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Full text of "Revue générale des sciences pures et appliquées"

1 




£xL/7>ris ^ ^ No. 4"^ 

SIR WILLIAM CROOKES. D.Sc, FR.S. 



Revue générale 

des Sciences 



pures et appliquées 



TOME TREIZIÈME 



Revue générale 

des Sciences 



pures et appliquées 



PARAISSANT LE 15 ET LE 30 DE CHAQUE MOIS 



Directeur : Louis OLIVIER, Docteur es Sciences 



TOME TREIZIEME 

1902 

AVEC NOMBREUSES FIGURES ORIGINALES DANS LE TEXTE 



Librairie Armand Colin 



5, rue de Mézièi'es, Paris 



^3' ANNÉE 



N° 1 



13 JANVIER 190:! 



Revue générale 

des Sciences 

pures et appliquées 



Directeur : LOUIS OLIVIER, Docteur es sciences. 



Adresser tout ce qui concerne la réilaction à M. L. OLIVIKR, 22, rue (lu Général-Foy, Paris. — La reproiluction et la trailuction (les œuvres et des tra 
publiés dans la Revue sont co(nplètement interdites en France et dans tous les pays étrangers, y compris la Suède, la Norvège et la Hollande. 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



§ 1. — Distinctions scientifiques 

Honinias'e au Proresseui* Hlamiliciiii. — Le 

samedi 14 tiécembre dernier, à li lieures, a eu lieu, 
dans le ^rand aniphilhéàlre de Pliysique, une séance 
présidée par le fénéial André, mmistrt^ de la Guerre, 
dans laquelle les anciens élèves de M. Manaheiin ont 
remisa leur professeur, qui venait d'être atleint par la 
limite d'âge, après 4a ans de professoral, la Heiiommée 
de Coutan, résullat d'une souscription. Etaient pré- 
sents, dans le très noinbreu.\ auditoire venu pour assister 
à celle cérémonie, sans précédent dans les annales de 
l'Ecole Polytechnique : MM. Jourdan, Humbert, Poin- 
caré, Painlevé, Sarrau, Léaulé, Cornu, Becquerel, 
Lemoine, liouché, Callandreau, A. (jautier, de l'Inslitut; 
'e jiénéral André, le général Florentin, grand chan- 
celier de la Légion d'honneur, les généraux Koux, 
Debatisse, Percin ; tous les professeurs et examina- 
teurs de l'Ecole et les deux promotions des élèves. 

Des discours ont été prononcés par M. Mercadier, 
président du Comité de souscription; par M. Bouché, 
sur les travaux scientifiques de M. Mannheim; par le 
général Debatisse, conimandaut I Ecole ; par i\L Aubrun, 
major des élèves, et enfin par le général André. 

§ 2. — Astronomie 

la planète Eros : détermination de la pa- 
rallaxe. — La campagne, la collaboration poursuivie 
avec tant de dévouement par un grand nombre d'ob- 
servatoires ', est aujourd'hui terminée, quant à sa pre- 
mière phase d'observation, et il importe de savoir si le 
su(.-cès va répondre suffisamment aux efîorls développés 
et à l'imposant ensemble des documents recueillis. Nous 
possédons déjà des renseignements très complets, mais 
il faut y regarder de près pour apprécier si, dans la 
réduction, dans la publication, il règne une harmonie 
suffisante pour ne pas retarder longtemps encore la 
solution définitive du problème cherché — à moins de 
la fonder sur des données incomplètes. 

' Voyez à ce sujet : La planiHe Eros et ?a prochaine oppo- 
sition, daus la r.uvuc du 15 décembre 1900, p. 1254 et suiv. 

REVUE GÉNÉRALE DES SCIENCES, 1902. 



Et, tout d'abord, il faut dresser une table des matières 
des observations eirectuées dans les différents établis- 
sements. Ici deux groupes : dans le premier, on efl'ectui- 
des obseiv.Uions photographiques, incomparablement 
plus faciles, moins fatigantes, et d'une répétition plus 
aibée que les observations micromélriques, et les prin- 
cipaux observatoires qui se distinguent par leur zèle 
sont ceux d'Alger, Cambridge, Oxford,...; puis, les 
observations microraétriques, qui sont particulièrement 
multipliées à Besançon, Lyon, Marseille, Paris, très 
nombreuses aussi à Nice, Terarao, Williams-Bay. 

Mais là, déjà, nous allons nous heurter à une petite 
difficulté : pour déterminer les étoiles de repère des 
clichés, il faut réduire les observations méri iiennes; 
or, chaque observatoire a son processus particulier, ses 
méthodes et ses tables propres, de sorte qu'il e,-t fort à 
craindre que les données définitives ne présenlenl des 
anomalies qu'il seiait superllu de vouloir disci.ter après 
coup. Au reste, il nous faudra revenir sur ce point, 
que nous indiquons seulement dans l'exjiosé sys- 
tématique des opérations. Quant au calcul des coor- 
données équatoriales des étoiles de comparaison, soif. 
dans la série spéciale des clichés, soit sur les clichés 
directement consacrés à la photographie d'Eros, c'est 
là un travail considérable et qui ne laisse pas d entraî- 
ner des frais élevés; sans doute, quelques personnes 
conseillent d'opérer d'une taanière expéditive, de ne 
mesurer que les étoiles de comparaison effective, mais 
c'est un mauvais conseil : on obtiendrait de la sorte une 
parallaxe bâtarde, qui pourrait gêner les recherches 
plus précises, et la fièvre de rapidité en cette occur- 
rence ne porterait pas de bons fruits. 

En outre, on avait décidé d'étudier l'action de cer- 
taines causes physiques, par exemple l'influence des 
traînées que provoque le mouvement de l'a-tre pen- 
dant les opérations photographiques : les recherches 
furent faites dans des conditions variées, el l'on me- 
sura les distances des cenires des traînées. La conclu- 
sion des observateurs est que les traînées ne semblent 
devoir introduire aucune erreur dans la mesure des 
coordonnées rectilignes; à notre avis, il n'y a rien à 
conclure des expériences, telles qu'elles ont été con- 
duites du moins. Eu effet, on est en présence de quan- 

1 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



tités qui varient, sur une iiii''tiie plaque, de -)-0",29 à 
— 0',38, soit 7 dixièmes de seconde; on en fait les 
moyennes suivant la grandeur slellaire, le tout au con- 
tiènwiic seconde, (.<n obtient des nomliresqui ne diffèrent 
plus que de 0,"13, et l'on en conclutque louscesnorabres 
sont identiques, car l'erreur probable A'iiue distance est 
d'environ 0",1. Mais alors, pourquoi des écarts de 0",7? 
Et pourquoi l'intervention de tous ces centièmes de 
seconde ilans les mesures au dixième près? 

Nous allons bientôt les retrouver, ces centièmes de 
seconde. 

T'iules les considérations qui permettraient de fixer 
iléjà une erreur probiible pour la parallaxe, déduite de 
deux observai ions seulement, sont bien prématurées : 
c'est là un petii jeu d'analyse combinatoire ; mais, aussi 
bien, à quoi sert-il, puisque, n'-ellement, il ne sera pas 
calculé délinilivemenl avec deux observations? Aussi 
n'analysons-nous pas tout ce qui s'y rapjiorte, et l'at- 
tention doit être arrêtée seulement par une Notice de 
II. Struve; il s'agit ici de savoir avec quelle exactitude 
on peut àé luire la parallaxe dans un obs'>rvatoire très 
boréal, où la base de triangulation parallaclique est 
notablement amoindrie. L'erreur probable dans les 
observations de Struve, d'après leur concordance, est 
évaluée à ±0",077, et l'on peut en conclure que la 
parallaxe ainsi calculée ne se trouverait affectée que 
d'une erreur probable de ±0",03, abstraction faite, 
bien entendu, de toute erreur systématique. Ainsi les 
observations locales permeti raient déjà de résoudre le 
problème en question avec une précision assez satis- 
faisante; il faut donc attendre le plus grand bien de 
la collaboration entre tous; mais on voit aussi qu il 
s'agit d'observations qui concordent autrement mieux 
que dans le cas précédemment cité de l'élude sur les 
traînées. 

Mais il n'y a pas à dire : la photographie et sa pré- 
cision absolue sont à la mode et, bien que l'élude des 
traînées soit reprise superliciellement par M. Lœwy, il 
adopte l'opinion des premiers observateurs. Cependant, 
sa confiance est plutôt instinctive, et nous la trouvons 
bien exprimée d'j la manière suivante : » Il aurait fallu 
répéter plusieurs fois le travail (les pointés de traînées) 
en ayant recours à des observateurs différents. Mais, 
ayant (Tiivanco la certitude que les légers écarts cons- 
tatés n'étaient qu'apparents et disparaîtraient par la 
multiplication des opérations, il ne nous a pas paru 
utile d'entreprendre des labeurs considérables et peu 
justifiés, lîn résumé, cette nouvelle recherche confirme 
les résultats di^jà indiqués dans la circulaire précé- 
dente. A l'aide de la planche ci-contre (reproduction 
d'un cliché agrandi deux fois), chaque astronome aura 
la facilité de pouvoir vérifier de visu les conclusions 
qui se dégagent des études que nous avons exécutées, 
sur le désir de la Conférence internationale. » 

Comment faut-il donc entendre une vérification scien- 
tifique de visu [' et que devons-nous penser de la re- 
cherche d'un résultat, quand on a, d'avance, une certi- 
tude? Tout simplement ceci : l'erreur correspondante 
ne doit pas être considérable si l'on opère toujours à 
peu près sur des grandeurs stellaires voisines, avec des 
temps de pose analoaues; et, dans l'ignorance d'un 
tel effet, mieux vaut le négliger sciemment que de le 
réduire approximativement à zéro. 

Nous n'insisterons pas sur une autre cause d'erreurs, 
d'ordre physique, à savoir la refraction dans la direc- 
tion du mouvement diurne : il s'agit ici de termes cor- 
rectifs dont la détermination pratique est développée 
par un Mémoire de M. Comstock. Par ailleurs, M. Com- 
stock étudie la précision des observations d'Eres qui ont 
été effectuées à Madison, et le résultat concorde d'une 
manière intéressante avec celui de Struve : l'erreur 
probable peut être évaluée à 0', 072 environ. 

De son côté, M. A. R. Hiiiks indique la construction 

de diagrammes, qui peuvent faciliter l'analyse des ob- 

servaiionsde la planète Eros pour la parallaxe solaire, 

mais ceci nous ferait rentrer dans la solution définitive. 

Un autre groupe de recherches avait été décidé sur 



la dispersion atmosphérique, en vue de la détermina- 
tion précise des positions d'Eros;en ce qui concerne 
l'influence dir la seub^ dispersion photographique, deux 
clichés de spectres furent obtenus par M. Henry, et il 
suffisait d'examiner si la longueur d'onde moyenne de 
la lumière de la planète diffère de celle des astres en- 
vironnants. Pour chaque cliché on fit deux poses, l'une 
en suivant une étoile, l'autre en suivant la planète ; les 
mesures sont effectuét-s à 4 décimales; mais, en réalité, 
on trouve, d'une éloilc à la voisine, des différences de 
longueurs d'onde de 0!*,0b. Si l'on veut ainsi réduire un 
peu la précision, et elle est peut-être encore suffisante, on 
peut dire que la constante de la réfraction ne varie pas 
avec la grandeur des étoiles, et que la planète Eros 
parait se comporter spectralement comme les étoiles; 
d'ailleurs, on savait déjà que la planète produit sur la 
plaque photographique une image égale, en intensité, ;i 
celle des étoiles de même grandeur visuelle. 

Mais nous ne pouvons songer à rendre compte plus 
en détail des travaux des différents observatoires ; 
c'est un volume qu'il nous faudrait écrire dès ù présent. 
Nous avons signalé l'erreur qui consiste à vouloir 
atteindre une Irop grande précision, et nous sommes 
obligé d'y revenir en ce qui concerne les étoiles de 
repère, obtenues par des observations méridiennes ; 
un grand nombre sont entièrement réduiies, et leurs 
posUions peuvent être comparées, résultats de diffé- 
rents observatoires. Or, la conclusion est peu encoura- 
geante; d'un point à un aulre, en parcourant quelques 
résultats, on trouve des ascensions droites qui diffèrent 
de 0",56, et des déclinaisons divergentes à 2", 5 près. De 
tels écarts sont incompatibles avec la délicatesse appa- 
rente des mesures; comment va-t-on y remédier? 

Nous pouvons pressentir déjà comment l'on va se 
tirer d'embarrras; dans un long mémoire, il nous est 
rendu un compte exact de la méthode des moindres 
carrés et de son application au calcul des erreurs. Est- 
elle applicable au tir à la cible tout comme aux 
variations des conditions météorologiques d'observa- 
tion? C'est ce qui n'est pas établi. Mais la tendance est 
bien indiquée; on va distribuer des pnids aux observa- 
tions, manière comme une autre d'écarter discrète- 
ment celles qui gênent, puis fondre le tout dans un 
ensemble. Mais alors, nous craignons fort qu'il soit 
impossible de s'y reconnaître dans le mélange : pro- 
cédés différents pour la réduction dans les différents 
observatoires, et observations taxées. En tout cas, b- 
procédé n'est pas nature/. 

M. le directeur de l'Observatoire de Paris pense que 
l'on pourra, d'ici h environ deux années, entreprendre 
le calcul de la parallaxe. Si l'on utilise les observa- 
lions toutes réduites, affectées de coefficients, il est à 
craindre que le calcul soit assez arbitraire, en quelque 
sorte, et que l'on ne puisse dire en pleine connaissance 
de cause quelle conliance il faut accorder au résultat ; 
si l'on veut employer les documents originaux, c'est un 
labeur immense. Quelque astronome sera-t-il assez 
audacieux pour y consacrer son existence? Sinon, il 
faudra créer un bureau de calculs pour obtenir la 
parallaxe. 

De toutes façons le but est très élevé, et il serait 
extrêmement désirable de l'atteindre : reste à savoir 
quand, et comment, on y parviendra. 

Sur un cycle de variations péi-iodiques 
du Soleil. — La Revue a, dans sa livraison du l'a no- 
vembre dernier (p. 041), fait connaître à ses lecteurs 
la découverte, annoncée par Sir W. Lockyer à la 
Société Royale de Londres, d'un nouveau cycle de 
variations périodiques du Soleil, dont la durée est 
d'environ 3;j ans. 

M. Hallauer, inspecteur des Eaux et Forêts à Nice, 
correspondant météorologique de la Revue de Viticul- 
ture, nous écrit à ce sujet qu'il a non seulemenl 
signalé, déjà en 18',18, ce grand cycle de 35 ans, miiis 
qu'il en a indiqué les causes dans \ii^-Revue de Viticul- 
ture du 21 mai 18118. M. Hallauer a basé, sur cette 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



(lérioile solaire de 35 ans, toute une théorie des teni- 
]iêtes péiiodiques, qu'il a publiée en février 1901; la 
réalisation complète de ces tempêtes a, du reste, prouvé 
l'exactitude de sa théorie. 

§ ;i. — Physique 

ReclierclK'S sur la bobine d'induction. — 

Malgré de nombreux travaux consacrés dans ces der- 
nières années à la théorie de la bobine d'induction, 
plusieurs facteurs importants de son modo d'action 
sont encore insuffisamment connus. On sait bien, en 
revanche, qu'une chute très brusque du courant, au 
moment de la rupture du circuit primaire, est une con- 
dition essentielle d'une grande longueur d'étincelle; et 
c'est précisément dans le but d'abréger cette rupture et 
d'empêcher la formation de l'arc que l'on intercale un 
C'indensateur dans le primaire. Si la rupture pouvait 
élre rendue absolument subite par d'autres moyens, on 
devrait considérer la présence du condensateur dans le 
circuit comme inutile, ou même comme nuisible jusqu'à 
un certain point. D'ailleurs, le condensateur ne peut 
agir d'une façon efficace que si l'induction propre dans 
le primaire est suffisamment réduite. 

Ces diverses questions viennent d'être soumises, par 
lord Rayleigh, à une étude expérimentale qui l'a con- 
iluii à des résultats particulièrementnets. Lesreclierches 
de l'illustre physicien ont porté sur la longueur d'élin- 
celle d'une bobine munie ou non d'un condensateur, et 
dont on cherchait à rendre la rupture auSsi soudaine 
que possible. 

Les premiers résultats furent tout à l'avantage du 
condensateur. Ainsi, en provoquant la rupture au moyen 
d'un poids tombant de qu.ltre mètres de hauteur sur 
une bascule, la longue'ur de l'étincelle était de S""", 5 
sans condensateur, et de 14 millimètres avec ce dernier, 
quel que fût l'interrupteur employé, alors qu'une inter- 
ruption faite à la main donnait, sans condensateur, 
une longueur d'étincelle de 8 millimètres. 

Cependant la longueur de l'étincelle était augmentée 
lorsque, au lieu du grand condensateur de la bobine, 
on employait un simple carreau de Franklin, surtout 
si l'on diminuait le courant primaire en introduisant 
encore 1 ou 2 ohms dans le circuit, qui contenait un 
seul élément (irove. On pouvait en conclure que le 
condensateur, nécessaire pour supprimer l'arc des cou- 
rants intenses, est moins; important pour les courants 
faibles, et que les premiers exigent une rupture 
encore beaucoup plus rapide que celle que l'on provoque 
par les procédés ordinaires. 

Après divers essaré infructueux, on recourut à la rup- 
ture du til par une balle de pistolet, et l'on obtint 
immédiatement, avec trois ou quatre Grove, une lon- 
gueur d'étincelle de 40 millimètres sans condensateur, 
longueur sensiblement égale à celle que donnait l'in- 
terrupteur à contacts de platine avec le condensateur. 
Puis, réduisant de moitié la longueur de la balle pour 
augmenter sa vitesse, on obtint une bonne proportion 
d'étincelles dans un intervalle de 50 millimètres, tandis 
que les éclatements étaient très rares avec l'interrup- 
teur à mercure dans l'huile et le condensateur; la balle 
sans condensateur était donc préférable au meilleur 
interrupteur usuel avec le condensateur. 

Pour augmenter encore la vitesse, on employa une 
balle de fusil. Avec un intervalle de 60 millimètres, on 
obtenait régulièrement de bonnes étincelles, alors que 
l'interrupteur à mercure avec le condensateur ne don- 
nait plus que des aigrettes, et il fallait écarter les 
pointes jusqu'à 70 millimètres pour obtenir des effets 
analogues dans l'emploi de la balle de fusil. 

Ces expériences montraient, d'une façon évidente, 
que le condensateur est absolument inutile lorsqu'on 
arrive à une suffisante soudaineté d'interruption. Mais 
il restait à déterminer lelfet du condensateur lorsque 
la première condition est réalisée. Ici, les résultats 
sont indiscutables et particulièrement instructifs. Tan- 
dis que, avec six Grove, la longueur de l'étincelle écla- 



tait régulièrement dans un intervalle de 00 millimèlrrs 
sans condensateur, on n'en obtenait jamais lorsque h' 
condensateur était dans le circuit. 

Ces expériences mettent définitivement en lumière 
un point très délicat de la théorie de la bobine, donl 
les constructeurs pourront, comme les physiciens, faiie 
leur profit. 

!^ 4. — Photographie 

La pi'écisîou des images |)hotos:ra|)liiqiies. 

— Lorsqu'on examine, au moyeu d'un microscope, 
l'image optique donnée par un bon objectif photogra- 
phique, on constate que la précision de cette image e>l 
iucom)>arahlement plus grande que celle d'un négatit 
photographitjue, obtenu avec le même objectif dans les 
conditions ordinaires d'opération. La plaque photogra- 
phique a enregistré une image qui, à l'œil, peut paraître 
nette u priori, mais qui ne supporte pas l'agrandisse- 
ment microscopique et dont la finesse est très infé- 
rieure à celle de l'image optique. 

Il était intéressant de préciser les causes de cette 
imperfection et de tenter d'obtenir des négatifs présen- 
tant le maximum de netteté. MM. A. et L. Lumière 
et M. Perrigot viennent de se livrer à l'étude de cette 
question, et ils ont pu mettre en évidence les prin- 
cipales causes de cette altération des images photo- 
graphiques. 

1" Influence du grain de la préparation sensi!)le. — On 
sait que le bromure d'argent, qui constitue la substance 
sensible des plaques photographiques, se présente sous 
forme de grains dont les dimensions varient avec la 
sensibilité de l'émulsion. MM. Lumière et Perrigot ont 
successivement exposé, à l'action de la lumière, des 
plaques photographiques préparées sur glaces planes à 
l'aide d'éroulsions de sensibilités très différentes, depuis 
l'extrême rapidité coriespondant à des grains de sid 
haloïde d'argent de dimension maximum, jusqu'à la 
lenteur limite que réalisent les émulsions .spéciales uti- 
lisées dans la photographie des couleurs par le procéd(^ 
Lippmann et dans lesquelles aucun grain n'est visible 
au microscope, quel que soit le grossissement. Ils ont 
alors constaté que la granulation de la couche sensible 
est la cause principale du manque de précision des 
images. Les particules de bromure d'argent diffusent la 
lumière qui les frappe, étalent les images et diminuent 
ainsi la netteté dans des limites d'autant plus étendues 
que les grains de la préparation sont plus gros; 

2° Inhucnce do failjles erreurs dans la mise au point. 

— Dans les appareils photographiques ordinaires, la mise 
au point n'est réalisée que d'une façon approximative : 
l'emploi d'une simple loupe, d'un verre dépoli ou douci 
toujours trop grossier, la non-coïncidence parfaite du 
verie dépoli et de la plaque sensible, le défaut de pla- 
nité de cette dernière sont des causes qui contribuent à 
diminuer la précision de la mise au point. 

MM. Lumière et Perrigot ont essayé de déterminer 
les limites de la tolérance et de fixer les écarts que l'on 
peut se permettre lorsqu'on veut obtenir des images 
d'une netteté donnée. Pour l'appareil dont ils se ser- 
vaient, une tolérance de 0,25 millimètre leur a paru le 
maximum compatible avec l'obtention d'une bonne 
image ; 

3» Influence de ïal)erralion chromatique résiduelle. 

— La correction incomplète de l'aberration peut être 
incriminée pour certains objectifs; mais, pour les bons 
objectifs, son influence est tout à fait négligeable; 

4° Iniluence du diaplirarjme. — Lorsqu'il s'agit d'étu- 
dier les détails les plus délicats des astres dans la lunel te 
astronomique, ou des infiniment petits dans le micro- 
scope, on cherche toujours à augmenter l'ouverture des 
objectifs. En photographie, au contraire, on admet géné- 
ralement que l'on augmente la précision des épreuves 
en diaphragmant l'objectif. 

Les expériences de MM. Lumière et Perrigot montrent 
qu'il n'en est pas tout à fait ainsi. Le diaphragme aug- 
mente bien, en effet, la netteté générale de l'image, ^ii 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



(•orrij;eant ccrlaines aberrations el, surtout en au;^men- 
laiil la proloiideiir du foyer. Mais, si Ton considère 
seulement la région centrale de l'image, el en admet- 
tant, en outre, que la correction des aberrations de 
l'objectir soit suffisante, on peut constater, en agrandis- 
sant fortement cette image, que sa précision est d'autant 
|)lus considérable que l'ouverture de l'objectif est elle- 
même pins grande. 

En somme, il résulte de ces e.xpériences que, lors- 
qu'on voudra obtenir, sur une plaque photographique, 
une image exlrèmemont précise, susceptible d'être 
agrandie fortement, il faudra : 

\" Faire usage de plaques photographiques sans grain, 
analogues à celles que l'on emploie dans la mélhode 
iiilerférentielle; 

i" Recourir à un dispositif permetlanl une mise au 
point aussi parfaite que possible; 

3" S'assurer de la valeur de l'objectif, principalement 
nu point de vue de la correction des aberrations, et modi- 
lier, s'il y a lieu, la mise au point, dans le cas où cet 
objeci if aurait un foyer chimique; 

4" Si les aberrations de l'objectif snnt suflîsaniineiit 
bien corrigées, opérer avec l'ouverture aia.ximuiii. 

§ 5. — Chimie physique 

l.a rOjïle des phases et les cristaux mixtes. 

— La règle des phases ' ne semble douteuse à aucun 
physico-chimiste; théoriquement établie par Gibbs, 
elle a toujours été vériliée par l'e-xpérience, et, tout en 
conservant le nom motleste de i< règle », elle possède 
tous les tilres à être considérée comme une loi fonda- 
mentale, régissant tous les équilibres, tant physiques 
que chimiques. Cependant, elle est encore assez jeune 
jiour que l'on accueille avec faveur les résultats e.xpé- 
rimentaiix qui viennent la conlirmer, tels que celui 
que vient de publier M. H.-W. Foote -. 

On sait que, lorsqu'une solution d'un mélange dé 
deux sels A et H laisse déposer des cristaux mixtes, 
deux cas peuvent se présenter : ou bien l'on peut réali- 
ser des cristaux de forme invariable et dont la compo- 
silion varie depuis le sel B pur jusqu'au sel A pur; ou 
bien les phénomènes sont plus compliqués : il existe, 
par exemple, ileux séries de cristaux mixtes, les uns 
donl la composition varie depui.'i le sel 15 pur jusqu'à 
A,„rB, et les autres, de forme cristalline différente, 
ayant une composition variable de A,„»lî («/'>>;//) 
jusqu'au sel A pur, les ciistaux intermédiaires entre 
.\„,iB et A,„"B n'existant pas. On peut appeler cristaux- 
limites ces corps A,„'H et .\„,»B. 

11 résulte de la règle des phases que la composition 
de ces ci'istaux-limites est fonction de la température. 

lin eflct, il semble évident que la première série de 
cristaux, qui a pour limite .\„,iB, aura atteint cette li- 
mite, c'est à-dire sa richesse maximum par rapport au 
sel A,lorsc|ue la solution sera en même temps saturée 
par rappoi t aux cristaux de l'autre série, qui sont tous 
plus riches en sel A que les cristaux de la première; 
autrement dit, la limite sera atteinte lorsque les deux 
formes de cristaux se déposeront simultanément. A ce 
moment, le système comprend quatre phases en pré- 
sence : la vapeur, la solution et les deux phases ciis- 
lallines; il est constitué par trois composants imlépen- 
dants : les deux sels et l'eau, de sorte que, dans la l'or- 
mule : 

v = ,- + 2-ç 

qui e\|iriiiie la loi de Gibbs, il faut faire f = 3 elç=:4. 
On en tire \= 1. 

Le système est donc univariaul; comme les variables 
sont la température, la pression et les concentrations 



' Voyez à ce sujet l'article de M. H. Le Cliatelier, dans 
la /(cHi/7; générale des ifcieuccs du 'M octobre lS9il, t. X. 
page l.';9 et suiv. 

= .Kinrrii-!>n Cli^wicTl Journal, t. XXVI. p. 118, 11)01. 



de la solution et de chaque phase solide, on voit que 
les variations de température devront entraîner des 
variations dans les concentrations et dans la pression. 

M. Foote a entrepris de vériher par l'expérience que 
la composition des cristaux-limites mixtes de sulfai'' 
de cuivre et de sulfate de zinc est fonction de la tem- 
pérature. Son procédé ii'ofTre rien de particulièrement 
intéressant; il semble même que les opérations pour- 
raient être conduites plus sûrement qu'il ne l'a fait ; 
mais nous retiendrons ses résultats, qui, au moins 
qualitativement, sont hors de doute. 

Une solution de sulfate de cuivre, contenant peu de 
sulfate d" zinc, dépose des cristaux mixte'! Iricliniques, 
à .'i molécules d'ea'i ; la teneur en sulfate de zinc 
augmentant, la solution laisse déposer des cristaux 
mixtes clmorhombiques a 7 molécules d'eau; pour 
une richesse encore plus grande en sullate de zinc, ces 
cristaux clinorhoinbiques sont eux-mêmes remplacés 
par des cristaux mixtes orthorhombiques à 7 molé- 
cules d'eau. 

Le tableau suivant indique, en fonction de la tempé- 
rature, les compositions de : 

L Cristaux-limites tricliniques (cristallisant avec Ie« 
clinorhombiques); 

IL Cristaux-limites clinorhombiques (cristallisant 
avec les tricliniques); 

III. Cristaux -limites clinorhombiques (cristallisant 
avec les orthorhombiques); 

IV. Cristaux-limites orthoi hombiques (cristallisant 
avec les clinorhombiques). 

Ces compositions sont exprimées : Poiir I, en ."^O'Cu. 
5H-0 "/o; et pour II, III, IV, en SO'Cu, 711-0 »;„. 

TKMPÉBATURE 



I 88,31 -9,25 68.fi7 r,8.72 

11 38,63 2S,.i5 2u,39 24,50 

Itl 17,42 13.51 12,28 

iV 3,09 2,33 2,21 

Les variations ne sont pas toujours grandes, mais 
l'ensemble en est assez net pour que, quelles que puis- 
sent être les difficultés expérimentales de ce genre de 
recherches, leur existence ne soit pas douteuse, et 
pour qu'on soit assuré de trouver là une nouvelle véri- 
fication de la règle des phases. 

§ 6. — Zoologie 

U«^s:«înératloii el ti-ansplanlalion des vîs- 
cc>res chez la Comatulc. — On sait depuis long- 
temps que la Comatule [Antedon hiliihi) possède une 
puissance régénératrice peu commune, et que le sac 
viscéral tout entier, comprenant le tube digestif, des 
vaisseaux variés, des centres nerveux, etc., peut être 
enlevé sans que l'animal meure, et ne tarde pas à être 
régénéré en entier, pourvu, toutefois, quelecenire ner- 
veux aboral soit resté intact. IMzibram, dans une étude 
sur la régénération ', a confirmé ces faits connus, et a 
montré qu'on pouvait transplanter un sac viscéral d'une 
Comatule à une autre; il se soude parfaitement au 
squelette du disque; on peut avoir de celte manière 
un animal qui a des bras d'une certaine couleur et un 
sac viscéral d'uue teinte toute différente. Si, après que 
la soudure s'est effeL-tuée, on sectionne les bras de 
l'animal composite, cm remarque que la couleur dit 
disque n"a aucune infiuence sur celle des bras régé- 
nérés. 

§ 7. — Physiologie 

l-es actions |>liysi(>loi;'îqiies des Rayons X. 

— Le docteur P. Oudin, qui répéta le premier en France- 



' Experimentelle Studien liber Régénération. .Ircy). fût 
Eutw.-mech., lîd XI, 1901, p. 32t. 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



les expériences de Ituntgen, et n'a eessé depuis lors 
d'en développer les applications à la Physiologie, vient 
de résumer ses observations en une étude d'un grand 
intérêt pour tous ceux que préoccupent les actions thé- 
rapeutiques des rayons, ou qu'effraient les nombreux 
méfaits qu'on leur attribue nou sans raison. 

La cause des inllammations superficielles ou profon- 
des, des ulcérations, de la chute des poils, et aus>i des 
actions curatives observées dans l'emploi des rayons 
avait été attribuée, par de nombreux auteurs, à l'ofilnve 
électrique, c'est-à-dire à une action directe de la bobine 
et non du lube producteur de rayons. M. Oudin com- 
mence par réfuter cette assertion, en citant de nom- 
breuses expériences personnelles très concluantes, telles 
que celle (jui consiste à abriter deux répions voisines 
par une plaque mi-paitie plomb et aluminium, réunie 
(•u non à la terre. Dans tous Ihs cas, ou peut produire 
une inllainmation sous l'aluminium, tandis que la 
portion protégée par le plomb reste indemne. 

L'analogie observée entre des actions des rayons X 
émanés d'un tube et celles des radiations fournies par 
les sub^tances radioactives est une nouvelle preuve 
de la même théorie. Quant au mécanisme intime de ces 
actions, il pourrait être dû à l'ionisalion des sucs, tout 
comme celui des effets produits par les courants de 
haute fréquence étudiés par le D' d'.^rsonval, ainsi 
que M. Guillaume l'a indiqué autrefois dans la Hcviic '. 

Les rayons X agissent, d'après le docteur Oudin, 
comme les rayons chimiques : « Les lé>ions qu'ils pro- 
voquent sur l'épidémie sont comparables au coup de 
soleil ou à la dermatile de Finsen. Mais, doués d'un 
pouvoir de pénétration que n'ont pas les rayons allant 
<lu bleu à l'ultra-violet, leur action dépasse l'épiderrae, 
qui arrête ces dernières radiations; ils vont produire, 
<ians les tissus sous-jacents à l'épiderme, une irritation 
qui porte surtout sur les cellules nerveuses, et plus 
généralement sur celles du réseau trophiqne périphé- 
j'ique. Très probablement cette action initiale se pro- 
page aux libres neiveuses; elle est d'abord centripète 
pendant la période que l'on pourrait appeler d'incu- 
bation des accidents, pour devenir centrifuge pendant 
la période d'état de la lésion. )> 

Au sujet de la radiothérapie, M. Oudin est sceptique 
pour la tuberculose pulmonaire, où, à côté de quelques 
.iméliorations passagères, les rayons ont produit aussi de 
subites aggravations. Eu revanche, les alTections cuta- 
nées comme le lupus, l'acné, la furonculose ont montré 
<le sensibles améliorations et même des guérisons. 
Quant à l'épilalion, elle réussit à coup sur, avec quel- 
ques récidives et nouveaux traitements, après lesquels 
la chute définitive des poils semble assurée. 

Comme manuel opératoire, .M. Oudin recommande 
d'employer des ampoules molles pour les affections 
<:utanées, et dures pour un mal profond, de protéger 
par un masque de plomb les régions à préserver, de 
;^urveiller la constance de l'ampoule par la longueur 
d'étincelle, ain-i que Lenard l'a indiqué le premier, de 
graduer la durée de l'exposition, et d'interrompre dès 
qu'apparaît l'érythème pour ne reprendre le traitement 
que lorsque ce symptôme a disparu. Alors, on se tien- 
«Ira aux durées inférieures à celle qui a provoqué la 
<lémangeaison, sauf cependant dans le cas du lupus, 
où l'on y reviendra lentement. 

§ 8. — Sciences médicales 

Les accidents conséculîfs aux injections 
préventive.s de séi-iin» antipesleii.v. — Nos 

lecteurs se rappellent encore les événements qui ont 
entravé le cours de la X1II« croisière de la Revue en 
Syrie et en Palestine et amené le débarquement 
au Frioul des cent soixante-seize passagers du Sénégal 
pour y subir une quarantaine. Par mesure de prudence, 

• Ch.-Ed. Guillaume : Les Rayons X et l'ionisation, dans la 
lievue gcaérale des Sciences du lo juillet 1891, t. VllI, 
n. n->i 



les touristes reçurent, dès les premiersjours, une injec- 
tion préventive de sérum antipesteux; un petit nombre 
seulement s'y refusèrent. 

Les injections de sérum antidiphtérique, antistrepto- 
coccique donnant lieu à des accidents connus, l'un des 
passagers du Sénégal, M. le U' Ch. Leroux, a eu l'idée 
d'entreprendre, parmi ses compagnons, une enquête 
sur les suites éloignées des injections de sérum anti- 
pesteux, et c'est le résultat, très intéressant, de cette 
enquête que nous voulons signaler ici. 

.Sur 176 passagers, 143 ont répondu d'une façon pré- 
cise au questionnaire du D'' Leroux. Parmi eux, lu 
n'avaient pas été inoculés; aucun n'a présenté le 
moindre malaise. Paimi les autres, 73 n'ont rien 
éprouvé, ni pendant les premiers jours, ni ultérieure- 
ment. Par contre, 60 personnes ont p^é^enté divers ac- 
cidents, bénins dans la grande majorité des cas, plu- 
sieurs sérieux, quelques-uns même très sérieux, soit 
une proportion de 44,7 °/o. Ces accidents peuvent se 
diviser en trois groupes : 

1" Acciilonts précoces : Ils consistent en troubles di- 
gestifs, diarrhée avec fièvre, courbature, etc. (U cas); 
adénites inguinales avec gonllemeut et rougeur au voi- 
sinage de l'injection {'6 cas); 

2° Accidents tardifs : Ils consistent en : érythèmes 
variés (urticaire, érythème simple et érythème noueux', 
avec ou sans fièvre, courbature, pseudo-ihumalisme 
(13 cas ; arthralj^ies, myalgics multiples (19 casi; 
pseudo-rhumatisme infectieux 2 cas); névrites diverses 
(b cas, dont 1 assez sérieux) ; 

3° linfin, il y a eu un cas de com]ilication grave (adénite 
et érythème intlammatoire du liane droit), mais mal- 
heureiis-ment de nature indéterminér. Il y a deux in- 
terprétations possibles: Ou bien la malade se trouvait, 
au moment de l'injection, en état d'incubation de la 
pesie, laquelle peste aurait été atténuée par l'injection 
de sérum; ou bien il s'agit d'un accident grave dû au 
sérum, el tenant peut-être à une préparation ou à une 
conservation imparfaites du flacon qui a servi dans ce 
cas particulier. 

De l'examen des diverses questions qui se posent à la 
suite de cette enqui-te, le D' Leroux croit pouvoir con- 
clure qu'il n'y a pas toujours lieu de pratiquer d'oflice 
les injections préventives de sérum antipesteux dès 
qu'un cas de peste se déclare à bord d'un navire ou 
dans un port. Il convient d'établir des distinctions, 
basées sur les caractères de faible contagion habituels 
de la peste, sur les conditions spéciales de l'épidémie, 
et sur la situation des sujets qu'elle menace, suivant 
qu'ils s'éloignent ou non du foyer et suivant leurs con- 
ditions de santé et d'hygiène. 

Lorsque l'épidémie est légère et qu'il est possible 
d'isoler dès le début les sujets indemnes, il faut différer 
l'injection préventive. 

Lorsque les sujets indemnes ne peuvent être éloignés 
du fover d'infection ou que l'épidémie revêt des carac- 
tères graves dès le début, il y a lieu de proposer tout 
de suite l'injection ou même de 1 imposer. 

§ !l. — Géographie et Colonisation 

La Mission scientifique l>elg;e du Katan^'a. 

— Le Katanga est l'angle sud-e>t de l'Etat indépen- 
dant du Conyo, situé entre l'.^ngola portugais et 
l'Afrique centrale britannique. Cette réj;ion drainée 
par les branches supérieures du Congo et voisine du 
bassin du Zambèz-', entrevue par Livingstone et Canie- 
ron, était encore jusqu ici très imparfaitement connue, 
malgré les reconnaissances effectuées, depuis 1890, par 
M.\I. Al. Delcommune, Le Marinel, Bia et Stairs. (jràce 
à l'importante expédition scientifique qu'y a récem- 
ment dirigée M. le Capitaine Lemaire, et dont cet explo- 
rateur a donné des comptes rendus au Mouvement géo- 
(jra;iliir[ue belge', à la Société de Géographie commer- 

' liiill. Soc. Géogr. connu., l'.lfit, p. 259; ScoU. Ccogr. 
Mug., 1901, p. .j26. Dans sa livraison du 30 mars 1901, la 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



ciale de Paris etàrAssociatioti britannique pourTAvan- 
cement des sciences, cette lacune est désormais com- 
blée. 

Le Capitaine d'artillerie Charles Lemaire est un des 
hommes qui iionoient le plus la Beif;iqui'. Il n'est pas 
un nouveau venu en AIrique, ni un inconnu pour ceux 
qui s'intéressent aux choses du Congo. Sa première 
mission date de 1889. Aucune des questions congolaises 
ne lui est élrangère : la météorologie, la ilore et la 
faune, la linguistique, lui doivent d'importantes contri- 
butions. Il a résumé l'histoire et les progrès des commu- 
nications enire la Belgique et le Congo. La question de 
la main-d'œuvre, la plus importante avec celle du che- 
min de fer, ne l'a pas laissé indifférent, et il l'a étudiée 
dans son livre : Coiimicul /es nùgrei: Iravaillcnt. 

Ces travaux antérieurs et les qualités multiples dont 
le Capitaine Lemaire avait fait preuve dans ses pre- 
mières expéditions lui lirent conlier la direction de la 
Mission du Katanga. L'expédition, qui a duré deux ans 
et demi, prit à l'aller la route du Zambèze et du Tan- 
ganika, d'où elle gagna la région qu'elle avait pour 
but d'explorer. Flien n'avait élé négligé pour la doter 
d'un outillage très complet. Les résultats obtenus par 
elle sont considérables dans toutes les branches des 
sciences géographiques. Nous signalerons quelques-uns 
des principaux. 

Les observations astronomiques, magnétiques et alti- 
métriques doivent faire l'objet de quinze mémoires. 
iM. Lemaire s'e<t attaché avec un soin particulier aux obser- 
vations magnétiques, qui. comme il le dit, n'ont pas moins 
d'intérêt dans l'Afrique tropicale que dans les contrées 
polaires, quoi qu'elles y aient été bien négligées jusqu'ici, 
si l'on excepte quelques observai ions faites par An- 
toine et Armand d'Abbadie en Abyssiiiie de 1837 à 
1833, et par Delporie et Gillis au Congo belge en 
1800-91. Les résultats des observations de M. Lemaire, 
Communiqués à la Section des Sciences de l'Académie 
l'oyale de Belgique, ont été publiés par elle'. 

La Mission du Katanga a rapporté un itinéraire à 
grande échelle de (i.OOO kil. par terre et de GOO kil. 
par eau. La carte de cet itinéraire a été dressée en 
deux feuilles à 1/1.000.000° en quatre couleurs. Les 
planchettes géodésiques rapportées exigeront un re- 
maniement complet des cartes actuellement existantes; 
les déplacements dépa-sent parfois un degré en lati- 
tude; tous les points se déplacent vers l'Ouest dans la 
r.one orientale et méridionale, puis vers l'Est à partir 
de Ka-Songo. Au point de vue orographique et hydro- 
gi-aphique, la ligne de faite Congo-Zambèze était con- 
sidérée comme une région caractérisée par l'impréci- 
sion de son relief; il y avait là, croyait-on, des marais 
dont l'écoulement se faisait indifféremment, au nord 
vers le bassin du Congo, au sud vers le bassin du Zam- 
bèze; en réalité, la ligne de faîte Congo-Zambèze, re- 
coupée vingt-cinq fois par l'Expédition Lemaiie entre 
2-2» et 27° E. (ireenwich, est d'une netteté absolue; 
c'est un dos d'âne, le long duquel ne se trouve aucun 
marécage, et qui est même en partie privé d'eaux cou- 
rantes. Le lac Dilolo, que les manuels de Géographie 
indiquaient comme s'écoulant à la fois vers le Kassaï 
el vers le Zambèze, est un petit étang fermé qui, aux 
fortes pluies, envoie son trop-plein vers la Lo-Tembwa, 
affluent du Zambèze. 

La Mission a reconnu les véritables sources du 
Congo, qui sont celles de la Kou-Léchi, par ll"'24' de 
lat. S. et 2i"27' long. E. Greenw., à 1490 m. d'altitude 
au-dessus du niveau de la mer. Il ne s'agit ici ni de la 
source la plus éloignée de l'embouchure, ni de la ri- 
vière qui apporte le volimie d'eau le plus considé- 
rable. Le critérium est plus rationnel et plus scienti- 
fique : Ce sont là, connue le dit M. Lemair'e, les 
Il sources primaires » ou lf;s " sources historiques » du 
Congo. C'est la br'anche du Congo qui, depuis le temps 

lievuo a également donné un premier aperçu des principaux 
résultats de la Missiorr Lemaire. 
' BiiUclin n» 2, février 1901. 



le plus long, envoie ses eaux à l'Atlantique, et c'est 
sur cette branche primordiale que sont venus se gref- 
fer ultérieurenrenl des rameaux, par lesquels s'écou- 
lèrent les grands lacs qui ont jadis occupé le bassin 
ceniral du Congo actuel, avant de se vider par les 
déiilés creusés à travers les Mitumba. L'existence de 
ces anciens lacs, soupçonnée, dès 188o par A.-.l. 
Wauters. conlirmée par'les géologues Ed. Dupont et 
J. Cornet, est désormais un des faits les pllrs certains 
et les |)lus frappants de la géographie africaine. 

Les études géologiques et minéialogiques de la Mis- 
sion étaient confiées à MM. Keraper-Voss et Questiaux. 
Les roches dominantes au Katanga sont les grès, les 
schistes, les limonites, les quartz, les quartzites, les 
conglomérats quaitzeux, la magnétiie, la dolomie, el, 
par places, le granit. Les richesses minérales attribuées 
jusqu'ici, sans preuves, au Katanga ne se sont pas révé- 
lées aux explorateurs; toute la réginn abonde en mi- 
nerais de fer, enIre autres en magnélite presque pure, 
lormant des pilons très caractéristiques dans le sud 
de l'Etat du Congo. Vient ensuite : le cuivre, presque 
exclusivement sous forme de malachite imprégnant des 
schistes, enfin, le cobalt. Aucune trace de métaux 
précieux. 

Trois postes d'observation météorologique ont été 
établis par la Mission : le premier à Moliro (lac Tanga- 
nika) ; le second sur le lac Moéro; le troisième dans la 
vallée de la Loufia, à Loukafou; ce dernier poste a été 
établi de taçon permanente et n'a pas cessé de fonc- 
tionner depuis 1899. Parmi les phénomènes météoro- 
logiques observés par l'Expédiiion Lemaire, il faut 
noter en particulier les basses lempéralures nocturnes : 
par une altitude de 1.200 à 1.300 mètres, le thermomètre 
descendait la nuit jusqu'à 2° au-dessus de zéro. Ce 
sont là des conditions avantageuses pour les Euro- 
péens. Au point de vue de la faune, l'éléphant et le 
lion soi'it rares, les zèbres et les antilopes nombreux. 
L'hippopotame, le pliacoilière et l'oryctérope du 
Cap se rencontrent assez fréi(uernment. Au fond, dit 
M. le Capitaine Lemaire, l'insupportable moustique et 
la dévorante fourmi sont les seuls et vrais fauves d(v 
l'Africiuc. Quant à la mouche tsétsé, peut-être a-t-on 
exagéré sa puissance venimeuse; en tout cas, elle se 
montre presque partout dans la région parcourue 
par la Mission sans que le bétail en souffre. Le gros 
bétail prospère partout, et toutes les stations euro- 
péennes en possèdent. 

Le caoutchouc existe, sans être aussi abondant que 
dans le Congo central. Le tabac et le chanvre sont trè.s 
cultivés par les indigènes. 

Les collections zoologiques et botaniques rapportées 
ont été déposées au Musée de Tervuererr, où elles sont 
étudiées par deux Commissions spéciales. 

Au point de vue de l'occupation du pays par les 
Européens, M. Lemaire pense qu'on ne doit pas déses- 
pérer de voir un jour les hauts plateaux du Kalanga 
faire l'objet de tentatives de peuplement par la race 
blanche. Il conçoit cette œuvre comme une sorte 
d'entraînement exercé sur l'indigène, f|ui n'uinre pas 
les températures basses, par l'Européen, qui l'amè- 
nera à sa suite sur les plateaux. Les Pères blancs drr 
cardinal Lavigerie, dont M. Lemaire a beaucoup ad- 
miré les missions du Tanganika, lui déclarèrent i|u'ils 
préféraient le climat du pays à celui de l'Algérie; ils 
ont parfaitement réussi à acclimater les cultures et 
légumes d'Europe : blé, pomme de terre, etc. Les pe- 
tits pois sont cultivés couramment chez certaines tribus 
au sud du Tanganika : ils auraient été introduits, disent 
les vieux chefs, par un Eui'opéen, venu il y a de lon- 
gues années : peut-être s'agit-il de Livingstone. 

M. le Capitaine Lemaire a foi en la science pour ré- 
soudre les pr-oblèmes qui se présentent dans l'occupa- 
tion du centre africairr. Les Européens ont à y réparer 
le crime de leurs ancêtres, l'homicide d'une race; la 
justice; qui réjiare est mère de la prospérité qui récom- 
pense. La conquête du conliuent noir sera le fait, non 
des fusils et des canons, même à tir rapide, mais 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



des hommes qui ont le sentiment de la solidarité 
humaine. 

Telles sont les théories coloniales de M. le Capitaine 
l.emaire. On ne saurait faire de lui un plus bel éloge 
que de dire qu'il les met en pratique. 

Augustin Bernard, 

Professeur de Géographie à l'Ecole prt^paratoire 
à l'Enseignement supérieur des Lettres à Alger. 

§ 10. — Enseignement 

La pérennité de l'.Va régalîon en Médecine. 

— M. Auguste Broca, agrégé de la Facullé de Médecine 
de Paris et président de la Société des Agrégés de Paris, 
; s'est fait, dans une solennité récente, l'interprète de 
I ses collègues, en réclamant pour eux la pérennité de la 
fonction d'agrégé dans les Facullés de Médecine. iN'ous 
détachons, à ce sujet, de son discours les passages sui- 
vants : 

i< La manière dont est organisé notre enseignement 
est une anomalie dans l'enseignement supérieur. Droit, 
Lettres, Sciences sont enseignés par des hommes qui, 
maîtres de conférences, professeurs adjoints, chargés de 
cours, titulaires enlin, ne quittent leur chaire que pour 
recevoir de l'avancement. Chez nous, au contraire, au 
bout de 9 années, l'agrégé est congédié ; et nous pensons 
que là e--t le principal motif pour lequel l'enseignement 
est loin d'être, dans nos Facultés, aussi systématique et 
efficace que dans les autres branches de l'enseignement 
supérieur ; pour lequel les examens prêtent trop souvent, 
chez nous, le ilanc à la critique. 
I « ,V ces hommes qui, pendant trente ans, vont profes- 
i .«er, on peut demandée des cours à programme soigueu- 
' sèment élaboré. De nous, qui sommes appelés trois ou 
quatre fois en 9 ans à faire un cours sur un programme 
ihangeant, souvent connu quelques mois seulement à 
l'avance, il est impossible d'exiger quelque chose de 
semblable. Car l'exposé didactique d'un programme 
complet nécessite un long travail de digestion. Ce n'est 
pas dès la première année qu'un prolesseur réussit à 
mettre au point une série de leçons formant réellement 
un tout. On se plaint de plus en plus que. dans noire 
Faculté, les cours soient délaissés par les étudiants; 
nous sommes persuadé que c'est parce qu'ils ne répon- 
dent pas bien aux besoins scolaires et que le changement 
serait grand le jour où l'enseignement serait pour nous 
une fonction délinitive et non plus temporaire, presque 
accidentelle. 

n La pérennité de l'agrégation aurait encore l'avantage 
considérable que, le corps examinant étant plus nom- 
breux de façon permanente, et non plus augmenté par 
moments à l'aide de rappels intermittents à l'exercice, 
on pourrait revenir, pour les examens, au système ancien 
et excellent des séries à peu de candidats, système 
auquel, avec nos ressources actuelles en personnel, on 
a dû renoncer, parce que notre population scolaire s'est 
accrue dans des proportions formidables, en même temps 
que le nombre des examens augmentait par des dédou- 
blements. 

« La science, enfin, tirerait grand bénéfice de'cette 
mesure, car le système actuel empêche beaucoup d'entre 
nous de s'y consacrer comme ils le devraient et le dési- 
reraient. Il est douloureux, par exemple, de constater 
qu'à la Faculté de Paris il n'y a pas d'anatomi>te de 
carrière : tous les agrégés d'Anatomie, sauf un histolo- 
giste, sont eu même temps, et surtout, chirurgiens ou 
médecins des hôpitaux. La faute n'en est pas aux 
hommes, mais à l'Université, qui refuse à ces hommes à 



la fois une position scientifique stable et les moyens 
matériels d'existence. Ce n'est pas avec la perspective de 
4000 fr. d'appointements pendant 9 ans que l'Univer- 
sité peut avoir la prétention de s'attacher des hommes 
de science. 

« Cette nécessité d'une carrière fixe, à échelons suc- 
cessifs, l'Etat l'a comprise pour toutes les branches de 
l'enseignement supérieur, sauf pour la Médecine. Pour- 
quoi cette exception? Et pourquoi avons-nous mis si 
longtemps à nous en plaindre'? 

« Parce que, de toute évidence, le diplôme de docteur 
en médecine, le titre d'agrégé nous permettent de gagner 
notre vie par la clientèle en dehors de l'L'niver.'-ité, au 
lieu que cela est impossible pour les Facultés des Lettres 
et des Sciences. Et de là résulte aussi que, parmi nous, 
tous ceux à qui la clientèle est possible n'ont pas eu à 
soulTrir. Pour ceux-là, l'enseignement seul a soulTert; 
leurs intérêts matériels n'ont pas périclité. 

« Or, ceux-là étaientla presque totalité à l'époque loin- 
taine où fut élaboré le premier statut île l'agrégation 
et même à celle, plus proche de nous, où Briquet, mé- 
decin de la Charité, connu par ses travaux sur l'hystérie, 
était agrégé... de Physique; à celle, plus proche encore, 
où l'Histologie n'existait pas; à celle, enfin, touie mo- 
derne, où un seul agrégé était à la fois anatomiste, phy- 
siologiste, histologi-te. Par la force même des choses, 
étant données les exigences actuelles de la science, tout 
cela a dû changer : le nombre des agrégés qui devraient 
n'avoir ni service d'hôpital, ni clientèle est beaucoup 
plus grand qu'autrefois. Il n'est donc pas étonnant que 
leurs désirs se manifestent à l'extérieur d'une façon 
plus intense. 

n Je dois ajouter tout de suite qu'on ne saurait, à cet 
égard, établir une distinction entre les agrégés de Patho- 
logie et les autres. Car, de plus en plus, en Pathologie, et 
surtout en Pathologie interne, la part du laboratoire 
devient grande. D'hier sont nées la Médecine expéri- 
mentale, la Bactériologie, la Pathologie générale scien- 
titique, l'Histologie pathologique; il est plus que pénible 
pour un agrégé qui, pendanl 9 ans, s'est consacré aux 
études de ce genre, de se trouver, en pleine maturité, 
éloigné d'une Faculté dans laquelle et pour laquelle il a 
jusque-là travaillé, de n'avoir même pas droit à un 
laboratoire, d'être obligé de demander une hospialité 
que ses maîtres ne lui refusent jamais, mais qui n'est pas 
un droit. Il est non moins pénible, pour un a^'régé de 
Pathologie, en exercice ou hors .l'exercice, de ne pouvoir 
participer à l'enseignement dans les hôpi'aux que s'il 
est inscrit sur une liste spéciale : non seulement on ne 
lui envoie pas d'oltlce des stagiaires, mais on lui refuse 
ceux qui désireraient s'attacher à lui. 

i< Avec le système actuel, les agrégés .'ans clientèle 
sont donc sans aucune sécurité matérielle; indépendam- 
ment de toute question pécuniaire, nous n'avons pas, dans 
notre enseignement, la continuité nécessaire àla réu-site; 
pour les examens, notre nombre insuffisant oblige à une 
surcharge lâcheuse des séries de candidats; au point de 
vue scientifique, nous pouvons d'un moment à l'autre 
être privés de toutes ressources; au point de vue moral, 
enfin, nous n'avons pas, dans le corps enseignant, une 
situation comparable, de loin, à celle des agrégés de 
Droit, des maîtres de conférences de Lettres et de Scien- 
ces. 

« Les agrégés de Médecine considèrent, en résumé, 
que, dans tout l'enseignement supérieur, tel qu'il a été 
réorganisé, pour le plus grand honneur do la France, 
ils sont soumis à un régime d'exception, mauvais pour 
eux, mauvais pour l'enseignement : ils demandent, tout 
simplement, à rentrer dans le droit commun. » 




NOËL BERNARD — INFECTION ET TUBÉRISATION CHEZ LES VÉGÉTAUX 



INFECTION ET TUHÉRISATION CHEZ LES VEGETAUX 



11 n'est pas rare qu'on troiivo fcrlains lissus 
îl'iine plante envahis par quelqu'un des niicroor- 
i;anismes divers qu'on rt'unil sous le nom de 
microbes ; de plus en plus, il apparaît que c'est là 
pour les végétaux, comme pour les animaux, bien 
plulnl une règle assez générale qu'une rare (excep- 
tion. De semblables infections ont été constatées 
dans deux cas bien différents. 

11 arrive qu'une infection soit uccirlcnlcllc, 
qu'elle se produise pour certaines plantes d'une 
espèce sans que d'autres plantes de la même 
espèce soient atteintes. On peut, par exemple, 
trouver des Choux dont les racines, infestées par 
un Plasino'liopliora, s'hypertropiiient en formant 
des hernies, tandis que d'autres Choux sont 
indemnes, et ont des racines normales. La présence 
(le Iiernies indique, à première vue, les plantes 
<|ui sont infestées. En général, il existe ainsi des 
■^yinplâmes hiclicaleurs des infections accidentelles. 
C'est le plus souvent l'existence de semblables 
symptômes qui a attiré l'altenlion sur les plantes 
.iccidentellcment infestées, et qui a conduit à 
prévoir et à rechercher l'infection dans les cas de 
maladies microbiennes. 

Mais il arrive, au contraire, qu'une infection soit 
normale, et s'étende à toutes les plantes d'une 
même espèce ; les sympt(jmes que ces plantes 
peuvent présenter sont alors communs à toutes; 
ils cessent, par là même, d'attirer l'attention. 

On sait, par exemple, que toutes les plantes de 
1 1 famille des Légumineuses ont leurs racines nor- 
malement infestées par un bacille ; aux points où 
ce bacille pénètre, les tissus de la racine proli- 
f'Tent, de l'amidon s'accumule, une nodosité se 
lu'oduit; telle est l'origine, qui n'est plus douteuse, 
(les tubercules radicaux, dont l'existence est depuis 
l'ingtemps connue. Ch. Royer, qui s'est beaucoup 
préoccupé d'utiliser en spécification les caractères 
'les organes souterrains des plantes, donnait, dans 
y,i Flore (le la Cdle-cFOr, la présence de tubercules 
s ir les racines comme un caractère constant des 
liantes à corolle papilionacée : « Ces petits corps, 
(lit-il, ont été parfois regardés comme un produit 
morbide, dû à la présence de bactéries; mais un 
ju-oduit morbid(! ne peut être qu'un accident, une 
l'xceplioii, cl ne saurait être normal et général, 
comme le sont les granules. » Certes, si Ch. Iloyer 
avait trouvé une fois seulement des tubercules sur 
une racme de Léguinineuse, il n'aurait pas hésité à 
\t'.s considérer comme une production pathologique 
due à l'atteinte de la plante par quelque larve ou 
par quehjue microbe ; le même caractère, parce 



qu'il est commun à tout un groupe de plantes, ' 
cessait d'avoir pour lui une telle signification. 

De même, en général, les symptômes des infec- 
tions normales ne peuvent plus apparaître comme 
des sy/ii/jlonies indiaaleiirs. Ces infections sont, 
pour cette cause, plus difficiles à découvrir que les 
infections accidentelles. En fait, elles ont été con- 
nues plus tardivement et mises surtout en évidence 
par des recherches statistiques; des symptômes 
apparents ne lesonlpas généralement fait prévoir, 
et, aujourd'hui même, alors que nous connaissons 
des exemples nombreux de plantes normalement 
infestées, de tels symptômes restent le plus souvent 
inconnus. 

Cela ne veut pas dire, nécessairement, que ces 
symptômes n'existent pas, mais, dans plus d'un 
cas, sans doute, qu'on n'a pas su les chercher là 
où il faudra bien qu'en définitive on les trouve : 
dans des caractères normaux des plantes norma- 
lement infestées, caractères que les botanistes 
descripteurs ont depuis longtemps catalogués, et 
dont la connaissance nous est devenue familière. 
C'est ce que je chercherai à montrer en faisant 
l'histoire de quelques plantes normalement infes- 
tées par des champignons endophytes; les Orchi- 
dées, surtout, me serviront pour celte étude. 



I. 



C.\R.\CTÈRES GÉ.NÉR.\UX DE L'INFECTION 
CUEZ LES ORCHIDÉES. 



" Parmi les Monocotylées à structure anomale, ] 
dit Fabre', les Orchidées se font remarquer par ■ 
plusieurs singularités, qui, depuis longtemps, ont 
captivé l'attention des botanistes. Les formes . 
bizarres de leur périanthe, les profondes perturba- 1 
lions qu'a éprouvées la symétrie de leurs fleurs, la 
structure insolite de leur pollen, leurs graines 
innombrables et microscopiques, l'étrange déhis- 
cence de leurs capsules, enfin les tubercules 
didymes, que beaucoup d'entre elles portent à leur 
base, sont autant de caractères qui font de celte 
famille l'une des plus intéressantes pour l'étude 
des anomalies végétales. » 

Le naturaliste remarquable qui a su, en écrivant 
l'histoire aussi bien des Orchidées que des Insectes, 
communiquer au lecteur l'intérêt et la vie de ses 
observations, commence ainsi le premier des 
Mémoires qu'il a consacrés à ces plantes singu- 
lières, en rapportant leur étude à celle des anoma- 
lies végétales. La connaissance d'un de leurs carac- 

' Ann. Se. A'at. But. '.<• série. T. 111, 1855, p. 2j3. 



NOËL BERNARD — INFECTION ET TUBERISATION CHEZ LES VEGKTAUX 



tères, que Fabre ignorait, ajoute un sens profond 
à l'idée qu'il énonce : Jes Orchidées sont, à l'état 
normal, toujours infestées par des champignons 
filamenteux; leurs tissus sont plus largement et 
plus apparemment atteints par ces microorga- 
nismes que ne le sont, dans la plupart des cas, ceux 
de plantes que l'invasion de champignons rend, 
par accident, malades. 

Il suffit de casser les grosses racines charnues 
de quelques-unes de nos Or- 
chidées indigènes pour y voir, 
à l'œil nu, la région infestée, 
que sa couleur brune distingue 
lig. 1). Les champignons qui 
vivent là forment, à l'intérieur 
même des cellules, par l'en- 
chevêtrement de leurs hyphes 
comme des pelotes de fil (fig.'i). 
Ce cas 'typique d'infection 
normale fut l'un des premiers 
connus à l'époque oii les tra- 
vaux de Frank attirèrent l'at- 
lenlion sur de semblables phénomènes : W'ahr- 
lich ', qui (it une statistique portant sur plus de 
oOO Orchidées d'espèces difTérentes, les trouva 
^ans exception infestées. Il n'est plus douteux 
aujourd'hui qu'une telle infection soit, pour les 




fig. 1. — Scclioi, 
iransvcrsalf iruu e 
racine de Limo- 
dorum abortivuiu. 
— c, cylindre cen- 
tral : y, ri'gion in- 
ftslée. 





Fii.'. 2. — PorlioD de l'ceorce infestée d'un rliizome déjeune 

Urchis montana. — Les cellules sont remplies ije tilanients 

iiiyréiiens, vivants daus les cellules périphéri(|ues, morts 

el digérés en partie dans les cellules centrales; /;, cellule 

à peloton de m}'céliuni digéré; n, noyau. 

plantes de cette famille, un fait général et constant. 
Les champignons endophytes des Orchidées peu- 
vent vivre en dehors de ces plantes et se cultiver 
sur des milieux variés. Les champignons qu'on 
obtient à partir des plantes les plus diverses 
de cette vaste famille, présentent entre eux la plus 

' Wahruch : Beitrag zur Iventniss dcr Orchideenwurzel- 
pilze. Bot. ZcJt., 1886. 



grande analogie : ce sont des Ascomycètes, donnant 
en culture des formes imparfaites, caractérisées par 
l'existence de deux sortes de spores (lig. 3); ils se 
classent tous dans le genre Fusarium. Les cham- 
pignons de ce groupe sont des microorganismes 
fort répandus dans la nature : la Flore de Saccardo 
en indique plus de 230 espèces, qu'il est déjà prati- 
quement impossible de distinguer si l'on ne fait 
pas intervenir leur lieu d'origine comme caractère 
de détermination. Or, si l'on veut se servir de ce 
caractère, la Flore en question est fort loin d'être 
complète : il existe déjà, en effet, plus de 6.000 es- 
pèces d'Orchidées, qui sont, autant qu'on sache, 
infestées par de semblables champignons. Il fau- 
drait ajouter, de ce fait, dans le genre fusarium, 
quelques milliers au moins d'espèces nouvelles, 
sans avoir de caractères morphologiques suffisants 
pour les distinguer. La classification est donc pro- 
visoirement illusoire : les Fusarium paraissent 
être des formes banales de 
microbes du sol, capables 
d'infester les racines de beau- 
coup de plantes. L'expérience 
seule pourra trancher la ques- 
tion de savoir s'il faut multi- 
plier beaucoup, dans ce grou- 
pe, le nombre des espèces ou 
voir, dans les endophytes de 
végétaux divers, simplement 
des races ou des variétés de 
«luclques espèces très répan- 
dues. Quoi qu'il en soit, ces 
champignons vivent le plus 
souvent librement dans le sol ; 
la vie dans les tissus de 
plantes supérieures n'est qu'un épisode dans leur 
histoire, elle n'est pas nécessaire à leur dévelop- 
pement. 

Les Orchidées, au contraire, ne paraissent jamais 
vivre sans héberger d'endophytes; ces plantes, qui 
sent sans doute infestées depuis fort longtemps, 
n'ont pas disparu : la vie, dans ces conditions, ne 
va pas, pour elles, sans quelques difficultés, mais 
elles ont, pour les résoudre, des moyens qu'il est 
utile d'envisager. 

Les endophytes qui ont pénétré dans les racines 
d'une Orchidée peuvent, pendant quelque temps, 
passer de chaque cellule aux cellules voisines el 
contaminer de proche en proche les tissus. L'ob- 
servation des tissus qui sont ainsi atteints montre 
que toute cellule que l'endophyte a pénétrée ne 
s'accroît plus notablement par la suite et ne se 
divise jamais; les tissus infestés, incapables de 
croissance, de prolifération cellulaire et de difl'é- 
renciation, sont pour la plante comme des tissus 
morts. Les plantes infestées périraient sans doute 




F,g. 3. — Clilaniydo- 
spores arrondies el 
conidies arquées du 
champignon endo- 
phyle d'une Orchi- 
dée lEpipactis pa- 
lustris . Gross. 190. 



10 



NOËL BERNARD — INFliCTION ET TL'BÉrUSATION CHEZ LES VÉGÉTAUX 



si elles se laissaient complùlement envahir; mais 
la progression de l'endophyle dans leurs tissus 
n'est pas indélinie : elle se trouve limilée au moins 
par deux moyens difTérenls. 

D'une part, les « tissus embryonnaires », dont 
les cellules sont en voie de continuelle division, 
paraissent opposer à l'infection envahissante un 
obstacle infranchissable; les endophytcs s'arrêtent 
ù leur limite et ne les pénètrent pas. Si l'on suit, par 
exemple, la croissance des racines d'une de nos 
Orchidées indigènes [Ncolthi Nidiis-avis), on voit 
d'abord les endophytcs progresser régulièrement 
vers la pointe de la racine, en restant toujours en 




i'ig. 4 et 5. — riaciiics do, Neottia Nidus-avis. Coupes lon- 
(/ituflinalcs. — c, coiffe; J, région infestée; ce, cylindre 
central. 

l'ig. 4. — l'acine en voie de croissance luirmale. — v, point 
végétatif. 

i'"ig. .■). — Itacine hourr/eonnante. — /, tubercule terminal 
de p.irencliyme embryonnaire amylacé. 

arrière de la région où les cellules croissent encore 
et se divisent. Le point végétatif, i|ui produit sans 
cesse de nouvelles cellules, semble fuir devant l'in- 
fection tout en évoluant d'une manière normale 
(fig. 4.) Le plus souvent, les phénomènes changent 
d'allure, après un certain temps, et l'on voit se 
former, à la pointe de la racine, une masse globu- 
leuse de tissu embryonnaire indilTérencié, formé 
de petites cellules qui se remplissent d'amidon 
fig. :>;. Le petit tubercule qui se forme ainsi en 
avant de la zone infestée reste indemne tant que 
ses cellules ne s'accroi.ssent pas; il peut, avant 
que l'endophyte ne l'atteigne, produire un bour- 



geon et devenir ainsi l'origine d"un pied nouveau 
de la plante. Cetle prolifération cellulaire anoi- 
male du méristème terminal de la racine apparail, 
en ce cas, nettement comme un moyen de défense, 
qui permet à la plante d'enrayer momentanément 
l'infeclion. 

D'autre part, un certain nombre au moins des 
cellules que l'endophyte a pénétrées peuvent le 
détruire : on voit, dans ces cellules, le peloton de 
mycélium accolé au noyau dégénérer peu à peu 
pour se réduire, en définitive, à une masse amorphe, 
irrégulière, où les filaments ne peuvent plus se 
distinguer {p, fig. 2). Les cellules qui réagissent 
ainsi digèrent les champignons qui les ont péné- 
trées à la façon dont un globule blanc du sang 
digère les bactéries qu'il absorbe. Il s'agit, en un 
mot, d'une infection contre laquelle la plante réagit 
et se défend. 

Soit par les deux moyens que je viens de dire, 
soit par d'autres encore, l'infection se trouve limi- 
tée en général aux organes absorbants (racines ou 
rhizomes), les seuls que les endophytcs pénètrent : 
les tiges aériennes, les feuilles, les Heurs, les fruits 
et les graines restent toujours indemnes. L'infec- 
tion se trouvant ainsi limitée, les tissus seuls 
qui sont directement atteints cessent complètement 
de croître et de se dilTérencier; mais les tissus 
qui sont indemnes peuvent pourtant être inté- 
ressés par la présence des endophytcs dans le 
corps de la plante. Les champignons qui vivent 
dans les organes absorbants doivent, en etTel, 
mêlera la sève brute leurs produits de sécrétion; 
ils peuvent modifier ainsi, chimiquement, le milieu 
intérieur et avoir par là une action sur tous les 
tissus et sur tous les organes. 

Les faits que je rappellerai maintenant m'amè- 
nent à croire que les endophytes ont bien une 
action de ce genre, et que les Orchidées se com- 
portent comme des plantes normalement intoxi- 
quées par des parasites dont jamais elles n'arri- 
vent à se débarrasser d'une manière définitive. 

II. — GlCRMINATION DICS OlîCniDÉES '. 

Les Orchidées ne germent que dans des condi- 
tions toutes particulières et elles se développent 
d'une manière entièrement anormale; c'est en 
rapprochant les conditions de leur germination des 
premiers phénomènes de leur développement qu'on 
peut le plus aisément comprendre quelles transfoi- 
mations profondes l'infection leur a fait subir. 

Toutes les Orchidées produisent des graines en 
nombre immense; c'est, le plus souvent, par mil- - 



1 Cf. N. Behnaud : Sur quelques genniualidiis difficile.». 
licv. rj6u. de Bol. T. XII, lUllO. 



NOËL BERNARD — INFECTION ET TUBÉRISATION CHEZ LES VÉGÉTAUX 



il 



lions qu'il faudrait compter celles qu'une seule 
plante produit après chaque lloraison. Ces graines 
d'Orchidées (fig. 6 et 7), lorsqu'elles se disséminent, 
sont à un état de développement très imparfait : 
elles ne contiennent, sous un tégument membra- 
neux lâche, en parlic gonflé d'air, qu'un embryon 
rudimen taire, sphérique ou ovoïde, ayant parfois 
un suspeiisour (fig. 6). 

Les graines de la plupart des végétaux, au début 
de leur développement dans les fruits, passent par 
un état comparable à celui des graines mûres d'Or- 
chidées, mais elles ne se disséminent qu'après 
l'avoir dépassé de beaucoup, c'est-à-dire quand 
l'embryon a formé sa radicule, sa tigelle et ses 





Fig. 6. — Graine d'une Orchidée (Cattleyai avec suspenseur; 
aspect extérieur. — t, tégument; e, embryon; s, suspen- 
seur. 

F'ig. T. — Coupe transversale .d'une graine d' Orchidée {^eol- 
tia Nidus-avisl sans suspenseur. — (, tégument; s, pôle 
suspenseur de l'embryon. 



premières feuilles, le suspenseur, organe transi- 
toire, ayant. disparu. 

A. la vérité, il arrive qu'on trouve, dans des fruits 
mûrs d'autres plantes, — le fait n'est pas rare pour 
les baies de pommes de terre, — des graines avortées 
dont l'embryon, resté à un état rudimentaire, est 
enfermé dans un tégument lâche en partie gonflé 
d'air; mais les graines de cette nature, disséminées 
a*ant d'être arrivées à terme, sont considérées 
comme mauvaises : on les reconnaît à ce qu'elles 
flottent sur l'eau tandis que les bonnes graines s'y 
enfoncent et on les rejette si l'on veut faire un semis. 

Mais, chez les Orchidées, aucune graine ne 
dépasse jamais cet état imparfait: toutes flotte- 
raient sur l'eau : la dissémination avant terme 
devient ici un phénomène normal. 

Les horticulteurs ont, en fait, pendant longtemps 
rejeté toutes ces graines comme mauvaises et les 



ont tenues pour incapables de germer. Celte opinion 
était commune encore au début du siècle passé : 
Salisbury annonça pour la première fois en 1802 ' 
qu'il avait vu germer dans la Nature les graines de 
quelques Orchidées; mais, s'il fut dès lors croyable 
que ces graines pouvaient se développer, on n'en 
resta pas moins, pendant longtemps encore, sans 
moyens pour les faire germer. 

Quand, vers 1820, on comment^'a à cultiver les 
Orchidées en Europe, les horticulteurs, faute de 
pouvoir faire des semis de graines, se procuraient à 
grands frais des plantes entières venant des pays 
d'origine. Prises dans les forêts de l'Inde, de l'Amé- 
rique du Sud où de la Malaisie, sur les branches 
des arbres où la plupart d'entre elles vivent com- 
munément, elles arrivaient dans les serres d'Europe 
en assez piteux état, réduites à des bulbes ou à des 
rhizomes desséchés, portant de longues racines 
charnues. 

On songea d'abord, pour se rapprocher des con- 
ditions naturelles où se trouvent les Orchidées, à 
les cultiver suspendues en l'air, soit dans des 
paniers garnis de fragments de brique ou de 
charbon recouverts de mousse humide, soit, plus 
simplement encore, sur des bûches ou sur des 
planches de sapin. La culture, ainsi comprise assez 
généralement tout d'abord, allait fort mal malgré 
les soins qu'on lui donnait : faire fleurir une plante, 
qu'on perdait le plus souvent ensuite, était toute 
l'ambition des horticulteurs, qui ne trouvaient le 
dédommagement de leurs mécomptes que dans les 
prix fabuleux qu'atteignaient alors ces plantes 
extraordinaires. 

Les horticulteurs n'ont pas tardé à s'apercevoir 
qu'ils faisaient fausse route en cherchant, comme 
on le disait plaisamment, à nourir leurs plantes de 
l'air du temps. Un des progrès essentiels de la cul- 
ture moderne a été de cultiver les Orchidées dans 
des sols moins pauvres; aujourd'hui, on élève com- 
munément en pots même les espèces qui, dans la 
nature, sont le plus parfaitement adaptées à la vie 
sur les arbres, et la culture ainsi conduite réussit 
fort bien. Le choix d'un sol convenable reste en 
vérité important : tel horticulteur emploie le Poly- 
pode haché ou la terre de bruyère mêlés à du spha- 
gnum humide, tel autre, plus simplement, le terreau 
Naturel des forêts où vivent un bon nombre de nos 
Orchidées indigènes. Mais, ce point étant réglé, 
l'entretien d'une propreté rigoureuse des serres, 
le réglage de la température et de l'humidité 
deviennent pour l'horticulteur les seuls sujets de 
préoccupation : lesOrchidées sont aujourd'hui, dans 
les serres, des plantes bien acclimatées. 

Les horticulteurs sont arrivés, par ces moyens, à 

* Trans. Linu. Soc, VlII. 



12 



NOËL BERNAKD - INKI-CTION ET TIBI^HIS.VTION CHr:Z LES VÉGÉTAUX 



un premier résullat, qu'ils nOnt pas recherché cl, 
qu'au resle, il ne soupçonnent généralement pus 
encore : Us ont accliiniiti' clans leurs serres, en même 
temps que les Orchidées, el aussi parfaitement 
iju elles, leurs endopbytes Imbiluels. Quand Wahr- 
licli examina les Orchidées d'une serre à Moscou, 
il trouva leurs racines tout autant infestées que 
celles de plantes prises dans leurs stations natu- 
relles. L'infection des Orchidées de serres est un 
fait général facile à constater; les racines des 
plantes cultivées en pots sont plus régulièrement 
et plus largement infestées que les racines de celles 
((u'on cultive en paniers suspendus. Ce résullnl, 
d'ailleurs, est aisé 
à coniprendie : les 
Orchidées d'impor- 
lation transportent 
dans leurs racines 
ou dans leurs rhi- 
zomes des champi- 
gnons capables de 
vivre isolément 
dans l'humus et de 
conlaminer les sols 
où la culture se fait. 

Un second résul- 
tat s'est en même 
temps trouvé at- 
teint : la (jcrinin;!- 
lion des i/rainrs 
if Orchidées, impra- 
ticable autrefois, est 
devenue possible 
avec ces conditions 
lie la culture mo- 
derne el se fuit ré- 
'lulièremenl. Elle se 
produit, en somme, 
d'une manière assez 
facile pour qu'il 
puisse paraître étonnant ((u'on y ail vu autrefois 
de si grandes difiicullés : souvent, les graiues qui 
lomhent d'uu fruit el se disséminent nalurelle- 
nient sur le sol où croît leur plante mère germent 
i;i, sans qu'on ait à s'en occuper spécialement. Les 
graines tombées sur les racines qui rampent à la 
s'.uTace du sol germent parfois les premières et le 
mieux; li's lioiliculteurs ont d'abord conseillé de 
les semer ainsi, mais la précaution n'est pas indis- 
pensable : la germination piuit se produire en tous 
les points du pot el j'ai vu plusieurs fois de minus- 
cules plantes venues de graines reprendre, comme 
elles le pouvaient, la vie aérienne qu'elles ont dans 
lalSature en se développant sur l'étiquette de bois 
blanc dont chaque pot est pourvu. 

La seule précaution qui paraisse réellemeul utib' 




Fig. 8. — Début (le la gcniiinatioii d'une (ji-uine do. Neuttia Nitlus- 
uvis, mnnlrunl f infection du pôle suspenseur. — (, tégument; s, pùte 
du suspenseur. 

Fig. 9. — Coupe optique d'une trrs jeune planlnle d'OrcIiidée (Lœlia'. 
— Cette coupe montre l'infection de ta région du sispenseur. 



est de semer les graines sur le sol même où vit la 
plante qui les a produites; on la trouvera recom- 
mandée dans tous les traités d'horticulture mo- 
dernes. Une Orchidée vivante, disent les horticul- 
teurs, assainit le sol où elle se développe, et 
permet la germination des graines qui, semées 
autrement, pourriraient. 

J'ai cherché à savoir à quel fait précis cette 
interprétation répondait. Un moyen sûr d'avoir un 
sol sain est de le stériliser; on peut semer des 
graines d'Orchidées en sol stérile sans introduire 
de germes, en prélevant simplement, dans un fruit 
10 1*11-, ces graines minuscules avec un fil de pla- 
tine llambé. L'expé- 
rience est facile à 
mettre en train, 
mais les graines 
qu'on sème ainsi, 
si elles ne pourris- 
sent pas, ne ger- 
ment pas non plus . 
j'en ai gardé des 
omis entiers, qui 
ne montraient pas 
(le changements, el 
(|ui, finalement, se 
desséchaient sans 
s'être développées. 
Cependant, des grai- 
nes des mêmes 
fruits, semées dans 
une serre d'Orchi- 
dées, germaient en 
quelques semaines 
el se développaient 
parfaitement. Or, 
tandis que mes 
graines, qui ne ger- 
maient pns, étaient 
certainement asep- 
tiques, celles dont l'horliculleur qui voulait bien 
m'aider obtenait le déveloi)pemeut étaient réguliè- 
rement contaminées dès le début de leur vie, et 
pénétrées d'endophytes dès le premier moment oii 
elles se transformaient (fig. 8 etO). 

.l'ai eu ainsi lieu de croire que les Orchidées 
adultes ne sont pas utiles à la germination des 
graines dans nos serres en assainissant le sol, 
mais qu'elles interviennent d'une façon toute 
opposée en ïinfestant des endophyles sans les- 
quels la germination ne se produirait pas. 

Il est. certes, difficile d'affirmer que la germina- 
tion est impossible sans le concours de ces cham- 
pignons ; un jour peut-être, on la réalisera sans 
eux, mais, pour le moment, cela ne parait pas s'être 
fuit. D'une |)art, en effet, la méthode de semis des 



NOËL BERNARD — INFECTION ET TUBÉRISATION CHEZ LES VÉGÉTAUX 



i:i 



liorliculteurs revieni à semer régulièrement les 
graines dans des sols infestés, et, d'autre part, les 
botanistes comme Irmisch, Fabre, Prillieux. qui ont 
décrit des germinations dOrcliidées observées 
dans des conditions diverses, ont trouvé, dans les 
cellules des plus jeunes planlules, de ces masses 
brunes qu'on prenait autrefois pour des amas de 
résine, et qui sont, comme j'ai dit, des formes de 
dégénérescence de pelotons mycéliens plus faciles 
à voir que les champignons mêmes. J'ai eu la 
bonne fortune de trouver, dans la Natare, des mil- 
liers de graines en germination d'une Orchidée 
indigène {Xeollin yidas-iivis); elles étaient toutes 
plus largement infestées encore que les germina- 
tions d'Orchidées que j'ai vues dans les serres. 

Il y a là un singulier phénomène, qui pourra 
paraître en contradiction avec ceux que j'ai indi- 
qués dans les précédents paragraphes, où j'ai 
groupé des faits qui permettent de comparer les 
champignons endophyles des Orchidées à des para- 
sites. La manière de voir que j'ai indiquée ainsi 
tout d'abord est contraire à. l'opinion classique, 
i[ui veut que les champignons et les plantes supé- 
rieures soient associés en svmbiose harmonieuse 
pour le plus grand profit de chacun d'eux. Au 
moins pour la germination, on peut dire que les 
champignons sont utiles aux Orchidées, et je n'y 
vois pas d'obstacle. Il importe, cependant, de se 
rappeler que la production de graines rudimen- 
laires, qui est un fait assez général chez les plantes 
normalement infestées de champignons, paraît 
n'être pas sans rapports avec l'infection même. Si 
l'endophyte aide, en définitive, à la germination 
des graines, il est sans doute intervenu d'abord 
en lesempêcliantd'arriver dans les fruits à un plus 
complet développement. Les graines, en nombre 
immense, que produit une Orchidée infestée, et qui 
ont besoin, pour germer, de rencontrer des condi- 
tions très particulières, sont, en fait, dans la Nature, 
en grande majorité perdues et, à tout bien compter, 
l'endophyte n'intervient pas seulement poar rendre 
la reproduction par graines plus aisée. 

Le chauffeur qui a écrasé. un piéton peut l'in- 
ilemniser de la perle d'une jambe en lui offrant des 
béquilles; il sert ainsi, en définitive, à sa marche, 
mais il n'acquiert à sa reconnaissance que des 
droits qu'on peut contester. 

111. — TlBKRISATION DES PLANTULES d'oRCUIDÉES. 

.Vinsi, non seulement les Orchidées sont norma- 
li'ment infestées à l'état adulte, mais encore elles 
le sont dès le début de leur développement. L'in- 
l'ection apparaît comme un phénomène étroilemenl 
et nécessairement lié aux phénomènes ijénéraux de 
l'évolution de la plante. 



Il faut remarquer que le cas des Orchidées, poui' 
n'être pas, comme je le dirai, absolument Isolé, esl 
au moins fort rare chez les végétaux. Les graines 
de la plupart des plantes peuvent germer en mi- 
lieux stériles, et l'on sait, noianmient, qu'il en est 
ainsi pour les graines de végétaux qui sont nor- 
malement infestés à l'état adulte, tels que, par 
exemple, les Pins, dont les r.icines sont toujours 
entourées de mycélium, ou les Légumineuses, dont 
j'ai rappelé le mode d'infection. 

Or, les graines d'Orchidées, qui ne germent ainsi 
que dans des conditions toutes particulières, 
donnent desplantules qui ne ressemblent presque 
en rien aux jeunes plantules de l'immense majo 
rite des végétaux. Il est naturel de rattacher à l'in- 
fection, caractère très particulier des jeunes plan- 
tules d'Orchidées, les phénomènes très particuliers 
que leur développement 
présente. J'indiquerai ici 
en quoi ces phénomènes 
difl'érent de ceu.v qu'on 
est habitué à constater 
dans l'étude des germi- 
nations. 

Les embryons de la plu- 
part des végétaux pas- 
sent, au cours de leur dé- 
veloppement, par un étal 
semblable à celui de l'em- 
bryon des graines mûres 
d'Orchidées. D'ordinaire, 
le développement se pour- 
suit, à partir de cet étal, 
d'une manière très uni- 
forme pour des végétaux 

très divers : une racine se différencie à l'un des 
pùles de l'embrjon (pôle suspenseur),les premières 
feuilles et le bourgeon terminal apparaissent au 
pôle opposé. 

Les graines d'Orchidées se développent d'une 
tout autre manière; les horticulteurs, mieux que 
personne, connaissent certains caractères aberrant.^ 
de leur germination. Les graines, qu'ils sèment 
sur la mousse humide qui couvre leurs pots, s'> 
perdent rapidement : ils les soignent sans les voir 
pendant plusieurs mois. Un mois au plus tôt, quel- 
quefois un an seulement après le semis, ils peu- 
vent constater que ces graines lèvent. Elles ont 
donné, à ce moment, de minuscules plantes, de 
forme massive, dont la taille ne dépasse pas 2 ou 
3 millimètres. Le développement se fait avec une 
lenteur extrême : pour arriver à faire fleurir ces 
Orchidées de semis, il faut s'armer de patience, 
car elles n'atteignent jamais l'état adulte avant 
plusieurs années. Quand, plusieurs mois après le 
semis, l'horliculleur veut isoler les plantules pour 




Fig. 10. — Jeune planlulc 

i/'Angraecum maculatum 

sortant du Icgumeol 

de la iji-aine (d'après 

E. l'rillieux). 



NOËL BERNARD — INFECTION ET TUBÊRISATION CHEZ LES VÉGÉTAUX 




l''ig. 11. — Coupe lonrjitudinah'. d'une plnntnle dr Ncotlin Nidus-avis. — 
;•, points végétatifs des premiêies racines; /). cellule infestée :f,cellulp 
à peloton de^niycéliiim dégénéré. Les cellules du parenchyme central 
contiennent des grains d'amidon. 

rig. 12. — _.ls/)ect extérieur d'une autre plautulc. — /, tégument de la 
graine. 



les transporter dans un sol nouveau, 
c'est avec une loupe qu'il les examine, 
et l'allumelte taillée en pointe avec la- 
quelle il les prend est le premier ins- 
trument qu'il ait à employer dans cette 
étonnante culture. 

Si l'on suit les phénomènes de plus 
près, ce qu'on constate, tout d'abord, 
c'est l'infection des graines; celte infec- 
tion est ici, pour ainsi dire, le premier 
phénomène de la germination. Elle si' 
produit toujours en un point déter- 
miné de l'embryon (pôle suspenseur), el 
c'est seulement après que les champi- 
gnons ont pénétré quelques cellules de 
ce pôle qu'on voit, au pôle opposé, se 
faire les premiers cloisonnements cellu- 
laires. Le développement de la phmie 
apparaît ici comme une véritable réac- 
tion qu'elle présente ù T infect ion. 

Une conséquence de cette infection 
du pôle suspenseur est iminédiatemenl 
appréciable : les cellules infestées, sui- 
vant la règle générale que j'ai indiquée, 
ne s'accroissent ni ne se divisent; la 
croissance de l'embryon se fait unique- 
ment par le pôle non infesté, où se mon- 
trent bientôt les rudiments des pre- 
mières feuilles. Mais, au pôle suspenseur, 
où d\3rdinaire, chez les végétaux, se 
forme une racine primaire, on ne voit, 
dans ce cas, aucune racine se différen- 
cier; les cellules de ce pôle, atteintes par 
les endophytes, sont comme mortes, 
elles ne forment aucun organe nouveau. 
L'absence de racine terminale, carac- 
tère commun à toutes les plantules d'Or- 
chidées, paraît ainsi être une consé- 
quence directe de leur constante infec- 
tion. 

Ces plantules, qui ne s'accroissent que 
par un de leurs pôles, prennent, en se 
développant, une forme « en toupie » 
(lig. 10). Cette forme massive caractéris- 
tique permet, à elle seule, de comparer 
ces jeunes plantes à de petits tubercules ; 
il faut, de plus, remarquer que, très sou- 
vent, on trouve, dès le début de la vie, 
de l'amidon mis en réserve dans leurs tis- 
sus en quantité appréciable (fig. 11 et l'2 . 

Pour résumer l'ensemble des carac- 
tères qui, en dehors de l'absence de ra- 
cine terminale, sont particuliers aux 
jeunes Orchidées : à savoir, la forint' 
massive, la lenteur de la croissance cl 
de la différenciation, la formation pré- 



NOËL BERNAED — INFECTION ET TUBÉRISATION CHEZ LES VÉGÉTAUX 



coce de réserves, je dirai que ces 
jeunes plantules sont tiibéri- 
S('os; elles paraissent bien ca- 
pables d'absorber des aliments, 
puisqu'elles accumulent de l'a- 
midon, mais elles ne semblent 
pas pouvoir les assimiler pour 
former rapidement de nou- 
veaux tissus et de nouveaux or- 
ganes, comme cela arrive d'or- 
dinaire lors du premier déve- 
loppement des végétaux. 

L'absence de racine termi- 
nale est un caractère qui s'ex- 
plique par l'arrêt de dévelop- 
pement des cellules qui sont 
directement atteintes par l'en- 
(lophyle. .La tubérisation ré- 
sulte, au contraire, d'un mode 
]iarticulier de développement 
lie tous les jeunes tissus de la 
plantule que l'endophyte n'at- 
teint pas; elle peut être attri- 
buée à une intoxication géné- 
rale de la plantule par les cham- 
pignons qu'elle héberge. Des 
arguments de Biologie com- 
parée amènent forcément à 
croire que la tubérisation est 
bien liée ainsi à l'infection. 

La tubérisation se produisant 
dès le début du développement 
est un phénomène qu'on ob- 
serve très rarement chez les 
végétaux. Il en existe, cepen- 
dant, quelques exemples autres 
que celui des Orchidées, dont 
le plus frappant s'observe pour 
les Lycopodiacées. Ces plantes 
— qui sont des Cryptogames 
vasculaires et qui s'écartent, 
par conséquent, des Orchidées 
à presque tous lés points de 
vue — présentent cependant 
avec elles, au début de leur 
développement, une ressem- 
blance inattendue (fig. 13 et 14). 

Suivant le mode général d'é- 
volulion des Cryptogames, les 
Lycopodes donnent des spores 
qui se développent en prolhal- 
les sur lesquels se forment des 
œufs qui produisent de nou- 
velles piaules feuillées. Mais, 
tandis qu'à l'ordinaire les pro- 
llialles sont des organismes 




1ms. 13. 



Fis. li 



ig. 13 et H. — Aspect extcrieur et coupe d'un prothalle de Lycopodium com- 
planatum {d'après Bruchniann). — s, pointe; wh, poils radiculaires; e, épi- 
derme; r, couche corticale infestée: p, tissu en palissade à réserves; c, cylindi'e 
central; ;/, tissu génératif; m, méristème; h, protubérance anthéridienne eu 
formation; an, anthéridies; ar, archégones; A, jeune plantule. 



10 



NOËL BERNARD — INFI-CTION ET TUBÉRISATION CHEZ LES VÉGÉTAUX 



(Iciiil ruxistcnrc osl courte cl l;i Idriiic Irrs simple, 
dans le cas des Lycopodes leur déveloiipemenl est 
au contraire très lent, leur existence longue el ils 
prennent des formes tuberculeuses tout à lait inu- 
sitées. Les figures que je donne ici ifig. Il à 14) 
suffisent à montrer quelle étroite ressemblance 
il y a entre ces prothalles et les jeunes plantules 
d'Orchidées. C'est, au reste, un fait frappant, qui a 
déjà été plusieurs fois remarqué '. 

Or, il est visible que dans ce cas, tout dillérent 
de celui des Orchidées, la lubérisation précoce 
coïncide encore avec une infection par des cham- 
pignons qui se produit au début de la vie. Sans dé- 
velopper longuement les arguments par lesquels ce 
fait peut être établi, je me bornerai à constater que, 
(hiiis les rares essais de geriniiialioii des Lyco})odes 
(jii'ils ont laits, les botanistes ont rencontré pré- 
eisoment des dif/ieiiltés analogues à celles qu'ont 
trouvées les horticulteurs pour la (jerniinatiou des 
Orchidées. 

Spring !l8't2), s'appuyant sur l'insuccès constant 
des tentatives faites pour faire germer des spores, 
admettait (jue ces spores n'étaient pas comparables 
à celles des autres Cryptogames, mais bien à des 
grains de pollen incapables de donner de végétaux 
autonomes, et il concluait qu'il existe seulement 
des plantes mâles chez les Lycopodiacées, les plan- 
tes femelles ayant disparu dans quelque cataclysme 
ou n'ayant jamais été créées. 

Hofincisler H8oi;, persuadé, au contraire, que 
ces spores doivent donner des protlialles, constate, 
pourtant, n'avoir jamais obtenu de germinations 
dans des semis répétés de plusieurs Lycopodes. 

De Bary, le premier, montra que les spores 
étaient capables de germer. Il obtint le développe- 
ment de celles du Lycopodiuni inundatum en les 
semant sur le sol même ijui avait nourri leur 
plante mère. 

Plus lard, Treub, ayant fait venir à Leyde, 
en 1878, des spores de Lycojiodes tropicaux, les 
sema dans ses serres sans avoir le moindre résul- 
tat; dès son arrivée à Java, au contraire, ayant 
semé des spores de Lycopodiuni cernuum sur une 
espèce de terre glaise dans laquelle croissent les 
protlialles dans leurs stations naturelles, il ob- 
tint facilement des prothalles, bien que le semis 
eut été fait simplement dans sa chambre sur des 
assiettes remi)lies de la terre en question. 

Or, Treub constata — el non sans s'en étonner — 
rjue les ]»rolhalles ainsi obtenus étaient liabRés 
par un champignon endophyte. Bruchmann, qui, 
jilus récemment, a trouvé en grand nombre des 
protlialles de Lycopodes, y constate toujours une 



' Theib: Annales dû Buitcnzonj, t. VIII. — (luKuri. : Urj.i- 
nii'jraphle der J'ûanzca. 11. lena, l'JUO. 



infection largement étendue (lig. lij, qui se \y.-n- 
duit, à n'en pas douter, à l'époque de la germina- 
tion des spores. 

Je ne vois à ces faits qu'une explication : dans 
ce cas, comme dans celui des Orchidées, les difli •• 
cultes qu'on rencontre pour obtenir des germina- 
tions dans un sol quelconque tiennent à l'absenci' 
d'endophytes dans ce sol. Dès que, comme le foui 
les horticulteurs pour les Orchidées et comme l'onl 
fait ici De Hary el Treub, on sème les spores sur 
un sol infesté, elles se développent en s'infestatil. 

Treub, qui a suivi le développement des œufs qui 
se forment sur les prollialles infestés du Lycopn- 
dium cornuuni a, d'autre part, constaté que les 
plantules qu'ils donnent s'infestent tôt, se tubéri- 
sent et ne forment pas de racine primaire. Il ii. 
d'ailleurs, mis en évidence, dans ce cas, la conver- 
gence extraordinaire qui existe entre les prothalles 
el les plantules du Lycopodiuni cernuum, d'une 
part, el entre ces organismes et les plantules d'Or- 
chidées, de l'autre. Tant de ressemblances inac- 
coulumées ne peuvent s'i:\xpliquer, à ce qu'il me 
parait, que par l'infection précoce et nécessaire 
qui, dans ces cas divers, entraîne la lubéri- 
sation. 

Les deux caractères aberrants des jeunes plan- 
tules de Lycopodiacées et d'Orchidées : absence de 
racine et lubérisation, se retrouvent à l'état adulte 
chez certaines Orchidées comme chez certaines 
Lycopodiacées. On sait, en effet, d'une part, que 
certaines Orchidées {Rpipogium, (Jorallorhixa) 
aussi bien que certaines Lycopodiacées {I^silotum 
Tmesipteris) ne produisent jamais de racines pen- 
i danl tout le cours de leur vie. Des faits de tubé- 
i-isation à l'étal d'adulte — se traduisant, en 
tléfinilive, par la formation de tubercules — se 
présenlent, d'autre part, pour les Orchidées, dans 
toute une tribu de celle famille (les Ophrydées) et, 
l)our les Lycopodiacées, chez le Pliylloglossum. La 
question se pose de savoir si de semblables carae 
lères de plantes adultes peuvent être encore con- 
sidérés comme des symptômes d'infection. Dans 
ce qui va suivre, j'examinerai cette question seu- 
lement pour le cas des plantes à tubercules. 

IV. — Evolution des orcuidées a niiEHCULES. 

Les Orchidées à tubercules ou Ophrydées, abon- 
dantes dans nos prairies ou tians nos bois, les 
Orchis, les 0/ihrys, les Loroglossum, présentent 
une grande similitude d'aspect et se dévelop- 
pent à fort peu près de la même manière. Les 
diflërences qui s'observent d'une Ophrydée à l'ai 
tre sont assez peu importantes pour qu'on puis- 
résumer les phénomènes du développement des n 
plantes en ne retenant que les caractères générau 



NOËL BERNARD — INFECTION ET TUBÉRISATION CHEZ LES VÉGÉTAUX 



<iui sont communs à toutes celles de la tribu; c'est 
ce que je ferai ici. 

L'embryon rudimentaire des minuscules graines 
de ces Orchidées se développe en donnant, dès 
l'abord, un petit tubercule (tubercule ewbryon- 
nnirc] largement infesté vers sa pointe, portant à 
son extrémité élargie les premières feuilles d'un 
Jeune bourgeon (tig. loi. Ce premier bourgeon de 



aberrant de développement des racines infesli'i ■^ 
dViXeoltia iVMus-ai ys, dontle point végétalif,a|)rès 
un certain temps de fonctionnement normal, donne 
une masse indifTérenciée d'un tissu embryonnaire 
où de l'amidon s'accumule (voyez fig. 5). Le mode 
de développement d'une Ophrydée dans sa pre- 
mière année peut s'y comparer exactement : le 
bourgeon apparu sur le tubercule embryonnaiic 




■Fij;. n. F,-. l'J. Fi.i;. iU. 

'Fit;. 15 à 20. — Evalulion d'une Ophrydée. — Fig. l'J, 16 et IT, pendant les deux /jrêm/ê>es années. — ■■). lubcreule eiii- 
hryonnaire: h, bourgeon terminal; /, zone infestée; (, premier tubercule; r, rhizome, t\ second tubercule. — 
Fig. 18, 19 et 20, dans l'année île la noraisoa. — T, tubei-cule: B, bourgeon: i, h., bourgeons Je second orJie; 
T', nouveau tubercule; /■, racine; ; zone infestée. 



la plante, après avoir formé seulement quelques 
feuilles rudimeutaires, cesse d'en produire de nou- 
velles : il ne donne pas de rameau ; sur son flanc 
apparaît un mamelon de plus en plus renflé, qui 
finit par donner un tubercule (/, lig. 1(1) ayant à 
.peu près la taille du tubercule embryonnaire 
(quelques millimètres d3 long.) A la fin de la pre- 
mière année, ce tubercule s'isole en terre avec le 
bourgeon qui l'a produit; le tubercule embryon- 
naire se flétrit et disparaît. 
J'ai indiqué, au début de cet article, le mode 

PEVtE GÉNÉRALE DES SCIENCES, 1902. 



infesté ne se développe pas longtemps d'une ma- 
nière normale et l'aliment disponible, qui n'est plus 
régulièrement assimilé, s'accumule dans le mame- 
lon, qui se forme par une prolifération cellulaire 
anormale des tissus. Dans ce cas, au reste, comme 
dans celui des racines du Neottia iXIdus-uvis, le 
jeune tubercule n'est pas atteint par l'endophyle 
et, au moment où il s'isole avec le bourgeon qui l'a 
produit, il est encore indemne de toute infection. 
Ce bourgeon, qui réagit en se tubérisant et qui 
s'isole avec son tubercule, s'cb.;, pat- là niômca/lnni- 



18 



NOËL BERNARD — INFECTION ET TUBÉRISATION CHEZ LES VÉGËTAUX 



chi de liiil'cclion. Cetto première tentalive que fait 
la plante, si j'ose ainsi dire, pour se débarrasser 
de l'endophyte, reste sans succès : le bourgeon 
isolé avec le petit tubercule se développe en un 
court rhizome (/•, fig. 17), couvert de poils absor- 
bants, qui s'infeste bientôt dans le sol, ainsi que — 
quelquefois au moins, — le tubercule lui-même. 

Le bourgeon, qui se retrouve alors dans les 
mêmes conditions, évolue dans la seconde année 
comme dans la première : après avoir produit 
quelques feuilles nouvelles, il se tubérise et, pour 
la seconde fois, s'isole avec le nouveau tubercule 
qu'il a produit (/', fig. 17). 

Pendant tout le cours de sa vie, une Ophrydée 
produit ainsi, chaque année, un ou plusieurs tu- 
bercules, à partir de certains bourgeons; mais, à 
mesure que la plante avance en âge, ils sont de 
plus en plus volumineux, jusqu'au moment où, les 
tubercules ayant atteint un maximum de taille, 
variable suivant les espèces, le mode de végétation 
(le la plante prend un cours régulier. 

Sans suivre plus longtemps, année par année, le 
développement de la plante venue de graine, voyons 
tout de suite ce qui se passe quand l'état adulte est 
atteint, par exemple dans l'année où la plante qui 
provient d'un tubercule ayant son maximum de 
taille, arrivera à fleurir. 

Le tubercule prêt à s'isoler (mai; entraine un 
bourgeon dont le développement est assez peu 
avancé (B, lig. 18). Ce tubercule n'est pas infesté, 
mais il est, cette fois, assez volumineux et contient 
assez de réserves pour que le bourgeon puisse 
vivre d'abord uniquement à ses dépens; la plante 
ne développera qu'au bout de quelque temps des 
organes absorbants (racines,, qui s'infesteront dans 
le sol. Elle est, cette fois, pour un temps notable, 
débarrassée de l'endophyte; il est intéressant de 
voir comment, dans ces conditions nouvelles, elle 
va se développer. 

Dès le mois d'août, le développement du bour- 
geon, isolé avec son tubercule, devient actif: ses 
feuilles anciennes s'accroissent tandis que de nou- 
velles se forment à la partie centrale; dans le cours 
de septembre, on peut distinguer au centre du 
biiurgeon la jeune hampe llorale, qu'il a formée et 
qui se déploiera au printemps. A ce moment, à 
l'aisselle des feuilles inférieures sont apparus de 
nouveaux bourgeons (/>,^„fig.l9), qui ont, d'abord, 
une apparence normale, forment leurs premières 
leuilles et ne paraissent en rien distincts des 
jeunes bourgeons qui, chez la plupart des plantes, 
sont l'origine des rameaux. La différenciation a, 
en un mot, suivi jusqu'ici la marche qui est nor- 
male chez le plus grand nombre des végétaux; la 
plante ne s'est pas encore infestée. 

Mais, à la fin de septembre, des racines absor- 



bantes sortent de la base de la tige, s'étendent 
dans le sol, et, dès qu'elles ont atteint quelques 
centimètres de long, on les trouve régulièrement 
pénétrées d'endophytes venus du sol. Dès ce mo- 
ment, les racines resteront ainsi infestées jusqu'à 
l'époque où elles se détruiront après la floraison. 
Dès ce moment aussi, les phénomènes du dévelop- 
pement de la plante vont devenir notablement dif- 
férents. 

Les jeunes bourgeons axiUaires cessent, en effet, 
à peu près complètement de former des feuilles 
nouvelles et, dans le cours d'octobi'e, on voit l'un 
d'eux au moins se renfler en un tubercule qui 
grossit rapidement. Quant aux autres jeunes bour- 
geons axiUaires, qui ne donnent pas, en général, 
de tubercules volumineux, ils meurent souvent en 
été sans s'être différenciés davantage ; mais, s'il 
arrive qu'ils se développent, c'est toujours en *(■ 
tuLérisaiit. On sait, par exemple, que si l'on coupe 
la tige principale d'une Ophrydée en voie de déve- 
loppement, aucun des bourgeons axiUaires ne se 
développe en une tige nouvelle, mais que plusieurs 
donnent alors des tubercules : c'est un moyen de 
multiplier la plante. Il arrive fréquemment qu'eu 
l'absence de toute lésion de la tige principale, il se 
produise à la fois plusieurs tubercules, dont un 
seul volumineux (T', fig. 20). Jamais, en tout cas, 
les jeunes bourgeons axiUaires ne se développent 
en rameaux. Seul, le bourgeon principal, arrivé 
avant l'infection de la plante à un haut degré de 
développement, donne une tige et ne produit pas 
de tubercule. Il n'a, pour ainsi dire, qu'à déployer 
au printemps les feuilles et les fleurs qu'il avait 
formées en automne. La hampe qu'il donne se des- 
sèche bientôt après, les fruits qu'elle porte ne ren- 
ferment, comme je l'ai dit, que des graines rudi- 
mentaires dont l'embryon est resté à un état tré- 
imparfait de développement. 

La différenciation de la plante s'est donc achevir 
presque entièrement dans une première et courte 
période (aoiU, septembre), à l'époque. où elle n'était 
pas infestée. Dans la seconde période, beaucoup 
plus longue (octobre à juin), qui a suivi l'infection, 
il ne s'est plus différencié de parties nouvelles; 
tous les jeunes bourgeons se sont montrés inca- 
pables de donner des rameaux ; ils sont morts ou 
se sont tubérisés. 

Le mode général de développement de lu plante 
change, en un mot, dès qiw l'infection se produit, 
et il y a lieu d'opposer, à là première période </'■ 
non-infection et de différenciation active, une 
seconde })criode d'infection et de tuhérisation. 

L'infection, qui se produit dès le début de la vio 
et qui reste à peu près permanente pendant les luc- 
mières années, entraîne la tuhérisation de l'ein- 
bryon d'abord, du premier bourgeon ensuite, et rc 



NOËL BERNARD — INFECTION ET TUBÉRISATION CHEZ LES VÉGÉTAUX 



19 



dernier, Pans arriver à acliever son évolulion, pro- 
liuit successivement plusieurs tubercules. Quand 
li'tat adulte est atteint, chaque plante qui provient 
d'un gros tubercule non infesté a, pour ainsi dire, 
le temps de diflerencier des feuilles, des Heurs, 
desbouri^eons, avant que l'endophyte ne l'atteigne; 
elle se développe donc, tout d'abord, à la manière 
de tous les végétaux. Mais, dès qu'elle s'infeste de 
nouveau, son développement reprend une marche 
anormale : les jeunes bourgeons meurent ou se 
tubérisent, et les fruits ne peuvent produire que 
des graines atrophiées. 

La présence de tubercules, qui apparaît ainsi chez 
les Ophrydées comme une conséquence et un 
symptôme de l'infection, est un caractère assez 
i-onstant pour servir à définir ce groupe d'Orchi- 
dées. On classe les Ophrydées dans les Flores en 
utilisant, partiellement au moins, les caractères de 
forme de leurs tubercules. J'ai, -cependant, eu, une 
seule fois, l'occasion d'observer une Ophrydée dont 
un bourgeon axillaire, au lieu de former un tuber- 
cule, avait donné, en mars, un rameau presque 
aussi développé que la tige principale. Or, cette 
plante présentait, de plus, ceci de remarquable 
qu'elle n'avait encore développé aucune racine; à 
l'ordinaire, les racines sortent en automne et s'in- 
festent. Il y avait donc, ici, un retard anormal de 
la sortie des racines, et la plante était restée jus- 
qu'en mars sans s'infester. Le développement d'un 
des bourgeons en rameau s'observait par consé- 
quent, en ce cas, pour une plante restée indemne 
exceptionnellement. 

Fabre a vu, une seule fois aussi, un phénomène 
analogue se produire chez une Ophrydée qu'il 
cultivait, dont les bourgeons donnaient des ra- 
meaux au lieu de se tubériser comme à l'ordinaire. 
« Ce cas, dit-il, qui, dans l'immense majorité des 
végétaux, serait conforme à la règle, et qui n'est 
ici qu'une exception, paraît être fort rare, car, sur 
un nombre très considérable de pousses observées 
à tous degrés de développement, une seule m'a 
offert cette curieuse anomalie '. » 

Fabre, qui a indiqué lui-même comme « une 
anomalie végétale » la singulière transformation 
des bourgeons en tubercules chez les Ophrydées, 
peut, ajuste titre, s'étonner en retrouvant, excep- 
tionnellement, chez ces plantes un développement 
régulier de bourgeons en rameaux. 

La lubérisation des bourgeons parait bien être, 
chez les végétaux, une anomalie, je dirais presque 
une monstruosité, mais elle devient assez générale 
dans tout un groupe de plantes normalement in- 
festées pour que les plantes de ce groupe, qui sont 
indemnes et qui se développent à la manière de 



' Ann. Se. Xat. Bol., Je série, t. III, 183; 



tous les végétaux, soient à citer comme de rares 
exceptions. 

V. — Possibilité d'une généralisation. 
Cas de la ficaire. 

La lubérisation, chez les Ophrydées, se présente 
sous divers aspects : au début du développement, 
c'est l'embryon tout entier qui se tubérise après 
l'infection. Quand l'état adulte est atteint, et que la 
plante se multiplie régulièrement par tubercules, il y 
a des périodes de non-infection, alternant régulière- 
ment avec des périodes d'infection. Chaque fois 
qu'une contamination nouvelle se produit, la plante 
a pu auparavant différencier hautement un de ses 
bourgeons, produire une tige, des feuilles, parfois 
des fleurs. Toutes ces parties, qui sont différenciées 
déjà, ne sont pas profondément modifiées après 
que l'infection s'est produite. Seuls, les tissus em- 
bryonnaires de jeunes bourgeons réagissent el 
prennent un développement anormal. Il se forme 
ainsi, sur la plante, des tubercules bien individua- 
lisés, à partir de ces jeunes bourgeons isolés les 
uns des autres. 

On conçoit parfaitement à première vue, et il 
arrive effectivement, que les choses se passent d'une 
autre manière. Certaines Orchidées, comme par 
exemple le Neottia Nidiis-avis, sont infestées pen- 
dant tout le cours de leur vie, et ne s'affranchissent 
jamais. Le premier bourgeon apparu sur l'embryon 
a alors en tout temps un développement très lent, 
un mode de végétation constamment anormal; il se 
développe en un rhizome charnu, qu'on peut envi- 
sager comme formé par une série continue de 
tubercules. Il y a, en un mot, en ce cas, lubérisation 
permanente d'un même bourgeon, il ne se forme 
pas, par conséquent, de tubercules individualisés. 

Le formation de tubercules chez les Ophrydées 
dépend donc non seulement de l'infection par un 
champignon déterminé, mais encore du mode par- 
ticulier de l'infection, qui est, dans ce cas, régulière- 
ment périodique. Pour cette raison, en particulier, 
et pour plusieurs autres, on ne doit pas s'attendre 
à ce que toutes les plantes infestées produisent des 
tubercules: l'infection peut entraîner des déforma- 
tions de plus d'une nature, et, de ce C(jté, une 
classification des cas, qui est entièrement à faire, 
doit précéder toute tentative de généralisation. 

La théorie que je donne pour expliquer le cas 
des Ophrydées n'a donc pas pour conséquence 
nécessaire que toutes les plantes infestées doivent 
produire des tubercules. Doit-elle, au moins, con- 
duire à admettre que toutes les plantes qui, comme 
les Ophrydées, tubérisent périodiquement leurs 
bourgeons se comportent ainsi parce qu'elles sont 
infestées'? 



20 



NOËL BERNARD — I.NFI^CTION ET TUBEfllSATION CHEZ LES VÉGÉTAUX 



Il faut bien remarquer que celte généralisation 
n"a encore rien de nécessaire et que des délbima- 
tions comparables peuvent se présenter, en plus 
d'un cas, pour des végétaux qui sont dans des con- 
ditions bien dilTérentes. Un des meilleurs exemples 
qu'on en puisse citer est celui de certaines plantes 
parasites do vi'-ffi^laux supérieurs comme les Oro- 
banches, qui ont acquis des caractères aberrants 
suffisamment comparables à ceux de plantes infes- 
tées, pour qu'on ait pu avoir quelque peine à éta- 
blir une distinction nette entre les deux cas, et 
qu'on ait considéré longtemps le Neollia A'irJns- 
(ivis ou le Moiiotropa hypopilys, par exemple, 
comme des plantes parasites. 

La possibilité d'une généralisation dans le sens 
où je l'envisage acquiert pourtant quelque vrai- 
semblance par le fait, signalé en particulier par 
Stahl', que les plantes à bulbes ou à tubercules 
sont du nombre de celles qu'on trouve le plus régu- 
lièrement infestées. J'ai cherché à savoir si l'hypo- 
thèse qui est, pour les Orchidées, entièrement 
vraisemblable, est possible à faire dans le cas de 
plantes qu'on leur peut comparer. Je n'entends 
qu'indiquer ici comment cette comparaison peut 
se poursuivre, san»; prétendre par là résoudre, en 
général, une question dont la complexité m'est 
connue . 

On se trouve, quand on aborde l'étude de plantes ■ 
à tubercules, autres que les Ophrydées, dans des 
cas qui sont loin d'être aussi typiques : d'une part, 
parce que les infections qu'on peut constater sont 
beaucoup moins étendues; d'autre part, parce que 
les anomalies qui s'observent au cours du dévelop- 
pement sont beaucoup moins marquées. 

Une Renonculacée très commune dans tous nos 
bois, où elle épanouit dès le début du printemps 
ses fleurs d'un jaune d'or, la Ficaire, me servira de 
premier exemple. Otte plante se rapproche d'une 
façon étroite des Ophrydées, d'abord parce qu'elle 
produit des tubercules morphologiquement com- 
parables aux leurs, ensuite parce qu'elle donne, 
dans les rares cas où elle fructifie, des graines à 
embryon indifférencié. 

Si l'on suit la germination de ces graines, les 
premiers phénomènes qu'on puisse constater .sont 
parfaitement normaux : l'embryon, pendant la 
digestion de l'albumen, s'organise en une petite 
plantule ayant une tige, un bourgeon terminal, 
une première feuille qui se déploie, et une racine 
terminale bientôt ramifiée dans le sol. Mais les 
phénomènes, qui — au contraire de ce qui se passe 
chez les Ophrydées — ont pris ainsi tout d'abord une 
marche normale, changent d'allure après quelques 



' Der Sinn der Mycorhizenbildung. Priugshciws Jabrb. 
,1899. 



mois, et le bourgeon terminal, au lieu de continuer à 
évoluer en rameau , produit un tubercule (/, fig. 1\ ). 

Or, en examinant, au moment où ce premier 
tubercule apparaît, les racines qui commencent à 
s'étendre dans le sol, on y trouve constamment un 
endophyte qui vient de les pénétrer. Le premier 
développement de l'embryon s'est donc fait ici sans 
qu'il y ail infection; les endophytes ne pénètrent 
la plante que par ses racines, une fois qu'elles sont 
formées et sorties; la tubérisation ne se montre 
qu'à partir de ce moment. 

Dans le cours de sa vie, la plante se multiplie 
par tubercules de la même 
manière que les Ophry- 
dées; ici encore, la conta- 
mination coïncide avec la 
sortie des racines. C'est à 
partir du moment où elle 
se réalise que se forment 
des tubercules nouveaux. 
La seule différence qu'il y 
ait, au point de vue où je 
me place, entre ce cas et 
celui des Ophrydées, est 
que, chez la Ficaire, les ra- 
cines grêles et ramifiées 
sont infestées plus pauvre- 
ment et d'une façon moins 
régulière, mais elles le sont 
constammentjd'aprèsceque 
j'ai pu voir, et l'analogie se 
poursuit encore par le fait 
que le champignon qu'on 
obtient en culture à partir 
de ces racines infestées est 
aussi un Fusarium. 

Ce cas de la F'icaire doit 
son intérêt à ce que la 
constitution des graines et 
la nature des tubercules 
présentent les mêmes ca- 
ractères que chez les Ophry- 
dées. 11 y a entre ces plan- 
tes, de familles bien diffé- 
rentes, une convergence étroite, frappante, sou- 
vent remarquée déjà', et qu'on ne peut logique- 
ment cherchera expliquer que par une condition 
commune : je ne vois comme telle que l'infection. 

Des plantes sauvages comme les Ophrydées et la 
Ficaire, qui vivent toujours dans les mêmes lieux 
où elles se reproduisent par tubercules, peuvent se 
réinfester à chaque génération, et on conçoit sans 
peine que la tubérisation puisse être, chez ces 



' VaN T1EG11E.M : 01)sei'vatioiis sur la Ficaire. Ann. Se. 
.Wal. But. 0' série, t. V, ISGil. 




Vii. i\.— Plantule de Fi- 
caire. — a, tige ; c, pre- 
mière feuille; r, racines 
iu lestées ; b, bourgeon 
tonninal ; (, premier 
tubercule. 



NOËL BERNARD — INFECTION ET TUBÉRISATION CHEZ LES VÉGÉTAUX 



plantes, un caractère constant : elles réagissenl 
toujours de la même manière à une condition 
constante du milieu où elles vivent. Mais il existe 
des plantes à tubercules, dont la plus connue 
est la Pomnae de terre, qui présentent un mode 
de végétation comparable à celui des Ophry- 
dées, bien qu'on les change sans cesse de sol, et 
qu'on puisse en réussir la culture en tous lieux. 
Peut-on, dans ces cas, encore considérer la forma- 
tion des tut)ercules comme le symptôme d'une 
infection? C'est la question que j'aborde mainte- 
nant. 



VI. 



Cas de la tomme de terre. 



§ 1. — Mode de végétation. 

<i La végétation de la Pomme de terre, dit Aimé 
Girard ', présente à l'observateur deux périodes 
distinctes : des tubercules mis en terre, trois 
semaines environ après la "plantation, sortent 
d'abord des tiges, qui, aussitôt, se garnissent de 
radicelles; et, pendant un mois, six semaines quel- 
quefois, c'est au développement simultané de ces 
tiges et de ces radicelles que le travail végétal se 
borne. Puis, à celle période en succède une se- 
conde; à la base des. tiges s'allongent des rameaux 
souterrains dont l'extrémité s'arrondit sous forme 
de tubercules féculents. Ceux-ci vont ensuite gros- 
sissant pendant un temps qui, suivant les variétés, 
se prolonge de deux à trois mois. » 

Les deux périodes que dislingue A. Girard peu- 
vent être appelées <■ période de diflérencialion » 
et « période de tubérisation » ; elles se comparent 
à celles que j'ai distinguées pour les Ophrydées. 
i'Jificune d'elles correspond, encore dans le cas de 
la l'omme de terre, à un état général de la plante 
et non à Fctat particulier de certains bourgeons. 
Pendant la première période, en effet, tous les 
ijourgeons se montrent capables de se développer 
en rameaux. Pendant la seconde, au contraire, les 
Jeunes bourgeons ne se montrent plus capables que 
de donner des tubercules. Si, par exemple, au 
début de la végétation, on coupe la jeune tige, un 
bourgeon de second ordre se développe en une tige 
nouvelle. Si, plus tard, au contraire, on coupe les 
jeunes tubercules, c'est en formant de nouveaux 
tubercules que d'autres jeunes bourgeons évoluent, 
et la tubérisation peut alors atteindre aussi bien 
les bourgeons aériens que les bourgeons souter- 
rains. 

Dans la » période de tubérisation », l'appareil 
aérien cesse de se développer : les jeunes feuilles ou 
les Heurs qui s'étaient formées déjà se déploient 
encore, mais il ne s'en différencie pas de nouvelles. 

' /iechcrcbes sur lu culture ilu la Pomme de Icrrc iudm- 
incUc et lourragère, Pans 1900, p. 53. 



Souvent, la plante ne donne pas de fruits, soit parce 
que ses tleurs ne se forment pas ou ne s'épanouis- 
sent pas, soit parce qu'elles tombent aussitôt épa- 
nouies. 

Il n'est pas illogique de chercher à attribuer à 
une intoxication générale de la plante, se produi- 
sant à un moment donné, ce changement d'état qui 
se manifeste par le changement complet du mode 
de développement de tous les bourgeons. Le' tout 
est de savoir si cette intoxication peut être l'ap- 
portée à l'infection de la plante par un microorga- 
nisme. 

Ace point de vue, il faut remarquer, tout d'abord, 
que le parencbynie d'un tubercule de Pomme de 
terre parait être un milieu aseptiipie. Si l'on pré- 
lève, avec des précautions suffisantes, une portion 
de ce parenchyme interne et qu'on l'abandonne, 
vivant, dans un tube stérile, il finit par mourir en 
se desséchant, sans qu'il s'y soit développé de mi- 
croorganismes. Naturellement, la surface du tuber- 
cule, la partie externe de son écorce abrite des 
germes de niicroorganismes divers; mais aucun de 
ces microbes, dont j'aurai plus loin à parler, ne vit 
dans l'intimité des tissus d'un tubercule sain. On 
peut donc admettre qu'une Pomme de terre, au 
moment où on la plante et où ses bourgeons com- 
niencentà se développer, est indemne de toute infec- 
tion; elle se développe, à ce moment, d'une manièi'o 
normale. 

En est-il encore ainsi quand la plante a atteint 
son complet développement, quand elle porte des 
tiges aériennes, de jeunes tubercules et des racines 
abondamment ramifiées? J'ai, pour le savoir, fait 
la flore des microbes qui se développent sur des 
racines de Pomme de terre lavées avec soin, aus- 
sitôt après leur récolte, dans de l'eau stérile et 
mises à l'abri de tout apport de germes par l'air. .\ 
partir des racines ainsi traitées, on obtient, comme 
on doit s'y attendre, des microbes divers. Mon 
attention s'est portée surtout sur les champignons. 
Or, je n'ai récollé ainsi avec quelque constance, 
comme champignons filamenteux, que des Fusa- 
riuni. 

A l'examen microscopique, on trouve très fré- 
quemment les racines des Pommes de terre 
envahies de mycélium pendant la période de tubé- 
risation; il ne s'agit point, là encore, à la vérité, 
d'un cas d'infection aussi typique que celui des 
Ophrydées. Certaines radicelles paraissent in- 
demnes, d'autres ne sont infestées que par points. 
Mais, d'une part, la Ficaire, qu'il parait si légitime 
de rapprocher des Ophrydées, présente une infec- 
tion qui n'est guère plus manifeste ni plus étendue ; 
d'autre part, il faut remarquer que les racines de 
la Pomme de terre sont grêles et que leur ensemble 
présente une longueur de plusieurs mètres, tandis 



NOËL BERNARD — INFECTION ET TUBÉKISATION CHEZ LES VÉGÉTAUX 



que les racines charnues des ()rchidées"reslent 
courtes et simples. Ainsi, l'infection, moins visible 
dans le cas de la Pomme de terre par l'examen de 
radicelles isolées, peut être, dans l'ensemble, d'une 
importance comparable ;\ celle des Orchidées, dont 
les racines sont, en chaque point, contaminées 
d'une façon plus régulière elplus apparente. ///;;'« 
donc paru possible do faire Ibypotlwseque la tuhé- 
risation de la Pomme de terre est due, comme 
celle de la Ficaire ou des Ophrvdées, à faction d'un 
Fusarium infestant les racines pendant la période 
do tuhérisation. 

F^a lubérisation dos bourgeons n'est pas, à beau- 
coup près, un fait aussi régulier et aussi constant 
dans ce cas que dans celui des Ophrydées. « La 
récolte des Pommes de terre, dit M. E. Couturier ', 

est, sans contredit, une des plus attrayantes 

L'attention y est continuellement tendue; on 
marche à la découverte, car on se trouve dans l'in- 
connu. A chaque coup de crochet, on met à l'air un 
produit plus ou moins important par son abon- 
dance ou par sa beauté. Tantôt, c'est un succès 
exceptionnel; tantôt, c'est une complète décep- 
tion. » Quiconque a récolté des Pommes de terre 
a eu, en effet, la surprise de ne trouver, au pied de 
plantes qui paraissaient saines et vigoureuses, que 
des tubercules en très petit nombre et de petite 
taille; il arrive même qu'on n'en trouve pas du 
tout. Il est donc assez légitime, dans l'hypothèse oi'i 
je me place, d'admettre que l'infection puisse être, 
chez la Pomme de terre, plus irrégulière que chez 
les Orchidées ; mais il n'en reste pas moins à expli- 
quer que la culture faite à partir de tubercules 
réussisse communément dans des circonstances 
diverses, dans des pays et dans des sols variés. 

Ce fait s'explique, à ce qu'il me semble, par la 
constatation que les tubercules servant à la semence 
Iransjiortenl régulièrement les Fusarium capables 
de contaminer les racines. On sait depuis long- 
temps qu'un Fusarium intervient fréquemment 
dans les maladies des tubercules. De Martius avait 
cru que ce champignon causait la « gangrène 
sèche », maladie dans laquelle on le rencontre 
souvent. Mais, le Fusarium solani se ren- 
contre, dans des cas très divers de maladie des 
tubercules, associé à d'autres microorganismes, 
et il paraît être plutôt un parasite banal se dévelop- 
pant sur les tubercules avariés que le parasite spé- 
cifique d'aucune de leurs maladies. 

Si l'on abandonne en milieu stérile des tuber- 
cules sains, lavés d'abord au sublimé pour dé- 
truire les germes accidentellement tombés sur eux, 
on récolte bientôt sur ces tubercules des Fusarium 
qui s'y sont développés. Dans des essais de ce 



' Agriculture moderne, 181)6. 



genre que j'ai faits pour des tubercules de la va- 
riété Marjolin, j'en ai trouvé dans la proportion 
de six fois sur sept. Les germes de ces champi- 
gnons existent, selon toute vraisemblance, dans 
les assises subéreuses gonflées d'air de la surface 
du tubercule, où ils sont, dans une certaine mesure, 
protégés contre l'action des antiseptiques ; je ne 
suis pas arrivé à les détruire sans endommager 
gravement les bourgeons. 

11 est donc vraisemblable que \e Fusarium sohini 
existe normalement à la surface des tubercules 
sains. Cela explique, d'une part, qu'il puisse conta- 
miner fréq'iemmentla masse des tubercules atteints 
de pourriture sèche ou humide ou de maladies di- 
verses. D'autre part, cela permet de comprendri' 
comment, quand on plante un champ de Pommes 
de terre, les Fusarium transportés par les tuber- 
cides peuvent, en se développant dans le sol, arri- 
ver à contaminer les racines. 

On conçoit, dès lors, que l'infection par un Fusa- 
rium puisse être, chez la Pomme de terre, un fait 
aussi fréquent que la tuhérisation. 

§ 2. ^ Introduction en Europe et culture 
de la Pomme de terre. 

La Pomme de terre fut, comme on sait, importée 
d'Amérique vers la fin du xvr siècle; elle se répan- 
dit peu à peu, d'abord en Angh'terre, puis dans 
l'Europe centrale et, enfin, en France, où, grâce aux 
efforts admirables de Parmentier, sa culture prit, 
dès la fin du xviii" siècle, l'imporlance quelle a 
gardée. 

Un premier fait important à noter est que l'in- 
Iroduction de la plante a été faite au moyen des 
tubercules, qui transportent le Fusarium, et non au 
moyen des graines, qui ne le transportent pas. J'ai 
dit, à propos des Orchidées, comment les soins de 
la culture et l'emploi de sols soigneusement choisis 
ont eu pour premier résultat d'acclimater, en même 
temps que ces plantes, les endopliytes qu'elles 
hébergent. On a, de même, pour la Pomme de 
terre, employé, dès le début de la culture, une mé- 
thode essentiellement favorable à la propagation 
des microbes que les tubercule? apportaient. « Les 
engrais des trois régnes, dit Parmentier', sont 
bons pour la reproduction de la Pomme de terre ; \ 
il s'agit de les distribuer convenablement, en 
mettant, dans les trous creusés par la bêche ou 
dans les sillons creusés par la charrue, des fumiers 
placés immédiatement sur le tubercule. » Je me 
suis assuré que le Fusarium solani, ensemencé 
dans du fumier, pouvait le contaminer rapide- 
dement et dans toute sa masse. Celte méthode di' 



' Traité sur la culture et les usages d»S l'ommcs de tern 
de la Patate et du Topinambour. Paris, 1189, p. 74. 



NOËL BERNARD — INFECTION ET TUBÉRISÂTION CHEZ LES VÉGÉTAUX 



23 



Parmenlier, qui est encore employée dans certains 
pays, est donc essentiellement favorable au déve- 
loppement et à la propagation du mycélium depuis 
les tubercules-semence jusqu'aux racines et jus- 
qu'aux tubercules nouveaux. 

Un des faits caractéristiques de l'histoire des 
Orchidées consiste en ce que la multiplication de 
ces plantes par graines, impraticable autrefois, 
n'est devenue possible que quand la culture a été 
régulièrement faite dans des sols infestés. Un docu- 
ment précis montre de même que les premiers 
semis de Pomme de terre qu'on ait faits en Europe 
n'ont donné qu'un résultat décevant. Charles De 
l'Esclude, qui, le premier sans doute, à la fin du 
XVI' siècle, cultiva la Pomme de terre en Allemagne 
et contribua à la répandre parles envois qu'il fit de 
tubercules ou de graines, rcipporte, dans son Rario- 
riim plantanini Hisloria', que « l'on ne doit comp- 
ter, pour la conservation de L'espèce, que sur les 
tubercules >>. Les graines qu'il avait envoyées à ses 
amis germaient parfaitement, mais les plantes 
obtenues donnaient des fleurs et ne produisaient 
pas de tubercules. Les choses se passent aujour- 
d'hui dififéremment : les agriculteurs qui font de la 
Pomme de terre l'objet d'une culture spéciale, 
pratiquent les semis,' mais généralement les plantes 
qu'ils obtiennent donnent, dès la première année, 
des tubercules et ne fleurissent pas. Un grand 
nombre de variétés qu'aujourd'hui l'on cultive ont 
ainsi des semis pour origine; elles sont, autant que 
d'autres, contaminées de Fusarium, comme le 
prouve à elle seule l'histoire de leurs maladies. 

Ainsi, les horticulteurs d'Orchidées obtiennent 
maintenant par semis des hybrides tout autant 
infestés que les plantes parentes, bien que les 
graines ne le soient pas. Dans un cas comme dans 
l'autre, ce n'est r/u'à partir du moment où les 
endopliytes ont été acclimatés aussi bien que les 
plantes mêmes, qu'on obtient des semis le résultat 
quou en attend et que la tubérisation paraît héré- 
ditaire. 

L'introduction par tubercules, qui, en définitive, 
a réussi, n'a pas été non plus sans difficultés. Un 
des premiers Mémoires de Parmentier est consacré 
à la déqénération des Pommes de terre. « Malgré 
les avantages réunis de la saison, du sol et de tous 
les soins que demande sa culture, dit-il, la Pomme 
de terre dégénère, et cette dégénération, plus 
marquée dans certains cantons, a été portée à un 
tel degré que, dans quelques endroits du Duché des 
Deux-Ponts et du Palalinat, la plante, au lieu de 
produire des tubercules charnus et farineux, n"a 
plus donné que des racines chevelues et fibreuses, 
quoiqu'elle fût pourvue, comme à l'ordinaire, de 

' l'ubliô .1 Anvers en ICûl. 



feuilles, de fleurs et de fruits ou baies ' ». Parmen- 
tier montre ensuite qu'il n'y a lieu d'attribuer ni à 
la gelée, ni au défaut de maturité des tubercules, ni 
à la multiplication par œilletons « cette espèce de 
calamité pour les pays qui l'éprouvent » ; il y voit 
un résultat « de l'afTaiblissement du germe des 
racines ». 

L'étude des Ophrydées m'a fourni deux exemples 
d'une semblable dégénération par la culture, qui 
est bien plutôt, comme l'observe Fabre, un retour 
de ces végétaux aberrants à un développement 
normal. Si les Ophrydées étaient aussi largement 
cultivées que la Pomme de terre, il n'est guère 
douteux qu'il y aurait plus de deux cas de dégéné- 
ration à citer. 

M. Lindet a fait récemment connaître un cas de 
dégénéralion de la Pomme de terre, par l'action 
prolongée des antiseptiques, qui donne une raison 
de croire que la dégénération peut bien être attri- 
buée au défaut d'infection. 

Dans le but de combattre la gale, maladie bacté- 
rienne des tubercules, M. Lindet, continuant les 
expériences d'Aimé Girard, traite par le bichlo- 
rure de mercure les tubercules qui doivent être 
plantés. Pour d'autres lois, il emploie le bichlorure 
à l'arrosage du sol où se fait la culture. Pai- ce trai- 
tement, la végétation ne paraît pas gênée, les 
rendements sont bons aux premières récoltes. 
Le traitement est poursuivi pour les tubercules 
récoltés et continué pendant quatre générations ; 
des tubercules provenant de pieds mercurés 
sont, chaque fois, cultivés comparativement sans 
subir de traitement nouveau. A la seconde gé- 
nération, les rendements diminuent de 33 et de 
22 ""/„, suivant que les Pommes de terre ont été, 
au moment de la plantation, mercurées ou non. 
A la troisième génération, les rendements dimi- 
nuent de 00 et 07 °/„ ; à la quatrième, de 68 et 
57 "/„ ; « Le bichlorure de mercure, dit M. Lindet, 
a donc diminué d'une façon indiscutable les qua- 
lités reproductives des Pommes de terre de se- 
mence -. » 

A mon avis', on a fait ici une sorte de stérili- 
sation, fractionnée de tubercule en tubercule, pour 
aboutir, en définitive, à n'avoir qu'une infection 
faible et irrégulière du sol et, par suite, un rende- 
ment insignifiant. C'est, au moins, une explication 
logique que je puis donner d'expériences que je 
n'ai pas suivies de près moi-même. Le fait que la 
dégénération n'est ni immédiate ni complète ne 
peut guère étonner : l'action des antiseptiques, pro- 

' Mémoire lu à la Société Roj'ale d'Agriculture, le 
30 mars 1786. 

- Bull. Soc. Nal. d'-AgricuItnre. mars 1901. 

' M. Lindet, qui a eu l'obligeance de me faire connailre ce 
cas, en a lui-même donné cette interprétation. 



NOËL BERNARD — INFIT-TION ET TUBÉRISATION CHEZ LES VÉGÉTAUX 



Iniigi'p seulement assez peu pour que les bourgeons 
ne soient pas gravement atteints, est insuffisante, 
en elVct, pour détruire complètement les germes 
que le tubercule entraîne. J"avais opéré ainsi 
moi-même pour obtenir à partir de tubercules le 
l'iKnriiiin à peu près purement et j'avais re- 
ncinci' à débarrasser par ce moyen des Pommes 



rai-ines, du mycélium développé en culture pure, 
de telle manière que la conlamiiiation soit rapide 
et se fasse régulièrement. 

Dans CCS conditions, j'ai obtenu entre les deux 
lots ainsi cultivés des dilTérences frappantes, surtout 
au début du développement. Les Pommes de terre 
du deuxième lot développent bientôt leurs bour- 




f'if.'. 



pDWniv de Icn-c dont les hnurcjctjns se développent en rameaux, avec un aeul tubercule d'apparition tard,\i 

(infection tardive). 



de terre d'endni)liyli'S pour les cultiver sans euN. 
Dans les tentatives expérimentales que j"ai faites 
jusqu'ici, j'ai employé une mélhodc inverse. J'ai 
cultivé comparativement, d'une part, des Pommes 
de terre dans un sol pauvre (sable), où la propa- 
gation lente du mycélium ne doive assurer qu'une 
contamination tardive et irrégulière des racines, et, 
d autre jiart, des Pommes de terre comparables, 
dans le même sol, en plaçant, autour des jeunes 



geons soutei'rains en tubercules, laiidis que eelli s 
du premier donnent, avant de se lubériser, de longs 
rameaux souterrains ou aériens et ne produisent île 
tubercules que tardivement. Les photographies qui 
sont reproduites ici représentent les cas extrème> 
des variations que j'ai observées (fig. 2'2 et 2^j. 

La différence est surtout manifeste au début de 
la culture; cependant, en laissant celle-ci se pour- 
suivre, j'ai toujours obtenu un plus grand nombre 



NOËL BERNARD — INFECTION ET TUBÉRIS.\TION CHEZ LES VÉGÉTAUX 



de tubercules et un remli'ment plus régulier dans le cence n'est pas fatale et qu'on peut maintenir des 

lot infesté; mais les dilTérences de rendement en rendements élevés si l'on a le soin de sélectionner, 

poids de l'un à l'autre lot restent assez minimes pour la plantation, les tubercules des pieds à grand 

pour qu'il n'y ait point là, au point de vue agri- rendement. U est certain qu'on peut conserver 

cole, un bénéfice capable de compenser les frais ainsi les qualités héréditaires des sujets dont ces 

qu'entraînerait la culture ainsi comprise. En un tubercules proviennent. Il n'est pas non plus dou- 




(,: 



ï 




23. — l'omiuo Je lerre dual les hoiirgcuas produisent immédiatement des tubercule^ 
infection prccoce). 



mot. je n'ai nullement la prélenlion de résoudre 
ici, même théoriquement, la question complexe du 
rendement des Pommes de terre. 

La dégénérescence des Pommes de terre se 
produit à peu prés régulièrement, en dehors de 
toute condition particulière, quand on cultive pen- 
dant longtemps une même variété dans un même 
lieu. Aimé Girard a montré que cette dégénéres- 



tcux qu'en récoltant les tubercules de pieds lar- 
gement infestés, on doit récolter aussi les ftisariam 
} de ces tubercules plus régulièrement qu'en prenant 
ceux de plantes coureuses et peu fertiles, pau- 
vrement infestées. En d'autres termes, le cultivateur 
I qui opère cette sélection, à mon sens, sélectionne, 
j maintient et conserve, en même temps que les 
I plantes, la maladie qui lui permet de les utiliser. 



NOËL BERNARD — INFFCTION ET TUBËRISATION CHEZ LES VÉGÉTAUX 



La Pomme de terre capable de se reproduire 
facilement par les graines bien constituées qu'elle 
donne, qui dégénère fréquemment, et qu'on ne 
maintient à l'état de planle régulièrement tubérisée 
que par la sélection et les soins d'une culture 
attentive, présente, évidemment, un cas de lubé- 
risation beaucoup moins net et beaucoup moins 
4iccentué que les Orchidées; elle présente aussi une 
infection beaucoup moins régulière et étendue. Les 
arguments de biologie comparée que j'ai dévelop- 
pés dans cet article amènent, d'une façon continue, 
du cas typique des Orchidées au cas moins net de 
la Pommejde terre, et cela, surtout, me parait auto- 
riser la généralisation que je lonle. 

Si l'on résume l'idée que j'ai développée en 
disant que les tubercules de Pommes de terre sont 
comparables à des tumeurs végétales, dues à l'ac- 
tion d'un parasite sur la planle, elle heurte, par 
plus d'un point, nos habitudes ou nos idées pré- 
conçues. Mais, qu'on cherche à se mettre dans l'état 
d'esprit d'un biologiste isolé dans quelque île loin- 
laine, qui ne connaîtrait la Pomme de terre que 
comme une plante rare dont il éludierait quelques 
exemplaires. Ce biologiste, en voyant de jeunes 
bourgeons de cette plante si singulièrement tumé- 
fiés, aurait, je pense, assez nalurellement, l'idée de 
les fendre pourvoir s'il n'existe pas dans leur inté- 
rieur de parasite dont la présence puisse expliquer 
leur déformation. 

S'il apprenait que ces tubercules peuvent servir 
à bouturer la plante, il n'aurait pas plus lieu de 
s'en étonner qu'en sachant que certaines galles 
des feuilles d'un saule peuvent garder leur vitalité 
une fois tombées à terre et s'enraciner dans le 
sol'. Et si, par aventure, il venait à savoir que, 
dans des contrées lointaines, on mange ces tuber- 
cules bouillis dans l'eau ou cuits sous la cendre, 
il se souviendrait, sans doute, que dans l'île de 
Scio on fait, avec les galles d'une Sauge, des conli- 
lures estimées - ou encore que, dans l'Inde, on 



' Bkyf.rink : Ueber das Cecidium von A'eaiatus aaprcfe 
-an Salix nmyg,la\ina. Bot. Zc.it. 1888. 

- Il s'af;U d'une galle du !>alvia pomiCcra h. Cf. 11. Fnr.- 



mange les bourgeons d'un Acacia hypertrophiés 
par l'action d'une Urédinée parasite'. 

En dehors de nos préjugés et de nos habitudes, 
ce qui pourrait seulement l'amener à croire que la 
production de tubercules n'est pas un phénomène 
pathologique, c'est qu'il ne verrait pas de parasite 
dans le parenchyme de ceux qu'il éludierait. Je 
pense avoir montré que cette raison n'a pas une 
valeur décisive et que l'on doit concevoir la pro- 
duction des tubercules comme due aune intoxication 
générale de la plante beaucoup plutôt qu'à une 
infection locale des bourgeons qui se modifient. 

Je sais bien que le biologiste que j'imagine, trans- 
porté subitement dans une exposition générale 
d'Agriculture et d'Horticulture, où il verrait, par 
exemple, à côlé de tubercules de Pomme de terre, 
des racines monstrueuses de betteraves, des fraises, 
dont les graines minuscules sont portées par un 
réceptacle floral hypertrophié, des fleurs aux pé- 
tales mulliples le plus souvent privés d'organes 
reproducteurs ^ pourrait se croire dans une expo- 
sition où les hommes ont accumulé les exemples 
de pathologie végétale que leur a fournis leur cul- 
ture. Mais son erreur serait-elle si facilement réfu- 
table qu'elle ne puisse, si l'on s'applique à la 
démontrer, être en quelque mesure utile et servir à 
nous éclairer^? 

Noël Bernard, 

Maitrede Conférences 
à la FacviUé des Sciences de Caen. 



KEU : Sur quelr|ues Cécidies orii;ntale.s. licv. gcn. do Bol., 
t. IX, 1897. 

' Babclat. Description of a new fungus .■Ecidium escu- 
lentum sp. n. op. Acacia eburaea. Journ. of ttie Bombay 
Nat. Hist. .'^or,., V, 1890. 

• M. Molliard est amené, dans divers cas, à considérer la 
production de fleurs doubles chez les plantes comme le 
résultat d'une association parasitaire. 11 cite, en particulier, 
le cas, qui m'intéresse ici, de Saponaires infestées par un 
Fusariuw, chez lesquelles la duplication des fleurs s'ac- 
compagne régulièrement d'une lubérisation anormale du 
rhizome. (Fleurs doubles et parasitisme. Comptes Rendus, 
■J cet. 1901.) 

' Cet article est. en partie, le résumé d'un travail plus 
étendu : Etudes sur la Tubérisation, Tliksc de Doctoral, 
Paris 1901 et Bcv. (Jén. do Bot. T. XVI, 1902. 



L. MASCART — LE CABLE SOUS-MARIN TOURANE-AMOY 



27 



LE CABLE SOUS-MÂRLN TOURÂNE-ÀMOY 



La câble de Tourane (Annam) à Amoy (Chine) 
est le premier câble français posé en Extrême- 
Orient ; il offre une importance considérable. 

Chacun sait avec quel soin les Anglaisent installé 
autour du globe un filel à mailles serrées de réseaux 
li'légraphiques absorbant toutes les communica- 
tions du monde. 
11 est malaisé, à 
l'heure actuelle, 
de lutter contre 
les positions ac- 
quises; aussi de- 
vons-nous nous 
fëliciterderexis- 
lence de ce nou- 
veau câble, qui 
nous permet de 
tc'légraphier de 
rindo- Chine à 
Paris sans être 
astreints à la sur- 
veillance des bu- 
reaux anglais. 

Comme on peut 
le voir sur la 
carte de la figure 
1. nos dépêches 
trouvent à Amoy 
les câbles danois 
de la Grande 
Compagnie du 
Nord, reliant 
Amoy à Vladir 
vostnk. De là, 
elles gagnent Pé- 
tersbourgpar les 
voies russes, puis 
Calais par les câ- 
bles danois de la 
même Compa- 
i;nie. C'est donc 




Kig. 1. 



un premier p;is 
très heureux fait 

dans la voie, que réclamait l'opinion publique, de 
l'émancipation de la censure britannique, que nous 
avons si durement sentie depuis la guerre duTrans- 
waal. Nous avons vu nos colonies séparées de la 
métropole, et avons compris l'isolement complet 
ijui les menace en cas de guerre. Grâce à ce 
nouveau câble, l'Indo-Chine a une voie, sinon 
tout à fait française, du moins bienveillante et 
neutre. 



Sans même envisager l'hypothèse d'un conflit 
désastreux, nous voyons notre commerce affranchi, 
et opérant par une voie rapide et directe avec la 
Chine du Sud. 

La présence du télégraphe amène le développe- 
ment des affaires, en créant des relations cons- 
■ tantes, qui pro- 
fitent aux pays 
correspondants . 



Le câble Tou- 
rane-Amoy a été 
fabriqué et posé 
par deux mai- 
sons françaises, 
la Société Indus- 
trielle des Télé- 
phones, qui a fait 
la plus grande 
partie du travail, 
et la maison A. 
Grammont, qui 
a construit les 
atterrissements . 
Une description 
de la composi- 
tion de ce câble 
donne, aux di- 
mensions et â 
quelques détails 
près, la compo- 
sition générale 
des câbles sous- 
marins (fig. ti, 3, 
4 et o). 

Au centre, un 
conducteur d(! 
cuivre, compose 
d'une cordelette 
de fils fins, à très 
haute conducti- 
bililé, qui est le iil télégraphique, isolé à la 
gulta-percha. Ensemble conducteur et isolement 
constituent ce qu'on appelle l'âme, en terme de 
télégraphie sous-marine. 

H est très important que l'application des diffé- 
rentes couches de gutta constituant l'isolement soit 
faite avec le plus grand soin, de façon à assurer 
une adhérence parfaite du cuivre à la première cou- 
che, et des différentes couches entre elles. La 



J' £orr-emajhs St . 



Ilrseau des cùbles sous-marins en Extrôtne-O rient. 



2'-{ 



L. 5IASCART — LE CABLE SOUS-MARIN TOURANE-AMOY 



lirL'paralioii cl l'épuration de la gulla sont des 
opéralions délicales, la composition chimique de 
celle malière ayant une intluence énorme sur ses 
((ualités d'isolement el de conservation. La fahri- 





Prolil eu luiiij d'un çùji 
revél 



l'ig. 2 il 4. — Coupes de divers types de câbles suun-niarins 
(côtiei; inlcrmc'Jiaire, grand fond). 

cation de l'âme est, sans aucun doule, la partie la 
plus dirficile de l'usinage dû câble. 

Autour de l'âme, nous voyons un ruban de toile, 
qui a pour but de proléger la gulla contre les aspé- 
rités accidentel- 
les des matières 
formant les cou- 
chesextérieures. 
Puis, dans les 
types d'atterris- 
sements et les 
intermédiaires, 
un ruban de cui- 
vre est enroulé 

sur l'âme pour empêcher les « teredos » de péné- 
trer jusqu'à la gutta. Ces animaux sont, malheu- 
reusement, très friands de la gutta, et, dans les 
mers chaudes surtout, ils détruisent rapidement 
les câbles, si l'on ne prend la précaution d'opposer 
à leurs ravages une 
enveloppe continue 
de cuivre. 

Au-dessus de l'â- 
me, recouverte ou 
non de cuivre, se 
trouvent deux cou- 
ches de jute tanné, 
qui ont pour but de 
garantir l'âme du 
contact de l'arma- 
ture, dans lesf.iints 
oii le câble, par 
suite de coques ou 
de frottements, tend à se déformer : c'est un matelas 
protecteur. 

Enfin, vient l'armature, composée de (ils d'acier. 

Ces fils sont variables suivant les diUérents types de 

câbles, les plus gros étant aux atlerrissemenls.Tous 

ces fils d'acier sont galvanisés. 

Au-dessus de l'armature, nous trouvons une dou- 



ble couche de jule, enduite de composition dite 
« compound », mélange variable de brai, j^du- 
dron, etc., qui doit proléger l'armature el tout le 
câble en formant une enveloppe éianche. 

A tilre d'indication, nous donnons ci-dessous le 
tableau des poids et résistances à la rupture des 
types du câble Tourane-Amoy : 



Alterrissement . 

C.ôtiev 

Intcniiédiaiic. . 
Cninii fiiud . . . 



lo.noo kilos. 
T.;;oo — 

\ . OUI! — 



20.000 kilos. 
13.000 — 

i.rioo - 
c.oiiu — 



le sous-iiuilin, launtrunl les divers 
ucnenls. 




Fig. 6. — Coupe du type d'alterris- 
semcût du câble Brest-Cap Cod. 



Le simple examen des coupes de câbles fait com- 
prendre le rôle de chacune des parties : cependant, 
il nous paraît utile de dire quelques mots des arma- 
tures. 

On conçoit qu'il faille, dans les petits fonds, oii 
les mouvements de la surface se font sentir, proté- 
ger celle âme si délicate contre les blessures que lui 

feraient les as- 
pérités du fond. 
Aussi voyons - 
nous le câble 
d'allerrissement 
muni d'une ar- 
mature de fils 
de 8 millimètres. 
Dans certain ty- 
pes de gros câ- 
bles transatlantiques, on a même mis deux arma- 
tures superposées. La figure G montre la coupi- 
du type d'allerrissement du câble Bre«t-Cap Cod, 
fait par la Société Industrielle des Téléphones. Le 
grand poids d'un tel câble le rend immobile sur le 
fond, et, s'il frotte sur ce fond, l'ainiature le pré- 
servera des avaries. 

Le câble intermédiaire, destiné à être placé dans 
les fonds de 100 à 500 mètres, est déjà beaucoup 
moins gros; les fils de l'armature ont de 4 à 3 mil- 
limètres. Le câble de grand fond a des fils de 2 à 
2"", 5. Évidemment, ces armatures répondent à des 
besoins dilVérents : comme nous venons de le dirr. 
les gros câbles sont protégés contre les frottemenl- 
et les accidents extérieurs (ancres de navires, tilels 
de pêcheurs, etc..) par une armature de gros fil-. 
Les câbles de grand fond ne 'craignent pas ces 
avaries, parce que l'eau est probablement immo- 
bile, et qu'aucune manœuvre d'ancres ou filets ne 
vient troubler les grandes profondeurs de l'Océan. 
Mais, supposons qiie nous ayons un câble san- 
armature, et que nous vouliims le réparer : il faudra 
le remonter à la surface. Pour que celle opération 
puisse réussir, le câble ne doit pas casser; donc il 
doit supporter le poids d'une longueur au nioias 
égale à lu profondeur. 



L. MASCART — LE CABLE SOUS-MARIN" TOURA\E-AMOY 



29 



Par exemple, une ànie de cable qui a o9 kilos 
de cuivre et 59 kilos de ^uUa par mille marin, sup- 
porte, par les fonds de o.OUO mètres, rien que par 
son propre poids (au déplacement de leau près), 

une tension de 118 XT~tpr)^318 kilos pour une 

longueur égale à la profondeur. Celte tension fera 
inévitablement casser lame si celle-ci n'est entourée 
d'une armature qui supporte l'etTort. Ce raisonne- 
ment est d'autant plus exact, que, lors du relève- 
ment d'un câble, on a toujours, au-dessus du fond, 
une longueur de câble supérieure à la profondeur. 
Nous devons donc chercher à obtenir, dans la dé- 
!■ rminalion de l'armature d'un câble de grand fond, 
que le câble puisse, au moins, supporter le poids de 
sa longueur qui sera suspendue dans l'eau. Si cette 
<undition ne donne pas une longueur de sécurité 



difficiles à effectuer, et on fera pour le navire des 
longueurs de câble aussi granules que possible, 
selon le programme de la pose. Il est mauvais 
de multiplier les épissures et joints faits à bord, 
où l'on se trouve dans de moins bonnes conditions 
de travail qu'à l'usine. 

Au fur et à mesure que l'on fait les soudures 
de l'âme, celle-ci passe dans une série de câbleuses 
qui la recouvrent des divers cléments de protec- 
tion. Au sortir des câbleuses et de la machine à 
recouvrir de composition <■ compound •>, le câble 
est fabriqué. 

Pendant tout le travail d'usine, on mesure 
constamment la conductibilité de l'àme et son iso- 
lement, afin d'être prévenu, si un accident se pro- 
duisait à une machine, et ne pas continuer à fa- 
briquer avec une « faute ■> djns le câble. 




Fig. 1. — Coupe schématique du « François-Arago ». — C, chaudière: M, machine; I, II, III, IV, cuves pour le lov^-ge drs 
câbles; P, P', poulies pour le relèvement ou la pose des câbles: R, machine de relèvement; T, machine de pose; D, dyna- 
tûomètre; F, table de friction: L, laboratoire. 



suffisante, nous sommes sûrs que nous aurons des 
difficultés presque insurmontables lors des répa- 
rations. C'est ainsi que certains câbles, dont les 
iirmatures ont été rongées par la rouille, ou dé- 
<-omposées par certains sels du fond, sont irrépa- 
rables et ont élé abandonnés. 

Ayant examiné les diverses parties d'un câble 
sous-marin, nous ne nous appesantirons pas sur 
la fabrication même du câble, ce qui nous entraî- 
nerait trop loin '. Indiquons seulement que, pen- 
dant sa fabrication, lame est soumise à des 
essais électriques nombreux, de façon â s'assurer 
qu'il n'y a pas de défauts dans la gutta : manques 
d'adhérence des diverses couches, bulles d'air 
emprisonnées, etc.. 

Une fois que l'âme est finie, elle se compose de 
morceaux plus "ou moins longs, qui sont réunis par 
des <i joints » les uns aux autres : ces joints i-ont 

' Voir la bibliogiapliie â la fin de l'artic'.e. 



La gutta s'altère rapidement à l'air sec, elle 
perd ses qualités d'isolement et de souplesse. 
.\ussi, dès que le câble est fabriqué, on le love 
dans des cuves étanches, et on le recouvre d'eau. 
Il se conserve ainsi indéfiniment et peut attendre 
l'embarquement sur le navire de pose. 

Les diverses parties du câble sont donc lovées 
dans les cuves de l'usine, proches du quai du port, 
et conservées sous l'eau. Les opérations puremenl 
industrielles sont terminées; il ne reste plus que le 
travail de la « pose ». 

Le navire destiné à poser les câbles sous-marins 
est tout à fait spécial et possède des installations 
particulières. Le croquis ci-joint (fig. 7) représente 
la coupe schématique du vapeur Fraiiçois-Arfigo, 
de la Société Industrielle des Téléphones, qui a 
effectué, entre autres travaux, la pose du càbie de 
Tourane à Amoy. La figure 8 en donne une vue 
d'ensemble. 

Le câble est lové à bord, dans des cuves en tôle 



•30 



L. MASCART — LE CABLE SOUS-MARIN TOURANE-AMOY 



cylindriques à base circulaire (I, II, III et IV), pla- 
cées dans les cales du vapeur. Il est soigneusement 
lové par « galettes » horizontales, très régulière- 
ment formées, et maintenues par les parois des 
cuves et par un cône central en charpente, sans 
aucune aspérité. On aura idée des dimensions de 
ces cuves, en sachant que la cuve II a une hauteur 
de o",t)0 et un diamètre de 1U'",.")(). Lorsque le càblc 
est lové, un tuyautage permet d'introduire de 
l'eau dans les cuves, et, autant qu'on peut le 



poulies A et B fixes, et une poulie C mobile entre 
deux guides verticaux. Le câble passe sur A et B, 
et en dessous de C. S'il n'y a aucune tension, C 
repose sur son support. S'il y a une certaine ten- 
sion, la poulie C montera, et une échelle graduée 
donnera par la position de la poulie la tension, qui 
est fonction de son poids. 

La machine de relèvement (H, fig. 7) se compose 
d'une grande poulie ou tambour, mue par un moteur 
cl vapeur et sur laquelle on enroule le câble ou le 




Fig. 8. — Le « Françoif^-Araf/o », nartro pour la pose dos câliles sous-marins appartenant 
il la Société Industrielle des Téléphones. 



faire à la mer, le câble est maiulenu immergé. 

A la partie avant du navire, sont installées des 
poulies, P de 1 mèlre à l'",20 de diamètre, sur les- 
quelles passeront le câble ou les filins lorsqu'on 
relèvera ou posera par l'avant. A l'arrière du na- 
vire, une poulie P' identique servira à la pose par 
l'arrière. Sur le pont, on voit, à l'avant, un dyna- 
momètre, puis, la machine de relèvement R; â 
l'arrière, un dynamomètre D et la machine de 
pose T. 

Ces dynamomètres sont destinés â donniT â 
chaque, instant la tension du filin ou du câble. 
Leur principe est le suivant (fig. 9) : Soient deux 



fi/i'n à relever. Le diamètre du tambour est de l^.SO 
environ, afin d'éviter les courbures à faible rayon 
et de donner une adhérence suffisante pour empê- 
cher le glissement du câble. On fait, en effet, quel- 
quefois des elTorls de 13.000 kilos. Le moteur h 
vapeur de ces machines a une puissance de loO .i 
200 chevaux. 

La machine de pose (T, lig. 7) a aussi un tam- 
bour, identique à celui de la machine de relèvemeni: 
son rôle est, non de rentrer à bord le câble ou le 
filin, mais de le laisser au contraire aller au dehors, 
à la vitesse que l'on veut. Cette machine est, à crt 
effet, munie de freins très puissants, consistant, eu 



MASCART — LE CABLE SOUS-MARIN TOURANE-AMOY 



3t 



Jeûnerai, en poulies de grand diamètre, frottant sur 
des sabots en bois serrés par des cercles en fer 
ifig. 10). Elle possède aussi un moteur à vapeur, 
beaucoup moins puissant que celui de la machine 




rig. 9. — Dynamomètre pour la mesure de la tonsioa des 
cibles. — A, B, poulies fixes; C, poulie mobile. 



de relèvement, et qui ne sert guère que pour l'em- 
barquement du câble. 

A coté de la machine de poSe, nous voyons une 
sorte de table inclinée, dite table de friction (F, 
tig. 7). Les masses de fonte B (fig. 11) peuvent s'ap- 
procher ou s'écarter. Opposant au mouvement du 
câble un frottement plus ou moins fort. C'est encore 
un modérateur du mouvement. Songeons, en effet, 
que les tensions du câble seront considérables. Avec 
du i^rand fond comme celui du câble Tourane- 




Fig. 10. — Freins de la machine de pose des câWes. 

Amoy, qui pèse 2.000 kilos le mille (1.852 mètres), 
nous aurons une tension de -i. 000 kilos par les fonds 
de 3.600 mètres, le navire étant stoppé sur le câble 
déplacement d'eau à part;. Il faut que les freins 
puissent y résister. 

Enfin, sur le pont du navire, sont installés de 
nombreux rouleaux-guides, permettant de con- 
duire le câble d'une cuve quelconque aux machines, 
et réciproquement. 

Sous la passerelle, se trouve le laboratoire (L, 
lig. 7;, qui est muni de tous les appareils de 
mesures électriciues et d'échange de signaux télé- 
graphiques avec les guérites. Le lecteur curieux de 
connaître les détails de ces mesures pourra recourir 



aux volumes que nous indiquons dans la bibliogra- 
phie. Il nous suffit de savoir que les essais consis- 
tent en mesures de résistances et de capacités. La 
précision de ces mesures étant indispensable pour 
le succès des opérations, nous avons, à bord des 
navires télégraphiques, les instruments les plus 
perfectionnés. 

II 

Maintenant que nous connaissons le navire, sup- 
posons-le venu le long du quai, proche des cuves de 
l'usine qui contiennent le câble fabriqué. Nous 
allons procéder â l'embarquement dans l'ordre 
prévu pour les opérations de pose, ou, plus exacte- 
ment, dans l'ordre inverse, de façon que les parties 




Fii.'. 11. — Table de friction. — B, masses Je fontes mobiles. 

que nous devons poser les premières soient â la 
partie supérieure des cuves. 

Ainsi que nous lavons dit plus haut, pendant la 
dernière phase delà fabrication, l'usine nousapré- 
paré les fractions de câble par grandes longueurs; 
nous n'aurons donc pas d'épissures ni de joints à 
faire. 

Le câble sortant de la cuve de l'usine passe sur 
une série de rouleaux-guides, et arrive â bord où 
il est tiré par la poulie d'un treuil ou d'un moteur 
quelconque. Cette poulie est munie d'un «jockey », 
qui assure l'entrainement du câble (fig. 12). De cette 
poulie, le câble descend dans la cuve, où des hommes 
le lovent soigneusement. On a soin de laisser tou- 
jours les bouts de chaque morceau à l'extérieur, de 
façon à pouvoir faire les mesures en y fixant les fils 
de secours qui vont au laboratoire. 

Le chargement d'un navire comme le François- 
Anigo, qui prend 2. .500 
tonnes de câble, de- 
mande une dizaine de 
jours. Dès que tout le 
câble est embarqué, on 
remplit les cuves deau, 
et on fait les mesures 
de résistance du cuivre 
et d'isolement. 

Le navire, étant chargé de câble, se rend sur les 
lieux de travail. Les opérations de la pose se font 
généralement de la manière suivante : 




\i. — ■ Poulie munie d'un 
Jockey pour assurer l'en- 
trainement du câble. 



:i-2 



L. MASCART — LE CABLE SOUS-MARIN TOURANE-AMOY 



1" Sondages (s'ils n'uni pas (''lé l'ails avaiil) sur 
la ligne du cable projeté, et reionnaissaiice exacte 
des allerrissements; 

2° Pose des allerrissements; 

3° Pose des intermédiaires et du grand l'ond. 

L'iniporlance des sondages est considérable. 
Lorsque le câble est au fond, il est nécessaire, pour 
sa conservation, qu'il repose complètement, c'est-à- 
dire; qu'il ne Irancliisse pas en « pont» une dénivel- 
lation, une vallée sous-marine par exemple. .\ cet 
etîel, lorsque nous posons sur une pente, nous 
mettons une longueur de câble plus grande que la 
distance borizontale des deux points extrêmes, de 
façon que le câble repose pni'Iont. Mais nous ne 
pouvons met- 
tre ainsi du 
« mou " d'une 
façon judi- 
cieuse que si 
nous connais- 
sons parfaite- 
ment les pen- 
tes, et si la 
déclivité n'est 
pas trop con- 
sidérable. 

Comme il 
existe, en cer 
tains point», 
de véritables 
chaînes de 
montagnes 
sous-marines, 
il est indis- 
pensable de 
les éviter. Les 
réparations 
seraient, en 
ces endroits, sinon im])ossibles, du moins extrê- 
mement difficiles. 

De plus, lorsi]ue nous posons le câble, nous 
sommes obligés de le r<'leuir: sans quoi, entraîné 
par son poids, il prendrai lune vitesse énorme et se 
mettrait en paquets sur le fond. U faut, pour savoir 
la tension à faire subir au câble, afin (pTil ail un 
(■ mou » déterminé, connaître la profondeur. 

Nous ajouterons qu'il serait, bien souvent, utile 
de connaître à l'avance exactement les profondeurs 
et les tenii)ératures du fond, pour établir le |)rojet 
même du câble. L'isolement de la gutta varie très 
rapidement avec la pression et la température, et 
nous pourrions, sur des bases exactes, calculer 
l'isolement à demander au càbleen usine pour être 
sûrs d'avoir un isolement donné pour le câble 
posé. 

Il est Ilonc indispensable d'elTecluer des son- 




Kig. 13. — Lovat/c, sur un chalaad, du càbic J'altcrrisaemcat Bresl-Cap Cod. 



dages précis, et rapprochés autant qu'il le faudi-a 
pour être sûr du profil du fond. 

Les appareils de sondages par grand fond sunl 
nombreux, et consistent presque tous en un poids 
plus ou moins lourd, pendu à un fil d'acier à haute 
résistance (2.'iO kilos par millimètre carré), de failjb' 
diamètre (0""", 75), dit « corde âpiano ". Ce poidse^l 
destiné à rester sur le fond après avoir indiqué, 
par la chute de tension du fil, qu'il est arrivé au 
fond, et, en même temps, avoir enfoncé dans le sol 
un tube ou tout autre appareil, qui rapportera un 
échantillon de la nature du fond. 

Quant aux allerrissements, on les étu<lie très 
exaclenient pour éviter les dangers locaux qu.' 

peut courir le 
câble (ancres 
de navires, 
arêtes de ro- 
chers, gros 
brisants à la 
plage, cou- 
rants V i (I - 
lents, etc. . 
Laposedes:il- 
terrissemeiil^ 
se fait géné- 
ralement a\i e 
des chalaniU 
ou des em- 
barcation s. 
car il est rare 
(\ue le naviii^ 
puisse apprii 
ehersuflîsaiii- 
rnent la plage. 
La figure lii 
montre le lo- 
vage, à bord 
d'un chaland, d'un câble d'atterrissement. Pour 
amener le bout du câble sur la plage, dans la 
tranchée qui doit le recevoir, on le suspend, dans 
l'eau, à des fiolteurs (barriques) quelconques, et 
on hâle le bout à terre. Lorsque le bout esl à terre, 
amené à la guérite où commence la ligne aérienne 
ou souterraine, on coupe les liaisons du câble avei' 
les ilotteurs, et il coule dans le fond. 11 ne faut pas 
oublier que le poids des câbles d'atterrissement 
est très grand, de 10 à 20.000 kilos par mille, et 
on conçoit la diflicnllé de placer en un point donne': 
un pareil conducteur. 

Lorsque le chaland a atteint le navire cl que le 
bout du câble esl à terre, on peut commencer la 
pose du reste du câble d'atterrissement, en se 
dirigeant sur la ligne déterminée à l'avance pour 
le tracé du câble. La figure l-imont(;e,schématiqiM'- 
ment, le travail d'un chaland sur un atlerrissemeul. 



L. MASCART 



LE CABLE SOUS-MARL\ TOURANE .\M(iY 



•M 




FiiT. 14. — Travail iTun flialand sur un adi'rris^ 



Dès que le n;ivire commence la pose, le 1 ibora- 
loire commence une série d'essais, consistant en 
mesures et en signaux réguliers avec la guérite. 
On appelle guérite le bureau télégraphique où se 
trouve le bout du câble. Le navire reste donc en 
communication télégraphique constante avec la 
guérite. 11 importe d'être prévenu immédiatement 
si une fatilc se 
déclare dans le 
câble, pour la 
réparer sans 
perle de tenjps. 

Les fautes en 
cours de pose, 

heureusement rares, sont dues généralement aux 
causes suivantes : éclatement d'une bulle d'air 
emprisonnée dans la gulla, corps étranger incor- 
poré à la gutta, ou pénétrant dans le câble jusqu'à 
l'âme. Ce dernier cas s'est produit plusieurs fois 
de suite pendant la pose du premier câble trans- 
atlantique : des morceaux de fil de fer tombés sur 
le cable dans les cuves y étaient enfoncés. 

Lorsque le navire atteint la limite fixée pour 
le câble d'atterrissement ou l'intermédiaire, on 
arrête la pose et on met le câble i' sur bouée » 

Cette opération consiste à couper le câble, à le 




Fig. 15. — MJsc sur houée de rcxlrémité d'un câhle 
'l'altcrrissoment. 



fixer à une chaîne maintenue sur le fond par un 
champignon et reliée à une bouée par un filin. 
Lorsqu'on voudra, à la fin de la pose, relier le 
bout du grand fond à celui de l'intermédiaire, on 
n'aura qu'à relever le filin fixé à la bouée pour 
repêcher le bout du câble. 

Nous avons donc mis sur bouée ce bout du 
premier atterrissement. Le navire ira à l'autre 

REVIE GÉ.NÉRALE DES SCIENCES, 1902. 



atterrissement, le posera, puis il se mettra en 
route pour poser le câble de grand fond, en suivant 
le tracé aussi exactement que possible. Lorsqu'il 
approchera de la bouée du premier atterrissement, 
il la relèvera et aura à bord les deux bouts de la 
ligne. Après épreuves, il fera '.e joint, puis 
l'épissure des armatures. Lorsque l'épissure est 

finie, le câble, 

^-^ en double, ne 

tient plus à 

bord que par 

une « bosse ■> 

en filin i fig. 16). 

C'est l'épissure 

finale. Un coup de hache sur la bosse, le câble 

coule et la pose est terminée. 

Telle est la marche générale d'une pose, dans 
le cas où le navire est assez gros pour porter 
tout le câble. Dans le cas contraire, il s'arrête de 
poser quand il est au bout de son chargement, 
met le câble sur bouée et revient à l'usine prendre 
le reste du câble. En retournant à la bouée, il 
relève le câble, fait l'épissure et repart, en ron- 




Fig. 16. 



Dernière période de la pose d'un câble, 
sous-marin. 



tinuant la pose comme dans le premier cas. 
Nous allons donner un exemple numérique pour 
mieux faire comprendre la chose. Supposons que 
nous ayons à poser, entre deux points A et B, un 
câble composé de : 

.. . ( Atterrissement 8 milles. 

'' ' ' ( Intermédiaire 26 — 

Grand fond 700 — 

r* 



:i'. 



L. MASCART — LE CABLE SOUS-MAHl.N TOURANE-AMOY 



if liiterméfliair'e . 
( Attcrrissemenl 



Les poids des trois types sont. i)ai- mille, de 
10.000 i<ilos pour l'atterrissemenl, ."l.dOll ]ioiir l'in- 
lermédiaire e( ïi.OOO pour le j^rdiui fond. 









^■Ilterrl-r ' 
a milles 


A 




Jriln'infet 
L'ti KtdU 


A 











.Jller, 


M.' B 


lO „ 


uUes 


JnU-r 


nM . B 


65 r 


niltc^ 



l'.li:if(ji'incnl ilc 



jrcs pour Ui poxr Jr 



F'f;. 18. — Schéain de la posf d'un cùbL 



Nou.s ferons notre ciiargeuienl de la l'aeon sui- 
vante (fig. 17) : 

Cuve I. Cuve II. Cuve 111. Cuve )\'. 

210.000 kft 1.000.000 400.000 42:;. 000 

Poids toliil. iAKi:\ tonnes. 

Nous poserons dans l'ordre suivant (fig. 18) : 
Atterrissement et intermédiaire de A, mise sur 
bouée en C; pose de l'atterrissement et intermé- 
diaire de B, pose du grand fond en faisant route 
sur C. Arrivé en 

C, on relève le Epissun^ jinala 
câble, puis on ^ .-itt' ^ /„tcrm^ ç^ 

fait l'épissure 
finale en C. 

Si nous n'a- 
vons pas pu prendre tout le câble, nous nous 
arrêterons dans la pose en un point D où nous 
mettrons sur bouée le grand fond, et nous vien- 
drons le reprendre là quand nous aurons été cher- 
cher le reste à l'usine. 



III 



L'exploitation des câbles sous-marins se fait 
d'une façon différente de celle des lignes aériennes, 
à cause de la grande résistance de la ligne et de sa 
grande capacité. La propagation de l'électricité y a 
lieu d'une façon assez lente, et la rapide succession 
des signaux télégraphiques ordinaires y produirait, 
sur le galvanomètre récepteur, des déviations ou 
signaux ininlelligibles. Le câble se comporte 
comme -un condensateur; il prend une charge (ju'il 



faut faire disparaître, avant de' continuer 1rs 
signaux, en ramenant le câble à l'état neutre, sans 
quoi on a des superpositions. 

L'alphabet Morse, qui est généralement employé 
sur les lignes sous-marines, composé de traits et de 
points, est interprété comme points par les dévia- 
tions à droite ou les points en haut d'une bande de 
papier, et comme traits par les déviations à gauche 
ou les points en bas. 

On conçoit qu'on ait grand iiilérét à faire des 
signaux i)ar points et par traits, par des émissions 
de courants de sens contraire, pour réduire la lon- 
gueur de l'onde électrique et rainiMier plus vile Ir 
câble à l'état neutre. 

Pendant l'exploitaticm du câble, on fait des 
mesures à intervalles réguliers, et on enregistir 
les résultats pour suivre l'état général du câble. Il 
est rare, en effet, qu'une faute se déclare brusque- 
ment, ou du moins amène l'interruption brusque 
des communications, à moins que ce ne soit une 
rupture complète produite par un effort mécanique 
extérieur. 

Souvent, une faute se manifeste, d'abord légère , 
puis va en s'accentuant, sans que les communi- 
cations soient interrompues. Il arrive même ce fait, 
qui parait paradoxal, qu'une faute d'isolement aug- 
mente la vitesse de transmission en rendant les 
signaux plus nets : en effet, le câble revient plus 
vite à l'état neutre. Certains esprits novateurs ont 
songé à utiliser celte qualité en créant des fautes 
artificielles; elles ont, malheureusement, l'incon- 
vénient de ne pas comprendre leur rôle et de devenii' 
des fautes graves. Quoi qu'il en soi!, il faut suivii' 

soigneusement 
le dévelop]>c- 

p Inlermrd -JU t B mCU t d'uue faull' , 



pour prévoir li' 
moment où elle 
deviendra dan- 
gereuse et où if faudra la rc'parer. 

Les principes suivants forment la base de l.i 
recherche des fautes : si l'on a un défaut d'iso 
leinent en un point, que le cuivre communique 
avec la mer, une mesure de résistance faite de l:i 
guérite donnera un résultat inférieur à, la résistauci' 
totale du câble, puisque le défaut créera une teiie 
en ce point. Si l'on a une rupture de l'âme sans 
contact avec la mer, une mesure de capacité don- 
nera, par comparaison avec la capacité du câble 
non avarié, la position de la faute. Les localisations 
de fautes sont très dif'lii-iles,quelquefoisimpossii)les 
tant que la faute est légère. Mais, à mesure qu'elle 
s'aggrave, la localisation devient plus facile, et ;iu 
moment où la réparation s'impose, on a générai- 
leinent une indication nette de la position. 

On marque cette position sur la carte, et ou 



D' P. DESFOSSES — LE PANSEMENT MODERNE D'UNE PLAIE 



35 



L'iivoio un navire télégraphique, muni d'un approvi- 
sionnement de cable neuf. La première opération 
est de mouiller une bouée, à côté de laquelle sta- 
tionne le navire, pour en déterminer la position par 
des observations astronomiques. Celte bouée sera 
la base du travail reporté sur la carte et le point de 
repère pour rechercher le câble, dont on connaît la 
position, aux approximations du calcul nautique 
près. 

Après avoir sondé, le navire descendra un grappin 




19. — Sccli'ju (J'uB câble dcfcclueux cl rel'-vcinenl 
du wauvais bout. 



au fond et commencera à draguer le câble suivant 
une perpendiculaire à la direction générale du 
câble. Si l'on est dans les petits fonds, ou que, dans 
les grands fonds, le câble ait assez de « mou », on 
relèvera le grappin lorsque le dynamomètre indi- 
quera qu'on a croche le câble, et on amènera le 
câble à bord, en double. On coupera le câble après 
avoir soigneusement bossé les deux bouts, et, en 
essayant au laboratoire, on s'apercevra que la faute 
est d'un côté ou de l'autre de la rupture. Le bon 
bout étant remis à l'eau, « sur bouée », on relève 
le mauvais jusqu'à ce qu'on ait la faute à bord, à 
moins que les mesures n'indiquent la position de 
cette faute comme trop éloignée, auquel cas on 



peut avoir avantage à aller draguer plus près 
d'elle. 

Si l'on est par grands fonds et qu'on ne puisse 
amener à bord le câble en double, à cause de la 
tension exagérée qu'on lui ferait subir, on le cou- 
pera dans le fond avec un grappin spécial, et on ira 
le draguer un peu plus loin pour l'amener à bord 
(fig. 19). Cette opération est plus longue; on peut 
être obligé de faire trois dragages avant d'avoir le 
bout mauvais à bord; on risque donc d'être inter- 
rompu par du mauvais temps. 

Lorsque la faute est à bord, et qu'on reconnaît, 
après avoir coupé le câble, qu'on est en communi- 
cation avec la guérite, on fait l'épissure sur du 
câble neuf de l'approvisionnement, et le navire pose 
vers la bouée qui porte le bon bout, oi'i il fait une 
épissure finale, comme s'il s'agissait de la fin d'ui;f! 
pose. 

Chacun des détails de cette opération, largement 
esquissée, est délicat et les circonstances du 
moment amènent autant de façons de procéder. 
Aussi bien il n'existe aucune règle absolue dans cet 
ordre d'idées ; l'ingénieur doit s'inspirer de la 
situation pour surmonter les difficultés qui sur- 
gissent à chaque instant. 



IV 



Pendant de longues années, les travaux de câbles 
sous-marins ont été monopolisés par les Anglais. 
Depuis quelques années, les efforts de l'industrie 
française ont permis de créer un personnel et un 
matériel qui ne le cèdent en rien à ceux de nos 
rivaux. Les poses de câbles neufs, les réparations 
difficiles exécutées avec succès par nos compa- 
triotes ne se comptent plus. En particulier, nous 
pouvons dire que la pose du câble de Tourane- 
Amoy est une preuve éclatante de la perfection 
de notre industrie '. 

L. Mascart, 

Lieutenant do vaisseau 
Commandant le Frnncois-Ara^/o. 



LE PANSEMENT MODERNE D'UNE PLAIE 



Toute plaie qui n'est pas immédiatement mor- 
telle, présente une tendance naturelle à la 
guérison. 

Le plus grand, on pourrait dire l'unique, obs- 
tacle à la réunion des plaies est l'infection. 

L'infection des plaies est causée par des micro- 
organismes -vivants, qui empêchent la coalescence 
des tissus et déterminent la formation du pus. 

Le Siaphylococciis pyogenes, le Strcptococeiis 



sont les principaux, les plus fréquents agents 
d'infection des plaies. Le Staphylococciis pyogenes 
est le microbe des furoncles, des panaris ; c'est 
l'agent des suppurations communes. Le Slreplo- 
concus est l'agent des suppurations graves; une 

' Bibliograpliic. — E. Wcnschendobkp .- Traité de Téléijia- 
phie sous-manne. — H.-D. Wilkinson : Submarine cible 
Laying and Repairing. — J. Er.TON Xov^iO : Electrical (o.sf;«:/ 
for Telegraph Enginccrs. 



D' P. DESFOSSES — LE PANSEMENT MdDEliNE I) UNE PLAiE 



variété de Sireplocorciis est l'agent de l'érysipèle. | 
Dans certaines plaies, on observe parfois une 
coloration bleuâtre du pus ; cette coloration est 
due au Bncilhis pyocytinciis. 

Staphylocoque, streptocoque, bacille pyocyani- 
que peuvent vivre en présence de l'air ; d'autres 
agents d'infection des plaies sont, au contraire, 
anaérobies : ce sont le microbe du tétanos (bacille 
de Nicola'ier), le vibrion septique et un grand 
nombre de bacilles que les publications de Veil- 
lon et de son école ont montré agents des pro- 
cessus gangreneux et fétides. 



La Chirurgie moderne à sa naissance crut que 
les germes infectant les plaies étaient apportés 
par l'air ; la technique antiseptique de Lister était 
dirigée contre l'infection par l'air, et c'étaient les 
micro-organismes de l'atmosphère que Lister 
croyait détruire par ses appareils à pulvérisation, 
son spray. 

Pasteur ne pensait pas ainsi ; en 1878, à l'Aca- 
démie- de Médecine, il a dit : 

V Si j'avais l'honneur d'être chirurgien, pénéiré 
comme je le suis des dangers auxquels exposent 
les germes des microbes répandus à la surface de 
tous les objets, particulièrement dans les hôpitaux, 
non seulement je ne me servirais que d'instruments 
d'une propreté parfaile, mais, après avoir nettoyé 
mes mains avec le plus grand soin et les avoir 
soumises à un flambage rapide, ce qui n'expose 
]ias à plus d'inconvénients que n'en éprouve le 
l'aineur qui fait passer un charbon ardent d'une 
main dans l'autre, je n'emploierais que de la char- 
pie, des bandelettes, des éponges préalablement 
exposées dans un air porté à la température de 130 
à lîiO" ; je n'emploierais jamais qu'une eau qui 
aurait subi la température de 110 à 120°. Tout cela 
est très pratique. De cette manière, je n'aurais à 
craindre que les germes en suspension dans l'air 
autour du lit du malade ; mais l'observation nous 
montre chacjue jour que le nombre de ces germes 
est pour ainsi dire insignifiant à côté de ceux qui 
siinl répandus dans les poussières, à la surface des 
(ilijels l'u dans les eaux communes les plus 
limpides. >' 

La t'iiirurgie, aujourd'hui, se conforme aux idées 
de Pasteur. 

II 

La condition primordiale du pansement d'une 
plaie doit élre d'empêcher l'infection des plaies, de 
tenir les micro-organismes nocifs éloignés de l;i 
plaie. 

Si une-i>laie était abstdumenl i>rivée de germes. 



le seul rôle du pansement serait d'empêcher l'ap- 
port des germes à la surface des plaies; mai-; 
toute plaie est plus ou moins infectée. 

Les plaies mêmes que le chirurgien fait avec di ; 
instruments stériles ne sont qu'exceptionnellement 
exemptes de germes. 

Auché et Chavannaz, en ensemençant du liquide 
puisé dans le péritoine à la fin d'opérations abdo- 
minales, n'ont vu que dans trois cas seulement, 
sur 24 hiparatomies, le liquide puisé ne donner 
aucune culture ; dans tous les autres cas, les cul- 
tures ont montré des microbes divers, staphyloco- 
ques principalement. Des résultats analogues 
avaient été obtenus par Kiggenbach, par Briinner, 
par Budinger, par Lan/ et Flach, par Garnier. 

Le chirurgien infecte la plaie qu'il produit: on 
peut supposer a priori que les plaies accidentelles, 
causées par des instruments ou des objets non 
stériles, ne sont pas aseptiques; en fait, tous les 
auteurs qui ont étudié la bactériologie des plaies 
accidentelles ont trouvé que. dans presque tous les 
cas, les micro-organismes foisonnaient. 

Le chirurgien, en présence d'une plaie, doit donc 
se demander comment empêcher l'aclion nocive des 
micro-organismes répandus à la surface de la plaie. 

Au début de la période antiseptique, on essaya 
de tuer les germes à la surf.ice des plaies. On irri- 
gua abondamment les plaies avec des solutions 
fortes d'acide phénique. Or, pour qu'une substance 
chimique arrive à tuer un microbe, il faut un 
temps relativement long ; de plus, certains mi- 
crobes, outre leur forme ordinaire de développe- 
ment, ont une forme plus résistante, qui est la 
spore, contre laquelle les antiseptiques chimiques 
sont presque sans action. Si, par exemple, une solu- 
tion d'acide phénique à 2 ° „ est capable de tuer en 
une minute les bacilles du charbon, une solution 
plus forle, à 5 ° ,,, agissant plusieurs jours, n'exerce 
aucune influence nocive sur les spores de la même 
bactérie. D'autres antiseptiques, le sublimé, l'iode, 
arrivent à détruire ces spores, mais il leur faut un 
lemps long : vingt-quatre heures environ. 

Dans une plaie, les micro-organismes ne sont pas 
disposés à la surface, en semis; mais il sont plus 
ou moins enfouis dans les tissus, enrobés dans les 
caillots sanguins, inclus dans les flocons grais- 
seux ; l'antiseptique passe sur eux sans les 
atteindre. Que l'on prenne des fils de soie chargés 
de microcoques pathogènes, qu'on les imprègne 
d'huile, on peut les exposer ensuite des semaines 
et des mois aux solutions les plus concentrées 
d'acide phénique ou de sublimé, les germes 
resteront intacts. Les graisses, dans les plaies, 
ont un rôle isolateur semblable à celui de l'huile 
dans l'expérience précédente 

Les recherches de Bossowski de Tavel, de 



D' P. DESPOSSES 



LE PANSEMENT MODERNE DUNE PLAIE 



37 



Stoeheli, etc., ont montré que les plaies opéra- 
toires faites et pansées suivant la méthode anti- 
septique contenaient presque toujours des germes. 
Les solutions antiseptiques n'arrivent donc pas à 
tuer tous les micro-organismes; certaines d'entre 
elles sont nocives pour les tissus du corps humain. 
Les faits de gangrène d'un doigt ou de l'extrémité 
d'un doigt à la suite des applications d'acide phé- 
nique étaient, il y a quelques années, relativement 
frétjuents. Que l'on regarde avec attention une 
plaie fraîche, que l'on soumet à une irrigation avec 
une solution forte d'acide phénique, on voit la 
plaie, tout à l'heure rouge, prendre un aspect gri- 
sâtre ou blanchâtre, se couvrir d'une couche grise 
d'éléments cellulaires nécrosés. Eicken a étudié 
attentivement les modifications apportées aux 
tissus par les antiseptiques; il a vu que tous les 
antiseptiques altéraient les tissus et que les allé- 
rations les plus profondes étaient causées par 
l'acide phénique. 

Uue irrigation, même prolongée, faite avec une 
solution antiseptique, est donc incapable de désin- 
fecter une plaie ; elle peut être nuisible. 

Ce qu'il faut faire, c'est débarrasser, par le net- 
toyage, la plaie de la plupart des germes importés; 
et, en second lieu, empêcher l'action nocive des 
germes restants, par l'emploi d'un pansement ab- 
sorbant. 

Nettoyage, détorsion mécanique des plaies d'une 
part; absorption des sécrétions des plaies d'autre 
part, sont les basés de tout pansement. 

Dans toute plaie s'accumulent plus ou moins des 
caillots sanguins, des fragments de tissus détachés 
ou sphacélés. Caillots sanguins, sécrétions, frag- 
ments de tissu sont les réceptacles des microbes, 
ce sont des milieux de culture excellents pour le 
développement des germes pathogènes. 

La phagocytose arrive assez facilement à débar- 
rasser une plaie des germes nocifs, s'ils ne sont 
pas en trop grande abondance, ou s'il ne sont pas 
doués d'une virulence excessive. 

Le pansement devra aider l'organisme dans sa 
lâche en ne laissant pas s'accumuler de liquide 
dans la plaie, en absorbant les sécrétions de la plaie 
au fur et à mesure de leur production. Il est impos- 
sible d'enlever tous les micro-organismes de la 
plaie; on les rendra inoffensifs en débarrassant la 
plaie de leurs produits de sécrétion. 

Preohajensky a montré qu'un pansement qui 
réalise des conditions d'absorption et d'évapora- 
lion suffisantes suffit à empêcher la pénétration 
des principes toxi-infectieux dans l'intérieur de 
l'organisme. La souris blanche est très sensible à 
la strychnine ; quelques milligrammes suffisent 
pour la tuer ; or, des plaies superlicielles ou pro- 
fondes faites à des souris et recouvertes do stry- 



chnine n'amenaient pas la mort de l'animal, si la 
plaie était pourvue d'un pansement à la gaze légè- 
rement humide. De même, des plaies expérimen- 
tales faites â des chiens et couvertes de sang 
putride guérissaient sans suppurer si on les recou- 
vrait de pansements absorbants. 

Tout pansement doit donc être précédé d'un net- 
toyage aussi complet ({ue possible de la plaie; la 
siccité parfaite des surfaces cruentées est une con- 
dition d'une importance extrême, reconnue de tout 
temps. La suture de la plaie sera effectuée aussi 
souvent qu'on le pourra, car la suture, en rappro- 
chant les tissus, favorise leur coaptation, empêche 
les sécrétions, diminue considérablement les 
chances d'infection. La suture n'est bonne que si les 
tissus sont sains et coupés nettement. Toute plaie 
profonde anfractueuse dont l'hémostase est incom- 
plète sera drainée ; sans cela, la suture, laissant 
au-dessous d'elle un espace mort, serait nuisible, 
en favorisant la stagnation des liquides septiques. 
Le pansement doit être absorbant : c'est une des 
principales conditions; la gaze, à ce point de vue, 
est le meilleur agent de pansement, non pas qu'elle 
soit extrêmement absorbante, mais elle évapore 
bien, tandis que l'ouate hydrophile, si elle absorbe 
davantage, évapore mal. De plus, la gaze est un 
tissu cohérent, qui ue laisse pas de brindilles col- 
lées à la surface de la plaie, comme la charpie ou 
le coton hydrophile. 

La gaze légèrement humide, t(?lle que celle qui 
est stérilisée par la vapeur fluente sous pression, est 
préférable à la gaze absolument sèche, car elle 
absorbe plus vite. 

Le pansement doit assurer en même temps la 
perméabilité du dedans en dehors, et l'occlusion 
du dehors en dedans. 11 est à la fois absorbant 
pour les germes de la plaie, occlusif pour les 
germes extérieurs. 

Une autre condition, également nécessaire, de 
tout pansement, est que le pansement ne soit pas 
par lui-même une cause d'infection. Il faal donc 
poser en principe que » loute substance destinée à 
être mise en contact avec une plaie doit être abso- 
lument privée de germes » (C. Schimmelbusch). 

Le pansement doit, en outre, protéger la plaie 
contre les heurts extérieurs, cause de souffrance 
pour le blessé. Aussi est- il nécessaire, en général, 
d'ajouter, par-dessus les couches de gaze stérilisée 
absorbante, une certaine épaisseur de ouate des- 
tiné à faire matelas, tampon, contre les chocs, et à 
rendre la pression de la bande fixatrice plus égale 
et plus efficace. 

m 

Il est uu certain nombre de pratiques transmises 
par l'ancienne chirurgie et qu'il faut abandonner : 



:{.s 



D' P. DESFOSSES 



LE PANSEMENT MODERNE D'UNE rM..\lE 



ce sont le lavnge des plaies avec une eau quelconque 
non stérilisée, rexploralioniulerapeslive des plaies. 

Schimmelbuscli montre, par un exemple, l'in- 
tluence néfaste que peut avoir le lavage des plaies 
avec une eau souillée de germes. l'ar de multiples 
expériences faites à la clinique de von Bergniann, 
il avait constaté qu'à l'heure de la leçon du profes- 
seur, le nombre de germes qui se déposaient en une 
demi-heure sur une surface de un décimètre carré 
variait de 00 à 70 ; ce chifTre était encore plus 
réduit quand l'expérience était faite, à l'air libre, 
dans le voisinage des bâtiments de la clinique. Le 
long des installations de celte clinique passe la 
Sprée, dont les eaux contiennent en moyenne 
;j7.o23 germes par centimètre cube. « Or, dit-il, 
admettons qu'un batelier de la Sprée se blesse et 
supposons que cette plaie présente une surface d'un 
décimètre carré; s'il se rend à la clinique avec îa 
plaie laissée à nu, intacte, exposée au contact de 
l'air et qu'il s'écoule une demi-heure avant l'appli- 
cation du pansement, au maximum 00 à 80 germes 
se seront déposés sur la blessure, tout superficiel- 
lement, à la surface du sang coagulé. Mais, si le 
blessé, suivant un usage bien enraciné, arrose lente- 
ment et à fond la plaie pour la <■ nettoyer » avec un 
litre d'eau puisée à la Sprée, on peut calculer que 
:57 millions de microbes auront été en contact avec 
elle ». 

On ne doit donc laver une plaie que si l'on a de 
l'eau propre (bouillie ou stérilisée sous pression) à 
sa disposition. Sinon, il est préférable d'appliquer 
un pansement après avoir laissé saigner la plaie ; 
le sang aseptique venant de la profondeur nettoie 
suffisamment les blessures. 

L'exploration des pluies à l'aide des doigts ou 
des stylets doit être abandonnée. Qu'importe la 
profondeur de la plaie; si elle est aseptique, elle 
guérira sans incidents. Une exploration laite avec 
des instruments quelconques n'aurait d'autre efTet 
(jue de favoriser l'infection et de provoquer parfois 
une hémorragie. L'exploration dune plaie ne doit 
être faite que par le chirurgien muni des instru- 
ments nécessaires et dans des conditions données : 
dans une plaie de la main, par exemple, poursutu- 
rcr des tendons coupés ; dans une plaie de l'abdo- 
men, pour arrêter une hémorragie interne, pour 
suturer un intestin ouvert. 

Les personnes insufUsaminrnt instruites ou insuf- 
lisamment outillées d(3ivenl se contenter d'appli- 
quer un pansement : quelques couches d'une sub- 
.slance sèche aseptique maintenues par une bande. 
Si l'on n'a pas de gaze stérilisée, il faut se rappeler 
que les linges fraichemeni lavés ou fraîchement 
repassés ne renferment en général que fort peu de 
germes e,t conviennent parfaitement pour un pan- 
.semeiil d'urgence. L'hémostase sera assurée par la 



compression exercée par le pansement tixé par la 
bande modérément serrée. 



IV 



A moins d'une hémorragie redoutable, qui néces- 
site une intervention immédiate, être propre doit 
être la première pensée d'unes personne appelée à 
faire un pansement. 

Au moment de faire un pansement, on doit : 

l'aire disposer sur une table tous les objets 
nécessaires au pansement : eau bouillie pour le 
lavage des mains, eau bouillie pour le lavage de la 
plaie, in.struments flambés stérilisés ou stérilisés 
par l'ébullition, compresses de gaze, ouate et i 
bandes ; 

Faire garnir le lit du malade, s'il est couché, d'une 
alèze ou de serviettes placées au-dessous de la 
partie du corps lésé pour éviter les souillures. 

Dans les manœuvres de pansement, il faut agir 
sans brusquerie, avec grande douceur, mais avec j 
fermeté. Un débutant tâtonne et fait souffrir le " 
patient; le chirurgien exercé agit vite, mais il a 
« la main douce ». , 

' La désinfection des mains sera pratiquée d'après 1 
les règles usuelles : 1° brossage et lavage à l'eau 
chaude et au savon ; 2° brossage et lavage à l'alcool ; 
3" lavage dans l'eau stérilisée ou dans une solution 
de sublimé. Le brossage et lavage à l'eau chaude et 
au savon constitue le temps ]irincipal de la désin- 
fection des mains. 

Le malade étant assis ou couché, on nettoiera 
alors la plaie et la périphérie de la plaie avir 
des compresses stérilisées, légèrement humectées 
d'eau stérile. Il est inutile de laver à grande 
eau; il faut simplement déterger la plaie des 
débris qui peuvent la souiller. Si des croiltes se 
sont amassées au pourtour de la plaie, il faut lis 
détacher avec une spatule. En pratiquant le lavaf;r. 
veillez à nettoyer d'abord la plaie, puis la péri- 
phérie de la plaie; ne ramenez pas sur la solutidii 
de continuité le tampon qui a balayé la crasse iie- 
riphérique. 

Quand il s'agil d'une plaie de la main ou du pird 
chez des ouvriers dont les téguments sont souvent 
souillés des enduits gras des machines ou dis 
matières colorantes des peintures, il est nécessairr 
d'avoir recours à un lavage complet à l'eau chaudi 
et au savon, puis à l'éther et à l'alcool. 

La plaie, réunie ou asséchée, est recouverte dr 
plusieurs couches de gaze stérilisée, par-dessn- 
lesquelles est placée une épaisseur de plusiem-^ 
centimètres d'ouate hydrophile; le tout sera main- 
tenu par une bande roulée, une écharpe ou un 
bandage. »* 

Il y a queli|ues années, et en commémoralioii 



HENRI DEHERAIN — REVUE ANNUELLE DE GÉOGRAPHIE ET D'EXPLORATION 



39 



prohablemenl du pansement ouaté de Guérin, on 
(loyait indispensable à la bonne guérison des 
plaies l'entassement de quantités énormes d'ouale 
ordinaire; un malade, par exemple, venu à une 
consultation hospitalière pour une plaie du doigt 
insignifiante, repartait souvent avec une masse 
énorme, un véritable ballot d'ouate, appendu à 
l'extrémité de son bras. On revient de ces exagé- 
rations. 

L'emploi des bandes souples a singulièrement 
facilité l'application du mode de contenlion des 
pansements; on se contente d'enrouler la bande 
autour du membre lésé en exerçant une pression 
modérée, et l'élasticité de l'ouate assure une adhé- 
sion suffisante du pansement au membre. 11 faut, 
cependant, agir avec une certaine méthode, et 
l'application d'une bande diffère suivant les régions. 

Les chirurgiens modernes ne nous ont rien 
appris de nouveau dans l'art 'd'enrouler avec soli- 
dité et élégance une bande autour d'une partie du 
corps. Pour connaître l'art de maintenir un panse- 
ment, il faut remonter aux anciens auteurs, dont 
on se contente généralement, dans les livres de 
petite chirurgie, de recopier les descriptions et les 
fiyiures. 

Tous ceux qui ont Vu des momies égyptiennes 
ont pu admirer avec quel art ces anciens prépara- 
teurs savaient faire épouser à leurs bandelettes les 
formes du corps humain. 



V 



Abandon des antiseptiques chimiques, emploi 
de substances de pansement stériles et absorbantes, 
telles sont les bases du pansement moderne d'une 



plaie Cette méthode suffira pour assurer, dans la 
plupart des cas, une réunion rapide de la plaie, 
une guérison sans incidents. 

Certaines plaies, cependant, présentent un carac- 
tère de gravité tel qu'elles échappent à l'action 
des moyens usuels de pansement; telles sont les 
plaies produites par les crocs des chiens enragés, 
les plaies produites par les crochets des reptiles 
venimeux, les plaies souillées par le microbe du 
tétanos, etc. L'agent infectieux a, dans ces cas, une 
pénétration si rapide, une intensité d'action si ter- 
rible que le rôle du pansement est à peu près nul. 

Dans ces cas, il ne faudra pas compter non plus 
sur l'action des substances chimiques, sur l'effica- 
cité des caustiques. Seules les méthodes pasteu- 
riennes présentent une réelle valeur. La rage, 
dont le caractère d'inéluctable fatalité a si long- 
temps terrorisé l'humanité, est aujourd'hui vain- 
cue par le génie de Pasteur; le principe toxique 
que renferme la moelle du lapin inoculé de la rage 
permet, après préparation spéciale, de lutter contre 
le virus rabique dont la salive du chien a souillé la 
plaie. Les expérimentations sur les animaux ont 
montré qu'on peut prévenir par des inoculations 
préventives les dangers de l'infection tétanique. 
Calmette a doté la médecine d'un sérum capable 
d'arrêter dans l'organisme l'action nocive des 
venins de serpent. 

Les résultats obtenus jusqu'ici justifient les 
plus audacieux espoirs; pour le traitement des 
plaies, on a maintenant des données encore incom- 
plètes, mais positives. 

La Chirurgie eut ses premiers pas guidés par 
l'empirisme; elle marche désormais appuyée sur 
la Science. D' P. Desfosses 



REVUE ANNUELLE DE GÉOGRAPHIE ET D'EXPLORATION 



On ne saurait dire qu'on ne s'intéresse pas, en 
France, à la grande œuvre de reconnaissance de la 
Terre, qui aura marqué la seconde moitié du dix- 
neuvième siècle. Une brillante exploration africaine, 
asiatique ou polaire excite la curiosité générale, et 
nous savons des « ■Voyageurs « qui comptent parmi 
les Cl célébrités » aux faits et gestes desquelles le 
public s'intéresse. 

Toutefois, parmi les considérations que les 
voyages suscitent, durée, longueur, difficultés ren- 
contrées du fait de la nature ou des hommes, con- 
séquences politiques ou économiques, il en est d'un 
certain ordre qui sont presque entièrement négli- 
gées : nous voulons parler des voies et moyens 
financiers de l'exploration. Ce serait, cependant, une 



question intéressante à se poser que la suivante : 
Quelle somme a coûté, depuis un siècle, la décou- 
verte de la Terre"? On n'y pourrait, d'ailleurs, donner 
que des réponses partielles, car, s'il est possible, 
très approximativement, de savoir le capital que 
représente, pour une période déterminée, l'entretien 
de grands services publics, tels que l'armée fran- 
çaise, ou la marine, ou la diplomatie, il n'en est pas 
de même de l'exploration. 

Il nous semble, cependant, qu'on pourrait distin- 
guer, dans les ressources dont elle a disposé et 
dispose encore, les catégories suivantes : 

Ces ressources peuvent être d'origine privée. Si 
invraisemblable que le fait paraisse au commun des 
honimes, il s'est rencontré, il se rencontrera encore 



m 



HENRI DEHÉRAIN — REVUE ANNUELLE DE GÉOGRAPHIE ET D'EXPLORATION 



des savaiils, possédés d'une telle passion de la 
découverle, que, donnant déjà leur temps, leur 
talent, et trop souvent leur santé, ils y ont, par sur- 
croit, ajouté leur argent. C'est dans ces conditions 
qu'Antoine d'Abhadie a voyagé en Ethiopie, le 
vicomte de Foucauld au Maroc, Junkersurle Haut- 
Nil. D'autres expéditions de découvertes n'ont pu 
être entreprises que grâce à la générosité de Mé- 
cènes. Il y a, en eflet, un Mécénat géographique 
comme un Mécénat artistique ou scientifique. 
Si Nordenskiold put accomplir ses croisières 
longues et répétées dans les mers polaires, il 
le dut au concours infatigable de ses amis et 
notamment d'Oscar Dickson et d'Alexander Sibi- 
riakov. M. Renoust des Orgeries, en hiissant à la 
Société de Géographie une somme de 300.000 francs, 
grâce à lai]uelle la Mission Foureau-Laniy a réussi à 
mener à bien celte traversée du Sahara dont nous 
rendions compte ici même l'an dernier, a fait un 
acte de Mécénat posthume. La Fondation Garnier, 
dont dispose l'Académie des Inscriptions et Belles- 
Lettres, rentre dans la même catégorie de res- 
sources'. 

On a également vu fréquemment des Sociétés 
.savantes, des Académies, des Sociétés de Géo- 
graphie, défrayer certains voyageurs sur les res- 
sources provenant des cotisations ou des dons de 
leurs membres. Parfois, un Comité se forme en vue 
de l'élude d'une région limitée. Tel ce Tangnnilia 
Exploration Committee, grâce aux subsides duquel 
Moore a pu accomplir la reconnaissance dont il est 
question ci-dessous. Le Comité de l'Afrique fran- 
çaise a de même, depuis dix ans, contribué aux 
dépenses de plusieurs voyages dans nos possessions 
afiicaines. 

Enfin, l'Etat, surtout en France, a contribué pour 
une part très importante aux progrès des connais- 
sances géographiques. Les célèbres voyages mari- 
times du premier tiers du xix' siècle, celui du 
capitaine de Bougainville sur la Tliétis et VEspé- 
rance, celui de Dumont-d'Urville sur VAslrolalie, 
celui de Vaillant sur la Bonite, appartiennent essen- 
tiellement à l'exploration officielle. C'est, de même, 
grâce aux crédits du Gouvernement, que la décou- 
verte de la partie occidentale du Soudan a pu être, 
depuis une vingtaine d'années, conduite par des 
officiers français au point que l'on .sait. 

La Commission des Missions et Voyages scien- 
tifiques et littéraires, instituée par le Ministère de 
l'Instruction publique, subventionne également 
chaque année des " missionnaires scientifiques » 
français. Souvent, d'ailleurs, les dépenses d'une 

' Cette fondation, dont le revenu annuel est de In. 000 francs, 
est affectée aux frais d'un voyage scientifique àentrepremire 
par un ou plusieurs l'^ramiais ilcsigncs par l'Acadéuiie, dans 
l'Afrique centrale ou dans les régions do la Haute-Asie. 



ex|>loration sont su|iportées conjointement par des 
particuliers, par des Sociétés savantes et par l'Etat. 

Telles sont les sources diverses doii proviennent 
les sommes nécessaires pour couvrir ce qu'on pour- 
rait appeler « les frais de la découverte de la 
Terre ». 

A toutes, les explorateurs dont nous exposons 
ici les travaux ont puisé, dans des mesures varia- 
bles. L'activité exploratrice est grande de noire 
temps : il n'y a guère de région du globe qui n'en 
subisse les heureux effets. Tenter de rendre compte 
de tous ces eflorts serait nous condamner à une 
énumération fastidieuse et, pour la satisfaction 
d'être complet, nous deviendrions illisible. Aussi 
bien, des revues spéciales permettent-elles de sui- 
vre mois par mois le progrès des connaissances 
géographiques'. Ici, nous exposons en détail les 
résultats de quelques travaux, sans que ce choix 
implique que d'autres, forcément laissés de côté, 
manquent d'intérêt. 



Les CYi:r.Ani',s. 



La connai'^sance géograpliique des nombreuses 
îles de la mer Ionienne et de la mer de l'Archipel 
n'a pas atteint, pour toutes, un égal degré de 
perfection. Tandis que celle des îles Ioniennes et 
celle de certaines îles voisines de la Turquie, telles 
que Thasos, Lemnos, Mytilène, est fort avancée, 
surtout grâce aux beaux travaux de M. de Launay, 
l'étude géographique, sinon archéologique, des 
Cyclades avait été jusqu'à présent plutôt délaissée. 

M. Alfred Philippson, professeur de Géographie à 
l'Université de Bonn, qui a fait du monde helléni- 
que son domaine, a eu la curiosité de les étudier. 
Il s'est promené d'île en île, s'embarquant, selon 
l'occurrence, tantôt sur un vapeur postal, tanli'il 
sur un de ces petits voiliers de 7 â 10 tonneuux, 
qui font le cabotage dans l'Archipel, et comme, aux 
notions recueillies dans ce voyage, qui remonte 
déjà à 1890, il a joint une connaissance littéraire 
très approfondie de son sujet, il s'est trouvé solide- 
ment muni pour publier une momigriipliie des 
Cyclades". 

Elles comprennent ii grandes îlesffig. 1), plus un 
grand nombre de petits îlots, dont la surface totale 
atteint 29.000 kilomètres carrés; elle* ont pour 
soubassement un plateau sous-marin situé à en- 
viron 500 mètres de profondeur; par leur disposi- 



' En I-'ranc(> : l.n lléoijraphie, Inillrlin dr lu Saciclc de 
CrorinijiliK'. Les Annalcn de Gciiiirii/tlun. — En Allemagne : 
Pelermniiii's (ii'ogrtipliisrhc. Milthoilunçioii. — En Angle- 
terre : The (ioograijhical Journal. — ICn Belgique : Le Mou- 
vement (^téogrnphique. 

- .Vi.PiiF.D Piiii.n'i'SCN : Beitr:ige zur Kenii{niss der griechis- 
clien Inselwelt. PeWnnann's 'litilieiluDgen. Ergirmun'js- 
heft n» 131, Gotha, l'JOI. 



HENRI DEHÉRAIjV — liEVUE ANNUELLE DE (iÉOGRAPIIIE ET D'EXPLORATION 



lion, elles afTeclent la forme générale d"un triangle 
dont Andros, Milo et Syrnos représentent les som- 
mets. Toutes ces terres sont grecques, sauf .\sty- 
pahea et Syrnos, restées turques. 

Le climat des Cyclades est doux, plus dou\ que 
celui de la Grèce continentale. Au niveau de la 
mer, il gèle rarement et la neige, quand il en 
tombe sur les sommets, ne tient pas plus de quel- 
ques jours. En été, la chaleur est atténuée par les 
vents étésiens, qui soufflent avec une telle violence 
sur les hauteurs, qu'ils empêchent la croissance 
des arbres et s'opposent à la marche de l'homme; 
ils ne s'élèvent généralement que le malin et à 
midi; encore cette constance relative ne se mnni- 
feste-t-elle qu'à la (in de l'été; au début de la 
saison, les jour- 
nées de calme 
alternent avec 
les journées do 
vent. 

La pluie tom- 
be en hiver ; 
néanmoins, l'été 
n'est pas aussi 
complètement 
sec que dans la 
Grèce propre et 
on y observe des 
rosées noctur- 
nes très abon- 
dantes. 

Les Cyclades 
sont, celles à sol 
calcaire excep- 
tées, très riches 
en sources, et 
les ruisseaux 

conservent de l'eau jusqu'au milieu de l'été, mais 
il n'y a de fleuves constants que dans les plus 
grandes et les plus élevées, Naxos et .\ndros. 
Elles paraissent devoir bien se prêter à la crois- 
sance des arbres; mais, les hommes ayant besoin 
de bois de construction et de bois de chauffage, les 
chèvres avides déjeunes pousses, les ont presque 
complètement déboisées; il subsiste seulement 
quelques forêts de chênes à .Naxos et à Céa, et 
des maquis dans quelques autres iles. 

L'influence de la constitution géologique du sol 
sur sa fertilité est très marquée. Dans les îles cal- 
caires, la culture est mi.sérable; dans les iles schis- 
teuses, au contraire, pas un pouce de terre n'est 
perdu, et les travaux qu'on y voit, murs de soutène- 
nieni, murs de séparation, témoignent du prix 
qu'on attache au sol. Les cultures y sont variées et 
généralement de valeur croissante avec l'abaisse- 
ment de l'altitude. Sur les pentes, il n'y a guère 



que des céréales; encore la terre y reste-t-elle une 
année sur deux en jachère ; les figues et les oliviers 
ne croissent qu'à l'état sporadique entre les champs. 
Plus bas, des olivettes serrées apparaissent déjà, 
et, plus bas encore, le sol est réservé aux cultures 
riches, aux arbres fruitiers, surtout aux citronniers 
et aux cédrats, à la vigne, aux légumes. Le vin et 
les légumes constituent les produits les plus rému- 
nérateurs, et la prospérité d'une île dépend de la 
quantité qu'elle en peut exporter; Naxos, Syra, 
Paros, Santorin sont privilégiées sous ce rapport. 
L'élevage forme encore une ressource appré- 
ciable. Mais la répartition des moutons et des 
chèvres est très inégale. Tandis que, dans les îles 
septentrionales, on n'aperçoit que quelques bêtes 

pàturanf dans 




Aslvpalœa 
^.;j,j™i„-f Santorin '^ 

'3 «-.W. 






Fig. 1. — Le groupe des f'.ydaiJe 



les champs en- 
clos de murs, ou 
voit, dans cel- 
les du sud, de 
grands trou- 
peaux sans ber- 
ger et abandon- 
nés à eux-mê- 
mes. 

Dans la suite 
des temps, il y 
eut de longues 
périodes pen- 
dant lesquelles 
les Cyclades no 
jouèrent aucun 
rôle; à certains 
moments, au 
contraire, elles 
furent le théâtre 
d'événements 
qui appartiennent à l'histoire générale. 

Dans la haute antiquité, les Cyclades, qui s'égrè- 
nent entre l'Asie Mineure et la Grèce, ont facilité 
les rapports entre les deux bords de la mer Egée. 
Leur importance commerciale est bien prouvée 
par l'àpreté que les Ioniens, les Athéniens, les 
Rhodicns, les Ptolémées ont mise tour à tour à les 
dominer. Après la croisade de 1204, elles devinrent 
un domaine colonial pour les Génois et surtout pour 
les Vénitiens. Les nobles vénitiens s'y taillèrent 
des domaines, y élevèrent des châteaux et des 
forteresses, dont beaucoup sont restés debout; 
tout un monde de fonctionnaires, de soldats s'a- 
battit sur ce pays. L'influence italienne a été assez 
profonde pour que des vestiges en subsistent 
encore aujourd'hui, dans les noms de famille et 
dans le langage usuel ; toute trace de catholi- 
cisme n'a pas disparu; Tinos. notamment, compte 
un certain nombre de catholiques romains, <iue 



HEXRI DEHÉRAIN — REVUE ANNUELLE DE GÉOGRAPHIE ET D'EXPLORATION 



les Grecs orlliodoxcs qualifient de " francs ». 
La population totale des Cyclades s'élevait, en 
4896, à 13î.5()0 habitants environ, soit 50 habi- 
tants par kilomètre carré. Elles sont plus peuplées 
que la Grèce propre, qui n'a que .'{" habitants 
par kilomètre carré. Syra, qui possédait, en 18î)(i, 
2G.o()0 habitants environ, soit .'J32 par kilomètre 
carré, l'emporte sur toutes les autres pour la 
densité de la population. En général, les îles du 
nord ont plus d'habitants que celles du sud; San- 
torin (14.300 habitants; 170 par kilomètre carré) 
fait exception. 

II. — La PataGume. 

Le Chili et la République Argentine ayant, en 
1881, jugé opportun de fi.xer la frontière entre leurs 
territoires respectifs, signèrent un traité dont l'ar- 
ticle Prêtait ainsi formulé : « La limite entre la 
République Argentine et le Chili est, du Nord au 
Sud, jusqu'au parallèle 02° de latitude, la Cordillère 
des Andes. La ligne frontière sera marquée dans 
cette étendue par les sommets les plus élevés des- 
dites chaînes (Cordillères), qui partagent les eaux 
et passera entre les versants qui s'inclinent de 
part et: d'autre... » Mais ni cet acte, ni le protocole 
ultérieur de 1893 n'aboutirent aux fins que leurs 
rédacteurs s'étaient proposées. Contrairement à 
une idée qui, pendant des années, a été acceptée 
comme un dogme géographique, dans les Andes 
la ligne des sommets et la ligne de partage des 
eaux ne concordent pas. D'où deux théories : les 
Chiliens tenaient que la frontière devrait suivre la 
ligne de partage des eaux, les Argentins préten- 
daient qu'elle devrait se confondre avec la ligne 
idéale tracée par la jonction des hautes cimes. 
Après bien des polémiques, la question a été sou- 
mise à l'arbitrage du Gouvernement britannique. 
Mais, pour apporter des arguments à l'appui de 
leurs thèses respectives, le Chili et l'Argentine ont 
multiplié sur le territoire contesté les missions 
d'études. Ces travaux viennent d'être habilement 
résumés par M. 1^. Gallois, qui a accompagné son 
étude d'une fort belle carte au 1 : 1.. 300. 000° et de 
nombreuses photographies '. D'autre part, un voya- 
geur français, M. IL de La Vaulx, vient de par- 
courir la Patagonie argentine du nord au sud, du 
RioNegroàl'îledes Etats'. Rufin, .M. C. Martin ', 
de Puerto Montt, a publié une étude sur les régions 
sud-chiliennes, LIanquihue et Chiioé. Ces travaux 
nous permettent de préciser les caractères géogra- 



' L. Gallois : Les Andes de Patagonie. E.\ trait des Annales 
lie Gi-0(jraitliic.Tome\, 1901. 

' Comte IIknbi he la Vali.x : Voyage en l'iitagonie, 1 vol. 
in-12, Paris, Ilaclictte, 1901. 

^ C. Mautin : LIanquihue und Chiloe, Sud Cliile. l'cler- 
uuinns' Mittbeilunjcn, 1901, I, p. 11-18. 



plii([ucs de la])artie la plus méridionale du conti- 
nent américain. 

Un simple coup irœil jeté sur la carte laisse 
aisément voir que la Patagonie se divise orographi- 
quement. de l'est à l'ouest, en trois régions : h. 
plaine et le plateau argentins, la Cordillère di'~ 
Andes, la bande littorale du Chili. 

Sur nos cartes à petite échelle de l'Amérique dn 
Sud, les Andes apparaissent comme une chaini- 
très longue et 1res étroite. Mais, en fait, leur lar- 
geur atteint toujours au moins 100 kilomètres, 
souvent 200 et parfois 300. Un tracé schématique 
des Andes présenterait les traits suivants : Deux 
chaînes courant du nord au sud à une distance 
variable l'une de l'autre, la plus élevée à l'ouest ; 
entre les deux, une dépression non continue, par- 
tagée elle-même par des montagnes transversales. 
Beaucoup de sommets des Andes dépassent 
2.O0O mètres, plusieurs 3.000, tels que le Trona- 
dor (3.400), la Cimo San Lorenzo (3.6(50), laCinio 
San Valentin (3.876) ; l'Aconcagua s'élève à 
7.130 mètres: c'est une des plus hautes montagnes 
du Globe. 

Cette région andine présente, aux yeux des voya- 
geurs, une extrême variété d'aspects, comme les 
admirables photographies jointes au Mémoire de 
M. Gallois permettent de s'en rendre compte. 

Les Andes sont encore caractérisées par la quan- 
tité, l'étendue et la beauté de leurs lacs; ils sont 
généralement plus longs que larges, de forme 
irrégulière, curieusement découpés en golfes pm- 
fonds et en presqu'îles élancées; ils ressemblent 
Éi des fjords continentaux. Les plus grands sont le 
Lago Argenlino, le Lago Viedma, le Lago Pueyrre- 
don, enfin le Lago Buenos .\ires, dont la longueur 
d'est en ouest dépasse 200 kilomètres '. Mais la 
perle des Andes est le Nahuelhuapi. « Cette splen- 
dide nappe d'eau, de plus de 7(t kilomètres de lon- 
gueur, se continue au nord par les deux lacs Espej.i 
et Correntoso, qui n'en sont séparés que par di'^ 
alluvions. De hauts sommets la dominent au nord 
et à l'ouest, parmi lesquels une des merveilles des 
.\ndes, la masse imposante du Tronador, étince- 
lant de glaciers, dont les ruptures retentissent en 
coups de tonnerre qui ont valu son nom à la mon- 
tagne '. )) 

Les trois grands fleuves de la Patagonie argen- 
tine sont : le Rio Limay, cours supérieur du Rin 
Negro, le Rio Chubut, le Rio Santa Cruz. Là aussi se 
forment les grands fleuves qui traversent la Pata- 
gonie chilienne : Puelo Manso, Yelcho Futaleuln 



' N'eus noterons, à simple titre de curiosité, quêtes savanN 
et voyageurs européens uont pas été oubliés dans la topo- 
nymie andine : il existe un Lago Nansen, un Lago Lappareut. 
un Lago Steflen. un Lago Burmeister. »* 

' Gallois : ouvrar;o cité, p. lo. 



HENEI DEHÉRAIN — UI-VL'E ANNCKLLE DK GKOGR.VPIIIE ET DEXPLORATIOX 



y.i 



L'hydrographie aiuline présente ce caractère que 
la ligne des hautes cimes ne partage pas les fleuves 
en un réseau Atlantique et un réseau Pacifique. Par 
suite de phénomènes de capture, certains cours 
d'eau, qui devraient théoriquement couler vers 
l'ouest, prennent leur cours vers l'est, et récipro- 
quement. 

Entre le rebord oriental -eu plateau Patagonien, 
ou Précordillère, et la Cordillère, s'étendent des 
vallées d'altitude modérée, de climat sans extrêmes, 
et partant très favorables à la vie des Européens 
ou des individus d'origine européenne. La colonie 
militaire de San Martin de Los .\ndes a été établie 
à l'extrémité orientale du Lac Lacar, la colonie 
galloise du 16 octobre (date de la promulgation de 
la loi argentine sur les territoires nationaux) dans 
la haute vallée du Futaleufu. Le succès de ces colo- 
nies et de plusieurs autres a prouvé la valeur des 
terrains en litige et explique l'àprelé avec laquelle 
le Chili et la République argentine se les disputent. 

11 s'en faut de beaucoup que la Patagonie argen- 
tine présente autant d'inléTèl que la Patagonie 
andine. Elle est traversée par trois grands fleuves : 
le Rio Xegro, au courant très rapide et qui atteint, 
à la fonte des neiges un kilomètre de largeur, le 
Rio Chubut, le Rio Santa-Cruz. que Darwin fut, en 
183i, à l'époque où il accomplit sa célèbre croi- 
sière sur XeBeîifjle, le premier Européen à remonter. 

Entre ces rivières et leurs affluents s'étendent 
des plateaux arides, couverts de cailloux, qui 
portent seulement quelques misérables plantes 
rabougries et dont l'aspect faisait dire à Darwin : 
H La malédiction de la stérilité s'est abattue sur ce 
pays. » La vie n'est possible que dans les vallées, 
et c'est cette désolation qui avait valu à la Pata- 
gonie, avant la découverte des belles terres andines, 
sa réputation d'infertilité. 

La Patagonie chilienne comprend deux vastes 
étendues de plaines : l'île de Chiloe et la région de 
Llanquihue, où s'élèvent les villes de Puerto 
Monlt. Osorno et Valdivia. Partout ailleurs, la 
montagne arrive jusqu'au bord de l'Océan. Tandis 
que. dans le Llanquihue, on apu établir une route 
qui relie Puerto Montt à Osorno et un chemin de 
fer qui fait communiquer Osorno et Valdivia, il n'y 
a pas, dans le reste du pays, d'autres voies de com- 
munication que les rivières et les lacs, la montagne 
étant couverte d'une forêt impénétrable. 

Cette côte du Pacifique est profondément dé- 
coupée. Elle projette des presqu'îles dans l'Océan, 
et l'Océan à son tour entre dans l'intérieur des 
terres par des fjords profonds et très ramifiés. 

Quoique, pour les raisons politiques exposées' 
plus haut, la connaissance de cette partie du Globe 
ait beaucoup progressé depuis quelques années, 
les régions inexplorées sont encore vastes. Mais, en 



dehors des services qu'ils rendront à la Science par 
leurs découvertes, les futurs voyageurs ont chance, 
en parcourant la Patagonie andine et chilienne. 
d'y contempler, les premiers, d'admirables spec- 
tacles naturels. 



III. 



Haute-Egypte. 



On dit souvent que les explorateurs vont chercher 
bien loin du nouveau alors que les pays réputés 
connus leur offriraient la matière d'intéressantes 
études. Il y a du vrai dans cette formule, comme le 
prouve la récente publication d'un voyage accompli 
par Schweinfurth dans la Haute -Egypte '. On 
serait dans l'erreur en supposant que la carte 
détaillée d'un pays d'accès aussi facile que l'Egypte, 
et depuis si longtemps fréquenté par les Européens, 
est entièrement établie. Pendant tout le xix" siècle, 
on a vécu, sans trop l'avouer, sur les travaux accom- 
plis par les savants de l'expédition d'Egypte, par 
ces membres de la Commission des Sciences et 
Arts, dont on ne saurait trop louer le courage et 
l'ardeur scientifique. Depuis quelques années, le 
Ministère égyptien des Travaux publics a publié 
une carte de la vallée du Nil au lOO.OOO'^, sur 
laquelle figurent la zone cultivée, les villages et les 
canaux. Mais la contrée désertique, qui s'étend à 
quelqiies kilomètres à droite et à gauche du cours 
même du Nil. est encore très mal connue. Les tou- 
ristes qui. chaque année, remontent eldescendent le 
fleuve, ne se doutent pas qu'en certains points ils 
n'auraient, du bateau de plaisance sur lequel ils 
sont confortablement installés, qu'à lever les yeux 
pour apercevoir le rebord d'une véritable terni 
incof/iiihi. M. Schweinfurth, dont la réputation fut 
établie dès 1870 par le voyage qu'il accomplit sur le 
Haut Nil, a, depuis, porté son attention sur d'autres 
contrées africaines, notamment sur la côte italienne 
de la mer Rouge et sur l'ile de Socolora. 

Mais l'Egypte est restée son étude de prédilec- 
tion. Il se permet de temps à autre une fantaisie; 
mais, son caprice satisfait, il revient à l'objet de sa 
préférence. En 1S82, il avait fait, dans le désert 
libyque. entre Edfou et Farchout, un voyage dont 
il avait jusqu'à présent conservé la relation par 
devers lui. Considérant l'insuffisance des notions 
répandues sur cette contrée, il vient de la publier, 
et nous ne pouvons que nous en féliciter. 

D'Edfouà Keneh (tig. 2), le Nil suit une direction 
générale sud-nord ; à Keneh, il fait brusquement un 
coude et, pendant cinquante kilomètres, coule vers 
l'ouest. Quiconque navigue sur cette section du Nil 
aperçoit, à une certaine distance dans l'ouest, une 

' G. SciiwEixi-iBTii : Aqi westlichen Rande des Nilthals 
zwisohen Farschut und Koni Ombo. Pelcvmann's MiUhcilua- 
;/en, 1901. p. 1-10. 



HENRI DEHÉRAIN — REVUE ANNUELLE DE GÉOGRAPHIE ET DEXPLORATION 



liauteur cimtinue qui a Tapparence d'une chaîne 
de monlagnes, qu'on appelle même cominunémenl, 
quoique à tort, la chaîne libyque, mais qui n'est 
que le rebord du plateau dans lequel le Nil s'est 
frayé une voie. Cette hauteur ne présente pas à 
l'observateur une surface régulière; on y distingue, 
comme dans une fortification, des saillants el des 
angles rentrants. L'un des plus marqués de ces 
saillants porte le nom d'El Ilomra es Schante. 

La dislance entre ce plateau cl le Nil varie beau- 
coup. Tandis qu'elle est de tO kilomètres à la hau- 
teur d'Edfou, elle n'est plus que de l't à l'ouest 
d'Esneh et se ré- 
duit à () ou 7 
en face de Louq- 
sor. L'altitude 
de la presqu'île 
formée par la 
boucle du fleuve 
entre Resegat et 
Earchout varie 
entre 300 et 
iOO mètres au- 
dessus du ni- 
veau de la mer. 
Ce rebord du 
plateau libyqur 
est naturelle- 
ment beaucoup 
trop éloigné du 
Nil pour se prê- 
ter à la culture, 
et, cependant, 
toute trace d'ac- 
tion humaine 
n'y fait pas dé- 
faut. C'est là, 
notam ment, 
que s'ouvre la 
Vallée des Rois, 
, la nécropole fameuse des souverains thébains. 
Schweinfurth a découvert au sud, à la hauteur 
d'Esneh, un autre vestige des générations qui se 
sont succédé dans la vallée du Nil. C'est une petite 
grotte, dans la quelle de pieux visiteurs ont perpé- 
tué leur mémoire par des inscriptions à la craie 
rouge, les unes en grec, les autres en copte, toutes, 
d'ailleurs, très brèves. Un visiteur se donne pour : 
" Un archiprêtre de la ville de Latopolis » (Esneh); 
d'autres se reconnaissent « les pénitents » ou les 
« humbles serviteurs du Seigneur Jésus-Christ ». 
Qu(>lques inscriptions sont datées de l'ère copte, 
soit •• 2() tube 801 », ce qui correspond à l'année 
1083 de l'ère chrétienne. Schweinfurth rappelle que 
Latopolis fut, en 28-4 après Jésus-Christ, le théâtre 
d'une très \iolenle persécution de chrétiens, dont 



Kcneh 




On^is iZe. Jfuj^Âli.r' 



J' -BoTTemaju Se 



certains furent martyrisés. Et il émet l'hypotlièse 
que celte caverne aurait peut-être servi de refuge 
aux persécutés, et serait, par tradition, restée, après 
huit cents ans, un lieu de pèlerinage. 

Cette partie de l'Egypte étant située au nord de 
la limite méridionale des pluies d'hiver méditerra- 
néennes et au nord de la limite septentrionale des 
alizés tropicaux, est extrêmement sèche. On n'y 
rencontre aucune de ces citernes naturelles qui 
caractérisent certains cantons du désert arabi- 
que. Néanmoins, on y dislingue de vraies vallées 
d'érosion : Ouadi Chibrouk, Ouadi Abousselem, 

Ouadi Esneh, 
ChorBattaghah. 
Ce dernier, que 
Schweinfurth a 
parcouru, for- 
me une coupure 
aux lèvres for- 
tement mar- 
quées. La hau- 
teur des parois, 
de 30 mètres 
seulement au 
sommet de la 
vallée, s'élève 
ensuite 5 150 ou 
170. Elles sont 
constituées par 
des poudingues 
à silex, si régu- 
liers qu'on pour- 
rait les croire 
en certains 
points faits de 
main d'homme. 
Un grand nom- 
bre de vallées 
secondaires, 
vingt et une à 
droite, seize à gauche, viennent s'embrancher 
dans la vallée principale. La pente du Chor Batta- 
ghah est si douce, qu'une voiture pourrait y rou- 
ler sans accident. Les coupures qui, de distance 
en distance, s'ouvrent dans le plateau ont été uti- 
lisées par les caravanes et partent de la vallée du 
Nil pour atteindre les oasis du désert et récipro- 
quement. Une route suit l'Oued Esnah, ou plutôt 
la corde de l'arc décrit par cette vallée, une autre, 
le Clior qui aboutit à Resegat, et c'est par là que 
l'expédition Rohifs passa en 1874. Enfin, au sud 
d'Abydos, à 2 kilomètres et demi d'une très vieille 
forteresse en ruines, nommée par les habitants 
Schunet es Sebil, le ■< magasin de raisins secs », 
un col étroit et profond, ayant i kilomètre de long 
et des parois rocheuses abruptes, ollre un passage 



La rive yaiiche du A'//, calre Eill'oii et Girguh. 



HENRI DEUÉRAIN — REVUE ANNUELLE DE GÉOGRAPHIE ET D EXPLORATION 



vers la grande oasis. On voit, par ces détails, que 
l'étude du déseit n'est pas aussi ingrate qu'on 
pourrait le supposer a première vue. 

IV. — Soudan égyptien. 

L'exploration du Soudan Egyptien, si brillam- 
ment condiii- 



Le choix du terrain était heureux, les explo- 
rateurs s'étant jusqu'à ce jour écartés de la contrée 
qui s"étend entre les deux Nils. Nous ne possédions 
guère, jusqu'à présent, que les renseignements 
recueillis par Cailliaud en 1821 et par^-'J. M. 
Schuver en 1881. On peut supposer que la Géogra- 
phie bénéficiera des rela lions suivies que le Gou- 
vernement du 



te. pendant le 
deuxième et le 
troisième quart 
du XIX' siècle, 
avait été arrê- 
tée tout net par 
le soulèvement 
duMahdi.Mais, 
depuis le ren- 
versement du 
régime qu'il 
avait institué, 
conséquence 
de la victoire 
remportée le 2 
septembre 1898 
par les troupes 
anglo-égyptien- 
nes à Omdur- 
man, les Euro- 
péens peuvent 
derechef voya- 
ger en sécurité. 
Il parait donc 
probable que 
les notions dé- 
jà abondantes 
que l'on possé- 
dait sur la ré- 
gion du Haut 
Nil vont encore 
s'accroître no- 
tablement. 

Deux offi- 
ciers du Royal 
Engineers, le 
major Gwynn 

et le major Austin. ont, en 1900, exploré la 
frontière soudano-éthiopienne'. Le major Gwynn 
a remonté le Nil Bleu jusqu'à Eamaka; puis, traver- 
sant le Fazoql du nord au sud, il a longé le pied de 
la plaine éthiopienne, est monté sur le plateau que 
cette falaise limite à l'ouest, par la trouée du Yabous, 
et a enfin atteint le Jokau ou Garre, affinent de 
droite du Baro (lig. .3 '. 




l'ii:. 3. — Z.e Sobat et lu l'alaise occideviah' d'Etliiopi 



Soudan Egyp- 
tien parait dé- 
sireux d'enlre- 
lenir avec l'K- 
thiopie. Le ma- 
jor Gwynn n'a 
encore publié 
que l'itinéraire 
graphique de 
son voyage et 
quelques pho- 
tographies pri- 
ses en cours de 
route. De ces 
maigres docu- 
ments, on peut 
cependant con- 
clure que la fa- 
laise éthio- 
pienne se pro- 
longe du nord 
au sud, du Ea- 
zoql au marché 
(ialla de Gida- 
mi, de 10°,30 à 
9°, soilsur 1()0 
kilomètres d(^ 
long. Deux 
membres de la 
Mission de Bon- 
champs, Mau- 
rice Potier et 
Faivre, ayant 
jadis exploré la 
partie de cette 
même falaise 
située entre le 
Baro et l'Adjoubba, il ne reste plus à en reconnaître 
que la courte section qui s'étend entre Gidami et le 
Baro. Du Fazoql jusqu'au Yabous, le major (jwynn 
a trouvé sept cours d'eau, et il a exploré le sys- 
tème du haut Yabous. Il confirme l'existence du 
marché de Gidami ', situé sur le plateau, mais à 
l'entrée de la plaine, et qui doit être le point de con- 
tact entre les populations nilotiques et les Gallas. 






' M. Charles Michel avait, sur sa carte, marqué au même 
' Major H. H. Aisira : Survey of the Sobat région. Tha I endroit la localité de « Goum babi >). Vers Fachoda, 1 vol. 
Oeographical Journal, 1901, vol. XVII, p. 49o-ol2. 1 in-8, Paris, 1900. 



W HENRI DEHÉRAIN — REVUE ANNUELLE 1)1- (;.r:OGRAPHIE ET D'EXPLORATION 



Le voyai^c Jii in;ijiir Aiisliii csl moins inli'ressant 
que celui du major (jwynn. S'il avait donné suite à 
son projet ])rimilir, qui était, en parlant du Sohat. 
d'atteindre U' lac Rodolphe, il aurait certainement 
enrichi la géon;raphie al'ricainc de mainte notion 
nouvelle', n»ais il s'est contenté de remonter le 
Sobat jusqu'à Goré, voie qu'il n'est pas. tant s'en 
faut, le pre- 
mier à parcou- 
rir. Le major 
Austin ne pa- 
raît pas se 
douter que le 
Sobat avait été 
exploré bien 
avantlui. Qu'il 
ignore d'Ar- 
naud et Wer- 
ne, c'est par- 
donnable ; 
qu'il ne cite 
pas J u n k e r , 
c'est déjà plus 
étrange; mais, 
surtout, qu'il 
passe sous si- 
lence les Ira- 
vaux de la Mis- 
sion de Bon- 
champs, le 
livre et les car- 
ies de M. Char- 
les Michel, voi- 
là qui dépasse 
la permission. 
Hépétonsdonc, 

p u i .s q u ' o n 
feint de l'igno- 
rer, que, dès 
18fl()-18<t7. la 
Mission de 

Bonchainps 
avait remonté 
et descendu la 
vallée du Ba- 

ro ^ Du voyage du major .Vustin, ce ([u'il y a de 
plus intéressant à retenir, c'est l'absence de netteté 
du régime hydrographique de la région située 
entre le liaro et le Pibor, dans laquelle bêles et gens 
de l'expédition pataugeaient à qui mieux mieux. 



' Le major Au<lin vient, cette année même, de tenter de 
passer du Nil àii lac Hodolplie. li a réussi, mais au prix de 
difficultés inouïes, et après avoir perdu les trois quarts de 
ses lioinmes. Les résultats géographiques de cette explora- 
tion n'ont pas encore été publiés. 

^ La carte publiée dans le Geuç/raphicnl Journal de mai 1901: 




Cette condilion physique devra préoccuper les ingé- 
nieurs qui étal)lir(uit le tracé de lii ligne de chemin 
de fer d'Omdurman à l't.tuganda, si jamais elle se 
fait. 

V. — Li: HouwENzoRi. 

Le haut massif ([ui s'élève entre les lacs Alberl- 

Ëdouard et Al- 
bert, le Rou- 
wenzori, con- 
tinue à sollici- 
ter l'attention 
des explora- 
teurs. Elle les 
préoccupera 
longtemps en- 
core, car l'exis- 

t e n c e de 
champs <\r 
neige et li^' 
glaciers son- 
l'équateur, ili' 
phénomènes 
propres aux 
régions froi- 
des du globe 
dans la zoni' 
torride, cons- 
titue un con- 
traste dont on 
ne cessera <li' 
s'émerveiller. 
Les " Monta- 
gnes de la l^u- 
ne » sont en- 
core bien jilns 
exlraordinai - 
res que PtoJé- 
mée elles géo- 
graphes ara- 
bes du Moyen- 
Age ne se hs 
figuraient. La 
réalité l'eni- 
porte de beau- 
coup sur les données de l'iningination. Quand 
le chemin de fer de Mombasa à Port-Floreiur 
sur le lac Victoria sera achevé, ce qui ne tarder, i 
pas; quand ce lac lui-même sera traversé par des 
lignes régulières de vapeurs, de Port-Florence :ï 
l'Ouganda, ce qui ne tardera pas davantage, le 



'J'Iic Sohal river :iwl part of Ibo Bluc Nili\ ri'tarde, en ce 
qui concerne la falaise éttiiopienne au sud du liaro, sur celle 
de Cliarles Michel parue un an auparavant. Les fréograpln's 
anglais ne se tiennent pas au courant de ce i|ui se fait en 
France. 



Massif lia Houwcnzori. 



HENRI DEHÉRAIN — REVUE ANNUELLE DE GÉOGRAPHIE ET D'EXPLORATION 



Rouwcn/.ori, qui n'est qu';ï Irois ou quatre cents 
kilomètres à l'ouest de l'Ouganda, deviendra un 
lieu d'excursions fréquenté; gageons que d'ici 
quinze à vingt ans l'ascension du Rouwenzori sera 
devenue un exploit habituel des alpinistes euro- 
péens, disposant de longs loisirs et munis de 
ressources pécuniaires quelque peu abondantes. 

C'est à préparer ces voies que les explorateurs 
travaillent présentement. Après Stanley, qui dé- 
couvrit le Rouwenzori en 1888, et Stairs, l'un de 
ses lieutenants, qui en gravit partiellement les 
pentes l'année suivante; après Stulilmann et Scott 
EUiott, voici M. Moore et Sir Harry Johnston qui, à 
quelques semaines d'intervalle, viennent, en 1900, 
d'en tenter l'ascension. A vrai dire, M. J. E. S. 
Moore était parti en Afrique pour explorer, ûon 
une montagne, mais un lac, non le Rouwenzori, 
mais le Tanganika, sous les auspices d'un Tiin- 
ganika Exploration Connnilh'C^ organisé par un 
savant bien connu des lecteurs de la Revue, le 
professeur Ray Lankester. Mais, ayant rencontré 
de la part des fonctionnaires de l'Afrique orientale 
allemande des facilités peu communes pour explorer 
le lac Kivou et le Rouwenzori, il jugea opportun 
d'en profiter'. 

Moore aborda le Roûvyenzori (fig. i), non du côté 
occidental, comme Stairs et Stuhlmann, mais par 
l'est. Des vallées qui descendent vers le lac Rui- 
samba, prolongement septentrional du lac Albert- 
Edouard, l'une, celle du Mobouko, a un long 
développement. Pour pénétrer dans le massif, 
Moore suivit ce chemin tout tracé qui le conduisit 
presque au pied de l'un des grands glaciers du 
massif. Voici comment Moore décrit le Rouwen- 
zori : « Couvrant du nord au sud un espace de 110 
à 130 kilomètres, il est constitué par trois massifs 
plus ou jnoins nettement séparés l'un de l'autre. 
Le massif central, Ingomouimbi, paraît le plus 
élevé ; quatre de ses sommets au moins sont 
couverts de neige. 11 est borné au nord et au 
sud par des vallées dont la partie supérieure est 
occupée par des glaciers. Au delà de ces vallées 
se dressent le massif septentrional, dont les som- 
mets portent les noms de Kraepelin, Saddle, 
Kanyangugoué , elle massif méridional, nommé 
Mœbius. Entre ces trois massifs, deux cols per- 
mettraient, au dire des indigènes, de passer du 
versant est sur le versant ouest, par conséquent 



' J. E. s. Mdore : Tanganika and the country norlli of it. 
Geo'jraphical Jourmil, {[)Ù[. p. 1-37. 



du lac Ruisamba dans la vallée de la Semliki. 
Scott Elliot a avancé naguère que l'altitude du 
pic le plus élevé atteignait i.iKiO mètres. Moore 
estime qu'actuellement il est impossible de dire 
quel est le plus élevé et par conséquent de 
préciser sa hauteur. 

A peine Moore avait-il redescendu les pentes du 
Rouwenzori, que Sir Ilarry Johnston ' les gravis- 
sait à son tour. Gouverneur de l'Ouganda, Sir 
Harry Johnston ne croit pas avoir rempli tout 
son devoir quand il a correctement expédié sa 
besogne administrative. Doué d'une avide curiosité 
scientifique, il s'intéresse aux phénomènes physi- 
ques et naturels, ainsi qu'aux indigènes du pays 
où les hasards de sa carrière le transportent. 11 
avait déjà observé dans le Rritish Central Africa 
Protectorate, autrement dit Nyassaland, que, pour 
gouverner sagement un pays, il faut d'abord le 
bien connaître. Il a transporté dans l'Ouganda ces 
habitudes, qui, bien que peu administratives, lui 
avaient déjà réussi ailleurs. 

Obligé à un déplacement dans l'extrême ouest 
de son Gouvernement pour conférer avec ses 
voisins, les fonctionnaires de l'État indépendant 
du Congo, il en a profité pour gravir le Rou- 
wenzori. Il est arrivé jusqu'à 4.400 mètres. En 
ce point. Sir Harry Johnston et ses deux com- 
pagnons se sont trouvés en face d'une paroi de 
rocher qu'ils n'ont pas pu escalader. La dernière 
partie de l'ascension a dû se faire sur le glacier, 
à la corde et au piolet. Moore et Sir Harry Johnston 
ont tous deux éprouvé un très mauvais temps: 
pluies continues, tempête de neige. Les termes 
" torrents of rain », « déluge of rain », reviennent 
fn-quemment sous la plume de Moore. Ce haut 
massif montagneux est donc certainement un 
puissant condensateur de vapeur d'eau. De ses 
pentes orientales, plusieurs rivières descendent 
vers le lac Ruisamba, et les torrents qui dévalent 
sur ses pentes occidentales vont grossir la Semliki. 
Mais que l'eau descende à l'ouest ou à l'est, c'est 
toujours le Nil qui en bénéficie, et si les Monts de 
la Lune ne constituent pas sa source unique, 
comme le supposaient les anciens géographes, ils 
contribuent notablement à le former. 

Henri Dehérain, 

Docteur i^s Lettres. 
Sous-HiWi.ithécaira de ri]}-<titut. 



' Sir Harry Johnston's récent journeys in the l'gauda 
protectorate. Ocogrupliiciil Journal, 1901, t. 



lilliLIOUKAi'UlE 



ANALYSliS ET INDEX 



BIBLIOGRAPHIE 

ANALYSES ET INDEX 



1° Sciences mathématiques 

Itorel (Emile) , Maître de Caiilï-rcnces ;i [ Ecole 
yovmak' SiipcrictiiT. — Leçons sur les Séries diver- 
gentes. — 1 roi. in-H" de iSi pages, avec fiijtires. 
il'vix : i fr. 50.) Gautliirr-\'illars, éditeur, 56, i/uai 
f/fv; (Iraiids-Auijustins. Paris, 1901. 

(".e volume fait parlie d'une série d'ouvrages, indé- 
pendanls les uns des autres, que M. Borel consacre à la 
Théorie des Fonctions; c'est le troisième de la série. 
L'auteur y présente, sous leur forme actuelle, nos con- 
naissances sur l'emploi des sih'ies diverf/i-nles. en 
tenant compte des recherches les plus récentes, reclier- 
ches auxquelles il a lui-même pris part d'une façon 
remar<iuable. Son petit volume apporte une importatile 
contribution à l'étudo d'un point de la théorie des 
•séries qui, autrefois, a soulevé bien des polémiques. 

Tandis qu'au milieu du xix'' siècle on écartait 
systématiquement toute série divorgenle, certaines 
de ces séries avaient auparavant retenu l'atten- 
tion des mathématiciens, et la plupart d'entre eux 
s'accordaient avec Euler pour les conserver dans les 
calculs, sous certaines réserves. Lorsque vinrent les 
mélhodes de r.\nal\>e moderne, introduites dans la 
Science par Abel et Cauchy, et caractérisées par le 
souci de la rigueur du raisonnement, on se lit quelque 
scrupule à employer les séries divergentes. Abel et 
Cauchy se préoccupèrent de justifier l'emploi de séries 
divergentes ; mais Cauchy seul laissa quelques travaux 
<à ce sujet, notamment un Mémoire sur la série de 
Stirling. Après la mort de Cauchy, on cessa de s'occu- 
per des séries divergentes. Leur étude n'a été reprise 
que depuis une vingtaine d'années; elle s'est enrichie 
de travaux très remarquables quant aux considérations 
nouvelles qui s'y font jour. Ce sont d'abord : d'une part, 
le Mémoire de Stielljes; d'autre part, celui de M. H. 
Poincaré ; puis, les recherches, plus récentes, faites prin- 
cipalement par M. Borel, et, jiour ce qui se rattache 
plus particulièrement aux rapports de la question avec 
les fractions continues, celles de M. Padé. 

C'est à celte nouvelle période qu'est consacré le livre 
de M. Borel. L'auteui- a soin de faire précéder son 
exposé d'un court aperçu historique. Puis, il examine, 
dans le chapitre i, les séries asympiotiqnes. Le germe 
de cette théorie se trouve dans les travaux de Cauchy, 
la théorie générale n'a cependant été établie que 
pins tard par M. H. l'oincaré. Dans le chapitre suivant 
sont étudiés les rapports entre les séries divergentes 
et les fractions eonlinues. C'est Laguerre qui, le pre- 
mier, a montré l'utililé qu'il y a de transtormer une 
série divergente en une fraction continue convergente; 
mais les travaux fondamentaux daris ce domaine sont 
dus à Stieltjes et à M. Padé. Le chapitre se termine par 
une généralisation des résultats obtenus par Stielljes. 

Le chapitre m a pour titre : la tliéorie des séries soin- 
mables. .M. liorel examine les méthodes basées sur les 
valeurs moyennes d'après .M. Cesaro et la méthode de 
sommation exponentielle. La théorie des séries som- 
mables présente des relations très intéressantes avec la 
théorie (lu proloiigenienl analytique. Ces relations font 
l'objeldu chapitre iv. 

Enfin, dans le dernier chapitre, intitulé :Ies dévelop- 
pements eu séries de polynômes, sont expo^és le théo- 
rème de M. Mitlag-Leffler ' relatif à l'étoile de conver- 



' G. Mittmi-Lkfii.eh : Sur la représentation analytique 
d'une branche nnilorme d'une fonction nionogène. Extrait 
des Acta mulliomnliçit: première note, mars IS'.tD; deuxième 
et troisième notes, août l'.iOu. 



gence, les développemenis de M. Mitlag-Lefller et leur 
rapport avec la théorie générale des séries divergenles. 

H. Fehh, 

PnjffS-eur à lUriivoi>il« de (a-nèvc. 

2° Sciences physiques 

Guillaume (Ch,-Ed.), Hirvcleur adjoint du Bnrr.in 
inlciiintioual des Poids et Mesures. — La Conven- 
tion du Mètre et le Bureau international des 
Poids et Mesures. — Ujie brochure in-i" de l'3S 
pai/es avec SH fnjurcs. [Pri.x : 7 /'/■. bO.) Gauthier- 
Viliars, éditeur.' Paris, 1901. 

Ce n'était pas chose facile de présenter an public un 
exposé précis et intéressant du but de la Convention du 
Mètre et du Bureau international des Poids et Mesure> 
chargé des services concernant les prototypes interna- 
tionaux. 

L'extrême précision exigée dan^ les opérations méir il- 
logiques, l'emploi de dispositifs délicats et cornpliqué>. 
l'usage de méthodes minutieuses sont des sujets liien 
éloignés de ceux qu'on choisit d ordinaire pour popul.i- 
riser la Science moderne. 

M. Ch.-Ed. Guillaume a réussi de la manière la plus 
heureuse à rendre son ouvrage non seulement facile 
à lire, mais même aitrayant, grâce à la clarté de son 
exposition et aux nombreuses gravures qui raccom- 
pagnent. 

l'armi les chapiires qu'on peut recommander à l'al- 
tenlion du lecteur tant soit peu versé dans la connai>- 
sance des instruments de précision. Je citerai la de?- 
cription des comparateurs pour les rèfjiesà trait", celh- 
de la nouvelle règle géodésique, coirslitnée par une 
barre d'acier-nickel, rigide quoique légère, grâce au 
prolil de sa section, et qui demeure presque invariable 
dans l'intervalle des températures ordinaires, tre^l 
justement M. Guillaume qui a découvert les piopriéh > 
si curieuses de ces alliages fer-nickel et si utiles à l.i 
Métrologie et à l'Horlogerie. 

Je citerai encore, outre les recherches de Thermo- 
métrie, les beaux travaux d'Optique interférentielle 
exécutés suivant la mélhode de Michelson pour expri- 
mer la longueur du mèlre internai ional en longueurs 
d'onde lumineuses, mélhode qui permet de vérilier la 
permanence du prototype et, au besoin, de le repro- 
duire avec la plus haute précision, s'il venait à èlrr 
altéré ou détruit. 

L'auteur n'a pas manqué d'ajouter à la lin de son 
livre les documents scienlifiques officiels qui ont pré- 
paré la Convention diplomatique du Mètre et l'entente 
internationale pour la diffusion du système métrique, 
particulièrement le Rapport de Jacobi, de l'Académie 
des Sciences de Saint-Péiersbourg, puis celui de 
Itumas, au nom de l'Académie des Sciences de Pari>, 
concluant à l'organisation d'un Etablissement interna- 
tional, qui finalement a été créé et installé au Pavillon 
de Creteuil. 

Les opérations et les recherches de loute nature qui 
s'y exécutent aujourd'hui sous l'habile et savante direi 
tion de M. Benoit, ont une importance chaque joui 
croissante, non seulement pour contribuer à la dilfu- 
.sion du système métrique chez les peuples civilisés, 
mais encore au point de vue purement scientifique pour 
perfectionner le< mélhodes d'observation. 

L'ouvrage de M. Guillaume olï're donc, à ce litre, nu 
intérêt qui s'étend à toutes les branches des Sciences 
expérimentales. A. Cornu, 

Membre de r.\ca.l('niio des Scieii'.--- 

el du Bui'eiyf îles lionpitudcs. 
l'roie^s.■>eur à l'KcoIe l'olvlechnique. 



BIBLIOGRAPHIE — ANALYSES ET INDEX 



49 



(■eschwînd (r.ucieii), Ini/ihiietir-C/iiuiisle. — Indus- 
tries du Sulfate d'Aluminium, des Aluns et des 
Sulfates de Fer. — 1 vol. iii-S" dp 3<i4 pages, avec 
llto liqurrs^ ilp rKur\ ridjii'-die indiisIricJle. {Pri.x : 
10 />■.') Oaiilliier-ViJhirs, cditeur. Paris, 1901. 
Le livre de M. Geschwiiid est un ouvrage à la fois 
tliéorique et pratique; pour le S|iécialiste qui s'occupe 
des composés indusiriels du fer et de l'aluminium, il 
conslitiie une petite bil)liotlièque riclie en renseigne- 
ments de tout f,'enre sur la fabrication et les usafjes des 
iiitéressanis produits dont il s'occupe. 

La pariie tliéorique générale, très complète, formant 
le prf'Uiier chapitre de l'ouvrage, ne vise naturellement 
pas à l'originalité : mais elle rendra service à l'indusi riel, 
qui n'a pas beaucoup de traités scientifiques sous la 
main. 

Le plus grand intérêt du volume ré'siile en ce que 
l'auteur est liien réellement du métier. Dans les cha- 
pitres techniques, il ne se borne pas à reproduire la 
série des procédés que fournissent la biblio^rraphie et 
les brevets, mais, dans beaucoup de cas, il cite des 
ohservations personnelles et introduit des critiques que 
lui a sufigérées son expérience. Nous ne sommes donc 
pas là en présence d'une de ces œuvres quelconques, 
compilées d'une manière plus on moins heureuse par 
une personne étrangère à la matière, comme on en 
rencontre malheureusement beaucoup trop dans la 
littérature aujourd'hui. 

Le passé et le présent- trouvent place dans l'ouvrage 
de M. Geschwind. Il a pensé sans doute que, si les 
aiiciens procé.lés n'ont plus d'utilité immédiate, il n'en 
est pas moins intéressant de considérer l'évolution pro- 
gressive d'une industrie, les modernes devant toujours 
quelque chose à leurs'devanciers. En outre, les anciens 
reparaissent fréquemment sur la scène, quand des 
découvertes qui leur .«ont postérieures pemn-ttent 
d'appliquer leurs Cdnceptions d'une manière plus proli- 
tableet plus pratique. C'est dans cet ordre d'idées qu'on 
lira avec intérêt ce qui concerne les anciennes pré- 
jiaraiions des aluns, la fabrication de l'acide fumant 
de Nordhausen,. qui sont sur le point d'entrer dans le 
domaine des temps passés. 

.le recommanderai surtout le livre de M. Geschwind 
à ceu.x: qui cherchent des données numériques sur la 
préparation des petits produits qu'il décrit; la deuxième 
partie de l'ouvrage est riche en renseignements de celte 
nature, non moins, d'ailleurs, que latroisième panie, 
réservée aux applications des sulfates de fer et d'alu- 
minium. Dans la quatrième partie enfin, l'analyste 
Irouvera des procédés usuels pour l'examen des 
matières que l'on rencontre dans ce genre d'industrie. 

G. Arth, 
Directeur de l'Institut chimique 
de la Faculté des Sciences de N'ancy. 

3° Sciences naturelles 

riievalier (Au;.'.:. l'n-imrali'uiuiu Musniiii. — Mono- 
graphie des Myricacées : Anatomie et histologie, 
organographie, classification et description des 
espèces, distribution géographique. [Tlwxe de la 
Faculté des Svienres de l'ans). — 1 vol. in-»" de 
•260 pages, avcr /dane/ies et cartes. Le Mnout, im- 
primeur. Clierl/oiirg, l'JOl. 

En 1898, M. Chevalier nous faisait connaître quelques 
points de l'anatomie des .Myricacées et nous laissait 
espérer une monographie complète de ce petit groupe 
de plantes appartenant a la série des Amentacées. C'est 
ce travail, interrompu par une longue et fructueuse ex- 
pioralion dans l'Afrique occidentale française, que nous 
présente aujourd'hui l'auteur. 

De l'ensemble des caractères que fournit l'histoloaie 
des diverses espèces des Myricacées, et dont l'exDOsé 
constitue, avec l'historique, les premiers chapitres, il 
nous faut retenir quelques particularités. — Racine. 
>a. structure est normale. — Tige. Le cylindre li- 
gneux forme un anneau complet, et le liber, protégé 

BEVLE GÉNÉRALE DES SCIENCES, 190Î. 



par des arcs scléreux péricycliques, est composé de 
plages crihlées alternant avec des plages de paren- 
chyme. L'écorce ne renferme ni canaux sécréteurs ni 
cellules sécrétrices, mais seulement quelques cellules 
lanifères et oxalifères; le périderme est d'origine sous- 
épidermique. — Feuille. L" système fasciculaire du 
pétiole est en arc; les stomates sont répartis urriquement 
â la face inférieure, épars ou localisés dans de^ cryptes, 
enfoncés et protégés par o à 10 cellules épidermiques 
rayonnantes. Le- poils lecteurs sont unicellulaires et 
sclériflés; quant aux poils glanduleux, ils sont unicel- 
lulairesouunisériés oulermuiéspar un massif sécréteur, 
et, dansce cas, ils sont pédicellés et fréquemment siiués 
au fond de cryptes produites par des invaginations de 
l'épiderme. 

L'inllorescence des Myricacées est une «rappc 
simple ou rameuse avec des fleurs apérianlhées; l'ovaire 
renferme un seul ovule orthotrope dépourvu de funi- 
cule, et la fécondation est micropylaire. Le fruit est 
variable et fournit les meilleurs caractères taxinomiques 
de genres; c'est un al<i'ne chez les Coiiiptonia, une noix 
chez les Gale et un fruil particulier chez les .l/v;/c.v, 
présentant un endocarpe parenchymaleux plus ou 
moins écrasé, un mésocarpe scléreux et un exocarpe 
parenchymaloïde, pourvu d'un revêtement cireux ou 
garni d'émergences. 

L'une des particularités biologiques des plus inté- 
ressantes de celle famille est la présence de tubercules 
radicaux, sortes de petites excroissances coralloïdes 
que l'on rencontre sur les racines ou parfois sur 
les organes souterrains de bon nomhre d'espèces. 

Ces productions, constantes chez le Gale palustris 
d'Europe, sont occasiormées par l'action d'un cham- 
pignon parasite voisin des Plasmodiophora, le Frankia 
Briineliorsli Miill. 

Ces tuberculoides sont, commechezles Légumineuses, 
des racines arrêtées dans leur développemeni ; les uns 
sont_ nroiiostéliques, les autres polysléliques; l'auteur 
se réserve de poursuivre l'étude des relations de l'or- 
ganisme producteur avec la plante nourricière. La 
deuxième partie de la thèse de M. Chevalier est ré- 
servée à la classification et à la description des espèces : 
on y trouve exposée la morphologie externe et interne, 
ainsi qrre l'aire de dispersion f;éogrHpliique de chaque 
type ou variété. Nous y relevons les espèces nouvelles 
suivantes : Gale japoiuca, .Myrica nana, avec les deux 
variétés intégra et luxurians,' M. FJreoeana, niyrtilblia, 
glabrissima, elliplica, comorensis, Fuiickii, ainsi que 
plus de ?ix variétés ou hybrides non encore déci'its. 

En résumé, la famille est nettement scindée en trois 
genres : 1° le genre (Jale avec une seule espèce type, le 
G. palustris, et trois sous-espèces secondaires;' 2° le 
G. Comptonia, qui ne renferme de même qu'une seule 
espèce, le G. pcregrina de l'Amérique du Nord, à fruit 
protégé par une sorte de cupule provenant des deux 
bractéoles; .'i" le genre Myrica, avec cinquante et une 
espèces africaines ou américaines. Le Gale palustris, à 
lui seul, possède une aire de dispersion plus étendue 
que celle de toutes les autres espèces. Cette plante, le 
Comptonia et quelques Myrica sorrt seuls hygrnphiles; 
ajoutons que l'on ne rencontre aucune Myricacée erî 
Australie ni dans les îles de l'Océanie. 

Comme il est facile d'en juger par cette courte 
analyse, le travail de M. Chevalier est une excellente 
monographie dairs le sens le plus large du mot, et nous 
le félrcilong bien sincèremeirl de s'être adressé aussi 
bien à l'orgairogénie qu'à l'analomie pour établir sa 
classificalioi;; il faut avouer cependairt que l'analomie, 
chez des espèces mal fixées, fournil des caractères d'une 
bien faible importarrce laxinomique. 

11 semble qu'on ne puisse adresser à l'auteur de cette 
monographie qu'urre seule critique : c'est d'avoir p-ché 
par excès de modestie en ne faisant pas ressortir d'une 
façon suffisante les faits nouveaux rois en lumière par 
ses patientes et minutieuses recherches et en obligeant 
le lecteur à parcourir la brochure en entier pour 
découvrir les espèces et les variétés créées par lui. Celle 



BIBLIOGRAPHIE — ANALYSES ET INDEX 



])i-emière piililicatioii nous fait cepenilanl hipn augurer 
Je l'avenir, el nous voulons terminer ainsi, eu expri- 
mant le souhait d'un prompt retour au jeune explo- 
rateur sur le point de repartir pour ces ré^;!ons encore 
inexplorées du Tihad; il y fera, do nouveau, une ample 
moisson et puisera largement dans les richesses bota- 
niques du continent noir pour enrichir la Sc;i>nce de 
matériaux encore inconnus, d'observations inédites et 
de travaux personnels des plus intéressants. 

Emu.e Pehrot, 

Docteur es sciences, 
Apropé, Gliariré do Cours 
à l'Kcole Supériouro de Pharmacie do Paris. 

Vis'icr (D' Pierre), Préparalriir-mljoiiil d'Histologie ù 

iii Fnriilip lie Mf'flpciiip ilc l'nri.i. — Le Nucléole. 

Morphologie, Physiologie. — 1 vol. iii-8" de 

ii't jiiiiji's, avec lii/ure^ dans le texte, {fri.x ; 4 /'/•.) 

Carré ft Naud, vditours. l'avis, 1001. 

Ce travail sur le nucléole, « cet organe en appa- 
rence si simple et si minime dans le complexus cellu- 
laire », est loin d'être inutile. Plus petites et plus 
simplfs en apparence sont les choses, plus elles sont 
difficiles à comprendre, et plus il y a d'auteurs accourus 
pour s'en disputer l'interprétalion et d'opinions con- 
tradictoires produites. Tel est le cas du nucléole. 
M. Vigier a donc droit à la reconnaissance des cher- 
cheurs, pour avoir mis de l'ordre dans la question de la 
morphologie et de la physiologie du nucléole, si 
embrouillée el bibliographiquement si encombrée. Il a 
l'ait (lu nucléole une bibliogra-phie très étendue, qu'il 
déclare n'avoir pas voulu faire complète pour éviter de 
la rendre inutile et fastidieuse, et pour demeurer clair. 
Nous nous permettrons, cependant, de remarquer à ce 
sujet que, dans une question bibliographique, la clarté, 
si elle n'est obtenue que par des suppressions inten- 
tionnelles, est artificielle et presque criminelle, puis- 
qu'elle supprime, en efîel, des existences scientifiques, 
faits constatés ou opinions exprimées. 

Ce travail a pour point de départ des recherches 
originales de l'auteur sur le mécanisme histologique 
de la sécrétion, en particulier dans les glandes à venin 
du Triton. Parmi les conclusions les plus importantes, 
citons les suivantes : 

Les nucléoles sont souvent creusés de vacuoles; — les 
nucléoles accessoires proviennent vraisemblablement 
du nucléole principal; — les nucléoles sont dus, sans 
doute, à une différenciation du réseau chromatique ; ^ 
le rôle du nucléole est encore problématique; il est, 
sans doute, un organe actif du noyau au repos, intéressé 
dans l'élaboration des produits de la cellule. 

Le travail de M. Vigier nous donne un résumé utile 
et déjà très complet d'une question cytologique inté- 
ressante, et sera lu avec fruit. 

k. Pre.na.nt, 
Professeur :■! l'Université do Nancy. 

Ferronuièi'c (C). — Etudes biologiques sur les 
zones supralittorales de la Loire - Inférieure. 
(h'.xinni du liullctin dp la Société des Sciences Natu- 
relles de l'Ouest de la France). — 1 vol. in-H" de i'ài 
pmjes, livre Jigiircs el planches. Seerétariat du 
Muséum d'Histoire naturelle, Aantes, 1901. 
Après avoir défini la concurrence vitale dans les 
milieux aériens, d'eau douce, marins, d'eaux sursalées, 
M. Ferronnière étudie l'influence de ces milieux prin- 
cipalement sur les Vers, parce que ce groupe compte 
des représentants du type nageur errant et sessile. 
L'auteur étudie la faune des localités immergées d't-au 
stagnante, à salure constante ou variable, à eau de mer 
vive ou courante, à dessèchement interniitlent el celle 
des lieux plus ou moins éclairés ou abrités, etc.; il 
conclut que ces condiiions modifient la zone comme 
étendue et comme faune. 

Il décrk la ijrandi' cote du Croisic, à rochers verti- 
caux el battus par les vagues. Les animaux marins ont 
• tendance ici à remonter à un niveau plus élevé qu'ail- 



leurs. Celte zone supralittorale se trouve donc réduits 
à une bande l'-troite où se rencontrent les espèces 
marines les moins exigeantes et quelques espèces ter- 
restres capables de su|iporter l'eau de mer quelques 
instants. La zone des roches abruptes est donc très 
réduite, mais c'est le contraire pour la zone des rochers 
à pente faible. L'élude des jjiares supralittorales mon- 
tre qu'il s'y produit un triage d'espèces causé par le 
changement multiple de salure ou la résistance à la 
des-iccation; de plus, la concurrence vitale isole en 
quelques milieux défavorables des espèces disparues 
ou devenues rares aux endroits bien situés, oij plusieurs 
autres espèces mieux armées s'opposent à leur déve- 
loppement. li:n résumé, les êtres qui vivent dans ces 
mares appartiennent à des formes résistantes, parfois 
chassées du milieu normal et transformées paria nou- 
velle vie et nettement acclimatées à elle. 

La grande quantité de vase dans les golfes profonds, 
comme le traiet du Croisic, n'est pas la seule cause de 
l'appauvrissement de leur faune; il faut y ajouter les 
changements de salure et surtout le grand calme des 
eaux, si défavorable à l'aération de ce milieu. La 
sélection d'espèces formant la faune sursalée des 
marais salants du Croisic se renouvelle à chaque prin- 
temps, au moment où la sursalure commence à se faire 
sentir. La caractéristique des eaux saumAtres el dou- 
ces est leur variabilité extrême de salure (par la pluie, 
l'évapoiation. etc.). Là encore s'opère une sélection 
analogue à celle de la zone supralittorale. 

Dans les eaux courantes où les transitions existent, 
la faune saumatie plon^je, repoussée par l'eau douce 
qui surnage, el parfois quelques espèces marines s'accli- 
matent à des salures très réduites; M. Ferronnière cite 
lé cas d'un Psanimoryctes transformé en Polodrilus (".') 
très typique. Nous ferons remarquer que ce fait pren- 
drait plus d'importance si M. Ferronnière avait observé 
des formes de passage. L'élude de certaines familles 
nous a paru ici un peu rudimentaire ; les Hirudinécs 
en particulier, sont laissées de côté. 

Dans une deuxième partie, l'auteur lente de repro- 
duire expérimentalement les changements de milieu et 
les conséquences qui en découlent. La résistance à 
la dessiccation (que M.Giard a si bien nommée auhydro- 
liiose) est variable pour certaines espèces très rappro- 
chées. En mentionnant certains cas d'adaptation avec 
modifications anatomiques, M. Ferronnière discute 
certaines conclusions d'un travail que nous avons 
publié en 1897. Or, nous n'avons jamais dit que la 
queue des Lombrics habitant la terre dure prend une 
forme aplatie, tandis que celle des Lombrics à vie aqua- 
tique prend une forme cylindrique. Nous nous soni- 
mes, au contraire, borné à constater que les Vers caiiali- 
sateurs, vivant dans des terrains frais el peu humide^, 
possèdent une queue aplatie, présentant ainsi uin' 
surface d'appui plus étendue dans le sens transversal 
el, par conséquent, une puissance dynamique plus con- 
siilérable dans le sens longitudinal. C'est donc la fom - 
lion locomotrice et non le milieu ambiant qui a trans- 
formé la forme primitive de la partie caudale de ces Vei ^. 
Ln résumé, nous dirons que la partie caudale des Vers 
sédentaires pourra être polyédrique, mais jamais aplati.' 
comme celle des Vers canalisateurs. M. Ferronnièn" 
ajoute (|ue Ihs Alluvus prennent une forme cylindriqur 
lorsqu'on les fait vivre dans le sable mouillé. Ce fait cor- 
rotiore au contraire nos conclusions, c&vXesAllurus sont 
des Lomhricides absolument sédentaires, non migra- 
teurs. .\u reste, leur anatomie musculaire, celle de la jiar- 
tle caudale de l'intestin en croix de Saiiit-,\iidré, que 
nous avons décrite en 1900, s'opposent à ce que CfS Vi-is 
prennent une forme aplatie. Quant à l'influence de la 
vie aquatique sur la disparition du clitellum, M. Ferron- 
nière menlMiiine qu'il eslarrivéaux mêmes conclusions 
que nous. Suit une élude intéressante sur rintlueiice 
du passage de l'eau de mer à l'eau douce sur quelques 
animaux. Le protoplasme reçoit d'abord l'eau, puis il 
cède une partie de ses sels. Cette acclimatation est rare 
chez les Poly diètes ; elle l'est moins chez les Oligocliètes 



BIBLIOGRAPHIE 



ANALYSES ET INDEX 



ol 



Plusieurs auteurs ont r-tudié la ri!-sistaiice qu'ont cer- 
tains animaux d'eau de mer lorsqu'on les plonge dans 
de l'eau sursalée. Jl. Ferronnière étudie leurs conclu- 
sions en élargissant beaucoup le champ des expériences. 
Il constate que les espèces qui résistent à l'eau sursa- 
lée sont aussi les mêmes qui résistent à l'eau douce ; et 
ce sont précisément celles qui. par leur habitat, ont été 
habituées aux changements de salure; en un mot, ce 
sont les animaux supraliltoraux. \)« là vient cette sin- 
gulière anomalie entre le faciès des eaux saumàtres et 
celui des eaux sursalées. L'auteur termine par une 
élude sur l'inlluence de la lumière sur certaines 
espèces. 

En résumé, un animal réagit toujours lorsqu'il y a 
manque d'équilibre entre lui-même et le milieu 
ambiant ; s'il peut résister, il parvient à un nouvel étal 
d'équilibre et il se modifie. Plus le milieu change 
fréquemment, plus l'animal devient mieux armé pour 
résister aux changements de n'importe quel ordre. Ces 
caractères acquis par adaptation sont plus ou moins 
héréditaires. Enfin, il existe aussi certaines espèces qui 
ne se modifient pas, tout en s'acclimatant; d'autres 
perdent des organes inutiles, ou s'enkystent. 

La mort immédiate, l'au'otoraie, les contractions 
violentes, les tactisraes, les tropismes, l'exagération 
des fonctions, les modifications de formes, l'acclima- 
tation finale sans modification, tels sont, en résumé, 
les résultats qu'a obteuus M. Ferronnière en reprodui- 
sant expérimentalement les conditions de vie normale 
constatées dans la première partie de cet intéressant 
ouvrage, qui jette un jour nouveau sur l'évdlution bio- 
logique des Vers supralittoraux. 

E. DE RlBALCOURT, 

Pri.-pariTleur à la Faculté des Scienccs'dp Paris. 

4° Sciences médicales 

Harteiiberg' (D' Pauli. — La Névrose d'angoisse. — 

1 vol. iii-H" (le 82 pnges {Pri.x : 2 fr.) Félix Alcan, 
éditeur, /'ac/s. Ii.t02. 

Le travail de M. llartenberg est un éloquent plaidoyer 
pour réclamer droit de cité dans la science neurolo- 
gique en laveur d'une forme névropathique nouvelle, la 
névi^ose iF angoisse. 

1" La névrose d'angoisse, proposée eu 1893 par Freud, 
de Vienne, comme type morbide autonome et distinct 
de la neurasthénie, est caractérisée, dans sa forme 
pure, par les symptômes suivants : 

a) Sutexcitalion nerveuse générale; b) Etat d'an- 
goisse chronique du « attente anxieuse « ; c) Accès 
d'angoisse aiguë paroxystique, avec dyspnée, palpita- 
tions, sueurs profuses, etc.; d) Equivalents de la crise 
d'angoisse et crises rudimentaires, tels que : troubles 
cardiaques, troubles respiratoires, troubles digestifs, 
vertiges, paresthésies, phénomènes musculaires, phé- 
nomènes sécrétoires, phénomènes congestifs, troubles 
uiinaires, variations de la nutrition générale, etc.: 
e) l'Iiohies et oljsessions. 

De tous ces symptômes, le plus constant et le plus 
significaiif est l'angoisse. Les désordres fonctionnels 
sont plus ou moins variables, s'associent diversement 
entre eux et peuvent se remplacer les uns les autres. 
Les phobies se développent à la faveur de l'angoisse, et 
leur objet, qui n'est que la forme intellectuelle dans 
laquelle l'angoisse se justifie, dépend uniquement du 
hasard des circonstances. 

2" D'après Freud, la névrose d'angoisse aurait une 
origine exclusivement sexuelle, et serait due à des 
excitations sexuelles insatisfaites, comme dans le cas 
d'excitation fruste des fiancés, du coït réservé et inter- 
rompu, de l'impuissance relative, de l'abstinence volon- 
taire, de la masturbation habituelle, etc. Mais, tout en 
reconnai>sant que ces causes déterminent effeclivement 
la névrose d'angoisse, on peut penser qu'elles ne seront 
pas seules à la produire, et que toute fatigue, tout sur- 
menage, lout é[iuiiement. toul traumatisme du s\ >tènie 



nerveux viscéral est également susceptible de la provo- 
quer. 

.3° En effet, d'après l'étiologie et les sympi ornes cli- 
niques, consistant en désordres circulatoires, vaso- 
moteurs et viscéraux, on peut supposer que la névrose 
d'angoisse a pour siège le système nerveux sympa- 
thique. Elle exprimerait une fatigue, un épuisement du 
sympathique, comme la neurasthénie vraie traduit la 
fatigue du système céréliro-spinal. Il paraît donc légi- 
time de séparer la névrose d'angoisse, maladie du sym- 
pathique, caractérisée par l'angoisse, de la neuras- 
thénie, maladie du système cérébro-spinal, caractérisée 
par l'asthénie. Toutefois, comme, dans la vie, les causes 
de surmenage de l'un et île l'niiire svstèmes se len- 
contrent fréquemment associées, il est naluiel que l'on 
rencontre aussi le< symptômes de la névrosi' d'an;.'oisse 
et de la neurasthénie associés dans des formes mixtes. 

4" Le terme de névrose d'angoisse paraît utile pour 
différencier de la neurasthénie, dont la compréhension 
devient trop large, un groupe naturel de symptômes 
représentant « une maladie primitive de l'émotivité », 
qui constitue le terrain d'élection pour le développement 
des phobies. Son mécanisme pathogénique éclaire, en 
outre, singulièrement la psychologie des peurs morbides, 
et apporte une démonstration clinique éloquente en 
faveur de la doctrine de la priorité de la vie affective 
dans la constitution des phobies et des obsessions. 

0" Le traitement s'attaque aux désordres somatiques 
par les moyens ordinaires de la thérapeutique ner- 
veuse : hygiène, repos, isolement, hydrothérapie, élec- 
trothérapie, calmants (opium), traitements locaux, etc. 
Les troubles psychiques, les phobies, rebelles le plus 
souvent à la suggestion hypnotique ou vigile, seront 
conibaltus avec succès par la méthode des exercices 
d'accoutumance répétés par le malade à son insu, sous 
la direction immédiate du médecin. 

Telles sont les conclusions de ce sérieux travail, hien 
documenté et bien construit, dont les idées nouvelles 
et les points de vue originaux méritent de retenir l'at- 
tention de tous les chercheurs qui s'intéressent aux 
progrès de la Neurologie. J. D. 

5° Sciences diverses 

Choublîer et DeUolvé. — Conférences du Groupe 
français de l'Ecole internationale des Expositions, 
àrExposition universelle de 1900, uvrcunr Letlrc- 
/ind'aci- ilr M. Lko.n Iîoirgeois, l'rr-.iili'iit de l'Ecole 
internationale îles Expositions. — 1 vol. in-H" de 
XXIX-S67 paqes. Arthur Rousseau, éditeur. Paris, 
1001. 

On connaît celte grande École internationale, qui a 
fonctionné, en 1900, pendant l'Exposition. 

Les secrétaires du Groupe français ont pensé qu'il y 
avait intérêt à publier certaines des Conférences don- 
nées à l'Ecole, et ainsi est né le présent volume. 

Parmi les leçons faites, nous relèverons principa- 
lement les suivantes, qui ont trait à la Science et à 
l'Industrie : 

L'Eclairage électrique à l'Exposition, par M. Bai- 
gnières; les Récents développements de l'Industrie des 
alcools, par M. Barbet; les Fers et les Aciers, par 
M. Block ; la Fabrication de la Céramique, par M. de 
Blottefière; le Traitement des minerais d'or au Trans- 
vaal, par M. Bousquet; l'Histoire de l'Imprimerie en 
France, par M. Christian; les grandes Industries chi- 
miques à l'Exposition (sept conférences), par .M. L. 
Guillet; les Progrès de l'Industrie houillère dans le 
siècle, par M. E. Gruner; le Traitement des métaux, 
par M. Janneta-',; les Moyens de transport, par M. >Ii- 
chotte et par M. Pillon; la fabrication des Lampes ;'i 
incandescence et la Verrerie à l'Exposition, par M. Paul 
Séguy; la Photographie appliquée à l'illustration du 
livre, par M. Vidal; le Soudan français, par M. (iidel; 
les Slaves des Balkans, par M. A. Malet; la Cultnreindus- 
tiielle du Nord, par M. Lefèvre, etc., etc.. 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



ACADÉMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES 

DE LA FRANCE ET DE L'ÉTRANGER 



ACADEMIE DES SCIEiNCES DE PARIS 

Séaitre (lu iù Di'ccuilirc 1001. 

Séance publique annuelle pour 1901. M. F. Fouqué 
rappelle le nom des membres de l'Académie décédés 
pendant l'année et résume leurs travaux. — M. le Se- 
crétaire perpétuel proclame ensuite le nom des lauréats 
des prix de l'Académie en 11)01. — M. G. Darboux lit 
l'éloge historique de Joseph Bertrand. 

Séance du 23 Décembre 1901. 
■)" Sciences mathématiques. — M. Em. Picard présente 
quelques remarques sur la nature des périodes des inté- 
grales doubles. — M. A. Pellet communique la suite 
de ses recherches sur le calcul des racines réelles des 
équations. — M. Riquier étudie le calcul par chemine- 
ment des intégrales de certains .systèmes différentiels. 

— M. R. Perrin est parvenu, à l'aide de considérations 
géométriques élémentaires, à résoudre, par des for- 
mules simples, tous les problèmes qui se rattachent à 
la recherche, à la séparation et au calcul par approxi- 
malions successives des racines réelles des équations 
numériques. — M. Edm. Maillet étudie les cas où les 
nombres e et ;: et leurs puissances rationnelles ne 
peuvent être racines d'équations. — .M. R. de Saussure 
cherche le mouvement le plus général d'un corps solide 
qui possède deux degrés de liberté autour d'un point 
lixe. Il montre que le coiironoïde joue, dans les mouve- 
ments à deux degrés de liberté autour d'un point fixe, 
le même rôle que la couronne, c'esi-à-dire la rotation, 
dans le mouvemi-nt à un degré de liberté. — M. G. Bi- 
gourdan a retrouvé des Notes de Uelambre indiquant 
les corrections à apporter aux angles azimutaux trouvés 
par Méchain dans sa mesure delà méridienne de France. 
La plupart des angles sont ainsi sensiblement améliorés. 

— M. A. de la Baume-Pluvinel l'ait connaître le résul- 
tat de ses observations de l'éclipsé annulaire de Soleil 
du 11 décembre au Caire. L'état du ciel n'a pas gêné 
les observations spectroscopiques,mais a nui aux essais 
de photographie de la couronne. Le spectre très précis 
de la lumière solaire rasant le bord de la Lune n'a pas 
décelé de phénomènes d'absorption attribuables à la 
présence d'une alinos|;ihère lunaire, même très rare. 
Ce résultat paraît décisif. 

2" Sciences physiques. — M. E. Carvallo remplace 
les énoncés de Maxwell par les trois lois suivantes, qui 
sont, toutefois, implicitement contenues dans ses for- 
mules : 1'' Un élément conducteur non magnétique, où 
le couraiil esl /j et le champ m;ignétique a, subit une 
force éleclrodynamique lepréseulée par le vecteur 
[// aj. 2° Un élément conducteur, non magnétique et 
en mouvemcni, où la vitesse esl a' et le champ a, est 
le siège d'une force électromotrice d'induction repré- 
sentée jiar le vecteur j a'» . W" La force électroniulrice 
d'induction dans un contoui' fermé est la somme de 
deux termes : d'une part l'intégrale du vecteur ,|A'a| le 
long du contour, d'autre part la dérivée changée de 
signe du llux de l'induction ina;.'iiétique h qui tiaverse 
le contour supposé lixe. — M. J. Thovert indique une 
nouvelle méthode pour l'étude de la dill'usion. Elle con- 
siste à mesurer la déviation d'un rayon lumineux tra- 
versant les milieux diffusants, déviation qui est sensi- 
blement proportionnelle M la déiivée île la concentration. 

— M. H. Pcllat si;;nah'qu(li|ues phénomènes nouveaux 
qu'il a obseivi's dans dc's tubes de (ieissler placés dans 
un champ magnétique. — M. P. Compan a di'tenniné 
à nouveau le pnuvorr refroidissant et la conductibililé 
de l'air. Le facteur de refroidissement du à l'air est, 



d'après Dulong et Petit, donné par l'expres-^ion np'!''./' 
''tant la pre.-sion, 1 1 excès de température du corps sur 
l'enceinte et /; une Constantin pour un même corp^. 
L'auteur a trouvé que h= 1,232 et c ^ 0,43 pour toutes 
les pressions supérieures à IS millimètres. Au-dessous, 
ces valeurs augmentent. La conductibilité de l'air à 0° 
est de 0,0000479 et son coefficient de températui-e de 
0,00130. — M. B. Brunhes a observé plusieurs fois, à 
l'Observatoire du Puy de Dôme, le phénomène di-s cou- 
ronnes antisolaires ou du spectre de Brocken. Le dia- 
mètre des couronnes varie avec le temps. — M. Debu- 
raux expose un projet de traversée du Sahara par un 
ballon non monté, pourvu d'un équilibreur et de déles- 
leurs automatiques, ainsi que d'instruments enregis- 
treurs. La constance des vents alises d'octobre à avril 
lui permettrait d'effectuer sa traversée en cinq jours. 
— M. L. Baudin a employé l'élher de pétrole léger, 
de densité 0,tl47 à -|- lb°, pour un thermomètre destiné 
aux basses températures. Cette substance ne s'est pas 
congelée dans l'air liquide. — M. A. Colaon a déter- 
miné les températures auxquelles diverses solutions se 
diluentsans changer de tenipéi'ature. Ce sont : KCl 04", 'i ; 
NaAzO' 116°; KAzO' 122°. — M. Guntz a obtenu le stron- 
tium en chauU'ant très lentement son amalgame dans 
le vide. Dans un courant d'hydrogène-, il se produit un 
hydrure de formule SrH'. — M. G. Bailhaohe a cons- 
taté qu'en dehors de l'oxyde bleu dérivé du binxyde de 
molybdène et trouvé par M. (iuicbard, il existe toute 
i une série d'oxydes bleus constitués comme les inidyb- 
dales et n'en différant que par le remplacement du 
métal par un radical composé tétratomique Mo'0% que 
l'auteur désigne sous le nom de inolylnlyle. — M. M. 
Descudé, en faisant réagir le chlorure de benzoyie sur 
le trioxyméthylène, a obtenu le cblorobenzoate di- 
méthylène, C"H^C00.CH-.C1, liquide incolore, bouillaiil 
à 120-122° sous 12 millimètres, et le dibenzoate de mé- 
thylène iCII'.COOi-CH-. Ce dernier, traité par ramnin- 
niaque, donne léthylènedibenzamide. — M. A. 'Wahl a 
constaté que toutes les aminés aromatiques primain- 
donnent des hyposulfites normaux répondant à la loi 
mule (l{AzH-j-H=5-0'. Ce sontdes corps bien cristallin s 
et stables, peu solubles dans l'eau. Us se décomposent 
par la chaleur suivant l'équation : (l{AzH^j''ll-S"0" z= 2 
RAzH- + H'0 -I- SO'^-|-S. —M. E. E. Biaise a constaté 
que les dérivés éthéro-organomagnésiensréagisseni sur 
les nitriles en donnant des combinaisons qui sont de- 
truites instantanément par l'eau avec production de 
cétoiies. Cette réaclion est très générale et a lieu dans 
la série cyclique comme dans la série grasse. — M. R. 
Fosse montre que les xaiillièiies sont des bases san-- 
azote dans lesquelles l'.iwijrnr pnssède des propriéh- 
basiques el doit être coiisid'i é- loninie tétravalent. Li-s 
dérivés monolialogénés sont en quelque sorte des hypo- 
chlorites de ces bases. — M. M. Guerbet, en chaullant 
vers 230° les alcools propylique et butyliqiie normaux 
avec leurs dérivés sodés respectifs, a obtenu les alcools 
dipropylique et dibutylique. L'alcool dipropyliquo est 
liquide et bout à 14S°; il possède la formule C'H'.CH- 
(CH'J.CIPOH. — M. G. Bémont a étudié l'alcool amy- 
lique de fermentation. 11 bout à 131° et donne par- oxy- 
dation un acide valérique actif bouillant à n.ï°. qui 
semble être le méthyléthylacétique. 11 ne pourrait con- 
tenir que peu d'acide isopropylacétique. — M. A. Etard 
indique une méthode de séparation de la leiicine et de 
l'acide gliitainique dans les produits d'iiydrolyse des 
protoplasmides. lille se base sur le fait que le chlnrhy- 
draie de leiirine est très soluble, taudis que celui de 
l'aiiile ;;lnlaniii]ue est d'une insulubilifé remarquable. — 
M. G. Bertrand a reconnu que le bleuissement de cei- 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



oA 



tains champignons est dû à l'oxydation d'un principe 
qu'ils contiennent, le bolétol, oxyd.ilion qui n'a lieu 
qu'en présence de laccase et d'un métal quelconque. 

— M. G. André a étudié les variations de la matière 
organique pendant la fierniinnlion. 

;)" Sciences nati'belles. — M. F. Houssay a déter- 
miné, chez la puule, l'influence du légiine Carnivore 
sur l'excrétion et la variation du rein. L'urée excrétée 
est pi es de trois t'ois plus abondante qu'avec le ré;;ime 
du grain; on constate, en outre, l'apparition d'un peu 
il'acide urique. Les reins ont gau'né en poids près d'un 
tiers. — M. R. Cambier, en combinant convenablement 
l'action de la soude et du sel marin, est arrivé à cons- 
tituer de toutes pièces un bouillon qui permet, à l'aide 
des cultures en bougies, de séparer à coup sûr le bacille 
typhiaue d'un colibacille déterminé. — MM. Lambert 
el. Heckel ont constaté que l'ibogine possède des pro- 
)iriétés anesthésiantes comparables à celles de la co- 
caïne. X dose élevée, elle détermine la mort par arrêt 
du cœur. — M. R. Saint-Loup considère qu'il y a une 
relation entre les phénomènes de multiplication cellu- 
laire et la spécificité du milieu où les cellules évoluent. 
Il indique une méthode qui permet de mesurer numéri- 
quement les activités cytologiqucs. — M.M. P.-P. Dehé- 
rain et E. Demoussy ont lait, sur le trètle, des expé- 
liences qui fournissent deux exemples intéressants de 
l'iiitluence qu'exercent sur les Légumineuses le iiiilieu 
et Viiioculaiion. Le trèfle croit dans la terre de Bretagne 
aussitôt qu'on apporte du calcaire et des phosphates, 
c'est-à-dire aussitôt que le milieu devient favorable à 
sa végétation ; il reste misérable, au contraire, dans la 
terre de bruyère, malfjré la création d'un milieu favo- 
rable, tant que la terre de jardin n'apporte pas les 
bactéries efficaces. — M. E. Laurent a constaté que 
l'additiiin de superphospluite slimu!e la production des 
nodosités radicales chez le Pois, la Vesce velue et la 
Vesce cultivée, et surtout chez le Lupin jaune. C'est le 
contraire chez la Fève ; chez cette dernière, les engrais 
azotés excitent la formation des nodosités, tandis qu'ils 
la paralysent chez les autres Légumineuses étudiées. 

— .M. J. Dumont a reconnu que le défaut de nitrifica- 
tion des sols tourbeux a pour cause etiiciente un état 
particulier de la matière azotée qui se trouve contenue 
dans ces sortes de terres, et qui se traduit toujours par 
un défaut absolu d'aramonisation. Cet état est une con- 
séquence du manque de potasse active, puisqu'il suffit 
d'incorporerau sol du carbonate de potasse pour rendre 
l'humus iiilritiable en favorisant l'aciion des ferments 
ammoniacaux. — .M. A. Jurie signale un nouveau cas 
de variation de la vigne à la suite du greflage mixte. Ce 
cas vient à l'appui des théories de M. .\rmand Gautier. 

— -M. Ed. Gain a constaté que les graines de (^iraminées 
présentent avec l'âge une altération graduelle de l'em- 
bryon. 11 jaunit d'abord, puis subit un bruni-sement 
noir rougeàtre, très apparenta l'œil nu. Il est déjà très 
accentué au cummencement du second siècle. — M. L. 
Petit a observé les globules réfringents du paren- 
chyme chlorophyllien des feuilles, qu il appelle s/}li(-ni- 

j lins. Ceux-ci existent, tantôt dans tous les genres d'une 

même famille ou du moins dans la grande majorité; 

I tantôt on ne les rencontre pas du tout ou dans quelques 

: genres seulement. Ils se montrent surtout chez les 

I familles supérieures. — M. A. GuiUermond a reconnu, 

1 chez les Saccharomycètes, une fusion de deux cellules 

sœurs s'unissant pour former un asque; cette fusion 

1 s'accompagne d'une fusion nucléaire. C'est un cas 

typique de icmiugaison par isogamie. — MM. L. Cayeux 

el Ed. Ardaillon ont constaté que le Trias existe bien 

j eu (iièce, comme l'a supposé M. Douvillé. Le grand 

1 massif calcaire du Cheli, en .\rgolide, appartient en 

l partie, sinon en totalité, au Trias supérieur et non au 

I Tithonique. Il faut renoncer à faire ligurer le calcaire 

du Cliéli parmi les preuves de la transgressivité du 

1 Jurassique supérieur dans les région-* méditerra- 

; néennes. — MM L. Bertrand et O. Menget présent^-nt 

]■ qu.-lques observations sur le >yncliiial d'.\niélie-les- 

Bains, qui modifient notablement les données fournies 



sur cette région par M. Roussel. — M. L. de Launay 
a étudié le décrochement quartzeux d'Evaux et Saint- 
Maurice {t>euse). L'âge de cet accident, certainement 
post-dinautien, semble d'autre part antérieur au Sté- 
phanien. — .VI. E. Maury a découvert, aux environs de 
Ponteleccia (Corse), une formation marine appai tenant 
au Miocène et dont la faune diffère essentielement de 
celles qui ont été signalées dans l'ile. — .M. E. Martel 
si;;nale de nouveaux exemides de contamination des 
résurgences (sour.-es vauclusiennes) des terrains cal- 
caires en France, par suite du pouvoir tiltiaut nul ou 
très faible des fissures de ces terrains. 

Louis Bru.net. 

ACADÉMIE DE MÉDECINE 

Séance du 17 Décembre 1901. 
Séance publique annuelle de 1901. — .M. E. 'Vallin 
lit le Rapport général sur les prix décernés en 1901. 
Puis M. le Président proclame les noms des lauréats. 

Séance du 24 Décembre 1901. 

M. le Président annonce le décès de Sir 'W. Mac- 
Cormac, correspondant étranger, et de AL E. Ossian- 
Bonnet, correspondant national. — L'Académie pro- 
cède au renouvellement de son bureau pour 190-2. 
M. Riche, vice-président en 1901, devient de droit pré- 
sident pour 19(12. .M. Laneereaux est élu vice-pré- 
sident. M. E. \''allin est maintenu, par acclamation, 
secrétaire annuel. M.M. Hayem et Chauvel sont élus 
membres du Conseil. 

L'Académie procède à l'ouverture de deux plis cache- 
tés, l'un contenant une note de M. G. Schneider sur 
un parasite observé dans le sang de scailatineux, l'autre 
renfermant une note de .M. E. Do3'en sur la présence 
habituelle d'un microcoque dans les tumeurs épithé- 
liales. — .M. A. Laveran présente un ra[iport sur la 
prophylaxie du paludisme en Corse, all'eclion qui para- 
lyse tout prnf,'rès dans ce pays. Il propo-e les trois me- 
sures prophylactiques suivantes : Traiter énergiqueuient 
par la quinine tous les mal.ides atieints de paludisme, 
de façon à empêcher l'infection des Ana/iheles; détruii e 
les moustiques, les Ano/ilielos en particulier; prendre 
les mesures nécessaires pour protéger tous les indivi- 
dus malades ou sains contre les piqûres de moustiques. 
Comme conclusion, le rapporteur demande à l'.Académie 
d'adopter le vœu suivant élaboré par la Commission : 
" L'.Vcadéniie, considérant que l'usage de la quinine 
a pris une importance aussi grande pour la prophylaxie 
que pour le traitement des fièvres palustres, émet le 
vœu que la vente des principaux sels de quinine soit 
soumise, dans toutes les régions palustres de la France, 
de la Corse et de nos colonies, à une législation spéciale 
qui permette aux plus pauvres de se procurer p.nrlout 
de la quinine de bonne qualité elà bon marché, comme 
cela a lieu en Ilalie. » Ce vœu est adopté à l'uiianimilé. 
— M S. Arloing a repris les expériences de M. R. Koch 
sur la non-identité des tuberculoses humaine et animale 
et est arrivé à des résultats absolument dilîérents. Pour 
lui, la virulence du bacille de la tuberculose étant va- 
riable et capable de s'adapter à certains organismes, il 
n'est pas surprenant que le bacille humain puisse mani- 
fester sur certains animaux moins d'activité que le ba- 
cille de la tuberculose bovine; mais l'on peut trouver 
et entretenir en cultures pures des bacilles humains 
aptes à tuberculiser le b.xuf, le mouton et la chèvre. Si 
l'on en trouvait d'incapables à. produire ce résultat, et 
il en existe certainement, ils ne se rattacheraient pas 
pour cela a une tuberculose absolument distincte. L'au- 
teur persiste donc à admettre l'unité de la tuberculose 
humaine et de la tuberculose animale à bacille de Koch 
et recommande de maintenir les précautions édictées à 
l'égard de la viande et du lait suspects de receler le 
bacille de la tuberculose. — M. le D'' Roche lit une 
note sur l'étiologie de l'entérite cholénforme. — M. le 
D'' Hamy donne lecture d'un travail sur les déforma- 
tions artificielles du thorax. 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



Séance du M Ih-rembrr 1901. 

M. Brouardel présente un rapport sur le mémoire du 
]}■■ Hamy relatif aux déformations du thorax. Il s'agit 
du cas d'une femme qui avait porté les corps busqués 
et baleinés qui furent à la mode pendant le troisième 
quart du .Wlll' siècle. L'examen de son squelette pré- 
sente une série d'allérations ayant eu pour résultat de 
donner à la cage thoracique une forme spéciale, com- 
parabl3 à celle d'un baril. — M. Panas fait un rap[)ort 
sur un travail du L1' Dianoux, rflatil à l'énucléation et 
à ses inconvénients chez Ifs enfants. Il y a substitué un 
piocédé conservateur, qui consiste en une cautérisation 
en forme d'étoile avec perforation au centre, puis 
tatouage après cicatrisation. Le résultat obtenu est 
excellent. — M. Larger donne lecture d'un mémoire 
intitulé : Faits nouveaux relatifs à l'action de l'hérédité 
etjde la dégénérescence en obstétrique. 

SOCIÉTÉ DE BIOLOGIE 

Séance du 1 Décembre 1901. 

M. Gr. Daremberg a observé qu'un sang normal, 
après une heure de centrifugation, donne un sérum 
aussi incolore que l'eau pure. — M. Ch. Féré a étudié 
l'action de la pilocsnine sur le travail; plus la sécré- 
tion provoquée pa" % pilocarpine est abondante, plus 
le travail diminue rapidement et plus tôt arrive la 
fatigue. — M. N. Gréhant a analysé l'air du Métropo- 
politain; celui du souterrain est moins vicié que celui 
des wagons. Dans ces derniers, la quantité de CO^ a 
varié de 0,13 à 0,75 " o- — M.M. R. Lépine et Boulud 
ont constaté, post mortem, la présence fréquente de 
maltose dans le foie de chiens, même nourris exclusi- 
vement de viande. — ,\I. A. Billet a observé la pré- 
sence constante de l'hématozoaire de Laveran dans 
tous les cas de paludisme de son service à l'Hôpital 
militaire de Constanline. — M.VI. R. Anthony et J. Sal-' 
mon ont fait l'étude anatomo-hi.-tologique de deux 
monstres anidiens, et présentent quelques considéra- 
tions sur la classiflcation des Omphalosites. — M. 'V. 
Balthazard. a observé une augmentation de la léci- 
tbine dans les foies d'oie gras. — MM. P. Nobécourt 
et Sevin montrent que, chez l'enfant, le ferment amy- 
lolytique apparaît d'une façon précoce dans le sérum, 
et peut être, dès le premier mois, aussi actif que chez 
l'adulte. — M. J. JoUy a constaté que les myélocytes 
(lu sang, dans la leucémie, ne sont pas des cellules 
mortes ou dégénérées, ni des leucocytes hypertrophiés 
ou transformés. Ce sont des cellules spéciales, vivantes 
et mobiles. — MM. E. Cassaet et G. Saux établissent 
que des substances toxiques peuvent se développer du 
fait de la digestion des viandes; elles ont une spécdîcité 
bien déterminée et ne sont nullement artilicielles. 
Elles proviennent des transformations subies par les 
albuminoïdes. — M. F. Arloing a reconnu qu'admi- 
nistré par la voie veineuse en même temps qu'une cul- 
ture tuberculinène, le sérum aiitituberculineux se 
montre impuissant à développer une action thérapeu- 
tique quelconque vis-à-vis de l'infection tuberculeuse, 
même avee des bacilles alléiiués. Dans certains cas 
fréquents, il favorise plutôt l'extension de la tubercu- 
lose. Une longue impiégnalion par le sérum ne confère 
à l'économie aucune qualité lui permettant de résister 
à l'inoculation inlra-veineuse tlu bacille de Koch. — 
MM. Ch. Achard. et A. Clerc ont constaté que la liga- 
ture du pi'dicule rénal est suivie d'une augmentation 
notable du pouvoir amylolytiquc du sérum sanguin. — 
M. C. Phisalix a étudié l'action physiologique de l'ibo- 
gaïne. ICIle peut être rangée parmi les agents modilica- 
leurs du système nerveux. A faible dose, elle produit 
une légère ébriété; à doses plus fortes, il se produit 
une véritable ivresse hallucinatoire avec parésie et 
incoordination des mouvements. A dose excessive, la 
respiration est atteinte, les muscles se paralysent, 
l'animal meurt dans le collapsus et l'algidité. 



SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE DE LONDRES 

Séance du 13 Décembre 1901. 

M. T. R. Lyle montre que l'action magnétique 
d'une bobine quelconque peut être remplacée par celle 
d'un ou plusieurs circuits hiamentaires dans lesquels 
circulent des courants en relation simple avec le cou-" 
rant de la bobine. 11 indique une méthode qui permet 
de calculer le rayon des filaments circulaijes et leur 
distance suivant les dimensions axiales et radiales des 
bobines. — MM. E. H. Barton et S. C. Laws ont 
étudié le rôle de la pression de l'air dans les instru- 
ments de musique en cuivre. On sait que la note 
donnée par un de ces instruments est produite par 
l'emploi simultané du mécanisme et de l'embouchure 
correspondante où l'air sort à une pression convenable. 
Les expériences faites sur le trombone ténor, la trom- 
pette et le cornet ont mis en lumière les points sui- • 
vants : 1" Toutes choses étant égales, plus la note est 
forte, plus la pression de l'air est élevée ; i" Plus la 
note jouée sur un instrument donné est haute, plus la 
pression de l'air est grande ; 3° Les courbes formées en 
portant en abscisses les logarithmes des fréquences 
des notes et en ordonnées les pressions sont des lignes 
droites; 4° La pression de l'air nécessaire pour donner 
une note avec une intensité donnée est approximative- 
ment proportionnelle à sa hauteur définie par son loga- 
rithme; 5° Là où des positions alternatives des doigts 
sont utilisées pour une même note, les pressions sont 
pratiquement les mêmes; 6" Les pressions pour des 
notes identiques sur la trompette et le cornet sont 
presque les mêmes pour une intensité donnée, mais 
beaucoup moindres que pour les mêmes notes sur le 
trombone ; 7' Les pressions nécessaires pour des notes 
basses et fortes peuvent excéder celles des notes hautes 
et douces. M. D. J. Blaikley a fait des expériences 
sur le même sujet qui l'un conduit à des conclusions 
analogues. Toutefois, il a con.-taté que, si l'intensité 
est réduite au minimum possible pour chaque note 
d'une série donnée, les pressions minima sont directe- 
ment proportionnelles aux fréquences et non à leurs 
logarithmes. La pression minimum à laquelle une note 
peut être produite paraît dépendre seulement de .sa 
hauteur absolue et non de la place de la note, de l'ins- 
trument employé et du calibre de l'instrument. — . 
M. E. B. H. 'Wade décrit une nouvelle méthode hygro- 
métrique. Dans cette méthode, le thermomètre est 
mouillé, non avec de l'eau, mais avec de l'acide sulfu- 
rique de concentration telle que la température de la 
boule acide soit celle d'une boule sèche. La tension 
maximum de l'acide à toute température est connue 
d'après les tables île Regiiault. Deu.x ou trois détermi- 
nations avec cet instrument et avec un hygromètre sec 
et mouillé en même temps permettent de déterminer 
les cofistanles des deux instruments. L'expérience 
montre que les lectures de l'instrument ne sont pas 
affectées par la ventilation. 

SOCIÉTÉ DE CHIMIE DE LONDRES 

Séance du 21 Novembre 1901. 
M. H. -P. Stevens a obtenu le chlorhydrate de thio- 
carbamide CSAz'H'HCl en dissolvant la thiocarbamide 
dans un excès d'HCl concentré chaud; il cristallise en 
prismes, fondant avec décomposition au-dessous de 100 ', 
solubles dans l'eau et l'alcool. La méthode de Glutz 
donne un produit très impur. — .MM. F.-B. Power et 
F. -H. Lees ont trouvé, dans l'huile essentielle d'Astinnn 
cniindcnsc. les constituants suivants ; 1° un phéiiid 
C°II''0-; 2" un pinène; lî" du rf-linalol; 4" du /-bornéul : 
"t" du /-terinnéol ; 6" du géraniol; 7" du méthyleugénol ; 
8" une huile bleue, bouillant au-dessus de iGO" et cons- 
tituée par des coni|)osés oxygénés de nature alcooliqui' ; 
9° une lactoiie (;"ir-"0'; 10" de l'acide palmitique ; 
11" de l'acide acétique; 12° un mélange d'acides gra;- 
C"H'-'0' à C'-IP'O". La quantité de méthyleugénol, détei- 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



miiiOe par la méthode de Zeisol, est de 36,0 » „ ; la 
quantité d'élhers, d'environ 27,") "/o; la quantité d'alcools 
libres, de t3,3 ". o; la quantilé de piiiène n'est guère que 
de 2 » o. — M. H.-C.-H. Carpenter a étudié l'oxydation 
de l'acide sulfureux en acide diihinnique par les oxydes 
métalliques; il a obtenu les résultats suivants : 

ACIDE DITHIO- SIÎLPATK 

OXTPES HYDRATÉS NIQUE */„ "/o 

Kerrique 96,06-96.23 Non déterminé 

Manganique 75, 52-74,33 2.ï,42 

Coballique 36,97-35,07 63,80-63,33 

Nickelique 101,4 

I.e rendement en acide dithionique est d'autant plus 
élevé qu'il faut une plus grande quantité d'énergie pour 
réduire l'oxyde hydraté. La production de sulfate pro- 
vient de la décomposition de l'acide dithionique en 
acide sulfurique et S0-. M. Carpenter n'a pas obtenu 
d'acide dithionique en réduisant les peroxydes de 
plomb et de baryum par l'acide sulfureux. — M. A. Mc- 
Kenzie a résolu l'acide P-hydroxybutyrique inactif 
(préparé en réduisant l'éther acétoacétique par l'amal- 
game de sodium) au moyen de la quinine avec l'eau 
comme solvant. Par cristallisai ion, on obtient le sel 
neutre ^acide-y-quinine, cristallisant avec 4 I 2 H-O ; 
^a'';;' = — 129", 9. L'acide /-hydroxybutyrique lui-même 
donne [aj 'p= — 24°, 9. M. Mc-Kenzie a préparé un peu 
de cet acide au moyen dé l'urine diabétique pai la 
méthode de .Magnus-Levy ; il a obtenu les mêmes cons- 
tantes. — MM. J.-B. Cohen et H.-D. Dakin, en rédui- 
sant le 1:3: o-trinitrobenzène et le 2 : 4 : 6-trinitroto- 
luéue. par H-S en solution alcoolique, ont obtenu les 
diiiitrohydroxylaniines correspondantes. Ces dernières, 
par l'action de HCl, perdent de l'oxygène et donnent 
les diniiroamines correspondantes. — MM. 'W.-A. 
Bone et C.-H.-G. Sprankling ont préparé les cyano- 
(ricarballylates d'éthyle à partir des acides succiniques 
par deux méthodes : 1° action des cyanosuccinales 
d'éthyle sodés sur les éthers des acides gras œ-hromés; 
2" action des monobroinosuccinates d'éthyle sur le sodio- 
cyanacétate d'éthyle. Des deux méthodes, la première 
est plus générale et préférable. Les auteurs ont obtenu 
les acides suivants : 

POINT CONSTANTE 

ACIDES de fusion de dissociation 

Ac. tricarballylique lb7M59'' 0,022 

- a-méthyltricarballyUque . j ^ ^3 ™;,„ ^'^ 

ni) 206O-207O 0,4050 

— ao:,-diméthyl — .\:-2] 174» 0,0515 

( (3) 143» 0,0572 

— aa-diiuéthyl — . * 143» 0,0318 

- «..-diisopropyl - .jl^) ^Z Olloi 

Les éthers monométhyliques des acides tricarballylique 
et aa-diméthyltricarballylique ont été préparés par 
trois méthodes : 1» éthéritication directe partielle des 
acides; 2° hydrolyse partielle des éthers triméthy- 
liques; 3" solution des anhydro-acides dans l'alcool 
métliylique. Les constantes de dissociation des pro- 
duiis obtenus montrent que les éthers obtenus par la 
première méthode ont probablement les formules 
CH= C(I=H .CH CO»H).CH«(CO'CH^) et (CH»)^C(CO=H).CH 
(CO'Hi.('.H-(CO-ClPi, tandis que les éthers obtenus par 
les deux autres méthodes ont la formule CH-iCO=H).CH 
(CO'CH' .CH' CO-Hi. L'anhydro-acide a donc la consti- 
tution : 

cn-.co-ii 



\< 



CH=.Co/ 

,, ,~ ^''^'- ^--A-- Tilden et H. Burrows out poursuivi 
1 étude de la limetliue. Klie dninie un composé dibromé, 
qui, traité par la potasse, fournit un acide C"H'0=Br; 



l'action prolongée de la potasse ne peut éliminer le 
second atome de brome. Comme la dibromocoumarine 
se comporte de la même façon, il est probable que la 
dibromolimettine possède la constitution : 



(CH=0)=C'llIir 



^CH:CBr 

I 
■-0 — co. 



L'action de la potasse donne un acide coumarilique : 

(:lPO)°-C«IIBr/ ^C.G(r-ll. 

— MM. H.-E. Armstrong et T. M. Lowry ont obtenu, 
par la nitralion de l'x^-dibromocamphre, outre l'aV 
dibromonitrncamphre , l'acide .3-bromocamphoriqùe 
C"H'^Br,C()-Hi% fondant à 208"-210". 11 se forme encore 
un tribromocamphre C"'H"Br^O, fondant à 06». Par 
réduction de l'ap-dibromonitrocamphre, on obtient le 
p-bromonitrocamphre, fondant à 112». On obtient aussi 
des dérivés ^-bromes du camphre en décomposant par 
la chaleur les sulfobromures dérivés des acides de 
Keychler. 

S0C1I:TIÏ ALLEMANDE DE PHYSIQUE 

Séance du 29 .Xovrmhre 1901. 
M. E. Goldstein étudie quelques actions réversibles 
de la lumière. On sait que le chlorure d'argent, exposé 
à l'inlluence de la lumière solaire dans un tube scellé, 
noircit peu à peu, mais que, placé à l'obscurité, il 
redevient blanc au bout d'un certain temps, à la suite 
de la réabsorption du chlore dégagé. Cette régénération 
peut se produire, dans certaines circonstances, sous 
l'influence de la lumière même. .M. (iobistein a provoqué 
le noircisseineiit d'une masse de bromure d'argent gra- 
nulé ou en poudre en l'exposant plusieurs fuis à l'in- 
fluence d'un faisceau puissant de rayons cathodiques 
produits à très faible pression. Si l'on place ensuite le sel 
noirci dans un tube de verre scellé de 16 à 18 mil- 
limètres de diamètre, de façon à ce qu'il soit à moitié 
rempli, et qu'on l'expose à l'action de la lumière solaire 
directe, au bout de 3 4 d'heure l'intérieur de la masse 
est devenu complètement blanc et tout à fait semblable 
à du sel fraîchement précipité ; il n'y a plus qu'une 
mince couche noircie à la surface éclairée. A la lumière 
diffuse, la régénération se produit également, mais 
demande beaucoup plus de temps. On obtient le même 
résultat avec des préparations de sels d'argent qui ont 
noirci par exposition à la lumière à l'air libre. Le méca- 
nisme de la régénération en espace clos semble être li' 
suivant : Le côté insolé, où la tension de dissociation 
est forte, dégage du brome libre et se noircit de plus en 
plus; à l'opposé et dans l'intérieur peu éclairé de la 
masse, la tension de dissociation est faible; le brome 
mis en liberté d'autre part y diffuse graduellement et 
s'y recombine avec les parties noircies pour régénérer 
du sel blanc. M. Goldstein a observé d'autres phéno- 
mènes plus complexes de régénération dans les tubes 
cathodiques mêmes. Du bromure d'argent préparé par 
la méthode d'Abegg noircit très rapidement lorsqu'on 
l'expose dans un tube au flux cathodique négatif; mais 
si l'on incline le tube, de façon à faire passer la masse 
noircie dans le champ de la lumière positive stratifiée, 
elle se régénère presque instantanément. .\vec l'iodure 
d'argent, l'auteur a constaté aus-i un^ séiie de phéno- 
mènes intéressants. — M. E. Goldstein a observé le 
phénomène des « ombres fuyantes », absolument ana- 
logue à celui qui se produit durant les éclipses totales 
de Soleil, dans les conditions suivantes : Sur la paroi 
montagneuse qui domine Paneveggio (Tyroli se trouve 
un fort muni d'un projecteur puissant Dans la soirée du 
20 août, alors que la lumière du projecteur tombait sur 
une route recouverte dépoussière calcaire dolomitique 
et semblable à un écran presque blanc, on vit se mou- 
voir sur cette route un système de longues bandes som- 



56 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



bips parallèles, (■quiilistantes, presque droites, avec 
quelques rares sinuosités. Ces bandes avaient environ 
2centimèlres de largeur et 20 centimètres d'écarleinenl; 
elles se déplaçaient, perpendiculairement ù leur lon- 
gueur, d'environ 3 4 de mètre à la seconde, allant de 
la vallée vers la montagne. I,a grande régulariié du 
phénomène ne peiiiiet pas de l'attribuer à des courants 
ou à des dilTérencPS de densité dans toute la couche 
d'air de la vallée. D'après l'auteur, il proviendrait pltilùt 
de dilTérenccs de densité d^ins la couche surnioiitani 
directement la roule. — M. J. Miclieli présente ses 
recherches relatives à l'inlluence de la lempéraiure sur 
la dispersion des rayons ultra-violets dans le sel gemme, 
le spath iluor, le quartz et le spath calcaire. 

ACADÉMIE DES SCIENCES DE VIENNE 

Si'-:iiice fin Z't Oclohrc 1 '.)()!. 

1° Sciences physiques. — M. Hans Meyer, en se 
basant sur l'inactivité optique et les réactions chimi- 
ques de l'arécaïdine et de son élher méthylique, laréco- 
line, conclut que ce sont des conibiTiaisons i" et que 
ces deu.\ alcaloïdes répondent aux formules suivantes : 



Cil 

cycip 

AzCH» 



Cil 

'■((^%^■ c.oocii' 

.\zClP 



2» SciENCKs NATURELLES. — M. Hans Rabl a observé 
l'existence d'une substance tantôi lihreuse, tantôt gra- 
nuleuse, (lui se trouve fréqueniMienl dans le cor/iora 
Hhrosii des ovaires de vieilles femmes; elle possède les 
propriétés tinctorielles de l'élasline, mais se gonfle dans 
les alcalis et les acides. 

.Srance (In 7 Novcmlive l'JOl. 

1» Sciences physiques. — M. J. Matuschek : Sur le 
ferrocyanure ferrique. — M. A. Bodart a cherché à 
préparer des dérivés heptacétylés des monoscs en acé- 
tylant le lactose par l'anhydride aci^tique et les acides 
concentrés. .\vec li-SO', on n'obtient guère que l'a- 
pentacétylglucose; avec HCI gazeux, on iiarvient à l'hep- 
lacétylchlorolaclose, corps bien cristallisé fondant 
vers 120". — M. R. Foerg: a obtenu d'une façon ana- 
logue l'heptacétylchloromaltose, avec lequel on prépare 
facilement l'heptacétylmétliyl- et l'heptacétyléthyl- 
maltoside. Ces composés sont diflérenls des composés 
analogues de Fischer et Armstrong ; ces derniers 
appartenant à la série ?, les premiers sont donc de la 
série a. 

2° Sciences naturelles. — M. C.-F. Siebenrock dé- 
crit un nouveau genre de tortue, le l'scuilfutydtivn, 
appartenant à la famdie des Cliotyitiil.i- d'Australie. Ce 
genre est voisin de V Kiiiydiirn Bonap. Il s'en dislingue 
par une mâchoire inférieure plus étroite, par la grandeur 
du plastron et |iar la petitesse et la position de la cara- 
pace huniérale. Ce dernier caractère donne au plastron 
du /'sc(((/c;(;\7/wr,7 quelque ressemblance avec celui du 
Cliclodyijn l'itz. 

Si';-ini-r lin \\ .Xovriiihrc lOol. 

Sciences naturelles. — M. Ad. Faidig'a communique 
une monographie complète du Irciiihlcinent de terrede 
Sinj, <lu 2 juillet 1898. — M. H. Molisch : sur l'éclat 
doré du <:iiniiiio/tliyloii Uiismifillii Woion. — M. 'V. 
Hammerschlaga recherché expéi mienlalemontla posi- 
tion du centre réflexe du muscle moteur du tympan 
dans I'1 moelle allongée. Les expériences ont été failes 
sur des chats dont la moelle allongi'e, mise à ini, était 
sectionnée à diverses hauteurs en même temps qu'on 
mettait en jeu le'réflexe du tenseur. On a consiaté ainsi 
que le centre proximal s'étend jusqu'à la protubérance 
antérieure et qu'il se répartit de là comme un disque 
sur les deux tiers de la moelle allongée. 



Séance du 21 Xavciiibrc lOOt. 

1° Sciences mathématiques. — M. C. Hillebrand com- 
munique un mémoire .••ur la visibilité simulianée &n 
Soleil et de la Lune totalement éclipsée en général, et 
en particulier pendant les deux éclipses de Lune de 1902. 
On sait (ju'au moment de la totalité d'une éclipse de 
Lune, le soleil et la l.une peuvent être vus simultané- 
ment au-dessus de l'horizon, en totalité ou en |iarlie, 
grâce à la réfraction. Ce phénomène se produil [unir 
toute éclipse totale de Lune, mais sa région de visibilité 
est si petite que son apparition dans une contn'e 
déterminée peut être considérée comme un événement 
rare. L'auteur montre que, pour les deux éclipses de 
Lune de 1902, le phénomène sera visible dans certaines 
régions de l'Autriche, et il en calcule les conditions de 
visibilité. — M. J. Holetschek a recherché, sur quel- 
ques amas d'étoiles plus ou moins dispersés (18 visibles 
à l'œil nu et S télescopiques), jusqu'à quel point la 
luminosité totale d'un amas d'étoiles était représentée 
par la somme des clartés des étoiles isolées qui forment 
le cumulus. 11 a trouvé que l'impression de clarté 
observée est déjà si bien représentée par un nombre 
relativement minime des étoiles les plus claires, que 
les plus faibles n'ont pas besoin d'entrer en ligne de 
compte; il suffit, en g('néral, de considérer les étoiles 
qui, parmi les plus claires, se répartissent sur un 
intervalle de une à deux grandeurs. 

2» Sciences physiques. — M. G. Billitzer a étudié 
la ilépolarisation cathodique de l'acétylène et trouvé 
qu'elle se produit dans les acides et les bases sur 
platine platiné, mais non sur d'autres électrodes. Les 
produits de dépolarisalion sont l'éthylène et l'éthane, 
dont les polentiels de formation ont été déterminés; 
la connaissance de ces dcrnieis permet d'obtenir 
l'éthylène de l'aci-tylène en quantité théoiique à des 
potentiels déterminés. A des ijolentiols plus élevé--, 
il se produit un mélange d'étliylène et d éthane, et 
enfin d'éthylène, d'étliane et d'hydrogène. Avec des 
cathodes de mercure, il se forme dans l'acide sulfu- 
rique des traces d'alcool. — Le même auteur a mesuré 
la solubilité de l'acétylène dans les acides et dans les 
bases. Dans ces dernières, elle est influencée par deux 
facteurs : une augmentation Je solubilité par la for- 
mation de sels, et une diminution due à l'action de ces 
sels; on arrive dans cei-iains cas à un maximum de 
solubilité pour une concentration déterminée de la 
solution. L'auteur a déterminé, pour l'acétylène : 'a 
dissociation, qui est approximativement égale à celle 
de l'eau, et l'aciilité, qui est d'environ I 000 d'acide 
carbonique. D'autres expériences ont conduit à attri- 
buer à l'ion CssC une tension de dissociation anodiqne 
de 0,7.') volt. — M. R. Gotz, en condensant l'aiiliy. Inde 
de l'acide diphénique avec le benzène, a obtenu un 
corps qui parait être la ri-benzoylfluorénone. 11 se 
pré[iare également par l'aclion du chlorure de l'acide 
diphénylènecétonecarboniriue sur le bi nzène. 

Séance du '.i Iléceuilire 1901. 
i" Sciences mathématiques. — iM. S. Kantor : Sur les 
parentés de degré 1 en It,- sur M,._i et sur les courbes. 
— M. Qr. Jàger calcule, par trois méthodes ddîérentes : 
léqualion de Clapeyron-Clausius, les é((uations fon- 
damentales de l'Hydrostatique et la théorie cinétique 
des gaz, une formule pour la tension de vapeur saturée, 
et, par la mise en égalité des formules, il trouve le 
théorème : L'énergie cinétique moyenne des mouve- 
ments rie propagation des molécules des fluides et des 
molécules de leur vapeur saturée est une seule et 
même gran leur. 

■ 2" SciiACEs PHYSIQUES. — M. E. Kramer : Recherches 
chimique> et d'analyse spectrale sur la matir';re crdo- 
ranle jaune de l'eniiosperme des fruits de céréales. — 
.M. J. Klimont : Sur la composition de l'huile de coco. 

Le JJirecleur-Gcrnnl. : Louis Olivier. 
Paris. — L. .\Urktheux, impi-imour, 1, ruo Casserie. 



13= ANNÉE 



N" 



30 JANVIER 1902 



Revue générale 

des Sciences 



pures et appliquées 



Directeur 



LOUIS OLIVIER, Docteur es sciences. 



Adresser tout ce qui conc* 
publiés daDs la Revu 



la réflaotioii à M. L. OI.IVIRR. -23, rue du Cén^riil-Foy. Paris. — La reprorluction et la traduction des œmres .-I d.-s lit 
nt complètement inlerdit'-s en Fiance et dans tous les pays ftrangf-is, y compris la Su^de, la Norvège et la linllande. 



CRÉATION D'UN SERVICE RÉ&ULIER 

D'EXPLORATION SCIENTIFIQUE 

DANS LES COLONIES FRANÇAISES 



La longue suite d'études que la Beviic a susci- 
liM's dans nos colonies et quelques pays étrangers 
pour arriver à présenter, en de substantielles 
monographies, un tableau exact de leur état actuel 
et de leurs besoins', a, croyons-nous, surabon- 
damment démontré le haut intérêt des recherches 
scientifiques en ces contrées pour y préparer une 
intelligente exploitation. Ni l'agriculteur, ni le 
commerçant ne sauraient y tenter, avec chances de 
succès, leurs entreprises, si, avant eux, le bota- 
niste, le géologue et l'ethnographe n'y ont passé. 

Convaincu que le progrès de l'investigation 
scientifique dans notre domaine extérieur doit 
devenir l'une des principales préoccupations de 
notre politique coloniale, nous voulons essayer 
d'organiser dans nos possessions lointaines — et 
tout d'abord en Afrique, — une campagne systé- 
matique et prolongée d'observations dont le sol, 

' Voyez à ce sujet : sur le Congo français, les articles 
publiés dans la. Buvue du 13 novembre 1894; sur Madagascab, 
les articles publiés dans la Revue du 15 aoiit 1895 ;et réunis 
ensuite en un vol. gr. in-S", cliez Ollendorfj; sur la Timsie, 
les articles parus dans la Bcviic des 30 novembre et 13 dé- 
cembre 189S et publiés ensuite en un vol. gr. in-8», chez 
Delagrave); sur la Bosnie et rilF.iizKOnviNE, les articles parus 
dans la Bcviic des .".0 mars et 1:1 avril 1900 let réunis en- 
suite en un vol. gr. in-S», chez A. Colin); sur la Sicile, le 
volume publié à l'occasion de la xiif cj'oisière de la Bevuc 
(chez Flammarion). 

REVUE générale des SCIENCES, 1902. 



les productions naturelles et les habitants seroni 
l'objet. A cette effet, sur le conseil et avec l'aide 
très précieuse de notre éminent collaborateur 
M. Alfred Le Chàtelier, nous nous sommes appli- 
qué, depuis un an, à instituer, pour divers points 
de l'Afrique occidentale et de l'Afrique centrale, 
un service régulier d'exploration fondé sur le con- 
cours : d'une part, de nos grands élablissemenls 
scientifiques; d'autre part, des administrateurs et 
chefs militaires en résidence dans nos possessions. 
A notre demande, de savants techniciens ont 
bien voulu rédiger, sous forme de Notices, des ins- 
tructions d'un caractère pratique, qu'il suffit de 
suivre à la lettre pour se livrer utilement à la recon- 
naissance géologique des pays à étudier, à la 
récolte des végétaux qui y croissent et des docu- 
ments anthropologiques, linguistiques et histo- 
riques susceptibles de nous renseigner surl'origine 
et la condition présente des populations visitées. 
Nous avons distribué bon nombre d'exemplaires 
de chacune de ces brochures à quelques gouver- 
neurs et officiers supérieurs, qui, ainsi armés de 
bonnes méthodes, poursuivent actuellement, avec 
leurs subordonnés, des recherches importantes 
dans les territoires de leur ressort. Il est convenu 
qu'ils nous enverront, et certains nous ont déjà 
adressé des spécimens de tout ce qui se trouve au- 



LOUIS OLIVIER — EXPLORATION SCIENTIFIQUE DES COLONIES FRANÇAISES 



tour d'eux, — roches, minéraux, plantes, produits 
végétaux, petits animaux, — avec l'indication de 
l'usage indigène, du nom régional et du lieu de 
prélèvement. 

Nous offrons ces collections aux laboratoires les 
plus qualifiés pour les étudier; puis, nous nous 
efforçons de leur procurer, en quantités aussi con- 
sidérables que possible, les substances dont le trai- 
tement ne peut se faire sur petits échantillons. 
Chaque fois que de ces recherches se dégageront 
des faits nouveaux intéressant la science pure ou 
l'application, la Jieyiie s'emploiera à les mettre 
dans le domaine public, soit qu'elle en accueille 
l'exposé dans ses colonnes, soit qu'elle leur consa- 
cre des fascicules spéciaux, ou que, selon les cir- 
constances, elle en assure la description dans des 
périodiques plus techniques'. 

Nous occupant d'abord du Dahomey, nous y avons 
distribué deux Notices, l'une relative à l'exploration 
géologique pratique, l'autre à la récolte des latex à 
caoutchouc. A celte dernière plaquette, nous avons 
joint des fiches de récolte imprimées pour échan- 
tillons, en vue d'une enquête générale sur les latex 
de la colonie ^ Grâce au concours de la Compagnie 
des Cliargeiirs Béiinis pour les transports, la Revue 
a reçu deux premières collections, l'une de Géologie, 
l'autre de Botanique. M. le gouverneur Liotard 
avait joint à cette dernière un questionnaire relatif 
à l'utilisation des latex de qualité inférieure. Notre 
savant collaborateur M. H. Lecomte a bien voulu se 
charger de l'examen de ces échantillons, comme 
aussi de toutes les investigations requises pour 
répondre aux desideriHaàeM. Liotard. La collection 
géologique a été, d'autre part, remise au laboratoire 
de Géologie de la Sorbonne, où elle fait l'objet par- 
ticulier des recherches de M. Haugel de M. Gentil. 
Une autre série, fort importante, de spécimens des 
principales roches de la région comprise entre 
l'Oubanghi et le Nil, a été confiée au même labora- 
toire, de la part de M. le D'' Cureau, qui l'avait re- 
cueillie lorsqu'il était le collaborateur de M. Liotard 
dans le Haut-Oubanghi". Les Mémoires consacrés 
à ces utiles recherches de Botanique et de Géo- 
logie par les savants dont la Revue a eu la bonne 
fortune d'obtenir le concours, permettront pro- 



' Les descriptions et études, publiées sous la signature des 
auteurs, iodiquerout toujours la part de collaboration qui 
appartient aux gouverneurs, administrateurs civils et com- 
mandants militaires, ainsi que le genre de concours apporté 
par leurs subordonnés. 

' Ces fiches comprennent chacune huit cases répondant 
aux rubriques : 1» Colonie; 2" Région; 3» Auteur; 4» .Nu- 
méro; 5» Nom indigène; 6» Récolte; 7° Coagulation; 
S" Emploi. 

' Gomme premier aperçu de l'état de cette région, lire les 
articles de M. Cureau dans la Revue du 30 juin et du 13 juil- 
let 190i. 



chainement d'en reconnaître l'intérêt exceptionnel. 
Avec M. Alfred Le Châtelier, nous avions, en 
même temps, été appelé à nous occuper du terri- 
toire militaire du Tchad, dont M. le lieutenant-colo- 
nel Destenave désirait engager activement l'explo- 
ration scientifique. Aux Notices préparées pour 
le Dahomey, nous avons pu ajouter une instruction 
de M. R. Basset, l'éminent directeur de l'Ecole su- 
périeure des Lettres d'Alger, sur les études linguis- 
tiques et les recherches d'Histoire dans la région du 
Tchad. Nous avons, en outre, fait graver et tirer à 
quelques centaines d'exemplaires une carte provi- 
soire de ces contrées pour faciliter les reconnais- 
sances géographiques sur place, et avons joint aux 
exemplaires distribués 2.000 sacs avec étiqueltes 
pour collections géologiques, ainsi que le matériel 
nécessaire à la constitution d'un herbiei". 

La Revue a le sentiment de servir ainsi la grande 
cause coloniale, telle qu'il faut la comprendre au 
XX'' siècle, maintenant que l'ère des conquêtes et 
des partages diplomatiques semble à peu près 
close. Le remarquable Mémoire sur le massif des 
M'Brés qu'elle publie aujourd'hui (page 77), à litre 
de spécimen des résultats qui, même à bref délai, 
peuvent être obtenus dans celle voie, justifie, si 
nous ne nous trompons, cette ambition et celte 
espérance. Nous laissons à nos lecteurs le soin 
d'apprécier eux-mêmes toute la portée de l'exem- 
ple donné par M. le lieutenant-colonel Destenave 
et tout le mérite du travail exécuté par M. le capi- 
taine Truffert sous la direction du Commandant du 
Tchad. Bien des sympathies se porteront, nous 
n'en douions pas, vers ces bons Français, qui , 
continuateurs avisés des Crampel, des Bretonnel, 
des de Béhagle, des Gentil, des Foureau et Lamy, 
voient dans l'investigation scientifique le complé- 
ment obligé de l'exploration. La destruction des 
dernières bandes laissées par Rabah témoigne de 
leurs résolutions vigoureuses dans l'action. La mo- 
nographie qui nous arrive des bords du Chari, où 
elle a été composée avec toute la précision d'une 
élude de cabinet, montre non moins nettement ce 
que l'on peut attendre de leur application au tra- 
vail pacifique. 

Fonder un Comité qui s'imposerait de pour- 
suivre, en l'élargissant, l'œuvre que la Revue cn- 
treprend, serait, à nos yeux, chose si importante 
que, le moment venu, nous n'hésiterons pas à 
demander à nos lecteurs d'y coopérer avec nous. 
Dès maintenant nous serons heureux de recevoir 
le concours et les avis qu'ils voudraient bien nous 
donner pour étendre une propagande dont les pre- 
miers résultats atleslenl l'utilité. 

Louis Olivier. 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



§ i . — Astronomie 

Planètes ti-aiis-noptiiniennes. — M. Hans 
E. Lau, de Copenlia^^ue, continue ses intéressantes 
recherches sur le mouvement d'Uranus dont les iné- 
galités, srloii lui. peuvent faire présumer l'esistence de 
deux planètes trans-neptuniennes ; voici, d'ailleurs, 
dans deux approximations successives, les éléments 
fournis pour ces corps problématiques : 

/'■'•' phinlta : 

Longitude moyenne, 1900.0. ifiitiQ 274''4xt3°0 

Distance moyenne 16,3 l(>,5 

Révoluion sidérale 317,1 ans. ■• 

Masse de la pltinète 1 1 

11.800 36.0U0±e.0U0 
j!' planète : 

Longitude moyenne. 1900,0. 33l»(i n4°9±^''4 

Distance moyenne 11,8 71,8 

Révolution sidérale Ii08,7 ans. » 

Masse de la planète. .... 1 1 

i.750 7.000±1.300 

Cependant, la détermination des longitudes moyen- 
nes et des masses présente des incertitudes assez con- 
sidérables; et, outre les facteurs dépendant des posi- 
tions relatives de ces corps, il ne faut pas oublier qu'il 
n'est tenu aucun compte des excentricités des orbites. 
De plus, malheureusement, l'arc décrit par Neptune 
depuis sa découverte est bien faible et ne permet aucun 
contrôle, aucune rectification de ces éléments. 

Néanmoins, l'auteur a foi dans les derniers éléments, 
pour lesquels il a tenu compte de 1.400 observations 
méridiennes de Neptune réparties sur un intervalle de 
quarante-neuf ans : il assure que la position de la seconde 
planète ne pourrait être erronée de 10°, quand bien 
même on admettrait l'existence d'une troisième planète 
aussi puissante qu'elle, et située au delà de son orbite. 
Lu tout cas, il assigne sa position actuelle dans les 
environs de a du Lion et lui attribue l'aspect d'une 
étoile de 10= grandeur. 

Si tous ces calculs sont exacts, il n'y a plus qu'à 
trouver cette planète. 

§ 2. — Physique 

La couleur bleue du ciel. — Dans un récent 
article publié par la Monthly 'Wenthev Heview, le Pro- 
fesseur Dorsey examine les diverses théories émises 
jusqu'à ce jour sur la couleur de la lumière céleste et 
l'état de sa polarisation. 

L'une des premières explications présentées est celle 
de Léonard de Vinci, suivant laquelle la couleur bleue 
du ciel serait due au mélange de la lumière solaire 
blanche, rélléchie par les couches supérieures de l'air, 
avec le noir intense de l'espace. 

La théorie de Newton est basée sur les analogies ; 
dans ses recherches optiques, entreprises vers 1673, il 
avait été conduit à étudier les couleurs produites par 
la réflexion de la lumière sur des pellicules minces de 
substances transparentes, et il avait constaté que ces 
couleurs dépendaient de l'épaisseur des pellicules; 
avec des pellicules très minces, on avait le noir, et, à 
mesure que l'épaisseur augmentait, on obtenait le bleu, 
puis le blanc, le jaune, le rouge, etc. Ce bleu, qui appa- 
raissait d'abord, et que l'on retrouvait autour de la 
tache noire des bulles de savon, Newton l'appela Iileu 
lie premier ordre, et il pensa que c'était la même 
; teinte que celle du ciel. Pour lui, cette teinte des cieux 
s'expliquait alors par la réflexion de la lumière solaire 
sur les petites gouttes d'eau contenues dans l'atmos- 
]• phère. 



Cette théorie fut longtemps admise sans conteste; 
mais, en 1847, Clausius {Poggeiiclori's Annalen) la 
soumit à une analyse mathématique serrée et prouva 
que, si le bleu du ciel est le bleu de premier ordre ré- 
sultant de la réflexion de la lumière par des corps 
transparents, ces corps doivent affecter la forme de 
minces plaques ou de sphères creuses à mince paroi. 
Ce ne peuvent être des sphères pleines, car, dans ce cas, 
les objets astronomiques ne seraient jamais bien dé- 
finis : une étoile apparaîtrait aussi grosse que le Soleil, 
et le Soleil immensément plus grand; tous les objets 
célestes se montreraient comme de larges disques de 
lumière, brillants au ceulre, et dont les couleurs 
s'éteindraient à mesure qu'on s'écarterait du centre. 
11 fallait donc que les corps réfléchissants fussent des 
vésicules d'eau. — Cette théorie fut, d'ailleurs, reconnue 
inadmissible depuis; mais il n'en est pas moins vrai 
que les travaux de Clausius ont ruiné la théorie de 
Newton. 

Nous ne nous arrêterons pas ici sur le lucimètre de 
Bouguer, le cyanomètre de de Saussure, le coloriqradr 
de Biot, l'u/'artopAo/omè/re de Wild, dont on peut facile- 
ment trouver les résultais dans les livres classiques. 

En 18o.i, Briicke montra que la lumière émanant 
d'un milieu trouble est bleue et, en 186'J, Tyndall fit une 
belle expérience à ce sujet, prouvant que, si les par- 
ticules, cause du trouble, sont excessivement fines 
(trop petites pour être vues au microscope), la lumière, 
d'un bleu magnifique , est polarisée dans le plan 
d'émission, la polarisation étant maxima pour un angle 
de 9U" avec la lumière incidente. L'expérience de Tyn- 
dall donnait la clef du problème. Lord Rayleigh (1871- 
1899) entreprit l'étude analytique du sujet et montra 
que, si la lumière blanche est transmise à travers un 
nuage de petites i)arlicules, la lumière difl'iactée laté- 
ralement est polarisée dans le |)lan de diffraction, avec 
maximum de polarisation à 90", les intensités des com- 
posantes de la lumière dillractée variant, du reste, en 
raison inverse de la quatrième puissance de leurs lon- 
gueurs d'onde. — Il n'est pas tenu compte ici de la 
lumière ayant subi plus d'une seule diffraction. 

Si l'on admet, avec Maxwell, une atmosphère de 
83 kilomètres d'épaisseur, avec 19 X 10" molécules par 
centimètre cube, la diffraction seule entraînerait un 
bleu moins foncé que celui du ciel; mais ce dernier 
nombre est assez élastique; lord liayleigh l'évalue à 
7X 10", en le déduisant de l'absorption atmosphérique. 

Héceinment (1899), lord Rayleigh a montré que, de 
celte façon, le tiers environ de l'intensité totale de la 
lumière du ciel peut être expliqué par la difiraclion 
due aux molécules d'oxygène et d'azote qui se trouvent 
dans l'air, sans tenir aucun compte de la présence des 
poussières, vapeur d'eau ou autres matières étrangères. 

D'après la théorie élnsiiqtie ordinaire, la lumière est 
propagée sous forme de vibrations transversales des 
atomes ou corpuscules d'un milieu agissant comme un 
solide élastique; c'est quelque chose d'analogue aux 
ondulations qui courent le long d'une corde dont l'une 
des extrémités est ébranlée, avec cette différence, tou- 
tefois, que, dans le cas de la lumière, il s'agit d'un mi- 
lieu infini. Quand on parle d'un faisceau de lumière 
polarisé, cela veut dire que toutes les vibrations de ce 
faisceau prennent place dans le même plan, et le plan 
de polarisation peut êire défini comme étant celui qui 
passe par la direction de propagation de la lumière, 
mais perpendiculaire à la direction des vibrations, et 
par conséquent perpendiculaire au plan de vibration. 

Imaginons maintenant un faisceau de luruière paral- 
lèle s'avançant à travers un milieu homogène, l'éther, 
dans une direction verticale; il n'y aura de lumière pro- 
pagée que dans cette direction; il n'y aura pas de lu- 
mière dispersée. Mais, s'il existe dans ce milieu des par- 



60 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



licules opliquoment plus denses que l'iUlicr, et assez 
petites pour que leur longueur soit de nirme ordre que 
la longueur d'onde de la lumière, il y aura déviation 
latérale. L'effet de ces particules est d'augmenter loca- 
lement l'inerlie effective de l'éther, taudis que sa rigi- 
dité reste invariable ; donc, quand une onde, avançant 
à travers le milieu, atteint une de ces particules, le dé- 
placement du milieu, en ce point est moindre qu'il ne 
l'eût été si la particule avait été absente. 

Si l'on appliquait à, chaque particule une force conve- 
nable, force qui doit naturellement être dirigée dans 
le sens du déplacement et proportionnelle à la diffé- 
rence des densités de la particule et de l'éther, on 
rendrait à l'amplitude la valeur qu'elle aurait eue si la 
particule eût été absente ; les choses se passeraient alors 
comme s'il n'y avait pas de particules dans l'éther et il 
n'y aurait pas de lumière déviée. En revanche, la lu- 
mière déviée, ou dilTractée comme on dit, se produit 
même en l'absence de particules, si l'on applique à une 
partie de l'éther cette même force en sens inverse; l'ap- 
plication de cette force donne lieu à une onde plane 
polarisée dont l'intensité est symétrique par rapport à 
la direction de la force prise comme axe, nulle dans la 
direction de celle-ci, maxima dans le plan perpendicu- 
laire à cette direction. L'effet exact d'une force de ce 
genre a été étudié analytiquemcnt par Stokes et aussi 
par lord Rayleigh. 

Plusieurs ciiconstances secondaires méritent aussi 
d'être examinées. Le ciel est plus bleu au zénith que 
partout ailleurs, évidemment parce que le chemin par- 
couru par la lumière dispersée est alors le plus court, 
de sorte que cette lumière subit dans une moindre pro- 
portion le mélange avec la lumière blanche; le ciel est, 
au contraire, moi us bleu vers l'horizon, et, quand le Soleil 
est bas, il peut prendre une teinte rouge et orangée. 

La lumière du zénith est la plus intense quand le 
Soleil est plus près du zénith, comme au midi vrai, et 
son bleu est le moins pur au moment le plus chaud de 
la journée, parce que, à ce moment, les grosses parti- 
cules de poussière et de vapeur constituant la brume 
sont en quantité maxima. 

Arago a découvert qu'il existe un point, situé ;\ l'I" 
environ au-dessus du point diamétralement opposé au 
Soleil {le point antisolaire), où la polarisation est nulle ; 
< ntre ce point et l'horizon, la polarisation est horizon- 
laie. Babinet a découvert un point similaire au-dessus 
du Soleil, et Brewsteren a trouvé un autre au-dessous. 
KaUe les points neutres, la polarisation est borizonlale; 
au-dessous du point de Brewster et au-dessus de celui 
de Babinet, elle est verticale sur une petite étendue de 
chaque côté des points neutres; le plan de polarisation 
est incliné à 43" environ sur la verticale, ce qui semble 
indiquer que, à la polarisation due à la dispersion delà 
lumière solaire directe, se superpose une polarisation 
horizontale due à quelque cause secondaire. On a sug- 
géré que cette polarisation horizontale était due à une 
iliffraction secondaire delà lumière venant des couches 
inférieures de l'atmosphère. D'autres points neutres ont 
été observés dans des cas rares. 

En fait, la distribution des particules serait prépondé- 
rante et l'hypothèse possible est très lâche : si les 
volumes totaux de chaque dimension sont égaux, on a 
le hloii iiormiil. avecies bien singuTières différences ([ui 
existent entre les expériences de lord Rayleigh, Vot;el, 
C.rova... Ce ne sont pas là des spéculations pures, car, 
rn donnant la prédomineuce à tel groupe, l'on sait, par 
l'vndall, Abney, Hurion, comment on peut réaliser des 
teintes variées avec leurs caractères de polarisation. 

La position des points neutres, l'intensité de la pola- 
risation maxima, aussi bien que la couleur du ciel, sont 
intimement liées aux autres phénomènes météorologi- 
ques; mais, jusqu'à présent, les observations à cet égard 
sont trop peu nombreuses et trop disparates pour jier- 
mettre de mettre en évidence les lois de cette relation. 

D'aprèsnM. A. Cornu, d'une façongénérale, la quantité 

de lumière céleste polarisée est liée d'une manière si 

• directe à la radiation de l'atmosphère, qu'il a été conduit 



à croire qu'elle est caractéristique de l'état de l'al- 
niosphère. 

La plus grande clarté des cieux correspond à la pola- 
risation la plus intense; les cirrus et les brouillards 
diminuent la polarisation et peuvent même la sup- 
primer. « Ce qu'il y a de particulièrement intéressani, 
ajoute-t-il, c'est que le moindre changement dans l'état 
de l'atmosphère est nettement montré par le polarimèire 
plusieurs heures avant qu'aucun autre indice météoro- 
logique (variation barométrique, halos et phénomènes 
optiques divers) permette de le présager. Dans ces con- 
ditions, il serait utile d'instituer des observations mé- 
thodiques et de comparerles vaiiations polarimétriques 
avec les autres éléments caractéristiques de la condition 
de l'atmosphère... La polarisation augmente à mesure 
que le Soleil s'enfonce au-dessous de l'horizon jusqu'à 
un certain maximum, au delà duquel la polarisation 
disparait rapidement. La loi de cette augmentation de 
la polarisation avec le temps est très importante, car 
elle paraît devoir donner la distribution verticale du 
brouillard dans l'atmosphère; si l'augmentation esi ra- 
pide, c'est que les couchesiriférieuressontbrumeuses,et 
lescouchessupérieures transparentes; si l'augmentation 
est lente, c'est que l'atmosphère est plus homogène. " 

Les observations les plus complètes sur la polarisation 
sont celles de Hubenson et de Brewster, sur la couleur 
de la lumière céleste, celles de Crova et d'Abney. Le 
premier s'est limité aux observations faites par des 
temps clairs, et le second s'est surtout occupé de la dé- 
termination de la position des divers points neutres. 
Rubenson et la plupart des autres observateurs ont 
surtout cherché à étudier l'intensité de la polarisation 
à son point maximum dans le cercle vertical à travers 
le Soleil. C'est indubitablement le point où les observa- 
tions sont le plus aisées, et les résultats obtenus peuvent 
■avoir une grande valeur méh'orologique, mais l'intei'- 
prétation en est rendue dil licite par la variation de 
la longueur du chemin parcouru par la lumière diifractée 
aux différentes heures du jour. 

Ce n'est pas ici le lieu de discuter pour le moment le 
côté hygiénique de la question, mais c'est encore là une 
application pratique inattendue de cette étude, très théo- 
rique en apparence, du bleu du ciel; cependant, nous 
ne pouvons négliger les nombreuses mesures tl<', 
M. Aitken sur la détet-minalion, aux divers lieux, du 
maximum et du minimum du nombre des grains île 
poussière par centimètre cube. Ainsi, par exemple, un 
jour d'atmosphère épaisse, ce nombre variait de 4.000 à 
11.000 entre le pied et le sommet du Riiihi. Puis, il faut 
encore considérer la question au point de vue mé- 
téorologique: l'orage, ou même le tonnerre seul, éclair- 
cit-il l'atmosphère? Les recherches de M. Aitken lui 
permettent encore de répondre à cette question de la 
manière suivante : avant un orage, il note 38.000 parti- 
cules de poussière par ceniiraètre cube; quand l'orage 
approche, il en compte 3.000; pendant l'orage 700 et, li- 
jour suivant, 400 seulement. Il est vrai que le domaine 
exploré est ici plus restreint : les poussières de M. Aitken 
sont certainement très grosses, ce sont celles de l'atmos- 
phère inférieure, et elles n'ont pas d'intluence immé- 
diate sur le bleu du ciel. 

Quoi qu'il en soit, l'observation de la couleur et de 
la polarisation de la lumière solaire doit fournir des 
données précieuses sur la quantité de particules llol- 
tant dans l'air et sur leurs dimensions, que ce soit d.' 
la poussière ou de l'eau; or, comme tout changement 
dans l'état de l'atmosphère affecte ces quantités, les 
observations de cette nature offriraient une grande im- 
portance pour la Météorologie. Mais il faudrait tout 
d'abord qu'une longue série d'observations fussent 
faites en différents lieux et dans toutes les conditions, 
puis comparées aux renseignements météorologiques 
relevés aux mêmes points et en même temps. 

Il y a là. pour nos observatoires météorologiques, 
une tâche nouvelle et des plus intéressantes à assumer. 
Il serait assurément très désirable que tous se déci- 
dassent dès à présent à l'entreprendre. 



1 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



Gl 



ï; 3. 



Chimie organique 



Oxydation et transposition de la fénone- 
iniine par l'oxyg-^no de l'air. — M. V. Mahla a 
récemment montré que, sous Tactiou d'un courant d'air 
barbottant dar)s de la camphrimine chauffée au bain- 
marie, on obtient le nitrile dihydrocanipbolénique 
par une transposition particulière au noyau du camphre. 
I.a même réaction, appliquée à la fénone, donne des 
résultats analogues '. 

La fénnne-iniine C'H"' : AzH s'obtient aisément en 
traitant par l'ammoniaque la fénone-nilrimine, obtenue, 
elle même, dans l'action de l'acide nitreux sur la fénone 
nxime. l'^lle bout à 8-3'^ (to"""^!. Le picrate fond à W-l". 
L'oxydation de la fénone-imine, par un courant d'air à 
une température de lOo", conduit, comme dans le cas 
du camphre, au nitrile dihydrofénolènique C'^H'^Az. 
L'amide obtenue par hydratation fond à 130"o; l'acide 
C'"H'80- bout à 14o-14(V' (13""»). 

L'oxydation par le courant d'air fournit également 
un oxynitrileC"'H'"OAz, bouillantà lo:i(23""°); on obtient 
40 " o de nitrile, 3o ° o d'oxynitrile et 15 °/o de résines. 

Si l'on adopte pour la fénone la formule de Wallach, 
on pourra représenter la réaction par le schéma : 



Cll=- 



• ( :h 



-cil— CIP 



r.i4=- 



-Cll 



(Ml — CIP 



c.H' — c — (;ii-> 

I 1 I 

cu= — cil — co 



cil»- C— CIF 



Cil-- — cii — (: = Azii 

Fénone. ' Fùnono-imiiH'. 
CH=. CH Cil — CIP CIF Cil Cfl — CM' 



C\V 



-C — CI1= 



CH" — c— cip 



CH- CIP CAz 

Xitrilc .Uhvilrol'ènoléni 



Cil. OH C-\z 

n.xviiilrilo. 



§ 4. — Chimie biologique 

La fermentation forniéuique de la eellii- 
iose. — Après avoir fait, il y a quelques années, de 
très belles recherches sur la fermentation hydrogénée 
de la cellulose, et en avoir décrit l'agent spécilique, 
M. Omélianski a repris les anciennes expériences de 
Hoppe-Seyier sur la fermentation forménique de la 
même substance'. Comme ces deux fermentations évo- 
luent dans des conditions absolument identiques et 
prennent naissance presque simultanément, il a été 
extrêmement difficile de les séparer et d'en isoler les 
microbes respectifs, et cela d'autant plus que ces micro- 
organismes ne se développent pas dans nos milieux 
ordinaires de culture, ce qui rend presque impossible 
de les isoler à l'état de pureté. L'n procédé ingénieux 
a cependant permis à l'auteur d'obtenir à volonté tan- 
tôt la fermentation hydrogénée, tantôt la fermentation 
forménique. Voici quelles sont ses conclusions : 

1" La fermentation forménique de la cellulose, de même 
que la fermentation hydrosénée, est un processus 
microbien bien caractérisé, dû à un microbe spécifique; 

2o Ce microbe se rapproche par ses caractères mor- 
phologiques du bacille de la fermentation hydrogénée ; 
mais ni l'un ni l'autre n'ont rien à voir avec VÀinylo- 
liacter, auquel on avait Jusqu'à présent l'habitude d'at- 
tribuer la fermentation forménique de la cellulose; 

3° Cette fermentation forménique se caractérise par 
la mise en liberté, en plus de gaz de marais et d'acide 
carbonique, d'une quantité considérable (jusqu'à 50 "/„) 
d'acide volatils, principalement d'acide acétique. 

Destruction des toxines par le bioxyde de 
calcium et les o.xydases animales et végé- 
tales. — M""-' Sieber, qui remplace actuellement, à 
l'Lniversité de Saint-Péterbourg, ie regretté Professeur 

I K. Mahla : Bsr. chem. dcucllsch., t. XXXIV, p. Tm. 
- Arrbivcs des Sciences biologiques de iiainl-Pctevsboiirr,. 
vol. 111, 1901-1902. 



Neiicki, dont elle fut, comme on sait, l'assidue colla- 
boratrice, vient de faire toute une série d'intéressantes 
expériences sur la destruction des toxines '. 

L'auteur a constaté que le bioxyde de calcium et l'eau 
oxygénée détruisent les toxines diphtérique et tétani- 
que et un glucoside végétal, Vuhrine. Les oxydases, 
d'origine animale ou végétale, neutralisent bien les 
toxines, mais n'exercent aucune action sur l'abrlne. 

Pour donner une idée de ce pouvoir neutralisant ou 
destructeur, il suffira de rapporter quelques chiffres; 
ainsi, un demi-gramme de CaO' peut neutraliser : 1" en 
dix minutes, une 'dose vingt fois mortelle = d'abrine ; 
2° en 4 heures, jusqu'à o.OOO doses mortelles d'abrine. 

L'action sur les toxines diphtérique et tétanique n'est 
pas moins énergique ; ainsi, la même dose de bioxyde 
de calcium, soit un demi-gramme, neutralise Jusqu'à 
1.000 doses mortelles de l'une et de l'autre toxine. 

Pour ce qui concerne l'eau oxygénée, son emploi à 
des doses élevées est contre-indiqué, en raison de sa 
toxicité ; mais, déjà à la dose de 0,.j ce, dose nullement 
toxique, elle neutralise 600 doses mortelles de toxine 
diphtérique. lien est à peu près de même pour les oxy- 
dases, excepté qu'elles restent sans action sur l'abrine. 

Fait intéressant, l'action neutralisante des oxydases 
sur les toxines se manifeste non seulement //; vitro, 
mais encore chez l'animal auquel on injecte le mélange 
d'oxydase et de toxine aussitôt (|ue ce mélange est 
préparé, et même dans les cas où l'on injecte ces deux 
substances dans différentes parties du corps. 

Coloration des sédiments urinaires avec 
le sel de soude de l'acide alizarinc-sull'oni- 
que. — La coloration des éléments cellulaires ou des 
cylindres que l'on obtient par la centiifugation de 
l'urine varie suivant les conditions de la réaction. 
M. Ivnapp' vient de constater que, si l'on s'adresse à 
la réaction colorante donnée par le sel de soude de 
l'acide alizarine-sulfonique, on peut distinguer les pro- 
duits de rinflammation récente de ceux de l'inflam- 
mation chronique, .\insi, le ton Jaune indique une 
réaction acide, le ton violet une réaction alcaline, le 
ton rouge une réaction neutre ou faiblement acide. 

Les leucocytes de l'inflammation aigué sont incolores, 
ceuxdes inflammations chroniques se colorent en jaune. 

Cela s'explique en aiimettanlque, dans le premier cas, 
le protoplasmade la [ilupart des ulobubles blancs, étant 
à l'état vivant, réduit la couleur dans son dérivé li'iu^< . 
En effet, si l'on tue ces leucocytes par la dessiccation, 
ils retiennent fortement la couleur de l'alizarine. 

Ces observations, si l'avenir les confirme, offrent 
une portée considi'Table, sur laquelle il semble inutile 
d'insister aujourd'hui. 

§ o. — Physiologie 

l/audition colorée familiale. — La lieviic a 
plusieurs fois' attiré l'attention de ses lecteurs sur lis 
curieux phénomène di' l'audition colorée. Un récem. 
Mémoire de M. Laignel-Lavastine apporte de nouveaux 
faits à la discussion du sujet. 

(Jn sait que l'audition colorée est la faculté que pos- 
sèdent certains sujets de percevoir une couleur du fait 
qu'ils entendent un son. Cette impression de couleur 
n'a pas l'intensité d'une sensation réelle ; elle est, 
comme l'image, un rappel de sensation. 

L'auditif-coloriste, en même temps qu'il entend nu 
son, voit, dans le champ de sa vision mentale, une 
image colorée, un pliolisme. L'audition colorée s'observe 
surtout chez les visuels. On la rencontre aussi chez les 
audilil's à imagination concrète. 



' Arcli. des Se. biol. de Sl-Pélersijourg, vol. II, 1901. 

-L'unité de la dose mortelle est la quantité (en poids) qui 
tue 1 kilogramme de substance vivante. 

» Chl. fur iun. Med., 1902, n" 1. 

' Voyez notamment Jeax Claviêre : L'audition colorée, 
dans la Revue du 3U août 1900, t. XI, p. 973 et suiv. 



(Vl 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



Comme les individus d'une même famille ont souvent 
même façon de penser, Vniidition colorée lamiliiilen'esl 
pas rare. Tel est le cas célèbre des deux frères Nuss- 
iiaumer;tels sontaussi lesexemplesde Bleuler, samère, 
son oncle, et des trois filles de cet oncle; de M"» B..., de 
f-a mère, de son frère et de la fille de ce frère;entinde 
la baronne de X... et de son mari. 

M. Laipnol-I.avastine' vient de décrire un nouvel 
exemple d'audition colorée familiale : Neuf membres 
il'une mt'me famille sur onze, échelonnés sur trois géné- 
rât ions, ont présenté le phénomène de l'audition celorée'. 

L'audition colorée te comporte donc quelquefois 
comme si elle était héréditaire. 11 faut remarquer que 
l'audition colorée ne constitue pas un trouble mental 
au sens pathologique du mot; vraisemblablement, elle 
se transmet dans une famille, des adultes aux enfants, 
par une sorte de contagion psychiq\ie. Ce qui est héré- 
ditaire, Cl' n'est pas l'audition colorée, mais la manière 
il'être de la mémoire et de l'imagination. 

,§ 6. — Sciences médicales 

Proprit'l<?s iiifecUcuse.s du Mîcroeocciis 
callisii-nlis (de It. FCeillei*). — <le microbe a élé 
il'abord décrit par Frosch et Kolle, dans les Micro- 
organismes deFliigge, d'après une communication orale 
<le Pfeiffer, qui l'avait trouvé dans des cas de broncho- 
pneumonie chez l'enfant. Confondu avec le microbe 
de la méningite cérébro-spinale (Ritschie), retrouvé par 
l'étrusky, par Frosch et Kolle dans un cas de bronchite 
avec expectoration purulente, ce microbe offre des 
analogies avec le gonocoque. C'est un diplocoque, par- 
fois un tétracoque, souvent intra-cellulaire, ne prenant 
pas le Gram, ayant une forme que l'on peut rapprocher 
de celle du grain de café. 

(ilion et Pi'ei[Ter= ont observé le Micrococcus cnllm- 
ralis dans des cas de bronchite purulente, seul ou 
associé au pneumocoque, aubacille pseudo-diphtérique, 
au coccobacille de l'induenza. Ils ont cultivé ce mi- 
crobe sur les milieux habituels. Sa pathogénité pour la 
souris, le cobaye et le lapin est faible. On peut pour- 
tant l'exagérer par passages successifs. Les lésions 
observées, lésions que l'on obtient également si l'on 
injecte des cultures préalablement tuées à CtO", sont 
la tuméfaclion de la rate et une dégénérescence grais- 
seuse du foie. 

Les cullures permettent de distinguer ce microbe 
d'une part du microbe de la méningite cérébro-spinale, 
d'autre part du gonocoque. 

Action antiseptique de l'acide urique. — 

.lames Moore aflirmail di'-jà, en ISfl'.i, que l'ouverlure 
(les articulations goutteuses était sans danger. D'autre 
part, on admet que les goutteux ne sont que rarement 
sujets il l'infection par le bacille de Kocii (Musgrave, 
Morton, l'idoux, Lecorché) ; on peut parler d'une 
■phtisie goutteuse, caractéiisée par sa marche lente et 
sa tendance à la guérison. M. Bendix' se demande si cela 
ne tient pas à l'action antiseptique de l'acide urique. 
Il a étudié cette action de l'acide urique et de l'urate de 
soude sur le bacille typhique, le colibacille, le strep- 
tocoque, le staphylocoque, le bacille de Koch. 11 a 
constaté qu'elle est absolument nulle. Toutefois, il 
serait peut-être bon de faire de nouvelles expériences 
avant de trancher la question. 

1,'infeetîon sareosporîdienne cliez les .sou- 
ris. — Si l'on connail assez bien l'r'volulion des sar- 
cosporidies à l'intérieur des fibres musculaires, on ne 
sait rien sur l'étiologre de ces afl'ections parasitaires. 
Un zoologiste américain, Th. Smith', ayant observé 

' ftcvue Nunrolofjique, n" 2.'), 1901. 
' Zeitschrift fur kliD. Mmlizia, t. XLIV. 
' Z. lùr kl. Med: I. XLIV. 

* TiiEOBAi.h SMnii : The production of Sarcosporidiosis in 
the Mouse by feeding infected muscular tissue. ThcJournul 



qu'une forte proportion de souris grises, vivant dans 
une grande cage en bois, présenlaient une infection à 
sarcosporidies, a pensé à une contagion par les voies 
digestives, et il a institué des expériences pour le 
démontrer. Ces expériences, fort bien conduites, ont 
confirmé son hypothèse et lui ont donné les résultats 
suivants : 

L'infection du tissu musculaire n'est vraisemblable 
(examen microscopique à l'état frais et sur coupes) 
que plus de quarante-cinq jours après l'ingestiou de 
la nourriture infectieuse. Après ce délai, les souris 
exaiiiiiicos riaient inl'ectees dans la jiroporlion de 
63,6 "/o, alors que 8 % seulement des souris de con- 
trôle ont montré l'infection spontanée. 

Huant à la façon dont se fait le passage du sporozoïce 
ingéré au parasite intramusculaire, M. Th. Smith est 
réduit à de pures hypothèses. De nouvelles expériences 
sont également nécessaires pour élucider le cycle évo- 
lutif des sarcosporidies des herbivores et surtout les 
circonstances de la contagion. 

Les anticorps des levui'os et le sérum des 
caneéreu.x. — On sait ijue divers expérimentateurs 
et même quelques hardis cliniciens ont eu l'idée 
d'éprouver, en injection sous-cutanée ou en ingestion, 
l'action de la levure de bière et d'autres levures agents 
de la fermentation alcoolique des sucres, contre cer- 
taines maladies, en particulier contre le diatiète et la 
furonculose. Entre certaines mains, d'autant plus avan- 
tureuscs qu'elles étaient peu exercées, ces médications 
se sont montrées désastreuses. Cependant il laut dire 
que l'emploi tout empirique de certaines levures en 
ingestion a semblé à d'excellents cliniciens constituer 
un. remède souvent efficace contre la furonculose. 

L'attention des physiologistes s'étant ainsi trouvée 
appelée sur les modifications que ces saprophytes peu- 
vent faire subir à l'économie, plusieurs savants ont 
entrepris des recherches méthodiques en vue de préci- 
ser cette action. .M. Brouha, de Liège, s'est, depuis quel- 
que temps, attaché à déterminer les phénomènes qui 
se produisent dans le sang ou le sérum d'un auimal 
soumis à des injections répétées de levures banales, 
et il a ainsi constaté ' que le sérum de ces animaux 
acquiert la propriété d'agglutiner la levure ou tout autre 
Blastomycète employé, et, en outre, d'aviver, à l'égard 
de ces mêmes micro-orgànismes, le pouvoir agglutinant 
des autres sérums. Ce sérum contient donc une de ces 
substances que les bactériologistes ont, depuis quelques 
années, appris à dépister et qu'ils nomment scnsil)ili- 
satrices. 

D'autre part, le même auteur a constaté que le sérum 
des cancéreux n'est ni agglutinant, ni sensibilisateur 
à l'égard des levures pathogènes connues (étudiées 
notamment par Curtis, Pluuini, San Felici). Peut-être 
y a-t-il à tirer de ce fait argument contre la théorie 
blastomycélienne du cancer. 

Cancer et malaria. — Il y a deux mois, M. Lœf- 
iler, dont le nom est attaché à la découverte du ba- 
cille de la diphtérie, a publié'- un article dans lequel 
il se demandait s'il n'existait pas une sorte d'an- 
tagonisme entre le cancer et la malaiia. et si, dans 
ces conditions, l'inoculation d'hématozoaires à un can- 
céreux ne pouvait amener la guérison du cancer. Pour 
édifier cette hypothèse, M. Lœfller invoquait une 
observation de 'Trunka, datant de IT'S et rédigée en 
latin. Cette observation racontait l'histoire d'une jeune 
tille qui avait une tumeur du sein, laquelle tumeur dis- 
parut quand la malade contracta une fièvre tierce. L'n 
autre fait sur lequel s'appuyait M. Lœffler était la 



of cxpcriwi'nl. Mcdicinc, t. VI, n" 1, 20 novembre 1901, 
p. 1-21, pi. 1-1 V. 

' Buouir.A : Sur les propriétés du sérum des cancéreux an 
point de vue des anticorps deslev'ures. C. t. liaktcriol., i .\bl . 
t. XXX, p. 9'i5 |31 déc. 1901 . '' 

■- Deutsche med. Wocheiischr., 1901, n" 42. 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



63 



rareté du cancer sous les tropiques, là justement où 
la lièvre inlermittente est si fréquente. Mais ces deux 
fails ne pouvant être considérés que comme de simples 
indications, M. Lœl'fler admettait que sa conception 
ne reposerait sur une base solide que si la statis- 
tique venait confirmer cet antagonisme entre le can- 
cer et la malaria. 

(tr, la statistique que réclamait M. Lœffler vient d"ètre 
publiée ' par les soins du professeur Kruse (de Bonn ). 
Disons tout de suite que cette statistique ruine complè- 
tement rhypolhèse de M. Lœffler, en montrant que, 
dans aucun pays, il n'existe d'aiitai-'onisme entre la 
fréquence du cancer et celle de la malaria. 

Ainsi, de 1S87 à 1891, sur 10.000 habitants, sont 
morts de : 

MAL.VHIA C.\>"CER 

Ea Italie 5,81 4,28 

Prusse .. 4,20 

Irlande 0,03 4,42 

.\utrictie 4,98 

Ecosse 0,0.5 6,34 

.Angleterre Û.Ofi 6,.=)3 

Pays-lias 0,40 7,28 

Ainsi, le nombre de personnes qui ont succombé au 
cancer en l'russe, en Autriche et en Irlande est pro- 
portionnellement le mêine qu'en Italie, tandis que, dans 
ce dernier pays, seule la malaria est une cause fréquente 
de la mort. Or, une mortalité de 5,81 (de malaria) °/ooo 
suppose une morbidité ceut ou deux cents fois 
plus élevée, et, malgré cette extension considérable de 
la malaria, le cancer est aussi fréquent en Italie qu'en 
Prusse, où la fièvre palustre est [iresque inconnue. 

Mais, à celte statistique, déjà passablement probante, 
on peut objecter qu'elle prend les chiffres en bloo et 
suppose que le cancer et la malaria sont distribués uni- 
formément dans toute l'Italie. 11 est donc intéressant 
de considérer la fréquence de ces deux alTections dans 
les diverses régions de la péninsule. Le tableau ci- 
dessous, où se trouve consignée la mortalité par 
10.000 habitants, nous donne ces renseignements: 

MALAHIA CANCER 

Piémont 1,3 3,3 

Ligurie 0,3 .5,1 

LouibanJie , , . 1,0 3,3 

Venise i,") 4,3 

Emilie 1,1 6,4 

Toscane 1,3 6,8 

Les M.irches 0,6 5,5 

Ombrie 1,2 4,4 

Latium , . 9,8 4,9 

Abruzzes. . 9.8 2,9 

Campanie 6,1 3,2 

Apulie 11,3 2,9 

Biisilicale 17,5 2,2 

Calabre l.">,3 2,3 

Sicile 13,8 3,0 

Sardaigne 20,6 1 ,7 

A première vue, ce tableau semble confirmer les 
idées de M. Lœfller, bien que les chiffres relatifs au 
Latium et au Piémont constituent des exceptions dif- 
ficiles à expliquer. Mais les choses changent de face 
quand on envisage la mortalité respective par cancer 
et jiar malaria non plus dans de grandes régions, 
mais dans de petits arrondissements.il nous est impos- 
sible de reproduire ici le tableau complet donné par 
M. Kruse. .Mais les quelques chiffres que nous allons 
citer suffiront pour montrer que l'hypothèse de 
M. Lœfller est insoutenable et qu'il n'existe aucun rap- 
port entre la raoïlalilé par malaria et celle par cancer : 

CANCER MALARIA 

Ale.tandrce 4,3 0,1 

(lènes 6,6 0,2 

Corno 5,7 0,1 

Rovigo 4,!) 3.7 

' MuacItcDer mcd. Wuchfuschi-., rjUI, u" IS. 



Venise 6,1 3,1 

Kerrare 4,7 4,2 

r.rasseto 5,8 8,6 

Sierra 9,0 1,0 

Aquila 4,2 1,6 

Foggia 2,4 26,7 

Syracuse 3,3 18,1 

Cagliari 1,8 19,2 

Sassaii 1,3 13,7 

Ajoutons enfin que, d'après M. Kruse, les oscillations 
dans la mortalité par cancer s'observent dans d'autres 
pays et notamment dans des pays où la fièvre inter- 
miltente est pour ain?i inconnue. Ainsi en Prusse cette 
mortalité oscille entre 2,9 (Coblenz) et 6,6 (Schleswig). 

L'Achondroplasîe. — On observe chez certains 
nouveau-nés une sinQaliève exiguïté des quatre ineiu- 
bres. Il s'agit, dans ces cas, d'un trouble du développe- 
ment du squelette survenu pendant la vie intra-utérine. 
L'ossification cartilagineuse a été seule entravée; mais, 
comme elle a été simullanément ariètée aux extrémi- 
1és de tous les os des bras et des jambes, l'accroisse- 
ment en longueur des quatre membres est, par suite, 
notablement réduit. C'est cette malformalioii congéni- 
tale que Perrot (1878) a désignée sous le nom d'aclion- 
drojilasie. Faut-il y voir une maladie véritable"? Quel- 
ques cas observés méritent d'être cilés à ce propos. 

Très souvent les achondroplasiques meurent dans la 
période fœtale, ou, s'ils naissent vivants, ils ne tardent 
pas à succomber. 11 se produit encore un déchet dans la 
première enfance; mais, celle période une fois passée, 
la résistance vitale s'accroît, et l'on peut voir les achon- 
droplasiques parvenir à l'âge adulte, L'achondroplasie 
chez l'adolescent ou les adultes est donc rare. Ses carac- 
tères morphologiques méritent cependant d'être connus. 
Depuis la description qu'en a donnée M. Pierre Marie', 
on peut aisément reconnaître les cas de ce genre, 

L'achondroplasique adulte est un nain; sa stature 
varie en moyenne de 1 mètre à 1 mètre 20 centimètres; 
le peu d'élévation de la taille est dû surtout à la biiè- 
velé des membres inférieurs. La niicrouiélie est le 
caractère essentiel. Les membres supérieurs, frappés 
tous deux de la même manière, restent symétriques: les 
petites jambes aussi sont éj^ales, l'une n'est pas plus 
courte que l'autre; c'est surtout le manque de propor- 
tion entre lesdifférents segments des membres qui attire 
1 altention. La cuisse est plus courte que la jambe, le bras 
est plus court que l'avant-bras. La main est réduite dans 
toutes ses dimensions ; ce n'est pas une main petite, c'est 
une main <( carrée » : les doigts d'une même main sont 
de dimensions presque égales. Ces doigts, même serrés 
l'un contre l'autre, s'écartent par leurs extrémités, for- 
mant le trident. 

Les jambes, petites, mais non pas grêles, arquées par 
surcroît, supportent un tronc de configuration normale, 
ou à peu près. Au-dessus, une tête grosse, énorme quel- 
quefois; chez Anatole, un des sujets typiques décrits 
par M, Pierre Marie, la circonférence occipito-fronlale 
mesure 67 centimètres; l'indice céphalique est de 100! 
Dans tous les eus, \sl niacrocéphalie ei\a. bracliycéplialic 
constituent un caractère presque aussi important que la 
niicrarnclic. 

Les auteurs ont beaucoup discuté, sans pouvoir s'en- 
tendre, sur la nature de l'achondroplasie, dont ils font 
S'jit une maladie, soit un arrêt de développement, soit 
une malformation. Dernièrement encore, M. Cestan tt 
M. Apert apporta-ent l'un et l'autre une contribution 
nouvelle à l'étude de l'achondroplasie S Les observa- 
lions qu'ils donnent sont comparables entre elles et 
superposables aux faits antérieurement décrits. Mai-; 
les conclusions des deux auteurs sont entièrement 
différentes. 

M, Cestan rapproche l'achondroplasie du rachitisme : 
c'est un rachitisme lœtal, créé soit par une intoxicaliou 

' Pi-'jssc médicale, 14 juillet 1900. 

' Nouvelle Iconofjrapbie de la Salpêlrihre, 1001, n" ">. 



Ci 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



maternelle, soit peut-être par une anto-intoxication 
fœtale d'origine thyroïdienne. M. Apert, considérant 
que l'achondroplasie est quelquefois héréditaire et 
qu'elle se présente toujours comme une affection 
invariablement semblable à elle-même, incline à la 
regarder presque comme une variété du type humain. 

Quoi qu'il en soit des théories, le fait à retenir est l'exis- 
tence d'une variété de nains à morphologie bien définie. 
Ces petits hommes et ces petites femmes ontdes jambes 
raccourcies, tourmentées, arquées; au boui de leurs 
bras exigus, des mains courtes; les extrémités de leurs 
doigts descendent à peine aux hanches; leur corps est 
celui del'adultenormal, mais leur grosse tête ronde vient 
encore accentuer l'inversion des proportions normales. 

Tout achondroplasique ressemble coinino un frère k 
n'importe quel autre achondroplasique. La fixité de ce 
1ype rend possible le diagno.stic non seulement sur If^ 
vivant, mais encore sur les figurations de nains qui sont 
fort nombreuses dans l'Art. Charcot et M. Paul Uicher, 
M. P. Marie ont reconnu l'achondroplasie dans les sta- 
tuettes des dieux égypiiens Phlah elBés, M. H.Meige chez 
des nains peints par Vélasquez, J. liomano, P. Véronèse. 

IN'ai'colepsie ot îiitoxicalioii. — Dans un travail 
tout récent, le l)' Furet ' vient de produire une série 
d'observations d'où il conclut à une relation entre la 
iiarcolepsie et certaines intoxications. 

Rappelons à ce sujet que, pour la première fois, (iéli- 
neau, en 1880, a défini les at laques de sommeil; il en 
attribuait la répétition à un état morbide particulier, a 
une névrose essentielle, qu'il appela ;y87'co/e/;.s/t\ 

Le sommeil paroxystique (Féré, 1893) n'est, à la vérité, 
qu'un symptôme; c'est le besoin subit et irrésistible de 
dormir, survenant en dehors du moment habituel du 
repos, par accès fréquents et de courte durée. La brus- 
querie et la durée des attaques varient, comme aussi la 
profondeur du sommeil. 

Lasègue a rapporté l'hir-loire d'un gar(;on marchand 
de vins qui s'endormait debout, le verre en main, ins- 
tantanément, tout en causant; le cas de Thumen con- 
cerne un jeune homme qui s'endormait dès qu'il était 
assis; la malade de Labbé s'endormait dans la rue 
dès qu'elle s'arrêtait; le malade de .\L Sainlou ', des- 
cendant un escalier taillé dans les rochers au bord de 
la mer, s'endormit subitement et, en tombant, se fit 
une plaie au front. 

D'autres, enfin, s'endorment trois ou quatre fois pen- 
dant le repas ou après le rt-pas, alors môme qu'ils par- 
lent, qu'ils marchent, qu'ils conduisentune voiture, etc. 

Dans sa monographie, M. Furet a repris l'étude de 
la narcolepsie et a cherché à démontrer qu'elle est 
le résultat d'une auto-intoxication. En faveur de cette 
opinion, il cite les affections au cjurs des quelles le 
symptôme narcolepsie semble survenir le plus sou- 
vent : maladies de la nutrition (diabète, obésité), ma- 
ladies aiguës microbiennes (grippe, fièvre typhoïde, 
typhus), intoxications (alcoolisme). D'autre part, on 
observe la narcolepsie dans des états qui passent pour 
relever d'une auto-intoxication (épilepsie). 

Se basant sur cette conception pathogénique, M. Fu- 
ret conseille de n'attacher aucune valeur pronostique 
particulière à la narcolepsie : sa gravité dépend de l'af- 
fection au cours de laquelle elle se manifeste. 

Quant au traitement, il se résume en deux indications 
principales : supprimer les causes d'intoxication (alcool, 
excès alimentaires, traitement de la maladie dont la 
narcolepsie n'est qu'un symptôme', et favoriser l'élimi- 
nation des toxines (régime lacté, purgatifs, etc.) 

§ 7. — Enseignement 

Une «?cole prorcssioiinelle du soir <>ii Amé- 
rique. — Nul ne nie, actuellement, l'action bien- 
faisante exercée par les cours du soir. Mais il est à 

• Thèse de la Faculté de Médecine de Paris, 1901. 

* Revue ^euro'oijique, 1901, p. 296. 



craindre que bien peu d'entre eux arrivent aux résultats 
qu'obtient, àMew-S'ork, la Cooper l'nion for tlie aihau- 
cement of Science aucl Art. S'adressant à un public 
surmené, qui leur consacre, par un effort que l'on ne 
peut ti'op admirer, un temps légitimement drt au repos, 
à un puldic d'employés et d'ouvriers à qui le temps a 
toujours manqué pour compléter leur savoir, les cours 
du soir, dans bien des cas, ne prétendent pas dépasser 
une instruction des plus élémentaires. C'est dans le 
même public de travailleurs que la Cooper l'nion 
recrute ses élèves : parmi les jeunes gens qu'elle réu- 
nit quotidiennement, \\ n'en est pas un qui, avant de 
s'y rendre, n'ait accompli sa journée de labeur. Cepen- 
dant, une simple promenade dans ses salles suffit pour 
montrer, et par l'activité qui y règne, et par la naiurr 
des études qui s'y poursuivent, qu'il s'agit de tout autre 
chose que d'une instruction élémentaire et superficielle ; 
et l'inspection des programmes ne fait que confirmer 
celte impression. 

L'enseignement comprend une école scientifique, une 
école d'art, avec division spéciale pour femmes, un cours 
de sténographie et un cours de télégraphie pour femmes, 
etc.. sans compter plusieurs séries de conférences. 

Laissons de côté tous ces derniers enseignements, et ne 
ncms occupons que des cours scientifiques. Ceux-ci, — 
comme la plupart des autres cours de l'Union, — ne sont 
accessibles qu'après examen : pour y pénétrer, il faut 
justifier d'une connaissance suffisante des premiers éb'- 
ments de l'Algèbre et de la Géométrie (troisième livrr*. 
L'examen élimine, d'ailleurs, un nombre considérable 
de candidats, car l'enseignement de la Cooper Unimi 
(lequel est. bien entendu, gratuit) est extrêmement 
recherché. En 1901, le nombre des jeunes gens qui oui 
demandé à suivre la première année de cours a éti' de 
1190 : un peu moins de 400 ont été admis. On preii'l 
soin d'indiquer aux ajouinés les cours du soir où ll> 
pourront acquérir les connaissances qui leur manquent. 
L'enseignement se distribue sur cinq années : 
P" année : Algèbre, Géométrie, Chimie élémentaire. 
Législation ; 

2' année : Algèbre, Géométrie, Chimie élémentaire. 
Physique, Législation; 

S" année ■ Trigonométrie, Géométrie desciiptive, Géo- 
métrie analytique, Statique et Dynamique élémentaires. 
Mesures électriques, Législation; 

'i' année : Géométrie analytique. Calcul différentiel 
et intégral, Dessin technique. Projets de machines; 

5= année: Mécanique appliquée. Physique supérieuri'. 
Chimie analytique. Projets de machines, Législation. 

Des jeunes ouvriers, des jeunes employés qui vien- 
nent lui consacrer leurs soirées, la Couper Union fait, 
au bout de ces cinq années, des ingénieurs. La série 
complète des cours est indispensable pour faire un 
ingénieur civil. Les connaissances nécessaires à l'ingé- 
nieur mécanicien ou à l'ingénieur électricien sont 
un peu moins étendues, mais non en ce qui concerne 
les Mathématiques. Ce qui est surtout remarquable, 
c'est que, parmi les élèves qui n'ont pas besoin de^ 
connaissances scientifiques les plus élevées, il en est 
beaucoup qui tiennent à les acquérir. Les cours de Géo- 
nu' trie analytique ontainsi réuni, en 1901, ITOauditeurs; 
le Calcul diiférentiel et intégral, 8b; la Philosophie na- 
turelle iMécaniqiie rationnelle), 194; la Chimie analy- 
tique, 87 ; la Physique supérieure, SO. 

Outre l'installation, qui a toute l'ampleur il laquelle 
les Américains nous ont habitués, les méthodes d'enses 
gnement paraissent aussi mériter l'attention. Elleâ 
revêtent, bien entendu, un caractère surtout pratiquej 
mais cela ne les rend ni plus mauvaises, ni moins iiité 
ressantes, même pour nos établissements d'instructioD 
théorique. En quoi, par exemple, la dignité de ceux-c| 
se trouverait-elle compromise, si, après avoir trouvé, efi 
grandeur et direction, la résultante de forces donnéesl 
non sur le papier, mais matériellement, les élèveâ 
étaient exercés, comme à la Cooper l'nion, à vérifie! 
expérimentalement leurs résultats à l'aide d'appareil| 
appropriés? 



s. ARRHÉXIUS — LA CAUSE DE L'AURORE BORÉALE 



Go 



LÀ CAUSE DE L'AURORE BORÉALE 



L'aurore boréale a, depuis des siècles, exercé la 
sagacité des savants, et pourlant on ne saurait dire 
qu'à l'heure actuelle nous possédons une expli- 
cation pleinement satisfaisante de ce grand phéno- 
mène. 

Nous voudrions, dans les pages qui vont suivre, 
appeler l'attention des astronomes et des physi- 
ciens sur un ordre de considérations empruntées à 
la Mécanique céleste et à l'Electricité, et qui nous 
semblent propres à apporter quelques éléments de 
solution au problème. 



I 



Lorsque Newton publia, en 1686, ses Philosophhe 
mitarahs Primipiu innthematica, ses contempo- 
rains comme les savants d'aujourd'hui, s'émerveil- 
lèrent de l'e.xaclitude avec laquelle le système de la 
gravitation -expliquait les mouvements des corps 
célestes. 

Tout le monde matériel est, d'après Newton,- 
pénétré d'une propriété intime, d'après laquelle les 
plus petites molécules, comme les plus gros corps 
célestes, sont poussés les uns contre les autres par 
une force qui est en raison inverse du carré de la 
(distance qui les sépare. Celte propriété fut et est 
toujours considérée comme la plus essentielle de la 
matière, et elle est employée à la mesure de la 
quantité de matière, quantité qui se montre pro- 
portionnelle à la force d'attraction. 

Une répulsion entre des particules matérielles 
parait, au premier abord, impossible; on ne peut 
s'imaginer une substance négative. Cependant, on a 
trouvé, depuis Newton, beaucoup d'exemples de 
répulsions dans les phénomènes électriques et 
électromagnétiques. Ces forces de répulsion n'ap- 
partiennent pas, il est vrai, à la matière; aussitôt 
que la charge, ou le courant électrique, ou la 
magnétisation disparaissent du corps considéré, la 
répulsion disparaît également. Aussi est-on habitué, 
lorsqu'on rencontre des répulsions entre des parti- 
cules matérielles, à les attribuer à des phénomènes 
magnétiques ou électriques. 

Ces considérations ont conduit certains astrophy- 
siciens à supposer que le Soleil n'est pas seulement, 
à cause de sa grande masse, le siège d'une énorme 
force d'attraction, mais qu'il peut aussi, dans 
certaines circonstances, repousser des corps voi- 
sins. Ce phénomène s'observe particulièrement 
bien sur les queues des comètes, pour lesquelles 
Olbers a trouvé qu'elles sont repoussées du Soleil 
avec une force inversement proportionnelle au 



carré de la distance qui les en sépare. Pour expli- 
quer ce phénomène, on admet généralement l'exis 
tence de fortes charges électriques sur le Soleil et 
les comètes. Mais il n'en a pas toujours été ainsi. 
La plus ancienne explication de la force répulsive 
du Soleil, telle qu'on la constate dans la formation 
de la queue des comètes, est due à Kepler'. Kepler 
se basait sur la théorie, alors régnante, de l'émis- 
sion de la lumière, d'après laquelle le Soleil et les 
autres sources de lumière lanceraient avec une rapi- 
dité considérable de petits corpuscules lumineux. 
Lorsque ceux-ci rencontreraient les particules très 
mobiles de l'atmosphère des comètes, ils leur com- 
muniqueraient une partie de leur mouvement, dont 
la résultante serait dirigée radialement au Soleil. 

L'opinion des astronomes modernes sur cette 
hypothèse se résume dans ces paroles de M. New- 
comb : « Si la. lumière était due à une émission de 
particules, comme Newton le supposait, on ne 
pourrait refuser à l'hypothèse de Kepler une cer- 
taine vraisemblance; mais comme, aujourd'hui, il 
est admis que la lumière consiste en vibrations de 
l'éther, on ne voit pas comment celles-ci pourraient 
exercer une influence motrice sur la matière ^ » 

Il est remarquable de constater que Newton, 
bien qu'il admit la théorie de l'émission de la 
lumière, ne partageait pas les vues de Kepler sur 
la forme des queues des comètes. Newton pensait 
que celles-ci doivent s'orienter dans la direction 
opposée à celle de la pesanteur, comme l'air 
chaud et la fumée qui montent d'un foyer, parce 
qu'elles sont entourées d'un milieu plus dense. 
Une théorie analogue a été soutenue plus récem- 
ment par J. Rydberg', mais elle a été également 
refutée par Newcomb*. 

Les hypothèses de Kepler et de Newton furent 
peu à peu abandonnées. Mais il est curieux de voir 
qu'au wm" siècle, le seul adversaire important de 
la théorie de l'émission, Leonhard Euler', soutint 
également que les vibrations lumineuses, consi- 
dérées par lui comme les ondulations longitudi- 
nales de l'éther, exercent une pression sur les 
corps éclairés. 11 chercha, sans succès, à justifier 
cette conception, qui, fortement critiquée par de 
Mairan% fut bientôt délaissée. 



' KEPLER : Principia wathamatica, I, cliap. m, prop. 41. 

' Xewcomb : Popularc Astronomie. Leipzig, 1881, p. 44.5. 

' J. R. Rydberg: Schritlea dcrpbysiog.Ges. zuLiind, IS98. 

^ Xewcomb : Loc. cit., p. 445. 

= El LER : Mémoires del'Acad. de Berlin, 1746, t. II, p. 1-1 
et 133. 

° De Maihax : Traité de l'aurore bores Je, p. 308, 341 et 
se*. Paris, 17û4. 



s. ARKHÉNirS — LA CAUSE DE L'AURORE BORÉALE 



II 



Ci'priuhuit, Eulcr avait raison. La llu'orie, 
aujourd'liui réj^iianle, de Maxwell sur la nature 
l'k'ctro-iiiagnélique des vibrations lumineuses con- 
duit à la conclusion que les ondes lumineuses exer- 
cent une pression contre les corps sur lesquels elles 
tombent. Et celle conclusion est appuyée par l'ap- 
plication de la théorie mécanique de la chaleur aux 
pliénouiènesdu rayonnement. 11 ne peut donc sub- 
sister aucun doute à Tégard de cette conséquence 
de la théoiie, quoique, à cause de son extrême 
petitesse, cette pression n'ait encore pu être expé- 
rimentalement vériliée. La théorie de Maxwell 
possède toutefois ce grand avantage qu'elle permet 
de calculer exactement la valeur de la pression en 
question, si l'on connaît la force du rayonnement, 
ce qui est le cas pour le rayonnement solaire. 

Celle théorie exige que. « dans un milieu où se 
propage une onde (électromagnétique ou lumi- 
neuse), il existe, dans la direction de propagation, 
une pression partout égale à l'énergie totale conte- 
nue dans l'unité de volume ' ». La constante solaire, 
c'est-à-dire la quantité d'énergie qui tombe en 
tut secondes sur un centimètre carré d'un corps 
dont la surface est perpendiculaire au rayonnement 
et située ù la distance qui sépare la Terre du Soleil, 
a une valeur qui est approximativement de 2,5 ca- 
lories. La quantité d'énergie par seconde est donc 
;2,:; : 00 = 0,0417 cal. sec-'cm"' = 42.600X0,0417 
= i77.'i g. cm. sec ■' cm~''.. Comme, d'autre part, le 
rayonnement solaire se propage avec une vitesse 
de (300.000 kilomètres =) 3 x 10'° cm. sec "', la 
quantité d'énergie solaire dans un cw' est 1.77.") : 
3 X 10'° = o92,IO '" g. cm-^ « Comme cette pres- 
sion n'existe que sur le c6té du corps éclairé par le 
Soleil, elle ne peut se faire sentir que dans la direc 
lion de la propagation du rayonnement. Une 
lumière intense peut exercer vraisemblablement 
une pression encore plus forte, cl il n"est pas im- 
possible que, si les rayons d'une telle lumière tom- 
baient sur une plaquette métallique mince sus- 
pendue dans le vide, ils n'excr<;assent sur elle un 
elTet mécanique visible'. » 

Si la réi)ulsiiin jiar le rayonnement solaire est 
extrêmement minime au voisinage de la Terre, elle 
est beaucoup plus forli-au voisinage même du Soleil 
et elle peu t y produ ire des effets visibles. Le diamètre 
de l'orbite tei-n-stre est égal à 21."), 7 rayons solaires. 
Le rayonnement solaire à la surface du Soleil e^t 

' Maxwell : .V Trcalise ol Elcclricily nnd Minjarthm. 
Art. -'il, 18Ti. 

• Maxwell : I.nf. cit., art. 793. Plusieurs physiciens se 
sont eiroroés de nicllro cet effet en évidence. Les essais, 
i|iii ont réussi ((ualilativi-inent, ne sont c-pendant pas con- 
cluants, c:ir aucune mesure quantitalive n'a prouvé la 
concordance avec l.i Ifatiorie. 



donc (213,7)'^ 40.518 fois plus grand que le rayon- 
nement calculé plus haut, et il exerce une pression 
de 45.518 X S92 X 10-'» = 2,7o X 10^^ g. cm. ^ 

D'aulrc part, le poids d'une masse donnée, par 
exemple d'un cin'^ d'eau, est 27,47 fois plus grand à 
la surface du Soleil qu'à la surface de la Terre. 11 
s'ensuit qu'un mi^ d'eau pèse à la surface du Soleil 
10' fois plus que la valeur qui correspond à la pres" 
sion exercée par le rayonnement solaire sur une 
surface de 1 cm'. Si l'on considère un cube de 
1 cm. de côté et de poids spécifique 1, dont les 
arêtes sont horizontales et verticales, il perd, par 
suite du rayonnement solaire sur sa surface infé- 
rieure, un dix-millième de son poids. On suppose 
que ce corps ne laisse pas traverser le rayonnement 
solaire, car il faudrait soustraire de l'énergie 
totale celle qui a traversé. Un rayon rélléchi dans 
la direction opposée à celle du rayonnement 
compte, par contre, double. Comme la plupart des 
corps solides et liquides, même en couche mince, 
sont à peu près impénétrables et rélléchissent en 
grande partie le rayonnement solaire, nous admet- 
trons, pour plus de simplicité, que l'action est 
(■gale à celle qui se manifesterait si tout le rayonne- 
ment était absorbé par le corps rencontré. 

Si nous construisons maintenant un cube de la 
matière ci-dessus dont les arêtes ont 10~^ cm. de 
long et sont orientées de même, son poids est 10 '- 
fois et sa répulsion parle rayonnement solaire 10 ' 
fois plus grande que dans le premier cas. Par con- 
séquent, la répulsion égale le poids: le poids appa- 
rent est nul. 

11 est facile de calculer, d'après ces donnée?, quel 
doit être le diamètre d'une gouttelette de poids 
spécifique I pour que sa pesanteur sur le Soleil soit 
égale à sa répulsion due au rayonnement. On 
trouve que ce diamètre doit être égal ;\ 1,5 a. Pour 
une gouttelette de poids spécifique difl'érent, le 
diamètre doit être inversement proportionnel au 
poids spécifique. 

Si le diamètre de la gouttelette est moindre que 
la valeur ci-dessus, il y a répulsion loin du Soleil, 
et celle-ci est d'autant plus forte qui' les dimensions 
sont moindres. 

Ces calculs ne sont valables que pour des corps 
en repos. Il est facile de comprendre que l'action 
serait nulle si les corpuscules s'éloignaient du 
Soleil avec la vitesse de la lumière ou une vitesse 
encore plus grande. Si la vitesse des particules 
atteignait une fraction appréciable de la vitesse de la 
lumière, celte fraction serait à retrancher de l'elVet 
normal. Mais, comme cette fraction est négligeable, 
je n'en ai jias tenu compte. D'autres complications 
peuvent s'introduire dans le cali'ul quand les 
dimensions des goullelctles s'abaissent au-dessous 
des longueurs d'onde du rayonnement. L'ordre de 



s. ARRHENIUS — L,\ CAUSE DE L'AURORE BORÉALE 



j^^randeur do la répulsion calculée ne se présente 
donc ([ue pour des gouttelettes qui ne sont pas trop 
minimes. 

On peut maintenant déduire des mouvements 
des queues cométaires, et en particulier de leur 
courbure, la force répulsive du Soleil, qui, d'après 
les calculs de Bredichin', dépasseraitl8,o, 3,2, 2 ou 
i,o fois la pesanteur. Pour cela, il serait nécessaire 
d'admettre l'existence de gouttelettes dont le dia- 
mètre serait autant de fois compris dans la valeur 
critique que l'indiquent les nombres ci-dessus de 
Bredichin. Or, on a toute raison de croire qu'une 
partie très importante, la partie gazeuse, des 
comètes se compose d'hydrocarbures. Le poids 
spécifique de ces corps est un peu inférieur à celui 
de l'eau et ne doit pas s'écarter beaucoup de 0,8. Il 
faudrait donc, pour former les queues observées, 
des gouttelettes ayant des diamètres respectifs de 
0,1, 0,.'>9, 0,94 et 1,23 |;i. 

Quelques queues de comètes sont tournées vers 
le Soleil de telle façon que Bredichin a déduit de 
leur courbure que la répulsion n'était que 0,3 de 
leur poids; le diamètre de leurs gouttelettes serait 
donc de G [j.. 

t)n peut maintenant se demander s'il existe des 
corpuscules solides ou liquides aussi petits. On sait 
que l'encre de Chine contient des grains de suie si 
minimes qu'ils ne peuvent être aperçus à l'aide du 
microscope. Il existe également des êtres orga- 
nisés qui, à cause de leurs faibles dimensions, 
échappent à notre perception, quoiqu'ils manifes- 
tent leur présence par d'autres phénomènes : par 
exemple, le bacille de la péripneumonie chez les 
Bovidés, le microbe d'une maladie du tabac, etc. 
Cesafleclions nous prouvent l'existence de microor- 
ganismes spéciliques, qui, cependant, à cause de 
leur exiguïté (moins de 0,3 [a), échappent à l'obser- 
vation microscopique. Si donc il existe des orga- 
nismes vivants, et naturellement compliqués, de 
cet ordre de grandeur, on peut admettre la possi- 
bilité de corps inorganiques encore plus petits. On 
a préparé des pellicules liquides d'une épaisseur 
de 10-20 a;j., et même récemment de 5 u|ji (0,00o fji). 
Il est, par conséquent, naturel de se représenter des 
gouttelettes d'un aussi faible diamètre, et celles-ci 
sont déjà 20 fois moindres que celles qu'il faut 
faire intervenir pour expliquer les queues comé- 
taires les moins déviées. 

(Juand une comète s'approche du Soleil, on re- 
marque, sur le côté tourné vers le Soleil, une sorte 
de répulsion de matière, comparable à la forma- 
lion de la vapeur pendant l'ébuUition. Il est facile 
de se représenter la cause de ces phénomènes. Les 



' Bredichin : Ttevision dos valeurs nuinériquot de la force 
'-inilsive. Leipzig, Vos9, 1883. 



vapeurs repoussées de la comèle se condensent eu 
petites gouttelettes d'hydrocarbures à point d'ébul- 
lution élevé (avec élimination d'hydrogène) ou 
donnent de la suie comme dernier produit de con- 
densation. La grosseur de ces gouttelettes ou de 
ces particules dépendra de la concentration des 
gaz, de la force du rayonnement solaire et peut- 
être de la quantité de poussière cosmique qui forme 
les noyaux de condensation. On conçoit qu'il existe 
des circonstances diverses qui influent sur la gros- 
seur des gouttes, et ces circonstances varient dans 
la masse de vapeur, de sorte que les gouttelettes 
formées sont de dilférentes grosseurs. Les plus 
grosses retombent sur le noyau cométaire, à moins 
qu'elles n'en soient trop éloignées, auquel cas elles 
forment des queues opposées au Soleil. Les plus 
petites donnent naissance aux queues déviées par 
le Soleil. Quand, par suite de certaines circons- 
tances, quelques grosseurs de gouttes prédomi- 
nent, il se produit le phénomène, bien connu, de 
queues de courbures différentes et bien distinctes. 
Naturellement, plusieurs queues de même nature 
peuvent se produire quand le noyau cométaire est 
hétérogène et que des vaporisations ont lieu de 
préférence à certaines places ; ce fut le cas de la co- 
mète de 1744, qui n'avait pas moins de cinq queues. 

Celte manière de voir concorde, d'ailleurs, avec 
le fait que la répulsion apparente d'une queue 
n'est pas toujours inversement proportionnelle à 
la racine carrée de' la distance du Soleil. Car, pen- 
dant le mouvement des comètes, les circonstances 
physiques (comme le rayonnement du Soleil) se 
modilient, et les grosseurs des gouttelettes peuvent 
changer. Quand celles-ci restent constantes, les 
deux forces agissantes, la pesanteur et la répul- 
sion proportionnelle au rayonnement solaire, et 
par conséquent aussi leur différence, suivent exac- 
tement la loi de l'inverse du carré de la distance. 
Mais, si la grosseur des gouttelettes change, cette 
proportionnalité disparaît. 

On a attribué autrefois les répulsions en question 
à des forces électriques entre le Soleil et la queue 
comélaire, qui tous deux seraient chargés néga- 
tivement. D'après Bredichin, les queues seraient 
constituées par des gaz : hydrogène, hydrocar- 
bures (méthane), sodium et fer. Plus récemment, 
on a admis l'existence d'un gaz encore plus léger 
que l'hydrogène dans les queues les moins cour- 
bées ; ce serait le coronium, le gaz de la ligne 
coronale. Au point de vue physique et chimique, il 
y a beaucoup d'arbitraire dans ces hypothèses. 
Déjà, l'hypothèse fondamentale que le Soleil pos- 
sède une charge électrique parait difficile à ad- 
mettre à plusieurs savants ', surtout si celte charge 

' Newco.mb : Popular Aslronomy. Leipzig, 1881, page 440. 



s. ARRHÉNIUS — L\ CAUSE DE L'AURORE BORÉALE 



doil produire d'aussi fortes répulsions qu'on en 
observe pour les queues des comètes. 

Une autre preuve de l'hypothèse que le rayonne- 
ment solaire est la cause de la formation des queues 
cométaires repose sur ce fait que, d'après les 
recherches de Berberich, les comètes présentent 
leur plus grande intensité lumineuse dans les 
années où le Soleil offre le plus grand nombre de 
taches. Les taches solaires sont produites par des 
mouvements de circulation sur le Soleil, et, dans 
les années de taches, le Soleil rayonne plus de 
chaleur qu'à d'autres époques. Ainsi, Savélieff' a 
trouvé que le rayonnement calorilique dans les étés 
1890, 91 et 92 était de '29,8, 34,2 et 31) calories par 
seconde et par centimètre cube, tandis que le 
nombre des taches était respectivement de 7,47 et 
86. Dans ces circonstances, le rayonnement ultra- 
violet augmente, et, d'autre part, par suite du 
grand nombre d'éruptions superficielles, la quan- 
tité de poussière cosmique qui est repoussée du 
Soleil s'accroît. Ces deux circonstances favorisent 
les condensations, c'est-à-dire la formation de 
queues (et de nuages), autour des noyaux comé- 
taires ; la comète présente alors une plus grande 
luminosité. 

III 

Les considérations exposées plus haut sont appli- 
cables non seulement aux comètes, mais aussi à 
toute la poussière répandue dans l'Univers. Cslle-ci 
provient, sans aucun doute, en majeure partie, du 
Soleil. Les puissantes éruptions qui provoquent la 
formation des protubérances, détachent du Soleil 
une certaine quantité de matière, qui vase conden- 
ser à grande distance en gouttelettes ou en cor- 
puscules. Ces particules sont repoussées par les 
rayons solaires et donnent naissance, au-dessus 
des lieux d'éruption, aux prolongements filamen- 
teux particuliers de la couronne, qui surpassent 
souvent plusieurs fois la longueur du diamètre 
solaire. Ces prolongements ont naturellement leur 
racine aux points où l'activité éruplive est maxi- 
mum, c'est-à-dire dans la région des taches. Qu'ils 
ne paraissent pas déviés, nous le comprenons faci- 
lement, puisqu'une particule possédant le demi- 
diamètre critique et soumise à l'inlluence du rayon- 
nement solaire depuis la surface jusqu'à une dis- 
tance égale au diamètre solaire, atteint une vitesse 
de 430 kilomètres par seconde. En moins d'une 
heure, elle décrit une trajectoire égale au diamètre 
solaire. Quand donc, comme dans les queues comé- 
taires, des particules se présentent dont le diamè- 
tre n'est que le 1/800 de la valeur critique, celles- 
ci parcourent le même chemin en moins de quatre 
minutes. 

' Savélieit : C. li. Acad. Se, t. CXVIIl, p. .ti2, IS'Ji. 



Cependant, quelquefois les rayons coronaires ne 
paraissent pas dirigés radialement au Soleil, comme 
dans les belles photographies de la couronne solaire 
deMaunderen 1898. Ce peut être, en partie, un effet 
de perspective; mais, y eût-il déviation, il n'est pas 
difficile de l'expliquer par l'action des forces érup- 
lives qui ne sont pas toujours dirigées perpendicu- 
lairement au Soleil. 

La plus grande partie des particules des rayons 
coronaux retombe sur le Soleil en décrivant des tra- 
jectoires très incurvées, comme Liais en a observé 
dans l'éclipsé de 1857 : soit parce qu'elles sont 
trop grosses, soit parce que plusieurs petites se 
réunissent pour donner une particule plus grande, 
dont la pesanteur dépasse l'effet répulsif. 

Dans un certain nombre de cas, par contre, les 
particules poursuivent leur chemin dans l'espace. 
Leur concentration diminue d'autant plus quellei 
s'éloignentdu Soleil. Si aucune d'elles neretombait, 
cette concentration serait à peu près en raison 
inverse du carré de leur distance au Soleil. Mais, 
par suite des chutes et des condensations, cette 
concentration diminue un peu plus rapidement. La 
quantité de particules ([ui se trouvent dans l'unité 
de volume à la distance r du Soleil sera donc pro- 

1 
porlionnelle à la fraction -;;-q;-^> a étant une ipetite) 

quantité positive. 

Ces particules se meuvent dans toutes les direc- 
tions autour du Soleil. Quand, par l'agrégation de 
plusieurs particules, il s'en forme une plus grosse, 
qui retombe sur le Soleil, sa trajectoire de retour 
a lieu suivant un rayon solaire. Aussi un observa- 
teur, situé sur le côté non éclairé de la Terre, qui 
perçoit l'impression de lumière solaire refléchie 
par ces particules, doit-il voir, par suite de la per- 
spective, le maximum de celle-ci en un point direc- 
tement opposé au Soleil. La réverbération, que l'on 
observe dans les latitudes sud, possède précisé- 
ment cette propriété. Il est vrai qu'on a cherché à 
expliquer celle apparence par des essaims météori- 
ques venant du Soleil ou allant dans sa direction. 
Mais il est difficile de comprendre pourquoi les 
essaims météoriques sont dirigés en lignes aussi 
droites vers le centre du Soleil; on serait plutTit 
porté à supposer qu'ils se meuvent suivant des tra- 
jectoires analogues à celles des comètes. Ces tra- 
jectoires sont si diverses aux environs de la Terre, 
qu'un point de radiation aussi défini que celui de 
la réverbération ne pourrait exister. 

Puisque la quantité par unité de volume des par- 
ticules considérées diminue plus rapidement que 
l'inverse du carré de la distance au Soleil, il est 
facile de voir que leur pouvoir d'absorption de la 
lumière est presque exclusivement concentré aux 
environs immédiats du Soleil. Supposons un fais- 



s. ARRHÉNIUS — LA CAUSE DE L'AURORE BORÉALE 



f)9 



(■e;ui hiniini'ux de secliun constante il cm-; s'éloi- 
giiant du Soleil; la quantité de lumière absorbée 
(IL, dans un volume de longueur (//• et de section 1, 
h une distance ;• de la source lumineuse, sera pro- 
portionnelle à la quantité de lumière L dans ce 
volume. Nommons A le facteur de proportionalité; 
on aura : 

La quantité de lumière L, à la distance /", est 
donnée par l'équation : 









011 Lo est la quantité de lumière à la surface du 
Soleil (/• = i\). 

Pour les grandes valeurs de /■, la quantité totale 
de lumière L diminue très lentertient quand /• croit 
cl s'approche asymplotiqueinent d'une limite : 



'l +ai/-„' + '^ 



Le Soleil apparaît donc, si l'on fait abstraction 
d' ses environs immédiats, comme une source 
lumineuse dont la quantité de lumière n'est pas 
sensiblement absorbée par la poussière cosmique. 



IV 



Jusqu'à présent, nous n'avons considéré les pro- 
priétés des particules émanées du Soleil qu'en 
l'absence de toute force électrique. Or, les obser- 
vations .de Wilsou ' ont montré que ces forces 
entrent en jeu. Cet auteur a conclu que, dans un 
gaz ionisé, les ions négatifs servent, de préférence, 
de noyaux de condensation. On a admis depuis 
longtemps que, dans les mouvements extrêmement 
puissants' de la surface du Soleil, il y a séparation 
d'électricité positive et négative. Il doit donc se 
produire des décharges, auprès desquelles les 
décharges électriques des éruptions volcaniques 
terrestres ne sont rien. Dans ces décharges, qui 
s'étendent aussi haut dans l'atmosphère solaire 
que les masses projetées, il se développe, à la par- 
tie supérieure et raréfiée de l'atmosphère solaire, 
des rayons cathodiques, qui donnent naissance à 
des rayons de Runtgen. Peut-être des rayons X 
sont-ils émis directement par le Soleil, mais nous 
n'en pouvons rien savoir. En tout cas, les condi- 
tions sur le Soleil sont telles que l'on a toute rai- 
son de conclure, d'après les analogies terrestres, 
à la présence fréquente de rayons cathodiques et 
de Rôntgen dans les couches les plus raréfiées de 



' C. T. It. \Vii,sr,N: Phil. Trans.,séT. \, t. CXCllI, p. 2S9- 
30S. Couip. J. J. ïnoMSON : Phil. Mag., {.i], t. XLVI, p. :i3:>. 



l'atmosphère solaire. Ces rayons possèdent la pro- 
priété d'ioniser les gaz qu'ils traversent, gaz dont 
les ions, surtout les ions négatifs, font office de 
germes de condensation. 

Dans la condensation des gaz rejelés du Soleil, 
les particules se chargeront donc de préférence 
négativement et entraîneront l'électricité négative 
dans leur voyage à travers l'espace. Les environs 
du Soleil et des autres corps célestes fortement 
rayonnants resteront entourés d'une atmosphère 
(couronne) chargée positivement. Ilarrivera que les 
particules négatives rencontreront dans leur tra- 
jet d'autres corps célestes (planètes, mondes, etc.! 
et, tombant en partie à leur surface, charge- 
ront ceux-ci négativement. Puis, ces particules 
négatives seront repoussées par ces corps célestes 
chargés d'électricité du même nom, et seront 
déviées dans leurs trajectoires, qui prendront une 
forme hyperbolique. Celles qui posséderont la plus 
grande vitesse atteindront cependant encore, en 
partie, les corps célestes chargés. 

De leur côté, ces corps célestes n'augmenteront 
pas leur charge négative jusqu'à l'infini. Quand le 
potentiel négatif dépasse une certaine limite, il 
va décharge, favorisée parle rayonnement ultra 
violet du Soleil. On arrive ain.'.i à un ('■(/iiilibre 
mobile, dans lequel, en un temps suffisamment 
long, autant d'électricité négative est api)ortée au 
corps céleste par les particules, qu'il en perd, dans 
le même temps, par décharge sous l'inHuenee du 
rayonnement solaire ultra-violet. La perte se 
produit, peut-être, de telle façon que de petites 
particules chargées sont repoussées; on peut alors 
dire, en quelque sorte, que l'efl'el total du corps 
céleste placé sur le chemin des particules solaires 
se réduit à projeter derrière lui une sorte d'ombre 
qui, par suite de la répulsion des particules, est 
plus large que l'ombre optique, et ensuite qu'il 
héberge pour un temps les particules négatives et 
en reçoit une charge négative. 

Les particules chargées émises par les corps 
célestes éclairés, comme celles qui viennent du 
Soleil et qu'ils ont déviées, forment derrière lui 
une sorte de queue, dont l'axe central est dépourvu 
de particules chargées, à peu près comme l'axe 
d'une queue de comète paraît dépourvu de matière 
cométaire. Les planètes et leurs mondes exercent 
celte action d'écran aussi bien contre les particules 
négatives venant du Soleil que contre celles qui y 
retournent. 



Réfléchissons maintenant aux circonstances qui, 
d'après ces hypothèses, se produiraient sur la 
Terre. Le côté de la Terre tourné :vers le Soleil 
(côté du jour) est inondé par une pluie de particules 



70 



S. ARRHENIUS — LA CAUSE DE L'AURORE BOREALE 



iiégalivt'inenl chargées. Cellos-ci retient dans les 
couches les plus hautes de l'atmosphère, plus haut 
que les plus hautes étoiles filantes, car celles-ci, 
pour envoyer une lumière suffisante pour être vue 
à une dislance de plus de lUO kilomètres, doivent 
posséder une masse non négligeable. Comme les 
plus hautes étoiles filantes ont apparu à environ 
1(10 kilomètres de hauteur, on peut donc assigner 
à 200 kilomètres de hauteur la place à laquelle les 
petites particules d'une grosseur moindre de 1 |x 
restent stationnaires. Ces couches atmosphériques, 
qui, au voisinage du point situé sur la ligne réunis- 
sant les centres de la Terre et du Soleil, sont le 
plus fortement chargées, se déchargent de nouveau 
et donnent naissance à des rayons cathodiques. 
La plus grande partie des décharges aura lieu de 
jour sous l'innuence du rayonnement solaire ultra- 
violet, et non loin des endroits où les particules 
chargées sont tombées (donc surtout dans les 
régions équatoriales). Mais, par suite des courants 
aériens, il peut se produire, à d'autres moments 
et dans des contrées qui ne reçoivent que peu ou 
pas de lumière solaire, des accumulations sembla- 
bles d'électricité négative, donnant lieu à des 
décharges et à des rayons cathodiques. 

On sait que le grand spécialiste des aurores 
boréales, M. Adam Paulsen, a trouvé une concor- 
dance si extraordinaire entre les propriétés de 
l'aurore boréale et celles des rayons cathodiques ', 
qu'il considère le premier phénomène comme un 
cas spécial du second. Cette hypothèse n'ofi're 
qu'une difficulté : le défaut d'explication de la 
production de ces rayons cathodiques. Les consi- 
dérations que nous venons d'exposer nous sem- 
blent résoudre le problème. Comme l'accunmla- 
tion des masses électriques négatives se produit 
à une hauteur d'environ 200 kilomètres, où la 
pression de l'air n'est plus que 10-* à 10" mm. de 
mercure, la naissance des rayons cathodiques 
a lieu dans une matière si fortement raréfiée 
qu'elle ne peut produire aucun phénomène lumi- 
neux appréciable. Aussi ils pénètrent plus loin 
sans absorption sensible. D'après leur nature, les 
rayons cathodiques, placés dans un champ magné- 
tique, se propagent en ligne droite lorsqu'ils sont 
dans la direction des lignes de force magnétique. 
Autrement, ils décrivent des lignes hélicoïdales 
autour de cette direction comme axe, et de cour- 
bure d'autant plus forte qu'ils sont plus inclinés 
])ar rap|iort aux lignes de force. Les lignes de 
force magnétiques sont, à l'équateur, presque pa- 
rallèles à la surface de la Terre; il s'ensuit que les 
rayons cathodiques, au voisinage de l'équateur, ne 



' A. Paulsen : Sur la nature et l'origine de l'aurore 
beréale. Uull. de l'Acad. des Hc. de CopeaLayuc, 1894. 



peuvent pénétrer dans les couches d'air plus pro- 
fondes et produire des phénomènes lumineux plus 
forts. Les décharges ne provoquent donc, aux 
environs de l'équateur, qu'une apparence lumi- 
neuse faible et diffuse, très étendue. On a, en 
effet, trouvé la ligne de l'aurore polaire dans la 
lumière diffuse du ciel pendant la nuit. 

Plus l'on s'éloigne de l'équateur, plus les lignes 
de force magnétiques sont inclinées sur la surfa<e 
de la Terre. Une conséquence de ce fait, c'est que 
les rayons cathodiques pénètrent d'autant pluspro- 
fondément dans l'atmosphère. Quand ceux-ci arri- 
vent dans des couches d'air plus denses (une pres- 
sion d'environ 0,01 millimètre), ils donnent lieu 
à des phénomènes lumineux intenses, qui sont 
connus sous le nom d'aurore boréale. Plus on 
s'éloigne de l'équateur, plus les phénomènes d'au- 
rore polaire deviennent fréquents et plus il s'abais- 
sent. Cela concorde très bien avec l'observation. 11 
y a, naturellement, une limite à cet accroissement 
par le fait que, aux environs du pôle, il ne tombe 
plus qu'une quantité insignifiante de particules 
négatives dans l'atmosphère. Il doit exister, autour 
des pôles et des pôles magnétiques (où les lignes 
de force magnétique sont verticales), deux anneaux 
dans lesquels l'aurore polaire se présente le plus 
fréquemment, et c'est précisément le cas. 

D'autre part, la fréquence de l'aurore polaire sera 
soumise aux mêmes variations que les quantités de 
particules négatives rejetées du Soleil. Ces quantités 
sonlproportionnelles, en première ligne, au nombre 
de taches de la partie du Soleil tournée vers la 
Terre, puis au cosinus de l'angle des rayons solaires 
et de la normale terrestre au point considéré ainsi 
qu'au temps de rayonnement. La distance variable 
de la Terre au Soleil suivant les époques de l'année 
exerce une influence moindre. 

VI 

Le caractère le plus important de l'aurore polaire 
est la périotlicité de sa fréquence. La période la 
plus frappante est celle de il, 1 années, qui concorde 
avec la période des taches solaires. Très vraisem- 
blablement, il existe d'autres périodes séculaires, 
dans lesquelles le phénomène lumineux polaire se 
montre plus ou moins intense, comme de Mairau 
l'a établi dans ses recherches classiques. Ainsi, des 
développements extraordinaires de l'aurore boréale 
se sont produits au milieu du xviii" et à la fin du 
xix'" siècles, qui avaient été précédés de minima 
très accusés. Ces variations séculaires, dont la 
nature exacte n'a pas encore été fixée, dépendent 
fort probablement des variations de l'activité 
solaire. Ainsi, la quantité des tayhes solaires, à 
l'époque de ses maxima du commencement des 



s. ARRHENIUS 



LA. CAUSE DE L'AURORE BOREALE 



deux derniers siècles écoulés, était assez faible, et 
les aurores polaires étaient en même temps très 
rares. Cette période séculaire correspondrait à 
10 périodes de 11, 1 années ; d'autres savants vou- 
draient la réduire de moitié. 

A côté de ces longues périodes, l'aurore polaire 
possède une période annuelle avec deux maxima 
aux époques de l'équinoxe et deux minima aux 
solstices. Des maxima, celui d'automne paraît un 
peu plus fort que celui de printemps. Cela ressort 
particulièrement des observations de l'Amérique 
du Nord, où la variabilité annuelle de la longueur 
et de la clarté du jour trouble moins le phénomène. 
Très près du nord, comme en Islande et au Groen- 
land, les deux maxima se déplacent tellement, à la 
suite de cette perturbation, aux périodes les plus 
sombres de l'année, qu'ils se rejoignent en un seul 
maximum en décembre, tandis qu'en juin et en 
juillet on n'observe aucune aurore boréale, à cause 
de la forte illumination du ciel. D'après les obser- 
vations de l'Amérique du Nord, et malgré la grande 
clarté du ciel en été, la fréquence de l'aurore 
boréale à cette époque est plus grande qu'en hiver 
(le maximum de juin s'élève à 1.061 aurores 
boréales, tandis que. celui de décembre n'en ac- 
cuse que 912). 

Quand on introduit une correction à cause 
de la modification de clarté, la comparaison se 
déplace en faveur de l'été. Il en est de même pour 
l'hémisphère sud, où l'aurore polaire est deux fois 
plus fréquente au minimum d'été (janvier) qu'au 
minimum d'hiver ijuin-juillet ). Si donc les contrées 
voisines des pôles, comme la Scandinavie et encore 
plus l'Islande et le Groenland, présentent un mi- 
nimum d'été beaucoup plus accusé que celui 
d'hiver, cela ne provient vraisemblablement que de 
circonstances secondaires, la clarté des nuits d'été 
empêchant totalement l'observation de l'aurore 
polaire. 

Les périodes mensuelles de l'aurore polaire n'ont 
été découvertes que récemment. Etiholm et Arrhé- 
nius ' ont reconnu une période qui concorde avec 
la révolution tropique de la Lune. Le maximum 
de l'aurore boréale se produit à l'époque du lunis- 
lice sud, et le minimum, au contraire, à l'époque 
du lunistice nord. Le balancement est d'environ 
± 20 7o- Une autre période, presque mensuelle, 
mais dans laquelle le maximum se produit en 
même temps pour les deux hémisphères, est celle 
de vingt-six jours environ, qu'on a trouvée déjà 
autrefois pour les phénomènes magnétiques, baro- 
métriques ou autres. La longueur de cette période, 

' Ekholh et Akriiémis: Kongl. SvcDska \'et. Akad. HanJ- 
lingur, t. XXXI, p. 1.3, 18y8. Les données statistiques qui 
ont servi à formuler toutes les conclusions de l'auteur 
du présent article sont tirées de ce Mémoire. 



qui présente une amplitude de ± 10 %, a été fixée 
par Eldiolm et Arrhénius à 25,93 jours. 

La plus courte des périodes de l'aurore po- 
laire est la période diurne. Le plus grand nombre 
des aurores boréales a lieu avant minuit. D'après 
Fritz', le maximum diurne de l'Europe moyenne 
(30" lat. N.) a lieu vers 9 heures du soir; pour les 
localités plus au nord, comme Christiania et Upsal 
(60» lat. N.), deOh. 30àlOheures, et, pour Bossekop 
(70» lat. N.i, vers 10 h. 30. En Amérique, le maxi- 
mum parait se présenter un peu plus tard : dans 
les latitudes moyennes i 40 à 50" N.) vers 10 heures ; 
dans les contrées polaires (60 à 70° lat. N.) vers 
minuit. 

Cette variation diurne est fortement iniluencéc 
par les conditions de clarté. L'aurore boréale est 
absolument invisible pendant le jour, et ne peut 
arriver à être perçue qu'après la fin du crépuscule. 
Si aucune lumière étrangère ne venait jeter le 
trouble, le maximum réel se présenterait plus tôt 
que le maximum observé, et on peut supposer qu'il 
tombe après le milieu du jour, comme celui de la 
déclinaison magnétique. Un essai de correction 
d'après la clarté a été fait par Carlheim-GyUenskiold. 
Ses observations ont été exécutées pendant l'hiver 
1882-83 au Cap Thordsen (Spitzberg) : elles condui- 
sirent, non corrigées, à un maximum vers 8 heures 
du soir, tandis que le maximum corrigé était à 
2 h. 40 du soir '. 

Dans la période séculaire, on constate une parti- 
cularité très accusée; c'est que cette période se 
remarque d'autant plus que le domaine d'observa- 
tion se trouve plus près de l'équateur. En Islande 
et au Groenland, on peut à peine la découvrir. On 
peut faire des considérations analogues quant à la 
période de 23,93 jours et à la période diurne. 
Ainsi, d'après Carlheim-Gyllenskiold, la période 
diurne réelle de l'aurore boréale au Spitzberg est 
très peu marquée. On le comprend facilement. 



VII 



L'explication de la période de onze ans et des 
autres périodes séculaires est très simple, parce 
qu'elles co'incident avec la fréquence des taches 
solaires. Plus il y a de taches solaires, plus il su 
forme de gouttes dans les couches extérieures 
du Soleil et plus le rayonnement solaire repousse 
vers la Terre de particules chargées négative- 
ment. L'explication de la double période annuelle 
est aussi aisée. L'activité solaire a un minimum 
connu à l'équateur solaire; elle augmente des deux 
ci'ités pour atteindre un maximum vers 13" de 

' FiUTZ : Das Polarljcht, Leipzig, 1881, p. 102. 
' Carluf.im-Gïllenskiijld : Observations faites au Cap 
Thordsen, t. II, [l], p. 197, 188G. 



s. ARRHÉNIUS — LA CAUSE DE L'AURORE BORÉALE 



kit. N. et S. La Terre se tourne vers léquateur 
solaire, car le plan de ce dernier forme un angle 
de 7° avec l'écliptique; la Terre se trouve alors, 
le 5 mars, vis-à-vis d'un point qui est à 7° du nord 
de l'équateur solaire, et, le .'{ septembre, vis-à-vis 
d'un point qui est à 7° au sud. Comme l'émission 
de particules chargées alieu surtout perpendiculai- 
rement à la surface solaire, la Terre est exposée à 
une forte activité solaire le 5 mars et le 3 septem- 
bre, et il doit se produire deux maxima à ces 
époques. Les niinima auront lieu, par contre, 
quand la Terre passe à l'équateur solaire, le 6 dé- 
cembre et le 4 juin. Cela correspond parfaitement 
à la marche annuelle de la fréquence de l'aurore 
boréale. D'autre part, le minimum de juin sera 
plus faible que celui de décembre, parce que la 
Terre s'approche, dans le premier cas, de l'aphélie, 
dans le second, du périhélie. D'après les chiffres 
recueillis, c'est bien ce qui paraît se passer, car la 
moyenne de la fréquence relative en juin est 
moindre que celle de décembre pour les deux 
hémisphères. Mais ici les saisons interviennent. 
Plus le Soleil est haut en un certain point, plus 
celui-ci est atteint par les particules solaires; il en 
résulte que la fréquence de l'aurore polaire est 
plus grande en été qu'en hiver. Cela ne se produit 
qu'en tant que léclairement n'influence pas trop 
fortement la visibilité de l'aurore polaire. Dans les 
régions où la nuit, en été, n'est pas trop claire 
pour empêcher l'observation des aurores polaires, 
c'est-à-dire en des points qui ne sont pas trop 
éloignés de l'équateur, le phénomène se produit 
ainsi, comme nous l'apprennent les observations 
d'Amérique et de l'hémisphère sud. 

Pour les mêmes raùsons, la fréquence de l'aurore 
polaire doit passer par un maximum environ deux 
heures après le milieu du jour (comme la tempéra- 
ture de l'air), car à ce moment l'accumulation delà 
poussière solaire dans les couches supérieures de 
l'air doit atteindre un maximum. Mais, comme, en 
ce moment, les aurores polaires sont invisibles, on 
peut seulement s'attendre à ce que les aurores 
soient plus fréquentes avant minuit qu'après mi- 
nuit, ce qui est effectivement le cas. Gyllenskiiild, 
en effet, après l'introduction d'une correction pour 
l'éclairemenl, a trouvé que le maximum diurne 
réel de la fréquence de l'aurore boréale élail vers 
3 heures de l'après-midi. 

Les aurores polaires se font connaître par des 
perturbations magnétiques, qui en sont naturelle- 
ment inséparables, que les aurores soient visibles 
ou non. L'élude des perturbations magnétiques 
terrestres paraît devoir donner, en effet, des aper- 
çus importants sur la nature des aurores polaires. 
Cesperlurbalions ont été enregistrées pholographi- 
quemeiit à Batavia et discutées ensuite par van 



Bemmelen '. De son examen, il résulte que ces per- 
turbations possèdent une période semi-annuelle, 
avec des maxima en mars et septembre et des mi- 
nima en janvier et juin. Elles dépendent des taches 
solaires, qu'elles suivent dans leur variation. Ces 
deux faits montrent que les perturbations doivent 
être considérées comme une manifestation des au- 
rores boréales. La période diurne de ces perturba- 
tions a un maximum à 3 heures de l'après-midi et 
un minimum vers 1 hepre du matin. 

Nous arrivons maintenant à la période quasi- 
mensuelle. Celle de 2t) jours est en relation avec la 
révolution synodique du Soleil (en particulier de 
l'équateur solaire). Il parait difficile de compren- 
dre pourquoi on doit calculer avec l'équateur 
solaire, si l'on admet que les taches solaires pro- 
duisent l'aurore polaire, le maximum de celles-ci 
étant à 1.5° au nord et au sud de l'équateur. Il 
paraîtrait plus rationnel de compter avec la révo- 
lution synodique de celte région du maximum des 
taches, qui est d'environ 27,3 jours. Mais, d'après 
les considérations précédentes, on doit, puisque la 
Terre s'éloigne très peu de l'équateur solaire et y 
retourne deux fois par an, se baser de préférence 
sur le temps de révolution du Soleil à l'équateur. 
Celui-ci est de 2(3,8 jours pour les taches et de 
26,06 pour les facules. Il est naturel de se baser 
sur ces dernières, puisqu'elles sont les centres 
d'éruption d'oîi la poussière solaire est envoyée 
dans l'Univers. Le temps de révolution des facules 
ne diffère guère, en fait, de la période de 25, it3 jours 
qui a été calculée pour la fréquence de l'aurore 
polaire. La différence est encore plus minime si 
l'on pense que les parties les plus élevées de 
l'atmosphère solaire ont un temps de révolution 
plus court que les parties inférieures et que les 
facules les plus élevées tournent plus vile que les 
facules moyennes. En outre, les facules les plus 
élevées ont une influence plus grande que les fa- 
cules inférieures au point de vue de la radiation 
des particules solaires. On peut donc considérer la 
période de révolution synodique comme idenlique, 
aux erreurs d'observation près, à la période de 
rotation des facules les plus élevées. L'explication 
de la période de 25,!)3 jours est donc acquise. 

Vlll 

La période de fréquence de l'aurore polaire qui 
se rapproche de la révolution tropique de la Lune 
autour de la Terre est un peu plus complexe. 
L'explication la plus simple consiste à considérer 
la Lune conuiie un corps fortement chargé négati- 



' V.w Bkm.mbi.fn : Mcd. d. h'un. Akad. v. Wclenschuppcn 
te Amsterdam, J'2 nov. IS'i'J. 



s. ARRHENIUS — LA CAUSE DE L'AURORE BORÉALE 



vement. La charge de la Lune provient, eomme 
celle des couches supérieures de l'air, des particules 
négatives repoussées par le Soleil. Si la Lune se 
trouve au-dessus d'une couche d'air chargée d'élec- 
tricité de même nom, la différence de potentiel 
dans cette direction est diminuée, et les décharges 
n'ont pas lieu aussi facilement que si la Lune 
n'était pas là. On peut objecter que la Lune est à 
une distance beaucoup trop grande pour exercer 
une action sensible. A ce sujet, je renvoie aux cal- 
luls faits antérieurement par Ekholm et moi-même, 
d'après lesquels la charge de la Lune n'a pas besoin 
d'être très grande (seulement 10.000 fois celle 
du globe terrestre interne) pour causer une forte 
variation du champ électrique au voisinage de la 
Terre '. Cette charge lunaire pouvait paraître re- 
lativement grosse lorsqu'on ne connaissait pas 
encore la charge des couches supérieures de notre 
atmosphère et qu'on la comparait avec celle du 
noyau interne. Mais, d'après la façon dont cette 
dernière s'est formée (voir plus loin), il est très 
vraisemblable qu'elle ne constitue qu'une faible 
fraction de la charge des couches supérieures. 
C'est donc celle-ci qu'il faut comparer à la charge 
de la Lune, qui nait dans les mêmes condi- 
tions. Il n'est donc pas improbable que la charge 
lunaire est d'une grandeur telle qu'elle peut dimi- 
nuer les décharges de l'air extérieur dans les cou- 
ches d'air sur lesquelles elle passe. Si la Lune est, 
par contre, au-dessous de l'horizon, son action est 
passablement affaiblie par la Terre formant écran. 
Donc, quand la Lune est au nord de l'équateur, 
elle diminue de préférence les décharges dans 
l'hémisphère nord, et inversement quand elle est 
au sud de l'équateur. En d'autres termes, la Lune 
diminuera, quand elle sera au nord de l'équateur, 
le nombre des aurores boréales, et, quand elle sera 
au sud, celui des aurores australes. 

L'influence de la Lune sur l'électricité de l'air 
concorde avec cette manière de voir. Quand les 
rayons cathodiques de l'aurore polaire pénètrent 
dans l'atmosphère inférieure, ils ionisent l'air qui 
s'y trouve, l'ionisation étant maximum dans les 
couches d'air les plus élevées. D'après des obser- 
vations récentes d'Elster et Geilel', ainsi que de 
Lenard, l'air paraît ionisé dans les régions élevées, 
comme je l'avais prévu dans mon essai théorique 
sur l'électricité de l'air ^ La conséquence de cette 
ionisation a été exposée par J.-J. Thomson '. La 
vapeur d'eau se condense avec prédilection sur les 



' Ekiiulm et Akhhknils : A'. Svft. Vet. Akad. Haadl., t. 
Xl.\, no 1, p. 3.;, 1894. 

- Elsteh et Geitel : Phys. Zeitsch., t. I, p. 245, 1900. Com- 
parez Lexard : Ana. der Pbyx., [4], t. I, p. 503, 190U. 

' S. .Vrkhéxius : Meteorol. Zeilsch., t. V, 1888. 

' .1. J. Thomson : Phih Mag., 3, t. XLVI, p. 533, 1898. 



ions négatifs de l'air, et ceux-ci sont conduits vers 
le bas, tandis que l'électricité positive reste dans 
les couches supérieures. Plus il y a d'aurores polai- 
res, plus la charge positive des couches d'air et 
plus la charge négative de la surface terrestre doi- 
vent être fortes. Malheureusement, les observa- 
tions actuelles ne permettent pas de vérifier la 
justesse de cette conclusion, d'après laquelle l'élec- 
tricité atmosphérique devrait diminuer avec la fré- 
quence des taches solaires. Cependant, les observa- 
tions faites récemment en ballon semblent montrer 
qu'il règne dans l'air, au-dessus de la surface de la 
Terre, une charge positive, qui est assez forte pour 
neutraliser, à .'5.000 mètres de hauteur, l'action de 
la charge négative de la Terre '. 
' Quand donc la Lune est haute, le nombre des 
aurores polaires est diminué, et, par suite, la force 
de la charge négative de la Terre et celle de la 
charge positive s'en trouvent également amoin- 
dries. C'est bien ce qui se produit en réalité et on 
connaît une période diurne et une période tropique 
mensuelle de ces phénomènes. Comme, dans ces 
cas, une action prolongée est nécessaire pour 
l'obtention d'un grand efl'et, — l'électricité négative 
devant d'abord être transportée à la Terre par des 
condensations, — on conçoit facilement que la 
période diurne soit relativement faible par rapport 
à la période mensuelle. L'explication de ce fait a 
offert une difficulté d'autant plus grande que venait 
s'y ajouter celle de l'intluence directe de la Lune 
sur la Terre. Mais on ne doit guère lui attribuer 
qu'une action secondaire. 



IX 



Un autre phénomène électrique de l'air, que 
Pauieen'- a mis en lumière dans sa théorie de l'au- 
rore polaire, est celui-ci : Aussitôt après que les 
masses chargées négativement par les rayons 
cathodiques ont pénétré dans les couches d'air in- 
férieures, la charge négative de la couche terrestre 
située au-dessous parait diminuée; cela est facile- 
ment compréhensible. D'ailleurs, la théorie exposée 
ici sur l'origine de l'aurore polaire doit s'accorder 
complètement avec celle de Paulsen, puisqu'elle 
remplit les prévisions de cette théorie. 

Par suite de la faculté des rayons cathodiques de 
provoquer des condensations, les aurores polaires 
sont accompagnées, comme Paulsen le signale, de 
formations de nuages. Il est bien connu que, dans 
les années abondantes en aurores polaires, la quan- 
tité des nuages élevés est plus importante que dans 
les années pauvres. Il semble aussi se passer 



• Mntcorolog. Zeilsch., t. II, p. 331, ISy 
' Paulsen : toc. cil., p. '. 



BEVUE GÉNÉRALE DES SCIENCES, 1902. 



s. ARRUENIUS 



LA CAUSE DE L'AURORE BORËALE 



quelque chose d'analogue pour Jupiter, d'après les 
observations de Vogel. Dans les années de taches 
solaires, cette planète apparaît avec une lumière 
blanchâtre ; dans les années pauvres en taches, avec 
une lumière rougeâtre. Comme on est d'accord 
pour considérer que Jupiter est d'autant plus rouge 
qu'on peulvoir plus profondément dans son atmos- 
phère, ce fait concorde avec celui que, dans les 
années riches en taches, la formation de nuages 
sur Jupiter est plus abondante. Sur Jupiter aussi 
tombe la poussière cosmique négativement chargée 
émanant du Soleil, et sur celle planète doivent ré- 
gner les mêmes états de relations électriques dans 
les couches supérieures de l'atmosphère que sur 
la Terre. Des phénomènes lumineux particuliers 
de Vénus, qui ont été mis en parallèle avec les 
aurores polaires, je ne parlerai pas, leur réalité 
étant contestée par beaucoup d'astronomes. On ne 
peut cependant nier que Vénus, à cause de sa proxi- 
mité du Soleil el de son atmosphère dense, n'oflre 
des conditions extrêmement favorables au déve- 
loppement de l'aurore polaire. 

Il est naturel d'admettre que les gouttelettes 
qui se trouvent dans les queues des comètes se 
condensent aussi sur les particules négatives, et 
deviennent chargées négativement. On devrait en 
conclure que la Terre, quand elle traverse une 
queue comélaire-, devient le siège de phénomènes 
analogues à l'aurore polaire. Il parait bien en être 
ainsi. Lowe * dit : « Ce jour-là (au passage de la 
Terre a travers une queue cométaire), le ciel 
avait un éclat particulier, si bien que, quand la 
nuit fut venue, on aurait cru voir une aurore 
boréale. » Liais et Secchi ont décrit des phéno- 
mènes analogues. 



X 



Les phénomènes du magnétisme terrestre parais- 
sent s'accorder également bien avec notre hypo- 
thèse. Les variations diurnes du magnétisme ter- 
restre peuvent être ainsi représentées, d'après von 
iîezold '■ : Sur la moitié du globe tournée vers le 
Soleil se forment deux centres, l'un boréal, l'autre 
austral, à environ 40° au nord et au sud de l'équa- 
leur, aux lieux de la plus forte insolation (où 
l'heure solaire est environ 11 heures du matin). 
Le centre nord est plus fort, quand la déclinaison 
du Soleil est boréale, et vice versa. Le pôle nord 
(le l'aiguille magnétique ujonlre le ccnire nord, et. 



' Lowe : The eni/lish wcchonic and world ot Science, t. 
XXXIV, p. 27;;, ISSl. comparez J. C. Houzeau : Viidc-iaecum 
(A; l'Astniuomif, Bru.\elles, 1882, p. 784. 

• Vo.N Bezolh : L'ber Erclinagnetismus. Zeilschrift des 
Vereincs deulscbcr JnijBowurc, t. XXXil, JS'.i'J. Sitx. der 
Uerl. Akad., 1897, p. '.U. 



inversement, si l'on ne considère que le champ- 
magnétique qui représente la variation diurne du 
magnétisme. Mais, si l'on se rappelle que les cou- 
ches d'air sont chargées positivement, on trouve 
que l'aiguille aimantée ne parvient à la position 
indiquée que si l'on admet que l'action solaire pro- 
duit deux cyclones, un boréal et un austral, au- 
dessus des points d'action maximum. Autour de 
ces cyclones, les vents se meuvent comme d'habi- 
tude : dans l'hémisphère nord, en sens inverse : dans 
l'hémisphère sud, dans le sens même des aiguilles 
d'une montre. A côté des grands cyclones du côté 
éclairé, il y a, sur le côté non éclairé, deux systèmes 
anticycloniques plus diffus, dans lesquels la direc- 
tion des vents est inverse; c'est pourquoi l'aiguille 
aimantée y possède une direction opposée. Ces 
cyclones et anticyclones n'ont pas été observés 
directement jusqu'à présent; on devrait les décou- 
vrir vraisemblablement en observant la marche 
des nuages les plus élevés. Mais, comme l'absorp- 
tion des rayons solaires par l'atmosphère doit 
nécessairement provoquer une circulation de cette 
nature, et que la variation magnétique terrestre 
est très compréhensible de cette manière, je suis 
persuadé que, lorsqu'on aura réuni assez de don- 
nées statistiques pour juger de la variation diurne 
dans le mouvement des couches supérieures de 
l'air, la division indiquée des vents sera srtremenl 
confirmée. 

Dans les années de maximum des taches, la 
charge positive de l'air devient naturellement plus 
forte que jamais, el la marche diurne de l'aiguille 
aimantée a la plus grande amplitude. Il en résulte 
qu'en plusieurs points cette amplitude A augmente 
de la même fraction el que, si A„ est la valeur de 
A dans une année sans taches et A,- la valeur cor- 
respondante dans une année où le nombre relatif 
de Wolf est égal à /", on a l'équation : 

A/=A„;i4-ar. 

Cette relation se vérifie très approximativemeni 
et a possède presque partout la même valeur : 
O,0U64. Ao varie : il est négatif près de l'équateur, 
positif sous les hautes latitudes, comme on pouvait 
le déduire de ce qui précède. 



\l 



Revenons à la charge el à la décharge des cou- 
ches exlrêmes de l'air. Celles-ci ont lieu, la prc'- 
mière pendant le jour, la seconde dès que la 
charge est devenue suffisamment élevée, c'est-à- 
dire de préférence après-midi. La charge est alors 
la plus forte là où le Soleil a été le plus élevé. Là 
aussi, la décharge doit être maximuni, en partie à 
cause de la charge, en partie à cause du rayonne- 



s. ARRHENIUS — LA CAUSE DE L'AURORE BORÉALE 



ment ultra-violel, qui favorise la décharge. Les 
particules déchargées sont d'abord rejetées par la 
Terre, puis repoussées à leur tour pur le rayonne- 
ment solaire. La première action a lieu suivant le 
rayon terrestre, la seconde suivant la ligne qui 
réunit le Soleil à la Terre, c'est-à-dire dans le plan 
de l'écliptique. De l'extérieur, le phénomène appa- 
raîtrait comme une gerbe sortant de la Terre, dont 
la plus grande concentration se trouverait entre 
les tropiques, et dont la direction tomberait dans 
le plan de l'écliptique vers le côté obscur de la 
Terre. Cette gerbe serait plus développée du côté 
soir de la Terre que du cùté matin. 

Cette façon de se comporter correspond entière- 
ment à celle de la lumière zodiacale. La description 
de celle-ci, donnée plus haut, n'est en quelque sorte 
qu'une parajibrase de celle de Forster ', dans 
laquelle l'analogie de la lumière zodiacale avec les 
queues cométaires est mise en évidence. La lumière 
zodiacale ne serait qu'une double queue de la Terre, 
réunie dans la région équatoriale et s'élargissant 
dans la direction du Soleil. 

Ce phénomène lumineux s'étend des deux c<jlé3 
dans le plan de l'écliptique jusqu'à la face non 
éclairée de la Terre, où les deux rameaux se réu- 
nissent visiblement avec l'opposition. 

La Lune doit se comporter d'une façon toute diffé- 
rente. Comme elle ne possède aucune atmosphère, 
sa charge se répartit sur toute sa surface, et les 
particules déchargées qui s'en détachent doivent 
entourer ce corps céleste d'une queue régulière- 
ment développée dans tous les sens. On peut rap- 
peler, à ce sujet, que la poussière cosmique qui 
entoure la Lune peut être observée dans les éclipses 
de Lune, où l'ombre de la Terre est visible sur une 
petite région en dehors du disque de la Lune. 

On peut maintenant se demander ce qu'il advient 
de toutes ces particules négativement chargées 
émanant du Soleil. Nous avons vu que quelques- 
unes retombent à sa surface: d'autres sont perdues 
pour cet astre. Elles traversent l'espace de l'Uni- 
vers jusqu'à ce qu'elles rencontrent d'autres parti- 
cules analogues, provenant du Soleil ou d'autres 
étoiles, ou jusqu'à ce qu'elles viennent frapper un 
corps céleste. Dans le premier cas, par suite de la 
chaleur développée par le choc, elles se fondront, 
et elles adhéreront par suite des forces capillaires. 
Elles peuvent, par la suite, devenir des masses 
importantes. Mais, si elles ne pouvaient perdre leur 
charge électrique, cette accumulation aurait un 
terme. Par suite du rayonnement ultra-violet des 

' l'ûRSTEii : llimmel unJ Erdc, t. I, p. 228 et G91, 188'J. 



corps célestes incandescents, la décharge se pro- 
duit. La division aura lieu de telle façon que les 
parties chargées se concentreront, tandis que des 
particules plus petites, avec une charge négative 
encore plus forte, seront repoussées. Les parties 
fusionnées formeront des centres d'attraction et 
recueilleront toujours plus de matière. Leur com- 
position sera peu homogène et spongieuse ; leurs 
différentes petites parties sont dans un état qui 
semble montrer qu'elles se sont solidifiées di- 
rectement à partir de l'état gazeux. Ce sont là, 
d'après Xordenskiold ' et Daub^ée^ les caractéris- 
tiques des météorites pierreuses et aussi de la 
plupart des météorites ferrugineuses, qui, des dis- 
tances infinies, arrivent à notre système solaire. 

Il est difficile de se représenter autrement l'ori- 
gine des météorites. Leur composition se rapproche 
beaucoup de celle des produits volcaniques basi- 
ques de grande profondeur\ C'est une preuve que 
la Terre a la même composition que l'Univers en 
général ou, plus exactement, que les Soleils de 
l'Univers, qui donnent naissance aux particules des 
météorites. 

Une autre partie des particules est captée par 
les aulres corps célestes ; de cette façon s'établit un 
échange permanent des constituants matériels des 
astres; cet échange, quoique en apparence peu im- 
portant, a contribué, dans le cours éternel des temps, 
à niveler les différences qui existaient probable- 
ment autrefois. Les particules amènent naturelle- 
ment de l'électricité négative aux corps célestes. 
Les Soleils se comporteront par suite, au point de 
vue électrique, comme notre Terre. La masse 
interne possède, par suite des chutes de particules 
négatives, une charge négative. La masse de gaz 
qui l'entoure a un grand excès de charge positive, 
qui l'emporte sur la charge négative interne. Enfin, 
des particules chargées négatives émanent de ces 
Soleils et de leurs atmosphères dans l'Univers. 

Parmi les corps célestes, ceux qui possèdent la 
plus grande extension sont les nébuleuses, dis- 
persées sous toute la voûte céleste. Il est très 
vraisemblable que, dans chaque direction, il y a 
une nébuleuse. Celles-ci sont donc les plus aptes à 
capter les particules négatives errantes. Ceci nous 
explique un phénomène très difficile à comprendre 
d'une autre façon. Les nébuleusessont formées d'une 
matière extrêmement raréfiée, qui donne un spectre 
de gaz, contenant principalement les lignes de 
l'hydrogène, de l'azote (?) et de l'hélium, ainsi 
qu'une ligne d'origine inconnue. Vu la dispersion 



' NoRDE.NSKioLD : .Stuilier Qoli forskniagar, p. 181. Stock- 
holm, 1883. 

' DA.UBKÉE : C. B., t. XCVI, p. 345, 1893. 

= E. Reïer: Tbeoretische Géologie, p. 227-232, Stuttgart, 
1888. 



76 



S. ARRHENIUS — LA CAUSE DE L'AURORE BORÉALE 



colossale des iiéhiileiises, on doil ]ir('voii' que 
l'action de la pesanteur y est très minime el ne 
peut fournir que peu de force pour la cohésion de 
leurs constituants, en particulier dans les parties 
extérieures. Si les gaz des nébuleuses étaient 
incandescents, c'est-à-dire possédaient une tempé- 
rature d'au moins 500° C, l'action de la pesanteur 
ne pourrait s'opposer à la force d'expansion de ces 
gaz, el ceux-ci se dilateraient et se difï'uscraient 
dans l'espace infini. Il est donc nécessaire d'ad- 
mettre que la matière des nébuleuses, particuliè- 
rement sur leurs bords, possède une tem])érature 
très basse, peu éloignée du zéro absolu. Celle 
hypothèse a déjà été faite par plusieurs astrophy- 
siciens. Mais, dans des circonstances semblables, 
les nébuleuses ne peuvent pas éclairer. Si, toute- 
fois, des particules chargées d'électricité négative 
les pénètrent, des décharges électriques auront 
lieu dans la masse et la porteront à l'incandes- 
cence. L'abaissement de la température ne cons- 
titue pas un empêchement; au contraire, des re- 
cherches récentes de .1. Stark montrent que la 
luminosité électrique d'un gaz est d'autant plus 
•intense que la température est plus basse '. 

Ainsi s'explique aussi une autre circonstance : 
c'est que les nébuleuses ne brillent que d'une 
lumière correspondant aux gaz les plus légers ou 
aux gaz les plus facilement lumineux sous l'in- 
fluence des oscillations électriques. Les gaz les 
plus légers se concentrent, par suite de l'action de 
la pesanteur, dans les couches extérieures des 
nébuleuses, tandis que les gaz les plus lourds en 
forment le noyau interne. Or, ce sont les parties 
extérieures qui captent les particules négatives 
errantes, ainsi que cela a lieu dans les couches 
supérieures de notre atmosphère. Autrefois, on 
pensait — pour expliquer le fait qu'on n'apercevait 
que les lignes de l'hydrogène dans les nébuleuses 
(on ne connaissait pas encore les lignes de l'hé- 
lium) — que, sous les pressions infiniment petil(!S, 
Jlous les corps se décomposaient en liydrogène 
ou en parties constituantes de l'hydrogène. Cette 
hypothèse si; ressent de ce qu'aucun autre phéno- 
mène ne vient l'appuyer, tandis que les expériences 
chimiques lui sont ab.solument contraires. Il serait 



1 J, Stahk : Ann. ./. Physik, [4], t. 1, p. 421, IfOO. 



iuissi extraordinaire de supposer que, dans les 
nébuleuses, quelques-uns seulement des corps 
chimi(]ues connus sont représentés. 

L'explication donnée plus haut résout de la 
façon la plus simple celte difficulté, parce qu'elli' 
admet que les parties extérieures seules (ou tout 
au moins à un degré prédominant) des nébuleuses 
émettent de la lumière. Elle s'accorde également 
bien avec les descriptions de l'apparence des nébu- 
leuses : les parties qui, d'après la configuration, 
paraissent présenter la plus grande densité gazeuse, 
ne sont pas celles qui luisent le plus; ce sont les 
bords qui se distinguent par un dégagement de 
lumière relativement plus fort. Les nébuleuses 
planétaires et annulaires peuvent être citées comme 
exemples. 

Les petites particules peuvent s'agglomérer en 
centres plus gros, ou des météorites peuvent péné- 
trer dans la nébuleuse; ainsi se forment des noyaux 
de condensation, qui transformeront progressive- 
ment la nébuleuse en amas d'étoiles. 

XIII 

Les conceptions que je viens de développer pré- 
sentent de nombreux points de ressemblance avec 
celles qu'a professées de Mairan il y a cent soixante- 
dix ans; d'après ce dernier, les aurores polaires 
proviendraient de poussières cosmiques, qui se ma- 
nifesteraient également dans la lumière zodiacale. 
Mais il croyait que cette poussière tourne autour 
du Soleil dans un anneau, et ne se propage pas 
radialement. Il ne croyait pas non plus que cette 
poussière possédât une charge électrique, et il 
cherchait à expliquer d'une autre façon les actions 
magnétiques (el électriques) de l'aurore boréale. 
La coïncidence partielle des vues, depuis longtemps 
oubliées, de de Mairan avec celles que j'ai exposées, 
montre que quelques interprétations exactes des 
faits observés étaient à la base de ses hypothèses, 
ce qui esl bien souvent le cas pour des vues con- 
sidérées comme vieillies. \ beaucoup d'autres 
égards, ma théorie rappelle des hypothèses an- 
ciennes, aujourd'hui oubliées, qui étaient fondées 
sur des observatinns en pai'tie (exactes. 

Svante Arrhénius, 



l'i-oresseur à rj'icolc 



dricurc de Sioi-klioln 



> 



(lES SCIKNCES : 



APPLIQUÉES [Numéro du 30 Janvier 1902). 




16 



Planche I. 



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01 




J. TRUFFERT — LE MASSIF DES M'BRÊS 



^7' 



LE MASSIF DES M'BRÉS 

(EXPLORATION SCIENTIFIQUE DE LA RÉGION DU TCHAD, 
SOUS LA DIRECTION DU LIEUTENANT -COLONEL DESTENAYE. 



Lorsqu'on examine une carte du Centre africain, 
(in constate aussitôt l'absence de grandes cliaines 
di' montagnes délimitant les "bassins. L'œil ne re- 
marque qu'une succession de faibles hauteurs 
orientées di- 
versement, ou 
encore iinr 
suite de pla- 
teaux ou ter- 
rasses que cou- 
pent les cours 
des différentes 
rivières. 

Malgré leur 
faible relief, il 
existe cepen- 
dantdesnœuds 
orographiques 
où prennent 
naissance des 
vallées orien- 
tées dans tou- 
tes les direc- 
(ions. 

Ces vallées 
servent de lit 
à des rivières 
coulantàpleins 
bords pendant 

la saison des pluies, tandis qu'à la saison sèche il 
ne reste souvent qu'un mince lilet d'eau apportant 
son tribut à une rivière plus importante. 

La rivière, grossie alors par ces faibles mais mul- 
tiples apports, conserve quelquefois assez d'eau 

M' Yagoua. M' M'Brc Source tlii Grib 

;M' Bakérc. ■; M' M'Vro. '■ 

ValK-e (le la Ko.ldo. : . ; ': : 

; ; . • Coude du 



M'Poko, de la Fafa et, peut-être, aussi de la Xana. 
L'objet de la présente étude est de faire con- 
naître un système analogue donnant naissance aux 
vallées du Gribingui, de la Koddo, de la Kémo et 

de la Gounda, 
aflluent de la 
Ouaka (llaut- 
Kouango). 



_ ^. _ ^. Liîtiitcfdu Territoire 
miUi»zre du. Tchad 




B A IM G H I 



1. Sittialion 
et superficie du 
massif. — Le 
massif des 
M'Brés se trou- 
ve à 80 kilo- 
mètres au Sud- 
Est de Fort- 
Crampel, par 
G°33 de latitude 
Nord et 17°4(> 
de longitude 
Est (PI. I). 

Le soulève- 
ment a une di- 
rection sensi- 
blement Nord- 
Sud sur une longueur de fiO kilomètres, et une 
largeur variant entre 3 et 10 kilomètres, couvrant 
une superficie d'environ 500 kilomètres carrés. 

2. Aspect — L'aspectde ce soulèvement n'évoque 

gui. Source (le la Kùmo 

M' Bayéré. 



Mobaji 



\. 



- Orogka- 
pniE. 



l\<;jlnu :lrs MnUl^ J/'L'/'C^. 




Fig. 2. — Coupe du massif des M'Brés {versant ouest). — La vallée de la ls.oddo est prise comme base des hauteurs. 



pour permettre la navigation en pirogues pendant 
une grande partie de la saison sèche (Tableau 1). 
De récentes explorations nous ont fait connaître 
qu'un système orographique de cette nature donne 
naissance (fig. 1) aux vallées de la Tomi, de la 



pas l'idée d'une chaîne de montagnes, telle que 
celles que nous sommes habitués à voir ou à nous 
figurer. 

On arrive sur ces hauteurs par des pentes très 
peu sensibles, qu'on percevrait à peine sans le 



J. TRUFFERT — LE MASSIF DES M'BRRS 



secours du baromèlrc. L'Iiorizon, li-rs borné par la 
vogélation, ne permclpas de se rendre compte exac- 
tement de la marche ascensionnelle. On se Irouve 
alors sur un plateau ferrugineux, ([ue l'on peut 



relief presque aussi accusé, mais dont les plateaux 
sont de moindre étendue. 

3. Nature (lu sol li du soiis-sol. Miufi. — Le sol 



— /.(■ ui^msif di:s MUfés, \ii du Moal Kunda 



parcourir de plein-pied pendant deux ou trois jours l se compose, en général, d'argile recouvrant une 
sans que l'altitude varie de plus de 2.j à 50 mètres. | couche d'agglomérat de fer. Dans beaucoup d'eu- 



Im^ 



Atniil Jl.iviré, yii p.ir ;J:.'i. 



— Muni lliiUi. vu liai- 



Du sein de ce plateau jaillissent des blocs énormes 
degrés blanc ou coloré, à stratifications redressées, 
d'un relief de 25 à 30 mètres, et qu'on appelle 

'■ Ivagas » dans 
le pays. 

En remontant 
du Sud au Nord, 
lui trouve ainsi 
une série d'ilôts 
rocheux émer- 
geant du plateau 
ifig- 2). 
Ce sont : les Monts Tako, Bayéré, Bâta, M'Vro, 
Bringa, MBré et Yagoua, dont nous donnons ci- 
dessus quelques silhouettes (fig. 3 à 0). 




6. — Le Bringa, avec couloir 
intérieur {hauteur 30""). 



droits, la couche de fer affleure le sol et forme des 
espaces arides occupés seulement par des termi- 
tières en forme de champignons (fig. 21, p. 83). 

En arrivant sur les hauteurs, la couche de fer est 
à son tour percée par des grès blancs, colorés ou 
quarizeux, parsemant le terrain de blocs erratiques. 

Le sable se trouve dans le lit des rivières; il est 
souvent recouvert d'une couche vaseuse ayant 
quelquefois l'aspect de la tourbe. 

La couche de terre végétale, très faible, n'est 
guère que de 3 centimètres. Elle atteint O^.IO et 
0"',ia de profondeur dans les vallées, .\u-dessous, 
apparaît l'argile pure. 

L'argile est colorée par l'oxyde de fer; on ren- 
contre néanmoins quelques couches d'argile blanche 



l'"ig. 7. — Les Monts Doumbiu et Oualia, vus du Mont Banijs. 



Au Mont Yagoua, le plateau s'arrête brusquement 
et la roche descend en falaises à une profondeur de 
150 mètres environ. Les stratifications sont en 
général redressées, ayant un plongement variant 
eu Ire 40" et 80° et une 



direction approximative 
.Nord-Est. 

Dill'érents contreforts 
se relient à ce massif: 

A l'Ouest : les Monts Kandaï il'l. I , sur la rive 
gauche du Gribingui, ayant en face le Mont (lué- 
guendjé, sur la rive droite; 

A l'Est : les Monts liindé et JS'Bépé. 

Vers le Sud-Est, à environ tiO kilomètres des 
M'Brés, on trouve le système des Monts Banga 
(fig. 8), Goué, Ouaka et Doumbia (fig. 7), d'un 



^/^Mmmm^m. 



l'"ig. X. — Le Mont llangri, vu du c;///i;i de Scnoussi. 



Au Mont M'Bré et au Mont Goué, il existe des 
mines de fer portant le nom de « Bou Kaga » dans 
le pays 

l^es indigènes traitent le minerai avec des hauts- 
fourneaux primitifs ali- 
mentés au charbon de 
bois. 

Le cuivre n'a pas en- 
core été rencontré dans 
la région. Les indigènes le connaissent et disent 
qu'il eu existe des mines chez les Sabangas, à huit 
jours de marche à l'Est de la Ouaka. 

Lélain est connu aussi et existe dans le bassin 
duKouango, où les indigènes en font des ornements 
pour les lèvres. %■ 

Le grès quartzeux du Mont Goué contient quel- 



.T. TRUFPERT — LE MASSIF DES M'BRÉS 




ques traces de mica, le faisant ressembler au grès 
iiouiller. Les tranches des couches de grès semblent 
correspondre avec celles du Mont Banga (tlg. 9). 11 
serait sans doute intéressant de pratiquer quelques 
fouilles dans un endroit bien choisi. 

La forme en fond de bateau du terrain semble se 

rapporter assez, à 

M.Baiga. M' G.,u6. j.^ formation de 

dépôts houillers. 

4. Matériaux de 
constrartion. — 
L'argile est propre 
;i la fabrication de 
bonnes briques, et 
le bois se trouve à profusion pour alimenter les 
fours. 

Le grès et l'agglomérat de fer seront employés 
utilement à la construction de soubassements. 

La chaux fait défaut, et le calcaire ne parait pas, 
non plus, exister dans la région. 

Les bois de construction ne sont pas rares; le 
bambou se trouve sur les versants du Mont M'Bré 
et du Mont Banga. 



Fig. 9. — '.'o//pe, (la Muni Goiic 
an Mont Banga. 



II. 



Hydkograpiiie. 



1. Direclion des vallées. — Cinq vallées prin- 
cipales prennent naissance au massif des M'Brés : 

1° Une vallée longitudinale parallèle à l'axe du 
soulèvement, coulant sur le versant oriental dans 
la direction du Sud : c'est laGounda, qui contourne 
le Mont Banga (Pi. I). Elle prend, à cet endroit, la 
direction Sud-Est pour aller se jeter dans la (Juaka 
ou Haut-Kouango ; 

^2" Deux vallées diagonales et divergentes partant 
du versant occidental : ce sont le Gribingui et la 
Kémo ou Kouma. Leurs sources sont distantes, 
lune de l'autre, de 22 à 23 kilomètres. 

Le Gribingui commence à couler dans la direction 
Nord et se trouve rejeté vers le Nord-Ouest par un 
petit contrefort du Mont M'Vro.. Il traverse ensuite 
un couloir assez large entre le Mont Kandaï et le 
Mont Guéguendjé et conserve sensiblement la même 
direction jusqu'à Fort-Crampel. A cet endroit, il 
reçoit la Nana i fig. 1) sur sa rive gauche et, un peu 
en aval de ce poste, la Koddo sur la rive droite ; puis, 
grossi du Bamingui, il va former le Chari. 

La Kémo prend sa source à 8 kilomètres au sud 
du Mont Bayéré et, après avoir coulé pendant quel- 
ques kilomètres vers l'Ouest, prend ia direction 
Sud-Ouest et reçoit à gauche la M"Ba et la Doffo. 
Elle va ensuite se jeter dans l'Oubanghi, après avoir 
reçu la Tomi quelques kilomètres avant son con- 
fluent avec le lleuve ; 

3° Une vallée diagonale sensiblement parallèle 



au Gribingui dans son cours moyen; c'est iPl. I) la 
Koddo, qui prend sa source sur le versant oriental 
du Mont M'Bré, se redresse pour couler dans la 
direction du Nord, puis, après avoir contourné le 
Mont Goussembri, continue son cours vers l'Ouest- 
Nord-Ouest, et se jette (lig. 1) dans le Gribingui, un 
peu en aval de Fort-Crampel ; 

4° Une vallée transversale de premier ordre, celle 
de la Koudou (fig. 1 et PI. I), qui, prenant naissance 
dans le prolongement Sud du massif des M'Brés et 
coulant vers l'Est, va se jeter dans la Gounda, ati 
Sud-Ouest du Mont Banga. 

2. Vallées secondaires. — La Gounda reçoit, en 
outre, sur sa rive droite, le Péri (PL 1), d'un débit 
assez important. 

La Koudou est grossie par la Pambéla, affluent 
de droite. 

L'Abamba a un débit assez considérable; elle 
semble se jeter directement dans la Ùuaka. 

Le 'Gribingui reçoit, à droite, deux cours d'eau 
d'un débit assez fort : l'Ûuenné et le Cangou. Ce 
dernier reçoit, à droite, le Ngou M'Bala (marigot 
des éléphants), qui justifie bien son nom. 

L'affluent de gauche le plus important de la 
Koddo, est le Tambolo. 

'S. Petits cours d'eau. — Le pays est, en général, 
bien arrosé; mais certains endroits sont dépourvus 
d'eau. 

Les affluents de la Gouanda, sont, à droite : le 
Diagba, le Ngou Soua, le Ngou Falou, le Ngou Koto, 
le Péri, grossi du Douroumbia et du Roungou, 
l'Atana et le Ngou Koué. En aval de la Koudou : 
rOuangara, le Saba, le Ngou Zou, grossi du 
Uamba. 

Parmi les affluents de gauche, on remarque : 
l'Alanga, le Ngou Bingué, le Ngou Bié, le Dabouka, 
le Coulé et le Ngou Léto. 

Les affluents de la Koudou sont, à droite : la 
Pambéla, grossie du Nbé-Lélé, du Gato, de la 
Yakba, du Brili, ce dernier recevant lui-même le 
Koulou et le Roubé. En amont de la Pambéla, la 
Koudou reçoit : la Mataka, le Kopou, le Bodourou 
Ngou, le Biroungou et le Bringui. 

A gauche, elle reçoit : le Ngou Vro. grossi du 
Koungou et du Ngou Bamba, le Ngou Kré, le Ban- 
debré, le Ngou Fata et l'Ouendé. 

Il n'a été reconnu qu'un affluent de la Kémo : 
c'est le Ngou Oua, grossi du Kouringué. 

Le Gribingui, entre sa source et le Mont Kandaï, 
traverse une région remarquablement arrosée. Il 
reçoit, à droite, le Ngou Go, le Singué, grossi du 
Belanga et du Négri, la Wounda, le Cuomboro, le 
Bokodo, le Miké, la Papa, le Béni, le Kougouzo, le 
Koussi N'Guélé, grossi du Goufré et du Bakrou, 



80 



J. TRUFFERT — LE MASSIF DES MBRÉS 



rOucnné, grossi du Pangé, du Mangue et du Dango, 
le Koulou, grossi de l'Ongoro, et enfin le Cangou, 
grossi de la Kala, du Gouzo, de la Soua, du Ngou 
M'Baia et de la Faka. Le Cangou fait un coude 1res 
prononcé pour contourner le Mont (iuéguendjé. 

A partir des Monts Kandaï, les aniueiits de droite 
du (irihiingui sont rares et sont presque tous taris 
])endant la saison sèche; ce sont : le Dzi', le Guédi, le 
C.uomboro. le M'l5alo, le Dévrou, le Bara, le Bongo 
et le Sandébi. 

Les affluents de gauche reconnus sont ceux qui 
prennent naissance dans le couloir des Monts Kan- 
daï et du Mont Guéguendjé ; ils se nomment : la 
Douma, le Zaïri, !e Kandaï, le Viké, le YaUaya, tri- 
butaire du Boudakou. 

La Koddo reçoit dans sa haute vallée, à droite : 
le N'Goumba, grossi du Baringou, du Daba et du 
Ngou Gala; à gauche : la Lika, le Goulé, grossi du 
Dion N'Dio. Au Nord-Ouest du contrefort du Gué- 
guendjé. elle reroit, à gauche : le Ngou Rouba, 



le lit des cours d'eau et produisent de petits ra- 
pides dont la vitesse atteint quelquefois l mètre 
par seconde; le fond devient alors caillouteux eu 
aval de ces obstacles. 

5. Enciii.'iscnwnt et commandement . — Les rives 
sont ordinairement encaissées sur une hauteur va- 
riant de 2 à .j mètres. Les lianes de la vallée sont 
en pentes très douces sur les doux rives du cours 
d'eau. Ce dernier, quoique suivant le thalweg, se 
creuse un lit par érosion. Les rives sont couvertes 
d'une végétation très dense : palmiers d'eau, 
lianes, etc. (lig. 10). 

On ne remarque pas de commandement d'une 
rive sur l'autre. 

6. Parties naviijaliles. Criios. — Les rivières re- 
connues ne peuvent être utilisées pour la naviga- 
tion en pirogues (tableau 1). LeGribingui ne devient 
guère navigable qu'à partir de Fort-Crampel. 




I.'iiiipc il'iia cours d'csu ei de 



l'Oaidangou, le N'Dango, le Wouwrou, le Tambolo 
cl 11' liingou. 



Tableau L 



Largeur et profondeur des cours d'eaux 
aux plus basses eaux. 













GEUR 


DEUR 


ODSERVATIOXS 


Gribingui . 


fin. 


i^nn 


En aval du coullucut du C.iiif^ou. 


— 


8 


2.00 


liarrafjc on aval d'.Vngoui'a. 


— 


12 


0.80 


.\ l''ort-Craiiipel. 


M'Bessa. . 


i- 


0.20 


Aflluent de droite ilu Gribingui. 


dueiiné . . 


fi 


0,00 


— 


Cangou . . 


i 


o,:!0 


— 


Koddo. . . 


4 


0.50 


Haute vallée. 


• loiinda . . 


4 


O.oi) 


^ 


— . . 


10 


U,70 


Près du camp de Senonssi. 


— . . 


12 


0.80 


Au sud du Mont liaiiga. 


f.Ti. . . . 


•; 


U.fiO 




Koudou . . 


;>, 


0.40 


.\ Linpuéri'. 


— . . 


;; 


o,:;o 


lin av.il d'Alakatré. 


— . . 


t> 


0.(10 


A Yako. 


Ôuendé . . 


3 


O.'ill 


ArnuentdegaurbedelaKoudou. 


l'.imbiUa. . 


8 


0.00 


.Vriluenl de droite de la Koudou. 


.\bamba. . 


' 


o.;io 


AfQuent de la Onaka. 



4. Fonds, pentes, vitesses aux basses eanx. — 
Le fond des rivières est ordinairement vaseux; le 
courant est de O'^.'iO à 0'".,'iO par seconde. Quelques 
bancs de roches aftleurenl de temps ù autre dans 



Pendant les mois de mars et d'avril, la navigatiim 
y est difficile pour les pirogues. Les crues com- 
mencent fin mai et atteignent leur plein en 
septembre. Leur hauteur est de 3"', 50 à 'i mètres. 

7. Sources. — Les sources reconnues sont situées 
sur des plateaux à très faible pente. Le cours d'eau 
se creuse d'abord, par érosion, un lit d'une profon- 
d(;ur de 3 à i mètres avant d'atteindre un thalweg 
naturel. Il en résulte que les sources sont vaseuses 
et les cours d'eau marécageux à leur naissance. La 
Kémo est le type de ce genre. 

Les sources reconnues sont (PI. li : 

■1° Sur le versant occidenlal du massif des Mlirés ; 

La Kémo ou Kouma ; 

Le Gribingui et ses affluents immédiats, le Ngou 
Kindé, le Ngou Go, le Singué, la Wounda, le 
Cuomboro et le Bokodo; 

2° Sur le versant oriental : 

Le Ngou Dia, aflluent probable de la Koudou, la 
Lika, le Goulé, le Dion N'Dio, afiluents de la Koddo : 

3° Sur le contrefort Nord-Ouest des M'Hrés : 

Le Pangé, le Mangue, le Dango, la Kata, le Gouzo. 
dont les eaux se rendent au Gribiitgui entin, la 
source du Tambolo, aflluent de la Koddo ; 



J. TRUFFERT — LE MASSIF DES M'BRÉS 



81 



4° Sur le versant Sud de la vallée de la Ivoudou : 
Les sources du (iouudabala, du Galou et du 
Nbé Lélé. 

IIL — AÉROGRAPniE. 

1. Suisons. — On distingue trois saisons : 

1° La saison sèche, d'octobre en mars ; 

'i° La petite saison des pluies, d'avril en juin ; 

3" La grande saison des pluies, de juillet en sep- 
tembre. 

La saison sèche est la bonne époque pour les 
Européens. Les nuits sont fraîches; il n'y a pas de 
moustiques, il est possible de goilter un sommeil 
réparateur. 

La petite saison des pluies est annoncée par des 
tornades, d'abord sèches, qui soulèvent d'épais 
tourbillons de poussière. Les tornades prennent 
peu à peu le caractère humide et quelques averses 
viennent rafraîchir la terre, brûlée par de longues 
journées de soleil. 

Les tornades devenant de plus en plus fréquentes, 
la grande saison des pluies s'établit. Il ne se passe 
plus une journée sans lornades accompagnées de 
violents orages et de pluies diluviennes. L'air est 
saturé d'humidité, une chaleur d'étuve règne jour 
et nuit. La végétation croit avec une vigueur extra- 
ordinaire, les cours d'eau débordent et couvrent 
les plaines. 

Cette saison est suivie d'une période de dessèche- 
ment, qu'on appelle la queue de l'hivernage. C'est 
la plus funeste pour l'Européen. L'eau, en se reti- 
rant, laisse dans les bas-fonds des foyers pestilen- 
tiels, qui restent dangereux tant que le soleil ne 
les a pas desséchés. 

:>.. Veu/s régiiniils. — • Les tornades viennent de 
l'Est. 

Pendant la saison sèche, les vents rafraîchissants 
viennent du Sud-Ouest. 

Le vent du Nord apporte, à cette époque, la sé- 
cheresse et la chaleur. 

'A. Influence du cliinal sur les hahilants. — Pen- 
dant la saison sèche, les indigènes se livrent à la 
chasse et à la pêche. 

Ils quittent leurs villages par bandes et vont éta- 
blir leurs camps dans les endroits propices. 

Un camp, abandonné parles pécheurs, Maroubas 
du Mont Banga, a été rencontré près du Bandébré, 
affluent de la Koudou. 

4. Inthienee siirTerjriculture. — Les agriculteurs 
plantent le maïs en fin mars, les arachides et le rail 
en avril, et le manioc en juillet. 



IV. 



Flore. 




Fig. H. — Fleur 

du papayer Ce- 

nielle (i/S). 




Fig. 12. — Fleur 
du papayer mâle 

(2/3). 



1. Qualités du sol. — Le sol est fertile, malgré la 
faible épaisseur de la terre végétale. Il est le plus 
souvent compact et argileux. 

Les terres sont sèches et perméables sur les pla- 
teaux, marécageuses et peu per- 
méables dans les valh'es. 

2. Produits. 
— Les légu- 
mes européens 
poussent assez 
bien ; mais il 
est nécessaire 
d'avoir deux 
sortes de jar- 
dins : l'un, si- 
tué près d'un 
marécage, pen- 
danl la saison sèche; l'autre, en 
terrain élevé, abrité et sablon- 
neux si possible, pendant la saison humide. 
Les indigènes cultivent le manioc, le sorgho, le 
sésame, le maïs, les haricols, blancs et rouges, les 
haricots de terre, les 
arachides, les patates, 
les ignames et le tabac. 



.'}. Arbres. — On 
trouve le tamarin, le pal- 
mier d'eau, le palmier 
rosnier, le bananier, le 
papayer à fleurs dioï- 
ques (fig. 11 à 11), plu- 
sieurs mimosas fournis- 
sant des bois de cons- 
truction. 

Un mimosa fournil le 
lété, farine jaune succulente et nutritive, très re- 
cherchée parles nomades du Sahara. 

Le bambou est assez rare et ne pousse qu'à une 
certaine altitude, sur les versants 
des plateaux élevés. On le rencon- 
tre près du Cangou, aux sources 
du Gribingui, au Sud de la Kémo 
et sur le versant Sud du Mont 
Banga. 

La vigne sauvage à tige herba- 
cée et à racines tuberculeuses est 
très abondante ; elle donne des 
grappes d'un fruit assez aigre. Il 
est à supposer qu'avec du greffage 
et de la culture, on parviendrait à récolter un 
vin passable. 
On rencontre trois variétés de cette vigne : 




13. — Feuille du pa- 
payer (2/13). 




82 



J. TRUFFERT — LE MASSIF DES M'BRÉS 



1" La vigne ;"i l'éuilles deiih'es et en l'ornie dn 
cœur (Il g. 13); . 

2° La vigne à feuilles semblables à la vigne ordi- 
naire et à tige rugueuse (tig. 16 1; 

.■{° La vigne à lige lisse, dont les feuilles ont le 
limbe très découpé (fig. 17). 

Le karitc ou arbre à beurre existe aussi dans la 
région, mais les in- 
digènes ne Texploi- 
lent guère. 

La liane à caout- 
chouc (fig. 18) est 
très abondante et 
fournit un excel- 
lent produit. Les 
indigènes le récol- 
tent en faisant des 
entailles transver- 
sales distantes de 
lo à 20 centimètres 
les unes des autres. 
Par ce procédé, on 
n'épuise pas la lia- 
ne, qui peut rendre 
ainsi fous les ans. 

Les indigènes fa- 
briquent une espèce 
de feutre en con- 
cassant dans un 
mortier Técorce 
d'un arbre appelé 
« Lili » en langue 
banda. Ce feutre, 
très souple, rem- 
place l'étofl'e et fait 
office de pagne. 



V. 



Faune. 




1 . Miuninil'rrea. 
■ — La faune est as- 
sez riche ; nous ne 
citerons que les ani- 
maux les plus com- 
nuins. 

L'éléphant a été 
rencontré aux sour- 
ces du Gribingui et 
au NgouM'Balafeau 

des éléphanlsj. 11 \it en grandes troupes à ce der- 
nier point, el la route se perd parmi les multiples 
sentiers tracés par ces pachydermes. 

Le rhin<icéros existe au.ssi au Ngou M'Bala. Aux 
environs de Fort-Crampel, on relève des traces de 
lions et d» panthères. 
Le lion ne porte pas de crinière. 



l;. i:; h 17. — Divcfsi'H sortes de vn/ncs du /),?/.<,• des M'Bri'.' 

Kig. l.'j. Vigijc !i feuilles en forme lie cœur (Gr. 1/4). — Fi" 

Viijnr il feuilles ordjimires, ii tige rugueuse (Gr. 1/2;. — Fie, 

Vifjne il tige Jissc et ii feuilles à limbe découpe (Gr. 1/^). 



Le phacochère ou sanglier à doubles boutoirs est 
commun au Ngou M'Bala et dans la vallée de la 
Gourda. 

L'antilope-cheval est un magnifique animal, que 
l'on trouve partout. Il a été rencontré sur le plateau 
au Nord- Est dAlatakré. 
L'antilope commune pullule dans la contrée. 

Les singes sont 
assez rares et n'ont 
été aperçus qu'au 
Mont Banga. 

Les hyènes et les 
chacals se font fré- 
quemment en tendre 
la nuit. 

Il n'a pas été vu 
d'hippopotames. Il 
se peut qu'à la sai- 
son des pluies quel- 
ques-uns de ces am- 
phibies puissent re- 
monter le Gribingui 
et la Gounda. 



2. Oiseaux. — On 
voit beaucoup d'oi- 
seaux de proie : 
vautours, buses, mi- 
lans, etc. 

Les coqs de pa- 
gode, les tourterel- 
les, l'oiseau-trom- 
pelte, les merles 
métalliques font re- 
tentir les bois de 
leurs cris caracté- 
ristiques 

Comme gibier, on 
trouve la pintade, 
très commune ; les 
perdrix et les pou- 
les de rocher, assez 
rares. 

On remarque dif- 
férentes espèces de 
passereaux aux cou- 
leurs vives. 

Plusieurs espèces 
d'oiseaux noclur- 
elc., font entendre 



nés, grands-ducs, chouelt 

leurs hululements par les nuits calmes. 

'S. Neptiles. — Les serpents venimeux ne sont 
pas très répandus. On rencontre, cependant, des 
trigonocéphales et d(;s serpents do bananier en 
assez grand nombre. 



.T. TRUFFERT — LE MASSIF DES M BRÉS 



83 



Li\s indigènes signalent la présence dans les bois 
de grands serpents, boas ou pythons. 





Fig. 21. 



Kig. IS. — Liane n cioulchou- elsfs entailles (Gr. 1/3':. 

On signale la présence de quelques petits caï- 
mans dans le Gribingui; mais ils sont peu nom- 
breux. 

Les igua- 
nes se ren- 
contrent 
quelquefois 
et ne parais- 
sent pas at- 
teindre de 
grandes di- 
mensions. 

Il existe 
plusieurs espèces de lézards ; on en rencontre par- 
tout, dans les arbres, dans les cases et dans les 
rochers. Certains élisent domicile dans les fourmi- 
lières, où ils se gavent au point de se laisser 
prendre à la main. 

On trouve la tortue d'eau et la tortue de terre. 

4 Poissons. — Les rivières sont toutes très pois- 
sonneuses et offrent de grandes ressources aux 
indigènes. 

Le poisson est, en 
général, 1res bon. Les 
indigènes font fumer 
des petits poissons 
du genre des loches. 
iGr. naturelle). 

5. Insectes. — Les 
I abeilles sont nombreuses et les indigènes savent 
|récolter le miel sauvage. 

On trouve, dans les villages, la mouche ma- 
|çonne (fig. 19), dont la piqûre est très doulou- 
reuse. 

Les moustiques, assez rai-es pendant la saison 
sèche, sont remplacés par d'innombrables petits 



moucherons noirs, à odeur musquée, appelés « fou- 
rou.\ )> en patois colonial. 

A certaines époques, de grands vols de sauterelles 
(fig. 20) viennent de la forêt équatoriale et s'en- 




Fig. 20. 



Spécimen d'une invasion de sauterelles, recueilli 
il Fort-de-Po'ssel le 1"' février 1901. 




volent vers le Sahara en dévorant tout sur leur 

passage. 

Les fourmis pullulent partout. Certaines espèces 

atteignent des dimensions extraordinaires, de 12 à 

1.3 millimètres de longueur. 

Les fourmis-lions leur font une guerre acharnée 

et creusent 
leurs pièges 
en e n t o n - 
noirs autour 
di'S habita- 
lions. 

Les termi- 
tes minent 
partout le 
sol et lui 
donnent un 

aspect spongieux. Ils construisent sans cesse leurs 

édifices, dont la forme varie avec les espèces. 




milh"^\\illllin.\\\\\\\\l!i;'^\i,n,\^\\\\\ 

Tci-milii-res en forme de chawpitjnons. 




VVMi I//I ivWVWil l|/////vUVl //// n\\ \uiiii II w 

Fig. 22. — Termitii-fcs en forme d'aiguilles. 

La forme la plus commune est la forme en cham- 
pignon (fig. 21). On la rencontre particuliéremenl 
dans les terrains ferrugineux. 



SI 



J. TRUFFERT — LE MASSIF DES MBRÉS 



On rêiiianiuc ensuilo la fornio en aiguilles 
(fig. 22), qui atteint des dimensions pouvant varier 
entre 2 à 4 mètres de hauteur. 

Une autre espèceconstruitses demeures en forme 
de dômes (fig. 23), qui atteignent des proportions 
considérables, 7 à 8 mètres de diamètre h la Ijase, 
et 2 à 3 mè- __ 
très di? hau- 
teur. 

La végé- 
tation pous- 
se sur ces 
dômes, et 
cela donne à 
la campagne 
l'aspcctd'un 
cimetière 
parsemé de 
tumuli anti- 
ques. Lachi- 
que existe 

chez les N'Gapous, elle y a été importée par les 
Sénégalais de Crampel et de M. Dybowsky. 

(i. Anhiiaux Jomesliqws. — Les indigènes ne 
connaissent pas l'élevage du bœuf, du cheval, ni du 
mouton. Ces animaux, importés par nous dans ces 
régions, supportent assez mal l'hivernage. 

Les boucs et les chèvres, désignés ici sous le nom 
générique de « cal)ris >>, fournissent à l'alimenta- 



couard et inintelligent et n'est considéré que comme 
un animal de boucherie. 

VI. — Etnographif. 

1. riaecs. — Les indigènes appartiennent à la 

race « Ban- 







?*(f;r,lfr'iM. 




Fig. L'3 



Terœiliires en forme 



2° Les M'Brés, formant un groupe unique, très 
dense et très homogène, habitant le massif des 
M'Brés; 

3° Les Dakpas, habitant au sud du Mont Banga; 

't° Les N'Gapous, haijilani au sud du masssif des 
M'Brés; 

3° Enfin les Mandjias, les Ungourras et les Mag- 
bas, habitant les deux rives du Gribingui. 

Ces trois dernières peuplades ont leurs princi- 




Kig. 24. — '.'a.s.'s ni;ironh!is, sur le Monl lUinyn. 



lion une viande saine, que l'on peut acheter dans 
tous les villages. 

Les poules sont égalenu'nt communes partout. 

Chez les N'Gapous et les M'Brés, on trouve aussi 
des pintades, que les indigènes se procurent en fai- 
sant couver les œufs de ces volatiles par des poules. 
. Le chien existe dans tous les villages. 11 est 



pales agglomérations ])lus à l'Ouest du massif des 
M'Brés et en dehors du cadre de notre exploration. 

2. Stntisliqiii' de In popuhdion. — Les chiffres du 
tableau II ci-après ont été calculés en prenant pour 
base le nombre des cases de chaque village visité et 
en comptant en moyenne 3 habitants par case. 



J. TRUFFERT - LE MASSIF DES M'BRÉS 



85 



Tableau II. — Population. 



NOMS 

.les village 



NOMBRE 

de rases 



OBSERVATIONS 



1. — Mauolba:^. 
l" Maroub:is à l'est da Fort-Crampcl 
. . . Romboua . . l- 



M'Bala 
Dobro. 



Yan^tranzé 
Ivanga. . 



11 



Plusieurs hauaeaux 

non visités. 
Non visité. 
Plusieurs hameaux 

nun visités. 



Tombourou , 
.\iiuangué 
Péyé . . . . 
Kada . . . . 
Togbru . . 
Douroumiba. 



2" Marouhas du Moût Yarjoua. 
(joadia . 
Irédongo 



Gazaïpi . 



3° Marouhas du Mont Bauija. 



Outié . . 
Koubou . 
Ivoungou 
Kouruu . 
To<fbro . 
Bêla. . . 
Yako . . 



N'Guendi 

Banda. . 
(luassa . 
Dapa . . 
Bamba . 
Ringo. . 
Abanda . 
Alangou. 
M'Broua. 



Krebedjé 
Gouanga 
.NDjoué . 
Rétung! . 
(iazaïpe . 
Oréyé . . 
Yako . . 



Douniba. 



.M'Bangou . 
Groubâla . 
Kroungrou 



Non visité. 

('es trois villages sont 
groupés au sommel 
du Mont Banga;ûg.24) 

^Divers hameaux non 
() visités. 

Soit 1.300 individus. 
IPopul. totale : 2.000. 



Formant plusieu rs vil 
lages et hameaux. 



Non visité. 
Non visité. 

Plusieurs hameaux 
1 non visités. 
Village du chef. 

77 Soit 2.900 individus. 
IPopul. totale : 3..500. 



190 
40 



Rama . 
Lama . 
Togbo. 
A y ara. 
Alama 
Dembré. 



III. 

Roupoué 
.Siaka. . 
Térapeu. 
Damara . 
Ouako. . 
.Makamanza 



Total. 



147 



(Nombreux hameaux 
i non visités. 



Dix hameaux non vi- 
sités. 



Soit 800 individus 2. 



IV. 



NGapols. 
Ungouras, Manajias, Magbas. 

Trop peu de villages ont été visités chez ces peuplades 
pour permettre d'établir une statistique. Nous savons, 
toutelois. que la population est très nombreuse. 



' Les villages occupent des espaces considérables. Ils sont 
formés de hameaux et de cases isolées répartis dans la cam- 
pagne très cultivée. 

Il est difficile d'établir une statistique sur la population 
des Dakpas; une portion de leur territoire seulement a été 
traversée. * 

' Ce chillre. est bien au dessous du chiffre de la population 



Les N'Gapous sont très nombreux et leur chef 
Kanga, assez puissant, paraît posséder une grande 
autorité. 

Il se rappelle parfaitement le passage des Mis- 
sions Crampel et Dybowsky et de leurs Sénégalais. 
Ces Missions passèrent la Koudou à deux endroits 
diflférents près de Touma, se dirigèrent sur le Mont 
Bindé et de là sur le Koukourou rivière Kourou) 
et le Kaga Kourou (Mont Kourou), actuellement 
baptisé pic Crampel. 

Toutes ces peuplades parlent la même langue, le 
Banda, sauf au Sud du Mont Goui, où les indigènes 
parlent un dialecte qui paraît ressembler à celui 
des Gobous et des Boubous du Haut-Oubanghi. 

Leurs caractères anatomicjues, physiques et phy- 
siologiques ne présentent pas de grandes difl'é- 
rences. Nous prendrons comme type les M'Brés, qui 
ont été l'objet de quelques-unes de nos observa- 
tions. 

3. Cnractères physiques. — Le teint des M'Brés 
présente une couleur assez uniforme. On ne 
remarque pas des différences variant entre la cou- 
leur café au lait et le noir foncé, comme chez cer- 
tains peuples noirs, les Yakomas par exemple. 
Leur teint, assez foncé, est d'un noir jaunâtre. 

I^es cheveux sont crépus, la barbe peu fournie, 
les pommettes saillantes, la mâchoire inférieure 
assez peu proéminente, le front rond, l'ovale de la 
figure assez régulier chez les jeunes gens. Les 
yeux sont assez petits, le nez et la bouche n'offrent 
pas de dimensions exagérées. 

4. Caractères physiologiques. — Les M'Brés 
forment une race vigoureuse, ayant quelques parti- 
cularités communes aux montagnards, entre aulres, 
grande capacité de la cage thoracique, indiquant 
des poumons développés et une active circulation 
du sang. 

L'habitat dans la montagne, qui parait avoir agi 
sur eux dans ce sens, sans doute par l'absorption 
d'un air pur, a été sans action sur le développe- 
ment de leurs extrémités inférieures. Comme chez 
leurs voisins, ils ont le mollet peu développé, le 
pays n'étant pas assez agreste pour exiger un effort 
anormal dans la locomotion. 

o. Caractères physionomiques. — Les M'Brés 
ont une figure d'expression assez douce chez 
les adolescents et les femmes. Les hommes ont 
l'air intelligent, et l'expression de leur visage ne 
revêt jamais ce caractère de bestialité que l'on se 
figure devoir rencontrer chez des anthropophages. 



totale, que les renseignements obtenus et les observations 
faites permettent d'évaluer à 4.00U ou o.OOO Dakpas. 



80 



J. TRUFFERT — LE MASSIT DES MBHËS 



Us ])arlent avuc volubilité et (■niaillenl leurs dis- 
cours de gestes typiques, de claquements de doigts 
et de pantoiiiiuies très expressives. 

Leur danse est peu gracieuse, les sujets restant 
toujours accroupis, les yeux tixés à terre, frap- 
pant en cadence le sol de leurs pieds. 

6. Caracli'rrs palljolo;/iquos. — La race est saine 
et vigoureuse et ne parait pas en proie à la syphilis. 

Il y a quelques cas isolés d'élépliantiasis. Les 
maladies de peau sont assez communes, la gale 
nolammcnt. 

Ils connaissent la surdité, la cécité, le crétinisme 
et la folie, mais il n'a pu être observé aucun indi- 
vidu sujet à ces infirmités. 

L'albinisme nest i)as très fréquent. In cas d'albi- 
nisme parfait a pu être observé chez un porteur 
N'Gao venu à Fort-Crampel. 

La peau de cet indigène est entièrement rosée 
par tout le corps et ne ])orte aucune tache de pig- 
ment noir, que l'on trouve ordinairement chez ses 
semblables. Il a les yeux jaunâtres, les cheveux 
d'un blond filasse et frisés et conserve le faciès du 
nègre. La lumière ne parait nullement l'incom- 
moder. Il vacjue à ses occupations entièrement nu, 
la tète non abritée, en plein soleil. Sa constitution 
est aussi forte que celle des autres indigènes. Ce 
cas est une exception ; le plus souvent, les albinos 
sont rachitiques et ne peuvent supporter la lumière 
du jour. 

Les enfants ont le ventre gontlé outre mesure 
jusqu'à l'âge de six à sept ans. Il ne reste plus trace 
de cette défectuosité chez les adultes. 



MI. 



Ethnologie. 



I. i'ninillc. — Les M'Brés sont polygames et 
peuvent choisir leurs femmes en dehors de leur 
tribu. Le nombre de femmes augmente avec l'ùge 
de l'homme, qui peut en posséder dix lorsqu'il est 
vieux. 

La famille est segmenlaire. Le père possède ses 
femmes en propre et elles sont à l'abri de la pro- 
miscuité du reste de la famille. 

Les fils achètent chacun ses femmes, mais les 
femmes sont comnmnes entre frères. Toutefois, 
chacun d'eux se reconnaît le père de l'enfant pro- 
venant de la femme introduite par lui dans la com- 
munauté. 

Une femme qui allaite doit observer la continence 
jus(iuau sevrage de l'enfaut. 

2. Muriai/c. — Un individu qui désire se marier 
doit en demander l'autorisation au chef du village; 
il achète eirsuitc sa femme au père de celle-ci. Le 
prjx est d'ordinaire de cent llèches et cinquante 



sagaies ou quarante chapelets de perles. Un cha- 
pelet doit pouvoir faire le tour des reins. 

Dans les cas d'exogamie, l'homme s'entend préa- 
lablement avec la femme étrangère qu'il désire, 
puis vient l'enlever dans la nuit. Le chef de la tribu 
de la femme vient la réclamer au chef de la tribu de 
l'homme, et ce dernier doit payer le prix réclamé. 
Dans le cas contraire, il y a guerre entre les deux 
tribus. 

Lorscju'un homme, partant en voyage, désire se 
réserver une femme, il en fait la demande au père 
et au chef. Les liançailles sont publiques et la 
jeune fille est considérée comme mariée. 

Le divorce est inconnu, même dans le cas d'adul- 
tère. La femme en butte aux sévices de son nuu-i 
n'a d'autre ressource que de s'enfuir. 

Elle se rend dans une autre tribu, où elle devient 
la propriété de celui qui la rencontre. 

A la source de la Kémo, une femme M'Brée avec 
son enfant à la mamelle fut ainsi rencontrée à 
deux jours de marche de son village. Elle fuyait son 
mari et se rendait chez les Dakpas. En lui faisant 
comprendre qu'elle n'y arriverait pas et qu'elle 
serait prise par les iN'Gapous, on la décida à ren- 
trer aux M'Brés avec le détachement. 

Le célibat est également inconnu; lorsqu'un 
homme est pauvre, sa famille et ses amis lui font 
L'avance nécessaire pour se procurer une femme. 
En cas d'adultère, le séducteur doit rembourser 
au mari trompé le prix de la l'einiue, qui reste 
néanmoins la propriété du mari. 

Il arrive qu'un homme longtemps absent de sa 
tribu trouve, à sa rentrée, sa femme enceinte des 
œuvres d'un autre. 

Si cet homme a laissé un frère au village, l'en- 
fant se trouve légitimé. Dans le ('as contraire, le 
mari trompé s'adresse au chef du vfllage. Ce der- 
nier fait rassembler tous les hommes, et la femme 
est tenue de désigner son séducteur. Celui-ci paie 
au mari l'amende convenue. L'avortement est quel- 
quefois pratiqué par les femmes qui se trouvent 
dans ce cas, mais l'infanticide est inconnu. 

3. Naissance. Circoncision. — Les naissances 
ne donnent pas lieu à des fêtes spéciales. Les jeunes 
enfants portent le nom générique de « Oboro ». Ils 
sont sevrés dès qu'ils peuvent marcher. A l'âge de 
cinq ou six ans. ils reçoivent un nom choisi par 
tous les membres de la famille. 

Voici quelques spécimens de ces noms propres 
qui n'ont pas de signification spéciale. 



A'oiiis (t'Iioiiniios ' 



Lihoiif^o. 
Intia. 



I)apa. 
Vanum^'a. 



' La prononciation de Vn n'est jamais nasale 



J. TRUFFEKT — LE MASSIF DES M'HRKS 



Onf!0. 

Diaiikûré. 

Mansuéïla. 



Brékonta. 

Diali. 

binianzi. 

Ouniba. 

Niraaia. 



Dokouzo. 

Aukourcui. 

Yadda. 



iXows de femmes. 



Yugoua. 

Guitéré. 

Linda. 

Yasinifnga. 

Zimanda. 



Les enfants ne sont soumis à aucun travail jus- 
qu'à l'âge de leur circoncision, qui se fait au mo- 
ment de la puberté. 

La circoncision ou « Gauza » est pratiquée par un 
vieillard de la tribu Les deux sexes y sont soumis; 
elle consiste dans l'ablation d'une partie du clitoris 
ou du prépuce. 

La plaie est cicatrisée avec de la graisse de cabri 
itouillante. La circoncision donne lieu à des fêtes 
qui durent vingt jours 

Trois mois après, les femmes sont déclarées 
nubiles et peuvent être mariées; les jeunes gens 
reçoivent une sagaie et vont passer trois mois dans 
la brousse pour y faire leur apprentissage de chas- 
seurs ou de guerriers. 

4. M;ilii(Iies. Mort. — Les médicaments ne sont 
pas donnés par des sorciers ou des spécialistes. 

Ce sont les membres de la famille du malade qui 
vont dans la campagne chercher les plantes médi- 
cinales. Ces plantes sont employées sous forme de 
tisanes ou d'emplâtres. 

La ventouse scarillée, « Dzinzi », est pratiquée par 
les M'Brés. Ils font d'abord, sur la partie malade, 
trois entailles (ce nombre ne varie jamaisi; puis 
apposent dessus une petite corne d'antilope, percée 
à la partie supérieuri'. 

Le vide est fait par aspiration et le doigt placé 
immédiatement sur l'oritice pendant la durée de 
l'opération. 

Si le décès survient, le défunt est exposé pendant 
trois jours dans sa case. Ses parents et amis autour 
de lui se livrent à des festins- et à des chants et 
danses funéraires avec accompagnement de tam- 
tam. 

Le mort est ensuite déposé dans une fosse 
profonde de deu.v mètres. Le fond de la fosse est 
recouvert d'une natte ; le défunt est assis sur une 
traverse, la tête haute et soutenue, ainsi que les 
coudes, par d'autres traverses. Un plafond en bois 
recouvert d'une natte est construit au-dessus de sa 
tète; et la terre, rejetée par-dessus. Des perles sont 
déposées dans la fosse. 

En route, dans les cas pressés, le défunt est 
placé dans une petite fosse, assis les genoux sous 
le menton, les mains croisées sur les pieds. La tète 
est tournée vers n'importe quel côté de l'horizon. 



Après l'inhumation, les assistants boivent une 
bière de mil fermenté appelée « pipi ■> et se retirent. 
Il n'est pas déposé de vivres sur la tombe. 

Les chefs sont enterrés dans leur case même, qui 
devient alors inhabitée. 

5. Culte. Croyances. — Il n'existe ni culte, ni 
prêtres, ni sorciers. 

Les indigènes n'ont aucune idée delà divinité; 
ils attachent quelques pouvoirs à des fétiches et à 
des amulettes, qu'ils portent sur eux ou qu'ils pla- 
cent à l'entrée de leurs champs, de leurs villages ou 
de leurs cases. 

Ils ont de vagues notions de métempsycose. Us 
croient qu'après la mort, les esprits des défunts 
vont habiter dans le corps de différents quadru- 
pèdes. 

Les enfants iraient dans le corps des cabris, 
les jeunes gens dans les petites antilopes, les 
hommes dans les antilopes-cheval et les vieux dans 
les éléphants. 

Cette croyance donne lieu à certaines prohibi- 
tions de nourriture animale. 

Ainsi, Doumba, chef des M'Brés, ne mange pas 
d'éléphant ni de cabri, car les esprits de son père 
et de son frère, mort jeune, habitent parmi ces 
animaux. 

Les indigènes appellent l'écho >< N'Gandro », et 
croient que c'est un mauvais esprit (jui n'a pas 
voulu aller dans le corps d'un animal, et qui se 
moque des vivants. 

Les quadrupèdes ont seuls la faculté de recevoir 
des esprits. Les oiseaux, les reptiles, les poissons 
et les insectes ne jouissent pas de ce privilège. 

tj. Coutumes. Usai/es. — L'hospitalité est exercée 
avec bonne foi. Il est défendu de tuer un étranger 
dans un village. Lorsque les indigènes ne veulent 
pas le recevoir, ils font connaître leurs intentions 
hostiles en battant le tam-tam de guerre. 

Lorsqu'un voyageur quitte un village, il est 
reconduit par le chef jusqu'au premier village de 
la tribu voisine. Aucun chef n'a cherché à se 
dérober à cet usage, pendant toute la durée du 
voyage. 

Lorsque deux indigènes se rencontrent, ils se 
serrent la main, à peu près à la mode européenne, 
en disant : « Bésétouma », qui équivaut à notre 
bonjour. 

Le grand salut envers les chefs consiste à s'age- 
nouiller, et à passer trois fois les mains sur les 
genoux, la barbe et le nez du personnage qui reçoit 
cet honneur. 

Les vieillards sont très vénérés ; les idiots et les 
aliénés ne sont l'objet d'aucune démonstration 
particulière. 



88 



J. TRUFFERT - LE MASSIF DES MBHÉS 



7. [Cuslrs. Mrlii'm, 
hommes naissenl li- 
bres et (^f;aux. Les 
cliels ii'iiiil>;irlitMi- 
iient pas;'! une ca^lc 
spéciale, mais leur 
pouvoir esl hérédi- 
taire. 

Si un i-lieT, en 
mourant, lai-^se un 
lils trop jeune, t'"est 
le frère iln ilelunt 
qui scouverue jus- 
Hu'à la majorité du 
lils. 

Les esclaves sont 
rares, et provien- 
nent desuerresavcc 
les voisins. 

Tout le monde esl 
agriculteur et jj;uer- 
rier, depuis la nn- 
bililé jusqu'à la 
vieillesse. Les dit- 
i'érenls métiers sont 
exercés par des pro- 
fessionnels; aucun 
métier n'est avilis- 
sant. 

Les f Grimerons fa- 
briquent les fers de 
sagaies et detlèches 
(tig. 2o. ii6, :>8, 301. 
Doumba.lechefdes 
M'Brés, esl un ha- 
bile forgeron. 

Les charpentiers 
construisent les ca- 
ses, et personne ne 
se passe de leur in- 
termédiaire. 

La vannerie esl 
fabriquée par tout 
le monde. 

La chasse est pra- 
ti(iuée par les plus 
courageux et les 
plus adroits de la 
tribu. 

La pêche est sur- 
tout pratiquée par 
les femmes, qui ont 
aussi Tapanage de 
faire la poterie. 

La pfllerie esl 
grossière et consiste 



— Chez les M'Hrés, tous les | en grosses jarres pour 




Fis. 26 .^ 3 
is et 30. 
Fis. 20. 



Fig. 31. Fig. 32. 

2. _ l>ro<lails (livors di' l'iniiiixlrie des M'Brcs. — Fig- 26. 
Fers de /llclios (Gr. 1/2). — Fig. 21. '/aba/ùVe (Cr. 1/2). — 
B.-igiic en lil de for (Gr. 1/2. — Fig. 31. Couteau de Jet 
(tîr. 1/6V — Fig. 32. Couteau (,Gr. 1/4). 



eau, en marmites el en 
petites écuellcs(tig. 
;J3 à Ti). 

8. l'ni/irii'/i'.S;!- 
I:iirfs. Conlriliii- 
tioiis. — La pro- 
priét(' est indivi- 
duelle. Chacun a 
son lopin de terre, 
qu'il défriche dans 
l'endroit qu'il a 
choisi a\ec l'asscn- 
timenl du chef de 
la triiiu. 

Lors([u'un hom- 
me veut défricher 
ou faire la récolte, 
il convoque ses voi- 
sins el amis à ve- 
nir travadler à son 
champ. Après la 
journée de travail, 
il distribue le sa- 
laire en nature , 
sous forme de bière 
de mil hue en com- 
mun. 

Chaque homme 
possède en propre 
ses cabris, ses pou- 
les, etc. 11 verse au 
chef de village une 
redevance ou con- 
trihulion propor- 
tionnée à sa ri- 
chesse, calculée d'a- 
près le nombre de 
ses femmes, de ses 
bestiaux, et la gran- 
deurdeseschaai]». 



9 . HabilHtJons . 
Vêlenients. Orne- 
ments. — Les cases 
ou « Danda " sont 
construites au-des- 
sus d'une aire de 
terre bien damée, 
creusée un peu au- 
dessous du niveau 
du sol et entourée 
d'un mur de lerre 
circulaire, haut de 
40 àoOcentimètrcs. 
La charpente ^' 



.T. TRUFFERT — LE MASSIF DES MBRÉS 



89 



compose d'abord de qualre grosses branches en 
croix, se réunissant par la pointe (lexible et formant 
le sommet de la case (fig. 'M). Elle est complétée 
par des bambous disposés de la même façon et p;ir 
des U-eillis circulaires. Le tout est incurvé au 
sommet et recouvert de pailloltes. Il n'y a pas 
de pilier central. La porte est basse est munie de 
paravents (fig. 3!t). 

L'habillement consiste en un pagne que les indi- 




Fig. a.i. 




y^^0^^^^^' 


,1^////'^' y//// 


^m^^Ww^^ 


l'une case. 


Fig. 39. — Coupc'duae] 
porte. 



Fif,'. 36. Fig. 37. 

Fig. 33 à 37. — Poteries fabriquées par les M'Brés. — 
Fig. 33. Jarre pour Veau. — Fig. 34. Marmite. — Fig. 3"). 
f.'cuelle. — l'ig. 3G et 37. M'jlifs de décoration pour la 

p.,h'rie. 

gènes fabriquent avec l'écorce d'un arbre appelé 
« Lili ... 

Les indigènes aiment beaucoup nos étoffes, et les 
convertissent facilement en blouseseten pantalons. 

Les hommes et les femmes portent des boucles 
d'oreilles faites avec de minuscules cornes d'anti- 
lopes (fig. 40). Cette parure est assez gracieuse. Une 
autre mode, qu'on ne peut qualifier de même, con- 



siste à se percer les narines et la lèvre supérieure 
pour y introduire de petits morceaux de bois ou 
d'ivoire fig. il). 

La lèvre inférieure est aussi quelquefois trouée 
pour y recevoir une pointe recourbée en fer, en 
ivoire ou en cristal de roche. Ces déformations des 
lèvres ^jont du plus disgracieux effet pour des yeux 
européens. Elles exagèrent encore le prognathisme 
naturel des indigènes. 

Certains chefs, plus affinés, commencent à éprou- 
ver une certaine gêne à mettre ces parures devant 
les Européens. 

Le haut du front est rasé et le crâne orné de 

HEVIE GÉSÉRALE DES SCIE>XES, 1902. 



• f^ 






Fig. 40. — 

Corne 
d'antilope 
servant de 

Itoucle 
d'oreille. 



perles enfilées dans les cheveux, formant des des- 
sins où se donne libre cours l'imagination des ar- 
tistes capillaires. 

10. Nourriture. — Les indigènes fabriquent deux 
sortes de farine, celle de mil et celle de manioc. 

Les racines de manioc sont sou- 
mises aux opérations du rouissage, du 
lavage, du séchage, et broyées ensuite 
dans un mortier. 

Le mil est seulement concassé et 
vanné. 

Ces deuxe.«pèces de farine sont cui- 
tes à l'eau dans des vases de terre. 

Les arachides, grillées et concas- 
sées, servent à faire des gâteaux cuits 
de la même façon et mélangés au mil. 

Les viandes consommées sont celles 
de cabri, de poule et de pintade. 

La chasse fournit aussi son contin- 
gent. La mort d'un éléphant est une 
fête pour la tribu. Elle donne lieu à des festins 
interminables. Beaucoup de convives mangent au 
point de ne plus pouvoir se lever. 

Le poisson, péché au commencement de la baisse 
des eaux, est fumé et conservé pour la saison sèche. 

Les indigènes mangent aussi de la salade de 
pourpier, qu'ils appellent •■ cocros •. 

La bière de mil fer- 
mentée, appelée ■• pipi», 
ne se boit que dans des 
cas déterminés. 

L'anthropophagie ne 
se pratique qu'en temps 
de guerre et lorsque 
l'occasion se présente. Il 
n'existe pas de marchés 
de viande humaine et 
les morts de la tribu sont 
à l'abri de la voracité des 
survivants. 

Un porteur marouba, 
mort la veille de l'arri- 
vée aux M'Brés, fut dé- 
terré et dévoré par les 
porteurs N'Gapous libé- 
rés. Le fait fut rapporté 
par un chef M'Brés, dont 
les administrés arrivè- 
rent sans doute trop 

tard pour prendre possession de l'aubaiue tom- 
bée sur leur territoire. 

ll.liidiistrie. Commerce. — La principale indus- 
trie consiste dans la fabrication du fer et la forge 
des armes. 




Fig. 41. — Modes indigènes 

consistant à se percer les 

narines et les lèvres pour 

y introduire des morceaux 

d'ivoire ou de fer. ^ , 



90 



J. TRUFFERT — LE MASSIF DES M'BRÉS 



Le minerai, introduit dans des tubes cylindriques 
«■n arf:;ile, est disposé ingénieusement dans des 
Jiauts-fourneaux de deux à trois mètres de hauteur, 
de façon que la flamme se répande sur une surface 
maximum. Les hauts-fourneaux sont chauffés au 
charbon de bois. 

Dans une prochaine étude, nous décrirons d'une 
façon complète cette industrie, primitive, mais 
ingénieuse. 

Les fers de flèche et de sagaies présentent une 
assez grande variété de formes et un certain cachet 
artistique, ainsi qu'on peut le voir sur les figures 
2.J, 26, 28 et 30. 

Les couteaux de jet 
(flg. 31) ont une forme 
assez bizarre. Ils servent 
de cognées pour dé- 
broussailler et d'armes 
de jet au combat. 

La vannerie est em- 
ployée à de nombreuses 
applications : paniers, 
nattes, enveloppes de 
gourdes, chapeaux, bou- 
cliers, etc. 

Nous avons donné, 
plus haut, des échantil- 
lons de la poterie. 

Le commerce est fai- 
ble et se fait par trocs 
ou échanges en nature. 
La perle de pacotille 
commence à devenir une 
monnaieassez courante. 
Les indigènes mani- 
festent l'intention de se 
livrer à l'exploitation du 
caoutchouc, abondant 
dans la région, 
lis chassent l'éléphant et possèdent certaines 
réserves d'ivoire qu'ils cachent avec soin. 

12. Agriculture. — Tout le monde estagriculteur 
et les champs sont l'objet d'un travail assidu. 

Les M'Brés et les Maroubas possèdent de très 
belles plantations de mil et de manioc. 

Les ÎN'Gapous et les Dakpas ne se livrent qu'à la 
culture du manioc. 

Les plantations sont immenses chez les Dakpas. 

Le maïs est cultivé un peu partout, surtout par les 
M'Brés et les Maroubas. On trouve l'arachide partout. 
Les ignames et les patates sont un peu plus rares. 

Le tabac est cultivé dans les villages mêmes. 
Chaque case est entourée de plants de tabac. Le 
tabac est consommé soit en le fumant, soit en le 
■prisant. La pipe ou <i bagba » affecte une forme 




l'i 



Trou aspiratoire. 



42. — Pipe cirs M'Brés 
ou haijba. 



singulière ifig. i2). Le fourneau est allongé et est 
pris, à première vue, pour le tuyau même. La partie 
aspiratoire, au contraire, est formée par un énorme 
haricot, fruit d'un arbre appelé « Colzo »,qui force 
le fumeur à ouvrir démesurément la bouche. 

L'indigène remplit ses poumons par plusieurs 
aspirations précipitées, puis passe la pipe à son 
voisin en expulsant des nuages de fumée. 

13. Justice. ■ — La justice est rendue par le chef 
du village. Nous avons vu, au paragraphe « Ma- 
riage », les pénalités concernant l'adultère. 

En cas de meurtre, le meuririer est condamné à 
donner deux esclaves, hommes ou femmes, à la ' 
famille de la victime. La famille ne tue le meur- 
trier que lorsque celui-ci ne paie pas son amende. 

Le vol est très sévèrement puni. Le coupable est 
condamné à payer vingt fois la valeur de l'objet 
volé. Pour un cabri volé, le voleur doit en rendre 
vingt, ou un esclave, ordinairement une femme 
avec un enfant de sa famille. 

Grâce à ces lois draconiennes, le vol est presque 
inconnu. Pendant toute la durée du voyage, il n'a 
été constaté aucun vol ou tentative de vol d'armes, 
de perles ou autres choses, pas plus de la part des 
porteurs, renouvelés souvent, que de la part des • 
populations visitées. Lorsqu'un indigène était vic- 
time d'un détournement de la part d'un soldat ou 
porteur du détachement, il n'hésitait pas à venir 
se plaindre au commandant du détachement. Bien 
entendu, il était récompensé de sa confiance par un 
bon dédommagement et le châtiment du coupable. 

Ces indigènes, si respectueux de la propriété 
entre eux, deviennent des pillard.s terribles lors- 
qu'ils sont introduits, soit comme poiteurs, soit 
comme guides, dans des villages étrangers, et 
qu'ils savent être du côté du plus fort. 

VIII. — Langage. 

1. Vociibulaire. — La langue du pays est le 
« Banda », parlé par tous les peuples voisins it 
compris par les Arabes de Senoussi : 

Chef inquêré. 

Esclave Jniiii/n. 

Homme couaoi. 

Femme jacin. 

Fille oiiïa. r 

Garçon hoiiloucouuci. 

Vieux ho/.oii. 

Jeune ohuro. 

Malade komoul<:i. 

Mort uzonlititcliou. 

Père abii. 

Mère ryinir. 

Fils o/joro ncnw. 

Oncle 'tta. 

Forfjeron Jjolo. , 

Chasseur iiébou lioudia. 

Pécheur nebouhousouiKja. 

Etoffe européenne houbourouka. 



J. TRUFFERT — LE MASSIF DES M'BRÉS 



91 



EtolTe indigène louhn. 

Flùche koiiiikrn. 

Sagaie doudoii. 

Bouclier invchi. 

Couteau kninha. 

Bâton yoyo. 

Case n'dttiidn. 

Montagne kngo. 

Marigot nguu. 

Mine de fir hoiik!t<j:i. 

Cliemin aoun. 

Soleil lolo. 

Lune ypc. 

Lau ngou. 

Terre clioclw. 

Feu wouwou. 

Bois oyo. 

Pierre /;("/>('. 

Arhre à éloUe Uli. 

Mais baiidzn. 

Manioc '. . . tùjaU-. 

Mil dfirou. 

Bambou ncfiihi 

Patale ■kou/tkouni. 

Igname ahu. 

Arachide aonilm. 

Banane . hindi. ' 

Haricot hump). 

'i'abac ii'(j,'io. 

Caoutchouc binga. 

l^'oire o'zoïi inhala. 

. Tète koiiiné. 

Tronc, ventrr. .'..... yoiiproii. 

Bras niéijf'. 

•ïambe koiikon. 

Main „;,„;,. 

Pied krossa. 

Doigt if,„c_ 

Cheveux loiitou. 

Barbe . . , soutiia. 

QEil ûlo. 

^6Z ÛUfOUC. 

Bouche a ma. 

Oreille toulon. 

lient ^;>y. 

Langue pcmé. 

Eléphant m'Jjala. 

Hip|io|jotame A-o,,o_ 

Antilope-cheval jjHn, 

Antilope commune .... tàLa. 

Phacochère '. [ m'hiuqué. 

'l'i'e» laproii. 

*-abri iohvoii. 

<"*eau 0£/o_ 

^f^, c-oeo ii'qato. 

loule n'gato. 

^,erpent kokouro. 

Caïman mourouiiqou. 

J-êzard i,oumi. 

foi=^son sounqou. 

Mouche maronne . . . plapla 

Abeille. . '. „J,.^; 

.Mouche didri 

1-ourmi. ...;.■.■;;; appoùé. 

J;^"'' sokro. 

•„ '!■ ^voii qou. 

^ ".'jin krokildr. 

^''?' w-hi-indé. 

f.V'r • • • dédé. 

"'" osoukva. 

"emain „/;,/_ 

^■°n kâtima. 

Ou' lou. 

Bon ,yj^ 

Très Ion loufou. 



E.\cellent foukaï. 

Mauvais fou niiii 

Entendre midzi. 

Voir woué. 

Dormir lolo. 

Manger mxén': 

Boire minjo. 

Marcher ;);;;/] 

Courir p,'. 

Pleurer ', \ kiki. 

Dire moumoii. 

Partir nana. 

^enir iiakain. 

J ai niiriiif. 

Tu as aiivzi. 

'la aiiimi. 

-Xous avons analta. 

A'ous avez annxoumi: 

Ils ont iiazoïi. 

Chien iaprou. 

Un chien iaprou barr. 

Mon chien iaprou iiêiiii': 

Ton chien iaprou m'-zi. 

Son chien iaprou nézi-li. 

Viens ici noqani. 

Va-t'en qou. 

J'ai yu . • nww': 

Je n'ai pas vu ma oui- iiiiii. 

Bon.jour bosëloniiiii. 

Comment cela va .' .... tcorounn? 
Cela va bien arouna kissem. 

Faire la guerre toco. 

Faire la paix co kakaï. 

Le peu de mots recueillis ne nous permeltentpas 
d'établir les règles de la syntaxe, qui paraissent, 
d'ailleurs, assez simples. On remarque, toutefois, 
l'usage de pronoms affixes, qui se lient indiffé- 
remment aux verbes et aux substanlils. La néga- 
tion comprend deux termes : ma précédant, et iiiin 
suivant le verbe. Il y a là une certaine ressemblance 
avec la syntaxe de la langue arabe. Nous signa- 
lons le fait sans en lircr de conclusions. 

2. Numération. — La numération est quinaire. 
Lorsque les indigènes énoncent un nombre, ils 
l'accompagnent toujours d'une mimique avec les 
mains et les doigts (fig. 43 1. 

t Baré .un doigt. 

2 Bissi deux doigts. 

3 Toula trois doigts. 

4 Vana quatre doigts. 

'j Minloii main fermée. 

G Mintou pa baré . . . . main fermée tenant un 

doigt de l'autre main. 
1 Minloa pa bissi. . . . main tenant 2 doigts. 

8 Minlou pa voûta ... — :{ -~ 

9 Mintou pa vana .... — 4 — 

10 Morfo claquement des 2 mains. 

11 Morl'o amana hare . . claquement, plus 1 doigl. 
1-2 Morfo amana bissi . . - — — 2 — 
i'S Morl'o amana routa . . — — 3 — 

14 Morl'o amana vata. . . — — 4 — 

15 Grivcta claquement et une main 

fermée, etc. 

16 Grivcta amana bavé. 

17 Grivcta amana bissi. 

18 Grivcta amana voûta, 

19 Griveta amana vana. 



92 



J. TRUFFERT — LE MASSIF DES MBRËS 



Znxou Laré 

Zaxou baré aunutii Imn'. 
Zazou Jinro amiina iiiiii- 

toii. 
Ziixou harc, mnanà iiiin- 
toii, pa bavr. 

Zazou J)issi 

Zazou voula. 

Zazou vana. 

Zazou miiitou. 

Zazd iiiiutou p:i bari'. 

Zazou miutou jia bissi . 

Zazou miiilou pa voula. 

Zazou luintou jia yana. 



ileiu cla(|uemenls, etc. 



trois claquemenls, etc. 



Les indigènes arrêtent là li'iir numération. Au- 



Cuviictèrc et avenir de la {'iK-o. — LesM'Brés sont 
d'une intelligence assez développée et d'un nuturei 
peu sauvage. Ils sonlbons agriculteurs et guerriers 
courageux. Ainsi que nous l'avons vu, Tinduslrle 
du fer est assez développée et leurs armes ne man- 
queut pas d'un certain cachet de bon goût. 

Leurs mœurs sont douces et familiales et la peine 
de mort rare dans leur code. Ils ne peuvent échap- 
per à la loi commune des peuplades qui les entou- 
rent et, comme elles, ils ont de la prédilection pour 
les repas de chair humaine. Toutefois, l'anthropo- 
phagie n'est pas la base de leur état social et les cas 




numévalion chrz Vfs M'Urc 



dessus de cent, ils se contentent de dire « zazou bi », 
chifl're indéterminé dépassant la cen laine. 

(In remarquera qu'à partir de 20, la numération 
cesse d'être régulière et est à la fois un mélange 
de numération décimale et de numération quinaire. 



IX. 



IllSTdlliK. 



Les M'Brés n'onl guère que les traditions des 
anciens de la tribu. Ils se rappellent avoir habité 
le marigot de Bafoudja, à l'Ouest du Mont Bayéré, 
et en avoir été chassés par les N'Gapous. 

Ils cherchèrent un refuge au Mont Bayéré et 
y vécurent en paix pendant une trentaine d'années. 
Attaqués par Senoussi, ils durent encore aban- 
donner cette retraite et vinrent habiter aux Mouls 
M'Bré et M'Vro, d'un abord plus difficile. Ils s'y 
défendirent avec succès, il y a dix ans, contre 
un rezzou de Senoussi, qui dut se retirer après 
une bataille de quatre jours, perdant beaucoup de 
monde et une partie de ses fusils. 



où elle se manifeste sont encore relativement 
rares. 

Les M'Brés forment un groupe plus dense que 
les groupements voisins. Leur organisation est 
assez forte, et leur chef Doumba pourrait concen- 
trer, en temps de guerre, environ 1. 300 guerrier.--- 

Les M'Brés, quoique n'ayant pas de marchés, 
sembleraient assez disposés à se déplacer pour 
commercer. Ils se sont mis à l'exploitation du 
caoutchouc dans le but de se procurer nos étoiles. 

11 y a peu de réformes i'i l'aire dans leur état 
social, qui suffit à leur degré de culture et senihli: 
les rendre heureux. Notre autorité leur donnera la 
tranquillité, qui leur manque, en faisant disparaître 
ces rivalités entre peuplades et même entre vil- 
lages, source incessante de guerres qui empi- 
chenl le développement de la race et la mise en 
valeur du pays. 

J. Truffert, 

Capitaine il"Iiirantcrie''brevclé Hors Cadru-. 



E. LEZÉ — UNE MACHINE THERMIQUE IDÉALE 



93 



UNE MACHINE THERMIQUE IDÉ4LE 



Nous nous proposons, tout en respectant les lois 
physiques connues et admises, de construire en 
imagination une machine thermique idéalement 
bonne, la machine la meilleure qui se puisse con- 
cevoir pour transformer, dans les conditions les 
plus avantageuses, des calories en nombre pro- 
portionnel de kilogramme très, sans, du reste, 
nous occuper présentement de savoir si cette ma- 
chine idéale est réalisable ou non dans la pratique. 

Nous voulons synthétiser la machine parfaite, 
afin d'être à même, par la suite, de déterminer, 
par comparaison, en quoi s'écartent de la perfec- 
tion nos moteurs usuels, machines à vapeur ou 
à pétrole, voire même nos moteurs animés; de 
découvrir leurs défauts et d'étudier les moyens de 
perfectionner, dans la mesure de notre puissance, 
les machines dont nous nous servons d'habitude. 



I 



Nous donnons le nOm de Iransforiuafeur à un 
appareil susceptible de produire du travail poten- 
tiel proportionnellement à un certain nombre de 
calories mises en action, ou, réciproquement, de 
donner des calories en échange de kilogrammètres. 
et toujours proportionnellement; c'est dire que la 
chaleur doit être matérialisée dans ce transfor- 
mateur idéal, qu'elle doit être exclusivement em- 
ployée à échauffer le corps du transformateur sans 
s'égarer dans des travaux accessoires de dilatation 
ou de modifications quelconques de sa substance, 
ou enfin, en résumé, que cette chaleur est pro- 
portionnelle à l'augmentation de température de 
ce corps. 

D'après la définition même, si le transformateur 
est à une température ou à un potentiel t, il con- 
tient un nombre de calories proportionnel à t, soit 
Ri, ou le nombre de kilogrammètres correspondant 
AR^ si A est l'équivalent mécanique de la calorie. 

11 est indifl'érent d'évaluer l'énergie potentielle 
du transformateur en calories ou en kilogram- 
mètres. 

Les kilogrammètres sont représentés par le pro- 
duit d'un poids par une hauteur; pourvu que le 
produit soit constant, on peut disposer à volonté 
d'une de ces quantités, poids ou hauteur. 

Le potentiel du transformateur est / en calories, 
ph en kilogrammètres, et ph = R/, R étant une 
constante comprenant le coefficient A. 

Examinons comment nous pourrons nous pro- 
curer du travail avec ce transformateur, et à 
quelles conditions ce travail va être obtenu : 



Au lieu des p kilos que possédait le transfor- 
mateur, ne lui laissons plus que 7/,, en enlevant 

P — Pr 

Le travail (/) — p^)h devient disponible et peut 
être utilisé. 

Mais l'énergie a diminué d'autant, la tempé- 
rature du corps s'est abaissée proportionnellement 
d'un certain nombre de degrés. 

Si l'énergie (ou la température du corps ) doit 
rester constante, il faut réparer la perte de chaleur 
causée par la disparition de (p — p,)li, et apporter 
des calories en nombre proportionnel. 

Si, pendant la période de travail, la tempéra- 
ture d'un transformateur reste constante, c'est 
qu'il y a compensation exacte entre le nombre 
de kilogrammètres mobilisés et le nombre de calo- 
ries apportées ou enlevées. 

Mais si, lorsqu'il n'y a pas de variation de tem- 
pérature, l'énergie reste en réalité bien constante, 
il faut remarquer cependant que l'arrangement des 
kilogrammètres a varié : le poids était devenu 
moindre par exemple, l'effet de l'apport de calo- 
ries a été d'élever ce poids plus petit à une hauteur 
plus grande, car ph doit rester constant. 

Ce n'est qu'à température constante qu'il y a 
compensation; et, par conséquent, un transforma- 
teur ne fonctionnera dans de bonnes conditions 
économiques que si sa température reste cons- 
tante pendant la marche. 

Cherchons à évaluer le travail que donnera un 
transformateur lorsqu'on délestera le poids p 
d'une petite fraction de sa valeur : p devient w, ; 
h prend la valeur /y_, et 

pjiz=p,h„ Pi<p- '',>ii; 

jDj n'étant pas très différent de p, nous pouvons 
évaluer le travail en admettant que l'on a élevé 
à la hauteur h, — h la moyenne arithmétique des 
poids/) et/),. 
Le travail 

,: = /!+£..,/,,_ A), 

ou 

26 ^pli, — pli + Pillt — l'ili =^pl'i — pJh 

est constant lorsque 7/, est proportionnel à h, car, 

si 

b, = mil, 

1 

Pl = — p. 



et l'on a : 



:;;/, 



("-,y = »^(-y- 



Par conséquent : 

1° Si l'on déleste petit à petit un transformaleur 



01 



R. LEZE — UNE MACHINE THERMIQUE IDÉALE 



de poids dosés de telle façon que les hauteurs suc- 
cessives croissent en proportion géométrique h, 
iiih, nï-li, etc., ^ le travail est constant dans le 
passage d'une hauteur à la suivante; les poids, 
lie leur côté, décroissent en proportion géomé- 
trique. 

2" Le travail, démontr(' constant entre deux in- 
tervalles, est proportionnel à la température. 



II 



Si, pour une raison quelconque, il n'y a pas com- 
pensation exacte entre les kilogranimètres mobi- 
lisés et les calories, la température du corps varie, 
son énergie augmente ou diminue. 

Proposons-nous de faire passer un transforma- 
teur de la température / à une température supé- 
rieure T, c'est-à-dire de lui fournir de l'énergie 
supplémentaire. 

Le problème comporte une inlinité de solutions, 
car cette énergie supplémentaire peut être fournie 
partie en kilogrammètres, partie en calories, 
pourvu que la somme de ces deux énergies par- 
tielles soit constante; nous pour'rions môme, 
comme cas extrêmes et intéressants, ne payer cette 
énergie, PH — ph, qu'avec une seule des deux 
monnaies, calories ou kilogrammètres. 

Enti-e toutes ces solutions, considérons celle du 
paiement intégral en kilogrammètres. 

On donne des kilogrammètres au transforma- 
teur : sa température s'élève proportionnellement 
et on l'amène, si l'on veut, à la température T, 
sans lui avoir fourni de chaleur par des calories, 
en ne lui en communiquant uniquement que par du 
travail. 

Le transformateur se trouvera, si l'on ne lui four- 
nit que de l'énergie mécanique, plus apte à donner 
utilement du travail; le travail est, en effet, d'autant 
plus commode à obtenir au moyen d'un transfor- 
mateur, que P est plus grand et H plus petit, car 
alors on peut le délester à nombre de reprises ; 
mais ce travail devient de plus en plus difficile à 
utiliser dans la pratique à mesure que P diminue : 
en un mot, si P>P,, H, < H avec P,H, = PH, la 
combinaison PH est plus avantageuse que P H . 

Or, si nous portons le transformateur à la tem- 
pérature ï en lui donnant à la fois des calories et 
des kilogrammètres, nous n'arriverons jamais qu'à 
une combinaison du genre de P,H,, parce que la 
chaleur a contribué à élever la hauteur. 

Dans le cas de la fourniture exclusive en kilo- 
grammètres, nous ne disposons pas à volonté de P 
et de H; ces deux quantités sont, au contraire, 
entièrement déterminées par deux conditions : 

La première est que PH représente l'énergie à 
■T degrés, PH = RT; la seconde doit exprimer que 



tout le travail donné au transformateur a seul 
déterminé l'élévation de température : 



m"-' 



;S;PII — p/i) = S{T— 0; 



or, cette valeur du travail est constante lorsque H 
est proportionnel à h, car on a alors pour 

(!' + p]M —A), si II = m/), 

(M-^>"'-"="{-I+')'--'- 

Cette marche remarquable a été découverte et 
énoncée pour la première fois par Carnot, et il a 
appelé adiabatique le chemin que devait suivre le 
corps qu'il considérait lorsqu'il passait d'une tem- 
pérature à une autre sans adjonction de chaleur. 

Une conséquence très importante se déduit des 
remarques précédentes : 

Si Ion détermine, à la température t, une suite de 
positions en hauteurs de poids divers tels que le 
produit ph soit constant, puis que l'on considère, à 
la température T, les points correspondants, le 
travail utilisable entre deux points H„ et H,, du ni- 
veau T est proportionnel au travail correspondant 
entre lesdeux points Ji„ et A,, si les positions H et /j 
se trouvent toujours sur une même marche écono- 
mique ou adiabatique. 

Kn particulier, si l'on a au niveau / une suite de 
positions Ji en progression géométrique, les posi- 
tions H seront aussi en progression géométrique 
au niveau T ; le travail sera le même entre deux 
termes consécutifs H„ et H„_|_i comme il était le 
même entre A„ et A„+i; il est proportionnel à l;i 
température. 

III 

Nous voyons dès lors comment, en disposai! i 
d'une source chaude ï, nous devrons faire fon( - 
tionner le transformateur pour obtenir le plu- 
avantageusement possible la conversion de calo- 
ries en kilogrammètres. 

1. Au transformateur qui était à la températun' 
ambiante, nous allons faire l'avance d'un certaii. 
nombre de kilogrammètres, nous allons le charger. 
le préparer pour le travail; mais il estbien entendu 
que nous allons lui avancer des kilogrammètn- 
éludiés en vue de n'avoir pas à donner de calo- 
ries, des kilogrammètres en marche économique el 
constitués de telle sorte, dans le produit PII, que 

H . . . , . . . . 

j- soit constant. La position /*... Ji... étant donnée. 

celle de P... II... est connue. 

2. Puis, nous ferons travailler le transformateLii 
à la température T, toujours sans ^langement de 
température (c'est la marche la plus avantageuse : 
le travail sera proportionnel à T. 



R. LEZE — UNE MACHINE THERMIQUE IDÉALE 



3. Nous forons revenir le transformateur, épuisé 
pratiquement, à la température / par une marche 
économique; il restituera alors ce qui lui a été 
avancé dans la première période. 

4. Le transformateur est revenu à la température 
d'origine, mais avec des aptitudes un peu altérées. 
Résumons les mouvements : 

1° Il a passé de ph (1) à PH (2) avec un rapport 
H 

/; = '"'■ 

•1" De PH à P,H_ en travaillant utilement ; 

;?° De P,n, à pj\ par une marche économique 

. H, H 

avec un rapport — i = m ^ — . 

/;, h 

Par conséquent, si H^ est plus grand que H, A, est 
plus petit que h. 

Le transformateur n'est plus dans ses formes de 
l'origine, et, pour l'y ramener, U faut lui redonner 
du travail en lui retirant de la chaleur ; c'est la dé- 
pense inévitable de la quatrième période, elle cor- 
respond à un travail négatif, à une perte, mais qui 
heureusement est moindre que le travail utilisable, 
puisqu'elle n'est proportionnelle qu'à /, qui est plus 
petit que T. 

En résumé, si le transformateur a parcouru le 
cycle /j/j à ^ PH à T, P^H, à T, pji^ à /, pour revenir 
hph. 

Il a reçu de ph à PH, des avances S ; 

Il a travaillé de PH à P,H, proportionnellement 
ùT; 

II a restitué de P,H, à /),/;, ce qu'on lui avait 
avancé S ; 

lia consommé de/>,/;, k ph un travail proportion- 
nel à /. 

Les première et troisième périodes se com- 
pensent. 

Le travail utilisable est proportionnel à T — /. 

Le travail disponible était T; le rendement de 

X / 

notre machine idéale est — =— ; c'est celui qui a été 

indiqué par Carnot, 

Nous pouvons remarquer que nous supposons la 
possibilité de descendre jusqu'au absolu, d'uti- 
liser tout T; ce n'est pas le cas ordinaire. 

Il n'est pas vrai de dire que l'on dispose de cette 
chute T, car, en fait, on ne peut pas descendre au- 
dessous de la température ambiante; on ne dispose 
pas de T, mais seulement de T — 0, et une machine 
qui utiliserait celte chute T — serait une machine 
parfaite. 

Il est inutile d'insister, nous nous retrouvons 
dans des chemins connus ; si nous appelons 
entropie le rapport du travail à la température, il 
est clair que les points que nous avons désignés 
par yy, /?,, /;., ..., et qui sont des points séparés par 
des quantités égales de travail, sont situés sur 



des chemins hW, ..., /y,H , d'égale entropie, et 

que, si : 

Il '^ ii,~ir.' 

les chemins hli, A, H,, h^ll^ sont séparés les 

uns des autres par des intervalles égaux d'entropie ; 
par conséquent, dans la machine thermique idéale, 
l'entropie générale ne varie pas; elle est com- 
pensée aussi bien dans les deux périodes conju- 
guées d'avances et de restitutions que dans celles 
de travail utile et de travail résistant. 



IV 



En exprimant que le travail avancé au transfor- 
mateur est uniquement suffisant pour élever le 
potentiel au niveau T, on arrive à trouver la loi de 
relation entre les poids et les hauteurs dans la 
marche économique. 

Cette loi est celle-ci : <■ Dans une marche écono- 
mique, le rapport de la variation de poids au poids 
primitif est proportionnel au rapport de la varia- 
tion de hauteur à la hauteur primitive. » 

Si le corps passe de la position jd/j à la tempéra- 
ture /, à la position PH à T, on a : 






- H — ft 



( )n obtient cette équation en écrivant que tout le 
travail apporté pour passer de jih à PH élève le 
potentiel de PH — ph. 

Cette équation très remarquable caractérise donc 
la marche économique, et elle indique en même 
temps l'état d'aptitude du transformateur. 

Si P est grand et H petit, le transformateur 
fournit facilement du travail utilisable, à partir de 
certaines valeurs de P; mais, à mesure que P dimi- 
nue, que II augmente au delà d'autres limites pra- 
tiques, le travail est de plus en plus malaisé à 
obtenir. 

Dans toutes nos machines usuelles, machines 
thermiques, électriques, etc., nous retrouvons les 
mêmes règles, les mêmes marches, partout une 
dépense préalable nécessaire pour charger le trans- 
formateur, puis une période de travail utile qu'il 
faut, autant que faire se peut, laisser s'accomplir 
à potentiel constant ; enfin, deux périodes de resti- 
tution et de travail négatif, que l'on a le tort bien 
souvent de négliger. 

Partout aussi nous constatons les mêmes allures : 
les machines à faible potentiel sont volumineuses 
et lentes dans leurs mouvements; les machines de- 
viennent plus sveltes à mesure que le potentiel s'élève, 
elles sont moins coûteuses de matières premières, 
mais la construction en est plus délicate; et, enfin, la 
limite se trouve dans ces potentiels élevés qui cor- 



00 



D' D. E. SULZER — LE MÉCANISME OCULAIRE DE LA VISÉE 



respondent presque à des explosions; les trop liinits 
polenliels deviennent fort difficiles à doniesliquer. 

C'est en de justes milieux qu'il convient de se 
maintenir. 

Cependant, les progrès de la Méi'aniquc moderne 
permettent d'utiliser des potentiels de plus en plus 
élevés, au grand profit des rendements industriels. 

Enfin, disons, pour terminer, que ces vertus que 
nous avons attribuées à un transformateur idéal, 



ne correspondent pas à d'irréalisables conceptions 
de l'esprit; il existe au moins un transformateur, 
celui dont l'agent de transformation est constitué 
par i:n gaz parfait. 

Le travail que peut produire un kilogramme de 
gaz parfait par sa détente est proportionnel à sa 
température absolue. 

R. Lezé, 

Professeur à l'École de Grigiion. 



LE MÉCANISME 0CUL.\1RE DE lA VISEE 



Tandis que la balistique a été développée et 
approfondie à loisir, l'acte de la visée est passé 
sous silence ou à peine mentionné dans les traités 
et règlements ayant pour sujet le tir des armes à 
feu. Et c'est pourtant l'acte fondamental du tir. 
Quel est le mécanisme physiologique qui permet h 
l'œil de donner à deux points rapprochés, le cran 
de mire et le guidon, une disposition relative telle 
que la ligne droite qu'ils déterminent passe par un 
troisième point fort éloigné, le but? Dans cette ques- 
tion, comme dans beaucoup d'autres, Helmhollz a 
donné une explication qui n'a pas été discutée . 
depuis, à caui-e du grand nom de son auteur; et 
cependant, elle n'est pas conforme aux faits obser- 
vés par les bons tireurs. Nous attribuons cette 
erreur du grand savant à ce qu'il n'avait pas lui- 
même pratiqué l'art du tir. Au milieu d'une expli- 
cation longue et vague, il semble attribuer la visée 
à la mise en coïncidence de l'image nette du guidon 
avec les centres des images floues du but et du 
cran de mire. 

I 

Tout tireur sait que la première condition est do 
« voir le coup », c'est-à-dire de percevoir simulta- 
nément les images nettes et superposées de la 
mire, du guidon et de la cible. De ces objets, l'un 
se trouve à moins de 40 centimètres de l'œil, 
l'autre à I mètre à peu près, et le troisième à plu- 
sieurs centaines de mètres. 

Par quel mécanisme, en efl'et, notre appareil vi- 
suel arrive-t-il à percevoir, nettes et simulta- 
nées, les images de trois objets aussi éloignés 
les uns des autres, et qui mettent en jeu par consé- 
quent des accommodations aussi dill'érentes ? 

Cela semble a jiriori une impossibilité optique. 

Nous avons observé pendant des années un cé- 
lèbre tireur sur but mobile, dont le cas est d'autant 
plus intéressant que sa connaissance de l'optique 
physiologique et son sens critique notoire don- 



nent un intérêt tout particulier à l'examen qu'il 
pratiquait très soigneusement sur lui-même. 

A l'âge de trente-cinq ans, la visée sur but mo- 
bile et la visée sur but fixe éloigné de plus de 
iOO mètres devinrent subitement pour lui d'une 
difficulté inconnue jusqu'alors; pendant l'acie de 
la visée, le but disparaissait le plus souvent. Con- 
vaincu qu'il s'agissait d'un accident de la vue, le 
tireur fait examiner son organe visuel. L'acuité 
visuelle est le double de la normale, comme aupa- 
ravant. Les deux yeux présentent une légère hyper- 
métropie (une dioptrie environ). Tout l'appareil 
visuel est normal, à une seule exception près : le 
pouvoir de l'accommodation est légèrement infé- 
rieur à ce qd'il devrait être par rapport à l'âge d 
k la réfraction du sujet. Celui-ci remarque très 
bien qu'en même temps que diminue sa sûreté de 
tir, mise à l'épreuve au moins une fois par se- 
maine, il éprouve une certaine fatigue à la lectun . 
le soir surtout, et commence à éloigner le livn . 
L'affaiblissement de l'accommodation et les difli- 
cultés pour le tir ont donc commencé en même 
temps, et cependant, à ce moment, son accommo- 
dation lui permettait parfaitement de voir le gui- 
don; il aurait don: eu, dans la théorie d'Helmholl/., 
la possibilité de viser aussi bien que par le passi'. 

Fallait-il attribuer directement à l'afTaiblis^c- 
ment de l'accommodation la difficulté de viser? 
Les événements se sont chargés de nous éclairer 
sur ce point. La faiblesse de l'accommodation ilu 
sujet augmenta lentement et continuellement, pour j 
se transformer en paralysie complète au bout de i 
trois mois. Ce fut une crise aiguë, dont la guéri- 
son fut complète au bout d'une année, raméliora- 
lion ayant commencé huit mois après le début de 
l'afTeclion et ayant procédé par étapes successives. !i 
Or, pendant tout ce temps, la faculté de tirer est i 
restée proportionnée au pouvoir d'accommodation, i 
diminuant avec lui et disparaissan'f avant la dispa- 
rition complète du pouvoir accommodalif, pour 



D' D. E. SULZËR — LE MÉCANISME OCULAIRE DE LA VISÉE 



97 



réapparaître plusieurs mois après, lorsque raccom- 
modation fut rétablie en partie. Le diamètre pu- 
pillaire n'avait suivi que de loin les oscillations de 
laccommodalion. A lépoque de la paralysie com- 
plète de racconim:idation, la pupille était quelque- 
fois lé^'èrement dilatée ; mais, aux époques de Taffai- 
lilissement de l'accommodation, époques les plus 
importantes pour notre observation, la pupille 
restait étroite. Le diamélro pupillaire dut donc 
être éliminé des facteurs qui influencèrent le tir 
«lans son cas. 

L'emploi de l'ésérine, tenté spontanément par le 
malade pour renforcer son pouvoir accommodatif , 
nous donna des indications précieuses. L'ésérine, 
la principale substance active contenue dans la 
fève de Calabar [Physostiijnm vrnenosuni), produit, 
instillée dans l'œil, un fort resserrement de la 
pupille et une contracture de Faccommodalion. 
Elle agit directement sur les fTbres musculaires de 
l'iris et du corps ciliaire, et son action s'exerce 
alors même que les fibres nerveuses produisant 
l'accommodation et le jeu de la pupille sont para- 
lysées. 

Notre sujet employait, au commencement, une 
solution d'ésérine au 100'=. Le fort rétrécissement 
pupillaire produit par ces instillations lui permit 
d'obtenir des résultats de tir, médiocres il est vrai, 
mais contrastant bien avec l'impossibilité absolue 
existant lors de la paralysie complète de l'accom- 
modation en dehors de l'ésérinisation. >ious avons 
pu nous convaincre que ces résultats étaient obte- 
nus grâce au resserrement de la pupille. La pupille, 
fonctionnant comme trou stonopéique, suppléa à 
l'accommodation. Cette suppléance ne produisit 
qu'un résultat médiocre : le trou était trop grand 
pour donner des images tout à fait distinctes par le 
mécanisme simple de la chambre noire. 

Mais ce n'est pas là le résultat le plus intéressant 
obtenu grâce à l'ésérine. Lorsque le rétablisse- 
ment de l'accommodation avait à peine commencé, 
l'ésérine procura, avant d'agir sur le diamètre pu- 
pillaire, une période variant de quinze à quarante 
minutes, pendant lesquelles le tir fut moins ditti- 
cile et meilleur que pendant la période de la con- 
traction simultanée de la pupille et de l'accommo- 
dation. Des mesures subjectives et objectives 
striascopie) montrèrent qu'à l'époque du rétablis- 
sement de l'accommodation, les instillations 
d'ésérine rendaient à l'accommodation, avant de 
produire sa contracture, totalité ou partie de son 
élasticité perdue. 

De longs tâtonnements permirent de trouver le 
moyen de maintenir cette période pendant une 
demi-journée. La solution au 100° fut remplacée 
par une solution au 500"= et, au lieu d'instiller l'ésé- 
rine, le sujet touchait seulement le globe avec le 



bout de l'index mouillé légèrement de cette solu- 
tion à des intervalles de temps que lui indiquait 
l'état de son accommodation mise à l'épreuve du 
tir, et qui variaient de dix à trente minutes. 

Les épreuves ordinaires de l'accommodation 
nous montrèrent que, chez ce malade, l'ésérinisa- 
tion ainsi pratiquée augmentait le pouvoir accom- 
modatif afïaibli, sans influencer d'une façon sensi- 
ble le diamètre et les mouvements pupillaires. 

Cet ensemble de faits s'orientant tous vers le 
même point imposa la conclusion que, contraire- 
ment à l'avis de Helmholtz, la faculté de viser 
dépend, chez le sujet observé, directement de 
l'accommodation. Le tir n'était parfait que quand 
l'accommodation possédait, spontanément ou grâce 
à l'emploi de très petites doses d'ésérine, toute son 
élasticité. Restait à savoir si cette conclusion est 
générale ou si l'habitude de ce tireur constitue une 
exception. 

II 

Les faits que nous avons pu rassembler pour 
trancher cette question semblent indiquer que la 
grande majorité des tireurs vise par des variations 
de j'accommodalion. 

Les officiers instructeurs de tir, qui ont l'habitude 
d'observer les élèves, me communiquèrent un ren- 
seignement très précieux. Les recrues peuvent se 
diviser, au point de vue de Yœil, en deux classes. 
La première, la moins nombreuse, obtient d'emblée 
un certain résultat, médiocre il est vrai; ce résultat 
est atteint sans efïort; ces tireurs trouvent le tir 
facile, mais se perfectionnent peu ou point au 
cours de leur instruction; ils sont franchement 
mauvais dans le tir aux grandes distances. Leurs 
yeux sont presque toujours sensibles à la lumière, 
mais la grande lumière leur est nécessaire pour 
pouvoir tirer Ce sont, le plus souvent, des blonds 
à yeux bleus. 

La seconde classe est composée de ceux qui 
n'apprennent le tir qu'avec peine, mais qui donnent 
les tireurs moyens, et c'est parmi eux qu'une 
instruction méthodique développe un certain nom- 
bre de bons tireurs. 

Nos observations nous ont montré que la pre- 
mière classe contenait des individus à pupille ordi- 
nairement resserrée; ils tirent de la même façon 
que notre sujet tirait quand sa pupille se trou- 
vait resserrée sous l'influence de l'ésérine. Leur 
pupille leur sert de trou sténopéique. 

Grâce â elle, les trois images, cran de mire, 
guidon, cible, sont également distinctes, quelle que 
soit la mise au point de l'œil; mais ces images ne 
sont que d'une netteté relative et d'une intensité 
lumineuse faible. Elles permettent d'aligner, à 
peu près, les trois points, sans demander pour 



98 



D'- D. E. SULZER — LK .MÉCANISME OCULAIRE DE LA VISÉE 



cela un eflbrt ou une grande tension de l'attention. 

Restent ceux de la seconde classe. Nous croyons 
qu'ils tirent à l'aide do leur accommodation, et 
nous exposerons brièvement les faits qui militent 
en faveur de cette manière de voir, 

La presbyopie influence, sans exception, la faculté 
de tirer. Chez les personnes qui, arrivées à l'âge de 
la presbyopie, éprouvent des diflicultés de tir, on 
trouve toujours le pnnctiim proximum h une dis- 
lance plus grande de l'œil que celle qui sépare 
r(eil de la mire pendant l'acte du tir. Beaucoup de 
ces tireurs ont, du reste, changé, depuis quelques 
années, la posilion de leur tète, de façon à agrandir 
cette distance. Mais, à un moment donné, ils se 
sont trouvés dans l'impossibilité absolue de voir 
distinctement le cran de mire. 

Deux cas se produisent alors : le tireur est hy- 
permétrope et peut voir distinctement la mire avec 
un verre convexe qui le laisse hypermétrope ou le 
rend tout au plus emmétrope, lui permettant ainsi 
de voir nettement, à grande distance, en même 
temps qu'à la distance de la mire. Dans ce cas, le 
lir reste possible. 

Quand, par contre, le verre convexe nécessaire 
pour voir distinctement la mire rend le tireur 
myope, le tir devient impossible (c'est le cas du 
presbyte emmétrope ou hypermétrope). Un verre 
convexe, plus faible, permettant de voir à peu 
près net, à distance, et de voir la mire moins in- 
distincte qu'à l'œil nu, mais sans permettre de la 
voir distinctement, donne tout au plus un résultat 
relatif. 

Nos expériences au sujet de la correction de la 
presbyopie chez les tireurs peuvent se résumer 
ainsi : aussi longtemps que le tireur dispose d'une 
latitude d'accommodation, allant du cran de la mire 
au but, le tir est possible. 



III 



■ Tout tireur sait qu'au moment où il touche la 
détente, il voit la silhouette nette du guidon, 
placée dans le cran de mire, se peindre sur l'image 
nette de la cible, à l'endroit choisi par le tireur. 

Les deux facultés de notre œil qui permettent de 
voir, à la fois, distincts, trois objets, dont l'un est 
placé de 0",20 à ()"'?30 (cran de mire), l'autre à 
1 mèlre (guidon), et le troisième à des distances 
variant de loO à 'J(W mètres, ce sont l'accommoda- 
tion et la persistance des images rétiniennes. A 
elles se joint une troisième faculté, celle de ne pas 
l)ercevoir les images inutiles. Elle est peu connue, 
mais d'un usage journalier. 

En effet, quand on fixe binoculairement un objet, 
il est vusinjple; mais les objets plus rapprochés ou 
plus éloignés, ne formant pas leurs images sur des 



points correspondants des rétines, doivent être vus 
doubles. Or, l'expérience montre que la plupart 
des observateurs les voient simples, en faisant 
abstraction des images floues données par un de 
leurs yeux. Un exercice convenable, permet cepen- 
dant à tout le monde de voir des images doubles. 
Dans la vie ordinaire, nous ne tenons compte que 
des sensations floues d'un seul œil, appelé YaAl 
directeur. Cette centralisation peut même s'étendre 
aux images nettes. Nombre de microscopistes et 
de tireurs opèrent avec les deux yeux ouverts. 

On sait que la persistance des images rétiniennes 
est de U"062 en moyenne. Le temps d'accommoda- 
tion, c'est-à-dire le temps que prend l'œil pour 
passer de la mise au point, ou inversement rap- 
prochée, à la mise au point éloignée est de 0"()2 
environ '. 

L'œil peut donc passer de la mise au point pour 
la cible à la mise au point pour le guidon, y rester 
quelques centièmes de secondes, et passer à la mise 
au point pour le cran de mire, pendant le temps 
que l'image de la cible persiste. 

Dans ces conditions, nous avons au même point 
de la rétine, par accommodation successive, trois 
images nettes simultanées noyées dans des images 
floues. Ce qui précède nous fait comprendre que 
nous pouvons aisément faire abstraction de ces 
dernières. L'expérimentation est venue confirmer 
cette manière de voir. 

Il y a une dizaine d'années, j'ai reproduit, dans 
le laboratoire de Physique du Professeur Soret à 
l'Université de Genève, l'acte visuel du tir par la 
disposition suivante : un fusil et une cible sont 
placés dans l'axe d'un objectif de photographie. J^e 
cran de mire se trouve à 30 centimètres de l'ob- 
jectif, distance moyenne qui sépare de la mire l'œil 
du tireur ; la cible — une croix noire sur fond blanc, 
de 25 centimètres de hauteur sur 20 centimètres 
de largeur — est placée à 30 mètres, pour des rai- 
sons de convenance. La plaque dépolie de la 
chambre noire est mise au point pour la cible. 
Disposé devant l'objectif, un disque rotatif fait 
passer alternativement devant celui-ci, et à des 
intervalles égaux, une découpure vide, une lentille 
auxiliaire, qui met au point l'image du guidon, et 
une lentille auxiliaire, qui met au point l'image de 
la mire. Les apparitions de ces images sont sépa- 
rées par des intervalles d'obscurité dont les durées 
sont égales à la moitié de la durée de chaque image. 
Quand la découpure vide du disque est placée de- 

' Certain^ .luteur^ donnent des cliiU'res supérieurs, ^''o 
par exemple. Il y a. en elTet, de grandes variations indivi- 
duelles. Dans nos recherclies personnelles, faites en colla- 
boration avec M. André Broca, nous avons. vu la mise au 
point très exacte et un acte psychique s'acc(jmplir eu 0"00:î. 
Dans ces conditions, le temps d'acconimodatimi n'atteint 
pas 0"001. 



f 



D' D. E. SULZER — LE MÉCANISME OCULAIRE DE LA VISER 



9» 



vant l'objcclif, on voit sur la plaque dépolie de la 
chambre l'image nette et lumineuse de la cible, 
entourée dos images floues et moins lumineuses du 
guidon et de la mire. La plus faible des lentilles 
auxiliaires y fait apparaître nette l'image du guidon, 
entourée des images floues de la cible et de la 
mire, tandis que la lentille auxiliaire la plus forte 
rend distincte l'image de la mire, indistinctes les 
deux autres. 

Quand le disque tourne lentement, on voit appa- 
raître, sur la plaque de verre dépoli, successive- 
ment les trois images distinctes entourées de 
leurs images floues. La vitesse du disque augmen- 
tant, il arrive un moment où, grâce à la persistance 
des impressions rétiniennes, les trois images réti- 
niennes se superposent. L'observateur placé der- 
rière la plaque dépolie voit alors l'image de la 
mire, du guidon et de la cible, se superposer de la 
même façon que dans le tir. 

Au moment où les trois images distinctes se 
superposent — et ce fut là un résultat tout à fait 
inattendu de l'expérience — les images de diflu- 
sion disparaissent. Nous les neutralisons. Elles 
existent néanmoins, car, si l'on photographie les 
images distinctes avec cette vitesse du disque, 
elles s'inscrivent fortemèntvoiléespar les images de 
dilTusion. Ce n'est pas là la seule dilTéreucc entre 
l'image composée perçue par l'œil et celle fixée par 
la plaque photographique. 

Dans limage composée, perçue par l'œil sur la 
plaque di'polie, les images de la mire et du guidon 
l'emportent en intensité sur l'image de la cible, 
ainsi que c'est le cas pendant le tir. Tous les tireurs 
savent que c'est l'image de la cible qui s'efface le 
plus facilement. 

Sur le cliché photographique, l'image de la cible 
est au moins aussi intense que les images de la 
mire et du guidon. 



IV 



Nous avions abandonné depuis longtemps nos 
expériences sur le rôle de l'œil dans l'acte de la 
visée, lorsque des recherches entreprises, dans un 
autre ordre d'idées, nous donnèrent l'explication de 
ces inégalités apparentes. 

Recherchant, en collaboration avec M. .Vndré 
Broca, le temps minimum pendant lequel l'image 
de deux points rapprochés doit impressionner 
l'œil pour que ces deux points puissent être 
perçus distincts, séparés, nous trouvâmes les lois 
suivantes : 

Le temps pendant lequel une image doit frapper 
la rétine pour que l'œil distingue sa forme et ses 
détails, est d'autant plus grand que l'angle visuel 
sous lequel ces derniers sont vus est plus petit. 



Pour l'angle visuel de 2o', le temps nécessaire 
pour distinguer des traits noirs ?ur fond blanc est 
de 0"0013; il devient de 0"01 quand ces mêmes 
traits apparaissent sous un angle visuel de 1'. 
Mais, quand on arrive aux extrêmes limites de la 
visibilité, qui sont comprises dans les angles vi- 
suels de 20" à 1', le temps minimum pendant le- 
quel un objet doit agir sur la rétine pour être 
nettement distingué, devient bien plus long. Chez 
certains sujets, ce temps peut atteindre 0"oO, alors 
même que l'objet à percevoir est fortement éclairé. 
Quand l'éclairage est faible, le temps nécessaire 
pour la perception augmente, alors même que 
l'angle visuel est loin de sa limite. 

Tous les tireurs savent que le tir devient d'au- 
tant plus difficile que le but est plus éloigné. Avec 
les cibles employées pour le tir de l'infanterie, 
cette difficulté se manifeste surtout pour les dis- 
tances supérieures à 300 mètres. Or, l'accommoda- 
tion ne peut être la cause de cette difficulté. Nous 
accommodons de la même façon pour voir à la dis- 
tance de 100 mètres que pour voir à 1.000 mètres. 
Au delà de 100 mètres ou même de 50 mètres, 
l'accommodation ne varie plus, car les irrégula- 
rités des milieux optiques de l'œil sont bien supé- 
rieures à cette très légère inexactitude de mise au 
point. Une accommodation poussée au delà de 
20 mètres ne produirait plus aucune amélioration 
de l'image rétinienne. 

L'augmentation du temps de réaction ou temps 
perdu de la rétine, qui accompagne la diminution 
de l'angle visuel, rend, par contre, très bien compte 
de la difficulté du tir à grande distance. Pour 
chaque grandeur de cible, il arrive qu'à une dis- 
tance donnée, le temps de réaction nécessaire 
pour percevoir la cible devient trop grand pour 
que son image so't perçue, pendant que limage du 
guidon et celle du cran de mire persistent encore, 
pour qu'il soit possible que, dans les limites du temps 
de persistance des images, l'œil mette au point pour 
les trois objets et perçoive les trois images. A cette 
limite, le tir devient impossible ou possible seule- 
ment lorsque le tireur est bien disposé . Nous 
avons, en effet, remarqué que la fatigue allonge le 
temps de la réaction rétinienne et le temps de réac- 
tion totale. 

La grandeur de l'angle visuel ou la distance 
d'un but de grandeur déterminée, pour lequel le tir 
devient impossible, varie selon le sujet, donnant 
les temps d'accommodation et de perception. Mais, 
il existe probat)lement pour tous les sujets une 
limite où ils distinguent encore les détails d'un 
but à la fixation libre, mais les perdent en visant. 

Quand le temps pendant lequel une image im- 
pressionne l'œil est trop court pour que ces élé- 
ments soient distingués, cette image fait l'impres- 



100 



D' D. E. SULZER — LE MÉCANISME OCULAIRE DE LA VISÉE 



sion d'une plage grisâtre unie. Dans l'expérienco 
du disque tournant, placé devant l'objectif, il ar- 
rive que le temps est suffisant pour que l'œil per- 
çoive les images distinctes et bien tranchées, 
tandis que les images de difTusion produisent l'im- 
pression d'une plage unie. 

Les images de la mire et du guidon, dont la 
grandeur est loin de la limite de lacuilé visuelle, 
sont aisément i)pr(;ups pendant le temps court où 
l'accommodation les (ixe distinctes sur la rétine. 
Selon nos expériences, 2 à 4 millièmes de seconde 
suffisent pour les percevoir. L'image du dessin de 
la cible, par contre, se rapproche, dans certains 
détails, de la limite de l'acuité visuelle. Pour qu'elle 
soit perçue, un temps plus long est nécessaire; 
elle disparait par moments ou perd quelques-uns 
de ses détails. Même complète, elle est moins in- 
tense, moins facile à reîenir que les images de la 
mire et du guidon. 

Le fait qu'un temps plus long est nécessaire 
pour percevoir une image quand elle est à la 
limile de la visibilité, explique, nous l'avons vu, 
les difficultés du tir à grandes distances. Ici encore, 
l'expérience du tireur et l'expérience du laboratoire 
concordent : c'est la difficulté de retenir pendant 
la visée l'image du but qui constitue la difficulté du 
lir à grandes distances. Les images se rapprochent 
de l'extrême limile de l'acuité visuelle, où le temps 
nécessaire pour reconnaître une image devient 
relativement grand. 

V 

L'acte physiologique complet du tir est celui-ci : 
Sous le contrôle de l'œil, organe sensoriel, qui. par 
des changements d'accommodation rapides, super- 
pose les images mire, guidon, cible, les bras reçoi- 
vent des impulsions motrices telles que le fusil est 
dirigé de façon à placer les centres de ces trois 
images au même point. A ce moment, on presse la 
détente. 
. La vitesse des mouvements arcommodatifs esl la 



condition sine quniion du bon tir. Nous avons cons- 
taté la lenteur de ces mouvements chez des per- 
sonnes où rien d'autre, ainsi que cela arrive souvent, 
n'expliquait leur nullité au tir, persistante malgré 
tous les efforts. 

Cette lenteur de l'accommodation se rencontre 
surtout chez les astigmates non corrigés ou tardi- 
vement corrigés. D'une façon générale, elle peut 
être vaincue quand les exercices de tir ont com- 
mencé dans la jeunesse, à partir de treize ou 
quatorze ans. 

Les exercices de tir créent une rapidité crois- 
sante de l'accommodation et une coordination 
étroite entre les bras et l'œil, coordination qui per- 
fectionne le tir par l'abaissement du temps qui 
s'écoule entre la perception visuelle et l'exécution 
de l'impulsion motrice. 

Cette coordination musculaire peut devenir telle, 
dans quelques cas exceptionnels, qu'elle puisse 
se passer, jusqu'à un certain point, du contrAle vi- 
suel. Certains tireurs, après avoir fixé la cible, 
épaulent et tirent les yeux fermés. Sans obtenir des 
résultats bien remarquables, ils ne manquent que 
rarement la cible. 

Le tir est donc un exercice de coordination de 
tout premier ordre; il nécessite l'éducation d'une 
fonction inconsciente, " l'accommodation », qui, 
en produisant une perception visuelle composée et 
spéciale, permet d'établir la coordination œil-bras. 
Or, ces coordinations œil-bras Sont d'une impor- 
tance pratique considérable. 

Le tir mériteraitdonc d'entrer systématiquement 
dans la pédagogie moderne. 

Enseigné de bonne heure, non seulement il relè- 
verait la moyenne des tireurs au point de vue mili- 
taire, mais encore il développerait la vitesse de 
l'accommodation, fonction musculaire, et celle de 
la perception des formes, en un mot ce qu'on est 
habitué à appeler « le coup d'œil », et dont l'utilité 
est si grande dans un si grand nombre de circons- 
tances. D'' D. E. Sulzer. 



BIBLIOGRAPHIE 



ANALYSES ET INDEX 



101 



BIBLIOGRAPHIE 

ANALYSES ET INDEX 



1° Sciences mathématiques 

Ilat/.reld Ad.). Piofcsseiir honovaire au Lycée Louis- 
Ji:'-(ii\iiid. — Pascal. — ivol. in-S" de 291 parjes. 
{/'rix fv.) Félix Alcaii, édileiir. Paris, lïlOl. 

De l'ouvrage considérable qu'Ad. Halzfeld a consacn' 
à Pascal, et dont la publication a pu i-lre achevée après 
la mort de l'auteur, grâce à M. l'abbé Pial, une bien 
petile partie doit être étudiée ici. A quelques pages 
près, ce livre s'adresse aux philosophes plus qu'aux 
savants, et peut-être aux théologiens plus qu'aux philo- 
sophes. La partie scientilique elle-même, due à M. le 
lieuleiiant Perrier, est déjà partiellement connue des 
lecteurs de la Hcviie, qui ont pu en apprécier par eux- 
mêmes, il y a quelques mois', un chapitre presque 
entier, celui qui est relatif à Pascal oiéaleur du Calcul 
des Probabilités et précurseur du Calcul intégral. 

Cette étude a été placée en second lieu, par M. le lieu- 
tenant Perrier. Le premier chapitre est consacré aux 
découvertes physiques ; il débute, d'aillfurs, par un rap- 
pel des prodiges bien connus qui ont signalé l'enfance 
du grand homme et dont le plus célèbre est la recons- 
lilutiiin des propositions d'Euclide jusqu'à la trente- 
deuxième. A ce sujet, l'auteur cite une remarque de 
Moulucla, d'après lequelle celte dernière « dérive de 
deux autres des ligues parallèles qu'il n'est pas impos- 
sible à un esprit juste et né pour la géométiie d'aper- 
cevoir, quoique, peut-être, il ne pût se les démontrer 
rigoureusement ". Mais il n'admet point que Pascal ait 
suivi cette voie et s'en tient au témoignage de M"' Pe- 
rler, qui représente son frère comme étant arrivé au 
théorème en question par une série de définilions, 
d'axiomes et de démonsirations rigoureuses. 

Ce n'est point ici le lieu de discuter comment a pu se 
former l'opinion de M™* Perler. Mais, j'avoue que le 
l'ait de retrouver, même en suivant la voie supposée 
par Montucla, le théorème sur la somme des angles 
d'un triangle, me parait suffisamment extraordinaire 
en lui-même. (Juant à la chaîne de définitions et 
d'axiomes à laquelle fait allusion M'^' Perler, était- 
elle à la portée d'un seul génie, si puissant qu'on 
le suppose'? L'édifice euclidien n'est pas sorti tout 
construit du cerveau d'un géomètre. Les causes aux- 
quelles il doit sa naissance sont assez différentes de 
celles qui nous le font conserver et admirer aujour- 
d'hui. Elle sont avant tout d'ordre historique et dé- 
pendent de tout un mouvement philosophique où les 
arguties des sophistes, par exemple, jouent un rôle 
essentiel. Un esprit soustrait à ces inlluences de milieu 
a-t-il pu être amené à une construction analogue à 
celle d'Kuclide ? Cela me paraît bien douteux. Je croi- 
lai volontiers qu'un Pascal, par la seule force de son 
génie, eût pu y parvenir, s'il l'avait voulu. Mais j'ai 
peine à admettre qu'il ait pu en apercevoir l'utilité. 

Après nous avoir montré l'inventeur pratique dans la 
Machine arithmétique, M. le lieutenant Perrier nous 
fait admirer le physicien dans les célèbres expériences 
relatives à la question du vide et au baromètre. Il a su, 
dans l'espace étroit dont il disposait, nous donner 
d'intéressants renseignements sur les contestations de 
priorité qui ont eu lieu avec Descartes. En terminant, 
il nous montre l'œuvre scientifique de Pascal d'autant 
plus extraordinaire qu'elle n'a jamais tenu qu'une place 
secondaire dans la vie de celui que l'auteur appelle un 

' E. Pkkkieb : Pascal, créateur du Calcul des Probabilités 
et précurseur du Calcul iaténrsxl, Revue générale des Sciences 
du 30 mai laOl, n» 10, p. 482. 



« amateur de génie ». Ou sait, en effet, que Pascal ne 
considérait pas les résultats scientifiques comme vrai- 
ment dignes des efforts de l'homme ; et il évita de se pro- 
noncer sur la question du système du monde et" trouve 
bon qu'on n'approfondisse pas l'opinion de Copernic ». 
Ainsi que je l'ai dit plus haut, la partie relative au 
Calcul des Probabilités et au Calcul infinitésimal a été 
publiée tout au long dans la Revue, de sorte que je n'ai 
pas à y insister. Tout au plus signalerai-je cette remar- 
que, qu'au xvn' siècle les problèmes du Calcul intégral 
ont naturellement précédé ceux du Calcul différentiel. 
L'histoire des Mathématiques nous montre ainsi comme 
étant la première et la plus naturelle des notions du 
Calcul infinitésimal, celle d'intégrale définie que je 
serais disposé, pour plusieurs autres raisons, à consi- 
dérer comme telle. J.\cql'es H.^nAMAnn, 

Pro:'(.-sseup adjoint ;\ la Sorbonne. 
Professeur suppléant au Collège de France. 

2° Sciences physiques 

.Mîllot (C. j. Ancien Lieutenant de \ 'aisseau, v/iarijé d'un 
Cours complémentaire de Météorologie à la Facullr 
des Sciences de l'Cniversité de Xaney. — Notions 
de Météorologie utiles à la Géograpiiie physique. 

— 1 vol. ijr. in-H" de\l-2H~ par/es, avec 'ilii/ures dans 
le texte. Prix : 8 fr.i Uen/er-Levrault et C-, édi- 
teurs. Paris et \anry, I90i. 

M. Ch. Millot est un des premiers maîtres qui aient 
professé la Météorologie dans une Université. Son 
Cours, inauguré en 1884, a été publié en deux tomes 
lithographies, malheureusement à un trop petit nom- 
bre d'exemplaires. En rédigeant ces Xotions, l'auteur 
a songé surtout, comme le titre l'annonce et comme 
lui-même s'en explique, aux apprentis géo;;iaphes des 
Facultés des Lettres, pour lesquels n'est organisé aucun 
enseignement régulier de celte science auxiliaire, mais 
primordiale; à ceux qui étudient la Météorologie moins 
en l'air (si l'on peut dire) que sur lerre. Mais M. Millot 
ne sacrifie pas exclusivement à l'intérêt géographique : 
les phénomènes locaux ne masquent pas le jeu des 
lois générales. Son ouvrage n'est pas une revue des 
différents climats du globe, mais un trdité, ofi les expli- 
cations théoriques et les vues d'ensemble dominent. 
L'ordre des matières nous paraît dicté par la raison 
géoj;rapliique : le premier chapitre, qui a le caractère 
d'une introduction, est consacré à l'atmosphère; ce 
chapitre exige l'intelligence des formules mathémati- 
ques ; mais, après ces pages, les fzéographes se retrouvent 
dans un cadre plus familier : température, humidité, 
pression barométrique, circulation atmosphérique, telles 
sont les rubriques successivement développées. Si 
l'exposé ne s'encombre d'aucun appareil d'érudition, on 
sent, par quelques indications appropriées, que l'au- 
teur est au courant des travaux les plus récents, par 
exemple sur les exploratn.ns des tiallons-sondes, sur 
les données enregistrées à la Tour Eiffel, etc. Si M. Mil- 
lot invoque à plusieurs reprises, et avec la plus légitime 
autorité, des faits qu'il a notés sur son champ d'obser- 
vation, en Lorraine, il s'interdit, trop sévèrement à notre 
gré. tout jugement personnel. C'est ainsi qu'il rappelle, 
sans l'adopter ni la rejeter, la division classique et 
traditionnelle des climats irançais, laquelle semble 
mériter quelque critique ; de même, il reproduit, sans les 
interroger avec trop d'indiscrétion, les matériaux statis- 
tiques de source officielle ou autre. Mais l'auteur a 
limité sa tâche et son ambition; il a voulu, en ime 
démonstration sobre et concise, mettre en lumière 
l'unité de ce mécanisme complexe, de ce « brassage » 



102 



BIBLIOGRAPHIE — ANALYSES ET INDEX 



dont ratinosphc'Te est le llii'.'ilre. et àonl le climat est 
l'expression. C'est parce qu'il y a réussi que ce volume 
se recommande, non seulement à la clientèle restreinte 
des étudiants, mais à tous ceux qui s'inléressenl autre- 
ment ipi'en ciinversalioM à la pluie et au beau temps. 

B. AUERBACII, 
Professeur de Géoprraphio 

Il Ifnivei'sit,! de Nancy. 

'y.enger iProf. K. \\.). — Die Météorologie der Sonne. 
— 1 brocli. in-S" île 80 payes, tnci- une jihiiiche hova 
texte, liivnac, libniiro. J'nigue, 1901. 

Cet ouvrage est le développement desobservations et 
des théoiies que l'auteur a exi)Osées dans la llevtw du 
l'6 septembre IXiMl, t. Vil, p. 7ij:j. 

'riioni»s 'V.', l'i-i'j>;ivaloiif de Cliimie apiiliqui-e. ii la 
l-'aeulte (lex Scj'eiires de J'aris. — Les Matières 
colorantes naturelles. — 1 vol. in-H° de 180 payes 
do î'Jùieyclopédic scientilique des Aide- Mémoire. 
[Pvi.x: broché, 2 Cr. 80; cartonné, .3 fr.) Gauihior- 
Villars, éditeur. Péris, 1901. 

I,e titre de cet ouvrage comporte une restiiction im- 
portante et appelle un sous-litre. 11 n'y est, en effet, 
traité ni de l'indigotine, ni de l'alizarine, ni de l'iiéma- 
téine, mais seulement des matières colorantes jaunes 
appartenant aux groupes de la beimophénone, de la 
xantlione et de la thivone. 

Jusqu'à l'appaiilion de l'industrie des matières colo- 
rantes artiPicielles dérivi'es du goudron de houille, c'est 
presque exclusivement du règue végétal que le teintu- 
rier tirait, et depuis fort longtemps, les colorants néces- 
saires à son art. Les matières propres à l'obtention des 
nuances jaunes, notamment, étaient en nombre consi- 
dérable. Les extraits de la gaude, de la sarrette, de la 
gcnestrole, du bois jaune, du quercitron, du fenugrec, 
du fu?tel, du rocou, des graines de Perse et d'Avignon, 
du curcuma, du safran et de quelques autres, étaient 
largement utilisés. Ce n'est qu'au commencement du 
siècle dernier que les chimistes se préocupèrent 
d'extraire et d'étudier les principes colorants déHnis 
enfermés dans ces végétaux. Les noms de Chevreul, 
de Cavenlou, de liraconiiol, de Bolley, se ti'ouvent ins- 
crits aux premières pages de l'histoire de cej composés. 
HIasiwetz, Tromsdorff, Lecomte, Schutzenberger vinrent 
à la suite de ces premiers expérimentateurs. 

Mais le problème consistant à élucider les formules 
de conslitulion de corps possédant une structure aussi 
compliquée était trop ardu pour èlre résolu à celte 
époque. Il ne pouvait recevoir sa solution que grice 
aux découverles de la Chimie organique moderne. 
Une légion de chercheurs s'est acharnée à l'élude de 
ces questifuis si intéressantes. Les travaux de 
MM. (iraebe, Ciamician et Silber, Etli, Friedlaender, 
Benedikl, Herzig, von Kostanecki, C. A. Perkin, entre 
autres, ont jeté une vive lumière dans cette obscurité. 
Si certains points particulièrement clélicats sont encore 
controversés, d'autres sont maintenant hors de discus- 
sion. Pour certams coloranis, tels que l'apigénine, les 
formules déduites de l'analyse ont pu même être véri- 
fiées par la synthèse. 

Tous ces travaux sont relati's dans une masse impo- 
sante de .Mémoires, publiés dans divers pays : en Alle- 
magne, en .Angleterre, en Autriche, en .\méiique. 
Aussi est-il extrêmement diflicile de se faire une idée 
générale sur l'ensemble de la question. .M. ^■. Thomas, 
actuellement maitre de Conférences à la Faculté des 
Sciences de tiennes, a eu l'idée de réunir et de conden- 
ser en un volume les faits saillants de l'histoire de ces 
colorants naturels. Ceux-ci se divisent en trois groupes 
naturels : 

1° Groupe do la hcnzopliénonc, comprenant la rha- 
clurine (colorant du bois jaune) et ses dérivés, la caté- 
chine (du cachou) et ses dérivés, la kinoïne; 

2" Groupe de la xantlione, comprenant l'acide euxan- 
tbique (du jaune indien), la gentisine (de la gentiane), 
Ja datiscétine du Datiseu vaunubina; 



3" (iriiiipe de la Havane, comprenant la chrysine 
(des bour;;eons de peuplier), l'apigénine (du persil, 
i'acacéline (du faux acacia), la lutéoline (de la gaude), 
laquercétine(du quercitron), larhamnétine et la rham- 
nazine (des graines de Perseï, la fisélinc (du bois de 
fustel), le morin (du bois jaune), la myricétiue (du 
Myri'ca nagi), la kaempréride et la galangine (de la 
racine de galanga), et la lotoflavine (du Lotus arabieiis). 

A chacun de ces groupes est consacré un chapitre. 
En têle de chaque chapitre se trouvent exposées les 
jiropriétés physiques et chimiques, le mode de syn- 
thèse des noyaux initiaux : benzophéuone, xanthone et 
llavone. .A la suite vient l'étude particulière de chacun 
des colorants qui eu dérivent et qui se trouvent cités 
plus haut. 

Dans sa forme concise d'aide-mémoire, ce volume 
rendra service aux chimistes désireux de se documenter 
sur cette question quelque peu embrouillée. (Iràce à 
une bibliographie très soigneusement faite, le lecteur 
pourra facilement se reporter aux Mémoires originaux. 

J. Dupont. 

3° Sciences naturelles 

Lecomte iR.), Membre du Conseil de perl'ectionnemenl 
des Jardins d'essais coloniaux. Professeur au Lyerr 
Saint-Louis. — Le Vanillier, sa culture. Prépara- 
tion et commerce de la Vanille. — 1 vol. in-x' 
de 228 paqes. avec 26 ligures. {Prix o l'r.) .Xaiid, 
éditeur. Pans, 1901. 

Lorsque, en 1874, Tiemann et Haarmaim parvinrent 
à reproduire la vanilline avec les seules ressources du 
L,aboratoire, on put croire que la culture du vanillier 
allait, par cela même, se trouver singulièrement me- 
nacée. Et cependant, malgré les admirables perfection- 
nements apportés, d'une façon continue, aux procédés 
de production artificielle, malgré le fléchissement sur- 
prenant du cours de la vanilline, la gousse de vanille 
n'a rien perdu de la faveur dont elle jouissait, et — les 
siatisliques publiées par M. Lecomte l'établissent — son 
écoulement n'a éti' limité jusqu'ici que par sa [iroduc- 
tion. Il s'agit là, d'ailleurs, d'un fait absolument général 
dans l'industrie des produits aromatiques et, si para- 
doxale que puisse paraître la proclamation de la pros- 
périté solidaire des deux industries des parfums naturels 
et des parfums artificiels, elle n'en est pas moins légi- 
time, pour les raisons que nous avons eu l'occasion de 
développer ici-méme. 

Cependant, eu ce qui concerne la vanille, il n'est 
guère possible d'espérer que la situation sera toujours 
aus!.i lavorable. Quoi qu'il puisse en advenir, nous ne 
pensons pas qu'il soit téméraire de dire que le sujet 
de l'ouvrage dont nous allons faire l'analyse présenli' 
un grand intérêt d'actualité, d'autant que les questions 
coloniales paraissent commencer d'avoir raison de 
l'indilTérence publique. 

M. Lecomte était particulièrement qualifié pour traiter 
une de ces questions, car il appartient à celle pléiade 
de «vaillants champions de la vérité qui — selon l'ex- 
pression de M. Flahault — des pôles à l'équateur, des 
forêts tropicales aux neiges éternelles, forcent la Nature 
à leur livrer ses secrets <>. Il s'en est allé au loin, étu- 
dier l'agriculture et la flore exotiques. Joignant à la sa- 
gacité du savant la compétence du technicien, et péné- 
tré de cette vi'rité que " l'avenir de nos colonies est 
intimement lié au développement des entreprises agri- 
coles )), il s'est attaché à recueillir à leur source mêni'', 
pour les répandre ensuite, les plus intéressants et b^ 
])lus rares documents relatifs à la produciion coloniale, 
dans le but de favoriser le développement de ces entre- 
prises, livrant à tous lebénélicede ses lointains voyages. 
Et ce sont là les vrais apôtres de la colonisation, car 
point ne sert de d provoquer l'exode de nos comp.i- 
triotes vers des colonies lointaines », il faut avant tout 
<> les renseigner sur ce qu'ils pourrosl tenter et les 
armer du bagage de connaissances nécessaires pour 
éviter autant que i)0ssible les expériences inutiles et 



BIBLIOGRAPHIE 



ANALYSES Eï INDEX 



103 



onéreuses ». Certes, on trouve là tout un programme, 
et combien vaste ce programme! C'est celui que M. Le- 
comte s'est tracé et à la réalisation duquel il consacre, 
avec une conviction ardente et comniunicalive, tous 
ses efforts, toute sa science. Le livre qu'il vient de 
publier, comme tous ses écrits antérieurs, possède la 
caractéristique des œuvres de ceux qui ont vu : la cer- 
titude de documentation, la logique des conclusions. 

Ajirès un cbapitre historique très nourri et très pitto- 
resque, l'auteur décrit les principales espèces, fort 
nombreuses, de vanilliers, en iusistant tout spéciale- 
ment sur le Vunilhiptnnifolin, l'espèce la plus répandue 
■et, en même temps, celle qui fournit la vanille la plus 
estimée. 11 lise ensuite, avec précision, les conditions 
de climat et de sol qui paraissent les plus favorables à 
la culture du vanillier. 

Les questions relatives à la création et à l'entretien 
d'une vanillerie sont exposées dans les quatrième et 
cinquième chapitres avec une grande compétence. 

11 importe, pour le planteur, de connaître les ejinemis 
éver.tuelsdes végétaux qu'il cultive ; aussi M. I.ecornte a- 
t-il consacré quelques payes aux nombreux parasites 
qui ravagent les plantations de vanilliers. 

La pollinisaiiou et la fécondation, ces deux sédui- 
santes questions qui, actuellement, alimentent d'une 
façon si heureuse les conceptions phdosopbiques sur la 
variation des races et des espèces, .«ont l'objet d'un 
important chapitre, dans lequel les liguies, essentielle- 
ment originales, méritent d'être signalées à l'attention 
•du public : les unes mettent minutieusement en évi- 
dence la technique de la pollinisation artificielle, les 
autres donnent une idée aussi nette que possible des 
variations qui se produisent dans l'ovaire à la suite de 
<'elte opération. 

Parmi les sujets que M. Lecomte a su rendre particu- 
lièrement intéressants, nous signalerons la piéparation 
de la vanille. Le lecteur trouvera, en effet, non seule- 
ment la description détaillée et précise des procédés, 
mais encore — chose rare — la critique de ces procédés 
en même temps que dfs vues originales sur le méca- 
nisme de la formation du parfum de la vanille. Ces vues 
ont, d'ailleurs, été récemment précisées par l'auteur 
dans une intéressante Note présentée à l'Académie des 
Sciences. 

Knfin, toutes les questions relatives à la chimie de 
la vanille : composition de la plante, industrie de la 
vanilline, altérations, falsifications, <i vanillisme », aussi 
bien que celles relatives à sa production et à son com- 
merce, sont magistralement traitées. 

jNous ajouterons que cet excellent livre a été publié 
avec la collaboration d'un praticien de talent, M. Chalot, 
directeur du Jardin d'essais de Libreville. Il est copieu- 
sement illustré et imprimé avec soin, ce qui contribue 
encore à en rendre la lecture agréable. 

Le Viiiiitlior est un de ces ouvrages originaux et 
utiles dont M. Etard, dans sa Revue annuelle de Chimie, 
déplore à juste titre la pénurie parmi les publications 
innombrables qui encombrent la librairie. 

EUGÈ.NE Ch.\RABOT, 
Docleur es Sciences. 

IVeuville (Henri;, Préparateur au Musi-um d'Hislniri' 
naturelle île Paris. — Contribution à l'étude de 
la vasoularisation intestinale chez les Cyclos- 
tomes et les Sélaciens. ( Thèse de Doctorat de la 
Faculté des Scieuces de Paris.) — 1 vol. in-B" de 
116 pages et 1 planclie. {Annales des Sciences natu- 
relles, Zoologie, 8= série, vol. XIII.) Masson et C", 
éditeurs. Paris, 1901. 

Existe-t-il, chez les Sélaciens et les Cyclostorac.s, un 
système chylifère semblable à celui que l'on connaît 
chez les Vertébrés supérieurs? Telle est la question que 
plusieurs auteurs se sont déjà posée et que M. Neuville 
vient d'aborder dans son travail. Ses recherches lui per- 
mettent de répondre définitivement par la négative : 
ni les Cyclostomes, ni les Sélaciens ne possèdent de 
système chylifère, et les vaisseaux qui ont été regardés 



par plusieurs naturalistes comme des lymphatiques 
appartiennent en réalité au système veineux. 

Chez les Cyclostomes, les dispositions offertes par le 
tube digestif et par les vaisseaux qui en dépendent 
sont extrêmement simples. Les villosités, restées à l'état 
embryonnaire, sont réduites à desimpies lames, résul- 
tant d'une évagination de la muqueuse, et l'intérieur de 
ces replis est en communication directe avec le sys- 
tème veineux. 11 en résulte ainsi la formation d'une 
sorte de tissu caverneux sous-muqueux. Les lacunes 
veineuses des Cyclostomes ont donc le même rôle que 
les chylifères des Vertébrés : les mêmes veines qui 
ramènent dans la circulation générale le sang ayant 
servi à la nutrition de l'intestin, y ramènent auïsi les 
éléments nutritifs élaborés par le tube digestif Le pro- 
cessus de formation des villosilés n'a pas été suivi de 
la haute différenciation qui, chez les Vertébrés supé- 
rieurs, a amené dans ces organes la formation d'un 
appareil absorbant compliqué et appartenant à deux 
systèmes distincts, sanguin et lymphatique. 

11 n'en est pas autrement cliez les Sélaciens, mais, 
ici, les dispositions des gros troncs artériels et veineux 
qui desservent le tube digestif sont moins simples et 
varifut d'ailleurs avec les genres. L'auteur les étudie 
principalement dans les genres Acantliias, Zygœna, 
Scyllium, Galeus, (^entrophorus et liaja, et il les 
représente dans leurs rapports avec l'estomac, l'intes- 
tin valvulaire, les glandes annexes du tube digestif, etc. 
Je mentionnerai plus particulièrement le chapitre rela- 
tif au système sus-hépatique. D'importantes variations 
s'observent en effet chez les Sélaciens relalivement à ce 
système : la plupart d'entre eux offrent un sinus hé- 
patique, mais quelques-uns n'offrent qu'un plexus 
[Lamna] et d'autres enfin ne possèdent ni plexus ni 
sinus iSpinacidés). Ce dernier type est incontestable- 
ment le plus simple et le plus ancien. On aurait pu 
croire que ces variations étaient en rapport avec les 
profondeurs différentes auxquelles vivent les Sélaciens; 
M. Neuville montre au contraire que ces variations 
tiennent uniquement à des faits évolutifs et que le 
sinus hépatique manque chez les formes abyssales, 
non pas parce que ces dernières vivent dans de 
grandes profondeurs, mais parce qu'elles sont plus 
anciennes et moins évoluées que celles qui habitent 
les couches superficielles de l'Océan. 

Le travail de M. Neuville fixe donc d'une manière 
définitive un point intéressant de l'anatomie comparée 
du système circuLiloire »hezles Vertébrés inférieurs. 
D'' K. Kœhleh, 

Piuiesseur de Zuologie à l'Uuiversité de I.yoD 

4° Sciences médicales 

Poiichet (G.), Membre ilv l'Acideiuie de Méileeine. 
— Leçons de Pharmacodynamie et de Matière 
médicale. Deuxième série : Hypnotiques ; Modifi- 
cateurs intellectuels. — 1 vol. grand in-H" de 883 
pages, a^ec 56 ligures dans le texte. {Prix ; 16 Ir.) 
Octave Doin, éditeur. Paris, 1901. 
La première leçon, consacrée, suivant l'usage, aux 
généralités, se propose de mettre en évidence Y impor- 
tance des préparations galéniques en Thérapeutique. 
Elle n'est, au fond, que la paraphrase du passage de 
Fonssagrives qui lui sert de conclusion : « Les théria- 
ques naturelles dans lesquelles la Nature enveloppe 
les alcaloïdes, ne méritent pas le dédain que l'on est 
disposé aujourd'hui à concevoir pour elles; et, lancés à 
fond de train à la poursuite de ces quintessences médi- 
camenteuses, dont je ne nie certainement pas l'impor- 
tance, nous oublions trop les substances naturelles 
d'où la Chimie les extrait. Une analyse clinique plus 
attentive et pénétrant davantage dans les nuances nous 
révélerait, entre l'action de ces médicaments complexes 
et les principes qu'on en retire, des différences, qu'il 
n'est pas permis d'abstraire au profit de notre repos. > 
Les hypnotiques susmentionnés font l'objet des 
leçons 11 à V. A signaler particulièrement l'hypothèse 



104 



BIBLIOGRAPHIE — ANALYSES ET INDEX 



sédiiisantL^ de M. Pouchet relative à uiio relation cuire 
l'aclion hypnotique et la structure iiioléculaire du |iru- 
duit considéré. Celle /;i//(;r;«j(',quilui paraildevoir jouer 
un rôle prépondérant, résidcrnil dans lu siltintioii d'un 
atome do carhnni' l'onlnil: 



Cil' 

II/ 


^11 


Alcool V 


thylique 



Cil 



^G = 

Aldéhyde. 



.\zll\ 

>C = 
C«HH»/ 
L'réthane. 

SO'.C^H» 



Cil» .SO^CMi' CH\ ,S0^C=1I= CMl , / 
\(-./ ^c-^ ^c^ 

CM'/ \so'.cMP CHV^ \.so=.cnp cMp/ \so«.c-ii 



Et l'auteur en fournit une preuve d'une certaine 
force: tandis que les dérivés sulfonés dans lesquels les 
deux groupes SO- sont unis à un môme atome de car- 
bone sont de véritables liypnuliquep, au contraire les 
dérivés sulfonés dans lesquels les groupes SO- sont unis 
à deux atomes de carbone différents, ne présentent 
aucune propriété hypnotique : 






M — SO'.C.N 
I 
M-SO'.C.N 



Sulfonalides vrais, avec i:roupos Dériv(îs sulfoné.s avec groupes 
SO* liés au même atome de SO- liés à deux atomes de car- 
carbone, boue différents. 
Nfjpnotiipies. Non liypnolii^ues. 

Enfin, à ne considérer que l'activité hypnotisante 
de chacun des dérivés, il est remarquable que l'action 
est d'autant plus accentuée que le dérivé renferme un 
plus grand nombre de groupes éthyle. 

Les leçons VI à XIX étudient les alcools, et plus spé- 
cialement l'alcool éthyli(|ue. Les aftinités chimiques, 
le processus de la fermentation alcoolique, les pro- 
priétés physiologiques de l'alcool, l'alcoolisme aigu et 
chronique, l'intoxication par les essences, les considé- 
raiions médico-légales relatives à l'alcoolisme aigu et 
chronique, l'alcool envisagé aux points de vue aliuien- 
laire et thérapeutique, toutes ces questions sont succes- 
sivement ti ailées avec ampleur et compétence. 

Xous signalerons l'opinion, si autorisée, de l'auteur, 
relative à l'emploi thérapeutique de l'alcool. En cette 
époque où les abstentionnistes absolus mènent une si 
violente campagne et où dtf virulents plaidoyeis ne 
visent à rien moins qu'à la proscription formelle de 
l'alcool de la pralijue thérapeutique hospitalière et 
privée, il est intéressant de constater que le professeur 
de Pharmacologie de la Eacullé de Paris, d'accord en 
cela avec de hautes autorités médicales étrangères 
(Liebreich, Latider Brunlon;, se piononce nettement en 
faveur de l'utiliié de l'alcool en Thérapeutique. ,\près 
avoir rappelé avec complaisance l'opinion si ration- 
nelle de Todd, il ajoute: " 11 est inutile de faire ressortir 
ici le rôle considérable que l'alcool, judicieusement 
employé, peut remplir, .le vous ai parlé, à propos de 
l'emploi de l'alcool au point de vue hygiénique, de sa 
valeur alimentaire ; je vous ai moniré l'inlluence effi- 
cace avec laquelle l'alcool pouvait lutter contre une 
nutrition insuffisante ou même contre la dénutrition 
de l'individu. Cet emploi judicieux de l'alcool dans des 
conditions déterminées permet de faire atteindre la 
période de retour et de reconstitution des réserves, 
c'est-à-dire permet aux individus, qui en apparence ne 
s'alimentent pas, d'atleiiidre la période où ils pourront 
de nouveau s'alimenter et solder les frais de leur 
maladie. » 

Les leçons XX à XXXIV constituent l'étude la [plus 
complète que nous connaissions de l'npiuni ni de sos 
dérivés; la pharmacologie, la pharmacodynamie, la 
toxicologie en sont exposées avec une grande préci- 
sion et un souci évident de la |)ratiiiue médicale et 
pharmaceutique. La lecture en est des plus recomman- 
dables aux médecins qui ont le désir de faire de la 



thérapeutique rationnelle, c'est-à-dire une application 
raisonnée des données de la Pharmacodynamie à la 
Physiologie pathologique. 

Le sujet est d'un rare intérêt pour le clinicien ; tous 
les chapitres ont été rédigés avec une égale conscience, 
quelques-uns sont plus particulièrement originaux. 

La constitution chimique de la morphine est très 
longuement étudiée et. parlant du noyau de la base 
morpholique, qu'il prend comme centre de figure, 
M. Pouchet propose la formule suivante, qui contient la 
figuration des échanges d'atomicités et qui met en 
évidence le noyau du phénanlhène : 



lie 


Cil /\ im 

_/|C C|\_ 


cil 




ii=c/~ 


~\cii 


Otl 


CH 


c\ l/c 
11C\ /cil 

\/ 

AzC'IP 


C.OII 





A l'occasion de la posologie de l'opium et de ses 
alcaloïdes et de ses indications physiologiques, méde- 
cins et pharmaciens trouveront de nombreuses et pn'- 
cieuses indications pratiques relatives aux équivalences 
des médicaments galéniques à base d'opium, à leui 
préparation, aux formules dans lesquelles ils peuvent 
entrer, à leurs synergies, etc. 

Le résumé historique de l'emploi de l'opium s'étend 
d'Homère à Claude Bernard. On y trouvera, en parlicu- 
lier, le fameux passage de Sydeuham, extrait de ses 
ÇEuvres imprimées à Londres en l68o, et qui renferme 
en substance toute la pharmacodynamie de l'opium. 

L'étude des dilTérences pharmacodynamiques exis- 
tant entre l'opium et ses alcaloïdes fournit à l'auteur 
l'occasion d'affirmer à nouveau l'utilité de l'emidoi des 
médicaments complexes, ce des thériaques natuielles ■■, 
dont l'opium est le type. Il s'élève â ce sujet conire 
l'expression de Claude Bernard qualifiant de « gangue 
inutile " les principes immédiats accompagnant les 
alcaloïdes et contre son affirmation que la Thérapeu- 
tique oll'rait bien assez de difficultés par elle-même 
sans qu'on vînt encore les augmenter en conlinuant 
d'employer des médicamentscômplexes comme l'opium, 
n'agissant que d'une manière souvent exirèinHuienl va- 
riable. Il se prononce, au contraire, au nom d'un empi- 
risme « corroboré par une suite concordante d'obser- 
vations séculaires -., pour l'emploi, en certains cas, de 
l'opium en nature. 

11 faudra lire l'élude de l'action cardiaque de l'opium, 
de son action sur le système nerveux, du mécanisme 
physiologique, du sommeil morphinique en particulie]-, 
et le parallèle si intéres.«ant entre l'opiomanie dis 
Orientaux et l'alcoolisme des Occidenlaux. 

L'antagonisme partiel de l'opium et de la belladnni- 
est l'occasion d'une étude générale sur l'anlasonisnir 
thérapeulique et l'antidotisme. L'auteur s'élève avi ( 
force conire la croyance à l'antidotisme vrai. Pom 
lui. Il il n'existe qu'un seul fait d'antagonisme vrai : la 
neutralisation des nitriles de la série grasse par rhy]io- 
sulfite de soude ». Les autres cas qu'on a cités ne sonl. 
pour la plupart, que des phénomènes d'antagonisni- 
partiel, qui peuvent sans doute, dans une certaine 
mesure, aider dans le traitement des individus empoi- 
sonnés par des doses toxiques de certains médiia 
menis, mais sur lesquels on aurait le plus grand toii 
de compter pour obtenir de leur emploi exclusif uin' 
action efficace suffisante. 

L'élude de l'action de la morphine sur la tempéra- 
ture, la respiration, la circulation, est très documenlie 
et illustrée d'un grand nombre de graphiques des plus 
démonstratifs. La morphinomanie est ensuite éliuliLi^ 
longuement. 

La dernière leçon est consacrée à l'étude du chanvre 
indieu. 

D'' Alfred M.\rti.\et. 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



103 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 

DE LA FRANCE ET DE L'ÉTRANGER 



ACADEMIE DES SCIENCES DE PARIS 

Séance du 30 Décembre 1901. 

M. Albert Gaudrj- est élu vice-président de l'Acadé- 
miepoui' lOii-i. — M. le Secrétaire perpétuel annonce le 
décès lie Sir J. Gilbert, Correspondant de la Section 
d'Economie rurale. 

1" Sciences m.\thém\ti(jles. — M. Niels Nielsen com- 
munique ses recherches sur les séries de lactorielles. 
— M. Alfr. Loewy a étudié les équations dilTérentiel- 
les linéaires qui sont de la même espèce. — iM. E. Lin- 
delof communique quelques théorèmes nouveaux sur 
les fonctions enlières. Dans certains cas, le ^.'enre d'une 
fonction entière définie par une série donnée dépend, 
non pas de l'ordre de grandeur des coefficients de cette 
série, mais de leurs propriétés analytiques. — M. A. 
Guldberg a étudié les relations entre les invariants 
intéi-'raux et les paramètres difîérenliels. — M. R. de 
Saussure détermine le mouvement d'une droite qui 
possède trois degrés de liberté. — M. Mesnager recher- 
che les tensions intérieures produites par deux forces 
égales et directement opposées agissant sur un solide 
iini.-fnd. 

■J ' Sciences PHYSIQUES. — : M. E. Carvallo, en étendant 
1. - lois de Kirchhofî, a'oblenu les deux lois générales 
sun antes : 1" Le llux du courant total à travers toute sur- 
face termée est nul ; 2" La force électromotrice totale ^\m 
rèi;iie dans tout circuit fermé est nulle. — M. W. de Ni- 
eolaiève a observé, dans le champ électrostatique qu'il 
a manifesté dans le sein des éleclrolytes pendant le pas- 
sade du courant, une réaction spéciale : les tubes de ce 
champ coincident.avec les lignes de courant; par suite, 
les matières isolantes, qui sont diélectriques pour les 
lubes du champ ordinaire, se comportent dans les élec- 
lrolytes comme des matières diélectriques parfaites, 
c'est-à-dire dépourvues de perméabilité électrique. — 
M. Th. Tommasina a constaté que, dans le rayonne- 
ment d'un tube contenant un mélange de chlorures de 
radium et de baryum, il existe des rayons qui subissent 
la réilexion. — M. Gouy a déterminé les maxima élec- 
tro-capillaires de quelques composés organiques en solu- 
lion dans l'eau pure ou ne contenant que de faibles 
quantités d'eau. — .MM. Ph. A. Guye et Ed. Mallet ont 
mesuré les con«tanles critiques et la complexité molé- 
cidaire de quelques hydrocarbures élevés : durène, di- 
phénylméthane, biphényle, naphtaline. Les valeurs 
trouvées montrent que ces corps doivent être considé- 
rés comme des lluides normaux entre le point d'ébulli- 
tion et le point critique, aussi bien dans la phase liquide 
que dans la phase vapeur. — M. de Forcrand a déter- 
miné la chaleur de formation de l'hydrate de chlore, 
par la mesure directe (18 cal. o7! et par l'étude des 
courbes de dissociation 1 18 cal. 10'. La moyenne est de 
18 cal. .36. — M. M. Guédras a reconnu que l'action 
thérapeutique de l'ergot de seigle est due à l'acide 
sphacélinique, à la cornutine, ainsi qu'aux sels de cet 
acide et de cet alcaloïde. 

3" Sciences naturelles. — M. Ant. Pizon pense que 
le phénomène de la vision est simplement la consé- 
quence de l'accumulation de granules pigmeutaircs en 
certains points de la surface du corps et du pouvoir 
absorbant de ces gianiib-s jiour les rayons lumineux. 
— .M. L. Guignard a étudié le phénomène de la double 
fécondation cliez les Solanées et les Gentianées; il s'ef- 
fectue essentiellement de la même façon que dans les 
autres plantes oii il a pu être observé' jusqu'à ce jour. 
. — MM. Ch. Eug. Bertrand et F. Cornaille ont étudié 
les régions (l'une trace foliaire de Filicinéc. — MM. H. 

IlEVUE CÉXÉRXLB DES SCIF.:;CES, 190,' 



Bordler et Lecomte ont fait des expériences d'applica- 
tion directe des courants de haute fréquence sur les ani- 
maux ; lapin, cobaye, rat. On observe toujours des acci- 
dents mortels, dus probablement à des phénomènes 
d'inhibition développés par ces courants dans les centres 
nerveux respiratoires. Ces faits montrent bien que les 
courants de haute fréquence ne s'écoulent pas superlî- 
ciellemeiu par la peau, mais pénètrent dans les tissus. 
M. d'Arsonval pense que les accidents mortels signalés 
par les auteurs précédents sont dus à la chaleur déve- 
loppée dans les tissus et aux coagulations ou embolies 
qu'elles déterminent. — M. Et. Joukowsky a étudié les 
édogites lies .\iguilles Rouges. Ou y constate une trans- 
formation du diopside et du grenat dans des minéraux 
du groupe de la hornblende, transformation qui est pro- 
bablement due à l'intrusion de la granulile. 

Sennce du 6 Janvier 1902. 

1" Sciences ii.iTHÉsi.vTiQUEs. — M. Em. Cotton étudie 
des systèmes d'équations linéaires aux différentielles 
totales qui sont une généralisation des systèmes de Lie. 

— M. A. Korn démontre la possibilité d'une infinité de 
vibrations universelles de la matière pondérale. — 
M. P. Buhem élend le critérium de Lejeune-Dirichlet à 
la stabilité, pour des perturbations quelconques, d'un 
système affecté d'un mouvement de rotation uniforme. 

— M. G.-B. Flamand a déterminé la position f.'éogra- 
phiquo d'in Salah, oasis de l'archipel touatien (Tidikelti. 
La latitude moyenne est de 2'/'>i0"i0" nord et la longi- 
tude moyenne de C'/'SO" est de Paris. 

2" Sciences physiques. — .M. E. Carvallo donne l'in- 
terprétation dynamique et formule l'expression analy- 
tique de ses deux lois fondamentales de l'Llectrodyna- 
mique; il les applique au cas des conducteurs et des 
iliélectriques paifaits en repos et compare ses résultats 
à ceux de Maxwell. — M. 'W. de Nicolaiève décrit une 
expérience sur le champ électrostatique autour d'un 
courant électrique dont les résultats concordent exacte- 
ment avec ceux prévus par la théorie de Poynting. — 
M. Th. Moureaux indique la valeur absolue des élé- 
ments magnétiques au 1 "■'janvier 1902, d'après les obser- 
vations faites à l'Observatoire du Val-Joyeux. — M. G. 
Lippmann montre comment l'on peut mettre au foyer 
un collimateur ou une lunette par la simple mesure 
d'une parallaxe. Il donne également une méthode 
optique pour vérifier si une glissière ou une règle sont 
rectilignes. — M. A. Job indique une nouvelle méthode 
pour la mesure des températures élevées. Un gaz dé- 
gagé par un voltamètre s'échappe successivement par 
deux tubes capillaires, l'un froid, l'autre placé dans la 
source de chaleur à étudier. Par suite de la variation de 
la viscosité du gaz avec la température, la vitesse 
d'écoulement se modifie et l'excès de pression dans le 
voltamètre passe de h à H. Le rapport H /avarie comme 
une fonction linéaire de la température et permet de 
mesurer celle-ci. — M. H. Moissan, par l'action de 
l'hydrogène sur le potassium à une température de 360 ', 
a obtenu un hydrure blanc cristallisé, de formule KH, 
instantanément décomposable par leau, prenant feu à 
froid dans le fluor, le chlore et l'oxygène sec, possé- 
dant des propriétés réductrices très énergiques. — 
M. A. Mailhe a fait réagir le tétrahydrate de cuivre sur 
des dissoluiions de sulfates et a obtenu en général des 
corps mi.^;tesbien cristallisés : 2 SO'R, 3 CuO, 12 H-0. — 
M.M. Ch. Moureu et R. Delange, en faisant réagir des 
carbures acétyléniques sodés sur des éthers-sels, ont 
obtenu dans beaucoup de cas, à côté des aldéhydes acé- 
tyléniques, des étbers ^-céloniques. — M. Th. Schloe- 
sing fils a fait des expériences sur l'alimentation des 

:!■•■ 



10(3 



ACADEMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES 



piailles en pli05phore e' il mniide ([ue les phosphates 
solubles à l'eau liemieiU uul- place iiii|iorlante dans la 
nutrition. 

:\» SoiKNcKs N MuiiELLEs. — M. Lannelongue signale 
un cas de tumeur du lendon d'Achille. Celle-ci, (pii 
d'abord était molle et paraissait liquide, s'est peu à peu 
transforinée et durcie, en devenant opaciue aux rayons X. 
Il s'agit probablement d'uu kysie hydatiqne ayant subi 
la transformation crétacée. — M. Bra a constaté, dans 
le sanj; des épilepliquos, la présence constante d'un 
microort;auisiiie à l'approche des attaques, pendant ou 
immédiatement après les crises. Ce sont tantôt des corps 
isolés ou réunis en diplocoques, ou bien des vermi- 
cules. Il s'aiiirait d'une variété très spéciale de strepto- 
coque. — M.\I. A. Charrin et Brocard ont déterminé 
l'utilisation des sucres (he.'coses) par l'organisme. Le 
lévulose occupe le premier rang, le galactose le 
deuxième et le glycose le troisième. — M. E. L. Bou- 
vier présente de nouvelles observations sur l'évolution 
et l'origine des Péripates. Avec .M. Kennel, il considère 
les orifices anormaux comme les pores excréteurs des 
néphridies sexuelles de l'ancôtre aquatique du groupe. 
— M. E. Topsent communique quelques remarques sur 
l'orientation des Cviiiorliiza. — M. G. "Vasseur a trouvé 
le terrain nuinniulitique dans un sondage exécuté à 
Saint-Louis (Sénéfjali. Il arrive à celte conclusion que, 
vers la fin de la période éocène inférieure, la mer for- 
mant un vaste golfe dans la partie orientale du désert 
lybique et dans le déseit arabique, et recouvrant une 
partie de r.\lgérie, contournait au nord-ouest le conti- 
nent africain et suivait à distance la ligne du rivage 
actuel de l'Allanlique pour atteindre au sud le bassm 
de .Saint-Louis. — M. A. Bresson a étudié la nappe de 
recouvrement des environs de Gavarnie et de Cèdre. 
Louis Bhunet. 

ACADÉMIE DE MÉDECINE 

Séance du 7 Janvier 1902. 
M. Guyon, président sortant, fait le tableau des 
travaux accomplis par l'Académie en 1901. — M. Riche 
prend place au fauteuil de la présidence. — M. Lom- 
bard donne lecture d'un mémoire sur l'emploi de la 
gélatine contre les troubles résultant du défaut de 
plasticité du sang. 

Séance du 14 Janvier 1902. 
L'Académie vote un certain nombre de conclusions 
qui font suite au Ua[>port de lc> Commission de F'ily- 
giène de l'enfance: 1° L'allaitement de l'enfant par sa 
mère et, à son défaut, par une autre femme, doit être 
préféré à tout autre mode d'allaitement; 2" si le lait 
de femme manque, le lait animal fànesse, vache, 
chèvre, etc.) doit constituer la nourriture exclusive 
du jeune enfant; .3" tout lait animal doit èlre donné 
non contaminé, ou bouilli, ou, mieux, stérilisé: 4" le 
biberon :i tube doit être légalement interdit; :;" l'assis- 
tance médicale «ratuite doit être accordée aux nour- 
rissons de parents in.solvahles; 0" l'assistance judiciaire 
doit être accordée aux nourrices pour perm^ntre de 
poursuivre la ri'cupc'-ralion des salaires qui leur sont 
dus par les parents des nourrissons qu'elles élèvent. 
— M. Le Roy des Barres lit un mémoire sur la 
relation comparée de cinq épidémies de diphtérie à 
la Maison nationale d'Kducation do Saint-Denis de 1827 
ù 1901. 

SOCIÉTÉ DE BIOLOGIE 

Séance du 14 Décembre 1901. 
M. R. Bensaude a étudié queli|ues modifications du 
sang au cours dune ascension en ballon. L liyprrglo- 
bulie du saii« de la carotide du chien à 1.0(iO niètns n'a 
été que de 4 à •/„. — M.M. Moussu d Marotel ont 
observé uik; coccidiose intestinale du mouton coexis- 
t.uif avec la strongylose gastro-intestinale. — M. R. 
Larger communique pins de six cents observations 



montrant que les mèines stigmates obstétricaux sont 
engendri's par les inènies antécédents liéréilitairi'S. — 
M. Ch. Féré a reconnu que l'action calmante de la 
valériane et du valérianate d'aiunionia(|uc s'explii]Ui> 
par la provocation d'une excitation préalalile qui |>réci- 
pite la faliiîue. — M. R. Dubois répond aux critiquesde 
M. .Mosso sur sa Ihécuie du sommeil par autouarcose 
carbonique. — MM. Arloing: et P. Courmont ont cons- 
taté ([lie l'action de certains anlise[iti(pies (foiinol) et du 
froid permet de consi^rver sans nindificalions notables 
pendant qiielc|ue lem|is les cultures lii|uides homogènes 
de bacille de Koch destinées à l'agiiliitination. — .M. M. 
Lambert a reconnu que l'intoxicalion ibogénique pré- 
sente une analogie frappante avec celle que produit la 
cocaïne. — M. G. Carrière a observé que le suc gastri- 
que normal, /;; vivo ou ;;/ vitro, n'exerce aucune action 
bactéricide sur le bacille de Koch. — M.M. Calugareanu 
et 'V. Henri ont reconnu que la corde du tympan s'est 
régénérée, chez un chien, aux déiiens dos liiires du nerf 
hypoglosse. — MM. L. Lévi et P. Bonnier ont étudié 
les ri'actions immédiates de l'appareil de l'ouïe consé- 
ciitivementà l'injection de sérums inorganiques; lacuilè 
auditive a généralement été améliorée. — M. J. Lar- 
guier des Bancels a cimslalé que le pouvoir digestif 
de la macération pancréatique est très sensiblement 
accru par les extraits de levure de bière. — MM. Lesné 
et P. Ravaut montrent que, pur destruction des héma- 
tie?, on peut, suivant les doses de substances globiili- 
cides employées, déterminer : à jietite dose, de l'urobi- 
linurie seule; à dose plus élevée, de l'urobilinurie et de 
la cliolurie ; à dose plus forte encore, de l'hémoglolnnurie 
suivie du stade précédent. 

La Société procède au renouvellement de son bureau. 
M. E. Marey est élu présiilent pour cinq ans. MM. Ca- 
pitan et Hénooque sont élus vice-présidents. 

Séance du 21 Décembre 1901. 
.M"=» I. loteyko et M. Stefanowska ont trouvé la loi 
suivante, qui régit l'aneslhésie des nerfs : Sous l'in- 
lluence de l'aiieut aneslhésitiue (chloroforme, éther, 
alcool), qui atteint simultanément le nerf sur toute sa 
longueur, l'excU'ilioii de la partie supérieure du nerf 
cesse d'être efficace bien avant l'excitation de sa partie 
inférieure. Plus un trajet est éloigné du muscle et plus 
vite disparaît son excitabilité. L'ordre inverse est suivi 
pour le rélahlissenienl des fonctions après le réveil. — 
Les mêmes auteurs ontconslaté que, dans l'anesthi'sie 
locale des nerfs, l'excitabilité <les libres sensitives dis- 
parait avant l'excitaliilité des libres motrices. — MM. S. 
Arloing et A. Descos ont reconnu que, sur des sujets 
liien portanis, l'action toxique immédiate de la tuber- 
culine peut être supprimée par l'addition à la tubercu- 
line d'une dose convenable de sérum antiluberculineux. 
La toxicité subsistant dans le mélange peut être attri- 
buée aux loxones de la tuberculine. — M. F. Arloing 
a constaté que la mucine exerce une action incontes- 
table sur la virulence du bacille de Loefller, mais n'en 
a pas sur la toxine diphtérique. Elll; serait donc bacté- 
ricide, mais non antitoxique. — .M. L. Dor a observi- 
que le sêrochrome est avide d'o.xygène et (|u'il l'absoibc 
en se décolorant; ensuite, il n'a plus d'avidité pour 
l'oxygène. — M. G. Linossier a étudié l'action des 
alcools de fermentation sur les poissons. La toxicité 
augmente avec le poids moléculaire. Une certaine ac- 
coutumance peut être obtenue par l'action méiia^;ée 
des alcools. — M.M. A. Mossé et Sarda ont cherché la 
valeur de l'examen du sang et de la formule leucocy- 
taire dans le diagnostic des abcès du l'oie. L'byperleu- 
.cocytose est insuffisante pour perm(;ttre de faire un 
diafjnostic; le pourcentage des polynucléaires neutio- 
(diiles aurait une valeur sémidolo^'ique plus grande. — 
.M. E. Maurel a n^connu que le chlorhydrate d'émétine. 
employé par la voie hypodermique, peut être considère 
comme un aiiesthésiqiie, au moins chez le lapin. Il se 
pourrait que cette [iroprii''lé put être utilisée chez 
l'homme. — .M. P. Armand-Delille a provoqué, par 
introduction intia-ai achnoïdieiine du poison scléro- 



À 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



107 



s;int du bacille tuberculeux, une méningite spinale 
plastique. — MM. H. Roger et P. Garnier ont déter- 
miné, chez de jeunes animaux, des lésions thyroï- 
diennes, qui ont été .suivies d'un arrêt très marqué du 
développement. — M. A. Clerc a constaté, dans le 
cours des infections subaiguës chez le lapin, des varia- 
tions des ferments sanguins (lipase, amylase) analogues 
à celles observées chez l'homme, et en particulier chez 
les malades tuberculeux. — MM. J. Hulot et F. Ra- 
mond ont injecté à des coliayes du foie d'un autre 
cobaye en suspension dans du sérum, et ont observé 
des lésions des cellules hépatiques; l'injection avait 
donc produit la formation d'une substance hépatoly- 
lii|ue. — MM. A. Gilbert et P. Lereboullet montrent 
que le diabète par anhépatie ne peut qu'exceptionnel- 
lement se réaliser et surtout se constater dans les cir- 
rhoses avec insuffisance hépatique; mais les faits où 
on l'observe suffisent à détruire l'objection faite contre 
sa conception. — M. A. Mayer a étudié la viscosité des 
liquides de l'organisme et son rôle dans l'économie. 
Ces recherches ont été faites avec un nouveau viscosi- 
mètre. — M. A. Gouget a étudié certaines altérations 
hépatiques consécutives aux injections répétées d'urée 
à haute dose. Pour lui, la rétention de l'urée est au 
moins un des facteurs des altérations hépatiques de 
l'urémie. — M. J. Rehns a constaté des variations 
dans le pouvoir agglutininogène de différents bacilles 
d'Eberth, tenant à la moindre teneur du microbe en 
substance agglutinable. — MM. Rodet et Galavielle 
ont étudié l'inlhience delà dessiccation sur les moelles 
rabiques et la marche de la perle de la virulence, soit 
dans la ilessiccation, soit dans le séjour prolongé en 
glycérine. Dans les deux cas, on ne rencontre pas tous 
les intermédiaires entre la virulence intégrale et la 
perte de virulence; il n'y a pas de gamme graduelle de 
décroissance. — MM. J. Castaignè et F. Rathery ont 
l'tudié les troubles consécutiis à la ligature unilalérale 
de l'artère rénale, de l'orelère ou du pédicule. Dans 
tous les cas, on observe des accidents très graves se 
terminant par la mort. Ces accidents paraissent dus en 
grande partie à des lésions du rein opposé à celui qui 
a subi la ligature. 

Semico du 28 Déceinhrc l'JOl 
M. Coakley-Byron a fait de nonrbreuses injections 
directes de solution physiologique de chlorure de sodium 
dans le pHrenchyme de divers organes ; pour lui, elles 
favorisent à la fois la leucocytose locale et, par lavage, 
lentrainementdes toxines. — .MM. Leredde etPautrier 
ont observé un développemeni plus lafdde des têtards 
de Baua lempontvin sous les radnitic^iis bleues que sous 
les radiations rouges. — M. G. Delezenne a constaté que 
le suc intestinal joue un rôle très actif dans ladigesiipn 
Iryptique des irialières albiiminoïdes, grâce a. l'entéroki- 
nase. Cette enlérokinase paraît se retrouver dans l'intes- 
tin de tous les Vertébrés.— M. A. N.'Vitzou a étudié, sur 
un chien; les effets de l'extirpation partielle d'un rein, 
suivie, un mois après, de l'extirpatiorr totale de l'autre. 
L'animal a survécu ; l'auteur pense que c'est une nou- 
velle preuve do l'existence d'une sécrétion interne des 
reins. — M. G. "Weiss présente un appareil de démons- 
tTation pour l'étude des mouvements oscillatoires. Il a 
étudié d'autre (uirt, au moyen de l'oscillographe, les 
appareils magnéto-l'nradiques employés en "phy-iologie 
et en médecrne. — MM. P. Carnet et A. Chassevant 
ont étudié les conditions de fixation de la pe|>sine sur 
les albuminoïdes. L'acide chlorhydrique parait, dans ce 
cas, jouer un lôle analogue aux mordants de teinturerie. 
— M. G. Meillère montre que tout le chlore des urines 
est à l'état d'acide chlorhydrique ou de chlorures, pré- 
cipitables en milieu aqueux par le nitrate d'argent. .Si le 
chlore entre dans une combinaison oi-ganique, ce ne 
jieul être que sous la forme de chlorhydrate d'une base 
organique et iron de combinaison chlorée organique 
proprement dite. — Le même auteur estime que, pour 
toutes les analyses qui intéressent le biologiste, il y 
aurait avantage à ne considérer dans l'urine que les 



résultats de l'analyse élémentaire exprimée en ions 
ou restes élortro-négalifs et électro-positifs. — M. Ed. 
Long conclut de ses recherches que les tibi'es à myé- 
line du faisceau pyramidal direct ne subissent jras 
de déc'.rssation dans la commissure antérieure de la 
moelle; il n'est pas non plus prouvé qu'elles y fas- 
sent passer des collatérales de petit calibre. Les seules 
fibres connues jusqu'à présent dans la commissure 
antérieure sont des fibres endogènes. — M. F. Suehard 
expose le rôle delà valvule de Biucke dans la respira- 
tion bucco-pharynyienne de la grenouille. — M. P. A. 
Zaeohariadès a étudié la structure de la fibrille élé- 
mentaire du tendon ; elle est composée de deux subs- 
tances, douées de propriétés absolument différentes et 
qui ne se colorent pas de la même façon au bleu de 
mélhyle. — M. J. Jolly a observé qu'à la suite d'un long 
jeilne, la régénération sanguine provoquée par l'en- 
graissement chez les Tritons adultes se fait au moyen 
de cellules spéciales contenant très peu ou pas d'hémo- 
globine et se multipliant par mitose. — M. R. Petit a 
employé du sérum de cheval chaufl'é, déposé dans 
le péritoine, au cours des laparotomies chez l'homme, 
en vue d'utiliser son action stimulante sur les phago- 
cytes pour prévenir l'infection. — MM. Cl. Regaud et 
A. Policard ont mis en évidence, dans les cellules épi- 
théliales des divers segments du tube urinifère, des for- 
mations intra-protoplasmiques étroitement liées à la 
sécrétion rénale. — MM. Hanriot et Clerc ont caracté- 
risé la lipase chez le fœtus dès l'âge de cinq mois ; par 
contre, ils n'ont pas trouvé l'amylase. 

S0CIE:TÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE 

Sr:niL-c (lu 20 Décembre l'.tOl. 

M. C. Raveau : Sur l'obsorvalion de la rrl'raction 
conique inicrieuvc ou extérieure. 1° Un faisceau de 
rayons émanés d'un (joint lumineux donne naissance, 
à la sortie du cristal, à un second faisceau, qui com- 
prend un cylindre C et un cône T. Ce cône et ce cylin- 
dre se coupent suivant deux courbes sensiblement 
planes, dont l'une, vu la très faible inclinaison des 
génératrices du cône sur celles du cylindre, est très 
voisine de la ligne de coritaci. de chacune de ces sur- 
faces avec une des nappes de la surface caustique des 
rayons émergents. Cette courbe est sur la nappe du 
cône qui s'ouvre du côté de la source. Quand on pro- 
jette un petit trou à travers une lame cristalline, il 
faut, pour obtenir une ligne biillante circulaire, que le 
riyon central du faisceau éclairant soit dirigé suivant 
l'axe opiique; ce qu'on observe alors, c'est la ligne de 
contact du cylindre avec la caustique; la réfraction 
conique extérieure, dont la considératiim permet de 
se rendre compte très simplement de la position de 
cette li;;ne, ne modifie en rien les apparences obser- 
vées ; l'ouverture du faisceau n'exerce, sur l'éclat et la 
netteté de l'image focale circulaire que l'on projette, 
d'autre influence que celle qu'elle aurait dans toute 
autre expérience. 2» Au lieu de limiter le faisceau 
incident qui éclaire le petit trou, il reviendrait au même 
de disposer une ouverture cii'culaire dans le plan focal 
de la lentille de projection ; on retomberait alors sur 
un dispositif connu. En déplaçant l'ouverture de façon 
que son centre coïncide avec l'image du sommet du 
cône T, on pourrait, au moyen d'une autre lentille, 
projeter une seconde focale circulaire, très voisine de 
la JDremièi-e et qui serait la ligne de contact du cône 
avec la caustique. Ici encore, l'existence de la i-éfraction 
conique intérieure ne modifie pas les phénomènes. 
3» La seconde nappe de la surface caustique présente 
un point singulier, qui est le sommet du cône T; elle 
est asymptote au cylindr-e C. Elle se réduit sensible- 
ment, sauf à l'inllni, à une ligne, car les surfaces 
d'onde normales aux rayons émergents admettent, 
comme la surface des ondes de Fresnel. un |dan tan- 
gent sin^'ulier- normal aux génératrices du cylindre C, et 
les deux nappes se coupent suivant une courbe 1res res- 
serrée. On observe, en effet, à toute distance, sauf au 



1U8 



ACADÉMIES ET SOCIETES SAVANTES 



voisinage immédiat du foyer de la lenlille, une (aclie 
lumineuse trc'S brillante au centre du champ. — 
M. Armagnat piésente les appareils récents dcstiui'S 
à observer et à enregistrer la tonne des courants alter- 
natifs. La iiiclhoilc jvir points, appliquée, il y a vingt ans 
déjà, par M. Joubert, a fourni des renseignements très 
importanis sur les courants alternatifs. M. lilondel, en 
l8yi, l'a rendue automalique, et M. Hospitalier, par des 
perfectionnements intéressants, est arrivé à créer un nou- 
vel appareil, l'ondoç/raplie, capable de rendre de grands 
services. Dans Voiiilo/inipJie, un contact instantané s'é- 
tablit entre l'alternateur étudié et un condensateur; 
celui-ci, chargé au potentiel qui correspond à la posi- 
tion de contact, se décharge ensuite dans un galvano- 
mètre enregistreur. En donnant au point de contact un 
mouvement retardé par rapport au mouvement de l'al- 
ternateur, on arrive à prendre la valeur du potentiel à 
chaque point de la période, et le galvanomètre enregis- 
treur trace la courbe I := /{?), comme si la période du 
courant était beaucoup plus lente. Pratiiiuement, le 
retard du contact mobile sur le courant à mesurer est 
obtenu à l'aide d'un rouage tel que, pour 1.000 pério- 
des de l'alternateur, le contact fail seulement 0'J9 tours. 
Comme le tambour sur lequel se fait l'enregistrement 
est commandé par le même moteur synchrone qui fait 
tourner le contact, les tracés successifs des périodes 
consécutives se superposent exactement, ce qui permet 
d'employer un seul appareil pour enregistrer succes- 
sivement diverses courbes : intensité, différence de 
potentiel, etc., avec leur dilTérence de phase réelle. 
M. Hospitalier a lait fonctionner lui-même son appareil 
devant la. Société à latin delà séance. M. Blondel, trouvant 
la méthode par points insuffisante pour certaines 
recherches, s'est aliaché à l'étude des galvanomètres 
capables de suivre les variations ]ilus rapides des cou- 
rants alternatifs industriels. L'étude théorique de la 
question l'a conduit, en 1893, à énoncer les principes 
devant servir de base à la construction de ces appareils, 
dont il réalisa à celte époque un premier modèle. C'est- 
par la réduction à la limite de l'inertie des organes 
mobiles, de façon que la période propre du galvano- 
mètre soit très /lelite devant la période du courant à 
mesurer, que M. Blondel a résolu le problème. Les 
appareils de cette nature, auxquels M. Blondel donne 
le nom d'dsciUoi/rajilies, ont été décrits en détail par 
l'auteur ici-même; nous renvoyons le lecteur à cet 
article '. La solution proposée par M. Abraham diffère 
totalement de la précédente, et l'appareil qu'il a réalisé, 
avec M. Carpentier, part d'un tout autre principe. Le 
yhro(irnphe est caraclérisé par ce fait que l'oscillation 
propre du galvanomètre est beaucoup plus Ioikiiw que 
la période du courant à étudier. En outre, comme il 
n'est pas possible de négliger l'action de l'amortisse- 
ment et celle du couple de torsion du galvanomètre, 
M, Abraham compense les deux facteurs au moyen d'un 
dispositif de transformateurs et de résistances. Cette 
comppnsation se fail expérimentalement, par l'obser- 
vation d'un courant périodiquement interrompu. Le 
rlM-o:;r,il.lic isi. roiii|iosé d'un galvanomètre à cadre mo- 
liilc, .le |.riii.s iriiuinsions, placé dans le champ d'un 
êleclr.i-iiiriiaiil. I,.i lahie de compensation renferme les 
transformateurs et une résistance. Le déplacement du 
point lumineux en fonction du temps est obtenu en 
éclairant le galvanomètre au moyen de deux fentes 
croisées, l'une recliligne, l'autre en forme de dévelop- 
pante de cercle et tournant d'un mouvement uniforme. 
Les courbes données par ces appareils montrent immé- 
diatement la foime des courants et permettent de voir 
quelles perlurbalions apportent les différents facteurs. 
Si nettc-s qu'illts soient, ces courbes sont affectées par 
les prriui h.iliniis non périodiques, de sorte qu'il est 
impossible di' leur appliquer les moyens d'analyse gra- 
phique qui permettraient de s'en servir pour détermi- 

' .\. BiJ)NDKL : L'inscriplion directe des courants électri- 
ques variables. Ucv. i/én. di's Scicncon îles \'6 et 'M) juillet 
1901. 



ner l'équation du courant. Un courant alternatif peut 
toujours èlre représenté par une série de Fourier, de 
sorte que, si l'on peut déterminer Vamplitiulr et la 
phase de chacun des termes, l'équation se trouve éta- 
blie. M. Ai'magnat a repris la méthode de résonance, 
proposée en iH'XA par M. l'upin, en se servant des oscil- 
lographei't rhéograplie; ilapuamsi otitenir les deux fac- 
teurs cherchés, tandis que la méthode oiiginale donnait 
seulement l'amplitude. La méthode de Pupin consiste à 
envoyer le ccurant à étudier, ou une dérivation de ce 
courant, dans un résoinilciir formé d'une bobine de 
self-induction Let d'un condensateur C, reliés en série. 
En agissant sur L ou sur C, chaque fois que la période 
d'oscillation du résonateur est égale à celle d'un des 
harmoniques, le courant qui traverse le résonateur 
passe par un maximum dont la valeur indique l'ampli- 
tude de l'harmonique visé, tandis que le produit 2-v'LC 
donne ia période. Avec l'oscdlographe, ou le rbéogra- 
phe, l'observa'iou de la résonance est des plus faciles. 
En faisant varier L et C, on observe des courbes de 
formes très variables; mais, dès que l'on approche de la 
résonance, ces courbes deviennent plus régulières et 
li [lissent par être d'amplitude uniforme, sans ventres 
ni nœuds. Le nomtjve des oscillations observées indique 
l'ordre de l'harmonique; son amplitude est proportion- 
nelle à l'amplitude des courbes. Il suffit de connaître la 
résistance olimique du circuit; la capacité et la self- 
induction peuvent être quelconques. De plus, au mo- 
ment de la résonance, le courant observé est en plia^r 
avec l'harmonique étudié, de sorte que si, avec un 
appareil double, on observe simultanément la courln' 
du courant et l'harmonique, on peut mesurer très fai i- 
lemcnt la phase de ce dernier. Pour les mesures din 
tensité, la même méthode s'applique aisément à l'ai^l' 
d'un transformateur sans fer; la phase mesurée e^i 
simplement relardée d'un (juart de période. 

SOCIÉTÉ CHIMIQUE DE PARIS 

Si'-aiice du 13 Décembre IflOl. 
.\l. G. Bertrand a repris d'anciennes expériences il- 
M. lîerthelot' sur la transformation de la glycérine en 
sucre par le tissu testiculaire. L'auteur s'est servi di- 
testicules de chiens, de lapins, de cobayes et de coi|^. 
extraits aseptiquement aussitôt après la mort des ani- 
maux, et introduits aussitôt dans des malras renfer- 
niaulune solution aqueuse de glycérine pure au dixième. 
Les résultats de trente-huit expériences ont été des plu-- 
nets : ce n'est ni le tissu testiculaire ni ses produits so- 
lubles qui transforment la glycérine en sucre réducteur; 
ce sont des microbes, apportés selon toute vraisem- 
blance par le testicule lui-même. En effet, les matras qui 
n'ont pas fourni de sucre sont restés stériles, tandis que 
les autres ont doimé lieu à des cultures microbiennes. 
Une goutte du liquide de ces derniers, transportée dans 
un des matras stériles, y provoquait bientôt la rédnr- 
tion. Le sucre produit parait être la dioxyacétone, di'ià 
obtenue par l'action de ia bactérie du sorbose. — M. O. 
Boudouard. en étudiant la fusibilité des alliages d'alu- 
minium et de magnésium, avait prévu l'existence de 
plusieurs combinaisons définies de ces métaux. L'ap- 
plication de la méthode de superposition des im'- 
taux à la production de ces alliages définis ne lui a jkis 
donné de bons résultats, par suite de la facilité avec 
laquelle le magnésium brûle à l'air. L'utilisation des 
procédés de la métallographie microscopique lui a per- 
mis, par contre, d'isoler trois combinaisons : 1° Le 
culot formé de 30 parties d'AI pour 70 de .Mg, traité par 
le chlorhydrate d'ammoniaque à 10 "/o, laisse comme 
résidu une pomlre crùstallino, de composition .VIMg ' 
('/=2,03); i" Les culots 40 Al — 00 Mg ou nO Al — 
bO Mg, traités de la même façon, donnent un composi' 
AIMg (f/=2,15); 3° Le culot'70 Al — 30Mg, traité par 
HCl à 10 "/o, laisse une poudre APMg (f/=2,b8). — 



' Ann. rie Cliim. cl de Pliys., 3" sér., t. L, p. SGg-'je (18.'1 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



109 



MM. Fourneau et Willstaetter l'omnnuiiquent le 
n'sullat de leurs recherches sur la hipiiiiue. Ils pro- 
posent une nouvelle formule C'°H'°AzO pour remplacer 
celle de liaumert C-'ll"'Az-0-, manifestement fausse 
puisque la lupinine bout sans décomposition à 255» 
sous la pression ordinaire. La nouvelle foimule est 
appuyée sur de nombreuses analyses de la base et de 
plusieurs de ses dérivés, ainsi que sur la cryoscopie. 
L'action de l'acide chromique sur la lupinine donne 
l'acide lupinique Ç:'H"AzCO-H. contenant le même 
nombre d'atomes de carbone que la lupinine; celle-ci 
est donc un alcool primaire; elle est, de plus, saturée, 
car le permancranate de potasse eu solution sulfurique 
n'a pas d'action sur elle. Elle ne renferme pas de grou- 
pement raéthyle à l'azote et, néanmoins, c'est une base 
-tertiaire; elle doit donc contenir un système bicyclique 
à l'azote. C'est ce qu'a confirmé l'application de la 
méthode d'Hoffmann. La première phase donne de la 
méthyllupinine, la seconde de la diméthyllupinine, la 
troisième enfin de la trJméthylamine et un corps non 
saturé, sans azote, probablement un alcool à trois dou- 
bles liaisons. L'azote concourt donc par ses trois valences 
à la formation d'un double anneau; une constitution 
analoi^ue a été observée dans la cinchouine par Miller 
et liolide. — M. C. Martine, au coujs de ses recherches 
sur la benzylidènemonthone, réputée incristallisable, a 
pu obtenir ce composé en magnifiques cristaux inco- 
liiri's, insolubles dans l'eau, très solubles dans l'alcool, 
ri'lheret la ligroïne, fondant à 50°. Après une première 
cristallisation dans l'alcoof, et en solution dans ce dis- 
solvant, le pouvoir rotatoire est [3;d = — t8()",.'jO. — - 
M. .Meunier présente, au nom de .M. Vincent, une note 
sur la présence du tellure dans certains échantillons 
li inL'iMit. — M. Darzens dépose une note sur l'essence 
il';. I;iug-ylang. — M. H. Le Chàtelier a essayé un 
grand nombre de corps comme réactifs pour l'attaque 
des surfaces métalliques en vue des observations micros- 
copiques. La soude et la potasse en solutions aqueuses 
lui ont donné, dans quelques cas, de bons résultats. 

Séance du 27 Décembre 1901. 
M. P. Lebeau expose le résultat de ses recherches 
sur l'état du silicium dans les fontes et les ferrosili- 
ciums pauvres. Il n'a jamais rencontré le silicium à 
l'état libre; celui-ci paraît exister toujours à l'état combiné 
sous forme de siliciure SiFe". L'auteur a pu préparer 
trois siliciures de fer définis. Mais le corps .^i'-Pe ne se 
forme qu'en présence d'un grand excès de silicium ; le 
corps SiFe, de même, est facilement dissociable et ne 
peut exister dans un milieu pauvre en silicium. SiFe- 
seul n'est |ias dissociable : il doit donc se retrouver dans 
les fontes. Il est exirèment soluble dans le fer et donne 
avec facilité une solution solide dans laquelle son état 
d'extrême division le rend attaquable par les réactifs; 
c'est pourquoi on ne le retrouve pas dans les résidus 
d'atiaque. — M. G. Bertrand a étuclié le phénomène de 
bleuissement que présentent certains champignons du 
genre Iloleliis lorsqu'on les casse. -Ce bleuissement est 
dû à l'oxydation diastasique d'un acide phénol parti- 
culier, le /lo/cVo/, existant dans ces champignons en très 
faible proportion. A l'état cristallisé, le botétol est de 
couleur rouge orangé vif, comme l'alizarine; en solution 
aqueuse étendue, il est jaune. Le bolétol semble exister 
sous deux états d'agrégation moléculaire difi'érente ; le 
plus simple est très soluble dans l'eau, l'acool et l'éther ; 
l'autre, correspondant à l'état cristallisé, est, au con- 
traire, peu soluble. Les recherches de l'auteur montrent 
que le bleuissement des Bolets exige le concours de six 
facteurs différents ; le bolétol et l'oxygène, la laccase et 
le manganèse, que cette dernière substance porte géné- 
ralement avec elle; l'eau, qui agit à la fois comme dis- 
solvant et surtout comme agent nécessaire d'hydrolyse; 
enfin, un métal alcalin, magnésien ou alcalino-ierreux. 
C'est le premier exemple d'une réaction diastasique 
aussi complexe. — M.M. Moureu et Delange, en con- 
densant les éthers-sels avec les carbures acétyléniques, 
ont obtenu des acétones acétyléniques R-C ï=e C-CO-IV et 



des éthers .'-cétoniques correspondant aux éthers-sels 
employés. — M. M. Delépina a préparé un grand 
nombre de dérivés de l'éther imidoditbiocarbonique, 
c'est à-dire les composés du type Ii.\z = CfSR'j*. Il en a 
étudié le caractère basique, qui se manifeste par la Ibr- 
mation de sels, parmi lesquels les picrates cristallisent 
bien ; ce caractère basique se manifeste aussi par la for- 
mation de chloroplatinates, de chloromercurates et d'io- 
domercurates. Enfin l'azotate d'argent, l'oxydation par 
l'acide nitrique et l'hydrogénation par le sodium en 
présence d'alcool, produisent des réactions toutes en 
accord avec la formule précitée. — M. Debierne rap- 
pelle d'abord les propriétés principales des éléments 
radio-actifs. Il communique ensuite, au nom de 
M. P. Curieetau sien, diverses expériencessur le phé- 
nomène de la radio-activité induite. Il résulte dé ces 
expériences que la radio-activité se jirésente comme 
une forme spéciale d'énergie, qui est dégagée d'une 
façon continue des éléments radio-actifs et qui peut se 
fixer sur une matière quelconque. — M. Léger a isolé, 
parmi les produits de l'action de Na-Q- sur la barba- 
loïne, une matière sirupeuse, presque incolore, don- 
nant avec Si l'H- dilué la réaction du furfurol sur le [Vd- 
pier à l'acétate d'aniline. Ce sirop fournit une osazone 
cristallisée en aiguilles microscopiques jaunes: il est 
lévogyre, réduit la liqueur cupropotassique et la solu- 
tion commerciale de nitrate d'argent. La barbaloïne, 
elle-même, en solution dans l'acétate d'élhyle, est net- 
tement lévogyre. Ces faits viennent confirmer l'exacti- 
tude de la formule proposée par M. Léger pour la bar- 
baloïne', qui se trouve ainsi cire le premier terme 
d'une classe nouvelle de composés : les (/liicosiiles non 
dérloublnh/ps p:tr les acides dilués. La barbaloïne, 
comme tous les corps actifs, peut s'isomériser sous l'in- 
fluence de la chaleur. En chaulTant à 160° une solution 
aqueuse de la barbaloïne, on la transforme en une 
autre aloïne. 

SOCIÉTÉ ROYALE DE LONDRES 

i" Sciences physiques. 

F,d. Scliimek : Contributions à la Chimie de la 
Chlorophylle. VIII. Modifications subies par la chlo- 
rophylle dans son passage à travers le corps des 
animaux. — Les fèces des animaux nourris exclusi- 
vement avec des aliments végétaux verts ne contiennent 
pas de chlorophylle ; celle-ci est remplacée par des 
substances qu'on peut supposer en dériver, soit par 
l'action des acides, soit par l'action d'un des agents 
auxquels les aliments sont soumis dans leur passage à 
travers le corps. 

Parmi ces substances, l'une semble être identique 
avec la phylloxantliine, produit bien connu de décom- 
position de la chlorophylle. Une autre possède des 
propriétés bien définies et ressemble beaucoup à la 
phyllocyanine, sans lui être identique. Celle-ci n'a pas, 
autant que l'auteur l'a pu constater, encore été obtenue 
comme produit de décomposition de la chlorophylle en 
dehors du corps des animaux. M. Schunck la considère 
donc comme une substance siii i/eueris, caractérisée 
par sa belle couleur pourpre-bleu et son lustre métal- 
lique brillant. 

L'existence d'autres produits de décomposition est 
possible. Dans un cas, en particulier, on a obtenu un 
corps cristallisé défini, qui paraissait caractéristique, 
mais on n'est pas certain qu'il dérive de la chlorophylle. 

2" Sciences naturelles. 

A. I>. W'aller : Sur les courants de la peau. II. 
Observations sur les chats. — Voici les conclusions 
de ce mémoire : L'elîet électrique normal d'une exci- 
tation indirecte de la peau est un courant d'entrée 
dans le galvanomètre. L'elîet électrique et principal 
d'une excitation directe est un courant de sortie. Un 



Bull. S„c. (•/)/;».. (3 , t.XXV-X.WI. p. ISO: tOOt. 



no 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



coiiniiit trenlrée peut être obleiui par l'excitation dirccle 
iiimii-dialement après la mort. 

I. 'auteur suppose que les deux forces opposées coexis- 
tent au même moment dans la peau excitée, et que la 
di'viation du galvanomètre n'est que l'expression de 
leur résultante. Toulefois, l'existence de ces deux 
courants opposés est moins évidente dans le cas de la 
peau de chat que dans ceux de la peau et de la pru- 
nelle de grenouille. 

li. Peai-son : Sur l'hérédité des caractères 
mentaux chez l'homme.— 1° M. Francis (lalion. dans 
.-on I/rrci/iir ii.iluri'llc, a, Je crois, essayé le premier de 
donner une appréciation quantitative de l'hérédité des 
caractères mentaux chez l'Iionime. Les documcnls de 
M. (ialton n'étaient pas très nombreux et, à délaul 
d'une môlhode d'examen quantitatif des caractères 
qui no sont pas capables d'une mesure exacte, il ne 
lui a pas été possible de déduire des résultats absolu- 
ment concluants. Cependant, M. Gallon donna de bonnes 
preuves que le tempérament et l'instinct artistique 
étaient des caractères héréditaires. 

Le 19 novembre 1S90, un mémoire fut lu devant la 
Société Koyale, qui montr,ait comment on peut dé- 
duire l'hérédité des caractères dojit il n'est pas possible 
de donner une mesure quantitative exacte. Dans ce 
mémoire, je me suis basé sur les statistiques de M. «laiton 
et j'ai montré que la corrélation fraternelle au point de 
vuedulenipérament est de 0,3167 et que la corrélation 
paternelle au point de vue de l'instiixît artistique est 
de 0,4039. Ces chiffres sont quelque peu bas, et pas 
entièrement salisfaisanis. Je désire donner, dans cette 
noiice préliminaire, quelques résultats d'observations 
très rigoureuses qui ont été faites pendant, le cours de 
ces dernières années. 

i" Les matériaux furent réunis de deux façons dif- • 
férentes. Dans la première série, la série des mesures 
familiales, les cara' tères physiques furent seuls obser- 
vés. Ces séiies furent commencées il y a six ans et ■ 
plus de 1.100 familles, père, mère, deux fils et deux 
filles, furent mesurées. Les séries furent closes il y a 
deux ans, et, l'année dernière, le D' Alice Lee a com- 
plété la réduction de cette grande quantité de matériaux. 
Sous cette forme réduite, soixante-dix-hnit tables de cor- 
rélation ont été établies, donnant autant de coellicienls 
de corrélation portant sur l'hérédité directe et indirecte. 
Ce sont probablement les séries les plus étendues de 
coefficients d'hérédité que l'on ait encore obtenues, 
chacune basée, comme règle, sur plus de 1.000 coii|iles. 

Ma seconde série sera encore plus étendue, mais 
elle se rapporte seulement à l'hérédité collatérale, 
fraternelle. Son but est d'observer une grande quantité 
de caractères physiques et mentaux dans des couples 
d'enfants des écoles. J'ai reçu l'aide la plus aimable 
d'un grand nombre d(! ma'îtres et maîtresses des 
écoles publiques, des écoles supérieures, des écoles 
primaires et secondaires de toutes classes. Mais, quoique 
le travail soit commencé depuis Irois ans, nous n'avons 
assez de matériaux que pour tirer des conclusions dans 
les cas de paires de frères, doiil plus de 1.000 ont été 
observés. 

3" Trois seulement des mesures physiques de ces 
longues séries ont été réduites et les observations 
de sœur à sœur et de sœur à l'rère devront être con- 
tiiiuées encore pendant un ou deux ans, avant qu'elles 
soient suffisamment nombreuses. 

Il faudra alors deux ou trois ans pour tabler et 
calculer tous les matériaux n'unis. Mais, comme le 
problème de l'hérédité des caractères mentaux et de 
leur corrélation avec le physique avait occupé notre 
allention, l'infatigable D' Lee a entrepris le calcul et 
la réduction en tables des coefficients d'hérédité dans 
le cas de sept caractères mentaux et trois physiques; 
le nombre des couples traités a été dans chaque cas de 
80(1 à 1.000. 

La méiriude adoptée est celle du mémoire sur ■■ l'Hé- 
rédité des caractères qui ne sont susceptibles de 



mesures quantitatives exactes ». Ainsi, sous le tilre : 
« Délicatesse de conscience », il y a deux divisions, 
développée et faible, et le maître peut placer une 
croix sous l'une ou l'aulre ou sur la ligne de séparation. 
Des divisions semblables sont fiiites dans les autres 
catégories, à l'exception de l'Intelligence qui a été divisée 
en six et du Tempérament en Irois, etc. Mon seul objet, 
dans cette notice préliminaire, est d'atliier l'attention 
sur les résultats suivants : 



Coefficients (/«' fliérâdilc cnUalérhlc. [Corréliition 
(le couplefi de frères.) 



CARACTKRKS MENTAUX 

(Observations de fécolol 

Intelligence .... ll.4.i.i'.i 

Vivacité 0,41112 

Délicatesse de cons- 
cience Ii,"-ift-2n 

Popnl.irité li.''iil i 

Tempérament . . . ii.Mh ^ 

Conscience de soi- 
même (i...'.i|.i 

Timidité (i.oiSl 

Moyenne. . . 0,5214 



Taille 0.:il07 

.Vv,int-hi-MS U,4912 

liOnfjUPurde la main. 0,.t494 

Coloration de l'œil . 0,5169 

(ObservatioDS de l'école) 

Index cépbalique . . 0,4861 

Couleurdes cheveux. 0.3452 

Santé O.:i203 

Moyenne . . . 0,ijni 



Les caractères ci-dessus ont été mesurés ou observ. s 
sur deux groupes d'individus entièrement différenls: 
dans un cas des adultes ont été examinés, dans l'auln 
des enfants. Les deux groupes, cependant, ont donne 
des résultats presque identiques; si nous nous basons 
sur les moyennes des caractères physiques et mentaux, 
nous sommes amenés à une conclusion parfaitement 
définie: c'e^t que les cavactèrcs mentaux chez l'Iiomnie 
sont hérédités de la iiièinc manière que les caractères- 
physiques. Notre nature mentale est, autant que notre 
nature physique, le résultat de facteurs héréditaires. 

L'erreur probable des coefficients donnés est d'en- 
viron 0,02 au plus; les différences entre les valent s 
individuelles et leur siguification seront examinées 
dans le mémoire final. 

SOCIÉTÉ DE COIMIE DE LONDRES 

Séance du a Uécemhre 1901. 
M. G. -T. Morgan a étudié l'influence des substilii- 
lions sur la formation des diazoamines et des composas 
aminoazoïques. Les dérivés bisubstitués de la j;/-plii - 
nyli'nediamine ayant une position para ou orlho lilu e 
par rapport aux radicaux aminés réagissent avec li > 
sels de diazoniura pour donner des composés amino- 
azoïques presque en quantité théorique. Les diamines 
de formule générale : 



ayant des substitutions à la fois en para et ortho 
condensent beaucoup moins facilement, et le ren 
nient est faible. Par contre, les deux séries de ba 
se combinent avec la primuline diazotée sur la fibre 
colon, les diamines de la première série donnant < 
composés azoïques rouge brun, tandis que celles di' 
deuxième série fournissent des matières coloran 
brun jaune. D'autre part, la l-chloro-2-naphtylam 
réagit sur les sels de diazonium en donnant des diaz< 
mines stables du type : 



à; 



Cl 
NA2H..\z-.lf. 



Dans ce composé, le groupe azoïque n'a pas de len- 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



111 



(lance à émigrer dans le noyau aromatique, probable- 
ment à cause d'une action préservatrice du chlore en 
position orlho. — MM. A.-D. Hall el F.-J. Plymen ont 
cherché à déterminer dans les sols, au moyen de sol- 
vants dilués, les substances nutritives ulilisables par 
les plantes. Ils concluent que : 1" On ne peut établir 
aucune distinction délinio entre l'acide pliosphorique 
et la potasse utilisables et non utilisables dans les sols ; 
tout procédé de détermination des substances utili- 
sables est donc empirique et dépend de la force el de 
la nature de l'acide employé; H" les solvants faibles 
donnent, sur les besoins d'un sol donné en engrais mi- 
néraux, des indications plus dignes de confiance que 
celles ([uon obtient avec HCl fort; ;i» parmi les acides 
examinés, la solution d'acide citrique à 1 "/o donne des 
résultats préférables, quoique la même interprétation 
ne puisse être basée sur des résultats semblables obte- 
nus de divers types de sols. — MM. A.-D. Hall et E.-J. 
Russell décrivent une méthode pour la détermination 
des petites quantités de carbonates dans les sols. La 
matière est placée dans un ballon fermé, et les carbo- 
nates sont décomposés par H=SO'' dilué. On note le 
changement de pression dû au dégagement de C0-. Ou 
met le ballon en relation avec un second, de volume 
connu, où l'on a fait le vide. On-note de nouveau le 
changement de pression; et de ces données on déduit 
la quantité de CO' dégagé. — MM. F.-B. Power et 
F. Shedden ont préparé de nouveaux dérivés de l'acide 
galliqne ; le dinifrogallate d'élbyle C'(AzO-)=;OH i\ 
CO^^C-H', paillettes jaunes, F. 133^-io4°; le dinitrodia- 
cétylitallale d'élhyle, F. lOo» ; le dinitrotriacètylgallale 
d'éiliyle, \\ 14o'-140": le diazogallate d'étbyle,'F; 182". 
>l — M. K.-C. Browning a étudié les méthodes suivantes 
jiour pn'-parer le sous-crsyde de phosphore : 1° Oxyda- 
lion du [iliosphore, à la tois à l'état solide et en solu- 
jliûn, au moyen d'air dilué par O)-; 2° action de métaux 
jBur loxychlorure de phosphore; 3" action de l'anliy- 
«ride acéli(jue sur l'hypophosphite de soude. Les résul- 
tats obtenus confirment, en général, ceux de Chapman 
lI LiJbury, et ceux de liurgess et Chapman; cependant, 
I iiileur croit que le sous-oxyde peut exister sous cer- 
laiiK-s conditions. — .MM. 'W'.-A. Bone et C.-H.-G. 
Sprankling, en chaufl'aut Faciale triméthylsuccinique 
avec du brome à 130° en tube scellé, ont obtenu l'anhy- 
dride bioraotriraéthylsucciriique. F. lO^o-igS". Par la 
méthode de Hell-Volhaid-Zelinsky, et en traitant par 
l'alcool, on obtient un mélange du corps précédent et 
de broniotriméthylsuccinate d'éthyle. Ce dernier réagit 
sur le soiliocyanàcétate d'éthyle en donnant un éth^er 
cyané, qui, par hydrolyse, fournit, non l'acide i-cam- 
phoronique, comme on pourrait s'y attendre, mais 
l'acide ax-diméthylbutane-aa',3-tricarboxylique isomère, 
F. 137<>-138<'. — .MM. H.-E. Armstrong e"t T. -M. Lowry. 
en décomposant par la chaleur les sulfobromures des 
acides camphorsulfoniques non substitués de Reychler, 
ont obtenu un bromocamphre fondant à 79"; [x]ù ^ 18° 
en solution dans l'acétone. C'est le ^-bromocamphre, 
car il donne par oxydation l'acide fi-bmmocarapho- 
rique. — M. O. Forster, en bromant directement le 
i-hydroxycampbène en solution acétique glaciale, a 
obtenu le même ,3-bromocamphre. Il cristallise en 
aiguilles prismatiques incolores. La potasse alcoolique 
le transforme en un acide non saturé appartenant pro- 
bablement à la série campholénique. — M.M. A.-'W. 
Crossley et H.-R. Le Sueur, en traitant le 2:G-dicéto- 
4:'t-diméthylhexaméthylène par le pentacblorure de 
phosphore, ont obtenu le 2:6-dichloro-i:4-diméthyldi- 
hydrobeiizène. Traité par le sodium, il fournit le 4:4- 
dimétliylddiydrobenzène, homologue avec les terpènes. 
— MM. H-.È. Armstrong et E. Horton poursuivent 
leurs recherches sur le rôle joué par l'altinité rési- 
duelle dans la formation des dérivés de substitution. 
Ils déterminent l'influence orientatrice du soufre eu 
étudiant comparativement les éthers thiobenzénoides 
et les éthers o.xygénés correspondants. Il semble que, 
s'il est protégé contre l'oxydation, le soufre se com- 
porte comme roxvgéite. 



ACADEMIE DES SCIENCES DE YIENNE 

Srance du 5 Dicembvo 1901 (siiilc). 
Sciences n.\turelles. — M. A. von Kœlliker envoie 
un mémoire sur un noyau de cellules nerveuses 
encore inconnu dans la moelle épinière des Oiseaux. 
— M. R. von 'Wettstein indique les résultats prip- 
cipaux de l'Expédition qu'il a dirigée dans le Sud 
du Brésil à la demande de l'.Xcadémie. ^ .M. J. Cvijic 
expose les résultats tectoniques de ses nombreux vovagcs 
en Macédoine et dans la Vieille-Serbie, dans le rnassil 
du Khodope. Deux phénomènes tectoniques principaux 
ont été établis : le plissement préoligocène et les 
rejets oligocènes et iiéogènes. Les nombreuses direc- 
tions des plis se laissent réunir en deux groupes : la 
direction des couches paléozoïques et mésoziiïqnes de 
la -Macédoine occidentale indique le groupement des 
plis nord-dinariques et albanais. 

Srance du 12 Drremlire 1901. 
1» Sciences matiuîmatiques. ^ M. E. Oekinghaus: La 
statistique mathématique au point de vue général el 
dans son application aux mouvements de la popu- 
lation. 

2" Sciences physiques — .M. H. W. Hirschel. en 
chauffant le pyrogallol avec la potasse et le bromure 
d'éthyle, a obtenu, outre l'éther friéthylique, un mé- 
lange de substances d'où il a retiré, par distillation 
fractionnée dans le vide : 1° l'éther Iriéthylique de 
l'éthylpyrogallol, donnant des dérivés nitiés caracté- 
ristiques ; 2° l'éther diéthylique de l'éthylpyrocaté- 
chine, doiniant également des dérivés nitrés; là forma- 
lion de ce corps doit être attribuée à une réduction 
interne au lours de l'alkylaiion du pyiogallol. L'auteur 
a également préparé des dérivés bromes et nitrés do 
l'iHher triéthylique du pyro^'allol. — .M.M. J. Herzig et 
J. PoUak ont poursuivi l'étude de la brésiline et de 
l'hématoxyline. Le dérivé acétylé du produit de réduc- 
tion de la brésiline contient quatre atomes d'oxygène, 
dont trois sous forme de groupe hydroxyle. Les auteurs 
ont également préparé des dérivés déhydrogénés. — 
M.M. S. Frankel el A. Kelly, en traitant la chitine par 
l'acide sulfuiique concentré, ont obleuu un produit so- 
luble dans l'eau, insoluble dans l'éther, cristallisant de 
l'alcool méthylique, fondant à 190» avec décomposition, 
et qui est une monoacétylcbitosaraine acétylée à l'azote. 
Ils ont obtenu, en outre, une monoacétyldichitosamine 
isomère avec la chitosane. Les auteurs croient que la 
chitine ne dérive pas d'un biose, mais d'un polysac- 
charide. 

3° Sciences NATURELLES. — M. F. Steindachner a étu- 
dié les Polycliètes de profondeur recueillis par .M. E. von 
.Marenzelleren 1893-94, au cours de l'expédition autrichien- 
ne de la Méditerranée orientale et l'.^driatique. Il n'a pas 
trouvé de nouveaux genres, mais une série de formes 
rares, qui n'avaient été rencontrées jusqu'à présent que 
dansl'Océan .\llanlique. — M. R. 'Wagner décrit la struc- 
ture et le mode de floraison des panicules de Phlox 
paniculata. — .M. J. Steiser a étudié les lichens re- 
cueillis en 1898-99 par M. 0. Siinony au cours de l'E.x- 
pédition autrichienne dans le sud de l'Arabie, à Soco- 
lora et dans les iles voisines. Sur dix-huit espèces, il y 
en a dix nouvelles. ^- M. A. Jakowatz expose ses 
recherches comparées sur le prothalle des Fougères. 
Le développement commence, chez toutes les formes 
éfudiées, par un stade filamentaire; celui-ci se termine 
très fréquemment par la formation de cellules inca- 
pables de division ipapilles). La formation superficielle 
du prothalle est précédée de la production d'une 
cellule de coiffe sur le côté du stade filamenteux. Celle- 
ci concorde souvent avec la formation d'un rameau, 
dans l'axe duquel se trouve la cellule de coiffe. Le dé- 
veloppement de la surface du prothalle se fait ensuite 
par segmentation de la cellule de coiffe. Les segments 
ont une croissance limitée et se terminent souvent par 
des cellules papillaires. — M. Palla rend lompte de 



112 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



son voyage scientifique à Buitcnzorg; il a surtout étu- 
dié les Ciiampignons et les Cypéracées. 

ACADÉMIE DES SCIENCES D'AMSTERDAM 

Séance du 28 Décciiihre 1901. 
1° SciKNCEs MATHÉMATIQUES. — M. J. de Vries : L'iir 
formule pour le volume (l'un prlsmoïdc. Le volume de 
tout polyi'dre, ayant pour buses doux polygones quel- 
conquHs situés dans des plans parallèles, el pour laces 
latérales des trapèzes ou des triangles, est expriniô par 

1 
la formule - /; (S-}- 1 + 4 M), où h désigne la dislance 

des deux faces parallèles, S l'aire de la face supéiieure, 
I l'aire de la face inférieure, et M l'aire de la section 
moyeune, équidislaiile des deux bases. I, 'auteur la 
remplace par : 



,p 



S + 



)iq-r 



1 + 






ou W,j représente l'aire de la section parallèle, dont les 
distances aux faces supérieure et inférieure sont entre 
elles comme /) et i/. Il en déduit les deux cas particu- 
liers 



7/'(l + :!MV 



y" (m' 



1, /..i+v/:; +M-'+^' 

i + \/5^-'i+\/- 



?)■ 



M. P. H. .Sclioute présente, au nom de M F.-J. Vaes : 
Décomposilion en facteurs. En 1643, Fermai décomposa 
un nombre, proposé par Mersenne. bans une lettre 
dalcie « Toulouse, le 7 avril », on trouve : .- Vous me 
demandez si le nombre 100. 893.098. 169 est premier ou 
non, et une méthode pour découvrir, dans l'espace 
d'un Jour, s'il est premier ou composé. A cette question, 
je réponds que le nombre est composé et se fait du- 
produit de ces deux : 898.423 et 112 303, qui sont pre- 
miers ». Au contraire, en 1640, Fermât croyait encore 
que 2-"4-t donne des nombres premiers pour loules 
les valeurs de n, tandis que, presque un siècle plus 
tard, Euler trouvait que le nombre 2- -|- 1 de dix cbiffres 
est décomposable en 041 el 6.700.417. Si, en 1643, Fer- 
mât était en possession d'une méthode qui lui permît 
de décomposer un nombre de 12 ligures, pourquoi ne 
l'appliquait-il pas à ce nombre de dix chiffres'.' L'auteur, 
qui vient d'inventer un petit code d'algorithmes pour 
la décomposition de nombres considérables, est porté à 
croire que Fermât ne possédait qu'une mélhnde parti- 
culière apidicable à des nombres particuliers, et que, 
d'avance, il avait imposé une condition limitante aux 
nombres qu'où lui proposerait. Peut-être, la corres- 
pondance entre Fermât et Mersenne donne-t-elle des 
indications là-dessus'? Dans ce cas, elle nous peut 
apprendre si parfois une des méthodes de l'auteur, 
trop subtiles pour être dévclnppi'es ici, a quelque res- 
semblance avec la méthode originale de Fermât. — Sont 
présentés : 1° au nom de M. K. Bas : ■• Les systèmes de 
racines d'un système de n équations homogènes à 
n-\-{ variables •, el 2" au nom de .M. C. Easton : « La 
distribution de la lumière galactique, comparée à 
celle des étoiles relativement brillantes dans la voie 
lactée boréale ». Sont nommés rapporteurs du premier 
travail M.M. Kluyver el W. Ka[)teyn, du second travail 
MM. .I.-C. Kapteyn et E.-F. vau de Sande BaUhuyzen. 

2" SciE.NCKs PHYSIQUES. — M. IL K,i merlingh Onnes 
présente, au nom de M.L.-H. Siertsema: l.ii dispersion 
de In rotation mnr/iiétique du plan de polarisation dans 
les solutions de sels à rotation iiéffative. Cette romiuu- 
nicalion, qui porte le sous-titre : « Suite des recheréhes 
avec le prussiate rouge de pota?se », contient les résul- 
tats de nouvelles mesures faites avec des appareils 
améliorés; elle corrige donc les résultats obtenus aupa- 
ravant {Srcliivcs néerlandaises, série 2, tome V, p. 4471. 
— M. P. Zeeman présente, au nom de M. J.-"W. Giltay : 



L'action lie la bobine (finduction dans les appareils 
télépboniques. Seconde partie (pour la première partie, 
voir Hev. rjénèr. des Se, t. XII, p. 1151). L'auteur 
attaque le problème de l'inlluence du noyau de fer 
doux, de deux autres manières. Dans la première partie, 
il a tenu compte de l'influence nuisible, aussi bien que 
de l'inlluence favorable ; ici, il publie une méthode où 
l'inlluenie nuisible est éliminée, et une autre méthode 
intermédiaire. Il attribue à deux causes différentes le 
phénomène ob^^ervé, que le fer rend moins de service 
dans les bobines d'ordre supérieur: d'abord, à ce que 
le fil secondaire des bobines d'ordre supérieur est 
enroulé surun cylindre de plus grand rayon, de manuir 
que les lignes de force qui émanent du fer coup» ut 
deux fois l'espace creux du cylindre; ensuite, a l'alfai- 
blissement qu'éprouve le courant primaire quand on 
l'ait (uitrer le fer dans le cylindre, par l'augmentation 
de l'induction propre, affaiblissement plus grand chez 
les bobines d'urdre supérieur. Voici ce que le service 
téléphonique peut mettre à profit. Dans le cas di- c.'iMes 
lélé|ilioniques assez longs, où l'on doit éviter Imiics les 
pelites influences qui exercent une action affaibli-sanle 
sur le transport du son, on a la coutume, pendant 
iju'on reçoit une dépêche, d'exclure, en poussant un 
bouton, le til secondaire de sa propre bobine, afin que 
le courant téléphonique ne soit pas affaibli par l'induc- 
tion propre de ce fil secondaire entourant le noyau de 
fer iloux. En se servant d'une bobine à plus d'enroule- 
ments, et en supprimant le noyau de fer, cette induc- 
tion propre serait beaucoup plus petite, et peut-être 
l'exclusion ennuyeuse du fil secondaire, pendant qu'on 
écoule, ne serait-elle plus nécessaire. .Mais, il va sans du •■ 
que l'exclusion de sa propre bobine est un moyen [iIm^ 
efficace. — M. H. E. J. G. du Bois présente -.'Toupi,^ 
p(darisées asymétriques. On ne connaît pas une solu- 
tion générale du problème : déterminer le mouvcmenl 
de rotation pure — exempt de glissement, — d'un corps 
solide asymétrique polarisé autour de son centre de 
gravité, quand il se trouve dans un champ uniformé- 
ment dirigeant. Plusieurs mathématiciens (Sophie 
Kowalevski, H. Liouville, T. Levi-Civita, N. Joukovsk\, 
\V. Hess et 0. Staude) se sont, il est vrai, occupés de 
problèmes analogues, et ont étudié des cas très parli- 
culier.<, plus ou moins inlégrables. Ces considérations, 
pour la plupart très ingénieuses et admirables, n'ont 
toutefois que peu d'importance pour des projets phy- 
siques, à l'exception des recherches de M. Staude 
(Journal de Crelle, t. CXIII, p. 318, 1894), qui ne se 
caractérisent pas par une spécialisation trop limitanli'. 
Mécemment, l'auteur s'est occupé du cas de la toupii; 
magnétocibéti(iue {Archives w'erlandaises, série -2. 
tome V, p. 242; tome VI, p. b81). Dans la dernière de 
ces deux publications, il s'est servi de quelques for- 
mules, dont il fait suivre ici la démonstration. Il con- 
sidère le cas où la position initiale d'un des axes OZ de 
l'ellipsoïde central d'inertie coïncide avec la direction 
du champ, et suppose que la composante .M; du 
moment de polarisation suivant cet axe s'annule, de 
maidère qu'on n'ail affaire qu'à une polarisation équa- 
toriale dans le plan OXV, mobile avec la toupie. L'ac- 
tion résultante du champ magnétique est décomiicisi-e 
en une influence isopt'riodique, et une influence adiafi- 

tique, etc. — M. L I). van der Waais présente, au i i 

de .\l. Ph.-A. Kohnstamm : 1" la thèse : " Itechenln s 
e.xpérinienlales sur la théorie de van der Waals. la 
surface PT\. Etudes préparatoires et méthodes », et 
2" une communication : Sur la forme d'une isoiliennr 
empirique d'an mélange binaire. Dans cette communi- 
cation, l'auteur amplifie el corrige quelques résullais 
publiés dans sa thèse. " (.4 .<ui\rc.) 

P.-H. SCHOUTE. 



Le Directeur-Gérant : Lftûis Olivier. 



I,. M.\UKTiiErx. imprimeur, 1. rue C.issftUe. 



13" ANNÉE 



N° .•{ 



13 FÉVRIER 1902 



Revue générale 

des Sciences 

pures et appliquées 



Directeur : LOUIS OLIVIER, Docteur es sciences. 



Adresser tout ce qui concerne la réilaction à -M. L. OLIVIER, 23, rue du Ciînérai-Foy. Paris. — La reproduction et la traduction des œuvres el des 1rs 
publiés dans la Rtvue sont complètement interdites en France et dans tous les pays étrangers, y compris la Suède, ta Norvège et ta Hollande. 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



S 1- 



Solennités scientifiques 



Hoinn)as,-e au Professeur J.-E. Hlarey. — 

Le diiiianclie 20 janvier, — alors que la chronique de 
nolie pn''cédeQte livraison était déjà eu pages, — une 
louchante cérémonie réunissait au Collège de France 
les élèves et amis du Professeur Marey. Ceux-ci remet- 
taient à l'illustre physiologiste une médaille destinée 
à (.ùinméniorer le c inqiianlième anniversaire de ses 
premiers travaux scientifiques. A cette occasion, des 
discours ont été prononcés : par M. Caston Paris, au 
nom du Collège de France : par M. François Frank, 
au nom des élèves du Maître; par M. Chauveau, l'ami et 
le collaborateur depuis quarante-deux ans de M. Marey; 
enfin par M. Leygues, ministre de l'Instruction publique, 
au nom du (iouvernement. 

M. Marey, en remerciant ceux qui venaient de lui 
offrir ce témoignage d'estime et d'alTection, a dit quelques 
mots de la grande œuvre à laquelle il s'est attaché plus 
particulièrement depuis quelques années et à laquelle 
il désire consacrer désormais la plus grande part de son 
aciivité : le conirôle des inslrumenls de Physiologie el 
l'unilication des méthodes d'inscription, tjrùce au con- 
cours de l'Association internationale des Académies, 
rinslitut de conirôle est né; les grands services qu'il est 
appelé à rendre aux sciences expérimentales seront un 
titre de gloire de plus pour celui dont la vie scienlinque 
a été une longue préparation à celte utile entreprise. 

Eleetîon d'un savant fi-an^^ais au Poljteoli- 
iiîkuni <le Zurich. — Notre collaborateur M. Pierre 
\\eifs vient d'élre nommé titulaire de la chaire nouvel- 
lement créée à l'Ecole Polytechnique fédérale, à Zurich, 
pour l'enseignement, en langue française, de la Phy- 
sique expérimenlale. 

Au regret de voir M. Weiss quitler l'enseignement 
qu il avait si bien commencé à Lyon, se mêle, pour 
1 Fniversité de France, la satisfaction de constater 
combien est appréciée à l'Etranger la jeune et brillante 
Ecole de Physique qu'elle a formée : l'hommage qu'un 
paysami rend aujourd'hui à l'un des plus distingués 

■représentanis de celle Ecole, touchera, nous n'en 

'doutons pas, tous nos lecteurs. 

UEVCE GÉNÉRALE DES SCIE.NCES, 1902. 



Pour qui sait, d'ailleurs, le soin avec lequel le Conseil 
scolaire suisse procède ù toute proposition au sujet de 
la nomination des professeurs de son ressort, le choix 
qu'il vient de faire de noire compulriote puraiiia par- 
ticulièrement honorable. 



S 2 



Nécrologie 



Charles .^launoir. — Une perte particulièrement 
douloureuse a été é( rouvée par la Société de Ci^ogra- 
phie de Paris : Charles Maunoir, qui avait été si long- 
temps son socrélaire général, a succombé récemment 
aux suites d'une longue maladie. 

Né à Poggi-Bonsi (Toscane) le 2.1 juin 18.30, Charles 
Maunoir, lils d'un médecin renommé de Genève, fit ses 
études dans cette ville et vint à Paiis, où il fut reçu à 
l'Ecole Centrale en 18SI. Il se fit naUiraliser Français 
et s'engagea dans les Chasseurs à cheval : mais un grave 
accident l'obligea à quitter l'armée; il fut alors "atta- 
ché au Dépôt des cartes du Minisière île la (nierre, el 
il dirigea ce service pendant de nombreuses années 
avec une rare compétence. 

Membre de la Société de Géographie d^'puis I8.1!i, il 
en fut secrétaire général pendant trente ans, de 1807 
à 1897. Durant celle longue pi^rinde, il exerça une 
action des plus profilables au développement de celle 
association. Quand Maunoir assuma les lourdes fonc- 
tions de secrétaire général, la Société u'iMait encore 
qu'un groupement de quelques érudils. Il contribua 
puissamment à en faire ce qu'elle est aujourd'hui, une 
associai ion nombreuse et considérée, une véritable 
institution nationale. En favorisant ainsi, après nos 
malheurs, le i éveil des études géographiques, il a fait 
une œuvre éminemment utile au pays. Il a, par là, pré- 
paré le grand mouvement d'expansion qui a marqué 
ces dernières années, car il a éveillé ainsi la vocation 
et le zèle chez beaucoup de voyageurs, auxquels il n'a 
ménagé ni les conseils ni les appuis. 

Par son tact parfait, par son espiil conciliant, par l.i 
rcctilude de son jugement, par sa modestie, Maunoir 
était un noble et exquis caractère. A ces hautes qua ilés, 
il ajoutait une science profonde. Il en a donné des 
preuves dans de nombreux mémoires savanls, on il a 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



traité nolamment des questions relatives à la Topo- 
s,'rapliie et aux procédés d'exécution des cartes, dans 
les volumes de VAniiée géograpliique qu'il a publiés 
(1816-1877-1878) en collaboration avec son ami Henri 
Duveyrier, mais surtout dans ces Rapports nnnuels sur 
les travaux de la Société de Géographie et sur les pro- 
grès des sciences géographiques, qui sont de vrais mo- 
dèles du genre, aussi remarquables par la précision 
des informations que par la sûreté de la critique et 
l'élégance de la forme. Réunis en trois volumes (Paris, 
1895-1896-189S, in-S"), ils constituent une source pré- 
cieuse de renseignements pour l'hisloirr Ac la Géogra- 
phie de 1867 ta 1892. G. Regelsîperger. 

Le Docteur Ballay. — Le D' Uallay, gouverneur 
général de l'Afrique occidentale française, est mort à 
.Saint-Louis (Sénégal), le 2'i janvier, des suites de l'af- 
fection diabétique dont il souffrait depuis longtemps. 
C'est un deuil pour le monde colonial et une grande 
perte pour le pays tout entier, qu'il a servi avec un 
dévouement sans bornes. Après s'être distingué comme 
explorateur, il a fourni dans l'administration coloniale 
une magnifique carrière. 

IN'é à Fontenay-sur-Eure (Eure-et-Loir), le 14 juillet 
1847, Noël-Eugène Ballay entra dans le Corps de Santé 
de la Marine et, en 1875, il fut choisi par M. de Brazza 
pour l'accompagner en qualité de médecin. De 187!j à 
1878, ils explorèrent ensemble l'iJgooué et découvrirent 
le cours supérieur de l'Alima et de la Licona. 

Uallay retourna en Afrique après un court séjour en 
P'rance et continua ses explorations avec M. de Brazza. 
En juillet 1882, il remonta l'Ogooué et, par la rivière 
Lékéti, atteignit l'Alima, qu'il réussit à descendre pour 
la première fois jusqu'au Congo. Il fit sur l'Alima et 
le Congo d'importants levés topographiques, qui per- 
mirent d'établir la carte de celle région nouvelle. Le 
D'' Ballay séjourna au Congo jusqu'au mois de mai 
18S4. 

De retour en France, il fut délégué par le Gouverne- 
ment pour prendre part aux travaux de la Conférence 
de Berlin. En 188b, il fut. nommé, avec le Comman- 
dant Bouvier, membre de la Commission de la délimi- 
tation du Congo français et de l'Etal indépendant; il 
rapporta de cette Mission de précieuses observations 
géographiques. Le D'' Ballay quitta alors le Service de 
Santé de la Marine et, le 27 avril 1886, fut nommé 
lieutenant-gouverneur du Gabon. 

En 1890, Ballay fut chargé par le Sous-Secrélaire 
d'Etat des Colonies, M. Etienne, d'organiser la haute 
administration des Rivières du Sud, qui venaient d'être 
détachées du Sénégal, et il fut le premier gouverneur de 
la nouvelle colonie, devenue la Guinée française, do 
laquelle dépendirent jusqu'en 1893 la Côte d'ivuire et 
les Établissements du Bénin. 

A son arrivée dans les Rivières du Sud, Konakry n'élait 
qu'un village de quelques paillotes dans l'île de Tiniho. 
]*;n peu d'années, il a su, grâce à son aclivilé et à 
son habile administration, en faire une véritable ville 
européenne et l'un des ports les plus importants de la 
Côte occidentale d'Afrique. La prospérité de la colonie 
de la Guinée française est l'œuvre du D'' Ballay. C'est 
aussi grâce à lui qu'a été décidée l'exécution d'un che- 
min de fer destiné à rejoindre Konakry au Niger navi- 
gable. 

En 1900, au moment où la fièvre jaune venait d'écla- 
ter au Sénégal, faisant de nombreuses victimes, le 
D'' Ballay s'ollrit spontanément pour faire l'intérim du 
Gouvernement général de l'Afrique occidentale, à la 
place de M. t^haudié, que sou état de santé obligeait ;i 
rentrer en France. C'était un arto d'héroïque dé- 
vouement. Grâce aux mesures sévères qu'il prit, il 
réussit à rassurer les esprits et à conjurer le fléau. 
Peu de temps après, il fut nommé gouverneur général ; 
mais sa santé était déjà ébranlée et, lorsqu'en novem- 
bre dernier il retournait encore une fois à son poste, 
il semblait aller, comme il en eut lui-même la claire 
vision, au-devant de la mort. G. R. 



S 3. 



Mécanique 



La loi des déformalious élastiques. — 

Dans un ouvrage très répandu en Allemagne, Elas- 
ticitirt iiiicl Fealigkoil, M. Bach conclut, d'un impor- 
tant ensemble d'expériences, que la loi des déforma- 
tions élastiques en fonction des efforts, loin d'êlre 
linéaire, comme on l'admet en général depuis Hooke, 
est une loi exponentielle, de la forme : 



dans laquelle le coefficient A et l'exposant m varient 
suivant les cor[)s, le dernier pouvant être plus grand 
ou plus petit que l'unité. 

Cette loi étant admise, on remarquera que, pour de 
très petites forces, le rapport des déformations aux 
efforts pourra devenir nul ou infini, et ne s'approchera 
d'une limite que dans le cas où l'exposant est égal à 1, 
c'est-à-dire, conformément à l'interprétation moderne 
de l'idée de Hooke, lorsqu'il existe un module d'élasti- 
cilé limite bien défini. 

Lorsque, dans l'application des formules do l'élasticité, 
on ajoute à l'expression élémentaire de la loi de Hooke 
des termes correctifs, on leur donne en général une 
forme telle qu'ils deviennent des infiniment petits du 
deuxième ordre au moins, quand l'effort est un infini- 
ment petit du premier ordre. C'est dans cette hypothèse 
que l'on peut admettre l'isochronisme des petites oscil- 
lations, tandis que, dans l'application de la loi de 
Bach, on devrait s'éloigner d'autant plus de l'isochro- 
nisme que l'amplilude des vibrations serait plus 
faible. 

L'importance des changements que l'adoption de la 
loi de Bach apporterait dans nos conceptions concernant 
les plus petits mouvements de la matière, comme aussi 
la grande et légitime autorité de léminent professeur 
de Stuttgard, exigeaient que la question fût soumise à un 
nouvel examen expérimental par les soins d'un métrolo- 
giste accompli. C'est ce que vient de faire M. Kohlrausch, 
dans un travail fort bien conduit, exécuté avec la col- 
laboration de M. Grûneisen. 

Les écarts de proportionnalité étant, dans l'hypothèse 
de Bach, particulièrement sensibles pour les petites 
déformations, il était nécessaire de partir d'un état de 
la matière en repos élastique complet. 

Les expériences de flexion ont donc été faites sur des 
baguettes minces, placées de champ sur un support, 
et dont on déterminait les courbures dans le sens 
horizontal, par l'observation de la variation d'incli- 
naison relative de deux miroirs tixés aux extrémités 
de la lame, lorsqu'on la déformait par une force dirigée 
horizontalement. 

Les expériences ont porté- sur le laiton, la fonte 
grise, le fer forgé et l'aidoise. Les plus petites défor- 
mations mesurées étaient de l'ordre d'un di.x-miUionième 
pour la fibre la plus tendue. Les plus giandes défor- 
mations étaient de 300 à 1.000 fois supérieures aux 
petites. 

Voici les résultats auxquels ces expériences ont con- 
duit : 

/''(•/■ l'orgé : Les expériences, compensées au moyen 
d'une fonction linéaire, s'écartent de cette dernière, 
i>n moyenne, de 1/3.000 environ de la plus grande 
déformation observée; 

Laiton : La proportionnalité est moins parfaite que 
dans le fer, mais la compensation est bonne avec un 
terme quadratique très petit. Les résidus élastiques 
dans les grandes déformations rendent le résultat un 
peu incertain; 

Fonte grise : Les déformations vont sensiblement 
])lus vite que les efforts, suivant une forme un peu 
compliquée, qu'une formule du deuxième degré repré- 
sente insuffisamment. En revanche, la formule ; 

^ = A/-+n/'^, 



CHRONIQUE ET CORRESPONDAJVCE 



113 



le; r.nluil d'une manière très salisfaisante les données 
de l'expérience. Dans i;e cas aussi, les nombres ne 
donnent pas la moindre indication d'une discontinuité 
->" 'lisinage des forces nulles; 

ioise : Même pour ce corps, les résultats ont 

lès réguliers, montrant seulement une marche 

li^irerement accélérée des déformations par rapport 

aux efforts. 11 est intéressant de mentionner la valeur 

du module de l'ardoise, éeale à 11.400 — -^, c'est -à- 
dire tout à fait Je l'ordre du module des bronzes de 
bonne qualité. 

L'ensemble de ces expériences, comme aussi les 
observations faites sur les lames vibrantes, conduisent 
à conclure que rien, jusqu'ici, n'autorise à abandonner 
une lui lies déformations élastiques dérivée de celle 
de Hooke et se réduisant k cette dernière pour des 
déformations très petites. 

ï; i. — Chimie générale 

La notion de valence et les eonibinai.sons 
non saturées. — La considération de la vuleiice des 
atonies, dérivant de l'ancienne théorie des typos de 
lierhardt, a été d'abord accueillie très favorablement. 
Cet accueil, dû à la facilité d'exposition que cette no- 
tion introduisait dans la classilicalion des métalloïdes 
de Oumas, fut encore justifié dans la suite par la pério- 
ilicité de l.i valence qui ressort du tableau de Men- 
déléeff, périodicité si remarquable que .M. Sabatier a 
pu baser sur elle une classilication des élc'meiits en 
dix-sept séries naturelles très homoiçènes'. Cependant, 
la valence d'un élément a paru être, à mesure que l'on 
découvrait de nouveaux composés, une grandeur si 
variable, que les chimistes ont une tendance très mar- 
quée et très naturelle à renoncer à cette notion. Dans 
sa dernière Uevue annuelle de Chimie-, M. Ktard ca- 
ractérisait celte tendance par cet énoncé pittoresciue : 
M Tous les éléments ont toutes les atomicités : ils font 
ce qu'ils peuvent dans des conditions déterminées, ou 
ce qu'ils veulent pour être au mieux dans le milieu où 
la Nature les met. >. 

Cette queslioii préoccupe pourtant encore certains 
chimistes, en particulier M. F. Willy Hinrichsen, qui 
annonce comme prochaine la publication d'un travail 
inlilulé : •< Sur l'état actuel de la théorie des valences. » 
Un résumé de son opinion sur la théorie des combi- 
naisons non saturées^ va montrer, en elïet, que la 
théorie de la valence n'a peut-être pas fourni tout ce 
qu'elle est capable de donner, et que, s'il convient, 
comme le dit M. Etard, d'en diminuer l'importance dans 
Tenseit-nement, elle est encore susceptible d'intéresser 
les chimistes et de soulever des controverses. 

• m appelle composé non saturé, en Chimie inorga- 
nique, un composé dans lequel certains atomes n'in- 
terviennent qu'avec une capacité de combinaison' in- 
férieure à une certaine valeur maximum; un tel 
composé offre la particularité de pouvoir donner des 
produits d'addition jusqu'à formation d'un composé 
.saturé, ilaiis lequel le maximum en question est atteint. 

Kemarquons, d'ailleurs, que parler de combinaisons 
saturées et non saturées comporte tacitement l'hypothèse 
que la valence d'un atome possède une valeur constante ; 
considérer la valence comme variable et attribuer, par 
exemple, à la variabiliti' de lavalence du soufre l'existence 
de .'^0- et de SO'.ce n'est pas donner une théorie, c'est 
tout simplement exprimer des faits, ou encore énoncer 
la loi des proportions multiples. L'ne véritable théorie 
des composés non saturés devra, en partant de l'hvpo- 



' Ann. Fac. Se. Toulouse, 1890. 

- fifvue dc-uér. des Scianees, t. XII. p. 1Û73, i:; déc. lî-Ol. 

= Zeitschr. f. physik. Chem., t. XXXI.K, p. 304, 1901. 

■"Nous n'employons cette expression qu'à défaut d'une 
mfiilli'iire; on pourrait aussi bien dire, au lieu de capacité 
de combinaison, nombre d'affinités échangées, ou nombre 
de liaisons. 



thèse d'une capacité de saturation invariable, expliquer 
pourquoi, dans certains cas, la capacité de combinaison 
n'atteint pas son maximum. 

Et cela est si vrai que, dans la Chimie organique, 
dont le développement est relativement récent, la 
théorie atomique considère l'atome de carbone comme 
quadrivalent; elle admet qu'il ne peut pas exister de 
valences libres du carbone non saturées', et fait 
intervenir les doubles et les triples liaisons. Nous ver- 
rons tout à l'heure quelles critiques on peut formuler 
contre cette hypothèse des liaisons multiples; mais, 
pour le moment, nous nous contenterons de remariiuer 
que : 1° cette distinction entre les combinaisons non 
saturées de la Chimie organique et celles de la Chimie 
inorganii[ue est loin d'être satisfaisante pour l'esprit; 
2° d'après la définition donnée ci-dessus pour les com- 
posés non saturés, l'ammoniac sera un de ces compo- 
sés, puisque, dans Azll '. Az ne possède que trois liaisons 
avec l'hydrogène, tandis que. par addition, on peut 
former le composé Azll 'CI, où Xz atteint sa capacité de 
saturation : o. 

M. Hinrichsen a essayé d'éviter ces objections, et sa 
théorie est basée sur les remai ques suivantes : 

M. Vaut' Hoff a déduit, de certaines hypothèses sur 
la relation entre l'étal cinétique d'un atome et sa va- 
lence, que les affinités doivent être d'autant moindriis 
que la température est plus élevée. Les exemples de 
dissociation, tant des corps composi'S que de la vap'^ur 
d'iode, par exemple, semblent bien vérifier cette loi. 

D'autre part, M. Blomstrand a pu observer que. 
chaque fois que le caractère éleclrochimique, positif 
ou négatif, d'un élément, est bien net, cet élément 
présente la ca[iacité de combinaison minimum. Par 
exemple, dans l'aciile sulfhydiique H'S, on le sonfie 
est, sans aucun doute, l'élément électronégatif, S e^t 
divalenl; si son car.ictère négatif diminue, sa capacité 
de combinaison augmente : on ne connaît p;is de 
combinaison SO, il exisie SO', et SO^ est encore plus 
stable. Celte hexavalence semble correspondre à la satu- 
ration, comme cela résulte encore de la très grande 
stabilité de l'hexalluorure de soufre SF*, où le caractère 
éleclronégatif du soufre a tout à fait disparu. Eu géné- 
ralisant un peu cette remarque de .M. Blomstrand , on 
peut énoncer : La quantité d'énergie que possède un 
atome (ou peut-être mieux : l'activité d'un atome' e>l 
d'autant plus grande qu'il possède une moindre va- 
lence. Elfectivement, le passage de. S(V à SO" est 
accompagné d'un dégagement de chaleur, c'est-à-dire 
que, lorsque le soufre passe de l'état quadrivalent à 
l'éiat hexavalent, il y a perte d'énergie. 

Puisqu'il est ainsi" établi que certains facteurs : tem- 
pérature, caractère électrochimique, peuvent avoir de 
l'inlluence sur la capacité de combinaison des atomes, 
rien n'empêche de supposer que, si, dans les combi- 
naisons non saturées, certains atomes paraissent 
n'avoir qu'une capacité de combinaison inférieure à 
leur capacité habituelle, c'est que les circonstances ne 
sont pas favorables à la capacité maximum, et que. à 
cause de ces circonstances mêmes, certaines valences 
restent libres. C'est là l'hypothèse de M. Hinrichsen, 
d'après laquelle, dans AzÔ, Az présente une valence 
libre, de même que Hg dans HgCI, tandis que C dans 
CO et Sn dans SnGl= présentent deux valences libres. 

Ce qui est surtout intéressant dans cette théorie, 
c'est qu'elle s'applique aussi aux combinaisons non 
saturées de la Chimie organique, et qu'elle permet alors 
une unité do vues tout à fait satisfaisante. 

Voici quelques-uns des arguments par lesquels 
M. Hinrichsen établit la supériorité de sa théorie sur 
l'hypothèse des liaisons multiples : 

Le passage de l'éthane à l'acétylène n'est autre chose 
qu'une simple décomposition en : 

' On néi;llf;e le cas de l'oxyde de carbone, ou on le con-i- 
dére comine une exception, ou encore on s'en débana-se 
en prétendant qu'il appartient à la Chimie inorganique, ce 
qui est une défaite bien puérile. 



116 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



I I 
cil' — ciP = CH — (;H + 2n-, 



(]ui n'imiilique pas la formation d'un lien plus intime 
entre les deux atomes de carbone, et qui est d'accord 
avec la remarque de M. Vant' HofT. 

Le passage de la chaîne acélylénique à la chaîne 
élhyléiiique ou saturée se fait avec dégagement de 
chaleur, c'est-à-dire perte d'énergie. Cela cadre tout à 
fait avec l'observation précitée de M. Hiomstrand. De 
plus, dans l'acétylène et dans ses dérivés, les carbures 
métalliques, le carbone est nettement électronégatif, 
ce qui s'accorde avec sa capacité de combinaison 
moindre. 

Enfin, il est un fait d'expérience : c'est que le volume 
moléculaire est, ainsi que la réfraction moléculaire, gé- 
néralement plus grand dans les cas où l'on admet des 
doubles liaisons entre les atomes que dans les cas de 
liaisons simples; or, on concevrait, au contraire, qu'une 
double liaison produisît un rapprochement des atomes 
dans la molécule; tandis que, si l'on admet qu'un 
atome ayant des valences libres possède une énergie 
plus grande, on conçoit que les mouvements de cet 
atome exigent un espace plus grand, c'est-à-dire que 
le volume moléculaire soit augmenté. 

IVous n'insisterons pas sur un dernier argument, qui 
oITre plutôt le caractère d'une réponse à une objection 
possible : dans cette théorie, rien ne s'oppose à l'exis- 
tence d'un composé 



01-, dans des recherches récentes, M. Xef a dû, pour 
interpréter certains résultats d'expériences, admettre 
l'existence de semblables corps. 

Quel que soit l'avenir de celte théorie, et quelque 
vraisemblance qu'il y ait à ce qu'elle fasse prochaine- 
ment place à une autre, sort commun à toute théorie, 
celle-ci possède, du moins, le mérite de suggérer des 
recherches expérimentales du genre de celles que nous 
venons d'indiquer. Remarquons qu'il y aurait un inlérêt 
particulier à expliquer par les rapports mutuels des 
atomes les combinaisons dites moléculaires, et que, 
comme le dit fortjustement .M. Hinrichsen, « toute dimi- 
nulion du nombre des combinaisons moléculaires devra 
être considérée comme un progrès de la théorie des 
valences ». 

§ .".. — Chimie biologique 

Uccliei'clies sur la conslilution cliiiiiîqiie 
<le la leiicine. — • La leucine est une substance azo- 
tée, cristallisable, qu'on obtient par la digeslion avancée 
des matières albuminoides; elle existe quelquefois dans 
l'urine, où l'on en a trouvé à l'état de dépôt. Sous l'in- 
fluence de certains réactifs, tels que la baryte et les 
acides étendus, presque toutes les matières albumi- 
noides étudiées en fournissent. On comprend donc que 
la connaissance de cette substance soit très importante 
a\i point de vue de l'étude intime des matériaux azotés 
de la cellule vivante. 

Mais, comme la fait observer M. Etard, on peut pré- 
voir l'existence de 31 leucines isomères. Est-ce toujours 
la même qu'on obtient quand on s'adresse à des maiières 
albuminoides différentes? Y a-t-il,au contraire, des leu- 
cines caractérisliques de certaines de ces matières? 
Jusqu'ici, il serait prématuré de l'affirmer, les expé- 
riences faites dans ce sens précis et nouveau n'étant pas 
encore assez nombreuses. 

On peut, en tout cas, se demander quelle est la 
constitution de la leucine ordinaire, de celle qui a été 
obtenue par la jilupart des chimistes. D'après des expé- 
riences de Hiifiier, certains auteurs admettent que celte 
leucine est un acide normal «-aminocaproique : 

CIP -CIL — cil- — CII = — CIHAzlP) — COMI ; 



mais, d'après celles de Limpricht, -Scimlze et Likernik 
d'autres pensent qu'elle a pour formule : 



Cil» 



;CH — cil' — cil AzU- — Cii=H. 



Or, ces conclusions, tirées de la constitution présu- 
mée du valéral, qui a servi à la «yntlièse, reposent en 
réalité sur une base peu solide : il y a trois valérals pos- 
sibles, et l'on ne connaissait point, à l'époque où fut faite 
la synthèse, la constitution de celui qu'on avait rais eu 
œuvre. 

MM. Etard et Vila ' viennent de reprendre cette ques- 
tion délicate, et, comme ils sont partis de l'alcool amyli- 
que préparé récemment par iM. Bémond : 



CIL 



■ f.ll- — cil — ClFiill, 
I 
CIL 



la constitution du valéral et de la leucine (ju'ils onî 
successivement obtenus se trouve fixée d'une mani' i 
définitive. 

En outre, comme cetle leucine artificielle, probali' - 
ment identique à celle qu'on avait préparée avec des 
valérals impurs ou indéterminés, diffère certainement 
de la leucine extraite des tissus animaux, il faut con- 
clure, contrairement à l'opinion classique, que la syn- 
thèse de la leucine ordinaire est encore à réaliser et 
qu'on s'est trop hâté d'admettre comme établie la for- 
mule de constitution de cette substance. 

Action des tanins et des matières colo- 
rantes sur l'activité des levures. — .M. liosens- 
thiel, l'émineut chimiste à qui la science des matières 
colorantes doit quelques-unes de ses principales acqui- 
sitions, a montré, il y a quelques années, que les 
matières astringentes du jus de pomme exercent sur 
les levures une action qui se résume ainsi : fonction 
ferment abolie, facultés reproductrices conservées. 

M. Rosensthiel a fait, depuis, de nouvelles observa- 
tions, qui lui ont permis d'expliquer les anciennes- : 

Le moût de raisin, coloré et stérilisé par son procédé, 
se décolore en partie quand on l'ensemence avec de la 
levure. Cette décoloration est de 4 :i ; mais, quand le 
vin est fait, elle n'est plus que de 2,3. Il y a donc deux 
causes de décoloration : une passagère, une déflnilive. 

La décoloration passagère est due à l'action réduc- 
trice des levures, qui transforme des matières cnlo- 
rantes du raisin en dérivés incolores, qui se recolorent 
ensuite. 

La décoloration permanente est due à la fixation de 
la matière colorante du raisin sur la levure, qui est la 
seule matière solide contenue dans les moûts stérilisés. 
Si l'on verse sur cette levure teinte une nouvelle quan- 
tités de moûts colorés, la fermentation se fait lente- 
ment, et elle peut même s'arrêter tout à fait. La levure 
chargée de matière colorante perd donc son pouvoir 
ferment. 

I^a levure fixe anssi les couleurs d'aniline, de la série 
de l'acridine, de la thionine, de la safranine. Elle 
comporte comme la laine et la sdie; elle épuise le bain 
si la quantité de matière colorante ne dépasse pas 
3 o/o du poids de la levure sèche. En présence d'un 
excès de couleur, la levure absorbe 8 " „ de son poids 
de fuchsine, et " o de vert malachite. La levure ne 
fixe pas les couleurs dérivées de la benziJine, excepté 
la benzopurpurine. 

La levure fixe de nn'me le tanin; un litre de mont, 
qui contient 2 grammes de tanin, n'en renferme plus, 
après fermealaîion, que 0-%2. Les pigments du raisin 
sont de la famille du tanin, et se comportent comme 
lui vis-à-vis de 'la levure. La levure chargée de tanin 

' Cumplrs rendus Ac. Jt's Se., séance du 13 janvier \?l'i. 

- liosENSTHiKi. : De l'action des tanins et des matières colo- 
rantes sur l'ac-tivité des levures. Comiilrs rcmJus ilc IWca- 
dcmie des Sciences, t. CXXXIV. n» 1., 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



fi de matière colorante peut encore se cultiver. Mais 
elle il perdu son pouvoir ferment. 

Faisons remarquer, à ce propos, qu'à l'Institut 
Pasteur on charge les microbes pathogènes de matière 
colorante pour diminuer leur pouvoir pathogène. 
M. Sergent y a obtenu l'immunisation du lapin au moyen 
d'un pneumocoque coloré par le violet de méthyle. 

§ G. — Botanique 

Le diag'iioslic des bacilles encapsulés. — 

On comprend sous le nom de bacilles encapsulés un 
groupe de bactéries dont le type est le pneumobacille de 
Friedlander, et dont les principaux représentants sont 
le bacille du rliinosclérome, le microbe de l'ozène 
d'Abel, le Buclcvium Lactis aerogcnes, etc. Il y a eu et 
il y a encore de nombreuses discussions sur l'identité 
ou la non-identité de ces diverses espèces, qui ont pour 
caractères génériques d'être encapsulées, immobiles, 
de se présenter ordinairement sous la forme de grands 
bâtonnets polymorphes, de ne pas donner de spires, 
de se décolorer par le Gram, de former sur les milieux 
de culture habituels des enduits abondants, glaireux, 
et de donner en piqûre de gélatine des cultures en forme 
de clou de tapissier, sans liquéfaction. 

Un savant étranger, M, P. Clairmont', vient de con- 
sacrer beaucoup de temps à la tâche de débrouiller ces 
différents types. Il a rassemblé un peu partout trente- 
huit races pures, de provenance garantie, et les a 
étudiées comparativement. La partie la plus importante, 
ou du moins la plus laborieuse de ses recherches, con- 
cerne des expériences faites en vue de dilTérencier ces 
espèces par le séro-diagnostic. Il a immunisé des lapins 
par des injections sous-cutanées progressives, d'abord 
de cultures en bouillon stérilisées, puis vivantes, et 
enfin par des injections de cultures sur agar émul- 
sionnées. La durée de l'immunisation variait de 
140 à 218 jours. Mais, k lire ses procès-verbaux d'ex- 
périences, ou est frappé de voir que plusieurs des 
animaux qu'il considère comme immunisés présentaient, 
à la fin delà période de vaccination, des abcès quelque- 
fois énormes avec nécrose de la peau, et l'on se demande 
parfois si la mort est due à ces abcès ou à la saignée 
terminale. En tout cas, il ne parait pas qu'il ait obtenu 
d'immunité bien solide. 

Le sérum de chaque animal immunisé avec une 
ospèce a été examiné au point de vue de son pouvoir 
agglutinant sur l'espèce homologue et sur les autres. 
Or, de tous les sérums examinés, aucun n'était agglu- 
tinant pour l'espèce homologue, sauf le sérum obtenu 
en immunisant l'animal avec le Bacterium Lactis aero- 
f/ivies retiré des selles de nourrisson. Les autres 
espèces ne produisant pas, dans le sang des animaux 
traités, de substances agglutinantes, il était impossible - 
de chercher à les différencier par cette méthode. 

L'auteur s'est alors rabattu sur l'essai de la valeur 
préventive de ces divers sérums ; mais il l'a trouvée nulle 
et par conséquent inutilisable pour son but. 

Il ne lui restait donc qu'à étudier en détail les carac- 
tères de culture et les propriétés biochimiques de ces 
bactéries. C'est ce qu'il a fait avec beaucoup de patience. 
Il conclut à la iinn-ichnlité du bacille de Friedliinder et 
du Jlactevhnn Lactis aérogène, en s'appuyant sur ce 
que ce dernier coagule le lait, donne plus d'acide dans 
le petit-lait tournesolé, plus de gaz dans les milieux 
sucrés, et présente quelques légères différences de 
nuance dans les cultures sur agar et sur pomme de terre. 

Il identifie le Friedlander et le bacille de l'ozène, en 
faisant remarquer toutefois que ce dernier se distingue 
par sa non-pathogénéilé pour le cobaye. Dans le groupe 
du Friedlander, mais se différenciant par l'absence de 
réaction acide dans le petit-lait tournesolé et par sa non- 
pathogénéité pour la souris, rentre le bacille du rliinos- 
clérome. 

' P. Claihmont : Kecherches sur le diagnostic entre les 
différents « bacilles encapsulés ". Zi^itsrhrift /'. Hy<J. und 
Inf'-'-liookrsnkJieilco. 9 janvier 1902. 



§ T. — Anatomie et Physiologie 

Les phénomènes histolog-îques de la sécré- 
tion lactée. — Dans un travail très bien exécuté, 
M. Lémon vient de préciser un certain nombre de faits 
relatifs aux diverses étapes de la sécrétion lactée'. 

Dans une cellule en voie de sécrétion, la sécrétion 
s'accumule dans la partie distale; la partie basale ren- 
ferme le ou les noyaux (généralement 2) et des fila- 
ments allongés, prenant les couleurs basiques, que 
l'auteur assimile à l'ergastoplasme des frères Bouin et 
de Ch. Garnier. Par un phénomène de fonte, toute la 
partie distale de la cellule tombe dans la lumière de la 
glande, quelquefois avec des noyaux, en dégénérescence 
(graisseuse ou pycnique) ou en parfait état. La partie 
basale, dont les formations ergastoplasmiques sont 
devenues ramassées et trapues, reproduit la cellule 
entière, et le processus recommence. Pendant tout ce 
temps, le noyau renferme un nucléole tout à fait carac- 
téristique. Les noyaux se reproduisent par amitose. 

Dans une glande qui ne fonctionne pas, il n'y a pas 
de formations ergastoplasmiques et le noyau n'a pas 
son nucléole. M. Lémon conclut que « le cytoplasme 
élabore le produit de sécrétion par l'intermédiaire de 
filaments ergastoplasmiques situés ù la région basale ». 

;:ir^,i%'^-'': § s; — Pathologie 

L'Akatlilsie. — On a déjà décrit, sous le nom 
d'astasie, d'alMsiê, une curieuse affection qui se traduit 
par l'impossibilité pour un sujet de se tenir debout, 
sous peine de tressauter, de bondir même, aussitùt 
que les pieds viennent à toucher le sol. Cette afiection 
s'observe chez les hystériques. 

Sous le nom A'akatliisie (de a privatif, xïGiîw, je 
m'asseois), .M. Haskovec (de Prague} vient de décrire 
une variante de celte maladie, caractérisée par l'im- 
possibilité de se tenir assis, sans aussitôt sursauter 
de façon incoercible. Cet auteur en a communiqué 
deux cas à la Société de Neurologie de Paris*. 

Dans le premier cas, il s'agissait d'un homme de 
quarante ans. A peine s'asseyait-il qu'il était pris 
brusquement et involontairement de soubresauts intem- 
pestifs, qui le faisaient retombernon moins brusquement 
sur son siège. Ces mouvements semblaient vraiment 
automatiques, involontaires, forcés, et le malade les 
considérait aussi comme tels. Ce phénomène était ici 
de nature hystérique. 

Le deuxième cas concerne un neurasthénique de 
cinquante-quatre ans, qui ne pouvait rester assis un 
certain temps sans sursauter malgré lui et avec vio- 
lence. Quelquefois, en se cramponnant à une table, il 
maîtrisait ces sauts involontaires. D'autres fois, mais 
plus rarement, il n'éprouvait dans la position assise 
qu'un malaise, comme un sentiment de crainte d'être 
sur le point de sursauter. 

Dans Valîathisic, la position assise normale est donc 
interrompue par de brusques ressauts; dans Vastasif- 
ahasie, la station debout et la marche normales sont 
rendues impossibles par des contractions involontaires 
des membres inférieurs, par des sauts irréguliers. Or, 
les malades de M. Haskovec étaient parfaitement tran- 
quilles dans la station debout et marchaient avec aisance. 
De même, certains astasiques-abasiques courent avec 
facilité ; d'autres progressent en marchant à quatre 
pattes. La station debout et la marche normales sont 
seules impossibles dans ces derniers cas; la position 
assise seule ne peut être conservée normalement dans 
l'akathisie. 

Astasie-abasie et alialliisie sont probablement des 
phénomènes nerveux de même genre et même nature, 
purement fonctionnels, et ne dépendant que d'un état 
transitoire d'hyperexcitabilité des centres corticaux. 

' Journal de l Anatomie et de la Pliysiologie, t. XXXVIU, 
1902. n" 1, p. 14-3:5. 
= Bévue d" iS'eiirulogie. 1901, n" II. 



lis 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



î: il. 



Hygiène 



l.'iniiiiiiiiÎMition contre In peste bovine. — 

Les .li(7//r('s ili-s Scii-iircs ]jiolo;ii/iii>< (de .S;iint-Pélers- 
lniury) nous apportent la relation Je curieuses et très 
importantes expériences, iioursuivies sans reldclio ile- 
puis 1809 par M. E. W ijnikewilcli sur l'inimuiiisation 
contre la peste bovine '. 

lin I8{i(), .M. .\encki el M""'' Sieberont constaté que le 
séiiim des animaux ayant fiuéri de la peste bovine 
renfei'me une substance qui protège l'animal neuf 
contre cette maladie. 

Celle observation a servi de point de départ à une 
Imiiiue série de rechercbes entreprises par M. Nencki 
et ses élèves, el parmi ceux-ri M. Wijnikewitch. Il y a 
quelques années, ce dernier fut chargé d'organiser un 
labcraloire dans la région transbaïkalienne pour 1 étude 
et surtout pour la préparation sur place de grandes 
quantités de sérum antipesteux selon le procédé do 
Siencki el de ses élèves. 

\oici en quoi consiste ce procédé : 

lin commence [lar préparer du sérum antipesteux; 
à cet elTet, on clioisit un b(euf très vigoureux et bien 
portant, on lui injecte sous la peau 0.2 ce. de 
sang pesteux el.deux heures après, une certaine quan- 
tité ;40 ce. environ) de sérum d'un animal ayant eu la 
peste. Dès que le bœuf se rétablit, on renouvelle les 
inoculations, d'après le procédé décrit; on injecte 
d'abord des doses de l.o ce. de sang pesleux et on 
tînil paren injecter o litres. A ce moment, l'immunisa- 
tion est considérée comme terminée. I.e sérum obtenu 
dans ces conditions est capable, à la dose de 20 à .'iO ce, 
de préserver un animal contre la peste. .Ainsi, un bœuf 
solidement immunisé pouvait fournir assez de sérum 
pour vaccinei" trois cents animaux de grande taille. 

Voici maintenant le procédé élaboré par M. Nencki 
pour vacciner les animau.v : On injecte sous la peau 
0,2 co. de sang pesleux et, deux à quatre heures après, 
•20 à bO ce. de sérum antipesteux. Dix jours après, on 
prcicède, suivant l'expression de M. Nencki, à la fixation 
de l'inimunité, pour la rendre définitive ou, du moins, 
durable ; on y arrive par une nouvelle injection du 
saijy pesleux ii).2 à 0,."ii seul, sans sérum. Les animaux 
ne mauifeslenl généralement aucune réaction, ni llier- 
niique, ni locale, à cette seconde injection, et la vac- 
cination est obtenue. M. Wijnikewitdi a vacciné, en 
tout, plus de 2'i2. 000 animaux el déclare que les résul- 
tats étaient toujours excellents. 

I,» dostriiclion des rats par un bacille 
palliogciu'.— Nos lecteurs savent combien peut ini- 
pi'ilrr, (luur la piévenlion de certaines maladies conta- 
gieuses, nolanunent de la peste, la destruction des 
rats. C'est là un problème auquel s'intéressent spécia- 
lement les personnes qui, par nécessité ou pour leur 
plaisir, voyagent en Orient, visitent l'Inde ou simple- 
ment nos escales du Levant. Non seulement sur la teire 
ferme, mais aussi à bord des navires, on se préoccupe 
à bon droil de faire disparaître ces véhicules ordinaires 
de lu pesle. Un savant russe, M. Issatschenko, a ré- 
cemment institué une série d'expériences suivant la 
méthode que l'asleur avait voulu inausurer pour tuer 
les lapins en Australie*. 

Il avait isolé dtjà. en I89.S, un microbe particulier 
chez un rat gris. En l'étudiant de près, il a vu que ce 
microbe, introduit par la voie buccale, est très virulent 
jM.ur les rats et les souris, el en même temps complète- 
inenl inollensif pour les animaux domesli(|ues (cheval, 
bu-uf, porc, mouton, poule, chien, chat), ce qui l'a 

' E. Wij.tiKKwiTcn : De l'immunisation contre la peste 
bovine dans la région transbaïk.ilicnne, pendant les années 
IS'.;:'. 1900- et lyOl. [Archives Jfs Sciences bioloàiqucs, 
t. I.\. fasc. 2.) J 1 ' 

' Issatschenko: Recherches sur un bacille pathogène des 
rats. {Ccolralblall fiir llakltriologn-, a" 1. 19U2.) 



engagé à utiliser ce microbe pour la destruction des 
rats et à en préparer un grand nombre de cultures; 

D'après les renseignemeuts qui lui sont parvenus de 
divers points de la Russie, où ses cultures ont été 
employées sur une grande échelle, l'auteur conclut 
que les résultais ont été favorables dans 70,1 " „ des cas. 
Dans le courant de l'année 1809, le laboratoire du Minis- 
tère impérial de l'Agriculture a elloctué 7.881 envois. 

g 10. — Géographie et Colonisation 

La rcsfion flu Cliarî. — Deux conférences inté-' 
ressantcs ont été faites récemment, à la Société de 
(léographie de Paris, sur la région du Chari : l'une, sur 
le Haut-Chari, par .M. l'administrateur Hruel; l'autre, 
sur le lîas-Chari, par M. le commandant Hobillot. Les' 
exposés des deux collaborateurs de .M. Gentil ont élé 
nécessairement assez diflerents, tant par la personna- 
lité de leurs auteurs que par le caractère même des 
régions décrites, les études de M. Bruel ayant un carac- 
tère plus scientifique, alors que M. le commandant 
liobillot a dû surtout raconter les événements survenus 
dans le territoire, plus récemment conquis et plus 
imparfaitement soumis, dont il avait le commande- 
ment. 

M. Georges Bruel était administrateur au Congo fran- 
çais depuis sept ans, et avait collaboré à la deuxième 
Mission tientil, lorsqu'il fut placé pat le Commissaire 
général à la tête du Territoire civil. Le pays avait été 
reconnu dans ses grandes lignes, depuis 1801, par les 
Missions Crampel, Dybowski, Maistre, Gentil. Reslait 
à en faire une étude plus complète, à en dresser la 
carte, à réunir des renseignements sur la contrée, les 
habitants, les ressources économiques. C'est à quoi 
s'est, atlaché M. Bruel avec beaucoup de soin et do 
succès; il publiera prochainement une carte de celte 
région, qui sera une importante contribution géogra- 
phique '. 

Le sol, dans le llaut-Chari, est généralement formé 
do fer hydroxydé et d'argile; dans l'Est, de très cu- 
rieuses saillies granitiques, connues sous le nom de 
Kagas, percent ce manteau; M. liruel, dont la collec- 
tion de photographies est peut-être la plus belle qui 
ail jamais été rapportée jusqu'ici des pays tropicaux, a 
projeté des vues de ces Kagas, types d'érosions grani- 
tiques dignes de prendre place dans les manuels clas- 
siques. 

La région du Haut-Chari emprunte une importance . 
particulière à ce fait que c'est par là que s'opère la 
liaison entre les deux bassins du Congo et du Chari 
et que doivent passer le personnel, le matériel, les ra- 
vitaillements. M. Bruel a donc eu à porter une atten- 
tion particulière sur l'hydrographie des cours d'eau '!t' 
la région, affluents de l'Oubangui, comme la Kim . 
rOmbella el la M'poko, ou branches supérieures li; 
Chari, comme le (Iribingui, le Bamingui et le Bahr-Sin 
ce dernier identifié avec lu Ouam par MM. Bernai 
Huol, dans leur itinéraire du Gribingui à la San:: 
Quant à la recherche d'une route par le Logone, c i -! 
ce dont s'est occupé un des collaborateurs du ciin- 
mandant Hobillot, M. le capitaine Leclerc; sa Missi'i 
dont les résultats seront prochainement connus, ti 
chera définitivement ce qu'on a appelé le " probi' 
de la .Sangha », qui depuis si longtemps préoccup' > 
géographes, au point de vue théorique, et les colonie 
au point de vue pratique. 

Les indigènes du Haut-Chari appartiennent, d'ai i 
M. Bruel, à trois races distinctes : Banda, Mandjia, > > 
qui se sont mêlées et enchevêtrées, de telle sorte qu i 
carte ethnographique ressemblerait ;i un véritable iiiau- 
teau d'Arlequin, les Mandjia formant d'ailleurs le fond 



' \o.vez aussi, sur une partie de la région du llaut-Chari, 
la remarquable élude publiée par le capitaine J. TrulTert 
sur le- Massif des M'Brés, dans la ftevuc yen. f/es Scirn--'^ 
du 30 janvier 1902, t. Xlll, p. "i et suivs- 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



119 



de la population. M. Bruel a cherché à se rendre 
compte, d'une manière aussi exacte que possible, du 
chiffre de la population du Haut-Chari, question très 
importante, car c"est par là qu'on peut déterminer, au 
moins en partie, ce que peut devenir un pajs comme 
débouché ciimraercial, ce qu'il peut rendre comme 
impôt de capitation et quelles sont ses ressources de 
main-d'œuvre. 11 estime — et c'est là un des points les 
plus nouveaux et les plus intéressants de ses recherches 
— que la population est beaucoup plus dense qu'on ne 
le supposait ; il n'y a pas entre chaque tribu, comme 
on l'a prétendu, des terrains de chasse déserts sur une 
ou deux lieues do marche : ce qui Ta fait croire, c'est 
que les premiers 
explorateurs ont 
eu des guides qui 
ne tenaient pas à 
"leur faire con- 
naître les villa- 
ges, et les me- 
naient dans la 
brousse par des 
sentiers passant 
loin des agglomé- 
rations. Le Haut- 
Chari aurait, d'a- 
près les évalua- 
tions de .\I. Bruel, 
32.000 liabitant>. 
soit plus de 9 au 
kilomètre carré. 
Le Congo fran- 
çais parait, d'ail- 
leurs, au confé- 
rencier, beau- 
coup plus peuplé 
que ne l'indi- 
quent les statis- 
tiques oflicielles. 
et aurait, non 8 
millions, mais 12 
àlomillionsd'ha- 
hitants. Tous les 
coloniaux nu cou- 
rant de ces ques- 
tions compren- 
dront l'importan- 
ce dune rectili- 
cation de ce 
genre, sans qu'il 
foit nécessaire 
il y insister. .\c- 
ceplons-en l'au- 
gure, et espérons 
quiln'yaii râpas, 
sous ce rapport, 
de mécompte 

comme à .Madagascar. M. liruel avait à assurer, avant 
tout, le ravitaillement des troupes du I5as-Cliari, à lever 
des porteurs et faire passer des charges. 11 a admirable- 
ment réussi dans cette tâche délicate, dont il avait fait 
l'apprentissage dans son ancien poste de Mobaye. Le 
portage ou le pagayage, qui sont des calamités véri- 
tables, s'ils sont mal compris, s'ils écrasent et tuent les 
populations, sont, au contraire, pour elles une excel- 
lente école si on ne leur demande qu'un elTort raison- 
nable. On a réussi également à faire admettre par les 
indigènes un léger impôt, perçu en nature, sous forme 
de caoutchouc, en échange de la sécurité, inconnue 
avant notre arrivée, dont elles jouissent. 

Avant d'être placé à la tète du Territoire du Bas-Chari, 
M. le commandant Rol.illol avait participé, au Soudan, 
à la colonne Combes et à la colonne Joffre, et comman- 
dait, au combat de Kouno. la colonne du centre, sous 
les ordres de l.amy. Il a raconté, avec beaucoup de 




simplicité et de modestie, les efforts faits par lui pour 
organiser le territoire vierge confié à ses soins, rendant 
justice à ses collaborateurs et n'oubliant que lui-même. 
Il a dit les reconnaissances effectuées par le lieutenant 
Kieffer sur le Logone, de Fort-Lamy à Lay, par le lieu- 
tenant Faure, de Fort-.Vrchambault à Lay, par le lieu- 
tenant de Lamothe, de Fort-Lamy à Abougher, par le 
capitaine Leclerc, dans la Haute Sangha, "etc. Il a ra- 
conté les difficultés rencontrées pour réorganiser le 
pagayage et pour construire les. postes pendant la 
saison des pluies, alors que les briques produisaient 
du mil et du maïs sous les hangars où elles devaient 
sécher. Cinq postes ont été installés dans le Bas-Chari, 

et les indigènes 

groupés autour 
de ces postes; au 
bout d'un an, il y 
enavaitdéjàb.OOb 
autour de Fort- 
Lamy. Ainsi, le 
commandant Ro- 
billot a réalisé 
le programme 
que lui avait tra- 
cé M. Centil, et 
qu'il a défini : 
une application 
rationnelle des 
principes d'ad- 
ministration de 
Rabah aux popu- 
lations arabes. 

M. Georges 
Bruel s'est dé- 
claré convaincu 
que tout le Congo 
Irançais, et en 
particulier le 
Chari, est rempli 
de richesses la- 
tentes de toutes 
sortes, qu'avec 
du temps et de la 
patience on arri- 
vera à mettre en 
valeur. M. le com- 
mandant Robil- 
lot a foi, lui aus- 
si, dans l'avenir 
du bassin du 
Tchad, en voyant 
ce qu'un terri- 
toire, bouleviîFsé 
par trente ans de 
guerre, a déjà 
repris en un an. 
Tout en faisant 
la part de l'enthousiasme qu'éprouvent nécessairement 
des administrateurs et des officiers jeunes et pleins 
d'ardeur pour un pays que, sous les ordres de leur 
chef éminent, M. t^ientil, ils sont justement fiers d'avoir 
donné à la France, nous croyons qu'on peut s'associer 
à ces espérances d'avenir. La mort de Fadel-.VIlah, 
dernier acte de la longue lutte engagée contre la puis- 
sance de Rabah, est un événement heureux. Il y a au 
Chari des populations qui deviendront rapidement nom- 
breuses, si elles ne le sont déjà, de grands cours d'eau 
navigables, enfin, delà « houille blanclic", fournie parles 
chutes de ces mêmes cours d'eau : toutes choses qui 
manquent si radicalement à ce Sahara devant b'quel 
tant de coloniaux français sont malheureusement hyp- 
notisés. Tout compte fait, nous pensons que la réi^ion 
du Chari, malgré son éloignement de la côte, peut de- 
venir, avec le temps, une des meilleures parties de 
notre domaine colonial. Augustin Bernard. 



^ RrgioD du Chari. 



l^u 



AUGUSTE FOREL — LES IACLLTl':S PSYCHIQUES DES INSECTES 



LES FACULTÉS PSYCHIOUES DES INSECTES 



Ji' «Icsir.r.iis cxaniiniT. dans cit arlicle. ro que 
l'on oiilend |i:ir racullés psyclii<]uo.s chez les In- 
sccli's. Ji' coiiiniencerai par Ips fournii? el consi- 
tlércrai d'alidnl k'Ur ciM'Voau. 

I. — Ci;i;vi;ai ki ohganks mcs sens. 

l'oiir délerniincr la valeur psychique d'un sys- 
l'''iiic nerveux eeulrai, on doit d'abord examiner 
lousies ccniros nerveux qui servent à îles fondions 
inft'rieures. avant tout à l'innervation directe des 
niMSi'les et aux organes des sens. L'élenduc de ces 
conijilexes de neurones ne <lé|>end pas de la coni- 
pliealion du travail intellectuel, mais du nombre 
eorrespondani de fibres musculaires, des surfaces 
sensorielles et des appareils réllexes, ainsi que tie 
la grandeur de l'animal. 

Des instincts compliqués demandent déjà l'inter- 
vention d'une plus grande quantité de travail plas- 
tique et ne peuvent éclore uniquement avec ces 
centres. 

I.e cerveau des fourmis nous offre un bel exemple 
de ce fait que les combinaisons inlellecluelles com- 
jiliquées demandent un centre nerveux supérieur 
aux centres sensoriels et musculaires. Une colonie 
de fourmis .se compose généralement de trois 
sortes d'individus : la reine (la plus grande), l'ou- 
vrière ((ilus pelile) el le mâle, qui est un peu plus 
gnis que l'ouvrière. Les instincts compliqués el les 
facultés inlellectuelles- nettement discernables (mé- 
moire, plasticité, etc...' se rencontrent, avant tout, 
chez l'ouvrière, beaucoup moins chez la reine. Le 
mâle esl incroyablement sol, ne distinguant pas 
amis el ennemis el ne pouvant retrouver son che- 
min vers le nid. Cependant il a des yeux et des 
antennes très développés, c'est-à-dire les deux 
organes des sens qui sont en rapport avec le gan- 
glion cervical ou sus-œsophagien el qui lui per- 
iiiellenl de saisir la reine au vol. Le ganglion sus- 
Msophagien ne dessert directement aucun muscle. 

Ces faits facilitent la comparaison des organes de 
la vie mentale, c'psl-à-dire du cerveau (corporti 
///■(liiiiculiiin), chez les trois genres. Le cerveau est 
1res gros chez l'ouvrière, plus petit chez la reine, 
presque complètement étiolé chez le mâle, tandis 
que, chez ce dernier, les lobes visuels et olfactifs 
sont très développés. Le cerveau de l'ouvrière pos- 
sède, en outre, une écorce extrêmement riche en 
cellules. 

H esl de mode, depuis (juclques années, de ra- 
baisser l'importance de la morphologie du cerveau 
pour la psychologie et aussi pour la physiologie 



des nerfs. Mais les modes ne doivent pas influencer 
la vraie recherche ; on ne doit pas non plus faire 
dire à l'Anatomie ce qu'elle ne dit pas. 

La lésion du cerveau a, d'ailleurs, chez la 
fourmi, les mêmes résultats que chez le pigeon. 

Les Insectes possèdent sûrement quatre sens: la 
vue, l'odorat, le goilt et le louclu'r; l'ouïe est dou- 
teuse. Peut-être l'ou'ie n'esl-elle qu'un toucher mo- 
difié pour de petits ébranlements. 

Ou ne rencontre nulle part un sixième sens. 

In sens photodermatique. modifié pour l'impres- 
sion lumineuse, doit être considéré comme une 
variété du toucher; il se présente chez beaucoup 
d'Insectes; il n'est, dans aucun cas, de nature 
optique. Chez les Insectes aquatiques, l'odorat et 
le goût se confondent vraisemblablement en partir 
(Nagel), car les deux discernent des substances 
chimiques dissoutes dans l'eau. 

L'organe de la vue, les yeux réticulés sont dispo- 
sés spécialement pour la vision des mouvcmenls. 
c'est-à-dire du déplacement relatif de l'image réti- 
ilienne. Pendant le vol, ce sens localise distincte- 
ment de grandes étendues, mais il donne des objels 
des contours moins nets que notre œil. L'œil à 
facettes ne d(mne qu'une seuleimagedroite (Exner . 
dont la clarté augmente avec le nombre des facelti'- 
el la convexité de I'omI. Exner esl parvenu àpliolci- 
graphiercelle image chez le Laïupyris. L'immobilité 
de l'œil empêche nécessairement la vision des objets 
sur les côtés d'un Insecte en' repos. C'est pourquoi 
les Insectes en repos sont si faciles à saisir par de- 
mouvements lents. PendanI le vol, les lusecle- 
s'orientent dans l'espace au moyen des yeux a 
facettes. L'odorat ne les attire que lorsqu'ils flai- 
rent quelque chose dans une certaine direction. Si 
l'on bouche les yeux à facettes, toute possibilité 
d'orientation dans l'air disparait. Par des déplace- 
ments de pigment, beaucoup d'Insectes peuvent 
accommoder leurs yeux pour le jour et pour la nuit. 
l>es fourmis perçoivent l'ultra-violet avec leur- 
yeux. Les abeilles et les frelons distinguent les 
couleurs, mais évidemment avec d'autres nuance- 
que nous, car ils ne peuvent pas être trompés par 
les plus belles fleurs artificielles ; peut-être cela 
tient-il à un mélange de rayons ultra-violets non 
perçus par nous'. 

Les ocelles jouent un rôle subordonné et ne ser- 
vent probablement qu'à la vision rapprochée dans 
les espaces sombres. 

Le sens de l'odorat a .son siège dans les antennes, 
en particulier dans leur scape, plus spécialement 
dans leurs glomérules olfactifs; par sa position 



AUGUSTE FOREL — LES FACULTÉS PSYCHIQUES DES INSECTES 



1-il 



laobile et extérieure à rexlrémité de ranteiiiie, il 
possède au moins deux propriétés qui manquent 
aux Vertébrés et, en particulier, à riiomine : 

1" La faculté de reconnaître, parle contact direct, 
les propriétés chimiques d'un corps (olfaction de 
contact); 

2" La faculté de reconnaître et de distinguer, au 
moyen de l'odorat, l'espace et la forme des objets, 
ainsi que la forme de la trace propre de l'Insecte, 
comme aussi de garder les souvenirs associés. 

L'odorat de beaucoup d'Insectes leur fait con- 
naître les relations exactes de l'espace, et peut 
f servir à l'orientation de l'animal qui se meut sur le 
sol. 

J'ai nommé odorat topochiniiquc ce sens qualitatil'. 
, qui diffère ainsi de notre odorat dans son énergie 
■' spécifique. Vraisemblablement, les lamelles po- 
reuses servent à l'odorat à distance et les glomé- 
rules olfactifs à l'odorat de contact, mais ce n'est 
qu'une supposition. L'ablation des antennes détruit 
la faculté de distinguer les amis des ennemis et 
'■nlève aux fourmis le pouvoir de s'orienter sur le 
sol et de trouver leur chemin, tandis qu'on peut 
leur enlever trois pattes et une antenne sans 
détruire essentiellement ce pouvoir. Le sens topo- 
chimique permet à ia fourmi de distinguer tou- 
jours les deux directions de sa trace, ce que Bethe 
prend pour une polarisation mystérieuse. La sen- 
sation des difî'érentes odeurs varie notablement 
•iiiv, les divers Insectes. Ce qui sent pour les uns 
>ans odeur pour les autres (et pour nous, et 
...versement. 

Les organes du goût siègent dans les pièces 
buccales. Les réactions gustatives des Insectes 
sont très analogues aux nôtres. 

Will habituait des guêpes à chercher du miel à 
une certaine place; il y plaça une fois de la quinine. 
Les guêpes le remarquèrent immédiatement, tour- 
nèrent autour et ne revinrent plus. lien fut de même 
lorsqu il remplaça le miel par de l'alun : elles 
revinrent une première fois et, lorsqu'elles eurent 
fait l'expérience du mauvais goût, elles ne revin- 
rent plus. C'est, soit dit en passant, une preuve de 
leur mémoire gustalive et de leur pouvoir d'asso- 
ciation. 

Pour l'ouïe, on a trouvé et décrit différents 
organes. Les prélendues réactions auditives ne se 
modifient cependant pas après leur perception, ce 
qui laisse à entendre la possibilité d'une fausse 
ouïe, qui ne serait que la perception de fines vibra- 
tions au moyen du toucher (Dugès). 

Le toucher est partout représenté par les poils et 
les papilles tactiles. Il réagit tout particulièrement 
après les faibles ébranlements de l'air ou du sol. 

Certains .\rticulés, particulièrement les arai- 
gnées, s'orientent surtout par le toucher. 



<Jn reconnaît aisément que les Insectes, d'après 
leur espèce et leurs conditions de vie, combinent 
l'emploi de leurs différents sens pour s'orienter et 
reconnaître le monde extérieur. .\ux uns manquent 
les yeux et, par conséquent, la vue. Les autres ont, 
par contre, un très faible odorat; certaines formes 
ne possèdent pas l'odorat de contact, par exemple 
la plupart des Diptères. 

La merveilleuse faculté d'orientation de certains 
animaux volants, comme les Oiseaux (pigeons 
voyageurs), les abeilles, etc., repose certaine- 
ment sur le sens de la vue et la mémoire visuelle. 
Le mouvement dans l'air l'augmente encore. Les 
arceaux du nerf acoustique sont, pour les Vertébrés, 
un sens de l'équilibre et donnent des sensations 
d'accélération et de rotation (Mach-Breuer), mais 
ils n'orientent pas vers l'extérieur. J'en ai donné la 
preuve ailleurs. Il n'y a pas de pouvoir d'orienta- 
tion spécifique, magnétique ou autre, indépendant 
des sens connus. 

Les faits précis que nous venons d'exposer cons- 
tituent la base de la psychologie des In.sectes. Les 
Insectes sociaux sont des sujets particulièrement 
favorables, à cause de leurs relations réciproques 
variées. Lorsque nous désignerons les synthèses 
de leurs actions par des expressions empruntées à 
la psychologie humaine, qu'il soit bien entendu 
qu'elles ne doivent pas être interprétées anlhropo- 
morphiquement, mais seulement comme des ana- 
logies. 

II. — Dh.mai.m: m: l.\ cunnaiss.^nxe. 

Une première constatation qui peut être faite, 
c'est que beaucoup d'Insectes (vraisemblablement 
tous à un degré plus rudimentaire) possèdent de la 
ménidire, c'est-à-dire amassent dans leur cerveau 
des impressions provenant de leurs sens et les réa- 
lisent de nouveau plus tard. Elles ne sont pas mises 
enjeu seulement par l'excitation directe des sens, 
comme Bethe se l'imagine. Huber, Fabre, Lubbock. 
Wasmann, von Buttel-Reepen et moi-même, nous 
l'avons prouvé expérimentalement. Voici un fait 
particulièrement démonstratif : les abeilles, les 
guêpes, etc., volant dans l'air, retrouvent, malgré 
le vent et la pluie (donc avec une absence complète 
de traces odorantes), même après la section do 
leurs antennes, le chemin vers un lieu caché, non 
directement visible de leur nid, où elles avaient 
trouvé quelque chose qui leur plaisait, même quand 
ce lieu est passablement éloigné, et même après 
des jours et des semaines. On voit donc qu'elles 
reconnaissent les objets à leur couleur, à leur 
forme, particulièrement à leur position dans l'es- 
pace. Elles retrouvent cette position par la situation 
respective et la suite des gros objets de l'espace, 



\i-2 



AUGUSTE FOREL — LES FACULTÉS l'SYCIIIQUES DES INSECTES 



ciui' leurs yeux à facettes leur induiuent dans leur 
vol rapide. 

Les expériences de von liullel et de inoi-inème 
ne laissent aucun doute à cet égard. Von Rutlel en 
a aussi donné une contre-preuve par le fait que la 
narcose éthérée ou chloroformique enlève tout 
souvenir aux abeilles. Elles prennent leurs enne- 
mis pour des amis; elles ont perdu tout souvenir 
de lieu et doivent les retrouver par un nouveau vol 
d'orientation. Or, on ne peut pas oublier, si l'on 
110 s'est pas souvenu. 

Le .sens lopochimique des antennes donne aussi 
des 'preuves évidentes de la mémoire des fourmis, 
lies abeilles, etc. Une fourmi fait un cbemin 
pénible jusqu'à ^O mètres de son nid détruit, trouve 
là une place qui convient à la conslruction d'un 
nouveau nid. retourne (en s'orientant avec ses 
antennes), trouve une compagne qu'elle roule au- 
tour d'elle et la porte ju.squ'à l'endroit qu'elle a 
trouvé. Celle-ci retrouve à son tour le chemin, et 
toutes deux emmènent une troisième compagne, et 
ainsi de suite. Le souvenir qu'il existe là-bas quel- 
que chose de convenable à la formation d'un nid, 
doit se trouver dans le cerveau de la première 
fourmi; sinon, elle ne reviendrait pas juste à cet 
endroit, chargée d'une compagne. 

Les fourmis esclaves 'Polycrt/usi entreprennent 
des expéditions de pillages, conduites par des ou- 
vrières seules, qui ont, pendant des jours et des 
semaines, exploré auparavant le pays à la recherche 
de nids de Formica fiisca. Souvent, les fourmis 
perdent leur chemin, .s'arrêtent et cherchent pen- 
dant longtemps jusqu'à ce que l'une ou l'autre ail 
retrouvé la trace topocliimique et donné aux autres, 
par des coups rapides, l'impulsion et la direction 
pour la marche eu avant. 

Alors, les larves du nid découvert de Lormicu 
fnscn sont retirées des profondeurs, dérobées et 
traînées jusqu'à la maison (souvent éloignée de 
40 mètres et plus). Quand le nid pillé renferme 
encore des larves, les ravisseurs reviennent le 
•même jour ou le jour suivant pour continuer le 
pillage; lorsqu'il ne contient plus rien, ils n'y 
retournent pas. Comment les Po/jV-yv/z/s savent-ils 
qu'il y a encore des larves ou qu'il n'y en a plus? 
L'odorat ne peut pas les attirer directement aussi 
loin, encore moins la vue ou un autre sens. La mé- 
moire seule, c'est-à-dire le souvenir qu'il reste 
incore beaucoup de larves dans le nid pillé, peut 
les déterminer à y retourner. ,)'ai suivi d'une façon 
précise un grand nombre de ces expéditions. 

Tandis que les diverses espèces de fourmis pour- 
suivent soigneusement et péniblement leur trace 
topocliimique sur de nouveaux chemins, elles con- 
naissent si bien la position des environs directs de 
leur nid qu'elles sont à peine troublées si l'on 



remue le sol et qu'elles retrouvent immédiatement 
leur chemin, comme Wasmann et moi-même 
l'avons très souvent observé. Cela ne provient pas 
d'une excitation lointaine de l'odorat. 

Le pouvoir olfactif du genre Fonnie:i, comme 
celui des abeilles, ne s'étend pas à une aussi 
grande distance; tous ceux qui connaissent ces 
aninuiux l'ont démontré par de nombreuses expé- 
riences. Or, certaines Fourmis peuvent reconnaître 
leurs amis encore après plusieurs mois. 

Chez les fourmis et les abeilles, il existe donc 
des combinaisons et des mélanges olfactifs très 
compliqués, qui ont été très justement distingués 
par von Buttel, comme odeur du nid, odeur de la 
colonie de la famille) et odeur individuelle. Chez 
les fourmis s'ajoute encore l'odeur d'espèce, tan- ' 
dis que l'odeur de reine ne joue pas, chez elles, le 
rôle qui lui incombe chez les abeilles. 

De tous ces faits et de beaucoup d'autres, il ré- 
sulte que les Hyménoptères sociaux entassent dans 
leur cerveau des images visuelles et olfactives topo- 
chimiques et les combinent en perceptions ou en 
quelque chose d'analogue et qu'elles associent Éj 
toute perception de sens très difTérents, comme la It 
vue, l'odorat et le goût, pour obtenir les images de 
l'espace. 

.\ussi bien Huber que von Buttel, Wasmann et 
moi-même, nous avons toujours trouvé que ces 
animaux, par la répétition multiple d'un acte, d'un 
chemin, etc., gagnent en exactitude et en rapidité 
dans la réalisation de leurs instincts. Il se forme 
aussi chez eux. et même très rapidement, des Iiiihi- 
ludrs. i 

Von Buttel en donne des exemples merveilleux ' 

chez les abeilles voleuses, — d'abord hésitantes et 
ensuite toujours plus audacieuses, — c'est-à-dire 
chez les abeilles ordinaires, isolées, qui prennent 
l'habitude de voler le miel des ruches étrangères. 
Mais, qui dit habitude, dit automatisme secondaire 
et adaptation plastique antérieure. Von Buttel en 
donne une preuve dans le fait que les abeilles qui 
n'ont pas encore volé hors laruche, « même quand 
elles sont plus vieilles que d'autres qui ont déjà 
volé », ne retrouvent pas leur chemin à peu de 
mètres de celle-ci, si elles ne peuvent pas la voir 
directement, tandis que de vieilles abeilles con- 
naissent tous les environs, souvent jusqu'à six ou 
sept kilomètres. 

De toutes les observations concordantes des sa- 
vants, il résulte que les impressions des sens, les 
perceptions, les associations, les décisions, la mé- 
moire et les habitudes suivent, chez les Insectes 
sociaux, somme toute, les mêmes lois que chez les 
Vertébrés et chez nous. Très frappante aussi chez 
les Insectes est l'attention, qui prend un caractère 
d'obsession et qu'il est difficile de détourner. 



AUGUSTE rOREL — LES FACULTÉS PSYCHIQUES DES INSECTES 



123 



Par contre, chez ces derniers, raulomatisnie 
liérédilaire l'emporte considérablement. Les fa- 
cultés signalées plus haut ne s'exercent que très 
faiblement en dehors du domaine de l'automatisme 
instinctif fixé de l'espèce. 

Un Insecte est singulièrement bète et inadaptable 
pour tout ce ,qui n'appartient pas à son instinct. 
J'appris à un Dylisciis uiuri/iiialis à manger sur ma 
table. Dans la .Nature, il ne mange que dans l'eau. 
Aussitôt mis sur la table, il faisait un mouvement 
maladroit d'extension des pattes antérieures, qui le 
mettait sur le dos, et il continuait à manger en se 
tenant sur le dos sans pouvoir se défaire de ce 
mouvement, qui est approprié pour manger dans 
l'eau. Par contre, lorsque j'entrais dans la chambre, 
il cherchait à sauter hors de l'eau (au lieu de s'en- 
fuir dans le fond du vase) et il mordait familière- 
ment l'extrémité des doigts que je lui tendais. Ce 
sont là des anomalies plastiques de l'instinct. De 
même, de grosses fourmis algériennes, que j'avais 
acclimatées à Zurich, apprirent à fermer, dans le 
cours de l'été, la large ouverture de leur nid avec 
des boulettes de terre, parce qu'elles étaient pour- 
suivies et importunées par nos petites Lasius iiiffer. 
A Alger, je n'ai jamais vu l'ouverture du nid autre- 
ment que grande- ouverte. Nombreux sont les 
exemples analogues, qui montrent que ces petits 
animaux mettent à profil plus tard quelque peu de 
leur expÏTience, même lorsque ce peu s'écarte de 
leur instinct habituel. 

Que les fourmis, les abeilles et les guêpes se 
fassent des communications qu'elles comprennent 
entre elles est un fait qui a été si souvent démontré 
qu'il est inutile d'y insister. 

L'observation d'une seule expédition de pillage 
des Polyergns avec arrêt de l'armée et recherche 
du chemin perdu suffit à le démontrer. Mais ce 
n'est pas une langue, au sens huiuain I Aux signes 
ne correspond aucune idée abstraite. Il s'agit de 
signes héréditaires automatisés instinctivement ; 
il en est de même de l'intelligence de ceux-ci 
(lignes de tête, claquement des mâchoires, cadence 
avec les antennes, ébranlement du sol avec la 
partie postérieure du corps, etc.). L'imitation joue 
ici un grand rôle; les fourmis, les abeilles, etc.. 
imitent leurs compagnes et les suivent. On se 
tromperait donc complètement Wasmann, von 
Uuttel et moi-même sommes complètement d'ac- 
cord là-dessus) en attribuant une réflexion et une 
intelligence humaines à cette langue instinctive, 
comme l'a fait en partie P. Huber, pour ne parler 
d'aucun autre. On peut aussi se demander si une 
représentation générale matérielle (par exemple, la 
repré.sentation d'une fourmi, d'un ennemi, d'un 
nid, d'une larve) peut se former dans le cerveau 
d'une fourmi. Cela est difficilement démontrable. La 



perception et l'association peuvent sans doute 
commencer d'une manière très simple, animale, 
sans arrivera des choses aussi compliquées. Toute- 
fois, les preuves d'une telle hypothèse nous man- 
quent. Mais ce qui ressort de certains faits signalés 
ci-dessus est assez intéressant et important en soi, 
et nous donne un aperçu de la vie cérébrale de ces 
animaux. 

Un bon exemple illustrera, mieux que toutes les 
généralités, ce qui vient d'être dit : 

Plateau avait prétendu que, lorsqu'on recouvre 
des couronnes de dahlias avec des feuilles vertes, 
les abeilles y retournent néanmoins immédiate- 
ment. Il avait d'abord recouvert ses dahlias incom- 
plètement (seulement les feuilles extérieures), puis 
plus complètement, mais encore avec des lacunes, 
et il avait conclu du résultat que les abeilles sont 
attirées par l'odorat et non par la vue. 

Le 10 septembre, à 2 heures 1 ' i, sur une plate- 
bande de dahlias visitée par beaucoup d'abeilles, 
et comptant environ quarante-trois fleurs de colo- 
rations différentes, je recouvris complètement 
d'abord dix-sept, puis vingt-huit fleurs avec des 
feuilles de vigne repliées \-i), que je fixai au-dessous 
par des épingles. De quatre fleurs (A), je ne recou- 
vris que le cœur jaune; d'une fleur (c), par contre, 
je ne recouvris que les pétales colorés extérieurs, 
en laissant le cœur libre. 

Il y avait tellement d'abeilles sur ces dahlias 
que souvent deux ou trois se trouvaient ensemble 
sur la même fleur. 

Résultat : Aussitôt toutes les fleurs entièrement 
recouvertes cessèrent d'être visitées par les abeilles. 
Le dahlia e continua à être visité comme les dahlias 
grands ouverts. Les abeilles volèrent souvent jus- 
qu'aux dahlias h, mais les abandonnèrent bientôt; 
quelques-unes parvinrent cependant à aller sous la 
feuille jusqu'au cœur. Lorsque j'enlevai ensuite la 
couverture d'un dahlia rouge, les abeilles y volèrent 
de nouveau rapidement; bientôt, une fleur mal re- 
couverte fut aussi trouvée et visitée. Plus tard, une 
abeille à la recherche découvrit d'en bas ou de 
côté l'entrée d'un dahlia recouvert. Depuis ce mo- 
ment cette abeille, et seulement celle-là, revint à 
chaque dahlia recouvert. 

Cependant, d'autres abeilles cherchaient mani- 
festement les autres dahlias subitement disparus. 
Vers cinq heures et demie, quelques-unes avaient, 
à leur tour, découvert les fleurs de dahlias recou- 
vertes. A partir de ce moment, elles furent rapide- 
ment imitées par les autres, et, en peu de temps, 
toutes les fleurs recouvertes furent de nouveau vi- 
sitées. 

Aussitôt qu'une abeille avait découvert monstra- 
.tagème et l'entrée des fleurs cachées, elle volait 
sans hésitation, à sa visite suivante, vers l'ouverture 



1-2'. 



AUGUSTE FOREL — IJZS FACULTÉS PSYCHIQUES DES INSECTES 



inférieure de la feuille dr vif;ne. Aussi longtemps 
qu'une abeille avait seule trouvé quelque chose, 
elle n'était ])as suivie par les autres: mais, dès 
quelles étaient plusieurs 'au moins quatre ou cinq), 
les autres les suivaient bientôt. 

Plateau avait donc mal expérimenté et fausse- 
ment conclu. Les abeilles voyaient encore ces dah- 
lias d'abord incomplètement recouverts. Lorsqu'il 
les recouvrait ensuite entièrement, mais seulement 
par-dessus, les abeilles avaient déjà été rendues 
attentives au stratagème, et voyaient encore les 
dahlias par le coté. Plateau avait compté sans la 
mémoire et l'attention des abeilles. 

Le 13 septembre, je composai avec de petites 
létes de Ilifrniium jaunes, que je plantai dans une 
Heur de pétunia, de grossières imitations artili- 
cielles de (leurs de dahlia et je les plaçai parmi les 
dahlias. Ni les pétunias ni les Ilioniciiim ne furent 
visités par les abeilles. Cependant, beaucoup 
d'abeilles et de bourdons volèrent d'abord vers 
mes contrefaçons presque autant que vers les dah- 
lias, mais ils les abandonnèrent aussitût qu'ils re- 
connurent leurerrcur, vraisemblablement à l'odeur. 
11 en l'ut de même pour un dahlia dont le cœur 
avait été remplacé par le cœur d'un I/ieraciiim. 

Comme contre-partie, je plaçai un beau cceur de 
dahlia parfumé parmi les cliry.santhèmes blancs et 
jaunes, délaissés par les abeilles, et qui se trou- 
vaient sur le bord de la plate-bande de dahlias. 
Pendant une demi-heure toutes les abeilles volèrent 
à quelques centimètres au-dessus du cœur sans le 
remarquer; entin, vint une abeille, qui fui suivie 
par hasard d'une seconde. Dès ce moment, ce cœur 
de dahlia, qui se trouvait dans la direction du vol, 
fut visité comme les autres, tandis qu'inversement 
les contrefaçons pétunias-///(^ya(i(;w furent aban- 
données comme des Irompe-l'o'il. 

Plateau a démontré que des fleurs artilicielles, 
même très bien imitées (pour nous', sont dédai- 
gnées par les Insectes. J'en plaçai quelques-unes 
parmi les dahlias; elles furent, en efîet, complète- 
ment mises au ban. Peut-être les abeilles distin- 
guent-elles, comme je l'ai déjà supposé, les cou- 
leurs chlorophylliennes de nos couleurs artificielles 
par des mélanges ultra-violets ou quelque chose 
d'analogue. Comme Plateau s'est imaginé que les 
Heurs artificielles repoussent les Insectes, je fa- 
brique le 19 septembre les Heurs suivantes, en 
papier grossièrement découpi'' : ex, une fleur rouge; 
S, une fleur blanche; Y, une fleur bleue; S, une Heur 
bleue avec un cœur jaune fait d'une feuille morte : 
£, un morceau de papier rose avec un cœur de 
dahlia séché; l, une feuille de dahlia verte (non 
moditiée'i. 

Il est !l heures du matin. Je pose une goutte 
de miel sur ehacune des six contrefaçons glissées 



sous les dahlias. Pmdanlun quart d'heure, de nom- 
breuses abeilles volent très près de mes contrefa- 
çons sans remarquer le miel; elles ne le senlei.t 
donc pas. Je reviens une heure après. La contre- 
façon S n'a plus de miel, elle a donc certainemeiil 
été découverte par une abeille ; toutes les autres 
sont complètement intactes et sont Testées igno- 
rées. 

Avec peine, je cherche alors à placer a très près 
d'une abeille posée sur un dahlia. L'attention des 
abeilles est toutefois tellement attirée par les 
dahlias que je dois répéter l'essai quatre à cin([ 
fois jusqu'à ce que je réussisse à porter le miel di- 
rectement sur la trompe d'une abeille. Celle-ci 
commence alors aussitôt à sucer le miel de la fleur 
en papier. Je marque cette abeille d'une couleur 
bleue, sur le dos, pour la reconnaître, et je répète 
l'expérience avec (3 et s, dont je colore les abeilles 
en jaune et en blanc. 

Bientôt l'abeille bleue, qui s'est enfuie pendant 
l'intervalle, revient de la ruche, vole vers a, va .■! 
vient en hésitant, puis vers S, où elle butine, puis 
de nouveau vers a, mais plus du tout vers les dah- 
lias. Plus lard, l'abeille jaune revient vers ,6 et bu- 
tine, vole ensuite vers a et S, où elle butine aussi, 
mais se soucie aussi peu des dahlias que sa com- 
pagne bleue. 

Enfin, arrive l'abeille blanche; elle cherche s, 
mais ne la trouve pas tout de suite et butine à 
quelques dahlias. Mais elle ne s'arrête qu'un instan t 
à chaque dahlia, comme si la présentation forcée 
du miel l'obsédait. Elle revient aux contrefaçons, 
dont elle n'associe toutefois pas encore exactement 
la perception avec le souvenir' du goût du miel : 
mais elle trouve enfin une partie détachée de s 
tombée un peu plus bas, et en suce le miel. 

Dès ce moment, les trois abeilles marquées, et 
celle.s-ci seulement, reviennent régulièrement aux 
contrefaçons sans plus faire attention aux dahlias. 
Je considère comme très important le fait que ces 
abeilles peintes découvrent entièrement d'elles- 
mêmes, sans doute par suite d'une conclusion 
d'analogie instinctive, les autres contrefaçons aus- 
sitôt qu'elles ont été rendues attentives au miel de 
l'une d'elles, et bien que les contrefaçons soient 
éloignées l'une de l'autre et de coloration diffé- 
rente. Les dahlias qu'elles visitaient auparavant 
sont cependant aussi de coloi-ation dilTérenle. 
Ainsi, l'abeille bleue vole vers a, p, 7 et 8, la jaune 
vers 3, a, S et •/, la blanche vers e, a, p et S. 11 en va 
ainsi pendant un demi-heure. La feuille C verte n'a 
pas été trouvée, vraisemblablement parce qu'elle 
ne se distingue pas du feuillage vert. 

Enfin, une abeille, probablement rendue atten- 
tive par les trois autres, vient d'elle-même ào, et 
butine; je la marque avec du carmin. Elle vole en- 



AUGUSTE FOREL — LES FACULTÉS PSYCHIOUES DES INSECTES 



12o 



suile vers a ot cliasse l'abeille bleiif. Une autre 
abeille est conduite par moi vers s. et marquée 
avec du cinabre. Enfin, une abeille encore va 
d'elle-même vers fi et est marquée en vert. Il est 
midi vingt; l'expérience dure donc depuis plus de 
trois heures, et six abeilles seulement connaissent 
les contrefaçons, tandis que la grande masse va 
encore aux dahlias. Mais ces dernières commencent 
à remarquer leurs six compagnes. Une, puis deux, 
puis trois et plus les suivent, et les couleurs me 
manquent pour les désigner. A chaque instant, je 
dois renouveler le miel. 

Je vais alors déjeuner et je reviens à une heure 
vingl-cinq. A ce moment, sept abeilles butinent 
l'uscmblc sur |3, deux sur a, une sur 7, trois sur ?, 
In blanche seule surs; plus de la moitié d'entre 
eih'S sont de nouvelles imitatrices non marquées. 
Iti'S lors, un véritable essaim d'abeilles se précipite 
sur les contrefaçons et enlève les dernières traces 
de miel. C'est seulement alors, après plus de quatre 
Iieures, qu'une abeille de l'essaim découvre la con- 
trefaçon C jusqu'à présent ignorée à cause de sa 
couleur et restée pleine de miel. 

Comme une meule de chiens sur un squelette 
dépouillé, l'essaim d'abeilles entièrement détourné 
des dahlias se précipite toujours sur les contrefa- 
çons totalement dégarnies de miel, qu'il cherche en 
vain dans tous les l'ecoins. Il est une heure cin- 
quante-cinq; les abeilles commencent à se disper- 
ser et à retourner aux dahlias. Je remplace alors a 
el 3 chacun par un morceau de papier rouge el 
blanc, ne contenant aucune trace de miel, et ne 
possédant par conséquent pas l'odeur de ce der- 
nier. Malgré cela, les inorceauxde papier sont visi- 
tés et explorés par différentes abeilles, dont le cer- 
veau a gardé la mémoire de la présentation forcée 
du goût du miel. L'abeille blanche, par exemple, 
explore le papier blanc pendant trois à quatre mi- 
nutes. 

Il ne peut être ici question dune force inconnue 
ou d'une attraction par le parfum ou l'éclat des 
Heurs. Ces faits ne peuvent s'expliquer que par un 
souvenir d'espace, de forme, el de couleur associé 
à un souvenir de goût. 

J'enlève alors toutes les contrefaçons avec ma 
main gauche pour les emporter. Deux ou trois 
abeilles me suivent, entourent ma main et cher- 
chent à se poser sur les contrefaçons vides. 
L'image de l'espace a encore changé ; la couleur 
et la forme de l'objet peuvent seules servir aux 
abeilles pour le reconnailre. 

Celte expérience est si nette el parle si claire- 
ment que je l'ai choisie entre Ijeaucoup d'autres. 
Elle prouve : 

1° Le pouvoir de perception de l'espace, de la 
forme el des couleurs chez les abeilles. Que celui-ci 



ne soit rendu possible que par les yeux à facettes, 
d'autres expériences le prouvent (vernissage 
des yeux, section des antennes et des organes 
buccaux, etc.) ; 

2" La mémoire des abeilles à miel, et en parti- 
culier leur mémoire visuelle el gusiative ; 

3° Leur pouvoir d'association entre les souvenirs 
gustalifs et visuels; 

4° Leur capacité de former des conclusions d'ana- 
logie instinctives : Si on leur présente une fois du 
miel dans une contrefaçon, elles explorent d'autres 
contrefaçons, même colorées diversement el jus- 
qu'alors complètement délaissées, qu'elles compa- 
rent à cause de leur similitude relative avec la 
première, au moyen du sens de la vue, el qu'elles 
reconnaissent comme semblables, quoique de tels 
objets ne soient pas communs pour des abeilles ; 

.5° Leur mauvais pouvoir olfactif, qui leur permet 
seulement de flairer de très près ; 

6° L'imperfection et le cercle étroit de leur atten- 
tion ; 

7° La formation rapide d'habitudes ; 

8° Les limites de l'imitation des abeilles entre 
elles. 

Il va sans dire que je ne me permettrais pas de 
tirer ces conclusions d'une seule expérience, si 
elles n'étaient pas confirmées par d'innombrables 
observations des chercheurs les plus habiles dans 
ce domaine. Lubbock a montré clairement qu'on 
peut entraîner une abeille pendant quelque temps 
sur une couleur déterminée, de façon à l'engager à 
dédaigner toutes les autres couleurs. C'est seule- 
ment ainsi qu'on peut démontrer son pouvoir de 
distinction des couleurs. Mes abeilles étaient, au 
contraire, accoutumées à, des objets de couleurs 
différentes (dahlias et contrefaçons); c'est pourquoi 
elles ne remarquaient pas les différences de cou- 
leurs. Si l'on en avait conclu qu'elles ne distin- 
guent pas les couleurs, on se serait trompé. Par 
d'autres expériences, j'ai d'ailleurs confirmé plei- 
nement les résultats de Lubbock. 

A 2 h. :iO, toutes mes abeilles, y compris les 
abeilles marquées, reviennent aux dahlias. 

Le 27 septembre, donc huit jours après, je vou- 
lus faire une nouvelle expérience avec les mêmes 
abeilles. Je me proposais de placer des disques de 
coloration différente à divers endroits d'une longue 
échelle de clarté, consistant en une grande feuille 
de papier peinte du blanc au noir en passant par le 
gris. Je voulais d'abord habituer une abeille à une 
couleur. Mais j'avais compté sans la mémoire des 
abeilles, qui déjoua tous mes plans. A peine avais- 
je mis mon papier et mes disques sur le gazon au 
voisinage de la plate-bande de dahlias, puis posé 
une ou deux abeilles sur des disques bleus et mar- 
qué celles-ci, quelles commencèrent à voler vers 



1 -2(1 



AUGUSTE FOREL — LES F.\CULTf:S PSYCHiniJliS DES l.NSKCTKS 



us les disques rouges, bleus, blancs, noirs et 
aulrcs, avec ou sans miel et à explorer ceux-ci. 
En peu de temps, d'autres abeilles arrivèrent des 
dahlias, et bientôt un essaim entier se précipitait 
sur les (lis(|ues de papier. Naturellement, ceux 
recouverts de miel étaient davantage visités, car 
les abeilles y séjournaient : mais des disques com- 
plètement vierges de miel furent aussi assaillis par 
les grappes d'abeilles qui suivaient, puis, il est 
vrai, bientôt abandonnés. Ees abeilles renversèrent 
aussi la boite à couleurs et, parmi elles, une à 
laquelle j'avais coupé les antennes : elle avait aupa- 
ravant sucé du miel sur des disq\ies bleus, et elle 
était retournée à la ruche. Elle explora le morceau 
de couleur bleue dans la boîte à couleurs. 

En résumé, mon expérience était impossible 
parce que toutes les abeilles avaient encore dans 
la télé les contrefaçons antérieures, diversement 
lorées cl pourvues de miel, "et visitaient par con- 
cluent tous les disques de papier colorés de la 
même façon. L'association goût du miel et disques 
de papier avait été de nouveau réveillée par la per- 
ception de ces derniers, et avait gagné de la con- 
sistance ainsi qu'une imitation rapide et puissante, 
parce qu'il se trouvait aussi, en ed'el, du miel sur 
liielques-uns des disques. 

Avec le pouvoir de perception et d'association 
-i manifeste aussi celui de tirer d'expériences indi- 
\iduelles des conclusions d'analogie simples el 
instinctives, sans lesquelles les perceptions et le 
travail de la mémoire ne sont pas possibles. Nous 
venons d'en signaler un exemple. J'ai montré anté- 
rieurement que des bourdons, dont j'avais placé 
le nid sur ma fenêtre, lorsqu'ils y revenaient, con- 
fondaient souvent d'autres fenêtres de la même 
façade avec la mienne et les exploraient longtemps 
avant d'arriver à la vraie. Lubliock rapporte des 
faits analogues. 'Von Bultel a montré que des 
abeilles, habituées à une chambre et à une fenêtre, 
apprenaient par là à chercher chambre et fenêtre | 
dans d'autres maisons. Lorsque Pissot obstrua 1 
l'entrée d'un nid de guêpes par un réseau dont h'S 
maillesmesuraicntiiS millimètres, les guêpes s'éton- 
nèrent d'abord, se dirigèrent vers le bord et firent 
mille circuits. Mais elles apprirent bientôt à voler 
il travers les mailles. Le sens de la vue, considéré 
dans le vol, convient particulièrement à ce genre 
d'expériences, qui ne peuvent être faites avec les 
fourmis. Mais ces dernières tirent, sans aucun 
doute, des conclusions analogues de leur sens 
antennaire lopochimique. La découverte d'une 
proie ou d'une nourriture quelconque sur une 
plante ou un objet les pousse à visiter des plantes 
ou des objets semblables, etc. 

11 y a cependant, d'autre part, des Insectes très 
bêtes, comme les mâles des fourmis, les Diptères, 



les Éphémères, à cerveau misérable, qui sont inca- 
pables d'apprendre quoi que ce .soit, de synthétiser 
les impressions des sens plus loin ,quen un simple 
automatisme, et chez lesquels une fixation des 
images mémorielles est à peine perceptible. Ces 
derniers ne répondent guère que directement aux 
excitations des sens ; leur vie s'adapte aux cir- 
constances les plus simples. C'est ici que l'on cons- 
tate le mieux la différence, el ces faits prouvent 
clairement, par la comparaison et le contraste, le 
plus que possèdent les Insectes jilus intelligenis. 



III. 



DiiMATMÎ DE LA VOLONTÉ. 



La conception de la volonté, dès qu'on l'oppose 
à celle de réflexe, suppose, entre l'impression des 
sens et le mouvement qui en dépend, un certain 
temps et des processus cérébraux intermédiaires 
compli{|ués. Dans les actions des automatismes 
propres de l'instinct, qui se produisent dans une 
succession déterminée, il y a aussi un temps inter- 
médiaire, rempli par des processus internes, dyna- 
miques du cerveau, comme dans la volonté. Ce ne 
sont pas des réllexes purs. Ces actions peuvent être 
interrompues pour un temps, puis recommencée.-^. 
.Mais leur réalisation a lieu en grande partie par une 
chaîne de réflexes compliqués, qui se suivent for- 
cément ainsi et non autrement. C'est ce qui justilie 
l'expression d'automatisme ou d'instinct. 

Pour parler de volonté au sens étroit du niul, 
nous devons considérer des décisions individuelles, 
qui se forment d'après les événements, c'est-à-dire 
qui sont modifiables, qui peuvent rester déposées 
un certain temps dans le cerveau et qui peuvent 
être ensuite de nouveau réalisées. Cette volonté n'a 
pas besoin d'être encore la volonté humaine com- 
pliquée, qui consiste en résultantes de composan- 
tes extrêmement compliquées, longuement prépa- 
rées et combinées. Les fourmis montrent des phé- 
nomènes de volonté positive et négative, qui ne 
peuvent être méconnus. LaForwicfi L. se distingue 
particulièrement par ses activités psychiques 
individuelles. Sesdéménagements de nidscités plus 
haut font reconnaître les plans individuels d'un 
travailleur, exécutés avec la plus grande ténacité. 

Pendant des heures, une fourmi peut surmonter 
une quantité de difficultés pour parvenir à un but^ 
qu'elle s'est proposé. Ce but n'est pas toujours < 
tracé instinctivement, parce qu'il existe beaucoup i 
de possibilités, et il arrive souvent que deux four- 
mis font deux travaux opposes. .\ l'observateur 
su])ei'ficiel, cela paraît stupide. Mais ici se dénote 
la plastique des fourmis. Pendant quelque temps 
les deux petits animaux se gênent mutuellement; 
puis ils finissent par le remarquer, et l'un cesse, 
.s'en va, ou aide l'autre. 



AUGUSTE FOREL — LKS FACULTÉS PSYCHIQUES DES INSECTES 



127 



La construction des nids ou des chemins offre 
les meilleures occasions d'observation, par exemple 
chez la Formica riifn, ou encore mieux chez la 
F. prnieiisis. Mais on doit suivre pendant des 
heures quelques fourmis pour se faire une concep- 
tion nette, et il faut pour cela beaucoup de pa- 
tience et de temps. Les guerres des fourmis per- 
mettent aussi de reconnaître certains buts d'action, 
très conséquents, par exemple ce que j'ai nommé 
les roin])nls ;) froid. Après que deux partis (deux 
[• colonies) ont conclu la paix, on voit souvent quel- 
ques fourmis seules poursuivre certains individus 
de l'autre camp et les maltraiter. Elles les portent 
quelquefois très loin, pour les écarter de leur nid. 
Si l'exilée peut y revenir d'elle-même, et que son 
ennemie la retrouve, elle est de nouveau appréhen- 
dée et emmenée encore plus loin. Dans un cas ana- 
logue, que j'ai observé chez les LeptoUicm.y, la 
fourmi persécutrice parvint à entraîner sa victime 
au bord de ma table. Elle lendit la tête et laissa 
loniber son ennemie sur le sol. Ce n'était pas un 
hasard, car elle répéta la chose deux fois de suite, 
Jusque j'eus replacé sur la table la fourmi tom- 
lii'C. Parmi les divers individus du parti ennemi, 
maintenant allié, elle avait reporté et concentré son 
antipathie sur celui-ci et elle cherchait k lui rendre 
le retour impossible. 

On doit avoir une opinion fortement préconçue 
pour dénier aux fourmis, dans beaucoup de cas 
semblables, des décisions individuelles et leur 
mise à exécution. Il est vrai que, 'ces choses se pas- 
-eiil dans le cadre des voies de l'instinct spécifique, 
< t que les différentes périodes de l'exécution d'une 
<l(;'cision ont lieu instinctivement. D'autre part, je 
me refuse expressément à mettre des pensées 
humaines et des conceptions abstraites dans cette 
volonté des fourmis. Néanmoins, nous soumies 
obligés de reconnaître que, par conlri;, chez nous, 
hommes, il se glisse constamment dans l'exécution 
de nos décisions des automatismes tant secon- 
daires qu'héréditaires. Pendant que j'écris ces 
lignes, mes yeux travaillent avec des automatismes 
en partie acquis,' et ma main avec des automa- 
tismes secondaires. Mais, naturellement, un cerveau 
humain est seul capable de réaliser la complication 
de mes innervations et des réflexions abstraites 
qui les accompagnent. 

Une fourmi, qui poursuit un des buts signalés 
et combine des instincts dans cette direction spé- 
ciale, ne peut associer et penser quelque chose de 
concretqu'à la façon d'une fourmi. Tandis que les 
instincts, chez la fourmi, ne peuvent être dissociés 
ou réunis que pour des buts simples peu différents, 
par quelques adaptations plastiques ou des asso- 
ciations individuelles dans leur enchaînement, chez 
l'homme pensant, par contre, les automatismes 



transmis aussi bien qu'héréditaires ne sont que 
des fragments ou des instruments au service d'un 
travail cérébral plastique considérable, dominant 
tout. Soit dit en passant, l'indépendance relative de 
la moelle épinière et des centres cérébraux infé- 
rieurs par rapport au cerveau, chez les Vertébrés 
inférieurs (et aussi chez les Mammifères inférieurs), 
s'explique de la même façon, quand on la compare 
avec la profonde dépendance du puissant cerveau 
dans laquelle se trouvent ces organes et leurs 
fonctions chez l'homme et en partie déjà chez le 
singe. Ces derniers étreignent et dominent leurs 
automatismes [Divideet iinpera). 

Tandis que, dans le succès, la hardiesse comme 
la ténacité de la volonté des fourmis augmentent 
visiblement, on peut voir survenir, 'par des insuccès 
répétés ou à la suite d'une attaque subite par de 
puissants ennemis, un découragement aboulique, 
qui conduit parfois à l'abandon des instincts les 
plus forts, à la fuite lâche, à la destruction ou au 
rejet des œufs, à l'abandon du travail, etc. Il y a 
un découragement chronique dans les colonies 
dégénérées et un découragement aigu après une 
bataille perdue. Dans ce dernier cas, on peut voir 
de grosses et fortes fourmis fuir sans chercher à se 
défendre devant une seule petite ennemie qui les 
poursuit hardiment, alors qu'une demi-heure au- 
paravant cette ennemie auraitélé tuée par quelques 
morsures des fuyardes. Il est remarquable de 
constater comment le vainqueur s'aperçoit et pro- 
fite vile de ce découragement aboulique. Les four- 
mis découragées ont l'habitude de se réunir après 
la fuite, et elles recouvrent bientôt volonté et cou- 
rage. Cependant,elles n'offrent, par exemple, qu'une 
faible résistance à une attaque du même ennemi 
le jour suivant. Même un cerveau de fourmi n'ou- 
blie pas si vite un échec subi. 

Dans des combats répétés entre deux colonies 
presque de même force, la ténacité du combat et 
la volonté de vaincre augmentent jusqu'à ce que 
lune soit décidément vaincue. Dans le domaine 
de la volonté, l'imitation joue un grand rôle. Chez 
les fourmis aussi, la préoccupation et le décourage- 
ment sont contagieux. 



IV 



DùM.^l.M-: DU SEXTIMIiNT. 



Il peut paraître plaisant de parler des senti- 
ments. Si nous considérons cependant combien 
notre vie sentimentale humaine est profondément 
et héréditairement instinctive, combien manifestes 
sont les aH'ections de nos animaux domestiques et 
combien elles sont liées aux impulsions, nous de- 
vons admettre des sentiments et des affections 
dans la psychologie des animaux. 

Ceux-ci se laissent si clairement reconnaître 



1-28 



AUGUSTE FOREL — \.K> FACLLTKS PSVCIIIQl KS Di:s INSPECTES 



chez les Insectes sociaux, que même un Uexkull 
dul se sentir persuadé lorsqu'il les examina plus 
allenlivement. Nous en trouvons quelques-uns 
entremêlés dans ce que nous avons dit de la volonté. 
La plupart des alVeilions des Insectes sont étroite- 
ment unies aux instincts : ainsi, la jalousie de la 
reine des abeilles, qui lue ses rivales; la peur de 
ces dernières, qui sont encore dans leurs cellules; 
la rage des fourmis, des abeilles et des guêpes 
guerrières, le découragement déjà signalé, l'amour 
de la couvée, le sacrifice des abeilles ouvrières qui 
se laissent mourir de faim pour nourrir leur reine, 
etc., etc. Mais il y a aussi des sentiments indivi- 
duels, qui ne dépendent pas forcément de l'instinct, 
comme, par exemple, la recherche par dos fourmis 
seules d'adversaires délerniinées pour les mal- 
traiter. 

Par contre, comme je l'ai prouvé, des services 
d'amis i alimentation' peuvent être rendus excep- 
tionnellement à une ennemie et avoir pour suite 
des sentiments de sympathie réciproque, même 
entre fourmis d'espèce différente. En outre, les 
sentiments de sympathie, d'antipathie et de colère 
s'augmentent, chez les fourmis, par la répétition et 
par les actions qui leur correspondent, comme c'est 
le cas chez d'autres animau.K et chez l'homme. 

Le sentiment du devoir social est instinctif chez 
les abeilles, mais il présente de grandes variations 
individuelles, temporelles et occasionnelles, qui 
trahissent une certaine plasticité. 

V. — Relations rsvciiioits nÉcipROoiES. 

.l'ai rapidement parcouru les trois domaines 
principaux de la psychologie des fourmis. Natu- 
rellement, ils ne se laissent, ici pas plus qu'ailleurs, 
nettement séparer. La volonté se compose de résul- 
tantes centrifuges des perceptions des sens et des 
sentiments, mais elle réagit à son tour puissam- 
ment sur eux. 

L'observation de l'antagonisme entre différentes 
. sensations, sentiments et impulsions volontaires 
chez les fourmis et les abeilles, et la façon dont 
l'attention, toujours très restreinte etforcée (obses- 
sionnelle! chez ces Insectes, est enlin détournée 
d'une chose sur l'autre, sont très intéressantes. 
L'expérience enseigne ici beaucoup. 

Aussi longtemps que des abeilles s'assemblent 
sur une espèce de (leur déterminée, elles ne remar- 
quent rien d'autre, même les autres fleurs. 

.Mais détourne-t-on leur attention en leur pré- 
sentant du miel qu'elles n'avaient pas encore 
aperçu, alors elles n'ont plus d'yeux que pour le 
miel. Un sentiment intensif, coiiune l'essai- 
mage chez les abeilles (von Buttel , fait oubliera 
ces Insectes toute inimitié et même leur vieille 



ruche-mère, où ils ne reviennent jamais. Mais, si 
celte dernière est peinte en bleu et que l'essai- 
mage soit interrompu par l'enlèvement de la reine, 
alors les abeilles se souviennent de la couleur 
bleue de leur ancienne ruche et volent vers les 
ruches peintes en bleu. Deux sentiments se com- 
battent souvent chez les abeilles sans reine, in- 
(juièteset bourdonnantes : celui de la haine conirr 
les abeilles étrangères et celui du besoin d'unr 
reine. Si on leur procure alors artificiellement une 
reine étrangère, elles la maltraitent ou la tuent; 
parce que le premier sentiment domine d'abord. 
Les apiculteurs leur donnent, à cause de cela, unr 
reine étrangère emprisonnée dans un filet. L'o- 
deur étrangère les trouble moins, parce qu'elle est 
plus éloignée ; et elles ne peuvent maltraiter la « 
reine. D'ailleurs, elles reconnaissent l'odeur spéci- 
fique de reine, et elles peuvent nourrir la reine 
étrangère à travers les mailles du réseau au moyen 
de leur trompe. Cela suffit pour tranquilliser aussi- 
tôt la ruche. Le deuxième sentiment devient alor^ 
prédominant; les ouvrières s'habituent rapide- 
ment à l'odeur étrangère, et, après trois ou quatre ^ 
jours, on peut sans danger délivrer la reine. * 

Chez les fourmis, on peut opposer la gourman- 
dise au sentiment du devoir, en faisant attaquer 
une colonie par des ennemis apportés intention- 
nellement et en présentant du miel aux défenseui> 
qui sortent du nid. Je l'ai fait chez la Foriul' 
lirnlensis. 

D'abord, les fourmis touchèrent un peu au miel, 
mais ce ne fut qu'un instant. Le sentiment du de- 
voir fut vainqueur, et toutes, .sans exception, cou- 
rurent au combat, la plupartàla mort. 

Ici. une décision ou un instinct plus haut domine 
un penchant inférieur. 

VI. — COXCI.LSIONS. 

.Nous tirerons de ce qui précède les conclusion- 
suivantes : 

i° .\u point de vue de l'Histoire naturelle, on 
doit maintenir l'hypothèse d'identité psychophy- 
siologique monisme par opposition au dualisnn'. 
parce qu'elle s'accorde seule avec les faits et spé- 
cialement avec la loi de la conservation de l'éner- 
gie. Noire esprit doit être étudie à la fois directe- 
ment de l'intérieur et indirectement de l'extérieur, 
au moyen de la Ilioloi/ie et en tenant compte du dé- 
veloppement concomitant de tcuites ses facultés. Il \ 
a donc une Psychologie comparée des autres à 
côté de la Psychologie subjective. Le recours à 
l'analogie, dans les limites d'un prudent emploi, 
est ici indispensable: 

2° Les sens des Insectes sont les nôtres; il n'y a 
que le sens de l'ouïe qui resle douteux. (|uant à 



I 



AUGUSTE FOREL — LES FACULTÉS PSYCHIQUES DES INSECTES 



l-2n 



son siège et à rinterprétalion que nous en donnons. 
L'existence d'un sixième sens n'est pas prouvée, du 
moins jusqu'à présent; et un sens propre de direc- 
tion et d'orientation manque certainement. L'appa- 
reil vestibulaire des Vertébrés ne correspond qu'à 
un sens d'équilibre donnant des sensations internes 
d'accélération; mais il n'orienle pas dans l'espace 
extérieurement au corps. Par contre, les sens de la 
vue et de l'odorat oll'rent, chez les Insectes, des va- 
riétés de fonctionnement et d'énergie spécifique 
(vision de l'uilra-violel, mode fonctionnel des yeux 
à facettes, sens antennaire topochimique et odorat 
de contact); 

3° Les réilexes, les instincts et les activités ner- 
veuses centrales, plastiques, s'adaptant à chaque 
individu, passent insensiblement de l'un à l'autre. 
Des complications plus élevées de ces fonctions 
cérébrales ou psychiques correspondent à des 
appareils plus compliqués de complexes de neu- 
rones supérieurs (cerveau; ; 

i" Sans qu'il y ait opposition, l'aclivité nerveuse 
ci'otrale se complique, chez les différents groupes 
et espèces d'animaux, de deux façons : d'abord, par 
l'hérédité (sélection, etc. I d'automatismes ou d'ins- 
tincts compliqués, plus particulièrement con- 
formes; puis, par l£s possibilités, toujours plus 
variées, d'aclivilés plastiques adaptables indivi- 
duellement, liées à la faculté de former graduel- 
lement des automatismes secondaires individuels 
(habitudes). Le deuxième mode exige beaucoup 
plus d'éléments nerveux. Par desdispositions héré- 
ditaires d'espèce plus ou moins déterminée (ins- 
liiuts non terminés!, il passe au premier mode; 

.'i" Chez les Insectes sociaux, il y a un rapport 
direct entre les facultés psychiques développées et 
la grandeur du cerveau; 

()" Chez ceux-ci, on peut mettre en évidence de la 
mémoire, des associations d'images sensorielles, 
des perceptions, de l'attention, des habitudes, un 
pouvoir élémentaire de tirer des conclusions par 
analogie, l'utilisation d'expériences individuelles. 



ainsi que quelques applications ou adaptations 
plastiques individuelles; 

7° On trouve aussi une forme correspondante, 
très simple, de la volonté, c'est-à-dire l'exécution 
de décisions individuelles dans un temps plus on 
moins long par diflërentes chaînes d'instincts; puis, 
diverses sortes de sentiments de joie et de cha- 
grin, ainsi que des relations et des antagonismes 
entre ces diverses forces psychiques; 

8" Dans les actions des Insectes, l'activité de 
l'attention est très superficielle et se concentre au 
premier plan. Elle limite strictement son domaine 
et rend l'animal aveugle linattentif aux autres 
impressions des sens. 

Plus le développement et les adaptations de l'ac- 
tivité neurokymique centrale, plastique ou auto- 
matique, sont divers dans les différents cerveaux 
d'animaux, plus on reconnaîtra des suites de phé- 
nomènes déterminés et leurs lois fondamentales. 

Aùjourd'liui encore, je maintiens fermement la 
septième thèse que je posai en 1877 dans ma ré- 
ception comme privat-docent à l'ficole Supérieure 
de Munich : 

« Toutes les propriétés de l'intellect humain 
peuvent être déduites des propriétés de rintellccl 
des Animaux supérieurs. » 

J'y ajoute encore ceci ; « Et toutes les propriétés 
de l'intellect des Animaux supérieurs se laissent 
déduire de celles de l'intellect des Animaux infé- 
rieurs. » 

En d'autres termes, la loi de l'évolution se véri- 
fie aussi exactement dans le domaine psychique 
que dans tous les autres domaines de la vie orga- 
nique. Malgré toute la difTérence des organismes 
animaux et de leurs conditions de vie, les fonc- 
tions psychiques des éléments nerveux semblent 
obéir à certaines lois fondamentales, même là où 
les distinctions sont si grandes qu'on s'y attendrait 

le moins. 

Auguste Forel, 

Ancien professeur de Psychiatrie 
i rUniversilé de Zurich. 



PEVIE GÉNÉR.ALE DES SCIE.NCES, 1902 



130 



M"' A. M. CLERKE — RI-CHERCHES SUR LES BASSES TEMPÉRATURES 



LES RECHERCHES SUR LES BASSES TEMPÉRATURES 

A L'INSTITUTION ROYALE DE LONDRES 



Pendant longtemps, les recherches sur les basses 
températures ont semblé l'apanage de l'Institution 
Royale. Reprenant, après un tiers de siècle, les tra- 
ditions de Davy et de Faraday, le Professeur Dewar 
a donné aux travaux de cet établissement un nou- 
veau caractère en en élargissant le cadre. Tl a voulu 
étendre et approfondir ses investigations sur les 
propriétés de la matière soumise à des conditions 
particulières qu'on n'avait encore jamais pu réa- 
liser. Mais, à cet efl'et, une dépense énorme d'efforts, 
de temps et d'argent est nécessaire, sans parler des 
risques dont nous menacent les forces naturelles, 
dans leur révolte contre la contrainte mécanique 
qu'on leur impose. 

L'ensemble de toutes ces conditions n'a élé 
rendu nulle part aussi complètement productif 
que dans le laboratoire de l'Institution Royale. Ces 
résultats sont dus, en majeure partie, à la géné- 
rosité d'un bienfaiteur', mais beaucoup d'autres y 
ont aussi contribué. La munificence de la Société 
des Orfèvres a, par deux fois, résolu des embarras 
financiers: les dons de simples particuliers ont 
fourni d'indispensables secours. 

Voici, en quelques mots, les résultats obtenus à 
l'époque où la fondation Hodgkins vint permettre 
de continuer les recherches : 

Tous les gaz connus, excepté l'hydrogène et le 
fluor, avaient été liquétiés dans des conditions sta- 
tiques, et, seul, l'oxygène liquéfié refusait de se 
solidifier en s'évaporant sous pression réduite. Le 
froid obtenu était seulement de 73° C. au-dessus du 
z.éro absolu ( — '213" C), et l'on avait pu déterminer 
les nouvelles propriétés électriques et chimiques 
de corps variés, refroidis à — 182° C. En raison 
. de la diminution progressive de la résistance des 
métaux purs, observée à mesure que la tempéra- 
ture s'abaissait, on pouvait s'attendre à voir celte 
résistance disparaître totalement au voisinage du 
zéro absolu, tandis que pour les alliages la résisli- 
vité diminuait peu, et que celle du carbone suivait 



' Dans les premiers jours de l'année 1893, Teu M. Thomas 
G. llodgkins légua à llnstitution Itoyale une somme de 
100.00(1 dollars, dont les revenus devaient ('trc employés à 
<• rechercher les relations et les corrélations existant entre 
l'homme et son Créateur ". Le 6 février suivant, les admi- 
nistrateurs rési.ilurent d'exécuter les volontés du donateur 
■•n appliquant ces ressources aux travaux de l' institution, 
■Ile-ci se propose d'atteindre la vérité, et constitue un 
"'ectif de « diriger la pensée vers la source de toute 



une marche inverse. On avait noté les particula- 
rités, curieuses à cet égard, des différents métaux. 
C'est ainsi que la résistivité du fer est réduite à 
1/23, et celle du cuivre seulement à 1/11, quand l.i 
température passe de -|-108° à — 197° : à cetlr 
dernière température, le fer conduit mieux que li' 
meilleur cuivre à la température ordinaire. 

Le Professeur J.-A. Fleming collaboraildans ces 
recherches avec le Professeur Dewar. Celui-ci dc- 
couvritv le 10 décembre 1891, la propriété magne- 
tique de l'oxygène liquide. Il constata encore ! i 
persistance, après condensation, d'autres proprii 
tés bien connues de ce gaz. L'oxygène liquide, toiil 
comme l'oxygène gazeux, est mauvais conducteur 
de la chaleur et de l'électricité, mais transparent 
pour les radiations thermiques. Son spectre d'ab- 
sorption est aussi virtuellement le même que celui 
du gaz. On pouvait conclure de tous ces faits que 
la constitution moléculaire de cet élément est 
peu affectée par ce changement d'état. 

Les difficultés pratiques qui s'opposaient à l.i 
conservation et à l'observation des liquides froids 
furent dans une très large mesure surmontées par 
l'emploi de vases à double enveloppe, inventes 
par le Professeur Dewar. Le vide qui existe entre 
les deux parois empêche si bien l'accès de la cha- 
leur par convection ou rayonnement, que l'évapn- 
ration tomba du coup à 1/oOde sa valeur première, 
et la perte fut encore diminuée par le dépôt d'une 
mince couche de mercure à la surface du vase in- 
térieur. De nouveaux perfectionnements dans la 
construction réduisirent la perte à une faible frac 
lion de ce qu'elle était dans des vases non proti'- 
gés, et les fluides volatils purent être conservis 
trente fois plus longtemps qu'auparavant. 

En outre, l'ébuUition cessant, ils n'étaient plus 
en agitation perpétuelle, et la manipulation deve- 
nait aisée. Ces progrès essentiels furent réalis('s à 
la lin de 1892. 

Ainsi, au début de la période de sept années 
dont nous allons faire l'histoire, la marche en 
avant était opiniâtre et continue, et maint nouveau 
domaine avait élé annexé et exploré. Il restait 
encore au delà une région peu étendue, il est vrai, 
mais d'un accès tout hérissé de difficultés. Et pour- 
tant, il y avait quelque espoir de s'en rendre com- 
plètement maître par l'amélioration des méthodes 
et l'usage de l'expérience a((|uise au cours de 
leur application. 



]«'"= A. M. CLERKE — RECHERCHES SUR LES BASSES TEMPÉRATURES 



131 



LlQlJÉFAC.ÏIOX DE l'hydrogène. 



Le problème le plus important qui restait à 
résoudre était de condenser l'hydrogène. Ce gaz, 
le plus léger de tous les corps connus, ressemble 
cependant à un métal : il esl fortement électro-po- 
sitif; il conduit bien la chaleur et l'électricité, et 
forme, avec le palladium, le sodium et le potas- 
sium, des composés possédant quelques propriétés 
des alliages. Guidé par ces faits, Faraday avait 
annoncé que l'hydrogène solide devait avoir l'éclat 
métallique. 

La liquéfaction en fut publiée pour la première 
fois par M. Wroblewski, de Cracovie, en jan- 
vier 188i. On put voir, pendant un instant, un 
brouillard d'hydrogène quand le gaz, préalable- 
ment refroidi à la température d'ébullition de 
l'azote dans le vide, était subitement soustrait à 
une pression de 180 atmosphères. Ce phénomène 
passager fut reproduit par' M. Olszewski; mais 
aucun de ces deux savants ne réussit à obtenir le 
liquide sous forme maniable. 

Ce succès était réservé à l'Institution Royale, et 
formait la résultante d'une longue série d'efforts, 
fréquemment infructueux et repris toujours avec 
obstination. Les conditions à réaliser étaient approxi- 
mativementconnues, en partantdela détermination 
des constantes critiques de l'hydrogène au moyen 
de la formule de Van der Waals, par Wroblewski. 
Ce savant fixait à — 240° C. la température sine 
ijun non, pourrait-on dire, la pression correspon- 
dante étant 13 atmosphères, et le point d'ébullition 
— ^oÛ" C. Le Professeur Dewar fit, dans ces condi- 
tions, une expérience préliminaire, en mêlant un 
peu d'air ou d'azote à l'hydrogène, pour obtenir 
ainsi un gaz capable de se liquéfier par l'emploi de 
l'air liquide. Ce mélange gazeux, soumis à une pres- 
sion énergique à la température de 200° C, pro- 
duisait, quand on le laissait se détendre, un froid 
supérieur à tout ce qu'on avait obtenu auparavant. Il 
en résultait un dépôt d'air solide, joint à un liquide 
limpide, de faible densité, trop volatil pour|[pouvoir 
être utilement recueilli par un dispositif quel- 
conque. C'était là le premier échantillon d'hydro- 
:;ène vraiment liquéfié qu'on eût jamais montré. 

M. Dewar ne voulait pas ne faire qu'entrevoir 
l'hydrogène liquide; il tenait à s'en rendre tout 
à fait maître. Enfermé sous pression dans un 
tube de verre, ce produit restait encore relative- 
ment inaccessible : jusqu'au jour où l'on sut 
l'accumuler à son point d'ébullition dar.s les vases 
à enveloppe de vide, il n'avait pas été possible 
d'en étudier les propriétés d'une façon satisfai- 
sante. L'introduction du serpentin régénérateur 
permit d'atteindre ce but. Déjà, en 1857, Siemens 
avait employé à la production du froid la mé- 



thode par laquelle un corps se refroidit lui-même 
davantage. Les années suivantes, le procédé fut 
appliqué à des entreprises industrielles par Colc- 
man, Solvay, Linde, et d'autres encore, tandis que 
le D' Kamerlingh Onnes y recourait dans son 
laboratoire de Leyde, en 1894'. 

Ce fut alors une opération courante que la liqué- 
faction prompte et abondante des gaz perma- 
nents; mais c'est à l'Institution Royale seulement 
qu'étaient assurées les facilités permettant d'éten- 
dre largement le champ des recherches. 

En décembre 180't, le Professeur Dewar lut à la 
Société Chimique de Londres une communication 
où il décrivait le mode de production et l'emploi 
d'un jet d'hydrogène liquide. Par suite du rapide 
mouvement du gaz en train de se condenser, et 
aussi de la faible densité du liquide qui en résul- 
tait, les essais pour recueillir ce dernier restèrent 
infructueux. Mais on pouvait espérer réussir avec 
un isolement thermique plus parfait, et des vases à 
enveloppe de vide mieux appropriés. 

Pourtant, les recherches à environ 20° ou 30" au- 
dessus du zéro absolu étaient déjà rendues prati- 
cables par l'emploi d'un jet d'hydrogène liquide 
comme agent de réfrigération. C'étaient seulement 
des difficultés d'argent qui barraient la route ; mais 
elles ne purent arrêter complètement le progrès 
en marche. Le type d'appareil régénérateur employé 
en 189rj, et reconnu satisfaisant, fut considérable- 
ment agrandi pour l'air liquide, avec un dispositif 
spécial pour permettre de traiter aussi l'hydrogène. 

La construction en exigea une année, et plusieurs 
mois se passèrent encore à en vérifier les services. 
La perfection nécessaire pour contraindre le gaz à 
une défaite sans conditions éclata enfin quand !e 
fluide condensé se mit à couler goutte à goutte dans 
un vase à enveloppe de vide et triple revêtement, 
le 10 mai 1898. Par une sorte de curieuse coïnci- 
dence, la première démonstration publique de celte 
substance, hors nature en quelque sorte, fut faite à 
la conférence du Professeur Dewar pour le cente- 
naire de l'Institution Royale, le 7 juin 1899. Un 
vase sphérique argenté et protégé par un manteau 
de vide contenait un litre d'hydrogène liquide, et 
était plongé dans un bain d'air liquide, exposé, sur 
la table d'expériences, aux regards des savants des 
deux continents. Grâce à ces précautions, l'évapo- 
ration n'était pas trop rapide. Mais, quand on vint 
à enlever du col du vase le tampon d'ouate qui le 
fermait, il y eut aussitôt un dépôt d'air sous forme 
de neige. De même, quand on emploie ou qu'on 
manipule l'hydrogène liquide, on est constamment 

' Voyez à ce sujet : E. Matiius : Le laboratoire ci'yogéne 
de Leyde, dans la Revue du 30 avril 1S96, t. \'II, p. 381. 

W. A. Tii.DEx: L'appareil du D'' Haiiipsoii pour la liquc- 
l'action de l'air et des gaz, dans la Revue du i~> arril tS'JtJ, 
p. 32y. 



1^2 



M"^ A. M. CLERKE — RECHERCHES SUR LES BASSES TEMPÉRATURES 



cniliarrassé par l'air atmosphérique qui se solidifie 
et bouche les tubes. 

II. — TlIKUMOMÈTIii;> POUR BASSES TEMPÉRATIKES. 

Ce brillant résultat, obtenu après une longue 
série d'essais décourageants par leur insuccès, 
n'était que le prélude d'entreprises nouvelles. Il 
n'y a pas de terme final dans la Science : la vérité 
marche toujours en avant : elle pousse ses fidèles à 
aborder des ri;gions de plus en plus difficiles et 
accidentées, et cela est vrai surtout des recherches 
relatives à la production artificielle du froid. A 
chaque pas en avant, les obstacles deviennent plus 
insurmontables et les conditions plus critiques. La 
seule détermination exacte des températures 
atteintes est toute remplie de difficultés : les mé- 
thodes hal)ituelles pour mesurer la chaleur se 
trouvent en défaut dans ces conditions extraordi- | 
naires. Au=si, le simi)le choix d'un thermomètre ' 
pour fixer le point d'ébullition de l'hydrogène con- 
stituait un Irav.iil de la plus délicate subtilité. 

I^es instruments qui donnent les variations de 
température au moyen de la résistance électrique 
étaient des plus faciles à employer ; mais leur con- 
struction repose sur une loi empirique, et on ne 
pouvait guère espérer d'eux des indications encore 
exactes un peu au delà des limites de l'expérience. 
On pouvait ensuite recourir aux thermomètres à 
ga/.du type « à volume constant », remplis d'hydro- 
gène, d'hélium, d'oxygène ou d'acide carbonique. 
Ces deux derniers gaz servirent à décider si la con- 
traction reste uniforme quand le frcjid augmente 
au voisinage des points débulliLion des corps 
choisis pour points de repère. 

La réponse fut tout à fait rassurante : On constata 
qu'un gaz, simple ou composé, peut servir à déter- 
miner exactement les températures jusqu'au mo- 
ment de la liquéfaction. Les résultats obtenus avec 
les thermomètres à hydrogène et à hélium étaient 
]iarliculièrement dignes de confiance, par suite de 
leur exacte concordance. On conclut par ce moyen 
(|ue l'hydrogène bout sous la pression atmosphé- 
rique à— 2.") li^.j G., ou à 20°5 au-dessus du zéro absolu, 
sa température critique étant — 2il° C. L'iiydro- 
gène liquide ne présente pas de ressemblance avec 
les métaux : il ne conduit pas l'électricité et se soli- 
difie en un corps analogue à la glace, 40 fois plus 
léger que l'eau. D'une transparence parfaite, il ne 
donne pas de spectre d'absorption et reste absolu- 
ment incolore. Sa chaleur spécifique, quoique assez 
jieu différente de celle de l'hydrogène liquide quanti 
on la rapporte au volume, est 12 fois plus grande à 
poids égal; elle est 11 fois celle de l'eau. 

L'importance scienlilique de ce nouveau corps 
ne résulte pas, cependant, uniquement de ses qua- 



lités exceptionnelles, mais aussi de sa puissance 
comme agent frigorifique. On ne sut bien l'em- 
ployer dans ce but qu'après plusieurs mois de pé- 
nibles expériences, les substances extraordinaire- 
ment froides étant aussi peu maniables que les 
corps portés à une chaleur excessive. Les obstacles 
qu'il avait fallu vaincre pour l'air liquide se présen- 
taient, plussérieux encore, avecl'hydrogène liquide, 
qui complique les opérations en solidifiant tout l'air 
ambiant. 11 fallait ainsi empêcher l'accès, non seu- 
lement de la chaleur, mais même d'un élément 
universellement répandu. Mais les faits enseignés 
par l'emploi de ce nouvel agent doivent se ranger 
parmi les dépouilles opimes de la Nature; ils sont 
les glorieux trophées de cette lutte acharnée. 

III. — El'II'.TS PliODlITS l'AR LE I-iCilIl. 

C'est dans le domaine presque tout entier de la 
Physique qu'on a examiné les effets de ces froids 
excessifs sur la matière dans ses relations avec la 
lumière, la chaleur, l'électricité et le magnétisme. 
Les questions qui se rapportent au mode d'action 
des forces de cohésion et d'affinité rentrent plei- 
nement dans ce domaine, d'où on ne peut davan- 
tage exclure l'examen des complications de la struc- 
ture moléculaire, ou même les considérations sur 
l'essence de la matière. Ces ultimes problèmes 
forcent l'attention des « cryogénistes » les moins 
portés aux rêveries; et plus on pourra s'approcher 
du zéro absolu, et plus aussi il sera légitime d'es- 
pérer les résoudre un jour d'une façon définitive. 
C'est vers ce « pôle du froid » que M. Dewar a 
hâté sa marche pendant vingt années. 

Peut-être sera -t-il à jamais impossible; d'attein- 
dre effectivement ce terme, mais la dislance qui 
nous en sépare sera ramenée i'i un minimum. Le 
terrain gagné dans l'intervallea été soigneusement 
exploré. En même temps que les incessants efforts 
en vue de liquéfier l'hydrogène, les expéi'iences se 
poursuivaieat vigoureusement à la temjiér.ilure de 
l'air liquide. 

En 18!tl$, et ]iendanl les années qui suivirent, 
les Professeurs Dewar et Eleming exécutèrent une 
série étendue de recherches, avec des applications 
plus complètes qu'auparavant, sur la production 
de grandes quantités de matières réfrigérantes. 
Les lils métalliques soumis aux expériences étaient 
préparés aussi avec plus de soin encore, et les 
mesures physiques efl'ectuées avec les plus minu- 
tieuses précautions. Il fut confirmé, comme on 
l'avait vu d'abord, que la résistivité de tous les 
métaux purs décroît à mesure que le froid 
augmente, mais de nombreux faits i)arliculiers et 
anormaux furent mis en lumière. Ainsi, les divers 
métaux ne gardent pas, dans tous les cas, leurs 



M'" A. 31. CLERKE — RECHERCHES SUR LES BASSES TEMPÉRATURES 



133 



mêmes places dans la série. A — -1Ù0° C, le cuivre 
est meilleur conducteur que l'argent, le fer conduit 
mieux que le zinc, et l'aluminium mieux que l'or. 
Les singularités électriques du bismuth coulèrent 
aux chercheurs des efforts prolongés. L'origine de 
ces anomalies fut découverte dans des impuretés 
chimiques extrêmement minimes, car elles dispa- 
raissaient par l'emploi du bismuth électrolytique. 
On découvrit encore que l'accroissement de résis- 
iivité du bismuth dans le champ magnétique est 
beaucoup augmenté à la température de l'air 
liquide. De même, les isolants : verre, ébonite, 
gutta-percha et paraffine, isolent d'autant mieux 
qu'on leur enlève plus de chaleur. Les alliages 
suivent une voie contraire à celle des métaux purs, 
mais seulement à moitié, et avec toutes sortes d'ir- 
régularités embarrassantes. Quand on sut se servir 
de l'hydrogène liquide, il devinlpossibledepousser 
beaucoup plus loin ces recherches. A ce degré de 
froid, la résistance du cuivre est 103 fois moindre 
qu'à la température de la glace fondante, et celle 
de l'or, 30 fois moindre, tandis que le fer con- 
serve „ de sa résistance initiale. Le résultat d'en- 
semble était aussi très significatif. D'après l'allure 
des métaux purs jusqu'à — 5jOO° C, on avait très 
logiquement conclu qu'au zéro absolu ils cesse- 
raient lout à fait de dissiper l'énergie du courant 
électrique qui les traverse. Mais, à — 252° C, l'allure 
changead'une façon très nette : au lieu de continuer 
à s'abaisser suivant une ligne droite, les courbes de 
résistance se relevaient et montraient qu'au zéro 
absolu subsiste encore une valeur finie pour celte 
propriélé. Il fallait donc se garder d'admettre trop 
vite la continuité de la variation. 

L'effet thermo-électrique avait fait l'objet des 
études du Professeur Tait, à des températures 
supérieures à 0° C. Les modifications produites par 
un froid de — 200° C. furent établies par les Profes- 
seurs Dewar et Fleming, en 189.3. Elles n'offrent 
pas un caractère uniforme. Les courbes qui repré- 
sentent la variation de pouvoir thermo-électrique 
des divers métaux avec la température ne se rédui- 
sent, dans aucun cas, à des droites, même approxi- 
mativement. Quelques-unes d'entre elles — spé- 
cialement celles du fer et du bismuth — offrent de 
brusques changements de direction, qui indiquent 
le renversement de l'effet Thom?on en ces points. 
D'autres, par leur inflexion, font penser qu'au zéro 
du fnûd il y a aussi un zéro de pouvoir thermo- 
électrique. Mais ces indications sont très proba- 
blement illusoires. Il y a tout lieu de croire que le 
taux de la diminulion du pouvoir thermo-électri- 
que diminue lui-même bien avant qu'on atteigne 
ce point extrême. 

Une autre série d'expériences servit à étudier 



l'influence du froid sur le développement du ma- 
gnétisme. Comme on s'y attendait, le moment 
magnétique gagne proportionnellement à la perte 
de chaleur. Dès que les corps essayés ont, après 
quelques altérations, atteint un état stable, la 
valeur de ce moment augmente généralement 
de 30 à 50 °/o, quand la température s'abaisse de 
-f- 75° C à — 182° C. Cette remarque souffre cepen- 
dant des exceptions; ainsi, un aimant d'acier au 
nickel se comporte à l'inverse d'un acier au car- 
bone. Ces expériences servirent encore à montrer 
que l'un des meilleurs moyens de vieillir un 
aimant est de le plonger plusieurs fois dans l'air 
liquide. On écarte ainsi le magnétisme sub-per- 
manent, et l'on provoque l'établissement de con- 
ditions qui permettent des observations précises. 

La perméabilité magnétique du fer a été l'objet 
de longues et laborieuses comparaisons sur toute 
une série de températures décroissantes. Elle 
diminue légèrement par immersion dans l'oxygène 
liquide; c'est-à-dire qu'il faut alors une force ma- 
gnétisante plus puissante pour produire dans le 
barreau refroidi une intensité d'aimantation don- 
née. Comme d'ordinaire, on rencontra des excep- 
tions : ainsi, le fer durci présente l'allure inverse 
de celle du fer doux. Sa perméabilité croît aux 
basses températures, jusqu'à cinq fois même pour 
certaines valeurs de la force magnétisante. D'autre 
part, la perte par hystérésis, ou la dissipation d'é- 
nergie provoquée quand on fait parcourir au corps 
un cycle d'aimantation, ne varie que fort peu 
avec la température, si même elle varie. Tous 
ces effets divers sont, d'après le Professeur Fle- 
ming, dus à une agrégation, rendue plus étroite 
par le froid, de ces aimants moléculaires qui, en 
s'alignanl, ont pour résultante le moment magné- 
tique extérieur. Leurs groupements et leur action 
mutuelle pouriaient ainsi subir des modifications 
dont les conséquences compliquées ne seraient 
susceptibles que d'être partiellement pressenties. 

On entreprit, en 1897, l'examen des constantes 
diélectriques, ou capacités inductives spécifiques 
des électrolytes congelés. On rencontra dans ce 
travail de nombreuses difficultés; mais, aussi, les 
conclusions en furent extrêmement importantes 
et .se résument ainsi : Les substances telles que la 
glace et l'alcool peuvent, aux basses températures, 
agir à la façon des diélectriques, bien que certaines 
d'entre elles possèdent à l'état liquide une conduc- 
tibilité électrolytique relativement élevée. Elles 
ont des constantes diélectriques d'une valeur con- 
sidérable au voisinage de leur point de congélation, 
et ces valeurs diminuent ensuite beaucoup vers 
— 200° G. Au zéro absolu, ces valeurs sont proba- 
blement devenues toutes égales entre elles, soit 
environ le double ou le triple de la constante dié- 



I.tl 



W" A. M. CLERKE — RECHERCHES SUR LES BASSES TEMPÉRATURES 



Icririquo du vide. Au voisinage de ce point, tous 
les électrolytes tendent à ac(|uérir un(! résislivité 
infinie ou à devenir des isolants parfaits au point 
de vue électrique. Enfin, aux températures très 
basses, les électrolytes congelés sont des isolants 
presque parfaits, et ils reprennent très vile une 
conductibilité sensible à des températures très 
éloignées de leur point de fusion. 

L'oxygène et l'air, qui, à l'état liquide, isolent 
d'une façon remarquable, pouvaient par suite être 
regardés comme devant compter parmi les diélec- 
triques. Il était donc désirable d'exprimer leurs 
constantes diélectriques au moyen de celle du vide 
prise pour unité : on obtint ainsi 1,4!I3 et 1,495. 
On trouva une différence marquée enti'e la suscep- 
tibilité magnétique de l'oxygène gazeux et celle 
(le l'oxygène liquide : elles sont dans le rapport 
de 1.394 à 1 pour des volumes égaux ; en d'autres 
termes, cette susceptibilité magnétique est presque 
doublée, pour des masses égales, par le fait de la 
li(luéfaclion. Il faut en conclure que cette pro- 
jjriété n'appartient pas seulement à « la molécule 
en elle-même, mais qu'elle dépend encore de l'état 
d'agrégation ». On obtint, en outre, une remar- 
quable vérification de la loi de Maxwell reliant la 
perméabilité magnétique, le pouvoir inducteur 
spécifique et la puissance réfractive. Des expé- 
riences supplémentaires, faites, en 1898, sur l'oxy- 
gène liquide, d'après un principe différent de celui 
qu'on avait adopté précédemment, confirmèrent 
encore d'une manière éclatante cette loi suivant 
laquelle la susceplibilité magnétique varie direc- 
tement comme la densité du corps paramagné- 
lique, et en proportion inverse de sa température 
absolue. 

Rien loin de manifester quelque tendance à se 
résoudre en « poussière cosmique », la matière 
prend une cohésion d'autant plus grande qu'elle 
est portée à une température plus basse. Une tige 
métallique peut supporter à — 182° C. un poids 
quatre à cinq fois plus grand qu'à 0° C, tout en 
présentant le même allongement. Vne hélice de fil 
d'un métal fusible, qui se briserait aussitôt sous 
la tension de quelques grammes à la tempéra- 
ture ordinaire, supporte plus d'un kilo et vibre 
comme un ressort d'acier dès qu'on l'a immergée 
dans l'air li(juide. La méthode la plus exacte pour 
déterminer les variations de cohésion produites 
par le froid consiste ;ï comp;irer les efforts néces- 
saires pour la rupture des métaux à des tempé- 
ratures moyennes et très basses. Ces expériences 
exigent, il est vrai, de nombreux litres de liquides 
froids très dispendieux ; elles furent cependant 
exécutées d'une façon satisfaisanle à l'Institution 
Royale, en 1893, et prouvèrent que la ténacité de 
tous les métaux communs et des alliages croît 



beaucoup avec le refroidissement. Les exceptions 
qu'il fallut faire pour le zinc, le bismuth et l'anti- 
moine coulés, devaient certainement être plus 
apparentes que réelles; il était tout naturel de les 
expliquer par la structure cristalline de ces corps; 
les tensions internes qu'y produit l'extréiue abais- 
sement de température ont tout naturellement 
pour effet d'affaiblir certains plans de clivage, d'où 
une rupture comparativement plus facile. 

La constante d'élasticité connue sous le nom de 
« module d'Young » devient quadruple ou quin- 
tuple quand on passe de + 15° C. à — 182° C. Des 
sphères de fer, d'étain, de plomb ou d'ivoire rebon- 
dissent beaucoup plus haut, après le traitement 
à l'air liquide, quand on les laisse tomber tou- 
jours de la même hauteur sur une enclume de fer. 
L'ensemble de ces mesures rend évident ce fait 
que la coliésion augmente quand on rapproche les 
particules, comme cela a lieu aussi pour la gravi- 
tation. Les expériences du Professeur Dewar avec 
l'air liquide prêtent ainsi un appui à l'idée de 
lord Kelvin, qui pense pouvoir expliquer la cohé- 
sion par la gravitation. 

Un découvrit aussi des variations 1res marquées 
dans les propriétés optiques de certains corps aux 
basses températures. Tout d'abord se manifes- 
tèrent des changements de couleur, indices d'un 
changement dans l'absorption spécihque de la 
lumière. Le vermillon et l'iodure de mercure pas- 
sent de l'écarlate éclatant à un orangé faible. Le 
nitrate d'uranium et le chlorure double de platine 
et d'ammonium deviennent blancs : dans tous les 
cas, la couleur propre réapparaît dès qu'on restitue 
de la chaleur. Les bleus, cependant, restent insen- 
sibles au froid, et les couleurs organiques ne sont 
que faiblement altérées. 

On sait, depuis longtemps, que la température 
joue un rôle important dans les phénomènes de 
phosphorescence. Il semblait donc désirable d'en 
reprendre l'étude dans les conditions que les gaz 
liquéfiés par le Professeur Dewar permettaient de 
réaliser. On rencontra ainsi toute une série de faits 
du plus haut intérêt. En général, la phosphores- 
cence des corps est fortement exaltée par le refroi- 
dissement à — 182° C. La gélatine, le celluloïd, 
la paraffine, l'ivoire, la corne, la gutta-percha, — 
toutes substances chez lesquelles d'ordinaire cette 
propriété est insensible, — émettent une lumi- 
nosité bleuâtre quand on les illumine électrique- 
ment, après inmiersion dans l'oxygène liquide. 
Les solutions fluorescentes d'alcaloïdes deviennent 
toujours phosphorescentes aux basses tempéra- 
tures. La glycérine, les acides sulfurique, nitrique 
et chlorhydriqiie brillent vivement, comme la 
plupart des corps contenant un groupe célonique. 
Le lait est très phosphorescent, l'eau^pure Irst un 



M"' A. M, CLERKE — RECHERCHES SUR LES BASSES TEMPÉRATURES 



135 



peu. Un œuf brille comme un globe de lumière 
bleuâtre. Des effets saisissants s'offrent encore 
avec beaucoup d'autres produits organiques, tels 
que : plumes, coton, écaille de tortue, papier, cuir, 
toile, éponge, et certaines espèces de fleurs blanches, 
mais surtout avec le blanc d'œuf, qui, convenable- 
ment traité, prend une luminosité propre très 
vive. On fut ainsi amené à trouver dans la com- 
plexité de structure l'une des principales condi- 
tions requises pour l'existence de cette propriété. 
Aussi ne s'attendait-on guère à la retrouver dans 
l'oxygène, seul parmi les gaz simples. Un courant 
d'oxygène passant dans un tube à vide, après expo- 
sition à une étincelle électrique, émet une lumière 
nébuleuse blanchâtre, et la formation simultanée 
d'ozone rend évident le progrès des changements 
dans la molécule. 

La présence de l'hydrogène ou la moindre trace 
de matière organique supprime complètement cet 
elïet. A la température de l'indrogène liquide, la 
phosphorescence est encore plus intense, et même 
à — 250° C. elle peut être, exceptionnellement il est 
vrai, produite par une lumière privée de rayons 
ultra-violets. 

L'excitation électrique des cristaux soumis au 
froid y produit des_ décharges effectives entre les 
molécules. Dans quelques platino-cyanures et dans 
le nitrate d'uranium, la température de l'air liquide 
suffit à développer des phénomènes électriques et 
lumineux très marqués, exaltés encore et généra- 
lisés par l'action de l'hydrogène liquide. M. Dewar, 
dans la Conférence bakérienne du 13 juin 1901, 
a mis en relief l'importance d'une étude systéma- 
tique de la pyro-électricité faite dans ces conditions. 
L'affinité chimique est presque complètement 
abolie par le froid. Le phosphore, le sodium, le 
potassium restent inertes dans l'oxygène liquide, 
et les éléments de piles, à cette température, ne 
donnent plus de courant électrique. Cependant, les 
pellicules photographiques conservent environ 1/5 
de leur sensibilité ordinaire, laquelle ne disparaît 
même pas complètement dans l'hydrogène liquide. 
11 est possible que la force qui effectue ici la dé- 
composition soit mécanique et non chimique. S'il 
en est bien ainsi, aucune trace d'impression photo- 
graphique ne devrait apparaître, si l'on pouvait faire 
le développement dans les mêmes conditions de 
froid que pour la pose. 

Une série d'expériences très soignées sur la 
transparence thermique, effectuées en 1897-1898, 
démentit absolument la conclusion de Pictet que, 
pour un degré donné de froid, les substances non 
conductrices ne sont plus isolantes. 11 fut prouvé 
qu'elles gardent intacte cette propriété au point 
d'ébullilion de l'air : les transports anormaux de 
chaleur qu'on avait observés à Genève étaient dus. 



non pas aux matières elles-mêmes, mais plutôt à 
l'air interposé dans les interstices. On put aussi 
constater l'utilité qu'il y avait à examiner les pro- 
blèmes de transmission de la chaleur à l'aide de l'air 
liquide. Il y avait lieu de comparer en même temps 
l'absorption des rayons Rôntgen par divers corps 
l'roids. On pensait déjà que le ])oids atomique de 
l'argon est double de sa densité rapportée à l'hy- 
drogène : cette vue fut confirmée par les opacités 
sensiblement égales qu'on trouva pour celte sub- 
stance à l'état liquide, pour le chlore liquide et 
pour le potassium. Ce fut là la première applica- 
tion des rayons ROntgen pour fixer un poids ato- 
mique. 

IV. — Liquéfaction du fluor. 

La liquéfaction du fluor fut d'une année anté- 
rieure à celle de l'hydrogène. Le caractère des 
composés de ce corps avait, depuis longtemps, fait 
sûrement pressentir que la condensation de cet 
élément serait particulièrement difficile. Ainsi, 
tandis que le chlorure d'éthyle bout à -|- 12° C. , le 
fluorure d'éthyle bout à seulement — 32° C. ; de 
même, les points d'ébullition du chlorure et du 
fluorure de propyle sont respectivement -|- 450° et 
— 2°. Les divers composés halogènes inorganiques 
fournissent des relations analogues pour cette 
constante. L'obstination du fluor à garder la forme 
gazeuse dut enfin céder devant deux énergies com- 
binées. M. Moissan, spécialiste dans la pratique 
chimique de cet élément, apporta à l'Institution 
Royale son appareil à produire le fluor pour la 
conférence qu'il. fit le 28 mai 1897; et, le lende- 
main, ce générateur servit, avec le réfrigérateur du 
Professeur Dewar, à obtenir le premier spécimen 
du fluor liquide. C'est un liquide jaune clair très 
mobile, bouillant à l'air libre à — 187° C, et qu'une 
température de — 210° C. ne réussit pas encore à 
solidifier. Voici les principales de ses autres pro- 
priétés bien établies : il est soluble dans l'air et 
l'oxygène liquides; sa densité rapportée à l'eau 
est l,li; sa constante capillaire est moindre que 
celle de l'hydrogène liquide; il n'a pas de spectre 
d'absorption et n'est pas magnétique. L'énergie 
d'affinité qui caractérise ce gaz est presque entiè- 
rement supprimée par le froid extrême nécessaire à 
sa condensation. Le liquide n'attaque pas les vases 
de verre; il est indifférent devant l'oxygène, l'eau 
et le mercure. Seuls, l'hydrogène et les hydrocar- 
bures l'amènent à réagir avec incandescence. 

Y. — lIvDROliÈNE, OXVGÈXE ET MR SOLIDIFIÉS. 

La congélation de l'air atmosphérique fut réa- 
lisée, pour la première fois, par le Professeur 
Dewar, en 1893. Un litre d'air liquide, soumis à 



l:jr, 



M' A. M. CXERKE — RECHERCHE? ?UR LES RASSES TEMPÉR.^TURES 



lévaporalion forcée dans un vase argenlê el à en- 
veloppe de vide, fournit environ la moilié de son 
volume d'un solide incolore et transparent, qui 
peut persister en cet état pendant une demi-heure. 
Sous linfluence de l'aimant, loxygène liquide se 
dirige sur les pôles et sort des mailles de la <• gelée 
d'azote » qui forme la partie réellement solide de 
celte glace d'air. Ce corps ne peut être observé 
que dans le vide ou dans une atmosphère d'Lydro- 
jiène. car il fond instantanément au contact de 
l'atmosphère, et produit en même temps une nou- 
velle liquéfaction d'air. On peut observer l'exis- 
tence simultanée et le mélange de ces deux actions, 
qui sont curieuses à séparer. La différence entre 
les conditions de congélation de l'oxygène et de 
l'azote dépend de ce fait que la tension de vapeur 
du premier corps est inappréciable, quand il bout 
dans un récipient évacué, tandis que celle du 
deuxième est beaucoup plus grande. L'oxygène 
solide ne peut être obtenu qu'au moyen de l'hydro- 
,»'éne liquide: il forme une glace bleuâtre el trans- 
parente. L'hydrogène lui-même fut solidiBé par le 
Professeur Dewar en 1899, non sans une extrême 
difficulté. Ce produit ultime de réfrigération pos- 
sède un point de fusion placé à environ J5° du 
zéro absolu, avec une tension de vapeur de 55 mil- 
-imètres. Il se présente sous forme d'une glace 
[parfaitement pure, sans aucun caractère métal- 
lique. Ce fut un vrai triomphe quand, devant un 
auditoire rassemblé dans l'amphithéâtre de l'Insli- 
tulion Royale, le 6 avril 1900. fui présenté un étal 
■if la matière obtenu au prix de tant d'efforlsl 
.Mais la réflexion devait tempérer ce légitime or- 
gueil: car la voie ouverte par l'hydrogène vers le 
'•^ro absolu cessait avec la solidification de ce 
•irps. et laissait sans points de repère un inter- 
\;ille. bien faible à la vérité, mais d'une importance 
api Laie. 

L'ère des « gaz nouveaux » commença en 1894, 
quand on isola l'argon: l'hélium fut, peu après, 
• xtrait de la clévéite et d'autres minéraux rares. 
Le krypton, le néon et le xénon furent, en J898. 
retrouvés au spectroscope comme éléments de l'at- 
mosphère, par le Professeur Ramsay et le D" Tra- 
vers, qui employaient la méthode de fractionne- 
ment aux basses températures. Ces découvertes 
successives eurent pour effet de suggérer des pro- 
liiémes tout nouveaux et inattendus: elles fourni- 
i'-nt encore l'occasion de nouvelles recherches 
J investigation. L'argon, il est vrai, se condense 
;tvec ce qu'on pourrait maintenant nommer une 
facilité relative. Un échantillon de ce gaz, envoyé 
par le Professeur Ramsay, en I89."i, à M. Olszewski, i 
fut réduit par ce dernier en un li<|uide incolore, 
bouillant sous la pression atmosphérique à — 187 C, '. 
■>. une fois et demie plus dense que l'eau. 11 forme ; 



par congélation un solide vitreux et transparent, 
au voisinage de — 190° C. L'hélium, d'autre part, 
est plus volatil que l'hydrogène : sa liquéfaction 
donnera donc une température plus basse encore, 
— donnera, disons nous, car ce n'est point un fait 
accompli. Cet élément rare et étrange de notre 
planète est l'un des corps accessibles qui restent 
invinciblement gazeux à la fin du xk' siècle. 11 n'y 
a aucune raison, cependant, de douter que l'hélium 
liquide ne forme, au xx^ siècle, un nouveau trophée 
de la recherche scientifique. Ainsi se réalisera la 
prévision de lord Kelvin, annonçant un corps qui 
permettra de réduire de 15° à 5" la distance qui 
nous sépare du zéro absolu. 



VI. 



ÉLÉMENT? INERTES liE L'.\T.MOSPnÈRE. 



Les <■ éléments inertes » de l'air atmosphérique 
peuvent former une classe spéciale de corps. Ils 
réunissent un certain nombre de particularités 
exceptionnelles. Ainsi, ils ressemblent au mercur-- 
par leur monoatomicité; l'unité physique, ou molé- 
cule, est, chez eux. identique avec l'unité chimique, 
improprement nommée atome. Par suite, leur den- 
sité rapportée à l'hydrogène n'est que la moitié de 
leur poids atomique. L'absence d'affinités chi- 
miques les sépare de tous les autres corps connus. 
Ils sont susceptibles d'être un peu dissous par cer- 
tains liquides, et absorbés par quelques minéraux : 
mais ils sont striclement non-ral&als : ils ne for- 
ment pas de véritables combinaisons. Pour cetti' 
raison, et encore par suite des minimes proportions 
suivant lesquelle.= on rencontre ces corps, les essais 
ordinaires ne peuvent servir- à en déceler la pré- 
sence. On ne leur voit pas de fonction dans la na- 
ture; ils existent comme par suite d'une survivance 
à un ordre antérieur des choses. Peut-être, alors 
que la Terre était encore à l'âge des nébuleuses, 
jouaient-ils un rôle qui leur était assigné. Ils possè- 
dent une volatilité surprenante par rapport à leur 
densité, et ce fait les rend particulièrement intéres- 
sants pour les cryogénistes. Le petit tableau qui 
suit donne, suivant Ramsay el Travers, les Qensilè~ 
et les points d'ébullition des cinq membres du 
groupe présentement connus : 

T.\BLEAL' I. 



1 1 

POIDS 
DENSITÉ 

atomiqae 


J'i'-bullition , 
(ceotigradcj i 


Hélium 1 .93 

! .Néon envir. 10,0 

Artfi.n 19.96 

Krypton 40.88 

Xeuou 6i.O 

1 


3,96 

envir. 20,0 
39, --Z 
81. "6 
128.0 


a'i-d.ssous 1 
de — ifi-J" 1 
fDv. — iiS" 

-IS70 J 

— 1.52» 

— lOt»'-' 1 



M ' A. 31. CLERKE — RECHERCHES SUR LES BASSES TEMPÉRATURES 



13: 



Lord Rayleigh a prouvé que le pouvoir réfria- 
jjent de riiélium n'est que de 0,1238, celui de l'air 
étant 1,0: la même constante a. pour rhydrog;éne, 
la valeur 0,169, presque quatre fois plus grande, 
quoique les densités diffèrent entre elles en sens 
'■■nlraire. La constitution monoatomique de tous 

- gaz a été établie par la constance du rapport 
. '.ij trouvé entre leur chaleur spécifique à pres- 
-l'in constante et à volume constant. Bien qu'ils 
n'exercent sur la lumière aucune absorption appré- 
ciable, ils s'illuminent brillamment sur le passage 
(le la décharge électrique. Un tube de néon donne 
une lueur rose orangé. Le krypton est violet pâle. 
le xénon, bleu de ciel. Les spectres correspondants 
sont extrêmement vifs et bien caractéristiques. A 
mesure qu'on avançait dans les recherches sur les 
basses températures, on était amené à des décou- 
vertes partielles qui en préparaient d'autres encore. 

Dans un Mémoire paru en 1891, dans le PLiloso- 
; -i'-al Magazine. " sur les spectres de la décharge 
électrique dans l'oxygène, l'air et l'azote liquides », 
les Professeurs Liveing et Dewar rapportaient 
que. pendant la distillation et la concentration de 
l'oxygène et de l'air liquides sous pression réduite, 
éU avaient vu apparaître deux raies brillantes nou- 
velles aux longueurs d'onde o37 et o35, la première 
Coïncidant approximativement avec la principale 
raie de l'aurore boréale. Plus tard, le Professeur 
Ramsay et le D' Travers l'attribuèrent au krypton. 
Puis, quelques lignes brillantes appartenant au 
spectre du néon, non encore reconnu et identifié, 
fuient observées, en 1897, par le Professeur Dewar 
sur un tube à vide rempli d'un gaz provenant de 
la source King's well, à Bath. et recueilli grâce à 
l'aimable permission de la Corporation de cette 
ville. Ce puits constitue Tune des sources les plus 
précieuses pour se procurer les éléments rares de 
I atmosphère. 



MI. 



Les b 



ASSCS TEMPERATIRE~ 
A LA.XALYSE. 



APPLIOIEE^ 



<Jn pourrait presque établir une nouvelle section 
dans la Chimie pneumatique avec l'analyse des 
gaz au moyen du fi-oid, que le Professeur Dewar a 
créée de toutes pièces en 1897. 

Le i novembre de celle année, il décrivit, devant 
la Société Chimique de Londres, un appareil ser- 
vant à fixer la proportion de tout élément de l'air 
ne se condensant pas encore à — 210" C. et inso- 
luble dans l'air liquide sous la pression normale. 
Des expériences préliraiuaires prouvèrent qu'on 
pouvait, avec la méthode nouvellement décrite, 
déceler un millième d'hydrogène dans l'air: et que 
lair liquide peut dissoudre d'hydrogène un cin- 
quième de son propre volume. L'hélium se montra 



soluble dans l'azote, quoique à un degré moindre. 
Le puissant secours fourni par l'hydrogène liquide 
pertnit de continuer ces recherches l.^s années 
suivantes. 

L'extraordinaire énergie de réfrigération que 
possède ce corps se manifeste dans la production 
rapide de vides élevés par ce moyen. On a calculé 
que la pression de l'air dans des tubes scellés, 
évacués par immersion dans l'hydrogène liquide, 
ne pouvait pas dépasser un millionième d'atmo- 
sphère, à moins qu'il n'y eût un peu de tension pr<> 
venant de la persistance, en proportion bien mi- 
nime, d'un gaz plus réfraclaire encore que l'oxy- 
gène et l'azote. Autrement dit. l'épuisement obtenu 
au moyen du froid est le même qu'en chassant le 
gaz par la vapeur de mercure. Dans la pratique, la 
première méthode se montra meilleure encore avec 
des tubes soigneusement préparés: le vide élait si 
parfait qu'il fallait les réchauffer un peu pour que 
l'étincelle put les traverser. L'examen spectrosco- 
pique permit d'y constater des faits d'un intérêt 
bien particulier. Les bandes de l'oxyde de carbone 
y existaient généralement, mais pouvaient prove- 
nir d'émanations dues au verre lui-même : elles 
étaient accompagnées par des lignes de l'hydro- 
gène et de l'hélium et par la raie jaune caractéris- 
tique du néon. La voie ainsi ouverte fut poursuivie, 
en août 1900, par un procédé perfectionné. On 
remplit quelques tubes à une pression assez basse, 
avec les gaz les plus volatils de l'atmosphère. 
Toutes traces d'azote, d'argon et de composés car- 
bonés avaient été chassées par un bain d'hydro- 
gène liquide, et l'étincelle fit alors éclater brillam- 
ment les spectres de l'hydrogène, de l'hélium et du 
néon, avec un grand nombre de raies brillantes 
d'origine inconnue. L'excitation produite par des 
décharges électriques continues communiquait aux 
tubes ainsi préparés un vif éclat orangé. Les ré- 
gions violettes et ultra-violettes du spectre fourni 
ainsi semblent cependant rivaliser d'intensité avec 
les radiations rouges et jaunes, autant du moins 
qu'on peut en juger au spectrographe. 

Les plaques sensibles étaient fortement impres- 
sionnées jusqu'à la longueur d'onde 314, malgré 
l'opacité du verre pour des vibrations aussi rapides. 
Les photographies étaient obtenues, il est vrai, au 
moyen d'un système optiijue de quartz et de calcite. 
mais il fallait cependant toujours compter avec le 
verre des tubes. 

Les Professeurs Liveing et Dewar mesurèrent, par 
cette méthode, les longueurs d'onde de presque 
300 raies du spectre obtenu ainsi avec les gaz 
atmosphériques résiduels qui ne se condensent pas 
à la température de l'hydrogène liquide : ils em- 
ployaient comme terme de comparaison le spectre 
d'étincelle du fer. Parmi ces raies, 69 furent 



138 



W" A. M. CLERKE — RECHERCHES SUR LES BASSES TEMPÉRATURES 



reconnues d'une façon certaine ou probable comme 
provenant de l'hydrogène, de l'hélium ou du néon; 
et, fait d'une bien haute importance, on y remarque 
quatre ternies de la série ultra-violette de l'hydro- 
gène. Dans les circonstances ordinaires, elles ne 
sont émises que par les gaz soigneusement purifiés. 
Ici, cependant, elles apparaissaient assez facilement 
en comparaison, sur des plaques exposées à la 
lumière provenant d'un mélange hétérogène. Voilà 
donc une indication inattendue relative aux con- 
ditions qui peuvent tendre à modifier le spectre de 
l'hydrogène, en passant d'une étoile à l'autre. On 
s'appliqua à rechercher encore, parmi les lignes 
nouvelles, des co'incidences avec les raies des nébu- 
leuses, delà couronne solaire ou de l'aurore boréale ; 
mais le succès en fut douteux ou seulement partiel. 
Il n'était pas impossible que le « nébulum » restât 
encore caché, à noire époque, dans l'atmosphère 
terrestre, bien qu'à dose presque infinitésimale. En 
effet, un tube qui, grâce à un traitement un peu 
différent, avait gardé des traces d'azote et d'argon, 
donnait une faible raie supplémentaire, laquelle 
comcidait approximativement avec la principale 
ligne brillante des nébuleuses gazeuses, placée 
à X = 300,7. On projetait encore d'autres obser- 
vations pour vérifier celte intéressante hypothèse. 
Un grand nombre de lignes secondaires dans les 
spectres de tubes tombaient très près des régions 
assignées aux radiations de la couronne solaire ; 
cependant, ici encore, il fallait une confirmation 
avant de pouvoir regarder seulement comme pro- 
bable la présence du coronium sur notre terre. On 
remarque encore une tendance à des coïncidences 
avec le spectre de l'aurore boréale. Quelques-unes 
d'entre celles-ci semblent devoir être bien réelles. 
C'est sûrement cette voie-là qui permet le mieux 
d'espérer résoudre le décevant problème des 
lumières boréales. 

L'emploi de l'hydrogène liquide comme agent 
d'analyse permet de distinguer au spectroscope le 
néon par sa raie jaune h 1 = 38.3,3 dans 23 centi- 
mètres cubes d'air ordinaire. Celle méthode est 
bonne surtout pour les recherches d'investigation, 
si l'on considère que le gaz existe ici seulement dans 
la proportion del/iO.OOO. La ligne principale du 
néon prédomine dans le spectre du résidu de l'at- 
mosphère, tout comme la raie voisine de l'hélium 
dans le spectre prismatique fourni par la portion la 
plus volatile du gaz des eaux de Balh. Les deux 
radiations exislenl dans les deux spectres, mais 
avec des intensités inverses. Les recherches du 
Professeur Dewar ont établi que l'hélium est un 
élômentconsLitulif invariable de notre atmosphère; 
elles ont mis en évidence son association avec 
l'hydrogène. Dans tout échantillon d'air, il y a de 
l'hydrogène, 1 .'l.OOO en volume, d'après la récente 



détermination de M. Armand Gautier. Si, comme Iv 
veutle D'' Stoney, les vitesses de ses molécules sont, 
dans leur long parcours, insensibles à la gravité, ii 
faut que la perte produite soit compensée du dehor> 
ou du dedans. 

Peut-être des sources souterraines combien I- 
elles ce déficit, ou bien l'espace interplanétaire 
rend-il autant de ces molécules vagabondes qu'il 
en a reçu lui-même. Il s'établit forcément quehiin 
balance, d'une manière ou d'une autre. 

Dans une communication ultérieure à la Sociéh 
Royale, lue le 20 juin 1901, les Professeurs Livein^ 
et Dewar traitèrent le sujet des gaz les moins vola- 
tils de l'atmosphère, comme, antérieurement, ils 
s'étaient occupés des plus volatils. Séparés de l'air 
liquide par une minutieuse distillation, le xénon 
et le krypton furent examinés au spectroscope, ri 
la variation de leurs spectres avec la nature de li 
décharge électrique attira tout particulièremeni 
l'attention. Le nombre de raies mesurées et enrr 
gistrées était de 25 pour le xénon, et de 182 ])oin 
le krypton. 

VIII. — Les basses tempékati rks et les 

PUÉNOMÈNES DE LA VIE. 

L'élude des phénomènes vitaux -aux basses 
températures est d'une Importance capitale. Nos 
idées sur l'essence de la vie, et nos hypothèses 
touchant son histoire à la surface de notre planète, 
doivent tenir compte, dans une large mesure, des 
expériences sur la résistance des êtres vivants aux 
températures extrêmes, chaudes et froides. On 
atteint maintenant aisément la limite supérieure 
d'endurance: jamais elle ne dépasse -j- 100° C, et, 
d'ordinaire, elle est située beaucoup au-dessous. 
Les animaux à sang chaud périssent sûrement et 
promptement, quand on les expose au froid. Mais 
l'énergie de résistance augmente avec la simplicité 
d'organisation, et les derniers atomes de la vie, si 
on peut appeler ainsi les bactéries, supportent 
impunément un froid indéfini. Le Professeur Mac 
Kendrick trouva, en 1893, qu'une heure d'exposi- 
tion à — 182" C. ne suffisait pas à stériliser les 
objets. Des échantillons de sang, de viande, de 
lait, enfermés dans des tubes scellés, subirent la 
putréfaction à la manière ordinaire, après une 
immersion prolongée dans l'hydrogène liquide. De 
même, le pouvoir germinatif des graines ne fut 
pas atteint par un Iraitement analogue. Pendant 
sept ans, le D'' Allan Macfadyen a exécuté une 
série très étendue d'expériences de ce genre, à 
rinstilution Royale, sous la direction personnelle 
du Professeur Dewar. 

L'action de l'air liquide sur les bactéries fut exa- 
minée la première, et reconnue abscflument inollèn- ' 



W- A. M. CLERKE — RECHERCHES SUR LES BASSES TEMPÉRATURES 



139 



sivo. Après vingt heures d'exposition à — 190° C, 
on ne pouvait apercevoir aucun atlaiijli.ssement 
dans leur faculté de croissance, ou dans quelqu'une 
de leurs activités fonctionnelles. Les organismes 
pliosphorescents procurèrent un exemple frappant 
de suspension et de reprise des phénomènes 
vitaux par congélation et dégel successifs. Refroidis 
dans l'air liquide, ils n'émettent plus de lumière ; 
mais l'oxydation intra-cellulaire produisant la pîios- 
pliorescence recommence vigoureusement, dès 
que la température se relève. La brusque suspen- 
sion et la rapide reprise de la propriété photogé- 
nique des cellules, malgré des changements exces- 
sifs dans la température, constituent des faits 
éminemment instructifs. Un séjour d'une semaine 
dans l'air liquide ne fut pas plus nuisible que 
vingt heures à la vie des bactéries; même résultat 
pour l'expérience faite à la température de l'hydro- 

, gène liquide. Les séries d'organismes les plus 
délicats ne soulfrirent nullement de ce traitement 
à 21' absolus, et, probablement, la vie peut conti- 
nuer à exister beaucoup plus près encore du zéro. 
Elle peut persister ainsi, même dans des condi- 
tions qui abolissent entièrement l'activité chimique 
et qui suppriment presque l'activité moléculaire, 

I ainsi que Va fait remarquer le D'' Macfadyen : « Ces 

données nouvelles nous forcent à nous demandiT 

si, après tout, la vie dépend de réactions chimiques 

pour se continuer. >> 

Aussi les biologistes, ajoutait-il, « suivent avec 

< lo plus vif intérêt les palienis efl'orts du Professeur 
Dewar pour arriver au zéro absolu ». Et le succès 

I de ce savant leur a déjà ouvert un nouveau domaine 

I d'expérimentation, et amis entre leurs mains un 
agent d'investigation par l'emploi duquel ils 

■ peuvent espérer conquérir quelques vues nouvelles 
sur le grand mystère de la vie elle-même. L'intérêt 
spéculatif de ces recherches fournit le stimulant le 
plus puissant à les poursuivre. On a souvent agité 
la question de la possibilité d'une transmission de 

I spores ou de germes vivants de planète à planète. 

' On sait maintenant qpe le froid des espaces célestes 
ne serait vraisemblablement pas un obstacle à cette 
iTansmission. Mais il reste d'antres difficultés 

I moins faciles à écarter, et même, s'il était possible 

I d'établir une communauté d'origine organique 
pour les espèces de bactéries, en serions-nous 

1 plus avancés vers le cœur du mystère de l'origine 
de la vie? 



IX. 



PROItLÈMIiS IRIlF.SOLr: 



Le développement de la chimie des basses tempé- 
ratures est un (les traits les plus frappants de 
l'histoire scientifique des dix dernières années du 
XIX' siècle. Maintes questions du plus haut intérêt 



ont reçu une réponse par ce moyen, ([ui a fourni 
des vues de détail sur les secrets les plus cachés de 
la Nature. L'unique condition qui persiste ici est 
que la limite necpliis ultra ne peut reculer à mesure 
qu'on s'en approche. Le zéro absolu forme un 
terme immuable, une limite qu'on ne peut dépas- 
ser : c'est, en quelque sorte, une asymptote à la 
courbe du progrès futur. Et chaque pas pour s'en 
rapprocher est plus pénible que les précédents. 
Parmi les causes nombreuses qui augmentent les 
difficultés, il y a ce fait que les chaleurs latentes 
moléculaires de vaporisation diminuent avec la 
température absolue d'ébuUition ; aussi faut-il prodi- 
guer une quantité de plus en plus grande de 
matière frigoritique pour produire le froid voulu. 
Quoique le zéro de l'échelle des températures ne 
puisse jamais être réellement atteint, l'espace qui 
nous en sépare sera sûrement encore beaucoup 
diminué. Mais jamais, pouvons-nous prédire en 
toute sûreté, jamais nous n'assisterons à la « mort 
de la matière ». A l'étape que nous avons conquise, 
la matière ne parait nullement moribonde. Sur 
elle et dans son sein agissent toujours des forces : 
la gravité et la cohésion gardent leur énergie 
normale. Le passage de l'èlectricilédans les métaux 
les plus purs et les meilleurs conducteurs est sen- 
siblement empêché. Les particules les plus déli- 
cates de la matière peuvent encore recevoir et 
modifier les vibrations lumineuses. L'affinité chi- 
mique semble éteinte ; les diverses espèces de 
matière cessent de réagir les unes sur les autres. 
La prochaine conquête cryogénique peut, il est 
vrai, changer l'état des choses tel que nous le 
voyons. Nos vues fondamentales peuvent être 
bouleversées, car nous sommes présentement à une 
phase critique de la recherche scientifique; ainsi, 
par exemple, la liquéfaction de l'hélium peut déci- 
der de bien des choses : elle peut calmer certains 
doutes et olfrir des solutions inattendues. 

Les conditions de ce progrès ont été clairement 
exposées dans la Conférence bakérienne mention- 
née plus haut. Elles peuvent se réaliser par 
l'emploi de méthodes dès maintenant applicables. 
Cette dernière forteresse de l'état gazeux ne peut 
plus être regardée comme imprenable, quoique la 
conquête doive en coûter des sommes très élevées. 
L'hélium gazeux, pour commencer par lui, est d'une 
rareté extrême : et les raretés coûtent à se procu- 
rer. La condensation n'en peut être effectuée qu'en 
le soumettant au même procédé qui réussit avec 
l'hydrogène : il faudra cependant employer l'hy- 
drogène liquide au lieu de l'air liquide, comme 
agent primaire de refroidissement par exhaustiou. 
On obtiendra un liquide bouillant à o° absolus, 
ou — 208" C, mais bien plus coûteux par rapport à 
l'hydrogène liquide que celui-ci l'est lui-même par 



lîO 



B. AUERBACH — LE CANAL DU NORD-EST 



rapport à l'air liquide. En comparaison, l'or pota- 
ble ne serait qu'une vile liqueur. Et ce précieux 
métal, sous celte forme ou sous toute autre, ne 
peut être employi' à un but intellectuel plus élevé 



que celui d'encourager et d'étendre des recher- 
ches aussi pleines de promesses illimitées et de 
captivant intérêt que celles qui sont poursuivies à 
rinstilution Rovale. M"' A. M. Clerke. 



LE CANAL DU NORD-EST 



" LaChiei's se peut rendrenavigable depuis Lon;:;- 
\vy jusqu'à la Meuse. La navigation de la Sambic 
se peut aussi prolonger de Maubeuge à Landrecies. 
On prétend même qu'elle se peut joindre à l'Oise. 
La navigation de l'Escaut se peut remonter jus(iu';i 
Cambrai par un canal. Ledit Escaut se peut com- 
muniquer, par un canal de Tournai à Lille, à la Deùle, 
et de là à la Lys. La Lys se peut communiquer à 
la rivière d'Aa par le Neufossé... La rivière d'Aa 
se peut communiquer à Dunkerque par la Colme ". 
Ainsi s'ébauchait, dans l'imagination de Vauban', 
le canevas d'un réseau navigable dans le Nord et 
l'Est de la France. Plusieurs de ces sèches et 
fugitives indications ont été réalisées; d'autres ont 
passé inaperçues. Dans les plansde niiseenétat des 
rivières lorraines, la Chiers ne fut guère mention- 
née : ceux de Bilistein^ et de Lecreulx^ la négli- 
gent; seul, le programme élaboré sous la Restaura- 
tion par l'ingénieur Dutems ' proposa « la jonction 
de la Meuse à la Moselle par le Chiers [sic), l'Othain 
et l'Orne sur un développement de liB kilomètres, 
au prix de onze millions, en vue d'assurer « la 
communication entre les places frontières du IS'ord 
et de l'Est ». Et d'autre part — chose curieuse — ni 
Vauban, qui rêva la connexion de toutes les artères 
de la Flandre française, ni ceux qui se sont inspirés 
de ses idées pour les simplifier, ne songent à relier 
la Meuse à la Sambre et à l'Escaut"' ! Aujourd'hui 
encore, sur la carte des voies navigables (fig. 1), le 
contraste est frappant et peu harn;onieux à l'uni 
entre les mailles serrées, qui se croisent depuis la 
ligne de l'Oise à la Sambre jusqu'à la mer, et le 
blanc qui, de l'autre côté, s'étend jusqu'à la fron- 
tière du Luxembourg et de la Lorraine annexée et 
que l'unique et maigre trait du canal de l'Est fait 
paraître plus vide encore. 

' Oisivetés de M. de \'aulian. P.aris, Corréard, 18(3, IV, 
p. i:i(i. 
" h'asai île navigation lorraine. .., Ainstevdatn, Coii>lupcl. 

' Mémoire Kiir les avantages de la navifiation des canaux 
et rivières qui traversent les départements de la Mcnrllie, ■ 
des V'isijes, de la Mciiso et de la Moselle. Nancy, Barbier, 
an III. 

* Histoire de la navir/ation intérieure de la Franre, IS'i'.t. 
H. 327. 

' La jiinclion pn'^cnnlsée par Vauban entre la Meus-; el, 
l'Oise par l'Aisne (lanal des Ardennesi ne se prolongeait 
pas au delà de lOise (ouvr. cité, p. 103;. 



Ce n'est point seulement l'iiuage cartographique 
qui souffre de cette dissymétrie. Les hommes ont 
senti qu'il manquait là un trait d'union. Ce trait 
d'union doit être le canal du .Nord-Est. Cette déno- 
mination commune ' unit deux tronçons, solidaires 
dans la réalité, et selon la raison géographique, , 
mais administrativement indépendants et que l'on ^ 
distingue sous les deux noms de canal do la Chim-s 
et canal de la Meuse à l'Escaut. 

Le projet semble récent ; à vrai dire, il est né à la 
vie onicielle voilà un peu plus de vingt ans; il eut, 
comme tant d'autres de ses congénères qui aspirè- 
rent à sortir des limbes, le parrainage de M deFrey- 
cinet", il reçut le sacrement du baptême parlemen- 
taire ou du moins un ondoiement ^ 11 fut salué 
aussitôt, non seulement par ceux dont la nouvelle 
artère devait, par un contact immédiat, def;servir 
les intérêts riverains, mais par ceux-là encore i|iii 
comptaient à la fois capter et vivifier le courant 
de son trafic. La Chambre de Commerce de Dun- 
kerque formula une des premières ses vœux et 
ses ambitions'. Manifestation éphémère; le silence 
se fit: les études se poursuivirent sans bruit, etsans 
frais, du moins pour le Trésor public; car les pro- 
moteurs, c'est-à-dire les industriels du bassin de 
Longwy, ne marchandèrent pas leurs subventions . 

Le nouveau chapitre de cette histoire pourrai il 
s'intituler : <■ Vingt ans après ». Espérons que c'est 
le dernier. 

Le projet dormait d'un sommeil presque inviolé 
quand le signal du réveil retentit, sous la forme 
d'une circulaire du Ministre du Commf'rce en 
date du 17 février 1900. Ce n'étaient plus les longs 
espoirs et les vastes pensées qui enfiaient les pro- 



' C'est celle nussi qu'emploie M. (jeorges Vill;un : Les voii's 
naviç/ahles. Journnl Le Temps, M et 21 juin, 2 juillet 11)111. 

- II fiRure dans le programme auquel cet homme d'Etat 
atlarlia son nom lui du Jl août 18T.)). 

' Canal de laCliiers. Uapport deM. Marquiset. Doc. Parlem. 
Cliambre, iSsI, p. 27o,n° 3.:i(iO. Canal de la .Meuse àl'Escaul. 
Rapport de M. Alfred Girard, Ihiil., 1SS2, p. SDI, n» 608. I.rs 
Rapports reproduisent l'exposé des nioliTs qui précède le 
projet de loi; pour le canal de la Meuse à l'Escaut, ccl 
expose; des motifs reproduit la notice de M. Qiiinetle de lin 
cliemont, alors ingénieur eu chef à Lille, un des docunimls 
fondamentaux du ilossier. 

* hélibération du 8 mars 1881. 

"' Conseil général de Meurthe-et-Moselle. Session d'.oMit 
ISS'i, p. 364. Les éludes furent terminées en 1XS7. 



B. AUERBACH — LE CANAL DU NORD-EST 



lil 



grammes de jadis ; ce que demandait le tiouverne- 
ment, c'était « le classement, par ordre d'urgence, 
des travaux d'amélioration ou d'extension à effec- 
tuer sur les voies ferrées, sur les voies de naviga- 
tion et dans les ports maritimes ». « J'appelle 
tout particulièrement votre attention sur les mots : 



les autres tout battant neuf — qui réclamèrent 
l'urgence : preuve flagrante que le pays ressent les 
imperfections de son appareil circulatoire, et cette 
inquiétude même est de bon augure. 

En ce qui concerne le canal du Nord-Est, la néces- 
sité de l'entreprise s'était, pendant la période d'ac- 




Tonnage des voies navigables dans la Nord-Est de la Franco. 



(■l;issciuonl par ordre d'urgence, qui définissent 
nettement lebutetlaportéedel'enquéte. «Cetappel 
prudent et discret fut entendu sur tous les points 
de la France ; il fut trop bien entendu. L'Enquête 
sur les voies de communication' contient une liste 
singulièrement chargée de tous les projets — les 
uns, laissés pour compte des anciens programmes, 



' Imp. uat., 1900, in-i», p. 259. 



caimic, — pour des motifs qui seront exposés phis 
loin, — plus impérieusement emparée des esprits. 
Aussi, moins de deux mois après l'apparition de 
la circulaire ministérielle, les intéressés se réuni- 
rent en un congrès à Nancy (7 avril) : dix Chambres 
de Commerce y furent représentées". L'on y agita 

' Bar-le-Duc, Belfort, Chdlons-sur-Marne, Charleville, 
Epinal, UMims, Saiut-Dié fChambi-o cousultative), Sedan, 
ïi-oyes, .Naucy. — Etaient présents également : M.\l. les 



152 



B. AUERBACH 



LE CANAL DU iNORD-EST 



la queslion desvoiesdecominunicalions régionales; 
celles du bassin de Longwv-Briey eurent les hon- 
neurs de la priorité '. 

Enfin, le Conseil supérieur du Commerce et de 
l'Industrie, dans sa session d'octobre 1900, procéda 
à une sélectioQ suprême et définitive. Entre tous 
les projets qui se disputaient le premier rang — et 
quelques-uns sont considérables et de grande enver- 
gure — figurent dans le classement adopté, avec le 
numéro 1 sous la rubrique des voies navigables : 
Joncliou de hi Chiers ii la Meuse et ;) l'Escaut el 
amélioration des canaux qui relient l'Escaut à JJuii- 
kerque; et avec le numéro 1 sous la rubrique des 
ports maritimes : Dunkerque et Marseille ex n'i/uo. 
Le canal du Nord-Est sortait de ce concours, en 
quelijue sorte national, avec le premier prix. C'était 
un succès moral : il restait à l'assurer matérielle- 
ment. 

C'est à quoi s'employèrent sans retard les promo- 
teurs : les Présidents des Chambres de Commerce 
se concertèrent à Paris, le 7 mars 1901, et les 
Cliambres de Commerce des régions du Nord et de 
l'Est tinrent une conférence à Charleville le 
2o avril suivant, à laquelle assistèrent MM. x\ndré 
Lebon, auteur, avec M. Charles Roux, du Rapport 
général sur l'Enquête, Georges Villain, les ingé- 
nieurs Rigaux et Barbet, etc.'. De toutes ces déli- 
bérations, se dégage la signification de l'œuvre 
officiellement consacrée par le projet de loi du 
1" mars 1901 et par les rapports parlementaires 
qui sanctionnent et recommandent le complé- 
ment de l'oulillase national'. 



ingénieurs Ttioux et Vill.dn, MM. \\"eis<. sous-direiteur de 
la Compagnie de l'Est, et Dreux, maitre de forges, admi- 
nistraleur de la Société des Aciéries de Lonjrwy. [Cnwple 
rcmlu (lu Congrès f/u 7 avril 1900 //■■« Chamhri-s ilc Cuw- 
morcc dû la Bcgioo Je l'Est, .Nancy, inip. .Nancéienne. 1900, 
Gi pages). 

' Le Congrès classa en tète des chemins di- fer : les lignes 
de Briey à Hussigny-Villerupt, — de Baroncourt à un point à 
déterminer de la ligne de Briey à Ilussigny, — doublement 
de la voie de Longuyon à Pagny-sur-Moselle; en tiHe des 
voies navigables : le canal de la Chiers. dont les études sont 
faites, et le canal de l'Escaut à la Meuse, avec soudure à 
Mézières entre ces deux canaux, en appelant l'attention de 
r.'Vdministration sur la nécessité d'une exécution sinon 
simultanée, du moins consécutive dans un délai rapide, et 
cela en raison du cimcours que ces deux voies se jii'èteront. 

' Projet des canaux de la Chiers, de l'Escaut A la Meuse. 
rirsumé (/es Cominiinicalions fuites à la riiuni'Hi drx /'rcsi- 
ilfntfi (lo.s Clininhrc.sde Commerce tenue à Paris le 1 niarsi'JUl, 
Charleville, Anciaux, 1901, 10 pages). 

Conférence des (ihambres de Commerce des régions du 
Xord et de l'Est sur le concours financier à offrir à IKtat 
pour l'exécution du canal de la Chiers et du canal de l'Ksc lut 
h la Meuse, tenue à Charleville le 23 avril 1901. Charleville.- 
Anciaux, 1901, 20 pages). 

'' Le Rapport sur le canal du .Nord-Est a été rédigé par 
M. (iuillain [iJoc. Pari. Ctiamijre. aession exlraonl., 1901, 
n» 2729). Cf. le lîapport géuéral de M. Aimond, n» 2399. 
Outre la préoccupation d'ouvrir des chantiers aux ouvrieis 
que l'achèvement de l'Exposition laissait inemployés, l'ini- 
tiative commune de MM. Millerand et Pierre Baudin s'est 



I 



Sa signification, elle la lire du triple foyer de vie 
dont elle est destinée à renforcer l'énergie et la 
puissance naturelle : la région minière et métallur- 
gique de la Lorraine, les contrées houillères du 
.Nord de la Fi-ance, le port de Dunkerque. Sans 
déprécier les autres intérêts en cause, on a le droit 
d'affirmer que la région industrielle de Lorraine 
sera la nourrice du trafic : c'est sa fortune qui est 
en jeu. 

Ce coin extrême de la terre de France, que doit 
sillonner le canal de la Chiers, est privilégié; il ;i. 
parmi les autres pays de France, sa fonction spi' 
ciale, son originalité; c'est le pays du fer. C'est un 
bloc d'entre 30 et 00.000 hectares, dimt l'exten- 
sion souterraine se développe sur 40 kilomètres du 
Nord au Sud, sur une largeur de 7 à 2i kilomètres 
dans le sens horizontal' : ce bloc n'est lui-même 
qu'un morceau de la nappe ferrugineuse, aujour- 
d'hui englobée dans la Lorraine annexée et le 
(irand-Duché de Luxembourg". 

Ce bassin de Briey, nom générique qui com- 
prend toute la partie nord du département, se divise 
en trois groupes (fig. 2) : 1° groupe septentrional 
ou de Longwy ; a° groupe du milieu ou de Landres : 
15" groupe du Sud ou de l'Orne '. 

A ce district septentrional, qui sera desservi p.ir 
la voie <à créer, s'en soude un autre, plus favorise 
déjà, car il est drainé par les canaux de la Marne 
au Rhin et de l'Est: c'est le bassin de .\ane\. 
Celui-ci couvre 18. .300 hectares, chiffre de la super- 
ficie des concessions. 

sans doute inspirée d'une pensée politique plus haute, qu'il 
ne nous appartient pas d'exposer dans cette Hcvuc. 

' G. BoLLAND : Sur les gisements de minerai de fer ooli- 
thiques du nouveau bassin de liriey(C. fi./lcarf. .Sc.,t. CCXXVIj 
1898, p. 28ri-90 avec carte.) Cf. Notice do la Carte géol. aa 
SO.OOO" [feuilles de Longwy et de Metz). 

' Pour en mesurer les limites de ce côté, consulter 
/ ehersicbtskarte der Kisenerzfelder des westlicben Deutseh- 
Lolhringcn (Strasbourg, 1899, à l'échelle 1/80.000), avec U 
liste des concessions : Verzeicliniss der iw. \v. D. /,. ver- 
lieliencn Eisencrzfelder. Dritle nach dem Stande von; 
Ib August 1899 berichtigte und ergânzte Aullage, 10 p. 

■' C'est la division proposée par M. l'ingénieur !■". Villain 
le connaisseur le plus autorisé de ce pays du fer. (Vilt 
i.Aix : Sur le gisement des minerais de 1er en Meurthe-et- 
Moselle. Pev. Industr. de l'J:'sl. Numéro spécial du l^ juil' 
let 1900, avec allas île 5 planches.) Tirage spécial. 

Les chiffres donnés p;ir .M. Villain forment un tota! 
(le fiO.OOO hectares environ, et dépassent celui de M. UoUandj 
51.000 hectares. 

La division de M. Villain parait devoir ("Ire admise. O5 
doit rejeter, conmie n'étant pas topi(pie ni précise, la rubriqu 
de « bassin d'entre Meuse-et-Moselle •, que l'on a proposa 
(l'applii|uer aux nouvelles concessions obtenues à la limifc 
des sondages opérés de 1893 à 1899. Voyez Cii. Paloenj 
Les nouveaux sondages du bassin minier entre Mosclle-efj 
.Meuse. Extrait des ;1/c';n. de l'Union des Ingénieurs de Lou 
vain. Bruxelles, Inipr. de l'Economie Dnanci(''re, 1900, p. lu 
Le bassin est manqué par une leinte grise, sur la car§ 
annexe a 1/SO.OOo. 



B. AUERBACH - LE CANAL DU NORD-EST 



143 



Les contours que Ton peut dessiner sur la carie 
sont en quelque mesure factices : ils coïncident 
avec le cadre des terrains concédés; les limites na- 
turelles sont le plus souvent occultes et souter- 



productrice de la masse minérale. Cet élément a 
pu être évalué avec une précision nouvelle à la 
suite des sondages opérés dans ces toutes der- 
nières années :l89a-1899) entre la frontière aile- 







(hjioL projeté ûjz Ztm^a/OTL à- Jœtxf-. 

Canal de. la Chxers. 

au!7rdn.dejèr- 

Limites-' d.'Sta£e 

rZf fl^arteTîientr 

L imite- du. git^ ^/h^r^^j'e . . 

.-Icièries . A 

ftizuts-^ôv^neauj:^ exùrtanLa: • 

d" d? pi^ojetBS- ® 

l'utt,F d'ejelrojCtiffit ■ 

Lamtnair's, D 

■S'cûri&f de depJiospyioT*atLon SI 

Fondt'7^ie.y J\ 



{/nwti itar KJii 



e aaMdh.M,- - Pa.':> 



Fil'. 2. — Carie ilo l'arrondissement de Brirr. 

raines". C'est d'ailleurs moins une estimation de 1 mande, Briey, Audun-le-Roman et BaroncourI 
surface qui importe, que la puissance et la valeur j Meuse). L'exploration mérite d'être signalée ici, 

non seulement à cause de sa portée économique, 

' Les <- limiter dexploitabilité » sont dessinées par G. Kol- i • • ii «„ „i „ • „„ ^,.„Ki.-,„ia Airm,. 
'^ ^ > mais parce quelle touche a un problème dign*; 



l.ind sur les feuilles précitées de la carte géol. Cf. Villain, 
Atlas, planche V. 



d'intéresser les géographes. L'origine des dépôts 



1 44 



B. AUERBACH 



LE CANAL DU NORD-EST 



IVrrugineux a (Hé fort disculée. Le regretté Blei- 
clier en a suivi la traînée sur 120 i<iloinôtres en 
ligne verticale, en a déterminé la place dans la 
hiérarchie des strates entre le Lias supérieur et 
roolilhe inférieure, en a défini, grâce à la faune 
fossile, l'àg-e et l'état civil : il a distingué le 
minerai liasien de l'oolilhique; » le premier, sur- 
tout exploité dans le groupe de Nancy, a une 
faune de haute mer », tandis que l'autre oITre 
plutôt « le caractère littoral »; c'est ce dernier qui 
affleure en ourlet sur le liane des côtes en sur- 
j)lomb sur la Moselle, ou se déroule en diadème à 
la base de la crête bajocionne. Mais on rencontre 
aussi, disséminé en grains ;\ fleur de sol, et sur- 
tout dans des cavités et des poches, un minerai, 
dit fer fort, jadis plus renommé et plus exploité que 
de nos jours, surtout autour de Saint-Pancré, mais 
qui est, selon Bleicher, un témoin éloquent et pré- 
cieux dans l'histoire du relief lorrain. 11 en raconte 
l'épisode le plus décisif peut-être, la dénudation 
ou le démantèlement des croupes à l'arête rigide 
des socles découronnés : l'énorme masse de maté- 
riaux, de 200 mètres d'épaisseur, qui les surmon- 
tait, aurait été abrasée, et, en même temps que ces 
matériaux, pour la plupart calcaires, s'écroulaient, 
ils se dépouillaient, selon Bleicher, de leur chaux, 
ils se décalcifiaient pour s'imprégner de silice. 
« L'imprégnation siliceuse s'est souvent accompa- 
gnée d'imprégnation ferrugineuse, et l'on peut ad- 
mettre que, sur la masse considérable de fer qui, 
sous la forme des nodules de fossiles pyriteux ou 
hydroxydés, d'oolithes, se trouvait disséminée 
dans les 2U0 mètres de couches délavées, une 
partie s'est concentrée dans les argiles plus ou 
moins pures du fond des fis'^ures et des dépres- 
sions, pour se déposer sous la forme de fer iort 
noduleux ou pisolilhique ". Outre la théorie cu- 
rieuse de métamorphisme ou inétasomatose saf- 
lirme ici l'hypothèse chère à notre regretté collègue, 
celle de la dénudation du plateau central de Haye, 
hypothèse qui ne saurait être aussi étroitement 
localisée, mais s'appliquerait à l'ensendjle du pla- 
teau lorrain '. 

Ce n'est pas le lieu ici de critiquer cette con- 
replion; il suffit d'en signaler l'intérêt géogra- 
phi(iue. C'est à ce titre aussi qu'il en faut men- 
tionner une autre, non moins suggestive et ingé- 

' BLKir.nKR : Recherches sur la structure et le giseincnl 
du minerai d« fer pisolilhique de diverses provenances 
franc iisc< et étrangères [liiiUel. Soc. Sciences Nnney, 1S94 . 

— Le minerai de fer de Mcurthe-el-Miiselte {Ilullet. Soc. 
Indiist. (le 77i.s(, 2' série, 1891). — Sur la dénuilation du 
plateau central de liave (C. K. Acad. Se, 15 janvier 1900 . 

— Sur la déiiu Ifilion de l'ensemble du plati-au lorrain et sur 
quelques-unes de ses con^^Ci|ueiiccs (IhiJ., 2i) févr. 1900'. — 
Sur les phijnojiicncs de niélauiorphisiue ilc produclion de 
minerai de fer conséculil's à la dénudation du platoiiu de 
Haye (:; fivT. ittOO). 



nieuse, celle de la formation des minerais par des 
émissions souterraines. La structure du bassin de 
Briey est afTectée par des accidents géologiques, 
des failles, qui, entre autres conséquences, telles 
que le redressement du faîte d'entre Meuse et 
Moselle, la texture du réseau fluvial, etc., ont com- 
mandé la répartition et le plongement des couclu- 
déminerai'. Orientées dans le sens général Sud- 
Ouest-Nord-Hst, ces failles (failles de l'Orne, 
d'Avril, de Fonloy, d'Audun-le-Roman, d'Audun- 
le-Tiche) sont croisées par un système de cassures 
perpendiculaires : c'est dans ces déchirures, ébau- 
chées sous le lit de la mer, qui couvrait encore le 
territoire, que débouchèrent des sources ferrugi- 
neuses. Ce n'est donc point postérieurement au 
dépôt des minerais que le sol aurait été disloqué 
ou raviné de la sorte: mais, au contraire, ces mou- 
vements l'auraient précédé, et ne se seraient ac- 
centués que dans la suite. Telle est la théorie des 
'■ failles nourricières », que M. Villain a exposée 
d'abord dans une conférence à la Société indus- 
trielle de l'Est (27 juin 1900'}, et qu'il se réserve de 
développer dans un ouvrage spécial -, 

Nous n'avons point compétence pour traiter, 
encore moins pour trancher le problème de la 
genèse du minerai. Retenons, des arguments pro- 
duits, les conséquences d'ordre pratique et qui 
nous ramènent à notre sujet. Outre la facilité de 
l'extraction, due au mode d'affleurement ou au jeu 
des compartiments failles, voici la plus saillante : 
une seule des couches exploitables, la couche 
grise, dans les .30.000 hectares où elle se déploie à 
travers le bassin de Briey, sur une épaisseur ja- 
mais moindre de 2 mètres, qui se grossit parfois 
jusqu'à 8, recèle au delà de 2 milliards de tonnes 
de minerai. Même avec le déchet de la moitié, c'est 
une provision d'un milliard de tonnes quis'ofTre; 
à raison d'une consommation annuelle de 10 mil- 
lions, double du laux actuel, c'est l'activité d'un 
siècle {qrnnde mortulis tni spuliiiiiii au moin>- 
qiii est défrayée et soutenue. Alors (jue seront 
bientôt épuisés les gisements de Bilbao et d'autrc> 
centres, le bassin de Briey a devant lui une longue 
perspective de prospérité et de progrès fécond. 

Le passé, d'ailleurs, est garant de l'avenir. De 
longue date, l'industrie, fille du sol, a lleuri sur le 



' B. AiiERBACii : Le plateau lorrain, p. 201, suiv. 

- M. Villain admet la dénudation pour le minerai des 
couches plus j"U es, dispersées et charriée-! vers l'Ouest, el 
doni la Lorraine serait la patrie d'origine, de m'orne pour le- 
minerais du diluviim et des plateaux. .Sa thcorie n'est don. 
pas exclnsiv.' de celle de Bleicher. Klle a été contesléiî par 
M. (i. ItoHand (C.H. .\ça(/..Çc.). Tous ces documents, mémoires 
el graphiques ont i|é reproduits, souvent d'une façon l'orl 
défectueuse, dans une brochure de M. [''rancis Laur : Etud 
coini>rrlc du Ij-issin fcrrilrre de Jlricy et de la form:iti"n 
l'rrnirjineuse lorraine (Paris, Soc. dos Public, sc/ca (//<'/"'■ s 
ri Industrielles, 1901, 9G p., une carte hos? texte). 



i 



B. AUERBACH — LE CANAL DL: XORD-EST 



143 



jilateau de Briey ; sans remonter aux siècles loin- 
tains, à la veille de la Révolution, plus de 5 millions 
de livres de fonte sortaient des forges de Moyenvic, 
Longuyon, Lopigneux, Villancy, Villerupl, Ottange, 
alimentées par le minerai de Saiut-Pancré ' ; 
de celles de Longuyon et de Lopigneux encore, 
1. 200. OOOlivres de fer en barres. Toutefois, les élablis- 
S(!ments des Vosges et du Barrois, également bien 
pourvus de bois, rivalisaient avec ceuxde Lorraine. 
Mais Moyenvic et la manufacture d'armes de Lon- 
guyon recevaient, par des charrois très coûteux, des 
charbons de Sarrebruck -. L'aftiux des houilles, 
d'abord par la Moselle aménagée, puis par wagons 
depuis le milieu du xix° siècle, provoqua un essor 
inouï ^ qui ne s'est pas ralenti depuis lors, si bien 
que la zone industrielle de Lorraine apparaît 
comme la génératrice d'un trafic intense. 

Elle tire de son sein généreux le minerai, qu'elle 
transforme en fonte, en fer, en acier. Elle ne garde 
pas toujours jalousement pour elle seule la matière 

I première '. 

[ Le bassin de Nancy, d'après les relevés de 
M. F. Villain, exporte en minerai, vers la Haute- 
Marne, le Nord, la Belgique, l'Allemagne, 300.000 
tonnes; sauf 40.000 tonnes, ce tonnage emprunte 
la voie d'eau °. En attribuant 200.000 ton)ies à la 

I direction Nord et Belgique, ce fret sera véhiculé p:ir 

" le nouveau canal. 

Le bassin de l'Orne, le plus riche, n'esl pa< 
encore entièrement sollicité. M. Villa,in assure qu'il 
dispensera 600.000 tonnes aux hauts-fourneaux 
que quatre sociétés propriétaires de concessions 
■ l'difiés dans le Nord, à 'Vezin, Aulnoye, Mau- 
^1', Marchienne en Belgique, et Denain. Ajoutez 
1 appoint, qui n'augmentera pas, de 100. OOO tonnes 
fourni par Longwy, voilà, semble-t-il, en dehors de 
la consommation locale, uni' Hère cargaison de 



' DiEinicii : Description c/es (/iles: de minerai île lu Lur- 
roine méridionale, Paris, au VIII (p. 4.j2 . 

= Ihid., p. 4.'Î6, 4 '.3. 

' A pai'linle 18i9, on signale, grâce à l'amélioralion de la 
voie (l'eau, une baisse considérable du fret. En 1837 encore, 
la tonne de houille amenée de Sarrebruck a Uckange coû- 
tait 12 fr. -Ja; à Pont-à-Mousson 18 [r. OG. En 1849, ces prix 
sont respectivement tombés à C fr. 15 et 10 fr. 3-2. Les 
arrivages étaient alors de liT.OOO tonnes pour le premier 
point, de 14.000 pour le second (Conseil général. Âloselle, 
Session août !S4'J, p. 86 . Entre 1832 et ISuO, on constate 
<iue la production méfaliurgique double. Depuis 1S.'J6, les 
aciers sont fabriipiés (pour 2.400.000 francs en 18o0;; en 
18.59. 24.000 tonnes de rails sont livrées. 83.000 tonnes de 
fonte, 32.000 de fer. Les industriels réclament un chemin de 
fer de Longnyon si Arlon. Ces renseignements sont tirés 
des Comptes rendus, assez sommaires, de la session du 
Conseil général; les Rapports des chefs de service y sont à 
peine résumés. Voir aussi Georges Villain : Lu for, la 
houille et lu métallurrjie à la fin du dix-neuvième s/ècVe. Pa- 
ris, A. Colin, chap. iv. 

* Toutefois, il est des années, 1894 par exemple, où l'ex- 
portation du minerai se réduit à rien. 

' Congres de Nancy, p. 2'!. 

KEVLE GÉNÉRALE DES SCIENCES, 1902 



900.000 tonnes qui se confiera volontiers à la 
batellerie '. 

Un second article d'expédition est le produit si- 
dérurgique sous sa première forme, la fonte. Les 
usines de Meurthe-et-Moselle sont de véritables 
mères gigognes : 580.000 tonnes en 1880, 1.084.000 
en 1S90, 1.576.000 en 1899; et, comme partout des 
hauts-fourneaux vont éclore, ce chiffre s'enflera 
sous peu d'années : il atteindra, selon M. Villain, 
plus de 2.000.000 de tonnes-. Ce sera encore, pour 
partie, une aubaine pour le canal du Nord-Est, 
qui drainera vers Dunkerque les produits destinés 
aux pays d'outre-mer, jusqu'ici captés par Anvers, 
qui facilitera l'écoulement vers les forges, fon- 
deries et usines de transformation de l'intérieur de 
la France. 

Cette Lorraine industrielle si vibrante est un 
foyer d'appel et d'absorption pour les houilles et 
les cokes. Elle est donc doublement génératrice de 
trafic, par ce qu'elle distribue au loin et par ce 
qu'elle attire. En 1899, le bassin de Nancy a con- 
sommé l.OoO.OUO tonnes de combustibles, dont 2 5 
venus par eau — c'est toujours M. Villain qui 
nous documente; — celui de Longwy-Villerupt 
1.450. 000'. 

Ces 2.500.000 tonnes de charbon sont de prove- 
nances diverses : 



N(n'd fr.Tnçais 
lielgiipi"'. . . 
Allcujaiine . 



(140.000 tonnes. 
1 OU. 000 — 
310.000 — 



1 Lougwy-Villorupl 

480.000 tonnes. 
■;20.0(IO — 
4.'j».00(l' — 



Le canal futur aura pour rùle de mettre la r(''gion 
consommatrice en relations plus directes et plus 
intimes avec les charbonnages français, de ma- 
nière à refouler la houille belge, peut-être aussi à 
évincer la houille anglaise, voire l'américaine, qui 
tentent de s'insinuer. Les bassins du Nord et du 
Pas-de-Calais sont assez riches pour satisfaire aux 
appétits les plus voraces; alors que la consomma- 
tion totale de la France, de 1830 à 1898, a augmenté 
du sextuple, la production de ces bassins a presque 
vingtuplé. Aujourd'hui, ils pourvoient pour la 
moitié environ aux besoins nationaux. 

L'exploitation des gisements du Pas-de-Calais 

' En 1898. la l-"rance a exporté 2.900,000 i|uinlanx de 
minerai de fer, dont 1.201.000 pour la Belgique, 623.00(1 
pour les Pays-Bas, 073.000 pour l'Angleterre, 417.000 pour 
l'Allemagne. Il est impossible de faire, dans les tableaux du 
Commerce général, le départ pour chacun des lieux d'ori- 
gine. 

* Le bassin de Nancy pourra exporter 700.000 tonnes, le 
groupe Orne-Briey 330.000, le groupe Longwj'-Villeruiit 
830.000, soit un total de 2.100.000 tonnes, sans compter les 
scories de déphosphoration, laitiers, etc. 

' Celui de l'Orne, représenté actuellement par le seul éta- 
blissement de Wenilel, a consommé 300.000 timnes. 

* Il entre aussi dans les arrivages de ce groupe une pro- 
portion de charbons anglais. 



lUi 



B. AUERBACH — LE CANAL Dl" NdHD-l-ST 



n'est qu'à ses débuis. 11 n'est donc pas chimérique 
d'espcrer que c'est de ce côté que la Lorraine 
industrielle demandera les 1.200.000 tonnes supplé- 
mentaires qui, d'ici dix ans, devront défrayer ses 
usines. Le courant houiller, si l'on peut dire, s'ani- 
mera sinfîulièrement si Ton songe que lleurthe-et- 
Muselle et Ardennes ont absorbé, en 1899, 4.700.000 
tonnes, dont 2.000.000 à peu près des bassins fran- 
çais, soit 41 à 42 "/„, et si l'on compare cette pro- 
portion il celle de 187.S, invoquée par Quinette de 
llochemont : les .\rdennes ne demandaient alors 
aux fosses françaises que .'i °/„, Meurthe-et-Moselle 
il "/„'. Mais ce courant aura, jusqu'à l'achèvement 
du canal désiré, à lutter contre la distance. Aujour- 
d'hui même, malgré la réduction de tarifs consentie 
pur les Compagnies du Nord et de l'Est, les char- 
bons français ne peuvent soutenir la concurrence 
avec leurs similaires belges et allemands, qui 



centre de rassemblement des houilles du .Nord, les 
étapes ou escales Mézières, Pont-à-Vendin, débou- 
ché du pays noir de Lens, Denain, petite métropuli- 
d'une agglomération des plus vibrantes, dont le 
rivage et le port sont singulièrement animés. 

Mais la ligne à créer n'est qu'un tronçon de la 
grande voie qui se développerajusqn'à Dunkerque. 
sur près de 440 kilomètres, dont 200 sont faits. 

C'est au point extrême de la vaste cité métallur- 
gique qui se dresse au seuil même de la frontière di- 
France, que le canal s'amorcera. Depuis les acii' 
riesde Mont-Saint-Martin, il dévalera parun escaliii 
d'écluses frôlant les quais des usines et fabrique- 
échelonnées. Il longera docilement, par une succes- 
sion de courbes d'un rayon très réduit, les boucli- 
gracieuses que la Chiers dessine, épousant les si- 
nuosités de ce couloir étroit, où la rivière serpent" 
entre des berges hautes d'où les localités géminée- 




l-'ig. 3. — Plan rjinéral du Tracv uu ]f<0.000' du Canal de la Cliiris. 



gagnent du champ, et pénètrent jusqu'à Paris, 
jusqu'à Lyon. Le canal raccourcira les distances: 
c'est ce qu'illustre une brève description du tracé. 



II 



La ligne s'allongera sur 240 kilomètres, depuis 
Mont-Saint-Marlin jusqu'au bief de Denain-sur- 
l'Escaut. Elle se divise en sections naturelles : 
le canal de la Chiers, qui se termine dans la Meuse, 
ou plus proprement dans le canal de l'Est: celui-ci 
sert de Irait d'union avec la seconde section : Meuse 
au canal de la Sambre à l'Oise; ce dernier relie la 
seconde section à la troisième, Sambre-Escaut. 
Les têtes de ligne sont : Longwy et Valenciennes, 

' Nous avons pu consulter, grâce à la coniplaisauce de 
M. Vitlain, un suljslantiet travail de M. La Uivicre, ingé- 
nieur en clicl' (les Ponts et Cliaussées à Lille, sur » les con- 
séf|uences. pour l'accroissenienl probable du tonnage des 
voies navigables du Nord ", du développement de la pro- 
duction dans les bassins du Nord et du Pas-de-Calais. Mais 
l'auteur comprend, sons la rubrique groupe de l'Ksl. les 
départements des .\rdennes, Marne, Meurtlie-et-Moselle. 
Vosges, Uoubs, Jur.i, llaut-liliin. Ses statistiques et con- 
clusions débordent donc notre cadre. 



se regardent face à face. Si, dans cette tissure, le 
ruban ferré trouve à peine à se poser, le canal e>l 
obligé de s'élever à flanc de coteaux évoluant d'uni 
rive à l'autre. Les figures 3 et 4 dénoncent, mieux 
que toute description, un profil tourmenté". A h- 
sortie de Meurthe-et-Moselle, le canal est descendu 
par les écluses, presque accolées sur 38 kilomètif- 
de (11'", 80, avec de fatigantes contorsions''. Cepeu 
danl, au-dessous de Montmédy,oii la Chiers se repli' 
en une sorte de triangle, le canal perce droit ]i;n 
une tranchée entre Vigneul-sous-Montmédy et Chau 
venay-le-Chateau; aussi, dans ce trajet à travers I' 
département de la Meuse, tandis que la proporlinu 
des alignements droits s'accuse à 06 ",'o, celle des 



' N'ons devons le plan général du tr.icé ainsi f|ne le proli! 
en long à l'extrême obligeance de M. Higaux, ingénieur ■ i 
chef des Ponls et Cliaussées à Cliarleville, qui a drt;-- 
l'avaul-projet détinilil' du canal. Nous saisissons cette oc 
sion de lui adresser nos plus sincères remerciements. I. 
notice explicative qui accompagne ces documents gr 
pliiques est la source à la fois la plus sure et la plu- 
copieuse où les intéressés ont puisé leurs aiguments. 

' La proportion des courbes aux alignements droits e-l 
de 54 "/o : sept courbes ont un rayon de lliO mélrc>; 
'M, un rayon compris entre lUO et Jiiu. ^. 



B. AUERBACH — LE CANAL DU NORD-EST 



14- 



tourbes s'est réduite à 44 °/„, en même temps que 
les rayons se sont allongés; enfin, à mesure qu'il 
gagne la vallée de la Meuse, le profil devient plus 
rigide, 09 °/o, contre 31 "l^\ les courbes sélirent 
encore, avec un rayon d'un demi-kilomètre au 
moins. Sur les Q',i kilomètres de parcours, la chute 



d'un bout à l'autre 12 mètres de largeur, une pro- 
fondeur de 2™,o0, et de spacieuses plates-formes 
(3 ou 5 m.) pour le halage. Les écluses rachèteront 
leur fréquence par leurs dimensions : 40 mètres de 
longueur utile, 5™, 50 entre les deux parois, -i"",.";0 
de hauteur d'eau sur les bases'. 




/'////i (/l' Ciiiii/ntr-auxtfL — 



ttt\i^itilc€i.vJiiJonteO'ù/ttt'A' 1_ 






Département des Ardennes. 



clans- lim/^ ortii-c . 

l'tii/i ilr coin/jcrftiLi-or 
idiiaitcc.v KUanwtintiuc^ 


5 




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7 


8 


9 10 


II 


12 13 


'^^^-^fY^^fv^W- — =^ 


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25 


30 

1 1 1 




35 

, ! , 


. 1 


•fS 


so 


55 




















Département Je la Meuse. 



16 17 18 19 20 21 22 23 21e 2S 26 27 28 29 30 31 32 




/'//m f/t' ODitïfianui.-'jj 
tfi.ptanmvA'ihmctrit/u, 



Département de Meurlhe-et-MoselIe. 
Profil en long au IjSO.OÛO' du canal de la Chivr; 



totale est de 104 mètres, accentuée surtout dans la 
section haute, où les biefs ne dépassent guère 
l.ilOO mètres, tandis que, plus bas, ils se tendent 
sur 3 à 4 kilomètres dans la Meuse, sur 5 à 6 dans 
li's Ardennes. 

.\u moins, sur celte voie d'un relief accidenté, les 
bateau.x circuleront à leur aise, car ils trouveront 



En se confondant avec les eaux Meusiennes, le 

' L'alimentalion de la section supérieure du canal sera 
assurée pendant la période de sécheresse par un système 
d'élévation mécanique des eaux qui refoulera vers l'amont 
les débits accrus par les apports de la Crusne. Une usine 
élévatoire est projetée à Longuyon; et, pour parer aux 
défaillances, un réservoir d'une contenance de 2 millions 
de mètres cubes à Mout-Saint-Marlin. 



lis 



H. AUERBACH — I.K C.VN.U. I>L NuUD-EST 



canal delà Cliiers perdra son nom et sa personnalité. 
Du Pelil-Reniilly à .Mézières, sur une dislance de 
;{2 kilomètres. Tarière aménascèe de longue date, 
mais isolée jusqu"iei, servira de trait d'union avec 
le canal de la Meuse à TEscaut. 

Du point de raccordement jusqu'au bief de par- 
tage, la montée sera de 53 mètres; ce biel', atteint 
au bout de 32 kilomètres, est franchi au faite du 
Liarl en un souterrain de 2 kilomètres à travers la 
falaise crélacée. Le plan d'eau s'est haussé jusqu'ici 
par It l'cluses. L'autre versant se profile à travers 
les vallons de la Thiérache, et, au delà de l'Oise, 
coupe un coin extrême de la Picardie. Jusqu'au 
canal de la Sambre îi l'Oise, la descente est mo- 
dérée; mais, au delà, elle se précipite, et les écluses 
se pressent en un escalier, ou plutôt en une échelle 
très raide, surtout entre Ors et la coupée de la 
Selle, affluent de l'Escaut. La chute totale depuis 
le faite est de ItJo mètres, rachetée par 12 écluses. 
M. Quinette de Rochemonl recommandait la sub- 
stitution aux escaliers de plans inclinés et d'éléva- 
teurs'. 

Quelles que soient les difficultés techniques de 
l'entreprise, un résultat est certain : le raccourcis- 
sement des distances entre les points desservis, 
nous entendons les dislances par eau. 





VOIES 


VOIKS 


DIFFÉ- 


DISTANCE 


•ictuelles 


projetées 


RENCE 


Yalencienncs à Longwy . 


U.Ï 


2oi 


123 


— .Nnncy . . 


470 


U3 


ÔT 



El le trajet sera non seulement plus court, mais 
aussi plus accéléré : car ce n'est pas seulement le 
nombre des kilomètres qui est diminué, c'est celui 
des éclusages -. 

Mais ce parcours réduit dépasse encore celui des 
chemins de fer. Comparons d'abord les longueurs 
(après ouverture du canal du .Nord-Est : 



DISTANCE FER EAU DIFFURBNCE 

De V:ilenciennes à Longwy . i3G 285' S9 

— Nancy". . 330 403 13 

De l»onl-à-\ cnilin à Longwy. 302 330 28 

— Nancy.". 398 448 50 

lie Duntcerque à Longwy . . 390 438 48 

— Nancy . . . 486 536 in 



' Qlixette de Rochemiixt: CanaJJejunclioo </•; l'I-'scaut ii 
( Mruso. Notice >>ur l'avanl-projel.. t Valenciennes, ti.tnd et 
^tiiliii, s. iL, 62 p., ti pi. . Des variantes ont été proposées. 
M. Guillaia .issiire. avec son autorité particulière Rapport, 
p. 8\ que le tracé primitif, qui a servi de base à la loi décla- 
rative d'utilité publique du S juillet IS82. est seul acceptable. 

' Entre Valenclennes et Nancy, le nombre des écluses sera 
réduit de 195 à 113: entre Pont-à-Vendin et Nancy, de 194 
à 116. 

' On remarquera une légère différence 1 kilomètres avec 
le chiffre donné par M. Rjrbet. Canal do l'Escaut à la 
Ueusc. Rapport d'ensemble de l'ingénieur en chef. 1901. 
V.ilenciennes, linpr. de~V Impartial du Xord, 35 p.; 



III 



.Mais esl-ce une queslion de kilomèlres? On 
répondra d'abord que. jiour les marchandises trans- 
portées par voie d'eau, le temps ne fait rien à l'affaire. 
Ce n'est pas une lulle de vitesse, c'est une guerre 
de tarifs. Ici, nous touchons un point critique, la 
concurrence des deux frères — ne disons pas ; 
ennemis — disons ; rivaux, le chemin de fer et le 
canal ou, plus exactement, le cours d'eau praticable. 
Sans nous engager dans la controverse, il nous 
plait seulement d'invoquer quelques faits. Depuis 
un quart de siècle, les voies d'eau, que les chemins 
de fer, pendant leur ère triomphante, avaient 
prétendu stériliser et condamner à la mort par 
langueur et inanition, reprennent, avec la vie, 
la conscience de leur mission. Dans tous les Étals 
civilisés, qui ressentent la nécessité de ne négliger 
aucune de leurs forces vives, cette restauration 
s'accomplit ; en Angleterre, aux Etats-Unis, et, plus 
près de nous, en Allemagne. Cet exemple voisin est 
parliculièremenl suggestif : en Allemagne, où l'Etat 
et non l'Empire est propriétaire de son réseau 
ferré, il semble qu'il se fasse tort à lui-même 
en régularisant les fleuves, en creusant des ca- 
naux. 

Il suffit de répondre à cette thèse par quelques 
chiffres empruntés à un spécialiste des plus aulo- 
iMsés, Sympher '. 



l 'nies navigables. 



18"!5. 
1895. 



1895 



LONGUEIR 



10.000 
10. 000 



21.300 

u.rioo 



TONNAGE 

kilométrique 



PARCOURS 

ACGMKN- kiIométri<|ti 

TATION (.TUgniO! 



2.900.000.000 
■Î.500.000.00U 159' 

Voies ferrées'. 
10.000.000.000 

2i;.ooo.oou.oou i;:?' 



Les deux inslrunienls de transport se sont déve- 
loppés avec une puissance presque égale, dans cet 
espace de vingt ans ; les voies navigables, bien 
qu'améliorées et ranimées, n'ont rien enlevé aux 
chemins de fer de leur clientèle ni de leur prestige : 
leur part au trafic total a passé de 21 à 22 ° „. 

En France, les rivières etcanaux, moins favorisés 
à coup silr, ont fait preuve aussi de vitalité; ce dont 
fait foi le tableau suivant, emprunté au dernier 
album paru de Statistique graphit/iic : 



' Die Zunahiac der llinnenscliifTahrt ia Diut-ctiland rou 
7N;.%(N.<*5. Berlin, Siemenroth et Troshel. 1899. 16 p. table 
et statistique, 2 cartes.! Cf. Walther Lotï : Oie ^'erkehrs- 
eatni..kluog id Deutscliland, 1800-1900, Leipzig, Teubner, 
1900 avec une copieuse bibliographie . 

• C-^s chiffres s'appliquent au.\ marchandises. 



B. AUERBACH — LE CANAL DU NORD-EST 



im 



LONGUKUR MOYE 

exploitée 



TONNAGB KILOMETBIQIF. 

en milliers de tonne?» 



1882. . îri.f.lO 
1895. . 36.337 



12.230 
12.281 



10.8.3S.C47 
12.898.456 



2.264.58G 
3.166.819 



Le rapport du tonnage kilométrique des voies 
navigables à celui du chemin de fer a progressé, 
pendant cette période, de 20 à 20 °/„, sans que la 
fortune des chemins de fer ait été compromise. 

Soit! dira-t-on, mais h quoi bon construite un 
canal coiiteux là où la ligne ferrée assure le trafic? 
Il ne semble pas que la zone industrielle de Lor- 
raine — pour ne parler que d'elle seule — soit des- 
servie par des voies d'accès et de dégagement suf- 
fisantes. Elle est striée au nord par la ligne des 
Ardennes, mais la section qui sillonne le cœur du 
pays, de Pagny à J>onguyon, n'est qu'à simple voie : 
les riches gisements du groupe central devront 
être drainés par des embranchements de Briey sur 
Hussigny et Villerupt, et de Baroncourt vers Audun- 
le-Homan*. 

Ceux-là mêmes qui, pour compléter le réseau, 

consentent un gros sacrifice, inouï dans les annales 

de la construction des chemins de fer, jugent que le 

; canal sera, non pas une inutile doublure, ni un 

concurrent envieux, mais un collaborateur discret. 

Il transportera de bout en bout l..j00.000 tonnes, 

selon les meilleurs augures: minerais, fontes et 

[ produits métallurgiques, laitiers, scories, et houilles, 

t alimenteront le fret dans les deux sens, sans 

I parler des denrées agricoles qui seront captées. 

( des bois et pierres et antres matières pondéreuses 

I pour qui le bateau est un meilleur véhicule que le 

! wagon. Quant aux rails, ils ne risquent pas d'être 

1 désertés-, et pourront côtoyer fralernellement la 

voie d'eau. 

Celle-ci aura pour terminus Dunkerque. De tous 
l'-S ports français, il n'en est pas dont la fortune ait 
lié plus merveilleuse et plus rapide depuis un quart 



' Le Congrès de Nancy a réclamé ces lignes, dont le coût 
lùlal est estimé à 21 millions: les industriels et conces- 
sionnaires ont souscrit une subvention de 7.2 oO.OOi) fr., y com- 
pris 500.000 fr. accordés par le déparlement. « Ces sub- 
ventions, a déclaré le Congrès... accordées parles particuliers, 
les communes elle département, sont les plus considérables 
qui aient jamais été fournies pour la construction de che- 
mins de fer » p. 17 . C est une considération qu'a négligée 
M. V. de Lespinats, ancien maitre de forges, en son plai- 
doyer pour les chemins de fer Canal de la Meuse à LoB'jny^ 
et a l'Êscaul, et son pi-uJongemeul de 'Loaguyon à la Moselle. 
En sous-titre : Supériorité des chewins de fer cuwwe moyeu 
rcnnmùiue de transport. Limoges, Duconrtieux, 1901, 64 p. . 

■ Il suffit, pour s'en convaincre, de consulter le tonnage des 
-nos qui desservent le seul bassin de Briey ■Statistique des 
■-•iffiiiiis de fer français au 31 déeembre 18SJ8. Documents 
divers, U" partie, Tableau n" 20, n" d'ordre 32, p. 258). U 
faut admettre aussi que le chemin de fer. s'il partage avec 
le canal le transport de la houille crue, ellectuera seul celui 
du coke, qui pàtit des transbordements. 



de siècle: ce n'est point du mouvement des navires 
que Dunkerque tire son importance — car il n'est 
guère fréquenté par les paquebots à passagers — 
mais de celui des marchandises: à ce titre, il se 
classe au troisième rang, après Marseille f-t le Havre, 
avant Bordeaux. C'est un emporium outillé pour s;i 
fonction commerciale. 11 a une spécialité, que lui 
vaut sa situation géographique et dont il a. pour celle 
raison, dépouillé le Havre : c'est le port lainier dr 
France. 

Il introduit les toisons de l'Amérique du Sud, 
que travaillent les manufactures de Roubaix et 
Tourcoing'. Or, Dunkerque communique avec son 
arrière-pays par eau; les canaux qui s'ouvrent sur 
le port ont transporté en 1900 près de 1.800.00(1 
tonnes, et cette sphère d'inQuence peut s'étendre à 
l'intérieur ; les éléments d'un trafic par batellerie 
avec la région métallurgique sont là. Dunkerqui- 
importe de 150 à 200.000 tonnes de minerais de 
fer riches, nécessaires aux usines; depuis 1896, il 
tend à supplanter Anvers pour les arrivages de 
manganèse des Indes, dont il défraie Longwy et les 
établissements de la Société de Denain et Anzin": 
celle-ci a choisi Dunkerque comme tète de ligne 
naturelle d'un service régulier avec Bilbao et avec 
Sa'igon et Haiphong. Mais, si les relations par voies 
navigables avec la région lorraine sont amorcées, si 
Dunkerque expédie du minerai à Jarville, du riz à 
destination de Nancy, s'il reçoit du sel de Saint- 
Nicolas, Dombasle. etc., des phosphates de Pompey, 
cela représente un cliifTre insignifiant '. Dunkerque 
s'obstine, cependant, à réclamer la construction du 
canal du Nord-Est, qui permettrait, dit la Chambre 
de Commerce, « à notre établissement maritime, de 
lutter avantageusement contre le port d'.\nvers 
dans le riche bassin de Longwy «. L'intérêt par- 
ticulier et l'intérêt national se confondent heureu- 
sement dans cette ambition'. 

' c'est depuis 18S2-S3 que l'importation de Dunkerque 
(58.000 balles a dépassé celle du Havre 5 l.OOu : l'année pré- 
cédente, la proportion était encore de 27.000, contre 67.000. 
Aujourdhui, Dunkerque accapare cet article : sur 286.000 balles 
entrées par les ports framais en 1898-69, 245.000 sont venues 
par Dunkerque; sur 188.000 balles en 1899-1900, 173.000 par 
Dunkerque Dunkerque, son port, sou commerce. Notice 
publiée par la Chambre de Commerce pour l'Exposition de 
1900. Imprimerie Dunkerquoise, 89 p., figures et planches. 
Slalistique maritime et commerciale du port de la circons- 
cription consulaire. Publication de la Chambre de Com- 
merce. 1901, 163 p.;. 

- Tableau général de Commerce de la France, 1898, vol. H, 
p. 44. 

' L'n peu plus de 15.000 tonnes, en y comprenant les arri- 
vages et expéditions en provenance ou à destination des 
.\rdennes et de la .Meuse (Chambre de Commerce de 
Dunkerque. Réponse au questionnaire annexé à la circu- 
laire de M. le Ministre du Commerce en date du l""^ fé- 
vrier 1900, p. 13;. 

' Par le canal du Nord-Est, la dislance de Longwy à Dun- 
kerque sera de 445 kilomètres, supérieure de 20 kilomé'.res 
seulement à la distance par voie d'eau sur Anvers. 



150 



B. AUERBACH 



1,E C.VN.VL DL" NORD-EST 



Ainsi donc cette entreprise, qui s'alimentera aux 
si'ins nourriciers d'une zone d'industrie intense, 
dune région houillère, d'un port en pleine pros- 
pi-rité, cette entreprise est viable. Mais elle ne doit 
pas vivre d'une vie précaire et factice; elle doit 
devenir à son tour une source de richesse et de 
proMt. il faut, selon l'expression américaine, que le 
canal « paie ». La dépense totale, d'après des pré- 
visions qui excèdent les premiers devis, ressortira 
à 131 millions, dont moitié versée par l'Etat, l'autre 
moitié, subvention des intéressés. Cette somme 
de tJO millions et demi — à laquelle s'ajoutent 
8.700.000 francs comme charge d'intérêts interca- 
laires pendant les cinq premières années d'exécu- 
tion, qui seront sèches — cette somme de 7 4 millions 
sera demandée à l'emprunt, et l'amortissement 
en soixante ans — terme adopté — imposera une 
annuité de 2.795.000 francs'. On y fera face par 
une taxe de péage et une taxe de traction, taxes 
qui ne porteraient que sur les voies de nouvelle 
création. Nous n'avons point qualité pour discuter 
les évaluations émises : chaque tonne kilométrique 
serait grevée de 8 millimes', charge qui, avec le 
temps, serait atténuée et même abolie. Le chemin 
de fer peut-il offrir des conditions aussi avanta- 
geuses? On en doute et, d'ailleurs, on a foi que, sui- 
vant une jurisprudence tutélaire des voies navi- 
gables, ces tarifs de concurrence ne seraient pas 
homologués^. 

Garantie artificielle et contre-nature, s'écrient les 
détracteurs de l'entreprise, les avocats des chemins 
de fer, qui contestent toutes les évaluations comme 
autant d'hypothèques sur l'avenir. Pour n'être ni 
incomplet ni partial, notre exposé devrait résumer 
tous les griefs et objections, mais il risquerait de 
s'égarer dans les minuties et subtilités d'une 
controverse où un millime est un argument d(! 
poids. Quelques exemples, dégagés autant que 
possible de la gangue des chiffres, dénonceront les 
difficultés du problème*. 

Les droits de navigation des voies d'eau nou- 
velles — tel est le Icit-motiv — compenseront et 
annuleront le bénéfice du raccourcissemenl des 



' Le* premières évaluations, qui ressorlissaient ;i lin mil- 
lions, ont dû (Hre majorées. 

' V. discussion dans les articles précités de G. VilLiin. 
C'est un chiffre moyen, car le taux du péage varie entre 
■ i millions pour les colces et minerais et 11 millions pour 
les produits métallurgif|ues. 

' lîéunion Paris (p. 10 , Conférence Charleville (p. 17). 
Réponse bunkerque fp. 8 . Allocution de M. liaraban. direc- 
teur de la Corai)agaie de l'Est. liov. Intliisirielli' de l'Est. 
:i mirs 1901. 

' Nous empruntons ces données à la hrochure de M. V. 
de Lespinats. Les promoteurs du canal ont répliqué par 
deux brochures : l'rojft des caDaax de la Chiers, de ]'Escaiit 
ci de la Meuse. Uéponse à une première de M. de Lespinats, 
Paris, Rcnouard. juin Irtol. 29 p.) et une note intitulée : 
l'rix du l'rej (ibid., sans date, ■; p.\ 



distances. Ainsi, la tonne, convoyée par eau du 
bassin de Nancy à la région du Nord, paiera plus 
cher pour effectuer -io kilomètres de moins que .sur 
les canaux actuels. Mais, une fois les taxes abolies 
ou atténuées — et rien n'oblige d'appliquer le maxi- 
mum concédé ', — le trafic prendra au plus court. 

Quelques articles seront passionnément disputés 
entre le chemin de fer et la navigation, et surtout 
le coke. Assurément, seules les usines frôlées en 
quelque sorte par le canal recevront leurs cokes 
par bateaux; celles qui ne communiquent pas avec 
l'artère conductrice continueront à s'approvisionner 
par wagons". Mais même, selon M. de Lespinats, 
les premières auront avantage à recourir à la voie 
ferrée; en effet, de Mont-Saint-Martin à Douai, à 
Lens, aux charbonnages du Pas-de-Calais, l'abais- 
sement du fret sur canal sera balancé par les ma- 
nipulations successives, les transbordements, les 
retards et déchets qui grèveront les frais bien au 
delà de la différence entre tarifs par eau et tarifs 
par rails. Les chiffres ressortenl de .Mont-Sain I- 
Martin à Lens par canal (333 kilomètres) à o fr. 8'i 
la tonne, par chemin de fer (300 kilomètres) à 
6 fr. iO, soit un avantage de fr. .50 pour le pre- 
mier des instruments de transport; mais le déchar- 
gement, la détérioration par la pelle et la fourche, 
par la mise en stock sur le carreau de l'usine sonl 
autant de causes de renchérissement; si bien que 
l'emploi de la voie ferrée, affîrme-t-on, procurera 
une économie entre 1 franc et 1 fr. 70 par tonne. 
Mais on réplique que les intéressés sauront ob- 
vier à ces inconvénients, d'abord par l'organi- 
sation de la batellerie : les usiniers se feront leurs 
propres transporteurs et échapperont ainsi aux 
exigences des mariniers ; leur Doltille emportera 
vers le Nord des minerais, fontes, aciers, sco- 
ries, etc., et ramènera des combustibles, fret de 
retour assuré. Charbons et cokes seront débarqués 
rapidement et confortablement par des engins 
mécaniques, grues, transporteurs aériens, etc. 
Enfin, la traction électrique établie sur le canal, 
outre qu'elle sera moins coûteuse que le cheval au 
pas tranquille et lent, accélérera et du même couii 
régularisera les allées et venues^- 

i)n prédit encore, non seulement au canal futur. 

' iicponne, p. 11. 

■ M. Rigaux (Notice explicative, p. 8 énumère parmi \r- 
premières : liéhon, Longwy-Bas, Gouraincourt, la Chiers. 
Mont-Saint-Martin, Senelle-.Maubeuge; dans la seconde ratt- 
gorie. Saulnes, Hussigny, Villerupt-Laval-Dieu, Villerupl- 
Aiibrives, Michcville. 

' Ce progrés a été réalisé aux établissements d'Auby, prés 
de Douai, où la Société lorraine de carbonisation a inslalli- 
des fours à coke capables de produire 'i'JO.OOO tonnes par an. 
Le chargement des bateaux s'y opère par des moyens méca- 
niques. Et non seulement les usines riveraines s'outilleront 
à celte (in, mais peut-être aussi celles qui sont situées aune 
certaine distance du canal, comme Hussigay et ViUerupt. 
[licponse. p. ;; . 



B. ArERBACH — LE CANAL DU NORD-EST 



loi 



mais aussi aux houillères françaises du Nord qui 
le sollicileDl, un méconiple singulièrement grave. 

Le frel du ciiarbon par rails, de Charleroi, Liège 
ou Mons à Mont-Saint-Martin, devra être « à peu 
près égal au fret majoré des frais supplémentaires 
de transport par eau ' ». Mais, si ces frais supplé- 
mentaires s'amoindrissent ou disparaissent ? — 
En .second lieu, les établissements industriels do 
l.imgwy et des Ardennes " auront intérêt à con- 
'inuer de prendre à l'Étranger une forte partie de 
Knirs approvisionnements et à ne pas augmenter 
iintablement leurs commandes aux charbonnages 
(In Nord de la France ». L'on a négligé, il est vrai, 
ilcxpliquer les raisons de ce mauvais vouloir. 

lii'lte polémique méritait d'être signalée, d'abord 
parce qu'elle a provoqué, sur les débouchés et les 
destinées, si l'on peut dire, de quelques produits 
inliTessants — on citerait encore les minerais et 
■ -^ laitiers — des enquêtes détaillées, mais surtout 
[larce que cet épisode éclaire d'une lumière très 
vive le conflit de plus en plus aigu entre voies 
navigables et voies ferrées. Dans ce champ d'ex- 
ploitation intensive, mais très limité, qu'est le 
li.issin industriel de Lorraine, les deux concurrents 
mesureront avec une puissance mécanique 
-.aie : le canal ne sera plus cette allée étriquée, 
mélancolique entre deux rangées de peupliers, où 
musait le long de la rive quelque chaland à la 
lourde carcasse ; il s'ouvrira en une large avenue, 
où des bateaux, qui dissimuleront dans leurs flancs 
une cargaison plus grosse que celle d'un train, 
tiliTont allègrement sous la traction mystérieuse 
il'un Ciibleet grimperont par bonds légers à travers 
les écluses accolées". Comment s'opérera entre l'un 
et l'autre agents de transport le partage géogra- 
phique d'un domaine qui semble condamné à l'in- 
division? La fusion, la solidarité, qui font l'honneur 
et la prospérité de la région du Nord, pourront-elles 
- l'i-aliser ici ? 

IV 

Au lieu de ces spéculations sur l'avenir, indi- 
quons une dernière considération, non la moins 
curieuse, car, sous son appai-ence d'intérêt local, 
elle est un symptôme décisif dans l'histoire écono- 
mique, et peut-être dirait-on mieux, sans épithète, 
pour Ihistoire de notre pays. 

Par qui l'entreprise sera-t-elle administrée? Elle 
est patronnée,, on le sait, par les Chambres de 
Commerce des départements traversés; mais, indi- 
viduellement, isolément, chacune de ces institu- 
tionsesldépourvue d'autorité etde moyens d'action. 
Ce groupe des Chambres de Commerce, formé en 



' De Lespiiiats, p. 3l-?r2. 

■ liiin que le chcjiiiage et la congélation -ioient pour les 
canaux une cause d'infériorité, toutefois, pour les deux agents 
de transport, les saisons de trafic intense correspondent. 



vertu de la loi du .j avril 1898, peut être doté 
de la personnalité civile au même titre que les 
syndicats des communes. Tel sera, sans doute, 
l'organe de gestion ou de contrôle. Mais, si cette 
formule ne tranche pas toutes les difficultés juri- 
diques et financières, elle a la vertu de créer une 
de cesindividualités collectives, foyers d'énergiques 
initiatives qui préparent l'œuvre de décentralisation 
et le réveil de la vie régionale. Il ne s'agit plus de 
la vie régionale, encadrée et comme étouffée dans 
les limites d'une province historique; c'est la 
Géographie, c'est la Nature qui, par la distribution 
des ressources minérales, par le modelé du relief, 
parle concours du réseau hydrographique, comman- 
dent l'action concertée et la communion d'inléi-êts 
ou d'idéal à des régions que la distance ou la diver- 
sité de leur complexion et de leurs traditions 
semblaient séparer. Le canal du Nord-Est sera, en 
quelque sorte, un lien matériel et moral, moins 
superficiel que le rail, grâce à un échange de 
substance intime entre les pays de France dont 
il sollicitera et solidarisera les forces productrices. 
La ligne navigable delà merduNord à la Lorraine ', 
qui joint l'Escaut, la Sambre, l'Oise, la Meuse et 
qui tend vers la Basse-Moselle, qui resserre ainsi 
et consolide un admirable faisceau fluvial, a sa 
fonction bien marquée ; sa fonction nationale 
d'abord, en attendant que, comme artère conti- 
nentale, elle devienne la doublure ou plutôt la 
rivale de la ligne d'Anvers à l'Europe centrale. 
Jusque-là, qu'elle desserve des intérêts français : 
c'est le rêve de l'heure présente; nous n'osons 
dire : la réalité de l'heure prochaine-'. 

B. Auerbach, 

ProtV>seur «le Géographie à l'Université de ÎSa.ioy. 

' Peut-être la conception d'un canal se terminant par la 
Cbiers semblera-t-elle incomplète après l'exploration du 
bassin de l'Orne. Aussi a-t-il pnru nécessaire et .logifiue 
de prolonger le canal jusqu'à proximité du gisement le plus 
riche, où. dans quelques années, quinze hauts-fourneaux 
seront en activité, et de doter d'un canal le bassin minier 
de Briey. L'idée émise par l'ingénieur Lapointe (/iei . ;u'/iiv- 
Irielle de l'Est, 12 mai t'JOl; a pris corps. Les établisse- 
ments intéressés, qui comptent parmi les plus considérables 
de France, ont demandé, par une lettre au Ministre des 
Travaux publics, en date du 30 juin 1901, de mettre le projet 
à l'étude. Le tracé, s'amorçant à Longuyon, sur le canal de 
la Chiers, suivrait le val de Crusnes. puis celui de l'ienne 
jusqu'à son chevet, par une montée de flC mètres jusqu'au 
bief de partage entre Landres et Mairy ; de là, il descendrait 
sur Jœiif et rallierait l'Orne après une descente de 12i mètres 
ce parcours de 41 kilomètres serait accidenté de 5'j écluses 
de 4 mètres de hauteur. De l'Orne, une nouvelle section de 
canal chercherait la Moselle à Pagny-sur-Moselle, pour des- 
servir le bassin de Nancy. Les pétitionnaires n'ont abordé 
ni la question technique, ni la question financière. 

' La Chambre des Députés a, dans ses séances des 27 et 
■2S janvier 1902, voté en bloc le progranmie de 1' n outillag: 
national ■■, d'après l'ordre d'importance et d'urgence des 
travaux, c'est-à-dire en maintenant au premier rang de leur 
tableau respectif le canal de l'Escaut à la .Meuse et celui de la 
Chiers. Il est à craindre que la crise métallurgiciue et le déficit 
budgétaire retardent la mise à exécution de ces projets. 



p.p. DEHERAIN 



UEWE ANNUELLK D'AGRONOMIK 



REVUE ANNUELLE D'ACtRONOMIE 



I. — Crise de pj.étiiohe. 

1. Blé. — Les efforts perscviTanls de la science 
agricole ont réussi à augmenter les rendements : 
notre production de blé s'est élevée en moyenne, 
pendant ces dernières années, à 110 millions d'hec- 
tolitres, bien que les surfaces ensemencées res- 
tent à peu près stationnaires à 7 millions d'hec- 
tares, avec une légère tendance à diminuer. Kn 
1898 et 1899, nous avons recueilli 128 millions 
d'hectolitres, 119 en 1900, 109 environ en 1901. 
Naturellement, les fortes récoltes amènent une 
baisse de prix, qui diminue les bénéfices des pro- 
ducteurs. Ils se plaignent, tentent de faire in- 
tervenir les Pouvoirs publics, qui, très heureuse- 
ment, ont résisté nus. sollicitations dont ils ont été 
l'objet. 

Rien n'est plus difficile, en elîet, qu'une inler- 
vention efficace; on a élevé le droit d'entrée des 
blés étrangers, supposant que la baisse des prix 
constatée, il y a quinze ans, était due à l'entrée 
en franchise des blés américains; la hausse espérée 
no s'est pas produite. Il a bien fallu reconnaître que 
les prix sont réglés par l'abondance ou la faiblesse 
de nos propres récoltes, et que, si les droits de 
douane maintiennent nos cours plus élevés qu'à 
Londres, les différences ne représentent pas les 
7 francs par 100 kilos qui frappent les blés étran- 
gers à leur entrée en France ; pendant les der- 
nières semaines, en France, le blé valait 20 francs 
les 100 kilos, on le payait à Londres 10 (r. 23, la 
différence n'est donc que de 3 fr. 73. 

On risque, quand on élève artificiellement le 
prix d'une marchandise, de déterminer une pro- 
duction exagérée, qui, fatalement, amène la baisse. 

Il n'y a d'autre remède à l'abondance de la pro- 
duction que l'ouverture de nouveaux débouchés; 
le blé peut non seulement servir ii l'alimentation 
humaine, mais aussi à celle des animaux de la 
ferme, aux oiseaux de la basse-cour, et, déjà, avec 
profit, des cultivateurs avisés y emploient tous les 
déchets que donne un triage exécuté avec grand 
soin, ne réservant pour la boulangerie et les 
semailles que les grains d'excellente qualité. 

2. Production du sucre. — La pléthore est duc 
parfois à des lois imprudentes. C'est le cas pour la 
production du sucre. 11 est perçu sur sa consom- 
mation un impôt énorme, qui triple le prix du pro- 
duit: voulant encourager la culture, dont il tire si 
grand profit, l'Etal s'est avisé, en 1884, d'abandonner 
aux fabricants une partie de l'impôt. On a estimé 



qu'ils devaient tirer d'une tonne de betteraves un 
certain poids de sucre, sur lequel ils paieraient le 
droit entier de GO francs par 100 kil. ; s'ils dépas- 
saient cette quantité de 77 kilos 5 de sucre par 
tonne de betteraves travaillées, ils ne paieraient 
plus que 30 francs par 100 kilos pour le sucre 
obtenu en surplus Jusqu'à une production de 
100 kilos par tonne de betteraves, et auraient 
encore 15 francs sur les quantités de sucre extraites 
au delà de 100 kilos. 

Très rapidement, les fabricants ont su obtenir des 
planteurs d'excellentes racines, et, comme les opi'- 
rations des sucreries sont très bien conduites, on a 
extrait beaucoup plus de sucre que la loi ne l'avait 
prévu; les fabricants ont ainsi pris une partde plus 
en plus grande de l'impôt payé par le consom- 
mateur. La fabrication est devenue très lucrative, 
elle s'est accrue, et nous arrivons maintenant ;i 
produire un million de tonnes de sucre, bien que 
la consommation, entravée par l'énormité de l'im- 
pôt, cesse de croître et reste presque invariable- 
rnent à 430.000 tonnes. Un énorme stock de sucre 
fabriqué se trouve donc sans emploi; il faut absolu- 
ment l'exporter, et, pour qu'il puisse lutter par son 
bas prix avec celui qu'expédient, sur le marché du 
Londres, les nations sucrières concurrentes, et no- 
tamment l'Allemagne, on a demandé et obtenu des 
Pouvoirs publics des primes d'exportation, de teiit 
sorte que, bien que l'impi'it continue à être pavi 
par les contribuables, qui, à 60 francs pai 
100 kilos, versent annuellement 270 millions, la 
fraction de cet impôt qui reste dans les caisses dr 
l'Etat est tellement diminuée par les bonis de fabri- 
cation, par les primes, que le budget de 1901, qii 
avait supposé pouvoir consacrer aux service- 
publics 199 millions sur les 270 perçus, s'est trouvi 
en déficit de 41 millions, dus à la très forte et tn- 
bonne récolte de 1900, laissant entre les mains dr- 
producteurs des sommes considérables. 

Les lois actuelles sont ainsi faites que le Trésoi 
public est en déficit quand on obtient de bonne- 
récoltes de blé ou de betteraves, et fait d'excellente- 
recettes, pendant les mauvaises années, oii nou> 
importons du blé et ne fabriquons (|ue peu de 
sucre. 

Il est manifeste que la loi de 188i, qui a rendu, 
au moment où elle a été votée, un très grand 
service à la fabrication du sucre en France, esl 
aujourd'hui à reprendre, et il importe de saisir 
dans quel sens elle doit être moditiée pour qu'en 
maintenant la sucrerie prospère, elle serve dans la 
plus large mesure le.< intérêts agricoles. 



p.p. DEHÉRAIN — REVUE ANNUELLE D AGRONOMIE 



Ui3 



La culture de la betterave doit être maintenue 
dans notre pays pour plusieurs raisons, qu'il faut 
clairement indiquer, car la solution à donner aux 
difficultés actuelles découle nettement de leur 
exposé. 

La betterave est une des plantes de grande cul- 
ture qui bénéficient davantage des engrais qu'elle 
reçoit; ils déterminent une augmentation de récolte 
assez forte pour qu'on n'iiésite pas à les prodiguer; 
la terre est ainsi enrichie, et le blé qui suit la bette- 
rave donne des rendements élevés, bien qu'il vive 
sur les résidus des engrais fournis à la betterave, 
et qu'on ne fasse pour lui aucune dépense spéciale. 
[" Si. sousTintluence des fortes fumures azotées, le 
'poids des betteraves récoltées s'accroit, leur qua- 
lité diminue, et la crise qui a précédé la loi votée 
en 1884 avait été déterminée par la pauvreté des 
^racines recueillies à cette époque, où elles étaient 
acquises par les fabricants à prix invariable, quelle 
que fût leur teneur en sucre. La loi de 188i, en 
reportant l'impôt du sucre achevé à la tonne de 
betteraves travaillées, a introduit une grande amé- 
lioration ; les fabricants, ayant intérêt à avoir de 
Ins i>onnes racines, pour atteindre un poids de 
sucic qui surpassât les rendements prévus, et leur 
permit de percevoir, à leur profit, la fraction de 
l'impùt accordée aax -excédents, établirent, avec 
leurs planteurs, des marchés à prix variable avec la 
teneur en sucre, déterminée par la densité du jus. 
(r mode d'accord est aujourd'hui passé dans les 
ii-.i^es et il faut absolument le maintenir. 

Avec la loi actuelle, les fabricants ont le plus 
grand intérêt à obtenir des betteraves très riches 
en sucre : les producteurs de graines de betteraves 
ont fait efl'ort pour les leur fournir; on a poursuivi 
l'œuvre des Vilmorin et on a fini par semer des 
graines qui donnent de petites racines d'une grande 
richesse, mais qui ne fournissent que des récoltes 
médiocres de ^0 à 35 tonnes à l'hectare, et cela au 
préjudice de la cullure. 

La betterave, en efl'et, ne sert pas seulement à la 
production du sucre : quand elle a été lavée dans 
les diffuseurs, qu'elle y a abandonné le sucre 
qu'elle renferme, elle laisse un résidu désigné sous 
le nom de pulpe et qui constitue un excellent ali- 
ment pour le bétail: les pays sucriers engraissent, 
tous les hivers, les bœufs maigres qui leur arrivent 
de toutes les contrées où l'alimentation, peudaijt 
cette saison, est rare et coûteuse. 

Les cultivateurs de betteraves reçoivent des su- 
creries les résidus de la fabrication, des pulpes 
qu'ils font consommer dans leurs fermes; la masse 
de fumier produite s'accroît, et la fertilité du do- 
maine augmente. 

Il y a donc un intérêt agricole de premier ordre 
a favoriser la culture d'une variété de betterave 



qui donne à l'hectare le maximum de sucre et le 
maximum de pulpe, et c'est ce à quoi s'oppose la 
loi actuelle; le fabricant ne cherche qu'une chose : 
la betterave riche. Or, il se trouve malheureuse- 
ment, ainsi qu'il vient d'être dit, que celte belle- 
rave riche est médiocrement prolifique et, non 
seulement, donne peu de pulpe, mais, en outre, 
moins de sucre qu'une betterave plus élofl'ée, mais 
en même temps plus pauvre. 

J'en ai eu de nombreux exemples personnels. En 
1890, une récolte de betteraves fourragères, ren- 
dant 80 tonnes à l'hectare, renfermait 8 tonnes de 
sucre; celle des betteraves de sucrerie, ne donnant 
que Au tonnes de racines, n'en contenait que 1. 

Le traitement des betteraves fourragère.^ serait 
ruineux, car elles sont très aqueuses; mais il n'en 
serait plus de même des betteraves dites domi- 
stierières : en 1894, à Grignon, elles ont rendu 
.jO tonnes à l'hectare, renfermant 6 tonnes de sucre; 
les Vilmorin, qui avaient donné seulement une 
récolle de 30 tonnes à l'hectare, n'en contenaient 
que i,G. En 189(î, ces mêmes collets roses, bien 
fumées, donnent oQ tonnes de racines, les Vilmo- 
rin 37; les premières renferment 7 tonnes de 
sucre, les secondes 5,9. 

Ainsi, et c'est là le point sur lequel il convient 
d'insister, les betteraves d'une richesse moyenne, 
désignées sous le nom caractéristique de demi-su- 
crières, donnant des récoltes beaucoup plus abon- 
dantes que les betteraves sucrières proprement 
dites, dérivées des Vilmorin améliorées, produisent 
à l'hectare plus de sucre que ces Vilmorin; il sem- 
blerait donc qu'on dût les semer...; la loi actuelle s'y 
oppose. Le fabricant ne gagne pas grand'chose sur 
la vente du sucre, qui est grevé du droit de 60 francs 
par 100 kilos; il n'a de profit que s'il peut garder 
une fraction de l'impôt; pour le percevoir, il faut 
qu'une tonne de betteraves lui fournisse plus de 
77 kil. 5 de sucre achevé, et il n'obtient cet excé- 
dent qu'en travaillant des betteraves très riches : 
il est donc forcé de proscrire les demi-sucrières, et, 
comme il paie les racines en raison de leur teneur 
en sucre, les cultivateurs ont intérêt également à 
semer des graines ne leur donnant qu'un faible 
poids de racines, mais de racines riches dont ils 
obtiennent un bon prix, plutôt que de semer des 
graines donnant des betteraves moins chargées 
de sucre, qu'ils ne vendraient qu'à bas prix ou qui 
même seraient refusées par les fabricants. 

Cet état de choses est fâcheux, car les pulpes 
sont, naturellement, d'autant plus abondantes que le 
poids de racines récoltées est plus élevé; il y au- 
rait donc un avantage marqué à changer le mode 
de perception de l'impôt, à ne plus le faire porter 
sur la betterave entrant à l'usine, mais sur le sucre 
achevé. Ce mode de perception n'a plus d'incon- 



loi 



p. -P. DEHERALN 



HKVI I. AN.M KI.Lt: i» AliKUNOMll". 



vénient tant quon conserve rachat des betteraves 
à prix variable avec leur richesse, et il n'exposerait 
plus l'Élal aux énormes écarts qu'amènent les va- 
riations dans le poids et la qualité des racines qui 
se produisent d'une année à l'autre. 

Kt, enfin, puisqu'on sera fatalement conduit à 
reprendre la législation sucrière, n'y aurait-il pas 
un immense intérêt à réduire l'impôt de consom- 
mation à un chiffre tel que le sucre fût abordable, 
même pour les pauvres? On le produit aujourd'hui 
à 30 ou 35 francs les 100 kilos, et. dans les pays où 
croit la canne, à un prix encore bien inférieur; 
n'est-il pas déplorable de voir son prix triplé par 
l'inipul, puisqu'aux30francs, prix réel des 100 kilos, 
viennent s'ajouter 60 francs d'impôt? 

Si le sucre n'avait pas de valeur nutritive, que 
sa consommation fût une simple fantaisie agréable 
au goût, on comprendrait qu'on le surchargeât; 
mais il n'en est pas ainsi-: les beaux travaux de 
M. Chauveau ont montré que c'est un excellent ali- 
luent, producteur de force et de travail, et qui, à ce 
titre, mérite inliniment plus d'être dégrevé que^ 
toutes les boissons alcooliques, même que le vin. 

Sans doute, la diminution de l'impôt amènera, 
pendant quelques années une baisse des recettes 
du Trésor: mais elle sera rapidement couverte par 
l'accroissement de la consommation, encure très 
faible dans notre pays. 

o. Production du vin. — Si les producteurs de 
blé se plaignent, comme les producteurs de sucre, de 
la difliculté qu'il s éprouvent à écouler leurs produits, 
ils sont, cependant, moins à plaindre que les vigne- 
rons, car la crise de pléthore que nous traversons 
sévit surtout dans la viticulture. Cette crise tire 
son origine du trouble profond qu'a amené, il y a 
une vingtaine d'années, la destruction des vignes 
par le phylloxéra : on se fait une idée de l'inten- 
sité du fléau par les chiffres suivants: 

Production miiycanc aanuellc du vin i.'U l'rniice 
par pcriiidea déconnalcs. 

18.50-1859 30.251.000 liectolitres. 

lS60-l«6y . . . .ÏO.24i.0U0 — 

iS70-1879 . . :il.70D.OOO — 

I8S0-1889 . 29.600.000 — 

Sous lintluence des traités de commerce, la pro- 
duction s'était beaucoup accrue de 1860 à 1869; 
elle reste encore élevée, malgré les premières 
atteintes du phylloxéra, de 1870 à 1879; puis, elle 
décline pendant les dix années suivantes. La ré- 
gion méridionale, qui avait été envahie la première, 
trouva, dans le greffage des vignes françaises sur 
pieds amérii!ains, le moyen de résister aux atteintes 
du redoutable insecte; très vile elle reconstitua 
son vignoble, et, comme la vigne disparut peu à 
peu des autres régions de la France, le .Midi se 



trouva seul, pendant quelques années, en mesure 
de fournir à la consommation. Pour profiter de 
cette situation avantageuse, on multiplia les plan- 
tations de cépages très prolifiques, qui donnent en 
abondance des vins peu généreux, qu'on remonhi 
avec des vins d'Espagne et d'Italie. Non seulement 
les coteaux, mais les plaines elles-mêmes se cou- 
vrirent de vignes; on arriva, dans ces sols fertiles, à 
des rendements fabuleux, atteignant parfois :200hec- 
tolitresà l'hectare. Cette période de prospérité, pour 
nos six grands départements producteurs: Bouclh 
du-llhône, Var, Hérault, Gard. Aude, Pyrém r- 
Orientales, dura tant que les autres parties de la 
France n'eurent pas reconstitué leur vignoble; peu 
à peu, cependant, cette reconstitution s'est fait . 
et, quand l'Ouest et le Centre produisent non sin 
lement ce qui est nécessaire à leur consommation, 
mais apportent leurs produits sur le marché, If^ 
vins du Midi deviennent d'une vente difficile; c'e-'l 
ainsi que, déjà en 1893, année favorable, tandis 
que les six départements essentiellement viticoj.-; 
produisaient 17 millions d'hectolitres, les autr.- 
parties de la l'rance en récoltaient 33 millions ii. 
On se trouva devant une production totale di' 
50 millions d'hectolitres, et déjà le Midi subit uiu' 
première crise de pléthore; les années suivant. •; 
furent moins prolifiques, les prix se relevèrent, hi' 
189-4 à 1898. les quantités produites oscillent, ••n 
effet, entre 30 et -40 millions d'hectolitres. Cepen- 
dant, en 1899, on arrive à 46 millions, et. enfin, 
l'année 1900 fournit le rendement prodigieux i\r 
67 millions d'hectolitres; les six départements mé- 
ridionaux figuraient dans le total pour 27 million- 
d'hectolitres, et les autres régions jiour près d^ 
40 millions. 

Dans ces conditions, les vins du -Midi sont d'un 
placement très difficile; en elTet, très imprudem- 
ment, les vignerons de cette région n'ont visé, aiu^'t 
qu'il a été dit déjà, que la quantité; ils ont planli' 
des cépages très prolifiques, mais produisant di'^ 
fruits très aqueux. MM. .\imé Girard et Lindet 
trouvent, dans 100 de pulpes des raisins d'Aramon, 
cépage très répandu dans le Midi, le 9 septembre : 
84,9") d'eau et 12,79 de sucre, tandis que, le 26 sip- 
tembre, le Petit Verdet de la Gironde contient 
76,31 d'eau et 21,42 de sucre; et, comme on peut 
admettre que le sucre contenu dans le jus se réduit 
par la fermentation à peu près en poids égaux 
d'acide carbonique et d'alcool, ces deux cépages 
fourniront un vin à 6 ou à 10,'> centièmes d'alcool, 
c'est-à-dire de très faible ou de très bonne qualité. 

M. .Miinlz mesure, dans le Midi et en Chanipagm'. 
les surfaces des feuilles qui correspondent à la 
production d'un hectolitre de vin : il trouve 320 mè- 
tres carrés pour le. .Midi, 1.234 pour la Champagne: 
or, c'est la feuille qui élabore les hydrates de car- 



P.-P. DEHERAIN — UKVUE ANNUELLE DAGHOXOMIE 



bone qui se réunissent dans le grain sous forme 
de glucose, et on conçoit que, malgré Tintensilé 
lumineuse plus grande dans le Midi quen Cham- 
pagne, les surfaces feuillues des cépages méri- 
dionaux soient trop restreintes pour apporter à 
des raisins nombreux et volumineux un poids de 
.sucre capable de donner un vin généreux. 

Les vignerons méridionaux sont aujourd'hui 
très sévèrement punis d'avoir planté des cépa- 
ges ne donnant que des vins de petite qualité, 
par suite dilticiles à vendre; la situation de ces 
départements est lamentable, ainsi qu'il arrive 
toutes les fois qu'on réunit tous ses efïorts sur 
une seule culture. Leur imprudence est donc à 
blâmer, niais leur infortune est à plaindre, et il 
s'agit de trouver quelque remède aux souffrances 
qui atteignent aussi bien l'Algérie que notre région 
méridionale. 

Transformer un vin pauvre en alcool, par suite, 
il une vente difficile, en un liquide plus riche, plus 
■ .'i-i'. qui trouverait plus aisément preneur sur le 
m.irché, tel est le problème à résoudre; il s'agit 
duiK- d'enlever à ces vins faibles une certaine 
quantité d'eau, et on conçoit qu'on y réussisse par 
deux méthodes difîérentes : réduire l'eau en glace, 
ou la chasser par évaporalion. 

Quand on amène le Vin à une température telle 
qu'il commence à geler, les cristaux de glace qui 
apparaissent dans la masse, devenue une sorte de 
sorbet, sont formés d'eau pure et, si on les sépare, 
le liquide restant renferme tous les éléments du 
vin dilués dans un moindre volume d'eau. C'est 
cette méthode qu'a étudiée mon confrère M. Mi'intz, 
qui m'a communiqué les résultats de ses premiers 
essais, auxquels il n'a donné encore aucune publicité. 

D'après ses indications, un habile constructeur, 
M. Rouard.a employé une machine à gaz ammoniac, 
produisant un froid assez vif pour congeler des 
hectolitres; la masse, à demi-pâteuse, obtenue 
tombe dans un appareil à force centrifuge, dans 
une essoreuse, munie d'une toile métallique; le 
liquide renfermant l'alcool, les sels dissous passe 
au travers de ses mailles, que les cristaux de 
glace ne peuvent franchir; on obtient donc, ainsi, 
un vin dépouillé d'une quantité d'eau d'autant 
plus grande que la congélation a été plus pro- 
fonde. 

Au lieu de séparer l'eau surabondante en la trans- 
formant en glace, on peut encore la réduire en 
vapeur; M. Roos a proposé de soumettre à la 
distillation dans le vide, c'est-à-dire à basse tem- 
pérature, les moûts avant la fermentation : l'opéra- 
tion serait sans doute difficile â régler, car le temps 
qui s'écoule entre le foulage et la fermentation est 
très court; cette méthode, cependant, présenterait 
cet avantage que les moùls. étant stérilisés, pour- 



raient être ensemencés de levures sélectionnées, ce 
qui augmenterait la qualité du vin produit. 

M. Garrigou distille à basse température dans le 
vide, non pas lesmoùts,mais les vins déjà fabriqués; 
il recueille l'alcool, le met en réserve ; puis, ensuite, 
sépare l'eau surabondante, qui est rejetée ; en mélan- 
geant au résidu concentré l'alcool recueilli d'abord, 
on a un vin présentant le degré alcoolique recherché 
par la consommation et d'une très bonne tenue, car 
il a été très bien stérilisé; comme la distillation a 
lieu à très basse température, on évite absolument le 
goût de cuit qu'on reprochait aux vins stérilisés à 
la pression ordinaire. 

Qu'adviendra-t-ilde ces méthodes? Permettront- 
elles de tirer parti des vendanges surabondantes, 
ou bienfaudra-t-il se résoudre à diminuer l'étendue 
du vignoble, à ne maintenir la vigne que sur les 
coteaux, où elle donne des produits, peu abondants 
il est vrai, mais de bonne qualité, en rendant aux 
plaines leur attribution normale de productrices 
d'herbe ou de céréales? Faudra-t-il simplement 
changer la nature des cépages et remplacer cqjix 
qui fournissent des produits très abondants, mais 
de faible valeur, par d'autres dans lesquels les rap- 
ports des feuilles au grain seront mieux équili- 
brés? Ce sont là des questions auxquelles l'avenir 
seul pourra répondre. 

La solution rationnelle est de diminuer l'étendue 
du vignoble, car rien n'est plus dangereux pour une 
contrée que de ne pas varier les cultures et de con- 
centrer tous ses efforts sur une plante unique. 

Toutefois, pour que les cultures herbacées rem- 
placent avantageusement la vigne dans nos régions 
méridionales, il faut qu'elles soient arrosées, et 
c'est là un sujet qui mérite de nous arrêter. 

IL — Les irrigations ex France. — Dans le Midi. — 
Leirs avantages ; cultures MARAicnÊRES. — Diffi- 
cultés. — Revision des lois actuelles. 

On cite souvent, pour les surfaces irriguées en 
France, des chiffres qui ne représentent pas exac- 
tement leur étendue. En octobre 19U1, les surfaces 
irriguées par des canaux et des rigoles étaient les 
suivantes : 

lîijijion ilu Nord ni du Xord-Ouest. 
Versant de la Manche et de la mer du Nord. 182.093 hect. 

négiuD de rEsi. 
Versant du Rhin et de la Meuse "n.iDT — 

Bcqion.do l'Ouest. 

,. . 1 ir, • ( Bassin de la Loire . . 33S.'t70 — 

Versant de I Océan. ' ■ j i /^ ,•■, -,,- 

( Bassin de la Garonne. Ao\ .lia — 

Bcijioa du Sud-Est. 

Versant de la Méditerranée SlG.SfiO — 

Corse III. Oïl — 

Tot:il l.;iCn.4ii;. hect. 



ir.G 



P-P. DEHERAIX — REVUE ANNUELLE D'AGRONOMIE 



Les surfaces irriguées présentent donc, déjà, une 
certaine étendue, particulièrement dans la région 
de rOuest, où les eaux qui descendent du Massif 
central sont bien utilisées pour l'arrosage des prai- 
ries. J'ai déjà insisté sur les effetsdes arrosages dans 
notre région septentrionale '; je rappellerai cepen- 
dant encore qu'en 1898, des betteraves arrosées au 
champ d'expériences de tJrignon ont donné 09. .500 
kilos à l'hectare, contre i8.2.'5() sans arrosage; en 
1899, sans arrosage, on a obtenu '(8.500 kilos de 
racines à l'hectare; avec arrosage, (IIJ.OOÛ: les dil- 
l'érences sont donc considérables. 

A Grignon, cette année, une luzerne de i hec- 
tares, arrosée avec des eaux assez chargées de 
matières organiques, a donné 12 tonnes de foin 
par hectare; sans arrosage, on reste à ou 7. 

Dans le Midi, les arrosages présentent cet 
immense avantage qu'ils permettent la création de 
prairies artificielles, de luzerne notamment, qui 
fournissent o ou coupes chaque année, el, en outre, 
le développement de la culture maraîchère, qui 
afsure des bénéfices infiniment supérieurs à ceux 
qu'on peut tirer des au très manières d'exploiter le sol. 

Quand on est bien convaincu des plus-values que 
procurent les irrigations, quand, notamment, on 
voit aux environs de Marseille, au printemps, des 
prairies d'un si beau vert, des pommiers si bien 
fleuris, qu'on se croirait en Normandie si l'on n'avait 
devant soi la mer de ce bleu violent que donne 
seul un soleil sans nuages; puis, qu'à cùté, là ou 
l'eau n'arrive pas, on retrouve des pins rabougris, 
tordus par la sécheresse, couvrant la terre de leurs 
aiguilles rougies, on a peine à comprendre comment 
toute l'eau qui coule dans les canaux d'arrosage 
n'est pas entièrement employée. 

A cela, plusieurs causes : un canal traverse parfois 
des contrées à terres très fortes sur lesquelles l'eau 
séjourne sans s'infiltrer, et, dès lors, produit plus de 
mal que de bien. xV vaut d'abandonner les arrosages 
sur ces sortes de terrain, il convient de voir si des 
chantages énergiques ne les rendi'aient pas perméa- 
bles. L'argile contenue dans le sol s'y présente sous 
deux formes différentes : tantôt, elle est colloïdale; 
ses molécules se soudent alors facilement les unes 
aux autres et forment des boues (jue l'eau entraîne 
si elle coule avec une grande vitesse, mais qu'elle 
ne peut pas traverser si elle arrive en petite quan- 
tité, el c'est sur des terrains de celte nature que 
les irrigations sont impossibles; mais il n'en est 
plus ainsi quand l'argile prend sa seconde forme, 
qu'elle est coagulée; dans ce cas, les molécules 
restent isolées, et la terre devient perméable. Les 
expériences que nous avons exécutées sur ce sujet, 

' l'.-P. DF.iitiiAix: " Hcvue annuelle d'Agronomie », Revue 
;ienrr;,lc îles Scirnces, du i8 février 18!m, n" i. t. IX. p. I-'IO 
et suiv. 



M. Demoussy et moi, sont démonstratives' et, avant 
de renoncer à irriguer les terres fortes, il convient 
de voir si, en les chaulant, on ne réussirait pas à 
les rendre perméables. 

La nature du sol n'est pas la seule cause qui 
empêche parfois l'utilisation des eaux; il faut 
compter, en outre, sur des difficultés législatives, 
qui donnent aux riverains des privilèges excessifs 
et empêchent les propriétaires voisins de faire ré- 
gulièrement usage des eaux ; sur la concession des 
eaux des petites rivières non navigables aux usi- 
niers, concession excessive el surannée, qui avait 
été établie 1res judicieusement à une époque où, les 
routes étant rares et mal entretenues, il fallait qu'il 
y eût des moulins partout, mais qui n'a plus sa 
raison d'être aujourd'hui. Enfin, une des causes qui 
restreignent les arrosages est encore le manque de 
ressources des cultivateurs, incapables, quand ils 
sont isolés, de faire les avances d'amenées d'eau des 
canaux à leurs domaines, et qui, en outre, ne savent 
pas encore s'associer pour emprunter solidairement 
les sommes nécessaires à la conduite des eaux du 
canal d'arrosage jusqu'aux propriétés à arroser. 

De ce côté, cependant, il y a quelque espoir de 
réussir ; la tendance à l'association s'est beau- 
coup développée en France pendant ces dernières 
années; les cultivateurs ont, dans nombre de d(-- 
parlements, fondé des syndicats pour l'achat en 
commun des engrais, des graines de semences, de> 
machines, et s'en sont très bien trouvés. A l'Expo- 
sition de 1900, les exposants isolés étaient beaucoup 
plus rares qu'autrefois; les producteurs, presque 
toujours, s'étaient groupés, el l'exposant était \c 
syndicat. 

11 semble manifeste que si l'on reprenait la légi> 
lalion qui régit l'emploi des eaux, que si l'on fa\ii- 
risait, p;ir tous les moyens possibles, les prêts auv 
associations d'arrosage, on viendrait efficacement 
en aide aux populations imprudentes qui ont 
donné une place exagérée à la culture de la 
vigne. 

Avec l'eau abondante, nous ne saurions trop le , 
répéter, la culture maraîchère devient possible, on 
peut produire des légumes, des primeurs, des 
fraises, des tomates, des fleurs, dont les prix de 
vente sont assez élevés pour rémunérer largement 
les efforts nécessaires pour les obtenir. 

111. — Le sl'lf.\ti: d'ammo.maoik KMPLuvii 

CO.M.'ME EXGHAIS .\ZÛTi;. 

Les cultivateurs trouvent grand intérêt à fortilli r 
les fumures de fumier de ferme par l'épandage de- 
engrais salins, tels que le nitrate de soude ou le 

' \oyez Chimie nrjricole, 2° édiliuu, 19Û1. p. lilO. 



P.-P. DEHÉRAIX — REVUE ANMUELLE DAGIIO.NOMIE 



sulfate d'ammoniaque ; mais la consommation de ces 
deux sels est très difTérente : tandis que celle du 
nitrate de soude s'accroît sans cesse, celle du sul- 
fate d'ammoniaque reste stationnaire. 

L'établissement du tout-à-1'égout a, sans doute, 
diminué la fabrication du sulfate d'ammoniaque à 
l'aide des vidanges, mais la calcination de la 
houille pour la préparation du ga?. d'éclairage pro- 
duit des quantités notables d'ammoniaque, de 
telle sorte que c'est moins la rareté de cet engrais 
qv.r les mécomptes qu'entraîne parfois son épan- 
(lii;v qui restreignent son emploi ; il est utile de 
préciser les conditions dans lesquelles il donne 
des résultats avantageux. 

Il y a cinquante ans, quand Liebig eut fait 
abandonner la théorie de l'humus, qu'il professa 
que les plantes ne se nourrissent que de matières 
minérales, on crut qu'elles prenaient tout leur azote 
sous forme de sels ammoniacaux ; et, en effet, les 
cultures de Rothamsted montrèrent que ceux-ci 
accroissaient les récoltes; cependant, des chimistes 
agronomes, Cloëz, Bouchardat, voyaient périr des 
plantes enracinées dans l'eau, quand on ajou- 
tait à celle-ci de faibles quantités de sels ammo- 
niacaux: d'autre part, en grande culture, ils étaient 
bien loin de toujours réussir, de telle sorte que peu 
à peu on en était arrivé à croire qu'ils ne sont effi- 
caces qu'autant que, sens l'influence des ferments, 
leur azote s'est transformé en nitrates. 

M. Miiutz a montré que celte opinion est trop 
absolue. En semant des plantes variées dans des 
sols stérilisés, placés dans des cages où l'air ne 
pouvait pénétrer qu'en passant au travers dune 
tuile métallique enduite de glycérine qui retenait 
les germes des ferments, il a constaté que ces 
plantes croissaient régulièrement en empruntant 
leur azole à l'ammoniaque introduite dans ces sols, 
où l'absence de ferments empêchait sa transforma- 
tion en nitrates. 

Restait, toutefois, 'à concilier ces résultais avec 
les expériences exécutées autrefois par Bouchardat 
et Cloéz. Un jeune agronome distingué, .\I. Mazé, a 
repris récemment ce sujet; il a opéré sur du maïs 
enraciné dans des dissolutions stérilisées ; il a re- 
connu, comme M. Muntz, que l'azote ammoniacal 
peut servir à constituer des albuminoîdes, mais il a 
ajouté un fait intéressant: tandis que, si l'on dimi- 
nue la dose de nitrate de sodium employé à l'alimen- 
tation des mais, qu'on donne par exemple 300 mil- 
ligrammes au lieu de 1 gramme, la récolle décroit, 
passant de 8 grammes à o gr. 7, elle croit, au con- 
traire, quand le sulfate d'ammoniaque est donné 
en dis.solution plus étendue; restant à 7 gr. S avec 
1 gramme de sulfate d'ammoniaque, elle s'élève 
à 8 gr. () quand la plante ne reçoit que gr. 3 de 
-sulfate d'ammoniaque par litre. Les sels ammonia- 



caux ne doivent donc être employés qu'à doses 
modérées; les dissolutions un • peu concentrées 
deviennent nocives. 

Les sels ammoniacaux ne seront donc avanta- 
geux que là où ils ne pourront jamais atteindre 
une forte concentration ; cette condition sera 
remplie soit parce que la terre sera toujours hu- 
mide, soit parce qu'étant pourvue de calcaire, les 
sels ammoniacaux s'y nitrifieront aisémeul. Quand 
le calcaire fait absolumeût défaut, le sulfate d'am- 
moniaque devient vénéneux. MM. Wheeleret Tillin- 
ghast,dela Station de Rhode-Island aux États-Unis, 
ont fourni de cette action du sulfate d'ammoniaque 
en présence ou en l'absence de chaux des exemples 
très intéressants. On a opéré dans des vases ren- 
fermant une terre absolument privée de calcaire; 
tandis que, sans aucun engrais azoté, on obtenait 
une récolte de 6(5 gr. 8, qu'en employant du nitrate 
de soude, elle s'élevait à 12-2 gr. 6, elle tombait à 
12 gr. li quand on avait distribué du sulfite d'am- 
moniaque; son épandage avait donc diminué nota- 
blement la récolte ; mais ce sel a, au contraire, été 
efficace quand on a distribué la valeur de 2.300 kilos 
de chaux à 1 hectare, puisque le maïs a donné, 
après cette addition, une récolte de 187 gr. 7. 

Il est bien à remarquer, en outre, que, dans les 
terres légèrement calcaires, mais un peu sèches, 
le sulfate d'ammoniaque ne réussit pas; sur la 
terre du champ d'expériences de Grignon, il est 
très peu efficace, surtout à haute dose; ainsi, la 
moyenne de cinq années de culture de maïs-fourrage 
donna sans engrais 49 t. 3, 33 t. 4 avec le sulfate 
d'ammoniaque à faible dose, et i9 t. 3 à haute 
dose, pas plus que lorsqu'on ne distribua aucun 
engrais. 

Ici, le peu d'inlluence du sulfate d'iimmoniaquc 
est diï à la sécheresse, qui, d'une part, concentre les 
dissolutions, de l'autre, restreint ou même arrête 
l'action des ferments nitrificaleurs. 

Sur les terres franchement calcaires, on s'ex- 
pose, enfin, à voir l'ammoniaque disparaître par 
volatilisation; le sulfate fait double échange avec 
le carbonate de chaux, et, le carbonate d'ammo- 
niaque formé se dissociant aisément, l'ammo- 
niaque disparaît : M. Giustiniani, préparateur au 
laboratoire de Physiologie végétale du .Muséum, a 
exécuté sur cesujetdes expériences intéressantes' : 
il a reconnu que, si l'on mélange à du sable siliceux 
du carbonate de chaux, qu'on arrose avec du sul- 
fate d'ammoniaque, puis qu'on expose le sol ainsi 
préparé à l'action d'un courant d'air, la plus grande 
partie de l'ammoniaque disparait. 

M. Giustiniani a opéré, en outre, sur une bonne 



' Ann. agron., t. XXV, p. 323 ; t. XXVII, p. 462. Voy. 
aussi Chimie agricole, 2"^ édition, p. 737. 



loS 



P.-P. DEHERAIN — liliVUE AWLELLK D AGHO.NOMlb: 



terre à laquelle il a ajouté du calcaire, en quantités 
telles qu'il formât 20, iO et 00 " /„ de la masse; la 
terre ayant été stérilisée pour empêcher la nitrifî- 
cation de s'y établir, on y a incorporé de petites 
doses de sulfate d'anuuoniaque, et on a cherché 
les quantités entraînées par un courant d'air hu- 
mide: à la température de 17 à 23°, la proportion 
d'azote perdu après 70 jours est seulement de 
A/il °'„ dans la terre à 20 centièmes de calcaire; 
elle s'élève à 9,o quand la- dose de calcaire est de 
'il» centièmes, et à l.'{,8-'t avec 00 °/o de carbonate 
de chaux ; à une temp('rature de 23 à 'i2°, les pertc^s 
sont infiniment plus fortes: il ne reste dans la terre 
très chargée de calcaire, après 70 jours, que 
22,'i0° „ de l'azote introduit. 

En plaçant ses terres diversement chargées de 
l'arhonate de chaux dans des conditions favorables 
à la nilrilication, M. Giustiniani a, dans la plupart 
des cas, retrouvé à l'étal de nitrate presque tout 
l'azote ammoniacal introduit; cependant, quand on 
a opéré à une température élevée sur la terre très 
chargi'e de calcaire, on a encore perdu 30 cen- 
tièmes de l'azote ammoniacal introduit. 

Le sulfate d'ammoniaque ne convient donc ni 
au\ terres absolument privées de calcaire, ni à 
celles qui en sont très chargées, ni aux terres 
légères. Sa véritable place est sur les terres fortes 
pourvues d'une dose suffisante de calcaire ; dans 
ces conditions, la terre garde assez d'humidité pour 
que la concentration des dissolutions ne se pro- 
duise pas, et pour que la nitrification soit aisée 
et successive; aussi, les récoltes obtenues sont- 
elles analogues, parfois |>lus fortes, ([ue celles que 
fournit le nitrate de soude. 

Dans les admirables récoltes de blé que nous 
avons obtenuesen 1S86, à Wardrecques, M. Porion 
et moi, nous avons eu ol et 38 quintaux métriques de 
grain, corresi)ondanl à (>8,9 et à 70,2 hectolitres, 
en répandant du sulfate d'ammoniaque, tandis 
qu'avec le nitrate de soude, nous sommes restés à 
'i.'i, 48 et 50 quintaux métri([ues de grain à l'hec- 
tare : mais nous agissions sur une terre forte, qu'on 
avait drainée avec grand avantage. 

I-e sulfate d'ammoniaque est donc un engrais 
très puissant et très efficace, mais (|ui ne montre 
SCS qualités qu'autant i|u'il est eui|iliiyé avec dis- 
cernement. 



IV. 



OhiijI.m; m; l'amuimn m i;i!\i\ m: in.É. 



.l'ai déjà insisté, dans lesHevues précédentes, sur 
l'intluenee lâcheuse qu'exerce, sur l'abondance des 
récoltes de blé, une très forte élévation de la tem- 
pérature pendant le mois de juillet: elle déter- 
mine une dessiccation ]irématurée de la plante, et 
la maturation s'accomplit mai. 



Cette maturation comprend deux phénomènes 
distincts : la migration des albuminoïdes, formés 
pendant toute la durée de la végétation, des feuilles 
et des tiges aux épis, et l'élaboration de l'amidon 
qui ne se produit que tardivement. ^ 

Rien que les agronomes aient déjà consacré ! 
beaucoup de temps à l'étude du blé, la formation 
des deux principes essentiels du grain, le gluten et 
l'amidon, n'est encore qu'incomplètement connue: 
dans uu travail présenté récemment à l'Académie 
des Sciences, nous avons ajouté, M. Dupont, chi- 
miste de la Station agronomique de (Irignon. el 
moi, quelques notions nouvelles que nous indi- 
quons dans ce paragraphe. 

E'endant la première partie de sa vie, le blé éla- 
bore des matières azotées et des matières ternaires ; 
ces dernières sont employées à la construction de hi 
plante elle-même; la tige et les feuilles sont essen , 
tiellement formées de cellulose, assez abondaulr 
pour être employée à la fabrication d'un papier 
grossier, après élimination, par les alcalis agissani 
sous pression, de deux autres principes : l'un i-i 
un pentose, la gomme de paille, s'hydrolysant aisi - 
ment pour donner le xylose !C'H'°0'); l'autre, la ■ 
vasculose, ne peut plus être représenté par du i-uv- 
boue et de l'eau; c'est une matière très chargée lii' 
carbone, donnant ces produits noirs qui s'écouleni 
le long des tas de fumier en préparation: on m 
trouve dans les tiges, dans les feuilles, que de ir - 
petites quantités desucres réducteurs, de dexlriii' - 
mais on ne peut y déceler d'amidon ; il n'y a doin- 
pas de réserves amylacées, prêles à émigrer au 
moment de la formation du grain, et l'amidon, qui 
représente les trois quarts de son poids, ne [irovient 
pas d'une transformation d'une substance loriniV ' 
peu à peu pendant toute kv durée de la végétât iun, 
mais d'une élaboration nouvelle el très tardive. 

II n'en est plus ainsi des matières azotées; ell - 
proviennent, à n'en pas douter, de la réduction di .-< 
nitrates dans la cellule à chlorophylle. Iransfor- Il 
malion probable en ammoniaque et soudure de i 
celle-ci à des matières carbonées, pour arriver, [> n 
étapes successives, rapidement franchies. jus((n a ^ 
l'étal d'albumino'ides. 

Pendant toute la durée de la végétation jus(|u'à 
la floraison, l'élaboration de ces albuminoïdes se 
poursuit, mais elle cesse quand le blé est en tleur. 
C'est lace qu'ont établi nettement les recherches ! 
d'Isidore Pierre, qui remontentà quarante ans; les 
travaux du champ d'expériences de Grignon (1882) 
et ceux qui ont été exécutés à la Station deMeudon, 
toutes les observations sont d'accord pour montrer ' 
que la quantité d'azote contenue dans le blé cou- i 
vranl une surface donnée ou dans un pied isolé, 
reste constante du milieu de juin jusqu'à la 
moisson. 



p.p. DEHERAEV 



HEVUE ANNUELLE DAdHONOMIE 



l.-j!» 



Si les albuir.inoïdés n'augmenlenl plus, ils con- 
liiuient leur aiigralion commencée dès le printemps, 
ils passent successivement des feuilles inférieures 
à celles qui sont au-dessus, à mesure que progresse 
leur dessiccation. Celle-ci s'accentue au moment de 
la floraison et, quand les ovules fécondés commen- 
cent à se remplir, la plante est déjà partiellement 
flétrie : cependant, l'amidon n'est pas encore formé, 
et c'est très vite, pendant les dernières semaines, 
qu'il est élaboré; Isidore Pierre, en calculant pour 
ULi hectare, en dose 6.3 1 kilos le6Juillet, 1.171 kilos 
le l'J et 1.738 le 23, au moment de la moisson; on 
a trouvé à Cîrignon, pour la mauvaise récolle de 1881, 
.■>'i kilos d'amidon à l'hectare le 13 juin, 1.031 le 
1(1 juillet, et l.'-2i20 le 23. 

En examinant un champ de blé, en juillet, époque 
à laquelle s'élabore l'amidon, on ne voit plus guère 
d'iirganes verts que le haut des tiges et les glumes 
qui enveloppent le grain '. 

Ilii introduisant, dans des atmosphères enrichies 
d acide carbonique, ces organes séparés, on n'a 
pas pu constater la décomposition de l'acide car- 
lionique par les folioles des épis; on a assisté, au 
LDutraire, à un phénomène de respiration, se tra- 
duisant par une absorption d'oxygène et une 
émission d'acide carbonique; le haut des tiges, 
au contraire, assimile énergiquement ; dans une des 
expériences exécutées cet été, tout l'acide carboni- 
que introduit dans l'atmosphère a été décomposé, 
et remplacé par un volume sensiblement égal 
d'oxygène; dans une autre, les 80 centièmes de 
1 aride carbonique primitif ont disparu. 

.\insi. au moment où presque tous les organes-' 
chlorophylliens sont desséchés, la partie supé- 
rieure des tiges est encore vivante et capable 
«l'assimiler ; pour s'assurer que la matière formée 
était bien l'origine de l'amidon du grain, on a 
procédé de la façon suivante ; On a fait choix d'un 
certain nombre de pieds pour constituer deux 
lots semblables; dans l'un, toutes les tiges ont été 
privées de leur épi, tandis que les autres sont 
restées intactes; on a laissé les plantes exposées 
au beau soleil de juillet pendant deux jours; puis, 
on a sectionné les deux séries de tiges, les intactes 
et les mutilées, pour procéder à leur analyse. Les 
épis ont été, à ce moment, séparés, les deux séries 
de liges desséchées, moulues, et on a procédé à 
l'hydrolyse à l'aide de l'extrait de malt; on a trouvé 
dans 100 grammes l''''()3 d'hydrate de carbone 
calculés en glucose pour les tiges qui pendant les 
deux jours avaient conservé leur épi et o gr. 94 
pour celles qui en avaient été privées. 
. Visiblement, le haut des liges élabore des hy- 
drates de carbone, qui persistent quand lépi est 

' '.'■/œ/j/.'s rendue, tome CXXXIll, p. 774. 



BLE A EPI 


CARRE SCHOLr.EV 


isss 


ISSU 


3.481 kilos 


2 922 k.los 


439 — 


447 — 


2.08!) — 


1.808 — 



enlevé, mais émigrent et s'accumulent dans le grain 
sous forme d'amidon quand l'épi reste en place. 

Il est curieux de constater, en outre, qu'on a 
trouvé la même quantité de matières azotées dans 
les tiges intactes et dans les tiges mutilées; la 
migration très active des hydrates de carbone ne 
se produit plus pour les matières azotées. 

On con«;oit, d'après les faits précédents, quel 
dommage irréparable occasionne une dessiccation 
prématurée des liges, due à une très forte éléva- 
tion de température pendant le mois de juillet. 

Les récoltes de blé de 1888 et de 188!», du champ 
d'expériences de Grignon, nous fournissent un 
exemple de l'influence des saisons sur l'abondance 
des récoltes et la composition du grain : 

Poinlvuioiit et roinposition du qraio, nu rluimp il'fxpi- 
/■/(■nci's (lo Griyuon .calculé à l' liée lare . 



Poids du gr.'iin . 
M.-itièi'es azotées 
.Vmidon .... 



En 1888, nous avons eu à Grignon un été plu- 
vieux, on a moissonné au milieu d'aoCil, et celle 
maturation a été extrêmement favorable; on a 
recueilli, sur la meilleure parcelle, la valeur de 
60 hectolitres de grain à l'hectare, sur une au- 
tres oft, sur une troisième 5(5,6 : admirables rende- 
ments, qu'on n'avait jamais observés et qu'on n'a pas 
revus depuis. On a moissonné tardivement, vers le 
milieu d'août. Le blé, bien constitué, renfermait 
1-2, (iO de gluten et 77,2 d'amidon. En 1889, au con- 
traire, le mois de juillet a été brûlant, la matura- 
tion précipitée, on a moissonné trois semaines 
plus tôt qu'en 1888; le grain renfermait 13,3 % de 
gluten, et seulement 61,9 d'amidon. Si l'on calcule 
les quantités de matières azotées contenues dans 
deux récoltes de parcelles absolument compara- 
bles, on les trouve à peu près semblables; mais, en 
1889, la quantité d'amidon produite à l'hectare a 
été beaucoup moindre et le poids de la récolte s'en 
est ressenti. 

Le délicit porte sur l'amidon; s'il avait été pro- 
duit, en 1889, en aussi grande quantité qu'en 1888, 
cette dernière récolte eût été égale ou supérieure 
à la précédente, car il y avait eu, en 1889, plus de 
matières azotées formées qu'en 1888. Il est vrai- 
semblable que la teneur considérable en matières 
azotées du blé d'origine méridionale, qui atteint 
près de 1(5 centièmes pour les grains secs ', est due 
à une maturation précipitée, qui restreint la forma- 
tion de l'amidon. P. -P. Dehérain. 

de l'.Vcadémie des SciiMi'-es- 

Profcsseur au Muséum 

et A l'Kcole Nationale de (iriirnon. 

' l*AGMU-i. : Anii. arjrva.. ISS8, t. XIV, p. 2(i7. 



.(00 



BIBLIOGRAPHIE 



ANALYSES ET INDEX 



BIBLIOGRAPHIE 

ANALYSES ET INDEX 



1° Sciences mathématiques 

l.nlleinaiid (Charles', Mcmlire du lUiveau des Loii- 
ijitiiiles, huectiiir ilii Srrvin' du \ ivelleinent gi''iii'i-:il 
de la Fi-iiiicv. — Rapport sur les travaux du Service 
de nivellement général de la France en 1899 et 
1900, !iecoinpa{/iw de 19 planches de diagrammes 
/iijiii'iUifs des circonstances d'exécution des nivelle- 
ments de premier ordre. — Extrait dos Comptes 
rendus des séances de la Conférence générale de 
l'Association géodésique internationale, tenue à 
Paris eu 1900 (E. J. Brill, imprimeur. Leyde, 1901). 
Le nivellement gén<^ral de la France est une œuvre 
de haute précision et de grand intérêt, à l'avancement 
lie laquelle le monile savant s'intéresse très vivement. 
-Nous avons, à plusieurs reprises ', résumé les Notes que 
U. Ch. Lallemand a publiées sur les méthodes qiie 
requiert ce grand travail. E.vaminons aujourd'hui l'im- 
portant Rapport qu'il a consacré aux travau.\ des an- 
nées 1899 et 1900. 

Le réseau de hase du nivellement général de la France 
comprend, on le sait, le réseau de premier ordre, dit 
réseau fondamental, et le réseau de deuxième ordre. 

Pour le réseau du premier ordre, les opérations sur 
le terrain sont terminées depuis 1892, et, dès 1896, on 
avait dressé 1-? tableau détaillé des erreurs accidentelles 
et syslémaiiques des diverses sections de ce réseau et 
obtenu, pour ces sériions, les valeurs des corrections de 
compensation. 

Des nécessités d'ordre pratique n'avaient pas permis 
d'attendre, pour fixer les altitudes des repères de ce 
réseau, l'achèvement des travaux sur le terrain et des 
calculs concernant les nivellements du deuxième ordre. 
Les premiers ont été finis en 1898 et Ies seconds 
en 1899, et on a pu dresser, pour les erreurs des deux 
réseaux, le tableau ci-de.ssous : 

Erreur Erreur 

acciilcn telle systématique 

Dcveloppeinent probable prohalilc 

lot;il. kilonlélriquc. kiloinétnqup. 

Uéscau fondamental 
ou de !«'• ordre. . . . ll.'/iakil. ± OmmS ±0"'"'12 

Réseau de i" ordre ; 

Lignes nouvelles. . i:!.l)i(i Uil. ± l"umo ± D'u^it; 

Lignes de l'ancien 
nivellement de bour- 
dalouë , incorporées 
après rcctilication . . 3.222 kil. ±2""";!- ±Oi"'"n 

Les lignes nouvelles de deuxième ordre présentent, 
on le voit, une erreur systématique à peu près double 
de lelle lUi réseau fondamental; mais, pour l'erreur 
accidentelle, les coettirienfs diffèrent peu. Hationnelle- 
'ment, on cM dû, par suite, faire entrer dans la com- 
pensation gi^nérale les lignes nouvelles de deuxième 
ordre conjointement avec les sections de premier ordre. 

Si, comme nous l'avons dit, des nécessités pratiques 
n'ont pas permis de le faire, il n'en était pas moins 
intéressant de rechercher après coup quels écarts 
peuvent exister entre les altiludes ol'licielles, fixées en 
1896 pour les repères du réseau fondamental, et les 
altitudes y«</0H(;e/yt'S, déduites de la compensation géné- 
rale ent'-ndue comme nous venons de le dire. Ces 
recherches ont été efl'ecluées en 1899. 

Le Happort de M. I.allemand donne une carte sur 
laquelle sont figurées les combes d'égales corrections : 
les cotes inscrites sur ces courbes nu à côté de points 
importants, expriment les centimètres iju'il faut ajouter 

' Voir flcruc qénirah des Sciences, t. V, page 33a, et 
t. VIII, page 163. 



aux altitudes officielles pour avoir les allitudes ration- 
nelles correspondantes. Uans le nord de la Frauie, les 
écarts atteignent a et lii centimètres ; ils sont impu- 
tables aux nivellements défectueux faits dans cette 
région en 1884, et qui ont d'ailleurs été recommencés 
en 1897. Partout ailleurs, les écarts sont minimes. Quant 
aux cotes des niveaux moyens des mers, elles n'ont pas 
été sensiblement modifiées par les nouveau.x calculs. 

Les écarts dont nous avons parlé atténuent les di'^- 
cordances que M. Lallemand avait constatées enire les 
altiludes officielles elles altitudes Hourdalouë, rectifiées 
par le colonel Confier; mais, cependant, pas assez pour 
altérer ses précédentes conclusions touchant l'existence 
d'erreurs systématiques notables, jusqu'alors inconnues, 
dans le nivellement de Bourdaloué. 

Le Uapport donne 19 planches de diagrammes, sur 
lesquels sont figurées, sous une forme aussi concise et 
aussi claire que possible, les circonstances d'exécution 
du nivellement pour les 12.000 kilomètres du réseau 
fondamental. 

L'état d'avancement du nivellement général est lé- 
suraé dans le tableau suivant : 

(Ipt'-ralions i-rfecluérs manl /.S'.Sl 

Dépenses 
Longueurs. corresponJantcs. 

Nivelleineats divers . . . .l.riOO kil. I.o4.000 fr. 

— Bourdaloué. 12.200 673.000 

Ensemble. . n.lOO kil. 827.000 l'r. 

,\iveU,jnieiHs effectués do ISS-i à 1900 incluf^. 

l=r ordre 11.800 kil. 410. 000 fr. 

2'- — 14 300 400.0011 

3" — 12.300 200.000 

4" — 5.000 106.000 

Ensemble . . 44.300 kil. 1.170.000 fr. 

SVivellements restant à efTerluiT. 

3' ordre 22.000 kil. 402.0110 fr. 

1- — 142.000 2.:.:.0 000 

Ensemble . ■. 164.110(1 kil. 3. OIS. 000 fr. 

Tolau.v généraux . . 220.000 kil. 5.02l.o00fr. 

Enfin, les observations raarémétriques, ré^nlièrement 
poursuivies, en 1899 et 1900, dans les 1"> stations éche- 
lonnées sur le littoral français, ont donné, pour les cotis 
du niveau moyen de la mer, rapportées à celui de l.i 
Méditerranée à Marseille, des valeurs différant très 
peu de celles obtenues précédemment. Les conclusion^ 
données, dès 1890, par M. Lallemand, tnuchanl l'égalité 
de niveau des diverses mers qui baignent le territoire 
de la France, restent donc complètes. 

CÉR.VRD L.WEUG.XE. 
Ingénieur civil des Mines. 

2° Sciences physiques 

Giiiesloiis, Professeur :iu t'.ollvijr Smliki, à Tunis. — 

Les Pluies en Tunisie. — 1 hroc/i. in-H" de 108 pages. 

T'irection de f Enseignement public de la Jiégencc. 

Tunis, 1902. 

La direction de l'Enseignement public en Tunisie, 'i 
laquelle est rattaché le Service météorologique de la 
Régence, vient de publier une brochure sur Les Pluies 
rn 'Tunisie, dont l'auteur est M. Cinestous, professeur 
au Collège Sadiki. 

Dans cette élude très consciencieuse ont été appliquées 
les règles de calcul adoptées par les météorologistes h ~ 



BIBLIOGRAPHIE — ANALYSES ET INDEX 



IGl 



plus autorisés. Les moyennes qui y sont établies ré- 
sultent des observations pluvioraétriques faites en Tu- 
nisie de 1886 à 1900 inclusivement, c'est-à-dire durant 
quinze années. Elles sont suffisantes pour donner une 
idée o.\acte de la valeur de l'intensité et de la réparti- 
tion des pluies sur la Régence. 

Avant d'entrer dans la discussion des nombres, l'au- 
teur a fait un court exposé du phénomène pluvial, de 
ses causes et de sfs relations avec le vent dominant et 
le relief du sol. Celte dernière partie a nécessité une 
étude au préalable des veuls dominants et un exposé 
géographique de la Tunisie, exposé des plus intéressants. 

-Vu point de vue pluvial, l'auteur a établi quatre 
zones principales : 1° Zone très pluvieuse (plus de 
(100 mètres d'altitude) : Kroumirie ^ 1.260°'" de pluie 
annuelle) et Mogods {GS'™""); 2" Zone pluvieuse ide 
400 à 000 mètres ^'altitude) : Région côtière du golfe de 
Tunis l'ie.ï"""), presqu'île du Cap Bon (448"°'), Dakla 
(o74"""), vallée ba^se de laiMedjerdah(496'""i,Zafihouan, 
Le Fas et Bir-Mecherga (465""'" , Hauts -Plateaux, 
Plaine du Sers, Ouartane (485"°") ; .i" Zone peu plu- 
vieuse , de 200 à 400 mètres d'altitude) : Région de Grom- 
balia .337"""l, Versant sud-est de la Dorsale tunisienne. 
<;uemouda(348"'"), Sahel (323""°), golfe de (iabès (204«'">, 
Matmata (SO?"'"! ; 4° Zone très peu pluvieuse (moins de 
200 mètres d'altitude : Région des (^hotls (121""'). 

Puis, il a mis en relief le régime particulier aux ré- 
gions les plus iraportanles prises dans chacune de ces 
zones. 

Nous ne saurions entrer plus avant dans l'analyse de 
celte étude, il taut dire, cependant; qu'à cùté <lu chiffre 
qui intéresse le météorologiste se trouve le terme de 
• omparaison qui la rendra accessible au public. En 
effet, presque toutes les régions françaises ont été, au 
point de vue des pluies totales, comparées aux diverses 
régions- tunisiennes. Le rapprochement ainsi obtenu 
permettra à ceux qui ne connaissent pas notre colonie 
d'avoir une idée exacte de ses pluies. 

L'ouvrage est de la plus grande importance pour 
toutes les entreprises coloniales dans la Régence : il 
donne des renseignements précis surun élément essen- 
tiel du climat, élément qui, en Tunisie, au point de vue 
agricole, prime toutes les autres données climatolo- 
giques. D'' jVdrien Loir, 

Directeur de l'Institut Tosteur,-' 
à Tunis. 

Zipperer (D'' CL). — Die Schokoladenfabrikation 

(2" édition). — 1 ro/. /w-8" de 306 /'Sfjrs. \l'rix, hro- 
cJié : 7 mk oO.) Krayii, éditeur, l'erliii, iwi. 

La fabrication du chocolat est déjà ancienne en 
Liance. où elle est devenue une de nos industries 
alimentaires importantes. La Suisse et l'Allemagne ont 
vu, dans ci's derniers temps, cette industrie se déve- 
lopper également chez elles : aussi, le livre de M. Zip- 
perer, auteur connu et apprécié par ses travaux sur la 
chimie du cacao, ne peut-il être indifférent aux manu- 
facturiers français que la question intéresse. D'ailleurs, 
ce livre en est à sa seconde édition, et il est considéré 
comme le meilleur travail écrit en allemand sur le sujet. 

Une première inspection rapide de l'ouvrage montre 
<jue tout l'outillage décrit par l'auteur, et dont les 
ligures illustrent le texte, est l'outillage allemand. A ce 
poiiit de vue, ou pourrait presque croire par instants 
que le livre n'est qu'un catalo^iue détaillé de la maison 
Lebmann, de Dresde. Je sais bien qu'il est naturel que, 
dans un ouvrage allemand, on préconise les machines 
construites en Allemagne, mais nous n'avons pas la 
même raison qu^ l'auteur de mettre de côté les 
fabricants d'appareils qui ont fait faire en France et 
en Angleterre de grands progrès aux machines de cho- 
colalerie. (Juil nous suffise de citer Savy à Paris, et 
Baker à Londres, deux fabricants dont les appareils 
sont non seulement appréciés et utilisés en France, 
mais qui le sont aussi en Suisse et en Allemagne. 

Cette réserve faite, il faut maintenant reconnaître 
que .M. Zipperer a bien traité son sujet. 

IIEVIE GHX.liAI.E DES SCIENXES, l'.l02. 



Ainsi queje l'ai dit, les machines servant àfabriquer 
le chocolat ont été considérablement perfectionnées, 
et on s'est appliqué surtout à améliorer le broyase et 
le mélange des deux constituants du chocolat : sucre 
et cacao. Actuellement, la fabrication comporte : en 
premier lieu, le broyage du sucre, qu'on réduit en 
poudre impalpable; puis, le broyage du cacao, qui s'opère 
dans des moulins horizontaux, maintenus à une douce 
chaleur. On mélange ensuite le sucre en poudre et le 
cacao broyé et fondu. 

Ce sont les Suisses qui ont poussé le plus loin la 
perfection du broyage des chocolats en préparant les 
chocolats dits « fondants ». Dans ces chocolats, le 
mélange du sucre et du cacao est réalisé d'une manière 
très parfaite. Celte partie de la fabrication intéressera 
les industriels français, dont les produits sont parfois 
broyés insuffisamment. 

J'aurais voulu, dans le même ordre d'idées, trouver 
dans l'ouvrage de M. Zipperer des indications détaillées 
sur la fabrication du chocolat au lait, fabrication qui a 
pris un assez grand développement en Suisse; mais 
.M. Zipperer ne traite que très sommairement ce sujet. 

Quant à la torréfaction des cacaos, l'auteur décrit 
divers appareils permettant d'opérer la torréfaction à 
la vapeur; mais il fait observer, et je suis tout à fait 
de son avis, que la température que l'on atteint dans 
la torréfaction à [la vapeur, et qui, souvent, ne dé- 
passe pas 130 à 140", est insuffisante pour déter- 
miner tous les phénomènes chimiques engendrant le 
parfum du cacao torréfié. Ce n'est pas une véritable 
torréfaction qu'on obtient, mais une dessiccation très 
prononcée. 11 vaut mieux revenir à la torréfaction à 
feu uu. 

.M. Zipperer traite de la fabrication du cacao en 
poudre, dit cacao soluble. 

On sait que le cacao destiné à cette préparation 
subit un traitement spécial, qui a pour but de le rentlre 
soluble, ou plus exactement de le désagréger, pnur 
qu'il se maintienne plus facilement en suspension 
dans l'eau. 

La désagrégation se fait soit au moyen de l'eau 
chaude avec ou sans pression procédé dit français), 
soit au moyen des carbonates de potasse, de soude ou 
de magnésie (procédé dit hollandais), soit au moyen de 
l'ammoniaque ou du carbonate d'ammoniaque (procédé 
dit allemand). Le cacao est soumis à la désagrégation 
par ces réactifs, puis il est pressé à chaud pour éli- 
miner une notable partie de beurre, et, enfin, il est 
pulvérisé. 

- Ces préparations de cacao en poudre jouissent d'une 
grande vogue en Angleterre, en Hollande, en Alle- 
magne, en Suisse. La consommation s'en répand 
moins rapidement en France. 

En outre de la partie relative à la fabrication pro- 
prement dite, .M. Zipperer a consacré plusieurs cha- 
pitres à l'étude chimique du cacao et du chocolat; ces 
chapitres ne sont pas superllus pour l'industriel, qui a 
toujours intérêt à avoir des notions scientifiques exactes 
sur les produits qu'il met en œuvre ou qu'il produit. 

\. ROCQIES, 
Inirénieur-Chimiste. 
Ancien Chimiste princiijal 
du Laboratoire municipal de Pari-^. 

3° Sciences naturelles 

Clangeaud l'Ii. . Muitro di/ Contévênces à l'f'uiv,'/- 
site de Clennoni-Ferrand. — Monographie du vol- 
can de Gravenoire, près Clermont-Ferrand. — 
Kxtniit du Bulletin des Services de la Carte géolo- 
gique de France, n" 82, vol. XIL 1901. 
Depuis le célèbre Mémoire de Guettard, écrit en i7o2, 
.Sur certaines montar/nes de la France t/ui ont été des 
volcans, tous ceux qui se sont intéressés à l'histoire de 
la Terre ont visité l'.^uvergne. Depuis un siècle, des 
géologues de tous pays ont étudié les volcans éteints de 
la France centrale ; mais jamais les progrès accomplis 



16i> 



BIBLIOGRAPHIE — ANALYSES ET INDEX 



dans l;i connaissance de ces volcans n'ont été plus rapi- 
des que dans ces dernières années, grâce à l'impulsiou 
et aux travaux de MM. Fouqué et Michel-Lévy, Boule, 
Lacroix. 

1,'histoire d'un volcan est faite d'un srand nombre 
de données, que chaque savant est enclin à envisager 
d'une façon plus ou moins personnelle, selon sa tour- 
nure d'esprit et la nature de ses éludes. Celui-ci 
s'attache a.a.x pnrticularués stvuliynipliiques; celui-là, 
à la composition cJiiwJrjiieon à la constitution pétrogra- 
pliique des laves ; cet autre étudie surtout les minéraux 
formés par l'action volcanique. D'aucuns considèrent le 
soiiliasscnient du volcan ou cherchent à fixer \',-iije de 
ses éruptions. Enfin, certains ne sont satisfaits que 
lorsqu'ils ont compris le mécanisme do sa formation, 
sa genrse ut la série des pliénoméncs géologiques qui 
<int conduit n son édilication. 

Poui- atteindre ce but, la méthode des monographies 
détaillées est éminemment recommandable, et, à ce 
titre, la Monographie du volcan de Gravenoire, près 
lUcrmont-Ferrand, due à M. (Jlangeaud, mérite une 
mention spéciale et les plus grands éloges. En 1802, 
Léopold de Buch conseillait à ceux qui voulaient voir 
des volcans de visiter d'abord le volcan de Gravenoire, 
comme une excursion préparant dignement aux grands 
objets qu'ils observeront au Puy de Dôme ; ils trouve- 
ront aujourd'hui, dans la monographie de M. Glangeaud, 
un guide savant et sûr. 

Le volcan de Gravenoire, le plus complet peut-être 
de tout le Massif Central, est situé sur le bord de la 
Limagne et adossé au plateau cristallin supportant la 
chaîne des Puys ; il domine, au Nord et au Sud, deux 
vallées profondes de 400 mètres, entaillées dans la falaise 
granitique qui surplombe le bassin tertiaire. 

Ce volcan est installé sur la grande iaiile occidentale 
lie la Limagne, qui a produit cet escarpement et le 
long de laquelle l'Oligocène redressé et plissé au Mio- 
Pliocène s'est effondré. Par cette cassure, élargie sous 
forme de fente, sont sorties, lors du Quaternaire infé- 
l'ieur, les projections formant le cône actuel et les 
coulées de lave qui s'étendent : d'une part, vers Royat; 
de l'autre, vers Boisséjour. 

Sur les failles parallèles, dénivelant le Tertiaire et 
les coulées, plus anciennes, du volcan (Miocène '?) de 
Charade, en «radins successifs vers le centre du syncli- 
nal de la Limagne, s'édifièrent, aux environs de lieau- 
mont, et à la même époque, au moins trois petits vol- 
cans. Deux d'entre eux (Cône du Mont Joli et Cône de 
BeaumoDt) donnèrent deux coulées de lave : l'une, 
dirigée vers Clermont-Loradoux; l'autre, vers Aubière. 

Le poids des voussoirs qui s'enfonçaient au pied du 
plateau cristallin fut, sans doute, fuue des causes prin- 
cipales de la sortie des laves, qui suivirent ainsi les 
chemins où la résistance était minimum, c'est-à-dire 
les failles déjà esquissées à la lin du Miocène. 

La genèse de ces volcans, installés sur des failles, 
rappelle celle des volcans analogues décrits par Keil- 
hack et Thoroddsen en Islande et celle des volcans du 
Latium, telle que l'a indiquée Portis. Ce sont, croyons- 
nous, les premiers volcans français signalés sur des 
failles. 

Les coulées de lave, issues de Gravenoire, qui se dirigè- 
rent vers Boisséjour, et celles des volcans de Beaumont 
s'étendirent dans des vallées du Pliocène supérieur, 
qu'elles comblèrent au moins en partie. Le fond de ces 
anciennes vallées, recouvert d'alluvions surmontées de 
coulées de basalte, est parcouru aujourd'hui encore par 
des ruisseaux, qui donnent naissance aux sources de 
Boisséjour, Beaumont, Saint-Jacques et Loradoux. 

Depuis le Quaternaire, l'érosion a creusé latérale- 
ment, dans les sédiments tertiaires, les deux vallées de 
l'Artière et de la Tiretaine, dominées par les naj)pes 
basaltiques formant un plan légèrement incliné vers la 
Limagne. 

Les laves issues des volcans de Gravenoire et de 
Beaumont offrent degrandes analogies aux points de Vue 
chimique et pétrograpliique. Ce sont des basaltes à 



:>0 °/o de silice, très feldspathiques, à grands cristaux 
de pyroxéne et d'olivine, rares et d'assez faible taille tt à 
microlitcs de labrador abondants. 

I^e magma fondu produisit un métamorphisme diffé- 
rent suivant les points avec lesquels il fut en contact. 
Parfois, le métamorphisme fut seulement mécanique et 
calorilique : la cuisson des argiles, transformées en 
briques, a provo(|ué un magnétisme qui s'est conservé 
depuis l'époque quaternaire et qui fournit de curieuses 
notions sur ce sujet ; dans d'autres cas, des blocs de 
calcaires etderochescrislallines arrachées de laprofon- 
deur furent en partie ou complètement résorbés (méta- 
morphisme chimique;. Les études de M. Lacroix sur 
les enclaves de ces roches volcaniques ont montré la 
transformation du calcaire en grenat, \vollastonite, 
augite, anorthile, comme dans les volcans italiens du 
Latium et de la .Somma. Celle des roches quartzeuses 
ou quartzo-felilspathiques amena la production de 
cristaux A'aiigite, d'amlésinc, de spiiiellides, de s/7//- 
manite et de xéoliles. 

Les fumerolles volcaniques découvertes par M,\L La- 
croix et Gautier leur ont montré une double action 
évidente : d'abord, un phénomène de fusion dans la 
profondeur; puis, une réaction des vapeurs acides agis- 
sant postérieurement au rejet de ces blocs. Ces fume- 
rolles, en attaquant les blocs arrachés de la profondeur 
et fondus, vitrifiés à leur surface, donnèrent naissance j 
aux minéraux suivants : 1er oligiste, magné-tite, pseudo- , 
hrookite^ augite, augite ngyrinique, hiotilc, labrador, 
andésine, anorthose, apatite, etc. Cette formation de ' 
minéraux variés est analogue à celle des tufs de Nocera, j 
du Vésuve et de Santorin. j 

L'activité volcanique de la région considérée n'a pas ! 
disparu. Elle se manifeste encore aujourd'hui, le long 
des failles volcaniques ou des failles hydrothermales, 
par la sortie de nombreuses sources chaudes,'bica.rho- 
natées, chlorurées et parfois bitumineuses et ammo- 
niacales (sources de Royat et de Clermont), dont quel- 
ques-unes ont formé des traversins assez étendus 
(Glermontl. Par plusieurs failles sort du bitume (Puy 
de l'Ecorchade, Puy Chateix). 

Enfin, les dégagements d'acide carbonique, seul 
(mofettes) ou accompagnant la sortie des eaux chaudes, 
sont très abondants. 

Malgré sa faible étendue, le volcan de Gravenoire se 
distingue réellement comme un des types les plus 
complets des volcans. Il justifie encore les prédilections 
des fondateurs de la Géologie, qui le préféraient au 
Vésuve et à l'Etna ; car, tandis que dans ces deux der- 
nières montagnes, une éruption postérieure couvre |e< 
produits de celles qui l'ont précédée, ces courants snni 
à découvert à Clermont, depuis la sortie du flanc J' 
la montagne jusque dans la plaine, où ils se sont arrê- 
tés. On en découvre tous les détails, et leur nature n'r~: 
point équivoque. Ces conditions naturelles exception- 
nelles et les beaux essais de synthèse dont les volcan-^ 
d'Auvergne ont été l'objet dans ces dernières annér< 
expliquent le succès des excursions répétées auxquelles 
viennent de prendre part successivement, pour ^^ 
étudier, les membres du Congrès géologique intein.i- 
tional, et ceux de l'Association géologique de Londres. 
La belle monographie de M. Glangeaud, dont nous 
venons de donner un aperçu, est du nombre de celles 
qui font avancer la science, en la rendant à la fois 
plus positive et plus attrayante. Cii. Barbois, 

Professeur adjoint i\c Géologie 
et tio Mini^ralogie 
;ï la Facullij ilos Sciences de I.illo. 

IM/.oii ; Antiànei. — Etudes biologiques sur les Tuni- 
ciers coloniaux fixés. (Extrait du Bulletin de la 
Société des Sciences naturelles de l'Ouest de la 
France.) — 1 hroch. iu-H de 72 pages, avec ligures cl 
planches. A'anles, .'secrétariat du Muséum d'IIisloir'' 
Aatnrelle, 1901. 
La Revue générale des Sciences a déjà rendu compte 

des recherches de M. Pizon, dont le présent .Mémoire 



BIBLIOGRAPHIE — ANALYSES ET INDEX 



l(i3 



est la suite. L'auteur fait vivre en captivité des colonies 
d"Ascidies composées ; il y observe la succession des 
générations de blastozoïdes, l'apparition, la durée et la 
disparition de chacune, la série des pontes. Il y a d'au- 
tant plus d'intérêt à obtenir ces résultats que ces ani- 
maux sont assez dil'ticiles à conserver en aq'iarium. Il 
faut, toutefois, se rappeler, dans l'interprétation des 
faits, que l'on acquiert ainsi des données plutôt quali- 
tatives que quantilativcs ; la vie en aquarium, si pré- 
caire, est nécessairement étiolée. Celle fois, M. Pizon a 
complété des observations antérieures sur les Botryl- 
lidés. Chez le Boirylloides rubniin, il a obtenu la forma- 
tion d'une colonie à partir de la larve ou oozo'ide, alors 
que, précédemmeni, son point de départ avait été une 
colonie déjà constituée de douze individus. 11 a étudié 
aussi des espèces du genre liotrylhis. Voici les princi- 
paux résultais : les générations successives de blasto- 
zoïdes se suivent selon un rythme régulier assez uni- 
forme, durant chacune 20 à ia jours, depuis la première 
ébauche à l'élat de bourgeons jusqu'à la disparition 
complète par atrophie ; la période adulte et fonction- 
nelle est de 4 à 5 jours. Le cœur continue à battre pen- 
dant très longlemps, alors que la désorganisation est 
très avancée. Pendant la belle saison i juillet-septembre , 
les diverses générations successives donnent des larves 
et leur durée n'en est pas augmentée. Entre autres 
questions connexes, M. Pizon a précisé le mode de for- 
mation des lubes vasculaires qui parcourent 1rs colo- 
nies de Bolryllides, le fonctionnement de la circulation 
dans ces tubes et ses rapports avec les contractions car- 
diaques des individus, le rôle des ampoules terminales. 
Pour ces dernières, il rejette, avec raison suivant nous, 
toule jiarlicipation à la blaslogénèse. 

M. C.\ULLERV, 
Professeur de Zoologie 
à la Faculté des Sciences de Marseille. 

4° Sciences médicales 

.Meteliiiikoir Elle , Chef de service à l'Inxlitiit Pas- 
teur. — L'Immunité dans les Maladies infectieuses. 
— i vol. in-S" de ùOO pni/es, avec 45 figures dans le 
texte. {Prix : 12 francs..) Miissoii et O", éditeurs, 
l'nris, 1002. _, 

Dans son remarquable Rapport sur l'Immunité au 
Congrèsinternaiional de 1900, M. E. Metchnikofî avance: 
« qiie les pro|)riétés humorales ne représentent qu'une 
certaine fiaclion dans l'ensemble des pbénomènes de 
l'immunité, cette dernière étant déterminée par des pro- 
priéiés cellulaires ». 

La jusiilicatiun de cette proposition se trouve déve- 
loppée il.ins le beau livre que le même auteur vient cfe 
faire paraître sur l'immunité dans les Maladies infec- 
tieuses. Le livre e-t, de plus, l'aboutissant nécessaire 
des études entreprises par M. Metchnikofî sur le rôle 
des cellules du mésoderme dans la digestion, acte phy- 
siologique, d'une part, dans l'inflammation et la liilte 
contre les maladies, d'autre part, actes pathologiques en 
apparence, mais qui comportent en réalité la réalisa- 
tion de phénomènes de même nature. 

.M. Metchnikoff dit lui-même que c'est la lecture du 
Traité de Patlmlogie gené-rale de Conheim qui a incité 
son esprit à poursuivre des recherches surles fonctions 
dévolues aux cellules amiboïdes du mésoderme. 11 n'en 
a pas fallu plus pour le conduire, lui, zoologiste, à la 
Médecine, comme la ( jistallosraphie avait conduit Pas- 
teur à l'étude des fermentations et de leur rôle dans 
les processus morbides. Aussi l'ouvrage récent de 
M. Metchnikoff nous apparaît-il comme le complément 
et le développement de son livre sur l'Inflammation, 
publié il y a dix ans. 

La conception fondamentale de l'auteur était juste le 
contraire de ce qu'on enseignait en Pathologie. On 
savait que les globules blancs se chariieaient de corps 
étrangers à l'organisme, de microbes notamment, mais 
on pensait que les microbes se servaient de ces cellules 
comme de moyen de transport et de dissémination dans 



l'organisme. M. Metchnikoff émit l'idée que la réaction 
inflammatoire des cellules amiboïdes ne pouvait être 
comprise qu'eu admettant que les globules blancs 
faisaient la chasse aux microbes et les détruisaient. 
C'est ainsi que naquit la théorie dite phagocytaire. 

La phagocytose n'est pas un acte simple,' consistant 
en la prise de possession et en la destruction des mi- 
crobes, phénomènes qui assureraient la défense de 
l'organisme et constitueraient l'état d'immunité. S'il est 
vrai que les leucocytes peuvent absorber des microbes 
vivants, comme cela est prouvé pour certaines bactéries 
mobiles dont les mouvements sont encore visibles dans 
l'intérieur des c-'Uules qui les ont englobées, il est 
certain aussi que celte absorption est rendue possible 
par des actes préparatoires qui se passent à di-tance, 
dans les milieux extra-cellulaires. Parfois même, la 
destruction des microbes y est presque achevée, avant 
que les leucocytes, doués de propriétés phagocytaires, 
aient semblé jouer un rôle. Aussi, un nombre consi- 
dérable d'auteurs. et non des moindres, .M. Bouchard en 
France, M. Koch, M. Fliit'ge, .M. Buchner, eic, en 
Allemagne, ont-ils soutenu l'idée que l'immunité 
résidait entièrement dans des propriétés dévolues aux 
humeurs, sans que les cellules y aient une pari quel- 
conque. L'expérience capitale de PfeilTer. connue sous 
le nom di' >< phénomène de PfeilTer », et qui réalise la 
transformation en granules, puis la destruction des 
microbes en dehors de toute connexion apparente des 
globules blancs, a semblé donner le dernier coup à la 
ihéorie phagocytaire. C'est à convaincre ses contra- 
dicteurs et à démontrer que leurs objectinns, loin de 
ruiner sa théorie, en prouvaient, en définitive, la soli- 
dité, que -M. .Metchnikoff a consacré dix années, dont le 
travail esl exposé dans son livre sur l' Immunité. 

Les humeurs, et notamment le sérum sanguin, con- 
tiennent des substances, connues sous le nom à'alexines, 
qui sont éventuellement capables de provoquer la des- 
truclion des microbes. Pour que leur action s'exerce, 
elles- ont besoin d'y être sollicitées par la présence 
d'une substance nouvelle, ditei;i/ej'werf/;//iTparEhrlich, 
ou sensil)ilisatrice par Bordet. L'état d'immunité con- 
siste justement dans le développement de cette subs- 
tance intermédiaire, fixatrice, qui permet aux alexines 
ou crtases d'opérer la destruction des microbes ou des 
cellules étrangères à l'organisme (bactériolyse et cyto- 
lyse . Or, cylases et sensibilisatrices sont des produits 
d'origine cellulaire. Si les premières sont des ferments 
solubles essentiellement intracellulaires dont la mise 
en liberté n'est provoquée que par une altération des 
éléments qui les contiennent, les secondes sont réel- 
lement humorales; mais, quoique circulant dans le 
plasma, leur origine est identique. Buchner reconnaît 
bien aujourd'hui que les alexines proviennent des glo- 
bules lilaucs dont la fonction serait de les sécréter. Le 
rôle ultérieur de ces derniers éléments se bornerait à 
absorber les microbes détruits dans les humeurs. 
M. Metchnikoff n'admet pas celte sécrétion, mais seu- 
lement la mise en liberté de< alexines contenues nor- 
malement dans les leucocytes, et soutient, d'autre part, 
que ceux-ci restent capables d'englober les microbes 
encore vivants et virulents. 

Ces dernières divergences sont les seules qui divisent 
encore actuellement le savant allemand el .M. Metch- 
nikolT. On voit par là combien la théorie phagocytaire, 
considérée comme une hypothèse gratuite au temps où 
l'on faisait résider l'immunité dans des propriétés pure- 
ment humorales, a gagné de terrain. 

Le livre de .M. Metchnikoff vient à son heure, an 
moment où la lutte est sur le point d'être close et la 
victoire acquise. La leclure en est captivante pour tous 
ceux qui s'intéressent aux progrès de la Médecine et de 
la Biologie générale. Elle nous surprendra toujours par 
le nombre et l'ingéniosité des travaux qu'a nécessités 
à l'auteur et à ses élèves le triomphe définitif de la 
théorie phagocytaire. D'' H. 'Vaovez, 

Professeur a;^'rôî;é 

à la Faculté de MiMecine. 

.Médecin des Hôpitaux. 



164 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



ACADÉMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES 

DE LA FRANCE ET DE L'ÉTRANGER 



ACADE^IIE DES SCIENCES DE PARIS 

Séance du 13 J.invicr l'OOi. 

1" SciKNCK? MATHÉMATiQUEs. — M. Eni. Picard pré- 
çenle des rechenhes sur les périodes des inléitrales 
douilles et sur une classe d'équations diflérentielles 
linéaires. — M. A. Guldberg étudie les paramètres 
intégraux, i|ui sont une généralisalion liirecte des 
paramètres différentiels. — M. P. Boutroux signale 
certains résultais qu"il a olilenus dans la théorie des 
fonctions entières et dont quelques-uns se rapprochent 
de ceux de M. Lindeldf. 

a^SciKNCEs piiYsiQLKS. — -M. P. pt M"" S. CuriB expo- 
sent les idées qui les ont guidés dans leurs recherches 
sur les corps radio-actifs, l'our eux, la radio-activité est 
une propriété atomiijue des corps. Cliaciue atome radio- 
artif peut posséder, à l'état d'énergie potentielle, l'éner- 
gie qu'il dégage, ou hien c'est -un mécanisme qui puise 
a chaque instant au dehors de lui-même l'énergie qu'il 
dégage. On ne peut pas encore décider entre ces deux 
hypothèses. — AI. 'V. Karpen énonce le principe sui- 
vant : Dans un milieu magnétique soumis à l'action 
d'un certain nomlire de forces magnétomotrices, le 
parcours des lignes d'induction est tel que l'énerf^ie 
intrinsèque du milieu est maximum. — M. F. Beaulard 
rectifie certains cliilTres qu'il a donnés précédemment 
pour la différence de potentiel relative à une certaine 
distance explosive. Quoi qu'il en soit, la vibration de 
l'étincelle électrique oscillante a une force pendulaiie 
lies amortie, ce qui est bien conforme aux idées de 
.MM. Poiiicaré et Bjerkness. — .M. H. Stassano pré- j 
sente de nouvelles observationr. qui montrent une rela- | 
lion constante entre les dilTérenles périodes et les dif- 
férentes phases des aurores boréales et la vaiiation de 
la pres.'^ion barométrique mensuelle et diurne. — 
M. G. 'Weiss signale divers phénomènes qui se produi- 
sent lorsqu'on regarde des surfaces lumineuses à 
travers un trou d'épingle percé dans une plaque et les 
attribue à l'aberration de sphéricité de l'œil. — 
M. E. Bucretet a fait des expériences de téléphonie 
sans fil; le circuit microphonique et t(déphonique était 
fermé par la terre seule. La parole s'est reproduite 
avec une netteté remari|uable sans bruits parasites. — 
M. G. Belloca poursuivi ses recherches sur la thermo- 
électricité des aciers et des ferro-nickels. La forme 
généiale des courbes de f.é.m. en fonction de la tem- 
pérature est parabolique. Les aciers à 5 et à 28 "/„ ont 
présenté, à partir de 400 et oOO", des variations brus- 
ques, révélatrices d'une transformation moléculaire. — 
M. H. Moissan a obtenu avec le sodium, comme avec 
le potassium, un hydrure cristallisé de formule IS'all, 
avant des propriétés réductrices très énergiques et 
soluble dans les métaux alcalins. — M. H. Gautier a 
c.iiistaté que l'hydrure de strontium est un puissant 
Léducteur; il se range à côté de l'hydrure Call- décou- 
vert par M. Moissan. — MM. G. Charpy cl L. Grenet 
ont étudié l'équilibre chimique des systèmes fer-car- 
bone. La séparation du graphite s'amorce à une tempé- 
rature d'autant plus basse que la lineur en silicium est 
p'us forte. Une fois conimeiicée, elle se continue aux 
températures inférieures à celle où s'amorce la réac- 
(ji,n. — M. A. Eindell a fait des recherches sur la solu- 
bilité du phosphate bicalcique dans l'eau pure. La con- 
centration de la solution croit avec le temps et la mas?e 
du sel en contact avec un volume '.'onné d'eau. Le 
rapport de HH'(r'' à CaO, d'abord très peu difféient de 
luuité, croit avec la concentration. — MM. "V. Gri- 
gnard et L. Tissier, en faisant réagir les combinai- 



sons organomagnésiennes mixtes sur le trioxyméthy- 
lène, ont réalisé la synthèse d'alcools primaires gras et 
aromatiques. — M. M. Delépine a étudié les élliers 
imidodithiocarboniques li.Vz : C (.SH')°. Ce sont des 
bases faibles, solubles dans les acides, liquides, à odeur 
forte. — M. P. Petit a déterminé la chaleur dégagée 
par l'inversion du saccharose au moyen des chaleur;-, 
de combustion et de dissolution. Elle varie do 2 cal. 030 
à 2 cal. 075 entre u8"lj 61,03°. — M. F. 'Weil a reconnu 
que, ilans le dosage volumétrique, par le chlorure stan- 
neux, du cuivre, du fer, de l'antimoine, du zinc en 
poudre, du soufre dans les sulfures, etc., nu piHit opérer 
à froid aussi bien qu'à l'ébullition en prenant certaines 
précautions. — MM. A. Ktard et A. 'Vila ont réalisé ' 
la synthèse d'une leuciin' isomère fvoir p. I lOi. — M. A. ] 
Rosenstiehl a étudié l'action du tanin et des matières 
colorantessur racli\ilédeslevures(voir p.MO). — M. G. 
Bertrand a extrait le bolétol, principe chromogène d<> 
certains champignons. C'est un corps cristallisé, d'un 
beau rouge vif, ne coidenant pas d'azote. Il parait exis- ' 
ter sous deux états d'agrégation moléculaire différents. ! 
3° Sciences .natuiielles. — M. H. Soret a étudié la \ 
fracture de l'avant-bras qui se produit dans la mise en j 
marche des moteurs d'automobile. C'est une fracture ' 
directe de la diaphyse du radius, avec fracture indi- 
recte de la partie épiphysaire du cubitus. — MM. C. Va- 
ney et A. Conte ont trouvé dans le Ithône, à Lyon, 
deux espèces intéressantes : V/Ciiiai lacuslris et le 
lUciiniiia alpcstris. La présence en eau douce d'un 
lilcnniii.'^, qui appartient à un genre essentiellement 
marin, montre le pouvoir d'adaptation de ces Poissons. 

— MM. J. Bonnier et Ch. Pérez ont recueilli, dans la 
Mer Rouge, sur des Pagures, un Crustacé parasite d'un 
genre nouveau, qu'ils nomment Guatliowysis Govhi- 
cliei. Il appartient aux Schizopodes, où il formera le 
type d'une famille nouvelle. —MM. P. -P. Dehérain et 
Ë. Demoussy ont cultivé la luzerne sur des terres sans 
calcaire, renfermant, (|uoique en petit nombre, les ger- 
mes des bactéries propres à la symbiose avec la luzerne 
et le Irèfb'. Ces bactéries déterminent l'apparition de 
nodosités, mais la végétation est Janguissante. L'addi- 
tion de calcaire la rend plus vigoureuse. L'inoculation 
à l'aide de la terre de jardin est toujours très favo- 
rable parce qu'elle apporte de nombreuses bactéries. 

— .M. F. de Montessus de Ballore a constaté, dans 
l'Eizgebirge, trois genres de ];diénomènes géologiques 
impliquant l'instabilité au moins temporaire : champs 
de fracture, lignes de moindre résistance volcaniqins 
et thermales, plissements. Le dernier seul a conseï v^ 
une vitalité notable, qui se traduit de nos jours par des 
tremblements de terre. — M. E. Fournier a reconnu 
que les réseaux hydrographiques snuterrains des ri'- 
gions calcaires sont tous dans un cycle excessivement 
instable. Ils sont anastomosés; leur régime varie cons- 
tamment en même temps que varie l'état des précipi- 
tations atmosphériques; les phénomènes de capture 
peuvent s'y produire avec une grande facilité. — M. Re- 
pelin signale la découverte dans la Uasse-Provence. 
entre Bagnoles et Hoquebrussanne, di; silex taillés ' i 
d'une dent d'A'/e/(/(«.s priwigc'iiius. Il existait donc 1 i 
une station clielléo-moustérit-nne. 

Séance ihi 20 Janvii-r 100-. 
1" SciE.NCES MATiiÉMATiorEs. — M. P. Boutroux four- 
nit quelques indications complémentaires sur une 
propriété de la dérivée logarithmique d'une fonction 
entière. — .M. P. Painlevé signale l'importance des 
résultats obtenus par M. lîoutroux, et en fait l'applica- 
tion aux équations dilférentieiles du second ordre. — 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



M. N. Niels2n donne quclqui-s applicalinns Je sa 
formule pour le développement il'une fonction en série 
de factorielles. — M. J. Mascart montre qu'il existe 
des raisons cosmoponiques prédisposant aux coïnci- 
dences d'éléments de planoles, que l'on rencontre tou- 
jours en plus grand nombre que la Ihéurie ne l'indique. 
On peut admettre que l'action de Jupiter tend à dimi- 
nuer le nombre de ces coïncidences, peut-élre par des 
perturbations séculaires. — M. E. Guyou indique le 
moyen de calculer la longitude à la mer par les dis- 
tances lunaires au moyen des seules éphémérides 
ordinaires. — M. P. Duhem a cherclié à établir les 
conditions aux limites en Hydrodynamique en se basant 
sur les principes relatifs à la viscosité et au frottement. 
2° Sciences physiques. — M. Liénard. se propose de 
démontrer, contrairement à l'opinion de M. Cavallo, 
qu'un raisonnement rigoureux, appliqué au calcul des 
équations de Lagrange, conduit bien aux équations 
exactes du mouvement de la roue de Barlow. — M. E. 
Carvallo étend aux corps en mouvement ses deux lois 
fondamentales de l'iilectrodynamique établie* pour les 
corps en repos. Il donne les équations générales de l'é- 
leclrodynamique pour les corps en mouvement; ce sont 
les équations des travaux virtueU. L'équation de l'éner- 
gie s'en déiluit comme en .Mécanique. — M.M. Ph.-A. 
Guyeet Ed.Mallet ont mesuré les constances critiques 
d'une nouvelle série de corps gras et aromatiques. L'ani- 
sol. le pliénétol, le m-crésol, l'aniline, la diméthylaniline, 
la dimélliyl-o-toluidine ne sont pas polvmérisés à l'état 
critique, et peu ou pas entre le point d'ébullition et le 
point critique. I.es nitriles alipliatiqnes, par contre, 
sont, dans les deux cas, nettement polvmérisés. — 
MM. de Forcrand et Fonzes-Diacon ont déterminé 
quelques propriétés physiques de l'hydrogène sélénié. 
Point d'ébullition : — 42° sous la pression normale; 
densité à 12°= 2,12; point de fusion — 64°; solubilité : 
3 vol. 31 à -f- 13°, 2 et 2 vol. 'O à -f 22'-,.'). — M. H. 
Moissan a observé qu'elques propriétés de la chaux en 
fusion. Elle agit sur le carbone en forniant du carbure 
de calcium et de l'oxyde de carbone; si elle est en 
excès, elle oxyde le carbure et donne du calcium et de 
l'oxyde de carbone. Elle agit sur le bore en formant 
un borate, sur le titane en formant un titanate. Elle 
oxyde Cr, Mn, Fe, Ni, Co à l'état d'oxydes. Elle attaqu« 
le platine, qui leiiferme ensuite 2 à 3 °/o de Ca. — 
M. M. Guichard présente quelques remarques sur les 
oxydes de molybdène; la pluralité des oxydes bleus ne 
lui semble pas démontrée. — M. F. Gaud a étudié la 
décomposition de l'acétylène pendant sa combustion. 
Il a reconnu que si, dans certaines circonstances, la 
chaleur dégagée par la matière du bec brùlenr peut se 
transmettre au gaz et favoriser sa décomposition en 
ses éléments, il est certain que constainnient la pré- 
sente de H' S et des produits thioniqnes suffit pour 
provoquer celte décomposition dès la formation de la 
flaniine. — .M. M. Berthelot a analysé quelques objets 
métalliques antiques. Lue statuette chaldéenne conte- 
nait du enivre et du plomb, avec un peu de S, Fe et 0. 
Une statuette babylonienne contenait Cu, Su, Fe, 0, 
Ca CO'; un piédestal babylonien renfermait Cu, Sn, Fe, 
0. Enfin, une matière provenant d'une nécropole égyp- 
tienne était constituée par un mélange d'argile, de 
chlorure et de carbonate de Pb ; elle provenait sans 
doute de l'altération d'un objet en plomb. — M. R. 
Fosse a obtenu des dérivés trihalogénés du naphto- 
xanthène, où l'oxygène fonctionne comme élément 
tétravaleat. — M. F. March, en faisant réagir l'a-bro- 
mopropionaie et le jî-chloropropionale d'éfliyle sur 
l'acétylacétoue sodée, a olilenu ra-niéthyl-Ji;3-diacé- 
lylpropionate d'éthyle et le ^^-diacélylbulyrale d'éthyle. 
-^ MM. E. CharaliGt et A. Hébert ont constaté que 
l'addition de chlorure de sodium au .--ol a pour effet 
d'accenliier : 1° l'augmentation de la proportion centé- 
simale de matières organiques dans la plante; 2" la 
perte relative d'eau. En même temps, le chlorure de 
sodium favorise l'éthérificalion et entrave, au contraire, 
la transformation du menthol en menthone. — M. J. 



Gautrelet a reconnu que soit dans le sang, soit dans 
les carapaces ou coquilles des Crustacés ou des Mol- 
lusques, il existe du phosphore sous les deux formes 
élémentaires : minérale et organique. — M. P. Mazé 
a constaté que le mycélium de VÉiirolyopsis Gayoni 
peut s'organiser entièrement à partir de l'alcool et de 
l'ammoniaque sans perte sensible de matière. — MM. 
Charrin et Brocard ont étudié l'utilisation des 
bihexoses par l'organisme. En général, ils ne subissent 
l'assimilation qu'après avoir été dédoublés. Dans cer- 
tains cas, l'absorption s'opère plus rapidement que le 
dédoublement; dans d'autres, il y a prédominance du 
dédoublement sur leur passage en nature dans la cir- 
culation. 

3° Sciences n.^turelles. — MM. A. Robin et M. Binet : 
Les indications de la prophylaxie etdu traitementde la 
tuberculose basées sur la connaissance de son terrain 
(voir ci-dessous).— M. Le Hello signale l'apparition, chez 
une pouliche, de lésions analogues à celles qui se sont 
présentées chez sa mère à la suite d'un accident sur- 
venu pendant qu'elle la portait. — M. A. Giard pré- 
seule quelques faits qui montrent le passage de l'her- 
maphrodisme à la séparation des sexes par castration 
parasitaire unilatérale. — M. G. Bohn oppose, à la 
théorie purement mécanique et physique de la vision 
exposée récemment par M. Pizon, une théorie où la 
formation de l'œil et la vision sont fonctions de phéno- 
mènes chimiques. — M. Cbifflot montre que les deux 
nouvelles maladies des chrysanthèmes, signalées ré- 
cemment par M. Joffrin, sont connues depuis longtemps. 
La maladie indiquée comme due au 7'v/ye;!cAu.s est due. 
en réalité, à ÏAplieleiichiis et a été décrite par Oster- 
walder. La maladie attribuée à un Seploi'ia nouveau 
est due au Seploria clirysan'henn Cav., connu depuis 
longtemps. — M. St. Meunier a étudié le tuffeau sili- 
ceux de la Côte-aux-Buis, à Grignon. Il ressemble aux 
luITeaux du nord de la France et de la Belgique, mais 
en diffère en ce qu'il n'est pas subordonné à des sables. 

Louis BRUiNET. 



ACADEMIE DE MEDECINE 

Séance du 21 Janvier 1902 

M. Ch. Monod présente un appareil, dit l/iermo- 
plasme électrique, dû au D'' Larat, et permettant de 
chauffer, au moyen de l'électricité, une compresse 
souple pouvant se mouler sur toutes les parties dn 
corps. — M.M. A. Robin et M. Binet ont reconnu que 
l'aptitude exagérée de l'organisme à fixer de l'oxygène 
et à faire de l'acide carbonique, c'est-à-dire à se con- 
sumer, constitue l'une des caractéristiques des étals 
propathiques, du terrain de la phtisie. Ils en concluent 
(|ue les états de déchéance prétuberculeuse relèvent 
d'une vitalité exaspérée jusqu'à l'autoconsomption el 
non d'une vitalité amoindrie; ils repoussent les idées 
directrices de la prophylaxie et du traitement de la 
phti>ie. Celles-ci ne doivent, selon eux, faire état qui- 
de médicaments et d'agents capables de restreindre 
les échanges respiratoires : l'huile de foie de morue, 
l'arséniatede soude à la dose de 3 milligrammes, et le 
cacodylaie de soude à la dose de b centigrammes pos- 
sèdent cette propriété. — M. Darier lit une note sur 
deux analgésiques presque exempts de toxicité : Yacoïne 
et la dioniiie. 

Séance du 28 Janvier 1902. 

M. Lucas-Championnière indique une nouvelle mé- 
thode de traitement du pied bot; elle consiste dans 
l'ablalion de la totalité des os du tarse, sans immobij 
lisation ni appareil orthopédique. 11 a déjà pratiqué 
trente et une fois cette opération; le raccourcissement 
du pied est manifeste, mais la forme est bonne. — 
M. Guépin lit un travail sur le diagnostic des fausses 
cystites. — M. Netter communiqueune élude sur les 
vaccinations antidiphtériques. 



1G6 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



SOCIETE DE BIOLOGIE 

Séance du 11 Janvier l'JO:'. 
M. J.-P. Langlois a pu motlre en évidence, chez les 
animaux ilils à sans l'oiU, Texistenoe d'un système 
rudiinenlaiie de ri'yuiation Uieriniijue. — M. C. Phi- 
salix a observé, chez les Vertébrés inférieurs, que les 
cellules propres de la rate sont susceptibles de se trans- 
former directement en globules rouges, et que cette 
fonction hémalopoïétique apparaît à une époque très 
précoce du développement, avant que les capillaires 
arli'riels se soient ouverts dans les lacunes de l'orijane. 
— M. Ch. Féré a constaté que les irritations gastriques 
produites [lar l'introduction directe do condiments dans 
l'estomac ont des elTets dépressifs .-ui le travail manuel 
et l'activité volontaire. — M. Tribondeau a étudie les 
granulations sécrétoires conlenui-s dans les cellules des 
tubes contournés du rein chez les serpents. — M. E. 
Maurel indique un rapport entre, dune part, l'ordre 
de sensibilité des prnicipau.x éli'>menls anatomiques 
à rémétiuc, élaldi expérimentalement, et, d'autre part, 
rimporlance de la thérapeutique par l'émétine. — Le 
même auteur rectilii' une interprétation inexacte donnée 
à sa note sur l'hyperleucocytose dans les affections du 
foie. — M. J.-B. Charcot a préparé uu sérum antican- 
céreux par injection à des animaux de tumeurs cancé- 
reuses broyées; ce sérum peut être injecté en assez 
grande quantité sans produire d'accidents autres que 
de l'urticaire. — M. Ed. Sergent a injecté à des lapins, 
dans les veines ou dans le péritoine, des pneumoco- 
i]ues colores par le violet cristallin, et cela sans acci- 
dents. Les lapins ainsi traités supportent sans danger 
des inoculations très virulentes. — i\l.\I. J. Castaigne et 
F. Rathery ont fait l'examen de l'exsudat et de la per- ' 
méabililé pleurale au cours d'un certain nombre de 
pleurésies rhumatismales. — M. CL Regaud a observé, 
dans toutes les cellules à fonction sécréloire, cKs varia- 
tions quantitatives et qualitatives de la chromatine nu- 
cléaire. Les chromatines nucléaires sont morphologi- 
quement et hislochimiquemenl multiples et variables. 

— M. Malassez a remarqué des poils dont le côté de la 
racine est blanc et la pointe colorée; pour lui, ce chan- 
gement de coloration serait dû à une modilication dans 
leur formation. — MM. Léon Bernard et Bigart ont 
observé, an cours de certaines alTi'Ctious du rein, des 
lésions qu'ils désignent sous le nom de sclérose em- 
bryonnaire intrabéculnire. — MM. P. Teissier et L. Lévi 
ont. constaté (|ue l'injection à petites doses de solutions 
salines roncoTitrées a pour conséquence liabitunlle et 
très rapide l'abaissement de la pression artérielle; il 
s'agit là, sans doute, d'une action vaso-motrice sur la 
périphérie circulatoire. — M. Ch. Dopter a fait le cyto- 
diagnostic d'un épanchemeut pleural di' nature rhuma- 
tismale. 11 a trouvé : 1" des hématies rares; 2° des h-u- 
cocyles abondants, les polynucléaires prédominant; 
3° une abondance extrême de cellules endothéliales. — 
MM. Em. Boix et J. Noé ont essayé de neutraliser 
.qmliiuis toxalbumines dans l'organisme animal par 
l'hyposultite de soude; les résultats ont été né;;atifs. 

— M"" I. loteyko et M. Stefanowska ont constaté 
qu'il existe une graduation dans l'envahissenieiit des 
hémisphères cérébraux par les anestliésiques; la sensi- 
bilit.' ilisparaît avant la motilité; le réveil de la moti- 
lili'' pn'crde le réveil de la sensibilité. — Les mêmes 
anti'urs proposent l'anesthésie comme moyen de disso- 
ciation des propriétés st-nsitives et motrices du système 
nerveux. — M. E. Retterer a reconnu que tous les 
ganglions lymphatiques possèdent la même structure 
et les mêmes fonctions; ce sont des glandes hémolym- 
phatiijues qui fabriquent et de la lymphe et des héma- 
ties. 11 suflît de modifier la prossiou sanguine et, par 
suite, la circulation lymphatique, pour convertir les 
mêmes organes, soit en ganglions pâles on gris, soit en 
glandes liémidymphaliques de teinte roupe. — M. J. Noé 
a constaté que si, après la période d'hibernation, la 
puissance d'assimilation est plus active chez le hérisson. 



en hiver la tendance à la dénutrition est beaucoup [dus 
intense. Le sommeil hibernal constitue doue uu méca- 
nisme d'épargne. 

Sénnco du 18 Janvier 1902. 

M. G. 'Weiss a recherché l'influence réciproque de 
deux excitations portées en deux points diflérents d'un 
nerf; elle est absolument nulle. — .M. I. Dewitz a 
observé qu'une pâte formée par broyage de larves de 
mouches noircit à l'air sous l'influence d'une oxydase 
qu'elle renferme; ce serait aussi un enzyme qui pro- 
iluirait la coloration des pupes de mouches. — Le 
même auteur pense que la métamorphose s'accomplit 
sous l'influence d'un enzyme (oxydase). — MM. A. 
Conte et C. Vaney : Sur la distribution géographique 
de (|uelques formes marines et leur adaptation aux 
eaux douces (voir p. ICI). — M. Ch. Féré a constaté 
(|ue l'ergotine a, sur le système nerveux, une action 
excitante qui précède les troubles qui peuvent être 
attribués à l'intoxication et au spasme vasculaire. — 
.MM. S. Arloing et Descos ont observé que la tuber- 
culine neutralisée parle sérum et réduite à ses toxones 
ne donne pas, dans la lutte contre la tuberculose, des 
résultats meilleurs que la tuberculine ou le sérum 
antiluberculineux employés isolément; ces toxones 
jouissent d'une certaine toxicité, et favorisent le déve- 
loppement de la tuberculose expérimentale. — .\l. L. 
Dor indique un procédé d'extraction de l'urobiline des 
(iastéropodes; celle-ci se transforme, beaucoup plus 
facilement que celle de l'homme, en biliverdine. bili- 
rubine, sérochrome, etc. — M. J. Rehns a observé que 
des cultures du bacille du clioléi-a colorées au bleu de 
méthylène peuvent être injectées sans danger à dose 
quatre fois mortelle. — .M. G. Loiael conclut de ses 
recherches que le testicule (tubes séminipares et cel- 
lules interstitielles) dérive d'une iilande primitive (in- 
difl'érente au point de vue sexuel) dont le rôle se con- 
tinue chez l'adulte : 1" dans la sécrétion interne ilu 
testicule; 2° dans les glandes prélesticulaires des 
Oiseaux; .'!'' dans le corps jaune des Batraciins; *" dans 
l'organe de Bidder des crapauds. — .M. A. Borrel a 
obtenu le viius claveleux débarras-é de tous les mi- 
crobes d'impureté eu le diluant avec de l'eau bouillie; 
le liquide filtié, stérile dans toutes les conditions de 
culture jusqu'ici réalisées, reste virulent pemlant lon;.;- 
temps. — Le même auteur a découvert un oiganisnie 
tiès petit, appartenant au groupe des l'i'otozoaires, et 
dont il a pu faire plusieurs cultuies successives. Il le 
désigne sous le nom de Micromonas Me.^nili. — M. N. 
Gréhant a constaté qu'un animal empoisomép.ii l'oxyde 
de carbone meurt souvent au bout île plusieurs heures 
quand il continue à respirer dans une atmosphère con- 
finée qui renferme beaucoup moins de CO que celle qui 
a produit l'empoisonnement primitif. Il est nécessaire, 
pour maintenir la vie, de faire respirer de l'air pur, ou 
mieux, de l'oxygène. — M. P.-A.Zachariadès a êtudii' 
l'influence des acides sur les tissus tendineux; le gon- 
flement va en augmentant d'intensité dans les solutions 
de plus en plus faibles, passe par un maximum ef 
devient nul dans les solutions les plus faibles. Les 
diverses eaux ont une influence différente sur le gon- 
flement des tendons; cela tient probablement à leurs 
impuretés. — .M. J. Jolly a reconnu que la division 
indirecte des prolohénioblastes (éiytbroblastes'i, chez 
les tritons anémiés par le jeCine, se produit efl'ective- 
menl dans le sang même. — M. J. Cluzet a constaté' 
que les nerfs présentant des syrulroiues de di-géné- 
rescence satisfont, comme les nerfs normaux, à la loi de 
Weiss; mais, lorsqu'il y a hyperexcitabilité, les coefli- 
cients a et h sont plus petits qu'à l'état noinial ; dans 
l'hypoexcitabilité, ils sont plus grands. — .M. Marage a 
diminué les tintements d'oreille par l'emploi de l'hé- 
Ihylcarbonate de quinine, corps qui ne réagit pas sur 
le liijuide de l'oreille interne comme le chiorliydrati^ 
de quinine. — M.M. Sabrazès et L. Mathjs ont examiné 
l'état du sang dans la syphilis, le tabès et la paralysi' 
générale. Itans aucun cas, ils n'ont remarqué d'anémie 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



Ifù 



irun haut ilegré, non plus que des modilîcalioiis mor- 
phologiques notables des hématies. 

SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE 

Séance du 17 Janvier 1902. 

I,a Société procède au renouvellement de son bureau 
pour 1(102. M. H. Poincaré, vicepréïideiit en 1001, 
devient président. .\I. C.-M. Gariel est élu vice-pré- 
sident. M. Abraham continue ses l'onclions de secré- 
taire iirnéral. — .M. H. Pellat, président sortant, 
résume les travaux de la Société pendant l'année 
écoulée. 

M. E. Marey rappelle les expériences qu'il a publiées 
en 18'J3 sur le nioiivcinenl de^ lù/nidcs. On enregistre 
par la photographie le mouvement de perles brillantes 
ayant la même densité que le liquide et entraînées par 
un courant de vitesse variable à la rencontre de plans 
inclinés sous différents angles ou à la rejicontre de 
corps de formes variées. On peut ainsi suivre la tra- 
jectoire de chaque perle brillante représentant une 
molécule liquide et obtenir sa vitesse à chaque instant; 
celle-ci est, en effet, fournie en fonction de l'écarte- 
ment des perles brillantes, et elle est d'autant plus 
considérable que cet écarlement est plus grand. Parmi 
les photographies projetées pendant la séani?e, celle 
relative à l'action d'un courant liquide sur un plan 
incliné montre que les dilTérents filets liquides arrivent 
sur l'obi-tacle suivant des directions plus ou moins 
obliques; près du bord inférieur du plan incliné, il se 
produit un p-artage de ces fdets, tandis qu'en arrière de 
l'obstacle les filets de liquide exécutent des remous 
capricieux. Dans le cas d'un obstacle pisciforme, les 
veines tluides suivent la paroi; il se produit en arrière 
du corps des remous peu prononcés ou très prononcés, 
suivant que le liquide abandonne le corps du cOlé de 
son extrémité aigué ou du coté obtus. Les photogra- 
phies relatives aux changements du prolil des liquides 
dans les ondes montrent des ventres et des nœuds, 
c'est-à-dire des crêtes et des creux occupant tantôt des 
points fixes, comme dans les clapotis, tantôt se dépla- 
çant avec des vitesses variables, comme dans les 
vagues et la houle. Les observations relatives aux tra- 
jectoires suivies par les particules d'air rencontrant un.' 
obstacle sont de date récente; les déplacements 
gazeux sont représentés par des filets de fumée obte- 
nus par la filtration du courant d'air à travers des 
gazes de soie à mailles égales; la photographie des 
fumées est obtenue à l'aide d'un éclair magnésique. 
Lorsque aucun obstacle n'entrave le courant d'air, les filets 
de fumée apparaissent rectiligiies et parallèles entre 
eux. Si l'on place dans le courant un plan incliné, les 
filets de fumée s'élargissent, ce qui prouve déjà que 
leur vitesse diminue; les uns remontent vers le bord 
supérieur du plan, les autres glissent sans se mélanger 
et s'écoulent par le bord inférieur. La vitesse du cou- 
rant d'air aux dilférents points de son parcours est 
d'ailleurs obtenue en sonmeltant la niasse en mouve- 
ment à un ébraidenient latéral, provoqué par un trem- 
bleur électrique de dix périodes par seconde; dès lors, 
les tili'ts de fumée, au lieu d'être reclilignes, présen- 
tent une série d'inflexions latérales qui se conservent 
pendant toute la durée de leur parcours. Rien n'est 
fortuit dans les résultats obtenus, et l'expérience, 
répétée deux fois de suite dans les mêmes conditions, 
fournit deux ihianes, identiques et superposables entre 
elles, pour tous les points qui ne se trouvent pas dans 
la région des remous. La mé'thode qui précède fournit 
des renseignements de cinématique dans le cas des 
liquides et des tiaz; elle peut aussi donner des rensei- 
gnements de dynamique; il suffit de photographier les 
déplacements à des intervalles é^raux ; on mesure la 
force par l'accé'éralion qu'elle produit. Cette méthode 
a été appliquée par M. Marey à l'éludH des efforts mus- 
culaires effei-lués par des athlètes venus à Paris, au 
moment île l'Exposition de 1000, pour le lancement 
d'un corps lourd. — .M. G.Lippmann décrit une méthodo 



liour lu mise an jioinl drs Innellcs et des colliniateiirs. 
Pour amener la fente d'un collimateur dans le plan 
focal de l'objectif, on interpose, entre le collimateur et 
la lunette qui vise la fente, une lame de verre ayant 
environ 3 centimètres d'épaisseur. Si le réglage du col- 
limateur pour l'infini n'est pas elTeclué, l'image 
obtenue dans la lunette se déplace lorsqu'on incline la 
lame par rapport à l'axe du collimateur; dans le cas où 
la lame de verre n'intercepte que la moitié du faisceau 
pénétrant dans la lunette, on aperçoit dans le champ 
de la lunette deux images : l'une d'elles, fournie par 
les rayons t|ui ont traversé la lame de verre, se déplace 
lorsqu'on incline celle-ci, tandis que l'autre reste fixe. 
Le réglage est obtenu lorsque les deux images restent 
en coïncidence, quelle que soit l'orientation de la lame 
de verre. On peut, au lieu d'interposer une lame de 
verre, obtenir un résultat équivalent en visant la fente 
du collimateur avec une lunette à large objectif et en 
déplaçant le collimateur parallèlement à lui-même; 
l'imaiie de la fente doit conserver une position inva- 
riable dans le champ de la lunette. La précision du 
réglai;e est limitée par l'épaisseur de la glace dans le 
premier cas et par les dimensions de l'objectif de la 
lunette dafis le second cas; cette méthode présente 
l'avantage, de permettre le réglage en utilisant la tota- 
lité du faisceau lumineux qui émerge de l'objectif du 
collimateur. 

SOCIÉTÉ CHIMIQUE DE PARIS 

Séance dn 10 Janvier 1902. 

La Société procède au renouvellement de son bureau, 
qui est ainsi composé pour l'année 1902 : 

Prcaident d'Ijonnnir : M. M. Berthelot. 

Président ; M. H. Moissan. 

Vici.'-fjrèsidenls : .\L\I. A. Carnot, Auger, A. Haller 
et Gr. André. 

Secrétaires : MM. G. Bertrand et A. Béhal. 

Vice-secrétaires : MM. Moureu et Hébert. 

Trésorier : M. Petit. 

Archiviste : M. Desgrez. 



SOCIÉTÉ ROYALE DE LONDRES 

2° Sciences naturelles. 

W. M. Itn.vliss et E. H Slarliiiff : Sur la cause 
de la H sécrétion réflexe périphérique ■• du pancréas. 
— On sait, depuis longtemps, que l'introduction d'un 
acide dans le duodénum cause un écoulement du suc 
pancréatique, et Popielski, Wertheimer et Le Page ont 
montré récemment que cet écoulement se produit 
encore après l'isolement nerveux du duodénum et du 
pancréas. 

Wertheimer mentionni' aussi que l'écoulement peut 
êtr^ excité par une injection d'acide dans le jéjunum, 
mai- non par l'introduction d'acide dans la partie infé- 
rieure de l'iléum. 

Ces auteurs concluent que la sécrétion est un réllexe 
local, les centres étant situés dans les ganj^lions épars 
du pancréas, ou pour le cas du jéjunum, dans les gan- 
glions (lu plexus solaire (Wertheimer). 

La sécrétion excitée par lintroiluction d'un acide 
dans le jéjunum ne peut être réflexe, puisqu'elle se 
produit après l'extirpation du plexus solaire et la des- 
truction de tous les filaments nerveux passant dans 
l'anse isolée du jéjunum. Elle se produit aussi après 
uns injection intraveineuse de 0, 01 gramme de sul- 
fate d'atropine. Elle doit donc être due à l'excita- 
tion directe des celhdes de la glande par une substance 
ou des substances transportées de l'intestin dans la 
glande par le courant sanguin. 

La substance excitante n'est pas acide. Wertheimer 
a montré que l'injection, dans le courant sanguin, de 
0, 4 o/o de HGI n'a pas d'influence excitante sur le 
pancréas. 

La sécrétion doit être due cependant à quelque sub- 



168 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



stance protluite dans la nn^nibiaiie muqueuse de l'in- 
testin sous l'inllucnce de l'acide, et transportée de là 
par le courant du sang dans la glande. Cette conclusion 
a élr tout de suite confirmée par l'expérience. 

Lorsque la membrane muqueuse du jéjunum ou du 
duodénum est exposée à l'action de 0,4 "/o de MCI, un 
<orps est produit, lequel, quand il est injecté en doses 
minimes dans le courant sanguin, produit une sécré- 
tion copieuse du .suc pancréatique. Ce corps, que pour le 
moment les auteurs appellent sèciTtinc, est associé à un 
autre corps qui a pour effet d'abaisser d'une façon pro- 
noncée la pression sanguine. Les deux coriis ne sont 
pas identiques, puisque les extraits acides de la partie 
inférieure de l'iléum produisent l'effet dépressif, mais 
n'ont pas d'iniluence excitante sur le pancréas. 

L'action de l'acide est de séparer la sècvéline d'un 
précurseur, ]a. prosccrùtinc, qui se trouve en quantité 
relativement grande dans la membrane muiiueuse 
du duodénum et qui diminue graduellement à mesure 
que l'on descend dans l'intestin. 

La prosi'cri'iine est apparemment d'une faible solu- 
bilité dans une solution à 0,9 "/o de NaCl. Elle n'a 
pas d'intluence sur la sécrétion pancréatique. 

La .sv-rrf^V;;»? peut aussi être séparée de son précurseur 
en la faisant bouillir avec 0,9 "/o de sel. 

L'extrait acide peut être bouilli, neutralisé, et filtré 
sans perdre de son activité. Le filtratum contient 
quelques albumoses primaires, qui peuvent être préci- 
pitées par l'addition d'une grande quantité d'alcool et 
d'élber, et qui n'ont pas d'action sur le pancréas. Le 
filtratum alcoolique élhéré contient seulement une 
petite quantité de matière organique; mais, en l'éva- 
porant jusqu'à siccité, et en reprenant le résidu avec de 
l'eau, on obtient une solution aussi active que l'infusion 
originale. 

Les résultats indi(]uent que la sécrétine est probable- 
ment un corps d'une composition très définie et d'un 
poids moléculaire faible. Le D'' Osborne est occupé en 
ce moment à la rechorclic de ses caractères chimiques 
et de son identité. 

On a souvent admis qu'il existe une sympathie chi- 
mique entre différents organes, comme par exemple entre 
l'utérus et les glandes mammaires; mais les auteurs 
croient (juc c'est le premier cas dans lequel une preuve 
expérimenlale ait été donnée d'une telle relation. Il est 
probable cependant que l'on prouvera que ce méca- 
nisme acide-duodénum-pancréas est seulement un mé- 
canisme d'une classe similaire; son étude accroîtrait 
considérablement notre contrôle sur les fonctions chi- 
miques variées di; notre corps. 

A la lumière des résultats notés ci-dessus, une revi- 
sion des expériences dePawlow est nécessaire. Aucune 
de ces dernières n'exclut une expulsion possible de 
l'acide de l'estomac dans le duodénum. 

Les auteurs n'ont pus encore réussi à obtenir un 

effet sécréteur sur le pancréas par la stimulation du 

nerf vague : aussi sont-ils plutét sceptiques, quant à la 

présence dans ces nerfs de fibres secrétomolriees du 

, pancréas. Ils continuent leurs expériences sur ce point. 

SOCIÉTÉ ALLEMANDE DE PHYSIQUE 

Séance du 1.3 Décembre 1901. 
M. E. Goldstein présente ses recherches sur les 
niyoïisi-HlIioiliiiiics visihlcscl /yn'/s;7;/r's. Lorsque, dans 
un tube catlio{lique pas très large, à cathode en tbrme 
de disque, on augmente progressivement la raréfaction, 
on observe ipie le faisceau cathodique visible se rétrécit 
et ne forme plus qu'une petite colonne, parlant du 
centre de la cathode. Cependant, la paroi du tube qui 
fait face à la cathode continue à présenter une phos- 
phorescence sur une surface à peu prés égale à celle de 
lacathode. .M.A'ilhird a méconnu cetle phosphorescence ; 
M. Weljnell, qui l'a remarquée, l'attribue à une diffusion 
du faisceau central. M. (loldstcin montre qu'il n'en est 
rien et qu'elle est due à des r.iyons fiiHidilii/iifs invisibles 
émis par la périphérie de la cathode. Si l'on trace, en 



effet, des dessins sur la cathode, ils se détachent en 
sombre sur la partie phosphorescente, montrant ([ut- 
des rayons sont émis par les parties périphériques. Le 
rétrécissement du faisceau visible est dû ii la formation 
d'une anode secondaire sur la paroi de verre qui 
avoisine la cathode. Les rayons cathodiques invisibles 
possèdent les propriétés suivantes : ils excitent une 
vive phosphorescence, ils projettent une ombre dis- 
tincte lies corps solides, ils sont déviés et déformés 
par l'aimant, ils se propagent en ligne droite. En 
somme, ils sont très analogues aux i ayons visibles; 
toutefois, ils en diffèrent par quelques points; ils pro- 
duisent des rayons secondaires plus faibles, ils dégagent 
moins de chaleur. — M. E. Goldstein présente une 
deuxième communication sur les rayons canalaires, 
qui se forment, comme l'on sait, dans les conditions 
suivantes : On prend un tube étroit, qrr'on sépare 
complètement en deux parties au moyen d'un disiiue 
cathodique percé de trous ou de fentes; pour un vide 
suffisant, il se produit des rayons cathodiques entre la 
cathode et l'anode et des rayons canalaires dans l'antre 
moitié du tube. M. Goldstein a constaté que le disque 
cathodique n'a pas besoin d'être aussi large que le tube 
et de le séparer en deux parties pour que le phénomène 
se produise; mais, avec un disque étroit, les rayons 
l'analaires se forment des deuT; côtés de la cathode et 
se superposent eu partie aux rayons cathodiques, ce 
qui en rend l'observation difficile. Dans l'hydrogènf. 
le phénomène est plus visible, l'n objet, mis dans la 
région des rayons canalaires, porte ombre. Les rayou- 
canalaires n'ont rien à. faire avec l'anode et ne sont 
pas influencés par elle; ils ne sont pas influeni r- 
par l'aimant, ce qui permet de les séparer des rayoi' 
cathodiques. Ils excitent très faiblement ou pas il 
tout la fluorescence du verre. — M. Alfred Denizoï 
a étudié un problème sur le pendule déjà traité pai 
Euler : du mouvement oscillatoire d'un pendule autour 
d'un axe cyllndri(|ue roulant sur un plan hoiizonlal 
C'est une "t;énéralisation du problème du pendul ( 
ordinaire; la différence consiste en ce que, dans li 
pendule ordinaire, la masse oscille autour d'une droit i- 
comme axe, tandis que, dans le problème d'li.uler, la 
masse est fixée à un cylindre circulaire, sup|)orlé à so 
deux extrémités par deux plans horizontaux de mênn- 
niveau et roulant sur ces plans sans fi-ottcment. 
L'équation différentielle donne une intéjjrale qui con- 
duit en partie à des fonctions elliptiques, calculées 
approximativement par Euler. pour de faibb'S oscil- 
lations. Jiillien, dans ses l'vohléincs ilc Méauiiqiie 
rationnelle, dit que cette intéeialc ne peut s'obtenir- 
sous forme finie. M. A. Deni/.ot démontre que le temps 
d'oscillation, dans le problème considéré, peut s'ex- 
primer sous forme d'une intégrale fermée, et à l'aide de 
fonctions elliptiques. 

SOCIÉTÉ DE CHIMIE DE LONDRES 

séance ihi 19 Décembre 1001. 
MM. J.-J. Dobhie et A.Lander ont poursuivi l'étude 
des produits de décomposition de la cniydaline. L'acide 
C/H'Az ;CU-IIi^ obtenu par oxydation de la corydalinj 
se transforme par oxydation subséquente en acio 
2 : :t : 4 : 6 - pyridineiétracarboxylique ; c'était dol 
probablement l'acide 2-méthyl-3 : 4 : 6-pyiidinetiica 
boxylique. L'acide corydiliqrie C'-H"Az (O(^IP)-(CO'Ï 
donne, par oxvdafion, de l'acide m-hémipinique 
l'aride C"H'Az(CO-H =. L'acide corydiqueC'Ml°Az(OCH' 
(CO'Hi-, oxydé par le permanganate de polasse, fournit 
un acide jaune bibasique, CU'Az (OCIP)- (CO-H)-. La 
coiydaline s'oxyile en perdant 4 atomes d'il et en 
donnant la déhydrocorydaline, base jaune. Elle cor- 
respond à la télraliyilroberbérine qui, par oxydation, 
perd également 4 H pour donner la beibérine. I.i'~ 
4 atomes d'O de la coiydaline sont à l'état de ^'loupo 
méthoxyles. Oxydée par le permanganate, la corydalim' 
fournit un mélange d'acides bémipinique et inétaliéiui 
pinique et de corydaldine C"H"AzO', dérivé de l'iso- 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



ir.9 



i|iiinoline. Avec l'acide nitrique dilué, la coiydaline 
s oxyde en déhydrocorydaline, puis en acide ccrydique, 
et celui-ci en acide corydiliquo. Les auteurs repré- 
sentent la corydaiine par la formule suivante : 

Cil 
!lc/\c.OCH= 

';! je ocip 



Par oxydation, les noyaux I et IV donnent respecti- 
vement les acides hémipinique et métaliémipinique, 
le noyau II l'acide C'H'Az CO-ll;". La corydaldiiie con- 
tient les noyaux III et IV : 

CMH). ,C0 — AzII 



L'acide corydique est formé par destruction du noyau 
I, et l'acide coryJilique par oxydation du noyau III 
dans ce dernier : 




c.CO-II 

(:/'^,(:.(;o=H 



CIPO C'^^/^/ 
^""'^1 IC AzlI 



r.ii 



C.COMI 



Une comparaison entre les formules de la corydaiine 
et de la létrahydroberbérine explique la ressemblance 
de ces deux substances et de leurs produits d'oxyda- 
tiou. L'absence de dérivés de la corydaiine analogues 
au berbéral et à l'acide berbérylique provient de la 
pn'sence d'un proupe mélhylique attaché à l'atome de^ 
cai bone 2 du noyau II, laquelle empêche l'introduction 
d'un atome d'oxygèiie à celle place. Les auteurs, par 
l'oxydation de la berbérine avec l'acide nitrique dilué, 
ont obtenu un acide C"'H"A/.0'^ correspondant à l'acide 
corydique el qu'ils nomment acide berbéridique. — 
M.'W. H. Perklnsen. consitlère la rotation magnétique 
des hydrates de carbone. Pourle glucose el le fructose, 
elle est plus faible que celle des substances aldéhy- 
diques et cétoniques; elle correspond, au contraire, à 
la rotation de substances contenant un atome d'oxy- 
gène oxyélliylénique ou laclonique. Le glucose aurait 
donc en solution la formule de Lowry: 

(-.11=011. CHOU. Cil. CIIOII. CHOU. CIIOII 



Celte formule, légèrement modifiée, peut aussi repré- 
senter le fructose dans un état iscimérique, en rendant 
également comjjte de sa rotation magnétique en solu- 
tion. Le saccharose peut être considéré comme formé 
•de glucose et de fructose, tous deux à l'état isomérique, 
avec élimination d'eau. Le nialtose et le lactose ont une 
structure analogue, mais une constitution ilifîérente du 
SQccharose. Ils seraieut formés d'une molécule de glu- 
cose ou de f;alactose à l'état isomérique, et d'une mo- 
lécule de glucose à l'état aldéhydique ordinaire, moins 
une molécule d'eau, la partie aldéhydique subissant le 
changement isomérique à un degré plus ou moins 
prononcé quand ces disaccharoses sont dissous dans 
i leau; ainsi s'expliquerait leur birotation. — M. M. O. 
I Forster et W' F. M. G. Micklethwait ont préparé : 
I 1° l'-ï'-benzovl-a-bromocamphre, par l'action du brome 
' surri-hydroxy-2-benzoylcamphène; F. 1 14":'a ;„ = — fO» 



dans le benzène; 2" l'a-benzoyl-a'-bromocamphre, ]iar 
l'action de l'Iiypobromite de potassium sur le même 
corps; F. 21i°; [a> = — oS^â dans le benzène; 3" l'a'- 
benzoyl-a-chlorocamphre; F 88<';[a]r,=: — 27°, 9 dans le 
chloroforme; 4° l'a-l'enzoyl-a^-chlorocamphre; F 219°; 
;a]D = -(-26°,2 dans le chloroforme. — M. W. H. Per- 
kin jun. poursuit ses recherches sur la brésiline et 
l'hématoxyline. L'acide brésilique, C'^H'-O", produit 
par l'oxydation de la triraéthylbrésiline, est monoba- 
sique et contient un groupe méthoxyle et un noyau 
résorcylique, et en outre un groupe carbonyle en posi- 
tion Y par rapport au groupe carboxjle ; chauffé avec 
l'acide sulfurique, il perd H=0 et se convertit en acide 
déhydrobrésilique C'=H'"0'', monobasique, qui est oxydé 
par le permanganate avec formation d'acide p-mélhosy- 
salicylique ; traité, d'autre part, par la baryte, il se 
dédouble en acide formique et en un acide C'H'^O", 
dont le dérivé méthylé, C'=H"0', fonda 147". L'auteur est 
parvenu à faire la synthèse de ce dernier en traitant 
le diméthylrésorcinol par le monochlorure de l'acide 
succiniqne; le dérivé méthylé est donc l'acide 2: 4-di- 
mélhoxybenzoylbutyrique et l'acide C"H"0'est l'acide 
2-hydroxy-4-méthoxybenzoyl bu lyrique : 

cipo/Noii 

i J(;o.ciim:hm;o°-ii 

Les autres composés doivent donc posséder les consti- 
tutions suivantes : 

(I 

-A,CH 



c on).cH-.co=ii 

Acide brésilique. 



co 



||(;.CH^co-Il 
) 

Acide dc'?jydrobrosiliqiie. 







""il 



m:h- 

I 

,CHv 



(:ii;oii) cii' 



~|01i 
Joii 



L'héniatoxylme n'est qu'unr brésiline ayant un grou|iQ 
OH de plus en I dans le noyau I. — M. G. Martin 
pense que le seul vrai moyen de distinguer les éléments 
est de nature chimique et repose sur le fait que chaque 
élément donne une série particulière de composés. Les 
propriétés physiques ne sont pas suffisantes. Or, jus- 
qu'à présent on n'a pu préparer aucun composé de 
l'argon et on n'a fait de ce corps un élément que 
d'après ses propriétés physiques. L'auteur conclut qu'il 
ne faut pas se presser d'admettre la nature élémentaire 
de ce gaz. — M. A. E. Dixon, en faisant réagir le Iri- 
chlorure de phospliore sur le thiocyauate de potasse en 
solution alcoolique, n'a pu obtenir le phosphotrithio- 
uréthane P lAzH. CS. OC-H»)'. Il se dégage de l'acile 
thiocyanique, et il reste une huile acide contenant du 
phosphore et de l'acide isopersulfocyanique. — .M. E. 
P. Perman a étudié l'inlluence des sels et d'auties 
substances sur la tension de vapeur de l'ammoniaque 
en solution aqueuse : 1° Les sels alcalins augmentent 
beaucoup la tension, mais les substances qui n'ont pas 
d'action chimique sur l'ammoniaque (urée,maniiite,etc.; 
ont peu ou pas d'effet; 2» Le sulfate de cuivre forme 
avec l'ammoniaque en solution des complexes qui ten- 
dent lise décomposer par échaulTemenl ; .'-1" L'effet du 
sulfate de potassium est semblable à celui du sulfate de 
sodium et élève la tension. — MM. J. B. Colien et 
J. T. Thompson ont fait i-éagirrhypoclilorite de sodium 
sur le benzène-sulfonanilide. La réaction se passe en 
deux phases : 

(:"H'.so=.Azllc.MP-f(:l= = r.»H»SO».Azf:l.(:«H= + n(:i 
(;»iPSO*.Az(:i.i;'iP = (;»n".so-.AzH.(;'ii'Ci 



170 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



11 se fdiiiie principaleiiienldu beiuriie-siilfonyl-o-cblo- 
ranilitlr et un ju'u de //-cliluraiiilide. — MM. J. T. 
Hewitt cl S. J. M. Aiild, en décoiniiosani. le henzène- 
azo-2-naplilol ai'tJtylç, oui obtenu du l'aniline el non de 
l'acOlaiiilidc. l'ar i-rduclion parliclle, on obtient, d'aulii' 
pari, un driivi- bydrazoi(|ue C'H'. A/.ll. <;"'H'''. 0. COCll'. 
Ce» laits montrent que le i)euzrn('-azo-5;-naplilol ost bien 
un compose oxyazoïquc el non un dérivé quinone- 
liydrazonique selon Mcdilau et Kegid. 

ACADÉMIE DES SCIEiNCES DE VIENNE 

Sùance du 1',) Déccinhre lOOI. 

l" SciKNCEs MATiii^;.M.4TigLEs. - .M. E.WaelsGh : I/ann- 
]ysc binaire de notre espace. — M. G. von Escherich : 
La variation seconde des intégrales simples. 

2" SciE.MiEs l'HvsiouEs. — M. Egon von Oppolzer : 
l.e mouvement de la terre et létber. — M. H. Mâ- 
che a «^Indié la dispersion de rélecliicilé dans l'air 
conliné d'aprt^s la mélbode d'Klster el (jeil'l. La dis- 
persion aunmenle avec le temps pour alieindre, après 
une iiuinzaiiie de jours, une limile qui dépend de l'air 
el ne varie plus. Cette limite est peut-être la valeur 
normale; elle diminue linéairement avec la iiression, 
mais n'est pas iiilliiencée par la température entre 
IG" et GO" C. — M. P. Czermak a l'iudié la dispersion 
de l'électricité pendant b's lem[)ètes atmospbériques 
(l'ohn). Les recberches de ses prédécesseuis ont inonlré 
il ois faits : 1° On observe les plus faibles coerticients 
de dispersion dans l'air nuageux ou prèl à la conden- 
sation, tandis que les plus baiils coefficients se pré- 
sentent avec un temps très clair; 2" le coefficieni de 
di*[iersion augmente considérablement avec la bauteur; 
:i" le rayonnement ultra-violet du Soleil produit une 
forte ozonisation de l'air, surtout perceptible dans la 
tempête. L'auteur en déduit que la transparence et 
l'ionisation de l'air des tempêtes doivent leur cause à 
une forle dispersion électrique. Des observations faites à 
Innsliruck conlirmenl ses conclusions. — M. F. von 
Lerch, par des mesures sur les solutions de CuCl- et 
de Cdl', montre que la polarisation dépeud encore, 
daus unecerlaine mesure delà force du courant quand 
on emploie des forces électromolrices élevées, ce qui 
se traduit par des points de llécliissement <le la courbe 
de polarisation pour CTlaines forces de durant. Ces 
poiuis indiquent le dédoublement d'ions complexes en 
ions plus simples. — M. Ad. Lieben a étudié l'action 
des acides dilués sur les glycols. Les glycols I : 2 don- 
nent sans exception des aldéhydes ou des ciHones ou 
un mélange des deux. Mais cotte règle n'est pas géné- 
rale pour tous les glycols ; la réaction dépend essen- 
tiellement de la posilion des hydroxyles. Les glycols 
1 : 4 el I : .'i ne donnent ni aldéhydes ni célones, mais 
des oxydes I : 4 et 1 : o avec formation d'un anneau. 
I.es glycols 1 : 3 montrent une grande diversité; ils 
donnent ou des aldéhydes, ou des célones, ou des 
oxydes 1:3, ou des oxydes doubles, formés de deux 
molécules de glycol avec séparation de deux molé- 
cules d'eau. — M. R. Kudernatsoh, en chaulfant le 
chlorure de méthylène avec le benzènesulfonéthyla- 
mide soilé, a obtenu une huile, qu'il n'a pu purifier. 
Par ébullilion dans le vide, elle se décompose avec 
dégagement de pliényldisulflde ; traitée par \IC\, elle 
forme de la mélhylaniine. — M. F. von Hemmelmayer 
a examiné l'ononine brute du coninierco el n'\ a pas 
trouvé moins de sept substances dill'érenles. \^'oiiuiiiuc 
vraie est décomposée par les alcalis en acide formi(|ue 
el (iiiospinc, et par les acides dilués en t'oriuoiioiictiiic 
et en sucre; l'action prolongée des alcalis donne X'oiw- 
iictinc et un sucre. La formononétine correspond à la 
formule C'''H"0" et renferme un groupe hydroxyle et 
un groupe niéthoxyle. L'onone, (".-"H^'Û", est un gluco- 
side très peu soluble. La iiseiulo-onoiiine ressemble 
beaucoup à l'ononine. Par ébullilion avec les alcalis, 
elle se transforme en pactido-onospiiir, C°'H"0", qui 
existe sous deux formes isomères; elle est décomposée 
par les acides en sucre et en une substance amorphe, 



non encore idenliri('o. — M. F. Emich indique uni- 
nouvelle mélbode île pré'paraliou de la soie lournesu- 
lée bleue; au moyen de celte dernière, il a jm mettre 
en évidence l'oxydation du soufre par l'oxygène de 
l'air à la température ordinaire. 

3" Sciences natihrlles. — .M. J. Cvijic a étudié le 
croupe dinarique-albanais. Les plis du système dina- 
rique s'écarlent souvent de la direction N\\-SL. Presque 
tous les plis extérieurs oiirnlaux se recourbi'ut dans la 
direction W-E. Aux environs de Sculai'i, tous les plis 
dinariques s'incnrveni même vers le .NE pour former 
la plus hante chaîne dn système din.irique, le ProUletije. 
Les plis seplentrionaux du système albanais présentent 
1" même phénomène; dr la direction NS. ils passent à 
la direction NE. Ils forment les chaînes de Paslrik, Ko- 
rilnik el Sarga. Entre ces deux systèmes se dressent, sur 
le plateau do Scutari, quelques arêtes de calcaire à 
radiolithes. 

Scancc dn 9 Jnnvicv 1902. 

1° SciE.NCEs M.iTHÉMATioiES. — .M. Aug. Adler jiréseuli 
un travail sur le [iroblème des normales aux surfucev 
dn secoiid degié, traité au poini de vue de la géométrii- 
descriptive, avec un appendice sur la méthode de con>- 
tiiiclion de Smith avec les élénienls imaginaires. 

2° Sciences physiques. — M. G. Jaeger : Sur la loi d. 
répartiiion des vitesses des molé^ nies gazeuses. Soit un 
liquide, dont la vapeur obéit à la loi de linyle-Charb-s. 
et dont, par conséipient, la chaleur de vaporisation el 
le volume sont indépendants de la tempé'rature. Pour 
un liquide semblable, on déduit imméiliatement île 
l'équation de Clapeyron-Clausius la relation entre l.i 
ten^iûn de vapeur et la température. Mais on peul au^~i 
formuler celte relation d'une façon exacte d'après !<■- 
piincipes de la théorie cinétique des gaz, si l'on adnp-l 
une loi de répartition entre les vitesses des niolécuii-^ 
gazeuses. Celle-ci est introduite d'abord comme fonc- 
tion inconnue de la vitesse. En égalant les expression^ 
obtenues par les deux méthodes pour la tension de va- 
peur, on oblient, pour la réparlition des vitesses, la loi 
formulée par Maxwell. Cette déduction est remarquabb 
en ce sens qu'elle ne repose sur aucune hypothè-i- 
relative à la conslitulion et aux chocs des molé'culev. 
— M. J. Hann a étudié les variations des précipilalion< 
atmosphériques à Padoue de l'72o à 1900. àlvlagenfuil 
de 1813 à 1900 et à Milan de 17C4 à (900. 11 a con>lali 
dans ces variations une période d'environ 3:'> années 
qui est Celle de lîruckner. Voici ifuelles seraient b> 
années moyennes sèches et humides de ces périodes : 



Humides . 


1738 


rra 


180S 


1813 


18-8 


(1913) 


Sèches . . 


iTiJ 


l'ISS 


1823 


d85a 


1893 


.11928: 



Il y aurait aussi une certaine périodicité dans les pr' 
cipilalions mensuelles. — .M. A. Kirpal a transformé 
par la téaclion de Ilofmann. l'étber mélhyliqne île 
l'acide ciuchoméronique en acide amidonicotinique : 
ce dernier, chauffé à 330", perd CO'' et donne de la 
f-amidopyridine. L'élher jirimilif était donc un éthei -;. 
1-e même étber, rhaufl'é longtemps à 154", se transpose 
en acide apophyllénii]ue : 



\/ 



C'.H'Az 



.0 



L'acide apophyllénique serait donc la béta'ine .3-car- 
boxylée de l'acide isonicotique. • 

3' SciE.NCKS natuhelles. — M. K. Gorjanovic-Kram- 
berger : Sur le liudmania et d'autres Limnocardiés 
subpontiques de la Croatie. 

ACADÉMIE DES SCIENCES D'AMSTERDAM 

ScnurL' dn 28 Décembre 1901 [snitr). 
I" Sciences physiques. — M. H. W. Bakhuis Rooze- 
boom : Solutions de sols à deux points d'idjullitiuii rt 



ACADEMIES KT SOCIÉTÉS SAVANTES 



171 



ptiiuoinrnes qui n'y riipporlent. La présente note fait suite 
à une série de recherches, terminées déjà en 1889, sur 
les lignes de la tension de vapeur de solutions saturées. 
Ces recherches sur les systèmes se composant de gaz 
et d"eau, d'eau et de sels, ou d'ammoniaque et de sels, 
conduisaient à ce résultat que, dans tous ces cas, les 
lignes de la tension de vapeur des solutions saturées, 
c'ost-à-dire des solutions en contact avec une phase 
solide, présentent une forme analogue, qui ne varie pas 
avec une des suppositions que cette phase solide se 
rapporte à une des deux substances, ou à une combi- 
naison de ces deux substances. Dans le cas d'eau et de 
sel, on commeni-e, à des températures assez, basses, par 
des solutions très peu concentrées. Ordinairemenl, la 
concentration de la solution saturée augmente avec la 
température, jusqu'à ce qu'on arrive, dans le cas le 
plus idéal, au point de fusion du sel, qui forme la 
phase solide, et qui peut être soit un hydrate, soit un 
sel anhydre. Dans tous les cas où l'on parvient à ce 
point de fusion, la ligne de la tension de vapeur montre 
la forme indiquée dans la figure 1 par AHC. Donc, la 
tension delà vapeur s'accroît de A jusqu'à B, atteint un 
maximum en B, et diminue de B jusqu'au point de 
fusion du sel. Pour faire ressortir la concentration 
croissante de la solulion, on a indiqué, par des lignes 
poinlillées de jusqu'à 11), les lieux des points corres- 




l'ii,'. 1. -^ Courbe des tnasions de vapeur d'une solulion 
saline à deux poinis d'ébulliiion. 

pondant à des tensions de vapeur d'eau, de solutions à 16f, 
20, ... lUO molécules pour cent de sel, de manière que 
la ligne 10 corresponde à la tension de la vapeur du 
sel fondu. Sur la ligne AB, la vaporisation de la solution 
saturée est accompagnée d'une absorption de chaleur. 
En laissant de côté Je petites quantités de sel qui se 
trouvent dans la vapeur, le phénomène se caractérise 
par : 

Solution saturée -*- Sel soliJe + Vapeur d'eau. 

Aussi longtemps que la solution contient une grande 
quanlilé d'eau, la vaporisation de l'eau exige plus de 
chaleur que n'en donne la cristallisation du sel qu'il 
contient. Ainsi la tension de la vapeur croît avec la 
température. Mais, en même temps, la concentration de 
la solution augmente, de manière qu'on arrive bientôt 
à un point B, où les- deux quantités de chaleur devien- 
nent égales. Ici, l'effet thermique-est zéro. A des tempé- 
ratures encore plus élevées et pour des solutions de plus 
en plus concentrées, sur la partie BC de la ligne, au 
contraire la vaporisation de la petite quantité d'eau 
exige moins de chaleur que n'en dégage la cristallisa- 
tion de la grande quantité de sel dissous qu'elle contient ; 
ain*i la vaporisation de la solution saturée fait naître 
de la chaleur et la tension de la vapeur diminue. Si 
l'on négligeait la vaporisation du sel, la tangente en l'. 
à la courbe BC devrait être parallèle à l'axe des ten- 
sions. Jusqu'à présent, l'auteur n'avait observé la forme 
remarquable de la ligne ABC que dans le cas de solu- 
tions saturées de CaCI-,6H-0. A cause de la petitesse 
des tensions, cet exemple ne permettait pas d'en faire 
saisir la grande imporlance, et d'autres recherches 
s'imposaient. C'est M. A. Smils qui s'est chargé de celte 



partie des recherches, sur quelques sels anhydres dont 
on peut pousser la courbe de solubilité jusqu'au point 
de fusion C du sel. Si ce point de fusion C est situé 
assez loin au delà de 100°, la solubilité à cette tempéra- 
ture est encore insignifiante, de sorte que toutes les 
solutions saturées appartiennent à la paitie AI! de la 
ligne de tension de la vapeur. Menons une droite DEKG, 
parallèle à l'axe des températures, aune hauteur d'une 
atmosphère, coupant la ligne ABC d'abord au point E 
situé au delà de 100", faisant connaître la température 
de la solution saturée sous une pression d'une atmos- 
phère. En commençant à des températures plus basses, 
on fera monter la pression de la vapeur de A jusqu'à 
E par l'addition de la chaleur. Seulement, dans un 
vase ouvert, une addition continue de chaleur, au lieu 
(le faire croître la température, vaporisera la solution 
à sec. Car, en effet, nous y trouvons réunies les trois 
phases : sel solide, solution et vapeur, sous la pression 
constante d'une atmosphère. On parvient au même 
résultat en se servant d'une solution diluée D bouil- 
lant à l'". En chauffant, la concentration de la solution 
augmente et l'on parcourt tout le segment de droite 
UE jusqu'au point de saturation E. La sulistanc'e conti- 
nue Af bouillir, si \\m ajoute encoie de la chaleur, 
mais le point d'ébullition ne monte plus, parce qu'en 
même temps que l'eau se vaporise, du sel solide se 
forme de manière que la concentration ne varie pas. 
Cet ordre de choses a été observé par plusieurs physi- 
ciens. L'auteur s'est assuré seulement que la tenipiVa- 
ture reste en E très constante, quand, pour obtenir une 
ébullition uniforme, on y fait passer de la vapeur d'eau 
et que l'on chauffe à l'aide d'un bain d'huile. Le point 
E forme ce que l'auteur appelle le premier point d'ébul- 
lition. Aussitôt que la solution est vaporisée à sec, la 
température peut s'accroître et l'on suit le segment de 
droite EF, se terminant à un second point d'intersec- 
tion F avec la ligne de la tension ABC. Au.>.siiôt qu'on 
a franchi ce point, on arrive sur FC dans la partie des 
solutions insaturées. 11 faut donc qu'en F se forme de 
nouveau de la solution. Donc, en F, on se trouve en face 
du phénomène rencontré en E, mais pris en sens 
inverse, de la solution se formant en faisant disparaî- 
tre une quantité correspondante de sel solide et de 
vapeur d'eau. Ainsi un échauffement prolongé, au lieu 
de faire monter la température, fait résoudre tout le 
sel, ce qui n'exige qu'une petite quantité d'eau. D'ici on 
parviendra, en continuant, à des solutions de plus en 
plus exemptes d'eau jusqu'à ce qu'on atteigne en G le 
point d'ébulition du sel même. L'auteur appelle le 
point V le second point d'ébullition de la solution 
saturée ; seulement, le phénomène du bouillonnement 
ne se présente pas ici après échaulTement, mais après 
refroidissement. Pour y arriver, ou n'a qu'à suivre le 

TAl!LE.\r I. 





PREMIER 


SECOXD 


POINT 


SKL 


poiol. 


point 


de 


■ 


.IV-buIlilion 


d'éljullition 


fusion 


; KAzO» 


tl5 


:i:il 


:;3'i 


.\hAzO" 


121) 


310 


313 


NaCKl' 


126 


2nii 


2lil 


AgAzd» 


133 


l'Jl 


208 


Tl.VzO' 


103 


196 


205 



même chemin en sens inveise. On peut fondre le sel, 
et y ajouter de la vapeur d'eau de manière à obtenir 
la solution correspondant au point C. En refroidissant 
et en continuant d'ajouter de l'eau, on parcourt le 
segment de droite C'F, jusqu'au point F eu question. 
Alors un refroidissement continu ferait cristalliser du 
sel solide de manière que la pression se conforme 
avec la ligne FB; cela étant impossible, sous la près- 



n-2 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



sion cVune atmosphère, la solution commence à bouillir 
à sec, la temp(^ralure restant constante. Le bouillon- 
nement est plus fort à mesure (|ue le refroidissement 
est soudain. En continuant loujours, on devrait consta- 
ter, au point E. que la solution s'empare de nouveau 
de vapeur d'eau. I.o tableau I contient les ri^sultats de 
M. Smits; il montre que le second point d'ébullition 
est situé f;énéralemont à proximité du point de fusion. 
Ensuite, l'auteur indique plusieurs phénomènes en rap- 
port avec les observations précédentes : la présence d'eau 
dans les roches plutoniques. remarquée par Bunsen, 
l'oxydation des métaux fondus, les lluides contenant 
de i'oxyj,'ène saturé avec des métaux solides, le phé- 
nomène de l'expulsion de l'oxygène pendant la cristal- 
lisation de l'arsenl. etc. — l'uis M. linozeboom pré- 
sente, au nom de M. E. Cohen : L'ciutiiliolmiiie du fv- 
t:iiii. Septième communication (voir, pour les parties 
précédentes, liev. f/i'iii-i-. des Se, t. X, pp. SdO, 887; 
t. XI. pp. 102, .ïlli, 1074; I. XII, p. to2|. Dans le village 
d'Ohlau, en Silésie, l'église catholique possède un 
orgue, qui fut réparé en IH.3.'5. Parmi les tuyaux nou- 
veaux posés à cette époque, 28 ont subi une corrosion 
1res forte, tandis que les tuyaux anciens sont restés 
intacts. En 188H, le phénomène fut remarqué pour la 
première fois. Le toit en bois de l'éfilise se trouve 
immédiatement au-dessus de l'orgue ; ainsi l'orgue est 
exposé alternativement à la chaleur en été et au froid en 
hiver. Température moyenne d'hiver — l'OV, tempéra- 
ture d'été 7°97. L'auteur se demande encore si la pureté 
du métal influe sur l'érosion; il fait ressortir que les 
échantillons qu'il a examinés ne contenaient que des 
dix-millièmes d'autres mélaux. — M. W.-H. Julius pré- 
sente la thèse de M. L.-J. Terneden : » Un dilalomètre 
pour des objets très petits à des tempérât ores élevées. >< 
2" Sciiî.NCEs NATLRELLEs. — MM. C. "WinkleF et G. van 
Rynberk : Sur ht fonction et la structure des atomes 
derwiques du torse (Suite). (Voir /Ver. ;/en. dos Sa., 
t. XII, p. 1132). Recherche sur la manière dont 
les champs noyaux et les champs marginaux em- 
piètent les uns sur les autres. — Ensuite, M. Winkler 
présente, au nom de M. J.-K.-A. 'Wertheim Salomon- 
son : Une nouvelle loi d'irritation. Il esl généralement 
connu qu'on fait croître l'elTet en augmentant la force 
de l'irritation. Seulement, jusqu'à présent, une relation 
précise entre ces deux quantités — cause et effet — n'a 
pas été trouvée. Il est vrai que, pour un certain groupe 
d'irritations affectant i[uelques-uns de nos sens, il existe 
une loi faisant connaître approximativement de quelle 
manière l'observation de ce sens dépend de l'irritation : 





Taiu-Eau II 




.\ = 10.!J377(i li = 0.0ïlllS:i2 C = .■.■).J02S ! 


R 


1 


(.0 


.'i.o38;; :,.:; i -r (i,oiîI'; 


K.ï 


7.1U10 


7 II 


— 11,1910 


71) 


8,:i59:i 


8.9 


-f- 0,3417 


7.") 


;i,427.H 


9.6 


+ o,i7.>:, 


KO 


11,9788 


10.3 


-1- 0,3212 


sr; • 


I(l.:i288 


10. .5 


+ 0.1712 


'.10 


10,. •;.•;! 2 


10.6 j + (i.ons 


«5 


10. 0923 


10.7 ! — (l,UU77 


I;- = 0.;i2|.ï98 p. w. = n,i>o3t;i 



la loi psycho-physique due à Wiber et Fechner. Mais 
celte loi ne se véiilîc pas dans le cas de substances 
contractile?. D'un autre coté, la loi myophysique de 
l'reyer, analogue à celle de Weber-Fcchner, esl censée 
un insuccès, l.n examen criti(jue de la littérature ré- 
cente sur ce sujet mène à la conclusion qu'on ne con- 
naît pas encore une lui sali>faisante entre cause et 
ifl'et. L'auteur croit avoir trouvé, en partant de pré- 



misses déterminées, une loi s'accordant avec une 
grande précision avec les résultats des observations. 
Les prémisses sont au nombre de trois : i" pour des 
accroissements inlinitésimaux de l'irritation, les accrois- 
sements de l'effet sont proportionnels «nx accroisse- 
ments de l'irritation; 2" la quantité de substance ana- 
lysée dans un temps infiniment petit est proportionnelle 
à la quantité de substance présente; 3" l'ellet est pro- 
portionnel à la quantité de substance analysée. La loi 
elle-même s'exprime par l'équation : 

où : représente l'effet, R la force de l'irritation, c la 
base 2,718.28... des logarithmes népériens, tandis que 
A, B, C indiquent des constantes. L'auteur appliciue sa 
formule aux résultats des expériences magistrales de 
Tigerstedt. (Stockholm, 1844). Pour faire connaître le 
degré de correspondance entre l'elTet calculé K. ( '.. et l'ef- 
fet observé E. 0. nous donnons au tableau II une série 
d'expériences, on o désigne l'erreur, et p. m. l'erreur 
moyenne. — M. P.-P.-C. Hoek s'occupe de l'élut moins 
favoraljle de la culture des huîtres, accusé par un en- 
graissement retardataire des huîtres, une grande mor- 
talité en certaines années, et une mortalité plus grande 
qu'auparavant dans ces dernières années. L'auteur 
considère successivement les trois suppositions sui- 
vantes : 1° les circonstances naturelles de la culture 
sont changées;2" l'huitreelle-mêmeestchangée; 3" l'état 
moins favorable est dû à la culture. La construction 
de la digue du chemin de fer à Wonsdrecht, en 1867, 
qui a coupé la communication entre les deux branches 
de l'Escaut, a sans doute inlluencé la teneur en 
sel de l'Escaut oriental, où se trouvent les huîtrières 
renommées; seulement, l'état moins favorable date de 
1883 environ. Une dégénération des huilres de Zélande 
ne peut être invoquée; car des huîtres très petites de 
l'Escaut (à Grévelingen), transportées en quelques en- 
droits de l'Escaut occidental, aTi Zuiderzée, près de l'île 
de Texel même, ont donné des résultats magnifiques. Il 
semble donc que l'épuisement du sol est cause de cette 
rétrogradation. Les résultats très favorables des pre- 
mières années, la concurrence qui lit monter énormi'- 
ment les prix d'amodiation du terrain ont imposé d' -^ 
exigences de plus en plus grandes aux régions produc- 
trices. Confiant dans les quantités énormes d'eau niisi^-i 
en mouvement par les marées, et croyant que l'huiiiv 
se nourrit avec les microorganismes du plankton, 
amenés par l'eau courante, il sembla que la quantité 
d'huitres qu'on pourrait cultiver était illimitée. Seule- 
ment, des expériences récentes ont prouvé que l'huître 
se nourrit avec de petits organismes végétaux, ave<' 
des diatomées, des « benlhos ». Ces diatomées du sut 
dépendent exclusivement du caractère du sol. — Itap- 
port de M.M. A.-A.-W. Huhrecht et Hoek sur une com- 
munication de .M. J.-Th. Oudemans : i:tnde sur la 
position de repos chez les ■■ Lépidoptères ". et de 
-V.M. .I.-M. van Bemmelen et (i. van Diesen sur une 
communication de -M. J. Lotie : « Description de quel- 
ques nouveaux percements du sol III i. » Ces travaux 
paraîtront dans les Mémoires de l'Académie. — M. C. 
Hoffmann présente, pour les Mémoires de l'.Xcadé- 
mie : <• Zur Entwicklungsgeschiclite des Symphaticus. 
IL Die Enlwicklungsgeschichte des Sympliatiius liei 
den Irodelen. » — .M. J.-M. van Bemmelen présente 
au nom de M. G. Reinders : " Communication sur 
la distribution du minerai d-' ter. en jiartie poudreux, 
et eu partie en forme cylindiiquo, des |iroviiices de 
Croningue et Drenle. » Sont nommées rapporteur-i 
MM. Schncder van der Kolk et van BemineUn. — 
.M. van der Waais présente au nom de M. P. -H. Eyk- 
man : « Photographies de mouvement aux rayons de 
liiinigen. » .Sont nommés rapporteurs : .M.M. Winkler et 
Place. P. -H. SciiciUTE. 

Le Directeur-tJéranl : Louis Oi.ivikii. 
PiHis. — L. MARifiiiBU.K, imprimeur, 1, ruo CasseUe. 



13» ANNÉE 



N- 4 



28 FÉVRIER 1902 



Revue générale 

des Sciences 

pures et appliquées 



DiRECTEDR : LOUIS OLIVIER, Docteur es sciences. 



Adresser tout ce qui concerne la rédaction !i M. L. OLIVIER, 22, rue du Général-Foy, Paris. — La reproduction et la trailuclion des œuvres et des travaux 
publiés dans la Revue sont complètement interdites en France et dans tous les pays étrangers, y compris la Suède, ta Norvège et la Hollande. 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



S 1. 



Astronomie 



Perturbations périodiques des petites pia- 
notes. — La Ilevue a récemment indiqué (livraison 
du 30 ao'U l'JOl) l'importance des études relatives à 
l'anneau des petites planètes, tant au point de vue 
cosmogonique qu'à celui des perturbations prépondé- 
rantes de Jupiter; et, quel que soit le système adopli' 
pour les coordonnées, elle a cherché à montrer qu'il 
serait préférable de toujours subdiviser l'anneau en 3, 
6, ... régions, limitées et définies par les relations de'' 
oommensurabilité, suivant l'ordre infinitésimal auquel 
on veut s'arrêter : on entre ainsi directement dans les 
vues de Kirkwood relativement au rôle de Jupiter, créa- 
teur de marées dans la nébuleuse solaire en voie de 
condensation, et susceptilile d'arracher des anneau.'^ 
successifs. Or, tandis que M. de Freycinet croit devoir 
diviser l'anneau en trois ou cinq régions et rapporter 
les planètes au plan de l'équateur solaire, M.J. Mascart, 
dans ses études statistiques, trouve plus logique de les 
rapporter au plan de l'orbite de Jupiter, planète trou- 
blante essentielle. 

D'autre part, au point de vue des perturbations, 
S. Newcomb et Doberck ont trouvé une tendance des 
périhélies et des nœuds à se rapprocher du périhélie et 
du nœud de Jupiter; et, cependant, la statistique ne 
révèle pas de pareilles condensations d'une manière 
sensible. La question est fort importante, puisqu'elle est 
connexe au développement de la fonction perturbatrice, 
développement qui sera possible ou non d'une façon 
convergente, qui introduira des termes strictement pé- 
riodiques, ou bien encore des termes séculaires. 

C'est dans cette voie que M. A. Féraud a fait d'impor- 
tantes études, dont les résultats ont été piibliés passhn 
aux Comptes rendus de f Académie des Sciences et 
dans les Annales de l'Observatoire Je Bordeaux. Voici 

la position de la question : La partie principale - de la 

fonction perturbatrice a pour expression : 

- = l\,„y E'"»'+mV' • = IB,„^,„' E'" ""■ + »<'.'): 

A étant la distance des deux planètes dont v, \ ', 1, I' sont 

BEVUE GÉNÈR.^LE DES SCIE.N'CES, 1902. 



l7t=Ii,„ „/ = 



/A- 



les anomalies excentriques et moyennes. Les coefli- 
cients A et B ont pour expression : 

, , . ,_ r/~_dxdy\E^_ 

-.«- ,„_,„ -JJ -__^^^^__^_^ _ 

dxdy 

prises le long des circonférences (.y) = 1 et (y) = 1. 

Si les quantités a, a', to, to', valeurs des grands axes et 
de l'angle de la ligne périhélie avec la ligne des nœuds, 
sont considérées comme données, les coefficients 
A„,,,„i et B„,,,„i sont alors des fonctions des excentricités 
et de l'inclinaison mutuelle J des deux orbites : ces 
fonctions peuvent être développées suivant les puis- 
sances des excentricités et de sinJ, ou encore suivant 

les puissances des excentricités, de sin' - et cos" '- 

M. Féraud s'est proposé, précisément, de rechercher 
les conditions de convergence de ces développements 
dans les deux hypothèses suivantes : 

1» Lorsque, l'une des orbites étant circulaire et l'autre 
elliptique, le grand axe de l'orbite elliptique est con- 
fondu avec la ligne des nœuds; 

2" Lorsque, l'une des orbites étant circulaire et l'autre 
elliptique, le grand axe de Torbite elliptique est per- 
pendiculaire à la ligne des nœuds. 

Les principes de la solution de pareils problèmes ont 
été indiqués par M. Poincaré dans le t. X\ du Bulle- 
tin Astronomique; le savant géomètre montre d'abord 
que les coefficients A„,,,„i et B,„,,„i sont développables 
suivant les puissances des excentricités et de l'inclinai- 
son, que les limites de convergence de ces développe- 
ments sont les mêmes pour tous ces coeflicienls 
A,„,„,i et B,„,„,i, et que ces limites sont les mêmes pour 
tous les coefficients, quels que soient les entiers m 
et m' ; puis, il établit les valeurs critiques des excen- 
tricités et de l'inclinaison. 

Ainsi, les deux problèmes que se pose M. Féraud ont 
été traités en vue de l'application aux petites planètes 
dont les orbites remplissent sensiblement les conditions 
théoriques qu'ils supposent; dans ces deux hypothèses, 
la distance des deux astres présente de précieuses 



17i 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



symétries; on peut siip|ioser nulle l'e.xri;iilric-i(('' île 
Jupiter et nous nous trouvons en préseine d'une heu- 
reuse application des éléments des orbites rapportés au 
plan de Jupiter, comme cela était logique. 

Trente-quatre petites planètes offrent sensiblement 
les conditions du premier problème : pour chacune 
d'elles, les coeflicienls A,„,„,i et B„„„,i sont dévclop|iahles 
suivant les ]puiss;iiirr- île l'excentricité et de sinJ, à l'in- 
térieur des irnirs .i\ant pnur centre l'origine et pour 
rayons l'exceiii milé l'I la valeur de sinJ relatives à la 
planète. 

Le second problème correspond appro.ximativement 
à 61 astéroïdes : pour 58 d'entre eux, les dévelop- 
pements de A„,,,„i et lî,„,mi suiv.iul les puissances de 
l'excentricité et de sinJ peuvent être effectués dans les 
mêmes conditions que précédemment. Pour les trois 
dernières planètes, 18.3, 225 et 361, ces mêmes coeffi- 
cients peuvent être développés suivant les puissances 

de l'excentricité, de sin' - et de cos= - pour toutes 

2» 2 

les valeurs de l'angle J et à l'intérieur d'un cercle ayant 
poui' centre l'origine et pour reyon l'excentricité de la 
[daiiète. 

Tels sont les importants résultats obtenus : M. Féraud 
est un des rares astronomes, en France du moins, qui 
s'efforcent d'appliquer les nouvelles méthodes de la Mé- 
canique céleste; l'intérêt de .ses recherches et l'élé- 
gance des résultats acquis prouvent assez l'utilité qu'il y 
aurait à rompre un peu plus avec l'ancienne routine. 

5; 2. — Chimie physique 

Siii- la i-olalioii iiia&:iii'Mique de quelques 
alcools poi.ylivflrox>l<^s. «riu-xoses et de sae- 
eharoliioses. — 1-e siiiiiuliei phênumène de la niulti- 
rotation des sucres a donné lieu à plusieurs explications 
différentes. Une de celles qui sont le plus généralement 
adoptées dans le cas du glucose a été donnée par Fischer. 

Ce savant suppose que, premièrement, le glucose 
C"H"0° est purement et simplement dissous dans l'eau; 
il possède alors le pouvoir rotaloire «[j,] = -|- 10o»,l6. 
Après six heures, on trouve «[i,] ^ 52°,49 ; c'est qu'il s'est 
formé une combinaison CH'^O'. 

M. Perkin ' vient de se demander si, réellement, il en 
est bien ainsi et si l'intervention de la rotation magné- 
tique, qui, entre ses mains, a servi à résoudre quelques 
ilélicats problèmes de ce genre, ne pourrait pas jeter 
quelque lumière sur ce sujet. 

Si l'on examine successivement les valeurs des rota- 
lions magnétiques de l'alcool mélhylique, du glycol. 
de la glycérine, de l'érythrile, etc., on trouve que les 
valeurs obteimes ne croissent pas proportionnellement 
avec le nombre des groupes OH qui rem|ilacenl un 
atome d'hydrogène. Ainsi, l'augmentation, qui est de 
0,163 entre le glycol et l'alcool éthylique, n'est plus que 
de 0,028 entre la mannile et le groupement (rotation 
magnétique calculée) Cil- 4- C'II'^OII,'. 

Un premier résultat est donc que l'inlluence do la 
substitution d'un groupe OH devient sensiblement nulle 
quand cette substitution a eu lieu déjà 7 ou 8 fois. On 
sait que l'auteur a calculé autrefois les constantes rela- 
tives aux ditîérentes fonctions. Si, d'après cela, on cal- 
cule la rotation rnagnéliciuedu glucose, ce dernier étant 
considéré comme une îildéhyde, ou ne trouve pas le 
résultat expérimental, mais un nombre assez différent 
(6,913 au lieu de 7,723). Au contraire, si l'on admet la 
formu'.e oxydique : 



-0- 



(Ml.CIl.Cll.Cll.Ctl.C.IldlI.CIl-iilI. 



les déterminations théorique et expérimentale con- 
cordent. 

' \V. 11. Pkiimn sex. : Chrw. .Soc, t. LXX.Xl, p. l'I. 



Donc, en solution, le glucose pos-ièile la formule 
de ToUcns (forme [i de Tanret). L'auteur a été égale- 
ment conduit, par des déterminations analogues, à 
admettre que : 1" le galactose, en solution, se comporte 
comme le glucose, mais il ne prend que partiellement 
la forme oxydique; 2° le sucrose est formé par l'addi 
tion d'une molécule de glucose fl et d'une molécule dr 
fructose [3 avec élimination d'eau; 3" le maltose est 
formé par la réunion d'une molécule de glucose aldé- 
hydique (glucose a) et une molécule de glucose oxy- 
dique (glucose j3) avec élimination d'eau; de même, le 
lactose contient une molécule de glucose a et une mo- 
lécule de galactose fi. 

Les nouvelles formules obtenues en traduisant les 
résultats fournis par les rotations magnétiques con- 
cordent toutes avec les pouvoirs réducteurs des sucres 
consiilérés. 

^3. — Agronomie 

l>eux maladies parasitaires du ina'is. — 

Depuis deux ou trois ans, les plantations de maïs du 
Midi de la France et du Nord de l'Espagne ont eu à subir 
do graves dommages par suite de la propagation de deux 
papillons nuisibles : le Scsamia nûii;i;/rioifl('sde Lefèvre 
et l'IIeliot/iys avmiqern de Hubner. Ayant eu à s'occu- 
per des moyens de combattre ces deux insectes, un 
agronome espagnol, M. Vicente de Laffitte, vient >\r 
faire, sur le développement de leurs l.irves et le> 
ravages qu'elles commettent, des observations qu'il nous 
paraît intéressant de résumer ici. 

Le Sc^amici nonnijrioifles appartient à la grande 
famille des Noctuelles, genre Sesaniia, dont les larves 
vivent dans les tiges de diverses plantes (Graminées, 
Typhacées, Cypéracées, 
etc.). Ce Lépidoptère, à 
l'état d'insecte parfait, 
c'est-à-dire de papillon 
(fig. 1), a la tête, le corps, 
les antennes et l'abdo- 
men d'une couleur jau- 
nâtre, semblable à celle 
des cannes sèches. Les 
ailes antérieures sont de 
la couleur du café au lait, 
avec un léger reflet mé- 
tallique; les postérieures sont un peu plus blanches 
sur les deux faces. Li'S antennes présentent l'aspeci 
d'une lime. Ces papillons volent le soir près de l'en 
droit où ils sont nés. 

Les clinnilles de cet insecte (fig. 2) sont blanches, un 
peu jaunâtres, avec le revers légèrement rosacé; la tête 
apl.itie est d'une couleur gris-ronge : elles ont 14 
pattes, 4 à l'avant, 8 au 
milieu et 2 à l'arrière. 
Leurs dimensions sont 
très variables, car elles 
dépendent de la nourri- 
ture et de l'espace que 
ces chenilles trouvent 
pour se développer. 

Au printemps, de mai 
à juin, la femelle du Scsaiiiin, une fois fécondée, pra- 
tique, au moyen de sa trompe, un petit trou, imper- 
ceptdjle à l'œil, dans la tige du maïs (lig. 3^, lorsque 
celui-ci a trois ou quatre semaines, et elle y dépose 
ses œufs. Il en nait bientôt de petits vers, presque 
imperceptibles, qui, en sortant, perforent la tendre 
feuille, puis reviennent i la tige et pénètrent jusque 
dans l'intérieur. Au fur et à mesure qu'ils se dévelop- 
pent, ils ouvrent de longues' galeries et détruisent la 
moelle (fig. 4). 

La forme di^ ces galeries varie : parfois, elles sont lon- 
gues et étroites; d'autres fois, courtes et sphériques. 
Cénéralcment, la partie de la tige du maïs attaquée tout 
d'abord est l'intervalle compris entre le dernier nœud 
et la racine. Les galeries étant tracées dans cet espace' 




Fig. \. — Scsniiiia nonagrioi- 
dijs à l'elat d'insecte parfait. 



Fi" 



— Cil en il 11' cJii Scsa- 
ia iionayrioidi-s. 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



i'\ la jiailie médullaire étant détriiile, les chi'nilles se 
Iranslornieiil en chrysalides dans leur étroite piison, 




Kig. :!. — Aspect extérieur d'une tige dr mais ultnqurr pnr 

h- Si.-sainiu nonacjrioides. — A, trou par lequel est entré 

l'insecte pour déposer ses œufs. 

après avoir pratiqué une sorlie pour le papillon. 
Malgré la terrible blessure causée au maïs, la vita- 
lité de cette gramiriée est si grande 
g c que la plante continue à se déve- 

lopper, et l'épi arrive à maturité ; 
mais, la base de la tige étant mi-' 
née, la moindre rafale, le poids 
de l'épi ou une forte averse suffi- 
sent pour abattre la tige. 

Quelquefois, soit que les che- 
nilles de la partie inférieure de la 
tige n'y restent pas, mais, en per- 
forant les nœuds, pénètrent dans 
les autres sections de la canne; 
Suit que divers papillons se soient 
placés sur les diltérentes parties 
de la tige séparées par les nœuds, 
on observe que plusieurs chenilles 
vivent réunies dans chacune de ces 
parties, et qu'une fois la tige perfo- 
rée sur une grande échelle et toute 
la moelle rongée, elles se rassem- 
blent pour attaquer l'épi, qu'elles 
détruisent en dévorant les grains, 
Entin, lorsque la plante est en- 
core petite, la chenille attaque les 
tleurs mâles en formation, ainsi 
que l'épi femelle. Si ces fleurs ne 
sont pas détruites entièrement, 
l'attaque provoque, tout au moins, 
l'avortement de l'épi femelle. 
Alors la plante ne se développe 
guère; elle reste très petite et 
périt bientôt. 

Vers la fin de juillet ou le com- 
mencement d'août, M. de Laffltte 
a remarqué que les chenilles ont atteint tout leur dé- 
veloppement, et qu'elles se transforment en chrysa- 
lides. Vers la même époque, il a recueilli des chrysa- 




t'ig. 4. — Intérieur 
d'une tige de maïs 
attaquée par le Se- 
saoïia nonagrioi- 
des. — A, trou 
d'entrée de lin- 
secte: li, C, gale- 
rie>: U, cheuillc. 



lides sur la section infériinire de la tige, sur les autres 
sections et sur l'épi, et il a obtenu, au bout de cinq à 
si.\ Jours, de beaux papillons. 

Quelque dix ou quinze jours après la métamorphose, 
les papillons sortent des clirysalides contenues dans les 
tiges du maïs; ils s'accouplent ensuite et, aussitôt, les 
femelles, étant devenues fécondes, déposent leurs œufs 
sur les plants de maïs semés |. lus tard et dont les tiges 
sont encore vertes. Quelques jours après l'éclosion, les 
petites chenilles nées de la deuxième génération com- 
mencent leur œuvre destructrice. 

Pendant le mois de septembre, ces nouvelles chenil- 
les atteignent tout leur développement : une partie 
d'entre elles, leur évolulion terminée, se transforment 
en chrysalides, de la même façon que celles de la pre- 
mière génération, tandis que les autres se préparent 
à l'hivernage. C'est de ces deuxièmes chrysalides que 
sortent les papillons, environ quinze jours après la mé- 
tamorphose, pendant la première moitié d'octobre; 
ceux-ci donnent lieu à une troisième génération, mais, 
alors, partielle. C'est ce qui explique qu'à la fin d'oc- 
tobre on trouve des chenilles nouvellement nées dans 
quelques champs de maïs à fourrage, et que les pa- 
pillons se rencontrent, dans les champs de maïs, de 
mai ou juin à la fin d'octobre. 

Les chenilles provenant de la deuxième génératiorii 
qui ne sont pas transformées en chrysalides, ainsi que 
celles issues de la troisième génération partielle, dans 
le cas où elles peuvent compléter leur développement, 
passent l'hiver cachées sous les tiges de maïs sèches 
ou bien sous terre, se transforment au printemps, et les 
papillons sortent enfin vers mai ou juin, époque à 
laquelle l'insecte recommence son œuvre d'extermina- 
tion. Les chenilles du Sraainia iwiinfjvioides supportent 
parfaitement les basses températures d'hiver, dans] le 
Nord de l'Espagne et le Midi de la France. 

On trouve donc, au printemps, des chenilles de l'an- 
née précédente avec celles qui viennent de naître. 
La présence, à une même époque, de chenilles de tout 
âge, ainsi que la rapidité de leur développement, font 
coraiirendre l'importance des dommages causés par cet 
insecte. 

Le second ennemi du maïs que M. de Laffltte a étudié, 
YHcliolliys arwigcra, a été signalé depuis longtemps 
dans les champs du Midi 
de la France et du Nord 
de l'Espagne. 

C'est un papillon de 
38 millimètres (fig. S"i, 
ressemblant considéra- 
blement à la Noctuelle 
qui porte le nom de He- 
liothys peltigeva Dup., 
mais s'en distinguanttou- 
jours facilement par le 
dessous des ailes supé- 
rieures, qui porte deux points noirs, tandis qife 
VHoUotliys pelUijera n'en possède qu'un. 

Lorsque l'épi du maïs commence à se former, la 
femelle de cet insecte dépose ses ceufs dans un petit 
trou qu'elle perce dans 
l'involucre de l'épi. Quel- 
ques jours après, les che- 
nilles (fig. 0) naissent et 
commencent à pénétrer 
dans l'intérieur de l'épi 
pour dévorer les grains 
qui sont sur le point de 
mûrir (flg. 7). Presque 
toujours, l'épi est attaqué par l'extrémité où se trou- 
vent les fleurs femelles. On peut en trouver plusieurs 
dans un épi. 

Cette chenille offre deux variétés distinctes : l'une, 
verte, finement rayée de blanc, avec une bande blan- 
chiitre sur les côtés; l'autre, jaunâtre ou d'un brun 
jaunâtre, finement rayée de brun, avec bande jaunâtre 
surmontée de brun sur les côtés et une ligne dor- 




Eig. 5. — Heliulhys arniiijeru 
à l'état adulte. 



Fi^ 



— Clienille de l'Helio- 
tbys armigera. 



176 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



sale brune borJe'e laléralement d'un peu de jaune. 
Ces deux variétés ont le corps parsemé de petits 
tubercules noirâtres, qui donnent naissance à autant 
de poils raides. Parvenue à toute sa cioissance, on la 
trouve en août et en septembre; elle fait une coiiue 
lâche dans l'extrémité de l'épi ou s'enfonce en terre 
pour chrysalider, ce qui a lieu ordinairement en oc- 
tobre. Les chrysalides sont d'une couleur marron clair. 
Une moitié environ des chrysalides éclôt au bout de 
quinze jours; l'autre moitié passe l'hiver et ne se trans- 
forme en papillon i|u'en juin de l'année suivante. Le 
papillon éclôt depuis le mois dejuin jusqu'en septembre. 
L Heliolhys armi(jcr:i 
et sa chenille vivent sur 
des plantes fort diverses. 
On l'a signalée sur le 
réséda jaune {Résolu 
hitoii), le plantain, l'a- 
jonc marin, la jusquiame 
(Hyoscyanius iiiifer). Elle 
attaque aussi les têtes de 
Canabis (Chanvre) et 
mange les graines, se 
nourrit également des 
feuilles et des fleurs de 
courges, des feuilles de 
tabac et de luzerne. Dans 
l'Amérique du Nord, cet 
insecte est parfois fort 
nuisible au mais, au.x 
tomates, aux cucurhita- 
cées, au coton, etc. 

Ou compte cinq géné- 
rations annuelles de cet 
insecte dans les pays 
chauds, d'après certains 
auteurs; d'après d'au- 
tres, seulement deux ou 
trois. M. de Laftitte 
compte, dans le Midi de 
la France et le Nord de 
l'Espagne, deux généra- 
tions. Le nombre doit 
alors varier suivant le 
climat. On voit par là 
que VHcliotJjys est fort 
nuisible dans les années 
où il se multiplie con- 
sidérablement. Les habi- 
tudes carnassières des 
chenilles à'Huliotliys, et 
en particulier à'Helio- 
thys arwigora, ont été 
maintes fois observées : 
lorsque les chenilles sont 
nombreuses, elles se dé- 
vorent entre elles. 

"SI. de Laffitte a insti- 
tué, dans le domaine de Toledo, aux environs de Saint- 
Sébastien, des expériences, sur une étendue de trois 
hectares, pour combattre les ennemis du maïs. Les 
moyens qui lui ont semblé les plus pratiques pour 
préserver le maïs des dégâts commis par les chenilles 
du Scsainin uiinarjrioidcs et de ïlIeJjotliys aniiigera 
snnt les suivants : 

Il faut soumettre les terres à des labours répétés 
pour détruire les nombreuses chrysalides et larves qui 
s'abritent sous le sol afin d'y séjourner pendant l'hiver 
et qui n'ont pas été détruites soit par les oiseaux, soit 
par le changement subit de température. 

Il est iniiispensable d'anacher les plantes de maïs 
aussitôt qu'on constate que celles-ci ont été attaquées 
par les chenilles de ces insectes. 

Après la récolte du maïs, il faut ramasser avec grand 
.«oin toutes lés tiges de cette Graminée, c'est-à-dire 
toutes les parties non utilisées du maïs, le« chenilles 
hivernant dans les cannes de ces plantes; en détruisant 




Fig. 7. — Epi do maïs attaqué 
' par rHclïolhys ariuigura. 



ces liges par le feu, avant le printemps, on prévient 
ainsi l'invasion pour l'année suivante. 

L'n moyen pratique pour détruire la chenille de 
YHeliolhys ariuigei-a consiste à écraser à la main sur 
l'épi même du maïs les vers de la première génération. 

Cette opération est bien simple, puisqu'on reconnaît 
très facilement les plants de maïs attaqués par cet 
insecte grâce au petit trou que la chenille perce à l'extré- 
mité de l'épi. On peut en finir de la même façon avec 
les chenilles de la deuxième génération. Cette opération 
est très importante, parce que, en la pratiquant, on 
évite la propagation de cette dangereuse Noctuelle. 

Pour enrayer les progrès de ce lléau, on peut em- 
ployer des pulvérisations avec des solutions de sulfate 
de cuivre ou d'arsenic. 

Si, malgré tout, les papillons éclosent en été, on peut, 
au moment du vol, en détruire un grand nombre par 
la méthode des lampes-pièges, spécialement avec la 
lampe à acétylène V'ermorel, qui vient d'être employée 
avec succès, et, à défaut des lampes, en allumant de 
grands feux où les papillons viennent se brûler. Il est 
bien entendu que les mesures de prévention adoptées 
doivent être appliquées d'une façon générale dans toute 
la région contaminée. On ignore encore quels sont les 
parasites qui font la guerre au Si>saiiiia iiouagrioidcs 
et à YHeliolhys armitjera. 



S 4. 



Zoologie 



L'embranchement tle.s Mésozoaires. — Dans 
un Mémoire sur les Orthonectides ', MM. Caullery et 
Mesnil discutent la valeur du groupe des Mésozoaires, 
créé par van Beneden, et la place des Orthonectides et 
Dicyémides. Ils adoptent la manière de voir de Hatschek, 
qui a signalé la ressemblance très grande de ces êtres 
avec les larves Plautila des Hydroïdes, et, par suite, 
acceptent le nom de Planuloidea, qu'il a proposé pour 
grouper ces formes parasites; il est possible que ce 
soient des Cnidaires dégradés, mais cela est assez in- 
certain pour qu'il soit permis de faire des Planuloidea 
un embranchement isolé. Quant à l'ancienne concep- 
tion qui les érigeait en Mésozoaires, c'est-à-dire êtres 
à deux feuillets (ecloderme et endoderme), véritables 
Gastrules fixes, intermédiaires entre les Protozoaires et 
les Métazoaires à trois feuillets, il n'y a plus lieu de la 
retenir; on ne sait plus trop ce qu'est un feuillet, et la 
Gastrea-Theorie laisse bien indiiférents la plupart des 
zoologistes; ces grandes théories morphogéniques , 
âgées maintenant de quelque vingt-cinq ans, nou^ 
paraissent avoir surtout un intérêt historique, comme 
l'unité de plan de composition de Geolfroy-Saint-Hilaire. 

Les autres formes placées parmi les Mésozoaires 
(pour s'en débarrasser), Salinella, Triclioplax, Tre/i- 
toplax, Pemmatodiscus, n'ont aucun rapport entre 
elles, non plus qu'avec les Planuloidea, et il est prudent 
d'en faire un groupement expectatif en Adelolai-la, 
Zoologica, suivant l'expression de Monticelli. 

§ .'). — Physiologie 

La toxicité de l'air expiré. — On sait que, jus- 
qu'à présent, les diverses tentatives faites pour déceler 
des substances toxiques dans l'air expiré sont demeurées 
infructueuses. Plusieurs observations, surtout cliniques, 
semblent pourtant démontrer, dans les gaz expirés, 
l'existence d'un véritable poison. Tout récemment. 
MM. Sanarelli et Bifli * ont entrepris de nouvelles expé- 
riences sur ce sujet. 

. Ils s'étonnent que personne n'ait encore admis qu'il 
faut chercher l'origine de ces substances dins les fer- 
mentations (jui ont lieu dans l'intestin, quoique .M. Bei- 



' Recherches sur les Orthonectides, .Ircù/res d'Aiiatoniir 
luifroscopirjiie, t. IV, 1901, p. 381. 

' Sanarelli et Biffi : Sur la toxicité de l'air expiré, et sur 
la valeur de l'indication doimée par l'acide carbonique. 
[Auuali d'igieoe speriiiicnial'', Homa. 1902, vol. XII, p. 20/) 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



177 



set ait déjà émis cette opinion et exécuté des expérien- 
ces à l'appui. 

MM. Saiiarelli et Biffi expérimentent avec l'ammonia- 
que, l'hydrogène sulfuré, l'acide butyrique et l'acétone; 
ils les introduisent dans l'intestin et peuvent en constater 
l'élimination par les poumons. Ils pensent qu'il ne peut 
y avoir aucun rapport entre la quantité de ces sub- 
stances toxiques éliminées par les poumons et la quan- 
tité d'acide carbonique éliminée dans le même temps. 
Gela résulte des considérations théoriques et de leurs 
expériences. 

Us concluent qu'il ne doit pas suffire de déterminer 
la teneur en acide carbonique pour savoir si de l'air 
conllué est encore respirable. 

Ces expériences mériteraient d'être reprises et éten- 
dues à un plus grand nombre de substances; peut-être 
conduiraient-elles à une solution déflnilive de la ques- 
tion. 

§ 6. ^ Hygiène 

Le Service de surveillaiiee locale et iiiéclî- 
cale des sources. — M. le D'' Houx, sous-directeur 
de l'Institut Pasteur, a signalé, il y a quelques années, 
le haut intérêt qu'il y aurait à créer, dans la région des 
sources qui alimentent d'eau potable notre grande 
agglomération urbaine, un Service de surveillance 
locale et médicale, chargé, en particulier, de f-iire des 
enquêtes sur les cas de lièvre typhoïde signalés et de 
prendre immédiatement toutes les précautions prophy- 
lactiques nécessaires. 

L'organisation de ce Service a été confiée à MM. k..-i. 
Martin et H. Thierry, qui viennent d'exposer, dans la 
Heviip d'Hygièite. les principaux résultats de son fonc- 
tionnement depuis sa création. Rappelons, à ce sujet, 
que la lièvre typhoïde n'a fait, à Paris, en 1901, que 
343 victimes contre 867 l'année précédente. Une bonne 
partie de ce résultat .encourageant doit certainement 
être attribuée au Service de surveillance médicale des 
sources. 

La prophylaxie de la fièvre jaune à Cuba 
pai- la deslruelioii des iiiouslioues. — Les ex- 
périences de la Commission américaine de Cuba, pré- 
sidée par le major Reed, ayant démontré le rôle prô^ 
pondérant des moustiques dans la propagation de la 
fièvre jaune, les autorités ont pris, dans le cours de 
l'année dernière, des mesures énergiques de préserva- 
tion, sur lesquelles le D''Gorgas' nous apporte les inté- 
ressants renseignements qui suivent : 

Depuis le lo février 1901, le Kouverneurde la Havane 
et le maire ont uni leurs efforts pour chercher à 
extirper la fièvre jaune de la ville en détruisant les 
moustiques. On agit de deux façons : 1° Localement, 
en détruisant tous les moustiques ailés de la maison où 
se déclare un cas de lièvre jaune et des trois ou quatre 
maisons coiiliyuës de chaque cûlé; les chambres sont 
closes et scellées, et l'on y fait briller de la poudre 
insecticide; i" Sur toute la ville et les faubourf;s, en 
supprimant autant que possible les flaques d'eau sta- 
gnante, et en traitant au pétrole les dépôts d'eau qui 
ne peuvent être supprimés. En particulier, dans chaque 
maison, on verse un [leu de pétrole dans les waier- 
closets, les éviers, etc. Des mesures sévères sont prises 
contre les propriétaires négligents. 

Cent hommes sont constamment occupés à cette des- 
truction des insectes parfaits ou des larves. 

L'élat sanitaire de la ville, au point de vue de la 
fièvre jaune, a été excellent. On en jugera par quelques 
chiffres. Pendant cliacuiie des années antérieures à 
1901, la fièvre avait, à partir du 7 mai, sévi d'une 
façon continue. En janvier 1901, alors qu'on n'avait 
pas encore appliqué les mesures préventives, 23 cas 
de ûèvre jaune et 7 décès furent enregistrés. Le Itî lé- 



' W. C. GiiRGAs: Mttil Slatistirs ûf Ilavanaa. Ouaaabocoa 
amj /(('(//a, .Vvril-Septembre. 



vrier, la prophylaxie fut instituée ; on constata alors 



En février 
En iiiar:* . 
En avril . 
En mai. . 
En juin . 



8 cas et 5 morts. 

2 cas. 

2 cas, pas He décès. 

4 cas, pas de décès. 





Enfin, en septembre, il y eut 2 morts par fièvre 
jaune, alors que la moyenne des dix dernières années 
pour septembre est de 70 mortsi'minimum : 16 en 1899i. 
Une autre conséquence heureuse de cette destruction 
raisonnée des moustiques fut la diminution considé- 
rable des décès dus au paludisme, qui ne causa, ce 
même mois, que 11 décès au lieu de la moyenne 32. 

En résumé, du 1" avril au 1" octobre 1901, il 
n'y a eu que o morts par fièvre jaune au lieu de la 
moyenne 296. Ce chiffre de b morts semblera bien faible 
si l'on note aussi qu'en 1899, année du minimum de 
mortalité par la fièvre jaune, elle avait causé 30 décès. 
Comme l'état sanitaire obtenu en 1901 ne s'était pas 
présenté depuis cent cinquante ans, il y a tout lieu de 
l'attribuer aux mesures prises contre les moustiques. 
Ces résultats doivent encourager à une destruction 
méthodique de ces Diptères dans tous les pa3S où 
régnent, non seulement la fièvre jaune, mais encore le 
paludisme et la lilariose. Toutefois, pour ces maladies 
à forme lente ou à recliutes, il faudra plusieurs années 
avant qu'on jmisse apprécier les bienfaits résultant 
de la destruction des moustiques. 

§ T. — Pathologie 

La «liplitérîe nasale. — La diphtérie nasale 
n'est pas une maladie aussi rare qu'on le croit géné- 
ralement. Elle simule souvent un simple rhume de 
cerveau, et, giàce à sa marche relativement bénigne, 
on ne consulte pas le médecin, ou bien, si on le con- 
sulte, la véritable nature de la maladie lui échappe 
dans la majorité des cas. Et, cependant, il est très 
important que le diagnostic soit établi de bonne heure, 
cette rhinite étant une source continue de conta;;ion 
pour le malade lui-même et pour son entourage, et d'au- 
tant plus grave que l'on ne se doute de rien. 

M. îSeumann ' vient de faire connaître cinq obser- 
vations personnelles de diphtérie nasale, sans fausses 
membranes, sans aucune autre localisation ; l'une de 
ces observations est assez instructive. 

Il s'agit d'un enfant de trois semaines, né tùen por- 
tant, et qui, depuis quelques jours, commençait à avoir 
de l'écoulement purulent du nez; lorsque, quelques 
jours après, on constata chez cet enfant de la tumélac- 
tion des conjonctives et un peu d'écoulement des yt ux, 
on pensa àl'oiigine gonococcique de l'affection; mais, 
au lieu du gonocoque, on trouva des bacilles longs et 
courts, ressemblant tout à fait à ceux de la diphtéiie. 
Ces bacilles poussaient bien sur séium et gélose glycé- 
rinée, ef donnaient des colonies caractéristiques de 
la diphtérie. Injectés sous la peau d'un cobaye, ces 
microbes ont déterminé la mort en trente-huit heures, 
un œdème au niveau de l'inoculation, avec hyperémie 
des capsules surrénales et exsudât pleural. C'était donc 
bien le bacille diphtérique. 

Nulle part on n'avait trouvé sur l'enfant de faussas 
membranes, ni dans le pharynx, ni sur les amygdales, 
ni dans les fosses nasales. 

(Quinze jours après, la sœur de ce petit malade fut 
atteinte d'une angine diphtérique des plus caractéris- 
tiques, qu'elle avait évidemment contractée par l'inter- 
médiaire du mucus nasal de son frère. 

Dans les quatre autres cas cités par M. Neumann, la 
nature diphtérique de la rhinite serait passée égale- 
ment inaperçue, si l'e.xamen bactériologique n'avait 



' .M. Neumann ; Bacilles diphtériques virulents au conr-^ de 
la rhinite simple. Ccalralblall iûv Bakleriologie, 1902, n' 2, 



178 



CHRONIQUE ET CORKKSPONDANCE 



pas été fait. Et poiirlant, celte ihiiiile esl aussi prave, 
au point de vue de la conta^'ion, que l'angine diphté- 
rique, contrairement à l'opinion générale. 

Aussi M. Neuniann reconiniande-t-il vivement l'em- 
ploi du sérum antidiphtérique dans ces cas de rhinite 
diphtérique primitive. 

Le TfophœrtOme. — De loutes récentes observa- 
tions ramènent l'attention sur le Irojilurclriiio. Sous ce 
nom, M. Henry Meige a proposé, il y a quatre ans', de 
grouper un certain nombre d'observations d'œdème 
blanc, dur, indolore, à répartition segmenlaire sur les 
membres. La caractéristique de 
celte dyslropliic œdéiniilciisf est 
d'être essentiellement cliroiiii/iir. 
lille occupe, de préférence, les 
membres inférieurs. KUe offre une 
disposition segiiientnive, frappant 
un seul segment, ou deux, ou le 
membre tout entier. Exemple : le 
pied seul, ou le pied et la jambe, 
ou encore pied, .iaml)e et cuisse. 
Tantôt un seul membre inférieur, 
tantôt les deux, sont enveloppés 
lie l'épais manchon blanc œdéma- 
teux. Le pied est comme enfoncé 
dans un chausson d'œdème ;■ la 
Jambe est enveloppée d'un bas 
œdémateux qui peut mesurer 
jusqu'à 50 centimètres de circon- 
férence à la partie moyenne du 
mollet; les membres inférieurs, 
s'ils sont pris tout entiers, sont de 
véritables poteaux œdémaliés. 

Le tissu conjonclif sous-cutané 
contribue seul à cette hj'pertro- 
phie. Aucune altération muscu- 
laire, partant aucun trouble de la 
motilité, sauf une certaine lour- 
deur dans la marche; le sujet at- 
teint de cette affection se sert 
convenablement de ses membres 
œdématiés. La peau qui les re- 
couvre est de teinte normale. 

La tvophœdcnii' clironiquc peut 
exister comme manifestation iso- 
lée, frappant un seul sujet dans 
une famille. Il se présente aussi 
comme une dystvophie Iiévédi- 
l:iire et familiale : Milroy en a 
décrit 22 cas, qui, dans une même 
famille, étaient répartis sur 6 gé- 
nérations; M. Lannois ena.nolé 
4 cas sur .3 générations; M. Henry 
Meige, 8 cas sur 4 générations. 

Il existe également un trophœ- 
dcme congénital, qui peut, lui 
aussi, être l'mnili/il. Certains cas, 
■ décrits sous le nom d'éléphantiasis 
des nouveau-nés, rentrent assurément dans celle va- 
riété de trophœdème. 

En dehors des observations récentes, on retrouve 
dans la littérature médicale une série de faits épars, 
qualifiés d' i< œdème segmenlaire, œdème rhumatismal 
chronique, œdème blanc esseiiliel, œdème névropa- 
tliique, neuro-arthritique », etc., dont la description et 
l'évolution sont assimilables à celles du tiophœdème. 

Bien des cas étiquetés" éléphantiasis nostras » appar- 
tiennent à ce même groupe nosologique. 

En rapprochant tous ces faits, qui ne diffèrent entre 
eux que par des dénominations disparates, mais qui 
présentent objectivement le même aspect et qui sem- 
blent bien réaliser un même type clinique, M. Henry 



' Ciingrés des médecins neurologistes et aliénistes, Angers, 
4 août 1898; Presse médicale, 14 décembre 1898. 




ph,. 



rinbi'i 



Meige a été amené à concevoir l'existence d'une dys- 
tropliie spéciale : « le trophœdème chronique, carac- 
térisé par un œdème blanc, dur, indolore, occupant un 
ou plusieurs segments des membres, notamment de 
l'un ou des deux membres inférieurs. 

Le trophœdème esl, parfois, un accident isolé. 
D'autres fois, il est hérédilaire et familial. Enfin, il 
peut être aussi congénital'. » 

Quelle est Vorii/ine de cette affection? — Le terme de 
trophœdème donne à entendre qu'il s'agit d'un acci- 
dent dystrophique. Les centres trophiques de la moelle 
seraient accidentellement lésésou congénitalement mal 
formés, et le trophœdème serait la 
conséquence de cette lésion ou de 
cette malformation. 

M. Uapin (de (jenève)*a vu le 
trophœdème apparaître à la façon 
de la paralysie infantile, c'est-à- 
dire à la suite d'une période fébrile 
de quelques jours de durée. D'ail- 
leurs, le trophœdème est souvent 
précédé de maladies infectieuses, 
lièvre typhoïde (Henry Meige), 
scarlatine (Lannois), variole (Ra- 
pinl, rougeole (Hertoghe). Dans 
la plupart de ces cas, l'infection 
ne .-emble avoir agi qu'en vulné- 
ranl une moelle prédisposée (dans 
les cas familiaux, en particulier). 
La disposition segmenlaire est 
un argument en faveur de lalésion 
ou de la malformation médul- 
laire, surtout si l'on admet les 
localisations métamériques de M. le 
Professeur Brissaud. 

Des cas lécents montrentque, si 
le trophœdème siège de préférence 
aux membres inférieurs, il peut 
aussi frapper les membres supé- 
rieurs; la disposition y est en- 
core segmenlaire. Chez une autre 
malade de M. Uapin, les mains 
sont comme revêtues de gants 
d'escrime et l'ii'dème occupe sy- 
métriquernenl les deux mains ainsi 
que les avanl-bras. 

Entiii. il faut encore signaler la 
possibilité • d'une localisation du 
tio[ilHedème sur la face, comme 
dans un cas de M. Rapin, et dans 
un autre de M. Hertoghe (d'An- 
vers)', on l'afreclion était canton- 
née à la seule joue droite; celle-ci, 
d'une épaisseur énorme, semblait 
une volumineuse tumeur défor- 
mant toute la ligure de la ma- 
lade. 

M. Henry Meige a groupé der- 
nièrement les observations les 
plus récentes de trophœdème dans un fascicule de 
la Nouvelle Iconographie de la Salpêlriere (1901, 
n° 6). Nos figures \ et 2 reproduisent un des beaux 
exemples rapportés par M. Hertoghe (d'Anvers) dans 
ce numéro. Ces faits viennent conlirmer les idées 
émises antérieurement par M. Henry Meige: Le Iropho^- 
dème esl bien un accident dystropliicpie qui frappe le 
tissu conjonclif sous-cutané. Celle dystrophie œdéma- 
teuse peut être mise en parallèle avec d'autres 
accidents trophiques, notamment avec la dystrophie 
musculaire. L'exemple rapporté par M. Rapin est judi- 
cieusement comparé par cet auteur aux cas de 
poliomyélite antérieure aigue (paralysie infantile). Le 



' .Voiiv. Iconographie de la Salpêlriere. n" 6, 1901. 

- Soc. de Neurologie de Paris, ~ nov. 1901. 

' Nouvelle Iconographie de la Salpêtriùre, n" 6, 1901. 



■rlilr nilr. allfinU' de 
des trois segment: 
inférieur gauche, vu 
face. 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



1:9 



Irophœdème familial est à rapprocher de la myopatliie 
latniliale. 

Lo trophœdème peut exister à l'état isolé ou s'associer 
à d'autres dystrophies, musculaires, squeiettiques, etc. 
11 faut signaler ses analof-'ies avec la lipomatose, la 
maladie Je Dercum, le myxu'dèine. Mais il s'en dis- 
tingue par plus d'un caractère clinique. Il dilîère éga- 
lement des œdèmes aigus circonscrits (maladie de 
Quinckel, bien qu'il relève vraisemblablement de causes 
pathogéniques analogues. 

En résumé, l'affeciion isolée par M. Henry Meige 
présente des caractères cliniques assez tranchés |)0ur 
justifier une description nosogra- 
phique spéciale. Sa thérapeutique, 
<:omme celle de toutes les dyslro- 
phies, resie à trouver. Toutes les 
médications, y compris les prépa- 
rations thyroïdiennes, sont restées 
jusqu'à ce jour sans succès sur le 
trophœdème. 

Le traitenient du lélaiios 
par la iiiétiiode de Bacecllî. 

— Depuis quelques années, on a 
traité, en Italie surtout, un nombre 
assez considérable de cas de téta- 
nos par une méthode imaginée par 
le Professeur Baccelli. Cette mé^ 
thode consiste essentiellement à 
introduire sous la peau des malades, 
au moyen de la serin^iue à injec- 
tions hypodermiques, des solutions 
d'acide phénique. Le phénol est 
rapidement absorbé et son action 
se traduit par une sorte de fixation 
(le l'état de la maladie ; dans les cas 
favorables, aucun symptôme nou- 
veau n'apparait après que les pre- 
mières injections d'acide phénique 
ont été régulièrement pratiquées; 
quant aux symptômes existant 
•déjà, ils ne sont pas atténués tout 
d'abord; au bout de plusieurs 
jours seulement, ils s'elîacent peu 
à peu. 

M. Ciofft a fait récemment une 
étude d'ensemble des cas de té- 
tanos traités par la méthode de 
Bacceili et dont quatre-vingts envi- 
ron ont été publiés '. D'après 
cet auteur, le traitement de Bac- 
celli donne des résultats beaucoup 
plus satisfaisants que ceux que 
fournissent les autres méthodes. 
Les statistiques, en elfet (Zeri, 
Ascoli, Benvenuti, Cioffi\ signa- 
lent une mortalité de 12 à 13 °/o 
pour les cas de tétanos traités par la méthode de 
Baccelli; la mortalité est de ;iO à 80 °o dans le trai- 
tement du tétanos par le sérum antitétanique (Holesti, 
Haberlinge, Lambert, Stintzing)-. La différence est 
énorme; même à ne considérer que les cas graves et 
très graves, la méthode de Baccelli conserve sa supé- 
riorité. La mortalité monte alors, il est vrai, à 30 "/o; 
mais cette proportion n'a rien d'excessif quand on se 

' E. Cioiri : Tetano reumatico e traumatico e tetano spe- 
riiDentale di fronte al metodo Baccelli, Hifumm wvdica, -20, 
il et 22 janvier 1902. 



Kip 



2. — U 



rappelle que la mortalité, dans les cas graves de diph- 
térie, malgré le traitement par le sérum antidiphtérique, 
se maintient au taux de 37 "/ 0. 

Les bons effets du traitement de Baccelli sont sur- 
tout appréciables si les injections d'acide phénique ont 
été pratiquées dès le début du tétanos. Alors, si le ma- 
lade peut parvenir au septième ou huitième jour, on 
peut prédire presque à coup sur que l'issue sera favo- 
rable. 

Quant à la dose d'acide phénique, elle doit être assez 
élevée. A moins de conditions spéciales, elle ne sera 
jamais inférieure, pro die, à iiO centigrammes (D'Ales- 
sandro). Fiorioli, Lapponi ont pu, 
sans inconvénient, injecter des 
doses journalières représentant 
jusqu'à 3 grammes d'acide phé- 
nique pur. 

Si le traitement de Baccelli 
donne de nombreux succès dans 
le tétanos de l'homme, il semble 
sans action dans le tétanos ex- 
périmental : les recherches do 
M. Cioffi, comme celles de Mur- 
zio, de Courmont et Doyon, de 
Josias, et contrairement à celles 
de Babès, ont démontré que l'acide 
phénique ne réussit pas à sauver 
les animaux tétanisés . 

Les résultats expéiimentaux ne 
peuvent, cependant, en aucune 
façon infirmer les constatations 
de l'observation clinique. La con- 
tradiction n'est, d'ailleurs, qu'ap- 
parente: en clinique, dans la forme 
du tétanos à marche très rapide et 
à symptômes tumultueux, l'acide 
phénique ne produit pas de meil- 
leurs effets que n'importe quelle 
autre médication. Or, la forne 
expérimentale est toujours le téta- 
nos suraigu, rapidement mortel. 
On manque, par conséquent, de 
terme de comparaison si l'on en- 
visage la forme clinique ordinaire, 
plus lente. 

Lorsqu'en clinique un tétanos se 
rapproche du tétanos expérimental 
par l'invasion brusque et la géné- 
ralisation rapide, par la violence 
extrême des symptômes, par l'in- 
toxication profonde du sujet, par 
l'intensité de ses réactions, l'in- 
sQccès du traitement est absolu; 
l'acide phénique n'a pas le temps 
d'agir et de produire son effet 
bienfaisant. Da.is les cas subaigus 
et à évolution un peu lente, même 
s'ils sont très graves, la méthode de Baccelli peut 
amener des guérisons inespérées. 

En somme, les cliniciens ne doivent pas se laisser 
influencer par des insuccès de laboratoire; le mode 
d'inoculation et l'animal inoculé ne rappellent que de 
très loin l'infection accidentelle et l'homme infecté. On 
s'en tiendra au fait acquis grâce à l'observation cli- 
nique : la méthode de Baccelli est le traitement de choix 
du tétanos chez l'homme; les injections de solutions 
d'acide phénique à dose suffisante guérissent ordinai- 
rement les cas de tétanos d'allure assez lente et de gra- 
vité movenne. 




ilo dus 



180 E. MATHIAS — PRÉPARATION ET APPLICATIONS DE L'ACIDE CARBONIQUE LIQUIDE 



LÀ PRÉPARATION INDUSTRIELLE ET LES APPLICATIONS 
DE L'ACIDE CARBONIQUE LIQUIDE 

PREMIÈRE PARTIE : PRÉPARATION, LIQUÉFACTION, CONSERVATION 



L'acide carbonique joue, de toute évidence, un 
rôle à part au milieu des autres gaz liquéfiés; 
comme l'air, c'est un gaz atmosphérique, inof- 
fensif dans une large mesure, sans action chimique 
sur la plupart des corps solides, et dont la vertu 
capitale est d'être à extrêmement bon marché. 

Dans une précédente étude', nous avons vu que 
l'industrie de l'air liquide est dans l'enfance, et 
qu'on ne fabrique annuellement les autres gaz 
liquéfiés que par dizaines et, au plus, par centaines 
de tonnes. La production de l'acide carbonique 
liquide, par contre, est de plusieurs milliers de 
tonnes en France, et a atteint, dès 1899, en Alle- 
magne, le chiffre de 14.000 tonnes! L'importance 
économique absolument prépondérante de l'acide 
carbonique justifiera, pensons-nous, et au delà, 
cette monographie séparée. Comme pour les autres 
gaz, nous en étudierons successivement la prépa- 
ration, la liquéfaction, la conservation et le trans- 
port, et enfin les multiples applications. 



Préparation industrielle. 



Il y a deux sortes de sources de l'acide carbo- 
nique industriel : 1° celles qui donnent d'emblée 
un gaz assez pur pour être liquéfiable immédiate- 
ment après une épuration préalable, ou même sans 
épuration ; 2" celles qui fournissent des mélanges 
gazeux contenant, en même temps qu'une propor- 
tion de CO- variable de 15 à 33 °/o en volume, des 
gaz inertes comme l'air et non absorbables par une 
lessive alcaline ^ 

Dans ce dernier cas, le passage du mélange 
gazeux dans une telle lessive transformera le car- 
. bonale alcalin en bicarbonate, et arrêtera la majeure 
partie de l'acide carbonique, tandis que les gaz 
inertes non absorbés pourront être évacués dans 
l'atmosphère; la dissociation ultérieure de la solu- 
tion bicarbonatée sous l'influence de la chaleur 
fournira un gaz carbonique pur, prêt à être liquéfié 
après avoir été desséché. 

§ 1. — Préparation directe. 
Les sources qui fournissent d'emblée un gaz pur 

' Vo\ez E. Matiiias : La préparation industrielle et les ap- 
plications des gaz lifuiéfii'^s, dans la Revue ijeu. des Scicuccs 
des 30 octobre el l'i novembre l'Jlll. 

' Dans tout ce qui suit, nous appellerons ii'ss/rt' ulcnliuc 
une solution aqueuse d'un cirhoante ulcstlin. 



sont : les sources naturelles d'acide carbonique, !;» 
fermentation des grains el l'action des acides sur 
les carbonates naturels. 

1. Sources iiiiltirflles d'ncidc cnrhoniqiic. — Le» 
volcans actifs ou éteints dégagent des quantités 
énormes d'acide carbonique; les régions volcani- 
ques anciennes sont également le siège de dégage- 
ments continus de ce gaz. C'est ainsi que, dans- 
quelques localités de l'Autriche, dans la Toscane,, 
dans l'ouest et le sud de l'Allemagne, et particuliè- 
rement sur les bords du Rhin, il y a de très abon- 
dantes sources naturelles d'acide carbonique, parmi 
lesquelles on peut citer celles d'Eyach, près de 
Stuttgard, d'Oberlahnstein sur le Rhin, de Herste 
en Westphalie, de Pergine en Toscane, etc. 

De l'idée d'utiliser les sources naturelles à celle 
d'en créer de toutes pièces, il n'y avait qu'un pas; 
c'est la même idée qui a conduit à forer des puits 
artésiens. En forant des puits en différents points 
des régions volcaniques anciennes de l'Allemagnev 
on a rencontré, à des profondeurs diverses, notam- 
ment à Burgbrohl (83""), à Sondra (194°'), à Lin- 
demberg (348™), à OEynhausen, des dégagements 
intenses et réguliers de gaz carbonique qui sont 
utilisés industriellement, le plus souvent pour la 
préparation de l'acide carbonique liquide, quel- 
quefois aussi pour préparer à l'état de pureté le.s- 
sels des métaux alcalins et alcalino-terreux qui 
sont naturellement impurs. 

Quelques-unes des sources donnent uniquement 
du gaz carbonique, et pas d'eau : ce sont les sources 
sêcJws; d'autres donnent, en même temps qu'un 
dégagement de CO-, de l'eau gazeuse plus ou moins 
souillée de terre. Le débit des sources naturellis 
ou artificielles atteint quelquefois 3 ou 4 tonm- 
d'acide carbonique à l'heure ; c'est ce qui expliqin' 
que le gaz liquéfié provenant des sources naturelles 
ou des puits forés forme les deux tiers de la con- 
sommation annuelle de l'Allemagne. 

Le plus souvent, le gaz des sources naturelles 
contient plusieurs centièmes d'oxygène et d'azote,, 
qui n'empêchent pas sa liquéfaction immédiate. 
Celui qui provient du puits profond foré à OEyn- 
hausen contient jusqu'à 11 7o J'azote en volume ': 
il est bien évident que, lorsque la proportion des 
gaz inertes est trop considérable, il faut, de toute 

' D' 11. Lanokh : Woclicnxchrill f. Bniucrei, 1 1 lévrier IS'JS. 



E. 3IATHIAS — PRÉPARATION ET APPLICATIONS DE LACIDE CARBONIQUE LIQUIDE 18 1 



nécessité, passer par la bicarbonatatioa des lessives 
alcalines. 

2. Acide ciirhonii/ue do fermentation. — L'acide 
carbonique, dans le cas de la fermentation alcoo- 
lique, provient de la transformation du glucose en 
alcool ordinaire et acide carbonique, avec de 
petites quantités de glycérine et d'acide succinique. 
L'équation incomplète : 

C'iH'=0» = 2CMI'=(l + 2C(l- 

montre que la proportion en poids d'acide carboni- 
que formé est sensiblement égale à celle de l'alcool ; 
il se dégage ainsi, dans les brasseries et les distille- 
ries, des quantités énormes de gaz carbonique. La 
récupération de l'acide carbonique de fermentation 
est à peu près nulle en brasserie; la raison en est 
que les volumes de moût traités sont relativement 
faibles, et que, dans les brasseries bien installées de 
fermentation basse (bières allemandesl, la fermen- 
tation dure douze jours au moins, le dégagement de 
gaz étant très lent. Comme, de plus, le dispositif né- 
cessaire à la récolte du gaz carbonique parait exer- 
cer une intl