
tôt sa place dans cette collection d'abrégés instructifs. Parmi ceux 
qui ont sa théorie pour objet, on peut se souvenir que le public 
a remarqué naguère les Principes de musique de M. A. Méliot. 
Accueillera-t-il avec une faveur égale le nouveau petit ouvrage du 
même auteur, la Musique expliquée aux gens du monde ? La chose 
n'a rien que de fort probable, si l'on tient compte de l'intérêt qui 
s'attache au sujet, et des qualités honorables qui distinguent l'exé- 
cution et la forme de ce travail. Quant au fond, il n'y avait, on le 
comprend, rien à innover. Les éléments constitutifs d'un art ne 
sont ni à refaire, ni à modifier. Le seul mérite consiste à les ren- 
dre aisément intelligibles par la méthode, la simplicité et surtout 
la clarté de l'exposition. Les matériaux sont partout. Partout aussi 
est-il avantageux de savoir les choisir et les prendre, un peu à la 
façon de l'abeille, qui ne compose le meilleur miel que pour avoir 
butiné les meilleurs calices. 

L'auteur ne se défend en aucune sorte d'user amplement de ce 
droit. Bien au contraire, il confesse avec loyauté tout ce qu'il doit 
aux théoriciens les plus en renom qu'il a mis à contribution sans 
scrupule. Sa plus grosse dette est évidemment contractée envers 
M. Fétis, dont la Musique mise à la portée de tout le monde, 
fort bon livre, tout de première main, et déjà âgé de plus de 
trente ans, a sans aucun doute servi de prototype et de guide à 
M. Méliot. Cependant le nouvel Abrégé en diffère fréquemment 
sous le rapport du plan et des divisions générales. 

La matière, développée dans les quatre sections du volume de 
M. Fétis, est ici condensée en trois livres seulement, parfois même 
dans un ordre peut-être plus logique. 

Le premier livre n'a que huit chapitres, oiî se trouvent résumées 
les notions relatives au son, à la notation, aux intervalles, gam- 
mes, tons et modes, aux mesures, au mouvement, à la mélodie et 
à l'harmonie, en un mot aux éléments du Système musical propre- 
ment dit. Dans le deuxième livre, borné à trois chapitres, il est 
donné un aperçu très-succinct de la Composition scientifique, à 



(1) Un volume in-18. Paris, G. Delagrave, 1867. 



52 



REVUE ET GAZETTE MUSICALE 



laquelle se rattachent le contre-point et ses nombreuses variétés, 
l'imitation et le canon, enfin la fugue. Les sept chapitres du troi- 
sième livre passent rapidement en revue les diverses ressources de 
l'Exécution dans leurs principales combinaisons vocales et instru- 
mentales au concert, au salon, à l'église, au théâtre. 

A l'instar du livre de M. Fétis, un- Vocabulaire-Index des termes 
techniques les plus usités complète cette brochure, qui trouve moyen, 
en moins de cent soixante-dix pages, de mêler au texte quatre cent 
cinquante exemples de musique d'une bonne gravure. Impossible 
de donner davantage sous un si mince volume. Nécessairement les 
détails sont écartés. L'auteur se borne à tracer d'une main vive 
et assurée les contours d'une esquisse franche, arrêtée, suffisante. 
Il vise à la précision en même temps qu'à la lucidité. En général 
ni l'une ni l'autre ne lui font faute. 

Reconnaissons cependant que le chapitre relatif à la transposi- 
tion, un peu chargé et confus, ne convient guère à la clientèle de 
lecteurs un peu superficiels pour lesquels M. Méliot a écrit. Certes 
les observations qu'il y prodigue ne sont pas sans utilité pour 
aider l'exécutant à substituer tel accident à tel autre dans l'opé- 
ration souvent embarrassante de la transposition à première vue ; 
mais tout cela est trop spécial, trop compliqué pour figurer dans 
un modeste abrégé, dans une véritable réduction, qui n'est pas 
d'ailleurs destinée aux artistes. L'auteur fera sagement de refondre 
ce chapitre dans les prochaines éditions auxquelles son petit livre 
nous semble justement appelé à parvenir. Qu'il y accorde aussi 
une mention à un instrument fort populaire, au cornet à jÂslons, 
employé si souvent aujourd'hui dans les orchestres de tous les de- 
grés. Qu'il se décide encore à remplacer, aux pages 101 et 102, 
les deux exemples anonymes de contre-point simple à trois et à 
quatre parties, par des spécimens écrits d'un style moins libre et 
plus châtié, qui puissent donner une idée exacte de ce que l'école 
nomme le style sévère. 

Grâce aux retouches indiquées, M. Méliot aura fait disparaître 
les seuls légers délauts qui jettent un peu d'ombre sur les nom- 
breuses et incontestables qualités de la Musique expliquée aux gens 
du monde. Mais pourquoi aux gens du monde seulement ? Serait-ce 
par hasard que la rédaction affecte un tour de style raffiné, 
aristocratique? Nullement. Courante, aisée, limpide, n'est elle pas 
accessible aux intelligences déjà quelque peu dégrossies, aux 
hommes de labeur, qui pour la plupart ne sont plus dépourvus 
de lecture? L'auteur a eu beau limiter son public. Le livre portera 
plus loin que ne le veut le titre. N'en déplaise à M. Méliot, il sera 
lu, et beaucoup, autre part que dans les salons et les boudoirs. 

Maurice BOURGES. 



REVUE DES THÉÂTRES. 

Palais-Royal : Le Papa du prix d'honneur, comédie-vaudeville en 
quatre actes, par MM. Eugène Labiche et Théodore Barrière. 
— Ambigu : Le Crime de Faverne, drame en cinq actes et huit 
tableaux, par MM. Théodore Barrière et Léon Beauvallet. — 
Gaité : Reprise de Jean la Poste. — Théatre-Déjazet ; Corna- 
val vit encore, mascarade en huit tableaux^ de MM. A. de Jallais 
et A. Flan. 

La collaboration de 3IM. Théodore Barrière et Eugène Labiche 
promettait des merveilles au Palais-Royal ; on s'attendait à un heu- 
reux mélange des qualités qui ont fait le succès des Faux Bons 
hommes et du Chapeau de paille d'Italie. Mais le Papa du prix 
d'honneur a trompé en partie ces espérances. Il y a pourtant dans 
cette pièce un point de départ excellent, l'orgueil naïf, la joie 
aveugle des parents du jeune lauréat qui a obtenu au grand con- 
cours le prix d'honneur pour sa dissertation latine, tandis que. 



par un contraste piquant, ce dernier ne voit dans son triomphe 
que l'affranchissement d'un joug insupportable et la conquête 
d'une liberté illimitée. Les deux premiers actes, soutenus par cette 
donnée, se présentent favorablement ; on rit volontiers des préten- 
tions opposées du père et du fils , on se demande qui l'emportera, 
de ce brave M. Gobaille qui, ne pouvant rien faire de son glorieux 
rejeton, se décide à le marier brusquement, ou de l'ex-prix d'hon- 
neur Achille qui veut mener la vie de garçoi) sans qu'on l'ennuie 
ou qu'on le dérange. Surpris par son père et par celui de sa fu- 
ture dans un tête-à-tête suspect avec une femme mariée, il n'a que 
le temps de la faire cacher dans un cabinet, dont la porte se re- 
forme sur un pan de sa robe. Le père Gobaille aperçoit ce pan 
révélateur, en coupe un morceau et le met dans sa poche. 

Jusque-là tout va bien, mais nous ne sommes qu'à la moitié de 
la pièce, et, encore une fois, la déplorable nécessité d'occuper tout 
un spectacle va entraîner les auteurs au delà des limites qu'ils 
auraient dû raisonnablement s'imposer. 

Nous sommes à Guéret, où M. Gobaille s'acharne à l'idée de 
marier son fils et de lui donner une place qui appartient en ce 
moment au mari d'Hermance, la maîtresse d'Achille. Cette dame 
s'oppose naturellement au double projet de M. Gobaille; mais ce- 
lui-ci reconnaît la robe dont il a dérobé un morceau, et, cette 
preuve à la main, il force Hermance à se désister de ses droits sur 
Achille, et il en obtient la démissio.i de son mari. Rien ne fait 
plus obstacle à l'établissement du prix d'honneur, qui enterre défi- 
nitivement ses lauriers dans le fond d'une province obscure. 

Cette seconde partie, longue. et traînante, n'est un peu égayée 
que par l'intervention de deux personnages originaux, le mari 
d'Hermance, ganache de la plus belle espèce, et un certain Bufquin, 
que l'on suppose en fort bons termes auprès d'un ministre à qui il 
recommande tout le monde, moyennant récompense honnête, et 
qui, en réalité, n'a été que son valet de chambre. 

Si le Papa du prix d'honneur exerce quelque influence sur les 
recettes du Palais-Royal, il faudra bien certainement, en attribuer 
l'honneur à ses inimitables interprètes Geoffroy, Lhéritier, Bras- 
seur, Hyacinthe, Priston et à une débutante, Mlle Rosa Didier, qui 
vient en droite ligne du Théâtre-Français. 

— Nous retrouvons M. Théodore Barrière à l'Ambigu, où il a 
fait représenter, avec M. Léon Beauvallet, un drame ayant pour 
titre le Crime de Faverne. Quoique cette pièce ait été fort bien 
accueillie par le public, nous devons constater qu'il y règne un 
fâcheux embarras qui est dû au manque d'unité et à la bifurca- 
tion de l'intrigue. Il s'agit d'adultère, mais non d'un seul ; il y en 
a trois qui se croisent et s'enchevêtrent de manière à laisser flot- 
ter l'intérêt au gré du hasard. L'un de ces adultères est même 
épisodique, et c'est néanmoins celui qui produit le plus d'effet, 
paz-ce qu'il met en relief tout ce qui reste aujourd'hui de l'ancien 
génie créateur de Frederick Lemaître. Nous y reviendrons; occu- 
pons-nous d'abord de l'incident principal et tâchons de le dégager 
de ces accessoires parasites. 

Le comte de Faverne, retiré dans 'une terre des environs de 
Blois, a conservé des relations avec une jeune fille qu'il a connue 
quelques années auparavant et qui est devenue la femme de 
M. Mauclerc, substitut du procureur du roi, car l'action se passe 
au temps de la Restauration. Ce substitut est dans une situation 
de fortune très-précaire, et le comte de Faverne, inquiet de l'ave- 
nir de Jeanne, annonce l'intention de lui léguer tous ses biens. 
Mais il a un frère, un assez vil particulier, qu'on nomme le cheva- 
lier Balthazar, et qui a la conscience chargée d'un bon nombre de 
turpitudes. Pour empêcher Jeanne d'hériter à son détriment, il lui 
verse un poison subtil qui, par malheur, va tout droit à l'adresse 
de son frère, le comte de Faverne. Ce crime est attribué à Jeanne, 
et c'est son mari, le substitut, qui est chargé d'instruire contre 



DE PARIS. 



53 



elle. Il n'obtient pas l'aveu fie l'empoisonnement, mais il acquiert 
la preuve de son propre déshonneur. En ce moment, le chevalier 
Balthazar vient disculper Jeanne de la première accusation qui pèse 
sur elle; le misérable entretenait, de son côté, un commerce cri- 
minel avec une jeune Icnime dont le mari s'est vengé en lui tirant 
un coup de fusil. Avant de mourir, il proclame l'innocence de 
Jeanne , et quant à la seconde faute, qui atteint plus directement 
le mari , elle reste dans l'ombre où l'on prévoit que le temps la 
fera oublier. 

Sur une ligne parallèle à l'adultère de Favernc, se développe 
l'adultère posthume de la femme du notaire Séraphin, et c'est là 
l'élément capital du succès de la pièce. Ce notaire est veuf, et se 
complaît dans l'adoration rétrospective de sa Thérèse. Tout à coup, 
une indiscrétion de ses clercs en goguette lui apprend que cette 
Thérèse, qu'il aimait tant, l'a trompé avec l'un d'entre eux. La 
raison du pauvre homme ne peut résister à une aussi terrible ré- 
vélation, et il ne recouvre par instants quelques lueurs de bon sens 
que pour prêcher à tous l'oubli et le pardon. Notre grand comé- 
dien Frederick Lemaître prête à ce rôle du notaire Séraphin un 
attrait magique qui, à lui seul, expliquerait l'empressement du 
public à aller applaudir le Crime de Faverne. 

Les autres rôles sont tenus avec ensemble par Brindeau, Clé- 
ment-Just, Castellano, Mlles Rousseil et Debreuil. La partie comi- 
que est confiée à Schey et à Allart, qui s'en acquittent à la satis- 
faction générale. 

— A la Gaîté, on a repris Jean la Poste, qui va reconquérir son 
ancienne vogue, grâce au jeu sympathique de Dumaine et au su- 
perbe décor de cette tour qui s'enfonce peu à peu jusqu'au niveau 
du vaste Océan éclairé par les reflets argentés de la lune. Ce drame 
a été donné en été, et il sera nouveau pour beaucoup de gens. 

Les pièces de cai'naval s'en vont à peu près comme les Revues 
de fin d'année. Quelques théâtres persistent à réagir contre cette 
tendance des mœurs nouvelles. Ont-ils raison? Il y aurait lieu de 
le supposer en voyant le triomphe remporté par la pièce du 
théâtre Déjazet, Carnaval vil encore. Il est vrai qu'indépendam- 
ment de la donnée qui a pour but de nous prouver que le goût 
des saturnales n'est pas aussi loin de nous qu'on veut bien le dire, 
il y a dans cette mascarade à grand spectacle plusieurs tableaux 
pleins de mouvement et de gaieté. Nous citerons ceux qui repré- 
sentent le carnaval sur les toits , le carnaval à la caserne et le 
bal de l'Opéra, dont l'effet est splendide. La mise on scène est 
très-soignée ; les airs d'Eugène Déjazet sont charmants, et les 
principaux rôles sont joyeusement remplis par Daubray, Legrenay, 
Mme Eudoxie Laurent et Mlle Daudoird. 

D. A. D. SAINT-YVES. 



CONCERTS ET AUDITIONS IDSICÀIES DE LÀ SEMAINE. 

;,;** Le principal inlérêt du Concert populaire de dimanche dernier 
était l'excciition, pour la première fois, de la marche religieuse du Lo- 
hengrin de Wagner. L'orchestre de Pasdeloiip a mis tous ses soins à la 
faire bien comprendre à son auditoire. Aussi ce morceau, l'un de ceux 
du compositeur, le plus capable d'impressionner les masses, a été fort 
bien exécuté et fort applaudi par la très-grande partie du pubhc qui l'a 
redemandé. — Le reste du concert offrait son intérêt habituel. 



goùlée. — M. Wekerlin annonce une dernière séance, par invitation, pour 
le 22 février courant. 

*** Nous dev ons une mention p.-irllculière au concert donné mercredi 
dernier, à la .salle Pleyel, par M. Te.ys.son, chanteur de mérite et qui s'y 
est fait légitimement applaudir. Nous aurions d'autant moins lieu de passer ce 
concert .sous silence qu'un piani.'-to américain, M. Biissmeycr, s'y est révélé 
à l'audiloire avec un éclat dont personne ne pouvait se faire une idée. 
M. Bussmeyer a exécuté, avec une perfection et un talent qui justifiaient 
d'ailleurs cette surprise, un morceau de GotLschalk et une transcrip- 
tion de Mendelssolin, connue il est rare de les voir interpréter. L'émi- 
nent virtuo.se— car il mérite largement cette qualification — possède son 
instrument en maître, il en obtient une puissance de .sonorité étonnante; 
il joini en outre, à la distinction du style, une vélocilé qui rend son 
jeu magistral des plus brillants et une grande observation des nuan- 
ces. En un mot, M. Bussmeyer nous paraît destiné à faire sensation à 
Paris. 

,j*5S La Société des concerts donnera aujourd'hui dimanche, à 2 heures 
précises, son septième concert, sous la direction de Georges Hainl. En 
voici le programme : 1" symphonie militaire (48"), de Haydn ; — 2" chœur 
des Pèlerins du Tannhauser, do Wagner; — 3° air de danse iVfphigénie 
en Aulide, de Gluck: — i" motet (double chœur sans accompagnement), 
de S. Bach; — 5° symphonie en fa (8=) de Beethoven. 

"^Ï^J Aujourd'hui dimanche, à 2 heures, au cirque Napoléon , seizième 
concert populaire de musique classique, sous la direction de J. Pa.sdeloup. 
On y entendra : 1° ouverture de Don Juan de Mozart; — 2o symphonie en 
mi bémol de Robert Schumanu (allegro, scherzo, andante, finale) ; — 
3° Bourrée (1720) deJ.-Séb. Bach; i' concerto pour violon de Mendel.s- 
sohn, exécuté par Mme Norman - Neruda, professeur au Conservatoire 
de Stockholm; — S° septuor de Beethoven (introduction, allegro, adagio 
cantabile, menuet, andante con variazoni, scherzo, finale), exécuté par 
M. Grisez (clarinette), Espeignel (basson), Mohr (cor), et tous les ins- 
truments à cordes. 

*** Pendant la cérémonie du mariage de M. Lafleur, fils aîné, un 
Salutavis et un Ave Maria d'A. Elwart ont été chantés par le ténor 
Marty et le baryton MInart. — Un Laudate remarquable de Laboureau, 
le maître de chapelle de Saint-Laurent, a brillamment terminé cette 
cérémonie. 

^*^ Alfred Jaell et sa femme, née ïrautmann, viennent d'arriver à 
Paris. 

»** La grande salle du Casino de Nice a été témoin, le 6 février, du 
triomphe remporté par un jeune violoniste sicilien, M. Scuderi, dont 
l'avenir s'annonce de la manière la plus favorable. Mécanisme, style et 
sentiment se trouvent chez cet artiste à un égal degré, et nous serions 
surpris s'il ne faisait pas parler de lui avant peu de temps. 



^*^, Le concert que la Société Sainte-Cécile, sous la direction de 
M. Wekerlin, a donné samedi dernier, était particulièrement consacré à 
l'audition de musique ancienne : Une Berceuse du xin" siècle, un air du 
Convito d'Alessandro de Haendel ; une Sojiate chantée de Mozart; l'ariette 
des Trc giorni de Pergolèse; un air d'Anacréon de CherubinI, etc., ont 
mis tour à tour en relief le talent de Mmes Barthe, E. Bertrand et de 
MM. Hermann-Léon et Pagans. — M. Lefébure a fait entendre le nouvel 
orgue Mustel, instrument dont il a tiré des effets qui ont charmé l'audi- 
toire. La Berceuse de H. Reber, écrite originairement pour violon et piano, 
a été dite avec des paroles italiennes par Mme Barthe, et a été fort *** Au théâtre Italien, dans la brillante représentation de VEtisi, 



NOUVELLES DES THEATRES LYRIQUES. 

^*^ Le théâtre Impérial de l'Opéra a donné deux fols Guillaume Tell 
cette semaine : lundi pour la 300° représentation, puis vendredi. — Mer- 
credi, on a joué la 4i2<' de la Muette. 

**# A l'occasion et à l'issue de la S00« représentation de Guillaume 
Tell, les principaux sujets, les artistes de l'orchestre et des chœurs de 
l'Opéra ont donné, lundi dernier, dirigés par M. Georges Hainl, une 
sérénade à Ros,sIni. Sur une sorte d'estrade construite à la hâte dans la 
cour de la maison de la Chaussée-d'AntIn qu'habite l'Illustre maître, 
l'ouverture, le solo de baryton du premier acte et le chœur des fian- 
çailles de Guillaume Tell ont été admirablement joués et chantés aux 
applaudissements de la foule Immense qui stationnait sur le boulevard. 
Rossini, retenu chez lui par son état de souffrance, a paru un instant à 
une fenêtre, d'où II a salué tous les artistes et tous ces amis inconnus 
qui venaient rendre hommage à son génie. 11 a reçu ensuite Mlle Battu, 
MM. Faure et Villaret, qui lui ont offert une couronne d'or, au nom de 
tout le personnel de l'Opéra. En 1829, une sérénade avait aussi été 
donnée à l'auteur de Guillaume Tell, le soir de la première représentation. 
Après trente-neuf ans, après cette longue période de repos et de gloire, 
le retour du même hommage a profondément touché Rossini, 



^*^ Tandis que l'Académie Impériale de musique célébrait le cinq- 
centenaire de Guillaume Tell, l'Opéra-Comique donnait, sans sérénade, — 
ceux-là sont morts, hélas ! — la 856° représentation du Chalet, et la 
M 66° de la Dame Blanche. 



,t*s Au moment où nous mettons sous presse, ce soir samedi, nous 
assistons à la première représentation, si intéressante à plus d'un titre, 
à'Vn Premier Jour de bonheur, le nouvel opéra d'Auber. — Nous en ren- 
drons compte dimanche. 



u 



REVUE ET GAZETTE MUSICALE 



(TAmore qui a eu lieu samedi, il y a huit jours, Adelina Patti, toute ra- 
dieuse encore de son nouveau triomphe du Havre, a déployé une verve 
et. une maestria auxquelles l'assistance a répondu par un enthousiasme 
, du plus franc aloi. Son duo avec Ciampi, qui abordait pour la première 
fois le rôle de Dulcamara, a été redemandé. Gardoni et Agnesi sont ex- 
cellents. — Succès encore pour la grande artiste dans la Traviata, qu'elle 
a merveilleusement chantée lundi dernier pour la dernière fois, au 
bénéfice de son camarade Scalese. S. A. 1. la princesse Mathilde 
assistait à cette représentation. — Hier on reprenait Don Giovanni. M. Ba- 
gier n'a rien négligé pour donner le plus grand éclat à la reprise du 
chef d'œuvre de Mozart. Ainsi, outre Adelina Patti dans le rôle de Zer- 
lina, les autres rôles étaient confiés à l'élite des artistes : Steller chan- 
tait celui de Don Giovanni, qui fut, dit-on, son triomphe à l'étranger; 
Ottavio, c'était Gardoni ; Leporello, c'était Ciampi ; Verger, c'était Mazetto, 
et Agnesi n'avait pas dédaigné celui du Commandeur. Enfin dona Anna, 
c'était la dramatique Mlle Krauss et Donna Elvira, la charmante Mlle 
Harris. Le succès qu'a eu la répétition générale fait présager celui de 
la représentation. Nous y reviendrons. 

^*^ Les journaux du Havre ne tarissent pas d'éloges sur le merveil- 
leux talent d'Adelina Patti; à l'issue de sa brillante représentation, les 
artistes de l'orchestre et les chœurs fqui ne sont pas aussi médiocres 
qu'on s'est plu à le dire, bien loin de là) ont donné une .sérénade 
à Rosine, sérénade composée de l'Ouverture et du premier acte du Barbier. 
« C'est l'ouverture de la Sirène, disait à ce propos le Journal du Havre, 
qu'on eut dû exécuter en l'honneur de la diva. » Nous partageons en 
cela l'avis de notre confrère. 

,** S. Exe. le maréchal Vaillant, ministre de la maison de 1 Empereur 
et des beaux-arts, vient d'autoriser M. Bagier à louer la salle Ventadour 
à M. Carvallio, poury donner des représentations les jours non employés 
par la troupe italienne, c'esl-à-dire les lundis, mercredis et vendredis. 
M. Carvalho conserve la direction du théâtre Lyrique avec sa subvention; 
mais son projet consiste à réserver exclusivement et quotidiennement 
cette scène aux œuvres françaises du répertoire et aux productions des 
jeunes auteurs, dans le domaine de l'opéra-comique, tandis que les grands 
opéras et les traductions, Faust, Roméo et Juliette, le Lohengrin, par 
exemple, émigreront à la salle Ventadour, et y trouveront le vaste cadre 
qu'ils méritent. Cette combinaison fonctionnera à partir du lo mars 
prochain. — Le Quentin Metzyz, de MM. E. Dubreuil et Cherouvrier, 
opéra en deux actes; depuis longtemps reçu, va entrer en répétition à 
ce théâtre. 

*■*» Mlle Brache, naguère danseuse à l'Opéra, vient d'être engagée 
pour jouer un rôle de mime dans le Timbre d'argent de MM. Carré et 
Barbier, musique de M. 'Camille Saint-Saëns, dont la représentation n'est 
pas éloignée. Les principaux rôles seront tenus par Mmes Schroeder et 
Irma Marié, MM. Troy -et Puget. C'est un opéra légendaire en quatre 
actes avec prologue. Le prologue y précédera l'ouverture; on dit beaucoup 
de bien de l'œuvre, qui participe du drame, de la fantaisie et du ballet. 
— Ce dernier, à l'instar de celui des Xiebelungen, se passerait dans l'eau. 

^*^ On répète en ce moment au théâti'e de l'.\thénée une pièce en 
trois actes, de MM.Chivot et Duru, dont M. Lecocq, auteur de la parti- 
tion de VAmour et son carquois, a composé la musique. 

**t Le Théâtre du Palais-Royal va faire construire, au n" 15 de la rue de 
Richelieu, une salle annexe de celle qu'il occupe, pour y utiliser ceux 
de ses artistes qu'un succès de longue durée laisserait inoccupés.^On con- 
struit également au boulevard de Strasbourg un café-concert-spectacle- 
gymnase-cirque-funambule, etc. 11 doit coûter 200,000 francs. 

,'*^ 11 est fortement question d'une réunion des directeurs de théâtres 
qui aurait pour objet de frapper d'une rétribution les billets dits de 
faveur. Toutes les personnes que leur profession on leurs relations mettent 
dans le cas d'être assiégées de demandes de ces billets, ne pourraient 
qu'applaudir à l'adoption générale d'une mesure qui mettrait un terme 
à l'abus qu'on en fait ou du moins qui le restreindrait considérablement. 

»*, Nous recevons à l'instant même de M. Am. Mereaux, l'éminent 
professeur et compositeur, une dépêche télégraphique annonçant que ven- 
dredi soir a eu lieu, au Giand-Théâtre, la première représentation de 
l'Africaine avec un succès digne du chef-d'œuvre de Meyerbeer, — Bien chan- 
tée, belle mise en scène, recettes fructueuses assurées, tels sont les termes 
de la dépêche. 

»** On vient de jouer au Gymnase de Marseille, sans qu'il y ait lieu 
à éloge ou à blâme, un opéra-comique inédit et décentralisateur, sous ce 
titre qui ne manque pas d'une piquante hardiesse : l'Enfant des flots. 
Pourquoi pas Moise? Est-ce à cause de Rossini? 

t% Le conseil municipal de la même ville, par un vote récent, a coa- 
firmé pour deux années nouvelles le privilège de l'exploitation de l'Opéra 
accordé à M. Husson, avec la subvention annuelle de la ville. 

,*^ On nous écrit de Lyon que Bobinson Crusoé vient d'être représenté 
au grand théâtre de cette ville avec tout le succès sur lequel comptait la 
direction. Très-bien monté, l'opéra nouveau d'Ofienbach a été applaudi 



d'un bout à l'autre. A la chute du rideau on a rappelé tous les ar- 
tistes qui avaient lutté de zèle et de talent dans l'interprétation de 
l'ouvrage. Nous reviendrons avec plus de détails dans notre prochain 
numéro sur cette belle représentation. 

»■** Au théâtre Français de Bordeaux, la Leçon d'amour a parfaitement 
réussi. La musique de cet opéra-comique, de M. Alphonse Varney, l'an- 
cien chef d'orchestre des Bouffes-Parisiens, aujourd'hui fixé à Bordeaux, 
et de son fils Edouard, a été attentivement écoutée, et le public nom- 
breux a chaudement applaudi tous les morceaux. L'exécution a été satis- 
faisante. — Les artistes en société du Grand-Théâtre vont reprendre 
l'Africaine, et ils viennent à cet etfet d'engager Mme Massé-'Wilhem pour 
chanter le rôle de Sélika. 

*** Le théâtre de Saint-Etienne se prépare à jouer un drame moyen- 
âge, le Gouffre d'Enfer, pour lequel M. Dard, compositeur de talent et 
directeur de la Chorale Forézienne, a écrit plusieurs morceaux de musi- 
que et de chant. 

^*^ Ce n'est pas sans avoir eu à supporter de rudes épreuves que la 
Compagnie lyrique et dramatique française, dont nous avons annoncé le 
départ l'été dernier pour Buenos-Ayres, et qui se composait de Mlle Phi- 
lippe, de MM. Rozier, Hoffmann, d'Hôte, Colette, Cœdès, chef d'or- 
chestre, etc., a atteint le but de son voyage. La traversée a été effroyable, 
elle navire qui portait ces artistes .s'est vu à deux doigts de sa perte. Pour com- 
blede malheur, elle trouve au port... le choléra. D'une lettre, écrite par l'un 
de ces vaillants voyageurs, il résulte que cependant personne d'entre eux 
n'est malade, que chacun fait son devoir et que le succès n'est pas dou- 
teux. La troupe a dû débuter par les Bavards, d'Offenbach. Après tant 
de dangers affrontés, nous devions bien à ces exilés volontaires un sou- 
venir et un gage de sympathie. 

,j** Mme Rose Bell continue, avec son talent souple, sympathique et 
spirituel , à initier les Belges au répertoire populaire d'Offenbach. Ces 
jours-ci, elle a chanté Barbe-Bleue à Liège, et .';on jeu piquant, sa grâce, 
son entrain et sa jolie voix lui ont complètement rallié le public liégeois, 
— et ce n'est pas peu dire, — qui l'a applaudie avec enthousiasme. Les 
élèves de l'Université lui ont donné une sérénade, et les journaux 
de la province constatent unanimement « le tact et la spontanéité de 
ces ovations. » Ce succès d'artiste et de femme est trop accentué pour que 
nous ne nous empressions pas , à notre tour, de le mentionner et d'en 
féliciter l'excellente artiste. 

^^'^i Une correspondance de Saint-Pétersbourg nous apporte la nou- 
velle d'une belle exécution du Stabat de Rossini par les élèves de l'école 
des théâtres impériaux, sous la direction du maestro Ricci. Mmes Pauline 
Lucca, Trebelli, Giovannoni et Volpini, Mario et Graziani chantaient les 
soli de cette œuvre admirable du maître. 

„;** Hier samedi a eu lieu l'avant- dernier bal masqué de l'Opéra. 
Strauss conduisait l'orchestre, et comme toujours il y avait foule. — Sa- 
medi prochain, dernier bal avant celui du mardi gras . 



NOUVELLES DIVERSES. 



*% LL. MM. l'Empereur et l'Impératrice ont bien voulu honorer de 
leur patronage le bal annuel de l'Association de secours mutuels des 
artistes dramatiques. Cette fête aura lieu samedi 14 mars, dans la salle 
du théâtre impérial de l'Opéra-Comique. La tombola se composera, cette 
année, d'un seul lot qui consistera en un bijou acheté dans ime des 
premières maisons de Paris, et à l'acquisition duquel l'Association con- 
sacrera une somme d'au moins 3,000 francs. 

^*^ La critique musicale du Paris-Magazine vient d'être confiée à 
M. L. Dautresme, qui jusqu'à présent a fait preuve de savoir et de talent, 
en composition musicale, du moins. 

,*=s M. le comte Walewski succède au regretté Georges Kastner, comme 
membre libre, à l'Académie des beaux-arts. — Avant Georges Kastner, ce 
fauteuil avait été occupé par M. le comte Turpin de Crissé, qui fut un 
protecteur éclairé de l'art et des artistes. 

»*„; Dans une lettre que M. A. de Gasperini vient d'adresser à plu- 
sieurs journaux, il se plaint amèrement de s'être vu, pendant qu'il était 
malade à Nice, dépouillé par M. E. de Girardin de ses fonctions de cri- 
tique musical à la Liberté, malgré promesse formelle de ce dernier de les 
lui conserver. Celte lettre étant, jusqu'à présent, restée sans réponse, 
il serait difficile de se prononcer sur une question aussi délicate. 

5^% L'autre jour, à Livourne, un vapeur de guerre anglais et un va- 
peur de guerre américain demandaient en même temps l'entrée du port. 
Pendant que Ton remplissait les formalités, les deux navires étant bord à 
bord, le commandant anglais fit jouer à sa musique l'air connu Bonnie 
blue flag. Le capitaine américain écoute jusqu'au bout cette mélodie 



DE i'AIUS 



S5 



anti-yankeese et ordonne ensuite à son orchestre d'attaquer l'hymne na- 
tional irlandais IVraring of tbe Gretn, qui n'est pas précisément agréable 
aux oreilles anglaises. Puis, les deux navires se saluent le plus cour- 
toisement du monde, du pavillon et du porte-voix. La musique ouvre 
une ère nouvelle aux combats et aux rapports internationaux maritimes ! 

^** M. Alexandre de Lavergne, réminent critique théâtral de l'Indépen- 
dance belge, vient d'augmenter d'un nouvel ouvrage la collection de ceux 
auxquels il doit la place élevée qu'il occupe dans la littérature contem- 
poraine. 11 est pou de nos lecteurs qui ne se rappellent la Recherche de 
l'inconnu, la Duchesse de Mazarin, l'Aine de la famille, i'Utde poitrine, 
et ce beau volume: Ruines historiques des châteaux de France, qui atteste 
de lu part de l'auteur une si parfaite connaissance des choses du grand 
siècle. Le Lieutenant Robert, tel est le titre du nouveau roman de M. de 
Lavergne, que l'éditeur Cadot vient de publier en deux volumes, dont 
le premier a paru. — Le journal le Siècle, qui en a eu la primeur, l'a 
donné en feuilletons dans les derniers mois de l'année dernière, et l'on 
sait avec quel empressement ces feuilletons furent lus par les abonnés. 
Réunis aujourd'hui, ils ne rencontreront pas un moindre succès parmi 
ceux qui veulent dans un livre de ce genre des situations intéressantes, 
des caractères vrais et bien tracés, enfin, véritable mérite de style ce si 
rare aujourd'hui. 

**;> On annonce le mariage de M. Emilien Pacini, membre de la 
commission d'examen, avec Mme Jules Cohen, la mère du compositeur. 

,*^ Mlle Julie Ponchard, fille de l'ancien organiste de Saint-Eustache 
et sœur du célèbre chanteur, vient de mourir à l'âge de soixante-dix 
ans. Élève distinguée de son père, elle professa le piano et l'orgue avec 
succès . 

**;^ Vendredi est mort subitement un artiste distingué M. Berthelemy, 
hautbois à l'orchestre du théâtre de l'Opéra et à celui de la Société des 
concerts du Conservatoire. 11 était en outre professeur au Conservatoire. 

,15** On annonce la mort de M. Montauriol, artiste de la chapelle im- 
périale, de celle de Saint-Eustache et membre de la Société des concerts 
du Conservatoire. 

^** M. Ch. Mevil, qui fut longtemps le secrétaire de M. Benazet pour 
la partie artistique de l'établissement thermal de Bade et son ami, vient 
de mourir. 11 avait occupé, en juillet 1830, le poste de secrétaire géné- 
ral du ministère de l'intérieur et il était décoré. 

DÉPARTEM ENTS 

^*i Beauvais. — Le 4 de ce mois, la Société philharmonique a donné 
son deuxième concert avec Mlle Marie Mineur, élève du Conservatoire, 
le violoncelliste distingué Dunkler et Charles Pottier, chanteur comique. 
Mlle Mineur a bien rempli la partie vocale qui lui était confiée, etDunkler, 
dans l'exécution de ses œuvres et le Carnaval de Venise, a. obtenu, comme 
toujours, un succès éclatant. M. Pottier a été également applaudi pour 
ses chansonnettes. L'orchestre, dirigé par M. Félix Dubray, a fait honneur 
au talent de son chef, et mérite une mention spéciale pour l'exécution 
de la seconde symphonie de Beethoven et des ouvertures de la Ceneren- 
tola et de Sémiramis. 

ÉTRANGER 

^"^ Londres. — Un incendie vient de détruire une des plus belles 
salles de concert de Londres : [The Oxford Music-hall). Elle datait seule- 
ment de mars -1861. Beaucoup d'artistes célèbres s'y étaient fait entendre. 
On ignore la cause de ce sinistre, qui heureusement s'est produit passé 
minuit, après la fermeture de la salle. Celle-ci était assurée. 

^** Berlin. — Pour la première fois dans le cours de sa longue car- 
rière artistique, Wacbtel a chanté la Muette, le i février. Depuis long- 
temps ou n'avait vu un empressement, une fièvre semblables dans le 
public; on allait assister à un début, et le débutant s'appelait Wachtel. 
Le célèbre artiste a remporté un de ces triomphes signalés qu'il a- dû 
renoncer à compter depuis longtemps. Il a rétabli, pour ainsi dire, la 
vérité historique, si souvent altérée par les ténors de tous les pays, en 
chantant, dans les tons où ils furent écrits, le duo (en ré) et l'air du 
Sommeil (eu sol), qui y gagnent plus qu'on ne saurait croire. — Au 
théâtre de KroU, encore un succès dû à Off'enbach : Vne Nuit blanche, 
vient d'être représentée pour la première fois : elle est allée aile slelle. Il 
doit rester maintenant bien peu d'œuvres du maestro que Berlin ne 
connaisse pas, c'est-à-dire n'ait pas encore applaudies, car pas une n'y a 
rencontré l'indifférence. 

,^*:t Leipzig. — Chose bien rare, l'élément classique faisait absolument 
défaut au quinzième concert du Gewandhaus. Deux œuvras seulement 
figuraient au programme et toutes deux appartiennent à des compositeurs 
vivants : la Fille du roi des Aulnes, ballade pour soli, chœurs et orchestre, 
de W. Gade, et le Ver sacrum ou la Fondation de Rome, cantate de F. 
Hiller. Ces deux compositions ont été bien reçues du public. 

^*^ Munich. — Le directeur général de la musique, l'éminent compo- 
siteur Franz Lachner, vient d'obtenir, pour raisons do santé, un congé 
d'un an ; il a reçu en même temps la croix de commandeur de l'ordre 
du mérite de Saint-Michel, qu'accompagnait une lettre flatteuse du roi. 



^*;i, Vienne. — Le ti février a été donnée la première représentation de 
Roméo et Juliette. Bien que les avis soient partagés dans la presse musi- 
cale sur la valeur de l'œuvre, l'attitude du public lui a été constamment 
favorable. On a beaucoup applaudi l'air de la reine Mab, la valse de 
Juliette au premier acte et le cinquième acte tout entier. Gounod diri- 
geait l'orchestre; on lui a fait une ovation après chaque acte. Walter 
(Roméo) a été très-remarquable; Mlle de Murska a moins bien rendu le 
rôle de Juliette, qui est d'ailleurs trop sentimental pour la nature de 
son talent. Quoique monté en très-peu de tonips, la mise en scène est 
splendide, grâce à l'activité et à l'expérience du directeur Dingclstedt, 
qui a vonlu faire un coup de maître pour son début et qui y a réussi. 
— Sur la demande de l'ex-roi de Hanovre, et à l'occasion de la Noce 
d'Argent ou du 25" anniversaire de .son mariage, le théâtre An der 
Wien a donné, le 19 et le 20 janvier, Barbe-bleue et la Grande-Ducliesse; on 
avait fait réserver toutes les premières loges, tout le parterre et toutes 
les stalles de balcon. — Au Cartheater, on répète la l'ermission de dix 
heures . 

^*^ Prague. — Deux opéras, dont les sujets sont empruntés à l'his- 
toire de la Bohême, viennent d'être représentés avec succès au théâtre 
National : Leijla, de Cari Bendl, et Halka, de Moniuszko. 

»*.f Rome. — La Favorite est devenue Dàila, de par la censure ponti- 
ficale; elle n'en a pas moins obtenu un très- grand succès au théâtre 
Apollo. La prima donna Dory y a été très-applaudie. 

^''îif Florence. — Mlle Rosa Csillag est en ce moment l'objet d'ovations 
enthousiastes à la Pergola. Elle a chanté trois fois la Favorite , et à cha- 
que représentation elle a vu son succès grandir. Le baryton Cresci s'est 
véritablement distingué à côté d'elle. 

^*^ Milan. — La Scala continue à faire le désespoir des amis de l'art. 
Don Giovanni vient d'y être massacré d'une façon honteuse. 

^** Netv-York. — Le théâtre Pike a fait son ouverture avec II Tro- 
vatore; Mme De Lagrange est rentrée, après plusieurs années d'absence, 
d'une manière brillante. On attend le début de Brignoli. 

j,*^ Constanlinople. — Le théâtre Italien a donné Marta au bénéfice 
de la prima donna Mme Friderici, qui a fait preuve, dans le rôle prin- 
cipal, des plus sérieuses qualités. 

^*^ Batavia. — Notre troupe d'opéra possède une excellente basse, 
M. de Greef, au bénéfice duquel a été représentée l'Etoile du Nord. 
L'œuvre et son interprète ont été unanimement acclamés. 



CONCERTS ET AUDITIONS MSICÂLES ANNONCÉS. 

Salon Kriegelstein, aujourd'hui dimanche à 2 heures: matinée de musi- 
que de chambre de H. Bonewitz, avec MM. Telesinski, Norblin et 

Mlle Gasloldi. 
Salons Pleyel-Wolff, mardi 18 février: troisième séance de musique de 

chambre de Lamoureux, Colblain, Adam et Poencet. 
Salons Pleyel-Wolff, mercredi 19 février: première soirée de musique 

de chambre donnée par MM. Maurin , Colblain , Mas et Ernest De- 

munck, avec le concours de M. C. Saint-Saëns. 
Salle Herz, vendredi 21 février: concert de Mlle Amélie Staps avec le 

concours de Mlle Lavini et de MM. Raoult, White, Demunck, Trom- 

betta, Comtat et Maton. 
Salons Erard, samedi 22 février; concert de MM. Louis Lapret et Ra- 

mirez Valdès, avec le concours de Mlle Roulle et de MM. Teysson, 

Poencet et Bloch . 
Salle Herz, dimanche 23 février: matinée musicale de Mlle Rachel Van 

Lier. 
Salons Erard, lundi 24 février: concert de Mlle Constance Skiwa, avec 

le concours de MM. Birkinger, Ries et E. Norblin. 
Salle Herz, jeudi 27 février : grand concert à orchestre de M. Fr. Guz- 

man, pianiste chilien, avec le concoiu-s de Mme Guzman, Mme Mon- 

belli et M. Lutz, du théâtre Lyrique. 

Le Directeur : S. DUFOUH. 



Quatre morceaux nouveaux pour le Piano 

Chez Gérard et C% 12, boul. des Capucines (maison du Grand-Hôtel). 

1. — iSouirenlr de l'ango et l'enfant, dédié à Mme la ba- 

ronne de Bosmelet (née de Virieu). 

2. — Cialop, à M. Francis Sandford. 

3. — Allegretto scUerzando, à Mme Levasseur (née Wolowski), 

Chez Gamuogi frères, 112, rue de Richelieu (maison Frascati). 

4. — Andante cantublle, à M. de Cuttoli. 



S6 



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Ving^t-qaaire voralî«<>>9 pour soprano, niczzo soprano ou ténor, 25 f. 
Vinsct-qiintre l'ornllKeM pour contralto, baryton nu basse, 25 f. 
Vadc-lUecnni «lu ritantciir recueil d'Exercices d'ag'ilité, 
de port de voix, de tilé, etc., pour toutes les voix 23 f. 

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de l'Ecole italienne. 

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N° 2. Le Cortège de Noce, 

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N° 3. Plaintes du Roi des Mers, 

Par Svinsk-Folkvisa. 
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35' Année. 



N' 8. 



23 Fémr 1868. 



ON S'ABONNE : 

Dons les Départements et à l'Étranger, 
tous les Marchands de Musique, Us Libraires, 
aux bureaux der Messageries et des Postes. 



REVUE 



PRIX DE L'ABONNEMENT: 

Paris '-^ r p.ii 

Départements, Belgique et Suisse... '.91 " 

Étranger 34 >i î 

Le Journal paraît le Dimanche. 



GAZETTE MUSICALE 



DE PARIS 



SOMMAIRE. — Théâtre impérial de l'Opéra-Comique: le Premier Jour de 
bonheur, opéra - comique en trois actes, paroles de MM. dEiineryet Cormoo, 
musique de M. Auber, par Paul Bernard. — Concerts populaires de mu- 
sique classique au cirque Napoléon, par Armand Conzien. — Concerts et 
auditions musicales de la semaine. — Nouvelles des théâtres lyriques. — Nou- 
velli's diverses. — Concerts et auditions musicales annoncés. — Annonces. 



TH£âTB£ mPÉRIÂL DE L'OPERÂ-COMIOnE. 

LE PREMIER JOUR DE B01WHEC7R, 

Opéra-comique en trois actes, paroles de MM. d'Ennery et 
CoRMON, musique de M. D.-F.-E. Auber. 

{Première représentation le 15 février 1868.) 

Samedi IS de ce mois, il nous était donné d'assister à un évé- 
nement qui fera époque dans les annales de l'art musical! A 
quatre-vingt-sept ans un compositeur qui compte ses triomphes 
par le nombre de ses pièces , qui se rit des années et les porte 
avec une liberté d'allures souvent inconnue à l'âge mûr, enfante 
une œuvre riche de tous les dons d'un esprit actif et sain , ferme 
et inspiré, une œuvre virile, charmante sous toutes ses faces, fraî- 
che comme un printemps, vivace comme un liseron. 

Parmi les compositeurs, Mozart se présente en première ligne 
comme un enfant prodige ; en sens inverse on pourra crier au 
prodige en la personne de notre curieux, inimitable et extraordi- 
naire maestro Auber. 

D'où sort ce flot de mélodie, cette richesse d'harmonies fines et 
distinguées, cette grâce exquise, ce tour délicat? A quoi tient cette 
sûreté de touche, ce tact merveilleux, cette connaissance des voix 
et de l'orchestre? Où est la source inépuisable que ce maître des 
maîtres connaît si bien? Qu'il le dise au moins â ceux de nos com- 
positeurs qui, vieux avant l'âge, nous parlent prématurément le 
langage ennuyeux dans un art qui demande avant tout à plaire et 
à captiver. 

Quelle bonne réponse aussi à ceux de MM. les critiques qui, se 
prenant trop au sérieux, prétendent que le genre de l'opéra- 
comique est mort et enterré. Et pourquoi cela, s'il vous plaît? 
Est-ce donc un genre si faux que celui qui nous a donné tant de 



vrais et délicieux chefs-d'œuvre? Voudriez-vous donc d'un traif 
de plume biffer la Dame blanche, le Prévaux-Clercs, le Dom.ino noir, 
l'Éclair? Laissez M. Auber nous donner le plus longtemps possible 
de mélodieuses partitions comme "elle qu'il vient de terminer; 
laissez ceux qui pourront l'imiter essayer leurs forces dans un 
genre éminemment français et qui n'a pas dit son dernier mot, 
croyez-le bien. 

Pour ma part, je suis sorti enchanté de la première représenta- 
tion de la nouvelle pièce de M. Auber. 

J'étais heureux de voir une si belle vieillesse fêtée par le public 
si spontanément et si brillamment. J'étais charmé de constater une 
œuvre réactive dans le courant musical qui nous emporte ou 
trop haut ou trop bas. J'étais fier de me sentir les mains chaudes 
encore des applaudissements que je venais de prodiguer à cette 
œuvre essentiellement mélodique, fine et distinguée. 



L'accueil fait à la partition de M. Auber a été général. Cependant 
les opinions, se concentrant toutes vers la louange, divergeaient un 
peu dans les détails. Chacun tirait de son côté, naturellement. — 
C'est du pur Auber, disait tout le monde; — avec les tendances mo- 
dernes, ajoutait celui-ci; — retournant en arrière, reprenait celui- 
15. Notre opinion personnelle consiste à dire que c'est de l'Auber 
du bon temps, moins ambitieux que Manon Lescaut, plus corsé quels 
Maçon, une œuvre côtoyant la Sirène, la Part du Diable et les Dia- 
mants de ta couronne. C'est bien la clarté de facture de cette 
époque du maître, la finesse dans les détails, la coquetterie dans 
la phrase, l'art de faire chanter la voix de ténor comme personne, 
l'esprit dans l'orchestre depuis la contre-basse jusqu'à la petite 
flûte; les accompagnements pétillants de détails ou charmeurs par 
l'accouplement des timbres. Ah! c'est bien là du pur Auber, et 
les jeunes compositeurs ont pu prendre l'autre soir une excellente 
leçon, en suivant pas à pas les délicats contours de cette musique 
à la fois simple et savante, où la science est cachée sous la grâce 
et dans laquelle les surprises, toujours agréables, ne prennent pas 
pour caresser l'oreille les allures de l'épingle ou du fer rouge. 
On sort de l'audition d'une œuvre semblable reposé et non cour- 
baturé; les nerfs sont calmes, la digestion est faite; rentrez chez 
vous, la nuit sera bonne. 



S8 



REVUE ET GAZETTE MUSICALE 



Il faut pourtant parler du scénario de MM. Germon et d'Ennery. 
En parler, c'est en faire la louange. Ces messieurs ont emprunté 
leur sujet à une comédie représentée avec succès à l'Odéon en 
1816, le Chevalier de Canolle, par Souques. Je ne vous nommerai 
pas les trois ou quatre essais transportés sur plusieurs théâtres, et 
inspirés par cette pièce primitive, pour arriver de suite à vous 
raconter rapidement la donnée du nouvel opéra-comique. Nous 
sommes devant Pi nlichéry, que les Anglais et les Français se 
disputent. Un jeune officier, Gaston de Maillepré, commande le 
camp français, sur lequel la toile se lève, et commence par déli- 
vrer de la brutalité des soldats les prêtresses d'une pagode voisine 
que ceux-ci viennent de capturer. Ce jeune officier semble né sous 
une singulière étoile; le bonheur et le malheur se disputent sa 
vie, mais le malheur surtout vient toujours poser sa griffe sur 
l'événement heureux. Fait-il un héritage, cela lui suscite vint 
procès et lo brouille avec un parent qu'il aimait ; est-il nommé 
colonel, un de ses amis, blessé de la préférence, le provocjue en 
duel; rencoutre-t-illa femme qu'il aime et qu'il cherche vainement 
depuis deux ans, c'est pour la retrouver (lancée à un autre. Bret, 
le pauvre garçon, ballotté par ce combat des événements, en arrive 
à considérer comme impossible de rencontrer jamais son premier 
jour de bonheur parfait. 

Celle qu'il aime est une de ces veuves qu'on ne trouve (pi'au 
théâtre, ayant été mariée trois heures et quart à un homme qu'elle 
n'aimait pas. Elle est, de plus, nièce du gouverneur anglais de 
Madras. C'est pendant une trêve qu'elle est venue avec son fiancé, 
naturaliste enragé mais amoureu.\. transi, se promener vers le 
camp français. La trêve expire sur ces entrefaites, et les deux im- 
prudents promeneurs sont fait prisonniers. On renvoie la jeune 
femme, et l'on garde le pauvre naturaliste qui pour comble de 
malheur est surpris desshiant par désœuvrement les fortilications 
du camp; considéré comme espion, le voilà condamné à mort. De 
son côté, Gaston de Maillepré, dans une rencontre, est pris par 
les Anglais, et nous le retrouvons au second acte au milieu d'une 
fête donnée par le gouverneur. Prisonnier sur parole il participe 
à la fête et fait sa cour à l'indifférente Hélène. Cependant les évé- 
nements vont prendre un autre cours. On apprend chez les An- 
glais la condamnation à mort du pauvre sir John. Les représailles 
sont toutes tracées et le jeune colonel devra payer de sa vie le 
supplice du prisonnier anglais. Lui seul ignore la fatale sentence et 
chacun, pris d'intérêt pour une si grande infortune, lui témoigne 
des sentiments quirétonnentetrenchantent. Hélène, elle-même, sent 
son cœur s'ouvrir à l'amour et se laisse deviner. Gaston se croit 
au comble du bonheur, mais le destin est implacable et la jeune 
Indienne qu'il a protégée au premier acte, voulant le sauver à son 
tour, lui apprend le sort qui lui est réservé. Prisonnier sur parole, 
l'honneur le force à rester : soldat, il saura mourir. Le dernier 
acte ramène sir John qui, sur parole aussi, vient offrir l'échange 
des prisonniers s'il arrive à temps pour sauver le jeune colonel, 
mais dans un troisième acte d'opéra-comique les affaires ne se 
débrouillent pas si facilement. Sir John vivant, Hélène sa fiancée 
est perdue pour le pauvre Gaston qui préfère mourir et force ainsi 
le piteux naturaliste à retourner se faire fusiller. Fort heureuse- 
ment les choses s'arrangent de plus haut. Pondichéry se rend, 
sir John capitule, les prisonniers sont libres et le premier jour de 
bonheur brille enfin sans mélange pour le jeune officier de for- 
tune, qui finalement n'est pas trop à plaindre puisqu'au premier 
acte il gagne un héritage, au second le grade de colonel et au 
troisième la femme qu'il aimait sans espoir. Avouez qu'à ce pris 
on accepterait volontiers quelques vicissitudes, telles désagréables 
qu'elles pussent être. 



La pièce, intéressante d'un bout à l'autre, garde les allures de 
l'ancien opéra-comique. C'est un canevas à la Scribe, auquel il 
manque peut-être les broderies que ce riche dessinateur savait 
semer partout. Le dialogue est un peu languissant, le trait 
manque parfois; mais les situations sont attachantes et très- 
favorables au développement musical. Il faut donc louer les au- 
teurs de leur tentative et les remercier de nous avoir donné une 
simple comédie lyrique. 

Entre les mains de M. Auber, cette simple comédie lyrique est 
devenue un délicieux écrin. La sève mélodique y coule dans un 
harmonieux printemps. Il semble que le vieux maître, qui n'a com- 
mencé sa carrière de compositeur que fort tard, — ((uarante ans — 
retrouve une à une toutes les inspirations de la vingtième année. 
C'est peut-être le dernier baiser do la muse créatrice, mais quelle 
suprême caresse elle a su donner à son fidèle et fervent adora- 
teur ! 11 est beau de voir les grandes intelligences se renouveler 
dans l'art comme dans un sanctuaire, et défier les atteintes du 
temps sous la sauvegarde du travail et du génie. Ce spectacle est 
assez rare pour qu'on l'acclame quand il se présente, et c'est ce 
qui a eu lieu dans la soirée mémorable du IS février dernier. 



L'ouvertuie, qui n'est pas très-développée, présente cependant 
trois mouvements bien tranchés : un trois temps militaire, un dé- 
licieux andaule i(ui plus tard deviendra le bijou de la partition, 
la ballade des Djinns, et un allegro des plus coquets. L'instrumen- 
tation en est d'un bout à l'autre liue, alerte, intéressante, et le 
public a vu de suite qu'il retrouvait l'auteur de ses prédilections 
passées. La toile se lève sur un chœur de soldats nonchalamment 
enivrés par les brises asiatiques. On sent toutefois percer l'allure 
guerrière sous ces délices de Capoue, et le compositeur a rendu 
avec un grand bonheur la double teinte de cette curieuse opposi- 
tion. Cette jolie introduction est coupée par les couplets de la jeune 
Indienne, dans lesiiuels elle célèbre les qualités du dieu Indra, 
tout à la fois son idole et son époux. Une couleur religieuse et 
passionnée préside à ce morceau. Le mysticisme des cloîtres greffé 
sur la voluptueuse indolence des pays chauds, voilà ce que le 
musicien a jeté dans le môme moule, d'où il est sorti une mélodie 
étrange et délicieuse, inflexible comme un article de foi, caressante 
comme un baiser. Un madrigal charmant chanté par le jeune offi- 
cier suit cette remarquable inspiration, et le chœur des soldats 
recommence pour terminer cette introduction traitée de main de 
maître. 

Maintenant va commencer la série des jolies choses semées à 
profusion dans le rôle du ténor. Il semble que Capoul, l'heureux 
privilégié de cette heureuse partition, ne puisse ouvrir la bouche 
sans laisser tomber une perle. Sa première romance est un trésor 
de grâce et de sentiment. Sur ces paroles : 
Attendons, attendons' encore 
' Notre premier jour de bonheur... 

la salle n'a pas attendu, elle, poui- bisser par acclamation cette 
chaleureuse phrase musicale. 

Le premier acte comporte encore des couplets très-coquettement 
détaillés par Mme Cabel (Hélène), mais d'un ordre plus inférieur; 
puis un duo charmant entre Capoul et Mme Cabel, et enfin un 
finale très-mouvementé, rempli de motifs gracieusement accouplés 
et joyeusement teintés. 

Le second acte, qui est sans contredit le plus riche de la parti- 
tion, se trouve précédé d'un petit morceau symphonique d'une 
exquise délicatesse. Le hautbois y soupire une phrase adorable, 
discrètement accompagnée par de piquants contre-temps. J'aime 
beaucoup l'air que chante Mme Cabel : Vn époux, chez vous. Cet 
air qu'elle adresse à Djelma, la jeune Indienne, établit la différence 



DE PA'tlS. 



59 



entre un époux de bois et un mari véritable. Le motif mineur, 
essentiellement rlistingué, s'y prêle admirablement à bien détailler 
les paroles. Mme Cabel le dit à ravir. 

Un chœur charmant ouvre la fête qui se donne chez le gouver- 
neur de Madras. C'est frais et pimpant ; il est facile de reconnaître 
la touche qui a présidé aux ravissants chœurs de la Muette et 
d'Uayrlée. Ce joyeux ensemble sert de prélude à la déjà célèbre 
ballade des Djinns. Quel succès! La salle entière est restée comme 
électrisée devant cette musique pénétrante, devant cette mise en 
scène orientale, devant la beauté de Mlle Marie Roze, idéalisée 
encore parson costume de houri. Quel prestidigitateur que ce M. Au- 
berl Lui, le Parisien pur sang, il a trouvé moyen d'arrêter au 
passage une mélodie retour de l'fnde. C'est naïvement voluptueux; 
cela sent l'ambre, le bois de santal et les roses; on est fasciné, 
ensorcelé, magnétisé; on crie bis, on crierait ter si l'on osait, et 
l'on garde devant les yeux, dans le cœur et dans les oreilles le sou- 
venir de cette ivresse d'un instant arrachée au paradis de Ma- 
homet . 

Que si vous me demandiez par quels moyens le compositeur a 
pu créer ce prodige, je vous dirais que c'est par une phrase mu- 
sicale très-simple, sobrement accompagnée par une note de cor, 
persistante comme la goutte d'eau qui tombe ; que le morceau est 
en si bémol, tonalité assez ordinairement insignifiante, et que, pour 
le chanter, iVfHe Roze a trouvé la corde essentiellement sympathique. 

La chanson qui vient après, forme une opposition peut-être 
trop tranchée. Nous tombons du septième ciel sur la terre; heu- 
reusement que c'est en la compagnie de Mme Cabel et que cela 
atténue la secousse. L'espèce de gigue qui termine ce train express 
vocal est enlevée par Mme Cabel avec une maestria peu commune, 
et le succès qui avait paru s'arrêter à la station précédente revient 
à toute vapeur pour ne plus s'en aller. 

Il se fixe d'abord sur un ravissant trio d'hommes dans lequel 
nous citerons la phrase de ténor sur ces mots : 

Quel espoir, quel rêve enchanteur! 

Il se fixe ensuite sur un délicieux duo entre Gapoul et Mme Ca- 
bel, et surtout sur cet élan chaleureux du ténor ( encore le 
ténor) : 

J'aime, j'aime la vie 
Pour la première fois. 

Il se fixe enfin sur la valse chantée dans le finale par le ténor 
(toujours le ténor), et caresse en passant une phrase à parte dite 
en duo par les deux femmes. Le jeune officier apprend qu'il va 
mourir ; mais il est aimé et dans l'ivresse de ce premier bonheur 
il quittera la vie en homme de cœur et en joyeux compagnon. 
Cette valse chantée est pleine de crânerie, c'est comme un défi jeté 
au sort. 

Le troisième acte nous apporte encore de charmantes jouissances. 
Voici d'abord un nocturne à deux voix, délicieux crépuscule mu- 
sical adorablement soupiré par Mme Cabel et Mlle Marie Roze. 
Voici des stances d'un sentiment exquis et qui semblent du Mozart 
rajeuni. Les paroles, du reste, en sont fort jolies. 

Ce nom, un jour peut-être. 
Lorsque mon cœur brisé cessera de souffrir, 
A mon dernier ami je le ferai connaître 

Dans "mon dernier soupir. 

J'aime moins un air syllabique alloué comme de raison à Sainte- 
Foy et que celui-ci chante très-comiquement. Enfin le finale nous 
offre un chœur avec accompagnement de clochettes bien réussi, et 
une cantilène de Mme Cabel, dans un très-pur sentiment, qui vient 
clore avec éclat cette riche partition de son auteur déjà si riche. 



La part des interprètes est très-belle ; tous ont concouru au suc- 
cès. La justice ici nous oblige à mettre Capoul en tête. Il s'est 
montré d'un bout à l'autre chanteur élégant et chaleureux, acteur 
plein de feu et de jeunesse, artiste de goût et de bormcs traditions. 
De son gosier s'échappent véritablement des effluves sympathiques; 
il possède des demi-teintes charmantes et des élans irrésistihh^s. 
Mme Cabel est toujours la fauvette métamorpliosée en femme que 
vous savez; c'est un peu froid, mais c'est étourdissant d'audace et 
de réussite. Mlle Marie Roze était faite pour le rôle de l'Indienne. 
Djelma. Elle y a trouvé un succès de poésie et de beauté qui fera 
époque. Du reste, elle est en voie de progrès comme chant; on ne 
smrait mieux dire la caressante ballade des Djinns, et le public le 
lui a prouvé avec insistance. Sainte-Foy est amusant comme tou- 
jours, mais .son rôle est un peu sacrifié. Prilleux, Rernard, Mel- 
ciiissédec, remplissent avec zèle leur trio de second plan. H n'y a 
que des couronnes à décerner. Venez mesdames, venez messieurs; 
choisissez et prenez. 

* 
* * 

Mais la couronne d'or rehaussée de diamants, le signe distinctif 
de la gloire et du mérite, c'est à ce jeune vieillard, c'est à ce 
vaillant producteur, c'est à Auber enfin qu'elle appartient de droit. 
Les exemples de longévité artistique aussi prolongée sont assez 
rares pour qu'on les salue avec vénération, avec enthousiasme. 
Cependant ces considérations ne devraient pas entrer dans la ba- 
lance si l'œuvre produite était inférieure et se ressentait du poids 
des ans. L'art passe avant la créature. Mais si au contraire cette 
œuvre est pleine de vie, de talent et de génie, si elle est plus 
fraîche que le printemps, plus riche que l'été, plus expérimentée 
que l'automne, si l'hiver seul y fait défaut, oh! alors on peut 
s'extasier sur une telle exception et jeter une double dose d'ad- 
miration dans la coupe du succès, ainsi que l'a fait l'auditoire de 
la première soirée, ainsi que le feront tous ceux qui entendront 
la nouvelle partition de l'illustre maître, à telle école qu'ils ap- 
partiennent, de tel pays qu'ils soient. 

Paul BERNARD. 



CONCERTS POPULAIRES DE MUSIQUE CLASSIQUE 

AU CIRQUE NAPOLÉON 

Mme Neruda-Norman, dont le début aux concerts populaires 
vient d'avoir un certain retentissement, est née en Moravie j c'est au 
Conservatoire de Vienne qu'elle développa un talent qu'une pré- 
coce vocation faisait pressentir, car dès l'âge de sept ans elle 
donnait son premier concert. Son professeur fut Janza, aujourd'hui 
fixé en Angleterre. La Hollande lui donna le baptême de la célé- 
brité et la Russie l'accueillit comme elle sait accueillir les artistes 
de talent. Puis elle se rendit à Stockholm et s'y fixa après avoir 
épousé M. Neruda, maître de chapelle. Cette artiste distinguée est 
aujourd'hui professeur au Conservatoire de Stockholm. Il y avait 
quelque péril, malgré tout son talent, à affronter ce public avec les 
mêmes armes dont Joachim s'était servi pour le vaincre à sa pre- 
mière bataille. Bravement Mme Neruda-Norman a subi l'épreuve! 

Nous ne suivrons pas l'exemple de quelques confrères qui se 
croient forcés de faire des rapprochements et qui bâtissent un 
piédestal à l'artiste d'aujourd'hui avec les débris de l'artiste d'hier, 
trop vite oublié; Mme Neruda -Norman est une violoniste de trop 
belle race pour aimer à voir ainsi traiter des ancêtres qu'elle doit 
vénérer. On sait fort bien qu'il est des qualités de puissance 
qu'une femme ne saurait avoir au même degré, et il est mala- 
droit, selon nous , de faire de ces rapprochements dont nous par- 
lons. 



60 



REVUK ET GAZETTE JILSICAEE 



Mme Neruda a un jeu d'une irréprochable justesse et d'une 
grande tMégance; le style en est pur et exempt de ces ornementations 
plus au moins fantaisistes qui gâtent plus d'un beau talent. Les 
phrases tendres de l'andanle sont de celles qui, sous ses doigts, 
prennent un charme pénétrant, presque virginal. Les finesses du 
finale sont détaillées d'un archet habile, ramenant ce motif ù la dé- 
sinvolture vive avec une grâce toute féminine. Enfin, un je ne 
sais quoi de sérieux et de chaste en même temps, dans la ma- 
nière de phraser, donne au talent remarqualile de cette artiste 
une originalité toute personnelle. Le succès qu'elle a obtenu au 
premier concert a décidé M. Pasdeloup à la l'aire entendre de 
nouveau aujourd'hui. Nous souhaitons que le concerto de Vieux- 
temps lui soit aussi favorable que celui de Mendelssohn, qui a fait 
ressortir ses exquises qualités et lui a conquis du premier coup la 
sympathie du public et les éloges de la critique. 

Armand GOUZIEN. 



CONCERTS ET ÂUDITIOSS SUSICÂLES DE LÀ SERÂINE. 



^% Au septième concert du Con.servatoirj, dim;uiche dernier, pro- 
gramme emprunté au répertoire ordinaire, sauf le cliceur des Pèlerins 
du Tannhœuscr. On a honoré d'un bis ce dramatique morceau, dont 
l'ouverture tout entière n'est qu'un développement. La pensée en est 
saisissante et originale, les harmonio'i y sont hardies et neuves, mais 
l'effet nous paraît résider bien plus encore dans le luxe des sonorités 
auquel Wagner a si souvent recours, immédiatement après venait, à 
dessein peut-être (car les idées avancées ont maintenant des champions 
dans le comité de la Société), un air de danse A'Iphiyénic en Aiilide, l'une 
des pages les plus incolores échappées à la plume de Gluclt, et qui a été 
écoutée avec la plus complète indifférence. — Un autre bis a été adressé 
à Yallcgretto scherzando de la symphonie en fa de Beetho\eM ; le motet 
de Bach, Qui propicr me, et la symphonie militaire de Haydn, ont été 
rendus par l'orchestre et les chœurs avec leur .«oin et leur talent ordi- 
naires. 

^^^ Un public nombreux et choisi se pressait mardi dernier dans l'élé- 
gante salle de concert de l'institution impériale des Jeunes- Aveugles. 
Une brillante soirée musicale y était organisée au profit des éiôves sor- 
tis de l'institution. Outre l'orchestre, dirigé avec talent par M. Roussel, 
professeur aveugle, nous avons applaudi la jeune et charmante violoniste 
Mlle Tayau, qui mérite tous les encouragements; Mlle iNelly Tavernicr, 
une pianiste de la bonne école, et pour la partie vocale, Mme Léonard 
etM.Delle-Sedie,deux éminents artistes qui ont conservé intactes les grandes 
traditions de l'art du chant; deux chœurs de MM. Roussel et Y. Paul, 
professeurs à l'institution, YAubespin et un Sanctus, ont également reçu 
le meilleur accueil. 

^*^ Dimanche dernier, le cirque de l'Impératrice regorgeait d'auditeurs 
attirés par le festival annuel des Sociétés chorales, composant l'Association 
parisienne et séquanaise dirigée par M. Delafontaine. L'admission des 
billets de faveur a fait beaucoup de m contents qui n'ont pu être placés, 
les grilles ayant été fermées bien avant l'heure indiquée. Le programme 
de cette plantureuse séance ne comprenait pas moins de dix-neuf mor- 
ceaux : le chœur des chasseurs à'Euri/aiithe entre autres, celui du Voyage 
en Chine, de Bazin, l'Enclume à' kdam, VHijmne à la nuit, de Rameau, etc. 
Ces chœurs, qui ne sont pas des chœurs d'ensemble à proprement 
parler, font depuis longtemps partie du répertoire plus que courant des 
orphéonistes parisiens; l'étude de morceaux nouveaux ne serait donc pas 
inopportune dans l'Association, si cet effort devait avoir pour consé- 
quences une articulation mieux accentuée et une prononciation plus 
correcte. Le remarquable orchestre de la garde de Paris a magnifique- 
ment exécuté, sous la direction de M. Paulus, l'ouverture d'Oberon, la 
marche de Lohengrin, le Cornauai rfe T>nM:e, fantaisie de Ch. Colin, etc., 
tour à tour salués par de véritables tonnerres d'applaudissements et des 
clameurs entiiousiastes. Le violoncelliste Lasserre, le pianiste Kowalski, 
Géraldy et Mlle Brunetti ont eu leur large part de ces ovations d'un public 
facilement impressionnable et naturellement porté à une aimable indul- 
gence . 

^*t Trois artistes qui ont déjà commencé à faire parler d'eux, M. Fré- 
déric Guzman et sa femme, pianistes, et le frère de M. Guzman, violo- 
niste, tous trois du Chili, sont à Paris depuis quelques mois. Ils se sont 
jusqu'à présent peu prodigués, et c'est dans les soirées hebdomadaires 
données chez eux et auquelles ils ont convié des artistes et des ama- 
teurs compétents qu'il a été donné d'apprécier leur talent. Nous avons 
également eu la chance de les entendre mercredi dans une réunion 
particulière presque eniièremeut composée d'artistes, et nous devons dire 



que M. et Mme Guzman y ont produit beaucoup d'effet non-.seuIemenl 
par le grand style avec lequel ils interprètent la hiu.--ique classique, 
mais par l'originalité cl la cuuLur étrange de composition-; fantaisistes 
exécutées par eux avec non moins d'oiiginalilé que de talent. — Au 
reste, le monde musical ne tardera pas à être mis à même de les juger, 
car ils donnent jeudi 27 de ce mois, à la salle Herz, un beau concert à 
orchestre dont on trouvera le progiuninio plus loin, et il n'est pas diffi- 
cile de prévoir qu'il attirera un nombreux auditoire. 

*** L'excellent pianiste D. Miignus donnait samedi dernier, à la salle 
Pleyel, une audition de ses meilleures et plus récentes compositions. 
Nous y avons distingué une jolie Berceuse orientale, une Villanelle, un 
Caprice-mazurka et surtout une brillante Tzigane-marebe po r deux 
pianos, que l'auteur et M. Kriiger ont exécutée avec un très-grand 
succès. lia vogue attend certainement ce charmant morceau, tout em- 
preint de couleur locale et vraiment original par le rliythme et les har- 
monies. — Magnus annonce son Cdnccrt annuel pour le 14 mars à la 
.salle Pleyel. En attendant, il est p;irli pour Gand, oii il a du donner hier 
soir, 22 février, un brillant concert. 

*** Le dernier mardi de Paul Bernard était fort brillnnl. Henri Herz, 
Léonard et sa femme et beaucoup d'autres noictbilités artistiques y étaient 
venus applaudir les élèves de l'excellent professeur; élèves qui, ainsi que 
nous le disions dernièrement, pourraient, à bon droit, prétendre au 
diplôme d'arliste.s, à en juger pir la perfection avec laquelle elles ont 
exécuté nombre de morceaux des plus difficiles. Il est vrai que la présence 
de leur rnaîlre, i[ui dans ces soirées paie toujours largement de ^a per- 
•sonne el de son tdent et celle de personnes compétentes à les apprécier, 
n'excitaient pas peu le zèle et l'émulation de ces jeunes personnes. Léo- 
nard et sa femme n'ont pas, de leur côté, contribué pour peu aux plai- 
sirs de la réunion, l'un en jouant avec Paul Bernard la délicieuse .'-onate 
de Beethoven dédire à l'empereur de Russie, l'autre en disant unecavatine 
italienne, des chansons espagnoles et l,i sérénade de Gonnod, admirable- 
ment accompagnée par son mari el par le maître de la maison. 

**,^ A la dernière réunion musicale du docteur MandI, un jeune chan- 
teur très-intére.ssant s'est révélé d'une façon qui lui promet de grands 
succès comme chanteur de chansonnettes. C'est le plus jeune fils d'un 
ténor bien connu, M. Audrm ; il esl d'un physique agréable, il a une 
jolie voix et il est bon musicien ; de plus, il a la mimique voulue pour ce 
genre, et tous les salons ne tarderont pas à se le disputer. Mercredi, il 
s'est fait entendre de nouveau dans une .soirée tout arlislique chez l'un 
de nos principaux éditeurs de musique, et il y a recueilli les plus .sym- 
pathiques bravos. 

*** Nous avons jusqu'à présent on>is de mentionner l'arrivée à Paris 
d'un flùtiïte belge, qui jouit d'un grand renom à l'étranger, M. Aug. 
Charles. — Du reste, en l'entendant la semaine dernière à la salle Herz, 
on a jugé de suite qu'on avait affaire à un artiste d'élite et comme on 
n'en entend pas souvent, et l'on a été émerveillé de l'aisance avec la- 
quelle il triomphe des difficultés les plus ardues. — Une composition de 
Reichert lui a valu un triomphe mérité. Le point d'orgue qui termine 
l'andanle de ce morceau, et qui renferme des gammes en échos, a été 
couvert d'applaudissements. Un style élevé, une pureté extraordinaire, 
beaucoup de sentiment, telles sont les qualités qui, jointes à une exécu- 
tion mécanique entièrement nouvelle, reconmiandent cet artiste à l'atten- 
tion du public parisien. 

»*» Voici le programme du concert qui sera donné aujourd'hui di- 
manche, à 2 heures précises, par la Société des concerts, dans la salle 
du Conservatoire impérial de musique : 1° symphonie militaire (48") de 
Haydn; — 2° chœur des Pèlerins du Tannhœuser de Wagner; - 3° air de 
dans-e d'Iphiçiénie en Aulide de Gluck ; — i° motet (double chœur sans 
accompagnement) de S. Bach; — o" symphonie en fa {8«) de Beethoven. 
— Le concert sera dirigé par M. George Hainl. 

^*t Aujourd'hui, à 2 heures, au Cirque Napoléon, dix-.septième concert 
populaire de musique classique, sous la direction de J. Pasdeloup. En 
voici le programme: 1» Symphonie en ré majeur, de Beethoven (allegro, 
larghetto, scherzo, finale) ; — 2o adagio d'un quatuor de Mozart, exécuté 
par tous les instruments à cordes; — 3° symphonie en sol majeur (29), 
de Haydn (allegro, largo, menuet, finale) ; — i" concerto en mi ma- 
jeur, pour violon, de Vieuxtemps (andante, rondo), exécuté par Mme Nor- 
man-Neruda ; — o° ouverture du Tannhauser, de R. Wagner. 

,*,(; La Compagnie Patii-Uhnann est en ce moment à Marseille. Un 
magnifique et fructueux concert a été donné au théâtre . Tous les mem- 
bres de la caravane artistique, la Palti, Vieuxtemps, Ed. Wolff,Séligmann, 
Godefroid, Berthelier, ont recueilli des bravos sans fin. Ed. Wolff, no- 
tamment, s'est fait beaucoup applaudir avec son boléro sur r Africaine, 
qu'on veut toujours entendre deux fois, et il a produit un très-grand 
effet dans le duo qu'il a composé avec Vieuxtemps sur Oberon; celui de 
Don Juan n'est pas moins goûté. Quant à Séhgrnann, il est toujours 
aussi fêté; « le 16, à Avignon, dît la Gazette des Étrangers, lorsqu'il eut 
achevé de jouer son morceau sur Martha, la salle entière se leva pour 
demander l'Éloge des larmes de Schubert, qu'on se souvenait de lui 
avoir entendu jouer il y a quelques années. Trois rappels enthousiastes 
suivirent l'exécution du morceau. » — Le prochain concert aura lieu à 
Nice. 



DE PARIS. 



61 



.^*, La Société philharmonique d'Amiens, dirigée par M. Deiieux, or- 
ganise au profit des pauvres un grand concert, qui aura lieu le 29 fé- 
vrier, et dans lequel le Désert de Félicien David sera exécuté sdus la 
direction de l'auteur. M. Ad. Sax a égalemeni promis le concours de sa 
fanfare, qu'il conduira en personne. 

**i).. On vient d'inaugurer, à Uoulogne-sur-Mer, le Cercle Beethoven, des- 
tiné à la musique cl.is^ique. Au premier concert, un chanteur de talent, 
M. Reicliardf, a été longuement et justement applaudi dans plusieurs 
lieJer de Beethoven, Mcndelssohn et Schubert. 

^*^ Un grand concours d'orphéons, de musiques d'harmonie et de 
fanfares, sera ouvert, le 7 juin prochain, à Chartres, par la Sociolé cho- 
rale et la P'anfare de cette ville, sous les auspices de l'administration 
municipale. 



NOUVELLES DES THÉÂTRES LYRIQUES. 

^*» Le théâtre impérial de l'Opéra a donné lundi le Trouvère et la 
Source. — Mercnidi, Guillaume Tell, et vendredi l'Africaine. — Aujour- 
d'hui dimanche, représentation extraordinaire de Robert le Diable. 

^*^ Les répétitions d'Hamlet, à l'orchestre, se poursuivent depuis le 13 
et la premiète représentation reste fixée à la fin de ce mois. Voici au 
complet la liste des artistes qui interpréteront l'opéra de M. Amhroise 
Thomas : MM. Faure, Hamlet; Belval, Claudius; Fréret, Polonius; Morère, 
Laërte; Castelmary, Horatio; Grisy, Marcellus ; Gaspard, !«■■ Fossoyeur; 
Mermant, 2" Fossoyeur; David, l'Ombre du feu roi; Mmes Gueymard, 
Gerlrude; Nilsson, Ophéhe. 

=it*» A l'occasion de la SOO" représentation de Guillaume Tell, Ro-sini 
a envoyé son portrait photographié, à la date du 13 février, à M. E. Per- 
rin et à tout le personnel de l'Opéra. L'illustre maestro a de plus aban- 
donné à la caisse des pensions de l'Opéra ses droits sur cette représenta- 
tion. 

^*,t Vendredi, LL. MM. l'Empereur et l'Liipératrice honoraient de leur 
présence la quatrième représentation de : le Premier Jour de bonheur, au 
théâtre impérial de l'Opéra-Comique. — Mlle Derasse va continuer ses 
débuts dans la Dame blanche, et M. Hayet, ténor qui se fit entendre pour 
la première fois dans l'Ange de Rothsay , au théâtre international de 
l'Exposition universelle, oii sa jolie voix fut remarquée, va débuter dans 
Zaïnpa. 

**:t La représentation de Don Giovanni, donnée sameli 15, a eu lieu 
devant une salle comble et resplendissante de toilettes. Outre l'attrait de 
revoir Adelina Patli dans le rôle de Zerlina, on était curieux de juger 
Steller dans celui de don Juan, l'une de ses meilleures créations, disait- 
on. Le célèbre baryton n'a point trompé l'attente du public; il soutient 
très-noblement d'un bout à l'autre ce rôle écrasant, sans toutefois lui 
donner d'une façon assez accentuée le cachet d'élégance et de désinvol- 
ture scélérate qu'il comporte; coinme chanteur, il y déploie avanta- 
tageusemeni les belles qua'ités de sa voix et son excellence méthode. — 
Adelina Patti, c'est tour à tour le charme qui séduit, la câlinerie qui 
apaise, la mutinerie qui excite; après le duo La ci darem, après les 
célèbres complets Uatti, batli, Mazetto qu'elle a dû répéter, l'incomparable 
diva a été saluée des plus enthousiastes bravos. — Il est dommage que 
les moyens de Mlle Krauss ne secondent plus qu'iniparfaiienient ses 
accents dramatiques; c'est toujours la granile artiste, mais ce n'est pas 
la dona Anna que nous avons été habitués à entendre. — 11 est égale- 
ment fâcheux que le personnel de M. Bagier l'ait forcé à donner à la 
charmante et mignonne Mlle Harris le rôle de dona Elvire, qui ne con- 
venait ni à son physique, ni à son genre de talent ; elle y a mis toute sa 
bonne volonté, mais tout en lui en tenant compte, cela ne suffit pas. — 
Celui de Leporello a été un grand succès pour Ciampi ; il l'a rendu en 
excellent comédien, et son grand air de Madamina, mille e tre a été dit 
et joué avec autant de verve bouffonne que de fine observation. Mais si 
quelqu'un doit réclamer dans la distribution sa bonne part d'éloges, c'est 
à coup sur Vergerqui a su donner, par la manière dont il l'a conçu, une 
véritable importance au personnage de Mazetto ; on applaudit légitimement 
ce jeune artiste comme chanteur, maisil s'est cette fois posé en véritable 
acteur, et on doit le féliciter de ce progrès. — Agnesi a prêté au rôle 
du commandeur l'autorité de sa belle voix et il y a produit beaucoup 
d'effet. - Pour les nécessités de la représentation, la partition a été cou- 
pée en quatre actes; cette division est regrettable et nuit à l'homogé- 
néité de l'action. Quoi qu'il en soit, la soirée a été belle, et il est à dé- 
sirer que l'indisposition de Mlle Krauss, qui a forcé mardi la direction à 
substituer il Barbiere à Don Giovanni, ne se prolonge pas et permette de 
donner bientôt la deuxième représentation de celte reprise du chef- 
d'œuvre de Mozart. 

t% Jeudi, pour la dernière fois, on a donné Rigoletio, et hier soir 
Crispino, avec Adelina Patti dans les rôles de Gilda et d'Anetta. 

,j*, A la fin de ce mois, Mathilda di Shabran servira de début aux 
époux Tiberini, qui ont dû arriver à Paris jeudi ou vendredi. — La 



deuxième repré.sentalion de Don Giovanni est annoncée pour demain lundi 
gras. 

„<■% Mlle Patti doit aller à Lille dans une quinzaine de- jours pour y 
chanter en français le rôle de Marguerite de Faust. 

*■*» On annonce que la combinalon Carvalho- Bagier pour le théâtre 
Lyrique commencera à fonctionner quinze jours avant l'époque 
primitivement fixée. Dès le lundi 2, on donnerait aux Italiens 
une repro'Sf'ntation de Faust, dont les décnrs sont rafraîchis et les cos- 
tumes renouvelés et dans lequel Mme Carvalho et le ténor Massy chan- 
teront h's princip.iux rôles; mercredi i, le Freijschiilz et vendredi C, 
Roméo et Juliette. — M. Deloff're dirigera l'orchestre à la .salle Ventadour^ 
sans que cela modifie en rien .son titre et ses fonctions de premier chef 
d'o.chestre du théâtre Lyrique; il sera suppléé au pupitre directorial du 
chef-liui de son administration par M. Mangin, second chef .f orche.stre. 
M. Adolphe Blanc se retire. — Enfin, comme détail complémentaire de 
cette organisation, le prix des places pour le théâtre Lyrique sera main- 
tenu pour les représentations données à la salle de^ Italiens, mais sen- 
siblement diminué pour toutes celles qui auront lieu place du Châtelet. 

,*,j La seule pièce en répétition en ce moment au théâtre Lyrique et 
dont on s'occupe avec activité est l'opéra de M. Jules Béer, Elisabeth de 
Hongrie, qui sera donné certainement vers la fin du mois de mars, et 
selon toutes apparences au théâtre Ventadour. On sait que c'est 
Mlle Schroeder qui y créera le principal rôle. 

,■*» Il paraît certain que Mme Galli-Marié, à l'expiration de son enga- 
gement au l""' avril, quitterait définitivement le théâtre de l'Opéra-Co- 
mique pour entrer au théâtre Lyrique. 

*■** C'est jeudi ou samedi prochain que le t!iéâtre des Variétés re- 
prendra la Grande-Duchesse. 

*** Le délai des concours d'opéra et d'opéra-comique, ouverts par dé- 
cision ministérielle, touchant à son terme, nous croyons devoir rappeler 
aux intéressés que les manuscrits ne seront plus reçus passé le 13 mars 
prochain. Le nombre des compo,iteurs concurrents est, dit-on, de cent 
soixante-quinze environ, inscrits pour le Florentin, livret de M. de Saint- 
Georges, conçu et disposé habilement comme situations musicales. 

■jf*ii. Dans une de ses dernières séances, le conseil municipal de la 
ville de Lille a volé, pour les sept mois de la campagne théâtrale de 
cette année, le maintien d'une subvention de 36,000 francs, » afin d'as- 
surer la représentation du grand opéra avec ballet, de l'opéra-eomique, 
du drame, de la comédie et du vaudeville. » 

^*^ Nous mentiotmions dimanche le succès de Robinson Crusoé au 
théâtre de Lyon; notre correspondant nous mande que l'exécution de 
l'opéra d'Offenbach n'a rien laissé à désirer. L'orchestre, dirigé par 
M. Luigini, enlève l'ouverture et détaille finement les spirituelles nuances 
de la partition. M. Peschard (Robinson) marque son rôle au coin du bon 
goût et de l'intelligence qui caractérisent ton talent. Barbot (Tobyj est 
un type réussi d'indécision, de poltronnerie, de niaiserie boulFonnes. 
M. Féret est magnitique de drôlerie et de naturel dans Jim-Cocks; son 
rondeau du Pot-au-feu a produit un grand effet et a été bissé. Grâce au 
personnage sympathique de Vendredi, Mme Cortez a remporté un succès 
imprévu qui donne la mesure des précieuses ressources de son jeune et 
souple talent. Au point de vue vocal, il n'y a rien à reprendre chez 
Mlle Mézeray (Edwige) : ce rôle a été tenu par elle avec une grâce touchante 
et un sentiment exquis. Mlle Douau (Suzanne) est ravissante d'entrain et 
de mutinerie. Tous les artistes ont été rappelés à la chute du rideau, et 
le succès de ce début promet à l'œuvre nouvelle d'Off'enbach une série 
de fructueuses représentations à Lyon . 

^\ On nous écrit de Bruxelles, le 18 février : « Le théâtre de la Mon- 
naie a donné hier la première représentation de Robinson Crusoé. — La 
salle était comble et le public a fait le meilleur accueil à l'œuvre nou- 
velle d'Off'enbach. La gigue si bien rhythmée et si originale du premier 
acte a été bissée ; on a beaucoup applaudi également la symphonie du 
premier entr'acte. très-bien exécutée par l'orchestre; le duo du deuxième 
a te mire Robinson et Vendredi, la chanson du Pot-au-feu; au troisième, 
le chœur énei'gique des matelots révoltés, la berceuse et les couplets de 
Suzanne : C'est un brun. Jourdan chantait le rôle de Robinson; Barbot 
celui de Toby; Etienne, Jim-Cocks; Mlle Nau, Edwige; Mlle Daniele, Ven- 
dredi; Mme Dumestre, Suzanne; et ils y ont été chaleureusement applau- 
dis. M. Letellier n'a rien épargné pour monter luxueu-sement l'ouvrage, 
et la deuxième représentation, donnée au bénéfice de M. Edouard Letel- 
lier, a pleinement confirmé l'heureuse issue de la première. 

j*,^ Il se confirme que les conditions d'existence de l'Opéra italien, à 
Londres, vont être singulièrement modifiées. Un journal financier anglais 
annonce la formation d'une société anonyme au capital de 300,000 livres 
sterling, pour acheter le théâtre de Covent Garden; on renoncerait à re- 
construire Her Majesty's Théâtre, et M. Mapleson serait à la tête de la 
nouvelle exploitation, qui n'aurait plus de rivalité à redouter, M. Gye 
se retirant définitivement, ainsi que son chef d'orchestre, M. Costa. 
M. Mapleson devrait s'engager à produire les mêmes artistes qui 
figuraient au programme de son théâtre pendant la dernière saison. Il 
recevrait, à titre de prime, 10,000 livres sterling. Nous saurons sans doute 
avant peu ce qui résultera de tous ces préliminaires. 



62 



REVUE ET GAZETTE MUSICALE 



^*t Ix' thùAtre fraiirais de Constiinliiiop'e s'apprêlc à joiior i)mdiainc- 
nietit la Crmide-Durhesse. 

^** Le bal masqué d'hier soir à l'Opéra, — dernier samedi du car- 
naval, — a eu sa foule et son entrain habituels. — Mardi prochain, 
dernier bal de la saison. 



NOUVELLES DIVERSES. 

**t Dimanche dernier, à 1 issue de la messe des Tuileries, l'Emper'.'ur 
et l'Impératrice ont daigné féliciter .\I. Auber sur le succès de son rlcr- 
nier opéra. 

,^% Par arrêté ministériel en date du 19 février, S. Kxc. le mini-Ire 
de la maison de ThnipiTour et ries beaux arts a nommé M. Cliarles Co- 
lin professeur de hautbois au Conservatoire impérial de musique, eu 
remplacement de M. Barthélémy décédé. Prix de Home, hautbois solo 
depuis longtemps au théâtre Lyrique , personne n'était plus digne que 
M. Colin d'occuper le poste qui vient de lui Cire confié. 

,it*i M. de Sartiges, ambassadeur de France à Rome, vient d'acheter 
et de faire restaurer un clavecin orné de peintures et de sculptures des 
plus remarquables, et qui a appartenu à la nièce du pape Innocent X. 
On prête à M. de Sartiges la bonne intention d'en faire don au Musée 
des instruments du Conservatoire de Paris. 

^*4. M. Bagier vient de recevoir de S. M. Victor-Kmmanuel le brevet 
de chevalier de l'Ordre des SS. Maurice et Lazare. 

n,*^ Un nouveau volume de lettres de Beethoven vient d'être publié 
par M. Ludwig NohI, à Stuttgard. On siî souvient qu'il y a deux ans nous 
avons donné quelques extraits du premier volume, dû également aux 
travaux consciencieux de M. Nohl. 11 contenait 399 lettres; le second en 
renferme 3'22, dont un certain nombre ont un grand intérêt biograplii- 
que et artistique. 

^,*^ Nous avons déjà parlé sommairement, — en attendant que nous 
le fassions avec plus de détails, — des belles études pour piano publiées 
l'an dernier par le professeur W. Kruger. 11 vient de recevoir, au sujet de 
ce travail, de M. Aug. Dupont, professeur au Conservatoire de Bruxelles 
et l'un des pianistes les plus distingués de la Belgique, une lettre qui le 
félicite cha)eureusement du mérite exceptionnel de ces études, dans les- 
quelles il voit « l'œuvre d'un grand pianiste et surtout l'œuvre d'un 
poète, • et auxquelles il prédit le plus grand succès. 

/t Nous avons eu plusieurs fois déjà l'occasion de faire l'éloge des com- 
positions d'Ernest Stœger. Trois de ces charmants poèmes. Impromptu- 
scherzo, Prélude et Novellette, qui ont toujours obtenu le plus flatteur 
succès aux concerts et aux soirées où l'auteur les a fait entendre, vien- 
nent d'être publiés. Nous reviendrons sur ces morceaux, qui accusent un 
talent des plus sérieux et des plus sympathiques. 

,*. La jeune pianiste Mlle Elisa Bertucat vient de faire paraître deux 
charmants morceaux d insants : la Gracieuse, polka-mazurka, et les Echos 
du Rhin, valse. Nous croyons ne pas nous tromper en prédisant un grand 
succès à ces deux nouvelles compositions dignes de figurer à côté de 
celles de Strauss et de Lanner. La valse les Echos du Rhin obtiendra cer- 
tainement, par son originalité et sa distinction, ses entrées dans les plus 
élégants salons de Paris. 

^*^, Parmi les dernières nouvautés pour le piano, nous remarquons deux 
ravissantes productions nouvelles de Félix Godefroid : les Muletiers de Cas- 
tille, boléro, et les Plus beaux yeux, méditation sur la célèbre romance : 
« Un rayon de tes yeux », de Stigelli. Nous devons, sans hésiter, classer 
ces deux morceaux parmi les mieux réussis du célèbre auteur. 

^*^ M Jacques Verreyt, administrateur et président du Conseil d'ad- 
ministration de la Société anonyme des grandes orgues (élablissemenls 
Merklin et SchiJtze), vient d'être promu au grade d'officier de l'ordre de 
Léopold de Belgique. 

:f** M. José Amat, compositeur distingué , est en ce moment à Paris, 
chargé par le gouvernement brésilien de former une troupe italienne 
destinée à desservir les théâtres de ce p.iys. 

,t** Un journal de Leipzig, la Chronique des Théâtres, met en vente, au 
prix de 150 thalers, une lettre authentique de Mozart, datée du 2 avril 
1789. 

^,*,p Les armateurs du magnifique steamer Ericson, de New-York, 
viennent de le débaptiser pour lui donner le nom, illustre aujourd'hui 
dans les deux mondes, de la Grande-Duchesse. 

^*» La ville de Catane se propose d'ériger un monument à la mémoire 
de Bellini, l'un de ses plus glorieux enfants. 

*** Le comité de l'Association des artistes musiciens vient deprocéder 
à l'élection de deux de ses vice-présidenls. Ont été élus: M. Deloffre, pre- 
mier chef d'orchestre du théâtre Lyiique-Impérial, et M. Couder chef 
d'orchestre du théâtre du Gymnase, en i emplacement de MM. G. Kastner 
et Ch. Triebert, décédés. 

^*^: Un éditeur qui occupait un place distinguée dans la librairie, M. 



Casimir Gide, vient do mourir. 11 s'était beaucoup occupé de musique. 
Kniré au Conservatoire en 1817 dans la classe d'harmonie de Dourlen, 
élève de Chcrubini et condisciple de F. Tla'cvy, il a composé la musique 
de plusieurs œuvres lyriques et chorégraphiques, au nombre desquelles 
on doit citer les Trois Marie, drame de Duport; la Tentation, grand bal- 
let en collaboration avec Halévy; VAngelus , opéra -comi([ue; Uza'i, b:illet 
en trois actes, etc. Depuis longtemps M. Gide ne s'occupait plus que du 
commerce de librairie. 

^*, M. David, artisie de l'Opéra, vient de perdre son père. 

^*:^, Adoifo Zabalza, professeur de piano au Conservatoire de Madrid, 
vient de mourir dans cette ville, à un âge peu avancé. 



DÉPARTEMENTS 



i** ycrsaillcs. — Le Prophète en est à sa 5" représentation et la direc- 
tion n'a pas à regretter de l'avoir monté avec tant de soin. Le public 
y vient nombreux applaudir M. Taillofer (Jean de Leyd',), Mlle Pradal, 
(Berllia), Mme Brus-Mahy, très dramalique dans Fidèi. 

■J,y.^, Rouen. — La direction du Théâtre- des-Arts vient d'avoir, une 
fois de plus, la preuve, par le succès de l'Africaine, que l'on gagne tou- 
jours à monter des ouvrages d'un mérite réel, universellement sanction- 
né, et à le faire avec soin et inlelligence. Ce succè.s, de tous points com- 
parable à <'ehii que Ipberl, les Huyiienotà et le Prophète remportèrent 
dans le temps à Rouen , est dû autant aux beautés saisissantes de la 
partition du maître qu'à son exécution. Nous ajouterons seulement 
queliiues détails à la dépêche succinle de M. Méreaux, publiée dans le 
lirnier numéro de celte Revue. M. Lrdérac accentue, avec une chaleur 
communicative de chant et de jeu, la sauvage et farouche énergie de 
Nelu.sko. M. Casabon a rie beaux moments; dans le rôle de Vasco. Im- 
posante sous les traits et le costume de la reine indienne, digne et 
passionnée tout à la fois, Mlle Olivier chante fort bien la berceuse du 
second acte, l'air du quatrième et sa poignante terminaison. MM. Bon- 
nesseur (Don Diego), Berlon, Larose, Pousset, Mme de Messemaker 
contribuent à tbrmer un excellent en.semble; ces artistes ont parfaitement 
saisi le caiactère de leurs fonctions scéniques respectives. Les choeurs en- 
lèvent avec une sûreté d'attaque et un enchaînement de nuances dignes 
d'une mention toute spéciale l'anathème des évêques, le chant des ma- 
telots et celui des sauvages. L'orchestre, conduit par M. Placet, ne mé- 
rite que de légitimes louanges. Les décors ont été artistiquement brossés 
par MM. Simon et Jusseaume. Entln, ce sera .selon toutes apparences, 
à ret'e complète réussite du chef-d'œuvre do Meyerbeer que notre théâtre 
d'opéra devra son salut. 

^*^ Nîmes. — L'Étoile du .Word vient d'être donnée avec un grand 
succès. Le bel opéra de Meyerbeer a été en général bien interprété. 
Mme Bessin-Pouilley y montre une merveilleuse facilité dans les voca- 
lises périlleuses de son rôle, et M. Pouilley a très-bien conçu et très-bien 
rendu celui de Petors.— La semaine dernière, dans une représentation de 
Guillaume Tell, notre ténor Cazeaux s'est surpassé. Il gagne chaque jour 
dans l'e.sprit de notre public, et sa place est marquée sur des scènes 
plus élevées que la nôlre. 

ÉTRANGER 



,^*^ Bruxelles. — Comme les concerts précédenls du Conservatoire, 
celui qui a été donné dimanche dernier, 16 février, a excité des transports 
d'admiration dans l'auditoire, par le choix des ouvrages ainsi que par la 
perfection de l'exécution . Le programme était composé de la symphonie 
militaire de Haydn, d'un madrigal à cinq voix, sans accompagnement, 
d'Orlando Lasso, du septième concerto de Mozart pour piano et orchestre, 
de l'adagio et du scherzo de la 9= symphonie de Beethoven, d'une fan- 
taisie de Mme Farrenc pour piano et orchestre, et du magnifique finale 
de l'oratorio de Frédéric Schneider, le Jugement dernier. Dans la sym- 
phonie de Haydn, l'orchestre a fait admirer tour à tour la puissante so- 
norité dans laquelle il n'a point de rival, la délicatesse et l'élégance que 
réclament les œuvres du créateur de ce genre de musique. Dans l'adagio 
de la 9" symphonie, il a atteint le plus haut degré d'expression poétique, 
et dans le scherzo il a été d'une verve entraînante. Le talent de Mlle 
Mongin, justement apprécié à Paris, ce talent pur, correct et toujours 
approprié au caractère de la musique, était celui qui convenait pour la 
belle inspiration du 7" concerto de Mozart. Elle en a dit toutes les par- 
ties avec une délicatesse exquise. La fantaisie de Mme Farrenc lui a 
fourni ensuite l'occasion de faire valoir le brillant de son exécution. 
Rappelée après le concerto de Mozart, Mlle Mongin a reçu, dans des 
chaleureux applaudissements, les témoignages de satisfaction de l'assem- 
blée. Le Jugement dernier, de Schneider, jouit d'une grande célébrité en 
Allemagne; les chœurs et l'orchestre ont rendu avec énergie et précision 
les larges proportions de son finale. 

»*i Londres. — Une pétition couverte d'un grand nombre de signa- 
tures, et demandant l'établissement d'une école de musique nationale. 



DE PARIS 



patronnée p^T le gouvernement, en connexion avec un Opéra nalional, a 
été remise à une commission royale qui doit la présenter dans le cou- 
rant de la saison à la Chambre des communes. Joacliim a repris posses- 
sion de son pupitre-chef aux Mondaij Poimlar concerts. Mme Shumann 
a remporté, au concert du 3 février, un grand succès avec Piatti. 

t*^ Berlin. — Le directeur des musiiiues militaires, M. Wieprecht, a 
organii-é dans la belle et vaste salie de la nouvelle Bourse, un grand 
concert au profit des habitiints nécessiteux de la Prusse oi'ientale. Toute 
la cour y assistait. Wachtel et Mme Blumc-Santer ont dit avec élan la 
Barussia de Spontini; la basse Kricke a été couverte d'applaudissements 
après l'air : /sis und Osiris , de la Flûte enchantée. Les Fatiius (Die 
Fabier), opéra en cinq actes de Langert, vient d'être donné avec un 
très-grand succès à l'Opéra i-oyal. Nous reviendrons sur cette représen- 
tation et sur l'ouvrage, auquel la critique est unanime à attribuer une 
grande valeur. 

-*,p Leipzitj. — Après la soirée de gala pai- laquelle on a fêlé l'ouver- 
ture du nouvel Opéra, la première représentation a eu lieu avec Fidelio, 
dont rinterprétîitinn, confiée à MM. Gross et Redling, et à Mlle Lœwe, 
a été de tous points digne du maître. — Mlle Orgéni a débuté dans Lucie et 
la Somnambule. Tout en lui reconnaissant un grand talent de vocalisa- 
tion et une voix agréable, on a trouvé qu'elle manquait de sentiment 
dramatique. — MJI Rontgen et Ferd. David, deux violonistes de la 
grande école, se sont fait applaudir au seizième concert du Gewand- 
haus, dans une symphonie concertante de Mozart, pour violon et 
alto. Au dix-septième , Franz Lachner a eu un immense succès en 
dirigeant lui même l'exécution de sa quatrième suite d'orchestre (en 
mi bémol). — Au dernier concert de la salle d'Euterpe, on vient 
d'exécuter, avec le concours des célèbres chœurs de Saint-Thomas, un 
Te Deum laudamus, composé par M. d'Adelburg, à l'occasion de la fête 
du couronnement de l'infortuné empereur Maximilien, et qui a valu à 
son auteur l'ordre de Guadaloupe ; c'est un véritable chef-d'œuvre de 
mu.>-ique religieuse, et qui a produit une vive impression sur le public 
si diflicile de Leipzig. Les autres compositions du même auteur, qui ont 
obtenu également un grand succès, s-ont intitulées Symphonie-Ouverture 
de Wallenstein (d'api es le sujet de Schiller) et l'ouverture de l'Opéra hon- 
grois i< Zringè » (d'après le sujet de Kœrner). 

,5,*^ Barcelone. — Il Pellegrinaggio di Plocrmel a ijlé représenté le 11 fé- 
vrier au théâtre du Liceo avec un succès splendide. Des applaudissements 
frénétiques ont salué tous les morceaux de la partition; Mlle Vitali, qui 
s'est élevée aune grande hauteur dans le rôle de Dinorah, en a prissa 
bonne part. Elle a du répéter l'air de l'Ombre, qu'elle dit avec un 
charme infini. On a bissé également au ténor Nègre son air du Mois- 
sonneur. Stagne a droit à tous les éloges, et Petit est un excellent Hoël. 
L'ensemble ne laisse rien à délirer; l'orchestre et les chœurs, sous la 
direction de Muzio, ont été irréprochables, et la mise en scène est 
vraiment superbe. 

^*i^ Home. — Don Carlos, après de nombreuses vicissitudes, a enfin 
vu le feu de la rampe. Un public nombreux remplissait le théâtre 
Apollo ; il n'a pas trouvé le Verdi du Trovatore et de Rigoletlo et il est 
resté fro'd. La plupart des morceaux ont été accueillis par un silence 
glacial. L'exécution, confiée à Sterbini, Brémond, Mmes Stolz et Yaneri, 
a cependant été aussi bonne que possible. 

t*,j. F/orence. — Aune soirée donnée par le président du conseil, le géné- 
ral Menabrea, on a beaucoup fêté une jeune cantatrice, Linda Caracciolo, 
qui doit aux conseils de H. Panofka un talent destiné certainement à 
faire sensation dans le monde musical. — La Societa del Quartetto ouvre 
une seconde série de six concerts-conférences. Le premier aura lieu le 
l'' mars. Il sera consacré aux illustres compositeurs de quatuors Haydn 
et Boccherini. M. le chevalier J.-L. Casamorata, président de notre Ins- 
titut, y prendra la parole. — Les professeurs Gamucci et Biaggi, le mar- 
quis d'Arcaïs, le docteur Filippi, de Milan, se .••ont chargés des confé- 
rences du 2", 3% i" et 5', qui traiteront de Beethoven, Mcndel sohn et 
Schumann. 

^*^ Varsovie. — Après une magnifique représentation d'adieu à Berlin, où 
la reine a tenu à la féliciter publiquement, Mlle Artot vient de faire ici une 
brillante rentrée dans Otello. Malheureusement Moscou la réclame et elle 
ne nous restera que quelques semaines ; le public .semble avoir hâte de 
mettre à profit ce trop court séjour, et son empressement se traduit par 
des ovations plus nombreuses et plus chaleureuses que jamais adressées 
à l'éminente artiste. — 11 se pourrait qu'avant de partir pour Moscou, 
Mlle Artot allât encore donner quelques représentations à Berlin. 



,1,*^ Saint-Pélersbourg. — Au théâtre Marie, la Vie pour le Tsar, de 
Glinka (29.3» représentation), t^t la Muelle (Fenella), pour les débuts du 
ténor Andréef, ont attiré ces jours derniers une foule immense. Aiidréef 
a eu un très-grand succès. — Mmes Lucca et Grantzolï ont été 
l'objet des ovations, des démonstrations enthousiastes que nous ai- 
mons à prodiguer aux grands artistes : on leur a jeté le premier 
soir des couronnes et des bouquets sans nombre; on leur a fait de 
riches cadeaux, où de flatteuses inscriptions rappellent leurs succès. — 
En outre, leurs admirateurs les ont suivies en masse jusqu'à leur de- 
meure à l'issue du spectacle, et au moment où elles montaient sur le 
perron, leurs paisibles voisins ont été réveillés par une brillante fanfare 
de la musique de la garde à cheval ; des transparents à leurs initiales 
étaient placés partout, et une superbe illumination avait été improvisée 
sur l'escalier.— C'i-st le rôle du page des Noces de Figaro que Mme Lucca 
a choisi pour son bénéfice : la rentrée de Mlle Grantzofï a eu lieu dans 
le Corsaire. — Dans Un Concert à la cuur, Mme Volpini a été chaleureu- 
sement complimentée par S. M. l'Impératrice, qui lui a exprimé l'espoir 
que Saint-Pétersbourg la conserverait longtemps encore. — Berlioz a 
dirigé le neuvième concert de l'.^^ssociation musicale rus.se, dans lequel 
on a applaudi le violoniste Wilhelmj et le pianiste Dœrfeldt. Le dixième 
et dernier concert sera sans doute composé en grande partie d'œuvres 
de l'illustre compositeur. — Les derniers succès de Mario ont décidé la 
direction à l'engager pour la saison prochaine. 



CONCERTS ET AUDITIONS MUSICALES ANNONCES. 

Salle Herz, aujourd'hui dimanche 23 février: matinée musicale de Mlle 
Rachel Van Lier. 

Salons Erard, lundi 2i février: concert de Mlle Constance Skiwa, avec 
le concours de MM. Birkioger, Ries et E. Norblin. 

Salle Herz, jeudi 27 février à 8 heures 1/2: concert à grand orebestre, 
sous la direction de M. A. de Groot, donné par Frédéric Guzman, 
pianiste et compositeur chilien, avec le concours de Mme .Monbelli, 
Mme Guzman et M. Lutz. On y entendra : première partie, musique 
classique : 1° ouverture de la Flûte enchantée de Mozart;— 2° air de 
Fernand Corlès de Spontini (pour baryton) , chanté par M. Frédéric 
Lutz; — 3° grand concerto, pour le piano, avec accompagnement 
d'orchestre (op. 37), de Beethoven, exécuté par M. F. Guznnn ; — 
i° air des .Voccs de Figaro (pour soprano), de Mozart, chanté par 
Mme Monbelli ; — 5° duo concertant, pour deux pianos, sur la mar- 
che de Préciosa, de Weber, avec orchestre, de Mendelssohn et Mos- 
chelès, exécuté par M. et Mme Guzman. — Deuxième partie, mu- 
sique moderne : 1° Souvenir nocturne, Mazurke pour piano, de F. 
Guzman, exécuté par l'auteur; — 2' air du Valet de chambre 
(pour baryton), de Carafa, chanté par M. F. Lutz; — 3° Dites oui; 
les Veux cré. les, danses de Cuba, pour piano à quatre mains, de 
Gottschalk, exécutées par M. et Mme Guzman; — 4" air du Barbier 
de Séville (pour soprano), de Rossini, chanté par Mme Monbelli; — 
5° Victoire, marche triomphale, pour deux pianos concertants, de F. 
Guzman, exécutée par l'auteur et Mme Guzman. 



le Directeur: S. DL'FOUB. 



Nouvelles publications de JULES HEINZ, rue de Rivoli, ^46. 

PIANO 
Félix Crodefroid. Op. 443. Les Muletiers de Castille, 

boléro 6 » 

— Op. 146, Les plus beaux yeux , méditation sur Un 

Rayon de tes yeux 6 » 

Koennemann. Trois polkas nouvelles : 1. Souvenir de la 
Malraaison. — 2. Le pont de Bouglval. — 3. Bo- 
hême-Polka, chaque 4 50 



Chez G. HARTMANN, 19, boulevard de la Madeleine. 



PIANO 

Delioiix (Ch.). — Valse expressive 6 

Defouruaux ( A. ). — Fleurs et Diamants, valse de 

salon 6 



CHANT 

Pinsuti. — Il ciel siellato, duettino 6 

Lied populaire de la Thuringe (la Reine du Berger), poésie 

d'Adolphe Larmande 3 



64 



REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE l'Alilh. 



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NOUVELLES P 
Pour le piano 

J.-L. Battmann. Op. 27S. Les Porcherons, petite fantaisie 5 » 
A. Croisez. Op. 146. Notre-Dame-des- Anges, prière de 

jeunes filles S » 

— Op. 147. Les Faux Mûnnayeurs, caprice S » 

J. Leybach. Op. 107. La Cenerentola, fantaisie brillante. 8 » 

— Op. 108. Tristesse, élégie 7 50 

A. Le Carpentier. Airs et Rondes populaires , arrangés 

à quatre mains, en 3 livres, chaque 6 » 

L. Schiffmacher. Op. 1"2. Mon pays, iranscription variée 7 50 

Danse 

Gaston de Lille. En avant I polka 5 » 

- — 5z«rr /te, polka-mazurka , 5 » 

— Sons la Feuillée, valse 6 » 

Ad. Lacout. Le Petit Mignon, quadrille très-facile 4 30 

— Baby, polka très-facile 2 50 

Strauss. Le Dernier des Romains, quadrille 4 50 



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Chant 

LE DERNIER ROMAIN, 

Tragédie lyrique et comique, paroles et musique de 

Eugène MONIOT. 

l'ariitiou piano et chant, et libretto, prix net : 5 francs. 

D. Balleyguier. Ucuce chansmi 3 » 

G. Douay. C'est plus fort que moi, chansonnette 3 » 

— Un Bourgeois pour tout faire, chansonnette 3 » 

J. Javelot. Mon Oscar, chansonnette 3 » 

P. Blaquières et J. Moinaux. Gratteloup au camp de 

Châlons. eiplicalion du fusil C/tas?epo/, chansonnette. 3 » 

Duos pour ténor et baryton 

Léo Dalibes. Le Marchand d'Oublis 6 » 

Ch. Lecocq. Les Tonneliers 4 » 

— Le même à une voix 2 50 



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Paroles de MM. 
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La Partition 



Pour Chant et Piano, 

in-8°, net : 15 fr, 



L'Ouverture, 6 fr. — Entr'acte symphonique, 6 fr. — Marche des Sauvages, 6 fr. — Chœur dansé, 6 fr. 

TRANSCRITS POUR LE PIANO SEUL. 



ARR 
MORCEAUX DIVERS : 
CBÀMER. — Deux bouquets de mélodies pour le pianu, ch. 

E. KETTEBER. — Fantaisie brillante pour le piano 

LECARPENTIIR — Deux bagatelles pour le piano, chaque 

ROSELLEN. Fantaisie de salo:) pour le piano 

RDOISEL. — Fantaisie élégante pour le piano 

Id. Duo facile à quatre mains 

À. HERMÀN — Divertissement pour piano et violon 

SELIGBUlVN. — Bluette de salon pour violoncelle et piano. . 

Les Airs arrangés pour un et pour 
Parties d'orchestre de l'ouverture et entr'acte. 



9 
9 
5 
7 
6 
7 

9 .) 
7 50 



50 



DANSE 



ANGEMEÎ^TS : 

MUSIQUE DE 

ARBÂN. — Quadrille pour le piano 

Le même, à quatre mains 

STRAUSS. — Grande valse pour le piano et à quatre mains 

Id. Grand quadrille des bals dé l'Opéra 

HÂBX. — Deuxième quadrille pour le piano 

LEON roques.— Polka brillante pour piano et à 4 mains . 
STRAUSS. — Polka-Mazurka pour le piano et à 4 mains.. 
El VALIQUET. vendredi, quadrille enfantin pour le piano. 

deux Violons, pour une et pour deux Flûtes. 



4 50 
4 50 
6 » 
4 50 
4 50 



50 



Les Parties d'orchestre complètes. 



Pmï ACCORDÉ A l'unanimité A l'EXPOSITlON 
DNIVEnSELLE DE LONDRES 1851. 



ilssear des Ministères de la 
i et de la Blarine de Vrance. 



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REVUE 



l«^ Mars 1868. 



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l'itriiDger 3i ■) id. 

te Journal parait le Dimaoche. 



GAZETTE MUSICALE 



DE PARIS 



SOMMAIRE. — Histoire de la musique instrumentale (7' article), par Haa- 
rlce Cristal. — Les droits des auteurs (deuxième partie, 7« article), par 
Thomas Sauvage. — Un inconnu, par Arthur Poug^in. — Ministère 
de la maison de l'Empereur et des beaux-arts, direction générale des théâtres. 
— Entre-filets. — Concerts et auditions musicales de la semaine. — Nouvelles 
des théâtres lyriques. — Nouvelles diverses. — Concerts et auditions musicales 
annoncés. — Annonces. 



mSTOIBE DE U nnSIQUE INSTRUMENTALE 

(7« article) (1). 

Depuis plus de soixante ans que la musique de chambre de l'é- 
cole allemande s'est emparée de l'admiration de la France et de l'Eu- 
rope, on semble avoir oublié que l'Italie n'a point été seulement le 
berceau de l'art de chanter et de la musique vocale, mais encore 
celui de compositeurs d'un mérite incontestable. Les compositions 
instrumentales d'Haydn, de Mozart, de Beethoven et d'autres 
maîtres moins connus sont devenues familières aux artistes que 
sollicite plus particulièrement l'étude austère d'une musique vi- 
goureuse et non frivole. On ne va point demander des composi- 
tions sérieuses et fortes à l'Italie, qui pourtant a donné le jour aux 
plus grands violonistes du monde et aux plus éminentes concep- 
tions qui aient été écrites pour le quatuor. 

Boccherini est sans contredit, dans la musique de chambre, 
l'un des compositeurs les plus éminents qu'ait produits l'Italie. 
Mais les seuls amateurs, les seuls dilettantes connaissent les 
chefs-d'œuvre de ce maître , ses quatuors majestueux, ses quin- 
tettes exquis, tout cet œuvre irréprochable qui est à la musique 
instrumentale ce que les partitions de Cimarosa sont à la musique 
vocale. Boccherini n'est point populaire ; il a subi le sort de tant 
d'hommes supérieurs; ses compositions si pures, si délicates, qui 
se distinguent par la simplicité des moyens, par l'abondance et la 
grâce des idées mélodiques, ont été délaissées pour des concep- 
tions plus intriguées, plus énergiques, plus scientifiques, si l'on 
veut, et qui appartiennent à une époque pUis récente de l'art. 
Luigi Boccherini naquit à Lucques le 14 janvier 1740. Son 

(1) Voir les n™ 38, iO, i2, 44, 46 de l'année 1867, et n» 3. 



père, habile contre-bassiste, lui donna les premières leçons de 
musique et de violoncelle; mais il ne tarda pas à être remplacé 
dans ce soin parle maître de chapelle de l'archevêché, qui voulut 
cultiver lui-même les heureuses dispositions du jeune Boccherini 
et qui le fit admettre au nombre des élèves du séminaire de Luc- 
ques. Un goût invinci'ole poussait le jeune artiste à l'étude du 
violoncelle. Il s'y livra sans réserve et ses progrès furent très- 
rapides. C'est au penchant que Boccherini garda toujours pour 
cet instrument et à l'habileté qu'il y avait acquise qu'il faut attri- 
buer le rôle qu'il lui donne dans ses quhitettes et les difficultés. 
qu'il a introduites dans sa partie, malgré le désavantage qui en 
devait résulter pour la popularité de ses compositions. 

Musicien perspicace, le père de Boccherini entrevit bientôt tout le 
parti que des professeurs éclairés tireraient des dispositions heu- 
reuses de son fils, et il décida qu'il l'enverrait à Rome pour qu'il 
pût s'y perfectionner dans le mécanisme de son instrument, et 
aussi pour apprendre la composition. Le jeune élève, chez qui la 
nature s'était montrée infiniment libérale et qui était doué de 
l'instinct mélodique le plus exquis, devança les leçons de ses nou- 
veaux professeurs, et la pédagogie ne put gâter les dons précieux 
de son génie. 

Rome le fascina, et c'est sans doute à son séjour dans celte 
ville qu'il fut redevable de la fraîcheur délicieuse et de l'adorable 
sincérité de ses inspirations. On faisait à cette époque beaucoup de 
musique dans les églises de Rome. Dans quelques-unes on mê- 
lait les instruments aux voix, et les œuvres qu'on exécutait étaient 
dans le style concerté; mais dans plusieurs autres, et particulière- 
ment à la chapelle Sixtine, on entendait plus habituellement la 
musique de l'ancien style, appelé osservalo, dans lequel Palestrina 
a mis un charme, une douceur dont l'effet, à celte époque, était 
encore augmenté par la réunion des plus belles voix et par une 
exécution parfaite. Boccherini a souvent exprimé, en termes 
pleins d'enthousiasme, le plaisir qu'il avait éprouvé à l'audition 
de cette musique. Vers la fin de sa vie, il en parlait encore avec 
une chaleur qui prouvait que l'impression de ses jeunes années 
ne s'était aucunement affaiblie, et l'on peut remarquer que l'exta- 
tique langueur qui a tant de charme dans la musique de Pales- 
trina n'est pas sans analogie avec la poétique morbidesse qui 
rend si suaves les compositions de Boccherini. 



66 



REVUE ET GAZETTE MUSICALE 



A peine âgé de vin^ ans, Boccherini manifesta son génie par 
des compositions qui excitèrent un enthousiasme général. Ces 
œuvres sont encore aujourd'hui, après un siècle, un sujet d'admi- 
ration pour les véritables amateurs. Ses études terminées, le jeune 
maître, riche d'avenir et comblé des témoignages les plus flat- 
teurs, revint dans sa patrie, souriant à la gloire, unique objet 
d'une ambition fiévreuse et désintéressée. 

A Lucques, Boccherini savoura pendant quelque^temps , au mi- 
lieu de SCS compatriotes, l'ivresse du premier succès. Mais la soif 
de la célébrité le tourmentait, et sa ville natale n'était point un 
théâtre où pussent s'accomplir les destinées qu'il rêvait incessam- 
ment. Il avait retrouvé, parmi ses compatriotes, Manfredi , élève 
de NaiHlini et yioloniste de l'école de Tartini. Ils se lièrent de 
l'amitié la plus étroite et se communiquèrent un mutuel désir de 
voir ks principales villes de l'Europe, Confiants dans la fortune, 
les deux artistes dirent adieu à leur pays et partirent pour l'Es- 
pagne, qui de toutes les contrées de l'Europe était celle où 
était réuni en ce moment le plus grand nombre de virtuoses 
célèbres. Ils firent une première station à Turin, où leur talent 
comme compositeurs et leur habileté comme instrumentistes exci- 
tèrent la plus vive admiration. 

Boccherini n'avait encore produit que ses premiers trios pour 
violon et basse. Ces compositions étaient encore en manuscrit, et 
les dilettantes considéraient comme une faveur précieuse la per- 
mission d'en obtenir des copies. De Turin nos deux musiciens se 
rendirent dans la Lombardie, puis dans le Piémont., et en'lin dans 
le midi de la France. Partout leur talent excita la sympathie et 
l'enthousiasme. 

Après cette excursion, qui paraît s'être prolongée pendant plu- 
sieurs années, les deux amis arrivèrent ;\ Paris vers 1768. L'édi- 
teur de musique La Clievardièrc, qu'ils eurent occasion de con- 
naître dès leur arrivée, les présenta au baron de Bagge, aussi 
célèbre par ses prétentions comme violoniste que par la protection 
qu'il accordait aux artistes. — Chez Bagge se réunissait tout ce que 
Paris comptait de musiciens distingués : Gossec, Gavinies, Capron 
et Duport l'aîné. Ce fut devant cet aréopage que parurent les deux 
virtuoses lucquois. 

Sortis avec honneur de cette première épreuve, ils ne tardèrent 
pas à en aflronterune seconde plus périlleuse en débutant au Concert 
spirituel. Ils avaient à combattre de puissants rivaux dont la ré- 
putation dès longtemps affermie ne redoutait aucune concurrence. 
Cherchant dans d'autres moyens leurs succès, ils s'attachèrent moins 
à surprendre qu'à toucher leurs auditeurs et aies charmer. L'exquise 
pureté des compositions de Boccherini, qu'ils avaient fait entendre 
chez le baron de Bagge, leur avait procuré un succès qu'ils 
n'auraient pas obtenu pai- leur seule virtuosité. Ils jouèrent dans 
ce second concert les mêmes compositions, et l'assemblée ne se 
montra pas moins prodigue d'enthousiasme et d'applaudissements. 
Chacun se plut à reconnaître la fraîcheur de génie du nouveau 
maître. 

Cette manœuvre habile ne fut pas défavorable aux exécutants. 

Leur triomphe fut complet et de tous côtés, à la cour comme 
à la ville, à Paris, en province et à l'étranger, on sollicita 
d'eux de nombreuses auditions. Les éditeurs se présentèrent 
bientôt. Dès le lendemain du concert, Vernier, qui était leur com- 
patriote, était venu les prier de regarder sa maison comme la leur 
et s'était offert pour graver leurs ouvrages. Boccherini saisit avec 
empressement l'occasion qui se présentait de révéler au monde 
musical les trésors de son génie. Il dédia son premier œuvre de 
quatuors à Vernier, qui le publia et il acquitta la dette de sa recon- 
naissance envers La Chevardière, en lui dédiant aussi set» premiers 
trios , qui parurent chez cet éditeur. 

Bientôt recherché par les amateurs d'élite que charmaient s g 



inspirations originales, Boccherini satisfit à leur empressement par 
l'abondance de sa verve. Au nombre des productions de ce maître 
appartenant à la même époque, il faut signaler les six sonates 
pour clavecin et violon dédiées à Mme Brillon do Jouy, qui était 
alors au premier rang des amateurs français. 

Cette virtuose, que tant de qualités distinguaient, outre son goût 
pour la musique, les lettres et les arts plastiques, vivait à Passy, 
près de Paris, dans la seconde moitié du xviii" siècle. Burney, 
qui l'entendit en 1770, en parle en ces termes dans son voyage 
musical en France et en Italie : « Elle est, dit-il, une des meilleures 
clavecinistes de l'Europe. Cette dame, non-seulement joue les 
morceaux les plus difficiles avec beaucup de sentiment, de goût 
et de précision, mais elle exécute à vue avec la plus grande faci- 
lité. » Burney put s'en convaincre lui-même lorsqu'il l'entendit 
déchiffrer plusieurs morceaux de sa musique qu'il lui avait pré- 
sentés en manuscrit. 

Mme Brillon composait aussi et Boccherini prisait beaucoup ses 
ouvrages. Il exécuta souvent avec elle ses sonates sur le clavecin 
ou le forte-piano et il faisait la partie de violon. C'est chez cette 
dame qu'il rencontra pour la première fois André-Noël Pagin, vio- 
loniste de l'époque dont l'école française s'honore tout particu- 
lièrement. Cet artiste célèbre, né à Paris en 1721, si l'on en 
croit Beffara qui déclare avoir vérifié l'année de sa naissance d'a- 
près des actes authentiques, fit dans sa jeunesse un voyage en 
Italie dans le dessein d'étudier le genre de Tartini, dont il reçut 
des leçons. De retour à Paris, il se fît entendre aux Concerts spi- 
rituels et y obtint de brillants succès; mais sa persistance à ne 
jouir que la musique de son professeur parut aux musiciens fran- 
çais une insulte pour leurs compatriotes; ils se liguèrent contre 
lui, et, dans un conceit, le firent accabler d'applaudissements 
ironiques avec accompagnement de bouquets poitant de petits 
papiers où le nom du violoniste était accolé aux éloges les plus 
outrés et aux adjectifs les plus moqueurs. Pagin, justement of- 
fensé, prit la résolution de ne plus reparaître devant le public. 
Il avait tort, car l'auditoire n'était pas responsable de ce chari- 
vari peu honorable pour ceux qui l'avaient imaginé; mais on le 
supplia vainement de ne point considérer comme une disgrâce du 
public ce qui n'était qu'une preuve de la déraisonnable envie d'ar- 
tistes peu généreux. 

Le duc de Clermont, son protecteur , lui confia alors dans sa 
maison un emploi honorable et largement rétribué. Pagin cessa 
de faire de la musique sa profession, et ne se fit plus entendre 
que daiis les salons, chez les dilettantes et chez ses amis. Burney 
et Boccherini sont d'accord pour admirer la belle sonorité qu'il 
tirait de l'instrument, son expression dans l'adagio et la légèreté 
de son archet dans les traits brillants. Ainsi que plusieurs compo- 
siteurs célèbres, Shobert et Boccherini et bien d'autres, Pagin a 
dédié quelques-uns de ses ouvrages à Mme Brillon de Jouy. 

Madbice cristal. 
[La suite prochainement.) 



LES DROITS DES AUTEURS. 

{Deuxième partie.) 
SOCIÉTÉS DES AUTEURS, COMPOSITEURS ET ÉDITEURS DE MUSIQUE. 

(?<= article) (d). 

Un connaît ce vieux conte d'un paysan, venu à l'Opéra, qui se 
cramponnait à sa banquette au moment de ['ouverture, parce qu'on 

(1) Voir les n" 33, iO, 41, 43 et 49 de l'année 1867, et n» 7. 



DE PARIS. 



67 



lui avait dit que le premier coup d'archet Venléverait ! Ici ce ne 
sont pas les spectateurs qui turent enlevés, non; mais aussitôt que 
le chef d'orchestre eut donné l'impulsion à tous ses subordonnés, 
en même temps que la symphonie éclatait avec toute sa puissance 
dans un premier accord, ô prodige ! au milieu d'un immense 
nuage de poudre, on vit s'élancer vers le lustre, avec la rapidité 
et presque le bruit d'une compagnie de perdrix... un essaim de 
PEnnuQUEs ! 

Ce dut être un spectacle curieux et imposant que celui de cette 
volée de coiffures de toutes formes, de tout rang, de tout âge : 
c'était le modeste Bonnet, la pimpante Brigadière, le léger Ca- 
briolet, le menaçant Rhinocéros et le fier Oiseau royal; puis, le 
Fer-à-cheval, la Grecque et le Cadorjan, récente importation britan- 
nique. Toutes, selon leur volume et leur poids, se balançaient ou 
légèrement ou majestueusement autour du lustre, qui, versant sur 
elles des torrents de lumière et d'huile, augmentait encore l'effet 
pittoresque et saisissant du tableau ! 

Un cri énorme, discordant, un cri à la fois dans tous les tons, 
composé du cri particulier de chaque victime et de chaque spec- 
tateur, s'éleva en même temps que les infortunées vers la voûte 
de l'édifice ; tous les regards aussi les suivirent dans ce voyage 
aérien, mais bientôt les yeux des témoins désintéressés s'abaissè- 
rent pour chercher les têtes veuves de leur plus bel ornement, et 
l'on découvrit alors que l'orchestre seul, mais tout entier, jusqu'à 
M. Exaudet lui-même, se trouvait mis à nu. Alors, au cri de sur- 
prise succédèrent des éclats de rire effrayants, inextinguibles, inhu- 
mains, — oui, inhumains ! Ne voyez-vous pas ces pauvres musiciens 
éperdus, haletants, la bouche béante, le cou tendu, les bras en 
l'airV Tous ont le chef chauve ou à peu près; celui-ci avec une ca- 
lotte de flanelle, celui-là avec un serre-tête de nankin; les yeux 
levés avec amour, avec regret, ils semblent rappeler ce cher objet 
qui, insoucieux de leur peine, les nargue en dansant devant eux à 
trente pieds du sol ! 

Cependant, après cette première explosion d'hilarité, il fallut s'oc- 
cuper de réparer le désordre, d'en rechercher et d'en punir l'au- 
teur. M. Berger surtout insistait sur ce point, pour venger sa 
dignité outragée. 

•On commença par descendre le lustre chargé de ses glorieux 
trophées, et l'on vit accourir autour de lui, avec un empressement 
tendre et sentimental, les malheureux spoliés, avançant la main 
vers l'ornement nouveau qui pendait en couronne, comme les 
prix autour du mât de Cocagne; chacun veut saisir sa fugitive; 
M. Exaudet, le premier, plus ardent, plus ému, peut-être plus 
sensible... au froid, s'empare de sa Brigadière, — c'était xme, Bri- 
gadière que portait M. Exaudet; — mais en voulant la réinstaller en 
son lieu et place, il éprouva une résistance inaccoutumée, tout à 
fait étrangère aux habitudes de sa docile compagne. On examina 
les choses de plus près et l'on reconnut que des hameçons avaient 
été habilement jetés sur les perruques; que les pen-uques avaient 
mordu aux hameçons ou les hameçons aux perruques, de telle 
façon qu'au moyen de crins imperceptibles qui attachaient lesdits 
hameçons, d'un fil d'appel auquel se réunissaient les crins et qui 
passait dans la poulie du lustre, on avait opéré l'enlèvement des 
susdites perruques. 

Pendant cette enquête tous les assistants s'étaient réunis dans le 
parterre, autour du lustre, ce soleil du soir, alors entouré d'in- 
nombrables comètes, à plus ou moins longues queues. Là chacun 
exprimait son indignation ; car il fallait être indigné : M. le 
directeur de l'Opéra l'était ! Parmi ceux qui, par gestes ou par 
exclamations, témoignaient le plus vivement leur désapprobation, 
on remarquait surtout Ma Mie Babichon : elle haussait les épaules, 
levait les yeux, joignait les mains : — « Quelle infamie! manquer 
» ainsi à M. le directeur, insulter M. Exaudet! Une personne étran- 



» gère au théâtre seule a pu donner un pareil scandale : je ne 
» voudrais en accuser aucun de mes camarades!.., » 

Cette vertueuse colère frappa Favart : il regarda la bonne pièce 
en souriant, et elle, souriant aussi sons cape, baissa les yeux : hélas ! 
ce sourire la perdit ! il fut intercepté au passage par l'œil scruta- 
teur de M. Berger, et soudain tout le mystère lui fut dévoilé. 

« — Vous ne pourriez en effet accuser aucun de vos camarades. 
Mademoiselle, sans injustice et sans ajouter une nouvelle faute à 
celle que vous avez commise! »-— dit l'administrateur avec autant 
de sévérité qu'en auraient pu fournir ensemble les trois juges de 
l'enfer : Minos, Eaque et Rhadamanthe, dont il avait dû étudier la 
tenue dans ses opéras mythologiques. 
A cette apostrophe Ma Mie Babichon resta muette. 
Puis la lumière inondant M. Berger, il continua : 
« —Oui, vous! car le fil conducteur de cette indécente machina- 
tion répond à la troisième loge o\x vous étiez! » 
Effectivement le fil était encore dans la loge. 
L'accusation d'un fait aussi grave, aussi clairement prouvé, 
n'admettait pas de réplique; il ne restait à la coupable qu'à cour- 
ber la tête, à implorer la clémence de son juge; — il y comptait 
lui-même, M. Berger, et peut-être se fût-il laissé fléchir... Mais, 
au lieu des pleurs et des marques de repentir couvenables en 
pareille situation, Ma Mie Babichon poussa un éclat de rire, 
comme Nicole à la vue de M. Jourdain dans son grand costume; 
un de ces éclats de rire qui dégénèrent en attaque de nerfs, qui 
font qu'on se roule, ou qui arrachent à Arnal ce cri : — « Qui est-ce 
qui donc rit comme ça là-haut ?» — Bref, on la crut folle, et M. Exau- 
det, qui avait rajusté sa Brigadière, en eut pitié. Mais ce n'était 
pas démence : c'était tout simplement le naturel qui trop longtemps 
comprimé rompait la digue de l'hypocrisie et débordait en flots de 
gaieté. On le reconnut bitintôt, lorsque l'effrontée, un peu calmée, 
adressa au directeur de l'Opéra ce singulier discours, souvent in- 
terrompu par les bouffées d'une envie de rire qui l'étoutt'ait : 

» — Monsieur, hélas ! ah! ah! ah! pardonnez-moi, je vous en 
prie... Hi! hi! hi;..Ce n'est pas ma faute, en vérité... Eh! eh! eh! 
je n'ai pas été maîtresse de ma volonté... c'est un effet de l'anti- 
pathie que j'ai contre les perruques!... Elle est si forte, monsieur 
le directeur, qu'au moment où je vous parle, et malgré le respect 
que je vous dois, je ne puis m'empêcher de me jeter sur la 
vôtre!... » 

Et joignant l'action à la parole, Babichon porta une main sacri- 
lège sur l'édifice chevelu qui couronnait M. Berger, saisit ce chef- 
d'œuvre, le lança sur le théâtre et s'enfuit!.. 
Cette fois, on ne rit pas : on pâlit! 

Qu'allait-il en effet résulter d'un pareil attentat? Chacun atten- 
dait, en silence, l'explosion de la colère du Jupiter de coulisses... 
Rien n'éclata! 

Il était là, immobile et blême ; une sueur froide inondait son 
front dénudé, tout à l'heure orné d'un crêpé artistement élevé, oïl 
maintenant apparaissaient quelques cheveux rares et rouges et deux 
loupes ! végétation occipitale dont l'exhibition publique plongeait 
en ce moment dans la stupeur M. Berger, homme à bonnes for- 
tunes et à prétentions. Il fut tiré de cet état d'atonie par Damour, 
le concierge, qui se présenta respectueusement devant lui, portant 
sur son poing la perruque si maltraitée, et dont il essayait de ra- 
mener les boucles égarées. 

M. Berger la saisit avec un mouvement convulsif, la posa rapi- 
dement sur la tête et, sans dire un mot, courut s'enfoncer dans sa 
voiture . 

Il ne remit plus depuis le pied à l'Opéra-Comique, dont il aban- 
donna la direction, et qu'il fit supprimer quelques mois après. 
M. Exaudet, qui avait partagé l'infortune de son supérieur, entra 
à l'Opéra comme premier violon. Mme Favart, Clairval et Laruette 



68 



REVUE ET GAZETTE MUSICALE 



furent engagés dans la troupe que Favart conduisit au camp du 
maréchal de Saxe, et Ma Mie Babichon, qui, par lettre de cachet, 
avait reçu défense de paraître sur aucun théâtre, se réfugia dans 
les petits appartements du magnifique hôtel que M. d'Augny (1), 
le fermier général, venait de faire bâtir à la Grange-Batelière. 

Thomas SAUVAGE. 
[La suite prochainement.) 



m mconNu. 

Le Journal d'Indre-et-Loire a pubUé récemment la lettre sui- 
vante, adressée par M. le conservateur de la Bibliothèque de 
Tours au maire de la ville: 

« Monsieur le Maire, 

» J'ai l'honneur de vous offrir, pour la Bibliothèque publique, 
un manuscrit que j'ai eu la bonne fortune de sauver de la des- 
truction. Ce livre, précieux pour les musiciens, gisait exposé à 
l'humidité, depuis la Révolution, dans le grenier d'une maison 
voisine de l'ancienne église de Saint-Martin. Je l'ai réparé de mon 
mieux; il est complet et sera très-bien placé dans notre précieux 
dépôt. Voici le titre de ce manuscrit : 

« Apollon et Cyrène, divertissement héroïque en deux actes, mis 
» en musique par J.-B. Dupré , organiste de Saint-Martin , de 
» Tours, paroles de M. Bruley, trésorier de France. (Vol. in-8°, 
» contenant 196 pages.) » 

» Cette opérette fut écrite par Dupré, à Tours, le 24 juillet 1771, 
comme l'indique une note, signée de sa main, à la page 168 du 
manuscrit. 

» L'antique église de Saint-Martin possédait un orgue excellent: 
c'était un grand trente-deux pieds, à cinq claviers, ayant une 
soixantaine de jeux. Dupré, qui le touchait, rivalisait avec le ta- 
lent des premiers organistes de Paris; il possédait une science 
profonde de l'harmonie. Le Chapitre de Saint-Martin, qui avait 
des revenus considérables, faisait un digne emploi de ses riches- 
ses en attachant à son église les sujets les plus distingués, pour 
composer une excellente musique. Le célèbre Lesueur, à cette 
époque, était maître de chapelle à Saint-Martin (2): plus tard, il 
dirigea le Conservatoire de Paris (3). Pendant son séjour à Tours, 
•il rendit justice à l'auteur de notre manuscrit; et, pour donner 
une preuve qu'il savait apprécier son grand talent, il nous suffira 
de dire qu'il lui donnait ses compositions, à retoucher; il les lui 
faisait jouer ensuite sur le bel orgue de Saint-Martin, et répétait 
souvent : « Mes fugues, remaniées par Dupré, me font venir la 
» chair de poule. » 

» Si je ne craignais de vous fatiguer, monsieur le Maire, j'en- 
trerais dans de plus grands détails sur le célèbre auteur de notre 
manuscrit. Dupré résume en lui une des plus belles époques mu- 
sicales de notre ville; et, au double point de vue de l'histoire lo- 
cale et de l'art musical, c'est une bonne fortune, pour notre Bi- 
bliothèque, de posséder une œuvre de Dupré. Quant à M. Bruley, 
il était le chef de l'honorable famille qui habite la Touraine. 

» J'ai l'honneur d'être, avec respect, monsieur le Maire, votre 
très-obéissant serviteur. 

» DoRANGE, bibliothécaire. » 



(1) Hôtel où nous avons vu l'administration des jeux jusqu'à leur 
suppre.ssion ; la Banque Ganneron; qui fut la résidence de M. Aguado, et 
qui est aujourd'hui la mairie du IX« arroBdissement. 

(2) De 1783 à 1784. 

(.S) Ceci est une erreur. On sait que jamais Lesueur n'a dirigé le 
Conservatoire. 



L'ouvrage dont il est ici question fut-il jamais représenté, même 
à Tours ? C'est ce qu'il serait sans doute bien difficile de savoir 
aujourd'hui. Quant à son auteur, il n'est guère plus facile de se 
renseigner à son sujet. M. Fétis ne cite aucun Dupré vivant à 
cette époque. Quant au Dictionnaire des Musiciens de Choron et 
Fayolle, voici la seule note qu'on y trouve : « Dupré, fit graver 
à Paris, en 1763, deux œuvres de dix trios pour le clavecin avec 
violon. 11 était, dès 17S4, pensionnaire à l'Opéra, et mourut en 
1784. .) 

Il paraît bien évident que ce Dupré n'est point celui de la lettre 
ci-dessus reproduite. Comme le dit le Dictionnaire des Musiciens, 
cet artiste était pensionné de l'Opéra dès 17S4, même 17S3; 1'^^- 
manach des Spectacles le constate. Donc il avait fait à ce théâtre 
son temps de service, n'était sans doute plus de la première jeu- 
nesse, et eût été bien vieux en 1783, à l'époque ou Lesueur fai- 
sait un si grand éloge de l'organiste de Saint-Martin, de Tours. Il 
s'agit donc probablement d'un musicien tourangeau , né et élevé 
dans le pays, qui y avait fait tout doucement sa position, et qui 
peut-être y fit représenter le petit opéra en question. 

Combien, à cette époque où Paris s'occupait de la province en- 
core moins qu'aujourd'hui, au point de vue intellectuel, combien 
d'artistes obscurs ont pu faire preuve d'un talent très-réel et ab- 
solument méconnu ! 

A ce titre, la petite découverte que nous venons de mentionner 
n'est pas sans intérêt. 

Arthur POUGIN. 



ffllNISTÉRE D£ LA SAISON DE L'EMPEREUB 

ET DES BEAUX-ARTS. 

DIRECTlOiN GÉNÉRALE DES THÉÂTRES. 

Une médaille en or, de la valeur de 500 francs, est offerte à l'auteur 
des paroles de la cantate qui sera choisie pour être donnée, cette année, 
comme texte du concours du grand prix de Rome, pour la composition 
musicale. 

Cette cantate doit être à trois personnages; elle est destinée à être 
chantée par un soprano, un ténor et un baryton ou basse-taille; elle 
devra renfermer un ou au plus deux airs; un seul duo et un trio final, 
chacun de ces morceaux étant séparé du morceau suivant par un réci- 
tatif. 

Les eaniates devront être adressées, par paquet cacheté, au secrétariat 
du Conservatoire impérial de musique et de déclamation , rue du Fau- 
boui'g- Poissonnière, n° 15, avant le l" mai, terme de rigueur. Chacune 
des pièces de vers contiendra, dans un billet cacheté, le nom de l'auteur 
et l'épigraphe placés en tête du manuscrit. 

11 ne sera reçu à ce concours que des pièces inédites. Les manuscrits 
ne seront pas rendus. 



Pour la seconde fois depuis peu de temps, la Revue et 
Gazette musicale vient d'être douloureusement éprouvée. 

Naguère, c'était un de ses collaborateurs les plus savants 
et les plus assidus qu'elle perdait, — nous avqns nommé 
Georges Kastner ; — aujourd'hui, c'est Edouard Monnais, son 
rédacteur en chef depuis l'année 183S, que l'impitoyable mort 
nous enlève! Mardi matin, l'écrivain de tant de distinction, 
de tact et d'esprit, auquel notre recueil doit de si nombreux 
et de si excellents travaux, l'ami constant et dévoué succom- 
bait à une longue et douloureuse maladie, emportant avec lui 
les regrets de tous ceux qui l'ont connu. — Dans quelques 
jours nous consacrerons, à cette honorable et laborieuse 
existence, une notice chronologique qu'une douleur profonde 
nous rend incapables de rédiger en ce moment. 



BH 



DE PARIS. 



69 



Jeudi, à trois heures, ont eu lieu en l'église Notre-Dame de 
Lorette les obsèques de M. Edouard Monnais, dont nous venons 
d'annoncer plus haut la fin regrettable. 

Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire les détails 
donnés sur cette cérémonie par le Moniteur de vendredi : 

« Aujourd'hui, à trois heures, ont eu lieu en l'église Notre-Dame 
de Lorette les obsèques de M. Edouard Monnais, commissaire im- 
périal près les théâtres lyriques et le Conservatoire, et qui, depuis 
un mois, par suite de l'état de sa santé, avait, sur sa demande, 
été admis à faive valoir ses droits à la retraite. 

» La foule qui se pressait dans l'église n'était composée que 
d'amis, ressentant tous vivement la perte qu'ils venaient de faire. 
En effet, à côté des rares qualités de l'esprit qui ont fait apprécier 
ses travaux si variés, M. Edouard Monnais avait ce don précieux 
de la bienveillance, de l'aménité, de l'obligeance délicate qui attire 
et retient les cœurs. Ami des plus grands compositeurs, de Rossini, 
de Meyerbeer^ d'Halévy, d'Auber, il laisse dans le monde des arts 
des regrets unanimes. Ces regrets ont trouvé en M. de Saint- 
Georges un éloquent interprète . Avant de rapporter ici les paroles 
émues retraçant si bien le caractère affectueusement dévoué et in- 
telligemment conciliant du défunt, nous indiquerons rapidement 
les principaux travaux de l'écrivain, qui, par l'impartialité et la jus- 
tesse de ses savantes appréciations et le tour aimable de son style 
plein de distinction et de finesse, avait conquis dans la critique 
musicale une place qui sera difficilement remplie. 

» On a d'Ed. Monnais les treize volumes des Ephémérides uni- 
verselles ; Sultana, opéra-comique; Esquisses de la vie d'artiste, les 
Sept ISotes de la gamme ; le Portefeuille d'une cantatrice, un certain 
nombre de comédies-vaudevilles, tels que : la Demande en mariage, 
la Cour des messageries, le Secret d'Etat, l'Anneau, Vn Ménage pa- 
risien, le Petit Suisse, la. plupart en collaboration; une foule d'ar- 
dcles dans le Courrier français, le Moniteur des Arts, la Gazette 
musicale, où il prit le nom de Paul Smith. 

«C'est un souvenir honorable pour le Moniteur universel de l'avoir 
compté parmi ses collaborateurs. 

» Nous avons remarqué parmi les assistants : M. de la Charme, 
chef du cabinet du ministre de la maison de l'Empereur; M. Ca- 
mille Doucet, membre de l'Académie française, directeur général de 
l'administration des théâtres et le personnel de la direction générale; 
M. Auber, directeur du Conservatoire de musique, et le personnel 
du Conservatoire ; M. Ambroise Thomas ; M. Edouard Thierry, ad- 
ministrateur général de la Comédie-Française; M. Emile Perrin, 
directeur de l'Opéra; le baron Taylor, MM. Carvalho, Bagier, 
Chaix-d'Est-Ange, de Vatry, A. de Lavergne, de Lassabathie, Lau- 
rencin, Hipp. Provost, F. Bazin, Oscar Comettant, Paul Dalloz, 
Th. Gauthier, A. Gouzien , Cristal, D.-A.-D. Saint- Yves, M. de 
Monter, Rey, Laurent de Rillé; Jules Simon, Deforges, Moker, 
Couderc, Montaubry, Duprez, Sainte-Foy,Ponchard, Vauthrot, J. 
Pasdeloup, Heugel, Louis et G. Brandus, S. Dut'our, Hipp. Rodri- 
gues, Marmontel, Révial, Laget, Massart, H. Herz, Lecouppey, 
Mathias, Arban, Dauvernié, Cookers, Dancla, professeurs au Con- 
servatoire, Alkan, Batiste, Battu, etc. 

)) Un Pie Jesu, de la composition de M. Faure, a été chanté par 
l'auteur avec un sentiment profond qui a vivement impressionné 
l'assemblée. 

» Sur la tombe, au cimetière du Père-Lachaise, où le corps a 
été déposé, M. de Saint-Georges, président de la Société des au- 
teurs dramatiques, a prononcé au nom de cette Société les paroles 
qui suivent : 

« Un homme excellent, un esprit d'élite, un critique d'art distingué, 
un administrateur habile, un ami parfait et dévoué: voilà celui que 



nous pleurons aujourd'hui, celui que do vifs regrets accompagnent, et 
dont h douce et syn)palhique figure restera dans le souvenir de tous 
ceux qui l'ont connu, c'est-à-dire aimé. 

» Edouard Monnais fut longtemps rédacteur d'un de nos plus impor- 
tants journaux politiques; il y était chargé de la critique musicale, et se 
fit remarquer pir d'excellentes et judicieuses appréciations , où la sévé- 
rité fut toujours mitigée par une bienveillance extrême pour les auteurs 
dont il blûmait et improuvait les œuvres. Encourageant les faibles et ren- 
dant l'énergie aux forts en évoquant leur passé au profit de leur avenir. 

» Remarqué, apprécié par tous les vrais amis de l'art, Edouard Mon- 
nais fut appelé à la direction de l'Opéra; il voulut appliquer à ce beau 
théâtre les théories artistiques dont il était depuis longtemps l'apôtre , il 
le fit avec bonheur, et plusieurs grandes œiivrps reprc?eniées sous son 
adminislration furent consacrées par le succès. Nommé bientôt après aux 
fonctions de Commissaire du gouvernement près de nos grands théâtres 
et du Conservatoire, il apporta dans ses nouveaux devoirs cet esprit à la 
fois ferme et obligeant qui augmenta le nombre de ses amis et lui ac- 
quit tant de reconnaissances et de dévouements. 

» Auteur lyrique, il écrivit pendant dix ans toutes les cantates qui 
servirent de début à nos prix de Rome, et plus d'un dût à ses inspira- 
tions de belles œuvres couronnées, qui furent le premier pas d'une car- 
rière de gloire et de fortune! 

» Edouard Monnais composa quelque? pièces pour nos théâtres de 
chant; chacune d'elles renfermait ce sentiment musical sans lequel il 
n'existe pour le musicien ni verve ni mélodie. 

» Ses éludes, ses travaux donnaient à ses critiques une autorité qui le 
fît apprécier de tous les vrais amateurs de l'art et rendra sa perte en- 
core plus sensible à tous les lecteurs des journaux qui lui durent long- 
temps leur vogue et leur succès. 

» Quelques mots sur l'homme privé, Messieurs, dernier hommage de 
l'un de ses meilleurs amis. Bon, serviable, doué d'une de ces natures 
heureuses qui attirent la confiance et entraînent l'amitié, Edouard Mon- 
nais va nous manquer à tous; nous le chercherons longtemps dans nos 
comités artistiques, dans nos jurys, dans ces concours publics où son 
esprit conciliant, où sa bienveillance connue rassuraient les élèves et se 
communiquaient aux juges! 

» Mais c'est au sein de sa famille, parmi ses affections intimes, que 
sa perte sera cruellement sentie ! 

» Si nos regrets parviennent jusqu'à toi, mon cher Monnais, qu'ils 
adouci.'-sent la séparation de ceux qui te furent chers, et qu'il te reste 
la pensée de toutes les douleurs qui te survivent comme de ton souvenir 
éternel dans nos cœurs ! s 

Dans quelques paroles empreintes d'une sincère émotion, M. le 
baron Taylor, au nom de l'Association des artistes musiciens, dont 
M. Edouard Monnais était depuis longtemps vice-président, a dit 
ensuite un dernier adieu à celui qui laisse parmi ses collègues de 
si vifs sentiments d'estime et d'affection. 



CONCERTS ET AUDITIONS OUSICÂLES DE LA SEUIAINE. 

^*j. Les artistes désignés pour se faire entendre au premier concert 
des Tuileries qui a lieu demain, sont : Mmes Nilsson, Cabel, Marie 
Roze;— MM. Capoul et Crosti. — La partie instrumentale y sera repré- 
sentée par Mme Norman-Neruda. 

*** Le concert donné vendredi de la semaine dernière au ministère 
de la Marine aura été l'un des plus remarquables et des plus intéres- 
sants de la saison, non-seulement par la notoriété des artistes engatfés, 
et qui s'appelaient Gardoni, Hermann-Léon, Franchomine, Alard, Du- 
vernoy et Mmes Carvalho et Bloch, mais aussi par le choix des mor- 
ceaux exécutés. Il suffira de citer au nombre de ceux-ci : la Corbeille 
d'oranges, d'Auber, le magnifique trio du Pardon de Ploërmel, l'Ave 
Maria de Gounod, la romance de Martha et toute la partie instru- 
mentale. C'est par les bravos les plus enthousiastes que le noble audi- 
toire a témoigné à ces brillants interprètes toute sa satisfaction. 

:j% M. le comte de Nieuvserkerke, surintendant des Beaux-Arts, a 
repris le 28 ses réceptions hebdomadaires du vendredi. On sait qu'elles 
sont particulièrement consacrées à la musique. 

**^ Au huitième concert du Conservatoire, dont le programme répé- 
tait exactement celui du dimanche précédent, nous n'avons à signaler 
que le bis adressé, pour la seconde fois, au chœur des Pèlerins du 
Tannhœuser. Les anciens abonnés deviendraient-ils tout à coup wagné- 
riens? 

^,*^, Une seconde audition a confirmé l'énorme succès obtenu par 
Mme Norman-Neruda aux Concerts populaires. Elle a joué Vandante et le 
finale du concerto en mi de Vieuxtemps avec une légèreté, un brio, une 



70 



REVUE ET GAZETTE MUSICALE 



sûreté, une pureté de son que l'illustre ;violoniste-compcisiteur eût cer- 
tainement admirées. Il n'y a d'autre reproche à lui adresser, et c'est 
chose grave pour une aussi gracieuse personne, que le luxe de mouve- 
ments auquel elle se livre dans la chaleur ,ie l'exécution. Elle .se fait 
entendre une troisième fois aujourd'hui dans le huitième concerto de 
Spohr, connu en Allemagne sous le nom de Gssamjscene (scène de 
chant) . 

^*^ Un concert brillant entre tous est celui qu'a donné jeudi dernier 
le pianiste chilien Frédéric Guzman, connu seulement à Paris de quel- 
ques artistes et amateurs. Un public d'élite remplissait la salle llerz, cu- 
rieux de savoir comment on comprend les concertos de Beethoven au 
Chili. C'est celui en ut mineur, au finale si piquant et si plein de verve, 
qu'avait choisi M. Guzman; il l'a exécuté de façon à démontrer que son 
talent prendrait promptement une belle place dans la hiérarchie des vir- 
tuoses que nous possédons; mais c'e-it surtout dans deux morceaux de 
style moderne dont il est l'auteur, et dans deux brillantes compositions à 
quatre mains de Gottschalk, Dites oui et Ojos criollos (les Yeux créoles), 
qu'on a pu apprécier sa véritable originalité. Sa femme, ([ui a joué 
avec lui, paraît ne lui céder en rien sous le rapport du mécanisme et de 
la facilité. On a hissé avec acclamation les Yeux créoles. Nous signale- 
rons encore une Marche triomphale très-réussie de F. Guzman, pour deux 
pianos. Lutz, le sympathique baryton, a récolté de nombreux bravos 
après deux airs de Fernand Cortez et du Valnl de chambre; Mme Mon- 
bclli qui a dit de sa voix fraîche et souple l'air du Barbier de Scoille, 
comme nous l'avons rarement entendu détailler, a eu un succès d'en- 
thousiasme. Une bonne note à l'orchestre qui était dirigé par M. de Groot. 

*% Une pianiste viennoise que Paris a déjà applaudie l'hiver dernier, 
Mlle Constance Skiwa, a donné lundi un concert à la salle Erard. 
Dans un trio de Jadassohn, un beau concerto de Hœndel et divers 
morceaux de Chopin, Liszt et J. de Boliczay, elle a fait preuve d'un sé- 
rieux et classique talent. Le jeune violoniste Franz Ries, qui nous 
semble marcher à grands pas vers la célébrité, a exécuté deux char- 
mants morceaux de sa composition, liiirlcske et Berceuse, qui décèlent la 
main d'un maître, et, avec Mlle Skiwa, la brillante fantaisie de Vieux- 
temps et Wollï sur Oberon; elle a produit beaucoup d'effet. M. Norblin 
et le ténor belge Straetman ont recueilli leur bonne part d'applaudisse- 
ments. 

if*, Mlle Aîiiélie Staps, une gracieuse pianiste que la Belgique nous 
envoya l'année dernière, gagne chaque jour eu talent et .en réputation. 
A son concert, elle a exécuté le Rondo capricioso de Mendel.ssohn, une 
transcription de Liszt sur le Vaisseau Fantôme, hérissée de difficultés dont 
elle s'est supérieurement tirée, la partie de piano du quintette de Schu- 
mann et un duo de Mendelssohn pour piano et violoncelle, avec M. De- 
munck. C'est certainement une excellente acquisition pour la phalange 
militante qui dispense au public parisien ses plaisirs artistiques. 

^*^ On n'a pas perdu le souvenir d'une jeune et tn?s-précoce artiste, 
élève du Conservatoire, Mlle Rachel Van Lier, âgée de onze ans, qui se fit 
entendre la saison dernière dans plusieurs salons ei concerts où elle 
étonna particulièrement le public par sa merveilleuse facilité à lire à 
première vue. — Dimanche dernier elle a donné à la salle Herz, avec le 
concours de Mlle Heilbron, de l'Opéra-Comique, du violoniste Jacobi, 
d'Aurèle, chanteur comique, de Bacquié, et de Mlle Agar qui a dit le. Vopo- 
léon II de Victor Hugo avec une remarquable inspiration; elle a donné, 
disons-nous, devant un auditoire d'éhte, un beau concert dans lequel la 
bénéficiaire a fait preuve de grands progrès accomplis, et où elle s'est 
fait applaudir avec entliousiasme pour son talent d'exécution réellement 
extraordinaire. 

*% Le peu d'espace dont nous disposons, en présence de l'augmenta- 
tion progressive des réunions musicales de tout genre qui se produisent 
à Paris ne nous permet pas de consacrer plus de quelques lignes à 
beaucoup d'entre elles qui n'en sont pas moins intéressantes pour cela, 
surtout celles qui ont l'enseignement pour objet. De ce nombre sont les 
matinées de Mme Pierson-Bodin, remplies en grande partie par des élèves 
dont les succès témoignent suffisamment du talent de leur professeur, 
et où ne dédaignent pas de se faire entendre des artistes de premier mé- 
rite tels que Mme Farrenc, Sighicelli, Gaveaux-Sabatier, Pagans, Her- 
mann-Léon, etc. 11 suffit du reste de mentionner ces matinées pour qu'on 
en apprécie l'importance et l'utiUté. 

*** Au dernier concert de Mme Martin-Robinet, on a beaucoup 
applaudi M. et Mme Blot-Dermilly dans une jolie opérette, l'Embarras 
d'un gouverneur. Mme Blot s'y est montrée on ne peut plus gracieuse 
sous le costume d'un jeune seigneur, et elle a chanté son rôle avec un 
goût exquis. 

**» Après une année d'absence, M. Gennaro Perelli, pianiste compo- 
siteur d'un grand talent, est de retour à Paris. 11 donnera le 4 mars, 
dans les salons d'Erard, une audition de ses principales et nouvelles com- 
positions avec quatuor d'accompagnement sous la direction de Portehaut. 
— Tous les artistes et amateurs s'y sont d'avance donné rendez- vous. 

»■*« Nous signalons à l'attention du public musicale le jeune pianiste 



napolitain Rendano, qui s'est fait entendre avec un très-grand succès 
au concert donné à la .salle Herz le 22 février par la Société protectrice 
de l'enfance, et qui a été particulièrement apprécié comme compositeur, 
dans un morceau intitulé: Chani du Paysan dans la forêt, plein de 
charme et de poésie. 

^*^Les concerts classiques de la Société du Cons ervatoire de Strasbourg 
continuent à otï'rir un puissant intérêt, grâce au zèle et au talent de 
l'éminent chef d'orchestre M. Hasselmans. Au quatrième concert, un 
concerto de cor de Mozart a été exécuté par M. Stennebruggen, professeur 
au Conservatoire et soliste à Bade, artiste de talent qui a parfaitement 
fait valoir les nombreuses beautés de l'œuvre trèa-reniarquabic, et pour- 
tant peu connue, qu'il interprétait. 

-^*jp Le concert donné à Nice, au théâtre Italien, par la compagnie 
Ulmann-Patti, a été magnifique. La recette a atteint le chiffre significa- 
tif de 8,000 francs. Wolff et Vieuxtemps ont été applaudis à outrance dans 
leur duo sur Ùun Juan; on a fait répéter à chacun d'eux sa variation. 
L'engagement de Woltf se terminait le 2.3 février; mais M. Ulmann, 
désireux d'exploiter le plus longtemps possible cette riche mine de succès 
dont il tire si bien parti, l'a retenu encore jusqu'au 11 mars, après quoi 
Théodore Ritter prendra sa place, mais seulement pour quinze jours. 
Grenoble, Lyon, etc., sont maintenant en première ligne sur l'itinéraire 
de la vaillante petite armée, dans laquelle Seligmann tient son rang avec 
lionneur et provoque partout les applaudi;.scments du public. 

,(,*, Nous empruntons au Temps l'entro-filels suivant qui concerne une 
œuvre nouvelle de notre excellent pianiste Louis Lacombe : « On a 
chanté à Nantes, le 31 janvier dernier, au concert des Beaux-Aris, une 
composition de M. Lacombe, dont les journaux de la localité font le plus 
bel éloge. L'Orphéon nantais, écrit-on dans l'Espérance du peuple, a fait 
ressortir hier toute la beauté d'un chœur inédit, sérénaJe du plus déli- 
cieux effet, vrai chef-d'œuvre de Louis Lacombe, le grand pianiste com- 
positeur.» — Cette fraîche production, exécutée de nouveau il y a quel- 
ques jours au second concert de Sivori, y a obtenu un éclatant succès. 

„,% Mlle Laura Harris, la gracieuse cantatrice du théâtre Italien, 
vient de faire applaudir son charmant talent à la Société de la Grande- 
Harmonie de Roubaix, où elle a chanté le 10 février, avec le succès qui» 
la suit partout, la romance do Marin, l'air de Linda, et la valse de 
Roméo . 

^*» D. Magnus, noire excellent pianiste compositeur, s'est fait entendre 
avec un très-grand succès au splendide concert donné par le Casino de 
Gand, le 22 février; il a exécuté le concerto en ré mineur de Men- 
delssohn, et plusieurs de .■■es propres compositions : Slecple-chase-galop 
et caprice sur les Ilujuenots, qui ont été très-applaudis — Nous avons 
déjà dit et nous rappelons aux amateurs de bonne mu.sique que le con- 
cert annuel de D. Magnus est fixé au 14 mars, à la salle Pleyel. 

^•^ Voici le programme du dix-huitième concert populaire de musique 
classique qui sera donné aujourd'hui à 2 heures, au cirque Napoléon, 
sous la direction de J. Pasdeloup : 1- Jupiter, symphonie de Mozart (alle- 
gro, andante, menuet, finale) ; — 2° hymne de Haydn, par tous les ins- 
truments à cordes; — 3° ouverture de la Grotte de Fingal de Mendelssohn; 
— 1° huitième concerto pour violon de Spohr, exécuté par Mme Norman- 
Neruda; — 5' deuxième partie de Romeo et Juliette de Berlioz. 



NOUVELLES DES THÉÂTRES LYRIQUES. 



■>** A l'occasion des jours gras, le théâtre impérial de l'Opéra a donné 
quatre représentations consécutives. Dimanche, Robert le Diable; Mlle Mau- 
duit y a chanté admirablement le rôle d'Alice et elle y a reçu les com- 
pliments du premier chambellan de l'Empereur. — Lundi et mercredi, 
Guillaume Tell, et le mardi gras, la Favorite et le Marché des Innocents, 
spectacle qu'on a répété vendredi. — Pour demain lundi, on annonce 
l'Africaine. 

^"^^ Aujourd'hui et mardi, répétitions générales à^Hamlet, dont la pre- 
mière représentation est annoncée définitivement pour vendredi 6 mars. 

5^*^ Mlle Mauduit, de l'Opéra, a été dimanche l'objet d'augustes félici- 
tations après la messe de la chapelle des Tuileries, où la jeune artiste a 
chanté admirablement un Benedictus d'Auber. 

»*;^ La Part du Diable, dont la reprise est prochaine à l'Opéra-Comique, 
sera ainsi distribuée : Léon Achard (Raphaël), Mlle Brunet-Lafleur 
(Carlo), Mlle Bélia (Casilda), Mlle Révilly (la reine), M. Gaillard (le roi), 
M. PriUeux (Gil Vargas), etc. 

^*j^ Quoique l'engagement de Capoul eût encore deux ans à courir, 
le théâtre de l'Opéra-Comique vient, à la suite du grand succès qu'il a 
obtenu dans Vn Premier Jour de bonheur, de le renouveler pour cinq ans 
p. des conditions très- avantageuses pour le jeune ténor. 



Uh- PARIS 



71 



*♦* L'engagement qui liait encore jusqu'au I" janvier 1870 Monlau- 
bry au tliéâtrc de l'Opéra-Comiquo vient d'être résilié d'un commun ac- 
cord, moyennant le paiement du dédit de 30,000 francs stipulé au contrat 
et qui ont été comptés au célèbre ténor. C'est le 16 décembre 1838 que 
M. Montaubry, qui quittait le théâtre delà Monnaie, à Bruxelles, fit son 
débutau théilre de l'Opéra-Comiqiie dans l'opéra les Trois Nicolas.ll en 
était donc depuis dix ans le pensionnaire. 

^*:j(. Adelina Patti a chanté deux fois de suite cette semaine : lundi 
dans la deuxième représentation de Don Giovanni, et mardi dans il 
Barbiere. — Une lulte de bravos et de bouquets s'est établie entre 
les fanatiques de Mlle Patti et de Mlle Krauss dans l'opéra de Mozart. 
Les bouquets pleuvaient comme grêle; une couronne au feuillage d'or 
est même tombée aux pieds de cette dernière et a été gracieusement pla- 
cée sur sa tête par la charmante Mlle Harris. --- A la leçon de musique 
du Barbiere, Adelina Pat.i a chanté un boléro très-brillant tiré de l'opéra 
/ Batavi, de Mme Tarbé des Sablons, représenté il y a quatre ans à Flo- 
rence, et dont les principaux rôles furent créés par les époux Tiberini. 
La jeune diva en a dit les vocalises, et surtout le trait final d'une diffi- 
culté inouïe, avec une aisance et un éclat merveilleux. A la demande 
générale du public, elle a du en répéter le deuxième couplet L'auteur, 
Mme Tarbé, lui en a témoigné toute sa satisfaction par le don d'un bra- 
celet de grand prix. 

»** Jeudi, mie Harris a chanté le rôle de la Lucia, un de ceux dans 
lesquels elle fait le mieux apprécier son talent. — Samedi, c'était le tour 
de Mlle Krauss qui s'est rriontrée très-dramatique dans le rôle de 
Lucrezia Borgia ; celui d'Alfonso est un des meilleurs de Steller. 

^*^ On annonce pour dimanche prochain, 8 mars, au théâtre 
Italien, une représentation extraordinaire, organisée par la comtesse 
douairière de Tascher au profit de l'œuvre de Saint-Joseph. On y 
jouera, pour la première et la dernière fois de la saison. Il Trovaiore, 
avec Mlle Patti dans le rôle de Léonora, Mlle Grossi, MM. Nicolini, 
Verger et Agnesi. — Le prix des places sera doublé pour cette soirée, 
qui sera véritablement extraordinaire. 

»% Si l'on en croit les bruits de coulisses, la saison des Italiens se ter- 
minerait par Piceolino, sujet emprunté à la pièce donnée par V. Sardou 
au Gymnase, dont Mme de Grandval a composé la musique; Piceolino 
viendrait après Giovanna d'.irco. — Il est au'Si question de Stella d'Amalfi, 
opéra en trois actes du prince Poniatowski, dont le principal rôle chanté 
serait interprété par Mme Tiberini, celui de l'héroïne, comme la Fenella, 
de la Muette, étant un rôle mimé. 

^% Mardi prochain, selon toute apparence, Mathilda di Shabran nous 
fera connaître les époux Tiberini. 

t*.jg Agnesi n'a pas renouvelé son engagement pour la prochaine sai- 
son au théâtre Italien. On regrettera certainement la belle voix et le 
talent consciencieux de cet artiste. 

,f*,j Adelina Patti est partie hier pour Lille où elle donnera deux re- 
présentations. La première, demain lundi, se composera de la Lucia; la 
deuxième sera consacrée à Faust, dans lequel elle chantera en français 
le rôle de Marguerite. 

^*,f Le célèbre ténor Fraschini est en ce moment à Paris. 

,*;(: On parle de la création prochaine d'un théâtre qui porterait le nom 
de Grélry et dont le répertoire se composerait des ouvrages de l'ancien 
Opéra-Comique, aujourd'hui tombés dans le domaine public. 

**^ Noire collaborateur, M. Arthur Pougin, vient de découvrir un 
opéra en quatre actes inédit, la Princesse de Babijlone, de Salieri, Pélève 
et l'émule de Gluck. 

;^% M. Duprat vient de traiter avec les théâtres de Marseille et de 
Toulon pour la représentation de son opéra Pétrarque, qu'il avait d'a- 
bord espéré faire jouer à Paris. 

^*^ La Grande-Duchesse vient d'être jouée à Caen et elle y a rencontré 
le succès qui l'accueille partout. C'est l'excellente Géraldine et Carrier 
qui interprétaient les principaux rôles, dans lesquels ils avaient si bien 
réussi sur plusieurs autres théâtres. 

*** Notre célèbre ténor Roger rtous paraît bien décidément perdu pour 
la France. Les triomphes qu'il rencontre à chaque pas en Allemagne lui 
ont fait prendre ce pays en afl'eciion ; et il exprime, dans une lettre 
adressée à un journaliste parisien de ses amis, l'intention de s'y fixer. Il 
est en ce moment à Pesth ; il devait y donner quatre représentations, il en 
a déjà donné dix. Dans les Huguenots, Lucie, la Dame Blanche, Fra- 
Diavolo et la Juiue, on l'a fêté avec un enthousiasme sans bornes; des 
bravos chaleureux, des rappels, des couronnes lui ont été prodigués. Nous 
comprenons que la terre germanique lui semble hospitalière. 

**^ Nous avons annoncé que M. Adolphe Blanc, second chef d'orchestre 
au théâtre Lyrique, a cru devoir donner sa démission. Il a reçu à cette 
occasion de AI. Carvalho une lettre qui le remercie en termes flatteurs 
I» du concours artistique et dévoué » prêté par lui à son théâtre. Par son 



double talent de violoniste et de compositeur et en raison de l'expérience 
spéciale qu'il a acquise, M. Blanc est appelé à occuper un poste impor- 
tant et il se recommande tout naturellement aux directeurs do théâtre 
et aux présidents de sociétés philharmoniques. 

^*;t La recelte du dernier bal de samedi de l'Opéra s'est élevée au 
chifl're de 20,000 francs. — Celle do mardi a encore dépassé ce chiffre. 



NOUVELLES DIVERSES. 

n,*^ Rossini a atteint, hier 29, sa soixante-seizième année. L'état d'indis- 
position du maestro ne lui permet pas de célébrer cet anniversaire comme 
il le faisait habituellement. Une quinzaine d'amis intimes ont seuls passé 
celte soirée chez lui. 

*** M. Eug. Tarbé, le critique musical du journal le Figaro, vient 
d'adresser sa démission à M. de Villemessant. 

,j',t L'éditeur E. Bock, de la maison Bote et Bock, de Berlin, est à 
Paris depuis quelques jours, et il s'est rendu acquéreur pour l'Allemagne 
de divers ouvrages du maestro Offcnbach. 

■j^*^ En raison de l'importance exceptionnelle du grand orgue construit 
pour la cathédrale de Paris par la maison CavaiUé-CoU, dont nous avons 
annoncé la prochaine inauguration, M. le ministre des .cultes vient de 
nommer, pour en vérifier et recevoir les travaux, une commission dans 
laquelle l'élément musical est représenté pur Rossini, Auher et Ambroise 
Thomas. Se feront entendre dans cette solennité fixée au vendredi 6 mars, 
à 8 heures du soir : MM. Saint-Saëns, organiste de la Madeleine, Franck 
aîné, organiste de Sainte-Clotilde ; Durand (Saint-Vincent de Paul) ; Chau- 
vet (Saint-Merry) ; Loret (Saint-Louis d'Antin) ; Sergent (Notre-Dame) ; 
Guilmant, de Boulogne-sur-Mer, et Widor de Lyon.— Parmi les étrangers 
de distinclion invités à prendre part à la réception de ce magnifique 
instrument, nous remarquons les noms de Lemmens, professeur d'orgue 
aux Conservatoires de Bruxelles et de Londres; de MM. de Vroye et Van 
Ellewick, président et secrétaire du Congrès international de musique 
sacrée de Louvain. 

^*^ Les journaux américains assurent que le ténor italien Scoffino 
vient de gagner aux Etats-Unis, et avec un seul billet de la loterie des 
Minières du Massachussets, la somme de 200,000 dollars, soit un peu plus 
d'un million de francs. 

^*jf Une grande édition, une édition-modèle des chefs-d'œuvre lyriques 
de Gluck, se prépare en France, d'après les partitions autographes, les 
notes et préfaces historiques laissées par l'immortel compositeur dans les 
archives de l'Académie impériale de musique. On sait que le grand Opéra 
de Paris a vu naître les partitions d'Iphigénie en Aulide et en Tauride, 
celles à'Armide, et d'Echo et Warcisse. 

^*« M. G. Henry Brochon, ancien maire de Bordeaux, président de 
la Société Sainte-Cécile et du Cercle philharmonique, vient d'accepter la 
dédicace de la Symphonie-fantasia de M. Poil da Silva, lauréat de la 
Société Sainte-Cécile. Le larghetto de cette symphonie, qu'on dit être 
des plus remarquables, doit être exécuté au prochain festival de la So- 
ciété. 

^*^ M. A. Ehvart continuera le 9 mars, au lieu du 2 du même mois, 
à la maiiie du Prince-Eugène (onzième arrondissement), à 1 heure et 
demie, son cours d'enseignement musical pour les jeunes filles. On 
s'inscrit au secrétariat de la mairie. 

*** Les arts libéraux seront représentés à l'Exposition maritime inter- 
nationale du Havre. Les éditions musicales et les instruments de musique, 
notamment, sont appelés à figurer dans la septième section. S'adresser 
pour les renseignements à M. Tharel, délégué de la direction à Paris, 
3, rue Vintimille. 

„*f, La deuxième des six livraisons formant la publication des œuvres 
choisies d'A. Ehvart a paru hier chez les éditeurs Brandus et Dufour. 
— Cette intéressante publication contient trois quatuors pour violon, 
alto et violoncelle, et un quatuor avec piano principal.— On s'inscrit, .sans 
rien payer d'avance, chez les éditeurs, 103, rue de Richelieu. — Prix 
de chaque petite partition des quatuors : 6 francs. 

,j:*^ M. Paul Mousskoff, pianiste bien connu de toute la Russie, et 
qui dirige à Paris l'instruction musicale de son fils, Nicolas MousskofT, 
violoncelliste et élève du Conservatoire, vient d'être cruellement frappé 
dans ses plus chères affections. 11 a perdu sa femme, Mme Agrippine, 
née Arioli, décédée le 19 février, après une longue et douloureuse 
maladie de onze mois. Celte mort imprévue arrête les débuts de 
M. P. Mousskoff, dont les concerts étaient prochains. 

:^% S. A. la Tsarevna de Géorgie, Anna Pwlovna, vient de mourir à 
Moscou a l'âge de 70 ans. Elle avait cultivé avec un égal succès la litté- 
rature et les arts; Meyerbeer tenait ses compositions musicales en 
flatteuse estime. 



72 



KEVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PAKIS. 



ÉTRANGER 



»*, Londres.— Le grand festival triennal en l'honneur de Hoendel est 
fixé au 15 juin prochain, et durera jusqu'au 19. 11 aura lieu au Crystal 
Palare, sous la direction de M. Costa. 

^*^ Mons. — On vient de jouer l'Etoile du Nord, à la grande satis- 
faction de notre public, qui a fait au chef-d'œuvre de Meyerbeer le plus 
enthousiaste accueil. MmeMassy, la cantatrice aimée des Montois, a supé- 
rieurement rendu le rôle de Catherine. De sincères éloges sont dus éga- 
lement à la basse AIzien, et au baryton Fronty, très-remarquable comme 
comédien dans le l'ôlo de Gritzonko. 

«*, Amsterdam. — Rubinstein a joué, le 1-i février, à un concert de 
la société Félix Meritis; il y a rencontré un de ces triomphes auxquel.» il 
est depuis longtemps habitué. 

.*^ Berlin. — Die Fabier (les Fabius), l'opéra en cinq actes de Lan- 
gert, qui vient d'être représenté avec tant de succès à l'Opéra royal, n'est 
point un ouvrage nouveau. Nos lecteurs se souviennent sans doute 
qu'il a été représenté l'année dernière à Cobourg, puis, sur l'invitation 
de l'intendant général des théâtres prussiens, M. de Hiilsen, remanié par 
l'auteur en vue de la représentation sur une scène plus vaste et d'un 
public plus sévère. Le sujet en a été emprunté par M. G. de Meyern 
à un drame classique de Gustave Freytag, tiré lui-même de l'histoire 
romaine. Làngert a fait, depuis son opéra la Malédiction du Barde, de 
grands progrès du côté du sentiment dramatique; on sent, dans les Fabius, 
une largeur de conception, une sûreté de main qui révèlent un maître. 
La partie sentimentale (les amours de la jeune patricienne Fabia et du 
plébéien Iciliu.s) est aussi très-heureusement traitée, avec une simplicité 
tout antique. — On a particulièrement applaudi, à la l" représentation, 
le finale du premier acte, le duo d'amour du second, les saturnales et la 
marche au troisième, le quatrième acte tout entier, enfin un autre duo 
d'amour au cinquième, ainsi que le dernier finale. Mlle Griin (Fabia), 
Woworsky (Icilius), Betz (i\Iarcus), se sont partagé les applaudissements. 
A la seconde représentation, le succès est allé encore en croissant. Après 
le quatrième acte, Langert a dû se rendre aux appels réit('rés d'une 
foule enthousiaste et paraître sur la scène. Betz, l'excellent baryton, a 
été également l'objet d'une ovation très-méritée. — M. de Hiilsen, en pré- 
sence d'un triomphe aussi décisif, a demandé à Langert un nouvel 
opéra, mais un sujet plus moderne. 

^*^ Hambourg. ~~ La troupe italienne Lorini, du théâtre Victoria de 
Berlin, donne en ce moment des représentations ici. Elle les a inaugu- 
rées avec la Traviata, Rigolelto et Norma, et de la manière la plus heu- 
reuse. Grand succès pour la Sarolta et pour le baryton Padilla, le meil- 
leur chanteur de la troupe. 

^•^ Barcelone — Grâce à Dinorah, le Liceo fait de brillantes et fruc- 
tueuses soirées. Mlle Vitali est toujours aussi charmante et aussi fêtée. 
Son jeu n'est pas moins remarquable que son chant ; dans la scène finale 
surtout, elle déploie un talent dramatique qui ne s'était pas encore révélé 
en elle à un si haut degré. 

,♦» Milan. — Pietro da Padova, opéra nouveau dû au maestro Eitore 
Fiori, a été donné avec succès au Carcano. On compte sur un bon nom- 
bre de représentations. — A la Scala, on fonde de grandes espérances 
sur Mefistofek, poëme et musique d'Arrigo Boito, qui sera représenté au 
commencement de mars. — Mlle Ostawa Tornquist, la gracieuse canta- 
trice qui a fait récemment un si heureux début dans Rigoktto, change, 
pour suivre la carrière italienne, son nom en celui de Torriani. 

^*^Varsovie. — Mlle Artôt, qui va nous quitter, avait choisi pour son bé- 
néfice la Favorite. Malgré l'absence du vice-roi et de plusieurs notabili- 
tés de l'aristocratie, la salle était comble. La célèbre cantatrice s'est sur- 
passée dans le chef-d'œuvre deDonizetti et l'enthousiasme a éclaté par des 
bravos prolongés et des rappels sans fin. Outre la somme de sept mille 
francs qu'a produite le bénéfice, Mlle Artôt a reçu en don un magnifique 
bracelet de turquoises et de brillants de plus de 3,000 francs; il était accom- 
pagné d'un bouquet des fleurs les plus rares qui avait coûté 100 rou- 
bles argent (3S0 fr.) 

^*^ Saint-Pétersbourg. — Les Huguenots, donnés pour la dernière re- 
présentation de Pauline Lucca, et au bénéfice de Mario, ont été pour les 
deux éminents artistes l'occasion d'un éclatant succès. Mario était ce 
soir-là en pleine possession de ses moyens ; quant à Pauline Lucca, elle 
ne s'était jamais montrée plus passionnée et plus dramatique. — Elle est 
partie pour Berlin, emportant de l'admiration des dilettantes russes, 
pour un mois à peu près de séjour, une preuve sonnante, c'est-à-dire 
25,000 roubles représentant 80,000 francs, outre de riches cadeaux. 
— Mme Volpini est rengagée pour trois mois, à de belles conditions 
aussi : 60,000 francs et un bénéfice. Leurs Majestés lui ont fait 
remettre une étoile d'or garnie de quarante magnifiques brillants. L'im- 
présario Merelli est venu aussi l'engager pour quelques représentations à 



Varsovie. — Crispino e la Cmnare vient d'être donné au théâtre Italien. 
L'un des auteurs, F. Ricci, qui était présent, a été rappelé trois fois. On 
a fait également de chaleureuses ovations à Mme Volpini, à Zucchini et à 
Calzolari. 



CONCERTS ET AUDITIONS MUSICALES ANNONCÉS. 

Salons Pleyel-Wolif, lundi 2 mars: concert de Mlle Dona de Potier, 
élève de Liszt, avec le concours de Mlle Castri et de MM. Telesinsky, 
Teysson et Audran. 

Salons Pleyel-Wolff, mardi 3 mars : quatrième séance populaire de mu- 
sique de chambre de MM. Ch. Lamoureux, Colblain, Adam et 
Poëncet . 

Salle Herz, vendredi G mars : grand concert donné par Ch. de Bcriot, 
avec le concours de Mme Monbelli et de M\I. Géraldy, Pagans , Si- 
ghicelli, Loys et Maton. 

Salons Pleyel-Wolff, mardi 10 mars: concert de G. Jacobi, premier vio- 
lon de l'Opéra, avec le concours de Mlle Bloch et de MM. Colin et 
Caron, de l'Opéra, et de Mlle Duval, de l'Opéra-Comique. 

Salle Herz, mercredi \\ avril : deuxième soirée de musique de chambre 
de MM. Maurin , Colblain, Mas et Dcmunck, avec le concours de 
M. C. Saint-Saëns. — Pour la première fois, quatuor de Schumann. 



s. DDFOUR. 



Chez G. BRANDVS et S. DUFOVR, éditeurs, 103, rue de RicJielieu. 



SOUVEiMR DU CASINO DE NICE 

Polka-mazurka pour le piano, composée par 

Charles Muller 

Chef d'orchestre à Nice. 
Prix: 3 fr. Ornée du dessin du Casino de Nice. Prii: 5 fr. 

TROIS BAGATELLES 



Prix : 7 fr. 50. 



Pour le pi ano , par 

M. Espargul 



Prix : 7 fr. 50. 



Fantaisie de concert sur Robert le Diable 

Composée pour le violon par D. Alard, 

Arrangée pour la flûte avec accompagnement de piano, 

Op. 54. Par J. DENEUX 10 fr. 



CARTES-PORTRAITS, AVEC MUSIQUE, PHOTOGRAPHIÉES 

Cette nouvelle collection se recommande particulièrement par ses por- 
traits tout artistiques et d'une grande ressemblance; par la perfection de 
la musique photographiée, dont les types, quoique aussi réduits que pos- 
sible, sont cependant très-lisibles; enfin par un format exceptionnel qui 
la rend vraiment portative. Rien de plus commode, en effet, que de 
pouvoir placer dans sa poche un étui renfermant vingt à trente cartes- 
musique; rien de plus gracieux à offrir comme cadeau. 

N. B. — La collection s'augmentera successivement et de façon à offrir 
le choix le plus varié. 



IHPBIMEKIE CEKTBftLE DES CHEHINS DE FEB* — A. CHAIX ET C, BUE BEBGÊBE, 30, A PABI5. 



BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 



35° Année. 



N' 10. 



8 Mars 1868. 



ON S'ABONNE : 

Danft les DépartomenU et à l'Étranger, 

chez tous les Uarchonds de Uusique, Us Libraires» 

«t aux Durcîaux dei Messageries et des Postes. 



REVUE 



PRIX DE, L'ABONNEMENT: 

Paris. 54 r. par a 

Dûpartcmcnts, Belgique et Suisse.... liO i id. 



te Journal parait te Dimanche» 



GAZETTE MUSICALE 



DE PARIS 



SOMMAIRE. — Histoire de la musique instrumentale {&' article), par Han- 
rice Cristal. — Une séance de musique intime, par Ii. Kreutzer. — 

Ministère de la maison de l'Empereur et des beaux-arts, direction générale des 
théâtres. — Nécrologie : Edouard Monnais, par Fétis père. — Revue des 
théâtres, par l>. A. D. Sniiit.Yies. — Concerts et auditions musicales 
de la semaine. — Nouvelles des théâtres lyriques. — Nouvelles diverses. — 
Concerts et auditions musicales annoncés. — Annonces. 



mSTOUlE DE U MUSIQUE INSTRUMENTALE 

(8« article) (1). 

Cependant la réputation de Bocchenni, comme compositeur et 
comme virtuose., grandissait. Sur les éloges qu'on lui en fit, l'am- 
bassadeur d'Espagne à Paris voulut l'entendre, ainsi que son com- 
pagnon de voyage, et, charmé k son tour, les pressa tous les 
deux de se rendre à Madrid, les assurant de l'accueil le plus gra- 
cieux de la part du prince des Asturies, grand amateur de musi- 
que, qui régna plus tard sous le nom de Charles IV. 

Séduit par les espérances de faveur et de fortune que lui don- 
nait son nouveau protecteur, charmé d'une proposition qui sem- 
blait lui ouvrir un splehdide avenir, Boccherini partit avec son 
ami pour la capitale de l'Espagne. Manfredi n'était venu à Ma- 
drid que dans le dessein d'amasser des richesses. Il ne négligea 
rien de ce qui lui en pouvait faire acquérir. Boccherini , plus ar- 
tiste, se préoccupa plus de sa gloire que du soin de thésauriser. 

Son début en Espagne ne fut point aussi heureux qu'il l'avait 
espéré. Il avait apporté avec lui son troisième livre de trios, Per 
la corte de Madrid, qu'il s'empressa de dédier au prince des As- 
turies. Immédiatement après il composa un concerto , A piu stro- 
menti obligati. Quel effet produisirent ces œuvres sur l'esprit du 
roi et de son fils aîné en faveur de Boccherini, on ne saurait le 
dire exactement; mais il est hors de doute que le grand compo- 
siteur n'obtint pas les distinctions promises à son mérite par 
l'ambassadeur d'Espagne. 

L'intérêt dont le roi et l'héritier présomptif l'honorèrent est 

(I) Voir les li"' 38, 40, 42, 4i, -JC de l'année 1867, cl les n"" 3 et 9. 



fort problématique. Ce fut l'infant don Louis, frère de Charles III, 
qui répara cette injustice et lui seul, naturellement, qui récolta la 
reconnaissance. On remarque en effet, dès son arrivée à Madrid, 
que Boccherini écrivit pour son protecteur six quartetti qu'il lui 
dédia en prenant le titre de « compositore e virtuoso di caméra di 
S. A. R. don Luigi infante d'Espagnia. » Tous les manuscrits de 
l'auteur reproduisent invariablement, sur leur feuille de tête, cette 
qualification unique , sans qu'il y soit fait mention d'autres per- 
sonnages jusqu'à la mort de l'infant, arrivée le 7 août 1785. A 
partir de cette époque, au contraire, on voit Boccherini étaler 
avec une sorte de complaisance les différents titres dont il était 
revêtu, et les noms de ses protecteurs nouveaux. 

Dès 1787, Boccherini travailla à peu près exclusivement pour 
Frédéric-Guillaume II, roi de Prusse, et ensuite pour Lucien Bo- 
naparte ; mais il avait trop la conscience de sa valeur, il aimait 
trop la gloire pour permettre qu'on enfouît dans la poudre d'une 
bibliothèque même royale les plus belles inspirations de sa muse. 
Il voulait que ses ouvrages fussent publiés, répandus, et ce qui le 
prouve c'est qu'en composant pour l'usage particulier, soit de 
l'infant don Louis, soit de Frédéric-Guillaume II, soit de Lucien 
Bonaparte, il envoyait indistinctement copie de toutes ses œuvres 
aux éditeurs étrangers qui possédaient sa confiance. 

Le peu de bonheur que l'illustre maître devait goûter en Espa- 
gne fut brisé par la mort de l'infant don Louis. Tant que vécut 
son protecteur, Boccherini fut à l'abri du besoin. Il connut les 
soucis d'une existence précaire dès que le prince artiste et géné- 
reux fut mort. La jalousie de Brunetti lui avait nui d'ailleurs au- 
près du roi et de l'héritier présomptif, dès les premiers temps de 
son arrivée à Madrid. 

Ce Brunetti était un violoniste non sans mérite, et chef de la 
musique du prince des Asturies. Il était compositeur agréable de 
musique frivole, et il n'avait publié que des ouvrages médiocres, 
lorsqu'à Madrid son talent se mûrit et plus tard même se trans- 
forma, en sorte que ses dernières œuvres méritent de réels éloges. 
Tout porte à croire que l'effet produit sur lui par les compositions 
de Boccherini et les conseils de ce grand musicien exercèrent la 
plus heureuse influence sur ses inspirations. Néanmoins la jalousie, 
la crainte de se voir supplanter par un homme dont la supériorité 
n'était pas contestable, le désir de ne se voir partager avec personne 



74 



UEVUE ET GAZETTE MUSICALE 



la faveur royale, lui firent payer de la plus noire ingratitude les 
services qu'il avait reçus de Boccherini. 

Le compositeur lucquois avait sur Brunelti l'avantage du génie : 
mais ce dernier, doué de l'esprit le plus raffiné et le plus adroit, 
prenait sa revanche dans l'intrigue ; souple et artificieux, il ne 
négligea rien pour lui aliéner l'esprit du prince. Le digne artiste 
voyait bien que son élève employait toute son adresse à lui nuire, 
mais il n'avait pas l'habileté nécessaire pour déjouer ses manœu- 
vres, et il crut qu'il suffisait de mépriser une conduite perverse, 
tandis qu'il eût dû la signaler à ses protecteurs et la flétrir sans 
pitié dès les premiers instants. 

Le prince des Asturies ne marqua d'abord qu'une grande froi- 
deur pour Boccherini et de l'indifférence pour sa musique; mais 
une circonstance fortuite vint donner un éclat subit aux sentiments 
de mésestime et aux préventions que Brunetti avait fait naître 
dans soi! esprit. Don Louis, oncle de "Charles IV, alors prince des 
Asturies, conduisit un jour Boccherini chez son neveu pour lui 
faire entendre de nouveaux quintettes de son maître favori. La 
musique est placée sur les pupitres. Charles prend dans la boîte, 
qui était ouverte, son archet et entame la partie des premiers vio- 
lons qu'il se réservait toujours. Dans cette partie figurait un pas- 
sage qui, pris isolément, semblait d'une certaine longueur et d'une 
complète monotonie : ut, si, ut, si. Ces deux notes, rapidement 
coulées,. se répétaient constamment. Le roi les attaque bravement, 
continue, poursuit l'invariable dessin, et, absorbé par son jeu, 
n'écoute pas les accords ingénieux introduits au-dessus comme 
au-dessous de cette pédale intérieure. Bientôt il s'impatiente, puis 
il ricane, toujours en jouant. A la fin sa mauvaise humeur prend 
le dessus et, abandonnant son violon, il se lève et s'écrie : 

— Quelle musique détestable ! le pire des élèves la ferait moins 
mauvaise ! 

Boccherini était un homme doux, poli et patient; le peu de 
courtoisie que le prince lui témoignait ne l'avait jamais découragé; 
il savait d'ailleurs quel compte il faut tenir de la faveur des 
grands, et il n'aurait jamais hasardé une de ces réponses dont l'in- 
convenance prend un caractère d'autant plus grand que le rang 
de ceux à qui elle s'adresse est plus élevé. Il se défendit donc 
avec prudence et modestie, mais non sans fermeté : 

« — Sire, dit-il, que Votre Majesté veuille bien accorder quelque 
attention aux jeux qu'exécutent le second violon et la viole, ainsi 
qu'au pizzicato que le violoncelle fait entendre en même temps. 
Le trait dont l'apparente monotonie lui déplaît varie de carac- 
tère dès que les autres instruments se mêlent au discours. 

— Plaisante conversation, répliqua aigrement le roi. Ut, si; ut, 
si, pendant une demi-heure. C'est de la musique pour rire, ou 
bien une ânerie d'écolier. 

— Pour porter un semblable jugement. Sire, il faudrait être 
musicien. » 

La réplique était méritée, mais elle était périlleuse, et l'événe- 
ment le prouva. La brutalité n'était pas chose rare chez ce prince 
qui, doué d'une force herculéenne, prenait plaisir à se mesurer 
avec des palefreniers et des portefaix, et qui prétendait imposer 
sa loi aux ministres de son père, poursuivant l'un l'épée à la main, 
accablant l'autre de soufflets, et bâlonnant lui-même un troi- 
sième. On comprend quelle furie dut déchaîner chez cet homme 
irascible et prévenu la réponse fière de Boccherini. 

« — Insolent! s'écria Charles IV, et, bondissant de colère, il 
saisit le maître par ses vêtements, l'enleva à bras tendu, le fit 
passer en dehors d'une fenêtre et le suspendit au-dessus de l'abîme, 
où il l'eût précipité sans l'intervention de la reine. 

— Sire, lui dit-elle, tout éplorée et pleine d'effroi, au nom de 
la religion et par respect de vous-même, n3 tuez pas cet homme ! » 

Rappelé à lui, le roi fit un demi-tour et rejeta violemment 



l'artiste à l'extrémité de l'appartement. Boccherini, tout contu- 
sionné, se réfugia dans une pièce voisine, et échappa ainsi 
à un retour de colère dont sans doute aucune intervention ne 
l'aurait pu sauver. — Boccherini, ainsi méconnu et dédaigné, s'oc- 
cupa de trouver hors de l'Espagne un appréciateur plus juste et 
plus éclairé. Parmi les souverains dont la musique faisait les dé- 
lices, le roi Frédéric-Guillaume II se distinguait alors autant par sa 
munificence envers les artistes que par son goût pasiionné pour 
le violoncelle dont il jouait admirablement. Boccherini songea à 
lui dédier un de ses ouvrages, ce qu'il fit par l'intermédiaire de 
l'ambassadeur de Prusse près la cour de Madrid. Il ne tarda pas 
à recevoir du roi-virtuose une lettre des plus gracieuses, accompa- 
gnée d'une superbe tabatière remplie de frédérics d'or et du di- 
plôme de compositeur de la chambre de Sa Majesté. 

A partir de ce jour, Boccherini écrivit exclusivement pour le roi Fré- 
déric-Guillaume II, comme le témoignent tous ses manuscrits de- 
puis 1787, ainsi que cette note de son catalogue thématique auto- 
graphe de la même année : « Tutti le sequenti opère sono state 
scritte espressainente per S. M. il re di Prussia. » 

MAuniCE CRISTAL. 
(La suite p)iOchai7iement.) 



UNE SËÂNCE DE MUSIQUE INTIME. 

Peut-être les lecteurs de la Gazette se souviendront-ils encore 
d'un vieux collaborateur, alors que les uns meurent, et que d'au- 
tres, délicats esprits, parlent trop rarement. 

Ce bon, ce cher, cet excellent Monnais, ce charmant homme, 
si rapidement enlevé!... Mais il faut essuyer ses larmes, et courir 
aux vivants : c'est la vie ! 

Je prends goût de plus en plus aux séances de musique intime. 
On écoute tranquillement; on peut échanger ses impressions avec 
celles de voisins intelligents. Celte boîte à torture qu'on appelle 
une stalle de concert est une vraie souffrance. Après trois heures 
de supplice, on sort l'esprit et les jambes tout endoloris. 

Dernièrement, nous étions à souhait chez M. Damcke. J'espérais 
y voir Berlioz, la tête ceinte de sa couronne de triomphateur... 
Il était parti pour Monaco, afin de dégeler un peu ses glaces de 
Russie, sous ce magnifique ciel. 

Pour nous dédommager, nous avions une excellente musique : 
d'abord un duo de M. Damcke pour piano et violoncelle. Mme 
Damcke tenait le piano. Ce duo est charmant; il a été joué en per- 
fection comme style, comme netteté de doigts et comme exacti- 
tude. Le premier morceau a les nobles allures de toute oeuvre 
classique qui se présente devant un aréopage sévère. L'adagio of- 
fre un chant ininterrompu, mais divisé dans les deux instruments; 
un chant plein de grâce scientifique, ou plutôt de science gracieuse. 
Comment concilier cette antithèse ? Ceux qui connaissent les 
grands maîtres me comprendront. Puis, vient le finale où le pro- 
fesseur s'en donne à cœur joie avec le contre -point renversé : pur 
caprice de maître. Mais cela est très-fin, très-délicat, très-spirituel, 
et point du tout savant, excepté pour les doctes qui savent re- 
trouver la haute science sous l'apparence du simple badinage. 

Mme Massart, Massart et Jacquard ont dit ensuite le trio en »-é 
de Beethoven. C'est une merveille d'originalité et de concision ; 
de l'air tissu, comme dit le poëte. Je dirais presque (n'était cet 
adagio sublime) du Beethoven heureux. Le finale est un diamant. 
Heller me le disait avec bien de la raison : c'est une ode d'Horace, 
une épigramme de Martial. El cela est bien vrai : ce finale semble 
taillé à l'emporte-pièce dans la forme d'acier du vers latin. Com- 
paraison n'est pas raison, mais presque toujours l'analogie a rai- 
son. Il faut se servir de beaucoup d'images pour exprimer les sen- 



DE PARIS. 



75 



salions que nous lait éprouver la musique, le plus indescriptible 
des arts. 

Admirable exécution, je n'ai pas besoin de le dire. Mme Mas- 
sart reine du piano! Massart jouait sur son stradivarius. « Bien 
rugi, vieux lion ! » (En ce moment je suis plein de Shakspeare.) 
Jacquard jouait sur un Bergonzi; — Bergonzi est un vieux facteur 
italien, moins connu que son maître Stradivarius. Eh bien! cette 
basse est parfaite de tout point : force et velouté. Vous me direz 
que le talent de l'artiste y était sans doute pour beaucoup, et j'en 
conviens. 

Et ensuite, Jacquard nous a joué de vraies, mais de vraies études 
de concert, remplies de mélodies et de rhythmes charmants. Mais 
où donc seront-elles gravées? Ici peut-être, et ce serait bien mon 
vœu 1 

L. KREUTZER. 



MINISTÈRE D£ U HÀISON DE L'EmPEREUR 

ET DES BEAUX-ARTS- 

DIRECTION GÉNÉRALE DES THÉÂTRES. 

Le concours, institué au théâtre impérial de l'Opéra, pour la 
composition d'un poëme destiné à être mis en musique, sera clos 
délinitivement le 15 mars présent mois. 

Les auteurs qui y auront pris part sont invités à se réunir le 
mardi 17 mars, à une heure, au ministère de la Maison de l'Em- 
pereur et des Beaux-Arts, dans le cabinet du directeur général des 
théâtres, pour élire eux-mêmes le jury chargé de juger les poëmes 
envoyés au concours. 

Ils seront admis sur la présentation du titre de leur poëme et 
de l'épigraphe annexée à leur manuscrit. 



NECROLOGIE. 

EDOUARD HONIVAIIS. 



La mort d'Edouard Monnais a frappé douloureusement à plus 
d'un titre la rédaction de la Revue et Gazette musicale de Paris. 
Non-seulement il y avait été attaché pendant trente trois ans et en 
avait été un des collaborateurs les plus actifs et les plus féconds, 
mais les précieuses qualités de son cœur et de son esprit lui 
avaient conquis l'amitié dévouée des fondateurs et propriétaires de 
cette tribune de l'art, ainsi que l'estime de ses confrères en criti- 
que. Doué de bienveillance naturelle, distingué dans ses manières, 
et toujours retenu dans les limites d'uns exquise politesse lorsque 
ses convictions ne lui permettaient pas d'être élogieux, il ne comp- 
tait que des amis. Les regrets de tous l'ont suivi dans la tombe. 

Guillaume-Edouard-Désiré Monnais était né à Paris le 27 mai 
1798, et touchait à sa soixante-dixième année. Ses études avaient 
été plus littéraires que musicales; il est même douteux qu'il ait 
jamais effleuré celles-ci, car il était destiné au barreau, et fut reçu 
avocat en 1828. Préférant la carrière des lettres à toute autre, dès 
l'âge de vingt ans il essaya sa plume dans plusieurs journaux, 
sans être attaché spécialement à aucun. Plus tard, séduit par les 
succès de la scène, il s'y hasarda et donna en collaboration à divers 
théâtres : Midi ou l'Abdication d'une femme, — le Futur de la 
Grand' Maman, — la Première Cause, — la Contre- Lettre, — les 
Trois Catherine, — la Dédaigneuse, — le Chevalier servant, — Un 
Ménage parisien, — le Cent-Suisse (à l'Opéra-Comique) , — Sullana 
(idem). Cependant des travaux plus sérieux préoccupèrent Edouard 
Monnais à la même époque, car il prit part aux ouvrages de Mar- 
changy et de Tissot, pour lesquels il lit de grandes recherches, et 



il dirigea les Ephémérides universelles, dont il publia 13 volumes 
in-S». 

Entré dans la rédaction du Courrier français, au mois de 
juillet 1832, pour y rédiger le feuilleton des théâtres, il se fit dès 
lors remarquer par la solidité de sa critique ainsi que par l'élé- 
gance de son style. Sollicité en 1835 de prendre part à la rédac- 
tion de la Gazette musicale, il accepta cette proposition; cependant 
sa position au Courrier français l'obligea de n'y paraître que sous 
le pseudonyme de Paul Smith. Les articles qu'il y a fait insérer 
dans l'espace de plus de trente ans sont en nombre très-considé- 
rable. Ainsi qu'il a été dit tout à l'heure, Monnais n'était pas mu- 
sicien, ce qui l'obligea, dans les premiers temps, de faire de la critique 
un peu à côté de l'objet principal d'un journal spécial de musique. 
Il y publiait en feuilletons des nouvelles ou romans dont les sujets 
se rattachaient d'une manière plus ou moins directe à cet art. Les 
titres de ces nouvelles, qui parurent ensuite en volumes, sont : 
1° Esquisses de la vie d'artiste; 2° Portefeuille de deux cantatrices; 
3" les Sept notes de la gamme. Ainsi qu'il arrive toujours d'un 
homme bien organisé, l'habitude d'entendre, de comparer, d'ana- 
lyser, fit acquérir par degrés à Monnais la rectitude de jugement 
nécessaire pour bien parler de la musique, au moins dans les 
impressions générales qu'elle produit. Les circonstances, d'ailleurs, 
le secondèrent. Ayant été nommé, en 1840, commissaire du gou- 
vernement près les théâtres lyriques et du Conservatoire de mu- 
sique ; prenant part aux travaux du comité d'enseignement de cette 
école, et incessamment en relation avec les grands artistes qui en 
ont fait partie, il acquit par là une connaissance suffisante des choses 
dont il avait à traiter dans sa critique, et son intelligence, son bon 
sens, lui venant en aide, il fit remarquer dans ses comptes rendus 
des productions de l'art une justesse d'aperçus que relèvent la 
politesse du langage et l'urbanité de la forme. 

Monnais a fourni quelques articles de critique musicale à la Re- 
vue contemporaine sous le pseudonyme de Wilhelm. Dans les 
années 1851, 1853, 1859 et 1862,. il a été chargé d'écrire les 
poëmes des cantates destinées aux grands concours de composition 
musicale, qui étaient alors jugés par l'Académie des beaux-arts de 
l'Institut de France ; ces ouvrages ont pour titre : le Prisonnier, 
le Rocher d'Appenzell; Bajazet et le joueur de flûte, Louise de 
Mazières. 

Le dernier travail de Monnais a été une monographie de Charles- 
Marie de Weber, d'après le livre allemand publié par M. Max- 
Marie de Weber, fils du célèbre artiste. Insérée en variétés dans 
la Revue et Gazette musicale, cette monographie n'est malheureu- 
sement pas achevée. 

Dans ce dernier hommage rendu à la mémoire d'un homme 
excellent et d'un écrivain distingué, je n'ai pas eu le dessein de 
faire un panégyrique : j'ai dit simplement ce que fut Monnais 
comme homme et comme critique. Ceux qui le connurent, c'est-à- 
dire ses amis, me rendront cette justice que je n'ai exagéré ni son 
mérite, ni les regrets inspirés par sa mort. 

FÉTIS père. 



REVUE DES THÉÂTRES. , 

Odéok : Reprise de Kean. — Porte-Saint-Martin : La Jeunesse des 
Mousquetaires. — Gaité : La Reine Margot. — Gymnase : Un 
mari comme on en voit peu, comédie en un acte par M. Léon 
Desrosiers; Comme elles sont toutes, comédie en un acte par 
M. Charles Narrey. — Vaudeville : Les Rivales, comédie en 
quatre actes, par M. Amédée Rolland. — Variétés : Reprise de 
la Grande-Duchesse de Gérolstein. — Palais-Royal : Paul Faut- 



76 



REVUE ET GAZETTE MUSICALE 



rester, parodie par MM. Siraudin et Marc-Leprévôt. — Théatre- 
Déjazet : Le Genièvre de Bréhant, vaudeville-revue en trois ta- 
bleaux, par M. Flor O'Squarr. 

Quand les théâtres oîi le drame domine se trouvent dans un mo- 
ment d'embarras, ils ont recours aux vieilles œuvres d'Alexandre 
Dumas, et presque toujours ils n'ont qu'à se louer de l'expédient. 
Il y a une telle puissance, une telle vitalité dans la plupart des 
productions de ce maître des dramaturges, que le public ne se 
lasse pas, dans une certaine mesure, de leur prodiguer ses écus et 
ses applaudissements. Hier, le petit théâtre de Cluny affirmait son 
existence par la reprise à'Antomj, aujourd'hui trois théâtres à la 
fois étalent le nom magique d'Alexandre Dumas sur leurs affiches, 
et tous trois font d'excellentes recettes. 

A rudéon, c'est Kean que la direction a choisi et monté avec 
le plus grand soin. Le souvenir de Frederick- Lemaître, dans ce 
rôle multiple, dont les phases se résument dans ces deux mots : 
Désordre et génie, serait écrasant pour tout autre comédien que 
Berton. Mais, sans avoir l'ampleur, l'autorité souveraine de son 
prédécesseur, Berton possède d'éminentes qualités qui lui permet- 
tent d'alfronter les périls de la comparaison. Si ses effets ne sont 
pas les mêmes que ceux de Frédérick-Lemaître, il en trouve l'équi- 
valent dans toutes les parties du drame qui demandent de la dis- 
tinction, de la jeunesse et de la passion. A côté de lui, Reynald 
se fait remarquer dans le personnage du prince de Galles, et 
Mlle Sarali Bernhardt dans le rôle d'Anna Daniby. 

— Pour réunir en un seul faisceau les lauriers d'Alexandre Du- 
mas, disons tout de suite que la Jeunesse des Mousquetaires a re- 
paru triomphalement à la Porte-Saint-Marlin, avec Mélingue dans 
le rôle de d'Artagnan, Tisserant dans celui d'Athos, et Mme Vigne 
dans celui de Milady. 

— Le succès de la Reine Margot n'a pas été moins éclatant à la 
Gaîté, oi!i Coconas est joué par Dumaine, Charles IX par Lacres- 
sonnière, et où les principaux rôles de femmes sont parfaitement 
remplis par Mlles Jane Essler, Céline Montaland et Mme Lacroix. 

— Le Gymnase, sans renoncer au Comte Jacques ni à Miss Su- 
zanne qui n'ont pas dit leur dernier mot, a complété l'attrait de 
ce spectacle par deux petites pièces nouvelles, dont la réussite n'a 
pas été douteuse. Il faut cependant constater une légère différence 
dans l'accueil fait à chacune d'elles. La première. Un Mari comme 
on en voit peu, est une comédie à poudre, dont l'allure est passa- 
blement surannée. On y voit un financier, épais et lourd en appa- 
rence, qui a une jeune femme placée entre l'amour ardent d'un 
petit-cousin et les redoutables poursuites d'un grand seigneur. En 
dépit de son enveloppe ridicule et vulgaire, le mari trouve moyen 
d'éconduire ses deux rivaux et de rester seul et unique possesseur 
de sa gentille moitié. C'est Pradeau qui joue le rôle du financier, 
et qui soutient cette comédie. 

La seconde, d'un mérite plus réel, n'a pas besoin d'autre appui 
qu'elle-même. Néanmoins, quelques portraits de femmes, agréable- 
ment tracés, donnent-ils le droit à l'auteur de s'écrier : Voilà 
Comme elles S07it toutes? C'est là une prétention qui frise le para- 
dose, et, en fin de compte, la comédie de M. Charles Narrey a 
soin de se donner à elle-même un démenti formel. Deux jeunes 
dames, dont les caractères forment le plus piquant contraste, se 
disputent le cœur d'un homme du meilleur monde, et, par rémi- 
niscence d'une aventure du siècle dernier, elles en appelleraient 
volontiers au sort des armes si elles n'avaient peur de se défigurer, 
lorsque soudain le tendre objet de cette guerre à mort paraît et 
fait un faux pas qui prête à rire aux deux antagonistes. Du même 
coup, le voile est déchiré, mais il y a là une troisième femme qui 
n'a pas ri de cette chute malséante et qui, comme le troisième 
larron de la fable, s'accommode du butin en litige. Toutes les 



femmes ne se ressemblent donc pas I A cette réserve près, la pièce 
de M. Narrey est charmante et a été très-vivement applaudie. 
Elle est d'ailleurs fort bien interprétée par Porel, ainsi que par 
Mlles Pierson et Angelo. 

— Le Vaudeville a été moins heureux avec les Rivales, de 
M. Amédée Rolland. Elles sont moins gaies en effet que celles du 
Gymnase, et l'homme qui les divise est bien plus ridicule que 
celui de Comme elles sont toutes, quoiqu'il ne se laisse pas choir 
à temps. C'est un M. de Fresnes qui vient retrouver en Bretagne 
deux jeunes cousines, Adrienne et Berthe, dont la première semble 
destinée à devenir sa femme. Mais la vue de Berthe change les 
dispositions de M. de Fresnes; il ne veut plus entendre parler 
d'Adriennc, et la situation se complique d'une troisième femme 
qui vient à son tour jeter ses droits dans la balance. Berthe est 
bien près de succomber dans cette lutte inégale, mais un dénoû- 
ment anodin arrange tout à la satisfaction de chacune et M. de 
Fresnes se marie selon son goût et sa convenance. 

Cette pièce malencontreuse n'a pas moins de quatre actes, dont 
les deux premiers ont été écoutés dans un morne silence, et dont 
les deux autres ont provoqué plus d'un rire ironique. Les princi- 
paux rôles sont pourtant bien joués par Mme Doche,par Mlle Cel- 
lier et par Desrieux. Mais que faire d'une série de situations im- 
possibles et présentées parfois d'une façon puérile? Seul, Saint- 
Germain est parvenu à tirer un bon parti du personnage d'un 
maître clerc de notaire qui veut à tout prix conquérir une étude. 
Ce tj'pe aurait peut-être pu sauver la pièce s'il avait eu plus 
d'importance. 

— Citons, pour mémoire, une parodie de Paul Forestier qui se 
joue au Palais-Royal sous le titre de Paul Faut-Rester, et qui, à 
la faveur des cocasseries de Brasseur, de Luguet et de Lassoucbe, 
se maintient sans trop de désavantage à côté des Jocrisses de l'a- 
mour. 

— Une parodie, inspirée par la Geneviève de Brabant de l'uni- 
versel Offenbach, attire du monde au Théâtre-Déjazet. Le Genièvre 
de Bréhant n'est du reste qu'un prétexte pour défrayer les trois 
tableaux d'une l'evue qui embrasse toutes les actualités du jour. 

D. A. D. SAINT-YVES. 



CONCERTS ET AUDITIONS DUSICÂLES DE LÀ SEUIÂINE. 

»*4 Des quatre concerts annoncés pour cet hiver aui Tuileries, le 
premier a eu lieu lundi dernier 2 mars. Mme Neruda-Norman, dans la 
fantaisie - caprice de Vieuxtemps, a été accueillie par des suffrages una- 
nimes; nous signalerons encore, parmi les morceaux exécutés, un 
chœur de Mdise, l'air de l'Ombre du Pardon de Floërmel, dit d'une façon 
ravissante par Mme Marie Cabel et le quatuor de Martlia, qui, chanté par 
Mlles Nilsson et Roze, MM. Capoul et Crosti, a produit le meilleur effet, 
enfin plusieurs morceaux de la nouvelle partition d'Auber , le Premier 
lourde bonheur. — Demain lundi second concert, avec Mme Carvalho et 
Capoul ; mardi 17, troisième concert avec les principaux artistes de l'O- 
péra ; enfin lundi 23, quatrième concert avec Mlle Patti, Grossi et plu- 
sieurs artistes des Italiens. 

^*i; Parmi les concerts aristocratiques, nous mentionnerons encore celui 
de M. de Nieuwerkerke, où nous retrouvons Mme Norman-Neruda et son 
magique archet, et où Mlle Angèle Cordier a supérieurement dit l'air 
de i< l'Ombre » du Pardon de Ploërmet, puis celui du duc de Galliera, dont 
Vivier et Adelioa Patti se sont partagé les honneurs ; on a y particulière- 
ment applaudi la suave élégie du célèbre corniste, intitulée la Plainte, oùle 
cor et la voix se fondent en un harmonieux ensemble, et où le mélan- 
colique instrument fait entendre des accords de trois et quatre sons. 
Vivier y a obtenu un véritable triomphe. On a acclamé également Gar- 
doni et Steller dans le duo de Dinorah. —Vivier n'a pas été moins fêté 
dans le beau concert donné mercredi chez la duchesse Pozzo di Borgo, 
et où il a exécuté la Sérénade de Schubert accompagnée par la harpe et 
la romance de Joseph. — Dans cette même réunion, Gardoni a délicie,u- 
sement chanté la romance de Martha et Mlle Harris l'air de la Flûte 
enchantée. 



DE PARIS. 



77 



:»*, Le concert populaire de dimanche a consacré pour la troisième 
fois l'immense talent de Mme Norman-Neruda. La célèbre violoniste y a 
joué, sur l'invitation de J. Pasdeloup, la Gcsamjs-scene (scène de chant, 
huitième concerto) de Spohr. Très-probablement, Mme Neruda n'aurait 
pas donné la préférence à ce morceau qui, malgré les beautés qu'il ren ■ 
ferme, offre une assez grande sécheresse; mais tel quel, il a été exécuté 
de façon à soulever en faveur de la virtuose les bravos les plus enthou- 
siastes. — Nous constatons aussi avec grand plaisir l'accueil très-favo- 
rable fait aux fragments de Faust, de Berlioz. L'auditoire a été unanime 
pour les applaudir. 

^*^ Les artistes qui prêtent avec tant de. bonne grâce un concours tout 
à fait désintéressé aux soirées organisées par les sociétés de bienfaisance 
méritent plus que tous les autres nos éloges, surtout quand ils joignent à 
la charité le charme d'un réel talent. Citons aujourd'hui deux noms fé- 
minins à la suilo du concert donné pour l'Orphelinat de Sainte-Marie. 
Mlle Angèle Godefroid, de l'Upéra, dont les fréquentes auditions parmi 
les Sociétés pliilharmoniques de province développent chaque jour de plus 
en plus la voix bien timbrée et l'heureuse méthode, s'est fait applaudir 
dans l'air de Robert, la Polonaise de Jéruiatem, et, avec M. Shattman, 
un jeune ténor, dans le duo des Dragons de Villars. Mlle Célestine Meyer 
a été l'éclat de rire sonore et le gracieux mot de la fin en disant avec une 
verve toujours distinguée de ravissantes chansonnettes et en jouant avec 
M. Lamotte En wagun, de Verconsin, de façon à marquer sa place sur 
une de nos premières scènes de genre parisiennes. 

*■*» La troisième matinée de Mme Clara Pfeifïer ne le cédait point en 
intérêt aux deux précédentes. L'éminente artiste y était représentée 
comme compositeur par un nocturne en ut dièse mineur, charmant 
petit poëme élégiaque que nous ne connaissions pas encore, et qu'a fort 
bien exécuté une de ses élèves, Mlle Marguerite R... Mme Clara Pfeiffer 
a joué elle-même deux jolis morceaux de B. Damcke, Complainte et les 
Cloches, et une mazurka de Chopin ; c'est toujours le talent fin et délicat, 
la savante attaque de la touche que tout le monde admire. Georges 
Pfeiffer (qui, il est bon de le dire, donne aujourd'hui même à la salle 
Pleyel une audition de ses œuvres) a exécuté, avec sa maestria habi- 
tuelle, sa brillante fantaisie sur Faust, et une sonate de Mozart avec 
M. de Cuvillon. Le chant (duo de Mignon, duetto de Saint-Saëns, sonnet- 
élégie de G. Pfeiffer) était dignement repré.senté par le baryton Archaini- 
baud et Ml!e Pauline Doré. 

^% Mercredi dernier, nous avons renouvelé connaissance à la salle 
Erard avec un sérieux et sympathique talent. M. Gennaro Perelli, un 
habile pianiste, doublé d'un compositeur de très-grand mérite, a fait 
entendre plusieurs de ses œuvres : c'est d'abord un concerto en sol mi- 
neur, plein d'idées intéressantes, d'effets neufs et variés, où l'instrument 
est traité brillamment et savamment; c'est ensuite une Pensée mélodique 
et un Rondo fantasiico, deux ravissants morceaux que nous croyons 
appelés au succès; c'est enfin un Capriccio alla mazurka, plein de verve, 
brillant sans vulgarité et qui a terminé le concert en laissant une excel- 
lente impression. M. Perelli vient certainement de se placer très haut 
dans l'estime des artistes et des gens de goût. 

:f*:t Le concert de M. Edouard Colonne a eu lieu vendredi. Nous regret- 
tons que le défaut d'espace ne nous permette pas d'en donner les détails, 
mais nous enregistrons toujours avec plaisir les succès remportés par cet 
excellent artiste, qui a pris rang depuis longtemps parmi nos meilleurs 
violonistes, et qui interprète la musique de chambre d'une façon si 
remarquable. Un mécanisme sûr, une grande pureté de son, beaucoup 
de délicatesse, telles sont les principales qualités qu'on retrouve chez 
lui, à chaque nouvelle audition plus accusées et plus complètes. 

„,■** Tout concourait pour faire du dernier vendredi de Mme Oscar 
Comettant, notre éminente cantatrice-professeur à Versailles, une fête 
exceptionnelle : les talents réunis de la maîtresse de la maison, de la 
jeune violoniste Marie Tayau, de Mlle Holmes, une jeune pianiste-com- 
positeur qui fera parler d'elle, etc. Le choix des morceaux exécutés a 
laissé aux nombreux invités de Mme Comettant la plus heureuse et la 
plus durable impression. Elle s'est fait entendre dans un air de Don 
Carlos et la chanson des Djinns d'Auber, qu'elle a dfl répéter ; jamais 
sa magnifique voix n'avait produit plus d'eftet. 

^*t Ajoutons à cette longue nomenclature de concerts ceux de deux 
pianistes d'un réel mérite, Mlles de Latapie et Dona de Potier, — cette 
dernière, élève de Liszt ei quoique jeune, déjà célèbre en Allemagne, — 
qui toutes deux paraissent devoir prendre un rang honorable dans l'ar- 
mée si nombreuse des virtuoses du clavier. 

^*,^ Une famille artistique digne du plus grand intérêt, M. Frémeaux 
et ses trois enfants, excitent en ce moment l'attention du public musical. 
Les trois jeunes prodiges (trois à la fois, cela ne s'est pas encore vu) 
sont âgés de neuf, onze, treize ans, et jouent: Paul, du violoncelle, Al- 
bert, du violon, et Jeanne, du piano, avec un talent tout à fait précoce, 
on pourrait dire déjà formé. Paul, notamment, se distingue par une or- 
ganisation musicale, une facilité et une mémoire prodigieuses. C'est à 
leur père et au conservatoire de Marseille, oii il était professeur, que ces 
charmants enfants doivent ce qu'ils savent. Ils ont donné le 2i février 
à Saint-Gcrmain-cn-Laye, dans la salie des Arts, un très-beau concert, 
dont le chef de la musique de la ville, M. AUard, avait l'initiative et la 



direction. Ils ont récolté une ample moisson de bravos, qui ne sont sans 
doute que le prélude des succès qui h s attendent sur les scènes plus 
importanics où ils pourront se produire. 

^*», De la province nous arrive l'écho d(!S appbiudisscmenLs qui saluent, 
partout où elle se fait entendre, la Compagnie musicale Ulmann-Patti. Les 
éminents artistes qui la composent ont tout particulièrement excité l'en- 
thousiasme des Lyonnais. A l'issue du concert où Seligmann avait joué 
avec toule son âme l'Éloge des larmes, de nombreux jeunes gens, réunis 
devant son hôtel l'ont acclamé, et se sont faits près de lui les interprètes 
de la satisfaction de toute l'assistance. Malheureusement, la nouvelle im- 
prévue d'un triste événement est venue interrompre pendant deux ou 
trois jours à Marseille le cours de ces beaux concerts. Le beau-frère de 
Carlotta Patti, M. Scola, venait en effet de se trouver subitement 
atteint d'accès nerveux qui ont nécessité son transfert immédiat dans 
une maison de santé spéciale de Milan. 

:t*.^; A l'exemple des principales villes de France, Rennes a organisé 
des concerts populaires de musique classique. Chaque dimanche, Haydn, 
Mozart, Beethoven, Mendelssohn, interprétés par des artistes de talent, 
viennent en aide aux misères de la vieille capitale de la duché de Bre- 
tagne. 

a,** Voici le programme du concert que donne aujourd'hui dimanche 
la Société des concerts du Conservatoire : 1° .symphonie en sol mineur 
de Mozart; —2° 42"^ psaume (1'" audition) de Mendelssohn. Traduction 
de M. Nuitter; chœur, air, choral, récitatif et quintette, chœur final; 
le solo sera chanté par Mlle Mauduit; •— 3° 1" concerto en ut majeur, 
pour piano, de Beethoven, exécuté par Mme Montigny - Remaury; 
— 4° ouverture, avec chœurs, du Pardon de Ploërmel de Meyerbeer.— Le 
concert sera dirigé par M. George Hainl. 

s** 'Aujourd'hui dimanche, à 2 heures, au cirque Napoléon, dix-neu- 
vième concert populaire de musique classique, sous la direction de 
J. Pasdeloup. En voici le programme : 1* symphonie en si bémol 
(op. 20), de Niels W. Gade (allegro, andante, scherzo, finale); — 2» ada- 
gio du quintette en sol mineur de Mozart, exécuté par tous les instru- 
ments à cordes; — 3° symphonie pastorale de Beethoven; — i" gavotte 
de J.-S. Bach; —3° marche religieuse de Loliengrin de R. Wagner. 

»** Dimanche prochain 13 mars, à 2 heures précises, une solennité 
musicale très-intéressante aura lieu dans la salle He-t-z au bénéfice de la 
Crèche du Quartier des Journaux (2» arrondissement). On y exécutera, 
entre autres morceaux de choix : le Parnasse, de Raphaël, ravissant 
solo de violon joué par une jeune fille, Mlle Nelly Guibert, avec accom- 
pagnement d'un chœur d'hommes et de femmes; les Chérubins, be\le 
inspiration de Borniantski , le cygne de la chapelle des Czars.— Crosti, 
Potel, Sainte-Foy, Mlle Marie Heilbron, de l'Opéra-Comique, la déli- 
cieuse cantatrice Lavini, de Barcelone, Mlle Marie Secretan, la brillante 
élève de Herz, Louis Magner, Robins et Hollebecke, les colonnes de la 
fanfare Sax, tel est le personnel qui se fera entendre au profit de la 
crèche ouverte depuis deux ans en faveur des femmes d'employés et des 
plieuses de journaux. — On trouvera des billets au prix de 10, 6, A et 
2 fr. à la mairie du 2» arrondissement, salle Herz, et chez M. A. Ehvart, 
organisateur de cette bonne œuvre. 

^*^ Entre tous les concerts delà saison de 1868, signalons d'une façon 
toute particulière celui qui est annoncé, dans les salons Erard, mercredi 
prochain 11 mars, par la jeune et belle virtuose TeresaCarreno, la digne 
émule de Liszt et Thalberg. Elle fera entendre à son concert non -seule- 
ment la musique des maîtres du piano, mais aussi ses remarquables 
compositions. Au nombre des artistes qui prêteront le concours de leur 
talent à Teresa Carreno, on cite : Mlle Marimon, M.M. Delle-Sedie, 
Lefébure-Wély, Sarasate et Servantes. De plus, on entendra des contes de 
Nadaud récités par Coquelin, de la Comédie Française. 

^*^ Les sœurs Pellini, dont nous avons souvent parlé et que leur ta- 
lent sympathique fitit rechercher dans toutes les réunions musicales arisr 
tocraliques ou publiques, vont donner, avec le pianiste Kowalskî, un grand 
concert à la salle Herz. 

^*^ Ce soir à 8 heures i/2, Mme Ernst, la veuve du célèbre violoniste, 
dont on se rappelle les lectures intéressantes à l'Athénée, donne , dans 
la salle du boulevard des Capucines, n° 8, une conférence dont les œu- 
vres de Victor Hugo, Alf. de Musset, Th. Gautier, etc., .feront les frais. 
Un nombreux auditoire est assuré d'avance à Mme Ernst. 

:^*if, Mme Norman-Neruda, après ses succès au concert Pasdeloup, à la 
cour et au Louvre, vient de quitter Paris pour remplir divers engage- 
ments qu'elle a acceptés en Hollande. La grande artiste sera de retour 
à Paris dans une dizaine de jours, et elle y donnera le 26 mars un con- 
cert dans la s-alle Herz. 

^*^, Rubinstein récolte en ce moment les plus brillantes ovations en 
Hollande et en Belgique ; il doit jouer au huitième et dernier concert 
populaire de musique classique, qui a lieu aujourd'hui à Bruxelles. 

^*4 Les frères Guidon, sollicités par les soirées musicales du Carême, 
nous reviennent de Monaco et de Nice où ils ont passé une partie de 
l'hiver, interprétant leur répertoire si varié, de duos, chansons, comédies 
et opérettes qui, sur le littoral méditerranéen comme dans les salons de 
Paris, leur ont valu les plus légitimes .succès. 



REVUE ET GAZETTE MUSICALE 



,*4 Joseph Rubinstein, jeune pianiste russe, qui, pendant plusieurs 
années, a séjourné à Vienne, où il a obtenu de très-grands succès, vient 
d'arriver :\ Paris, où il se propose de se faire entendre. 

^*, L'cminent pianiste A. Billet nous informe que M. et Mme Guz- 
man, dont on a pu apprécier le beau talent au concert donné par eux, 
jeudi de la semaine dernière, sont ses élèves et n'ont jamais eu d'autre 
maître que lui. Nous n'en sommes nullement étonnés et chacun sait que 
les élèves formés par M. Billet deviennent promptement des maîtres. 



NOUVEllES DES THÉÂTRES lYRIQUES. 

,** Le théâtre impérial de l'Opéra a donné lundi et vendredi de cette 
semaine : deux fois la Muette de Portici, — mercredi le Trouvère et le 
Marché des Innocents.— h. Vd représentation précédente du Trouvère, la di- 
rection, informée que Caron, subitement indisposé, ne pouvait jouer, avait 
prié M. Maurel, premier prix do chant aux derniers concours du Con- 
servatoire, engagé à l'Opéra et qui y attendait ses débuts, de remplacer 
Caron dans le rôle du comte de Luna. Quoique pris au dépourvu et 
forcé de jouer au pied levé «t sans répétition, le jeune artiste n'a pas 
hésité à répondre à l'invitation de M. Perrin, et, malgré une émotion 
bien naturelle, il a dit avec beaucoup de talent sa cavatine et sa partie 
dans le duo du quatrième acte. 11 a donc été fort bien accueilli et 
tràs-encouragé. L'éprouve répétée mercredi lui a été encore plus favorable 
et on Pa fort applaudi. M. Maurel est d'ailleurs doué d'un physique 
agréable; il a de la distinction et il fera certainement son chemin. 

*** Au moment où nous mettons sous presse a lieu, avec costumes et 
décors, la répétition générale d'Hamlcl, dont la première représentation est 
fixée à demain lundi. 

^*^ Lundi dernier, POpéra-Comique a présenté dans le rôle de Zampa 
un ténor que l'on avait connu à l'Opéra, et que, depuis, les théâtres de 
province ont apprécié. M. Hayct, dont la voix n'est plus jeune, possède 
de sérieuses qualités de chanteur et une grande expérience de la scène. 
Ce début, peu éclatant, servira néanmoins la carrière de cet artiste. — 
On répèle, en outre, à ce théâtre Popéra de M. Samuel David, la Part 
du niable, de M. Auber, le Docteur Mirobolan, de M. Eugène Gautier 
et le Café du. Roi, opéra de M. Dcffès, joué primitivement au théâtre 
Lyrique. 

^** La direction a reçu de Mme Sand le poëme d'un opéra-comique 
en trois actes, la Petite Fadctte, tiré d'un roman de l'auteur dont M. T. 
Semet compose la musique. 

»■** Le succès du Premier Jour de bonheur a .déterminé MM. d'En- 
nery et Cormon à se mettre de suite à l'œuvre pour écrire le livret d'un 
nouvel opéra-comique, dont ils espèrent que M. Auber consentira à com- 
poser la musique. L'illustre auteur de la Muette se rendra-t-il aux instan- 
ces de ses deux heureux collaborateurs? Voilà la question. 

^*;KMontaubry est attendu à Toulouse, où il doit chanter, entre autres 
ouvrages de son répertoire, Faust et Roméo. 

^*^ Adelina Patti, de retour de Lille, dont elle a enthousiasmé les 
habitants et où elle a fait à la représentation de Fau.^t •15,0IK) fr. de re- 
cette, était de retour à Paris mercredi et elle a chanté jeudi la Traviata. 
^Mardi on avait donné la Sonnambula avec Mlle Harris, qui s'y est mon- 
trée charmante , et hier les époux Tiberini ont fait leurs débuts dans 
Matilda di Shabran. Nous en rendrons compte dans notre prochain nu- 
méro . 

a;*^ Aujourd'hui a lieu, à prix doublés, la représentation extraordinaire 
organisée au bénéfice de l'œuvre des écoles de Saint-Joseph, et dans la- 
quelle la diva chantera pour la première fois à Paris le rôle de Leonora du 
Trovatore. 

^*^ L'engagement de Gardoni est expiré et n'a pas été jusqu'à présent 
renouvelé. 

^*^ Les préparatifs de l'installation de M. Carvalho au théâtre Venta- 
dour se poursuivent avec activité, et il se pourrait que l'inauguration 
de son répertoire s'y fit, dès mercredi 11, par Faust, interprété par 
Mme Carvalho, MM. Massy, Troy, Lutz et Mlle Daram. A cet effet, 
Mme Carvalho a clos ses représentations hier par la Fanchonnette sur 
la scène du théâtre Lyrique.— Cette installation sera d'ailleurs complète- 
ment distincte comme administration, répétitions, matériel et personnel 
de celle du théâtre Italien, et de son côté le théâtre Lyrique n'aura nulle- 
ment à souffrir de la double exploitation. Au contraire, si Mme Carvalho 
semble devoir consacrer plus spécialement son talent à la scène nouvelle, 
la direction augmente considérablement le nombre de ses artistes. Ainsi, 
entre autres engagements nouveaux qu'elle vient de faire, il faut men- 
tionner ceux de Mlle Marimon, qui prendra le rôle de la Reine de la 
Nuit dans la Flûte enchantée, et qui chantera sur les deux scènes; de 
Rosa Formés, dont la voix de soprano est, dit-on, fort remarquable, et 
qui débutera dans Rigoletto; de l'excellent Meillet, qui compta de nom- 
breux succès à l'ancien théâtre Lyrique; du ténor Duchène, élève de M. 
Nicole Lablache, et enfin probablement aussi, de Mme Galli-Marié dont il 



e.«t fort question.— La scène du Châtelet s'occupe, en attendant, sans re- 
lâche, d'une brillante reprise des Noces de Figaro et de VElisabeth de Hon- 
grie de M. Jules Béer, pour Mlle Schroeder. — M. Carvalho a adopté le 
titre de Théâtre de la Renaissance pour les jours où il jouera. — Les 
prix du théâtre de la Renaissance seront les mêmes que ceux du théâtre 
Lyrique actuel, et ceux de ce dernier seront prochainement réduits. 

if*^ Martha, très-bien interprétée par Mlle Daram, Mlle Rouvray, 
Bosquin, Troy et Wartel, est toujours une des pièces les plus suivies du 
répertoire au théâtre Lyrique; aussi y est-elle fréquemment représentée. 
Vendredi la salle était pleine et la charmante musique de Flotow a reçu 
les plus chaleureux applaudissements. 

if*if Lundi dernier, la Grande-Duchesse a fait une rentrée triomphale 
en son féal théâtre des Variétés. La seconde, représentation de la reprise 
s'accentuait déjà par i,199 francs de recette, et la salle est louée 
jusqu'à la douzième. Ainsi qu'aux beaux soirs du début de la pièce et 
comme si elle n'avait pas été jouée deux cents fois et plus, le public on 
applaudit tous les morceaux et bisse, notamment, un air nouveau, com- 
posé pour cette reprise, au troisième acte. Rêvant sous les lambris qui pour- 
raient redire tant de... choses, la souveraine de Gérolstein déplore que 
sa destinée la pousse à faire mourir le beau soldat qu'elle aime et à se 
plonger dans le crime, alors qu'elle a reçu du ciel un si citarmant petit 
naturel. Cette Méditation, empreinte d'un caractère mélodramatique du 
plus comique effet, rattrapera bien vite sur le chemin de la popularité 
la fameuse Déclaration. — Grenier, Kopp, Christian ont repris leurs rôles 
avec un brio à faire croire que c'est d'hier que date la première. 
Mlle Schneider et Dupuis chantent et jouent... Mais tout a été dit sur 
cette verve étourdissante, sur cette finesse d'intentions et de souligne- 
ments toujours nouvelles. Entrain général, gaieté communicative ; pour 
ceux qui jouent, pour ceux qui écoutent, la fête est complète! 

,*» Le jeune Alfred Audran,dont nous mentionnions tout récemment 
les heureux débuts dans les salons de Paris, vient de se produire au 
théâtre de l'Athénée dans le Train des maris . Le jeune artiste, pour la 
première fois qu'il paraissait on public, s'est très-bien tiré de cette 
épreuve et, dans un rôle qui exige en même temps du comique et de la 
tenue, il a fait preuve de tact et d'intelligence. 

^.*,ii Le succès de Rohinson Crusoé s'accentue de plus en plus à Lyon : 
les airs en sont chantés dans les rues et y deviennent populaires. La 
direction et les artistes, Mlles Corlez, Mézeray, Douau, MM. Peschard, 
Barbot, Feret, ont rencontré dans l'œuvre d'Offenbach un succès du 
meilleur aloi. 

J'tj, On annonce, à Troyes, les représentations très-prochaines de la 
Grande-Duchesse avec M. Carrier, le désopilant ténor comique qui, l'année 
dernière, a obtenu un si grand succès sur cette scène. Caen Papplau- 
dissait avec enthoisiasme, il y a huit jours, avec Mlle Géraldine dans 
l'œuvre populaire d'Offenbach. 

i,*^ On parle de M. Halanzier pour la direction du Grand-Théâtre de 
Bordeaux pour la prochaine campagne. 

*'*4,. La Grande -Duchesse est en ce moment représentée à Rome par 
une compagnie française; la censure pontificale, si sévère pour les pièces 
italiennes et de provenance étrangère, a bénévolement fermé les yeux sur 
les spirituelles excentricités du duché de Gérolstein. Chaque soir, l'aristo- 
cratie et le peuple emplissent la vaste salle élevée, place Navone, pour 
CCS représentations qui, au témoignage des correspondances, t font fu- 
reur dans la ville éternelle. » On ajoute même ([ue le Pape se serait 
écrié, avec sa bonne humeur narquoise et bien italienne : « Che disgrazia! 
Dire que je suis peut-être le seul souverain qui ne puisse voir cette 
grande-duchesse-là! « Qui sait? n'est-il pas avec le ciel plus d'un accom- 
modement?... 

S;-*, La combinaison qui réunirait dans les mains de M. Mapleson les 
deux théâtres de Covent Garden et de Majesty's Theater est bien arrêtée 
en principe; la Société est formée, mais elle n'a pas encore trouvé les 
fonds nécessaires, et il s'en faut de beaucoup, car M. Gye ne demande 
pas moins de 270 mille livres sterling (8 millions de francs) pour la 
cession de tous ses droits et de son matériel, et il en faudrait compter 
13,000 (375,000 francs) à M. Mapleson pour l'abandon des siens. 

^*^ Mme Viardot a composé un nouvel opéra fantastique, le Dernier 
Sorcier, qui sera vraisemblablement représenté à Bade, et qui, paraît-il, 
est aussi riche en charmantes mélodie que Trop de femmes, si bien ac- 
cueilli naguère. 

,t*. Par un arrêté du ministre de la maison de PEmpereur et des 
beaux-arts, M. Arthur de Beauplan, commissaire impérial près le théâtre 
de POdéon, vient d'être nommé commissaire impérial près les théâtres 
lyriques et le Conservatoire, en remplacement de M. Edouard Monnais, 
décédé. — Aux termes du même arrêté, M. Albéric Second, homme de 
lettres, a été nommé commissaire impérial près le théâtre de l'Odéon, en 
remplacement de M. Arthur de Beauplan. 



NOUVELLES DIVERSES. 

,^*t Mendelssohn a composé , il y trente ans, une très-belle étude en 



Dli PARIS 



fd mineur, une véritable romance sang paroles, digne à tous égards de 
figurer parmi les petits chefs-d'œuvre écrits par le maître pour son 
instrument. Sur une basse à dessin continu d'arpèges, se détache une 
mélodie dont le charme fait oublier le but technique de cette étude, 
puisque étude il y a. La publication de ce ravissant morceau , qui exci- 
tera certainement un vif intérêt, est due à la maison Brandus etDufour. 
11 fut jadis destiné à la Méthode des méthodes de Piano, de Fétis, dont 
il n'avait jamais été détaché, et beaucoup de personnes aujourd'hui en 
ignorent l'existence; il offre donc tout l'attrait d'une œuvre véritablement 
inédite. C'est le complément de la musique de piano de Mendelssohn, 
que tant d'artistes et d'amateurs croient posséder tout entière. 

«** L'inauguration solennelle du grand orgue de Notre-Dame, re- 
construit par M. Aristide Cavaillé-Coll, a eu lieu vendredi soir avec une 
grande pompe. Nous rendrons compte, dans notre prochain numéro, de 
cette intéressante cérémonie, qui avait attiré une foule immense. 

^^*^, On lit dans le Journal de Mulhouse : « Dans l'église de Sumiswald 
(canton de Berne), a eu lieu, il y a quelques jours, l'essai public d'un 
orgue électrique construit par MM. Leuenberger et C", de cette com- 
mune. Cet orgue joue d'après les notes indiquées, toute espèce de musi- 
que, avec autant de facilité que d'exactitude. — Les notes de musique, 
pour êlre soumises à l'influence électrique, sont transportées, par une 
machine spécialement construite à cet eifet, sur de larges bandes de 
papier de 40 à 50 pieds de long, de telle manière que les différentes 
valeurs des notes sont représentées par de légères coupures au moyen 
desquelles elles sont lues par le mécanisme électrique. Le générateur 
électrique de l'instrument est un appareil indépendant, organisé de 
telle manière qu'il peut être appliqué, en très-peu de temps, à tout or- 
gue d'église, qui par là devient lui-même électrique, o 

^*^ L'excellent chef d'orchestre Desgranges, après un hiver très-occupé 
dans les salons de l'aristocratie, \a reprendre à Deauville le bâton de 
commandement de l'orchestre du Casino, l'un des attraits de la belle 
rivale de Trouville. M. Desgranges est aussi en pourparlers avec les pro- 
priétaires pour prendre la direction complète du Casino. L'établissement 
et le public ne pourraient que gagner à ce choix. 

»% MM. Bote et Bock, de Berlin, ont acquis la propriété pour l'Alle- 
magne du nouvel opéra d'Auber, le Premier Jour de bonheur. 

,it** La Société impériale des Orphéonistes de Lille, pendant tout le 
couis de notre rigoureux hiver, a fait distribuer gratuitement, par les 
soins d'un comité spécial, des aliments aux indigents de cette grande 
cité manufacturière. Ce fait est une éclatante consécration du principe de 
charité bien entendue qui préside à l'institution nationale du chant choral 
populaire. 

»*5^ Il est question d'un concours orphéonique, dont la direction artis- 
tique serait confiée à M. A. Méreaux, et qui aurait lieu le 24 mai pro- 
chain, à Rouen, à l'occasion du concours régional que l'Empereur doit 
honorer de sa présence. 

**,j L'inauguration prochaine de la statue équestre de Napoléon l", à 
Grenoble, sera célébrée par un festival choral, sous la présidence de 
MM. Berlioz, un glorieux enfant du Dauphiné, Besozzi et Delsarte; on y 
exécutera une cantate militaire de circonstance et la Gaule, grand chœur 
d'ensemble, populaire parmi les Sociétés orphéoniques, de MM. Mathieu 
de Monter et Jules Monestier. 

,** Fort peu de billets restent à prendre pour le bal des Artistes, qui 
aura lieu à l'Opéra-Comique le 14 de ce mois. Outre la réputation de 
bon goût justement acquise à cette fête, elle emprunte cette année un 
attrait inusité à la tombola, dont l'unique lot est uu bijou d'une valeur 
de 3,000 francs. 

^"^ Mme Isabella Behr, femme du D' Behr, — littérateur distingué et 
correspondant de plusieurs journaux étrangers, — cultive avec succès la 
mu.sique, et sa réputation comme professeur de chant est parfaitement 
établie. — Elle vient de mettre en musique la Chanson de Mai de Goethe, 
l'Attente et le Chant du soir du Voyageur de Riickert, avec paroles fran- 
çaises et allemandes, et ces trois mélodies, publiées par la maison Schott, 
de Bruxelles, où réside Mme Behr, y obtiennent un grand succès, très- 
mérité d'ailleurs par le charme et l'expression dont elles sont empreintes. 
Nous les recommandons à tous les amateurs. 

if*^ Le grand succès qu'obtient le nouveau roman d'A. de Lavergne : 
le Lieutenant Robert faisait vivement désirer le second volume. Nous nous 
empresjons d'annoncer qu'il vient de paraître sous le litre de : Epouse 
et Mère, l'éditeur Cadot aj'ant jugé à propos de diviser l'ouvrage en deux 
parties chacune sous un titre différent. 

^** Louis I", roi de Bavière, qui avait depuis longtemps abdiqué la 
couronne, vient de mourir à Nice. Dilettante passionné, ami du beau 
sous toutes ses formes, il avait puissamment contribué à faire de Munich, 
sa capitale, un centre artistique et littéraire, la véritable Athènes de l'Alle- 
magne du Sud. 

ÉTRANGER 

**t Berlin. — Pauline Lucca, ajirès ses triomphes de Saint-Pétersbourg, 
a fait sa rentrée à l'Opéra royal dans les Joyeuses Commères, de Nicolaï; 



on l'a reçue comme l'enfant prodigue, tant avait paru longue son absence 
d'un mois! Et cependant il paraît certain, au grand désespoir de ses 
nombreux admirateurs, que son engagement pour lacajjitale delà Rus- 
sie a été renouvelé avant son départ. — Après plusieurs heureux débuts, 
Mme de Voggenhuber a été engagée comme première chanteuse à l'O- 
péra. 

*■".« Magdebourg. — Un accueil très-sympathique a été fuit à Iléro et 
Léandre, opéra-comique nouveau dont l'auteur est le chef d'orchestre du 
roi de Wurtemberg, \V. Steinhart. 

^*^ Leipzig.— Pour la première fois, une œuvre de Berlioz a été in- 
troduite dans le répertoire des concerts du Gewandhaus. Le 27 février, 
on a joué avec succès sa symphonie Harold en Italie, à un concert de 
bienfaisance donné au profit de la Caisse des pensions de l'orchestre. 
L'ouverture du fioî jl/on/'red, de Reinecke, a été aussi très-bien accueillie. 

*** Trêves. — Encore une première représentation de l'Africaine à 
signaler, et, comme d'habitude, un brillant succès. La pre.s.se locale ac- 
corde de grands éloges aux interprètes, Becker (Vasco), Riech (Nélusko) 
et Mlle Da Ponta (Sélika), ainsi qu'au directeur Sclionfeldt. 

^\ Vienne. — VOEU creoé (Der Pfeil im Auge), de Hervé, a été donné 
sans grand succès au théâtre An der Wien. 

*** Cadix. — Le baryton Everardi vient de terminer une brillante série 
de représentations qui compterànt dans sa vie d'artiste. 11 est reparti pour 
Dînant, sa ville natale, chargé de lauriers et tout disposé à en cueillir 
d'autres. 

*** Milan. — A la Scala, le chorégraphe Monplaisir vient de donner 
uii nouveau ballet, Brahma, qui, aidé de toutes les .splendeurs d'une 
mise en scène orientale, a beaucoup plu. La Ferraris a créé le principal 
rôle avec son talent ordinaire. La musique, considérée généralement en 
Ralie comme une chose toute secondaire dans un ballet, à ce point que 
souvent on ne s'inquiète pas du nom du compositeur, est du fécond 
Dair Argine ; on en dit beaucoup de bien . 

»*, Gênes. — Il Sogno d'Ines, ballet nouveau de Pinzuti, a été très- 
applaudi au Carlo Felice. Grand succès aussi pour la première danseuse, 
Enrichetta Lamarre. — Une dépêche télégraphique parh; de l'effet gran- 
diose produit par l'Africaine, à la Fenîce, avec la Lotti, Carrion et 
Merly. 

,it*, Saint-Pétersbourg. —Mario a brillamment terminé sa saison panni 
nous. Il s'est fait vivement applaudir dans une soirée donnée par le pianiste 
Braga dans les salons du comte Koucheletf-Besborodko, où on a également 
fêté Mmes Trebelli et Volpini, deux étoiles qui brillent du plus vif éclat 
sur le ciel un peu gris de la-Moscovie. ■ - , , 



CONCERTS ET ADDITIONS MUSICALES ANNONCÉS. 

Salons Erard, aujourd'hui dimanche à 2 heures: matinée musica'c 
donnée par M. Titus d'Ernesti, avec le concours de Mme LoIIa délia 
Rosa, de Mlle Rives, de MM. Marochetti et Reuchsel. — Le Style, 
c'est la femme, comédie inédite, jouée par Mme Solange et M. Ric- 
canti. 

Salon Pleyel-Wolff, mardi 10 mars : concert de E. Jacobi , avec le coa- 
cours de Mlle Bloch et de MM. Colin et Caron, de l'Opéra, et de 
Mlle Duval, de l'Opéra-Comique. 

Salle Herz, mercredi 11 mars : deuxième soirée de musique de chambre 
de MM. Maurin, Colblain , Mas et Demunck, avec le concours de 
M. C. Saint-Saëns. — Pour la première fois, quatuor de Schumann. 

Salle Erard, mercredi 11 mars : concert donné par Mlle T.j Carreno. 
Salons Pleyel, samedi 14 mars: concert donné par M. D. Magnus et 
Mme Gaglîano. 

Salle Herz, samedi 14 mars : deuxième grand concert de M. C. de Bé- 
riot, avec le concours de Mme Monbelli. 

Salle Herz, dimanche 15 mars : concert donné par M. Kow aUki et Mlle 
Pellini, avec le concours de MM. Hermann-Léon, Sarrasate, Las- 
serre, Mlle E. Dubois et Coquelin, de la Comédie-Française. 

Salle Herz, lundi 16 mars : concert de M. W. Kriiger, avec le concours 
de Mlle Dolmeisch, MM. Ponsard, Hammer, Godard et Charles Pot- 
tier. 

Salle Herz, jeudi 26 mars : concert donné par Mme Norman-.\eruda, la 
célèbre violoniste. 



80 



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DE LA 

GRANDE-DUCHESSE DE GEROLSTEIN 

MUSIQUE DE 

J. OFFENBAGH 



Opéra-bouffe m trois actes 
et quatre tableaux, 



L'OUVERTURE, ARRANGÉE POUR LE PIANO ; 6 FRANCS. 



Paroles de S]M. H. MEILHAC 
et L. HALÉVY, 



LES AIRS DETACHES DE CHANT 

Avec accompagnement de Piano, par L. Roques. 



LES AIRS DETACHES DE CHANT 

Sans ace. de Piano, in-S", chaque n° net, 50 c. 



MEDITATION DE LA GRANDE-DUCHESSE 

MORCEAD NODVEAD : « Quand je regarde en moi-même, ce que j'y vois est effrayant, » CHANTÉ PAR M"'' SCHSEIDER. 

ARRANGEMENTS : 



FANTAISIE DE SAION pour le piano, par E. Ketterer. ... 7 50 

DEDX BODQDETS DE MÉLODIES, mosaïques, par Cramer, chaque 7 50 

FANTAISIE ÉLÉGANTE pour le piano, par Ruï>mel 6 » 

BAGATELLE pour le piano, par Lecarpentier 5 » 

DDO FACILE à quatre mains, par Ed. Muller 6 » 

FANTAISIE GRACIEUSE pour le violon, par Ad. Herman ... 7 50 

CAPRICE FACILE pour la tlùte, par Gariboldi. ....... S » 

GRANDE VALSE, pour le piano et à quatre mains, par Strauss 6 » 



QUADRILLE pour le piano et à quatre mains, par H. Marx . 4 50 

QUADRILLE pour le piano et à quatre mains, par Arban. . . 4 30 

QUADRILLE pour le piano, par A. Mev 4 50 

POLKA-MAZURKA pour le piano, par Lindheim 4 » 

SCHNEIDER-POLKA. par Roques, pour piano et à quatre mains 6 • 

GRANDE POLKA, pour le piano, par Arban 4 » 

GALOP DE L4 GRANDE -DUCHESSE composé par Offenbach, réduit 
pour le piano et à quatre mains , par Roques . 



50 



îa^S ^©WA'UM. "BM îa^ 



Transcriptious faciles dea principaux airs pour le piano, par ivolfart. 



Rondo de la Duchesse 3 75 

Chanson du Régiment 3 75 

Couplets du Sabre 3 » 

Couplets des Lettres 3 75 



5. Ballade bouffe 3 75 

6. Rondo de la Bataille 3 75 

7 . La Déclaration et Gazelle de HollanJe 3 75 

8. Entr'acte (du 3" tableau) 3 » 



Composé 
Pour les Bals Ce TOpéra, 



9. Nocturne : Bonne nuit 3 » 

10. A cheval, général ! 3 75 

11 . Légende du Verre 3 » 

12. Complainte et Chant nuptial. 3 » 

Illustré de 



OCADRILLE NOCVTÎAU PAR STRAUSS ,_^., ....... „,.„,, 

Pour le Piano i i fr. SO. — A quatre mains : i fr. SO. 
Quadrille. — Polka et Polka-Uazurka. — Crande Valse, arrangée pour Violon, pour Flûte et ponr Cornet, chaque : 1 franc. 

Les Airs arrangés pour Violon, pour Flûte et pour Cornet. 
lies Parties d'orclieslre complètes. — Valses, Quadrilles, Polkas, Polka-Uaznrka, pour orcltestre. 



IIEUIKS DE FER — . 



, 30, A P&:l3. 



BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 



5S' Année. 



N" \i. 



1S mars 1868. 



ON S'ABONNE : 

Dans les Départements et ù^l'Étrongcr, 

chez tous les Iforchonds de Musique, 1rs Libraires, 

et aux Bureaux df; Mi'ssageries et des Posles. 



REVUE 



PRIX DE L'ABONNEMENT: 

Paria. ?* r. par ;■ 

Départements, Ililgiquc et Suisse... :îti -. iiL 

Étranger 34 n id. 

Le Journal paraît le Dimanche. 



GAZETTE MUSICALE 



DE PARIS 



SOMMAIRE. — Théâire impéi'ial de l'Opéra: Mamlet , grand opéra en cinq 
actes, paroles de MM. Michel Carré et Jules Barbier, musique de M. Ambroise 
Thomas, par Paul Bernard. — Théâtre impérial Italien : reprise de 
Matilda di Shabran, de Rossini; débuts de M. et Mme Tiberini, par Uanrive 
tiray. — Entrefilets. — Concerts et auditions musicales de la semaine. — 
Nouvelles des théâtres lyriques. — Nouvelles diverses. — Concerts et audi- 
tions musicales annoncés. — annonces. 



THÉÂTRE IMPÉRIAL DE L'OPÉRA. 

HAMLET, 

Grand opéra en cinq actes, paroles de MM. Michel Carré et 
Jules Barbier, tmtsiqve de M. Ambroise Thomas. 

(Première représentation le 9 mars 1868.) 

Etant admis en principe qu'il est possible de toucher aux grandes 
œuvres du temps passé pour les plier aux exigences d'aujourd'hui, 
pour les amputer de ce qui nous blesse, tout en les dotant de ce 
qui nous flatte, en un mot ^our les approprier au goût du théâ- 
tre moderne, on ne saurait nier que le nouvel ouvrage de 
MM. Michel Carré et Jules Barbier se trouve bien compris dans 
son ensemble, et que le colosse shakspearien , en passant dans le 
moule capitonné de notre civilisation tant soit peu efféminée, n'a 
pas trop perdu de ses arêtes viriles et s'est prêté avec assez de 
complaisance aux développements difficiles d'une grande tragé- 
die lyrique. 

Sauf quelques petites querelles de détails, on peut dire que 
leur pièce est bien coupée au point de vue du drame, intéressante 
autant que l'œuvre philosophique de Shakspeare peut l'être pour 
des auditeurs simplement désireux de se distraire, qu'elle off're 
quelques beaux vers, parfois incisifs, qu'enfin elle semble digne à 
plusieurs titres de la grande source à laquelle elle n'a pas craint 
d'emprunter ses eaux vives et ses torrents impétueux.' 

Ne pouvait-on redouter, en effet, que la musique ne se prêtât 
pas complètement aux conflits d'une vengeance inspirée par les 
légendes du Nord, tortueuse dans ses moyens, philosophique plu- 
tôt que passionnée, fatale plutôt que raisonnée? La vcndelta corse, 



avec ses fougueuses colères, semblerait plus apte à inspirer un 
art tout de sentiment et d'élan; cependant la musique off're 
aussi son côté contemplatif, immatériel, et les tendances de 
la nouvelle école que l'Allemagne nous envoie l'y poussent d'une 
façon toute particulière. C'était plus qu'il n'en fallait pour donner 
au terrible sujet d'Hamlet toutes les tentations qui captivent les 
esprits chercheurs et courageux. M. Ambroise Thomas, par ses 
travaux antériîurs, par ses tendances plutôt sérieuses que légères, 
par la souplesse même de sa faculté créatrice, acceptant tous les 
genres qu'un tel cadi'e comporte , se trouvait bien être l'homme 
d'une semblable tentative. S'il y avait danger, il était le lutteur 
désigné d'avance. S'il devait y avoir réussite, son étoile valeureuse 
devait l'y conduire sûrement. 

C'était donc avec confiance que je voyais s'approcher l'épreuve 
décisive. Je me disais bien que les aspérités de Shakspeare sont 
dures à côtoyer, et que, si nous aimons à frémir avec lui, le soir, 
au coin de notre feu. nous consentons moins à le suivre au 
théâtre, où nous cherchons avant tout l'image de la vie réelle e* 
de nos sentiments particuliers. Mais je me disais par contre que 
les tableaux chevaleresques qu'on pouvait tirer d'un pareil sujet 
prêtaient beaucoup au développement musical, que la blonde 
Opliélie et sa poétique fin pouvaient motiver une opposition pleine 
de charme, que le drame intime dans ses terribles péripéties 
devait présenter de superbes situations, et qu'enfin la scène de 
l'esplanade, entre des mains habiles et sur une aussi vaste scène 
que celle de l'Opéra, prendrait certainement de magiques et gran- 
dioses proportions. 

Mes prévisions aujourd'hui se trouvent réalisées. Je désire sin- 
cèrement d'ailleurs que les sérieux efforts de M. Ambroise Thomas 
soient couronnés d'un succès éclatant et durable; je fais plus, je 
le crois. 

Son œuvre est de celles qu'il faut écouter avec soin, entendre 
et réentendre. Telle grande toile en peinture peut captiver par 
son ensemble et charmer ensuite par ses détails. Le nouvel Hamlet 
est de cette catégorie. Les connaisseurs, en y fouillant, rencontreront 
des trésors rares et de la plus suprême élégance. Le simple pu- 
blic s'habituera à la teinte un peu sombre de l'ouvi'age pour n'y 
plus voir ensuite que la sûreté de touche et le vigoureux coloris 
qui savent intéresser les masses. Le premier soir, l'irrésistible 



KEVUE ET GAZETTE MUSICALE 



tableau de la mort d'Ophélie a électrisé la salle entière; je suis 
persuadé que peu à peu les autres parties de l'œuvre se placeront 
avantageusement à côté de ce succès écrasant. 

Il n'est pas besoin, je pense, de raconter textuellement un sujet 
que chacun sait par cœur. Je me bornerai à constater que les 
auteurs ont à peu près suivi le plan de leur colossal modèle, tout 
en s'en éloignant plus ou moins heureusement dans certains dé- 
tails et même dans certains faits d'une assez grande importance. 
Par exemple le meurtre de Polonius qui, supprimé, ne sert plus 
de mobile à la vengeance de Laërte. Au premier acte l'exposition 
est formée par le couronnement de la reine et par un duo entre 
Ophélie et Hamlet. Cet acte se termine sur l'esplanade d'Elseneur 
par la saisissante apparition. Le second a pour clef de voûte la 
grande scène des comédiens. Le troisième est tout entier rempli 
par le drame intime et terrifla^it. Un monologue du roi, un trio 
entre la reine, Hamlet et Ophélie, la grande scène entre Hamlet 
et sa mère, avec la seconde apparition de l'ombre, établissent 
son contingent. La mort d'Ophélie forme le quatrième. Ce der- 
nier appartient complètement, comme création, aux auteurs fran- 
çais ; et, si l'on en croit le succès, c'est là une de leurs meilleures 
idées. Rien de poétique comme ce ravissant tableau commençant 
par un ballet villagecàs emprunté aux mœurs danoises et qui s'ap- 
pelle la Fête du Printemps. Le 1" mai de chaque année, quand 
la neige de six mois est rentrée en terre, quand la verdure et les 
fleurs, comme un pardon du ciel, s'élancent des bourgeons et 
des boutons, le village se réunit dans la campagne, on élit un 
roi et une reine, le roi du printemps, la reine des fleurs, et l'on 
danse, et l'on chante, et l'on se réjouit avec usure pour oublier 
leSj.longs mois d'hiver que les frimas rendaient si tristes. Vous 
voyez d'ici le délicieux tableau que cela peut faire. Pour cadre 
le paysage gracieux que les voyageurs rencontrent à Elseneur ; 
pour horizon le lac Bleu, ce poétique lac où la blonde Ophélia 
s'endort comme dans une couche nuptiale. Je ne connais que le 
second acte de Giselle qui puisse être un équivalent ^ ce rêve en- 
chanteur ! 

Le cinquième acte nous ramène vers le sombre. C'est la scène 
du cimetière, et le dénoûment plutôt imité du drame de MM. Paul 
Meurice et Alexandre Dumas que du grand Shakspeare. En effet, 
Hamlet vivra pour régner et se souvenir; la reine aussi vivra 
pour conserver ses remords et les enterrer dans un cloître. L'in- 
nocent Laërte n'est pas tué; Polonius vit encore. Tout cela est 
moins logique, mais la boucherie finale n'existe plus, et, ma foi, 
surja scène de l'Opéra je n'ai pas le courage de la regretter beau- 
coup. 

Puisque nous en sommes aux différences qui séparent le mo- 
dèle de la copie, nous allons de suite régler leur compte. Une des 
principales consiste dans la complicité du vieux Polonius avec le 
roi. Il en résulte qu'Hamlet, englobant dans la même réprobation 
le père et la fille, repousse énergiquement l'amour de la pauvre 
Ophélie et la réduit au désespoir. Cela a pour effet de rendre 
moins brutal, en le motivant, le cruel abandon d'FIamlet, mais 
cela a le grand tort de jeter sur Laërte et sur Ophélie une tache 
originelle tout à fait fâcheuse. Et puis encore, si Polonius est cou- 
pable, pourquoi ne pas le punir? 

Tel qu'il est, le livret du nouvel opéra reste parfaitement dans 
la couleur de Shakspeare. On y retrouve la même fièvre pas- 
sionnée, la fatalité implacable s'acharnant sur ses victimes, le glas 
de la [mort vibrant au milieu des fêtes, et par-dessus tout cela 
une conviction qui marche vers son but sans faiblesse. La partie 
philosophique seule y est moins développée; cela devait être. On 
ne discute pas avec des mélodies, et l'esthétique musicale doit 
s'arrêter là où les nuages de la pensée commencent. Il faut même 
savoir gré à M. Ambroise Thomas de ne pas s'être laissé entraî- 



ner sur ce terrain dangereux plus loin (^ue son tempérament ne 
le comportait. Il eût pu se noyer dans un flot de dissonances et 
de septièmes diminuées. L'absence de tonalité eût été pour lui un 
grand moyen. Au contraire, si le musicien, comme il le fallait du 
reste, s'est servi parfois de la mélopée rêveuse, il a su y déve- 
lopper une clarté qui ne blesse pas l'oreille et qu'on peut suivre 
sans fatigue. La tonalité toujours fixée n'échappe pas à l'analyse. 
Le sens final ne vous fuit pas comme un mirage trompeur. C'est 
la déclamation lyrique rehaussée de merveilleux dessins d'accom- 
pagnement. 

Et puisqu'il s'agit des dessins d'accompagnement, j'ajouterai 
que jamais encore M. Ambroise Thomas n'était allé si loin sous 
ce rapport. Son ingéniosité est inépuisable. Les rhythmes mêlés, 
l'accouplement des timbres, l'emploi des nouveaux instruments, la 
poésie de l'orchestre, cela devient un monde entre ses mains ha- 
biles. Il joue de l'orchestre comme un virtuose et sans qu'on 
puisse remarquer le moindre effort. Selon le cas, c'est fin comme le 
brin d'herbe, grand comme la mer, gris comme le brouillard, 
brillant comme le soleil. 

Le premier exemple de cette richesse symphonique se présente 
tout d'abord dans le prélude d'entrée. Un trémolo mouvementé 
des instruments à cordes, coupé par des récitatifs de cor, est tout 
à coup interrompu par une fanfare sur la scène; puis un rapide 
trait de violon amène une marche chevaleresque qui ouvre d'une 
grande manière ce premier tableau. Un chœur sonore et très- 
mélodieux précède un beau récit du roi, et cette introduction se 
termine dans une chaleureuse péroraison chorale doublée d'effet 
de cloches et de canon. Il y a là une phrase mélodique large- 
ment tracée et de la plus belle venue. La scène reste vide alors, 
et Hamlet vient soupirer l'un de ces délicieux monologues-récitatifs 
dont tout le rôle sera plein. Sur cette phrase, adorablement dite 
par Faurc. 

femme ! . . . tu t'appelles 
Inconstance et fragilité. 

la salle a fait entendre un de ces murmures qui présagent le suc- 
cès, comme ces brises matinales qui annoncent un beau jour. 

Le duo qui suit entre Ophélie et Hamlet est fort habilement 
traité, mais il présente surtout une de ces phrases de premier 
ordre destinée à planer sur toute la partition, effluve d'amour qui 
remontera au cœur du désespéré Hamlet et qui séchera les pleurs 
de la pauvre insensée. Ce duo, dans le genre contemplatif, se ter- 
mine par un fort joli ensemble avec vocalises d'Ophélie. Il faut 
citer aussi une cavatine de Laërte dont la couleur chevaleresque 
est très-accusée. On y remarque un élan de la plus grande suavité 
sur ces mots : 

Elle est mon orgueil et ma vie. 

Ce premier tableau est assez brillamment achevé par un chœur 
qui porte sa marque de fabrique. On y sent la main qui a écrit le 
chœur des chasseurs du Songe d'une nuit d'été, et quantité d'autres 
très-choyés par les orphéons. Ce dernier sera certainement du 
nombre. A l'Opéra, on fait doubler la partie de ténor par les con- 
traltos. Cela est d'un effet neuf. 

Nous voici arrivés à l'une des plus grandes pages de la partition, 
la scène de l'esplanade. Ici, depuis la première note jusqu'à la 
dernière, tout est beau. L'orchestre à lui seul forme un saisissant 
tableau. La bise souffle, la neige tombe, les spectres passent. La 
tourmente est dans l'air et dans les cœurs ; on a froid. Un prélude 
avec solo de trombone à six pistons précède la scène entre Ham- 
let et ses amis. Une phrase délicieuse est celle-ci : 

Mais que redoutons-nous de ceux que nous perdons. 
S'ils nous ont aimé sur la terre? 

Minuit sonne, et sur le fa dièse de la cloche passent d'ingé- 



bE PARIS. 



83 



nieuses et teiTÏliantes harmonies. Le spectre paraît alors et un 
fatal et superbe dessin d'orchestre accompagne cette allocution 
d'Hamlet : 

Spectre infernal, image vénérée! 

mon père, mon roi ! 
Réponds à ma voix éplorée, 

Parle-moi, parle-moi ! 
L'ombre se décide enfin à parler, psalmodiant sur une seule 
note, et, sur cette note persistante, les effets d'orchestre se succè- 
dent magnifiques et saisissants. Voici le cor anglais et la clari- 
nette qui nous font penser aux profondeurs du sépulcre ; voici les 
violons en sourdine dont les tierces vacillantes nous annoncent 
l'aube qui va naître; voici les fanfares lointaines et le canon qui 
accompagnent la fête au palais. Tout cela se combine avec un 
rare bonheur, et quand le rideau tombe on est tout étonné de la 
sensation immense que l'on vient d'éprouver. Je le répète, c'est 
une grande page; l'ombre de Gliick pourrait bien y avoir apparu. 
Le second acte sera moins riche. Il commence par un joli fa- 
bliau d'Ophélie où l'auteur s'est évidemment inspiré des formules 
musicales du Nord. L'air de la reine, qui suit immédiatement après, 
est moins heureux. Il faut mentionner une phrase incidente 
d'Hamlet où les premiers vestiges de folie se font sentir : 

Je voudrais avec eux voyager dans les airs. 
Au milieu des étoiles. 
Au milieu des éclairs ! 

Le chœur des comédiens est pittoresque et rentre dans les cor- 
des de la musique rétrospective. La chanson bachique d'Hamlet, 
quoique à efl'et pour la voix, m'a paru plus ordinaire; mais voici 
une superbe marche dont le trio surtout est d'un beau caractère. 
Elle précède la scène de la pantomime dans laquelle le genre sym- 
phonique va reprendre son importance. Un délicieux solo de saxo- 
phone lui forme ouverture, puis une espèce de pastorale d'une 
touche délicate et discrète sert de fond aux récitatifs d'Hamlet ex- 
pliquant la comédie. Cette scène est l'occasion d'un grand succès 
pour Faure qui la joue en artiste de premier ordre. Le finale dra- 
matique qui termine ce second acte manque peut-être de précision 
dans la forme ; cependant les masses y sont magistralement grou- 
pées. 

Un prélude fort beau ouvre le troisième acte qui de suite nous 
offre le fameux monologue d'Hamlet : Être ou ne pas être. Ceci 
était-il réellement possible à mettre en musique? Il est permis 
d'en douter, et cependant le compositeur s'en est tiré avec hon- 
neur en appelant encore à son aide les ressources de son orches- 
tration savante; malgré tous ses efforts, malgré le magnifique ta- 
lent de l'interprète, la chose est restée froide : c'était écrit d'avance. 
Une chose plus froide encore, mais alors parce qu'elle a vieilli de 
forme, c'est l'air de basse chanté par le roi. Dieu merci! nous 
allons maintenant rencontrer un très-beau trio, relevé surtout par 
la magnifique phrase d'Hamlet : 

Allez dans un cloître, allez, Ophélie. 

Voilà de la franche mélodie, attrayante sans vulgarité, pure de 
forme sans vétusté, pleine de sentiment et de charme. L'ensemble" 
qui vient après, un peu à la manière italienne, dénote chez le 
compositeur une merveilleuse entente dans l'art de grouper les 
voix. Il n'y aura qu'à louer dans le duo d'Hamlet et de la reine, 
mais je citerai surtout la belle phrase adressée au portrait de son 
père par le fils vengeur. La seconde apparition de l'ombre vient 
clore dignement cette série de beautés. 

Aux yeux de tous, il faut bien l'avouer, nous voici arrivés à la 
pierre de touche de la partition. Pour ce quatrième acte, il 
semble que tous ceux qui y ont coopéré aient bu d'un philtre ma- 
gique et inspirateur : les auteurs pour l'avoir conçu, les décora- 



teurs pour avoir créé le cadre, le directeur pour y avoir placé 
Mlle Nilsson, Mlle Nilsson pour son interprétation hors ligne, et 
enfin le compositeur pour avoir donné la vie à tout ceci dans un 
baptême harmonieux et mélodique dont chaque phrase est un 
trésor. De délicieux airs de ballet dans lesquels j'ai remarqué une 
mazurke des plus distinguées et un duo fort original de clari- 
nette et hautbois, précèdent la grande scène de Mlle Nilsson. La 
folie a été bien souvent employée au théâtre. Je ne crois pas qu'on 
l'ait encore envisagée sous ce rapport. Cette folie douce qui prend 
part aux plaisirs et que la danse entoure, qui jette ses sanglots et 
ses rires à la fois, qui effeuille en môme temps les fleurs de son 
tablier et celles de ses vocalises, et qui, finalement, se couche sur 
l'eau avec la sainte confiance de l'enfant qui s'endort, tout cela 
est d'une poésie telle que le succès s'y est attaché immense, volon- 
taire, interminable. Il faut tout citer dans ce long morceau de la 
folie. On y trouve des récits d'une admirable suavité. La valse 
chantée est un bijou, la mélodie suédoise étonne et captive; enfin 
les chants séraphiques qui semblent sortir du lac sont tellement 
vaporeux, tellement diaphanes, qu'on croirait volontiers, comme 
la blonde Ophélie, n'appartenir plus à la terre. 

Le cinquième acte n'est pas long. Désireux d'arriver plus vite à 
l'interprétation générale de l'ouvrage, je ferai comme lui. La chanson 
des fossoyeurs est très-caractérisée. Une romance d'Hamlet m'a 
semblé devoir son succès à la manière adorable dont elle est dite. 
Quant à la marche funèbre, elle procède d'un grand style et le 
chœur des jeunes filles qui la coupe s'y joint admirablement. On 
le voit, la fin de l'œuvre reste très-honorable, mais elle rentre 
plus que jamais dans la couleur sombre qui, sauf le quatrième 
acte, n'a cessé de planer sur tout l'ouvrage. Les gens qui aiment 
le noir seront satisfaits; cependant, il faut bien en convenir, à la 
longue, c'est un peu deuil ! 

Par droit d'ancienneté et pour l'importance de son rôle, je 
parlerai de Faure en premier. La création d'Hamlet lui sera comp- 
tée et fera époque dans sa vie d'artiste. Il joue magnifiquement, 
il chante irréprochablement. Sa voix, d'une pureté sans égale, se 
fait entendre dans les effets de la plus grande douceur, et sa dic- 
tion est si soignée qu'il est impossible d'en perdre la plus légère 
syllabe. Quel chanteur et quel comédien! D'un bout à l'autre de 
celte longue partition il obtient des succès partiels pour une 
phrase, pour un mot, pour un geste. Mais que ce rôle est écra- 
sant! Toujours en scène pendant quatre actes, quel' est l'athlète, 
excepté lui, capable de supporter une aussi lourde tâche? 

Mlle Nilsson, à l'heure qu'il est, n'est plus une simple canta- 
trice, c'est une idole. On craignait à l'avance la grandeur du 
vaisseau de l'Opéra pour sa fraîche voix. Ce charmant ruisseau est 
devenu un fleuve immense. J'ai rarement entendu de voix qui 
remplisse aussi merveilleusement cette vaste salle : c'est un jet de 
cristal d'une éblouissante limpidité. Elle a des audaces de nuances 
indescriptibles, des phrases d'une poésie bleue, des ténuités mi- 
croscopiques, des ampleurs de son qui semblent sortir d'une flûte 
ossianique. Elle a joué la scène de folie avec un charme fasci- 
nateur et y a déployé une passion pudique dont elle semble la 
personnification. Riant et sanglotant presque simultanément, elle 
a tenu son public suspendu à ses lèvres avec l'autorité des artistes 
les plus consommés. Et cela avec un naturel exquis, sans le 
moindre souci, sans la moindre fatigue. 

Aussi quel triomphe ! Le marché aux fleurs tout entier renversé 
sur la scène de l'Opéra, et des applaudissements à faire crouler 
la vieille salle avant que celle de M. Garnier ne soit achevée. 

Mme Gueymard a joué le rôle dramatique de la reine avec in- 
finiment de grandeur et d'élan. Elle a supporté vaillamment une 
forte part du fardeau de cet important ouvrage. Belval a fait de 
son mieux dans le personnage du roi, mais il n'a pas l'organe 



84 



REVUE ET GAZETTE MUSICALE 



assez timbré pour éviter le cotonneux des voix de basse. Il en est 
de même de David qui joue le spectre. On ne voit pas bien clair 
dans les profondeurs de son gosier , et l'on craint quelquefois de 
n'entendre pas très-juste. Décidément les basses s'en vont. M. Col- 
lin s'est fait applaudir sous le nom de Laërte pour sa jolie voix 
de ténor. MM. Castelmary et Grisy remplissent honorablement 
leurs petits rôles. 

J'aurais bien envie de chanter : la danse n'est pas ce que j'aime, 
mais ce sont Mlles Fioretti et Fiocre. Dans la Fêle du printemps, 
elles ont obtenu un grand et légitime succès. 

Les décorations sont splendides. Le château d'Elseneur couvert 
de neige, la nuit, par le clair de lune, a fait sensation. Le ci- 
metière est excessivement pittoresque; le lac Bleu, une mer- 
veille. 

Les costumes sont fort beaux, mais l'armure du spectre m'a 
semblé bien neuve. La mise en scène a été des plus soignées. 

On sait ce que vaut l'orchestre de l'Opéra les jours de grande 
épreuve; M. Georges Hainl en est le Masséna. 

Qui doit-on féliciter de M. Perrin qui a engagé Mlle Nilsson, ou 
de Mlle Nilsson qui a accepté le rôle d'Ophélie? Quant à M. Am- 
broise Thomas, il me fait l'effet d'un homme arrivé au sommet 
de l'échelle — même de la double échelle. Les honneurs le pour- 
suivent et les succès le caressent. Il les mérite à tous égards 
d'ailleurs, et nous devons nous estimer heureux de compter un 
musicien de cette valcvu- parmi nous. Ilamlet est une de ces œu- 
vres viriles, quel qu'en soit le sort, qui honore le pays où elle a 
pris naissance et l'auteui' qui l'a longuement prcconfue. 

Paul BERNARD. 



THÉÂTRE IMPÉRIAL ITAUEN. 

Beprise de SIATIE.DA DI SDABBAW de Bosslni. 

Débuts de M. et Mme TiberIiNI. 

Il y a bien des années qu'on n'avait donné au.x Italiens Matilda 
di Shabran, et que cette partition dormait paisiblement sur les 
rayons poudreux de la bibliothèque. Je crois que la dernière re- 
prise de cet ouvrage date de 18o6, époque à laquelle les deux 
importants rôles féminins en étaient remplis par Mme Penco et 
Mme Borghi-Mamo, deux grandes artistes qui ont laissé parmi 
nous des souvenirs que le temps n'a pas effacés. 

Ecrite à Rome, pour le théâtre Apollo, où elle fut représentée 
pendant le carnaval de 1821, ayant pour interprètes Ambroggi, 
Parlamagni, Moncada, Fusconi, G. Fioravanti, ilmes Lipparini et 
Parlamagni, Matilda di Shabran, dont le poëme, écrit par Ferretti, 
était imité d'un de nos opéras les plus célèbres [Euphrosine et 
Coradin, d'Hoifmann et Méhul), offre cette particularité intéressante 
que l'orchestre, aux premières représentations, fut conduit par 
l'artiste incomparable et inouï qui s'appelait Nicolo Paganini. 

Dans son Histoire de t'Opéra italien, Castil-Blaze s'insurge ainsi 
contre l'orthographe adoptée pour le titre de l'ouvrage : — « Pour- 
quoi, dit-il, s'obstine-t-on à mettre di Shabran sur le livret, la 
partition et les affiches? Sabran n'est point un mot anglais. La 
tour de Sabran, lieu de la scène de l'opéra d'Hoffmann et 
Méhul, de Ferretti et Rossini, la tour de Sabran est sise depuis une 
dizaine de siècles dans le département de Vaucluse, entre l'Isle, 
Apt et Cavaillon; une de mes filles en est châtelaine. Vous 
voyez que je dois connaître ce nom; il est français comme les 
noms de Saintes, Senlis, Salins, Salon, etc., .que l'on se garde 
bin d'écrire avec une oi-thographe anglaise Shaintes, She7ilis, 
Shalins, Shalon. Si les Italiens font une grossière faute, nous de- 



vons la corriger au moins sur nos affiches, en y montrant Matilde 
di Sabran. » Cette boutade n'a pas encore gagné sa cause. 

Etait-il grand besoin de reprendre cette œuvre, qui n'occupe 
qu'un rang très-secondaire dans le riche écrin du maître, et qui 
est venu au monde cinq ans après le Barbier, dont elle n'offre 
qu'une sorte de pâle reflet? Je ne sais trop, et il me semble que, 
parmi les ouvrages de Rossini qui depuis longtemps n'ont pas 
paru sur la scène, on en eiit pu choisir de plus intéressants, par 
exemple Tancredi, la Donna del Lago ou Zelmira. 

En effet, la partition de Matilda di Shabran n'offre presque au- 
cune partie saillante ou originale. La cavatine du bouffe est exacte- 
ment calquée sur le moule de celle de Figaro: celle du ténor 
est un air de bravoure comme les compositeurs d'il y a cin- 
quante ans en écrivaient à la douzaine; les deux morceaux les 
meilleurs de l'ouvrage sont, à mon sens, le finale du premier acte 
et le duo des deux femmes; mais là, comme dans tout le reste de 
la partition, la formule et le procédé l'emportent sur le reste et 
ne laissent guère à l'idée musicale la place nécessaire pour se 
produire. 

Le côté vraiment intéressant de la soii'ée, c'était l'apparition 
de deux artistes inconnus jusqu'ici du public italien, mais dont la 
réputation est grande en Italie. M. et Mme Tiberini, i coniuiji Ti- 
berini, comme les appellent les journaux ultramontains, étaient 
naguère à la Scala de Milan, où ils faisaient furore, et où le mari 
créa il y a deux ou trois ans, avec un grand succès, le rôle prin- 
cipal d'un ouvrage important, un Amleto dû à la plume d'un tout 
jeune compositeur, M. Franco Faccio. 

Dans Matilda di Shabraii, M. Tiberini a déployé toutes les qua- 
lités d'un ténor di bravura accompli : de la légèreté, du brio, une 
vocalisation facile et nette, une grande agilité de gosier, et des 
sons de tète irréprochables. Mais, le dirai-je? toutes les perfections 
de ce genre nous laissent bien froid, et ces rôles de ténor efféminé 
nous sont presque aussi antipathiques aujourd'hui que l'arrivée, 
sur la scène de l'Opéra, d'un danseur en justaucorps et en mail- 
lot collant. Il serait injuste, cependant, de ne pas tenir compte à 
M. Tiberini d'un talent acquis et très-réel. Maintenant qu'il a 
donné la mesure de sa valeur sous ce rapport, il nous reste à sa- 
voir quelles sont ses qualités de style, ses facultés scéniques, et 
comment il se tirera d'un rôle dramatique. Il s'en tirera très- 
bien, si nous en devons croire les échos de la réputation qui l'a 
précédé. — Attendons. 

Quant à sa femme, Mme Tiberini, elle paraît être, non-seule- 
ment une chanteuse accomplie, mais encore une comédienne intel- 
ligente et fine. Une voix juste, bien timbrée, bien posée, une vo- 
calisation souple et légère, une diction très-juste et spirituelle, de 
la grâce, de l'enjouement, en voilà plus qu'il n'en fallait pour as- 
surer son succès à la première audition. Aussi le jeune couple 
n'a-t-il pas à se plaindre de l'accueil chaleureux qui lui a été fait. 

L'ensemble de l'interprétation de Matilda di Shabran a d'ail- 
leurs été excellent. Du côté masculin, MM. Steller, Scalcse et Agnesi 
ont mérité de grands éloges et une mention honorable ex œquo. 
Du côté féminin, Mlle Grossi a fait briller sa belle voix, ronde, 
souple et colorée, et Mlle Rosello, une beauté élégante et pleine de 
charmes. 

Maurice GRAY. 



A M. le Directeur de la Revue et Gazette musicale. 

Bruxelles, H mars 1S68. 

Mon cher collaborateur, 
J'ai exprimé le doute, dans l'article nécrologique sur notre ami Edouard 
Monnais, qu'il eût fait une étude spéciale de la musique ; j'ai appris de- 



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DE PARIS. 



85 



puis qu'il était violoniste et bon lecteur. Je viens donc vous prier de 
vouloir bien donner place à ces lignes dans le plus prochain numéro de 
la Gazette musicale, afin qu'elles rectifient le fait inexact de ma notice. 
Votre tout dévoué, 

FËTIS père. 



Nous croyons être agréable à notre savant collaborateur en 
ajoutant à la rectification qu'il nous envoie la mention de « di- 
recteur du théâtre de l'Opéra » dont Edouard Monnais remplit 
temporairement les fonctions. Ce fut le 17 novembre 1839 qu'il fut 
appelé à les partager avec Duponchel, et ce fut sous leur direction 
commune que furent montés les Martyrs, de Donizetli , le Diable 
amoureux, etc. Le l"' juin suivant, M. Léon Pillet, commissaire 
royal, prenait, à ses risciues et périls, la direction de l'Opéra, et 
Edouard Monnais était nommé commissaire royal à sa place. 

Nous laisserions incomplets les détails biographiques donnés par 
la Gazette musicale sur la personne regrettée de son rédacteur en 
chef, si nous ne reproduisions pas, en partie du moins, l'article 
aussi admirablement écrit que profondément senti, consacré à sa 
mémoire dans un des derniers numéros du Journal des Débats par 
J. Janin, qui fut, dans leur vie littéraire, son camarade et son 
ami, et qui a collaboré lui-même à la Revue et Gazette musicale. 

Qu'il me soit permis de rendre ici les derniers devoirs à l'un des 
mieux disant et des meilleurs de la légion lettrée, Edouard Monnais, un 
rare et charmant écrivain, mort, il y a huit jours. Pas un peut-être 
autant que lui n'était digne de représenter ce qu'on appelait autrefois, 
dans les grands jours éclairés du génie et de l'esprit des maîtres, la 
politesse de la langue française. Il était l'urbanité même et l'atlicisme 
en personne. Il écrivait depuis tantôt un demi-siècle, et dans ce terrible 
espace il n'avait pas blessé, qui le croirait? un seul amour-propre. 
A peine s'il avait touché quelque intrépide vanité; sa belle plume était 
habile également à faire, à guérir tout ensemble une blessure légère, et 
pas un des hommes dont il ait parlé qui ne soit resté son ami. 

Cet homme excellent avait reçu de très-bonne heure l'éducation litté- 
raire; il n'avait eu sous les yeux que de bons exemples. Aux premiers 
temps de sa jeunesse il y avait au rang des journaux les plus respectés 
le Courrier français, rédigé par deux hommes qui ont laissé de grands 
souvenirs : M. Châtelain et M. de Kératry, l'un et l'autre égaux en cons- 
tance, en bravoure, en fermeté. Ceux-ci entouraient le jeune écrivain de 
leur meilleure sollicitude; ils aimaient cette aimable et riante jeunesse; 
ils approuvaient fort cette façon d'écrire honnêtement, simplement, sans 
emphase, et plus d'une fois Déranger, le chansonnier, jeune aussi et 
très-convaincu que le beau stylo était rare, arrivait au Courrier français 
pour complimenter l'écrivain du nouveau feuilleton. C'étaient là des 
louanges bien méritées. D'autant mieux que le jeune Kdouard Monnais 
racontait à ces braves gens des passions toutes nouvelles pour eux, des 
chefs-dœuvre inconnus, ces artistes incomparables : Garcia, le premier 
comédien du monde; Mme Catalani, la voix sans égale, et Mme Main- 
vielle-Fodor, sa digne émule, et bientôt la grande Malibran qui rem- 
plissait le monde et le feuilleton de son charme ineffable. Edouard Mon- 
nais a commencé au théâtre Italien avec Rossini, à l'Opéra avec M. Auber. 
Toute sa vie il a parlé de M. Auber avec une admiration sans bornes. 
Il eût été bien malheureux s'il eût fallu se prononcer entre la Muette 
et Guillaume Tell. Même à l'apparition de Meyerbeer, Edouard Monnais 
eiit résisté, s'il eût fallu rien céder de son admiration pour le Domino 
noir. 

Un écrivain d'un si rare mérite, honnête et droit, juste et passionné, 
ne traverse pas impunément une si belle époque; au contraire, il y 
gagne une grande autorité, beaucoup d'honneur pour lui-même, et des 
lecteurs qui le suivront jusqu'à la fin de son œuvre. 11_ faut lui rendre 
aussi cette justice : il n'a jamais été qu'un écrivain, un sincère et loyal 
écrivain. Ce fut là toute sa tâche et toute sa profession. Il trouvait dans 
cet art charmant le bonheur de toute sa vie, et c'est bien de lui qu'on 
pouvait dire, en parodiant un mot célèbre et charmant du grand ora- 
teur M" Paillet : « Laissez passer le bonheur d'écrire! » Il ne savait pas 
de plus grande fête. 11 écrivait sans souci du lucre et sans souci de la 
renommée. A peine il avait composé quelque beau livre ingénieux, bien 
fait, tout rempli de ses honnêtes passions, son premier soin était de se 
cacher sous un pseudonyme, et ses meilleurs amis ne se doutaient pas 
de cette innocente supercherie. Il écrivait pour le théâtre avec le même 
soin de se cacher que d'autres en mettent à montrer leur personnalité 
bruyante ; il n'y aurait que ses collaborateurs qui pourraient dire à quel 
point il était un inventeur plein de réserve et de naturel; mais ses col- 
laborateurs ont emporté leur secret dans la tombe, et puis ces œuvres 
légères sont mortes à leur tour. « Nous et nos œuvres, nous sommes 



destinés à péi'ir, » c'est Horace qui l'a dit. Qu'importe, après tout, que 
nous mourions aujourd'hui, demain, dans huit jours? C'est la loi des 
œuvres de la matinée, elles n'ont pas de lendemain. Edouard Monnais, 
ami de son repos, n'eût pas donné tous les bruits qui se font en un 
jour en échange de sa gloire anonyme. Et de cette ambition si modeste 
et si rare lui venaient, j'en suis sûr, sa bonne humeur, son intime 
contentement, ses amitiés si vraies, son indulgence exquise et tout ce 
naturel répandu dans ses livres, dans sa vie et dans ses discours. 

i. JANIN. 



CONCERTS ET AUDITIONS lUSICÂlES DE LÀ SEIRÂINE. 



^.*.j; Les artistes du théâtre Italien, Mlles Patti et Grossi, MM. Gardoni, 
Verger, Ciampi et les chœurs, ont défrayé l'attrayant programme du 
concert de lundi dernier aux Tuileries. 

^% Au 9» concert du Conservatoire, après la splendide symphonie en 
sol mineur de Mozart, dont on a bissé le menuet, a été exécuté pour la 
première fois le 42" psaume de Mendelssohn, pour orchestre, chœur et 
soprano solo (Mlle Mauduit). Le public a accueilli ce morceau avec une 
réserve à laquelle nous nous associons; c'est assurément un des plus 
faibles qu'ait écritsl'auleurdu Songe d'une nuit d'été. Le style en est tou- 
jours pur et élevé, mais l'intérêt et la chaleur font presque constamment 
défaut. — Mme Montigny (Caroline Rémaury) a joué en grande artiste 
le !■=' concerto en ut majeur de Beethoven. Elle tire du piano un très- 
beau son; son jeu est délicat, sans recherche, et elle atteint toujours à la 
véritable expression. Son succès a été très vif.— La magnifique ouver- 
ture du Pardon de Ploënnel, supérieurement rendue, a été, comme d'ordi- 
naire, accueillie par d'enthousiastes bravos. 

^*^ Mmes Carvalho et Bloch, MM. Faure, Gardoni et Sivori avaient 
été invités à interpréter le riche programme du second concert donné le 
10 chez la duchesse do Galiera. Au nombre des morceaux de ce pro- 
gramme brillaient l'arioso du Prophète, dit par Mlle Bloch, la romance 
de Marta, chantée par Gardoni, et le quatuor de cet opéra, par Mmes 
Carvalho, Bloch, Faure et Gardoni. Sivori a été éblouissant de perfection 
dans son Mouvement perpétuel et sa fantaisie sur le Trovatore. Une mé- 
lodie de Faure, chantée par l'auteur et accompagnée par Sivori et l'or- 
ganisle Durand, a clos ce beau concert, constamment applaudi par le 
plus aristocratique auditoire. 

i):*^ S. A. I. la princesse Mathilde a voulu juger par elle-même le 
talent du jeune pianiste napolitain Rendano, et elle l'avait invité à sa 
soirée de dimanche dernier. S. A. 1. a été émerveillée des qualités pré* 
coces du jeune virtuose, et elle le lui a témoigné par les plus chaleu- 
reuses félicitations. 

^*,t Vendredi 6 mars, à 8 heures du soir, a eu lieu l'inauguration 
solennelle du nouvel orgue de Notre-Dame, construit par M. Aristide 
Cavaillé-Coll. En attendant que nous parlions en détail de la structure 
de ce magnifique instrument, nous dirons quelques mots de la cérémonie 
et des exécutants. La cathédrale regorgeait de monde; on pense bien que 
cette foule, plus curieuse que recueillie, a quelque peu nui par son 
attitude bruyante à l'effet imposant de la solennité, et que la sonorité 
de l'instrument n'avait pas à y gagner. Et puis, neuf morceaux d'orgue 
l'un après l'autre, /compris l'introduction et la sortie jouées par l'orga- 
niste titulaire, M. Sergent! C'était trop de moitié. MVI. Loret, de Saint- 
Louis dAntin ; Aug. Durand, de Saint-Vincent de Paul ; Chauvet, de 
Saint-Merri; Saint-Saëns, de la Madeleine; César Franck, de Sainte-Clo- 
tilde ; Guilmant, de Boulogne-su r-Mer; Widor, de Lyon, se sont fait en- 
tendre successivement; tous ont joué de leur propre musique, à l'excep- 
tion de M. Loret, qui a exécuté un prélude et une fugue de Bach. Parmi 
cette avalanche de morceaux modernes, il en faut citer deux d'un mé- 
rite réel et q;ii ont obtenu tous les suffrages: le Noël, de M. Chauvet, et 
la Marche de la cantate de l'Exposition, de M. Saint-Saens. Quelques 
psaumes en faux-bourdon, un Aue Maria, un Pater, un Agnus iJei, exé- 
cutés sous la direction de M. Félix Renaud, alternaient avec l'orgue. 
Mgr Darboy, archevêque de Paris, a béni l'instrument. 

»** Mlle Rives est la cantatrice en vogue cet hiver, et cette vogue, 
elle la justilie par le charme et la supériorité de son talent. Tout ré- 
cemment, chez la duchesse de Mouchy, elle faisait eniendre des mor- 
ceaux de Mozart et de Scarlatti, pièces très-curieuses qui appartiennent 
à la bibliothèque de M. Baillot. Le 15, elle chantera avec Mlle Nilsson 
chez Mme la marquise d'Aoust; le 17, chez Mme de Talhouët. Enfin, 
elle a été invitée à prendre part au quatrième grand concert des Tuile- 
ries, le 23 mars. Mlle Rives a chanté, en outre, lundi dernier chez S. 
A. I. la princesse Mathilde, qui a bien voulu lui témoigner toute sa sa- 
tisfaction. Elle est redemandée chez la princesse et sera désormais des 
réunions intimes. 

*** Nous sommes en retard avec MM. Louis Lapret , le pianiste élé- 
gant et sympathique, et M. Ramirez Valdès, l'éminent flûtiste mexicain 
que nous verrons avec plaisir se fixer parmi nous. Leur concert a eu 
lieu il y a quinze jours déjà; ce n'est pas une raison pour que nous 
omettions d'en constater le succès: Ces deux artistes sont certainement 



86 



REVUE ET GAZETTE MUSICALE 



appelés à tenir une place distinguée à côté de nos virtuoses les plus ai- 
més; nous les retrouverons toujours avec plaisir. 

*** La Société des concerts donne aujourd'hui à 2 heures son 10° con- 
cert. En voici le programme : 1° Symphonie en sol mineur de Mozart; 

— 2" i2» psaume (l'" audition) de Mendelssohn, traduction de M. Nuit- 
ter: chœur, air, choral, récitatif et quintette, chœur final; le solo sera 
chanté par Mlle Mauduit; — 3" fragment»; du septuor, de Beethoven; 

— 4° ouverture avec chœur du Pardon de Ploërmel, de Meyerbeer. — Le 
concert sera dirigé par M. George -Hainl. 

,\- Aujourd'hui à 2 heures, au cirque Napoléon, 20» concert popu- 
laire de musique classique sous la direction de J. Pasdeloup. On y en- 
tendra : 1" Symphonie en mi bémol fn» SO), d'Haydn (allegro, andante, 
menuet, finale) le solo de violon par Lancien; — 2° Fragment sympho- 
nique de F. Schubert {2« audition); — 3° Struensée, tragédie de Michel 
Bear, musique de Meyerbeer: (l'auberge du village, troisième entr'acte, 
le rêve de Struensée, marche funèbre, la bénédiction, dernier moment); 

— i" Andante cantabile du S" ; Fugue du 9° quatuor de Beethoven 
(1« audition), exécutés par tous les instruments à cordes; — 5» ouver- 
ture de Ihiy-JBlas, de Mendelssohn. 

^*^, Le Jugement dernier, de Michel-Ange, a inspiré à notre grand 
ténor Duprez les paroles et la musique d'un oratorio en trois parties : la 
Terre, l'Abîme, le Ciel. Cet ouvrage sera exécuté plusieurs fois par cent 
soixante artistes, Duprez lui-même chantant les récits, au cirque de 
l'Impératrice, du 1'^^ au 13 a\ril prochain. Le profit de ces séances sera 
affecté à des institutions de bienfaisance. 

.f*sf. Demain lundi, W. Kriiger donne à la salle Herz son beau concert 
annuel avec le concours de Teresa Careno, de Mlle Cécile Dolmestch, de 
MM, Hammer, Amrelle, Ponsard, etc. On y entendra plusieurs morceaux 
nouveaux de Krûger et, entre autres, une transcription de la ballade des 
Djinns, du Premier Jour de bonheur, etc. 11 ne reste plus que peu de 
billets à prendre. 

**, Edouard Wolff vient de rentrer à Paris, de retour de l'excursion 
qu'il a faite avec la Compagnie Ulmann-Palti, excursion pendant le cours 
de laquelle il a recueilli les ovations dues à son beau talent et que nous 
avons signalées dans nos derniers numéros. 

»*« Ant. Rubinstein vient d'arriver à Paris; il annonce pour jeudi 
prochain 19 mars, à la salle Herz, un concert dans lequel il exécutera 
les œuvres suivantes de sa composition : i' concerto en ré mineur ; pré- 
lude et fugue ; sarabande, passepied, courante et gavotte (extraits d'une 
Suite pour piano); Nocturne, caprice, Barcarolle, étude. La parlie vocale 
est confiée à Mlle Rives. M. Camille Saint-Saëns dirigera l'orchestre. 

if,*^ Le nouvel orgue de Notre-Dame sera joué les dimanches 13, 22, 
29 mars et 3 avril, à midi et demi, et chacun de ces dimanches à tour 
de rôle par MM. Camille Saint-Saëns, Franck aîné, Durand, Chauvet, 
Loret, Sergent, etc., organistes de différentes églises de Paris. 

,% On nous écrit de Rouen : « Le concert annuel de bienfaisance de 
la Société lyrique qui a eu lieu dimanche 1" mars avait attiré une af- 
fluence si considérable, que la grande salle des Consuls (à la Bourse) 
n'a pu suffire à la contenir toute. Près de 4,000 billets avaient été placés. 

— M. Gamelin dans la prière de Joseph, M. Victor dans la mélodie S» 
vous saviez I, d'Alfred Dassier, M. Vauquelin dans le Ménétrier de 
Meudon, du même auteur, MM. Leroy et Godefroy dans un duo 
comique de Sylvain Mangeant, Ténor et Directeur, ont eu les honneurs 
de la soirée ; mais il y a eu des applaudissements pour tous les chan- 
teurs et les organisateurs de la fête. Ils n'ont eu qu'à se féliciter du ré- 
sultat artistique aussi bien que du résultat financier de ce concert qui 
laissera d'agréables souvenirs au public et une magnifique recette pour 
les pauvres. » 



Le défaut d'espace nous oblige à ajourner au prochain numéro le 
compte rendu d'un certain nombre de concerts. 



NOUVELLES DES THÉÂTRES LYRIQUES. 

sf*. Lundi a eu lieu au théâtre de l'Opéra la première représentation 
i'Hamlet. — Nous en rendons compte. — Le nouvel opéra d'Ambroise 
Thomas a été également joué mercredi et vendredi. 

**, L'apparition de VHamlet d'Amb. Thomas, au théâtre de l'Opéra, 
donne de l'intérêt à cette circonstance qu'un musicien consciencieux, 
M. Aristide Hignard, a traité le même sujet sur un poëme de M. Pierre 
Garai, et l'a fait récemment graver et publier à ses frais en attendant qu'un 
directeur de bonne volonté se hasarde à en faire apprécier le mérite par 
le public. 

^** M. George Hainl, premier chef d'orchestre de l'Opéra et de la 
Société des concerts du Conservatoire, vient d'être nommé membre du 
comité des études musicales de cet établissement. 

^** Le Premier Jour de bonheur se joue quatre fois par semaine au 
héâtre de l'Opéra-Comique . 



jf*^ La première représentation de la reprise de la Part du Diable est 
annoncée pour le' 20 de ce mois. * 

,*» MM. de Leuven et Ritt viennent de s'engager, par traité, vis-à-vis 
d'A. Maillard, à jouer dans l'année les Dragons de Villars, donnés jus- 
qu'à présent au théâtre Lyrique, qui seront montés avec tout l'éclat que 
comporte le succès obtenu partout par cet opéra, et à reprendre aussi 
iMra. 

^*^ Mme Galli-Marié vient de renouveler, pour une période de cinq 
ans, l'engagement qui la liait à ce théâtre. 

^\ Mlle Tuai quitte le théâtre Lyrique pour entrer à celui de l'Opéra- 
Comique, où elle vient d'être engagée. 

j,.*4 Adelina Patti a chanté pour la première fois à Paris le 
rôle de Leonora du Trovatore : d'abord à la soirée donnée dimanche 
au théâtre Italien pour VOEuvre des écoles de Saint-Joseph; puis jeudi. 
Le succès n'était pas douteux : il a suivi la célèbre cantatrice dans 
cette création, comme dans celles de Gilda, de la Traviata, de Lucia. 
Brillante dans ses diverses cavatines, c'est surtout dans le Miserere et 
dans le duo final qu'Adelina Patti a été justement applaudie, rappelée, 
acclamée; nous ne croyons pas qu'aucune de ses devancières s'y soit 
montrée plus dramatique. Nicohni l'a secondée avec éclat; sa romance 
d'entrée; son air du troisième acte avec la stretle di quella pira et la ro- 
mance du quatrième acte ont provoqué d'enthousiastes bravos. — On 
souhaiterait peut-être plus de force et de mordant dans l'organe de 
Verger; mais ce jeune artiste est en grands progrès et il n'y a que des 
éloges à donner à la façon dont il a chanté son air du deuxième acte 
et le duo du quatrième. Agnesi et Mlle Grossi ont complété l'ensemble 
de ces représentations en partie compromises pourtant, il faut bien le dire, 
par une déplorable exécution de la part de l'orchestre. — Hier on a donné 
la 3° représentation de l'œuvre de Verdi. 

»*« La deuxième représentation de Matilda di Shabran a eu lieu mardi 
et a pleinement confirmé le succès des époux Tiberini. — Leur seconde 
pièce de début sera / Puritani. — Giovanna d'Arco sera la nouveauté de 
cette semaine. 

^*,^ Demain a lieu l'ouverture du Théâtre de la Renaissance par Faust. 

^,*, La dernière représentation de la Fanchonnette, au'théâtre Lyrique, 
a valu à Mme Carvalho la plus brillante des ovations : bis, rappels, cou- 
ronnes, rien n'a manqué au triomphe de la célèbre cantatrice. — On a 
joué Marlha trois fois cette semaine. 

^*t C'est dans le rôle de Sganarelle du Médecin malgré lui, créé par lui 
avec tant de verve et d'entrain, que Meillet reparaît demain au théâtre 
Lyrique. 

*** Demain, le théâtre des Fantaisies-Parisiennes donne la première 
représentation de Roger Bontemps, vaudeville en un ai;te de MM. Clair- 
ville et Bernard Lopez, refait en un opéra-comique en deux actes. 

**"* Le théâtre de l'Athénée se dispose à donner, pour la fin du mois, 
un nouvel opéra-bouffe en trois actes, provisoirement intitulé : Fleur de 
Thé, dont le poëme est de MM. Chivot et Duru, et la musique de M. 
Charles Lecocq, auteur de l'Amour et son carquois. 

»*# Il y a toujours grande foule au théâtre des Variétés pour enten- 
dre la Grande-Duchesse. 

,*» L'opérette-bouffe de J. Moinaux et Offenbach : Dunanan père et 
fils, remaniée en quatre actes,' va être jouée au théâtre des Menus-Plaisirs. 

iit*. Les recettes brutes des théâtres impériaux subventionnés, des 
théâtres secondaires et autres établissements soumis à la perception du 
droit des pauvres se sont élevées pendant le mois de janvier à la somme 
de 2,013,928 fr. 82 c. 

,*, Le conseil municipal de Bordeaux vient de nommer M. Halanzier, 
directeur du Grand-Théâtre, et de lui assurer, par délibération spéciale, 
le maintien de la subvention de 200,000 fr., et, de plus, une allocation 
de 30,000 fr. pour achat de décors et de costumes, dont une somme de 
20,000 francs spécialement affectée à la mise en scène de l'Africaine. Le 
public a ratifié de son approbation unanime ce choix heureux et ce vote 
intelligent. — En attendant, les représentations données par les artistes 
réunis en société marchent fort bien. Les Dragons de Villars font de jolies 
recettes ; Mme Montaut - Lambert s'y montre comédienne habile autant 
que chanteuse exercée. 

,i.*^ La direction du théâtre des Arts, de Rouen, va passer aux mains 
de M. Bonnesseur, naguère basse à l'Opéra. L'Africaine aura été le plus 
beau succès de la direction actuelle ; la foule se presse encore, comme 
aux premiers jours, pour admirer le dernier chef-d'œuvre de Meyerbeer 
et applaudir ses excellents interprètes . 

»*„, Mardi, Marie Sass donnait au Havre une représentation composée 
mi-partie de l'Africaine et mi-partie de la Juive. La grande cantatrice y 
a reçu un accueil enthousiaste. 

^\ En présence des succès obtenus par Mme Rose Bell, au théâtre 
de Liège, la direction s'est décidée à monter les Bavards d'Offenbach; 
Mme Rose Bell y remplira le rôle créé par Mme Ugalde, et son gracieux 
talent lui promet un nouveau triomphe. La première représentation a 
dû avoir lieu jeudi. 



DJi PARIS 



87 



*** Jeudi prochain, 19 mars, mi-carôme, aura lieu à l'Opùra le der- 
nier bal masqué de la saison, sous la direction de Strauss. 



NODVELLES DIVERSES. 

*•* Hector Berlioz se repose en ce moment, à Monaco, des glorieuses 
fatigues de soa voyage en Russie. 

**» Une des célébrités musicales de la Bourgogne, on pourrait dire 
de la France, Jules Mercier, vient de s'éteindre à Dijon à peine ûgé de 
quarante-neuf ans. Membre de l'Académie de cette ville, président-fon- 
dateur de la Société philharmonique, compositeur de mérite, musicien 
consommé autant que professeur habile; nature bonne, entraînante, mo- 
deste, caractère affeclueux et serviable, J. Mercier était de ceux qui ho- 
norent leur pays natal et qui ont droit à l'amitié et à l'estime de tous. 
Dans ses compositions nombreuses, — fantaisies sur la Favorite, Robert, 
Chartes T7, les Huguenots, le Pré aux Clercs, le Proiihète, etc., — J. Mer- 
cier apportait la même reciitude de goût, hi même profondeur de senti- 
ment, la même pureté sonore que dans son exécution. La cité dijonnaise 
et la province ont vivement ressenti la perte de l'homme éminent qui 
avait popularisé chez elles la musique des maîtres et qui s'était cons- 
tamment efforcé de maintenir la réputation artistique dont elles jouissent 
à plus d'un titre. Le théâtre a été fermé ; trente-six sociétés musicales 
se sont fait représenter aux funérailles du chef regretté qui depuis si 
longtemps les conduisait au triomphe dans les divers concours et festi- 
vals; les cordons du poêle ét.aient tenus par M. le maire de Dijon et 
plusieurs artistes, Vieuxtemps et Godefroid, notamment, anciens cama- 
rades de Conservatoire de Jules Mercier. Au service, entre autres mor- 
ceaux, l'orchestre a joué l'andante de la .symphonie en la de Beethoven, 
dans lequel Vieuxtemps a tenu 'la partie de premier violon. — La com- 
pagnie lyrique Ulmann-Patti, de passage à Dijon, a voulu s'associer au 
deuil public : MM. Vieuxtemps, Seligmann et Wolff ont joué l'Ave Maria 
de Gounod, en commémoration de la mort de J. Mercier; des applau- 
dissements émus et des larmes sincères ont remercié ces grands artistes 
de leur délicate attention. 

**jii La célèbre tragédienne allemande Sophie Schrœder, mère de la 
grande cantatrice Wilhelmine Schrœder-Devrient, ravie trop tôt à Fart, 
vient de mourir. Sophie Schrœder était plus qu'octogénaire. 

**:j M. Marc Micliel, auteur d'un grand nombre de jolies comjdies- 
vaudevilles, et qui fut longtemps le collaborateur d'Eug. Labiche, vient 
de mourir. 

ET RANGER 

^*j, Bruxelles. — La première représentation de Don Carlos a eu 
lieu mardi. Le public a très-froidement accueilli cet opéra, qui n'a pas, 
il faut le dire, les qualités qui font le succès des grandes productions de 
la scène lyrique. Ce n'est pas qu'on n'ait reconnu çà et là la main d'un 
compositeur expérimenté. 11 y a incontestablement de belles pages dans 
la partition de Dun Carlos ; le fmaie du troisième acte est largement 
conçu et d'un grand effet; mais, pour quelques parties réussies, combien 
de scènes languissantes! Pourquoi M. Verdi a-t-il changé sa manière? 
pourquoi a-t-il adopté le malencontreux système de la récitation à jet 
continu, mis à la mode par li's musiciens sans idées! Cette transforma- 
tion de l'auteur du Trouvère et de Rigoktto a fort désappointé les dilet- 
tantes de Bruxelles. L'exécution n'étiit pas faite pour pallier les défauts 
de la musique; elle les a exagérés au contraire, ajoutant à l'indécision 
des formes mélodiques les incertitudes d'une interprétation Ilottante 
et molle. Rarement opéra a été plus mal chanté; c'est une particularité 
dont il faut tenir compte en constatant le fait de l'insuccès. On prépare 
la Jolie Fille de Perth; le Premier Jour de Bonheur et Ilamlet seront pour 
l'hiver prochain. La présence de Rubinstein à Bruxelles est l'événe- 
ment musical du moment. Le célèbre virtuose s'est fait entendre di- 
manche passé au concert populaire et^iercredi dans une soirée dont son 
admirable talent a fait seul les frais. 11 a produit tjne profonde impres- 
sion. Depuis Liszt il n'y avait pas eu d'exemple d'un pareil succès de 
pianiste. Après avoir joué samedi dans un concert de charité, Rubins- 
tein partira pour Paris; de là il se rendra en Angleterre, puis en Amé- 
rique, où il est certain qu'une grande fortune l'attend. 

»*^ Berlin . — Niemann a fait sa rentrée à l'Opéra dans le rôle de 
Jean de Leyde du Prophète; il y a été supei-bo. .\vec ce vaillant ténor, 
avec son émule, Wachlel, rétabli d'une longue indisposition, avec Mmes 
Lucca et Artôt, revenues à leur poste, l'Opéra-Royal peut compter sur 
de splendides et fructueuses soirées. — La troupe italienne, après sa 
courte excursion à Hombourg, a repris possession du théâtre Victoria, 
et paraît con.server la faveur du public. 

^^*Jf Gotha. — Un opéra-comique et romantique nouveau, la Nuit de 
Saint-Jean d'Eilers, a été très-goiUé du public. Le sujet est emprunté à 
la nouvelle de Zschocke, VHôte mort. 

„,*, Leipzig. — Dans son 19° concert, l'avant-dernier de la série, l'or- 



chestre du Gewandhaus a célébré, le .'J mars, le 12;)' anniversaire de sa 
fondation. Le programme se composait exclusivement de compositions 
des six chefs d'orchestre qui .se .sont succédé pendant les vingt-cinq der- 
nières années : Mendelssohn, David, Gade, Ililler, Rietz et Roinecke, le 
chef actuel. — Le Copservaloire de mu.sique a fêté sa 23' année d'exis- 
tence. Depuis son établissement, 1,300 élèves environ y ont reçu l'édu- 
cation musicale sous toutes .ses formes. 

^'jt Lioerpool. — La direction des concerts philharmoniques sera désor- 
mais contiée à Jules Benedict. 

^% Florence. — Un nouvel opéra, Rosmunda, du maestro Gialdini, a 
rencontré à la Pergola un succès honnête, qui ne lui présage pas encore 
une vie bien longue. 

,1,*^ Venise. — Succès immense à la Fenice avec V Africaine. Grâce 
à une exécution bien voi.sine delà perfection, le chef-d'œuvre a pu res- 
plendir de toute sa beauté, et gagner ainsi dès le premier soir un ter- 
rain précieux. Mme Lotti Délia Santa, Carrion et Merly ont été admira- 
bles, tous les autres artistes les ont vaillamment .secondés, et il n'y a 
que des éloges à donner aux chœurs, à l'orchestre, ainsi qu'à la direc- 
tion pour sa splendide et intelligente mise en scène. 

^*^ Varsovie. — Une regrettable mesure vient d'être prise : le Con- 
servatoire est fermé, après six ans seulement d'existence, les fonds dus 
à la souscription qui le faisait vivre d'une vie précaire étant complète- 
ment épuisés. 

^*,t Saint-Pélersbourg . — Mme Lucca est réengagée pour les mois de 
novembre et décembre. Adelina Patti chantera en janvier et février. La 
troupe italienne engagée pour toute la saison se compose de Mmes Fricci, 
Trebelli, Volpini, des ténors Mario, Fraschini, Calzolari , des barytons 
Neri-Baraldi, Graziani, des basses Zucchini, Angelini, Gassier. 



CONCERTS ET AUDITIONS MUSICALES ANNONCÉS. 

Salon Krîegolstein, aujourd'hui dimanche à 8 heures 1/2 du soir : cin- 
quième et dernière séance de MM. H. Bonewilz et Norblin, avec le 
concours de MM. Telesinski et Bernard. 

Salle Herz, dimanche 13 mars : concert donné par M. Kowalski et Mlle 
Pellini, avec le concours de MM. Hermann-Léon, Sarrasate, Las- 
serre, Mlle E. Dubois et Coquelin, de la Comédie-Françai.se. 

Salle Herz, lundi 16 mars : concert de M. VV. Krûger, avec le concours 
de Mlle Dolmetsch, MM. Ponsard, Hammer, Godard et Charles Pot- 
tier. 

Salle Herz, mardi 17 mars à 8 heures 1/2 : concert de Mme Rouxel- 
Tailhardat, avec le concours de Mlle Laure Tailhardat, de MM. 
Brégy, Pauvre- Taffanel, Sighicelli, Soumis et Rouxel. — Poésie 
par M. Sanison. — Comédie en un acte de MM. Meilhac et Halévy, 
par M*** et Mme Armand et Delille. 

Salons Pleyel-Wolff, mardi 17 mars : cinquième séance populaire de mu- 
sique de chambre, donnée par MM. Ch. Lamoureux, Colblain, Adam 
et Poëncet, avec le concours de M. Henri Fissot. 

Salons Erard, mercredi 18 mars à 8 heures 1/2 du soir : concert des 
frères Sauret, élèves de MM. Ch. de Bériot, avec le concours de 
Mlle Alph. Marer, de M. Aubary, Mlle C. Meyer et M. Lamotte, 
chanteur comique. 

Salle Herz, mercredi 18 mars : concert par le violoniste mexicain Euse- 
bio Delgado, premier violon solo du théâtre de Mexico, avec le 
concours de Mlle Marie Roudier, Louise Murer, MM. Waldeck, Bru- 
neau et Mattiozzi. 

Salons Pleyel-WoIff, mercredi 18 mars: séance publique donnée par A. 
Gouffé, pour l'audition de ses œuvres. 

Salle Erard, jeudi 26 mars à 8 heures 1/2 du soir : concert de l'excel- 
lent pianiste compositeur Ernest Stœger, avec le concours de Mlle 
Rives, du violonisie Hermann, qui vient d'arriver à Paris, Poëncet, 
Baur et JI. Van Waefeighem. 

Salle Herz, jeudi 26 mars : concert donné par Mme Norman-Neruda, la 
célèbre violoniste. 

Salle Erard, samedi 28 mars à 8 heures 1/2 du soir : concert de M. Eu- 
gène Ketterer, pour l'audition de ses œuvres nouvelles, avec le con- 
cours de Mme Anna Fabre, Mlle Louise Cantin, de MM. Pagans, A. 
Herman, A. Durand, F. Thomé. 



« TT T o On demande un organiste pour l'église de Coulommiers ; 
il V lu. s'adresser à M. Bleuze, maître de chapelle à Saint-Sulpice, 
rue de la Grande-Chaumière, 8. 



KEVUE ET GAZETTE MUSICALE UE PAKIS. 



Nouvelles publications de J. MAHO, 25, rue du Faubourg-Saint-Honoré, à Paris. 



Op. 12. 

— 13. 

— iS. 

— 18. 

— 19, 

— 20. 

— 28. 

— 29. 



— 39. 

— -il . 



Première sonate pour piano {mi majeur) . . . 

Première sonate pour piano et violon (sol majeur) 

Deux trios pour piano, violon et violoncelle : 1. en fa m. 

2. En sol mineur 

Première sonate pour piano et violoncelle (ré majeur). . . 

Deuxième sonate pour piano et violon (la mineur) 

Deuxième sonate pour piano [ut mineur) 

1 . Nocturne 

2. Caprire 

Deux Marches funèbres pour piano : 

1 . Pour le convoi d'un artiste 

2. Pour le convoi d'un héros 

1 . Barcarolle pour piano (fa mineur) 

2. Allegro appassionato pour piano 

Deuxième sonate pour piano et violoncelle {sol majeur). . 
Troisième sonate pour piano {fa majeur) 



Op. a. Soirées à Saint-Péterslourg. Six morceaux pour piano. 
Livre 1 . Romance. Scherzo 

— 2. Preghiera. Impromptu 

— 3 . Nocturne. Appassionato 

— -49. Sonate pour piano et alto ou violon {fa mineur) 

(La partie de violon arrangée par Ferd David.) 

— 52. Troisième trio pour piano, violon et violoncelle {si bém.) 

— 53 Six fugues dans le stylo libre précédées de préludes : 

1 . En-/o bémol majeur 

2 . En fa mineur 

3. En mi majeur 

i. En Si mineur 

5 . En sol majeur 

6. En ut mineur 

— GC. Quatuor pour pianu, violon, alto et violoncelle net. 

Etude en m( majeur pour piano 



5 » 
7 50 

10 !- 



20 » 

7 no 

5 » 
7 50 
7 50 
7 50 

6 . 
12 . 

7 50 



BTmWMWM H^îiîi^ll 



Op. 119. Préludes composés pour Mile Lili, 2 livres, chaque 10 

— 120. Mélodies pour piano 10 

— 121 . 1 . Ballade pour piano 5 

2 . Conte, pour piano 6 



Op. 121 . 3. Rêverie du Gondolier, pour piano-. 5 

— 122. Valses Rêveries, pour piano 10 

— 82. Nuits blanches, pour piano, 1 vol. in-8° net. 6 

— 78, 80, 89. Promenades d'un solitaire, pour piano, 1 v. 8°, net 8 



Divers pour Piano 



Henselt (A.). Op. 28. 1. Valse sentimentale 4 50 

— 2. Valse noble 4 50 

— Op. 39. Aubade 4 50 

Hlllcr (P.). Guitare, impromptu 4 50 

E.e Conppey (P.). Transcriptions classiques: 

11 . Schubert, sérénade 5 » 

12. Beethoven, fragmeut du premier quatuor 6 » 

Hendelsaohn (P.). Op. 101 . Ouverture posthume 7 50 

Sari (L.) . Rondes des Elfes 5 „ 

— Canto del Monte d'Oro 5 „ 

Scliirrniaclier. Op. 73. Deux romances de Liebé (transcrip- 
tions: Autrcfuis. Au revoir I) 6 » 

Sctauinunn (Robert). Op. 82. Dans la forêt, morceaux caracté- 
ristiques : Entrée. — A l'affût. — Pleurs solitaires. — 
La vallée maudite. — Paysage. — L'Auberge. — L'Oi- 
seau-prophète. — Air de chasse. — L'Adieu. 

SIenold (Ch.). Op. 1. Deux polkas 6 » 

— Op. S. Mazurka de salon 5 » 

— Op. 6. Grande valse brillante 7 50 



SlenoId (Ch.). Op. 8. Nocturne 6 

— Op. 23. Barcarolle S 

Splndlcr (Pr.). Op. 5. Retour du printemps, idylle 6 

— Op. 75. Souvenirs de Pierrefonds, deux idylles : 

1 . L'Oi-scau chante ! 5 

2. La Source 5 

— Op. 84. Les Naïades, morceau de genre 5 

— Op . 111. Polka, mi bémol 6 

— Op. 127. Les Trois Grâces, trois morceaux de salon : 

1 . Le Galop 6 

2. La Valse 6 

3 . La Mazurka 6 

— Op. 133. Contes d'autrefois, 2 morceaux caractéristiques, ch. 5 

— Op. 163. Les Sirènes, 2 valses, ut majeur, fa majeur, ch. 5 

— Op. 164. Le Chant de la Pileuse 6 

— Op. 177. Les Premières feuilles, deux morceaux, chacun . 6 
Welile (Ch.). Op. 73. Impromptu 5 

— Op. 2i. Laendler ; 5 

— Op. 75. Chanson bohème 6 



Pour Piano à quatre mains 



BeethOTcn. Fidelio, complet net. 15 » 

— Fidelio, ouverture 7 50 

EnckiiauKen (H.). Op 84, Ecole de piano, 4 cahiers, chaque 7 50 

Cianz (W.) . Op. 12 bis. Qui vive ! arr 9 » 

Hende;ssolin (P.). Op. 101 bis. Ouverture posthume 9 » 

Hozart. Don Juan, complet. » net. 15 » 

— Don Juan, ouverture 7 50 

— La Flûte enchantée, complet net. 15 » 

— La Flûte enchantée, ouverture 7 50 



Mozart. Les Noces de Figaro, complet net. 15 » 

— Les Noces de Figaro, ouverture 7 50 

Roaslni. Le Barbier de Séville, complet net. 15 » 

— Le Barbier de Séville , ouverture 7 50 

Spindier (P.). Op. 1-40 bis. Le Trot du cavalier, arr 7 50 

Weber. Le Freyschiifs, complet net. 15 » 

— Le Freyschiitz, ouverture 7 50 

— Oberon, complet net. 15 » 

— Oberon. ouverture T 50 



Musique d'ensemble 



Esctimann (Ch.). Op. 58. Trois sonatines pour piano et violon: 

1 , Ré; 2, Sol ; 3, Ut , chacune 

Ciaéronlt. Rondino de Beethoven, transcrit pour piano et orgue 
HauptmaBii (M ) . Trois sonatines très-faciles, ut, sol, fa, po>ir 

piano et violon 

Langlians (W.) . Aria di Lotti, transcrit pour violon ou violon- 
celle avec accompagnement de piano 

— ~ Op. 4. Quatuor pour deux violons, alto et violoncelle, fa 
majeur. (Couronné du 1"^"' prix par la Société de quatuors 

de Plorence) 

E.alo (E.). Op. 14. 1. Chanson villageoise pour violon ou vio- 
loncelle et piano 

Sérénade pour violon ou violoncelle et piano 

19. Quatuor pour deux violons, alto et violoncelle, mi 

bémol majeur 

liacombe (Paul). Op. 8. Sonate pour piano et violon 

HendeisNObn-Barttaoïdy (Pélix). Op. 17. Variations con- 
certantes pour piano et violoncelle ou violon 



- Op. 



7 50 
5 » 



Meyer (Louis). Les concerts à la pension, trios non difficiles: 

1 . Sol majeur 12 

2. Sol majeur 9 

3. Ut majeur. 12 

Salnt-Saens (C). Op. 16. Suite pour piano et violoncelle, net. 7 



Séparément ; 



Prélude, ré mineur 6 

Sérénade, soi mineur 6 

3 . Scherzo, mi bémol majeur 6 

4 . Romance, mi majeur 6 

5. Finale, ré majeur 6 

— Op. 18. Trio en fa majeur pour piano, violon et violon- 

celle. (Dédié à M. Alfred Lamarche) 20 

— Concerto en la majeur pour violon avec accompagnement 

d'orchestre. Partition (sous presse) net. 8 

— Concerto en la majeur avec accomp. de piano (sous presse). 
UendelDsobn (F.). Op. ICI. Ouverture posthume, pour or- 
chestre, en partition net . 5 

— La même, en parties séparées 20 



Ueiidelssobn (P.). Op. 60. La Première nuit de sabbat, parti- 
tion in-8°, chant et piano net . 7 

liuc (V.). Une Nuit de Noël, petit drame lyrique en un acte et 
deux tableaux, avec accompagnement de piano et har- 



monium (violon et harpe ad libitum), pour pensionnats et 

communautés religieuses net. 7 

(SalBt-Saens. Les Noces de Prométhée, cantate pour solos, 

chœurs et orchestre, partition chant et piano net. 5 



IHPSIHEBIE CENTBALE BES CHEUins DE FEB — A. < n«IX 



3BEBCÈBE, 30, A PABIS 



BUREAUX A PARIS •• BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 



35' Année. 



K" \t 



22 Mars 1868. 



ON S'ABONNE : 

Dans les DtSporlpmcnls et à l'Élrnngpr, 

chez tous les Marchands de Musique, Us Libraire 

et aux Sureaux def. Messageries et des ToEtes. 



REVUE 



PRIX DE L'ABONNEMENT: 

Paris -4 r. par f 

DÉparlements, Belgique et Suisse,... 30» iiL 

Élraçjer 31 » i'i- 

Le Journal parait le Dimanche. 



GAZETTE MUSICALE 



DE PARIS 



Avec le procbaln naméro, nos abonnés recevront 
VEtwéle en ta, mineur de JUEIVDEIiiItlSOHlV. dont la 
publication récente a excité à an si liant degré l'inté- 
rêt des pianistes. 



SOMMAIRE. — Concert d'Antoine Rubinstein, par Charles Bannelier. — 
Une matinée musicale au Grand-Orient de France, Em. llatbien de Hon- 

1er. — Tliéâtre des Fantaisies -Parisiennes: Roger Bonlemps, opéra-comique 
en deux actes, paroles de MM. Clairville et Bernard Lopez, musique de M. De- 
billemont. — Revue des tliéâtres, par D. A. D. tSaint-lfies. — Galerie 
des musiciens célèbres anciens et modernes. — Concerts et auditions musicales 
de la semaine. — Nouvel^es des théâtres lyriques. — Nouvelles diverses. — 
Concerts et auditions musicales annoncés. — Annonces. 



CONCERT D'ANTOINE RUBINSTEIN 

A LA SALLE HERZ, 

Le jeudi 19 mais 1868, 

Ce prodigieux virtuose, cet athlète du piano, qui ne connaît 
d'autre rival que Franz Liszt, ce grand artiste à l'extérieur presque 
rude, qui n'a rien à voir avec les élégances de pose et les airs penchés 
des pianistes à la mode, Antoine Rubinstein est né dans un village de 
la Moldavie, à Wechwotynez, sur les frontières russes, le 30 novem- 
bre 1829; il a donc aujourd'hui un peu plus de trente-huit ans. 
Il est Russe par son éducation, ayant habité Moscou dès son en- 
fance; c'est dans cette ville qu'il donna son premier concert à 
l'âge de neuf ans. Depuis, il a perfectionné sans relâche son ad- 
mirable talent d'exécution, qui, servi par une organisation physi- 
que exceptionnelle, est arrivé à un degré de puissance dont ceux 
qui n'ont point entendu Liszt ou lui ne peuvent se faire une idée. 
Il n'a commencé â composer d'une manière sérieuse que vers sa 
vingtième année; il a produit depuis lors une quantité immense 
d'œuvres de toutes sortes, opéras, oratorios, symphonies, concer- 
tos, sonates, morceaux de piano, de chant, chœurs, etc.; dans 



toutes on trouve les pensées élevées, le style large, la distinction, 
le savoir-faire du grand musicien. En général cependant, elles 
sont produites trop hâtivement, et portent la trace d'un travail 
fiévreux et sans règle. Il n'aime pas revoir à loisir sss composi- 
tions ; elles sont aussitôt publiées que terminées, et il s'en est re- 
penti plus d'une fois. De plus, beaucoup ne sont accessibles qu'à 
un très petit nombre de pianistes, en raison des effets de haute 
virtuosité qui y sont prodigués, et qui réclament non-seulement 
des doigts habiles, mais encore une certaine force physique. 

Rubinstein a beaucoup voyage. 11 est venu à plusieurs reprises 
à Paris, oiî ses concerts ont toujour-s produit la plus vive sensa- 
tion. Il y était l'année dernière encore, mais il ne s'est fait enten- 
dre que dans quelques cercles intimes. — Il est le fondateur du 
Conservatoire et de la Société des concerts de Saint-Pétersbourg; 
des dissentiments regrettables l'ont- fait renoncer depuis peu à la 
direction de ces deux belles institutions. Son frère Nicolas, pianiste 
comme lui, est établi à Moscou où il jouit d'une réputation mé- 
ritée. 

Le concert de jeudi dernier réunissait dans la salle Herz le pu- 
blic d'élite, le grand public des artistes illustres; les maîtres du 
piano au grand complet étaient venus applaudir et étudier. Après 
l'ouverture des A^oces de Figaro, dite dans la perfection par l'or- 
chestre sous la direction de Camille Saint-Saëns, Rubinstein a 
attaqué son 4« concerto en ré mineur, qu'il affectionne particu- 
culièrement et qu'il joue plus volontiers en public. C'est une lutte 
perpétuelle entre le piano et l'orchestre que ce concerto ; et l'avan- 
tage de la sonorité ne reste pas toujours au dernier. Fortement 
conçu, savamment conduit, il manque peut-être un peu de cette 
chose indéfinissable qu'on appelle le charme, excepté dans Van- 
danle, qui se rapproche de la manière de Mendelssohn. Les oc- 
taves, les arpèges, les croisements rapides des mains s'y succèdent, 
drus et serrés comme la grêle; le poignet d'acier de Rubinstein 
en a facilement raison. A ceux qui seraient tentés de croire que 
cette gymnastique fait sortir le piano de ses voies et moyens, il a 
répondu victorieusement l'autre soir. Toutefois, il fera bien de 
plaider toujours sa cause lui-même. 

Mais voici le torrent débordé devenu un ruisseau tranquille et 
limpide : Rubinstein joue le ravissant rondo en la mineur de 
Mozart avec une finesse, une suavité, une sobriété que nous 



90 



KEVUE ET GAZETTE MUSICALE 



retrouverons tout à l'heure dans son nocturne et dans celui de 
Chopin. Après la fantaisie étourdissante, la grâce enfantine; après 
le tour de force, après les foudroyants prodiges de mécanisme, le 

jeu lié, les nuances les plus délicates, le pianissimo fondant 

On regarde au piano... Oui, c'est bien encore lui... A présent, le 
Rubinstein du concerto nous revient : c'est le scherzo a capricio 
de Mendelssohn, c'est la titanesque transcription du Roi des Aulnes 
de Liszt, puis encore quelques-unes de ses compositions à lui, Ca- 
pricio, un charmant poëme, Barcarolle, Etude, la fameuse et 
redoutable Etude en ut à laquelle il a donné le titre redondant 
d'Etude inferncde du Diable, appelée encore « Etudes aux fausses 
notes, » lesquelles fausses notes ne sont que des appogiaturcs 
très-mélodiques que la main gauche vient piquer rapidement dans 
le haut du clavier, pendant que la droite se livre à des arpèges 
effrénés... C'est stupéfiant, on a le frisson... Le beau piano de 
Herz, un des meilleurs instruments sortis des ateliers du facteur- 
artiste, a vaillamment supporté l'épreuve. 

Après chaque morceau, des applaudissements à faire crouler la 
salle, des rappels sans fin, ù rendre jaloux un ténor ou une pri- 
ma donna en vogue ! 

Total : une heure et demie bien complète de piano, de quoi 
épuiser tout autre que Rubinstein; mais lui a gardé jusqu'à la lin 
son calme olympien, et pour un peu il eût recommencé. 

Certes, ils se fourvoieraient étrangement ceux qui croiraient 
qu'iV faut chercher à imiter cet artiste extraordinaire; comme 
Liszt, c'est une individualité puissante, exceptionnellement douée, 
et qui s'impose par des qualités propres, non transmissibles. Grâce 
à Dieu, il y a encore, en deçà de cette virtuosité de haute école, 
de pures et vives jouissances pour l'homme de goût. 

Un mot d'éloge en terminant à l'adresse de Mlle Rives, qui a 
jeté un peu de variété dans ce programme assez chargé, en chan- 
tant avec goût deux morceaux des Noces de Figaro, la Prière de 
la Vestale et un air de Rameau. 

Charles BANNELIER. 



DNE MATINÉE MUSICALE AD GRAND-ORIEKT DE FRANCE. 

Concert donné par la loge maçonniqne les FBÈRES-UKIS- 
HKSÉPABABliES, au profit |de son Œuvre d'adoption d'or- 
phelins. 

Parler ici de cette fête d'art et de bienfaisance, — mais toute 
de famille, — dont l'éclat empruntait à ce caractère essentiellement 
intime je ne sais quoi de digne et de touchant ; dire avec quelle 
solennité et quelle simplicité tout à la fois la musique s'unit à la 
charité dans une loge maçonnique, cela est peut-être, cela est 
sans doute une indiscrétion. Mais, en m'inspirant de l'esprit fra- 
ternel de ceux qui seraient en droit de me la reprocher : C'est 
pour les autres et pour soi, leur répondrais-je, qu'il faut entendre, 
sentir, méditer les belles choses; votre réunion exceptionnelle de 
dimanche dernier, par son essence même et sa nature, a profon- 
dément charmé, impressionné jusqu'à l'émotion, ceux qui y ont 
assisté; à ce titre, laissez ces harmonies délicieuses franchir les mu- 
railles du Temple et permettez à leur^écho de se répercuter dans 
la chronique musicale de la semaine. 

Sous les voûtes symboliques du « sanctuaire de l'hospitalité sainte et 
del'inviolableamitié,» dans ce milieu où tout parleà l'âme et l'élève 
vers la claire intelligence du beau et du vrai absolus, l'art mu- 
sical a certainement été représenté, le lo mars, dans sa mani- 
festation la plus pure et par ses interprètes les plus habiles. 
Mme Norman-Neruda — son éloge n'est plus à faire, — livrait 
à l'admiration d'un auditoire enthousiaste son jeu puissamment 



individuel, fécond en rencontres imprévues et en expressions 
trouvées; son style large et fin qui avance comme un Ilot, ne 
laissant aucun point sans l'embrasser et le revêtir, dévoilant une 
imagination continue dans le détail et accusant lo souci et la cu- 
riosité des contrastes. A côté d'elle brillait sa blonde compatriote, 
Ophélia-Nilsson, — décorée du bijou de la Loge, 

« Blanche comme ung lys 

Et qui chante à voix de Syrène. » 

N'a-t-elle pas reçu, dès le berceau, le don de l'harmonie, delà 
perfection, de la sensibilité, cette âme du chant? Rosine liloch, 
beauté et voix opulentes; Mme Barthe-Banderali, dont le talent 
empreint de la plus élégante distinction observe surtoutla maxime: 
Rien de trop. Le charmant quatuor de femmes, n'est-ce pas , que 
celui-là où se rencontraient, à mérite égal, la passion, la grâce 
poétique, le sentiment dramatique et l'esprit avec la beauté? Dans 
le rayonnement de ces « étoiles » gravitaient Delle-Sedie qui joint 
à un si grand art tant de simplicité: Ph. Lamoury, dont le vio- 
loncelle chante, — et voilà l'idéal ! — comme la plus belle des voix 
humaines ; Morini, à la voix chaude, colorée et convaincue : 
Rosenhain, le maître aimé, dont le talent souple sait toujours 
intéresser. 

Quant au programme, on devinait, dans sa composition savam- 
ment combinée, la sollicitude et l'expérience d'un des membres 
de la Loge, un expert en l'art difficile de placer sous leur vrai 
jour et de faire valoir les uns par les autres les plus rares talents 
et les plus belles œuvres. On pouvait même supposer que le choix 
des morceaux du concert avait été fait aussi bien pour le meil- 
leur profit de l'OEuvre d'adoption des orphelins de la Loge, qu'en 
vue de leur propre agrément et édification. Le duo du Stabat de 
Rossini, par exemple, admirablement interprété par Mlles Nilsson 
et RIoch, — le merveilleux contraste de voix et de beauté! — ne 
semblait-il pas devoir initier ces intéressants pupilles au sentiment 
religieux que la musique seule peut, du reste, complètement ex- 
primer? A ces imaginations jeunes et impressionnables, l'air de 
Joseph ne devait-il pas dire l'amour de la patrie; Farioso du Pro- 
phète, l'amour maternel; l'air de Don Sébastien, l'amour de la 
gloire? Ce sont là, après tout, des leçons qui en valent bien d'au- 
tres ! La valse des Bleuets, accompagnée par l'auteur lui-même et 
s'envolant en perles cristallines des lèvres de Mlle Nilsson, ne 
pouvait-elle rappeler à l'esprit l'image séduisante des plaisirs cham- 
pêtres ? Dans le duo des Noces de Figaro, dans le quatuor de 
Martha, et dans celui de Rigoletto, le génie, lo talent, parlent 
assez haut pour séduire, transporter dans le domaine de la poésie 
les intelligences les plus naïves ou les plus indifférentes. Et ce 
Conte d'enfant, si fraîchement récité par Rosenhain, où la voix 
grave de l'aïeule évoque tour à tour les^ vaillants chevaliers et les 
fières châtelaines, les gnomes et les fées, chevauchant sous les 
grands bois, n'était-ce point là, dites, comme le sourire et la dé- 
tente de cet heureux programme? 

Tout en donnant l'éloge qu'ils méritent à la Fantaisie tnilitaire, 
de Servais, jouée par Ph. Lamoury, et au charmant petit duo à 
l'espagnole pour orgue et piano, de Ch. Loret, spirituellement en- 
levé par l'auteur et M. Gallois, je me reprends à l'accueil enthou- 
siaste fait à Mme Norman-Neruda (fantaisie de ^Mœser sur le 
Freyschuts, de la plus étonnante originalité; Air varié de Vieux- 
temps) et à Mlle Nilsson. De même que l'odeur d'une violette rend 
à l'âme les jouissances de plusieurs printemps, — la comparaison 
est de saison, — le gosier et l'archet de ces deux enchanteresses 
suédoises réveillent tout ce qui dort de mélodies suaves dans les 
cellules de la mémoire. 

C'est ainsi qu'en cette magnifique salle constellée de lumières et 
de bijoux, envahie dès le matin par un auditoire d'élite, — de- 



DE PARIS. 



91 



vaut une bonne œuvre à faire, les honnêtes gens qui vont ail- 
leurs, s'arrêtent toujours, — c'est ainsi qu'au bruit des bravos e^ 
à l'audition d'oeuvres exquises, ont passé, rapides et légères, les 
heures de la matinée musicale des Frères -Unis. A vrai dire, il y 
avait là, moins un public qu'une réunion d'amis; moins une salle 
de concert que le salon d'une grande et généreuse famille, dont 
MM. le général Mellinet, grand-maître; Alfred Blanche, grand- 
maître adjoint de l'ordre, etAronssohn, président de la Loge, fai- 
saient les honneurs. Ai-je besoin d'insister sur la sympathie com- 
municative, sur le charme irrésistible qui se dégeagaient de ce fais- 
ceau formé de tant d'hommes distingués et de tant d'artistes 
éminents? Aussi, avec quel empressement, avec quelle joie a-t-on 
donné, et les artistes tout les premiers, à la collecte gracieuse- 
ment faite dans les rangs du viril Atelier par la blonde Marta et 
la brune Fidès. «Tout ti l'heure, je demandais pour les pauvres, — 
disait Mlle Nilsson au propriétaire, pour la seconde fois sollicité, 
d'un porte-monnaie aurifère, — mais maintenant je quête pour 
moi. » Il y a eu bien des traits comme cela, et telle était la phy- 
sionomie de cette aimable journée. Argent béni, noble capital, 
vous avez déjà permis à ces honnêtes gens d'adopter, d'élever, 
comme cela, simplement, noblement, par eux-mêmes et en eux- 
mêmes, quaranle-cinq orphelins : un demi-cent d'hommes arrachés, 
grâce à l'attrait de la musique, à la misère, au crime, peut-être! 

La réunion s'est terminée sous cette , impression. Faire le bien, 
cette vraie destinée de l'homme, n'est- ce point le secret d'être 
heureux? Heureux, chacun l'était en pensant qu'il avait contribué, 
pour sa part, à permettre aux Frères -Uni:- de l'endre une famille 
à d'autres orphelins ; à donner du pain et un abri à ces pauvi'es 
petits grelottants ; à armer ces faibles pour les luttes de la vie ; à 
doter ces deshérités d'une éducation tendre et robuste qui les 
consolera plus tard à leur insu, qui les écartera du mal sans 
qu'ils aient la peine de tenter un effort et qui les portera vers le 
bien comme une secrète analogie de nature. 

Voilà pourquoi et voilà comment on a fait, dimanche dernier, 
un peu de musique au Grand-Orient de France. 

Em.-Mathieu de monter. 



THEATRE DES FÂNTÂÎSIES-PARISIENHES. 

ISOSEB 3îO.^"ï'BSÏ8''S, 

Opéra- comiqve en deux actes, paroles de MM. Clairville et 
Bernard Lopez, musique de M. Debillemont. 

(Première représentation le 18 mars 18G8.) 

Cette pièce n'est pas tout à fait nouvelle; on l'a jouée au Vau- 
deville, en 1848, sous le même titre; mais elle n'avait alors qu'un 
seul acte et elle était ornée de couplets faits sur des airs con- 
nus. Elle est aujourd'hui divisée en deux actes, et ses couplets 
ont été rais sur des airs nouveaux. Nous voudrions pouvoir re- 
connaître qu'elle a beaucoup bénéficié de ces iiK.difications; mais 
la vérité est que, pour se rajeunir, elle aurait eu besoin d'un re- 
maniement encore plus radical. 

Le type de Rocjer Bontemps, tel que l'a conçu Béranger, est gai 
sans doute; mais ses auteurs l'ont encadré dans une action qui ne 
l'est guère et qui se compose, en outre, d'éléments tant soit peu 
surannés. Roger Bontemps aime sa filleule Marguerite, et il vou- 
drait bien en faire sa femme. Mais il a commis la faute de chan- 
sonner la maîtresse du château, qui est une ancienne danseuse de 
l'Opéra, et comme il est fort mal dans ses aifaires, un huissier, 
amoureux de Marguerite et' représentant du protecteur de l'ex- 
danseuse, le poursuit à outrance, saisit ses meubles et menace de 
l'envoyer à la Bastille. Par bonheur, la châtelaine, en butte aux 



satires de Roger Bontemps, est une ancienne ;:iuie qui se rappelle 
avoir tenu avec lui Marguerite sur les fonts baptismaux. Elle oublie 
sa chanson , paie ses dettes, lui fait cadeau d'un mobilier tout 
neuf, et, pour inetlrc le comble à sa générosité, elle assure son 
union avec Marguerite. 

M. Debillemont a écrit sur ce vieux vaudeville une musique 
nouvelle qui est vive, facile et parfois élégante. Il y en a beau- 
coup, peut-être même un peu trop, car tous les couplets de la 
pièce primitive ont été conservés, et l'on y en a ajouté" quel- 
ques autres. Notre mémoire n'y saurait suffire ; cependant nous 
avons remarqué, au hasard d'une première audition, plusieurs 
morceaux, parmi lesquels nous mentionnerons l'ouverture, très- 
jolie symphonie villageoise, le choeur de lever du rideau, la chan- 
son de Roger Bontemps, la romance du portrait, le morceau d'en- 
semble de la saisie, un air bachique et un charmant duo entre 
Roger et la danseuse. 

Le rôle de Roger Bontemps était joué au Vaudeville par Félix; 
il n'est pas aussi heureusement placé entre les mains de Gabriel 
Bonnet, qui y fait certes preuve d'intelligence, mais qui, sous le 
rapport physique, ne répond pas à l'idée qu'on s'en fait. Comme 
chanteur du moins, cet artiste accomplit bien mieux les conditions 
voulues. Sa voix est sympathique et il chante avec goût. Mlle Alice 
Vois n'a pas non plus toutes les qualités requises pour le rôle de 
Jeanne la Danseuse, mais elle s'en tire avec assez d'adresse. 
Mlle Labarre est une fort gentille Marguerite. Dcrval et Masson 
s'acquittent fort convenablement du personnage de l'huissier et de 
celui du chef de l'escouade chargée d'arrêter Roger Bontemps. 
Comme toujours, la mise en scène est très-soignée, et le vaillant 
orchestre de M. Constantin manoeuvre avec un louable ensemble. 

Le soir môme où l'on jouait Roger Bontemps aux Fantaisies-Pa- 
i-isiennes, le théâtre de l'Athénée reprenait avec succès une autre 
opérette de M. Debillemont, la Vipérine, qui a été représentée, il 
y a deux ans, aux Folies-Marigny, par le couple Montrouge, et qui 
est interprétée maintenant par André Munie, un débutant, et par 
Mlles Lucie Cabel et Bonelli. 

D. 



REVUE DES THÉÂTRES. 

Théâtre-Français : un Baiser anonyme, comédie en un acte, par 
MM. Albéric Second et Jules Blerzy. — Gymnase : les Grandes 
Demoiselles, comédie en un acte, par M. Edmond Gondinet. — 
Théâtre Impérial du Chatelet" : le Vengeur, drame en huit ta- 
bleaux, par MM. Brisebarre et Blum. — Palais-royal : reprise 
de 11 Vie Parisienne d'Offenbach. — Porte-Saint-Martin : re- 
prise de Glenarvon, drame de M. Félicien MallefiUe. 

Il y a toujours foule au Théâtre-Français pour applaudir Paul 
Forestier; mais on ne va jouer la pièce de M. Emile Augierque tous 
les deux jours, et il est bon de donner quelques soins aux autres 
spectacles de la semaine. C'est dans ce but qu'a eu lieu la repré- 
sentation récente d'une comédie en un acte de MM. Albéric Second 
et Jules Blerzy, intitulée un Baiser anonyme. Le sujet en est fort 
léger, mais la faiblesse de l'intrigue est rachetée par l'esprit et la 
distinction des détails. Il s'agit d'un jeune mari qui va au bal masqué 
sans sa femme, et qui y fait la rencontre d'un charmant domino avec 
lequel il entre en conversation intime. Gustave devient tendre et 
pressanf ; le domino l'écoute avec complaisance, mais il faut se 
séparer, et, au moment de partir, le domino jette au front de 
Gustave un baiser rapide. A certains indices, le mari coupable a 
cru reconnaître une amie de sa femme, et lorque le prétendu de 
cette dame vient justement lui demander d'être son témoin, on 
comprend qu'il s'imagine avoir de bonnes raisons pour le détour- 



92 



REVUE ET GAZETTE MUSICALE 



ner de ce mariage. Il en résulte un imbroglio assez piquant entre 
ces divers personnages qui finissent cependant par s'expliquer. 
On apprend alors que le domino du bal masqué n'était autre que 
la femme de Gaston, et que, pour punir son infidèle, elle a prié 
son amie de l'aider à le mystifier. 

Le plus grand mérite de ce gentil marivaudage est d'être mer- 
veilleusement débité par Brassant, Febvre, Mme Madeleine Brolian 
et Mlle Edile Ricquier. Comment une pièce, si insuffisante qu'elle 
soit, ne serait- elle pas favorablement accueillie avec de pareils 
interprètes? 

— La nouvelle comédie de M. Gondinct, jouée au Gymnase, 
sous le titre des Grandes Demoiselles, n'a pas non plus une 
grande valeur, mais, comme celles des Français, elles se sauve 
par d'agréables détails, et surtout par la réunion d'une douzaine 
de jeunes et gracieuses femmes. Elles sont rassemblées dans une 
maison de campagne poui' le mariage d'une petite cousine qui, au 
dernier moment, croit devoir se raviser. On se désole d'abord, 
mais la coquetterie reprend bientôt ses droits, quand on est informé 
qu'un séduisant vicomte va venir faire un choix parmi cet essaim 
de grandes demoiselles qui sont foutes dévorées du désir de se 
marier. Un étranger se présente, c'est à qui cherchera à fixer son 
attention par des manières engageantes, non moins que par des 
toilettes irréprochables. Mais, dans leur empressement de plaire aux 
dépens les unes des autres, toutes ces demoiselles ont fait fausse 
route, et c'est pour un vulgaire accordeur de pianos qu'elles ont 
déployé un si grand luxe de roueries féminines. 

Ce petit acte a fait plaisir; il est gai et spirituel; il est bien 
joué par Pradeau, Porel et Viclorin; dans le nombre des treize 
femmes qu'il emploie, on distingue Mmcs Fromentin, Chaumont, 
Pierson, Massin, Angelo ; mais nous avons tout lieu de supposer 
qu'on ira le voir principalement pour la curieuse exhibition de 
toilettes qui fait en ce moment, du Gymnase, une succursale 
de nos meilleurs journaux de modes. 

— L'immense pièce du Vengeur qui a fait tant de bruit, avant 
son apparition, a été bien loin de tenir tout ce qu'elle promettait. 
La première représentation de ce drame a pro\oqué le plus violent 
orage, et c'est au bruit des sifflets qu'a fini par sombrer le fameux 
vaisseau républicain. Cependant il est encore sur l'aflkhe, et l'on 
parle même de le galvaniser en y appelant Mlle Thérésa qui y 
lancerait aux échos du Châtelet le refrain d'une chanson patrioti- 
que. Si cet expédient réussit, tant mieux; car on ne peut rester 
indifférent à la pensée de tous les frais que comporte la mise en 
scène d'un ouvrage de ce genre, et au calcul des pertes que sa 
chute entraîne. 

— Constatons, pour mémoire, que le Palais-Royal vient de re- 
prendre, avec éclat, la Vie Parisienne, d'Offenbach, où l'on re- 
trouve les principaux artistes de la création : Brasseur, Hyacinthe, 
Gil-Pérès, Priston, Lassouche et Mlle Zulma-Boutfard. Mlle Aline 
Duval y remplace Mme Thierret, et l'on a engagé, pour compléter 
la distribution féminine, Mlles Baron, Lovato et Paurelle. 

— A la Porte-St-Martin, on a repris également un ancien drame 
de l'Ambigu, Glenarvon ou les Puritains de Londres, dont les pre- 
miers rôles sont joués par Laray, Brésil, Delaistre, Mnjes Suzanne 
Lagier et D. Petit; mais il faut en convenir, cette pièce a bien 
vieilli. 

D. A. D. SAINT-YVES. 



GALERIE DES SUSICIENS CËLEBRES ANCIENS ET lODERNES. 

Un des ateliers photographiques de Paris les plus curieux à vi- 
siter est sans contredit celui de Pierre Petit. D'une prodigieuse 



activité et d'une expérience consommée, Pierre Petit s'est attaché, 
dès le principe, à reproduire toutes les notabilités existantes, et 
plus de 2,500 individualités, prises dans toutes les classes de la 
société, ont successivement posé devant son objectif. Maisons sou- 
veraines, Episgopat, Armées de terre et de mer; Célébrités 
politiques, diplomatiques, judiciaires, scientifiques, littéraires, 
artistiques, etc , ETC. ; telle est la mine inépuisable dans laquelle 
s'est recrutée, et se recrute chaque jour, sa vaste collection qui 
n'a pas sa pareille comme variété et comme mérite d'exécution. 

Les musiciens contemporains et les musiciens du siècle passé y 
occupent une place aussi importante qu'intéressante, et cette série 
compte environ 200 portraits des compositeurs et des virtuoses les 
plus célèbres, parmi lesquels on remarque surtout les belles 
épreuves de Meyerdeer , Rossini , Auber , Berlioz , Halévy , Gou- 
NOD , Amb. Thomas, Verdi, Vieuxtemps, Prudent, H. IIerz, et — 
tout dernièiement fait — le superbe portrait de Stephen IIeller. 
Non-seulement leur ressemblance est parfaite, mais ils offrent de 
plus, au point de vue artistique, une supériorité incontestable. 
Tirés dans le format in-4'' (format de la musique), sur papier de 
Chine et carton de Bristol, ils sont on ne peut mieux appropriés 
à oiner le cabinet d'un artiste, à former des albums, à illustrer 
des recueils, etc., et la modicité de leur prix les rend accessibles 
à tous. Désireuse de propager cette belle iconographie, qui s'aug- 
mentera successivement de tous les artistes en réputation, français 
ou étrangers, la maison Brandus et Dufour, éditeurs de musique, 
a traité avec Pierre Petit pour en avoir l'exploitation. Elle en in- 
forme donc ses correspondants de la province et de l'étranger, 
auxque's elle recommande très-chaudement cette publication. Ils 
trouveront aux annonces de la Gazelle musicale la liste des prin- 
cipaux portraits parus, et, sur leur invitation, elle leur en adres- 
sera un spécimen. En outre, elle exécutera leurs commandes à 
une remise tout exceptionnelle qui les encouragera à prêter un 
concours zélé à celte utile entreprise. 



CONCERTS ET AUDITIONS MUSICALES DE LÀ SEBIÂINE. 



,ii% Les programmes des conceris de la cour et du high-life donnés 
cette semaine ont été fort brillants et défrayés par ce que Paris compte 
de plus éminents en artistes. Aux Tuileries, Mme Sasse, Mlle Battu, 
Mlle Nilsson, Faure, ont chanté les plus beaux morceaux du répertoire de 
l'opéra français et italien. Le magnifique duo du 4" acte de l'Africaine 
par Marie Sasse et Villaret , le duo à'Hamkt par Mlle Nilsson et Faure, 
la cavatine à'Ernani par Marie Battu, ont été de véritables triomphes pour 
ces chanteurs d'élite. On a particulièrement goûté une barcarolle nou- 
velle, Sancta Lucia, composée par Braga pour Mfie Battu, qu'elle dit avec 
un art et un brio incoraparabli-s, et qui lui a valu les félicitations de 
Leurs Majestés. Les chansons suédoises de Mlle Nilsson ont produit aussi 
un grand effet.— Au concert de l'hôtel de ville nous retrouvons Faure et 
Mlle Nilsson avec le duo et la ballade d'Hamlet. — Chez la marquise 
d'Aoust , le quatuor de Maria chanté par la marquise elle-même, 
Mlle Rives, Gardoni et Verger, les mélodies suédoises par Mlle Nilsson. 
^Chez le président du Conseil d'État, M. de Vuilry, le chœur de V Afri- 
caine exécuté d'une façon supérieure et bissé à la demande générale.— 
— Chez la duchesse de Frias, Mlle Battu redisait avec le même succès 
qu'aux Tuileries sa Barcarolle napolitaine, et avec Gardoni et Verger le 
trio bouffe de Martini, Vadasri via diqua. Nous supprimons nécessaire- 
ment le détail des morceaux exécutés; mais on peut juger, par ceux 
que nous venons de citer, du soin apporté à l'orgaiiisalion de ces con- 
certs et de la place importante qu'ils occupent aujourd'hui dans les plai- 
sirs de la vie parisienne. 

^*t Au deuxième concert du Conservatoire devait jouer ou Mme Ne- 
ruda-Norman ou M. Edmond Duvernoy; Mme Neruda-Norman ayant 
promis son concours au concert du Grand Orient, dont nous rendons 
compte, on a dû remplacer le solo instrumental par les fragments ordi- 
naires du septuor de Beethoven, ressource précieuse en cas d'embarras, 
mais dont on a un peu abusé. Le reste du programme comme l'avant- 
dernier dimanche. 

^*^ La jeune et charmante pianiste américaine Teresa Carreno s'est 
décidément posée comme une des individualités les plus remarquables du 



DE PARIS. 



93 



monde artistique parisien, qui a accueilli à bras ouverts ce talent déjà 
mûr et formé à la meilleure école.- Mlle Carreno, que la nature a roya- 
lement traitée, possède une incroyable puissance d'exécution, une sûreté 
de mécanisme à toute épreuve. Dans plusieurs de ses compositions, Une 
revue à Prague, fantaisie sur l'Africaine, Un rêve en mer, dans le beau 
duo symphonique pour deux pianos de Lefébure-Wély (avec son compa- 
triote Cervantes), elle a soulevé, mercredi dernier, à la salle Erard, des 
applaudissements frénétiques. Mlle Pauline Castri, MM. Delle-Sedie, Le- 
fébure-Wély, Sarasate et Coquelin en ont pris leur boune part. 

^;*i Le concert au profit de la crèche du quarlier des journaux, dont 
rurganisalion avait été confiée à iM. Ehvait, a été brillant. Crosti, Sainte- 
Foy et Mlle Marie Heilbron, de l'Opéra-Coniique, ont eu les honneurs du 
bis. Mlle Lavini a été très- applaudie avec l'air du Barbier et un boléro 
espagnol d'iradier. La jeune violoniste Nelly Guibert, élève distinguée 
de Charles Lamouroux, a exécuté avec une véritable maestria une fan- 
taisie d'Artôt et le solo du Parnasse de liaphaël, scène allégorique, avec 
accompagnement d'un chœur à six voix de femmes, composée par M. A. 
Elwart. La charmante pianiste Marie Secrétain, le saxophoniste L. 
Mayeur, ont récollé leur bonne part de bravos, et la société chorale di- 
rigée par Amand Chevé a fait sensation avec les Filles de Noé, chœur à 
six voix d'EIwart, et un beau chœur du compositeur russe Bortniansky, 
les Chérubins. 

^*i. Georges Pfeiffer a donné le 1" mars une audition de ses œuvres. 
Ce jeune maître n'est pas seulement un pianiste éminent, c'est encore,— 
les lecteurs de la Revue et Gazette musicale le savent, — un compositeur de 
grand talent qui a su se placer très-haut dans l'estime des musiciens. 
Pour tout citer et tout analyser, il nous faudrait un espace qui nous 
manque; nous nous bornerons à dire en quelques mots que le trio en 
sol mineur, joué par l'auteur, M. Léonard et Lasserre, est une œuvre 
très-remarquable, frappée au coin de la distinction et du savoir ; que la 
transcription de l'ouverture d'Egmont est d'un puissant effet; que la 
Valse des Sirènes et la 3° mazurka sont deux ravissants petits poëmes. 
Le joli chœur VAbeille, parfaitement chanté par la société chorale d'ama- 
teurs que dirige M. Guillot de Saint-Bris, un Sonnel-Éléyie sur des pa- 
roles de Buileau, et une romance de l'cpéra-oomique le Capitaine Roch, 
fort bien dits par Archaimbaud et Mlle Roulle, ont été accueillis, 
comme tout le reste, par les chaleureux applaudissements d'un nom- 
breux public. 

a,*j, Dimanche dernier, a eu lieu le concert de Henri Kowalski et des 
sœurs Pellini. Nous avons maintes fois applaudi aux succès du jeune 
artiste, qui a su conquérir une honorable place dans l'armée si nom- 
breuse des pianistes, par la réunion des qualités qui font le virtuose 
sympathique et le musicien sérieux. 11 nous a semblé avoir gagné celte 
fois encore en sûreté, en puissance et en charme. Il a joué trois jolis 
morceaux de sa composition, parmi lesquels nous citerons la Danse des 
Dryades. 'Avec le violoniste Hammer, il a été couvert d'applaudisse- 
ments après la fantaisie de Thalberg et de Bériot sur te Huguenots. — 
Les sœurs Pellini, gracieuses cantatrices dont le talent est aujourd'hui 
apprécié partout, paraissaient pour la première fuis sur une scène plus 
vaste et devant un public qui a\ait acheté le droit de les entendre; il ne 
leur a pas fait un moins bon accueil que les salons aristocratiques. Elles ont 
chanté quelques-uns de leurs ravissants duos, iXoclurne de Mendelssohn, 
Créole et Captive de Duclos, écrit expressément pour elles et, en russe, 
une charmante mélodie de la princesse Kotschouhey. Des bravos 
chaleureux, des rappels nombreux leur ont prouvé qu'elles avaient con- 
quis à Paris leurs lettres de grande naturalisation. 

,,;** Le concert annuel de M. Delaliaye a eu lieu mardi 10 mars, dans 
les salons Erard, devant un auditoire magnifique où Ton remarquait bon 
nombre de notabilités du monde des arts, de la littérature et de la haute 
soiété parisienne. 'M. Dolahaye est un pianiste au jeu vigoureux, puis- 
sant, résolument exempt d'afféterie, ce qui ne veut pas dire qu'il manque 
de délicatesse ni de charme. Il a exécuté avec une fougue superbe, un 
style d'une pureté admirable, la belle fantaisie de Prudent sur le Domino 
noir, morceau splendide, mais redoutable, qui exige des quaUtés si mul- 
tiples et si diverses : l'ampleur, l'agilité, l'éclat, la grâce, la force! 
M. Delahaye s'est montré à la hauteur de l'œuvre et a obtenu une vé- 
ritable ovation. Comme compositeur, M. Delahaye n'a pas eu moins de 
succès : la Mouche, romance sans paroles et sa deuxième Polonaise sont 
deux pièces charmantes. Le concert s'est terminé de la façon la plus 
brillante par l'ouverture du Freijschutz, habilement arrangée pour quatre 
pianos par le bénéficiaire et enlevé avec un ensemble parfait par lui, 
par MM. Lavignac, Lack, Corbaz. MM. Sarrasate, Lasserre, Hermann- 
Léon et Mme Barthe Banderali qui prêtaient leur concours à M. Delahaye, 
ont eu, eux aussi, leur très-large part du succès de cette belle soirée. 

,1,*^ Comme nous l'avions annoncé en rendant compte de la dernière 
audition de ses œuvres, D. Magnus a donné son concert annuel à la 
salle Pleyel, le li mars, avec Mme Gagliano. C'est toujours le pianiste au 
jeu nerveux et brillant que nous connaissons, le virtuose irréprochable 
qui sait si bien faire valoir ses originales et intéressantes compositions, 
comme la Tzigane-Marche, par exemple, charmant morceau qui a con- 
quis tous les suffrages et qui n'aura pas moins de vogue que la Tara- 
boukha. Citons encore quelques titres, le caprice sur te Huguenots, 
Berceuse orientale, Dimanche, Caprice-Mazurka, etc., autant de petits chefs- 



d'œuvre.— Mme Gagliano est une cantatrice de la bonne école; elle a dit 
avec goût la romance de Mignon de Monpou, la chanson des Djinns 
d'Auber et la sérénade de Gil-Blas de Semet. 

*** Le concert de W. Kriiger, le 17 mars, a été du petit nombre de 
ceux qui offrent au musicien un réel intérêt. Nous signalerons surtout 
le concerto en la pour piano, œuvre capitale dans laquelle Kriiger se ré- 
vèle comme un compositeur sérieux et attachant, et qu'il a exécutée avec 
sa maestria habituelle. Sa Krakoiviak, danse polonaise, est brillante et 
originale. MM. Hammer, B. Godard, Stratmann, Audran, Mlles T. Car- 
reno et Cécile Dolmetsch prêtaient au bénéficiaire un précieux 
concours. 

**i Notre excellent contreba'isiste A. Gouffé, dont les matinées hebdo- 
madaires sont toujours si intéres-santes et si suivies, a donné mercredi 
dernier .sa séance publique annuelle dans les salons Pleyel, avec le con- 
cours de Mme Béguin-Salomon, de MM. Guerreau, RignauU, Baur, Heiss 
et Lebouc. Du trop riche programme de ce concert, nous ne retiendrons 
qu'un quinquette en ré, de M. Ad. Blanc qui a été justement applaudi, 
et une sicilienne variée pour la contrebasse, composée et exécutée avec 
beaucoup de succès par M. Gouffé. Mme Béguin-Salomon est restée à la 
hauteur de sa belle réputation dans le quatuor de piano de Beethoven, 
dans deux charmants morceaux extraits des Nuits blanches de Stéphen 
Heller et dans une brillante étude pour la main gauche, dont elle est 
l'auteur. 

»% Le terrain nous fait défaut, comme chaque année à pareille épo- 
que, pour rendre un compte suffisant des nombreux concerts qui se 
donnent de tous côtés. Nous nous bornerons donc à en signaler rapi- 
dement quelque.s-uns parmi les plus intére,«sants : 

— Celui de M. Ch. de Bériot fils et de Mme Monbelli, deux artistes 
de race, le premier célèbre déjà et à juste titre comme pianiste; la se- 
conde, cantatrice d'un remarquable et aristocratique talent, digne élève 
d'Eugénie Garcia; signalons trois compositions charmantes de Ch. de 
Bériot, Ballade, Rondo martial et Etude caprice, qu'il a exécutés en maî- 
tre. 

— Celui de M. Georges Jacobi, violoniste et compositeur de méiite, 
qui a joué avec succès plusieurs de ses nouvelles œuvres : Nocturne, 
Berceuse, Chanson de matelots; M. Ernest Stœger, le pianiste distingué 
que nos lecteurs connaissent, s'est fait applaudir avec ses trois jolis mor- 
ceau de genre: Novetlett'', Prélude et Etude caprice, si généralement 
goûtés; M. Caron, dans la ballade d'Adaniastor , de l'Africaine, et Mlle 
Rosine Bloch, dans l'air du Prophète : « mon fils! » ont recueilli de 
nombreux et légitimes bravos. 

— Celui de Mlle Pauline Régnier, qui interprète d'une façon supé- 
rieure les maîtres du piano, et qui s'est spécialement distinguée dans 
une polonaise de Chopin, après laquelle on lui a fait une brillante ova- 
tion. 

— Celui des jeunes frères Sauret, violoniste et pianiste, si intéressants 
et d'un talent si précoce ; le pianiste surtout qui semble promettre un 
véritable artiste, à la façon dont il a joué un brillant Caprice-Etude de 
son maître Ch. de Bériot. 

— Celui de Mme Rouxel (Angèle Tailhardat), la vaillante pianiste que 
l'on sait, à côté de laquelle se sont fait applaudir le violoniste Sighicelli 
et le flûtiste Taffanel. 

■- Celui du violoniste mexicain De'gado, ancien chef d'orchestre au 
théâtre National de Mexico, qui vient faire apprécier à Paris un talent 
réel et de bon aloi . 

— Enfin, celui du pianiste et compositeur polonais Titus d'Ernesti, 
dont l'éloge n'est plus à faire, et qui joue si admirablement la musique 
de son illustre compatriote Chopin. Nous avons applaudi trois œuvres 
de cet excellent artiste: Au bord du lac, Paris, galop brillant, et une 
Fo(i(awie sur des thèmes polonais, qui feront certainemoot leur chemin 
dans la carrière du succès. Nous devons également une mention très- 
honorable à une cantatrice nouvelle pour Paris, Mme Délia Rosa, qui 
nous arrive précédée d'une réputation commencée et dignement soute- 
nue en Italie , et qu'on a acclamée unanimement après une cavatine 
do Pierre de Màdicis et le grand air de Semiramide. 

^*^ Le défaut d'espace nous empêche aussi de parler d'une manière 
assez détaillée du concert donné dimanche dernier par le célèbre pianiste 
compositeur Jacques Rosenhain ; nous y reviendrons dans notre pro 
chain numéro. 

^% Il y a quelques jours, M. Bessems a obtenu un grand succès en 
jouant dans le concert donné par la Société des Lettres et des Arts, à 
Fontainebleau ; M. Bessems y a fait entendre plusieurs de ses composi- 
tions pour violon et alto, et a fait chanter sa ballade de Mignon avec 
accompagnement d'alto par M. Sapin, qui a produit uu grand effet sur 
le public de Fontainebleau. M. Bessems a terminé sa séance par deux 
mélodies de sa composition ; elles ont électrisé les dilettantes de cette 
aristocratique réunion. 

.:!(*, La Société philharmonique d'Amiens, si bien dirigée par M. Deneux, 
vient de donner, au profit des pauvres, un très-brillant concert dans le- 
quel le Désert,de Félicien David, a été exécuté avec un immense succès; 
l'auteur conduisait lui-même. — Sax et sa fanfare d'élite n'ont pas été 
moins fêlés; on a surtout applaudi le grand duo sur Robert, pour Iroin- 



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REVUE ET GAZETTE MUSICALE 



bonc-sax et soxhorn-ba£se à six pistons, fort bien exécuté par MM. Holle- 
beke et Robyns. 

:j*„ Nous revenons aujourd'hui sur le concert de Mme Clotilde de Lala- 
pie, dont nous avons déjà mentionné le succès dans notre dernier nu- 
méro, et d'autant plus volontiers qu'un talent varié et solide comme le 
sien mérite plus que beaucoup d'autres d'être mis en pleine lumière. En 
effet, des morceaux de toutes les écoles classiques et modernes, de Bee- 
tlioven, Chopin, Liszt, Schulhoff, ont pris sous ses doigts leur véritable 
caractère ; elle donne à son exécution, irréprochable quant au méca- 
nisme, un charme tout particulier qu'elle saura, nous n'en doutons pas, 
communiquer aux disciples qu'elle est appelée à former. 

**^, La dernière séance de musique de chambre de H. Bonewitz a eu 
lieu dimanche dernier dans les salons Kriegelslein. Ces matinées seront, 
lors de la reprise des séances au mois de septembre prochain , transfor- 
mées en soirées, dont l'intérêt se soutiendra, nous n'en doutons pas. 

,if** Les sociétés philharmoniques de province se disputent Mlle Angèle 
Cordier, dont le talent de cantatrice s'établit de plus en plus. Tout ré- 
cemment, dans les beaux concerts donnés à Cambrai et à Arras, elle a 
obtenu le plus brillant succès en y chantant l'air de « l'Ombre » du 
Pardon de Plocrmel qu'elle détaille admirablement. 

**j, La direction du Casino de Monaco a organisé, le 7 mars dernier, 
un magnifique concert auquel ont pris part Alfred Jaell et sa femme, 
toujours admirables et toujours fêtés; l'éminent clarinelliste Wuille, pro- 
fesseur au Conservatoire do Strasbourg, qui a exécuté avec son talent 
habituel un cnnccrlino de Weber, et une cantairico du théâtre Italien 
de Nice, Mile Scalchi, qui a recueilli de légitimes applaudissements après 
la cavatine do Sémiramis. L'orchestre, sous la direction de M. Eusèbe 
Lucas, a été de tous points digne d'éloges. 

*** Aujourd'liui, au cirque de l'Impératrice, a lieu la grande séance 
annuelle de l'Orphéon municipal de la ville de Paris (rive gauche), sous 
la direction de M. François Bazin. Voici le programme des chœurs qui 
y seront chantés : la Création, de Haydn ; Don Carlos, de Verdi ; les 
Chants du Bosphore, de François Bazin ; CEdipe à Colone, de Sacchini ; 
Paris! d'Aml)roise Thomas; C'est Dieu ! de Léo Dclibes; V Entrée des Croi- 
sés à Conslantinople, de Helts: un ancien Noël; le Nabab, de F. Halévy, 
et Vive V Empereur ! de Gounod. 

^*K. Voici le programme du 21° concert populaire de musique classique 
qui sera donné aujourd'hui au cirque Napoléon, sous la direction de 
J. Pasdeloup : 1° Ouverture de Prcciosa, de Weber; — 2° Réformations- 
Sinfonie, (n"5),dcMendelssohn, l'" audition (introduction, allegro, scherzo, 
andante, choral de Luther, finale); — 3° Sicilienne, menuet de J.-B. 
Bach; — 4° Andante pour violon-solo et orchestre de Garcin (le solo par 
M Garcin); — 3° Symphonie en /a de Beethoven. 

*** Mme Norman-Neruda est h. Paris, de retour de son excursion en 
Hollande. Son concert — et c'est le seul qu'elle donnera à Paris — reste 
fixé à jeudi prochain, 26 mars. La grande artiste y exécutera les 
morceaux suivants : Ballade et Polonaise, de Vieuxtemps; Prélude, Ga- 
votte et Menuet de J.-S. Bach ; une sonate de Rust, œuvre fort curieuse, 
qui date de 1793; la Sonate de Beethoven, op. il, dédiée à Kreutzer, 
pour piaao et violon avec M. Camille Saint -Saëns; et un duo de 
Maurer et l'adagio de Bériot pour deux violons avec sa sœur, Mlle Marie 
Neruda ; la partie vocale du concert sera représentée par Delle-Sedie. 

^,*j, Chaque année à cette époque il y a fête au Casino de la rue Cadet; 
Arban convie au beau concert qu'il donne à son bénéfice tous ceux, — 
et ils sont nombreux — qui apprécient son triple talent de virtuose, de 
compositeur et de chef d'orchestre, en même temps que les soins tout 
particuliers et l'babileté avec lesquels il dirige les soirées musicales du 
Casino. C'est le samedi 28 qu'aura lieu cette solennité dont les éléments 
sont des plus attrayants; on en jugera par le programme que nous don- 
nons in-extenso et dans lequel on remarquera une véritable nouveauté : 
un fragment de la Saint-Julien des Ménétriers, symphonie dramatique 
avec paroles qui termine la Parémiologie musicale de Georges Kastner et 
qui sera exécuté pour la première fois.— P.\rtie vocale: Société des En- 
fants de Lutëce, sous la direction de M. Gaubert.^PARiiE instoibientale : 
M. Pujol, pianiste; M. Dunkler, violoncelliste; M. Lalliet, hautboïste; 
M, Arban, cornettiste. — Première partie : 1° Ouverture de Charles VI, 
d'IIalévy ; 2° Fragment de la Saint-Julien des Ménétriers, de Georges 
Kastner (!''<' audition) ; 3° Premier grand solo de cornet à pistons, com- 
posé et exécuté par Arban ; 4» Ouverture des Girondins, de H. Litolff ; 
S° Fantaisie concertante sur les Vêpres Siciliemies, de Verdi, composée 
par Arban, avec soli par MM. Gobert, Dunkler, Cantié, Soler, Damare, 
Gobin et Divoire (1" audition). — Deuxième partie : i° Grande Fantai- 
sie sur les Iluguenats, pour orchestre et chœurs, de Meyerbeer ; 2° Fan- 
taisie pour piano, sur Faust, composée et exécutée par M. Pujol; 
3° Ouverture du Premier Jour de bonheur, d'Auber {i^" audition) ; 
4° Solo (le hautbois sur la Traviala, de Verdi, composé et exécuté par 
M. Lalliet; 3» Finale de Roland à Roncevaux, de M. Mermet, orchestre 
et chœurs. 

»% Aujourd'hui dimanche à quatre heures, M. Ch. Widor donne, avec 
le concours de M. Franck aîné, dans le nouvel établissement de 
M. A. Cavaillé-Coll, avenue du Maine, 13 et 13, une séance de musique 
d'orgue et de piano. 



NOUVELLES DES THÉÂTRES LYRIQUES. 

„,** Lundi, à l'occasion de l'anniversaire du jour de naissance de 
S. A. I. le Prince Impérial, tous les théâtres étaient pavoises et illuminés. 

„,** Le théâtre impérial de l'Opéra a donné trois fois Hamlet cette se- 
maine. — Aujourd'hui représentation extraordinaire de la Juive. 

^*if A la représentation donnée mercredi au théâtre de l'Opéra-Comi- 
que, au bénéfice de la Caisse de secours de la Société des auteurs dra- 
matiques, on a beaucoup applaudi Marie Sasse et Villaret dans le qua- 
trième acte de l'Africaine, et particulièrement après le magnifique duo 
qu'ils ont admirablement chanté. — Le Premier Jour de bonheur continue à 
faire le maximum de la recelte. 

^*^ Mardi, la Sonnanhula, jeudi, il Barbiere, et samedi, Rigoletlo, ont 
été donnés pour la dernière fois avant le départ d'A. Patti. — La semaine 
prochaine les époux Tiberini paraîtront dans i Puritani, et l'on donnera 
sans doute la première représentation de Giovanna d'Arco. 

s*ij: Lundi, comme il l'avait annoncé, M. Carvallio a inauguré par 
Faust sa nouvelle exploitation au théâtre Ventadour. La salle était con> 
plétement remplie et, sans égaler l'éclat qu'elles ont aux représentations 
italiennes, les loges offraient un brillant aspect. Quoique annoncé par l'af- 
fiche pour 8 heures, le spectacle n'a commencé qu'à 8 heures et demie. 
C'est une inexactitude dont le théâtre Lyrique est coutumier et dont le 
public a toute rai.son de se plaindre; il n'en est pas ainsi à l'Opéra et au 
théâtre Français ; en outre, on avait oublié de chauffer la salle et on y 
a souffert du froid. En lin, le changement de local et l'inconscience de 
la portée de leur voix dans ce nouveau milieu, ont tout d'abord déroulé 
les chanteurs, et ce n'est pas précisément par la justesse de l'inlonalion 
qu'ils ont brillé. Ces réserves faites, et toute indulgence accordée aux 
embarras inséparables d'une pareille translation, M. Carvalho n'a qu'à 
se féliciter de la bienveillance qu'il a rencontrée dans l'auditoire 
pour sa hardie tentative. Le chef-d'œuvre de Gounod a retrouvé à Ven- 
tadour son succès du boulevard du Temple et du Châtelet. Mme Car- 
valho a chanté avec un art admirable le rôle de Marguerite; la chan- 
son du roi de Thulé, l'air des Bijoux, la grande scène du jardin, celle 
du H" acte, ont été pour elle l'occasion de bravos et de rappels enthou- 
siastes. — Massy est doiié d'un organe très-agréable, principalement lors- 
qu'il ne le force pas, et il a eu de très-beaux moments dans le rôle de 
Faust. — Troy donne bien à celui do Méphistophélôs le cachet diabolique 
qu'il comporte; sa voixmorJanle y fait merveille.— Le rôle de Valentin 
est très-bien tenu par Barré. Tous les décoi's ont été repeints et appro- 
priés à la nouvelle scène, les costumes renouvelés; enfin, M. Carvalho 
n'a rien épargné pour donner tout l'intérêt possible à celle inaugura- 
tion. — Il ne néglige rien d'ailleurs de ce qui peut établir l'égalité dans 
ses deux exploilalions ; ainsi, celte semaine, l'excellent Meillct et Mlle 
Marimon ont fait leur rentrée à la salle du Châtelet, l'un dans le Méie- 
cin malgré lui, qui fut une de ses meilleures créations, et l'autre dans 
la Flûte enchantée, oîi elle a lutté sans trop de désavantage contre le 
souvenir laissé par Mlle Nilsson dans la Reine de la Nuit. — La semaine 
précédente on avait pu apprécier de nouveau, dans Violetta et dans Gilda, 
de Rigoletlo, le talent dont Mlle Dcvriî^s avait déjà fait preuve dans la 
Somnambule et dans la Julie Fille de Perth. A maintes reprises, de chaleu- 
reux applaudissements ont rendu justice aux qualités dramatiques, 
jointes au mérite de chanteuse, qu'elle a déployées dans ces deux rôles 
difficiles. 

^^\ MM. Henri Meilhac, Ludovic Halévy et Jacques Offenbach ont lu 
jeudi, aux artistes du théâtre du Palais-Royal, les deux premiers actes 
de leur pièce nouvelle : le Château à Tvto. 

^*^. On annonce pour le 28 de ce mois, dans la salle de concerts du 
Conservatoire, l'audition d'un opéra nouveau de M. le duc de Massa. Cette 
audition a lieu par invitation, comme l'a déjà fait une première fois le 
noble dilettante. 

„;*,), La nouvelle du changement de direction des Bouffes-Parisiens et 
du retour de ce théâtre à son premier genre, l'opérette, s'est confirmée 
cette semaine. A partir du )-'" juin prochain, l'administration de cette 
scène aura à sa tête MM. Jules Noriac et Ch. Lecomte, le propriétaire de 
la salle, mais la réouverture ne se fera qu'en septembre. Offenbach s'est 
engagé à laisser aux Bouffes tout son ancien répertoire, et, en outre, a 
donner chaque année trois actes inédite. — Il n'est pas exact que la direc- 
tion future de ce théâtre se soit attaché, en payant un dédit de 
30,000 francs, l'excellent Dupuis, qui n'abandonne pas encore la fortune 
des Variétés . 

^*^ Le public de l'Eldorado applaudit chaleureusement, chaque soir, le 
Diable Rouge, opérette de M.M. Baumaine et Blondelet, spirituellement 
chantée par Pacra et Mlle Claudia. La musique, due à la plume élégante 
et facile de M. Léon Roques, renferme de frais et charmants motifs. 

:f^^ Robinson Crusoé continue à être accueilli avec la faveur la plus 
marquée par l'intelligent et difficile public de Lyon. Depuis trois semai- 
nes, cet ouvrage tient l'affiche et fait salle comble au Grand-Théâtre. On 
ne se lasse pas de revoir et d'applaudir, dans des rôles qui semblent écrits 
pour eux, M. Peschard, Mlles Mezeray et Douau. Robinson en est à sa 
douzième représentation . 



Dh l'AlUS 



93 



*•* La représentation annoncée des Bavards, à Liège, a eu lieu avec 
un plein succès. On a de nouveau rendu pleine et entière justice, dans 
celte ville, au Jeu distingué, vif et (in, au talent sympathique et délicat 
de Mme Rose Bell, qui a, du reste, interprété le principal rôle avec un 
remarquable entrain. 

«** Encore deux nouvelles apparitions de l'yifrlcaino, et naturellement 
deux triomphes, à Wurzbourg et à StetUn. 

»** M. Gyo, directeur du théâtre Italien de Covent Garden, est en ce 
moment à Paris. 

t*t Le projet de fusion des deux théâtres d'opéra à Londres, n'a pas 
abouti. i\I. Gye reste à Covent-Gardcn, et M. I\Inpleson provisoirement à 
Drury Lane, jusqu'à ce que la reconslruction du Théâtre de Sa Majesté 
soit achevée.— La saison commencera le .31 mars à Covent Garden ; Drury 
Lane s'ouvrira le 28, avec une troupe ainsi composée : Mmes Tietjens, 
Glara-Louise Kellog, Sinico, Corsi, Rose Herseo, TrebcUi-Bettini, Bauer- 
meister, Deméric-Lablache et Christine Nilsson. — MM. Frascbinr (début), 
Bettini, Conti (début), Hohler, Agretti, Lyal, Santley, Gra?si, Scalese, 
Zoboli, Bossi, Casaboni, Foli, Rokitansky et Mongini. — Arditi reste chef 
d'orchestre, et M. Harris, qui est en ce moment à Paris, conserve son 
poste de régisseur général, en même temps que celui qu'il occupe pen- 
dant la saison d'hiver à Saint-Pétersbourg. — Les principaux opéras 
promis par M. Mapleson à ses abornés sont : la Gazzii ladra, Gustavo III, 
Lohcngrin, la Figlia del Rcgimento, Don Giovanni, la Nozze di Figaro, GU 
Vgonotti, sans compter les emprunts qu'il pourra faire à son répertoire 
courant , 



NOUVELLES DIVERSES. 

■i,.** C'est M. Georges Hainl, chef d'orchesire de l'Opéra, qui dirigeait 
mardi soir, pour la première fois, le concert des Tuileries. 

j*-f, Mardi, les auteurs qui avaient concouru pour le prix d'un poème 
d'opéra ont été convoqués au ministère d'Etat, afin de procéder à l'élec- 
tion d'un jury. Voici le résultat du vote. Jurés : MM. Perrin, Gounod, 
F. David, A; Thomas, E. Augier, Th. Gautier, Paul de Saint-Victor, F. 
Sarcey, V. Massé. Jurés supplémentaires: MM. J. Janin, Auber, Gaspe- 
rini, H. Berlioz, E. Arago, Rayer, Jouvin, Roqueplan, de Saint-Georges. 

,s*^, Mercredi prochain, 25 mars, à onze heures, la Société des artistes 
musiciens fera célébrer la fête de l'Annonciation, dans l'église Notre-Dame, 
par trois cents artistes. On entendra la seconde messe de C.-M. de Weber 
avec soli, orchestre et chœurs dirigés par M. Tilmant. Cette messe sera 
précédée d'une marche religieuse, composée par M. Ambroise Thomas. 
A rOfiertoire, M. Leroy exécutera un adagio extrait d'un concerto de 
C.-M. de Weber. MM Steenman et Hottin conduiront les choeurs. Le 
grand orgue sera tenu par M. Sergent, organiste de la cathédrale. 

»** Aujourd'hui a lieu à Saint-Eusiache une audition solennelle de la 
messe du prince Poniatowsky, qui fut dite pour la première fois le 19 
mars de l'année dernière. L'exécution en sera dirigée par M. Hurand et 
les soli chantés par Villaret et David, de l'Opéra, et M. BoUacrt. 

^*^ Un concours est ouvert, sous l'initiative de M. Papin , maître de 
chapelle au lycée Saint-Louis, pour la composition d'une messe à quatre 
voix d'homme, destinée aux sociétés orphéoniques. L'œuvre désignée 
pour le premier prix, par un jury dont M. Gounod a accepté la prési- 
dence, sera exécutée dans une des églises de Paris. 

j^*=jt On lit dans le Journal des Villi-.s et Campagnes : « Dimanche der- 
nier, à la messe qui précède la conférence du R. P. Félix, M. Camille 
Saint-Saëns touchait les nouvelles orgues de Notre-Dame. Le nombreux 
auditoire assemblé dans la cathédrale ne savait qu'admirer le plus du 
talent de l'artiste ou du magnifique instrument de M. Cavaillé-Coll . M. 
Camille Saint-Saëns a su, dans cette courte demi-heure, intéresser et 
charmer à la fois les musiciens sérieux et la masse du public qui ap- 
précie encore plus les effets que l'idée. C'est ce qu'il fallait pour la cir- 
constance. » ■ — Aujourd'hui dimanche à midi 1/2, ce sera le tour de 
M. Franck aîné, et dimanche prochain ce sera celui de M. Guilmat 
organiste à Saint-Nicolas de Boulogne-sur-Mer. 

.j,*ji L'auteur de la Source et d'une foule de compositions charmantes, 
Blumenthal, l'éminent pianiste compositeur qui jouit à Londres, où il 
réside habituellement, de la faveur du plus grand monde, est en ce mo- 
ment de passage à Paris. M. Blumenthal se rend à Bayonne où il va 
épouser Mlle Léonie Gore. 

,K** Les frères Lamoury sont de retour de Lisbonne, où ils ont eu un 
grand succès. S. M. le roi de Portugal vient de les nommer violoniste 
et violoncelliste de sa chapelle royale et les a décorés l'un et l'autre de 
l'ordre du Christ. 

»*,j Un nouveau journal de musique hebdomadaire paraîtra le i" 
avril à Leipzig, sous la direction de M. A. H. Payne, avec le titre de 
Die Tonhalle. Cette publication, qui promet d'être très-intéressante , con- 
tiendra, outre un texte abondant, des illustrations dont l'exécution sera 
confiée à d'excellents artistes. On ne peut donc que lui souhaiter bon 
succès. 



:,*» La Gazette dos étrangers signalait tout réccranient à l'attention des 
amateurs deux suites de valses, Chants des Alpes et Grazidla, dues à un 
compositeur déjii connu avantageusement en Angleterre et en Allema- 
gne, M. Kremer, et qui ont été pubhées chez les éditeurs Brandus et Du- 
four : a Les mélodies de ces deux valses, dit la Gazette, sont, en effet, 
si simples et si claires que l'on placerait aisément des paroles soas les 
notes. Le rhythme est très-agréable, très-bien coupé, d'un dessin symé- 
trique, ce qui les empreint d'un grand charme et donne à les suivre 
une grande facilité. » 

^*^ M. Albert de Lasalle vient de publier à la librairie internationale 
un volume intéressant ayant pour titre : Dictionnaire de la musique 
appliquée à l'amour, 1 vol. in-18 très-bien imprimé. Nous ne tarderons 
pas à en rendre compte. 

*% Les éditeurs Magnus et C° viennent de faire paraître sous le titre 
de Gliazcl une valse chantée sur une poésie de M. Th. Gautier, dont 
M Ten. Brink a composé la musique et qu'il a dédiée à Adelina Patti. 

— Cette œuvre, qui est ornée d'un portrait de la célèbre cantatrice, est 
mélodieuse, bien traitée et ne passera pas inaperçue. 

,■** Un de. nos confrères en critique théâtrale, M. Charles Deulin, vient 
de publier un charmant volume intitulé Contes d'un buveur de bière. 
L'auteur y narre, dans un style pittoresque et original, les merveilleu.ses 
légendes qui ont cours dans les Flandres, parmi les joyeux sujets du roi 
Cambrinus. — Nous signalons ces amusants récits aux librettistes comme 
une mine de livrets d'opéra-comique. Le Compère de la Mort, qui a paru 
dans le Monde illustré bien avant que le théâtre Italien jouât Crispino 
e la Comare, a le même point de départ que l'opéra de Ricci, et la ver- 
sion flamande est bien supérieure à la version italienne. Un autre conte, 
Culotte verte, a fourni à MM. DeuHn et de Najac les éléments d'une féerie 
dont Grisar vient d'écrire la musique. — Les Contes d'un buveur de bière, 

— un joli volume in-18, imprimé en caractères elzéviriens, avec titre 
en couleur et un dessin d'Edmond Morin, — sont en vente chez Lacroix, 
à la librairie internationale. 

,!f*^ On écrit de Saint-Pétersbourg que l'Académie de chant célébrera, 
cette année, son jubilé cinquantenaire; elle exécutera, à cette occasion, 
le Samson, de Haendel, et Paradis et Péri, de Schumann. 

if.*^, Arban vient d'avoir la douleur de perdre son pèi e . 

.jt** Nous avons le regret d'annoncer la mort de M. Edouard Lenioine, 
administrateur-général du Gymnase et frère de M. Lemoine-Montigny. 11 
avait travaillé pour le théâtre et rédigea longtemps le courrier parisien 
de l'Indépendance belge, sous le pseudonyme de Thecel. 

ÉTRANGER 



^** Saint-Etienne. — Le 9 mars, un auditoire d'élite assistait, dans la 
jolie salle du cercle musical de notre ville, au concert de Mlle Cécile 
Boissier-Duran. Le succès de cette jeune pianiste, élève de Marmontel, 
a été complet; les applaudissements et les rappels sont venus le témoi- 
gner, et c'était justice. Méthode parfaite, doigts agiles, .style brillant, 
élevé, plein de sentiment; tout chez elle constate l'excellence de l'ensei- 
gnement qui l'a formée. Une transcription bien réussie de M. Boissier- 
Duran, sur le trio de Robert le Diable, pour piano, violon et orgue, et 
exécutée par l'auteur, sa tille et M. Ginet, a fait sensation. Après plusieurs 
morceaux de piano, iVIUe Boissier-Duran a dit, avec son père, deux duoj 
concertants pour de ix pianos, et ces morceaux ont été exécutés avec une 
précision qui faisait un seul instrument des deux. Les doigts et le cœur 
étaient à l'unisson ; on le voyait aisément, et les bravos n'ont manqué 
ni au père ni à la fille. 

,j*^. Londres. — L'éminent pianiste James Wehli, l'un des virtuoses dont la 
réputation est le plusjustementétablie dans la Grande-Bretagne, a tenu, cet 
hiver particulièrement, une large et honorable place dans le monde mu- 
sical de Londres. Il a accompli de plus une tournée provinciale qui n'a 
été qu'un long triomphe. 

^*^ Soleure. — Un grand festival fédéral de musique chorale est an- 
noncé pour le 12 et le 13 juillet. 

j*^ Berlin. — Pour la première fois depuis leur rentrée à l'Opéra, 
Niemann et Mme Lucca ont chanté l'Africaine. Le 7 mars, Niemann, 
surtout, qui n'avait jamais abordé qu'une seule fois le rôle de Vasco, 
excitait un vif intérêt qui n'a point été déçu. Pauline Lucca a été à sa 
hauteur ordinaire. 

,j*^ Triesle. — La nouvelle direction du théâtre communal a brillam- 
ment achevé ce qu'avait commencé sa devancière; elle vient de nous 
faire assister à la première représentation du ballet de Fiametta, œuvre 
de Saint-Léon, maître de ballets des théâtres impériaux de Russie, qu'elle 
avait fait venir pour le monter. Quoique le sujet de ce ballet, représenté 
aussi à Paris sous le titre do Nemea, soit fort différent de ceux produits 
jusqu'à ce jour par la chorégraphie italienne, il n'en a pas été moins 
bien accueilli, et nous pouvons ajouter que le succès a été triomphal 
pour l'auteur, rappelé un nombre infini de fois, et pour la Salvioni qui 
remplissait le rôle principal et qui s'y est montrée à la fois mime on 
ne peut plus dramatique et danseuse d'une grande force. Au nombre 



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KEVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PAKIS. 



des pas qui ont fait, le plus de plaisir, on a bissé avec acclamation [le 
grand pas hongrois. La musique de Minkus a été trouvée soigneuse- 
ment faite et elle a obtenu sa part des applaudissements. En somme, 
M. Saint-Léon doit s'enorgueillir de la triple réussite de son ouvrage en 
Russie, en France et en Italie. 

jk,*^ fJvourne. — DUwah a été représenti;e pour la première fois le 9 
de ce mois au théâtre Avvalorati. Grand et légitime succès pour l'œuvre 
et ses interprètes; le ténor Minetti, le baryton D'Antonij, la prima donna 
Enrichetta de Baillou, qui a été couverte d'applaudissements, après l'air 
de « l'Ombre. » 

^*jf Florence. — Deux dos conférences musicales annoncées par la So- 
cieta dii Quarlello ont déjà eu lieu ; M. le chevalier Casamorata a entre- 
tenu son auditoire de Boccherini et d'Haydn, et le professeur Gamucci de 
Mozart. La partie instrumentale était confiée aux excellents artistes de 
la Société du Quatuor et à des solistes distingués. Dans la troisième con- 
férence, l'éminent critique et professeur Biaggi parlera de Beethoven ; on 
y exécutera le trio op. 97, avec le pianiste Ducci. 

^*^ Milan. — Le Mefislofcle, d'Arrigo Boito, devenu le sujet de toutes 
les conversations depuis plusieurs mois, a enfin fait son apparition sur la 
scène de la Scala. Le reproche capital encouru par le jeune compositeur 
est de manquer de mélodie, et c'est grave dans la Péninsule comme 
partout. Il n'a donc pas réussi, cela ne signifie pas qu'il n'ait aucun ta- 
lent; car on peut signaler de nombreuses beautés dans son œuvre; mais 
il s'est trompé de climat. La seconde représentation, paraît-il, a été tout 
à fait orageuse, et le pauvre Mefistofele ne s'en relèvera pas, à Milan du 
moins . 

^*^ Lisbonne. — La Grande -Duchesse de Gérolslein, au dire des jour- 
naux portugais, a fait fanatismo. Mise en scène magnifique, salle comble, 
applaudissements frénétiques, tel est en quelque sorte le bilan de la pre- 
mière représentation. Le violoncelliste Féri Kletzer cueille ici de nom- 
breux lauriers. 11 a joué récemment à la cour avec un très-grand suc- 
cès, devant le roi Louis, qui a accepté la dédicace de trois mélodies 
composées pour lui ; un concert donné au théâtre San-Carlo par l'éminent 
artiste n'a pas été moins brillant. Il est attendu à Madrid, où l'infant 
Don Sébastien, dilettante éclairé, doit organiser une soirée en son hon- 
neur. 



CONCERTS ET AUDITIONS MSICÂLES ANNONCES. 



Salon Kriegelstein, aujourd'hui à 2 heures : matinée musicale de Mlle 
Biunca Cortesi, cantatrice, avec le concours de MM. LoUio, Bonewiiz 
et Telesinski. 

Salons Erard, aujourd'hui 22 mars à I heure 1/2 : grande matinée mu- 
sicale donnée par le jeune Napoléon Firmin, piani.ste âgé de neuf 
ans et demi, élève de M. Cliol, avec le concours de plusieurs ar- 
tistes distingués. 

Salons Pleyel, demain lundi 23 mars : concert d'Ernest Nathan. 

Salons Erard, mardi 21 mars: concert de M. et Mme W. Langhans, 
avec le concours de Mme Godin et de MM. Saint-Saëns, Heiss, Ries 
et Lee. 

Salons Pleyel, mercredi 2S mars : concert de Léon Lafont, avec le con- 
cours de Mme Barthe-Banderali , Mlle Loui.se Cantin et de MM. Si- 
ghicelli, Jules Lasserre, Ketterer, Maycur et Fauvre. 

Salons Erard, mercredi 23 mars : concert de MM. Boscovitz et Reuchsel, 
avec le concours de Mlle Castri et de MM. Beraud, Delédique et 
Bose, 

Salle Herz, mercredi 2S mars à S fieures 1 2 : second concert à grand 
orchestre donné par Ant. Rubinstein. 

Salons Erard, jeudi 26 mars à 8 heures 1/2 du soir : concert de l'excel- 
lent pianiste compositeur Ernest Stœger, avec le concours de Mlle 
Rives, du violoniste Jacobi, Poëncet, Baur et M. Van Waefelghem. 

Salle Herz, jeudi 26 mars : concert donné par Mme Norman-Neruda, la 
célèbre violoniste, avec le concours de sa sœur Mlle Marie Neruda, 
de MM. C. Saint-Saëns et Delle-Sedie. 

Salons Erard, vendredi 27 mars à 8 heures 1/2 : concert de Mme Be- 
guin-Salomon, avec le concours de Mme Cinti-Damoreau, de MM. 
Poëncet, Brunot, Bose, Baneux et Espeignet. 

Salons Erard, samedi 28 mars à 8 heures 1/2 du soir : concert de M. Eu- 
gène Ketterer, pour l'audition de ses œuvres nouvelles, avec le con- 
cours de Mme Anna Fabre, Mlle Louise Cantin, de MM. Pagans, A. 
Herman, A. Durand, F. Thomé. 

Salle du Grand-Orient, dimanche 29 mars à 8 heures : concert audition 
de M. Penavaire, violoniste, avec le concours de MUes de Beaunay 
et Victorine Champier, de MM. Léon Lafont, Sixte Delorme^ Castei- 
gnet, Graire et José Barrière. 



Salons Pleyel, mardi 31 mars : cinquième séance populaire de musique 

de chambre, par MM. Ch. Lamoureux, Colblain, Adam et Poëncet, 

avec le concours de M. H. Fissot. 
Mercredi l'"' avril : troisième soirée de musique de chambre, par MM. 

Maurin, Colblain, Mas et Domunck , avec le concours de M. Saint- 

Saens . 



AVIS A TOUS LES lARCHANDS DE MUSIQUE. 

M. Cartereau, éditeur, 10, quai de l'Ecole, \ Paris, prie ses 
confrères, marchands de musique à Paris et en province, de vou- 
loir bien rechercher dans leurs paquets un numéro 1 bis, Service 
de l'organiste, de G. Sch.mitt (petit format orgue). 

Prévenir M. Cartereau, propriétaire de cet ouvrage, si on pos- 
sède ce numéro. {Les planches étant perdues.) 



■ : s. DCFOL'H. 



Citez G. BJiANDUS cl S. DUFOUR, éditeurs, 103, rue de nichelieu. 

GALERIE DES MUSICIENS CÉLÈBRES 

ANCIENS ET MODERNES. 
Pliolograpblés pttr Pierre Petit, 

Format in-4'', sur carton de Bristol, papier de Chine, 
Au prix exceptionnel de 2 francs chaque portrait. 



Ad. Adam, 

Auber, 

Beethoven, 

Bérigt (de) père, 

Bériot (de) lils, 

Bernard (Paul), 

Berlioz, 

Boïeldicu père. 

Boulanger, 

Cherubini, 

Clapisson-, 

Czerny. 

David' (Félicien), 

Devos (Camille), 

Donizetti, 

Duprato, 

Escudier-Kastner (M""), 

Gevsert, 



Gluck, 

Goria, 

Gounod, 

Halévy (Fromental), 

Haydn, 

Haèndol, 

Heller (Stcçhcn), 

Herz (Henri), 

Kalkbrenner. 

k'asinor (Georges), 

Lecouppey, 

Leféhure-Wély, 

Lilolft; 

Méhul, 

Mendelssohn, 

Membrée, 

Mozart, 

Meyer (Léopold de). 



Meyerbeer, 

Osiiorne, 

Poniatowski (le prince), 

Prudent, 

Ouidant (Alfred), 

Ravina, 

Rosenhain, 

Rossini, 

Rubinstein (A.), 

Schubert, 

Séligniann, 

Servais, 

Sivori, 

Thalberg, 

Thomas (Ambroise), 

Verdi, 

Vieuxtemps, 

Weber (Ch. -Marie de). 



Chœurs suédois et norvégiens 

exécutés au tliéâtre de l'Opéra pendant l'Exposition universelle 
par les étudiants de l'Université d'Upsal, de Copenhague et de Lund. 

1 . Chant du Printemps, par A. Kappelmann net. » 75 

2. Le Cortège de No'él, par Kjernefs net. 1 » 

3 . Le Roi des Mers (air populaire) » 7S 

i. Le Chant du Rossignol, par Pacins net. » SO 

Chœurs divers 

1 . Weber. Prcciosa, chœur des Bohémiens net. 1 » 

2. Anber. La Muette de Portici, prière net. > SO 

3 . Meyerbeer, L'Africaine, prière net . » SO 

i. IWeber. Avant la bataille, marziale et andante net. 1 » 

S. Arcadet. Ave Maria net. n 30 

arrangés à l'usage de l'orphéon de la ville de Paris, par 
PASDELOUP 

CHŒUR DES ÉTUDIANTS DU LAC DES FÉES, 

arrangés pour l'orphéon de la ville de Paris, par 

Prix : 1 fr. FRANÇOIS BAZIN Prix : 1 fr. 



MEYERBEER. — L'Africaine, chœur des Matelots 
(chœur de concours à l'Exposition universelle de 1867), net 

ROSSINI. — Buvons, buvons! composé et approprié 
à l'usage de l'Orpliéon pour le Festival international 1867, net. 

MENDELSSOHN. Mélodie à trois voix égales, par A. 
Valenti, net 



1 SO 



SO 



; FEE — A. CBÂIS 



BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS. 1. 



55' AnDée. 



N' 13. 



ON S'ABONNE : 

Dans les Départements et A l'Étranger, 

chez tous les Marchands de Musique, Us Libraire», 

et aux Hursaux de?. Messageries et des Postes. 



REVUE 



Ï9 Mars 181)8. 



PRIX DE L'ABONNEMENT: 

Paris, 24 r. pur an 

Déparlcmenl», Belgique et Suisse.... 30 u ii- 

ÉlruDgor •■• 3* " '*!- 

Le Joumal paraît le Dimanche. 



ET 



GAZETTE MUSICALE 



DE PARIS 



Nos abonnés reçoi-rent, avec le numéro d'anjoard'linl, 
VJEtuae en fa mi*%e*»ir de UElVDEEiiSSOlIIV, dont la 
publication récente a excité h un si baut deg^ré l'inté- 
rdt des planistes. 



SOMMAIRE. — Théâtre impérial de l'Opéra - Comique : reprise de la Part du 
Diable, par Haurtce Oray. — Mme Norman-Neruda, par Em. Uatbieu 
de Monter. — Concerts populaires de musique classique au cirque Napoléon, 
par Apmamd fiionzien. — Séance solennelle de l'Orphéon de Paris, par 
Em. Hathien de IHonter. — Ministère de la maison de l'Empereur et 
des beaux-arts. — Concerts et auditions musicales de la semaine. — Nouvelles 
des théâtres lyriques. — Nouvelles diverses. — Concerts et auditions musi- 
cales annoncés. — Annonces. 



THÉÂTRE inPÉRIÂL DE L'OPERi-COMIOUE. 

Beprise de 9a IPntrt <fM IHahMe. 

C'est en janvier 1843, c'est-à-dire il y a vingt-cinq ans, que la 
Part du Diable faisait son apparition sur la scène de l'Opéra- 
Comique, où nous revoyons aujourd'hui cet élégant ouvrage. 

L'administration de l'Opéra-Comique a certainement été bien ins- 
pirée en mettant en regard du dernier triomphe de M. Auber ce 
succès de l'an 1843, et les amateurs de recherches et de compa- 
raisons curieuses trouveront là matière à plus d'un rapproche- 
ment. La dernière reprise de l'ouvrage avait eu lieu il y a sept 
ans, un peu avant la rentrée de M. Perrin à la salle Favart, et 
l'on nous sera gré peut-être de placer côte à côte les trois distri- 
butions de l'ouvrage: 
Raphaël, MM. Roger, 
Le roi, Grard, 

Gil-Vargas, Ricquier, 

Carlo, MmesRossi-Caccia, 

Casilda, Anna Thillon, 

La reine, Révilly, 

On voit que, de la distribution primitive, un seul rôle est resté 



Warot, 


Léon Achard, 


Barielle, 


Gailhard. 


Prilleux, 


Prilleux. 


Monrose, 


Brunet-Lafleur 


Bousquet, 


Bélia. 


Révilly, 


Révilly. 



en possession de son créateur : c'est celui de la reine , que Mlle 
Révilly n'a pas abandonné depuis vingt-cinq ans; Mlle Révilly est 
aussi la seule artiste qui soit restée fidèle à l'Opéra-Comique de- 
puis cette époque. Le fait est assez rare pour qu'on le constate. 

C'est pour la continuation des débuts de Mlle Brunet-Lafleur et 
de M. Gailhard qu'est venue l'idée de la reprise de la Part du 
Diable. Mlle Brunet-Lafleur semblait, en effet, douée de toutes les 
qualités nécessaires pour jouer le rôle de Carlo Broschi: physique- 
ment, elle a la grâce et la distinction ; au point de vue musical, 
une voix colorée, souple et vibrante comme du métal, avec cela 
du goût et du sentiment. Malheureusement, la jeune artiste n'a 
pu vaincre encore la frayeur que lui cause une nombreuse assem- 
blée, et cette frayeur, qui nuit à ses facultés, l'empêche de se livrer 
comme il le faudrait. Elle a cependant fait preuve d'une véritable 
intelligence, et nous pensons que lorsqu'elle triomphera de sa peur 
du public, elle obtiendra d'excellents résultats. 

M. Gailhard, lui aussi, a une très-bonne voix ; il la dirige avec 
aisance et assurance, et il s'est fait particulièrement remarquer 
dans le charmant quatuor du second acte. Mais il fera bien d'ob- 
server, au point de vue du comédien, que l'Opéra-Comique n'est 
point l'Ambigu, et qu'il y faut adoucir les angles d'un rôle auquel 
il a donné une teinte par trop sombre. 

M. Léon Achard est parfait dans le personnage un peu trop 
fantaisiste de Raphaël. Il l'a joué en bon comédien et l'a chanté 
en véritable artiste. Aussi le succès ne lui a pas fait défaut plus 
qu'à l'ordinaire. 

Peut-être eût-on pu trouver dans le personnel du théâtre Favart 
une dugazon à qui le rôle de Casilda eût mieux convenu qu'à 
Mlle Bélia, ce qui ne retire en rien les qualités et le talent de l'ai- 
mable cantatrice. Ce rôle est-il antipathique à la nature de l'ar- 
tiste ? Je ne sais, mais elle y paraissait gênée et mal à son aise. 

Mlle Révilly est toujours très-bien dans la reine, mais M. Prilleux 
fera peut-être bien de jouer Gil-Vargas avec un peu plus de reté- 
nue , et de chercher à moins forcer le comiques de ses effets. 

En somme, nous n'avons pas besoin de le dire, cette reprise a 
été fort bien accueillie du public. 

Maurice GRAY. 



98 



REVUE ET GAZETTE MUSICALE 



lOÀDAME NORMÂK-NERUDÀ, 

Concert donné par elle et sa sœur, Mlle Marie Neruda, 
le 26 mars, à la salle Herz. 

Du groupe, plus nombreux et compact que brillant, des vir- 
tuoses qui viennent demander tous les hivers, à Paris, un peu de 
son attention distraite, de son enthousiasme aussi vite éteint qu'al- 
lumé, de ses louanges courtoises, — éléments avec lesquels on se 
fait la plupart du temps une réputation facile sur d'autres ri- 
vages, — se détachent, presque chaque année, deux ou trois 
personnalités véritablement artistiques qui donnent à la foule non 
pas une déception ou un ennui comme certains, encore moins 
une leçon gourmée comme d'autres, mais bien un régal et une 
fôte. C'est ainsi que la saison musicale actuelle conservera les 
noms de Rubinsteln et de Norman-Neruda. Glorieux parrains, 
entre tous, et de ceux qui mettent un peu de leur auréole au front des 
filleuls ! La haute virtuosité de Rubinstein a été étudiée dans ces 
colonnes. Quant à Mme Norman-Neruda, je crois devoir m'arrêter 
un instant devant cette figure aujourd'hui célèbre, autant qu'ori- 
ginale et sympathique, non pas pour analyser la nature musicale 
môme de son talent (tout a élé dit à ce sujet et fort bien à celte 
place), mais pour essayer d'en fixer par quelques traits rapides, 
l'essence, l'esprit et d'isoler l'impression qui s'en dégage. 

En composant le programme de la magnifique soirée musicale 
qu'elle donnait jeudi dernier à la salle Herz, Mme Norman-Neruda 
avait surtout pour but de se faire complètement apprécier et juger 
en dernier ressort. Avant de quitter Paris, et encore tout émue 
de la sincère admiration du grand monde et des chaleureuses 
acclamations de la foule, la grande artiste tenait essentiellement à 
produire sous tous ses aspects, devant un auditoire de connais- 
seurs et de délicats, son talent expansif, éloquent, ardent jusqu'à 
la fougue, mais qui sait se contenir néanmoins et assembler les 
contraires sous la loi de l'œuvre qu'elle interprète, à laquelle bien 
plutôt elle se livre. 

Beethoven, Bach, Vieuxtemps, de Bériot, les vieux et les jeunes 
maîtres, voilà ce qu'elle aime et finit, sans fausse couleur et sans 
faux lyrisme. Elle semble ne vouloir rendre que ce qui élève 
l'âme ou la réjouit noblement; son sentiment ne porte que là- 
dessus : tout le reste est faux, et, tant elle y met de malice ou de 
simplicité, on jm'erait qu'elle l'ignore ! 

Dans son exécution, dont une inaltérable netteté constitue la 
qualité saillante, Mme Norman-Neruda a plus de la verve qui 
remue que de l'inspiration qui émeut. Sa propre émotion étincelle 
sans rayonner. Elle n'enivre pas, mais elle enchante, et avec 
quelle souplesse, cette Loreley de l'archet! Elle ira jusqu'à porter 
du charme, oui, le sien propre, un charme irrésistible, en cette 
sonate de Rust, par exemple, récemment retrouvée au Conserva- 
toire de Leipzig, inspiration fiévreuse, tourmentée, que traverse 
le souffle d'orage de son temps : 179S . S'agit-il de jouer la Sonate, 
op. 47, si puissamment humaine, si profondément vécue, de 
Beethoven, Mme Norman-Neruda, sans raffiner ou trop quintessen- 
cier, mais avec un goût qui est sien, augmentera le trésor de 
toute sa valeur individuelle, l'enrichira d'expressions nouvelles, 
découvrira des nuances, ressaisira des accents dans ces pages 
éternelles qui semblaient cependant connues et explorées en entier. 
Lui faut-il ciseler une gavotte, un menuet du vieux Bach ? menuet 
et gavotte sont restés pour elle gracieux et pimpants sous leurs 
atours de l'autre siècle, et voilà que son style s'enlève, léger et 
transparent comme ces étoffes de gaze que les anciens appelaient 
de l'air tissé. Prompt, piquant, pétillant, un air populaire varié 
par Maurer fera, sous l'archet de Mme Norman-Neruda, l'effet 



d'un sorbet mousseux qu'on prendrait l'été sous la treille. Mais 
que le cadre s'élargisse, que la passion parle et pleure comme 
dans cet Adagio de Bériot qu'elle a merveilleusement soupiré et 
gazouillé avec sa sœur, Mlle Marie Neruda, — habile, sinon autant 
qu'elle, — mais dont le sentiment est très-pénétrant, le goût 
irréprochable et qui possède la force dans la douceur, au point 
de vue de la sonorité, — et de son jeu concentré jaillira l'expres- 
sion profonde qui rassemble toute une situation musicale et la 
livre, domptée, aux applaudissements de la foule. Veut-elle, enfin, 
transporter ceux qu'elle a séduits? Elle choisit une œuvre popu- 
laire, aimée, la Ballade et la Polonaise de Vieuxtemps, par 
exemple, parce qu'elle joue devant un auditoire français, et tout 
à coup l'œuvre tant connue semble transfigurée : la Ballade, s'im- 
prègne de la clarté pure, mais étrange du ciel Scandinave; et 
tandis que la grande artiste enlève la Polonaise avec une verve, 
une aisance, une agilité vraiment surpi'enantes, je ne sais pour- 
quoi l'imagination rêve encore de hautes sapinières et de grands 
lacs. 

Mme Norman-Neruda, c'est Teresa Milanollo, avec la rectitude 
de goût et l'émotion communicative en moins peut-être, mais avec 
le tempérament, l'éclat, la virtuosité transcendante en plus. 
En entendant jouer du violon ainsi, avec un tel relief d'individua- 
lité, en écoutant cette femme qui, à travers un labeur incessant, 
a su garder cette adorable légèreté de main, cette vigueur de poi- 
gnet, cette prodigieuse agilité de doigté, on en arrive à croire 
que le violon est le véritable instrument des femmes, impression- 
nable, nerveux, ardent, frêle, mélancolique, prompt aux contrastes 
subits et parfois... inquiétant comme elles. 

Mme Norman-Neruda doit un second concert au dilettantisme 
parisien : je lui prédis, sans grand effort, Un triomphe plus écla- 
tant encore que celui de jeudi dernier. Ah ! le magnifique talent, 
et quelle séduction il exerce ! Ce charme me domine encore, dans 
le calme et le silence de l'heure où j'achève celte esquisse incom- 
plète. Les cantilènes italiennes poétiquement dites par Delle-Sedie, 
le ravissant caprice sur les airs de h&Wetd' Alceste, de Saint-Saëns, 
tout cela s'éteint et disparaît. Ce que j'entends encore, c'est l'écho 
des harmonies délicieuses s'échappant du violon des deux enchan- 
teresses suédoises ; c'est le bruit des applaudissements qui saluent ces 
phrases adorablement chantées, ces traits, ces trilles, ces points 
d'orgue d'une hardiesse inouïe, ces enharmoniques, ces pizzicati; 
ces doubles cordes agencées, combinées de manière à donner à 
l'oreille l'illusion (comme dans la sonate de Rust, par exemple), 
d'un trio d'instruments à cordes exécuté par des artistes émérites. 
Mme Norman-Neruda laissera dans la critique et la société musi- 
cale de Paris une de ces empreintes lumineuses qui deviennent 
bientôt des termes infaillibles de comparaison en même temps que 
le témoignage du goût, de l'élévation et de l'honneur artistiques 
d'une époque. 

Em.-Mathieu UE MONTER. 



C'est pour nous une vraie bonne fortune chaque fois qu'il nous 
est donné d'entendre ce pianiste élégant, ce musicien consciencieux, 
ce compositeur plein de charme qui s'appelle Ernest Stœger. Sa 
musique renferme d'adorables détails, des chatteries exquises qu'on 
n'est pas tenté un seul instant de prendre pour de l'afféterie; son 
jeu délicat, sobre malgré les avances d'une muse coquette, les fait 
admirablement ressortir sans jamais s'écarter des lois du goût le 
plus pur. Nous voulons parler surtout des trois morceaux intitulés : 
Impromptu-scherzo (n" 2), Prélude et Novellelle, héritiers directs 
de la poétique et rêveuse fantaisie de Robert Schumann. Ils sont 
du reste assez connus aujourd'hui pour que nous nous dispensions 
d'en faire l'éloge en détail. 



DE PARIS. 



99 



Il y a encore une Historiette, naïve idylle qui a fait et qui fera 
épanouir plus d'un frais sourire , et une grande Valse-Caprice, 
moins remarquable peut-être comme invention, mais brillante et 
d'un effet sûr, deux succès en germe qui ont tout l'air de vouloir 
violenter les lois ordinaires de la croissance. Nous avons eu grand 
plaisir à renouveler connaissance avec les quatre morceaux de chant 
au.\quels Ernest Staegeradonné pour titre collectif/es Roseaux, et qui 
décrivent avec un charme soutenu des scènes champêtres : le Soir, 
le Crépuscule, l'Orage, le Calme. M. Mouren , un sympathique 
baryton, les a fort bien détaillés. 

Enfin, il nous reste à dire un mot, pour clore la liste des com- 
positions de Slœger, de son nouveau quatuor pour instruments à 
cordes, qui avait pour interprètes MM. Jacobi, Wasfelgheni, Baur 
et Poëncet. Le scherzo et l'andante en sont les deux meilleures 
parties ; mais des preuves d'un incontestable talent se rencontrent 
partout. Néanmoins, il nous a semblé que ce cadre un peu sévère 
gênait, dans ses gracieuses et libres allures, le talent fin, plus 
sentimental que vigoureux, de l'excellent artiste, qui a encore de 
nombreux lauriers à cueillir dans le domaine si riche de la musi- 
que de piano. — M. Jacobi, avec sa Berceuse et sa Chanson de 
matelots, M. Poëncet, avec deux morceaux de Schumann, Mlle Ri- 
ves et M. Marochetti, avec les duos de Don Sébastien et de Don 
Juan, ont été couverts d'applaudissements bien mérités. 

C. B. 



CONCERTS POPULAIRES DE ODSIOUE CLASSIQUE 

AU CIRQUE NAPOLÉON 

SYUPHOMIE POSTHIIITIE de IHIendelssoltii (f^" au- 
dition). — ADAGrlO de HE. CSarcin, exécuté par 
l'auteur. 

On a bâti un petit roman sentimental sur la Reformations-sinfo- 
nie, jouée pour la première fois dimanche dernier aux concerts po- 
pulaires ; il en est de celui-ci comme de ces romans dits histo- 
riques oîi l'auteur jongle avec l'anachronisme pour divertir ses 
lecteurs et emprunte à l'histoire sans jamais lui rendre. Cette fable 
a fait, avec le succès habituel de ces ingénieux récits, le tour de 
plusieurs journaux ; il en résultait que Mendeissohn avait ordonné 
de ne livrer à la publicité les œuvres qu'il laissait que vingt ans 
révolus api'ès sa mort; le jour précis où la date anxieusement 
attendue avait été atteinte, un éditeur se serait emparé^ entz'e autres, 
de ce trésor. Malheureusement on sait qu'une grande quantité 
d'œuvres posthumes ont paru peu de temps après la mort du maî- 
tre, et les habitués des concerts populaires applaudissent chaque 
année la symphonie en la mineur qui est dans ce cas. 

A la mort de Mendeissohn quelques amis firent un choix des 
œuvres à publier. Lbl Re/ormations-sinfonie fut-elle rejetée ? fut-elle 
plutôt oubliée, égarée? nous l'ignorons; toujours est-il que le fils de 
l'illustre compositeur, la trouvant aujourd'hui digne de son père, l'a 
publiée chez Simrock, de Bonn, et que le public des concerts 
populaires l'applaudissait dimanche et l'applaudira encore aujour- 
d'hui . 

L'introduction est d'un grand caractère, solennel et grave comme 
l'exorde d'un sermon luthérien; Vallegro qu'elle annonce ne répond 
pas absolument à cette majesté, et l'andante, qui est un peu dog- 
matique de forme, n'a ni les contours mélodiques accusés sur une 
harmonie ingénieuse de certains andante du même compositeur, 
ni l'indécise et charmante mélancolie de quelques autres; il passe, 
sans avoir ému, presque sans avoir intéressé. Le scherzo est vif, 
brillant, pittoresque; les instruments à vent, les flûtes et les haut. 



bois surtout y jouent le rôle piquant et gracieux que Mendeissohn sait 
leur donner dans les morceaux de ce genre, dans le scherzo célèbre 
du Songe d'une nuit d'été, par exemple; ce qui saisit le plus dans le 
finale, c'est la péroraison, où l'orchestre déchaîne l'harmonie de 
ses cordes, tantôt couvrant le choral de Luther, indiqué par les 
cuivres, tantôt l'interrompant ou se laissant dominer par lui; l'effet 
est des plus dramatiques, la scène est émouvante. L'œuvre a été 
accueillie avec une faveur telle que M. Pasdeloup l'e.xécute à deux 
concerts successifs; le scherzo a dû être bissé. 

Il faut savoir gré au fondateur des concerts populaires de l'em- 
pressement avec lequel il nous a fait connaître une œuvre de cette 
valeur . 

L'adagio de M. Garcin devait sembler pâle à côté de cette lumi- 
neuse symphonie; l'auteur paraissait lui-même troublé par ce 
rapprochement fâcheux, et l'assurance de son jeu s'en est parfois un 
peu ressentie. Cet adagio renferme des qualités incontestables de 
facture; il est écrit avec soin et fait partie d'un concerto que la 
longueur du dernier concert n'a pas permis de faire entendre 
en entier, mais qui, de l'avis de plusieurs instrumentistes, est une 
œuvre des plus estimables et des plus consciencieuses. 

Armand GOUZIEN. 



SÉANCE SOLENNELLE DE L'ORPHÉON DE PARIS. 

{Division de la rive gauche.) 

L'enseignement du chant dans les écoles de la ville de Paris 
accuse, depuis quelques années notamment , des améliorations de 
détails et des progrès d'ensemble, lents sans doute et peu appré- 
ciables, mais de nature, cependant, à exercer la plus heureuse 
influence sur cette branche intéressante de l'instruction, je devrais 
dire de l'éducation primaire. L'enfant de Paris n'est plus, en 
musique c(>mme en toute autre chose, cet être indéfinissable du 
passé, qui comprenait tout, mais qui ne savait rien. Aujourd'hui, 
s'il chante, il connaît assez de musique pour solfier son morceau, 
l'analyser sommairement et l'apprendre sans trop de routine. 
Des maîtres dévoués développent son sentiment naturel de la 
justesse, de la mesure, du rhythme ; cultivent son goût inné, lui 
enseignent à conduire sa voix et à la colorer par l'expression. 
Lorsque l'articulation sera plus précise et la prononciation plus 
correcte, il n'y aura rien à reprendre aux études et aux manifes- 
tations officielles de l'Orphéon de Paris; mais la critique ne sau- 
rait se montrer exigeante à l'égard d'hommes et d'entants qui ne 
peuvent consacrer à la musique que trois ou quatre heures par 
semaine et auxquels on n'accorde pas plus d'un mois pour répé- 
ter les chœurs toujours nombreux et souvent difficiles du pro- 
gramme de leur concert annuel. 

La séance solennelle de dimanche dernier , présidée par M. Al- 
fred Blanche, a donc répondu à l'attente de l'énoi'me afQuence de 
monde qu'elle avait attirée comme toujours^ et satisfait sans au- 
cun doute les membres de la « Commission de surveillance de 
l'enseignement du chant » qui y assistaient presque au complet. 
Comme toujours aussi M. François Bazin, armé de son autorité et 
de son expérience spéciales, a su entraîner la rive gauche et met- 
tre bien en relief ses qualités... dans une salle dont l'acoustique 
déplorable était encore aggravée par l'ouverture de toutes les fe- 
nêtres. Les différentes compagnies de ce hardi mais turbulent ba- 
taillon de jeunes garçons et de petites filles, appuyées par le 
groupe respectable des classes d'adultes, a vaillamment marché 
au feu sous l'impulsion de leurs chefs respectifs. En général, les 
enfants ont «donné» avec plus d'élan, d'assurance, de vigueur que 
les hommes. 

Habilement combiné, varié, intéressant, le programme, au point 



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REVUE ET GAZETTE MUSICALE 



de vue pui-ement clioral et en tenant compte du nombre d'exécu- 
tants auxquels son interprétation était confiée, ne peut être loué 
sans de légères réserves. Ainsi, le chœur de Don Carlos, assez 
insignifiant, du reste, de motif et de coupe, et le refrain syllabique 
du chœur du Nabab, d'Halévy, ne sont pas des chœurs choraux et 
encore moins de masse : ils n'en ont ni le dessin large, ni la ligne 
ouverte, ni la sonorité [voulue. J'en dirais autant de cette Entrée 
des Croisés dans Constantinople, dont le début chevaleresque et 
religieux est brusquement compromis par un refrain d'une vulga- 
rité, d'une pauvreté de fond et de forme à se demander comment 
une telle... erreur a pu franchir l'entrée, si vigilamment gardée, 
et non sans raison, du répertoire de l'Orphéon parisien. L'ancien 
Koël, empreint d'un caractère saisissant de grandeur et de sim- 
plicité, mais un peu long avec ses quatre reprises, a laissé 
froid unj public qui n'avait entendu depuis le commencement 
de la séance que des chœurs à couplets. Les morceaux qui ont 
fait le plus de plaisir, — en dehors du Domine sahum et du Vive 
l'Empereur! de tradition, sus depuis longtemps et toujoui's enlevés 
à la pointe d'un juvénile entrain, — sont le beau chœur d' Œdipe 
(Sacchini); celui de la Création, dont la péroraison magnifique 
a été rendue avec ensemble, le mouvement, trop lent, toute- 
fois ; Paris ! chaleureuse inspiration d'Amb. Thomas ; C'est 
Dieu! de Léo Delibes, chœur très-mélodique, parfaitement écrit 
pour les voix , et qui a remporté la première médaille d'or du der- 
nier concours ouvert par la Vihe; les Chants dit Bosphore, enfin, 
de François Bazin, acclamés, applaudis, bissés : — délicieux petit 
cadre mélodique, traversé comme par un courant de jeunessse et 
de fraîcheur exquises et oîi l'on retrouve l'inspiration facile, la 
science sans pédantisme et la vivacité d'imagination qui caractéri- 
sent la manière de ce compositeur, populaire à juste titre parmi 
les sociétés chorales et particulièrement aimé de ses élèves. L'ova- 
tion que le public et les écoles ont faite au directeur de la division 
de la rive gauche était des plus méritées ; je suis heureux d'avoir 
à la mentionner, en y comprenant les principaux collaborateurs 
de M. Bazin : MM. Foulon, Collet, Danault, Delafontaine, Dives, 
Hottin, Pillevestre, Léon et Proust. 

Prochainement, au cirque de l'Impératrice, la division orphéo- 
nique de la rive droite chantera sous la direction de Pasdeloup. 
Nous en reparlerons. Pour qui s'intéresse aux développements de 
l'œuvre éminemment nationale du chant choral populaire, il est 
du plus vif intérêt d'en saluer, chaque année, en ses séances, 
comme l'aurore toujours nouvelle; de voir quelle sève circule, 
ardente etjeune, dans la féconde pépinière de l'Orphéon de Paris; 
de venir encourager les eiforts et applaudir aux travaux des artistes 
modestes, autant que distingués, qui sèment avec persévérance 
dans les écoles de la grande ville ces germes précieux d'art et de 
moralisation. 

Em. Mathieu DE MONTER. 



BISISTËRE DE LÀ SAISON DE L'EnPEREUB 

ET DES BEAUX'ARTS. 

DIRECTION GÉNÉRALE DES THÉÂTRES. 

Le concours institué au théâtre impérial de l'Opéra, pour la 
composition d'un poëme destiné à être mis en musique, a été clos 
définitivement le IS de ce mois. 

168 ouvrages y ont été envoyés, tant de Paris que des départe- 
ments. 

Les auteurs qui ont pris part à ce concours ayant été invités à 
se réunir le 17 mars, dans le cabinet du directeur général des 



théâtres pour procéder à l'élection d'un jury spécial : cinquante- 
six concurrents se sont présentés et ont nommé, au scrutin se- 
cret, neuf juges titulaires et neuf juges suppléants. Ils ont en ou- 
tre chargé une commission de cinq membres, désignés par le sort, 
de les représenter pour obtenir les adhésions nécessaires à la for- 
mation définitive du jury. 

Tous les juges titulaires ont consenti à faire partie de ce jury, 
qui se trouve dès lors composé de MM. Perrin , directeur de l'O- 
péra; Gounod; Félicien David; Ambroise Thomas ; E. Augier; 
Théophile Gautier; Paul de Saint-Victor; F. Sarcey ; Victor Massé. 

Les travaux du jury vont immédiatement commencer, et, quand 
un poëme aura été choisi pour le concours de musique, les com- 
positeurs en seront officiellement informés. 

Avant de se séparer, les concurrents, présents à la réunion du 
n mars, ont exprimé le vœu qu'en dehors du poëme couronné, 
cinq des mLilleurs ouvrages choisis par rang de mérite fussent 
mentionnés par les titres et les épigraphes des manuscrits, et que, 
pour l'avenir, des concours analogues fussent renouvelés à des 
époques périodiques. 



CONCERTS ET AUDITIONS ISDSICÂLES DE LÀ SEIOÂINE. 



»% Cette semaine a été encore fort riche en concerts de la Cour et 
du grand monde Celui de lundi, aux Tuileries, qui était le dernier, of- 
frait en artistes Mmes Carvalho, BIocli et Rives, MM. Troy, Capoul et les 
chœurs de la Chapelle. On a beaucoup remarqué Mlle Rives, qui a chanté 
admirablement avec Mme Carvalho le duo des Diamants de la Couronne. 
Elle a été félicitée par Leurs Majestés. La valse de Mireille, la Corvette 
A'Haydéc pur Mme Carvalho et les stances du même opéra, dites par Ca- 
poul et les chœurs, n'ont pas eu moins de succès. — Dimanche, chez 
S. A. 1 Mme la princesse Mathilde, MM. Sauzay et Fanchomme pour la 
partie instrumentale, MM. Gardoni ei Hermann-Léon pour la partie vo- 
cale et surtout Mme Conneau qui a chanté trois fuis ont ravi la brillante 
société qui se pressait dans les salons de la princesse. - La veille, Gardoni 
et Mme Carvalho, avec l'orchestre de Pasdeloup défrayaient le programme 
de M. le Préfet de la Seine et se faisaient applaudir dans plusieurs 
morceaux de Weber, de Gounod, de Massé et de Floto\Y. La romance de 
Marta, que Gardoni dit délicieusement, obtenait surtout un véritable 
succès. Au ministère de la marine, le même jour, Mmes Marie Battu, Nils- 
son, Nornian-Neruda,Faure, Vivier et le pianiste Kowalski, donnaient à 
cette magnifique soirée le plus grand éclat. — Perfection sur toute la 
ligne, cela va sans dire ; mais mention particulière aux deux morceaux 
la Barcarolle napolitaine elSancta Maria, que Marie Battu amis à la mode 
et qu'elle chante dii'inement; à Vivier pour son duo, cor et voix, avec 
Faure et ta romance de Joseph, chef-d'œuvre d'exécution; enfin à Niltson 
qui a charmé trois fois l'assemblée et à Mme Neruda dont on ne se 
lassait pas d'admirer l'incomparable talent. — Capoul et Sarasate avaient 
été conviés par M. le comte de Nieuwerkerke pour son dernier vendredi. 
— En même temps que ces concerts officiels, M. Garfounkel et Mme Abel 
Laurent réunissaient des éléments an.nlogues dans deux belles soirées 
musicales auxquelles assistait l'élite de la société parisienne. La première 
de ces soirées se distinguait par un programme choisi avec un goût exquis 
et dont l'exécution était confiée à Mmes Marie Sasse, Bloch, Nilsson, à 
MM. Faure, CoUn, Lefébure-Wely et Mme Norman-Neruda. Citons entre 
autres attractions la chanson des Djinns du Premier Jour de bonheur, 
dite en l'honneur d'Auber qui était présent; le duo du Slabat chanté 
par Mmes Marie Sasse et Bloch; l'air de Joconde, par Faure, etc.— Chez 
Mme A. Laurent c'était encore Christine Nilsson, Bloch, MM. Gardoni, 
Aubery, Leroy, Garcin, Rigault, Viguier, Hignault, et on entendait le 
duo du Stabat par A'ilsson et Bloch ; le quatuor de Martha, l'arioso du 
Prophète, un quintette de Mozart, etc., etc. — Enfin mentionnons, pour 
clore cette remarquable nomenclature, l'intéressante matinée organisée 
à l'occasion de la Saint-Joseph par Mme la supérieure de Notre-Dame 
des Ans, dans laquelle les élèves de l'institution ont fait, chacune dans 
leur genre, preuve d'un véritable talent, et où s'est fait particulièrement 
remarquer sur la harpe une jeune personne, Mlle Mathilde Galitzin, qui 
deviendra une grande artiste. 

=jt*^ Les splendides salons de la Muette s'ouvraient dimanche dernier à 
plus de cinq cents invités, choisis dans les sommités du monde aristo- 
cratique, littéraire et artistique, et conviés par les propriétaires hospita- 
liers de cette demeure à entendre les artistes les plus renommés de Paris. 
Le lion du jour Rubinstein, le ténor à la mode Capoul, la blonde 
Ophéhe, l'enchanteur Vivier et l'auteur de Faust lui-même, — qui ne 



DE PARIS. 



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dédaignait pas de tenir le piano, — formaient les élémenls de ce magni- 
fique concert, dont l'excellente et digne Mme Erard , Mcnc Spontini , M. 
et Mme Schœffer, M. et Mme de Franqueville ont fait les honneurs avec 
la grâce et l'affabilité héréditaires dans la famille. 

#** Rubinslein a donné mercredi dernier son deuxième concert. Des 
ovations aussi enthousiastes que la semaine précudenle ont été prodi- 
guées au grand artiste après son concerto en ré mineur, dont il donnait 
une seconde audition, et à la suite de ses autres compositions de moindres 
proportions. Prélude et fugue, fragments d'une Suite pour piano, etc., où 
il s'est montré tour à tour puissant et délicat, vigoureux et tendre. — 
Mme Whist, une cantatrice américaine qui, dit -on, appartient au meil- 
leur monde de New-York, et admirablement douée sous le rapport artis- 
tique, a recueilli de légitimes applaudissements après la valse de l'Ombre 
du Pardon de Ploërmel, qu'elle a Irès-bien dite. 

**^ Nous nous sommes proposé de revenir sur le brillant concert 
donné, le dimanche IS mars, par Jacques Rosenhain, dans les salons 
Erard. C'est, en effet, l'un de ceux qui auront marqué dans la saison 
par l'intérêt qui s'attache à si juste titre au nom du célèbre pianiste, 
comme par la composition tout artistique du public. Dans le nombre 
assez considérable de ses œuvres qui formaient exclusivement le pro- 
gramme, nous signalerons une sonate pour piano et violoncelle (œuvre S3), 
un trio pour piano, violon et violoncelle (œuvre 8i), une Méditation, un 
Conte d'enfant, une Barcarole, et les Cloches, pour piano seul ; enfin, 
trois charmantes idylles pour piano et violoncelle, exécutées par l'auteur 
et M. Jacquard. La vraie originalité, le charme pénétrant qui résident 
dans tous ces morceaux ont eu vite gagné l'auditoire d'élite qu'avait 
assemblé l'arliste, et la séance entière n'a été pour ce dernier qu'une 
longue série d'ovations. 

,■** Il y avait beaucoup de monde dimanche à la matinée musicale 
de Mme la marquise de Safifray. Une jeune artiste hollandaise, Mlle Van 
der Beck, qui possède un très-beau talent de harpiste, a joué plu.sieurs 
morceaux charmants de façon à faire regretter l'abandon qu'on fait de- 
puis longtemps déj< de ce bel instrument. On a aussi entendu un flûtiste 
belge dont nous avons eu déjà l'occasion de signaler la supériorité, 
M. Auguste Charles, qui joint au mérite de virtuo.se celui de compositeur 
et qui s'est fait beaucoup applaudir en exécutant avec une grande per- 
fection plusieurs de ses compositions nouvelles Enfin Mme Loyd, de la 
Comédie française, a varié on ne peut plus agréablement cette réunion, 
à laquelle les goûts artistiques de Mme de Saffray prêtaient un intérêt 
tout particulier. 

^*t L'année dernière déjà, nous avons vu poindre l'aurore d'un talent 
sérieux: le jeune pianiste Napoléon Firmin, enfant de neuf ans, élève 
de M. Chol, faisait ses premières armes avec un entier succès. Plus que 
jamais il promet un artiste, si on en juge par le concert qu'il a donné 
dimanche dernier à la salle Erard, et où il a exécuté, entre autres, deux 
brillantes fantaisies de Herz et une valse de Chopin, avec une sûreté 
parfaite ei une grâce toute charmante. Quand cette heureuse nature aura 
reçu son entier développement, tout fait présager que nous aurons un 
habile virtuose et un excellent musicien de plus. 

,1,*, L'espace nous fait défaut pour dire tout le bien que nous pen- 
sons de Mlle Caroline Levy, qui a donné la semaine dernière avec 
Mlle Lavini un beau concert dans lequel l'excellente professeur a joué 
avec autant de style que de goût un concerto de Mendelssohn, la Danse 
des Fées de Prudent, et ou Mlle Lavini a très-bien chanté, entre autres 
morceaux, avec M. Bregy le duo des Dragons de Villars. 

— Il en est de même de Mme Marie Simonet, jeune pianiste d'avenir 
qui a fait preuve, dans son concert de lundi, d'un mécanisme irrépro- 
chable et de beaucoup de sentiment. 

— Nous voudrions aussi pouvoir parler avec plus de détail de Mme 
Béguin Salomon qui se consacre tout entière à l'art et qui s'est surpas- 
sée dans son concert de vendredi . Impossible de traduire avec plus de 
perfection la musique des maîtres que ne le fait Mme Béguin Salomon ; 
elle apporte dans son jeu une poésie qui se répand sur tout ce qu'elle 
interprète et on a pu en juger dans le trio de Beethoven, le quintette 
de Spohr et un joli trio d'Ad. Blanc. 

^*^ La ville de Rennes vient de donner, au profit des pauvres, un ma- 
gnifique' concert pour lequel on avait spécialement engagé Mlle Mauduit, 
de l'Opéra; entre autres morceaux, elle a chanté le grand duo du qua- 
trième acte de l'Africaine de façon à électriser l'auditoire . Les bravos, les 
rappels, les bouquets ont été prodigués à la jeune et charmante canta- 
trice que la ville de Rennes compte parmi ses enfants et dont elle peut 
à bon droit s'enorgueillir. 

^*^ La Société des concerts du Conservatoire donne, aujourd'hui di- 
manche 29 mars 1868, à 2 heures précises, son H« concert, sous la direc- 
tion de Georges Hainl. En voici le programme : 1° symphonie en la 
majeur de Mendelssohn; — 2° chœur d'Armide, de LuUi (1686). Le 
solo chanté par M. Caron; — 3° 7" concerto en la mineur, pour violon, 
de Rode, exécuté par Mme Norman-Neruda ; — i" chœur des Chasseurs 
d'Euryanthe de Weber; — S° ouverture de Léonore de Beethoven. 

»*f Aujourd'hui dimanche, à 2 heures, au cirque Napoléon, vingt- 



deuxième concert populaire de musique classique, sous la direction de 
J. Pasdeloup. En voici le programme : 1» symphonie en ré majeur de 
Mozart; — 2» air de ballet de Prométhée de Beethoven. Le solo de violon- 
celle par Poënêet; — 3° Reformations-sinfonie (2° audition), de Men- 
delssoiin (introduction, allegro, scherzo, andante, choral de Luther, 
finale); — i" sonate pour piano et violon de Weber (andante, rondo), 
par Allard et Diémer; — S» polonaise de Struensée (le Bal et l'Arresta- 
tion), de Meyerbeer. 



NOUVELLES DES THÉÂTRES LYRIQUES. 



»*« Mercredi, LL. MM. l'Empereur et l'Impératrice ont honoré de 
leur présence la représentation d'Hamlet à l'Opéra. 

*"'» Le théâtre impérial de l'Opéra a donné cette semaine trois fois 
Hamlet. Les démarches faites pour retenir Mlle Nilsson à Paris au delà 
du 30 avril n'ayant pas abouti, l'opéra d'Ambroise Thomas ne pourra 
plus être joué qu'une douzaine de fois avant son départ pour Londres. 
Les huit premières représentations ont pleinement confirmé le succès de 
la première, et Hamlet prend, — de l'avis des musiciens qui en jugent 
aujourd'hui la partition en main, — une place brillante au répertoire : 
les recettes dépassent 11,000 francs. Chaque soir, de nombreux rappels 
accueillent les artistes qui se montrent les dignes interprètes de l'œuvre. 

— Mercredi, la salle était éblouissante de toilettes, et LL. MM. l'Empe- 
reur et l'Impératrice, arrivées au premier acte, n'ont quitté leur loge 
qu'après le cinquième acte et après avoir félicité le directeur, l'auteur et 
les chanteurs.— Dès le quatrième, S. M. l'Impératrice avait fait remettre 
à Mlle Nil.sjon, en témoignage de sa haute satisfaction, le bouquet de vio- 
lettes qu'elle tenait à la main, et le lendemain le vicomte de Laferrière 
portait à Ophélie, de la part de l'Empereur, une riche parure de perles, 
émeraudes et brillants. — C'est à tous les titres un vrai succès pour 
l'école française. 

**,^ Aujourd'hui, représentation extraordinaire de l'Africaine. 

*''',(4 Au théâtre impérial Italien, monsieur et madame Tiberini 
ont chanté mardi / Puritani avec Steller et Agnesi, et ils ont vu 
se confirmer dans l'œuvre de Bellini le succès qui les avait ac- 
cueillis dans Matilda di Shabran, quelques jours auparavant. C'est 
principalement dans le troisième acte d'/ Puritani qu'ils ont recueilli 
les plus enthousiastes bravos. La romance du quatrième acte par 
M. Tiberini, la scène de la folie du deuxième acte et la célèbre polo- 
naise par Mme Tiberini, ont été merveilleusement rendues; toutefois 
nous conseillons à cette cantatrice de chanter la Polonaise comme on l'a 
toujours entendue dire par la Grisi, la Bosio, la Patti, et de supprimer 
les ornements qu'elle a cru pouvoir ajouter au texte de Bellini. Sans 
avoir les belles notes de Tamburini, Steller s'est montré chanteur 
de grand style dans le rôle de Riccardo et il y a retrouvé son beau 
succès d'Alphonso dans Lîtcrezia; les applaudissements ont été d'ailleurs 
amplement partagés par Agnesi dans celui de Giorgio. Depuis Lablache 
on ne l'avait pas mieux interprété et le fameux duo : Suoni la Iromha 
a valu aux deux artistes une ovation méritée; ils ont dû en répéter 
l'allégro. — Hier samedi, c'était le tour d'Adelina Patti, qui se mon- 
trait dans une nouvelle et importante création : Giovanna d'Arco de 
Verdi. Nous rendrons compte dimanche de cette intéressante représen- 
tation. 

^% La rentrée de Mlle Marimon au théâtre Lyrique ne s'est pas effec- 
tuée avec moins de succès que celle de Meillet. On y a revu avec plaisir 
cette cantatrice qui y a fait ses premiers pas dans une carrière parcourue 
depuis par elle avec un grand éclat. Quoiqu'elle eût à lutter dans le rôle 
de la reine de la nuit de la Flûte encimntée contre le souvenir si récent en- 
core de la supériorité avec laquelle il était dit par Mlle Nilsson, Mlle Ma- 
rimon, qui excelle surtout dans les vocalises, a franchi victorieusement 
les difficultés dont ce terrible air du quatrième acte est hérissé. Saluée 
par des applaudissements aussi enthousiastes que légitimes, elle a 
dû le bisser aux acclamations de la salle entière. — Bosquin 
(Pamino), Troy (Papageno), et Mlle Daram (Pamina) ont vail- 
lamment contribué au succès de cette représentation. — C'est la Fanchon- 
nette, avec Mme Carvalho et Monjauze, qui a occupé le répertoire de la 
semaine au théâtre de la Renaissance; Roméo et Juliette va lui succéder. 

— M. Carvalho se propose de monter, avec Meillet dans le rôle principal, 
le Brasseur de Prcston. — On a mis aussi à l'étude la Bohémienne de 
Balfe, sans préjudice de l'Elisabeth de Hongrie, dont les répétions suivent 

leur cours et qui sera donnée dans la première quinzaine d'avril. 

Deux engagements nouveaux viennent aussi d'être faits : celui d'une 
jeune élève de Wartel, Mlle A. Monnier, et celui d'un ténor qui était au 
service, et dont l'éducation musicale aurait été faite aux frais d'une 
dame de la société parisienne. 

„:** Au théâtre des Fantaisies-Parisiennes on vient de reprendre le 
Muletier, l'un des premiers ouvrages d'Hérold, qui remonte à l'année 



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CiEVUE ET GAZETTE MUSICALE 



1823, et qui est resté, Jusque dans ces derniers temps, au répertoire de 
rOpéra-Comique. Dans l'espace de liuit ans, l'illustre compositeur avait 
enriclii la scène Ij'riquo de Maria, de Zampa, du Pré aux Clercs, lorsque 
la mort est venue le surprendre. Plus heureux que lui, Paul de Kock, 
son collaborateur pour les paroles du Muletier, assistait, après un laps 
de quaranle-cinq ans (presque un demi-siècle), à la dernière reprise de 
cette pièce, On sait que le sujet en est emprunté à un conte assez gra- 
veleux de la Fontaine. Mais, sous la Restauration, on ne plaisantait 
guère avec la morale, et, de nos jours, la donnée, expurgée forcément 
par Paul de Kock, s'est trouvée fort anodine. Quant à la musique, elle se 
ressent des truonnements d'Hérold, qui n'avait pas -encore rencontré sa 
voie; on y peut constater, principalement dans un certain crescendo de 
l'ouverture, des préoccupations rossiniennes, et il n'y a qu'un air, celui 
du sommeil des muletiers, dont la facture originale décèle le génie du 
maître. Cependant, il passe à peu près inaperçu, tandis que le public 
riserve ses applaudissements pour un chœur de paysans, deux boléros et 
des couplets comiques qui, du reste, ne sont pas sans valeur. Le succès 
du Muletier fut dû, dans la nouveauté, à la manière brillante dont il 
était monté; ses deux rôles féminins étaient tenus par deux cantatrices 
charmantes, Mme Boulanger et Mlle Prahder; le personnage principal 
avait pour interprète un comédien agréable du nom de Lemonnier; le 
vieil aubergiste et son neveu étaient joués par Vizentini et Féréol, qui 
ont laissé une réputation très-méritée. Aux Fantaisies-Parisiennes, Lau- 
rent, Derval et BarnoU, Mme Géraizer et Mlle Deneux font de louables 
efforts pour rappeler leurs devanciers, et il faut leur en tenir compte. En 
somme, la reprise de l'opéra d'Hérold a été accueillie avec sympathie, et 
nous croyons que M. Martinet n'aura qu'à s'en féliciter. 

^*ii Le même théâtre jouera incessamment, sous le titre de l'Amour 
mouillé, un acte de M. Théodore de Banville, dont M. J. Cressonnois a 
écrit la musique. 

!((** La reprise de l'Africaine, impatiemment attendue à Bordeaux, a eu 
lieu la semaine dernière, avec l'éclat et le retentissement d'une véritable 
solennité artistique. Comme aux premières représentations de l'ouvrage, 
la salle était littéralement remplie d'une foule avide d'entendre encore le 
chef-d'œuvre de Meyerbeer et d'applaudir la nouvelle Selika, Mme Wil- 
hem-Massé, qui succédait à l'éclatant succès remporté l'année dernière 
par Mlle Audibert, dans ce rûle et sur cette scène. Dès le second acte, 
par ses grandes qualités de comédienne et de chanteuse, la vaillante ar- 
tiste avait conquis les sympathies générales; son rappel après la chute 
du rideau en a été le témoignage incontestable. 

<^*^ Le succès de la reprise du Prophète a été aussi très-décidé à Tou- 
louse, tous les artistes ayant concouru par leurs études et leur zèle à 
rendre parfaite cette représentation. M. Mazurini (Jean de Leyde), no- 
tamment, a eu dans le cours de la soirée des moments magnifiques; 
Mme Ebrard-Gravière a partagé avec lui l'enthousiasme et les applau- 
dissements du public. 

5^.% La Grande-Duchesse vient d'être représentée à Rennes avec une 
distribution excellente, de beaux costumes et une mise en scène com- 
plète. Sous ce triple rapport, les journaux de la ville accordent sans res- 
triction leurs éloges à M. Gilbert-David (Fritz), comme directeur et comme 
artiste. La salle était comble, cela va sans dire, à la première, et le suc- 
cès n'a fait que grandir aux représentations suivantes. 

ii^jf, Le théâtre des Variétés de Lille a eu l'heureuse idée de reprendre 
la Grande-Duchesse avec Mme Ugalde. Quand une artiste de la valeur de 
Mme Ugalde applique ses facultés à créer un rôle d'opérette, on peut 
être sûr d'avance de la perfection avec laquelle il sera exécuté. Personne 
n'a oublié sa création de Roland dans les Bavards ; celle de la Grande- 
Duchesse de Gérolstein ne laissera pas moins bon souvenir. Mme Ugalde 
s'y est montrée comédienne remplie d'esprit, de crânerie et d'entrain ; 
quant à son talent de chanteuse, elle l'y a mis tout entier, c'est tout dire. 
Aussi a-t-elle été applaudie à tout rompre, et, grâce à son concours, voilà 
une nouvelle série de fructueuses représentations assurée à l'œuvre po- 
pulaire d'Offenbach. 

,*« La direction du Grand-Théâtre de Marseille a renouvelé, à de très- 
belles conditions, l'engagement de Michot, et elle monte activement 
Bornéo et Julietle pour les plus prochaines représentations de l'excellent 
artiste. En attendant, le Prophète continue d'attirer la foule. 

**;s M. Gye vient de publier son programme pour la saison d'opéra 
qui va s'ouvrii- le 31 mars à Covent-Garden. Voici les noms des artistes 
engagés : Mmes Adelina Patti, Pauline Lucca, Fricci, Lemmens-Sher- 
rington, Vanzinifdébut), Morensi, Tagliafico, Dall'Anese, Locatelli (début), 
Lavrofska (début), Fioretti (début), Mayer. — MM. Mario, Naudin, Fan- 
celle, Neri-Baraldi, Rossi, Marine, Graziani, Cotogni, Tagliafico, Petit, 
Colini (début), Ciampi, Fellar, Polonini, Capponi et Bagagiolo. — 
Premières danseuses, ailles Marina Mora et Rosalia (début) . — M. Costa 
reste à la tête de l'orchestre, et M. Harris, qu'une erreur de notre der- 
nier numéro associait à la fortune de M. Mapleson, conserve son 
poste de régisseur. — Parmi les opéras qui seront représentés, les prin- 
cipaux sont l'Africaine, le Siège de Corinthe, les Huguenots, Don Carlos, 
l'Etoile du Nord, Robert, Roméo et Juliette, Fra Diavolo, Giovanna d'Arco, 
le Domino nrAr. — Ce dernier opéra figure pour la première fois sur 
un programme de scène italienne à Londres ; Auber y a ajouté dans ce 



but des récitatifs. Fra Diavolo était jusqu'à présentie seul de ses ouvrages 
donné à Londres dans ces conditions. Le Siège de Corinthe est également 
nouveau pour l'Angleterre. 

^,*^ Le Brésil est conquis au répertoire vainqueur d'Offenbach. A Rio- 
de-Janeiro, le théâtre de la rue d'Uruguayana joue chaque soir la 
Grande-Duchesse et les Dames de la Halle. 



NOUVELLES DIVERSES. 

*■** Hier à 8 heures, avait lieu dans la salle du Conservatoire l'audi- 
tion des fragments de l'opéra en cinq actes, le Dante, composé par M. le 
duc de Massa, et à laquelle il avait invité l'élite des gens du monde, des 
artistes et de la presse. Nous en rendrons compte dimanche prochain. 

„,"'* L'Association des artistes musiciens a fêté l'Annonciation, le 23 mars, 
en faisant exécuter à Notre-Dame la seconde messe de Weber, dans la- 
quelle on retrouve à un si haut degré l'élévation d'idées, la noblesse de 
forme et la belle et puissante sonorité de l'auteur du Freyschulz. Le 
Credo de cette messe a été remplacé par celui de Dumont. M. Battaille 
et des enfants de chœur étaient chargés des aoli ; ils s'en sont fort bien 
acquittés. Les chœurs étaient conduits par MM. Steenman et Foulon, et 
l'orchestre par M. Tilmant. La marche religieuse de M. Ambroise Tho- 
mas, avec accompagnement de harpes, a produit un très-bel effet. 

,^'",1 Une seconde audition de la Messe solennelle du prince Poniatowski 
a eu lieu, jeudi dernier, à Saint-Eusiache, sous la direction de MM. Hu- 
rand et Pickaert, en faveur de la Caisse des écoles du 2° arrondissement. 
Les soli étaient confiés à Villaret, Agnesi et Bollaert. L'exécution géné- 
rale a laissé beaucoup à désirer, et cette nouvelle audition n'a modifié 
en rien les jugements portés sur l'œuvre, du reste estimable à plus d'un 
titre, du sénateur-dilettante. Parmi les dames patronne.sses de l'œuvre, 
nous avons remarqué les noms de Mme Accursi et de Mlle A. Patti. 

,^*, Hier, à 2 heures, au Cirque de l'Impératrice, a eu lieu, au profit 
de l'Asile des vieillards, la première audition du Jugement dernier, grand 
oratorio en quatre parties, composé par Duprez. Nous en rendrons compte 
dans notre prochain numéro. 

,** La Société académique de musique sacrée a fait célébrer, samedi 
dernier, un service solennel pour le repos de l'âme de ses membres dé- 
cédés. La Messe des morts en plain -chant-harmonisé à quatre voix par 
M. Charles Yervoitle, a été exécutée par les sociétaires avec un ensemble 
parfait. 

#% Carlotla Patti, Vieustemps, Seligmann, Berthelier, qui formaient 
la Compagnie Ulmann, sont de retour à Paris. Parmi les artistes qui ont 
reçu dans cette brillante tournée l'accueil le plus chaleureux, le joyeux 
chanteur de chansonnettes Berthelier, partout où il s'est fait entendre, a 
recueilli les plus vifs applaudissements. Un des morceaux qui ne man- 
quait jamais son effet sur le public est l'Air bouffe anglais d'Offenbach, 
que le chanteur était toujours obligé de bis.ser, et qu'il a dit au moins 
soixante fois. 

3(*« La partition pour piano et chant de l'Elixir de Cornélius, de Meil- 
hac et Delavigne, musique d'Emile Durand, dont nous avons dit le suc- 
cès au théâtre des Fantaisies- Parisiennes, vient de paraître chez les 
éditeurs Gérard et C". Cette partition, oii abondent de charmantes mélo- 
dies, ne rencontre pas moins de succès à la lecture qu'à la scène. 

«*,s C'est l'éditeur J. Maho qui vient d'acheter la propriété de la sym- 
phonie de Mendelssohn dite la Réformation, et qui a été jouée dernière- 
ment au Concert populaire . 

,,*,, La grande cantatrice tragique Emmy La Grua est à Paris, venant 
d'Espagne ofi elle a obtenu de si éclatants succès. 

,j*t Le violoncelliste Féri Kletzer est en ce moment à Paris, de retour 
de sa tournée triomphale en Portugal et en Espagne. 

^*^^ Alfred Jaëll est également arrivé à Paris; Monaco, Nice et Lyon 
ont marqué sur sa route comme de glorieuses étapes. 

*** Aujourd'hui dimanche à 8 heures 1/2 , salle des Conférences , 
boulevard des Capucines, Mme Ernst donne une nouvelle séance de réci- 
tation oii elle dira plusieurs poésies de Victor Hugo, Alfred de Vigny, 
de Musset, Hégésippe Moreau, etc. 

^'^t On doit inaugurer, mercredi prochain \" avril, le grand orgue 
de la nouvelle église de Bergerac (Dordogne). On se rappelle que cet 
instrument, un de ceux exposés l'année dernière par la maison Merklin, 
Schutze et C°, a valu à ces éminents facteurs la médaille d'or et la dé- 
coration de la Légion d'honneur. M. Auguste Durand, organiste de Saint- 
Vincent de Paul, est désigné pour se rendre à Bergerac afin de procéder 
à la réception de cet orgue, et d'en faire valoir les ressources le jour fixé 
pour l'audition. 

*** Nous apprenons que par suite de nouvelles appropriations, la jolie 
salie de concert de la rue Saint-Georges, 50 (salle Sax), peut de nouveau 
se louer pour concerts, conférences, cours, réunions d'actionnaires, etc. 
»** M. Léon Pillât, l'ancien directeur de l'Opéra, devenu consul gé- 
néral à Venise, vient de mourir. 



DL l'AKlS 



103 



**, M. Edmond Franck, excellent accompagnateur, très-répandu dans 
le monde artiste de Paris, est mort cette semaine, à Castelnaudary, où 
il se trouvait en représentations avec Levassor; il avait trente-cinq ans 
à peine. 

^\ Le 2 mars est mort à Weimar, à quatre-vingt-un ans, un com- 
positeur de talent, Cari Ebervvein, direcleur de la musique grand-ducale. 
Il est surtout connu en Allemagne par la Léonorc de Holten, dont il a 
fait la musique, et qui a obtenu un succès populaire. 



ÉTRANGER 



^*^ Bruxelles. — La saison musicale tire à sa fin. Le Conservatoire 
vient de donner son dernier concert de l'année. Outre la symphonie en 
ré (l'^) de Mozart et l'ouverture de Léonore de Beethoven, on y a entendu 
l'adagio et le finale du 3» quintette de M. Fétis, exécutés par tous les ins- 
truments à archet. Pour cette exécution Fauteur avait écrit une partie 
de contrebasse distincte de celle du violoncelle. Les deux fragments ont 
produit sous cette forme un très-grand effet : l'un par la fraîcheur et par 
le charme des idées, en même temps que par la science et par l'ampleur 
des développements; l'autre par la verve, la chaleur, l'énergie soutenues. 
L'auditoire a éclaté en applaudissements et l'on peut dire qu'une véri- 
table ovation a été faite à M. Félis, qui dirigeait l'exécution de son 
œuvre, exécution parfaite, ajoutons-le. On a entendu avec intérêt, dans 
la même séance, deux fragments d'une Suite d'orchestre, par M. Huberti, 
lauréat des grands concours de composition musicale, jeune artiste qui 
cherche plutôt à exprimer des idées qu'à produire des eflets, contraire- 
ment à ce qu'on fait habituellement de notre temps.— Quelques jours après 
le dernier concert du Conservatoire, les professeurs de cette école se sont 
rendus auprès de leur illustre et vénérable direcleur pour fêter avec force 
bouquets, discours et manifestations sympathiques, son quatre-vingt- 
quatrième anniversaire. — Le public amateur et artiste a assisté, il y a 
quelques jours, à la première représentation d'un petit opéra qui a eu 
lieu, non dans un théâtre, mais dans la salle des réunions du Cercle ar- 
tistique et littéraire, transformée pour la circonstance en salle de spec- 
tacle. Le Tricorne enchanté, de M. Théophile Gautier, a été arrangé de 
bastonnade (comme il était qualifié) en opéra-comique, et sur ce libretto 
pétillant, M. Léon Jouret a composé une musique très-spirituelle, très- 
élégante, une musique où il y a beaucoup de cette chose charmante et 
rare qu'on appelle de la mélodie. L'auteur de cette jolie partition était 
déjà connu chez nous par des chœurs qui sont dans le répertoire de 
toutes les sociétés chantantes, par des romances très-distinguées et par 
un opéra de Quentin Metzys, composé pour un théâtre d'amateurs. Le 
Tricorne enchanté a eu pour interprètes les premiers sujets du Théâtre- 
Royal : Mmes Daniele et Dumestre, MM. Jourdan, Ricquier-Delaunay et 
Jamet. Il y a eu de vifs applaudissements pour le compositeur et pour 
les chanteurs; il y a eu rappel de l'un et des autres comme au théâtre 
les jours de grand succès. On assure qu'après avoir subi si victorieuse- 
ment cette première épreuve, le Tricorne enchanté pourrait bien tenter 
la fortune sur la scène du Théâtre-Royal, où M. Jourdan aurait obtenu 
de l'auteur l'autorisation de le monter pour son bénéfice. — M. Rubins- 
tein avait presque promis de revenir à Bruxelles diriger l'exécution de sa 
symphonie l'Océan, à l'un des concerts populaires. 11 paraît que les en- 
gagements qu'il a contractés en France et en Angleterre ne lui permettent 
pas de réaliser ce projet. Nous aurons à sa place M. Joachim, le célèbre 
violoniste, qui jouera le 3 avril dans une dernière séance organisée à 
son intention par l'administration des concerts populaires. — M. Letellier, 
directeur du théâtre de la Monnaie, est parti pour Paris. Les espérances 
qu'il avait fondées sur le succès de Don Carlos s'étant définitivement et 
trop vite évanouies, il a l'intention de traiter avec Marie Sasse pour un 
certain nombre de représentations. 

i^*^ Londres. — Le concert populaire du lundi 2 mars a été donné 
au bénéfice de Mme Arabella Goddard-Dawison. La célèbre pianiste a 
admirablement exécuté plusieurs œuvres de Mendelssohn encore incon- 
nues en Angleterre, entre autres, un sextuor en ré mineur et une grande 
sonate pour piano seul. 

*"*» Berlin. — Pour éviter les inconvénients que pouvait avoir l'emploi 
simultané des deux célèbres ténors Niemann et Wachtel, la direction de 
l'Opéra a décidé que Wachtel, en ce moment en congé, ne rentrerait 
en activité que du 1"' décembre au IS mars prochain, tandis que Nie- 
mann commencerait et terminerait la saison. 

^*^ Leipzig. — A l'occasion du 123» anniversaire de sa fondation, la 
direction des concerts du Gewandhaus a remis au comité institué pour 
l'érection d'un monument à la mémoire de Mendelssohn la somme de 
mille thalers, avec les intérêts à partir du 11 mars, en reconnaissance 
des précieux services rendus dans cette ville par le grand compositeur 
à l'art masical. Un brilland concert au profit des pauvres a étét donné 
dans la salle du Gewandhaus. Le violoniste russe Besekirsky y a exécuté 
avec un grand succès un concerto de sa composition. 



*% Pesth. — Don Carlos de Verdi a été donné pour la première fois 
le 14 mars, avec un succès complet. 

m*,^ Madrid. — Tamberlick dans la Muette, et Naudin dans la Favo- 
rite, ont obtenu de brillants succès. — Le violoncelliste Féri Kh^tzor a don- 
né ici un fort beau concert, auquel beaucoup d'amateurs n'ont pu assis- 
ter faute de places, et qui a rapporté à l'excellent artiste honneur et 
profit; on y a bissé la. Sérénade de Gounod, arrangée en. trio pour vio- 
loncelle, piano et orgue. Sur les instances de l'infant Don Sébastien, la 
reine a accordé à Kletzer la décoration de Charles 111. 

„.% Venise. — Le li mars, le théâtre de la Fenice a fêté l'anniversaire 
de la naissance du roi par une représentation de gala, où la marche 
royale a été exécutée et redemandée, après le second acte de l'Africaine, 
aux cris de Viva il Re galantuomo ! 

Florence. — Mme Lotti délia Santa, qui chante en ce moment l'.ifricaine 
avec tant de succès à Venise, a été engagée à la Pergola pour les fêtes 
du mariage du prince Humbert. Elle chantera Marta. 

^% Varsovie. — Pour sa représentation d'adieux, Mlle Artôt avait 
choisi un acte de la Sonnanbula et un de l'Élisir d'Amore. L'enthou- 
siasme du public est arrivé au délire : des fleurs, des couronnes, des rap- 
pels sans fin ont éié prodigués à l'éminente cantatrice. On lui a offert 
comme souvenir un magnifique bracelet enrichi de diamants. 

=(s*» Saint-Pétersbourg. — L'administration des théâtres impériaux vient 
de publier l'avis suivant, relatif à la sai.son de 1868-69 de l'Opéra italien. 
— Personnel. — Prime donne : Mmes Adehna Patti, du i°' janvier 1869 
jusqu'à la fin de la saison (c'est-à-dire jusqu'au 3 mars 1869), Fricci, 
Volpini, Trebelli {contralto), Lucca (du i novembre au 16 décembre 1868), 
une comprimaria (à engager). Seconde donne : Mmes Dall'Anesse, Be- 
rini. Primi tenori : MM. Mario, Calzolari, Neri-Baraldi, Fraschini. Se- 
conde tenore : M. Ro si. Primi bari toni : MM. Graziani, Meo, Gassier. 
Primi bassi : MM. Angelini, Bagagiolo. Secondo basso : M. Fortuna. 
Primo basso buffo : M. Zucchini. Chef d'orchestre : M. Vianezi. Régis- 
seur en chef : M. Harris. 



CONCERTS ET AUDITIONS fflUSICÂLES ANNONCES. 



Salle du Grand-Orient, aujourd'hui 29 mars à 8 heures : concert audition 
de M. Penavaire, violoniste, avec le concours de Mlles de Beaunay 
et Victprine Champier, de MM. Léon Lafont, Sixte Delorme, Castei- 
gnet, Graire et José Barrière. 

Salons Lebouc, mardi 31 mars : audition des compositions de M. L. Sal- 
vator . 

Salons Pleyel, mardi 31 mars : cinquième séance populaire de musique 
de chambre, par MM. Ch. Lamoureux, Colblain, Adam et Poëncet, 
avec le concours de M. H. Fissot. 

Mercredi 1'="' avril : troisième soirée de musique de chambre, par MM. 
Maurin, Colblain, Mas et Demunck, avec le concours de M. Saint- 
Saëns . 

Salons Pleyel, mercredi l'' avril : troisième séance du quatuor Maurin. 

Salle Herz, jeudi 2 avril : concert avec orchestre donné par M. Garcin, 
avec le concours de Mlle Marimon, M. Caron et Mlle Caroline Lévy. 
L'orchestre sera dirigé par M. Georges Hainl. 

Salle Herz, vendredi 3 avril : troisième concert donné par Ant. Rubins- 
tein, avec orchestre. 11 y exécutera les œuvres suivantes : i° con- 
certo en sol majeur (n" 3) de sa composition; — 2" fantaisie chro- 
matique (Bach), Gigue (Haendel), Rondo (P.-S. Bach), Marche tur- 
que des Ruines d'Athènes (Beethoven) ; — 3° Etudes symphoniques en 
forme de variations (Schumann); — i" Nocturne et Ballade (Chopin), 
Mélancolie, étude (Rubinstein). — Partie vocale, Mlle Rives. — 
L'orchestre sera dirigé par M. Camille Saint-Saëns. 

Salle Erard, samedi 4 avril; audition et soirée musicale par M. W. 
Goldner. 

Salons Pleyel, mercredi 6 avril à 8 heures 1/2 du soir : concert donné 
par Mme Anna Fabre, avec le concours de MM. Hermann-Léon, 
Pagans, Ketterer, Lebrun, Durand, Maton, Thomé et Tayau . 



104 



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POUR LE PIANO 

cil. Délions. Op. 81. N° 1. Chanson aragonaise 6 » 

— N° 2 . Chanson toscane 6 » 

liéo Dcllbes. Grande valse extraite du Pas des Fleurs intercalé 

dans le Corsaire 7 50 

J. Dayiln. Menuet en nt, transcrit par Mortier de Fontaine... i » 

©. liamotlio. Op. 61. Chant du soir, nocturne S » 

liCfébure-Wéiy. Op. 175. Boléro 7 50 

— Op. 176. Le Rêve de Chérubin 6 » 

— Op. 177. Esméralda, caprice 6 » 

— Op. 180. Le Défilé, pas redoublé à deux pianos 10 » 

— Op. 180 6iS. Le même à quatre mains 9 i 

— Op. 181. Deuxième duo symphonique à deux pianos 25 » 

H. Bavlna. Op. 60. Confidence, nocturne 6 t 

DANSES 

B. Ettling. Polka- mazurka sur la Vie parisienne 5 » 

Uarx. Polka des Oiseaux sur les motifs de Gulliver 4 50 

O. Métpa. Valse, Fleurs et Papillons, id 6 » 

Sipanss. Quadrille, id 4 50 

— Quadrille, valse et polka sur la Vie parisienne, chaque.... 4 50 
A. Mey. Valse sur les motifs de la Vie parisienne 6 » 

— Les mêmes, à quatre mains. 



de la Chaussée-d'Antin, à Paris. 

UBLIGATIONS 

CHANT 

A. Hlenard. Hamlet, tragédie lyrique en cinq actes, partition 

piano et chant, net 18 

jr. orrcnliach. La Vie parisienne, opéra-bouffe en quatre actes, 

partition piano et chant, net 12 

— La même, pour piano seul, net 8 

E.<5o Oclibos. Il n' faut pas vous gêner 4 

— De quoi vous plaignez-vous ? 3 

(Couplets chantés dans l'opéra-bouffe Malborouyh.) 
Brousse (Marie). Salutaris, d'après l'adagio de la sonate pa- 
thétique de Beethoven, 1,2, chaque 4 

Victor CUérl. Chant de guerre du Vengeur, 1, 2, chaque 3 

LiUnllller. En visite, chansonnette 3 

— Ouistiti, chansonnette 3 

G. PfellTer. Sonnet-Elégie de Boileau 3 

Xh. Radons . Vous m'oubliez, mélodie 5 

— Le Rosier, id 4 

— Le Réveil, id 6 

— A quoi rêves tu ? id 4 

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Le Journal parait le Dimanche. 



GAZETTE MUS 




DE PARIS 



SOMMAIRE.— Théâtre impérial Italien : (xiooanna d'Arco, opéra en quatre actes, 
poème imité de Schiller, par M. Temistocle Sciera, musique de Verdi, par 
Haurice Oray. — Auditions musicales : Dante, de M. le duc de Massa ; 
Jugement dernier, de G. Duprez, par Armand fionzien. — Bibliographie 
musicale, par Artbnr Pongin. — Concerts et auditions musicales de la 
semaine. — Nouvelles des théâtres lyriques. — Nouvfillps diverses. — Con- 
certs et auditions musicales annoncés. — Annonces. 



THÉÂTRE iniPËRIÀL ITÀUEN. 

GIOVANNA DA'RCO, 

Opéra en quatre actes, poëme imité de Schiller, par M. Temistocle 
SoLERA, musique de Verdi. 

(Première représentation le 28 mars 1868.) 

L'ouvrage que le théâtre Italien vient de nous offrir pour la 
première fois date de vingt - trois ans ; il a été représenté à la 
Scala, de Milan, au mois de février 184S, et il n'est pas inutile 
de se rappeler cette date pour juger un opéra dont la va- 
leur n'est que secondaire dans l'œuvre entier du maître, et qui 
n'est pas à la hauteur de ce qu'on peut appeler ses grandes pro- 
ductions, Rigolelto, la Traviata, il Trovatore. .. 

Nature fougueuse et quelque peu désordonnée, Verdi a fourni 
une carrière presque aussi inégale que son génie lui-même, mar- 
chant la plupart du temps de succès en chute et de chute en 
succès, faisant succéder à une œuvre de génie et débordante de 
passion une œuvre vulgaire, sinon triviale, pour se relever ensuite 
fièrement et arracher de nouveau des applaudissements à une 
foule qui ne demandait qu'à l'acclamer. C'est ainsi qu'après un 
Giorno di regno venaient Nabucco et Ernani ; et après ceux-ci 
Giovanna d'Arco, qui n'obtint jamais, même en Italie, qu'un mé- 
diocre succès, puis l'infortunée Alzira, qui en eut moins encore, et 
Attila, qui n'en eut pas du tout; Luisa Miller, suivie de 
Sliffelio; Rigoletto, il Trovatore et la Traviata précédant Simone 
Boccanegral La carrière du maître, ou le voit, ressemble assez 
à la course d'un cheval emporté, que la frénésie de son al- 
lure fait plus d'une fois trébucher et qui choppe à plus d'un ob- 



stacle, mais qui sait aussi se redresser avec hardiesse et poursui- 
vre son chemin avec vigueur, vaillance et courage. 

Il faut, d'ailleurs, rendre cette justice à l'auteur à'Ernani et d'» 
Due Poscari, c'est que le génie — un génie abrupt, il est vrai, et 
qui demanderait la plupart du temps à être assoupli — ne lui fait 
jamais complètement défaut, et que, même dans ses œuvres les 
moins réussies, on retrouve toujours, à de certains endroits, la 
griffe puissante du lion, qui se plante vigoureusement dans les 
chairs de l'auditeur et lui arrache un cri d'émotion ou d'admira- 
tion. Il en est ainsi, comme nous allons le voir tout à l'heure, 
pour quelques parties malheui'eusement trop rares de Giovanna 
d'Arco. 

Mais avant de parler de la musique, il me faut, hélas! parler du 
poëme. Ce n'est pas là le plus réjouissant, et il est certain qu'en 
présence d'une telle divagation rimée. Verdi peut hardiment invo- 
quer les circonstances les plus atténuantes pour les défaillances et 
la faiblesse d'une partition que quelques pages heureuses ne sau- 
raient, dans l'avenir, sauver d'un juste oubli. 

M. Temistocle Solera — qui est musicien cependant et qui a fait 
représenter plusieurs opéras dont il avait écrit livret et partition — 
a bien mal servi son collaborateur, il faut l'avouer. Il a voulu, 
dit-il, imiter Schiller, mais il l'a imité un peu dans le ^enje de 
ce singe qui se coupait la gorge en voulant se raser comme son 
maître. Il a pris au grand poète allemand l'idée d'un dénoûment 
extrahistorique, qui fait mourir Jeanne d'Arc d'une blessure au 
lieu de la faire brûler par les Anglais. 

Les personnages du drame sont au nombre de trois, et, sans 
rien exagérer, on peut trouver que c'est bien peu pour établir, 
nouer et dénouer une action aussi émouvante en elle-même que 
celle fournie par l'épopée de la vierge de Vaucouleurs, surtout 
quand ces trois personnages se composent d'une femme qui 
n'a plus rien de cette grandeur noble en sa simplicité de la figure 
historique de la bergère qui sauva la France sous Charles VIII; 
d'un roi à moitié idiot, qui passe son temps à faire des décla- 
rations à celle qui doit lui rendre son royaume et sa couronne , et 
à chanter avec elle d'interminables duos d'amour; enfin, d'un 
père dénaturé (celui de Jeanne), dont l'occupation principale est 
d'accuser sa fille de sorcellerie, et d'aller la dénoncer comme ma- 
gicienne aux Anglais, ses ennemis intimes. 



106 



UEVUE ET GAZETTE MUSICALE 



Il n'y avait vraiment rien à tii'er d'un canevas aussi puéril, 
aussi vulgaire, aussi ridicule, et, si l'on peut s'étonner d'une chose, 
c'est qu'un artiste de l'intelligence, de la pratique et de la trempe 
vigoureuse de Verdi, ait consenti à « réchauffer des sons de sa 
musique » de telles platitudes ! 

L'analyse complète et détaillée de la partition de Giovanna 
d'Arco me conduirait beaucoup trop loin, et je vais me borner à 
signaler les parties qui saillissent de l'ensemble un peu terne de 
l'ouvrage. Je ferai remarquer tout d'abord que, selon la coutume 
adoptée au théâtre Italien, on a fait quatre actes des deux seuls 
qui çonnposent la partition originale. 

On distingue dans l'ouverture un joli andante pastoral, en style 
concerté, dans lequel brillent tour à tour les flûtes, les clarinettes 
et les hautbois. La cavatine du roi ne doit être mentionnée que 
pour un agréable andantino à six-huit, très-joliment accompagpé. 
Quant à celle de Jeanne, qui est en la majeur, elle est beaucoup 
plus remarquable, et la phrase initiale surtout forme un cantabile 
pénétrant, qu'on dirait échappé de la plume enchanteresse de Bel- 
lini. 

Un trio sans accompagnement entre le roi , Jeanne et son père, 
m'a paru bien incolore ; mais je citerai le joli fragment sympho- 
nique qui ouvre le deuxième tableau, fragment dialogué par les 
instruments à vent et d'un tour extrêmement original, puis une 
sorte d'invocation de Jeanne à son père absent , chant vraiment 
inspiré, d'un caractère tendre, touchant et mélancolique. 

Un duo qu'on pourrait appeler le « duo de la déclaration, » 
entre Jeanne et le roi,' est totalement manqué, mais on trouve 
dans le finale une belle phrase dite par Jeanne , accompagnée 
avec la clarinette dans le chalumeau, et servant de dessin prin- 
cipal à l'ensemble qui suit, lequel est grandiose et saisissant. Le 
public a pu être surpris de voir le rideau tomber sur cet ensem- 
ble majestueux, qui semblait n'être que la première partie d'un 
morceau très-considérable. C'est qu'en efTet, et je ne sais pourquoi, 
on avait jugé à propos de supprimer complètement toute la se- 
conde partie de ce finale. 

Mes souvenirs ne me rappellent, dans le dernier acte, qu'un 
duo vulgaire, mais énergique et tout à fait dans la manière habi- 
tuelle de Verdi, entre Jeanne et son père, puis la phrase princi- 
pale et presque unique du finale, qui est très-court. 

Telles sont, dans cette œuvre nouvelle pour nous, mais déjà 
vieille pour le public italien, les quelques pages qui se recomman- 
dent à l'attention de la critique, et qui émergent d'un ensemble 
généralement peu satisfaisant. Je le répète, il était impossible 
d'écrire une bonne partition sur un poëme aussi carrément détes- 
table. C'est là ce que le musicien aurait dû comprendre, et ce qui 
fait qu'il porte le poids des fautes de son collaborateur. 

L'interprétation de Giovanna d'Arco est confiée à Mlle Patti, à 
MM. Nicolini et Steller. Dire que Mlle Patti ne réunit pas toutes 
les qualités physiques propres à la représentation satisfaisante de 
la vierge de Domremy, ce n'est évidemment qu'énoncer une vérité 
élémentaire : Jeanne d'Arc, cette sublime hallucinée, n'était point 
une virago sans doute, mais cependant nous avons peine à nous 
la figurer si mignonne. 

Il manque donc à Mlle Patti l'ampleur physique, cela est incontes- 
table. A cette remarque près, nous devons constater qu'elle a non- 
seulement bien chanté, mais bien joué ce rôle de Jeanne d'Arc, et 
qu'elle y a surtout fait preuve d'une sensibilité touchante et digne 
d'éloges sincères. Oserons-nous ajouter après cela que nous la pré- 
férons non-seulement dans le Barbier, dans Don Pas-quale et dans 
la Somnambule, mais même dans Lucie et dans les Puritains? Il est 
des rôles auxquels la nature d'un artiste se refuse, quels que 
soient d'ailleurs son talent et ses facultés; il me semble qu'il en 



est ainsi en ce qui concerne Jeanne d'Arc et l'enclianteresse du 
théâtre Italien. 

M. Nicolini, qui joue le roi, est toujours un artiste consciencieux, 
bien doué et désireux de bien faire. Nous croyons cependant qu'il 
se trompe sous de certains rapports. Nous regrettons, pour notre 
part, de le voir dévoré par l'ambition de jouer les grands rôles 
dramatiques, tels que Lucie, il Trovatore, Ernani, Giovanna d'Arco, 
qui ne sont faits ni pour la nature de sa voix, ni pour celle de 
son talent. Les ténors de grâce constituent-ils donc un emploi si 
dépourvu d'agrément et de charme qu'on ne s'en puisse contenter, 
et M. Mario a-t-il eu à se repentir de ne faire que de très-rares 
incursions dans le répertoire purement dramatique? La tendance 
blâmable de M. Nicolini le pousse malheureusement à dénaturer 
le caractère de sa voix si chaude, si caressante et si sympathique ; 
elle l'oblige à remplacer le charme par la force, à pousser le son 
outre mesure, et à adopter, en négligeant les qualités qu'il 
possédait à un si haut degré, les défauts principaux du chant ita- 
hen, c'est-à-dire les hoquets, les portamenti exagérés et les coups 
de gosier. Ces réserves faites, nous devons constater que lorsqu'il 
reste lui-même, comme dans le dernier cantabile de Giovanna 
d'Arco, M. Nicolini est un charmant ténor dont la « voix fait mer- 
veille. » 

M. Steller, qui est un des bassi cantanti les plus remarquables que 
nous ayons possédés depuis longtemps au théâtre Italien, a fait tous 
les efforts possibles pour sauver le personnage absurde et odieux 
du père de Jeanne d'Arc. Il faut lui tenir compte d'une bonne 
volonté qui ne pouvait sauver le caractère vraiment ridicule du 
rôle, et lui adresser tous les éloges que méritent son beau talent de 
chanteur et son expérience de la scène. 

En résumé, nous ne croyons pas que la représentation de Giovanna 
d'Arco constitue un véritable événement musical. L'attrait de la 
curiosité pourra exciter quelque peu l'attention du public, mais 
nous pensons que l'administration du théâtre Italien aurait pu, 
même dans l'œuvre du maître lombard, choisir un opéra plus 
digne d'exciter les sympathies générales. 

Maurice GRAY. 



AUDITIONS MUSICALES. 

Audition de fragments du Dante, opéra en cinq actes de M. le duc 
de Massa (salle du Conservatoire impérial de musique, le 28 
mars). — Audition du Jugement dernier, oratorio en trois 
parties, paroles et musique de G. Dupres ( salle du cirque de 
l'Impératrice, le 28 mars). 

Deux auditions intéressantes ont eu lieu samedi dernier, l'une 
au cirque de l'Impératrice, dans la journée; l'autre, au Conserva- 
toire, dans la soirée : toutes deux également dignes de fixer l'at- 
tention de la critique. L'un des compositeurs, grand artiste, l'autre 
grand seigneur ; celui-là ayant un nom glorieux au théâtre, celui-ci 
un nom illustre dans la jeune noblesse; tous deux encore portant 
le poids du passé qui a fait dire de l'un qu'il fut trop grand chan- 
teur pour être grand compositeur, et, de l'autre, qu'il a assez de 
noblesse pour se passer de talent: ce sont là de ces opinions sur 
les hommes et les choses qui font trop souvent leur chemin, et 
le devoir de la critique est de les contrôler et de se prononcer 
sans parti-pris injuste. 

Déjà, elle a eu l'occasion de signaler, il y a deux ans, les heu- 
reuses intentions d'une autre œuvre inédite de M. le duc de Massa, 
qui fut exécutée dans les mêmes conditions; dans les deux œu- 
vres,^rapprochement qui semblerait indiquer chez le compositeur 
une aptitude spéciale pour la musique de ballet , — ce sont deux 



DE PARIS. 



107 



divertissements de danse qui ont eu le plus franc et le plus légi- 
time succès. 

Quoiqu'il manquât à la critique l'épreuve décisive du théâtre 
pour se prononcer définitivement sur un opéra en cinq actes, exé- 
cuté par fragments décousus, sans décors, sans costumes, sans 
mise en scène, sans action , il ne nous a pas semblé que la musi- 
que du Dante fut de la musique d'opéra, à proprement parler. 
Mettant de côté les morceaux d'un caractère mixte, et pouvant 
s'approprier au concert sans être déplacés au théâtre, l'ensemble 
de l'œuvre nous a plutôt fait l'effet d'un oratorio très-développé, 
auquel il ne manque que quelques récitatifs, comme traits d'union 
entre les diverses parties, pour être complet. 

L'introduction a un certain caractère de grandeur qui prépare 
à la gravité du sujet et l'annonce assez pompeusement ; il y a 
dans le chœur qui le suit et encadre une mélodie un peu terne, 
une habileté heureuse dans le dialogue des voix. Comme les autres 
duos qui suivent, le premier duo (baryton et basse) n'a point le 
caractère scénique indiqué par la situation ébauchée dans les pa- 
roles; il manque d'action: les récitatifs dialogues manquent du ca- 
chet de déclamation lyrique des récitatifs d'opéra et languissent 
dans des formules vieillies qu'une harmonie ingénieuse ou des 
modulations inattendues ne tentent même point de rajeunir. Il faut 
rendre justice à la distinction du Sonnet chanté avec une grâce 
exquise par Mlle Nilsson; le rhythme en est gracieux, l'accom- 
pagnement sobre et poétique; le public, en bissant ce morceau, a 
partagé ses applaudissements en deux parts égales, entre le com- 
positeur et l'interprète, ce n'était que juste. Des deux autres 
duos, celui du troisième acte, entre Dante et Béatrix, renferme le 
plus d'intentions scéniques; il y a même dans la manière dont le 
compositeur a rendu cette scène digne du théâtre, oîi Dante, 
pauvre et proscrit, couvert de haillons, épuisé de fatigue, brisé 
d'amertume et de douleur, exhale sa plainte désespérée sous la 
fenêtre de Béatrix, et reçoit l'aumône de celle qui fut sa muse 
inspiratrice, il y a, dis-je, dans la traduction musicale de cette 
situation essentiellement dramatique d'heureuses tentatives qui in- 
diquent chez M. de Massa une intuition, encore hésitante pour- 
tant, des effets scéniques. Si ces tentatives étaient plus soutenues, 
plus fréquentes dans l'œuvre dont nous parlons, nous n'eussions 
pas prononcé le mot d'oratorio en parlant dos fragments du 
Dante. 

Nous avons dit que les airs de ballet avaient été fort goûtés par 
le public très-brillant qu'avait attiré cette audition. Il faut bien 
dire que les rhythmes excitants produisent plus aisément cette 
épanouissement du public , fatigué d'andante et d'adagio. On ne 
doit pas, — et M. le duc de Massa est certainement de cet avis, — 
attacher une grande importance au succès obtenu par de trop fa- 
ciles moyens; la tarentelle que l'on a bissée est cependant piquante 
d'orchestration et de couleur ; la petite flûte découpe le motif dan- 
sant, plein de gaieté et de désinvolture, sur un accompagnement 
des cordes, marquant le rhythme avec le dos de l'archet: 

La flûte au rire aigu raillait le violoncelle 
Qui pleurait sous l'archet ses notes de cristal. 

Il y a, dans tout le fragment symphonique mêlé de chœurs et 
de récits que l'auteur intitule l'Enfer et le Purgatoire, des beautés 
réelles, l'unisson des basses, par exemple, dont l'effet est des plus 
sinistres; certainement le compositeur se sent plus d'une fois flé- 
chir sous le poids de son sujet; mais il y a dans cette page les 
qualités incontestables, malgré leur inégalité, d'un compositeur 
symphonique. 

Si nous doutons que l'épreuve du théâtre puisse être favorable 
à l'œuvre de M. le duc de Massa, nous devons avouer, en résumé, 
qu'elle est conçue sévèrement et que l'on y sent surtout une con- 



viction laborieuse, et, en quelque sorte, honnête, qu'il est bon de 
signaler chez un compositeur encore jeune, enveloppé du prestige 
du rang et de la fortune, et qui consacre sa jeunesse h des ten- 
tatives artisli(jues, honorables et sérieuses. 
* 

La brochure do l'Oratorio du Jugement dernier de M. Duprez est 
précédée de ces quelques lignes plus que modestes qui préparent 
k l'indulgence pour le poëte et à la bienveillance pour le musi- 
cien : 

« Puisqu'il m'est ;i peine permis de faire de la musique, art que 
cependant j'ai étudié à fond dès mon enfance, que va-t-on penser 
de moi, pour m'être permis de rimer ce canevas musical, inspiré 
par le tableau de Michel-Ange? Je dois donc, tout d'al.^H'd, dé- 
clarer ici que je n'ai aucune prétention à la poésie; ce n'est qu'en 
paraphrasant quelques strophes du Dies irœ que l'idée m'est venue 
de faire mon Oratorio. De la conception à l'exécution, il n'y a eu 
pour moi aucune distance, et enfin je suis arrivé à cet innocent 
opuscule, m'écriant avec Figaro : « Aujourd'hui, ce qui ne vaut 
pas la peine d'être dit, on le chante. » 

Ce qui frappe dans cet oratorio de dimension très-considér.i '■ . 
c'est l'importance des récitatifs dits par « le narrateur, » sorte 
d'explication préliminaire des épisodes de l'œuvre et leur grand 
style ; le souffle de Gluck anime ces récits, véritables modèles de 
déclamation lyrique, que faisait ressortir encore, malgré les défail- 
lances de sa voix, le grand chanteur-compositeur. 

La plus belle page chorale de l'Oratorio est sans contredit le 
chœur général : 

Jour d'angoisse et de misère... 

la belle phrase syncopée qui en forme le dénoûment, et la détona- 
tion imposante des cuivres lui donnent un caractère très-grandiose. 
A côté de ce chœur, ceux des « hommes pieux et des « saintes 
femmes » n'ont aucune importance; s'ils sont habilement traités 
au point de vue spécial des voix, les développements en sont assez 
insignifiants. 

Un duo et un trio bouffes, qui avaient été répétés, ont été sup- 
primés le jour de l'exécution; nous n'en connaissons point la mu- 
sique, mais les paroles passent un peu les bornes de la puérilité 
et le librettiste y manque un peu trop de respect à la prosodie; le 
compositeur nous semble avoir eu raison de couper ces deux hors- 
d'œuvre comiques, d'un goût contestable dans le plan solennel 
d'un tel oratorio. 

Le chœur des « Vierges folles » est d'une originalité foi-t piquante, 
et le motif majeur principal est amené d'une manière très-inatten- 
due par les éclats de rire en staccati du début : il a été fort bien 
chanté, il faut le dire, par les élèves de l'Ecole spéciale de chant. 

Je n'insiste pas sur la troisième partie, qui n'est pas à la hau- 
teur du sujet traité ni sur le chœur final qui emprunte aux Italiens 
le rhythme brutal et démodé de leurs marches accompagnées en 
batteries; cela gâte beaucoup l'impression produite par le fragment 
symphonique avec chœur que le compositeur intitule Cataclysme.Nous 
avouons avoir été frappé par la hardiesse de cette page, oii, k côté 
de naïvetés et de violences d'orchestre, brillent, comme des lueurs 
apocalyptiques, des harmonies vraiment inspirées ; les cris des 
damnés, les lamentations des femmes, se mêlent au déchirement 
des mondes éperdus et l'implacable trompette jette dans l'espace 
son appel funèbre, irrévocable. L'exécution a été fort satisfai- 
sante ; Mlle Fidès est belle et deviendra une chanteuse de race. 
M. Maton a conduit l'orchesti;^ en maître. 

En résumé, cette œuvre bizarre, inégale, où se mêlent sans 
ordre le puéril et le grandiose, le terne et l'éclatant, est, à coup 
sûr, fort intéressante; la troisième audition annoncée mérite 
d'attirer plus de monde que la deuxième, qui n'a pas rempli à 



108 



REVUE ET GAZETTE MUSICALE 



moitié la salle. L'oratorio de M. G. Duprez commande, en outre, 
la sympathie de tous : la sincérité du grand artiste qui l'a conçue, 
et qui a essayé d'ajouter à la gloire du créateur celle de l'in- 
terprète, est digne de tous les respects. 

Armand GOUZIEN. 



BIBLIOGRAPHIE fflUSIGÂLE. 

Sous ce titre: Un nouveau système d'acoustique musicale, notre 
excellent confrère M. Gustave Bertrand a publié récemment, dans 
la Revue moderne, un article très-intéressant, très-solide et très- 
raisonné sur les doctrines en matière d'acoustique d'un savant 
professeur d'Heidelberg, M. Helmholtz. Un tiré à part a été fait de 
ce travail substantiel, et nous demandons la permission d'en dire 
quelques mots. 
. M. Helmholtz est l'inventeur d'un instrument de précision, par 
le moyen duquel il a obtenu des résultats surprenants, et qu'il 
a appelé rèsonnateur. « Ces résonnateurs, dit M. Bertrand , sont 
des sortes d'entonnoirs ou de pavillons pyriformes, de grandeurs 
diverses, qui ont la propriété de ne recevoir et de ne faire vibrer 
chacun que l'unique note qui correspond à leur construction. Si, 
par exemple, vous vous bouchez hermétiquement une oreille et 
que vous appliquiez à l'autre le bout d'un rèsonnateur, tout le 
fracas d'un orchestre complet serait nul et non avenu pour vous, 
dans le cas oià la note qui lui est propre serait absente de l'ac- 
cord actuellement exécuté: mais toutes les fois que cette note re- 
vient à travers l'harmonie, elle éclate avec force dans le rèsonna- 
teur. . . Bien plus, le rèsonnateur, qui reste sourd à tel son forte- 
ment entonné, pourra faire entendre une des harmoniques de ce 
son, si l'harmonique est précisément la note du rèsonnateur. » 

Chacun sait ce qu'on appelle en acoustique les harmoniques du 
son : faites vibrer fortement une corde de violon ou de violon- 
celle, frappez une touche de piano, et, en prêtant attentivement 
l'oreille, vous entendrez se dégager de la note principale, de la 
note produite, plusieurs autres notes plus aiguës et beaucoup plus 
faibles, qui escortent en quelque sorte la première et qui s'éche- 
lonnent, du grave à l'aigu, dans un ordre toujours semblable ; 
les quatre premières donnent l'octave supérieure, puis la quinte 
au-dessus, puis la seconde octave, puis la tierce majeure au-des- 
sus, et sont, par conséquent, en consounance parfaite avec le son 
fondamental, tandis que celles qui viennent ensuite, s'il était 
donné de les entendre distinctement, feraient au contraire disso- 
nance avec lui. « Ce phénomène , dit M. Bertrand, est observé 
depuis longtemps, » — et, en effet, on sait que c'est de la théorie 
des harmoniques du son que Rameau avait déduit son système 
d'harmonie, — « mais, ajoute-t-il, M. Helmholtz aura eu l'hon- 
neur d'en donner la théorie définitive, et d'abord de découvrir le 
rôle véritable des harmoniques dont on ne se doutait pas : les 
harmoniques servent à colorer le son, à faire le timbre. » 

Malheureusement, M. Helmholtz ne s'en est pas tenu à cette dé- 
couverte très-importante du rôle des harmoniques. Après avoir 
fait de l'acoustique, il a voulu faire de l'harmonie, et a cherché 
à tirer celle-ci des lois naturelles du son, tout comme Rameau, 
qui dans cet ordre d'idées s'était complètement trompé, malgré 
son génie, l'harmonie n'étant pas, en effet, une science puisée 
dans la nature, mais une science puisée dans les sensations. 

M. Bertrand combat — et, ce me semble, victorieusement — le 
système de M. Helmholtz sous ce rîpport ; mais une analyse de 
sa discussion me mènerait beaucoup trop loin , et je renvoie à sa 
brochure ceux que cette question peut intéresser. Je ne veux ce- 
pendant pas l'abandonner sans m'associer complètement à la pro- 
testation formulée par notre confrère au sujet des prétentions or- 



dinaires de messieurs les physiciens, qui prétendent en savoir plus 
en musique que nous-mêmes, et qui ne manquent jamais de nous 
faire la leçon. 

« C'est, dit-il, une chose unique, en vérité, que cette prétention 
des savants de dénier la compétence des musiciens en musique. 
On ne voit rien de pareil dans les autres domaines, et jamais 
Euclide, Descartes ou Leibnitz n'ont prétendu imposer aux archi- 
tectes les figures simples de la géométrie, la ligne droite inflexible, 
le plein cintre toujours régulier ou le triangle isocèle. L'architec- 
ture a gardé le droit de tirer ses lois d'elle-même. Je ne sache 
pas non plus que Newton ait signifié à Rembrandt et à Murillo sa 
découverte du spectre solaire, en leur intimant l'ordre de ne se 
servir que des couleurs simples. La peinture continua de relever 
seulement d'elle-même. Supposons qu'un musicien, fût-ce Mozart 
ou Beethoven en personne, allât trouver un physicien et lui dît, 
par exemple, que le système décimal est absurde, qu'il vaut mieux 
compter par septaines, puisque la gamme a sept notes, ni plus ni 
moins ... Le savant sans doute hausserait les épaules ; à peine 
daignerait-il répondre que les mathématiques ont leurs lois, leurs 
conditions à elles, et n'ont que faire d'en demander à la musique. 
A la bonne heure ! C'est un axiome assez naturel, assez évident, 
ce nous semble, que chaque ordre de choses doit chercher en lui- 
même ses lois propres. Pourquoi la musique serait-elle seule à ne 
pas bénéficier de ce principe? Et quand un savant, fût-ce Leib- 
nitz, Euler ou M. Helmholtz, vient affirmer que les lois de la 
musique relèvent de tels ou tels calculs mathématiques, de telle 
ou telle expérience physique, et qu'en vertu de ces constatations 
à priori la quarte sera plus belle que la tierce, et l'accord parfait 
mineur moins beau que l'accord parfait majeur, pourquoi les mu- 
siciens, à qui leur instinct et le génie unanime des maîtres affir- 
ment le contraire, ne se moqueraient-ils pas de cette injonction? 
Ainsi font-ils, et ils font bien. » 
C'est très-bien dit, cher confrère. 

Arthur POUGIN. 



CONCERTS ET AUDITIONS lUSICÂIES DE LA SEMAINE. 

**t L'attrait principal du onzième concert du Conservatoire, dimanche 
dernier, était l'exécution du septième concerto de Rode, par Mme Nor- 
man-Neruda. Donner de la vie à cette pâle et froide musique par un jeu 
expressif, charmer par la seule magie du son, tel est le tour de force 
accompli par l'éminente artiste ; ne pas s'écarter un instant du style 
classique et sévère qui seul convient à ces sortes de compositions, après 
avoir vogué en pleine fantaisie avec Mendelssohn et Yieuxfemps, tel est 
le privilège d'une organisation d'élite où la précieuse faculté d'assimila- 
tion est portée au plus haut degré. Mme Norman-Neruda a été saluée en 
terminant par une tempête d'applaudissements et rappelée . — Le char- 
mant chœur de VArmide de Lulli, Les plaisirs ont choisi pour asile, dont 
M. Caron a très-bien dit le solo, la magnifique symphonie en la majeur 
de Mendelssohn, le chœur des chasseurs d'Euryanthe, de Castil-Blaze beau- 
coup plus que de Weber, puisque trente mesures à peine appartiennent 
au grand maître allemand, et la splendide ouverture de Léonore (a" 1), 
complétaient le programme. L'orchestre a été vraiment superbe dans la 
symphonie de Mendelssohn ; on imaginerait difficilement une exécution 
plus parfaite, plus vitale, plus colorée . 

,*, Le troisième concert de Rubinstein, vendredi dernier, offrait un 
intérêt aussi puissant que les deux premiers. Cette fois, il a exécuté son 
concerto en sol, que nous préférons à celui en ré mineur, et dont l'an- 
dante est plein de poésie. Le grand succès de la soirée a été pour sa 
transcription de la marche turque des Ruines d'Athènes, où il arrive par 
une gradation longue et insensible à un si surprenant eifet de piano. 
On a bissé ce morceau, qui cependant terminait le programme, et le 
grand pianiste l'a remplacé par un des Waldsliicke de Schumann. La 
salle Herz regorgeait d'auditeurs, dont une grande partie avait dû 
rester debout. Rubinstein a été, comme d'ordinaire, longuement et chaleu- 
reusement acclamé. 

^% M. Garcin a donné jeudi dernier, à la salle Herz, un concert dont 
le but principal était de faire apprécier une fois de plus son concerto de 
violon, exécuté par lui il y a quelques semaines à la Société des Con- 



DE PARIS. 



109 



certs du Conservatoire, dont il est membre. Une œuvre de cette impor- 
tance mériterait assurément une analyse que nous ne pouvons lui con- 
sacrer; nous nous boruerons à renvoyer à ce qui en a été dit dans ces 
colonnes. M. Garcin, un des bons élèves d'Ambroisc Thomas, a puisé à 
cette excellente école un faire délicat sans être maniéré, un goût pur qui 
le préserve des écarts où les jeunes compositeurs ne sont que trop ex- 
posés à tomber aujourd'hui. Les deux premiers morceaux de son con- 
certo, Vandante surtout, sont d'un très-bon effet; le finale est tourmenté 
et pêche par le plan. Deux autres compositions de moindre étendue, 
Mignon, élégie, et Séguidille, ont valu au bénéficiaire de légitimes applau- 
dissements. Mlle Marimon, MM. Caron et Fissot, qui lui prêtaient leur 
concours, n'ont pas été moins bien accueillis. 

*** L'excellent pianiste du roi de Portugal, Frédéric Boscowitz, dont 
les visiteurs ds la Galerie animée des Arts libéraux à l'Exposition uni- 
verselle, ont certainement gardé le souvenir, donnait mercredi dernier, 
à la salle Erard, une audition de ses meilleures et plus récentes compo- 
sitions. Nous y avons distingué le Chant du Matin et le Chant du Soir, 
rêveries contrastées, empreintes d'une poésie pénétrante; une brillante 
paraphrase du Trova'oro; une originale Chanson créole; le Trot de V Ama- 
zone, fantaisie pittoresque ; enfin, un arrangement de la Marche turque 
de Mozart, d'un effet grandiose. La vogue attend sans aucun doute ces 
charmants morceaux aux harmonies distinguées, au rhythme toujours 
séduisant. Fréd. Boscowitz est un maître dans l'art difficile de faire 
chanter le piano et de varier la gamme de sonorité de cet instrument. 
Aussi, le succès du virtuose a-t-il égalé relui du compositeur, et ce n'est 
pas peu dire. Par son style, son sentiment, son exécut'on mécanique 
toute personnelle, cet artiste distingué se recommande d'une manière 
particulière à l'attention du public musical de Londres, où il va donner 
une série de concerts. 

t*i M. et Mme W. Langhans ont donné, mardi dernier, leur concert 
annuel. Ces deux excellents artistes, qui ont bien mérité de l'art en fai- 
sant connaître à Paris un certain nombre d'oeuvres applaudies à juste 
titre en Allemagne, nous ont donné, cette fois encore, la primeur de 
plusieurs auditions : un quintette, très-remarquable sous tous les rapports, 
de Johannes Brahms, un concerto pathétique de Liszt, pour deux pianos 
(Mme Langhans et M. Saint-Saëns), qui, croyons-nous, ne fanatisera 
personne, et une Polonaise solennelle d'un jeune compositeur russe de 
grand talent, M. d'Asantchewski (également pour deux pianos). Nous 
applaudissons sans réserve aux deux morceaux de piano composés et 
exécutés par Mme Langhans, Nocturne et Danse guerrière, qui sortent de 
l'ornière banale où se traînent tant de compositions analogues, ainsi 
qu'à la sonate pour piano et violon de M. Langhans, à laquelle, cette fois, 
les vieux maîtres ont servi de modèle, et qui intéresse à un haut degré, 
sans trop affecter d'archaïsme. Mme Godin a su se faire applaudir dans 
l'air : la Prise de Jéricho, et dans trois mélodies de Schumann qu'elle 
dit à ravir. 

i*^ Un jeune violoniste compositeur, M. Pénavaire, à qui nous nous 
plaisons à reconnaître un talent sérieux et de bon aloi, a donné di- 
manche dernier une audition de ses œuvres à la salle du Grand-Orient. 
La Pastorale- Ballet pour violon, et la mélodie Plus ne suis ce que j'ai été, 
fort bien dite par Mlle de Beaunay, sont, entre autres, deux morceaux 
de la meilleure venue et qui ont obtenu un succès flatteur. M. Péna- 
vaire, qui est aussi un exécutant de premier ordre, nous paraît appelé 
à un brillant avenir. 

:t*^: Le grand festival donné samedi de l'autre semaine, par Arban, 
dans les salons du Casino, avait attiré une foule compacte; comme virtuose 
et comme compositeur, Arban a obtenu un succès éclatant. Sa nouvelle 
fantaisie concertante sur^/es Vêpres Siciliennes a produit beaucoup d'effet, 
et dans un grand solo qu'il jouait pour la première fois l'excellent ar- 
tiste a provoqué d'unanimes applaudissements. Un accueil non moins 
chaleureux a été fait à la fantaisie sur les Huguenots, dont la Société 
des Enfants de Lutèce a parfaitement interprété la partie chorale. Enfin, 
un des principaux altrails de cette belle soirée a été l'exécution d'un 
fragment de la Saint-Julien des Ménétriers (l'Entrée de la noce), de Georges 
Kastner. On a vivement goûté cette œuvre fraîche et mélodique, inté- 
ressante au plus haut degré et qui, par sa nature même, semble appe- 
lée à entrer dans le répertoire courant des Sociétés philharmoniques. En 
résumé, le festival de samedi dernier a été de tous points digne de son 
organisateur et des solennités pareilles des aimées précédentes. 

»% Les soirées musicales de notre collaborateur M. Paul Bernard, qui 
n'étaient d'abord que des exercices d'élèves, sont devenues peu à peu 
de véritables concerts où se donne rendez-vous une assistance brillante 
et distinguée. C'est au talent de plus en plus accentué des jeunes et gra- 
cieuses élèves qui se réunissent dans ce salon, c'est au mérite et à 
l'exqui-se urbanité de leur professeur, qu'il faut demander le secret de 
cet empressement. La récente et dernière soirée dans laquelle Mme Da- 
moreau, Meillet, Nadaud se sont fait entendre, c'est-à-dire chaleureuse- 
ment applaudir, a été fort remarquable au point de vue de l'exécution 
même des élèves. Deux ou trois, notamment, sont de première force, et 
nous leur avons entendu jouer, avec une réelle maestria, des morceaux 
qui présentent de sérieuses difficultés, la Danse des Fées, de Prudent, le 
Concert-Stuck, de Weber, etc. Dans le Rondo-Ca-pricioso de Mendelssohn, 
M. Paul Bernard a affirmé une fois de plus cette sûreté de goût, cette 



netteté de jeu, cette élégance de phrasé qui ont fait sa réputation, comme 
artiste et comme professeur et que l'on est charmé de retrouver chez 
ses élèves. 

**» La nouvelle mairie du 3° arrondissement a été inaugurée mer- 
credi dernier par une soirée musicale de bienfaisance, dans laquelle 
Mlles Marie Battu et Joséphine Martin, MM. Délie Sedie, Ernest Nathan, 
etc., ont recueilli d'unanimes applaudissements. La musique de la garde 
de Paris a brillamment complété le programme de cette solennité. 

***. Au concert qui a suivi, cette semaine, à la Sorbonne, la séance 
annuelle de la crèche Sainte-Geneviève, Mlle Marie Roze a interprété 
avec son gracieux talent une cantate de circonstance de Mme Mélanie 
Waldor et .Adrien Boïeldieu. Les chœurs étaient chantés par des or- 
phéonistes de la ville de Paris, sous l'intelligente direction de M, Alex. 
François. Saënger conduisait l'orchestre. Paroles, musique et exécution 
ont été fort goûtées. 

*** A la dernière matinée de M. Lebouc, on a admiré le beau et 
large talent du célèbre violoniste Léonard, qui a magistralement inter- 
prété le 10= quatuor de Beethoven et le 12° quintette d'OnsIow; une 
sonate de Corelli, orchestrée par Léonard, a produit un grand effet. 

*% Au concert donné le 30 mars dans la salle Herz, par Fanfan Be- 
noiton, l'enfant terrible du Vaudeville, on a particulièrement remarqué 
et applaudi la grande artiste qui s'est si promptement imposée à l'ad- 
miration du public parisien, Mme Norman-Neruda, dans la Fantaisie- 
Caprice de Vieuxtemps, Mlle Louise Murer, pianiste d'un très grand talent, 
élève de Prudent, qui a joué avec beaucoup de charme deux morceaux 
de son maître, et un autre jeune virtuose qui nous paraît appelé à un 
bel avenir, M. Rendano; il a exécuté en maître le Mouvement perpétuel 
de Weber. 

,** L'éminenl professeur W. Kruger a donné dimanche dernier sa 
seconde séance d'élèves, où nous avons remarqué de jeunes talents qui 
donnent plus que des espérances. Citons en première ligne les enfants 
de l'excellent artiste, et la jeune Emma Fumagalli, qui a exécuté l'allé- 
gro de la sonate en mi bémol de Hummel et la sonate en la mineur de 
P.-E. Bach. 

*** Mme Pierson-Bodin vient de clore la saison musicale par une ma- 
tinée expressément consacrée à ses élèves. Le jeune flûtiste Corlien, 
Mme Blouet-Bastin, la brillante violoniste, et le jeune Fock, élève très- 
remarquable de CheviUard, ont contribué à l'éclat de cette séance, dans 
laquelle on a particulièrement applaudi : un trio de Haydn, les variations 
de Beethoven sur la Flûte enchantée, un morceau pour deux pianos, un 
concerto d'Alard et les variations du Toréador. 

*■** Une bonne nouvelle pour le diletlantisme parisien : Vivier donne 
son concert, le mardi 21 de ce mois, dans les salons d'Erard. Cela dit 
tout et n'a nul besoin de commentaires. 

4*^. Nous devons également une mention spéciale au quatrième concert 
de musique de chambre que donnera Ant. Rubinstein, après-demain, 
mardi, chez Herz. 

,** La Société des concerts du Conservatoire donne aujourd'hui son 
douzième concert, dont voici le programme : symphonie en la de Men- 
delssohn ; chœur d'Armide de Lulli (solo chanté par M. Caron) ; concerto 
pour piano en mi bémol de Beethoven, exécuté par M. Alphonse Du- 
vernoy; chœur des chasseurs d'Euryanthe, de Weber; ouverture de 
Léonore de Beethoven. 

**,Aujouid'hui dimanche, à 2 h., au Cirque Napoléon, 23° concert de 
musique classique, sous la direction de J.Pasdeloup. En voici le programme: 
1° 9° symphonie (première partie), allegro maestoso, adagio canlabile, 
scherzo, de Beethoven ; — 2° Andante et menuet de la symphonie en mi 
bémol de Mozart; — 3° Fragment de Roméo et Juliette (première audition), 
le jardin de Capulet, scène d'amour, de H. Berlioz;— 4° Romance en fa, 
Prélude et Gavotte, pour violon, de Beethoven et J.-S. Bach, exécutés 
par Mme Norman-Neruda; — 5° Invitation à la valse, orchestrée par Ber- 
lioz, de Weber.— Le vingt-quatrième et dernier concert populaire aura 
lieu dimanche 19 avril 1868. — Vendredi-Saint, concert spirituel à 8 
heures i/% du soir, avec le concours de Mlle Nilsson et de Faure. 

*% Notre correspondant de Dieppe nous envoie le compte-rendu d'un 
fort beau concert dans lequel Mme Peudefer et MM. Hayet et Florenza 
ont obtenu un brillant succès. — Parmi les morceaux les plus applaudis 
on nous cite un duo de Rossini, et un Ave maris Stella de Vervoitte. 

*** Une jeune cantatrice de beaucoup d'avenir, Mlle Cécile Dolmetsch, 
s'est fait entendre à Nantes et à Angers, dans deux concerts, où sa voix 
et sa méthode ont été très-appréciées. Elle était secondée par son père, 
excellent pianiste-compositeur, auteur de remarquables transcriptions 
du Prophète, du Pardon de Ploérmel et de l'Africaine, et qui a eu sa 
part d'applaudissements dans l'interprétation de ses diverses œuvres. 

jf*if Le 23 de ce mois, l'excellent pianiste Jacques Baur donnera son 
concert annuel dans les salons d'Erard. Dans cette soirée, qui s'annonce 
comme devant être une des plus brillantes de la saison, le bénéficiaire, 
élève de prédilection de Listz, fera entendre pour la première fois sa 
grande transcription du chœur des évoques de l' Africaine . 



ifO 



REVUE ET GAZETTE MUSICALE 



NOUVELLES DES THÉÂTRES LYRIQUES. 



,** Le théâtre impérial de l'Opéra a donné, cette semaine, trois re- 
présentations d'Hamlet. 

^*^ Dimanche dernier, l'Africaine a été représentée. Mme Marie 
Sass y a rencontré son triomphe habituel , et les bravos enthousiastes 
n'ont pas manqué à Mlle Levielly, Morère, Belval, David, Gaspard , 
Castelmary et aux autres interprètes du chef-d'œuvre. — Lorsque le 
congé de Faure et le départ de Mlle Nilsson pour Londres interrompront 
les représentations A'Hamlet , l'Opéra reprendra Herculanum, avec le 
nouveau ténor Colin, MM. Obin et Belval, Mlles Battu et Bloch. 

4»»A ce théâtre, il est question, pour l'automne, de la reprise de l'^^r- 
mide, de Gluck, avec Mme Sass ainsi que de celle de la Reine de Chy- 
pre, pour Mme Gueymard. 

if:*^ Notre excellent baryton Faure vient de recevoir de S. M. l'Empe- 
reur deux magnifiques fusils de chasse. 

^*^, Les Dragons de Villars viennent d'être mis à l'étude à l'Opéra-Co- 
mique : le plus grand soin sera apporté à la reprise de cet opéra popu- 
laire. 

,*« Le théâtre Italien a donné, cette semaine, deux représentations de 
Giovanna d'.irco. Mlle Adelina l'atti y a retrouvé le succès et les bravos de 
la première. A l'une de ces représentations, Mlle Carlolta Patli, accom- 
pagnée de M. Scola, dont la santé est rétablie, applaudissait sa sœur. 
Les débuts des Tiberini se poursuivent de la manière la plus heureuse 
dans / Purilani. 

,j*t Au théâtre Italien, le Stabat Mater de Rossini sera chanté jeudi et 
vendredi prochain. La représentation de ce soir. Il Barbiere, est donnée 
au bénéfice du maestro Alary. 

^*^ Roméo et Juliette a retrouvé à la salle Ventadour l'éclatant succès 
de la place du Châtelet. Devant un brillant auditoire, Mme Carvalho a 
chanté comme le jour où la tendre et poétique Juhette se présentait pour 
la première fois aux sympathies du public. Elle a donné comme une 
consécration nouvelle à ce rôle qu'elle a fait sien; aussi la soirée de 
vendredi dernier comptera-t-elle parmi les plus glorieuses qui aient .si- 
gnalé la carrière de la grande artiste. Mlle Daram, Massy, Troy, Barré 
ont parfaitement traduit l'œuvre de Gounod, dont l'exécution générale a 
été irréprochable. 

if*^ Mlle Schneider devant prendre son congé prochainement, le public 
se presse aux dernières représentations que la Grande Duclrsse, toujours 
victorieuse, toujours aussi applaudie, doit donner avant sa disparition 
momentanée du boulevard Montmartre. Puis viendra le Pont des Sou- 
pirs, dont plusieurs tableaux, paroles et musique, ont été en grande 
partie refaits. — 11 est également question à ce théâtre d'un ouvrage 
inédit de Grisar. 

,*» Mme Ugalde a repris, dans Geneviève de Brabanl aux Menus-Plai- 
sirs (100" représentation), son rôle de Drogan. 

^*^ Mme Marie Sass a donné, ces jours-ri, trois représentations de 
l'Africaine, à Nîmes. Depuis son entrée jusqu'à la fin du cinquième acte, 
l'ovation n'a pas cessé. Le l" avril, elle a clianté avec un égal succès 
son beau rôle de Selika à Montpellier. C'est le 13 de ce mois que les 
représentations de Mme Sass commenceront à Biuxelles. 

»*,> Le théâtre du Kursaal d'Ems jouera, cette année, l'opérette, et 
donnera notamment la Princesse de Trébizonde, deux actes de MM. Tréfeu 
et Nuitter, musique d'Oifenbach. Au nombre des artistes engagés, nous 
nommerons : Bonnet, Gourdon, Jean-Paul, Derval (des Fantaisies'-Pari- 
siennes); Mmes Lovato, Decroix, Labarre et Anna Vangel. 

,** Les Dragons de Villars, fort bien chantés par Mlle Bleau, font, en 
ce moment, les beaux soirs du théâtre d'Avignon. Le public accueille par 
de sympathiques bravos la pièce et sa principale interprète. Mme Van- 
denheuven donne, sur cette scène, des représentations qui sont très- 
suivies. 

^*^ Les Dragons de Villars sont également représentés à la Haye, avec 
un succès très-franc. 

^*^ Le théâtre de Boulogne-sur-Mer a représenté récemment une opé- 
rette en un acte, paroles de M. Eugène Leroux, musique d'Alfred Ser- 
gent, intitulée Sous un balcon. 

*** Comme cette dernière ville, Bordeaux s'est offert cette semaine un 
opéra de son cru : Quand les chats n'y sont pas, de MM. Brunet et Lo- 
doïs Lataste. 

**,s Mlle Angèle Cordier, dont le talent et les succès sont bien connus 
de nos lecteurs, vient d'être engagée au théâtre de Barcelone. 

»** Le public du Grand-Théâtre de Lille a fait hommage à Mme de 



Taisy, l'ex-artiste de l'Opéra, d'un bracelet en or, enrichi de perles 
fines et de diamants. 

:f*» Mlle Léa Karl, que l'on a entendue et applaudie à Marseille au 
Grand-Théâtre, et dont noti'e confrère Benedict a fait un pompeux éloge 
dans le Sémaphore, vient de donner à Amiens une représentation de la 
Juive. Elle a joué et chanté le rôle de Rachel de manière à satisfaire les 
plus difficiles; aussi les applaudissements ne lui ont pa-s faitfau!e, et 
une seconde représentation du même opéra lui a été demandée. 

/„, Grâce au talent et à la beauté de Mme Goby-Fontanel, Offenbach 
s'est emparé du théâtre de Brest et y règne sans partage, avec la Belle 
Hélène, la Vie parisienne et la Grande- Duchesse. Salles combles, ovations, 
faveur populaire, etc. 

^*4: M. Ricci, qui n'avait pu s'entendre avec M. Bagier, au sujet de 
son nouvel opéra inédit, vient, dit -on, de traiter avec M. le comte de 
Guédéonoff, intendant drs théâtres impériaux de Saint-Pétersbourg, pour 
la représentation de son œuvre dans cette ville. Il reçoit une prime de 
20,000 francs, sans préjudice de ses droits d'auteur. 

»*„; M. Ernest Martin, autrefois ténor au théâtre Lyrique, a pris la 
direction des Petits-Bouffes-Saint-Antoine, et il se propose, à partir du 
1"'' .septembre prochain, d'implanter l'opérette dans le quartier de la 
Bastille. 



NOUVELLES DIVERSES. 

^*j^ Mme Georges Kastner vient de faire don d'une .somme de S,000 
francs à l'Association des artistes musiciens, et MM. Kastner fils ont rerais 
300 francs pour assurer leurs droits d'associés perpétuels de l'œuvre fon- 
dée par le baron Taylor et dont leur père était le vice-président. 

^,*jf La messe au profit de l'Association des artistes musiciens a pro- 
duit plus de 6,000 francs. 

^*^ Les examens des classes de chant d'opéra et d'opéra-comique ont 
commencé au Conscrvaioirj la semaine dernière et se sont terminés cette 
semaine. 

.f,*,f On annonce l'arrivée à Paris : 

— De Mme Volpini, l'éminente cantatrice qui vient de remporter d'é- 
clatants triomphes à Saint-Pétersbourg; 

— Du pianiste-compositeur Mortier de Fontaine, précédé d'une grande 
réputation solidement établie à l'étranger; 

— Du célèbre chorégraphe Saint-Léon, de retour d'Italie. 

jt*,^ M. de Lassabathie, administrateur du Conservatoire, a été frappé 
d'un coup de sang, samedi soir de l'autre semaine, pendant l'audition du 
Dante de M. le duc de Massa, à laquelle il assitait dans la loge de S.A. 
la princesse Mathilde. Nous sommes heureux d'annoncer que l'état du 
malade s'est sensiblement amélioré, il est maintenant hors de danger, et 
l'on est en droit de compter sur son prompt et complet rétablissement. 

,j*,^ On annonce, pour le .'amedi saint M avril courant, une solennité 
musicale qui nous semble pré.senter un intérêt tout particulier. Diverses 
sociétés chorales auxquelles s'adjoignent les enfants des maîtrises des 
principales paroisses de Paris, doivent exécuter, dans l'église de Saint- 
Roch, à 8 heures du soir, le Stabat Mater de Palestrina, qui n'a jamais été 
entendu à Paris. C'est une excellente idée d'appliquer les masses chora- 
les à l'exécution de semblables chefs-d'œuvre. C'est la preuve de l'édu- 
cation musicale des orphéonistes, c'est la preuve surtout qu'ils sont aptes 
à comprendre autre chose que des chœurs composés en quelque sorte 
spécialement pour eux. C'est également une indication du parti sérieux 
qu'on peut tirer de ces forces intelligentes, chaque fois qu'il s'agira d'in- 
terpréter les pages des grands maîtres. Nous applaudissons de grand 
cœur à cette tentative organisée par le Comité des intérêts orphéoniques, 
présidé par 51. E. Delaporte. 

^*jf Le dimanche de Pâques, sera exécutée, à Saint-Eustache, sous la 
direction de M. Hurand, maître de chapelle, une messe en mu^ique, 
choeur et solos, de M. François Schwab, de Strasbourg, compositeur et 
critique musical du Courrier du Bas-Rhin, bien connu de nos lecteurs. 
On parle avec grand éloge de cette œuvre. 

S:** Aujourd'hui dimanche, 3 avril (dimanche des Rameaux), sera 
exécuté à Saint-Eustache, à 4 heures de l'après-midi (après vêpres), un 
Stabat Mater de M. Bourgault-Ducoudray, grand prix de Rome. Un per- 
sonnel choral composé de quatre-vingts exécutants interprétera cet ou- 
vrage, sous la direction de M. Hurand, maître de chapelle. La partie de 
grand orgue sera jouée par M. Ed. Batiste. 

^*,^ Le vendredi-saint à une heure, on entendra, à l'église Sainte- 
Clotilde, les Sept paroles du Christ mises en musique avec orchestre par 
Th. Dubois qui en dirigera l'exécution. Les soli seront chantés par 
MM. Villaret, Caron et Mosbrugger. 

j^*^ Vendredi prochain, à midi, dans l'église Saint-Roch, l'oratorio 
d'Haydn : Les sept paroles de Noire-Seigneur, sera exécuté sous la direc- 
tion de M. Ch. Yervoitte. 



m PARIS 



m 



*** Jeudi dernier a eu lieu à Maubciige l'iiiaugiiration du grand or- 
gue construit dans les ateliers de la SocicHci anonyme des grandes or- 
gues Merklin-Schijtze. Cet instrument à trois claviers, dolé do tous les 
perfectionnements modernes, produit ries effets de sonorité qui ont cap- 
tivé l'auditoire nombreux et choisi. Les artistes appelés à faire apprécier 
les ressources de cet orgue magnifique étaient : IMM. Bencteux, l'organiste 
titulaire; Dubois, l'éminent organiste de Bruxelles, et Grison, l'organiste 
de la métropole de Reims, qui ont tous fait preuve d'un talent remar- 
quable, aussi bien comme compositeurs que comme exécutants. Une 
toute jeune demoiselle, Maria Saunier, fille de l'organiste do Sainte-Ca- 
therine de Lille, a pris part à cette fête musicale et a joué d'une ma- 
nière très-correcte, une méditation de Lefébure-Wély et un offertoire 
d'Ed. Batiste. Le public, aussi bien que les artistes présents, ont fait à 
cette jeune organiste une ovation qui doit l'encourager à persévérer dans 
cette carrière. 

»** M A. Chaùvet, l'organiste actuel de Saint-Merri, vient d'être 
appelé aux mêmes fonctions à la nouvelle église de la Trinité, dont 
l'orgue ne sera terminé qu'au commencement de juin. — Puisqu'il est 
question de cet excellent artiste, nous recommandons à nos lecteurs ses 
deux dernières publications pour piano : tS Etudes préparatoires aux 
œuvres de Bach et 5 feuillets d'album, qui ont paru chez F. Mackar, et 
oii on retrouve l'imagination vive et le .savoir profond qui distinguent 
ses autres compositions. 

^*jf, MM. E. Gérard et C" (ancienne maison Meissonnier) vont faire 
paraître successivement les œuvres d'Antoine Rubinstein, dont ils se sont 
rendus acquéreurs pour la France, la Belgique, rEspa,gne et l'Italie. La 
musique d'orchestre, la musique de chant et la presque totalité des 
pièces spéciales pour le piano, qui composent l'œuvre déjà si considé- 
rable de ce maître, deviennent ainsi la propriété de la maison Gérard. 

^*^ M. Âloys Kunc vient de publier chez l'éditeur Jules Heinz, VEcrin, 
de l'organiste, bO morceaux non difficiles, extraits des œuvres de 
Mozart, Beethoven, Haydn, Haendel, etc., pour orgue ou harmonium, 
pouvant servir aux différentes parties de l'office du malin, élévations, 
offertoires, communions, etc., i suites. Ces recueils nous semblent être 
destinés à rendre de grands services aux jeunes artistes, qui, encore 
trop novices dans l'art d'improviser, auraient le bon esprit d'y faire un 
choix de morceaux à la portée de leur degré de force comme organistes. 

^*, Au concert donné la semaine dernière par le pianiste composi- 
teur Esnest Stœger, on a particulièrement applaudi ses trois nouvelles 
compositions : Iinpromptu-schirzo, Prélude et Nucellette. Le succès de ces 
charmants morceaiix, dont la couleur poétique et la distinction frappent 
tout d'abord, n'est du reste plus à faire. Dès leur apparition la vogue 
s'y est attachée et ils sont joués partout. 

:t:'% La liste des concours et festivals orphéoniques est ainsi fixée, 
quant à présent, pour la campagne courante : Melun et Houilles, 10 mai; 
Rouen, 2i mai; Versailles, 2-i mai ; Metz et Rodez, 31 mai. — Chartres, 
7 juin; Choisy-le-Roi, 21 juin; Château-Thierry, 28 juin. — Senlis, 12 
juillet; Hazebrouck, 12 et 19 juillet, Grenoble, 15 août.— 11 n'y a encore 
rien de fixé définitivement au sujet des fêtes musicales qui auront lien 
au Havre pendant son Exposition maritime. 

»*, Le cours professe à la mairie du onzième arrondissement par M. A. 
Elwart, pour les jeunes filles, n'aura lieu que le lundi de Qua.simodo, 
à cause des solennités de la semaine sainte. On s'inscrit au secrétariat 
de la mairie du Prince-Eugène. 

**.:it A l'occasion de l'inauguration de la statue qui doit être élevée à 
Antoine Watteau, dans sa ville natale, la Société impériale d'agricul- 
ture de Valenciennes met au concours les paroles d'une cantate, qui 
comportera trois strophes au moins et quatre au plus. Une médaille d'or 
sera décernée à l'auteur de la composition qui sera Jugée la meilleure. 
Les pièces porteront une épigraphe, laquelle sera reproduite dans un 
bulletin cacheté contenant les nom, prénoms et domicile de l'auteur. 
Elles devront être adressées franco au secrétaire-général de la Société, 
au plus tard le IS mai prochain, terme de rigueur. 

^*^ Le Pré Catelan, au bois de Boulogne, inaugurera ses fêles et con- 
certs le 12 avril, dimanche de Pâqut'.s. Le programme de la saison d'été 
de ce jardin devenu le salon de la bonne société parisienne, est des plus 
remarquables : concerts d'harmonie par la musique des zouaves de la 
garde; représentations dramatiques au théâtre des Fleurs; bal d'enfants 
sur le plateau des chênes; expériences scientifiques d'aérostation et de 
télégraphie aérienne sur la grande pelouse; courses et jeux divers. 

»*■« M. Barsotti, organiste et pianiste remarquable, auteur de composi- 
tions estimées et d'une Méthode de rtiusique vocale, ancien directeur-fon- 
dateur du Conservatoire de musique de Marseille, vient de mourir dans 
cette ville à l'âge de quatre-vingts ans. François Bazin et Reyer ont été 
ses élèves. 



ÉTRANGER 



if:"-^ Londres. — Her Majesty's Opéra (tel est le nom légèrement modi- 
fié de l'entreprise de M. Mapleson), a fait son ouverture au théâtre de 



Drury-Lane le Samedi 28 mars dernier, avec Lucrezia Borgia. Mmes 
Tietjens, Trebelli-Bottini, MM. Fraschini, Santley et Foli rempli.ssaient 
les principaux rôles. C'est dire que la représentation a été très-brillante. 
Fraschini particulièrement, qui débutait, ou plus exactcmentqui rentrait 
après vingt et un ans d'absence, a été admirable dans le rôle do Gennaro. 
Mardi, on a donné Semiramide avec Mme Tietjens, et jeudi Lucrezia 
Borgia. -■ Le 31, Covent-Garden a ouvert ses portes. Norma avec Mmes 
Fricci et Shcrrington, MM. Naudin et Capponi a inauguré brillamment 
la saison; le succès de la soirée a été pour l'admirable Mme Fricci. Don 
Carlos, avec les mêmes artistes, a été joué jeudi. — Le 23, la Philhar- 
monie Society a-donné le premier de ses huit concerts. .Mme Schumann 
y a obtenu un très-grand succès avec le concerto en sol de son mari. 

***- Bruxelles. — Cent partitions sont parvenues à la commission pro- 
visoire instituée pour le grand concours de musique sacrée organi.sé par 
la maison Schott, sous la protection du gouvernement belge. Sur ce 
nombre, dix-huit seulement proviennent de compositeure nationaux. Un 
travail préparatoire, consistant dans l'examen de celles de ces œuvres qui 
pourront convenir au culte catholique, sera fait incessamment par cette 
commission, après quoi le jury définitif statuera sur les récompenses. 

*% Berlin. — Une grande activité règne toujours à l'Opéra; on a 
joué la semaine dernière Fra Diavolo, Violetta, les huguenots, Joseph et 
les Diamants de la Couronne. Nieniann, Mmes Lucca et Artôt se sont 
partagé le poids assez lourd de ce répertoire. — Un concert organisé sous 
le patronage de Leurs Majestés, et auquel ont pris part exclusivement des 
membres de l'aristocratie prussienne, a été donné le 24 mars au béné- 
fice des pauvres. La baronne de Schleinitz, la comtesse Pourtalès, 
MM. de Keudell, de Saldern, etc., ont exécuté en vrais artistes diverses 
œuvres classiques. Un concert analogue est annoncé pour le 3 avril. — 
Le maître de chapelle Henri Dorn.a célébré, le 21 mars, son 40°' anni- 
versaire de chef d'orchestre de l'Opéra. Les artistes de ce théâtre lui 
ont offert à cette occasion un magnifique buste de Beethoven, et le 
comte de Rœdern, intendant de la musique de la Cour, lui a remis, au 
nom du roi, les insignes de l'ordre de la Couronne. 

:^*^ Cologne. — Le festival bas-rhénan est annoncé dans cette ville 
pour les 31 mai, 1" et 2 juin. Le programme n'est pas encore publié. 

*** Dessau. — L'Africaine vient d'être donnée pour la première fois 
avec un succès splendide. 

^** Leipzig. — Le vingtième et dernier concert du Gewandhaus coïn- 
cidant avec la date de la mort de Beethoven (26 mars), le programme se 
composait exclusivement d'œuvres de l'illustre- maître : fragments de la 
messe en ré, fantaisie pour piano, orchestre et chœurs, exécutée par le 
chef d'orchestre Cari Reinecke, et symphonie avec chœurs. 

^*^ Munich.— La première nouveauté donnée au théâtre populaire sera 
la Grande- Duchesse' de Gérolslein, avec l'excellente Mlle Emilie Schrœder 
dans le rôle principal. 

^*^ Milan. — Don Carlos, avec Fancelli, Junca, Mmes Stoltz et Destin, 
a obtenu à la Scala un grand succès. 

*** Barcilone. — Fra-Diavolo, avec Mme Rey-Balla et Stagno, dont le 
zèle à tous deux semble depuis longtemps défier la fatigue, a été très- 
applaudi.— La junta municipale a fait choix, pour la direction du Liceo, 
de M. Rovira, connu déjà avantageusement dans le monde théâtral. 
M. Rovira a rengagé pour l'année prochaine le ténor Steger, qui malheu- 
reusemeut a été fort souvent malade cette saison, et dont l'emploi a été 
tenu en grande partie par Stagno. 

**,t Lisbonne. — Un compositeur portugais, le violoniste Noronha, 
vient de faire représenter, avec un brillant succès, un opéra dont il est 
l'auteur, intitulé l'^rco di Santa Anna, et qui a été chanté par la Mas- 
sini, Bulterihi et Mendierez. 



CONCERTS ET AUDITIONS fflUSICÂLES ANNONCES. 

Salons Pleyel, mercredi 6 avril à 8 heures 1/2 du soir : concert donné 
par Mme Anna Fabre, avec le concours de MM. Hermann- Léon, 
Pagans, Ketterer, Lebrun, Durand, Maton, Thomé etTayau. 

Salle Herz, mardi 1 avril : quatrième concert de musique de chambre 
d'Antoine Rubin.stein. 

Salle Herz, samedi 18 avril : concert du jeune Rendano, avec le con- 
cours de Mlle Nilsson, de Gardoni et Delle-Sedie. 

Salons Erard, mardi 21 avril : concert de Vivier. 

Salons Erard, jeudi 23 avril : concert du pianiste Jacques Baur. 

Salons Erard, lundi 27 avril : concert de Mlle Octavie Caussemille. 




H2 



REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PAKIS. 



En vente chez E. GÉRARD et C° (ancienne maison Meissonnier), 12, boulevard des Capucines, 

Et «. rue Scribe (Grand-nôtel). 

ANTOINE RUBINSTEIN 

MARCHE DES RUINES D'ATHÈNES, DE BEETHOVEN 

Transcrite pour le Piano, 
Prix marqué : S fr. Seule édition conforme à l'exécution par l'auteur dans ses concerts. Prix marqué: S fr. 

DEUX IKEÉLODIES pour piano, op. 3. . 5 » \ TARENTELLE pour piano, op. 6 9 » 

POUR PARAITRE INCESSAMMENT : 
Toutes les OEuvres spéciales pour le piano; suivront la musique de Chant et la musique d'Orchestre. 



Maison E. HEU, éditeur, 10, rue de la Chaussée-d'Autin, à Paris. 

NOUVELLES PUBLICATIONS 



POUR LE PIANO 

cil. Dellonx. Op. 81 . N° 1 . Chanson aragonaise .6 » 

— N" 2 . Chanson toscane 6 » 

■iéo Dellbes. Grande valse extraite du Pas des Fleurs intercalé 

dans le Corsaire 7 SO 

J. Daydn. Menuet en «t, transcrit par Mortier de Fontaine... i » 

C Eiamotlie. Op. 61 Chant du soir, nocturne 5 » 

Iieféb«ire-%Vély. Op. d7S. Boléro 7 SO 

— Op. 176. Le Rêve de Chérubin 6 • 

— Op. 177. Esméralda, caprice 6 • 

— Op. 180. Le Défilé, pas redoublé à deux pianos 10 » 

— Op . 180 bis. Le même à quatre mains 9 • 

— Op. 181. Deuxième duo symplionique à deux pianos 25 » 

H. Ravina. Op. 66. Confidence, nocturne 6 » 

DANSES 

B. Ettllng. Polka mazurka sur la Vie parisienne 5 » 

Harx. Polka des Oiseaux sur les motifs de Gulliver 4 50 



©. Hdtra. Valse, Fleurs et Papillons, id 

Strauss. Quadrille, id 

— Quadrille, valse et polka sur la Vie parisienne, chaque. . . 
A, Mey. Valse sur les motifs de la Vie parisienne 

— Les mêmes, à quatre mains. 



6 » 
i 50 
4 50 
6 • 



CHANT 

A. HIgnard. Hamlet, tragédie lyrique en cinq actes , partition 

piano et chant, net 18 

Jl. orrenbach. La Vie parisienne, opéra-bouffe en quatre actes, 

partition piano et chant, net 12 

— La môme, pour piano seul, net 8 



liéo Dcllbcs. 11 n' faut pas vous gêner 4 

— De quoi vous plaignez-vous? 3 

(Couplets chantés dans l'opéra-bouffe Malborough.) 
Brontise (Marie) . Sahuaris, d'après l'adagio de la sonate pa- 
thétique do Beethoven, 1,2, chaque i 

Victor Cliiîrl. Chant de gurrre du Vengeur, 1, 2, chaque 3 

Eiballllor. En visite, chansonnette 3 

— Ouistiti, chansonnette 3 

«. PfcItTer. Sonnet-Elégie de Boileau 3 

Tb. Radons . Vous m'oubliez, mélodie 3 

— Le Rosier, id 4 

— Le Réveil, id 6 

— A quoi rêves tu? id 4 

O'Kelly. Les Adieux de Valentin , chanson 3 

E<ebonc. Les Récréations de l'enfance , recueil de rondes avec 

jeux et petites chansons avec accompag. de piano, net. . 3 



Cbez e. BRAJWDIJS et S. DUFOVB, éditeurs, 103, rue de Rlcbclleu 



CHŒURS SUÉDOIS ET NORVÉGIENS 

Exécutés au théâtre de l'Opéra pendant l'Exposition universelle par les 
Etudiants de l'Université d'Upsal, de Copenhague et de Lund. 



1 . Chant du Printemps, par A. Kappelmann net. 

2. Le Cortège de Noël, par Kjerulfs net. 

3 . Le Roi des ilers (air populaire) 

4. Le Chant du Rossignol, par Pacius net. 



Chœurs divers 



1 . Weber. Preciosa, chœur des Bohémiens net. 

2. Auber . La Muette de Portici, prière net. 

3. Mejerbeer. L'Africaine, prière net. 

4. Weber. Avant la bataille, marziale et andante net. 

5. Arcadet. Ave Maria net. 

arrangés à l'usage de l'orphéon de la ville de Paris , par 

P ASD E LOUP 



» 75 
1 » 
» 75 
• 50 



1 » 
. 30 
» 50 
1 » 
.. 50 



CHŒUR DES ETUDIANTS DU LAC DES FEES, 

arrangé pour l'orphéon de la ville de Paris, par 

Net:lfr. FRANÇOIS BAZIN Netrlfr. 



MEYERBEER. — L'Africaine, chœur des Matelots 
(chœur de concours à l'Exposition universelle de 1867), net 1 » 

ROSSINI. — Buvons, buvons ! composé et approprié 

à l'usage de l'Orphéon pour le Festival international 1867, net. i 50 

MENDELSSOHN. Mélodie à trois voix égales arrangée, 

par A. Valent! , net * SO 



GALERIE DES MUSICIENS CÉLÈBRES 

ANCIENS ET MODERNES. 
Pbolograpblés par Pierre Petit, 

Format in-4'', sur carton de Bristol, papier de Chine, 
Au prix exceptionnel de 2 francs chaque portrait. 



Ad. Adam, 

Auber, 

Beethoven, 

Bériot (de) père, 

Bériot (de) fils, 

Bernard (Paul), 

Berlioz, 

Boïeldieu père. 

Boulanger, 

Cherubini, 

Clapisson, 

Czerny, 

David (Félicien), 

Devos (Camille), 

Donizetti, 

Duprato, 

Escudirr-Kastner (M" 

Gevaert, 



Gluck, 
Goria, 
Gounod, 

Halévy (Fromental), 
Haydn, 
Haendel, 

Heller (Stephen), 
Herz (Henri), 
Kalkbrenner, 
Kastner (Georges), 
Lecouppey, 
Lefébure-Wély, 
Lilolff, 
Méhul, 
Mendelssohn, 
Membrée, 
'), Mozart, 

Meyer (Léopold de). 



Meyerbeer, 

Os! orne, 

Poniatowski (le prince). 

Prudent, 

Ouidant (Alfred), 

Ravina, 

Rosenhain, 

Rossini, 

Rubinstein (A.), 

Schubert, 

Séligmann, 

Servais, 

Sivori, 

Thalberg, 

Thomas (Ambroise), 

Verdi, 

Vieuxtemps, 

Weber (Ch. -Marie de). 



Pour paraiire cette semaine : 

IiP8 porti-alts de Hme tVorman-Neruda, Mlle Slarie Keroda, 
Aimé Msillart, liéenard, Slœg^er. 



lUPBlHEBIE 



BBS CHEHINS DE PEfi. 



BF.BGUBF, la, A PABIS. 



BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS. 1. 



5S' Année. 



N* iS. 



ON S'ABONNE: 

bans les Déportements et â l'iUronger, 

chez tous les Marchands de Musique, l' s Libraire 

«t QUI Cureoux dcr. Messageries et des Postes. 



REVUE 



12 Avril 1868. 



PRIX DE L'ABONNEMENT: 

Paris 24 r. par BE 

Département», Belgique et Suisse.... 30 i il. 

Étroog" 34 .. 14. 

Le Jouroal parait le Dimanche. 



GAZETTE MUSICALE 



DE PARIS 



SOMMAIRE. — Histoire de la musique instrumeatale (9* article), par Mau- 
rice Cristal. — Revue des thûâtres , par D. A. D. Saint-Yies. — 

Entrefilets. — Concerts et auditions musicales de la semaine. — Nouvelles 
des théâtres lyriques. — Nouvelles diverses. — Concerts et auditions musi- 
cales annoncés. — Annonces. 



mSTOIBE DE LÀ SUSIQUE INSTRUfflENTÀLE 

(9« article) (1). 

Les dix années qui suivirent s'écoulèrent sans apporter de chan- 
gement notable dans la fortune de Boccherini; mais Frédéric- 
Guillaume II mourut et de nouveaux embarras assaillirent ce com- 
positeur. Jusque-là sa vie avait été bien modeste, presque humble. 
La perte de son premier protecteur, l'infant don Louis, rendue 
plus sensible encore par l'ingratitude de la cour, l'avait conduit à 
une existence retirée, partagée entre les soins d'une famille nom- 
breuse, ses travaux et l'exercice d'une piété sereine et douce. 
Profondément religieux, il consacrait tous les jours les prières 
d'une messe à chacun de ses cinq enfants. La cloche de sa pa- 
roisse se faisait-elle entendre, il laissait la plume pour le livre du 
chrétien. Etranger au monde qui l'ignorait, vivant saintement en 
famille, au milieu de quelques amis, les déboires et les déceptions 
qui l'assaillaient ne purent altérer sa douceur, et jamais il ne 
montra le moindre mouvement d'impatience contre les rigueurs et 
les injustices de sa destinée. Heureux par l'art qu'il aimait avec 
passion , travaillant pour lui-même sans autre but que celui de se 
plaire à ce qu'il faisait, et de fournir à l'humble entretien de sa 
famille, il conserva toujours l'imagination active et l'inspiration 
jeune, et tous ses maux étaient oubliés dès que la plume en main 
il pouvait écouter et transcrire la voix de son génie. 

Doué d'une verve, d'une fécondité également merveilleuses, 
puisant ses idées comme dans une source intarissable, il prenait, 
quittait et reprenait son travail avec la même facilité, sans que sa 
pensée en souffrît le moindre dommage, et que son imagination 



(1) Voir les n" 38, 40, 42, 44, 46 de l'année 1867, et les n" 3, 9 et 
10 de l'année 1868. 



perdît son souffle. Ayant été obligé de renoncer au violoncelle à la 
suite d'un crachement de sang, il envoyait ses compositions au 
monarque prussien sans qu'il se fût procuré la satisfaction de les 
entendre exécuter, et il arriva ainsi que l'art qu'il honorait si bien 
ne lui donnait pas même les jouissances de l'artiste, c'est-à-dire 
celles de l'amour-propre le plus légitime lorsqu'on l'on voit ses 
idées revivre par une interprétation intelligente. Aussi quel bon- 
heur pour lui lorsque, ayant fait la connaissance du marquis de 
Benavente, il put goûter deux fois par semaine le plaisir d'enten- 
dre enfin les délicieuses inspirations de sa muse. 

Ce bonheur bien modeste fut traversé d'une de ces douleurs que 
la vie ne nous épargne pas. Marié deux fois, Boccherini eut la 
douleur de perdre coup sur coup deux filles déjà grandes, et de 
voir expirer sa seconde femme frappée d'apoplexie foudroyante. 
Cette triple et cruelle séparation qui empoisonna le reste de ses 
jours n'avait point épuisé les sévérités du sort. La mort de Fré- 
déric-Guillaume II lui porta un nouveau coup en lui enlevant la 
meilleure part de son modique revenu. Ainsi poursuivi, accablé 
par un sort funeste , le grand homme supporta ses maux avec 
une inaltérable vertu. 

Lorsque la République française désigna, pour la représenter à 
Madrid, Lucien Bonaparte, homme d'une haute intelligence, ama- 
teur éclairé des arts, dilettante généreux et courtois, noble pro- 
tecteur qui savait accueillir et honorer le talent , Boccherini plaça 
sous son patronage six quintettes pour le piano qu'il dédia à la 
France, « la grande nation, » comme porte la dédicace, et il dé- 
dia directement à son nouveau protecteur douze autres quintettes 
pour violons, altos et violoncelle, superbes compositions, les seules 
qu'il ait écrites en ce genre. 

Lucien Bonaparte récompensa magnifiquement ce double hom- 
mage. Dès ce moment les salons, la table et la bourse de l'ambas- 
sadeur furent ouverts au célèbre artiste. 

La vieillesse de Boccherini semblait à l'abri de nouvelles vicis- 
situdes. C'était une illusion. Le rappel de Lucien, la gravité des 
événements, tout se réunit pour le rejeter dans de nouvelles an- 
goisses. Avec le protecteur disparut la pension momentanée dont 
Boccherini avait joui trop peu de temps, et il connut de nouveau 
la misère qui avait été la compagne trop fidèle, hélas! de la plus 
grande partie de sa vie. 



114 



REVUE ET GAZETTE MUSICALE 



Une seule ressource luiirestait, c'était la protection du marquis 
de Benavente, qui lui avait continué son amitié et dont les salons 
lui étaient restés toujours ouverts. Le dilettante avait un goût pas- 
sionné pour la guitare et il excellait sur cet instrument cher à 
tout bon Espagnol. Il pria Bocclierini de disposer une partie obli- 
gée de guitare, à son usage, dans ses compositions qu'il désignerait, 
moyennant une gratification de cent francs par quatuor. Satisfaisant 
à cette demande, qui pour un homme habile eût été un moyen de 
salut, notre compositeur arrangea avec une partie de guitare un 
assez grand nombre de morceaux choisis parmi ses ouvrages. 
Quelques autres riches amateurs imitèi'ent le marquis de Benavente. 
Ce fut pour satisfaire à de serablabïes demandes que Boccherini 
arrangea ses douze quinleltes de piano' pour deux violons, deux 
violes e* violoncelle. Ces travaux entrepris tardivement commen- 
cèrent à répandre la renommée de Boccherini dans la haute so- 
ciété espagnole. C'est ainsi qu'il put enfin recueillir quelque célé- 
brité parmi ses compatriotres d'adoption, au milieu desquels il 
avait vécu trente années sans qu'ils soupçonnassent en lui un 
grand homme. 

Ses ressources furent donc un moment [moins modiques; mais 
les commandes des dilettantes espagnols eurent bientôt un terme 
et les besoins d'une famille se renouvellent sans cesse! Parvenu 
à la vieillesse et envisageant avec effroi le sort qui était réservé à 
ses dernières années, Boccherini projeta de quitter l'Espagne et de 
venir s'établir en France. Il espérait trouver à Paris de la sympa- 
thie et des avantages moins incertains. Mais pour entreprendre une 
longue route avec une famille il fallait de l'argent et il n'en avait 
pas. 

Telle était sa détresse que lorsque Mme Gail le visita à Madrid, 
en 1803, il n'avait qu'une seule chambre pour sa famille et pour 
lui. Quand il voulait travailler en repos, sans être troublé par la 
turbulence des enfants et les bruits du ménage et de la cuisine, il 
se retirait à l'aide d'une échelle dans une sorte d'appentis en bois 
pratiqué contre la muraille et meublé d'une table, d'une chaise et 
d'un vieil alto troué où pendait une seule corde éraillée. C'est dans 
cette situation misérable qu'il refusa, n'écoutant que sa probité, 
cent louis d'un Siabat à trois voix promis antérieurement à fédi- 
teiir Siébcr pour 60 ducats, environ 280 francs. 

Mme Gail, qui s'était entremise dans cette affaire, apprit en 
cette occasion qu'il avait cent fois donné des exemples de cette 
probité délicate que l'on exploitait autour de lui. Les dernières 
années de sa vie furent remplies par un travail sans relâche, de- 
venu pénible pour un vieillard et si mal payé que lorsqu'il mourut 
on ne trouva chez lui ni mobilier, ni linge, ni aliments. On assure 
qu'il avait gardé sa douceur et sa gaieté jusqu'à sa dernière heure. 
Il expira le 28 mai 1805, à l'âge de soixante-cinq ans. 

On a dit que la cour et les grands honorèrent ses funérailles. 
D'après les renseignements que s'est procurés M. Picquet, son con- 
voi se fit au contraire sans pompe et ne fut escorté que d'un petit 
nombre d'amis dévoués. 

Boccherini est un compositeur délicieux; il a eu surtout le mé- 
rite de l'originalité. Ses idées sont toutes individuelles et ses ou- 
vrages sont à ce point de vue si exceptionnels qu'on en est venu 
à croire qu'il n'a jamais connu d'autre musique que la sienne. Il 
est le Sébastien Bach de la musique de chambre. La conduite, le 
plan de ses pièces musicales, le système de modulation, ainsi que 
les idées mélodiques ont le cachet de sa personnalité et ne res- 
semblent au système d'aucun autre musicien. 

Les œuvres de ce maître célèbre sont réellement filles du génie; 
elles demeureront des modèles de grâce, de sensibilité et de goût. 
La manière dont il sait suspendre l'intérêt par des épisodes inatten- 
dus surprend toujours, même les musiciens les plus familiers avec 
ses compositions, et c'est toujours par des phrases du caractère le 



plus simple qu'il arrive à produire l'effet le plus vif. Ses pensées 
toujours gracieuses, souvent mélancoliques, ont un charme inex- 
primable de naïveté. 

Maurice CRISTAL. 
(La fin prochainement.) 



REVDE DES THEATRES. 

Théâtre-Français : la Revanche d'Iris, comédie en un acte et en 
vers, par M. Paul Ferrier. — Odéon : [te Roi Lear, drame en 
vers, en cinq actes et sept tableaux, imité de Shakspeare, par 
M. Jules Lacroix . — Palais-Royal : reprise des Diables 7-oses ; 
Une noce sur le carré, \&udey\\le en un acte, par M. J. Renard — 
Porte-Saint-Martin : Nos Ancêtres, drame en vers, en cinq actes 
et six tableaux, par M. Amédée Rolland, 

La dernière quinzaine a été bonne, en ce sens qu'elle a donné 
les gages réitérés d'un retour aux traditions de la vraie et saine 
littérature que le théâtre contemporain met trop souvent en oubli. 
Nous ne nous abusons pas néanmoins sur la portée de ces tenta- 
tives, et nous croyons qu'il faudi'a encore plus d'un effort persévé- 
rant pour amener la réforme du goût déplorable qui est à l'ordre 
du jour ; mais nous saluons avec plaisir ces premières lueurs d'une 
aurore nouvelle qui finira par percer les nuages dont elle est 
obscurcie. 

Le Théâtre-Français, qui, du reste, est en dehors de la question, 
apporte à ce mouvement réactionnaire leçon tingent d'une petite comé- 
die en un acte, intitulée laRevanched' Iris. Ce n'est pas tout à fait une 
nouveauté, car elle a été jouée à Lille, dans la représentation- 
gala offerte à l'Empereur et à l'Impératrice, à l'époque du voyage 
de Leurs Majestés dans nos provinces du Nord; puis, son succès 
s'est propagé dans quelques salons parisiens avant d'arriver à la 
.scène. 

Elle n'entrainc pas effectivement de bien grands embarras : un 
décor de fantaisie et deux interprètes, voilà tout. Iris, la messagère 
des dieux, est envoyée par Jupiter sur notre globe pour en rame- 
ner au céleste séjour trois jeunes filles innocentes et pures, si elle 
peut se les procurer. Cette réserve n'est pas de nous, mais de Dio- 
gène, qui se rencontre sur les pas d'Iris et' qui se moque de sa 
mission : 

— Je cherche un lionime, un seul, et ne puis le trouver! 
lui dit-il en raillant. Si bien qu'Iris, piquée au vif, jure de tirer 
vengeance du terrible cynique, et pour cela, elle arbore toutes les 
séductions que le ciel du paganisme lui a généreusement dépar- 
ties. Ce malheureux Diogène a beau s'en défendre, il est forcé de 
se plier aux caprices d'Iris, il s'adonise, il se parfume, il tombe 
aux pieds de l'inhumaine. C'est là qu'Iris l'attendait; ce triomphe 
lui suffit, et après avoir accueilli la brûlante déclaration de Dio- 
gène par un irrévérencieux éclat de rire, elle reprend à tire d'ailes 
la route de l'Olympe. 

Ce proverbe, -^ car c'en est un, — est l'œuvre d'un débutant, 
dont la versification élégante et facile est d'un heureux augure 
pour l'avenir. Il est vrai que Coquelin et Mlle Ponsin lui prêtent 
un appui qui n'est pas à dédaigner. 

— Nous n'avons pas à raconter le Roi Lear; tout le monde a 
lu, dans Shakspeare, cette magnifique flétrissure de l'ingratitude 
filiale. On sait que r)ucis a essayé, non sans peine, de la réduire 
aux proportions mesquines de notre ancien théâtre, et que Balzac 
s'est efforcé de l'adapter à nos mœurs bourgeoises, dans le roman 
du Père Goriot. L'imitation de M. Jules Lacroix est plus ample et 
plus fidèle, sans être cependant complète. L'auteur du nouveau 
drame de l'Odéon s'est attaché surtout à reproduire, sous toutes 
ses faces, la belle physionomie de ce vieux roi aveugle, répudié 



DE PARIS. 



118 



par ses filles et refusant de les maudlr". Il n'a pas néf^ligé le dé- 
vouement, la mort louchante de Cordélia, mais il a écarté la 
contre-partie de ce fils cliassé par son père, dont le désespoir se 
marie si bien à la douleur du roi Lear. Cet épisode constitue à la 
vérité une double action qui est un défaut au point de vue de 
notre économie théâtrale. Gardons-nous donc de faire un reproche 
à M. Jules Lacroix de cet excès de prudence. Son œuvre contient 
encore d'assez remarquables scènes pour satisfaire les esprits les 
plus exigeants. Quand il n'y aurait que le sublime tableau du 
pauvre monarque mourant sur le bord de la mer, aux éclats de la 
tempête, en la compagnie d'un fou et d'un mendiant, ou celui du 
père infortuné berçant dans ses bras débiles le gracieux cadavre de 
Cordélia, cela seul suffirait à justifier l'enthousiasme avec lequel 
l'impressionnable parterre de l'Odéon a applaudi l'ensemble du 
drame. Ajoutons que les vers du poëte, qui traduisent la plupart 
du temps avec bonheur les pensées grandioses de l'auteur anglais, 
n'ont pas été sans influence sur les dispositions des spectateurs. 

Le rôle écrasant du roi Lear est rempli d'une manière irrépro- 
chable par Beauvaliet, l'ancien sociétaire du Théâtre-Français, qui, 
dans sa longue carrière, n'a peut-être jamais rencontré une occa- 
sion plus favorable à son talent. Son entourage est digne de lui; 
Taillade n'a qu'une scène, mais il y est parfait. Nous devons aussi 
de sincères éloges à Paul Deshayes, à Laute et à iUlle Sarah Bern- 
hard, qui est d'une simplicité attendrissante dans le rôle de Cor- 
délia. 

— Le Palais-Royal a interrompu encore une fois les représen- 
tations inépuisables de la Vie Parisienne, pour reprendre une 
vieille pièce de son répertoire, les Diables Roses, qui a fait florès 
en son temps, et qui a obtenu un très-joli i-egain de succès, grâce 
à l'entrain de ses joyeux interprètes : Gil- Pérès, Lhéritier, Hya- 
cinthe, Lassouche et Mlle Baron, héritière du rôle de Mlle Schnei- 
der. 

On joue avant cette pièce un lever de rideau intitulé : Une 
noce sur le carré, qui est très-bien enlevé par Luguet et par Mlle 
Howey. L'effet principal de ce vaudeville réside dans une exhibi- 
tion d'ombres chinoises qu'on aperçoit à travers les rideaux d'un 
appartement voisin. C'est une noce qui sert de prétexte à un rap- 
prochement et à un essai d'imitation entre les deux personnages 
en scène. L'idée est plaisante et dispose parfaitement le public. 

— La Porte-Saint-Martin a tellement abusé des grandes féeries, 
que lorsqu'il lui prend fantaisie de retourner au drame sérieux, 
elle semble ne plus être sur son terrain naturel. De là une cer- 
taine hésitation parmi les spectateurs qui se sentent tout dépaysés 
et qui n'applaudissent pas comme ils le feraient ailleurs, à l'Odéon 
par exemple. Le drame en vers de M. Amédée Rolland, Nos An- 
cêtres, qui se recommande par des qualités fort estimables, a mal- 
heureusement fourni la preuve de ce malentendu. Comment 
vouliez-vous qu'un parterre qui se gaudissait hier aux facéties 
burlesques du Pied de mouton ou de h Biche aux bois, prenne en 
bonne part la leçon de patriotisme que vous lui donnez aujour- 
d'hui? Il ne suffit pas d'un prologue, plein de pensées généreuses, 
pour modifier de prime abord une pareille situation. Faisons 
pourtant un effort pour oublier la féerie de la semaine dernière, 
et pénétrons avec l'auteur dans les bas-fonds de ce mystérieux 
moyen âge ou se livre la lutte des communes contre la féodalité. 
Le tyran Hélisand, c'est le principe féodal qui prétend conserver 
envers et contre tous ses immunités abusives ; Marcus Faber, c'est 
le peuple qui élève la voix pour avoir enfin sa place au soleil. Le 
château reste sourd aux réclamations de la commune; mais aidée 
parla rancune vindicative d'une vieille femme qu'Hélisand a cruel- 
lement frappée, la commune s'introduit dans le château et s'en 
empare Par un revirement soudain, la féodalité triomphe, les ma- 
nants sont vaincus, et c'en serait tait de l'avenir populaire si le 



roi Philippe-Auguste n'intervenait dans^jla'îmêlée par de légitimes 
concessions. Hélisand, fidèle â son principe, est jnort assez ù temps 
pour ne pas le voir amoindri. Quant à Marcus, il sera jusqu'au bout 
le martyr de sa cause, et, au jour de l'émancipation, il portera la 
peine de sa révolte prématurée en s' acheminant avec résignation 
vers la route de l'exil. 

A l'Odéon, nous avons rencontré Shakspeare; à la Porte-Saint- 
Martin, nous nous trouvons face [à face avec Victor Hugo dont 
l'exemple et le souvenir ont constamment inspiré M. Amédée Rol- 
land. Il y a, du reste, dans son drame, de beaux vers qui sont 
bien à lui et qui ne pèchent parfois que par uu peu trop d'em- 
phase déclamatoire. Ses interprètes font tout ce qu'ils peuvent, et 
nous citons parmi eux Laray, Montai, Lauruul, Mme Vign<' ut Mlle 
Suzanne Lagier ; après tout, il ne faut pas trop demander à des 
artistes qui débitaient, la veille, la prose de M. Cogniard ou qui 
chantaient dans les catés-concerts. 

D. A. D. SAINT-YVES. 



Nous faisions connaître, dans notre dernier numéro, la libéralité 
de Mme Georges Kastner envers l'Association des artistes musi- 
ciens. C'est au mari de Mme Kastner que revient la pensée de ce 
don posthume, pensée maintefois manifestée par lui de son vivant, 
et que sa veuve vient de traduire et d'accomplir si généreusement. 
— En même temps que nous apprenions ce détail, nous recevions 
de M. Noetinger, le digne président du Comité central de l'Asso- 
ciation des sociétés chorales d'Alsace, dont Georges Kastner était 
président honoraire, une lettre qu'il vient d'adresser à tous les 
membres de l'Association. Nous nous faisons un devoir et un plai- 
sir de reproduire cette lettre, car on y verra à quel point les 
compatriotes de notre regretté collaborateur et ami ont ressenti le 
chagrin de sa mort prématurée, et que ce n'est pas seulement à 
Paj-is qu'il cherchait à faire le bien, à venir en aide aux artistes, 
et à encourager les tentatives favorables au progrès de la musi- 
que. 

Strasbourg, le 16 mars 48S8. 
Mes chers collègues, 

C'est le propre des natures d'élite, des hommes d'esprit et de cœur 
que leur mort provoque un concert unanime de regrets. 

Tour à tour, tous les journaux de musique, toutes l