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Revue générale 

des Sciences 



putes et appliquées 



TOME VINGTIEME 



Revue générale 

des Sciences 



pures et appliquées 



PARAISSANT LE 45 ET LE 30 DE CHAQUE MOIS 



DiRRCTEUK ; Louis OLIVIER, DoCTKUR es ScIIlNCF.S 



TOME VINGTIEME 

1909 

AVEC NOMBREUSES FIGURES ORIGINALES DANS l,E TEXTE 



Librairie Armand Colin 

G, rue de Mézlères, l^aiis 



20'' ANNÉE 



N° 1 



l.*i .lANVlEli l!i(i:» 



Revue générale 

des Sciences 

pures et appliquées 

Directeur : LOUIS OLIVIER, Docteur es sciences. 



?r tout ce qui concerne Ja rédaction h M. L. OLlTÎEâ, IS.'rue ChauTeau-laewfle, Paris. — La reproduction et la traduction des auvies et des 
pufcliés dans la Rtrut «ont complètfmcnt interdites en France et dans <ouB les pays étrargerp, y compris In Suède, la l'orvi'ge et l:i Hollande. 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



§ 1. — Distinctions scientifiques 

EleeJioii à l'Acadéiuie des Sciences de 
Paris. — r»ans sa séance du 28 Décembre, rAcaclémie 
Jes Sciences Je Paris a procédé à Téleclion d'un 
membre dans sa Section de Physique en remplace- 
ment du regretté E. Mascart. La Section avait présenté 
«n première ligne IM. P. Villard et en deuxième ligne 
MM. D. Berthelot, E. Branly, André Broca, A. Gotton, 
H. Pellat et A. Pérot. Au premier tour de scrutin, 
M. Villard a obtenu 31 voix contre 18 données ù 
M. Branly. En conséquence, M. Villard a été déclaré élu. 

Le nouvel académicien a débuté dans la science par 
une importante série de recherches sur la dissolution 
des gaz dans l'eau et sur les propriétés des hydrates 
de gaz, puis sur les gaz liquéfiés et les phénomènes 
critiques. Mais son activité s'est surtout portée sur le 
domaine des nouvelles radiations : rayons cathodiques, 
rayons de Roentgen, rayons du radium et des corps 
radio-actifs ont été tour à tour l'objet de fructueux 
travaux, qui ont contribué pour une part importante 
aux progrès de cette branche de la Physique. On lui doit 
notamment la découverte des rayons magnéto-catho- 
diques. La Revue, à laquelle M. Villard a quelques fois 
collaboré, est heureuse de le féliciter de la haute 
sanction que ses belles recherches viennent de recevoir. 

§ 2. — Nécrologie 

_ E.-T. Hamy. — Avec le Profess(.-ur Hamy, disparait 
l'une des figures importantes du monde scientifique. 
Quarante années durant, il a travaillé avec acharne- 
ment à augmenter nos connaissances dans les do- 
maines les plus variés : Anatomie, Anthropologie, 
Ethnographie, Géographie, Archéologie, Histoire des 
Sciences et des Arts; et, dans tous ces domaines, il a 
déployé \m talent profond et mis à profil une érudition 
des plus riches. 

Né à Boulogne-sur-Mer, le 22 juin 1842, Théodore- 
Jules-Ernest Hamy manifesta, encore collégien, un 
goût prononcé pour les études archéologiques et histo- 
riques; mais, suivant la volonté de ses parents, il alla 
à Paris étudier la Médecine. L'époque à laquelle il 
commença ses études médicales, qu'il poursuivit avec 

REVUE GÉNÉRALE DES SCIENCES, 1909. 



succès jusqu'en 1868 où il prit le diplôme de docteur, 
était particulièrement favorable à l'éclosion des voca- 
tions anthropologiques. Sous la puissante impulsion 
dpnnée par P. Broca, la jeune Société d'Anthropologie 
était alors le centre où l'on discutait avec ardeur les 
questions les plus passionnantes se rapportait aux 
théories transformistes, à l'ancienneté et à l'originc! 
de l'Homme, ;'i la place de l'Homme parmi les êtres or- 
ganisés, etc. Aussi, sous l'influence de Broca, qui l'at- 
tacha plus tard à son laboratoire d'Anthropologie à 
l'Ecole des Hautes Etudes, Hamy inaugura la série de 
ses travaux scientifiques par une modeste Communica- 
tion à la Société d'.\nthropologie (1863) sur les silex 
taillés trouvés aux environs de sa ville natale. En reli- 
sant cette Communication, on peut y trouver, comme 
en germe, les qualités maîtresses du génie scientifique 
de Hamy: précision dans les détails, scrupule de la vérité 
scientihque, préoccupation constante d'évoquer le té- 
moignage de l'Histoire et de l'Ethnographie pour 
éclaircir les questions anthropologiques et préhisto- 
riques. Bientôt, le domaine de ses recherches s'i'iargif. 
Il entreprend des travaux sur les particularités aiiato- 
miques qui rapprochent ou éloignent l'Homme des 
autres animaux : sa thèse sur la signification de Tinter- 
maxillaire de l'Homme (1868), ses communications à 
la Société d'Anthropologie sur l'épine nasale dans l'or- 
dre des Primates, sur la longueur de l'avant-hras, re- 
lativement plus considérable chez le nègre que chez le 
blanc, et tant d'autres i m t fourni des faits et des conclu- 
sions, dont plusieurs gardent encore toute leur valeur. 

Ayant eu l'occasion de faire un voyage en Egypte. 
Hamy établit scientifiquement, dès 1809, l'existence de 
l'Homme paléolithique en Egypte, existence confirmée 
depuis par les fouilles de Flinders Pétrie, de .Morgan, 
de Schweinfurth et de tant d'autres savants. L'u au 
après, il publie son Précis de Paléontologie liumniiic, 
modèle d'un résumé de l'état des connaissances à cette 
époque, ouvrage que, aujourd'hui encore, on consulte 
avec fruit. 

Nommé en 1872 aide-naturaliste au Muséum, Hamy 
entreprend, avec son maître A. de (Juatrefages, un tra- 
vail colossal qui ne fut achevé que dix ans plus tard : 
le grand volume des Crania EHiiiicii, mine inépuisabbî 
de documents craniologiques sur les peuples du monde 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



entier, depuis les temps quaternaires jusqu'à nos jours. 
Toute une génération d'anthropologistes français et 
étrangers a vécu, s'appuyant sur les données puisées 
chez les savants auteurs des Crania Ellmica. Dans ce 
grand Ouvrage, comme dans les nombreuses Notes sur 
les crânes des populations préhistoriques ou encore 
existantes à la surface du Globe, Hamy se préoccupait 
moins de la valeur des caractères morphologiques au 
point de vue général, que de la recherche des carac- 
tères qui puissent établir la parenté ou la diversité des 
races humaines. 

Mais d'autres préoccupations hantaient aussi l'esprit 
actif de llamy. Chargé d'organiser à l'Exposition Uni- 
verselle de 1878 la Section anthropologique et ethno- 
graphique, il se passionne pour l'Ethnographie pure, 
et, à peine l'Exposition passée, il profite de l'occasion 
pour réunir les oljjets offerts gracieusement à l'Elat 
par nombre d'exposants et créer le noyau d'un Musée 
ethnographique, qu'il cherche ensuite à caser dans un 
bâtiment quelconque. Heureusement, le Trocadéro est 
k'i, inoccupé pour le moment. Il fait démarche sur 
démarche, et obtient la création du premier Musée 
ethnographique en France. En 18S2, il en fut nommé 
directeur. Il arrange alors en quelques mois la belle 
galerie américaine, que tout le monde connaît et dont 
il a décrit les pièces les plus remarquables dans un 
beau volume publié en 1897. 

Le travail muséologique mène Hamy à un nouveau 
champ de recherches qui se révèle aussi fertile que les 
autres par lui cultivés. Il se passionne pour 1' » Améri- 
canisme », et, non content de publier de nombreux 
.Mémoires [Décades américaines), etc., ayant trait aux 
populations précolombiennes et actuelles de l'Amé- 
rique, il provoque, grâce au concours généreux de 
Mécènes comme L. Augrand et le duc de Louba, la 
création : d'une « Société des Antéricanistes », d'un 
prix spécial pour récompenser les meilleurs ouvrages 
sur l'Ethnographie américaine, enfin d'une chaire 
d'Américanisme au Collège de France. 

Au retour d'une exploration ethnographique dans le 
Sud de la Tunisie, Hamy avait été élu en 1890 membre 
libre de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres, 
et, deux ans après, il avait succédé à de Quatrefages à 
la Chaire d'Anthropologie du Muséum. Dans ses leçons, 
très brillantes, il savait toujours donner cette nuance 
ethnographique qui faisait la nouveauté et le charme 
de son enseignement. 

Tout en continuant cet enseignement, Hamy revint 
petit à petit aux études favorites de sa jeunesse, à l'his- 
loire de la science. Il avait d'abord entrepris d'écrire 
l'Histoire du Muséum, et les fragments de cette Histoire 
'|ui ont paru montrent sur quelle vaste échelle il a 
établi le plan de son o'uvre. Malheureusement, sa mort 
laisse cette œuvre inachevée. En même temps, il s'était 
fait historiographe d'un grand nombre de savants et 
surtout des artistes et des voyageurs scientifiques, 
liien préparé par ses nombreuses recherches dans le 
domaine de la Géographie, il a écrit, dans ses dernières 
années, plusieurs volumes qui mettent en relief les 
ligures de Geoffroy Saint-Hilaire, de Humboldt, de Bom- 
]iard, de Dombey et de tant d'autres voyageurs-natu- 
r.ilisles. 

I)aillcurs, ce n'est |ias seulement au point de vue ré- 
Irnspijctif que Hamy s'est occupé des explorateurs. 11 n'a 
cessé d'être en relation avec un grand nombre de nos 
voyageurs, depuis l'époque, déjà lointaine, où, grâce à 
son initiative. Désiré Charnay et Alphonse Pinart nous 
révélaient les premiers aspects de l'Ethnographie amé- 
ricaine, jusqu'à ces derniers jours où il classait les 
riches collections ethnographiques rapportées par Des- 
plairiies de rAfri(iiie et par le D' Rivet de l'Equateur. 
Iians ses nombreuses fonctions, au Muséum comme 
;iu Trnradéro, dans les Commissions du Ministère 
comme aux Sociétés d'Anthro])ologie et de Géo.i,'ra|)liie, 
dans les Congrès nationaux ou internationaux qu'il a 
si souvent présidi's, partout Hamy a su conquérir l'es- 
time et l'afTecti \r n-uK qui l'approchaient. Grâce à 



sa force de travail et à son énergie opiniâtre, il a su 
créer, avec des ressources minimes, comme il n'arrive- 
que trop souvent malheureusement dans notre pays, 
des institutions scientifiques de premier ordre; et, non 
content de faire des recherches personnelles, il a su 
provoquer des voyages scientifiques d'une réelle valeur. 
J. Deniker, 

Hihlinlh/kaire nu ^/,lscllm iinlioiifl irHisliAre mlureUe. 



§3. 



Astronomie 



La variation des latitudes. — La connaissance 
du mouvement du pôle terrestre à la surface de notre 
Globe se précise de plus en plus, et l'on parvient main- 
tenant à reconnaître les variations systématiques dues- 
aux erreurs d'observation dans la réduction des obser- 
vations internationales. 

La hauteur du pôle en un point est donnée par l'angle 
formé par la ligne horizontale tracée en ce point avec 
la direction de l'axe de rotation de la Terre, en sup- 
posant que cet axe de rotation est invariable. Cette 
îiauteur du pôle au-dessus de l'horizon définit la lati- 
tude géographique du lieu. On détermine généralement 
cette hauteur polaire en mesurant, aussi rigoureu- 
sement que possible, la distance au zénith de certaines- 
étoiles tixes dont on connaît exactement la distance 
polaire dans le ciel. La connaissance de la latitude géo- 
graphique dépend donc de trois éléments : 1° de la 
direction de la ligne verticale au point d'observation; 
c'est elle qui donne la position exacte du zénith; 2° des 
positions des étoiles observées sur la sphère céleste; 
3° de la position de l'axe de rotation dans le globe ter- 
restre. 

Vers le milieu du xv!!!' siècle, Euler, dans sa " Théorie 
de la rotation de corps solides autoui- d'un axe mobile », 
montra qu'il devait se présentera la surface de la Terre 
des variations de hauteur polaire ou de latitude, dues 
à une sorte de « tremblement » du pôle dont une révo- 
lution entière devait s'accomplir en dix mois. Les obser- 
vations de latitude furent examinées avec le plus grand 
soin par les astronomes de l'époque. Mais le résultat 
fut négatif. Le pôle paraissait immobile, et la question 
semblait même si bien résolue que M. Chandler, trou- 
vant un mouvement apparent du pôle dans ses obser- 
vations faites en 1885 avec un instrument de son inven- 
tion, l'Almucantar, crut à une erreur d'observation et 
ne continua pas ses recherches. 

Peu après, cependant, le D'' Kïistner, de Berlin, 
publiait ses propres observations, faites presque à la 
même époque et indiquant aussi un léger mouvement 
du pôle. L'attention du monde savant se trouvait ainsi 
appelée sur la question; en 1889, la Commission inter- 
nationale de Géodésie prit l'initiative d'organiser une 
action combinée des observatoires de Berlin, Potsdam, 
Prague et Strasbourg. Cette Commission mit en évi- 
dence une variation périodique des latitudes géogra- 
]ihiques. 

Entre temps, le D'' Chandler reprenait la même étude, 
en compulsant les observations déjà faites et en déter- 
minant ainsi le mouvement du pôle. Ses recherches 
devaient être couronnées de succès. 

Mais, tandis qu'Euler, se basant sur la rigidité absolue 
de la Terre, avait admis une période de dix mois, 
Chandler trouvait une période de quatorze mois 
d'après les mesures expérimentales. 

Il s'ensuivit une ardente polémique, au cours de 
laquelle le D'' Chandler dut soutenir seul son opinion 
contre les mathématiciens. Ces derniers continuèrent 
à se ranger du côté d'Euler, dont les calculs étaient 
exacts, et Gliandler continua à croire l'expérience, les 
sources d'erreur d'observation ayant été rigoureuse- 
ment contrôlées. 

C'est au Professeur Newcomb que revient l'honneur 
d'avoir su mettre d'accord l'observation et le calcul. 
Les théoriciens assimilaient la Terre à un corps rigide, 
ce qui explique les divergences dans les résultats. Les 
observations récentes de l'Association géodésique inter- 



CHUOXKU'K KT ('(»1{UKSI»()M»AX('K 



natioiialo montrent que la courbure moyenne de la tra- 
jertoire du pôle est de 305° [lar an. Le pôle terrestre, 
de ce fait, accomplit donc une révolution complète en ' 
quatre cent trente-deux jours, valeur très voisine de 
celle de Chandier, qui admettait quatre cent vingt-sept 
jours. 

La difféience entre le temps de révolution constaté 
et celui d'Euler — (d)tenu au moyen du calcul — est 
di' cent viii;;l->i'pl jnurs, et M. Newcomb a montré que 
rellr ditlci riK ,' >.\plique si l'on ne tient pas compte 
d'une rerlauu' l'Iaslicilé du géoide terrestre. Les tra- 
vaux de Hough et de certains autres physiciens ont 
nmené aux mêmes conclusions. 

Ces variations du pôle sont, d'ailleurs, très irrégu- 
lières et ne suivent aucune règle rtxe, du moins en 
.ipparence. On a tenté plusieurs explications qui, pour 
la [dupart, ont probablement un fond de vérité. 

Qu'il nous soit |iermis, en terminant, de dire notre 
opinion à ce sujet : Le phénomène est du en grande 
partie aux dépôts de condensation : pluie, masses d'eau, 
neiges, etc., autour de la calotte polaire. Or, cette con- 
densation irrégulière est probablement liée au pouvoir 
calorilique du Soleil qui change à chaque .instant. L'ne 
élude de la radiation solaire, dont X'iucoitslmice est 
maintenant hors de doute, peut donc seule nous donner 
la clef du mystère et nous permettre peut-être la pré- 
vision des points d'inilexion de la courbe, qui est liée, 
nu le sait depuis les travaux de Milne, aux grands 
iiemblements de terre. 

Abbé Th. Moreux, 

Dinclciir de I Observaluire ih' Bounjes. 

§ 4. — Art de l'Ingénieur 

Les iiavîi'es à propulsion électrique. — La 

P'opulsion électrique n'est employée que très rarement 
a bord des navires : à part certaines embarcations uti- 
lisées pour le service des ports militaires, on ne la 
trouve guère que sur les sous marins, où le moteur 
(■lectrique alimenté par des accumulateurs est jusqu'ici 
le seul dont on puisse se servir pour la marche en 
plongée. Mais jusqu'ici on n'avait pas envisagé l'emploi 
de l'électricité pour la marche de bâtiments de com- 
merce tels que les cargo-boats, pour lesquels l'éco- 
nomie de fonctionnement est une des qualités les plus 
nécessaires. 

C'est l'extension des turbines qui a amené à cette 
conception. On sait que des expériences comparatives, 
faites entre des navires semblables munis, les uns de 
turbines, les autres de machines alternatives, ont fait 
constater en faveur des premières une économie de 
combustible pouvant aller jusqu'à 10 "jo pour une 
même vitesse — à condition seulement que le nombre 
de tours de la turbine soit grand et qu'elle fonctionne 
à une puissance voisine de son maximum. Comme, 
d'autre part, l'économie de poids et d'encombrement 
est également très sensible, et qu'enfin, la turbine 
exigeant moins de surveillance, l'adoption de ce mode 
de propulsion permet de réduire le personnel méca- 
nicien, on comprend que la généralisation de son 
emploi ait été si rapide pour tous les paquebots à 
grande vitesse et bâtiments des marines militaires. 

Mais, pour les navires à faible vitesse, il y a un fac- 
teur très important dont il faut tenir compte : c'est le 
rendement de l'hélice; ce rendement diminue très 
vite quand la vitesse de rotation augmente; aussi les 
navires de charge peu rapides ne s'accommodent-ils 
pas des grandes vitesses de rotation. Il ne saurait donc 
être question de les faire mouvoir par des turbines, si 
l'on ne s'était avisé de tourner la difliculté de la ma- 
nière suivante : la turbine actionne une dynamo géné- 
ratrice dont le courant commande une dynamo l'écep- 
trice placée sur l'arbre porte-hélice. 

Cette combinaison paraît à première vue inutilement 
compliquée et dispendieuse : si l'on admet pour cha- 
cune des dynamos le rendement moyen de 0,94, le ren- 
diMiient de l'ensemble ne sera que de (.i,88, c'est-à-dire 



que la perte, du seul fait de l'emploi de l'électricité, est 
de 12 ° de l'énergie fournie par la machine à vapeur. 

Mais cette dernière peut être une turbine à très 
grande vitesse {l.uOO à 2.000 tours), tandis que la 
dynamo réceptrice actionnant l'hélice tournerait à 
70 à 80 tours; par rapport à une machine alternative 
qui commanderait directement son hélice à une vitesse 
de 300 tours par exemple, on i)eut avoir un gain de 
10 "la du fait du très grand nombre de tours de la tur- 
bine, et un autre de 10 °/o dû au meilleur rendeunMil 
de l'hélice à taible vitesse; le total dépasse légèrement 
la perte provenant des moteurs électriques. 11 faut dire, 
en outre, que l'économie de consommation de vapeur 
permettra de réduire dans la même proportion la puis- 
sance des chaudières, d'où un bénéfice très important 
sur le poids et l'encombrement des appareils moteurs. 
Enfin, une telle combinaison aurait encore l'avantage 
que le bâtiment qui en serait muni pourrait marcher 
presque instantanément en arrière à toute puissance, 
ce qui estimpossible avec les turbines, qui ne sont pas 
réversibles : les navires munis de turbines sont obligés 
jusqu'ici d'avoir pour la marche en arrière une ma- 
chine spéciale, que naturellement on fait moins puis- 
sante, par économie ; il y a tout à avantage à s'affranchir 
de cette complication. 

En délinitive, la propulsion électrique, malgré les 
apparences et grâce aux nouveaux moteurs à vapeur, 
apparaît comme utilisable et avantageuse pour la classe 
la plus nombreuse des bâtiments. Des essais sont en 
cours pour vérifier les chiffres cités plus haut, et, si 
l'expérience est favorable, on peut s'attendre à des 
applications immédiates en grand nombre. 

§ 5. — Physique 

Sur les ffaz formés dans les tubes si dé- 
charge. — Dans des expériences récentes, M. M. von 
Hirsch' constatait entre la tension p du gaz et le poten- 
tiel explosif V, dans la production des rayons catho- 
diques au sein des tubes à décharge employant comme 
source de courant une machine à influence, l'existence 
d'une relation //V = const., dans le cas où le tube 
est rempli d'un gaz pur et non pas d'un mélange de 
gaz. D'autre part, il a remarqué que les électrodes 
d'aluminium ordinaire renfermant du sodium dégagent, 
sous Tefl'et de la décharge, un gaz caractérisé par une 
valeur bien définie de /,'V et qui, par conséquent, sem- 
blait devoir être considéré comme gaz pur. 

Dans un travail ultérieur-, l'auteur s'est posé la tâche 
d'établir la nature de ce gaz; comme les expériences 
antérieures lui permettaient de supposer qu'il s'agit 
d'une modification de l'hydrogène, il soumet le gaz à 
l'action de l'oxyde de cuivre incandescent. 

Le filament d'une lampe à tantale ayant été remplacé 
par un fil de cuivre mince, la lampe ainsi modifiée est 
reliée au tube à décharge, après quoi les résidus de 
gaz restant après l'établissement du vide sont chassés 
par l'échaulTement. Le fil de cuivre est enfin oxydé à sa 
surface par l'incandescence au sein de l'air atmosphé- 
rique. Cette lampe consomme entièrement (ou plutôt à 
environ un millième de mm. de mercure près) l'hydro- 
gène introduit au rouge sonibre et en présence de P-0=. 

Ces expériences donnent comme résultat que les 
électrodes en aluminium, à traces de sodium, renfer- 
ment, non pas de l'hydrogène pur, mais un mélange 
remarquable à parties égales d'acide carbonique et 
d'hydrogène. Ce mélange, qui présente de grandes 
analogies avec le point eutectique des mélanges fon- 
dants^ ou bouillants, se forme spontanément sous 
l'action des décharges, tout excès de CO' ou de H' 
disparaissant par l'établissement spontané du vide, 
suivant que la teneur en H= est inférieure ou supérieure 
à 50°/„. 



• P/jv.s. Zeilscbr.. t. VIll, p. 4«1, 19U7. 
' Phi s. ZcUschr., t. IX, p. 603, 1908. 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



L'acliiiiuni C, nouveau pi-niluil éphéinèi-e 

de l'acliniiini. — Au rouis de leurs utIich lirs rela- 
lives aux rayons fi de racliniuui, M. (i. Ilaljii cl M'i« L. 
Mfcitner' observèrent que la décroissance d'activité du 
dépôt actif se fait d'abord plus lentement qu'il ne fau- 
drait s'y attendre sur la base des périodes de décompo- 
sition connues de l'actinium A et de l'actinium B. En 
répétant leurs expériences sur des feuilles métalliques 
induites à poses variables (examinées au point de vue de 
la variation temporaire de leur activité, simultanément 
dans un électroscope a et un électroscope p), ils ont 
constaté, surtout dans le cas d'une pose courte, que la 
variation de l'activité |i se comporte d'une façon essen- 
tiellement différente de celle de l'activité «. Aussi l'idée 
s'est-elle présentée que ces déviations seraient dues à 
un produit jusqu'ici inconnu, de durée courte par rap- 
port à celle de l'actinium A. 

Les expériences systématiques faites pour séparer 
cette substance hypothétique ont permis de démontrer 
que le dépôt actif de l'actinium se compose, en efl'et, 
non pas de deux produits, suivant les idées générale- 
ment acceptées, mais de trois composantes bien carac- 
téiisées, à désagrégation rapide, à savoir l'actinium A, 
l'actinium B et l'actinium C. 

La période de désagrégation du nouveau produit, dit 
actinium C, qu'on sépare de différentes façons de l'ac- 
tinium A, s'est trcjuvée être de !i,IO minutes. Tout en 
émettant les rayons i3{ -[-y) jusqu'ici attribués à l'acti- 
nium B, ce produit n'émet point de rayons a. 

Les rayons a du dépôt actif ne sont dus qu'à l'acti- 
nium B. Les auteurs déterminent de nouveau, et par 
(bs iiiisuies directes, la désagrégation de ce produit 
\iir\>iiv'- iiidc'pendamment de l'actinium A. La période 
dn ili\sa;.'n 'Station se trouve être de 2, S minutes, ce qui 
concorde parfaitement avec la valeur calculée par 
Bronson. L'ordre des produits est déterminé à l'aide 
des courbes ascendantes d'actinium B originellement 
exempt d'actinium C. 

Le dépôt actif de l'actinium se compose par consé- 
quent des produits suivants : 



Aciinium A (1res absoi'bables) Sfi minutes. 

— I! I 2 min. 5. 

— C P(+y) " min- 10- 

La courbe théoritiue ascendante de l'aclinium B, ori- 
ginellement exempt d'actinium C, aussi bien que les 
courbes d'équilibre des activités a et S du dépôt actif, 
concordent parfaitement avec les courbes données par 
l'expérience. 

§ 6. — Électricité industrielle 

I/einpIoi de l'éleetriciU' pour le dé8:el de 
la neige. — Pour débarrasser les rues de nos villes 
des masses souvent considérables de neige qui les 
encombrent, l'on s'est borné jusqu'ici à rassembler la 
neige à l'aide de balais ou de balayeuses mécaniques, 
puis à la transporter à un dépôt situé en dehors de la 
ville ou à la déverser dans les rivières et canaux. Ce 
procédé est primitif et peu hygiénique. 

Les quelques tentatives jusqu'ici faites en vue d'un 
dégel artiliciel de la neige des rues n'ont guère été 
heureuses : les dispositifs de dégel à vapeur, en dehors 
du danger d'explosion et du bruit gênant produit par 
leur fonctionnement, ont donné des résultats très peu 
satisfaisants. 

.M. Heine, à Berlin, vient de faire des essais très 
satisfaisants avec un dé'geleur de neige électrique, dans 
la disposition duquel les derniers progrès faits par la 
lecliniquc américaine dans la construction des radia- 



' Pliys. Zcilsclirill, ii" 20, 1009. 



teurs électriques ont été utilisés. Ce dis|iositif, basé 
sur une expérience très étendue, s'adapte parfaitement 
à la nature de la substance qu'il s'agit de faire fondie; 
il se compose de matières d'une grande conductivité. 
D'une hauteur relativement petite, il se prête particu- 
lièrement à l'emploi dans les rues très fréquentées, 
et il présente une superficie chauffante aussi considé- 
rable que possible par rapport à une couche de neige 
de faible épaisseur. 

Des boîtes de contact, communiquant avec la canali- 
sation électrique, seront disposées, pour alimenter les 
dégeleurs de l'énergie électrique dont ils ont besoin, 
aux poteaux télégraphiques, aux avertisseurs d'in- 
cendie, aux réverbères, aux murs, aux caves, etc. ; ces 
boîtes pourront être utilisées en même temps pour 
l'actionneraent d'autres machines, telles que les pompes 
à incendie électriques, jusqu'ici opérées par des accu- 
mulateurs. Ces dispositifs seront installés aussi près 
([ue possible de la canalisation municipale, pouvant 
recevoir directement l'eau de dégel. La boue produite 
en même temps (lorsqu'elle ne pourra pas être intro- 
duite directement dans les tuyaux de canalisation) sera 
enlevée par des voitures ou des automobiles. 

D'après les expériences déjà faites, le coût total, par 
mètre cube, dans les conditions locales, se monterait 
à 1 franc-1 fr. 60, tandis que le coût du système actuel 
est de 3 fr. 75. Le surcroît de rapidité et d'efficacité de 
ce procédé, joint à la sécurité absolue de l'appareil 
(manié sans le moindre apprentissage spécial), el sa 
facilité de transport sont cependant des avantages bien 
plus considérables que cette économie, déjà importante 
en elle-même. La consommation de courant est con- 
trôlée à tout moment par un compteur disposé sur la 
paroi antérieure de l'appareil. 

Un autre procédé, indiqué par M. Heine pour enlever 
les masses de neige accumulées dans les rues, procédé 
particulièrement utile dans le cas des fortes chutes, 
consiste à employer une automobile collectrice à ser- 
vice mixie (comportant une dynamo entraînée par un 
moteur à essence, qui fournit l'énergie électrique 
nécessaire pour actionner le moteur de la voiture), 
pourvue d'un gratteur mécanique et d'une bande do 
transport destinée à enlever la neige et à l'introduire 
dans un réservoir disposé sur le châssis. 

La dynamo à essence produit aussi le courant néces- 
saire pour actionner le moteur de la bande de trans- 
port, dont le fonctionnement ressemble beaucoup à 
celui d'une drague. Les dégeleurs électriques employés 
dans ce cas sont introduits dans le sol sur les grandes 
places publiques ou à d'autres endroits convenables, 
de façon à communiquer avec les conduites de canali- 
sation, dont les entonnoirs recevront le contenu du 
réservoir collecteur, pourvu d'un fond incliné. Ces 
mêmes automobiles seraient utilisées en été pour le 
nettoyage des rues, d'autant plus que leur énergie 
électrique pourrait servir à actionner les nettoyeurs 
à vide, efl'ectuant l'enlèvement très rapide de la boue 
et de la poussière. 

L'emploi du dégeleur électrique sera rendu, dans 
certains cas, particulièrement avantageux en faisant 
concourir la chaleur de l'eau résiduelle des tuyaux de 
canalisation au dégel de la neige. On retirera des 
profils encore plus(.iiisi(l('i,ddes d'un projet consistant 
à introduire les (b'i;i'hiirs dmis les tubes à eau de con- 
densation des grandis usniis, tubes qui sont toujours 
aune température bien plus élevée. 

Pour certaines d'entre les rues principales, on se 
servirait enlîn d'automobiles collectrices dont le réser- 
voir serait remplacé parmi dégeleur disposé au-dessus 
d'un récipient de 0,5 mètre cube, destiné à recevoir 
l'eau de dégel d'environ 4 mètres cubes en neige, ce 
qui dispenserait de la nécessité de décharger le contenu 
du réservoir à neige dans la bouche de canalisation la 
plus proche. La dynamo à essence fournirait son cou- 
rant au dégeleur électrique, pendant les arrêts ou la 
marche à petite vitesse. 

A. Gradenwitz. 



CIIKOXIQLK ET COKKESPONDAXCK 



v; 7. — Chimie physique 

Les cirets pliotograpliiqiies des iiiélaiix. — 

iiii sait ([lie M. .1. W. Hussell, qui, le premier, a cons- 
lati- raction photographiquo de certains métaux et de 
substances oiiiaiiiques oxydables, la rapporte aux 
elTets exercés par les vapeurs de peroxyde d'hydrogène, 
tandis que d'autres auteurs l'attribuent soit a un 
rayonnement spécial, le rayonnement « métallique », 
soit aux rayons ultra-violets. D'autre part, les phéno- 
mènes photographiques que présentent des corps 
traités par l'ozone' sont également attribués par 
M. Dony-Hénault à l'action du peroxyde d'hydrogène. 
Ouant à la nature de cette action, les opinions oscillent 
entre l'hypothèse d'une réaction chimique ordinaire 
(Russell) et celle d'un rayonnement particulier ou 
d'une radio-activité. 

Dans un travail récent, M. S. Saeland' étudie la 
question de savoir si ces effets photographiques 
impliquent ou non l'existence d'un rayonnement spon- 
tané spécial des métaux et d'autres corps et quelle 
serait la nature de ce rayonnement tant de fois pos- 
tulé. 

L'auteur constate, au sein de l'air, mais non dans le 
vide, une diminution graduelle de l'activité d'un métal 
usé à l'émeri. Un éclairage préliminaire du métal 
semble être sans le moindre effet sur le phénomène 
étudié. L'activité métallique n'est pas non plus 
détruite par un échauffement intense sans éclairage 
subséquent." Enfin, dans les limites des expériences de 
l'auteur, les effets seraient indépendants des champs 
électriques. 

Uni' expérience faite à une température très basse 
n'a pas permis de constater le moindre effet après une 
pose de cinq heures. Toutes choses étant, d'ailleurs, 
égales, on renforce beaucoup le noircissement de la 
pïaque en ne faisant pas le développement immédiate- 
ment après la pose. Ces phénomènes (qui se constatent 
également dans le cas où la plaque exposée est chauffée 
pendant un certain temps avant d'être développé-e) pré- 
sentent une différence essentielle avec les etfets. sur la 
plaque photographique, de la lumière et des rayonne- 
ments connus. La décomposition du bromure d'argent, 
on le voit, se continue après l'élimination de la source 
apparente des eft'ets. Il semble que, grâce à la pose, 
une substance active s'accumule sur la plaque ; les 
réactions photochimiques, relativement lentes aux 
températures ordinaires, sont fortement accélérées, 
comme la plupart des réactions chimiques, par les 
accroissements de la température. 

Les expériences faites au sein de l'air raréfié ou dans 
le vide font voir que les effets y diminuent beaucoup 
d'intensité, sans qu'en général ils disparaissent com- 
plètement. Ce n'est que dans des cas exceptionnels (où 
un vide fort avancé est produit très rapidement) que 
l'auteur réussit à détruire entièrement l'effet plioto- 
graphique des métaux étudiés. Il résulte de ces 
expériences que l'effet photographique ne se produit 
que si la formation de H^ 0' est possible, et qu'il décroît 
fortement à mesure que diminue cette possibilité. Les 
amalgames, qui, suivant les expériences de Schônbein, 
donnent lieu à la formation de peroxyde d'hydrogène, 
se distinguent par des effets photographiques particu- 
lièrement intenses. 

Bien que les recherches de M. Russell aient rendu 
extrêmement invraisemblable l'existence d'une propa- 
gation rectiligne des effets photographiques, l'auteur 
croit utile de constater, par des expériences spéciales, 
sur des métaux séparés de la plaque par une feuille 
d'étain intermédiaire, que la propagation des effets se 
comporte parfaitement comme une difTusion gazeuse. 
Or, des résultats identiques ont été trouvés par plu- 



' Voir l'article tic M. P. Villahh : /îcruc gcn. d. Se, n" i, 
p. 21:1, f'JII2. 
' AnnaleiiiJer Physik. n" 10, 1908. 



siiMirs auteurs' pour les eff'ets photographiques dus 
aux solutions de peroxyde d'hydrogène. 

Une observation frappante faite par l'auteur, c'esl 
que les effets photographiques des métaux, aussi bien 
que ceux du peroxyde d'hydrogène, sont détruits par 
certains métaux, notamment le cuivre et le laiton. 
Cette observation s'expliquerait en admeltani que les 
vapeurs de 11=0'- se rendent, de la proximité immédiates 
du mi'-tal ou de la solution, vers la plaque plmlugia- 
phique, perdant leur activité photographique dans le 
cas où elles seraient décomposées en chemin. 

M. .'^aeland constate une activité très prononci'C 
qui s'exerce à travers des feuilles d'aluminium ordi- 
naires exemptes de trous, disposées entre la plaque et 
le métal en essai, en couches de dix feuilles d'une 
épaisseur totale de 0,0046 mm., imperméables à la 
lumière, mais perméables à la diffusion de l'hydro- 
gène. D'autre part, les effets photographiques sont 
détruits complètement par l'action d'un courant d'air 
aspirant d'une vitesse même mo<lérée. 

De l'ensemble de ces phénomènes, l'auteur tire la 
conclusion qu'il s'agit, dans le cas de ces actions pho- 
tographiques, d'effets purement chimiques, identiques 
pour les métaux et les solutions de peroxyde d'hydro- 
gène. Aussi recommande-t-il plus de prudence dans 
les cas analogues, où la constatation d'un effet photo- 
graphique a "fait immédiatement songer à l'existence 
de rayonnements nouveaux. 

§ S. — Chimie industrielle 

Le reiideinent des procédés de rabricalioii 
de la chaux azotée. — Nous recevons de M. Paul 
Jaui'l la cijmmunicalion suivante : 

<' Cher Monsieur, 

i< Je reçois de M. Ph. A. Guye, professeur à l'Univer- 
sité de Genève, la lettre suivante : 

« Monsieur et honoré collègue, 

c. En parcourant Votre très intéressant compte rendu 
" du Congrès de Marseille, publié par la lleviie géné- 
« raie des Sciences, vous citez (page 903) un désaccord 
c< entre mes calculs et ceux de M. Call. 

■■< Permettez-moi donc de vous signaler qu'en indi- 
« quant le rendement de 400 kilogs d'azote fixé par 
" kilowatt-an à l'étal de chaux azotée, j'ai expressé- 
<i ment indiqué qu'il s'agissait d'azote et non pas 
« d'acide azotique (voir ma conférence de mai 1906 à 
■< la Société des Industries chimiques à Londres). Celle 
c< quantité d'azote correspond à f .000 kilogs environ 
« d'acide azotique à 100 °, „ AzO'H, nombre qui n'est pas 
« très éloigné de celui indiqué par M. Gall (2.000 kilogs), 
" lequel ttent sans doute compte des progrès réalisés 
" dans l'industrie de la chaux azotée de 1903 à 1908. 
" Nos deux évaluations concordent donc. » 

« .Je vous prie de vouloir bien insérer, dans un pro- 
chain numéro de la fieviie, les observations qui pré- 
cèdent, observations d'autant plus importantes à mettre 
en lumière, que dans l'un des Rapports présentés au 
Congrès de Marseille, Rapport auquel j'avais emprunté 
le chiffre cité plus haut, il est dit que, d'après les 
calculs de M. Guye, 1 kilowatt-an est capable de fixer 
la quantité d'azote contenue dans 400 kilogs d'acide 
azotique HAzXJ^ On voit, d'après la lettre que M. Guye 
a bien voulu m'adresser, qu'il convient de multiplier 
ce nombre par 4 : la correction est considérable. 

« Veuillez, etc.. « P- Janet. » 

§ 9. — Géographie et Colonisation 

La Alission foreslière Ang. Clievalîer en 
Afi-iqiie occidentale. — Depuis l'époque ou M. Au- 
guste Chevalier, docteur es sciences. Ht partie, en 189.S- 
1899, de la Mission d'études organisée par le général 

' Annalcn dor Pliysik, t. XVI, p. 651 et 89;!, 190.^. 



CHUOXIQUE ET COI'vHESFOXDAXCE 



(le Trentinian dans les régions du moyen Niger, il n'a 
pas cessé d'explorer, au point de vue scientifique, 
l'Afrique occidentale, et il s'est signalé surtout par sa 
belle exploration du bassin du Chari et du lac Tchad, 
de 1902 à 1904 '. Chargé en 1906, par M. Roume, alors 
gouverneur général de l'Afrique occidentale, d'une 
Mission d'études botaniques dans cette colonie pour 
une durée de dix années, il a accompli une première 
campagne dont il est possible aujourd'hui d'apprécier 
les i-ésultats, qui ont été très fructueux, et il est 
reparti, le 25 novembre 1908, pour continuer sa 
mission. 

M. Chevalier a consacré la plus grande partie de sa 
campagne de 1906-1907, à l'étude forestière de la Côte 
d'Ivoire. La forêt vierge de cette partie de l'Afrique 
occupe une large bande littorale qui remonte, dans 
les bassins du Cavally et du Comoé, jusque vers 8° de 
lat. N., mais qui, dans le bassin du Bandama, ne va 
pas au delà de 6°, laissant entre ce fleuve et son affluent, 
le Nzi, une vaste trouée, qui est le Baoulé; dans l'en- 
semble, elle mesure environ 120.000 Uilomèties carrés 
d'étendue-. C'est précisément l'existence de cette forêt 
qui. a retardé l'exploration de la contrée; mais cette 
forêt est d'une richesse considérable, et il importait de 
faire l'inventaire des produits qu'elle renferme et de 
déterminer la meilleure manière d'en tirer parti. 

M. Chevalier n'a pas étudié seulement la forêt de la 
Côte d'Ivoire au point de vue botanique; il a rapporté 
sur les divers bois des renseignements économiques et 
des indications précises et pratiques dont l'industrie 
n'a plus qu'à profiter. La mise en valeur en est d'autant 
plus désirable que la France importe annuellement 
pour 200 millions de francs de bois, que ses colonies 
d'Afrique occidentale pourraient lui fournir, et que, 
d'autre part, les réserves des pays de forêts, Hongrie, 
Suède, Norvège, Etats-Unis, sont notablement diminuées 
par une exploitation intensive. 

M. Chevalier, accompagné de M. Fleury, préparateur, 
a étudié la forêt dans les divers bassins côtiers de la 
Côte d'Ivoire. Il a commencé son étude dans la vallée 
de l'Agnéby, en profitant des travaux de défrichement 
qui s'y font pour la construction du chemin de fer. 
C'est surtout sur les rives de cette rivière qu'opèrent 
les coupeurs de billes d'acajou; beaucoup de troncs 
abattus restent sur place, où ils pourrissent, l'irrégu- 
larité des crues ne permettant pas toujours de les 
évacuer. 

Revenu à Bingerville, M. Chevalier gagna le Comoé, 
qu'il remonta, visitant successivement l'Atlié, le Bettié, 
rindénié e.t le Sanwi. Dans l'Attié, on voit la forêt 
vierge dans toute sa splendeur; entre Memni et Alépé, 
on rencontre de véritables futaies d'arbres de haute 
taille, oii l'on circule facilement. Dans l'indénié, le 
Funtiiinin ehistica est très abondant. 

S'étant rendu par mer à Sassandra, à l'embouchure 
du fleuve de ce nom, M. Chevalier remonta la vallée et 
gagna par la brousse ('■uideko, où il resta près de deux 
mois, étudiant la faune et la flore de ce pays neuf. 
Jusque vers Daloa au nord, la forêt est très épaisse et 
riche en Ftiiiliimi/i. On y trouve d'autres lianes à 
caoutchouc, dont quatre ou cinq espèces nouvelles. 

M. Chevalier entreprit ensuite l'exploration de la 
région comprise entre la Sassandra et le Cavally, un peu 
au sud de 6", en compagnie du capitaine Schiffer, qui 
commandait le poste de Guideko. Ce territoire était 
complètement inconnu. Les voyageurs traveisèrent un 
pays presque partout inondé, où ils durent s'ouvrir 
une route à travers la forêt. Ils trouvèrent de nom- 
breuses pistes d'éléphants et découvrirent une dizaine 
d'espèces de smges. Dans les bourbiers de cette contrée 
vit le petit hippopotame de Libéria {HipiJOfioUimns 
liherieiisis). (in ne voit dans cette zone inhabitée ni 
palmier à huile, ni Fiii/linni.-i. Le capitaine Schiffer 

' FIcviio (icnninh des Sricncea du 30 juin 1904. p. .'HS. 
' AuoLSTE CjiEVALir.ii : La fo et vierge de l.i Cote d'Ivoire. 
/>» Clcorjriiphic l.'l mars 11108, p. 201. 



releva topographiquement tout l'itinéraire, soit environ 
300 kilomètres nouveaux, en comprenant le voyage de 
retour qu'il effectua aussi en pays inexploré. 

Laissant le capitaine Schiffer au Cavally, M. Chevaliei 
descendit la vallée du fleuve. Les arbres à caoutchouc 
réapparaissent et sont communs jusqu'au nouveau 
poste de Fort-Binger, situé sur la rivière Hana, affluent 
du Cavally. M. Chevalier fit la première ascension du 
mont Niénokoué, masse granitique située aux environs 
de Fort-Binger, et que les indigènes avaient empêché 
le capitaine d'OUone de visiter sous prétexte que c'est 
une montagne fétiche; le mont Niénokoué s'élève à 
plus de 400 mètres au-dessus du pays environnant. 
M. Chevalier acheva ce voyage par une tournée au 
Fouta-Djallon. 

Il employa l'année qu'il passa en France à classer les 
collections rapportées de cette première campagne et 
à continuer la publication de ses travaux sur l'Afi'ique 
occidentale. 

Dans le local qui lui a été affecté au Muséum, M. Che- 
valier a installé : d'une part, l'herbier considérable 
comprenant toutes les plantes recueillies par lui, non 
seulement au cours de son voyage de 1906-1907, mais 
encore durant tous ceux qu'il a accomplis depuis 1898, 
en y comprenant sa grande mission Chari-Tchad; 
d'autre part, la collection des bois de la Côte d'Ivoire 
constituée en 1906-1907. 

L'herbier ne comprend pas moins de à 8.000 es- 
pèces. Ce sont les documents qui serviront à M. Che- 
valier à publier par la suite une flore de l'Afrique 
occidentale. Mais, dès à prési>nt et pour piendre date, 
il a commencé à faire paraître la description des 
espèces nouvelles '. 

Ce sont aussi les collections botaniques réunies par 
M. Chevalier qui lui ont permis de commencer son 
importante publication sur les végétaux utiles de 
l'Afrique tropicale française, à laquelle on! collaboré 
MM. Em. Porrot et Lefèvre, et dont il a écrit le dernier 
fascicule paru, l'elatif au cacaoyer'. 

Les collections de bois de la Côte d'Ivoire comptent 
actuellement environ 200 espèces, mais elles sont loin 
d'être complètes encore. M. Chevalier estime que l'on 
peut trouver à la Côte d'Ivoire de 1.500 à 2.000 espèces 
botaniques (Phanérogames). Sur ce nombre, il y a 
environ 300 à 400 espèces de grands arbres, de 20 à 
50 mètres de hauteur, et autant d'arbustes et de petits 
arbres, de 5 à 15 mètres de hauteur, puis de 100 à 
150 espèces de grandes lianes ligneuses, les principaux 
produits de la forêt sont le palmier ElfeJs, dont on tire 
l'huilo de palme et qui fournit à l'exportation de 5 à 
6.000 tonnes par an, le caoutchouc, tiré surtout du 
Funlumin elaslica, la noix de kola, et enfin les bois. 
M. Chevalier s'est attaché à rechercher principalement 
les essences qui peuvent présenter un intérêt écono- 
mique, et il les a fait examiner par les industriels com- 
pétents. Pour chaque espèce, il a constitué un dossier 
où sont réunis tous les renseignements concernant 
leur utilisation. Environ 40 espèces sont immédiate- 
ment utilisables. 

Les bois ont été classés en plusieurs séries. L'une des 
plus importantes comprend les bois d'ébénisterie, et 
parmi ceux-ci les bois d'acajou. Actuellement, l'Afiique 
occidentale exporte par an 75.000 tonnes de ces bois, 
ce qui représente la moitié de l'acajou consommé 
dans le monde chaque année, et la Côte d'Ivoire, à elle 
seule, en fournit 15.000 tonnes. L'acajou de cette co- 
lonie est produit par des arbres de la famille des Mé- 

' .Mission scientifique Cbari-Lac Tchad (1902-1904) et .Mis- 
sion permanente du Gouvernement. Novitates Horse at'ri- 
canx. Plantes nouvelles de IWfrique tropicale française, 
décrites d'après les collections de M. Aug. Chevalier. Fasc. 1, 
1907; fasc. 2, 1908 (E.vtraits du BnllcliD de la Société bota- 
nii/iw de France). 

' A. Chevai.ieh : Les Voç/étaux utiles de l'Afrique tropicale 
traiiçaise. Etudes scientifiques et agronomiques, publiées 
sous le patronage de M.M. Edmond Penier et R. Roume: 
1905-1908, 4 fasc. parus. 



CHKOMUIK ET COltUESl'OXDANCK 



li,ii-<'i's, principalpnipnt par le KIwya ivoreiisis A. Chcv. 
iiuminé Diiukouina par los indigènes) et aussi, mais en 
moiiulre (iiKiiitité, par des espèces du genre Entendo- 
pJr.:iiim:i. Dans cette série rentrent aussi des bois qui 
rappellent \r palissandre et de jolies espèces colorées, 
les unes jaunes, les autres marquées d'ondulations 
riiugeàtres. 

L'ne autre série comprend les bois de nifuniserie et 
di- charpente, et ceux qui peuvent être utilisés dans la 
caii'osserie et pour les traverses de chemin de fer. Enfin, 
il Y a des bois très légers pouvant servir à la fabrica- 
tion de la pâte à papier. 

M. Em. Perrot, professeur à l'Ecole supérienre de 
l'harmacie à Paris, a essayé de dégager, de l'examen 
microscopique de ces divers bois, des caractères sufli- 
s.iniment nets et simples à reconnaître, devant faci- 
liter le diagnostic des échantillons commerciaux et, 
par exemple, pouvant permettre d'établir si deux bois 
dùiigine géographique différente proviennent d'arbres 
li.daniquement identiques'. Il a obtenu, à cet égard, 
de très intéressants résultats pouvant être pratique- 
ment utilisés. 

Mais de nombreuses améliorations doivent être 
apportées dans l'exploitation des bois, pour la rendre 
plus méthodique et plus fructueuse et aussi pour 
assurer la conservation et le renouvellement de cette 
richesse naturelle. M. Chevalier a indiqué quidques- 
unes de ces améliorations ^ 11 faut n'abattre des arbres 
que là où l'on est sur de pouvoir évacuer les billes et 
-se limiter aux espèces dont le placement est assuré en 
Europe. Il faut éviter de faire l'abatage en toute saison; 
pour beaucoup d'essences, il serait utile d'arrêter la 
circulation de la sève en enlevant, quelques semaines 
avant l'abatage, un anneau complet d'écorce. Il con- 
viendrait de transformer l'outillage pour la coupe des 
«libres et d'améliorer les procédés de traction et d'em- 
barquement des billes. Enfin, il est désirable que l'in- 
dustrie soit renseignée, par une propagande active, sur 
la valeur de nos bois coloniaux, qui n'est pas inférieure 
i Cflle ,|cs bois qii.' imiis .nhetons à l'étranger. 

Au cours de la . anip.i-ii'' qu'il vient d'entreprendre, 
M. Chevalier se leiidra .laiis le Fouta-Djallon, rejoindra 
la haute Sassandra par Kissidoudou et Beyla et viendra 
faiiv un séjour à Bingerville. Il remontera ensuite vers 
le Soudan et, par le" Mossi et le Gourma, gagnera le 
Dahomey. Gustave Regelsperger. 



§ 10. 



Enseignement 



A propos d'une candidature au Collèg'e de 
l-'rance. — M. A. Turpain nous communique la lettre 
ouverte suivante, qu'il vient d'adresser à M. le Ministre 
<le l'Inslruclion publique. Bien que, en raison des ter- 
mes de lu ii-daction, nous croyons devoir supprimer 
quelques passages de cette lettre, nous tenons à indi- 
quer que. si l'imparlialité fait à là Hevuc un devoir 
d'accueillir les autres, elle en laisse, du moins, à l'au- 
teur la pleine responsabilité. 

« Monsieur le Ministre, 

« Confiant dans les principes d'égalité inscrits sur 
tous les murs officiels de mon pays, j'ai, comme tout 
citoyen français en a le droit, posé ma candidature à 
la chaire de Physique expérimentale actuellement 
vacante au Collège" de France. Aucune condition d'âge. 



' Em. Pehrot et g. Gérard : Recherches sur les bois de 
ililléi'enles espèces de Légumineuses africaines [Les Véç/é- 
t;ws utiles de l'Afrique tropicale française, fasc. 111, 1907). 

" Conférence de M. Chevalier à l'Office colonial, le 5 no- 
vembre 1908. 



de grades ou même de sexe n'est imposée pour un 
telle candidature. Aiq^aremment j'estime (bien que je 
sois évidemment mauvais juge en la matière) que mes 
travaux, mes publications et mes expériences peuvent 
me créer des titres sérieux à roccupation de cette 
chaire. C'est la raison qui me fait solliciter les suffrages 
de l'Assemblée des Professeurs du Collège de France, 
qui doit vous soumettre une liste de deux candidats. 

" .l'ai donc consciencieusement réuni tous les tirages 
à part de mes travaux et des exemplaires de mes 
divers ouvrages, dont j'ai adressé la liste et le dossier 
en un colis postal recommandé de près de 10 kilo- 
grammes à M. l'Administrateur du Collège de France, à 
qui j'écrivis, avec toutes les formules usuelles de res- 
pect et de politesse, mon désir d'être compris parmi 
les candidats à la chaire vacante. Cette correspondance 
ilate du 10 décembre 1008. Le délai d'un mois accordé 
aux candidats pour produire leurs titres expirant le 
17 courant, et ne recevant aucun accusé de réception 
de l'Administration du Collège, je crus utile, craignant 
une omission du service des Messageries et des Postes, 
de prier M. l'Administrateur du Collège de France, et 
cela avec les formules de la plus entière politesse et du 
plus profond respect, de bien vouloir m'accuser récep- 
tion de mes envois et de me donner acte de ma candi- 
dature. 

« Quel ne fut pas mon étonnement de recevoir le 
mot suivant, écrit, sans date, sur un petit torchon de 
papier 

(i Collège de France 

[sans date.) 

<( L'Administrateur me prie de vous faire savoir qu'il 
« a reçu votre lettre et vos livres, 
u Avec tous mes compliments, 

« FbaN(.;ois Pioavet. » 

« Administrativement, cette pièce est sans valeur. 
Sans date, elle n'accuse, d'ailleurs pas, réception d'une 
déclaration de candidature et d'un dossier de travaux. 

'. j'ai consulté l'article du budget de l'Instruction 
publique concernant le Collège de France et j'y ai vu 
qu'on y prévoyait des sommes assez rondelettes pour 
traitements, entretiens et frais de bureau de toute une 
administration comprenant à sa tête un Administra- 
teur et un Secrétaire. 

" Le Collège de France comporte à l'heure actuelle 
quarante-quatre chaires, qui de temps à autre devien- 
nent vacantes. 11 est inadmissible que cette belle, sécu- 
laire et d'ailleurs glorieuse Institution ne possède pas, 

, des formules toutes 

imprimées accusant réception en des termes courtois 
d'une candidature et indiquant que les titres produits 
seront soumis à l'assemblée des Professeurs. 

« L'Académie des Sciences, vieille personne aussi 
respectable, je crois, que le Collège de France, possède 
pour sa correspondance de semblables formules, oîi les 
apparences sont sauvées et où le mépris ne perce point. 

" En dehors de la nullité administrative de l'écrit de 
François Picavet qui me fait madresser directement 
et publiquement à vous (le délai d'inscription des can- 
didatures se trouvant écoulé depuis hier 18 décembre), 

le mépris évident pour 

ma candidature est patent. On ne peut marquer d'une 
façon plus méprisante qu'une candidature provinciale 
est non avenue à l'Administration du Collège de France. 

« Veuillez agréer. Monsieur le Ministre, l'expression 
de mes plus respectueux hommages. » 

Albert Turpain, 

J'rofesseuf de Physique 
à la Faculté des Sciences de t'Universili de Poitiers- 



L. CUENOT 



LE PEUPLEMENT DES PLACES VIDES DANS LA NATURE 



LE PEUPLEMENT DES PLACES YIDES DANS LA NATURE 
ET L'ORIGINE DES ADAPTATIONS 



11 Y a on Biologie une question bien intéressanle, 
qui a élé beaucoup plus étudiée par les botanistes 
que par les zoologistes : c'est celle du peuplement 
des places vides à l'époque actuelle. J'entends par 
« place vide dans la Nature » un milieu nouveau, 
susceptible d'être habité, qui se crée en un point 
donné, par suite de circonstances cosmiques, ou, 
mieux encore, qui résulte d'interventions hu- 
maines. Une île volcanique, qui surgit du sein des 
mers, ou des eaux thermales sont des places vides; 
des eaux résiduelles de salines, qui, déversées à 
l'air libre, forment des mares salées en plein conti- 
nent, constituent des places vides, dont on peut 
connaître l'époque d'apparition, de même que des 
galeries de mines ou des conduites d'eau de ville. 
Des plantes introduites et acclimatées dans un pays 
différent de leur pays d'origine réalisent un milieu 
nouveau, apte à héberger toutes sortes d'autres 
êtres. 'Voilà des exemples typiques, que je choisis 
entre beaucoup d'autres, parce qu'il résulte des 
circonstances que ces places vides apparaissent 
comme des milieux stérilisés, si l'on peut ainsi 
parler : une mare salée continentale est trop 
éloignée de la mer pour que des animaux marins 
])uissent y parvenir; une galerie souterraine peut 
n'avoir aucun rapport de voisinage avec les grottes 
ou caves qui constituent un milieu analogue, de 
môme que les conduites d'eau de ville qui sont 
alimentées, non pas par des nappes souterraines, 
mais par des rivières. Une plante introduite à l'état 
do graine ou de bouture n'amène avec elle aucun 
de .ses hôtes habituels. On est donc dans de bonnes 
conditions pour étudier le j^euplemcnt de ces places 
vides. 

L — Mares salées. 

En différents points de la Lorraine existent des 
dépôts triasiques de sel gemme, dont plusieurs 
sont ou ont été exploités: aux environs des usines 
qu'on y a installées se trouvent presque toujours 
des mares salées formées par les eaux de déchet, 
en communication plus ou moins facile avec les 
ruisseaux d'eau douce avoisinants; ailleurs, des 
.sources salifères naturelles produisent des rui.s-, 
sciux ou des mares d'étendue parfois notable. La 
salure y est très variable, non seulement dans l'en- 
semble, mais encore dans un même point suivant 
l'a saison; pendant les périodes de sécheresse, la 
salure peut déjjasser de beaucoup celle de l'eau do 
iner(qiiiesl en mo7eniie do .'il grainnios do olilo- 



rures par litre) el alloiiidre jnsi[ii'à l.'JO grammes de 
chlorures par litre. 

La faune des eaux salées de Lorraine a élé étu- 
diée, à ma suggestion, par Florentin (1899-1901), 
qui a publié sur ce sujet un travail certainement 
incomplet, mais qui en donne néanmoins une 
bonne idée générale. Les formes que je vais citer 
présentent, comme on peut s'y attendre, des ré- 
sistances inégales à la salure, et le nombre des 
espèces diminue à mesure que la concentration 
augmente. La faunule comprend : 

1° Une quarantaine d'espèces de Protozoaires, 
dont quelques-uns sont identiques à des forme.s 
connues seulement dans la mer, dont d'autres sont 
des formes spéciales aux eaux salées continentales, 
et enfin dont la grande majorité sont des espèce.s 
d'eau douce; 

2" Un Turbellarié {Macrostonia hystrix), qui vit 
indifféremment dans la mer, l'eau saumàtreet l'eau 
douce; 

3" Des Nématodes indéterminés, trois Rotifères 
d'eau douce, un Gastrotriche d'eau douce; 

A° Un Annélide (A'ai.s eliiir/uis), espèce très ré- 
sistante qui se trouve aussi dans l'eau putride et 
les eaux résiduelles des usines; 

5° Deux Copépodes, le Cyclops Liciispidalns. qui 
est fréquent en eau douce, et que l'on a également 
signalé dans les lacs salés d'Odessa, les marais, 
salants du Croisic, les chotts d'Algérie, et le A7- 
tocra iCanthocamptus) paluslris, d'eau douce; 

C Des larves de Diptères variés (surtout le Slra- 
tiomys chameeleo) et divers Coléoptères, vivant soit 
dans l'eau même, soit sur le bord des mares (les 
Hydropliilides Philhydrus hicolor et Ochthebius 
marinus , le Carabique Pogomis luvidipeuiiis , 
l'Anthicide Aiithiciis JimuHis, et le Slaphylinide 
Trogophheus halophihis) ; pre-que tous ces Coléop- 
tères sont spéciaux aux bords de la mer et aux 
eaux salées continentales; 

7" Enfin, un Poisson d'eau douce, très résistant, 
l'Épinoche {Gasterosleiis aciileatiis, var. leiurtis), 
qui est entré dans l'eau salée avec ses commensaux 
et parasites, s'y reproduit abondamment el y 
atteint une plus grande faille que dans l'eau douce 
avoisinante (fig. 1). 

En somme, cette faune, qui est par endroits très 
riche en individus, est très pauvre en espèces; le 
peuplement, comme cela était rendu probable par 
l'éloignemenl delà mer (plus do 4(H) kilomètres de 
la côte la plus proche), n'a pu se l'aire (|ue par des 



h. ( TEXOT 



l,H I'EUPI.I:MEiNT DKS places vides dans la NATlItE 



l'spi'ces de Tenu douce avoisinante, comme pour les 
mares salées de Hongrie, également très éloignées 
de la mer; je suis pei'suadé que les espères pa- 
raissant marines (Proli)zoaires et Coléoptères) ne 
sont pas en réalité de provenance maritime: elles 
diiivent être des modifications des formes alliées. 




l-'ii;. I . — G:islfrusii'iifi ;irulr:il(if, var. Iciurus. — A, forme 

lies maiTS salées de Lon-aine, à 6 plaques latérales et de 

grande taille; li, forme normale des i-ulsseaux d'eau 

douée, à 3 plaques latérales. 

très affines du reste, qui habitent l'eau douce. Quoi 
c[u"il en soit, il est évident qu'un très })etit nombre 
d'espèces d'eau douce ont ])ii trouver dans les 
mares salées un milieu à leur convenance : il n'y 
en a que quelques-unes, très eurylialines, très eu- 
rythermes, qui ont pu s'ins- 
taller dans la place vide. Il 
y a donc en. à l'entrée des 
eaux salées, un lillj-.-ii/c qui 
n'a laissé passer que les 
formes capables de s'accli- 
mater à leurs conditions spé- 
ciales. 




B 




Fig. 2. — Dreissensia 
folymorpha. — A, co- 
quille normale de ri- 
vière : B, coquille 
provenant de con- 
duites d'eau de Paris 
l'orme Arnoulili de 
lîourguignat) ; C. co- 
quille provenant de 
conduites d'eau de 
Paris (forme Bcl- 
graadi de Bourgui- 
gnat). (D'après Lo- 
card : Les coquilles 
des eau.v douces et 
saumàtres de France, 
Paris, 1893). 



dues, dans 



II. — Conduites u'e.^u 

DE VILLE. 

Les conduites d'eau de 
ville, quand elles sont pui- 
'sées sans galerie filtrante, 
hébergent au bout de quel- 
ques années une faune assez 
riche, qui s'accommode fort 
bien de ce milieu spécial, 
d'une obscurité absolue, à 
eau fortement courante, et à 
changements de tempéra- 
ture beaucoup moins accen- 
tués que ceux du milieu ex- 
térieur. En première ligne, 
il se fixe, sur la paroi des 
tuyaux, des animaux qui for- 
ment des colonies très éten- 
iulerstices desquelles s'arrête la vase 



où s'abritent des animaux libres, qui peuvent ainsi 
résister aux coiir.iuts : les animaux fixés sont : 
if DfrissPiisin jiolymoi-plif) (lig. 2), Mollusque muni 
d'un liyssus, souvent assez abondant pour avoii' 
amené l'obstruction de conduites ; des Bryozoaires, 
l'Hydraire C.Drdyloiihorn Inciisiris, et des Eponges 
tluvialiles. Les animaux non fixés sont : des Infu- 
sniro. des Gastropodes variés, des larves d'Insectes, 
des |)etils Crustacés {Cyclojis, Cypris, Cladocères, 
Gnniinarns, Aselltif^), des Oligochétes, etc.; voire 
même des Poissons, comme les Giisicrosteiis, 
l'Anguille, la Lole et le Flet (Plunroiiectfs /lesiis), 
signalés par Kraepelin dans la distribution d'eau 
(le Hambourg (puisée dans l'Elbe). Quand l'eau est 
puisée dans un fleuve (Elbe, Seine, etc.), la faune 
des conduites est formée uniquement par la faune 
du fleuve en question, à cela près qu'il y a un choix 
à l'entrée, et que certaines espèces ne peuvent se 
maintenir, même si elles y sont entraînées. Quand 
la canalisation capte des eaux de source (Lille, 
Prague, Nancy), il s'adjoini à la faune superficielle 
un nombre plus ou moins grand d'espèces carac- 
téristiques des eaux souterraines : Turbellariés, 
Hfiplolaxis, A sellas atmliciis, ISiphargus siihfer- 
raneiis, etc. 

L'étude de la faune des conduites d'eau est extrê- 
mement intéressante, car c'est une expérience natu- 
relle sur l'action de l'obscurité; il est certain que 
la majeure partie de leurs habitants, dérivés delà 
faune superficielle, sont là depuis très longtemps 
et que beaucoup s'y reproduisent : or, les modifi- 
cations constatées sont, somme toute, assez mini- 
mes : les Mollusques sont souvent un peu plus 
petits que leurs congénères suiierficiels, d'une 
coluration plus claire, et ils ont, parait-il. une 
légère tendance à l'allongement; il y a fréquem- 
ment chez les Crustacés une décoloration mani- 
feste des téguments; mais les yeux sont toujours 
conservés et en apparence normaux, aussi bien 
chez les Mollu.sques (Billivnelln), Rotiféres et Tur- 
bellariés, que chez les Crustacés et Poissons. 

III. — (iALEniES DE MINES. 

Les galeries de mines réali.sent la même expé- 
rience naturelle que les conduites d'eau, surtout 
lorsqu'elles sont abandonnées depuis un certain 
temps, ce qui permet d'affirmer que les animaux 
qui y vivent ne sont pas d'iinmigraliou fout à fait 
récente. 

L)ans une mine de l'er, près de Nancy, j'ai exploré 
des galeries profondes de 3 kilomètres environ, 
perforées dans une colline de oO mètres de hauteur, 
et abandonnées depuis une dizaine d'années; les 
parois sont revêtues de boisages en décomposition, 
sur lesquels se dèvelop|)ent des Champignons, et de 



10 



L. C'UENOT — LE PEUPLEMENT DES PLACES VIDES DANS LA NATURE 




Fig. 3. 
Triclwuiscii^ i-n- 
seus. pvovennnt 
d'une galerie de 

mine. 



l'eau de filtration circule dans les galeries. La fau- 
nule, assez riche, comprend des Collemboles {Hele- 
romiinis nilidiis, Tomoceriis trideiili férus), des 
Diptères variés, un Coléoptère du groupe des 
Slapliylins (Qiiedius niesoinelhnis), divers Diplo- 
podes (Blaniiilas venusfus, Orthochordeumn ger- 
maiiicii, Polydesmiis complanatiis et suh-inleger), 
un Chilopode [Lilholnus for/icatus), des .\raignées 
{Porrhomma errans, Lephlhy- 
phanli's palJidus), des Isopodes 
terrestres dont le Trkhoniscus 
voseus, un Amphipode aquatique 
[Xipbargus siiblerraiieiis), el 
deux Mollusques (Limax ma.\inius 
et IJflix roi un data). 

J'ai exploré, également à Nancy, 
une petite galerie étroite, longue 
de 110 mètres, creusée pour re- 
chercher de l'eau, et recouverte 
d'une épaisseur de 2 à 15 mètres 
de terre; elle renfermait des boi- 
sages pourris et des débris de 
végétaux entrés par l'orifice, qui 
débouchait dans un jardin. La 
l'aune de cette galerie était, dans 
l'ensemble, peu difTérente de 
celle de la galerie de mine. J'y ai 
trouvé des Collemboles, des Diptères (à l'entrée), 
des Diplopodes (Blaniulus guttulatus, Polydesmus 
coniplaiiatus), un Chilopode {Lithohius /br/icalus), 
des Araignées (;Vf.s7/eH.s celhilanus, Porrhomma 
egeria), des Isopodes terrestres (Oiiiscua asrJlus, 
Cylisficus cou\rxus, Trichoiiiscus l'osfus), un 
Amphipode aquatique {iMpliargus siiblrrrain'us), 
et des Mollusques (deux espèces de Limaces et 
Hyalin ia cellaria). 

Il n'est pas douteux que toutes ces espèces, sou- 
vent très nombreuses en individus, étaient établies 
depuis plusieurs années dans les deux galeries 
explorées, et qu'elles y trouvaient des conditions 
tout à fait convenables de vie et de multiplication. 
L'une d'elles, r.\mpliipode Alpliargus, espèce 
aveugle et déjiigmentée, est un habitant normal 
des nappes d'eau souterraines, et son passage dans 
les galeries de mine ne change pas ses conditions 
d'existence. Les Araignées, espèces lucifuges, com- 
munes dans les caves et à l'entrée des grottes, sont 
entrées par les orifices des galeries; tjuant aux 
autres formes, il est très vraisembhible qu'elles 
ont été amenées surtout avec les madriers de boi- 
sage et autres matériaux; en effet, elles sont abon- 
dantes, extérieurement, sous les pierres, les feuilles 
mortes, l'écorce des vieux arbres, dans le terreau, 
les caves humides. A noter que le Blaniulus gullu- 
lalus, qui habite dans la terre des jardins, est une 
espèce aveugle el jx'u |iiginenlée, cl (pic le 'l'rirhn- 



niscus roseus (fig. 3 i, qui n'a qu'un ocelle de chaque 
côté, a le corps dépigmenté comme un cavernicole : 
on l'a du reste bien souvent signalé dans la lauiir 
aulhentique des cavernes. 



IV. 



Plantes iMRonuiTES. 



On doil à Marchai des observations 1res intéres- 
santes sur le peuplement, par une Cochenille euro- 
péenne, du Rohinia pseudo-acacia, arbre d'origine 
américaine, cjûi a été introduit en Europe au com- 
mencement du xvu" siècle; le RoJjinia ayant été 
importé à l'état de graines, il est bien certain qu'il 
n'a amené aveclui aucun parasite et qu'il constitue, 
pour l'Europe, une place vide. Elle est occupée 
aciuellement (depuis 1879, semble-t-il) [tar une 
Cochenille de la grosseur d'un Pois, appartenant 
au genre Leraniuni, qui a même causé de grands 
ravages dans les plantations de cet arbre (Prusse 
rhénane et Alsace, Hongrie, diverses régions de 
la France); en 18!)0, Horvath, entomologiste d'État 
de la Hongrie, inquiet de l'extension prise par ce 
nouvel ennemi, envoya des échantillons à Douglas, 
qui était alors le savant le plus autorisé pour la 
détermination des Coccides; Douglas déclara que 
c'était une espèce nouvelle et la nomma Lecanium 
Rohiniaruni, nom qui lui fut conservé par tous les 
auteurs. 

Or, ]iuisque ce Lecanium est d'ap[)arition récente, 
et qu'il ne peut pas être venu d'Améri(jue, il faut 
bien qu'il dérive d'une esi)èce européenne; Marchai 
a démontré que cet occupant du Roijinia n'était autre 
que le Lecanium Corni (fig. ii, espèce exlrème- 
ment polyphage, qui vit sur toutes sortes de plantes 
européennes, depuis le Cornouiller 
et les Rosiers jusqu'à la Vigne; mais 
il en diffère par des caractères de 
taille, de coloration et de rugosité; 
néanmoins, les traits fondamentaux 
de structure sont identiques dans 
les deux formes. Marchai a conta- 
miné un Uohinia avec des Lecanium 
Corni récoltés sur un Pécher; et les 
larves nées el nourries surle Bobinia 
sont devenues des Coccides présen- 
tant, à leur élal de complet dévelop- 
pemenl, la coloration, la taille et le 
faciès du L. Rohiniaruni. L'expé- 
rience inverse(infection d'un Pécher, 
de Rosiers et de Vigne par des Lecanium du Ru- 
hinia) n'a pas donné de résultais. 

Du reste, le Lecanium Corni avait déjà occupé 
eu Europe d'autres places vides; on l'a signalé sur 
le Diospyros ou Kaki du Japon, sur la Glycine de 
Chine ( Wistaria sinensis) (Lecanium wislaria'deSi- 
gndi'el). le Coloneaster microphylla Ah Nèpaul, etc. 




Fig. l. — Leca- 
nium C'inii, 
sur liosier, fe- 
melle adulte 
(iraprés Mar- 
chai). 



L. CrÉXOT — LK PiaiPLliMEM DES l'LACKS VIDES DANS LA NATl RE 



Les observations de CholoilkovsUy sont tout à 
lail parallèles i\ celles île Marchai : il a étudié, dans le 
gouvernement de Saint-Pétersbourg et en Esthonie, 
des Pucerons du genre Siplioiiophoni, qui se ren- 
contrent sur une jtlante sauvage, la Kosacée Spirœa 
aimnria, sur une Légumineuse cultivée, le Pois, et 
enfin sur une Légumineuse récemment importée 
<le Sibérie, le Ciiragnna nrhoresceiis. Les Pucerons 
lies trois [daiites ne difl'èrent que par de petits 
caractères de taille et de couleur, si bien qu'on 
peut se demander s'ils n'appartiennent pas à la 
même espèce. Si l'on transporte sur le Pois les 
Pucerons delà Spirée et du Carngann, quelques-uns 
commencent à sucer la plante et à pondre, mais 
ne semblent pas pouvoir se maintenir, et dispa- 
raissent au bout de sept à dix jours. Cholodkovsky 
en conclut que le peuplement des places vides 
représentées par le Pois et le Cnriigona s'est bien 
effectué par les Sipbonophora de la Spirée, mais 
([u'actuellemenl l'adaptation à la plante nourricière 
est assez pi-ofonde pour qu'un transfert soit impos- 
sible; il n'y a pas d'inconvénient à en faire trois 
espèces [iilmariiv, pisi, caragamc). 

11 est bien probable que beaucoup d'espèces d'In- 
sectes polyphages prêteraient à des observations 
analogues; il n'est pas impossible qu'il se soit dif- 
férencié chez elles des biotypes, identiques ou à peu 
près extérieurement, mais déjà différents au point 
d? vue physiologique. Le Pieris hrassieœ, la com- 
mune chenille du Chou, se nourrit habituellement 
de Crucifères cultivées ou sauvages, mais elle peut 
adopter d'autres plantes nourricières : on la signale 
notamment sur une Capparidée, le Câprier [Cap- 
imi'is spinosn); je l'ai vue, cliez un horticulteur de 
Nancy, délaisser des choux pour se porter sur une 
magnifique Papavéracée de Californie, le Homiieya 
CoulterJ, et il m'a paru que les chenilles avaient 
alors une coloration beaucoup plus foncée que 
d'habitude; ce Romiwpi, venu de graine dans le 
Jardin en question, constituait une place vide, qui 
a été immédiatement occupée, comme on le voit, 
par les chenilles de la Piéride du Chou, qui y ont 
trouvé tout de suite des conditions adéquates à leur 
constitution. 

LeSphinx tête-de-mort(.lc/;e/'o;)/M atropos) n'est 
pas moins apte que l'espèce précédente à occuper 
des places vides : la chenille ravage l'Olivier en 
Algérie, vit en Europe sur le Lilas et le Jasmin 
{Philadelphiis coronarhis), où elle acquiert parfoi-s 
une livrée spéciale, d'un brun feuille morte avec 
liindes et taches d'un noir verdàtre; on la trouve 
surtout sur des Solanées indigènes ou introduites, 
le Lyciet [Lyc'uim liarbarum), qui lui donne, pa- 
rait-il, une teinte noirâtre, le Daliira slramoniunu 
l'Âlkékenge, le Solamim iliilcaniara, la Tomate, la 
Pomme de terre; en 1853, en Allemagne, les che- 



nilles il Ai'heronlia se portèrent exclusivement sur 
les pieds de Tabac {\icotiaiia lahacuni),eten détrui- 
sirent un grand nombre. Actuellement, la larve de, 
ce Spliingide, qui est d'origine africaine ou indo- 
malaise, est en Europe adaptée spécialement à la 
Pomme île terre, qui vient de l'Amérique du Sud, 
et a été introduite en Espagne et en Portugal, entre 
lo3.'j et 158,^i, par les conquérants espagnols du 
Pérou. Ce sont de singulièi'es rencontres géogra- 
phiques 

V. — PliUI'LEMliNl ET An.^PTATION. 

Je me jjornerai là dans cet exposé des faits ; ils 
sont suffisants pour nous permettre d'en tirer des 
enseignements : en somme, nous voyons que, lors- 
qu'une place vide est créée dans la Nature actuelle, 
elle est peuplée plus ou moins rapidement par les 
animaux ou les plantes du milieu analogue le plus 
voisin, mais seulement par les espèces capables de 
gagner la place vide par leurs moyens de migration, 
capables de s'habituer à .ses conditions spéciales et 
d'y prospérer : il y a filtrage de la faune avoisi- 
nante. Cela est tellement net qu'on est autorisé à 
généraliser : de tout temps, les places vides ont été 
peuplées par certaines espèces des faunes préexis- 
tantes, l'eau saumàtre par des formes côtiôres 
marines, l'eau douce par des habitants d'eau sau- 
màtre, les marais par des espèces d'eau douce, la 
terre humide par des types de marécages, la terre 
sèche, la mousse et les profondeurs de la terre par 
des espèces de terre humide, les cavernes par des 
formes hypogées ou muscicoles, etc. C'est l'évidence 
même. 

D'autre part, lorsqu'on examine les espèces carac- 
téristiques des places vides qui se sont peuplées de 
nos jours, on constate qu'elles y sont adaptées, 
c'est-à-dire qu'elles possèdent les organes essen- 
tiels, adéquats aux conditions particulières du 
milieu, et précisément à ces conditions par les- 
quelles le milieu nouveau diffère de celui qu'elles 
viennent de quitter. Ainsi, les Épinoches des mares 
salées résistent parfaitement aux changements de 
concentration, si bien qu'on peut les faire pas.ser 
subitement de l'eau de mer dans de l'eau douce, et 
vice versa, les faire vivre dans de l'eau sucrée à 
10 "/„, etc., sans que ces Poissons en paraissent 
alTectés; les Dreissensia des conduites d'eau ont 
une coquille d'un certain galbe et un byssus d'une 
grande solidité qui leur permettent de résister 
aux violents courants de chasse; les habitants des 
galeries de mines sont souvent aveugles, dépig- 
mentés; ils prospèrent avec les maigres aliments 
des boisages, dans l'humidité continuelle et l'obscu- 
rité absolue ; la faunule des cuves à vinaigre (larves 
de Drosophila , Anguillula rediviva) vit dans l'acide 



12 



L. CUENOT — LE PEUPLEMENT DES PLACES VIDES DANS LA NATURE 



.Œil 



acétique, mortel aux autres êtres, etc. Au fond, 
c'est un truisme : si ces formes n'avaient pas eu ces 
adaptations, elles n'auraient pas pu peupler les 
places vides; ce sont ces adaptations qui leur ont 
permis de passer à travers les mailles du liltre. 

Il en résulte une conséquence capitale : une adap- 
tation satTisanto est nécessairement antérieure à 
l'installation dans la place vide, c'est-à-dire qu'elle 
existe avant d'être absolument nécessaire. Assu- 
rément l'Epinoclie, Poisson d'eau douce, avait la 
propriété de résister à l'eau salée et à l'eau sucrée 
ou glycérinée, avant d'entrer dans les mares de 
Lorraine; la Dreissensia, d'origine marine, avait 
son robuste byssus et sa forme de coquille avant de 
remonter le courant des fleuves el de pénétrer dans 
les conduites d'eau; le Lecanium du Cornouiller 
possédait en puissance la faculté de prospérer sur 
le Robinier, la Glycine et le Kaki, avant qu'il fût 
question d'en introduire en 
Europe. Ces divers carac- 
tères étaient Jadis, avant 
l'occupation des places 
vides, sans grande utilité 
(lu même sans usage, la- 
lenls pour ainsi dire; ce 
n'est que par la rencontre 
d'un milieu adéquat qu'ils 
ont pris une importance 
décisive. 

Puisiiue, de tout temps, 
les places vides ont été peu- 
plées par des formes préa- 
lablement adaptées aux 
conditions spéciales de cel- 
les-ci, il en résulte que les 
adaptations sufli^aiitrs, né- 
cessaires, n'ont rien à voir ni avec le milieu ni avec 
l'utilité; il n'y a pas de lien causal entre an milieu 
et f adaptation suffisante à ce milieu, ce qui est la 
négation même de la plus grande partie des théories 
de Lamarck el de Darwin. 11 est facile de montrer 
l'existence, chez les animaux actuels, de nombreux 
caractères préadaptatifs ou prophétiques, qui ne 
leursont pas visiblement utiles dans le milieu où ils 
vivent ou qui dépassent leurs besoins, mais qui 
constituent des adaptations évidentes pour d'autres 
milieux où ils n'ont pas pénétré. Je n'en citerai 
qu'un exemple, enli-e beaucoup d'autres, unique- 
ment pour bien faire comprendre ma pensée ; 11 
existe, sur les côtes de la Californie méridionale, un 
Poisson (fig. 3), le Typhlogobius californensis. me- 
surant au maximum 7 centimètres de longueur, qui 
est aveugle, les yeux étant très petits, recouverts 
par la peau, et fonctionnels seulement chez le 
jeune; il est d'un rose clair uniforme i couleur du 
sang vu par transparence], saiisècaiUcs, c'esl-à-dire 




Fig. 5. — TiU- Je Tiiililo- 
goliws calitorneDiis: m- 
dividu cleTiô millimflves 
de longueur, vucduculo 
dorsal (d'après Ritter : 
Bull. Mus. Comp. Zool. 
al Harvard Coll., 
t. XXIV, 1893:. 



qu'il a les caractères du cavernicole le plus typique 
(ses yeux sont même plus dégénérés el sa couleui- 
plus claire que chez le CLologaster Agassizi du 
Mammolh Cave); or, ce Poisson aveugle vit sur ia 
côte, entre les limites des marées, dans le sable, dans 
des trous creusés par des crevettes, dans les fentes 
des rochers, exactement comme beaucoup d'autres 
Poissons très normaux. Ce lucifuge n'est-il pas 
Ijarfaitemenl préadapté à la vie dans les cavernes? 
El n'esl-il pas évident, dans ce cas comme dans les 
autres que je ne cite pas, faute de place, qu'il n'y a 
aucun lien causal entre les conditions spéciales des 
eaux souterraines et les adaptations à ce milieu? 
Je ne suis pas le seul à penser ainsi ; ces idées 
sont dans l'air, pour ainsi dire, et plusieurs biolo- 
gistes les ont exprimées d'une façon plus ou moins 
explicite : De Vries {Plant Breediiuj, p. 332) dit 
très clairement que « le milieu a seulement choisi 
les formes aptes parmi la foule el n'a pas de rela- 
tion quelconque avec leur origine ". Morgan [Evc- 
lulion and Adaptation, 1903, p. 3i8) s'exprime en 
termes analogues : « L'origine de chaque forme n'a 
rien à voir avec le milieu ni l'utilité; et la forme 
apparaît indépendamment du milieu. Une fois 
apparue, elle peut se perpétuer dans des conditions 
convenables ». Banta (1907), à propos des animaux 
cavernicoles, note que « ceux-ci entrent dans les 
cavernes parce qu'ils y trouvent des conditions 
adéquates à leur structure et physiologie. Le 
résultat adaptatif est dû au choix ou à la trouvaille 
d'un milieu adéquat à une structure donnée. Ces 
animaux sont cavernicoles parce que leurs yeux 
sont dégénérés et à cause de leur perle de pigment, 
avant d'être entrés dans les cavernes ». Je citerai 
encore Davenporl ( The animal Ecology, etc., 1903, 
p. 19) : « ... La théorie de l'adaptation généralement 
acce])tée est celle de Darwin et de Wallace, qui 
admettent qu'une espèce adoptant un nouvel habitai 
acquiert l'aptitude à cet habitat par la mort des 
individus qui naissent les moins aptes. On peut 
imaginer une théorie fondamentalement difl'érente, 
à savoir que la structure existe d'abord et que 
l'espèce cherche ou rencontre le milieu qui répond 
à sa constitution particulière. Le résultat adaptatif 
n'est pas dû à une sélection de structure adéquate 
à un milieu donné, mais, au contraire, au choix 
d'un milieu répondant à une structure donnée. » 

VI. — Origink des espèces. 

Le problèine de l'origine des esi)ècés est mainte- 
nant soulagé de toute la partie relative à l'origine 
des adaptations, dont le faix a écrasé la théorie de 
la sélection naturelle de Darwin; mais il n'en reste 
pas moins à résoudre. Il est impossible que toutes 
les espèces endémiques, si)éciales aux divers 



L. Cl KXOT 



M-: PHri'I.KMKNT UI':S I'L.\C[-:S vides dans I.A NATlUIi: 



i:{ 



milieux, soient outrées, telles (|iie nous les con- 
naissons aujourd'hui, dans les milieux (]u'elles 
iH'cupent actuellemeni ; lieauconii ont du y jirendre 
naissance, et il y a toutes raisons de penser que ce 
processus continue encore de nos jours. Si j'admets 
(|ue les espèces ont eu, au début de leur immigra- 
lion, les adaptations nécessaires et suflisantes, je 
pense aussi que ces adaptations ont pu se l'afliner, 
se perfectionner au cours des âges. 

Pour comprendre la formation d'espèces nou- 
velles et le perfectionnement des adaptations, il 
nous faut tout d'abord rappeler un article paru 
antérieurement dans celte lioviic', oi^i j'ai résumé 
les idées récemment acquises sur l'origine des 
vai'iations. Provisoirement, on peut distinguer 
ti-ois sortes de variations héritables ou mutations^ : 
1" La mutation //.ve, qui possède la propriété 
«l't'tre transmissible dans son entier, sans atténua- 
lion (mutation laciniée de Cliélidoiue, pélorie de 
Linaire, mutations de couleur des Souris, des Lep- 
linolarsii, etc.) ; 

i" La mutation oscillniite, qui se transmet avec 
une valeur variable, en dessus ou en dessous de la 
valeur parentale; par sélection dans un sens déter- 
miné, on provoque un déplacement progressif du 
centre d'oscillation de la mutation, jusqu'à un 
maximum impossible ou difficile à dépasser (pana- 
cliure des Souris, nombre de rangées de grains 
dans les épis de Maïs) ; 

'.i° La mutation inconslaiite, qui ne se transmet 
qu'à un nombre variable des descendants, et qu'il 
est impossible de fixer solidement par sélection. Si 
l'on veut, c'est une mutation oscillante à grande 
étendue, qui va constamment de l'état normal 
jusqu'au type le plus extrême (races monstrueuses 
à queue double ou triple de Poisson rouge, Pavots 
polycépbales, Trèfle à cinq feuilles, etc.). 

Quant à son origine, la mutation est, dans son 
essence, un changement de nature d'un détermi- 
nant spécial du plasma germinatif, qui apparaît 
spontanément comme réponse à une excitation du 
milieu ambiant; cette réponse se fait dans un sens 
quelconque, et il y a (ceci est capital) tout autant 
de chances pour que la mutation constitue une 
adaptation, une disharmonie ou un état indifférent 
par rapport au milieu. 

' L. CuKxor : Les idées nouvelles sur roriyine des espèces 
par mutation. Hcvuc <jén. des Sciences, t. XIX, p. 860, 
15 novembre lOOS. 

' Les ternies que j'emploie ici dilîèrent quelque peu de 
ceux dont je nie suis servi dans mon dernier article, et 
également de ceux qu'a pi'oposês De Vries. Ce n'est pas ici 
la place de discuter cette question de nomenclature, mais 
je tiens à dire que c'est à bon escient, et pour des raisons 
que je développerai plus tard, que j'abandonne le terme 
vriesien de fluctuations. La fluctuation est un phénomène 
individuel de variation sous l'action du milieu, qui peut se 
superposer aux mutations oscillante et inconstante, et qui 
n en avait pas été suffisamment distingué jusqu'ici. 



La forme nouvelle, (|ui diffère pai- un lui plusieurs 
déterminants de la forme lujrmale de l'espèce, 
constitue une espèi-e élémentaire, ou mieux un 
liiotype; si deux de ces mutants, à l'étal pur, repro- 
duisent ensemble, leur lignée est conforme au liio- 
type [breed /rue, suivant l'expression anglaise). 
Chez les Souris, il y a 128 biotypes connus, dont 
'S-2 (ceux qui renferment le déterminant du pelage 
jaune) sont impossibles à isoler à l'état de pureté. 

Ce que je viens de résumer ci-dessus est une 
théorie cohérente, appuyée sur de nombreux faits 
expérimentaux, qui rend compte d'une partie du 
problème de l'origine des espèces, celle qui traite 
de l'origine et de la transmission des variations. 
.\ous avons, dans cet article, attaqué le problème 
sous une autre face, celui de l'origine des adapta- 
tions. 

Il ne reste qu'à conclure. Voici, il me semble, 
comment on peut comprendre la naissance d'une 
espèce nouvelle. 

Soit un milieu M, habité par une espèce A, et un 
milieu M', voisin, peu différent. L'espèce A ne peut 
pas vivre dans le milieu M' ou ne cherche pas à 
l'envahir, en raison de ses tropismes et pathies par- 
ticuliers; supposons donc que M' est une place 
vide, dépourvue de faune ou pourvue d'une faune 
incapable de faire échec à une espèce du genre 
de A: 

1. L'espèce A, au cours des âges, présente des 
mutations variées, résultant de modifications du 
plasma germinatif. 11 se constitue ainsi, dans 
l'espèce A, des biotypes nouveaux, qui difï'èrent à 
divers degrés, aux points de vue morphologique et 
physiologique, du type qui leur donna naissance. 

Une de ces formes. A', capable de vivre dans le 
milieu M, est également capable de vivre plus ou 
moins bien dans le milieu M', et de plus, de par ses 
tropismes et pathies particuliers, est disposée à 
passer dans cette place vide : ainsi, tel Isopode, 
habitant d'ordinaire sous les pierres, est capable 
de pénétrer dans les cavernes ; telle Epinoche, vivant 
en eau douce, présente des races capables de 
prospérer dans l'eau saumàtre et sursalée. C'est 
lu phase de peuplement el d'isolement. 

2. Le biolype A', qui peuple maintenant le milieu 
M', est nécessairement et préalablement adapté à 
celui-ci ; mais, comme ce milieu est quelque peu 
diflérent de M, le biotype en subit l'influence, et, si 
peu que ce soit, commence à difl'érer somatique- 
mentdu type originel A : il devient A" (sous-es|)èce 
ou variété au gré des taxinomistes) ; ainsi lesEpino- 
ches des eaux salées de Lorraine ont une longueur 
moyenne bien supérieure à celle des Epinoches 
d'eau douce de la région (fig. 1) ; le nombre des 
plaques osseuses latérales varie de 5 à 10 chez les 
premières, tandis qu'il est toujours de 5 ou 6 chez 



d'r LOHEXTZ — PARTAGE DE LËNERGIE ENTRE LA MATIÈRE POM)F:iiABLE ET L ÉTllER 



les secondes. Mais, de plus, le changement de 
milieu, agissant sur le germen, peut provoquer des 
mutations quelconques : si celles-ci ne sont pas 
adéquates aux conditions de milieu, elles sont 
immédiatement supprimées; par exemple, l'albi- 
nisme s'éteint rapidement chez les Vertébrés de 
plein air, qu'il rend très visibles, alors qu'il est 
particulièrement fréquent chez la Taupe et d'autres 
obscuricoles, où il n'a pas d'inconvénient. Si la 
mutation est indifférente, elle coexiste avec A"; par 
exemple, pour la Taupe commune, les formes cœcfi 
(yeux cachés complètement sous la peau) et ciiropœn 
(yeux petits, à paupières ouvertes des deux côtés 
ou d'un seul côté). Enfin, si la mutation est très 
avantageuse et constitue une meilleure adaptation, 
elle peut supplanter l'espèce A", et ainsi se forme 
un nouveau type B, assez éloigné de l'espèce 
originelle A pour que les taxinomistes n'hésitent 
pas à le considérer comme une bonne espèce. C'est 
la phase de différenciation spériliqiw. 

Dans la tliéoric do la survivance des mutations 
adaptées, que je viens d'expo.ser, ce ne sont ni les 
facteurs lamarckiens, ni la sélection des petites 
variations qui déterminent l'apparition des carac- 
tères nouveaux : les mutations apparaissent quel- 
concjues, au hasai-d, fortes ou faibles, à la suite de 
modifications du plasma germinatif ; si le mutant 



est adajjté jjur hasard à une place vide, soit tel 
quel, soit ]iar cliangement de fonction, et qu'il 
puisse atteindre cette région inoccupée, il a la 
chance de survivre et de faire souche ; sinon, il reste 
dans son milieu originel, ou bien disparaît. Autre- 
fois, lorsqu'il y avait beaucoup de places vides, 
l'eau douce, les marais, la terre ferme, les fentes 
du sol et les cavernes, les régions polaires, l'air, la 
mousse, etc., les circonstances étaient favorables 
à la diftërenciation de nouvelles espèces et de 
nouveaux groupes; mais, maintenant, les mutations 
ont de moins en moins de chances de trouver une 
place vide parmi le concert des êtres solidarisés 
qui peuplent actuellement la terre, et l'évolution 
est, sinon tout à fait arrêtée, au moins extrêmement 
ralentie. 

L. Cuénot. 

Professeur ;i l.i Faculté des Sciences de Nanc^■. 



Bibliographie. — Banta : Ttie fauna of Maylield's Cave 
(Publication 6", Carni'f/io Institution of Wasliington, 1907). 
— Cholodkovsky : Analyse du travail russe dans Zoo!. Z-n- 
Iralblalt. t. XV, 1908, p. 533. — Davexpobt : Tlie animal 
ecology ol' Ihe Cold Spring sand spit [Tbc Dccenaial publi- 
cations, Cliicago, t. X, 1903). — 1''lorentin : Etudes sur la 
faune des mares salées de Lorraine {Ana. .Sc.Nat., S' sér., 
t. X, 1900, p. 209); (mémo recueil, t. XII, 1901, p. 343 . — 
Marchal : Notes sur les Cochenilles de l'Europe et du nord 
derAfrique (.4Dn. Soc. Enlnm., t. LXXVIl, 1908, p. 223i.— 
MoiiGAX : Evolution and adaptation, New-York, 1903. 



LE PÀRTA&E DE L'ÉNER&IE 
ENTRE LA MATIÈRE PONDÉRABLE ET L'ÉTHER 



Le problème sur lequel je me propose de pre- , 
senter quelques réflexions est celui de la distri- 
bution de l'énergie entre la matière et l'èther, en 
tant que cette distribution s'opère par l'émission 
et l'absorption de la chaleur rayonnante et de la 
lumière. Depuis Kirchhofï, les physiciens s'en sont 
souvent occupés, d'abord en se fondant sur les 
j)rincipes généraux de la Thermodynamique, et 
jilus tard en introduisant des idées empruntées à la 
tiiéorie cinétique de la matière, à la théorie électro- 
jnagnétique de la lumière et aussi à la liiéorie des 
électrons. 

I 

l'our lixer les idées, il conviendra de ])réciser la 
quislion. l'igurons-nous, àcet elTet, qu'une enceinte 
ayant la forme d'un parallélipipède lectangulaire, 
dont les faces intérieures sont ])arfailemenl réllé- 



' Cinfcrcni-r l'.iilc -.m IV (;<inf;rrs iiilrriialii.iril des .\I.-itl] 
jualiciens et ciiinjdélco dejniis par l'aiilnir. 



chissantes, contienne un corps pondérable M, qui 
se trouve h une certaine distance des parois, et sup- 
posons que l'èther, le milieu universel qui transmet 
la lumière et les actions électromagnétiques, rem- 
plisse l'espace entier à l'intérieur de cette enceinte, 
pénétrant même les particules dont le corps pon- 
dérable se compose. 

Kirchhofl' a montré que, dans ces circonstances, 
si le corps M est maintenu à une température déter- 
minée T, il s'établira un état d'équilibre dans lequel 
l'èther est traversé dans toutes les directions par 
les rayons émis par la matière pondérable. Ces 
rayons, incessamment réfléchis par les parois, ne 
tarderont pas à rencontrer de nouveau le corps M. 
Ils finiront ])ar être absorbés par lui, mais la perte 
que subirait ainsi l'énergie de l'èther se trouvera 
compensée par l'émission de nouvelles ondes lumi- 
neuses ou calorifiques. Du reste, cette égalité de 
l'énergie émise et absorbée n'est pas limitée à la 
totalité des vibrations : si, en employant le théo- 
l'ème de Fiiiiricr, ou déc()mi)0se le rayonnemeni en 



L(U!KN'T/ — l'AHTAiiE l>K LKMliiillK KM l{K LA MATIl^HE l>(l.NDl';i{MiLr': KT LÉTIIKK 15 



un nianil nomlire île [larlie.s, chacune caraclérisée 
|iar .sa liiiij;ueui' d'onde, la quantité d'énergie ([ui 
nu respond à ciiaque partie restera constante malgré 
les échanges continuels. 

De ]ilus, la seconde loi de la Therniodynaiiiiqiie, 
c'csl-à-dire le principe que l'égalité de température 
d'un sxsiéme de corps ne sera jamais troublée par 
leur ra\(Uinement mutuel, exige que l'état de l'éther 
sciil iiidcpendantde la nature physique ou cliimi(|ue 
(lu corps pondérable. Placez dans l'enceinte un 
luiirccau de métal, un cristal quelconque ou une 
masse gazeuse, vous aurez toujours le même rayon- 
iii'iuent dans l'éther ambiant. 

En somme, celte théorie de Kirchholl', que je 
viens de ra|)peler à grands traits, suppose que 
l'énergie du rayonnement qui existe dans l'unité 
de volume de l'éther, en tant qu'elle correspond 
aux longueurs d'onde comprises entre les limites X 
cl A-\- (il, peut être représentée par une expression 
d^ la l'orme : 

fl: F{)„T)t/)„ 

OÙ la fonction F est indépendante des propriétés 
sjiéciales du corps qui a produit les rayons. (Dans 
relie l'ormule, comme dans toutes celles qui sui- 
viiuil, nous entendrons par T la température 
absolue.) 

Kirchhuir ne laissait pas d'insister sur la haute 
iinportance de cette fonction du rayonnement. En 
rtlet, l'existence d'une telle fonction universelle 
prouve que tous les corps pondérables doivent 
avoir quelque chose de commun, et le problème de 
découvrir en quoi cela consiste oll're un charme 
particulier. 

Avant de considérer les recherches théoriques 
faites sur la fonction F, je dois dire quelques mots 
de la manière dont elle peut être déterminée expé- 
rimentalement. Imaginons une enceinte de très 
grandes dimensions, qui ne contienne qu'un petit 
corps M placé prés du centre. Laissons au système 
le temps de se mettre en équilibre, et pratiquons 
ensuite dans l'une des parois une petite ouverture. 

Les rayons qui se dirigeaient vers la partie de la 
jiaroi qui a été enlevée passeront maintenant au 
ileliors du système, et il est clair que, si, au moyen 
d'un spectroscope muni d'un bolomèlre, nous pou- 
vions examiner la radiation qui sort de l'ouver- 
ture dans les premiers instants, cela nous ferait 
connaître l'état de rayonnement existant à l'inté- 
lieur de l'enceinte. Il faut remarquer, cependant, 
qu'en général ce ne sera que pendant un temps 
extrêmement court, beaucoup trop court pour per- 
mettre des observations, que les rayons sortant de 
l'ouverture correspondront à cet état. "Vu la grande 
vitesse de propagation, les vibrations qui se trou- 
vaient à l'entour du corps pondérable auront 



l)ienl('il (piiltè lesyslème.el le rayonnement s'allai- 
blira. à moins i|iii' le c(U'ps n'émette rapidement 
une (pianlilé de i'a\(uis suflisante pour remplacer 
l'énergie ([ui s'est élancée au dehors. On peut 
démontrer qu'il en sera ainsi lorsque le corps pon- 
dérable ollVira la |iro|iriélé d'absorber tous les 
rayons ipi'il reçoit: on connailra donc la fonction 
cherchée si l'on réussit à déterminer l'émission 
d'un corps de cette nature, d'un corps « noir » 
comme on dit ordinairement. 

Or, grâce à une idée ingénieuse de Bollzmann, 
(pii a été reprise par MM. W. Wien et Lummer, on 
est parvenu à réaliser un corps noir, et à en exa- 
miner le rayonnement. C'est un point sur lequel 
nous aurons à revenir. Ce qui nous intéresse pour 
le moment, c'est le résultat général de ces expé- 
riences. Pour chaque température T, on peut repré- 
senter graphiquement la fonction du rayonnement 
F en prenant pour abscisses les valeurs de X et pour 
ordonnées celles de F. La courbe obtenue montre 
une allure à laquelle on aurait pu s'attendre; 
l'ordonnée est maximum pour une longueur d'onde 
déterminée l,„. et devient insensible pour des 
valeurs très petites ou très grandes des abscisses. 
Il n'est guère nécessaire d'ajouter que l'aire com- 
prise entre la courbe et l'axe des longueurs d'onde, 
c'est-à-dire l'intéarale : 



(il 



/; 



, T :-/), 



est la mesure du rayonnement total du corps noir, 
ou bien de l'énergie totale qui existe dans l'unité 
de volume de l'éther contenu dans notre enceinte. 

Cette grandeur croît rapidement lorsqu'on élève 
la température, et il y a en même temps un change- 
ment profond dans la distribution de l'énergie dans 
le spectre. 11 en est du corps noir comme de beau- 
coup d'autres qui ne peuvent pas être appelés 
ainsi; l'échaufFement favorise l'émission de rayons 
à petite longueur d'onde, de sorte que l'ordonnée 
maxima se déplace vers le côté du violet. 

C'est sur cette influence de la température que 
se sont portées les recherches théoriques qui ont 
suivi celles de Kirchhofl'. Boltzmann a démontré 
que le rayonnement total doit être |)roportionnel à 
la quatrième puissance de la température, et Wien 
a assigné à la fonction du ravonnemeni la forme : 



{■■il 



F().T) = r^/'()T;. 



où f [11) est une fonction du produit de la longueur 
d'onde par la température. On en déduit que le 
déplacement du maximum vers le violet suit une 
loi bien simple: la longueur d'onde qui lui corre.s- 
I)ond est inversement proportionnelle à la tempé- 
rature. 

Nous verrons, dans la suite, ([ue certaines consi- 



1(3 LORENTZ — PARTAGE DE LÉN'ERGIE E.NTRE LA MATIÈRE PONDÉRA liLE ET E'ETIIER 



dérations p'ourraient nous porter à croire qu après 
tout ces lois remarquables ne sont pas conformes à 
la réalité. Toutefois, le travail de déduction qui a 
conduit à les énoncer appartient à ce qu'on a fait 
de plus beau en Physique théorique, et, au pre- 
mier abord, il semble qu'elles méritent une entière 
confiance. On peut invoquer à l'appui non seule- 
ment l'accord très satisfaisant avec les expériences 
de Lummer et Pringsheim, mais aussi la solidité 
des théorèmes dont Bollzmann et Wien se sont 
servis dans leurs raisonnements. 11 est vrai que la 
Thermodynamique ne leur a pas suffi; on a été 
obligé d'emprunter à la théorie électromagnétique 
de la lumière la notion d'une pression exercée par 
les rayons, et de faire intervenir le changement 
de longueur d'onde qui est produit, selon le prin- 
cipe bien connu de Diippler-Fizeau, par le dépla- 
cement d'une paroi réfléchissante; mais ces prin- 
cipes semblent être à l'abri de tout doute. 

On voit que le problème posé par KirchhofT 
n'est pas entièrement résolu par notre dernière 
équation. Au lieu des deux grandeurs 1 et T, nous 
avons maintenant la seule variable )vT; mais la 
manière dont ce produit entre dans la fonction /' 
reste à déterminer. 

Il 

On peut aller plus loin et chercher à pénétrer le 
mécanisme intime des phénomènes ; il faudra se 
rendre compte des mouvements invisibles des 
petites particules du corps pondérable et du lien 
qu'il y a entre ces mouvements et le champ élec- 
tromagnétique dans l'èther. La théorie du rayon- 
nement doit donc se rattacher aux théories molécu- 
laires de la matière et se conformer à la méthode 
dont elles se servent. 

On sait que Clausius a inauguré la théorie mo- 
derne des gaz et que Maxwell et Boltzmann ont su 
donner un vaste développement à cette doctrine 
et à la théorie cinétique de la matière en général. 
Les travaux de ces physiciens fournissent un 
exemple remarquable de l'application de deux 
branches des Matliématiques. En premier lieu, le 
Calcul des probabilités y joue un rôle considérable, 
comparable à celui ([u'il a dans la Statistique. En 
effet, à part (juelques résultats très simples, on ne 
peut faire presque rien dans la théorie des mouve- 
ments moléculaires sans se servir d'une méthode 
statistique. Comme il est impossible de suivre dans 
leurs mouvements chacune des innombrables par- 
ticules dont un corps se compose, on est obligé de 
grouper ensemble les molécules qui se trouvent 
dans un même état de mouvement, ou plutôt dont 
l'état est compris entre des limites suffisamment 
resserrées. Quand on (■(uinaît le nombre des mo- 
lécule.s appartenant à ciiaiiue groupe, on a une 



image statistique de l'état du corps, et l'on pourra 
décrire les changements de cet état, si l'on réussit 
à indiquer comment les nombres en f[,iestion varient 
d'un instant à un autre. 

L'autre branche des Mathématiques dont je dois 
dire quelques mots est la Géométrie polydimen- 
sionnelle, qui, dans ces dernières années, a pris 
une grande importance pour plusieurs parties de la 
Physique. Déjà, les physico-chimistes commencent 
à s'en servir pour coordonner les phénomènes com- 
l)liqués qui se présentent dans leurs recherches. 
Tant qu'il s'agit des équilibres dans les systèmes 
formés de deux ou de trois substances, on peut 
employer une représentation de l'énergie libre ou du 
potentiel thermodynamique par une courbe ou une 
surface; la solution d'un problème est alors sou- 
vent ramenée à une construction géométrique. D'une 
manière analogue, on peut, dans l'étude des sys- 
tèmes à un plus grand nombre de compo.santes, 
introduire une représentation graphique dans un 
espace à plus de trois dimen.-ions. Bien entendu, 
on ne voit pas cette représentation, et en réalité 
l'avantage qu'on y trouve consiste dans l'emploi du 
hingiige de la Géométrie polydimensionnelle, qui 
fait ressortir mieux que toute autre chose l'analogie 
des équilibres avec ceux qui se j>résentent dans des 
systèmes moins compliqués. 

Signalons aussi, à ce propos, l'exemple donné 
par Hertz dans son admirable Traité sur les Prin- 
cipes de la Mécanique. Grâce à un mode d'expres- 
sion qui a été modelé d'api'ès celui de la Géométrie 
à 11 dimensions, il a pu réduire tous les phénomènes 
du mouvement à cette loi fondamentale, que tout 
système matériel se meut avec vitesse constante 
suivant une ligne dont la courbure est la plus petite 
qui soit compatible avec les liaisons du système. 
Dans cette théorie, certains principes généraux, 
tels que celui de la moindre action, prennent une 
forme très claire, que, du reste, (in jieut leur cou- 
server si l'on préfère les idées fondamentales de la 
Mécanique ordinaire aux nouvelles hypothèses par 
lesquelles Hertz a voulu les remplacer. 

Dans les questions de Statistique, les méthodes 
de la Géométrie polydimensionnelle se présentent 
immédiatement à l'esprit dès que le nombre des 
variables qu'on prend pour base du groupement est 
supérieur à trois. Si les divers cas qui font l'objet 
de la statistique ne se distinguent que par la valeur 
d'une variable unique, on peut, en prenant cette 
dernière pour coordonnée, représenter ciiaque cas 
par un point sur une ligne droite. Les cas dans les- 
quels la variable en question est comprise entre 
des limites données correspondront à des points 
situés sur une certaine partie île la ligne, i-t l'on 
connaîtra la loi de distribution des diflèrenles 
valeurs de la variable quand on aura exprimé en 



LOUKN'TZ — l'AliTAGK DE L'fiNERGIK KNTRR LA MATIÈRE PONDÉKABLE ET LETHER 17 



l'onclioii de la cooi-donnéi' la di'iisilt' de la dislrilm- 
lion des poinLs reiiré.senlatirs. 

('lie mélhode analogue peiil être suivie <iuaud le 
j;r(iui)ement se fait selon les valeurs de deux ou de 
trois variables; la représentation graphiijue se fera 
alors dans un plan ou dans un espace. Ici encore, 
chaque cas particulier a son point représentatif, 
dont les coordonnées indiquent les valeurs des 
variables fondamentales, et la grandeur sur laquelle 
on devra porter son attention est de nouveau la 
densité de la distribution, c'est-à-dire le nombre 
des points par unité de surface ou unité de volume. 

On comprend facilement l'extension qu'on peut 
donner à ce qui précède. Lorsqu'il y a « variables 
fondamentales, on peut considérer leurs valeurs 
comme les coordonnées d'un point dans un espace 
à n dimensions; on dira que ces points, ou les cas 
qu'ils représentent, sont distribués dans un domaine 
polydimensionnel, et l'on entendra par densité de 
la distribution le nombre des points jiar unité 
d'étendue. 

Cette délinilion suppose qu'on puisse évaluer In 
grandeur d'un domaine qui est limité d'une manière 
quelconque; en d'autres termes, la grandeur d'un 
intervalle qu'on laisse libre aux variations des 
grandeurs fondamentales. C'est un problème qu'on 
peut toujours résoudre après avoir fixé que la gran- 
deur d'un intervalle dans lequel les variables .v,, 

Av, v„ sont simultanément comprises entre .v, et 

A', 4" d.\\ , J'j et .r, + (/.r^, . . . .r„ et x„ -\- dx„ sera repré- 
sentée par le produit (l.\\ d.v,... d.\\. 

Parmi les théorèmes dans lesquels il est question 
de l'étendue de ces domaines polydimensionnels, il 
y en a un, dû à Liouville, qui est d'une fréquente 
application dans les théories moléculaires. Consi- 
dérons un système matériel dont le mouvement est 
déterminé par les équations de Hamilton : 

où l'on adésigné par <7 les 7J coordonnées de La grange, 
par (j les vitesses, par p les moments correspon- 
dants, et par E l'énergie exprimée en fonction des 
coordonnées et des moments. A chaque système de 
valeurs des rj et des p existant à un moment /,, cor- 
respondront des valeurs déterminées q', p' de ces 
variables à un instant postérieur /. ; et, si nous lais- 
sons aux valeurs initiales la liberté de varier dans 
un domaine rfV infiniment petit de l'étendue à 2n 
dimensions qui leur correspond, les valeurs finales 
seront limitées à un domaine f/\" de l'étendue 
{q\ p'). Le théorème de Liouville nous enseigne 
qu'on a toujours : 

f/V = (/\-. 

On me pardonnera, je l'espère, cette digression, 
qui me paraît présenter quelque intérêt pour ceux 

RF.vuE i;i';NftnALE bes scienxes, l'jro. 



(|ui ont un peu i)erdu l'iiabitudc di' la (iéométrLc 
pdlydimensioiiiu'lle. 



III 



Revenons maintenant aux mouvements dans un 
système de molécules. Dans le cas d'un gaz dont les 
particules sont considérées comme des points 
matériels, les composantes de la vitesse d'une 
molécule peuvent être prises pour variables fonda- 
mentales, et l'état sera stationnaire lorsque la den- 
sité de la distrilnilion est exprimée par la fonction : 

(4) ,-„.-'E, 

où II et k sont des constantes, tandis que A' désigne 
l'énergie cinétique d'une molécule. Cette formule 
exprime la loi bien connue de Maxwell, que Boltz- 
mann a su étendre à des gaz polyatomiques. 11 
trouva qu'on n'a rien à changer à la forme de l'ex- 
pression (4). Si l'on prend pour variables fonda- 
mentales les coordonnées rectangulaires du centre 
de gravité d'une molécule, les composantes de la 
vitesse de ce point, et les coordonnées et moments 
qui définissent les positions et les vitesses des atomes 
relatives au centre de gravité, la fonction représente 
toujours, pour un état stationnaire du gaz, la den- 
sité de la distribution dans l'espace polydimension- 
nel correspondant à toutes ces variables, c'est- 
à-dire que le nombre des molécules pour lesquelles 
les valeurs des variables se trouvent dans un certain 
intervalle infiniment petit sera donné par le pro- 
duit de la grandeur de cet intervalle par la fonc- 
tion (4). Seulement, E! doit signifier maintenant 
l'énergie totale dune molécule, y compris l'énergie 
potentielle qui peut être due à l'action de forces 
extérieures, telles que la gravité. 

Ce qui nous intéresse surtout dans ces théories, 
c'est la conclusion qu'on peut en tirer en ce qui 
concerne l'énergie cinétique d'une molécule ou d'un 
atome. On trouve qu'à température donnée, la 
valeur moyenne de cette énergie, pour autant 
qu'elle dépend du mouvement du centre de gravité, 
est une valeur entièrement déterminée, à laquelle ou 
ne peut rien changer, ni par l'action de forces exté- 
rieures, ni par un changement d'état d'agrégation, 
ni même par une combinaison ou décomposition 
chimique. Cette énergie moyenne est proportion- 
nelle à la température T et peut donc être repré- 
sentée par JiT, où a est une constante universelle. 
Nous la verrons reparaître dans la théorie du rayon 
nement. 

La méthode de Boltzmann est très générale; mais 
pourtant il y a des cas où elle ne s'appli([ue pas, 
l'état intérieur d'un système pouvant être tellement 
compliqué qu'il devient difficile ou même impos- 
sible de choisir les unités ou les éléments pour les- 

1" 



18 LORENTZ — PARTAGE DE L'ÉNERGIE ENTRE LA MATIÈRE PONDÉRABLE ET L'ÉTHER 



quels on établira une statistique. Dans ces circons- 
tances, on peut se servir d'une autre méthode qu'on 
doit également à Boltzmann, et que Gibbs a mise 
sous une forme plus légèrement maniable. 

Elle consiste à faire la statistique, non pas des 
molécules dont un corps se compose, mais d'un 
assemblage de corps entiers, qui peuvent tous être 
regardés comme des copies de celui qu'il s'agit 
d'étudier. Nous supposerons que le nombre N de 
ces corps soit très grand et qu'ils diffèrent plus ou 
moins les uns des autres par les positions relatives et 
les vitesses de leurs particules ; alors nous pourrons 
faire la statistique de l'ensemble qu'ils constituent. 

Définissons l'état d'un corps par n coordonnées 
générales q et par les moments correspondants p, 
et considérons ces variables fondamentales comme 
les coordonnées dans un espace à 2h dimensions. 
Soit cTV un élément de cet espace, tp d\ le nombre 
des points représentatifs ou, comme nous dirons 
pour abréger, des corps qui s'y trouvent. Au point 
de vue statistique, l'état de l'ensemble est connu 
lorsque cp, la densité de la distribution, est donnée 
en fonction des q et des p. 

Les N systèmes de l'ensemble doivent être regar- 
dés comme simplement juxtaposés, sans aucune 
action mutuelle. Cependant, l'état de chacun d'eux 
se modifiera par les mouvements et les forces inté- 
rieurs. Donc, les points représentatifs se déplace- 
ront, et ce n'est que pour certaines formes spéciales 
de la fonction cp que, malgré ce déplacement, la dis- 
tribution avec laquelle on commence se maintient. 
En se servant du théorème de Liouville, on démontre 
facilement qu'on a une telle distribution station- 
naire, c'est-à-dire un état de choses dans lequel il y 
a toujours le même nombre de systèmes dans un élé- 
ment fA', si l'on pose : 

E 

<p = Ce"0, 

E étant l'énergie d'un système — qui dépend des 
coordonnées et des moments — et C et désignant 
des constantes. Un ensemble déterminé par cette 
équation est nommé par Gibbs un ensemble « cano- 
nique ». 

Comme chaque système est indépendant des 
autres, chacun a une énergie constante, et son 
point représentatif se meut sur ce qu'on peut appe- 
ler une « surface de constante énergie ». Deux de 
ces surfaces, caractérisées par les valeurs A' et 
j& + (/£'de l'énergie, renferment une certaine partie 
de l'étendue 2w-dimensionnelle totale, disons une 
« couche » mince, et les points représentatifs qui 
se trouvent dans cette couche, où ils sont unifor- 
mément répandus, y resteront pour toujours. Cela 
posé, on peut enlever par la pensée tous les sys- 
tèmes qui se trouvent au dehors de la couche. Si 
ensuite, pour ceux qui y appartiennent, on fait 



abstraction des différences infiniment petites entre 
leurs énergies, on obtient un enseml)le que Gibbs 
appelle » microcanonique » et que Boltzmann avait 
déjà étudié sous le nom d'ensemble « ergodique ». 
Un ensemble de ce genre est caractérisé par la 
valeur de l'énergie de tous les systèmes, tandis 
qu'un ensemble canonique est défini par la valeur 
de la constante 0, que Gibbs nomme le « module ». 

Quel est, maintenant, le parti qu'on peut tirer de 
ces considérations, qui, au premier abord, semblent 
peu propres à nous apprendre quelque chose sur ce 
qui se passe dans un système réel? Si elles peuvent 
nous être utiles, c'est parce que, dans les systèmes 
avec lesquels nous faisons nos expériences, le 
nombre des particules ou éléments constituants est 
excessivement grand. Grâce à cela, il est très pro- 
bable, sinon certain, que les grandeurs qui sont 
accessibles à nos observations sont sensiblement 
les mêmes dans la vaste majorité des systèmes d'un 
ensemble ergodique, et qu'on obtiendra les valeurs 
de ces grandeurs pour un corps réel en prenant les 
moyennes des valeurs qu'elles ont dans un tel 
ensemble. On peut même dire c[ue, lorsque, au lieu 
d'opérer toujours sur un même morceau de cuivre, 
par exemple, on répète les mesures un grand 
nombre de fois sur des morceaux différents, 
(I égaux » les uns aux autres dans le sens ordinaire 
de ce mot, c'est en réalité sur les corps d'un 
ensemble microcanonique qu'on fait les mesures. 
Substituer la considération des valeurs moyennes 
dans un tel ensemble à l'étude d'un seul et même 
corps, cela revient, en fin de compte, à négliger les 
petites différences qu'on trouverait, ou plutôt qu'on 
ne trouverait pas, parce qu'elles sont trop faibles, 
entre un échantillon de cuivre et un autre. 

Quant à l'ensemble canonique, l'idée de s'en 
servir peut être regardée comme un artifice mathé- 
matique. Pour une valeur donnée du module©, les 
systèmes de l'ensemble ont une certaine énergie 
moyenne E, et, lorsque les particules ou éléments 
de chaque système sont très nombreux, il semble 
permis d'admettre que le nombre des systèmes 
dans lesquels l'énergie diffère tant soit peu de la 
valeur moyenne est très petit par rapport au 
nombre total N. Par conséquent, les valeurs 
moyennes calculées pour l'ensemble canonique 
peuvent être considérées comme égales à celles 
qu'on trouverait pour un ensemble microcanonique 
ayant l'énergie E; elles pourront donc nous faire 
connaître, elles aussi, les valeurs qui se rapportent 
h un système réel. 



IV 



Après ces préliminaires, (]ui [leul-ètre soi.t 
devenus trop longs, nous pouvons enfin aborder 



LORENTZ — PARTAGE DE L'ÉNERGIE ENTRE LA MATIÈRE PONDÉRABLE ET L'ÊTHER l!) 



notre problùme principal. II nous sera facile d'en 
trouver une solution remarquable, que M. Jeans a 
été le premier à indiquer. 

Nous devons nous figurer le corps M qui se 
trouve dans l'enceinte parallélipipédique comme 
composé d'innombrablesatomes animés d'un mou- 
vement perpétuel; de plus, il y a des particules 
ciiargées ou électrons, soit libres, soit captives à 
l'intérieur des atomes. Ces électrons prennent part 
4U1 mouvement calorifique des atomes, et doivent 
/•Ire regardés comme les véritables sources du 
rayonnement. En effet, d'après les idées modernes, 
le mouvement d'une particule non chargée n'a 
aucune influence sur l'éther; un électron, au con- 
traire, devient le centre d'un rayonnement toutes 
les fois que sa vitesse change en direction ou en 
grandeur. D'un autre côté, les forces électriques 
qui existent dans un rayon de lumière agissent sur 
les électrons et leur communiquent un mouvement 
([u'ils partageront bientôt avec les autres parti- 
cules du corps. Voilà la cause de l'absorption des 
rayons, par laquelle une partie de leur énergie est 
transformée en chaleur. 

Vu le nombre énorme des atomes et électrons, la 
tliversité de leurs mouvements, et la complexité 
des rayons qui s'entre-croisent dans l'éther, la 
méthode statistique est toute indiquée, et, comme 
il semble difficile de l'appliquer à un seul système, 
nous aurons recours à la méthode de Gibbs. Exa- 
minons d'abord la question de son applicabilité à 
notre problème. 

L'état de l'éther dans un système où se trouvent 
des électrons mobiles est déterminé par un système 
d'équations aux dérivées partielles, qui, au pre- 
mier abord, semblent bien différentes des équations 
de Hamilton. Elles contiennent la force électrique, 
qui, grâce à un choix convenable des unités, peut 
être représentée par le même vecteur D que le 
déplacement diélectrique, la force magnétique H, 
la densité p de la charge électric[ue, et la vitesse v 
avec laquelle un élément de la charge se déplace; 
enfin une constante e, égale à la vitesse de la lu- 
mière. En choisissant convenablement les axes des 
coordonnées, et en indiquant par les signes D^, Dj,, 
I);, Hx, etc. les composantes des vecteurs D, H, etc., 
nous aurons : 





t + 


3D, 


+ 




p- 






t- 


m, 


+ 


?n. _ 


0, 






ÎH,„ 

?2 


1 

c 


(D. 


+ pv 


-), 


etc. 


? 


D.- ?D„ 




'ù 







— -Hx, etc 



A ces équations, il faut joindre les conditions qui 



doivent être remplies aux parois de l'enceinte. Je 
supposerai que ces parois soient parfaitement 
conductrices, ce qui les rendra parfaitement réllé- 
chissantes; alors la force électrique D .sera partout 
normale à la paroi. 

On peut démontrer (]ue les conditions que je 
viens d'énumérer déterminent complètement le 
champ électromagnétique dans l'éther, quand on 
connaît, outre l'état initial, la distribution de la 
charge des électrons et le mouvement de ces parti- 
cules. Quant à ce mouvement lui-même, il faudra 
tenir compte, en l'étudiant, d'abord des forces qui 
peuvent agir entre les électrons et les particules 
non chargées, et, en second lieu, de la force exercée 
par l'éther. Par unité de charge, les composantes 
de cette dernière sont données par : 



(») 



D.,.-|-. 



i,H; — V;H„,i, etc. 



Comme je le disais déjà, ce système de formules 
est bien différent des équations de Hamilton. Cepen- 
dant, on peut les y réduire. C'est ce qu'on peut 
faire en deux pas, dont le premier consiste dans 
l'établissement d'un théorème qui est analogue à 
celui de la moindre action et que j'exprimerai par 
la formule : 



(10) 



6 /"''(L — U )(/( = ( 



Ici, l'énergie électrique est représentée par U, 
l'énergie magnéticiue par L, et le signe 3 se rap- 
porte au passage d'un état de choses réel, qui satis- 
fait à toutes les équations précédentes, à un état 
fictif, que je nommerai l'état ou le mouvement 
varié, et que nous précisons comme il suit. A partir 
de l'état réel qui existe à un moment quelconque /, 
nous donnons des déplacements infiniment petits 
aux électrons, et un changement infiniment petit 
aux composantes D^:, D,, D,, tels que l'équation (5) 
ne cesse pas d'être vraie, et que les conditions aux 
parois restent remplies. Ces déplacements et varia- 
tions peuvent être des fonctions continues quel- 
conques du temps; quand ils ont été choisis, nous 
connaissons pour chaque instant la position variée 
des électrons et le champ électrique varié dans 
l'éther. Le mouvement varié n'est autre chose que 
la succession de ces états variés, et les nouvelles 
vitesses des électrons, les valeurs de D^, D„ D; et 
les grandeurs D^ -|- piv-, etc., qu'on peut appeler les 
composantes du courant varié, se trouvent com- 
plètement définies. 

Entendons ensuite par H le vecteur défini par les 
équations (6) et (7), et calculons la valeur de Lpom- 
les deux mouvements par la t'oruiule : y^'^\\\^\ { , ■ " 

l'jJL/BRAR 



A 



20 LORENTZ — PARTAGE DE L'ÉNERGIE ENTRE LA MATIÈRE PONDÉRABLE ET L'ÉTIIER 



où (/S est un élémenl de volume; nous aurons alors 
\n valeur de 3L. Pareillement, nous obtiendrons 
SU en j)renanl pour les deux mouvements l'inlè- 
grale : 



c = ; 



On peut démontrer maintenant que l'équation (10) 
est toujours vraie, pourvu que les déplacements 
des électrons et les variations de D s'annulent pour 
I = t^el l = /„. Réciproquement, on peut trouver les 
équations (8) et les forces (9) en parlant de la for- 
mule ilO). 

11 importe de remarquer que, pour arriver à cette 
équation, il n'est nullement nécessaire de penser à 
une explication mécanique des phénomènes élec- 
Iromagnétiques, dans laquelle L serait considéré 
comme l'énergie cinétique, et U comme l'énergie 
potentielle. 11 nous suffit que nous ayons une équa-' 
lion de la même forme que celle qu'on rencontre 
dans la Mécanique ordinaire. 

Jusqu'ici nous n'avons parlé ni des particules 
sanscliarge, ni des actions non-électromagnétiques. 
On en tiendra compte en comprenant sous le sym- 
liole U l'énergie potentielle de ces actions, et sous L 
l'énergie cinétique des particules (et des électrons 
eux-mêmes, si nous voulons leur attribuer une 
masse matérielle). 

Passons maintenant du princi])e de la moindre 
action aux équations de Hamilton. A cet effet, il 
est nécessaire d'introduire un système de coordon- 
nées q, propres à définir la position des particules 
cl le champ électrique dans l'éther. 

Je commencerai par choisir un nombre de coor- 
données que j'appellerai toutes y,, qui déterminent 
la position des particules non chargées, et un sys- 
tème de grandeurs q, qui fixent la position des 
électrons. Pour simplifier, je considérerai ces der- 
niers comme des corps rigides; alors nous pouvons 
prendre pour chacun d'eux les coordonnées de son 
centre, et les angles qui déterminent son orienta- 
lion. 

Il nous reste ix choisir les coordonnées pour le 
champ électrique dans l'éther. Or, quel que soit ce 
( liam]), on peut toujours le décomposer en deux 
parties superposées, dont la première est le champ 
qui exislerait si les électrons se trouvaient en repos 
dans les positions indiquées par les coordonnées q , 
l;iu(lis que la seconde salisl'ail parloul ;"i la relalion : 



.^D., 



-t-^ 



chacune des deux parties remplissant les conditions 
aux parois. La première |)artie est enlièrement 
déterminée j)ar les coordonnées r/^, el le lliéd- 
l'éine de lùiurier nous perniel d'ècrin' pour la 
'l'conde : 



i>j-= y ,{l3^ + qii.) fos —-.V sm —y sin ——z, 
Lu I y h 

11) < D„= V (f/3[i -f- ry'.f)') sin y .V eos ~y sin '-^x, 
Ur= y [ij,'! + q-iX) sm —s sin — v <os — z. 

Ici, on a pris j)our axes des coordonnées trois 
arêtes du parallélipipède, et on a représenté par /', 
g, h les longueurs de ces arêtes. Les coefficients a, 
F, ir sont des nombres entiers et positifs, et, pour 
chaque système (h, r, ir) de leurs valeurs, on a 
introduit deux directions déterminées par les 
cosinus a, p, •;, a', fi', '^' , ces directions étant per- 
pendiculaires entre elles el à celle qui est déter- 

u V \v 
minée par -> -• ■—■ De i)lus. iiour i-haiiue svsième 
^ 1 (f h 11 1 . 

(/;, r, u), il y a deux coefficients f/, et q'.: enfin, les 
sommes doivent être étendues à tontes les combi- 
naisons possibles des u, r, w. Ce sont les gran- 
deurs q., q'. — indiquées dans la suite par le seul 
symbole q. — qui seront les coordonnées pour 
l'éther. 

Il s'agit maintenant de former les valeurs des 
énergies U et L. Lorsqu'un champ électrique ou 
magnétique résulte de la superposition d'un nombre 
de champs élémentaires, l'énergie se compose de 
plusieurs parties, dont les unes appartiennent aux 
champs élémentaires pris séparément, tandis que 
chacune des autres provient de la coexistence de 
deux champs élémentaires. Dans le cas qui nous 
occupe, il y a d'abord les champs électriques dé- 
pendant des coordonnées q^ et q^. Quant aux champs 
magnétiques, chacun d'eux correspond à une cer- 
taine distribution du courant électrique. Quand 
une coordonnée 7, change avec le temps, c'est- 
à-dire quand un électro'n se déplace, nous avons 
un courant de conveclion, combiné avec un cou- 
rant de déplacement dans l'éther ambiant ; l'inten- 
sité de ces courants et celle du champ magnétique 
qu'ils produisent sont alors proportionnelles ;\ q^. 
D'un autre côté, le changement d'une coordonnée q^ 
déterminera un courant de déplacement dont on 
ti'ouvera les composantes en différentiant par raji- 
]iort à ; les expressions (U). Ce courant et son 
champ Miaguèlique sont pi'O|)0rliiiuuels à la dé- 
rivée q.. 

Remarquons enciu'c que, dans l'expression poui- 
l'énergie électrique, il n'y a ni termes avec le 
])roduit d'un q,^ par un if,. ni lermes ipii cini- 
tiennent le produil de deux (/. dillérenls, Pai'cille- 
ment, les produits de deux q^ fercuil di'laut dans 
l'expression pour l'énergie magnétiipie. 

En fin de coniple, on peut écrire : 

'12) i; = L;„-fji./:;/jV7"-.„ 



LOUENTZ - l'ARTAC.E DE L'ÉNEKGIE ENTRE LA MATIÈRE P0M)RRAI5LE ET LËTllER i\ 



U„ éUmt M 110 foni'liiiii d 
(13) L = L„ + .^^V 



fqh 
•Ib I 



ii-doimées q^ el (/^. et 



=(:^+:;^+ï) t 



où L„ est une fonction homogène du second degré 
<les dérivées 9, et q^. Le dernier terme de L contient 
tous les produits d'un r/^ par un r/^, chacun d'eux 
étant inulti[ilié par un coefficient qui est une fonc- 
tion des coordonnées de l'électron auquel se rap- 
])orte Ç3,. Ce coefficient dépend des valeurs de u, v, 
\i , a, p, Y correspondant à la coordonnée (/sj, mais 
non pas de cette coordonnée elle-même. 

Par un raisonnement qu'il est inutile d'indiquer 
ici, la formule générale (10) conduit maintenant à 
<les équations qui sont semblables à celles de 
) a grange et qui pourraient servir à traiter les pro- 
blèmes qu'on étudie ordinairement à l'aide des 
(■i| nations (5)-(9). Par exemple, dans l'expression 
pour la force exercée sur un électron, il y aura un 
terme qui contient les vitesses q, de cet électron, 
multipliées par les grandeurs q.; ce terme repré- 
sente la force qui est due au mouvement de la par- 
ticule dans le champ magnétique. 

Notons aussi que l'équation relative à une coor- 
donnée «y, a la forme : 



(M 



r.jh 



Les termes contenant q.i peuvent nous faire con- 
naître la radiation émise par les électrons; nous 
savons déjà qu'une telle radiation existe toutes les 
l'ois qu'il y a des accélérations q,. 

Du reste, lorsque les électrons se trouvent en 
repos, de sorte que.y^ ^0 et (/, = 0, la formule 1 14) 
montre que q.y peut subir des changements pério- 
(lii(ues représentés par : 

73,-^ a cos [nt + s), 

où ;( et s sont des constantes. 

Si l'on substitue ces valeurs dans les équations 
(11), celles-ci prennent la forme correspondant à 
des ondes stationnaires. La longueur de ces ondes 
est donnée par : 



et la durée des vibrations par : 



^V 



de sorte i[u'on retrouve la relation générale : 



V 

Dans ce qui précède, nous avons parlé des équa- 
tions de Lagrange. Celles de Ilamilton s'en déduisent 
par le procédé ordinaire, si l'on introduit les 
moments p qu'on obtient en différenliaiil l'expres- 
sion (13) par rapport aux grandeurs (/. 

Une des conditions nécessaires pour que la 
méthode de Gibbs puisse être appliquée à notre 
système se trouve maintenant remplie. Cependant, 
il y a encore une difficulté. Dans chacun des sys- 
tèmes dont nous pourrions composer un ensemble, 
le nombre des coordonnées q. qui définissent le 
champ électrique dans l'éther est infini, et il parait 
difficile de faire la statistique par rapport à un 
nombre infini de variables. 11 est donc nécessaire de 
remplacer le système réel avec son nombre infini 
de degrés de liberté par un système fictif pour 
lequel ce nombre n est limité, et de traiter le sys- 
tème réel comme un cas limite dont on s'approche 
de plus en plus en faisant croître le nombre n. Le 
cas est analogue à celui d'une corde vibrante qui a 
également un nombre infini de coordonnées. Ici, on 
peut limiter ce nombre en supposant que la masse 
soit concentrée en des points placés à des distances 
finies sur un fil qui lui-même est sans masse appré- 
ciable, expédient dont on se sert souvent pour 
trouver les modes de vibration d'une corde con- 
tinue. On pourrait suivre la même voie dans l'étude 
d'un système électromagnétique, si l'on pouvait 
commencer par des équations ne contenant que les 
valeurs des grandeurs électromagnétiques dans un 
groupe de points situés à des distances finies les 
uns des autres. Ce remplacement des équations dif- 
férentielles par des équations à différences finies est 
facile lorsqu'il s'agit des formules qui s'appliquent 
à l'éther libre, mais il m'a été impossible de faire la 
même chose pour les équations qui contiennent la 
densité p de la charge. 

Heureusement, il y a un autre artifice. Le nombre 
des coordonnées d'un système mécanique peut être 
diminué par l'application de nouvelles liaisons; on 
peut, par exemple, «imaginer un mécanisme qui 
empêche une corde de se mouvoir comme elle le 
ferait en donnant les harmoniques au delà d'un 
certain nombre de vibrations, tout en la laissant 
libre de donner les tons inférieurs. D'une manière 
analogue, nous obtiendrons un système ne possé- 
dant qu'un nombre fini de degrés de liberté si nous 
imaginons dans l'éther des liaisons qui excluent les 
champs électriques représentés par les formules 
(11) pour lesquels la longueur d'onde (13) serait 
inférieure à une certaine limite \. C'est avec ce 
système fictif que nous pouvons former un ensemble 
canonique de Gibbs au module 0. 

Parmi les propriétés d'un tel ensemble, il y en a 



22 LORENTZ — PARTAGE DE L'ÉNERGIE ENTRE LA MATIÈRE PONDÉRABLE ET L'ÉTHER 



une qui est d'un intérêt spécial pour notre but. Sup- 
posons qu'une des coordonnées q ou un des mo- 
ments/; n'entre dans l'expression pour l'énergie E 
que dans un terme de la forme ag° ou (3/>'. On dé- 
montre alors que la valeur moyenne de la partie de 
l'énergie qui est indiquée par ce terme, c'est-ii-dire 
de la partie de l'énergie qui correspond à l'ordonnée 
ou au moment en question, est donnée par la moitié 
du module 0. 

Ce résultat s'applique à quelques-unes des va- 
riables que nous avons à considérer. En premier 
lieu, si m est la masse d'une particule non chargée, 
disons d'une molécule, du corps M, et q^ une des 
coordonnées rectangulaires du centre de gravité de 

\ 

cette molécule, l'énergie L contient le terme -yiaq,' 

ou |-^' si p^ est le moment correspondant à la coor- 
donnée y,. Évidemment, ce moment ne se retrouve 
dans aucun autre terme de L ; la valeur moyenne, 
dans l'ensemble canonique, de la partie de L qui lui 

1 3 

correspond est ;j 0, et l'on trouve ^ pour la valeur 

moyenne de l'énergie due au mouvement du centre 
de gravité de la molécule. En effet, on peut répéter 
le raisonnement précédent, en entendant par q^ la 
deuxième ou la troisième coordonnée de ce point. 
Fixons maintenant notre attention sur un nom- 
breux groupe de molécules égales contenues dans 
le corps M; soit jx le nombre de ces molécules. 
L'énergie totale qu'elles possèdent en vertu du 
mouvement de leurs centres de gravité aura dans 

3 
l'ensemble canonique la valeur moyenne ^ \iB, et il 

faudra lui attribuer la même valeur dans le seul 
corps M. 

Nous avons déjà vu ([uc l'énergie en question 
peut être représentée par au.T, T étant la tempéra- 
ture et a une constante universelle. La comparaison 
des deux i-ésultats montre que le module doit être 
proportionnel à la température du corps, et que 
l'on a : 

e = jaT. 

En second lieu, chaciue coordonnée q. de l'élher 
ne se niftntre (]uc dans un seul terme : 

de l'expression [loiir l'énergie électrique. Nous en 
concluons que, dans l'ensemble canonique, l'énergie 
qui appartient à une seule coordonnée q^ est donnée, 
en inovenne, ])ai' 

et celle qui appartieni aux deux coordonnées q^ et 



q'. que nous avons introduites pour un système de 
valeurs des nombres i/, v, « , par : 



La forme de la fonction du rayonnement est une 
conséquence presque immédiate de ce résultat. II 
est permis de supposer que les dimensions /", g, U 
du parallélipipède soient très grandes par rapport 
aux longueurs d'onde qui entrent enjeu. Cela posé, 
on trouve : 

§/-</^'/> 

pour le nombre des systèmes (u, r, iv) pour les- 
quels la longueur d'onde est comprise entre les 

limites À et l-\- rfÀ. et : 

pour l'énergie électrique moyenne dans les systèmes 
de l'ensemble canonique, en tant que cette énergie 
appartient à l'intervalle (X, X-j-c/X). L'énergie doit 
avoir cette même valeur pour le système que nous 
étudions, ce qui donne : 



(/). 



pour l'unité de volume. Remarquons eniin que, 
dans l'éther qui entoure le corps M, l'énergie ma- 
gnétique est égale à l'énergie électrique, et nous 
voyons, en nous bornant toujours à l'intervalle f/À, 
que la valeur totale de l'énergie par unité de volume 
est : 

16itaT „ 



cl que la fonction du rayonnement est donnée ])ar 



(16) 



F(,,T) = *-^. 



VI 



Avant d'entrer dans une discussion de ce résultat,' 
je dois mentionner la belle théorie du rayonnement 
qui a été développée par M. Planck. Ce physicien 
suppose qu'un corps pondérable contienne des par- 
ticules dans lesquelles des oscillations électriques 
peuvent avoir lieu, la plus simple image qu'on 
puisse se former d'un tel « résonateur » étant celle 
d'un seul électron qui peut vibrer autour de sa posi- 
tion d'équilibre. Chaque résonateur a sa propre 
période de vibration, et nous admettrons que 
toutes les périodes se trouvent repi'ésenlées dans 
le cor])s. 

Or, M. Planck considère d'un coté l'équilibre entre 
les vibrations des résonateurs et le rayonnement 
dans rélher, et d'un autre côté le partage de l'énergie 



LORENTZ — PARTAGE DE L'ÉNERGIE ENTRE LA MATIERE PONDÉRABLE ET L'ÉTIIER 23 



(|iii se l'ait entre les résonateurs et les particules 
ordinaires. La première partie de la théorie est 
iiasée sur les équations du champ électromagné- 
ti(iue; dans la seconde, Planck suit une marche 
semblable à celle dont on s'est souvent servi dans 
U's théories moléculaires. Elle revient à examiner 
quelle distribution de l'énergie doit être considérée 
comme la plus probable. Ici, une idée nouvelle est 
introduite. Planck suppose qu'un résonateur ne 
puisse pas gagner ou perdre de l'énergie par degrés 
iiitinitésimaux, mais seulement par des portions 
ayant une grandeur finie et déterminée; ces por- 
tions seraient inégales pour des résonateurs à pé- 
riodes de vibration t différentes. En effet, il attribue 

à l'élément d'énergie en question la grandeur -• 

Enlin, par un raisonnement dans lequel je ne i)uis 
Ir suivre ici, il obtient la formule suivante pour la 
l'(mction du rayonnement : 



Cette équation montre un accord très satisfaisant 
avec les résultats expérimentaux de Lummer et 
Pringsheim. Elle a la forme de la formule (3), et 
elle conduit à un maximum de F pour une valeur 
de ), qui est inversement ]>roportionnelle à la tem- 
|iéralure. 

Pour de grandes valeurs de la longueur d'onde, 
on peut remplacer : 



I)ar : 



3.J/I 
•2ï/ ï ' 



et la formule de Planck devient identique à celle 
qu'on trouve par la méthode de Gibbs. Cet accord 
des résultats obtenus par deux méthodesbien diffé- 
rentes est très curieux, mais malheureusement il 
n'existe que pour les grandes longueurs d'onde. 
Selon la théorie que je viens de présenter, la for- 
mule (16) devrait être vraie pour toutes les lon- 
gueurs d'onde possibles; dans le cas limite qu'on 
obtient en faisant diminuer de plus en plus la 
valeur que j'ai nommée X„, elle devrait s'appliquer 
même à toutes les longueurs d'onde, si petites 
qu'elles soient. 

C'est ce résultat que j'avais en vue lorsque je 
disais que peut-être les lois de Boltzmann et de 
Wien ne pourraient être maintenues. Il est vrai que 
la fonction que nous avons trouvée rentre dans la 
forme générale (3), mais il n'y a plus de maximum, 
et, si l'on étend l'intégrale de la fonction à toutes 
les longueurs d'onde, de U à x , on obtient une gran- 
deur infinie. Cela veut dire que, pour être en équi- 



libre avec un corps d'une température donnée, 
l'éther devrait contenir une quantité infinie 
d'énergie; en d'autres termes, si l'on commence par 
un corps doué d'une quantité finie d'énergie, cette 
dernière se dissiperait entièrement dans l'éther. 
Nous pouvons ajouter qu'à la longue elle s'y trou- 
verait sous forme d'ondes excessivement courtes, 
et que même, parce que le produit aT diminuerait 
de plus en plus, l'énergie qui correspond aux lon- 
gueurs d'onde au-dessus de quelque valeur fixe 
arbitrairement choisie tendrait vers 0. 

Tout cela semble bien étrange au premier abord 
et j'avoue que, lor.sque .leans publia sa théorie, j'ai 
espéré qu'en y regardant de plus près, on pourrait 
démontrer que le théorème de r« equipartition of 
energy ", sur lequel il s'était fondé, est inapplicable 
à l'éther, et qu'ainsi on pourrait trouver un vrai 
maximum de la fonction F [1, T). Les considéra- 
tions précédentes me semblent prouver qu'il n'en 
est rien, et qu'on ne pourra échapper aux conclu- 
sions de Jeans à moins qu'on ne modifie profondé- 
ment les hypothèses fondamentales de la théorie. 
Du reste, on serait conduit à des résultats analogues 
si l'on appliquait la méthode de Gibbs à d'autres 
systèmes possédant une infinité de degrés de 
liberté. On peut se figurer, par exemple, deux 
systèmes de molécules, dont les centres se meuvent 
dans un plan fixe, les molécules du premier système 
se mouvant dans ce plan comme les particules d'un 
gaz se meuvent dans l'espace, et celles du second 
système étant attachées à des cordes tendues dans 
une direction perpendiculaire au plan. On trou- 
verait sans doute que, par les chocs mutuels, 
l'énergie d'un tel système s'accumulerait de plus 
en plus dans les cordes, y produisant des vibrations 
à longueurs d'onde extrêmement courtes. 

Je ne veux pas nier que la méthode de Gibbs ne 
soit un peu artificielle et qu'il ne soit préférable 
d'établir la théorie du rayonnement sur l'examen 
de ce qui se passe, non pas dans un ensemble, 
mais dans un seul et même système. Aussi ai-je 
fait une tentative dans cette direction il y a déjà 
quelques années. On a de bonnes raisons pour 
croire que les métaux contiennent des électrons 
libres animés d'un mouvement rapide, dans lequel 
ils se heurtent contre les atomes métalliques après 
avoir parcouru des trajets d'une très petite lon- 
gueur. Les changements de vitesse qui sont pro- 
duits par les chocs doivent donner lieu à une 
émission dont on peut chercher à calculer les par- 
ticularités, et l'on obtient la valeur de la fonction F 
en combinant le résultat avec celui qu'on trouve 
pour l'absorption; on voit facilement, en effet, que 
l'état de l'éther dans notre enceinte est entièrement 
déterminé par les pouvoirs émissif et absorbant du 
corps pondérable M. 



24 LOREXTZ — PARTAGE DE L'ÉNERGIE ENTRE LA MATIÈRE PONDÉRABLE ET L'ÉTHER 



Pour simplitier, j'ai efl'eclué le calcul pour une 
plaque métallique mince. En me bornant à de 
grandes longueurs d'onde, j'ai trouvé une formule 
identique à celle que nous venons de déduire au 
moyen de la méthode de Gibbs. Cela est très satis- 
faisant, mais je n'ai pas réussi à appliquer ce pro- 
cédé direct à des longueurs d'onde plus petites. 
Dès qu'on renonce aux simplifications qui sont 
permises pour les grandes longueurs, il devient 
très difficile de débrouiller le rayonnement par le 
Ihéorème de Fourier et de calculer d'une manière 
exacte l'absorption produite par un essaim d'élec- 
trons fourmillant entre les atomes du métal. Pour 
faire ressortir encore plus la difficulté du problème, 
j'ajouterai que les ondes qui existent dans l'éther 
sont continuellement éparpillées par les électrons, 
et que cette dispersion est accompagnée d'un chan- 
gement des périodes lorsque les électrons se 
trouvent en mouvement. 

La méthode basée sur la considération d'un 
ensemble canonique a le mérite d'embrasser tous 
ces détails, parce que les équations de Hamilton 
qu'elle prend pour point de départ comprennent 
toutes les actions qui existent entre les électrons et 
l'éther. 

Du reste, quel que soit notre jugement sur les 
différentes théories, leur résultat commun, que, 
pour les grandes longueurs d'onde, la fonction du 
rayonnement a la forme : 



peut être considéré comme définitivement acquis. 
Si l'on compare avec cette formule les mesures faites 
sur les rayons infra-rouges extrêmes, on peut en 
déduire la constante universelle a. Cela nous donne 
la valeur aT de l'énergie moyenne d'une molécule 
gazeuse à la température T, et ensuite, parce que 
nous connaissons la vitesse du mouvement calori- 
fique, la masse des molécules et atomes. C'est 
M. Planck qui, le premier, a montré la possibilité 
de ces calculs, dont le résultat s'accorde admirable- 
ment avec les nombres obtenus par des méthodes 
entièrement différentes. 

On voit aussi que l'énigme posée par le fait que 
la fonction F{1, T) est indépendante des propriétés 
spéciales des corps n'est pas restée sans solution; 
c'est l'énergie d'agitation des particules consti- 
tuantes, représentée par aT, qui détermine l'inten- 
sité du rayonnement dans l'éther. 

Dans la formule de Planck, il y a encore la con- 
stante h qui est commune à tous les corps, et, si l'on 
adoiite la théorie de ce physicien, on peut espérer 
découvrir un jour la significatiim physique de cette 
constante, ce qui conslilucrail un progrès de la 
plus haute importance. 



VU 

Il me reste à parler' de la manière dont la théorie 
de Jeans, dans laquelle il n'y a pas d'autre constante 
que le seul coefficient a, doit chercher ù rendre 
compte du maximum dans la courbe du -rayonne- 
ment que les expériences ont mis en évidence. 
L'explication donnée par Jeans — et c'est bien la 
seule qu'on puisse fournir — revient à dire que ce 
maximum a été illusoire; si on a cru l'observer, ce 
serait parce qu'on n'avait pas réussi à réaliser un 
corps qui fût noir pour les petites longueurs d'onde. 

En elTet, il ne faut pas perdre de vue que la for- 
mule que nous avons trouvée pour la fonction du 
rayonnement, qui dépend du rapport entre les 
pouvoirs émissif et absorbant d'un corps, ne nous 
apprend rien sur la grandeur de ces pouvoirs pris 
séparément. Un exemple bien simple, dans lequel 
je me bornerai à l'intensité de l'émission, peut nous 
faire voir que l'échange d'énergie entre la matière 
et l'éther peut devenir de plus en plus lent à mesure 
que la fréquence des vibrations augmente. Suppo- 
sons qu'un électron, se mouvant le long d'une ligne 
droite, soit repoussé par un point fixe de cette ligne 
avec une force inversement proportionnelle au cube 
de la distance x. Nous pouvons poser alors, en 
choisissant convenablement le moment / = : 



où ;/ et Jj sont des constantes positives, et : 

C'est cette accélération qui produit le rayonne- 
ment, et, pour décomposer ce dernier en des parties 
qui se distinguent par la longueur d'onde, nous 
devons développer la fonction (17) à l'aide du théo- 
rème de Fourier. Or, si l'on veut déterminer l'ampli- 
tude des vibrations de la fréquence ii, c'est-à-dire 

■2t:C 
de la longueur d'onde » on est conduit à l'intè- 

grale : 

r '''""' - .IL 

J» \(:r + bH'-f 

(jui tend vers la v;deur : 

1 

m? 

pour de grandes valeurs de /;. A cnuse du facteur 
exponentiel, cette expression linil par devenir 

' A partii' d'ici, cet arlicfe ililîérc de la conférence telle 
iprelle a été prononcée an Congres des Malliéiiiatlciens. 
M. Wien a eu l'obligeance de me faire remaniuer qn'en 
m'ttbstenanl de prendre parti entre les deux théories, je ne 
m'étais pas suffisamment rendu compte des sérieuses 
objection^ i|u'on peut faire à celle de Jeans. 



LOKKNTZ - rAliïA(;E DK LÉ.NKUdIE EMRE LA MATIÈRE PUNDEIîAREE ET LETIIER 2."; 



exiroinement petite. Il est permis de présumer 
iiu'on (il)tieinlrii un résultat semblable lorsqu'un 
oleetron se meut sdus rinlluence d'une force suivant 
une loi différente, et que l'iibsorption deviendra 
1res faible en même temps que l'émission. Il se 
jinurrait dune fort bien que le corps dont se sont 
servis Lummer et Pringsheim, tout en étant équi- 
valent à un corps noir pour de grandes longueurs 
d'onde, ait eu un pouvoir émissif beaucoup plus 
petit que celui d'un tel corps pour les ondes les 
]ilus courtes. 

Remarquons aussi ([n^ la petitesse des ]>ouvoirs 
émissif et absorbant doit avoir pour conséquence 
qu'en ce qui concerne les petites longueurs d'onde 
l'équilibre entre l'éther et un corps pondérable 
.s'établit avec une extrême lenteur. On peut même 
dire que l'équilibre tlnal, dans lequel l'énergie se 
serait uniformément distribuée sur une infinité de 
modes de vibration, constituerait un état qu'il est 
impossible de se représenter et qui ne sera jamais 
atteint dans un temps fini. En réalité, il n'y aurait 
qu'une transformation continuelle de l'énergie dans 
la direction de cet état. 

Ces considérations ont, sans doule, un certain 
intérêt; mais, en y regardant de plus prés, on 
reconnaît facilement qu'elles ne suffisent pas à 
faire disparaître le désaccord qui existe entre la 
tliéorie de Jeans et les observations. En efTet, dans 
les expériences de Lummer et Pringsheim, le 
pouvoir émissif du corps rayonnant pour les petites 
longueurs d'onde a été considérablement inférieur 
à celui qu'on déduit de notre formule (16); donc, 
si cette équation était la vraie expression du rayon- 
nement d'un corps noir, le rayonnement mesuré 
par ces physiciens aurait été beaucoup moindre 
que celui d'un tel corps et, en vertu de la loi 
de Kirchhoir, le pouvoir absorbant du système 
qu'ils ont employé devrait avoir été inférieur à 
i'iiiiilé à un degré qu'il est impossible d'ad- 
mettre. 

Du reste, sans entrer dans les détails de ces expé- 
riences, nous pouvons faire ressortir l'insuffisance 
de la théorie de Jeans par un calcul bien simple. 
Prenons, par exemple, le cas d'une plaque polie en 
argent ayant la température de 13", et comparons, 
pour la lumière jaune, le pouvoir émissif e, de ce 
corps à celui (e.) d'un corps noir à la température 
<le 1.200°. Sous l'incidence normale, l'argent poli 
réflécliit environ 90 "/„ de la lumière incidente; 

son pouvoir absorbant est donc ésral à tt' etl'on 

aura £_ = — e^, si l'on désigne par e, le pouvoir 

émissif d'un corps noir à 15°. D'un autre coté, la 
formule (1<)) exige que, pour une longueur d'onde 
déterminée, le pouvoir émissif F{1, T) soit propor- 



tionnel à la température absolue, d'ofi l'on déduit 

288 1 1 

£. = ■ .,.. E, =7; E. et, par conséquent, ^ ——- e,. 

Or, à la température de 1.200°, un corps noir 
(dont le pouvoir émissif surpasse celui de tous les 
autres) brillerait d'un éclat bien vif, et une sub- 
stinc'e douée d'un pouvoir émissif cinquante fois 
plus petit'devrait sans doute être visible dans l'ob- 
scurité. Il est donc bien certain que, si l'on excepte 
les ondes très longues, les corps émettent beaucoup 
moins de lumière, en proportion de leur pouvoir 
absorbant, que ne le demande la théorie de Jeans. 
Cela nous prouve, comme j'ai déjà fait remarquer, 
que la théorie qui se base sur les équations ordi- 
naires de l'Électrodynamique et sur le théorème de 
r « equipartition of energy », doit être profondé- 
ment remaniée; on devra introduire l'hypothèse de 
particules rayonnantes, telles que les résonateurs 
de Planck, auxquelles, pour une raison ou une 
autre, les théorèmes de la Mécanique statistique 
ne sont pas applicables. 

Il ne faut pas croire, cependant, (|u'en adoptant 
cette manière de voir on puisse venir à bout de 
toutes les difficultés. Il est tout au moins très pro- 
bable que, dans quelques corps, notamment dans 
les métaux, il y ait, outre les résonateurs, des 
électrons libres, et je ne vois aucune raison pour 
laquelle la théorie de Gibbs ne s'appliquerait pas à 
ces particules. On serait donc conduit à ce résultat 
paradoxal que l'état d'équilibre entre l'éther et la 
matière pondérable qui s'établit par l'intermédiaire 
des résonateurs ne serait pas identique à celui (jui 
se produit par l'échange d'énergie, d'une part entre 
la matière et les électrons, et d'autre part entre ces 
derniers et l'éther, conséquence qui serait en con- 
tradiction avec les lois de la Thermodynamique, 
d'après lesquelles il ne peut y avoir qu'un seul état 
d'équilibre. 

On pourra peut-être éviter celte contradiction en 
se représentant — je parle toujours des petites 
longueurs d'onde — l'échange d'énergie qui s'opère 
par l'intermédiaire des résonateurs comme beau- 
coup plus rapide que celui qui est dû aux électrons 
libres. Si la dififérence qui existe entre les deux 
modes d'action sous le rapport de leurs vitesses est 
très grande, on peut concevoir que, dans nos expé- 
riences, tout se passe comme si les électrons libres 
n'existaient pas, et que pourtant, pourvu qu'on 
leur laisse un temps suffisamment long, ces mêmes 
électrons finissent par faire sentir leur influence. 
Alors, en fin de compte, Jeans aurait raison, le 
•système tendant vers l'état final dont nous avons 
parlé et dans lequel les résonateurs .seraient sans 
influence, parce que leur énergie diminuerait de 
plus en plus; mais cela n'empêcherait pas qu'au 
point de vue expérimental on ne dût s'en tenir à la 



2G 



JAMES P. CUNNINGHAM - L'EMBARQUEMENT DU CHARBON A LA MER 



lliéorie de Planck. Malgré la présence des électrons 
libres, qui, à la longue, dérangeraient l'équilibre 
provisoire qu'on observe, les actions qui amènent 
cet équilibre peuvent très bien être telles que leurs 
etFels s'accordent avec la seconde loi de la Thermo- 
dynamique. 

11 n'est guère nécessaire d'ajouter qu'on doit 



s'exprimer avec beaucoup de réserve sur ces 
questions délicates. Sans doute, la théorie se sim- 
plifierait considérablement s'il y avait quelque 
moyen d'échapper entièrement aux conséquences 
que M. Jeans a signalées. 

H. -A. Lorentz, 



L'EMBARQUEMENT DU CHARBON A LA MER 

Le ravitaillement en charbon au cours des longs 1 L'un? des solutions les plus pratiques de ce pro- 
voyages est un problème des plus importants, sur- | blèmeestdu?àringénieuraméricain Spencer Miller, 




l'irr. 1. — Ravitaillement en charbon d'un nnviie A' guerre par un charbonnier au moyen du câble transbordeur. — 
Entre le.s tleux navires, on voit le cilile sur lequel se meul le chariot portant les sacs accrochés; sur la gauche, 
câble auijuel est attachée l'ancre flottante. 



loul pour les navires de guerre. Si le navire est 
<)i)ligé de faire relâche dans un port, il est exposé à 
perdre un tem|)S souvent précieux. En temps de 
guerre, cette ressource peut même lui faire défaut. 
Aussi a-t-on cherché depuis longtemps à approvi- 
sionner les navires en mer même, à l'aide de cha- 
lands ou ciiarbonniers chargés de combustible et au 
moyen d'ajipareils permetlani d'efVectuer le Irans- 
bordcini'iil sans arrêter la niarclic des vaisseaux. 



dont le câble transbordeur est construit par la 
Lidgerwood Manufacturing Company, à New- York. 



I 



Le càl)le transbordeur marin com|M-end les par- 
lies suivantes (tig. 1 et 2) : 

1° Un Ctible principal, qui forme la voie de 
halage ])ar laquelle la charge est transportée entre 



JAMES P. CUNN1N(UIAM — L'1£MBARQUEMI:NT DU CHARBON A LA MKH 



27 



un navire remorqueur et un navire remorqué; 
2° Un appareil de tension à l'une des extré- 
mités du câble principal. Il mainlicnl dans le 
câble une tension nnil'oruie, suflisanlc ncuir con- 



3° Un chariot voyageant sur le câble principal, 
d'un navire à l'autre, et pourvu d'un crochet |dc. 
sûreté auquel la charge est suspendue: 

4° Des cordages de traction (pour l'aller et le 




Fig. 2, — /■Siiibari/urmcDt du charbon à la nier. Vue prise d'un cuirass 



server la charge hors de l'eau dans son Irajel 
entre les deux navires. L'appareil de tension al- 
longe et raccourcit constamment le câble quand 
les vaisseaux tanguent, ou lorsqu'une variation 
de la portée se produit pour une raison quel- 
conque; 



retour), attachés au chariot transbordeur el ])ar 
lesquels il va et vient entre les navires; 

5° Deux treuils sur le navire remorqueur et le 
navire remorqué, qui, par l'intermédiaire des cor- 
dages de traction, manonivrent la charge; 

6° Des dispositifs d'amenée et de contrôle pour 



28 



JAMES P. CUXNINGHAM — LEMBÂRQUEMENT DU CHARBON A LA MER 



prendre la cliarj^e sur l'un des navires et la déposer 
sur le pont de l'autre. 

La disposition du câble transbordeur varie, en 
pratique, avec les dimensions du navire charbon- 
nier. 

Pour un navire de guerre et un petit charbonnier, 
la forme recommandés consiste en un câble princi- 



simple poulie sur le câble principal et il est pourvu 
d'un crochet de cabillot auquel les sacs de charbon, 
contenant jusqu'à une tonne et demie, sont suspen- 
dus. Le cordage de retour est attaché au chariot et 
s'étend sur des poulies conductrices jusqu'au tam- 
bour du treuil de retour. Le cordage d'aller est fixé 
au côté opposé du chariot et s'étend dans l'autre 




Kig. .■{. — Chariot pnilnnt 1,-x s,-;f.v de i-lmrlion. M;iti<j'uvrc ilii crorlicl pour faire tomber les sacfi. — I.o chariot porte à 
l'arriùi-e un ressort .-i iMHiiliii |miiii- amortir \c clioc à t'nrrivêf. A ^'.uiclie, poulie d'amenée; en tirant sur cette poulie, 
lin f.iil ilrsiTiiilri- le r.'ilile et en même temps le cliariot jusqu'au niveau du iiout du navire. 



pal, attaché eu un point élevé du màt du navire 
remorqueur, franchissant l'espace entre les navires 
et passant sur des poulies placées en des points 
élevés des mâts du vaisseau remorqué, puis toni- 
fiant à l'arrière dans l'eau et se terminant par une 
ancre flottanti'. 

L'ancre llottanle est l'aiipai-eil qui maintient la 
tension nécessaire dans le câble principal. 

Le chariot transbordeur (lig. 3) roule sur une 



direction, autour de la poulie de queue, jusqu'au 
treuil d'aller. 

Les treuils de commande peuvent être placés tous 
deux sur l'un des deux navires, ou un sur chaque 
navire. 

A l'exlrémité du câble située sur le charbonnier, 
au-dessus de l'endroit de ciiargement sur le pont, 
une poulie d'amenée est placée sur le câble princi- 
pal. La charge est accrochée après avoir abaissé le 



JAMKS I'. ClNMNiUlAM — L'EMliARQrilMKNT i)II ClIMilUlN A LA MLR 



20 



(.•àble principal jusqu'à ce (|uc \r chariot transbor- 
deur arrive au-dessus du ponl. L'rlins'ue des sacs 
de charbon est pas-ôe sur le crochet, la poulie 
(ramenée est relâchée el la charge s'élève. Le treuil 
de couuiiaiidc Iransporle la cjiai-ge jusqu'au navire 



priée. Pour le câble principal, c'est le rôle de 
l'ancre lloltante ou de l'appareil de tension d'agir 
ainsi. Quant aux lignes de traversées, commandées 
par le treuil d'aller et retour, le cas esl similaire. 
Ces treuils Ira vaillent en sens inverse l'un derautrtî: 




Fiy. 4. — Aocn-s /lolland'S coniques do troi» pieds et du t,ejjl pieda an-ainjees en landrm. 

de guerre, où le câble principal esl de nouveau toute variation de longueur de la ligne est obtenue 
abaissé au moyen d'une poulie d'amenée située sur en dévidant ou en enroulant le câble sur les tambours 
le pont; on fait tomber la charge en poussant un des deux treuils, 
levier. La poulie d'amenée du navire de guerre est 
alors relâchée et le chariot retourne au charbon- 
nier. Un tour complet peut être ainsi fait en moins 
d'une minute, prés de 40 secondes. 

Pour les gros charbonniers, il v a intérêt à sub- 



II 



L'ancre llottante sert, comme nous l'avons dit, 
à maintenir une tension uniforme dans le câble 
transbordeur. Si l'on suppose une distance de 



stituer un appareil tle tension du câi)le principal 123 mètres entre le navire de guerre et un chnr- 




Aacre Hollanle niullipluue de (/usirc pieila 



à l'ancre lloltante. La seule différence qui en résulte 
est que le câble principal, après avoir franchi l'es- 
pace .séparant les deux navires, passe sur une poulie 
conductrice à l'extrémité du mât du charbonnier et 
va s'enrouler sur le tambour de l'appareil de tension . 
Il est nécessaire que toutes les lignes du câble 
Iransbordeur soient soumises à une tension ajipro- 



bonnier moyen, il faut que l'ancre flottante main- 
tienne approximativement les tensions suivantes : 
6.000 kilogs pour des charges du chariot de -une 
tonne, 8.300 kilogs pour des charges de une tonne et 
demie, 10.000 kilogs pour des charges de deux tonnes. 
Il y a deux modèles d'ancre flottante : 1° l'ancre 
conique, formée d'un cône en toile, et souvent dis- 



30 



L. LECOHXU — REVUE DE MECANIQUE APPI I0LI':E 



posée en tandem pour assurer une tension plus 
uniforme (Tig. 4); 2" l'ancre multiplane, formée 
d'une série de toiles carrées, espacées d'environ 
deux fois le côté du carré et maintenues à leurs 
quatre angles par des cordes (fig. 3); elle pèse 
moins et assure une tension plus uniforme. 



III 



Le câble transbordeur Miller-Lidgerwood a fait 
l'objet de nombreuses expériences dans les marines 
américaine, anglaise, russe et italienne. 

Le premier essai eut lieu en 1899; l'appareil fut 
installé sur le charbonnier Marcelhis pour ravi- 
tailler le cuirassé américain Massachusetts. Les 
navires marchant à une vitesse de 6 nœuds, on 
transporta 22 tonnes de charbon par heure par une 
iner assez clapoteuse. 

En 1902, des essais eurent lieu dans la Baltique 
entre le cuirassé russe Retvizan et le croiseur Asia, 



servant de charbonnier. Le charbon fut transporté 
à raison de 37 tonnes à l'heure avec la plus grande 
facilité. 

La même année, l'appareil fut employé au ravi- 
taillement du cuirassé anglais Trafalgar; la (juan- 
tité moyenne transportée fut de 3o à 40 tonnes à 
l'heure, le navire marchant à une vitesse de 8 à 
11 nceuds; on atteignit même O'i tonnes à l'heure 
pendant une demi-heure. 

Entin, en 1906, un appareil perfectionné installé 
à bord du charbonnier Sterope a permis de ravi- 
tailler le croiseur italien Liyiiria à raison de 
60 tonnes par heure, avec un maximum de 
80 tonnes, les deux navires marcliaut à la vitesse 
de 12 nœuds. 

Ces résultats très remarquables et maintenant 
éprouvés montrent que le problème de l'embar- 
cpiement du charbon à la mer peut être aujour- 
d'hui considéré comme résolu. 

James P. Cunningham. 



REVUE DE MÉCÂISIQUE APPLIQUÉE 



A deux reprises déjà, en 1903 et 1905, j'ai entre- 
pris de signaler sommairement aux lecteurs de la 
lie \ lie quelques-uns des faits nouveaux survenus 
dans le domaine de la Mécanique appliquée. Je 
(■ontinue aujourd'hui, en conservant à peu prés les 
mêmes divisions générales : 



Production he la vapeur. 



S ). — Chaudière à lames d'eau. 

La chaudière à lames d'eau verticales de M. Char- 
les Bourdon présente une disposition assez spé- 
ciale. Chaque lame d'eau est comprise entre deux 
tôles ondulées, à génératrices horizontales, et 
l'orme ainsi une série de renflements et d'étrangle- 
ments. Ces tôles sont entretoisées dans les parties 
étranglées. Les tôles de deux lames d'eau consécu- 
tives se touchent par leurs renflements. On peut 
regarder une pareille lame d'eau comme représen- 
tant une suite verlicide de tubes, réunis au moyen 
de fentes longitudinales. Le constructeur a voulu 
améliorer ainsi la circulation de l'eau des chau- 
dières à tubes d'eau, tout en conservant les avan- 
tages de ce genre d'appareils. La circulation des 
gaz chauds s'effectue de la même manière que dans 
les chaudières tabulaires à retour de llamme. 

Des expériences ont été faites avec une chaudière 
dont les lames mesuraient 120 millimètres de lar- 
geur, hors tôles, aux renflements. Le tirage était 
faible. En brûlant par mètre carré de grille et par 



heure 80 kilogs de charbon à 8 "j,, de cendres et en 
alimentant à l'eau froide, on a obtenu 8 à 9,20 kilogs 
de vapeur sèche à la pression de 10 kilogs. 

.S 2. — Surchauffeurs. 

La question de l'emploi des sur^'hauffeurs de- 
meure à l'ordre du jour : elle a donné lieu à d'inté- 
ressantes discussions pendant le Congrès de Méca- 
nique appliquée tenu à Liège en 190.5. L'addition 
d'un surchaufTeur présente l'incontestable avan- 
tage de dessécher la vapeur et d'atténuer, par suite, 
les condensations nuisibles qui se produisent sur 
les parois des cylindres; la consommation de 
vapeur par cheval-heure se trouve ainsi diminuée. 
Mais, comme la production d'un kilogramme de 
vapeur surchauffée exige plus de chaleur que celle 
d'un kilogramme de vapeur saturée à la même 
pression, il reste à savoir si le travail correspon- 
dant <i la dépen.se d'une calorie se trouve réellement 
augmenté. L'expérience permet de répondre affir- 
mativement; toutefois, l'incertitude où l'on est sur 
la chaleur spécifique de la vajieur surchaufTée ne 
permet pas de chiffrer exactement la valeur de cette 
économie. Il faut, d'ailleurs, remarquer que l'addi- 
tion du surchauffeur a, en général, pour effet 
d'accroître le coût en charbon d'une calorie : on 
doit donc craindre que, malgré l'économie de 
vapeur et de calories, la dépense de combustible, 
seule intéressante pour l'industriel, ne se trouve 
finalement augmentée. C'est, en effet, ce qui arrive 



L. LE('(M!Xr — REVUE DE MÉCANIQUE APf'LIQlÉE 



:n 



avec les surohauffeurs établis dans de mauvaises 
conditions. Il faut éviter que les gaz n'arrivent tro]) 
chauds à la cheminée, et, pour cela, établir une 
circulation méthodique : c'est-à-dire faire marcher 
les gaz, h l'intérieur du surchaufl'eur, en sens 
inverse du coui'ant de vapeur. Il faut, en outre, 
que les tuyaux amenant la vapeur de la chaudière 
à la machine soient aussi courts et aussi bien 
isolés que possible. 

La surchauffe est souvent utile pour améliorer 
d'anciennes machines ayant un rendement défec- 
tueux. Son emploi est également intéressant dans 
le cas des locomotives, pour lesquelles la fréquence 
des démarrages et diverses causes de refroidisse- 
ment exagèrent l'action des parois. L'économie 
d'eau est d'ailleurs importante, par elle-même, 
pour le service des locomotives. Après de nombreux 
essais, le réseau de l'Etat Belge a déiinitivement 
adopté la surchauffe, qui commence également à 
apparaître sur les locomotives françaises. Elle se 
répand depuis quatre ou cinq ans sur les chemins 
de fer d'Amérique. On a constaté, dans ce dernier 
pays, que les machines à surchauffeurs peuvent 
réaliser un rendement global égal ou supérieur à 
celui des machines compound, mais que le grais- 
sage doit être assuré avec un soin particulier. 
Quelques ingénieurs américains pensent que la sur- 
chauffe permet de réduire sensiblement le timbre 
de la chaudière, sans diminuer la puissance, et 
d'obtenir ainsi, sur les frais d'entretien de la chau- 
dière, une économie compensant, et au delà, ceux 
d'entretien du surchauffeur. 

Les applications de la surchauffe aux machines 
marines ne se sont guère développées jusqu'ici, 
malgré les bons résultats obtenus en Angleterre, 
dès 1900, par la maison Wilson, de Ilill. En 190(3, 
la Compagnie Transatlantique a fait construire deux 
cargos identiques, la Gnronnc et la Rince, dont le 
second était pourvu de surchauffeurs Bielock et 
d'une distribution à soupapes. On a trouvé, comme 
moyenne d'une année, une économie de 18 °/o avec 
le surchauffeur. Kncouragée par ce résultat, la 
même Compagnie a installé des surchauffeurs sem- 
blables sur le paquebot Pérou et le cargo Hon- 
duras. 

Parmi les nombreux types de surchauffeurs 
essayés ou proposés dans ces dernières années, 
nous signalerons celui de Maiche, dont le faisceau 
tubulaire présente cette particularité d'avoir cha- 
cun de ses tubes rempli par un faisceau de tubes 
beaucoup plus petits, serrés aussi énergiquement 
que possible les uns contre les autres et entière- 
ment plongés dans le courant de vapeur. On 
remédie ainsi à deux inconvénients pratiques des 
surchauffeurs tubulaires, savoir la destruction ra- 
pide de la surface de chauffe et l'irrégularité de 



température de la vapeur. Ces inconvénients pro- 
viennent de la mauvaise conductibilité de la vapeur; 
ils sont ici évités grâce à la bonne conductibilité 
du métal. En outre, l'importance de la masse mé- 
tallique permet à celle-ci de jouer le rôle d'un 
volant (le chaleur. 

S 3. — Chaudières à haute pression. 

Au Congrès de Liège, M. François a pr()|)Osé 
(l'élever beaucoup la température, et par suite la 
pression, de la vapeur non surchauffée. L'avantage 
n'est pas discutable au point de vue du rendement 
théorique des machines à vapeur : c'est une consé- 
quence directe de la formule de Carnot. Mais M. Jou- 
guet, reprenant à cette occasion les considérations 
qu'il avait déjà développées en 190i (voir la précé- 
dente Revue), a fait remarquer que la question 
devait être examinée aussi au point de vue du 
chauffage dans la chaudière. Si la température de 
la chaudière est très élevée, la perte de chaleur par 
les fumées devient énorme. Il doit donc y avoir, 
pour la température de la chaudière, une valeur 
qui donne le maximum d'utilisation du combus- 
tible. M. Jouguet est conduit à fixer cette limite aux 
environs de .'iOO". On est encore loin de là; maliieu- 
reusement, il est difficile de construire des chau- 
dières résistant bien aux hautes pressions, insépa- 
rables, pour la vapeur d'eau saturée, des liantes 
températures. 



II. 



Ari'AREILS A VAPEIR. 



i^ 1. — Généralités. 

L'inconvénient des hautes pressions ne se mani- 
feste pas seulement dans la chaudière; elles entraî- 
nent, dans les cylindres moteurs, des oscillations 
de température qui exagèrent l'action nuisible des 
parois. On atténue cette action en détendant la 
vapeur dans plusieurs cylindres succes.sifs, et aussi 
en ayant recours à l'enveloppe de vapeur. L Expo- 
sition de Liège présentait même plusieurs exem- 
ples de machines dont le piston était, en même 
temps que les parois du cylindre, réchauffé par un 
courant de vapeur. 

On doit à M. Gouy un important théorème con- 
cernant le maximum du travail ijub peut fournir 
un moteur thermique : ce maximum est égal, pour 
chaque phase du cycle, à la variation de la fonc- 
tion G = U — TS -(- 12, dans laquelle U design? 
l'énergie interne du fluide, T la température de la 
source de chaleur (supposée unique), S l'entropie, 
et ii le potentiel des forces extérieures (telles que 
la pesanteur et la pression atmosphérique) autres 
que les résistances utiles. M. Jouguet a fait diverses 
applications de ce théorème, notamment aux mo- 
teurs à vapeur. 11 appelle énergie ulilisablo la 



32 



L. LECORNU — REVUE DE MÉCANIQUE APPLIQUÉE 



variation de la fonction G et cherche, pour chaque 
phase, la valeur de cette énergie : il parvient ainsi 
à déceler l'influence de toutes les causes de pertes. 
Il trouve, par exemple, que, dans un essai effectué 
en 1898 au Laboratoire de Liège, les pertes, esti- 
mées en kilogrammètres, se répartissaient de la 
façon suivante : 

Admission : 8't'J; détente : — 211 ; échappement : 
435; compression : 3. Total : 1.076. 

Cette perte totale de 1.076 kilogrammètres 
pouvait encore être décomposée de la façon sui- 
vante : 

Espace libre : 8-2; laminage à l'admission : 22; 
action des parois : o3(J; détente tronquée : il.'i; 
laminage à l'échappement : 21. 

Enfin, les 536 kilogrammètres perdus par l'action 
des parois se répartissaient ainsi : admission : 7-43 ; 
délente : — 211 ; échappement : — 1 ; compression : 
3. On peut dire encore que, sur ces 536 kilogram- 
mètres, 47 seulement étaient perdus par le fait du 
rayonnement à travers les parois : la plus forte 
partie de la perte était due ù la différence des 
températures auxquelles étaient faites, par les pa- 
rois, la soustraction et la reddition de chaleur à la 
vapeur. 

M. Weighton a exécuté à Newcastle des expé- 
riences ayant pour but d'étudier l'influence de la 
vitesse du piston sur l'économie d'une machine à 
vapeur, et est parvenu aux conclusions suivantes : 
Dans les machines dont on fait varier la puis- 
sance en changeant la vitesse du piston, cette 
vitesse atteint une limite, correspondant h la puis- 
sance maxima de la machine, au delà de laquelle 
la puissance diminue. 11 existe de même une vitesse 
correspondant à la dépense minima de vapeur par 
cheval indiqué. Les deux machines essayées étaient 
l'une à quadruple, l'autre à triple expansion. Les 
pistons avaient tous 437 millimètres de course et 
la pression d'admission était de kilogs 8. La vitesse 
correspondant à la dépense minima de vapeur a 
été de 2", 25 par seconde |)Our la première machine 
et de 2'", 37 pour la deuxième. 



Je me suis étendu, dans la Revue de 1903, sur 
les turbines à va])eiir. .le n'ajouterai ici qu'un 
mot concernant les lurbincs l'i has.'io pression de 
M. Râteau. Ces turbines sont interposées entre les 
machines d'une usinée! le condenseur central; elles 
sont donc alimentées ])ar la va])eur d'échappement 
des machines. 

Dans les macliiiies à |)isl(ia, la détente ne peut 
être poussée très loin sans faire naître des frotte- 
ments qui absorbciil le sii|iplément de travail fourni 
par la détente. Le même inconvénient n'existe pas 
avec les linbines : celles-ci -s',- ccommodenl très 



bien des basses pressions, et éprouvent même, avec 
ces basses pressions, moins de frottement qu'avec 
les pressions élevées, parce que, dans le cas des 
turbines, il s'agit surtout du frottement du fluide 
contre les parois. Pour que les turbines à basse 
pression marchent bien, il faut leur fournir un flux 
de vapeur régulier. On y parvient en ayant recours 
à un accumulateur de vapeur : réservoir disposé de 
façon à avoir une grande capacité caloriflque. Sui- 
vant que la vapeur arrive des machines de l'usine 
en quantité supérieure ou inférieure à la consom- 
mation des turbines, elle se condense en réchaul- 
fant l'accumulateur ou, au contraire, se revaporise 
en le refroidissant. 

Dans ses riéJlexioiis sur In ujarine. M. Croneau a 
exposé, en 1906, aux lecteurs de la R vui\ l'état 
actuel de l'application des turbines à vapeur aux 
bâtiments de guerre et de commerce. Ainsi qu'il l'a 
indiqué, il y avait deux grosses difficultés à vaincre : 
d'une part, la nécessité de pouvoir faire marche 
arriére; d'autre part, celle d'obtenir une assez faible 
dépense de combustible aux allures modérées. Ln 
marche arrière s'obtient généralement à l'aide de 
turbines .spéciales. La seconde difficulté était plus 
grave, car on sait que les turbines doivent, pour 
fournir de bons rendements, tourner avec de 
grandes vitesses angulaires. Cette difficulté est sur- 
tout générale dans le cas des navires de guerre, 
notamment des cuiras.sés, qui, tout en étant sus- 
ceptibles d'une marche rapide, doivent, en temps 
de paix, aller à petite vitesse en vue de réduire la 
dépense. La solution adoptée par Parsons est basée 
sur l'emploi de cinq turbines A, B, C, D, E. A grande 
vitesse, les turbines D et E, dites turbines de croi- 
sière, demeurent inactives. La vapeur arrive à A et, 
de là, après une première baisse de pression, est 
envoyée à B et C, puis au condenseur. A marche 
lente, les turbines de croisière sont intercalées en 
cascade entre la chaudière et la turbine A. On aug- 
mente ainsi le nombre des chutes de pression, ce 
qui permet de réaliser une vitesse angulaire assez, 
faible sans trop compromettre le rendement. 
M. Râteau préfère associer aux turbines principales 
une machine à piston, ce qui donne du même coup 
la sohilioii (kl problème de la marche arrière. 
M. Mavor juopose de remplacer les grandes tur- 
bines actuelles par une seule turbine à grande 
vitesse, de rendement maximum, commandant une 
dynamo qui actionnerait, à des vitesses variables, 
d'autres dynamos montées sur les arbres des 
hélices. On obtiendrait la marche arrière en ren- 
versant le sens de la rotation de ces dernières 
dynamos. Il reste à savoir si la perte tlue à la 
transmission électrique serait siiflisamment com- 
jiensèe par le meilleur rendement de la turbine 
uniiiue. 



L. LKCORNi: — niiVUK DE MÉCANIQUE APPLIQUÉE 



Xi 



lll. — MOTEUKS A EXPLOSION. 

SI. — Moteurs légers. 

Les progrès de la navigation aérienne sont inli- 
inenienl lies à la création de moteurs légers, et il 
semble bien que le dernier mot ne soit pas encore 
dil à cet égard. M. Ader était parvenu, il y a une 
dizaine d'années, à construire un moteur à vapeur 
à ijuatre cylindres, il double expansion, pesant au 
Iota) 3 Ivilogs par cheval. Aujourd'hui, le moteur à 
vapeur est détrôné, pour cette application spéciale, 
par le moteur à explosion. Celui-ci nécessite le 
refroidissement artificiel des parois des cylindres. 
Le refroidissement par l'eau présente divers incon- 
vénients- : il nécessite l'emploi d'un réservoir d'eau, 
d'une pompe, d'une tuyauterie, qui alourdissent 
nécessairement l'appareil. Le refroidissement par 
l'air serait évidemment préférable en pareil cas; 
mais la mauvaise conductibilité de ce fluide en rend 
l'emploi assez difficile, surtout pour les moteurs 
de grande puissance. Le système Adams consiste à 
faire tourner les cylindres autour de l'arbre vile- 
brequin, qui reste fixe : lescylindress'évententainsi 
€u\-mémes. Dans le système Grayer-Millet, l'air, 
projeté par un ventilateur, est soufflé par des ailettes 
]iortées par les parois extérieures des cylindres. 
M. Ambroise Farcot entoure le moteur d'une enve- 
loppe percée de fenêtres qui sont disposées en face 
des organes à refroidir; un ventilateur appelle l'air 
à travers ces fenêtres. 

Les moteurs légers de M. Farcot présentent 
d'autres particularités intéressantes. Prenons, par 
exemple, le moteur de 100 chevaux récemment 
construit par cet ingénieur. Il possède 8 cylindres, 
dont les axes ont des directions parallèles aux rayons 
d'un octogone régulier; ces axes sont répartis en 
deux groupes, placés dans deux plans parallèles. 
Les i cylindres d'un même groupe agissent, par 
l'intermédiaire de bielles évidées, sur un même 
bouton de manivelle. Les prolongements de leurs 
axes ne passent pas exactement par le centre de 
rotation de la manivelle, disposition qui a pour but 
de diminuer l'influence de l'obliquité des bielles 
dans les phases de travail. Pour chaque cylindre, 
une soupape unique, aussi éloignée que possible du 
corps du cylindre et commandée par une came, 
produit alternativement l'aspiration et l'échappe- 
ment. Ce résultat est obtenu en faisant fonctionner 
la soupape à peu près à la manière d'un tiroir. Un 
pareil moteur pèse, en ordre de marclie, moins 
d'un kilog par cheval. 

Le moteur Esnault-Pelterie est également à re- 
froidissement par l'air. «Il comporte 7 cylindres à 
■ailettes, divisés en un groupe de 4 et un de 3. Chaque 
■groupe agit sur une seule manivelle. L'inventeur a 

HEVL'E GÉNÉIIALE IIES SCIENCES, 1909. 



choisi un nombre impair de cylindres, en vue de 
répartir les temps moteurs d'une façon plus uni- 
forme. Chaque cylindre est muni d'une soupapes 
unique, à double levée, qui produit successivement 
l'aspiration et récha])pement. 

Signalons encore les expériences do M. .iaubei-l, 
qui, en injectant, en cours de marche, dans un 
moteur à pétrole refroidi par l'eau, de l'oxygène 
obtenu par l'action de l'eau sur le tétra-oxyde de 
potassium, a pu réaliser momentanément uni; aug- 
mentation dans la puissance de 70 "j^. 

Un autre moyen de diminuer, pour une puissance 
donnée, le poids d'un moteur, consiste à demander 
au piston la plus grande somme possible de travail, 
en remplaçant le cycle usuel à quatre temps par le 
cycle à deux temps. La difficulté est alors d'obtenir, 
d'une façon convenable, le balayage du cylindre et 
la compression du mélange. Il serait également 
tout indiqué d'avoir recours au double effet, 
c'est-à-dire de faire travailler le piston sur ses deux 
faces; mais alors on est exposé aux fuites à travers 
le presse-étoupe. J'ai déjà signalé, en 190.3, le 
moteur Korting, qui est à la fois à deux temps et à 
double effet; j'ai parlé aussi du moteur Letoinbe, à 
double effet. 

Les recherches se poursuivent dans cet ordre 
d'idées, comme l'indiquent de nombreuses prises 
de brevets. 

§ 2. — Turbines à gaz. 

La question des turbines à gaz est moins avancée 
que celle des moteurs à cylindre. Des essais ont été 
entrepris à ce sujet par MM. Armengaud et Lemale. 
Le principe de l'appareil est fort simple. Le mé- 
lange explosif arrive dans un réservoir fixe, où il 
s'enflamme; puis une tuyère projette les gaz brûlés 
sur les aubes de la turbine. Dans un premier mo- 
dèle, la combustion a lieu sans compression préa- 
lable, et elle se produit par explosions successives 
de la manière suivante : une soupape à ressort 
donne accès au mélange, qui détone au contact 
d'un brûleur, et l'élévation de pression a pour efl'et 
de fermer la soupape. Les gaz s'échappent alors en 
partie, et en même temps le réservoir se refroidit. 
De là, une baisse de pression, qui permet à la sou- 
pape de se rouvrir, et ainsi de suite. Pratiquement, 
le fonctionnement est fort irrégulier; en outre, 
l'absence de compression rend ce moteur peu 
économique. On sait, en efTet, que la compression 
élève le rendement'. Il faut donc introduire dans le 
réservoir un mélange préalablemenl comprimé: 



' .l'ai établi récemment, par un calcul assez simple il 
très général, cette propriété de la compression; j'ai fnil 
voir, en outre, que, théoriquement, la ronipression ne doil 
pas l'être poussée au delà d'ime certaine limite, mais ipit- 
cette limite est bien trop élevée pour intéresser la praticpie. 



L. LECORNU — REVUE DE MECANIQUE APPLIQUÉE 



mais cela nécessite l'adjonctioa d'un compresseur. 
Si l'on se sert d'une pompe, l'appareil perd la 
simplicité qui constitue son principal avantage. 
Si l'on fait usage d'un compresseur rotatif, la com- 
pression est effectuée d'une façon peu économique. 
Acetégard, l'emploi du pétrole est plus avantageux 
que celui du gaz, parce qu'avec le pétrole le travail 
de compression s'applique uniquement à l'air com- 
burant. D'autres difficultés naissent de la haute 
température à laquelle se trouvent portés le réser- 
voir et les aubes. La détente peut être poussée très 
loin : c'est un avantage dont M. Jouguet, dans son 
compte rendu sur « la Mécanique au Congrès de 
Liège » {Ballrtiii rie la Société de l'Industrie 
minérale), a discuté avec soin la portée. Il fait 
remarquer que l'emploi d'une turbine ne serait 
justifié que pour des détentes très fortement pro- 
longées, faisant baisser la pression au-dessous de 
la pression atmosphérique : cela exigerait qu'on 
eût, pour l'échappement du moteur à gaz, l'équiva- 
lent du condenseur des machines à vapeur. Mais la 
difficulté peut être tournée en se contentant d'une 
détente moindre et utilisant la chaleur des gaz 
pour produire de la vapeur d'eau à basse pression , 
au moyen de laquelle on actionne une turbine. 

MM. Armengaud et Lemale ont recours à ce 
procédé, et, pour simplifier, ils utilisent la vapeur 
dans la turbine à gaz elle-même. Les aubes sont 
alors soumises alternativement à un jet de gaz très 
chaud et à un jet de vapeur relativement froid; 
elles prennent, par suite, une température moyenne 
qui est favorable à leur concentration. 

M. Esnault-Pelterie a, de son coté, fait breveter 
une turbine dans laquelle le mélange employé est 
envoyé par deux ventilateurs aux extrémités d'un 
réservoir cylindrique. A chaque extrémité se pro- 
duisent des alternances rapides d'explosion, au 
contact d'un brûleur, et de dépression. L'explosion 
ferme une soupape qui sépare momentanément le 
réservoir du ventilateur; la déjiression rouvre cette 
soupape. 

Au milieu du réservoir est placé l'ajutage en- 
voyant le courant brûlé sur les aubes de la turbine 
proprement dite. Un piston, qui se meut librement 
dans le réservoir, et forme tiroir devant l'orifice 
d'in.sertion de l'ajutage, ne laisse parvenir à, 
celui-ci que le mélange gazeux ])rovenant de celle 
des parties du réservoir dans hKpielle règne la plus 
haute pression. 

La turbine Fcrranli cMiiiloic, pour jiniduiro la 
circulation, une pompe ceidi-ifuge multicellulaire 
ipii aspire les gaz brûlés et les refoule dans l'atmo- 
sphère. La combu.stion est facilitée ])ar la présence 
d'un régénéraleur, dans leipiel circule l'air destiné 
il ci-llc combustion et qui csl èrliMullV' pur les gaz 
venant de la turbine. 



D'autres turbines à gaz ont été imaginées par 
MM. Deutz, Holzwaath, Schmick, etc. 

§ 3. — Allumage. 

La vitesse d'allumage du mélange présente une 
importance capitale pour le fonctionnement du 
moteur à explosion. Les expériences classiques de 
Berthelot, Vieille, Mallard et Le Chatelier ont été 
effectuées dans des tubes très longs par rapport à 
leur section, et les résultats obtenus ne peuvent, 
dès lors, être appliqués au cas qui nous occupe. 
Clerk et Kôrting ont fait, il y a une vingtaine d'an- 
nées, des essais dans des cylindres semblables à 
ceux des moteurs. L'ingénieur allemand Nàgel a 
entrepris récemment de nouvelles expériences dans 
une chambre d'explosion sphérique, avec allumage 
central : ce dispositif présente l'avantage de donner 
une propagation parfaitement régulière en tous 
pens, et de retarder le plus possible la rencontre de 
l'onde explosive avec les parois. Il résulte de ces 
expériences que, dans le cas d'un mélange d'hy- 
drogène et d'air, la vitesse d'inflammation dépend 
avant tout de la proportion d'hydrogène. Pour 
un mélange donné, l'influence de la pression ini- 
tiale est négligeable tant que la teneur en hydro- 
gène est inférieure à 10 °/o. Avec des teneurs plus 
élevées, la vitesse croit en même temps que la 
pression et d'autant plus que la proportion d'hy- 
drogène est plus forte. Le gaz d'éclairage ou de 
gazogène donne des résultats moins réguliers, ce 
qui tient sans doute à la difficulté d'obtenir une 
homogénéité complète. A basse teneur, pour un 
pareil gaz, la vitesse d'inflammation diminue sen- 
siblement lorsqu'on fait croître la pression initiale. 
Quand celle-ci est assez élevée, la diminution de 
vitesse peut aller jusqu'à empêcher la propagation 
de l'inflammation. Del.^°à 75°, l'élévation de tempé- 
rature, pour des teneurs en gaz moyennes, comme 
celles qu'on rencontre dans le moteur à gaz, n'a 
pas grande influence sur la vitesse d'inflammation. 
Au contraire, dans le cas des basses teneurs, la 
même élévation de température entraîne une no- 
table augmentation de la vitesse d'inflammation. 

En vue d'éviter les ratés d'allumage, un savant 
anglais, M. Lodge, a imaginé, sous le nom à'alhi- 
nieiir, un dispositif remarquable, qui rappelle un 
peu l'excitateur de Hertz. Voici le principe de 
l'appareil : Le circuit secondaire d'une bobine 
(l'induction est interrompu en un point, à la façon 
ordinaire. Départ et d'autre de cette interruption 
du circuit sont branchés, en dérivation, deux fils 
aboutissant à deux plateaux P. En regard de 
ceux-ci sont placés deux autres plateaux P', 
formant avec les premiers, un couple de condensa- 
teurs. Les plateaux P' sont réunis : d'une part, au 
moyen d'un conducteur présentant une assez. 



L. LECORNU — REVUE DE MÉCANIQUE APPLIQUÉE 



3:i 



f^raïuh' rcsislaiii-e ; d'autn' pari, au moyen d'un 
cireuil, ([iroii pcul appeler le circuit Icrliaire, 
inlerrouipu au point où l'on veut faire jaillir 
l'étineelle. Si l'on fait croître la différence de 
potentiel aux bornes du circuit secondaire, les 
plateaux P chargent par influence les plateaux P'. 
Les électricités repoussées de celui-ci se neutra- 
lisent à travers le conducteur. Au moment où une 
étincelle jaillit dans l'interruption du circuit 
secondaire, ce circuit se décharge et le condensa- 
teur tend à revenir à l'état neutre. Mais on observe 
qu'à ce moment, si la résistance du conducteur 
est suffisante, les électricités contraires des 
plateaux P', au lieu de suivre la voie offerte par 
ce conducteur, se recombinent par le circuit 
tertiaire, en produisant, au passage de l'interrup- 
tion existant dans le circuit, l'étincelle à forte 
tension dont on a besoin. La décharge est oscillante, 
et de très liante fréquence. Grâce à son caractère 
en quelque sorte explosif, l'élincelle est capable 
d'allumer des mélanges extrêmement pauvres et 
de franchir des obstacles, comme l'eau ou l'huile, 
qui arrêtent les étincelles ordinaires; l'étincelle 
secondaire, qui jaillit en dehors du cylindre, sert 
de témoin : tant qu'elle apparaît, on peut être 
assuré de l'existence de l'étincelle tertiaire. 

L'explosion survenue le 22 mai 11)08 dans la 
rafhnerie Say, à Paris, explosion qui a occasionné 
une mort, de nombreuses blessures et de graves 
dégâts matériels, est due, suivant toute probabilité, 
â la brusque inflammation des poussières de sucre 
mises en suspension dans l'atmosphère : l'acci- 
(leul doit donc être rapproché de ceux qui sont 
imputables, dans les mines, à l'inflammation des 
poussières de houille ; il rappelle également les 
explosions survenues à diverses reprises dans les 
moulins ou même dans 1 s simples boulangeries, 
par suite de la combustion vive de nuages de 
farine. 

Si je parle ici de cet accident, c'est parce qu'il se 
rattache assez directement à la question des moteurs 
à explosion. Au commencement du xix'' siècle, 
Niepce, le futur inventeur de la photographie, 
avait imaginé une machine appelée par lui pyréo- 
lopliore, dans laquelle la force motrice était 
produite par l'explosion de poussière de lycopode. 
C'est, là, sans doute, le premier embryon de la 
moderne machine à gaz ou à pétrole. Et, de nos 
jours, ainsi que je l'ai indiqué dans la Revue de 
1903, M. Diesel a signalé la possibilité que donne 
son moteur, grâce à la forte compression préalable 
à laquelle est soumis l'air comburant, de remplacer 
l'inflammation du pétrole par celle de poussière 
(le charbon. Il est vrai que, dans le moteur Diesel, 
on cherche à obtenir une combustion rapide plutôt 
qu'une explosion proprement dite. 



IV. — Dynamique appliquée. 
§ 1. — Dynamique de l'aéroplane. 

L'aviation est à l'ordre du jour, et ses progrès 
se succèdent avec une rapidité déconcertante. Mais 
ils résultent, on doit le reconnaître, des patients 
tâtonnements et de la hardiesse des aviateurs 
beaucoup plus que de l'application de lliéories 
scientifiques. 

Il y a trois ans seulement, M. Vallier concluait 
une suite de savantes études sur la dynamique de 
l'aéroplane en disant que le navire aérien ne sem- 
blait pas pouvoir être réalisé sous forme d'aéro- 
plane simple, et qu'il faudrait avoir recours à un 
dispositif mixte, la sustentation étant assurée par 
un mécanisme d'hélicoptère. On sait que l'expé- 
rience n'a pas confirmé cette prévision pessimiste. 
M. Marcel Deprez pense, au contraire, que, dans 
un avenir peu éloigné, les aéroplanes permettront 
de remorquer, sans dépenses excessives, de lourdes 
charges à de très grandes vitesses. lia, en atten- 
dant, réalisé, dans son laboratoire du Conserva- 
toire des Arts et Métiers, le planement stationnaire 
d'un aéroplane sans moteur, placé dans un cou- 
rant d'air incliné sur l'horizontale. M. Esclangon 
a fait voir à ce propos que le planement est théo- 
riquement possible, même avec un vent horizontal, 
pourvu que celui-ci présente des variations de 
vitesse et qu'elles soient convenablement utilisées 
par le planeur. Citons encore les travaux du Com- 
mandant Renard sur le virage, de M. Soreau sur le 
poids utile d'un aéroplane, de M. Armengaud sur 
le problème de l'aviation, etc. 

MM. Rryan et Williams se sont proposé d'étudier 
la stabilité longitudinale de l'aéroplane, c'est- 
à-dire d'analyser les mouvements de tangage, en 
supposant le roulis nul. D'après leurs calculs, la 
stabilité exige, pour un appareil donné, que la 
vitesse dépasse une limite déterminée, et elle aug- 
mente, en général, quand on fait diminuer le 
moment d'inertie. Le capitaine Ferber ne s'est pas 
contenté de construire et d'expérimenter un aéro- 
plane; il a essayé de jeter les bases générales de la 
dynamique de l'aviation. Supposant l'aéroplane 
pourvu d'un plan de symétrie, il écrit les trois 
équations du mouvement du centre de gravité, 
les trois équations de la rotation autour de ce 
centre et les trois équations connues qui lient les 
angles d'Euler aux composantes delà rotation. Cela 
fait un ensemble de neuf équations, impossibles à 
intégrer d'une manière générale. Mais l'auteur 
remarque que, dans le cas d'un aéroplane dont le 
moteur ne fonctionne pas, le mouvement tend 
rapidement à devenir rectiligne pourvu que la 
stabilité soit suffisante, et il parvient à déterminer 



36 



L. LECORNU — REVUE DE MÉCANIQUE APPLIQUÉE 



cette trajectoire finale. Comparant alors ses formules 
aux résultats de ses propres expériences, il obtient 
les conséquences que voici : Le coefficient de la 
résistance de l'air s'élève à 0,7, tandis qu'on admet 
ordinairement la valeur huit fois moindre 0,085. 
L'angle d'attaque est constant et indépendant de 
la vitesse. Si, par la répartition des poids ou la 
manœuvre du gouvernail de profondeur, on est 
arrivé à obtenir la descente rectiligne qui donne le 
plus long trajet, l'angle d'attaque est la moitié de 
'angle d'inclinaison de la descente. 

Avec l'aéroplane actionné par un moteur, l'angle 
d'attaque qui convient pour que la résistance à 
l'avancement soit minima est le même que celui 
qui donne la pente minima quand le moteur est 
arrêté. L'effort nécessaire pour maintenir un 
aéroplane à une hauteur constante est égal à son 
poids multiplié par la pente qu'il suit quand le 
moteur ne marche pas. 

La recherche des conditions de stabilité est 
effectuée par le capitaine Ferber en négligeant les 
variations d'action du vent dues à la rotation du 
système considéré. Nous ne le suivrons pas dans 
ses calculs, et nous nous bornerons à signaler les 
résultats suivants : Un aéroplane stable, sans mo- 
teur, parcourt, comme il a été dit, une droite des- 
cendante avec une vitesse uniforme. Si sa vitesse 
vient à diminuer, il fait une abalée pour la retrou- 
ver et s'établit sur une droite parallèle à la pre- 
mière, mais située plus bas qu'elle. Si, au contraire, 
sa vitesse vient à augmenter, il se cabre pour la 
diminuer et s'établir sur une droite parallèle à la 
première, mais située plus haut qu'elle. 

S 2. — Hélice aérienne. 

En ce qui concerne l'hélice propulsive, le 
capitaine Ferber montre nettement le rôle du 
recul. On entend par recul absolu la différence 
entre la vitesse d'avancement V que prendrait 
l'hélice, en vertu de sa rotation, si elle était 
emprisonnée dans un ècrou solide, et la vitesse 
réelle du système. Le recul relatif est le quotient 
du recul absolu par la vitesse V. La poussée F de 
l'hélice et le travail T nécessaire pour obtenir sa 
rotation sont des fonctions linéaires du recul relatif. 
En outre, si l'on désigne par ii le nombre de tours 
par seconde et par il le diamètre, F est propor- 
tionnel à irci*, et T à ;jV/"' : c'est ce qu'avait déjà 
démontré le colonel Renard pour les hélices tour- 
nant sans translation. 

La question des hélices a été étudiée à un autre 
point de vue par M. Drzewiecki, qui, dès 1889, 
dans sa brochure intitulée : « Les oiseaux consi- 
dérés comme des aéroplanes animés », prophéti- 
sait le triomphe actuel de l'aviation'. Cet ingé- 



La lievue a publié, en 1891, un article de M. Urzewiecki 



nieur a le mérite d'avoir le premier mis en évi- 
dence l'influence de l'angle d'attaque. 

Un élément plan qui se meut dans un fluide 
résistant avec une vitesse uniforme, formant un 
angle d'incidence invariable avec la direction de 
cette vitesse, éprouve, de la part du fluide supposé 
immobile, une résistance constante, qui peut être 
décomposée en une poussée utile, normale à la 
vitesse de translation, et une résistance nuisible, 
de direction opposée à cette vitesse. Le rapport [a 
de la résistance nuisible à la poussée est indépen- 
dant de la vitesse : il dépend uniquement de l'angle 
d'incidence et présente un minimum pour une 
certaine valeur de cet angle. Partant de là, 
M. Drzewiecki détermine l'hélice propulsive par la 
condition que tous les éléments rencontrent le 
fluide sous l'angle d'incidence optimum. Le ren- 
dement de chaque élément ainsi disposé, c'est- 
à-dire le rapport entre le travail de la composante 
parallèle à l'axe et le travail dépensé, dépend de 
la distance à l'axe de rotation. Il est négatif pour 
les éléments très voisins de l'axe, nul pour une 
certaine distance ; puis, quand la distance conti- 
nue à augmenter, il passe par un maximum, 
après lequel il décroît indéfiniment. Dans l'air, 
l'angle d'incidence optimum a pour valeur 1°50' 
et correspond à une valeur de u. égale à 0,044. 
Pour cette valeur de fx, le rendement maximum 
est 0,9L38. On conclut de là que la partie de la 
palette qui avoisine l'axe de rotation donne un 
rendement très défectueux. M. Drzewiecki con- 
seille de ne faire commencer la surface de la 
palette d'une hélice aérienne qu'à une distance de 
l'axe égale au quart du rayon extrême, et de ne 
pas dépasser pour celui-ci une valeur telle que la 
vitesse linéaire de rotation soit double de la 
vitesse de progression. La moyenne des rende- 
ments des diverses parties de la palette est 
ainsi 0,90. Dans l'eau, l'angle d'attaque optimum 
s'élève à 3° environ, et le rendement maximum 
tombe à 0,85. 

Les conditions précédentes ne déterminent pas 
complètement la palette de l'hélice ; les dimen- 
sions doivent être choisies de telle façon que le 
travail utile ait la valeur requise. M. Drzewiecki 
fait remarquer à cet égard que, d'après une obser- 
vation bien connue, une surface plane rectangu- 
laire qui se meut dans un fluide sous une inci- 
dence donnée fournit une plus grande poussée 
utile si la vitesse est perpendiculaire à la plus 
grande dimension que si elle est perpendiculaire à 
la plus petite. Il ne faut donc donner à la palette 
qu'une largeur assez faible. Si l'on ne peut, dans 
ces conditions, obtenir le travail nécessaire, on est 

sur « l'aviation de demain », où se trouvent exposées les 
ini'mes idées. 



L. LECORNU — REVUE DE MÉCAMQUE APPLIQUEE 



:m 



condiiit à augrmenter soil le nonilirc des propul- 
seurs, soit celui des palettes. 

Il importe de remarquer que tous les calculs 
lie ce genre reposent sur l'hypothèse, fort discu- 
table, d'après laquelle chaque élément d'une sur- 
face courbe éprouverait, de la part de l'air, la 
même résistance qu'en se mouvant isolément. La 
théorie ne suffit donc pas pour élucider sûre- 
ment la question du fonctionnement d'une hélice 
aérienne : le concours de l'expérience est indis- 
pensable. Le colonel Renard avait construit, à 
cet cfTet, une balance permettant de mesurer la 
poussée produite par une hélice tournante, sans 
avancer, à une vitesse déterminée. Le capitaine 
Ferber se sert d'un châssis muni de quatre 
roues et portant un moteur qui actionne l'hélice. 
La traction de celle-ci est mesurée par un peson. 
On enregistre en même temps le nombre de tours, 
ainsi que la vitesse d'avancement. Le moteur ayant 
été étudié préalablement, on connaît sa puissance 
en fonction du nombre de tours : on a donc à sa 
disposition tout ce qui est nécessaire pour l'étude 
de la force propulsive et du travail dans les condi- 
tions les plus variées. En Italie, le lieutenant 
Crocco emploie un cadre oscillant (suspendu à la 
cardan), au centre duquel se place l'hélice à essayer. 
Celle-ci est actionnée par un moteur électrique. 
Des bras de rappel, disposés parallèlement et per- 
pendiculairement au plan du cadre, permettent de 
s'opposer, parle déplacement de contrepoids appro- 
priés, à la poussée et au déversement dus à la rota- 
tion de l'hélice. Des manomètres difTérentiels ser- 
vent à explorer les masses d'air déplacées pendant 
le fonctionnement. La vitesse de l'air en chaque 
point s'obtient par un dispositif analogue à celui 
du tube de Pitol, bien connu des hydrauliciens. 

L'hélice aérienne est susceptible d'applications 
indépendantes de l'aviation. M. Archdeacon l'a 
utilisée pour faire marcher une bicyclette : solu- 
tion qui a, entre autres avantages, celui de réduire 
l'usure des routes et des bandages, par suite de la 
suppression de l'action tangentielle éprouvée par 
ces derniers quand ils servent de points d'appui 
pour l'effort de traction. Elle peut également être 
employée pour la remorque des bydroplaues ou 
bateaux glisseurs. Ceux-ci ont un tirant d'eau très 
faible, qui les rend susceptible de naviguer sur 
des rivières très peu profondes, et il convient, en 
pareil cas, que l'appareil propulseur soit entière- 
ment émergé. On est ainsi conduit à substituer 
l'hélice aérienne à l'hélice marine. Le principal 
inconvénient est qu'on se trouve mis à la merci 
ilu vent. Des essais intéressants se poursuivent 
actuellement en France. En Italie, divers modèles 
d'iiydroplanes à hélices aériennes sont expéri- 
mentés depuis trois ans par les aérostiers mili- 



taires. Au mois de mai 1907, ils ont réalisé sur le 
lac de Bracciano une vitessi; de iO noeuds. 

§ 3. — Changements de vitesse. 

Étant donné un arbre moteur qui tourne à vitesse 
constante, on a souvent besoin de faire varier hi 
vitesse d'un autre arbre commandé par celui-là: 
c'est le problème du chaugemeiit de vitesse. La 
solution la plus usitée consiste dans l'interposition 
d'un train d'engrenage mobile, dit train baladeur, 
qui, en se déplaçant sous l'action d'un levier, 
modifie l'équipage de roues dentées. Mais le chan- 
gement de vitesse s'effectue alors avec une bruta- 
lité fâcheuse, et, d'ailleurs, on n'obtient ainsi 
qu'un nombre limité de rapports de vitesse. Le 
changement de vitesse par poulies extensibles ne 
présente pas les mêmes inconvénients. On peut 
aussi avoir recours à l'emploi d'un galet circu- 
laire reposant par son contour sur un plateau 
qui tourne à une vitesse constante. Le frottement 
oblige le galet à tourner lui-même autour de son 
axe, et cette rotation est transmise à l'arbre dont on 
veut pouvoir faire varier la vitesse. Cette variation 
s'obtient en modifiant la distance du galet au centre 
du plateau. Le changement de vitesse ainsi réalisé 
est bien continu et se produit sans choc ; mais 
l'adhérence du galet sur le plateau n'est jamais 
assez grande pour empêcher des glissements, qui 
compromettent la régularité de la marche et s'op- 
posent à la transmission d'efforts importants. On 
connaît encore l'emploi de trains différentiels, dont 
voici le principe : un pignon denté, dit satellite, est 
interposé entre deux roues dentées concentriques, 
et engrène intérieurement avec la plus petite. Son 
centre est porté par un châssis qui peut tourner 
autour du centre commun des deux roues. Si la 
petite roue demeure fixe, la grande roue et le 
châssis prennent un rapport de vitesse déterminé. 
Si la petite roue tourne, le rapport des vitesses de 
la grande roue et du châssis varie avec la vitesse 
de cette petite roue. Dès lors, pour faire varier ce 
rapport, il suffit de disposer un frein qui contrarie 
plus ou moins la rotation de la petite roue. La 
grande roue est calée sur l'arbre moteur et tourne, 
par suite, avec une vitesse constante. Le châssis 
est relié à l'arbre qu'il s'agit de commander. 

Cette .solution a le grave inconvénient de faire 
intervenir un frottement, celui du frein, qui con- 
.somme du travail en pure perte. M. Gasnier a ima- 
giné de remplacer le frein par une dynamo montée 
sur l'arbre de la petite roue, et d'utiliser le courant 
de cette dynamo pour actionner une dynamo récep- 
trice montée sur l'arbre de la grande roue, de façon 
à restituer à celui-ci la plus grande partie de 
l'énergie absorbée par la résistance tenant ici 
lieu de frein. On règle le rapport des vitesses en 



38 



L. LECORNU — REVUE DE MÉCANIQUE APPLIQUÉE 



décalant plus ou moins les balais de la réceptrice. 
Un changement de vitesse bien difTérenl a été 
inventé récemment par M. Bardet. Le dispositif est 
trop compliqué pour que nous puissions faire autre 
chose que d'en indiquer le principe. Considérons 
d'abord deux roues dentées placées dans deux plans 
perpendiculaires, dont l'intersection contient les 
centres des deux roues. Après avoir disposé l'une 
de ces roues, R,, de façon que l'intervalle de deux 
dents consécutives livre passage aux dents de 
l'autre roue, R^, nous pouvons faire tourner celle-ci 
sans déplacer la première : le rapport des vitesses 
est donc nul. Dévions maintenant légèrement le 
plan de R,. Si nous recommençons l'expérience dans 
ces nouvelles conditions, chaque dent de cette roue, 
parcourant obliquement l'intervalle de deux dents 
(le R,, va heurter l'une de celles-ci au passage, et 
imprimer par suite à R, une petite rotation. Mais 
un engrenage ainsi constitué donnerait naissance à 
des chocs continuels, et il arriverait même que cer- 
taines dents de R^, au lieu de rencontrer un inter- 
valle vide, seraient complètement arrêtées par la 
présence inopportune de dents de l'autre roue. 
Pour éviter ce vice rédhibitoire, l'inventeur a ima- 
giné de rendre les dents de R, mobiles par rapport 
à cette roue, sauf pendant le court instant où elles 
sont en prises avec celles de R,, et de les diriger 
par des guides convenables qui amènent successi- 
vement chacune d'elles dans la position voulue. 
L'idée est ingénieuse; il reste à savoir ce qu'elle 
donnera en pratique. 

§ 4. — Mesure du travail. 

La torsion d'un arln-e moteur est à chaque instant 
proj)ortionnelle au moment de l'efl'ort transmis par 
cet arbre, et sa connaissance permet, par suite, de 
calculer le travail par seconde, travail égal au pro- 
duit du moment de l'effort par la vitesse angulaire. 
Les appareils destinés à mesurer cette torsion ont 
reçu le nom de torsiomèlren. M. Hamilton Gibson, 
dans V Engineering de janvier et février 1908, en a 
décrit plusieurs; je mentionnerai seulement celui 
de Revis et Gibson. L'arbre moteur porte deux 
disques percés chacun d'une raie radiale. Au repos, 
ces deux disques sont dans un même plan méridien. 
Si l'on fait tourner l'arbre sans lui imprimer de 
torsion sensible, le plan des deux rainures laisse, à 
chaque tour, passer, parallèlement à l'axc^ un rayon 
lumineux provenant d'une lampe à incandescence, 
rayon qui est reçu par une lunette; quand la rota- 
lion est assez rapide, l'observateur perçoit un éclai- 
lage il peu près continu, qui s'explique par la per- 
sistance de l'impression lumineuse sur la rétine. 
Mais, dès (jue l'arbre se tord, les deux rainures 
éprouvent un léger déplacement relatif, en sorte que 
le rayon se trouve dévié et ne peut plus atteindre 



la lunette. Pour retrouver l'impression lumineuse; 
il faut dévier l'axe optique de celle-ci, ce qu'on fait 
à l'aide d'une vis. Un vernier mesure le déplace- 
ment. On peut ainsi mesurer, sans erreurs prove- 
nant de l'interposition de mécanisme amplihcateur, 
des angles de torsion de l'ordre du centième de 
degré. 

En se plaçant à 15 mètres des disques et dis- 
posant le vernier à 330 millimètres de l'axe de rota- 
tion, on évalue par ce procédé la puissance à 1/-400 
près. Ce procédé est remarquable par l'exactitude 
et la rapidité des mesures. 

§ b. — Appareils stabilisateurs. 

Un corps de révolution, qui tourne rapidement 
autour de son axe d'abord immobile, continue à 
tourner indéfiniment autour de cet axe tant qu'au- 
cune cause étrangère ne vient troubler .son mouve- 
ment, et il oppose aux efforts tendant à dévier l'axe 
une résistance d'autant plus grande que la rotation 
est plus rapide; en outre, la déviation de l'axe se 
produit perpendiculairement à la direction de 
l'effort. Cette propriété, qui constitue le principe 
de l'effet gyroscopique, est susceptible de nom- 
breuses applications. Je citais, à cet égard, dans la 
Revue de 1903, la flexibilité donnée à l'arbre de la 
turbine de Laval, flexibilité grâce à laquelle l'axe 
se maintient spontanément immobile, ou, pour 
parler plus exactement, ne présente que des vibra- 
tions imperceptibles, tandis qu'un axe rigide ne 
pourrait résister aux forces d'inertie dues à l'énorme 
vitesse de rotation : variante scientifique de la fable 
du chêne et du roseau. Depuis lors, le jeu du dia- 
bolo a vulgarisé la stabilité particulière dont il 
s'agit ici. 

Le monorail Brennan dérive du même principe. 
Cette invention, qui a déjà été expérimentée en 
petit, consiste à obtenir une voiture en équilibre 
sur un seul rail. La voiture porte, transversalement, 
une boîte, renfermant deux gyroscopes qui tournent 
en sens contraire sous l'action de deux dynamos. 
On a fait le vide dans la boîte, de façon à supprimer 
la résistance de l'air. L'axe de rotation de chaque 
gyroscope est mobile autour d'un point fixé à la 
boîte ; il est guidé par une coulisse qui ne lui permet 
que de faibles variations d'inclinaison. Si le véhicule 
vi(!nt à pencher, l'axe du gyroscope conserve une 
direction invariable dans l'espace jusqu'à ce qu'il 
toucdu; la coulisse; à ce moment, il exerce sur 
celle-ci une pression qui redresse le véhicule. Ces 
deux gyroscopes ajoutent leur effet. Il sont con- 
jugués entre eux de telle manière q>ie, dans le 
passage d'une courbe de la voie, leurs réactions 
s'équilibrent et ne produisent aucune résistance. 

Un procédé analogue a été imaginé par M. Otto 
Schlick pour combattre en mer le roulis. Un volant. 



L. LECORNU — REVUE DE MÉCANIQUE APPLIQUÉE 



,•}!( 



animé d'une grande vitesse de rotation autour de 
son axe d'abord vertical, est placé dans un cadre 
mobile autour d'un axe transversal perpendiculaire 
au plan de symétrie du bateau. Le centre de gravité 
du système est situé assez bas pour que, en temps 
calme, l'axe du volant demeure vertical. Dès que le 
roulis se fait sentir, le volant oscille. Un frein hy- 
draulique amortit ses oscillations et absorbe ainsi 
l'énergie communiquée au bateau par les vagues. 
Des essais ont été faits en 1906 sur le vapeur Serjjiir, 
ancien torpilleur de la Marine allemande mesurant 
3.5", 23 de longueur sur 3"", 60 de largeur maxima 
et l^.Oi de tirant d'eau. Le volant avait 1 mètre de 
diamètre extérieur et pesait 302 kilogs. Aucune 
installation électrique n'existant à bord, on avait 
pris le parti de faire tourner le volant à l'aide de 
la vapeur. A cet efTet, le volant était disposé en 
forme de turbine; la vapeur entrait par l'un des 
tourillons de l'axe transversal et sortait par l'autre. 
Un régulateur à force centrifuge fermait l'admission 
dès que la vitesse dépassait 500 tours par minute. 
Le nombre des oscillations du navire nécessaire 
pour arriver à l'amplitude d'un demi-degré était 
mesuré au moyen d'un pendule enregistreur. Le 
mouvement de roulis était obtenu artificiellement à 
l'aide d'une grue tirant sur l'un des bords et dis- 
posée de façon à être facilement détachée au mo- 
ment voulu. On a constaté, par exemple, qu'avec 
une amplitude initiale d'oscillation égale à 13°40' 
le bateau faisait, volant arrêté, 25 oscillations avant 
d'arriver à l'amplitude d'un demi-degré, tandis que, 
volant en action, A demi-oscillations suffisaient 
pour ramener l'amplitude de 13° à 1/2 degré. 
Dans d'autres expériences, exécutées à l'embou- 
chure de l'Elbe, on a reconnu que les oscillations 
dues à l'action des vagues tombaient de 13 ou 20° 
à 1 ou 2° seulement dès que le volant fonctionnait. 
En présence de ces résultats, la Baiiiburi/ America 
Lille a décidé le montage d'un semblable volant sur 
l'un de ses grands vapeurs. 

Au sujet du roulis, signalons un autre procédé 
d'amortissement dû à M. Crémieu et consistant à 
di'poser à fond de cale une masse susceptible de se 
déplacer transversalement dans un fluide visqueux 
qui développe un travail négalif propre à absorber 
la force vive des oscillations. 

Le principe de l'effet gyroscopique permettrait 
également d'augmenter la stabilité des machines 
volantes : cette remarque a été faite en France par 
M. Regnard et en Angleterre par M. Stuart Bruce. 

S 6. — Mouvements vibratoires. 

J'ai déjà, dans la précédente Revue, insisté sur les 
phénomènes de synchronisme qui exagèrent, dans 
certains cas, l'amplitude des oscillations des sys- 
tèmes élastiques. Le tachymètre de Frahm est basé 



sur cette propriété. L'élément essentiel est une 
sorte de peigne formé par une suite de lames 
d'acier, de -40 à 30 millimètres de longueur et 
23 millimètres d'épaisseur, encastrées dans une 
pièce massive. L'extrémité libre de chaque lame 
est recourbée à angle droit et peinte à l'émail 
blanc, de façon à être bien visible. Dans l'angle 
formé par la tête et le corps de la lame, on dépose 
une goutte de soudure au moyen de laquelle on 
obtient un nombre de vibrations par seconde allant 
de 33 à 100. Un pareil système, appliqué sur le 
bâti d'une machine dont on veut mesurer la vitesse, 
éprouve des secousses qui ont pour effet de faire 
vibrer, avec une intensité particulière, la lame 
dont la période propre est sensiblement égale à 
celle des oscillations de la machine; on voit alors 
la tête émaillée de cette lame prendre un mouve- 
ment très accentué, tandis que les autres lames 
paraissent demeurer au repos. L'appareil es! com- 
plété par une graduation appropriée, qui permet 
de lire immédiatement la vitesse, en tours par 
minute, correspondant à la lame observée. 

Le tachymètre Luc Denis dérive d'un principe 
un peu différent. Soit un solide mobile autour 
d'un fixe vertical G et sollicité par un ressort 
attaché d'une part en un point A de ce corps, 
d'autre part en un point fixe B. Le système étant 
d'abord au repos, le ressort a une tension nulle, 
et à ce moment la droite AB est, par construction, 
perpendiculaire ;i OA. Soit .v la longueur OA. Si le 
corps tourne d'un très petit angle fl, le ressort 
éprouve la variation de longueur aO, qui lui donne 
une tension /!ï9, /' désignant une constante. Sup- 
posons maintenant qu'après avoir écarté le corps 
de sa position d'équilibre on l'abandonne à lui- 
même. Il va effectuer des oscillations pendulaires, 
et, si l'on appelle I son moment d'inertie, la durée 

de ces oscillations est tI/ — '■ elle varie (ion(; 

en raison inverse de la racine carrée de x. Partant 
de là, M. Luc Denis a construit un instrument fort 
intéressant, dont la description m'entraînerait trop 
loin. Une partie de l'appareil oscille sous l'action 
d'un ressort; une autre partie reçoit un mouve- 
ment oscillatoire .synchrone de la rotation de 
l'arbre dont on veut avoir la vitesse. Ce ressort 
est disposé de telle façon que sa ligne d'action se 
déplace jusqu'à ce que les deux parties vibrent en 
concordance. On conçoit, d'après ce qui vient 
d'être dit, qu'au moment oii la ligne d'action 
devient immobile, il suffit de connaître sa position 
pour en déduire la durée d'oscillnlion de la partie 
sur laquelle agit le ressort et pour avoir, par con- 
séquent, la vitesse cherchée. 

Les trépidations des machines, transmises par 
le sol ou par les murailles, troublent souvent le 



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L. LECORNU — REVUE DE MÉCANIQUE APPLIQUÉE 



repos des personnes habitant le voisinage ; elles 
peuvent même, quand elles ont une grande inten- 
sité, lézarder et désagréger les constructions. Ces 
inconvénients sont, en général, plus marqués aux 
étages supérieurs qu'au voisinage du sol; on sait 
qu'un fait analogue s'observe dans les tremble- 
ments de terre. M. Prache s'est proposé de recher- 
cher théoriquement et pratiquement les conditions 
ù remplir pour combattre cette propagation des 
trépidations. Le meilleur isolant est le caoutchouc, 
substance à la fois incompressible et très élastique. 
Les vibrations s'y propagent avec une faible vitesse 
de quelques mètres seulement par seconde. Quand, 
ensuite, elles atteignent la surface de séparation 
du caoutchouc et d'un milieu où la propagation 
serait beaucoup plus rapide, le sol, par exemple, 
elles éprouvent, d'après M. Prache, une réflexion 
totale, et c'est là le principe de l'isolement. Les 
supports isolants doivent, d'ailleurs, être placés 
aussi prés que possible de points où existent des 
nœuds, et non pas des ventres de vibration. 11 est 
facile, dit l'auteur, de soustraire ainsi un bain de 
mercure aux trépidations produites par le passage 
des voitures'. Mais, en général, il suffit, dans la 
pratique, d'établir un isolement relatif, c'est-à-dire 
d'amortir assez les vibrations pour qu'elles cessent 
d'incommoder les intéressés. On doit ajouter que 
l'isolement n'est satisfaisant que si tous les contacts 
ont lieu par l'intermédiaire du caoutchouc : un 
seul contact rigide, provenant par exemple d'un 
boulon servant à maintenir le caoutchouc, suffit 
pour livrer passage aux trépidations. 

S ")■. — Freins. 

La question du freinage est une de celles qui 
intéressent le plus vivement la sécurité de la cir- 
culation des trains. Elle est suffisamment résolue, 
en ce qui concerne les trains de voyageurs, par 
l'adoption des freins continus automatiques, à air 
comprimé, dont l'emploi est maintenant général. 
La même solution n'a pu jusqu'ici être appliquée 
aux trains de marchandises, non seulement en 
raison de la dépense élevée qu'entraînerait l'appli- 
cation du système à tout le matériel des chemins 
de fer, mais encore à cause des difficultés pra- 
tiques résultant de la grande longueur de ce genre 
de trains. La transmission des variations de pres- 
sion, produites par le mécanicien en tête de la 
conduite (jui règne d'un bout à l'autre du train, 
exige un certain temps, pendant lequel les freins 
des véhicules ne se serrent que successivement; 



' Rappelons k ce sujet quo M. Haïuy a réalisé, à l'Obser- 
vatoire de Paris, un bain de niorcuro ]iarfaitement stable 
en supportant la cuvette par des ressorts longs et très 
extensibles, et en éloignant le plus possible le centre de 
gravité du centre d'oscillation. 



de là résultent des à-coups occasionnant diverses 
avaries, notamment des ruptures d'attelage. 

Je ne parlerai ici que des essais les plus récents. 
Au mois de mai 1907, des expériences ont été 
entreprises sur la ligne de l'Arlberg, par l'Admi- 
nistration des Chemins de fer de l'Etat autri- 
chien, en vue d'étudier l'application d'un frein 
continu à vide sur de longs trains de marchan- 
dises. Dans le système employé, la rapidité de la 
propagation de la pression est obtenue par l'ou- 
verture automatique, de proche en proche, de 
valves de rentrées d'air placés sous chaque véhi- 
cule; elle s'élève à 360 mètres par seconde. Le 
remplissage des cylindres à frein est ralenti par 
des diaphragmes, de façon à obtenir la douceur 
voulue dans l'application du sabot. Une soupape 
automatique, placée sur le dernier véhicule, renvoie 
de queue en tête la propagation initiale venue de 
tète en queue qui n'a produit tout d'abord qu'un 
demi-serrage, de telle sorte que la simultanéité 
du serrage total sur les divers véhicules soit 
approximativement réalisée. 

Le train expérimenté était composé de soixante- 
quinze véhicules, non compris la locomotive et le 
tender. M. Bochet, que l'Administration des Tra- 
vaux publics avait chargé d'assister aux essais, a 
constaté la douceur avec laquelle s'efTectuaient la 
plupart des arrêts. Ces expériences ont été reprises 
en juin 1908 dans la plaine des environs de Vienne, 
et l'on a pu porter à cent le nombre des véhicules 
sans observer de réactions violentes. 

11 est très important, dans le freinage d'un véhi- 
cule de chemin de fer, de ne jamais atteindre, pour 
chaque roue, une pression telle que l'effort retar- 
dateur exercé par le sabot du frein dépasse la 
résistance tangentielle que le rail oppose au glis- 
sement de la roue, sans quoi le patinage se produit 
aussitôt, et ce phénomène n'a pas seulement l'in- 
convénient d'user rapidement le bandage de la 
roue : il diminue, en outre, dans une forte mesure 
l'efficacité du frein. La résistance au glissement 
est égale à la pression de la roue sur le rail, mul- 
tipliée par le coefficient de frottement : telle est 
donc la limite au-dessous de laquelle doit demeurer 
l'effort retardateur du sabot, et le serrage de 
celui-ci doit être déterminé en conséquence. Le 
frein automatique maxiiuns résoud ce problème 
par le déclanchement d'un doigt métallique qui se 
produit dès que le serrage du sabot approche de 
la valeur correspondant à l'effort limite, déclan- 
chement ayant pour effet de caler le piston dans le 
cylindre du frein. Mais, comme la charge des 
■wagons de marchandises est sujette à de grandes 
variations, il faut, au départ, régler le frein de 
chaque -wagon d'après sa charge. C'est là une 
sujétion à laquelle échappe le frein de MM. Chapsal 



L. LECOUNII — HEVUE DE MÉCAiMQLE APPLIQUÉE 



Al 



et Saillot. Dans ce système, la timonerie est dis- 
posée de telle façon que la flexion des ressorts 
de suspension, proportionnelle à la charge, règle 
automatiquement la limite de serrage. 

Signalons encore un ingénieux dispositif, dû 
également à M. Chapsal, et ayant pour but d'em- 
pêcher automatiquement les drrivrs. Ou dit, dans 
le langage des chemins de fer, qu'il y a dérive 
lorsque, à la suite d'une rupture d'attelage sur- 
venue sur une rampe, l'arrière du train rebrousse, 
t'utrainé par la pesanteur. Avec les freins à air, ce 
danger n'est guère à craindre, car ceux-ci bloquent 
toutes les roues par le seul fait de la rupture d'at- 
telage. Mais, pour les trains de marchandises, on 
continue, nous l'avons dit, à se contenter de freins 
à main gardés par les conducteurs, et si, au 
moment d'une rupture d'attelage, le conducteur 
d'arrière est inatlentif, ou même endormi, la sécu- 
rité se trouve gravement compromise. Le principe 
de l'appareil Chapsal est le suivant : l'un des 
essieux de chaque véhicule freiné porte un tam- 
bour sur lequel sont articulées des cames disposées 
de telle manière que, si la rotation a lieu dans un 
sens, elles fassent saillie hors du tambour, 
tandis que, si elle a lieu en sens contraire, elles 
s'effacent à l'intérieur. Dans le premier cas, elles 
viennent, l'une après l'autre, frapper un levier qui 
déclanche le frein. En fait, un wagon n'a ni avant 
ni arrière : tout dépend de la façon dont il est 
attelé dans le train. Aussi a-t-il fallu munir le 
tambour d'une double couronne de cames, éta- 
blie de façon que, quel que soit le sens de la 
marche, les cames de l'une des couronnes soient 
en saillie, tandis que celles de l'autre couronne 
demeurent efl'acées. Une poignée placée dans la 
vigie du conducteur permet à celui-ci de paralyser 
celle des deux couronnes qui empêcherait la 
marche en avant. Dans les manœuvres de gares, 
pour lesquelles il faut pouvoir aller dans les deux 
sens, la poignée est amenée à une position inter- 
médiaire, qui paralyse à la fois les deux cou- 
ronnes ; la poignée obstrue alors le siège du con- 
ducteur, en sorte que celui-ci ne peut se rasseoir 
avant d'avoir remis en action l'une des deux cou- 
ronnes. 

Ne quittons pas la question des chemins de fer 
sans mentionner le curieux tracleuv-ehcnillo con- 
struit par la maison Hornsby et récemment mis à 
l'essai par l'armée anglaise. Cet appareil, destiné 
à circuler dans les plus mauvais terrains, trans- 
porte avec lui son chemin de roulement, constitué 
par une bande sans fin qu'on déroule entre la 
terre et les roues de la machine. Cette bande com- 
prend deux chaînes disposées des deux côtés du 
tracteur et commandées par une roue motrice. 
Chacune de ces chaînes est alternativement com- 



posée de mailles principales, renfermant des tas- 
seaux en bois qui s'appuient sur le sol, et de 
mailles plus petites, qui s'accrochent h la roue 
motrice. Ces mailles principales sont butées de 
telle sorte que la chaîne ne puisse jamais prendre 
une forme concave vers l'extérieur. La direction 
s'obtient au moyen d'un différentiel permettant 
d'imprimer aux deux chaînes des vitesses inégales. 
Ce singulier véhicule présente un peu l'aspect d'une 
chenille, dont les pattes seraient représentées par 
les tasseaux de bois, et de là vient son nom. 

V. — Questions diverses. 
§ 1. — Arc-boutement. 

On connaît depuis longtemps les effets d'arc-bou- 
tement dus au frottement : certains mouvements 
géométriquement possibles se trouvent empêchés 
par la résistance au glissement, quelle que soit la 
grandeur des forces mises en jeu, à condition seu- 
lement que celles-ci ne s'écartent pas de certaines 
directions déterminées. La presse à vis, le valet de 
menuisier, l'encliquetage Dobo (utilisé dans les 
roues libres de certaines bicyclettes) fournissent 
des exemples d'arc-boutement. L'appareil dit au- 
toloc, d'invention récente, est une sorte d'encli- 
quetage Dobo à double effet. Il constitue un ap- 
pareil de calage au moyen duquel un arbre mobile 
autour de son axe demeure automatiquement 
bloqué dans la position où on l'abandonne, tant 
qu'on n'agit pas sur un levier spécial de déblo- 
quage dont la manœuvre n'exige qu'un effort 
minime. L'organe essentiel comprend deux billes 
qu'un ressort tend à écarter l'une de l'autre, et qui 
se trouvent coincées dans l'espace compris entre 
un anneau extérieur et une came intérieure, à 
contour légèrement elliptique. J'ai donné dans la 
Revue de Mécanique la théorie complète de cet 
appareil. L'autoloc se prête à bien des emplois : 
adapté, par exemple, à un frein de bicyclette, il 
assure la persistance du serrage, alors même qu'on 
abandonne la manette du frein, et supprime par 
conséquent la fatigue que le frein ordinaire impose, 
sur les longues descentes, à la main du cycliste. 
On obtient le desserrage en ramenant la manette à 
sa position initiale. 

§ 2. — Roulements sur billes. 

Les roulements sur billes, qui ont pris un grand 
développement d'abord dans la construction des vé- 
locipèdes, puis dans celle des automobiles, tendent 
à se répandre de plus en plus, en raison de l'aug- 
mentation de rendement qu'ils procurent : ils rem- 
placent, en effet, le frottement de glissement par la 
résistance au roulement, qui est beaucoup plus 
faible. Mais un roulement sur billes, pour bien 



L. LECORNU — REVUE DE MÉCANIQUE APPLIQUÉE 



fonctionner, doit être établi dans de bonnes condi- 
tions. Les billes doivent être en acier fondu, très 
dur, et parfaitement calibrées : la maison Glaenzer, 
qui s'est fait une spécialité de cette fabrication, 
garantit la forme sphérique à deux millièmes de 
millimètre près. Il faut autant que possible éviter 
que les billes se touchent, sans quoi elles dévelop- 
peraient un frottement mutuel qui entraînerait 
une consommation de travail. Parfois on sépare 
les billes les unes des autres par de petits ressorts 
en spirale; ou bien encore (système Conrad) on les 
emprisonne individuellement dans des alvéoles 
hémisphériques qui sont portées par un cercle de 
bronze et disposées de façon à laisser à découvert 
la partie des billes qui porte la charge. 

Les chaînes à rouleaux ont également l'avantage 
de substituer le roulement au glissement. La même 
idée a conduit à la création de la transmission 
Pekvun : c'est un engrenage à vis sans fin, dans 
lequel les dents du pignon sont remplacées par des 
cônes, fous sur leurs axes et tangents à la surface 
de la vis. 

§ 3. — Travail des métaux. 

L'assemblage des pièces de tùle s'obtient, 
comme l'on sait, en croisant ces pièces de façon à 
mettre en correspondance des lignes de trous 
percés à l'avance, puis introduisant dans ces trous 
des rivets à une tête, chauffés au rouge, dont on 
écrase l'extrémité pour former une seconde tète. 
Le procédé est fort ancien : on a retrouvé des ri- 
vures remontant à l'époque gallo-romaine. M. Fré- 
mont a fait une étude approfondie de cette opéra- 
tion. .\la suite de nombreux essais, il recommande 
l'emploi de rivets en acier doux possédant 35 à 
45 kilogs de résistance à la traction, avec striction 
d'au moins 61 "/o. Les aciers au nickel sont parti- 
culièrement avantageux, en raison de leur résis- 
tance vive. Il importe surtout que le métal ne soit 
pas fragile. Les rivets actuellement employés rem- 
plissent mal les trous, du côté de leur tête, surtout 
s'ils ont une grande épaisseur à serrer; il faudrait, 
d'après M. Frémont, adopter un type de rivet pré- 
sentant, entre sa tète et son corps cylindrique, un 
renflement destiné à s'écraser pendant le rivetage, 
en fournissant le métal nécessaire au remplissage 
du trou. Le température initiale du rivet a une 
grande importance : il faut que le rivet soit chauffé 
uniformément sur toute sa longueur, qu'il soit 
assez chaud ])Our bien se mouler dans son loge- 
ment et que, néanmoins, sa température ne dépasse 
|ias une certaine liinile, déterminée d'après sa com- 
position c]iinui[nc, limite au delà de laquelle le 
métal serait altéré. Le pression du rivetage doit 
atteindre au moins ItO kilogs par millimètre carré 
de section, dans le cas du fer, et 120 kilogs dans le 



cas de l'acier; elle doit être maintenue au moins 
pendant trente secondes. Les riveuses hydrau- 
liques actionnées par accumulateur sont préférables 
à toutes les autres, parce qu'elles fournissent une 
quantité d'énergie considérable en un court espace 
de temps et permettent, en outre, de maintenir une 
pression constante pendant tout le temps néces- 
saire. 

Le scléroscopo de MM. Shore et Héroult est un 
appareil d'une grande simplicité, permettant de 
déterminer rapidement la dureté d'un métal sans 
détérioration de la pièce essayée. Il se compose d'un 
tube vertical gradué, en verre, disposé au-dessus 
d'une enclume. On place la pièce sur l'enclume et, au 
moyen d'un déclanchement, on laisse tomber dans 
le tube, d'une hauteur de 250 millimètres, une bille 
d'acier de deux grammes et demi. On lit, avec une 
loupe, la hauteur à laquelle rebondit la bille. Des 
essais répétés ont montré que cette hauteur cor- 
respond à la dureté du métal éprouvé et donne des 
résultats bien comparables. 

M. Taylor a communiqué, en 1903, à la Société 
américaine des Ingénieurs mécaniciens, le résumé 
de recherches qu'il a effectuées pendant vingt-six ans 
sur le travail des outils, et notamment des tours. 
Ce labeur considérable lui a permis de définir la 
meilleure forme de l'outil, la meilleure vitesse, le 
meilleur serrage. Le problème dépend de douze 
variables principales : qualité du métal, diamètre 
de l'objet à tourner, profondeur de la coupe, 
épaisseur du copeau, etc. Les expériences ont été 
exécutées en faisant varier successivement chacune 
des données. Après avoir établi des formules résu- 
mant ses innombrables essais, l'auteur a construit 
une règle à calcul permettant l'application rapide 
de ces formules. Il est ainsi arrivé à doubler la 
production d'un atelier marchant d'après les 
anciennes méthodes, et à transformer des pertes 
de 20 °/o en bénéfices de pareille importance. En ce 
qui regarde le forage et l'alésage des métaux, 
M. Taylor renvoie à une série d'expériences faites 
par un Français, M. Codron, et publiées en 1903 
dans le Butlclin de la Société (T Encouragement. 
Ces expériences concernent la grandeur des pres- 
sions nécessaires pour couper non seulement des 
aciers de dureté variée, mais aussi la fonte, le 
bronze et autres métaux. M. Taylor ajoute, et j'ai 
plaisir à reproduire ses paroles : ^< Les expériences 
de M. Codron sont, sur presque tous les points, 
faites avec la perfection qui caractérise les Ira- 
vaux de tous les meilleurs savants français ». 

L. Lecornu, 

Ingénieur en chel' des Mines, 

Professeur à l'Ecole Polytechnique 

et à l'Ecole supérieure des Mi'nes. 



HIBLKMIKAIMIIK — ANALYSES ET LNDEX 



BIBLIOGRAPHIE 



ANALYSES Eï INDEX 



1° Sciences mathématiques 

Cantor (Moritz). — Vorlesungen tiberGeschichte der 
Mathematik. Vierter Bnnd voii 17:i',) bis 17'.)'J. (Lei:- 
Ti HKS SUR l'histoire des MATHÉMATiQi lis. / 1 '" voluine lie 
17;j9 il 1799). 4" et b" livraisons par A. voiN Brau.nmuhl, 

V. KOMMEIIELL, G. LoniA, G. VlVANTl, G. R. Wallneb et 

M. Cantor. — B.-G. Teubner, éditeur. Leipzig, 1908. 

Ces deux livraisons terminent le quatrième et dernier 
volume du Cours sur l'Histoire des Mathématiques 
dont nous avims déjà analysé les précédents fascicules '. 
M. A. von Braunmuhl résume les progrés que lit la 
Trigonométrie durant cette période de quarante années, 
tulér introduit, dans les formules trigonométriques, les 
abréviations'dont nous nous servons encore aujourd'hui, 
en désignant les angles d'un triangle par A, B, G et 
les côtés opposés par les lettres minuscules correspon- 
dantes a, h, c, tandis que Lambert utilise les fonctions 
hyperboliques en Trigonométrie et démontre le premier 
d'une façon rigoureuse que r. est irrationnel. De leur 
côté, divers mathématiciens japonais, Arima et Kuru- 
sliima entre autres, s'efforçaient également de trouver 
des valeurs approchées de ce fameux rapport du dia- 
mètre à la circonférence. 

Avec M. V. Kommerell, nous passons en revue 
les travaux relatifs à la Géométrie analytique pendant 
cette même période. Charles Hutton publie d'excellents 
Eléments des sections coniques (1789), que Montucla 
regardait comme un modèle de précision et de clarté. 
Edward Waring découvre, après les Bernouilli, Clairaut 
et Euler,de nouvelles propriétés des courbes algébriques, 
et le général Meusnier énonce le remarquable théorème 
qui porte son nom (le rayon de courbure d'une section 
oblique d'une surface est la projection sur le plan de 
cette section du rayon de courbure de la section faite 
par le plan normal mené par la même tangente), théo- 
rème qui complétait la théorie d'Euler sur les cour- 
bures des sections normales faites, en un même point, 
dans une surface. 

M. Gino Loria écrit aux pages suivantes l'histoire de 
la Perspective et de la Géométrie descriptive. Après 
un court résumé de la première depuis le Moyen-Age 
jusqu'à la fin du xvn" siècle, il arrive à la période d'or 
de la Perspective théorique, qu'illustrèrent Jean Bei- 
nouilli, Brook Taylor, Zanotti, Lambert et Gustav 
Karsten. Puis nous assistons à la naissance de la 
Géométrie descriptive, géniale création de Gaspard 
Monge, qui avait d'abord pour but de <i représenter sur 
une feuille de dessin n'ayant que deux dimensions, 
savoir : longueur et largeur, tous les corps de la Nature 
qui en ont trois, longueur, largeur et profondeur, 
pourvu néanmoins que ces corps puissent être définis 
rigoureusement », et, en second lieu, de « donner la 
manière de reconnaître, d'après une description exacte, 
les formes des corps, et d'en déduire toutes les vérités 
qui résultent et de leur forme et de leurs positions res- 
pectives )i . 

Le développement du Calcul in/initésimal est esquissé 
par la plume érudile de M. G. Vivanti. Là les noms des 
grands savants d'Alenibert, Lagrange, Lazare Carnot, 
Laplace, Euler, voisinent avec ceux, moins connus, de 
la mathématicienne Agnesi et de ses compatriotes Mal- 
fatti et Riccati. M. C. R. Wallner étudie les Mémoires 
plus ou moins remarquables de Condorcet, de Charles 



' Hi'vue gi'ncrale des Sciences pures et appliquées, 
19« année, n» 4 (29 février 1908), p. 163. 



et de Trembley sur les équations différentielles. Puis, 
nous retrouvons encore Lagrange, qui, dans sa Théorie 
des fonctions analytiques (1797), s'attacha à substituer 
au Calcul différentiel un ensemble de |iro|Misiii.ins 
basées sur le développement des fondions .il^dn M|iifs 
en série, Laplace qui perfectionna les procédas d'iiiti'- 
gration des équations aux différentielles partielles, et 
Lacroix dont le Traité de Calcul diiïcrenliel et intégral 
fut longtemps classique. 

Enfin, pour clore le volume, M. Cantor relate, année 
par année, toutes les découvertes saillantes qui, de 
1758 à 1799, se produisirent dans les divers domaines 
de la Mathématique. Ce dernier travail et une table 
fort complète facilitent les recherches dans cet ou- 
vrage, qui restera le véritable vade mccum des histo- 
riens scientifiques. .Iacques Boyer. 

2° Sciences physiques 

EifTel (G.), Ancien Président de In Siici(dé des Ingé- 
nieurs civils de France. — Comparaisons gra- 
phiques des valeurs mensuelles, saisonnières et 
annuelles des principaux éléments météorolo- 
giques dans diverses stations françaises pour 
l'année 1906. (Complément li l'Alhis.) 

Sous ce titre, M. Eiffel nous donne une série de plan- 
ches destinées à être encartées dans l'Atlas météorolo- 
gique de 1906, que la Revue a analysé déjà'. Ce sont 
des cartes de France sur lesquelles sont marquées les 
stations étudiées ; autour de chacun des points cor- 
respondants, des vecteurs, de longueur, de direction et 
de couleur diverses, figurent immédiatement ou une 
donnée météorologique, ou la différence entre cette 
donnée au lieu considéré et une station de compa- 
raison. Les températures, rapportées à la température 
normale au Parc Saint-Maur, les valeurs de l'humidité 
relative, les hauteurs d'eau tombées, les nombres de 
jours pluvieux, les valeurs de la nébulosité et de l'inso- 
lation, les fréquences des directions de vent, les 
parcours diurnes du vent, sont ainsi représentés gi-a- 
phiquement sous une forme qui permet une compa- 
raison rapide et intuitive des climats des diverses 
régions. Bernard Bhunhes, 

Directeur de l'Observatoire du Puy-dc-Dôrae. 

V^an der Waals (D"' J.-D.), Professeur ii ffiiiversité 
d'Ainstcrdani. — Lehrbueh der Thermodynamik in 
ihrer Anwendung auf das Gleiohgewicht von Sys- 
temen mit gasformig-fitissigen Phasen, hcarheiiet 
von h' Ph. Kohnstamm (Cours de Thermodynamique 

APPLIQUÉE A l'équilibre DES SYSTÈMES A PHASES GAZEUSE 

ET LIQUIDE, remanié par M. le U'' Ph. Kohnstamm). 
1" partie. — 1 vol. in-S" de A7/-287 pages avec 
75 figures. Maas et van Suchtelen, éditeurs. Leipzig- 
.\msterdam, 1908; 

Depuis longtemps le Professeur .I.-D. Van der Waals 
avait été sollicité de publier ses Leçons sur la Thermo- 
dynamique, mais il avait toujours jusqu'ici cru devoir 
repousser ce désir. La véritable raison était celle-ci : 
l'étude des mélanges binaires est, dans fesprit du 
savant professeur d'Amsterdam, l'œuvre maîtresse de 
ces quinze dernières années et la plus belle application, 
à son sens, de la Thermodynamique, et il ne s'est décidé 
à déférer au désir exprimé par ses amis et ses admira- 
teurs que lorsqu'il lui a semblé que les grandes lignes 

• -Revue gén. des Se, t. XVII (1906). p. 149. 



i:ii:m<)(;uai>iiik 



A^ALVSKS KT INDKX 



do lu tliôni'ic dos môlaiigos l)iniiirps iHaionl Mx('ns d'iino 
lTlalli^l•o dt'llnitivc. 

Los loroiis (lu M.'iîti'P, recueillies à l'iliiiversili' 
d'Aïusteiiiiiiu |iai' M. Cli. Koliiisl.iuini, uni élé Iraduiles 
(Ml ulleinaiid pai- lui .•ive(- une liiNdilé i|U(ï Ii> l'iofossfîur 
Van def Waais s'esl |ilu à recdiiiiaîli-e; nous soinuies 
donc si"lrs de possi^'cler sa peiisi'e. Il esl inti'Tossant de 
constater la dillViitnee d'(''lat d'Ame du savant m'^erlan- 
dais cl de nos maîtres Irain-ais ; ces derniers restent 
lidi'les i\ lu coneeplion primitive de lu Tlu'rniodyna- 
iniquo, c'est-à-dire d'une scienc-e londt'M' uni(|ueiiicnl 
sur le principe de ré(iiiivalence et le princine doCarnot; 
tout au plus, cfitle science s'aventiire-t-elle entre leurs 
mains dans l(^ domaine des ^az p.-irl'aits, au(iiiei cas 
leur tMiualion d'('lat : /iv : HT est consid('r('e comme 
inl\iitivc. Celle 'ri\erinodynami(|ue paraît beaucoup 
trop restreiule à l'ilhislre professeur d'Amsterdam et 
il appelle à son aide la Ihrorie ciiii'-tiqiif ilos ijhz pour 
en (ditenir Vriiniilioii d'rl/il et d'autres vues r('lutives ù 
la clialeur spiMilii]ue des fjaz à V(dunio constant; c'est 
celle TluMinodyiiamiiiue (|u'il nous développe dans le 
cas particulier des lutdanj^cs lunaires. I.a premit''re 

ilii' seule est païue; elle se divise en (juatre pallies 

tr('s iiii''ga!es. 

I,a preini(''re partie, de lieancoiip la plus courte, esl 
relalive au /irinci/ir de t'èquivulfiin- cl ii ses applicii- 
tiiiiis : les dilTi'rentes chaleurs sp('Milii|ues d'un corps, 

r('Mlualioii des adiabuli(|iies el la \aleiir de - dans le 

cas des jfin paiTails. 

I.a (leuxi("'me pai lie, beaucoup plus imporlaule, s'oc- 
cupe du ;)rinci/ic ili> Ciiniot et ilc .ses iiiipliciilioiia : 
idb^ se divise en Inds chapitres, dont le premier est 
■•(dalil'au second principe, aux teiii|it'ialures absolues, 
•\ l'eiilropie. I.e (bapilii^ Il s'occupe du calcul dos 
i;rand(Mirs calorim('lri(]ues, eb.ileiirs spi''cili(iues à vo- 
lume ou ù pression conslante, chaleur sp('ciru]ue lo 
loiij; des deux branches de la courbe de saturation, 
chaleur lalenle de vapiu-isaliiui ordinaire, inicrne ou 
externe : à C(M('' des relations lli(V)rii|ues, l'auteur s'oc- 
cupe de lu d('lermiiKilii>n expi'Tinieiitule de ces (luun- 
lili'>s; lo (liapitre II! est relatif aux applications du 
domaine lii''t(''rop'nt\ 

La trolsi(''iiie puiiie esl consucivo au principe (/èiièrnl 
il' équilibre et ii ses iii>pllciilions. I.e chapitre I (Hudio 
les fonctions therinodynamiquos de (îibbs, savoir : 
ri''nerf,'ie libre ■}, la buieliiui ^ d la fonclion x- l-»' chu- 
pitre Il traitt< des ciiui buMiies (|ue peiil affecler le prin- 
cipe d'('M|uilibre : il monire comment on peul di'diiire 
les conditions d'i'Miuilibre du principe d'('M|uilibre et il 
(■•liidie les ciUiditiiMis de la slabililt', la sii;nilicaliiui 
f,'i''<uii(''triiiue des coiulilions de slubililt'^ sur la suilace 
do (;ibbs, la courbe spinodale, la courbe binodale. le 
pidnt de plissement, elc. le chupilre III esl relalif aux 
a[iplicalioiis du principe d'iHiuililire au miMantïO de 
litiuide el de vapeur et à l;i dissociation d'un ciu'ps. 

Kiilin le ( li.ipiire IV, i|ui lermine cette parlie essen- 
tielle du livre, étudie Wiclion des tbrcos exlcrieures 
sur un syslènie. 

l.u (]uatri(''me et derni(''re parlie tijiite de lu théorie 
tliornuulyniuniijue de lu c-i/iilhirilè. l.o premier cha- 
pitre expose lu th(''(u-ie de l.aplace; le chapilre suivant 
discule les emulitiiuis d'('nuilibre et de slabilit('': le 
chapitre III (Miidio la pression exli'rieure et la tension 
superlicielle el Irailo eu particulier la (luestion de 
l'i'paisseur de la couche superlicielle. I.e livre se ter- 
mine par nu chapilre dans leiiuel l'auteur donne la 
sidiilion du probb''nie capillaire [uuir une S|dière. 

Comme on le vidl, le ctuirs de Therniodyuaiuiiiue du 
pr(d'esseur Van der Wuals porle forleuu-nt l'empreinte 
des sujets de reeliecches familiers ù son auleiir; il dif- 
f('re |irid'on(li''niont dos cours français et il n'en esl i|ue 
jdusinl(''ressuiil à ('tudier. Il esl à piévoirtiiie le lome II 
l'accenlueru davanlai;(- encore en oiii;inalilé. 

E. .Matiuas, 

l'rolt'>;stMir A la KaciilliS dos Sciences 
do rUniversiU'' de Toulouse. 



SwnrJs (F.), Professeur ii l'Ecole du (lénie eivil de 
N'iiiversili' île Giind, clinri/é du Cours de Chimie 
iiriirralr ii lu Fiifullé des Scieiuws, nienihre aor- 
res/Kiudiiul (II- ï Aciiilrinie royale de ISelrjKjiii'. — 
Cours do Chimie inorganlqiie. — 1 lo/." iu-W' de 
700 /ini/rs. [Prix : \':> l'r.) A. liornniun, éditeur. 
l'!iris,\'M.\. 

Le Traiti'' de Chimie orf;ani(|ue publii' l'un dernier 
]iar M. Swarts, et dont nous avons rendu compte ici 
nit''ino, laissait ]ir(!voir le Traité de Chimie inorf^anique 
d'aujourd'hui. Dans les deux volumes, nous avons noté 
le ni(''iue souci des id('M's i;('ni''iules, associé ù l'exacti- 
tude dans l'exposi' des faits particuliers. 

l'Ius de la inoitii' do r(uivrap(^ est consacrée à ce 
qu'on appelle générubiment la Chinii(^ physique. L'au- 
teur en a basé l'exposé ù la l'ois sur la 'l'Iiermodyna- 
mi(]ue et sur riiypolbèse atoiiiii|ue ; il a ri'ussi, avec 
des cilculs peu nombreux, en n'employant ([u'excep- 
tionmdlemenl les Mathi'iiialii|ues supérieures, à donner 
de cette science des clurti'S tn'-s suflisantes pour la plu- 
part des chimistes. Aussi ne saurions-nous trop recom- 
mander la lecture de cet ouvrage aux Jeunes chimistes 
frani;uis, que tanWt renseignement, tanWlles examens 
de nos Facultés, laissent trop désarmés à ce jioint de 
vue. 

M. Swarts n'a pas voulu diviser son volume en deux 
parties distinctes : (Chimie physi(iue. Chimie descriptive; 
il a tenu ù ce que les cb'ux se pénètrent réciproque- 
ment; uussi u-t-il exposé les diverses théories delà 
Cliimi(^ physique (Cinétiiiuo des ga/., lois de lîertludlet, 
thi'orie des Ions, Electrolyse, Thermochimio, potentiel 
tliermodynamiciue, etc.) au fur el à mesure qu'un fuit 
purticuher lui en donnait l'occasion. Cette méthode, un 
peu arlilicielle, est sans doute destinée ù reposer l'es- 
prit du lecteur, en ineltant en Jeu successivement son 
l'aisonnement et sa méimdre. 

La Chimie pliysi(iue nous a paru exposée avec com- 
plaisance. Mais, (iuoi(|ue les différents corps soient 
décrits d'une manière très précise, que tous les faits 
susceptibles d'upplicalion S(nenl notés uvoc soin, on 
sent (|ue lu Ciiiniie descriptive est traitt'e avec une 
sécheress(" un peu méprisante, soulignée encore par 
l'ubsenee tidale (b> ligures. 

rue phrase de la préface de M. Swarts explique cette 
dilTérence de traitement : " J'ai voulu combattre cette 
tendance HUdieuse, souvent constatée chez les élèves- 
ingi'uieurs, dont les études ont une allure presque 
exclusivement iiiuthi'iuutiiiiie, de considérer la Chimie 
comme une science empiii(|ue et descriptive, s'adres- 
sunl surtout à lu mémoire. " Il espère faire accepter la 
Chimie par sa clieutide à la faveur d'un déguisement 
physico-mallii'matiiiue. !)(> ces esprits qui ne s'inté- 
ressent à la Chimie (|ue dans la mesure de ses rapports 
avec la Physiiiue et les Mutht'matiques, il y en a 
inalheiireusemenl autre part ([u'en It(dgique. 

1,. liOUVKAl'LT, 



3° Sciences naturelles 

\ nllniix (Camille), Professeur de dcdi/niphieii f Ecole 
Nny.ile. Docteur es Lettres. — Géographie sociale : 
La Mer. — 1 vol-in 10, de f Encyclopédie scient i- 
licpie, puhliée sons lu direction du D'' Toulousk. 
{Prix : 5 fr.) Doin, éditeur. Paris, 1908. 
La (îéographie doit constituer, en quelque sorte, li> 
support des faits économiques et sociaux ; voilà pour- 
(|Uoi lu grande Histoire de Erunce. publiée sous la 
(lirectioii de M. Ernest Luvisse, débute par le magistral 
'l'nldciiu de lu Cé'ouruphic de hi Erunce qu'a peint 
M. l'aul Vidal de l„i Ulacbe, et c'est aussi la raison pour 
lui|uelle les ISibliolhèciues de .Sociidogie el de Socio- 
logie appliquée, faisant partie de l'Encyclopédie scien- 
tilu|ue, publiée sous la direction du I)'' Toulouse, de- 
vaient comprendre des ouvrages de Céograpliie sociale. 
(î('ograpliie sociale, Géographie liumaine, .\nlhropo- 



BIBLIOGRAPHIK — ANALYSES Kl INDKX 



/.;; 



géographie sont des termes r|iii désignent une même 
chose : les rapports entre l'tiomme el le sol. Depuis 
six ans, d'excellentes thèses de Géographie humaine 
ont élé publiées chez, nous presque; toutes sont con- 
sacrées à des études régionah-s ; une seule a porté sur un 
fait humain précis : l'irrigation. Mais nous n'avions pas 
encore l'oiivrage systématique compi-enant la science 
tout entière, tel que Uatzel l'a puissamment construit 
dans son Autliropor/eoiirapliie et dans sa Politisclw 
Gcot/riipliie. Si aucun géographe français n'a entrepris 
une traduction de ces deux livres, classiques en quelque 
sorte, c'est peut-être à cause de leur empreinte profon- 
dément nationale : Kaizel ramène tout .i l'AlIfmagne, 
de telle soite que mieux valait jiour nous une adapta- 
lion qu'une traduction. C'est ce qu'a fait, avec un giand 
succès, M.Camille Vallaux, qui n'est point un inconnu 
pour les lecleuis de la Iteviio. M. Vallaux <■ s'est efforcé 
de repenseï- par lui-même les idées maîtresses expri- 
mées par Uat/.el ». Il y a pleinement réussi, et son 
premier livre, consacré à lu Moi; est d'un intérêt puis- 
sant et coirilile vraiment une très grosse lacune de notre 
littérature géograpliii|Uc. Le traité de (iéograpliie sociale 
de M. Vallaux sera prochainement complété par un 
second livre qui portera sur le Sol. 

Avant de parler du plan adopté par l'auteur, nous 
voulons le louer d'avoii' donné au facteur humain, trof) 
sacrifié par Uat/el, toute la part qui lui levieiit dans 
les phénomènes économiques et sociaux. M. C. Vallaux 
écrit très justement dans ses conclusions : " L'adapta- 
lion aux conditions de l'existence maritime a été fa- 
vorisée ou contrariée, selon la nature des régions où 
l'homme prenait vue sur la mei', par les multiples 
agents naturels de la topographie ou du climat; mais 
elle n'a été rigoureusement détermimie par aucun 
d'eux. C'est en eux-mêmes et par eux-mêmes que les 
groupes sociaux ont trouvé les ressources ou subi les 
nécessités qui les ont menés à la conquête de l'Océan; 
ni les uns ni les autres ne leur sont venus du dehors. » 
Et encore : ■■ La spontanéité humaine .s'est taillé une 
forte part dans l'adaptation successive des sociétés à la 
vie océanique. Oans celte expansion, aucune nécessité 
extérieure n'eût pu tenir lieu des progrès de l'Astro- 
nomie nautique et de la Technique industrielle. " 

Les quatre parties du livre de M. Vallaux sont con- 
sacrées à l'œcoumène maritime, aux migrations mari- 
limes, aux faisceaux de circulation el à la domination 
<le la mer. ■• Devenue le champ commun où les giandes 
loutes du commeice tracent leurs sillons, devenue 
aussi l'objet d"amliitions impériales, mieux connue 
<;omme champ d'exploitation, la mer s'est de plus en 
plus mêlée, au cours de l'histoire, à la vie des peuples. 
On pourrait considérer, non sans exactitude, le déve- 
loppement historique comme se mouvant dans un cadre 
où la part de la mer devient de plus en plus grande. 
Au point de vue du monde occidental, tout au moins, 
la civilisalioa a passé de la phase fluviale à la phase 
méditerranéenni;, [luis à la phase atlantique; elle entre 
aujourd'hui dans la phase onéanir/iie. » 

Après avoir défini la notion d'œcoumène maritime, 
M. C. Vallaux critique, à justf titre, la théorie de 
Ritter sur les articulations littoiales. Il cite de nom- 
breux exemples qui l'infirment. L'Irlande, où aucune 
population de marins n'a jamais pu grandir, malgié 
ses côtes extrêmement découpées, fournit un exemple 
très intéressant. Les causes véritables des mouvements 
de condensation sont plus variées el plus flexibles que 
Hitler l'avait imaginé. La mer est d'abord utilisée 
•comme moyen de transport, et la côte agit, à cet 
égard, bien plus par sa situation que par sa nature. La 
nier est ensuiti; un moyen de subsistance qui a attiré, 
d'autre part, la population dans les régions exception- 
nellement riches en matière vivante. La rareté relative 
des côtes de condensation tient au fait qu'elles doivent 
réunir des qualités différentes et parfois opposées : 
stabilité, fertilité du sol, facilité de communications 
terrestres, salubrité, situation opportune, extension du 
plateau continental. 



La partie négative de la théorie île Ritter est beau- 
couj) plus juste : les côtes non articub-es sont presque 
toujours, au point de vue <lu peuplement, des côtes de 
dispeision. Ces rivages peuvent piésenter des fjoinls 
de condensation, coirr'S[)ondanl aux conditions que 
nous avons i-numérées plus haut, mais on n'y trouve 
pas de riiliuii de condensation. Lne côte non articulée 
relève toujours d'un des trois ty()es suivants : falaises, 
cordons littoraux ou dunes, et ces types du modelé 
sont tous hostiles à la vie maritime. 

Les limites d'un compte rendu nous empêchent de 
suivre M. C. Vallaux dans les développements si inté- 
ressants qu'il consacie à l'étude des limites de l'œcou- 
mène, de l'insularité el de ses eflets sur le peuple- 
ment, aux pêcheries. La deuxième partie du livre se 
rapporte aux migrations maritimes; l'auteur montre le 
rôle de la mer comme «creuset des peuples». «La 
circulation el le déplacement en masse des hommes 
par voie de mer les rapprochent olus vite les uns des 
autres que ne le font des siècles entiers d'histoire 
continentale. C'est, au reste, une véi-ité générale que la 
mer précj(jite les manifestations de la vie collective, 
les rend plus hâtives el plus fiévreuses, el abrège aussi 
leur durée : tels sont, par exemnle, les caractères de 
tant d'empires maritimes, rapidement élevés et non 
moins rapidement détruits. " Après avoir rappelé que 
les mouvements maritimes ont couvert d'Luropéens 
les deux Amériques, l'Afrique du Sud el l'Australie, 
M. C. Vallaux fait remarquer que les migrations ter- 
restres sui' les frontières continentales n'ont eu que 
des résultats éphémères et toujouis restieints. Il en 
con.^lut à l'insuccès de l'expansion allemande, du J)rani/ 
nacli Oaleij, au delà du Bosphore, vers l'Anatolie el la 
.Mésopotamie. 

Si les routes des migrations tracent un véiitable 
réseau sui- les cartes océaniques, ce réseau ne peut 
cependant se comparei', au point de vue de la com- 
jilexité et de la finesse des mailles, aux faisceaux que 
forment les routes suivies pai- les marchandises el les 
passagers. Ces faisceaux doivent leur existence au fait 
que les échanges tendent de plus en plus à se concen- 
trer dans quelques grands ports. M. C. Vallaux étudie 
ainsi les faisceaux de la circulation océanique, ceux 
de la circulation méditerranéenne et les centres du 
commerce maritime. Il a noté, chemin faisant, de 
façon très juste el tiès précise, ce qui caractérise la 
transfoimaiion des échanges el l'économie du trans- 
port. 

M. C. Vallaux consacre, en terminant, quel(|ues 
pages aux formes maiilimesde l'impérialisme. L'Océan 
lie comporte ni la conquête, ni l'occupation, ni les 
délimitations, au sens terrestre de ces mots. D'autre 
part. Il les eflets foudioyants du condial naval ne font 
que tradufre, d'une manièie concrète, la fragilité et 
l'instabilité de la puissance maritime, el, par consé- 
quent, la médiocre solidité de la domination de la 
mer ». Nous souhaitons avoir fait entrevoir à nos lec- 
teurs tout l'intérêt scientifique et toute la vie que len- 
ferme le livre de M. Vallaux. A défaut de cartes géné- 
rales, que le formai de l'ouvrage lendait impossibles, 
nous pensons que de petites cartes, faisant corps 
avec le texte el consacrées, par exemple, à la densité 
de la population, à la localisation des pêcheries, au- 
raient rendu service aux nombreux lecleuis qui ne 
sont pas des géographes professionnels. 

PiEBiiB Clergeï, 

Professeur à l'Ecole supérieure de Commerce 
fie Lyon. 

Pfefler l). W.^, l'rol'os^etii- it FUniversilé de l.vipziij. 
— Physiologie végétale, traduit de l'allemand 
d'après la deuxième édition par M. Jean Friedel. 
Tome 11, /'■• fascicule. — 1 vol. in-B" de 164 pages, 
Steinheil, éditeur. Paris, lOOS. 

Nous avons, en son temps, présenté aux lecteurs de 
celte Revue le tome 1 du très remarauable livre de 
\V. PfefTer, pour la tiaduction duquel M. J. Friedel 



46 



BIBLIOGRAPHIE 



AINALYSES ET INDEX 



avait apporte': tous ses soins. Nous avons dit (également 
quel service le fidèle traducteur l'endait aux botanistes 
français, en mettant à la portée de tous les idées de 
l'éminent physiologiste allemand'. 

Pour des raisons spéciales, l'apparition du commen- 
cement du deuxième volume a été très retardée, et ce 
n'est pas la faute de M. J. Friedel ; nous devons donc 
le remercier d'avoir continué son œuvre et compli- 
menter le nouvel éditeur de son désintéressement. 

Ce premier fascicule complet, puisqu'il est pourvu 
d'une table spéciale, traite des échanges d'énergie 
dans la plante et comprend cinq chapitres d'inégale 
étendue. Après avoir étudié le mouvement de crois- 
sance, l'auteur s'occupe du mécanisme de cette crois- 
sance, pour la membrane cellulaire et l'amidon. 
Viennent ensuite les relations entre la division nucléaire 
et la division cellulaire, les moyens mécaniques de la 
différenciation des tissus, la disposition des parois 
cellulaires, l'élasticité et la cohésion des membranes, 
la tension des tissus, etc. Ces faits établis et discutés 
dans la moitié du fascicule, le reste est réservé à 
l'étude de Vinllaence des conditions extérieures sur 
l'activité de ci'oyssa«ce (température, lumière, électri- 
cité, pesanteur, agents chimiques, eau, actions méca- 
niques). Souhaitons à ce fascicule, dont l'intérêt se 
dégage de cette simple énumération, un succès mérité 
qui incite l'éditeur à nous livrer au plus vite les autres 
fascicules qui composeront l'ouvrage entier. 

Em. Pehbot, 



4° Sciences médicales 

Teissîer (.1.), Professeur de Clinique médicale à 
l'Université de Lyon. — Artério-sclérose et Athéro- 
masie. — ■ 1 monographie de l'tEuvre nn-dica-i-liirur- 
gical. [Prix : 1 fr. 23). Massou et C'"', éditeurs. 
Paris, 1908. 

Excellente monographie qui met au point une 
question difficile et très discutée. M. le Professeur 
Teissier s'est attaché à démontrer que l'Athérome et 
l'Artério-sclérose diffèrent par de multiples caractères. 
Et, pour affirmer la doctrine qu'il adopte de la dualité 
des deux processus pathogéniques, il s'appuie sur des 
arguments étiologiques, anatomiques et symptoma- 
tiques. L'Artério-sclérose est due à une ascendance 
uricémique ou bien à des antécédents infectieux ou 
toxiques. La scarlatine, le rhumatisme, la variole, le 
saturnisme, l'hydrargyrisme, auxquels il faut peut-être 
ajouter le tabagisme et l'alcoolisme, sont des causes 
déterminantes plus ou moins lointaines. L'Athérome, 
au contraire, compte parmi les maladies d'évolution. 

Dans l'Artério-sclérose, le processus anatomique est, 
au début tout au moins, irritatif, tandis que dans 
l'Athérome il est dégénératif. Celui-ci frappe de 
préférence les troncs artériels volumineux, celui-là les 
petits vaisseaux. 

M. Teissier étudie le rôle de l'hypertension dans 
l'Artério-sclérose. Il pense qu'elle est l'effet d'une 
suractivité circulatoire provoquée par la résistance 
qu'éprouve le cours du sang dans la traversée des 
viscères scléreux. Il montre que, d'ailleur.s, elle n'est 
pas constante dans l'Artério-sclérose. Il insiste très- 
justement sur l'inégalité de l'hypertension suivant les 
territoires considérés, ce qui l'amène à décrire les 
hypertensions relatives et les hypertensions partielles. 
C est l'explication de faits, en apparence paradoxaux, où 
l'on constate une élévation de la tension à la pédieuse, 
par exemple, plus accentuée qu'à la radiale ou à la 
temporale. 

Au point de vue clinique, M. Teissier établit le 
parallèle clinique entre l'Athérome et l'Arlério-sclérose. 
La ]Fremière de ces affections serait caractérisée par 

' V. Jievuo 'léiiérulc des Sciences, année 1900, tunie XVII. 
p. 3'iU. 



une apparition plus tardive, sans cause toxique provo- 
catrice, ne s'accompagnerait pas d'hypertension, ni 
d'hypertrophie cardiaque, déterminerait des accidents 
par un mécanisme pour ainsi dire passif, ayant pour 
efl'et de rendre insuffisant l'apport sanguin, serait 
souvent bien tolérée et d'une évolution lente. L'Artério- 
sclérose serait, au contraire, plus précoce, suivrait 
toujours une toxhémie de nature variable, s'accompa- 
gnerait le plus souvent d'hypertension, 'aurait une 
répercussion fréquente sur le cœur, déterminerait des 
accidents par un mécanisme actif, spasmodique, ayant 
pour effet l'ischémie des organes, et aurait une tendance 
à une marche rapide. 

Au point de vue didactique, ce tableau, dont nous 
n'avons répété que les grands traits, est bien établi. 
On en l'etrouve les applications dans l'exposé thérapeu- 
tique des deux affections qui termine l'ouvrage, que 
M. le Professeur Teissier a conçu dans un sens tout à 
fait adéquat au but que poursuit cette intéressante 
publication de l'Œuvre Médico-cliirurgical. A. L. 

Dulac (Jules), Ingé/iieur des Arts et Manufactures. 

— L'Air ^Effets de son impureté sur la santé). — 

1 vol. in-S" de 2^o pages [Prix : 4 fr.). (Mi. Déranger, 

éditeur. Paris, 1908. 

Excellent travail de vulgarisation, dans lequel l'au- 
teur, montrant le rôle de l'Air et l'importance de l'Aé- 
ration dans la vie, tire de cette étude des conclusions 
pratiques, donne de judicieux conseils, expose enfin 
les règles qu'il faut suivre en matière d'aération. Ou- 
vrage dont la lecture doit être tout spécialement re- 
commandée aux architectes. 

5° Sciences diverses 

Gebhart (Emile), de l'Académie française. — Flo- 
rence. — 1 vol. de la Collection des Villes d'Art 
célèbres. H. Laurens, éditeur. Paris, 1908. 

M. Emile Gebhart a écrit quelques mois avant sa 
mort ce livre dédié à une ville noble entre toutes, qui 
a été pour le Moyen-âge ce que fut Athènes pour 
l'Antiquité. Il en a parlé avec la tendresse d'un fils et 
la ferveur d'un amant. En ces cent cinquante pages, 
Florence revit tout entière, mieux qu'en de pesants 
in-octavo; elle revit, non seulement dans sa grandeur 
artististique, incomparable, mais avec sa physionomie 
morale, avec l'àme que lui ont faite des siècles d'une his- 
toire parfois tourmentée, toujours glorieuse. M. Gebhart 
s'était proposé, dit-il, d'écrire « pour le contentement 
des pèlerins d'art ». La tâche a été remplie, et l'œuvre 
n'est pas indigne de figurer dans la vieille bibliothèque 
laurentienne, comme le dernier hommage d'un artiste 
et d'un lettré à la beauté de Florence. L. R. C. 

Zuyien de Xyevelt (M"« Hélène de). — Béryl, p/'èce 
e;; quatre actes. [Prix : 3 fr. 50.) Edition du Beffroi. 
Uoubaix, 1908. 

Nos lecteurs, qui ne sont pas accoutumés à trouver 
dans celte lievue l'analyse de la dernière pièce ou du 
roman du jour, nous excuseront si nous faisons aujour- 
d'hui exception à notre règle habituelle. De son beau 
roman, « L'Impossible Sincérité », M™« de Zuylen de 
Nyevelt a tiré une pièce, Péryl, d'une lecture capti- 
vante, d'un charme prenant, et dans laquelle elle a 
su, par la séduction du talent, transformer la simple 
histoire d'un amour brisé par la fatalité, en une haute 
et émouvante œuvre d'art. Cette pièce obtiendrait-elle, 
sur une grande scène, le succès qu'elle mérite? C'est à 
la critique théâtrale qu'il appartient de .se prononcera 
ce sujet : en tout cas. Béryl, par le souffle qui traverse 
ces quatre actes et par la haute tenue littéraire de 
l'œuvre, recueillera les suffrages de tous les artistes et 
de tous les lettrés, et c'est évidemment, de toutes les 
récompenses, la seule qu'ambitionne M™« de Zuylen de 
Nyevelt, et la seule qui vaille qu'on y attache quelque 
prix. 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



47 



ACADÉMIES ET SOCIETES SAVANTES 

DE LA FRANCE ET DE L'ËTRANGER 



ACADÉMIE DES SCIENCES DE PARIS 

Séance du 14 Dàceinhve 1908. 

1° Sciences MATHÉMATIQUES. — .M. M. Hamy décrit une 
méthode expéditivc pour le calcul aii|ir(iché des inéga- 
lités d'ordre rlcvé. — M. J. Drach |uésente ses re- 
cherches siii 1rs mli'L'iales parliculièrcs de l'équation 

des lignes ^ I/Mqurs. — M. L. Rémy démontre le 

théorème sui\aiil : l.i-s .surfaces algéliriciues dont les 
points admettent une correspondance univoque avec 
les couples de points d'une courbe de genre w non sin- 
gulière possèdent exactement 2<o^— u — 1 intégrales 
doubles distinctes de seconde espèce. — M. G. 'Voisiii 
donne la description de son aéroplane biplan cellulaire, 
tel q.u'il a été expérimenté par MM. Farman et Dela- 
grange. — M. J. Guillaume adresse ses observations 
physiques de la comète 1908c Caites à l'Observatoire de 
Lyon. — MM. Saint -Blancat et Rossard commu- 
niquent leurs observations de la même comète, faites 
à l'Observatoire de Toulouse. 

2° Sciences physiques. — M. L. Dunoyer montre que 
l'on peut arriver à compenser exactement les compas 
<le grand moment magnétique; toutefois, pour des 
changements rapides de latitude, il faudra modifier 
chaque jour la place des correcteurs de fer doux. — 
M. G. Meslln a constaté que la calcite et la dolomie en 
suspension dans divers liquides donnent naissance à 
des liqueurs qui ont exactement des propriétés inverses 
en ce cjui concerne le dichroïsme magnétique; les 
liqueurs formées avec la dolomie présentent, en outre, 
un dichroïsme spontané de même signe que le di- 
chroïsme magnétique. ^ MM. G. Urbain etG. Jantsch, 
en rangeant les terres rares par ordre de poids ato- 
micfues croissants, ont observé deux maxima du ma- 
gnétisme, l'un dans le groupe cérique, l'autre dans le 
groupe yltrique. — M. P. Pascal a reconnu que la 
susceptibilité atomique est une fonction exponentielle 
du poids atomique [lour des corps dianiagnétiques de 
même valence et de propriétés chimiques analogues : 
log y„r=a4-|3a. — M. J. Becquerel a constaté que le 
pouvoir rotatoire des cristaux de cinabre diminue, 
pour une même longueur d'onde, par l'effet du refroi- 
dissement. — M. E. Rothé a étudié l'influence de la 
pression sur les phénomènes d'ionisation. Pour les 
champs très faibles, l'intensité du courant de satura- 
tion est d'autant plus petite que la pression est plus 
grande. Pour une valeur déterminée du champ, il existe 
une valeur de la pression pour laquelle l'intensité du 
courant est maxima. — M. L. Bloch présente une 
théorie de l'absorption dans les gaz qui le conduit à 
envisager le coefficient de frottement des électrons 
comme variable avec la longueur d'onde. — M. L. Du- 
breuil répond aux critiques de M. Leduc et maintient 
la valeur de 108 pour le poids atomique de l'argent. — 
M. G. D. Hinricis apporte aussi des arguments pour 
l'adoption de cette valeur. — M. M. Guichard a re- 
connu que l'anhydride iodique, porté à la température 
à laquelle commence sa décomposition, retient une 
partie de ses éléments à l'état occlus. — M. P. Nico- 
iardot a étudié l'action du protochlorure de soufre sur 
les métaux et métalloïdes. Dans tous les cas où il y a 
réaction, le chlorure formé est le protochlorure. — 
M. Soury a étudié la dissociation du bicarbonate de 
soude humide. 11 a observé l'existence de deux périodes 
de tensions fixes dont la première correspond à la for- 
mation d'un carbonate inférieur 3Na=0.4CO*.aH'0. — 
M. E. Kohn-Abrest a fait l'analyse de la poudre d'alu- 
miuium en déterminant Al métallique par sa réaction 



avec le sulfate ferrique: il trouve que cette poudre con- 
tient 0,72 "/o d un oxyde d'Al. — M. C. Matignon a pré- 
paré le chlorure de thorium par l'action du chlore et 
du chlorure de soufre sur la thurine. Les méthodes à 
l'oxychlorure do carbone et aux cblnrures di" plinsphore 
sont moins rccommandables. — MM. G. GulUemin et 
B. Delachanal ont déterminé les gaz occlus dans un 
laitiin complexe au manganèse, criblé de souillures. Ce 
sont : H 79, l»/»; CH'3,9'°/o; CO 8,9 "/o; GO' 8,10/0. — 
M. L. Henry a reconnu que l'acide sulfurique est 
l'agent réel du dédoublement du dimétliyliso|iiopyl- 
carbinol en eau et en hydrocarbures; l'anhydride .né-- 
tique ne fait que faciliter la réaction. — M. M. Delé- 
pine, en entraînant les vapeurs d'aldéhyde et de paral- 
déhyde dans l'acide sulfurique fumant, a obtenu, avec 
un bon rendement, l'adhéhyde crotonique et son di- 
mèie,C'lI"0% Eb.l9li°. — MM.'l. Bouveault il G. Blanc 
ont préparé synthétiquement un certain iiunibre de 
dérivés de la camphénylone. — M. A. Valeur, en fai- 
sant réagir la soude étendue sur l'iodhydrate d'iodoi- 
sospartéine, a obtenu de l'a-méthylspartéine. Avec les 
acides étendus, il se forme un composé renfermant 
3 atomes d'I. — MM. J. Bougault et L. Bourdier ont 
extrait des cires des Conifères une série d'acides- 
alcools, dont deux ont pu être identifiés avec un acide 
oxypalmitique, F. 95°, et un acide oxylaurique, F. 84°. 
Ces acides s'éthérifient entre eux à la façon des pep- 
tides. — -M. C. Gerber montre que la dérogation des 
présures à la loi des actions diastasiques dans les cas 
de coagulation rapide paraît due aux albumines et aux 
globuUnes qui les accompagnent. — MM. A. Etard et 
A. 'Vila isolent les produits d'hydrolyse des protoplas- 
mides en les traitant à plusieurs reprises par le méthol 
anhydre qui les dessèche et en précipitant ensuite 
ceux qui sont de nature acide par le métholate de 
baryum. — M. G. Gimel a constaté que SnCP exerce, 
à la dose très faible de 1/10.000, une action remar- 
quable sur l'activité du Saccliarowyces et augmente le 
rendement en alcool des moûts. 

3° Sciences naturelles. — M. G. Lemoine commu- 
nique b observations de malades artério-sclérieux, pré- 
sentant de l'hypi'i li-usinii artérielle, et traités avec 
succès par la d'ai snii\,ili^,ajiin. — M. M. Ménard mon- 
tre que, s'il paraîl iin|inssilile d'obtenir en radiographie 
la projection d'une synoviale articulaire normale, il 
n'en est plus de même pour une articulation malade 
dont la synoviale est distendue seulement par du 
liquide non purulent. — M. E. de Bourgade de la 
Dardye a traité certaines tumeurs profondes par l'in- 
troduction, dans l'intimité des tissus, de sulfure de zinc 
qui devient phosphorescent sous l'action d'une courte 
exposition aux rayons X, et le reste ultérieurement; 
il a obtenu déjà deux guérisons. — MM. L. Cuénot et 
L. Mercier ont trouvé, dans le stroma conjonctif des 
tumeurs B dr souris cancéreuses, une catégorie spé- 
ciale de cellules, prenant le carmin soluble et renfer- 
mant des vacuoles à grain central. — M. J. Mawas 
montre que l'épithéliuiu clair qui recouvre le ror|is 
ciliaire des Mammifères est composé de cellules clans 
le protoplasma desquelles existent de fines granulations 
visibles à l'état vivant et qui se colorent en noir par 
Fhématoxyline ferrique. — M. Marcellin Boule a 
examiné les ossements d'homme fossile n-c iioillis à la 
Chapelle-aux-Saints (Corrèze). Ce type, néanderihaloïde, 
diffère des types actuels et se place au-dessous d'eux ; 
il constitue une forme intermédiaire entre le Pithé- 
canthrope de Java et les races actuelles les plus infé- 
rieures. — M. E. L. Trouessart signale la découverte 
du Rhinocéros blanc ili. Swias Burchell) au Soudan 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



égyptien. Cet animal, aune seule corne, doit être iden- 
tique à la Licorne des Anciens. — M. R. Minkiewicz 
a observé une inversion du chlorotropisme normal des 
Pagures, lorsque ceux-ci, laissés dans une cuvette dont 
l'eau n'est pas changée, commencent à s'intoxiquer 
par leurs excrétions. —M. E. Hérouard a observé clans 
l'aquarium de KoscolT un Scyphistome formant des 
kystes sous son disi|ue pédieux. Ces kystes sont, en 
réalité, des œufs, et l'on se trouve en présence d'une 
forme nouvelle à développement cœnogénétique, que 
l'auteur appelle Ttieniolliydra ItoscolTensis. — M. A. Bil- 
lard, donne la description des Haleciidées, Campanu- 
lariidées et Sertulariidées de la collection du C/ialIen- 
fjer. — MM. J. Pantel et R. de Sinéty ont observé 
l'apparition de mâles et d'hermaphrodites dans les 
pontes parlliciioscniHiques des Phasmes, considérées 
comme ne donuiint naissance qu'à des femelles. — 
MM. A. Laveran et A. Pettit ont étudié les formes 
endoglobulaires et libres de VILvmogregarinfi lacerlip 
Dan. et Ch. — .M. W. Lubimenko a constaté que la 
lumière favorise le dévelo|ipeiMenl des graines dans les 
fruits. Les fruits cultivés à la lumière du jour plus ou 
moins atténuée renferment plus de substance sèche et 
moins d'acide que les fruits qui ont mûri à l'air libre. 

— M. A. Guilliermond a reconnu que le Saccliaro- 
mycopsis capsiihiris et VEndomyces fibiiliger offrent 
les mêmes caractères cytologiques et doivent è(re rat- 
tachés tous deux au genre Endomyces. — M. L. Bla- 
ringhem, en mutilant des pieds femelles de Spinacia 
oleoracea, a provoqué l'apparition de fleurs hermaphro- 
dites et obtenu des lignées héréditaires renfermant des 
individus hermaphrddites. Il donne à cette variété la 
désignation de polygama. — M. F. Meunier a constaté 
que Ta faune des l'horidiP de l'anilire de la Baltique est 
voisine de la faune paléarctique actuelle; la faune des 
Lrptiil:!- l'St nettement p,ili'Mirlii|iic. — ^\. J. Thoulet 
■) iiuliniie, |iar de nouvelles i r( hcivlii's, l'hypothèse de 
l'origini' rosmique et éolieinir di' ti majeure partie des 
minéraux lins-fins trouvés dans les fonds marins, sui'- 
tout les plus éloignés de terre. — M. J. Comas Scia 
signale l'enregistrement fréquent, à l'Observatoire de 
Barcelone, de microsismes de longue durée, peut-être 
en rapport avec la région volcanique éteinte, mais mo- 
derne, au nord de Barcelone. 

Séance du 21 Décembre 1908. 

La Section de Physique présente la liste suivante de 
candidats à la place vacante par suite du décès de 
M. Mascart : 1° M. P. Villard: 2° MM. D. Berthelot, 
E. Branly, A. Brooa, A. Cotton, H. Pellat et 
A. Pérot. 

i" Sciences matmé.matiques. — M. H. Poinearé pré- 
sente quelques remarques sur l'équation de Fredholm. 

— M. A. Demoulin étudie l'enveloppe des cyclides de 
Lie relative aux dilb'rents ]ioints d'une surface. — 
M. Paul Dienes communique ses recherches sur les 
singularités des fondions analytiques. — M. P. Bou- 
troux présente quelques considérations sur les inté- 
grales multiformes des équations différentielles du 
premier ordre. — M. E. Traynard détermine la con- 
•dition pour que sept droites soient situées sur une 
surface du 't' degré. — M. J. Guillaume adresse ses 
observations du Soleil faites à l'Observatoire de Lyon 
pendant le troisième trimestre de 1908. Il y a eu une 
très grande recrudescence des taches du mois d'aoïit. 

2° Sciences imiysiques. — M. H. Aretowski a reconnu 
qu'il y a des années exif|iii(imie|lement chaudes et 

•des années excejiti Ili meni iVdides, années dont 

les écarts de tempérahiie, |i,ir r,q>|init à la moyenne de 
dix ans, sont pi'es(iiie universellement positifs ou 
négatifs. — M. B. Brunhes a l'tudiè les courants tellu- 
liques entre stations d'altitude dinérente : l'électricité 
négative a une tendance à tomber de haut en bas. — 
M. J. ■Vielle montre que les lignes d'énergie électrique 
agissent comme de véiitables paratonnerres sur les 
orages <'i grêle. — M. André Léauté montre que le 
courant de décharge d'un condensateur à travers une 



bobine à deux couches peut être considéré comme 
formé par la superposition d'une infinité de courants 
sinusoïdaux dont l'amplitude tend veis le zéro avec 
la période. — M. E. Bauer a constaté que les flammes 
de gaz d'éclairage ont un pouvoir émissif et absorbant 
considérable pour les rayons restants de la fluorine; 
ce pouvoir est dû à la vapeur d'eau. L'absorption 
est sélective. — M. H. Guilleminot a étudié le filtrage 
des rayons X par l'aluminium. lue même épaisseur 
d'Al durcit moins vite un faisceau déjà filtré qu'un 
faisceau tel qu'il sort du tube de Crookes. — M. Ch. 
Marie a reconnu que la surtension cathodique des 
métaux augmente avec la viscosité de l'électrolyte, et 
d'autant plus que le métal a lui-même une plus forte 
surtension. — M. H. "Woltereek poursuit ses expé- 
riences sur la synthèse de l'ammoniac au moyen de la 
tourbe soumise à 4.j0° à l'action d'un courant d'air 
saturé de vapeur d'eau à 80° C. ; on retrouve un excès 
d'Az, ce qui montre que celui de l'air a pris part à la 
réaction. — MM. L. Roger et E. "Vulquin n'ont pas 
retrouvé, dans les matières humiques de l'ouate de 
tourbe, ni les pentosanes, ni les hexosanes des végé- 
taux originaux; les fonctions alcooliques des celluloses 
et divers constituants des lignocelluloses semblent 
subsister; en outre, une fonction nouvelle, acide, 
apparaît. — M. A. Monvoisin montre que l'emploi du 
bichromate de potasse comme conservateur pour les 
laits destinés à l'analyse ne permet pas de reconnaître, 
par les méthodes officielles, si le lait a été chauffé ou 
additionné d'H'O^. 

3° Sciences naturelles. — MM. A. et J. Bouyssonie 
et L. Bardon montrent que le squelette humain trouvé 
à la Chapelie-aux-saints (Corrèze) est incontestable- 
ment moustérien et a été enseveli intentionnellement 
dans une grotte qui parait avoir servi de tombeau. — 
M. R. Robinson a étudié deux cas de la déformation 
du poignet ciiiiime sous le nom de luxation congénitale 
de rextrc'uiité inférieure du cubitus, dont il doime une 
interprétation pathogénique. — M. L. Lapicque a 
reconnu qu'il n'existe pas d'oiseaux présentant une 
proportion d'encéphale supérieure à t/15 du poids 
corporel. Ce maximum est une condition d'existence 
qui limite effectivement la variation des espèces. — 
M. E. Bordage a constaté que les femelles d'Ortinannia 
Allaudi peuvent donner naissance à de jeunes Orl- 
inannia et à de jeunes Atya serrata; cette dernière 
espèce ne serait donc qu'une mutation évolutive de 
VÙrtmannia. — M. L. Bordas a observé deux sortes 
d'organes annexés à l'appareil génital femelle des 
Blattes : un réceptacle séminal, ou spermathèque, et 
deux glandes accessoires et arborescentes, dont l'une 
sécrète des cristaux de carbonate de chaux. — M. Y. 
Delage a étudié le mode d'action de l'électricité dans 
la parthénogenèse électrique. Il serait encore impru- 
dent de conclure entre les deux interprétations pos- 
sibles : actions des charges statiques, actions électro- 
lytiques développées par le courant de fuite du con- 
densateur, bien que ces dernières paraissent beaucoup- 
trop faibles pour produire un résultat, — M. H. Piéron 
montre que l'un des facteurs primordiaux de la fer- 
meture des Actinies est la diminution d'oxygène dispo- 
nible dans leur milieu, cette fermeture précoce devant 
prolonger la survie en milieu à oxygène non renouvelé. 
— M. Aug. Michel signale la présence de Syllis vivi- 
pani à .\a|iles ; tous îes individus rencontrés étaient 
des femelles, en général en état de gestation d'œufs 
peu nombreux ou d'embryons. — MM, A. Laveran et 
A. Pettit ont observé la présence de deux formes de 
multiplication endogène (kystes à macro- et à micro- 
mérozoïtes) de VHn-mogvegarina lacerla: — MM. R. 
Maire et A. Tison établissent que le Sorospliièva 
Veroniaiv, parasite des Véroniques, n'est pas une 
Ustilaginéc, mais une Photomyxinée, et doit être rangé 
à côté du Phismodiopliora Brassii;-r. — M. E. Haug a 
constaté l'existence, dans le Salzkaminergut, d'une 
cinquième nappe de charriage, qui constitue presque 
entièrement le grand massif du Todte Gebirge. — 



ACAluhlIKS KT SOCIETES SAVANTES 



M. J. Savornin iminlii' ijmp, iiciKUint l'époque at|iiita- 
iiii'iiiii', niH' i;i;iiicli> p.iilir du snl algih'o-cdustanlinois 
ùlail oii-iiiH'c par (1rs liassiiis fiTiiu-s; la iiniinle i''pais- 
seur des dc'piils (oiri'iilicls n'est ccnicilialilc ipravec un 
climat sul>dési'rli(|nc, à lunî;ufs péiiodrs di' srclie- 
resse. — M. Ph. Négris a étudié le snhstialuni de la 
n;ippe de cliarriai^e du l'iduponése; c'est taiitiit un cal 
laire crétacé-éocène, tantôt du flyscli, nuniniuliti(jue 
ou non. — M. P. Castelneau a observé les traces d'un 
inouvenienl positif li' loui; des côtes occidentales de 
Corse et montre son lôlc dans la niorpholopie et l'évo- 
lulicin du littoral. — -M. E.-A. Martel a reconnu que la 
prcicnduc source sous-nuirine de Poit-Minu iHouclics- 

du-lilo' ) n'existe pas; on a seulement trouvé, au 

l'cind de lieux puits natuiels, deux bassins d'eau sau- 
uiàlrc, pi'ovenant des intillrations des calcaires envi- 
ronnants et en communication avec la mer. - — M. A. 
Angrot signale l'enregistrement, à l'Observatoire du 
l'arc Saint-Maur, de deux perturbations sismiques : 
l'une très importante, le 12 décembre; l'autre plus 
l'aible, le 18 décembre. 

ACADÉMIE DE MÉDECINE 

Séance du 15 Décembre 1908. 

M. Troisier présente le Happort général sur les piix 
décernés par l'Académie en 1908. — M. Pinard pro- 
nonce l'éloge de Tarnier. 

Séance du 22 Décembre 1908. 

M. le Président annonce le décès de M. Chauvel, 
membre de l'Académie, du I)'' Rindfleisch., correspon- 
dant étranger, et de M. J. Lemaistre, correspondant 
national. 

M. G. Dieulafoy est élu vice-président de l'Académie 
|ioui- lOO'.i, et M. G. "V/eiss s(-c]-étaire annuel. 

M. Yvon ]jiéseute un liapport qui conclut par la 
proposition d'autoriser les sages-femmes à faire usage, 
mais seulement à titre de traitement préventif, d'une 
solution de nitrate d'argent au cinquantième pour la 
prophylaxie de l'ophtalmie purulente îles nouveau-nés. 
L'Académie adopte les conclusions de ce liapport. — 
M. E. Perrot lit un tiavail intitulé : Qu'est-ce que la 
l'bainiacognosie'.' — M. E. Léger présente un travail 
sur l'emploi du sulfate dliordé'uine dans le traitement 
de certaines airections, en [larticuliei' des affections 
gastro-intestinales. 

SOCIÉTÉ DE BIOLOGIE 

Séance du 12 Dvcembir 1908. 

MM. L. Nattan-Larrier et M. Parvu ont observé, 
dans 9 cas sur Kl, un abaissement de l'indice opso- 
niqiie cliez les diabétiques, sans qu'il y ait parallé- 
lisme entre cet abaissement et l'intensité de la glyco- 
surie. — M. A. Frouin est parvenu à extraire une 
partie de l'antitoxine contenue dans le sérum antité- 
tanique coagulé en l'épuisant par des solutions salines. 
— M. Pariset appelle unité de pouvoir amylolytique 
d'un liquide le rapport de la quantité de sucre en cgr. 
fournie par l'action de I c. c. de ce liquide sur 50 cgr. 
d'amidon soluble pendant 2 h. à l'étuve à 39° à cette 
quantité d'amidon elle-même. — M. Ed. Retterer a 
reconnu que les hématies du bœuf, du mouton, de la 
chèvre, du porc et du cheval sont des solides et non 
point des surfaces; la plupart sont sphéri(|ues, d'autres 
hémisphériques et lenticulaires. — M. A. Borrel signale 
de nouveau le rapport étroit entre la présence de para- 
sites cutanés et de cancers des follicules pileux. — 
M. P. Boyeri a reproduit chez le singe, par injection 
d'adrénaline, une artério-sclérose anatomiqiiement 
semblable à celle de l'homme. — MM. H. Busquet cl 
■y. Pachon ont constaté que l'addition de calcium aux 
solutions isotoniques de sels de sodium leur confère la 
faculté de maintenir le fonctionnement de l'appareil 
cardio-inhibiteur, que par elles-mêmes elles suppri- 
ment, en circulation artificielle à travers le cœur. — 

IIKMJE G:i.NlH.M.E DES SCIENCES, 19Û9. 



MM. L. Le Sourd et Ph. Pagniez ont noté une, aug- 
meutalion luiisqui' du noniliri' des leucocytes dans 
ras|diyxie aiguë. — M. A. Sézary montre que la tuber- 
culose chronique détermine |uogressivemenl riiypoé'()i- 
néphrie, puis la sclérosi' des suriénales, ipielquc'fois 
après un stade passager iriiyperépinéphrie. — M. L. 
Launoy a observé que les particules Unes injectées 
dans le péritoine du coliayi' mâle se localisent non seu- 
lement au niveau de l'épiplodii, mais encore sui' la 
séreuse qui revêt le muscle testiculaire. — M. Cl. Re- 
gaud décrit les milochondries des cellules de la lignée 
spermatique. — MM. A. Gilbert et A. Baudouin pro- 
posent un nouveau procédé pour obtenir, chez l'homme, 
du sang pour les recherches chimiques. — M. M. Ascoli 
a constaté que les phénomènes d'anaphylaxie passive, 
par injection de sérum d'animaux anaphylactisés à des 
animaux neufs, sont très inconstants et rarement pro- 
noncés d'une façon décisive en ce qui concerne la 
toxine typhique. — M. S. Marbé a reconnu que le 
nombre des microbes phagocytés par les leucocytes 
des myxœdémateux soumis au traitement thyroïdien 
est constamment plus grand que celui dos microbes 
phagocytés par les leucocytes normaux. — MM. G. 
Guillain et A. Gy ont étudié les lésions des cellules 
ni'rveuses corticales dans l'intoxication tabagique expé- 
rimentale : ce sont surtout la chromatolyse et la vacuo- 
lisation. — MM. M.'Weinberg et A. "Vieillard ont ren- 
contré, sur 1.5U chevaux, des lésions athéromateuses 
dans 7,6 °/o des cas. Les plaques calcaires présentent, 
en général, un aspect analogue à celui de l'athérome 
spontané du lapin. — M. M. Jungano a isolé des ma- 
tières fécales d'une jeune fille atteinte de constipation 
opiniâtre un microbe anaérobie strict qu'il nomme 
li. /larvus liquel'aciens. — M. C. Fleig recherche dans 
l'urine les chromogènes du bleu de méthylène par 
\i-(\' et le persulfate d'ammoniaque en milieu acide. — 
MM. Le Noir et J. Camus ont reconnu que les pous- 
sières sèches des salles de tuberculeux sont encore 
dangereuses, quoique les bacilles y soient rares et peu 
virulents. — M. E. Feuillié déduit de ses expériences 
que la production de l'ictère serait impossible sans 
l'intervention du foie. 

Séance du 19 Décembre 1908. 

MM. Le Noir et J. Camus ont reconnu que, si la 
lulHi(uli>,iliou par des poussières bacilifères dessé- 
c lu es .si |Missible, il faut en inoculer une quantité 
relalivi'meni grande pour obtenir des résultats positifs. 
— M.y. NoicaetS. Marbé ont vérifié chezle nourrisson 
que ce sont les n-llexes tendineux qui apparaissent les 
premiers et ensuite' les réllexes cutanés. — M. M. F. 
Guyer a observé que, chez les hybrides desPhasianidés, 
le produit appartient presque toujours au sexe mâle. — 
MM. 'Weinberg et Parvu ont constaté que la présence 
des anticorps spécifiques, dans le sérum des porteurs 
de kystes hydatiques, coïncide avec une éosinophilie 
plus ou moins marquée. — MM. Cl. Gautier et 
T. Nogier décrivent divers procédés de différenciation 
de l'indol et du scatol et de caractérisation de ces 
corps dans leurs mélanges. — MM. A. Calmette, 
L. Massol et M. Breton montrent que, lorsqu'une 
nourrice fournit un lait qui a la propriété d'activer le 
venin de cobra, on doit suspecter chez elle l'existence 
de lésions tuberculeuses. — MM. Rieux, F. Arloing 
et deLagoanère ont étudié l'action de diverses toxines, 
en particulier de la toxine typhique, sur le myocarde 
du lapin ; il se produit une véritable cardiolyse. — 
M. H. Busquet a constaté que, chez la grenouille, la 
ration d'entretien se réalise par ingestion de viande de 
grenouille avec un apport d'albumine plus faible que 
par ingestion de viande de veau ou de mouton. — 
MM. Léopold-Lévi et H. de Rothschild montrent que 
riivpertiiyroïdie joue un rôle assez important dans la 
maladie de Basedow. — MM. Ch. AchardetL. Ramond 
ont étudié l'activité de l'absorption leucocytaire par la 
coloration vitale au rouge neutre. La proportion la 
plus élevée d'éléments actifs s'est Irouvée dans un cas 



ACADE31IES ET SOCIETES SAVANTES 



de cirrhose alcoolique. — MM. J. Bergonié cl L. Tri- 
bondeau ont examiné les effels de la ralL;uralion sui- 
le rein normal du lapin ; ils sont les mêmes que sur le 
foie. — M. Cl. Regaud a reconnu que les l'ornialions 
mitochondriales de rrpithélium séminal ne sont pas 
histochimii|uenienl identiques ; il a réussi à y distinj;uer 
trois forines différentes — M. R. Legendre a observé 
de nombreuses pinces fossiles de i:»Iliiui;tssa Fuujasi 
cassées à l'ischiopodite, ce ipii semble montrer que 
l'autotomie existait i\r)h iliez les Crustacés secondaires. 

— M. Ch. A. François-Franck décrit la technique 
graphique et chronopliolugraphique qu'il a employée 
pour l'étude des mouvements et de la pressidii respira- 
toires des Batraciens. — M. A. Brissemoret montre 
que lajuslone existe préformée, en tant que quinone, 
dans les feuilles fraîches de noyer, sans qu'on puisse 
encore affirmer si elle est libre ou combinée. — 
MM. P. Mulon et E. Feuillié ont constaté la présence 
de lécithine dans les cylindres leucocytaires granulo- 
fjraisseux de l'urine de deux malades atteints de 
néphrite ; elle semble être un produit de décénéres- 
cence leucocytaire. — MM. G. Dubreuil el Cl. Regaud 
ont observé l'existence d'un rylhme ^'énilal chez la 
lapine cohabitant avec le mâle, mais non chez la lapine 
isolée. — M. H. Piéron a reconnu que les phénomènes 
d'ascension et de descente des Convohita relèvent de 
l'action de facteurs externes: lumière, humidité, pres- 
sion de l'eau, chocs, sans qu'il y ait lieu de faire inter- 
venir des tendances internes. — MM. M. Garnier et 
L. G. Simon montrent que, si le lapin digère la viande, 
il n'est |ias iiipahie de fixer dans ses tissus l'azote 
ainsi absorbé, qui passe, par suite, dans l'urine. — 
M. 'V. Pachon a lunstalé i|ue, chez le chien, la systole 
auriculaire est un phi'inunène nettement séparé de la 
systole ventriculaire et alisolunient achevé quand entre 
en jeu l'activité ventriculaire. — M. L.-A. Amblard 
présente un sphygmométroscope pour l'étude de la 
tension artérielle. — MM. A. Rodet el Lagriflfoul cnn- 
tirment l'action antibactéricide exerci'e m vitro par 
le sérum antityphique sur le bacille d'Eberlh soumis 
à l'action du sérum frais tl'un sujet neuf. — 
M. E. Feuillié propose de déterminer la résistance 
globulaire par trois coeflicients : résistance absolue 
des globules lavés à NaCl ; résistance physiologique 
déterminée avec des gouttes de sang ; résistance des 
globules citrates. 

La Société procède à l'élection d'un président pour 
cinq ans en remplacement de M. Giard. M. Malassez 
est élu. Le Bureau pour 1909 est ainsi constitué : 

Vice-présidents : MM. G. Weiss et F. Widal ; 

Trésorier : M. J. Jolly ; 

Archiviste : M. A. Pettit ; 

Secrélaircs : MM. J. Camus, Ch. Gravier, A. Mayer, 
Et. Rabaud. 

HÉlNKiN BIOLOliinuIi \>E BUCAREST 
Séances dos 17 Novemhve el 3 Décembre 1908. 

M. J. Athanasiu a inscrit le travail musculaire 
Volontaire, en régime permaneni, avec l'ergograplie 
double à bille; il a constaté que la vitesse de soulève- 
ment n'est pas constante. — .M. 'V. Babas muntie que 
les paralysies au cours du traitement antirabii|ue ne 
sont pas dues à un agent luxiqur de la substance 
nerveuse normale, mais plutôt à des toxines rabiques. 

— MM. 'V. Babes el S. Bobes oui reconnu que h' 
procédé de l'ermi (Irailement antirabique par les 
émulsions phéniquéesj dcnine des lésultats très incon- 
stants chez le lapin. — MM. J. Bruckner et A. Jianu 
ont observé une disparition lapide de la graisse des 
capsules surrénales chez le chien apièsque la sécrétion 
exteine du pancréas a élé di''(ournrc de son chemin 
par une fistule. — M. D. Calugareanu a constaté que 
la conductibilité électrique du plasma sanguin, du 
plasma musculaire et du lait ne vaiie pas au cnuis dr 
leur coagulatinii. Les ions Oajoui'ul doue un nde pure- 
ment [ihysique. — MM. M. Ciuca el C. Jonescu- 



Mihaiesti montrent que le sérum des animaux vae- 
eiiu's ((Fiilie l,[ trypsine renferme une sensiliilis.ilriee 
spéciliiiue aelive. — MM. C. Parhon el M. Goldsteia 
ont l'econuu que la quantité d'iode contenue dans I" 
corps thyroïde est plutôt supérieure à la muin.ile 
dans les cas d'osléomalacie sénile. — MM. A. Slati- 
néanu et D. Danielopolu ont constaté que la fixation 
de l'alexine, eu [ir(-sence d'extrait lépreux, par le 
liquide céphalo-rachidien des lépreux, est plus rare 
qu'avec le sérum sanguin. 

SOCIÉTÉ CHIMIQUE DE FRANCE 

Séance du il Jléccmhre 1908. 

M. J. Bougault, au nom de M. L. Bourdier el au sien, 
fait une communication sur un nouveau iirnupi'dr prin- 
cipes immédiats naturels. Ces nouveaux eom|iosés sont 
constitués par l'association de molécules d'acides- 
alcools identiques ou différents, réunis par éthérili- 
cation, la fonction acide d'une molécule éthérifiant 
la fonction alcool d'une autre molécule, suivant le 
schéma : 



li.CH(ill.(CIl-)".C(l=.CH.(CH-,'".CU-.CH.!CH- 
I ■ I 

R' II" 



.COMI. 



Ces corps, auxquels ils donnent le nom générique 
à'élholides, rappellent tout à fait par leur constitution 
les peptides de E. Fischer. Les auteurs les ont rencon- 
trés en abondance dans les cires des Conifères. Toutes 
les cires de Conifères qu'ils ont étudiées en sont for- 
mées, et il est vraisemblable qu'on doit les retrouver 
dans la plupart des plantes de cette grande famille. Ils 
décrivent deux acides-alcools simples qu'ils ont obte- 
nus par saponification de ces étholides : l'acide ,/u"/- 
périque C"'H'-0' (K. 95°), éther acétique (F. 63°), et 
l'acide sabiniquo C'-H-'O" (F. 84°), éther acétique (F. 
i'i"). — ,M. E. Fouard communique les premiers résul- 
tats qu'il a obtenus dans l'étude delà gélification spon- 
tanée de l'amidon colloïdal. Utilisant la propriété des 
membranes de collodion, déjà décrite par l'auteur, 
d'exercer dans la Ûltration du colloïde une analyse 
moléculaire, il établit une loi de variation des extraits 
des filtrats, à diverses époques, pendant la gélification. 
Elle conduit à dégager ce fait que le phénomène étu- 
dié est corrélatif d'une certaine réaction de conden- 
sation moléculaire des éîéments primitivement dissous. 
De plus, cette réaction est incomplète et rigoureuse- 
ment réversible, ce que démontre une expérience de 
solubilisation spontanée de l'amidon colloïdal à tem- 
pérature ordinaire. L'auteur en déduit une direction 
de recherche, destinée à préciser la nature de cette 
réaction, par l'étude systématique de l'action des alca- 
lis et des acides sur le colloïde. Ses expériences éta- 
blissent le caractère de solubilité réversible d'un col- 
loïde organique, distinct de la propriété d'insolubililé 
absolue des colloïdes minéraux, mise en évidence par 
.1. Kuclaux. — M. M. Delépine donne des détails sur 
une préparation de l'aldéhyde crolonique par action 
de l'acide sulfurique sur les vapeurs d'aldéhyde. Après 
les manipulations convenables, on obtient 30 °, „ d'al- 
déhyde crolonique et un peu d'un dimère C'H'^0-, 
bouillant vers 195°. Cette préparation peut être rendue 
infiniment plus facile en partant de paraldéhyde, moins 
chère et moins volatile. Le rendement atteint 34 "/o, 
soit 43 °/o de la théorie. Le dimère est une aldéhyde. 
.'^on oxime el sa semicarbazone cristallisent bien. En 
oxydant par l'acide nitrique les résines formées dans 
les réactions précédentes, on obtient passablement 
d'acide oxalique et un corps jaune amorphe, soluble 
en orangé dans l'ammoniaque. — M. A. Brochet pré- 
sente, au nom de M. F. Chancel, un mémoire sur la 
théorie du << procédé à cloche ». L'auteur, prenant 
comme point de départ les phénomènes qui se passent 
à la cathode, arrive à des conclusiims différentes de 
i'illi\s présentées, il y a quelque temps, par M. Bro- 
ehei. Celui-ci se réserve de revenir procliaineuienl 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



bl 



sur la i]MO>liiiii. — M. A. Brochet luvsfinlc quelques 
reclieiclirs, qu'il a iMiln^priscs avci; M. G. Boiteau, sur 
la transformation éicctrolyticiue de l'azolr ammoniacal 
en azote nitrique. Les essais ont été lails imi omployaiit 
successivement des électrodes en charlion, rn |ilatin<' 
et en fer. L'iMccIrolvIc étail constilui' |iar une dissolu- 
tion de carhonate ou de uitrale d'ammonium dans 
la sidutiou d'ammoniaque pure du commerre. Les 
calhodes de l'er s<uit attaquées très nettement; di' plus, 
la réduction du nilrate dans ces conditions est très 
importante. Ces deux réactions se trouvent simultané- 
ment évitées par l'addition d'acide chromique à l'élec- 
trolyle. Le dispositif à électrodes bipolaires est tout 
indiqué pour la conduite de l'opération ; mallieureu- 
M'Uient, le rendement baisse rapidement dès qu'il y a 
nue certaine quantité de nitrate en solution. On ne 
pciil donc arriver, de ce fait, à des résultats pratiques 
intéressants. 

SOCIÉTÉ DE CHIMIE DE LONDRES 

Séance du 3 Décembre 1908. 
MM. J. E. Marsh etR. de J. F. Struthers, en agitant 
une solulioM aqueuse dr K-llgl' avec l'éther ou le 
formiate d'i'lhyle, ont obli>nu le sel Kll.:;!', qui forme 
avec le camphre un sel double KHj,'l\4G"'H'H), F. 63°.— 
Les mêmes auteurs ont fait réagir les cétones avec 
Hgl- en solution potassique froide. L'acétone donne le 
composé C'OHg"!', la diéthylcétone le corps (CH^ 
CHg"-r^)'CO, l'acétophénone le composé HgLCH'.CO. 
CHg'P. Tous ces corps sont des précipités jaunes. — 
Enfin les mêmes auteurs ont condensé le camphre 
avec Hs^l' et ont obtenu six composés difTérents. • — 
MM. E. C. C. Baly, J. N. CoUie et H. E. "Watson ont 
examiné le spectre d'absorption de la ilinu'-tliylpyrone, 
de l'acide chélidonique, de l'éthyl-diacidylaci-lone, etc. 
Il varie souvent avec le solvant, ce qui semble montrer 
(|ue ces composés peuvent exister sous plus d'une 
forme. Les pyrones et leurs dérivés simples paraissent 
contenir un pont d'oxvi.'ène, l'oxysène étant quadri- 
valenl. — M. G. T. Morgan et M'i-^F. M. G. Mickle- 
thwait, en faisant réagir AsCl' sur le camphre sodé, 
puis précipitant par les acides l'extrait alcalin du 
produit de la réaction, ont obtenu l'acide dicampho- 
rylarsinique llO.OAs(C'»H'»0)% F. 266°, [a|„ = 186°, 6. — 
yi. H. E. Coeksedge, en chauffant TeBr* avec AgCAz 
pendant [dusieurs jours dans le benzène, a obtenu par 
extraction à l'éther et évaporation des cristaux de 
2 Te(CAz)^.(C-H')-0, qui, sublimés dans le vide, donnent 
le cyanure pur. — Le même auteur, en faisant réagir 
RBi' sur le tliiocyanate d'argent en solution benzé- 
nique, a obtenu le thiocyanate de bore l5(SCAz)=. — 
MM. A. E. Dunstan et R. W. 'Wilson ont déterminé 
la courbe concentration-viscosité de divers mélanges 
d'H'SO' et SO' ; ils trouvent un maximum pour le 
mélangfe H=SO'.SO\ — M. A. Holt jun. a constaté que 
CO" soigneusement desséché est décomposé par la 
décharge électrique silencieuse, et en proportion 
d'autant plus grande que la pression est plus faible. 
C'est le contraire qui se produit pour C0= humide. A 
basse pression, la décharge silencieuse parait agir 
comme la lumière ultra-violette, à pression plus haute 
comme l'étincelle. — MM. H. O. Jones et H. S. Tasker 
ont préparé le chlorure d'oxalyle par la mélhode de 
Fauconnier ; le rendement est très faible, mais peut 
être fortement accru en opérant à (60° sous pression. 
La majeure partie du chlorure d'oxalyle distille à 70° ; 
il contient 3 °/„ de POCP. Le chlorure d'oxalyle réagit 
vigoureusement avec les aminés primaires et secon- 
daires en formant des oxamides substituées ; avec les 
aminés tertiaires, il donne des produits d'addition. — 
M. R. B. Moore a préparé du xénon et du krypton purs 
des résidus de 120 tonnes d'air liquide. Leurs densités 
sont respectivement 65,35 et 41,506, ce qui donne pour 
les poids atomiques 130,70 l't 83,012 (0 = 16). — 
MM. W. M. Gardner et H. H. Hodgson ont étudié 
1 action (les réducteurs suivants : Zn. Na, Mg, Al, 



Na'S'O' et Hl, sur les acides tannique et gallique. En 
solution acide ou neutre, l'action est faible ; en 
solution alcaline, la réduction est rapide, mais le rende- 
ment en acide benzoïque n'est pas quantitatif, par suite 
de la destruction lente de ce dernier par les réducteurs 
alcalins. — Les mêmes auteurs décrivent une méthode 
de détermination de l'acide tannique, basée sur 
l'absorption de l'iode par ce dernier et l'estimation de 
l'excès d'iode ajouté. — M.M. E. Fitzgerald et A. Lap- 
worth présentent quel(|ues considérations sur la 
catalyse des éthers et la conception de l'ion H dans la 
catalyse, la formation des sels et laconductivité électro- 
lytique. 

SOCIÉTÉ ALLEMANDE DE PHYSIQUE 

Séance du 5 A'ovemhre l'J08. 
M. G.-J. Elias adresse un Mémoire sur lu dispersion 
anomale de la polarisation rotaloire magnétique. Les 
expériences antérieures de l'auteur, faites par la 
méthode des demi-ombres, avaient démontré la né- 
cessité d'employer une lumière homogène et intense 
et des intervalles spectraux aussi petits que possible. 
Dans ses expériences nouvelles, il se sert, comme 
source de lumière, du Soleil, dont les rayons incidents, 
sous un rapport d'ouverture de 1/4, sont décomposés 
à l'aide d'un appareil spectral auto-collimateur; c'est 
la fente de sortie de cet appareil à grande intensité 
lumineuse qui fonctionne comme source de lumière 
très mono-chromatique. L'auteur étudie les quatre 
séries d'éléments paramagnétiques examinés dans un 
travail antérieur au point de vue de l'influence de la 
température et de l'aimantation sur les spectres 
sélectifs d'absorption et de fluorescence'. Les ano- 
malies constatées sont particulièrement frappantes 
dans le cas des terres rares, pour lesquelles l'auteur 
reproduit un certain nombre de courbes très instruc- 
tives. Bien qu'il n'ait pas encore été en mesure de 
mettre au point l'ensemble de ses résultats, il croit 
pouvoir affirmer que la rotation, dans bien îles cas, ne 
change pas de signe. — M. J. Traube adresse un 
Mémoire très détaillé sur la pression d'adhésion 
Hlaftdrucli). Des expériences de E. Overton, d'une 
part, et de ses propres recherches, de l'autre, il tire 
la conclusion suivante : La direction et la vitesse 
d'osmose entre deux solutions aqueuses de substances 
quelconques, séparées par une membrane, sont déter- 
minées par la différence de leurs tensions uperficielles 
par rapport à l'air. La solution à tension superllcielle 
inférieure (par conséquent à pression intérieure 
moindre) et surtout les composants diminuant la ten- 
sion superficielle de l'eau présentent une tendance à 
diffuser vers la solution de plus grande pression inté- 
rieure. Dans le cas le plus général, la direction et la 
vitesse sont déterminées non pas seulement par la 
tension superficielle des solutions, mais encore par 
les facultés d'absorption et de dissolution de la mem- 
brane elle-même. L'auteur appelle «pression d'adhé- 
sion » la pression sous laquelle la substance dissoute 
adhère au dissolvant; celle qui correspond à une molé- 
cule de matière dissoute dans un litre de solution 
serait la pression d'adhésion moléculaire. Or, suivant 
la théorie de van t'Hoff, l'allure de l'osmose serait 
déterminée par le nombre de particules de la substance 
dissoute et non pas par sa qualité. L'auteur substitue à 
cette théorie, infirmée du reste par bien des phéno- 
mènes d'ordre surtout physiologique, les principes 
suivants : En dehors du nombre de particules, la pres- 
sion d'adhésion détermine l'allure du processus osmo- 
tique; ce n'est que dans le cas de l'égalité des pressions 
d'adhésion pour les substances dissoutes des deux 
côtés de la membrane que l'équilibre des forces osmo- 
tiques s'établit si les nombres de particules sont égaux. 
Un autre chapitre du Mémoire contient les mesures de 
pressions d'adhésion faites sur la base de détermina- 

' Ann. d. Physik, (4), t. XXVIl. p. 233, 19U8. 



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lions capillaires encore inédiles. Dans un autre ordre 
d'idées, il parait que la faculté d'hydratation aug- 
mente à mesure que s'accroît la pression d'adiicsion. 
La solubililé (ainsi que la pression de solution) d'une 
substance dépend également de la différence qui 
existe entre sa pression d'adhésion en solution et sa 
pression intérieure. A solubilité égale, les pressions 
intérieures de deux substances sont entre elles comme 
les pressions d'adhésion, et, à pression intérieure 
égale, le composé à pression d'adhésion supérieure 
présente la solubilité la plus grande. La courbe reliant 
les tensions superficielles avec les concentrations est 
déterminée par la seule tension superficielle de la 
substance dissoute. En se basant sur les recherches de 
nombreux auteurs antérieurs, qui contredisent la 
théorie si simple de la solubilité donnée par Nernst, 
l'auteur résume les relations très intimes qui existent 
entre les modifications de solubilité, d'une part, et la 
tension superlicielle ainsi que la pression interne, de 
l'autre. Les substances à pression d'adhésion négative, 
c'est-à-dire celles qui diminuent la tension superfi- 
cielle du dissolvant, éprouvent une diminution de solu- 
bilité sous l'action des corps à pression d'adhésion 
positive, et inversement pour ceux à pression négative. 
Lorsque plusieurs sels, c'est-à-dire plusieurs sub- 
stances à pression d'adhésion positive, se trouvent en 
présence dans une même solution, la solubilité se 
déplace au détriment du sel à moindre pression 
d'adhésion. L'albumine et d'autres colloïdes à poids 
moléculaire considérable n'exercent aucune influence 
sur la tension superlicielle de l'eau, leur pression 
d'adhésion, ainsi que celle des particules suspendues, 
étant exactement ou approximativement nulle. Dans 
un autre chapitre, consacré aux relations qui exis- 
tent entre l'absorption, le coefficient de répartition 
et la pression d'adhésion, l'auteur établit une allure 
en général parallèle de ces trois facteurs. En ame- 
nant une solution, à dissolvant organique analogue au 
benzène, au contact de l'eau, une répartition ne se 
produit que dans le cas où la pression d'adhésion du 
corps par rapport à l'eau est inférieure à une valeur 
maxima, au delà de laquelle il est absorbé entièrement 
par l'eau. Lorsque, au contraire, la pression d'adhésion 
par rapport à l'eau est nulle, la substance reste intégra- 
lement dissoute dans le benzène. Quant aux relations 
entre la pression de vapeur et la pression d'adhésion, 
l'auteur fait remarquer que, pour les substances d'un 
point d'ébullilion identique, la pression de vapeur doit 
être d'autant plus grande que la pression d'adhésion 
est plus faible, tandis qu'à égalité de pression d'adhé- 
sion la pression de vapeur est d'autant plus considé- 
rable que le point d'ébullition est plus bas. Des rela- 
tions analogues existent entre le point de congélation 
et la pression d'adhésion. Quant aux phénomènes élec- 
triques, l'auteur énonce celte règle générale que la 
vitesse des cations est, en général, d'autant plus consi- 
dérable que la pression d'adhésion du sel est plus 
petite, et inversement pour les vitesses des anions. 
Plus la pression d'adhésion des anions est grande, et 
plus la tension de décomposition est considérable. 
Aussi la théorie future des piles galvaniques devra-t- 
ellftêlre basée exclusivement sur la pression intérieure 
des éléments composant les électrodes et la pression, 
d'adhésion des électrolytes. La chaleur spécifique est, à 
son tour, liée à la pre.ssion d'adhésion, croissant, dans 
la série des anions, à mesure qu'augmentent les pres- 
sions d'adhésion, et inversement pour les calions. La 
chaleur de neut|^alisation se trouve dépendre du degré 
d'ionisation aussi bien que de la différence de pres- 
sions d'adhésion entre l'acide, d'une part, et la base ou 
le sel, de l'autre. Plus une substance adhère fortement 
au dissolvant, plus son degré d'ionisation est graml. 
L'auteur indique encore les relations se rapportant à 
la rotation du plan de polarisation, à l'absorption lumi- 
neuse ou chromatique et aux accélérations de réaction. 
La théorie du covolume lui donne un nouveau moyen 
de (ii't>Tiiiiii,ili(iii (|iianlil.itive de la prrssioii d'adhé- 



sion et lui permet d'établir pour les solutions une équa- 
tion des élals, d'où il résulte que le produit de la pres- 
sion d'adhésion par le covolume, à savoir le travail 
d'adhésion, est égal à UT. La pression d'adhésion et le 
covolume présentent une allure en général parallèle. 
D'autre part, pour les substances réduisant la tension 
superficielle de l'eau, le volume moléculaire, la cons- 
tante b, mais surtout le volume de solution molécu- 
laire, sont sensiblement proportionnels à la racine 
carrée de la pression d'adhésion. Suivant une règle 
établie par l'auteur, les réfractions moléculaires des 
subsl allies à I urssiii 11 d'ail h rsi on peu élevée sont approxi- 
mati\iiiiiiil |irii|Hirliiiiinfllr.s aux pressions d'adhésion. 
11 éluhlil i-::.iliiiieiil une liaisim entre la valence chi- 
mique et la luession d'adhésion. En première approxi- 
mation, les racines carrées des pressions d'adhésion 
sont proportionnelles à la somme des valences. Suivant 
l'opinion de M. Traube, la pression d'adhésion déter- 
minerait en premier lieu le pouvoir et le degré d'ioni- 
sation. Tandis que les molécules d'une substance non 
conductrice, dissoute dans l'eau, doivent se rendre 
d'une particule aqueuse à l'autre, en s'associant à elle 
d'une façon passagère, les molécules de sel, tout en se 
contentant bien souvent d'une particule d'eau, doivent, 
en solution concentrée, en raison de la pression d'ad- 
hésion élevée delà plupart des ions, fixer une particule 
aqueuse pour chaque équivalent d'ion. C'est ainsi 
qu'on se passerait parfaitement des hypothèses fonda- 
mentales d'Arrhenius, inadmissibles dans l'opinion de 
l'auteur. 

Séance du 20 Novembre 1908. 

M. F. Kiebitz rend compte de ses reclierclies sur lu 
yadiolèlégraphie dirigée. Dans une expérience d'inter- 
férence faite sur des ondes hertziennes de 1 mètre de 
longueur, l'auteur se servait de transmetteurs de Hertz 
distants d'une demi-longueur d'onde, qu'il excitait à 
amplitude égale pour donner des vibrations d'une dif- 
férence de phase d'une demi-période. Les effets de ces 
transmetteurs s'ajoutaient suivant la droite réunissant 
les deux transmetteurs, mais se compensaient en direc- 
tion normale. Or, en adaptant cette expérience à la 
télégraphie sans fil, on se heurte à de grandes diffi- 
cultés techniques pour assurer une excitation efficace 
d'antennes disposées à la distance si grande d'une demi- 
longueur d'onde. D'autre jiart, toute variation de la 
longueur d'onde obligerait à modifier la distance 
séparant les mâts ou les tours. Aussi, dans le présent 
Mémoire, l'auteur abandonne-t-il la condition relative 
à la dislance des antennes. Les rayonnements se com- 
pensent, en effet, quelle que soit celle dislance, suivant 
la droite les réunissant, pourvu que les rayonnements 
vibrent avec une différence de phase de 180 degrés. Dans 
la direction normale à celle-ci, le rayonnement s'ap- 
[iroche d'autant |ilus du double du rayonnement d'une 
antenne (ou de zéro) que la distance des antennes 
coïncide plus exactement avec un multiple impair (ou 
pair) de la demi-longueur d'onde. D'autre part, M. Kie- 
bitz réussit à démontrer que deux antennes excitées 
|iour rendre des vibrations d'une différence de phase 
d'une demi-période, à quelque distance l'une de 1 autre \ 
et immédiatement au-dessus de la surface de la terre, 
[irésentent un maximum de rayonnement dans le plan 
des antennes. Cette même proposition vient, du reste, 
d'être formulée par Bellini et Tosi. Dans ses expé- 
riences, l'auteur se sert de stations de transmission et 
de réception, munies de 1, 2 ou 3 antennes de 8 mètres 
de longueur, accordées pour une longueur d'onde 
constante de 100 mètres, et qui, avec une dépense 
d'énergie de 23 watts, permettent de continuer les 
observations jusqu'à plusieurs kilomètres de distance. 
Ces expériences font voir, d'autre part, que la lumière 
du Soleil n'occasionne inis de modifications appré- 
ciables. Al.hHKD GllADENWlTZ. 

Le Uireclour-Gcrnnt : Louis Olivier. 
Pans. ~ L. Mabetheux, imprimeur, 1, nip Cassellp. 



20" ANNÉE 



N" 2 



:i(i .lANVll-lK lilOli 



Revue générale 

des Sciences 

pures et appliquées 

Directeur : LOUIS OLIVIER, Docteur 5s sciences. 



Adreesor tout ce qui concerne la rédaciion à M. L. OLIVIER, ÏS, rue Chauveau-Lagarde, Paris. — La repuduction et la traduction des œuvres et de8 t 
publiés dans la Retve sont complê'tcDJcnt interditee en Franre et dans tous les pays étrangers, j ccniprip la Suède, la KoiT^ge et la Hollande. 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



§ 1. — Astronomie 

L'observation systématique des IraiiK'es 
inélé<>i'i(|iies poi-sistaiiles. — Tout récemment, 
M Trn\vbiiil;je, professeur à l'I niversité Colombia, à 
New-York, a abordé le problème des traînées météo- 
riques persistantes et est ariivé à des résultats très 
intéressants sur la hauteur, les dimensions et la durée 
de ces phénomènes, jusqu'ici absolument inexpliqués. 
D'ailleurs, sur ce sujet, les documents sont peu nom- 
breux et il serait à souhaiter que des observations 
systématiques et exactes des traînées météoriques per- 
sistantes lussent entreprises. 

C'est ainsi qu'on pourrait espérer résoudre les pro- 
blèmes suivants: la cause de la luminosité propre appa- 
rente des traînées météoriques; la hauteur de l'atmo- 
sphère de la Terre, par la mesure exacte des traînées 
télescopiques; la densité de cette almosplièie à une 
hauteur de 80 à 100 kilomètres, par une comparaison 
directe avec la pression nécessaire à la production de 
la phosphorescence des gaz, si la traînée météorique est 
une lueur du même genre; la direction et la vitesse 
des courants atmosphériques aux grandes hauteurs; 
enfin, la relation possible entre les mouvements de 
l'atmosphère à ces grandes altitudes et la pression 
barométrique. 

Mais, pour faire œuvre utile, il faut que les observa- 
teurs apportent à l'étuie des phénomènes une très 
grande exaclitude et ne négligent aucun des détails 
accessoires qui, à première vue, pourraient paraître 
insignifiants. M. Trowbridge donne à ce sujet de très 
importantes indications, dont tout astronome fera bien 
de tirer profit. Ces indications portent soit sur l'obser- 
vation du noyau du météore, soit sur la traînée ; dans 
l'apparition d'une étoile filante laissant une traînée, on 
peut, en efTet, distinguer facilement deux phénomènes : 
le noyau lui-même ou, si l'on veut, le corps chaud en 
inouvement et sa traînée d'étincelles, d'une part, et, 
d'autre part, les faits se rapportant à la traînée persis- 
tante proprement dite, qui peut rester visible quelques 
secondes nu même un assez grand nombre de minutes. 
En faisant ces distinctions, on évite beaucoup de con- 
fusion dans la description des phénomènes et l'on en 
facilite l'étude théorique. 

REVUE GIÎNKISALE DES SCIEN(.:S, 1919. 



Voici, d'ailleurs, d'après M. Tiowbridge, lesdifîérents 
points sur lesquels doit porter l'attention de l'observa- 
teur : 

1° Observations roncernanl le noyau du météore : 

Noter le moment de l'apparition du noyau du mé- 
téore et la durée de sa trajectoire visible ; 

Fixer le point radiant et donner le nom du météore 
(dire s'il appartient au groupe des Léonides, des Per- 
séides, etc.) ; 

Déterminer la couleur du noyau, la longueur de la 
traj'Ctoire, la longueur de la portion de la traînée par 
rapport à la trajectoire entière. 

2" Observations de la traînée persistante : 

Couleur de la traînée immédiatement après la dispa- 
rition du noyau et tout cliangenient de couleur de la 
traînée durant tout le temps qu'elle reste visible; 

Longueur et largeur de la traînée en degrés et 
minutes d'arc, immédiatement après la disparition du 
noyau, et sa position dans le ciel par rapport à des 
étoiles facilement identifiables; 

Observera de couris intervalles de temps les change- 
ments de dimensions de la traînée en degrés et faire, 
si possible, une série de dessins, indiquant les change- 
ments successifs dans la forme de la traînée. La lar- 
geur de la traînée, ou une partie, à dos intervalles 
successifs de teni/is, est de la plus haute importance, 
puisqu'elle indique la vitesse de dilFusion de la niasse 
gazeuse; 

Le déplacement ou dérivation de la traînée en 
degrés avec le moment correspondant. Dans ce but, on 
doit choisir une portion brillante de la traînée vue dès 
forigiiie. Il faut également noter la direction de cette 
dérivation p»r rapport à la surface de la Terre, et, 
dans le. cas d'observations simultanées en plusieurs 
stations, si les calculs de la vitesse sont faits en kilo- 
mètres, ils doivent être ainsi mentionnés. 

11 faut noter également si l'intensité de la lumière 
de la traînée est : ;/) uniforme, h) très brillante à l'exté- 
rieur, c) très brillante au centre, et le moment de cette 
observation api es la première apparition du météore; 

Dire si la traînée augmente d'éclat, carie faitsemblese 
produire souvent. L'observateur veillera attentivement 
à ne pas prendre pour une augmentation d'intensité 
une augmentation dans les dimensions de la traînée;. 



54 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



Faire des observations spectroscopiques concernant 
la présence et la position dans le spectre d'une raie 
dans le jaune et d'une ou deux raies dans le vert; 

Enfin, noter la durée de visibilité de la traînée à 
l'oeil nu et au télescope. 

Il est évident que, dans ces recherches, la qualité 

des matériaux apportés est préférable à la quantité et 

qu'il vaudrait mieux laisser de côté un ou plusieurs 

points si l'exactitude de l'ensemble devait en souffrir. 

Th. Moreux, 

Directeio- ih: lOhscrraloin- ,!,- DrAti-ljus. 

§ 2. — Mécanique appliquée 

L'état actuel de la batellerie en France. 

— Le Ministère des Travaux publics a fait opérer, le 
25 mai 1907, sur tout le réseau intérieur de navigation, 
un recensement qui a porté sur tous les bateaux de 
transport ordinaires ou à propulsion méi^inique, jau- 
geant au moins 3 tonnes, ainsi que sur les bateaux de 
plaisance actionnés par un moteur. 

Le total des bateaux recensés est de 15..310, jaugeant 
3.841 .745 tonnes. Au point de vue du tonnage, la répar- 
tition est la suivante : 7.830 bateaux (31 "/o) de [ilus 
de 300 tonnes; 2.403 (16 » „) de H'O à 300 tonnes; 
1.322 (10 °/o) de 100 à 200 tonnes; 3.333 (23 »/») de 3 à 
100 tonnes. 

Quant à l'origine, 2.649 bateaux appartenaient à des 
propriétaires étrangers : 2.204 étaient belges et 400 
étaient allemands. La plupart étaient utilisés pour le 
transport des houilles destinées à notre consommation 
industrielle. 

Sur les 12.661 bateaux français, 610 étaient à pro- 
pulsion mécanique, jaugeant 33.51 1 tonnes et repré- 
.sentant une force de 77.166 chevaux-vapeur; 123 étaient 
actionnés par des roues à aubes et 485 au moyen 
d'une hélice ; 170 servaient pour le transport des voya- 
geurs; les autres, destinés au service des marchan- 
dises, se partageaient en 103 bateaux porteurs, 284 re- 
morqueurs et 33 loueurs. 

L'évolution du matériel tend vers l'emploi plus fré- 
quent du remorqueur. Le bateau porteur, avec ses dix 
à quinze hommes d'équipage, fait une grosse dépense 
improductive, quand il stationne dans les poris; tandis 
que le remorqueur peut travailler sans arrêt pendant 
que le chaland supporte les manutentions nécessaires 
à son chargement et à son déchargement. Le louage 
reste à l'état d'exception, car l'établissement de la 
chaîne ou du cùble comporte une importante dépense 
préalable, indépendante du trafic; un des principaux 
avantages du remorquage consiste justement dans le 
fait que la dépense de premier établissement peut se 
proportionner exactement au trafic. 

Le dernier recensement a permis de constater qu'à 
la suite de l'unification des canaux et rivières canali- 
sées, la capacité moyenne des bateaux s'est accrue ; il 
en résulte une réduction de l'effort de traction ainsi 
que du personnel nécessaire ; là encore, la concentra- 
tion provoque une diminution des frais généraux et 
un abaissement du fret. 

Les bateaux pontés (10.039) sont de beaucoup les 
plus nombreux ; ils dominent sur les voies du Nord, où 
le trafic est le plus intense. La plupart sont encore 
construits en bois; les bateaux en fer (1.207 en 1902, 
et 1.396 en 1907) augmentent lentement; nous tou- 
chons ici, en particulier, à l'une des causes de l'infé- 
riorité de la navigation fluviale en France : l'état 
arriéré de son matériel. 

Les bateaux recensés portent une population de 
43.559 personnes, qui a été oubliée par la loi d'hygiène 
de 1902. Dans un Rapport présenté en juillet dernier à 
l'Académie des Sciences, M. le Professeur Chantemesse 
a signalé le fait que ces maisons flottantes constituent 
des types d'habitations insalubres, très dangereuses, 
qui jouent un rôle considérable dans la transmission 
des maladies contagieuses. 
.Le recensement a compté, en outre, 4.512 animaux 



de trait, dont 2.393 chevaux, )o2 mulets et 1.907 ânes. 
Ce chiffre montre ijue le halage à col d'homme est 
encore largement répandu, principalement sur les 
canaux du Centre. 

Un des grands inconvénients de la batellerie fran- 
çaise réside dans son manque d'organisation, de cohé- 
sion, et le fait est d'autant plus grave que nous sommes 
ici sous le régime de la petite entreprise : sur 7.678 pro- 
priétaires, 3.993 ne possèd''nt qu'un seul bateau, qu'ils 
conduisent généralement eux-mêmes; 7.340 ont moins 
de quatre bateaux. La seule grande entreprise de 
transports fluviaux est la Compagnie Havre-Paris- 
Lyon-iMarseille, qui possède 426 bateaux et jouit d'un 
monopole de fait pour la navigation du Rhône. 

Enfin, sur les 13.310 bateaux recensés, 8.020 étaient 
en cours de route et 7.290 en stationnement. Parmi 
les bateaux en mouvement, 5.327 étaient chargés, et 
2.493 naviguaient à vide. L'absence d'ori;anisation en 
vue de la recherche du fret, le manque d'outillage 
dans les ports fluviaux, font que le matériel reste trop 
longtemps inutilisé : tandis que la batellerie utilise 
huit fois la capacité de son matériel, le chemin de br 
la fait servir quarante-trois fois. 

Pierre Clerget, 

professeur à l'Ecole sifp^jrieui-c de Coiumerce de Ly"n. 

A propos du vol des oiseau.x. — M. Ch. Weyher 
nous signale que, dans son article ; « Oiseaux et Aéro- 
planes 11, paru dans la Revue du 30 décembre 1908, il a 
omis un alinéa important. Voici ce passage, qui doit 
être placé au bas de la page 973, 2' colonne, après les 
mots : « convenablement à la main n. 

<■ Mais le martinet nous en donne la preuve écla- 
tante; en effet, à rencontre de tous les autres oiseaux 
et même des hirondelles ordinaires qui se propulsent 
en battant des deux ailes en même temps, le martinet, 
lui, relève toujours une de ses ailes pendant qu'il 
abaisse l'autre. Celte simple remarque suffit à démon- 
trer que l'oiseau est aussi bien appuyé sur l'aile qui 
remonte que sur celle qui descend, car autrement il 
pivoterait à chaque coup autour de son axe longitu- 
dinal. '1 

§ 3. — Physique 

La charge spécifique des ions émis par les 
corps cliaufTés. — Depuis les expériences faites, en 
1 899, par J .-J. Thomson, la valeur de la charge spécifique 
(charge par uni té de masse) a été déterminée par de nom- 
breux auteurs, pour les ions négatifs émis par diflé- 
rents corps chauffés, avec des résultats approxima- 
tivement identiques pour chacun d'entre eux. Ces 
ions seraient, par conséquent, des électrons, identiques 
pour toutes les substances. Mais la quantité corres- 
pondante pour les ions positifs émis par les corps 
chauffés n'a été jusqu'ici que peu étudiée; la valeur 
de 400, déterminée par l'auteur précédent, correspon- 
drait à peu près au cas où les ions seraient des atonns 
de fer, porteurs d'une charge égale à celle de lion 
hydrogène dans l'électrolyse. 

Dans un récent Mémoire, M. O.-W. Richardson', 
professeur à rUniver.sité de Princeton, décrit b'S 
expériences qu'il vient de faire à ce sujet. Les valeurs 
moyennes trouvées dans le cas du platine et du car- 
bone sont de 384 et 353 respectivement, et les rapports 
de la masse de l'ion à celle de l'atome d'hydrogène, 
étant de 23,7 et 27,6 respectivement, sont sensible- 
ment identiques entre eux et avec la quantité corres- 
pondante trouvée, pour le fer, par M. J.-J. Thomson. 

Il est difficile d'établir la vraie nature des ions, mais 
les valeurs trouvées par l'auteur permettent d'écarter 
a priori certaines d'entre les hypothèses jusqu'ici pro- 
posées. 11 ne saurait, en effet," s'agir ni d'aionies de 
métal (en raison de la grande variation de m qui s'en- 
suivrait), ni d'atomes ou de molécules d'hydrogèm' 
absorbé (en raison de la valeur trop grande du quotient 

' Philos. Mag., n" 'r:<, 190S. 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



jh/H), ni, pour une raison analogue, d'éleiUons ijo.si- 
lifs (étalilis par Thomson dans les rayons-canal et 
<iui, suivant d'autres physiciens, constitueraient les 
rayons a). 

D'autre part, l'auteur établit l'homogénéité presque 
parfaite des ions et l'absence de tout élargissement 
dans le champ magnétique. Les ions doivent être, 
<>n majorité au moins, d'un poids relativement élevé. 
La valeur de e m, malgré une tendance assez incer- 
taine d'accroissement de w, ne doit pas présenter de 
relation bien définie avec la température du corps 
chauffé. 

Les valeurs de m tt sont approximativement iden- 
tiques aux poids moléculaires de Az', CO it 0-, sans 
t]u'on puisse comprendre pourquoi toul 's les sub- 
stances en essai émettraient, pendant l'écliauffement, 
l'un ou plusieurs de ces gaz. La plus grande partie du 
gaz émis par les métaux chauffés semble, en.effel, se 
composer d'hydrogène. Il est possible que les ions 
«oient produits par quelque impureté, commune à 
toutes les matières soumises à l'expérience; dans 
l'hypothèse où ce seraient des atomes de sodium 
positivement chargés, l'on obtiendrait, en effet, une 
valeur de efin s'approchant d'assez près de la valeur 
•constatée par l'auteur. 

Si l'ionisation positive dans le vide était due à 
<|uelque composant réel commun aux différents élé- 
ments soumis à l'expérience, iH non pas à une sub- 
stance étrangère dont la présence serait fortuite, il 
faudrait admettre que les ions transportent une 
charge inférieure à la charge électronique e fonda- 
mentale. La valeur de in/ H, pour ces ions, est, en effet, 
supérieure au poids atomique du carbone, l'une des 
substances qui leur donnent naissance. 

L'auteur continue les expériences résumées ci- 
dessus, en les étendant à d'autres éléments. 

Itecherelies dîéleclriqiies .sur le mica. — 

Dans une thèse ri'cemnn'nt présenli'i' à ITniversité de 
<;reifswald, M. E. MattenUlodt s'r>t pi-.iposé d'étudier 
l'intluence des champs l'dectriques d'intensité élevée 
sur les phénomènes diélectriques que présente le mica. 
La valeur considérable de la plupart des constantes 
diélectriques rendait probable l'existence d'un parallé- 
lisme réel entre les phénomènes diélectriques et ceux 
que présentent les corps ferromagnétiques. D'autre 
part, l'on a pas réussi encore à démontrer l'existence 
d'une véritable hystérèse diélectrique, ni d'une relation 
entre la diélectricité et l'intensité du champ. L'auteur 
étudie ce dernier problème dans le cas du mica 
(moscovite), substance bien délinie et chimiquement 
assez homogène. Incidemment, il recherche l'influence 
de la température sur la cohésion diélectrique de ce 
corps. 

Comme la cohésion dir-leclrique du mica, pour des 
intensités de champ allani jusqu'à liOO.OOO volts/cm., ne 
subit pas de varialicms sensibles, il ne convient pas 
d'établir de parallélisme entre les phénomènes diélec- 
triques du mica et les phénomènes magnétiques du 
fer; cette constance de la cohésion diélectrique exclut 
aussi toute possibilité de l'existence d'une hystérèse 
diélectrique véritable. D'autre part, l'auteur n'a pu 
constater l'existence d'un coeflicient de température 
différent de 0, même en se servant d'un intervalle 
de 30° et en assurant une précision de 10-'. 

Les variations souvent très considérables de la cons- 
tante diélectrique du mica, constatées d'un échantillon 
à l'autre, paraissent être dues en grande partie à la 
composition chimique et peut-être à la teneur en eau. 
Les échantillons étudiés par l'auteur présenlenfdes 
valeurs variables entre 7,1 et 7,7. 

En raison de l'indépendance établie entre la cohésion 
diélectrique du mica, d'une part, et l'intensité du 
champ et la température, de l'autre, s'ajoutant aux 
propriétés si précieuses constatées par M. Bouty, cette 
matière se prête particulièrement à la confection des 
condensateurs-étalons. 



§ 4. — Électricité industrielle 

Le l»robl«'iiie télë|>lioiiîque aeliii'l en 
France. — Nous recevons de M. E. Mercadier, direc- 
teur des Etudes à l'Ecole Polytechnique, la lettre sui- 
vante : 

Monsieur le Diredi-ur. 

■ Dans un article sur le l'robléinc lélé/jhoniquv 
actuel en France, paru dans le numéro de votre lifvno 
du 30 décembre 1 908, M. Turpain, professeur à la Faculté 
des Sciences de Poitiers, consacre la plus grande partie 
de son travail à une diatribe virulente contre l'Ecole 
Polytechnique et les ingénieurs des Télégraphes qui 
sortent de cette Ecole. 

.< Ancien directeur ou même professeurdelatrentainc 
d'ingénieurs des Télégraphes actuellement en fonc- 
tions, permettez-moi, dans cette Revue qui possède 
une si grande autorité et qui est répandue dans le 
monde entier, de protester énergiquement contre le 
procédé qui consiste, à propos d'un accident déplo- 
rable doHt la cause est encore inconnue, ù décerner un 
brevet d'incapacité organisatrice et d'ignorance tech- 
nique à tout un personnel d'ingénieurs. 

<i Si encore l'auteur de l'article en question possé- 
dait sur ces deux points une compétence suffisante; 
mais il est permis d'en douter. 

< En tout cas, pourquoi attaquer à ce propos ri'co)e 
Polytechnique? Pourquoi profiter d'une sorte de ca- 
lembour, PU attribuant ici au mot leclniique le sens 
particulier qu'il a actuellement et qui comporte une 
spécialisation professionnelle, au lieu du sens tout à 
fait général qu'il avait en 1795? On a ainsi l'air de 
donner à entendre que cette Ecole fait des ingénieurs, 
tandis qu'elle ne fait que des é/èves-ingénieurs. qui 
ne deviennent techniques qu'après avoir travaillé deux 
ou trois ans dans de véritables Ecoles teihniques (dites 
d'application), comme celles des Ponts et Chaussées, 
des Mines, des Postes et Télégraphes, etc. Si cette 
Ecole est aussi néfaste, aussi funeste au pays que 
l'affirme l'auteur de l'article, comment se fait-il que le 
Parlement lui ait accordé, il y a quehiues jours, la 
déclaration d'utilité publique et la personnalité civile ï 

« Mais je m'arrête ici, en songeant que l'outrante 
même des attacjues de M. Turpain suflit pour les ré- 
futer. Vous avez d'ailleurs vous-même, M. le Directeui-, 
indiqué ce point de vue dans les trois notes inscrites 
au bas des pages 979, 980, 981 de l'article en questfon 
et formulé des réserves nécessaires. 

" Veuillez agréer, etc. 

<< E. Mercadier, 

Ex-Ingénieur de.-i Ttilégraphes, 
Direc/em- tles Eludes d l'Ecole Polytechnique. ■> 

Nous recevons, d'autre part, de M. Estaunié, ingé- 
nieur des Télégraphes, les remarques suivantes sur la 
même qu'>stion : 

Monsieur le Directeur, 

« Dans un article sur le problème téléphonique ^ a 
Erance, paru dans le numéro du 30 décembre dernicj-, 
M. Turpain, très courtoisement d'ailleurs, a cru devoir 
me mettre personnellement en cause et inférer, du fait 
qu'un Traité publié par moi en 1904 ne parle point des 
multiples automatiques, que < tous les ingénieurs 
j-rançais ignorent ce système ou feignent de l'ignorer .', 

« il y a là une généralisation vraiment un peu hâtive 
et contre laquelle j'ai le devoir de protester. 

« Si, dans un ouvrage élémentaire, oxclusiveineiit 
destiné à décrire au personnel le matériel alors eti 
usage, j'avais introduit la description d'appareils non 
encore utilisés en France. M. Turpain m'aurait à bon 
droit accusé d'un manque de méthode et trouvé plus 
dilettante que de raison. 

« En revanche, mieux informé, M. Turpain aurait 
appris que le Gouvernement français, le premier en 
Europe, fit un essai de l'appaull Strownger, qu'actuel- 



ÎJ6 



ciir()NIQi;k i<;t <;<hm:ksi'om>an('k 



liMiiiîDl cncoie il (;x|i(''iiiiii!iito l'apiiiiicil l.oriiinr, (lu'il 
ii'i^noïc piis, oiifiii. fit siiil de li'ès pW's les exp('ri(!iices 
siirnl.iii'fis on rouis, soit i^n Auliiclio, soit en Alieiiiaf,'ii('. 
ICiifin, s'il dc'sirc rlic ii'iisoigné sur los origines de ce 
prohlÙMie > t l'iinpoilance qui lui fut accordée dès le 
d(''liut par rAdininistiaiion française, Je me pei'metlrai 
(le sifiuaier à M 'l'urpaiu une série d arlicles jinbliés 
sous ma sifinaluri!, des 1880, dans les Annules 'I clri/r.i- 
l)lii(/iii's, et intitulés : i' Slalions t(''léplioni(|ues autoiua- 
ti(|ues ». 
" Veuillez agréer... « E. Estaunié, 

li„ivitii;ur (lis Ti'h'lirniihu^ ■■ 

§ fj. — Chimie physique 

l.'iK'linii <!<■ rriiiniiiilion <lu ■■iidiiini Miir 
l'cilii. Mans (le rriciih'S (■\p('rii'iires, Si|- William 

Uarnsay el M. C.ameron onl rechri'clié si le ruyoïine- 
nient d'une granih^ iiuantilé d'émanation du radium 
est susceptible de transformer les atomes de la matière 
ordinaire. Suivant les ri'sultalsde ces savants, le enivre, 
sous l'action de cette émanation, serait transformé en 
lithium et peut-ôlri^ même en sodium et potassium. 
D'autre part, ces expériences semblaient cronver qu'en 
présence des solutions de cuivre, l'émanation se dé- 
(■oin|)ose en argon, et, en présence de l'eau, en néon. 

Oi', dans un .Mémoire ré'cemmeiil préseiilé à l'Aca- 
démie (les Sci iii-es. M'"" Curie et M"" (Hedilsrli ont l'ait 
savoir (|u'il leur aval télé ijiipossible (l'obtenir du lilljiuni 
aux dépens du cuivre dans les circonstances où se sont 
plac('s les savants aiii^lais. 

D'aulre |)art, MM. K. Uutlicrford et T. Royds *, à 
l'aide du radium mis à leur disposition par l'Académie 
(les Sciences de Vienne, viennent do faire des expé- 
riences destinées à établir si la désintégration de 
l'émanalion du radium, en présence de l'eau, s'ac- 
compagne bien de la production de néon. Ils ont 
déterminé en piemicr lieu la (juanlité minima de 
néon susceptibli^ d'étic pcrrueà l'aide du spe(lroscop(>, 
(il ils ont pu d C(der avec séeurilé une i|uan(ilé infé- 
iieur(! à un millième de millimètre (■lll)<^ 

(Ir, MM. liamsay et (^ameron , dans leur derniei' 
Mémoire, signalaienl l'impossibililé d'éviter toute 
(jntrée d'air dans leur appareil: eu se servant d'un 
mélani.'e ga/.eux de 12. (i centiiirètres eulies, ils ool 
constalé, après l'i'liminalion de l'hydrogène et de 
l'oxytène, un résidu composé de (),'i'.l'.; cenlimèlre cube 
d'azote et"de hioxyde de carbone. En supposant que ce 
résidu consistait uni(iuement en azole, on en lirerail 
la conclusion qu'il exislait une tuile d'air d'environ 
0,ltti centim'Mro cube. 

Or, comme, suivant MM. Itulheihird et lîoyds, l'eii- 
Irée dans l'appareil d'une lell(> quanlilé d'air donne 
iiji spcelre brillant de néon, comparable pour r('clal 
au spectre de l'hélium produit simullani'UH'nt, ces 
savanis se demandent si rexpérience décrite pai 
MM. liamsay et ('.ameiim suffit pour prouver la produe- 
lion de néon aux di'pi'ns de l'émanalion du laiiium. 



^ fi. 



Anthropologie 



I 91 <l<''<'on»«'rt«' «!<' «It'iiv .s<nu'l<'IU»s ik'-jiii- 
«icrlIiiilDitlcs «liiiis !<■ loissin «lo la l>oi-ti<ty,'ii(> 
«',1 i'Homo pi-imigenius. — Jus(|n"à présent on ne 
poss(''dail, en dcdmrs de la fameuse calotte cranienni^ 
Vrouv('e dans la vallée de Néanderthal, en Allemagne, 
que trois crAnes préhistoriques du même type. Ce 
sont les deux crAnes trouvés, avec (|uelques autres 
osseuH'nts, à Spy, en lielgique, et le crAne de di- 
hrallar, (h'crit depuis longtemps, mais dont le gise- 
ment a ('t('' contesU'. Mais voici (|u'au mois d'août 1908 
on vint à di'couvrir deux si[uelcllcs. bien en place, 
dans les couches (|ualeinaii(S du bassin de la l)or- 
ilogne, h une centaine de kibnuelres seulement l'undc 
laiilre. 

' l'i.il.is. M,,,/., n" '.!■■. HTS 



Le pr( miei- de ces squelettes a été découvert par les 
abbés .1. et A. Bouyssonie et I,. Hardon, le 3 août 1908, 
dans une grotte près de la Cba|)elle-aux-.S.iints (Cor- 
rè/.e), à peu de distance delà frontière du déparlement 
du Lot. 

Les ossemenis ont été envoyés à Paris, au Muséum, 
où M. Houle, piiifesseur de Paléontologie, en a fait le 
premier examen: les résultats en font consignés dans- 

■ Xote du l'i-di'cembre 1908 à l'.Vcadémie des Sciences. 

Les condilions du gisement ont été précisées par les 
di'couvreurs dans une autre Note, communiquée à 
l'Académie le ii d('cembre de la même année. 

la grotte où fut faite la Irouvaille est située au bord 
d'un i]etit aflluent de la Dordogiie; elle a la forme d'un 
(■ouloir s'enfoiicant dans du calcaire liasique. Dès 190!), 
M.\l. liouyssciiiie et Dardou y ont fait des fouilles, et 
l'esl dans le pridongemeut d'une couche moustérienne 
s'enfoncant dans l'intérieur de la grotte jusqu'à 6 mètres 
de l'entrée qu'ils ont trouvé les ossements en ques- 
tion Cette couche repose directement sur le sol de 
la grotte. Elle avait de 30 à 40 centimètres d'épais- 
seur en général, mais atteignait près du double sur 
l'emplacement d'une fo-se (|ui était creusée dans le 
sol, à 3 mètres environ de l'entrée Cette fosse avait 
t"',40 de longueur sui' (i"',8;i de largeur et 0'",30 de 
hauteur. 

Le squelette y était étendu sur le dos, la tète tour- 
née à rOuPsI et calée par (|uel(|ues pierres, le bras 
droit plié de fa(;on à l'amener la main vers la figure, 
le bras gaucln! étendu, les. jambes repliées. Au-dessous^ 
de la tête, il y avait ■< plusieurs grands fragments d'os 
[josés à plat, el, au voisinage, l'extrémité d'une patte 
postérieure d'un grand Dovidé avec plusieurs os en 
connexion ■ . 

Au-dessus el autour du S(|uidetle, des os brisés el 
des outils en quarl/. et en silex d'un beau type mous- 
lérien : racloirs abondants, quelques pointes et des 
outils variés. 

La faune qui accompagnait l'outillage comprenait le- 
Itenne {<::rrviis Himncliis), 1res abondant, un grand 
Hovidé, le cheval (rare) et des débris de blaireau, lie- 
nard, Uvidés, etc., ainsi qu'une molaire snpiM'ieure du 
liliiiiocevna lyr/inriniis et des os d'Arctoiiiys iiinr- 
umtla. Cette faune rarach'rise le (Jualernaire moyen. 

La grotte était donc un lieu de sépulture et de repas 
funéraires. Le si|uelclte humain y fui enseveli suivant 
un rite mortuaire spécial. Laissant de C(M(' les vertè- 
bres et les os des membres, (jui permettent d'estimer 
la taille du sujet à 1"'',60, voyons la pièce la plus inté- 
ressante de ce squelette, le crâne. 

Si l'on avail voulu exagérer à dessein les caractères 
di'|à connus du type dit néanderthaloïde, on n'aurait 
pas mieux réussi qu'en copiant la tète osseuse en ques- 
lion, telle ipi'elle a été reconstituée par .M. IJoule avec 
les fragmenls trouV('s dans la tombe. 

La boîte crânienne est assez voluniincuse. L'état de> 
sutures et la conligiiralion du maxillaire inférieur tn- 
dii|ueul iiellemeut que le crâne apparlenait à un in- 
ilividii àg('. L'indice céphalii|ue est de 7!>; le crAne 
esl donc franchement dolichocéphale, comme ceux de 
Spy et de Cibraltar. Le peu de développement de la 
calotte crânienne en bauteur correspond à ce que l'on, 
constalé dans ces crânes. Les arcades sourcilières 
liroéminentes, formant de véritables bourrelets au- 
dessus do la loiiililé du bord supérieur de l'orbite', et 
suivies d'une dépression du frontal en arrière, sont 
.aussi accu.'ées sur le ciAne de la Chapelle-aux-Saints 
(|ne sur celui de Néanderthal. La projection de l'occi- 
pital en arrière est pins forte que dans le crAne de- 
Spy. Le Irou occipital est reporté loin en arrière; 
l'apophyse mastoïile est peu développée. Quant à la 

' .1 iu>i>le >ui irl.iil. cir eu .'i souveni décril, sous 

le uein lie liuiuTclel iieimilril li,ileiile, les arcades soiirci- 
li(M-es ]i.irliedemeul (le\ r I. .ppirv i|i] riAù interne du lionl 
supérieur (le rm-liile. el l.ii--.,nil iiu uK'plal triangulaire du 
cèle exlerue de ce hcu'd. 



ClIKOMtiri-^ HT ('((KHKSI'ONDAXCK 



[lartifi faciale de la lète, elle osl luul à fail rerriai- 
i|uable; comme elle esl lieaucouii plus complète que 
celle lie la tète osseuse de Spy, elle va nous donner d'au- 
tres el de nouveaux caractères do cette race préhislo- 
ritjue de Néanderllîal. Voici comnjent's'exprime à ce 
sujet M. Houle dans sa Note : '■ La face... présente un 
prof,'nathisnie facial très considérable; les orljites, 
saillantes, sont grandes; le nez, sé|iar6 du front par 
une profonde dépi'ession, esl court el très large. Le 
maxillaire supérieur, au lieu de se creuser, au-dessous 
desorliites, d'une l'ossc aniline, comme chez toutes les 
races humaines actuelles, se projette en avant, tout 
d'une venue, poui' former, dans le prolongement des 
is iiialaires, une sorte de museau, sans aucune dépres- 
sion. Les dents sont absentes, mais la voûte palaiine 
est très longue; les bords latéraux de l'arcade alvéo- 
laire sont presque parallèles, comme chez les singes 
anthropoïdes ». 

La mandibule offre aussi les traits des mandibules 
fossiles que l'on rattache au type de Néanderihal : 
«•elles de la Xauletle, de Spy, de Krapina, de Malar- 
naud. Elle est surbjut caracti-risée par l'absence de 
menton et l'obliquité di- la syni|)hyse, dirigée en bas 
et en dedans comme chez les anthropoides ; à noter 
aussi la grande largeur du condyle, l'épaisseur consi- 
dérable du corps de l'os et la faillie profondeur de 
ri'chancrure sygmoïde. 

Le second squelette a élé trouvé dans la célèbre sta- 
tion de Moustier (vallée de la Vézère), par un préhisto- 
rien suisse, .M. Ilauser, qui fouille syslématiquemenl 
depuis trois ans le sol des berges de la Vézère et de la 
Dordogne. La découverte a été faite en avril 1908; mais 
M. Hauser a laissé tout en place jusqu'au 12 août de la 
jnême année, |our où l'extraction a été faite en pré- 
sence d'une dizaine de savants allemands, venus exprès 
pour constater l'aullienticité du gisement et faire la 
première étude des ossements. 

I^'est M. Klaatsch, professeur d'.\iiatoinie à Breslau, 
• pli s'est chargé plus spécialement de celte élude el qui 
a transporté le crâne et les os longs au .Musée de l'Uni- 
versité de Breslau. J'ai eu l'occasion d'assister à la con- 
férence qu'a faite M. Klaatsch au Congrès des Natu- 
ralistes allemands le 20 septembre dernier et de voir 
les photographies du crâne de Moustier, ainsi que 
•le moulage d'un crdne néanderthaloïde pour ainsi 
dire idéal qu'avait « composé » ce professeur d'après 
l'élude des fragments existants. Ayant pu voir le crâne de 
la Chapelle-aux-Saints un mois après, grâce à l'obli- 
geance do M. Boule, j'ai pu me rendre compte des res- 
semblances et des dilîéreiices entre les deux pièci'S. 
I.e crâne de Moustier offre, comme celui de la (^hapelle- 
nix-Saints, les arcades sounilières très prochiiinenles, 
'■Il l'orme di' bourri'lct surplmiib.nit la totalité du bord 
supérieur de l'orbite; toutefois, ce bourrelet diminue 
d'épaisseur à mesure qu'il s'éloigne du nez. La dépres- 
sion transversale de l'os frontal qui s'étend en arrière 
<le ces bourrelets est aussi beaucoup moins prononcée 
dans le crâne de Moustier que dans les autres crânes 
iiéanderthaloides; le front est aussi moins fuyant que 
dans le crâne de la Chapelle aux-Saints Cette atténua- 
tion est due, suivant M. Klaatsch, à ce que le squelette 
provient d'un homme âgé à peine de seize ou dix-sept 
ans, puisque les épipbyses de ses os longs ne sont pas 
«încore soudées aux apophysi-s. 11 faut remarquer, toute- 
fois, qu'ordinairement le crâne a déjà pris sa forme 
définitive à cet âi^e'. Le crâne est moins aplati de haut 
en bas que celui de la Chapelle-aux-Saints; il paraît 
être dolichocéphale, et très asymétrique. En efTet, la 
pression des couches de terre qui le recouvraient a eu 

' Au inoiiient où j'écris ces lignes, je reçois le fascicule 
lie j.-iiivicr 190!l de 1' « Homme Préhistorique .1,011 se trou- 
vent l.L (le-;cri(ilion sommaire du cr.'ine par M. Klaatsch et 

b- l-('cil des IViuilles jiar M. Il:iiisci-. Je compléfe mon 
«•xiMisé iill(Tieiii- d'ajir.-s c-i's deux .•irli.-ji"^. 



pour elTet de conlorsionner le crâne et de le dévier 
considérablement du [dan verticil De même, la mâ- 
<;hoire supi'rieure, très déviée, ne laisse pas voir exac- 
tement le degré de prognaUiismo, quoique celui-ci 
paraisse être assez considérable. La mâchoire inférieure, 
très massive, se signale par l'absence du menton. Les 
dents sont au complet aux cbmx mâchoires et dans un 
état parfait. Parmi les os longs, le ividius se signale par 
sa forte couibure. Les.dimeiisions des os font supposer 
quel homme de Moustier était 'le petite taille et trapu. 

Comme le squelette de la Chapelle-aux Saints, celui 
lie Moustier a été trouvé dans une sorte de tom- 
beau, gisant sur une couche de silex, avec un véritabb' 
coussin de silex sous la tète. Chose remarquable, l'atli- 
tude est la même chez les deux squelettes : le bras 
droit plié' et purté vers la lé.e, le bias gauche étendu 
droit. 

L'âge du squelelte de Moustier est attesté par la 
présence des outils inousti''ii''ns typiques, avec deux 
pièces encore plus anciennes (aihciiléennes). Pour 
les ossements d'animaux, les renseignements fonl dé- 
faut: une seule pièce, sur 4.'i, un fémur de lios priinige- 
iiiiis, esl nommée. 

l'n anlhiopologiste allemand bien connu, le Profes- 
seur Scbwalbe, a proposé' de rapporter les crânes di' 
Méanderlhal, de Spy et de (Jibraltar à une seule el 
môme espèce, par lui dénommée Jlonio priiiiiurniiis, 
pour la disiinguer de Vlloinu snpieiis aciuel, auquel 
appartiennent également un grand nombre de crânes 
préhistoriques du Quaternaire moyen ou supérieur et 
du .Néolithique, tels que les crâni's de Cro .Magnon, 
des grottes de Grimaldi, etc. Les deux crânes trouvés 
conlirmenl-ils celle hypothèse? M. Houle n'est pas 
loin de partager l'idée de l'existence d'une espèce spé- 
ciale après l'étude du crâne de la Chapelle-aux Saints. 
Il dit, en effet : « Quant à la question spécifique, elle 
n'aura un réel intérêt que le jour oi'i l'on saura vrai- 
ment ce qu'il faut entendre [lar le mol ^s/yfV'v. Mais 
il faut bien dire que, s'il s'agiss.iit d'un Singe, d'un 
Carnassier, d'un Ruminant, etc., on u'hésilerail pas à 
distinguer, par un nom spécifique particulier, le crâne 
de la Chapelle-aux-Saints des crânes des autres grou- 
pes humains, fossiles ou actuels » Quant à \L Klaatsch, 
il se déclare partisan de la création d'une espèce 
nouvelle et il l'a déjà dénommée, d'après le crâne qu'il 
a étudié, Homo Miiateriaiisix llHiisnri. En rapprochant 
ces deux appréciations, on [leut. je crois, se ranger à 
l'avis de M. Scbwalbe et considérer l'himime fossile 
de l'époque moustérienin' fijuilrriiaire moyen) comme 
appartenant à une es|ii' rc dill' ri'ide de celles des hom- 
mes qui ont vécu apns. Celli' espèce serait intermé- 
diaire, morphologiquement eiiUe le l'illin-aiiiliiopiis 
el les autres espèces ou races du genre Ilniuo. 
J. Deniker, 

Docl'-ur l's sch'nrea, JJililiullu'ciiire du Jfuséu,,'. 



^ 7. 



Sciences diverses 



Souscription intornalioiialc pour r<^rec- 
lîoii d'un ■nonunieiit à K.-.J. tlai-ey. — L'inilia- 

tive de relli' sniisiiiplion a éti' prise [lar l'Associalion 
internatioiiiib' dr l'Iiistilut Marey qui. à l'Etranger, a 
déjà recueilli un grand nombre d'adhésions. 

En France, un Comité de [latron.ige s'est formé sous 
la présidence d'honneur de .Si. le Miiii-trede l'Instruc- 
tion publique et la présidence elVective de M. Chauveau, 
membre de l'Institut, pour faire appel aux anciens 
amis, élèves el admirateurs de Marey, et réunir les 
souscriptions destinées à assurer au savant disparu un 
témoignage d'admiration et de reconnaissance digne de 
ses travaux qui ont illustré la science française. 

Les souscriptions pourront être adressées à M Car- 
vallo. à l'Institut Marey (Parc des Princes, à Boulogne- 
sur-Scirie', on à l.i librairie Masson et C"", 120, boule- 
vard S;uril-(iiriiiain, à Paris. 



;h SIEBEH(J — L'INSCRIPTION INSTRUMENTALE DES SÉISMES ET LA PHYSIQUE DU GLOBE 

L'INSCRIPTION INSTRUMENTALE DES SÉISMES 
ET LÀ PHYSIQUE DU &LOBE 

PREMIÈRE PARTIE : L'ENREGISTREMENT DES TREMBLEMENTS DE TERRE 



La Sismologie est peul-élre la branche de la 
Uéiiphysique dont la période d'évolution est actuel- 
lement la plus active. Les résultats des recherche^ 
que l'on y fait sont de la plus grande importance; 
ils se suivent avec une vraie précipitation et four- 
nissent, sur la nature de ce fléau de l'humanité, des 
renseignements tout à fait inattendus. Cette science, 
si nouvelle encore, quoique ses origines remontent 
déjà jusqu'à l'Antiquité classique, doit cet essor 
surtout au développement de la technique sismo- 
métrique, qui consiste à étudier les tremblements 
de terre à l'aide d'instruments. Il est vrai que nous 
possédons déjà, depuis l'année 1703, époque à 
laquelle l'abbé de Hautefeuille s'occupa pour la 
première fois de ce problème, des instruments des- 
tinés à l'étude des tremblements de terre; l'ouvrage 
bien connu de R. Ehlert (Strasbourg, IS'JI) men- 
tionne plus de deux cents appareils sismiques, et ce 
nombre est aujourd'hui largement dépassé. Mais, 
quoique certains de ces appareils fussent très 
ingénieux, ils ne répondaient que jusqu'à un 
certain point à ce que l'on attendait d'eux, parce 
qu'ils n'étaient pas pourvus d'un dispositif amor- 
tisseur. Cela ne diminue, cependant, en rien le mérite 
et la valeur incontestables des constructeurs italiens 
et japonais de date plus récente, de J. Milne et de E. 
von Rebeur-Paschwitz, qui ont été pour nous d'h eu- 
reux pionniers. Leurs travaux intelligents, entre- 
pris dans un but déterminé, ont été la base du 
développement de la Sismologie, dont ils ont faci- 
lité les progrès, et c'est ce qui leur donne une valeur 
durable. 

Comme, dans les dix <lernières années du siècle 
passé, les travaux de E. von Rebeur-Paschwitz 
ont imprimé une direction nouvelle à la Sismologie, 
de même les travaux de W. SchlUter et de E. Wie- 
chert, de Goettingen, e( ceux de B. Galitzin, de 
Saint-Pétersbourg, marquent une nouvelle étape. 
Les premiers, ils ont réellement exposé clairement 
la véritable tiiéorie des sismomètres et démontré 
ce que l'on peut attendre de ces instruments et 
comment ils pourront répondre aux exigences 
de la science. C'est alors qu'on commença à agir 
méthodiquement, api'ès n'avoir d'abord fait que 
tâtonner et essayer. L'adaptation aux sismomètres 
d'un dispositif d'amortissement a été d'une très 
grande importance. Comme on le sait, les sismo- 
mètres sont des pendules qui doivent garder leur 



position stable dans l'espace, même dans le cas de 
tremblement de terre, tandis cjne le levier du méca- 
nisme, directement rattaché à la terre et oscillant 
avec elle, se déplace contre la masse stationnaire et 
trace ainsi, sur le système enregistreur, le mouve- 
ment du sol. Mais, par suite du frottement dans la 
suspension, le mouvement du sol se communique 
bientôt à la masse du pendule et le fait participer 
au mouvement oscillatoire, avec la période propre 
correspondant à sa longueur, de sorte que le tracé 
de la perturbation ne répond absolument plus au 
mouvement vrai du sol; l'amplitude augmente ou 
diminue dans le diagramme, selon que les oscilla- 
tions du sol se produisent dans le même sens on 
dans le sens opposé à celui des oscillations propres 
du pendule. A l'aide d'un mécanisme amortisseur 
convenable, le pendule, après chaque oscillation, 
revient à son point de repos, et peut alors marquer 
chaque nouvelle onde du sol. Si l'on connaît le 
degré de force de l'amortissement et la valeur des 
autres constantes de frottement du sismomètre, on 
peut, en tenant compte de ces données, déduire du 
sismogramme le mouvement vrai du sol '. 

Depuis que l'on a réalisé un enregistrement sis- 
mique inattaquable', on a pu obtenir d'importants 
éclaircis.sements concernant les phénomènes phy- 
si([ues qui se présentent lors d'un tremblement de 
terre. Ces résultats sont d'autant plus importants 
qu'ils contrôlent la justesse de notre manière de 
voir, non seulement en ce qui concerne les causes 

' Dans l'ouvrage de K. Keilhack : Lcbrbuch der prakli- 
sclicu Géologie. Arbeits-und UniersucUuugs-inelhodeD nul' 
dem GebJele der Géologie, Minéralogie und Palaonlologie. 
2= Autlage, Stuttgart. 1908, j'ai, au chapitre 33. qui traite 
des métliodes de sismologie, donné à cet effet des instruc- 
tions détaillées pour l'analyse des sismogranimes. 

= En réflécliissant qu'une toupie gvroscopique en mouve- 
ment de rotation rapide garde dans l'espace sa position 
stationnaire, l'idée m'est venue, au printemps de 1907, de ^ 
lemplacer la masse pendulaire des sismomètres par une 
toupie gyroscopique rotative, tant pour les pendules verti- 
caux que pour les horizontaux, et j'ai récemment encore 
étudié cette question avec S. Szirtes. du Bureau Central 
international. C'est ainsi que l'on arrivera probablement à 
obtenir une masse réelleriient stationnaire et que l'on 
obtiendra aussi une simplification des plus importantes 
pour l'analyse des sismogrammes. Un pendule ainsi cons- 
truit continuerait à fonctionner durant les gi-.ndes oscilla- 
tions des tremblements de terre locaux et destructeur.'^, pen- 
dant lesquels les pendules ont jusqu'ici refusé de fonctionner. 
L'application de cette idée rendrait possible la construction 
d'un sismomètre enregistrant exactement la partie verticale 
du mouvement du sol. L'application pratique de cette idée 
est en cours d'exécution. 



SIEBERG — L'INSCRIPTION INSTHIMI-NTALE DES SKiSMES ET LA PHYSIQUE DU GL015E «9 



des Iromblt'iuents de terre, mais aussi en ce qui 
concerne l'orogénie et les forces volcaniques, et 
même toute la formation et la conformation du 
i;lobe terrestre; ces résultats sont en même temps 
une pierre de touclie pour les théories qui se rap- 
portent à ces i)liénomènes pliysiques. Il est évident 
(|ue les conceptions les plus vastes ne peuvent et ne 
doivent être considérées que conmie des hypo- 
thèses'. Ce n'est que l'étude et l'analyse d'un grand 
nombre de tremblements de terre, survenus dans 
les conditions les plus difl'érentes, aux endroits 
les plus divers, el relevés-scientiflquement, qui, si 
je ne m'abuse, aurait chance de nous rapprocher 
de la connaissance de la vérité objective. Mais 
quand arriverons-nous au but que nous poursui- 
vons? Quelles nouvelles perspectives ces études 
ouvriront-elles en nous plaçant devant de nouveaux 
problèmes auxquels nous ne pensons même pas? 
Voilà des questions qui sont encore du domaine de 
l'avenir. Le sismomètre rendra certiiinemenl les 
mêmes services quant à la connaissance de Pinte- 
rieur de la Terre que le spectromètre pour r étude 
de l'Univers. Mais, comme le spectromètre et le 
télescope n'ont pu jusqu'ici dévoiler complètement 
les secrets de l'Univers, et comme l'acceptation 
d'une loi nouvelle met le savant en présence de 
nouvelles recherches, de même le sismomètre 
ouvrira au savant des domaines inconnus dont la 
découverte exige tous ses etTorts. 

Résumons d'abord brièvement les connaissances 
acquises jusqu'ici et, nous rattachant à ce que nous 
savons, essayons de nous rendre compte de la 
portée de ces connaissances pour l'époque actuelle 
el pour leur développement ultérieur. 



Comme on le sait, on désigne sous le nom de 
I remblemenls de terre des ébranlements du sol 
qui montent de piofondeurs plus moins grandes de 
la Terre jusqu'à sa surface. Ils se manifestent 
surtout par des déplacements subits des roches 
superficielles, qui, par leur structure et la variété 
de leurs matériaux, forment une vraie mosaïque. 
Si, pour une raison quelconque, l'équilibre est 
romiiu à un endroit, de façon à ce que les blocs 
arrivent à se trouver dans une nouvelle position 
d'équilibre, il se dégage de l'énergie sismique. 
C'est surtout par le frottement causé par le glisse- 
ment des blocs ou des plans de fracture nouvel- 
lement produits que de violents ébranlements 
se manifestent en |U"ovoquant des oscillations 

' Pour plus de renseignements, consulter mes deux ou- 
vrages : Haadbuch der Enibebenkiinde, Braunschweig, 1004, 
et surtout Der Ei-dball, se/oe Eutwickeluag und seine Kriil'le, 
Esslingen, 1908. 



élastiques dans les régions voisines. Ces oscilla- 
lions se communiquent de nouveau à d'autres 
masses rocheuses et sont bientôt ressenties à la 
surface de la Terre. Là, tous les objets prennent le 
mouAcment d'un pendule renversé; les parties 
supérieures, par suite de leur inertie, restent 
momentanément en repos, mais ensuite elles aussi 
se mettent en mouvement. Plus les oscillations se 
suivent de près et les périodes sont courtes, plus 
les conséquences sont désastreuses; mais, par 
contre, lorsque les mouvements sont lents, les 
parties agitées ont suffisamment de temps pour 
s'adapter entièrement, quoique imperceptiblement, 
au mouvement. Ce qui, dans le langage de la Phy- 
sique, veut dire que ce n'est pas l'amplitude du 
mouvement du sol, mais la grandeur de l'accéléra- 
tion maximum des particules de la Terre qui est la 
mesure du degré de gravité d'un tremblement de 
terre. Pour les tremblements de terre destructeurs, 
une série de causes accidentelles entrent en consi- 
dération; ces causes résident, soit dans la confor- 
mation du sol, soit dans la construction des bâti- 
ments et dans la nature des matériaux employés. 

L'énergie sismique qui s'est dégagée se trans- 
forme dans son parcours en d'autres formes 
d'énergie, mais surtout en chaleur, et elle se trouve, 
par conséquent, amoindrie et absorbée. Comme la 
puissance d'absorption de l'écorce terrestre pour 
des oscillations à courtes périodes est très graade, 
il faut s'attendre à ce que les chocs sismiques soient 
le plus violents dans l'épicentre, c'est-à-dire dans 
la région qui se trouve perjjendiculairemenl au- 
dessus du foyer souterrain (hypocentre). C'est effec- 
tivement ce qui arrive, et déjà à quelques centaines 
de kilomètres de distance de l'épicentre la percep- 
tion des oscillations du sol cesse pour les sens de 
l'homme. Autour de cette zone macrosisniique, ou 
régioH des ébranlements sensibles, dont le diamètre 
augmente en raison de la profondeur du foyer, 
s'étend la région microsismique. Dans cette région, 
les sismomètres très sensibles peuvent indiquer, 
même à des milliers de kilomètres de distance, le 
passage des ondes sismiques et figurer graphique- 
ment le phénomène passager, que l'on pourra 
étudier ultérieurement. 

A partir d'une certaine distance épicentrale, les 
sismogrammes marquent, en général, leur dévelop- 
pement typique. On y dislingue les phases sui- 
vantes : les premières et les secondes vibrations 
préliminaires (V, et VJ, les ondes longues (B) du 
tremblement de terre proprement dit, et éventuel- 
lement la phase finale (N). Si, à l'aide d'enregistre- 
ments d'une seule et même perturbation obtenus 
en différentes stations, l'on détermine la vitesse 
avec laquelle les ondes sismiques sont arrivées à 
l'endroit où est installé le sismomètre, on trouve 



60 SIEBERG — L'LNSCRIPTIOiN INSTRUMENTALE DES SÉISMES ET LA PHYSIQUE DU GLOBE 



que, seules, les ondes longues (B) du tremblement de 
terre principal conservent, indépendamment de la 
distance épicentrale mesurée sur la surface de la 
Terre, une vitesse presque constante d'environ 
3,8 kilomètres par seconde, tandis que, pour les 
ondes préliminaires, la vitesse de propagation 
augmente avec la distance de lépicentre. Voici les 
chiffres obtenus par Benndorf : les dislances sont 
exprimées en mégamètres (1.000 kilomètres) : 







TEMPS 




VITESSE 


SUPERFICIELLE 


DISTANCE 


EMPLOYÉ PAR 


LONOE 


en 


kilomètres 




épicenlrale 




n minul 


''2 . 


P_ 


r seconde 






V. 


C^ 


" 


V. 


S 


B~ 


1,0 . . 


2,1 


4,0 


4,4 


10,3 


:;,9 


3,8 


2,0 . . 


3,0 


l'o 


8,8 


10,9 


6,2 


3,8 


4,0 . . 


6,.j 


12.1 


n,6 


12,3 


6,0 


3,8 


6,0 . . 


9,1 


16,6 


26,4 


13.9 


7,9 


3,8 


8,0 . . 


11,3 


20,0 


33,2 


16,2 


9,3 


3,8 


1»,0 . . 


13,2 


23,8 


44,0 


19,4 


11,1 


3,8 


12,0 . . 


14,8 


26,3 


32,8 


2i,2 


13.9 


3.8 


li,0 . . 


16,0 


28,6 


61,6 


31,4 


18.;; 


3, S 


16,0 . . 


16,i) 


30.1 


70,4 


46,3 


27,8 


3,8 


18,0 . . 


l",i 


31,0 


79,2 


S7,7 


35.6 


3,8 


20,0 . . 


17.6 


31.3 


8S,0 


^ 


y^ 


3,8 



L'observation démontre à première vue que les 
oncles longues se propagent à la surface de la Terre, 
tandis que les ondes préliminaires doivent néces- 
sairement descendre dans les profondeurs de 1h 
Terre, oii elles trouvent moyen de se propager plus 
rapidement. Comme nous le verrons, cette consta- 
tation est de la plus grande portée pour toute la 
Physique du Globe. 

En ce qui concerne la propagation des ondes si.s- 
miques, il faut faire une distinction bien nette entre 
les trois valeurs suivantes : 

1° Ce que l'on appelle en allemand LauCzeit, 
c'est-à-dire le temps que l'énergie sismique met à 
arriver à un point déterminé de la surface de la 
Terre, en se dégageant du foyer sismique, hypothé- 
liquement représenté par un point, et placé à la 
surface de la Terre. Les deux suppositions sont 
admissibles, lorsqu'il s'agit d'une distance épicen- 
trale d'au moins 1 mégamètre. 

2" La vitesse apparente ou vitesse superficielle, 
c'est-à-dire le nombre de kilomètres parcourus à la 
surface de la Terre en une seconde, c'est-à-dire le 
quotient de la dislance épicentrale par le temps que 
l'onde met à parcourir une dislance donnée 
(Laufzeil). 

3° La vitesse véritalile ou vitesse de propagation, 
c'esl-à-dire le nomlu'e de kilomètres parcourus en 
une seconde sur le chemin réel du rayon sismique. 

Par conséquent, les ondes longues du tremble- 
ment de terre principal coïncident avec les ondes 
superficielles et la vitesse véritable est identique 
avec la vitesse apparente; mais, pour les ondes 
préliminaires, la vitesse apparente représente la 
projection de la vitesse rèelh' sur la surface do la 



Terre. Il est maintenant évident que la vitesse 
réelle ne peut être obtenue que lorsque l'on connaît 
exactement le chemin parcouru par l'énergie 
sismique, selon sa forme et sa direction. C'est 
ainsi que nous sommes arrivés au problème le plus 
difficile de la Physique sismique, qui est en même 
temps de la plus haute importance pour toute la 
science de la Terre. Avant d'approfondir le sujet 
que nous allons traiter, nous donnerons l'explica- 
tion de quelques expressions techniques. 



II 



D'après les expériences faites jusqu'ici, nous 
devons considérer le globe terrestre, pris dans son 
ensemble, comme un milieu t^lastique isotrope. Dans 
ce milieu, la propagation de l'énergie part généra- 
lement du foyer sous forme de séries d'ondes splié- 
roïdales et fermées, dont les ondes sonores sont la 
meilleure image. Dans le langage adopté par les 
sismologues, on désigne ces surfaces d'ondes ( lUe^- 
lenllacheii) sous la dénomination d'ondes bumoséis- 
tiques, et la ligne d'intersection avec une surface 
limite prend le nom d'Iiomoseiste. Le chemin que 
suit l'énergie sismique depuis son point de départ 
jusqu'à un point d'observation quelconque est 
représenté par la ligne de jonction des deux points, 
ligne perpendiculaire à toutes les surfaces homo- 
séistiques, ce que l'on appelle le rayon sismique. Si 
le rayon sismique arrive à une surface limite du 
milieu transmetteur, comme est, par exemple, la 
surface de la Terre, il forme avec celle-ci un angle 
d incidence analogue à celui que l'on considère en 
Optique; mais, en Sismologie, on a préféré se servir, 
à sa place de Vangle d'émergence, qui est son 
complément à 90", c'est-à-dire l'angle que le rayon 
sismique forme avec la surface limite. Wiechert 
a prouvé ce fait important que non seulement 
chaque rayon sismique descend dans les profon- 
deurs du foyer sous le même angle sous lequel il 
revient finalement à la surface, mais aussi qu'en 
général cet angle a la même valeur à tous les 
niveaux, soit que le rayon plonge dans la Terre, soit 
qu'il en remonte, de sorte que les deux branches 
du rayon sismique sont symétriques quand on 
mesure celui-ci à l'endroit le plus profond. E. Wie- 
chert base sur cela une méthode à la fois graphique 
et numérique, propre à donner la direction du rayon 
sismique dans l'intérieur de la Terre, quand les 
hodographes (Laufzcitiairven) du tremblement de 
terre sont connues, car les angles d'émergence peu- 
vent être déduits de celles-ci. 

Comme je lai dit, la forme des surfaces homo- 
séistes, et conséquemment celle du rayon sismique, 
est généralement déterminée par la conformation du 
mllieu,c'est-à-direduglobe terrestre. Le premier qui 



SIEBERG - L'INSCRIPTION INSTRUMENTALE DES SÉISMES ET LA l'IIYSIQUE DU GLOBE Cl 



se soit occupé de cette question est l'Anglais R. 
Mallel, dans son ouvrage sur le grand tremblement 
«le terre napolitain du 16 décembre 1857, ouvrage 
>[ui a l'ait époque; avec de nombreux partisans, il 
admet un milieu absolument homogène; de l'épi- 
•■cnlre parlent des ondes sphériques concentriques 
et des rayons sismiques rectilignes. Mais, en réalité, 
les choses ne sont absolument pas aussi simples. 
Dans son Mémoire sur le mouvement des ondes 
1888), Aug Schmidt, de Stuttgart, a montré que, 
comme les conditions physiques pour la propaga- 
lion varient en raison de la profondeur sous la 
surface de la Terre et, par suite, de l'augmentation 
de la pression, de la densité et de l'élasticité des 
couches rocheuses, il faut que les ondes sphériques 
soient excentriques et que, par suite, les rayons sis- 
miques soient courbes. Schmidt en déduisit une aug- 
mentation de vitesse de propagation vers l'intérieur 
de la Terre, ce qui lui fil, en conséquence, admettre 
des rayons sismiques courbés d'une manière con- 
vexe vers l'intérieur de la Terre, conception dont il 
a prouvé la justesse. En 1903, F. A. P'aidaga l'a 
également prouvée par des observations sismiques, 
et W. Schliiter, à l'aide d'analyses instrumentales 
l^récises; en 1903, G. Maas, au contraire, crut devoir 
admettre une courbure des rayons sismiques exac- 
tement opposée. 

En 1897, R. von Kœvesligethy, professeur à l'Uni- 
versité de Budapest, publia, dans les « Comptes 
rendus sur les Mathématiques et les Sciences phy- 
siques et naturelles de Hongrie », un travail intitulé 
« Nouvelle théorie géométrique des phénomènes 
sismiques », travail qui traite de la question du 
rayon sismique au point de vue strictement phy- 
sique et mathématique. Comme cela arrive du reste 
fréquemment, on ne tint pas d'abord suffisamment 
compte de cet ouvrage dans les milieux compétents. 
Mais von Kœvesligethy continua sans relâche à tra- 
vailler au développement de sa théorie, et, tirant 
profit du rapide essor de la Sismologie en ces dix 
<lerniéres années, surtout dans le domaine des 
recherches instrumentales, il put, en 1905, faire 
paraître ses études sous une forme nouvelle. Dans 
son Traité sur « le calcul des éléments sismiques » 
{Die lierecbnung seisniischer Elementr), il déve- 
loppa sa théorie' et montra, eu même temps, com- 
ment son application pratique peut être utilisée 
]iour la Sismologie en particulier, ainsi que pour la 
Géophysique en général. En se servant de l'étude 
du Professeur Rudolph sur le tremblement de terre 
de Ceram du 30 septembre 1899, il expose et dé- 
montre mathématiquement l'applicatiou pratique 

' On trouve, dans la » Seismonomia » de R. von Kœvesli- 
gethy (vol. XI, 1906, p. 113, du B.Ueliao dalla Sucictà His- 
mologica Italiaaa). une méthode détaillée et explicite pour 
«lîectuer ces calculs. 



de sa méthode. Ce qui montre la justesse de cette 
méthode, ce qui en est comme la pierre de touche, 
c'est que le calcul et les observations s'accordent, et 
il en a élé ainsi pour les recherches faites jusqu'ici. 
Malheureusement trop peu de calculs de ce genre 
ont élé faits pour pouvoir en tirer des conclusions 
d'ordre général. 

Ce qui est certain, c'esl que le rayon sismique est 
généralement une section conique qui passe parle 
foyer sismique (hypocentrei. La forme de la section 
conique est déterminée par l'indice de réfraction 
des couches terrestres traversées; conséquemment, 
les axes s'obtiennent mathématiquement. S'il en 
résulte pour les deux axes de la section conique 
des valeurs réelles, nous avons affaire à une ellipse; 
si, le grand axe étant réel, le petit est imaginaire, 
il s'agit d'une hyperbole; enfin, un petit axe indé- 
terminé, joint à une valeur infinie du grand axe, 
donnerait un rayon sismique parabolique. On voit 
par là que le rayon sismique de Schmidt repré- 
sente un cas spécial de la théorie de von Kœves- 
ligethy. Les sept éléments sismiques suivants se 
présentent dans l'équation qui sert à calculer les 
rayons sismiques : V indice de réfraction des couches 
terrestres, la profondeur du foyer sismique sous 
la surface de la Terre, le temps auquel se produit 
le choc sismique à l'épicentre, le temps d'arrivée 
du mouvement sismique à la station sismométrique, 
la vitesse de propagation du mouvement sismique, 
ainsi que la longitude et la latitude géographiques 
de l'épicentre. De ces éléments, il n'y a que le 
moment d'arrivée du mouvement sismique à l'en- 
droit oii se trouve le sismomèlre qui soit connu; 
les six autres éléments sont les « inconnues » de 
l'équation. Il faut donc six équations qui seront 
fournies par les données recueillies en six stations 
au moins pour le tremblement de terre considéré. 

La manière d'opérer pour faire ces intéressants 
calculs se rapproche beaucoup de celle qu'on em- 
ploie pour la détermination des orbites planétaires; 
car la aussi la trajectoire est une section conique, el 
c'est avec six inconnues qu'il faut faire le calcul. 
La seule différence est qu'en Astronomie il n'y a 
à considérer qu'une seule section conique, tandis 
que, pour les tremblements de terre, il faut, pour 
ciiaque station d'observation, une autre section 
conique. Les équations qui expriment en Sismo- 
logie le rapport entre le moment de la secousse et 
les éléments inconnus sont des équations dites 
équations transcendantes, c'est-à-dire que les 
inconnues ne s'y présentent pas sous forme algé- 
brique. Si l'on veut résoudre une équation de ce 
genre, il faut s'y prendre de façon à adopter pour 
les inconnues des valeurs provisoires aussi approxi- 
matives que possible; on les con.sidère alors comme 
connues et, avec elles, on calcule comme étant 



(;2 SLEBERG — L'INSCRIPTION INSTRUMENTALE DES SÉISMES ET LA PHYSIQUE DU GLOBE 



inconnues les données de lemps réellement cou- 
nues des stations sismiques. Et c'est ainsi qu'il faut 
continuer, en partant chaque fois d'un autre point 
de vue, jusqu'à ce que les données de temps obte- 
nues par le calcul correspondent suffisamment 
avec celles que fournissent les observations. On 
obtient ainsi, pour chacune des six valeurs particu- 
lières, effectivement inconnues, un certain nombre 
de valeurs d'où l'on déduit enfin la valeur la plus 
[irobable par la méthode des moindres carrés. 



III 



Le même problème peut être traité d'une façon 
ibsolument différente en se liasant sur la théorie 



Tremblement Tremblamet 

de terre , de terre 

rapproche i local 



rapproche j ' 




^,„-jMl\f/' """^b" "' 



Kig 1. — Représentation sclicmaliquc do la /iropagation 

des ondes sismiques et de leur apparition dans le sismo- 

gramnie, d après X. Siebei'g. 

de l'élasticité. Cela exige naturellement, en oppo- 
sition avec ce qui précède, une conception et un 
traitement tout particuliers. Pour cela, il faut 
admettre l'hypothèse d'une Terre formée de ma- 
tériaux isotropes et de surfaces sphériques con- 
centriques superposées, où le changement des 
qualités élastiques se produit d'une façon toute 
graduelle et continue. .Rudzki adopta le premier 
cette manière de voir et, depuis 1003, II. Benndorf ' 
et E. Wiechert' le suivirent, mais à des points 



' II. Bp.nmiouf : Uc'l)ei' dit' Art der Kiirl|in;iii/iintr der 
Ei-dbebenwellen ini Eidiiinciii. I und II Millcihinfr. NeiU' 
Fulgc, n" 29 iind... dcr Mittcilungcn dor Evdltrbenl^ommis- 
sion dur Kaisorl. Akadeniie der Wissenscliaftcn in Wicn. 
\9K und IHOli. 

' E. WiKCHEiir : Theoi'etisches ûbcr dio Ausbivilunj; dur 
Erdbebenwelten. NacUrichlen von der Kyl. (iesellsehatt 
lier Wissenscliaftcn zur Goettingen,matliein,-physik. AVasse, 
HI07, Iluft 4, p. 4IS. 



de vue dillérents. Ces travaux oui déjà donné une 
série de résultats réels, et c'est sur ces résultats que 
nous fonderons les observations qui vont suivre. 

Si, en nous basant sur la théorie de félasticilé, 
nous résumons brièvement les résultats obtenus 
de nos jours en mesurant instrumentalement les 
tremblements de terre, nous pouvons tracer ï image 
suivante des conditions physiques qui régissent les 
tremblements de terre (fig. 1) : 

De l'hypocentre, situé au maximum à 200 kilo- 
mètres sous la surface de la Terre, l'énergie sis- 
mique se propage en tous sens dans le globe 
terrestre comme des oscillations élastiques sous 
forme d'ondes sphéroïdales. La propagation des 
ébranlements élastiques dans un milieu homogène 
se produit, comme Poisson a été le premier à le 
montrer, toujours de telle sorte que deux espèces 
d'ondes se développent simultanément et s'étendent 
au loin indépendamment l'une de l'autre. Ce sont, 
d'un côté, des ondes de compression dépendant de 
changements de volume, et conséquemment des 
ondi:'s longitudinales qui s'étendent dans la direc- 




Fig. 2. — Onde de contorsion. 

tion du rayon sismique; ce sont, de l'autre côté, 
des ondes transversales, et, d'après les expériences 
de Fresnel, des ondes de contorsion, dont la direc- 
tion des oscillations est perpendiculaire aux pré- 
cédentes. Le point caractéristique des ondes de 
contorsion, c'est que le déplacement se produit le 
long de lignes droites et parallèles, et non d'une 
façon circulaire, comme pour les ondes de l'eau. 
Si, par exemple, des cubes sont rangés l'un à 
côté de l'autre, comme on le voit dans la figure 2, 
quand les oscillations se font en sens transversal, 
chaque cube se transforme en un parallélipipède 
oblique. Cependant, si l'on peut admettre d'une 
manière certaine que la Terre est élastique et non 
homogène, nous devons néanmoins supposer que 
nulle part dans l'intérieur de la Terre la réfraction 
des ondes sismiques n'a lieu, et, par conséquent, 
la vitesse des deux espèces d'ondes ne changera 
sur aucun point par transition subite, mais toujours 
d'une façon uniforme. De plus, les deux espèces 
d'ondes se propageront dans la direction du rayon 
sismique, de sorte qu'un obstacle qui se présen- 
terait produirait une ombre le long de cette 
direction. 

La vitesse de proiuigaliun la plus grande est 
celle des ondes longitudinales, et il faut considérer 
comme telles les vibrations préliminaires V, pour 



SIEBER(4 — LINSCKIFÏION INSTUrMENTALE DES SÉISMES ET LA PHYSIQUE DU (ILOHE 



63 



li'siiuelles la vitesse de propagation superlicieile 
a[)parente est, en moyenne, d'environ li kilomètres 
l)Mr seconde. La vitesse superlicieile des ondes 
transversales est à peu près la moitié de la précé- 
dente; c'est celle des secondes vibrations pré- 
liminaires V,, qui ont une vitesse superlicieile 
d'environ 7 kilomètres et demi par seconde. 

A l'épicentre, où les ondes sphériques de l'inté- 
rieur de la Terre paraissent à la surface, elles pro- 
duisent des oscillations superficielles nommées 
ondes de Rayleigh, du nom du physicien anglais 
qui les a découvertes. Comme elles provoquent gé- 
néralement, pour de grandes distances épicentrales, 
les plus fortes oscillations du sol et qu'elles se font 
le plus remarquer dans les sismogrammes, cette 
pliase iB) est appelée la phase principale. En géné- 
ral, les ondes de Rayleigh correspondent à peu près 
aux ondes de l'eau, mais elles en diffèrent cepen- 
dant complètement par un trait principal : Tandis 
que, lorsqu'il y a perturbation de l'équilibre de 
l'eau, la pesanteur produit la pression intérieure 
qui sert à communiquer et à transmettre le mouve- 
ment d'une particule à l'autre (ondes de gravitation), 
pour les ondes de Rayleigh, l'élasticité est la force 
qui refoule et qui produit les oscillations. Il est pro- 
bable, ainsi que l'a montré Wiechert à laide de 
tracés sismiques, qu'elles sont formées par la réu- 
nion d'ondes de compression et de torsion, de telle 
sorte que la réunion ne se produit qu'à la surface. 
Là, les difTérentes espèces d'ondes se confirment 
l'une l'autre pour faire disparaître partout, à la 
surface, les pressions élastiques, ainsi que l'exige 
la libre mobilité de la surface. On peut voir, 
malgré cela, que la contradiction de cette hypothèse 
concernant la vitesse des ondes superficielles de 
3,8 kil. environ par seconde, vitesse moindre, par 
conséquent, que celles des ondes de compression et 
des ondes de contorsion, n'est qu'apparente. Il en 
ressort plutôt que ce ne sont pas les ondes de Ray- 
leigh, [)roduites au foyer sismique, qui avancent 
sur une ligne frontale sphérique avec la vitesse 
appartenant à l'état stalionnaire, mais que ce sont, 
au contraire, des ondes qui ont la vitesse des ondes 
de compression et des ondes de torsion i[ui doivent 
précéderet arriver peu à peu à un étal corresptmdant 
à celui de l'état stalionnaire des ondes de Rayleigh. 

Si l'on considère l'épicentre comme pôle, les 
vagues superlicielles diminuent d'énergie jusqu'à 
l'équateur; de là au pôle opposé, ou « aniiépicenire", 
l'énergie augmente de nouveau; mais, sur le par- 
cours, une partie de l'énergie des ondes longues se 
perd pur absorption, car, d'après les recherches de 
G. Angenheisler', l'énergie concentrée dans l'anli- 

' Ci. AN(iEXHEiSïEu : Beslimmung der Fortpnanzungsge- 
scliwindigkcit und Absorption von Erdbebeuwellen, die 
dui'ch deii Gegenpuiilit des Herdcs geg:ingen sind. iVacljr, 



épicentre n'esl plus que la 490° partie de l'énergie 
initiale, et l'amplilude du mouvement vrai du sol 
est réduite à 1 22. Alors l'antiépicenlre remplit le 
rôle d'épicentre; les ondes superlicielles qui en 
partent, les ondes W,, n'ont plus à l'épicentre que la 
242.500° partie de l'énergie initiale (== 1 i90 de l'am- 
plitude réelle). Ce courant de va-et-vient continue 
jusqu'à ce que toute l'énergie soit épuisée; on a 
cependant rarement pu jusqu'ici observer des ondes 
Wj. Par les expériences déjà faites, on voit aisé- 
ment que les ondes des dillérents groupes, des 
« phases » du sismogramme, se suivent d'autant 
plus lentement que l'épicentre se trouve plus éloigné 
de l'endroit où se trouve le sismomètre: inverse- 
ment, la longueur des phases du sismogramme 
nous permet de calculer la distance de l'épicentre à 
la station d'observation. Parmi les nombreuses 
formules empiriquement obtenues à cet effet pour 
les tremblements de terre éloignés, c"est-à-direpour 
unedistanceépicentralede2.0t>0à 12.000 kilomètres 
de la station sismornétrique, le calcul le plus sim- 
ple est celui de Lâska. La règle de Lâska. qui per- 
met d'effectuer le calcul mentalement et qui donne, 
comme l'expérience le prouve, les meilleurs résul- 
tats, est la suivante ; 

(Y. — V,^ minutes — 1 = .\ luégaméU'c.'S. 

Si donc la durée de la première phase préliminaire 
est de 10,7 minutes, la distance épicentrale est de 
9.700 kilomètres. 

Les distances épicentrales que l'on a ainsi obte- 
nues peuvent être très sensiblement améliorées si 
l'on tient compte des valeurs que Benndorf a obte- 
nues pour les hodograplies; il suffit alors de tenir 
compte des corrections suivantes : 



TANCE ÉPICENTKALE 


COKREr.TION A INTRODUIR 


selon Uiska 


selo 


a Benndorf 


\ iiiégamètres. 


-O.t 


mégfiiaéll'es. 


■2 — 


-0,3 


— 


3 — 


— 0,5 


— 


4 — 


— 0,6 


— 


5 — 


— 0,6 


— 


(i — 


— 0,6 


— 


7 — 


— 0,5 


— 


8 — 


— 0.3 


— 


9 — 


-0,0 


— 


(i — 


-J- 0.:; 


— 


1 — 


+ i.o 


— 


2 — 


+ i,S 


— 



D'après leur tracé, on peut distinguer les trois 
types suivants (fig. 1) de sismogrammes, en rapport 
très étroit avec la distance épicentrale ; 

1° Les tremblements de terre locaux, dans la 
région épicentrale. L'espace parcouru étant court, 
le sismogramme ne inarque pas la dill'èrence entre 

V. (I. Kgl. Ges. il. Wiss. zii Gi'uiiutjen, mathcm.-pliysik. 
Klassc, 1906, p. tlO £f. — 1d. : Seismische Registrierungeii 
in Gôtlingen im Jalire 0,'i. /(/.. p. 3j7 ff. 



64 SIEBERG — L'INSCHIPTION INSTRUMENTALE DES SÉISMES ET LA. PHYSIQUE DU GLOBE 



les différentes espèces d'ondes. Chacun des chocs 
de courte période (1/2 à 3 sec.) est indiqué comme 
tel par le sismogramme; les chocs consécutifs, 
répliques ou after-shocks, commencent à se dessiner 
par suite de la diminution progressive des oscilla- 
tions propres du sol; 

2" Les tremblements de terre rapprochés, dont la 
distanceépicenlraleatteint 1.000 kilomètres. Ici, une 
seule phase préliminaire V, se fait remarquer, avec 
des périodes d'ondes de 1 à 6 secondes. Alors les 
ondes longues B du tremblement de terre propre- 
ment dit, du séisme principal, se dessinent avec 



un peu plus longues et de plus petites amplitudes, 
terminent le sismogramme. Ces phases se voient 
clairement quand on examine attentivement la 
ligure 3; c'est l'enregistrement obtenu à Stras- 
bourg de la terrible catastrophe de San Francisco. 
En étudiant la figure 3, où chaque interrup- 
tion de la courbe correspond à une minute, hi 
distance entre San Francisco et Strasbourg étant de 
9.700 kilomètres, on verra facilement l'exactitude 
de la règle de Lâska. Lorsque l'on connaît le temps 
que l'onde met à parcourir une distance donnée, 
on peut encore indiquer l'heure exacte du commen- 



35 



V2 50 m 




I 13h25m 30m 

rV-v*' -wy^'Wv/vvV ■wv\-v,.y»vi„-^ V^^>V,*»«v.Mw V^\%r,,*-vVVw-iViv*v-vS/V \As%-vWVV -\A''V'^ 

40 m 45m JB 

/"Vl"^ V ~V^*'\A' -aA^sA"^ amAVVN 'VVv\/vv^-A^/^'V\/\/V/ ^^A/VVv^ w^'V^V^V ^^^^v'v-Av ^^^/VA.^^ 

55 m 



" 30m 35m " f j^ 40m 

45m 50m 55m 



f.Bo/!'!e^>.fl^ del. 




Sism'Hjnnnmf d'un lijlcsismc rlfstj-iict'Ur (liemblewonl i/c tern' de Sun p'i'anciscu] enrciji 
le hS avril 1000 à Slrusbourg (Alsar.c). — Distance i-picentrale : il. 700 kiluinètres. 



des périodes d'environ 10 secondes, auxquelles se 
rattachent les ondes finales N; 

3° Les tremblements de terre lUoignés, ou dont 
la distance épicentrale est supérieure à 1.000 kilo- 
mètres. Immédiatement après les premières ondes 
préliminaires V, arrivent les secondes V,, dont la 
période est un peu plus longue et dont l'amplitude 
l'est aussi le plus souvent. Viennent ensuite les 
(irides longues B, dont la i)ériode varie, selon la 
ilistance épicentrale, de 70 à 20 secondes. La prin- 
cijjale phase peut se diviser en trois subdivisions, 
qui varient le plus souvent quant à la période et à 
l'amplitude : d'abord les périodes sont longues et 
les amplitudes faibles, puis l'amplitude augmente 
sensiblement, tandis que la période diminue, et 
finalement la période et ram[)litude diminuent 
tdules deux. Les ondes finales N, avec des périodes 



cément du tremblement de terre de San Francisco. 
Le sismogramme donne d'abord l'heure de Green- 
wich, dont il faut retrancher 8 heures pour obtenir 
l'heure du Pacifique, en usage dans l'Ouest des 
Ktals-Unis. 

Les ondes des sismogrammes ne se développent, 
en général, pas aussi nettement qu'on pourrait le 
supposer par ce qui a été dit précédemment. Les 
ondes de surface surtout montrent les groupements 
les plus divers et les plus embrouillés. Des séries 
d'ondes secondaires de différentes périodes leur 
sont superposées et permettent souvent k peine de 
reconnaître encore l'onde normale. Wiechert est 
disposé à les attribuer en partie à des oscillations 
propres, à un état oscillatoire dans lequel entre 
toute l'écorce solide de la Terre, jusqu'à une couche 
de magma llexible qui se trouve en-dessous. La 



SIEIÎERG — L'INSCRIPTION l.NSTKUMKNTALE DES SEISMRS l'T L\ PIIVSKJUK UV (MAiW, 6.j 



<'onforinaLion géologique du sol joup eiicorp un 
lole particulier; des blocs de terre, ([ui diil une 
période propre diflérente de celle de la [lériode 
originale des ondes, accumulent, Jusqu'à un cer- 
lain point, une partie de l'énergie des ondes et la 
réfléchissent de nouveau avec leur ])ériode propre; 
ils deviennent donc des centres nouveaux et secon- 
daires pour la réflexion graduelle d'oscillations 
ultérieures. Outre cela, diverses eirconslances 
locales, telles que des vallées transversales, la 
réflexion causée par des massifs de montagnes, etc., 
en changent la direction et l'intensité. On conçoit 
donc aisément qu'il se trouve précisément dans le 
IremblemenI de terre principal des signes caracté- 
ristiques qui font penser à des interférences. Le 
>ismogramme .sera encore plus compliqué si l'im- 
pulsion qui vient de l'hypocentre, et qui commu- 
nique le riiouvement, provient d'une série de chocs 
courts et successifs, au lieu de provenir d'un seul 
choc. 

Ainsi que M. S. Szirtes a été le premier à le remar- 
(juer, on voit au premier coup d'œil si le sismo- 
gramme provient d'une perturbation sismique 
lerrestre ou d'une perturbation sous marine. Car, 
par suite de la conformation plus dense dés couches 
de l'écorce terrestre situées sous le sol sous-marin, 
les sismogrammes provenant de tremblements de 
lerre sous-marins ont, dans la phase principale, une 
allure plus régulière, des amplitudes extraordinai- 
rement petites et de très grandes périodes; tandis 
((ue les sismogrammes provenant des perturbations 
terrestres indiquent les diverses influences agissant 
sur les blocs légers mobiles, ce qui donne au sis- 
inogramme une allure irréguliére, dont le tracé 
tcirme un grand nombre de dentelures superposées 
à courte période et à grande amplitude. On peut 
généralement, pour des sismogrammes tracés de la 
même manière, conclure à des foyers identiques ou 
du moins très rapprochés. 

Jusqu'ici, nous n'avons parlé que des ondes qui 
se propagent directement. Il faut cependant tenir 
compte de la réflexion des ondes sphériques arri- 
vant à la surface de la Terre. On a, depuis des 
années déjà, de différents côtés, donné à entendre 
qu'il est possible que les ondes sisrniques se réflé- 
chissent, mais ce n'est qu'en 1906 que cette 
réflexion fut reconnue et tracée dans les sismo- 
grammes à l'Institut Géophysique de Gœttingen. 
L'on s'aperçut que les ondes réfléchies sont parfois 
plus fortes que les ondes directes. Pour com- 
mencer, on ne put cependant trouver la réflexion 
qu'à la surface de la Terre et non dans des couches 
instables plus profondes. En général, une série 
uniforme d'ondes d'élasticité tombant sur une sur- 
face limite des plus reculées provoque deux sé- 
ries d'ondes, car non seulement des ondes de la 



même espèce se propagent par réflexion , mais 
des ondes d'une autre espèce se joignent à celles-ci. 
Comme Wiechert le prouve, par exemple, un rayon 
d'ondes longitudinales réfléchi à la surface de la 
Terre se continue par un rayon semblable qui des- 
cend dans la Terre sous le même angle et reparaît 
de nouveau à la même distance, et ensuite par un 
rayon d'ondes transversales qui descend plus pro- 
fondément et remonte aussi à une bien plus grande 
distance. Un rayon d'ondes transversales, dont les 
oscillations sont parallèles à la surface de la Terre, 
c'est-à-dire transversales par rapport au plan de 
réflexion, n'est réfléchi que comme rayon de la 
même espèce, sous le même angle. Les choses 
deviennent plus particulièrement compliquées pour 
un rayon d'ondes transversales dont les oscilla- 
tions transversales sont parallèles à la surface ver- 
ticale dans laquelle le rayon remonte à la surface 
de la Terre. On peut à peine se faire encore une 
idée de ce que seront les rapports lorsque l'angle 
d'émergence sera égal à celui de la réflexion totale. 
La chose est plus claire ([uand l'angle d'émer- 
gence dépasse la valeur limite de la réflexion 
totale : alors une onde transversale est réfléchie 
sous un angle d'incidence plus aigu. A une onde 
transversale, avec l'onde longitudinale qui lui fait 
suite, se joint, dans des conditions géométriques 
absolument proportionnées, une paire d'ondes dont 
un rayon d'ondes longitudinales forme le commen- 
cement et un rayon d'ondes transversales la conti- 
nuation. Une onde, qui sur son parcours a été 
réfléchie une, deux ou trois fois sans changer de 
nature, décrit dans la Terre un ou deux ou plu- 
sieurs arcs égaux et traverse chacun dans le m^ me 
temps. De cette façon, l'hodographe d'une pareille 
onde, composée d'arcs égaux d sur une distance A, 
sera ;) fois plus grand que l'hodographe d'une 
onde directe sur la distance A//;. La vitesse super- 
ficielle d'une onde qui revient à la surface a^rès 
un nombre quelconque de réflexions est alors tout 
aussi grande qu'à sa première apparition. Comme 
la vitesse des ondes directes est d'autant plus petite 
que nous approchons du foyer, il s'ensuit que la 
vitesse des ondes réfléchies sur le parcours est 
moindre que la vitesse des ondes directes arrivant 
au même point de la surface de la Terre. Il est 
plus difficile de déduire l'hodographe des ondes de 
transformation (Wechselwellen), c'est-à-dire des 
ondes qui, en chemin, changent de nature par la 
réflexion. Mais, nous ne nous arrêterons pas plus 
longtemps à cette question. 



IV 



Les recherches faites jusqu'ici sur la nature du 
rayon sismique ont, si peu nombreuses qu'elles 



66 SIEBERG — L'INSCRIPTION INSTRUMENTALE DES SIÎISMES ET LA PHYSIQUE DU GLOIJE 



soient, jeté déjà sur la conslitution ilu (jlobe une 
vive lumière, et fait paraître sous un jour tout 
différent d'autres questions fort nombreuses se 
rapportant à la Géophysique. Nous avons vu que 
les ondes principales se meuvent le long de la sur- 
face de la Terre, tandis que les ondes préliminaires 
se meuvent dans les profondeurs de la Terre ; 
autrement dit : par rapport au centre de la Terre, 
le rayon sismique doit être de forme concave, 
tandis que les rayons sismiques des ondes pré- 
liminaires ont une courbure convexe vers son 
centre. Un pareil contraste est incompatible avec 
un milieu également élastique; il décèle natu- 
rellement des discontinuités dans le globe ter- 
restre. La contradiction que Ton trouve dans la 
courbure opposée du rayon sismi(iue disparait si 
l'on admet une couche mince et relativement rap- 
prochée de la surface de la Terre, couche dans 
laquelle existent des conditions de réflexion s'éloi- 
gnant de celles du reste du corps terrestre. Il ne 
s'agit plus que de trouver les valeurs respectives 
en chiffres. En se basant sur de tout autres 
données, E. ^^"ieche^t a tiré, en 1897, du degré 
d'aplatissement de la Terre, des répartitions sai- 
sonnières, et d'autres valeurs géophysiques ana- 
logues, la conclusion que le globe terrestre est 
composé d'un noyau de fer entouré d'un manteau 
de pierre dont l'épaisseur représente le cinquième 
du rayon de la Terre. En n'employant, pour ses 
études les plus récentes, que les résultats de la sis- 
mométrie, Wiechert arrive au même résultat, ce 
qui est très significatif. Mais ce résultat diffère 
grandement des valeurs numériques que J. Milne 
déduisit en 1903 d'études sismométriques; Milne 
trouve une épaisseur de l'enveloppe d'un ving- 
tième seulement du rayon de la Terre, nombre que 
Ldska crut aussi devoir accepter. Mais ces diffé- 
rentes valeurs ne s'excluent pas l'une l'autre ; elles 
se complètent, comme nous le savons aujourd'hui, 
de sorte que, sous le rapport physique, nous 
devons considérer le globe comme composé de 
trois corps concentriques. En 1900, H. Benndorf 
s'est également occupé de cette question. En cal- 
culant, par une méthode géométriquement syn- 
thétique, la vitesse des premiers précurseurs dans 
l'espace, il arrive au résultat suivant : 



RATON VECTEl B 


INDICE 


VITE 


^SE RÉELLE 


en i-avons tcrroslrcs 


Di; RÉFRACTION 


en kiloiii. par sec 


0,0 


0,3:; 




15,-7 


0,1 


0,35 




15.7 


0,2 


0.35 




!5.7 


0,3 


0.35 




15,7 


0,i 


0,35 




15,1 


0,:; 


0,36 




15,3 


0,6 


0,3S 




1 i,5 


0,1 


0,41 




\>.l 


• 0.8 


O.i!) 




11,3 


0,83 


0,50 




11,1 



YON VECTEUR 


INDICE 


VITE 


SE BÉELLB 


yons 1er 


estres 


DE REFRACTION 


cnkil 


->m. par sec 


0,90 




0,50 




10.0 


0,95 




0,54 




10.3 


0,973 




0,63 




8.8 


1.00 




1,00 




5,5 



Ce qui vi'iH dire que, au centre de la Terre, la 
vites.fe de propagation a un maximum qui diminue 
continuellement en se rapprochant de la surface; 
vers les 4/5 de son rayon arrive un état station- 
naire pour la diminution; peut-être y a-t-il même 
éventuellement une légère augmentation, qui per- 
siste Jusqu'à ce que, aux 19/20 environ du rayon 
terrestre, se produise une diminution subite des 
valeurs superlicielles. Ce rapport typique s'accorde, 
en partie, avec la théorie de Wiechert, fait impor- 
tant en ce qu'il en confirme la justesse ; il contirme- 
rait, d'autre part, l'existence d'une croûte terrestre 
d'un vingtième de profondeur, hypothèse admise 
par Milne et par Lâska '190i). 



11 s'agit maintenant de savoir jusqu'à quel point 
ces couches doivent entrer en considération, en ce 
qui concerne l'origine d'un tremblement de terre, 
et cela nous conduit au problème de la profondeur 
du foyer d'où vient le tremblement de terre: 
nous arrivons ainsi sur le terrain de la dynamique 
tellurique en général. C'est R. Mallet qui a encore 
été le premier à aborder la question par les re- 
cherches qu'il lit sur le tremblement de terre napo- 
litain de l'année 18.'57. En admettant que les lézardes 
des murs étaient perpendiculaires au rayon sis- 
mique, il reconstruisit lesdits rayons considérés 
comme lignes droites et trouva ainsi, à une pro- 
fondeur de 10,6 kilom., au point d'intersection de 
deux lignes, le foyer sismique qu'il clierchait. En 
1873 , K. von Seebach, et plus tard C. E. Dutton 
essayèrent de déduire de l'intensité du tremblemeiil 
de terre la profondeur du foyer. Mais ces méthodes, 
ainsi que d'autres méthodes semblables, repo- 
saient sur le principe erroné du foyer sismique 
en ligne droite. L'expérience a prouvé, par divers 
faits, que les dommages éprouvés par les bâtiments, 
({ue les fentes du sol et la direction du mouve- 
ment sismique sont diversement influencés, el 
d'une manière irrégulière, par la constitution locale 
du sol, de sorte que les observations concernant le 
temps constituent la partie la moins sûre pour l'étude 
des tremblements de terre. A la suite des recherches 
de A. Schmidt, on se rendit bientiM compte des 
fautes commises; mais c'est seulement dans ces 
derniers temps (jue l'on trouva le moyen d'arriver, 
dans la pratique, à des résultats irréprochables. 
11. de Kœvesligethy retrouve le fait, déjà observé par 



SIEBEIU; — L'INSCRIPTION INSTllUMENTALE DES SÉISMES ET LA IMIYSKjUE DU GLOBE 67 



Cancani, que les valeurs absolues de la plus 
grande accélération, eorrespondanl aux degrés de 
l'échelle ordinaire Forel-Mercalli, forment presque 
une progression géométrique : 



de Taccélération sur le parcours r. En Icnaiit 
compte de cela, on obtient : 
r 



1__ J_ ai.» -.) 

r' /■ 



INTENSITK 




LIMITE 


DE LA PKRTURWATION rt 


DE LA PLC-S GB 


4NDE ACCKLBRATION T 


(Forel-iMci-calli) 


eu 


mm/sec." 


I" 





2 ;i 


II» 


■2. 


•;— 5 


m» 


3 


— 10 


IV» 


10 


— 2.') 


V» 


2:; 


— KO 


VI» 


oO 


— 100 


vil» 


100 


- 230 


VIII» 


250 


— :;oo 


IX' 


300 


— 1.000 


X» 


1.000 


— 2.300 


XI» 


2.Ï00 


- 5.000 


Xll» 
Il exnrime le raii 


o.OdO 

nort entre le 


— 10.000 

dearé d'intensité 



Maintenant, si, à la place de l'accélération, nous 
introduisons le degré d'intensité, nous obtenons : 

G -G' = 3Iof;i! + :iaM(/' — r), 

où : 

M = loge = 0.4:j429. 

Si alors nous prenons l'épiccutrc pour l'un des 
points, nous obtenons l'équation : 

G„ — G = 3Iog^+ 3a.M(r — /y). 

Ces deux équations, appelées par von Kuvesligethy 
" équations de Cancani », rattailient le degré d'in- 



Tableau l. 



Caractéristiques de quelques tremblements de terre, 
déduites par les équations de Cancani. 



Ctiai'leston 


tbemblemeSts de terbe 


DECBÉ d'intensité 

• lans l'épicentre 
(Forel-Mcrcalli) 


PROFONDEUR 

du 
foyer sismique 


COEFFICIENT 

d'absorption 


d'ébranlement 
fkil. carres) 

1 


31 Août 18S6 
12 Juin 1897 

2 Avril 1901 

3 Octobre 18S0 
10 Janvier 1906 
Ifi Janvier 1906 
26 Juin 1906 


10» 
10 

9 1/2 

It 1/2 

9 

9 

9 


102 

no 

7-13 

10 

6-11 

S-8 
5 


0.0011 

0.0039 

0.020 

0.023 

o:033 

O.OIS 

11,049 


■396.000 
3.970.000 
72.R00 
62.400 
29.840 
11.386 
8.800 


Hongrie : Uélmagvai'. . . 
^ Enlélv .'.... 

- Jôke.il 

- .Iiikeoll . . . . 

- Egcr 



de la perturbation G et celui de l'accélération F 
communiquée au sol par la formule : 

G = 0.3S-t-3 log r, 

d'où il résulte que la différence entre deux degrés 
d'intensité est : 

r 

'r' 



G' = 3 le 



équation semblable à celle qui existe dans la Pliy- 
sique des astres entre la grandeur et l'intensité 
lumineuse des étoiles. Admettons que h soit la 
profondeur du foyer sismique, et que r et r' re- 
présentent les distances entre le foyer et les points 
de la surface de la Terre où les degrés de force de 
la perturbation étaient respectivement G et G'. Si 
donc le tremblement de terre ne perdait rien de 
son énergie, le rapport serait : 

r : r' = /•■ : r. 

Nous devons toutefois admettre que l'écorce 
terrestre atténue et absorbe graduellement l'énergie 
du tremblement de terre. Si nous indiquons le 
coeflicienl d'absorption par rapport à l'unité de 
longueur par x, le facteu er»'' donne la diminution 



tensité d'un tremblement de terre 'à la profondeur 
de son foyer et au coefficient d'absorption de 
l'écorce terrestre. Ces équations servirent à von Kœ- 
ve.sligethy ' de base à un calcul que E. von Jànosi 
développa pour des cas spéciaux et qui donne 
comme résultat la profondeur du foyer et le coeffi- 
cient d'absorption pour les ondes à périodes 
courtes de l'intérieur de la Terre. Le degré d'exac- 
titude obtenu dépend de la qualité des matériaux 
macroséisrniques dont on dispose quant aux obser- 
vations à faire. Von Jànosi, G. Schindler et 
A. Réthly ont jusqu'ici obtenu, d'après ce procédé, 
les valeurs du Tableau I. 

Ces quelques chiffres nous font déjà reconnaître 
les faits importants que voici : 

1° La profondeur du foyer varie dans de très 
grandes limites: quelquefois, le foyer d'où provient 
la perturbation se trouve tout près de la surface 



' Communiqué par E. von Jànosi el A. Réllilyel démontre 
par quelques exemples dans : Bcarbcitung ninkroseitnischer 
Enlbebea, p. 83 von A. Réthly : Die Enlbcben in Ungarii 
im Jnhr l'JOG. Offizielle Publication dcr Kgl. Ung. Reichs- 
anstalt fur Météorologie und Erdmagnetismus. Budapesl, 
1907. 



68 



ABBE TH. JIOHEl'X — LA CLIMATOLOGIE DE LA PLANÈTE MARS 



terrestre: il est souveiil à une plus grande profon- 
deur, qui peut atteindre 200 kilomètres et même 
être parfois beaucoup plus grande. Il ne faut cepen- 
dant pas perdre de vue que, pour un foyer de 102 à 
170 kilomètres de profondeur, les tremblements de 
terre deviennent destructifs et ont une très grande 
aire d'ébranlement ; 

2° Comme il faut s'y attendre, la profondeur du 
foyer n'est aucunement en rapport avec l'intensité 
du tremblement de terre ; 

3° Par contre, l'opinion reposant sur des données 
théoriques et supposant que l'étendue du terrain 
d'ébranlement augmente avec la profondeur du 
foyer est absolument confirmée: 

4° L'absorption de l'énergie sismique est visible- 
ment plus faible dans les couches profondes de 
l'éeorce terrestre que près de la surface. Ce n'est 
que par de nombreux, calculs que l'on arrivera à 
savoir si c'est un phénomène local ou général. Si 



l'on compare, en outre, les chitTres mentionnés 
plus haut avec ct'ux de G. Angenheisler, qui 
attribue aux vagues superficielles une absorption 
d'accélération de 0,00018 — 0,(i003i par kilomètre, 
l'on voit que les ondes à courte période de l'inté- 
rieur de la Terre subissent une absorption bien 
plus forte que les ondes superficielles longues. 

Ainsi que nous le verrons plus tard, nous avons 
tout lieu d'espérer, en continuant à etl'ectuer de 
pareils calculs, des résultats très variés et de pre- 
mière importance pour les tremblements de terre. 

Dans un second article, nous essaierons de tirer, 
des résultats des recherches instrumentales, des 
indications sur les causes des tremblements de 
terre. 

Aug. Sieberg, 

Secrétaire technique de la Station impérial 
de Sismologie, à Strasbourg. 



LÀ CLIMATOLOGIE DE LA PLANÈTE MARS 



Depuis quelques années, la littérature scienti- 
fique s'est enrichie d'ouvrages nombreux sur la 
planète Mars, et ce monde voisin semble tenir le 
record de l'intérêt pour le public que passionne 
l'Astronomie. On parle couramment dans les quo- 
tidiens des canaux de Mars, des êtres qui peuplent 
la planète, des signaux qu'ils nous envoient. Le 
roman martien est devenu à la mode et les jour- 
naux n'ont pas hésité à publier des nouvelles et 
des histoires- invraisemblables ayant pour thème 
des descriptions détaillées de cette mystérieuse 
planète. La plupart de ces œuvres, faut-il l'avouer, 
ne possèdent même pas les qualités de style qui, 
tout au moins, pourraient les recommander au lec- 
teur au même titre que le Voyage dans la Lune de 
Cyrano de Bergerac, ou les Entretiens de M. de 
Fontenelle, ou encore l'œuvre si humoristique de 
Wells, le fameux romancier anglais. 

A quoi faut-il attribuer cette floraison abon- 
dante qui nous envahit? Il- sortirait du cadre de ce 
travail d en énumérer toutes les causes. Je me 
contenterai de dire que la Question martienne a 
pris surtout un caractère d'acuité marquée depuis 
les travaux très originaux, sans conteste, de 
M. Lowell. Cet astronome américain croit que les 
détails observés sur la planète ne peuvent s'expli- 
quer qu'en les supposant l'œuvre de créatures 
intelligentes, puis ou moins finalogues aux habi- 
tants de la Terre. Prouver ([uo Mars est habitable 
et habité, telle est désormais, seinble-t-il, la raison 
d'être de la vie de M. Lowell. Son observatoire. 



construit dans l'Arizona à 2.200 mètres d'altitude, 
les travaux qu'on y entreprend, l'activité qu'on y 
déploie n'ont jamais eu d'autrebut. A chaque oppo- 
sition de la planète, M. Lowell publie ses observa- 
tions', et, toutes, elles viennent converger, on le 
sent à chaque ligne de ses écrits, vers cette idée 
que Mars a des habitants. 

Comme toute opinion fondée sur des hypothèses 
et des « sentimentalités », celle de M. Lowell a eu 
des contradicteurs. L'un, entre autres, l'illustre 
naturaliste anglais Wallace, l'émule de Darwin, 
s'est constitué l'adversaire résolu des doctrines 
lowelliennes, et n'a pas craint de publier ses 
idées dans différents ouvrages^ qui ont eu un grand 
retentissement. 

Outre que ce serait diminuer l'intérêt d'un aussi 
passionnant débat que de prendre parti pour l'un 
ou pour l'autre, il me semble que le moment n'est 
pas encore venu de se jeter dans la lice et de se 
mêler à la lutte. 

Il me paraîtra donc d'une plus grande opportu- 
nité de demander à chaque adversaire les argu- 
ments qu'il peut fournir et de marquer les coups 



' Consiillei'en particulier : Pebcival Lowki.l : Mars, ISaii. — 
II). : Mars and its Canals, 1' 0" ; — les Huilclms de l'Oh^ér- 
valoire l.awcU et divers arlicies de Revues anglaises et 
américaines. 

' ALfKfD RissEL Wali.ace : La place de l'homme dans 
rUniveis, traduction française par M"<^ G. Barbey-Boissier. 
— 11). : is Mars liabitable? A critical examinalion of l'ruf. 
Perciviil Lowcll's book « Mars and its Canals », willi .lu 
alternalivc explication. 



AHBK TH. >iO|{h:r\ 



I.V CLlMATOI.OdlK DK I>A PI.XMflTK MAliS 



qu'il doit raisonnablemeiil ciimpter à son actif. Je 
lie perdrai i)as de vue que cet article sera écrit 
;iussi bien pour les lecteurs tjue le débat intéresse, 
<[ue pour ceux qui veulent savoir, qui sont prêts à 
croire, à condition qu'on veuille bien leur en 
fournir les raisons. Car il serait téméraire de vou- 
loir se renseigner dans les Revues spéciales et les 
Bulletins des Sociétés, même astronomiques. On y 
louange les travaux de M. Lowell, — ce qui est 
parfait d'ailleurs, — mais on ose à peine discuter 
ses conclusions, et l'artificialité des canaux y appa- 
l'ait comme une chose presque acquise à la science. 
L'esprit des lecteurs n'aurail-il pas changé depuis 
le Moyen-Age et serions-nous toujours au temps où 
Ton disait : Magisler dlxit ? 

Une étude parue en 1900 dans ces colonnes' a 
<3xposé les résultats certains de FAréographie. 
Nous ]>rions le lecteur de s'y reporter; notre but 
aujourd'hui sera plus spécial, et nous chercherons 
([uels moyens nous avons à notre disposition pour 
tenter un essai de la Climatologie de la planète. 



Mars a certainement une atmosphère, mais quelle 
est sa densité? Telle est la première question à 
résoudre. 

Une planète privée d'enveloppe atmosphérique, 
comme la Lune, nous montre un disque également 
lumineux au centre et sur ses bords. La présence 
< l'une couche d'air appréciable a pour conséquence 
d'atténuer les détails ou même de les faire dispa- 
raître complètement, surtout près des bords. C'est 
in-écisément ce que l'on observe sur Mars : le 
disque de la planète semble entouré d'une auréole 
blanchâtre, oii tous les détails disparaissent. 

Si, maintenant, nous cherchons à préciser la den- 
sité d'un tel milieux gazeux, nous nous trouvons 
en présence de nombreuses difficultés. Evidem- 
ment, nous pouvons essayer de raisonner par ana- 
logie. Mars est un monde plutôt petit, comparé à 
notre globs. Son diamètre est de 6. T.'iO kilomètres 
seulement et son volume n'est que le septième de 
la Terre. Son poids est même inférieur à celui 
i[u'on aurait pu conclure de son volume; il ne fau- 
ilrait pas moins de dix globes — 9,i exactement — • 
aussi pesants que Mars pour contrebalnncer celui 
de la Terre. Un corps terrestre transporté sur 
-Mars y subirait donc une attraction beaucoup 
moindre, et le calcul indique que la pesanteur y 
?5erait diminuée dans le rapport de 1 à 0,37(J. 
Autrement dit, une masse quelconque, suspen- 
due à un peson à ressort et accusant un poids 



' L".\j4iiii Th. Mohkux: La iilanète Mars d'après les Iravau.K 
cccnts. lU-vuc générale (Icx Scic.nic^ ilu 30 nov. 1906. 



de 1.000 grammes, ne marquerait plus qu'! 
;J7G grammes sur notre voisint. 

Il a donc paru raisonnable de supposer que, s'il 
existe là-bas une atmosjdière analogue à la nôtre, 
elle doit exercer à la surface de la planète un.> 
pression bien inférieure à ce que nous constatons 
chez nous. Nous pouvons dire que, si notre proprii 
atmosphère entourait Mars, la pression au niveau 
de la mer ne serait pas de 760 millimètres, mais do 
283,7 millimètres seulement, et chaque ccntimètr.; 
carré ne supporterait qu'un poids de '110 grammes 
avi lieu de 1.093 grammes, ainsi (jue nous le consta- 
tons sur la Terre. Ce serait une pression corres- 
pondant à celle que nous trouvons sur les mon- 
tagnes les plus élevées, à 8.000 mètres d'altitude. 

Mais alors un corollaire s'impose : sur Mars, l'at- 
mosphère doit être beaucoup plus étendue, puis- 
qu'elle est moins comprimée en raison de la faibl-> 
attraction; elle peut donc se développer sur un> 
hauteur plus considérable, et la densité de 1 1 
couche gazeuse diminiu' vnoins rapidement qii v 
chez nous. 

Ces idées sont loin d'èlrc nouvelles : Proclor' h-< 
développait déjà il y a une vingtaine d'années lors- 
qu'il écrivait : « Sur notre globe, une élévation d-; 
i.OOO mètres suffit pour diminuer de moitié la pres- 
sion atmosphérique. Sur Mai's. il faudrait une él<'- 
vation de 10. iOO mètres jiour arriver au mêrii'i 
résultat. Ici, à une altitude de 21.000 mètres au- 
dessus du niveau de la mer. la pressi(m iitnio- 
sphérique est réduite à 1 .'i2: à lu même altitude sur 
Mars, elle n'est réduite que de 1/i. En admettant 
qu'au niveau de la mer sur Mars cette pressioii 
soit 1/7 de ce qu'elle est ici, l'air martien serait 
plus dense à une altitude de 29.000 mètres q(i-3 
chez nous à la même hauteur. A de plus grandes 
élévations, la différence s'accruil encore en faveur 
de Mars. » 

On a eu aussi recours à des considérations 
d'ordre cosmogonique. it l'on est arrivé sensible- 
ment au même résultai. Nolis ne voyons pas do 
raison plausible pour que chaque planète n'ait p;is 
retenu à l'origine une ijuaiilitè ]iroportionnelle <h', 
molécules destinées à former son atmosphère. Or, 
de deux corps semblables, le plus petit a la plus 
grande surface [lour son volume; dès lors, l'atmo- 
S[ilière d'un corps plus petit se trouve obligée (?-î 
recouvrir une plus grande surface et doit, par con- 
séquent, (''tre plus légère. Mais qui ne voit que de 
telles considérations sont fondées sur des hyp':- 



' ilonlhly Notices, t. XLVllI, p. 307. — I'hoctou: Old uin.t 
New .Vstronomj-, Londres et New-York, t.sSS. — V. égai--- 
iiicnt du niijinc auteur : Charl of Mars, from 27 drawings 
hy M. Dawes. — Half-hours with the télescope, 18b9. — 
Otliei's woi'lils than ours, 1870. — Tlie orbs around us, IS'i'2. 
— Essays on Astronomy, 1872. — Flowers of the sky. 



rirVLK CKXfr.'.L!; des 'cienxes, 191.9. 



70 



AHBK TH. MOHEUX — LA CLIMATOLOGIE DE LA PLANETE MARS 



thèses absolument arbitraires; tout cela est déduit 
logiquement de principes qu'il faudrait commencer 
à prouver et à faire admettre, et la série de pos- 
tulats sur lesquels reposent nos déductions est loin 
(l'être démontrée. 

Chercher à évaluer en chiUres la quantité d'at- 
mosphère entourant une planète, c'est vouloir, 
dans l'étal actuel de notre science, transformer nos 
rêveries en réalités. Et, lorsijue Proctor, en se fon- 
dant sur les difl'érentes causes énoncées plus haut, 
arrive à ce résultat que la couche d'air, au niveau 
du sol martien, a une densité égale au i '7 de notre 
.it iiosphère, je n'attache à son hypothèse — qu'il a 
d'ailleurs présentée comme telle — pas plus de 
créance qu'à l'opinion de M. Lowell affirmant que 
la densité de la couciie inférieure ne dépasse pas 
le l/fl de la nôtre, et qu'ainsi l'atmospliêie mar- 
tienne fait équilibre à une colonne mercurielle de 
(j.'î millimètres seulement. Je souscrirais plus 
volontiers à l'oiiinion du P. Secchi, qui écrivait en 
l8.iH' : « Mars parait avoir une atmosphère. La 
clarté de son disque est beaucoup plus faible vers 
les bords qu'au centre; de plus, la netteté des con- 
tours, des configurations s'efface dans le voisinage 
des bords, ce qui semble démontrer qu"il y a là 
une atmosphère, mais très faible et certainement 
licaucoup moins dense que celle de Jupiter et pro- 
linlilriiii'ut même que celle de la Terre. » 



H 



Ici se place tout naturellement une autre ques- 
tion : Existe-t-il des nuages à la surface de Mars? 
Nous allons trouver, là encore, des divergences 
considérables. 

Pour M. Lowell, la rarèlaclion de l'air rend 
près 1U3 impossible la formation de nuages propre- 
ment diis. « La première et la plus remarquable 
(l's caractéristiques de Mars, écrivait-il récem- 
ment", est l'absence de nuages. Un nuage est un 
èvénem:;nt sur Mars, un phénomène rare et extraor- 
dinaire, et qui, là-bas, serait beaucoup plus apprécié 
((uj sur notre Terre, car notre voisine dans l'espace 
Jouit d'un beau temps presque perpétuel. Du com- 
Muuici nient à la (in du jour et d'une année à 
l'autre, on ne voit rien (jui voile la plus petite 
l>arii;! de la surface de la planète. » Et, d'après lui. 
si ccrtiins observateurs ont cru voir souvent la 
Iti'ésence de nuages sur la planète, sous prétexte 
([ le les détails étaient lions ou même invisibles, 
c;la lenait ou à rim])erfeclion de l'instrument, ou, 
mieux, à la inauvais3 qualité de l'atmosphère ler- 



' .Sei; III : Sii!.li spellri inisjiiu ici ilri inr|ji ri-li'>li, Umi 
J8 l 7.'. 
' Lo Ki.L : Miir.i. 1S9G. Cli. .\. Mmosi'ier ■. 



resIre au ])oiut d'observation. Mais, dans une 
atmosphère pure et calme comme celle de Elagstall, 
ce voile n'apparail jamais ou à peu près. 

Déjà l'astronome anglais Dawes, l'observateur 
« à l'œil d'aigle », écrivait en 186 'i' : « Mon impres- 
sion est que l'atmosphère de la planète Mars n'est 
pas habituellement très nuageuse. Pendant la der- 
nière opposition, les principales configurations se 
sont presque constamment montrées clairement et 
nettement. Je n'ai pas une seule fois pu constater 
qu'il y ait eu avec certitude des régions masquées 
par du brouillard et des nuages. La seule exception 
à cette i)ermanence consiste dans des taches très 
blanches, notées en quelques rares circonstances et 
qui donnent l'impression soit de masses de neige, 
soit de masses nuageuses dont la surface réiléchil 
vivement la lumière solaire. •> 

D'autres observateurs, cependant, ne sont pas de 
cet avis et ont vu souvent le disque de Mars comme 
voilé par des nuages appartenant bien à la surface 
de la planète. En 1863, sir Norman Lockyer", dans 
une communication à la Royal Astronomical So- 
ciety, décrivant ses observations de Mars pendant 
l'opposition de 1862, montre que, « tout en regar- 
dant comme hors de doute la fixité absolue des 
principaux détails de Mars, cependant chaque jour 
— on pourrait dire à chaque heure — il se produit 
des changements dans le détail et dans les tons 
des diflërentes parties de la planète, à la fois 
claires et sombres. Ces changements sont certaine- 
ment causés par le passage de nuages sur les diffé- 
rents détails. » Les dessins accompagnant le 
Mémoire montraient les changements mentionnés 
et confirmaient les soupçons des effets nuageux 
notés déjà par Secchi en 1858'. 

Tout récemment, M. Denning, résumant ses 
observations de 1903. écrivait ' : « Pendant mes 
observations, j'ai remarqué plusieurs changements 
frappants dans des objets bien apparents; ils 
étaient probablement occasionnés par des mouve- 
ments atmosphériques à la surface de la planète. 
La présence de nuages ou de vapeurs obscurcis- 
santes ne devait cependant affecter que des ré- 
gions relativement petites, car les détails étaient 
ordinairement visibles d'une nuit à l'autre sous 
des aspects semblables, en tenant compte de la déli- 
iiil iiin variiible. " 



' Dawes : llupefield Oliservaloiy, llaildenliaiii, Biiilis. 
.Vngleterre. — Royal Aslrononiical Sociclj, Montlily A'o- 
ticos, t. XXV. — Mcmoirs of Ihc Roy. Aslr. .Soc, t. XXXtV. 

' Sir Lockver : Measuro.s of llie planet Mars, inade at tli:' 
(ipposilion of 1862. Mcm. n[ llw Roy. Asli: Soc, t. XXXII. 
p. 190. 

" Secchi : Osservazioni di Marie, fatle durante l'opiiosi- 
zione del 185S. Mc-nioi'je deW Oliservaloiio ilrl Collcgi" 
Rowiino. Uoine, 18"J9. — Id., miova série, vol. Il, ISCi. 

' KnowleJijc, avril 1901, 



ABBE TH. MOItKUX 



LA CLIMATOLOGIE UK LA PLANÈTE MAHS 



En l'M), le Professeur \V. H. Pickeriiig' trou- 
vait aussi la preuve de foniialions nuageuses sur 
lin certain nombre de photographies de Mars, dont 
i|uelques-unes avaient été prises à Cambridge dans 
II' Massachusetts en 1888, et les autres au Mont Wil- 
siin en 1890. Ces photographies ne montraient ni 
les canaux ni les lacs, mais elles indiquaient suffi- 
samment une variation due aux changements 
météorologiques. En terminant, le Professeur Pic- 
kcring faisait remarquer qu'il y a maintenant sur 
Mars la preuve directe d'une circulation atmosphé- 
rique effective d'humidité, qui semblerait expliquer 
parfaitement le- transport observé des précipita- 
lions alternatives d'un pôle à l'autre pendant l'an- 
née martienne. 

Je pourrais également citer mes propres obser- 
vations pendant l'opposition de 1905. L'étude atten- 
tive de la planète m'a donné, en effet, la persuasion 
que, sept fois sur dix, le manque de netteté des 
détails sur Mars n'est pas attribuable à une mau- 
vaise définition. Bien souvent, en effet, les bords 
de l'image sont fort nets, sans oscillations appré- 
ciables, sans déformation d'aucun genre. Si les 
détails du sol martien ne peuvent être facilement 
entrevus, cela tient simplement à la présence de 
lirouilhirds sur notre voisine. Je n'ai jamais vu de 
nuages proprement dits, mais plutôt un ensemble 
confus rappelant de la brume. 

.\ la suite de ces observations, M. Lowell m'a fait 
remarquer qu'il n'avait rien vu de semblable aux 
Jours indi([ués ' et que le flou tenait uniquement 
au mauvais état de notre atmosphère. Cette expli- 
cation ne me paraît point suffisante, car il est 
inadmissible de prétendre que l'état de notre atmo- 
sphère puisse affecter telle ou telle partie de la pla- 
nète pendant des soirées entières. D'ailleurs, un 
astronome habitué aux observations reconnaît 
immédiatement s'il s'agit d'une bonne ou d'une 
mauvaise définition. Or, je n'ai publié que des 
observations faites par de très l)onnes définitions 
et, même dans ce cas, j'ai vu plusieurs fois des 
régions entières tout à fait indistinctes, alors que 
les parties voisines laissaient apercevoir une foule 
(le détails. 

On a encore constaté d'une autre façon la pré- 
sence de nuages sur la planète. Nous voulons par- 
ler des projections lumineuses hors du termina- 
teur quand Mars présente une phase sensible. 

C'est donc un fait acquis désormais : il existe 
sur Mars des nuages ou, mieux, des brumes et des 
brouillards voilant parfois une grande partie de la 



' Hnnard CoUcgc OLservatoiy Annals, n" 8, vol. LUI, 
l!iO;i. — Nature, 9 nov. IWo. 

2 La ditlerence d'iieure entre Flagstatï et Paris rend 
impossible la comparaison des dessins de la planète Mars 
l'iis lu même jour aux deux endroits. 



planète, et d'autres nuages plus é|)ais qui apparais- 
sent hors du terminateur. 

Enfin, Mars nous présente des calottes polaires 
analogues à celles de la Terre. Ces calottes polaires 
fondent presque complètement pendant les étés 
martiens et se reforment durant l'hiver: ce qui 
suppose évidemment sur notre voisine des préci- 
pitations atmosphériques. A plusieurs reprises, on 
a pu assister à leur formation et en saisir le méca- 
nisme sur le fait. M Lowell a fait d'intéressantes 
observations h ce sujet'. On pourrait croire que 
ce qui reste de l'ancienne calotte s'agrandit à 
mesure par les bords. Il n'en est pas ainsi. A 
quelque distance de la tache principale se forment 
des noyaux qui augmentent peu à peu d'étendue 
et viennent rejoindre la calotte primitive pour for- 
mer un tout complet avec elle. Pendant des obser- 
vations de ce genre faites en juillet 1903, le nou- 
veau dépôt était parfaitement distinct et recou- 
vrait une vaste étendue des régions arctiques et 
tempérées jusqu'à 35" de latitude. Quand les nou- 
velles couches blanches recouvrirent les restes de 
l'ancienne calotte, celle-ci ne disparut pas com- 
plètement, mais son emplacement était facilemeni 
reconnu en raison de son plus grand éclat. Ceci 
montre bien le caractère superficiel de la calotte 
polaire. Elle est formée de couches successives 
d'une substance que l'on peut raisonnablement 
regarder comme du givre; au centre se trouve un 
petit noyau de neige perpétuelle. Puis les couches 
de givre s'ajoutent les unes aux autres et les obser- 
vations montrent des dépôts quotidiens jusqu'au 
moment où toute la région polaire en est recou- 
verte. 

Tout cet ensemble de faits : diminution d'éclal 
sur les bords du disque, nuages et brouillards, 
calottes polaires, prouve, une fois de plus, que 
Mars a une atmosphère, «{u'il y existe une circula- 
tion assez active et que, pour tout résumer en un 
mot, on y observe des phénomènes analogues à 
ceux que l'on constate sur la Terre. Seule, la raré- 
faction de la couche atmosphérique peut expliquer 
leur différence d'intensité. 



111 



11 nous reste maintenant à rechercher la compo- 
sition de celte atmosphère. Renferme-t-elle, comme 
chez nous, de l'oxygène, de l'azote, de l'acide car- 
bonique, de la vapeur d'eau'? Les nuages que nous 
observons sont-ils formés de gouttelettes d'eau ; 
les calottes polaires sont-elles de neige semblable 
à celle que l'on trouve sur la Terre? Il est difficile 

j ' Bulletia lie lOhsevyutoivc Lowell, ii» 22, IW6. — 
I .Xatiirc, 10 avril 190:;. — Populnr Aslronomy, 1903. 



ABBE TH. MOREUX — LA CLIMATOLOGIE DE LA PLANÈTE MARS 



de réponilre catégoriquement à ces diverses ques- 
tions ; pourtant, nous avons des données suffisam- 
ment sérieuses pour permettre de faire des suppo- 
sitions raisonnables. Le point sur lequel les astro- 
nomes ont le plus discuté a été de savoir s'il existe 
de la vapeur d'eau dans l'atmosphère martienne: 
et cette question d'une substance capable de pro- 
duire des nuages, des brouillards et de la neige 
est, en effet, fondamentale pour tous ceux qui 
veulent que notre voisine soit habitée. Il semble 
bien que, si nous jugeons par ce que nous obser- 
vons des êtres connus, animaux ou végétaux, tous 
ont un absolu besoin d'eau, non seulement pour 
vivre, mais encore pour être constitués. 

Le problème a été traité de différentes façons et, 
en l'absence de preuves expérimentales, on a eu 
recours dès l'abord à d'ingénieuses théories. 

Les recherches modernes ont déiaoniré que ce 
que nous appelons milieu gazeux n'est en réalité 
qu'un amas de molécules beaucoup trop petites 
pour être perceptibles, même dans les plus puissants 
microscopes. Chacune de ces molécules est animée 
d'un mouvement rapide, si bien que, dans la masse 
gazeuse, chaque molécule rencontre constamment 
ses voisines; de là naissent des chocs et des chan- 
gements perpétuels aussi bien dans la direction que 
dans la vitesse. Pour chaque gaz, cependant, les 
molécules ont une certaine vitesse moyenne pour 
une température donnée, et, quand un milieu se 
trouve composé de plusieurs gaz comme notre 
atmosphère, chaque molécule de ces gaz continue 
à se mouvoir avec sa vitesse particulière. On est 
parvenu à mesurer les vitesses moyennes des molé- 
cules : c'est ainsi que, pour l'oxygène, celte vitesse 
n'est que de iOO mètres, tandis qu'elle atteint pour 
l'hydrogène jusqu'à 1.600 mètres par seconde, en 
supposant que la température soit la même dans les 
deux cas, 6i° C. au-dessous de zéro, ce qui corres- 
pond à la température supposée des confins de 
notre almosplière. Les vitesses extrêmes, d'après 
les recherches de Clerk Maxwell, peuvent être dix 
fois plus grandes ou plus petites. 

Si la température augmente, la vitesse des molé- 
cules augmente également; ainsi, à la température 
de la glace fondante, 0" C, une molécule d'hydro- 
gène se mouvant en ligne droite et n'étant arrêtée 
par aucune autre molécule ou corps solide, ne par- 
courrait pas moins de 2.000 mètres à la seconde. 
Dans les mêmes condili(jns, une molécule d'oxygène 
voyagerait à travers l'espace au taux de o30 mètres 
par seconde. 

En fait, les quantités relatives de mouvement 
sont inversement i)roporlionnelles aux racines 
carrées des densités des gaz. Or, comme l'oxygène 
est seize fois plus lourd que l'hydrogène, une molé- 
cule de ce dernier gaz. libre de se mouvoir en litine 



droite dans l'espace, serait animée d'une vitess<' 
quatre fois plus grande qu'une molécule d'oxygène. 

D'autre part, si la température diminuait, ht 
vitesse se ralentirait et finalement la molécule res- 
terait immobile; le cas se présenterait au zéro 
absolu de température, à 27.3° au-dessous de zéro 
dans l'échelle centigTade. 

Il y a quelques années, le D' Johnstone Stoney a 
appliqué celle théorie cinétique des gaza laquestion 
des atmosphères des planètes et de leurs satellites; 
voici comment : On sait qu'un corps lancé à la sur- 
face de la Terre est attiré par notre globe, que sa 
vitesse diminue peu à peu, et que, finalement, il 
retombe. Mais, si le corps projeté était animé d'une 
vitesse suffisante, il pourrait vaincre définitivemeni 
la force de la pesanteur et sortir de la sphère d'at- 
traction de la Terre. Cette vitesse est celle qu'aurait , 
au moment de sa chute, un corps tombant des 
étoiles à la surface de notre globe et soumis seule- 
ment à rattraction de la Terre. On a donné à cette 
vitesse le nom de parabolique, parce que le corps 
décrirait autour de notre globe une trajectoire 
ouverte en forme de parabole. Cette vitesse parabo- 
lique est de 11,16 kilomètres à la surface de la 
Terre. Autrement dit, un projectile lancé avec cette 
vitesse s'éloignerait indéfiniment de nous en suivant 
une trajectoire parabolique. 

Cette vitesse critique n'est pas la même pour tous 
les astres: elle dépend de la masse du corps atti- 
rant; par conséquent, plus cette masse sera faible, 
et plus cette vitesse sera réduite. Ainsi, sur la Lune, 
dont la masse n'est que la quatre-vingtième partie 
de celle de la Terre, un corps ayant un mouvement 
de 2,4 kilomètres par seconde s'échapperait néces- 
sairement. Pour le Soleil, au contraire, la vitesse 
critique serait de 616,4 kilomètres par seconde. 
Voici, d'ailleurs, les vitesses paraboliques à la sur- 
face de chaque planète : Mercure, 3,.") kilomètres par 
seconde; Vénus, 10,16 kilomètres; Mars, 4,98 kilo- 
mètres; Jupiter, 59 kilomètres; Saturne, 35 kilo- 
mètres; Uranus, 20,9 kilomètres; Neptune, 22 kilo- 
mètres. 

On comprend facilement, d'après la théorie du 
D'' Stoney, que, si les molécules d'un gaz sont animées 
d'une vitesse égale ou supérieure à la vites.se para- 
bolique d'une planète, ce gaz ne peut rester à sa 
surface. Supposons donc une molécule d'hydrogène 
animée d'une vitesse maxima dix fois supérieure à 
la vitesse moyenne; elle voyagera sur les confins de 
notre atmosphère à raison de 16 kilomètres à la 
seconde, vitesse bien supérieure à la force d'attrac- 
tion de notre globe. Comme il n'y a aucune raison 
poui* que chaque molécule n'atteigne pas un jour 
ou l'autre cette vitesse maxima, l'hydrogène doit 
sans cesse quitter la Terre et fuir à travers les 
espaces. Il en est jirDbalilement de même pour 



ABBÉ TH. MOREl'X — \A CLIM.VTOLOGIE DE \A PLANÈI'E MARS 



riiélium; mais ce gaz doit s'échapper lentement, 
piiisqu'à — 64" sa vitesse maxima n'est que très 
voisine de la vitesse parabolique. Il nous a paru 
intéressant de réunir dans un tableau d'ensemble 
la vitesse moyenne des molécules pour les prin- 
cipaux gaz de notre atmosphère : 



T.\BLK\U I. 



Vitesse moyenne des molécules des gaz 
de notre atmosphère. 



a Kl 


DEXSITK 


VITESSE P.\R SECUNDE 


Ton.i.cralure 
= 0»C. 


Température 
= -61"C.. 


Azûte 

Oxygène 

Argon 

Bioxyde de carbone. 
Vapeur d'eau. . . . 
Ammoniaque. . . . 

Hélium 

Hydrogène 


14 
16 
20 

9 

8.:j 

2 

ï 


;;35 mètres. 

:.oo — 
4i: — 

4-26 — 

666 — 

686 — 

1.411 — 

2.000 — 


427 mètres. 
400 — 
H.'iS — 
34U — 
■133 — 

:;;iO — 

1.131 — 
1.600 — 



Cette théorie semble contirmée, d'après M. Stoney, 
non seulement par ce que l'on voit sur notre pla- 
nète, mais encore par l'observation des autres corps 
planétaires. Vénus, par exemple, dont la masse est 
très voisine de celle de la Terre, nous apparaît avec 
une atmosphère très dense. Mercure, plus petit, 
semble n'avoir que très peu d'atmosphère. La Lune 
serait encore un exemple frappant de l'impossibilité 
où .se trouvent les corps relativement légers de con- 
server une enveloppe gazeuse. Les grosses planètes, 
au contraire, sont entourées d'atmosphères à forte 
densité et l'on doit y trouver en abondance les gaz 
les plus légers. Quant au Soleil, l'attraction qu'il 
exerce dans les couches extrêmes de son atmo- 
sphère est si puis.sante qu'aucun gaz, même l'hydro- 
gène, ne peut lui échapper. Nous pouvons ainsi 
expliquer la présence de l'hydrogène dans les 
atmosphères de soleils très gros comme Sirius et 
Véga : leur masse est suffisante pour i-etenir ce 
subtil élément lui-même. 

Pour ce qui est de Mars en particulier, nous 
avons vu que la vitesse critique à sa surface est de 
ii.OOO mètres en chiffres ronds : dans ces conditions, 
l'azote, l'oxygène, l'argon et le bioxyde de carbone 
peuvent y être à l'état permanent, mais la vapeur 
(l'eau doit s'en échapper très rapidement. Or, ici, 
l'observation contredit nettement la théorie. 

Déjà certains savants s'étaient inscrits en faux 
contre les conclusions du D' Stoney. « On a cherché 
souvent à expliquer, en s'appuyant sur la théorie 
cinétique, l'absence de gaz légers dans les atmo- 
sphères planétaires. Mais alors on peut se de- 
mander pourquoi les comètes, à la surface des- 
quelles la vitesse critique est excessivement faible. 



ne sont pas déjà et depuis longtemps toutes dis- 
persées: comment aussi les planètes, qui ont éli- 
formées par des agglomérations successives de 
vapeurs et de gaz portés à une haute température, 
n'ont pas vu leurs matériaux se dissiper avant 
même d'avoir été réunis"? Cette contradiction a, sans 
doute, échappé à ceux qui s'appuient sur la théorie 
cinétique pour dire que les petits astres ne peuvent 
pas conserver d'atmosphère. >> 

M. du Ligondés', à qui nous avons emprunté les 
lignes précédentes, arrive à celte conclusion que 
d'une planète à l'autre, les vitesses moléculaires à 
l'intérieur d'une couche atmosphérique de même 
densité varient exactement comme les vitesses cri- 
tiques. La tendance à la dispersion des atmo- 
sphères est indépendante de la masse. 

« Ce résultat, ajoute-t-il, pouvait être prévu. 
L'intensité de la pression, au moyen de laquelle on 
calcule la vitesse des molécules, n'est pas autre 
chose que le poids sur l'unité de surface, et comme, 
à l'intérieur dune petite masse de gaz, la pression 
est à peu près la même en tous sens, elle doit, ainsi 
que le poids, suivre les variations de la gravité. 
D'ailleurs, les mouvements moléculaires, étant sans 
doute une conséquence de l'attraction universelle, 
obéissent à la loi de la chute des graves : v'=^^gb; 
le carré de la vitesse est proportionnel à l'intensité 
de la pesanteur à la surface de chaque planète. » 

C'est donc une erreur manifeste d'attribuer à la 
faiblesse de l'attraction lunaire l'absence d'atmo- 
sphère autour de notre satellite : il faut plutôt croire 
que la porosité du sol, attestée par le relief de la 
surface, a déterminé l'absorption rapide de l'eau 
d'abord, ensuite celle des gaz. 

Il est non moins faux de dire que l'hydrogène, 
l'hélium et autres gaz légers ont quitté la Terre 
pour se concentrer autour du Soleil. Si ces gaz 
avaient le pouvoir de diffusion qu'on leur prête, 
aucun astre ne serait capable de les retenir. La 
théorie cinétique repose sur l'exactitude de la loi de 
Mariotte. Or, l'expérience apprend qu'au delà d'un 
certain degré de raréfaction la diminution de 
pression est plus rapide que celle de la densité; 
c'est une preuve que les vitesses moléculaires 
décroissent aussi. Aux limites de notre atmosphère, 
où la température est très basse, ces vitesses sont 
donc loin d'atteindre les chiffres que la théorie 
donne pour les couches inférieures. 

En résumé, les calculs et les raisonnements sur 
lesquels on s'appuie pour expliquer, d'après la 
théorie cinétique, l'absence de gaz légers ou même 
l'absence totale d'atmosphère autour des planètes 
ou de leurs satellites, paraissent dénués de tout 



' Bulletin de la Société Aslronomique Je France, 1903, 
p. Ltll-293. 



74 



ABBE TH. MOREUX 



LA CLIMATOLOi.lli: DE LA PLANÈTE MAHS 



l'ondemenl sérieux. L applicalion par Johnslone 
Stoney de la théorie de Clausius à l'étude des 
atmosphères planétaires semble donc abusive el 
sans valeur au point de vue théorique. D'ailleurs, 
comme nous le disions plus haut, l'observation à 
propos de Mars lui donne un démenti formel. 

D'après Johnstone Stoney, la vapeur d'eau ne 
jieut exister d'une façon permanente sur cette pla- 
nète. Comment expliquer alors la présence de 
brouillards, de nuages, de calottes polaires? ('es 
brouillards et ces nuages ne peuvent être formés 
que de vapeur d'eau. Je sais bien que M. Lowell 
attribue les nuages et les projections hors du 
terminateur à des masses de poussières. Mais il 
resterait toujours à expliquer les calottes po- 
laires. 

De plus, commenl admettre ([ue les poussières 
soient si répandues dans l'atmosphère martienne 
sans qu'il s'y forme des nuages dus à la condensa- 
tion de la vapeur d'eau? D'autre part, on a remarqué 
depuis longtemps, el M. Lowell a insisté sur ce 
point, que les calottes polaires sont entourées d'une 
ceinture bleuâtre épousant toutes les formes de la 
masse neigeuse. L'astronome américain l'attribue 
à la présence d'eau liquide à l'état permanent; c'esl 
elle qui, sous une certaine épaisseur, nous paraît 
bleue. Cette teinte, d'après M. Lowell, prouve caté- 
goriquement que la calotte polaire n'est pas formée 
d'acide carbonique solidifié, cai-, étant donnée la 
basse pression qui existe sur la planète, l'acide 
carbonique passerait directement de l'état solide à 
l'état gazeux. 

Mais tout le monde n'était pas disposé à ad- 
mettre celte argumentation, que M. Wallace quali- 
fiait tout récemment' de « très extraordinaire et 
très futile ». Il semble bien toutefois que l'on soit 
en droit d'aflîrmer que ces calottes polaires sont 
formées d'eau congelée. Le spectroscope a donné, 
en effet, au commencement de cette année, la 
preuve définitive qu'il existe dans l'atmosphère de 
Mars de la vapeur d'eau en quantité considérable. 
Déjà, en 1862, MM. William Huggins et Miller- en 
Angleterre, Ruthcrfurd'aux États-Unis, reconnais- 
saient indépendamment, dans l'atmosphère de Mars, 
la présence d'une certaine quantité de vapeur 
d'eau donnant naissance à un spectre d'absorption. 
Plus tard, Vogel * en Allemagne, le Professeur 

' Is Mars hahilablc'/ p. 31. 

• Miller et Uuogins : On \\w spL-cIrum of Mars: Pliil. 
Traos., 1864. — V. cgaleincnl : Hny. Atstr. Soc. 8 mars lisOl ; 
Month. Nol., l. XXVII. p. nil; Aslroph. Joiiin., vol. I. 
p. 193. 

" RuTHEnruBD : .\sli'ononiii'al observations with the spec- 
troscope, American Journ. o/' Sc;Vnci', janv. 1863. 

* VooEL : lîeobactilungen auf (1er Slcrnwarte zu Bolli- 
kamp. Ileft I, p. 66. — Asir. Noch., n" 1860. — Id. : Untersu- 
chungen ucber die Spcclra iler Planelen, 1871, p. 20. — 
Aulroph. Journ., vol. I, p. 203. 



Secchi' à Rome, Mauiider" à Greenwich, faisaient 
la môme constatation. Toutefois, plus récemment, 
les recherches de CampbelP, de Keeler', de JeweP 
sont demeurées complètement infructueuses. Celles 
de M. Marchand", à l'Observatoire du Pic du Midi, 
sont très discordantes. En 1903, M. Slipher, à 
l'Observatoire Lowell, arrivait de son côté à des 
résultats à peu près négatifs. 

La question en était là quand le D' Wallace publia 
son livre /.s Mar.s hnbitabb; ? Négligeant les ob- 
servations de Huggins, Secchi, Vogel, Maunder, 
l'illustre naturaliste regardait comme seules pro- 
bantes les observations négatives de Campbell et de 
Keeler et insistait sur l'absence de preuves spec- 
Iroscopiques comme un puissant argument contre 
la pré.sence de la vapeur d'eau. Dans ces conditions, 
la thèse de l'habitabilité de Mars devenait insoute- 
nable et ses adversaires triomphaient complète- 
ment. Mais le triomphe fut de courte durée. Au 
début de l'année dernière, un télégramme' arrivait 
d'Amérique, produisant un vrai coup de théâtre 
dans les milieux scientifiques anglais, que la ciues- 
tion semblait vivement passionner. L'examen d'une 
série de .spectrogrammes obtenus par M. Slipher, le 
1!j janvier, ne laissait plus aucun doute sur la pré- 
sence de la vapeur d'eau dans l'atmosplière de 
Mars. Le spectre de la Lune avait servi de terme de 
comparaison et, tandis que la bande d'absorption a 
manquait totalement sur ce spectre, elle constituai! 
un détail 1res apparent sur celui de Mars. 



IV 



C'est ainsi que le spectroscope est venu confirmer 
les observations visuelles, et l'on a maintenant la 
preuve qu'il existe dans l'atmosphère de Mars de la 
vapeur d'eau susceptible à certains moments de se 
condenser en brouillard et en neige. Mais, jiour que 
ces phénomènes puissent se produire, il faut que la 
température de l'atmosphère de la planète soil 
alternativement supérieure et inférieure à la tem- 
pérature de la glace fondante, el c'esl là un pro- 
blème qui, en apparence, semble insoluble. On 
sait, en efl'el, que la quantité de chaleur rayonnée 
normalement sur une surface déterminée varie en 
raison inverse du carré de la dislance de cette sur- 
face à la source calorifique. Il en résulte que, si la 
Terre sê (rouvait lout à coup éloignée à une dis- 



' Sugli spetlri prismatici dei rorpi celcsti, Rome, 18GS 
i-l 1ST2. 

' Monthly Notices, l. XXXVlll, nov. 1877, p. ;;'i-38. 

' Publ. A.<<tr. Pac. Soc, t. VI, p. 228; t. IX, p. 109; Af.tr. 
;iud. Astropb., t. Xlil, p. 752; Astroph. ,/oiiru., t. Il, p. 28. 

* Asiropb. Journ., t. V, p. 32s. 

■ Aslroph. Journ., t. 1, p. 311; l. III, p. 254. 

• Bull, (le la Soa. aslr. de France, 1905, p. 327. 
' Nature, 28 mars 190S, 1. l.XXVIl, p. 497. 



AHHE TH. MOltKlX 



LA CLIMATOLOGIE UH LA PLANKTK MAliS 



(aiicf double du Soleil, elle en recevrail i|u,ilrc' lois 
moins de chaleur et de lumière. 

Or, en suppo.sani la Terre à la dislance unité. 
Mars est éloigné en moyenne de l,o3 celte dislance, 
(le sorte ([ue la chaleur reçue du Soleil par l'Iiémi- 
s[)hère boréal martien est à celle de l'hémisphère 
terrestre correspondant dans le rapport de 43 à 100. 
Comment alors expliquer, par exemple, la fonte 
(iresqne complète des neiges formant les calottes 
j)olaires de Mars? 

Dans une (itude' sur la radiation dans le sys- 
tème solaire, le Professeur J. H. Poyntinga cherché, 
par l'application de la loi de Stefan, à se faire une 
idée des températures des différentes planètes. 
" Imaginons, dit-il, un petit corps noir bon con- 
<lucteur de la chaleur et placé en plein soleil à la 
distance de la Terre. Supposons qu'il ail un centi- 
mètre carré de section transversale, de façon qu'il 
reçoive 1/24 de calorie par seconde. Il atteindra 
hientôl une température telle qu'il donnera exacte- 
ment autant ([u'il reçoit et, puisqu'il est si petit, la 
<-haleur le traversera rapidement, de sorte qu'il 
sera tout entier pratiquement à la même tempéra- 
lure. Une sphère de 1 centimètre carré de section 
transversale a une aire de i centimètres carrés, de 
sorte qu'elle doit émettre, par chaque centimètre 
carré de sa surface, 1/96 = 0,0104 calorie par 
seconde. » 

Or, d'après les recherches de Kurlbaum en parti- 
culier, on connaît la quantité réelle d'énergie émise 
par une surface noire ou parfaitement radiante par 
seconde à 100° C, et par conséquent à une 
température quelconque. Ces recherches sont 
basées sur une loi proposée il y a trente ans par 
Stefan et d'après laquelle le courant d'énergie est 
proportionnel à la quatrième puissance de la tem- 
pérature comptée à partir du zéro absolu. Les re- 
cherches de Kurlbaum ont permis de dresser le 
tableau suivant de la quantité d'énergie émise par 
un centimètre carré de surface parfaitement radiante 
ou '• noire " : 

Tableau H. — Quantité d'énergie émise par 
1 centimètre carré du corps noir. 





CALORIES 


temp!;r.\ture absolue 


Grammes dcau cliauftcs 




de !• par secoD.le 


n: 


0.0 


liiii Eliullition .le l'air. 


0.000127 


;!00 Sui-1'ace île la Terre. 


0,0103 


1 .000 C.lialeur rouge. 


1,27 


^i.OOO Charbon de l'arc. 


103 


ti.OOO 


l.e.'iO 


B.2!i(l 


1.930 



Si l'on applique ces considérations à la détermi- 
nation de la chaleur reçue du Soleil par la Terre, et 
si l'on admet avec Langley que le courant de radia- 
tion venant du Soleil et tombant perpendiculaire- 
ment sur i centimètre carré, hors do l'atmosphère 

1 

de la Terre, doit échautl'er 1 gramme d'eau de 577 de 

calorie, par seconde, on trouve que la chaleur 
radiée par notre petite sphère noire correspond î'ipeu 
de chose près à une température de 300" absolus 
ou 27° C. Placée à la dislance de chacune des 
autres planètes, la température de la petite 'sphére 
noire variera nécessairement en raison inverse de 
la racine carrée de la distance, el l'on obtiendra les 
nombres suivants : 

Tabieau lit. — Tempèratiiie d'une sphère noire 
placée à différentes distances du Soleil 



,nsT..a. 


.\r CENTFiE DU SDT.l-.lL 


température centigrade 


C milli 


ons de kilomètres. 


\ . 200.> C 


Fusion de la fonte. 


23 


— 


32" 


Presque la fusion 
lin plomb. 


A la (li> 


lance Je Mercure. 


210 


Prcs(|ue la fusion 
■ le l'étain. 


— 


.le Vénus. 


.s:; 


L'alcool bout à 
l'air libre. . 


— 


.le la Terre. 


21 


Chaude journée 





de Mars. 


— 311 


Kroid arctique. 




de Neptune. 


— 2I'.I 


Solidilîcalion de 
l'azote. 



' Discours prononcé au meeting île Cambiidfiç de 
Brilish .{■isoeiation. le 23 août. 1904. 



Ces nombres paraîtront bien près de la réalité si 
nous considérons que la température moyenne de 
la Terre est, à 10° près, celle ([ue fournit l'applica- 
tion de la loi de la quatrième puissance. On l'évalue, 
en elTet, généralement à 16 ou 17" C. environ. La 
différence provient de ce que la Terre est beaucouj) 
trop grande pour que la distribution de la chaleur 
par conduction joue un rôle sérieux pour l'égalisa- 
tion des températures en différentes région.s. 
D'autre part, cependant, la rotation du globe 
assure une température à peu [irès uniforme à une 
latitude donnée et les mouvements de l'atmosphère 
tendent à distribuer également la chaleur reçue. 
La Terre doit donc possédera peu prés la tempéra- 
ture du petit corps noir à la même distance ; mai.s, 
comme elle réfléchit une fraction de la radiation 
solaire, sa température moyenne sera forcémeni 
un peu inférieure. 

Nous pouvons raisonner de même par analogie 
pour la planète Mars, en supposant toutefois, ce 
qui n'est probablement pas, que les conditions de 
constitution physique du globe martien sont les 
mêmes que sur la Terre. D'après les considérations 
précédentes, il faudrait abaisser de 10° environ la 
température calculée, ce qui donnerait pour la 



76 



ABBÉ TH. MOHEUX — LA CLIMATOLOGIE DE LA PLANÈTE MARS 



• empéralure moyeune 'il" à 40" au-dessous de zéro. 
Pour le Professeur Poynting, la température 
jiioyenne de la planète ne doit pas difTérer beau- 
coup de ces chifTres. « A moins, conclut-il, que 
cette planète soil très dillërente de la Terre, sa 
surface entière est au-dessous du point de congé- 
lation )). En somme, ])Our le Professeur Poynting 
comme pour Fizeau', on est conduit ji Fliypothèse 
de l'existence, à la surface de Mars, d'immenses 
placiers analogues à ceux de notre globe, mais 
d'une étendue beaucoui» i)lus considérable encore. 
Cette hypothèse est cependant en contradiction 
lomplète avec ce que nous montre l'observation de 
la planète. La neige, qui en hiver couvre des 
étendues considérables, fond presque entièrement 
.lU cours de l'été ; on constate souvent la présence 
débrouillards ou de nuages, et nous avons vu que 
le spectroscope décèle dans l'atmosphère martienne 
la présence de la vapeur d'eau. La température 
doit donc être en général pendant le jour supérieure 
.lu point de congélation. Comment expliquer cette 
anomalie ? Il est vrai qu'on a voulu voir dans les 
calottes polaires de l'acide carbonique ..solidifié. 
Mais nous avons vu plus hautque, d'après M. Lowell. 
celte théorie paraît bien inadmissible, en raison de 
la présence constante d'une bande bleuâtre sur les 
bords delà masse neigeuse. 



11 faut donc iccliçrclier ce qui peut ainsi relever 
la température dans lalmosphère de notre voisine. 
A la suite de travaux très intéressants, M. Lowell 
arrive à ce résultat que le pouvoir calorificpie réel 
à la surface de Mars est très supérieur à ce qui 
existe sur la Terre et doit [)roduireune température 
moyenne de-|-22"C.. en supposant Mars protégé, 
comme la Terre, par une atmosphère dense et très 
chargée d'eau. Mais l'atuujsphére martienne, par 
suite de sa rareté, ne i>eiil remplir aussi efficace- 
ment ce rôle protecteur; cependant, M. Lowell 
regarde comme très probable que, tout en étant 
|)lus rare, l'atmosphère de notre voisine renferme 
une plus grande prO|)ortion de vapeur d'eau et 
il'acide carljonique. 11 est ainsi amené à fixer la 
température moyenne de Mars à près de 0° C; c'est 
presque exactement la même température que celle 
«le la moitié méridionale de l'Angleterre. 

Enfin, comme conqjh'uu'ul de ces l'echerches, le 
Professeur IjOwell tmiixc (pie le iminl d'ébullition 
lie l'eau sur Mars sei;iil eiisiinn 'il" ('... la ((uantitè 
d'air par unité de siirl'.ice él.inl à |ieii jirès égale 
aux deux-neuvièine^ de re (|iie l'on cdiislale soi' la 



' Acorh-mic. ilrs Science!!, sùiuirc du 2"> juin 1SS8. — 
I.Wstronowie, rtoiit 1SS8. 



Terre, tandis ([ue la densité probable de l'atmo- 
sphère martienne est seulement de ^)'.i millimètres, 
soit le douzième de la densité de notre couche 
atmosphérique. 

La base même de tous ces calculs est trop fragile 
pour (lu'un puisse accorder une grande conliance 
aux résultats. Mais doit-on, par suite, adopter la 
conclusion du Professeur Poynting, qui, après 
avoir discuté certains points de l'étudede M. Lowell, 
affirme que la température de Mars, avec les don- 
nées fournies par le célèbre astronome américain, 
reste encore très au-dessous du point de congéla- 
tion? « Je pense, ajoute le Professeur Poynting. 
«pi'il est impossible de porter la température de 
Mars à un point aussi élevé que la valeur obtenue 
par le Professeur Lowell. à moins de supposer que- 
son atmosphère possède des qualités entièrement 
différentes de celles que nous connaissons à notrp 
propre atmosphère. >> 

En tout cas, l'observation sendjle bien prouver 
que la temjiérature du sol de Mars est relativement 
élevée, et c'est à cette conclusisn que j'étais déjà 
arrivé en 1905". Mais n'oublions pas (piétons ces 
chiffres ne peuvent fournir que des approximations 
très grossières, étant donné le peu de documents 
ipie nous possédons sur l'état de l'atmospiière de la 
planète. Nous savons seulement rpie cette atmo- 
sphère est plus faible que la nôtre, sans qu'il nous 
soil possible de dire avec quelque certitude dauN 
quelle proportion. El cette raréfaction même n'est 
pas une des moindres difficultés lorsqu'on aborde 
la détermination de la température de la planète. 

Sur la Terre, notre atmosphère relativement 
den,se, chargée de vapeur d'eau et d'acide carbo- 
nique, sert de manteau protecteur contre le rayon- 
nement de la chaleursuperficielle;elle emmagasine 
en même temps une grande partie de la chaleur 
solaire qui la pénètre. Elle joue encore le rôle de^ 
régulateur : c'est par les courants aériens que se 
fait le transport de caloricjue des régions é«piato- 
riales aux régions polaires. 

Or, sur Mars, l'atmosphère, nous l'avons vu, est 
relativement rare. D'autre part, les grandes masses 
océaniques qui, sur notre globe, jouent un rôle 
analogue à celui de l'atmosphère, font complète- 
ment défaut sur notre voisine, 11 en résulte que la 
lenq)éralure doit subir des écarts considérables, et 
théoriquement les difl'érences doivent être énormes 
entre les régions polaires et les régions équato- 
riales, et entre le jour et la nuit surtout. Grâce, en 
ell'et, à la basse pression qui existe à la surface de 
la planète, l'eau peut à peine rester à l'état liquide. 
Pendant la journée, les rayons solaires la réduisent 
en vapeur, tandis que le froid brustpie de la nuit ou 

' Kcv. ijén. 'las Science, :S« n«v. 1M6, |>. !I18. 



ABBÉ TH. MOIfKl'X — LA CLlMATULOdlE DK LA PLANÈTE MAKS 



la inoindre variation de lempéraliire doit amener la 
[iroduclion derosée,ou de brnmes et de lirouillards 
plus ou moins opaiiues rétléchi.ssant la lumière 
blanche. Un froid plus rigoureux précipite la vapeur 
d'eau en flocons de neige, ou la fait se déposer sous 
forme de gelée blanche ; dilTérentes régions semblent 
même en être recouvertes d'une façon continue : ce 
sont, sans doute, de hauts plateaux. Les neiges 
polaires elles-mêmes ne sauraient atteindre une 
forte épaisseur, car la considération d'un été deux 
fois plus long que les nôtres ne pourrait expli([uer 
la fonte parfois complète des calottes polaires. 

Dans ces conditions, la fusion des neiges polaires 
ne peut pas donner de très grandes quantités d'eau. 
Miss Clerke' était arrivée, par des calculs que nous 
croyons inutile de reproduire ici, à conclure que 
l'eau résultant de la fonte des neiges des pôles ne 
pourrait pas, répartie sur toutes les surfaces som- 
bres, donner plus de quarante-trois nulliinèlres 
d'eau de hauteur. C'est peu, vraiment, pour subve- 
nir aux be.soins de la végétation. Il est vrai que 
M. Lowell" proteste énergiquement contre les 
chiffres de Miss Clerke; pour lui, la hauteur de 
l'eau provenant de la fusion des neiges ne serait 
certainement pas inférieure à soixante-quinze cen- 
timètres. 

Ajoutons qu'un tel dèbal est parfaileineni puéril, 
cl qu'il nous est actuellement impossible de tenter 
de pareilles déterminations avec quelque chance 
de succès. Cependant, la célèbre théorie du Profes- 
seur Lowell repose entièrement sur cette supposi- 
tion que toute l'eau nécessaire à la végétation pro- 
vient de la fonte des neiges polaires. Tel serait, du 
moins, le résultat de ses observations. Le principal 
caractère des canaux, et d'une façon générale de la 
surface de la planète, est certainement la variabi- 
lité. Rien, en effet, ne paraît stable sur ce monde 
voisin; la teinte des détails, leur intensité, leur visi- 
bilité, tout cela paraît soumis à des changements 
perpétuels. Ces changements s'opèrent, sans doute, 
en vertu d'une loi qui nous échappe encore, mais 
que M. Lowell a entrepris d'élucider. 

Après avoir réuni tous ses dessins, l'astronome 
américain fut frappé de ce fait que tous les canaux 
ne sont pas visibles à la fois, et l'époque de l'appa- 
rition de chaque canal pendant l'année martienne 
paraît d'autant plus tardive que rol)jet se trouve 
plus loin du pôle tourné vers le Soleil ; d'où il résul- 
terait que le développement des canaux serait gou- 
verné par une force synchronique dans son début 
avec la fusion des glaces polaires. Or, cette force se 
[)ropage peu à peu, de latitude en latitude, jusqu'au 
delà de l'équateur.Tels sont les faits que M. Lowell' 



' Edinhurgh Revicw. ocl. 1896 : New Viows about M:ir-. 

"- Mature, 19 ni.-ii-s 1908, t. LXXVII, p. 4t)l. 

' BuUelia de la Société belge d'Astronomie : Les Car- 



prétend avoir constatés pendant roi)iiosition ih' 
l'.)0;j. Quelle explication en donne-t-il .' 

Sur la Terre, la végétation, pour apparaître, a 
besoin de deux facteurs principaux : le soleil et 
l'eau. L'eau ne fait défaut presque nulle part: il 
suflil donc de l'apparition d'un soleil plus ardent 
au printemps pour voir se manifester la vie végé- 
tale. Sur Mars, au contraire, l'eau est excessivement 
rare, si rare qu'après chaque hiver elle se trouve 
presque complètement reléguée aux deux pôles, où 
nous la voyons à l'état solide. Dès lors, pour que 
les végétaux puissent renaître à la vie, il faut que 
les neiges et les glaces polaires soient fondues et 
que l'eau ainsi libérée aille arroser les régions fer- 
tiles de la planète. Cette fusion ne peut se produire 
que sous l'action d'un soleil plus chaud, par con- 
séquent assez élevé au-dessus de l'horizon. Les 
régions polaires seraient alors les premières à être 
irriguées et à mcuitrer les traces de la végétation. 
Puis, peu à peu, cette eau s'écoulerait versl'équateur, 
donnant partout naissance, sur son passage, à un»- 
vie végétative intense, se traduisant pour nous pai 
l'apparition successive des canaux. Mais, comnii- 
aucune loi phvsiquene peut expliquer l'écoulemenl 
de cette eau vers l'équateur. surtout à travers un 
sol desséché, M. Lowell en conclut que les taches 
appelées canaux sont entretenues artificiellement. 

M. Lowell avait espéré confirmer toutes ces 
vues par l'obtention de photographies du disque de 
la planète. Malheureusement, au foyer des plus 
grands instruments, Mars nous apparaît comme un 
disque bien faible sur les plaques photographiques. 
Sans contester les résultats ol)tenus, et qui font 
grand honneur à la persévérance des astronomes 
lie Flagstafr, nous devons avouer que les épreuves, 
même agrandies, ne peuvent constituer unprogrès 
dans la connaissance de la i)lanète. Ce que l'on voit 
facilement sur les clichés, ce sont les détails 
importants, au sujet desquels nulle contestation 
n'est possible. 

Tous les astronomes <[ui ont étudié la planèti- 
depuis quarante ans sont d'accord sur les grandes 
configurations, les seules que montrent les photo- 
graphies. 

Le dédoublement des canaux, ([ue M. Lowell pré- 
tend voir sur ses épreuves, me paraît bien sujet à 
caution. J'ai eu ses clichés entre les mains et je 
dois avant tout à la vérité d'affirmer que je n'ai 
jamais constaté de dédoublement aussi net que 
sur ses dessins. Il existe bien des canaux élargis, 
mais aucun n'est vraiment double. 

Je n'insisterai pas sur la fragilité des hypothèses 
basées sur l'examen de la visibilité des lignes fines 

Imiches de Mars. — V. également, tlaiis Tha Century illui-- 
trated Monthly Magazine, ditrércnls articles inibliés en 1901 
et 1908 sous le titre sénéral : Mars as tlie abode of life. 



78 (•' PAUL RENARD — L.\ RÉSISTANCE DE L'AIR ET LES EXPÉRIEN'r.ES DE M. G. EIFFEL 



aperçues par M. LuwelL 11 m'a cependant paru 
i>|)porliin de faire connaître dans une vue d'en- 
semble l'ienvre entreprise à FlagstafT. 



VI 



Il serait maintenant bien superllu d'essayer de 
dégager des conclusions certaines relatives à la 
rlimatologie de la planète Mars. 

L'ensemble des travaux que nous avons exposés, 
avec la plus grande impartialité possible, nous 
montre que, dans le domaine de l'Aréograpliie, tout 
reste à faire ; nous commençons seulement à en 
aborder l'étude, nous en sommes aux premières 
pages. 

Cette question d'Astronomie physique est encore 
loin de recevoir une solution satisfaisante : les 
raisons nous en paraissent faciles à concevoir. 

D'une part, le sujet se rattache aux problèmes 
les plus ardus de la Physique moderne, à ceux qui, 
à peine posés d'hier, soulèvent déjà les plus 
ardentes polémiques. 

D'autre part, une théorie n'est satisfaisante qu'à 
une condition : celle de grouper autour d'une idée 
i^énérale un très arand nombre de faits. 



Or, il ne faut pas craindre de l'avouer, dans 
l'élude de la planète Mars, ce sont précisément les 
faits qui nous manquent; et par là nous entendons 
dire les faits scientifiques, rigoureusement cons- 
tatés et contrôlés. 

Cela n'a rien qui doive nous étonner; l'Astronomie 
est encore bien mal outillée pour étudier uu disque 
apparent aussi faible que celui de la planète Mars ; 
àchaque opposition, notre science n'augmente donc 
que d'une infime quantité, et personne ne pourrait 
prévoir le jour où l'abondance des faits les mieux 
établis nous permettra d'arriver à d'intéressantes 
et légitimes conclusions. 

Ce n'est certes pas une raison pour abandonner 
la partie. Ce qui arrive pour l'étude de la planète 
Mars se produit journellement dans tous les 
domaines de la science. A mesure que nous serrons 
de plus près une question, quelle qu'elle soit, nous 
sommes amenés tout naturellement à traiter les 
sujets les plus divers ; l'horizon s'élargit dès que 
nous avançons et nous avons vite fait d'atteindre 
ce que Lord Kelvin se plaisait à ap]ir'ler « les limites 
de notre science ». 

Abbé Th. Moreux, 

Diieotcui- âe lOb^ervôtoire de Bourgc;. 



LA RÉSISTANCE DE L'AIR 
ET LES RÉCENTES EXPÉRIENCES DE M. G. EIFFEL 



(Jn admet que, lorsqu'un corps solide est animé 
il'un mouvement relatif par rapport à l'air am- 
biant, il éprouve de la part de celui-ci une résis- 
tance qui peut avoir une inclinaison variable par 
rapport à la direction du mouvement et qui est 
fonction de la vitesse. Lorsque le mouvement est 
rectiligne et lorsque le corps est symétrique par 
rapport à un axe parallèle à la direction du mou- 
vement, on admet que l'etTort lui est également 
parallèle et qu'il est fonction de la vitesse. On 
admet même que cet efl'ort est égal au produit 
d'un certain nombre qui dépend de la forme et des 
dimensions de l'objet, multiplié par le carré delà 
vitesse. On est, de plus, disposé à admettre, sous 
certaines corrections, que, pour des corps sem- 
blables, le nombre par lequel il faut multiplier le 
carré de la vitesse est proportionnel à la surface 
de la maîtresse section, c'est-à-dire de la plus 
grande section perpendiculaire au mouvement. 
Comme il s'agit de corps semblables, cette section 
est évidemment proporlionnelle au carré des di- 
mensions homologues. La résistance que l'air 
oppose au mouvement du corps est exprimée par 



une formule de la forme cpSV', dans laquelle cp est 
un coefficient dépendant de la forme du corps, 
S la surface de la maîtresse section, et V la vitesse 
relative. Par suite, le coefficient cp est une caracté- 
ristique de la forme du corps en mouvement. On 
peut le comparer au coefficient d'un corps de 
forme déterminée qui serait pris pour étalon. Si 
nous appelons K le coefficient relatif à cette forme 
spéciale, pour les corps de cette forme, la résis- 
tance sera, exprimée par la formule KSV", et, pour 
un corps quelconque, il suffira de connaître le 

rap])ort X entre le coefficient d'une surface quel- 
conque et celui de la surface-étalon. 

La surface-étalon la plus simple est évidemmeni 
celle d'un plan se mouvant perpendiculairement à 
lui-même. C'est cette surface qui a été générale- 
ment adoptée. Mais, comme il est démontré pai- 
l'expérience que la résistance de l'air ne dépend 
pas seulement de la surface-avant du corps en 
mouvement, mais aussi de sa surface-arrière, il 
est nécessaire pour l'étalon de définir également la 
forme arriére, et l'on a adopté un plan parallèle au 



C PAUL HENAKl) - LA IIÉSISTANCK DE LMR ET LES EXPÉRIENCES DE M. (L EIFFEL 7i» 



|ilan avant et aussi rapproché que possible de 
relui-ci. La réalisation du solide Irùs i)eu épais 
« onipris entre ces deux plans parallèles a été dési- 
gnée sous le nom de pl;in mince, et la connaissance 
du coefficient de résistance normale du plan mince 
a déjà fait l'objet de nombreuses recherches expé- 
rimentales. 

Le coeflicient K est donc le nombre |)ai' lequel il 
laul nudtiplier le produit de la surface S d'un plan 
mince par le carré de la vitesse V avec laquelle il 
se déplace dans l'air perpendiculairement à lui- 
m(''me, pour obtenir la force avec laquelle l'air 
résiste au déplacement. Dans la formule F=» KSV", 
V est exprimé en kilogrammes, S en mètres carrés, 
et V en mètres par seconde. Si la surface du plan 
mince est de 1 mètre carré et si la vitesse est de 
1 mètre par seconde, on aura V= K. On peut donc 
dire que ce coefficient est numériquement égal à la 
lésistance de l'air au mouvement orthogonal d'un 
|ilau mince de 1 jnètre carré de surface à la vitesse 
(le 1 mètre par seconde. 

(^e coeflicient est d'une extrême importance dans 
toutes les questions d'Aérodynamique. On devrait, 
jiour être rigoureux, l'appeler coeflicient du résis- 
tance criin plan mince se mouvant orthogonalement 
dans l'air; mais, pour plus de simplicité, on le 
désigne universellement sous le nom de coef/icient 
de la résistance de l'air. Cette expression montre, 
(l'ailleurs, toute l'importance qu'on y attache. 

Il est facile de se rendre compte que, lorsqu'un 
corps de forme quelconque, se déplaçant dans l'air, 
est soumis à une force constante, au lieu de 
prendre un mouvement uniformément accéléré 
comme s'il se mouvait dans le vide, il prend, au 
haut dune certaine période de mise en train, une 
vitesse uniforme. Ce régime permanent a lieu 
<iuand, par suite de l'accroissement de la vitesse, 
la résistance de l'air est égale à la force constante 
imprimée au corps. En particulier, un corps pesant 
tombant dans l'air, après une période d'accéléra- 
tion plus ou moins longue, prend une vitesse uni- 
forme. Plusieurs expérimentateurs ont utilisé cette 
propriété pour déterminer le coefficient de résis- 
tance de l'air. Ils ont laissé tomber librement un 
plan mince horizontal lesté et l'ont observé à partir 
du moment où il avait pris une vitesse uniforme. 
Dans ces conditions, KSV^ était égal au poids de 
l'appareil; S et V étaient connus; K pouvait donc 
se déduire sans difficulté. Ce fut, en particulier, le 
procédé employé par l'abbé Le Dantec au Conser- 
vatoire des Arts et Métiers, et par MM. Cailletet et 
Colardeau à la Tour EilTel. 

D'autres expérimentateurs ont préféré attacher 
le plan mince ou l'objet dont on voulait rechercher 
le coeflicient de résistance à l'extrémité du bras 
d'un manège, animé, celui-ci, d'un mouvement de 



rotation uniforme, et, par des procédés variables, 
déterminer la résistance de l'air au corps dont la 
surface et la vitesse étaient connues. 

Chacun de ces deux procédés présente des incon- 
vénients. Le premier est excellent au point de vue 
théorique; mais il est d'une a|)plication difficile 
pour les grandes vitesses. Le régime permanent 
s'établit, en effet, avec rapidité quand la surface 
est considérable, et il correspond à une vitesse 
uniforme de peu de valeur. Si la surface est très 
faible, la période de mise en train est très longue 
et l'on n'a pas le temps d'atteindre la vitesse de 
régime, qui, dans ce cas, est considérable. 

Les grandes vitesses peuvent être très facilement 
obtenues par la méthode du manège, mais on 
reproche à celle-ci, avec raison, d'animer le corps 
d'un mouvement de rotation et non d'un mouve- 
ment rectiligne, ce qui fausse tous les résultats, à 
moins que le manège n'ait les bras tellement longs 
que l'on puisse négliger les efl'ets de la force cen- 
trifuge. Or, jusqu'à présent, aucun manège n'a eu, 
en réalité, des dimensions suftisanles pour qu'on 
puisse le supposer. 

Ainsi, avec la méthode de la chute libre, on ne 
peut atteindre que des vitesses faibles, quelques 
mètres par seconde; la méthode du manège permet, 
au contraire, des vitesses rapides, mais dans des 
conditions qui altèrent d'une façon considérable et 
inconnue les résultats cherchés. 

Aussi, le Colonel Renard ne considérait le manège 
(jue comme un instrument de comparaison permet- 
tant de déterminer le rapport entre le coefficient 
(p d'un corps de forme quelconque et le coeffi- 
cient K fondamental du plan mince. Mais il était 
persuadé que ce dernier coefficient ne pouvait être 
obtenu que par des expériences où le mouvement 
relatif serait rectiligne. Il avait même l'intention, 
dans ce but, d'employer la méthode du tunnel, c'est- 
à-dire de faire parcourir un long cylindre par des 
courants d'air rectilignes et uniformes de vitesses 
considérables, courants d'air auxquels seraient 
exposés le corps et, en particulier, le plan mince à 
expérimenter. La mort ne lui a pas permis de réa- 
liser ce projet. 

Et pourtant, il y avait là une lacune à combler? 
Les vitesses de l'air peuvent, en effet, se partager 
en plusieurs catégories suivant leurs valeurs numé- 
riques : les vitesses faibles, jusqu'à i ou 5 mètres 
par seconde, ne présentent qu'un intérêt théorique ; 
au delà, jusque vers oO mètres par seconde, sont 
les vitesses moyennes, qu'on pourrait appeler les 
vitesses météorologiques ou aéronautiques. Ce sont 
celles des vents usuels, ce sont aussi celles des 
aéroplanes ou des dirigeables. Elles intéressent 
donc au plus haut degré les ingénieurs au point de 
vue de la stabilité des constructions, les marins au 



80 C PAL'L RENARD — LA RÉSISTANCE DE L AIR ET LES EXPÉRIENCES DE M. 0. EIFFEL 



point de vue de la navigation à voile, les aéro- 
nautes et les aviateurs au point de vue de la navi- 
gation aérienne. Au delà sont les grandes vitesses, 
qu'on pourrait appeler balistiques et qui intéres- 
sent plus spécialement les artilleurs. 

Or, on savait par les e.\périences de chute libre 
qu'aux vitesses faibles la loi du carré de la vitesse 
est sensiblement exacte. On savait aussi qu'aux 
vitesses moyennes les expériences de manège 
démontrent également l'exactitude de la même loi, 
mais ne peuvent pas. par elles seules, en fournir le 
coefficient fondamental. On savait enfin qu'aux 
grandes vitesses la loi cesse d'être exacte ; toutes 
les mesures faites sur des projectiles l'ont démon- 
tré. Pour les vitesses moyennes, qui. en dehors de 
la Balistique, sont les seules à considérer dans la 
pratique, on se trouvait donc dans une situation 
assez peu satisfaisante : la loi du carré de la vitesse, 
sur laquelle sont basés tous les calculs d'Aérodyna- 
mique, n'était pas démontrée d'une façon rigou- 
reuse pour les mouvements rectilignes. 



C'est cette lacune que M. Eiffel a voulu combler. 
Ses expériences portent sur des corps animés de 
mouvements rectilignes aux vitesses que nous 
avons appelées moyennes, c'est-à-dire, dans la pra- 
tique, comprises entre 15 et iO mètres par seconde. 
Sa méthode consiste dans une chute libre verti- 
cale exécutée du haut de la seconde plate-forme de 
la tour Eiffel. Mais cette hauteur n'est pas sufli- 
sante pour atteindre le régime uniforme avec les 
vitesses qu'il se proposait d'expérimenter ; il 
renonça à ce moyen et se contenta d'observer 
d'une façon continue le mouvement varié de l'ap- 
pareil. Si, à un moment donné, on connaît non 
seulement la vitesse, mais l'accélération du corps 
à expérimenter, le produit de la masse par cette 
accélération donne la force d'inertie du corps. Celte 
force est verticale et dirigée de bas en haut, et fait 
équilibre à l'ensemble des forces verticales appli- 
quées au même instant au corps en expérience. (>r, 
ces forces verticales sont au nombre de trois : le 
poids de l'objet, dirigé de haut en bas; la résistance 
de l'air cherchée, dirigée de bas en haut: et, enfin, 
l'effort exercé par un ressort, effort variable et 
mesurable, et qui prend de lui-même la valeur 
nécessaire pour qu'il y ait équilibre entre toutes 
les forces verticales. Le poids et la masse du corps, 
son accélération, la force du ressort sont connus: 
on peut donc en déduire la résistance inconnue de 
l'air au déplacement du corps en question. 

En somme, la théorie est simple, mais l'exécu- 
tion est assez compliquée. Dans le volume qu'il a 
publié pour rendre compte de ses expériences, 




Fig. 1. — Appareil pour fntiide de la résistance de l'air 
[élévation de l'appareil ouvert). — Ra. ressort à lame* 
s'iippliquant sur les coussinets; P, plaque servant au 
lianâage des ressorts pnr les tiges boulonnées T,-; p, pla- 
teau support; t,, tube fixe formant guide; (j, tube mobile 
portant la plaque d'essai; G, galets de transmission du 
mouvement a>i cylindre; r,, ressort appuj-anl les galels 
sur le câble: J, joug guidé tirant sur les ressorts dyna- 
mométriques r; d, diapason fixé au joug et portant li^ 
style S; C, cylindre enregistreur entraîné par les galets. 



C PAUL lîKXAHl) - LA llKSISTANCE DK LAIR ET LES EXPÉRIENCES DE M. U. EIFFEL ^1 



>L EilTel donne une ilescription détaillée de son 
appareil. L'inspection des ligures 1 et 2 permet 
de voir les dispositions prises. Le lecteur pourra 
s'y reporter pour mieux comprendre rexp<isé 



nuisibles. La principale consiste en ce que deux 
corps symétriques par rapport au cûble sont reliés 
ensemble et descendent simultanément. Le mou- 
vement vertical de l'obus est enregistré d'une 




Kig, 2. — Appnycil de chulo pour mesurer la résistance rie l'n, 
est ensagé sur lo cône U'arn'-l. 



Lappurcil, Ofirès la cliute, 



que nous allons faire du principe de l'appareil, 
l'n corps de forme cylindro-conique, que, pour 
abréger le discours, nous appellerons l'obus, des- 
cend d'une hauteur d'environ 20 mètres, guidé par 
un câble vertical fixe. Des précautions minutieuses 
sont prises pour éviter sur le câble des frottements 



manière continue au moyeu d'un diapason </, dont 
une des branches porte un style S, qui trace une 
courbe sur un cylindre vertical C animé d'un mou- 
vement de rotation, avec une vitesse proportion- 
nelle à celle de la chute. L'obus ne porte pas direc- 
tement la surface à expérimenter; celle-ci est fixée. 



82 C PAUL RENARD — LA RÉSISTANCE DE L'AIR ET LES EXPÉRIENCES DE M. G. EIFFEL 



à une certaine distance au-dessous de sa pointe 
inférieure, à une tige verticale /^ qui peut se dépla- 
cer d'une certaine quantité par rapport à l'obus. A ce 
mouvement relatif s'oppose un ressort Ra, qui cède 
d'une façon plus ou moins considérable, et qui 
entraîne avec lui le diapason dont nous avons 
parlé plus baut. Si, au lieu d'être porté par un 
diapason, le style était porté par une barre rigide, 
ou si l'on ne mettait pas le diapason en vibration, 
le style tracerait sur le cylindre une courbe dont les 
abscisses seraient proportionnelles à la hauteur de 
chute et dont les ordonnées seraient proportion- 
nelles au déplacement du ressort par rapport à 
['obus. Or, ce déplacement du ressort est propor- 
tionnel à la tension de celui-ci. Ainsi que nous 
l'avons vu, cette tension est l'une des quatre forces 
verticales auxquelles est soumis le corps en expé- 
rience. La courbe ainsi tracée sur le cylindre 
permet donc de connaître la tension dii ressort en 
fonction de l'espace parcouru. 

Cette relation ne suffit pas pour déterminer la 
résistance de l'air, car la force d'inertie du corps 
expérimenté entre dans la formule. Il faut donc 
connaître non seulement l'espace parcouru, mais 
l'accélération en chaque point. C'est ce renseigne- 
ment qui nous est donné par le diapason. Lors- 
qu'on le met en vibration, le style trace une ligne 
sinussoïdale de part et d'autre de la courbe dont 
nous venons de parler, et, comme la vitesse de 
vibration du diapason est connue (environ 100 vi- 
brations par seconde dans l'appareil de M. EitTel , 
chaque ondulation corre.spond à un temps déter- 
miné. Plus les ondulations sont rapprochées, plus . 
la chute est lente; plus, au contraire, elles sont éloi- 
gnées, plus la chute est rapide. En mesurant la lon- 
gueur de projection horizontale des ondulations en 
différents points de la courbe, on peut en déduire 
la vitesse en chaque point, et, en comparant les 
vitesses successives, obtenir la valeur de l'accélé- 
ration. D'ailleurs, si l'accélération est indispen- 
sable à connaître, puisqu'elle entre dans la formule 
qui donne la résistance de l'air, la connaissance 
de la vitesse est également nécessaire pour elle- 
même ; car, la résistance étant proportionnelle au 
carré de la vitesse, il est indispensable d'avoir la 
valeur de celle-ci pour trouver le coefficient K 
lorsqu'on connaît la résistance et la surface. 

L'appareil présente une foule de dispositions 
ingénieuses, notamment pour le frénage à la fin 
de la chute ; nous nous bornons à les signaler. 

De l'examen des diagrammes tracés par le dia- 
[lason, il fallait déduire les valeurs cherchées des 
vitesses, de la résistance et du coefficient. M. Eiffel 
a imaginé, dans ce but, une méthode de calcul fort 
ingénieuse, dont l'exposé forme l'objcl du iji'iixiémo 
«liapitre de son ouvrage. 



Des i)récautions minutieuses semblent avoir été 
prises pour éviter toutes les causes d'erreur ; 
l'impression qui se dégage de cette lecture est la 
confiance qu'on peut avoir dans les résultats 
obtenus. Il s'y mélange peut-être môme un certain 
sentiment d'inquiétude, car, en voyant les précau- 
tions nombreuses qui ont été prises pour se mettre 
à l'abri de causes d'erreur à la plupart desquelles 
le lecteur n'aurait pas pensé, il se demande si 
l'expérimentateur a bien songé à toutes les cau.ses 
d'inexactitude possibles et s'il n'y a pas encore 
quelque correction dont l'utilité ait pu échapper à 
sa perspicacité. Pour notre compte, nous pensons 
que ces expériences ont été conduites avec autant 
de conscience et de sagacité qu'il est possible d'en 
apporter. 

Nous signalerons, en particulier, la règle excel- 
lente que M. Eiffel a adoptée avec une intransi- 
geance dont on ne saurait trop le louer. 11 s'est 
abstenu de faire ses expériences quand le vent 
avait une valeur appréciable. Le moindre vent suf- 
lisait, eu effet, d'après lui, pour donner de la dissy- 
métrie aux efforts par rapport à la verticale et 
provoquer ainsi des frottements sur le câble-guide. 
Des banderolles très légères permettaient, par leur 
immobilité, de constater l'absence de vent. De 
plus, l'inspection des diagrammes révélait les cas 
où il s'était produit des frottements anormaux. 

Telle est la raison pour laquelle M. Eiffel déclare 
avoir voulu opérer excfusivement en air calme. 

Cette raison est excellente, mais il en est encore 
une autre. En admettant même que le frottement 
sur le câble ou toute autre cause du même genre 
ne vienne pas fausser les résultats en cas de vent, 
celui-ci est toujours nuisible. La présence seule 
d'un courant d'air horizontal change, en effet, la 
direction du vent relatif. On ne pourrait donc, en 
pareil cas, considérer la méthode comme donnant 
la mesure de la résistance de l'air parallèlement au 
sens du mouvement de l'obus. ITn vent ayant une 
vitesse égale à la vitesse de chute aurait pu doubler 
[:\ composante verticale de la résistance, et un vent 
ilout la vitesse aurait été égale à 20 "/„ de la vitesse 
de liil)us auiait augmenté la résistance verticale 
de 'i " ,, de sa valeur normale. Il était donc, à tous 
égards, de la plus haute importance de s'abstenir 
de faire des expériences par le vent et de rejeter 
celles qu'on aurait pu exécuter par inadvertance. 



Il 



L'exposé des résultats obtenus fait l'objet du 
troisième chapitre du volume. Les expériences ont 
été nombreuses et variées. On a essayé des plans 
cii'culaires, carrés, rectangulaires avec un allonge- 
ment de 2, rectangulaires avec un allongement de 'i. 



C 1>ALL ItEXAIM» — LA UÉSISTANCK DK L'AIK KT IJiS KXI'I- lUKiNCKS \)E M. U. lilFKKI. 8:i 



l'oiir les plans circulaires, on a essayé successive- 
iiiciit des surfaces de 1, IG, 1/8, 1/i et 1 ; ïî nièlre 
rarié. 11 en a été de niêuie pour les plans carrés, el 
|i(iur ceux-ci on a été jusqu'à 1 mèlre carré. Pour 
li's rectangles à faible allongement, on a essayé les 
siiilaces de 1 H el I i de métré carré; pour les 
icclangles à grand allongement, des surfaces de 
I 10 et 1/8 de mètre carré. 

Les vitesses ont varié de 17'", 00 à '£l"',ûri. Pour 
cliaiiue surface, la loi de la proportionnalité au 
carré de la vitesse a été très sensiblement vériliée; 
les écarts sont tellement faibles que les ingénieurs 
peuvent absolument les négliger dans la pratique. 
Les valeurs trouvées pour le coefficient de résis- 
lancc oscillent entre 0,003 et 0,082; ce dernier 
iliillre est exceptionnel et la valeur moyenne géné- 
rale est de 0,074. Ce chiffre est notablement infé- 
rieur à la plupart de ceuv qui avaient été antérieu- 
rement établis. 

i^our une surface de forme déterminée, le coefli- 
lieut augmente légèrement avec les dimensions. 
(Test ainsi que, pour un plan carré de 1/10 de 
mètre carré de surface, la valeur du coefficient est 
lie 0,070, et que, pour une surface semblable de 
I mètre carré, le coefficient atteint 0,07!t. Une pro- 
gression analogue se constate avec toutes les 
Inrmes. 

Le coefficient de résistance, à surface égale, est 
plus faible pour un cercle que pour un carré, pour 
un carré que pour un rectangle à faible allonge- 
ment, et pour le rectangle à faible allongement que 
pour celui qui est très allongé. 

M. Eiffel a fait une autre série d'expériences, qui 
peuvent avoir un réel intérêt pour les applications 
pratiques. Il a mesuré, en particulier, la résistance 
au mouvement d'un treillis, et il a constaté que 
cette résistance est plus grande, non pas que celle 
de la surface pleine si le treillis n'avait pas été 
évidé, mais plus grande que pour une surface con- 
tinue équivalente aux pleins laissés dans le treillis. 
11 a également cherché si des plans voisins dis- 
jiosés sensiblement au même niveau influent les 
uns sur les autres; cette influence a été reconnue 
négligeable. 

11 a ensuite étudié la résistance de l'air sur des 
plans minces égaux et superposés avec un certain 
intervalle. Il a trouvé ((ue, dans ce cas, la résis- 
tance diminue sensiblement et que cette diminu- 
tion est plus considérable lorsque l'intervalle des 
deux surfaces augmente. C'est évidemment faux, 
si la dei-nière surface est assez éloignée pour être 
soustraite à l'influence de la première; mais, jus- 
qu'à un écartement égal à une fois et demie le dia- 
mètre des cercles expérimentés, la diminution de 
résistance a été vérifiée. 
M. Eifl'el a fait ensuite tomber non plus des 



cercles rninces, mais des cylindres dont les bases 
étaient espacées comme les plans super])osés dans 
l'expérience précédente, et qui se trouvaient reliées 
l'une à l'îmlre par une surface cylindrique. Il esl 
remarquable que, dans ce cas. la résistance, pour 
un ècarternent des bases égal à une fois et demie 
le diamètre, s'est trouvée à peu prés la même 
([ue dans le cas des surfaces supm-posées ; ce qui 
semble prouver qu'entre ces deux surfaces se trou- 
vait une gaine d'air immobile et que l'ensemble se 
comportait à peu près comme un cylindre solide. 

Enlin, M. Eiffel a étudié, toujours avec la même 
méthode, la résistance sur des cônes et des hémi- 
sphères creux. Il n'a pas étudié la résistance de la 
sphère ni des corps fusiformes analogues aux 
ballons dirigeables. 

Pour terminer ses expériences, il a abordé une 
étude des plus importantes, celle de l'etfort exercé 
sur des plans se déplaçant obliquement par rap- 
port à l'air. Mais, comme son appareil exigeait que 
la résistance de l'air fût toujours verticale, poui- 
éviter des frottements latéraux, il étudia des plan^ 
jumelles el symétriquement inclinés, de manière 
que la résultante des efforts sur ces deux surfaces 
fût verticale. La question qu'il s'agissait d'élucider 
dans ce cas était de trouver le ra[)porl entre l'efforl- 
normal exercé sur un plan se mouvant oblique- 
meiil par rapport à l'air et l'eflort exercé sur h- 
l)lan de même surface dans le cas du mouvemeni 
orthogonal. Si l'on appelle R, la résistance nor- 
male à un plan qui se meut en faisant un angle / 
avec la direction du mouvement, et R^^ celle d'un 

T> 

plan qui se meut orthogonalemenl, le rapport rp 

esl donné par une loi expérimentale qu'on appelle 
la loi do lu résistniice de l'iiir iiiix pL'iiis ohUqtiea. 
Cette loi est de la plus haute importance pour 
toutes les questions de propulseurs et de suslen- 
tateurs aériens; un grand nombre d'expérimenta- 
teurs ont cherché à l'exprimer par des formules, 
et M. Eiffel s'est proposé le même but dans ses 
dernières expériences. 



111 



Après avoir résumé les résultats obtenus, 
M. Eitîel compare les valeurs qu'il a trouvées pour 
la résistance de l'air avec celles qui avaient été 
données antérieurement. 

Les plus anciennes expériences connues, citées 
par lui, sont dues à Smeaton et i-emontent à 1782. 
Le coeflicient trouvé par cet expérimentateur était 
égal à 0,122. En 1780, llullon trouva 0,081. Puis 
une suite d'expériences donnèrent des chiffres 
supérieurs à 0,100 et atteignant 0,125, si bien qu'il 
V ;i une trentaine d'années on considérait ce chiffre 



HA 



CH. GRAVIEH — LES RÉCENTES RECIIEIICIIES ÛCÉAN(J(3n.\PHlQi;ES EN NORVÈGE 



«omine le plus digne de foi. Mais des expériences 
plus récentes onl abaissé cette valeur : Langley 
donnait 0,081, l'abbé Le Dantec 0,080, MM. Cailletet 
et Colardeau 0,070. La valeur moyenne établie par 
M. Eifïel est de 0,07't. Il est certain que les expé- 
riences modernes méritent plus de confiance que 
celles d'autrefois; on doit donc admettre que le 
loefficient de la résistance de l'air est compris 
entre 0,070 et 0,080 et que le chiffre de M. EifTel 
doit se rapprocher considérablement de sa véritable 
valeur. 11 est à noter que l'expérience' de llutton, 
qui était seule, parmi les anciennes, à donner un 
chiffre inférieur à 0.1 00, et (jui,àce titre, était géné- 
ralement considérée comme inexacte, se trouvait, 
au contraire, la plus rapprochée de la vérité. 

Nous avons signalé, au cours de cet article, l'im- 
portance de la loi de la résistance des plans obli- 
ques, c'est-à-dire de la loi suivant laquelle varie le 

T> 

rapport -5-^» R, étant la résistance normale à un plan 

rencontré par un courant d'air faisant avec sa sur- 
face un angle /, et R„„ étant la valeur particulière 
de celte résistance lorsque l'angle d'attaque est de 
itO degrés, c'est-à-dire lorsque le plan est frappé 
orthogonalement par le courant d'air. 

A la fin du troisième chapitre de son ouvrage, 
M. Eillel examine les formules qui ont été proposées 
pour représenter cette loi. 11 en donne lui-même 
une qui a évidemment le mérite de la simplicité. 



R. i 

D après lui. jusqu'à 30 degrés, tt— est égal à ^ • cl. 



R.. 



30 



R, 



au delà de 30 degrés, t~- est constant et égal à 1. 

Cette formule discontinue ne peut évidemment être 
exacte, et on ne doit la considérer que comme un 
moyen mnémotechnique. 11 faut, toutefois, re- 
marquer que, au-dessous de 20 "/„ et au delà de 50, 
elle se rapproche sensiblement des formules consi- 
dérées comme les meilleures, en i)articulier de 
celles du colonel Renard, de Duchemin, de Louvrié, 
de M. Goupil et de Joessel. 



IV 



En résumé, M. Eill'el, en exécutant ses expériences 
et en les publiant d'une manière aussi complète, a 
rendu un véritable service à tous ceux qui, à un 
titre quelconque, s'intéressentaux questions d'Aéro- 
dynamique. Il adonné un cliiUre nouveau, et parais- 
sant le plus rapproché de la vérité, du coefficieni 
de la résistance de l'air; il a imaginé une méthode 
d'expérience et desprocédés de calculs intéressants ; 
il a créé un instrument de travail, grâce auquel lui- 
même ou d'autres ingénieurs pourront poursuivre 
ces recherches. Tous ceux cjui ont à compter avec 
le vent, et en particulier tous les adeptes de l'Aéro- 
nautique, ne pourront que lui en être reconnais- 
sants. Commandant Paul Renard. 



LES RÉCENTES RECHERCHES OCÉÀNOCxRAPHIQUES EN NORVÈGE 



L'immense nappe liquide qui recouvre plus des 
trois quarts de la surface du Globe terrestre ne 
lii'meure jamais à l'état de repos ; elle présente des 
oscillations rythmiques, dues àl'action combinée de 
la Lune et du Soleil et qui constituent le phéno- 
mène des marées ; de plus, sa surface est fréquem- 
ment couverte de rides plus ou moins fortes (houle) 
produites par le vent ; en outre, on observe dans 
sa masse des mouvements plus ou moins étendus, 
permanents ou temporaires, orientés dans une 
direction déterminée : ce sont les courants marins, 
<pie l'on peut considérer comme de véritables 
neuves océanî(iues. Parmi eux, les uns se localisent 
à la surface, les autres se maintiennent à diverses 
ju-ofondeurs. 

Les courants supcriicicis soiil, do beaucoup. 
ceux sur lesquels on ]iossèile le plus de renseigne- 
ments. Ils onl une importance spéciale ])Ourlanavi- 
}j;ation et, de plus, l'étude en est beaucoup plus 
accessible que celle des courants de profondeur. 11 
n'en est, ceiiendanl. ipTiin jielit noudire i\\\'\ aient 



été l'objet de recherches approfondies; parmi ceux- 
ci, se place, eu premier lieu, le Gulf Stream. En 
I880, les ingénieurs hydrographes américains firent 
une longue et instructive série de mesures dans la 
partie de ce grand courant (jui traverse le délroil 
de Floride. 

La iilupart des mesures relatives aux courants 
superficiels n'ont, d'ailleurs, été faites qu'au voisi- 
nage des cotes, en eau peu profonde, généralement 
sur des bateaux-feu ou phares flottants. Jusqu'en 
ces dernières années, on n'avait tenlé aucune mesure 
au large, en pleine mer, pas plus pour les courants 
de surface que pour ceux de profondeur. 

L'étude de ces courants, à laquelle se lient étroi- 
tement les mesures de température, de salinité el 
des gaz dissous dans l'eau de. mer, présente cepen- 
dant un haut intérêt à divers points de vue. Beaucoup 
de ces «fleuves océaniques, dont lescaracti>ristiques 
])hysiques ne sont pas lesmêmes que celles du milieu 
ambiant, peuvent, lorsqu'ils ne sont pas à une tro)! 
grande profondeur, avoir une faune el une flore 



("H. (;KAV1KH — LES RÉCENTES KECHEKCHES UCÉA.NUGKAI'IIIQIJES EN NURVÈGE «:; 



différentes de celles des eaux qui les entourent. Les 
animaux prédateurs doivent rechercher avidement 
ceux qui sont le plus riches en organismes variés : 
il est vraisemblable de penser que les migrations 
des Poissons ne sont pas sans relation avec ces cours 
d'eau nourriciers. 

A l'élude des courants se rattachent un grand 
nombre de questions biologiques des plus impor- 
laiites et des plus difficiles à résoudre actuellement, 
<ouime, par exemple : les relations de nutrition 
entre la faune de la surface [Planklon) et celle qui 
vit sur le îond{Beiit/jon de llteckel)' ; les migrations 
dans le sens vertical des animaux qui nagent à des 
profondeurs plus ou moins considérables, à une 
certaine distance du fond (animaux bathypék- 
i/i(/ucs) ; l'accumulation périodique d'organismes 
pélagiques en certaines régions, etc. En un mot, la 
connaissance des courants est indispensable pour 
comprendre la circulation de la matière organique 
à travers l'océan, pour concevoir ce que les Alle- 
mands appellent la « Stoffvvechsel ». 

Lorsqu'on sera mieux renseigné sur les courants 
de profondeur, peut-être pourra-t-on expliquer cer- 
taines particularités faunistiques, aujourd'hui en- 
core très énigmatiques, comme semble l'indiquer le 
fait suivant : Dans la partie centrale de la mer du 
Nord, au nord du l>oggerbank, à des profondeurs 
comprises entre 50 et 100 mètres environ, le fond 
est couvert par une couche d'eau tranquille à tem- 
pérature relativement basse. En 1904, B. Helland- 
Hansen a découvert l'existence, autour de cette 
région, au voisinage du fond, d'un courant d'eau 
atlantique. Plusieurs formes caractéristiques, entre 
autres des Crustacés décapodes qui existent dans 
la mer du Nord, manquent dans cette région cir- 
conscrite par un courant annulaire, sans qu'où 
puisse l'expliquer par une différence insigniliante 
de température et de profondeur. Appellof a cher- 
ché à interpréter ce fait en faisant observer que 
les larves comme les adultes de ces formes, qui, nor- 
malement, vivent dans les eaux de l'Atlantique, 
peuvent également pénétrer dans les eaux du cou- 
rant, sans atteindre la région centrale que ce dernier 
enveloppe et dont les conditions physiques sont dif- 
férentes. Quoi qu'il en soit, cet exemple montre 
l'iulluence que peuvent avoir les courants sur la 
répartition des espèces, à l'intérieur d'une aire limi- 
tée. 

La Géologie et la Paléontologie ont tout à gagner 
aussi à une étude approfondie des courants. On sait 
combien on a eu souvent recours à l'hypothèse de 



' Dans ses Plaakti.n Slwlipo (1891;, Haecliel a signalé les 
courants marins comme étant la plus importante de toutes 
les causes qui influent sur la repartition du Planliton; il a 
rappelé à ce sujet les premières observations de Garpenter 
Wyville-Thomson, J. Murray, C. Vogt, etc. 

llïVUE BÉXÉR.iLE DES SCIE.N'CES, 1909. 



courants chauds ou de courants froids pour expli- 
quer certaines singularités de faunes fossiles qui, 
dans l'état actuel de nos connaissances, paraissaient 
être des anomalies. 



I 



La technique relative aux recherches d'Océano- 
graphie physique s'est singulièrement perfection- 
née depuis l'établissement du « Conseil permanent 
international pour l'exploration de la mer » et du 
« Laboratoire central international » à Christiania. 
Les recherches approfondies faites à ce point de 
vue ont conduit à systématiser les méthodes usitées 
maintenant, de façon à répondre à tous les desiderata, 
en ce qui concerne la température, la salinité, les gaz 
dissous et la mesure des courants. 

Pour l'étude des courants, — qui domine tout, 
— l'un des Streaiv-gauges les plus employés est 
V Eckman' s profiellfi' current-meU'i\ qui a été 
encore perfectionné par l'illustre naturaliste explo- 
rateur Fridtjof Nansen, spécialisé aujourd'hui dans 
les travaux d'Océanographie. Un grand avantage 
de cet appareil est qu'il donne des indications con- 
cernant à la fois la vitesse et la direction du courant. 
Des expériences précises de laboratoire permettent 
de déterminer préalablement la vitesse v du cou- 
rant, exprimée en centimètres par seconde, et le 
nombre w, enregistré automatiquement, des révolu- 
tions du propulseur par minute. Cette relation est 
établie et vérifiée pour les vitesses comprises entre 
les deux limites extrêmes observées, l'une infé- 
rieure, l'autre supérieure. L'instrument indique la 
direction du courant pour "iO révolutions du pro- 
pulseur'. 

Ces mesures de courants présentent, d'ailleurs, 
de très grandes difficultés. L'une des principales 
est d'obtenir un point fixe. Nansen et Eckman 
recommandent d'ancrer l'appareil et de le tenir 
llottant au moyen d'une bouée, l'ancre étant reliée 
au steamer. Mais on a remarqué que toute con- 
nexion directe entre le bateau et l'appareil imprime 
à ce dernier tant de secousses qu'on ne peut avoir 
aucune confiance dans les mesures. Bien des tenta- 
tives ont été faites avec le bateau à l'ancre; si les 
profondeurs sont faibles, l'ancrage peut se faire en 
avant et en arrière. Mais il n'en est plus ainsi 
lorsque les profondeurs sont considérables. Avec 

' Il existe plusieurs excellents modèles d'instruments 
mesureurs des courants. Celui de (). Peltersson, à suspen- 
sion bifilaire, a été construit pour servir surtout à bord des 
bateaux-feu R. J. Vitting en a construit un autre type avec 
enregistreur élect ique. 11 otVre le grand avantage de per- 
mettre la lecture des vitesses et des directions continuelle- 
ment sur le pont; mais, comme il est aussi à suspension 
bifilaire, que le cable électrique auquel il est attaché a un 
diamètre de 9 millimètres, il ne peut être utilisé, comme le 
précédent, qu'à des profondeurs très modérées. 



86 CH. (a^AVIEK — LES RÉCEMES RECHERCHES OCÉANOGRAPHIQUES EN NORVÈGE 



une seule ancre, les oscillations du bateau peuvent 
devenir relativement trop grandes pour que les 
mesures soient suffisamment précises, surtoul 
lorsqu'il s'agit de faibles courants. 

Une autre source de grosses difficultés réside 
dans l'influence encore très insuffisamment connue 
de la marée sur les courants. Comme l'a fait remar- 
quer très judicieusement Fr. Nansen, des séries 
discontinues d'observations de courants prises en 
différentes stations sont de peu de valeur, parce 
qu'on ne peut apprécier actuellement la grandeur 
des variations diurnes dues à la marée ; elles peu- 
vent même conduire à des résultats tout à fait 
erronés sur la distribution horizontale et verticale 
des courants dans une certaine étendue de mer. Si, 
par exemple, à une station déterminée, on mesure 
les courants de surface au moment où ils atteignent 
leur minimum de vitesse, tandis que les courants 
(le profondeur le seront quelques heures plus tard, 
quand ils approchent de leur maximum ou ont 
changé de direction , on se fera une idée très 
inexacte de la distribution verticale des courants. 
Si, à une certaine station, les courants de profon- 
deur sont mesurés près de leur maximum, tandis 
qu'à une autre station ils le sont à un aulre moment 
du jour, près de leur minimum, lorsqu'ils ont 
changé de direction, on aura un tableau erroné de 
leur distribution horizontale. 

Il est donc nécessaire actuellement de faire des 
séries continues d'observations à difTérentes pro- 
fondeurs, au moins durant vingt-quatre heures à 
chaque station, afin de déterminer les variations 
diurnes des courants durant le jour, à toutes les 
profondeurs, dans les diverses parties de la mer. 
Lorsque de telles séries d'observations auront été 
prises aux grandes marées, aux mortes eaux et aux 
différentes saisons, on pourra déterminer l'action 
de la marée et ensuite la direction principale 
actuelle, ainsi que la vitesse moyenne du courant 
durant chaque période diurne. 

En portant les temps en abscisses et les vitesses 
en ordonnées, on obtient une représentation gra- 
phique des variations de la vitesse d'heure en 
heure. 

On peut, de même, tracer le graphique des varia- 
lions de la direction dans l'intervalle d'un jour. 
Les courants constants en direction sont représen- 
tés par des lignes horizontales; les courants de 
marée, en haute mer, sont caractérisés par des 
changements constants de direction. 



Il 



En mai et en juin 19U/i, B. Helland-llansen entre- 
prit une série de mesures de courants, faites aussi 
rigoureuseiiicnl que possilile, non seuiemenl dans 



lamer du Nord ', mais aussi dans les fjords; des tra- 
vaux du môme ordre ont été exécutés dans les fjords 
en 1906. Depuis, des observations nombreuses ont 
été recueillies et étudiées par le Professeur Grund. 

Helland-Hansen a étudié au point de vue océano- 
graphique la partie supérieure du Hjôrundfjord 
et la partie moyenne du Sulefjord (ces deux fjords 
sont situés au nord du 62" degré, un peu au sud 
d'Aalesund). Dans le dernier, il constata qu'à la 
profondeur de 50 mètres, dans les mouvements dus 
à la marée, la vitesse présente un minimum, el 
il est digne de remarque que le minimum de tem- 
pérature a constamment été trouvé dans les fjords 
norvégiens en été, à une profondeur comprise 
entre 20 et 30 mètres. A 100 mètres et à 300 mètres 
de la surface, les mouvements, sans être rapides, 
étaient constamment plus forts qu'à 50 mètres. 
L'eau du fond du fjord était certainement d'origine 
atlantique, avec une salinité dépassant 3.ï°/oo- 

Les recherches du Michaël SarsdansVélé de 1905 
ont montré une différence fondamentale, dans la 
configuration du sol, entre le Hjôrundfjord et la 
plupart des fjords de la Norvège occidentale, et une 
différence physique des couches les plus profondes 
en rapport avec la précédente. Tandis que l'accès 
libre de l'eau de l'Atlantique est empêché par un ou 
plusieurs seuils pendant la plus grande partie de 
l'année dans les fjords du Westland en général, 
dans leur partie profonde spécialement, cette eau 
pénètre avec la plus grande facilité en tout temps 
jusqu'au fond du Hjôrundfjord. 11 résulte de là, 
entre les deux catégories de fjords, des différences 
d'ordre physique qui retentissent sur leur faune. 
Ainsi, par exemple, le Panrialus leptoceros SmiUi 
Aar. Z^owHi'e/"/ Caull. a été recueilli en abondance par 
Appellof sur le plateau septentrional de la mer du 
Nord el dans le Hjôrundfjord, mais non dans les 
autres fjords ; en revanche, dans, ceux-ci, vit le 
/'andahis horealis Kr., qu'on ne retrouve pas avec 
le précédent ni dans la mer du Nord, ni dans le 
Hjôrundfjord. Il semble que les deux espèces 
doivent, dans la règle, vivre dans des conditions 
physiques différentes, bien qu'on les trouve dans 
les mêmes régions marines. 

Des mesures sur le plateau continental, sur la 
cote du Sôndmore el au voi-sinage du talus conti- 
nental ont été également faites par B. Helland- 
Hansen. L'éminent océanographe reconnut l'exis- 
tence de deux courants sur le banc : un dans les 
20 mètres supérieurs, venant de la terre ferme ; 



' Dans les caries allemandes, un distingue : l» la 
Novflsco, comprise entre la Grande-Bretagne, la Belgique, 
la Hollande, l'Allemagne, le Danemai-k et le sud de la Nor- 
vège; 2" la NnrJmrer, située au nord des Fâro et des 
Slielland, entre l'Islande el la Norvège, au sud de l'Océan 
Glacial arcliiiue. 



CH. GKAVIEK — LES RÉCENTES IlECHERCHES OCÉANOfiRAPHIQUES EN NORVÈGE S7 



l'niitre. plus profond, so dirigeant vers rellc-ci. 
Dans le courant de suiface, il y avait un Tort maxi- 
mum de vitesse, le malin du 7* juillet, de bonne 
heure ; dans celui de fond, il y avait un maximum 
également marqué six ou sept heures plus tard. 
Au voisinage de la surface, on observait des lluc- 
tualions considérablt'S, qui, parfois, prenaient le 
caractère d'un courant de marée. 

Le long du talus continental, il nota, à 75 mètres 
de profondeur, l'indication d'un minimum de tem- 
pérature qui, comme dans les fjords, coïncide avec 
un minimum de vitesse. A une profondeur plus 
grande, la vitesse croit ; elle présente une moyenne 
maxima à 200 mètres environ, soit l."> centimètres 
par seconde. La vitesse moyenne n'était pas très 
élevée au fond ; cependant, elle devenait assez 
grande à certains moments ; en un cas, on a 
mesuré plus de 2t centimètres par seconde. Cette 
vitesse était suffisante pour balayer sur le fond 
toutes les petites particules comme les grains de 
sable; le fond se montrait, en eiïet, i'oriné par le 
roc S'dide. 

Des séries d'observations montrèrent que le cou- 
rant à la surface est moindre (ju'à quelques centi- 
mètres au dessous de celle-ci : le maximum se 
trouve réalisé à o mètres environ de la surface, avec 

• j an centimètres 

une vitesse de 26 . 

seconde 

Lorsqu'il étudiait le Gulf Stream dans le détroit 
de Floride, J. E. Pillsbury montra qu'il y a une 
période journalière en ce qui concerne les vitesses. 
Il parait en être de même sur le bord du plateau 
continental, d'après les mesures de Hdland-Han- 
sen, au moins jusqu'à 100 mètres de profondeur. 
Dans les couches plus profondes, de 100 à 200 mètres, 
la période, d'après le même océanographe, serait 
deux fois aussi grande, c'est-à-dire qu'il y aurait 
un intervalle de vingt-quatre heures environ entre 
le maximum et le minimum suivant. Mais de nou- 
velles recherches sont nécessaires pour élucider ce 
point. Dans la branche européenne du Gulf Stream, 
de pareilles mesures directes n'ont jamais été faites 
précédemment. 

Dans la mer du Nord, Helland-Hansen fit des 
mesures sur le Ling Bank, à Wester-Holla et au 
Great Fisher Bank. 

A la première station, l'océanographe norvégien 
observa un courant de marée typique : les courbes 
de vitesse montrent, en eflfet, une course presque 
idéale, avec maxima et minima alternatifs bien 
définis, un maximum et le minimum suivant étant 
séparés par un intervalle de six heures environ. 

■Wesier-HoUa est aussi une région typique do 
courants de marée, avec des conditions beaucoup 
plus compliquées qu'au Ling Bank. Dans les 
20 mètres à partir de la surface, l'eau a une faible 



salinité, à cause de l'apport d'eau douce des côtes 
voisines; de 23 à 73 mètres est une couche mixte, 
avec une salinité comprise entre 34 et 33 "/o»; au- 
dessous de lOU mètres, c'est l'eau salée de l'Atlan- 
tique. 

Sur le Great Fisher Bank, Holland-llansen nota 
encore l'existence d'un courant de marée typique. 
A 2 mètres de profondeur, la vitesse était d'environ 
42 centimètres par seconde; entre 2 et -^ mètres, 
la vitesse était beaucoup plus grande et le courant 
résultant avait une tendance à aller vers l'est. 

Le D'' Damas, collaborateur de B. Helland-llan- 
sen, fit, les 30 et 31 juillet, des mesures pendant 
vingt-deux heures consécutives à Ilirtshairs Light, 
sur le côté danois du Skngerack. Dans les couches 
supérieures, jusqu'à 20-30 mètres, Damas constata 
l'existence d'un courant à direction constante, mais 
l'absence de tout courant de marée. A 2 mètres, le 
courant avait une vitesse de 45 centimètr, s par se- 
conde et la direction était .'^. 14° W. (vraie). Dans 
les couches profondes, le courant allait plutôt vers 
l'Est et suivait la côte danoise ; les vitesses étaient 
considérables jusqu'à une profondeur de 13-2(1 mè- 
tres. Au-dessous de ï;0 mètres, la vitesse décroissait 
rapidement, et à 73-90 mètres, les expérimentateurs 
étaient incapables de définir le courant. Cls résul- 
tats sont en relation directe avec les conditions de 
salinité : l'eau atlantique, avec plus de 33 °/oo de 
salinité, fut trouvée à une profondeur d'environ 
30 mètres, tandis que les couches superficielles 
étaient fortement additionnées d'eau douce prove- 
nant des terres voisines ; de 20 à 30 mètres, c'était 
l'eau de la mer du Nord, avec une salinité comprise 
entre 34 et 33 °/oo. 

Au large de Jœderen, près de la terre ferme, B. 
Helland-Hansen constata que, dans les couches 
supérieures, jusqu'à 100 mètres environ, il y avait 
un courant assez fort allant du sud au nord et un 
courant faible près du fond, allant dans une direc- 
tion opposée. 

III 

Les observations faites jusqu'ici, malgré leur 
nombre relativement restreint, montrent, d'après 
Helland-Hansen, qu'il est possible d'étudier avec 
uneprécision satisfaisante le i/yiwinicnl jiheiiomeim 
or tlw San, même là où la profondeur est considé- 
rable. 

Les stations étudiées par Helland-Hansen appar- 
lii-nnent à plusieurs groupes. Quelques-unes d'entre 
elles sont situées dans des aires on les courants 
réguliers de marée prédominent complètement : 
c'est le cas, en particulier, du Ling Bank; dans 
quelques autres, les courants de marée sont de très 
faible importance comparativement aux autres 
mouvements, par exemple dans les couches supé- 



88 CH. GRAVIER — LES RÉCENTES RECHERCHES OCÉANOGRAPHIQUES EN NORVÈGE 



rieures des stations étudiées dans le Skagerack. 
Les variations trouvées dans la mer norvégienne 
ne montrent pas le type régulier semi-diurne 
dés marées ; il est difficile actuellement de dire 
si ces variations sont dues à une période diurne 
des marées ou si elles n'ont aucune connexion 
avec ce phénomène. Entre ces deux groupes, il 
existe et on a constaté plusieurs formes de transi- 
lion. 

Même dans les aires où le courant est à peine 
perceptible, il est encore possible de le tracer et de 
suivre la direction générale de la masse tout entière 
de l'eau. Les courants de marée, dans les couches 
profondes, peuvent être déterminés, même lorsqu'ils 
sont très faibles. 

Dans beaucoup de cas, la direction et la force 
des courants changent à de très courtes périodes et 
une simple observation à un moment donné ne 
suffit pas pour donner une idée claire de leur 
direction générale et de leur vitesse moyenne. 
L'étude générale de ces mouvements de tourbillon 
et des phénomènes du même ordre sera entreprise, 
il faut l'espérer, dans un avenir prochain. Il semble 
que l'Océanographie entre dans une nouvelle phase, 
grâce aux perfectionnements récemment réalisés 
dans la technique des recherches. 

Les Puissances riveraines de la mer du Nord ' ont 
fondé en 1902 un Comité international de reclierches 
océanographiques; un Laboratoire central fut 
établi à Christiania. La France est restée en dehors 
de ce groupement scientilique. Aussi, n'y a-t-il pas 
lieu de s'étonner qu'au point de vue océanogra- 
phique, les côtes françaises comptent parmi les 
plus mal connues de l'Europe occidentale. Les rares 
données que nous possédons à ce sujet ont été 
recueillies en grande partie au cours des croisières 
déjà anciennes du Prince de Monaco et de celles de 
la Société océanographique du Golfe de Gascogne. 

Dans ces études de l'Océan, la Norvège ^ dont la 
côte est si profondément découpée, s'est fait une place 
à part. Le Miclwël Sars, admirablement construit 
et aménagé pour toutes les recherclies relatives aux 
pêcheries, le mieux outillé des navires de ce genre, 
peut-être, qui soit au monde actuellement, avec son 
vaste assortiment de chaluts à mailles fines et de 
tilets pélagiques, a permis au D' Damas de recueillir 
un ensemble imposant défaits relatifs à la biologie 

' Grâce aux reclierches faites de toutes parts, la circula- 
lion des eaux à rinlérieur de la mer du Nord est aujour- 
d'hui bien connue, dans ses trails généraux, qui ont été 
résumés récemment par M. Martin Knudscn, à qui on doit 
tant de travaux d'Océanographie (Maktix Kn-udsex ; Some 
Remarks about the Currents in the Norlh Sea and adjacent 
Waters. PubUcatioas du circoDSlaocc, n" 39, 1907, Couseil 
jjcrmaneDl internalhaal pour l'oxploinUoa i/c la mer). 

■ Les naturalistes Scandinaves (P. X. Gleve, Hjor(. 
ijran, etc.) ont, avec l'école de Hensen à Kiel, fourni une 
l;ir^;c contribution à l'élude du Plankton on gflntral. 



des Poissons; grâce à son outillage scientifique si 
complet, le D' Helland-Hansen a pu rassembler un 
faisceau de documents concernant l'océanographie 
des côtes Scandinaves, des fjords et de la mer du 
Nord. Les recherches d'ordre purement teclmique 
et celles de caractère pratique sont ici étroitement 
associées; tout eu faisant des mesures précises de 
vitesse et de direction des courants, on a décou- 
vert, au cours d'une des croisières récentes du 
Micha'él Sars, un véritable banc d'Halibuts, qui ali- 
mente en partie le marché de poissons de Rergen, 
dont l'importance considérable est bien connue. 

Les naturalistes de Bergen, ville oii travaillent ces 
deux océanographes, ont organisé depuis plusieurs 
années, en août et en septembre, des cours de 
« Meeresforschung « (études, recherches relatives 
à la Mer) spécialement appliqués à l'océan norvé- 
gien qu'ils connaissent si bien, pour l'avoir ex- 
ploré eux-mêmes depuis de longues années. Cet 
enseignement est donné par : MM. le D'' Appt'llof, 
dont le domaine est l'Océanographie biologique 
et qui insiste particulièrement dans ses confé- 
rences sur l'importance de l'étude des conditions 
géographiques et physiques de l'habitat pour les 
zoologistes; le D'' B. Helland-Hansen, qui traite les 
questions d'Océanographie physique; le D'' Damas, 
qui s'occupe spécialement du Plankton animal et 
en même temps des questions de pêcheries; le 
D'' Jôrgensen, qui expose la composition du Plank- 
ton végétal; enfin le D' Kolderup, qui complète cet 
ensemble d'une façon très heureuse, car il retrace 
les principales étapes de la formation des fjords en 
s'attachant particulièrement à l'histoire des périodes 
glaciaire et postglaeiaire. Des excursions métho- 
diquement organisées, dirigées par le D'' Appellof 
assisté du D'" J. Grieg, permettent d'explorer le dis- 
trict de Bergen depuis la poussière d'écueils 
(Skjau'gaard) du littoral jusqu'à l'intérieur des 
fjords. 

Ces cours sont faits en anglais ou eu allemand, 
le plus généralement en cette dernière langue, à 
cause de la prédominance de l'élément allemand 
dans l'auditoire'. Ils sont fort instructifs, parce 
qu'ils sont faits par des naturalistes très compèteni s 
(|ui fondent leur enseignement sur leurs travaux 
personnels. 

Pour être admis à suivre les cours de « Meeres- 
forschung », il faut verser au préalable la somme 
de ISO couronnes Scandinaves (210 francs environ). 
Aucune aulie condition n'est exigée des auditeurs. 



' Pai'mi les auditeurs des cours de " Meeresforschung " 
de Bergen en 1908, on comptait : 7 .VUemands, 1 Anglaise, 
5 .\ulrichiens, 1 Français, 1 Japonais, 2 Norvégiens et 
1 Suisse, eoit en tout 18 auditeurs; il ne parait guère pos- 
sible, en l'état actuel des choses, d'en admettre un plus 
gland nombre. 



CH. URAVIEU — LKS RÉCENTES RECHERCHES OCEANOGRAPHIQUES EN NORVÈGE 89 



Chaque semaine, un Jour entier est consacré à une 
excursion en mer. A cause de la faible amplitude 
des marées et de la nature des côtes dans ces régions 
du nord de l'Europe, le champ d'exploration, à mer 
basse, est assez restreint. Les zoologistes de Bergen 
y suppléent par l'emploi d'une série d'instruments 
s])ériaux, à long manche, qui leur permettent de 
i-acler la surface des rochers, d'en détacher les 
Mf^iies et surtout les Laminaires et de ramener 
ainsi à la surface une foule d'organismes. Les 
l'iilypes hydraires semblent être icidansleurmUieu 
(iplimum. Dans les fissures des rochers, il n'est pas 
lare d'observer de magnifiques exemplaires géants 
(le Tnhiihria iniiivisa L., couvrant des surfaces de 
plusieurs mètres carrés; les larges frondes de 
fjuninurin hypei'horea (Gunner) Foslic sont fré- 
quemment revêtues, dans toute leur étendue, de 
colonnes de Campanulaires. Des dragages nom- 
breux, pratiqués dans les conditions les plus variées 
au point de vue de la profondeur, de la nature du 
fond, de la force et de la direction des courants, etc., 
procurent d'abondants matériaux d'étude pour les 
jours suivants. Le lendemain de l'excursion, le 
D'' .\ppellof dresse l'inventaire de la récolte et fait 
connaîlie très exactement les caractéristiques phy- 
siques et biologiques des régions visitées. Outre les 
sorties en mer réservées aux opérations d'Océano- 
graphie physique, on fait encore, de temps en 
temps, des pêciies planktoniques dans les fjords et 
leurs dépendances qui pénètrent si profondément à 
l'intérieur de la Norvège. 

En dehors des matériaux provenant des excur- 
sions en mer, les auditeurs peuvent utiliser un 
grand nombre de spécimens du Muséum de Bergen, 
si riche en formes boréales; des tables de détermi- 
nation très claires leur permettent de trouver eux- 
mêmes assez aisément les noms des organismes 
qu'ils étudient; de plus, les principaux ouvrages 
se rapportant à la faune et à la flore marines 
arctiques sont mis constamment à leur entière dis- 
position. Le plus grand libéralisme règne ici; cha- 
cun se spécialise à son gré. On peut même se cons- 
tituer une collection en conservant les exemplaires 
recueillis aux diverses stations explorées. L'auteur 
de ces lignes a pu ainsi rapporter de nombreux 



spécimens de la riche faune norvégienne, dont 
beaucoup d'espèces, surtout parmi celles de faibles 
dimensions, n'étaient pas représentées dans les col- 
lections du Muséum d'Histoire naturelle de Paris. 

Les conférences ont lieu tous les jours, en dehors 
du temps réservé aux excursions. Le Laboratoire est 
ouvert aux travailleurs de 9 heures du matin à 
7 heures du soir. La meilleure confraternité scien- 
tifique estla règle dans ce milieu cosmopolite; tout 
le monde se livre avec ardeur et avec joie à ces 
études océanographiques, poursuivies avec une per- 
sévérance exemplaire dans les pays Scandinaves. 

H est à .souhaiter, au moment où ("et ordre de 
recherches est si en honneur partout à l'Etranger, 
que la France ne demeure pas plus longtemps 
indifférente à des études qui ouvrent de nouvelles 
voies aux biologistes et qui peuvent rendre des 
services non seulement à la science pure, mais 
aussi aux pêcheries. En tout cas, comme Cligny l'a 
dit dans un article très documenté sur les rapports 
entre l'Océanographie et les pèches maritimes', 
« dans le champ fertile de la mer, on ne fouillera 
pas sans profit ». 

Indépendamment de l'Institut de Kielet delà Sta- 
tion biologique d'Helgoland, spécialement affectée à 
l'étude des pêcheries, l'Allemagne vient de fonder 
à Berlin un nouvel « Institut fiir Meereskunde >>, 
annexé à l'Université, avec un enseignement com- 
plet de l'Océanographie. Des exercices pratiques 
doivent être faits chaque année sur mer, pour fami- 
liariser les étudiants avec le maniement des appa- 
reils employés dans les recherches océanogra- 
phiques. 

Avec son Service scientifique des pèches, aujour- 
d'hui complètement organisé, avec son cadre de 
jeunes naturalistes habiles et dévoués, versés dans 
les questions de Biologie marine, la France peut et 
doit se mettre à la hauteur des autres nations pour 
l'exploration technique de l'Océan. 

Ch. Gravier, 

Docteur es sciences. 



' A. Cligny : L'Océanographie et les pêches mai'itimes. 
/îri'ue du Mois, t. II, 1906. p. 208-2.30. 



90 



BIliLlOGllAPHIE 



A.NALYStlS ET INDEX 



BIBLIOGRAPHIE 

ANALYSES ET INDEX 



1° Sciences mathématiques 

Laisant (C.-A ), Examinntcur rParlmissioii à l'Ecole 
Polytetcliiiitjui-, et Pei-rin (Elle), Prof'rxseur rie Ma- 
llip'mnliques à fKrolo J.-li. Say. — Cours d'Arith- 
inétiç[ue (classe de ciNguiÈME B). — 1 \nl. in-\f> île 
248 finge^ aver li;/. (l'rix cmlniinè : 2 //•.) //. l'inilui 
et C'', éditeurs, 2i, rue HHUIel'euiile. Pari.-<,{Wè. 
Les lecteurs de la Revue connaissent le sens péda- 
gogique de notre distingué collaborateur M. C. A. Lai- 
sanl, si bien mis en lumière dans un de ses derniers 
ouvrages : L'Iuiihiiion njatlipiiuiiii/ue. On le retrouvera 
tout entier dans ce Cours d'Aritlimétique, rédigé en 
collaboration avec M Eni. Perrin et conforme à l'es- 
prit des programmes de l'.iO.">. Signalons comme nou- 
velle laievision du système métrfque faite en confor- 
mité avec les idées exprimées dans les Conférences 
générales du Bureau international des Poids et Me- 
sures. 

Lefebvre (L. Charles), Ancien élève de VEcole Poty- 
leclinique, Aciumrc. — Notions fondamentales de 
la Théorie des Probabilités. — i vol. ijr. in-S" de 
171 pagea. (Prix : 10 t'r.) L. Duliic, éditeur. Paris, 
1909. 

M. Lffebvre a résumé dans ce volume les leçons de 
Probabilités qu'il professe aux jeunes gens se prépa- 
rant à l'actuariat et aux postes de calculateurs des 
Compagnies d'Assurances. Ce C'iurs s'adresse à un 
public ne possédant que des notions de Mathématiques 
spéciales, mais ayant fait, en général, de bonnes études 
secondaires; aussi le livre at-il été rédigé en 
tenant compte de ces connaissances, supposées 
acquises, et il sera, par suite, un excellent guide pour 
les candidats aux grandes Ecoles qui n'auruient pas le 
temps de lire les tractés classiques. 

Après un rappel sommaire de l'Analyse rombina- 
toiie, l'auteur définit la probabilité mathématique, 
puis l'espéranci- mathématique et aborde le théorème 
de IternouUi et la probabilité des causes; un chapitre 
est consacré au problème de la ruine des joueurs. 

Le livre se termine p ir un exposé de la Ihéorie des 
erreurs d'observation et des annexes contenant la solu- 
tion de problèmes curieux et la démonstration de 
Gauss afférente à la méthode des moindres carrés. 

En ce qui concerne l'espérance mathématique, 
M. Lefebvre parait faire grief à Poisson d'intioduire 
la valeur de celle espérance dans les bilans; cette idée 
est-elle si inexacte? Ne voyons-nous pas tous les jours 
des gens très sensés payer en bonnes espèces la valeur 
aléaloire d'un lot, et le prix en Bourse des obligations 
remboursables par tirage au soit ne comprend-il pas 
une nue propiiété qui n'est autre cho^e que l'espé- 
rance mathématique du remboursement escompté à un 
taux d'intérêt choisi? 

On peut aussi regretter que le problème de la ruine 
des joueurs soit traité un peu sommairement, et que la 
théiirie du plein, si importante en assurance, n'ait pas 
été exposée, car elle donne lieu à des applications pra- 
tiques fort intéressantes. 

Mais ces remar'ques no sont que de petites critiques, 
j)roiivant l'intér'H que nous avons pris à l'analyse de 
ce livre, qui est bien composé et sera fort utile aux 
jeunes gens. Kspérons, cependant, que les générations 
futures suivront les méthodes expérimentales et qu'elles 
apprendront les calculs des probabilités en commen- 
çaiil pir le th-'orème de Bernoulli, considéré comme 
résultat d'expérience : c'est la métliode exposée avec 



tant de netteté dans un livre de probabilités précé- 
demment analysé '. 

Enfin, un mol sur l'édition ; M. Dulac y a consacré 
tous ses soins, et les dispositions typographiques sont 
heureusement choisies, ce qui aide à rendre la lecture 
très agréable, le style étant fort alerte, malgré l'ari- 
dité du sUjet. A. Bakriol, 

Act'iaire-Consoil, 
Directeur dp rinstitut rtes Finances 
til des Assuiances. 

Kersten [C], Ingénieur-arcljitecte, Professeur ;i 
rhirole royale des Travaux /nildics de lier lin. — 
La Construction en Béton armé. Guide théorique 
et pratique {'Jeuxiénje (■arlie ; Application à la 
construction en élévation et en sous-soli. l'raduii 
(ïaiirés la 3° editiou alleujandr par \1. P. Poinsigno.n. 
— 1 vol. in-B" de 280 pages avec 407 ligures. [Prix : 
9 l'r.) Gautliier-Villars, éditeur. J'ari.% 1909. 

Les applications du ci'iient ou béton armé se ré- 
pandent et se diversifient de plus en plus; aucune espèce 
de construction n'y échappe; on commence même à 
en construire des navires. L'ouvrage de M. C. Kersien, 
professeur à l'KC'de royale des Travaux publics de 
Berlin, dont M. Poinsignon nous donne une excellente 
traduction, est le complément, comme l'indique son 
titre, d« la première partie de ce Traité, consacrée au 
calcul et à l'exécution des formes élémentaires en 
ciment armé. Il étudie l'exécution et le calcul des 
planchers, piliers, murs, toits, fondations, barrages, 
ponts, cheminées en ciment armé, ouvrages qui ne 
sont pas toujours aussi élégants qu'on le souhaiterait, 
mais dont le bon marché et la facilité d'exécution sont 
indiscutables. 

Les descriptions, précises etsuffisamment complètes, 
sont éclairées par un grand nombre de ligures, qui 
permettent de les suivre et les comprendre nettement 
sans effort; la lecture est à la portée de tous. Aussi 
sommes nous persuadé que cet ouvrage sera de la 
p us grande utilité pour tous ceux qui s'intéressent 
à ce nouveau mode de construction, actuelirinriil 
répandu dans tout l'univers, et que les Allemaiids 
seuls persistent à désigner sous le nom de « iMu- 
nierbau », en mémoire de l'inventeur français Monier, 
mort, tout naturellement, oublié et presque dans la 
misère. G. R. 

2° Sciences physiques 

Loiiaruinîiie (W.), Directeur du Laboratoire lecliniquc 
de l'Université de .Moscou, et Si'hukarew (A.l, (.'Ar/' 
des Travaux du inènie l.alioratuire. Méthodes de 
Calnrlmétrie usitées au Laboratoire thermique de 
rUniverbité de Moscou. 'li-aduiL du russe par il. C. 
Tek Gazarian, Docteur es Sciences. — 1 vol. gr. iii-H 
de lisïi p. avec lig. (Prix : 8 /';•.' A. Hennaiin, édi- 
teur. Paris, 1909. 

11 n'est pas besoin d'une lecture bien attentive poui- 
s'apercevoir que les auteurs de ce Traité de Calorimélrie 
sont des spécialistes émériles, passionnés de recherches 
thermochimiques, auxquelles ils consacrent presque 
exclusivement leurs soins, et dont on connaît d'ailleurs 
les remarquables travaux. 

Convaincus, comme ils le disent dans leur préface, de 
l'importance que présentent des détails à premièie vue 
sans valeur, les auteurs n'hésitent pas a les décrire 

' P. DE Mo.vTESscs : 'Ihéorie des Probabilités. Revue ycuc- 
ralc des Sciences, l" octobre 1908. 



BlBLlOJilJAI'IUE — AiNALYSliS CT INDEX 



UI 



longuement, avec une minutie qui pourrait sembler 
excessive à ceux qui n'ont jamais manié un thermo- 
mètre très sensible ou mesuré avec précision une 
variation de températuie, mais qui paraît amplement 
justifiée aux yeux de qui connaît les difficultés de ces 
opérations. Il faut savoir gré aux auteurs de n'avoir 
|ias été rebutés par des descriptions parfois fasti- 
dieuses, mais qu'il faut suivre dans tous les détails 
si l'on veut être au courant de ce qu'est une expé- 
rience llierniocliimique. 

Les auteurs se sont partagé la besogne suivant leur 
particulière compétence. M. Louguinine d-'critles ther- 
momètres employés en calorimétrie et les qualités qu'ils 
doiv.-nt avoir; ce sont toujours des appareils eu verre, 
malgré leurs inconvénients, et iis n'ont pas encore été 
détrônés par les thermomètres basés sur les propriétés 
des couples thermo-électriques (M. Le Chatelier) ou sur 
les variations de résistance (MM. Callendar et firiftus). 
I, 'auteur indique le-i caractéristiques des appareils qu'il 
emploie et les raisons de son choix; il s'est également 
réservé l'énumération des qualités requises pour un 
local destiné aux mesures thermochimiques et il montre 
comment il a pu, ;'i peu de frais, les réaiser suffisam- 
ment dans une pièce que M. le Professeur Wallerant 
avait mise à sa disposition à la Sorbonne. 

M. Schukarew décrit le calorimètre; il en énumère 
tous les accessoires; il indique les détails qu'exige la 
bonne marche dune mesure calorimétrique. Les deux 
auteurs ont traité ensemble la très importante ques- 
tion des corrections nécessitées par le rayonnement et 
exposé les diverses méthodes usitées par Regnault, par 
Berlhelot, par Pfaundler-Ousolî, par Wullner, etc.. 

Dans le chapitie de M. Louguinine, relatif au choix de 
l'unité de chaleur, l'auteur rappelle les travaux qui, 
depuis Regnault, ont été faits sur les variations de la 
chaleur spécifique de l'eau avec la température, en 
signalant les séries de déterminations particulièrement 
concordantes effectuées par Rartoli et Stracciati d'une 
part et Ludin d'autre part. Il choisit alors pour capa- 
cité calorifique de I kilog d'eau à 2o° une valeur qui 
est inférieure de 0,20 °/o à celle de Regnault et qu'il 
accepte de préférence à la calorie moyenne (évaluée 
sur l'intervalle O^-lOO"), parce que les diverses déteimi- 
natious relatives à cette dernière unité ne concordent 
pas à plus de 2,5 °/o. 

Au cours de ces six chapitres, ou trouve à chaque 
instant la trace des enseignements donnés par Berthe- 
lot et le reflet des descriptions qu'il a résumées dans 
son Traité pratique de Calorimétrie chiniir/ue ; du 
leste, M. Louguinine a été le collaborateur du Maître et 
a longuement fréquenté le laboratoire du Collège de 
France. Les chapitres suivants portent une empreinte 
beaucoup plus personnelle; ils sont consacrés : 1° à la 
description et au mode d'emploi des chambres calori- 
métriques, avec les modifications qu'il convient de leur 
apporter suivant la nature physique des corps réagis- 
sants et suivant leur nombre; 2" à la détermination des 
chaleurs spécifiques par la méthode des mélanges; 3° à 
celle des chaleurs latentes de vaporisation ; 4° à la des 
cription d'une étuve électrique et de ses applications à 
la calorimétrie. Toute cette partie, signée Louguinine, 
est accoiripagnée de copieuses descriptions, illustrées 
par de magnifiques planches, d'appareils imaginés ou 
perfectionnés par les savants russes; c'est la partie la 
plus originale de l'ouvrage et elle mérite une étude 
attentive. Dans le même ordre d'idées, M. Schukarew a 
signé les pages relatives à la mesure des chaleurs de 
dissolution et des chaleurs de neutralisation à l'aide 
d'appareils ingénieux et précis. 

L'ouvrage se termine par des chapitres relatifs au 
calorimètre à glace, au calorimètre à vapeur et à la 
détermination des chaleurs spécifiques par voie decom 
paraison;ilssontparticulièrement nouveaux, et l'on doit 
en conseiller l'étude non seulement aux thermo-chi- 
mistes, mais encore aux physiciens; tous y irouve- 
ront des exposés historiques, des descriptions et des 
conseils d'un grand intérêt, surtout en ce qui concerne : 



1° les différents types de calorimètres à glace (Bunsen 
Schuller et W.iriha, Detterici, Hoys); 2» la disposition 
adoptée par les auteurs, pour cet appareil précieux et 
sensible; 3» le calorimètre à vapeur imaginé par Joly 
et considérablement perfectionné par Schukarew. 

\ la fin du vi^'ame se trouvent des tableaux numé- 
riques en partie dressés par les auteurs et qui complè- 
tent l'important ouvrage que les savants russes ont 
consacré à leur sciencede prédileciion. 

Il faut malheureusement signaler les imperfections 
de la traduction; le texte français est souvent lourd, 
parfois incorrect; il me paraît uti e de le dire dans l'es- 
pérance que ces défauts disparaîtront dans une édition 
ultérieure. P. Lemoiilt, 



IV'ysti'om (E.), Ingénieur tin Département des Mines dn 
Cfiiiada. — Peat and Lignite. Thelr manufacture 
and uses in Europe (Tourhë et lignite. F.^bricatio.n 
ET EMPLOIS EN El ROPE.j — 1 l'o/. in-8 de 247 pages, 
avec 228 li'i. et 34 planches. Département des ÀJines, 
Ottawa, 1908. 

L'ouvrage de M. Nystrom est le fruit d'une Mission 
dont l'auteur fut chargé l'année dernière par le Gou- 
vernement canadien Le Canada possède de très vastes 
tourbières, dont l'exploitation n'a malheureusement 
pas donné jusqu'à présent de très brillants résultats. 
M. Nystroin fut donc invité à se rendre en Europe, 
spécialement en Suède, Norvège, Finlande, hanemark, 
Allemagne, Hollande et Irlande, pour y étudier l'in- 
dustrie de la tourbe, particulièrement développée dans 
ces contrées, et à rapporter, si possible, au Canada, 
des suggestions pratiques sur les méthodes d'exploi- 
tation les mieux adaptées à ce pay. Son Rapport consti- 
tue une véritable monographie de la préparation de la 
tourbe et accessoirement du lignite, et sera consulté 
avec intérêt par les techniciens. 

La tourbe est, comme on le sait, le produit de la 
décomposision lente de certaines matières végétales : 
mousses, herbes, troncs, racines et feuilles d'arbres. 
Complètement desséchée, sa valeur calorifique est en 
moyenne de li.OOO calories par kilog; séchée à l'air, 
elle peut renfermer de 15 à?o "/o d'eau, et son pouvoir 
calorifique n'est plus, en moyenne, que de 3..')00 ca- 
lories par kilog, avec de grandes variations .suivant 
l'origine des diverses tourbes. 

Les méthodes actuellement employées sur une 
grande échelle pour la préparation de la tourbe sont de 
deux sortes ; 1° la méthode manuelle, où la tourbe est 
extraite à la main de la tourbière sous forme de blocs 
réguliers, puis séchée à l'air en tas, sans avoir subi 
aucun traitement mécanique ; cette méthode est la 
plus couramment employée par les paysans qui pré- 
parent leur provision personnelle de combustible ou 
font un commerce restreint; 2° les méthodes méca- 
niques, où la tourbe brute, après avoir été extraite de 
la tourbière généralement à la main, est ensuite sou- 
mise à un traitement mécanique et ultérieurement 
séchée à l'air. Ces méthodes se divisent elles-mêmes 
en deux classes : dans la première, on ajoute de l'eau 
à la masse tourbeuse, en quantité suffisante pour en 
faire une sorte de purée qui est coulée dans des 
moules; dans la seconde, la tourbe est traitée sans 
addition d'eau et possède une consistance suffisante 
pour être mise en forme sans moules. 

Dans les méthodes mécaniques, la tourbe, extraite à 
la main comme nous l'avons dit, est jetée dans un 
élévateur qui l'entraîne vers la machine à tourbe. 
Dans certaines exploitations, on emploie un excavateur 
mécanique; mais l'usage en est limité aux tourbières 
qui ne renferment pas de grosses racines et de souches; 
pour ces dernières, si l'on ne veut pas exiraire à la 
main, il faut opérer avec des machines spéciales ettrès 
puissantes (machines Anrep). Les machines à tourbe 
opèrent un malaxage intime de la substance, qui est 
réduite àl'éiat de pulpe; celle-ci est pressée vers une 



92 



BIBIJOGRAPHIE 



ANALYSES ET INDEX 



boui'he d'où elle sort sous forme de bande continue, 
qui est coupée en morceaux de longueur voulue. Les 
morceaux sont ensuite trans|Jortés dans les champs 
pour la dessiccation h l'air. 

Le volume assez considérable de la tourbe séchée à 
l'air en rend la manipulation et le transport à lingue 
distance assez coûteux et s oppose à la généralisation 
de l'emploi de ce combustible. On a donc eu depuis 
longtemps l'idée de fabriquer des briquettes de tourbe 
comprimées, et l'on a trouvé dans les machines à 
préparer les briquettes de lignite un maiériel tout à 
fait approprié à cet usage (la tourbe de bonne qualité 
possède, en elfet, des caractères communs avec le 
lignite extrait des mines). Mans ces machines, la 
nialière brute passe entre des cylindres qui lar>-duisent 
en poudre grossière; on la tamise, et le résidu, après 
avoir traversé un désintégrateur, est de nouveau 
tamisé. La poudre fine, par le moyen d'un élévateur, 
passe dans les appareils de dessiccation, à plateaux ou 
rotatifs, puis, de l;i, dans des magasins, où elle se 
repose et se refroidit. La presse à briqueter est du type 
à tube ouvert ; la poudre y est comprimée par un piston 
plongeur directement relié à une mai-hine à vapeur. 
Dans certaines in-tallations, la mise en briquettes est 
accompagnée d'une légère carbonisatinn par chauffage 
à ISO^-ITO"; on obtient ainsi une tourbe plus riche en 
charbon, ne contenant plus que 3 °/o d'eau et, par con- 
séquent, d'un pouvoir calorillque bien supérieur. 
Malheureusement, la fabrication des briquettes de 
tourbe, bien préférables pour l'usage domestique, n'a 
pas donné de très bons résultats économiques en 
Europe. 

Comme pour les autres combustibles, on a essayé de 
tirer parti de la tourbe par la distillation pyrogénée ; 
celle-ci s'opère dans des fours discontinus. Elle donne 
naissance à des cokes et demi-cokes, — employés les 
premiers dans les hauts fourneaux et la meta lurgie, 
îes seconds au chaulfaL'e des locomotives et des chau- 
dières, — et à des sous produits: gaz combustibles et 
goudrons semblables à ceux du lignite, mais plus riches 
en créosote. 

La tourbe est également employée dans les gazo- 
gènes à la production d'un gaz pour le chauffage ou 
pour l'alimentation des moteurs à explosion ; un b'in 
gaz de tourbe peut contenir 17,2 ",„ de V.O, 8", o d'hv- 
drocarbures, 6,8 »/„ d'H, lo,';"/» de 00= et 57 "/o d'Az; 
son pouvoir calorillque est de 1.4o0 cal par m. c. 

Enfin, en dehors de son emploi comme combustible 
domestique ou industriel, la tourbe a trouvé en ces 
dernières années une foule d'applications intéres- 
santes : litière pour les chevaux et le bétail (elle est 
très avantageuse par la grande quantité d'humidité 
qu'elle absorbe), ouate pour l'emballage des fruits, des 
œufs, etc., tissus, papiers, etc. Bien que l'auteur soit 
très bref sur ces derniers points et passe sous silence 
les belles recherches de MM. Muntz et Laine sur l'em- 
ploi de la tourbe à la préparation de nitrières à haut 
rendement, on doit le féliciter de son ex|iosé très 
complet de lindustrie de la tourbe ; après être restée 
longtemps dans l'empirisme, celle-ci commence à se 
développer scientifiquement et elle est, sans doute, 
appelée h un avenir [)lus brillant. 

Louis Brunet. 

3° Sciences naturelles 

Lokhtïno iW.y, Ini/i'nirin- i/r.s Poiilx ft Cliniissées. — 
Phénomènes de la cong'élation des rivières. Causes 
de la formation de la glace intérieure fluviale. — 
i vol. III- H" de 40 jimjrs. Cli. Btniiiqev, eibU'iir. 
Paris, 1008. 

Etude fort intéressante et toute nouvelle des phé- 
nomènes hivernaux des rivières. Depuis longtemps, les 
pécheurs et les bateliers avaient remarqué, dans les 
rivières russes et sibériennes, l'étrange apparition, à 
la surface de l'eau, de masses de glace spongieuse et 
friable, de couleur jaunâtre, renfermant du limon, du 



gravier et des herbes aquatiques. Comme on avait 
trouvé cette glace sur les objets plongés dans l'eau et 
même sur les lierres du fond, comme, d'autre part, les 
matériaux qu'elle renferme semblent avoir été arrachés 
au fond de la rivière, on lui avait tout naturellement 
donné le nom de « glace de fond o. 

M. Lokhtine rapporte les observations et les expé- 
riences qu'il a faites pendant l'hiver t'.i04-l90o dans 
la .Neva, où ce curieux phénomène est particulièrement 
net II a reconnu que cette prétendue « glace de fond « 
résulte de l'agglomération de petites aiguilles de glace, 
formées, pendant les froids intenses, aux surfaces 
découvertes de la rivière. Ces cristaux de glace, en- 
traînés dans la profondeur par les courants, com- 
mencent par fondre ; mais, par suite du refroidissement 
causé dans la masse liquide par cette fusion, il arrive 
un moment où ils peuvent subsister en profondeur. 
Alors ils se fixent sur les objets plongés dans l'eau 
(cordes, filets, paniers, etc.) ou sur les pierres du fond, 
tout comme le ferait une alluvion, ce qui justifie le 
nom de n glace alluviale » que lui dmne M. Lokhtine. 

Le phénomène de la glace alluviale nécessite donc 
pour se produire : 1° l'existence de larges portions 
libres de glace à la surface de la rivière; 2" l'existence 
de courants assurant le mélange des diilerentes couches 
d'eau. Ainsi s'explique pourquoi les lacs et les afiluents 
de la Neva, où le courant est presque nul et le man- 
teau déglace continu, ne présentent pas le phénomène 
de la glace alluviale. 

Le travail de M. Lokhtine se termine par des consi- 
dérations sur la congélation des rivières dans les diffé- 
rentes conditions du courant. Il montre que, dans une 
rivière calme, la réfrigération, se concentrant à la sur- 
face, s'achève par la constitution du manteau glacial; 
au contraire, dans une rivière impétueuse, les cristaux 
de glace s mt entraînés dans la profondeur, où ils 
forment, avec les matériaux en suspension dans l'eau, 
les mas-es friables de la glace alluviale. 

M Lokhtine a tiré de son étude des indications pra- 
tiques. 11 montre que le meilleur moyen de lutter 
contre l'entassement produit, dans les rivières, par la 
glace alluviale, est de faire en si>rte que la rivière se 
couvre totalement de glace au plus vite. On y arrive en 
jetant dans les éclaircies des branches de sapins sur 
lesquelles se fixe l'alluvion glaciale : au bout de quelques 
heures, le manteau de gliice est continu. 

Bien que d'une lecture un peu difficile, le travail do 
M. Lokhtine intéresse à la fois l'ingénieur et le géo- 
logue. Il est d'ailleurs illustré de belles photographies. 
Gabbikl Eisenmenger, 

Charpré de Cours à la Faculté des Sciences 
de Nancy. 

Gotlfrin (I.), Directeur de l'Kcole supérieure de 
PJiarnmcie, Professeur i) F Université de A'ancy, et 
l'etitinentfïii (M.)> PrépnnUeiir à l'Ecole supé- 
rieure do i\aucy. — Flore analytique de poclie de 
la Lorraine et des contrées limitrophes. — 1 i o/. 
in-l2 de 2i0 pages. Mnloiiie, éditeur. Paris, 1900. 

Cette clef analytique facilitera la détermination des 
plantes aux étudiants et aux touristes de la région de 
l'Est. La disposition en tableaux synoptiques est très 
heureuse; elle permet la diagnose sinon complète, en 
tout cas essentielle et mélhuilique de chaque groupe. 
Plusieurs caractères, parmi les plus importants et d'une 
observation facile, sont choisis pour chaque espèce. 

Les ouvrages comme celui-ci, venant après tant 
d'autres publiés depuis trente ans, rendent la Bota- 
nique plus accessible au grand public, et d'un agré- 
ment que ne connaissaient pas les débutants qui 
s'adonnaient à l'étude des plantes il y a un quart de 
siècle. Au point de vue de la typographie, qui est très 
soignée, nous retrouvons une disposition analogue à 
celle qui est très appréciée dans les ouvrages de Gas- 
ton Bonnier. 

Pour une édition ultérieure on aimerait voir, comme 
adjonction, une conférence générale sur la géographie 



BIBLIOGRAPHIE — ANALYSES ET !MJE\ 



93 



botanique de la Lorraine, que les auteurs connaissent 
si bien. 

lin somme, au point de vue scientifique, c'est un 

ouvrage qui fournira des renseignements utiles et 

récents sur les localités des diverses espèces. Au point 

de vue pratique, il augmentera cei tiiinement le nombre 

des botanistes herborisanis et facilitera leur tâche. Ce 

livre obtiendra un grand succès près de nos étudiants'. 

EMM0\r) Gain, 

Professeur-adjoint à la Faculté des Sciences 

de l'Université do Nancy. 

Ilue lE.'i, Mrdfi-iii véi.rrinnive. — Musée ostéologi- 

que. Etude de la faune quaternaire; Ostéométrie 

des Mammifères. — 2 vol. (/nind lu-S." nvcc [HH plmi- 

rhvs. SchieieJier frùrfs, éùileiirs. Paris, 190',l. 

L'auteur de cet ouvrage a eu pour but de mettre 

entre les mains des préhistoriens, souvent éloignés 

des bibliothèques importantes ou des grands musées, 

une iconographie d'un format maniable, d'un prix 

assez peu élevé, pour leur permettre de déterminer les 

ossemenis de Mammifères trouvés nu cours <le leurs 

fouilles. 

On doit lui savoir gré d'avoir compris la nécessité 
d'un tel traité. Les recherches préhistoriques sont par- 
venues maintenant à un degré de précision exigeant 
de la part de ceux qui .■•'y adonnent certaines connais- 
sances anatoiniques et géologiques qui ont parfois 
trop manqué aux amateurs de silex taillés. Fouiller un 
gisement sans précautiuns suflisantes, c'est déiruire 
irrévocablement une des rares pages des archives de 
l'humanité primitive. 

L'efi'ort de M. Hue a été considérable, car il a dessiné 
lui-même à la plume les 2187 ligures qui illustrent son 
travail, et il a rendu exactement, par des procédés qui 
dilîèrent un peu de ceux des dessinateurs de profes- 
sion, l'aspect des os ou des crânes, sinon toujours celui 
(les dents vues par la couronne. 

La première p.irtie de l'ouvrage définit les divers 
diamètres longitudinaux ou transversaux que l'auteur 
croit utile de mesurer pour établir une série de rap- 
ports centésimaux, d'indices qui sont, peut-être, théo- 
riquement caractéristique-i des races: mais l'interpré- 
tation de ces nombres est toujours fort délicate, en 
raison des erreurs de mesure pour des corps de forme 
aussi irrégulière que des ossements, de la longueur 
des calculs, des décimales que l'on néglige, etc., et 
l'usage donne rarement des résultats scientifiques 
précis. 

La seconde partie e«t une iconographie des crânes 
et des dents d'une cinquantaine de Mammifères; elle 
gagnerait beaucoup à être accompagnée d'un texte 
mettant en évidence, pour les préhistoriens peu accou- 
tumés aux comparaisons paléonlologiques, les diffé- 
rences qui séparent des espèces voisines et impor- 
tantes à distinguer: cerf et renne, renard ordinaire et 
renard bleu... 11 faut souhaiter aussi que, dans une 
édition ultérieure, l'auteur figure les ossemenis des 
animaux qui peuvent être rencontrés dans les gise- 
ments paléolithiques ou néolithiques, plutôt que .ceux 
d'animaux actuels tels que le Rhinocéros bicorne ou 
l'Eléphant d'Afrique. 

Dans la troisième partie, M. Flue consacre 117 plan- 
ches aux os des membres, groupés non par ordre zoo- 
logique, mais d'après leur position dans le squelette, 
réunissant, par exemple, sur des planches consécutives, 
tous les radius, tous les humérus, etc. C'est le procédé 
qu'emploient les paléontologistes dans leurs labora- 
toires pour les comparaisons délicates. Comme la 
seconde partie, celle-ci serait utilement complétée par 
un texte comparatif, si court soit-il, et les planches 

1. M. Petitmengln vient de mourir prématurément. Il 
avait fait partie d'une Mission scientifique en Grèce. On 
pouvait atlenrlre de lui des publicatiuns de Botanique sj'sté- 
matique intéressantes, rendues faciles grâce à son herbier 
enrichi par des échanges internationaux. 11 s'occupait spé- 
cialement des Primulacces. 



pourraient comprendre moins d'espèces actuelles, 
plus d'espèces éteintes. 

iVL Hue n'a pas cherché à faire oub'ier aux paléon- 
tologistes et aux anatomistes la monumentale O^leo- 
(jnilil if de de Blainville ou l'admirable liitrudiirlion à 
POslèoloijie de" Mtiwiijilrrra de Flower; il a seulement 
cherché à combler une lacune dans la bibliothèque des 
préhistoriens à qui l'étudi' de la faune quaternaire a 
souvent paru trop ingrate. A. Thevknin, 

Docteur es Sciences, 
.\ssistaiit de Paléontolop^ie au Muséum. 

4° Sciences médicales 

I>_von (D'' fjaston), Ancien Chef de Clinique m/^dicule 
'de lu Fnciilié de I^nris. — Diagnostic et Traite- 
ment des Maladies de l'Estomac. — 1 vol. in-H de 
~i'v /lage.'i. (Prix: 12 /'/■.) .\lnsxon et &''<■, éditeurs. 
Paris, 1909. 

Ce livre est essentiellement un livre de Médecine 
pratique. Il met le médecin praticien au courant des 
méthodes les meilleures, employées aujourd'hui pour 
diagnostiquer avec quelque précision une maladie de 
l'estomac et pour la traiter par une thérapeutique ra- 
tionnelle. C'est la simplicité, la limpidité de l'exposi- 
tion et le souci d'exprimer la substance des travaux 
les plus récents qui ont assuré à l'auteur le succès 
légitime de ses très utiles publications antérieures. Le 
présent ouvrage offre les mêmes qualités. 

Dans les prolégomènes, M. (j. Lyon indique les 
changements qu'a apportés la Radioscopie dans nos 
conceptions sur la forme, la situation et la motricité de 
l'estomac pendant la vie. 11 est devenu clair que les 
ingesta ne tombent pas dans l'estomac, s'il est normal, 
comme dans une poche, mais que l'organe « adapte 
constamment ses parois à son cuntenu ». 

Après l'exposé succinct de la physiologie du suc 
gastrique. M. G. Lyon montre comment il faut procéder 
a l'interrogatoire du malade, l'importance de la mé- 
thoile à suivre; enfin, il poursuit l'examen clinique 
par les méthodes d investigation courantes : inspec- 
tion, palpation, diaphanie, percussion, insufllation, 
cathétérisme, etc. Par l'analyse du suc gastrique après 
le repas d'épreuve, on détermine les déviations du 
chimisme gastrique. Ces déviations ont servi de base à 
une classification des gastropathies: mais l'auteur 
discute la valeur de ces résultats. Il insiste sur la 
variabilité qu'ils présentent, même à l'état normal. 11 
conclut qu'à part certains cas très tranchés, il ne faut 
pas tirer du chimisme des déterminations diagno.s- 
tiques absolues. 11 s'appesantit, .lu contraire, sur l'im- 
portance des troubles fonctionnels résultant des modi- 
tications de la motricité gastrique. Mais il faut concevoir 
que la motricité et la sécrétion ont l'une sur l'autre 
une action réciproque considérable. 

M. Lyon étudie ensuite les troubles de l'appétit, les 
douleurs, hémorragies, vomissements, le pyrosis, la 
tlatulence, l'aérophagie, que la Radioscopie a permis 
d'observer avec exactitude. Un chapitre est consacré 
aux complications et au retentissement à distance des 
dvspepsies. Ici, comme dans nombre d'autres affec- 
tions d'organes divers, les troubles nerveux sont géné- 
ralement disproportionnés à la gravité de la lésion, et 
les lésions organiques les plus graves sont, pour ainsi 
dire, celles qui en déterminent le moins. 

La troisième partie de l'ouvrage est réservée à la 
Thérapeutique générale, la quatrième au diagnostic et 
au traitement des Maladies de l'Estomac en particulier. 
M. G. Lyon excelle dans l'exposé des méthodes t'iéra- 
peutiques; il a fait ses preuves à ce sujet. Je puis donc 
ne pas insister et me borner à une légère critique, que 
motive, à mon sens, le trop faible développement qu'il 
a accordé au chapitre relatif au traitement chirurgical 
et à ses conséquences. Une cinquième partie comprend 
un formulaire détaillé et clôt ce livre qui répond par- 
faitement au but pratique que l'auteur s'est proposé. 
D'' A. Létienne. 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVAIVTES 

DE LA FRANCE ET DE L'ÉTRANGER 



ACADEMIE DES SCIENCES DE PARIS 

Séance du 28 Dèceinlire 1908. 

M. P. Villard est élu membre de l'Académie dans la 
Section de IMiysique, en remplacement de M. E. Mas- 
cart, décédé. 

1° -CIENCESMATHK.MATIQUES. — M. Em. Bslot montre que 
la distribution des aphélies des priiti'S planéles semble 
prouver que les masses relativemenl yramles de Vcsta, 
Cérès et Junon ont absorbé la matière primitive eu 
parcourant une trajectoire oblique sur i'écliptique, fai 
sant avec son axe un angle de 14°. — M. CE. Bergs- 
trand a constaté que la combinaison d'un écran jaune 
et d'une plaque orthochrnmatique pour la photographie 
des étoiles îixes assure une netteté plus grande des 
images et l'élimination de l'inlluence nocive due à la 
réfraction atmosphérique. M.L Thouveny démontre 
que l'oiseau parcourt, dans un plan vertical, avec vent 
debout, une trajectoire à pente moins descendante ou 
plus ascendante que celle de la vitesse du vent prise 
en sens inverse: c'est l'inverse avec vent arrière. Par 
vent horizontal, l'oiseau parcourt, dans un plan hori- 
zontal, un arc présentant sa convexité vers la région 
d'où soul'ile le vent. — M. A. Korn présente ses 
recherches sur le problème des efl'orts dans la théorie 
de l'élasticité. 

2° Sciences piiysioues. — M. A. Dufour a constaté 
que la vapeur de CaF* dans le champ magnétique 
possède un pouvoir rotatoire magnétique positif en 
dehoi's et au voisinage des doublets de toutes les com- 
posantes de la bande 0" et négatif à leur intérieur; 
pour les bandes l> et D', c'est le contraire qui a lieu. 
Dans la vapeur d'hypoazotide, les raies >> = 5.92b,4 et 
;i. 850,9 présentent à leur voisinage une rotation magné- 
tique négative. — M. G. Urbain montre que, dans 
tout système phosphorescent binaire dont on fait 
varier les teneurs relatives en phosphorogène et en 
diluant : i" chaque bande de phosphorescence passe 
par un optimum; 2" les optima des différentes bandes 
ne coïncident pas nécessairement, bien qu'ils corres- 
pondent toujours àdes proporiions relativement faibles 
du phosphorogène. — M.\l. A. Guntz et W. Broniewski 
ont déterminé la résistance électrique spécifique de 
divers métaux : Cs, 19,3 à 0"; Rb, 12,8; K, 7,01 ; Na, 4,3; 
Li, 8,55; <;a, 53,4; Te, 0,102.— M. P. Gaubert montre 
que le faciès particulier de certains cristaux naturels 
est dû à l'absorption etàlasyncrislallisatiun de matières 
étrangères. — M. W. Oechsner de Coninck a reconnu 
que la réduction du chlorure d'uranyle par l'hydrogène 
ne peut pas servir à la détermination du poids atomique 
du chlore, car elle ne donne pas des résultats assez 
concordants. — M . A. Béhal a observé que les dérivés 
halogènes de la série cyclique réagissent sur les acides 
organiques pour donner naissance à HCl et à un éther- 
sel du radical cyclique; la réaction est activée par les 
sels de Fe, Zn, Sn, etc.; elle est relardée par ceux de 
Mg, Ni, Ca. — M. L.-H. Philippe, en réduisant par 
l'amalgame de Na la lactone gluco-heptonique fi, a 
nbtenii un nouvel alcool heptavalent, la glucolieptite fi. 
Elle fond à ISO^-lSt" et est ti'ès faiblement dextrogyre 
l'u solution aqueuse; ^a]u ::= -|- 48'. Son éther heplacé- 
tiquc a un tort pouvoir rotatoire : [aji, =^ -|- 34",8. — 
,\1V1. A. Goris et M. Mascré ont constaté la présence 
de l'urée chez quelques Champignons supérieurs : 'l'ri- 
cliolomu Oifori/ii, Psiilliutii riimpe.slyis. — M. E. de 
Stoeoklin montre que le tannate de fer constitue une 
nouvelle peroxydase artificielle, capable de porter 
1 osyyène de H-0* sur une série de corps ayant résisté à 



l'action des peroxydases connues. — .M. M. Piettre a 
reconnu que la bilirubine est la seule matière fon ia- 
mentale des pigments biliaires. La biliverdine n'est pas 
un simple produit d'oxydation; elle contient du chlore. 
I.a bilirub.ne cristallise bien dans le mélange CCl*- 

Cllcl^ 

3° Sciences natcbelles. — MM. H. Calmette et C. 
Guérin montrent que le baclle tuberculeux bovin, 
cultivé sur bile de bœuf, acquiert des propi'iétés spé- 
ciales : il e^t facilement absorbable a travers la paroi 
du tube digestif et peut créer des lésions à calcification 
rapide. Injecté par voie intraveineuse aux Bovidés, il 
produit une maladie générale fébrile, sans formation 
de tubercules, évoluant comme une typhobacillose. — 
M. L. Bordas a observé que la glande arborescente 
gauche annexée à l'appareil générateur femebe des 
Blattes sécrète des cristaux de carbonate de chaux, 
surtout abondants à la ponte et servant à l'édilication 
de la coque ovigère. — M. G.Andréa constaté qu'une 
plante vivace se comporte, dans la première et la deu- 
xième année de sa végétation, comme une plante 
annuelle qui n'a pas atteint le début de sa floraison. 
Toutefois, le poids absolu de la racine de la plante 
vivace est beaucoup plus considérable, et les réserves 
minérales sont très notables, surtout pour la racine. — 
M. A. Lacroix a étudié les laves des dernières éruptions 
de Vulcano (îles Eoliennes). Elles ne constituent pas un 
type pétrographique spécial : c'est un trachyte à anor- 
tiiose, augite et olivine. Les enclaves de microsanidinite 
se rapportent au type de la shoshonose. Ces laves ne 
présentent que de faibles variations chimiques. — 
M. M. Gignoux montre que les formations de Pdlerme 
appartiennent à un cycle sédimentaire distinct de celui 
du Pliocène et méritent d'être gardées comme type 
d'un étage sicilien bien caractérisé. Par ce fait même, 
il est naturel de rattacher l'étage sicilien au Quaternaire, 
dont il marquerait la phase initiale, ou premier cycle 
sédimentaire. 

Séance du 4 Janvier 1909. 

M. Zirkel est élu Correspondant pour la Section de 
Minéralogie, en remplacement de M. Klein, décédé. 

1" Science^ MAïHÉMATiQUKS. —M. G. Darboux présente 
ses recherches sur certains systèmes d'équations ditTé- 
rentielles linéaires analogues ci celui qui se présente 
dans la théorie du mouvement relatif. — M. P. Bou- 
troux étudie les intégrales multiformes des équations 
différentielles algébriques du premier ordre. —M. L. F. 
Bertin montre que les aéroplanes ont besoin d'un plan 
vertical de dérive, qui leur assure à la fois la force 
centripète nécessaire aux girations et l'inclinaison de 
sécurité. Le même résultat peut être obtenu par un 
gauchissement du plan sustentateur ou un mouvement 
latéral du centre de gravité; mais ces procédés, instinc- 
tifs chez l'oiseau, semblent d'une complication gênante 
pour l'aviateur. — M. A. Berget décrit une méthode 
gravimétrique très sensible pour la mesure des hautes 
altitudes dans les ascensions en ballon ; il montre que 
la variation apparente du poids d'un corps entre deux 
stations est proportionnelle à leur différence deniveau. 
Il reste à réaliser un instrument approprié. 

2° SciE\'CP.s l'HYsiotiEs. — M. A. Turpain rappelle qu'il 
fut le premier à indiquer les propriétés des champs 
interfc'rents en 1898 et montre la différence entre son 
dispositif et le champ de concentration de M. Blondcl, 
datant de I9i>3. — M. K. Birkeland poursuit l'exposé 
de ses recherches sur les orages magnétiques polaires 
et l'aurore boréale. — M. M. Chanoz a reconnu que le 
passage d'un courant continu à travers le contact de 



ACADEMIES ET SUOIETES SAVANTES 



95 



lieux dissolutions aqueuses déleclrolytes MR, M'R', est 
capable de modifier ladiUérence de poientiel enti-e ces 
deux liquides. La variation de potentiel produite dépend 
dt la nature des dissolutions et du sens de passage du 
courant. — M. J. Thuvert a constaté que la reproduc- 
tion des couleurs par les plaques autochromes ne donne 
pas de bons résultats en lumière artificielle autre que 
l'arc électrique. — M. A. Faucon a déterniiné le dia- 
i<ramme de congélation des mélanges d'eau et d'acides 
gras solubles ; les résultats obtenus ne décèlent pas la 
formation d'hydrates — M VI. G. Baume et F.-L Perrot 
ont mesuré avec une grande précision la densité du 
méthane par la méthode du ballon. Ils ont trouvé en 
moyenne 0,7168, valeur qid concorde avec celle qu'a 
calculée Leduc, On en déduit la valeur 12,004 pour 
poids atomique du carlione. — M. P. Lebeau a traité 
le siliciure de magnésium par HCl et condensé dans 
l'air liquide les hydrures de -ilicium formés Par distil- 
lation fractionnée, on peut isolei SiH*. Si-H' D = 2,18) 
et un produit liquide Si^ll', spontanément inflammable 
à l'air. — M. H. Marais a constaté que le chlorhydrate 
et le bromhydrate d'éthylamine possf-dent une forme 
stable, monoclinique, isomorphe à la température ordi- 
(laire. Au-dessus de 80° et 83° ils se transforment en 
modifications uniaxes. stable el inslable, isodimorphes. 

— .M. iJ. Gerber a observé que le temps de coagulation 
du lait par certaines pri''sures (Maclure, Crustacés déca- 
podes) est accéléré par l'addition d'alcalis libres. — 
.M. L. Gaucher montre que la caséine passe de l'esto- 
mac dans le duodénum d'abord sons la forme liquide, 
ensuite à l'état de caséum. La coagulaiion du lait dans 
l'estomac n'est nullement nécessaire; elle peut même 
parfois être nuisible à la digestion. 

3° Sciences natuiiklles. — M. A. Borrel signale la 
présence constante de Demorifx couverts de nacilies 
dans les follicules pileux et les glandes sébacées des 
lépreux, l'.e parasite pourrait bien être l'agent de conta- 
mination de la lèpre. — M. Ed. Borda^e a observé que 
l'ablation des chéli[ièdes chez V Alyn Sen-nUi esV sw\- 
vie d'une régénération de chélipedes présentant la 
forme ortmanienne, c'est à-dire la forme ancestrale 
(régénération hypotypique). Au cours du dévehippe- 
ment, le typeatyen reparaît finalement. — M. A.Lécail- 
lon a reconnu qu'il se pioduit, dans la cicatricule des 
n'ufs non fécondés de la poule, une véritable segmen- 
tation pai'tliénogénésique ; les cellules de segmentation 
se multiplient, par mitose: mais elles finissent par 
dégénérer les 'ines après les autres. — M. P.Garrigou- 
Lagrange a étudié le régime des sources en Limousin 
en 1908; la diminution notée les années précédentes 
s'est encore aggravée, par suite de la sécheresse pro- 
longée, — M. A. Angot signale l'enregistrement très 
net, au sismographe du t'arc Saint-.Vlaur, du tremble- 
ment de terre du 2s décembre I90S, Les oscillations 
ont débuté brusquement à 4 h 23, 9 min, et les grandes 
oscillations ont commencé à 4 h. 27, pour devenir moins 
fortes à 4 h. 50 et à peine perceptibles depuis o h. 20. 

— M. R. Cirera annonce un enregistrement analogue 
à l'Observatoire de l'Ebre. 

ACAliÉMIE DR MÉDECINE 

Séance du 29 Décembre 1908. 

.M. le Président annonce le décès de M. R. Blache, 
associé libre. 

M. le D' Lagarde lit un travail intitulé : Résultats 
éloignés de la prothèse par les injections de paraffine 
froide ramollie sous pression. — M. le D"' Martin du 
Magny donne lecture d'un travail sur la toux et la 
viiix lointaines, signe pathognomonique de toutes les 
cum[nessiuns bronchiques. 

Séance du ;> Janvier 1909. 

M. F. Raymond présente un Rapport sur un travail 

de M. G. MaiinesoQ relatif à deux eus de selemse en 

plHi/nes améliores par la mdinlliérri/iie. Le nombre des 

séances a varié entre 6 et 16 ; l'application des rayons X 



a eu lieu tous les deux jours au niveau de la région 
lombaire pendant 7 à 10 minutes. Les résultats obtenus 
ont été satisfaisants, surtout pour le tremblement 
intentionnel, qui a complètement disparu, ainsi que 
pour les troubles de la mobilité. On n'a pas observé 
de troubles cutanés. C'est donc une méthode à retenir 
et à essayer. — M. Ch. Moureu présente, au nom d'une 
Commission spéciale, un Rapport sur l'emploi des 
composés arsenicaux en Aijricnltiire, considéré aa 
point de vue de PHyr/iéne pnblii/ne. Les avantages des 
ar-enicaux pour la lutte contre les insectes sont incon- 
testables; ils sont, au p 'inl de vue purement agricole, 
un excellent moyen de défense. Malheureusement, leur 
emploi présente de redoutables dangers, tant pour 
1 ouvrier des champs, dont la vie se passe, pour ainsi 
dire, au m dieu de l'arsenic, que pour le consommateur, 
sans- cesse exfosé à rencontrer des produits empoi- 
sonnés. Une réglementation extrêmement sévère, si 
elle était applicable aux travaux de l'agriculture, 
pourrait, dans une certaine mesure, atténuer les 
dangers. .Mais les instructions très rigoureuses, comme 
celles qu'il faudrait prescrire, resteraient lettre morte 
et ne seraient pas suivies parles ouvriers agricoles. La 
surveillance, d'ailleurs, seiaitpratiquement impossrble. 
Quant aux produds agricoles issus de végétaux traités 
à l'arsenic, leur bon renom serait sérieusement com- 
promis. On dispose d'ailleurs, dans la lutte contre les 
insectes, d'autres a;;ents n'offrant aucun danger pour 
l'hygiène générale. La Commission, à l'unanimité, 
estime donc que l'Académie a pourdevoirde demander 
au Ministre de l'Intérieur, en réponse à sa lettre du 
16 septembre 19(i8, de prohiber, dune manière radicale 
et absolue, l'emploi des arsenicaux en Agriculture, et 
d'assurer, par conséquent, à l'avenir, l'application 
pure et simple de l'ordonnance royale de 1846, inter- 
disant la vente et l'emploi de l'arsenic et de ses com- 
posés pour la destruction des insectes. 

SOCIÉTÉ DE lilOLOGIE 

Séance du 20 Décembre 1908. 

M. L. Bruyant, en examinant trois lots de Mousti- 
tiqups provenant du lonkin, en a trouvé de b à 20 "/„ 
parasités par des larves d'Hydràchnides, dont le 
nombre peut s'élever jusqu'à 12. — M. C. Gerber 
montre qu'on peut abaisser jusque vers 0° la limite 
d'activité des présures classiques en au^;inentant la 
quantité de sels alcalino-terreux contenus dans le lait. 
— MM. A. Gilbert et A. Baudouin ont observé, au 
cours de certaines maladies du foie, une élévation du 
coefficient glycémique (après absorption du glucose), 
qui s'élève entre 1,60 et 2,50. MM. L. Ambard et 
F. Hapin ont reconnu qu'il y a une concentration 
limite de l'urée dans l'urine : elle est de 10 °/oo chez 
le chien et se retrouve au corjis de tous les régimes 
azotés, quelle que soit leur teneur en azote. Il y a une 
quantité maxima d'urée susceptible d'être éliminée par 
le rein : elle e-t de 4,5 gr. par jour et par kilog de 
chien. — M.M. J -P. Langlois et L. Garr«Ion ont cons- 
taté que, sou-i l'intluence de la cocarnisation faible de 
la région bulbaire, la polypnée thermique disparaît 
chez le chien et la température s'élève de o à 6 dixièmes 
de degré; quand l'elTet de la cocaine a disparu, la po- 
lypnée repai'ail et la température s'abaisse. — M. M. 
Junçano a isolé de l'intestin de la roussette un nou- 
veau microbe anaérobie, qu'il désigne sous le nom de 
Hiicillus s/ioroi/enes non licfnel'acwns. — M. Cl. Re- 
gaud montre que les mitochondries sont constituées 
par un support protoplasmique de forme variable, com- 
biné à une substance caractéristii|ue possédant des 
réactions chimiques spéciales — M.M. Crespin et Le- 
louche ont observé que si, au cours de l'accès palustre, 
il y a un certain trouble transitoire dans le fonction- 
nement du rein, cet organe recouvre rapidement toute 
sa capacité d'élimination dans le stade de chaleur. — 
M. G. Battez montre que c'est par son action sur le 
système nerveux que le chloroforme produit la glyco- 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



surie. — M. W. Oerhsner de Coninok' décrit une 
réaction de l'iodcforme en présence du chloroforme ou 
du bromoforme : c'est sa coloration rose, puis rouge, à 
froid, eu présence d'un cristal d azotate de plomb. — 
MM. Ch. Aoha'd et M. Aynaud montrent que ni la 
coagulation du sang, ni la rétraction du cailltt ne dé- 
pendent de la présence des plobulins. — M. J. du Cas- 
tel a constaté que, dans la majeure partie des cas, le 
thymus rachitique est hypertrophique; dans quelques 
rares cas, pourtant, l'ifiyperlrophie fait défaut. — 
M. H. Piéron a poursuivi ses recherches sur la ryth- 
micité chez les Artiiiia eqitina; il a observé quelques 
cas de rythmes nycthéméraux. — MM. Léopold-Lévi et 
H. de Rothschild montrent que certaines lésions de 
la glande thyroïde sont des lésions d'hyperthyroidii' 
compensatrice ou léactionnelle. — iM"^' El. Lazarus a 
observé qu'un microbe se trouvant en prés nce d'une 
quantité déterminée d'ions H ou OH peufse développer 
ou rester en vie latente, selon la nature des matières 
nutritives présente-. — M. et M°"' L L^iplcque ont 
reconnu que l'excitabilité du muscle est isochrone à 
celle de son nerf muteur. Quand l'isochronisme du 
muscle et de son nerf est altéré dans un sens ou dans 
l'autre, à partir du moment oii l'hétérochronisme 
atteint une certaine valeur, l'excitation n'est plus 
transmise du nerf au muscle. — MM. G. Barthet et 
H. Bierry ont constaté que le suc A' Hélix pnmuliu, ca- 
pable d'hydrolyser le raffinose et le gentianose, est 
aussi actif sur le stachyose (mannéotétrosel; les sucs 
de crustacés n'ont aucune action sur ces trois sucres. 
— MM. Ch. Dhéré et L. Lapioque décrivent un pro- 
cédé de récolte et de conservation du sang de poulpe 
par addition de fluorure de sodium. 

Séance du 9 Janvier 1909. 
MM. H. Bierry et G. Barthet ont constaté que le 
suc gastro-intestinal cVHolix iinmalifi, en quantité con- 
venable et après un temps suffisamment long, hydro- 
lyse totalement le manninotriose. — M. M. L Bruyant 
montre que les Phalangides hébi-rgent au moins deux 
larves parasites diiïérentes de Leptes. — MVI. A. Le- 
lièvre et Ed. Retterer ont trouvé que, de la surface 
du noyau des hématies nucléées, partent, en rayon- 
nant, des stries ou trabécules dont la base s'insère au 
noyau et dont le sommet se termine à la périphérie 
de l'hématie. Des lîls transversaux plus minces relient 
ces trabécules rayonnantes et deviennent de [dus en 
plus abondants à mesure que les trabécules s'éloignent 
du noyau. — M. G. Bohn montre que, lorsqu'on a une 
série de fonds d'éclairements croissants, les réactions 
vis à-vis d'une source de lumière ou d'un ensemble de 
surfaces diversement éclairées peuvent être positives 
jusqu'à un certain éclairement, et au delà devenir 
négatives. — MM. A. Clerc et A. Sartory ont trouvé, 
dans les parois de la cavité creusée dans le llialle du 
Codiuni Biirsa, un nouveau microbe se rapprochant du 
Micvooofcus cinnnhaveus. — MM. G. Bainier et A. Sar- 
tory ont découvert un nouveau champignon patho- 
gène, voisin de VAsperr/illiis l'uinigalus, mais en dilfé- 
rant par les spores, et par les ascospores qui sont 
sphériques et échinulées; ils le nomment A. t'umiqa- 
loïde^. — M. J. Nngeotte signale l'existence de gra- 
nulations lipoïdes dans la substance grise des centres 
nerveux, probablement identiques aux neurosomes de 
Held. — M. L. Gaucher a constaté que le lait ingéré 
franchit rapidement l'estomac; il met 35 minutes en- 
viron pour franchir le pylore. — MM. M. Doyen, 
Cl. Gautier et A. Policard ont reconnu qu'une anes- 
thésie chloroformique un peu prolongée exerce sur le 
foie une action nécrosante qui se poursuit après la 
cessation de l'anesthésie. — MM. L. Ambard etE. Papin 
montrent qu'il y a une concentration limite de NaCl 
dans l'urine (15 °/oo chez le chien); il existe également 
une élimination limite de Nai;l, qui est il'environ 
0,6 gramme par kilogramme et par jour. — MM. F. Ar- 
loing et de Lagoanere ont constaté que l'association 
à la toxine typhique des toxines strepto- et staphylo- 



cocciques rend les troubles cardiaques plus constants 
et plus marqués. — M. C. Levaditi montre que l'As 
des composés arsenicaux à structure cliimique com- 
plexe, une fois soumis à l'influence des organes, entre 
dans la constitution de l'albumine des tissus, pour 
foimer une toxalbumine arséniée, qui se fixe sur les 
irypanosomes sensibles à l'atoxyl. — M.M. A. Policard 
et" J. Mawas déduisent de leurs observations qu'il ne 
semble pas y avoir de rapport entre la fonction motrici' 
ciliaire et les mitochondries. — MM. Moussu et Le 
Play ont constaté que des accidents rapidemenl 
mortels surviennent dans le cas d'extirpation totale 
des surrénales ou, en cas de non extirpation ou 
d'extirpation incomplète, lorsque les connexions vas- 
ciilaiies sont supprimées. — MM. Ch. Aub^rtin et 
J. Lhermitte ont reconnu que l'intoxication alcoo- 
lique chronique expérimentale peut s'accompagnei- 
de paralysies dont la cause revient uniquement à la 
drstruction des cellules motrices spinales avec inté- 
grité presque absolue des nerfs péripliériques. — 
M.M. J. Jolly et H. Rossello signalent une p^irenté 
probable entre le tissu splénique et le tissu médul- 
laire. Le tissu splénique semble intermédiaire entre 
celui des ganfjlions et celui de la moelle, il pirécède, 
dans son développement et son rôle liématnpoïétique, 
le tissu de la moelle. — M. G. Bouet a trouvé, chez un 
serpent du genre iWaja, et chez une tortue de terre 
Cinixys lielliaiia, deux Hémocytozoaires pigmentés 
qu il l'ange dans le genre Plasmoilinin. — MM. J. Thl- 
roloix et G. Rosenthal montrent que le sérum des 
chevaux vaccinés, par l'inoculation de cultures aéro- 
bisées, contre la bactérie anaérobie de l'hémobio- 
culture rhumatismale, est inolTensif, préventif et cu- 
rateur. 

RKUNIO.\ BIOLOGIQUE DE BORDEAUX 

Séance du 1»"' IJéeenilire 1908. 

MM. Coyne et A. Auché ont préparé un sérum anti- 
dysentérique polyvalent par in jeci ion au cheval d'abord 
de toxines Shiga, puis d'un mélange de cultures Shiga 
et Flexner. — M. Ch. Ferez a rencontré, dans la ca- 
vité générale du 'termes lucil'ugiis, une Microsporidie 
nouvelle, voisine des Glugea, qu'il nomme Dnhoi^cqia 
Leijeri. — MM. J. Bergonié et L. Tribondeau ont 
constaté que la fulguration du foie du lapin entraîne 
la destruction massive d'une portion de la glande hépa- 
tique. 

Séance du 22 Décembre 1908. 

M. C. Sauvageau a étudié les variations du Colpome- 
nia sinuosa sur les cAtes de Bretagne. Après une pé- 
riode de grande multiplication, il a disparu en beau- 
coup d'endroiis, notamment dans la rivière de Vannes, 
où il a été étouffé par V Entevomoridia clatlirala. — 
M. J. Sellier expose un certain nombre de faits dé- 
montrant l'identité du ferment proiéolyiique et de la 
présure. — M. A. Auché décrit une méthode de re- 
cherche simultanée de l'urobiline, de son chromogène 
et des pigments bdiaires vrais, basée sur l'observation 
attentive des variations du spectre après addition de 
divers réactifs. — Le même auteur indique un procédé 
de séparation de l'urobiline de la bile, consistant à en- 
traîner les pigments biliaires par des poudres miné- 
rales lourdes et à extraire l'urobiline par le chloro- 
forme thymolé. — M. J. Montéli explique la respira- 
tion faible physiologique, normale, du sommet du 
poumon droit par le fait que la bronche lobaire supé- 
rieure droite s'embranche à angle plus ou moins droit 
sur sa bronche souche verticale, tandis que la bronché 
lobaire supérieure gauche continue d'ins sa direction 
môme la bronche souche gauche. — MM. J. Bergonié 
et L. Tribondeau ont reconnu que la destruction et la 
réparation du foie sont identiques par leurs manifes- 
tations histologiques, qu'elles se produisent après ful- 
guration, électrolyse monopolaire, broiement ou cau- 
térisation. 



ACADÉMIES ET SOCIETES SAVANTES 



REUNION BIOLOGIQIE DE MARSEILLE 



St'Hiice du 15 Décembre 19')8. 
M. C. Gerber a éludié l'ai-iiondes piésiues végétales 
sur le lait aux lempéiaiures élevées. — MM. D. Olmer 
et A. Tian ont décelé, par l'e-xamen spectroscopique, 
la présence du tliallium dans le liquide céphalo-rachi- 
dien dans un cas d'intoxication par l'acétate de Ihal- 
liuni. — M. Cil. Livon estime que le produit actif de la 
sécrétion intern'- de l'hypophyse se concentre sur les 
éléments nerveux du lobe postérieur, pour drl'i t;.inner 
l'organisme. — MM. Alezai.s et Peyron sii;iMl.iil l'exis- 
tence d'un nouveau groupe de tumeuis i'|iilliclialis i\r> 
organes chromafllnes : [es /laragnijulioiiir--. .'i r'voliilinii 
quelquefois maligne, et dontla généralisalinii M'Iln tue 
surtout par la voie veineuse. — Les nn'inrs ailleurs 
montrent que la présence d'une c;ipsule conjonctive 
ilans les humeurs des glandes salivaires n'a pas la 
valeur morphologique qu on lui attribue. — M. J. Cotte 
signale divers cas de floraison dans les Maures, ])eudant 
l'été' t9U8, en particulier chez la Lavande. 

SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE 

Séance du 18 Décembvc 1908. 

MM. H. Calmels et L.-P. Clerc : Sur h fhvune des 
/rallies utilisées en photogravure. On sait que, pai- 
l'emploi de la trame, on se propose de transformer une 
image à modelés continus en une image discontinue, 
exclusivement formée d'éléments noirs, de dimensions 
variables, distribués sur fond blanc, de telle sorte que, 
vus à quelque distance, la confusion des éléments noirs 
avec leurs intervalles fournisse en chaque région de 
l'image ainsi transformée la sensation d'un gris pro- 
portionnel à la tonalité du modèle dans la région cor- 
respondante. M. Ch. Kéry a montré' que celte transfor- 
mation est exclusivement due, dans les conditions 
habituelles de la pratique industrielle, aux pénombres 
raccordant de façon coniinue les cônes de pleine 
lumière projetés derrière les mailles transparentes de 
la trame et les zones d'ombre projetées derrière les 
baniles opaques. Cette théorie ne suffit pas à rendre 
compte des variations de forme des éléments de l'image 
négative tramée, et notamment du passage de la dispo- 
sition en cercles noirs sur fond blanc (demi-teintes 
foncées) ou en cercles blancs sur fond noir (demi- 
teintes claires) à la disi'osition en damier des demi- 
teintes moyennes MM. H. Calmels et L.-P. Clerc ont 
été ainsi amenés à développer les considérations expo- 
sées jadis par M. Ch. Féry et à déterminer, dans le 
plan de la l'iaque sensible, les lieux des points d'égal 
éclairement, qu'ils appellent courbes isopbotes, loulau 
moins dans un cas particulier sim|ile. correspondant 
d'ailleurs de très près aux conditions habituelles de la 
))ratique. La connaissance de ces courbes isopholes 
permet de prévoir quelle est, en chaque région de 
l'image tramée, la forme des éléments de cett>- imai;e 
en éléments ayant précisément pour contouis les iso- 
]dio!,es successives, lorsque l'on considère successive- 
ment les diverses régions d'une échelle de teintes 
ilégradées du noir au blanc, reproduite sous forme de 
négatif tramé. L'accord est complet entre les formes 
observées sur négatifs tramés exécutés industrielle- 
ment, et les formes prévues par le calcul. Pour figurer 
plus complètement le phénomène. M.M. Calmels et Cleic 
ont matérialisé, sous forme d'un moulage en plâtre, la 
surface représentative des éclairements dans le plan 
de la plaque sensible exposée derrière la trame dans le 
cas de réglage considéré ; cette surface est constituée 
par des fragments de paraboloïdes de révolution pré- 
sentant alternativement vers le haut leur concavité et 
leur convexité, raccordés entre eux par des parabo- 
loïdes hyperboliques; la section de cette surface par 
un plan passant à égale distance des sommets des deux 

' Comptes rcaduK do l'Académie des Seienccs, l^r avril ISOo. 



familles de paraboloïdes de révolution reproduit la dis- 
position en damier observée dans les demi-teintes 
moyennes d'un négatif tramé. — MM. Léon et Eugène 
Bloch : Ionisation par le /dios/ibore et /ihos/diorescence : 
l. L'un des auteurs a montré précédemment' qu'un 
cour.int d'air sec assez lent qui a passé .sur le phos- 
phore est le siège d'une ionisation et que les ions pro- 
duits sont des ions de très faible mobilité (gros ions). 
Dans les expériences dont il va être question, le cou- 
rant d'air a été progressivement augmenté jusqu'à des 
débits assez élevés. Dans ces conditions, la phospho- 
rrsri'iire subit une modification des plus curieuses : 
il alnird limitée au phosphore, elle s'allonge dans le 
sens du courant gazeux et, pour un débit suffisant, 
elle Unit par se séparer du /ibospliore. laissant entre 
elle et lui un intervalle parfaitement obscur. On 
n'observe plus alors dans le tube qu'une colonne phos- 
phoiescente isolée qui se déplace, sans grande diminu- 
tion d'éclat, en suivant les variations iTu débit, et qui 
peut se trouvera plusieurs mètres du phosphore. 2. Les 
auteurs ont cherché si, parallèlement à c- déplacement 
de la phosphorescence, on pouvait saisir un déplace- 
ment : 1° de la région où se produit Y ionisation; 2° de 
la région où se produit Vnxone. Ils ont reconnu que la 
phosphorescence, l'ionisation et l'ozone se produisent 
dans la même région, qui peut être séparée du phos- 
phore quand le courant gazeux est suflisamment rapide. 
3. Ces faits indiquent que la phosphorescence, l'ioni- 
sation et l'ozone nn se produisent pas par l'oxydation 
directe du phosphore solide, mais par l'oxydation d'une 
substance émanée du phosphore et entraînée par le 
courant gazeux. On peut songer soit à la vapeur de 
phosphore, soit à l'anhydride phosphorenx. Les expé- 
riences de Junglleisch, de R. Schenk, F. Mihr, H. Bau- 
thien et et des auteurs sont en faveur de la seconde 
hypothèse. 4. L ionisation par le phosphore ne serait 
donc qu'un cas particulier de l'ionisation par une com- 
bustion quelconque. De fait, les auteur> ont pu vérifier 
que l'un des caraclères les plus remarquables de l'io- 
nisation par les flammes, signalé précédemment par 
l'un d'eux-, se retrouve dans le cas du phosphore : la 
mobilité des ions produits décroît progressivement 
(juandon s'éloigne de la pbospliorescence. — M. G. Del- 
valez présente diverses recherches sur les anneaux de 
Xohili, les photographies colorées et les phénomènes de 
Hall dans les élertrolyles. l" Mécanisme de formation 
des anneaux. Toute électrode parasite, plongée dans un 
électrolyte, dérive une partie du flux électrique qui 
traverse le liquide. On le voit nettement en détermi- 
nant la forme des surfaces équipotentielles, lorsque la 
lame parasite, par exemple verticale et normale aux 
électrodes, est immerjiée dans une cuve rectangulaire. 
C'est ce que l'auteur a constaté dans les deux cas sui- 
vants : i" l.ame de cuivre immergée au milieu d'une 
cuve contenant une solution de sidfate de cuivre 
(100 grammes par litre); 2° l.ame d'argent dans le même 
bain^ Les équipotentielles sont normales à la kme vers 
le milieu de celle-ci. Si l'on place ensuite dans la 
même cuve le mélange de JN'obili et des lames parasites 
de laiton, celles-ci se couvrent de figures analogues à 
celles de iNobili, dont l'aspect varie avec L /, la concen- 
tration. Ces dépôts sont dus à une électrolyse du mé- 
lange, la densité ducourant quiles produit variant d'un 
point à l'autre. Cette électrolyse, éiudiée à part, a les 



po 

caractères suivants : à l'anode, lames minces de mi- 
nium d'abord, puis minium en masse et altération du 
laiton qui se réduit en Zn'i:u; à la cathode, cuivre 
d'abord, puis, pour des densités plus fortes, mélanges 
de cuivre et de plomb, de plus en plus riches en plomb. 
L'un de ces dépôts devient bleu indigo à l'air, un autre 
noir; d'autres ne se colorent pas, mais n'ont pas la 
couleur du cuivre- 2° l'hntograpbirs colorées. Si deux 
régions d'une lame de laiton immergée dans le mélange 
de Nobili sont difTéreinmeut éclairées, il y aura un 

' E. Bloch ; Ann. de Cliim. cl de Phys., t. IV, 190.^, p. 2b. 
'■ Bloch : Comptes rcudua, t. CXL, 1903. p. 1321. 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



courant entre elles, d'où formation de lames minces 
colorées d'une façon variable avec le temps et la diffé- 
rence d éclairenients. Si l'on met un négatif au-dessus 
de la lame et le tout au soleil, on a, en effet, une sil- 
houette colorée. Les blancs donnent : après 5 minutes, 
jaune brun; 10 minules, lie de vin; 15 minutes, bleu 
indigo; 20 minutes, vert. Les noirs donnent du bleu 
violacé qui pâlit ensuite. 3" Pliénoiiiètie île Hall. L'n 
champ magnétique modifie un flux électrique qui lui 
est normal; par suite, on peut es|iérer, si ce phéno- 
mène est intense, comme le dit B;igard (189b), que les 
figures de Nobili changeront d'aspect si on les produit 
dans un champ. Elles changent en etfet considérable- 
ment; mais leur production est accompagnée alors de 
courants liquides (H = i.OSO gauss). Or, rexpérie^ce 
apprend que l'éleclrolyse de mé anges en mouvement 
donne des dépôts différents de ceux qu'on obtient le 
liquide étant au repos. Si, pour isoler l'effet Hall, on 
immobilise le liquide par delà gélatine, il reste un ellet 
dû à ce que le colloïde s'accumule autour du bloc ; 
d'ailleur-, si l'on emploie, quand on peut le faire, du 
papiei à filtre pour limmobiliser, il n"\ a plus de défor- 
mations. Celles ci sont donc uniquement dues au mou- 
vemnnt de félectrolyie. .si l'on étudie alors les expé- 
riences de Hagard, on trouve qu'elles présentent une 
cause d'erreur systématique, due à la production de 
courants liquides ou d'entraînement de la surface au 
cours des expériences Si l'on évite cela, on n'observe 
plus rien (H = 4.050 gauss). Un peut enfin, pour éviter 
ces courants liquides, employer un courant alternatif 
de haut voltage (^champ de 12.000 gauss). Si l'on évite 
des causes d'erreurs nombreu-es, on ne perçoit aucun 
effet. Mais on peut déduire de l'expérience que le 
coeflicient de rotation de Hall est sûrement inférieur 
à 5 X 10-^, alors que Hagard lui assigne une valeur de 
l'ordre de 10 -«. La théorie des ions, d'après M. Donnau, 
permet d'expliquer le phénomène et elle donne au 
coefficient K une valeur en relation simple avec les 
difféiences des mobilités des ions. Elle indique que K 
est de l'ordre de 10-* pour les vapeurs, 10-'^ pour les 
solutions. On est donc encore bien loin de pouvoir 
constater nettement le phénomène. 

SOCIÉTÉ ROYALE DE LONDRES 

Séance du 5 Noycinhrc 1908. 
Lord Rayleigh présente une Note .sur les mascarets 
dus aux marées, dans laquelle il donne une théorie 
simple du phénomène. Celle-ci le conduit à l'expres- 
sion de la perte d'énergie au lieu du mascaret. Cette 
per^e d'énergie ne conslitue pas une difficulté, étant 
donnée l'existence de la viscosité de l'eau ; mais lim- 



A cos pt M 




B sin pt 



Fig. \. 



possibilité d'un gain d'énergie montre que les mouve- 
ments considérés ne sont pas réversibles. - M. A. 
Campbell décrit une niètliode pour comparer l'indue- 
tani-e mutuelle ù la résistance au moyen des courants 
nllornatil's hiphasés. Soit M (fig. I) l'inductance mu- 
tuelle elR la résistance, et soient A cos /;/ et R sin /// 



deux courants en quadrature, provenant, par exemple, 
d'un alternateur biphasé. Soit C un galvanomètre à 
vibration accordé à la fréquence n,o\x p = ir. i. Quand 
le galvauDmètre ne présente aucune déviation, la f. é. m. 
induite dans le circuit est nulle à chaque instant; 
donc : 



: ;MA cos pi) -\- RB sin /)< =0. 



A 



Cette condition donne une comparaison directe entre 
H et M, quand /) et A/B sont connus. En observant la 
vitesse de 1 alternateur, on a /; ; tandis que le rapport 
de A à B est obtenu au moyen du voltmètre électrosta- 
tique V, qui est placé alternativement à travers les ré- 
sislance^ égales /, etc., ou par un électrodynamomètre 
différentiel. En pratique, A est fait presque égal à B. 
On arrive à l'équilibre en faisant vaiier B, M ou /jus- 
qu'à ce que la déviation gahanométrique devienne 
nulle, en maintenant la quadrature exacte fiar l'ajus- 
tage de la self inductance /;. — M. F. J. Jervis-Smlth 
poursuit ses redwrcJies sur la pniductiun dune lu- 
minescence ilans un récepteur à vide se mouvant prés 
d'un champ éiectrostutique. Un globe de silice tourne 
dans un champ magnétique ou électrostatique, le gaz 
résiduel étant de l'oxygène. L'inducteur est chargé 
jusqu'à ce que le globe luise; puis il est lentement 
déchargé avec un fil jus iu"à ce que la lueur disparaisse. 
En établissant le champ magnétique, une lueur bril- 
lante réapparaît. L'effet magnétique est moins marqué 
avec l'air comme gaz résiduel. Ln employant le néon, 
le globe ne donne qu'une tueur faible, rougeàtre; la 
lueur est peu atlect^e par le champ magnétique. Si 
l'on tourne entre les pôles d'un électr'i-aimant un 
globe en silice en contact avec un peigne en poils de 
chameau, la pression de ce dernier ét.int assez faible 
pour qu'aucune lueur ne soit vsible, quand on établit 
un champ magnétique le gloire luit brillamment et 
s'éteint quand on éloigne le champ. — M. W. G. Uuf- 
fleld: L'eU'rt de ta pression sui' le .-pectrc d'arc. IL (Cui- 
vre : X 4.000 a X 4.600. Voici les résultats obtenus par 
l'auteur sur le cuivre pour les longueurs d'onde indi- 
quées. A. Elargissement, i" Toutes les lignes sont 
plus larges aux hautes pressions qu'à la pi ession at- 
mospbéiique. 2° L'élargi-sement augmente avec la 
pression. J" H n'est pas symétrique, étant plus grand 
du côté du rouge. 4" il est inégal pour les différentes 
lignes 6° Les lignes de séries deviennent comme des 
bandes, puis se dissipent aux pressions les plus éle- 
vées; les lignes non en série, quoique très élargies, 
restent bien définies. B. t)éplacemi-nt. 1" Sons pres- 
sion, la [lartie la plus intense de chaque ligne est dé- 
placée ne la position qu'elle occupait à la pression 
ordinaire. 2° Le déplacement est dans la direction de 
la plus grande longueur d'onde. :)" Le déplacemeni est 
réel et non pas dû à l'élargissement non symétrique. 
4° Le déplacement de chaque ligne est continu et li- 
néaire avec la pre-sion. 5° Les lignes appartenant à la 
P^ et à la 2' série subordonnées ont de plus grands 
déplacements que les lignes non en série. 6° Les dé- 
placements des lignes non en série sont fonctions de 
leur longueur d'onde. C. Renversement. Aucune ligne 
n'a montré de trace de renversement sous pression. 
D. Intensités relatives. 1° Des changements de l'in- 
tensité relative des lignes ont lieu sous pression. 
2" Celles de la If" et de la i' sériess subordonnées dis- 
paraissent sous 40 atmosphères et ne réapparai>sent 
pas à plus haute pression. 3° Les lignes de la l''" sous- 
série deviennent bruineuses, semblables à des bandes, 
et se dissipent à haute pression. 4° Le^- lignes de la 
2" sous-série diminuent graduellement ■l'intensité sans 
élargissement anormal. 5° Parmi les lignes non en sé- 
rie, celles qui sont nébuleuses sont renforcées. E. Eclat 
de l'arc. L'éclat de l'arc au cuivre augmente considé- 
rablsment avec la pression de l'air qui l'entoure. — 
.\1M. A. T. Cameron et Sir W. Ramsay ont mesuré le 
spectre de l'émanation du radium sur l'émanation ac- 
i'uinuli''e pendant 12 jours de 477 mgr. de bromure 



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de radium. Le dispositif qui leur a donné les meil- 
leurs résultats consiste à produire le spectre dans un 
tube entre des électrodes de cuivre. Le spectre obtenu 
ne renferme pas les lignes de l'hydrogène; il est très 
brillant et renferme un grand nombre de raies vertes, 
bleues et violettes, avec une ligne très peu réfrangible 
dans le rouge. Aucune de ces lignes ne coïncide avec 
une ligne du spectre des nébuleuses. — M.VI. le Comte 
de Berkeley, E. G. J. Hartley et C. V. Burton : Sur 
11) pression osmotique des solutions aqueuses de ferra- 
cyanure de calcium. I. Les solutions concentrées. Les 
recherches des auteurs avaient pour but de vérifier 
expérimentalement l'équation osmotique de A. W. 
Porter. Ils ont construit une membrane qui peut résis- 
ter à des pressions osmotiques de ferrocyanure de cal- 
cium atteignant loO atmosphères sans percolation sen- 
sible de la solution. Ils trouvèrent que la formule ne 
se vérifie qu'à 3 °/o près. Mais ils reconnurent que 
cette formule se réfère à des pressions osmotiques 
dans le vide, tandis que leurs expériences étaient né- 
cessairement faites dans l'air à la pression ordinaire. 
En modifiant l'équation pour tenir compte de ce fait, 
les résultats expérimentaux concordent rigoureuse- 
ment avec ceux du calcul. 

SOCIÉTÉ DE CHIMIE DE LONDRES 

Séance du 17 Décembre 190S. 

M. J. E. Reynolds, en traitant le pyrrol potassé 
C'H' AzK par le chlorure de silicium à basse tempé- 
rature, a otitenu, après une réaction énergique, KCl et 
un silicotétrapyrrol Si (AzC'H'j*, F. 17:)°. Si l'on fait 
réagir le silicochloroforme sur le pyrrol potassé à très 
basse température pour modérer la réaction, on ob- 
tient un liquide vert-sombre, Eb. > 210." sous bO mm., 
de composition SiH (AzC'H')', et un liquide bouillant 
ù 135° sous oO mm., de composition SiH(AzC'H*)Gl'. 
La pyridine donne avec SiBr* et SiCl* des produits 
d'addition, contenant deux molécules de pyridine pour 
une d'halogénure. L'acétonitrile et le propionilrile 
fournissent aussi des produits d'addition. — M. V. H. 
■Veley a mesuré les valeurs d'affinité de la tropine et 
de ses dérivés. La tropine a une affinité de beaucoup 
inférieure à celle de la pipéridine ; l'ecgonine (tropine- 
carboxylate) est un électrolyte amphotère; l'anhydro- 
ecgonine est une base plus forte que l'ecgonine. La 
cocaïne est une base relativement forte ; sa valeur d'af- 
finité /,(,^2,s X 10-'. Les tropéines (atropine et ho- 
matropine) ont des valeurs d'affinité supérieures à 
1.10-'. — M.M. A. W. Crossley et Ch. Gilling mon- 
trent que la Iriméthylcyclohexénone obtenue par l'ac- 
tion du malonate d'éthyle sur la chlorodiméthylcy- 
clohexénone est identique à l'isophorone. La méthode 
de préparation des cétones hydroaromatiques peut 
être étendue en employant des éthers maloniques 
sub-titués, mais le rendement diminue à mesure 
qu'augmente le poids muléculaire du groupe substi- 
tuant. — MM. J. C. Gain et F. NicoH répondent aux 
critiques de Lamplough sur leur méthode de détermi- 
nation de la vitesse des changements chimiques par 
la mesure des gaz dégagés. — MM. S. R. Best et 
J. F. Tliorpe, en faisant réagir l'éthylate de soude sur 
le p-iminoa-cyano-Y-phénylbutyrate d'éthyle, ont ob- 
tenu l'acide correspondant, que l'élimination de C0= 
transforme en fs-imino-a cyano-y-phénylpropane C'H°. 
CH=.C(:AzH).CH«.CAz. Traités par H'SO' concentré, le 
premier donne l'acide l:3-napbtylènediamine-2-car- 
boxylique, le second la l:3-naphtylènediamine. - 
MM. W. N. Hartley et A. G. G. Léonard montrent 
que l'éther e^-t le seul solvant convenable pour déter- 
miner le spectre d'absorption de la y<-benzoquinone; 
en solution alcoolique, sous l'influence de la lumière 
solaire ou des rayons ultra-violets, il y a réaction entre 
le solvant et le corps dissous, qui se manifeste par une 
réduction de ce dernier en quinol ou en quinhydrone. 
— M. W. N. Hartley déduit de ses recherches que la 
/>henzoquinone est un dérivé du benzène; sa fonction 



peut être soit celle d'une cétone double, soit celle d'un 
peroxyde, suivant les circonstances. - M. J. A Smy- 
the, par l'action de Il(.l sur le sulfoxyde de benzyle, a 
obtenu : benzaldéhyde, chlorure de benzyle, benzyl- 
mercaptan, disulfurc de lienzyle, sulfure de benzyle, 
disulfoxyde de benzyle et benzaldéhyde-benzylmer- 
caplan. La réaction est influencée par la température 
et la nature du soliant. L'auteur pense aussi que le 
sulfoxyde de benzyle existe sous deux formes en solu- 
tion. — MM. A. Slator et D. F. Twiss ont étudié les 
vitesses des réactions entre le thiosulfate de sodium et 
les composés organiques halogènes. Les composés iso 
réagissent moins que les composés normaux. — M. T. 
P. Hilditch a déterminé le pouvoir rotatoire optique 
du cinnamate de menthyle seul et en solution dans 
divers solvants. 11 conclut que ce corps est à l'état uni- 
moléculaire en solution acétique ou chloroformique, 
tandis qu'il est associé lorsqu'il est seul. — M"- M. A. 
Whiteley a reconnu que les dérivés mono et di-bro- 
més de la malonamide et de l'acide barbiturique, qui 
contiennent les complexes — CU.CUBr.CO — ou — CO. 
CBr-.CO — , mettent en liberté l'iode de HI à la tem- 
pérature ordinaire, suivant l'équation >-CBr'-|-4HI 
= >CH'-f 2HBr-f-2I'. 

SOCIÉTÉ ALLEMANDE DE PHYSIQUE 

■Séance du 18 Décembre 1908. 
M. Thiesen adresse un Mémoire sur la chaleur spé- 
cilique des corps solides. Dans une publication anté- 
rieure, il avait établi et vérifié sur le platine un système 
de formules représentant la détente et la chaleur spé- 
cifique des corps solides. Dans le présent travail, il 
présente le résultat préliminaire d'une vérification 
plus générale, fondée sur les déterminations anté- 
rieures des chaleurs spécifiques des solides. D'après 
les formules en question, la chaleur spécifique et le 
coefficient de détente seraient proportionnels à une 
même puissance de la température absolue. Or, cette 
relation, tout empirique qu'elle soit, se montra cepen- 
dant bien supérieure, pour les extrapidations. aux 
séries de puissances jusqu'ici employées, et possède des 
propriétés essentielles de la loi véritable. D'accord avec 
les vues de M. Einstein, l'auteur admet que les atomes 
chimiques d'un corps solide, à la température du zéro 
absolu, sont maintenus par les forces élastiques dans 
des positions données, correspondant par exemple aux 
points d'entrecroisement d'un réseau à trois dimen- 
sions. Ces atomes exécuteraient autour de leurs posi- 
tions d'équilibre, aux températures supérieuies, des 
vibrations dont les fréquences, suivant trois directions 
données, seraient indépendantes l'une de l'autre. 
L'énergie de vibration serait en équilibre avec l'énergie 
du rayonnement noir remplissant le corps. Ces hypo- 
thèses permettent de calculer la chaleur spécifique 
d'un corps et de déduire la loi de Dulong et l'etit, 
comme loi-limite s'appliquant aux tempéralures éle- 
vées. D'autre part, il ne serait pas impossible que, dans 
le cas des métaux bons conducteurs, l'influence des 
électrons librement mobiles, regardée comme cause de 
la conductivité, se fit sentir. La chaleur spécifique de 
ces métaux s'approcherait alors, pour des températures 
décroissantes, non pas de zéro, mais d'une petite valeur 
constante, permettant de calculer le noml^re jusqu'ici 
inconnu des électrons de conduction. — M. O. von 
Baeyer vient d'étudier la réilo.xion et le rayonnement 
secondaire des rayons cathodiques lents. D'accord avec 
ses recherches antérieures, il constate, pour les rayons 
cathodiques partant d'une cathode d'oxyde incan- 
descent, et à partir d'une vitesse primaire de S volts, 
une réflexion et un rayonnement secondaire considé- 
rables sur les plaques mélalliques. Cette réflexion 
décroît et le rayonnement secondaire s'accroît à 
mesure qu'augmente la vitesse primaire. L'intensité 
du rayonnement secondaire est si grande que, déjà 
pour une vitesse primaire d'environ 30 volts, le nombre 
d'électi'ons quitlant la plaque équivaut à celui des élec- 



100 



ACADEMIKS ET SOCIETES SAVANTES 



Irons qui la frappent. La condition superficielle du 
réflecteur est un facteur assez important pour le phé- 
nomène en question, tandis qu'on ne constate point 
d'influence sûre de la maiière. I.a suie .et le noir de 
platine ne présentent la réflexion et le rayonnement 
secondaire qu'à un degré extrêmement faible. — vi. K. 
Fiirstenau communique un travail si/r la reluO'on qui 
oxislv entre la teinpéraliirp ei te ra/i/iovl des vlialeurs 
spécifiques ries gaz. La méthode dont il se sert est une 
modification de laméihode de résonance de M. Kalahne. 
Pour l'air, l'auteur constate une diminution du rap- 
port des chaleurs spécifiques d'environ 0,2 °/o dans 
un intervalle allant jusqu'à 1)2*°, 2, pour l'acide carbo- 
nique une diminution de 3,o "/„, et pour l'acide sulfu- 
reux une décroissance de 4,8 "/o entre et aO()°, tandis 
que, dans le cas du chlorure d'éthyle, la diminution, 
dans l'intervalle de à 300-, est de 3,4 °/o. — M. E. 
Meyer présente une interprétation du nouvel effet des 
courants électriques signalé par M. Cantor, au dernier 
Congrès des Médecins et des Naturalistes allemands. 
Tandis que M. Cantor admet que la conduction du 
courant électrique dans les conducteurs métalliques 
s'accompagne du transport de particules inertes quit- 
tant le métal aux inflexions subites de la direction des 
fils du courant, l'auieur fait remarquer que le phéno- 
mène en question s'explique parfaitement par une 
ionisation de l'air produite par la décharge lumineuse 
sur le bord aigu. Alfbed Ghadenwitz. 

ACADÉMIE DES SCIENCES DE VIENNE 

Séance du 29 Octoljre 1908. 

1° Sciences MATHKMATiQUES. — M. K. Zahradnik: Cons- 
truction des courbes rationnelles de 3= et de 4° ordres 
et classes au moyen des éléments incidents colli- 
néaires. 

2" Sciences natukelles. — M. F. Theissen commu- 
nique une monographie des espèces de Xylaria du 
sud du Brésil, comprenant 40 espèces et variétés, dont 
plusieurs nouvelles, l'.e genre se caractérise par le poly- 
morphisme étendu des espèces individuelles. 

Séance du f2 Novembre 1908. 
Sciences physioues. — M. J. Rozic décrit une 
méthode pour la mesure simultanée des forces électro- 
motrices et des résistances internes variant d'une façon 
continue. Le courant est décomposé, au moyen d'une 
double roue dentée, en deux courants alternant rapi- 
dement, dont chacun est conduit, à travers une résis- 
tance mesurable, à un galvanomètre particulier. — 
M. A. Wellik a étudié, au point de vue de leur teneur 
en émanation, 81 sources des environs de Graz; la 
plupart renferment de l'émanation du radium; quel- 
ques-unes présentent des traces d'émanation du tho- 
rium. La teneur est généralement élevée, particulière- 
ment à la source de Sainte-liadegonde, jaillissant des 
roches primitives, où elle atteint 12.10-^. — .M. A. Skra- 
toal a poursuivi ses reclierches sur les acides hypoha- 
logénés et les hy pohalogénites par l'étude de la cinétique 
de la décomposition des hypobromites en bromures et 
bromates en solution faiblement alcaline, four une 
concentration faible, mais constante, des ions OH, la 
réaction est du deuxième ordre quant à l'hypobromite. 
Une diminution de la concentration des ions 011 et 
une augmentation de celle des ions Br accélèrent la 
formation du bromate; la présence d'autres sels agit 
comme celle des bromures. 

Séance du 19 Novembre 1908. 
1° Sciences puvsioues. — .M. A. Defant a déterminé la 
densité de la neige au sommet du Sonnbli' k (3.106 m.) 
et a reconnu quelle augmente régulièrement avec la 
pi'ofondeur Le facteur- le plus important de cette éléva- 
tion de densité est la pression de> couches sus-jacentes, 
qui chasse l'air se tiouvant dans les poies de la neige. 
La neige d'altitude a une densité de 0,35, la neige de 
glaciei- de 0,îiB et la clace do glacier de 0,85. — 



M S. Strakosch a étudié l'intensité chimique de la 
lumière du jour du 15 février au 3 mars au Caire, à 
Luxor. Assouan et Khartonm. Pour une même hauteur 
du boleil, l'intensité chimique augmente à mesure 
qu'on s'avance vers le Sud. — M. F. Hauser décrit un 
appareil pour copier les inscriptions phonogi'aphiqnes 
des plaques des Archive^ phonographiques de l'Aca- 
démie sur des cylindres Edison. 

2° SciENCKs N,\TiJBELLEs. — M R. Hœmes montre 
que le lac interglaciaire de Salzburg à Hellbrun s'est 
étendu encore de 20 km. au S. S. E. dans la partie étroite, 
en forme de fosse, de la brèche de Salzburg, et que, 
depuis la formation de ce lac (période Riss-Wurm- 
interglaciaire), il s'est produit une modification marquée 
des positions relatives des hauteurs dans ce bassin, 
causée très vraisemblablement par un abaissement de 
la partie montagneuse méridionale interne. 

Séance du 3 Décembre 1908. 

1° Sciences mathématiq' es. — M. L. Hanni poursuit 
son essai d'interprétation cinématique des équations 
de Maxwell en prenant en considération le principe de 
réciprocité de la (Jéométrie. Si l'on forme les difTéren- 
tielles totales des variables dépendantes entrant dans 
les équations de .Maxwell, et si l'on considère le temps 
comme un paramètre, on obtient de cette façon deux 
systèmes équivalents aux équations de Maxwell, d où 
l'on peut parvenir de trois fucons différentes seule- 
ment aux systèmes réciproques de la (léométrie. 

2° Sciences physiques. — MF. Ehrenhaft, en prenant 
un jet de mercure excessivement mince comme cathode 
et un fil de fer comme anode, et employant des inten- 
sités de courant qui maintiennent l'arc lumineux, a 
obtenu, dans de l'eau absolument pure, le mercure à 
l'état colloïdal. Cette suspension colloïdale s'est conser- 
vée sans modification depuis un mois et présente en 
lumière tran-niise une coloration brun-sombre. — 
M. W. Sigmunda trouvé, dans les rameaux feuillus des 
espèces indigènes de saules et de peupliers, une enzyme, 
qu'il nomme Sfilicasc, et qui dédouble la salicine en 
saligénine et glucose. Deux Ericacées (myrtille et 
bruyère) contiennent, de même, une enzyme, qu'il 
nomme firhulase, et qui dédouble l'arbutine en glucose 
et hydroquinone. 

3° Sciences naturelles. — M. J. 'Wiesner a étudié le 
rapport entre la forme de la feuille et le besoin de lu- 
mière. Une division très prononcée du limbe coïncide 
en général avec un minimum accusé de besoins lumi- 
neux. Chez les arbres ou plantes qui s'ombragent avec 
une partie de leur feuillage, le minimum du besoin 
lumineux est d'autant plus accentué que le volume de 
la feuille est plus petit. Les feuilles de petit voluine 
sont en général très allongées, souvent en forme d'ai- 
guilles. 

Séance du 10 Décembre iW8. 

r Silences hathé.matiques. — M. A. Wassmuth : Sur 
le choix de la <■ division canonique » des systèmes dans 
la Mécanique statistique. 

2° Sciences phvsiqubs. — M. A. 'Wagner a profité d'un 
séjour de 4 semaines au sommet du Sonnblick pour 
mesurer la teneur en eau des nuages ; elle est en 
movenne de 2 gr par mètre cube. La grandeur des par- 
ticules de brouillard a été mesurée par la méthode 
opti|ue; leur dian.ètre est en moyenne de 33 [i. — 
M F. M Exner a mesuré pendant 2 mois la tempéra- 
ture de l'eau du Wolfgangsee à 8 et 12 m. de profon- 
deux. Les deux courbes présentent une période de 
24 lieures et une de 8 heures très nettes, et des indices 
d'une période de 16 heures. L'arrivée d'un vent violent 
du sud-est a troublé profondément le régime des tem- 
pératures. La position moyenne de la couche de transi- 
tion brusque paraît être' à 10^ m. de profondeur. 

Le Directeur-Gérant : Louis Olivier. 

Paris. — h. Maretheux, imprimeur, 1, ruo CusseUc. 



20" ANNÉE 



N" 3 



15 FÉVIilER 1909 



Revue générale 

des Sciences 

pures et appliquées 

Directeur : LOUIS OLIVIER, Docteur es sciences. 



er tout ce qui concerne la rédaction à M. L. OLITJER, 18, rue Chauveau-Lagarde, Paris. — la repudutlion et la traduction des oeuTres et deB travaux 
publiés dauB la Revue Font complètement interdites en France et dans tous les pnjs itrnngeie, j ciniprip la Çuêde, In Kor^ige et la Hollanfie. 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



§ ». 



Distinctions scientifiques 



l'ilectiou à l'Académie dos Scîonccs de 
l*arîs. — Dans sa séance du 25 janvier dernier, 
l'Académie des Sciences de Paris a procédé à l'éleclion 
d'un membre dans sa Section de Botanique, en rem- 
placement de M. van Tiegliem, élu Secrétaire perpétuel. 

La Section avait présenté : en première ligne, M. L. 
Maiigin ; en deuxième ligne, MM. E. Bureau, J. Costan- 
tin et P. Dangeard. Au premier tour de scrutin, 
M. Mangin a obtenu 32 suffrages, M. Cotlantin 21, 
M. Bureau 2 et M. Dangeard 2. En conséquence, M. Man- 
gin a été déclaré élu. 

Le nouvel académicien est l'auteur de travaux variés 
dans les différentes branches de la Botanique. 

En Anatomie générale, il s'est surtout attaché à 
l'étude des membranes qui fragmentent le corps pro- 
topiasmique. Ses recherches ont ruiné l'ancienne con- 
ception de l'unité de constitution de la membiane et 
montré qu'il faut distinguer, dans les tissus que la 
lignilication ou la subérisation n'a pas altérés, au moins 
trois groupes de substances fondamentales : la celju- 
lose, les composés pectiques et la callose, possédant 
chacun un certain nombre de réactions caractéris- 
tiques. Ces réactions l'ont conduit k une méthode très 
sûre d'analy.«e des tissus, qui lui a permis d'établir la 
constitution de la membrane, non seulement chez les 
Phanérogames et certaines Cryptogames, où elle est 
relativement constante, mais encore chez les Champi- 
gnons et les Algues du plankton, où elle se montre 
très variable. L'étude de l'absorption de l'eau par les 
tissus l'a amené à délinir la nature exacte des produits 
connus sous le nom de mucilages et de gommes et à 
élucider le mécanisme des phénomènes de gélitication 
et de liquéfaction. A tous ces travaux se rattachent, 
d'une part, la construction d'appareils de recherche 
ou de mesure, de l'autre, la découverte de nombreuses 
réactions colorantes nouvelles. 

En Physiologie végétale, on doit à M. Mangin des 
recherches sur les phénomènes respiratoire et chlo- 
rophyllien et le mécanisme des échanges gazeux; 
préparé par ces derniers travaux, il a pu aborder un 
sujet encore inexploré : l'étude des conditions de la 
végétation dans les villes. Il a montré que, parmi les 

R"VUE LiiNÉllALE DES SCIE^•CES, 1909. 



inlluences nombreuses qui contribuent à anémier la 
végétation des avenues et des boulevards, le défaut 
d'aéralion du sol est une des plus importantes. 

Enfui, dans le vaste domaine de la Pathologie végé- 
tale, M. Mangin est l'auteur de nombreux travaux, tant 
sur les maladies parasitaires que sur les maladies 
d'ordre physiologique. Ses contributions sur ce sujet 
n'ont pas seulement enrichi la Science; elles ont, pour 
les agriculteurs, un intérêt pratique de premier ordre. 

On voit que des titres nombreux et variés désignaient 
M. Mangin pour la distinction dont il vient d'être 
l'objet; la Revue est heureuse de l'enregistrer et 
d'adresser à son éminent collaborateur ses plus 
chaudes félicitations. 

§ 2. — Astronomie 

La forme du Soleil. — On admet généralement 
que le Soleil est une sphère parfaite. Or, suivant le 
Professeur Charles Lane Poor, cette opinion serait 
quelque peu erronée. 

Ce savant américain conclut, en effet, de l'ensemble 
des observations méridiennes et des mesures héliomé- 
triques et photographiques, que la forme exacte de 
l'astre du jour nous est actuellement inconnue. Toutes 
les mesures accusent un écart de la forme sphérique ; 
mais, toutefois, la différence entre les divers rayons 
n'excède probablement pas 0"2o. 

Les mesures héliométriques révèlent une fluctuation 
du diamètre solaire, ne surpassant pas d'ailleurs 0"IO, 
et correspondant à la période undécennale des taches. 

D'autre part, les observations d'Anibronn et Schur 
semblent indiquer une autre période plus courte, dont 
la durée serait environ de vingt-huit jours. 

Ces constalations, qunique fort intéressantes, ne 
permettent cependant pas encore de déterminer la dif- 
férence qui doit exister entre le diamètre polaire et le 
diamètre équatorial. Il serait nécessaire qu'un grand 
nombre d'observations et de photographies, prises no- 
tamment à l'aide d'un héliomètre, se confirmassent 
mutuellement pour obtenir un résultat précis. Des 
recherches méthodiques sont, du reste, entreprises 
dans ce but. Souhaitons qu'elles aboutissent à nous 
révéler la véritable forme du Sidi'il. 



102 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



§ 3. — Mécanique 

Une revision des loi.s roiidamenlales de la 
matière et de l'énergie. — Les récentes expé- 
riences indiquant une variation de la masse de l'élec- 
tron avec la vitesse ont, de concert avec les phénomènes 
de radio-activité, ébranlé dans beaucoup d'esprits la 
foi en la validité rigoureuse de certaines lois les plus 
générales de la Nature. 

M. G. N. Lewis ' s'est posé la tâche de démontrer la 
possibilité d'établir un système simple de Mécanique, 
concordant avec tous les faits expérimentaux connus, 
tout en étant basé sur la validité des trois grandes lois 
de conservation (de l'énergie, de la matière et de la 
quantité de mouvement!, auxquelles l'auteur propose 
d'ajouter celle de la conservation de l'électricité. 

L'auteur postule que l'énergie et la quantité de mou- 
vement d'un faisceau rayonnant sont dues à une masse 
se déplaçant avec la vitesse de la lumière. C'est sur 
cette base qu'il fait voir la dépendance mutuelle qui 
existe entre la masse et son contenu d'énerjiie. Aussi 
faut-il remplacer l'axiome de Mewton, suivant lequel 
la masse d'un corps serait indépendante de sa vitesse, 
par un axiome où cette masse augmenterait avec 
l'énergie cinétique. 

En conservant tous les autres axiomes de la Méca- 
nique de Newton et en admettant la validité des trois 
lois de conservation, l'auteur construit un nouveau 
système de Mécanique où la quantité de mouvement 
serait in V, l'énergie cinétique intermédiaire entre 1/2 ;nv- 

— à petite vitesse — et mv' — à la vitesse de la lumière, 

— tandis que la masse d'un corps, étant fonction de 
la vitesse, deviendrait infinie à la vitesse de la lumière. 
L'équation obtenue par l'auteur concorde avec les 
expériences faites par M. Kauffmann sur la relation 
entre la masse et la vitesse d'un électron ; d'autre part, 
elle ressemble d'une façon frappante aux équations 
établies pour la masse électromagnétique. 

L'auteur fait remarquer, en terminant, que, bien 
que la théorie s'accorde parfaitement avec une hypo- 
thèse modifiée de la nature corpusculaire de la lumière, 
elle n'implique aucunement la nécessité de cette 
nature spéciale. Le flux de' masse partant d'un corps 
rayonnant peut, en effet, être soit continu, soit un 
système de particules discrètes. Quant à l'agent émis 
par les corps rayonnants, les considérations suivantes 
font voir qu'il ne saurait s'agir de matière dans le sens 
ordinaire du mot. Suivant ce que nous venons de dire, 
l'agent doué de masse, de quantité de mouvement et 
d'énergie, et qui se meut à la vitesse de la lumière dans 
un faisceau de lumière, n'aurait en effet, aucune éner- 
gie, quantité de mouvement ou masse s'il était au 
repos ou s'il se déplaçait à une vitesse inférieure, 
même de la fraction la plus petite, à la vitesse de la 
lumière. 

Ces idées, on le voit, conduisent à une conception 
quelque peu étrange de la nature de la lumière. D'autre 
part, elles offrent, en théorie, une méthode permettant 
de distinguer entre les mouvements absolus et relatifs. 

§ 4. — Art de l'Ingénieur 

Le transport du pétrole. — Le transport du 
pétrole des puits aux raffineries et aux ports d'embar- 
quement se fait en grande partie par des lignes de 
tuyaux ou Pipe Lines ; mais on ne se fait pas, en 
généi'al, une idée juste de l'importance et du bon 
marché de ce mode de transport ; voici, à ce sujet, 
quelques renseignements curieux, communiqués 
récemment par M. G. Richard à la Société d'Encourage- 
ment pour l'Industrie nationale. 

Aux Etats-Unis, ces Pipe Lines ont débuté en Pen- 
sylvanie, en 18G5, par de petits tuyaux de 2d millimètres 
de diamètre et de faible longur-ur; mais, en 1870, le 

' Philos. Mag., n» 95, 190S. 



diamètre des tuyaux atteignaiH30 millimètres, et l'une 
de ces lignes, de Hilliard's Mills à Cleveland, avait 
160 kilomètres et était alimentée par quatre stations 
avec pompes à vapeur; actuellement, la ligne de 
Oklahoma à .New-York, par Chicago, a 2 240 kilomètres, 
et l'énorme production de pétrole des Etats-Unis, qui 
s'élevait, en 1907, à environ 31 millions de mètres 
cubes, est, en très grande partie, transportée par des 
lignes de tuyaux. 

Les réseaux les plus importants de ces lignes appar- 
tiennent, cela va de soi, à la Standard Oil C°. Ses cinq 
lignes de la région des Apalaches à la mer débitent, à 
elles seules, environ 19.000 mètres cubes par jour. Le 
prix du transport des Apalaches à New-York, Baltimore, 
Philadelphie..., par ces lignes, ne dépasse guère trois 
cents par baril, ce qui, avec un amortissement en 
quatorze ans et un intérêt de 5 °/'<, sur le prix des 
lignes, porte le coût total du transport à onze cents par 
baril, soità environ 3 francs le mètre cube. Lalongueur 
du réseau de lignes de la Standard Oil qui dessert 
les puits des Apalaches, de l'Indiana, de l'Illinois, est 
d'environ 6b. 000 kilomètres, ou, à 15.000 kilomètres 
près, deux fois le tour de la Terre. Pour le pétrole que 
ne peuvent transporter ses lignes de tuyaux, la Standard 
Oil emploie un matériel spécial de 2.000 wagons- 
citernes. 

Les lignes secondaires sont en tuyaux de 50 à 
100 millimètres de diamètre, posés à fleur du sol ou à 
une faible profondeur ou même sur des chevalets. 
Elles débouchent soit dans des réservoirs, soit directe- 
ment dans les lignes principales, souvent de 300 milli- 
mètres de diamètre, alimentées par des stations de 
pompes espacées de 50 à 110 kilomètres. La pose de 
ces tuyaux en fer ou en acier est toute une afiaire de 
nivellement très précis et d'ajustage rigoureux ; mais 
une ligne bien établie, et fonctionnant sous une 
pression ne dépassant pas soixante-dix atmosphères, 
peut durer vingt-cinq ans. On a avantage à augmenter 
le plus possible leur diamètre, parce que leur débit 
croît, à pression effective ou charge égale, comme la 
puissance 5/2 du diamètre, c'est-à-dire plus vite que 
proportionnellement à la section, en raison de la 
diminution du frottement avec le diamètre ; et l'on 
peut réduire encore ce frottement par l'emploi de 
tuyaux rayés. 

Ces Pipe Lines ne se rencontrent pas seulement aux 
Etats-Unis ; on les retrouve dans toutes les grandes 
exploitations de pétrole, notamment dans la région de 
Bakou, dont l'une des lignes, qui franchit le Caucase, 
aune longueur de 960 kilomètres. Elles procurent, 
toutes les fois que le débit des puits en vaut la peine, 
le mode de transport le plus sûr et le plus écono- 
mique du pétrole. 

§ 5. — Chimie 

La nouvelle Table internationale des 
Poids atomiques. — La Commission iiitrinationale 
des Poids atomiques, composée de MM. Clarke, Ost- 
wald, Thorpe et Urbain, vient de publier son Rapport 
pour 1909. Depuis plusieurs années, les valeurs fonda- 
mentales des poids atomiques, desquelles on déduit 
toutes les autres, comme celles de l'hydrogène, de 
l'azote, du chlore, de l'argent, etc., ont été soumises, 
de la part de divers expérimentateurs, à une revision 
soignée, qui a conduit à des chiffres légèrement diffé- 
rents des nombres classiques. La Commission interna- 
tionale, avant de donner son approbation aux valeurs 
nouvelles, a tenu, avec juste raison, à ce qu'elles 
fussent confirmées par un nombre suffisant d'expé- 
riences; mais aujourd'hui, devant les l'ésultats concor- 
dants des travaux de physico-chimisles de marque, 
comme T.-W. Richards et ses collaborateurs en Amé- 
rique, Ph. -A. (.uye et ses collaborateurs à Genève, et 
d'autres, elle a résolu de procéder à une refonte géné- 
rale de la Table des poids atomiques. 

Les valeurs fondamentales, qui ont servi de base,. 



CHRONIQUE ET GORRESPONDANCE 



UY.i 



ont t'té fixées coiiimp suit, dapri's les plus récentes 
déterminations : 

Il = 1,008 lîr = 79,916 

G =12,000 Ag= 101,880 

Az= 14,007 K = 39,095 

Cl =35,460 S = 32, (HO 

Nous reproduisons ci-après la table générale revisée, 
donnant les poids atomiques de tous les éléments 
connus; on s'est arrêté à la 2'' décimale, la 3' décimale 
offrant généralement quelque incertitude : 

Ag Argent .... 107,88 Mo Molybdène . . 96,0 

Al Aluminium . . 27,1 Na Sodium .... 23,00 

Ar Argon 39,9 Nb Niobiuni . . . 93,5 

As Ai-senic .... 7r;,0 Nd Néodyme . . . 144,3 

Au Itr 197,2 Ne Néon 20 

Az Azote 14,01 Ni Nickel .... 58,68 

B Bore 11,0 O Oxygène . . . 16,00 

]!a B.uvuni . . . . 137,37 Os Osmium . . . 190,9 

Be Bei'vlliuni . . . 9,1 P Phospliore . . 31,0 

Bi Bisi'iiulb . . . 208,0 Pb Plomb .... 207,10 

Br Bi-oine .... 79,92 Pd Palladium. . . 106,7 

C Cai-bone . . . . 12,00 Pr Praséfedyme . . 140,6 

Ca Calcium. . . . 40,09 Pt Platine .... 193,0 

Cd Cadmium . . . 112,40 Ra Radium .... 226,4 

Ce Cériiim .... 140,25 Rb Rubidium . . . 83,43 

Cl Chlore 33,46 Rh Rhodium . . . 102,9 

Co Cobalt 58,97 Ru Ruthénium . . 101,7 

Cl- Chrome .... 52,1 S Soufre .... 32,07 

Cs CcTsium .... 132,81 Sb Antimoine . . 120,2 

Cu Cuivre 63,57 Se Scandium . . . 44,1 

Dv Dvsprosium . . 162.3 Se Sélénium . . . 79,2 

Ei- Ei-bium .... 167,4 Si Silicium. . . . 28,3 

Eu Eui'opium . . . 132,0 Sm Samarium. . . 150,4 

F Fluor 19,0 Sr Strontium. . . 87.62 

Ga Gallium. . . . 69,9 Ta Tantiile . . . . 181,0 

Gd Gadolinium . . i;;7,3 Tb Tcrbium . . . 139,2 

Ge Germanium . . 72,3 Te Tellure .... 127,3 

H Hydrogène . . 1,008 Tli Tlioiinm . . . 232,42 

He Hélium .... 4,0 Ti Titane 48,1 

11g Mercm-.' . . . . 2:iO,0 Tl Thallium . . . 204,0 

1 loile 126,92 Tu Thulium . . . 168,5 

In Indinm .... 114,8 l" Uranium . . . 238,3 

il- Iridium .... 193,1 V Vanadium. . . 51,2 

K Potassium. . . 39,10 W Tungstène. . . 184,0 

K.r Rrviiton. ... 81,8 X Xénon 128 

La Lanthane . . . 139,0 Y Yttrium .... 89,0 

Li Lithium. . . . 7,00 Yb Ytterbium (néo- 

Lu Lutécium ... 174 ytterbium) . 172 

Mg Magnésium . . 2 4,32 Zn Zinc 63,37 

Mn Manganèse . . 34,93 Zr Zirconium. . . 90,6 

§ 6. — Hygiène publique 

Les dangers ilu ferrosilieiuiii. — Un acci- 
dent récent vient d'attirer l'attention sur les dangers 
résultant du transport d'un produit qui commence à 
prendre une certaine importance en métallurgie : le 
ferro-silicium. Le 12 décembre dernier, 5 émigrants 
russes quittaient Anvers pour Grimsby par le navire 
Ashton; le soir du même jour, on remarqua qu'ils 
étaient souffrants, ce qu'on attribua naturellement au 
mal de mer. Le lendemain matin, 4 étaient morts et le 
dernier était à l'agonie. 

Ces émigrants étaient logés dans l'entrepont, direc- 
tement au-dessus de la soute d'avant, qui contenait, 
entre autres choses, 9 tonnes de ferro-silicium en 
barils. L'enquête faite par les autorités anglaises à l'ar- 
rivée conduisit à reconnaître que la mort de ces cinq 
personnes était due à un empoisonnement par des gaz 
toxiques dégagés de cet alliage. Le ferro-silicium con- 
tient, en effet, du fer, du silicium, du carbone, du 
phosphore et de l'arsenic; il dégage, même à l'état sec, 
cinq gaz : AsH=, PH% C=H-, SH- et H, dont les quatre 
premiers sont des poisons violents. A l'humidité, la 
quantité de gaz dégagés peut s'élever jusqu'au triple. 

Ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'un accident 
de cette nature se produit. L'année dernière, 4 passa- 
gers du navire suédois Olaf Wijk décédèrent dans des 
conditions analogues, et un Rapport du Professeur 
Cronquist,de Stockholm , attribua égalemenlla mort aux 



gaz dégagi's par le ferro-silicium. A la suite de ce Uap- 
port, le Gouvernement suédois a édicté des mesures 
sévères concernant le transport du ferro-silicium : sur 
les navires à passagers, il doit être arrimé sur le pont 
en plein air et loin des cabines; en chemin de fer, il' 
doit voyager sur des trucks ouverts et sous des bâches 
imperméables. 

Le transport en barils étanches doit être évité, car, 
dans ce cas, il peut se produire des explosions très vio- 
lentes, dont la cause n'est pas complètement élucidée '. 

§ 7. — Enseignement 

École coloniale erAgriculture de Tunis. — 

La Hevue est heureuse d'apprendre la nomination île 
M. Chervin, Chef de Bureau à la Direction de l' agri- 
culture de la Régence, comme Directeur de l'Ecole 
coloniale d'Agriculture de Tunis. La compétence de 
M. Chervin, qu'elle a pu apprécier à diverses reprises, 
est un sûr garant que la Direction de cette Ecole est 
mise en bonnes mains. 

Fondée en vue de donner à ses élèves les connaissances 
théoriques et pratiques nécessaires pour l'exploitation 
raisonnée du sol en Tunisie et en Algérie, ainsi que 
dans nos possessions éloignées, l'Ecole de Tunis, qui 
peut être rangée parmi les Ecoles supérieures d'Agri- 
culture, est une des plus heureuses créations de la 
Métropole. La mise en valeur de nos colonies ne pour- 
rait que gagner à ce qu'elle fût mieux connue et à ce 
qu'un certain nombre de jeunes Français, doués d'ini- 
tiative, en prissent le chemin. 

§ 8. — Congrès 

Le 80* C'ongrè.sdesIValiii-alislos et ^lédeciiis 
allemands. — Les naturalistes c\ miMlrriris .illomaiuls 
ont tenu leur 80= Congrès ,-mnui'i .i Ci.ilogue du 20 au 
26 septembre dernier. Un grand nombre de communi- 
cations, se rapportant surtout aux Sciences physiques, 
y ont été présentées. Nous donnons ci-après l'analyse 
de quelques-uns des plus importants de ces travaux. 

M. H. Stvache a présenté une interprétation, l'ondée 
sur la théorie des électrons, du système périodique des 
éléments. L'auteur adopte la façon de penser de cer- 
tains savants au sujet de l'identité des électrons avec 
les particules ultimes de l'éther universel; il généi alise 
cette hypothèse en considérant les particules ultimes 
des atomes, les corpuscules, comme étant, à leur 
tour, identiques aux particules de l'éther ainsi qu'aux 
électrons. La force attractive exercée entre les cor- 
puscules, à grande distance, la gravitation, se trans- 
formerait en une force répulsive pour les distances très 
faibles qui séparent les atomes et les molécules. L'au- 
teur admet, pour des distances décroissantes, des 
alternances successives d'attractions et de répulsions 
de plus en plus intenses, et c'est sur la base de cetti; 
hypothèse qu'il explique la presque totalité des phéno- 
mènes naturels. Or, entre les distances d'attraction et 
de répulsion, il y a évidemment des positions d'équi- 
libre, vers lesquelles les corpuscules tendent à retour- 
ner. L'éther universel serait constitué par un système 
de corpuscules occupant des positions d'équilibre ;i 
distance relativement considérable ; les atomes de nos 
substances matérielles se composeraient, d'autre |iail, 
d'un amas de corpuscules accumulés dans des positions 
d'équilibre plus rapprochées. Ces atomes doivent, par 
conséquent, pouvoir se déplacer à travers les particules 
relativement peu distantes comme à travers les mailles 
d'un tamis, et l'éther peut pén''lrer toutes les substances. 
I-es tensions prenant naissance au sein de cet éthcr 
comme dans une masse de caoutchouc peuvent être de 
deux espèces, suivant qu'il s'agit d'une force attractive 
ou répulsive centrale rapprochant ou écartant les par- 
ticules de l'éther (ce qui correspond au cas d'une charge 
négative ou positive engendrée par un champ éler- 

' Enrjinceria::, numéro du 2) décembre 1908. p. 851. 



104 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



rique\ ou d'un déplacement des particules parallèle- 
ment à la surface d'un corps, par exemple, d'un (il 
métallique (ce qui donnerait un champ magnétique). 
Le courant électrique consisterait en un déplacement 
lie particules de l'élher (électrons) à travers la substance 
du conducteur du pôle négatif au positif. C'est sur 
cette base qu'on explique tous les phénomènes magné- 
tiques et électriques. D'autre part, les atomes matériels 
des corps exercent naturellement à leur tour, sur 
. l'élher environnant, une force attirante nu repoussante 
suivant les distances qui séparent les corpuscules de 
leur surface des corpuscules de l'éther les plus proches. 
Si un petit atome attire les p.irticules d'éther environ- 
nantes, un atome plus grand exercera déjà un elTet 
répulsif, et un atome plus grand encore un effet de 
nouveau attractif, etc. Or, comme l'effet exercé sur les 
particules de l'éther équivaut à une charge électrique, 
on comprend que, pour des poids atomiques croissants 
(et des dimensions atomiques de plus en plus grandes), 
les éléments présentent des caractères alternativement 
électro-positifs et négatifs. Un atome électro-positif 
peut être déchargé par l'addition d'une ou plusieurs 
|iaiticules d'éther (électrons), de même qu'un atome 
électro-négatif est privé de son effet sur l'éther, 
en lui retirant une ou plusieurs particules pareilles. 
Or, suivant le nombre de particules d'éther néces- 
saires pour la saturation, on appellera les éléments 
monovalents, bivalents, trivalents, etc. Après la com- 
binaison (due à l'attraction mutuelle d'atomes à 
charge opposée) d'un atome positif bivalent et d'un 
atome négatif monovalent, il manquera une particule 
d'élher et, pour saturer les valences (comme on dit en 
Chimie), il faudra l'addition d'un atome négatif ultérieur. 
La plupart des autres propriétés des éléments, dépen- 
dant de l'influence mutuelle entre leurs atomes et 
l'éther, doivent à leur tour changer périodiquement 
avec le poids atomique : c'est justement ce qu'exprime 
le système périodique des éléments, dont l'auteur donne 
un tableau graphique montrant toutes ces relations et 
suivant lequel il prédit l'existence de quatre éléments 
nouveaux de poids atomiques égaux <à9!t, 179, 223,2.3!î. 
Comme les particules de l'éther (électrons) interposées 
entre les atomes des métaux (c'est-à-dire des substances 
électro-positives) ne sauraient occuper des positions 
d'équilibre stables, elles doivent, comme les molécules 
d'un liquide, être librement mobiles entre elles. C'est 
ce qui explique Ja conductivité électrique et l'opacité 
des métaux. La production des ondes hertziennes s'ex- 
plique par les vibrations imprimées aux particules 
d'éther entraînées le long d'un fil, en directions alter- 
nantes, sous l'action d'un courant alternatif. Les mêmes 
hypothèses expliquent la rotation du plan de polarisa- 
tion pi'oduite par le champ magnétique, les cristaux 
ou les molécules asymétriques, ainsi que le fait que les 
réactions chimiques sont liées à des températures don- 
nées, et bien d'autres caractères de ces réactions. Les 
variations des états physiques, l'ensemble des phéno- 
mènes électriques et magnétiques et jusqu'à la radio- 
activité s'expliquent pariaitement sur cette base com- 
mune. 

M. A. I,. Dcniotiilli a adressé une Note sur la désa- 
ijréiialion atoiniqiin et les spectres de série. En parlant 
d'un énoncé spécialisé de l'hypothèse de dissocia- 
lion formulée par Lockyer, les poids atomiques étant 
considérés comme moyennes cinétiques, l'auteur a 
obtenu, pour ces poids, une formule qui reproduit 
avec une précision remarquable, à l'aide d'une seule 
'•onstante universelle et de deux paramètres à nombres 
cnliers, tous les poids atomiques jusqu'ici connus. 
L'accord entre les valeurs expériinentales et théoriques 
devient de plus en plus frappant à mesure que se 
jperfeetionnent les méthodes d'expérimentation. L'aii- 
Icur considère tout élément chimique, à l'état ga/.eux 
ou en solution fortement dissociée, comme une condi- 
tion, détprniin''e exclusivement par la jiression et la 
lenipéralure, d'un niciiin elémoii' loinlantcntal. l'hydro- 
gèue, par exemple. De la théorie de la dissocialiuu gra- 



duelle des vapeurs, on tire la conclusion que chaque 
genre de molécule polymère, virtuel, devient instable 
au delà d'une limite supérieure des pressions et des 
températures. C'est ainsi que le premier élément se 
composerait d'atomes M non polymérisés de la subs- 
tance fondamentale; le second élément, d'un mélange, 
à l'état d'équilibre, des genres M' et M*; un troisième 
élément, des genres M',M',.M% etc. En supposant que le 
rayonnement thermique de ces mélanges gazeux obéit 
à la loi des rayonnements de Rayleigh, on déduit du 
second théorème fondamental ce ré.-ultat qu'un certain 
nombre de coefficients de distribution constants sont 
identiques entre eux. Or, à l'aide de ces mêmes hypo- 
thèses, l'auteur réussit à établir une théorie cinétique 
des spectres de série, théorie qui, non seulement est 
aussi utile que les autres, mais qui embrasse le pro- 
blème du déplacement des pressions des lignes de série 
et celui des spectres de bandes. 

M. J. Classen a déterminé de nouveau, /vow;' les rayons 
cathodiques, le rapport e pt, sur la base de la déviation 
magnétique de ces rayons et de la chute de potentiel 
communiquant aux électrons la vitesse dont ils sont 
doués. Deux bobines d'un rayon moyen de 28 centi- 
mètres et de 900 spires (en 30 couches), disposées à la 
distance mutuelle de leurs rayons, engendraient un 
champ magnétique bien défini et aussi homogène que 
possible. Les rayons cathodiques étaient produits au 
sein de la portion homogène de ce champ. La valeur 
trouvée par les auteurs, à savoir ^i\f-^^ 1,7728, concorde, 
avec une approximation très étroite, avec la valeur 
autrefois déterminée. 

M. U'. Wien a présenté la suite de ses recherches 
sur les rayons positifs. Ses expériences antérieures 
ont démontré que les rayons positifs, dans les 
décharges gazeuses, à savoir les rayons dits rayons- 
canaux, se trouvent à un état d'équilibre tel que les 
atomes en mouvement gardent leur charge pendant 
une période plus ou moins prolongée. Troublé par des 
effets extérieurs, cet état d'équilibre semble se rétablir 
spontanément. En recherchant si les résultats restent 
les mêmes quand les rayons-canaux sont introduits 
dans un vide extrême, réalisable avec les ressources 
actuelles de la science, l'auteur trouve que l'état d'équi- 
libre, troublé par l'aimant, ne se rétablit qu'après un 
parcours assez long (d'autant plus long que la tension 
est plus considérable;, pour lequel l'intensité lumi- 
neuse émise par les rayons-canaux correspond de nou- 
veau à la quantité d'électricité transportée. Les parti- 
cules peu susceptibles de subir l'influence magnétique 
sont les supports essentiels de l'émission lumineuse. 

M. W. Voigl a observé un edet exercé par les corps 
nalnrellement actifs sur la lumière qu'ils rélléchissent ; 
il s'agit d'un cas spécial des phénomènes démontrant 
l'intluence de la polarisation rotatoire magnétique 
sur la lumière réfléchie par les corps actifs. Un miroir 
de métal ferro-magiiétique, fixé entre les pôles d'un 
aimant, réfléchit la lumière dans un plan parallèle au 
flux de force. Lorsque la lumière incidente est pola- 
risée parallèlement ou normalement au plan d'inci- 
dence et que l'analyseur, avant l'excitalion de l'aimant, 
est ajusté pour l'obscurité, l'éclairement qui se pro- 
duit pendant l'excitation démontre la présence, dans 
la lumière réfléchie, d'une composante normale à la 
vibration incidente, désignée sous le nom de " com- 
posante de Kerr » et dont l'intensité, même dans les 
conditions les plus favorables, est extrêmement faible. 
Or, il fallait s'attendre à ce que la lumière réfléchie» 
sur les corps naturellement actifs présentât également 
un phénomène de Kerr, dont la démonstration, jus- 
qu'ici impossible, fournirait une vériflcation ultérieure 
(le la théoiie des corps nalurellemenl actifs. L'auteur 
a, en effet, réussi à retrouver les effets demandés par 
la Ihéoric, dans le cas du chlorate de sodium et dans 
celui du quarlz au sein du bromuie d'élhylène. 

^L A'. Mcyer a étudié les phénomènes de himines- 
ri'iirc jiréseulés par le spalli lluor bleu. Il fait voir que 
cerlaines variétés bleues <le ce minéral, douées d'une 



CHRONIQUE ET COKRESPONDANCE 



103 



forlo llif'rmo-luminescence après avoir titt' exposiies à 
la luinit're, émettent pendant l'évanouissement lent de 
la llirniio-luminescence, à la température ordinaire, un 
layonnenienl essenliellemenl uUra-violft. Ce rayonne- 
ment, qui ne s'évanouit que lentement, se constate 
jiiéinc après une obscurité de cent cinquante jours. 
Celte iMopriélé est détruite en cliauiïant les éeluintil- 
loMs à i.'iO-aeO", pour la lumière du Jour ou de l'arc 
voltaique; mais celle des étincelles, — ainsi que le 
rayonnement de la lampe à mercure à tube de quartz, 
— la reproduit toujours. Faute d'une théorie satisfai- 
sante de la pbospliorescence, le mécanisme do ce phé- 
nomène ne saurait encore être élucidé. 

M. ,1/. Cciiilor a rendu compte d'un nouvel eflcl du 
coiiraiil électrique. En admettant que le tlux électrique, 
même au sein des conducteurs métalliques, s'accom- 
pagne du déplacement de particules inertes, il faut 
s'attendre à constater la présence de ces particules aux 
endroits où les lignes du courant subissent un brusque 
changement de direction. L'auteur se sert, à cet efl'et, 
d'une plaque de verre à bord aussi aigu que possible, 
qu'il recouvre d'une pellicule métallique extrêmement 
mince. Cet enduit est traversé par un courant électrique, 
<\e façon que les lignes de courant subissent un inflé- 
chissement sur le bord vif. Parallèlement à ce dernier 
et à 2 3 millimètres de dislance, .M. Cantor dispose un lil 
isolé communiquant avec un voltmètre de Braun 
chargé à quelques centaines de volts. Cet instrument 
est fortement déchargé en fermant le courant à travers 
la plaque, plus rapidement dans le cas de l'électricité 
positive que dans celui de la négative. Une plaque pho- 
tographique, exposée pendant trente minutes à 2 mil- 
limètres de distance du bord actif traversé par le 
courant, a donné, après développement, un négatif 
bien net, présentant l'image marquée du bord actif. 
Ces phénomènes se passent comme si les particules 
chargées quittaient le bord aigu dans une direction 
donnée, indépendamment des centres d'émission acci- 
dentels qui peuvent y exister. 

M. W. Krehs a décrit la construction d'un instru- 
ment simple et bon marché, imaginé par M. Bruns, à 
Elberfeld, et perfectionné par l'auteur. Cet instrument, 
destiné à se substituer au baromètre, plus dispendieux, 
se compose d'une pipette en verre remplie partielle- 
ment d'eau, scellée en haut et fermée en bas, d'une 
façon aussi étanche que possible au gaz, par une calotte 
cylindrique allongée en caoutchouc. Le fonctionnement 
de ce petit appareil est basé sur la loi de Mariotte. Les 
températures à l'ombre ne présentent pas, en général, 
dans les salles closes, de différences assez grandes pour 
faire varier d'une façon appréciable la dilatation de la 
bulle d'air renfermée, laquelle, durant des observations 
de cinq mois, s'est trouvée rendre avec une précision 
remarquable les variations de la pression atmosphé- 
rique. M. Krebs indique aussi une modification de son 
thermomètre double servant aux mesures de vaporisa- 
tion. 

M. G. Meyer a fait la démonstration dune nouvelle 
pompe imeuiniilique, à aspiration et à compression, 
construite par M. Gaede. Cette pompe, d'un encombre- 
ment très réduit, se prête d'une façon excellente à la 
production d'un vide préliminaire pour toutes les 
expériences de cours et de laboratoire. Un cylindre 
massif, monté excentriquement, tourne à l'intérieur 
d'une enceinte cylindrique. Ce cylindre comporte deux 
distributeurs disposés radialement et qui, écartés l'un 
de l'autre par la force d'un ressort, s'appliquent contre 
la paroi du récipient, fermant d'une façon étanche 
l'enceinte cylindrique et divisant en deux comparti- 
ments l'espace vide en forme de croissant. Pendant la 
rotation du cylindre, ces distributeurs chasseront alter- 
nativement tout l'air contenu dans l'enceinte vers une 
soupape, s'ouvrant même sous un faible excédent de 
pression, tout en produisant derrière eux un vide d'air 
privant le récipient de l'air qu'il contient. On peut 
combiner cette pompe centrifuge avec la pompe à 
mercure rotatoire construite par le même physicien. 



M. It.-J. Meyer a adressé un travail relatif au 
scandiuin. On sait que cet élément a été découvert, en 
1879, dans des minéraux renfermant des métaux du 
groupe des terres rares, où il ne se trouve qu'en quan- 
tités minimes, isolées par un procédé extrémomenl 
long et laborieux. Comme les recherches spectrosco- 
piques des astro-physiciens ont fait voir l'existence 
universelle de cet éh'menl, non pas seulement dans le 
Soleil, mais dans la plu|)art des autres astres, il fallait, 
en raison de nos conceptions cosinogéniques uni- 
taires, nous attendre à constater une présence plus 
générale de cet élément sur la Terre. Les études spec- 
troscopiques faites par M. G. Eberhardt sur uu grand 
nombre de minéraux prouvent, en effet, que le scan- 
diura, en quantités peu considérables, est extrêmement 
répandu sur la Terre, et le même fait vient d'être con- 
firmé par des méthodes chimiques très simples ima- 
ginées par l'auteur pour séparer le scandium à l'état 
chimiquement pur de la multitude de corps étrangers 
auxquels il se trouve associé dans la tungsténite. 
Comme cette dernière est désormais entrée dans la 
pratique technique générale, les matières premières 
fournissant le scandium sont facilement accessibles, 
et rien ne s'opposera à sa préparation sur une vaste 
échelle. Voilà donc un idémont, naguère considéré 
comme l'un des plus rares, devenu d'un seul coup un 
corps facilement accessible, et dont l'étude chimique 
ne manquera pas de fournir des faits intéressants. 

M. Wright a rendu compte de ses recherches fm 
sujet do la vaccina-thérapie et des index dits opso- 
niques. On sait que MetchnikolT a montré que les cor- 
puscules blancs possèdent la faculté d'absorber et 
d'assimiler les agents d'infection pénétrant dans l'orga- 
nisme; les leucocytes exerçant cette activité sont 
appelés /)/;a(70c,)'<es, terme indiqué par le même savant. 
Oi-, les recherches faites sur la phagocytose ont con- 
vaincu l'auteur que les leucocytes ne possèdent pas 
d'eux-mêmes cette faculté si précieuse, qu'ils n'ac- 
quièrent que grâce à la présence de certaines subs^ 
tances spécifiques dites opsnnincs. En observant, sous 
le microscope, des leucocytes mis en présence d& 
bactéries, on constate l'absorption de ces dernières el 
1 on reconnaît, par les quantités absorbées, à quel 
degré les leucocytes de l'individu sont doués du pou- 
voir de phagocytose. Plus ce degré, exprimé par 
Vindex opsonique, est élevé, plus le pronostic est favo- 
rable. En s'inspirant des méthodes introduites dans la 
science par la tuberculiue de Koch, l'auteur a préparé, 
avec les microbes de nombreuses maladies infectieuses, 
des vaccins, qu'il utilise pour traiter la maladie visée. 

M. W. Einthoven, professeur k l'Université deLeyde, 
a fait une conférence surrélectro-cnrdiogrammc. Les re- 
cherches de l'auteur ont fait voir l'existence d'un courant 
électrique, produit par chaque conliaclion du cœur, 
courant qui se communique à toutes les parties de 
l'organisme. Un instrument de mesure approprié, relié 
par exemple aux mains ou aux pieds, accuse une dévia- 
tion à chaque palpitation du cœur. En enregistrant ces 
déviations, l'on obtient une courbe dite électro-cardio- 
gramme, qui, par ses caractéristiques, représente l'état 
du cœur de l'individu. Cette courbe rendra des ser- 
vices, par exemple pour observer, pendant la narcose 
du malade, le fonctionnement de son cœur. D'autre 
part, les modifications spéciales du cardiogramme, 
(lues à certaines conditions pathologiques, font voir, 
dans bien des cas, la nature et l'état d'avancement 
d'une maladie du cœur. Comme le laboratoire physio- 
logique de Leyde communique, ]>ar des conducteurs 
électriques, avec l'hôpital de l'Université, distant de 
1 km. 5, les malades peuvent être examinés au labora- 
toire sans qu'on leur fasse subir un déplacement sou- 
vent dangereux. Tandis que l'analyse des en d in;,'rammes 
mécaniques se heurte à des difticultés shum'oI insur- 
montables, l'enregistrement et l'interprélaliiui ile< élec- 
tro-cardiogrammes se font rapidement et facileniiiit, 
sans exiger d'habilité spéciale. 

Alf. Gradenwitz. 



.106 ROMUALD MINKIEWICZ — L'INSTINCT DE DÉGUISEMENT CHEZ LES CRUSTACÉS 

L'INSTINCT DE DÉGUISEMENT ET LE CHOIX DES COULEURS 
CHEZ LES CRUSTACÉS 



Dans ce qui suit, je vais donner un exposé bref, 
mais suffisamment explicite, des résultats de mes 
recherches, poursuivies depuis 1903 et qui repré- 
sentent déjà toute une série de publications succes- 
sives'. Cette série, commencée par un petit article 
que j'ai publié en polonais, au mois de mars 1905, 
dans une revue hebdomadaire scientilique de Var- 
sovie {Przyroda ^= la Nature), est d'ailleurs loin 
d'être achevée. 

I. — Les AiNiJiAux oi'i se déguisent. 

Quoique je n'aie pas eu de précurseurs dans 
cette étude, néanmoins l'étrange phénomène du 
déguisement est connu depuis longtemps. Non qu'il 
s'agisse ici d'animaux récemment découverts ou 
peu connus. Bien au contraire, quantité de gens, y 
compris les baigneurs des plages bretonnes, con- 
naissent les êtres dont j'ai à parler : on les désigne 
vulgairement sous le nom d'Araignées de mer. 

Et, en efTet, ces Crustacés qui se déguisent, bien 
qu'ils appartiennent exclusivement au groupe assez 
restreint des Brachyiires Oxyrbynques, sont des 
plus communs, non seulement sur toutes les côtes 
européennes (de la Méditerranée, de la Manche, de 
l'Atlantique jusqu'au Spitzberg et au Groenland), 
mais aussi sur les côtes de l'Extrême-Orient et de 
l'Asie Méridionale (Japon, Célèbes, Java, Bengale, 
Indes, etc. ), dans le Pacifique, sur les côtes de Tas- 
manie, d'Australie et de Nouvelle-Zélande, de l'A- 

' R. MiNKiEwicz : 1) Krab-ogrodnik. Rev. polonaise Przy- 
riida, vol. Il, n» 10, Varsovie (mars 190.")). 

2) Sur le chroniotropisnic et son inversion artificielle. 
Comptes Rendus Ac. Se. Paris, t. CXLIII, n» 21 [nnv. 1906). 

3) Le rôle des phénomènes chromotropii|iics (l.uis l'élude 
des problèmes biologiques et psychophysiulugiqucs. C H., 
t. CXLllI, n» 23 (déc. 1906). 

4) Chromotropism and phototropism (Traduction de deux 
notes précédentes). Jouvd. of Naurology anU Comparalirc 
Psychology, vol. XVII, n° 1 (1907). 

5) Analyse expérimentale de l'instinct de déguisement 
chez les Brachyures oxj'rhynques. Aich. de Zool. expéri- 
ment. et génér., 1907, (4;, vol. VII, n° 2. 

6) Pri'iba analizy instynktu metoda objektywna : porôw- 
nawczai dôswiadczaina. Bévue polonaise de Philosophie, 
vnl. X, fasc. 3-4, et vol. XI, fasc. 1-2. Varsovie (1907-1908). 

7) L'étendue des cliangements possibles de couleur de 
VIlippolyle vaiiaus Lcach. C. II., I. CXLVII, n° 20 (nov. 190,S). 

8) Etude expérimentale du synihromatisme varinhlc de 
VIlippolyle varians Leach. Bullet. internai, do IWca.léinii- 
Polonaise de Cracovie (nov. 1908). 

9) Sur le chlorotropisme normal des Pagures. C. B.. 
t CXLVII (nov. 1908). 

lOj L'apparition rythmique et les stades de passage do 
l'inversion expérimentale du chlorotropisme des Pagures. 
a. B., t. CXLVII (déc. 1908). 



mérique du Sud (Pérou, Chili, Cuba, Brésil, etc.). 

Il en existe plus de 70 espèces, appartenant à 
38 genres et à 4 familles'. 

Ces Crustacés, dont l'instinct étrange m'a vive- 









Fig. 1. — Disposition des crochets dorsau.K chez le Maja 

vorrueosa M. Edw. (Le côté droit est seul complètement 

dessiné.) 

ment frappé pendant les dragages, fort intéressants, 
que nons avons pratiqués pendant le mois d'août 
1903 à bord du Roland, du Laboratoire Arago, 
autour des Iles Baléares, constituent un groupe 




Fig. 2. — Deuxième pied gauche, côte externe, 
{flyas auaneus L.) 

bien distinct, grâce à leurs adaptations morpholo- 
giques toutes particulières, qu'on ne rencontre pas 
en dehors de ce groupe et dont un savant suédois. 
Cari Aurivillius, a fait l'étude très soignée ^ C'est il 

' La liste de C. Aurivillius ne donne que soixante-six 
espèces, mais elle esl loin d'être complète, ne contenant 
|ias, i)ai' exemple, une forme aussi commune que le MaJa 
squinado Latreille. 

' C. Aurivillius : Die Maskirung der Oxyrhynchen Deka- 



ROMUALD MINKIEWICZ — L INSTINCT DE DÉGUISEMENT CHEZ LES CRUSTACÉS 107 




celte étude (jue nous emprunlons les quelques des- 
sins que nous reproduisons ici(fig. 1-7). 

De tout ce groupe, je connais 
personnellement in vivo quatorze 
espèces, des genres Sleiioryncliiis, 
InacliiiP, Acautbonyx, Miija, Pisa 
et Lambriis. 

Mais, bien que j'aie fait des ob- 
servations sur différentes espèces, 
je ne parlerai dans celte étude que 
de deux espèces du genre Maja Lam. 
[M. vermcosa M.Edw. et M. tiqiii- 
lacio Lalr.), espèces très voisines, d'ailleurs, cl 
lont l'instinct est absolument identique. 

II. — Le déglisement des Crabes. 
Le procédé de déguisement a été très exactement 



Fis. ■■'■ 
(Iroupe des cro- 
chets sur un 
tubercule dorsal 
{Il.arsneusL.). 







Fig. 4. — Coupe verticale, portée sur un crochet dorsal, 
arec les parties voisines de la carapace. Couches de chi- 
tine, éiiithéliuia chitinogène et tissu conjonclif. [Hyas 
coarctatus Leach.) 

décrit par Cari Aurivillius chez le Hvas araneus L., 
de la famille des Mn- 
Jidae. 

Il est presque identi- 
que à celui des Maja, 
que je vais décrire ci- 
après : 

Ayant trouvé une al- 
gue (n'importe laquelle : 
rouge, brune ou verte; 
cela dépend seulement 
de l'entourage), le crabe 
l'attrape avec ses pinces 
grêles et allongées, la 
met d'abord dans sa 
M bouche » et, en la te- 
nant par un bout avec 
ses maxillipèdes, se met 
à la déchirer en mor- 
ceaux avec les deux pin- 




Fi;;. 5. — Pince gauche, re- 
courbée sur le dos de l'ani- 
mal et grattant les crochets 
de l'extrême groupe de la 
ligne supérieure gauche. 
{Hyas araueus L.) 



ces, l'une l'attirant vers .sa carapace, l'autre la re- 
poussant. 

Un morceau, dont la taille et la forme peuvent 
varier infiniment, étant une fois découpé, le crabe 
le pousse avec une de ses pinces entre les maxilli- 
pèdes et le fait tourner plusieurs fois en procédant 




Fig. 6. — Pince droite, courbée sous la face ventrale de 

l'animal vers les crochets branchiaux du côté gauche. (H. 

araneus L.) 



comme s'il s'agissait d'une proie, d'une moule ou 
d'un morceau de poisson par exemple. 

Après l'avoir froissé, il le prend de nouveau avec 
une de ses pinces (la gauche ou la droite, indiffé- 
remment), puis étend la pince en avant, autant que 
possible, et, ayant fait un mouvement de rotation, 
il recourbe la pince sur son dos' et se met alors à 
accrocher l'algue sur un groupe des crochets dor- 
saux, rostraux, branchiaux, etc., en donnant à la 
pince de petits mouvements de va-et-vient, jusqu'à 
ce que l'algue se soit accrochée. Ou bien il l'ac- 



Iioden durch besondere Anpassungen ihres Kôrperbaues 
vermittelt. Eine biologisch moi-phologische studie. Svenska 
Vet. Akad. IlandI., t. X-XIII. Stockholm (1889). 




Fig. 1. — Même mouvement vu du calé ventral. 
(H. coarctatus Leach.) 

croche sur la surface externe des pattes ambula- 
toires, également munies de crochets, en appro- 
chant la patte et en la pliant sous la face ventrale 
de la carapace. 

J'ai plus d'une fois montré le procédé ci-dessus à 

• Ce mouvement n'existe que (-hez les crabes en ques- 
tion. 



108 ROMUALD MINKIEWICZ — L'INSTINCT DE DÉGUISEMENT CHEZ LES CRISTACES 



mes camarades de travail, aux laboratoires de 
Villefranche-sur-mer et de RoscofT. 

Les procédés sont identiques si l'on fournit aux 
crabes, à la place des Algues, des Éponges, des 
Hydraires ou des Ascidies composées. S'ils ne 
trouvent pas de matériaux vivants, ils se contentent 
de débris, de morceaux de carapace de Crustacés 
morts, de coquilles, detoutce qu'ils trouvent enfln : 
du papier, des chifTons, des fils, etc.. 

Les espèces que nous avons draguées à bord du 
Roland provenant de fonds et de profondeurs dift'é- 
renls, leur déguisement était également variable, 
surtout au point de vue de la couleur ; et c'est juste- 
ment ce fait qui m'a suggéré l'idée d'entreprendre 
des recherches sur la question du rapport entre la 
couleur du costume et celle du milieu ambiant. 

Quant au matériel convenable pour ces expé- 
riences, je l'ai trouvé indiqué dans ce passage d'une 
conférence de M. Ilermann Fol ' : 

<i J'ai essayé une fois de lui {Miijn) enlever toutes 
les herbes qu'il aurait pu prendre pour boutures, et 
de lui donner à la place des bouts de paille et de 
papier blanc. Il se colla consciencieusement sur le 
dos ces objets, qui ne pouvaient que le rendre 
encore plus visible que s'il n'avait rien mis ». 

Je me suis donc décidé à employer du papier de 
couleur; c'est le papier fin, A\i papier dt- soie, qui 
a servi à mes expériences. 

Les crabes se comportent vis-à-vis de ce matériel 
absolument comme s'il s'agissait d'une ulve {Ulva 
lac tara L.). 



III. 



Expériences faites dans un milieu 
de couleur variable. 



§ 1. — Le costume suivant le milieu. 

Le 'meilleur dispositif pour les expériences — 
— j'en ai fait des centaines — est le suivant : 

Dans un aquarium tout en verre, on couvre le 
fond et les parois (jusqu'à une certaine hauteur) 
avec du papier de couleur, collé sur du carton, afin 
qu'il ne laisse pas passer trop de lumière, les 
crabes ayant un phototropisme négatif fort mar- 
qué; ils sont pliolophobes, en langage psycholo- 
gique de Vitus Graber et d'autres, c'est-à-dire qu'ils 
fuient la lumière directe ainsi que les écrans et 
les endroits éclairés. On met ensuite dans l'aqua- 
rium quelques crabes, nettoyés à fond, 2-3, pas 
plus, et quelques morceaux de papier de soie de 
deux sortes, les uns présentant la couleur du 
milieu, les autres de n'importe quelle autre cou- 
leur. La forme, la taille des morceaux de papier, 
leur quatililé doivenl être absoiiimenl identiques 



' H. Fol : L'instinct et l'intelligence. Hov. Scient., 3" sé- 
rie, n" 7 (1886). 



pour les deux couleurs, afin que toutes les condi- 
tions soient exactement les mêmes et qu'aucun 
facteur secondaire ne puisse influencer le résultat. 

Pour la môme raison, les morceaux ne doivenl 
être ni trop grands, ni trop nombreux, pour ne pas 
masquer complètement le fond de l'aquarium. 

Cette installation terminée, on laisse les crabes 
dans une tranquillité complète — condition indis- 
pensable ! 

Au bout de quelque temps, temps fort variable 
d'ailleurs, parfois au bout d'un quart d'heure, on 
trouvera les crabes couverts de petits bouts de 
papier; si tout a été normal, rétat physiologique 
des crabes, la température de l'eau, ils n'auront 
choisi que les morceaux présentant la même cou- 
leur que le milieu. Si le milieu était blanc, ils 
seront couverts de blanc seul; ils ne prendront ni 
du vert, ni du jaune, ni du noir; si le milieu était 
vert, ils n'auront revêtu que du vert. 

Pour le contrôle, on met des crabes dans deux 
aquariums diversement colorés, l'un à côté de 
l'autre, ou bien on change la couleur de l'aqua- 
rium, en laissant les mêmes crabes, et l'on y 
plonge les mêmes papiers. Les résultats sont alors 
vraiment frappants, la couleur du costume corres- 
pondant toujours précisément à celle du milieu. 
V'oilà l'instinct parfait dans toute sa téléologie 
ravissante! 

Voilà des Arthropodes qui dislinguonl les cou- 
leurs et, ce qui est plus important encore, c'est 
qu'ils distinguent ainsi toutes les couleurs'. 

Personne ne saurait le contester depuis que j'en 
ai établi \&. preuve objective, fournie par le cos- 
tume, ce corpus delicli, qu'on trouve chaque fois 
sur leur dos. 

Ainsi, les discussions fort longues sur le choi.v 
des couleurs chez les Arthropodes pourront prendre 
fin. Je suis sûr qu'on pourrait établir des preuves 
analogues chez d'autres animaux. J'en peux déjà 
indiquer deux : le logis mobile des Pagures et le 
fardeau des Dromies. 

Mes expériences sur ces animaux étant à peine 
commencées, je ne peux, pour le moment, que 
constater la possibilité de résoudre la question, les 
Pagures vivant très bien dans les tubes en verre 
coloré et les Dromies prenant volontiers sur leurs 
dos des morceaux d'étolTes colorées. 

On pourra peut-être augmenter le nombre de 
ces exemples. La question est digne d'occuper 
quelques biologistes. 

En revenant à nos Mnjfi. il est à remarquer que 



' Il m'a été impossible d'établir d'une manière précise 
s'ils distinguent le jaune du vert, malgré des expériences 
très souvent répétées. Mais ce n'est point le cas des Pagures, 
des Lineus et d'autres animaux, qui les distinguent le plus 
nettement, mieux que nous autres. 



KOMUALD MINKIEWICZ — L'INSTINCT I)l- DEGUISEMENT CHEZ LES CRUSTACf:S 10!) 



le processus n'est pas si simple qu'on aurait pu le 
croire de prime abord. Les résultats positifs ne 
sont point faciles à obtenir. Mais ce que j'ose affir- 
mer après tout ce que j'ai vu au cours de deux ans 
(le recherches, c'est que, si les résultats sont 
négatifs ou indécis, c'est qu'ils sont troublés par 
des causes secondaires, qu'il faudrait trouver et 
éliminer, si c'est possible. 

Toutefois, il y a un inconvénient dans le maté- 
riel employé, certains papiers, comme le rouge et le 
bleu, se décolorant vite et presque complètement 
dans l'eau de mer. Dans ces cas, j'avais employé 
avec succès du papier grossier, que je mettais dans 
l'eau quelques jours à l'avance pour le rendre mou 
et le faire plonger. 



§ 



L'habitat selon le costume. 



On met les crabes dans les aquariums prépara- 
toires, chacun d'une couleur différente et ne conte- 
nant que du matériel de déguisement de la même 
couleur. On divise un autre aquarium en deux 
moitiés diversement colorées et l'on y transporte les 
crabes, une fois revêtus dans les aquariums prépa- 
ratoires. 

On voit alors les crabes se diriger constamment 
vers la moitié de l'aquarium dont la couleur corres- 
pond à celle du papier de leur revêtement, et y 
rester pendant longtemps. Ainsi, par exemple, 
dans l'aquarium rouge-vert, les crabes rouges se 
dirigent vers le milieu rouge, les crabes verts vers 
le milieu vert. 

L'expérience la plus frappante a été celle que j'ai 
faite dans un aquarium divisé en trois parties 
égales, dont la médiane était colorée en blanc, les 
deux autres en noir. Les crabes blancs gagnèrent 
la partie médiane (blanche) et restèrent là pendant 
toute la durée de l'expérience (quelques heures). 
L'expérience de contrôle dans l'aquarium blnnc- 
noir-hhuic me donna le même résultat pour les 
crabes noirs. 

Ces derniers résultats sont d'autant plus frap- 
pants que les crabes, comme on le sait très bien, 
restent normalement dans les coins, ayant, comme 
on le dit de nos jours, un Ihignwlropisine (Jen- 
nings = sléréotropisme de Loeb), c'est-à-dire pre- 
nant au contact des corps solides une position 
déterminée (-}-). 

Les expériences que je viens de décrire dans le 
paragraphe 2 sont peut-être plus difficiles à exé- 
cuter que celles du paragraphe précédent ; c'est 
parce que les crabes, transportés d'un aquarium 
dans l'autre, sont ordinairement fort excités et, par 
conséquent, dans un état physiologique anormal, ce 
dont il faut bien tenir compte, si l'on n'a pas des 
résultats nets. 

Quel itistincl merveilleux, n'est-ce pas, de aiimé- 



lisiiie actif variable, si nous voulions employer les 
expressions darwinisles en usage, quoi(iue, à mon 
avis, trop anthropomorphistes ! Ou bien, si nous 
allons un peu plus loin dans la voie psychologique 
et finaliste, ce serait plutôt le choix consciencieux, 
peut-être même rétléchi, exécuté avec prémiklita- 
tioii, etc. Quant à moi, je préfère l'expression nou- 
velle de syiichromatismo inslinctif, ne contenant 
rien que la constatation des faits, sans aucune 
explication ni mécaniste, ni sélectionniste, ni 
psychologique. Je préfère cette définition, parce 
que toute la finalité frappante de l'instinct en ques- 
tion n'est qu'apparente, comme nous allons le voir 
tout de suite. 

§ 3. — Les faits distéléologiques. 

Il existe assez de ces faits, et ce ne seront point 
de ces résultats négatifs ou peu nets, dont j'ai fait 
mention plus haut. Non; ils sont des plus nets et 
absolument positifs. Je n'en choisirai que trois. 

Le premier, celui que nous avions déjà cité 
d'après les observations de H. Fol, est que les 
crabes se mettent « sur le dos des objets qui ne 
peuvent que les rendre encore plus visibles que 
s'ils n'avaient rien mis ». 

Deuxième fait : Malgré l'observation de II. Fol 
que, « lorsque la toison végétale a grandi au point 
de devenir encombrante, il l'arrache brin par brin 
avec une de ses paires de pattes (toujours avec ses 
pinces ! R. M.'>, se nettoie bien ù fond et puis se met 
à se coller sur la carapace... », malgré cela — dis- 
je — les crabes, revêtus d'une couleur, ayant été 
transportés dans un aquarium d'une autre couleur, 
la plus discordante même, n'ôtent jamais, d'après 
ce que j'ai pu observer, leur costume ancien. Ils 
accrochent les papiers nouveaux à côté des anciens, 
en quantité d'autant moindre que ceux-ci étaient 
plus nombreux. 

Troisième fait, le plus important : Dans l'aqua- 
rium noir, les crabes ne prennent jamais du papier 
noir (correspondant), s'ils trouvent n'importe quelle 
autre couleur. Ils se déguisent ainsi en vert, rouge, 
blanc, en faisant une tache sur le fond noir de 
l'aquarium au lieu de se dissimuler. 

Eh bien ! comment peut-on se rendre compte de 
ces étranges erreurs d'un instinct si parfait de 
prétendu mimétisme? Feut-on même considérer 
comme erreurs de f instinct, ainsi qu'on le fait 
d'habitude, les faits revenant constamment dans 
des conditions déterminées ? 

On dira, peut-être, que nous avons ici un de ces 
cas de terri fication, de warning colours de Wallace 
ou aposematbic colours de Poulton? Mais est-il 
possible qu'à un moment voulu, et dans les condi- 
tions de l'expérience, les animaux dissimulants 
se transforment en animaux terriïîants'l 



110 ROMUALD MINKIEWICZ — LINSTINCT DE DEGUISEMENT CHEZ LES CilUSTACES 



N'est-il pas plus logique d"en chercher ailleurs 
lexplicalion? N'est-il pas possible de pénétrer, par 
l'analyse approfondie, la nature intime de ces faits 
et d'en trouver une explication scientifique causale, 
dans laquelle il n'y aurait plus ni faits exception- 
nels distéléologiquos, ni téléologie normale de l'ins- 
tinct, mais où tout se confondrait dans le détermi- 
nisme pliysiologique des actions instinctives? 

C'est ce que je vais essayer dans ce qui suit. 



IV 



LkS crabes AVEIGLÉS. 



Il m'était impossible de rendre les crabes aveu- 
gles en couvrant leurs cornées avec de l'asphalte 
ou quelque autre substance noire, les pinces de 
Maja étant trop mobiles et trop habiles pour ne pas 
les enlever aussitôt; j'ai donc coupé les pédoncules 
oculaires. 

Les animaux, ainsi opérés, deviennent extrême- 
ment excités, courent incessamment par-ci et 
par-là, se battent avec tous les crabes rencontrés, 
mais se déguisent immédiatement et d'une manière 
toute normale, seulement sans aucun rapport avec 
la couleur de l'entourage. 

Le fait de la persistance du déguisement normal 
chez les animaux aveuglés est d'une importance 
très grande, parce qu'il démontre que la cause pri- 
mordiale de cet instinct n'est pas dans les photo- 
réceptions. Ce seraient plutôt les tangoréceptions 
(=: les perceptions, ou mieux les réceptions U\c- 
tiles) des pinces, d'un côté, et des crochets dorsaux 
flexibles, de l'autre, qui provoqueraient, dans des 
conditions déterminées, toute la série d'actions 
instinctives dont nous avons donné la description. 
Si cela est vrai, alors, pour accomplir ces actions, 
les animaux n'auraient pas besoin du fonctionne- 
ment de leurs ganglions cérébraux, tous les mou- 
vements des extrémités buccales et thoraciques 
ayant leurs centres dans la masse ganglionnaire 
centrale. 

Voyons ce qu'apportent en cette matière les 
expériences. 

V. — L'instinct des maja après la résection 

COMPLÈTE DU CERVEAU. 

Dans l'exposé présent, il m'est impossible de 
donner la description de la méthode opératoire, ni 
des observations détaillées sur les animaux opérés. 

.le me bornerai à indiquer que je me servais 
exclusivement du crochet tranchant, employé pour 
la première fois par Ward, et que je pratiquais 
toujours les opérations du côté ventral par la 
méthode de Hetlie, un peu modifiée. 

Après la section au-dessus de l'oisophage des deux 
conneclifs longitudinaux, c'est-à-dire de l'unique 



communication entre les ganglions cérébraux et 
la masse ventrale, les animaux — si l'opération 
est bien faite' — virent assez longtemps (je les 
ai gardés jusqu'à cinq semaines) pour qu'on puisse 
les étudier suffisamment. 

Une fois le choc opératoire disparu, tous les 
réflexes les plus complexes restent intacts, comme 
on le sait depuis dix ans, d'après les excellents 
travaux de Bethe : l'animal peut marcher, choisit 
la nourriture, mange bien, se défrnil, etc. 

Mais ce qui nous intéresse tout spécialement, 
c'est qu'il commence bientôt à se nettoyer, en 
grattant avec ses pinces les crochets, surtout ceux 
des pattes ambulatoires et de l'extrémité postérieure 
du thorax, mais auRsi, quoique très rarement, à 
cause de l'afTaiblissement des muscles, ceux de la 
surface supérieure du tliorax. Eh bien ! si le crabe 
arrive à toucher avec ses pinces un morceau de 
papier ou algue, on le voit souvent se déguiser, en 
exécutant toute la série des mouvements sans en 
omettre un seul, et dans le même ordre que chez 
les iMaja normaux. 

J'ai pu le montrer plus d'une fois au Laboratoire 
de RoscofT. Mais aussi il les prend souvent avec 
sa pince et les rejette loin de lui, de même qu'il 
rejette la nourriture qu'il peut aussi accrocher 
quelque part sur sa carapace. 

Il n'y a rien d'étonnant dans celte inconstance 
des réactions, quand on a présents à l'esprit les 
faits analogues, quelquefois beaucoup plus frap- 
pants, chez les animaux non opérés. L'explication 
se trouve dans les perturbations internes de 
l'état physiologique, perturbations complètement 
inconnues, mais dont les réactions modifiées de 
l'animal donnent la preuve incontestable. 

L'essentiel, dans ces expériences, est que les 
actions instinctives de déguisement se passent 
normalement après l'ablation du cerveau. 

Quelles conclusions peut-on en tirer en matière 
de psycliologie de Finstin'^t ? Je n'en vois que deux 
éventuelles : ou bien il faut avouer franchement 
que nous ne pourrons rien savoir de précis, et, par 
conséquent, renoncer dans les études scientifiques 
sur l'instinct à toute tendance psychologique : ou 
bien, il faut déclarer aussi franchement que la 
psyclié animale, au moins la psyché inférieure, 
instinctive et non consciente — comme on a 
l'habitude de dire — n'est pas nécessairement liée 
au cerveau, qu'elle est plutôt difl'use dans tout le 
système nerveux ganglionnaire, sans avoir besoin 
de son intégrité anatomique fonctionnelle. 

On pourrait me reprocher' qu'en coupant les 

' On le cunstate en étudiant les réflexes simples, surtout 
cen.x (les antennes et des youx. Les observations achevées, 
on fait l'autopsie du crabe. 

' Comme l'a fait, par exemple, M. Yves Delage dans la 



ROMUALD MINKIEWICZ — LINSTINCT DE DÉGUISEMENT CHEZ LHS CRUSTACÉS 111 



l'onneutirs je n"ai pas éliminé d'autres commiinica- 
lions possibles, celle par le réseau nerveux péri- 
|)hérique [cf. du nerf tégumenlaire). Mais les 
expériences que j"ai faites ensuite à Villefranclie- 
sur-Mer (1907) sur les Plironimes complètement 
décapités, ainsi que les nombreuses observations 
analogues sur les Insectes et les Myriapodes com- 
plètenieitl décnpilés, surtout celles de Wagner' sur 
les Blatla, Nepa cinerea, Geopbilus loiigiconiis, etc. , 
démontrent d'une manière incontestable le peu de 
fondement de cette supposition. 

Ainsi, la méliiode expérimentale opératoire nous 
a permis d'étaidir la déterminisme physiologique 
de l'instinct de déguisement, qui n'est autre chose 
qu'un enchaînement d'actions rétlexes des extré- 
mités Ihoraciques antérieures, provoquées par les 
langoréceptions des pinces, dirigées par les tango- 
et chémoréceptions des pièces buccales et poussées 
par les langoréceptions des crochets dorsaux tlexi- 
bles vers leur but terminal. 

■ Il n'est pas difhcile de démontrer directement 
la sensibilité ou bien la récvplibililv tactile des 
crochets. Il serait fort intéressant d'étudier leur 
innervation avec plus de détail. 

Le déterminisme ci-indiqué n'est pas encore 
complet, ne concernant que l'instinct artificielle- 
ment simplifié par l'ablation des yeux (ou des 
ganglions oculaires), et ainsi privé de toute sa 
perfection et de tout le cliarme que lui donnent les 
]dioloréactions. Il serait peut-être suffisant pour 
dissimuler les crabes dans les conditions normales 
de leur vie au fond de la mer, parmi les Algues, les 
Spongiaires, etc. 

El pourtant il est beaucou]i plus compliqué, et c'est 
la partie la plus difficile qu'il nous reste à analyser. 

Le problème du choix des couleurs, dont nous 
avons donné des preuves incontestables, ne peut 
être résolu directement. Il était même impossible à 
aborder avant la découverte du chromotropisme, 
en tant que phénomène siii generis, indépendant 
du phototropisme commun, découverte que j'ai 
faite à Roscoffen 1906. 



VI. 



Le chromotropisme ammal. 



J'ai donné ce nom à la réaction cinétique des 
animaux vis-à-vis de l'action des rayons (ou des 
écrans) chromatiques, cette réaction pouvant être 
positive ou négative, comme dans tous les autres 
tropismes. 

Il est nécessaire de faire remarquer que je ne 
propose aucune théorie du chromotropisme, ni des 



discussion qui ;i eu lie i après ma première conférence à 
Roscotr (le il septembre 1906j. 

' W. Waoner : Les problèmes de la Zoopsycbologie {Saint- 
Pétersbourg, en russe, 1896). 



tropismes en général, la nature physiologique des 
phénomènes étant pour le moment trop obscure. 
Je constate seulement le fait, auquel j'applique le 
mot Iropismc, comme ne contenant rien que la 
constatation objective, sans aucune tendance 
explicative, qui serait prématurée dans l'état actuel 
de la question. 

Les larves de Èlaja squimido (Zoées) fraîchement 
écloses présentent, comme on le sait très bien, un 
photo et un héliolropisme positifs fort marqués. J'ai 
pu constater qu'elles sont en même temps très 
sensibles aux rayons chromatiques, qu'elles se 
dirigent constamment vers les rayons à longueur 
d'onde la plus courte, c'est-à-dire vers le violet, 
et, en son absence, vers le bleu, etc. 

Elles distinguent ainsi tous les rayons visibles. 
La réaction est presque instantanée : toutes les 
Zoées se jettent comme une voler d'oiseauxyerslea 
rayons les plus réfrangibles, sitôt qu'on les a mises 
sous leur infiuence. 

Le phénomène a lieu non seulement dans les 
tubes (de verre) horizontaux, niais aussi dans les 
tubes verticaux, quelle que soit la distance de la 
région la plus tropique à la surface de l'eau. 

Les Némertes de l'espèce Lineus ruher se com- 
portent d'une manière toute différente. 

Tout d'abord, elles sont fortement négatives vis- 
à-vis de la lumière diffuse- Si on les met dans de 
petits cristallisoirs carrés et si l'on fait tomber la 
lumière colorée d'un seul côté, on trouve que les 
animaux se dirigent immédiatement et d'une 
manière constante vers certains rayons (rouges, 
jaunes : chromotropisme positii), tandis qu'ils sont 
repoussés par les autres (bleus, verts : chromo- 
tropisme négatif], toutes les autres conditions 
étant identiques dans les cristallisoirs, placés l'un 
à côté de l'autre. 

Or, l'animal est décidément positivement éry- 
throtrope {■}-) et en même temps négativement 
ianthinotrope ( — ). Le résultat est, à ce qu'il me 
.semble, assez concluant. 

Mais je possède des faits beaucoup plus suggestifs, 
d'après les expériences nombreuses que j'ai faites 
pendant ces dernières années, expériences fort 
variées, portant sur les animaux les plus dispa- 
rates [Antédons, Némertes, Daphnies, l'hronimes, 
Dromies, Pagures, larves de Saccocirrus et de 
Crustacés, etc.), et concernant aussi bien l'action 
de la lumière incidente, provenant du spectre 
prismatique ou des verres de couleur, que l'action 
de la lumière réfléchie par des écrans et des fonds 
colorés. 

Il serait superflu et non conforme au but de cet 
article de m'arrêtertrop sur la question du chromo- 
tropisme et de donner la description détaillée de 
tous mes résultats. 



112 lîOMUALD MINKIEWICZ - L'LNSTINCT DE DÉGi:iSEMENT CHEZ LES CRUSTACÉS 



Je n'en prendrai que ce qui esl indispensable 
pour y trouver le point de repère dans le développe- 
ment successif de mon analyse. Parmi tous ces 
résultats, il y en a deux qui sont d'une importance 
capitale pour le problème qui nous occupe. 

Le premier est que ce n'est pas seulement la 
lumière directe colorée qui produit son action 
tropique spécifique, mais aussi la lumière du jour, 
rélléchie par des surfaces colorces, sur lesquelles 
l'animal est placé. 

Ainsi, par exemple, le Linons ruber, animal 
érythrotrope, s'immobilise à la lumière du jour 
(diffuse) sur le fond rouge d'un petit aquarium, 
dont le fond est divisé en deux moitiés, diverse- 
ment colorées, ou bien, en l'absence du rouge, sur 
le jaune, vert, etc., toujours sur le fond de la 
couleur la plus proche du rouge, et s'éloigne de 
celui dont la couleur esl la plus proche du violol, 
les conditions d'éclairage étant identiques. 





— -t- 




Rouge 


^^==== \ 




Jaune 


tvfjp .■•• .,■ 




Bleu 


1 Ifil 


'Vert 


Violet 


' ^"""^^IT^ 





Fig. 8. — Dispositif i)oiir inullre oa évidence 
le chromolropismc dos Pagures. 

Le deuxième résultat esl Vnulonomie des phéno- 
mdnes du chromoiropisiiie et leur indépendance 
fonctionnelle du phototropisme ordinaire (vis-à-vis 
de la lumière du jour). 

Une des meilleures preuves en cette matière 
nous est fournie par le cas des Pagures. Il est à 
remarquer que tout animal exige des conditions 
particulières pour manifester ses propriétés chromo- 
tropiques. Il esl indispensable de trouver ces condi- 
tions-là, sous peine de ne pouvoir rien observer 
(sur la question qui nous occupe). Ainsi, les Pagures 
[IJernlwrdus prideauxii , cuanensis, strialus, etc.) 
ne manifestent leur chromolropismc qu'en étant 
placés sur le fond d'un aquarium de deux couleurs, 
à, éclairage dilfus et égal pour les deux moitiés de 
l'aquarium, coiimic le montre la ligure 8. 

Tous les autres procédés, employés avec succès 
dans mes études sur d'autres animaux, ne donnent 
pas de résultats nets dans le cas considéré. 

Mais, dans les conditions indiiiuées, les Pagures 
sont très commodes à expérimenter, ce qui tient à 
ce que, leur coquille leur permettant de s'écarter de 
toute excitation extérieure, on peut leur imposer 
une position voulue sur la ligne délimitant les 



deux surfaces colorées, sans les avoir surexcités. 
Placés sur cette ligne et laissés dans une tranquil- 
lité complète, ils sortent peu à peu de leurs abris, 
et c'est au moment de leur sortie des coquilles que 
s'établit la dill'érence d'action de deux milieux 
colorés sur leurs yeux et leur tonus neuro-mus- 
culaire. 

Cette différence se manifeste aussitôt que les 
Pagures commencent à se mouvoir, et alors on les 
voit se diriger immédiatement vers la couleur tro- 
pique (plus fortement positive que l'autre). 

C'est la couleur verte qui, dans le cas considéré, 
est la plus positive; quelle que soit la teinte spec- 
trale (rouge, jaune, bleue, violette) formant couple 
avec le vert, les Pagures se dirigeront toujours 
vers le vert, comme le montre bien la figure 8. 
Ils sont donc chlorotropes. Maintenus longtemps 
dans l'aquarium en question, ils en occupent le côté 
vert seul, ne traversant jamais (dans la journée) la 
limite fatale. Mais ils sont en même lemp<. plioto- 
Iropes {-\-) ou bien, si l'on veut, Icucotropes. Sur 
le fond blanc-noir, c'est le blanc qui sera constam- 
ment choisi. Ce qu'on peut représenter par la for- 
mule : 

(1) (—) noir— »■ blanc '(+). 

Le fond blanc est même plus positif (jue le vert, 
comme l'exprime la formule : 

(2) (—) vert ->- blanc (-I-). 

La valeur tropique de toute autre teinte (le vert 
excepté) correspond à sa position dans le spectre 
solaire et augmente dans l'ordre spectral vers la 
partie violette, selon la formule : 

(3) ( -) rouge ->- janne ->- bien — »■ violet (4-). 

Ainsi, par exemple, sur le fond rouge-jaune, les 
Pagures se dirigent vers le jaune ; sur le fond 
jaune-violet, vers le violet. 

Le noir est le plus négatif, ainsi : 

(4) (— ) noir -*- rouge (+). 

Si le vert n'existait point, l'échelle des valeurs 
tropiques sérail : 

(5) ( — ) noii'^ rouge — >- bleu —*- viulet -*- blanc (+), 

normale, selon la théorie de Loeb. 

Mais le vert jouit d'une influence surles Pagures, 
de même que sur l'œil humain ; en conséquence, 
Véchelle tropitjue se présente toute différente : 

(6) (— ) noir -*- rouge — »■ jaune — >■ bleu -*■ violet 

-*- icr(-»- blanc (-)-). 

11 est certain (pie ce n'est point la luminosité 
de couleur (pii joue ici un rôle prépondérant; 
la comparaison attentive des réactions tropiques des 
Pagures (animaux positifs) avec celles des Lineus 
(négatifs) et surtout celles des Zoées (positifs), vis- 



ItOMUALD MINKIEWICZ — L'INSTINCT Dli DF:(il'ISIi:MR;iNT ClIliZ LKS CIU STAGES 113 



;ï-vis des mômes rayons chromatiques, en donne | 
(les preuves suffisantes. Dans le cas des Pagures, 
le Jaune est beaucoup moins tropique, non seule- 
ment ]>ar rapi)orl au vert, mais aussi par rappcu't 
aux couleurs aussi peu lumineuses que le bleu et 
le violet. 



VII. 



L'inversion exi'ékimkmale 

DU CMROMOTROnSME. 



Ainsi, tout niyon vbvonmliquo a une action spc- 
cifiifue, autonome et indépendante de Faction des 
autres t'ayons chromatiques et de celle de la lumière 
blanche. 

Mais cette constatation, bien que très impor- 
tante, ne nous donnerait pas le moyen d'appro- 
litiidir l'analyse de l'instinct de déguisement, si je 
n'avais pas obtenu en même temps l'inversion du 
clu'omotropisme. 

Après des recherches longues et infructueuses 
avec des solutions isotoniques de chlorures divers, 
avec de l'eau de mer concentrée, etc., je suis arrivé 
au but d'une façon tout inattendue, par un procédé 
extrêmement simple : l'addition d'eau distillée (de 
2.'5 à 80 centimètres cubes pour 100 centimètres 
cubes d'eau de mer). Placés dans cette solution, 
les Lineus ruber, le lendemain, deviennent tous 
ianihinotropes : tout en restant négatifs par 
rapport à la lumière blanche, ils se dirigent 
maintenant vers les rayons les plus réfrangibles 
du spectre, aussi exactement qu'ils les avaient 
fuis auparavant. C'est par ce procédé que j'ai pu 
séparer le chromotropisme du phototropisme, et 
prouver ainsi d'une manière incontestable son 
autonomie fonctionnelle, dont j'ai parlé plus haut. 

Si, auparavant, les Lineus normaux, mis dans un 
tube horizontal, parallèle à la source lumineuse 
et placé derrière une série de plaques diversement 
colorées, s'assemblaient tous sous la plaque rouge, 
ou bien, en son absence, sous celle qui laissait 
passer les rayons les moins réfrangibles, mainte- 
nant invertis, ils s'assembleront tous sous les 
phuiues qui laissent passer les plus réfrangibles. 

Ainsi, le changement dans l'état physiologique 
de l'organisme, sous l'influence de la dilution du 
milieu ambiant, amène le changement de toutes 
les réactions dues au chromotropisme. 

Mais ce n'est pas l'hydratation qui serait néces- 
sairement liée au ianthinotropisme des Lineus, 
ni la déshydratation à Vérythrolropisnie, comme 
on pourrait le croire d'après les opinions soutenues 
par G. Bohn'. Les faits suivants le démontrent bien : 

1" L'inversion du chromotropisme des Némerles, 

' G. Boiix : .Vttractions et oscillations des animaux ma- 
rins littoraux sous l'iutluence de la lumière. Mrw. In^l. 
ijéu. psycbulogique, t. 1. 



apparaissant le deuxième jour, continue, en géné- 
ral, deux jours et disparaît le quatrième. L'animal 
devient normal-érythrotrope. 

2° Après avoir vécu pendant deux ou trois 
semaines dans mes solutions (eau de mer avec eau 
distillée), et présentant par conséquent leur chro- 
motropisme normal (érythrotropisme), les Lineus le 
changent de nouveau lorsqu'on les transporte dans 
l'eau de mer pure et deviennent de nouveau ianihi- 
notropes. 

Ce serait donc plutôt le tr(juble de l'équilibre 
physiologique qui provoquerait l'inversion du Iro- 
pisme, ce qui concorde bien avec mes expériences 
récentes sur les Pagures. 

Laissons vivre un Pagure normal et chlorolrope 
(comme nous le savons bien maintenant) dans une 
cuvette carrée bicolore, d'un à deux litres, sans y 
changer l'eau. Essayons de temps en temps son 
chromotropisme, en le mettant sur la ligne qui 
délimite les deux couleurs. 

Quelques jours après, nous verrons l'animal, 
intoxiqué peu à peu par les produits de ses excré- 
tions, changer le sens de son chromotropisme et 
devenir nettement érythrotrope (et négatif vis-à-vis 
des écrans blancs). L'échelle des valeurs tropiques 
des ditTérenles teintes reste la même, mais elle 
décroît vers le vert et le blanc, dont l'action néga- 
tive est la plus forte, selon la formule : 



(-f-)noir 



• rouge -<— jaune -«- bleu • 
-<— vert <— blanc ( — ). 



■ violet 



Ainsi, sur le fond vert-violet, les Pagures se diri- 
gent vers le violet, bien qu'ils soient négativemen 
phototropes et érythrotropes, ce qui confirme une 
fois de plus l'autonomie relative des actions tro- 
piques des diverses radiations lumineuses. 

Ce qui est essentiel pour nous, c'est : 1° que le 
changement du cliromotropisme n'est plus la pos- 
sibilité a priori, mais le fait concret, expérimen- 
talement établi; 2° que le trouble de l'équilibre 
physiologique, qui détermine ces changements, 
peut être provoqué par les agents les plus divers. 

VIII. — Le Chromotropisme variable de l Hippolyie 

CO.MME l'UÉNOMÈNE NORMAL, ACCOMPAGNANT LELR 
SYNCUROMATIS.ME. 

N'est-il pas possible que, parmi les agents qui 
provoquent le changement du chromotropisme, se 
trouvent aussi les agents lumineux et surtout les 
propriétés chromatiques du milieu ambiant? 

On sait depuis longtemps qu'il existe un rapport 
intime entre le phototropisme d'un animal et 
l'intensité de l'éclairage auquel on le soumet. 

D'abord Groom et Lo-b ' sur les larves de lialanns, 

' Gbcom V.. LuEi) : Der lleliotropismus der iNauplicn von 



Ili KOMUALI) MINKIEWICZ — L'INSTINCT DE DÉGUISEMENT CHEZ LES CRUSTACÉS 



ensuite G.-H. Parker sur le (•oi)épode Labidocerii, 
S.-J. Holmes sur l'ain|iliipo(le Orclieslin ainsi que 
sur le tlaf^ell6 Volvox, (j.-P. Adams sur Tannélide 
Allobo/jlwra, etc., ont montré ((ue les changements 
du plioloiropisme positif en négatif ou inverse- 
ment se produisent sous l'influence seule de l'inten- 
sité de l'éclairage, c'est àdirede l'amplitude d'onde 
des radiations lumineuses. 

11 n'est donc pas impossible, au moins ;/ priori. 
de trouver des cas analogues, où l'iiiversioii du 
chromotropisme se produirait sous rinduence 
seule de la longueui' d'ondes des radialions lumi- 
neuses, autrement dit de leur qualité chromatique. 

Il est nécessaire, hien entendu, que les êtres chez 
lesquels on jiourrait établir ce i)hénomène soient 
extrêmement scnsilih's |>iir rapport aux agents 
lumineux. 

Ils doivent être doués d'une telle plasticité de 
leur organisation senso-motricequeson état puisse 
être changé sous l'aclion directe du milieu cliro- 
maticjue et que ce cliangenient puisse se mani- 
fester par leurs mouvements tropiques. 

Le nombre des êtres pareils est évidemment très 
restreint. 

Pour le niomcnl, je ue connais (|U(' les petites 
crevettes du genre Uippolylo viiritins, d'un côté, et 
les crabes qui se iléguisent, de l'autre (au moins 
les Mnja). 

C'est grâce ;ui\ travaux de deux biologistes 
anglais, MM. Keeble et Gamble', que j'ai pris con- 
naissance lie ce phénomène chez VIlippolyie. Qu'il 
me soit permis de reproduire ici un des passages 
de leur premier travail : « Les crevettes manifestent 
le pouvoir de choisir leuralgue, ce qui est démontré 
sur les ligures 1-9 (planches 32 et 'A'.i), représen- 
tant les crevettes placées dans une cuvette pleine 
d'eau, dans hupielle on a mis ensuite des morceaux 
d'algues de couleur différente. Les crevettes ont été 
laissées libres de choisir leurs algues, el leur choix 
corres])ondail admirablement à leur coloration... 
Dans d'autres cas, l'observation directe montre <iue 
les crevettes vertes aiTeclionnent les Zoslôres | ver- 
tes!], les crevettes brunes seules les fJaliclrys et 
Dictyota [algues brunes!] ». 

Ce phénomène, que les auteurs anglais qualilieni 
de vliuix [powcr of sclection), n'est (pie le chromo- 
tropisme, seulement fort compliqué, très difl'éren- 
liel et, si l'on veut, imlividiicl. 

C'est pour i-v phénomène (pic j'ai proposé le 

nom objectif du clironwtropisme synvhroitwiiqiie, 

iKun délinissant bien tout son caractère spécili(pie. 

Mais qu'est-ce donc que ces variétés cliroma- 

llulaiius pcrfoi-alus unit die periodisclieii Tiefenwande- 
iiinuen [iclagisi-licr Tierc. IJiol. Caitralhl., t. X. 

' Kkkiii.k 11. G.^MiiLK : Ilijijwlylo viirinim, ii stiiily in C(i- 
Imir-cliiirigc. Qasrt. J. of Micr. Se, I. XI.IIl, pi>. «01-01)2. 



titpies des Hippolyle, ayant chacune son ciii'omo- 
tropisme synchr(une? 

Dans le troisième Mémoire de Keeble et Gamble', 
au chapitre intitulé Synipalhetic coloration, nous 
lisons que les jeunes individus, encore incolores 
ou presque incoloi'es, prennent rapidement la cou- 
leur des Algues sur lesquelles on les a mis. 

Ce (|ui est encore plus intéressant, c'est que non 
seulement les individus jeunes colorés, mais aussi 
les adultes ayant été transportés sur des fonds (pa- 
l)iers) d'une autre couleur, changent facilement leur 
couleur initiale et en prennent une nouvelle, (jui 
est précisément celle du support. 

Voici les principaux résultats des expériences 
que j'ai faites sur ce sujet à RoscoIT en l!IO(J-l!(07 : 

1" J'ai obtenu de nombreuses Hippulyte de cou- 
leur suivante : 

.\. Couleurs simples, c'est-à-dire où les pig- 
ments correspondants sont seuls dilatés : 

;/) lioiHje : foncé et clair; 

h) Jaune : foncé, clair et blanchâtre; 

c) Bleu et bleuâtre (transparent); 
B. Couleurs composées : 

d) Orange (pigment jaune -\- pigment rouge) ; 

e) Vert : citron et olive (]>. jaune-)- p. bleu en 
mélanges dilTérentsi; 

/') Violi'l : foncé et lilas (p. rouge -(-p. bleu'. 

Sans compter les couleurs habituelles — verte, 
brune el brunâtre (les deux dernières composées 
des pigments rouge -j- jaune -|- bleu). 

Ainsi, j'ai obtenu toutes les couleurs fondamen- 
tales du spectre solaire avec de nombreuses 
nuances, correspondant toujours à la couleur du 
papier employé. 

Ce qui est frappant, dans les résultats ci-dessus, 
ce sont les couleurs vives jaune, bleue et violellc, 
qu'on ne rencontre pas dans le milieu naturel des 
Jljppolylr, habitant les herbiers et les algues. 

11 résulterait de ce fait que l'étendue de la plasti- 
cité chromali(|ue des Ilippolyte n'est point due à 
la sélection naturelle, qu'elle est d'origine primaire 
et dépend directement des agents chromatiques du 
milieu. 

2° Toute variété chromati(iue, naturelle ou ob- 
tenue expérimentalement, \)Ç\\i être changée en 
n'imjiorte quelle autre. 

3° V intensité Aç l'éclairage coloré joue un rc'ile 
beaucoup moins important que sa qualité chroma- 
tique; c'est ce (pi'on jieut conclure, du moins, des 
expériences de IDtMî, où j'ai obtenu les mêmes 
colorations des Ilippolyte avec des intensités 
variées de l'éclairage, dans de ]>etits cristallisoirs. 
enveloppés de lins papiers de couleur. Cett^' nié- 



' IvEKHLE a. (i AMBLE ! Tlic Cotoui' plivsiology ol liifrticr 
Cinstacea. Pari. Itl. Phil. Trans., série B, t. Cl.XXXXVIll. 



ROMUALI) MINKIEWICZ - I/lNSTl.NCT DE DÉGUISEMKNT CHEZ l.KS CRUSTACÉS Uo 



lliode est bien un peu trop primitive, mais elle 
est la seule dont jaie pu me servir. 

1° Il existe des Ilippolyle très rebelles aux clian- 
^n'inenls (jusqu'à huit jours et plusl. Mais, si elles 
ari-ivent à changer de couleur, ce n'est (\\\ après la 
niiie' ([u'apparaîl ce changement, soit en partie, soit 
en totalité. Ce qui prouve que la mue n'est point un 
processus externe, mais un processus qui affecte 
tous les tissus en auijnientaiit leur plasiicitr. 

5" Une fois changée, la couleur des Ilippolyle, 
même .chez les plus rebelles, devient phinUi/ue et 
peut être changée avec une rapidité frappante, 
quelquefois dans une dizaine de minutes. 

Le fait me paraît fort intéressant, parce qu'il 
démontre le rôle que peut avoir Vlmbilude (dans le 
sens purement physiologique du mot), c'est-à-dire 
« l'emploi ou le défaut d'emploi » d'un organe 
(comme le disait Lamarck) dans la formation des 
variétés stables d'un animal, primitivemeni poly- 
chrome. 

Ainsi, les idées de J^amarck, plus d'une fois 
tournées en dérision, reprendraient la place qui 
leur est due. 

Or, les variétés chromatiques des Hippolyteness 
développent qu'individuellement, sans être hérédi- 
taires. 

Et, puisque chacun de ces individus diversement 
colorés a, d'après les observations de Keeble et 
Gamble, son chromotropisme correspondant spéci- 
lique, il est évident qu'en acquérant sa coloration 
il acquiert simultanément son chromotropisme 
synchrome. 
' La couleur et le diromolropisme sont ici tcnisles 
deux liés intimement; ils sont toujours synchromes 
avec la couleur du milieu, sous l'action directe 
duquel ils se développent chaque fois par une sorte 
de résonnance de l'organisme entier, aussi bien de 
ses chromatophores et de sa « rétine » que de son 
appareil neuro-musculaire. Il m'est impossible de 
in'occuper ici de la question de cette résonnance 
chromo-cinétiqur, à laquelle je consacrerai un cha- 
]iitre spécial dans mon travail prochain. J'ai voulu 
seulement insister sur ce parallélisme constant de 
la couleur variable avec le chromotropisme va- 
riable. 

11 serait fort important et intéressant d'étudier, 
]iar voie expérimentale, la marche progressive des 
cliangemenls de ces deux phénomènes; d'essayer 
d'établir si ces changements sont absolument 
simultanés ou s'ils se succèdent dans le temps, le 
jtarallélisme n'étant alors que le stade définitif du 
]irocessus physiologique. 
C'est là un problème digne de tenter un biolo- 



' L.i mue des Hippolvtc, comme chez beaucoup d'autres 
■Crustacés, s'effectue habituellement pendant la nuit. 



giste et qui, je crois, n'est pas impossible à ré- 
soudre. 

Il est certain, d'ai)rès mes recherches, que le 
pouvoir d'effectuer les changements de couleui- 
diminue avec le défaut [irolongé d'emploi de la 
plasticité chromatique de l'animal. Il est probalde 
que, dans des conditions constantes du milieu 
coloré, la plasticité des chromatophores, diminuant 
alors peu à peu, deviendrait nulle (dans un temps 
assez long). La couleur serait alors constante. 

Le chromotropisme perdrait-il aussi sa réson- 
nance synchrome? Je n'en sais rien. Mais il est 
l)robable a priori qu'il existe des êtres qui, ayant 
perdu complètement leur pouvoir de changer de 
couleur, à cause de la structure anatomique de 
leurs téguments, ont conservé ou évolué leur plas- 
ticité chromotropique et leur résonnance chromo- 
cinétique des mouvements instinctifs. Tel est le cas 
de nos Maja. 

Et nous voilà ramenés entin vers le sujet immé- 
diat de l'analyse présente. 

IX. — Le " Choix « des couleurs, comme syn- 

CRROMATISME INSTINCTIF VARIABLE, DÛ A LA RÉSON- 
NANCE CIIROMO-CINÉTIQUE DE l'aNIMAL. 

Nou!5 sommes fort heureux d'être aidé, dans cette 
question difficile, par les preuves objectives que 
nous présentent les Maja par leur costume, comme 
les Hippolyle en présentaient par leur couleur 
organique. 

Le costume nous indiquerait chaque fois le passé 
chromatique des crabes, le milieu dans lequel les 
crabes ont vécu. Le « choix » des couleurs se pré- 
sente alors sous l'aspect suivant : 

§ 1. — Le • choix - du costume. 

L'animal, mis dans un milieu coloré, — vert, par 
exemple, — en acquérant sous l'influence directe 
du milieu, par résonnance chromo-cinétique, le 
chromotropisme correspondant (synchrome), de- 
vient c/^yoro^ro/^e, et par conséquent négatif vis-à-vis 
des autres couleurs. S'il trouve des papiers de 
couleur, il ne peut prendre (c'est-à-dire s'approcher) 
ni des rouges, ni des blancs, etc., ces couleurs fai- 
sant, dans l'aquarium vert, des surfaces négatives 
(repoussantes) pour l'animal accordé chlorolro- 
piquement. 

Il se déguisera donc en vert, qu'il rencontrera 
en errant sur les surfaces vertes. Il en est de même 
dans un milieu de n'importe quelle couleur, excepté 
le mi lie a noir. 

On comprendra mainten;int, ce qui serait inex- 
plicable autrement, pourquoi le costume ancien, 
dans les expériences du chapitre III, i; 1, n'avait au- 
cune influence sur la couleur du costume nouveau. 



IIG ROMUALD MINKIEWICZ - L'IiNSTINCT DE DÉGUISEME^T CHEZ LES CHUSTACÉS 



On comprendra aussi maintenant pourquoi on 
ne doit pas mettre de papiers ni trop grands, ni 
trop nombreux, la couleur propre de l'aquarium 
diminuant relativement son intluence décisive. Les 
papiers ne peuvent être pourtant trop petits, les 
surfaces tropiques négatives n'effectuant alors 
aucune action ou une action trop faible pour em- 
pêcher l'animal d'en approcher. 

On comprendra encore pourquoi les crabes, dans 
de nombreuses expériences, avaient sorti tous les 
papiers synchronies, n'ayant point touché aux 
papiers dissonnanls, quoique ceux-ci fussent là en 
quantité considérable. 

§ 2. — Le " choix » du milieu. 

Les animaux se déguisent dans les aquariums 
préparatoires d'une certaine couleur et ne conte- 
nant que des papiers de la même couleur. Sous 
l'action directe de ce milieu, ils acquièrent le chro- 
inotropisme correspondant. Une fois mis dans des 
conditions où le chromotropisme peut s'elTectuer, 
comme dans nos expériences du chapitre III, § 2, 
dans l'aquarium divisé en deux moitiés diverse- 
ment colorées, les crabes se dirigent vers le milieu 
correspondant. Le costume lui-même ne joue aucun 
rôle dans ce phénomène. Il ne sert ici qu'à l'expé- 
rimentateur, en constituant une vraie récognition 
mark, grâce à laquelle on ne peut se tromper sur 
le passé chromatique de l'animal. 

Afin de confirmer celte manière d'envisager les 
faits, je suis allé encore une fois à Villefranche, spé- 
cialement pour exécuter quelques expériences nou- 
velles et me procurer des arguments irréfutables : 

1° J'ai élevé quelques Majfi durant un certain 
temps dans des aquariums colorés, sans leur donner 
de matériel pour le costume. J'ai étudié ensuite 
leurs réactions vis-à-vis des surfaces colorées d'un 
autre aquarium, divisé en deux. Le chromotro- 
pisme correspondant s'était établi sans costume; 

2° Dans un aquarium d'une couleur quelconque, 
par exemple ronr/e, j'ai remarqué le coin « favori » 
où se serraient d'habitude mes crabes thigmotropes. 
Ensuite, j'ai coloré ce coin d'une couleur dilTérente, 
verte par exemple. 

Et voici que les crabes nccordés pour le rouge 
ne venaient plus dans ce coin vert, qui présentait 
maintenant la surface négativement tropique. Plus 
d'une fois, je les ai rencontrés près de la limite de 
cette surface, où ils s'anètaient et reculaient après 
quelque temps. 

Alors, j'ai changé le coin dissonnant. Les crabes 
le fréquentaient de nouveau, mais ils ne pouvaient 
dépasser niaintcnanl la liinili^ du nouveau coin 
négatif. 

Ces deux séries récentes d'exjiériences sont, à ce; 
qu'il me semble, assez concluantes. 



3. 



Les « erreurs » de l'instinct. 



Elles n'existent plus dans notre manière d'ex- 
pliquer les faits de déguisement. 

Dans Vaqunriuni noir, l'action chromotropique 
du milieu étant nulle, chaque surface colorée 
(papiers) qui se trouverait là exercerait une action 
positive; l'animal se dirigerait vers elle et se dégui- 
serait éventuellement avec du papier coloré et non 
avec du papier noir, qui n'exerce aucune action. 11 
peut en prendre quelquefois, s'il le rencontre par 
hasard sur son chemin vers le papier tropique ; 
mais cela n'arrive que fort rarement. 

Si nous rapprochons encore une fois les faits 
de syncliromatisme histologique des Hippolyte 
avec les faits de synchromatisme accidentel ou 
instinctif des Maja, nous verrons que l'essentiel 
des deux phénomènes est identique, et qu'il con- 
siste en une résonnauce chromo-cinétique en ré- 
ponse aux agents lumineux du milieu. 

Cette résonnance, par l'intermédiaire de la voie 
rétino-neurale, .se manifeste chez les Hippolyte ^ar 
les phénomènes cinétiques des chromatophores, 
tandis que, chez les Maja, elle se traduit par les 
phénomènes chromo-cinétiques de l'animal tout 
entier, c'est-à-dire par des mouvements chromo- 
tropesqui, forcément, déterminent le déguisement 
correspondant. 

Voici tout ce que j'ai à communiquer sur l'ana- 
lyse expérimentale de l'instinct qui porte les Bra- 
chyures oxyrhynques à se déguiser. Il ne ma reste 
qu'à résumer les résultats. 

X. — Conclusion générale : 

Le détermi.nisme puysiologioue de l'instinct 

dli déguisement dans son ensemble. 

Je me crois forcé de ne parler que du détermi- 
nisme physiologique, abstraction faite de toute 
tendance psychologique. La cause en est qu'il nous 
est absolument impossible de .savoir quoi que ce 
soit sur l'état psychique des animaux inférieurs, 
auxquels on ne peut même pas appliquer le raison- 
nement par analogie avec nos états introspectifs. 
Ainsi, la question du « choix » consciencieux et 
volontaire, ou déterminé par les « sensations » des 
couleurs, sensations « agréables » dans certaine* 
conditions et « désagréables » dans d'autres, cette- 
question peut être fort intéressante, mais n'existe^ 
point pour nous comme question scientifi(iue ; 
d'autant plus que tout se passe chez nos animaux 
comme si les états psychiques n'existaient point, 
ces états n'ayant aucune influence sur la marche 
des réactions instinctives que nous venons de 

1 décrire et d'analyser. 

I Or, ni au point de vue gnoséolo(jii/uc, ni au point 



SIEBERG - L'INSCRIPTION INSTRUMENTALE DES SEISMES ET LA PHYSIQUE DU CLOBE 117 



lie vue niôlliodologii/iic' ikhis ii'.ivdiis coininis 
auciiiii' iTi'eiir, en nous lj<iriiaiil d.iiis celte étude 
à la métlioilo objective: ])l)y.siol()j;ii|iie iexpérinicn- 
lale) et biologique (comparative!. 

En voici le résultat général : 

L'instinct des J/.v/s, dans loiilc sa coniplexité 
ravissante, se compose de deux ])arlies, dont on 
peut séparer et étudier isolément la deuxième, 
celle ([ni constitue la pai'tie HuidanuMitale de l'ins- 
tincl. 

Cette simplilicatiou de rinstinct se protluit dans 
le cas de la résection de la masse cérébrale conte- 
nant les ganglions photo-récepteurs on bien de 
rablalion des organes périphériques de plioto- 
réce|iliun. 

Dans l'instincl non iuulih'', la [)remiére phase est 



celle des chromo-réactions de l'animal vis-à-vis de 
la couleur du milieu et des surfaces colorées des 
objets de déguisement. Le matériel de déguisement 
est déterminé par le chroniolropisiue synchromn- 
tii/iio variable, qui pousse l'animal fatalement vers 
certaines surfaces colorées, selon l'ensemble des 
conditions données. Une l'ois que l'animal a touché 
au matériel quel qu'il soit, — si rien ne l'emiièche, 
— on voit commencer immédiatement toute la 
longue série des mouvements réflexes, fort com- 
pliqués, provoqués par les tango-réceptions' des 
pinces, dirigés par les tango et chémo-réceptions 
des pièces buccales et poussés vers le « but » linal 
par les tango-réceptions des crochets dorsaux. 



Romuald Minkiewicz. 



CnGïmT" 



L'INSCRIPTION liNSTRUME.NTALE DES SÉISMES [i-j; lie ?? a r? y 
ET LA PHYSIQUE DU &LOBE V^ 

Di:iiXlKMl<: l'AllTIE : LES C.VL'SES DES TliEMl{LE\lEi\TS DE TElUiE 



Dans un i)remier article'', nous avons étudié les 
modes d'inscripiion des séismes et les notions qui 
en découlent quant à la propagation des secousses. 
Nous allons maintenant examiner comment et dans 
(piel sens les résultats des recherches instrumen- 
tales sont en état d'influencer la conception géné- 
ralement admise sur les causes des tremblements 
de terre. Un simple coup d'œil rétrospectif pourra 
nous fournir la base nécessaire à l'intelligence du 
lirolilème. 

1 

Une opinion encore assez répandue, et ipie pai'- 
tageait de Humboldl, attribue les tremblements de 
terre à des éruptions volcaniques ou, en tous cas, 
les considère comme une conséquence d'éruptions 
avortées. C'est qu'un certain nombre d'éruptions 
volcaniques, mais pas toutes cependant, sont 
acconqiagnées de secousses sismiques : toutefois, 
malgré leur violence, parfois très grande, lesdils 
tremblements de terre restent dans le voisinage le 
jilus rapproché du volcan. Les dernières éruptions 
du Vésuve du mois d'avril 1906 fournissent une 
nouvelle preuve à l'appui de ce (jue nous avan- 

1 On (i-ouvera l'e.xposé londamental de mes conceptions 
■(noscologiques et méthodotofiiiiues en Zoopsycliologie dans 
la première partie de mon travail d'ensemble, dans la 
rievuc PolunaisL' de Pliilosopliic {['rzeylad (ilozaliczay), 
vol. X. fasc. 3, Varsovie. "1907. 

- ncMic ;/du. (/es Scirnces du 30 janvier 1909. 1. XX, 
p. 'iS el suiv. 

IIKVCE OÊM.hALE HES SCIENCES, l'JCÎI. 



çons : les plus fortes secousses, seules, furent 
ressenties jusqu'à Naples et elles ne furent enre- 
gistrées par les instruments sismiques qu'aux 
stations de l'Italie centrale. Même pendant la 
période des nombreuses éruptions volcaniques des 
petites Antilles, en l'année 1902, les instruments 
sismiques n'ont subi aucun mouvement. Remar- 
quons, en passant, que ce c[ui vient d'être dit 
prouve décidément que les forces volcaniques ont 
leur siège dans des amas de magma qui se trouvent 
près de la surface de la Terre, dans les foyers péri- 
phériques de A. Stfibel, et non dans le grand foyer 
central de l'intérieur de la Terre. 

L'on a cru plus tard, surtout à la suite des 
travaux de 0. Volger. ([ne des massifs entiers, tels 
que les Alpes, étaient minés à leur base jîar des 
eaux souterraines, et ([ue, [lar conséquent, de 
vastes cavités s'étaient formées et s'étendaient 
sur des milliers de kilomètres sous ces massifs; 
si celles-ci viennent à s'ell'ondrer sous le |)oids des 
masses superposées, un tremblement de terre en 
résulte. Mais bieut(it toutes ces théories, basées 
sur les effondrements, durent être inodiliées et ré- 
duites. Par suite de l'érosion continue, il se forme 
certainement, surtout dans les massifs calcaires, 
des cavités qui peuvent s'effondrer m donnant 
naissance à des tremblements de lerre ; rai)pelons 
seulement les trendilemenls de lerre du Kaist et des 



i-liii 



i.ii. 



118 SIEBERG 



L'INSCRIPTION INSTRUMEMALK IJES SÉISMES ET L.V PHYSIQUE DU (ILOBE 



Alpes calcaires, dont la cause doit se trouver là. 
Quelque petites et rapprochées de la surface que 
soient ces ]ieiiurbalions, et si limitée que soit leur 
aire, les chocs courts et saccadés qui les accompa- 
gnent pro<luisent parfois de forts ébranlements. 

Les tremblements de terre de grande étendue, 
de longue durée, d'une violence persistante, sont 
le signe visible et sensible d'une tension qui se 
rompt dans les parties solides de l'écorce terrestre, 
phénomène qui entraîne à *-a suite des changements 
dans la disposition des couches rocheuses, des dis- 
locations, comme dit le géologue, soit des plisse- 
ments, des déchirures, des alï'aissemenls, des sou- 
lèvements ou des déplacements de masses ro- 
cheuses. Selon l'opinion la plus répandue de nos 
jours, celle qu'a éinise J. D. Dana, propagée et déve- 
loppée par A. Heim et par E. Sue.ss surtout, ces 
déplacements dans la partie solide de l'écorce ter- 
restre seraient la conséquence du refroidissement 
du globe jadis en ignition. De nos jours encore, on 
admet que le centre d? la Terre -se contracte len- 
tement, mais d'une façon suivie, par suite de la 
radiation continue de la chaleur dans l'espace froid 
qui l'entoure; l'écorce terrestre-, déjà refroidie, ne 
peut alors s'adapter au noyau qui se rétrécit de 
plus en plus, en raison de la compression et de la 
superposition. De cette façon se formèrent les 
grandes niasses du relief du globe, les vastes bas- 
sins des océans. 

Parfois le déplacement des blocs force en même 
temps la masse ignée des profondeurs de la Terre, 
le magma, à se frayer un passage, d'où résultent 
des éruptions volcaniques; les volcans, ceus qui 
sont éteints et ceux qui sont en activité, sont aussi 
souvent étroitement liés aux phénomènes orogé- 
niques. Quelles qu'en soient les causes, il est eu 
tons cas certain que, sous l'inlluence des poussées 
formidables qui se produisent dans l'écorce tei'- 
restre, des tensions .s'établissent entre les blocs et 
dans les blocs. Lorsqu'une pareille lensicui cess? 
sui>ilemenl, des déplacements horizontaux et 
verticaux ont lieu, ainsi que des tremblements de 
terre. Coiiime ceux-ci sont en rapport étroit avec 
l'architecture do l'écorce terrestre et l'orogénie, on 
les apjjclle tremblements de terre tcclouhiiws ou 
lrenil)lemcnts do terre de ilisJuculion. L'existence 
réelle de ces états de tension dans les masses 
rocheuses se manifeste très sensiblement lorsqu'on 
y pratique une .solution de continuité pénéiraiil 
dans leur pi'ofondeur, ce (pii produit une riipluri' 
locale d'équilibre. Le cas se jirésenle dans \v^ 
travaux de mines, dans les tunnels, et même, smis 
certaines conditions spéciales, dans les carrières à 
ciel ouvert. Là ce n'es! pas seiilcmenl le sol qui se 
soulève en Inniic de voùle, mais IV('(|uemment 
aussi des |plaqncs, d'une diuu'iisidii de plusieurs 



mètres cubes, se détachent sans signe précurseur 
de la surface mise à nu, et cette rupture s'accom- 
pagne de fortes détonations, tandis ijue des pierres 
moins volumineuses sont projetées à quelipies 
mètres de distance ; les mineurs d'Allemagne dé- 
signent ce phénomène sous le Dom de « Berg- 
schlag », « Knallendes Gebirge », les Français sous 
celui de « Bendon ». 

A l'occasion des travaux entrepris lors du perce- 
ment du Simplon, C. Schmidt', deBàle, a approfondi 
l'élude de ce phénomène et a soigneusement réuni 
tous les ouvrages se rapportant à ce sujet. Son 
Rapport relate les observations publiées précédem- 
ment, en particulier celles qui concernent les mines 
de houille. Il déduit de ses recherches que les 
« bendons » sont en relation étroite avec la cons- 
titution pétrographique et la direction de la schis- 
tosité. Lorsque les feuillets sont horizontaux ou peu 
inclinés, les bendons se manifestent, tandis qu'ils 
manquent quand les feuillets sont redressés. Il faut, 
outre cela, tenir compte de la pression des masses 
pierreuses et, jusqu'à un certain point, de la nature 
et de l'intensité des dislocations occasionnées par 
la formation des montagnes. La tension de la face 
interne (intrados) difl'ère de celle de la face externe 
(extrados''. Sous le rapport sismologique, il est 
intéressant de remarquer que les bendons des 
mines peuvent, lorsqu'ils sont très violents, pro- 
duire à l'extérieur, à la surface, des effets ana- 
logues à ceux des tremblements de terre naturels. 
Des objets se mettent à osciller, des lézardes et 
des crevasses se produisent dans les bâtiments et 
dans le sol, et l'on entend parfois un bruit res- 
semblant au grondement du tonnerre. La région 
superlicielle ébranlée est circulaire et sa partie cen- 
trale, où l'ébranlement est le plus violent, se 
trouve perpendiculairement au-dessus du foyer 
ilu bendon. Cremer et Dill-, cités par Schmidt, dé- 
crivent des secousses sismicpies qui sa sont pro- 
duites le -i juillet 1807, le 2i mars 18!)!» cl le 
li juillet 189!( dans les environs de Hèrne AWsl- 
phalie) et les mettent en rapport avec des bandons 
du bassin houiller de la Ruhr. D'après les commu- 
nications de F. Mladeck, également cité iiarSchmidI, 
l'on observe aussi, dans les terrains miniers de 
Pribram (Bohême), des ébranlements sismiqucs, 
occasionnés par l'état des piliers qui, par suite des 
travaux d'ex]doit;ition, se trouvent de plus en plus 



' (). Si;iiMiiiT : Liiilersiu'lauigon ùbev die Slaiull'cstif,'lieil 
lier (ii'stciiip liM SiinpIonUmnol. Gutactilen aligegeben an 
(lie GoncraldirfUlicin ilei- StliNvciziTlsctii'ii Iîiindi.'.sl)alim'n. 
llrra, 1002 

' Dii.r. : iJic in dcu Id/lcii JmIuth tuif Slcinlvi.lil.T.- 
gnitfen des Olicnuiilslio/irks Durhinnul vurgclidinnii'iK'M 
(inl)irf;sslossc unit dio liionlunli lii'rbeifti'lïilu'ten Uiil'àll •. 
/.(■ilschril'l liir Hcrçj-, /liillcn iiml Siilinrnwoscn. iWV.',. 

11. iiin. 



SlKHKIU; - L'INSCltll'TlO.N I.NSTliLMlvMALK DKS SI':iSMES IM' I.A IMIVSIOUI'; UL: (1I.UBI-: ll!J 



exposés. Il faut toutefois tenir compte du i'.iil que, 
loiS(pie (les bendons et des tremblements de leri'e 
se produisent en même temps, le Irenihleiaent de 
lerie peut être la cause première i|ui prdviupie le 
hciidoii. 

lieux éludes récentes de C. lîegelmanu' nous 
peniiettent de voir de quelle façon les forces orogé- 
niques agissent de nos jours. Ces études donnent 
l'iuqiression que les Alpes avancent peu à peu vers 
le .Nord et le Nord-Ouest et par là poussent forte- 
ment les couches peu dures de la Mollasse tertiaire, 
avec le lac de Constance qui les limite vers le 
.Nord, contre TAlbe souabe. Les tensions produites 
par ces pressions latérales se détendent de temps 
en temps suivant certaines lignes, et occasionnent 
des tremblements de terre, d'où résultent, dans les 
plissemcids des montagnes, des déplacements de 
lamlieaux horizontaux et verticaux, des afifaisse- 
nients dans les plis synclinaux, des exhausse- 
ments dans les plis anticlinaux. En ce qui con- 
cerne le bassin d'effondrement de la fosse her- 
cynienne, coupé par les deux lignes sismiques du 
lac de Constance, on a pu, grâce à la répétition de 
nivellements de précision efleclués sur les deux 
hiu-ds, déterminer avec exactitude, en mesures 
absolues, les affaissements qui s'y sont produits 
dans ces derniers temps, soit d'unefacon continue, 
soit simplement par saccades : 

ABAISSKMKNT 

l.iiiinimOti-e (lu lue de Constance île 18*4-1S!)0 . . 9.ï""" 

— de 186i-lS90 . . im 

— de 1817-1800. . 311 
Degré d'élévation : Port de Lindau, 1869-189.J. . 1.5 

— Bregenz, maison du garde- 

voie 41 

— Ilardt 4(1 

— Fussach.jetée (digue du poil;. :>' 

— — — . 18 

— Bregenz, port 100 

Le tond du lac s'abaisse, en général, plus que le 
niveau de l'eau, surtout sur les bords méridionaux. 
De plus, on a de bonnes raisons pour penser (pi'à la 
fin de l'époque glaciaire, qu'on désigne sous le 
nom d' « épo(pie de Wiirm », dans cette région, le 
niveau du lac était à [)eu prés à ilO mèti'cs et qu'il 
resta pendant assez longtemps à iOi mètres, puis 
à 399 mètres; à ré|)0([ue des palalittes, il y a donc 
environ 2.u00 ans, il se trouvait à 400 mètres, tandis 
((u'il est tombé de nos jours à 3!IS mètres. Les 
tremblements de terre qui se produisent dans le 
lac et sur ses bords ne sont que des phénomènes 



' C. Keokl.manx : Krdbi'benlicrde und llerdiiiiiiji iii .Sud- 
■wesldeulschland. Jalucslivfl drs Vcrcins lïir yulnlïnuliftrh,' 
.\:Uurl<ujiih in WùvUembcrrj. 19U7, p. 110 11'. 

In. : .N'euzeilliche SchoUenverscliiebungen der Erd- 
kruste lui Budeiiseegebiet. Urrichl uhur dh: iO- Wn-Riimm- 
Jiiiiij des Oberrbeinischen. GeoJogischcn Vei-eias zu Linihii. 
1907. 



eiincoinilanls de ces déplacements en rapport avec 
la formution progressive des montagnes. 

Citons comme exemple typique d'un tremblement 
de terre tectonique celui qui, le 18 avril lOOti, rava- 
gea la Californie, et notamment San Francisco. Il 
s'étendit vers le Nord de TOrégon, jusqu'à Coos- 
Bay, et vers le Sud jusqu'à Los Angeles; le tremble- 
ment de terre fut ressenti, vers l'Est, dans la plus 
grande partie delà Calil'ornie centrale et du Nevada 




■ff"'/^ ^"'. 



Pig. I. — Jlrgioii t'/iruuvén par le treniblemfut de terre 
de San Francisco. 



oriental, et surtoid vers le versant Est de la Sierra 
Nevada. 

La zone où la perlurhalion a élè la plus forte se 
trouve des deux côtés d'une grande faille que l'on 
peut suivre, vers le N.-W., de l'embouchure del'Adler 
Creelv (fig. 1), à liollister, au S.-E., sur une lon- 
gueur de 600 kilomètres; au Nord, cette faille se 
continue, probiiblement au fond du Pacifique, jus- 
qu'à Eurêka. Selon les recherches des géologues 
des Etats-Unis, Cilbert, Branner et Lawson, le mou- 
vement du sol se manifesta par un glissement 
h(u-izonlal le long d'une surface de dislocation 
pres(|ue verticale de l'écorce terrestre; sur le boni 
oriental de cette faille, le sol se déplaça d'une 
quantité variant de 2 à 7 mètres dans la direction 
du Sud-Ouesl, eu même temps que des affaisse- 



20 SIEBERG — L'INSCRIPTION INSTRUMENTALE DES SËISMES ET L\ PHYSIQUE DU GLOBE 



inents, allant jusqu'à 1 inètre, afTeclaient celle 
même bande de terrain. Par suite de ce mouve- 
ment, il S3 produisit dans le sol un sillon qui, à 
la suite d'un efl'et produisant comme un déchi- 
rement du sol ou cisaillement, se trouva coupé 
par de nombreuses déchirures transversales; le 
phénomène fut particulièrement visible à la tra- 
versée de routes, de digues ou talus, de clôtures, 
dont les tronçons semblaient avoir été déplacés en 
sens contraire. La dislocation coupa et déchira les 
conduites d'eau et de gaz et les circuits électriques 
de San Francisco, ce qui aggrava considérablement 
la catastrophe. Alors que les conduites d'eau se 
vidèrent immédiatement, les court-circuits élec- 
triques et le gaz enflammé s'échappant des tuyaux 
de conduite allumèrent de toutes parts les incen- 
dies, dès lors impossibles à combat Ire. 



II 



Partant de considérations analogues à celles qui 
viennent d'être énoncées, H. Iloernes' établit en 
1878 son système de classification des Ireuible- 
ments de terre en trois catégories : séisincs \nlcn- 
iiiques, séismes i^elTundrcnicnl et séismes de dis- 
location. On pouvait croire alors posséder ainsi, 
quant à la question des causes efficientes, une solu- 
tion satisfaisante, et, \\tnw rê|ioque, concluante. 
Toutefois, il était, à ce riionieut même, impossilile 
de ne pas reconnaître que celte distinction ne rej»!- 
sait, en somme, ([uo sur les signes visibles directe- 
ment; en iMiliT, le moyen de classification n'était 
rien moins que i'igourcu.\. Les circonstances les 
plus simples se présentent dans le cas des f;t'isuirs 
d'ctrondt'ciiionl locaux, c'est-à-dire à aire peu éten- 
due, et, diins ce cas même, on ne ])eul nier que des 
causes d'ordi'e lecloniipie soient de nature à provo- 
ipiei' rrn'(iu(ln'iii('iil (le cavités souterraines. Les 
(lillii-iillês (rinlci-|in'l,ilii)n sont déjà plus nom ■ 
lu-. 'lises >i l'un cdiisiilei-e les tremblements d'ori- 
gine volcinique, qui Sont, du reste, mieux caracté- 
risés par l'expression de séismes d'explosion, 
provoqués par le choc du magma pâteux contre 
une paroi solide. Par là s'explique le fait de la plus 
grande intensité au début de l'éruption, et sa dimi- 
nution lorsque la communication extérieure devient 
libre. Les données j)ositives dont nous pouvons 
disposer se bornent à cette constalatimi, alors que 
la questiim principale consisterait à déterminer la 
cause des mouvements et é|)an<'liementsde matières 
fluides qui provoquent ces ti'euiblements de terre. 
Faut-il la rap])iirl t à une dil.ilalioii du magma 
pâteux arrivé à nue ceilaine |iliase de refroidisse- 



' K. IIijMi.NKS : Enilicl)en-Shi(lieii. ,l:ilnl,iicli <lrr K. K. 
GmJujisclicn /.ciclisunstnll, 1878, 1. X.WlIt, Ikiml. 3. Hi'll. 



ment, ou bien la chercher dans des phénomènes 
tectoniques dont l'effet serait de diminuer la capa- 
cité de la poche qui le contient? Il y a de fortes pro- 
babilités pour admettre que les deux causes agissent 
concurremment. 

Yenons-en aux tremblements de terre tcrlonii/ucs. 
Nous savons, il est vrai, par expérience, que, 
en général, les régions dites régions à tremble- 
ments de terre sont liées, en premier lieu, aux 
régions' à plissements montagneux, surtout celles 
de date récente, et conséquemment à la direction 
des géosynclinaux ; elles sont plus rarement liées aux 
bords des blocs de terrains coupés par des failles. 
On ne peut cependant pas toujours suivre jusqu'à 
son origine une fente ou une crevasse qui, résultant 
d'un déplacement subit, peut tout aussi bien être la 
conséquence d'un plissement que d'une rupture: 
elle peut aussi n'intéresser qu'une partie faible de 
l'écorce terrestre. Mais cette objection n'est pas 
d'une très grande valeur, car nos connaissances 
nous permettent d'admettre l'hypothèse qu'une 
dislocation qui se serait produite dans les profon- 
deurs de la Terre ne s'étendrait pas sous forme de 
fente jusqu'à sa surface, parce que la roche com- 
pacte occupe un moindre volume qu'à l'état détri- 
tique. Les relevés géologiques et les travaux histo- 
riques faits en Calabre par W. II. Ilobbs", peu de 
temps après la catastrophe sismiqne du 8 sep- 
tembre I'JOj, semblent, en effet, confirmer l'opi- 
nion qu'il s'était formée précédemment déjà : c'est 
que les fentes sisiniqucs, cachées sous la surface 
rocheuse d^ la Terre, peuvent être déterminées 
sûrement par l'orientation de la zone de perturba- 
tion. Les régions où les ébranlements sismiques 
sont les plus violents se trouveraient toujours, 
d'après ce cpii a été dit, perpendiculairement 
au-dessus du point d'intersection des lignes sismo- 
tectouiques. Mais, si une crevasse sismique, même 
visible, est de telle nature qu'elle n'ait pas été pro- 
duite par un décollement de matières détritiques 
sur des surfaces inclinées de roche compacte, ou 
par des tassements de terrains meubles produits 
par l'ébranlement sismique, mais qu'elle soit l'em- 
preinte topographique d'une faille réelle, se conti- 
nuant vers l'intérieur de la Terre, cette crevasse 
est-elle sûrement la cause d'un tremblement de 
terre ? Ou Lien le tremblement de terre et la faille 
sont-ils peut-être des conséquences simultanées 
d'une seule et même cause provenant d'une oriijine 
plus jirofondi\ et ipii ne serait pas ideiitit/uc avec 

' Voir l'ouvrage, jusqu'ici uni((ue en son genre, de F. de 
MoxTESSus DE Balloiie : Les Tremblements de terre. Oru- 
ijraiituo snismologiqiio.. Paris, 1906. 

' W. II. IloiiBS : On some Principles of Seismic Geology, 
iiiiisi ([ue : Tlie Geotectoiiie ami geodynamic Aspects ol 
Calaliriri .ind norlheastern Sicily, vid. Vlil, p. 219 fl'., 293 11'. 
V(pii I n-i-himln llcitni'jcn mir GeujiJiyiijl<. 



SIEBERG - L'IXSCrUPTION INSTRUMENTALE DES SEiSMES ET L\ PIIYSIOIE DU (iLOBE \n 



celle do lu for mut iuii des uioiilaf/iies :'En cIlVl, Siiess 
iulmel que les processus compliqués, taul Iccloui- 
([ues qu'orogéniques, ne s'étendent probablement 
([Lie jusqu'à une profondeur relativement l'aiijle, de 
sorte qu'une distance verticale de 10 kilomètres 
jiour le foyer sismique lui semble être une éva- 
luation ' trop élevée au point de vue géologique. 

Déjà, en 1897, à l'occasion du Xll° Congrès des 
Géographes allemands à léna, G. Gerland s'est pro- 
niincé pour celte interprétation, avec de bonnes 
preuves à l'appui, et nombre de géophysiciens bien 
(•(iiiiius ont accepté cette manière de voir, en y 
ap|iiirlant toutefois certaines modifications. 

L'opinion de G. Gerland peut s'exprimer ainsi : 
i< Tous les phénomènes que nous remaripions 
Icirs d'un tremblement de terre sont les consé- 
([uences élastiques d'un choc violent, toujours loca- 
lement limité (puncliforme), venant d'en bas, ou 
d'une succession de chocs semblables. Ces chocs 
sismiques ne se développent pas dans l'écorce ter- 
restre; ils sont plutôt la conséquence de phéno- 
mènes dont l'origine est dans les profondeurs de la 
Terre. Mais y a-t-il dans ces profondeurs des sources 
de force assez puissantes pour produire de tels 
efl'ets? Certainement. Les masses gazeuses de l'in- 
térieur de la Terre, se trouvant sous une très forte 
pression, pénètrent continuellement dans l'écorce, 
en passant naturellement de l'état liquide à l'état 
solide. Mais le passage de rêlal gazeux à l'élal 
liquide est souvent accompagné de violentes explo- 
sions, telles que celles produites par la combi- 
naison subite de l'hydrogène et de l'oxygène en 
eau. Il y a d'énormes quantités de vapeur d'eau 
dans l'intérieur de la Terre qui ne peuvent se 
former que dans la zone extérieure du milieu 
gazeux. Là, celle transformation se produit sou- 
vent en grande quantité, et avec une extrême 
violence. A cette occasion, je citerai aussi Zoep- 
pritz, qui a également admis la formation d'explo- 
sions dans ces zones de transition. Je voudrais 
rappurlcr la majeure partie des secousses sis- 
miques à ces phénomènes et à d'autres qui leur 
ressemblent; il en existe probablement encore de 
bien divers, même si, quant à Teiïet, ils sont les 
mêmes; c'est là sans doute qu'est la source princi- 
pale do la force sismique. Si ces forces sont plus 
particulièrement actives près des grandes lignes de 
rupture de l'écorce terrestre, ce n'est pas à cant-e 
des nombreux éboulements qui s'y produisent 
(Milne compte 8.331 tremblements de terre pour 
le Japon seul dans l'espace de huit ans), mais 
parce que, à cause de la pression qui se trouve 

' Depuis l'époque où Suess émettait celle opinion, les 
profîi'ès (le la Sismologie ont permis de déterminer ces pro- 
Inndeurs avec un degré de certitude telle que des •< estima- 
lions i> de ce genre ne sont plus guère de mise. 



amoindrie à l'endroit de cette rupture et à cause du 
refroidissement, les explosions, qui forcément ont 
lieu dans l'intérieur de la Terre, s'y produisent très 
facilement. Le sol est plus dense au fond de la mer 
que sur la terre ferme, parce qu'il se trouve sous 
une pression plus forte occasionnée par des masses 
d'eau superposées et sous une température moins 
élevée; là, les conditions lecloniiiiies sont beaucoup 
moins variables, plus stables, jihis égales que sur 
la terre ferme; si donc nous acceptons l'interprô- 
lation tectonique des tremblements de terre, nous 
ne devons pas nous altendre à voir se produire des 
perturbations sismiques au fond de la mer. Et 
cependant les tremblements de terre sous marins 
sont très fréquents et très répandus. Mais, quoique 
très nombreux dans l'espace, ils sont très circons- 
crits, je dirais ponctuellement circonscrits, quant 
à leur étendue. D'autre part, le fond de la mer est 
plus près de l'intérieur de la Terre que la surface 
de la terre ferme; de plus, la masse compacte est 
un agent transmetteur plus rapide et plus sur; il 
n'est donc pas étonnant que le nombre des trem- 
blements de terre sous-marins soit si grand et qu'ils 
soient si répandus sur la surface de la Terre. » 



III 



Quoiqu'on n'en ait guère tenu compte, les expé- 
riences faites en ces dernières années par G. Tam- 
mann ' sur les fusions appuient puissamment la 
manière de voir de Gerland. A. Johnsen ' applique 
le résultat des expériences de Tammann au volca- 
nisme et touche à peine les séismes. Ci-après, j'es- 
saie de déduire des résultats obtenus par Tam- 
mann les plus importantes forces lelluriques dans 
leurs effets divers; les résultats sismométriques 
obtenus dans ces derniers temps, et dont il a été 
question précédemment, me guideront dans ce tra- 
vail. Des expériences irréfutables sont la base de 
ridée qui va être développée, et le résultat s'accorde 
avec beaucoup d'autres opinions bien fondées et 
précédemment émises, mais qui juscpi ici sont res- 
tées isolées. La discussion ultérieure me semble 
par là reposer sur un fondement ferme et sûr, si 
même elle change peut-être un jour qui'li[ucs détails 
de cette communication provisoire. 

Tammann a observé expérimentalement la rela- 

' G. Tamjianx : Krislallisieren und Schmelzen. Ein Beilrag 
zur Lehre der Aenderungen des Aggregatzustandes. (Voir 
surtout p. 481-184.) Leipzig, 1903. 

In. : L'eber die .\enderungen des Aggregatzusiandes bei 
der Abkûhlung eines Weltkorpers. l"' Bd., 2« Lieferung, 
S. 321-328 der Verbaudiungen der Pi-nii:inciilfn ScismiF- 
clien Komniission der Kniserl. Alm .'iniic der W'issen- 
schaClcti. St. Petersburg, 1903. 

» A. JoiiNSEN : Tammann's SchmeIzversuche und die mo- 
dernen Vulkanhypothesen. Nvliuwisy, ncliaftliclir Rund- 
sch.iii. 1906. S. 185-187. 



12-2 SIEBEIJG — LINSClilPTIOX INSTKUMR.NTALE DES SÉISMES ET Lr\ PHYSIQUE 1)1' (ilJiliE 



•Sa 



M, 



Tempérarure 
>■ 



tion du poini de J'iision d'une série de subslaiices 
cristallisées, de coniposilion constante, avec la 
pression, pour des températures comprises entre 
— 80° el + 2U0", et des ])ressions allant jusqu'à 
près de 10.000 atmosphères. Les résultats uni èlè 
traduits par des graphiques en fonction des deux 
variables. La courbe ipii en résulte (voir figure 2), 
dite » coiir/io do fiiKilnlitr », montre une particu- 
larité extrêmement remarquable et inattendue. 

Pour des substances qui fondent à des pressions 
peu éleA'ées en augmentant de volume, le point de 
ïusion augmentant avec la pression, celle courbe 
de fusibilité oll're un point maximum M,, à partir 
duquel, la pression augmentant, le point de fusion 
s'abaisse, ce qui revient à dire que l'augmentation 
delà pression, qui provoque un rebroussement de la 
température de fusion, est accompagnée de dilata- 
tions graduellemeni th' croissantes. A la tempéra- 
ture maxima, la dilata- 
tion est nulle: elle passe 
à des valeurs négatives 
si la pression augmente 
encore. 11 en résulte que 
le corps à l'état solide, 
pour ces pressions su- 
périeures, aura un vo- 
lume plus grand qu'à 
l'étal liquide, donc un 
poids spécilique plus fai- 
ble. Nous savons que 
cette particularité se 
présente, au\ |Hessions ordinaires, pour certaines 
substances, telles que la glace et le bismuth. Les 
observations de Tammann font rentrer ces sub- 
stances à dilatation anormale dans une règle géné- 
rale, car il suffit de considérer que, pour les pres- 
sions ordinaires de noire atmosphère, leur point 
de fusion se trouve déjà sur la branche dégressive 
de la courbe de fusibilité. Par des conclusions 
analogues, Tammann a appliqué les expériences 
qu'il a faites sur les courbes de transformation, 
comme celles, par exem|)le, de deux espèces de 
glaces polymorphes, aux courbes de fusibilité, et 
il est arrivé au résultat fiuc voici : Si l'on suit la 
liranche dégressive d'une courbe de fusibilité jus- 
qu'à des pressions plus élevées et (h's lenqiéralures 
|ilas bas.ses, la [H'Cs.^iou di' fusion pcul diniiiniiT 
à une température qui diminue égalemciil à pailir 
d'un point précis M,. Par conséqnenl, le pniiil de 
i-ebroussement M,_, n'csL pas coiTèlalil' d un maxi- 
mum de la IsmpéraluiT di' lusiiui, mais il un 
m;iximum de pression cl, a |i;ii-lir de ce niiuncul, 
le corps en fusion dégage ilc la clialciir. 

Considérons mainteuaul les lails (pii si' pid- 
duiscntlors du rol'ruidiasciiicnl il'iui l'orps eu l'-'ul 
(lu /'iisioii, tel que notre Tci-it, cl, poui' commencer. 



Fig. 2. — Courbe de fusibi- 
lité avec les poiiils de rc- 
hroufifcmcnl M, et Mo. 



voyons ce qui a lieu dans le c;is le jilus simple, 
celui d'une masse chimiquement homogène en 
fusion. Parmi les ditTérentes hyppthèses pouvani 
être prises en considération, Tammann considère 
comme la plus vraisemblable celle qui admel 
qu'une .égalisation de température constante cl 
rapide est produite par les courants de convection. 
C'est alors que la solidification commence dans 
une zone moyenne, où la pression des couches en 
fusion qui la recouvrent correspond exactement à 
la pression afférente à la température de fusion 
maximum. Cette zone de cristallisation qui enve- 
lopjie la Terre à une faible profondeur s'étend vers 
la région des pressions inférieures, aussi bien ([ue 
vers celle des pressions supérieures ; vers l'exté- 
rieur, elle se propage plus vite, en provoquant une 
augmentation de volume, et, réciproquement, sa 
marche plus lente vers l'intérieur est accompagnée 
de contraction. D'ailleurs, des considérations pure- 
ment mathématiques concernant ce même sujet 
ont amené, en 189i, H. Ilergesell' à, un résultat 
identique, c'est-à-dire que l'écorce terrestre se 
divise en deux enveloppes, en deux zones concen- 
Iricfues, dont la première, extérieure, est soumise 
à des tensions superficielles, tandis que l'autre, 
inférieure, est le siège de pressions élevées. Mais, 
ainsi que nous le savons, la matière ignée n'est pas 
homogène. A partir de la zone de cristallisation 
primaire, et dans les deux sens, elle fournil des 
produits de solidification différents entre eux. 
L'analyse de certaines masses pierreuses éruptives 
a prouvé que, dans une même région éruplive, 
les coulées volcaniques qui diffèrent momentané- 
ment accusant des différences chimiques et pétro- 
graphi(pies, de sorte que le magma basique se 
transforme graduellement en magma acide; car les 
éléments les moins solubles, les silicates basiques, 
se répandent, selon les lois de la pression osmo- 
tique, sur la surface qui se refroidit et ils s'y con- 
centrent, tandis que, vers l'intérieur, l'acide sili- 
cique el les alcalis augmentenl. Par des procédés 
analogues, il se forme, dans l'inlérieur du globe 
terrestre, quantité d'enveloppes de cristallisation 
qui, extérieurement el intérieurement, s'attachent 
et s'engrènent, de façon à ce qu'il se forme entre 
elles des agglomérations de minéraux en fusion. A 
liilaiiis moments, la cristallisation, en augmentaul 
i de viilume, fait éclater les segments sphèriques déjà 
cristallisés, el la pression y fait mcuiler une parlic 
des liquides. 

Appli(|uons maintenant celle manière de voir 
aux résultais des recherches faites de nos jiuns sur 
la vulcanologie et la sismologie. 

' II. lli:iiuK,-K],i, : Dit' Alilcûlilung (Ipr Ki'ilc und ilii> grliivgs- 
liildi'iiilcii KWifto. Ocrlands liiiilva,if /ur (iruphysik 11" 
l!(l.. S, i;iS ir.: Stuttgart, 18iH. 



sikiîkim; 



L'INSCIUiniON I.NSTlJrMI'lNTAIJ': DKS SI':iSMKS KT LA rilYSIOnn: DU (il.Olil-; 123 



D'aprrs les sisniof^ciiniaos ohliMUis, nous avons 
VII i|ii(' \'i'corcc /rrrrslrc suporticiGlIopossdde 1res 
jirdlnililciiirnl Jinii/'i';) 1 '20 il II m von / erres/ rc, 
l'CsI-à-ilirc jiis(|ir;'i ciivirnn '.\if) kilonirlrcs de 
pi'oroii(l(Mii-, (les |iro|)riélés li-ès (MiMcIrrisliques. 
Je MMiili-,-iis (■iiii>i(li''rer sa hase coniiiie la ceinture 
|iriiiiaire de ei-iskdlisalion el ideiitilier la eouche 
loiil eiilière avec la eiinijnire yl'unxcrdecke)* de 
Slùhel, avec ses dépols pierreux sédimenlaires et 
métamorphiques, bien que Stiibel s'en soit repré- 
senlé la formation un peu difTéremment. A l'époque 
;;éologique actuelle, toute la couche est déjà cristal- 
line, excepté certaines masses relativement peu 
nombreuses, las foyei's volcaniques périp/iériqaes, 
(|ui, par suite de l'expansion du magma à certaines 
liliases du refroidisfemeni, peuvent devenir érup- 
lives ; elles peuvent naturellement le devenir aussi 
par les efTets de compression provo([Liés |iar le 
mouvement des blocs. 

La pai-lie inférieure de la carapace est probable- 
ment, comme on le verra plus tard, dans un état plas- 
li(pie. L'énergie sismique est produite par le frotte- 
ment de masses rocheuses rugueuses ; les foyers 
sismiques les plus jjrofonds représentent la limite 
supérieure de la zone de plasticité et la masse 
rocheuse rigide n'aura, en conséquence, pas moins 
de 21)0 kilomètres de profondeur. Cette constatation 
est de la plus grande importance quant à la confor- 
mation du globe terrestre. 

La contraction de la carapace prédominait pen- 
dant que la cristallisation s'opérait. Je ne voudrais 
pas cependant, comme on le fait d'habitude, 
considérer cette contraction comme cause décisive 
de la furniiilion des montagnes' . Je suis plutôt 
disposé à attribuer le rôle principal aux e.yplosions 
périodiques de cristallisation, car l'augmentation 
de volume qui en est la conséquence doit forcé- 
ment avoir produit des forces de translation très 
considérables, iiui ont énergiquement refoulé les 
couches sédimentaires, les ont dépliées el les ont 
répandues au loin sur les terrains rigides restés 
libres el qui faisaient obstacle. Ainsi s'expliquent 
aussi les aies extérieurs convexes des chaînes 
plissées, leur irruption dans les zones convexes 
iiilérieures el le débordement plus ou moins 
aliiuidani du iriagiua |inr les lissures. Comme 
pi-e(i\(' à l'appui (le rrl le manière de vnii-. Je citerai 
le l'ail liiiMi Cdiinu que les plus niimlireux plisse- 



' A. SniuEL : Kiu Wui'l OIjit deu Sil/. dei' viilkaiiisclii'ii 
l\i;il'li' (li'i- Gegenwarl. Millcilnnrj ans (loin Miiscum liir 
Vulkri-liunih; in l.nipziq. Ahloiliiiiii lïii' Lnnilurkuiiih'. Mil 1 
I''arl)entiifeK T^eipzig, 1001. 

- .le me rappelle à cette ocrasloii qui', au cominencemeiil 
lie Tannée 19.i3, A. Stûbel insi<;|a dans une lettre qu'il 
m'adressa à cette époque, sur le fait (|ue, selon lui, la cause 
de la formation des montagnes réside dans des transforma- 
tiiins morphologiques des roches. 



menis de nuuilagne et les plus nond)reuses érup- 
lious volcaniques sont liés à des périodes géololo- 
gii]u;s très éloignées les unes des autres, l'époque 
carbonifère et répo(]ue tertaire. Sous les vieux blocs 
de (erre rigide qui n'ont plus subi de plissements 
depuis les époques les plus reculées el qui soni 
aussi absolument au repos sous le rapport sisuiique, 
la cristallisation devrait depuis huiglemps s'èlre 
ellectuée. Cela n'empêche pas qu(!, dans des circons- 
tances favorables, ces blocs s'afl'aissèrent par suite 
de la contraction el occasionnèrent les grandes 
Iriinsgressions miirilinies, telles qu'elles se produi- 
sirent en grande quantitéàl'époque crétacée surtout, 
el formèrent ainsi les grands bassins des océans. 
Il faut naturellement se demander pourquoi la 
foi'malion des montagnes a été limitée à des zones 
étroites et allongées qui, dans le cours des épo((ues 
géologiques, avancèrent peu à peu. Pour le moment, 
il serait sans doute impossible de répondre à celle 
question d'une façon satisfaisante. 

C'est surtout à l'époque géologique acluelle qu'il 
ne saurait, en général, plus être question de con- 
traction, parce que la carapace est probablement 
déjà cristalline, abstraction faite évidemment des 
foyers périphériques relativement peu nombreux. 
Cependant, le changement de l'état d'agrégation 
n'est pas encore terminé, parce que, par suite du 
refroidissement, beaucoup de matières subissent 
encore d'autres transformations en cristaux poly- 
morphes'. Selon les circonstances, cette transfor- 
mation s'opère lentement, et c'est d'elle que dépend 
alors le jilii'jioniène do la formation des montaijnes, 
ainsi que Jes soulèvements sik-nlaires et, indirec- 
tement aussi, les alTaissements du niveau terrestre 
qui produisent des tensions avec des apparences 
de tremblements de terre. Ou bien la transforma- 
tion se produit par un changement de pression 
suLit, qui sera également ressenti sous forme de 
secousse sismique; évidemment des dislocations en 
sont fréquemment la conséquence. Les tremble- 
ments de terre de la première espèce, qui sont 
comme des conséquences immédiates du mouve- 
ment du sol occasionné par les phénomènes qui 
président ù la formation des montagnes, sont donc 
de nature « purement tectonique ». 

Par contre, en ce qui concerne les treinhlcments 
de terre de In seconde espèce, ri'siill.int des pro- 
cessus intralclluriques de cristallisaliuii. le dégage- 
ment de l'ihiergie sismique, e\'sl-ii-;lire le choc, 
est la cause première qui provoque un mouvement 
des lihic:: plus ou moins étendu, h'ii conséquence, 
on pou n ail, dans ce cas, p)arler do treinhlcments 
de terre <■ cuyptovolcaniques ». 



' On parle de cristaux polymorplirs, l(irsi[ne deux ou plus 
de deux e'<pè,-es de cri^lanN d.., ni d.'- l'ii-ioii-; ideii- 



124 SIEBERG - L'INSCRIPTION INSTRUMENTALE DES SÉISMES ET LA PHYSIQUE DU GLOBE 



Si, malgré cela, je ne puis être de l'opinion de 
quelques savants en ce qui concerne les tremble- 
ments de terre >< cryplovolcaniques », c'est que, 
dans la prati(iue, il serait, à vrai dire, impossible 
de faire entrer n'importe quel tremblement de terre 
dans cette catégorie. 

Inutile de nous arrcMer aux tremblements de 
terre d'explosion et d'elTondrement dont la cause 
s'explique d'elle-même. 

Pendant que je revoyais les épreuves de ma pre- 
mière étude' sur ce sujet, j'ai pu me procurer, grâce 
à l'amabilité de la K. K. Geologische Reichsanstalt 
de Vienne, deux ouvrages tout récents sur la 
formation des montagnes par 0. Ampferer' et 
L. Waagen". C'est avec la plus vive satisfaction que 
j'ai pu me convaincre que Ampferer, se basant sur 
des observations toutes géologiques, est arrivé à 
une conception absolument concordante en principe 
avec la mienne sur le mécanisme de la formation des 
montagnes. Par une voie nouvelle, que depuis une 
dizaine d'années il a incessamment suivie, Ampferer 
cherche à arriver à une nouvelle interprétation et à 
un nouveau critérium de la cause des plissements 
des montagnes. En se basant sur des recherches 
concernant la densité de la zone terrestre supérieure, 
il tient compte de la transmission des pressions 
latérales dans un cercle terrestre libre, et les 
résultats obtenus sont appliqués à l'écorce terrestre 
tout entière. Tandis que, dans ce cas, la zone des 
plissements est considérée comme un tout, un 
ensemble, le but de la seconde partie des recher- 
ches est de jeter un coup d'oMl dans l'anatomie des 
diverses espèces de plissements. 

Pour nous, le résultat le plus important se 
résume à peu près ainsi : Quoique, dans certains 
cas, les différentes hypothèses connues concernant 
la formation des montagnes ne puissent être reje- 
tées, aucune d'elles ne peut toutefois être généra- 
lisée pour l'ensemble des phénomènes et appliquée 
indistinctement à tous les cas géologiques. On n'a 
jamais pu expliquer par des mouvements géné- 
raux la formation des montagnes. Les montagnes 
à plissements ne sonl cerlaiuemeni pas le résultat 



tiques; du reste, presque Idules les matières crislalliseiit 
d'une faeon polyrnoriilie. 

' .^. SiEBEiio : Die Nalur lier Erclbebcn mid die moderne 
Seisiiiologie. Naturnif^scnscliufllicho Wm-hcinrlinl'l. Neue 
Kolge, VI"- Band, n»» JiO iind îil, 1907. 

' (). AMrrcnEii : L'eber (las Uewegun^sbild von Faltenge- 
liirgeii. .l/iliihoili ijrr K. K (JooIdij. /U'iciifarjtl iII, lflU6. 
Ikl. LVI. S. ;i:;fM:22. Wlen, 1906. 

' L. Waaokn : Wie entstelien Meeresbceken nml Gcbirf.'e. 
Vcrliamlliiniifn ilor K. K. Ocnlor/. Ilficlisrin^lnli. 19U7, S. 
tl!»-121. Wien, 1907. Dans cet ouvrage, la cause principale 
(le la formation des montagnes est attribuée à l'atTaisse- 
nienl des lerrrs pin' opposition à la poussée tangenlielle. 



de mouvements toujours identiques; un très grand 
nombre de mouvements fort divers sont, au con- 
traire, en jeu : une alternance de mouvements tels 
que des soulèvements, des afTaissements, des pou.s- 
sées, des glissements, des plissements, des fluctua- 
tions, des tiraillements et des pressions, des pro- 
ductions de magma et des effondrements. C'est une 
chose très importante que nous soyons arrivés à 
savoir que les cordes à plissement de la Terre ne 
sont pas des zones de moindre importance, mais 
qu'elles doivent être considérées comme des Landes 
produites par des forces provenant d'elles-mêmes. 
Comme, dans bien des cas, la cause de leur forma- 
tion ne se trouve ni dans le milieu voisin, ni dans 
leur masse propre, il faut donc qu'e//e provienne 
du transformations indépendantes venant des pro- 
fondeurs du sol, de changements, de transforma- 
tions de nature physique et chimique. Ces change- 
ments dans les profondeurs de la Terre occa- 
sionnent des mouvements qui se transmettent à la 
pellicule terrestre et provoquent à la surface des 
affaissements, des effondrements, des zones de plis- 
sements ou de superposition, des éruptions, des 
rehaussements ou des affaissements séculaires, 
selon leur développement momentané et selon les 
matériaux. De pareils mouvements se produisent 
surtout facilement parce que, à cause de la dilata- 
tion et delà condensation, le surplus ou la diminu- 
tion dans la variation du volume se ])roduit plus 
facilement verticalement par la concentration de 
l'effet cubique en effet linéaire, et se trouve ainsi 
fortement renforcé. Ce qui décide de Yemphicement 
d'une formation de montagne, c'est simplement le 
caractère, la nature spéciale du sol soutci'rain; les 
matières qui servent à cette formation ont une 
grande influence sur le détail de ces formations, 
sur l'architecture. 

La croûte planétaire rigide de Stûhel, dans 
laquelle la cristallisation est déjà arrivée jusqu'à 
1/3 du rayon terrestre, c'est-à-dire à I..jOO kilo- 
mètres, est, selon moi, l'enveloppe sphérique, sépa- 
rée de l'écorce solide de la Terre, qui se trouve sous 
la carapace. Cette enveloppe renferme également 
des agglomérations de magma, mais surtout, sinon 
exclusivement, dans ses parties inférieures. Comme, 
dans ce cas, le volume augmente par l'eflet de la 
cristallisation, les enveloppes déjà cristallisées 
éclatent naturellement. Malgré cela, nous pouvons 
ressentir cet éclatement comme un choc sismique, 
parce que, vu la fusion et la tem|)érnture' de ces 
proronile:M>', les matières erislallines restent à 



' Si nous prenons le poids moyen spécifique du nianle.in 
de pierre égal à 3. on trouve que des pressions de luO.OOO 
et de WO.OOO atnmsphères correspondent respectivement à 
la limite supérieure et à la limite inférieure de la croûte 
planétaire rigide. 



SIEBERG — L'INSCRIPTION INSTRUMENTALE DES SÉISMES ET LA PHYSIQUE DU GLOBE 125 



li'lat de masses plasti(|ues, de sorte qu'il ne saii- 
lail être question de déplacements et d'oscillations 
à courtes périodes. C'est pour le même motif ((u'il 
faut rejeter la manière de voir de Johnsen, (pii dil 
(|ne de nouveaux aliments peuvent être amenés au 
Idver périphérique par suite de pareilles éruptions 
iiilratelluri([ues qui sont la conséquence d'explo- 
sions se produisant momentanément, car, dans ces 
masses plastiques, cohérentes, il ne peut exister de 
IVnles et de cavités. 

Viendrait alors, comme noyau de la terre, après 
mil' transition subite de conformation, un foyer 
central très volumineux et très chaud, d'un rayon 
égal aux 4/5 du rayon de la terre, en chiffres ronds. 
No nous occupons pas, pour le moment, de sa con- 
foi'iualion. 

V 

M. le Professeur Tammann, de Giittingen, à qui 
j'ai communii[ué ma manière de voir telle que je 
viens de la développer, a eu l'amabilité de m'expo- 
ser ses vues personnelles sur la dynamique des 
tremblements de terre, d'une façon plus détaillée 
que cela n'avait été fait jusqu'ici, et je lui en 
exprime ici même tous mes remerciements. C'est 
avec sa permission que je les rends textuellement : 

« Les points de départ des ébranlements que l'on 
a observés ne sont pas à plus de 200 kilomètres de 
profondeur; tout est probablement cristallin dans 
ces profondeurs, excepté quelques amas volca- 
niques, dont une partie sous forme de cristallisa- 
tion absolument stable, l'autre partie en des amas 
ou agglomérations qui ne sont peut-être pas très 
étendus, sous forme de cristallisation pas absolu- 
ment stable. 

u 1° Ces formes, quoi(iue n'étant pas absolument 
stables, peuvent se trouver dans un état de cristal- 
lisation stable à une température au-dessous de 
celle de leur diagramme de transformation, sans 
qu'il soit nécessaire qu'une transformation se pro- 
duise. Cette transformation ne commence jamais à 
se produire sur tous les points à la fois, mais tou- 
jours sur un petit nombre de points isolés, souvent 
sur un seul point. A partir de là, elle peut alors 
s'étendre très rapidement. 

« On ne sait pas comment cette rapidité, qui, 
dans certains cas, a pu être mesurée, change avec la 
pression; elle pourrait bien augmenter avec une 
augmentation de pression. 

« La conséquence d'une transformation subite 
sera toujours un c/joe, produit de la transformation 
suliile et rapide occasionnée soit par la dislocation, 
soit par la condensation. Car, sous les hautes pres- 
sions, les matièVes deviennent plus plastiques, 
même <i l'état cristallin, ainsi que j'ai pu le con- 
stater en mesurant la vitesse d'épanchement. A 



1.000° et sous quelques 10. ()()() atmosphères, aucune 
matière ne peut renfermer de creux, même jtendant 
un seul instant. 

Il Lors de la transformation siionlanèe d'espèces 
cristallines instables, un choc se fait sentir quand 
elles sont sous de fortes pressions. Par l'expérience 
suivante, on pourra voir quelles forces puissantes 
entrent en jeu pour produire ces cbocs. Ayant 
réduit du phénol, à la température de 150", en sa 
variété cristalline dense, par une pression de 
3.000 atmosphères, celle-ci fut ramenée à 600 kilogs 
par centimètre carré, ce qui provoqua la transfor- 
mation instantanée de cette variété dense en l'autre 
moins dense. L'aiguille du manomètre bondit à 
1.800 kilogs par centimètre carré, qui représente la 
tension d'équilibre, pour la température de 30°, 
entre les deux variétés cristallines. Le cylindre 
d'acier qui contenait le phénol (environ 40 centi- 
mètres cubes) manifesta une trépidation si intense 
que je n'ai plus osé réitérer l'expérience dans ces 
conditions : c'est-à-dire que j'opérai par la suite en 
ne laissant tomber la pression que de 2 à 300 atmo- 
sphères au-dessous de la pression d'équilibre pour 
provoquer la transformation de la variété cristal- 
line dense; elle se produit alors plus lentement. On 
voit qu'il est possible de produire des pliénomènes 
tout analogues à un tremblement de terre par des 
transformations moléculaires spontanées. 

« En opposition avec cette interprétation attri- 
buant certains tremblements de terre à des trans- 
formations spontanées, on pourrait dire que d?s 
espèces cristallines instables n'ont pu se maintenir 
dans cet état pendant des périodes géologiques 
entières. Mais les expériences qui ont été faites 
écartent cette objection, car la gadolinite, l'arago- 
nite, le diamant, le spodumène, etc., ne sont pas 
des cristallisations instables qui prennent une 
forme plus stable au contact de la chaleur, et ce- 
pendant des formes instables se maintiennent à une 
pression ordinaire pendant de longues périodes. 

« 2° Les espèces cristallines à stabilité absolue 
peuvent perdre cette stabilité lorsque la tempé- 
rature ou la pression à laquelle elles sont soumises 
viennent à changer. Si donc une masse cristalline 
en état d'équilibre stable vient à être placée dans 
un milieu où cet équilibre n'est plus stable, la for- 
mation de la variété cristalline atTérente aux condi- 
tions de ce milieu pourra être accompagnée d'une 
absorption de chaleur, mais ce n'est pas nécessaire. 
Dans le premier cas, les conséquences de la tran.s- 
formation seront celles qui viennent d'être décrites. 
Mais, dans le second cas, les conséquences seront 
un peu diflërentes. Pour commencer, le début de 
la transformation ne sera pas marqué par quelques 
chocs très violents, mais des ébranlements se feront 
sentir à de courts intervalles, selon les change- 



126 SIEBEIU; — L'INSCRIPTION INSTIUMRNTAI.K OHS SIÎISMES lîT lA l'HVSlOIE DU (iLOliK 



menls du volume et do la tension. Lors de la Iraiis- 
formation, l'nugnienlation de volume pour une 
unité de temps ne dépend que de l'afflux de cha- 
leur. En ce qui couferne leur élal, les deux formes 
de cristallisation se trouvent sur le même point de 
la courbe d'équilibre. La présence ou l'absence de 
la chaleur occasionne des changements de volume, 
de pression, de température, d'où le système passe 
à un autre point de la courbe d'équilibre. Cela 
amène, en général, de nouveau des dilTérences de 
volume de la masse cristalline. 

i< De violents Iremblemenls de terre isolés, ve- 
imiil de tjrandes profondeurs, sont doue une consé- 
quenee de transformations spontanées. 

<i Mais de faibles ébranlements plus fréquents, de 
plus ijrande étendue et qui se répètent fréquemment 
à de longs intervalles doivent être allrihués à des 
transformations de matières se trouvant ii fétat 
de la courbe d'équilibre. » 

Reste encore à savoir si les matières dont la 
Terre, selon toute probabilité, est composée jusqu'à 
une profondeur de 200 kilomètres ont des courbes 
de transformation qui séparent les compartiments 
de différentes formes cristallines. Le quartz a, pour 
commencer, un point de transformation à environ 
650° sous une pression de atmosphère, et dans 
cet état il se contracte très sensiblement par le re- 
froidissement. De pareils points de transformation 
existent pour des silicates très répandus, pour la 
leucite et surtout pour de nombreux silicates ba- 
siques. De plus, il s'en présente fréquemment parmi 
les sulfures; le fer, le nickel et le cobalt ont aussi 
de ces courbes de transformation. 



VI 



Ce que nous yenons d'e.vposer des discussions 
cl des e.ypériences faites Jusqu'ici confirme entiè- 
vement la Justesse de la manière de voir de Ger- 
land concernant les cau.-ies des tremblements de 
terre; les détails seuls diffèrent, par suite du déve- 
lo/qjement incessant de la science, dont le domaine 
s'étend de plus en plus et nous ouvre des perspec- 
tives dont on n'avait aucune idée. Par une juste 
a]i|irérialion îles circiiiislanccs. il siit'lii'ait, comme 
'i'amuiaiiu le fait rcniar(iuer, de rattacher uiii(pie- 
ment à la trans^u'ination de l'état de crislallisalion 
l'hypothèse de (ierland qui met en rapport les phé- 
nomènes sismi(pu's. cl aussi, en jiartie, les phéno- 
mènes lectnniipies. avec des chainjcrncnts de feint 

(l';li/rril;lllilll. 

lue autre circoM^laMcc cssenlicll:' dcNi'a cncon' 
être prise en riinsiih'raliijn. ('.(ininii' cliaciin le sait, 
les observai iiuis aslriiiioiniipics mil pi-diisi' que la 
latitude géograpliiqnr d'iiii liiMi n'csl pas, counne 
on pourrait s'y allciidri'. alisiilumeiil invariable. 



mais (|u elle varie pèriodiquemcnl, dans le i-oiirs 
des temps, d'une valsur moyenne en plus ou eu 
moins. L'axe de la Terre subit un déplacemenl 
dans l'intérieur de notre globe, de sorte que le pôle 
se déplace dans un cercle de 0,3" du rayon terrestre, 
ce qui correspond, en mesure de longueur, à un 
rayon de 9 mètres. J. Milne et A. Cancani (uil 
prouvé statistiquement que le nombre des grands 
tremblements de terre mondiaux augmente et 
diminue avec les déplacements du pôle, et que le 
plus grand nombre de tremblements de terre a eu 
lieu pendant les périodes où ces changements de 
direction se sont produits. Tandis que tous deux, 
ainsi que S. Kublin, sont d'avis que l'étendue des 
variations des latitudes et surtout les changements 
subits de direction exercent une influence immé- 
diate sur l'activité sismique, H. von Kfjevesligelhy ' 
s'est prononcé récemment dans un sens tout opposé. 
Selon lui, le déplacement des pôles provient de la 
superposition de deux mouvements. Lu mouve- 
ment, provoqué par des déplacements de masse, est 
superposé à la rotation épicycloïdale normale, dont 
la période varie de 305 à '(-27 jours, en conséquence 
du mouvement eulérien. Lt'après ses calculs, le 
travail des 198 grands tremblements de teri'e de 
1893-1902 est, en moyenne, tel qu'il pourrait élever 
de 1""",2 au-dessus de la surface du globe une masse 
de terre de la grandeur de la sphère terrestre. Je 
crois qu'on ne se trompera probablement pas en 
identifiant ces déplacements de masse avec les 
transformations spontanées de l'état cristallin. 

Mais, malgré tout ce qui a déjà éié dit à ce 
sujel, les causes concernant l'origine des tremble- 
ments de terre ne sont pas encore épuisées. 

Une constatation très importante fut faite lors de 
la catastrophe du 10 août 190(5. Les observations 
faites à l'aide des appareils sismiqiies ont démontré 
(circonstance sur laquelle P. Linke, de l'Observa- 
toire de Samoa, a été le premier à attirer notre 
attention) que les ondes préliminaires produites 
par un tremblement de terre sous-marin dans la 
fosse des îles Aléouliennes, en arrivant à Valpa- 
raiso, y causèrent une grande tension sismique. 
De plus, E. Oddone" a pu démontrer, en èluiliani 
les tremblements de terre des Balkans du 'i avril 
l!M)i, si éliMidus dans l'espace et dans le lenqis, cl 
en èiudianl aussi nombr? d'autres tremblements de 
terre, que celles des ondes préliminaires qui (uil 
traversé lediamètrede la terre, enrevenani trenle- 
(piatre minutes plus tard à rè|)icentre, y ])iovo- 
(Hièrenl des IrcMdiIcmpnls de li'rre prèiniu:iloires. 



' lî. VHN KovKSLii.KTiiY : Ut'hcr (I ic Enci'gie HHisseï' Ki'd))e- 
lini. .Iiihr^. :i, S. l!)(l 11', dev Zr\[^i-\in\\ /Jic Erdbi'Licnniirlc: 
l,.Mil)acli, IIIOII. 

- Scismogramme des nonlija/.iliscliennnci .'iiHl.'imiTikjiiiis- 
clien Erilliebens am 16. Augusl l'JOfl. 140 Tafeln t. 



SIKHKIM; — LLNSCKII'ÏIO.N INSTIU MKNTALK DIÎS SElSMI-S K'ï l„\ PIIVSIQI'K DU (iliJUK lîT 



Une faible iinpulsioii peut iléjù siilTire pour pro- 
duire de Ibrles lerisioiisel le tremhlemenl de terre 
ainsi causé peut dépass:'r di^ bi-aucoup relui ipii a 
été la cause première du second. 

11 est encore possible (pi'uii déplacement subit 
de hlocs, pi'ovoquanl uu Ireniblenicul de lerre, pro- 
vienne d'une ciiiise c.\ti''i-it.'iirc. 

Considérons d'abord le Iransporl eu iiin.^sr d'un 
bloc sur le bord d'un bloc voisin pur suilc de dr- 
Diidaliou, manière de voir adoptée surtout par les 
.L'éi dogues de l'Inde. Car, là où l'érosion agit, le 
bloc, par suite de l'amoindrissement de la pression, 
s'élève, et des masses pierreuses plus chaudes, 
moins denses, parce qu'elles sont imbibées d'eau 
vierge, sont poussées hors des profondeurs. Par 
conire, les régions où se produit la sédimenlation 
s'enfoncent tous les jours davantage sous le poids 
qui augmente, et des couches froides, pauvres en 
eau, et conséquemment plus denses, arrivent à des 
niveaux plus bas. La conséquence de ces faits n'est 
pas, comme on pourrait s'y attendre, une égalisa- 
tion des difl'érences de niveau occasionnées par la 
dénudation, mais un accroissement, jusqu'à ce que 
des effets contraires, et d'un autre genre, mettent 
un terme à cel état d'instabilité (E. Wieclierl). En 
général, l'activité sismique estd'autantplus grande 
que les différences de niveau sont plus étendues 
pour de petites distances horizontales, fait prouvé 
par l'expérience et tout à fait d'accord avec ce qui 
vient d'être dit, et sur lequel J. Milne et V. von 
Uichtln.ifen ont été les premiers à attirer l'ut- 
tention. 

Toute la cote occidentale de l'Aiiu-'riiiue du Sud, 
il une si grande activité sismiqiu;*, en est un 
exemple convaincant. D'un côté, le bord abrupt 
<bi bassin du Pacilîqne, jriarquè par de profonds 
fusses; de l'autre coté, les hauts jilateaux des 
Andes, de date tout à fait récente, suivant l'opinion 
actuelle des géologues, de sorte que les extrêmes 
des dilTérencLS de niveau sont de plus de 11 kilo- 
mètres à Valparaiso et même de plus de 14 kilo- 
mètres à Taltal. Les pentes abrui)tes de la région 
èpicentrale du tremblement de terre du 4 avril 
l!tO.') de l'Inde septentrionale sont également dignes 
d attention. Les deux zones de l'ébranlement le 
l'ius vioLnt, dans la vallée de Kangra d'un côté, et 
à Délira Dun de l'autre côté, coïncident avec deux 
liaies des vieilles masses rocheusi's de l'Himalaya 
ipii son! remplies de matériaux provenant de 
1 époque tertiaire et dont les lignes régulières 
suivent les contours des masses rocheuses plus 
anciennes; là, la difl'érence d'élévation de la 
vallée de Kangra (1.170 mètres) au sommet de 
Dluuiladhar o.330 mètres) s'élève, pour une dis- 
lance horizontale d'à peu près 10 kilmnèlres. à 
1 kilom.2. 



.le partage' aussi la manière de voir de E. Suess, 
de T. Cil. Thomassen, et d'antres, contestée loule- 
fin's |iai' F. de Montessus de Ballore, que les condi- 
tiuiis dr hi /iri'ssion idmusplK'riijllo ponri'aii'nl l'Irc 
en coiiiii'\i<m avec les causes conceiaiant lui'i- 
gine des I rcmlilcnii'nls de terre. Ce ne si'rail 
toutefois pas la iin'ssion atmosphérique lucale, 
haute ou basse. (|iii donnerait l'impulsion, mais 
l'importance du gradient, surtout à l'épicentre et 
dans son voisinage. Les tensions peuvent donc 
venir à se rompre et un tremblement de terre se 
produire lorsque, des deux côtés dune ligne de 
de rupture tectonique, la dllférence de la pression 
atmosphérique atteint un degré important, quoique 
d'innombrables ondes de pression atmosphérique 
s'étendent peut-être depuis des années au-dessus 
d'une région d'ébranlement géologique d'une forte 
activité sismique sans troubler la position d'équi- 
libre des blocs, et, dans d'autres cas, les forces 
internes de la terre peuvent agir toutes seules, sans 
le concours des variations de la pression atmosphé- 
rique. 

Les objections thèori([ues de de Montessus contre 
l'adoption d'effets réciproques de ce genre ne sont 
pas admissibles, vu qu'elles sont dirigées conire 
des suppositions qui n'ont pas été émises. De Mon- 
tessus ne tient pas compte du fait que les variations 
de la pression atmosphérique ne sont que l'étincelle 
dans la poudrière, provoquant par la pression le 
dégagement de l'énergie accumulée entre les blocs. 
Cependant ces variations ne sont pas, comme il le 
croit, la source de celte énergie; de sorte que la 
violence du tremblement de terre serait déterminée 
par la grandeur du gradient barométrique. Disons 
toutefois que l'insuffisance des matériaux dont nous 
disposons, concernant les observations faites jus- 
qu'ici, ne nous permet pas de nous prononcer d'une 
manière certaine sur l'effet réel de cette intluence 
atmosphérique, et la question devra rester pen- 
dante. 

Vil 

En somme, et tout bi?n considi'rê, il est certain 
que les tremblements de terre tectoniques ne for- 
ment pas de phénomènes d'ensemble et que, pour 
l'explication des causes qui les provoquent, il ne 
sufht pas de s'en tenir aux circonstances géolo- 
gique=, car cidl 's-ci ne sont pas suflisantes. La 
physique el la cliimie du ,n!obe terrestre auront 
aussi à dire nu mot impoi tant , sinon le mol décisif. 

L'exposé (|ue uiMis venons de l'aire doit avoir sui'- 
lisammenl prouvé que l'eni] loi d luslinments sis- 
miques convenables est appelé à ouvrir de nou- 

' A. SiEBEfir. : Erdlielicii iiinl Willermi.;;. Kinc .Sludii' ùber 
k'Ilui-isclie Dynamili. .laliif.'. 22. S. I 11. ilir .Mdii.itssctirifl 
Dus Wcltcr: FiPi-lin. Illi'.'l. 



128 



E. LAMBLING — REVUE ANNUELLE DE CHIMIE PHYSIOLOGIQUE 



velles voies aux recherches à faire dans le diiinaine 
de la Géophysique. Il est impossible de prévoir 
jusqu'où celle voie nous mènera, car chaque per- 
feolionnenniil el chaque IransCormalinn tlu spec- 



troinèlre pour l'intérieur de la terre nous ouvrira 
de nouvelles perspectives. 

A. Sieberg, 

SccnUaire Icclinitjuc de la Slalion impér aie (le Sismolu^'ic 
à Strasbourj,'. 



REVUE ANNUELLE DE CHIMIE PHYSIOLOGIQUE 

PREMIÈRE PARTIE : LES PRINCIPES IMMÉDI.VTS ORGANIQUES 



I. — Les MATiiîMEs pnoTiiiouEi'. 

L'étude des produits d'iiydrolyse des matières 
prolèiques a été continuée activement. 



§ 1- 



Les méthodes. 



En ce qui concerne d'abord les méthodes, il 
convient de signaler le sérieux progrès réalisé par 
Hugounenii', grâce à la substitution de l'acide 
fluorhydrique à 20 ou 2o °/o aux acides sulfurique 
ou chlorhydrique. Avec ce rèaclif, que l'on emploie 
à la température du bain-marie bouillant et dans 
une marmite en plomb, l'hydrolyse est plus com- 
plète; elle n'est pas accompagnée du dégagement 
considérable d'ammoniaque el de la production de 
corps goudronneux el humiques, indices de l'action 
destructive, inévitable avec les autres acides. Elle 
ne détruit pas les acides monoaminés et diaminés, 
qui sont plus faciles à obtenir purs; elle respecte 
mieux les hydrates de carbone, et, avec les nucléo- 
protéides, elle ménage aussi les bases puriques, 
guanine et adénine, qui ne sont plus oxydées ou 
détruites, comme il arrive avec l'acide sulfurique. 

Quant aux méthodes de séparation des produits 
d'hydrolyse, le lecteur pourra se reporter, pour ce 
qui regarde les acides monoaminés, à l'ouvrage 
d'ensemble de E. Fischer; pour les acides diaminés, 
au travail de Hugounenq; pour la séparation de 
l'histidine, de divers corps normaux (en C"II"Az°0' 
elC'°ir°Az''0'.2IICU,de divers polypeptides produits 
par l'hydrolyse barylique ;'i 100" de l'albumine de 
l'd'iir. aux Mémoires de Hugounenq, Morel el Gali- 
mai-d. pour la déteriiiiualion du Iryplophane, à 
celui de Levenne el Rouiller; enfin, pour d'autres 
problèmes de technique, aux travaux de Levenne 
et Bealty el de Levenne el Alsberg, et pour les 
conditions générales de lliydidlyse au Mémoire 
do Etard el Villa'. 

' IkrKjLiNKNQ : C. n., lîi juin 1908. 

■ K. I^'i-iniER : Untcrsuchiinrjcn ùbe.r Aminoxàurcn, Poly- 
pcpli'lf uiiil Protéine (1889-1906), Berlin, 190fi. — Ilunou- 
NKNij : Juiirn. de Ptiyaiol. et de Piitliol. non., l. VIII, p. 209, 
1906. — IIuoouNRNO et Galhiaih) : C. /(., 23 juillet 1906. — 
IIuGouNP.Nf} el MoBEL : Ihid., 18 juin 1906. — Levenne et 



§ 2. — Les protéiques étudiés. 

Parmi les matières protéiques animales, les 
nouvelles recherches d'hydrolyse ont porté sur la 
caséine et les autres protéiques du lait, la fibrine, 
les protéiques de l'œuf de poule, à savoir : l'albumine 
du blanc, la vitelline el l'hématogène du jaune et 
la substance de la membrane coquillière, sur la 
clupéovine de l'œuf de hareng, la membrane de 
l'œuf de Scyllhiin stellarc, sur la syntonine de la 
viande de bœuf, la gélatine, les protamines et les 
histones, l'oxyhémoglobine et la sérumalbumine, 
diverses kératines (de Ttisliicio graeca, de la corne, 
de la laine), l'ichtilépidine de poisson, le byssus, la 
fibroïne, divers tissus animaux, les peptones, les 
kyrines, un grand nombre de protéiques végétaux 
(légumine, gluten, albumine cristallisée de se- 
mences de courges, gliadine, phaséoline, excelsine, 
hordéine, avénine, glycinine de Soja liispida, glo- 
buline de Cucurbila nwxiina, édesline, amandine, 
protéiques du ma'is). Notons que la plupart de 
ces recherches sont dues à l'école d'Emile Fischer 
et d'Abderhalden, à Hugounenq et à ses collabo- 
rateurs Morel et Galimard, el aux chimistes améri- 
cains Osborne et Clapp ' . 

Les résultats fournis par ces travaux ne donnent 
encore qu'une idée grossièrement approchée de la 
constitution des nombreux protéiques du monde 
animal el végétal; mais ils n'en sonl pas moins très 
intéressants, non seulement au point de vue de la 
biologie de chaque espèce, mais aussi en tant que 
premiers fondements d'une Chimie biologique com- 
parée. On doit admettre, en efl'et, comme l'a si bien 
dit A. Gautier, que tout le fonctionnement de la vie 
n'est que la conséquence lointaine des fonctions 
chimiques des molécules qui constituent chaque 
cellule, donc, en premier lieu, des molécules pro- 

RouiLi.Kii : Journ. of liiiiloij. Clicm., t. II, \t. 481, 1907. — 
Levenne et Beatty : Biochem. Zeitschr., t. IV, p. 299, el 
p. 305, 190T. — Levennk et Alsbero : IbiJ., p. 312, 1907. — 
Etahi) et Villa : C. ft., 9 décembre 1907. 

' Il serait trop long de citer ici le.s 35 à 40 Mémoires se 
rapportant à ces recherches. La plupart des travaux alle- 
mands ont paru dans la Zcitsch. I. /ihysiol. Chcm., ceux de 
Hugounenq dans tes Caniptes rendus, ceux des .Unéricains 
dans l'A m. Juurn. of Physiology. 



E. LAMBLING — REVUE ANNUELLE DE CHIMIE PHYSIOLOGIQUE 



129 



Ipirjues, qui sont les conslituants cellulaires par 
excellence. 11 résulte nécessairement de là que les 
aspects caractéristiques que prend chaque fois la 
vie, quand on passe d'une espèce à une autre, sont 
liés à quelque changement dans la structure chi- 
Hiiijue de ces constituants. C'est ce que A. Gautier 
a d'ailleurs démontré directement, notamment par 
ses recherches sur les variations de l'espèce Vilis 
vitifrra '. 

C'est donc dans la nalnn» chimique difTérenle des 
consliluanls cellulaires que l'éside la cause pro- 
fonde des dilTérences biologiques exprimées et 
résumées par les naturalistes dans la notion 
d'espèce; mais cette biochimie comparée, dont les 
premières recherches de Gautier ont fait ressortir 
il y a plus de vingt ans la portée scientifique con- 
sidérable, cette anatomie chimique comparée est ;'! 
peine ébauchée. Et cependant, quand on réfléchit à 
tout le secours que la morphologie comparée a 
apporté à la connaissance des êtres vivants, au 
vaste édifice scientifique que cette étude des formes 
a permis de construire, bien qu'elle ne puisse 
jamais saisir que le contour extérieur des choses 
de la vie cellulaire, on demeure convaincu qus la 
Chimie biologitpie comparée, qui descend jusqu'aux 
molécules constitutives des protoplasmes, c'est-à- 
dire jusqu'au niveau oii se passent les phénomènes 
élémentaires de la vie, révélera dans le monde des 
êtres organisés des affinités et fera apparaître des 
diiréi'ences qui cchappeul nécessairement à la 
morphologie. 

g 3. — Los produits d'hydrolyse. 

La liste des produits d'hydrolyse des protéiques 
ne s'est guère allongée depuis quelques années; il 
semble bien, comme ledit E. Fischer, que les frag- 
ments les plus importants de la molécule de ces 
corps nous sont aujourd'hui connus, et que, pour 
les plus simples d'entre eux. les protamines, on 
peut affirmer que l'on a en main la totalité des 
pierres de l'édifice. Voici la liste de ces produits, 
telle que l'arrête aujourd'hui E. Fischer" : 

GlycocoHe, alaniiie, v;i!iiic, Iruciiir, isoleiicino, 
phihiylahmiiie, serine, lyrosiiio, acides tispniiiqueel 
i/!iil;niii([ue, proline, oxvproliiie, ornilhiiip, lysine, 
ari/inine, histidinc, Iryphipliaiie, acide diaiuino- 
Iriu.cydudécaniqtie, cystine . 

En ne comptant pas l'ornithine, ipii doit être 
confondue avec l'arginine dont elle est un frag- 
ment, on voit que ces corps sont au nombre de 18. 
D'autres produits d'hydrolyse ont été signalés 



' Vny., <l:[ns lu Revue (lu Ij liéceiiibre lOul, lï-tude de 
A. Gautier sur les mécanismes moicculaiies de la vnrlolion 
des races et des espèces. 

- K.t''iscHKii : Silzungsber.d. I<. p. AkaJ. J. Wisseasch., 
Berlin, 24.janviof 1007. 



eiu'ore, notamment un acide caséani([ue et un 
acide i/i'lalini(/iie, respectivement obtenus |iar 
Skraup dans le dédoublement delà caséine et de la 
gélatine, un acide <i\ yiliamino-sébaciqno, extrait 
par Wohlgemuth d'un nucléoprotéide du foie, une 
pseiido-liistidinc C'IFA/.'O" et des pseudc-lysines 
trouvées par Hugounenci et Morel parmi les produits 
d'hydrolyse de la pepsine. Mais tous ces corps ne 
sont pas encore définis avec la précision désirable. 
Quelques-uns d'entre eux sont peut-être des mé- 
langes ou des acides aminés déjà connus, comme 
les acides diamino-adipique et diamino-glutarique, 
dont le premier s'est trouvé être de l'alanine et le 
second un mélange d'alanine et de glycocolle'. 
E. Fischer a rencontré aussi un acide aniiiiobuly- 
rique, et il soupçonne parmi ces produits d'hydro- 
lyse l'existence d'un acidi' annno-oxypivjiioniifiie''. 
Enfin, nous devons signaler ici un intéressant 
travail de Hugounenq et Morel'", qui rétablit la 
concordance entre les classiques résultats de 
Schutzenberger sur l'hydrolyse barytique des pro- 
téiques et les données fournies par les travaux plus 
modernes sur l'hydrolyse acide. On sait que Schut- 
zenberger avait obtenu, à côté d'un certain nombre 
d'acides aminés bien définis, des corps azotés qu'il 
avait classés en leueines, Iriicéines, f/liicojjrotéines 
et corps vitreux anior/die. (Ir. Hugounenq et 
Morel ont établi que les leucines, leucéines et glu- 
coprotéines sont des mélanges d'acides aminés 
divers : leucine, tyrosine, alanine, phénylalanine, 
proline, acides glutamique et aspartique, et que le 
corps vitreux amorphe est un mélange de polypep- 
tides. 

S 4. — Constitution des produits d'hydrolyse. 

Il ne suffit pas d'isoler ces produits; il faut 
encore en établir la constitution. Cette partie de 
l'enquête sur les protéiques est aujourd'hui à peu 
près achevée. Depuis que les derniers travaux de 
Knoop ' ont démontré i[ue l'iiistidine est la [i-iini- 
daxol-alanine : 

CH 

/% 
A/tl Az 

1 I 

CH = C — V.n- — CH Azll«; — C( lOlI, 

il n'y a plus, dans la liste ci-dessus, que l'acide 



' Skbacp : Zeilschr. physiol. Clicm.. l. XLIl, il 274 ; 
Monatscb. f. Chem.. t. XXV, p. 633, et t. XXVI, p- 2i3. — 
At-arf. des Sciences de Vienne ; Sciences math, cl nat.. 
6 avril 1905. — Wohlgemc m : Zeitsclir. pliysiol. Chem.. 
t.XLlV, p. 530. — Hlgotoexq et .Moiux : C. /{., 20juillet I90S. 

' E. Fischer et A. Skita : Zeilschr. f. pliysiol. Chem., 
t. XXXIII, p. 177. et t. XXXV, p. 70— E. Fischeu : D. chem. 
a., 19U6. 

" Hugounenq et Morel : C. /?., 18 juin 1911(1. 

* Knoop: Deitr. chem. Pliysiol. ii. l'aile,!., t. X. p 111, 
l'.lOT, 



lao 



E. LAMHLING — REVUE ANiNUELEE DE CHIMIE FIIVSIULUUIQUE 



lrioxyamino-dodécaiii(iiu' tlmil la slriictiire chi- 
mique reste à établir. 

Cepenrlunl le prolilèiiie de la constitution de tous 
ces produits nr peut èli'e considéré comme entière- 
ment résolu (|uu par la synthèse de ces corps. Celle- 
ci a clé réalisée pour la plupart d'entre ces com- 
posés, et notamment, dans ces dernières années, 
])Our le tryplophane ', l'isoleucine ^ et la proline". 
Mais on sait (jne l'on n'obtient ainsi que des corps 
racémiques, taudis (|iu' tous les acides aminés 
sortis des protéiques, à l'exception du glycocolle, 
sont actifs. On s'est donc appliqué à dédoubler ces 
racémiques en leurs antipodes optiques, et ici 
E. Fischer* s'est servi avec succès de la méthode 
des dérivés acylés et de leurs sels d'alcaloïdes. Si- 
gnalons aussi la méthode biologique de F. Ehrlich' 
(emploi de la levure de bière), que complète si heu- 
reusement la méthode de renversement de Wahlen, 
préconisée par E. Fischer". 

Voici, d'après E. F'ischer', la liste des produits 
d'hydrolyse aujourd'hui reproduits par synthèse, 
les racémiques étant marcjués (// et les actifs, iden- 
tiques aux i)roduits naturels, étant marqués d ou 1 : 

Alauinc ((//, A. Strecker, 1850; d, E. Fis- 
cher, 189'J); Vidina [dl, Fittig et Clark, 1866; d, 
E. F'ischer, 190(1) ; Lciicino [dl, Limpricht, 1835, et 
E. Schulze et Likiernik, IHSo ; /, E. Fischer, 1900); 
Jsoleiiciiie [dl, Bouveault et Locquin, 190i; d, Loc- 
quin, 1907j ; Pliényloluinue (dl, Erlenmeyer et 
Lipp, 1883; /, E. Fischer et Schôller, 1907); Serine 
((//, É. Fischer et Leuchs, 1902; J, E. Fischer et 
Jacobs, 1900) ; Tyrosine [dl, Erlenmeyer et Lipp, 
1883; /, E. Fischer, 1900); Acide asparlicj'W [dl, 
Dessaignes, 18;;o ; /, Piutti, 1887); Acide gliifa- 
miquc [dl, L. Wollf, 1890; d, E. Fischer, 1899i: 
Pvolina {dl, R. Willstatter, 1900j ; Ornilbine [dl, 
E. .Fischer, 1900; d, Sorensen, 1905); Arginiue 
[itclive; synthèse partielle à partir de l'ornithine, 
E. Schulze et Winterstein, 1899) ; Lysine [dl, E. Fis- 
cher et Weigert, 1902); Tryplophane [dl, A. Ellin- 
ger et Flamand, 1907) ; Gystine [dl, Erlenmeyer 
jun., 1903). 

La ]iossessi(Ui de ces formes actives a permis la 
|ir(''paralion de |Mily|ii'ptides à constituants actifs, 

' .\. l-j.i.iNi;(!ii cl Cl,, l'"i,\.M.vNii : /eilfichr. /'. phssiol. CI/.. 
t. I.V, 11. 8, 1908. 

' Bdi'vEAiLT (H l^ocuuis ; lliill. Soc. Cliim. iSi, l. XXXI. 
p. HS2, lOOi.— I.ocjUi.N : Ibid. l'I), t. l"-, p. ."igS, 1907. — V. 
KiiiiLicn : l). chcin. G., t. XLl, p. 1453. - Biuscii et l-Hinn- 
,M,\NN : llcilr. z. clicm, Physiol. ii. Patliol., I. X, p, :!l(i, — 

' SOKItENSKN el ,^MiKllSEN : /.fiisclir. (. pl/ysiiil. i:ii.. I, l.\ I, 
p. 23G. 

' (;r. K. KisciiBu : i). ohrw. <;.. I, xxxiii. ]i. mi. 

' !•'. Kimi.icii : Biuchmi. /fiisnhr., I, l", ji. ,s, iyo6. el 
t. VIII, p. 438, 1908. 

• E. KlsoiiKH : D. (-Iirni. 11.. I, XI., p. l.S!), lOOfi, v\ I. XIJ, 
p. 889, 1908. 

' E. KiscfiEM : Oi'fîaiiisclif Synilifsc iiiiil Iii(j|nf.qc '(Junl'i'- 
roiic.i: lie la Sur. clitiii. île l.onilrrs, ISi.Tliii, 1908, p, 18). 



analogues OU identiques aux polypeptides naturels, 
et dont l'étude systématique promet des résultats 
inléressaids dans de multiple.-^ directions. (Voy. 
plus loin.) 

La coniuiissance complète de la structure de Ions 
ces fragments, qui semble au premier abord n'avoir 
d'intérêt ipi'au point de vue de la Chimie \mve, a 
une importance biologicjue de premier ordre, et ce 
n'est pas sans raison (|ue E. Fischer a insisté encore 
tout récemment sur ce point. C'est parce que la 
constitution du tryptophane est ])arfaitement con- 
nue que l'on voit clair aujourd'liui dans le phéno- 
mène de la production du scatol et de l'indol dans 
l'intestin, et dans celui de l'apparition de subs- 
tances indigogènes dans l'urine ; ce sont les rela- 
tions chimiques de la cystine avec la taurine qui 
ont expliqué la production de celle-ci aux dépens 
de celle-là dans l'organisme; c'est parce que l'on 
sait que l'ornithine et la lysine sont des acides 
carbonés de la télra- et de la pentaméthylène-dia- 
mine que la production de ces deux diamines dans 
certains cas pathologiques a pu être clairement 
interprétée et qu'elle est apparue comme un cas 
particulier de cette formation anaérobie de pro- 
duits de réduction, établie longtemps avant par les 
travaux de A. Gautier'. C'est la constitution delà 
valine, de laleucine et de l'isoleucine qui explique 
aussi la production des alcools isobutyliqiie, iso- 
amylique (alcool amylique inactif) et amylique actif 
(c'est-ù-dire d'une fraction importante de l'huile de 
fusel), composés qui, au cours de la fermentation 
alcoolique, sortent respectivement de la valine, de 
laleucine et de l'isoleucine. (Voy. plus loin.) 

Tout indique, enfin, que les acides aminés ne 
naissent pas seulement de l'hydrolyse des pro- 
téiques iii vilro, mais aussi qu'ils représentent les 
fragments fournis parla régression de ces maté- 
riaux dans l'organisme. Tout le problème des pro- 
duits intermédiaires de la désassimilation normale 
et pathologique est donc lié à l'histoire chimique 
de ces fragments. 

Notons aussi l'intérêt que présente l'élude de ces 
acides aminés au point de vue de la hiolof/ic des 
organismes inlVrieiirs. Déjà, en 1902, C/.apek et 
Eminerling ont démontré l'aptitude i[ue i)Ossède 
le groupement aminé de ces corps à servir d'ali- 
ment azoté, notamment à VAspcrgilhis niger, et 
(jalimard. Laconmie et Morel ont étendu cette 
démonstration à toute une sérir de microbes (ba- 
cille pyocyaiii([ue. L'. prodigiosiig, coli-bacille, 
piuumiobacille de Friedliinder, etc.), qu'ils ont 
l'énssi à ciillixcr dans des inilieiix ne contenant 
d'au! rc aliiiicnl :i/olé (|uc des aciilcs aiuiuôs (glyco-' 
colle, li'uciiii', alauinc, tyrosine, etc.j. Ces expé- 

' Voy. la /(ciucilu 15 mars 1905, p. 192. 



K. I.AMr.LLNf! — IU>:VIII<: ANNUELLK l)K ClllMIb; l'IlYSIOLUliHjUI-: 



131 



rioiii'cs i-iiiisli(ii;'iil, avec celles (l'AniaïKl el Cliar- 
liii SIM- II' li.irilii' |iyO('vaiii(iiie, la ])i'emière teiitu- 
live liciircuse laile rii vue de culliver les niici'oljes 
(Ml milieux (•liiini(|ui'iiieiil délinis, sans albumine'. 
La Ihroii ihinl les ()ry;aiiisnu's inrérieurs Irailent 
(■i'>ai-iilcs aiiiiiiés est aussi très iiiléressaiile. F. Elir- 
lich. (liMil (III a cih' iiliis liaiil les recherches sur le 
(liMldiilih'iiiciil lies acides ainiiK's racc^iniques à 
l'aille (le la levure, a uioiilré i|u;', si l'on inel de la 
leviic' (le liiére bien dével(.»|ili(''e en |iréseiice de 
sdluliiiiis sucr(''es additionnées de valiiie, de leii- 
ciiie (lU d'isiileiieiue. la levure iililise ci'S acides 
auiiues ciuuuic aliiiieul a/(il(J, les d(!'d(iul)le par un 
double proc(!'S de décarboxylalion et de di-saiiii- 
nalion : 

ii.cii.A/ji-.i;o-ii-h ii»o = co- + AziP + i!.(;ii-(iii. 

et les Iransroi'iiie res|ieetivenient en alcools isobu- 
tyliiiue, iso-aniylir[ue (inactif) et aniylique actif: 



cil 

i 

ClI.AzIl" 



Volilll-. 

Cil' r.ii' 
\ ,/ 

cil 

I 

t;II«(ill 



Alcool Iso1.iiI.vIm|u 



en» Cll= 

\ / 

en 

I 

cir- 

I 

ClI.AzlI- 

I 

cOdll 

[.eucine. 

(:ii= ciP 
\ ,'' 
cit 
I 

cn= 
I 

CII-'OH 

Alcool isoamvliquo 
linaclif)". 



Cil 

I 

cil^'oll 



iivliq,,,;. 



Celle ri'aclioii parait être un procès biologi(|ue 
lr('S général, car, |iar la iiiènie méthode, l'imteur a 
]Mi transformer la /vrosiiioen nirool p-iixypliihiyl- 
c/lirlif/iir, la iihihiyhiliiuiiw en alcool uluhirh-lliy- 
Hijin', Viii-iilr /iliihiy/niiiiiio-ticélique en nlmol Inii- 
/.ylii/iir. Kiiliii, ces résultats ne sont [las nK.iins 
iiitéressaiils au point de vue pratique, ils mon- 
lieiil (pie le^ principaux constituants de l'huile de 
liiMd Mirleiil , iiiHi du sucre, mais des aliments azotés 
de la levure. Par là, on a été conduit, en donnant à 
la levure des aliments azotés autres ([ue les acides 
aminés, par exem|)le du sulfate d'ammoniaque, à 
faire reculer la pro|iortion d'huile de fusel, résultat 
sur l'inlérêt industriel dinpiel il est inutile d'iii- 
sisler Pringslieim j -. 

S 'T. — Les polypeptides naturels et les polypeptides 
artificiels. 

On sait iiiie. par une hydrolyse moins énergi(|ue 

' C/APICK : IIciIj: /.. rhcni. PLysiuJ. u. Palliol. I. t. 
11.542, 1902.— E\iMi..m,iMi : rifr.,1. il. l.i,l. Ocsellsch., t.XX.W, 
p. 2289, 1902. — Gai.i.m,vuii, I..\r,oii.ME et Morel : C. Il, 30 jiiillft 
iHOfi. — Ai-NAun et Chariiim: C. H., avril et juin 1901. 

'^ F. EriiiLir.» : Biui-.hfm. Xciiscbi:, t. II, p. :i2, l'.iui;. — 
l'niNfisiiEiM : ////</., t. X. 11. inn. 190S. 



des protéiques (action de IICl ou de SU'Il' forts à 
froid), E. Fischer et ses collaborateurs ont obtenu 
des jiolypeptidra dits nnlureh, dont la |)lupart ont 
été identifiés avec les produits de synthèse de même 
nom. "Voici la liste de ces produits : 

Glyeyl-1-leiiciiie, (j]ycyl-d-nluniuc,(ilyfyl-l-lyni- 
sine, un léirapfplidc composé de deux molécules de 
glycocolle, une de 1-tyrosine et une de d-alanine, 
d-iilnuyl-I-Ieuvine, un dipeplide de glycocolle et de 
valine, un dipcjilidi' de proline et de d-alanine, 
acide I-lcacyl-d-glul;iii]if[iic (F. Fischer et Abder- 
lialden), un dipcplidc de. iiroliiie cl de pliènylala- 
nine (Osborne et Clapp), uiihydndf du (jlyrocollc cl 
do hr jirolino (Levenne et Beatty). lùilin, il faut 
ajouter à cette liste deux dipi plides paraissant être 
une combinaison d'arginine avec la proline pour 
l'un et avec l'acide aspartique pour l'autre (Iliigou- 
nen([, Morel et Galimardj '. 

L'Ecole de E. Fischer a continué aussi l'étude 
des polypeptides artilicicls', en introduisant dans 
ces produits de nouveaux acides aminés, tels que 
les acides glutamique et aspartique, la phénylala- 
nine, la tyrosine, le Iryptophane, et en employant, 
à la [ilace des racémiques de synthèse, les produits 
actifs de même signe que les acides dérivés des 
protciipies, de façon à obtenir des produits com- 
parables aux corps naturels, ])olypeptides, pep- 
tones et albumoses. En même temps, ces synthèses 
ont été poussées vers des termes de plus en plus 
élevés. La chaîne la plus longue qui ait été cons- 
truite jusqu'à présent est celle d'un octodécapep- 
lide, formé par la soudure bout à bout de ([iiinze 
molécules de glycocolle et de trois molécules de 
leucine'. 

La comparaison de ces [iroduils de synthèse avec 
les corps naturels a révélé île frappantes analo- 
gies. Pour les polypeptides naturels, cette îinalogie 
va jusqu'à l'identité, puisque la plupart d'entre eux 
ont été reproduits par synthèse. En ce qui concerne 
les peptones, leurs ressemblances avec les polypep- 
tides un peu plus compliqués sont remarquables. 
En €tïet, lorsque leur chaîne est suffisamment 
longue, les polypeptides de synthèse sont, en 
général, comme les peptones, très solubles dans 
l'eau. Leur saveur n'est pas sucrée, comme celle 



' E. Fisr.iiEn el E. Acueiiiiai,dl.\ : I). chi;in. G., t. .\.\.\l.\, 
p. 2315, 1906, et t. XL, p. .35-44, 1907. — Acud. îles Si-irncrs 
de Berlin, t. XXX. p. 574, 19U7. — Osboiine el Ci.Ai'r; 
Levexxe : cités d'après E. Kischek lOriianischc Synilicsi' ii. 
Biologie, Berlin, 1908, p. 22\ — Ilufiiii-.NEMj et (!ai.imaiiii : 
C. II., 23 juillet 190G. — Hunin'.NKN-n cl Mom:i, : //-/./., 20 juil- 
let lOOS. 

- Le li'rleur lr(_iuveiM une mise .'ui p(jiiil coiiipli-le de 
celle ipieslion des polypeptides arlificiels el naturels, avec 
Idulc la bibliographie aliëreute, dans une r(>centc mouosra- 
pliie de E. Abderhalden [Ncuore Ertjebnisse aut dem Hebiolc 
dey spcziellen Ëiwcisscliemir. lena, 1909}. 

' E. FisciiKM : n. r.hoiii. n.. I.XI,, p. 17;i4, 1II0-. 



132 



E. LAMBLING — REVUE ANNUELLE DE CHIMIE PHYSIOLOGIQUE 



des acides aminés naturels, mais amère, comme 
celle des peplones. Ils sont bien précipités par 
l'acide phospliotungstique, et beaucoup d'entre 
eux, parfois déjà des tripeptides, donnent la réac- 
tion du biuret. Revenant sur ces analogies dans un 
exposé d'ensemble qu'il a fait récemment à l'Aca- 
démie des Sciences de Berlin, E. Fischer' conclut 
qu'on ne peut plus guère douter que les peptones 
ne soient des mélanges de polypeptides allant des 
létrapeptides aux octopeptides environ. Au delà, on 
entre visiblement dans la région des albumoses. 
Ainsi le télradécapeptide fait avec douze molécules 
de glycocoUe el deux molécules de 1-leucine donne 
avec les alcalis des solutions qui moussent, comme 
de l'eau savonneuse. Il est précipité par les acides 
minéraux, le tannin, l'acids phosphotungstique, 
par le sulfate d'unniionitini iiilrodiiil à satura- 
tion. 

Toutefois, celte dernière réaction, qui, pour 
Kûhne, représentait une différence spécifique entre 
les albumoses et les peptones, est sans doute de 
nature très contingente et dépend beaucoup plus 
de la nature des acides aminés entrant dans un 
polypeptide que du degré de complication de 
celui-ci. Ainsi le lélrapeptide naturel cité plus haut 
(deux molécules de glycocolle, une d'alanine et une 
de tyrosine) cl la Weucyl-triglycyW-tyrosine de syn- 
thèse, que la brièveté relative de leur chaîne place- 
rait au niveau des peplones, sont précipités de leur 
solution par le sulfate d'ammonium, ce qui tient 
sans doute, d'après E. Fischer, à la présence de la 
tyrosine. Celte réaction du sulfate d'ammonium 
n'est donc nullement spécifique; elle ne donne 
nullement la cerlitude que les corps précipités par 
ce sel (les albumoses de Kiihne) sont tous des poly- 
peptides moins simplifiés que ceux qui ne sont pas 
précipités (les peptones de Kiihne). Cela revient 
à dire que In notion chimique d\ilbunioses vt de 
peptones est en train de s eiïacer, pour être rem- 
placée par une classification rationnelle des poly- 
peptides de digestion, fondée sur le nombre, la 
nature et le mode (fassociation des acides aminés. 
Eiiliii, quand on arrive aux polypeptides à vingt 
acides aminés, on a l'impression, dit E. Fischer", 
que l'on est déjà transporté au niveau des albu- 
mines elles-mêmes. C'est que Fischer ne croit pas, 
contrairement à l'opinion généralement acceptée, 
que les protéiques sont des molécules colossales. 
Toutes les déterminations sur lesquelles repose 
cette as.sertion lui paraissent sujettes à caution, cl 
il pen.se que les protéiques que nous manions sont 
des mélanges de divers composés, doni la cousli- 
tution est hien plus simple que ne le fiml croire 



• E. FisfiiiEii ■. Aaiil. (les S,- 
viei' ti)07. 
' 10. Fi-aiEn : J.oc. cit. 



l'analyse élémentaire et les résultats de l'hydrolyse 
des dits mélanges. 

§ 6. — Applications diversea de l'étude 
des polypeptides 

On sait que, jusqu'à présent, aucun des poly- 
peptides de synthèse ne s'est montré accessible à 
l'action du suc gastrique, tandis que la trypsine 
dédouble un grand nombre d'entre eux. Celle cons- 
tatation a conduit E. Fischer et ses élèves à étudier 
méthodiquement l'action des diaslases digestives, 
pepsine, trypsine, érepsine, et celle des sucs 
d'expression de divers tissus (c'est-à-dire d'hislo- 
diaslases) sur des polypeptides divers. 

Ce contrôle à l'aide des polypeptides permet 
d'abord de démontrer l'identité ou du moins la res- 
semblance, ou au contraire la nature difi'érente de 
deux diaslases proléolyliques. Ainsi le suc pylo- 
rique et le suc duodénal (activés par un acide) ne 
dédoublent pas la glycyl-/-tyrosine, que le suc 
pancréatique décompose, au contraire, très vite'. 
Us se comportent donc comme le suc gastrique. Le 
suc pancréatique dédouble un grand nomhre de 
polypeptides, à condition que ceux-ci ne contiennent 
que des acides naturels; mais il est impuissant vis- 
à-vis d'une série d'autres", même quand ils rem- 
plissent la condition ci-dessus. Au contraire, l'érep- 
sine et les sucs d'expression de divers tissus ou 
cellules, foie, rein, muscles, etc., de bœuf, de 
chien, de lapin, de porc dédoublent, toujours sous 
la condition énoncée plus haut, tous les polypep- 
tides examinés à cet égard jusqu'à ce jour'. Le 
plasma, le sérum sanguin, les globules rouges, les 
plaquettes sanguines, le suc de levure, de champi- 
gnons comestibles', etc., ont été étudiés également 
à ce point de vue. On entrevoit finalement que la 
grande classe des diaslases proléolyliques devra 
un jour être démembrée en diaslases protéolyLiques 
proprement dites, qui dédoublent les divers pro- 
téiques, et en diaslases pejitolytiques(khderhii]den], 
qui attaquent les polypeptides, ces derniers agents 
étant adaptés à l'hydrolyse de molécules de com- 
plication décroissante. 

On s'est servi aussi des polypeptides pour étudier 
dans ses détails l'action des diverses diaslases 
protéolytiiiues, à savoir la vitesse de la réaction, le 



' AriDEiuiAi.i.KNft RiJNv : /.■/■(• f/ir. /-//rs/'W. CI:.. I. XLVII. 
p. 351), l'JOG. 

• K. Fl'iciiER et AriDKUiiALnF.N : //;/«/., I. XLVI, p. 52, lOOii, 
cl t. LI, p. 264, 1907. 

' Voyez les M(^nioires il'Abilci-lialilcn et do ses cnlliibora- 
Iciii-s fions /filKchr. f. physiul. Ch., 1 XIA'II, ]i. i6G, lil06: 
I. XLVI 1 1. ]). 537, 11)0(1 : t. XLIX, p. 1 cl :!l. l'.KiC, tl 1. LV, 
p. :i9ù, lilOS. 

' Vnv. los Mémoires U'AIxlerlialdrii cl de; ses colliiboniT 
leurs 'dans ZcJlschr. I. pliisiol. Ch., t. LI, p. 334, 1907; 
I. LUI, p. 280, 294 et 308, 1907 ; t, LV, p. 371, 377 et 
:i9.'i, 1908. 



E. LAMHIJXi; — IIKVUK ANNUELLIi DK CIIIMIK PU VSl()I.O(ilQUE 



1 Xi 



lieu de preiui re atlaiiue de la diaslase dans la 
cliaîne du polypeplide, eti-., toutes questions dont 
la connaissance précise du corps attaqué — le 
polypeptide — et des produits obtenus — polypep- 
lides plus simples ou acides aminés libres — per- 
met une étude singulièrement plus précise qu'avec 
les protéiques, où ni le point de départ, ni le point 
il'arrivée de la réaction ne sont nettement connus 
au point de vue chimique'. 

Cette étude a fait apparaitrt- aussi l'importance 
du pouvoir rotaloire des acides aminés et de leur 
mode d'association sur la résistance des polypep- 
tides à l'attaque des diastases. Comme on l'a dit 
incidemment plus baut, ne sont attaquables par le 
suc pancréatique et les sucs d'organes que les 
polypeptides formés par les acides naturels, c'est-à- 
dire par ceux qui existent dans les protéiques. 
Exemples (les acides non naturels sont en ita- 
liques) °: 



t/-alan}'l-iy-alanine. 



i-leiicyl-y-leucine. 



NON HYDROLYSES 

I-alanyl-l-alaninu. 
'/-alanyl-/-a/an/nc. 
y-a/an_v 7-rf-alanine. 
l-\eacyl-d-leuciac 
d-lcucyl-I-leucine. 



Quand on emploie un polypeptide racémique, 
seul l'antipode qui répond à la condition sus- 
énoncée est dédoublé; l'autre subsiste inaltaqué. 
Ainsi le racémique f/-alanyl-/-leucine -|- l-»hiiiyt-d- 
Jeucino est dédoublé, et l'antipode f/-alauyl-/-leu- 
■cine, qui est ù acides naturels, est seul hydrolyse. Au 
-contraire, l'autre forme de ce racémique : (/-alanyl- 
<l-It'uciiie-\-l-alaiiyl-l-leucine n'est pas touché, parce 
que chacun des deux antipodes constituants contient 
un acide non naturel. Mais cette condition, si elle est 
nécessaire, n'est pas suflisante, car le suc pancréa- 
tique n'attaque pas la /-leucyl-glycine, bien que ce 
■dipeptide ne contienne que des acides naturels. 
C'est qu'il intervient encore d'autres conditions, 
notamment la nature des acides et leur ordre d'as- 
sociation. Ainsi l'alanyl-glycine est dédoublée; la 
glycyl-alanine ne l'est pas. 

Ajoutons que ce dédoublement asymétri([ue des 
racémiques dont il vient d'être question ne se 
retrouve plus, du moins aussi complet, quand on 
introduit ces corps dans l'organisme animal". 

Constatons donc qu'il existe des associations 
d'acides aminés particulièrement résistantes à 
l'action des diastases, et ainsi apparaît l'un des 
moyens dont dispose l'organisnift pour conférer à 

' Voy. les Mémoires d'Abderlialden et de ses collabora- 
teurs dans Ze/isc/jr. T. ;7à\syo;. C7(.,t. LI,p.294, 1007; t. LU, 
p. 326, 1907; t. LUI, p. 2j1, 1907, et t. LIV, p. 363, 1908. 

= E. FisciiEu et E. Abdekiialde.n : Zeilsehv /'. pliysiol. 67;., 
t. XLVl, p. ;i2, 190o, et t. LI, p. 264, 1907. 

' AiiDEHiuLDEfi, B. Bi.ocii et p. Hona: IbiJ., t. LU, p. 43.;, 
1907. — ABDEHiiALriE.v et SciuTTSNiiELM : ///((/., t. Ll, p. 323, 1907. 

«EVIE OÉNlîllALE DES SCIE.X.ES 1909 



des protéiques ou à des fragments de ces subs- 
tances une résistance spéciale. C'est à, des causes 
de cette nature qu'est due sans doute la résistance 
plus grande opposée à l'action des diastases digcs- 
lives par cette portion « anli » de la molécule albu- 
minoïde, résistance déjà signalée par Schutzenber- 
ger. 

On voit dans combien de directions différentes 
l'étude des polype|)tidi's a été fructueuse. 



II. 



LliS NL'Cl.ÉOPROTlilDES. Les ACIDES MCLÉIQUES. 



Des complexes que nous appelons nucléopro- 
téides, on ne connaît avec quelque précision que le 
groupe spécifique des acides nucléiques', surtout 
en ce qui concerne les fragments azotés de ce 
groupe. 

On sait que ces fragments, tels que les fournil 
l'hydrolyse de l'acide nucléique du thymus ou de la 
laitance de hareng par l'acide sulfurique, sont 
représentés, en fait de bases xanthiques, par la 
xanthine, l'hypoxanthine, l'adénine et la guanine, 
et, en fait de bases pyrimidiques, par la thymine, 
la cytosine et l'uracile. Mais il est démontré aujour- 
d'hui que toutes ces bases ne préexistent pas dans 
la molécule. Seule l'adénine et la guanine, d'une 
part, la tliymine et la cylosine, d'autre part, sont 
des constituants primaires; la xanthine et l'hy- 
poxanthine naissent secondairement de l'oxydation 
de la guanine et de l'adénine pendant l'hydrolyse 
sulfurique, et l'uracile provient aussi de l'oxyda- 
tion de la cytosine. C'est ce qui ressort clairement 
du travail de Steudel sur l'hydrolyse de l'acide 
thymonucléique par l'acide nitrique à froid. Par 
ce procédé, les nitrates peu solubles de la guanine 
et de l'adénine cristallisent aisément, en emportant 
avec eux 61 % de l'azote total, tandis que les eaux- 
mères ne contiennent plus que des traces de bases 
puriques, à coté des bases pyrimidiques'. De ces 
résultats quantitatifs, combinés avec ceux que 
fournit pour les bases pyrimidiques l'hydrolyse 
sulfurique, Steudel conclut que la molécule de ces 
acides nucléiques renferme respectivement 1 molé- 
cule de chacune des quatre bases adénine, guanine, 
thymine et cytosine. Toutefois, par l'hydrolyse 
acétique, Levenne et Mandel' sont arrivés à des 
résultats un peu différents (3 purines pour 2 pyri- 

' L'acide nucléique étant un excellent précipitant des 
matières protéiques, on continue à se demander de divers 
cotés si l'existence des nucléoprotéides, en tant i|ue prin- 
cipes immédiats des tissus, peut être admise avec une 
enlière sécurité. (Voy. notamment Abderiiai dln : Lcbr'.j. 
d. fjhytsiol. C'/)fm., Berlin, 190S, p. 299. — O. Coiixheim : 
Die l'hysiologif dur VctdauuDg uud t'ioïilirung, Berlin. 
1908, p. 241.) 

" Steudel : Z,'ilsclir. f. physiol. Clicm.. t. XLVUl. 
p. 423, 1906; t. XLLX, p. 406, 1906, et t. LUI. p. 14, 1907. 

' Levexne et Maxdel ; DiucLcm Xi-iluchr., t. .\, p. 213, 1908. 

3" 



134 



E. LAMBLFNG — REVUE ANNUELLE DE CHIMIE PHYSIOLOGIQUE 



midines). Notons encore que l'hypothèse d'après 
laquelle les bases pyrimidiques seraient des pro- 
duits d'une décomposition secondaire des purines 
paraît bien devoir être définitivement rejetée'. 

On connaît moins bien le groupe hydrocarboné 
de l'acide Ihymonucléique. Steudel" paraît bien 
avoir démontré, cependant, que cet acide ne ren- 
ferme pas de pentoses, mais seulement un hydrate 
de carbone en C, dont quatre molécules formeraient , 
avec quatre molécules d'acide métaphosphorique, 
un acide analogue à l'acide glycérophosphorique, 
complexe qui fixerait, en outre, une molécule de 
chacune des quatre bases citées plus haut, adénine, 
guanine, thymine et cytosine. 

D'autres acides nucléiques ont été étudiés encore, 
notamment rncide çfiianyliqiio de Bang, dont l'exis- 
tence a été un instant contestée, mais qui paraît 
bien exister tel que Bang l'a décrit, sauf qu'il ne 
contiendrait pas de glycérine \ Les produits actuel- 
lement isolés se réduisent à une seule purine, la 
ifunnine, un pcntose et de Vacide phosphoriqae. Les 
bases pyrimidiques font totalement défaut, aussi 
bien que l'adénine. Un acide nucléique aussi simple 
que Facide guanylique, et mieux connu, parce 
qu'il est le seul qu'on ait pu isoler à l'état cristal- 
lisé, est Vacidr iiiosiqac de la chair musculaire, que 
Neuberg et Brahm' ont réussi récemment à dédou- 
bler quantitativement en acide phosphorique, 
l-xyloae et Jiypoxaiithinc. Le squelette de ce com- 
posé est donc un acide pentose-phosphorique, qui 
est à placer ù côté de l'acide inosite-phosphorique 
de la pliytine (voyez plus loin) et de l'acide glycé- 
rophosphorique de la lécithine. 

m. — Les uydratks de cahbone. 

L'acquisition la plus importante qui ait été faite 
au point de vue de la Chimie biologique dans 
l'étude des hydrates de carbone est la démonstra- 
tion, apportée par Maquenne, de la constitution du 
grain d'amidon. Ces résultats ont été exposés dans 
la Revue'' par Fauteur lui-même. Ils modifient 
profondément nos idées sur tout le mécanisme de 
la sacchariiication diastasique, et par conséquent 
digestive, des amylacés. Ou ne peut que signaler 
ici d'autres travaux sur les hydrates de carbone et 
relatifs à di's siii-res ou des glucosides nouveaux 



' Steudel : Zcitschr. f. /ihy.'./nl. Clic.m., t LUI, p. o08, 1907. 

« Steudel: Jhhl., t. I., y'. 'SMi, 1007; t. LU, p. 62, 11107: 
1. LUI, 14, 1907, et 1. LV, j.. 407, 1908. 

' G. Leven.ne cl Mandkl : Biocheiri. Zcilf<chr., t. X, ]i. 221, 
1908. 

* Neubebo et BiiAiiM : Biocliew. Zeitschr., t. V, p. 43R,1i'(i7. 

' Voyez dans la Heviic du lîi octobre 1906, ]i. 860, I'oIihIc; 
(II! M. Maqucnno sur L'amidon cl su succliaiilicalion ili;:- 
sUfHiquc. — Voyez aussi M"'<^ Gati.n-Ghuzewska : C /.'., 
l. CXLVI, p. !i40 1908. el Soo. de Uiul.. t. LXIV, p. .'iOD. 1908. 



[iditc, sorhiérile, viriunine, bakankosine, samhu- 
nigrjne, prulaiirasine, etc.), dus à G. Bertrand, à 
Bourquelot et à leurs collaborateurs, et dont l'ana- 
lyse rentre plutôt dans une Revue annuelle de 
Chimie végétale ou de Chimie organique. Notons 
encore, en ce qui concerne les méthodes, le nou- 
veau procédé de dosage des sucres réducteurs pro- 
pose par G. Bertrand', où l'opération est ramenée 
à un dosage de sel ferreux par le permanganate, et 
le procédé à l'hydroxylaniine de Bang-. 

IV. — Les lipoïdes 

On sait que c'est à l'occasion d'une théorie au- 
jourd'hui bien connue, touchant le mécanisme de 
la perméabilité cellulaire, que ce mot de lipoïdo a 
été créé parOverton'. Bornons-nous à rappeler 
ici que les corps pour lesquels les cellules ani- 
males ou végétales sont perméables, narcotiques, 
colorants dits vitaux, etc., sont en général solubles 
dans les huiles, et, en particulier, qu'un narcotique 
est d'autant plus énergique que sa solubilité dans 
l'huile est plus grande par rapport à sa solubilité 
dans l'eau. On a été conduit ainsi à admettre que, 
si ces corps passent à travers les membranes 
cellulaires, c'est que celles-ci contiennent des 
substances qui, comme les huiles, sont capables de 
dissoudre les corps en question et de les introduire 
ainsi dans la cellule. Ces constituants cellulaires 
sont donc, à ce point de vue, semblables aus. 
graisses, d'où le nom de lipoïdes sous lequel Over- 
lou les a réunis. 

Cette dénomination s'applique donc à des corps 
ayant une propriété physique ou biophysique com- 
mune, mais non pas des caractères chimiques 
communs, car rien n'est plus hétérogène au point 
de vue chimique que la famille des lipoïdes. Pour 
Overton, les lipoïdes cellulaires sont, en effet, la 
lécithine et la cholestérine (et le prolagon), com- 
posés parmi lesquels la lécithine seule présente 
quelque analogie de structure avec les graisses. 
Pour des raisons qu'il serait trop long d'exposer 
ici, Bang* a étendu récemment cette définition 
en appelant lipoïdes cellulaires tous les produits 
que l'étlier ou les solvants analoi/ues enlèvent aux 
cellules. 

La définition actuelle des lipoïdes est donc pure- 
ment biophysique, et les contours de celte famille 
restent très vagues ; mais cette appellation, évidem- 
ment provisoire, est commode pour désigner un 
ensemble de corps (pic leur histoire lii()lo;;i([u'> 



' G. Hkuthaxd: HuII. Suc. clijiii.,t XXW, p. 128.5, 19110. 
' liANG : lliocho.m.Zcituclir.. I. Il, [i. 271. 
:i (Ivkhton : Studien lihrr dic iV.-/;7wj.se, h'nii, 1901. 
* 1. Bano : Biochcmiù dcr /clliiioidc, in ISrgelmisse dcr 
Physiol., par Asher et Spiro. 6'' année, Wiesbadcn, 1907. 



E. LAMBLING — REVUE ANNUELLE DE CHIMIE PllYSI0LO(ilQUE 



135 



rapproche souvent les uns des aulrcs. Voici com- 
ment on a provisoirement divisé les lipoïdes ' : 

1° Lipoulos phosphores ou phosphatidcs, dont 
les uns sont azotés, comme les lécithines, et les 
autres non azotés, comme la pliytine; 

-2" Les lipoïdes non phosphores, dont beaucoup 
sont, comme la cérébrine, de nature glycosidique; 

3" Groupe de la cliolestvrinc (ou lipoïdes sans 
F ni Az) : 

-4" Lipoïdes de nature cliiiniciiu' inconnue. 

§ 1. — Lipoïdes phosphores ou phosphatides. 

Le centre de cette famille est représenté par la 
lécithine, qui a été considérée pendant longtemps 
comme le seul corps organique phosphore, soluble 
dans l'éther, figurant comme constituant cellulaire 
dans nos tissus, à telles enseignes qu'aujourd'hui 
encore le dosage de la lécithine dans un tissu se 
ramène à un dosage de phosphore dans l'extrait 
élhéré. La seule incertitude dont celte manière de 
faire paraissait affectée, c'est qu'on admettait l'exis- 
lence de plusieurs lécithines, différant les unes des 
autres par la nature des radicaux gras (oléique, 
stéarique, etc.) substitués dans l'acide glycérophos- 
phorique. Une conception aussi simple de la notion 
des lécithines ne peut plus être maintenue aujour- 
d'hui, car les recherches de Thudichum, de 
AV. Koch, de Erlandsen^ ont montré qu'à côté des 
lécithines proprement dites, où Az : P égale 1 : 1, 
il existe, dans les tissus animaux, toute une série de 
composés construits sur le même type, c'est-à-dire 
fournissant comme produits de décomposition de 
l'acide glycérophosphorique, des acides gras et des 
bases azotées, mais dans lesquels le rapport Az : P 
prend des valeurs différentes de 1 : 1. On est, en 
général, d'accord pour réunir tous ces corps sous 
la dénomination de phosphatides (Thudichum) ; 
celle de lécithanes, proposée par Koch, ne paraît pas 
avoir été acceptée. Voici l'indication d'un certain 
nombre de travaux nouveaux sur les différentes 
catégories de phosphatides distingués jusqu'à 
présent. 

Dans la catégorie des monaniino-monophospha- 
tides (Az : P = 1:1), figurent les lécithines pro- 
prement dites avec leurs dérivés, et les céphalines 
cérébrales. 

En ce qui concerne d'abord les lécithines, de la 
préparation desquelles on croyait être maître, on a, 
de divers côtés, insisté sur la difficulté, on a même 

' 1. Bam.: : Loc. cit. — S. FflAXKEL : Biochein. Zeitschr.. 
I. IX. p. 14, l'J08. 

= Thudichum; Die chemische Konslilulion des Gehirns, elc, 
Tiibingen, 1901. — W. Kocn : Zeitsebr. f. physiol. CI,., 
I.XXXVII, p. 181, 1903. — Erl.\ndsen -.Ihi.l.. t. LI, p. 71, 1907. 
1,1' leLteur trouvera dans ce Mémoire d'Erlandsen un hislo- 
i'ii|iie détaillé de l'évolution de celle (juBstion. 



dit : l'impossibilité, de les obtenir actuellement à 
l'état de pureté. Le chlorure de cadmium, réactif 
précipitant recommandé par Bergell, altère le pro- 
duit en en détachant, d'après Erlandsen, une partie 
des restes gras. La lécithine est, de plus, auto- 
oxydable à l'air, ainsi que le montre l'abaissement 
graduel, parfois énorme, de l'indice d'iode (Erland- 
sen), en sorte que l'on peut dire avec Bang qu'au- 
cune lécithine n'a encore été obtenue à un état de 
pureté complet'. La lécithine du jaune d'œuf pos- 
sède le pouvoir rotatoire à droite (Ulpiani), comme 
aussi l'acide glycéro-phosphorique qu'on en extrait 
(Wildstadter et Liidecke), et cette dernière consta- 
tation rend très probable que, des deux formules 
ci-dessous, c'est l'asymétrique (II) qui doit être 
préférée, bien que, dans la formule I, la présence de 
deux radicaux gras différents pourrait aussi rendre 
compte du pouvoir rotatoire' : 

CH-.O.iliadiral gras;. CHVO. (Radical gras). 

I I 

CH. 0. (Groupe phosph. de chol.). CH.O. (Radical gras). 

CHVO.(Radica! gras). CH'.0.(Gr.-phospli. decliol.) , 

(I) (II) 

Les diverses lécithines ne diffèrent sans doute 
que par la nature des acides gras substitués, et 
l'on admettait autrefois que ces acides sont les 
acidespalmitique, stéarique et oléique. Aujourd'hui, 
il est établi, par les recherches de Henriquez et 
Hansen, de Lawes, de Cousin surtout, que la léci- 
thine du jaune d'œuf contient, à côté des acides 
palmitique et stéarique, de l'acide linoléique, et, 
d'une manière générale, des acides moins saturés 
que l'acide oléique. Mais cette question est encore 
loin d'être complètement éclaircie'. 

La lécithine donne avec l'eau des solutions colloï- 
dales dont la précipitation, en présence des sels, a 
été étudiée par Koch et, d'une manière plus précise, 
par Porgès et Neubauer, et, comme la lécithine est 
probablement l'un des colloïdes des membranes 
cellulaires, il est intéressant de constater, au point 
de vue de l'étude des variations de la perméabilité 
cellulaire, que déjà les concentrations salines 
atteintes dans les liquides de l'organisme suffisent 
pour coaguler les solutions de lécithine '. 

' ERLANbSEN : Loc. cit. — Winterstein et Hiestand : Zeitsebr. 
f. pbysiol. Cb., t. LIV, p. 291, 1908.— Bergell: D. cbem. O., 
t. XXXIII, 2584. — Bano : Biochemie der Zelli/ioïde, in 
Ergebn. der Physiol., t. VI, p. 131, 1907. — Pour la compo- 
sition de la lécithine la plus pure qui parait avoir été 
obtenue (œuf et muscle de bœuf , voy. Erlandsex : Loc. cit. 

« Ulplwi: Gazz. chini. ilal., 1. XXXI, 2. p. 47, 1902. — 
WiLDSTAEDTER et LuEDECKE ; D. cliem. 0., t. XXXVII, 
p. 37.53, 1904. 

3 Hexriques et Hansen: Skand. Archiv f. Physiol., t.XlV, 
p. 309,1903. — Lawes : Pharm. Zeitsebr., t. XLVIII, p. 814. 
— Cousin : Soc. de Biol., t. LV. p. 913, 1903. 

* W. Koch : Zeitschr^ f. physiol. Ch., t. XXXVII. p. 181. 
1903. — Forges et NiVBWER: Biochem. Zeitschr., t. VII, 
p. 153, 1907. 



136 



E. LAMBLING — REVUE ANNUELLE DE CHIMIE PIlYSIOLOGlnUE 



La lécithine présente une grande aptitude à des 
combinaisons variées, non seulement avec des 
matières minérales, mais aussi avec des substances 
organiques, sucres divers, matières protéiques. La 
liicilhiiie-glyrose, étudiée par Bing, a été identifiée 
par lui, à tort sans doute, avec la Jécorine, qui est 
certainement un corps ou un mélange de corps 
plus complexes (Siegfried et Mark, Mayer et Ter- 
roine). Avec les matières protéiques, la lécithine, 
qui est en solution un colloïde négatif (V. Henri), 
donne un précipité qui est un complexe colloïdal 
d'albumine et de lécithine reproduisant les pro- 
priétés des lécillialJiiinniios de Liebermann (Mayer 
et Terroine)'. 

Dans la catégorie des luonnmino-monophospba- 
tides rentrent aussi les céplinliiies du cerveau, qui 
fournissent par hydrolyse de l'acide glycérophos- 
phorique, des acides gras et des bases azotées. 
Dans celle que Cousin a bien étudiée, la base était 
de la choline". 

Les mouaniiiio-:liphosplialides (Az:P=l:2) ne 
sont encore représentés que par la criwrine, extraite 
par Erlandsen du muscle cardiaque du bœuf, et 
qui donne par hydrolyse de l'acide phosphorique, 
de la glycérine, des acides gras pauvres en hydro- 
gène et une base dilTérente de la choline. Les dia- 
miiio-nioiiophosphalides (Az:P = 2:l) et les dia- 
inino-diphosphatides (Az : P = 2 : 2) comprendraient 
les premiers, outre l' amido-niyéline et la sphingo- 
myélinc de Thudichum, un plwsphalidc en C'°, isolé 
par Erlandsen du muscle cardiaque, et les seconds, 
divers composés également décrits par Thudi- 
chum. Enfin S. Frankel et C. Bolaffio ont décrit 
récemment un triawino-nionophosphatide (Az : P 
^=3: 1), la iiéotline, extrait du jaune d'œuf, dont 
l'étude n'est pas encore achevée ^ 

A côté de ces phosphatides animaux, qui sont 
tous azotés, il faut placer des phosphalides végé- 
taux, très répandus dans le règne végétal, et qui 
sont dépotivus d'azole (Posternak, Schulze et Win- 
terstein). Le mieux connu d'entre eux est la phy- 
lincde Posternak, que cet auteur considère, d'après 
la formule do dédoublement : 

C'H'P'O' -1- H=0 = 2 Pd'II» + 2 Cll^O, 

comme un acide aiihydro-oxymclhyléiie-diplios- 
phoriquc. L'aldéhyde formique qui termine l'équa- 
tion ci-dessus n'est pas recueillie à cet état, mais 
sous la forme polymère de l'inosite. Mais, depuis 



' Siegfried el Mauk : Zaitucbr. f. physiol. Ch., t. XI.VI, 
11. 492, 190G. — Maïkh et Terroine : Soc. de Biol., LXIl, 
p. in cA p. ■■î!)8, 1907. — Voy. aussi Iscovesco : Ibid., 
t. I.XI11, "U, 1903. 

• Cousix : Soc. de Diol.. t. l.XI, p. 23, 1906, et t. LXIl, 
II. 238, 1907. 

' Eiilandsen: Loc. cil. — S. Kkaokel et C. Bolafio: Bio- 
clieui. Heitfichr.. 1. IX. )i. 11. l'J'JS. 



que Suzuki, Yosliimura et Takaishi ont montré que 
le dédoublement, cependant très lent el peu éner- 
gique, de la phytine par une diastase, la pliylasr, 
donne directement nai.ssance à de l'inosite, et que 
.Neuberg, à l'aide de la réaction du furfurol, a 
rendu très probable ce fait que l'inosite préexiste 
dans la phytine, il devient très vraisemblable que 
ce corps est un élhcr pliosphorique acide da tino- 
sitf, comme la lécithine et les acides nucléiques 
sont respectivement des éthers de la glycérine et 
d'hydrates de carbone divers'. 

Tous ces travaux montrent suffisamment com- 
bien les lipoïdes phosphores sont nombreux et 
combien la notion de lécithine, jadis bornée à un 
type unique, a dû être élargie. 

§ 2. — Lipoïdes non phosphores. 

Ce sont les corps du groupe de la cérèbrine (céré- 
brosides) et leurs dérivés (acines cérébri(iues). Us 
paraissent fournir par dédoublement, comme les 
lécithines, des corps à fonction basique, des acides 
gras et un sucre, le galactose. Mais ce dédouble- 
ment est encore très mal connu". 

§ 3. — Lipoïdes sans phosphore ni azote. 

C'est le groupe des cholestérines. 11 n'entre pas 
dans le plan de cette revue de rendre compte des 
nombreux travaux de chimie pure faits récemment 
sur ces compo.sés, formés vraisemblablement d'un 
noyau benzénique hydrogéné ^ 

^4. — Lipoïdes de nature inconnue. 

C'est une série de corps non encore définis, que 
l'éther enlève aux cellules, notamment aux globules 
rouges, et qui ne sont connus que par des actions 
physiologiques (voy. plus loin). 

§ 5. — Rôle des lipoïdes en Biologie. 

Ce qui précède montre assez que les lipoïdes 
constituent une famille de corps très hétérogènes, 
dont beaucoup ont une histoire chimique à peine 
ébauchée, et dont la plupart, par leurs caractères 
peu marqués, leur état amorphe, la complexité de 
leur molécule, leur facile altération n'offrent aux 
chimistes que des aspects peu engageants. Si 
néanmoins ces corps, très délaissés pendant long- 
temps, bénéficient en ce moment d'un regain de 
faveur, c'est parce que, du côté biologique, sont 



' Posternak: C. /?., t. CXXXVII, 1903. — Schui.ze et \Vm- 
tehstein: Zcitscbr. t. physiol. Ch., t. XL, p. 120, 1903. — 
C. Neibbho : Biochcin. Zeitscbr., t. IX, p. 556, 1908. 

• TiiiBRFELDEn : Zcit.ichr. f. physiol. Ch., t. XLIV, p. :iliO, 
1905, et t. XLVI, p. 518, 1906. — Thierfelder et Kitaoawa : 
Ibid., t. XLVI, p. 518, 19116. 

' Voyez l;i lievue d'enscmliU' île Gilkin dans Biochcw. 
Cc:ilnilhl., t. VII, p. 2S9 et 357, 1908. 



E. LAMBLING — REVUE ANNUELLE DE CHIMIE PHYSIOLOGIQUE 



137 



venues loule une série de constatations qui mon- 
trent le rôle important joué par ces composés. On 
ne fera pas ici une étude systématique de ces faits 
qui appartiennent plulùl à une revue de Pliysiolo- 
gie; montrons simplement, par quelques exemples, 
la direction et le haut intérêt de ces recherches. 

On ne rappellera pas ici les expériences à l'aide 
desquelles, ilés 1899, Overton et H. Meyer ' ont, 
chacun de son côté, expliqué la perméahililô des 
cellules animales et végétales pour certaines sub- 
stances (narcotiques, colorants dits vitaux, etc.) 
par la soluliililé de ces corps dans les lipoïdes 
cellulaires (cholestérine , lécithine, protagon), 
théorie qui a reçu depuis cette époque de nom- 
breuses confirmations. Ainsi Niclouxet M"" Frison' 
ont montré que la quantité de chloroforme fixée 
pendant l'anesthésie par la substance blanche et 
la substance grise est proportionnelle aux (}uan- 
tilés de substances solubles dans le chloroforme 
(c'est-à-dire de lipoïdesi que contiennent ces deux 
parties du cerveau. Pareillement, la mort des ani- 
maux intoxiqués par le lysol arrive au moment où 
le cerveau a fixé une certaine quantité de toxique. 
Si le lysol est donné dissous dans l'huile, l'animal 
(lapin) résiste à des doses énormes et la quantité 
fixée par le cerveau est minime \ 

Beaucoup d'autres phénomènes paraissent ainsi 
en relation avec le pouvoir dissolvant des lipoides. 
On sait que la cholestérine ou ses éthers sont un 
principe constant de la sécrétion sébacée, et il 
paraît probable que seules sont absorbables par la 
peau les substances solubles dans les lipoïdes de 
cet enduit cutané'. 

Notons encore que ces éthers cholestériques, dont 
on peut donc dire qu'ils forment comme un enduit 
ininterrompu au-dessus du revêtement extérieur 
de tous les animaux supérieurs, sont très résis- 
tants à l'action des bactéries. Une gélatine nutri- 
tive recouverte de lanoline (éther cholestérique) 
reste inaltérée, tandis qu'une couche de graisse à 
base de glycérine ne fournit pas la même protec- 
tion '. 

Notons encore ce fait intéressant de Vhyilro/iliilie 
de certains lipoïdes. Les étiiers purs de la choles- 
térine, par exemple la lanoline débarrassée de la 
cholestérine pure qu'elle contient, ne présente 

' OVHBTON : Arcb. de Pnùger, t. XCII, p. 209, 1902. — 
H. Meyek : Arcli. f. ,'xp. Patb. u. l'harm., t. XLII, p. 109, 1899. 

■ M"« Fbiso.n et XicLOL'x: Soc. do. Biol., t. XLll,, p. 220, 
1907. Le lecteur trouvera un exposé complet des intéres- 
santes recherches de Nicloux et de ses collaborateurs dans 
l'ouvrage suivant : M. Nicloux : Lex anesthcsiqucs fionè- 
raux au point do vue cbimico-physiologiquo. Paris, 1908. 

• F. Blu.me.mhal et E. Jacoby ; Biochem. Zeitschi:, t. Vil, 
p. 39, 1907. 

* FiLEHKE : Biocbcm. Ccniralbl., t. VIL p. 381, 1908. 

^ GoLDSTEiN, cité d'après Gilkin : Biochem. Ceiitralbl., 
t. VU, p. 371, 1908. 



presque pas d'hydrophilie, c'est-à-dire qu'on ne 
réussit pas à leur incorporer des quantités d'eau 
appréciables. Si l'on ajoute, au contraire, à de la 
paraffine de 2 à 5 "/„ de cholestérine, et mieux 
encore d'oxycholestérine, on confère à ces mé- 
langes une hydrophilie telle qu'on peut leur incor- 
porer jusqu'à 200 et même jusqu'à 5oO °/„ d'eau 
(Unna) '. Ces faits, qui paraissent jusqu'à présent 
n'avoir préoccupé que les dermatologistes, au point 
de vue de la préparation des onguents, présentent 
un intérêt biologique évident, en ce qui concerne 
la pénétration de l'eau, et par conséquent de sub- 
stances solubles dans l'eau, dans un milieu ana- 
logue aux graisses. 

Les recherches de ces deux dernières années ont 
confirmé aussi le rôle important attribué aux 
lipoïdes dans le phénomène de l'hémolyse. On a 
remarqué depuis longtemps que les agents chi- 
miques qui rendent le sang « laqué », c'est-à-dire 
qui sont hémolytiques (éther, chloroforme, amy- 
lène, acétone, éther de pétrole, etc.), sont en même 
temps des dissolvants des lipoïdes, et leur action 
s'expliquerait donc par une attaque des lipoïdes de 
la paroi globulaire. Pareillement, l'hémolyse par 
les sels biliaires (G. Bayer) , par la saponine 
(K. Meyer) parait être due à une action analogue 
(dissolution de la lécithine du globule). Le point 
d'attaque de beaucoup d'agents hémolysants est 
donc représenté parles lipoïdes du globule attaqué*. 

On voit aussi les lipoïdes intervenir encore dans 
le phénomène de l'hémolyse, soit parce qu'ils sont 
eux-mêmes l'agent hémolysant, soit parce qu'ils 
jouent un rôle dans la genèse ou dans l'action de 
l'agent hémolysant. Il y a d'abord des lipoïdes à 
pouvoir hémolysant, comme ceux que l'on a extraits 
du corps thyroïde (Iscovesco) ou des proglottides 
du bothriocéphale (et auxquels on fait jouer un 
rôle dans la genèse de l'anémie produite par ce 
parasite) (Tallquist, E. Bloch) '. Les substances 
lysinogènes des globules rouges (c'est-à-dire ceux 
d'entre les constituants des stromas globulaires qui 
provoquent la formation d'hémolysines, quand ces 
stromas sont injectés à des animaux) sont aussi 
sans doute de nature lipoïdique (Bang et Forss- 
mann; Takaki) \ On sait, d'autre part, par les 

' Unn.*: ]bid., p. o, 190». — Unna a lait cette expérience 
avec Vunguenlutn paraflini de la Pharmacopée alle- 
mande, c'est-à-dire avec un mélange de 1 partie de paraf- 
fine solide et 4 parties de paraffine liquide. 

* G. B.WER : Biochem. Zeilschr., t. IX, p. 58, 1908. — 
K. Mayer : Bcitr. z. cbcm. Physiol. u. Palhol.. t. XI. p. 357, 
1908. 

» IscovEsco : Soc. de Biol.. t. LXV, p. 100, 19(18. — Tall- 
quist, cité d'après E. Bloch : Biocbcm. Zcilschr.. t. IX, 
p. 498, 1908. — Voy. aussi Morcexroth et Reicher : Berl. 
lilin. Wochenschr.', 1907, n° 38. 

* Bang et Forssmax.x : Beilrigc z. cbem. Pbysiol. et Pa- 
lhol., t. VIII, p. 356, 1906. — Takaki : Ibid., t. XI, p. 274, 
1908. 



138 



E. LAMBLEVG — REVUE ANNUELLE DE CHIMIE PHYSIOLOGIQUE 



expériences bien connues de Kyes, que la lécithine 
est indispensable à l'aclion hémolytique du venin 
de cobra (formation d'un toxolécithide hémoly- 
sant), et, de plus, que la cholestérine agit vis-à-vis 
de ce venin comme antihémolytique '. 

Cette action protectrice de la cholestérine a été 
retrouvée aussi vis-à-vis d'autres agents hémoly- 
tiques, comme certaines hémolysines provenant 
des bactéries ou des tissus, ou bien les savons ', ou 
encore la saponine, et ici on a fait celte remarque 
intéressante que les globules très vulnérables à la 
saponine (cheval, lapin, porc) sont pauvres en 
cholestérine (de 0,39 à 0,72 °/oo), tandis que ceux 
qui sont plus résistants (chien, mouton, bœuf) 
sont riches en cholestérine (de 1,25 à 3,59 °/ooj'- 
Cette protection de la cholestérine s'exerce aussi 
contre des toxines bactériennes : ainsi la toxine 
tétanique est neutralisée in vitro par la bile, et, 
dans celle action, c'est la cholestérine biliaire qui 
Joue le rôle éminent (Vincent). D'autres lipoïdes 



' Voy. notamment le récent travail de MiNz : Biocbcm. 
Zeitschr., t. IX, p. 357, 1908. 

' IscovEsco : Soc. de Biol., t. LXIV, p. 404, 1908. — 
K. Mayer : Beiti-, chem. Phyfsiol. u. Paihol., t. XI, p. .337, 
1908.— IscovESCo et Foucaud : Soc. de. BioL, t. LXIV, p. 677, 
1907. — D'autres lipoïdes d'origine globulaire et encore 
mal définis ont le même pouvoir protecteur (IscovESCo, 
ibid., p. 675). 

» Cf. ISCOVESCO : Soc. de Biol., t. LXIV, p. 404 et 673, 
1908 — R. Mater : Beili-.chem. Physiol. u. Palbol., t. IX, 
p. 337 1908. 



agissent de même. Ce sont les lipoïdes cérébraux, 
et surtout la cérébrone, qui confèrent à l'émulsioii 
de masse cérébrale la propriété de neutraliser la 
toxine tétanique. Celle action est si puissante qu • 
1 gramme d'acide cérébronique (dérivé de la céré- 
brone) neutralise 12.000 doses mortelles pour la 
souris (Takaki). Les toxines tétaniques et diphté- 
riques ont, de même, des propriétés lécithinophiles 
marquées (Petit). Notons encore que Calmette, 
Massol et Guérin ont signalé que la résistance .à 
l'infection tuberculeuse parait être fonction de la 
richesse du sang en lécithine'. 

On voit que ces résultats sont intéressants non 
seulement au point de vue biologique, mais aussi 
parce qu'ils constituent un sérieux encouragement 
à des tentatives thérapeutiques. On sait que de 
telles tentatives ont déjà été faites dans diverses 
directions. 

Dans un second article, nous passerons en revue 
les travaux consacrés à la digestion, au ?ang et aux 
échanges nutritifs. 

E. Lambling, 

Professeur à l'Université de Lille, 
Correspondant de l'Acadt'mie de Médecine. 



' Vincent : Soc. de Biol., t. LXIII, p. 623 et 698, 1907. — 
Takaki : Beilr. chem. Fliysiol. u. PathoL, t. XI, p. 28S, 
1908. — Petit : Soc. de Biol.. t. LXIV, p. 811. 1908. — 
Calmette, Massoi. et Guérin : C. P., p. 107G, 1908. 



BIBLIOGRAPHIE 



ANALYSES ET INDEX 



139 



BIBLIOGRAPHIE 

ANALYSES ET INDEX 



1° Sciences mathématiques 

lliiygcus (Chrisliaan). — Œuvrescomplètes, piiblitJes 

pur la Sociélé hollandaise des Sciences, t. AV. Mar- 

linus Nijhoir, La Haye, 1909. 

La Société hollandaise des Sciences poursuit avec 
persévérance et régularité la grande œuvre qu'elle a 
entreprise. Après avoir publié en dix magnifiques 
volumes la correspondance de Huygens, elle aborde 
aujourd'hui les travaux mathématiques de ce grand 
géomètre. 

Le volume XI, qui vient de paraître, est consacré 
tout d'abord aux travaux divers de jeunesse, à ceux 
qu'écrivit Huygens en 1645 et 1646, alors qu'il avait de 
dix-sept à dix-huit ans. 

La plupart de ces travaux sont moins intéressants 
par leur valeur intrinsèque que par le développement 
successif des idées qu'ils permettent de suivre; aucun 
résultat ne mérite d'être spécialement signalé, si ce 
n'est ce qui est relatif à la quadrature de la parabole 
et à divers volumes engendrés par la révolution de 
cette courbe. 

La seconde partie du volume se rapporte aux tra- 
vaux des années 1650 et 1631, car on ne possède 
presque rien pour les trois années qui précèdent; elle 
débute par l'étude des corps flottants, pour laquelle 
Huygens lui-même se montra fort sévère dans la suite ; 
elle continue par diverses Notes mathématiques rela- 
tives à des problèmes résolubles par la règle et le 
compas ou à des lieux géométriques formés de droites 
et de cercles; elle se termine par les tlieoremata de 
(juadratura hyperboles ellipsis et circuli ex data por- 
tionum (jravilatis centra. 

Tel qu'il est constitué, le tome XI, sans contenir 
aucun des travaux qui ont rendu illustre le nom de 
Huygens, présente cependant ce grand intérêt de faire 
assister en quelque sorte le lecteur à l'éclosion de 
cette merveilleuse intelligence. En relisant ces pages 
écrites par un jeune homme de dix-sept à vingt-deux 
ans, on se convainc que l'auteur va être bientôt de 
taille à marcher de pair avec les plus grands. Peut-être 
un sentiment d'amour-propre national n'a-t-il pas été 
étranger à l'entreprise de cette publication ! En ce cas, 
MM. les Membres de la Société hollandaise des Sciences 
ont atteint leur but et ils ne pouvaient rendre à leur 
glorieux compatriote de plus bel hommage. 

H. LÉAUTÉ, 
Membre do ITnslitut. 

Uebessoii ((i.), Jiniénieiir civil. — Le Chauffage des 
habitations. Etude théorique et pratique des pro- 
cédés et appareils employés pour le chauffage des 
édifices, des maisons et des appartements. — I vol. 
gr. 111-8 de 670 p. avec 7 H ligures. (Prix : 23 /;•.) 
IJiinod et l'inat, éditeurs. Paris, 1909. 

L'important ouvrage de M. Debesson vient très heu- 
reusement combler une grave lacune de notre littéra- 
rature technique. C'est un traité pratique pt théorique, 
— comme l'indique son titre, — de l'une des questions 
les plus importantes et les plus complexes de l'hygiène 
et de la technique du bâtiment. 

Après l'exposé des considérations générales néces- 
saires à l'établissement rationnel et au calcul approxi- 
matif d'une installation de chauffage (notions d'Hygiène, 
de Thermodynamique : émission et transmission de la 
chaleur, combustion, etc.), M. Debesson aborde la des- 
cription et la discussion des appareils et installations 
de chauffage. 



D'abord, les appareils do chauHage élémentaires, 
cheminées et poêles: les cheminées, hygiéniques, mais 
prodigues; les poêles, parfois économiques, rendant 
jusqu'à 60 % de la chaleur du combustible, mais souvent 
dangereux, comme ceux qui sont installés dans les 
écoles de la ville de Paris. « Alors que beaucoup de nos 
petites villes de province et que tous les Gouvernements 
étrangers, dit M. Debesson, s'enorgueillissent de chauf- 
fer leurs écoles par les systèmes hygiéniques : vapeur 
ou eau chaude, Paris, ville lumière, restée aux perfec- 
tionnements du temps de Franklin, chauffe ses écoles 
par des poêles. Aussi voyons-nous nos pauvres enfants 
congestionnés quand ils sont placés près des poêles, 
gelés quand ils sont éloignés, anémiés toujours par l'air 
malsain qu'ils respirent dans les écoles de Paris » ; et, 
dans ces écoles, on ne se contente pas d'en rester aux 
poêles, mais on choisit, parmi ces appareils, les plus 
dangereux, ceux qui sont <( abandonnés (p. 148) depuis 
de longues années par l'étranger et la province. La ville 
de Paris, à peu près seule, persiste à empoisonner nos 
enfants avec ces appareils ». 

Les calorifères à air chaud, chers aux architectes, 
valent mieux que ces poêles, mais tendent aussi à dis- 
paraître. Le réglage en est difficile, le rendement défec- 
tueux ; la chaleur sèche en est désagréable et parfois 
dangereuse en raison des fuites d'oxyde de carbone qui 
se produisent aux joints des foyers et même au travers 
de la fonte. Actuellement, ce sont les calorifères à 
vapeur à basse pression qui sont de beaucoup préférés. 
Ils s'installent facilement partout; leurs radiateurs 
peuvent, dans les salles les plus luxueuses, être dissi- 
mulés sans nuire à la décoration ; l'entretien en est peu 
coiHeux, le rendement excellent, le réglage relativement 
facile, — on peut même le rendre presque automatique; 
• — les chaudières, en fonte, ou, de préférence, en tôle, 
et caractérisées par le magasin de charbon, se condui- 
sent très facilement; il va sans dire qu'elles ne présen- 
tent aucun danger d'explosion. Ces calorifères se 
divisent en deux grandes classes suivant qu'ils fonction- 
nent à cycle (ou circulation) fermé, ou à cycle ouvert à 
l'atmosphère C'est à ces derniers que M. Debesson 
donne la préférence, surtout pour les chauffages con- 
tinus de jour et de nuit. Ils admettent des tuyauteries de 
plus petit diamètre, permettent de régler avec un seul 
robinet le chauffage de chaque radiateur et dispensent 
des purgeurs d'air. L'installation générale de ces diffé- 
rents types de calorifères est discutée à fond dans l'ou- 
vrage, ainsi que leurs éléments : chaudières, tuyauteries, 
joints, régulateurs de tirage etde pression, purgeursd'air 
et d'eau, avec de nombreuses descriptions empruntées à 
la pratique de tous les pays. Dans un autre genre de 
calorifères à vapeur, encore peu répandu chez nous, 
on marche à des pressions inférieures à celle de l'at- 
mosphère, en entretenant un vide dans la circulation, 
ce qui la facilite par l'absence d'air, absence qui, d'autre 
part, augmente considérablement la puissance des ra- 
diateurs. En outre, on peut, en faisant varier le vide, 
faire varier la température de la vapeui' suivant la 
température extérieure, de 60 à 100° par exemple, ce 
qui permet à ces appareils d'avoir les avantages des 
chauffages à l'eau chaude (douceur de chauffe) sans 
en présenter les inconvénients. Ce système compte, en 
Angleterre, des applications très remarquables à des 
édifices ayant à chauffer jusqu'à t HO. 000 mètres cubes; 
la marche est presque entièrement automatique et très 
facilement réglable. 

Les chauffages à l'eau chaude à haute pression sont 
presque abandonnés en raison de leurs dangers évi- 
dents. Les chauffages à eau en basse pression ont encore 



tiO 



bibliographe; 



ANALYSES ET INDEX 



de nombreux partisans, principalement en raison de 
la facilité de les régler de la chaudière même en fonc- 
tion de la température extérieure; mais, d'autre part, 
les appareils à circulation naturelle exigent de grosses 
tuyauteries, coùleuses, à grand volume d'eau, se prêtant 
mal aux variations brusques de températures, et désas- 
treuses en cas de fuites graves. Aussi a-t-on cherché, 
pour les grands chauffages du moins, à accélérer cette 
circulation par toutes sortes de moyens : des pompes, 
des éniulseurs, des pulsions de vapeur fonctionnant 
comme de petits geysers, dispositions très ingénieuses 
à coup sûr, mais qui entraînent toujours une certaine 
complication, et rendent hasardeuse la conduite de ces 
appareils par le premier venu. 

Parallèlement au problème du chauffage, se présente 
celui, non moins important, de la ventilation des locaux. 
M. Debesson n'en dit que quelques mois, se réservant 
de l'étudier dans un autre ouvrage, et en constatant, 
ce que nous savons tous, qu'en France la ventilation 
n'existe pas. En général, on ne s'en s'occupe .pas; 
l'architecte « ne la prévoit pas » (p. 642) et il ne faut 
pas lui reprocher trop cette imprévoyance, car, lorsqu'il 
's'en occupe, le résultat est, paraît-il, souvent déplo- 
rable (p. 645), au-dessous de « rien». 

L'ouvrage de M. Debesson se recommande par la 
multitude des renseignements qu'il renferme sur toutes 
les sortes de chaulîages, renseignements fournis, 
comme nous l'avons dit, non seulement par la pratique 
française, mais aussi par celle des autres pa>s, notam- 
ment de l'Amérique, et par la discussion approfondie 
de ces divers systèmes. Il a sa place indiquée dans la 
bibliothèque de tous ceux qui s'intéressent à cette très 
importante question. G. R. 

2° Sciences physiques 

Sarlori (fiiiiseppe). Ingénieur, Proressciiv d'Eloctrc- 
tecliniqiw à I Institut Royal technique supérieur de 
Milan, Professeur s/fécial d'EJcctrotechniqne à l'Ecole 
I. n. industrielle de l'Etat et à l'Ecole l. IS. sujié- 
rieurc de Constructions navales à Trieste. — La 
Technique pratique des Courants alternatifs, ù 
f usage des électriciens, contremaîtres, monteurs, etc. 
— Deuxième édition française, traduite de l'italien, 
revue et complétée par M. ,1. A. Mointpellieb, Ilédac- 
tciir eu Chef de « L'Electricien ■'. — Tome premier : 
Exposé élémentaire et pratique des phénomènes 
du courant alternatif. — i vol. in-S" de 182 pages 
avec 260 ligures, (l'nx : ilj fr.) H. Dunod et E. l'inat, 
éditeurs. Paris, 1909. 

Ce qui caractérise cet ouvrage, c'est la clarté et la 
netteté avec lesquelles l'auteur a exposé et expliqué les 
phénomènes si complexes des courants alternatifs, de 
iaçon à mettre cette étude à la portée des électriciens 
n'ayant que des connaissances mathématiques élémen- 
taires. Des comparaisons tirées des faits physiques les 
plus connus, des méthodes de démonstration dont la 
simplicité n'exclut pas la rigueur, font que l'œuvre de 
M. Sartori, tout en restant scientifique, est une œuvre 
de vulgarisation. Les Traités relatifs aux courants alter- 
natifs sont presque tous d'un niveau mathématique qui 
n'en permet la lecture qu'à un nombre restreint d'ini- 
tiés, à moins qu'ils ne rentrent dans la catégorie de 
ces traités purement discriptifs et qui, sous prétexte 
de vulgariser, n'expliquent rien. L'auteur a évité ce 
double écueil, et c'est ce qui explique le succès de cet 
ouvrage en France et à l'Etranger. 

Les phénomènes d'induction, les méthodes de mesures 
des courants alternatifs, les li'ansformateurs, les mo- 
teurs synchrones et asynchrones, les divers systèmes 
de distribution y sont traités de façon à donner salis- 
faciion à la fois au théoricien et au praticien. 

Dans un second volume, comportant exactement les 
mêmes chapitres, les phénomènes sont développés 
avec l'aide du calcul, aussi simplifié que possible. 

Pour l'édilion française de son ouvrage, M. Sartori 
s'est adjoint un collaborateur ex|iérimenté et d'une 



haute compétence, M. Montpellier, rédacteur en chef 
de L'Electricien et professeur à l'École supérieure de 
Télégraphie, qui ne s'est pas contenté d'être un traduc- 
teur fidèle, mais a cru devoir compléter, d'accord avec 
l'auteur, un certain nombre de chapitres : les chapitres 
relatifs aux instruments de mesure, aux condensateurs 
et aux lignes de-transmission. 

M. Montpellier a même fait une rédaction presque 
entièrement nouvelle du chapitre traitant des moteurs 
asynchrones à courant alternatif simple, afin d'exposer 
les progrès récents réalisés dans la construction de ces 
moteurs, de plus en plus utilisés pour la traction élec- 
trique. 

De cette collaboration de deux hommes de valeur, 
qui se sont consacrés depuis de nombreuses années à 
la science électrique, il est résulté une œuvre dont 
tous ceux qui touchent, de près ou de loin, à cette 
science et à ses applications, ne pourront que tirer un 
grand profit, G. de Lamarcodie. 

Uuparc (L.), Professeur de Minéralogie et de Pétro- 
graphie il l'Université de Genève, et Monnior (A.), 
Privat-docent à fUniversité de (Genève. — Traité 
de Chimie analytique qualitative. 2' édition. — 

I vol. in-8" de 374 pages. Alcan, éditeur. Paris, 1909-. 

II semble bien que le plan de l'enseignement de 
l'Analyse qualitative soit depuis longtemps arrivé à une. 
forme définitive. Après avoir plus ou moins développé 
le chapitre des réactifs, du matériel, et des opérations 
analytiques, on fait l'étude détaillée des éléments pris, 
individuellement; c'est seulement ensuite que l'on 
cherche à faire l'analyse d'un mélange. 

J'ai toujours pensé que le temps passé à examiner 
les sels purs des divers éléments, au point de vue de 
leurs réactions analytiques, était des mieux employés. 

L'élève se familiarise dans cette étude, faite soigneuse- 
ment, avec les opérations de l'analyse, avec les condi- 
tions de précipitation, avec les difficultés que présentent 
l'insolubilisation totale de certains éléments, la filtra- 
tion de quelques précipités, leur lavage, puis leur trans- 
formation en sels solubles. 

C'est ici qu'il apprend réellement l'analyse qualita- 
tive; il ne trouvera aucune difficulté à séparer ensuite 
les éléments, au moins dans les cas simples, et il sera 
aussi solidement préparé que possible pour aborder les 
séparations difficiles. 

Le choix d'une méthode de séparation des éléments^ 
exige de nombreux essais. Tout d'abord, il est très 
sage de ne proposer aux élèves que la séparation des 
éléments les pins connus; introduire dans une mélhode- 
d'analyse les éléments rares, cela revient à proposer de 
rechercher, dans une foule, des individus dont le 
signalement n'est qu'imparfaitement donné. 

\es progrès de l'analyse suivent ceux de la Chimie, 
et le problème de la recherche des éléments, mélangés- 
en nombre et en quantités quelconques, n'a pas aujour- 
d'hui de solution générale. 

Ceci réservé, le choix d'une marche analytique, parmi 
les nombreuses qui ont été proposées, (foit plus viser 
la certitude du résultat que la simplicité des méthodes. 
11 ne faut pas s'étonner, d'ailleurs, d'entendre les élèves- 
déclarer tout d'abord mauvaise la marche qui leur est 
proposée : toutes sont imparfaites, et c'est peu à peu 
que l'on fait connaissance avec les imperfections et 
avec les remèdes qui améliorent la méthode suivie; 
l'essentiel est donc d'adopter, pour des élèves qui 
commencent, un tableau de séparation et de s'y tenir. 
Plus tard, au contraire, les élèves devront se servir au 
besoin de toutes les réactions connues et les combiner 
entre elles pour résoudre les cas difficiles. 

11 est, d'autre part, essentiel de mettre les débutants 
en contact avec les divers procédés de recherches dont 
dispose l'analyse, de leur apprendre à opérer par voie 
sèche, par voie humide, à se servir du spectroscope, 
du microscope, utilisant ces divers moyens d'étude, 
liarticulièrement lorsqu'il s'agit d'éléments difficiles ù 
caractériser. 



BIBLIOGRAPHIE 



ANALYSES ET INDEX 



l'il 



Les divers ('lémcnls ont, en ellel, des caractères iné- 
galement sensibles, et une réaction niicrochimique, 
par exemple, évitera bien des erieurs aux élèves ; il 
faut leur reromniander, en particulier, d'examiner au 
microscope l'alun, le phosphate ammoniaco-magné- 
sien, l'acétate d'uranyle et sodium. 

Ces quelques réllexions me conduisent à féliciter 
MM. Dupare et Monnier d'avoir beaucoup dévelopfié 
l'étude des caractères analytiques. Ils ont eu raison de 
laisser de côté dans un premier examen les éléments 
rares. On trouvera dans leur ouvrage une marche 
générale de recherche des bases et des acides, dos 
conseils étendus sur la solubilisation, la désagrégation, 
enfin un chapitre sur les réactions des alcaloïdes. 

Les auteurs ont, en outre, cru utile d'écrire une Intro- 
duction sur la théorie atomique, la théorie des solu- 
tions et des équilibres; on ne peut que trouver cette 
idée heureuse. Il serait beaucoup mieux, cependant, de 
répandre ces notions dans tout le cours de l'ouvrage. 
On prend souvent, dans l'enseignement de la Chimie, 
le parti d'exposer, au début des cours ou du livre, les 
lois de la Chimie, pour n'en plus parler ensuite. Les 
élèves apprennent les généralités sans les bien com- 
prendre, et ils sont ensuite incapables d'en faire l'appli- 
cation aux cas particuliers. " Il faut maintenant, 
commel'éciivaitrécemment M. H. LeChatelier, mettre en 
évidence les lois de la Mécanique chimique à l'occa- 
sion de chaque réaction chimique, de chaque méthode 
d'analyse décrite, les infuser au lecteur, à son insu, et 
même malgré lui. » 

Dans le livre dont il est ici question, les propriétés 
analytiques des diverses substances sont assez longue- 
ment énumérées, mais on a été trop bref sur l'explica- 
tion des réactions — les équations chimiques, d'ailleurs 
abondantes, n'indiquent pas tout: — il était, par exemple, 
fondamental de -montrer que l'action de l'eau sur un 
composé de bismuth ou d'antimoine est limitée, d'expli- 
quer pourquoi certains sels ne sont précipités par 
l'hydrogène sulfur(' que dans des circonstances bien 
définies. La précipitation totale à l'état de sulfure d'un 
mélange de sels est souvent longue et difficile à réaliser 
pour des élèves qui ne se rendent pas compte de ce 
qu'ils font. 

Si je voulais faire aux auteurs quelques reproches 
de détail, je montrerais dans leur ouvrage quelques 
erreurs ou quelques oublis regrettables; on y parle 
du bore cristallisé, et l'on n'y mentionne pas l'usage du 
microscope I 

Les plus grands analystes nous ont laissé des ouvrages 
très dm uiiiriités, très touPlus et indigestes, à peine 
utilisables pour l'enseignement. Nos élèves ont parfois 
aussi entre les mains de tout petits livres écrits par 
lies auteurs non spécialistes, et où voisinent les erreurs. 
Pour les élèves, les Traités comme celui de MM. Du- 
pare et Monnier, malgré quelques imperfections, sont 
recomman (tables. 

La vérité est que l'Analyse qualitative est une matière 

difficile à traiter, et sur laquelle on ne peut espi^rer 

voir paraître, avant longtemps, un ouvrage excellent. 

Marcel Guichard, 

Gliargé des fonctions de Maître de Conft'roncos 

à la Sorbonne. 

3° Sciences naturelles 

DehoiMii*» (GeorgesV — L'Afrique occidentale fran- 
çaise. Action politique. Action économique. Action 
sociale. — t \ol. iii-S" de o28 pnges. {I'j'i\ : t'r.) 
Blond et C"\ éditeurs. Paris, 1908. 
Le but de ce livre est de poser les diverses difficultés 
que rencontre devant elle l'action coloniale de la 
France dans l'Afrique occidentale. L'auteur ayant étu- 
dié sur place les éléments des questions à résoudre, et 
ayant su, semhle-t-il, observer très librement, a réussi 
à indiquer les principaux desiderata, ainsi que les 
résultats acquis, d'une manière précise, quoique sous 
une forme un peu touffue. 



On appréciera surtout l'étude éconoinicjue et l'étude 
sociale. Ce sont celles qui m'ont paru le |ilus riches en 
aperçus personnels, et le plus exemptes des Jugements 
sommaires qu'il est malheureusement possible de rele- 
ver dans la première partie de l'ouvrage. Dans celle-ci, 
qui est un tableau de l'action politique, on trouvera un 
exposé très serri!' de rorganisalion judiciaire, des ques- 
tions sanitaires, ilu priililrme de ri'ducation des noirs. 

Les réseives aux(juelli's je viens de faire allusion se 
rapportent surtout à la conception que se fait M. Ue- 
lierme de la vie politique des noirs. Déclarer que tous 
les non-musulmans sont « sans besoins politiciues et 
incapables de vraie organisation » (p. 121), ou encore 
qu'ils n'ont pas eu d'histoire jusqu'à ce jour, que leurs 
légendes sont « sans signification » (p. 107), paraîtra 
sans doute excessif. Un Etal noir qui ne dépasse guère 
les groupes organiques des familles n'en est-il pas 
moins un Etat, et l'histoire ne commence-t-elle donc 
que quand il y a n volonté collective continue »? A un 
autre point de vue, l'auteur établit lui-même, dans la 
suite du livre, que les noiis obéissent à autre chose 
qu'ci la <■ brutalité », et que leurs voisins, Maures et 
Touareg, sont mieux que des « pirates ». 

Nous avons été mis en présence, ù vrai dire, dans 
l'Afrique occidentale, d'un pêle-mêle ethnique com- 
]tlet, que l'interprétation même des totem n'aide pas à 
débrouiller, dans beaucoup de cas. D'autre [lart, les 
groupements politiques et sociaux étaient partout en 
voie de formation. Il semble bien, comme le dit 
M. Deherme, que les seuls éléments devenus lixes de 
ce ferment d'Etat ou de nation sont les castes, et, d'une 
façon plus générale, les conditions sociales des homnies 
libres et des esclaves. C'est par là seulement que l'on 
arrive à comprendre les associations de villages, la 
spécialisation et la séparation du travail, le semblant 
d'ordre et le peu de hiérarchie qui aiiparaissent dans ces 
sociétés. Notre devoir colonial est certainement de 
façonner cette matière, en inspirant au noir de vrais 
besoins d'homme : l'ambition du bien-être, la conti- 
nuité de l'effort, la prévision de l'avenir. L'éducation 
par le fait accompli, par la direction, et, au point de 
vue pratique, " la machine, les proci'dés techniques, 
les capitaux, tel doit être, dit justement M. Deherme, 
notre apport dans l'association coloniale que nous 
avons à fonder ». Le noir peut, il l'a montré dans la 
culture du coton, du cacaoyer, devenir un bon ouvrier 
des champs. En ferons-nous aussi un bon oiivrier 
d'usine ou d'atelier, pour le débitage des bois, le 
broyage ou le décorticage des produits agricoles à 
livrer a l'exportation? Quand l'exploitation abusive des 
ressources naturelles (or, caoutchouc) apparaît comme 
un pi'-ril pour le travail de vraie colonisation, quand 
les lenlalives tic cultures riches par sociétés de plan- 
teurs ont été condamni'es par l'épreuve même, il reste 
à tirer parti des qualités indigènes acquises et des 
éléments sociaux en présence, en faisant la mise en 
valeur par le noir lui-même. J. Machat, 

Docteur es sciences, 
Professeur au Lyc(îe Buffon. 

Itraun (K.), Dolanisle du Bioloriisch-I.undwirlscliaf- 
iliclics Iiislilut il Awani. — Der Reia in Deutsch- 
Ostafrika ,'Le riz dans l'Afrique orikxtale alle- 
mande). ~ i vol. in-S" de 52 pages. {/C.xlrait des 
Bericlitc ubev Land-und Forstwirtschal'l in DculseL- 
Ostafvika). C. Wiiiler, èditeuv. Heidelberg, 1908. 
M. le D'' K. Braun, dont nous avons analysé il y a 

quelques mois l'ouvrage sur les Agaves', vient de faire 



• Voir la Eeviic (jcnàrale des ScicnrLts du 3(1 avril 1908. 
L'auteur vient de publier un complément à cet ouvrage 
(1 brocli. de 56 pages, Tanga, 190S), où il donne des rensei- 
gnements sur la culture de ta plante dans un grand nombre 
de localités nouvelles, une liste de toutes les variétés 
d'agaves qui ont trouvé une apnlication quelconque, des 
indications sur la préparation de la fibre et un complément 
à la bibliographie du sujet. 



li-2 



BIBLIOGRAPHIE — ANALYSES ET INDEX 



jKiruître un intéressant Mémoire sur le riz dans 
l'Afrique orientale alleniaaide. C'est, depuis longtemps, 
une des principales cultures des naturels. 11 est difficile 
de fixer si le riz est une plante indigène ou introduite 
du dehors; quoiqu'il pousse à l'état sauvage à l'inté- 
rieur du pays, il est cependant probable que les formes 
de culture actuelles ont été importées par les Arabes 
ou les Hindous. 

D'après l'examen des échantillons parvenus à l'au- 
teur des différentes parties de la colonie, on n'y trouve 
pas moins de treize variétés de riz, dont il donne la 
description. On rencontre à la fois le riz croissant 
dans les terrains humides et le riz poussant dans les 
régions sèches. 

Le riz est un des principaux aliments des indigènes; 
mais la production est loin d'égaler la consomrnation. 
Aussi l'importation de cette denrée s'est-elle élevée à 
7.800 tonnes environ en 1906, tandis que l'exportation, 
très variable, n'atteint pas, en moyenne, une centaine 
de tonnes. L'auteur pense que le développement 
rationnel de la culture permettrait au pays de suffire, 
au moins en grande partie, à ses besoins. 

4° Sciences médicales 

Calot [l-.'. — L'Orthopédie indispensable (Tuber- 
culoses externes. Déviations, etc.). — 1 vol. Iii-S" de 
741 pages avec 825 ligures dans Je texte. {Prix : 
16 fr.) Masson et C'\ éditeurs. Paris, 1909. 
La Chirurgie orthopédique, fondée et défendue jadis 
par de hautes intelliiiiuirs, lui Idiitiicmps abandonnée 
aux empiriques et an\ i.iln iniiiis ilappareils. Aujour- 
d'hui, elle a conquis s. m ii].l.'[ii"nclaiicc; elle possède un 
domaine reconnu de tous, bien dégagé de l'empirisme 
ignorant et aveugle. Elle rend les services les plus si- 
gnalés, car elle a fait, dans ces dernières années, des 
progrès extrêmement remarquables. 

Il y a quelques lustres, les coxalgies et les maux de 
Pott suppures se terminaient presque invariablement 
par la mort. La luxation congénitale était la maladie 
incurable entre toutes. 

Ces affections sont guéries aujourd'hui dans d'ex- 
cellentes conditions. 

Il est incontestable que M. Calot a fait beaucoup pour 
préciser et pour vulgariser les méthodes orthopé- 
diques; le livre qu'il publie aujourd'hui condense et 
expose ses travaux antérieurs sur les tuberculoses 
mêmes et sur la luxation congénitale de la hanche; il 
y a joint la description des traitements appropriés aux 
autres difformités de l'enfance : scoliose, lordose, 
genuvalgum, pied bot, torticolis, etc. 

Ce livre est écrit pour les praticiens; aussi l'auteur 
insiste-t-il sur la nécessité de traiter les affections jus- 
ticiables de l'orthopédie dès leur apparition. Cuérir 
une coxalgie parvenue à la phase de suppuration et de 
fistule est chose extrêmement difficile; il est relative- 
ment aisé, si l'on intervient de bonne heure, de l'em- 
pêcher d'arriver à cette phase désespérante. 

La précocité du traitement est, en matière de tuber- 
l'ulose osseuse en particulier, une nécessité absolue : il 
faut que le médecin, dès que le diagnostic est posé, 
saclie imposer aux (larents de l'enfant l'urgence de 
i'immobilisalion dans un appareil approprié. Cette 
nécessité (le rombaltre les préjugés des familles est 
une des difficultés de l'Orthopédie. 

Rares sont les dévouements familiaux qui ont la per- 
sévérance d'aider l'orthopédiste à modifier un squelette 
d'enfant et à lui rendre son architecture normale, 
car c'est là œuvre du temps. D'habitude, les parents se 
lassent bien vite des dérangements, des pertes de 
temps, des dépenses qu'entraîniMil les traitements 
luthoiiédiques. 

Les livres de vulgarisation, comme celui de M. Ca- 
lot, sont donc des plus utiles, en apprenant à tous les 
médecins, — et par ricochet aux parents, — ce qu'on 
est en di'oil d'attendre des miHliodes ortliopédiques, 



quels excellents résultats sont obtenus par la patience, 
la persévérance et la foi dans la Science. 

D'' P. Dksfosses. 

5° Sciences diverses 

Toiinelat iE.). — L'Expansion allemande hors 
d'Europe (Èïats-Lnis, Brésil, CHANrouNG, Akiiiql-e di; 
Sud). — 1 vol. yy;-8» de 280 pages. (Prix : 3 fr. riO.) 
Lihairie Armand Colin. Paris, 1909. 

L'ouvrage de M. Tonnelat traite cà la fois de l'émigra- 
tion et de la colonisation allemandes, questions étroi- 
tement liées dans l'histoire de l'expansion allemande. 

Au point de vue de l'émigration, l'Allemagne occupe 
le deuxième rang parmi les nations européennes, avec 
six millionsd'émigrants au cours des quatre-vingts der- 
nières années, et elle offre cette particularité intéres- 
sante que, t< loin de se disperser, de s'émietter à travers 
le monde, les émigrants allemands ont formé ta l'Etran- 
ger un nombre restreint de groupements compacts n, 
restés en relation avec la mère patrie. D'abord consi- 
déré comme une perte, ce formidable exode a été 
regardé dans la suite comme devant servir à la fois les 
intérêts matériels et moraux de l'Allemagne, " en ap- 
portant au monde, comme un ferment de progrès, 
toutes les coutumes et toutes les traditions que l'on 
désigne du terme général et commode de Deulschlum ». 

Qu'en est-il en réalité? Le livre de M. Tonnelat, qui 
a étudié de près les settlements allemands aux Etats- 
Unis et au Brésil, permet de s'en rendre compte : « Aux 
Etats-Unis, entourés d'un peuple énergique, domina- 
teur, les Allemands se sont laissé assimiler presque 
sans résistance. Dans l'Amérique du Sud, en revanche, 
les Allemands ont mieux gardé leur langue, leurs 
usages, leur caractère national. Pourtant, ce serait 
une erreur de croire qu'ils soient prêts à se con- 
sidérer comme les sujets d'un plus grand empire alle- 
mand «. 

Déçus de ce côté, le Gouvernement et les Sociétés 
coloniales allemandes ont essayé, depuis quelques 
années, de faire dévier l'émigration vers les terres du 
patrimoine national. D'une part, les Allemands ont 
appliqué le système de la pénétration pacifique aii 
Chantoung, dans l'hinterland de leur possession de 
Kiaotchéou; mais les victoires retentissantes des Japo- 
nais sont venues contrecarrer leurs projets, que le 
réveil probable de la Chine pourrait bien détruire 
complètement unjour. D'autre part, l'Allemagne pour- 
suit la mise en valeur de son domaine colonial africain. 
M. Tonnelat a choisi comme exemple typique de ses 
procédés de colonisation le Sud-Ouest africain, où, 
malgré la manière forte dont on a usé envers les indi- 
gènes, des centaines de millions de marks ont été en- 
gloutis sans grand profit pour les nouveaux possesseurs 
du sol. 

11 serait injuste de juger la colonisation allemande 
sur ce seul exemple; les colonies du Togo, du Kame- 
roun et de l'Est africain ont donné de meilleurs résul- 
tats et pourraient à certains égards être citées comme 
modèles. Quoi qu'il en soit, les partisans de l'impéria- 
lisme et de la politique mondiale allemande semblent 
avoir rencontré jusqu'à présent plus de déboires que 
de satisfactions. 

Uiinod et Piiiat. Kdileur^. — Agendas pour 1909. 
Chimie, Electricité, Mécanique, Construction, 
Mines et Métallurgie, etc.). — Cliaque agtuda, 
contenant environ 400 pages de texte et 128 pages 
pour notes journalières. (Prix : 2 fr. 30). 

MM. Dunod et Pinat viennent de publier leurs Agen- 
das pour 1909, si appréciés des spécialistes. L'abon- 
dance des documents renfermés dans chacun de ces 
volumes en fait un véritable vadc-uici um, et les chi- 
mistes, constructeurs, etc., résci vi oui ccrlainement à 
ces nouveaux agendas le même Ihui .irrueil qu'ils ont 
fait à ceux des années précédenles. 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



143 



ACADÉMIES ET SOCIETES SAVANTES 

DE LA FRANCE ET DE L'ÉTRANGER 



ACADEMIE DES SCIENCES DE PARIS 

Séance du H Janvier 1909. 
1° SciENCKs MATHÉMATIQUES. — M. G. Darboux prrsente 
ses rerlierc-lies sur les familles dr l.ami'' engendrées 
par le déplacement d'une surface qui demeure inva- 
riable de forme. — M. Harald Bohr introduit la notion 
de série m fois indéterminée, due à Césaro, dans 
l'étude de la série de Dirichlet. — M. F. Severi re- 
cherche les conditions pour qu'une variété algébrique 
à trois dimensions possède des intégrales doubles de 
première espèce. — M. W. H. Young démontre un 
nouveau théorème fondamental de la théorie des diffé- 
rentielles des fonctions de deux variables. — M. A. Korn 
signale l'existence d'un point critique particulier de la 
solution des équations de l'élasticité dans le cas où les 
efl'orls sur la fiontière sont donnés. — M. H. Andoyer 
donne les résultats de ses recherches sur le groupe des 
termes en e', dans la théorie de la Lune. — M. M. Rin- 
gelmann décrit un nouveau dynanomètre pour essais 
de moteurs à grande vitesse angulaire. En principe, il 
consiste en une lame de ressort radiale, flxée à l'extré- 
mité d'un arbre jjortant un tambour, entraînant par 
courroie une résistance quelconque. — M. A. Berget 
indique une formide de vitesse applicable à la propul- 
sion dans l'air des aéronats : 



V = c V s 



où V est la vitesse en myriamètres à l'heure, F la force 
en chevaux-vapeur, S la surface de la s>'Ction maxima 
du ballon en mètres carrés et C le coefficient d'utilisa- 
tion de chaque dirigeable. 

2° Sciences physiques. — M. Foy a mesuré au spec- 
trophotiiMiètre le pouvoir émissif de lames d'oxyde de 
cérium relatif à la radiation rouge X^ 0,7 (j. et a vérifié 
la formule théorique qu'il avait donnée précédemment. 
— M. de Pezzer décrit un appareil, adaptable à un 
phonographe quelconque, et qui, porteur d'une bande 
où se trouve inscrit le texte accompagnant la musique, 
amène continuellement sous les yeux de l'auditeur la 
traduction de chaque syllabe au moment même de son 
émission. — M. G. de Fontenay a reconnu que les im- 
pressions photographiques attribuées par le C Darget à 
un rayonni'ment de l'organisme humain sont dues, en 
réalité, à l'action de l'encre du papier imprimé ou 
écrit entourant la plaque. — M. E. Baud déduit, de 
l'étude des propriétés des solutions aqueuses de pyri- 
dine, qu'elles renferment au moins deux hydrates, 
l'un à 2, l'autre à environ 6H'0. A la température ordi- 
naire, ces hydrates sont dissociés. — M.M.Guerbet a 
constaté que l'acide campholique gauche et ses dérivés, 
provenant de l'a-camphol gauche, présentent des pro- 
priétés semblables à celles des composés correspon- 
dants issus du camphre ou de l'acamphol droit ; ils 
en sont les inverses optiques. — MM. A. Haller et 
E. Bauer ont préparé les mono-, di- et tri-alkylacéto- 
phénones par l'action des halogénures alcooliques sur 
le produit de la réaction de l'amidure de Na sur l'acé- 
tophénone. — M. P. Carré, en réduisant l'o-nitrodiphé- 
n\lméthane par NaOH alcoolicjue et la poudre de Zn, a 
obtenu un peud'o-hydrazidodiphénylméthane, F. 148°- 
149°, et surtout de l'o-aminodiphénylniéthane, F. 02». — 
MM. E. Kayser et A. Demolon ont étudié l'influence 
de l'aération sur la formation des produits volatils 
dans la fermentation alcoolique. La proportion d'al- 
déhyde augmente d'abord; puis elle disparait pour 
former de l'acide acétique. 



.1° SciEiNCES NATUIlELl.ES. — MM. H. Rieffâl ct J. Le 
Mée ont constaté que les deux lobes Ihyiniques sont 
toujours, au moins chez le nouveau-né, aisément sé- 
parables; le contact du thymus et du corps thyroïde 
est fréquent. Le nerf cardiaque inférieur droit et les 
nerfs phréniques sont en rapport avec le thymus. — 
M. Marage a observé que, quand le passage enti'e les 
deux registres, grave et aigu, est très marqué, le tracé 
des vibrations montre que la voix est tremblée et que 
certaines notes font défaut. — MM. A. Thiroux et 
L. Tèppaz ont guéri par le traitement à l'orpiment 
seul des chevaux atteints de latrypanosomiase connue 
sous le nom de haléri. — MM. L. Cuénot et L. Mercier 
ont observé trois cas de liiinruis spunliiiii'es dans un 
élevage desouris:un sarcdine sous-rulané>, une tumeur 
épithéiiale cornée sous-culanéo et une tumeur papillo- 
mateuse du poumon. — M. A. Guépin a extrait de la vessie 
d'un homme de soixante-huit ans, par cystotomie sus- 
pubienne, un énorme calcul du poids de 220 grammes. 
— M. J. Pantel a trouvé, chez les larves des Muscides, 
une série d'organes rudimentaires : chambres car- 
diaques, stigmates et trachées stigmatiques, trachées 
communicantes dorsales. — MM. Chevallier et Sudry 
ont étudié la source thermale de la Bise, qui jaillit au 
fond de l'étang de Thau. Sa composition se rapproche 
de celle des eaux minérales voisines de Balaruc-les- 
Bains. 

Séance du 18 Janvier 1909. 

M. W. Kilian est élu Correspondant pour la Section 
de Minéralogie. — La Section de Botanique présente la 
liste suivante de candidats à la place vacante par suite 
de la nomination de M. van Tiegliem aux fonctions de 
Secrétaire perpétuel : 1° M. L. Mangin; 2° MM. E. Bu- 
reau, J. Costantin et P. Dangeard. 

1° Sciences mathématiques. — M. H. Poincaré montre 
que la méthode de Fredholm permet dé résoudre 
presque immédiatement certaines questions relatives 
au développement des fonctions en séries ou à leur re- 
pri'scntation par des intégrales délinies. — M. J. Dracb 
généralise le problème île lieltrami et recherche les 
éléments linéaires pdui- bsiinels les lignes géodésiques 
font partie d'un système linéaire à trois paramètres. — 
M. W. SteklofiF généralise un théorème de Jacobi. — 
M. M. Fréchet démontre que toute fonctionnelle con- 
tinue peut être représentée par la somme d'une série 
convergente de fonctionnelles d'ordres entiers. — M. J. 
Chazy montre qu'il existe des équations différentielles 
dont l'intégrale générale est uniforme ou a ses points 
critiques fixes, et dont l'intégrale singulière a des points 
critiques mobiles, c'est-à-dire variables avec les cons- 
tantes d'intégration. — M. F. Merlin discute les me- 
sures micrométriques faites à l'Observatoire de Lyon 
pendant l'éclipsé de Soleil du 28 juin 1908 et indique 
les corrections à apporter aux différences d'ascension 
droite et de déclinaison de la Lune et du Soleil. — 
M. A. de La Baume-Pluvinel donne la description 
d'une lunette zénithale ]dioloLM-.iphique, destinée à 
déterminer les coordonnées ;istnin(imiques du lieu où 
l'on opère. — M. G. Lippmann d('crit un appareil 
pour mesurer l'accélération absolue des mouvements 
sismiques; c'est un pendule sismique muni d'une len- 
tille qui projette sur un papier sensible l'image d'un 
point lumineux mobile, pris sur le fil d'un galvano- 
mètre à corde traversé par un courant particulief. — 
M. deMontessus de Ballore émet l'hypothèse que les 
diverses ondes de la phase princiiiale des sismo- 
grammes correspondraient aux oscillations, autour de 
leur position d'équilibre, des blocs dont le réajuste- 



14-i 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



ment est l'origine du séisme. — M. J. Comas Sola 
signale l'enregistrement du tremblement de terre du 
28 décembre à l'Observatoire Fabra (Barcelone). Aucune 
des formules empiriques connues pour le calcul de la 
distance épicentrale ne donne correctement la dis- 
tance observée; le meilleur résultat est obtenu par la 
formule de Jordan. — M. 'V. Balthazard décrit un 
procédé d'identification des projectiles de revolver en 
plomb nu tirés contre des personnes, au moyen de la 
trace de la trame du ti^su qu'ils ont rencontré tout 
d'abord, trace que le projectile garde même après 
avoir pénétré dans le corps. 

2° Sciences physiques. — M. J. Becquerel critique 
les récentes recherches de MM. du Bois et Elias rela- 
tives à l'influence de la température et d'un champ 
magnétique sur les spectres d'absorption et de phos- 
phorescence, et montre qu'elles ne modifient en aucune 
façon les conclusions de ses piopres expériences. — 
MM. L. de La Rive et C. Eug. Guye signalent une 
propriété caractéristique d'un réseau hexagonal de 
petits aimants : c'est l'orienlation des aimants exclu- 
sivement suivant l'une des trois directions diagonales, 
même sous l'action d'un champ extérieur notable. — 
M. Th. Guilloz : Dispositif optique pour faire varier 
l'éclairement d'une surface suivant une loi déterminée 
d'avance (voir p. 146). — MM. C. Matignon et R. Tran- 
noy, par l'action d'Àl sur le phosphate tricaloique à 
chaud, ont obtenu rapidement un mélange de phos- 
phure de calcium P-Ca' et d'alumine, qui, sous l'ac- 
tion de l'eau, donne de l'hydrogène phosphore avec un 
peu d'H. — M. F. Bourion a reconnu que l'action 
de S'Cl' permet de préparer commodément à partir 
de leurs oxydes certains chlorures anhydres qu'on 
n'obtient pas par l'action de Cl et .SCI'. — M. G. De- 
nigès signale cerlaiin's ri'ailions colorées caractéris- 
tiques de la dioxy-jiic'loiir avec la codéine (bleue), la 
résorcine (orange), If lliynidi i lougesang), le p-naphtol 
(verte). — M. M. François a reconnu que l'acétamide 
brome hydraté (l'ilofuiann est un hypobromite d'acé- 
tamide CH'.CO.AzH'.HOlîr, et que l'acétamide brome 
du même auteur est un amide hypobromeux. — 
MM. A. Haller et Ed. Bauer ont constaté que les 
Irialkylacétophénones, chauffées avec AzH-.Va en solu- 
tion benzénique, se scindent presque quantitativement 
en benzène et amides des acides trialkylacétiques, que 
l'action du sulfate de nitrosyle transforme dans les 
acides libres. — MM. E. E. Biaise et H. Gault mon- 
trent que HCl lactonisc l'éllu'r dioxalsuccinique avec 
formation d'une lactone S, en même temps qu'il le 
saponifie. — M. A. Béhal a étudié le mécanisme de la 
réaction de l'acide acéli(|ue sur le chlorure de benzyle, 
qui donne naissance à HCl, de r.iiih'hyile benzoïque et 
de l'anhydride acétique. — M. Martinand a constaté 
que les oxydes alcalins et alcalinn-lcricux susceptibles 
de donner des peroxydes fixent l'oxygène de l'air sous 
une forme active et donnent des corps en tous points 
semblables aux oxydascs organiques; il en est de 
même des carbonates alcalins. 

3" Sciences naturelles. — M. R. Minkiewicz a 
observé que la rétine développe, dans certaines condi- 
tions, toute une série spectrale d'images successives, 
sans interruption par des teintes complémentaires. Ce 
phénomène est en complet désaccord avec les théories 
classiques de la vision. — M. H. Guilleminot montre 
les avantages des rayons X de haute pénétration, 
obtenus par filtrage, pour \r traitement des tumeurs 
profondes. — M. F. Henneguy a étudié l'épithélium 
de l'œsophage des Bryozoaires ectoprotes; il est formé 
de cellules n'appartenant à aucune catégorie connue et 
qui renferment dans leurs parois des lihrilles muscu- 
laires striées. — M. P. Lesne a étudié les mœurs de 
la mouche de l'asperge {Pl/i/y/jare;i poeoilo/jtera) aux 
environs de Paris; il montre que la destruction des 
tiges mortes l'hiver n'est pas suflisante pour combattre 
cet insecte, mais qu'il faut assurer au fur et à mesure 
la destruction des pousses qui dépérissent prématuré- 
ment. — M. E. Roubaud a rtu<lié les londitions de 



viviparité et de vie larvaire de la (Uossiiia pnlpnlis. 
I,es lilossines femelles peuvent régler directement leur 
propre gestation. — M. A. Billard a procédé à la 
revision des Sartulariidées de la collection du Brilish 
Muséum. — MM. L. Léger et O. Duboscq ont constaté 
que, chez les types les plus divers d'Aclinocéphalides, 
le processus sexué, qui rappelle beaucoup celui des 
Slylor/iynchiis, se déroule avec une remarquable uni- 
formité. — MM. A. Laveran et Salimbeni ont trouvé 
chez un grand Saurien du Brésil une hémogrégarine 
nouvelle, qu'ils nomment H. lupiiianibif:, et qui est 
intéressante par les altérations qu'elle provoque dans 
les hématies qu'elle envahit. — M. Ch. Depéret ter- 
mine l'étude des migrations des Mamiiiiféies tertiaires 
par celles des temps pliocènes. 

Séance du 2o Janvier 1909. 

M. L. Mangin est élu Membre de la Section de Bota- 
nique en remplacement de M. l'h. van Tieghem, 
nommé secrétaire perpétuel. 

1° SciE.NCES MATHÉMATIQUES. — M. E. Goursat applique 
la théorie des caractéristiques à l'étude de la déforma- 
tion des surfaces à courbure négative. — M. A. Lacroix 
présente le résumé des observations de M. Riccô sur 
le tremblement de terre de Sicile et de Calabre du 
28 décembre dernier. Il est d'origine tectonique et sa 
zone épicentrale se trouve dans ïe détroit de Messine 
même. La hauteur du raz de marée qu'il a déterminé 
a varié de 2™, 3 à 6 mètres suivant les points. — M. A. 
Angot communique le sismogramme du tremblement 
de terre du 23 janvier enregistré au Parc-Saint-Maur; 
l'épicentre paraît être distant d'environ 3.700 kilomètres. 

2" Sciences ph^>iques. — M. Moureaux indique la 
valeur des éléments magnétiques à l'Observatoire du 
Val-Joyeux (Seine et-Oise), au l"" janvier 1909. Décli- 
naison occidentale 14" 36',31 ; inclinaison ù4° 43', 8; 
composante horizontale 0,19733; composante verticale 
0,41803. — M. G. Reboul a éiudié les phénomènes 
électro-capillaires dans les gaz aux basses pressions; 
les résultats obtenus s'expliquent par l'existence d'une 
couche électrique double à la surface métal-gaz : le 
feuillet positif serait du côté du métal, le négatif du 
côté du gaz. — M. Jégou décrit un dispositif pour ren- 
forcer sensiblement le son perçu dans la réception des 
messages radiotélégraphiques avec détecteur électro- 
lytiqne et son application pour servir d'appel. — 
M. E. Estanave simplifie son procédé d'obtention du 
relief stéréoscopique par le moyen des réseaux. Le 
réseau est tracé sur l'une des faces de la plaque pho- 
tographique même, l'autre face recevant l'émulsion; 
la glace dépolie est remplacée par un vernis recouvrant 
l'émulsion ou simplement par une émulsion à aspect 
mat. — M. J.-B. Senderens est parvenu, en faisant 
passer des vapeurs d'alcool éthylique (même contenant 
un peu d'eau) sur de l'alumine préci[)itée, à 240°-260°, 
à une déshydratation presque quantitative en oxyde 
d'éthyle. — MM. A. Guyot et E. Michel, en con^ 
densant les élliers mésoxaliques avec les aminés aro- 
matiques tertiaires, ont obtenu des éthers phényltar- 
troniques, dont les acides correspondanls sont faciles 
à transformer en aldéhydes, acides glyoxylii|ues et 
glycoliques. — MM. L. Hugounenq et A. JUorel ont 
obtenu, par l'hydrolyse lluoihydiique ménagée de la 
jiepsine et de la gélatine, plusieurs peptides naturels 
définis : diarginyl-arginine, glutamyl-lysine, lysyl-ly- 
sine, arginyl-ajginine. — M. J. Effront a provoqué la 
fermentation ammoniacale îles vinasses de distillerie 
de deux manières : en milieu stiicteiiieiit anaéroliie, 
avec une culture pure de ferment butyrique; en milieu 
aérobie, avec de la terre végétale. La fermentation 
avec la terre est plus rapide et plus complète. 

3° Sciences naturelles. — M. A. Moutier a appliqué 
la d'arsonvalisation d'une façon locale, chez des malades- 
présentant de l'hypertension artérielle surtout dans la 
région céphalique ; dans tous les cas, on a observé la 
disparition des phénomènes objectifs et la diminution 
de la pression artérielle au niveau de la temporale. — 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



i'il 



M. F. Vlèa a tHuJié les fibres musculaires sliiées eu 
liiiiiière polarisée; elles formeut un système o|iti(iue 
très com|)lexe. — M. J. Pantel a reconnu, par l'étude 
(le la musculature tégumentaire lonyllndinale, que le 
tronc des larves de Muscides compte toujduis il seg- 
ments, 4 pour le thorax et 7 pour l'aLid en : ce nombre 

est porté à 12 en ajoutant le segment pseudocéphalique 
ou buc<al. — M. J. Dybowski montre que le caféier 
de rOubanglii (ColTea Congensis) est réfractaire à la 
maladie de VHemileia; il pourra servir à régénérer les 
plantations attaquées par ce parasite. — M. F. Ra- 
bowski signale l'extension de la nappe rhélique dans 
les rii'alpes bernoises et fribourgeoises. — M. A. 
Jeannet établit également la présence de la nappe 
rlii'tique dans les Préalpes vaudoises de la rive droite 
du Uhône. — M. E. Jourdy a constaté l'existence de 
plissements écrasés et d'écaillés de charriage sur les 
deux lianes du grand synclinal carbonifère de la Bre- 
tagne et de l'Anjou. — M. P. Fliche décrit une Algue 
fossile trouvée dans le Cinémurien supérieur de Hi- 
niogne (.\rdennes), qu'il nomme Linsofjliycus seytlio- 
lliHlioidcs. Elle est fortement incrustée de carbonate 
de chaux, qui a permis sa conservation. — Le Prince 
Albert 1''' de Monaco donne quelques détails sur la 
dixième c;iin[iai.'ne scieutitique delà Pnncpxae- Alice II. 
■ — M. F. Nansen recommande à l'attention de l'Aca- 
démie le projet d'expédition polaire de II. Amundsen, 
comportant une dérive dans le bassin arctique analogue 
à celle de Nansen sur le Frain. 

ACADÉMIE DE MÉDECINE 

Séance du 12 Janvier 1909. 
M. Linossier, discutant le Rapport de M. Moureu 
sur l'emploi des composés arsenicaux en Agriculture, 
estime que l'autorisation en bloc comme l'interdiction 
absolue sont des solutions trop radicales. La conclusion 
intermédiaire : interdiction des arsenicaux solubles et 
de l'arséniate de plomb, avec tolérance et stricte 
réglementation de l'emploi des arsénites et arséniates 
de cuivre, déjà adoptée par le Conseil d'Hygiène de la 
Seine, lui parait s'imposer. — M. L.-E. Bertrand, 
signale de nouveau l'état endémo-épidémique de la 
fièvre typhoïde à Toulon, qui s'explique par la conta- 
mination continue des eaux souterraines résultant de 
coutumes de vidange déplorables. La fièvre typhoïde 
présente des périodes de recrudescence qui coïncident 
avec le maximum de la température moyenne et le 
minimum de la hauteur moyenne de pluie. Il y aurait 
lieu de modifier le mode actuel d'approvisionnement 
de la ville en eau potable et de créer un système 
d'égouts ; en attendant, aux périodes de recrudes- 
-eénce, il faudrait ne consommer que de l'eau stéri- 
lisée ou bouillie. — M. A. Chantemesse rappelle que 
la coagulabilité du 'sang augmente considé'iStblement 
dans certains états pathologiques, en particulier chez 
les nouvelles accouchées et les femmes opérées d'un 
fibrome utérin, avec, pour conséquence, la thrombose 
■et l'embolie. L'absorption d'acide citrique à petite dose 
a pour effet de diminuer cette coagulabilité et de 
•résoudre les caillots qui peuvent se former dans la 
•coagulation. La mesure de la coagulabilité du sang est 
une méthode clinique à recommander chez certains 
malades. 

Séance du 19 Janvier 1909. 

MM. E. Lamblingr (de Lille) et Gilbert (de Mou- 
lins; sont élus Correspondants nationaux dans la Divi- 
sion de Physique et Chimie médicale et Pharmacie. 

MM. A. Gautier, Hanriot et P. Cazeneuve par- 
lent en faveur de l'interdiction absolue des composés 
arsenicaux, tandis que M. J. Lucas-Championnière 
préférerait une réglementation sévère. — .M. Ch. Mo- 
nod a fait une série d'essais prolongés sur le iraiie- 
ment de lu tuberculose par le sérum de Marmorek. Il 
a constaté une action certaine sur les sujets atteints 
■de la malai.'.io : bien-être éprouvé par les malades, 



augmentation de poids, diminution île l'expectoration 
et de la toux, chute de la (ièvre, disparition des bacilles 
dans les crachats, et, dans les tuberculoses chirurgi- 
cales, fermeture des fistules, modification d'aspect des 
plaies, etc. Ces phénomènes favorables peuvent aller 
jusqu'à constituer dans certains cas, surtout dans ceux 
de date récente, uneguérison complète. Dans d'autres, 
l'amélioration est seulement subjective, c'est-à-dire 
que le malade est soulagé ou se croit guéri, alors que 
le médecin constate des indices certains de la persis- 
tance du mal. Trop souvent encore, enfin, le résultat 
est négatif. Il n'en reste pas moins que le sérum de 
Marmorek, dont l'innocuité est absolue quand on 
l'emploie dans de bonnes conditions, peut avoir une 
action réellement efficace. 

SOCIÉTÉ DE BIOLOGIE 

Séance du 22 Janvier 1909. 
MM. A. Lelièvre et Ed. Retterer montrent que les 
hématies sphériques et hémisphériques possèdent une 
charpente réticulée et nucléaire, en partie basophile. 
A mesure que l'hématie évolue et vieillit, le réticulum 
devient acidophile et se confond avec la m.isse amorphe, 
acidophile, de l'hématie. — M. N. Gréhant propose 
d'utiliser le lapin pour la recherche et le dosage de 
l'oxyde de carbone dans l-es mines de houille et les 
appartements — .MM. P. Carnot et C. Deflandre ont 
constaté, chez la femme, au moment de l'hémorragie 
menstruelle, une diminution très importante du nombre 
des hématies, pouvant atteindre le 1/4 ou le I/o de la 
quantité totale. Le retour à la normale se produit en 
une semaine environ. — MM. J. Renaut et G. Dubreuil 
montrent que les ostéoblastes, et les cellules osseuses 
en lesquelles évoluent seulement certains d'entre eux, 
répondent à des termes particuliers et élevés de la 
lignée connective, dont le lymphocyte est le terme ini- 
tial. — M. Ed. Retterer a reconnu que le tissu du fol- 
licule clos provient de la prolifération et de la trans- 
formation des cellules épithéliales. Il en résulte un 
complexus cellulaire à cytoplasma commun et noyaux 
nombreux. Après s'être différencié, le cytoplasma subit 
une fonte partielle, d'où la formation du tissu réticulé 
à éléments libres et mailles vides. — M. Ch. Julin a 
découvert que les embryons isolés de Hyrosonni sont 
phosphorescents; cette luminosité a deux sources dis- 
tinctes : les cellules du testa et les glandes latérales des 
quatre ascidiozoïdes primaires. — MM. Moussu et Le 
Play ont constaté que la glande surrénale, greffée sur 
la rate, ne conserve qu'une activité physiologique fort 
restreinte; elle ne peut, en tous cas, suppléer à l'ab- 
sence de cet organe. — MM. A. Railliet et A. Henry 
proposent une nouvelle classification des Slroni/ylidie 
et font connaître quelques formes nouvelles. — 
M. M. Neveu-Lemaire signale la présence d'une larve 
de Ligule {Ligula sliii/dicissinia) dans la cavité crâ- 
nienne d'une tanche (Tnica viilcfaris). — MM. L. Rénon 
et A. Delille préconisent la médication opothérapique 
associée, qui permet, par l'adjonction d'autres extraits, 
d'atténuer les inconvénients de l'extrait principal. — 
MM. H. Busquet et Y. Paclion montrent que l'insuf- 
flation de vapeurs de chloroforme au cobaye soumis à 
la respiration artificielle provoque des trémulations 
fibrillaires du cœur. — MM. A. Sartory et A. Filas- 
sier montrent que, dans les locaux collectifs, l'emploi 
des ventilateurs ordinaires est sans utilité; au con- 
traire, ils créent de véritables tourbillons d'air suscep- 
tibles d'entraîner avec eux des poussières souvent fort 
dangereuses. — M. Lippens différencie le colibacille 
du bacille d'Eberth par l'action réductrice du premier 
sur l'hémoglobine du sang, qu'il transforme en une 
couleur violette. — M. E. Poyarkoff a trouvé dans le 
foie des Cyclas des environs de Bordeaux un Infusoire 
cilié nouveau, du groupe des Astomes, qu'il nomme 
Cepedella liepatioa. — MM. Cl. Regaud et J. Mawas 
ont mis en évidence des formations mitorhondriales 
dans les cellules des acini salivaires et les cellules 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



striées de répilliélium des can;iux salivaires de l'àne, 
du chien et du chat. — M. A. Policard a constaté que 
la substance caractéristique des mitocliondries se 
colore en gris noirâtre par les vapeurs osmiques; après 
osmication, elle résiste à l'action de l'acide acétique et 
sa piU'tie lipoïde n'est plus soluble dans le xylène. — 
MM. A. Gouin et P. Andouard ont observé des fuites 
dans le bilan azoté de la nutrition; une partie provient 
de la perte d'azole pendant la dessiccation des fèces. — 
MM. Léopold-Lévi et H. de Rothschild signalent un 
cas d'instabilité motrice provn(|iii>e par le traitement 
thyroïdien : passage de l'état d'acro-cyanose à l'état 
(l'acro érythrose. — MM. "Variot et P. Laasablière ont 
constaté que, chez des enfants dont la croissance a été 
considérablement retardée, l'encéphale n'a pas été 
entravé dans son développement; le squelette a aussi 
souffert moins que les autres tissus du corps. — 
M. Ed. Sergent a observé que les moustiques [Culox 
Marifiy] ayant vécu à l'état larvaire dans l'eau douce et 
éclos sur l'eau douce ont une tendance générale à 
perdre leur habitude .•^pécilique d'aller pondre sur 
l'eau salée et sont retournés vers l'eau douce. — 
MM. Ch. Achard et L. Ramond ont mesuré la résis- 
tance leucocytaire par l'action de solutions hypoto- 
niques de chlorure de sodium, — M. Jungano a trouvé, 
parmi la flore intestinale anaérobie du rat, deux 
espèces nouvelles : un gros bacille filamenteux et un 
bacille diphtéruïde. — MM. Ed. Lesné et Cawadias 
ont injecté à des cobayes des macérations de journaux 
imprimés ayant servi à des tuberculeux; à l'autopsie des 
cobayes, on n'a constaté aucune lésion de tuberculose. 

Séance du 23 Janvier 1909. 

M. A. Clerc a constaté que certains Culicides peuvent 
régulièrement infester l'eau de mer stagnante, même 
concentrée. — MM. A. Ranc et A. Nantet ont reconnu 
ijue la cyanamide, comme les cyanures, détruit les 
globules rouges, mais par un mécanisme différent. — 
M. Jungano décrit deux nouveaux bacilles, un bacille 
granuleux et un bacille naviforme, faisant partie de la 
ilore intestinale anaérobie du rat. — M. F. Guéguen 
est parvenu à obtenir des cultures de Xylaria poly- 
morp/ja en semant sur carotte cuite les conidies bien 
mûres que l'on obtient en conservant sous cloche 
humide les clavules vivantes. — M. A. Besredka 
empêche les troubles anaphylactiques chez les cobayes 
hypersensibles en injectant dans le péritoine o centimè- 
tres cubes de sérum ; la substance immunisante peut 
être obtenue par dialyse du sérum à travers les sacs en 
collodion. — MM. H. BusquetetV. Pachonont constaté 
(jue : tandis qu'en circulation artificielle à travers le 
cœur, les divers sels de sodium compatibles avec le fonc- 
tionnement cardiaque suppriment uniformément le 
pouvoir cardio-inhibiteur du vague, en injection intra- 
vasculaire, les sels de Na dont les sels correspondants 
de Ca sont insolubles dans le sang suppriment seuls le 
ronctionnement de l'appareil d'arrêt cardiaque. — 
MM. W. Œchsner de Coninck et E. Chauvenet ont 
observé qu'à une ti-m|ii'ratuie [leu élevée l'iodoforme 
entre en réaction avec plusieurs oxydes métalliques en 
dé:;a;.'eant CO». — MM. H. Claude et A. Schmiergeld 
signalent un cas d'adénome parathyroïdien, caractérisé 
par la multiplication des éléments cliromophiles ou 
oxyphiles. — M. M. Weinberg a reconnu que la recher- 
che des anticorps spécifiques dans l'échinococcose par 
la méthode de déviation du complément est plus sûre 
que If pr((i|iito-diagnostic. — MM. M. Weinberg et 
L. Boidin montrent qu'il n'existe pas, chez les malades 
atteints d'écliinococcose,de parallélisme constant entre 
le degré de l'éosinophilie sanguine et la richesse du 
sérum en anticorps spécifiques. — M. J. Joly a étudié 
les variations derhéinogiobine, du nombre des globules 
I ougeset de la valeur globulaire aux dilfé rentes périodes 
de la vie chez le rat blanc. L'hémoglobine ne s'élève 
qu'après le nomlire dis globules rouges. — MM. G. Dq- 
breml et Cl. Regaud montrent que la séparation des 
sexes a sur le rut spnnl.uié une iniluence ralentissante; 



le mélange des sexes a, sur le rut de la lapini', une in- 
fluence accélératrice considérable. — M. A. Menegaux 
donne quelques détails sur le nid du Fournim, d'a[<rès 
des exemplaires reçus de la République Argentine. — 
M. A. Lécaillon conclut, des faits qu'il a observés sur 
la cicatricule del'œuf nonfécondé de Paon, que cet œuf 
subit une seiiinentatiou tout à fait semblable à celle 
qui se piciduil dans l'œuf non fécondé de Poule. — 
MM. A. Richaud et Bidot ont constaté que les liquides 
d'hydrosalpinx renferment une quantité élevée de cho- 
leslérineet aussi de la pseudoinucine. — MM. P. Carnot 
et A. Lelièvre ont observé sur les cellules bordantes 
de l'estomac une double ordination, par rapport à la 
lumière fundique et par rapport aux vaisseaux. — 
MM. H. Roger, L. Bory et A. Sàrtory ont trouvé à 
l'autopsie d'un malade une mycose du poumon gauche, 
due à une Oonijora nouvelle, qu'ils dénomment O.pul- 
wonalis. — M. A. Sicre montre qu'il ne faut pas attri- 
buer une valeur rigoureuse au virage du rouge neutre 
en tant qu'indice spécifique de la présence du coli- 
bacille. — MM. A. Rodet et Lagriifoul ont constaté 
que le sérum des animaux imimniisis par des injec- 
tions inira-veineuses de liacilles dljliiilh vivants ne 
possède jamais qu'un pouvoir bactéricide ou sensi- 
bilisateur très médiocre. — MM. C. Levaditi etL. Nat- 
tan-Larrier ont reconnu que le J'irojilasma canis, 
comme les trypanosomes, provoque des modifications 
du sérum appréciables par le procédé de la fixation du 
complément; mais il s'agit ici d'un simple phénomène 
de précipitation exagérée. — MM. Ch. Esmein et 
M. Parvu montrent que l'ascite de la cirrhose syphi- 
litique du foie peut présenter une réaction spécifique 
par la méthode de Wassermann. — MM. L. More! et 
E.-F. Terroine ont observé que le dédoublement par 
le suc pancréatique d'éthers de même composition 
chimique varie beaucoup suivant la configuration mole-- 
culaire de ces éthers. 

RÉUNION BIOLOGIQUE DE NANCY 
Séance du 8 Décembre 1908. 

M. L. Cuénot, pour vérifier si les niàles d'abeilles 
proviennent d'œufs parthénogénétiques, a entrepris 
des expériences de croisement entre l'abeille noire 
commune femelle et l'abeille jaune {golden bee) mâle. 
Les ouvrières obtenues étaient toutes hybrides; sur les 
trois cents mâles, une douzaine présentaient des bandes 
ou des taches jaunes, qui peuvent être l'indice soit 
d'une hybridation, soit d'une simple variation de 
l'abeille commune. — M. N. Niskoubina a constaté 
que l'activité glandulaire du corps jaune cesse brus- 
quement vers le quinzième jour, c'est-à-dire le milieu 
de la gestation chez la lapine ; le corps jaune exerce, 
pendant ces quinze premiers jours, une action physio- 
logique manifeste sur la gestation: il met l'utérus dans 
les conditions nécessaires pour assuiei le dévrloppe- 
ment de l'œuf fécondé. — MM. M. Lucien et J. Parisot 
ont observé que le poids absolu et relatif de l'hypo- 
physe chez les animaux tliyroïdectomisés est toujours 
plus considérable que chez les animaux témoins. — 
M. Th. Guilloz décrit un procédé optique, basé sur 
l'emploi d'une lentille cylindrique et d'un diaphragme, 
pour répartir sur une surface rectangulaire un éclaire- 
inent uniforme suivant l'ordonnée et variant suivant 
l'abscisse d'après une loi quelconque déterminée. 11 
montre comment on peut appliquer ce procédé à 
l'étude de l'action des radiations sur les êtres vivants. 
— MM. P. Jeandelize et J. Parisot ont reconnu que 
les lapins thyroïdectomisés présentent tous de l'hypo- 
tension artérielle par rapport à leurs témoins de même 
portée. 

SOCIÉTÉ CHIMIQUE DE FRANCE 

Séance du 8 Janvier 1909. 
La Société procède au renouvellement de son Bureau, 
qui est ainsi constitué pour l'année 1909 : 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



147 



Président : M. Pascalis ; 

Vive-Présidents : MM. A. Haller, G. André, A. Bé- 
hal et Ch. Moureu ; 

Seiretnire ijénèral : M. P. Freundler ; 
Secrélaire : M. Marquis ; 
Trésorier : M. Petit. 

SOCIÉTÉ ANGLAISE 
DE CHIMIE INDUSTRIELLE 

SECTION DE LONDRES 
Séance du !) Xorewbre 1908. 

M.M. C. F. Cross et E. J. Bevan présentent quelques 
recherches nouvelles sur la chimie de la cellulose. Ils 
ont étudié la décomposition qui se produit souvent 
au centre des balles de jute importées et qui trans- 
forme une grande partie de la substance de la fibre 
(lignocellulose en niatièie friable, dont une partie est 
soluble dans l'eau, et une autre partie soluble dans 
les alcalis dilués. On a observé une décomposition 
similaire dans la pulpe de bois mécanique, due proba- 
blement à des micro-organismes. Les auteuis se sont 
occupés, d'autre part, des qualités structurales do la 
cellulose et ils ont reconnu quelles ne dépendent pas 
des groupes OU. 

SECTION DU YORKSUIBE 
Séance du 9 XovemLre 1908. 
M. H. G. Bennett a fait des expériences de tannage 
avec l'écorce de mimosa. La grande asiringence (ïu 
tanin du mimosa nécessite l'emploi d'une acidité un 
peu plus élevée que d'ordinaire. Le cuir obtenu est 
ferme et de bonne qaaiité ; il est remarquablement 
clair, étant donnée la cf)uleur rouge de l'écorce et des 
liqueurs qu'on en retire. 

ACADÉMIE DES SCIENCES DE VIENNE 

Séance du 10 Décembre 1908 (suite). 

i" Sciences physiques. — MM. F. HaiseretF. Wenzel 
n'ont pu obtenir à l'état cristallisé le pentose dérivé de 
l'inosine ; sa solution aqueuse a comme pouvoir rota- 
toire [aJD = — 19''.6. Les auteurs admettent l'existence 
de f/-xylose dans l'inosine et l'acide inosique. 

2° Sciences naturelles. — M. F. KnoU montre que le 
mouvement des chloroplasles, chez les plantes supé- 
rieures, n'a pas lieu par des pseudopodes, comme l'ad- 
met Senn, mais vraisemblablement par des contractions 
locales des lîls d'un réseau plasmatique existant dans 
lecytoplasma, donc passivement. Il s'agit probablement 
ici de la même formation étudiée par Lidforss sous le 
nom de <■ fils de conjugaison kinoplasmatiques entre le 
noyau cellulaire et les chromatophores ». 

Séance du 17 Décembre 1908. 

i" Sciences physiques. — M. C. Auer von Welsbaoli 
a reconnu, par des cristallisations fractionnées poussées 
très loin, que le thulium n'est pas un corps homogène ; 
il se compose principalement de deux éléments et en 
petite quantité d'un troisième qui se rattache à l'erbiuin. 
Le premier, analogue à l'aldébaranium, forme un 
sesquioxyde blanc pur, d'où l'on prépare des sels 
incolores, sans spectre d'absorption. 11 est caractérisé 
par un spectre d'étincelles brillant. Le second élément 
donne aussi un sesquioxyde presque incolore ; mais 
ses sels ne le sont pas tout à fait et fournissent le 
spectre d'absorption caractéristique du thulium. Cet 
élément est très peu volatil et son spectre d'étincelles 
l)eut facilenient passer inaperçu en présence d'autres 
corps. — M. H. Meyer a obtenu une forme énolique 
stable (diaiillu^mnl; de la dianthrone, laquelle fournit 
par oxydation ménagée la bianthrone. Le dianthranol 
donne un dérivé diacétylé et un dérivé diiii.-tlivlé. 

2° Sciences naturelles. — M. E. Zuckerkandl pré- 



sente ses recherches sur le cartilage de Jacobson et 
l'ossification du voiner. L'auteur montre qu'une partie 
de l'os vomer provient de l'ossification d'un tissu 
conjonctif et une autre partie de la base du cartilage 
de Jacobson. — MM. J. Schaffer et H. Rabl ont étudié 
le système thvréo-thyinique de la taupe et de la musa- 
raigne. Leurs recherclies oui porté à la fuis sur le fœtus 
et sur l'animal adulte. — .M. V. 'Vouk a reconnu que le 
verdissement pionoiicé' des feuilles des arbres toujours 
verts, qui, d'après Wiesner, se produit un à deux ans 
après la cessation de leur croissance, coïncide avec une 
multiplication des chloroplasles. Cette multiplication u 
lieu exclusivement par division, directe ou indirecte. 

ACADÉMIE DES SCIENCES D'AMSTERDAM 

Séance du 31 Octobre 1908. 

1" Sciences M.\THÉaATiQUES. — M. P. H. Schoute : Sur 
un groupe de polyèdres admettant des /flans diagonaii.x, 
déduit de polytopes. L'auteur entend par « plan diago- 
nal » d'un polyèdre un plan ne coupant ce corps (jui- 
suivant des arêtes, par « espace diagonal « d'un jiolyto[)c 
un espace ne coupant cette figure quadridimensionale 
que suivant des faces. 11 étudie en particulier les sec- 
tions de la cellule régulière Cs„„, qui jouissent de la 
propriété qu'une airête quelconque se trouve en deux 
plans diagonaux formant avec les plans des deux faces 
par cette arête un rapport anharmonique constant 
1 . _ ■ 

5 (3 ^^v^H), et plus spécialement encore les sections par 

des espaces contenant des arôtes de cette cellule, au- 
quel cas le nombre des plans diagonaux passant pai 
une de ces arêtes peut s'élever à quatie. — M. il. .1. 
Korteweg présente au nom de M. J.-A. Barrau : Le 
problème coinhinaloire de Sleiner. 11 s'agit du pio- 
blème' : Pour quelles valeurs de n et de combien de 
inanières différentes est-il possible d'indiquer un 
nombre de combinaisons de n éléments pris p à /V, sous 
la condition que chacune des combinaisons y'àf/de 
ces éléments y figure une seule fois? L'auteur s'occupe 
des casy3>»3, qS-^- En indiquant le système satisfai- 
sant aux conditions du problème par S p, q) n, il étend 
plusieurs théorèmes donnés en 189.3 par M. E. >'etto. — 
M. J. de Viies présente au nom de M. M. Stuyvaert 
(Gand) : .Sur certaines courbes gauches du sixieuje 
ordre. L'auteur présente un aperçu rapide des résul- 
tats que l'on peut obtenir en appliquant aux courbes 
gauches de genre deux et d'ordre cinq ou six les pro- 
priétés élémentaires des matrices, sujet sur lequel il a 
fait paraître récemment un volume intitulé « Cinq 
études de Géométrie analytique •> (Gand, van Goe- 
them, 1908 . — Rapport de MM. J. de Vries et W. Kap- 
teyn sur l'étude de M. II.-J. van Uven : " Algebraische 
Slrahlencongruenzen und verwandte complexe Ebenen 
als Schnitte derselben " {Congruences, algébriques et 
leurs intersections comme plans correspondants cim- 
ple.Kes). L'auteur s'imagine une relation fonctionnelle 
entre les variables complexes z, \v de deux plans. .•;i 
ces deux plans sont parallèles, la congruence qui est 
formée des droites de jonction des points correspon- 
dants a la propriété que chaque couple de sections 
parallèles détermine une relation fonctionnelle nou- 
velle en rapport avec la relation originale. Les rela- 
tions fonctionnelles examinées sont de la forme z\y=^ 
1, 2 =: u ', .? = w", z=u— ", z- = an'-}- /)»■ -|- f/, etc. 
L'étude paraîtra dans les Mémoires de l'Académie. 

2" Sciences physiques. — M. J.-D. van der "Waals ; 
Contribution à la théorie des mélanges binaires. X. 

L'intersection des courbes -T-4 = 0et :7-î=0. — En- 

d.\- di' 

suite M. Van der Waals présente au nom de son fils 
J.-D. van der Waals Jr : Sur la loi de l'attraction 
moléculaire des poiuts doubles électriques. — M. II. 
Kamerlingh Onnes présente au nom de M. 'W. 'Voigt : 
Einige Bemerkungen uher die Leidener Beohacbliin- 
gen des Z eeman-E Ifectes bel t iefen Teniperaturen. Quel- 



148 



ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES 



ques remarques sur les observations de l'effel Zeemaii 
à des températures basses faites à Leyde. — M. H.- 
A. Lorenlz présente au nom de M. O. Postma : i'wr /a 
déilucliou cinétique fie l^i seconde loi principale de lu 
Tlienijodynamiqiie. Dans une communication précé- 
dente {liev. géiwr. des Se, t. XIX, p. 128), l'auteur 
a tâché d'indiquer comment on peut s'imaginer qu'un 
ensemble de systèmes de molécules ne possédant que 
de l'énergie cinétique passe à un état où toutes les 
combin.iisons de position et de vitesse des molécules 
ont la même fréquence. Dans cet état final, les molé- 
cules ont une distribution régulière et elles possèdent 
la distribution des vitesses dite de Maxwell. Ce résul- 
tat exige un complément. Comme le problème de la 
distribution des positions et celui de la distribution 
des vitesses ont été résolus l'un après l'autre, le résul- 
tat dit qu'eiifln les molécules admettront une distribu- 
tion de position régulière par rapport à toutes les 
vitesses prises ensemble et qu'elles posséderont la dis- 
tribution des vitesses de Maxwell pour le vase entier. 
Cela ne prouve pas encore que, pour une série res- 
treinte de vitesses, la distribution des positions soit 
déjà régulière et que la distribution des vitesses de 
Maxwell existe dans toute partie restreinte du vase. 
L'auteur donne ici ce complément nécessaire. — M. J.- 
P. van der Stok présente au nom de M. "W. van Bem- 
melen : Enrci/istreinenl du courant terrestre à Biitaviu. 
III. — M A. -F. Holleman présente, en son propre 
nom et en celui de M. J.-J. Polak : Sur lu bromuralion 
du toluène. — M. S. Hoogewerff présente au nom de 
M. N.-L. Sôhngen : La décomposition de l'urée en 
l'absence de substances ulbumineuses. 1. Considéra- 
tions générales. L'urée comme source d'énergie. 2. Sels 
de calcium d'acides organiques comme source de car- 
bone. Urobacilhis leiibii Beyerinck. Urohacillus freu- 
denreichii Miquel. Urobacillas maddoxii MiyuEL. Uro- 
hacillus duclauxii Miquel. Urobacilhis Jakscbii. 4. 
L'irisation des plaques de culture. 3. Résultats. — M. J.- 
M. van Bemmelen : Niihere Betrachtungen iiber die 
von G. Tscliermak angenommenen Kieselsiiuren (Etude 
plus détaillée des acides siliciques distingués par M. G. 
Tscliermak). 

3° Sciences naturelles. — M. H.-J. Hamburger : 
La perméabilité des cellules du sang pour le calcium. 
En général, l'accroissement de la pression osmotique 
du sérum sanguin cause un transport du calcium vers 
les corpuscules du sang. Si cet accroissement est dû à 
la présence d'un sel (électrolyte),il se manifeste de plus 
un mouvement contraire du calcium sous l'inlluence du 
cation du sel, mais ce dernier mouvemnnt n'a pas beau- 
coup d'intensité. — M. H. Zwaardcmaker présente au 
nom de M. A.-K.-M. Noyons : Sur l'indépendance du 
cardiorjrammc électrique par rapport au cardiogramme 
de forme. — M. C.-S.-A. Wiclimann présente au nom 
de M. P. Schmutzer : La constitution minéralugiqne 
et cliinii(/ue de quelques pierres du Mont Mùller du 
Bornéo central. La communication s'occupe de quatre 
minerais collectionnés par M. G. -A. -F. Molengraaf et 
analysés par M. Dittrich. — M. C. 'Winkler présente, 
aussi au nom de M. D.-M. van London : Sur la l'onc- 
tion du groupe-noyau ventral du thalamus opticus de 
riiomme. — M. A -A.-W. Hubncht présente au nom de 
M. J.-F. van Bemmelen : ' l'cln'r den LInterschied 
xwischen lluscn-iinil Kaiiinrhniscliadel » (Sur la difl'é- 
rence entre !'• crAin- du lièvre et cidui du lapin). Sont 
nommés rapporteurs M.M. M. Weber et L. Bolk. 

Séance du 28 Novembre 1908. 

1» Sciences mathématiques. — M. P. -H. Schoute : Sur 
des réseaux quadridimensionuiix et leurs sections avec 
dos espaces. III. Les sections du réseau (C,„i. Tables et 
ligures en rapport avec ces sections et les réseaux tridi- 
inensionaux tant soit peu réguliers qui en découlent. 
Le pohèdre (10, 20, 12), composé d'un cube portant sur 
<leux faces opposées des pyramides régulières dont ces 
faces forment les bases et dont la hauteur est égale à la 
moitié de l'airir de hase, rcmiiiil rcsjiace Iridimeii- 



sional, en trois imsitions dillërentes, rectangulaires 
l'une à l'autre. — .M. J.-P. van der Stok : Sur les fré- 
quences (le f état Journalier moyen des nuages du ciel à 
Batavia. Elude se basant sur les observations par heure 
faites depuis 1880. Tandis que les climats boréaux se 
caractérisent par un grand nombre de jours où le ciel 
est tout à l'ait couvert de nuages ou tout à fait sans 
nuages (surtout en avril et en septembre), ces valeurs 
extrêmes de l'état nuageux sont très rares à Batavia. 
En 26 ans, le ciel n'a été d'une sérénité parfaite qu'une 
fois, c'est-à-dire en un cas sur O.'iOO, tandis qu'un ciel 
tout à fait couvert se présente durant l'année entière 
3 fois sur 200 et dans la mousson occidentale 4 fois 
sur 100. 

2° Sciences physiques. — M. J.-D. van der 'Waals : 
Contribution a la théorie des mélauqes binaires. XI. 

d'-'l d'6 

Lieu des intersections des courbes -r-1 = Oet 7—' =zO. 

d\' dy^ 

— Ensuite M. van der Waals présente au nom de M. A. 
Keesing : Les températures des points de plissement 




0,06 0.1 0.2 0,35 0.5 
Fig. 1. — Diagramme du f.ystèmu eau-phénol. 

du système eau-phénol. La projection (/, a) de la ligne 
des points de plissement (voir le diagramme) montre : 
1» qu'en effet, le système en question possède une tem- 
pérature minimum des points de plissement; 2» que 
cette température minimum correspond à peu près h' 
.Y ^0,1 ; 3° que les points aux abscisses -v^^ 0,1, .v^0,2, 
A- = 1 sont tant soit peu coUinéaires, ce qui prouve que 
la projection de la courbe des points de plissement 
admet un point d'inflexion. 

3° SciE.scEs NATURELLES. — M. 'W. Burk : La significa- 
tion biologique de la sécrétion du nectar par la Heur. 
D'après l'auteur, la question se pose de savoir de quels 
moyens l'ovaire de la fleur dispose pour échapper, 
dans l'état de repos, aux conséquences périlleuses d'une 
transpirai ion excessive. Il croit que la sécrétion du 
nectar remplit cette fonction protectrice. Etude de la 
sécrétion du nectar chez le Frisillaria imperialis. — 
M. S. -H. Koorders : Quelques remarques systématiques 
et géographiques sur les Casuarinacées de Java, sur- 
tout celles de FHerhier de Leyde et d'Utrecht. — liap- 
port de MM. M. Weber et L. Bolk sur l'étude de M. J. 
F. van Bommelen : Ueber den LInterschied zwischen 
Hasen-iind KMiiinchen-schadel (Sur la différence entre 
le crâne du lièvre et celui du lapin). L'étude paraîtra 
dans les Mémoires de l'Académie. 

I*. II. ScHOUTE. 



Le Directeur-Gérant : Louis Olivier. 



Paris. — L. Maretueux, imprimour, 1. nio Cassetlo. 



20" anni':e 



N" i 



28 kEviiiek i!)on 



Réunie générale 

des Sciences 

pures et appliquées 

Directeur : LOUIS OLIVIER, Docteur es sciences. 




Adresser tout ce qui concerne la rédflction à M. L. OLITIER, 18, me ChBUTeau-Lngnrde, Paris. — La rspicduction et la traduction des œuTres et deE 
publita dans la Revue sont complet ement înterdilcs en France et dans tous les paye étrangeiE, y ccmprie la Suîde, la NoiTtge et In Hollande 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



§ 1. — Distinctions scientifiques 

Election à l'Académie des Scîfnces de 
Paris. — Dans s;i séance du \o février, l'Académie a 
procédé à l'élection d'un membre dans sa Section de 
Chimie, en remplacement de M. A. Ditte, décédé. La 
Section avait présenté la liste suivante de candidats : 
1° M. E. Jungdeisch ; 2° MM. A. Etard et J. Le Bel ; 
.3° MM. A. Béhal, L. Bouveault, A. Colson, M. HanrioL 
et Ch. Moureu. 

Au premier tour de scrutin, M. E. Jungfleisch a été 
élu par 38 suH'rages sur 47 votants. 

Les travaux du nouvel académicien sont trop connus 
pour que nous ayons à les relater ici. Tout jeune, il 
s'illustra, comme on sait, en démontrant la possibilité 
de créer de toutes pièces, à partir des éléments, des 
produits dissymétriques. On peut dire de ses recher- 
ches qu'elles se sont étendues au domaine entier de la 
Chimie organique. Depuis l'année 1869, oii il soutint 
sa Ihèse sur les anilines chlorées, jusqu'aujourd'hui, 
M. Jungileisch n'a cessé d'apporter de nouvelles con- 
tributions à l'étude des composés gras et aromatiques ; 
citons, en particulier, ses recherches sur les alcools 
mono et polyatomiques, les acides tartriques, le lévulose, 
l'inuline et surtout les alcaloïdes. Il fut le collabora- 
teur de Bertlielot dans la publication du « Traité de 
Chimie organique ", qui a servi de guide à de nom- 
breuses générations de savants. 

§ 2. — Astronomie 

A la reelierehe de la planète transiieptii- 
nienne. — Au wni" siècle, les patientes observations 
directes de William Herschel ont été couronnées par 
la découverte d'Uranus. Le Verrier a, au xix« siècle, 
grâce au calcul, reculé les frontières du domaine pla- 
nétaire jusqu'à l'orbite de Neptune. Suivant l'astronome 
américain \V. H. Pickering, il ne serait pas impossible 
qu'au .'(.v" siècle la photographie, qui a déjà dénoncé 
le di.xième satellite de Saturne, lequel est invisible, 
même dans les plus grands instruments actuels, re- 
cule encore les bornes du système solaire, en révélant 
l'existence d'une planète transneptunienne. 

M. Pickering a même récemment indiqué, d'après 

REVUE OÉNÉR.\LE DES SCIENCES, 1909. 



ses calculs, la portion du ciel dans laquelle il convien- 
drait de rechercher cette loinlaine planète, dont Jla 
position, au commencement de l'année 1909, serait 
approximativement : AH = 7''4'3™ ; ® = -|- 21». 

A l'Observatoire d'Arequipa, des photographies de 
cette région céleste ont déjà été prises avec le téles- 
cope Bruce de 0",6I d'ouverture. M. Pickering ajoute 
qu'il serait à souhaiter que les asti'onomes disposant 
d'instruments convenables pour ce genre d'exploration 
entreprissent des recherches dans le même but, et il pro- 
pose l'organisation d'une étude systématique de celte 
zone de l'Ecliptique. 

§ 3. — Météorologie 

Observations, en ballon libre, de la radîo- 
aclivîl<^ alniosplit-riquc. — On sait que l'air at- 
mosphérique renferme normalement les émanations 
du radium et du thorium, provenant des composants 
radio-actifs de l'écorce terrestre diffusés dans l'atmo- 
sphère. 

M. Flemming' vient de faire en ballon libre des 
expériences sur la radio-activité des couches supé- 
rieures de l'atmosphère. A défaut d'un fil communi- 
quant avec la terre, il a dû modifier le procédé de 
mesure employé à la surface du sol, en produisant un 
champ électrique constant entre deux fils librement 
suspendus et reliés aux pôles d'une pile sèche. C'est 
sur le fil communiquant avec le pôle négatif que devait 
s'accumuler la substance active. 

La pile sèche à haute tension employée par l'auteur 
présentait une tension libre d'environ deux mille volts. 
Les pertes de charge ont été déterminées pendant la 
course en ballon, immédiatement après avoir ramené 
le fil. Les difficultés d'observation dues aux oscillations 
du ballon ont dû être vaincues par une suspension 
appropriée de l'appareil. 

Ces expériences font voir, jusqu'à des hauteurs de 
plus de 3.000 mètres, l'existence d'émanations radio- 
actives. Les valeurs observées pendant le quatrième 
voyage, fait par un temps d'orage, sont d'une grandeur 
' Phys. ZeilschrJH, n» 23, i;OJ. 



ISO 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



inaccoutumée ; mais, faute d'observations ultérieures, 
il est impossible de dire s'il existe ou non une relation 
de cause à effet entre ces valeurs de la radio-activité 
et les conditions atmosphériques. 

§ 4. — Electricité industrielle 

La télégraphie saus fil appliquée à la 
navigation. — La navigation par temps de brume à 
proximité des côtes est actuellement très dangereuse. 
Lorsque les navires ne voient plus la terre, ni, la nuit, 
les phares, et qu'en même temps le Soleil ou les étoiles 
leur sont masqués, il ne leur reste plus de moyen 
certain pour déterminer leur position ; dans les statis- 
tiques des naufrages, c'est la brume qui est la cause le 
plus souvent enregistrée. A certains points — autour 
de l'entrée de Brest, par exemple — la sonde peut 
donner des indications utiles, mais encore insuffisantes 
pour permettre de se repérer avec l'exactitude néces- 
saire ; plusieurs phares sont doublés de sirènes dont 
les appels peuvent prévenir le navigateur de l'approche 
de la terre, mais la portée de ces signaux sonores est 
d'autant plus réduite que la brume est plus épaisse et 
que, par conséquent, ils seraient plus nécessaires; 
enfin, on a installé et on installe actuellement, en divers 
endroits particulièrement dangereux, des cloches sous- 
marines dont les vibrations sont facilement perçues, 
au moyen d'écouteurs spéciaux, par des bâtiments qui 
se trouvent à environ 5 milles marins (9 kilomèlres) ; 
il semble même que ce genre de signaux soit pour le 
moment le plus efficace, bien que sa portée ne soit pas 
très étendue et qu'en même temps il ne donne que 
l'indication vague d'un danger, dont il ne précise ni la 
direction ni la distance. 

On a songé, depuis quelque temps déjà, à utiliser pour 
ce cas spécial la télégraphie sans (il. En supposant, par 
exemple, un poste émetteur puissant installé sur 
Ouessant et lançant à intervalles réguliers des trains 
d'ondes de durées également régulières, tous les navires 
passant à plusieurs centaines de milles et pourvus d'un 
poste récepteur recevraient ces oscillations etpourraient 
les reconnaître ; ils seraient ainsi prévenus de leur 
entrée dans la zone d'influence du poste. 

Ce ne serait là, du reste, qu'un renseignement fort 
vague. On a essayé divers moyens pour avoir des 
indications plus précises. D'abord, on a pensé à se 
servir d'ondes polarisées, c'est-à-dire présentant un 
maximum d'intensité dans une direction donnée ; mais 
l'axe de polarisation ne peut être déterminé qu'avec 
une approximation insuffisante (l'erreur peut atteindre 
une vingtaine de degrés), et, de plus, pour le trouver, 
il faut que le bâtiment se dérange de sa route et par- 
coure une distance qui peut être considérable. La 
polarisation de l'antenne réceptrice, qui serait préfé- 
rable à ce point de vue, est irréalisable à bord et 
ne pourrait en aucune manière être obtenue avec la 
précision voulue. La conjugaison de signaux hertziens 
avec des signaux sonores aériens ou sous-marins émis 
simultanément (la différence entre les moments de 
réception des signaux permettant de calculerladistance, 
d'après la vitesse connue du son) ne peut donner de 
bons résultats qu'à trop courte distance, et encore ces 
résultats seraient-ils erronés à cause de la difficulté 
qu'il y aurait à noter exactement les temps. 11 paraît 
possible qu'un procédé nouveau, qui vient d'être 
imaginé jiar M. Lair, lieutenant de vaisseau, permette 
des mesures plus précises. 

Le principe de ce procédé est le suivant : la distance 
du poste émetteur est déterminée par la quantité 
d'énergie reçue au jioste récepteur (les ondes émises 
étant, bien entendu, de puissance rigoureusement 
constante) ; la quantité d'énergie est, en elîet, on le sait, 
inversement proportionnelle au carré de la distance. 
Si l'on possède des appareils de mesure suffisamment 
sensibles, on pourra donc, dès la réception de quelques 
trains d'ondes, avoir un lieu géométrique de sa position, 
qui sera un cercle ayant pour centre le poste émetteur. 



Si, aussitôt après, on peut recueillir les ondes émises 
par un second poste émetteur, placé à une distance 
suffisante du premier et émettant des ondes de durées 
et d'intervalles différents de ceux du premier poste, on 
aura un second lieu géométrique que l'on trouvera 
également sur la carte; l'intersection des deux cercles 
donnera la position du navire. 

Si l'on ne reçoit que les émissions d'un seul poste, 
on peut néanmoins déterminer sa position par deux 
opérations successives. Ayant tracé le cercle qui cor- 
respond aune première mesure, on continue àmarcher 
pendant un certain temps, un quart d'heure ou une 
demi-heure, par exemple, et l'on fait une nouvelle 
observation qui donne un second cercle concentrique 
au premier ; connaissant à peu près, d'après la vitesse 
du navire, le chemin parcouru dans l'intervalle, il 
suffit d'une construction géométrique simple pour 
trouver les deux points de ces circonférences qui sont 
séparés par une distance égale au chemin parcouru. 

Il semble bien que ce mode de procéder puisse être 
d'un emploi pratique admissible. Les premières 
expériences paraissent concluantes; mais il y a lieu 
d'attendre, pour se prononcer définitivement, des essais 
complets ([ui vont être entrepris prochainement au 
moyen d'un [iliare hertzien installé probablement sur 
Ouessant. 

Le poste émetteur doit être pourvu d'un alternateur 
dont la régulation en énergie et en vitesse soit absolu- 
ment parfaite ; c'est peut être dans la recherche de 
cette perfection que l'on rencontrera le plus de 
difficultés; son antenne doit rayonner d'une manière 
égale dans toutes les directions où l'on peut avoir à 
s'en servir ; un commutateur automatique, mù par un 
petit moteur, commandera les émissions d'ondes, qui 
sei'ont combinées à l'avance comme les éclats d'un 
phare. 

Le poste récepteur comporte une antenne, de position 
invariable par rapport à la coque et au gréement, et 
rigoureusement accordée avec l'antenne d'émission ; 
on y trouve, en outre : 1° un mesureur d'énergie de 
première approximation, constitué par des écouteurs 
montés sur un circuit secondaire dont le primaire est 
un solénoïde prolongeant l'antenne ; 2° l'identificateur 
des postes émetteurs, consistant en un relais action- 
nant un chronographe qui mesure la durée des trains 
d'ondes et de leurs éclipses; 3" le me.sureur intégra- 
teur d'énergie, qui n'est autre qu'un bolomètre sem- 
blable à ceux dont on se sert dans les laboratoires, 
muni d'un rhéacorde de réglage, et dont le galvano- 
mètre indique l'énergie reçue et peut même être gradué 
directement en distances. 

En attendant que ce système, ou quelque autre 
analogue, entre dans la pratique courante, il est 
probaLle que bientôt la télégraphie sans fil rendra un 
premier service aux navigateurs : sur la proposition 
de M. Bouquet de la Grye, on étudie l'organisation ih- 
signaux horaires qui seraient lancés par la tour EillVI 
et grâce auxquels les marins pourront détermiii'M 
sûrement leur longitude et vérifier le réglage de leurs 
chronomètres. 

§ 5. — Chimie 

Lu noiii'caii produit du foui' électrique : le 
8ilunduni. — In chimiste allemand, M. F. Bôlling, 
vient d'obtenir au four électrique un nouveau produit, un 
siliciure de carbone intermédiaire entre le carbone 't 
le carborundum, auquel il donne le nom de sihiiiduw'. 
On le prépare en chauffant du carbone dans um' 
atmosphère de vapeur de silicium; pratiquement, on 
chauffe du carbone avec un mélange de sable et de car- 
bone, aune température de 1.700» à 1.800° G. Les objels 
en carbone peuvent être, si on le désire, convertis en 
silundum sur un rôté ou par jdaces seulenienl. 



« Chrmikvr /rilu/,<j, I. XXXll. \k 1101, 19J3. 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



151 



l,a conductivilé électrique du silunJuin est beaucoup 
moindre que celle du carbone ; elle varie avec la dureté, 
avec le genre de carbone employé à la fabrication et 
avec la durée de chauffage dans la vapeur de silicium. 
Un bâton de 800 millimètres de longueur et de 6 milli- 
mètres de diamètre peut conduire un courant de 
4.000 watts d'une façon permanente et de 8.000 watts 
temporairement. 

Le silundum est stable à l'air jusqu'à l.VbO^-l.SOO" ; 
au-dessus, il dégage des vapeurs de silicium. Les métaux 
fondus, en particulier le fer, le détruisent rapidement; 
par conséquent, les creusets ne devront être convertis 
en silundum qu'à l'extérieur. Le principal emploi de la 
nouvelle substance paraît être comme matière à résis- 
tance permanente pour les travaux à haute température, 

§ i). — Métallurgie 

L'Industrie minérale et la production uié- 
talliirg:ique de la France en 1906 et 1907'. 

— Les combustibles minéraux sont extraits eu France 
dans la proportion de 98 °/o pour la houille et l'anthra- 
cite, et de 2 ° » pour le lignite. En 1887, leur production 
totale dépassait à peine 21 millions de tonnes; elle 
atteint 26 millions, en 1890, et reste stalionnaire jus- 
qu'en 1893; à partir de cette époque, elle augmente 
graduellement jusqu'en 1900, où elle est de 34 millions 
et demi; dès lors, elle reste stalionnaire entre 32 et 
37 millions, comme le montre le tableau suivant oii 
nous avons fait ligurer, en milliers de lonnes, la pro- 
duction et la consommation des combustibles minéraux : 

KXCLDENT 

lie la 
ANNiins l'BoDicTioN CONSOMMATION consoiunialiuii 



18.803 i;i.399 

44.810 14.813 

47.030 12.862 

51.782 17.586 



Ce besoin d'un excédent, qui semble croître avec la 
production, ne pourrait cesser que par la découverte 
de nouvelles mines, d'une mise en exploitation facile et 
peu coûteuse, ou bien encore par le développement de 
l'exploitation dans les bassins existants. L'extension 
vers le sud du bassin déjà si productif du Pas-de-Calais 
vient d'être démontrée par des sondages; dans la 
Meurthe-et-Moselle, on a constaté également le prolon- 
gement du bassin de Sarrebviick, mais le terrain français 
est pauvre en houille. Dans les deux cas, il faudrait 
compter sans doute avec un prix de revient plus élevé. 
Mieux vaudrait donc, comme le pense M. Ed. Lozé, aug- 
menter la capacité de production des exploitations 
existantes, ce qui n'est guère possible que dans celles 
du Gard, de Saône-et-Loire, de l'Aveyron, du Tarn, et 
surtout dans les départements du Nord et du Pas-de- 
Calais. 

La production du minerai île fer est en lorte aug- 
mentation, dans les rrifiiles anm'-rs principalement. 
De 1887 à 1892, la prudurlidn passait dr li.S-jd.iioo lonnes 
à 3.707.000; elle reste statiuui.ajn- de 1893 à 1891., puis 
elle reprend pour atteindre, en 1900, 11. 448. 000. Après 
un recul en 1901, la progression reprend d'une façon 
continue, et, en 1906, on enregistre le chiffre de 
8.481.000 tonnes. La production comprend surtout du 
minerai hydroxydé oolithique, qui provient en grande 
partie du département de Meurthe-et-Moselle, où l'e.x- 
traction passe, entre 1900 et 1906, de 4.446.000 tonnes 
à 7.399.000. Ces gisements appartiennent à la forma- 
lion ferrugineuse oolithique du Lias supérieur et for- 
ment deux bassins : celui de Nancy et celui du groupe 
Longwy-Briey. Nous donnons, en milliers de tonnes, 
dans le tableau suivant, les chiffres de la production, 



' Cf. les articles de M. Ed. Lozé etE. Payen dans VEcono- 
iiiiste français des 22 août et 3 octobre 1908. 



i'JOO . . 


. . 33.404 


1902 . . 


. . 29.997 


1904 . . 


. . 34.16S 


1906 . . 


. . 34.196 



de l'importation 'H de l'expurtation du minerai de fer: 

ANNIOES PKODUCTION IMPORTATIONS EXPORTATIONS 

I9U0 5.448 2.119 327 

I!i02 5.004 ).;;83 423 

1904 7.023 1.738 1.219 

1906 8.481 2.015 1.759 

1907' .... — 1.1199 2.147 

L'extraction des autres minerais niélalliciues a peu 
d'im]iortance dans notre pays. Le tableau suivant 
donne les chilfres de 1906 en tonnes, et la valeur en 
milliers de francs : 

VALEHIV 

TONNES i;n milliers de l'r. 

Minerais de plomb et d'argent. 11.795 2.847 

Terres et quartz aurifères . . . 41.404 888 

Minerai de zinc 53.466 7.026 

Minerai de cuivre 2.547 97 

Pyrite de fer 265.261 4.063 

Minerai de manganèse 11.189 296 

Minerai d'antimoine 18.567 3.527 

Minerai d'arsenic 6.. 134 213 

Wolfram 18 48 

Total. . . , 410.781 19.005 

De 1900 à 1907, la production de la fonte a augmenté 
de 38 »/o; le chiffre de 1907 (3.589.000 tonnes) dépasse 
de 275.000 tonnes celui de 1906, dont nous donnons 
ci-dessous la répartition géographique : 

PHOtlUCTlON DB 1906 

eu milliers de tonnc^ 

Meurthe-et-Moselle 2.295., 

Nord 427., 

Centre et Ouest 169., 

Loire et Midi 167 s 

Sud-Ouest 131.2 

Aveyron et Ariège 72., 

Champagne, etc 49.» 

Total. . . . 3.314., 

Les exportations de fonte ont atteint, en 1907, le 
chiffre de 256.325 tonnes; les importations n'ont re- 
présenté que 36.107 tonnes, et la consommation na- 
tionale grandissante s'est élevée (stocks exclus) à 
3.368.531 tonnes. La production de l'acier brut s'est 
accrue parallèlement à la production de la fonte; de 
1900 à 1907, elle a haussé de 70 "/„, passant de 
1.363.104 tonnes à 2.677.803. Ce dernier chiffre nous 
place au quatrième rang dans la production mondiale, 
après les Etats-Unis (23.217.000 tonnes), l'Allemagne 
(12.003.632), et l'Angleterre (6.522.000). 
_ En ce qui concerne les modes de fabrication de 
l'acier, c'est le procédé Thomas — auquel on doit la 
mise en œuvre des minerais de Lorraine — qui est le 
plus employé (1.630.511 tonnes, en 1907); le procédé 
Bessemer perd, au contraire, de safaveur (77.421 tonnes), 
tandis ([ue la fabrication au four Martin continue de 
progresser (969.873 tonnes). 

La situation de notre industrie métallurgique est 
donc très florissante; son accroissement relatif esi 
considérable et sa solidité a été démontrée par le fait 
que les grands pays métallurgistes ont plus soufl'rrt 
que nous des répercussions de la crise américaine. 
Pierre Clerget, 

/'rofesseiir à VEcofc ^"périeitre de l''mmerce de Lipni» 



^ 7. 



Agronomie 



La diffusion des engrais salins dans la 
terre. — Les engrais salins qu'on dcnne comim 
fumures se trouvent, dès leur rpandage sur le sol. en 



' Nous n'avons pas encore les chillres de 1907, mois, puin 
le bassin de Briey seul, l'extraction comporte une avami 
de plus d'un million de tonnes sur 1906. 



132 



CHRONIQUE ET CORRESPONDANCE 



présence d'une quantité d"eau incomparablement 
supérieure à celle qui est nécessaire à leur dissolution. 
H semble donc que la diffusion du sel doit être ra- 
pide et que la répartition uniforme de l'engrais dans 
la masse terreuse est complète au bout de peu de 
temps. 

.lusqu'à quel point ces prévisions sont-elles justi- 
liées, et quelles conséquences en résulte-t-il pour 
r.Agricullure? Telle est la question que se sont posée 
MM. A. Muntz et H. Gaudeclioii et à laquelle des 
recherches approfondies viennent leur permettre de 
donner la réponse suivante ' : 

Lorsque des engrais salins sont donnés à une terre 
en état de siccité relatif, le sel attire à lui l'eau de la 
terre et forme une solution qui reste localisée pendant 
un très long temps sous forme d'un noyau humide; 
la terre placée dans l'intervalle des cristaux de sel se 
dessèche au profil du noyau humide, qui s'agrandit 
graduellement à mesure qu'il attire à lui l'eau des 
parties avoisinuntes. La terre est alors, pour ainsi 
dire, tigrée, avec des taches humides contenant la solu- 
tion saline et des intervalles desséchés entre ces taches, 
sans qu'il se produise une diffusion de la solution 
saline dans les couches environnantes. 

Si l'on pratique des semailles dans un sol placé dans 
ces conditions, il peut y avoir une mauvaise levée : 
les graines qui tombent à l'endroit des taches se trouvent 
en présence d'une solution saline trop concentrée pour 
permettre le développement de la jeune plante ; au 
contraire, les graines qui tombent dans les intervalles 
se trouvent dans une terre trop desséchée et, par suite, 
ne peuvent germer. 

Ces faits expliquent les insuccès constatés dans la 
pratique et montrent qu'il est imprudent de faire 
coïncider les semailles avec l'épandage des engrais 
salins. 

Lorsque les terres sont mouillées, et ensuite plus ou 
moins ressuyées comme elles le sont peu de temps 
après une pluie, on ne constate plus un appel de l'eau 
vers la solution saline, formée à l'endroit où le sel a 
été déposé; mais, contrairement à ce que l'on pouvait 
penser, même dans les sols humides, la diffusion du 
sel dans la masse terreuse est pour ainsi dire nulle 
pendant un assez long temps et ne devient manifeste 
qu'au bout de semaines ou de mois. Les terres humides 
sont donc, elles aussi, divisées en zones, l'une renfer- 
mant la solution saline et l'autre exempte de sel. 

Cette lenteur extrême de la diflusion paraît tenir à 
ce que la terre ne forme pas un milieu continu, condi- 
tion nécessaire pour que les phénomènes de diffusion 
puissent se produire. Si, par un fort tassement, on 
rapproche les particules terreuses, la discontinuité se 
trouve atténuée; on constate alors une diffusion un 
peu plus active, et c'est surtout lorsque, en même 
temps que tassées, les terres se trouvent noyées d'eau, 
et forment alors un milieu continu, que la répartition 
du sel devient plus sensible, sans jamais avoir toute- 
fois la rapidité qu'elle aurait dans une masse liquide. 

Quand les pluies interviennent, la diffusion ne se 
trouve pas sensiblement accélérée ; l'eau, tombant à la 
surface du sol et s'y infiltrant graduellement, se borne 
à provoquer un déplacement du sel dans le sens ver- 
tical, par son cheminement de haut en bas dans la 
couche lerri'use. 

On voit, par ce qui précède, avec quelle lenteur, 
contrairement à l'opinion courante, les sels solubles 
donnés comme fumures à la terre se rériartissent dans 
le sol. 

§ 8. — Zoologie appliquée 

I.a proloctioii du ea^loi- <lii ltliôii<>. — Le 

Castor, animal autrefois assiv, luiiiiiiun dans nos pays, 
y a presque totalement dispiru, sa fourrure, très 

' Annales de l'Inslilul Xalinnul Arjrnriomiijnc, 2'' sér.. 
1. YII, fasf. ?, p. 2Ui et suiv., tiios. 



recherchée, en ayant fait l'objet d'une chasse intensive. 
On ignore généralement qu'une de ses dernières sta- 
tions en Europe se trouve vers l'embouchure du Rhône. 
Dans la partie du Petit-Uhùne comprise entre Fourques- 
et le Mas de Sauvage, on peut encore en voir de petites 
colonies; dans le Rhône même, depuis Pont-Saint- 
Esprit jusqu'à Salin-de-Giraud, et dans quelques-uns. 
de ses derniers affluents, on capture de temps à autre 
quelques individus isolés. 

M. C. Maingaud, qui étudie depuis plusieurs années- 
le Castor du Rhône, a demandé à diverses reprises' que 
des mesures soient édictées pour empêcher l'extinction 
de ce gros Rongeur aquatique, que l'on peut consi- 
dérer comme une richesse zoologique nationale. 

Pendant quelques années, la tête de cet animal 
avait été mise à prix par le Syndicat des digues du 
Uhône de Beaucaire à la mer; mais cette mesure fut 
rapportée sur les instances du Professeur Mayet. On 
avait prétendu que les digues destinées à protéger les 
nouvelles plantations de vigne de la Camargue avaient 
été fouillées par les castors pour l'établissement de 
leurs terriers et que la solidité en avait été compro- 
mise. En réalité, il n'en était rien, le Castor pratiquant 
ses terriers sur les bords mêmes du Rhône, non cul- 
tivés, et le plus souvent sur les petites îles disséminées 
dans le lit du fleuve. 

En somme, ces animaux ne commettent pns de 
déprédations bien sérieuses en dehors des terrains 
sans valeur qui peuvent leur être abandonnés. Aussi, 
dans quelques fleuves de l'Europe centrale (Elbe, 
Danube, Vistule, Dnieper, Volga), où l'on en rencontre 
encore de rares colonies, loin de les proscrire, les 
Gouvernements ont pris des mesures protectrices en 
leur faveur. La chasse en est interdite, et une mesure 
semblable, ou tout au moins l'interdiction de tuer le 
Castor en dehors des périodes où la chasse est ouverte, 
devrait être prise dans la région du Bas-Rhône. 

Peut-être même, comme l'a proposé M. Maingaud, 
]iourrait-on tenter l'élevage du Castor, élevage qui a 
donné de bons résultats au Canada et aux Etats-Unis. 
Il donne une fourrure très recherchée et un produit 
pharmaceutique, le castoréum; les propriétaires de 
la Camargue trouveraient là une nouvelle source di 
revenus, et en même temps serait assurée, dans nolri 
pays, la conservation d'une intéressante espèce zoolu- 
gique en voie d'extmction. 

§ 9. — Enseignement 

Personnel universitaire. — M. .leaumaire, rec- 
teur de l'Académie d'Alger, est nommé recteur de| 
l'Académie de Toulouse. 

M. Ardaillon, recteur de l'Académie de Besançon, esLj 
nommé recteur de l'Académie d'Alger. 

M. Padé, doyen de la Faculté des Sciences de Bor- ; 
deaux, est nommé recteur de l'Académie de Besançon. 

Madame Curie, docteur es sciences, chargée d'ua 
cours de Physique à la Faculté des Sciences de 
Paris, est nommé professeur de Physique générale à 
ladite Faculté. 

M. G. Bertrand, docteur es sciences, chargé d'un 
cours de Chimie biologique à la Faculté des Sciences 
de Paris, est nommé professeur de Chimie biologiqu' 
à ladite Faculté. 

M. Maire, docteur es sciences, préparateur de Bota- 
nique à la Faculté des Sciences de Nancy, est nomni>- 
maître de conférences de Botanique à ladite Faculté. 

M. Lattes, docteur es sciences, professeur de Mathé- 
matiques au Lycée de Mniilpellirr, est nommé maître 
de conférences de Matlii'iuatiques à la Faculté des 
Sciences de Montpellier. 

M. Delbel, agrégé de la Faculté de Médecine di 
Paris, est nonuué professeur de Clinique chirurgical'' 
à ladite Faculté-. 



' lUill. lie la Soc 
cl //(///. de hi Sue 



d'ctwl.^ 
n:i!. d'. 



s Se. nalurellesde IViwe 
dJwaUilion, duc. 19US. 



c, l'J07 



LEOX liKKTlJAM» 



LES NAl'I'ES DE CHARRIAGE D.V.NS LA STRUCTURE DES ALPES iMi 



LE ROLE DES NAPPES DE CHARRIAGE 
DANS LA STRUCTURE DES ALPES OCCIDENTALES ET ORIENTALES 



Nous avons vii, dans un pi'écéilent article-, 
qu'ti la suite des études les plus récentes sur'les 
Alpes françaises et suisses, si l'on discute encore 
entre géologues alpins, ce n'est plus sur la réalité 
des grands mouvements tangenliels, mais seule- 
ment sur les détails de leur application à l'inter- 
prétation des accidents locaux. J'ai indiqué, d'autre 
part, que cette notion des charriages a seule per- 
mis de comprendre en quoi consistent les dilTé- 
rences qui avaient fait, jusque-là, des deux por- 
tions de la chaîne alpine séparées par le Rhin, 
pour ainsi dire deux mondes géologiques difTé- 
rents : celui des Alpes Occidentales et celui des 
Alpes Orientales. Pour arriver à expliquer ces dif- 
férences, il nous faut d'abord résumer les notions 
actuellement acquises sur le rôle des nappes char- 
riées dans la constitution des Alpes Occidentales et 
chercher à y préciser, aussi exactement que pos- 
sible leur extension originelle. 



I 



Nous partirons du voisinage de la Méditerranée, 
sans nous préoccuper, pour l'instant, de ce que 
deviennent les Alpes au sud des Alpes-Maritimes. 
De vraies nappes de charriage, comparables à 
celles des Alpes suisses, commencent à se rencon- 
trer avec certitude dans la région de l'Ubaye et de 
l'Embrunais, où leur existence a été mise en évi- 
dence par MM. Haug et Kilian. Leur cheminement 
s'est fait vers l'extérieur de la chaîne alpine et, par 
suite, à cause de la courbure manifeste que montre 
celle-ci depuis la Savoie, c'est ici vers le sud-ouest 
que s'est faite cette translation, c'est-à-dire presque 
en sens inverse delà direction normale vers le nord, 
qui est celle que nous trouverons à partir des 
Alpes suisses, en allant vers l'est. 

D'autre part, il est fort intéressant, au point de 
vue de la recherche de l'extension originelle des 
nappes alpines, de considérer en détail la façon 
dont ces nappes de l'Ubaye et de l'Embrunais se 
comportent à l'égard des deux massifs voisins de 
terrains anciens, les massifs du Mercanlour et du 
Pelvoux. Ceux-ci font partie d'une série de massifs 
semblables, qui s'alignent dans ce que Charles 
Lory avait appelé la première zone alpine et qu'on 
■désigne souvent actuellement sous le nom de zone 



' Leçons professées au Collège de France en 1908. 

2 Bévue générale Jeu Sciences, numéi-o du 29 févi-iei- li 



(les massifs hercyniens. Ce sont bien, en effet, des 
témoins de l'ancienne aire de plissement des temps 
carbonifères, car les dépôts houillers et pcrmiens, 
puis les couches secondaires et nummuliliques sonl 
entièrement discordants sur les terrains anciens tie 
ces massifs. 

J'ai rappelé, dans mon article précédent, que le 
grand géologue viennois Ed. Suess a mis en évi- 
dence, dès 1875, le rôle de butoir que certains frag- 
ments de l'ancienne chaîne démantelée ont joué à 
l'égard des plissements alpins. Ces massifs de 
l'avant-pays (ou Vorland) alpin (parmi lesquels je 
citerai notre Massif Central, les Vosges et la Forêt - 
Noire, le Massif de Bohème) ont résisté à la propa- 
gation des mouvements tangentiels alpins; mais 
ils ont été plus ou moins disloqués danscette lutte, 
à la façon de masses devenues trop rigides pour 
avoir pu se plisser à nouveau facilement et, par 
contre, insuffisamment résistantes pour pouvoir 
supporter sans dommage ces formidables pous- 
sées. 

Quant aux massifs hercyniens qui se trouvent 
dans la première zone alpine, ils se sont comportés 
tout différemment lors des plissements tertiaires. 
Au lieu d'avoir été des obstacles à peu près invin- 
cibles à la propagation de ceux-ci et de les avoir 
forcés à .se mouler sur eux, comme l'ont fait les 
massifs du Vorland, ils ont été englobés dans les 
plis alpins. Les couches qui avaient recouvert les 
terrains primaires sur leur emplacement ont été 
fortement plissées, et les plis de ces couches secon- 
daires et nummulitiques se continuent souvent, 
jalonnés par des témoins isolés de celles-ci, par 
dessus l'emplacement où ne se montrent plus 
guère actuellement que les terrains primaires. On 
doit alors admettre que ceux-ci ont été eux-mêmes 
replissés et que c'est la surélévation locale et 
simultanée de plusieurs plis contigus qui a per- 
mis à l'érosion d'y mettre à découvert le substra- 
tum primaire; partout ailleurs, celui-ci reste enfoui 
sous sa couverture discordante de terrains permo- 
houillers, secondaires et nummulitiques. Contraire- 
ment à la notion qui faisait, de ces régions primai- 
res intra-alpines, des << massifs centraux «, sortes 
d'amandes anciennes entièrement contournées par 
les plis des terrains plus récents de leur bordure, 
elles se montrent alors comme des parties suréle- 
vées d'une zone de plissement continue. Le soubas- 
sement primaire y ajjparaît d'abord dans l'axe des 
plis anticlinaux, puis à la fois sur toute la largeur 



136 LEOX BERTRAND — LES NAPPES DE CHARRIAGE DANS LA STRUCTURE DES ALPES 



dansle massif, pourtant très voisin, du Mon t-Mounier. 
Dans la région au sud du Massif du Mercantour et de 
ee dôme de la Cime de Barrot, on a un régime de 
plis courts, de dômes et de cuvettes synclinales (ou 
de brachyanticlinaux et de bracliysynclinaux, pour 
employer un langage plus modernei, s'alignanl 
suivant des axes généraux pour donner naissance 
à des aires anticlinales et synclinales, qui consti- 
tuent des unités tectoniques plus importantes. Les 
anticlinaux de ce régime naissent et se terminent 
très brusquement, en se rompant presque aussitôt 
qu'ils ont commencé à se montrer et se trans- 
formant immédiatement en plis failles, de façon à 
n'avoir presque jamais de flanc inverse, sauf en 
leurs extrémités. Au contraire, les plis couchés du 
massif du Mounier se sont déroulés très largement, 
en conservant une très grande régularité d'épais- 
seur pour les couches qui les constituent, même 
pour celles du flanc inverse, qui se suit avec une 
remarquable continuité et presque sans étirement 
appréciable. Par ce caractère encore, ils ressem- 
blent d'une façon frappante aux plis décrits par 
Marcel Bertrand et Et. Ritter dans le massif du 
Mont-Joly, en Savoie, dont je parlerai plus loin. 

J'avais d'abord attribué cette remarquable diflé- 
rence d'allure tectonique à la seule difTérence de 
composition et de plasticité des couches intéres- 
sées : dans le nord -ouest des Alpes -Maritimes 
dominent les faciès marneux dauphinois pour les 
couches secondaires, ou plutôt un faciès intermé- 
diaire entre ceux-ci et les faciès plus calcaires du 
Brianconnais, tandis que, vers le Littoral, ce sont des 
calcaires très massifs et très épais, indiquant une ge- 
nèse subcorallienne, (jui représentent le Jurassique 
supérieur, avec absence fré(iuente du Jurassique in- 
férieur et aussi d'une partie du Crétacé inférieur. 
Mais le régime des chevauchements par pli-faille 
commence déjà dans le faciès sub-dauphinois et je 
pense maintenant qu'en outre de la raison pure- 
ment physique que je viens d'indiquer et qui inter- 
vient certainement dans la disposition tectonique, 
pour ainsi dire hachée, du Littoral, il y a probable- 
ment lieu de faire intervenir l'extension originelle 
des nappes charriées venues de la zone alpine située 
en arrière du Massif du Mercantour et qui sont 
conservées seulement dans l'Ubaye et au voisinage 
immédiat de l'extrémité de ce massif. 

Je crois, en particulier, que la plasticité si 
grande dont ont lait i)reuve les couches secondaires 
du massif du Mounier peut être due, en grande 
partie, à la surcharge résultant de la su])erposition 
des nappes qui se retrouvent dans l'Ubaye ou d'une 
partie, au moins, de celles-ci. Lorsqu'on examine, 
dans le détail, l'importance du chevauchement ré- 
sultant de ces plis couchés, on voit qu'elle diminue 
très brusquement, aussi bien vers le S.-E. que vers 



le N.-O., où ces plis disparaissent au bord d'une 
grande cuvette synclinale. 11 me semble que cette 
localisation ne peut guère s'expliquer que par 
l'avancée locale, au-dessus de la région du Mounier, 
de nappes charriées d'origine plus interne que 
le massif du Mercantour. Mais je tiens à dire, 
d'autre part, que la probabilité du passage de ces 
nappes ne me semble pouvoir s'appliquer qu'à 
l'extrémité occidentale du Massif du Mercantour; 
la partie centrale de celui-ci me paraît avoir, 
presque certainement, opposé un obstacle infran- 
chissable aux nappes venues du Piémont, soit par 
sa plus grande importance, soit parce que la 
poussée vers l'extérieur de la chaîne alpine, qui 
aurait été amenée là à se faire exactement vers le 
sud, en sens inverse de sa direction normale, aurait 
été alors trop faible pour pouvoir vaincre cet obs- 
tacle (fig. 3). 

Quant à la région plus orientale des Alpes-Mari- 
times qui se trouve à l'est des vallées de la 
Vésubie etdu Varet qui correspond principalement 
au bassin de la Roya, les lignes tectoniques y 
montrent bien une incurvation très marquée avec 
convexité au sud-ouest, qui paraît en relation avec 
une avancée des nappes venues du Piémont méri- 
dional, corrélative de la terminaison orientale du 
Massif du Mercantour et de la prolongation pro- 
bable de ces zones alpines vers la côte orientale de 
la Corse. Mais les plis, tout en présentant les 
importants chevauchements que j'y ai fait con- 
naître, y montrent un caractère dediscontinuité qui 
en fait certainement des plis autochtones, c'est- 
à-dire formés sur place et qui, en même temps, 
ne me paraît pas traduire, comme pour les plis du 
Mounier, la superposition de nappes aujourd'hui 
disparues. Ce n'est que pour la région de la Roya 
proprement dite, aux environs de Saorge et de 
Sospel, que peut-être la question de l'extension 
originelle de celles-ci pourra se poser; mais je ne 
crois pas, en tous cas, que l'avancée de ces nappes 
se soit faite largement, en ces régions, sur le terri- 
toire français, si même elle s'y est faite. 

.\ous allons maintenant (juitter U' domaine de î 
l'hypothèse, sur lequel je me suis laissé entraîner 
pour chercher à préciser, autant que possible, les 
régions où nous commençons à trouver la trace de 
l'existence des nappes alpines, et nous allons 
revenir aux faits positifs, en remontant vers le 
nord le long de la chaîne, mais sans entrer dans 
les détails de structure des régions où l'existence 
de ces nappes a été bien constatée, puisque le but 
de cet exposé est simplement de montrer où se sont 
produits ces phénomènes importants de transla- 
tion tangentielle, mais non comment ils se sont 
faits. 



LEON BERTHAM) — LES NAPPKS DE (:il\RRI.\(.E DANS LV STIirCTlRE DES ALPES loi 




[ I Zones alpines plus internes que 

r I LES MASSIPS IIEHCYNIENS. 

;Ces zonos sont elles-mêmes for- 
mées par l'empilement dos 
pes superposées.) 

Nappes issues de ces zones et ayant 
passé au-dessus des massu's hercy- 
NIENS : 

l" Nappes des Prëalpes (séparées de leurs 
, dont l'emplacement est d'ailleurs 
encore discuté |>our les nappes supû- 



ppe supérieure ou "le la BrA 



Nappe dos Préalpes médiane 



Nappes des Préalpes externes (Pe) 
et des Préalpes internes (Pi). 



'2" .\opprs de rEmb}'unais et de l'Uhoye : 

■ I Nappe supérieure. 

1 Nappe inférieure (ou du Flysch), 
^^^^ encore en continuité avec sa 

■ ' racine. 



Régime de nappes enracinées et de 
plis couchés à grand chemine- 
ment, et souvent plongeants, da 
la couverture et la bordure ex- 
terne des massifs hercyniens, 
semblant en relation avec le pas- 
sage des nappes précédentes, ac- 
tuellement enlevées par l'érosion 
(la direction des traits indiquant 
approximativement celle des moû- 
ts). 

te hypothétique de l'avancée 
des nappes dongine plus interne 
que les massifs hercyniens. 



secondaires et nummuli- 
tiques de la couverture des mas- 
sifs hercyniens et des régions 
HJpines plus externes. 



Flysch 



Les nappes 

de charriage des 

Alpes Françaises 

Echelle 
5 10 20 30 40 50 60 Ki 



1.j8 LEON BERTRAND — LES NAPPES DE CHARRIAGE DANS LA STRUCTURE DES ALPES 



II 

Nous nous bornerons donc à enregistrer que, 
vers son extrémité occidentale, la couverture 
secondaire du massif hercynien du Mercantour 
montre des plis couchés autochtones, traduisant 
l'existence d'un important cheminement vers 
l'extérieur de la chaîne alpine, c'est-à-dire là vers 
le sud-ouest, et qui sont probablement en relation 
avec une extension originelle des nappes charriées 
de rUbaye, ayant eu lieu un peu plus au sud que la 
limite des témoins actuellement conservés pour 
ces nappes. Nous allons ensuite traverser l'Ubaye 
et TEmbrunais, sans nous arrêter à la considéra- 
tion détaillée de ces nappes, qui serait fort intéres- 
sante, mais nous entraînerait trop en dehors du 
cadre de notre sujet; je ne pourrais d'ailleurs que 
résumer la magistrale étude que M. liaug leur a 
consacrée ici même'. Ces nappes sont venues de la 
zone dite du Briançonnais, et surtout d'une subdi- 
vision occidentale de celle-ci, que l'on en sépare 
souvent sous le nom de zone du Flysch, à cause du 
grand développement qu'y prennent les formations 
de ce nom. au sommet de la série nummulitique; 
c'est ce flysch qui forme la majeure partie des ter- 
rains rencontrés dans notre nappe inférieure de 
l'Embrunais. Ces nappes ont peut-être été recou- 
vertes par d'autres plus internes, analogues à 
celles dont les environs de Briançon montrent 
l'existence et qui appartiennent, les unes à la 
partie orientale de cette zone du Briançonnais ou 
zone houillère (dont on a fait pendant un certain 
temps l'axe géologique de la chaîne alpine), les 
autres à une zone plus interne de nos Alpes, qui a 
été dénommée zone du Piémont par M. Ilaug et 
qui est caractérisée par le faciès de schistes lustrés 
([u'y montrent les couches du Trias supérieur et du 
Lias et qui les a fait confondre, pendant longtemps, 
avec des micaschistes et des schistes métamor- 
phiques de la base de la série primaire. 

Nous savons maintenant que toutes ces régions 
plus internes de nos Alpes sont très probablement 
constituées par des nappes, formant la prolongation 
de celles, actuellement bien mieux connues, des 
Alpes helvético-italiennes. Ce qu'il nous importe, 
pour le moment, de déterminer avec le plus de 
précision compatible avec la brièveté de cet exposé, 
ce n'esl pas le détail, encore assez discuté, de ces 
napjies, qui foni l'objet des études de MM. Kilian 
et Termier, mais leur ancienne extension vers 
l'extérieur de la chaîne. 

Pour le Massif du Pelvoiix el celui des (liandcs- 
Rousses, les coupes données |)iir M. Tennicr nous 
montrent encore une disposilion analogm' à (('Ile 

' /.cr, ye;), dcf< .Se, iiuiui'ri) du 311 ilùcciiilire llKIt, 



que nous avons rencontrée pour les terrains 
secondaires de la bordure externe de l'extrémité 
occidentale du massif du Mercantour. Mais si nous 
nous en tenons, pour ces coupes intéressantes, à 
la partie non interprétée, les traces du déversement 
des plis vers l'extérieur delà chaîne nous apparais- 
sent bien moins marquées que dans la vallée supé- 
rieure de la Tinée, et c'est une raison pour laquelle 
je penserais volontiers qu'une partie du Massif du 
Pelvoux, tout au moins, a dû être indemne du pas- 
sage des nappes au-dessus d'elle et qu'elle porte- 
rait peut-être simplement la trace des poussées 
résultant de l'arrêt de ces nappes sur le bord 
interne du massif en question. Je ferai remarquer, 
en outre, que la torsion graduelle de la chaîne 
alpine nous amène maintenant à des mouvements 
dirigés vers l'ouest et qui, plus au nord, vont gra- 
duellement tourner au nord-ouest. 

Le bord occidental de la Chaîne de Belledonne, 
autre massif hercynien correspondant à un fais- 
ceau de plis un peu plus externes de la première 
zone alpine, ne nous montre qu'un déversement 
de ces plis peu accentué vers l'ouest et l'on arrive 
très vite, vers l'extérieur, à une zone où ce déver- 
sement devient hésitant, c'est-à-dire se fait tantôt 
vers l'ouest, tantôt en sens inverse; cette constata- 
tion semble bien démontrer que, dans la région 
dauphinoise, les nappes issues de l'intérieur des 
Alpes ne sont pas arrivées jusqu'au bord externe 
de la chaîne. 

Mais, à la terminaison septentrionale de ce Mas- 
sif de Belledonne, dans la région de Beaufort, il se 
fait un nouvel ennoyage momentané des terrains 
primaires sous leur couverture secondaire, entre ce 
massif et ceux des Aiguilles-Rouges et du Mont- 
Blanc, situés au nord de ce nouvel ensellement 
transversal. Or, nous sommes arrivés là à la région 
classique des empilements de plis du Mont-Joly, 
décrits par Marcel Bertrand et Et. Ritter; ces plis, 
couchés jusqu'à l'horizontale et la dépassant même 
pour devenir légèrement plongeants, sont issus de 
racines presque droites dans le bord occidental du 
massif primaire du Mon t-Blanc ( fig. i) et ils indiquent 
manifestement l'existence de mouvements tangen- 
tiels très intenses, assez superficiels et dirigés vers 
l'extérieur de la chaîne, c'est-à-dire ici vers le nord- 
ouest. D'ailleurs, touteslesHautes Chaînes calcaires 
de la Savoie montrent, à partir de là, un très beau 
développement de ces accidents, qui prennent une 
ampleur telle qu'on peut presque les y qualifier de 
nappes. Mais ce ne sont toujours, en réalité, comme 
dans le massif du Mounier, que des plis couchés 
enracinés dans la zone des terrains secondaires à 
faciès dauphinois où nous les trouvons. Je ne puis 
indi(|uer ici en quoi consistent les caractères dis- 
linctifs des terrains de ce faciès, pas plus que je ne 



LKON HEUTKANl) 



LES NAPPES DE CHAliltlACE DANS LA STIlCCTrUE DES ALPES ir;9 



liouiTiii le faire plus loin pour ceux auxquels nous 
s(M'ons amenés à attribuer une provenance dill'éren le : 
Je me bornerai à me servir de cette constatation, 
faite par les géologues qui ont étudié le plus ces 
Alpes de Savoie (en particulier Marcel Bertrand, 
llaug, Kilian, Lugeon, Ritter), pour dire avec eux 



nous le savons déjà, les masses charriées exotiques 
des Préalpes du Chahluis, formées par l'empilement 
de plusieurs nappes superi)osées, dont la plus élevée 
est celle de la Brdchc du Chnhiais (fig. 5). Les ter- 
rains qui se rencontrent nu sommet des Annes et de 
Sulens sont d'ailleurs loul à l'ail seud)lables à ceux 



Crête du Cali^ 



Mont Jo/y 



Col Joly 



S.E. 

/Iigu,/le de Roselette 




Plis couchés du Monl-Joly. 'Lidx la bordure cxlernc dr In loriiiiaaison màridionalr du Massif du Mont-Blanc 
[d'après M\RCEL Bertrand et Etienne Ritteu). 



(jne nous avons là des nappes ou des plis couchés 
autochtones, c'est-à-dire réunis à leurs racines et 
n'ayant subi qu'un déplacement horizontal très 
limité. 

Mais les Alpes de Savoie commencent à nous 
montrer, en outre, d'autres faits bien plus intéres- 
sants. A l'ouest des plis couchés du Mont-Joly, c'est- 
à-dire du côté de l'extérieur de la chaîne et déjà à 
une certaine distance des massifs hercyniens, au 
milieu d'un large synclinal de Flysch nummulitique 
appartenant à la série autochtone plissée dont 
je viens de parler, nous trouvons, à la Montai/ne de 



qui, au-dessous de cette masse de la Brèche, cons- 
tituent la grande nappe des Préalpes médianes. 

Après des discussions très vives, où tour à tour 
furent soutenues, puis abandonnées, l'idée d'une 
origine enracinée sur place ou en « champignon », 
avec étranglement presque absolu delà racine, puis 
celle d'une origine charriée venue de l'extérieur des 
Alpes et provenant d'une chaîne hypothétique qui 
aurait entièrement disparu sous l'emplacement de 
la mollasse de la plaine suisse (chaîne vindélicienne), 
on est maintenant arrivé à la conclusion unanime 
que ces terrains de Sulens et des Annes, ainsi que 



Préalpes inte 
'àe^ ;t externes 




Pr ..ternes >^ 



Terrains e 
Fig. .'j. — Schéma de la structure des Préalpes du Chablais (d'apri-s M. Lugeon), 



Sulens, une première apparition de terrains secon- 
daires exotiques, c'est-à-dire d'un faciès notable- 
ment différent de celui des couches de même âge 
(jui se trouvent au voisinage. Cette apparition se 
répète au nord-est de là, aux Annes, toujours dans 
le même synclinal de la série autochtone, et cela 
nous amène au voisinage immédiat de la vallée de 
l'Ârve, au delà de laquelle se montrent, comme 



ceux des Préalpes médianes et aussi ceux des 
Klippes suisses, pour lesfjuelles on avait, d'ailleurs, 
fait des hypothèses semblables, ne peuvent prove- 
nir que d'une région alpine située en arrière des 
massifs hercyniens. Cette conclusion s'étend aussi 
à la nappe de la Brèche, qui est superposée à celle 
des Préalpes médianes. 
•le ne puis entrer ici dans les détails de la consti- 



160 LEON BERTRAND — LES NAPPES DE CHARRIAGE DANS LA STRUCTURE DES ALPES 



tulioii de ces nappes, ni de celles qui, par-dessous 
les Préalpes médianes, réunissent les Prcnlpes 
internes an\ Préalpes externes; je veux seulement 
retenir le fait indiscutable que, au moins à partir de 
la coupure de l'Isère entre Moutiers et Albertville, 
la zone des massifs hercyniens a été entièrement 
recouverte par des nappes venues d'une zone plus 
interne des Alpes et dont les plus élevées, tout au 
moins, sont certainement d'origine assez lointaine 
vers le sud-est'. Plus au sud, nous avons vu qu'au- 
cune donnée précise ne nous permet de dire avec 
certitude où s'est arrêté ce passage par-dessus l'em- 
placement des massifs primaires actuels, ni s'il y a 
eu continuité, autrement que dans la région des 
racines et le long du bord interne de ces massifs, 
avec les nappes de l'Embrunais et de l'Ubaye, qui 
ne montrent, d'ailleurs, pas de représentants des 
nappes les plus élevées des Préalpes. 

Quoi qu'il en soit de cette (luestion et quel (pie 
soit le point où ait commencé ce phénomène, nous 
trouvons donc, à partir de la dépression du Lac 
d'Annecy, puis surtout après la traversée de l'Arve, 
un beau développement des nappes à racines plus 
internes que les massifs primaires de la première 
zone alpine ; à l'extérieur de ceux-ci, elles sont allées 
recouvrir les plis couchés autochtones formés dans 
les couches de la bordure externe de ces massifs. 
Cet état de choses se continue entre le Rhône et 
l'Aar, dans la seconde partie des Préalpes romandes, 
plus étendues que celles du Chablais. Les deux 
nappes de la Brèche (de la Hornfluhj et des Préalpes 
médianes, à racines sûrement plus internes que les 
massifs hercyniens (sans que l'accord soit fait entiè- 
rement entre les divers auteurs sur leur emplace- 
ment exact) y sont nettement superposées à une 
série de nappes empilées, où les terrains secondaires 
se présentent avec des faciès helvétiques, c'est-à- 
dire avec ceux qui s'observent depuis le Jura jus- 
qu'à la couverture discordante des massifs hercy- 
niens de la première zone alpine (fig. o de l'article 
précédent, t. XIX, page loo). A mesure qu'on exa- 
mine celles de ces nappes qui sont les plus élevées 
dans la série, c'est-à-dire celles dont les racines 
doivent, a priori, être les plus internes ou les plus 
méridionales, il est naturel que le faciès des cou- 
ches s'y éloigne davantage du faciès helvétique ty- 
pique. On conçoit donc facilement que, pour les 
plus élevées de ces nappes, qui constituent les Pré- 
alpes externes et internes, on puisse encore discu- 
ter sur l'emphu^emenl exact de leur lieu d'origine. 



' Pour .VI. Haug, toutes les nai)pes des Préalpes doivent 
provenir des régions situées entre le bord interne du massif 
du Mont-Blanc et le bord externe de la zone du Piémont, 
tandis que M. Lugeon pense que les Préalpes médianes 
seraient déj.i d'origine bien plus lointaine et proviendraient 
du bord interne de cette zone des schistes lustrés. 



Mais ce sont là des questions de détail, sur les- 
quelles je ne pourrais m'appesantir qu'en indiquant 
les arguments sur lesquels on s'est fondé pour cher- 
cher plus ou moins loin les racines de ces diverses 
nappes, ce qui m'entraînerait bien trop loin. Pour 
le moment, j'en veux seulement retenir le fait que, 
toutes ces nappes renferment du flysch à leur partie 
supérieure et que, parfois, les terrains secondaires 
sont discontinus dans ce flysch. Le phénomène de 
plis couchés très accentués, auquel paraît devoir être 
rapportée la production des nappes en question, se 
serait fait, d'après M. Lugeon, à l'intérieur de cette 
épaisse masse de sédiments, relativement très plas- 
tiques. Ceux-ci, par la pression considérable qu'ils 
exerçaient sur les couches inférieures, ont pu et dû 
faciliterla translation (on pourrait mémedire parfois 
l'écoulement) de ces dernières ; il me semble toutefois 
qu'il serait imprudent de vouloir trop généraliser 
cette conception de la formation des nappes char- 
riées dans la profondeur de l'écorce terrestre. 

D'autre part, il est une notion de méthode qu'on 
peut déduire de ce qui précède et qui ressortira de la 
suite de cet exposé; cette notion est la suivante: 
Lorsqu'il n'y a pas continuité tectonique absolue (ou 
presque absolue) d'une nappe jusqu'à un pli évident 
et qui lui sert certainement de ra cine,on ne peut guère 
chercher utilement la région d'origine de cette nappe 
qu'en se servant de la comparaison des faciès strati- 
graphiques des terrains qui la constituent avec les fa- 
ciès connus pour les terrains de même âge dansles di- 
verses régions d'où pourrai t/ee/o/?/^He/wew< provenir 
cette nappe. On ne peut infirmer celte méthode parce 
que, à une époque où l'existence même desphénomè- 
nesen question était encore très discutée, la considé- 
ration des faciès a pu servir à combattre l'origine 
attribuée aux Préalpes. Du jour où l'on s'en sert avec 
la convi('lion, basée sur les faits tectoniques, que 
les charriages existent et qu'ils proviennent d'une 
direction déterminée, ces considérations de pure 
stratigraphie deviennent d'une importance tout à 
fait capitale et d'un très grand secours au tectoni- 
cien. Mais cette méthode, très délicate, doit être 
maniée avec prudence et en parfaite connaissance 
de cause. 

M. Haug a, d'ailleurs, très bien fait ressortir que 
la distribution des faciès géologiques dans les 
dépôts d'un géosynclinal doit se faire suivant des 
bandes sensiblement parallèles à la direction géné- 
rale de celui-ci et qu'il doit, d'autre part, en être 
de même ])0ur les accidents orogéniques qui se pro- 
duisent ultérieurement dans le même géosynclinal, 
lorsqu'une chaîne de montagnes se forme sur son 
emplacement. De la sorte, sauf le cas de circon- 
stances très spéciales, il doit y avoir une concor- 
dance approximative de direction entre la distribu- 
tion géologique des faciès et la répartition des 



LEON BERTRAND — LES NAPPES DE CHAItlilAllE DANS LA SlllUCTUHE DES ALPES If.l 



iicciik'iils tectoiii(|ues. Les accidents ilii versani 
nord des Pyrénées, plus simples que ceux des Alpes 
el, par là, plus faciles à inlerpréicr à cet égard, en 
donnent, en pai'liculier, un exemple 1res démon- 
stratif. 

11! 

Après celle digression, nous revenons à l'exposé 
sommaire de la structure du bord septentrional des 
Alpes suisses, en nous reportant à la carie schéma- 
tique ci-jointe (fig. (i). Après la vallée de lAar et jus- 
qu'à celle du Rhin, c'est-à-dire jusqu'à l'extrémiîé 



Klippes pi-opremcnt dite (qui est l'éfiuivalenl de 
celle des Préalpes médianes) et de celle de la Brèche, 
certaines couches à Radiolaires du Jurassique et 
des roches très basiques (gabbros, serpentines, 
ophites), qui ont d'ailleurs été retrouvées, dans les 
Préalpes fribourgeoises, au-dessus et autour des 
affleurements de la Brèche de la Hornthih et que 
M. Steinmann considère comme les restes d'une 
nappe encore plus élevée que celle de la Brèche et à 
laquelle il a donné le nom de iioppe rhétiqiic. 

Les nappes helvrliqucsdes Haules-Alpes calcaires 
suisses j)euvent être réparties en trois groupes su- 




rSurf. de charriage importante] Les charriages à 
I é la limite de deux zoneÀ l'intérieur d'une 

" lépontins >/!lpes i::SZ2> Lambeaux charriés l même zone nmt 

" aastro-alp,n}\ C3'^*™"'^^^-^ „ . ) P^^ été figurés. 

^ =1^ = o Faille alpino-dinarique 

" sud-alpins (DinaridesJ (ou ligne tonalitique) 



Fig. 6, — Cavlc schnwsliquo indiquant la rcpavlilion des divers faciès des terrains secondaires dans les Alpes Occi- 
dcalales et Orientales [d'après les travaux de MM. Halo, Luoeox, Sieinjiann, Tehmier, etc.). 

Nota. — Les limites de la zone lèpontine et des zones avoisinantes dans les Alpes Occidentales ne sont indiquées 
qu'approximativement et la distinction des diverses faciès à l'extrémité orientale de la région axiale des Alpes 

Orientales n'est pas faite. 



des Alpes dites Occidentales, leur front n'est guère 
constitué que par les nappes à faciès helvétiques 
des Ilautes-Alpes calcaires (nappes glaronnaises, 
Sentis), à l'exception d'un petit nombre de lam- 
beaux, de taille très réduite, des divers terrains des 
Préalpes (fig. 6 de l'article précédent, t. XIX, p. 153). 
Ceux-ci sont les klippos, sur lesquelles on a dis- 
cuté encore plus que sur les Préalpes el à une 
époque plus ancienne, car leur petite taille et leur 
isolement au milieu du Flysch, sous forme de 
masses indépendantes les unes des autres, ne pou- 
vaient manquer de frapper les géologues. Un y ren- 
contre même, indépendamment de la nappe des 



perposés, dont le détail nous en traînerait trop loin et 
dont l'allure générale ressort des coupes delà fig. G de 
mon précédent article et de la fig. 7 de celui-ci. Jeme 
bornerai à indiquerque le massif du Sentis estformé 
par les nappes du groupe supérieur el que les Alpes 
glaronnaisesmonlrenllesplusbasses; en particulier, 
le chevauchement glaronnais, qui a été le point de 
départ de l'interprétation actuelle, correspond à la 
base du groupe inférieur. Au-dessous de ces nappes 
helvétiques, fortement plongeantes et entièrement 
séparées de leur racine, se montrent les plis autocL- 
toiies, qui intéressent les couches secondaires et 
nummulitiques de la bordure septentrionale du 



160 LEON BEIJTRAXD — LES NAPPES DE CHARRIAGE DANS LA STRICTURL DES ALPES 



tution de ces nappes, ni de celles qui, par-dessous 
les Préalpes médianes, réunissent les Préalpes 
internes awi. Préalpes externes; je veux seulement 
retenir le fait indiscutable que, au moins à partir de 
la coupure de Tlsère entre Mouliers et AUjertville, 
la zone des massifs hercyniens a été entièrement 
recouverte par des nappes venues d'une zone plus 
interne des Alpes et dont les plus élevées, tout au 
moins, sont certainement d'origine assez lointaine 
vers le sud-est'. Plus au sud, nous avons vu qu'au- 
cune donnée précise ne nous permet de dire avec 
certitude où s'est arrêté ce passage par-dessus l'em- 
placement des massifs primaires actuels, ni s'il y a 
eu continuité, autrement que dans la région des 
racines et le long du bord interne de ces massifs, 
avec les nappes de l'Embrunais et de l'L'baye, qui 
ne montrent, d'ailleurs, pas de représentants des 
nappes les plus élevées des Préalpes. 

Quoi qu'il en soit de cette question et quel que 
soit le point où ait commencé ce phénomène, nous 
trouvons donc, à partir de la dépression du Lac 
d'Annecy, puis surtout après la traversée de l'Arve, 
un beau développement des nappes à racines plus 
internes que les massifs primaires de la première 
zone alpine; à l'extérieur de ceux-ci, elles sont allées 
recouvrir les plis couchés autochtones formés dans 
les couches de la bordure externe de ces massifs. 
Cet état de choses se continue entre le Rhône et 
l'Aar, dans la seconde partie des Préalpes romandes, 
plus étendues que celles du Chablais. Les deux 
nappes de la Brèche (de la Ilorntluhj et des Préalpes 
médianes, à racines sûrement plus internes que les 
massifs hercyniens (sans que l'accord soit fait entiè- 
rement entre les divers auteurs sur leur emplace- 
ment exact) y sont nettement superposées à une 
série de nappes empilées, où les terrains secondaires 
se présentent avec des faciès helvétiques, c'est-à- 
dire avec ceux qui s'observent depuis le Jura jus- 
qu'à la couverture discordante des massifs hercy- 
niens de la première zone alpine (fig. 5 de l'article 
précédent, t. XL\, page 153). A mesure qu'on exa- 
mine celles de ces nappes qui sont les plus élevées 
dans la série, c'est-à-dire celles dont les racines 
doivent, a priori, être les plus internes ou les plus 
méridionales, il est naturel que le faciès des cou- 
ches s'y éloigne davantage du faciès helvétique ty- 
pique. On conçoit donc facilement que, pour les 
plus élevées de ces napj)es, <iui constituent les Pré- 
alpes externes et internes, on puisse encore discu- 
ter sur l'emplacement exact de leur lieu d'origine. 



' Pour .M. H;iug, toutes les nappes des Préaljies doivent 
provenir des régions situées entre le bord interne du massif 
du Mont-Blanc et le bord externe de la zone du Piémont, 
tandis que M. Lugeon pense ([ue les Préalpes médianes 
seraient déjà d'origine bien plus lointaine et proviendraient 
du bord interne de cette zone des scliistes lustrés. 



Mais ce sont là des questions de détail, sur les- 
quelles je ne pourrais m'appesantir qu'en indiquant 
les arguments sur lesquels on s'est fondé pour cher- 
cher plus ou moins loin les racines de ces diverses 
nappes, ce qui m'entraînerait bien trop loin. Pour 
le moment, j'en veux seulement retenir le fait que, 
toutes ces nappes renferment du tlysch à leur partie 
supérieure et que, parfois, les terrains secondaires 
sont discontinus dans ce flyscli. Le phénomène de 
plis couchés très accentués, auquel paraît devoir être 
rapportée la production des nappes en question, se 
serait fait, d'après M. Lugeon, à l'intérieur de cette 
épaisse masse de sédiments, relativement très plas- 
tiques. Ceux-ci, par la pression considérable qu'ils 
exerçaient sur les couches inférieures, ont pu et dû 
faciliter la translation (on pourrait même dire parfois 
l'écoulement) de ces dernières; ilmeseml)leloutefois 
qu'il serait imprudent de vouloir trop généraliser 
cette conception de la formation des nappes char- 
riées dans la profondeur de l'écorce terrestre. 

D'autre part, il est une notion de méthode qu'on 
peut déduire de ce qui précède et qui ressortira de la 
suite de cet exposé; cette notion est la suivante : 
Lorsqu'il n'y a pas continuité tectonique absolue (ou 
presque absolue) d'une nappe jusqu'à un pli évident 
et qui lui sert certainement de racine, on ne peut guère 
chercher utilement la région d'origine de cette nappe 
cju'en se servant de la comparaison des faciès strati- 
graphiques des terrains qui la constituent avec les fa- 
ciès connus pour les terrains de même âge dansles di- 
verses régions d'où pourrai t/ec/0H/^He;«*^H/ provenir 
cette nappe. On ne peut infirmer celte méthode parce 
que, à une époque où l'existence même des phénomè- 
nesen question était encore très discutée, la considé- 
ration des faciès a pu servir à combattre l'origine 
attribuée aux Préalpes. Du jour où l'on s'en sert avec 
la conviction, basée sur les faits tectoniques, que 
les charriages existent et qu'ils proviennent d'une 
direction déterminée, ces considérations de pure 
stratigraphie deviennent d'une importance tout à 
fait capitale et d'un très grand secours au tectoni- 
cien. Mais cette méthode, très délicate, doit être 
maniée avec prudence et en parfaite connaissance 
de cause. 

M. Haug a, d'ailleurs, très bien fait ressortir que 
la distribution des faciès géologiques dans les 
dépots d'un géosynclinal doit se faire suivant des 
bandes sensiblement parallèles à la direction géné- 
rale de celui-ci et qu'il doit, d'autre part, en être 
de même |iour les accidents orogéniques qui se pro- 
duisent ultérieurement dans le même géosynclinal, 
lorsqu'une chaîne de montagnes se forme sur son 
emplacement. De la sorte, sauf le cas de circon- 
stances très spéciales, il doit y avoir une concor- 
dance approximative de direction entre la distribu- 
tion géologique des faciès et la répartition des 



LEON BEIÎTKAM) — LES NAPPl'S DE CILVHHIMiE DANS LA SlIUCTUlit: DKS ALPES IGl 



accitk'iils teclonii|ues. Les accidents du versanl 
nord des Pyrénées, plus simples que ceux des Alpes 
et, par là, plus faciles à interpréter à cet égard, en 
donnent, en parliculier, un exemple très démon- 
slralir. 

III 

Après cette digression, nous revenons à l'exposé 
sommaire de la structure du bord septentrional des 
Alpes suisses, en nous reportant à la carte schéma- 
tique ci-jointe (fig. (!). Après la vallée de l'Aar et jus- 
qu'à celle du Rhin, c'est-à-dire jusqu'à l'extréniilé 



Klippes propreuuMit dite (qui est l'équivalent de 
celle des Préalpes médianes) et de celle de la Brèche, 
certaines couches à Radiolaires du Jurassique et 
des roches très basiques (gabbros, serpentines, 
ophites), qui ont d'ailleurs été retrouvées, dans les 
Préalpes fribourgeoises, au-dessus et autour des 
affleurements de la Brèche de la Hornfluh et que 
M. Steinmann considère comme les restes d'une 
nappe encore plus élevée que celle de la Brèche et à 
laquelle il a donné le nom de imppe rliétique. 

Les nappes helvétiques des Hautes-Alpes calcaires 
suisses peuvent être réparties en trois gr(uq)es su- 




Surf.de charriage importantes Les charriages à 

â la limite de deux zonesY l'intérieur d'une 

< ^' ■ ' * ' * ' . ? Lambeaux charriés \mème zone n'ont 

i i""^ S Fenêtres J pas été figurés. 

„ Fai/lp alpino-dinarique 

sud-alpins (Dinandes) (ou Ligne bonalitique'^ 



G. — I .srla schfiwaliqup indiquant la rcpaililion ilcs tliver^ fariè.-i ilf.'.i terrains secondaires dans lus Alpes Occi- 
doalalcs et Orientales {d'après les travaux de MM. Halo, Luc.eox, Steinmann, Teiimier, etc.). 

NoiA. — Les limites de la zone lépontine et des zones avoisinantes dans les .Vlpes Occidentales ne sont indiquées 
iiuapinuximativeuient et la distinction des diverses faciès à l'extrémité orientale de la région axiale des Alpes 

Orientales n'est pas faite. 



des .\lpes dites Occidentales, leur front n'est guère 
constitué que par les nappes à faciès helvétiques 
des Hautes-Alpes calcaires (nappes glaronnaises, 
Sentis), à l'exception d'un petit nombre de lam- 
beaux, de taille très réduite, des divers terrains des 
Préalpes (fig. 6 de l'article précédent, t. XIX, p. loo). 
Ceux-ci sont les klippes, sur lesquelles on a dis- 
cuté encore plus que sur les Préalpes et à une 
époque plus ancienne, car leur petite taille et leur 
isolement au milieu du Flysch, sous forme de 
masses indépendantes les unes des autres, ne pou- 
vaient manquer de frapper les géologues. On y ren- 
contre même, indépendamment de la nappe des 



perposés, dont le détail nous entraînerait trop loin et 
dont l'allure générale ressort des coupes delà lig. 6 de 
mon précédent article et de la fig. 7 de celui-ci. Je me 
bornerai à indiquerque le massif du Sentis estformé 
par les nappes du groupe supérieur et que les Alpes 
glaronnaises montrent les plus basses; en parliculier, 
le chevauchement glaronnais, qui a été le point de 
départ de l'interprétation actuelle, correspond à la 
base du groupe inférieur. Au-dessous de ces nappes 
helvétiques, fortement plongeantes et entièrement 
séparées de leur racine, se montrent les plis autoch- 
tones, qui intéressent les couches secondaires et 
nummulitiques de la bordure septentrionale du 



162 LÉON BERTRAND — LES NAPPES DE CHARRIAGE DANS LA STRUCTURE DES ALPES 



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Massif hercynien de I Aai\ dans lequel reparaissent au jour les 
terrains anciens qui avaient disparu depuis la terminaison des 
massifs des Aiguilles-Rouges et du Mont-Blanc, à la traversée de 
la vallée du Rhône, au voisinage du coude que fait cette vallée 
aux environs de Martigny. C'est d'ailleurs sur le bord méri- 
dional de ce Massif de l'Aar que doivent s'enraciner les nappes 
iielvétiques en question, entre ce massif et celui du Saint- 
(jothard. La limite de ces deux massifs est marquée par une 
traînée de terrains permo-carbonifères et triasiques, très étroite, 
mais remarquablement continue, qui s'étend de Coire jusqu'à 
Brigue et à laquelle correspond le sillon si recliligne qui est 
occupé par les vallées opposées du Rhône supérieur et du Rhin 
antérieur. Cette région de racines des nappes helvétiques se 
poursuit vers l'ouest jusqu'à Sion et même au voisinage de 
Martigny. 

Au sud du massif primaire très étroit du Sainl-Gotliard, com- 
mence un régime de nappes crislallines, qui forment la grande 
masse des Alpes Lépontines et Pennines, et que, pour cette 
raison, M. Steinmann a désignées sous le nom de nappes lépon- 
tines. Ce sont des nappes de gneiss alternant avec des interca- 
lations concordantes de schistes lustrés, qui représentent un 
faciès géosynclinal et métamorphique du Trias supérieur el 
du Lias, reposant souvent directement sur les gneiss, avec les- 
quels ils ont été autrefois réunis en un complexe métamorphique 
unique. La coupe de mon précédent article montre la dispo- 
silion de ces nappes au sud du Pas de la Greina ; leur superpo- 
sition est devenue indiscutable dans la région du Simplon, 
grâce aux nombreux travaux des divers géologues suisses qui 
ont été provoqués par le percement du tunnel. Elles ont été 
établies, dans la région du Mont-Rose, par les travaux de 
M. Lugeon et de son élève M. Argand, ainsi que par ceux de 
M. Cari Schmidt et de ses élèves ; un Mémoire récent de M. Heim 
sur la partie nord-est du Tessin y montre une distinction ana- 
logue, et la correspondance de ces nappes lépontines paraît 
maintenant bien certaine, sauf pour des points de détail, dans 
toute l'étendue des Alpes comprise entre la Suisse et l'Italie ; 
plusieurs d'entre elles, tout au moins, semblent pouvoir être 
suivies aussi dans la «zone du Piémont», entre la France el 
l'Italie. 

Tout l'ensemble de cette région, (lui, par son faciès des 
couches secondaires inférieures, correspond à la partie axiale 
du géosynclinal alpin, porte donc la trace de mouvements tan- 
gentiels dirigés vers l'extérieur de la chaîne alpine; en jiarticu- 
lier, l'importante masse gneissique de la Dent-Blanche apparaîl 
bien indiscutablement superposée, sur tout son pourtour, aux 
schistes lustrés mèsozoïques et comme devant se rattacher à 
une bande gneissique enracinée plus méridionale que celle du 
Mont-Rose. La seule divergence actuelle consiste dans le fait que 
MM. Lugeon et Argand en cherchent l'origine dans les gneiss de 
la Sésia, qui se montrent en place un peu plus au sud que le 
Mont-Rose et qui n'ont que la valeur d'un repli analogue aux 
replis plus inférieurs qui se montrent empilés dans le massif 
(hi Mont-Rose; au contraire, M. Cari Schmidt en fait une nappe 
tout à fait indépendante des plus inférieures et d'une impor- 
tance beaucoup i)lus grande, sa racine devant être cherchée bien 
]>ius au sutl. ]>aiis la l'oujie 7 de mon article iirécédçiil, celte 



LEON HEHTUAM) — LES NAPPES DE CHARRIAGE DANS lA STRUCTUlii: DES ALPES Ki.t 



nappe se diirérencie nellement; c'est la grande 
nappe à noyau gneissique qui s"étend assez loin au 
nord et qui se superpose à plusieurs nappes bien 
moins importantes, qui sont celles du massif du 
Simplon. 

Au sud de ces alternances de gneiss paléozoïques 
et de schistes lustrés mésozoïques, on trouve une 
zone avec nombreuses amphibolites et roches inlru- 
sives basiques (gabbros, serpentines), très ana- 
logues à ces roches basiques que nous avons vues 
exister dans la zone des klippes, au-dessus de la 
nappe de la Brèche ; nous sommes donc amenés, 
par cette considération, à placer au voisinage de 
cette zone (dite des anipbiboUles cTIvrêë) l'origine 
probable des nappes les plus élevées qui aient pu 
arriver jusque sur le bord frontal des Alpes suisses. 
D'ailleurs, cette zone se rattache encore manifes- 
tement à la région des scliistes lustrés ou léponline, 
dont elle forme le bord méridional ; par suite, les 
nappes préalpines superposées à celles à faciès hel- 
vétiques appartiendraient au faciès lépontin, et les 
plus élevées, tout au moins, pourraient provenir de 
la partie méridionale de la zone des schistes lustrés. 
Cette hypothèse, basée sur la seule considération 
des faciès, n'est d'ailleurs pas contredite parles faits 
observés sur le terrain : elle devient une chose pres- 
que certaine lorsqu'on passe le Rhin et qu'on arrive 
à la limite des Alpes Orientales. 



IV 



Jusqu'en ces dernières années, les relations réci- 
proques des deux moitiés de la chaîne alpine 
étaient restées à peu près indéchiffrables, et il 
semblait qu'en allant de l'une à l'autre on passât 
d'une chaîne à une tout autre chaîne. Non seule- 
ment le style tectonique était difl'érent, mais la 
nature même des couches qui se trouvent dans le 
prolongement les unes des autres se montrait tout 
autre. 

Au premier examen, les Alpes Orientales se pré- 
sentent comme formées par un axe cristallin de 
gneiss avec nombreux granités, bordé, de part et 
d'autre et symétriquement, par de puissantes 
masses calcaires, qui forment les Alpes calcaires 
septentrionales et méridionales. Mais, lorsqu'on 
cherchait à poursuivre ces divisions du côté de 
l'ouest, on s'apercevait vite que les terrains cris- 
tallins de l'axe ne prolongeaient que ceux qui, dans 
les Alpes Occidentales, se montrent dans leur partie 
tout à fait méridionale, au sud de la zone des 
amphibolites d'Ivrée , formant une bande très 
étroite entre celle-ci et le bord septentrional des 
Alpes calcaires méridionales, qui se montrent 
encore bien développées dans la région du Lac de 
Lugano et sur lesquelles je reviendrai plus loin. 



D'autre part, si, à un examen très grossièrement 
superficiel, la bande calcaire septentrionale des 
Alpes Orientales pouvait sembler prolonger celle 
des llautes-Alpes calcaires suisses, il était facile de 
se convaincre qu'en réalilé il n'en était absolument 
rien. Dans celles-ci, en effel, le grand développe- 
ment des calcaires est attribuable au Malni, c'est- 
à-dire au Jurassique supérieur, et aussi à VUrgo- 
nien, équivalent de certaines couches de la partie 
moyenne du Crétacé inférieur, tandis que le Trias 
y présente le faciès germanique ou extra-alpin des 
gypses et cargneules, qui se poursuit dans toutes 
les régions françaises et qui se montre donc encore 
caractéristique pour les nappes à faciès helvétique, 
en devenant toutefois rudimentaire dans la couver- 
ture desmassifs hercyniens. Par contre, c'est au Tiiiis 
alpin, bien caractérisé dans les Alpes calcaires méri- 
dionales et dans les Alpes Dinariques qui en sont le 
prolongement direct, qu'appartiennent aussi les 
grandes masses calcaires et dolomifiques du bord 
septentrional des Alpes orientales; ces couches em- 
piètent, d'ailleurs, sur les niveaux les plus inférieurs 
du Jurassique, et, d'autre part, le Crétacé supérieur 
montre aussi, dans les Alpes calcaires orientales, des 
faciès notablement diiTèrents de ceux qui se rencon- 
trent dans le faciès helvétique. 

Non seulement il était impossible de raccorder 
les Alpes Occidentales avec les Alpes Orientales, 
mais la structure même de celles-ci, lorsqu'on les 
considérait en elles-mêmes et comme une indivi- 
dualité tectonique indépendante, montrait des 
anomalies restées absolument incompréhensibles, 
malgré les nombreuses et vives discussions aux- 
quelles elles avaient donné lieu entre les géologues 
autrichiens. 

Dès sa Note de 1884, Marcel Bertrand avait con- 
sidéré le Rhatikon, situé sur la rive droite du Rhin, 
comme appartenant aux régions en recouvrement 
du bord septentrional des Alpes, et il insistait 
même sur la circonstance intéressante que « les 
terrains clans la n2asse de recouvrement présentent 
le faciès alpin et dans les autres aflleurements le 
faciès helvétique ». Plus tard, dans son Mémoire 
sur le Chablais, M. Lugeon faisait remarquer 
l'analogie des roches éruptives du Flysch de 
l'Algau et de celles qui se rencontrent dans le 
Flysch des Préalpes, et il attribuait l'apparition 
des premières à l'existence d'une ligne de chevau- 
chement correspondant à la base des calcaires 
triasiques qui se montrent au bord externe des 
Alpes calcaires septentrionales. En même temps, il 
insistait sur la nécessité dune exploration détaillée 
de ce bord des Alpes, jusque dans les Alpes de 
Salzbourg et peut-être plus loin encore. 

En 1902, dans son Mémoire capital sur les Alpes 
suisses, M. Lugeon devint plus explicite et plus 



164 LÉON BERTRAND — LES NAPPES DE CHARRIAGE DANS LA STRUCTURE DES ALPES 



précis. En se basant à la fois sur les faits qu'il 
connaissait personnellement et sur des considéra- 
tions précédemment développées par M. Haug, il 
montrait la disparition des plis helvétiques par 
enfouissement sous la grande nappe triasique du 
Rhalikon; d"autre part, la présence du Lias sous 
les territoires saliféres des Alpes de Salzbourg, 
avec un faciès différent de celui qu'il montre au- 
dessus des couches saliféres, lui semblait un indice 
de la continuité des recouvrements vers l'est. De 
son côté, M. Haug avait été frappé de ce que, 
d'après les descriptions des auteurs sur le Salzkam- 
mergut, bien des faits y seraient de même nature 
que ceux qui existent dans les Alpes suisses et 
françaises, et il pensait que le recouvrement du 
Rhàtikon devait entraîner le charriage de toute la 
zone des Alpes calcaires septentrionales. 

En 1903, lors du Congrès géologique interna- 



mème ordre, quoique sur une échelle plus grande, 
que celui qui rend si dissemblables les deux rives 
de l'Arve, au moment où les nappes des Préalpes 
commencent à être conservées, sur une assez grande 
largeur, par-dessus les nappes autochtones des 
Alpes de Savoie. Cette région de passage, fort inté- 
ressante, a été bien étudiée, postérieurement au 
Mémoire de M. Lugeon, par M. Steinmann et plu- 
sieurs de ses élèves, MM. Iloek, Paulcke, Schiller, 
von Seidlitz. 

Tous ces travaux ont montré que, dans la région 
en question et principalement au sud du Rhàtikon, 
la nappe dite du Falknis forme la base d'une série 
de nappes empilées, qui admettent dans leur cons- 
titution des gneiss et des schistes cristallins anciens, 
alternant avec des terrains secondaires (fig. 8 et 9). 
Ceux de la nappe du Falknis ont encore un faciès 
lépontin, tandis que les couches secondaires de la 



.M. de la S,lv 



Schollberg 



GempiFluh 



1 Schistes cristallins des nappes à 
- {plus au filcrd, se mijr.trent iur:o^ 



, Rhstllur-) 



l'Iappedu Falknis ou des Klippes p 
{surtout cale, tlthoniijues) *- 



Saaser Cala n do 




I riysch du Prittigau 
(N des Schistes lustrés) 



Fig. 8. — Vue uerspccUvc des nappes léponlines supérieures et austro-alpines au-dessus de S. Ant'ôaien {Pialligau), 

d'après le Dr Von Seidlitz. 



tional de Vienne, M. Haug, d'une part, et M. Ter- 
mier, de l'autre, eurent l'occasion d'assister aux 
excursions cjui avaient lieu dans les Alpes Orien- 
tales, sous la direction des géologues autri- 
chiens. Ainsi que M. Lugeon l'avait aussi pensé, 
ils arrivèrent à se convaincre, à peu près si- 
multanément et d'une manière indépendante, en 
interprétant les faits observés et les coupes don- 
nées par les géologues autrichiens à la lumière 
nouvelle de la théorie des charriages, que la 
structure des Alpes orientales s'explique avec la 
plus grande facilité par l'intervention de ces phé- 
nomènes. Des recherches de détail ultérieures, 
effectuées par M. Haug, accompagné par M. Lugeon 
dans l'une de ses courses, dans les Alpes calcaires 
septentrionales et par M. Termier dans la zone 
centrale, achevèrent d'enlrainer leur conviction à 
cet égard. 

Les relations des Alpes Occidentales et Orientales 
deviennent alors des plus simples et s'expliquent 
tout natiirelleineiil pur lu circonsluiice que certaines 
nappes ont ou n'ont pas été respectées par Péro- 
sion. Nous nous trouvons, à. la traversée du Rhin 
en aval de Coire, en présence d'un phénomène de 



nappe du Rhalikon proprement dite et celles des 
nappes plus élevées ont le faciès des Alpes orien- 
tales ou austro-alpin. 

Vers le bord septentrional des Alpes orientales, 
à piartir du bastion avancé du Rhàtikon, les ter- 
rains anciens ne se montrent plus à la base de 
ces nappes superposées, et il n'y a donc que des 
terrains secondaires dans ces Alpes calcaires sep- 
tentrionales, où M. Haug a distingué quatre nappes, 
caractérisées chacune par un faciès très spécial 
des couches triasiques. Cette circonstance, com- 
binée avec les hasards d'érosion qui font apparaître 
les nappes inférieures en fenêtres au milieu des 
plus élevées, ou bien celles-ci en témoins isolés- 
au milieu des régions formées par les plus, 
basses, explique que, dans ces Alpes calcaires sep- 
tentrionales, bavaroises et autrichiennes, on ren- 
contre des superpositions ou des alternances appa- 
rentes d'îlots de couches de même âge montrant 
des faciès très différents. Ces variations de faciès 
avaient été le point de départ des explications si 
compliquées du Trias alpin qui ont régné, non 
s;ins discussions acharnées, tant que la tectonique 
ne fut pas venue rendre à la stratigraphie une 



LÉON BERTRAND - LES NAPPES DE CHARRIAGE DANS LA STRUCTURE DES ALPES d(;S 




jiarl lie r.-iidf (luVIIc eu avait reçue par ailleurs. 

A l'ouesldu llliiu, ees uapjjes des Alpes Orien- 
tales ne sont plus conservées et nous n'avons pas 
tle représentants certains île leurs couches dans les 
Alpes suisses. Immédialement au-dessous de la 
nappe du Rhâlikon, se montrent souvent des brèches 
semblables à celles de la nappe de la Brèche du 
<'.hablais et de la llornfluh et les l'oches très spé- 
liales que j'ai précédemment ituliquées comme 
subsistant, par quelques témoins, au-dessus de 
celles-ci; ces formations représenteraient donc l'en- 
semble de la nappe de la Brèche et de la nappe rhé- 
tique, ilifflciles à séparer l'une de l'autre : en tous 
cas, elles sont d'origine encore lépontine. La corres- 
pondance de ces nappes avec celles que nous avons 
reconnues dans les Ali)es Occidentales ne laisse, d'ail- 
leurs, guère place au doute, car, par-dessous, la 
nappe du Falknis,bien développée vers le nord, mais 
sétirantprogressivement vers le sud, qui est princi- 
palement for- 
mée de calcai- 
res du Jurassi- 
que supérieur, 
avec quelques 
lambeaux de 
couches rouges 
du Crétacé su- 
périeur, corres- 
pond indubita- 
blement à la 
nappe des Klip- 
pes ou des Pré- 
ulpes médianes 
(fig. 8 et 9). 

Les nappes du Rhiitikon et du Falknis reposent 
d'ailleurs, ainsi que l'a bien montré tout d'abord 
M. Lugeon, sur divers éléments tectoniques, qui 
sont les suivants, en allant du nord vers le sud : 
tout d'abord la terminaison des nappes helvétiques 
jilongeantes du Sentis et des Alpes glaronnaises, 
(|ui se réunissent à leurs racines par-dessus les 
plis autochtones de la couverture secondaire sous 
laquelle s'est terminé le massif hercynien de l'Aar, 
et enlin la grande masse des Schistes des Grisons, 
qui s'étalent largement autour de Coire et qui ré- 
sultent certainement de la réunion des axes syn- 
clinaux de schistes lustrés des diverses nappes 
lépontines du Tessin. 

La grande région semi-circulaire des collines du 
Pratligau, située sur la rive droite du Rhin, au 
pied des nappes en question, qui forment falaise 
au-dessus d'elle (fig. 8) , est formée par une impor- 
tante masse de (lysch appartenant à la partie supé- 
rieure de ces nappes schisteuses et terminée par 
des couches à Globigérines, parfois recouvertes di- 
rectement par une lame granitique très écrasée, qui 

BEVUE Cl'NÉR.VL~ DES SCtENfES, 1939. 



Fig. 9. — Superposition des nappes lépontines supérieures et austro-alpines dans 
la partie orientale de la Plcssurgebirga (d'après le D^ Hoek). — I, Nappe des 
scliistcs lustres, terminée par la série du flyscli du Pràttigau; II, Nappe des 
klippe.s, surtout formée de calcaires du iMalui, avec nombreux fragments de 
roches plus anciennes et de granités; III, Nappe rhélique, complexe varié de 
schistes et dolomies, avec " hornstein » rouges du Jurassique supérieur, gra- 
nités (ï) et serpentines (p); IV, V, Nappes austro-alpines intérieures : IV, cal- 
caires et dolomies triasiques; V, schistes cristallins. 



forme localement la base de la nappe du Falknis. 
On peut suivre la nappe du Rhiitikon, par-dessus 
ce substratum. d'abord helvétique, puis lépontiii, 
sans aucune ambigiiili; ni discontinuité, depuis le 
front septentrional des Alpes jusqu'à la région des 
sources de l'Inn, c'est-à-dire jus([u'au sud de la 
zone des schistes lustrés, par dessus laquelle on la 
voit donc former un pont continu. Cela nous amèm; 
donc directement, de même que les considérations 
de faciès que j'ai précédemment exposées, à situer 
la racine de cette nappe, la plus basse de celles à 
faciès austro-alpin, au voisinage de la zone des 
amphibolites d'Ivrée (fig. 6). 

La même conclusion s'étend, à fortiori, auv 
nappes plus élevées des Alpes orientales ou austro- 
alpines, dont la racine doit naturellement être 
cherchée encore plus au sud. J'ai d'ailleurs indiqué 
précédemment que les terrains cristallins qui 
entrent dans la ccuistitulion de ces nappes, dans 

la partie cen- 
trale de la chaî- 
ne, se relient di- 
rectement aux 
gneiss méridio- 
naux situés au 
sud de la zone 
des amphiboli- 
tes en ques- 
tion. Malheu- 
reusement, tan- 
dis que nous 
avons vu que 
les couches se- 
condaires(prin- 
cipalement triasiques) arrivent à se montrer seules 
sur le front septentrional de ces nappes, inverse- 
ment on ne retrouve pas, dans cette zone des gneiss 
méridionaux, du moins au sud des Alpes suisses, 
de traces de terrains secondaires pouvant être com- 
parés à ceux des nappes austro-alpines. ÎVIais, eu 
tous cas, on ne saurait aller plus loin vers le sud 
dans la recherche de la région d'origine de celles-ci. 
On arrive très vite, en ell'et, lorsqu'on a dépassé 
la zone des roches basiques, à une grande ligne de 
dislocation, d'un intérêt capital pour la question 
qui nous intéresse. M. Ed. Suess l'a depuis long- 
temps mise en évidence, sur une partie de son par- 
cours (ligne giudicarienne), et presque tous les 
géologues ali)ins sont actuellement d'accord pour 
y fixer Ja limite méridionale des Alpes proprement 
dites, définies par leur allure tectonique. 

Au sud de cette ligne, on rencontre un faciès du 
Crétacé et du Jurassique encore plus méridional ou 
méditerranéen que dans toutes les nappes alpines 
proprement dites : le Trias alpin y recouvre des 
masses considérables de roches éruptives, por- 



lt)6 LÉOX BERTRAND — LES NAPPES DE CHARRIAGE DANS LA STRUCTURE DES ALPES 



pliyres et porpliyrites, accompagnées de couches 
épaisses de tufs correspondant aux mêmes érup- 
tions, qui appartiennent probablement au Permo- 
Carbonifère, et les dépôts carbonifères y sont bien 
développés. D'autre part, on a une allure tectonique 
très différente de celle que nous avons vue dans les 
Alpes. C'est un régime presque tabulaire qui com- 
mence pour ces couches secondaires; pourtant, il 
.s'y rencontre encore des plis, mais ceux-ci sont 
incomparablement moins accentués que les acci- 
dents alpins. D'autre part, tandis que nous avons 
trouvé jusqu'ici un régime de mouvements tangen- 
liels vers le nord, ou plutôt vers l'extérieur de la 
chaîne alpine, c'est maintenant un sens constant 
de mouvements vers le sud qui commence dans ces 
plis (le sens que nous indiquons pour ces mouve- 
ments étant naturellement celui du déplacement 
relatif des parties supérieures par rapport aux 
plus inférieures). 

Nous sommes arrivés à la région des Alpes cal- 
caires méridionales, qui, d'après ce qui précède, 
ne seraient donc plus véritablement alpines et qui. 
en effet, lor.squ'on les suit vers l'est, se séparent 
nettement des Alpes proprement dites, en se diri- 
geant vers le S. -E., pour se continuer par les Alpes 
Ijjiwrji/ues, oii le régime des jioussées en sens 
inverse de celui qui existe dans les Alpes est bien 
établi. 



Toutefois, lorsque j'ai dit, plus haut, que les 
Alpes ne montrent que des mouvements dirigés 
vers leur extérieur, cela n'est pas entièrement 
exact et ne s'applique qu'aux Alpes helvétiques, 
où tous les mouvements en sens inverse qui 
avaient été invoqués pour la structure du bord 
externe de la chaîne, soit pour les Alpes de Glaris, 
soit pour l'origine des Klippes et des Préalpes, ont 
été controuvés par les recherches plus récentes. 
Lors([u'on arrive aux Alpes franco-italiennes, de 
seml)lables faits de déversement des plis vers l'in- 
térieur de la chaîne, c'est-à-dire vers le Piémont, 
commencent à devenir indiscutables et ont été 
bien mis en évidence, en particulier, par les 
recherches de M. Kilian et de M. Termier sur la 
région du Briaiiconnais et la portiiin adjacente (l.> 
la zone du Piémont. 

Cette dispositktn commence à se montrer dans 
la zone du Briancunnais et donn(>, ;'i celte partie de 
la chaîne alpine, l'allure d'une chaîne en éventail 
composé, dont l'axe serait constitué par la bande 
de terrains liouillers ([ui se montre largement à 
découvert dans la partie orientale de la zone du 
liriançonnais; puis le régime des plis déversés \vvs 
\r côté italien se poursuit dans les terrains de la 
zuiii' des scliistes lustrés ou du l'iènKnil, iMS(|u au 



moment où ceux-ci disparaissent sous les dépôts- 
de la plaine du Pô. Véveiilail houiller a été consi- 
déré comme l'axe tectonique de la chaîne des 
Alpes françaises, jusqu'au jour où l'existence des- 
nappes des Alpes Pennines devint indiscutable et 
où, d'autre part, s'imposa l'idée que ces nappes 
ne doivent pas s'arrêter brusquement au Massif 
du Mont-Rose, où elles sont si remarquablement 
développées, et qu'elles doivent se prolonger |)lus 
au sud. 

La conclusion qui parait donc s'imposer actuel- 
lement est que la disposition en éventail que 
montrent les Alpes franco-italiennes est une dispo- 
sition secondaire, résultant de la déformation, par 
des replis poussés vers l'est, de plis couchés ou de 
nappes primitivement poussés vers l'extérieur de 
la chaîne et qui constituent encore, comme dans 
les Alpes suisses, la caractéristique de la structure 
de cette portion de la chaîne alpine. La seule ques- 
tion qui, actuellement, paraisse susceptible de dis- 
cussion, réside dans l'importance à attribuer au 
phénomène principal de chevauchement vers l'exté- 
rieur de la chaîne ; mais il ne semble plus guère y 
avoir de doute possible sur le fait que le déverse- 
ment des plis vers Je côté italien nesl quun 
phénomène d'importance secondaire et de genèse 
postérieure au déversement général en sens in ■ 
verse. 

MM. Kilian et Termier, ([ui connaissent si bien 
toute cette région alpine, pensent que la cause de 
ce déversement anormal doit être cherchée dans la 
décompression qu'a subie cette portion des Alpes 
lors de l'effondrement qui a donné naissance à la 
large plaine du Pô. Cet effondrement, qui, dans 
sa partie occidentale, réalise si bien la forme 
elliptique des ovales méditerranéens, arrive là à 
empiéter jusque sur la zone des schistes lustrés, 
dans laquelle se serait produit un plissement à 
rebours (Rûckfallung) ou un retroussement des 
plis antérieurs, par un appel au vide résultant de 
cet affaissement des régions plus internes, qui 
avaient originellement transmis les poussées d'ori- 
gine interne ayant donné naissance au phénomène 
principal des mouvements vers l'extérieur de la 
chaîne. 

Mais celte explication locale, qui paraît bien 
adéquate aux circonstances réalisées dans nos Alpes 
franco-italiennes, ne peut être invoquée avec vrai- 
semblance pour les Alpes calcaires méridionales; 
on trouve certainement, dans le léger déversement 
au sud des plis qui s'y rencontrent, le début d'un 
régime tectonique différent de celui des Alpes et 
d'une autre zone de plissements, qui se sépare 
d'ailleurs très nettement des Alpes à partir des 
Alpes Dinariqucs et que, pour cette raison, M. Suess 
dèsiune sous le nmii de Zone des IJinaridcs. 



LEON BEUTRAM) — LES NAPPES DE CHAURIAUE DANS LA STIlL'CiUlŒ DES ALI'ES 167 



M 

Le grand accideiil qui sûpure les Alpes des Dina- 
rides suil d'abord un trajet assez sinueux, quoique 
approximativement dirigé du sud-ouest au nord- 
est, lorsqu'il commence à apparaître au nord de 
la zone eflbndrée du Pô et isole des Alpes propre- 
ment dites les Alpes Bergamasques et le Massif de 
l'Adamello. Puis il contourne le massif dolomi- 
tique du Tyrol méridional et s'oriente alors vers 
l'E.-S.-E. Il longe ainsi le pied septentrional 
des Alpes Carni([ues, puis celui de la Chaîne des 
Karawanken, en suivant presque exactement le 
cours du Gail, puis celui de la Drave. Cette grande 
ligne de discontinuité est souvent accompagnée par 
une roche intrusive récente assez spéciale, la lona- 
lite, qui montre en particulier un large dévelop- 
pement dans le Massif de l'Adamello (le Passo 
Tonale est au bord septentrional de ce massif). 
L'intrusion de celte roche paraît être en relation 
avec ce grand accident, qui est parfois désigné, 
])0ur cette raison, sous le nom de ligne toiialiliijue; 
M. Temiier lui a, d'autre part, donné le nom de 
faille alpino-dinariqiie, indiquant ainsi qu'il cons- 
titue la limite des régions alpine et dinarique. Nous 
réserverons donc actuellement le nom d'Alpes 
Orientales, au sens géologique, à la partie de la 
portion orientale de la chaîne montagneuse de ce 
nom qui est située au nord de la ligne lonahtique 
(liK. Oj. 

Nous avons vu que, dans leur extrémité occci- 
dentale, les Alpes Orientales, ainsi définies, se 
montrent comme le résultat de l'empilement de 
nappes venues du Sud, dont les plus élevées ont 
une origine encore plus méridionale que la zone 
des amphibolites d'Ivrée. Elles ont recouvert à 
peu près entièrement les nappes préalpines ou 
lépontines, aussi bien que les nappes plus pro- 
fondes à faciès helvétique, qui avaient submergé 
les régions autochtones jusqu'au bord de la chaîne 
et qui sont venues reposer jusque sur la formation 
extra-alpine de la mollasse suisse, qui se poursuit 
vers l'est, au pied des Alpes orientales, dans la 
dépression miocène de la Bavière et jusque dans le 
Bassin extra-alpin de Vienne (fig. 10). Les nappes 
lépontines manquent généralement sur le bord 
externe des Alpes Orientales, sauf en quelques lam- 
beaux peu importants, et cela montre bien qu'elles 
ont été débordées par les nappes austro-alpines ; 
mais il n'en est pas de même pour les terrains char- 
riés des nappes à faciès helvétique, qui, quoique 
assez réduits, se retrouvent néanmoins sur toute la 
longueur du front desAlpesOrientales. C'est, en effet, 
à ces terrains helvétiques qu'il faut rapporter le 
massif du Vorarlberg, et une traînée continue de 
cette zone se poursuit jusqu'à Vienne, entre la 



mollasse miocène et les calcaires triasiqucs alpins 
des Alpes Bavaroises, puis des Alpes de Salzbourg 
et, enfin, des Alpes Autrichiennes. Cette traînée est 
souvent réduite sinqjlement à une bande de flysch, 
qui p ut devenir, en partie, d'âge crétacé supérieur 
lorsqu'on se rapproche de la région carpathique, où 
la formation détritique importante du llysch ou du 
grès carpathique se montre nettement à cheval sur 
le Crétacé supérieur et le Nummulilique. 

Quant aux nappes lépontines, que nous avons vu 
manquer généralement sur le bord externe des 
Alpes Orientales (bien qu'au Prâttigau, sur la rive 
droite du Rhin, elles s'enfouissent manifestement 
sous les nappes austro-alpines), elles reparaissent 
au cœur de la chaîne, dans certaines fenêtres qui 
traversent entièrement cette carapace de nappes 
superposées à elles. Lorsque les terrains lépontins 
se montrent ainsi de nouveau au jour, c'est avec le 
faciès qu'ils présentent dans les Alpes Valaisannes 
et Tessinoises, c'est-à-dire sous la forme de schistes 
lustrés reposant sur des schistes métamorphiques 
anciens. D'après les observations de M. Termier, ce 
fait se montre nettement dans deux régions. 

L'une est une ellipse très régulière, occupant la 
Lasse-Engadine et ayant un grand axe de So kilo- 
mètres, le long de l'inn, avec un petit axe, trans- 
versal à la vallée, de 18 kilomètres; il ne s'y montre 
que des schistes lustrés mésozoïques, avec les 
roches vertes qui les accompagnent souvent dans 
leurs nappes les plus méridionales ou les plus 
élevées. Ces couches secondaires s'enfoncent, de 
toutes parts, avec intercalation de minces lames de 
Trias et de Lias, sous des gneiss et des schistes 
gneissiques qui occupent la base de l'une des nappes 
austro-alpines inférieures et qui formaient primi- 
tivement une grande coupole elliptique très sur- 
baissée par-dessus les terrains qui apparaissent 
dans la fenêtre en question. La façon dont ceux-ci 
se comportent au voisinage de la vallée du Rhin 
montre, d'ailleurs, qu'ils ne représentent eux-mêmes 
que des nappes charriées, probablement super- 
posées à d'autres nappes à faciès helvétique, en 
sorte que le substralum autochtone (c'est-à-dire 
les terrains secondaires qui reposeraient directe- 
ment sur les couches primaires qui doivent former 
la prolongation de celles des massifs de l'Aar et du 
Saint-Gothard) ne pourrait certainement être atteint 
qu'à une grande profondeur. M. le Professeur Ed. 
Suess, qui avait depuis longtemps prévu l'exten- 
sion considérable des phénomènes de charriage 
dans la chaîne alpine et qui, lors du Congrès de 
Vienne, avait donné son adhésion à leur applica- 
tion aux Alpes-Orientales, a apporté, en 1905, une 
importante confirmation de l'interprétation de celle 
« fenêtre » de la vallée de Flan, aux environs de 
Nauders. 



168 LEON BERTRAND — LES NAPPES DE CHARRIAGE DANS LA STRUCTURE DES ALPES 



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La seconde fenêlre reconnue par M. Ter- 
mier est beaucoup plus étendue (jue la 
précédente; c'est la région des Holie 
Tntiern, où se retrouvent non seulement 
les mêmes schistes lustrés que dans 
la fenêtre de la Basse-Engadine, mais 
aussi des voûtes de gneiss inférieurs, qui 
avaient été autrefois considérés comme 
formant les terrains les plus inférieurs 
de la zone axiale et qui, pour celte rai- 
son, avaient reçu des géologues autri- 
chiens le nom de Zenlralgneiss. Les 
schistes lustrés, qui, d'après M. Termier, 
enveloppent ces gneiss des Holie Tauern 
à la façon d'un manteau, s'enfoncent 
sous du Trias et celui-ci sous des terrains 
paléozoïques appartenant aux nappes 
austro-alpines. Cette grande fenêtre se 
termine, vers l'ouest, à la région du Bi'cii- 
ner; mais l'axe de l'anticlinal commun 
à toutes les nappes superposées, qui a 
permis à l'érosion de mettre à découvert 
les nappes lépontines, se poursuit très 
nettement vers le sud-ouest. Dans le 
Massif de l'Ortler, on voit les nappes 
austro-alpines former une grande voûte 
et présenter nettement l'allure de cara- 
paces emboîtées, mais sans pourtant 
laisser apparaître au jour des schistes 
lustrés (fig. 10). Dans son Étude des Alpes 
entre le Brenner et la Yalteline, M. Ter- 
mier est arrivé à distinguer quatre nap- 
pes austro-alpines, superposéesaux schis- 
tes lustrés et principalement formées par 
des terrains anciens séparés par d'assez 
minces lames de terrains secondaires. 
D'autre part, M. Ilaug, dans son étude dos 
Alpes calcaires septentrionales des envi- 
rons de Salzbourg, a aussi distingué, 
dans les couches secondaires qui y sont 
seules représentées, quatre nappes Su- 
perposées; mais jusqu'ici les documents 
manquent de précision sur les rapports 
qu'elles peuvent avoir avec celles que 
M. Termier a reconnues dans la région 
voisine de leurs racines. 

Pour l'emplacement de celles-ci, il est 
évident qu'on doit nécessairement la 
chercher au sud du bord méridional de 
la fenêtre des llohe Tauern. Or, celui-ci 
est extrêmement rapproché de la ligne 
tonalitique ou faille ali)ino-dinarique, 
et c'est dans l'étroite bande qui les sé- 
pare, à proximité immédiate de la vallée 
du Gai!, que nous sommes donc amenés 
à situer cette région des racines des nap- 



LKOX BKKTUAXI» — LES NAPPES DE CHARlil.VGE DANS LA STRUCTURE DES ALPES 169 



jH's nuslro-alpiue^. Or, M. llaug avait déjà, depuis 
que se pose la question des nappes alpines, mis en 
évidence la grande ressemblance qui existe entre 
les faciès des terrains secondaires rencontrés dans 
les Alpes calcaires septentrionales et de ceux qui se 
uiiinlrenl en minces lames intercalées au milieu 
des couches primaires dans cette zone du Gail. 
M. Termier a constaté que celle-ci se montre formée 
(le couches très redressées, souvent verticales, et 
(pi'elle présente très nettement l'allure d'une région 
de racines, analogue à celle qui a donné naissance 
aux plis couchés du Mont-Joly, par exemple. C'est 
donc dans cette zone du Gail, située immédiatement 
au nord des terrains anciens des Alpes Carniques, 
y.one exirémeinent écrasée et parfois réduite à une 
largeur de 8 kilomètres, tout au plus, que doivent 
manifestement s'enraciner les grands plis couchés 
qui se sont avancés juscjue sur le bord septen- 
trional des Aljies Orientales, donnant naissance aux 
nappes des Alpes calcaires septentrionales ou du 
moins, d'après M. Haug, aux moins élevées de ces 
nappes. Il faut d'ailleurs remarquer qu'à l'inverse 
de ce qui a lieu pour les nappes qui forment le 
bord externe des Alpes suisses, la continuité avec 
hi région des racines est restée presque constante, 
|iuisque le substratum lépontin de ces nappes 
austro-alpines ne se montre que dans des déchi- 
rures isolées de ce grand manteau, qui peut se 
suivre sans discontinuité depuis son bord septen- 
tiiiinal jusqu'à la ligne de discontinuité qui sépare 
le pays alpin proprement dit du pays dinarique. Il 
serait extrêmement intéressant d'examiner aussi la 
signification de celte ligne et d'étudier l'allure tec- 
tonique de la région qui appartient aux Dinarides; 
mais cela nous entraînerait trop loin, et je veux 
s^'ulement tirer la conclusion suivante de tout ce 
qui précède. 

VII 

Les Alpes OcciJenlules sont une région où cer- 
taineuwul il y a eu des nappes de charriage Jjien 
développées; mais colles-ci r ont été très fortement 
entamées par férosion, qui nen n souvent conservé 
que les parties frontales entièrement séparées de 
leurs racines, surtout pour les plus superlicielles 
de ces nappes (les nappes préalpines), qui ne sub- 
sistent souvent qu'à F état de lambeaux entièrement 
isolés les uns des autres. Au contraire, les Alpes 
Orientales sont restées un pays de nappes, dont 
les plus superficielles ont été à peine érodées et ne 
laissent transparaître que quelques-unes des plus 
profondes, et on quelques points seulement. 

D'autre part, la comparaison des nappes qui se 
reuconlrenl des deux côtés du Rhin montre que les 
nappes les plus élevées dont on ail la trace dans 



les Alpes Occidentales sont les plus profondes qui 
apparaissent dans les fenêtres des Alpes CM-ienlales. 
Les nappes austro-alpines sont inconnues en Suisse 
et, a fortiori, dans les Alpes franco-italiennes. 
Cela peut évidemment être dû, en partie, à une 
érosion d'autant plus intense qu'on s'approche plus 
de la Méditerranée; mais cette cause ne me semble 
pas suffisante, et il est très probable que les nappes 
supérieures des Alpes Orientales ont dû manquer 
effectivement à quelque distance à l'ouest de la 
région où nous les connaissons, soit qu'il y ait eu 
diminution graduelle du phénomène dans les parties 
plus occidentales de la chaîne, suivant une loi qui 
paraît ressortir de ce que nous avons vu pour les 
Alpes françaises, soit encore que les nappes se soient 
successiv3ment relayées longiludinalement, comme 
on en obs rve des exemples pour certaines digita- 
tions des nappes de la région glarounaise et ainsi 
que le montre la terminaison même des nappes 
de Cdaris, qui, à l'est du Rhin, ne semblent plus 
être que des replis dans le flysch. Nous ne cherche- 
rons pas, pour l'instant, à discuter ce point et nous 
nous bornerons à enregistrer, d'après ce qui a été 
publié, la généralité aujourd'hui constatée des phé- 
nomènes de charriage dans les régions alpines. 
Pour les Alpes Orientales, dont l'étude, à ce point 
de vue nouveau, est à peine ébauchée parles travaux 
locaux de MM. Haug. Lugeon et Termier, bien des 
détails y sont encore à rechercher; il est d'ailleurs 
permis d'espérer que les géologues autrichiens, con- 
vertis à la théorie des charriages, nous apporteront 
à bref délai de nombreux documents à cet égard. 
.\vant de terminer, je rappellerai que, pour le 
prolongement des Alpes Orientales qui, dans les 
Carpathes, se montre à l'est de la dépression 
occupée par les mers miocènes, puis pour les for- 
mations plus récentes de la plaine danubienne, cet 
espoir est déjà réalisé en grande partie. M. Ed. Suess 
avait, en effet, montré, depuis longtemps, que les 
grès carpathiques chevauchent fortement, au bord 
externe de l'arc carpathique, sur un avant-pays 
formé par la région hercynienne des Sudèteset par 
sa couverture argileuse du Schlier miocène, riche 
en dépôts salifères, exploités en particulier dans les 
mines si connues de Wieliczka. D'autre part, cette 
région des grès carpathiques. qui correspondent au 
Crétacé supérieur et au Nummulitique, montre un 
très beau développement de klippes, analogues à 
celles de la Suisse et qui constituent des pointe- 
ments isolés de roches secondaires plus anciennes; 
ces klippes avaient été magistralement étudiées par 
le Professeur Uhlig, qui était arrivé à leur attribuer 
une origine analogue à celle qui avait été aussi 
mise en avant pour les klippes suisses, antérieure- 
ment à la découverte des charriages venus du sud. 
De même, M. Uhlig. dans une très belle mono- 



170 LEON BERTRAND — LES NAPPES DE CHARRIAGE DANS L\ STRUCTURE DE> ALPES 



graphie de détail du Massif de laTatra, qui montre 
une réapparition des terrains anciens, n'avait pu 
expliquer les "apparences tectoniques compliquées 
qui s'y observent que par des mouvements dirigés 
du nord vers le sud. 

Mais M. Lugeon, en se basant uniquement sur 
ces travaux et sans avoir étudié personnellement la 
région, montra que la structure compliquée du 
Massif de la Tatra, qui résultait de la notion de 
plis enracinés, mais poussés vers le sud, c'est-à- 
dire en sens inverse de ce qui a lieu dans le reste 



nappes avec celles qui ont été reconnues dans les 
Alpes Orientales, en y distinguant : 1° deux nappes 
superposées à faciès helvétique (nappes sub-beski- 
dique et beskidique) ; 2° trois nappes lépontines 
(nappes subpiéninique, piéninique et haut-tatrique, 
cette dernière étant l'équivalent de celle qui se mon- 
tre dans la fenêtre des Tauern) ; 3" trois nappes aus- 
tro-alpines (nappes subtatrique, de la « Ceinture in- 
terne » et du Mittelgebirge hongrois) ifig. 11). 

Ce parallélisme exact est peut-être encore un 
peu sujet à revision, mais il y a toutefois là une 




^r-rf^'**^ Surface de charnege ^\ 

"SniII^ia Lambeau de nappe isolé c^ ^^Cpécov'te 

<:::> Fenêtre K^ 



rmrlA' be,k,d,que yV.hel<.et,gjes 

N haut tatnquè ]l^- lepontwes 



Z. des KJippe^ 
Méridion'^J' 
LRégion. des Grès Carpatiques .-.J \ 



Innere Glirtel 
("Ceinture interne") 



--,.__^^obbpfeuè^[^P:^^ 



îtr^'-:-^^. 




Nappes à faciès helvétiques Nappes à faciès léponbins Nappes austro alpines 

^^FIysch(Cnsup?£ocè)de la H.besltidi. I l I Flyôch des K/iwhimçue et suboiéni. WiWWW Terr secondaires \ de la Happe [|w23 N- du M. ttsigbi-je hongrois 

^-^^ " " de la N. subbeslik <^^'Jur et Crétin f^de la N. piéninique ( 1 '^4.'^^-^ Bramte etSch cnstalihaubtàtnque f^^^ Nappe de la "Cciture interne" 

CrétinF.''etJurass. en lambeaux à \m^^ " " " " " subpiéniniqu e , i. 4. _^ \ Schistes métamorphiques, I l ' \ Flrsch(Ec,cér/:j \ de h Nappe 
la base de ces nap. pippes Septentr f y (Klippes méridionales) probablement lépontins ( W///7/A Ter, secondaires \ sub ta trique 

Fig. 11. — tiai-la al coupa schématiques ilas nappes des Carpatbes {d'après le Prof. V. Uhlig, 1901). 



de la chaîne, s'éclaire d'un jour tout nouveau 
si l'on admet que ce sont des portions frontales de 
nappes venues du sud qui se superposent et s'en- 
foncent dans le flysch carpalhique. Un géologue 
polonais, M. Limanovski, montra que M. Lugeon 
avait raison de considérer le phénomène des nappes 
de recouvrement comme devant être aussi recon- 
naissable dans les Carpathes, et enfin, tout récem- 
ment, M. Uhlig s'est lui-même entièrement rallié à 
l'interprétation de M. Lugeon. Il a distingué un 
certain nombre de nappes supci-posées, toutes 
venues du sud, et qui expliqueraient les apparitions 
de plusieurs bandes de klippes, ainsi que les faits 
constatés dans la Taira; il a même parallélisé ces 



constatation extrêmement importante et qui, jointe 
à la rencontre de nappes dans les Carpathes orien- 
tales, puis méridionales (ou roumaines), montre 
le très grand développement des mouvements di- 
rigés vers l'extérieur de l'arc alpin dans toutes les 
régions de l'Europe centrale dont l'étude est suffi- 
samment avancée pour permettre aux géologues 
d'avoir une opinion précise sur les déformations 
qu'y ont subies les couches, lors du grand mouve- 
ment orogénique qui a donné naissance à celte 
grande vague de l'écorce terrestre. 

Léon Bertrand, 

Cyllab,.r;.l.iii |.i ii,.i|.al 
au Service lie la C.irtc ;.,'('-oIof<i(juc île France, 
Chargé de Cours à l'Université de Paris. 



W. HITZ — LES SPECTRES DE LIGNES ET LA CONSTITUTION DES ATOMES 



i:i 



LES SPECTRES DE LIGNES ET LÀ CONSTITUTION DES ATOMES 



I. — GÉNÉRAUTICS. 
NOl'VEI.LES LOIS EMPIRIQUES. 

La naliirc des atomes et des forces moléculaires 
nous est, on le sait, bien peu connue, malgré les 
flTorts toujours renouvelés des chercheurs; la 
grande difficulté du problème vient, en etl'et, de ce 
que ce ne sont pas, en règle générale, les propriétés 
des atomes, mais des moyennes compliquées, dé- 
pendant de l'agitation moléculaire et des condi- 
tions extérieures, qui font l'objet de nos percep- 
tions. Pourtant il est, à cette règle, une exception 
importante : les spectres des corps simples nous 
renseignent d'une façon immédiate sur les modes 
de vibration des atomes, car la position des raies 
dans le spectre est à peu près complètement indé- 
pendante soit de la température, soit des condi- 
tions extérieures, et même des actions des molé- 
cules les unes sur les autres. Évidemment, s'il 
était possible de conclure des vibrations des 
charges électriques de l'atome aux forces qui les 
produisent et à la disposition ou au mouvement 
des charges elles-mêmes, le problème serait résolu ; 
la précision extrême des mesures spectrales nous 
fournit donc, sur ce sujet, des documents nom- 
breux et précieux, écrits malheureusement eu des 
hiéroglyphes que nous ne savons pas déchiffrer. 
Pourtant, quelques résultats ont été obtenus dans 
cette voie, grâce à la remarquable simplicité de 
quelques-unes des lois empiriques reliant entre 
elles les longueurs d'onde d'un spectre. On va voir 
que le problème comporte, en elFet, pour l'hydro- 
gène du moins, une solution très simple, qui s'ac- 
corde parfaitement avec les vues générales sur la 
constitution des atomes auxquelles ont mené les 
dernières découvertes. 

Rappelons la formule remarquable, découverte 
par Balmer, ([ui relie entre elles les longueurs 
d'onde X des raies du spectre de l'hydrogène. Elle 
peut s'écrire, en désignant par N une certaine 
constante : 



Tè-i]- 



En donnant successivement à m les valeurs 3, i, 
5, ..., 32, on obtient exactement les longueurs 
d'onde de toutes les raies de l'hydrogène. L'erreur, 
si elle existe, semble être inférieure au cent-mil- 
lième. 

Pickering a découvert, dans certaines étoiles 
où l'hydrogène prédomine, une seconde série de 
lignes, que nous ne savons pas encore produire au 



hiboratoire, et (|ui sont données par la foriiiuh' 
î— — ,1 . Ji) = 1 . 2, 3 . . . , 



-f- 



où N désigne la même constante (|ue plus liaul. 

On est porté, avec Balmer et Rydberg, à penser 
qu'en réalité ces formules devraient s'écrire cha- 
cune avec deux nombres entiers arbitraires m et //, 
en sorte que le spectre de l'hydrogène .serait donné 
par les foi'mules : 

» k-\ = -'-^' 

N }. n- tir 
111 1 



(..,.;)• 



les valeurs ii^'-i. -4 ..., correspondant à des lignes 
infrarouges. Cette hypothèse a reçu tout récem- 
ment une confirmation éclatante. Sur mes indica- 
tions, M. Paschen a efTectivement trouvé deux 
lignes infrarouges de Fliydrogène, qu'il a pu me- 
surer avec une grande précision ' : il a obtenu : 



Or, les formule: 



..3 ± 1 L' A. 


ct > = 12.8n,(i 


iules : 




11 1 1 

N'jr~3' r- 


lit I 

' N ■ X ~ 3- 5-- 



donnent X= 18. 751, ti et 12. SI 8,7; laccord nelais.se 
rien à désirer. 

11 semble que la recherche de systèmes méca- 
niques ou électromagnétiques dont les vibrations 
soient représentées par des formules d'une telle 
simplicité ne soit pas une entreprise déraisonnable. 
D'ailleurs, des lois analogues ont été découvertes 
dans d'autres spectres, comme on sait, par Ryd- 
berg, Kayser et Runge. Ici encore, la démonstra- 
tion est faite ^ que les formules contiennent deux 
entiers arbitraires. En première approximation, on 
peut les écrire, avec Rydberg : 
1 1 



_l_ 
xx' 



n -|- a- (m-|-a'l'' 



et, plus exactement, comme la montré l'auteur de 
cet article : 



'■^1 ^ 



(-. + .' + ,f («H-.^.^)' 



' F. Paschen : Ann. der Pliysik, octobre ia08. 

' Pour plus de détails sur ce qui suit, consulter mes diffé- 
rents Mémoires : C. /?., t. CXLV. [i. 178, 1907; Physikal. 
Zeitschr., août 1908 ; The Astropbysical Journal, oclo- 
bre 1908; Ann. der Physik. t. XXV, p. 660, 1908 



17-2 



M'. HITZ 



LES SPECTRES DE LIGNES ET LA CONSTITUTION DES ATOMES 



N ;i lu même valeur que pour l'hydrogène, 
lundis que les constantes ,n, L, a' , L' , varient d'un 
élément à l'autre. En les choisissant convenable- 
ment, et posant m = 1 '/.,, w = 2, 3 ..., la for- 
mule (3) donne la « scrio principale « de Kayser et 
Range; pour n = 2, m = 2 '/., 3 '/., ..., elle donne 
lu doiixirmr série secondaire; aux systèmes de 
valeurs ;; = 3, m = 2 '/j, ■.., etc., correspondent 
également des raies observées. Remplaçant a', L', 
par certaines nouvelles constantes a", L", on aura 
liour « = 2, m= 3, i, 6, ..., la première série 
secondaire, qui a même limite, pour m = oo , que 
Il deuxième. Ici encore, les lignes infrarouges 
n = 3, m = 3, 4, etc., ont pu être observées. Mais, 
résultat qui précise nettement la signification de 
ces formules, si, au lieu de combiner, comme nous 
venons de le faire, un premier terme en a, h avec 
un deuxième en fi', h' ou en a", 7/', nous combinons 
ceux-ci entre eux, de manière à former l'expres- 
sion : 



(• + - + 3' (» + "+0 



nous oblenons encore des lignes observées, au 
moins dans certains spectres. Enfin, pour Li, Na, 
on peut, dans un sens analogue, combiner la série 
))rincipale avec elle-même : 



(,„ + ., ±J („+„,£)■■ 



Ces lois énoncent que, par l'addition ou la sous- 
traction des fréquences de deux lignes ou séries 
observées, on obtient la fréquence d'une nouvelle 
ligne ou série de lignes. Les erreurs sont de l'ordre 
des incertitudes expérimentales; pour l'hélium, on 
calcule pour la ligne la plus intense du système (4) : 
1 
- = 26.244,86 : l'expérience a donné 26.244,78. 

.le n'insiste pus davantage; on voit que : 

1° Les lois simples se rapportent toujours à r-. 
c'est-à-dire à la fréquence; 

2° Qu'en faisant augmenter indéfiniment l'un ou 
l'autre des nombres entiers, les fréquences obte- 
nues ont une limite; 

3° Que chacun des deux termes de la formule a, 
en quelque sorte, une existence séparée, et qu'on 
obtient les raies d'un spectre en combinant de 
diverses manières entre eux de tels termes. 

IL — lIvi'OïnÈSE d;;s champs atomioies. 

Ces résultats généraux font nettement ressortir 
la grande difl'érence qui existe entre tous les modes 
de vibrations élastiques, électriques et autres que 
nous connaissons, et les vibrations spectrales. En 



premier lieu, — et lord Rayleigli a beaucoup in- 
sisté sur ce point, — les lois simples des phéno- 
mènes vibratoires se rapportent, à peu d'exceptions 
près, aux carrés des fréquences, et non aux fré- 
quences elles-mêmes. Cela tient à ce que, à côté 
des cordonnées qui définissent l'état des systèmes, 
les équations du mouvement en contiennent les 
dérivées secondes ou accélérations. Or, lorsqu'il 
s'agit de vibrations, le temps n'entre que sous la 
forme sin i(<-/„), expression dont la dérivée se- 
conde contient le facteur i"; pour <lélerminer la 
fréquence v, on a donc finalement, puisque sin 
i'(/-/^) disparaît du résultat, une équation en v', et 
ce n'est que dans des cas très particuliers qu'on 
pourra extraire algébriquement la racine carrée. Il 
en serait autrement, a remarqué lord Hayleigh, si 
les équations étaient du premier ordre. Malheu- 
reusement, l'introduction des accélérations s'im- 
pose à tous les points de vue d'uns manière 
absolue, et il semble que, dès l'abor I, nous nous 
trouvions dans une impasse. 

Pourtant, une hypothèse simple va nous tirer 
d'embarras. Si les forces qui produisent les vibra- 
tions, au lieu d'être déterminées par la position 
ou la déformation du système, comme c'est géné- 
ralement le cas pour les systèmes élasti jues et 
autres, dépendent des vitesses, les équations du 
mouvement ne contiendront, à côté de celles-ci, 
que leurs dérivées premières, les accélérations; 
elles seront du premier ordre par rapport aux 
vitesses. 

Or, la force nuvjiiéliqiie satisfait |)récisément ô 
cette condition, et, de plus, nous ne saurions douter 
de l'existence de champs magnétiques puissants à 
l'intérieur des atomes. D'après la théorie du ferro- 
magnétisme de P. Weiss', ces cliamps sont au 
moins de l'ordre de 10' gauss, ordre de grandeur 
du champ moléculaire, et l'on sait que l'explication 
quantitative desanomalies des chaleurs spécifiques 
du fer, du nickel et du cobalt est venue confirmer 
cette théorie d'une façon remarquable. D'autre 
part, M. Humphreys, pour expliquer les lois du 
déplacement des raies sous l'induence de la 
pression, phénomène découvert par lui il y a quel- 
ques années, a été amené à les attribuer à l'action 
réciproque de champs moléculaires île l'ordre de 
grandeur de 10' gauss. 

Avec un tel champ, on montre sans difficulté 
qu'il est possible, d'une intinité de manières, 
d'obtenir des vibrations de corpuscules de fréquence 
proportionnelle à ce champ et d'un ordre de 
grandeur correspondant aux vibrations lumineuses. 
Il suffit, par exem|ile, d'assujettir le corpuscule 
à rester sur un élément de surface ou dans un plan 

' \ uir la Bévue géa. des Sciences du 15 février 1908. 



W. RITZ — LES SPECTIIES DE LIGNES ET LA CONSTITUTION DES ATOMES 



173 



(loiiué : ce corpuscule, mis en mouvcmenl, exécii- 
lera un mouvement circulaire de fréquence v pro- 
porlionnelle il la composante 1I„ du champ H nor- 
.aiale au plan. Si au champ II„ vient s'en ajouter 
un nouveau H'„, qui produirait à lui seul une 
vibration de fréquence r',la superposition des deux 
champs donnera la fréquence v-\- v'. On obtient donc 
bien la forme linéaire exigée par la loi des diffé- 
rences constantes et par les lois énoncées ci-dessus. 

m. — Liis spEiriRus DE l'hydrogène. 

L' s SÉRIES. 

Admettons donc que les forces ([ui produisent les 
\ ibrations des spectres de lignes, ou, plus exacte- 
ment, des spectres en séries, soient purement 
magnétiques. Cette hypothèse va nous permettre 
d'expliquer l'existence d'une limite des fréquences, 
cl surtout de donner une interprétation simple des 
formules (1) et (2) de l'hydrogène ; de plus, elle 
nous fera comprendre l'origine des effets Zeeman 
anormaux et compliqués. Sa probabilité s'en 
trouvera accrue d'autant plus que, malgré les 
etiVirls de nombreux chercheurs, aucune solution 
admissible ni de l'un ni de l'autre de ces problèmes 
n'avait pu être trouvée jusqu'ici. 

Admettons (ce sera l'hypothèse la [dus simple) 
que le champ soit produit par un aimant, et 
supposons, par raison de symétrie, le corpuscule 
idacé sur le prolongement de la ligne des pôles 
à une distance /■, du premier, i\ du second, et 
exécutant de petites vibrations dans un plan 
perpendiculaire à cette ligne. Soit (x la charge 
magnétique d'un des pôles; la fréquence sera 
proportionnelle au champ, pris au point où se 
trouve le corpuscule, c'esl-à-dire à 



'[yU^ 



soit A un facteur qui ne dépend que de la charge 
et de la masse du corpuscule; on aura : 

fréquence = r = .\[i — ^ ; . 

On reconnaît déjà la forme si curieuse des 
formules (1) à (4). 

Pour obtenir exactement les formules de l'hydro- 
gène, il suffira dès lors de supposer l'aimant com- 
posé d'un nombre arbitraire /// d'aimants identi- 
ques entre eux, de longueur a chacun, posés bout 
à bout. De plus, l'aimant sera rattaché de façon 
rigide à l'élément de surface dans lequel le cor- 
puscule est assujetti à vibrer, au moyen d'un 
certain nombre de particules de mêmes dimensions 
que les aimants, également posées bout à bout, 
mais non magnétiques. Les distances /•,, /•„ seronl 



alors des multiples dr n, suit r^^nii. r, = ijin, et 
les fréquences seront : 



AmTI 






Il sul'lll de chnisir i;iin\i'iiali!i'mcnl les ciinslante» 
\. fi, H', pour obtenir la fiu'Miuie 1 i de l'hydrogène. 

En somme, il faut admettre (]ue, <lans les condi- 
tions oii il émet la série de Balmer, l'hydrogène est 
susceptible d'états divers, constituanl en un certain 
sens des polymérisations, et résultant de ce qu'un 
nombre plus ou moins grand d'éléments magné- 
tiques et non magnétiques, dont il n'est pas néces- 
saire de préciser la nature, peuvent s'agglomérer 
entre eux en forme de chapelet rectiligne et 
s'attacher à l'atome d'hydrogène. Ou, si l'on veut 
une image concrète : prenons une barre aimantée 
et deux barres de cuivre de même longueur; 
plaçons-les bout à bout. A l'extrémité cuivre du 
système, plaçons une charge électrique convenable, 
et donnons-lui une légère impulsion; elle vibrera 
en donnant la raie Ha. Ajoutons au bout de la 
première une seconde barre aimantée identique : 
nous obtiendrons Hp: une troisième donnera Ily, etc. 

Cette explication est-elle invraisemblable au point 
de vue des idées modernes sur la constitution de 
la matière? On ne saurait le prétendre. II est, en 
effet, facile, de bien des manières, de distribuer 
l'électricité dans un corps de révolution en rotation 
autour de son axe, de manière à le rendre équivalent 
à un aimant élémentaire. Des mouvements rota- 
toires ou circulatoires des charges électriques à l'in- 
térieur des atomes sont, d'ailleurs, indispensables- 
pour expliquer le magnétisme ; les premiers sont 
les plus stables. D'autre part, les systèmes qui 
émettent les spectres de lignes — et c'est encore 
lord Rayleigh qui a particulièrement insisté sur 
ce point — doivent être extraordinairementstables,. 
sinon les lignes deviendraient diffuses. Si donc on 
admet que l'atome chimique est un assemblage de 
divers éléments, l'hypothèse de connexions rigides 
entre ces éléments sera particulièrement probable. 
Enlin, parmi les diverses manières d'assembler un 
nombre variable d'éléments, une des plus simples 
est sans contredit de les poser bout a bout. 

II est bien évident que toute hypothèse parti- 
culière sur la structure des atomes, capable 
d'expliquer le grand nombre de lignes des spectres, 
paraîtra plus ou moins improbable à première vue. 
On s'en rend compte pour peu qu'on y réfléchisse. 
L'hydrogène lui-même, qu'on sera tenté de 
considérer comme le plus simple des éléments, 
possède plusieurs spectres et émet des centaines 
de lignes de caractères très différents. On devra 
bien admettre que cette simplicité est très relative,^ 
et s'estimer lieure x d'v découvrir au moins des- 



174 



W. lUTZ 



LES SPECTUES DE LIGNES ET LA CONSTITUTION DES ATOMES 



rapports géométriques simples et des forces 
connues, agissant suivant des lois simples, comme 
c'est le cas dans l'hypotlièse qui nous occupe. 

D'ailleurs, on peut modifier notre système de 
diverses manières, éviter l'introduction des éléments 
non magnétiques, etc. Le point essentiel est que 
les vibrations soient produites par un champ 
magnétique provenant d<- deux pôles susceptihh-s 
de prendre chacun, dans l'atome, un certain nombre 
de positions dilïrrcnli's, cquidi.stantcs sur des 
lignes droites. 

En généralisant ces hypothèses, on arrive à 
d'autres formules telles que (2), (3) ; il existera 
toujours une limite des vibrations. L'observation a 
donné ce résultat remarquable que le facteur N est 
le même pour tous les corps. Cela exige, dans notre 
théorie, que non seulement le corpuscule vibrant, 
mais aussi les « aimants élémentaires », soient 
identiques pour tous les corps. On voit ainsi 
apparaître, à côté des corpuscules, un deuxième 
élément constituant universel de la matière. 



IV. 



Les ekfets Zeeman anormaux. 



On sait que ce sont précisément les lignes appar- 
tenant aux séries qui se décomposent, dans un 
champ magnétique, de la façon en général la plus 
compliquée. On a compté quinze et même dix-neuf 
composantes, et les distances de ces composantes 
sont très souvent entre elles comme des nombres 
entiers. M. Lorentz a tenté d'expliquer ces décom- 
positions en remplaçant l'électron simple de la 
théorie élémentaire par des systèmes à n degrés de 
liberté; et il faut autant de systèmes qu'il existe de 
lignes spectrales. C'est donc là une hypothèse très 
compliquée; encore les décompositions observées 
n'ont-elles pu être interprétées, je ne dis pas phy- 
siquement, mais mathématiquement, que dans un 
très petit nombre de cas, et la loi des rapports ra- 
tionnels reste inintelligible. Il en est autrement 
dans notre hypothèse. Un système magnétique exé- 
cutera dans la plupart des cas, sous l'influence com- 
binée du champ extérieur et du champ intérieur, 
beaucoup plus intense, des mouvements oscilla- 
toires périodiques, développables en série de Fou- 
rier. Il en résulte, pour l'électron vibrant, des 
mouvements plus compliqués, et le calcul montre 
que, 0) étant la période du mouvement de l'atome, 
la vibration sera décomposable en une somme de 
termes sinusoïdaux, correspondant à des lignes de 
fréquence v„ + mio, v^ étant la fréquence primitive, 
et m un entier. On voit que les distances des com- 
posantes sont bien dans un rapport rationnel; leurs 
polarisations sont celles qu'exige l'expérience. Un 
électron nous donnera, en général, à lui seul, un 
nombre infini de composantes, dont quelques-unes 



seulement sont assez intenses pour être perçues: 
leur nombre dépend de la rapidité de la conver- 
gence de la série. Le phénomène de Zeeman joue 
donc, dans cette manière de voir, pour les mouve- 
ments rotatoires de l'atome, le rôle d'un analyseur 
harmonique. 

V. — Autres modes d'explication. 

Conclusion. 

Peut-on conclure de là que les vibrations des 
spectres en séries sont bien dues à des champs 
magnétiques intenses? 11 est dans la nature des 
choses qu'une telle conclusion ne s'impose pas 
immédiatement. Les vibrations d'un système ne 
suffisent pas à nous renseigner sur sa constitution. 
Pour s'imposer, la théorie devra embrasser de 
façon simple l'ensemble des observations et les 
rattacher à d'autres domaines; les autres modes 
d'explication devront apparaître comme infiniment 
moins économiques pour notre pensée. Pour cela, 
il importe de les cultiver tous; aussi voudrais-je, 
en terminant cet exposé, parler de l'un de ces 
modes, le seul qui, à l'heure qu'il est, mérite 
sérieusement d'être pris en considération. 

On sait que les vibrations des corps élastiques, 
comme celles des séries spectrales, sont en nombre 
infini, et que leurs fréquences dépendent de cer- 
tains nombres entiers qui sont les nombres de lignes 
nodales (figures de Chladni) ou de surfaces nodales 
caractéri.sant chaque vibration. Pour une mem- 
brane rectangulaire, on a v* = anï' -\- bn', a et b 
étant des constantes, m et n des entiers. Mais, à 
l'opposé des séries spectrales, lorsque m,n, augmen- 
tent indéfiniment, il en est de même de v. Cela 
résulte, en dernière analyse, de ce que les forces 
produisant les vibrations élastiques s'annulent à 
petite distance. On pouvait se demander si d'autres 
forces, agissant suivant la loi de Newton ou d'autres 
lois, ne donneraient pas des formules du type (1), 
(2) et (.3). Cette hypothèse a été envisagée par l'au- 
teur de cet article, et, à sa suite, par MM. Fredhohn 
et Iladamard. Elle trouve son expression matiiéma- 
tique, non dans des équations aux dérivées, mais 
dans des équations intégrales, et il résulte de ces 
recherches que la loi du carré des distances, et une 
infinité d'autres, conduisent bien à une limite des 
vibrations. Malheureusement, l'analogie semble 
s'arrêter là. Car, pour obtenir elTectivement les for- 
mules de riiydrogène \i) et (2), il faut admettre des 
lois d'une complication invraisemblable. Les équa- 
tions intégrales simples de M. Fredholm n'y sau- 
raient conduire. 11 ne suffit d'ailleurs pas qu'à une 
série spectrale on puisse faire correspondre une loi 
d'attraction ; il faut que celle-ci ne soit pas trop 
invraisemblable, et ne dépasse pas de beaucoup en 



E. LAMBLLNG — REVUE ANNUELLE DE CHIMIE PHYSIULUGUJUK 



17.-; 



complication la formule <[ii"il s'agissait d'expliquer. 
Le fait que les équations, dans cette hypothèse, 
contiennent le carré des fré(]uences, n'est pas de 
nature à simplifier le problème, et montre plutôt 
la grande portée de la remarque de lord Rahyleigh 
dont il a été question plus haut. Pour avoir des 
exceptions, il faut des constructions compliquées. 
Enfin si, abandonnant tout préjugé physique, on 
cherche simplement à satisfaire aux conditions 
mathématiques du problème, on est conduit à des 
systèmes dont la vibration fondamentale seule 
rayonne de façon sensible; le rayonnement des 
harmoniques supérieurs est sensiblement nul par 
l'ellèi des lignes nodales; ils ne seraient pas per- 
ceptibles. 

Pourtant, toutes ces hypothèses méritent d'èlre 
étudiées avec soin, car, si elles ne s'appliquent pas 



aux lignes sériées, elles peuvent s'appliquer aux 
autres lignes, sur l'arrangement desquelles nous 
ne savons rien, ou aux spectres de bandes, dont les 
lois fondamentales, données, on le sait, par 
M. Deslandres, présent(>nt avec les lois des sys- 
tèmes vibratoires connus plusieurs analogies im- 
portantes. 

En somme, fexplicalioii de heaucoup la plus 
simple des séries spectrales de ïliydrogène et 
d'autres corps consiste à attribuer ces vibrations 
à T influence de champs mar/iic'liques intenses, pro- 
venant de pôles magnétiques distribués dans l'atome 
suivant des lois géométriques simples. L'énergie 
de ces systèmes, il est important de le remarquer, 
est purement électromagnétique. 

W. Ritz, 

Docteur es : 



REVUE ANNUELLE DE CHIMIE PHYSIOLOGIQUE 

DEUXIÈME PARTIE : DIGESTION, SANG, ÉCHANGES NUTRITIFS 



Dans une première partie', nous avons analysé 
les récents travaux relatifs aux principes immédiats 
organiques; nous allons maintenant passer en revue 
ceux qui se rapportent à la digestion, au sang et 
aux échances nutritifs. 



La digestion. 



Les phénomènes chimiques de la digestion, que 
les travaux de l'École de Pawlow et les progrès de 
nos connaissances sur les actions diastasiques et 
sur la structure des protéiques ont, depuis quelques 
années, replacés au premier plan, ont continué à 
retenir les efîorts d'un nombre si considérable de 
chercheurs qu'Userait impossible de rendre compte 
ici des résultats obtenus, même en bornant ceux-ci 
aux plus intéressants. D'ailleurs, parleur contenu, 
la plupart de ces travaux appartiennent plutôt à 
une Revue de Physiologie que de Chimie physiolo- 
gique. Ils traitent, en elTet, du mécanisme de la 
production physiologique, des sécrétions diges- 
tives, de leurs actions synergiques ', de l'adapta- 
tion du travail moteur et du travail chimique dans 
les divers segments du tube digestif, etc. Ici on se 
bornera à quelques données proprement chimiques 
sur l'ensemble de l'opération digestive. 

' «ec. gcn. des Se, du io février 1909, t. XX, Ji. Ii8 et 
siiiv. 

' Sur ce point, voyez notamment le travail de Roger publié 
par la Bévue (t. XVlll, p. 4.'.3, 1907). Voy. aussi Rooer : 
.Soc. de Biol., t. LXIV, p. 16 et 113T, 1907, et Fbouin : Ibib., 
t. LXll, p. 80, 1907. 



En ce qui concerne les graisses et les hydrates 
de carbone, on connaît assez bien les produits 
auxquels aboutit cette opération. Mais, pour la 
molécule protéique, dont la structure est si com- 
plexe, on se demande encore quels sont les produits 
représentant le but physiologique de l'action chi- 
mique que ces corps subissent au contact des 
divers sucs digestifs. Voyons quelle est la position 
actuelle de cette question. 

St. — La digestion des protéiques in vitro. 
On sait que, pour Kiihne, la diflèrence essentielle 
entre l'action du suc gastrique et celle du suc pan- 
créatique consistait en ceci que la première de ces 
actions ne dépasse pas le stade des peptones, 
tandis que la seconde va jusqu'aux acides aminés, 
au moins pour une partie de la molécule. Hoppe- 
Seyler, au contraire, admettait que la pepsine fait 
apparaître aussi ces acides, et l'on a vu dans une 
précédente revue ' que Zunz, Lawrow et d'autres 
observateurs ont trouvé plus tard, parmi les pro- 
duits de la digestion pepsique prolongée, la plupart 
des acides aminés que fournil la digestion trypsique, 
en sorte qu'ils avaient fini par ne plus admettre 
entre l'action in vitro de ces deux sucs que des 
différences d'ordre secondaire. .\ujourd'hui, on en 
revient à l'opinion de Kuhne. Abderhalden et ses 
collaborateurs ont constaté, en elTet, que, même 
après trente-six jours, le suc gastrique pur, recueilli 

' Voyez kl Hcviic du 30 janvier 1905, p. 77. 



176 



E. LAMBLING — REVUE ANNUELLE DE CHIMIE FllYSIOLOGIQUE 



chez le chien d'après Pawlow. ne donne (avec 
l'édesline) que des traces d'acides aminés, et no- 
tamment de tyrosine'. Il est probable que ces acides 
n'apparaissent en quantités notables que lorsqu'on 
prolonge l'action ])endant très longtemps, ou que 
l'on emploie des pepsines commerciales ou des 
extraits de muqueuses stomacales entières, c'est-à- 
dire lorsqu'on se place dans des conditions qui 
n'excluent pas la présence de la Irypsine ou de 
l'érepsine. 

On sait, en effet, par les recherches de Boldirew ', 
avec quelle facilité le suc pancréatique reflue dans 
l'estomac après ingestion de graisse et vient, par 
conséquent, imprégner la muqueuse gastrique. 
D'autre part, la muqueuse pylorique (et non le suc) 
contient une érepsine'. Il n'y a donc rien de sur- 
prenant dans ce fait qu'avec des extraits de mu- 
queuses stomacales entières ou des pepsines com- 
merciales, sur la préparation desquelles on n'est 
pas renseigné, la protéolyse aille plus loin qu'avec 
le suc gastrique pur. Môme des pepsines de bonnes 
marques peuvent ici induire en erreur. Avec une 
pepsine deGriibler. la caséine a fourni promptement 
des acides aminés libres et notamment du trypto- 
phane, ce que l'on n'observe pas avec le suc pur''^. 
Toutefois, on continue à admettre que l'hydrolyse 
pepsique peut aller jusqu'à des polypeptides abiu- 
ré tiques. 

II y a donc une différence très nette entre l'action 
protéolytique du suc gastrique et celle du suc pan- 
créatique, confirmée d'ailleurs d'une manière frap- 
pante par ce fait qu'aucun des polypeptides de 
synthèse obtenus jusqu'à présent ne s'est montré 
accessible à l'action du suc gastrique, tandis que le 
suc pancréatique', au contraire, en dédouble un 
grand nombre. In vitro l'action du suc gastrique 
apparaît donc comme allant moins loin que celle 
du suc pancréatique, donc comme étant sans doute 
préparatoire de celle des diasiases intestinales. 

' Abdekhaldex et Rostoski ; Zt-ilsclir. f. phvsiol. Chcm., 
t. XLIV, p. 284. 

• Un exiiosé d'ensemble de ces reclierclies se trouve dans 
Zentralbl. f. il. ges. Physiol. u. Pathol. d. Sloffwechsch, 
N. F., t. m, p. 209, 190S. — Vov. aussi : Archives de 
Pttùqer, t. C.XXI, n° 1-2, 1907. 

= Beromann : Skaud. Arcli. f. Physiol., t. XVIII, p. 119, 
1906. — 0. CoHMiEiM : Physiol. der Vcrdauung, etc. Berlin. 
1908, p. 69. — C'est cette érepsine qui, mélangée avec la 
pepsine contenue dans le suc pylorique. constitue la pseudo- 
pepsine trouvée par Gliissner dans la muqueuse pylorique 
(Glaessxeu : Beilr. z. chcm. Physiol. u. Pathol., t. I, p. 24 
et lOli, 1901. — F. Klug : .^rch. do Pûuger, t. XCU, p. 2SI. 
1902. — Salaskix et K. Khwai.kvsky : Zeitschr. f. physiol. 
Chcm., t. XXXVIll, p. ;i71, 1903 . 

' Cité par Abdehiialdex et Ro.na : Ihid., t. XLVllI, p. 360, 
1906. 

' Ici encore on saisit des différences très nettes entre le 
suc pur (activé) et les produits commerciaux préparés avec 
des extraits de glandes. Ainsi la leucylalanine est dédou- 
blée par la " pancréatine » et résiste au suc (E. Fischer et 
P. Bergell : D. chcm. G., t. XXXVII, p. 3103, 1901). 



L'utilité de cette action préparatoire ressort d'ail- 
leurs d'une intéressante expérience d'Abderhalden 
et Ciigon'. On met en route en même temps deux 
digestions d'édestine, l'une avec du suc gastrique, 
l'autre avec du suc pancréatique activé; puis, après 
un certain temps (quatre jours), on i