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HISTORIQUE 



Paraissant tous les deux mois 



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TRENTE-DKUXJJÈME ANNÉB. 



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TOME QUATRE-VINGT-QUATORZIÈME 
Mai-Août 1907. 



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PARIS 
FÉLIX ALCAN, Éditeur 

108, BODLBVARD 8AINT-OBBMAIN 

1907 



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LE DUC DE CHOISEUL 



L'ALLIANCE ESPAGNOLE 



APRÈS LE l'ACTt! DE l'AMIL.l.E. 



I. 



Le pacte de famille est signé. Après les effusious et la joie, il 
faulpasseraux actes, etChoiseul s'empresse de se mettre a l' œuvre. 
* II De s'agit plus aujourd'hui, écrit-il le 15 septembre 1761 , que 
île concerter les mesures à prendre pour leur exécution la plus 
prompte et la plus entière. » Le roi d'Espagne, de son côté, n'en- 
lendait pas mater inactif et, suivant l'habitude qu'il avait prise, 
il discutait eu toute franchise avec l'ambassadeur de Louis XV 
a Madrid les projets auxquels od pourrait s'arrêter'. 

Diverses combinaisons venaient à l'esprit de Charles 111 pour 
s'efforcer d'abattre la puissance britannique. Il songeait à une 
i contre Gibraltar, ou bien à une invasion que les troupes 
franco- espagnoles tenteraient en Angleterre, si le cabinet de 
Londres ne prenait pas des précautions suffisantes pour la rendre 
impossible. Un autre pland'altaque visait la Jamaïque. MM. Wall 
et d'Ariaga semblaient persuadés qu'il y avait là des chances 
de succès, et d'Ossun trouvait lui aussi que ce serait le 
OMp le plus sensible à porter au commerce des Anglais dans les 
Inde* occidentales. Cette dernière entreprise aurait plus d'effets 
Ion engageait le Portugal dans l'alliance franco-espa- 
1 iiarles III pensait y parvenir à l'amiable. Eu quoi, d'ail- 
leurs, il voyait moins juste que son ministre et que l'ambassadeur 
français. Ceux-ci déclaraient en effet que se leurrer de pareilles 
espérances était vouloir se duper soi-même. 11 est vrai que d'Os- 

I. Eipune U3, fol. 433 et suit. 

Rbv. Uamm. XCIV. 1" paw. 1 



2 ALFRED BOURGUET. 

sun disait : « La crainte pourra faire ce que l'amitié ne produira 
pas. » 

Entre le secrétaire d'État espagnol et le représentant de 
Louis XV, les relations les meilleures et les plus cordiales existaient 
enfin. C'est ainsi que M. Wall n'hésita pas à confiera d'Ossun le 
précis d'une lettre qu'il avait récemment écrite à M. de Grimaldi 
« pour justifier ses principes et sa conduite passée ». Il lui témoigna 
d'ailleurs les sentiments les plus conformes aux désirs de Choiseul 
de voir les deux ministères s'accorder « une confiance, une amitié, 
une estime réciproques ». Charles III ne s'était donc pas trompé 
jadis en affirmant à l'ambassadeur que « la barque devait mar- 
cher dans le sens où l'on donnait le coup de gouvernail ». Sa fer- 
meté et sa constance n'avaient pas moins fait que les événements 
pour convaincre et pour convertir notre adversaire d'autrefois. 

La loyauté constamment témoignée par le ministre dirigeant 
de Louis XV n'était pas non plus étrangère à ce résultat. Elle 
avait, en tout cas, mérité la franche sympathie et l'estime du roi 
d'Espagne. D'Ossun trouva dans la lettre que Choiseul lui écrivait 
pour refuser la « grandesse » une exposition si noble et si vive de 
ses sentiments qu'il crut devoir la mettre sous les yeux de 
Charles III. Celui-ci, loin d'en être froissé, n'y vit qu'une preuve 
nouvelle de la délicatesse et de la fierté de son signataire. Il laissa 
donc entendre à l'ambassadeur qu'il ne différerait l'admission de 
Choiseul dans l'ordre de la Toison d'or qu' « autant qu'il serait 
indispensablement nécessaire d'éviter que la publicité de cette 
grâce puisse compromettre le secret du système convenu entre les 
deux couronnes 1 ». 

L'intimité entre les deux cours allait sans cesse en augmentant. 
Le 22 septembre 1761, Louis XV écrivait à Charles III pour lui 
demander d'être parrain de son petit-fils le comte d'Artois (le futur 
Charles X), et le roi d'Espagne lui répondait bien vite pour lui 
témoigner « le doux empressement avec lequel il acceptait cette 
proposition ». 

Afin de ne pas différer l'accomplissement de mes vœux, disait-il à 
son cousin, j'envoie aujourd'hui même ma procuration au duc de 
Berry, le priant d'exécuter à ma place cette cérémonie et de donner 
à mon filleul le nom de Charles. Mais comme je souhaite que rien ne 

1. Espagne 533, fol. 450. 



CHOISEUL ET L ILLUUCE ESPAGNOLE. 3 

■ ma satisfaction et aux marques de tendresse que je dois à 
mon neveu le comte d'Artois, je prie aussi V. M. de vouloir bien lui 
mettre, après la célébration de son baptême, la Toison d'or que mon 
ambassadeur remettra à V. M., et cela sans aucune cérémonie, en 
attendant qu'il parvienne à l'âge requis pour observer les solennités 
établies par l'ordre. Qu'il est doux pour moi de pouvoir donner à ce 
jeune prince ce doux gage de mon atl'ection, d'acquérir un tilleul aussi 
limaille par ses qualités et de procurer en même temps â mon ordre 
un aussi illustre membre qui en augmentera l'éclat autant par ses 
vérins que par son auguste rang'. 



II. 



$UM jour où le roi de France avait sollicité de son cousin 
une adhésion si prumptenient et si affectueusement donnée, Choî- 
seul informait d'Ossun que la négociation pour la paix avec l'An- 
gleterre était entièrement rompue et qu'il avait fait parvenir ses 
passeportsàM-dcStanley, l'agent choisi par Pitt pour transmettre 
DtiODS au cabinet de Versailles. M. de Bussy, de son côté, 
se préparait à quitter Londres, et la diplomatie allait de nouveau 
céder la parole au canon. 

11 était donc temps de combiner ses mouvements avec l'Espagne 
et de mettre en jeu l'alliance pour autre chose que des réjouis- 
sances de famille. Aussi Choiseul écrivait-il, de sa main, sur la 
lettre où d'Ossun lui communiquait les idées de Charles III : 



Les projets qui regardent l'Amérique méridionale, tels que la 
reprise de la Guadeloupe et la conquête de la Jamaïque, sont les plus 
profitables. Il faut y joindre celui du Portugal avec vigueur et la plus 
grande étendue, de sorte que je penserais qu'une entreprise sur Rio- 
: ' serait aussi bien nécessaire en mémo temps que celle 
qu'on exécuterait sur le continent portugais. Ces objets et ceux de 
miiaervalioii et d'approvisionnement des possessions des deux cou- 
ronnes doivent être les seuls projets en cours à ce qu'il me semble. 
On verra dans la suite s'il reste assez de moyens et Tà-propos pour 
donner des alarmes â la cour de Londres sur l'Irlande 1 . 

Suffisait-il même de faire des plans? Ce n'était pas l'avis de 
Choiseul, qui aurait voulu brusquer la situation maintenant qu'il 



ie 5M, fol. 14. 
3. Kap*snr S 




4 1LFRBD BOURGUET. 

était sûr de ne plus pouvoir signer la paix de la France avec 
l'Angleterre. Sans doute, le roi catholique n'ayant pris que pour 
le 1 er mai 1762 l'engagement de déclarer la guerre à l'Angle- 
terre, nous ne pouvions pas (en vertu de la convention secrète 
du 15 août 1761) exiger qu'il entrât en campagne avant le terme 
stipulé. Mais, comme la flotte espagnole était revenue des Indes 
en parfait état et chargée de galions, il y avait, suivant le mot 
du ministre, tant de raisons de convenance, d'intérêt et de pré- 
voyance à alléguer pour avancer le temps de cette déclaration 
qu'il n'était pas déraisonnable de croire qu'elle aurait lieu avant 
la date axée tout d'abord. 

Une chose paraissait d'ailleurs étrange à Choiseul (et il pen- 
sait que l'Europe serait de son avis), c'était qu'après l'incident 
du mémoire remis par M. de Bussy à la cour britannique sur la 
nécessité de la jonction des intérêts de l'Espagne à ceux de la 
France, on vit l'ambassadeur espagnol demeurer à Londres et le 
roi Charles ne pas témoigner, par son rappel, du ressentiment 
qu'il devait éprouver. « Ne pourra-t-on pas, disait-il, nous 
soupçonner d'avoir pris sur nous de faire penser et parler selon 
nos vues particulières la cour de Madrid, et l'opinion que l'Es- 
pagne est fort éloignée de vouloir rompre avec l'Angleterre ne 
sera-t-elle pas un moyen efficace pour le ministère anglais de 
s'assurer d'avance les fonds nécessaires pour la campagne de 
1762? » Pour ces diverses raisons, Choiseul espérait que l'on 
arriverait à convaincre Charles III et son secrétaire d'Etat de 
l'utilité d'avancer l'heure de la déclaration de guerre. Il donna 
même l'ordre à d'Ossun, le 29 septembre 1761, d'insister sur 
l'importance qu'il y aurait à commencer les hostilités au mois de 
décembre au plus tard. 

A vrai dire, l'ambassadeur trouva auprès de la cour de Madrid 
les dispositions les plus favorables. Le roi d'Espagne apprit sans 
peine et sans crainte la rupture de notre négociation avec 
l'Angleterre, et M. Wall dit à d'Ossun de son propre mouvement : 
« Vous savez que je n'aime pas la guerre, mais, puisqu'elle est 
devenue inévitable, je n'omettrai rien pour la rendre aussi nui- 
sible aux Anglais qu'il sera possible ». Tous les autres ministres 
espagnols parurent à d'Ossun « remplis de confiance et de fer- 
meté ». Mais, en dépit de ces bonnes intentions, le souverain lui 
exprima la crainte de ne pas pouvoir entamer les hostilités avant 
l'époque prévue par le traité. 






Chojseul crut donc indispensable de revenir à la charge et le 
13 octobre 176i il écrivit à d'Ossun une seconde lettre où il 
ait une fois encore ses vues sur l'entrée eu campagne de 
la monarchie espagnole. Plus il croyait apercevoir de lenteur à 
Madrid et plus U se montrait pressant pour que cette question fût 
profnptement réglée. Aussi disait-il : * J'ai longtemps conféré 
avec M. l'ambassadeur d'Espagfle sur la déclaration de guerre 
[. C contre l'Angleterre. Je crois avoir prouvé a cet 
ambassadeur qu'elle ne peut pas être trop prompte et qu'il était 
important qu'elle se fît vers le mois de novembre. » 

Il ne fallait pas s'attendre, d'après Choiseul, à ce que le minis- 
tère britannique traitât avec hauteur M. de Fuentès à Londres. Il 
semblait certain, au contraire, « que la cour d'Angleterre aurait 
pour celle d'Espagne la douceur la plus marquée » et que 
« M. Pitt s'étudierait à endormir S. M. C. par des complaisances 
et même des espérances de terminer les différends à la satisfac- 
roi d'Espagne », afin d'empêcher ou tout au moins de 
retarder le plus possible l'union des armes françaises et espa- 

Choiseul redoutait beaucoup, si Pitt parvenait à ce résultat. 
3t lui voir acquérir dans les cabinets de l'Europe * une grande 
i iur bous » en leur inspirant une crainte très vive par 
le seul fait que l'Espagne paraîtrait avoir peur de se déclarer 
Quatre l'Angleterre. Le iniuistre anglais ne pourrait-il pas non 
plus, si l'on venait à apprendre notre alliance avec l'Espagne, 
nous couvrir de confusion en la traitant d'inutile et même de chi- 
mérique puisqu'elle ne produisait aucun résultat? 

Ce serait là pour notre adversaire un succès moral considé- 
rable devant les puissances étrangères et devant ses concitoyens, 
toujours prêts à l'admirer. En outre, le crédit financier se sou- 
tiendrait à Londres * en proportion de l'opinion qu'on aurait que 
l'Espagne ne *.■ déclarerait pas contre l'Angleterre ». Si le minis- 
tère britannique, disait Choiseul, flattait et entretenait pendant 
mois cette croyance, il se donnerait le temps de réunir 
des fonds pour une campagne nouvelle contre la France et il 
remporterait ainsi uu grand avantage sur nous. L'un des objets 
intéressants de l'alliance n'ètail-il pas d'empêcher * l'opération 
de fonds » qui serait consommée si l'Espagne ne prenait pas un 
parti dans le courant de novembre. « En vérité, concluait le 
ministre, yi ne conçois pas quel avantage le retardement de la 




6 ALFRED BOORGUBT. 

déclaration de S. M. C. pourra procurer qui puisse compenser 
celui de l'embarras de la cour d'Angleterre sur ses fonds 1 . » 

Un autre « objet politique et essentiel » paraissait de nature 
à activer les décisions de Charles III. Choiseul avait perdu toute 
espérance de voir la cour de Vienne triompher dans sa lutte contre 
le roi de Prusse et il écrivait à d'Ossun : « Quoique les Autri- 
chiens aient pris Schweidnitz par une espèce de miracle et que, 
dans ce moment, leur enivrement doive faire place à l'abattement 
qu'ils avaient montré précédemment, il faut s'attendre qu'il arri- 
vera en Silésie, avant les quartiers d'hiver, des événements qui 
pourront faire renaître cet abattement. Il sera autorisé par l'es- 
prit qui règne à Pétersbourg et qui, nécessairement, influe sur 
la cour de Vienne. » 

Choiseul redoutait que les deux impératrices ne fissent alors 
des démarches pour la réunion du congrès projeté à Augsbourg. 
Il estimait que, si l'Angleterre y consentait, nous aurions de la 
peine à nous y opposer et que « les négociations pourraient se 
trouver en pleine activité » à la fin de cette année 1761. « Si 
l'Espagne ne s'est pas déclarée, disait-il très justement à 
d'Ossun, elle ne sera point admise au congrès. Si elle n'y 
est point admise, jugez du râle que jouera la France seule, 
obligée de se soumettre aux conditions de ses ennemis et 
de ses alliés... Cette situation de la France sera aussi humi- 
liante que désavantageuse. Au lieu que, si le roi d'Espagne avait 
un ambassadeur à Augsbourg, unis d'intérêts avec lui nous y 
jouerions le rôle, pour les affaires d'Espagne et de France, qui 
nous conviendrait en nous rendant les maîtres absolus de notre 
négociation avec l'Angleterre 2 . » 

ni. 

Il faut bien convenir que les raisons exposées par Choiseul 
étaient des plus sérieuses et méritaient d'être examinées avec soin 
par Charles III. Le ministre français venait d'ailleurs d'assumer 
une tâche nouvelle qui devait l'encourager plus encore à sollici- 
ter le concours des forces maritimes de l'Espagne. 

Le 13 octobre 1761, son cousin, le comte de Choiseul-Praslin, 

1. Espagne 535, fol. 45. 

2. Espagne 534, fol. 47. 






et l ir.i.nncE espagnols, 7 

avait prêté serment pour la charge de secrétaire d'Etat aux Rela- 
tions extérieures. Par une mesure que justifiait la confiance de 
Louis XV et la gratitude du roi d'Espagne, Choiseul conservait 
la correspondance diplomatique avec l'Espagne, le Portugal et 
les cours de famille (Naples et Parme). Mais il prenait possession 
du ministère de la Marine, et toute son activité ne serait pas de 
trop pour mener de front les occupations si lourdes que lui impo- 
saient ses multiples fonctions. Il se montrait plein d'ardeur pour 
se mettre à la besogne et de courage pour l'accomplir. « C'est 
une machina bien en désordre, disait-il en parlant de son nou- 
veau département. Avec de la patience, de la suite, du tru- 
eail et plus de talents que je n'en ai, on vient à bout de 
tout. » D devait justifier, et au delà, les espérances qu'il conce- 
vait alors. 

Pour la réussite de cette œuvre, l'entente avec l'Espagne était 
on point capital, et le concours empressé du marquis d'Ossun lui 
demeurait des plus précieux. Aussi Choiseul fut-il heureux d'ob- 
tenir d<- Louis XV un témoignage matériel de satisfaction pour 
•on ambassadeur à Madrid. Le jour même où il faisait part à 
d'Ossun de son entrée en fonctions à la Marine, il lui annonçait 
« une gratification de 20,0<J0 livres qui serait jointe k ses appoin- 
tements du premier quartier de l'année prochaine ». Récompense 
bien méritée des efforts accomplis par ce fidèle serviteur et stimu- 
lant de zèle pour l'activité qu'il lui faudrait encore témoigner 
dans l'avenir. 

On événement sensationnel venait de se produire à Londres 
qui pouvait modifier sensiblement les conditions de la politique 
générale. C'était la retraite du ministre qui possédait à un si haut 
degré la confiance de la nation britannique. Pitt avait donné sa 
démission, et Georges III, consentant sans peine à l'accepter, 
avait aussitôt confié le pouvoir à lord Bute, qui lui était bien 
autrement sympathique. 

Jfl ni doute pas, disait Choiseul, que Irt rupture de notre négocia- 
tion avec ta cour de Londres n'ait été un dus motifs de ce change- 
ment dans !>■ ministère britannique ou, du moins, le prétexte plau- 
>' qu'on I salai les ennemis de M. Pitt pour l'obliger à se retirer, 
et, cottéquenimcnl, je pense que Milord Bute va s'attacher par toutes 
s de moyens à conjurer l'orage qui était prêt à fondre sur son 
l par l'union de la France el de l'Espagne; mais les ministres 




8 ALFRED B0U1GUET. 

anglais peuvent changer, je suis bien sûr que la volonté du Roi et 
celle du roi d'Espagne ne changeront pas 4 . 

On sait que Choiseul devinait juste en bien augurant pour 
l'avenir de la chute de l'homme qui avait impitoyablement poussé 
son pays à la lutte contre la France. Mais, en attendant l'heure 
où les conséquences de son départ se feraient sentir, il ne {allai t 
rien négliger pour se mettre en état d'en profiter. Nous venions 
de faire à la cour de Londres les avances les plus désavanta- 
geuses pour obtenir la paix. Elles n'avaient pas réussi, et Choi- 
seul persistait à croire que l'état de guerre pouvait seul, à cette 
date, nous dédommager de l'humiliation des sacrifices que nous 
aurions consentis. 

Voilà, disait-il, le moment d'arrêter les progrès de l'ennemi com- 
mun. Le trouble de son intérieur, les embarras qu'il rencontre dans 
ses moyens doivent nous faire augurer que la déclaration de l'Es- 
pagne réduira l'Angleterre à un système pacifique et modéré tel qu'il 
convient aux intérêts et à l'honneur des deux couronnes... La rup- 
ture de l'Espagne avec l'Angleterre nous parait instante. Nous croyons 
être dans la circonstance où cet événement fera une sensation à 
Londres très avantageuse pour nous, et nous sommes impatients 
d'apprendre si la cour de Madrid pense de même que le Roi sur ce 
point important. 

La cour de Madrid était moins pressée que le cabinet de Ver- 
sailles. Le roi d'Espagne approuvait sans restriction les prépa- 
ratifs de Choiseul, et il avait appris avec la plus vive satisfaction 
le nouvel arrangement qui mettait entre les mains de ce ministre 
les deux départements de la Marine et de la Guerre. Il augurait 
les plus heureux résultats de cette réunion des forces maritimes 
et militaires sous la même direction, mais il hésitait encore à se 
déclarer contre l'Angleterre. En dépit des instances du marquis 
de Grimaldi, qui se joignait de Versailles à Choiseul pour le 
pousser aux mesures immédiates, Charles III voulait attendre les 
informations qu'il avait demandées à son ambassadeur à Londres. 

Le départ de Pitt ne l'avait pourtant pas moins réjoui que 
Louis XV. C'était d'ailleurs (s'il faut en croire M. de Fuentès) à 
« une circonstance qui regardait l'Espagne que l'on devait le 

1. Espagne 534, fol. 87. 






cnolSEFL KT LULUHCI FiSPICSOLB. 9 

i«rt du ministre anglais' ». M. Wall, on s'en souvient, avait 
adresse à l'ambassadeur britannique à Madrid un mémoire pour 
affirmer que la remise de celui de Bussy à Londres avait été faite 
d'accord avec l'Espagne, M. Pitt aurait minuté une réplique qui 
contenait en substance que « l'Angleterre étant informée que le 
roi catholique avait fait un traité avec la France, ce prince eût 
a remettre au ministère britannique une copie de ce traité afin 
qu'il pût se déterminer, avec connaissance de cause, sur le parti 
à prendre ». 

( in serait assez disposé à croire, en voyant le ton rogue et hau- 
tain de ces mots, qu'ils répondaient bien à la pensée comme a la 
forme ou plutôt à l'absence de formes de l'homme d'Etat anglais. 
M. de Fuentes prétend que, cette réponse ayant été entièrement 
désapprouvée par les collègues de Pitt, celui-ci, piqué, donna sa 
démission. L'explication n'a rien d'impossible. 

En tous cas, la France et l'Espagne se trouvaient débarrassées 
d'un adversaire implacable, et cet événement ne pouvait que leur 
causer une véritable satisfaction. M. Wall s'était même Datte, 
dans le premier moment, que cette retraite faciliterait une paci- 
fication générale. Choiseul avait une vue plus juste de la situa- 
tion en n'escomptant que pour l'avenir le changement survenu à 
Londres. Le secrétaire d'Etat espagnol dut vite reconnaître que 
Charles 111 partageait le sentiment du ministre français et qu'il 
fallait, sans se laisser arrêter par un espoir prématuré de conci- 
liation, continuer les préparatifs militaires. Ils amèneraient plus 
sûrement la paix que ne le feraient des négociations nouvelles 
arec la cour de Londres. 

IV. 

Poursuivre les armements paraissait beaucoup à Madrid. Il 
semblait h Versailles que c'était encore bien peu. Aussi, en 
apprenant que Charles III ne croyait pas pouvoir déclarer la 
guerre à l'Angleterre avant la date fixée par la convention 
secrète, Choiseul ne pouvaît-i! pas s'empêcher d'écrire à d'Os- 
sun : « Dieu veuille que d'ici au 1" mai il ne se rencontre pas de 
nouveaux obstacles à la déclaration. » Puis il ajoutait ce trait, 
qui ne manque pas de saveur : 

M. de Grimaldi que ce qui arrive arrive- 




'0 



ALFRED BOI'RC.I'ET. 



rail, et ce pari a été fait dans le lemps que cel ambassadeur me 
pressait si vivement de signer la convention et me faisait dea 
reproches du retardement que je mettais à la consommation de cet 
ouvrage. Alors il aurait voulu que j'eusse mis à la déclaration de 
guerre de l'Espagne un terme plus rapproché. Je ne voulus pas, en 
lui disant que le roi d'Espagne serait toujours le maitre d'entrer en 
guerre, que je pariais qu'il ne se déclarerait pas cette année et que 
j'éloignais te moment de la guerre espagnole afin qu'elle fût sûre et 
que nous n'eussions pas, au premier pas de l'alliance, à nous plaindre 
de notre allié. M. de Grimakti s'échauffa et paria que son maitre 
serait en guerre celte année. Je pariai; croyez-vous à présent que j'ai 



La satisfaction d'avoir prévu ce qui allait se passer n'était pour 
Choiseul qu'un bien faible dédommagement à la tristesse de voir 
l'Espagne toujours si longue à se décider. Il avait bien senti 
d'avance toute la difficulté qu'il éprouverait à faire entrer en 
guerre une nouvelle puissance. Voilà pourquoi, tant qu'il avait 
pu, il s'était borné à se servir d'elle comme d'un sujet de crainte 
pour l'Angleterre. Maintenant que les pourparlers de paix 
étaient définitivement rompus avec ce pays, il tachait de stimu- 
ler le zèle du roi catholique, mais il n'entendait pas se rendre 
insupportable à l'allié de la France par une insistance trop vive. 
Les premières démarches du marquis d'Ossun auprès de Charles III 
ne semblant pas avoir donné le résultat espéré, Choiseul lui disait, 
à la date du 27 octobre 1761 : « Quoi qu'il en soit, pressez sans 
chaleur le ministère de S. M. C. Il doit connaître les possibilités 
de l'Espagne mieux que moi, et, quelque chose qui arrive, notre 
premier objet est d'être bien avec l'Espagne quand même elle 
nous abandonnerait. » 

Quelques jours seulement se passaient, et d'Ossun lui donnait 
au contraire des nouvelles qui semblaient faire prévoir, pour une 
assez brève échéance, la rupture entre Londres et Madrid. 
Charles III avait, en effet, déclaré à l'ambassadeur qu'aussitôt 
informé du départ des renforts qu'il envoyait en Amérique, il 
s'expliquerait clairement vis-à-vis de la cour britannique. 
D'autre part, son ministre de la Marine travaillait à former le 
plan de l'expédition projetée contre la Jamaïque. C'étaient là des 
indices de dispositions belliqueuses. 



d'Ossun, 27 octobre 1761, de s; 



i. Espagne 514, fui. I il. 






CHOTSECL ET l'iLMâNCE f 9PAG mit.k. H 

l conduite de M. Wall en présentait d'autres non moins évi- 
dents. L'ambassadeur anglais lui ayant demandé, par ordre de 
sa cour, s'il était vrai que l'Espagne avait fait un traité avec la 
France, le secrétaire d'Etat répondit qu'il n'avait rien à ajouter 
à ce qu'avait dit à Londres M. de Fuentés. Au surplus, continua 
M. Wall, le refus que venait de faire l'Angleterre des conditions 
avantageuses de paix que le cabinet de Versailles lui avait 
offertes montrait assez que le projet du ministère britannique 
était d'écraser entièrement la France, de même que sa conduite à 
l'égard de l'Espagne semblait annoncer l'intention de traiter 
ensuite cette puissance comme la première. Lord Bristol se 
récria naturellement très fort sur un pareil soupçon et protesta 
(les protestations eu ce cas sont de rigueur) que sa cour en était 
bien éloiguée. Mais M. Wall lui répliqua que, la chose étant 
suffisamment démontrée par les faits, il avait conseillé et il con- 
seillerait constamment au roi, son maître, < de périr s'il le fal- 
lait, mais de périr les armes à la main 1 ». 



Si l'Espagne se décidait a la rupture, un point qui avait bien 
son importance était de savoir ce que ferait le Portugal. 
Charles III n'entendait pas permettre à ce pays de conserver sa 
neutralité, et il déclara à d'Ossun qu'il obligerait le Roi Très 
Fidèle à prendre parti pour ou contre les Anglais. 

Lr souverain espagnol semblait d'ailleurs mépriser un peu 
trop les forces du Portugal. Ne dit-il pas à l'ambassadeur de 
Louis XV qu'il n'aurait qu'à permettre aux habitants de la 
Galice de prendre les armes et qu'ils auraient bientôt conquis ce 
royaume? A quoi son interlocuteur prit la liberté de répondre 
qn'il faudrait une armée de 30,000 hommes au moins pour assu- 
rer le succès d'une pareille expédition et qu'il serait surtout 
nécessaire d'avoir un train d'artillerie considérable. Or, sur ce 
- 5 ut, d'Ossun se montrait fort alarmiste. » II n'y a pas 
nt, écrivait-il à Choiseul, dix affûts en état de servir. » 
U est vrai qu'il ajoutait : « S. M. C. vient de nommer le comte 
de Gazo, qu'il a fait venir de Naples, inspecteur d'artillerie et de 
lui donner les pouvoirs les plus amples pour la mettre incessam- 



iJl, fol. 155. 




42 ALFRED BOURGUET. 

ment en état. L'on peut tout espérer de l'intelligence et de l'ac- 
tivité de cet officier 1 . » 

Cette question du Portugal préoccupait aussi la cour de Ver- 
sailles. Il y avait plutôt tension dans nos rapports avec ce pays, 
et bien des froissements d'amour-propre s'étaient produits qui ne 
paraissaient pas de nature à les améliorer. Louis XV, afin de 
savoir à quoi s'en tenir, envoya, le 15 novembre 1761, 
M. O'Dunne comme ministre plénipotentiaire à Lisbonne. Il 
devait, avant de rejoindre son poste, passer par Madrid et se 
concerter avec M. Wall pour prendre ses instructions et recevoir 
les ordres de Charles III. « Les sentiments, les intérêts et les vues 
étant les mêmes entre les deux souverains que nous avons l'hon- 
neur de servir (disait Choiseul à M. Wall), il est naturel et 
nécessaire qu'il y ait une parfaite et constante unanimité de pro- 
pos et de démarches entre leurs ministres respectifs, et le roi ne 
peut donner une preuve plus sensible de ses intentions à cet 
égard que de subordonner la mission de M. O'Dunne aux volon- 
tés de S. M. C. 2 . » 

Choiseul complétait sa pensée sur ce point et la révélait tout 
entière à d'Ossun dans sa lettre du 17 novembre 1761 3 : 

Vous savez, lui écrivait-il, que les démarches à Lisbonne doivent 
être entamées par le roi d'Espagne. Le ministre du Roi ne peut 
paraître qu'à l'appui de celui de S. M. C. Aussi, c'est de Madrid que 
doivent partir les règles de sa conduite. // serait fort à désirer que 
le parti sur le Portugal fût brusque. Je crois que lMntérêt des deux 
couronnes exige qu'on ne se laisse pas amuser par la cour du Portu- 
gal qui, d'après sa faiblesse, pourra nous promettre ce qu'on lui 
demandera, mais finira, à coup sûr, par nous tromper. 

L'avantage des deux couronnes est que le Portugal soit contre 
elles. Pourquoi, pour une forme, se mettre dans le cas de perdre cet 
avantage? En vérité, le gouvernement portugais mérite-t-il que l'on 
cherche des prétextes pour l'écraser, surtout quand de son anéantis- 
sement il doit résulter un grand bien? 

Afin de mieux convaincre Charles III de l'intérêt qu'il y avait 
pour lui à entreprendre cette campagne, le ministre ajoutait : 

Si le roi d'Espagne a du scrupule^ qu'il songe que, s'il ne veut 

1. D'Ossun à Choiseul, 9 novembre 1761. 

2. Espagne 534, fol. 169. 

3. La minute de celte lettre, au quai d'Orsay, est de la main du ministre. 






CBOISBCL BT L ALLUME ESPiOTOLK. 43 

pas garder le Portugal (que je lui conseillerais 1res fort do garder, 
car il lui appartient), il le restituera pour lu Saxe et les états du roi 
. u -fire. 

Ces dispositions belliqueuses ne pouvaient pas choquer la cour 
de Madrid, puisque à cette même date d'Ossun annonçait à Choi- 
seol que le roi et son ministère s'occupaient sérieusement des pré- 
paratifs exigés par une expédition éventuelle contre le Portugal, 
it rapprocher de la frontière les troupes nécessaires, dis- 
poser l'artillerie de siège et de campagne et former des magasins 
d'approvisionnements. M. Wall, devenu partisan de l'action, 
alors que l'on devait tout faire pour priver les Anglais 
d'auxiliaires aussi précieux. 11 regardait le Portugal et la Hol- 
lande comme les deux bras de l'Angleterre, et il pensait qu'il fal- 
lait • ou lea couper ou les armer contre leur corps ». 




VI. 

Choiseul, que les informations successives et bien différentes 
du marquis d'Ossun faisaient passer par des alternatives d'espoir 
oa de découragement, ne pouvait que se réjouir des tendances à 
la fermeté manifestées alors par la cour de Madrid. Il commen- 
çait -À croire que le moment de la rupture entre l'Espagne et 
l'Angleterre approchait enfin, et cela convenait à ses plans, car 
il était décidé a ne pas entamer de nouveaux pourparlers paci- 
fiques avec Londres. Le roi Louis XV ne se montrait d'ailleurs 
paa plus disposé que lui a accepter désormais des bases de paix 
aussi désavantageuses que celles présentées par l'.ussy. 

Il faudrait avoir â traiter avec un second Pitt pour oser négocier 
sur do pareille* propositions, disait Choiseul à d'Ossun. Je sais l'ef- 
froi qu'elles mont coûte. La guerre est le seul bon parti à prendre... 
De la fermeté et de la patience ne nous construiront pas des vaisseaux, 
nous feront triompher de nos ennemis 1 . 

■ nouvelles que l'ambassadeur d'Espagne à Londres trans- 

lit à son collègue de Versailles ne semblaient pas indiquer 

en Angleterre des dispositions aussi belliqueuses que celles mani- 
festée! par Choiseul et par M. Wall. D'après le comte de Fuen- 

I. Ol'-K"' ■'■■'■ 



44 ALFRBD BOURGUBT. 

tes, le ministère britannique désirait la paix ; seulement il se 
rendait bien compte que la France ne se prêterait plus, à l'heure 
actuelle, aux conditions rejetées par Pitt. Un des principaux 
hommes d'État anglais, lord Egremont, lui déclara que, dans la 
Chambre haute comme dans la Chambre des communes, on ne 
partageait pas les vues intransigeantes exprimées par notre 
infatigable adversaire. IL ajouta, il est vrai, que « les entrepre- 
neurs qui s'enrichissaient par les marchés qu'ils faisaient pour 
la guerre et les corsaires qui comptaient aussi s'enrichir par la 
prise des gabions et des vaisseaux espagnols préféraient leur 
intérêt personnel à celui de la patrie 1 ». 

M. de Fuentès ne pensait pas que Pitt revînt au pouvoir à 
cause de l'opposition que son énergie, parfois brutale, avait sou- 
levée contre lui parmi ses collègues. Ceux-ci redoutaient égale- 
ment l'empire absolu qu'il exercerait s'il venait à rentrer au 
ministère. Mais l'ambassadeur écrivait à M. de Grimaldi : 
« Comme le motif de sa retraite, ainsi qu'il l'a publié lui-même, 
est qu'il voulait nous prévenir à cause de la certitude qu'il avait 
de notre union avec la France pour faire la guerre à l'Angle- 
terre, si les assurances qu'il a données à ce sujet se réalisent, ses 
affaires deviendront meilleures. » 

M. Wall partageait cette manière de voir. C'est pour cela que 
la cour d'Espagne (à en croire une pièce jointe dans les archives 
du quai d'Orsay à la lettre de M. de Fuentès) répondit à lord Bris- 
tol que « le Roi n'avait conclu aucun traité avec la France au 
préjudice et au détriment de l'Angleterre 2 ». Si la réponse fut faite 
en ces termes, il faut bien convenir que, dans cette occasion, l'on 
usa sans réserve à Madrid du droit de mentir attribué parfois aux 
hommes d'Etat dans l'intérêt de leur patrie. L'ambassadeur bri- 
tannique sentit néanmoins que sa situation devenait impossible 
en Espagne au milieu des préparatifs de guerre qui ne pouvaient 
lui échapper. Il demanda sa retraite sous prétexte que le climat 
et l'air du pays étaient contraires à sa santé. 

Le ministère anglais ne voulut pas lui accorder une permis- 
sion qui, dans l'état de choses actuel, aurait singulièrement res- 
semblé à une rupture. Ainsi que l'avait prédit Choiseul, au lieu 
de montrer trop de raideur à l'Espagne, le cabinet de Londres 



1. Espagne 534, fol. 185. 

2. Espagne 534, fol. 185. 



CnilISECL ET L1LLI4NCE ESPAGNOLE. t 3 

l-vis d'elle un ton beaucoup moins hautain et pressant; 
il s'efforçait encore d'éviter une guerre nouvelle. C'est que, si la 
France était épuisée par les efforts accomplis dans ces dernières 
années, l'Angleterre ne se trouvait pas dans une situation moins 
critique et moins ruineuse. Voilà pourquoi le gouvernement, 
assagi par le départ de Pitt, ne tenait pas à se créer des compli- 
cations nouvelles. 

Cela ne l'empêchait pas, d'ailleurs, de prendre les mesures exi- 
las circonstances. C'est ainsi qu'il envoyait au général 
Amherst l'ordre d'ajouter 5.000 hommes aux bataillons que 
L'Angleterre destinait à une expédition contre la Martinique. De 
plus, l'amirauté donnait les ordres nécessaires pour la levée de 
8.000 marins qui devaient compléter l'armement de l'escadre 
chargée d'une croisière sur les cotes de Biscaye. Elle en prépa- 
rait une seconde pour la Méditerranée, ou pour telle autre desti- 
nation qui serait indiquée, en cas de rupture avec l'Espagne. 
Cette hypothèse apparaissait alors comme si probable que 
I Bristol commençait, bien que son ministre n'eût pas accédé 
i demande de retraite, à faire emballer ses meubles et ses 
i. 11 n'ignorait pas, sans doute, que l'on travaillait à Madrid 
u rassemblement d'un corps de 30,000 hommes à la portée des 
frontières du Portugal, et cette mesure, projetée contre un ami 
■û fidèle delà puissance britannique, ne pouvait qu'être un son de 
cloche des hostilités prochaines entre l'Espagne et l'Angleterre. 



VII. 



Et, m effet, si Charles III taisait ces préparatifs, c'est qu'il 
était bien décidé, du jour où il romprait avec le cabinet de 
Londres, à obliger la cour de Lisbonne à prendre uu parti. Il dit 
a d'Oasun, le 23 novembre 1761, qu'il donnerait un tenue très 
court au roi de Portugal pour se déterminer en lui déclarant que, 
faute de réponse dans le délai fixé, il le traiterait comme un 
ennemi. Il aurait désiré, d'autre part, que la France agit avec la 
Hollande comme il se proposait de le faire avec le Portugal. A ses 
yeux, si les Anglais, déjà épuisés par la guerre d'Allemagne, se 
trouvaient obligés de venir en aide à ces deux pays avec des 
troupes, de l'argent et des vaisseaux, ils ne seraient plus en état 
de diriger des expéditions contre l'Amérique, avantage énorme 
pour l'Espagne comme pour nous. 




46 ALFRED BOURGUET. 

Choiseul partageait bien cette manière de v '" puisqu'il écri- 
vait à cTOssun : « Quant à l'article de votre lettre qui regarde la 
déclaration à la Hollande pour l'obliger à prendre parti, j'avoue 
que ce projet m'a séduit depuis plusieurs années. Je l'ai proposé 
à différentes fois à S. M. sans succès 1 . » Le ministre pensait tou- 
tefois qu'à l'heure actuelle pareille combinaison était difficile, 
môme impossible. 

Une telle entreprise ne pouvait pas être improvisée, et les 
mesures prises à Versailles étaient tellement considérables qu'il 
ne fallait pas songer, sans une vraie imprudence, à modifier nos 
plans de campagne. C'est l'ensemble de nos préparatifs que con- 
tient une lettre, du 25 novembre 1761, adressée par Choiseul à 
d'Ossun. Tout entière écrite par lui, elle mérite d'être connue, car 
elle montre l'infatigable activité du ministre qui concentrait 
alors entre ses mains les triples pouvoirs de la Guerre, de la 
Marine et, partiellement, des Affaires étrangères. 

Le Roi compte avoir 435,000 hommes en Allemagne. Ce nombre 
y est nécessaire pour conserver la Hesse, le comté de Hanau, la par- 
tie conquise de l'électoral de Hanovre et les pays du roi de Prusse 
sur le Bas-Rhin. Avec ce nombre, vu la nature du pays, nous ne 
parviendrons peut-être pas à faire des conquêtes, mais nous conser- 
verons des pays dont la conservation est nécessaire, comme vous 
l'aurez jugé par le détail de notre négociation a . 

Nous avons envoyé ou nous enverrons dix bataillons en Amérique, 
dont trois sont embarqués sur l'escadre de Brest, deux sont partis à 
présent de Bordeaux pour aller directement à Saint-Domingue sur 
des bâtiments marchands. Il y a apparence qu'ils arriveront sans 
accident, mais, s'ils étaient pris, nous sommes déterminés à en ris- 
quer deux autres, et ainsi successivement jusqu'à ce qu'il en arrive 
le nombre suffisant dans cette colonie, avec l'artillerie et les muni- 
tions nécessaires. Nous embarquerons quatre bataillons sur l'escadre 
de Rochefort pour les expéditions que les deux cours jugeront utiles. 
Enfin, Ton embarquera encore un bataillon à Bordeaux avec des 
munitions de guerre pour la Louisiane. Voilà les dix bataillons, qui 
iront peut-être à quatorze si ceux de Bordeaux sont dans le cas d'être 
remplacés. 

Nous aurons deux camps en Normandie pour la sûreté de nos 



1. Espagne 534, fol. 213. 

2. Colle de Bussy à Londres. Cf. Rev. hist., t. LXXI, année 1899, le Duc de 
Choiseul et V Angleterre. 



CHOISI i r ii i il i.i . ■■ 



eu 
me 



eûtes el la prote-Von du cabotage; Jeun autres camps en Bretagne, 
l'uo, vis-à-vis de itclle-lsie, qui fora les simulacres pour l'attaque de 
celle lie, qu'il faut bien se garder de lonler, parce que son occupa- 
lion par les ennemis uo nous nui! en rien et leur conte beaucoup, 
mais, pour produire cet effet, il esl nécessaire que nous avons tou- 
jours l'air offensif contre celte ile. Le second sera à Sainl-Malo avec 
tout ce qui sera nécessaire pour une entreprise contre Jersey et 
Gucrnesey. 

Les des de Hé et d'Olèron seront garnies de Iroupes, de manière à 
ne pas nous laisser d'inquiétude. 11 y aura dix bataillons dans l'une 
et buil bataillons dans l'autre. A Rochefort et dans l'Aunis, dix-huit 
bataillons, des dragons el de la cavalerie qui seront dispersés 
depuis la Rochelle jusqu'à Rayonne. Nous armerons onze vaisseaux 
I Toulon qui seront destines selon les vues des deux couronnes. La 
Provence sera garnie des bataillons qui reviendront de Minorque. 
En Flandre, il y aura entre Calais et Dunkeri/ue un ca'/ip de 
30,00» hommes arec tout l'appareil en bateaux plais, chaloupes, 
canonnières, etc., pour un débarquement eu Angleterre. 
Voilà, M., en détail le plan du [toi pour l'année prochaine. Il esl 
■fensif dans do certains points et olténsifen ce qu'il forcera néce3- 
lîremenl l'Angleterre d'employer une partie de ses forces sur nos 
eoies el de diminuer d'autant celles que celle puissance pourrait 
employer contre l'Espagne'. 



Si l'on examine le détail des opérations projetées, ou voit 
avec quel soin Choiseul réglait la conduite de nos affaires. L'en- 
semble en apparaît comme un courageux effort vraiment digne 
de notre pays. Le ministre savait trop bien, par l'expérience 
IVâit faite; ces dernières années, que nous ne pouvions 
compter avec certitude que sur nous-mêmes. Aussi, pour ne pas 
éprouver de déceptions, ne formait-il ses plans de guerre qu'avec 
les ressources de la France. 11 se réservait toutefois la possibilité 
(ai la conr de Madrid se décidait enfin a entrer en lutte) de eom- 
faioer avec Charles 111 toute une série de mesures qui viendraient 
se joindre aux nôtres et renforcer nos moyens d'action. N'est-il 

9 regrettable de penser qu'à cette date du 25 novembre 1761, 

plu» de trois mois pourtant après la signature du pacte de 

Lui encore la conduite la plus sage et la seule atti- 

..., hl. 113 cl »uir. 
iUv. 11»™*. XCIV. I» mo. 2 




J8 ALFEED B0CRGCET. 

VIII. 

Il y avait, en effet, quelque chose d'étrange dans la situation 
de l'Espagne à cette époque. La cour de Madrid se trouvait liée 
à notre sort en vertu du pacte de famille et faisait tous les prépa- 
ratifs que comportait le traité d'alliance. Elle conservait cepen- 
dant ses bons rapports officiels avec l'Angleterre, puisque 
l'ambassadeur espagnol demeurait à Londres et ne paraissait 
nullement songer à en partir. 

C'est pour cette raison que Choiseul ne tablait d'une façon 
ferme que sur nos armements particuliers. En ce qui concernait 
les forces militaires de notre allié, le ministre se bornait à 
émettre des vœux. Il les faisait connaître à d'Ossun en le char* 
géant de les communiquer au souverain et à ses secrétaires 
d'État qui pouvaient seuls les réaliser. Il les résumait en ces 
termes : 

Pour ce qui est de la cour de Madrid, je croirais qu'en supposant 
que ses possessions en Amérique soient en état, elle devrait former 
un plan défensif sur ses côtes, et je ferais entrer dans ce plan les 
projets de deux camps, l'un ordinaire devant Gibraltar, l'autre sur 
les cotes de Galice en menaçant par des préparatifs d'une descente 
en Irlande. L'Espagne aurait aussi deux projets offensifs à exécuter, 
l'un, selon nos conventions, contre le Portugal (il faudrait y employer 
au moins 30,000 hommes et que cette attaque vigoureuse n'éprouvât 
aucun ralentissement qui la fit échouer], l'autre sur la Jamaïque, en 
se concertant avec nous, en joignant à ses forces l'escadre de Roche- 
fort et en venant la chercher à nie d'Aix 4 . 

L'entreprise contre la Hollande serait réservée pour plus tard 
si on la jugeait nécessaire. 

Le projet relatif à la Jamaïque était depuis longtemps à l'étude 
en Espagne, mais il traînait avec une lenteur qui désespérait le 
marquis d'Ossun. Celui-ci voyait dans le succès de cette expédi- 
tion un coup terrible porté à la puissance anglaise en Amérique 
et une source de revenus considérables pour les alliés. D'après 
l'ambassadeur, en dehors des richesses de produits que l'on y 
trouverait, Ton pourrait en tirer plus de 60,000 nègres qui, 

1. Espagne 534, fol. 215. 



CHOISEUL et l'alliance espagnole. 49 

répartis entre les possessions françaises et espagnoles, y produi- 
raient des avantages considérables, car, disait-il, « les nègres 
sont les bras des colonies, et peut-être l'habileté des Anglais et le 
peu d'entendement des Français dans la traite de ces esclaves 
ont-ils été en partie cause de la supériorité que les colonies 
anglaises ont prise sur les nôtres. En effet, tandis qu'un nègre ne 
leur revient qu'à 800 francs, nous le payons 1,500 et jusqu'à 
2,000 livres, et, comme ce sont les Anglais qui nous les four- 
nissent, il est à présumer qu'ils gardent les meilleurs pour leurs 
colonies 1 ». 

Ces considérations, qui n'entreraient plus en ligne de compte 
de nos jours, avaient bien leur importance à l'époque où d'Ossun 
les exposait. Elles ne faisaient néanmoins pas avancer les prépa- 
ratifs de l'Espagne, puisque l'ambassadeur en était réduit à 
écrire, le 7 décembre 1761 : 

Il est certain que S. M. catholique désire que le projet contre la 
Jamaïque puisse avoir lieu. Reste à savoir si MM. Wall et d'Ariaga 
ne le regardent pas comme trop hasardeux et si ce n'est pas cette 
prévention qui les rend si lents dans la combinaison des mesures et 
si difficile dans le choix des moyens. On peut, au moins en général, 
dire qu'on met plus d'activité aux choses lorsqu'on veut qu'elles 
réussissent 1 . 

Il y avait, en effet, près de trois mois que d'Ossun en avait 
parlé pour la première fois au secrétaire d'Etat, et aucune déci- 
sion ferme ne semblait encore prise par les ministres espagnols. 

IX. 

On en était là quand se produisit le coup de théâtre longtemps 
attendu par Choiseul et qu'il finissait par ne plus espérer : je veux 
dire la rupture entre l'Espagne et l'Angleterre. 

Le 8 décembre 1761, l'ambassadeur britannique à Madrid se 
présenta chez M. Wall, obligé de garder ses appartements par 
suite d'une légère indisposition, et demanda à être reçu par lui. 
Ce qui se passa dans cette entrevue, nous le savons par une 

1. D'OtsuD à Choiseul, 29 novembre 17G1. 

2. Espagne 534, fol. 259. 



20 ALFEED BOC1GCET. 

lettre au comte de Fuentès, que le secrétaire d'État espagnol lui 
adressa le jour même à Londres 1 : 

Mylord Bristol, dit-il, m'a fait ce matin la déclaration suivante on 
l'équivalent : que le roi son maître lui ordonne de demander une 
réponse catégorique au Roi pour savoir s'il est ou non dans le des- 
sein de s'unir à la France contre V Angleterre et, en cas qu'on ne lui 
donne pas une réponse bien claire, de déclarer que cela équivaut à 
une agression de notre part et de se retirer de cette cour. Il est 
presque impossible que le Roi puisse satisfaire à cette demande, s'il 
ne veut pas manquer à sa dignité, autrement que par la négative. 
Cependant, comme je suis indisposé et que je ne puis aller au palais, 
il n'a pas encore pris de résolution. J'expédierai un autre courrier à 
V. E. pour lui porter ses derniers ordres. 

Que V. E. commence à se préparer à sortir de cette cour, qu'Elle 
avertisse de bonne heure le sieur del Giro, notre trésorier, pour qu'il 
prenne les mesures convenables relativement aux finances du Roi et 
qu'Elle fasse avertir sous main les vaisseaux espagnols qui sont sur 
la Tamise ou dans d'autres ports pour quils s'échappent, s'il est pos- 
sible, de peur d'être pris. 

Ce dernier trait prouve à quel point M. Wall jugeait grave la 
situation, surtout étant donné le caractère anglais et la manière 
plus que brusque dont le gouvernement de ce pays aime à enta- 
mer les hostilités. Le secrétaire d'Etat espagnol faisait preuve 
d'ailleurs, en cette circonstance, d'une finesse (pour ne pas 
employer un mot plus sévère) bien digne de l'adversaire avec 
lequel l'Espagne allait se mesurer. Ne se réjouissait-il pas, en 
effet, d'avoir pu « assurer sans risque qu'il n'existait pas d'autre 
traité que le pacte de famille signé le 15 août », parce qu'on 
avait convenu avec la cour de Versailles de postdater la conven- 
tion secrète de façon à ce qu'elle parût avoir été signée seule- 
ment comme riposte à la rupture des négociations entre la France 
et l'Angleterre? 

M. Wall ne se contentait pas d'avertir le comte de Fuentès à 
Londres et M. de Grimaldi à Versailles des événements qui se 
préparaient. IL prenait les mesures nécessaires pour qu'aussitôt 
la rupture consommée les autorités maritimes s'assurassent des 
bâtiments anglais qui se trouvaient dans les ports espagnols, non 

1. La traduction de celte lettre est au quai d'Orsay. Espagne 534, fol. 264. 



CHOISKI'I, KT I. tl.!.It\( 



21 









pas pour les déclarer île bonne prise, mais afin d'avoir sous la 
main des objets d'échange avec l'Angleterre. « 11 a paru à 

S. M., disait-il, que c'était une précaution juste, cette nation 
étant accoutumée a n'observer aucune loi quand elle veut faire 
quelque insulte 1 . » Le gouvernement de Madrid faisait en outre 
infermer Cnoïseul qu'afln d'empêcher que la nouvelle de la rup- 
ture ne se répandit en mer et ne parvint aux navires anglais, 
l'embargo serait mis, pour quelques jours seulement, sur les bâti- 
ments des autres nations. 

Le secrétaire d'Iitat expédia également en Amérique des 
« ordres circulaires ». 11 y disait aux commandants espagnols, 
non seulement de se défendre contre les Anglais, mais encore de 
les attaquer quand l'occasion s'en présenterait. Us devaient, en 
outre, * prêter secours aux Français sur terre et sur mer toutes 
Ih fois qu'ils en auraient besoin, attendu que les deux nations 
•ont unies pour la guerre comme si les possessions françaises et 
espagnoles appartenaient au même maître' >. M. Wall espérait 
(M !•■ cabinet de Versailles donnerait de son côlè les mêmes ins- 
tructions à nos marins et à nos soldats. 

C'était pour se ménager le temps de prendre ces diverses 
mesures que M. Wall avait pris prétexte de son indisposition 
pour ne pas répondre le jour même à lord Bristol. Le secrétaire 
d'Ktal ne souffrait, paraît-il, que d'un léger mal au pied causé 
par un ongle coupé trop ras, et ce n'est pas un aussi mince bobo 
qui l'aurail empêché de recevoir les ordres du roi Charles III. 
Deux jours lui suffirent pour tout achever, et, le 10 décembre 
1761, il envoyait du Buen-Retiro à l'ambassadeur anglais la 
lettre suivante dont le ton énergique contrastait singulièrement 
avec la patience témoignée jusque-là par l'Espagne : 

V. F. me déclara avant-hier, disait-il, et même elle voulut bien 
me mettre par écrit qu'Elle avait ordre de me demander une réponse 
positive et catégorique par laquelle elle pût savoir si l'Espagne son- 
geait a s'unir à la France contre l'Angleterre, déclarant en même 
temps qu'elle prendrait le reTus pour une agression et déclaration de 
guerre et qu'en conséquence elle serait obligée de se retirer. C'est 
bien plutôt par l'esprit d'arrogance et de discorde qui a conseillé une 



• S34, fol. 263. 
1 W»U 1 Cnm.IJi, S décembre 1761. 




22 ALFRED BOURGUET. 

démarche si inconsidérée et qui, par malheur pour le genre humain, 
n'a point cessé d'animer le gouvernement britannique que s'est faite 
dans ce moment-là même une déclaration de guerre et une insulte à 
la grandeur du Roi. V. E. peut songer à se retirer dans le temps et 
de la manière qui lui conviendra. Cest l'unique réponse que V. E. 
aura de moi et que S. M. m'a ordonné, sans hésiter, de lui faire*. 

On comprend sans peine la surprise que put éprouver lord Bris- 
tol, peu accoutumé de la part du secrétaire d'Etat à un langage 
d'une concision aussi forte et à une attitude aussi hautaine vis- 
à-vis du représentant de la nation britannique. Il est vrai que 
M. Wall ajoutait pour l'homme une note plus courtoise en 
disant : « Que V. E. emporte avec elle tout le bonheur que 
méritent ses qualités personnelles. » Malgré cela, le ton général 
de cette lettre de rupture effaroucha véritablement l'ambassadeur 
anglais. Il ne pouvait faire autrement que de demander ses pas- 
seports, et il les demanda. Mais il avait été tellement ébranlé de 
la secousse reçue qu'il fut subitement incommodé et obligé de res- 
ter quelques jours de plus à Madrid. C'est ce qui faisait dire à 
d'Ossun : « Mylord Bristol a montré en cette occasion une sen- 
sibilité qu'on peut qualifier de faiblesse. J'avoue qu'à sa place 
j'aurais haussé la tête d'un pied et je serais parti dans les vingt- 
quatre heures 2 . » 

Lord Bristol ne fut pas le seul à se montrer surpris de l'énergie 
soudaine de M. Wall. Plusieurs membres du corps diplomatique 
témoignèrent un étonnement qui ne le cédait en rien à celui de 
l'agent anglais. Bon nombre d'Espagnols, imbus de longue main 
du système de neutralité et d'indifférence, n'imaginaient pas non 
plus que cet événement fût possible. « C'est un amusement pour 
moi, écrivait d'Ossun, d'entendre les raisonnements pour et contre 
et de voir des visages gais et d'autres mines fort allongées. » 

Il fallait vraiment bien mal connaître le roi d'Espagne pour se 
ranger parmi les « mines allongées ». Depuis longtemps, en 
effet, l'on sentait combien lui pesaient les hauteurs du cabinet 
britannique. Aussi lui avait-il fallu une patience extraordinaire, 
doublée d'un espoir persévérant d'entente pour les supporter jus- 
qu'alors. Voilà pourquoi d'Ossun n'avait jamais vu l'air « plus 
satisfait et plus serein » à Charles III que depuis sa rupture avec 

1. Espagne 535, fol. 275. 

2. Espagne 534, fol. 302. 






CUOISEt'L kt l'ii.lhnce BSMaaOtt. 23 

l'Angleterre. Ce prince n'hésita pas à souligner sa joie par un 
acte qui «toit un soufflet de plus au gouvernement britannique. 
Non seulement il donna l'ordre au comte de Fuentès de déclarer 
que « la démarche insultante de lord Bristol nécessitait son 
départ d'Espagne ■ et d'en prévenir lord Egremoiit, ainsi que 
les ministres étrangers, mais encore il lui envoya la Toison d'or 
pour lui témoigner toute la satisfaction qu'il éprouvait de ses 
services et de sa conduite. C'était une revanche complète de M 
que le souverain espagnol avait enduré de la part des Anglais. 



\. 



< Enfin la rupture de l'Espagne avec l'Angleterre est 
•lècidée. » C'est en ces termes que Choiseul résumait ses impres- 
sions après avoir été mis par M. de Grimaldi au courant de tout 
ce qui s'était passé : 

Je ne m'attendais pas à cette démarche maladroite de ia cour de 
Londres, quoique je voje depuis plusieurs années que les systèmes 
, fruits de la prévention, de la hauteur et de la déraison, 
ne sont point aussi heureui que les expéditions militaires des 
Anglais. La cour de Londres nous ramène au vrai système, dont 
nous ne devons jamais nous écarter; elle nous fait plus de bien 
qu'elle ne nous a jamais fait de mal 1 . 

Le grand avantage de cette rupture était de mettre un terme à 
la situation fausse qui, depuis la conclusion du pacte de famille, 
pesait sur la politique franco-espagnole et empêchait l'alliance 
entre les deux paya de produire des fruits. Charles III, ue crai- 
gnant plus désormais de faire connaître à l'Europe son union 
arec Louis XV, se hâta d'en profiter pour envoyer a Choiseul la 
Toison d'or, qu'il lui réservait à l'occasion du traité du 15 août. 
Les remerciements du ministre montrèrent une fuis encore ses 
sentiment;! de délicatesse et de fierté nationale. Sa conduite allait 
désormais se ressentir de la liberté d'action que lui créait la décla- 
ration de guerre. 

Choiseul fut d'autant plus heureux des termes dans lesquels 
M. Wall avait répondu ii lord Bristol qu'ils constituaient une 

I Choiwul à >] OMun, ïi décembre 1761. 




24 ALFRED BOURGUET. 

nouvelle justification de notre attitude à Londres au moment des 
pourparlers de paix. Quant au roi Louis XV, « il sentit cette 
attention de Madrid avec reconnaissance ». Il ne s'agissait donc 
plus maintenant que d'établir avec l'Espagne le concert de nos 
mesures défensives ou offensives. A ce titre, la célérité de l'opé- 
ration contre le Portugal paraissait indispensable au ministre 
français. Elle donnerait, d'après lui, « une secousse à toute 
l'Europe qui déconcerterait les plans que les Anglais pouvaient 
avoir formés pour l'année 1762 ». « Je crois, écrivait-il à d'Os- 
sun, que l'avantage augmenterait en proportion de la prompti- 
tude. Quelque faible que soit un ennemi, il ne faut pas lui 
donner le temps de se reconnaître. » 

Par le nombre des troupes que le roi d'Espagne parlait de lais- 
ser en Catalogne, Choiseul présumait que ce prince avait 
quelque appréhension en ce qui concernait la tranquillité de 
l'Italie. Le ministre s'efforça de dissiper ses craintes en lui fai- 
sant démontrer par d'Ossun que le roi de Sardaigne n'avait ni la 
volonté ni le pouvoir d'entamer des hostilités contre le royaume 
de Naples : « Je crois connaître sans prévention la cour de 
Turin. Le roi de Sardaigne ne veut point la guerre parce qu'il ne 
peut plus y aller et qu'il serait au désespoir que son fils y allât. » 
A cette raison bien humaine, Choiseul en ajoutait une autre 
toute politique et des plus sérieuses : « Il ne peut pas faire la 
guerre parce qu'il est démontré que, sans secours étrangers, il 
courrait les plus grands risques. » Or, l'Angleterre, qui, seule, 
aurait pu lui venir en aide, avait bien assez à faire à secourir le 
roi de Prusse, ses alliés d'Allemagne et le Portugal si l'on entre- 
prenait contre ce dernier l'expédition projetée. Malgré le désir 
constant qu'avait le cabinet de Londres de pêcher en eaux troubles, 
il paraissait peu probable qu'il cherchât à provoquer en Italie 
une guerre dont il aurait eu, à peu près seul, à supporter le 
poids. Il y avait en outre, pour le roi de Sardaigne, un motif 
intéressé de ne pas casser les vitres. C'eût été, de sa part, une 
vraie maladresse que de perdre sans retour, par une démarche 
imprudente, le profit de la parole donnée par Louis XV de lui 
reconnaître des droits sur une portion du Plaisantin. 

L'ensemble de ces raisons persuadait Choiseul (et les événe- 
ments prouvèrent la justesse de ses vues) qu'il n'y avait rien à 
craindre pour les Bourbons du côté de Turin. Au surplus, comme 
il n'est jamais mauvais de prendre des précautions et qu'il est 






CHOÏSECL BT L 

bon d'être fort pour être respecté, le ministre n'entendait pas 
rester désarmé. Il proposait donc à Charles III d'envoyer contre 
le Portugal les troupes que ce prince pensait laisser en Catalogne. 

Nous mettrons en Provence, lui disait-il, les dii bataillons de 
Mitmrquc qui, joints aux troupes qui sont dans celte province et en 
Itauphiné, feront un corps de 15,000 hommes, qui serait à portée 
d'être rendu à Nice ou en Savoie et qui procurerait une diversion 
efficace et beaucoup plus prompte que ce qui arriverait de Catalogne. 

Mais, suivant la forte expression du ministre, c'eût été servir 
nos ennemis que d'immobiliser en trop grand nombre des forces 
que l'on pourrait employer utilement ailleurs. 

Ainsi, COMlWÙtrî] dans sa lettre à d'Ossun, efforcez-van* de faire 
oublier à Madrid l'Italie pour opérer vigoureusement et prompte- 
ment en Portugal et pour former au printemps un camp en Galice 
qui inquiète sur l'Irlande. Le camp pour cet objet ne suffit pas; il 
faut réunir des bâtiments de transport . Ce jeu est facile au ministre 
de la Marine'. 

On voit par ces derniers mots combien Choiseul mettait à profit, 
pour le bien de la France, l'unité de vues que lui permettait 
l'union entre ses mains des deux sécréta ireries d'État militaires. 
Le chef du département de la Guerre apparaissait dans l'offre 
faite de tenir prêtes, dans le Roussillon, des troupes destinées à 
remplacer les bataillons espagnols chargés d'opérer en Portugal 
et en Galice. Il se manifestait surtout dans un projet contre 
Gibraltar dont il parlait à l'ambassadeur. 

'iji m'a fait la proposition d'envoyer M. de Vallière, lieutenant 
de notre artillerie, examiner Gibraltar. Vous connaissez la 
Officier. Il n'est question que d'un voyage et d'un 
en de sa part pour savoir si celte place est décidément impre- 
soil de vive force, soit par le moyen des mines. S'il la juge 
Imprenable, il ne faudra plus y songer. Si au contraire, après l'avoir 
examinée, M. de Vallière estimait qu'il y a de la possibilité dans la 
réussite de l'entreprise, nous contribuerions en Lroupes à cet arran- 
gement 1 . 

t. bpagee 534, fol. S26. 

1. tbtd. Le lui d'£'.ji.i£i!<! avait eu de suri u'4< I Idée d'une entreprise contre 
(BfcnUar 





26 ALFRED BOURGUET. 

C'est surtout du côté de la mer que Choiseul jugeait indispen- 
sable de porter nos efforts communs. Il était à craindre que les 
Anglais ne vinssent insulter et peut-être envahir les États du roi 
des Deux-Siciles, renouvelant ainsi contre son fils les mesures 
violentes qui avaient semé dans l'âme de Charles III le germe de 
sa haine envers eux. Pour parer à cet inconvénient, ce n'étaient 
plus des troupes qui étaient nécessaires. Il fallait, suivant le mot 
du ministre français, « opposer des escadres à d'autres escadres ». 
Voilà pourquoi il songeait à employer les vaisseaux que l'on 
armait à Toulon et qu'il avait primitivement destinés au Canada 
avec des troupes de débarquement contre Halifax et l'Acadie. Si 
le roi d'Espagne estimait utile de les conserver dans la Méditer- 
ranée, on pourrait les tenir prêts à partir pour Messine. Il 
importait seulement d'être fixé le plus rapidement possible sur ce 
point, car les dispositions à prendre étaient différentes suivant 
que cette flotte aurait à opérer en Acadie ou devant Messine. 

En ce qui concernait l'escadre de Rochefort, Choiseul comptait 
faire l'impossible pour qu'elle opérât sa sortie. « Rien n'est plus 
difficile, écrivait-il à d'Ossun, mais fy mettrai tous les soins 
possibles, tout ce que foi de patience et même des risques. » 
Puis, après avoir parlé de l'emploi qu'on pourrait en faire soit 
contre la Jamaïque, soit pour secourir la Martinique ou pour 
défendre Saint-Domingue, le ministre ajoutait : 

L'automne prochain, j'aurai infiniment plus de moyens de marine 
que je n'en ai et je vous assure que je suis bien déterminé à les 
employer. 

Il terminait enfin par ces lignes qui peignent tout entière la 
fière énergie inspiratrice de sa conduite : 

Je tous supplie de prévenir en Espagne que Ton ne s'épouvante 
pas si nous avons des échecs; premièrement, j'y suis accoutumé, ils 
ne me découragent pas; secondement, à force d'en avoir, nous en 
ferons éprouver à nos ennemis. La constance et le courage ont un 
mérite qui leur donnent tôt ou tard l'avantage*. 

Tant de fermeté et de persévérance méritaient un meilleur sort. 
L'on se prend à plaindre sincèrement Choiseul quand on pense au 

t. De sa main. Choiseul à d'Ossun. Espagne 534, fol. 327. 



CHOISBUL ET L'iLLIANCE ESPAGNOLE. 27 

peu de succès d'une campagne préparée avec tant de peine et tant 
de soins. Mais si les efforts du ministre ne devaient pas produire, 
dès cette époque, les résultats sur lesquels il comptait, toute sa vail- 
lance ne s'épuisa pas en pure perte. Il sut imprimer à la marine, 
trop négligée par ses prédécesseurs immédiats, un mouvement de 
vitalité qui alla sans cesse en progressant et qui procura plus tard 
une glorieuse compensation à ces jours d'angoisse et de tristesse. 
Cboiseul avait donc raison de ne pas s'abandonner au désespoir : 
c'est un de ses titres les plus solides à l'estime et à l'admiration des 
Français. 

Alfred Bourguet. 



NICOLAS REMY 

ET LA 

SORCELLERIE EN LORRAINE A LA FIN DU XVI e SIÈCLE 

(Suite et fin*.) 



II. 

Après avoir esquissé l'histoire de la vie de Nicolas Remy, 
nous devons examiner de près sa Démonolatrie, sur laquelle il 
comptait pour faire passer son nom à la postérité et pour le 
rendre célèbre dans les temps les plus reculés ; il ne se trompait 
que sur la nature de la célébrité que lui devait valoir son 
ouvrage. 

En quoi consistait, d'après Nicolas Remy, le crime de sorcel- 
lerie? Nous avons déjà dit qu'au cours du XVI e siècle la 
croyance au Diable est générale. En Lorraine, le Diable porte 
les noms les plus divers. On l'appelle maître Persin, parce qu'il 
apparaît sous une couleur vert foncé; il se nomme encore maître 
Léonard, Napnel, Jolibois, Sautebuisson, etc. Parfois l'on fait 
une distinction entre ces sortes de démons : ce sont des person- 
nages différents subordonnés l'un à l'autre. Le Démon apparaît 
sous des formes diverses aux personnes qu'il veut conquérir ; il 
pince ses victimes au front, pour enlever le baptême, et les invite 
à assister au sabbat, qui a lieu sur une lande déserte, en un 
endroit écarté des habitations. Les sorcières se frottent d'un 
onguent et sont transportées à ce sabbat en général sur un balai 
ou bien sur un bouc. Ce sabbat a lieu en Lorraine le samedi et 
le mercredi, les démons étant occupés les autres nuits ailleurs 2 . 

1. Voir Rev. hist., t. XCffl, p. 225. 

2. Nous résumons ici ce que dit Nicolas Remy dans la Dèmonolatrie, p. 121 
et suiv. 






1IC0HS BEMI ET L» SORCEUEHIB Eil LOBBA1SE. 29 

Lee sorcières s'y donnent au Diable; elles dansent une ronde 
elée, mais masquées et retournées, la tète en dehors de la 
i. Puis elles prennent un repas en commun ; mais toute nour- 
riture est insipide; car le sel y fait défaut; suivant un calem- 
bour souvent répété, les plats y viennent de Salamanque. Il n'y 
a pas non plus Je pain, puisque le pain rappelle l'Eucharistie. Pen- 
dant toutes ces orgies, les diablotins font une musique infernale, 
on frappant des tibias contre des crânes'. Nicolas Remy et les 
juges croyaient à la réalité de ces descriptions. Une fois pour- 
tant le procureur a un léger doute. Une sorcière a affirmé qu'à 
Utile heure de la nuit elle avait été au sabbat; et pourtant son 
mari a juré qu'à la même heure elle se trouvait tranquillement 
couchée à côté de lui. Remy ne peut pas ne pas accorder con- 
fiance à ce témoignage; il conclut qu'un sabbat imaginaire est 
aussi pernicieux qu'un sabbat réel; ce sabbat donne les mêmes 
émotions, provoque les mêmes lassitudes; une telle femme est 
bien la proie du Diable. A mort donc la malheureuse ! 

Mais, si hommes et femmes se rendent au sabbat, ce n'est pas 
seulement pour se procurer des plaisirs fatigants; ils veulent sur- 
tout obtenir du Diable le pouvoir de nuire à ceux qu'ils détestent. 
' rsin leur donne un onguent mystérieux, ou bien il leur 
apprend des paroles magiques; à l'aide de l'un ou des autres, ils 
mal provoquer le malheur de leurs ennemis. Ceux-ci languissent 
: M'iit peu à peu. Ou bien U leur arrive un grave acci- 
dent. Ils tombent et se cassent une jambe; ils n'entendent plus; 
ils voient double; des boutons leur poussent sur la figure; les 
maris deviennent impuissants. D'autres fois, les sorciers s'en 
prennent nu bétail. Ils fout trébucher la vache ou la chèvre 
de leur ennemi, les blessant grièvement. Ils tarissent, par 
leur pouvoir magique, le lait de ces animaux. Les sorcières 
plantent dans le mur de l'ètable, au dehors, un couteau; et 
elle* fout sur lui le signe de traire la vache; elles prononcent 
le mot sacramentel : « Je te trais au nom du Diable », et le 
!ail oonls réellement le long du couteau. Elles enlèvent la force 
nutritive qui est dans l'herbe broutée par les bestiaux; chevaux, 
taunaïux, vaches mangent et dépérissent. Au contraire, cette 
nourriture pronVa leurs propres bêles qui restent grasses et bien 
portantes. 

t. DtmonolalrU!, \>. lit. 




30 CH. PFISTBR. 

Ce qui frappe surtout dans ces stupides accusations, c'est la 
relation que les accusateurs établissent entre une rencontre for- 
tuite avec un sorcier et un malheur arrivé souvent des semaines, 
des mois, des années plus tard. Dans un procès instruit à Amance, 
près de Nancy, en 1591, le herdier de la commune, — c'estr- 
à-dire celui qui garde la fier de, le troupeau, — est accusé de 
sorcellerie et les bergers qui vivent isolés dans les champs four- 
nissent un nombreux contingent de victimes. Une femme dépose 
qu'elle a eu un jour avec l'accusé, nommé Bulme, une querelle 
à cause d'une vache qu'il lui avait perdue, et, dit-elle, environ 
un mois après, son mari tomba malade et mourut en cinq 
jours. Une autre femme certifie que son mari est mort six 
semaines après une querelle avec le sorcier. D'autres encore 
viennent dire qu'après une dispute de ce genre leur cheval ou leur 
verrat a péri au bout de quinze jours ou d'un mois. Et c'est sur 
des accusations de ce genre que Bulme et sa femme furent exécu- 
tés à Amance 1 ! 

Les sorcières ne s'attaquent pas seulement aux hommes et 
aux animaux; dans leurs réunions nocturnes, elles ras- 
semblent les nuages, qui bientôt se condensent en grêle et 
qui détruisent les moissons. Voilà pourquoi, dit Nicolas Remy, 
quand le tonnerre gronde, quand menace la foudre, il faut son- 
ner les cloches ; car ces mêmes cloches qui appellent les fidèles à 
la prière chassent le Démon. Les sorcières sont encore accusées 
d'avoir suscité d'autres fléaux. En décembre 1586, la femme 
Odile Boncourt de Haraucourt, en novembre 1586, la femme 
Rose Gérardin d'Étival, en février 1587, la femme Housselot de 
Saint-Èvre ont avoué avoir suscité un très grand nombre de sou- 
ris qui ont rongé toutes les racines et causé la disette 2 . 

Voici, avec quelques détails, les accusations lancées contre 
une pauvre femme de Nancy, nommée Lasnier (Asinaria) : elle 
avait l'habitude de mendier de porte en porte, et les aumônes 
qu'elle recevait suffisaient à son existence. Un jour elle frappa à 
la maison du bailli de Nancy 3 ; mais le fils aîné de celui-ci 



1. Amance, qui avait reçu la coutume de Beaumonl, avait droit de haute 
justice. Toutes les pièces de ce procès ont été publiées par Henri Lepage dans 
Y Annuaire de la Lorraine, 1854 ; l'article a été tiré à part sous le litre : Une 
procédure de sorciers au XVI 9 siècle, Nancy, Grimblot et veuve Raybois. 

2. Démonolatrie, p. 146. 

3. Le bailli de Nancy de 1577 à 1607 fut Renault de Gournay, seigneur de 



\ÏCOL*s KEHÏ El U SOKCKLLF.1UK K\ L0BB1INK. 31 

sortit à ('improviste et lui ordonna de revenir à une autre heure, 
car pour le moment les domestiques étaient occupés; la femme 

par des injures et aussitôt noire jeune homme tomba 
face à terre comme s'il s'était heurté contre un caillou. Et il 
affirma aux domestiques accourus que l'accident n'était pas 
arrivé par sa faute, qu'il était poussé par derrière par une force 
supérieure et qu'il se serait certainement cassé un membre, s'il 
n'avait eu la précaution en tombant de faire le signe de la croix. 
!,'• DéfDOD lit alors, dit Remy, de vifs reproches à la femme Las- 
IVOÏP manqué son maléfice et lui donna l'ordre de sur- 
prendre le jeune homme avant qu'il eût fait sa prière du matin 
et se fût garanti par le signe de la croix. Or, un matin, le jeune 
homme ouvrit la fenêtre de sa chambre au premier étage et vou- 
lut saisir un nid qui se trouvait sur la muraille; il tomba la tête 
la première et on le rapporta évanoui à la maison. Il revint 
bientôt à lui et dit à son père : ■ Père, ne me faites pas de 
reproche; j'ai été poussé par derrière et on a lancé un objet contre 
moi . > Et en effet un gros morceau de bois fut ramassé a l'endroit 
où U était tombé. L'enfant mourut quelque temps après ; la femme 
Lasnier fut aussitôt arrêtée. Interrogée par Nicolas Remy, elle 
fait des aveux; elle est condamnée à mort et exécutée le 14 juil- 
let 1682- Ilemy nous raconte qu'aussitôt après la chute de l'en- 
fant, la Diable était venu en personne féliciter la sorcière et il 
accumule, pour le prouver, une série de citations de la Bible 1 . 

étaient les accusations portées contre les sorcières et qui 
devaient conduire presque toujours ces malheureuses à la mort. 
Dans l'ancienne procédure, U fallait qu'un accusateur se présen- 
tât et soutint la vérité de son dire par serment, témoignages ou 
autrement. Daus les procès de sorcellerie, il n'y a plus d'accusa- 
teurs; U n'y a, comme pour les procès de l'Inquisition, que des 

li'urs. lin individu a à se plaindre d'une femme qui l'a 
injurié, il ne veut pas payer son créancier; il dénonce la femme 
et le créancier comme soupçonnés de sorcellerie. Le dénonciateur 
oc risque jamais rien. Son nom n'est pas communiqué à l'inculpé. 
Même dans certains pays, — ce ne fut point le cas en Lorraine, 
— l'on plaçait aux églises ou aux maisons communes des troncs 
destinés à recevoir les dénonciations anonymes ; les dénonciations 

: Henri Lcpag», let Offtcei du duché* de Lorrain* et de Bar, <Udb 
'i de ta Société d'archéologie lorraine, 1869, p. 103. 
1. iMmoitolntrit, p. ÏTî. 




32 CH. PFISTBR. 

lâches et méprisables ! Sur ces dénonciations, l'officier public se 
mettait en mouvement, souvent même il ne les attendait pas. Le 
procureur général faisait des tournées en Lorraine et, par le 
procédé de l'enquête, — qu'il est devenu odieux le mot inqui- 
sitio! — il recherchait les coupables. 

Sur toute dénonciation, sur tout soupçon du ministère public, 
une information est ouverte 1 . On entend toutes les personnes 
qui peuvent fournir des renseignements sur les inculpés et on 
consigne avec soin tous leurs dires. Tous les actes de la malheu- 
reuse femme soupçonnée, — car la proportion des femmes sor- 
cières par rapport aux hommes était de 9/10, — sont scrutés avec 
soin et tout va devenir indice qu'elle est réellement sorcière. On 
l'a appelée dans une querelle sorcière, et elle n'a rien répliqué; 
elle n'a pas traîné son calomniateur devant les tribunaux; indice 
sûr. Au contraire, elle s'est hâtée de poursuivre celui qui l'avait 
injuriée; elle a voulu détourner les soupçons; indice sûr. On ne 
voit jamais une femme à l'église; c'est, dit Nicolas Remy, qu'elle 
s'est donnée au Diable. Elle court sans cesse à la messe, autre 
indice ; car une force irrésistible pousse les sorcières vers l'église ; 
constatation curieuse qui montre chez ces femmes une sorte de 
folie religieuse. L'information est ainsi presque toujours défavo- 
rable. La malheureuse est arrêtée et jetée en prison ; à Nancy, 
on la mène dans les tours de la porte de la Craffe. 

Nous connaissons déjà les tribunaux qui vont la juger. Elle 
n'est point renvoyée devant des inquisiteurs ou devant le tribu- 
nal ecclésiastique, l'officialité. Elle comparaît, comme les autres 
criminels, devant la justice ordinaire, échevins, prévôts, justice 
municipale. Les juges font venir l'inculpée devant eux et pro- 
cèdent à son interrogatoire ; c'est Y audition de bouche. L'un des 
échevins, — nous supposons que le procès se déroule à Nancy, 
— lui demande son nom, son âge, si elle sait de quoi elle est 
accusée. A cette dernière question, en général, l'inculpée ne 

1. Souvent le procureur général de Lorraine ou le procureur des Vosges ou 
d'Allemagne requièrent les officiers judiciaires inférieurs, substituts ou prévôts 
d'informer secrètement des cas de sortilège et vénéfice. Une réquisition de ce 
genre a été publiée par L. Quintard, Procès de deux sorciers en 1605, dans les 
Bulletins mensuels de la Société d'archéologie lorraine, 1906, p. 16. Il s'agit de 
Catherine, veuve de Claude Bailliot, et de Claude, son ûls, demeurant à Mataio- 
court (Vosges). On reprochait à Catherine de tenir et nourrir des crapauds dans 
sa maison. Les deux accusés, qui n'avouèrent pas, furent condamnés au ban- 
nissement. 



Tir.^r. 



, BOIGSLIEIIB Et LiHUi.UM 



répood rien. Finalement, le juge lui dit i 



et expose 






Us charges qui ont été recueillies dans l'information ; il lui 
demande de se défendre. D'ordinaire, l'accusée se récrie; elle se 
déclare innocente {les méfaits qu'on lui impute. Le juge essaie 
toujours de l'effrayer par la violence de ses gestes, la véhémence 
de son langage. 11 a recours à toutes sortes de ruses pour 
obtenir l'aveu attendu, l'aveu qui sera considéré par lui comme 

itable victoire. S'il y a deux inculpés, il ne manque 
d'affirmer au second que le premier a tout avoué, alors qu'il 

; rien; il se complaît dans les équivoques, les sous- 
'inliis. Jamais, dans ces interrogatoires, l'accusée n'est 
! d'un avocat; l'avocat est même toujours absent de 
ces tristes procès : une sorcière ne doit point être défendue. 
Du reste, l'avocat ne courrait-i! pas de trop grands risques? 
La sorcière ne pourrait-elle pas lui jeter un sort? Mais qu'on 
la logique des croyances 1 II est admis que ces 
méchantes femmes ne peuvent rien ni sur les juges ni sur les 
bourreaux, qui, par une sorte de grâce d'état, sont a l'abri de 
leurs coups. Nicolas Kemy nous raconte que le terrible onguent 
que maître Persin donnait aux sorcières perdait toute vertu dès 
qu'il était saisi [iar les juges. Lui-même, qui a été sans cesse 
en contact avec les sorcières, est resté toujours sain de corps et 
d'esprit, chrétien parfait. La femme Lasnier, de Nancy, inter- 
rogée par lui, lui lança cette apostrophe : « Comme vous avez de 
la chance que nous ne puissions rien sur vous, 6 juges 1 II n'y a 
point d'hommes que nous désirerions plus tourmenter que vous, 
qui jioursuivei! toute notre race par de tels supplices 1 . » Nicolas 
i i vait procéder sans risque ni péril. 
■^ ait des accusés, surtout parmi les femmes, qui avouaient 
dés le début. 11 se présente ici un cas d'auto-suggestkm fort 
curieux- La femme croit réellement qu'elle a conclu un pacte 
avec le Diable; elle le crie a son juge; et, en général, avec cet 
aveu, elle tieut des propos incohérents et orduriers; elle se com- 
plaît dans la crapule. Ces femmes ont été désignées comme sor- 
i parce qu'elles sont des hystériques; elles réalisent en 
sorte les scènes qu'elles ont entendu raconter autour 
d'elles; oui, elles se sont données au Diable, elles ont assisté 
■ u sabbat qu'elles décrivent avec un luxe incroyable de détails. 




34 CO. FFISTEH. 

L'hystérie est héréditaire; et voila pourquoi souvent les f 
ont été brûlées après les mères, parce qu'elles présentaient les 
mêmes symptômes morbides. La maladie chez des personnes 
faibles d'esprit est contagieuse; voilà pourquoi beaucoup de vil- 
lages sont décimés '. Si la femme ne se suggère pas à elle-même 
toutes ces visions, le juge qui l'interroge les fait naître en son 
esprit. Ses questions sont si nettes, si précises qu'elle arrive à 
douter d'elle-même. Elle avoue. L'aveu est une condamnation à 
mort; le procès finit après l'information et l'interrogatoire. 

Mais, après tout, ces aveux, étaient rares; le plus souvent, l'ac- 
cusée nie. Elle déclare qu'elle n'a point eu commerce avec Satan, 
qu'elle n'est point sorcière. Dès lors, on procède aux recolemenls 
et aux confrontations. Le juge convoque à jour et heure déter- 
minés tous les témoins entendus dans l'information; il les inter- 
roge d'abord en l'absence de l'accusée; il leur demande s'ils 
persistent en leur première déposition ; il les invite à y ajouter ou 
à en retrancher à leur gré; c'est le recolement. Puis, pour la 
première fois, l'accusée est mise en présence de ses accusateurs; 
et ici la Lorraine était eu avance sur d'autres pays, où jamais la 
victime ne connaissait les témoins, où l'on continuait d'employer 
l'ancien système de l'Inquisition. Témoins et accusée sont inter- 
rogés contradictoirement sur les faits de la cause : c'est la con- 
frontation. Celle-ci terminée, le procureur ou le substitut pré- 
sent prend ses conclusions. Si elles tendent à l'absolution de l'in- 
culpée, elles sont définitives; mais, avec des procureurs imbus de 
l'esprit de Nicolas Remy, de telles conclusions devaient être 
rares, — l'on en trouve pourtant des exemples. — Mais, en géné- 
ral, les conclusions sont interlocutoires. Le procureur peut 
requérir que l'accusée nomme des témoins à décharge; mais la 
malheureuse n'en trouvait presque jamais. II peut requérir aussi 
que l'accusée soit soumise à la question ; c'était le cas ordinaire. 
Quand le procès avait lieu loin de Nancy, l'on demandait sur ces 
conclusions l'avis des èchevins de Nancy ; mais presque toujours 
dans les procès de sorcellerie les èchevins opinent pour la tor- 
ture. A Nancy même, point n'était besoin de consulter personne, 






i. Dans le petit village d'Àielol, au canton de Sainl-Nicolas-de-Forl, qui 
comble aujourd'hui 300 habitants, et qui eu complaît à peine 100 autrefois, il 
y eut à la Tin du xv;' et an début du xvu* siècle jusqu'à trente procès de sor- 
cellerie. Cf. Lepage, tes Cammunet de la ileurlhe, art. Azelol. 









SICOUS HEHT ET l.\ ■ tl.lflMC ES LOMUMK. 35 

et la sentence interlocutoire ordonnant la question était immé- 
diatement rendue. 

Avant de procéder à la question, l'on soumettait l'inculpé à un 
chirurgien ou à un médecin. L'inculpé, homme ou femme, était 
rasé des pieds à la tête ■ partout où poil se trouve », disent les 
procès -verbaux, par la personne vile, c'est-à-dire par 
l'homme qui tond les chiens et récure les égouts ; puis le chirur- 
i i.hait s'il retrouvait sur son corps la marque du 
ItiatHe. De même que Dieu mettait sou sceau sur certains élus 
en reproduisant sur leurs mains, sur leur flanc et leurs pieds les 
blessures du Christ, de même, dans les croyances de l'époque, le 
Diable marquait d'un signe ineffaçable la créature qui s'était 
donnée à lui. Nicolas Remy consacre tout un chapitre de sa 
Démonolatrie à cette marque diabolique. C'était au médecin a 
i' signe, qu'on reconnaissait de la façon suivante : si à 
l'endroit du corps marqué par Satan l'on enfonce une longue 
épingle, l'inculpé ne sentira aucune douleur et pas une goutte de 
sang ne coulera de la blessure. Cette partie du corps est deve- 
inii.' tout h fait insensible : 

SanguU hebel, frigentque effetae in corpore vires 

(la citation est de Nicolas Remy). Ainsi, en octobre 1590, on 
arrête à Rriey la femme Claude Liogart. Après lui avoir rasé la 
découvre au sommet une cicatrice que les cheveux 
cachaient; Claude affirme que cette cicatrice a été causée par 
une pierre qui lui a été lancée. Mais le chirurgien enfonce son 
épingle et déclare qu'en cet endroit le Diable a mis sa griffe sur 
sa créature. On découvre de même une verrue sur la jambe droite 
de la femme Muguet, arrêtée à Essey-lès-Na ncy en juin 1591. 
Elle ne sent aucune douleur lorsqu'on y enfonce l'épingle; mais, 
dès qu'elle est piquée à coté, elle pousse des hurlements effroyables. 
Signe diabolique, conclut Nicolas Remy, et il écrit : « Ceux-là 
errent cent et cent fois, ceux-là sont des fous qui prétendent 
expliquer de tels phénomènes par des causes naturelles. » N'en 
déplaise à Nicolas Remy, n'en déplaise à l'excellent abbé Lion- 
noîs, qui composait au xviir siècle une histoire de Nancy et qui 
faisait preuve d'un bien grand scepticisme en disant : « Les 
épingles de ces chirurgiens n'étaient-elles pas semblables à celles 
de nos joueurs de gobelets qui, en se perçant le front, ue se font 




36 CH. PFISTER. 

de mal que dans l'esprit des sots? », — de tels phénomènes existent 
et la médecine actuelle les explique par des causes naturelles ; 
cette insensibilité partielle est l'un des signes de l'hystérie ; elle 
peut même être provoquée par simple suggestion du médecin. 

Dans tous ces procès de sorcellerie, le médecin ou le chirurgien 
doit partager la responsabilité du juge. Il procédait à l'examen 
du corps, trouvait la marque et donnait son certificat, qui était 
une condamnation à mort. Dans ce certificat, il ne constatait pas 
seulement, il interprétait. Il affirmait que cette insensibilité était 
causée par l'empreinte du Démon. Dans un livre de chirurgie, 
paru en 1585, on lit : « Nul ne peut nier, il n'en faut douter, 
qu'il y ait des sorciers; car cela se prouve par authoritè de plu- 
sieurs docteurs et expositeurs, tant vieux que modernes, lesquels 
tiennent pour chose résolue qu'il y a des sorciers et enchanteurs 
qui, par moyens subtils, diaboliques et inconnus, corrompent le 
corps, l'entendement, la vie et la santé des hommes et autres 
créatures, comme animaux, herbes, l'air, la terre et les eaux. 
D'avantage l'expérience et la raison nous contraignent le con- 
fesser, parce que les lois ont établi des peines contre telles 
manières de gens 1 . » Singulier raisonnement : il y a des sorciers, 
puisqu'il y a des lois contre les sorciers. L'auteur de ce livre est 
Ambroise Paré, et peut-être le grand chirurgien* qui passait en 
son temps pour un novateur hardi, a-t-il causé sorcellerie avec 
Nicolas Remy, lorsqu'en 1575 il arriva en Lorraine pour guérir 
la duchesse Claude de France, femme de Charles III. 

Le médecin a donné son certificat; mais il faut obtenir de l'in- 
culpé lui-même l'aveu qu'il a eu commerce avec le Diable; et 
cet aveu lui sera arraché par la torture. Nous connaissons par 
un livre de praticien écrit par Claude Bourgeois, maître-échevin 
de Nancy après Nicolas Remy, quels modes de torture étaient 
usités en Lorraine 2 . Il y avait quatre épreuves qui étaient gra- 
duées. 

C'étaient d'abord les grésillons. L'instrument était formé de 
trois lames de fer qu'on rapprochait à l'aide d'une vis. On met- 

1. Ambroise Paré, Œuvres complètes, éd. Malgaigne, t. III, p. 53. Ce passage, 
tiré du Livre sur les monstres et les prodiges, ne se trouve que dans l'édition 
de 1585. 

2. Pratique civile et criminelle pour les justices inférieures du duché de 
Lorraine, conformément à celle des sièges ordinaires de Nancy, Nancy, 
J. Garoich, 1614, iv-53 feuillets in-4*. 



BIOOUS BKMÏ tT I 



:i7 



tait entre ces lames le bout des doigts de la main ou du pied jus- 
qu'il l'ongle et on serrait. La souffrance était atroce; la victime 
sortait de l'épreuve les doigts entièrement écrasés. Venait ensuite 
Véekêlte. C'était nue échelle ordinaire dont une extrémité tou- 
chait terre, tandis que l'autre reposait sur un tréteau a trois 
pîeâE du sol. L'accusé, était étendu nu ou en chemise sur 
l'échelle, les pieds attachée au barreau inférieur, les mains liées, 
à l'autre extrémité, à une corde qui s'enroulait autour d'un tour- 
ob mettait en mouvement le tourniquet, et les bras, le 
tier s'allongeait. « L'accusé, dit Claude Bourgeois, souffre 
grandes douleurs, tant à cause de l'extension violente de 
tout le corps qui s'allonge contre nature que pour les diverses 
parties. 4 illigées en cette extension, comme veines, artères, muscles, 
mais principalement les nerfs et tendons, qui sont toutes parties 
douées d'un sentiment fort exquis et consèquemment susceptibles 
de grandes douleurs. » Pour augmenter les souffrances de l'ac- 
cusé, on lui faisait passer sous le dos un morceau de bois pendant 
qu'un retirait. On lui jetait aussi souvent de l'eau froide à la 
figure; on lui introduisait par un entonnoir une certaine quantité 
tas la bouche, ou encore l'ou imprimait à cette échelle. 
mobile des secousses savamment calculées. 

Tandis que la victime reste couchée sur l'échelle, on lui infli- 
gera la troisième épreuve, les tortfflons. Les bras el tes jambes 
ous sont attachés par de grosses cordes aux montants, et la corde 
est serrée autant qu'il est possible. Puis entre les membres et la 
corde on passe des bâtons ronds qu'on emploie comme un tour- 
niquet. La corde est serrée davantage encore; elle pénétre dans 
les chairs, qui sont de plus en plus comprimées en certains 
endroits et ressortent plus loin eu bourrelets meurtris. 

Knfln, si l'accusé n'a pas avoué, on a recours à l'estrapade. 
Au plafond de la chambre de torture est attachée une poulie, 
dans laquelle on passe une corde, semblable aux poulies dont se 
servent les maçons pour monter leurs pierres. L'accusé, en che- 
mise, les mains liées derrière le dos, est attaché par la ceinture à 
ce crochet et tiré violemment eu l'air. On lui l'ait exécuter ainsi un 
certain nombre de tours; parfois, pour augmenter sa souffrance, 
on étire le corps en attachant au pied de grosses pierres; Claude 
Bourgeois assure que quelques-unes de ces pierres pesaient de 
soixante à quatre-vingts livres. 

Celaient là les seules tortures autorisées eu Lorraine par les 




CH. PFI8TE8. 

échevins de Nancy. Et ils se croyaient des esprits libéraux. Ils 
prohibaient les modes plus atroces encore. Ils défendaient de 
faire asseoir l'inculpé sur une selle hérissée de pointes, de le 
pendre dans une cheminée pour l'enfumer, de le priver de som- 
meil pendant une longue période, en le tenant éveillé par des 
moyens artificiels. Ceux qui ont visité certains musées de torture 
d'Allemagne seront obligés de reconnaître que les échevins de 
Nancy ontélè moins cruels que certaines justices d'outre-Rhin 1 . 
La torture est toujours administrée en présence d'un chirur- 
gien. Celui-ci doit arrêter le bourreau quand il lui semble que le 
patient est à bout de forces; on ne doit pas détacher de l'échelle 
un cadavre; le fait s'est produit parfois. On commence en géné- 
ral par montrer a l'inculpé les instruments de torture; on lui 
explique la manière dont on s'en sert, les souffrances qu'ils pro- 
duisent, et, devant cette menace, on l'interroge de nouveau; on 
le conjure d'avouer son crime. S'il persiste dans ses dénégations. 
le bourreau fait son office. Rarement une femme résiste jusqu'au 
bout. Tout à coup elle s'écrie que c'est trop souffrir ; elle raconte 
tout ce qu'on veut; oui, elle a été au sabbat; elle a eu accointance 
avec le Diable. Le juge lui demande le nom de ses complices; elle 
nomme tous les noms qui lui traversent la tête, noms illustres ou 
noms ignorés, grands personnages de l'état ou pauvres mendiants. 
C'étaient de nouvelles victimes qu'elle désignait, et chaque pro- 
cès en engendrait une série d'autres. Parfois le juge, pour obte- 
nir plus vite l'aveu, usait de stratagème. II promettait à la pauvre 
torturée sa grâce et une chaumière; mais il sous-en tendait par 
restriction mentale la grâce d'être étranglée avant d'être brûlée, 
et la chaumière, c'étaient les bottes de paille du bûcher. Le juge 
aussi, dans la recherche des complices, désignait parfois un 
homme ou une femme par son nom : « N'étiez-vous pas au sabbat 
avec un tel ou avec une telle? » Ces pratiques, il est juste de le 
reconnaître, étaient condamnées par les échevins de Naucy. 
Claude Bourgeois écrit : « II n'est loisible d'user d'artifices, de 

1. !>:■■> procureurs lorrains demandaient des supplices plus terribles. Un 
procureur, Didier Colin, écrit sur un eietnplaire de la Pratique civile et cri- 
minelle, de Claude Bourgeois : ■ Aucuns ilisenl qu'il n'jr a douleur si grande 
que celle qui rient de la distillation d'eau froide sur le nombril. Aucuns <\uc 
les tnillepedes, cloportes ou pourcelels Saint- Antoine, appliqués et retenus sur 
le nombril, font plus grand rage et tourment. ■ Cité par R. de Soiihesmes, la 
Torture et tes anesthétiquts, dans les Mémoires de la Société d'archéologie 
lorraine, 1901, y. 10. 






*t colis ntiui st li snm:fit,i.KiiiK ki LiminnE. 3D 

paroles mensongères ou captieuses comme de faire entendre au 
criminel qu'il confesse librement ce qu'on luy demande soubs 
espérance et promesse de pardon et autres, cela étant très perni- 
cieux, et dont les juges pratiquant tels abus et injustices en 
répondront devant Dieu, et, cela estant descouvert, délivrent 
estre châtiés exemplairement par les juges supérieurs qu'il appar- 
tiendra»; — et, en effet, certains juges on tété destitués pour n'avoir 
pas suivi ces préceptes. — Claude bourgeois écrit encore : « Il ne 
fondra particulariser ou nommer personne, suggérer, — le mot 
■■si dans le texte, — ou désigner par habits ou autrement, ains 
faudra interroger généralement qui sont les complices. > 

Le lendemain des aveux, l'accusée était interrogée à nouveau 
Hors du lieu de torture. Il arrivait souvent qu'elle rétractait ses 
aveux antérieurs, qu'elle déclarait n'avoir su ce qu'elle disait, 
n'avoir parlé que sous l'empire de la douleur. Le juge aurait dû 
n fléchir à ses rétractations; il aurait dû se rappeler le proverbe 
latin : torquere est extorquere ; il aurait dû se dire, comme 
plus tard l'auteur tragique 1 : 

La torture interroge et la douleur répond; 

mais, dans ces rétractations, il voit une nouvelle manœuvre de 
Satan ; et l'accusée est remise aussitôt à la question*. Après les 
grésillons, l'échelle; après l'échelle, les tortillons et puis l'estra- 
pade. Quelques-unes résistent jusqu'au bout et sont renvoyées 
des ans de la plainte 1 , mais le cas est tout à fait extraordinaire. 
L'aveu une fois fait est aussitôt consigné par écrit : c'est la sen- 
tence de mort. Les juges n'ont qu'à eu prendre acte et à pronon- 
cer en conséquence. Dans les juridictions inférieures, la sentence 

I. Itaynouard, tel Templiers. 

t Claude Bourgeois se rend bien compte des objection! qu'on peut faire à la 
torture : < La question est dangereuse, écrit-il ; le plus souvent l'innocent v 
roafeste; autrefois, le coupable malfaicleur l'endure et a re mojen est absous. > 
M*lt d> «m prémisse* il n'ose pas lirer la conclusion. 

3. Quelques accusées très dallée* arrivaient A devenir insensibles 1 li dou- 
leur. Le juge le ««ait et voyait dan* ce fait une manœu vre do Satan, Le Diable 
aidait >ei suppôts : il se logeait Sous les ongles et dans les poils. Celait un 
mire motif pour riwr les victimes. I.e diable leur ai.iil appris des formule' 
rsiciijuri ipji supprimaient la douleur; aussi on le» exorcisait. CL II. de Sou- 
bMinea, loe. cit., p. -S et suir. Le» accusées qui ne manifestaient pas de dou- 
laor n>utent pis relâchées; un renvoyait «eulemeut celles qui n'avouaient 
pas, malgré leur* évidentes souffrances. 




40 CB. PFI8TKR. 

« 

est provisoire, les pièces du procès sont renvoyées aux échevins 
de Nancy; ceux-ci déclarent en général que le procès a été bien 
jugé, et, aussitôt leur réponse arrivée, les juges rendent la sen- 
tence définitive. A Nancy, il n'y a qu'une sentence définitive. 

Nous donnons ici la formule de ces sentences de mort, pronon- 
cées par les tribunaux locaux, telle que nous la rapporte Claude 
Bourgeois; cette formule a été répétée des milliers de fois en Lor- 
raine : 

« Veu le procès extraordinairement instruit par Nous les pré- 
vôt ou Maire et gens de justice de N. (ici le nom de la localité), 
à la requeste du procureur d'office, contre N., prévenu et accusé 
de sortilège et vénéfice, sçavoir l'information, l'audition de 
bouche dudit accusé, recolements et confrontations, les conclu- 
sions dudit procureur en date du ..., notre sentence du ..., par 
laquelle aurions condamné ledit accusé à la question ordinaire 
et extraordinaire, l'acte et procès-verbal de ladite question, les 
conclusions définitives dudit sieur procureur et l'avis de Mes- 
sieurs les maître eschevin et eschevins de Nancy (c'est Vénu- 
mération exacte de tous les actes de la procédure; voici 
maintenant la sentence), disons que, par ladicte procédure et 
par la confession dudict accusé, iceluy est suffisamment atteint 
et convaincu dudict crime de sortilège et vénéfice ; de quoi l'avons 
condamné et condamnons à estre délivré entre les mains de l'exécu- 
teur de baulte justice, pour par luy être exposé au carcan à la 
vue du peuple l'espace d'un demi-quart d'heure ou environ, puis 
mené et conduict au lieu où l'on a accoustumé supplicier les 
délinquants, et illec attaché à un poteau, y estre estranglé après 
qu'il aura aucunement senty l'ardeur du feu, son corps ars, 
bruslé et réduit en cendres, tous et chascuns de ses biens déclarez 
acquis et confisqués à qui il appartiendra, les frais de justice pris 
sur iceux au préalable. » 

Beaucoup d'accusés, pour ne pas affronter cette série d'hor- 
reurs, se donnaient la mort en prison. Que de fois ne trouve-t-on 
pas dans les archives des mentions comme la suivante : « 1593. 
Marguerite, veuve de Thiébaut le vigneron, demeurant à Bel- 
leau 1 , accusée de vénéfice et de sortilège, étant détenue en pri- 
son de ce lieu, se serait par mains violentes précipitée à la 
mort. » Nicolas Remy reconnaît que les suicides en prison sont 

1. Cant. de Pont-à- Mousson. 



1IC0I.AK IH1 ET I.» S01GIUIUE t* LORRAINE. 41 

nombreux; il avoue par exemple qu'en juillet 1581 Didier 
Finance, deMandray', a échappé au supplice en s'eufonçant dans 
la gorge un couteau qu'on avait oublié près de sa main, et il 
Il me souvient qu'en cette année et l'année précédente 
il s'est trouvé en Lorraine environ quinze personnages qui se 
sont fait justice a eux-mêmes, pour ne pas être un exemple à 
loua*. » Remy a horreur de ces morts : < J'ai hâte, écrit-il, d'en 
B procès qui eurent de meilleures issues, — ad ea quae 
exilas im-Uores ftutmerunt », — et il raconte les supplices de 
Jeanne, sorcière à Ban-sur-Meurthe, d'Anne Drigie, de Harau- 
oourt, et de Didier Gérard, de Vennezey 1 . Le bourreau ne per- 
dait pas tout droit si la -victime se donnait la mort. Le cadavre 
était exposé aux fourches patibulaires et ensuite brûlé. 

La sentence définitive, une fois rendue, était aussitôt mise à 
exécution. Un confesseur devait préparer la sorcière à la mort; 
et nous pourrions répéter des confesseurs ce que nous avons dit 
dea médecins; jamais l'un de ceux qui avait reçu les dernières 
confidences des victimes n'a protesté de leur innocence; si l'ac- 
cuse niail encore au tribunal de la pénitence, le confesseur attri- 
buait ces dénégations à une méchanceté endurcie et aux ruses du 
Démon'. La condamnée, avant le supplice, était exposée quelques 
minutes au carcan. A Nancy, cette exposition avait-lieu sur la 
place Saint-Kvre, tant que les prisons furent à la porte de la 
Oa&V Plus tard, elle eut lieu dans la Ville-Neuve, sur la place 
du Marché, devant l'hôte! de ville. Au-dessus de la malheureuse, 
oo plaçait un ècriteau indiquant son crime : guenoche et sorcière. 
Un ta livrait à la risée dune multitude sans pitié et qui lan- 
çait d'ignobles injures. Après l'exposition, la sorcière était 
menée au supplice. Au début, devant le portail de l'église Sainl- 

I il irr. de S.ml-Dié, Vosges. 
; ttomaaalutrtt, p. 347. 

3, llarjucourl, rint Je Salnl-Nlcula»; Ban-iur-Mourlhc, Veimezej', ci ni. lin 
Gcrtevillcr. 

t. Suoi il et uns puiiriuit ciler un jémiile allemand <|ui usa proleMer. Frtdi'*- 

rlc 8p«* «t.iII wroiu|>iRnê dm» les en liront de llamberg et de Wurtbourx de 

ii bùvlier, el, comme l'étCque de Wiirgbourg, Jean Phi- 

Mabora, l'ttonnail ijue <e« rneieui Tuaient blancs atani l'âne, il 

• C'*»l * e»li*e de In douleur è|irout>e en ciiriiluisanl des innocente! 

■• supplice, • Sp«t lit paraître en 1031 un Dire uû II n'élevait contre la lorcrl- 

Ini* : Caulio erimtnaSi* *eu de proceuibui contra tagat liber wt maijhtratus 

Crrmaniar hoc Irmpore nectuariut. Sur te litre, cf. SoIJjii, Guehithle der 

gtttnprocTMr, l. Il, p, 187, 




n 



. rnsiEB. 

honorable, une torche noire à la 



Èvre, elle faisait amendi 
main. Le cortège sortait par la porte de la Crâne et se rendait 
sur les bords de la Meurthe, à quelque distance de la route de 
Nancy à Champigneulles, en un endroit appelé le Paquis, où 
aujourd'hui se dresse l'usine du Pont-Fleuri 1 . Là le bûcher était 
dressé. Il se composait d'un cent de fagots et d'une corde de bois*. 
Au-dessus se dressait un poteau où la victime était attachée. La 
sorcière n'était pourtant pas brûlée, à proprement parler. A peine 
avait-elle senti la flamme que le bourreau l'étranglait. Le corps 
était ensuite brûlé et les cendres dispersées. On ne jetait vivantes 
dans le feu que les sorcières endurcies, celles qui avaient refusé 
de faire pénitence. A ces exécutions assistait une foule gouail- 
leuse, — la même foule ignoble qui se presse aujourd'hui autour 
des échafauds. 

Suggérées par le juge, des mères avaient avoué qu'elles avaient 
emmené au sabbat leurs enfants, jeunes garçons et jeunes filles 
de sept à dix ans. Ces enfants eux-mêmes avaient parfois avoué 
leurs forfaits; Us avaient décrit le sabbat, répété les chansons 
licencieuses qu'on y chantait; ils soutenaient avoir tourné la 
broche de Satan! Lesèchevinsde Nancy n'osaient condamner ces 
malheureux ; on se bornait à leur mettre les épaules nues et à les 
frapper trois fois de verges devant le bûcher où brûlait leur 
mère ; et cette condamnation devint en Lorraine d'un usage cou- 
rant. Mais Nicolas Remy s'élève contre ce qu'il regarde comme 
une faiblesse : « Je n'ai jamais pensé que de cette manière il était 
satisfait aux lois 3 . > Avec une férocité inouïe, dans un passage qui 
nous paraît le plus abominable de la Dénonolotrie, il réclame 
contre les pauvres êtres la peine capitale. Il rappelle l'histoire 
des quaraDte-deuî enfants de Béthel qu'Elisée avait fait manger 
par les ours, uniquement parce qu'ils l'avaient nommé vieux 
chauve. Et il veut que toute graine de sorciers soit anéantie. 

Les enfants des sorciers pâtissaient encore d'une autre façon, 
même s'ils n'étaient pas impliqués dans les crimes de leurs 
parents. Tous les biens étaient confisqués au profit de l'Etat, et 
les malheureux, repoussés partout, restaient 



1. Au débul du xvn' siècle, il t eut quelques eiécutkms 
Marché. 

î. Voir les comptes des receveurs. 

3. < Sed ne bue i[uidem rnlioae numejuam pulsvî pletic legil 
tum o {Démonolalrte, p. 300-ÏOt). 




dirons Reïi et r.t *obi:kl;.eb[E f.îi uhuiaitc. M 

■1 des condamnés étaient pauvres, sans doute; mais il y en 
eut aussi de riches. On put soupçonner que le duc Charles IV 
envoya au bûcher Melchtor de La Vallée, chantre de la collé- 
giale Saint- Georges, non seulement pour compromettre sa 
femme Nicole, baptisée par le prétendu sorcier, mais encore 
pour acquérir son grand domaine de Sainte-Anne, sur la route 
de Laxou'. On a pu dire que les procès de sorcellerie étaient si 
nombreux en Lorraine uniquement parce que les biens des con- 
damnés étaient acquis aux seigneurs*. 

Nous avons aiusi suivi la sorcière depuis son arrestation jus- 
D supplies. Le jour où arrivait à la justice la dénon- 
ciation anonyme, elle était presque sûrement perdue. Comme 
ceux qui entrent dans les enfers, elle devait laisser toute espé- 
rance. Le drame que nous venons de raconter eut, au temps où 
iiemy fut échevin de Naucy, puis procureur général, 
•le 1570 a 1806, soixante à quatre-vingts représentations par 
an'; et, après sa retraite et sa mort, l'impulsion donnée par lui 
dura. De 1606 à 1633, les bûchers s'allumèrent encore à mainte 
reprise; pourtant, peu à peu, le mouvement se ralentit et les rôles 
des échevins de Nancy furent moins encombrés. Le total des sor- 
ciers et sorcières brûlés ne laisse pas que d'être considérable; et 
cette épidémie de sorcellerie qui sévit sur le duché a fait plus de 
victimes que la peste; la sottise de l'homme est plus nuisible que 
les plus terribles fléaux de la nature. En l'année 1633, les Fran- 
çais occupèrent la Lorraine; le tribunal des échevins de Nancy 
fut supprimé; les magistrats français qui remplacèrent les magis- 
trats lorrains étaient plus éclairés; puis, au milieu des guerres 
et de l'occupation étrangère, d'autres préoccupations absorbèrent 
les esprits; on laissa les sorcières en repos. Quand le duc 
Charles IV rentra dans ses états, en 1601, il y eut encore de-ci 

1. On consultera, sur Uekliior de La Val lie, Henri Lcpage, letChartreusetde 
Sainte-Anne et de BcturvHU (Nancy. 1851). el un autre article du même, 
Melchiorde ta Vallée et une gravure- de Jacques Brtlange, dans les Htm otret 
d* la société darchêologii, 1882. p. Î57. Un aulre procès célèbre fut celui 
d'André- «le-* BmdM, malin d'annei du dur Henri II. Cf. Henri Lvpagc, Andrt 
Jtt Borde/, r/ii«o<f* de l'hiitoire <tei torcieri en Lorraine, (Uns le* Mémoire* 
d» la Société d'arc hrologlt, 1857, p. 5-55. Nous comptons raconter prochaine- 
m»nl riii.Nilr.' .le ie» ili-m pftKOC, 
i. En Alltrnaane, la ton Uses lion n'élait pas de règle. Voir Soldan, I. I, p. 453. 
i avoir Condamné a rtiurl.de 1576 i 1592, comme écheiln, -M) He- 
MH donna une moyenne annuelle de toiiuntc, et Ici exécu- 
ta s»m Iprèl m inatîon Je procureur. 




U ai. msrrn. — jrcnLas &£xt it la soicelleeti bv louime. 

te — La <|ueiques exécutions. En 16til, Jeannon Maronde, femme 
le Jean La r:onze: en 1670. Jeannon, femme de Georges Gran- 
liiiier. furent brûlées à Saint— Eiiê^ en terre ecclésiastique, où les 
Toiles superstitions avaient poussé lies racines plus profondes. 
Ma.4 en 1682 fut rendu, sous l'inspiration de Colbert, redit qui 
refendait aux cours et aux tribunaux d'admettre dorénavant l'ac- 
cnsation de sorcellerie sabbatique: et cet edit fut appliqué à la 
Lorraine, que la France avait occupée une seconde fois en 1670. 
Dans *a Dèmonolatrie. Nicolas Remy écrit ces mots : 
« Malheur à ceux qui ont conclu un pacte avec l'enfer... Mais 
malheur aussi à ceux qui cherchent à diminuer l'odieux d'un 
crime aussi horrible et exécrable, qui admettent les circonstances 
atténuantes de la crainte, de l'âge, du sexe, de l'imprudence ou 
d'autres excuses analogues. » En conséquence, dans l'exercice 
de son ministère, il a toujours refusé les circonstances atté- 
nuantes. Certes, Nicolas Remv eût été bien étonné si on lui 
avait dit qu'un jour il serait l'accusé. Soyons plus indulgent 
que lui; rappelons tout ce qui peut être dit en sa faveur : ses 
opinions étaient celles de son temps, et c'est à elles plus qu'à sa 
personne qu'il faut nous en prendre; il croyait faire œuvre 
agréable à Dieu, sauver la religion et la société; il pensait 
paraître au tribunal suprême la conscience pure et tranquille; il 
s'y serait même fait un argument des bûchers qu'il avait allu- 
més. Mais pourtant il nous faut le condamner, parce qu'il lui 
manquait Tune des qualités que nous croyons indispensable au 
magistrat, la bonté. Peut-être avec plus de bonté aurait-il eu par- 
fois des doutes et aurait-il été moins sûr de ses raisonnements. 
Avec plus de bonté, il eût été plus intelligent. Armé par la loi 
d'un pouvoir terrible, le magistrat doit se défier de lui-même et 
de sa raison, rechercher toujours les circonstances atténuantes et 
ouvrir son cœur à la pitié. Nicolas Remy ne fut pas un bon juge. 

Ch. Pfister. 

1. Gaston Save, la Sorcellerie à Saint- Du, dans le Bulletin de la Société 
phtiomathique de Saint- Dié, 1887-1888. 



LES RELATIONS DE LA RUSSIE 

AVEC LA CHINE ET LES PEUPLADES LIMITROPHES 

■1 FIJI DO IV] I e SIÈCLE ET DUS LE PREMIER i.HT 1 111 [Il IVIIl". 



L'histoire des relations lie la Russie avec la Chine peut être 
divisée eu plusieurs périodes. Celle dont le traité de Nerklnnsk- 
{1689) marquerait le début se distingue de l' époque précédente 
par son caractère nettement pacifique, par la fréquence des rap- 
ports diplomatiques entre les deux pays, par rétablissement 
d'échanges commerciaux réguliers. Pour des motifs différents, la 
Russie et la Chine, vers la an du xvn" siècle, étaient animées, 
l'une et l'autre, d'un réel désir d'entente et de paix. La Russie 
s* trouvait fatiguée par un siècle d'expéditions lointaines et aven- 
;-i mssées à travers la Sibérie, jusqu'en Transbaïkalie et 
à l'Amour. Elle cherchait avant tout, — et l'on pourrait dire 
que c'était presque l'unique but de ses efforts dans la Sibérie 
orientale, — elle cherchait à étendre son commerce jusqu'en 
Extrême-Orient. Les courses des Cosaquesen Sibérie au xvn" siècle 
voiesauxcaravanesetauxmarchands. C'était 
[ diplomates que revenait la tâche de ménager les transitions 
l'élit de guerre e! la paix désirée, de chercher les moyens 
MJU&Uou Bl de créer une ère de relations pacifiques et com- 
ciales. lie son côté, la Chine aussi voulait la paix. Elle 
voyait avec inquiétude s'accroître la puissance des Kalmouks ou 
de Dzoungarie, Or, près d'eux, sur la Basse-Volga, 
vivaient d'autres Kalmouks, les Tuurgoutes, groupés sous l'au- 

I. D'aprSt lt> archives russes du ministère des Affaires èlrannère* i Moscou. 

7. La «interne de Iranseriplioii d«» noms russes adopie dans rel article 
consiste * repnwloire lettre à lettre l'orthographe russe, sans tenir compte 
de la prononciation. C'est une Iran se ri pilon visuelle ei non pboaMtqne. La 
tign* dur u'rM pas Indique, nuis le signe mou est représente par une apos- 
t ligure par ■ ou ». On trouvera doue écrit Aluaiin, 
Ctiliivin. Logiiinv , etc., du mots ipii se prononcent Albtxine, Galavine, 




46 GASTON CAHEX. 

torité suprême du grand khan, Aïouk. A l'est de la Dzoungarie, 
dans les bassins de la Selenga, de l'Orkhon, de la Tola, du 
Kéroulen s'étendaient les Mongols du Nord ou Khalkhas. Qu'une 
alliance réussît à se conclure entre Tourgoutes et Dzoungares, 
aussitôt un immense empire se constituait qui aurait occupé 
toute la Sibérie occidentale et l'Asie centrale, de la Volga au 
Houang Ho, des portes de Moscou aux portes de Pékin. Si les 
Eleuthes, profitant de leur supériorité militaire, réussissaient à 
écraser les Mongols, c'était toute la frontière septentrionale de la 
Chine menacée par un peuple guerrier et redoutable. Enfin, le 
danger ne paraissait pas moindre pour la Chine si l'un ou l'autre 
de ces trois groupes de nomades, les Tourgoutes de la Volga, les 
Eleuthes de Dzoungarie, les Mongols Khalkhas, — ou tous les 
trois, — se plaçaient sous la protection de la Russie. C'est la 
peur des Kalmouks, c'est la crainte d'une entente entre tous les 
nomades de la frontière septentrionale d'une part, et la Russie 
de l'autre, qui expliquent les longues et pénibles campagnes de 
la Chine contre les Eleuthes et les variations de sa politique 
envers la Russie au xvm e siècle. 

A la fin du xvu* siècle, Chinois et Russes étaient aux prises 
sur l'Amour, autour de la petite place d'Albazin. Les Russes 
avaient élevé cette forteresse et l'occupaient. Les Chinois tenaient 
à l'enlever. Le 7 juillet 1684 1 , ceux-ci emmenèrent prisonniers 
à Pékin une trentaine des défenseurs. L'empereur K'ang-hi 
envoya à Moscou deux de ces prisonniers d'Albazin. Ils y arri- 
vèrent en novembre 1685. Ils apportaient des lettres en latin, en 
russe et en mongol où K'ang-hi posait l'évacuation définitive 
d'Albazin par les Russes comme condition d'une entente. Dans le 
même temps, le siège de la place continuait. Le 12 juin 1685, 
les Chinois offraient au gouverneur, Tolbouzin, de capituler. Sur 
son refus, la ville était prise le 1 er juillet et Tolbouzin contraint 
de se réfugier àNertchinsk (10 juillet). Mais, dès le mois d'août 
de la même année 1685, Tolbouzin repartait avec Athanase Beï- 
ton et quelques renforts pour relever Albazin. Il y réussit, et 
cette opiniâtreté exaspéra les Chinois. Ils revinrent avec de l'ar- 
tillerie le 7 juillet 1686; huit jours après, Tolbouzin, blessé, suc- 
combait. Malgré ces combats acharnés, — ou plutôt à cause 

1. Les dates sont toutes citées dans cet article suivant le calendrier julien, 
employé en Russie. Il faut ajouter dix au quantième du mois pour avoir la 
correspondance avec le calendrier grégorien. 






l£LiTIO*S DE M ftCSSIB IKf M CUITE. 47 

x, — la Russie et la Chine souhaitaient la fin des hostilités. 
Las propositions de K'aug-hi indiquaient des dispositions conci- 
liantes. La Russie accueillit ces ouvertures avec empressement. 
Elle répondit au message de K'ang-hi par l'envoi de deux 
« courriers » ', N. Vénioukov et J. Favorov. Ils devaient annon- 
cer que la Russie faisait partir une ambassade solennelle pour 
résoudre a l'amiable les différends, en conséquence, prier K'ang-hi 
de suspendre les hostilités à Albazin. Vénioukov, Favorov par- 
vinrent à Pékin le 31 octobre 1686 (ils y restèrent jusqu'au 
14 novembre). Leur mission eut pour effet de décider K'ang-hi à 
lever le siège d'Alhazin, en partie le 6 mai, en totalité le 30 août 

Cependant, le chef de l'ambassade russe. Th. Al. Golovin, 
quittait Moscou le 26 janvier 1686. Ses instructions lui interdi- 
saient de céder Albazîn et de livrer le prince daour 1 Gantimour, 
baptisé et devenu sujet russe. Mais de nouvelles instructions 
« personnelles et secrètes » du 14 juin 1687, qu'il reçut le 
3U septembre, lui permettaient, en vue d'établir des relations 
commerciales régulières, d'abandonner Albazio. Golovin dut 
être à la fois général et diplomate. Une petite armée, forte d'un 
millier de « striéllsy » 3 , recrutés à Moscou et en Sibérie, accom- 
pagnait l'ambassade. 11 en fut le chef suprême, et elle lui rendit 
des services marquants. Golovin avait adressé à Pékin, le 
10 novembre 1687, St. Korovîn pour demander à la Chine de 
filer l'endroit où se tiendraient les conférences. Korovin, arrivé 
à Pékin le 14 mars 1688, y resta jusqu'au 17 avril. Le 21 juin 
1688, Golovin recevait de lui avis que Selenginsk était la place 

. i> ni de dislinnuer a»ec soin les litre* des envoyé» russes i la cour 
Ae fhinr. Le* i Courrier» i, « Honlsy t. ne sont que des porteurs Je mea- 
Mge*. Les i Envoyés », i Posbrmiki », ne doivent pu Aire confondus **ec 
le* < Ambassadeurs », 4 Poaly ». dont te ranjt est supérieur. Ainsi, Ilbnnt 
nVUtt que « Potltnnlk ». Itnitlof • Knvové Extraordinaire », et seuls, le» 
ihili des ilcui plus importantes ambassades dans la période ronsidiTi'c, (':«!«• 
tia et 8ava Vladislavitcli, eurent le lilre, le premier, d' « AmbassnJeiir l'I.-jii 
pulcniikire i, le second, d' ■ Envoyé Eilraordintlre cl Ministre Plénipo- 
tentiaire ». 

" est le nom t|ue porte la Tran s Laï Italie dans Ici documents nis.ea 
du m* siècle. Il est à noter que res mêmes instructions invitaient Golorin a 
demander n BMlanhhloti nmsfol il'Onrga (qualifié de » kalmouk ■ dans le 
teite) sa médiation entre la Russie cl 1* Chine. 

: lue les ■ Btrlêtl») >, mot a mol < tireurs », étaient les soldais 
de t'iiifanlerie russe uni ivf et ïVII" siècles. Cet mousquetaires furent abolis 
par Pierre le Qnnd en 1808, 




48 GASTON CAHEff. 

désignée. C'était compter sans les Kalmouks et sans les Mongols. 
Les Kalmouks avaient à leur tête un chef hardi et habile, Gal- 
dan, que les documents russes appellent Bouchoukhtou ouBochok- 
tou Khan 1 . Il étudiait au Tibet quand le meurtre d'un de ses 
frères le rappela en Dzoungarie. Bientôt maître de toute la 
Dzoungarie, en 1688 il envahit la Mongolie septentrionale. Une 
aile de son armée opérait contre le riche couvent bouddhique 
d'Erdeni tszou (sur la Selenga) ; lui-même, avec le gros de ses 
troupes, continuait sa marche vers l'est, s'avançait vers le 
Kéroulen, barrant ainsi la route de Chine en Sibérie. C'est à ce 
moment que le rencontra l'ambassadeur chinois, parti de Pékin 
pour rejoindre Golovin à Selenginsk. Les Chinois, sur Tordre de 
K'ang-hi, abandonnèrent la partie, revinrent en Chine et en 
informèrent Golovin. Celui-ci était aux prises, de son côté, avec 
de grosses difficultés. Il semble probable que c'est la diversion 
des Kalmouks sur Erdeni tszou qui provoqua une panique chez 
les Mongols et leur fuite, les uns, le Houtouktou en tête, vers 
le sud, les autres vers le nord, en Sibérie. Mais là ils se heur- 
tèrent à l'armée de Golovin. Surpris par cette invasion inopinée, 
Golovin se laissa d'abord assiéger et enfermer dans Selenginsk. 
Il réussit à se dégager, battit les Mongols au combat du Khilok 2 
(28 août-16 septembre 1688), leur imposa deux traités d'alliance 
défensive et offensive (15 janvier et 12 mars 1689). Malgré les 
obstacles, la situation s'améliorait pour les Russes. Elle ne tarda 
pas à prendre un tour favorable aux négociations. Golovin reçut 
le 7 juillet 1688 des instructions dernières, datées du 29 octobre 
1687. Elles lui enjoignaient d'envoyer le porteur, Iv. Loginov, à 
Pékin s'assurer des dispositions de la cour; s'il le fallait, Logi- 
nov traiterait à Pékin même avec les pleins pouvoirs d'un 
ambassadeur. Loginov arriva à Pékin le 13 mai 1689 et recon- 
nut que la Chine se montrait toute disposée à une entente. Les 
ministres chinois se préparaient à un nouveau départ pour la 

1. Il descendait du prince Khotokhotszin', surnommé le B a tour Khoun-tailchji. 
Les successeurs de ce prince continuèrent à porter ce titre, dont les Russes, 
1rs jésuites, etc., firent le mot « Konlaicha >. Voy. A. Pozdniée?, la Chronique 
mongole, c Erdéniin Erihhé >, Saint-Pétersbourg, 1883, in-8*, p. 175 et suiv. 
(en russe); Contribution à C histoire des Kalmouks de Dzoungarie (en russe), 
dans : Zapiski de la Société /. russe de géographie, section d'ethnographie, t. X, 
li?r. 2. Saint-Pétersbourg, 1887; tirage à part : Saint-Pétersbourg, 1887, in-8<>, 
p. 240, n. 1. 

2. Affluent de droite de la Selenga. 






■ KLiTlftVS DE M BDSSIE AVEC U f.niVK. 40 

du nord; Nertchiosk, plus à l'est, plus éloignée que 
usk du théâtre des hostilités, serait le lieu de la rencontre. 

ces conditions, le rôle de Logmov était terminé; il s'effaça 
devant Golovin. Les conférences commencèrent à Nertchinsk à 
partir du 12 août 1689. Les PP. Gerbillon et Pereira, qui 
accompagnaient le ministre chinois Songotou et ses compa- 
gnons, jouèrent un rôle actif dans les négociations. La défection 
des Braies ou Mongols Boudâtes et des unkotes, qui passèrent 
aux Chinois sous Nertchinsk même, au milieu d'août, la faiblesse 
de la petite armée de Golovin et des garnisons de Sibérie obli- 
gèrent l'ambassadeur russe à des concessions. Par le traité de 
Nertchinsk (27 août-6 septembre 1689), Albazin dut être rasée, 
Argoun déplacée sur la rive nord de la rivière du même nom; la 
Gorbitsa, petite rivière qui se jette dans la Chilka, formait limite 
entre la Russie et la Chine. A l'est de la Gorbitsa, la frontière 
était laissée indécise jusqu'à une nouvelle ambassade. On déci- 
dait seulement qu'elle passerait par la chaîne de montagnes qui 
sépare la Gorbitsa du Toungir (c est-a-dire le bassin de l'Amour 
de celui de la Lena) et se prolongerait a l'est par les « Monts de 
pierre », « Kamennyia gory », et la rivière Ouda, qui ne repré- 
sentaieutà cette époque que de vagues indications géographiques. 
Les « transfuges »' devaient être désormais extradés, les rela- 
tions commerciales développées. 

Ainsi, la Chine avait forcé la Russie à reculer. Une section de 

la frontière se trouvait délimitée. Mais l'œuvre de partage restait 

. << lievée, tant a l'ouest de Nertchinsk qu'à l'est. Ce fut 

■e des ambassades suivantes de chercher, du côté de la 

dévelupper les rapports commerciaux ; pour la Chine, à 

la démarcation de son territoire. 

traité de Nertchinsk était à peine signé que les Kalmouks 
offrirent aux Russes une occasion de preudre leur revanche. A la 
nouvelle du traité, désavantageux pour les Russes, Galdan leur 
adressa, à Nertchinsk et à Irkoutsk, ses émissaires. Le 22 février 
1690, ils rencontrèrent à Irkoutsk Golovin, qui s'en retournait à 
Moscou. Ils lui remirent une lettre de Galdan, où il excitait les 
Rosses à une action, de concert avec lui, contre les Mongols. Golo- 




t. Il faut entendre par ■ transfuges i les gens qui pu 
Vin ou l'autre empire sans joloriMlioo spéciale. fti|teei 
iUri!*nl rainuift rtr* iltuerteuf». 

Rsv. Hi.ro». XGIV. 1" fasc. 




50 GASTON GAHEIf. 

yin, dans sa réponse, encouragea le Eontaicha 1 à la guerre, mais 
déclina toute alliance offensive. La Chine aurait appris la réserve 
de l'ambassadeur russe et en aurait témoigné sa satisfaction : 
cette conduite lui permit de se tourner tout entière contre Gal- 
dan, de le vaincre à Oulanboutoun (1690), de l'anéantir en 
1696. La Russie ménageait la Chine, autant à cause de son 
propre épuisement que dans l'intérêt de la paix et du commerce. 
Elle entendait appliquer désormais tous ses efforts au développe- 
ment de ses relations commerciales avec l'Empire du Milieu. 

Aussi fit-elle choix d'un agent de commerce, trois ans après le 
traité de Nertchinsk, pour la représenter à Pékin. L' « Envoyé » 
Izbrant se qualifie de marchand danois. Il faisait du trafic par 
mer à Arkhangelsk. La cour de Russie lui confia une mission 
commerciale en Chine : il devait fournir un rapport exact sur les 
produits d'importation et d'exportation entre la Russie et la 
Chine et essayer d'attirer les marchands chinois à Moscou et 
dans toute la Russie. Il devait aussi s'informer secrètement 
des intentions du Bogdy Khan 2 sur la partie de la Daourie 
(ou Transbaïkalie) laissée indivise. Parti de Moscou le 14 mars 
1692, Izbrant resta à Pékin du 3 novembre 1693 au 19 février 

1694. Admis à l'audience impériale, il ne put faire accepter ni la 
« Gramota » 3 des tsars ni les présents dont il était chargé. Les 
Chinois alléguèrent que, dans cette pièce, les titres de leur 
maître étaient écrits au-dessous des qualifications des tsars et y 
virent un manque de respect. Izbrant se vit obligé de revenir 
sans avoir pu remplir sa mission. Tout au plus fut-il en état de 
donner quelques indications, d'après le dire des Jésuites, sur les 
dispositions pacifiques de K'ang-hi et d'apporter un petit nombre 
de remarques sur le commerce. De retour à Moscou, le 1 er février 

1695, il transmit une lettre datée du cinquième jour, deuxième 
mois de la trente-troisième année de K'ang-hi. Elle lui aurait 
été donnée par les ministres de l'empereur en réponse aux pré- 
tentions qu'il leur avait exposées point par point, suivant ses 
instructions. La lettre est écrite en très mauvais russe, et, avec 



1. Sur ce mot, voir ci-dessus, p. 48, n. 1. 

2. Nom que les Russes donnent à l'empereur de Chine. Il paraît dérifé du 
mot mongol « bogdo >, « saint ». 

3. « Gramota », c lettre », était le nom réserfé aux communications offi- 
cielles du Collège (Ministère) des Affaires étrangères, du Saint-Synode, etc. 



EELATI01S DE La RUSSIE AVEC U CnHE. 51 

les difficultés de lecture, il est à peu près impossible de l'entendre 
pleinement 1 . Elle semble indiquer que la frontière n'est pas 
encore établie du côté de la Mongolie et que les Chinois reçoivent 
le* marchands étrangers en Chine mais ne sortent pas de leur 
propre pays. 

Cependant, les relations de la Chine et de la Russie avec les 
Kalmouks gardaient, en se prolongeant, un caractère différent 
pour l'une et pour l'autre puissance. Si Galdan se vantait à tort 
de secours importants que lui auraient fournis les Russes, du 
moins est-il sûr que les rapports de la Russie avec les Kalmouks 
restèrent amicaux dans les vingt-cinq années qui suivirent le 
Iraité de Nertchinsk (1689-1714). Départ et d'autre, on échan- 
geait des ambassades, et les Boukhariotes, agents commerciaux 
dn Kontaicha, trouvaient facilités et même faveurs pour leur tra- 
fic en Sibérie. La Chine, au contraire, continuait ses campagnes 
contre les Eleulhes. A Galdan avait succédé son neveu, Tsevaug 
Raptan (1697), qui, non seulement reprenait la politique agres- 
sive de Galdan, mais cherchait, par des alliances ou par la force, 
a m constituer un vaste empire en Asie centrale, au détriment 
4e* Mongols, des princes du Koukou Nor, du Tibet. 

Kst-ce au désir de susciter sur tes derrières de Tsevang Rap- 
lan un adversaire inopiné qu'il faut attribuer l'envoi par la 
Chine d'une ambassade aux Tourgoutes de la Volga en 1713? 

"i-h-tch'en en fut le chef. Il déclare que ses instructions loi 
interdisaient de conclure avec les Tourgoutes une alliance offeu- 
*ire contre les Eleulhes. S'agissait-il alors d'obtenir d'eux une 
neutralité favorable? Faut-il croire que la Chine se fût exposée 
aux difficultés d'une ambassade à travers la Sibérie pour avertir 
le khan des Tourgoutes, Aïouk, que son neveu, Arabtchour-, 
•-lait retenu et bien traité à Pékin? Reste une hypothèse : elle est 
exprimée par Glazounov, secrétaire du Collège (Ministère) des 
Affaires étrangères, qui avait mission officielle d'accompagner 
les ambassadeurs chinois en Russie h leur voyage de 1731. Fon- 



I. An»), «tir la demande de la Russie, le Li-hn-yum, sorte de Ministère 
éM—ts de* Affaire» étrangères, aji>ul<i-t-i1 désormais m»' traduction en lalin 
t te* ItUrm en mongol et en russe. 

' f «Ull parti, plusieurs années. *upar*»anl, en pèlerinage au Tibet. 
A tw retour, Il avait Ir.mié la route coupée par les armées kalmouke*. Il 
• Hall alors dirigé tv% la Sibérie par Pékin. Mais là. H semble qu'on l'ait 
fard* eouune ulâge, dan* une sorte de demi-caplUile. 



52 GASTON CAHEN. 

dant son opinion sur le dire des personnages mêmes de l'ambas- 
sade, il prétend que l'ambassade de Toulitch'en, en 1713, aurait 
eu pour but d'engager les Tourgoutes à revenir dans l'empire 
chinois 1 . Si, sur la foi de T'ou-li-tch'en, on écarte l'idée d'une 
proposition d'alliance offensive entre la Chine et les Tourgoutes 
contre les Éleuthes, le dessein indiqué par Glazounov parait fort 
vraisemblable. Ce qu'il y a de sûr, c'est que la Chine se montra 
satisfaite de l'accueil fait en Sibérie et en Russie à son représen- 
tant et le témoigna par une lettre datée du 27, troisième mois, 
cinquante-cinquième année de K'ang-hi, ou 18 avril 1716. Elle 
alla plus loin encore. A cette époque (1716), le gouverneur de la 
Sibérie, le prince Mathieu Pétrovitch Gagarin, envoyait une expé- 
dition militaire, sous la conduite du lieutenant-colonel Boukholts, 
à la recherche du sable aurifère d'Yarkand, ville qu'on croyait 
toute proche de Tobolsk. Remontant l'Irtych, la petite colonne 
se heurta, vers le lac Iamychev, à un parti de Kalmouks et subit 
un désastre; elle dut rétrograder. La nouvelle de cette tentative 
malheureuse (qui fut une des causes de la disgrâce de Gagarin) 
parvint jusqu'à Pékin. La Chine y saisit aussitôt un prétexte à 
intervention, et, par lettre du 13, troisième mois, cinquante- 
sixième année de K'ang-hi, ou 23 avril 1717, se référant à une 
lettre antérieure, elle proposait à la Russie une alliance offensive 
contre le Kontaicha. Si cet accord ne réussit point à se nouer, du 
moins la Chine ménageait-elle la Russie. 

Celle-ci vit dans des dispositions si favorables un gage de suc- 
cès pour une ambassade. La Russie avait toujours l'esprit fixé 
sur les intérêts de son commerce. En outre, le bruit des expédi- 
tions chinoises en Dzoungarie l'inquiétait : il lui importait d'être 
fixée sur les forces et les ressources de ses adversaires. Aussi 
l'envoi d'une ambassade décidé, un officier en fut-il le chef : le 
capitaine de la garde du corps Léon Izmaïlov. Il avait à recueil- 
lir toute information concernant l'armée et la guerre des Chinois; 
mais c'est sur les rapports commerciaux avant tout que portent 
les instructions du Collège des Affaires étrangères et celles du 
Collège du Commerce. C'est pour le commerce que lui est adjoint 
le Suédois Lorents (Laurent) Lang, qui avait déjà fait le voyage 
de Chine (avec le médecin Harvin en 1716-1717) 8 . Chercher à 

1 . Les Tourgoutes avaient passé dans les bassins du Kouban, du Jaïk (Oural) 
et de la Volga vers le milieu du xvn* siècle. 

2. Parmi les personnages de l'ambassade d'Izmaïlo? se trouvaient encore 



ULiTlORS DE U RUSSIE «TEC LA OOtt. 33 

ivelopper les rapports commerciaux entre la Russie et la Chine, 
et, a cet effet, demander l'admission d'une caravane tous les ans, 
obtenir la liberté du commerce avec exemption des douanes dans 
tout l'empire chinois, la création d'un tribunal de commerce, 
l'établissement d'un agent consulaire à Pékin, d'un sous-agent 
en province, enfin, négocier pour la fondation d'une église ortho- 
doxe à Pékin, tels sont les principaux points de ces instructions. 
Izmaïlov avait ordre d'employer les jésuites à ses desseins; pour 
prix de leurs services, leur correspondance serait admise à pas- 
ser par la Sibérie. Pour éviter tout froissement, dans la « Gra- 
mota > impériale, les titres de l'empereur de Chine étaient énu- 
i le Isar n'avait mis que son prénom. Izmaïlov quitta 
Saint-Pétersbourg le 16 juillet 1719, fut à Pékin du 18 novembre 
1720 au 2 mars 1721 et rentra à Moscou le 13 jauvier 1722. 
Malgré les exigences de T'oii-li-tch'en (après son ambassade il 
paraît chargé des affaires avec la Russie), Izmaïlov trouva des 
dispositions conciliantes et jouît du meilleur accueil. Il consentit 
à écrire directement au prince Tcherkaskii, gouverneur général 
de la Sibérie, au sujet de sept cents transfuges réclamés par la 
Chine. Cette satisfaction et surtout les heureuses nouvelles par- 
venues de Dzoungarie (succès de la Chine en 1719 et 1720) 
agirent favorablement sur les Chinois. Si l'Envoyé extraordinaire 
ne put arriver à signer un traité de commerce, il réussit du 
moins à obtenir l'entrée de la caravane et le droit de séjour* pour 
D terrain fut cédé pour la future église, qui devait être 
pourvue d'un archimandrite. L'empereur lui-même donnait des 
marques de bienveillance; déjà il avait soldé sur sa cassette per- 
les dettes des marchands chinois envers les Russes. 
K'ang-hi eut encore avec Izmaïlov plusieurs entretiens amicaux. 
A l'audience du 28 novembre 1720, il indiquait pour les mar- 
chands russes, — peut-être avec une arriére- pensée politique, — 
l'Irtych comme la voie la plus courte de pénétration en Chine. 
A ce moment, toutes les pensées de la Chine étaient tournées vers 
les Kalmouks; sur eux et sur les forces militaires des Chinois, le 
capitaine sut rapporter des renseignements précis. Enfin, à la 
faveur des circonstances et sous l'habile direction de Lang, il 

Gluaaoof comme secrétaire (le même qui accompagna ensuite Sava Vladisla- 
«rlch en CUk en 1727-1728 et le* ambassadeur» chinois a. Moscou en 1131), le 
néiUcin J. Ilell, qui écrivit une relation de «on «oyane, [>arue seulement en 
1163, et i archimandrite dL-koulsk, Antoine Plalkovikii. 




54 GASTON ClHEÎt. 

semblait que le commerce russe en Chine fût appelé à prospérer. 

Il n'en fut rien, et ce sont encore les rapports de la Russie 
avec les Kalmouks qui expliquent le revirement de la Chine. 
Bien loin de chercher à venger l'échec du Iamychev, la Russie, 
dans les années suivantes, s'efforça d'amener le Kontaicha à sa 
clientèle, comme elle l'avait fait pour le khan des Tourgoutes, 
Aïouk. Iv. Dm. Tchérédov, dépêché de Tobolsk à Tsevang, le 
28 juin 1719, resta auprès de lui jusqu'au 9 janvier 1721 . Il 
obtint du Kontaicha une vague promesse de soumission, à la con- 
dition que les Mongols lui fussent livrés comme les Mangoutes à 
Aïouk. L'envoyé que Tsevang adressa en 1721 à Saint-Péters- 
bourg, Borokourgan, repartit, accompagné du capitaine d'artil- 
lerie Ounkovskii, chargé de conclure avec le Kalmouk un traité 
ferme. Malgré une année d'efforts (17 novembre 1722 au 18 sep- 
tembre 1723), il ne semble pas qu'il y ait réussi, et un nouvel 
agent kalmouk, Darja, s'en vint en Russie continuer les négo- 
ciations. Mais ces relations avaient éveillé la défiance de la Chine. 
Ses dispositions conciliantes ne tardèrent pas à se changer en 
malveillance, puis en animosité contre la Russie. Lang, resté à 
Pékin après le départ d'Izmaïlov, fut obligé de s'en retourner 
avec la caravane d'Istopnikov (11 juillet 1722). De Selenginsk, 
il ne put, durant les trois années suivantes, que relever l'attitude 
des Chinois, chaque jour plus hostile; malgré un oukaze du 
4 juillet 1722, ordonnant de rechercher et de rendre à la Chine 
ses transfuges, dès la fin de 1722, les Russes sont expulsés 
d'Ourga; l'évêqueKoultchitskii, nommé à Pékin en remplacement 
d'Ilarion (mort vers 1719), ne peut franchir la frontière. La cara- 
vane de Tret'iakov n'est pas admise. 

Cependant, la Chine désirait tourner toutes ses forces contre 
les Éleuthes. Pour ce dessein, la paix définitive avec la Russie 
était nécessaire. La Chine laissait paraître ce souci par l'envoi 
successif à la frontière russe de personnages chargés de se faire 
livrer les transfuges, et, au besoin, d'engager des négociations 
diplomatiques générales. Lang relevait cette attitude, en signa- 
lait le caractère conciliant. D'autre part, la Russie connaissait 
les difficultés de la Chine dans ses campagnes contre les Eleuthes et 
la misère des Mongols, que les incursions continues des Kalmouks 
avaient ruinés. L'occasion lui sembla propice pour tenter une 
action diplomatique importante et obtenir des avantages. 

Elle disposait alors de quelques agents remarquables : Lang, 






RËLiTfOIS l>R U RUSSIE tTBC La Cil MIS. 55 

ir île plusieurs années en Chine et à la frontière ren- 
dait précieux pour les intérêts du commerce; le comte d'Illyrie 
Sava Vladislavitch 1 , jadis marchand de fourrures, que son âge 
:.!■ eu 1668), son expérience des affaires et sou intelli- 
gence peu commune recommandaient aux faveurs de la cour. 
L'ambassade qu'il eut à diriger est plus considérable, — par son 
ampleur el ses résultats, — que toutes les autres. C'est le plus 
▼aate effort diplomatique, dans les rapports de la Russie avec la 
Chine, depuis les origiues jusqu'à la seconde moitié du m* siècle. 
Cette ambassade réunit les caractères de chacune des précé- 
dentes ; mais l'expérience avait appris à diviser la tâche. A Sava 
Vladislavitch étaient réservées les discussions diplomatiques; 
Lan g devait l'aider dans le règlement des affaires commerciales. 
Le commissaire Kolytchov, précédemment chargé de délimitation 
de frontières en Turquie et en Pologne, avait mission de lever une 
carte et d'y proposer la démarcation des territoires. Les forces 
Matent placées sous la direction du colonel Boukholts; 
enfla, deux clercs de Moscou accompagnaient l'ambassadeur 
comme élèves de chinois. Ajoutez que Sava Vladislavitch dispo- 
sait encore du personnel de la caravane, administrée par Alex. 
Tret'iakov puis (2 mai 1726) par D. Molokov, et des géodésieus 
mis au service des commissaires. Ses instructions répètent celles 
d'izmaïlov (importance prépondérante du commerce, — admis- 
sion de la caravane, — liberté des transactions, — établissement 
d'un agent consulaire, — entremise des jésuites). Elles lui 
ordonnent, en outre, de trancher les différeuds relatifs aux trans- 
fuges et de proposer un accord pour la frontière, — de chercher 
à introduire en secret l'èvêque Koultchitskii, — de s'informer des 
forces militaires de la Chine el du Kontaicha, Une aussi grosse 
entreprise ne put s'exécuter d'un coup. Pendant que les commis- 
Mires Kolytchov, pour la Russie, et Lougotou, pour la Chine, opé- 
raient à la frontière, Sava Vladislavitch, parti de Saint-Péters- 
bourg le 12 octobre 1725, arrivé à Pékin le 21 octobre 1726, 
entrait en communication directe avec les ministres de Yong- 



I D»m juruii dri Ire* nom lire lu uVutnanls Att archives nt«n-'s r|iii le con- 
cernent il nï'tl deiignt? autrement qae pir CM deui nom» Le locnnil. maigre sa 
dédnenu milea pour le* aomi patronymique* rusws, *»l le nom Je famille, 
Cf., f*r ejetnple. ki OLcotioïilrh, etc. L r|nthele <le ■ Raiçouainskli >, qu'on lui 
iUiit.ii" [.iifui-, «îgnlliemil ■ de IUgu»e >. On ne la IroiiTe nulle part dune 
lw artnireu ruâtes de MOSCOU. 




56 GASTON CAHBfl. 

tcheng. Grâce aux dispositions pacifiques de l'empereur, grâce h 
la remarquable intelligence du représentant de la Russie, après 
trente conférences, un projet de traité, présenté par Sa va Vladis- 
lavitch le 19 janvier 1727, était adopté dans ses grandes lignes. 
C'est sur place, à la frontière même, que dut se conclure l'accord 
définitif. Longotou, par son obstination à ne céder aucune par- 
celle du territoire mongol, faillit compromettre toute l'œuvre. 
Rappelé le 8 août 1727, ses pouvoirs passèrent à ses compagnons, 
Tsyren Van, chef mongol, gendre de l'empereur, que Sava sut 
circonvenir, et T'ou-li-tch'en. Un traité préliminaire fut signé sur 
la Bouria le 20 août 1727; le 27 octobre de la même année et le 

17 mai 1728, les commissaires Glazounov, pour la partie à Test de 
Selenginsk, et Kolytchov, pour l'ouest, échangeaient avec leurs 
collègues chinois les instruments fixant la frontière. Enfin, le 
14 juin 1728 intervenait le traité définitif ou traité de Kiakhta. 
Il établissait, sur une longueur de près de 4,000 verstes, la 
frontière russo-chinoise, depuis les états du Kontaicha kalmouk 
jusqu'aux territoires du bassin de l'Amour laissés indivis. Comme 
par le passé, les transfuges devaient être rigoureusement extra- 
dés. Suivant les vues de l'ambassadeur, le commerce était inter- 
dit en Mongolie et reporté dans deux places- frontière, Kiakhta, 
sur la Selenga, et Tsouroukhaïtou, près de Nertchinsk. Une seule 
caravane était admise tous les trois ans à Pékin. La mission 
orthodoxe à Pékin avait le droit de s'adjoindre, entre autres, six 
élèves de langues mandchoue et chinoise. Revenu à Moscou le 

18 décembre 1728, Sava Vladislavitch put se flatter d'avoir rem- 
porté un véritable succès : il avait mis un terme à ces irritantes 
questions de déserteurs et de frontières, pendantes depuis le traité 
de Nertchinsk, donné au commerce un appui solide par la créa- 
tion de Kiakhta, par la réorganisation des conditions d'échange. 
Enfin son activité s'était étendue sur tous les domaines, et c'est 
presque une transformation complète de la Sibérie que produisent 
ses conseils; les places de la frontière sont restaurées pour pallier 
l'effet déplorable des révélations de T'ou-li-tch'en sur la faiblesse 
militaire de la Sibérie 1 ; les gouverneurs sont rappelés à l'obser- 

J. T'ou-li-tch'en écrivit une relation de son voyage intitulée : Journal d'une 
mission à l'étranger. Voy. Courant, Cat., Bibl. nat., fasc. I, n* 1889. Le livre 
parut en mandchou et en chinois. La traduction anglaise de Staunton : Narra- 
tive of the Chinese Embassy to the khan of the Tourgoulh Tartars in ihe 
years, 1712, 13, i4... London, 1821 (voy. Cordier, Bibl. sin., I, col. 263), est 



BRLlTlOXS l>E Ll IDmi *VtC Ll CHMK. 57 

ration stricte de leurs devoirs; les fraudes des marchands, les 
abus de tous genres sont relevés et autant que possible prévenus. 
Enfin cette ambassade a servi l'histoire et la géographie par les 
explorations et travaux cartographiques qu'elle amena, par l'éta- 
blissement a Pékin de ces élèves interprètes dont quelques-uns 
devinrent des traducteurs et des savants. 

A peme dégagée de ses négociations avec la Russie, la Chine 
86 tournait à nouveau Contre les Kleiilhes. Dès 1729, elle repre- 
nait l'offensive et cherchait à appuyer ses opérations militaires 
d'une action diplomatique. Une ambassade spéciale, ménagée par 
une ambassade et des présents à la cour de Russie, partait en 
1731 chez les Tourgoutes de la Volga. Elle devait exciter contre 
le nouveau Kontaicba kalmouk, Galdan Tcheren', son fils Lo<iu- 
zang Cbonon et son beau-frère Lozon Tcheren, tous deux réfugiés 
sur la liasse- Volga . Peut-être aussi prolongeait-elle l'ambas- 
sade de T'ou-ii- tch'en en conseillant la transmigration des Tour- 
goutes en Chine. En tons cas, la Russie s'inquiéta : une seconde 
ambassade chinoise, arrivée à la frontière russe le 27 avril 
1732, était admise à porter ses présents* à la cour; mais de nou- 
veaux envoyés aux Tourgoutes se voyaient refuser le passage 
par la Sibérie, La Chine, battue par les Kalmouks en 1731 au 
lac Kbotoun Kourkha près de Kobdo, prenait sur eux sa revanche 
*n 1732, grâce à l'appui du prince mongol Tseren. A l'avène- 
ment de K'ien-Iong, les négociations pour la paix n'étaient pas 
terminées. Durant la plus grande partie du XYin" siècle, les rela- 
tions respectives de la Chine et de la Russie avec les Kalmouks 
gardèrent une importance primordiale pour les rapports diploma- 
tiques et commerciaux des deux puissances. 

Jusque-là, les intermédiaires indispensables entre les denx pays 
: les jésuites. C'est eux qui parlaient latin aux confé- 
rences de Nertchinsk. eux qui traduisaient en latin les lettresdu 
Li-hn-vuau à la cour de Russie. Aussi leur ride est-il intéressant 
à considérer au milieu des exigences et des persécutions des deux 
cours. Du temps de l'empereur K'ang-hi, ils trouvaient protec 



faite uit l« l<->le rninois. Le leit<* mandchou a èlé pour la première foi» Ira* 
dall par un do Élèves île la mission orlbodoie de Pékin, qni partit en Chine 
■HkBM ■prit le Irait* de KiakbU. Ronjokhin. Sa Iraduction e*t imprimée 

:i HuUrt, tjfntfuatchnot SMc/dnenit, 1764. 

. tl «itt'da 1 IVring ftauUn en 1717. 

. Il» Maienl cttlnic» 1 IU),000 i lin* > (Icangs ou laïls) u'jrgnil. 




58 GASTON CAHBN. 

tioû et faveur auprès d'un monarque ami des lettres et des 
sciences : ils servaient alors le parti de la Chine, et les rapports 
de Golovin les accusent de partialité pour leurs maîtres. Du moins 
refusèrent-ils la proposition des Russes d'ajouter dans l'exem- 
plaire latin du traité de Nertchinsk une clause secrète, relative à 
Albazin, qu'ils eussent été seuls à connaître et à comprendre. A 
cette époque, en Russie, les religieux de la Compagnie se voyaient 
en butte aux dénonciations du patriarche de Moscou, Joachim, 
et aux poursuites du gouvernement. Mais la situation privilégiée 
des jésuites à Pékin ne se prolongea point, et, à mesure que s'ac- 
centuent contre eux les dispositions hostiles, ils se rapprochent de 
la Russie. Un mémoire en chinois, en mandchou et en latin, 
remis le 31 octobre 1716 aux Européens en Chine, réclame des 
nouvelles sur les PP. A. Barroset A. Beauvolier, partis en 1706, 
sur les PP. J. Provana et R. d'Arc, disparus depuis 1708, et 
qu'une lettre antérieure signalait à la Russie. Le 25 juin 1717, 
le P. Stumpf, qualifié de supérieur de la communauté, s'adresse 
au tsar pour donner avis à l'empereur Charles VI et à Rome de 
la situation critique où les jette la persécution. Ces requêtes 
furent entendues du jour où Lang informa le Collège des Affaires 
étrangères d'un service notable rendu à la Russie parles jésuites. 
Dans son rapport daté de Pékin, le 21 octobre 1721, reçu à 
Moscou le 11 juillet 1722, Lang raconte qu'on avait exigé de lui 
des passeports pour quatre mandarins chargés d'aller examiner 
une idole à la Saïssan Kamen' (non loin d'irkoutsk); déjà il y 
avait consenti quand un jésuite lui révéla le but réel de l'expé- 
dition : il s'agissait d'aller placer des bornes qui serviraient de 
frontière lors du futur partage. Averti, le Collège des Affaires 
étrangères eut soin d'interdire l'entrée des mandarins suspects 
et une enquête n'aboutit qu'à la découverte de vagues antiquités 
sur le Tchakoul. Désormais les jésuites trouvèrent à la cour de 
Russie reconnaissance et dispositions favorables. Izmaïlov eut 
ordre de recourir à leurs bons offices en leur offrant, en retour, 
le libre passage de leur correspondance par la Sibérie. Les ins- 
tructions de Sa va Vladislavitch sont identiques sur ce point; et 
celui-ci sut employer les PP. portugais et surtout le P. Parrenin. 
Dès le 22 avril 1726, il lui adressait une lettre secrète en italien, 
et, au cours des négociations, l'action du Père fut si sensible et 
si heureuse pour la Russie que Sava rémunérait l'émissaire des 
jésuites, un personnage de la cour nommé Masi. Mais l'impor- 






■cutious nu h bfssie avec lj chue. 59 

tan oo des jésuites diminuait avec l'empereur Yong-tcheng; 
d'autre part, la Russie sentait la nécessité de traducteurs pour le 
chinois, le mongol, le mandchou : une lettre en chinois du Li-fan- 
vuao, reçue le 3 mars 1725, avait dû être renvoyée à Selenginsk 
fauto d'interprètes et n'arriva traduite au Collège qu'un an après; 
Izmaïluv avait éprouvé des difficultés à recruter 1 un bon inter- 
prète de mongol. Aussi l'archimandrite Ant. Platkovskii avait-il 
organisé à Irkoutsk une école de mongol et de russe qui fonc- 
tionna une dizaine d'années {jusqu'en 1731). C'est lui qui, à la 
tète de l;i mission orthodoxe de Pékin, était chargé de surveiller 
un des élèves île langue, établis par les conventions de 
Sava Vladislavitcu. L'ambition de la Russie était d'arriver à se 
passer d'intermédiaires. 

Les rapports se multipliaient en effet entre la Russie et la Chine, 
et les relations officielles étaient loin de former la plus grosse part 
de ces transactions. Ce sont des marchands russes qu'on trouve 
continuellement à Pékin et en Mongolie, et c'est le commerce qui 
constitue la base même et la raison d'être des relations diploma- 
tiques. Source de profit pour le fisc russe et, en fraude, pour les 
particuliers, les échanges paraissent n'avoir eu qu'une médiocre 
importance pour les trafiquants chinois. Du moins convient-il de 
relever les conditions de ce commerce, ses voies à travers l'Asie, 
tes objets. 

Le commerce avec la Chine est un monopole de la Couronne. 
Pour se joindre à la caravane, il faut oukaze impérial et Gra- 
mota du Sibirskii Prikaz 1 (oukaze du 16 mars 1693), sous peine 
de mort en cas de contravention (oukaze du 28 janvier 1706). 
Certains articles sont interdits aux particuliers : les zibelines et 
reliants noirs, — le tabac, — la rhubarbe, ■ — les armes et muni- 
tions; le trafic d'esclaves est, de même, réservé au fisc. Presque 
toutes les infractions sont punies de mort par la loi. Le 8 avril 
IT^ij. Tret'iakuv est le premier qui reçut autorisation d'emporter, 
aTec les marchandises de l'Ktat, des marchandises privées; leur 
raleor ne devait pas s'élever au delà de 6,000 roubles-, et Tret'ia- 
kov mourut avant d'avoir pu jouir de son privilège. Maigre ces 
défenses rigoureuses, le commerce clandestin se développait <■! les 
fraudes étaient aussi nombreuses que variées. D'une part, les 



I. Sorte Je Iti 

î. ïal«or actuelle du 

pour avoir U valeur ipprumuali te <le l'argent 




Ministère <le la BMrlS. 
■Me : 1 Ir. G5. Il faut Multiplier ce aomb: 
luicncetuent <lu i 



60 GASTON CAHEX. 

gouverneurs de Sibérie ne se faisaient nul scrupule d'adresser, de 
leur propre autorité, émissaires et marchands en Chine. Les 
ministres chinois révélèrent à Sava Vladislavitch plus de cin- 
quante expéditions de ce genre, bien que la cour n'eut officielle- 
ment envoyé que les ambassades indiquées ci-dessus. L'exemple 
le plus frappant fut donné par le gouverneur général de la Sibérie, 
le prince Mathieu Petrovitch Gagarin, qui du reste paya ses exac- 
tions de sa tète. De leur côté, les marchands, attirés par l'appât 
du gain, trouvaient mille manières de frustrer le fisc. Il se faisait 
un actif commerce de fourrures à Ourga, souvent en cachette, 
malgré la présence d'un inspecteur russe dans la ville. Dans la 
Sibérie occidentale, à Tobolsk, à la foire d'Irbit, à Tomsk, même 
à Irkoutsk et jusqu'en Transbaïkalie, le commerce était presque 
tout entier aux mains des Boukhariotes. Agents du Kontaicha 
kalmouk, ils se voyaient, à ce titre, ménagés et déchargés d'une 
partie des douanes. Avec leurs relations en Sibérie et en Chine, 
leurs associations et leurs compagnies, il était impossible, — de 
nombreux documents officiels le reconnaissent, — d'arrêter leurs 
fraudes. Cependant le gouvernement multipliait les précautions. 
Des douanes étaient installées aux portes de la Sibérie, l'une à 
Verkhotour, dans la Sibérie occidentale, l'autre à Nertchinsk, 
près de la Chine. Chacune devait fournir le relevé des marchan- 
dises et la quittance d'acquittement des droits. Copie de cette 
sorte de « mémorandum double » était envoyée à l'autre bureau. 
Elles percevaient la dîme, en nature sur les dizaines complètes, 
en argent sur les autres. Par la Sibérie, par le couvent de l'Am- 
bassade sur le Baïkal, les caravanes officielles s'acheminaient 
vers Pékin. A la frontière, plusieurs passages s'offraient à elle. 
Les premières suivirent le plus long, mais le plus sûr, la route de 
Nertchinsk par le sud-est vers Naoun (Tsitsikar) et Pékin. Ce fut 
celle de Sp. Liangousov, 1696-1699, de G. Bokov, 1699-1701, 
de Iv. Savatiéev, 1702-1704. La route de l'Orkhon et de la Tola, 
pour dure qu'elle fût, avait l'avantage d'être parcourue en 
soixante-dix jours au lieu des cent cinquante de la voie précé- 
dente. Aussi, dès le début du xvm e siècle, les caravanes la 
prennent-elles presque toutes (G. Oskolkov, 1704-1 706 et 1711- 
1715, P. Khoudiakov, 1706-1708 et 1711-1713, M. Gousiat- 
nikov, 1714-1718, Th. Istopnikov, 1718-1723). La route du 
Kéroulen, la plus directe, était fermée par la Chine. Par excep- 
tion, Lang la suivit avec la caravane de 1731, à cause des inva- 






lEUTtOXS DE U BOSSIE »ÏEC LÀ CfltSE. Ri 

stons kalmoukes. La Russie eut aussi l'idée d'utiliser un chemin 
par l'Irtych, à travers les états du Kontaicha , et la Chine 
aurait favorisé ce dessein, — la proposition de K'aug-hi à Izmaî- 
lov semble l'indiquer — : c'eût été une occasion de conflits per- 
pétuels entre ses deux voisins. Parvenus à Pékin , les deux 
cents membres de la caravane officielle (la Chine n'en tolérait pas 
davantage) étaient entretenus, comme le personnel de la mission 
orthodoxe, aux frais du Bogdy Khan. Ce n'est pas la crainte de 
la concurrence qui rendait méfiants les Chinois : leurs exporta- 
tions semblent dépasser de beaucoup leurs achats. La Chine rece- 
vait de la Russie des fourrures, des objets manufacturés en étain 
ou en plomb, des montres; ses sujets mongols se fournissaient de 
draps européens à Ourga. La Russie, en Chine, recherchait sur- 
lout les damas et soieries, les lingots d'or et d'argent nécessaires 
au Trésor ; les porcelaines ne venaient qu'en seconde ligne. Les 
plantes formaient un objet d'échange important : le thé, à cette 
époque, apparaît à peine; par contre, les plantes médicinales sont 
prisées, l'anis et, en particulier, la rhubarbe. Le tabac chi- 

boule chinoise », * kîtaïskii char >, fait sur les marchés 
une concurrence acharnéeà la « nicotiane », introduite 
ident par les Anglais. Cependant le commerce officiel de 
Sibérie est peu actif. L'ambassadeur français Campredon, généra- 
lement bien informé, l'évalue, en 1721 , à 200,000 roubles. Pour 
Faugineuter, malgré les tendances delà cour, vers 1726-1727. à 

i U; monopole d'un certain nombre d'articles, Sava Vla- 
dislavîteh fit prévaloir ses idées : suppression absolue du com- 

Mongolie, privilège exclusif de la Couronne à Pékin et 
marché d'échanges à Kiakhta. La Chine, bien pourvue de four- 
rures par la contrebande de Mongolie, et qui avait toujours 
cherché à éloigner les Russes de Pékin, vit avec plaisir le com- 
merça reportés la frontière. Si Tsoiiroukhaïlou, prèsNertchinsk, 
mal situé, ne larda pas à disparaître, Kiakhta fut solidement 
établi et prosjiéra. Cependant, jusqu'au deuxième quart du 
xvili" siècle, monopoles, privilèges et peines les plus sévères 
n'avaient pu triompher du trafic clandestin : Sibériens, Boukha- 
rloles et Mongols, à défaut du fisc impérial, y trouvaient leur 
intérêt. 

Ainsi les rapports de la Russie avec la Chine s'étaient notable- 
ment modifiés de la fin du xvii* siècle à l'époque où nous sommes 
parvenus. Vers 1680-1689, toute la région de l'Amour, toute la 




62 GASTON CAHBlf. — RBLATIOXS DE LA RUSSIE AVBC LA CHIITE. 

Transbaïkalie même retentissait du bruit des armes : les Chinois 
cherchaient à refouler les Russes au delà du bassin de l'Amour, 
les Mongols aidaient les Chinois, les Brates, frères des Khalkhas 
de Mongolie propre, restaient menaçants en territoire russe. 
Golovin, l'ambassadeur de 1689, dut à la fois combattre et négo- 
cier. Alors la Chine tenait un langage hautain ; les ministres chi- 
nois à Nertchinsk se déclaraient prêts à la guerre : la Russie 
cédait dans l'intérêt de son commerce. En 1727-1728, c'est à 
l'ambassadeur de la Russie, Sava Vladisla vitch , de montrer 
une assurance fi ère. C'est lui qui parle de guerre, lui qui 
obtient des concessions. L'histoire des luttes de la Chine contre 
les Kalmouks explique, semble-t-il, ce changement. Obligée 
contre eux à de longues campagnes, très pénibles, très coûteuses 
et sans cesse renaissantes, la Chine chercha des appuis soit auprès 
des Tourgoutes, qu'elle eût opposés aux Éleuthes, soit auprès de la 
Russie. Celle-ci sut, une fois au moins, profiter de ces conjonc- 
tures pour fixer la frontière au mieux de ses intérêts et surtout 
pour développer son commerce. Si, malgré privilèges et mono- 
poles, il restait peu productif pour la Couronne, du moins faut-il 
reconnaître l'importance qu'y attachait la Russie et la continuelle 
activité des échanges grâce aux fraudes des gouverneurs, des 
marchands, des intermédiaires. L'histoire des relations de la 
Russie avec la Chine au xviii 6 siècle est étroitement liée à l'his- 
toire des peuples placés entre les deux empires, les Boukhariotes, 
pour le commerce; pour les rapports diplomatiques, les Tour- 
goutes, les Kalmouks, les Mongols. 

Gaston Cahen. 



ÉLANCES ET DOCUMENTS 



LA MORT DE ROBERT D'ARTOIS. 



Banni de France, pour avoir fabriqué de fausses lettres afin d'héri- 
ter du comté d'Artois, Robert d'Artois s'était réfugié en Angleterre, 
où il avait offert ses services à Edouard III, qui s'était empressé de les 
accepter L'ennemi de Philippe VI de Valois, le roi anglais prélen- 

! au trône de France, avait comhlé Roltert de faveurs et l'avait 

lotf 'li' riches pensions'. Auasi bien savait-il que la vengeance de 

m Implacable et que son concours serait inappréciable le 

j<rur ou l'on débarquerait sur le continent. Robert prit du service 

s l'armée anglaise et suivit le roi dans toutes ses expéditions-, il 
prit part aux campagnes de Tliiérache el de Tournaisisel, lorsque le 
ml d'Angleterre se décida, à la lin de 1342, à envahir la Bretagne, 
Robert recul le commandement de l'un des corps d'occupation. Dès 
le moi» de décembre fut, on h désignait comme devant être le corn- 
mandant en Chef de l'expédition*. Pour des raisons diverses, son départ 
fut successivement ajourné a mars 3 , puis a juillet ', enfin a août (342. 
Le 13 août 1342, Robert d'Artois était à Soulhampton, prêt à mettre 
à la voila. Il n'attendait plus que lu matériel nécessaire à rembarque- 
ment des chevaux, les derniers vivres et les dernières munitions. 
Aussi écrivait-il à son ami Raoul de Slrafford, évèque de Londres et 
chancelier d'Angleterre, afin que des ordres sévère* fussent donnés 
de la capitale au shèriff du comté de Soulbampton : 

• Très cher et très amé aray. Pur ce que nous sûmes à passer 
entre autres vers les partiez de Bretaigne et y nous faut des pouriLs, 



.. Oepret. [et Préliminaire* de ta guerre de Cent ani. La Papauté, la 
frotte et l'Angleterre-, p. ZU. 

ï. Record Ufllce, lune RolU, Michaelman, m. 17. 

3. Ibtil., m. 17. L» ta m«re, Robert lierait partir avec Gautier île Masny. 

t. Mimer, II, 4, p. I», Le 3 Juillet, Robert se tenait prêt 1 parUr avec 
IXO boMniM d'arme*, dont I tumicrcU, !'J cbflTaliers, SU *CUJët» cl ISOarcben, 



64 MELANGES BT DOCUMENTS. 

claies, bordz, cavenas el autres necessaris pur l'eskippeson de nos 
chivalx et autres qi sount à passer en nostre compaignie vers les 
ditez parties, vous pry qe vewes cestes voiliez mander a viscounte 
de Suthampton bref par le portour de ceste de faire la purveance de 
tottes choses nécessaire pur le dit eskippeson. Geste chose voiliez 
fere pur l'amour de nous. Le Seint espirit vous ey t en sa garde. Bscrit 
à Suthampton, le xin e iour d'aust, par Robert d'Artoys, counte de 
Beaumont 4 . » 

SU faut en croire le chroniqueur anglais Adam de Murimuth*, 
une flotte anglaise de 260 vaisseaux, qui transportait le contingent 
commandé par Robert, aborda le 48 août près de Brest. Robert che- 
vaucha dans toute la Bretagne et, aidé par les partisans de Jeanne de 
Montfort, il vint mettre le siège devant Vannes. Blessé dans une 
attaque assez grièvement, il mourut des suites de ses blessures le 
20 novembre, sous les yeux d'Edouard III, qui avait quitté l'Angle- 
terre le 23 octobre pour amener en Bretagne les derniers renforts. 

Certains chroniqueurs affirment que Robert d'Artois est mort en 
Angleterre 3 . Froissait a même, à cette occasion, conté une petite 
histoire. Après le siège de Vannes, dit-il, a si demora messires 
Robers d'Artois un temps bleciés et navrés, si corn vous avés oy. En 
le fin il li fu consilliet et dit, pour le mieulz mediciner et garir, 
qu'il s'en repairast en Engleterre : car la trouveroit il surgiiens et 
médecins à volenté. Si crut ce conseil, dont il flst folie, car au retour- 
ner en Engleterre il fut durement grevés et appressés de le marée. 
Et s'en esmurent telement ses plaies que, quant il fu venus et apor- 
tés à Londres, il ne vesqui point longtemps depuis, anzois moru de 
ceste maladie, dont ce fu damage. Si fu ensepelis à Saint Pol de 
Londres 4 . » L'exilé aurait ainsi eu une fin malheureuse, digne d'api- 
toyer les cœurs sensibles : grièvement blessé à la tèle, dit-on, il ne 
put supporter le mal de mer et revint mourir en Angleterre, sa 
seconde patrie. Et, dans une seconde rédaction de ses chroniques, 
Froissart ajoute que Robert obtint un sauf-conduit de Charles de 
Blois, qu'il fut enterré aux Augustins de Londres et que la cour, le 
roi, le prince de Galles et les princes du sang prirent le deuil 5 . 

Le récit de Jean Froissart est une pure invention. Robert est 
mort en Bretagne, entre Vannes et Grand-Champ 6 . Le 25 novembre, 

1. Record Office, Ancient Correspondance, vol. XXXIX, n* 71. 

2. Rolls Séries, éd. Thompson, p. 125-126. 

3. Chronique normande, p. 156. 

4. Froissart (éd. Luce), t. III, p. 19-20. 

5. Ibid. (éd. Luce), t. III, p. 223. 

6. Grand-Champ (Morbihan), arr. de Vannes. 






U MORT DE ROBERT D ARTOIS. G5 

de cette dernière localité, où il avait planté ses Lentes, Edouard III 
envoyait à la reine Philippa ce laconique billet : 

■ Très douz cuer, comme nous eoms escril à noz chancelier et tre- 
■onrq'ilsordeinent convenalilement pur renterement du corps mon- 
seigneur Robert d'Artois, nous voloras, douz cuer, qe vous les char- 
gU q'ils le facenl solonc nostro volenté susdit. Douz cuer, Dieu soit 
g&rdeili de vous. Donné souz noslre secré seul, à la ville de Granl 
Champ, le jour do Seinle Kalerine'. » 

La lettre a laquelle le roi d'Angleterre Tait allusion avait été envoyée 
le 21 novembre au chancelier Robert ParvyDg et au trésorier Guil- 
laume de (Aisance. UoLiert venait d'expirer, et le roi, respectant sans 
doute ses dernières volontés*, envoyait le cercueil en Angleterre avec 
ordre de (aire Les obsèques a Londres et d'inhumer le corps dans 
l'église des Frères Prêcheurs : 

■ Edward, par la grâce de Dieu roi d'Engleterre et de France et sei- 
gneur d'Irlande, a noslre cher et Ibial monseigneur Robert Parvyng, 
noslre chancelier, cl noslre cher clerc William de Cusance, noslre 
tresorer, saluz Por ce que monseigneur Robert d'Artoys, noslre cou- 
sin, est à Dieu commande/., et pur l'affection qe nous avons devers 
lui. si enveons son corps as parties d'Engleterre, si vous mandons 
et chargeons que vous le facez enterrer à les Frères Prescheurs de 
noslre cité de Londres, selonc qe vous verrez qe soit affaire pur 
DOSln honur en celle partie. Donné souz noslre privé seal à Grant 
Champ, le «i jour de novembre, l'an de noslre règne d'Engleterre 

et de France tien*. » 



Contrairement donc à ce que racontent Jean le Bel cl Froissarl, 
Robert d'Artois mourut en France pendant l'expédition de Bretagne, 
a la suiU- des blessures qu'il avait reçues, sans doute au siège de 
10 novembre 1312). Il ne revint donc pas mourir en Angle- 
lerre. Les musa farenl déposés non pas à Saint-Paul de Londres ni 
■n Augustius, mais dans l'église des Frères Prêcheurs. L'enlerre- 
liea dans les premiers jours de février 1343. Le 30 jan- 
vier 1343, du manoir de Kenington, lu prince de Galles, duc de Cor- 

1. Public Itrcord Oflfee, Aaetrnt Carreipondencr, vol. LVI, n- 79, 
t. Do Mm vivant, Robert «Mil ilr*i|(nc le dote utallrc Jeu de ThorMbv 
comme Kin fitrati'ur lr»Utueul«ire (Record Oltlct, Paient rotts, 17, Édouuid III, 
i il. p. Mît. WeiUnintter, t" mai 1313. ■ De conveniendo 
mm «r*ditoribu« lloherli do Arum deniDcli, • 

\ Record Oflee, Ifhy Stolt. file Î87, a- 15169. Dm extrait, oui éle publie* 
par A. d* lilhinViTllI. Ilùtoin de Brtlagnt, t. Ut, p. 173. 

Ii«. Hphtor. XCIV. I» raso. ( 



66 KÏUSGES KT DOCGUEXTS. 

nouailles et comle de CbesLer, gardien d'Angleterre on l'absence de 
-on père, avisait le chancelier d'Angleterre que Thomas Crosse, 
clerc de la garde-robe du roi, était chargé de faire i les pourveances 
nécessaires pour l'entêtement do messire Robert d'Artois 

■ Edward, eisnez filz au noble roi d'Englelerrc et de France, duc 
Cornewaille, counle de CeaLre et gardein Dengleterre, a noslre ti 
cher et bien amé monseigneur Robert Parvjng, channccller, noslre 
très cher seignur et piere le Roi, salulz. Come nous eioms mandé 
par noz autres lelres à noslre cher et bien amé sire Thomas Crosse, 
clerc de la grant garderobe nostre dit seignur el piere le Roi, qe des 
choses qe appendent à son oflice, il Tace purveance pur les enterre- 
raenlz de dame Blaunche, noslre 1res amee soer, el de monseigneur 
Robert d'Arlojs, nostre 1res chier cousin, el en manere come affiert à 
leur estai, el aussi q'il face purvoier el trover lotes maneres des choses 
touchantes son oflice, qi busoignables serronl pur les relevai Iles noslre 
très redoutée dame et mère la Rovne, vous mandoms qe par brief 
souz le grant seal, facez mander as tresorer el chamherleius de l'Es- 
che<|ier nostre dit seignur et piere le Roi qe de son Iresor esteant en 
lour garde ils facent livorer au dit sire Thomas pur la dite pur- 
veance faire et les parcelles qi faillentachater tanl pur les dit/ enter- 
rementz come pur les relevailles dessus dites, tanl de somme qe busoi- 
gnera resonablemenl. El ce ne lessez. Donné souz noslre privé seal, 
nostre manoir de Kenjngton, le x\V jour de jaoever, l'an du règne 
nostre très cher seignur el piere le Roi Uenglelerre dis et septisme 
el de France quart. » 

Des obsèques proprement dites, nous savons fort peu de cb< 
sauf que 3S porteurs de lorchesaccompagnèreot le convoi 1 . Êdouai 
en souvenir du défunt, avait distribue des pensions viagères au* per- 
sonnes de son entourage, el notamment au valet Druel Godin, son 
fidèle serviteur'. Mais tout permet d'inférer que les funérailles ne 
Tureolpas somptueuses. L'argent faisait défaut et la royauté anglaise, 
dans la détresse, avait alors à peine de quoi paver les obsèques. 
E. Dtfran. 



idt 
raa 

ilre 

Dde 



isoi- 
al, à 
egne 
isme 

''.'ni. 



I. Record Office, Régents warrants and other Prtvf Seuls, lile 1535. 
■2. Ibitl., Issue Halls, t7. Edouard III, Mlchaelmua, ro. 23. 
3. Ibid., Prtvy Stats, file 287, n* 15I7Î. 



BULLETIN HISTORIQUE 



MOV EN AOE. 






GIS GÏIKBiUJ RELATIFS * L'HISTOIRE DES PH0VIJICE9 ET DE 

l ti,Li3t. — L'impression des Râles gascons, décidée il y a plus de 
vingt ans, vient de s'achever. Ces Rôles, ou du moins les débris qui 
restent, conservés jadis a la Tour de Londres et actuellement 
■0 Public Record Office, s'étendent de 1242 a 1400. Ils se composent 
de l,8<7 peaux de parchemin, cousues bout à bout, dont certaines 
«ont écrites dus deux côtés et contiennent les actes de l'adminisl ra- 
tio» anglaise en Gascogne. L'historique de cette publication mérite 
d'être rappelé. 

878, un archiviste anglais, d'origine Française, ayant fait 
ta municipalité de Bordeaux qu'il existait à la Tour de 
Londres plusieurs documents utiles aux intérêts de la commune, une 
délibération de la jurade chargea Uurriban, l'un des ses membres, de 
; ii copie de ces pièces. Il s'agissait sans doute d'extraits des 
Râles j/ascons. ï,n 1741, un Anglais, réfugié en France, Th. Carte, 
annonçait le projet de publier ces Rôles, mais il n'en donna qu'un cata- 
logue avec table. rJ[H7ti4,Rréquiguyserendità Londres et en rapporta 
les Innombrables copies qui sont conservées aujourd'hui, comme on 
«ail, a la Bibliothèque nationale. A sa suite, Delpit partit pour Londres, 
afin de compléter les séries de documents rapportés. Les projets de 
publication de la RtcoriCom mixtion et de Félix Solar n'aboutirent pas. 
Enfin le ministère de l'Instruction publique en décida la publication 
in txtento daus la Collection des Documents inédits, et en 18«3, 
N. Francisque Michel donna le tome I, comprenant les années 1212 
a 1254. Mais l'honneur de l'édition de la majeure partie des Rôles 
jraMoiu et de sou achèvement revient a M. Ch. Bïmosî. Dès 1806, 

: Supplément au tome I, daus lequel il relevait les 
trop nombreuses erreurs de son prédécesseur, éditait des plane île 
1251 a 1255. avec une table du tome I et une introduction sur la 

valeur historique des documents relatifs à la double 




68 BULLETIN HISTOaiQOS. 

expédition d'Henri III d'Angleterre (1242-4243 et (253-1254) et à 
l'administration du prince Edouard. Le Lomé II, comprenant une 
partie des actes du règne d'Edouard 1", embrasse les années 4273 à 
4290. Ces actes fournissent encore beaucoup plus de détails sur l'ad- 
ministration de la Guyenne que les précédents. Le tome III' et der- 
nier est le plus considérable de tous. Il renferme des documents des 
années 4290-1307 et une très importante Introduction. 

Cette Introduction comprend, en effet, 182 pages. Dans le chapitre 
on trouve successivement diverses remarques sur les registres eux- 
mêmes, leurs caractères extrinsèques, leur paléographie, leur chro- 
nologie, des recherches sur l'itinéraire d'Edouard I", la diplomatique. 
La chronologie et la diplomaliqueauratent peut-être pu être réunies; les 
deux études paraissant pouvoir se compléter sur plus d'un point, et 
l'itinéraire d'Edouard I" aurait été un excellent appendice à l'en- 
semble. Des raisons d'ordre pratique ont sans doute déterminé l'au- 
teur à adopler le plan suivi, qui est du reste excellent et très clair. 
Dans l'élude paléographique, les restitutions et interprétations de 
mots douteux ou des graphies spéciales et défectueuses sont relevées 
et groupées avec le plus grand soin. Il est seulement dommage qu'un 
fac-similé de l'écriture des Rôles n'ait pas pu être donné. Enfin la 
diplomatique des actes transcrits, déjà tracée dans le Supplément au 
tome 1, est complétée par une analyse très détaillée des nombreuses 
lettres de protection, d'attournemeut, de répit, etc., qui se multi- 
plient à l'occasion de la guerre anglo-française (1293-1297]. Le cha- 
pitre il, relatif a l'administration, ne renferme pas un tableau 
complet des institutions de la Guyenne, mais une liste chronolo- 
gique avec la biographie des principaux fonctionnaires, représen 
tanls du pouvoir royal, sénéchaux de Guyenne et connétables 
Bordeaux, et une autre liste des bailie3 et prévotés, des bastides, 
des châteaux et chàtellenies mentionnés dans les Râles, grouj 
administratifs secondaires. Les notices individuelles relatives au; 
fonctionnaires apportent une nolable contribution à l'histoire de 
province. Le chapitre ni est tout entier consacré à l'histoire de 
guerre anglo-française de 4293-4297. Bien que l'auteur nous annonce 
qu'il ne nous donnera qu'un résumé aussi précis que possible, les détails 
les plus curieux et les plus intéressants pour l'organisation militaire 
de l'époque abondent. 

On aurait pu concevoir celte Introduction sur un plan différent et 
y donner peut-être une plus large place a l'élude des institutions 

1. R<ites gascons transcrits et publiés par Cl). Béiuonl, I, III. Paris, Impr. 
nat., 1906, io-4", cc-792 p. (Coll. des Documents inédits sur thist. de France.) 



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olo- 
len- 
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aux 

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PRINCE. fil) 

i, civiles el ecclésiastiques, et à leur fonctionnement, mais l'es- 
11 travail de celle nature est de préparer des matériaux, non 
rer l'édifice historique. 
Un ce qui concerne l'édition du texte même, on ne saurait trop 
looer la remarquable exactitude de transcription et l'interpréla- 
tion, juste en général, d'un manuscrit hérissé de noms de personnes 
et île lieux. Cette multitude de noms devait nécessairement amener 
quelques erreurs de détail : ainsi, dans l'acte n" 1932, Clayrac en 
Agenais, non identifié, est évidemment Clairac, en Lot-el-Garonne, 
rii'iii de Tonneins, dont la célèbre abbaye fut plus tard 
donnée par le roi de France Henri IV au chapitre de Sainl-Jean de 
Lalran, à Itome, et « Honoz j> doit être corrigé en « Monor », c'est- 
à-dire Monbenrl [ibid., canton de Damazan). De même, au tome 11, 
uns les n" 1384 et )3fï«, il s'agit non de Prouille [,\ude|, mais de 
Prouillan, sis « prope Condomium o (Gers), 

Os légères imperfections, inhérentes à loute publication de carac- 
tère local qui n'est pas faite par des érudils de la région, nVitent 
rien à la haute valeur de ce volumineux ensemble de documents, 
mioB infiniment précieuse, d'une variélé et d'une richesse sans 
égales. L'histoire anglaise et française de la fin du xm* siècle en sera 
grandement éclairée. La biographie de plus d'un illustre personnage 
pourra être précisée sur bien des points, grâce aux Pôles, el celle 
e énorme d'actes (5,(08) jette une réelle lumière sur les cou- 
tumes et la jurisprudence, les prérogatives de la couronne, la puis- 
sance du clergé et de la noblesse, la situation du peuple au point de 
vue moral et politique, l'élat de la propriété, les généalogies des 
diverses familles el leurs alliances, el nous ne parlons pas de la 
;il iiice diplomatique ni des traités entre les souverains de 
France, d'Angleterre et d'Allemagne. On ne saurait donc trop louer 
H. Ch. Bémonl d'avoir mené à bien aussi heureusement la tache 
difficile de cette publication longtemps attendue el appelée a rendre, 
non seulement a l'histoire de la Guyenne, mais à l'histoire des rap- 
porta anglo-français, les plus grands services. 

L'histoire provinciale sollicite depuis quelques années l'attention 

le* érudils. La Lorraine, la Bretagne, la Bourgogne, le Poitou ont 

i eu successivement leurs historiens, qui ont traité, avec les 

de it science moderne, ces questions d'histoire locale pour 

lesquelles nous étions encore contraints de recourir aux travaux 

■ a ou des historiens du xvnr" siècle. Depuis plus 

i siècle, en elTat, les études sur des jwiuls particuliers et les 

lUCCédé, infiniment nombreux, mais les ouvrages 

c tinu défaut, et les quelques essais que nous signalions â 




n 



bulletin nisTonrurE. 



l'instant démontrent surabondamment l'utilité de travaux i 
genre pour coordonner les résultats acquis. Ces essais ont été entre- 
pris avec des méthodes diverses et sont d'inégale valeur. Une nou- 
velle tentative a été faite récemment dans le même sens; elle mérite 
une mention toute spéciale. C'est celle de M. Louis H»lpue>, poui 
retracer l'histoire du comté d'Anjou au n* siècle 1 . 

Ce ne sont pas seulement, comme on aurait pu le craindre, de? 
annales ou des biographies nécessairement sèches, encore que très com 
plètes. L'auteur indique lui-même que son but principal a été cf 
montrer comment s'est formé le comté d'Anjou au n* siècle, au point 
de vue territorial et au point de vue interne. El si l'on peut relever 
dans son livre quelques erreurs de détail, quelques assertions contes- 
tables,— par exemple que l'ouvrage de M. Richard sur le Poitou dis- 
pense de recourir à Besly, — on ne peut méconnaître qu'il ja là un effort 
des plus louables pour donner à cette histoire parfois terne et mono- 
tone un peu de vie, en étudiant l'organisation administrative du pays, 
sa situation matérielle et morale en même temps que politique, auta 
du moinB qu'il est possible de le faire à l'aide des trop rares docu< 
menls dont on dispose. Celte tentative, vraiment originale, devrai 
être suivie pour d'autres régions, principalement en ce qui loue! 
l'époque des premiers Capétiens, et l'histoire de France s'en lrouv< 
rait comme renouvelée. 

L'ouvrage de M. Halphen se divise en deux parties, l'une 
sant les règnes de Foulque Nerra eL de Geoffroi Martel (987-1060) e 
l'autre ceux de Geoffroi le Barbu et de Foulque leRéchin (1060-1 109). 
Au début, dans l'Introduction, il a cherché à fixer ce qui peut élr 
admis dans les légendes ayant cours sur les origines de la maisc 
angevine. Il estime qu'on peut s'en tenir à la version de la rédaction 
la plus ancienne des Gesta consulnm Andegavorum (ms. lat. 6218 
de la Bibl. nal.], où se trouve un écho, « lointain sans doute et 
déformé », mais enlin un éebo de la réalité. On s'était, en effet, trop 
complu jusqu'à présent à convaincre d'erreur l'auteur de la chronique, 
au lieu de mettre en relief les quelques points sur lesquels il parait, 
au contraire, s'élre rapproché de la vérité. A l'aide des généalogies et 
actes, M. Halphen redresse plus d'une erreur de l'Art de vérifiât les 
dates et des historiens angevins. Avec la Chronique de filantes, si 
habilement restituée par R. Mcrlel, et de Richer, inconnu aux érudils 
antérieurs à Purlz, il trace des conquêtes de Foulque Nerra un lablea 
absolument renouvelé et des plus complets. C'est du coté de la lire 



I. Louis Halphen, le Comte d'Anjou ait XI' tiéete. Paris, a. Picard, i 
Iiiv-428 p. (Ttiéac de doctorat présentée a U Faculté des lettres de Paris.) 






riHM:i:. 71 

ligne et surtout de la Touraine que Foulque N'orra el son fils onl 
frappé leurs coups les plus décisifs; mais avec leurs BUtfM fol* 
sins, ils onl eu une politique non moins arrêtée : l'histoire de leurs 
rapporls avec l'Aquitaine, le Vendômois et plus encore avec le Maine, 
où ils se trouvèrent aux prises avec les ducs de Normandie, en four- 
nil la preuve. C'est par la que se continue l'ouvrage. 

Après avoir ainsi suivi l'accroissement territorial du comte ange- 
vin, M. Halphen en étudie le développement interne. Dans un cha- 
pitre sur la renaissance intérieure du comté, où il est fait un très 
-!■ des chartes, il trace un saisissant tableau de la prospé- 
rielle de l'Anjou au xi" siècle, de la construction des villes, 
châteaux et monastères. Il faul placer à côte immédiatement le cha- 
pitre sur l'organisation administrative du comté. L'auteur était spé- 
cialement préparé a cette élude par divcrB articles publiés précé- 
demment. Il nous montre les restes surannés de l'administration 
carolingienne disparaissant ou s'adaplanl aux nouveaux besoins 
iriisalion administrative nouvelle, 1res rudimentaire, mais 
plus pratique, se développant petit a petit, pour aboutir, au milieu 
du h* siècle, à la constitution des grands offices féodaux, pendant 
que l'administration locale, qui était, au début, cuire les mains des 
'tearil, passe peu à peu. sous Foulque Nerra, entre celles des prévôts. 

Mais l'analyse la plus complète devait nécessairement porter sur les 
fonctions ou attributions du comte, et c'est ainsi qu'il nous est donné 
de pénétrer, à l'aide de nombreux exemples heureusement groupés, 
la complexité des faits historiques : toul ce qui suit n'en est que le 
développement en quelque sorte logique. L'autorité absolue d'un 
Foulque Nerra, — dont la curieuse figure est très sobrement esquissée 
a grands traits, énergiques et expressifs, — déchoit durant la lutte 
fratricide entre Geoffroi le Barbu cl Foulque le Rccbin, et en face du 
pouvoir comtal une puissance nouvelle surgit, celle dus barons. 
Celte puissance s'était préparée de longue date; mais, — et c'est là 
un (ail qui n'avait pas encore été signale, — c'est au cours du xi* siècle 
qu'elle avait pu se constituer. Oblige d'élever de Lous côtés des châ- 
teaux Torts pour appuyer sa politique de conquête, le comte avait diï 
lu inféoder à des vassaux, qui, encore révocables «d nutum au 
temps de Foulque Nerra, apparaissent, dans la seconde moitié du 
II* siècle, comme des seigneurs presque indépendants, ne s'allianl 
qu'entre eux et consli tuant ainsi une haute classe de barons indociles 
et dangereux, contre laquelle Foulque le Recoin et ses saoeasMora 
vont avoir à soutenir de durs combats. La politique do Foulque le 
ttéchin est alors présentée avec netteté pour la première fois : ce 
n'est pas un soldat sans courage et sans esprit de suite, comme le 




72 



BOLIETI* HBTOmÇPE. 



vcul encore Miss Kate Norgale; c'est plutôt un prince, parfois apa- 
thique, qui eut à lutter sans cesse avec de sérieuses difficultés de 
gouvernement, et il serait injuste de le juger sur les données frag- 
mentaires fournies par des chroniqueurs le plus souveul malveil- 
lants. Enfin l'ouvrage s'achève par un chapitre relatif au nouveau 
caractère que revêt l'autorité comlale sous Foulque le Réchin; la 
cour du comte est désormais constituée â l'image de celle du roi, et 
si faible que le comte lui-même puisse paraître, il conserve encore 
assez d'éléments de force et de puissance pour qu'on puisse prévoir 
la défaite des barons et les succès que l'avenir réserve à la maison 
angevine. 

Un catalogue d'actes, qui ne comprend pas moins de 323 numéros 
(sans compter les actes faux] , cinq appendices, dont l'un, considérable, 
sur les chartes de fondation de l'abbaye de Eleaulieu, enfin diverses 
pièces justificatives fort bien choisies, dont plusieurs inédites, ter- 
minent cet excellent livre. 

Une minutieuse critique des sources angevines a précédé ce 
travail, qui s'en trouve ainsi plus solidement établi. Dans une 
Étude sur les chroniques des comtes d'Anjou et des seigneurs d'Am- 
boise\ M. Halphen a recherché à l'aide de quels éléments, quand et 
par qui ont été compilées les nombreuses rédactions des Gesta con- 
sulum ainsi que des Gesta Ambaziensium et du liber de composi- 
tions castri Amb«ziae. Ces ouvrages soûl intimement lies. Les Gmtit 
Ambaziensium ont été composés en partie à l'aide des Gesta c 
lum Andeyavorum; dans le Liber de compositione, l'auteur a fait 
passer toute la substance de la préface des Gesta consulum Andega- 
vortan; les Gesta Ambaziensium et le Liber enfin ont, à leur tour, 
été exploités par les redacLeurs successifs des Gesta consulum. 

L'ordre de composition de ces diverses chroniques semble élre le 
suivant : une première rédaction des Gesta consulum par Thomas de 
Loches, puis le Liber et les Gesta Ambaziensium; une seconde 
rédaction des Gesta par Breton d'Amboise; enfin une troisième 
rédaction par Jean de Marraoutier. Sans doute ces résultais ne sont 
point d'une précision absolument rigoureuse. Ce ne sont pas des 
certitudes, mais des hypothèses infiniment plus vraisemblables que 
celles jadis émises par Manille. 

Mgr Dodus, évéque de Beauvais, s'est fait depuis une vinglaim 
d'années une véritable spécialité des questions se rattachant li l'his- 
toire de l'Inquisition. Dès 4886, il publiait la Practica lnquisitio 
heretice pravitatis de Bernard Gui, jusque-la inédite. Puis ce fui une 

I. Paria, Champion, in-S*, 64 p. [Thesu complémentaire pour le doctorat.) 



rs*!*CE. 73 

Butte d'arLicles sur les hérétiques dans le comté de Toulouse, en 
ItmissillonetàNarhonne. Enfin il a donné, en dernier lieu, une étude 
sur la procédure inquisiloriale au iiv" siècle, et surtout un recueil en 
deux volumes de documents pour servir à l'histoire de l'Inquisition 
dan* le Languedoc au un" siècle, publié par la Société de l'Histoire 
de France. Le nouvel ouvrage qu'il vient de Taire paraître est une 
"iule d'ensemble sur l'Inquisition, sur ses origines et sa procé- 
dure'. 

La première partie comprend l'examen des diverses opinions 
émises pour expliquer l'inquisition, c'est-à-dire pour expliquer his- 
toriquement la poursuite des héreLiques non par deux ou trois juges 
^gués, comme vers 1210 ou 12(5, sur un point isolé du territoire 
chrétien, mais par celte délégation exceptionnelle donnée â partir de 
I23( à des juges en nombre et bientôt pour la plupart des contrées 
d'Europe, terres d'Empire, royaumes ou grand lief, pour Taire 
sïlio kaeretiate pravitatis. Ûu est la raisoo d'unecommission 
ique qui, sans dénier aux évoques la qualité de juges ordi- 
i, s'exerçait dans les diocèses, conférait à l'inquisiteur le pou- 
e plus étendu en la cause, depuis l'arrestation jusqu'à l'execu- 
Uon de la sentence, dans un ressort do plusieurs diocèses, sinon de 
tout un pays, et avec une juridiction universelle? Pourquoi celte 
délégation d'exceptionnelle qu'elle était jusque-là devint-elle perma- 
nente? La première explication esL que !'InqiiisïlioD aurait été établie 
pour tirer le clergé d'une situation désespérée. C'est la théorie de 
M. Lea, que Mgr Douais repousse avec toute apparence de raison. 
D'autres explieaiions procèdent de l'idée du « péril de l'hérésie » au 
xm* siècle et de l'intérêt religieux qu'il y avait à l'exterminer. Cu 
• du P. Mortier el de MM. Zeller cl Tanon. Une troisième 
explication, proposée par M. Chénon, consiste à représenter l'In- 
Hiii-.niou comme le terme fatal de la législation ecclésiastique 
réglant la répression de l'hérésie. Enfin une dernière explication, 
• la situation politique, les rapports de la papauté avec Frédéric 11 », 
t-*t celle a laquelle s'arrête Mgr Douais. Telle est la première partie 
du volume. L'exposé manque parfois de netteté; mais la discus- 
sion est habilement menée par un homme qui possède admirable- 
ment bien son sujet, et si la conclusion ne nous semble pas 
(ait aussi certaine que souhaiterait l'auteur, néanmoins 
>us contraints de louer la richesse el la sûreté de son 



originet, la proeMun. Piris, Pion, 1306, 



74 BULLETIN BfSTOHIyrE. 

information. 11 nous semble cependant trop sévère pour M. Cli.-V. 
Langlois et pour M. l'abbé Vacandard '. 

La deuxième partie du volume est tout entière occupée par un 
exposé de la procédure inquisiloriale qui, fait par un spécialiste, 
offre un grand intérêt pour l'élude de la procédure en droit cano- 
nique. Les pièces justificatives, dont le « Directoire » de « Raymond 
de Penafort », sont en général empruntées à la collection Doat, con- 
servée à la Bibliothèque nationale. Très correctement publiées, elles 
complètent utilement celles du recueil édité pour la Société de 
l'Histoire de France. Ce livre, qui a les allures d'une œuvre de 
vulgarisation, repose donc sur un fond très solide. Nous souhai- 
terions que l'auteur le reprit quelque jour avec plus de développe- 
ment, pour en faire un livre à l'usage exclusif des érudits, en se ser- 
vant des archives dominicaines qui lui seraient certainement ouvertes 
et où, nous n'en douions point, il découvrirait plus d'un document 
important. 

Encore dans le domaine de l'histoire de l'Église el à côté du volume 
précédent, il convient de placer l'Histoire de la Pragmatique .Snric- 
tion de Bourges sous Chartes Vil, par M. Noël Valois*. C'est la 
publication de 102 pièces relatives à la Pragmatique, tirées en général 
des Archives nationales et de la Bibliothèque nationale, mais dont 
quelques-unes aussi sont empruntées aux archives du Vatican, aux 
bibliothèques de Bâle el de Carpentras, etc. L'introduction, fort 
développée, a une très grande valeur. Elle est divisée en quatre 
parties : le régime antérieur à \ 438, la naissance de la Pragmatique, 
son application et enfin les nouveaux projets de Concordat. C'est un 
aperçu 1res vivant et fouille des relations du Saint-Siège avec les 
souverains anglais el français de 1418 à (461. On y voit Charles VII 
échouer, malgré les meilleures dispositions, dans ses tentatives 
pour fixer les rapports de la France avec le SainL-Siège. Dès 1436, le 
roi prévoyait que l'Église de France serait amenée à régler sa situa- 
tion elle-même. 11 était tellement emporté par les événements qu'il 
ne fit rien pour empêcher l'assemblée de Bourges de ratifier la plu- 
pari des mesures prises à Bàle. Son action, au cours de^ débats, 
s'était même fait sentir, autant qu'on peut le constater, dans un 

1. M. l'abbé Vacandard Tient du reste de publier nri pelil litre de vulgarisa- 
lion (l'inquisition, élude historique el critique sur le pouvoir cotreitif de 
lÉgtUe. Paris, Bloud, 1907, in-16, xix-340 p.) où il a développé ses idées. Ce 
volume se distingue par de 1res grandes qualités de clarté, mais il est loin, 
pour le fond, de valoir celui de Mgr Douais. 

2. Paria, Picard, 1906, cxeii-ï88 p. 



FBAtlCR. 75 

& défavorable au Saint-Siège. II déclara que les décrets de réforme 
raient, dès ce moment, observés dans le royaume avec les modifi- 
ions volées par l'assemblée, sans que cela pût être considéré 
comme une atteinte a l'autorité du concile; puis comme les gens 
lui avaient aussi rappelé les franchises du clergé, il ajouta 
que son intention était que les ecclésiastiques pussent jouir en Fronce 
■- privilèges qu'au temps de saint Louis cl de Philippe le 
ll'l L'ordonnance ou plutôt la Pragmatique Sanction expédiée à 
Bourges le 7 juillet 1438 contenait un préambule, dans le style 
familier aux orateurs gallicans, qui accentuait encore le caractère 
agressif à l'égard du Saint-Siège; il n'y était question que de cupi- 
uainées, depuis qu'avait été mise en oubli l'antique disci- 
pline, de bénéfices tombés aui maius d'étrangers et de mercenaires, 
du en lt.f supprimé, de piété attiédie, d'édifices ruinés, d'écoles 
délaissées, d'or transporté hors du royaume, tous abus auxquels les 
décrets de Bâle semblaient devoir apporter un remède nécessaire. 

L'expérience de l'application amena bien des déboires. EUe obligea 
notamment a constater que les procès entre clercs se multipliaient et 
que l'ordonnance de 1438, de la manière du moins dont on l'interpré- 
tait, ne faisait guère qu'ajouter une complication de plus aux 
relations, déjà si embrouillées, des bénéficiera, des eollateurs, du 
gouvernement et du Saint-Siège. Aussi jusqu'à la fin du règne de 
Charles Vil, bien que la Pragmatique fût maintenue, quoique violée 
et attaquée, les négociations, si patiemment reprises par Eugène IV 
V, ne cessèrent presque complètement que sous Calixle III 
et Pie II, sans que les papes aient renoncé pour cela à protester 
énerjiiqucmetit contre un système qu'ils jugeaient préjudiciable a 
Leurs intérêts et attentatoire a leur a magistrature suprême *. 

Si toutes les négociations échouèrent du vivant de Charles VII, ce 
nf fut pas i|i.ti' i'r prince fût w moins du monde intransigeant, 
comme on l'a dit, mais plutôt parce qu'habitué à en prendre à son 
lise avec les règles de la Pragmatique, il n'éprouvait pas un besoin 
urgeot de la révoquer. Il y voyait un moyen commode d'empècber 
' de la cour de Rome, quand celle-ci le gênait, et une 
Maître d'alléger le* Charges d'un royaume appauvri. Il se faisait 
une large part dans les dépouilles du clergé et mettait sa conscience 
eu paix en s'abrilant derrière l'autorité du concile de Baie. 

Cet exposé, présenté de la f;«;on la plus agréable cl la plus bril- 
lante par l'historien du Grand Schisme, rend celle publication de 
beaucoup la plus intéressante de celles qui ont paru jusqu'ici danB 
les « Archives de l'histoire religieuse de la France ». 

Pli. Lu: tu. 



tULLKTIN HISTORIQUE. 



EPOQUE MODERNE. 



{Suite et fin'.) 



II. Histoire religieuse. — L'Histoire de la tolérance religieuse : 
évolution d'un principe social, par M. Amédée Mitigkin 1 , eut rem- 
plie de bonnes inlenliotis. Mais les meilleures ne sauraient sup- 
pléer aux lacunes d'une exégèse qui est empruntée presque tout 
entière à Voltaire et à Condorcet et d'une sociologie religieuse qui 
dépasse à peine le niveau de la philosophie du niii' siècle. Sur 
l'Islam, l'auteur parait s'être documenté moins encore dans l'Essai 
sur les mœurs que dans Mahomet. Ce n'est guère que pour les faits 
postérieurs au ivi' siècle que son érudition devient un peu plus 
solide J . Ce livre n'ajoute donc rien d'essentiel à notre connaissance 
historique du sujet. Quanta la définition de l'intolérance, où M. Mala- 
grin voit « une forme de l'individualisme », elle sera difficilement 
acceplée par la science des religions, La religion, en tant que fait 
social, n'esl-elle pas au coutraire, suivant la formule de M. Durkheim, 
une contrainte exercée par la collectivité sur l'individu? C'est par là 
même qu'elle est intolérante; et contre cette contrainte sociale se 
dresse la protestation de l'individu, d'abord celle de l'hérétique, de 
celui qui a « une opinion particulière ■, ensuite celle du sceptique, 
de celui qui proclame la nécessaire relativité de toutes les opinions. 

Mettre à la disposition des laïques une sorte de bref manuel do 
droit canon, les- faire pénétrer dans le détail de l'organisation de 
l'Église, — et des Églises; — leur montrer commenlcelte organisation, 
rigide en apparence, peut s'adapter aux situations les plus variées, 
tel est le service quo rend M. André Mater par son livre l'Église 
catholique, sa constitution, son administration*. Droit commun et 
droit coulumier de l'Église, doctrine de la societas perfecta, rôle des 
laïques dans l'Église, droit d'association dans l'Église, organisation 
paroissiale : toutes ces questions, qui présentent actuellement pour 

1. Voir lier, km., 1. XCI1I, p. 339. 

2. Fischbacher, 1905, in-8-, 447 p. 

3. El encore ! p. 113, les placards de 1534 attribués à Farel ; ils sont d'An- 
toine Marcourt. P. 174 : i Henri H, ptui cynique que son pire, ne dédaignait 
pas d'assister lui-même au* suppliées... > François 1" avait fort bien assislé i 
ceux de janvier 1535, — llien sur la fameuse consultation des évêques en 1698. 
— Pour la période moderne. c'esL surtout Jules Simon qui partage avec les 
nWrjflflpMtlUl le rùle d'apologiste de la tolérance. 

1, ,\. Colin, 190G, ïn-18, iv-4fi1 p. Index. 







France un intérêt pratique, sont ici étudiées, sans le moindre 
parti pris, sur le terrain de l'histoire el de la géographie politique. 
La diversité même des solutions que la curie a trouvées ou acceptées 
pour un problème identique (depuis le < parochialisme = quasi 
absolu des cantons suisses protestants ou de ta Prusse jusqu'au 
« cléricalisme i irlandais, en passant par les diverses formes du 
trutteism américain) ne permet pas de douter que l'Église de Franco 
ne réussisse enfin a découvrir, elle aussi, l'organisation qui lui 

ii f-i peu d'institutions de l'ancien régime qui soient aussi inté- 
ressantes que les assemblées du clergé de France, seules assemblées 
qui survivent au triomphe de l'absolutisme centralisateur, à la dis- 

■ition des États généraux. Nées de la nécessité de répartir les 
■es, elles deviennent permanentes avec les décimes elles-mêmes, 
contrat de Poissy lie étroitement leur existence à celle des rentes 
l'Hotel-de-Ville; les nouvelles constitutions de rentes, les aliéna- 
tions leur donnent une périodicité qui forme, dans le désordre admi- 
nistratif de l'ancienne France, une exception éclatante. Mais, d'or- 
ganes financiers qu'elles sont en principe, ces assemblées de clercs 
deviennent, par la force des choses, des assemblées spirituelles : ce 
notera se marque dés Poissy. Elles sont une des pièces 
essentielles de la constitution de l'église gallicane. 

M. Louis Si- mur 1 ne s'est point contenté de les étudier dans le 
recueil de Duranthnn, lequel ne reproduit que très in Fidèlement la 
physionomie des assemblées; il a dépouillé les procès- verbaux eux- 
mêmes, les cartons des archives du clergé, les nombreux traités 
composés par ordre de Ijolbert, les registres de la nonciature. 11 a pu 
ainsi reconstituer, pour toute la durée du xti* siècle, le mécanisme 
des Uttfflblées. le rùle des «jndirs ficiiiTaiix. pui- des agents (.'eue- 
raui, des bureaux diocésains, etc. C'est un travail complet, que l'on 
pourra consulter avec confiance, et qu'enrichissent de nombreuses 
pièces justificatives (1573-lblo), extraites presque loutes (30 sur 82) 
des archives de la noneialure, el très ïmporLanles pour l'histoire de 
la Ligue et de la conire-Kéformaliou*. 

Le volume IV des lettres de saint François de Salea 3 comprend 



t. Ut Auembtrci du clergé île France. : originel, organisation, <tée«topp»- 
. t«t5. » Champion, 1906 (fait. 154 de h Btbt.de VËc.itn hauta 
•m), ln-8% 110 p. 

1 Je lignaient, comme pritMllDl un Intérêt biographique, lu n" XI 
«KiiMlinn» contre Uene Benoit) et XXXI (plainte* mr Pilma 

3. Ou jtm dt taini Francoii de Saiti... T. XIV : LcUru, tuI, IV. Ljon el 



78 ICLLETIt BISTOUQtn. 

208 lettres', dont plusieurs inédiles, qui vont d'avril lf.08 à la fin 
de 1610. Elles sonL donc contemporaines de la publication de 17m- 
troduc/ton â la vie dérote 1 et de la fondation de la Visitation; elles 
montrent le saint en pleine possession de ses moyens, a l'heure 
où il savait le mieux, comme le dit H. J.-J. Nivitel dans sa sobre 
préface, « montrer agréahlementcommenlon pouvait allier ensemble 
ces deux choses tenues jusqu'alors comme antipathiques : la vie de 
société et la pratique de la dévotion >. Il y est question des tentatives 
faites par Henri IV pour attirer François à Paris, du rétablissement 
de la messe dans le pays de Gex et de son audacieuse traversée de 
Genève. Le saint y donne aux conlroversistes, sur la façon dont on 
doit conférer avec les Genevois, des conseils où la prudente suavité 
de résèque se nuance d'un aristocratique dédain à l'égard de ces plé- 
béiens 3 . Félicitons les éditeurs de l'exacte fidélité avec laquelle ils 
s'acquittent de leur lâche. 

Le nouveau volume de M. I-'k'iet' passe eu revue, suivant la 
méthode chère à l'auteur, les docteurs de la Faculté de théologie de 
Paris au inf siècle, nicher, le grand cardinal, Retz, de Rancé, sans 
parler de Jean Boucher, de Cospéan, de Le Camus, de Godefroi 
Hermanl, d'Antoine Arnauld, de Jacques de Sainte-Beuve, d'isaac 
Habert, c'en est assez pour que l'on entende encore l'écho des fureurs 
ligueuses et pour que crépite le feu des batailles gallicanes, jansé- 
nistes, quiélistes. Inutile de dire qu'il ne faut pas demander à 
M. F. Fèret de garder en présence des hommes et des choses l'impas- 
sibilité de l'historien selon la formule lucianesque*, mais il faut lui 

Pans, Emmanuel Ville, 1906, in-8*, viii-477 p. Glossaire, index, labiés de con- 
cordance. Un fac-similé. 

1. Pin», en appendice, quelques lettres de ses correspondants. 

2. Voy, notamment, p. 124, la lettre a Pierre de Villa». 

3. Cnrieuse minute inédile (p. 188) du 17 août 1009 : ne pas entrer trop 
avant dans la controverse sur les versions, car le peuple pourrait bien demeu- 
rer i plus engagé en leur parti [des ministres], El quand je dis le peuple, je 
veux dire les seigneurs des deux Conseils, qui ne sont que marchands el cer- 
tains gens de peu ». 

4. la Faculté de théologie de Parti et ici dacteurt les pliucélèbrei. Époque 
moderne. T. IV r X VIII- siècle. Partie littéraire. Alphonse Picard, 1906, in-e>. 

5. P. 1 : i Nous avons en Edm. Hrrber une célébrité Je roautais aloi. i Les 
jansénistes passent aussi quelques mauvais quarts d'heure. Quant à Ëlie 
Benoit [p. 70). n'a-l-il pas manifesté c une certaine humeur de sectaire i ? En 
effet, Il se plaignit que François Véron, curé de Cbarenlon. fini McitJ** jui 
sermons des ministres, « cl aussitôt qu'il les a»oit entendus, il roonloit sur 
une espèce de Ihéâlre, élevé snr quelques tréteaux ft la porte de son église, où 
H lachoil de les réfuter ■. Il était, comme chacun sait, loisible aux ministres 
d'en Taire autant, 



FJtlICK. 79 

oir gré de l'étendue, de la richesse de son érudition, de l'astu- 
cieuse patience avec laquelle il a pourchassé les moindres lirochures 
et découvert chez, les bibliographes au moins les Litres de celles qu'il 
n'a pu manier lui-même. Le ivii* siècle exigera encore un volume : 
nous avons en celui-ci ubiquisLcs et sorbonnistes. 

Passons à l'une des victimes de M. Fértt, Godefroi Hermant. 

H. t'..wiMt publie les t. U (1653-1853] et 111 (1656-1657) des Mémoires 
du chanoine de Beauvais*. Ce serait évidemment dépasser la mesure 
que de prétendre que la lecture de ces deux volumes est attrayante. 
Nous n'avons plus la patience de nous intéresser à ces arguties, nous 
ne nous passionnons plus pour les véritables * potins » tbéologiques 
que recueille partout l'écrivain janséniste, Son indignation con- 
tinue nous fatigue. Ce qui sort des mains des Jésuites mérite trop 
uniformément chez lui les épilhèles d' » atroce n ou d' « abomi- 
nable ». VAtmanach des Pères est un » horrible sacrilège », tandis 
que la réponse de de Sacj, les Enluminures, est « une ingénieuse et 
innocente raillerie ». Quant à la riposte, VEstritle du Pégase jansé- 
niste, c'est un tissu des a plus infâmes et noires calomnies ». Tou- 
jours est-il qu'Hermant nous renseigne sur l'histoire provinciale du 
jansénisme, et en particulier sur les efforts dirigés par les Jésuites 
contre l'indépendance des Universités". Il nous montre, — et cette 
révélation ne manque point de piquant, — comment des évoques 
français, et qui n'étaient point tout à fait d'accord avec le pape, 
finirent par être obligés, même avant l'établissement de l'infaillibi- 
hulilier les constitutions romaines. Il nous indique aussi, 
bien involontairement, sur quelle pente scabreuse marchaient les 
jansénistes, — la pente qui mené a Charenton', — et que de là vint 
leur faiblesse. Il nous donne quelques détails sur la publication des 
PrwinciaUs* et sur le miracle, ou plutôt les miracles, de la Sainte- 



1. Mémoires de Godefroi Hermant, t. 11. Pion, 1905, in-8*, 7it p.; I. III, 
iWe, 618 p. An début du I. Il, le» coup, i-xiv (et plue loin m) du livre MM 
•ml nu (m «.muni; citations leiluelle; du Journal de Saint-Amour. 

ï, Particulièrement Mlle de Caen. 

3. P. 90, entretien de Taignler avec Conrarl et déni ministres. — Livre XII, 
ebap. v, curieux passage »ur l'altitude de Uaznrin it l'égard des huguenots. — 
F. tfl do t. III, proees-verbal d'une émeute huguenote 4 lionlauban, I65(j. Si 
H procès-verbal est Téridlque, les protestants se seraient oopMéa fU la > io- 
Irntr a l'accomplissement det dernières volontés d'un catholique. 

t. I) ail étrange et rrgreltablc qu'il ne soit question des lettres qu'A partir 
d* U cinquième. M. Gatier nous apprend qu'ensuite tlrrmanl a pris le i>i ■■ . 
a craignant peut-être une destruction totale », de les reproduire en stjle indi- 
rect dan* 



^^^m 




80 bcllktis nisTomonit. 

Épine*. L'éditeur apporte à ces deux nouveaux volumes le môme soin 

qu'au précédent î . 

Il était lemps que l'on songeât à publier les nonciatures de France. 
C'est ce que vient d'entreprendre lu comité des Archives rfr l'hutoire 
religieuse. 11 a confié à M. Fbiiein les nonciatures de Clément VII. 
Le premier volume va de la balai lie de Pavie au lendemain du sac de 
Borne 1 . C'est dire que l'intérêt en eat surtout diplomatique et poli- 
tique plus que proprement religieux. Il y est question de l'état du 
Saint-Siège et de son rôle dans la péninsule plutôt que des pre- 
mières manifestations de la Réforme française', qui auront leur place 
dans les volumes suivants. M. Fraikin s'est acquitté de sa lâcbe 
d'éditeur avec un zèle des plus louables. 11 nous donne même plus 
que nous n'étions en droit d'attendre de lui. Comme Roberto 
Acciaiuoli cumule avec ses fonctions de nonce, — laïque d'ailleurs, — 
celles de représentant de Florence, nous avons non seulement sa cor- 
respondance avec le Saint-Siège, mais aussi avec les Huit de Pratique 
et, après la révolution de 1527, avec les Dix de Liberté. De même 



1. H fournil même, sans s'en douter, de» éléments pour la critique du pre- 
mier de ces miracles ([>. 75) : la guérison de la petite Périer est visible a tous 
les ynui, et cependant certaines religieuses de la maison l'ignoraient encore 
quinze jours après, 

2. Le solécisme de la p. 384, l. 3 : ■ Docteur ea droit > est-il dans le ms.T 

3. Archives de l'histoire religieuse de la France. Nonciatures de France. 
ffinUfÉàm de Clément Vil... T. I : Depuis ta bataille de l'avie jh.v/uqu 
rappel d Acciaiuoli, 25 février 1525-juin 1527. Alphonse Picard, 1906, ln-8*. 
uaxm-iSI p. L'éditeur commence a Pavie, parce que la nonciature d'Alèandre 
doit être publiée, dans la même collection, par J. Paquier. — M. Fraikin donne 
ou cite (lorsqu'elles ne sont pas inédites) 225 pièces, plus 14 en appendice. 

4. Dcui documents de celle nature à l'appendice : 1' un bref à Louise de 
Savoie, du SB décembre 1525 (tic), approuvant l'arrestation faite à Ljon d'un pré- 
dicateur luthérien. Il s'agit sans doute (H. Fraikin aurait dû nous en avertir) 
de Maigret (vov. Uerminjaril, I, 309, 310, 316; d'Argentré, Collecilo, II, 7M6; 
N. Weiss, Huit, du protestantisme français, année 1800, |>. 245 et suiv.J. 
Mais alors la date de 1525 doit être (quoi qu'en dise Fraikin, p. 398, n. 3) corri- 
gée en 1524 (il ; a d'ailleurs anno secundo), car c'esl le 17 décembre 1524 
que, de iiile. de Coci annonce & Farel l'arrestation de Maigret à Lyon, el c'est 
le 9 mars 1525 que la Sorbonne le condamne; c'est le 8 janvier que l'arche- 
vêque de Lyon, conformément aui dispositions du bref, avait commencé les 
poursuites contre lui et nommé pour le juger deux, docteurs de Paris el deux 
conseillers au Parlement. Le fait que le bref est adressé 4 Louise n'est pas 
un argument contre la date du 29 décembre 1524, puisqu'elle était régente 
depuis octobre. Balan, au reste, indique la date exacte. 1' Une bulle .un évéques 
dp Langres, Mâcon et flayeui, » l'abbé de Saial-Médard de Soissou» et à I officiai 
de Rouen, 25 janvier I52T, pour conférer 4 eux-mêmes el * trois docteurs do 
Sorbonne le pouvoir de juger l'hérésie. 






S avons les lettres qu'il écrit à Gambara, envoyé du pape auprès 
de Henri VIII. 

Evidemment, ces correspondances ne nous révèlent, sur la ligue de 
Cognac et ses diverses métamorphoses, rien qui ne nous fût déjà 
connu. Elles mettent en lumière cependant la faiblesse hésitante de 
Clément VU et ;iussi la mollesse de François 1", grand parleur, 
grand prometteur, mais plus occupé de chasse et de plaisirs que de 
politique italienne '. Et pourtant une idée nouvelle, èhauchee contre 
nous par Jules 11, revient sans eesse dans les lettres de Rome et de 
France : l'idée italienne, le salut de l'Italie, la liberté de l'Italie. 
H. Kraikin a résumé tout cela dans une solide introduction 1 . 

A coté de la monumentale encyclopédie calvinienne de M. Dnu- 
mergue, il y avait place pour un petit livre sur Calvin. Celui que 
M ilossËBT a écrit pour la collection des Grands Écrivains français 
est une monographie exacte et suffisamment complète'. On regrette 
de n'y pas trouver une effigie plus vivante du réformateur, ni une 
détermination plus précise de ce que l'auteur de ['Institution ippor- 
tait de nouveau à la prose française, ni on exposé assez large de ce 
que M. Dossert appelle i les destinées du calvinisme =', â savoir le 
rule du calvinisme dans le monde et son évolution ultérieure. 

III. Bistoiu i,irTB«iiHE. — La thèse de M. Pierre Maimio, l'Orient 
dans la littérature française au XVII* et au XVtlf' siiete", est UD* 
cb&pilre de l'histoire des idées, puisqu'elle étudie l'inlluence exercée 

1. Vojrz, comme document capital, la lettre d'Acciaiuali a Gambara. de Paris, 

I? mai lSÎ6(o'S13). 

7. P. txxiv, I. 1 : i Robedanges p, lire (comme il est dit ailleurs) : ■ Rabo- 
danges ». P. 38 : t La reine-mère », pour : • Madame >. Le» tuiles sont repro- 
duit* lire une «crapuleuse fidélité. Quelque» heureuses corrections apportée» i 
U publlutitin de nesjardins. 

J Cal- in. Hachette, 1906, 2î'i p.,1 porlr. — P. Ï3 : » Mats a ta tnéUe époque 
Parti, «1ère d* Le Fètre, disait de lui... <• Il f.iul lire : i liais Paret, élérc de 
L# Fp irr, disait, en parlant de ce que Le Fètre faisait A la même époque... s 
L'Importance de ratte correction n'échappera à personne; car il s'agit d'un pas- 
sage où hnl tcui prouter, longtemps après, que Le Ferre n'a connu que Ire» 
incompl élément la traie religion. Je comprends d'autant mains le lapsus de 
H. rJoaaert que la phrase de Farel est au plus-que-parfait. P. 39 ; i Fran- 
çais 1" [en 1533] tiraillé entre deux influences contraires, celle de sa sœur Mar- 
guerite qui conseillait la clémence et celle de sa mère Louise de Saroie qui le 
peaimil * la tyrannie. ■ C'est exagérer l'apposition, toute politique, que Louise 
taisait aux idées nouvelles, p, 194 , l'Académie caliinienne ne s'est jamais 
appelée t Collège- Uniiertilé >, mais, suivant une habitude alors très répandue, 
1 Mie et Collège ». 

ilnnj trouva ses premiers adhérents dam les masses populaires... > 
C'est trop tsire commencer atec Calrin la réforme française. 

i. Uaruetle. 1900, lu-8", 37S p. [miei 

Hsv. Huma. XCIV. 1" raja. G 




83 BOLLBTm HISTOBIQVE. 

par la découverte, — ou plutôt par les découvertes successives, — 
do l'Orient sur la pensée Française. Le mot Orient est, au reste, 
entendu ici dans son sens vaste ; Levant, Inde, Extrême-Orient; nos 
aïeul ne faisaient guère de ces distinctions. Écrit avec une verve juvé- 
nile, parlais un peu fumeuse, souvent gâté par les répétitious', le 
livre intéresse et passionne, mais il manque de précision et ne va 
pas toujours au fond des choses, ni sur les origines du mouvement qui 
poussa les Européens vers l'Orient", ni sur le rôle de I' « orienta- 
lisme *, ni sur ce que les philosophes ont pris à l'Orient. 

« Comment l'auteur des Pastorales et des Lettres galantes a pu 
être aussi celui des Entretient sur la Pluralité des Mondes et de 
l'Histoire îles oracles », tel est le problème que pose le Fonlenetle : 
l'humme, l'œuvre, l'influence 3 , de M. Louis M u.,i«>\. Je crois que 
l'auteur de ce livre fort agréable nous aurait rendu plus intelligible 
révolution de son personnage s'il avait apporté à l'étude de celte 
longue vie une méthode plus chronologique. Mais séparer les unes 
des autres la biographie proprement dite, l'œuvre littéraire, l'œuvre 
philosophique, l'œuvre scientifique, ce n'était pas le meilleur moyen 
de faire voir « avec netteté comment du simple bel esprit le grand 
esprit s'est dégagé par une ascension lente, mais sûre ». Nous 
aurions voulu assister à celle ascension. Ce spectacle aurait permis à 
M. Maigron d'établir plus fortement, après d'autres, que l'auteur in l'or- 
luné de VAspar est devenu « l'introducteur nalurel du xvin" siècle n 
et que « Voltaire et Diderot n'ont pas eu de précurseur plus authen- 
tique ». 

N'est-ce pas, en vérité, un signe des temps que l'on se puisse croire 
obligé d'écrire un livre pour démontrer celle proposition, que nous 
avons sucée avec le lail : « L'esprit philosophique, c'est l'esprit de la 
Révolution de i'H'J »?M. Marius Rodstin 1 mené cette démonstration 
avec aulanl de vigueur que d'esprit. Il concède a M. Faguel que la 
Révolution a eu lieu parce que le peuple mourait de faim 5 ; mais il 

1. Le plan explique ces répétitions. Dans une première parti* : la Connais- 
tiiitce de l'Orient (voyagea, commerce et colonies, missions religieuses, orien- 
talisme, progrès de celle connaissance; c'est surtout ce chapitre qui déflore les 
suivants]; dans une seconde : l'Orient dans ta littérature. 

2. Le sens de l'Orient est plus développé au xvf siècle que ne le dil M. Mar- 
lino. Thevel, Nicolas de KiooUf, ilu Fresoe-Canaye, de Beauteau, etc. témoignent 
d'une réelle et souvent intelligente curiosité, du moins en ce qui concerne le 
Levant. 

3. Pion, 1906, in-8 É , iv-432 p. 

4. La Pkilasapkes et la loçiéti française au XVI II' siècle {Annalei de 
l'Université de Lyon, l 11. Fasc. 16). Lyon, A. Rey, et Paris, Picard, 1900. 
in-8", 455 p. 

5. Il tait même à il. Faguel trop de concessions. Les cahiers ont souvent 



lai objecte aussitôt que n 






PBilTCE. 83 

r de faim était, pour le peuple français, 
une trié vieille habitude. La Révolution a eu lieu lorsque le peuple 
s'est dit que sa misère avait pour origine, non pas un décret immuable 
de la Providence, mais les abus du régime, et que ces abus pouvaient 
élre corrigés. Or, ce sont les philosophes qui ont révèle au peuple ces 
vérités neuves pour lui. M. Roustan montre comment leurs idées se 
sont peu à peu diffusées à travers toutes les couches sociales, allant 
s'eiargissant, — et «.'amincissant, aussi, — à mesure qu'elles descen- 
daient. Sujet qui n'est pas absolument neuf, puisque Taine avait 
dtfà étudié i la propagation de la doctrine »'. Sujet qui réservait à 
un littérateur comme M. Roustan des surprises, — el des décou- 
vertes, — qu'une éducation historique plus complète lui eût sans 
doute épargnées 9 . Somme toute, livre intéressant, qui ne fait nulle 
part a l'idylle 3 , qui montre très bien comment se posaient dès lors 
certaines grandes questions sociales *. Kl si le ton en est quelque peu 
polémique', la faute n'en est-elle pas à ceux qui, les premiers, ont 
introduit dans l'histoire du iviii* siècle des préoccupations qui 
n'avaient rien de scientifique .* ? 



p plus de porter politique «1 philosophique, qu'un ne tout noua le faire 
accroire. Il est frai, quanti ou rencontre des cahier* ruraux très sérieux, qu'on 
M Mute en inventant une < cabale > d'avocals qui aurait envoyé aux nasem- 
. lire» îles formulaires tout faits. Dr même, on nous affirme, de cer- 
tain cité que l'instruction primaire était, en 1789, presque aussi répandue 
i)a'tujourd'liui, el en même temps que la < philosophie i ne pouvait exercer 
dVlkiu sur un peuple d'illettrés. Il faut choisir. 

I. Il semble qne M. Itniisi.ii), Intimidé par les foudres d'excommunication 
majeure qu'on a lancées contre Taine, ail eu peur de s'en sertir. Il le nomme 
pour ta première fols en noie, p. 85. Et ensuite H prend a Taine ce que, pré' 
oWaWSt, Taine • de plus contestable, a savoir ses collections de petits faiK 

.' La préparation historique est éviilemint'ol in su Misante. Sagnac (el au besoin 
Matai) «UH a citer sur la féodalité en 1789. — Ecrire, a propos de l'importance 
des cahiers (p. i\), que • tout le monde > en eunvienl, c'est ignorer que celte 
Importance a été niée vigoureusement. — On doit la justice a tous, même A 
1.00 H XV. S'il écrit le 33 jsnvier (p. 17) ; « Il y a des nouvelles de Bavière du 
1J décembre, et je ne les ai pas vues >, cela ne veut pas dire que le souverain 
ett • resté trois semaines sans prendre connaissance des nouvelles de la 
guerre a. Partit.' de Bavière le l'J décembre, ces nouvelles ne faisaient peut- 
être que d'arriver. — Est-il utile de consacrer un chapitre a H - " de l'blteauroui 
pour aboutir (p. BO) à cette constatation qu'on ne saurait rien dire île son rôle 
J4111 le mouvement philosophique! — l.a peinture de U corruption régnante 
est banale. 

3, Un peu d'exagération en sens inverse. Ici l'influent* de Tnine a été 
f*ek*BM. 

t. P. 337, une page excellente sur la situation des ouvriers. 

eut la conclusion. 

• Uarmonlel, ga» de Bart », n'est-ce pas ■ Dort » qu'il faut lire* 
Il j * quelque* autres faute* d'Imprassiou. — P. 189, je crains bien que 1 au- 




84 BULLETIN HISTORIQUE. 

Ce que H. Edouard Rod appelle V Affaire J.-J. Rousseau*, C'est la 
condamnation par le petit conseil de Genève du Contrat social et de 
Y Emile. En apparence, ce a n'est qu'un épisode dans l'histoire de la 
vie de J.-J. Rousseau et dans celle de sa ville natale •. Hais ce qui 
donne à celte anecdote d'histoire littéraire une valeur et une portée 
générales, c'est qu'en la personne de Rousseau étaient violées et la 
liberté d'écrire et la légalité genevoise; que l'intervention, dans le 
débat entre l'écrivain et la cité calviniste, des « Représentants », 
c'est-à-dire du parti démocratique, en fit une « affaire • politique, 
si bien « qu'il n'est point excessif de dire que la condamnation 
à" Emile et du Contrat social fut l'incident qui provoqua la fin du 
régime oligarchique dans la république de Genève, peut-être la chute 
même de cette république » 2 . On peut même ajouter que ce fut une 
« affaire » européenne, l'une des plus sérieuses escarmouches, avant 
la grande bataille de \ 789, où se soient mesurés l'esprit conservateur 
et l'esprit révolutionnaire. 

C'est de ce drame que H. Rod (en s'appuyant sur les manuscrits de 
Neuchâtel, de Genève, sur les archives de Coppet, de Bessinges, etc.) 
a résumé les péripéties émouvantes. Avec ce sens psychologique 
affiné qui est la marque de son talent, il nous a peint les hésitations, 
les lassitudes de Rousseau ; le grand homme est entraîné presque de 
force dans la mêlée des partis, et c'est un peu malgré lui qu'il devient 
leur instrument et leur symbole. Les Lettres écrites de la Montagne 
ne sont pas exclusivement son œuvre : elles résument les aspirations 
des adversaires de l'oligarchie. 

M. Rod, par un scrupule d'art et d'élégance, semble regretter que 
Jean-Jacques ait joué son rôle dans cette bataille. Encore qu'il se 
défende (p. vin) d'avoir cherché à rapprocher cet épisode de certains 
a événements actuels », ce n'est pas exclusivement à l'adresse des 
« Représentants » que furent écrites telles pages chagrines contre le 
pédantisrae des légalitaires 3 , la tendance des révolutionnaires à lou- 

teur n'ait brouillé ses fiches : M"* du Deffant raille le nouveau Parlement, 
c Sur ce terrain, Voltaire était un allié... » Or, Voltaire est pour le nouveau 
Parlement 11 aurait fallu écrire : c Un allié pour le ministère. » 

1. Paris, Perrin, 1906, in-16, xiv-359 p., 2 portr. 

2. P. 355 : c L'ancienne république..., dans la forme mixte et théocratique 
qui faisait son originalité, était morte et bien morte. L'affaire Rousseau l'avait 
tuée. C'était un autre État qui s'était relevé de ses ruines, au bord du même 
lac, autour du même clocher, sous la garde du même Salève..., l'antique répu- 
blique allait devenir un canton. » — Très intéressante reconstitution du milieu 
genevois aui ch. i et m. 

3. L'un des arguments (et il est plutôt bizarre) de M. Rod contre ceux qui, 
en ces a affaires », se préoccupent de la question de légalité, c'est le carac- 
tère exceptionnel que revêt nécessairement toute • affaire ». Il y avait, assu- 






ruset. 

jours tirer la couverture a soi, l'imprudence des « 
rem », des passionnes de justice qui répètent la belle et décevante 
formule : Pereat mondus! — M. Kod appartient â cette phalange 
d'esprits distingués et moroses qui voudraient bien le triomphe de 
la vérité et de la justice, mais à condition qu'il n'en coulât rien à la 
tranquillité publique, au respect des traditions. C'est vouloir que 
l'histoire ne soit plus l'histoire. — Il est 1res vrai que les combattants 
De « se réclament dans la bataille ... de ces grandes abstractions, 

il lié, justice », que ■ pour les mieux fouler auv pieds (Uoa 
la victoire ». Mais, s'il était étalement vrai que ces luttes, * engagées 
parfois, à l'origine, pour les motifs les plus honorables, ... n'abou- 
tissent qu'a réduire la part, déjà si modeste dans les choses 
humaines », de ces grandes abstractions, on se demande ce qu'il en 
resterait a l'heure présente. Mn dépit des apparences, les révolu- 
tionnaires genevois, en s'emparant comme d'un drapeau du « citoyen 

• », travaillaient au progrès de l'humanité'. 

IV. HrsiOlBB DES SCIENCES ET DE L'jRT. — M. Gabriel MllESCUlL DE 

Bit vin consacre à son ancêtre, Georges .Mareschal, premier abfmrgJM 
du grand roi, un volume ou il y a beaucoup d'inutilités et de choses 
mes, soit sur l'histoire même de la communauté de Sainl- 
Gûme, soit sur les événements poliliques auxquels la chirurgie (et 
particulièrement la phlébulomïe) se trouve associée*. Mars le rùle 
joué par Marescbal dans des circonstances décisives, la confiance 
qu'avait en lui le roi font de sa biographie une lecture inléri , --.iii!r :i . 
D'un intérêt bien plus général est le livre de M. Paul DsUBMl sur 
U Monde médical ^ parisien au XVtfl* nèc/fl\ Si leplan n'est pas ton- 

ri-mrnl. i peu de chances qu'il se produisit soûlent des livres aussi extraor- 
dinaire* i\a'Êatile et le Contrat », et le cas Rousseau i ne se serait pas reproduit 
deui foi* en un siècle ». Mai* c'e»l en luttant contre ces illégalités éclatante* 
qu'on arme a réduire, dans la vie de tous les jour», lu part de l'illégalité. Nous 
ne umns pas tous liclime* d'une monstrueuse erreur judiciaire: mais {sans 
parler de l'égoïsme qu'il y aurait 4 ne pat se préoccuper d'un mil qui ne nous 
tnraair pas directement) nous avons tous intérêt 1 la réforme du code de pro- 
cédure cl d'instruction criminelle. L'agitation i|ui se fait nulour d'une victime 
illustre usure des milliers de pauvres diables. 

I. P. Î9* : * La légendaire, retraite des patriciens (lie .')... i — Le» (Mies 
cité* |iar M Hod sont écrasants pour Voltaire, qui en toute celle affaire- ic 
montre hainrui, jaloux el perlide. lias et hypocrite (vojr. nolamiuenl, p. 13ti, 
lettre i François Tronc bin du H janvier 1765). 

I. Gtorytt MarttcAat, teiijneur île llierre. cltirurglen tt con/idr*t de 
U*tèXirti658-t735). Pion, 1906, io-B', ui-eOOp. Indei, 3 MHojT.it 15 gra». 

3. Un contusion p. 8 le tuteur n'est pas nécessairement ■ pris parmi les 
«nu m* i, mail choisi par les éclievins. 

i. Joies Ronieet, 1906, i p. Bibliographie, indci, gravure». 

La Utrt [«Mie -. < Deuxième édition, revue et augmentée. » 




SA BCLLETI-i tlISTORIQCE. 

jours d'une netteté très rigoureuse, si le alyle est recherché eL inutile- 
ment ■ littéraire », si la succession des tableaux vous laisse l'impres- 
sion fatigante d'un kaléidoscope, l'érudition très riche, très informée et 
très sûre de M. Delaunay font de son livre un recueil inestimable. L'en- 
seignement, les habitudes professionnelles, les théories médicales, 
les hommes, — médecins, chirurgiens et charlatans, sans oublier 
clients et clientes, — la presse médicale, toutes les faces du sujet 
sont tourâ tour éclairées d'une vive lumière. Ce qui ressort de cette 
élude, c'est que tous les progrès scientifiques se sont alors produits 
en dehors de la « très salubre » Faculté de Paris. Les novateurs, ce 
sont des docteurs de Montpellier ou quelquefois d'une minuscule 
université provinciale (Reims, Ponl-à-Mousson ou Perpignan), des 
professeurs du Jardin du Roi ou du Collège de France, de simples 
chirurgiens, des étrangers. Ce n'est pas à la Faculté, c'est à l'Aca- 
démie des sciences, à la Société de médecine, à l'Académie de chi- 
rurgie que s'élaborent les idées fécondes. Aussi, tout en partageant, 
à l'égard du « progrès » médical, le doux scepticisme de l'auteur', 
faul-il conclure avec lui que, sur ce terrain comme sur les autres, 
une révolution était nécessaire'. 

Est-ce dans l'histoire de la médecine qu'il faut classer le livre que 
M. Henry Tboiichi» consacre à son aïeul, Tronehin-Esculapc 3 ? Évi- 
demment, puisque l'élève du grand Boerhaave a joui d'une réputa- 
tion européenne, que sur l'hygiène du mouvement et de l'alimenta- 
tion il a émis des vues neuves et dont plusieurs ont faîl fortune', 
puisqu'il a soulevé contre lui les jalousies et les colères de la salu- 
berrime Faculté. Mais Trouchin n'a rien écrit; du moins le peu qu'il 
a écrit n'a pas, il s'en faut, contribué à sa gloire. Même dans la pra- 
tique de son art, il n'est pas à louer de tout point, et il y avait bien 



1. Voy, p. 233, n. I, sur la saignée : « Pour paraître très moderne, ou par- 
lera d 'au lo- intoxication et du tissu cellulaire émonctoire, tout en agissant 
comme feu le docteur Renard, l'E»ciiUpe du Marais. > 

2. Voici 1» principales divisions du livre : études et profession médicales, 
fo M lionii aires et médecins de cour, médecins et chirurgiens, eypridologistes, 
inoculation, remèdes secrpls, médecins bibliophiles cl naturalistes, obstétrique, 
journalisme médical. 

3. fn Médecin du XVill' siècle : Théodore Tronchin (1703-17811, d'après 
des documents inédits. Paris, Pion, et Génère, Ktlndig, 1906, in-8", m-417 p. 
Un portrait en héliogravure et de nombreuses pièces justificatives. 

4. Voy. surlout eh. ri, le Médecin, l'homme, m, l'Inoculation, et iv, lu 
Maladresses de Tronchin. Comme tout est mode, les idées de Tronchin sur 
l'hygiène des femmes enceintes (p. 1)3) ne sont plus, aux dernières nouvelles, 
la vérité thérapeutique, tandis que sa lellre sur le régime alimentaire du prince 
de Prusse (p. 57) pourrait èlro signée par les plus célèbres spécialistes de nos 
jours. 






fiuii;i. S7 

une pointe de vérité dans les accusations de charlatanisme dont on 
l'accabla. Mais l'intérêt du livre est ailleurs. Il est dans ces bizarres 
relations de Voltaire avec son médecin, dans la merveilleuse agilité 
avec laquelle l'éternel malade exécute les plus étonnantes cabrioles 
d'esprit, dans le mépris tout calviniste que le médecin, sou devoir 
accompli, témoigne à ce vieui comédien, « pour qui la mort est le 
roi des èpouvantemenls ». Il est dans ses relations orageuses avec 
Jean-Jacques, el c'est ainsi que M. Henry Tronchin ' se trouve amené 
à effleurer le sujet dont M. Rod a tiré son livre. C'est surtout avec les 
archives de sa famille que l'auteur a établi un volume, dont le plan 
est un peu llollanl, mais qui est riche en renseignements, et où l'on 
i le plaisir do trouver du Voltaire el du Diderot inédit, el du Rousseau 
tantôt complètement inédit, tantôt corrigé. 

Robert de Cotte, élevé de .Iules- Ha rdouin Mansart, puis son succes- 
seur comme premier architecte du roi, n'a pas seulement beaucoup 
construit. Il a laissé un 1res grand nombre de papiers, plans, des- 
sins, qui ont malheureuse me ni été disperses entre trois départements 
de la Bibliothèque nationale. M. Pierre Marcel 1 en a dressé un 
Inventaire complet, — de 886 numéros, — abondant en détails, non 
seulement sur l'histoire de l'architecture, mais sur bien des sujets 
d'bisloire do l'art ou d'histoire économique 3 . M. Pierre Marcel 
explique dans sa préface que de Colle fut un des apôtres de celle 
nouvelle distribution des appartements, plus commode et plus plai- 
sante, qui caractérise le xvin" siècle. 

V. Histoire Économe de. — Nous ne signalons sous celte rubrique 
que deux travaux généraux, carc'est de plus en plus dans les œuvres 
d'histoire locale que s'élabore l'histoire économique. 

Ecrire, à l'heure actuelle, une Hixtoire du travail et des travail- 
leur* paraîtrait à tous les spécialistes une entreprise prématurée, 
- même en restreignant celle entreprise à la France et aux temps 
postérieurs au mi* siècle. — Il est, malgré tout, heureux que des 
non spécialistes, moins timides, fournissent de temps en temps au 

• "Irmu-tmi. ,||| l'auteur (]>. 75), n'avait d ailleurs rien de sectaire. ■ Celte 
h patuite où ce médecin conseille » son Dis de se conduire e 
i de» philtMophca comme on se «induit a l'égard de la pesle : . Argu- 
i i Mttn II |>e»t*T Non, buis doute, on la (tait, o Et <]ue failet-TOu* 
rtiierèï — p. 93 ; < De» Lutèce* •. lisez ; • De» Lucrèce». > P. 324, 
turbire emploi .i'iiu Infinitif ; < On courre le cerf. . 

1. Doramrnl, rtlatl/t à l'histoire dr farchiieclurt franfalir. /nirn'rijrv dej 
papirrt ntanitKTtU du cabinet <lr Hnhrrt dt Coiir... (1656-17351 e' de Julti- 
Hoberl de Oottu i Î6S3- ITtil ',... H. Champion, 1906, ln-8', ixx-168 p. Index. 

!. BUMI Sjinl-Maur. du Centre, Trium .In toierie», egiiul». Manufacture 
4rt jUcm. do» Qobelu». Mémoire cous la la ni l'état alarmant du commerce 
ISS»), Incarnlles. Eaui minérale», etc. 






wm^km 



88 BULLETIN HISTORIQUE. 

grand public un résumé rapide et facilement lisible des travaux de 
détail accumulés sur ces questions. 

On n'étonnera personne en disant que le résumé de M. Pierre 
Brisson 1 est très éloigné de la perfection. Les travailleurs de la terre 
n'y occupent qu'une place restreinte. Les divisions chronologiques y 
sont insuffisamment précises 2 . Et, si près d'une moitié du volume 
est consacrée au xu e siècle, l'analyse des nouveaux phénomènes 
économiques reste très vague. Les passages relatifs à l'histoire de la 
technique se bornent trop souvent à une simple énumération de 
machines ou de procédés d'inventions dont nous n'apercevons pas 
les répercussions sociales 3 . H. Brisson s'est imprudemment aven- 
turé, à la suite de d'Avenel, sur le terrain monétaire, et ses excursions 
n'y ont pas toujours été heureuses 4 . Malgré tout, son petit livre peu! 
servir à attirer l'attention sur ces matières trop négligées 5 . 

Les érudites et piquantes notices que M. Alfred Frahklix a semeés 
dans ses volumes sur la Vie privée d'autrefois devaient tout naturelle- 
ment s'ordonner un jour ou l'autre en un lexique. Le Dictionnaire* 

1. Delagra?e, [1906], in-12, 538 p., fig. 

2. P. 35 : la Misère des apprentis, qui est du xvni* siècle, et la Farce du 
cousturier ont l'air de se placer sur le même plan chronologique. Le en. v, 
sur la réYolution économique du xvi* siècle, après des chapitres où il a été 
parlé du xviii*. Même imprécision dans le choix des gravures. Si l'idée d'éclai- 
rer par des documents graphiques l'histoire du travail, si le choix des deux 
recueils consultés (Jost Amman et Y Encyclopédie) est très louable, il est beau- 
coup trop restreint. M. Brisson, qui nous parle (p. 9) des vitraux de Chartres, 
aurait pu leur faire des emprunts. Des planches du xvi* siècle ne nous 
apprennent rien sur les corporations du xiu*. Et que dire de ces teinturiers 
de l'Encyclopédie (p. 16), à côté d'un texte d'Estienne Boileaul 

3. Sur la géographie industrielle en 1789, il aurait fallu souligner le carac- 
tère de dispersion relative de l'industrie et les faits qui amènent un commen- 
cement de concentration : ports, combustible végétal, mines, routes royales. 

4. P. 233, M. Brisson me fait dire que les typographes lyonnais gagnaient 
c cinq francs de nos jours, sans tenir compte du pouvoir d'achat de l'ar- 
gent », soit c vingt francs actuels >. Si M. Brisson veut bien se reporter à la 
p. 185 de mes Ouvriers, il verra que j'ai tenu compte du pouvoir de l'argent 
(il s'agit de l'équivalent en blé du salaire nominal). Je ne plaide pas les cir- 
constances atténuantes pour une conjecture aventureuse (et je crois d'ailleurs 
même ce chiffre de cinq francs exagéré), mais je n'ai jamais parlé de vingt 
francs. 

5. P. 30 : c Un quatrième degré occupé par les jurés. > Il s'agit d'un échelon 
que tous les maîtres purent gravir. — P. 49, compagnonnage : insuffisant sur le 
rôle économique de l'institution. — P. 208, contre-sens sur le mot c fief ». — 
P. 260, les Anglais n'ont pas attendu la fin du xvm* siècle pour apprécier le 
claret. — P. 261, à signaler l'invasion des emblavures par la vigne dès le début 
du xvi" siècle; c'est une plainte générale alors. 

6. Dictionnaire historique des arts, métiers et professions exercés dans 
Paris depuis le XIW siècle. Paris et Leipzig, Welter, 1906, in-8*, xxvi-856 p. 






rinMi:. 89 

rédigé avec amour par l'aimable et savant conservateur honoraire de 
Il Mazarine nous permet, comme le dit dans la préface M. Levasseur, 
de faire > un voyage â travers les âges daus la vie intime du peuple 
parisien >■ ' . Mais il faut avoir le courage d'ajouler que ce n'est pas 
encore le répertoire alphabétique (peul-étre, au reste, impossible à 
établir h l'beure actuelle) où Tbislorien économiste pourra se docu- 
menter en toute sùrelé. 

La première observation â laquelle m'obli«e le souci de la vérité, 
e.Y.-i que, i\ l'érudilion de M. Franklin est étendue, elle est quelque 
pu défraîchie 1 , lin second lieu, le Dictionnaire des métiers de 
Paru n'est pas assez, exclusivement parisien, et plusieurs articles ne 
sont pas ici à leur place 3 . Sur l'histoire même de l'organisation du 
travail, M. Kranklin me semble dominé par un préjugé favorable a 
l'institution corporative'. Il ne tient pas compte des métiers libres, 

1. Les articles extraits intégralement de la Vie privée sont précédés d'un 
Uteriique. 

2. M. Franklin ne connaît d'autre édition du Livre des mi-tiers que celle de 
Depping, d'antres tramai sur les monnaies que ceux de de Wailly, lie loule la 
lillerature Uislorim-économique de ces dit dernières années, il ignore tout, et, 
dût-on me reprocher d'être • orfèvre t, je ne puis l.iire que celle omission 
est regrettable. 

3. Que fait ici un article, nécessairement incomplet, sur les Mineurs? De» 
détails donne» à Animaux ferocei (où voisinent, en un désordre étrange, 
Henri III. Henri IV, C lia rie magne, Louis IX et Louis Xlll] quelq lies- uns n'in- 
lemteut que Itieppe (cf. Bateinei). A Sabotiers, une anecdote lyonnaise de 

..iliiliimnalre, donc doublement étrangères, l'objet du dictionnaire. 
■■MtJMl relatives * des t professions • ou i tondions i, non a des 
■ métier* • : Àneyfuri de loillet, Cliampart, QuarUnters. 

1 CbomOretant : les seuls textes cites sanl de 1583. 1073, 1743; or. l'on 
pouvait trouver do deuils 1res abondants dès le iv' siècle Confréries ; deti- 
■iliun beaucoup trop étroite. On postule trop aisément l'identité confrérie = 
métier; Il aurait fallu remonter jusqu'au nv* et non au xvc siècle. Itien de 
bien net sur le < droit de boutique >; par suite, rien sur l'évolution qui, dans 
beaucoup de métiers libres, rapproche de plus en plus la confrérie de la 
jurande Rien non plu» sur le rôle de plus en plus effacé des compagnons, sur 
la fondation de confréries de compagnon», leurs luttes avec les confréries des 
maître*. A Ouvriers : ■ L'élection [de» jurés] se faisait au suffrage universel. 
maître» et ouvrier* réunis. > Cela peut avoir été vrai a une certaine date; mais 
ennnrrr crtt* formule sans parler de» modlBcntioai postérieure* qui ont fait de 
la communauté de métier une oligarchie patronale, c'est fausser l'histoire. 
Créée* ; article beaucoup trop court et qui ne remonte pas au delà du 
xvu* siècle; ce qui pourrait laisser croire que l'ancienne organisation corpora- 
tive ignorait le» conDiii. Compagnonnage : 11. Franklin y toit i une première 
•Itetile portée au principe île confraternité sur lequel reposaient les corpora- 
<> cap» seulement du stage Imposé i (ouvrier entre l'apprentissage 
«t la mallrlie. Quant t l'institution même du compagnonnage., il ne donne sur 
«lie, t L'nfanli de maître Jacques et m Devoirs, que de» détail» sans intérêt. 




apemAmmt ai nom, atee «Paris 1 . A prtjpea «fa fe 
■Kroeri'. il faudrait parier de km tau» antre le» ■ 
qui aat Uni de Ui «cape les Étals H la PiriecDeoU' C'est llrâ- 
teire de cet fn fa moot qai bit le mieux eae ty rendre csBaenl ses 
t»Ma«M lasaen urginiiif eaMomta u e. U eoid—l— de (ont cela, 
«'«et <fM l'entreprise tentée par M. Franklin nert pas de celles qa*nn 
borna» seul pause mener à bien*. Le Dietjommw é r r n'en reste pas 
SMtas comme le snoomeol d un patient et bborieu «tort. J'ai 
peoié qne le critiooer de près était encore U neOloore fan» de lai 



M. Hmaau r*on*a»i«. — M. Pierre Bot* s'est donné pour sujet 
d'étude Ut Abeitia. la cire rt U miel em Lonme jmeqt'à lu fm dm 
XVI If ritcU*. Coauneat les diligentes ouvrières furent — »— ï»*»f 
pur le droit feodal tantôt aa trésor eaebé, tantôt à repaie sans 



■ ya,a*lsa 

H UlUtt «écrire le n 

Im Asie» tdlt de mon 1673 tt de mars 1691 : pMrsjatd pat cm de 1581 et 

ont 

2. Rmt des mercier», très insuffisant sur les mesures prises par Frasvçoi* I~. 

3. »(** même 'Uwu«e étoananle son» la plane de l'aateor; sur u lilterstore 
ipêciale mi mercier*, tôt l'organisation sécrète des < Caesmes ». 

4. Voici maintenant ose «rie de menues critiques, destinées à Montrer i 
H. P. avee quel soin et quel intérêt j'ai dépouillé son livre. Apothicaires : 
citer 'lur le quiproquo) le» tiatlieui d'ordures de 1609 et le Cahier des car- 
font apothicaires de ICI) (pourtant publié par H. G. Picot;, si important pour 
l'bl'tolre de l'oligarchie capitaliste. Jeter : citer M on Libres tien Affichage : 
npfflH I'* placards de li3i. Automates : au lieu de ci/cmafci, lire aflontiitel 
rlioi Puretière. Banquier; très insuffisant. CaAi«etf !d aoatomie] : i propos de 
celai de H"' Hibcron. rappeler Diderot qui en parle, no tara oient dans se» lettres 
1 Catherine II. Value de Foui y .* Turgot est oublié. Carrossiers ; parler de la 
concession faite par Henri IV a. H" de Bueil et procès qui s'entui firent. Col- 
portaçe, colporteurs : i mu (Usant. Chaudronniers ; anachronisme étrange, 
Cbarle* Vil i plut d'un demi-siècle aprèi ■ le Téméraire. Commission du 
commerce : citer Champollion et. k Conseil, Boonas.»ieui. A coté de com- 
pagnei, noter la forme compagnonnei. Drapeaux : manque le sens primitif 
de vieux draps. Drap* d'or et de aie : il ne fallait pat dire, puisqu'on sortait 
de Pari», que la fabrique de Tours disparaît au m" siècle (très prospère sous 
Richelieu), ni passer «ont silence les deui créations successive» et jusqu'à 
l'eiltleuce de celle de Lyon. Draps (noms divers donnés au») : il manque drap 
île meunier Enfant* rouge* : pas U date de création. Poseurs : une histoire 
du a pavé > plutôt que des ■ paveurs i, sur lesquels Delamarre est cependant 
riche. Holeun (de tabac), nuis rien sur les rôteuri (compagnonnage), servantes : 
noter le «™» a ouvrières n. Soie* : saute de 1470 à 1582. Inspecteurs : il 
manque : • Inspecteurs de la librairie t, 

B, Ptrlt-Naucv, Iterger-Levrault, 1906, in-8-, 108 p. 



FR1XCE. 91 

maître; comment se constitua, au profil des seigneurs, le droit 
faMihpi, exercé par des officiers spéciaux, maitret des movchettes 
ou briseur» juré* ; avec quelle lenteur progressa la technique apicole; 
ijut'lli.- place tenait le miel aui époques où le sucre était une denrée 
de luxe, la cire en un temps où le luminaire était rare; comment le 
pitumt de redevances en cire pour franchises et sauvegardes créa 
une bourgeoisie de cire, telles sont les questions variées, d'économie 
rustique, de droit, d'histoire sociale que M- Boyé passe en revue, 
sans parler même de quelques pages consacrées au rôle joué par les 
abeilles dans le folk-lore lorrain. 

La ville d'Épernay était au m* siècle une bien petite ville, dont 
l'incendie de (544 réduisit encore l'importance. Elle ne possédait pas 
\fc. incurie, c'est-à-dire que la compétence de l'assemblée des habi- 
tants était peu étendue. Cependant, les registres municipaux ' , publiés 
avec autant de soin érudil a que de somptuosité par MM. II. Ciumkiv 
nt: Uhulms et H. Bertil, présentent un réel intérêt pour l'histoire 
économique. Les deux éditeurs ont accompagné leur publication d'un 
exposé de l'évolution d'Epernay, la lente conquête du terroir par la 
vigne, qui lutte d'abord contre la forêt vers les crêtes et contre le 
marais de la Marne, puis contre le blé; d'un résumé démographique 
où s'inscrivent les conséquences des événements politiques et des 
changements économiques; d'une élude sur les historiens d'Éper- 
nay, et, en particulier, sur Berlin du Rocherel, type assez amusant 
de robin de petite ville, parlementaire, libertin et franc-maçon 3 . 
Cette publication, qui sera continuée, peut être donnée comme 
modèle aux érudits locaux ', 

Les historiens du xvr siècle ont consacré quelques pages à la 
révolte de la gabelle de 1548-1549. Mais, éblouis par les scènes tra- 

. .Source* de l'hiitoire d'Éptrnay. t" série, t t : Archiva muntcipalt.\ 
dÊpernay (XVt ùècltj. H. Leclerc, 1906, in-8', xcvt-448 p. Index, 12 pi. et 
— Les registres publiés vont de 1540 A 1570. La térie prochaine ne com- 
mencera qu'en 1819, el une nouvelle lacune la coope malheureusement en 
1639, Les auteurs donneront ensuite (non plus In extenso, mais sous forme de 
raltndan, aiec reproduction de documents type*) les archives ecclésiastiques, 
pais celle» des seigneurie et juridiction (les plus riches en données écono- 
mique*). 

!. l.rs manchette! marginales permettent de se reconnaître facilement au 
milieu de. délibérations. P. xxxv : t De 15S0 * 1554 i, ne faut-il pas lire : 
• De IfiSO* «654 .T 

3. Aui pièce*, des document* sur l'histoire de la maçonnerie, comme sur 
l'histoire des luttes parlementaires, 

4. L'affaire du maître d'école Nieol Calhier, nommé le 3 juillet 1553, révo- 
qué le 19 novembre 1553, et contre lequel (avec trois préires) les religieux et 
la ville Inlcutenl un procès on 1554, ne sent-elle point le fagot? 




92 BULLETIN HISTOIIQUE. 

giques dont Bordeaux fut le théâtre, ils ont négligé les débuts de l'in- 
surrection, qui commence au printemps de 4548 dans l'Angoumois 
et la Sainlonge, c'est-à-dire au voisinage des marais salants. M. S.-G. 
Gigo* a repris le sujet dans son ensemble 1 . Certes M. Gigon n'est 
pas absolument rompu aux méthodes historiques, il ne cite pas, il 
ignore peut-être des prédécesseurs qui auraient pu le renseigner sur 
des points spéciaux 1 ; il indique insuffisamment même les sources 
originales 3 sur lesquelles on voit qu'il a travaillé, et si ses recherches 
à la Bibliothèque nationale paraissent avoir été complètes, on est en 
droit de se demander s'il a épuisé les fonds provinciaux, en particu- 
lier celui du parlement de Guyenne. Ces défauts n'empêchent pas son 
travail d'être extrêmement précieux : il est complètement neuf, 
nous le disions tout à l'heure, en ce qui concerne les débuts; il 
montre que la révolte fut géographiquemenl très étendue-, politique- 
ment, ce ne fût pas un simple soulèvement dirigé contre quelques 
gabelous trop exigeants, mais bien une insurrection populaire, une 
sorte de fédération révolutionnaire des communes rurales, avec des 
chefs et un programme. La correspondance du « colonel de Guyenne » 4 , 
— lettres écrites « de par le commung populaire », — est à cet égard 
des plus significatives, et les réclamations présentées par les com- 
munes d'Angoumois au roi 5 sont un véritable cahier de doléances où 
Ton réclame non pas seulement la réduction de la gabelle, « taxe en 
horreur » au peuple, mais la réforme des tailles, la suppression de 
la vénalité, la réforme de la gendarmerie, etc. Dans l'ensemble, 
l'insurrection reste loyaliste. Cependant, sur les relations de quelques 
chefs, — particulièrement des chefs bordelais, — avec l'Angleterre, 
il y a dans la correspondance de de Selves 6 des probabilités un peu 
plus fortes que ne semble l'admettre M. Gigon. 11 émet la très vrai- 
semblable hypothèse que la révolte d'abord, la répression ensuite, 
ont dû favoriser en Guyenne la diffusion du calvinisme. — Nous en 

1. Contribution à l'histoire de l'impôt sous V ancien régime. La révolte de 
la gabelle en Guyenne, l548-i540. H. Champion, 1906, in-8% ix-298 p. Appen- 
dice et 58 pièces justificatives, carte. 

2. MM. Dupont-Ferrier, par exemple, et Boissonnade. 

3. La liste en est bien donnée au début, mais sans qu'on nous renseigne sur 
leur importance. 

4. Voy. aux Pièces justificatives, n M 1 , 4 : ordre d'insurrection adressé aux 
paroisses par le « coronel de la commune de Guyenne » ; n* 2 : réponse (obéis- 
sante) des habitants de Guêtres; n* 8 : sommation du capitaine Tallemagne au 
capitaine de Blaye. 

5. Pièce 6, p. 230. 

6. Voy. p. 146 la lettre citée par M. Gigon lui-même : tout ce que l'on peut 
dire, c'est qu'il n'y eut pas proprement un complot. 



FIU1CB. 93 

avons dit assez pour qu'on voie l'intérêt que présente ce travail 1 . 
M. RMUOtT ub Heauchoi a suivi l'exemple de ces batailleurs 

,- qui, la vieillesse venue, l'arquebuse pendue au croc, con- 
taient n leurs entants les prouesses de leurs aïeux. S'il y a dans ses 
Souvenirs luieedotiques et historiques d'anciermes familles champe- 
noise* et bourguignonnes (il75-i'JOÔ) 3 bien de l'inuUlc et du déjà 
vu 1 , on n'y lira pas sans plaisir des notes sur la Révolution dans le 
Chàtillonnais, sur l'Ile de Bourbon, sur l'influence française au 
Mexique après (830; un journal, tenu par des enfants, de l'occupa- 
tion prussienne à Blois, document d'une simplicité et d'une vivacité 

i étude sur le rôle joué par le père de l'auteur comme 

intendant militaire île la garde nationale parisienne pendant le siège, 

histoire d'un honnête- homme qui, mal soutenu par des ministres 

faibles, a peine a défendre les biens les plus sacrés contre l'âprelé 

Hissa et contre le gaspillage. 

Le procès de Claude de La Vallée, prévôt gruyer de C.lerinonl-en- 

. poursuivi en 1535 en Lorraine, appelant eu 1537 au Par- 
lement de Paris, posait la grave question des frontières entre lu 
royaume cl l'Empire. C'est pourquoi il a servi à MM. Henri 9nn Bt 
Léon Le Gu«' de prélexle pour étudier ce problème depuis ses 

jusqu'à sa solution, depuis le traité de Verdun jusqu'à la 

ii Clermontoiaà ta France. En fait, le conflit do juridiction 
né de l'affaire La Vallée resta lié à l'histoire de la frontière jusqu'eu 
1651. On verra, en parcourant les abondantes pièces réunies par les 
ilfiix auteurs*, combien les concepts de souveraineté et de frontière 

gués et HoUants avant le milieu du xvii" siècle". C'est seu- 

. politique de Louis XIV qui leur donnera quelque clarté. 

M. Kieioekusz, alors qu'il était titulaire de 1a chaire d'histoire de 

Bourgogne a l'Université de Dijon, avait eu l'excellente idée de faire 



1. P. Î19, »ur feutrée ilu connétable * Bordeaux, il »ufllt, pour leter toute 
dilheulté, do remplacer dans le texte de de Ttiou . îxbrei t par < vui™ t, — 
Li leiirr de George Cobhau [pleee 17, p, ItS] a été copiée par quelqu'un qui 
ae uvail pas l'anglais. — Je ne vois poiul que M. t.'.iuun ait fait usage de» 
Çalendart. 
î. Pion. ISOS, ln-8-, 013 p. Indei. 

3. NoUrnmcnl un rétamé des Mémoire* du baron Hue. 
I. la Frontière dArgunne (Si316S9j. Procès de Claude de lu VaUée 
. ftlpb. Picard, 1905, ia-8-, VIU-6Î6 p. Index, mais pas de lable dei 
cJiaptlm. 

lairéle I li p B3. i et pièce* it3*S-l7ï8) vont de 95 à 309. — 
F. 36, n* 4, intéressants détails sur la dtlluaton de l'iuilrurliuu dans les c.un- 
p*4M* au xvi* tiède. 

UtL, t. JtC, p. 363 (ex 



i traduire de M. Orermannj. 






■' ■■. - .!..'• uiunographiet ratatina .1 la Bétonne Bl m la 
LigitB «a Boutttwne*. Deux seulement de ces monographies ont 
paru : celle Jv M. Vihp sur le présideDl Bcgat, l'auteur des célèbres 
Itnmmtrmmu de 1503 contre l'édit d'Amboise et le commentateur 
d« la Nilnr <U Bourgogne; celle de M. Galmicub sur Baillel de 
Yau^reiiant. lui aussi président au Parlement, mais d'une espèce 
particulière : « conseiller gendarmé », disait Tavaues, gouverneur 
J> Sainl -Jwtn-de-Losne, et l'un des chefs du parti catholique roya- 
liste dans la province. Ces deux travaux sont des mémoires de 
licence. * l'.'est reconnaître d'avance que des reproches pourront 
leur être adressés «.comme le dit M. K Ici nclausz dans une préface qui 
n'a, elle-même, la prétention que d'être une vue très générale*. Le 
travail de M. Viard ne manque pas de solidité, mais il est plus inté- 
ressant sur Bégal jurisconsulte que sur Bégat ligueur*. Celui de 
M. Galmiche est plus mince; l'auteur n'a étudié que superficiellement 



1. Eluda iur ta Réforme et les guerre» de religion en Bourgogne, I™ série: 
te Président Bégal. Le président B/iitlet de Vaugrenant, par MM. Viard et 
Ùalroiche, arec Que préface de M. Kleinclausz, professeur .1 l'Université <le 
Lyon. Dijon et Paria, 1905. io-S*, 188 p. {t. XV, n- 4. de la Arrue bourgui- 
gnonne). On remarquera que le tiire [«rie : « I" série, 1 Mais la préface, qui 
semble promettre d'autres étndes, eal datée, non de Dijon, mais de Lyon. Nous 
touchons l,i au TÎce congénital des chaires créées dans les Universités par lés 
corps locaux : les titulaires ne pouvant recevoir de promotions sur les fonds de 
l'Étal, le souci légitime de leurs intérêts leur fait considérer comme un simple 
passage ce qui devrait être un établissement durable. Une seule dérogation, à 
ma connaissance, est apportée * ce principe, el précisément en faveur de la 
aenle Université qui n'en avait pas besoin : sa richesse lui permet de promou- 
voir sur ses ressources propres ses titulaires de chaires locales, el il n'est 
pas A craindre qu'ils la quittent. Lu pratique suivie partout ailleurs rend très 
précaire el très restreinte l'ai lion sdcQtUqiifl des Universités. 

2. Est-ce par ironie que M. Kleiiiclausï écrit (p. 5) que le < souvenir... du 
rflle de Clolilde servit A les préserver [les Bourguignons] des atteintes de 
l'tiérfem 1? D'ailleurs, l'hislnire des débuts de la Réforme en Bourgogne est 
plus importante que ne semble le dira ici l'auteur. Il se place trop au point 
de vue de 15641 pour juger de ce qui pricMo, l'u - !<•[ 'il il f einenl . même rapide, 
de l'Inventaire des archives communales de Dijon ne permet pas de considérer 
comme une quantité négligeable la Réforme bourguignonne, et M. Viard lui- 
même montre (p. 40) que, sans l'effort de Bégat et de quelques autres, la pro- 
vince courait grand risque d'être infectée pai l'hnTnrin — P, 14 : 1 Dans le 
Morvan, la place de Flavigny ; t 11 serait plus exact de dire : aux portes du 
Morvan, car Flavigny est nettement en Auiois. 

3. Aux Pièces juslificalives, nous aurions aimé trouver une réimpression an 
moins partielle desffentonifruncei. M. Viard ne s'est pas demandé de qui pou- 
vait être lApohijie qui répondit a Bégat. Les épreuves ont été insuffisamment 
corrigées : dates fantaisistes d'une édition (1555, p. 25, n' 1) el de l'ouvrage de 
Saint-Julien de Balleurc (p. 11, n' 5). 






FRilCE. 95 

le rôle de ce capitaine, qui semble bien avoir semé la discorde dans 
son propre parti. 

Ce n'est jamais sans tristesse qu'on lit un livre intéressant, qui a 
coûté a son auteur de patient* travaux, où l'on trouve de forl bonnes 
choses, et auquel il n'a manqué, pour être un bon livre, qu'une 
méthode plus saine, des connaissances bibliographiques plus éten- 
dues et plus précises, plus de rigueur scientifique. H. de Bbjuomt, 
avant d'écrire ses deui volumes sur le XVI* tiède et les guerres de 
lu Réforme en Berry', s'est installé dans les archives locales et à la 
Bibliothèque nationale, il a dépouillé un très grand nombre de pla- 
quettes. Mais son ignorance presque totale de la littérature du sujet 
l'amène à commettre des erreurs 1 , à réédiler des textes déjà con- 
nus 1 . Au lieu de faire la critique des principales sources qu'il 
toiploie*, il a préfère les fondre en un récit continu, sans tenir 
compte de leurs discordances. 

^.n) livre contient deux parties bien distinctes : une description de 
ce qu'était le Berry à l'époque vers laquelle la Réforme s'y pro- 
pagea; une narration des guerres religieuses. On trouvera dans la 
première beaucoup de détails précieux 5 , mais les faits essentiels ne 
sont pas toujours aperçus''; les détails épars, notamment en matière 
économique, ne sont pas réunis en une synthèse 1 , les dates ne sont 
pas suffisamment distinguées 8 . Sur les guerres elles-mêmes, c'est un 

1 Alpb. Pîurd, 1906, ia-8'. v-170 «l *7-t p. tue héliogravure (le -liège de 
Bourges en [503, sans autre indication d'origine que le nom d'André Tbevel). 

2. Il parait Ignorer jusqu'à l'eilslenac du Bulletin du prolatantisme fron- 
çait. J]ui lui aurait cependant fourni Uni de détails, Il donne, I. Il, p. 19, celle 
référence : ArchtPalitchë Btilrayrn (sic), sans nom d'auteur; il s'agit il Ebeliog. 
Sur la riialilc de de Beaune et d'Èpinic, il ignore le livre de 11. Richard. 

X, p. 58 et 151, sur Colin, le prieur de Sainl-Ambroix, il ne connaît pas le 
livre et le* appendice* de H. Bourrillj. 

4. Pas de bibliographie au début. A peine, de lemps en temps, queiquea 
noies critiques singulièrement imprécise», au bas .les pages. Les références 

- il noie qu'en Berry, comme ailleurs, la propagande reformée se 
fera, surtout au début, dans les métiers de la laine. 

5. C'cil dans Une note de la p. M que se dissimule, comme dénué d 'impor- 
tance, le fait capital de la diffusion de la librairie et de l'introduction de 
i'unpnnierif. Presque rien sur Marguerite (p. 40-17), trop peu de choses sur 
Il nivernil*. 

7. Il éaumère atec soin les ramilles de la province, mais il faut glaner de ci 
■la la pour >e taire d'après lui une idée de la situation de la noblesse, 

8. Par exemple, sur les métiers. P. t07, un texte très intéressant sur ta 
a conduite des compagnons > est inutilisable, parce qu'il est donné sans date 
ni référence. Si c'est nu telle déjà donné par Mojer, Compagnannag* à 
Bourges, p. 18. il est de 1583. et, par conséquent, n'a rien a Toir dans nn élal 
do Me»} au début du xvi' siècle. 



aaaBaBal 




96 BULLETIN HISTORIQUE. 

récit assez complet, où il y a même trop de choses qui ne concernent 
pas cette province, si importante pour l'histoire de la Réforme. On y 
trouve de nouveaux éléments pour l'étude de cet irritant problème, 
dont on n'aperçoit pas la solution : comment se fait-il que les mêmes 
classes où la Réforme trouva ses premiers et, d'abord, ses plus 
nombreux adhérents soient aussi celles où se recruta la Ligue? On 
ne peut reprocher à H. de Brimont d'avoir laissé cette question sans 
réponse, mais on doit regretter qu'ayant ouvert son livre par une 
étude sur le Berry avant la Réforme, il ait passé si vite sur le Berry 
après les guerres de religion, et plus vite encore sur l'application de 
l'Édit dans cette province où il y avait encore tant de réformés 1 . 

On cherche donc vainement une conclusion à cet estimable livre 
qui, entre autres mérites, a celui d'une suffisante impartialité 1 . 

M. F. Belin poursuit sa savante Histoire de l'ancienne Université 
de Provence 3 . Son nouveau volume, appuyé comme le précédent sur 
une documentation de premier ordre 4 , va de 4679 à 4730, c'est-à- 
dire qu'il expose comment, d'abord dans l'ordre du droit, puis dans 
celui de la médecine, le pouvoir royal (en l'espèce le chancelier) 
absorbe complètement l'ancienne autonomie universitaire et réduit 
l'Université à n'être plus qu'une fabrique de praticiens. Son livre est 
surtout l'histoire de la résistance opposée par les docteurs à la cen- 
tralisation unitaire, et ces luttes y tiennent plus de place que l'en- 
seignement lui-même 5 . 

Depuis que s'est arrêtée, — dès son début, — la publication offi- 
cielle des mémoires des intendants de 4698, plusieurs de ces 
mémoires ont heureusement été édités par des érudits provinciaux. 
11 faut avouer que celui de Le Vayer sur la généralité de Moulins 

1. P. 46, Michel d'Arande, expulsé de la cathédrale en 1523; en réalité, 
comme il est dit p. 132, c'est en 1524 ; l'année précédente, il avait eu, au con- 
traire, un grand succès. — P. 134, Marguerite d'Angouléme, la pis que morte, 
est ainsi décrite : « Débordante de vie, correspondant si bien par ses goûts aux 
habitudes sensuelles de son siècle... > Qu'en pense M. Abel Lefranc? et M. de 
Brimont n'a-t-il pas confondu la Marguerite des princesses et la grosse Margot? 
— P. 313, je ne vois pas qu'on puisse raconter bout à bout, comme du même 
ordre, les gestes de « Madame la cardinale de Ghâtillon » et ceux de la très 
catholique M ac de Tavanes. — T. II, p. il, pourquoi la mort de du Jon (entre 
1563 et 1565, probablement 1564) est-elle racontée arec les événements de 
1570? — T. II, p. 18, sur quelles preuves s'appuie l'auteur pour affirmer 
que, dès avant les noces navarraises, Catherine avait décidé l'assassinat de 
Coligny ? 

2. L'auteur est quelque peu crédule. Il raconte, en faisant valoir le nombre 
des témoins, le miracle du sang de Jeanne de France. 

3. Alph. Picard, 1905, in-8% xix-338 p. Index. 

4. Les Pièces justificatives, à elles seules, remplissent les p. 199-317. 

5. P. 54, n. 1, c l'air de Jean Levert », corriger en c Jean de Vert ». 



FBi<ICE. 97 

s des plus Intéressants*. Ni sur les diversités géographiques 
géofaltté [qui comprend, outre le Bourbonnais, le Nivernais, 
'Lies de Morvan, d'Auvergne, de Marche), ni sur les religion- 
mires (nombreux a Aubusson), ni sur les conditions économiques 1 
il ne nous apprend rien d'essentiel. M. Pierre Fuuknt a d'ailleurs 
accru, grâce à des notes précises*, la valeur de ce tenu:, d'une séche- 
resse tout administrative. 

Deux bons travaux sur l'histoire économique provinciale du 
ivin" siècle : les Subsistances m Bourgogne et particulièrement â 
Dijon a la fin du XVIII' siècle (4774-4789), par M. P.-E. Gibod», 
urne de la corvée en Bretagne au XVIII' siècle, par 
M. J. [.ET*c(mocï\ travaux éclos dans les a séminaires » de deux 
Universités. J'ai quelque scrupule à dire du premier tout le bien que 
Jb pense; je crois bien pouvoir cependant rappeler que, s'il existait 
des travaux généraux sur le sujet, jamais encore" on n'avait pré- 
< a posé aussi précis de la question des subsistances dans un 
pays grand producteur de blé et des tentatives multiples et contra- 
dictoires du pouvoir central pour la résoudre. L'enquête de M. Girod 
est favorable, en somme, à Turgot, dont la réforme n'a échoué que 
parce qu'elle a elé appliquée avec maladresse et mauvaise foi et pen- 
dant trop peu de temps. 

M. I.etaeoonoux avait des précurseurs, nolamment M. P. Boyépour 
la Lorraine. Mais l'administration des grands chemins présente, dans 
ce pays d'Étals très autonome qu'est la Bretagne, un caractère origi- 
nal, — originalité qui consiste surtout dans la résistance opposée par 
la province a tous les projets d'amélioration et de centralisation. — La 
corvée proprement dile ne fut d'ailleurs introduite en Bretagne que 

s i730. Cet établissement y est rendu difficile par la grandeur des 
paroisses et la dispersion des lieux habités, par la mauvaise volonté 



I. Mémoire Jur la généralité de Moulins par l'intendant G. Le Vager, 
lim. ktoaluu, L Oréfotra, 1906, io-8«, xvi-îU |.. Mai. 

î. Saut peut-être tur le» routes [la roule de Pari» A Lyon passait encore j'.ir 
Moulin») et sur l'ciptoitalion ilu charbon de terre. 

; UIm |iuurr.iirut être encore plus abondante*. J'admets <|ur do lecteurs 
l»>urt.i>nn«U n'ont pa» besoin d'être renseignés sur le Mantcgna d'Aigueperse ; 
malt pou nj uni (p. 57) u avoir pas penné A ceui qui ne ron naissaient pas 

kpajsï 

«•iXUi-Hi p., graphiques (t. XVI, d- 4 de la 
Berne bourgulgn'innt). Préface par l'auteur du présent Bulletin, 

S. Banne», Pllhou et Hooimay, IMS, la-8', ltfl p. [eilrait des Annaim de 
Bretagne). 

H. Uo tratail de H I,elaconnom sur tel SuOiiitantri en llretagne ne nous 
M cooau que par un résumé d» .innalei de Bretagne. 

Hit. Hum». XC1V. I" fabc. 7 




98 SliUETIIf HISTORIQUE. 

des ■ corvoyeurs ». La corvée y est plus lourde qu'ailleurs, en r; 
même de la nature du sol. El si d'Aiguillon, contrairement aux accu- 
sations de ses Bnnemis, a ebercbé à l'alléger, l'édil de suppression de 
1 776 ne Tut ni enregistré ni publié en Bretagne : « Le mauvais étal des 
chemins ne permit pas d'en cesser l'entretien ■, dit l'intendant. Hais 
l'écho de la grande mesure libératrice était venu jusqu'aux cor- 
voyeurs bretons qu'il fallut contraindre par la force à revenir sur les 
chantiers. Les États, représentants des privilégiés, défendaient d'ail- 
leurs l'iustilution de la corvée. Et pourtant la corvée n'avait même 
pas le mérite de donner à la province des voies bien entretenues. — 
Une dizaine de monographies comme celles-ci rendraient a l'histoire 
économique un sérieux service. 

Vil. Histoire colomilk. — La colonisation de la flfouvelle- 
Frniicf', quel plus beau sujet d'histoire coloniale! A une condition 
cependant : c'est de metlre délibérément au second plan les histoires 
de « sauvages - 1 et loul ce qu'on peut appeler l'anecdote coloniale, 
d'analyser surtout les causes du mouvement colonisateur, d'en 
mesurer l'intensité et le volume, de montrer pourquoi il prit en 
partie la direction du Canada, de déterminer la place occupée par le 
Canada, non seulement à côté, mais pour ainsi dire en dehors des 
colonies de l'ancien régime; bref, de considérer l'histoire coloniale 
comme un chapitre de l'hisloire économique. Pourquoi el comment 
les Français allèrent chercher, bien au nord de toutes les colonies 
européennes du Nouveau-Monde, d'abord un passage vers « les 
Indes » 3 , ensuite un Eldorado 1 , plus Lard une station de pèche 5 , 
plus lard encore un pays a fourrures, et avant loul le pays du cas- 
tor; comment ils en firent une terre de peuplement, comment s'en- 
racina dans le sol une population de race française, venue surtout 

1. Emile Saloue, la Cotonuation de la Nouvelle-France, Étude sur les ort~ 
t/inês de ta nation canadienne française. Guilniolo (s. d.), in-8-, iu-467 p. 
Carie. 

2. La < hache iroquoise > revient intiment trop souvent, — P. 90 : t Ils leur 
coupent les doigts, ils leur arrachent les ongles »; ceri n'est pas d'une chrono- 
logie 1res exacte. — Que signifie (p. 91) i épargner certains lableam à la sen- 
sibilité du lecteur ■? Cela n'est pas d'un historien. Puisque les horreurs de 
ces guerres ont été pour quelque chose dani le ralentissement de l'immi- 
gration, il f.mi tout dire. - P. 53 : < Gloire a Cbamplain, père de la Nouvelle- 

3. Voy. Abel Lefranc, les Navigations de Pantagruel. M. Satané ne jette 
qu'un mut h passant, a propos du rapide de < la Chine a, p. !3. 

4. Itien sur cette recherche de l'or. Le lait qu'on n'eu avait pas trouvé est 
l'une des raisons de l'opposition que Sully fil au Canada. 

!p. Très insuffisant sur ce point, ai amplement traité par Biggar, The early 
campantes af New-France. 



des pays de l'ouest; pourquoi eclie prise de possession fut si lente, 
et comment réagirent sur la Canada l'économie, la politique, les idées 
de la métropole; quelle «si, dans ce demi-succès, la part et la respon- 
de l'administration locale et du gouvernement de Versailles, 
celle de la religion, celle des circonstances extérieures (guerres contre 
le» sauvages ou contre des européens), celle de la race; pourquoi la 
conquête anglaise fut si facile et, malgré les efforts tentes depuis pour 
ébranler le loyalisme canadien, si durable; et comment, cepeudanl, 
de ces colons trop peu nombreux abandonnés par Louis XV une 
: née, singulièrement résistante et vivace, et qui HMtt É 
.■.iielle une action prépondérante sur les destiné** de l'une 
des grandes fédérations de l'Amérique du Nord; en quelle mesure 
cette nation devait rester « Française *, en quelle mesure devenir 
• canadienne i; quelles qualités, quels défauts, nés de ses origines 
et de son éducation, elle devait apporter à l'œuvre commune? A ces 
questions essentielles, l'on ne peut dire que le livre de M. Emile 
SlUMI donne des réponses précises. Il se lit avec intérêt, M le 
i'.t Tait l'auteur aux rives du Saint- Laurent le pare d'un 
cliartne de plus. Mais, attiré par les archives canadiennes et par celles 
du ministère des colonies, il a trop peu utilisé celles du quai d'Orsay, 
les Archives nationales et le cabinet des manuscrits, complètement 
négligé les archives de nos villes maritimes et les dépôts londo- 
niens'. H a mis une sorte de coquetterie à ignorer ses devanciers, dont 
quelques-uns l'auraient, cependant, renseigné sur plusieurs des pro- 
blèmes canadiens 1 . Aussi ne nous explique- l-il point le pourquoi du 
Canada. Sur le comment de la colonisation, l'on souhaiterait des vues 
plus larges, une apereeption plus nette des difficultés énormes, et 
peut-être Contradictoires, de l'ceuvre imposée aux compagnies 1 ; avec 
moins de sévérité pour certains pionniers de la première heure , 



I, Saint-Malo. A défaut d'un Toyagc a Londre*. on pouvait dépouiller 
Wt Calrnrtnri . Colonial terus. 

: il titilt- pour Ion ilebuli, etl totalement ignoré, l.urin, Garnaull, 

Parkwau tonl rite* 4 peine, Ire* tardivement, 1res iinulllnuiirirnt. Deitcuainp», 

.m un Iluloirt de la question coloniale el pour ton llaUtlg, èUlt 



: raidir et faire du peuplement. 
Nil pi* que de mériter, * un tu 



ï. fournir de» peaui 
4 lm liuipienola ■ ni 
a du Canada. Il* 

ronilipie, »'il l'était Injuste. De* 

• parmi laan nambret, ont 



ompagnlev < 



.-■:! ! "■ ii Mn 

i mit mi-ii t'ai! ■. 

ul rumplenl de» 

I canada de 1603 1 
lin en un trinpa où la rcilonliallon dierrball Mil eolei, où l'an 
l IViitniuiiim n |i pi-u|ili>!iii.-ni ; depui» loti, In prolenUnl* «ont 
MMniin * la auririlUnc* de» Jeiuites: depuit I6Î5, le ï ire-roi Interdit a deCaen 



4 00 



BULLETIN BISTO1IQ0K. 



moins de complaisance pour ceui à qui profila surtout la domination 
française'; moins de crédulité aussi, Mit qu'il s'agisse de vanter la 
pureté des mœurs de ce Paraguay hyperboréen, la chasteté des filles 
et la fidélité des épouses, la charité envers les indigènes, soit qu'il 
s'agisse do recueillir les cris de misère d'une noblesse quémandeuse*; 
une vue plus Terme de ce que l'ancien régime a fait au Canada de 
mil et de bien 1 ; enfin une conclusion qui manquât moins d'ampleur 
et qui ouvrit sur l'avenir des perspectives plus étendues 4 . Ce que l'on 

de laisser chanter les psaumes sur le Saint-Laurent; ce Tire-roi est le duc de 
Venladonr, dont on connaît le mysticisme eiallé, et, dans ces conditions, l'on 
s'étonne que quelque* marchanda huguenots n'aient fis lait du Canada dm 
Nouvelle-France protestante ! Au reste, si leur œuvre avait été nulle, comment 
le P. Le Clerq aurait-il pu écrire (et je veux bien qu'il exagère) en 1663 qne 
i la plus grande partie des habitants > descendait des Français ■ qui commen- 
cèrent à peupler eu 1625 tl Quant à expliquer l'interdiction (arrachée sani 
doute a Richelieu par Ventadour) qui leur Tut faite d'aller au Canada par le 
rùle criminel do quelques-uns d'entre eui lors de l'invasion des Kirke (pourquoi 
M, Salone les affublc-t-il du nom baroque de Kcrlk ?), je crois bien que les date* 
s'y opposent. Le projet de la compagnie des Cent associés, qui les eirlul. date 
de 1656, les articles qui la créent sont du 29 avril 1627 (ledit de nul I02E ne 
(ail que les reproduire) et l'a lia ire Kirke est du printemps de 1638, SI cette 
affaire < vient 4 point pour justifier les inquiétudes ■ de Richelieu, elle les jus- 
tifie :i[.l i- !■..■:;. 

I. M, Salone accepte sans diseur ion le tableau idyllique tracé par les Jésuites. 
Cependant, Talon (p. 193] esl oblige d'user de stratagèmes pour faire savoir, 
malgré eux, la vérité au roi : > Les véritables seigneurs du Canada, ce sont les 
Jésuites. > 

î. P. 310, l'auteur constate que, i non sans surprise, on retrouve i la lin de 
la crise tous ce» besogneux en possession de leur seigneurie ». Cette surprise 
est surprenante. Il s'agissait d'apitoyer le roi et de pourvoir de bons emplois 
une nombreuse progéniture. 

3. Après avoir si durement criliqué l'œuvre des premières compagoies, y 
a-l'il lieu de s'extasier sur les résultats oblcnus plus lard ï Si [p. III) la paroisse 
de Québec a compté 674 baplèmes de 1621 à 1681, combien de 1621 à 1627, 
de 1(127 a 1635? M. Salone n'admet pas l'opposition établie par Parkman entre 
le libéralisme des colonies anglaises et le despotisme ministériel du Canada. 
Pourtant, il cite la lettre où Colberl veut éviter jusqu'à l'ombre d'une assem- 
blée d'Etals, et sa p. 4ôtj est un commentaire involontaire de I affirmation de 
Parkman. Quel aveu que cette phrase, d'une ironie cruelle dans son incons- 
cience (p. 458) '■ « Ce que vaut le colon français, toute l'histoire du Canada le 
proclame, sur/nu/ l'hiitoire du Canada livré à la domination anglaise! t 

4, Rien de décisif sur la poussée vers l'ouest et le Mississipi, sur la tentative 
de jonction avec la Louisiane, cause du conflit avec les colonies anglaises. — 
Presque rien sur la vie des chrétientés indigènes. — Il n'est question ni de la 
fusion entre les deux compagnies, dont de Caen devint le chef, ni de Raxilly. 
— Citer la concession de la maîtrise (p. 43) comme un avantage qui devait 
attirer les artisans, c'est oublier que le Parlement de Paris refusa d'enregistrer 
cet article. — Où trouve-1-on la forme Fathers l'tlgrim* T — Il y a snr le 






FUttce. 401 

trouve dans ce livre, — une élude sur l'administration de Talon ; des 
détails, trop chronologiquement morcelés, sur le développement éco- 
nomique et sur l'histoire financière, — rend plus regrettable encore 
l'absence de tout ce que l'on n'y trouve point. 

L'Ile de Saint-Domingue, — « la plus précieuse des provinces du 
royaume », — devait-elle être représentée aui États généraux do 
1789? La royauté disait non pour le présent et remettait aux États 
- le soin de trancher souverainement la question pour 
M. lis, avec une ténacité aussi remarquable que leur har- 
grandfl planteurs, profilant île l'indécision du pouvoir et 
des discordes administratives, résolurent de saisir de force le droit 
qu'on hésitait a leur donner. Sans convocation, ils tinrent des assem- 
blées primaire», nommèrent des députés, tandis qu'en France même 
un Comité colonial faisait campagne en leur faveur. Restait pour les 
députés dominicains à se faire admettre par l'Assemblée. Quelques- 
uns d'entre eux eurent la géniale inspiration d'aller se joindre au 
us la salle du Jeu de Paume. Dès lors, leur cause était 
gagnée, mais leur nombre, primitivement rie 31, puis de 42, fut 
réduit a fi : chiffre encore énorme quand on pense que ces six députés 
entaient que 4,000 blancs à peine sur 30 a 40,000, sans 
parler de 25,000 nègres libres et de plus de 400,000 esclaves. 

Ce mouvement audacieux, qui plaça le gouvernement en présence 
du fait accompli, est donc un mouvement de privilégiés pour la 
défense de leurs privilèges. Les « grands blancs » et leurs amis 
métropolitains du Comité colonial veulent protester contre les rigueurs 
du pacte colonial, mais ils veulent aussi parer l'attaque dirigée contre 
les Ami* de* noirs. C'est ce que M. P. [foissovxtiiK' a lumi- 
neusement expliqué dans un livre nourri de détails sur la prospérité 
Domingue, sur l'importance du commerce colonial dans la 
nique de la France d'alors, sur In traite. Il montre que l'ac- 
, lanieurs ne posa pas seulement la question de la représen- 
tation coloniale dans les assemblées métropolitaines; elle souleva, 
fort imprudemment, la question de l'égalité politique entre races de 
couleur différente et celle de l'esclavage, lille a dune sa place dans 
l'tiWloirc générale de la civilisation française, dans l'histoire du monde. 

ntime iptcini du Canada, si différent de celui det colonies comme les Antilles 
ou lei Muesirriunev dM précUlou ['lus nette» dans la préface mise par 
M. Hchefer * «on ouvrage sur la question coloniale en France soin la RetUu- 
nllaa qu4 iIaoi tout to litre de M. Siloae. 

1. Saint- Il omlngue A la veiltf. de la Révolution et la question -le la rtprê- 
ttntutum colonial* nui ttatt qeueraur {Janvier 17ns 1 juillet 17901, Ptri*, 
. ■ t et C, 1906, ln-.H-, 199 p. (t. XXIX des 
l. de ta Soc. du Antlq. de t'Ouat). 




102 

Les Rois siint couronne, de M. Mme db Villiebh nr Teiibage 1 , ce 
sont, depuis lîélboncourl jusqu'à Jacques I"' le Saharien, en passant 
par lady Eslher Slanhope, Orllie 1", le marquis de Rays, Marie de 
Mayréna, tous les aventuriers que l'espoir d'une couronne, — el par- 
fois le désir de distribuer des décorations, — ont poussés vers les 
terres vierges. Il y avait là un problème de psychologie historique 
que M, de Villiers du Terrage n'a pas louché, el l'on ne voit vrai- 
ment pas pourquoi il a Tait voisiner ses « rois sans couronne »*, non 
seulement avec de simples « conquistadores », mais encore avec Owen, 
Gabel, Considérant el Brigham Young. Il a mêlé ainsi des phéno- 
mènes d'ordres très divers. 

A l'un de ces t rois sans couronne », M. P. Cultsc a consacré 
d'érudites recherches d'archives', peine peut-être hors de proportion 
avec l'intérêt du sujet, 11 s'agit de Benyowszky, Hongrois d'ori- 
gine polonaise, et qui eut mérité d'élre gascon. Ses aventures, pour 
extraordinaires qu'elles soient, le sont encore moins que ses men- 
songes. De toutes ses inventions, la moins prodigieuse ne parait pas 
être l'imaginaire « kabary », où 30,000 Malgaches' lui auraient con- 
féré le litre d'empereur de Madagascar. M. Cultru, qui n'esl pas tendre 
pour les aventuriers, — même de génie, — a poursuivi celui-ci de sa 
crilique impitoyable et généralement sûre*. Il a monlré que les allures 
conquérantes de Benyowszky n'avaient pas facilité l'œuvre des Fran- 
çais dans la grande ile. Tout de même, je ne sais si lîetiyowazky ne 
valait pas un peu mieux que son portrait, dont la jalousie des auto- 
rités de l'Ile-de-France a sans doute noirci les couleurs. 

H. HlCSEE. 



1. Titre complet : Conçu iitadorts et roitelets. Bois sans couronnes. Du rot 
des Canaries à l'empereur du Sahara. Perrin et C, 1906, in-16, vi-474 p. 
Cartes et po ri rails. 

2. Parmi lesquels ligure le roi d'Yvetot, ■ Martin du Reliais ». 

3. Un empereur de Madagascar au XVIII' siècle : Benyoïotlu. Cballamel, 
1906, in-8', 216 p. (eitrail de la Bévue coloniale). Une carie, mais de Mada- 
gascar moderne, où figure le chemin de fer d'Andévoranle A Tunanarlvel 

4. H. Cullru lui reproche d'avoir dit tantôt 30, tanlol 50,000, mais il y a le» 
femmes el les petits entants. 

5. P. ICI, il nie la composition du roman i vers 1781 ou 1785 ». Maïs (p. 174) 
la pièce «raie ou Causse signée de Joseph 11 el la lettre de Dumas i Vergenoes 
montrent que les éléments essentiels en étaient déjà formés dès l'automne de 
1783. — Le scepticisme de M. Cultru ne s'étend pas jusqu'aux rapports des 
commissaires enquêteurs ; ceui qu'il cile en appendice montrent bien que les 
délégués des autorités de l'Ile voisine étaient disposés à tout trouver mal, sans 
tenir compte des difficulté* inhérentes é lu situation et au climat. Tout inspec- 
teur des lin a aces chargé de lérilier la gestion d'un fonctionnaire qui dirige un 
service autonome ne manque pas de le trouver coupable. — Des Assises 



P.-S. — Nous sommes bien en relard pour rendre compte des 
études de M. Louis Uvrtmu sur Marie de Médias'. Appuyées sur 
des documents originaux (procès de Léonora, comptes, correspon- 
dances), elles ne font pas seulement revivre la psychologie de la 
reine, dont M. BalilTol a essuyé de donner un portrait qui n'est ni 
poussé au noir ni trop flalteusemenl embelli ; elles ne nous font pas 
seulement penclrer dans l'intimité dit Henri IV ; elles nous font aussi 
mieui connaître ce qu'était la cour et même ce qu'était au vrai le 
pouvoir royal, quelles en étaient les bornes, sinon légales du moins 
traditionnelles, dans les premières années du xvn" siècle. 



Pfhuchtiovs diverses. — H. Henri H* user a donné une seconde 
édition de son livre : Ouvriers du temps passe (Alcan, Bibliothèque 
des Sciences sociales), paru en 1898, et qui marque une date dans 
l'histoire des éludes sur l'ancienne industrie française. M. Hauser, 
itni d'abord à Clermont, puis à Dijon, et aussi par de nombreuses 
conférences laites à Paris, a l'École des hautes éludes sociales, a 
mette une si heureuse ol si vigoureuse influence sur les recherches 
d'histoire économique, et à oui nous devons un excelleul livre sur 
l'enseignement des sciences sociales, a été le premier à montrer que 
ttioo du travail antérieur* au im" siècle comportait beau- 
coup plus de variété et de liberté qu'on ne le croyait, bien que, 
depuis Louis XI, la royauté ait commence à intervenir systémati- 
quement dans la réglementation des maîtrises, intervention qui 
aboutit en 1581 a l'ordonnance par laquelle Henri IN teula de géné- 
raliser le régime corporatif. Les travaux publies depuis 1898 sur 
ItUfoOM industrie, en particulier lu beau livre de M. Moisson nude 
sur VOryanisatioa du travail en Poitou, ont confirmé et encore 
taldn pour les temps antérieurs au xv* siècle les conclusions de 
M. Hauser. ta nouvelle édition des Ouvriers du temps passé n'est 
pas une édition refondue, c'est une édition corrigée. D'ailleurs, nous 
sortons regrette que M. Ilauser n'eùl pas conservé à son livre la 
(orme et l'allure qui en l'ont une lecture si attrayante. Dana UM 
conclusion nouvelle, if a rappelé des vues qu'il avait exposées dans 
de» articles très remarquables sur les Origine* du capitalisme 

molli défavorable, eoo»ienl <|ue (ont uni |>a* n-iw.iiina.lff dan» le» 
Immi du t_"ulibourg, et lea éienemenU de ITSIi montrent n 1 " ! 
exerçait un certain ««n'iuUnl sur le» indigène» (p. 181). 

1. la Vie Inlii'ie dune reine de France an XVW tttete. C*liii»iiii-l>»j- 
ni-564 p., un portrait, Il s Agit lei de Karle ternit 1610 et durant 
te* Uni premier» tempe de le régence. 




BL'r.LETII niSTOHIQCE. 



iti 

moderne publiés par la Revue d'Économie politique. Il montre qu'à 
partir du xn" siècle on voit déjà nettement la séparation se faire 
entre le capital et le travail, le machinisme se développer et changer 
la condition de l'ouvrier, et le mouvement intellectuel de la Renais- 
sance concourir avec la formation de grandes fortunes mobilières 
el l'action du capitalisme à rabaisser la situation des « mécaniques », 
des ouvriers manuels. 

Nous attendrons, pour parler en détail du Manuel des sources de 
l'histoire de France au XVI' siècle [Picardj de M. Hacher, que le 
règne de François I" ait été publié. Le premier fascicule, qui com- 
prend ceux de Charles VIII et de Louis XII, est seul paru jusqu'ici. II 
rendra les plus grands services par l'abondance et la précision des 
notices recueillies et classées par l'auteur et permettra aui historiens 
de s'orienter au milieu de la mulliplicilé déconcertante des écrits sou- 
vent très brefs et conservés à peu d'exemplaires, qui constituent les 
principales sources historiques de cette époque. On se rend compte, 
en lisant ce volume, des difficultés énormes que va offrir l'exécution 
du Manuel si heureusement commencé par A. Molinter si l'on veut, 
comme lui, continuera lenircomple de tous les documenls narratifs 
imprimés. 

M. Emmanuel Rodocixâchi, à qui nous devons déjà un si grand 
nombre de travaux importants sur l'Italie, en particulier sur l'his- 
toire de Rome [Cola di Rienzo, le Saint-Siège et les Juifs, les Cor- 
porations ouvrières à Rome, et surtout sa monographie sur le Capi- 
tole romain), vient de consacrer à la Femme italienne à l'époque de 
la Renaissance |llachette) un ouvrage considérable qui est une véri- 
table encyclopédie sur ce sujet, à la fois très spécial et d'une portée 
générale pour l'histoire morale et sociale. M. Rodocanacbi a enrichi 
son œuvre d'une illustration admirable par sa richesse, par sa judi- 
cieuse composition et par la perfection de l'exécution. Il a cherché 
sans doute à reproduire des œuvres d'art remarquables par leur 
beauté, et son livre révélera aux lecteurs des chefs-d'œuvre peu con- 
nus conservés dans des collections particulières; mais il n'a pris que 
celles qui servaient directement à faire connaître les types de la 
beauté féminine des diverses époques, les scènes de la vie privée ou 
publique où les femmes étaient mêlées, surtout les costumes, les 
coiffures, les parures, les objets de toilette. On trouvera a profusion 
des reproductions excellentes de médailles et de bijoux tirées des 
musées et des collections de France, d'Italie, d'Angleterre el d'Alle- 
magne. La eollection G. Dreyfus a été en particulier pour M. Rodo- 
canachi une mine précieuse de documents iconographiques de toute 
beauté. Un ouvrage de celte nature est naturellement avant tout 







niiyiE \ 05 

un recueil de renseignement inégaux en valeur cl parfois contradic- 
toires où l'on pusse successivement en revue les divers moments et 
les divers aspects de la vie féminine, l'enfance el l'adolescence, 
l'éducation, le mariage, la parure et les vêlements, la vie privée, la 
condition et l'inlluence de la femme, enfin l'amour. Un appendice de 
fournit de nombreuses pièces justificatives, inédites pour la 
pluparl. On trouvera que certaines parties du sujel ont été traitées 
trop sommairement, par exemple la condition juridique des femmes. 
D'autres parties ont une abondance qui déborde le cadre même du 
livre. Le chapitre sur les esclaves, par exemple, nous fait remonter 
jusqu'aux premiers sioHiis du moyen âge et forme comme un petit 
traité sur la matière'. Il était difficile dans un ouvrage de celle 
nalure, essentiellement ènumératif, narratif el discursif, de présen- 
ter des synthèses et des conclusions. M. Rodocanachi a cependant 
ctuTclu- a en indiquer quelques- une s, bien qu'avec une sage réserve. 
Tout en faisaol remarquer combien il est difficile de juger, d'après 
les livres, du degré el de la nature exacte de la moralité féminine, 
poUque l'on décerne souvent toutes les vertus à des femmes 
qui ne le méritent guère, et que, d'autre pari, la littérature décrit 
plus souvent les passions ou les vices que les vertus domestiques, 
H. Rodocanachi juge, avec raison selon nous, que les mœurs ila- 
licnnes avaient plus de retenue que les mœurs françaises au iv° et 
au ivi' siècle, que la liberté des propos s'alliait souvent avec la 
sévérité dans la conduite, enfin que la condition comme l'instruction 
des femmes ont été en constant progrès du xiv* au xvr siècle pour 
subir une profonde déchéance lorsque l'Italie, au xvr siècle, tomba 
sous le joug et de l'étranger et de la réaction religieuse. La femme a 
)0ltj M Italie, au moment de la Renaissance, une influence considé- 
rable, non seulement dans la vie sociale, mais dans la vie politique 
et la vie intellectuelle; on peut ajouter aussi dans la vie religieuse, 
quand on songe à Renée de Ken-are, à qui M. Rodocanachi a consa- 
cré naguère tout un volume. Au xvn* el au xvm" siècle, la femme 
italienne ne vivra plus guère que pour le plaisir, la famille el la 
dévotion, jusqu'à ce que le réveil national enfante des générations 
d'héroïnes qui ont élé l'honneur de l'Italie du m* siècle. Si abon- 
l'L'n.'ini/nLs et en subtiles analyses que soit l'ouvrtgO de. 
M. Rodocanachi sur la condition ut les sentiments des femmes, il 



1. J'Ai èlé iiirprin de Tolr M. Hndocanachi dire que l'ctclavage dlsparall 4 
la lin du xvi' siècle. On Mil pourtant qu'il dur» dans le* ÊUlS pontificaux pon- 
11', ri M. Hodufiuiciii donne lui-môme en appendice deux actes 
i-tiiiiemenl romain Je la lin du *v|i*. 



106 



BULLETIN HISTORIQUE. 



laisse en grande partie au lecteur le soin de se faire une idée person- 
nelle de ce que fut la femme italienne de la Renaissance. 

M. Edmond Bkknus a Tait paraître dans les Cahier* de la Quin- 
zaine (cahiers (0, J2, \A de la 8 e série) un livre très fortement docu- 
menté et qui est un pclil chef-d'œuvre d'exposition lucide et impar- 
tiale intitulé : Polonais et Prussiens. Les progrés de l'élément 
polonais et de la langue polonaise aux dépens de l'élément allemand 
et de la tangue allemande en Posnanie et dans les pays limitrophes, 
les efforts jusqu'ici impuissants faits par le gouvernement prussien 
el par la société de propagande allemande pour lutter contre le polo- 
Disme sont un des épisodes les plus intéressants de la lutte des 
nationalités au m* et au xi" siècle, un des plus dignes de retenir 
l'attention de l'historien cl du sociologue, d'autant plus qu'une lutte 
religieuse vient compliquer la lutte de nation et du langue. On saisit 
là sur le vif el ce qu'il y a d'indomplahle et de passionné dans les 
populations slaves et les procédés de colonisation des Allemands où 
le formalisme juridique le plus stricl se trouve uni au mépris le plus 
complet des droits de la conscience. Ou a vu en Posnanie un tribu- 
nal renouveler juridiquement à l'égard des Polonais les procède* de 
Louis XIV à l'égard des protestants, enlever de force leurs enfants 
a des parents qui leur ordonnaient de ne pas réciter le catéchisme en 
allemand. M. Bernus a commencé par retracer avec une remarquable 
précision la répartition des groupements polonais en Allemagne et 
l'histoire des progrès el des reculs de la colonisation allemande dans 
les pays polonais, de la colonisation polonaise dans les pays alle- 
mands; puis il a raconté avec un grand détail, sans aucune dépense 
d'indignation stérile, les persécutions dont les Polonais onl élé l'ob- 
jet depuis une vingtaine d'années. On y voit le polonisme, après 
avoir été longtemps un allié du parti du centre, devenir peu à peu 
sur certains points un allié du parti socialiste. Bien que 11. Bernus 
se soit abstenu de donner une conclusion à son travail, il laisse 
entrevoir que la Prusse, à moins d'arriver à des mesures de persé- 
cution el de spoliation contraires à loul droit el à toute justice, est 
fatalement vaincue dans la lutte contre le polonisme, et que déjà la 
lutte qu'elle a entreprise n'a eu d'autre résultat que de transformer 
de la manière la plus dangereuse l'esprit d'autonomie linguistique et 
religieuse des Polonais en un esprit d'indépendance nationale. La 
bibliographie de M. Beruus esl aussi élendue que précise, el rien 
qu'à ce point de vue son livre sera précieux à tous les historiens. 

M. Frédéric M*ssn\ vient d'ajouLer trois nouveaux volumes à 
son grand ouvrage sur Napoléon et sa famille (Ollendorlf). Ces 
volumes VU, VIII et IX contiennent le récit des années 18)1 à 1814 






minci. 107 

el nous conduisenl de la campagne de Russie et du concile de 1811 
MU idteai de r'onlainebleau. Ce n'est pas l'histoire de l'Empire que 
ni.' M. Masson. et, s'il donne une assez large place, au 
début du tome VII, au concile de 1811, c'esl non lestement parce 
qu'il croyait utile de recliflerce qu'on avait dil avant lui sur cet épisode 
de la lutte de Napoléon contre Pie VII et de nous le montrer sur le point 
de faire céder le pape a une partie de ses exigences, mais surtout parce 
que le cardinal Pescli, oncle de Napoléon, y a joué un rôle important et 
y a trahi les intentions et les intérêts de son neveu. Ce que M. Masson 
a eu avant tout en vue, ce qui Tait le sujet de son livre et ce qui lui 
donne une originalité exceptionnelle et tragique, c'esl le rôle de cha- 
cun des membres de ta famille Bonaparte dans ces années de crise 
décisive et de catastrophe, la pari énorme que le caractère et la con- 
duite de chacun d'eux eut dans celte catastrophe. Les historiens ont 
jusqu'ici été disposés à irai 1er, je ne dis pas seulement avec indui- 
sis avec une évidente partialité, les frères de Napoléon, à 
rendre Napoléon seul responsable de leurs faiblesses et du leurs 
haies, à passer avec légèreté sur la conduite de ses sœurs, où l'on 
n'a vu que les inconséquences de femmes frivoles, a trouver des jus- 
tiflca lions aux trahisons de Bernadotte et de Mural, à transformer le 
prince Eugène cri un Bavard sans peur et sans reproche. M. Masson 
a pour la famille de Napoléon une haine et un mépris qui n'ont 
d'égale que son admiration pour l'empereur, et il la considère comme 
ayant joué dans sa chute le rôle capital. S'il exagère ce rôle, en ce 
sens qu'il ne voit ou ne montre pas assez la responsabilité colossale 
qui retombe sur Napoléon lui-même, s'il exagère aussi, croyons- 
■009, l.i culpabilité des frères et des scaurs de Napoléon, néanmoins 
on ne peut méconnaître qu'il a le premier mis dans tout son jour 
(T que h rôle de la famille Hmiafiarlr cul de bassement c^n-tc cl <]>■ 
lÂche. Madame mère, médiocre et fidèle, reste à part, digne de res- 
pect. Eugène, médiocre lui aussi, mais honnête et dévoue jusqu'à la 
servilité envers celui qui a abandonné sa mère, ne trahit qu'au der- 
nier moment, sous l'influence de sa femme cl quand il croit lout 
penlu. Hais celle trahison enlève en 1 814 à Napoléon 3".,000 hommes 
qui pouvaient être d'un grand poids dans la campagne de France, 
et Eugène espère obtenir de l'Autriche son maintien dans le .Mila- 
nais. Hortenee, dans sa frivolité amoureuse, n'est du moins pa> cal- 
culatrice, et, de même que la reine Catherine, conserve un nttaebe- 
menl loyal au chef de la famille. Mais que dire des autres? de 
Mural, qui, après de brillants services en Russie, déserte son poste 
el notre eu Italie, ne songe qu'à négocier avec les Anglais et les 
Autrichiens pour conserver sa couronne? de Jérôme, que son inca- 




408 BDLLETIX BrSTO&IQDK. 

pacilé, son amour du plaisir, son avidité d'argent rendenl un perr. 
tuel embarras pour son frère, et qui, au moment de la convulsion 
suprême, ne songe qu'à Taire main basse sur de l'argent? des sœurs, 
Pauline, Ëlisa, Caroline, èlres de volupté et de vanilé qui exercent 
une néfaste inlluence sur la faiblesse fraternelle et, la trahissent sans 
remords? de Joseph surtout, aussi infatué qu'incapable, qui jalouse 
Napoléon et, au milieu même des plus critiques conjonctures, ne 
songe qu'aux avantages que sa vanité et son ambition puérile 
peuvent arracher à l'empereur, qui obtient de lui dans la crise der- 
nière une situation et des pouvoirs dont il ne se sert que pour tout 
abandonner au hasard, et qui ne sait qu'entraver l'action des géné- 
raux et empêcher Napoléon, en (813, de faire les concessions oppor- 
tunes aux Bourbons d'Espagne? Je ne parle pas de BernadoLte, qui a 
trahi dés qu'il a été prince de Suéde, ni da Louis et de Lucien, ces 
beaux esprits qui sont toujours en coquetterie et en intrigues avec 
les ennemis de la France. Les morceaux les plus remarquables, les 
plus neufs de ces volumes sont ceux qui sont relatifs à la politique 
de Joseph en Espagne, puis en France de janvier à avril -1814, et à 
la politique de Murât en Italie. Les esprits critiques trouveront à 
redire sans doute aux procédés d'exposition de M. Masson. Ils lui 
reprocheront comme toujours de n'apporter aucune preuve de tout 
ce qu'il avance (mais M. Masson nous promet un volume entier con- 
sacré à l'analyse de ses sources); ils diront, non sans raison, que la 
composition même du livre, où l'auteur, pour chaque période, passe 
successivement en revue la conduite de chacun des membres de la 
famille impériale, et où les détails les plus minutieux de leur vie 
privée sont mêlés au récit des négociations diplomatiques ou des 
opérations militaires, en rend la lecture aussi laborieuse qu'elle est 
attachante; ils trouveront bien peu logique de voir simultanément 
un héros, un martyr désintéressé de la grandeur de la France daus 
Napoléon, qui a gavé tous les siens d'argent, d'honneurs et de puis- 
sance, qui a cru en faire les colonnes de son empire, et dans tous les 
napoléonides, sortis du même pays et du même sang, des monstres 
d'égolsme et de corruption. Mais il y a dans le livre de M. Masson 
assez de textes, assez de faits connus, constatés et constatâmes, 
pour que l'ensemble de son exposé de la conduiLe de la famille de 
Napoléon se présente à nous avec une formidable valeur démonstra- 
tive. Et Napoléon reste impardonnable de lui avoir livré sou empire 
et sa fortune. — A la fin de la préface du tome Vil, M. Mas- 
son, invoquant le souvenir de Napoléon, espère que son ouvrage 
inspirera peut-être a quelque àtne prédestinée la vocation d'être, 
comme Napoléon, un libérateur, pour nous délivrer des porcs qui, 



FliNCB. 409 

; la baguette de Circé-Mariaone, se disputent les chairs de la 
patrie. Comment M. Masson n'a-t-il pas vu que les porcelets parle- 
mentaires d'aujourd'hui sont de bien innocentes petites bêtes à cùlé 
des sangliers impériaux, conducteurs d'armées et de peuples, a qui 
Circé- Napoléon a livre en pâture, non la France seulement, mais 
l'Europe entière? EL n'y a-t-il pas quelque incohérence dans la psy- 
chologie de cet homme de génie, qui aurait été une sorte de Géronte 
capable de toutes les faiblesses vis-à-vis des siens, pendant qu'il 
n'aurait été en politique que le héros grandiose de la lutte lila- 
■ ui|ii,' il'' 1.1 France contre la perfide Albion? Il faut lire In préface, 
curieuse et éloquente, du tome VIII, terminée par une sorte d'appel 
adressé à toutes les puissances cunlinenlales, pour les inviter à 
s'unir contre l'île orgueilleuse, qui, depuis Guillaume le Conquérant, 
fait sa grandeur de l'abaissement de la France. Cette préface a 
réveillé en moi mes souvenirs d'écolier normand, qui ne rêvait pas 
e plus belle destinée que celle des corsaires faisant la chasse à l'An- 
s sur toutes les mers; mais elle a laissé froid l'homme mûr qui a 
i 1870. Une philosophie aussi simpliste de l'histoire de France 
étirait en garde contre loutes les conclusions de M. Masson si son 
aenrtfje était un ouvrage de synthèse a la Sorel; mais sou ouvrage 
est un ouvrage d'analyse, d'analyse très informée, très perspicace, et 
qui demeurera comme le plus écrasant réquisitoire qui ait été écrit 
contre la famille Bonaparte, y compris Napoléon. 

M. Louis MiDEus a, sous le titre de Croquis lorrains (Berger- 
bsmutt), brossé, dans le style alerte et coloré qui rend si vivant et 
tout ce qu'il écrit, une série de tableaux pittoresques et 
. i ■-. des principaux aspecls de la Lorraine, qui fonl de son 
livre le plus amusant et le plus instructif des guides, C'est tout le 
■ le présent et une partie de l'avenir qu'il évoque à nos 
yeux. Il est excellent que l'on s'attache à recueillir tous les souvenirs 
!i-ciler, s'il se peut, l'âme de nos vieilles provinces, alors 
qae tout le mouvement de la civilisation tend à délrulro de plus en 
plus leur originalité; il serait excellent aussi, si c'était possible, 
tie\eilkT une vie locale Individuelle capable de réagir contre l'unifor- 
mité parisienne, assez puissante et attrayante pour faire preTérer 
â des hommes supérieurs la province a Paris. Mais nous sommes 
loin de la réalisation de ces pia vota. H faudrait bouleverser toute 
l'organisation politique, administrative et sociale de la France poury 
parvenir. Il n'y a rien de sérieux, de profond dans les indignations 
de M. Itarrès, auxquelles nous nous sommes tous laissé un peu 
prendre en lisant les Déraciné*, contre les Boulcillcrdc l'Univcrsilé, 
apôtres de l'uniformité nationale; d^bord parce que M. Barres, dout 



nu 



[M HISTORIQUE. 



H suffit de regarder le profil de tzigane pour voir qu'il n'esl qu'i 
Lorrain d'occasion et de lire les premiers livres pour voir <jne le fond 
de sa nature esl un dilettantisme d'un égolsme nêronien, n'est 
qu'un exquis littérateur parisien, ensuite parce que, si la Lorraine 
est considérée avec raisoD comme un des plus nobles foyers de l'esprit 
militaire et patriotique français, c'est à la tradition révolutionnaire 
et unitaire des Bouteiller qu'on le doit, tradition nouvelle qui a fait 
taire les vieilles traditions d'autonomie intransigeante. J'éprouve je 
ne sais quel malaise a entendre prêcher cet évangile de l'àme provin- 
ciale par des littérateurs parisiens qui seraient désolés de quitter la 
capitale, seule dispensatrice de la gloire. Si l'on reste provincial, 
MonLalbauais comme Pouvilloo, Rouerguais comme Pomairols, ou 
Provençal comme Jean Aicard, l'Académie française, qui nommera 
en qualité de Lorrain un universitaire purement parisien comme 
Mézieres, se gardera bien d'aller vous chercher dans votre province. 
M. Madelin nous raconte d'une manière charmante comment sou âme 
lorraine a été réveillée à Naples par les tableaux d'une lanterne 
magique, et il ne se dissimule pas que son livre est, — comme ceux 
ou M. Barrés a parlé de la Lorraine, — le livre d'un touriste en Lor- 
raine plutùl encore que d'un Lorrain. Ce qui le prouve, c'est qu'en 
évoquant les représentante contemporains de l'âme lorraine, il par- 
lera bien des Barrés, des d'Haussonville, des Kr.ini/. des Mèline, des 
Matthieu et des Mézieres, mais il oubliera de parler du plus aulhen- 
tique représentant de celle âme mal définie, de M. d'Arbois de Jubain- 
ville, le seul que le séjour à Paris n'ait pas déraciné el dépaysé, celui 
qui, dans la préface de son livre si curieux : Deux manières d'écrire 
l'histoire, a eiallé les sentiments et les rancunes d'un vrai Lorrain 
resté fidèle à sa province. Qu'on nous Tasse connaître, admirer et 
aimer loutes les parties de noire France dans leur diversité cliarmante, 
dans leurs traditions vénérables, dans leur vitalité toujours renouve- 
lée, nous y applaudissons; qu'on décentralise, si on le peut, nous 
serons prêts à y aider; mais qu'on nous épargne des lamentations 
plus littéraires que philosophiques sur le mouvement de centralisa- 
tion unitaire, qui est le résultai de toute notre histoire, et qu'où ne 
fasse pas un crime aux éducateurs de la jeunesse d'enseigner et de 
croire qu'il y a, au milieu el au-dessus de loutes les diversités provin- 
ciales, une âme française, inspirée d'idées générales héritées de la 
Renaissance, de noire littérature classique, des encyclopédistes et de 
la Révolution, et que c'est celte unité intellectuelle el morale, tradi- 
tionnelle elle aussi, qui fait en grande partie l'originalité de noire 
pays et son influence dans le monde. 
Je suis un peu inquiet de voir la facilité avec laquelle les écri- 












mues, m 

tins d'aujourd'hui se laissent entraîner à transformer en doctrines 
soi-disant philosophiques, politiques, sociologiques, auxquelles ils 
prêtent un caractère scientifique et positif, des fantaisies de l'es- 
prit et du sentiment, des intuitions, des généralisations hâtives, 
même des caprices de dilettantes. C'est ainsi qu'on a vu, non 
aans surprise, présenter a la Sorbonne, comme thèse de doctoral, un 
■ Romantiime [ranmh [Société du Mercure tt* France), par 
M. Pierre Lisseiine, qui est écrit avec un talent littéraire incontes- 
table, avec une verve endiablée, mais qui n'a rien d'un Inwtl réflé- 
chi, erîUqne el scientifique, tel qu'on est en droit de l'attendre d'une 
thèse en Sorbonne. Au lieu d'analyser sérieusement les éléments très 
complexes qui ont concouru à la formation du mouvement romau- 
H -lion contre les conventions et les règles classiques, retour 
à la nature, recherche du réel et du vrai, passion pour l'histoire et les 
traditions nationales, subjectivisme lyrique, etc., M. Lasserre s'est 
livré à un éreintemenl très amusant, très brillant, plein de critiques 
piquantes el justes, de toutes les erreurs et de toutes les exagérations 
du romantisme; ramenant tout le romantisme à Rousseau comme 
source unique, ne voyant dans les sentiments romantiques que chi- 
mère et corruption des passions, dans les idées romantiques que 
folle M rhétorique, et enfin faisant surgir, pour achever de perverlir 
ce romantisme, issu de la bassesse el de l'extravagance île Rousseau, 
do panthéisme allemand qui engendre en politique le 
-fanatisme, en esthétique la mort du goût, dans les sentiments le 
dilettantisme, (le livre offre tous les caractères du dérèglement suhjec- 
mI\ Krique et fantaisiste que M. Lasserre' reproche au romantisme. 
Il a écrit un éreintemenl romantique du romantisme. 

Rousseau est en train de subir des assauts qui nous paraissent le 
grandirau delà de toute mesure. Je suis peut-être disposé a être moi- 
mime injuste envers lui parce que je n'ai de sympathie ni pour son 
caractère, ni pour ses idées, ni pour la nature même de son génie; mais 
je suis amuse de voir que, par antipathie, on arrive à en faire un monstre 
qui domine de sa stature gigantesque et effroyable l'âge moderne tout 
entier. M. Lasserre fait sortir de lui tout le romantisme. M, Julea 
I.*»iii»t, après avoir analysé son œuvre avec beaucoup de malice, 

I. II. Litaerre i consacré m petite Ihèie aui théories de Nietzsche sur la 
M*aique i-mii-ni! •» neriode wagnerîcnne. Il lui aurait élé facile, s'il avili 
voulu traiter ma sujet en diatribe colonie il a fait du romantisme, de mon- 
trer i|ue let Rendrai l**liini» ilr Nleliscbe sont toute» des fantaisies subjeclitei 
«I arbitraire*. Hait 11 le* a au contraire anilines d'une manière tri» serrée et 
Ire* sérieuse et a apporte, una contribution lr** Intéressante i la genèse de» 
Mécs de Me.iiM-.iifl et à leur Évolution ni aatsl I Ij pbUoMaiMi de U musique. 



{(2 



It-LLETIS BW WHB i 



de malveillance, de finesse et d'esprit dans ses conférences sur/ 
Jacquet Rousseau (C. Lévy), (inîl lui aussi par déclarer, ou peu s'en 
faut, ijue sans Rousseau il n'y aurait eu ni romantisme, ni Répu- 
blique française, ni Terreur. Mais, vraiment, est-ce Rousseau qui a 
ik'rol, dii fois plus romantique que lui, au sens même de 
M. Lasserre? est-ce Rousseau qui a inspiré les rêveries socialistes 
qui ne cessent de se produire en France au cours du iviir* siècle? 
est-ce lui qui a inspiré les théories et les prophéties du marquis 
d'Argenson, qui prédisait la République avant même quo B 
eùl rien écrit? Et est-il vraiment d'une critique bien judicieuse de la 
part de M. Lemailre de prétendre que les idées de Rou - 
celles d'un étranger, d'un malade et d'un fou, quand Housseau n'a 
fait que revêtir dune rhétorique merveilleuse et d'une forme clas- 
sique des idées dont on retrouve les éléments chez tous les philo- 
sophes du siècle? Rousseau n'est Genevois que par le hasard de sa 
il est Français d'origine, et si Genève lui a fourni des 
traits pour son Contrat social, son œuvre dans son ensemble ne doit 
rien a la Suisse. El vraimenl. si nous répudions Rousseau comme 
Suisse, devons-nous aussi répudier Joseph de Maistre comme 
Savoyard? Il me semble qu'après un siècle et demi il devrait être 
possible de juger les hommes et les idées du xtih* siècle avec plus 
de nuances et de sérénité. 

On éprouve une joie pure, au sortir de la lecture de livres où les 
agitations du temps préseul ont trop laissé leur empreinte, à relire 
les essais d'Emile Roctxt, qu'on vient de réunir sous le titre 
d'Études politiques (G. Colin). On j retrouvera avec plaisir ses deux 
belles éludes sur Albert Sore! et sur Bardoux, mais surtout on pren- 
dra une vraie leçon de saine critique historique et d'impartialité dans 
les deux essais sur la Souveraineté du peuple et sur la Déclaration 
des Droits de l'homme. Non que je souscrive absolumenl aux idées 
qu'il dévelop[>e dam le second de ses essais. Je crois qu'il y a plus de 
vérité qu'il ne le pense dans la thèse de M. Jellinek, qui Irouve 
dans la Déclaration des Droits de l'homme un écho direct des décla- 
rations des droits américaines; mais l'analyse par laquelle M. Boutmy 
indique les divergences de l'œuvre des constituants français cl de 
celle des insurgenls américains esl admirable de précision el de 
finesse, et il a également pleinement raison quand il montre l'action 
des idées des philosophes du mil* siècle s'exerçant en même temps 
des deux côtés de l' Atlantique. L'essai sur la souveraineté populaire 
et le suffrage universel est encore plus remarquable par le sens du 
réel et la sérénité qui l'animent. Aussi éloigné de ceux qui voient 
dans les doctrines démocratiques la révélation d'un idéal sauveur 






IÏIAM.I-.. 113 

des sociétés que de ceux qui y voient les plus darnnables des 
erreurs et les inventions funestes de quelques cerveaux en délire, 
il t-ii analyse tous les avantages et les inconvénients, et surtout il eu 
montre la naissance, la croissance naturelle et l'inéluctable dévelop- 
pement. Après avoir indique tout ce qu'il est entré de paresse intel- 
lectuelle el d'amour de la paix dans la formation des principes démo- 
cratiques, il conclut : « Celle institution du suffrage universel, vers 
laquelle tous les peuples semblent s'acheminer a mesure qu'ils se 
civilisent davantage, est l'évidente conclusion d'un syllogisme dont 
les prémisses sont fournies par l'histoire, par l'expérience el par le 
progrès. » 

Nous avons eu récemment un exemple curieux de la passion qui 
depuis quelque temps s'introduit dans la discussion de questions 
purement scientifiques. M. Félix Mathieu, esprit chercheur, sub- 
til et compliqué, a eu l'idée de faire des recherches sur un sujet 
1res digne en effet d'être élucidé, la découverte de la pesanteur 
fie l'air, à laquelle collaborèrent quelques-uns des plus grands 

lu ito' siècle, Torricelli, Uescartes, le P. Mersenne, 
Auzout et Pascal. C'est à ce dernier que l'honneur de la décou- 
verte est surtout revenu, à la suile de l'expérience du Puy- 
de-Ili'ime par son beau-frère Périer. M. Mathieu relève des par- 
ticularilés singulières : l'expérience du Puy-de-Uome eut lieu 
le 19 septembre 1648 ; Pascal fit imprimer en décembre Xï48 un 
récil de l'expérience, en léte duquel il plaça une lettre adressée 
par lui a Périer le 15 novembre 1647 pour l'inviter à faire l'expé- 
rience, lettre où il se donne comme ayanl eu le premier l'idée de 
celle expérience el ou il fait allusion à une autre expérience faite 
devant Périer à l'aide de deux tubes, et qui paraît être salle du 
le vide. Or, Descarles, dans une lettre a Carcavi du 1 1 juin 
4649, affirme avoir donné à Pascal l'idée de l'expérience du Puy- 
de-Dôme dans une entrevue qu'il eut avec lui en septembre 1647, 
ri. d'autre part, l'expérience du vide dans le vide fut faite pour la 
première fois par Auzout en juin *i>48 [k ce qu'assure M. Mathieu). 
Il y a donc la un petit problème curieux sur la priorité d'une décou- 

qu'en offrent presque toutes les grandes découvertes scien- 

ear, d'une part, les grandes découvertes sont rarement 

l'œuvre d'un seul savant et mûrissent d'ordinaire eu même temps 

dans plusieurs cerveaux, el, d'autre part, chaque savant esl assez 

revendiquer pour lui seul ce qui appartient a plusieurs. 

Mathieu, qui est un libre penseur ardent fort ennemi du 
cisnie, au lieu d'examiner tranquillement les diverses hypo- 
s qui pouvaient expliquer les difficultés signalées plus haut et 
tUv. ttwnw. XCIV. I" rue. 8* 




m «CLLBm aiâTOHlQPR. 

de chercher à démêler la part de chaque inventeur, a lait du premier 
coup la j'Ius invraisemblable de toutes les hypothèses, celle que Pascal 
a fabriqué une dusse lettre pour en imposer a la posLérilé et pour 
enlever à Descarles et à Auzout le mérite de la priorité, et que toute 
38 famille a été complice de sa supercherie. Evidemment, cette idée 
est venue à M. Mathieu à la suite du rôle extraordinaire que les faux 
ont joué dans les événements de ces dernières années; mais, sans s'en 
douter, M, Mathieu, éprouvant une joie bizarre à trouver un faussaire 
dans un homme que nous sommes habitués à vénérer comme le plus 
illustre des mystiques et des apologistes du christianisme, a, dans 
une série d'articles de la Bévue de Paris, triomphalement accablé Pas- 
cal sous les accusations de faux et de mensonge. Étudiant taule l'his- 
toire de la découverte à la lumière de cette vérité centrale : la lettre 
du (5 novembre 1647 est un faux, il a cherché à accumuler les 
preuves de la culpabilité de Pascal. MM. Duhem et Brunschwicg ont 
montré l'invraisemblance de l'accusation de M. Mathieu au point de 
vue de l'histoire même de la découverte. M. Abel Lefbikc, dans des 
articles de la Revue bleue, réunis eu brochure sous le litre : Défense 
de Pascal. Pascal est-il un faussaire ? a examiné les accusations de 
M. Mathieu en érudit au simple point de vue de la critique des 
textes et montré que M. Mathieu a été victime d'une hallucination 
analogue à celle des accusateurs de Dreyfus qui, prenant pour point 
de départ la certitude qu'il avait écrit le bordereau, ont vu tout se 
transformer à leurs yeux en preuves de la justesse de celle attribu- 
bulion. Or, M. Le r ranc a accumulé, lui, les preuves d'erreurs 
commises par M. Mathieu. M. Mathieu prétend qu'il est impossible 
que Pascal ail invilé le 15 uovemhrc 1647 Périer à faire une expé- 
rience qui n'eut lieu qu'en septembre 16S8. M. Lefranc montre que 
les déplacements de Périer expliquent 1res bien ce long délai. 
M. Mathieu prétend que Pascal lit imprimer sa brochure chez un 
petit relieur qui vendait des livres de piété et ne la fil pas mettre en 
vente, car il n'en existe que trois exemplaires. M. Lefranc fait remar- 
quer que l'éditeur Savreux était un libraire connu, que Sainte- 
Beuve a signalé comme l'éditeur attitré des jansénistes, mis trois 
fois à la Bastille pour la bonne cause, qu'il est facile d'expliquer la 
rareté de la plaquette de Pascal, doul il existe au moins un exem- 
plaire, ignoré de M. Mathieu, a l'Arsenal. Mais, ce qui est plus 
grave, M. Mathieu prétend qu'une fois cette brochure parue (celle 
brochure restée inconnue de tous), lous les savants qui jusque-là 
admiraient Pascal ont évité de prononcer son nom elqu'ilaulo l'objet 
d'une réprobation universelle. El M. Malhieu cite les DODU île 
Huygeus, Rohault, Mariolle parmi les savants qui ont indiqué 






^^^^^^^H 



noms de 
diqué leur 



mscE. 415 

blâme par leur silence. Il a suffi à M. Lefranc d'ouvrir la correspou- 
danee de Huvgens, les œuvres de Fermai, ttohaull, Mariette pour 
reconnaître que l'assertion de M. Mathieu était le contraire de la 
vérité. Il aurait pu ajouter que le jeune Auzout, qui aurait pu plus 
que personne se plaindre de Pascal si la théorie de M. Mathieu était 
vraie, fui toujours avec lui en rapports d'amitié et de bonne confra- 
ternité scientifique'. M. Mathieu a entrepris maintenant de répondre 
aux réfutations dont ses premiers articles ont été l'objet; mais la 
manière même dont il a présenté sa réponse affaiblit sa thèse. Il 
prétend n'être en désaccord avec MM. Duhem et Brunschwieg que 
sur des points de détail, alors qu'ils sont en absolue opposition 
avec lui ; et il fait porter son effort sur {'éloquence de M. Lefranc, 
a qui il reproche d'avoir fait un plaidoyer, alors que c'est lui 
qui a lait un réquisitoire, et que M. Lefranc n'a pas même traité 
la question de fond et s'est borné à relever, en bon érudit el 
critique de lestes, les erreurs de fait de M. Mathieu. Or, sur les 
erreurs de bit, M. Mathieu «lisse ou ergote, et Huit dans son 
article du 13 mars par transformer le faux prétendu de Pascal 
eu un faux platonique, dont il ne s'est pas servi. Je ne veux pas 
insister davantage, car si je traitais la question jo soutiendrais que 
la date seule de la lettre de Périer exclut toute idée de faux 1 . Mais je 
n'ai voulu ici, en parlant de MM. Lasserre et Mathieu, faire qu'une 
Mule chose : mettre en garde les jeunes historiens contre l'inl réduc- 
tion de passions étrangères à la science dans l'examen de questions 
scientifiques. Opposons-nous au retour offensif, que nous constatons 
en France, comme en Allemagne d'ailleurs, de l'imagination, de la 



t. Auzout, dont un ignore, je crois, la date île naissance, riait probablement 
un tout jeune buinmr, plut jeuno que i'.isul et vivant dans son intimité. Qui 
nous dit que ion eipéricnre <lu ride dans le vide n'a pas été faite d'accord 
avec Pascal î 

; i r-ii autant d« I j manière dont Pascal parle de leipcriencc fuite avec. 
drui tubes. S'il avait connu, rn écrivant en passage, l'expérience d'Auiout, il se 
serait exprimé d'une manière moins incorrecte. Il dut faire avec l'erier nu essai 
maladroit et. en effet, peu probant. Il J a une hypothèse que H. Mathieu attrait 
l*i el du faire: celle <|iu> Ptscal, tout es tyanl bien réellement écrit a Pèrier une 
lettre le 15 novembre 1617 pour lui demander de taire l'expérience du Pnj-de- 
Koine, aurait, en Imprimant celle lettre en décembre 1648, modifié «on texte 
■ai plus ne! et plus «Itirmalir. Cela n'aurai! rien d'incompatible nu 
In Idées dater* eu utUere de publication de textes. Que Pascal ait «Me * la 
tentation de tirer la couverture a lui, comme l'a dil Sainle-lieuve, c'est vraisem- 
blable. Deacarlaa cl lui aavaicnl tous deux probablcioenl que Hcrsenne avait, 
m( leur rencontre de 1647, suggéré l'idée d'une ci périmer faite à des altl- 
i. Il» te vantaient tous les deux en prétendant avuir 4M les 
1 1 avoir cette idée. 




<H6 BULLITIlf HI8TOUQ0E. 

méthode subjective et intuitive, des généralisations hâtives et soi- 
disant philosophiques dans l'histoire et la critique. 

H. Georges Picot a réuni en deux volumes les Notice* historiques 
(Hachette) qu'il a lues aux séances solennelles de l'Académie des 
sciences morales et politiques depuis 4896. Elles s'ouvrent par un 
portrait fin et équitable de H. J. Simon, le prédécesseur de H. Picot 
dans les fonctions de secrétaire perpétuel. Celles de ces notices qui 
sont les plus précieuses pour l'historien sont celle de H. de Montali- 
vet, beau-père de H. Picot, dont il a pu parler d'après des documents 
personnels, celles du duc d'Aumale, de H. Gladstone et d'Hippolyle 
Passy. Hais on lira aussi avec grand profit les portraits de Barthé- 
lémy Saint-Hilaire, de Léon Say, de Gh. Renouard, de Paul Janet, 
de Th. Roussel, d'Aug. Cochin. Tout en restant fidèle au parti pris de 
bienveillance qui est la loi des éloges académiques et qui, d'ailleurs, 
était dicté à H. Picot par ses propres inclinations, il n'en a pas moins 
tracé de ces hommes politiques et de ces philosophes, qui étaient en 
même temps des hommes de bien, des portraits vivants et vrais, d'un 

noble style. 

G. Monod. 



tKfiUTlUE. 



ANGLETERRE. 






fSuiti*.} 

Si l'on veut avoir une idée juate du caractère et de la politique 
Cromwell, il faut lire sea discoura et aea lettres. Tous lea 
historiens connaissent le recueil qu'en a fait Cuaux. 11 est devenu 
classique. Une réédition enaéle donnée par la librairie Melhuen'. Le 
travail de revision a été confié à Miss S. C. Louas, qui continue 
actuellement au P. U. 0. l'inventaire des Slate panera (série Domentie). 
Elle s'en est acquittée avec tout le soin désirable. On a finalement 
reproduit la 3* édition donnée par Carlyle (18*9), avec le commen- 
taire qu'il a donné du texte et qui est d'une saveur si originale. 
Même les pièceB de l'appendice, qui sont des additions fournies à 
Carlyle après la T'clla 2° édition de son ouvrage, ont été conservées 
place au lieu d'être distribuées à leur place chronologique. 
Seulement M 11 * Lomas a revu les teites publiés par Carlyle sur les 
originaux ou sur les copies qui nous en sont parvenus-, elle a 
corrigé maint passage, ajouté des notes qui complètent ou rectifient 
celles de Carlyle, enfin apporté a son tour un notable supplément du 
149 numéros. Tout cela est narrait. Hais on regrettera que l'on n'ait 
pas fondu ensemble les anciens matériaux el les nouveaux, dans une 
seule suile chronologique. Objeclera-t-on que ce classement aurait 
altéré le caractère du commentaire de Carlyle? M. Pirlb, dans une 
Introduction, a donné les preuves lea plus variées, parfois les plus 
l, de l'inaptitude de Carlyle aux travaux d'érudilion : Carlyle 
n'a pas cherché à donner un recueil complet des écrits de Cromwell 
et il en a volontairement omis d'importants; il n'a pas su discerner 
les vrais des faux et s'est laisse duper par un imposteur, ignorant 
d'ailleurs autant qu'imprudent, William Squire*; mal renseigné (il 
l'avouai) lui-même) sur l'histoire de l'Angleterre avant el après Crom- 
well, domine par ses passions politiques, au point de ne pouvoir 
apprécier les événements el les hommes du xvn* siècle qu'à la mesure 

1 Voir KM, Aij(., t. XOm, p. 379. 

i, TV tettrrt and iperehe* o{ Olierr Cromwell, irUh tluridatiom b, Tho- 

mat Carlyle. Editai with noies, luppttnttt Htd eiilurged indel, l>> 8. C. 

u, «illi an introduction hy C. II. Firlù. Londres, Helhuen, 1901, 3 vol., 

■ 1 1 -557 «t im-60* p. 

3. i.i-i ■ Sijulri* |hjjict» ■ ont ttc binni» do la présente édition. C'est de tnale 

jotUcr. 




m 



BULLKTIIf IHSTOniQPK. 



d'un tory-socialiste de 1840, il était incapable de donner un 
raentaire vraiment complet el compréhensif des textes publiés par lui. 
Il reste que ce commentaire est plein de vues originales, que Cari vie 
a, le premier, lait revivre le véritable Cromwell, dont l'image avait été 
défigurée par les préjuges des partis, whigs ou tories. Ces mérites 
aussi ont été mis en pleine lumière par M. fictif, mais ce n'eût pas 
éle faire offense au génie littéraire de Carlyle que de reprendre son 
œuvre dès les fondations, d'en éliminer les parties caduques et de le 
reconstruire en style tout moderne. Il faudra bien qu'on en vienne là. 

On sait par quoi hardi coup de main le cardinal-archiduc, qui gou- 
vernail les Pays-Bas au nom de Philippe II, s'empara de Calais le 
il avril 1596. L'émoi fut vif en Angleterre, où l'on put craindre une 
invasion espagnole; la milice des comtés méridionaux reçut l'ordre 
de se tenir prête au premier appel. Un des chefs de cette milice, 
Sir Henry Knyvetl, lieutenant du comté de Wilts, eut l'idée, tout en 
travaillant activement à ces préparatifs, de rédiger un traité sur la 
défense du royaume qui Tut en effet présenté a la reine et dont l'ori- 
ginal est actuellement conservé à la bibliothèque Cbelham, à Man- 
chester. Ce traité vienl d'être publié par M. Charles Hogbes'. Il n'a 
plus aujourd'hui qu'un intérêt de curiosité : Sir Henry proposait l'or- 
ganisation d'une milice où serait enrôlée toute la population mâle de 
dix-huit à cinquante ans, et l'on sait qu'aujourd'hui encore l'Angle- 
terre répugne à introduire chez elle la lourde et dangereuse obligation 
du service militaire. Notons cependant que, dans la milice dont il 
trace le plan, Sir Henry fail une place importante aux archers, alors 
qu'en fail ces combattants d'un autre âge venaient de disparaître pour 
toujours de l'armée anglaise. On voit qu'ils laissaient des regrets. 
Dans l'introduction, M. Hughes a donné une bonne biographie de 
Knyvetl, personnage jusqu'alors fort ignoré, el, dans une des notes 
de l'appendice, il a donné la bibliographie des ouvrages sur l'arl de 
la guerre que Sir Henry a pu consulter avant de rédiger son traité. 

Signalons encore, dans la même série, les Mémoires sur les affaires 
maritimes de 1679 à 1688 par Pepys. Pepys est l'auleur du célèbre 
» Journal » où il peint avec (anl de complaisance les vices de la cour 
de Charles II pendant les dix premières années de la Restauration ; 
mais cet épicurien Tut aussi un administrateur remarquable. Son 
■ Journal » est une œuvre de jeunesse (il l'écrivit de vingt-sept à 

1. The Dtifense of Ike realm, 1597. Oïfonl. at tbe Clareadon presi, 1906, 
mivi-75 p. « Tudor and Sluart library. • Sous ce titre, le célèbre institut 
typographique d'Oxford publie des éditions ou réimpressions d'écrits anrirns 
où il s'efforce, arec un art parfait, de faire revivre tes caractères d'imprimerie 
el les reliures du temps. Celte plaquette .1 forl bon air. 






in 

trente-six ans), et la réorganisation de la marine, à laquelle il consacra 
■on âge mûr, lui assure un renom du meilleur atoi; il ; lit revivre 
I ions puritaines d'ordre, du discipline et de progrès qui, au 
Cromwell, avaient fait de la marine un admirable instru- 
ment de guerre et de gouvernement. Enveloppé dans la disgrâce du 
duc d'York après le prêlendu complot papiste do (679, Pepys fut 
mis à la Tour de Londres; une administration nouvelle fut instituée 
résultai fut si déaastreai que Pepys fut rappelé au bout de 
cinq armées. C'est pour mettre sous les jeux du roi elles Taules com- 
mise.* et la nécessité d'un retour aux saines méthodes que Papjl 
rédigea les mémoires que nous annonçons; ils Turent publiée en 
i I B. Tanieb, qui les réédite, en a retrouvé les sources on- 
i ma le Tonds Pepjs, conservé aujourd'hui au collège de la 
ie B Oxford*; ces sources garantissent l'exactitude des Tails 
,'t ta cnill'ri's il-; uire*. 

Bttmu c^saïuc. — Deux grandes entreprises do librairie ont 
été lancées en même temps et presque avec le même caractère. La 
première est une Histoire d'Angleterre en six volumes, qui parait 
chez, Methucn, sous la direction de M. CbarlM Omm ; I;' seconde, 
m point de vue plus limité, mais dan* JÎTpTus vastes pro- 
portions, est une Histoire politique de f Angleterre, en douze volumes, 
que publie la maison Longmans, sous la direction de MU. William 
Bon et H. I,. PofltB. Dans l'une comme dans l'autre de ces deux 

séries, chaque rolu a èlé attribué l un auteur différent, et il Taut 

dire que le choix de ces collaborateurs a été excHleni BU général. M 
témoigne en tout cas de ce fait que, si le travail scientifique est 
encore très mal organisé en Angleterre, sauf dans quelques centres 
ni Vers) tairas relativement récents comme à .Manchester), ce ne 
sont pas les hommes de valeur qui manqueraient h une organisation 
plus méthodique. Parlons d'abord de la collection Oman. 

La période qui s'étend de la conquête normande a la mort île 
IL-iiri III | été traitée par M. H. W. G. Dira *, dont e'esl le premier 
ouvrage notable, et qui s'est révélé du coup comme un maître. 
H. Davis connaît admirablement les sources de celte histoire; il lésa 
examinées de près et il les interprète dune façon qui lui est person- 

l. Pepy>' Htmoira of Iht royal fllavy, 1679-1688- Oxford, il (lie ffla- 
rmdua |>™i, IBQC, XTtu-131 p. cl un indu ■ Tudor and âluarl libnrr. • 
PrU : 5 il.. 

ï. M Tinn-r ■ déjà publié un ÙttmtlpttM Catalogue of tlu naval manui- 
tripinn tht Pepytian library il. «VI oi XWII ,k, pabUcaUoai du I* Xavy 
ncord* Society). 

3. A khtory ->f tngtand. Vol It ; Englnnd under Ike Mormon* and Ânje- 
Wfu, tûM-an, Londres. M«lln>«n. XIX-577 p. Prix; 10 in. fi d. 



Kl T.i.lTi V BlSTORtQOR. 

nelle. Quand il diffère d'opinion avec ses devanciers, fûl-ee même 
M. Round, il le dit nettement et donne brièvement ses raisons. Le 
plan de la publication, qui s'adresse plutôt au grand public qu'aux 
érudits proprement dits, ne comportait pas une annotation minu- 
tieuse, où chaque fait, pour ainsi dire, s'appuie sur des preuves; 
mais, au point important, on trouve le renvoi aux sources, bref et 
précis. L'auteur mentionne aussi quelquefois des ouvrages modernes. 
mais c'est l'exception. Le plu3 souvent, il faut se contenter de la 
bibliographie, placée en bloc à la fin du volume 1 . Si discrète qu'elle 
soit, cette érudition a son prix et recommande même aux spécia- 
listes la lecture de l'ouvrage. Un excellent index permet de le consul- 
ter rapidement. L'exposition est claire et attachante. M- Davis excelle 
à mettre en lumière les faits et à donner de la vie aux personnages. 
Sur des prélats aussi connus que saint Anselme et que Thomas Bec- 
kel, sur des hommes d'État tels que Guillaume le Conquérant ou 
Henri II, s'il n'a rien de neuf à nous dire, il n'est jamais banal ; la 
comparaison qu'il institue entre Simon de Monlforl et Edouard I", 
par exemple (p. 479), est d'un homme qui pense par lui-même. El 
il lui arrive de faire passer légitimement au premier rang des ligures 
un peu effacées d'ordinaire, comme celle de l'archevêque de. Canlor- 
hery, Hubert Gautier. L'histoire politique, les inslilulions adminis- 
tratives sont traitées avec le même souci de l'information exacte et 
le même scrupule d'originalité. H montre très bien la réalité, le carac- 
tère, l'extension de l'anarchie qui désola l'Angleterre sous le règne 
d'Etienne, et il consigne sur une carte les résultats auxquels l'a con- 
duit l'étude attentive des faits. Si l'on compare celte carte (p. 160) à 
celle de la ■ renaissance monastique » en 4124-1154 (p. 495), on 
constate que les établissements monastiques se sont fondés de préfé- 
rence dans les régions dévastées par la guerre, soil par les expédi- 
tions du Conquérant, soit par les luttes entre Etienne et Mathilde. 
Les indications fournies par celle carte de l'Angleterre monastique 
viennent aussi confirmer d'une façon inattendue (et seulement en 
général! ce qu e dit l'auteur sur cette anarchie. Dans un tout autre 
domaine, on tiendra compte des réflexions qu'il présente sur la 
convocation des représentants des communes au Parlement (p. 471). 
Sur une période où, depuis une génération, sont venus s'accumuler 
tant de travaux importants, le volume de M. Davis apporte donc son 
contingent notable d'impressions el d'idées; il doit être mis hors 
de pair*. 

1. Corriger Cuira tut (Guiraml), Vahtet (Vaisselc]. 

1 \ |.jih- gulgm remarques Je détail : Robert Je Mettent (p. 3, 68, etc.) 






ittGtETIME. 421 

e des Tiidors a été traitée par M. Arthur D. Ikkrs'. Son 
volume se lit avec un grand intérêt. Il 3'est attaché particulièrement 
a Élire comprendre le côté politique des événements; le développe- 
ment des formes sociales, la transformation économique, l'organisa- 
lion administrative même sont simplement esquissés. L'œuvre ano- 
nyme du siècle, l'histoire propre du peupla anglais sout reléguées au 
second plan. C'est aux individus que M. Innés s'intéresse; il raconte 
leurs actes, il en scrute les intentions, il les juge avec finesse, avec 
équité. Il proteste avec toute raison contre les partis pris de Froude ; 
pODT Henri VIII, par exemple, il remet en plus d'une occasion les choses 
au point. En ce qui concerne Wolsey, il n'a garde de tomber dans 
!■■- l'xageraliuns >!'_• Tau n ton. S'il accepte en somme l'opinion de 
Pollard sur le Lord protecteur Somerset, ou de miss Slotie sur la reiuu 
Marie Tudur, il apporte a leurs portraits des retouches de détail qui 
mil l-.iir prix. Sur Marie Stuarl, il ne se prononce pas nettement, 
parce que le conflit des témoignages et surtout la forme suspecte 
qu'ils ont revèlue lui interdisent toute certitude, La question reste 
pour lui, comme pour M Lang, un mystère. En pareil cas, pour se 
décider, on n'a que des impressions, et lus impressions personnelles 
de M. Innés ne l'inclinent pas à un jugement favorable envers la 
reine d'Ecosse. Du moins monlre-til honnêtement les différentes 
faces des problèmes et les circonstances extérieures qui commandent 
les résolutions humaines. Parfois il pousse jusqu'à la subtilité le 
goûl des nuances, par exemple quand il discute jusqu'à quel point 
les entreprises de Drake contre les colonies espagnoles doivent être 
considérées comme des actes de piraterie. Il serait injuste, à coup 
sir, de placer Drake au rang des vulgaires écumeurs de mer, ou 
même, si l'on veut, des pirates barbaresques; il faut avouer néan- 
moins que certaines de ses entreprises ont èlé préparées avec une 
dissimulation, accomplies avec un mépris du droit des gens qui 
méritent d'exciter la réprobation et qu'on a le droit de les juger 
sévèrement, en se plaçant même au niveau moral de l'époque, 
fie 1res intéressant ouvrage me laisse cependant un vif regret : 
la bibliographie est tout à fait insuffisante. Non pas que M. Innés 
n'ait Indiqué les ouvrages vraiment utiles à lire sur l'époque qu'il 
mtia la partie relative aux sources, la plus importante 
cependant, est vraiment trop indigente. Les textes essentiels sur le 
divorce de Henri VIII, sur Marie Stuarl, sur les guerres avec l'Es- 




n« demil-U pa» être appelé île Mutai.' — P. 170, il faut Tpret [non Tprèt). 
— P. 487, H. Davis * oublié qiin l« Pbtlippe de Reims, dont il cite deux xen. 
n'e»l iiitrr que Philippe de Rtmi, «Ira de Beauroanuir. 
1 Enjlaad unrfer iht Tuiion. Metbucn, xvm-481 p. 



122 



BOLLETIS HI!<TOIir<_U ; E- 



pagne ne s'y trouvent pas. En particulier, les sources étrangères 
■OBt eoUènmtni omises. On dirait vraiment que la lecture des 
Ctxlendars doit dispenser de toute autre recherche. Gel appendice 
devrait être entièrement remanié, ce qui serait facile et ce qui aug- 
menterait à peu de frais la réelle valeur de l'ouvrage. 

M. Innés s'applique à peindre les principaux acteurs qui ont figuré 
sur la scène politique. M. Georges Macaulay Tieteltin, à qui est 
incombée la Lâche de raconter l'époque des Sluarts 1 , aime a disserter 

sur le- ivtiisc? u nies t't particulières des événements, MK la 000- 

dition des différentes classes de la socîélé. L'auteur de l'Angleterre 
au temps de Wycltjffe est à l'aise dans le domaine des idées et des 
faits de l'histoire religieuse, politique et sociale; au mu* siècle, ce, 
domaine est aussi ample que varié. M. Trevelyan nous en présente 
habilement les aspects si divers et le développement logique. Il 
montre a merveille les origines de la grande révolution puiiLaine d'où 
est sortie l'Angleterre moderne, le caractère assez particulier de la 
guerre civile qui mit en conflit des principes et non des classes, qui 
ébranla le pays sans compromettre son unité politique, qui lit 
triompher en déllnilive l'esprit puritain tout en épargnant à l'Angle- 
terre les maux effroyables qui accompagnent d'ordinaire les gUfltna 
de religion. La tolérance religieuse est aux yeux de M. Trevelyan 
l'idée fondamentale du monde moderne; il la montre tout d'abord 
combattue par le fanatisme des partis puritains, revendiquée avec 
violence par les sectaires, démocrates et ennemis des presbyte riens. 
poussant Cromwell au pouvoir, puis se glissant peu à peu dans la 
pratique gouvernementale à la faveur du scepticisme immoral et 
impudent de la Restauration, triomphant enfin après la crise de 
(tî.SN-Hi.S'J. Le progrés vers la liberté nous est présenté avec beau- 
coup d'art et de variété surtout dans la première partie du livre, 
celle où l'auteur est constamment soutenu par les excellents travaux 
de S. H. Gardiner et de C. IL Firlb ; il parait moins sûr de lui dans 
la seconde moitié, mais partout c'est le même style brillant, ingé- 
nieux, éloquent, non saus quelque soupçon peut-être d'enflure ou de 
préciosité, toujours vivant et captivant*. 

Les collaborateurs réunis sous la direction de M. Oman ont eu le 
champ moins libre. On leur a évidemment imposé l'obligation de se 



l. Ençtand under the Stuarlt. Mctbuen, xvi-566 p. 

S. Le premier Parlement dp Jacques I" a pIp .liions, non en 1610, comme 
il Ml dit i U p. m. mai' ru Ir.tl. OoaHM il Ml dil à U p. 1M- Il n'est p» 
exact que Jacques VI, roi dKtosw, ail épouse une calluiii.inc fj> II .: Anne 
de Danemark etail luthérienne, elle se conrerUI an cattiolieisme peu «tant 
! avènement de ton époux au trône d'Angleterre, 






IfCLETEME. i23 

renfermer strictement dans le cadre d'une histoire politique, et, par 
là même, on les condamnait d'avance à une certaine monotonie, Le 
tome 1 est peul-Olre celui qui échappe le plus à cette aéeessHa N 1 
cet ineonvémeni. Il a pour auteur SI. Thomas Houckii ', hien connu 
par scs excellents travaux sur les invasions germaniques en Italie. 
Il commence par un chapitre liminaire sur l'homme préhistorique dans 
la Bretagne Insulaire et l'on se demande ce que l'anthropologie peut 

■■■- sur l'histoire « politique «d'un pays; mais il n'importe pas 
en somme, d'autant que ce chapitre est 1res, court. Ceui qui suivent 
ont ce mérite d'être le très fidèle résumé des documents, maltaeu- 

Dl si fragmentaires, qui nous sont parvenus. Pour l'histoire 
des invasions anglo-saxonnes, l'auteur suit et analyse, chacun à 
son tour, les témoignages de source gallo-romainefProsperTiro et la 
Vie de saint Germain), anglaise (fiède et la Chronique anglo-saxonne) 
et enfin bretonne (Gildaa et Nennius, le Nennius vindicatus de Zim- 
mer*). Cette méthode est lente, mais conduit a des résultats pro- 
bables, en réduisant dans la plus large mesure la place laisséeâ l'hy- 
pothèse. On constate avec plaisir que M. Hodgkin se lient sévèrement 
en garde contre les exagérations et les partis pris de r'reeman. Il ne 
croit pas que la race bretonne ail disparu devant les vainqueurs; il 
rappelle doucement cette concession faite par Freeman que les 
femmes des vaincus devinrent la proie des nouveaux maîtres ; de 
leur union naquit un peuple, que caractériserai l fort justement l'épi- 
Ihete d'anglo-cclte. Il s'en faut donc beaucoup que les Anglais 
soient de pure race leutonique, et cette observation de bon sens suf- 
firait à elle seule pour renverser la construction élevée par l'imagi- 
nation téméraire de Precman. Notons d'autre part l'intéressant rap- 
prochement que fait M. Hodgkin entre les Angli et les Longobardi 
(p. Si) et la concomitance vraiment significative qu'il observe entre 
les invasions des Germains en Bretagne et celle d'Attila dans le 
centre de l'ouest de l'Europe (p. iOU). Il esl vraisemblable en effet 
que les peuples saxons qui se sont jetés sur la Bretagne vers 

i .lu v* siècle fuyaient devant les Huns. Quant à la condition 
de* personnes et des terres après l'occupation anglo-saxonne, 
H. Hodgkin est très circonspect. Ici encore, il s'en tient étroitement 
aux telles. Comme ceux-ci soûl muets sur l'occupation du sol, sur 

I. Ikt liiitory of Engtand frorn Ihe rarlirsl timei (a Ihe Norman conqunt. 
Lonimam, Qmm «| O, 1906, xxi-5'J8 p, 

rail |i«» i|ue al. ft'Hlgkiu ail tonu compta de» observation* crtliqii"* 
im Ir» Ihtork* iln Zlinmrr par U, James Mac Caffrey don* The Inth theoln 
il Q-tartrrly, Q- I. 




!-'' 



M'I-lKTn mSTOBIQOK. 



l'organisation de la villa par les Romains, il laisse II (fueatj 
ouverte (p. 77); pour l'époque aoglo-saioune, il traduit 
les lois rédigées dans les différents royaumes de l'heplareb'ie, et, s'il 
parait adopter en général les opinions de Vinogradoff el Cnadwick, 
il ne les présente que sous toutes réserves. Cependant, il estime que 
le sol a dû être occupé au début par des hommes libres [ccorts], 
astreints à la milice \fyrd) et à quelques redevance* ecclésiastiques, 
mats, d'ailleurs, propriétaires sans restriction du sol où ils habitaient. 
Puis les lots se morcelèrent par suite même de l'agrandissement des 
familles, el la situation du ceorl s'amoindrit progressivement. Entre 
l'époque d'Ine et celle d'Alfred se constitue une noblesse de service, 
qui s'eorichit, surtout par les donalions royales constatées el confir- 
mées de plus en plus par des actes écrits {boo/ilanif\, au détriment de 
la terre qui appartenait à la famille ou à la tribu (olldimd et qui était 
par nature inaliénable. C'est cette noblesse qui constitua I* * Assem- 
blée des sages « {Witena-Oemât}, première forme, si l'on veut, du 
Parlement anglais, mais forme singulièrement éloignée et différente. 
Sur tous ces points, M. Hodgkin ne s'aventure a exprimer une opi- 
nion que s'il peut l'appuyer Je quelque document. De même encore 
quand il est amené à parler du fameux serment prêté, dit-on, par 
Harold au duc de Normandie. A ses yeux, les témoignages que nous 
en avons sont tous suspecls, el il se contente d'exposer (d'après la 
tapisserie de Bayeux) la tradition fixée par les Normands victorieux. 
Ce n'est pas qu'il n'ait ses idées personnelles: ses noies sur la mon- 
naie anglo-saxonne (p. 232) et sur l'étendue du » Danelaw », que 
l'élude des noms de lieux permet de déterminer avec une sûrelé 
approximative (p. 315), ses dissertations sur la nature exacte du 
vasselage que l'Angleterre imposa à l'Ecosse en 921 ip. S23>837), 
sur l'emplacement probable de la bataille de Brunanburg [p. 332!, 
sur le prétendu massacre général des Danois le jour de la Sainl- 
Brice (p. 387), etc., sont d'un homme qui a vu les textes avec 
des yeux pénétrants el non prévenus. Le volume se termine par une 
rapide revue des sources et des principaux ouvrages sur l'Angleterre 
avant la conquête normande; ou souhaiterait que les Indications 
bibliographiques fussent plus précises. Un bon index termine ce 
volume, qui n'est peul-élre pas d'une lecture 1res plaisante (par 
quel artifice il est vrai pourrait-on suppléer à l'absence ou à la 
sécheresse des documents?), mais qui est à un degré éminent 
consciencieux, solide, instructif. 

M. George Burton Adahs, professeur à l'Université de Yale, conti- 
nue l'histoire d'Angleterre depuis la victoire de Guillaume de Nor- 












ANSLKTEKBE. 1 25 

mande à Hastings jusqu'à la mort de Jean sans Terre 1 . Les limites 
qui lui ont été imposées sont donc plus étroites que celles qui ont été 
HlJgaéea a M. Itavis. Il est d'ailleurs inléressanl de comparer les 
deui ouvrages. Disons-le tout de suite : au point de vue littéraire, lo 
livre de l'historien anglais est supérieur à celui de son collègue amé- 
ricain. Chez ce dernier, on ne retrouve pas la vive allure du récit, les 
portraits brillamment enlevés, les scènes pittoresques qui iboadent 
dans l'ouvrage de M. Davis. I.â ou M. Adam* est tout à son avan- 
tage, c'est quand il expose les origines, le caractère et le développe- 
ment des institutions. Il esL familier avec les sources, il commit 
a fond les controverses soulevées aulour des documents, et, dans le 
conflit des opinions, son jugement ferme et sain sait prendre parti. 
|ieut-être il disserte un peu trop longuement, mais il y 
a profll à lire ce qu'il écrit sur la nature du système féodal trans- 
|i"rl<- M Angleterre ;i|>res la conquête normande, sur la politique 
d'union nationale poursuivie par Henri I", sur l'organisation judi- 
ciaire et llnancière des rois normands el angevins, sur le sens et la 
portée de la Grande Charte. Celle-ci ne se comprend bien que si on 
la considère comme un manifeste de la féodalité anglaise issue de la 
conquête; elle ne contient aucun principe nouveau, ne proclame 
(est-il liesoin de le dire?) aucune des libertés revendiquées par 
le monde moderne. Klle n'impose au roi qu'une contrainte, celle du 
respecter les privilèges acquis el de ne pas violer la loi ; c'est en ceci 
seulement qu'on peut y voir une garantie pour l'avenir. 

Après M. Adams, vient M. T. F. Tout, professeur à l'Université 
de Manchester 1 . Si l'un excepte quelques pages sur l'étal social du 
pays vers le milieu du un" siècle, sur la littérature, l'art, la situa- 
tion de l'Église au temps de Wycliire et la tentative de réforme 
religieuse qui agita le royaume à partir de i3H, M. Tout a donné 
toute son attention aux rapports des souverains avec leurs sujets, 
leurs vassaux, les princesses étrangères, à leurs guerres et à leurs 
traités, Il suppose connue de ses lecteurs la constitution du pays 
et son organisation administrative; il ne traite des institutions 
qu'autant qu'il est nécessaire pour l'intelligence des événements 
potittqntt. Dans ces limites étroites, l'auteur a exécuté son plan 
avec une érudition remarquablement sûre et bien informée. Qu'il 
s'agisse des troubles civils ou des guerres extérieures, de la conquête 



I 7ht hutary of England fmm Iht \orman Conquest ttithe death ofJokn, 

'■;. Lmjfi.ain.. I90S, »■*« p. 
î. 7hr hutory o( Eaglaiu! from llir aeccsiùm of Henry tll (o Ikt dmlK 

ofBdward tu, 126G-Î377 Loafnu*, 1905, inv-196 |-. 



*2fi BCLLKTI* UISTOBI0.CE. 

de la principauté de Galles par Edouard I", des luttes contre l< 
Écossais, des expéditions en Guyenne ou des premières cam- 
pagnes de la guerre de Cent ans, il prouve qu'il connaît admira- 
blement les originaux, les livres des historiens étrangers aussi 
bien qu'anglais, les pays où il lui faut suivre ses personnages. 
Il ne disserte pas, il indique seulement les idées directrices de son 
exposé et va droit au fait, fie sont les deuils qui le préoccupent; il 
les donne avec toute la précision que comporte une histoire générale 
écrite pour le grand public, mais il ne se laisse pas accabler par leur 
masse. Il les distribue avec un sens exact des proportions , les 
enobàsn dans un récit rapide et limpide; on le lit d'ordinaire avec 
intérêt, toujours avec fruit. Son volume est de ceux que les gens de 
métier devront consulter; ils regretteront qu'il lui ait été interdit 
d'apporter régulièrement ses références et de faciliter les recherches 
de ceux qui, après lui, auront à repasser par les mêmes chemins. 
Autant qu'il peut, M. Tout échappe a cette nécessité; on lui saura 
gré de quelques notes qu'il a glissées au bas des pages de l'appendice, 
où il énumère les sources et les principaux ouvrages a consulter. Ici 
encore, il n'y a guère qu'à louer». 

L'idée n'a pas été heureuse d'arrêter a la mort d'Edouard 111 le 
volume confié a M. Tout et d'attribuer le règne de Richard 11 au 
volume suivant. Logiquement, l'histoire de Richard le Mal-Avisé 
devrait rester soudée à celle de son grand-pere. Il y a quelque chose 
de choquant, en particulier, à voir couper en deux la vie et l'œuvre de 
Wycliffe. On a peut-être voulu répartir les matières à irai 1er de Taçon 
a produire des volumes de dimensions à peu près égales et sans doute 
aussi réserver a M. Otus, auteur d'une étude personnelle et originale 
sur le soulèvement de 1381, le soin de retracer cet épisode, si impor- 
tant à lant d'égards, avec toute la compétence désirable. Prenons donc 
le volume de M. Oman dans les limites qui lui ont été assignées 3 . Il 
a été traité par un homme rompu à la pratique de l'enseignement, 
érudit même, connaissant les documents originaux et habile à en 
tirer (il vient de le prouver encore tout récemment) des faits nou- 
veaux. Outre son récit du grand soulèvement de (381, où M. Oman 
n'avait qu'à se copier lui-même en se résumant, je noterai, en par- 
ticulier, le jugement qu'il porte sur Henri V et sur Richard III. Pour 

1. P. 460, il fan! corriger le nnm d'uu de» idttenn de Froîssart : après Lucc, 
c'eut Raynaud (d non Bayni'uard) qui fui charge du travail. — P. I9Î, I. 7, 4 
partir du baa, il faut lire Hùms au lieu de IHoms. — P. 389, lire Chi»etl*rault 
an lieu de Châitlherautt. Ces > Ultpriali i sont lout à fait rare». 

ï. The bUtory of Bitgtand from (/te aeceuioa of Richard II la Ihr dtath of 
Richard Ut, t3T7-tiS5. Longmana, 1906, CTI-5iS p, Prii r 7 a!i. 10 d. 






iicletehiii:. 127 

ifer, il montre que, malgré l'incertitude des u'-un nouages con- 
temporains, il esl difficile de ne pas voir dons et- prince un ambi- 
tieux criminel qui eut l'art de profiler des meurlres les plus odieux 
sans paraître les avoir ordonnes. J'aurai l'occasion de revenir sur ce 
notai en parlant de l'ouvrage plus récent de Sir Cléments R. Mark- 
hain '. Pour Henri V, M. Oman, réagissant avec raison, à mon sens, 

ImiratiOD, on pourrait presque dire l'adoration pfOl 
l'égard de ce prince par MM. Satbbs Bl Kingsford, pur exemple, 
refuse de voir on lui le Ijpe du héros chrétien, rigide observateur de 
la bl divin»', maître de ses passioos, exalté pour la gloire du Christ 
et rêvant de soumettre le monde à son Dieu après avoir soumis à son 
pouvoir la France rebelle. Que Henri V ait eu l'âme d'un croisé, on 
ne le nie pas; mais sa Toi s'accommodait aussi des vices qui ont terni 
les vertus d'autres guerriers fameux; ses calculs d'ambition compor- 
taient une lionne pari d'egotsrni' et, dans le combat, après la bataille, 
il se plut à verser le sang. S'il s'inspira du Christ, ce n'est pas dans 
un esprit de charile. 
M. H. A. U Kisbbh vient à la suite de M. Oman; il raconte les 
de Henri Vil et de Henri VHP. Dans son récit, il suit autant 
ble l'ordre chronologique, et, par là même, il pro- 
à la longue une impression de monotonie. Il arrive, par contre, 
que ce procédé donne de bons résullals. Considère/, par 
t, Henri VIII; H est peu de caractères historiques sur looqgeia 
,u pulesenl différer davantage, M. Ficher noie successive- 
Lralte les plus variée parfois les plus opposés, de cette 
M assez, enigm;tlique, et il réussit à lui donner une [khjftlo 
nomie vivante, en somme, et qui dorme presque l'illusion de la réalité. 
Jusqu'à quel point Henri VIII a-t-il été l'ouvrier conscient ou néces- 
saire de l'œuvre si périlleuse qui avait pour objet immédiat de briser 
le lien qui rattachait l'Angleterre a Rome et qui fut peut-être, en 
effet, une des causes du prodigieux développement de la protestante 
Angleterre? La question n'a pas été posée. M. Kisber, nourri dans 
l'abstraction philosophique, est pénétre de l'idée que l'historien doit 
être avant tout un observateur exact des faits. Ce n'es) pas qu'il 
répugne aux Idée* générales; il indique loti bien les causes qui (en 
dehors des latérite particuliers ao wavanio) poasaanal l'Angle- 
terre, un peu maigre elle, dans la von- de la Réforme, de même qu'il 



1 Itichar-i III: hit lift and tharacler rtvitvvd in Ihe li'jht <•( ri-ctnl 
ratan-h. Loodrat, fimitlt. Klil-f •■! U", 1906, Ï1X-ÎÎJ y, 

% The iutory o( EajUiiU frem tké acetutot. of Htnnj Vil to Iht death 
mfHttuy VJJl onau, 1908, ix-518 p. 






dn ekrn «t 4e I 



le 

exemptes de h i 

II' un Mt, nota pwaoïu an tome X, qui couvre h période de 
l'avènement de Georae* Di 17** âbdémissràn de P.U IMI . Cette 
partie * été traitée par l'on des efilews, Je Rév Wiiiiim tkn>. Les 
• à ce volume ne parâmtmt pu avoir été très jodi- 
t tel 
la guerre de Sept ans et rarréteot avant la On de la ? 
lion. Ce sont donc des accidents {car on ministère qui ternie n'est 
qu'un acodeirt) et non des bit» >f importante générale qui ont déter- 
miné Tétendne de la période étudiée. Ce eadre un peu factice a été 
rempli par M. Bunt avec une conseienee tout à fait digne d'éloge. Il 
ne s'est pas eonlenlé de résumer les ouvrages on les *»«fae 
imprimés; il a puisé â des sources manuscrites : papiers du duc de 
Newetslle, de Pitt, de Lord Greuville, etc., et qootqo'en règle géné- 
rale les auteurs de la collection soient tenus de s'abstenir de notes m 
bas des pages M- Hunt a indiqué les points sur lesquels il apporte 
des faits nouveaux. Le récit est peut-être un peu trop asservi à 
l'ordre chronologique, un peu trop dénué de chaleur et d~ édat; mais 
Il est clair, Intéressant, intelligent. Il met en bonne lumière le carac- 
tère île Geori.;r. 111, dont l'influence personnelle a été si grande sur 
le gouvernement cl sur l'équilibre des partis politiques; quand il en 
arrive â montrer les causes de la rupture entre l'Angleterre et ses 
UDérfqOB, il n'a d'autre souci que d'exposer les préten- 
Iroils, les torts de chacun. Lorsque la France révolution* 
naire eut déclare la guerre à la coalition européenne, il prend réso- 
lument parti pour Pitt contre Foi, mais lis passions des tories ne 
vii'iiri'TiL irouMi:r ni la simple ordonnance de son récit ni la séré- 
nité de son jugement. Il n'est pas impassible, mais il sait rester 
impartial. 

L'honorable George C. Brouriciî avait été chargé du volume sui- 
vant ijiii s'étend de l'administration d'Addington :lsoi;à la mort de 
ijuillaume IV (1887); mai: il mourut en 1903 laissant son volume 
inachevé. Son collaborateur, H. J. K. Kothljuvckim, a complété le 






1 . The bhtnnj of Engtand from the accession of George III lo tht doit of 
l'ili'i fini adminutralioa, 1769-1801. Loiigroans, 1905, ivin-495 p. el 3 caries. 
Celle cln U Un mle-Brc Ligne montrant ta refiresenlaliori parlementaire iUli 






(29 

travail et l'a mis au point'. Travail toujours délicat; aussi ne faut-il 
[AS trop s'étonner si le présent volume manque pour ainsi dire de 
personnalité. Lu plan est assez fortement conçu, l'ordre chronolo- 
gique n'a pas été suivi de trop prés; les faits sont bien groupés en 
chapitres, dont chacun a sou sens et son unilè propres. On ne lira pas 
sans profit, surtout en France, ceux qui se rapportent à la Reforme 
électorale de (832, a la loi des pauvres de (834, à la littérature et au 
progrès social pendant le premier tiers du xrx' siècle. C'est un résumé 
rapide, clair, substantiel, mais généralement terne, des événements. 
L'homme disparait derrière les faits 3 , comme s'il était une quantité 
négligeable dans l'histoire. 

Le dernier volume paru de Y Histoire moderne publiée à Cambridge 
est le tome IV*. Le sous-litre : The t/iirly years war, n'indique pas 
exactement les limites dans lesquelles les auteurs étaient tenus de se 
renfermer ; elles dépassent de beaucoup le traité de Weslphalie, puis- 

q i DOUa mène jusqu'à la mort de Mazarin, à la Restauration des 

Sluarla, au rotai disse meut de la paix dans les pays Scandinaves (lilliO), 
a la mort de Philippe IV d'Espagne (1665). On essaie bien de mon- 
trer dans la préface que les événements qui se sont accomplis de 
(048 â lOi'.O sont étroitement liés à la guerre de Trente ans. On peut 
l'admettre jusqu'à un certain point. (Jnmmenl, cependant, faire ren- 
trer l'histoire intérieure de l'Angleterre sous Charles I" et Crorawell 
dans le cadre de la guerre continentale? Celte histoire a d'ailleurs un 
caractère si nettement insulaire, la révolution puritaine a si peu de 
points de contact avec les troubles du continent qu'il aurait été peut- 
être avantageux, au point de vue de la composition littéraire, de réunir 

I i Mil bloc tous les chapitres concernant l'Angleterre. De même, 

lue volontiers le chapitre sur l'Église rapproché du chapitre 
sur le Cartésianisme et l'ouvrage se terminant par l'abaissement poli- 
tique de la papauté el le triomphe de la pensée libre. Mais c'est un 
exercice un peu vain de refaire par la pensée le plan d'un ouvrage 
dont le» différentes parties devaient être traitées par tant de colla- 

1. ri» hutary o( h.mXttni from Âddinglon's admlniitralinn la Ike close 
o{ William IV's reii)n, t80t-1837. Lo»«tnans, t!»G, xu-tSG p., J carte». 
A nolrr celle de l'Angleterre parlementaire âpre» U réforme de 1331, réédition 
ÛmpliBée de celle <|ui se Irouic dans l'AlU» de M. Poole. 

1. Il e.l carieut de constater que U mail de Napoléon n'est même pu men- 
tionnée. Elle ri' rit pni indiquée à I* table el je ne l'ai pu» trouvée riant le 
lofante, — Dan» la bibliographie, on reconnaîtra ilillit'ileinrnl lu nom de l'his- 
torien français Seigiiobo» défigure (|>. 1 i'Ji en Stknosos! 

t. The Cambridge modem hittory. Vol. IV ; The (hirty yean war. Cam- 
bridge, al tbe linlTemil. preu, t'JOO, ixx-1003 p. La Revue historique a déjà 
i p. 213) la liste de» chapitres. 
Re». Emoi. XC1V. i»rAsc. fl 






430 iCLLrnj histouqui. 

borateurs. Il vaul mieux reconnaître la conscience avec laquelle a été 
traité chaque chapitre pris séparément. L'état de l'Allemagne et des 
pays Scandinaves a été exposé avec une précision et parfois une 
ampleur tout à fait dignes d'éloges. Les chapitres sur la France 
paraîtront sans doute moins nouveaux à des Français; certains trou- 
veront qu'on aurait pu analyser plus ûnemenl les éléments divers qui 
entrèrent en lutte pendant la Fronde. Mais dans son ensemble l'ou- 
vrage est des plus satisfaisants. On a raison, dans la préface, d'atti- 
rer l'attention sur la bibliographie de la guerre de Trente ans placée 
à la fin du volume. Cette bibliographie est comme le résumé du cata- 
logue, qu'on nous promet, de l'immense collection de livres et de 
brochures formée par feu Lord Àcton et conservée aujourd'hui à la 
bibliothèque de l'Université de Cambridge. Il semble que l'esprit du 
célèbre professeur continue d'inspirer une entreprise dont il a été 
l'ardent promoteur. 

c Le présent travail », nous dit le D r Moritz Julius Bonn dans la 
préface de son livre sur la Colonisation anglaise en Irlande 4 , « fruit de 
longues années de recherches, a pris un développement plus grand 
que je n'avais imaginé tout d'abord. J'avais voulu étudier le pro- 
blème irlandais comme étant un problème de colonisation, afin de 
savoir jusqu'à quel point, dans un pays habité par une population 
vigoureuse, une politique de peuplement est possible ». Deux séjours 
prolongés dans le pays, des recherches approfondies dans les biblio- 
thèques et archives de Dublin, de précieux concours fournis par les 
directeurs de ces établissements et par les érudits locaux les plus 
compétents lui ont permis de réunir un inestimable trésor de faits 
et d'observations. 11 ne lui a pas fallu moins de deux volumes (plus 
de 700 pages) pour les mettre en valeur. L'Irlande est la pre- 
mière colonie que l'Angleterre se soit proposé de conquérir et 
d'exploiter; ce sont exclusivement les moyens employés pour la con- 
quête et l'exploitation de Pile que l'auteur étudie. Il ne refait pas 
l'histoire de la conquête du xn e siècle, ni celle des guerres entre- 
prises par Henri VIII et par Elisabeth pour rétablir l'autorité royale 
dans le pays, ni celle du soulèvement de 4640 et des terribles repré- 
sailles exercées par les républicains, ni celle des luttes entre les 
jacobites et orangîsles à la fin du xvn e siècle. Il n'en rappelle que les 
faits nécessaires à l'intelligence de son exposé. Au contraire, il attire 
toute l'attention du lecteur d'abord sur l'organisation sociale et poli- 
tique du pays avant la conquête, puis sur les efforts tentés par les rois 



/ 1. Die englitche Kolonisation in Irland. Stuttgard et Berlin, Cotta, 1906, 
' 2 vol., vm-397 et 320 p. 



-\*^ 






(1CLLTETIBK. 131 

anglais pour ; établir le régime féodal, pour détruire le système des 
dus, |«jur partager le sol et fonder la propriété (surtout la grande 
propriété! individuelle de* biens-fonds, enfin pour éLablirdans le pays, 
rebelle à toutes ces i mporUlitins étrangères, descolonsderaceanglaise 
fia écossaise) et des proleslanfs. IVabord teulative d'assimilation, puis 
tentative d'absorption ou d'écrasement. Chacune de ces tentatives a 
laissé des traces plus ou moins profondes dans ce malheureux pays 
incapable de se. gouverner lui-même; aucune n'a réussi. Pourquoi, 
comment? Voilà l'objet propre de ce livre très bien composé, très 
clair, très érudil, très instructif. Entre tant do chapitres intéressants, 
les plus apprécies seront peut-être ceux qui se rapporlent aux 
• plantations » ou colonies établies à main armée, en particulier à 
l'établissement des soldats de Gromwell dans les terres confis- 
quées sur les rebelles. Les divers aspects de celle « colonisation 
républicaine » ont été étudiés avec une abondance de documents et de 
chiffres qu'on ne retrouve dans aucun autre ouvrage. Ajoutons que 
l'auteur n'a porté aucun parti pris dans l'élude de ces problèmes; 
sans doute, le fait qu'il est allemand et qu'il n'est imbu d'aucun des 
préjugés nationaux qui divisent les Anglais et les Irlandais lui ren- 
dait celte tâche relativement facile; mais c'est aussi parce qu'il s'est 
imposé de ne jamais abandonner le terrain striciemenl scientifique. 
Il montre bien ce qu'il y a de violent dans les ■ plantations ■ 
anglaises; d'autre part, il prouve qu'à aucune époque et sur aucun 
point la population irlandaise n'a été violemment transplantée pour 
être parquée, pour ainsi dire, dans des réserves, comme les Peaux- 
: uns l'Amérique du Nord. L'ouvrage s'arrête à l'année IMS, 
qui vil s'effondrer le régime colonial imposé à l'Irlande. La famine ne 
•ufiH pas pour expliquer à elle seule l'effroyable misère, la mortalité, 
Pémlgration qui décimèrent le malheureux pays. C'est le régime tout 
entier qui est responsable, et que nous voyons disparaître peu à peu 
sous les coups d'une législation nouvelle, non pas toujours 1res cohé- 
rente, mais au moins plus humaine. Aujourd'hui, c'est l'élément 
Irlandais, bien que réduit dans de forles proportions', nui travaille à 
expulser l'élément étranger; le régime de la colonisation à outrance 



I. L* rweowmtnl de 1811 donnait* l'Irlande une population ilr 8,175,124 bkbU 
Unis; «lui de 1901 ne lui en donne plut uue 4,158,775. Elle a donc en 
Mbanta ant perdu plut de 3,700,000 habitant*. L'enugrMfon lui en toléra «H- 
on iO.Uft) pjr »n; qu|ra-*laitl I*""" ceul de* é migra ait sont de* jeutu-s grm 
kquini' * Irenle-cln-t ant (voir I. Il, ]> 300), Bar l'outrage de H. Bonn, voit 
■n InUrtMcnl comple-rendu par a, Dunlop dans Engltth hittur Htview, 
1906, p . 



A 32 BILLETtN BISTOMQtig. 

a été vaincu et il est abandonné. L'avenir dira comment il sera r 



De l'Angleterre à l'Amérique du Nord, la transition est aisément 
fournie (s'il en est besoin) par les Irlandais, ces pionniers de l'émi- 
gration. 

Après un long intervalle, M. John Andrew Doue a repris son his- 
toire de la colonisation anglaise en Amérique. En 1882, il avait traité 
des colonies du sud : Virginia, Maryland and tke Caroline* (I vol.); 
en (886, des colonies du nord : The purilnn colonies [2 vol.), et il eu 
IVtit suivi l'histoire jusqu'à l'avènement de la maison de Hanovre au 
trône d'Angleterre. Aujourd'hui, il Iraite des colonies intermédiaires : 
The middle colonies, dans un volume qui forme le tome IV de la 
série'. On y trouve l'histoire des établissements qui formèrent plus 
tard les états de New- York, New-Jersey et Pensylvanie, c'esl-a-dire 
d'uno part la conquête de la région occupée par les Hollandais et 
exploitée par eux jusqu'au traité de Bréda 1 , et, d'autre part, la diffu- 
sion du quakerisme, d'abord en New-Jersey, puis dans l'arriere-pays 
colonisé par William Penn. Celle histoire est puisée directement aux 
sources les plus sûres, qui sont énumerées et appréciées en tétc de 
chaque chapitre. Elle est contée avec netteté, abondance et précision. 
La lecture n'en est pas divertissante, non par la faute de l'auteur, 

1. The Englisk in America. Vol. IV : Tke miitdle colonies. Longmans, 
1907, 563 p. Prii : 14 sli. 

2. Sur la conquête des nouveaux Pays-Bas, loir un article de M. Percy Lewis 
Haye inséré dans les Johns Hopkim Umvertity Uudies (Baltimore, 1905, 
série XXIII, n" 5-6) sous le lilre : English colonial administration amler tord 
Clarendon, 1660-1667. Dans celte monographie, bien documentée et bien pré- 
sentée, l'auteur montre d'abord l'accueil que reçut la restauration des Sluarts 
dans les diverses colonies, puis l'organisation donnée par Clarendon i l'admi- 
nistration coloniale, enfin la politique de ce ministre è l'égard de certaines de* 
colonies américaines (chartes 1res libérales accorder*, à Connedicut et 4 Rbode 
Island, fondation de la Caroline au profil du duc d'Vark, etc.) et â l'égard des 
colonies hollandaises. Il apprécie comme elle le mérite la perfidie de ce ministre 
qui, en Europe, ne cessait de déclarer à La Haye ses inlenlions pacifiques, tan- 
dis qu'il encourageait les entreprises contre la Nouvelle- Amsterdam, mail 
il avoue un peu plus loin {p. 73) que l'expulsion des Hollandais était une néces- 
sité pour les colonies anglaises, qu'elle était une conséquence fatale des Actes 
de navigation promulgués par le gouvernement anglais. 11. Doyle, de son cdlé, 
constate que les Hollandais établis en Amérique se soumirent proruplemcnt aui 
conséquence* de la conquête et que ces annexés ne furent pas une cause de 
trouble et d'affaiblissement pour les vainqueurs. A un autre point de vue, il est 
intéressant de voir (p. 147) l'indifférence des colons à l'égard de la u Préroga- 
Hve royale >. Leur intérêt personnel était leur première loi. — H. Doyle aurait 
pu mentionner l'article de M. Kaye s'il ne s'était donné pour loi de renvoyer 
presque uniquement aux sources. 









àHSLIItlM. 133 

par l'indigence du sujet lui-même; ce sont de menus faits d'his- 
toire locale cl si lointaine! Pas de grands événements; sauf Penu, 
pas on personnage notable. Mais ce sont les très humbles commen- 
cements «le ce qui est devenu une des grandes puissances mondiales, 
et, a ce titre, ils importent à la connaissance de l'histoire universelle. 
Pour beaucoup de Français, les faits exposés par M. Llovle auront au 
moins Paîtrait de la nouveauté, tant nous sommes mal renseignés sur 
ces choses d'Amérique; même certains épisodes, comme les luttes des 
colons américains contre Frontenac, apparaîtront plus en vérité, si 
on les observe sous un aspect opposé. A un autre point de vue, il est 
intéressant de voir comment les lois anglaises imposées par la mère 
patrie, comment les sectes religieuses persécutées en Angleterre et 
transplantées sur l'autre rive de l'Atlantique, ont pu s'adapter à des 
milieu* nouveaux. On notera, en particulier, ce que dit l'auteur des 
puritains et des quakers, et pourquoi ces derniers, malgré la vertu 
de certaines de leurs croyances, sont devenus cependanl, 
lu nu mu- en Pensyl vanie, un fécond élément décolonisation. — Dans 
le cinquième volume 1 est exposée l'histoire des colonies en général 
depuis l'avènement de la maison de Hanovre jusqu'à la ruine de la 
domination française au Canada. On y appréciera particulièrement les 
chapitres sur la condition économique et sociale de ces colonies, sur 
leur organisation administrative, sur la religion, sur le mouvement 
littéraire et intellectuel, sur ics divers éléments dont se forma la popu- 
lation : colons venus d'Europe (quakers irlandais, presbytériens 

huguenots de France, luthériens d'Allemagne et de Suisse), 
nègre» exportés d'Afrique, indiens aulochtones. Le dernier chapitre 
du volume, consacré a la conquête du Canada, ne sera, pour beaucoup 
de lecteurs français, qu'un résumé de choses déjà connues; mais on 
appréciera l'impartialité avec laquelle l'auteur touche certaines ques- 
nl d'autres se laisseraient aveugler par leurs préjugés. Il 
■ assassinat » de Jumon ville (t. V, p. 555-55fi) avecautant 
de calme réfléchi que du traité d'Ulrechl (t. IV, p. 355). II lient de 
même la balance égale entre les colons américains et le gouverne* 

lus. D'autre part, il nous fait comprendre la nature des 
dissentiments qui détachèrent peu à peu les colonies de la mère 
patrie'; pui= vint la défaite infligée par les Français ;iu général Brad- 

I. The Engtuh In America. Vol. V ; The colonie! under thr llouie of liant;- 

nt. Loagmaas, 1907, 62» p., avec une carte. Prix : 14 ah. 

i M Dojlf énum*re 1rs cause* de cou 11 il qui allèrent s'ai|(ri»*anl île 

XviN* siècle : la principale esl crllr de* traite- 

»U alluuex ut] fmirtioriualrnt, puis vient !.■ rlruil réclamé par les aetemblécs 

4 d'tni«tlrr du papier-monnaie, colin, cl seulement ta dernier lieu, il 




434 BULLETIN HISTOUQUE. 

dock en 4755; les colons américains ressentirent moins d'amertume 
de leur échec que de mépris pour les généraux anglais inhabiles à la 
guerre des bois. Au moment où s'arrête l'auteur, on prévoit l'inévi- 
table séparation. 

Je terminerai cette division consacrée à l'histoire générale en men- 
tionnant, brièvement, car elle dépasse le cadre du présent bulletin, 
l'intéressante histoire de la diplomatie de M. David Jayne Hill' . L'au- 
teur, qui s'adresse au grand public, non aux érudits de profession, 
s'est proposé de montrer le développement politique de l'Europe au 
point de vue international. Le tome I va de la fin de l'empire romain 
au xiv 6 siècle ; le tome II traite de la formation des états modernes 
depuis les débuts de la guerre de Cent ans jusqu'au traité de West- 
phalie. L'auteur, qui connaît les textes originaux et les ouvrages de 
seconde main, expose les faits avec aisance et clarté. Il n'apporte pas 
d'idées nouvelles et il donne le résumé de ses vastes lectures sous une 
forme un peu trop fluide, mais son ouvrage se lit avec agrément et 
non sans fruit. Il indique les principaux recueils de documents et les 
ouvrages les plus autorisés qui ont été publiés en Allemagne, en 
France et en Italie. Cette partie bibliographique, sans prétendre 
épuiser le sujet, pourra rendre des services. 

Ch. BéiioifT. 
(Sera continué.) 

place les restrictions imposées par le gourernement anglais an commerce et à 
la production industrielle des colonies. 

t. A hisiory of diplomacy in tke international devehpment of Europe. 
Vol. II : The establishment of territorial sovereigrUy. Longmans, 1906, xxv- 
663 p., plus 4 cartes. 



GE9CHICHTE DES (MECSIC^ST. 



COMPTES-RENDUS CRITIQUES. 






Hana DelbbÙce. Gescbichte der Kriegsknnst Im Rahinen der 
politlscben GeBchicnte. 2" Theil, V liai fie : Volkerwande- 
riing Uebergang 1ns Mittelalter Herlii), 1902. ln-8°, 257 pages. 

M. Deibriick, continuant sa remarquable Histoire de l'art mîtitairt 
dam tel rapports avec l'histoire politique, étudie dans ce volume les 
grandes invasions et le début du moyeu âge. Le second livre com- 
prend les chapitres suivants : les armées germaniques de l'empire 
romain, la bataille de Strasbourg (sous Julien en 357), la bataille d'An- 
drinople, les effectifs, tes cbefs de l'armée pendant la migration, les 
établissements des Germains dans l'empire. Après avoir démontré, 
après beaucoup d'autres historiens, que, dès le ni* siècle, les armées 
romaines sont, en réalité, des armées barbares, essentiellement germa- 
i Delbriick met de nouveau en relief le fait capital dont la 
démon.- ira ti ou est l'idée maiirexse de tout son livre, à savoir la faiblesse 
nsmerujuedeiuuLo? h's armées, soit romaines soit barbares. A notre avis, 
M Uelhrûck a définitivement lue la légende des grosses armées, depuis 
les guerres médiquea jusqu'au moyen âge. C'est la un résultat dont il 
faudra dorénavant tenir compte. Julien n'avait pas plus de 1 5,0011 liommes 
à la bataille île Strasbourg, et les Golhs n'étaient pas plus nombreux à 
la bataille d'Andrinople. Marius et César avaient des forces supé- 
rieures a celles des Germains et des Gaulois. Les chiffres que donne la 
Kotitia ttignitatvni pour l'armée romaine du iv" siècle ap. J.-C. 
n'existent que sur le papier; s'ils avaient été réels, les grandes inva- 
sions n'auraient pas eu lieu. Les Vandales ont conquis l'Afrique avec 
8 à 10,000 soldats au pins. 

Le troisième livre est consacré à l'armée de Justinien et a ses 
guerres contre les Goths. Ici, la thèse de M. Delbrûck est surabondam- 
ment prouvée par les textes eux-mêmes. Les effectifs des armées impé- 
rial™ et barbares ne dépassaient guère lô a ?0,0U0 hommes. M [<■]- 
brùck montre parfaitement, en outre, les deux principaux caractères des 
armées de Justinien : prédominance de In cavalerie, substitution aux 
troupes régulières de bandes de mercenaires, de buecellarii. 

L* quatrième livre traite des débuts du moyen Age et expose succes- 
sivement : la constitution militaire dans les nouveaux royaumes bar- 
bares), le changement do la lactique, la décadence de l'organisation 
militaire primitive Kerni-im. -romaine, la naissance du système dee 
fief» Cette partie est naturellement moins originale que les précé- 
dantes, quoiqu'elle ronferme encore beaucoup d'idées nouvelles et 
ingénieuses, par exemple le rapport qu'il y a entre les BwdifiMtlorU 




isn 



COIII"rES-»F,*I>FS camcns. 



potitii met .'[ sociale! ''i la prédominant île plus en plue marquée de li 
cavalerie, entre les bucettlarii de la lin de l'époque romaine e 
■aux du début du moyen âge. Sur ce dernier point, M. Delbruck est en 
général d'accord avec M. Cuilhiermoi, dont il analyse, dan» un appen- 
dice, rt'siui jur t'oftgint de la nublcne en France au moyen 4g*. 

Ch. liunui. 



l'.-lf. Catamil i>k uSaIssaïe. Manuel de l'histoire des religions, 

traduit do l'allemand sous la direction de H. Hubebt et I. Lêvi. 

Pari», Colin, 1U04. Gr. in-8°, liii-744 pages. 

« No» étudiants n'ont pas encore un manuel de l'histoire des religions. 

mi de co livre «e sont préoccupés de donner en français, tant 

nu autres, l'instrument de travail qui leur manquait. 

Noai BïOtw mioux aimé traduire un ouvrage éprouvé par le succès que 

.1 i ii i un nouveau qui pouvait être médiocre. 1 On ne saurait 

Dirai dira ni nilmi faire. L'excellent ouvrage, publié sous la direc- 

u Il H Chutante de la Saussaye, méritait d'être traduit; il l'est 

i | '•' fort iniiM'ii.iblement. 

PlWUun [nain» mit collaboré à la traduction comme à la seconde 

''iiiu.ui illMMndj dn lira même. Les quatorze chapitres de l'ouvrage 

■ i lotrodnatioa (très sommaire : science et classification 

a., terminologie), loi peuples dits sauvages, les Chinois, les 

Flj h , h ■ i fpdena, lot Babyloniens et les Assyriens, les Syriens 

ni lui PHtttlolMS, lp« laraélitos, l'Islam, les Hindous, les Perses, les 
OnOcH ta* f) ■■■■. lw Ce-rmaius et les Celtes. 

i mbl Banque pM d\iait6, Aucune partie n'a sensiblement 

ii. il ii depuis 1807, date d« l'édition allemande. On ne peut d'ailleurs 
i|iin louer lui» iradiii'ii'urs d'avoir suivi leur texte et de s'être, en géné- 
i:i Isa additions, si co n'est pour compléter les indications 
t ■ ■ i ■ i . ■ ■ . raphtqg**. L'histoire de ta religion d'Israël manquait dans la 
première édition ; la Ohlietlaolame n'a pas encore son chapitre dans la 
ouhaiton* qu'il l'obtienne dans la troisième. Le privilège 

i atif, que l'on semble vouloir ainsi octroyer à la religion cbié- 

i loin d'être profitable â l'histoire générale des religions, et 
0*011 lniiv preuve aussi envers le christianisme d'un singulier respect 
que de lui épargner la comparaison avec les autres cultes. Tant pour 
IVlpoad que pour l'appréciation philosophique du fait religieux, de l'his- 
toire de la religion dans l'humanité, il est évident que l'on doit tenir 
f;mnd compte du christianisme et lui faire sa place. 

Ou le rencontre et même on le vise dès qu'on soulève une question 
générale. C'est ce qui est arrivé, semble- 1- il, à M. Hubert, quand il a 
écril, dans son introduction |p. xltJ : • La théologie est enfermée sans 
l»*ua possible entre la liberté théorique de ses spéculations et l'immu- 
tabilité fondamentale du dogme. • Il y a beaucoup de religions à l'égard 







t. IirCBÏSlI : HISTOIRE fïCIEINE DE l'k<;li9h. (37 

nellM c« paroles n'ont guère d'application, et l'auteur a dû les 

■ de la crise actuelle dos confessions chrétiennes. On pourrait 

ou ver qu'elles tranchent bien prompte ment en théorie an problème 

Tant dont ta solution appartient u l'avenir. 

L introduction de M. Hubert est d'ailleurs vraiment magistrale, et 
:s considérations sur la méthode a suivre dans l'étude des religions, 
ir lu définition de la religion, sur l'objet de la science des religions, 
ippléent en quelque façon au défaut d'introduction générale dans le 
vre allemand. En réaction légitime contre les théoriciens individua- 
stes de la religion, l'auteur insiste sur le caractère social du phéno- 
ÉH religieux. ■ Les représentations religieuses, écrit-il, sont l'objet 
une croyance sans réserve et d'une croyance utilitaire. Derrière le 
lytho et le dieu, on aperçoit le groupe social qui, non seulement rêve, 
ibis désire et veut. Ce qu'il rêve, ce n'est pas simplement l'idée d'une 
srsonne ou d'un esprit, mais celle d'un pouvoir ellicace, conditionné 
ir ta volonté de ses commettants et par les rites qu'ils exécutent. » Il 
a la comme le rudiment d'une théorie générale que l'on voudrait voir 
us amplement développée et appliquée, ne serait-ce qu'aûn de la pou- 
nr mieux entendre et de ta discuter plus facilemeut. 

Alfred Loisv. 



u Ili'CUESXE. Histoire ancienne de l'Église. T. I. Paris, Fotlte- 
moing, (908. In-8°, xn-577 pages. 

Il n'y a pas à faire l'éloge de ce livre. Le lecteur sait d'avance qu'il 
trouvera érudition abondante et sûre, exposition claire et bien 
nfenofo, de la véritable histoire, écrite dans le meilleur style. Et tous 
■s mérite» se rencontrent en effet, à un degré eminent, dans ce volume, 
ul décrit les origines chrétiennes depuis ta fondation de l'Eglise jusqu'à 
s fin du m* siècle. L'auteur lui-même nous prévient de ce qu'il n'y 
,ut pas chercher : ■ Les gens experts et sensés, écrit-il dans sa pré- 
, verront bien... pourquoi je ne me suis pas encombré de discus- 
i* et de bibliographie, pourquoi je ne me suis pas attarde aux toutes 
remtéres origines, pourquoi, tans négliger les théologiens et leur acli- 
ii- ma suis pas absorbé dans la contemplation de leurs 
relies, s II est donc bien entendu que le livre est « d'exposition et 
'ulgarisation •, haute et savante vulgarisation, et qu'il n'y faut pas 
sercher un examen trop approfondi et détaillé des croyances chré- 
.■tniert et de leur développement. On parle de ces choses dans la 
•■Iles appartiennent, pour ainsi dire, à la vie commune et 
lliliquc da l'Église. 

Mur huchesne nous avertit qu'il ne s'est pas « attardé aux toutes 
originel ». En effet, il ne parle pas de Jésus ni de sa prédi- 
ction. * Le mouvement qui devait aboutir a la fondation de l'Église * 
noter celte façon de parler vraiment historique, mais peu theologique, 



438 COMrTIS-ERXDOS CUTIQUES. 

d'où il résulte que la fondation de l'Église est postérieure à la mort dû 
Christ) a « comme point de départ un groupe de personnes qui vivaient 
à Jérusalem dans les dernières années de l'empereur Tibère (30-37). Ces 
premiers fidèles se réclamaient du nom et de la doctrine de Jésus de 
Nazareth, récemment supplicié par ordre du procurateur Pilate, à l'ins- 
tigation des autorités juives. Bon nombre d'entre eux lavaient connu 
vivant; tous savaient qu'il était mort crucifié; tous aussi croyaient qu'il 
était ressuscité... Ils le considéraient comme le Messie promis et 
attendu,... présentement assis à la droite de Oieu son Père, d'où il 
allait venir manifester sa gloire et fonder son royaume. » Ce qu'a été 
l'Évangile de Jésus, dans quelle mesure son activité personnelle a con- 
tribué à l'institution religieuse qu'a créée la foi de ses disciples, on ne 
nous le dit pas. « Les gens experts et sensés » n'auront peut-être 
pas trop de peine à découvrir les motifs d'une si grande réserve. 
Mais peut-être jugeront-ils aussi qu'il y a là une lacune ; que certaines 
questions, si délicates qu'elles soient, ne sont pas à traiter par préten- 
tion ; que les c gens graves et sains d'esprit » attribuent à Jésus quelque 
part dans le mouvement chrétien, et que l'historien du christianisme 
ne peut légitimement se dispenser de dire en quoi son rôle a consisté. 
On pouvait le dire, je suppose, sans tomber dans le travers de ceux qui 
c savent prolonger, par des hypothèses séduisantes, les perspectives 
ouvertes sur témoignages bien vérifiés ». 

Cette abstention, dont l'extrême sagesse se traduit comme ferait 
l'extrême scepticisme, parait d'autant moins justifiée que le docle prélat 
ne B'est pas interdit d'exposer l'origine du Nouveau Testament et qu'il 
a un chapitre sur c les livres chrétiens ». Il est vrai que ce chapitre 
est aussi un peu maigre et sans conclusions précises. La discussion des 
écrits johanniques est absolument déconcertante, c Quant à ce qui est 
possible ou impossible en fait d'histoire évangélique, nous dit-on 
(p. 141) à propos du quatrième Évangile, il est bon de se rappeler que 
les Évangiles synoptiques ont aussi leurs divergences, qui ne sont pas 
toujours aisées à réduire... Il est sur que, pour le public de ces premiers 
temps, la concordance des récits et l'exactitude du détail n'avaient pas 
la même importance que pour nous. » Sans doute, mais cela ne sauve 
pas l'authenticité de Jean ; cela compromet seulement l'historicité des 
Synoptiques avec celle du quatrième Évangile. Pour finir, il semblerait 
qu'on incline à faire de Jean l'Ancien l'auteur de ce dernier livre 
(p. 142) ; mais plus loin (p. 264), c'est l'apôtre Jean qui est venu en Asie, 
et l'Évangile parait sous son nom après sa mort, ainsi que la première 
E pitre johannique. Pas un mot sur la différence de caractère qui se 
remarque entre le quatrième Évangile et les Synoptiques. De ces der- 
niers on dit seulement qu'ils ont été c écrits avec un souci très relatif 
de l'exactitude dans le détail et de la précision chronologique. » Aucune 
indication nette sur leur origine et leur valeur historique; même vague 
en ce qui regarde l'origine des Êpitres pastorales et des Épitres dites 
catholiques. C'est peut-être affirmer beaucoup, tout en restant encore 



E. LOUITS : ME INFÂNfiE I 



i:i 



dans le nuage, que d'interpréter la croyance christologique de la 
première génération chrétienne de telle sorte que ■ Jésus-Christ et 
l 'l',-|int-Saint «ont Dieu,... qu'ils participent à l'essence du Dieu 
unique, qu'ils lui sont respective ment identiques, sans cependant être 
île certaines spécialités > |p. 13). Les spécialités sont bien 
plu* accentuées que l'identité. Enfin, il y & équivoque à. présenter la 
doctrine de saint Paul sur la valeur expiatrice de la mort du Christ 
Comme équivalente à l'idée générale du tulut que procure la Toi à Jésue 
Messie lp. 44), Les bonnes âmes peuvent, il est vrai, se persuader que 
certaines ■ erreurs « très dangereuses de mes petits livres «ont ainsi 
BorrfgéM, Je doute qu'elles le soient ellicacement. En tout cas, il me 
semble que Mgr Duehesne n'est vraiment lui-même que sur le terrain 
des documents et de l'histoire ecclésiastiques, non sur le terrain biblique. 
Bon livre a reçu ['imprimatur à Home. 

Alfred Lois y. 






r.rnsl Leurs. Die An fange des Helllgenkults inder chrîstlichen 
Kirche, berausgg. von GuaLav Auricli. Tùbingen, \90i. In-8", 
111-520 pages. 

L'idée que le culte des saints, dans la l'orme qu'il prit après l'époque 
de Constantin, est une manière de pulylhéisme et comme une revanche 
et une survivance déguisée du paganisme abattu a été plusieurs ibis 
es primée au iv' siècle. Les Manichéens s'indignaient de voir l'Eglise 
* tourner le culte des idoles en culte des martyrs > [vertiise idola in 
martyres); Vigilance traitait d'idohUres sinon les dévots des martyrs, à 
coup sur les adorateurs des reliques. La thèse a éle souvent reprise 
depuis la Réforme; elle n'avait jamais été déduite avec autant de pré- 
cision et fortifiée par une aussi grande abondance de preuves et 
d'exemples que dans le livre de M. Lacius : la Origines du culte des 
sainte. M. Lucius, professeur à l'Université de Strasbourg, a consacré 
à cet ouvrage la plus grande partie de sa vie; il est mort en 1902 
sans l'avoir achevé. M. Anrich, qui s'est chargé de la publication, nous 
apprend qu'à l'œuvre déjà longue devaient être ajoutés des développe- 
menu nouveau*, et notamment nue étude sur le culte des saints dans 
le Brahmanisme, le Bouddhisme et l'Islam. 

Tel qn il nom est donné, ce livre est un monument et demeurera 
longtemps le principal ouvrage à consulter sur la grande question qui 
y est traitée. M. Lucius a dépouillé avec soin une masse énorme de 
laxtes et il a une connaissance très étendue de la vaste littérature de 
•on sujet 1 . Ceux mômes qui répugneront & admettre les théories de 

1. Je dois dire que, d'après SI. DHchayc [Analteta Bollandiana, t. XXIV, 
1905, p. 488-48B), In bibliographie do Lur.lus, ■ pour U plupart des chapitres, 
parait s'arrêter soi environs de 1890 ». Il y • li une forte eugéretlon. Tout 




un 



comptes-r 



) CRITIQUES. 



I'au(«ur, ou qui ne consentiront à en retenir qu'un minimum, devront, 
s'il* tont curieui de connaître les origines du christianisme populaire 
du moyen âge. recourir à ce savant et probe travail. 

L'auteur traite dans son livre 1 des antécédents du culte des gaints. 
Il montre comment la conception chrétienne du monde, aui trots pre- 
miers siècles, s'est sans cesse rapprochée à la conception païenne. Cher 
les p.niTis, partis du polythéisme, s'est répandue la croyance en une 
BUprômo divinité, être inconnu et inabordable, à laquelle fut subor- 
douné le peuple des dieux et des démons. Inversement, quand le 
Dieu-Père de l'Évangile eut été à peu près assimilé au Dieu abstrait 
des philosophes, les chrétiens admirent qu'il communiquait avec la 
nature et les hommes par le ministère des anges. Les anges, qui ont 
beaucoup Fait pour dissoudre te strict monothéisme des origines, 
tenaient une grande place dans la doctrine chrétienne au n* siècle. Leur 
rôle eût grandi encore si les saints ne les avaient privés de tonte une 
part de leurs attributs, le gouvernement des hommes, et ne les avaient 
relégués dans le service de la nature et du ciel. 

Ainsi se prépare et déjà s'opère une transaction aisée de la philoso- 
phie religieuse des nations à la théologie chrétienne. Christianisme et 
paganisme se rapprochent d'autre part par une de leurs formes popu- 
laires, qui est le culte des morts. Comme chez les païens, on ne tarda 
pas à distinguer dans la foule des morts chrétiens une élite. Ceux qui 
avaient déposé ta condition humaine, soit par le martyre, soit par l'ascé- 
tisme, furent promus à un degré supérieur de vie surnaturelle. Véri- 
tables héros chrétiens, les saints sont les soldats de la Milice <lu Christ 
et ils prennent part à l'incessante bataille que le Christ livre, dans 
les esprits invisibles, aux légions de Satan. 

Toute cette première partie n'est à vrai dire qu'une introduction. Le 
livre II, In Martyrs, est divisé en deux sections : le martyr au temps 
de la persécution, le martyr au temps de la paix. La première comprend, 
après une analyse (où les distinctions sont un peu subtiles), des rai- 
sons qui expliquent la vénération et la gratitude des fidèles envers les 
martyrs, un historique des modifications subies par le culte des martyrs 
au m 1 siècle*. Mais la partie la plus importante et la plus achevée est 
celle qui est consacrée au martyr au temps de la pai». Au temps même 
des persécutions, la légende avait commrncé de transfigurer la personne 
et l'histoire des martyrs; après la conversion du prince et de l'État, elle 
se trouva dégagée des entraves que lui avait longtemps imposées la 
mémoire trop récente des faits. Ou se représenta toute l'histoire anté- 
rieure à Constantin comme une persécution continue et le nombre des 
martyrs comme immense ; quant aux souffrancesde ces vainqueurs, étant 



ceux qui auront In le livre jugeront, je crois, que l'eipèdilif compte-rendu des 
Anal te ta n'est pas équitable. Ou trouvera dans l'inleressanl chapitre vi des 
Légendei hagiographiques de M. Deleliaye lui-mcuie de» indications qui ter- 
tiraient i rajeunir la bibliographie de Lucius. 



E. LDCIUS : DIE INFAMli: DES IIEIl.ir.E1n:i.TS. 



144 



Je* tentations imaginées par le démon, elles avaient dû être atroces. On 
orna les récils de passions d'épisodes empruntes aux apocryphes juifs 
et chrétiens, parfois à des contes antiques, on les releva par des des- 
criptions de supplices compliqués (le supplice de saint Georges dure 
neuf anal, par des traits d'héroïsme théâtral, par un merveilleux outré. 
Ce genre de compositions répondait si bien au goût public, qu'elles 
firent dédaigner les simples actes ou passions authentiques. Les mar- 
tyr* dont il n'était resté que le nom eurent, en un sens, plus de 
chances de parvenir a la grande popularité qu'un Polycarpe ou que les 
martyrs de Lyuu. 



Le second quart du iv> siècle, q 
el peut-être quadrupler en quelq 
martyrs une période de progrès 
■ plus souvent, volontaii 



le nombre des fidèles doubler 
ions, a été pour le culte des 
n. Les conversions furent sans 
et désintéressées |ï); elles furent 



aussi plus superficielles, car elles ne comportaient plus de sacrifice ni 
de véritable révolution intérieure. Plus qu'à aucune autre époque, la 
put.' chrétienne subit l'inlluence des idées et dos sentiments dont les 
raligiuns anciennes avaient meublé les esprits. Cette piété, lourde- 
e réduit à peu près â un besoin inquiet d'assistance 
3 contre ta maladie, la mort prématurée ou les pertes d'ar- 
gent, a un perpétuel recours ou miracle utile. Le secours que le païen 
demande a une infinité de dieu» el de démons, très souvent â la magie, 
les martyrs, esprits familiers et accessibles, sont propres à le lui offrir. 
Sans renoûcer toujours aux enchantements, aux amulettes.' ou même 
au culte des dieux, il va prier au tombeau du martyr et loucher des 
retiques. Par l'afflux de ces demi -convertis s'achève l'assimilation 
commencée entre le martyr et le héros antique. 

Chaque églbe particulière vénère avec prédilection ses martyrs 
propres, et c'est auprès de leur tombeau qu'elle célèbre leurs anniver- 
saires. Or le nombre des tombeaux ainsi honorés était, à la fin des 
persécutions, fort peu élevé, et il est remarquable que les églises véné- 
raient presque uniquement des victimes des persécutions les plus 
récentes : â Rome, le calendrier de l'an 354 ne mentionne qu'une 
trentaine de martyrs romains; sauf les saints Pierre el Paul, aucun 
de ces martyrs ne remontait au premier ni au second siècle. Commo 
presque toutes les églises se savaient beaucoup plus riches que n'eût 
I leur calendrier et que l'action bienfaisaule d'un martyr ne 
Commençait qu'à la découverte de sa sépulture et a l'institution de son 
mile, on se mit partout à la recherche des trésors enfouis dans le sol 
île» cimetière* publics on privés. Le succès répondit pleinement au zèle 
leurs. On peut se faire une idée du nombre des découvertes 
mple de Rome : le calendrier romain, aux environs de 420, 

l. Chrjsoslome, In Colon, lion., 8, i, promet jui m^res qui refuseraient 

d'attacher des amolellci au corps de Irur enfant malade, qu'en cas de mort de 

I, leur fidélité leur «rail comptée comme l'équivalent du martyre. 




442 COMPTES-EEIfDUS CRITIQUES. 

contenait six à huit fois plus de martyrs qu'en 354. Aux environs de 
l'an 600 ou peu après, le compilateur du Martyrologe hiéronymien, 
qui avait dressé une liste imposante de martyrs et de confesseurs, 
s'excusait d'en avoir oublié bien davantage et estimait que le total des 
noms à inscrire se fût monté à plus de huit cents par jour, en moyenne. 

De bonne heure, les églises, de voisine à voisine, surtout dans l'in- 
térieur des grands groupements disciplinaires, s'empruntèrent des 
noms de martyrs. Les échanges devinrent fréquents après 350, lorsque 
se fut établi l'usage des translations de reliques; et il y eut des martyrs 
vénérés dans de vastes régions. L'établissement du culte des images, 
véritables succédanés des reliques, élargit encore le cercle d'action des 
martyrs les plus réputés. 

Il y a en effet des martyrs qui ont réussi et conquis par leurs miracles 
une notoriété étendue, tandis que leurs anciens compagnons de vic- 
toire, qui étaient leurs égaux en mérite, traînaient une existence ché- 
tive et locale, bientôt interrompue par l'oubli. Les choix que la faveur 
des fidèles a faits entre les bienheureux s'expliquent parfois par l'im- 
portance ou la situation géographique des églises où ils avaient souf- 
fert (parfois, aurait dû dire M. Lucius, par une réclame bien faite). 
Plusieurs des grands martyrs thaumaturges ont hérité de la célébrité 
toute faite et souvent aussi des attributs d'une divinité antique. En 
deux chapitres : les Martyrs guerriers; les Grands Guérisseurs, M. Lucius 
donne des exemples bien choisis, et qui lui ont fourni les pages les 
plus originales de son livre, de ce genre de substitutions. Je ne crois 
pas qu'il y ait de doutes dans le cas de sainte Thékla, de Séleucie d'Isau- 
rie, héritière d'une illustre Athéna locale (certains rapprochements 
sont saisissants : le char de feu, les grues apportées en offrande au 
sanctuaire, surtout les épithètes de philologos et de philomousos données 
à la sainte), ni dans le cas du Démétrius de Thessalonique, héritier du 
Gabiros propre à la cité. La démonstration s'achève dans un chapitre 
sur les formes du culte des martyrs, abondant répertoire de faits. 

Le livre III est une étude sur les Saints ascètes et les saints évêques; 
il est certain que l'intérêt y faiblit. La question qui a surtout pré- 
occupé l'auteur est celle-ci : comment est-il advenu que le privilège 
de la semi-apothéose, longtemps réservé au martyr, ait été étendu à 
l'ascète et à nombre d'évéques? Il répond que les ascètes, dont toute la 
vie n'était qu'une longue victoire sur les puissances infernales, ont été 
pour cette raison assimilés aux martyrs, lesquels apparaissaient sur- 
tout comme des combattants et des victorieux. Quant aux évoques, 
avant de les honorer tous ou presque tous, on a distingué parmi eux 
ceux qui, de leur vivant, s'étaient sanctifiés par l'ascétisme. M. Lucius 
a peut-être ici pris le prétexte apologétique pour la cause véritable. 
Autre chose est la justification rationnelle donnée par les théologiens 
des honneurs accordés à des non-martyrs, autre chose la genèse réelle 
de la nouvelle variété de culte des saints qu'on voit naître au rv* siècle. 
Il aurait fallu penser à une croyance très primitive, indépendante du 



■MEX, SCBMITZ-SALLESBEBr., RED1.ICI1 : 



;c(i»ENr.EBBiî. 



U3 






culte des morts, qui semble avoir été surtout répandue dans les parités 
le* moins hellénisées de l'Empire, et qu'on pourrait formuler : il y a 
des hommes qui sont plus qu'hommes. Dans la Gaule en particulier, 
l'apparition soudaine du culte populaire des évéques encore en vie, 
comme de saint Martin, de saint Viclrice et de beaucoup d'autres que 
Grégoire de Tours noua Tait connaître, doit avoir ses antécédents dans 
une sorte de culte, ou si l'on veut de vénération superstitieuse, di! cer- 
taine vivants. On voit dans Grégoire de Tours que tous les evéquos, 
même ies plus notoirement indignes, étaient de son temps regardés 
BMMM im espèces de marabouts. 

Le livre IV, Marie, d'ailleurs fort instructif, n'entre qu'imparfaile- 
meul dans le plan du livre; soit parce que l'établissement du culte 
propre de la Vierge est postérieur au iv» siècle, qui est le centre de 
toutes les recherches de l'auteur; soit parce que, pour cette raison même, 
les analogies qu'on a voulu retrouver entre divers cultes païens et le 
colle de Marie sont faibles; soit parce que l'auteur s'attache ici plus 
encore à l'histoire des idées théologir[ups qu'à l'histoire du culte. 

Une analyse, même un peu longue, ne peut guère donner l'idée de l'in- 
térêt de ce livre, qui vaut surtout par l'abondance et l'heureux classe- 
ment des faits et des textes. J'ajoute que l'érudition de M. Lucius, qui est 
tria étendue, m'a paru, quoi qu'on en ait voulu dire, d'excellente qua. 
lit*. Parmi les quelques textes qui m'étaient connus, je n'y ai relevé que 
des erreurs vénielles et qui n'inBrmnieni aucune thèse de l'auteur; la 
plu* grave, qui est commise encore par beaucoup de savants, est d'avoir 
■ "f Otlasltn comme de Gèlase. 11 aérait beaucoup plus facile 
de compléter, ça et là, les exemples de M. Lucius, que de le prendre en 
faute ou de le réfuter. 

E.-Ch. II. m t. 



W. Eltifcl. L S<;iitHT/-K*u.EMiERi, eL 0. Rkdlich. Urkundenlehre 

ITeil. Mùnclienei Berlin, R. Oldenbourg, 1907. ln-8°, x-369 pages. 

[Ilii/i'l/iuch der miltelalterliektn u. n*utren Geschic/ite, publ, p, 

G. v. Below et F. Meinecke, Ableil. IV. j 

1..' prunier volume du nouveau manuel de diplomatique de M M . Brben , 
Scbitmï-Kallenhivg et liedlich comprend, outre une introduction de 
M. fadlich, consacrée à une brève histoire de la diplomatique, à quelques 
d. ; liniiinns et à l'exposé de quelques principes généraux, une étude, due 
à M. Krbeu, sur les diplômes des rois et des empereurs d'Allemagne, 
et d'Italie au moyen âge. Cette élude est elle-même divisée 
en cinq parties : histoire des chancelleries ; caractères externes des 
dipk'impB depuis les Mèruvingiens jusqu'aux derniers empereurs de la 
maison de Franconie; à l'époque des Hobenstaufen; après le grand 
interrègne', enfin, caractères internes des diplômes. Le lout est exposa 
avec simplicité et précision; des bibliographies 1res soignées ouvrent 



m 



CIMIPTKS-EKNDOS CKITIQOBS. 



chaque paragraphe. C'est une excellente mise au point de tous I 
résultats acquis eu ces dernières années. 

Eu outre, en écartant résolument de ce manuel tout ce qui n'est pas 
proprement I étude des chartes en elles-mêmes et notamment la chrono- 
logie technique, M. Erbeu et ses collabora leurs se trouvent plus à l'aise 
pour traiter avec toute l'ampleur désirable les questions de diplomatique 
pure : aussi, même pour la France, leur ouvrage est-il dès maintenant 
plus complet sur plusieurs points que celui d'Arthur Giry. Toutefois on 
peut regretter que M. Erbeu ait cru devoir examiner en bloc les diplômes 
des souverains allemands, français et italiens : sans inconvénient pour 
le baul moyen âge, cette méthode n'est pas, pour les temps plus rap- 
prochés, sans amener quelque confusion. Nous regrettons aussi l'absence 
de toute illustration : ce qui a trait en particulier aux monogrammes 
eût été plus clair et plus facile à suivre si l'auteur avait accompagné 
son texte de quelques dessins. 

Au point de vue français, il y a quelques omissions : par exemple, 
pour les fac-similés, si M. Erben avait connu la Liste des recueils de 
fac-similé de chartes dressée par MM. René Poupardin et Maurice Prou *, 
il aurait pu facilement, allonger la bibliographie qu'il donne des diplômes 
des souverains français dont il existe des reproductions. Il est regret- 
table aussi qu'il ait ignoré les mémoires déjà publies par M. Maurice 
Prou sur les diplômes de Philippe I" 3 . Peut-être enfin M. Erlien. qui, 
an>L' MM. Pirenne et Bresslau, rejette les conclusions de Julien ilavet 
sur la formule vîr inluster ou viris intustribus des diplômes mérovin- 
giens, eùl-il pu indiquer que ce dernier érudit avait répondu aux objec- 
tions qui lui étaient faites et rappeler les arguments qu'il avait fait 
valoir. 

Mais, somme toute, ce sont là de très légers défauts. Bien conçu, 
clairement ordonné et solidement documenté, ce livre s'annonce comme 
un des meilleurs manuels de diplomatique que nous possédions jusqu'ici. 
Louis Halphen. 



1. Rapport présenté au Congrès international pour In reproduction des manus- 
crits, des monnaies et des sceaux ; tir. A part, Bruselles, 190S, in-8*. 41 p, 

2. Surtout sou Examen de deux diplômes de Philippe I" pour l'abbaye de 
Messines, en Flandre {Bulletins île la Commission royale d'histoire de Belgique, 
1. LXU, 1902), qui contient, outre les fac-similés de de» diplômes de Phi- 
lippe 1", d'importants détails sur les sceaux de ce roi. — On sait que le 
Keçuetl des actes de Philippe I", publié par M. Prou, avec une longue introduc- 
tion diplomatique, dans le recueil des Chartes et diplômes de l'Académie des 
inscriptions, doit paraître Ml prochainement. D'autres volumes, consacrés aux 
derniers Owotbgbu, Mit egaUnut sous presse et seront précédés d'introduc- 
tions étendues, qui viendront préciser ou modifier les indications données par 
M. Erben. Le Beeiteit des actes de Lolhuire et de Louis V t9ôi-9S7l paraîtra 
immédiatement après celui des actes de Philippe I". 



M. IlikTKlNV : GCSCBICHTE ITALIENS IH «[TTri.*l.TEil. 



«3 



L.-M. HiBTMixn. Geschlchte Italiens tm Mittelalter. II BiJ., 

■£• Haifle : Die Loslosung Italiens vom Oriente. Golba, F.-A. 

Perlhiss, 1903. in-4", n-387 pages. 

Hu-Li que représentant un fascicule seulement de son histoire de 
l'Iuhe au moyen Age, le volume de M. Hartmann a pur lui-même une 
unité. C'en en effet durant la période qui s'étend de l'établissement 
des Lombards dans la plaine du P6 jusqu'au couronnement de Uharle- 
magne que la péninsule se sépare définitivement de l'Empire byzantin, 
fonde en Italie même l'Empire d'Occident. La Gtschichte det 
italîtnïschen Kimiyreiclu (ait partie de la collection Heeren et Uckerl. 
(Je»t donc un ouvrage de vulgarisation scientib'que plutôt qu'un livre 
d'érudition. Mais les travaux antérieurs de M. Hartmann le dési- 
gnaient tout particulièrement pour donner sur cette période autre gIkm 
qu'une compilation des ouvrages de ses devanciers et le mettaient à 
même d'écrire sou livre d'après les sources, en présentant sur les évé- 
nements des vues personnelles. 

L'auteur insiste avec raison sur le caractère particulier de l'établis- 
sement des Lombards, entrés en Italie en conquérants et non en alliés 
du peuple romain, comme les liarbares dans d'autres régions. Mais ce 
fait même suppose un excédent de population masculine, qui a de 
bonne heure eu pour conséquence nécessaire des unions avec des femmes 
romaines, et par suite contribué à la fusion des deux races. M. Hart- 
mann donne de cette fusion des preuves empruntées aux lois des Lom- 
bards et au peu que nous pouvons connaître de leurs usages. Néan- 
moins, H semble bien que les Romains du duché de Home aient 
conservé longtemps, jusqu'à la lin du vin* siècle, le sentiment très 
net de ta différence qui existait entre eux et cette race étrangère, que 
l'on accusait de sentir mauvais et d'avoir la lèpre. 

La première partie du volume est consacrée à un exposé très net 
des rapports de Home avec Byzance, — marqués surtout par les luttes 
relatives au concile in Trutlo et au culte des images, — et des progrès 
de la puissance lombarde. M. Hartmann a avec raison glissé rapide- 
ment sur les luttes, assez peu intéressantes au point de vue de l'bistoire 
générale, antre les ducs de Frioul, de Spolèle et de Bénévent, et insisté 
au contraire sur le mouvement de conquêtes et les progrès du pouvoir 
royal qui marquèrent le règne du roi Liutprand. Pour la seconde 
partie, c'est-à-dire pour l'histoire des relations de la papauté avec les 
premiers Carolingiens, M. Hartmann rencontrait sur son chemin des 
ii>ntroverscps depuis des siècles et dont la « littérature > est 
.me. ,\ ce point ■!>.• vue, les bibliographies sommaires qu'il 
travaux les plus importants et les plu? n 
mm de* principales opinions eu présence, rendront certainement des 
lu cadre de l'ouvrage ne permettait pas à l'auteur d'entrer dans 
les discussions. Il a su cependant fournir lea raisons en faveur 
de telle ou telle opinion adoptée par lui. Je citerai comme partlculiè- 
h«v. limon, XCIV. Wfasc. 10 



m 



fiûMI'it.s-HENlilS CBtTlQOES. 

■ genre les pages consacrées au voyage 



renient intéressantes t 

d'Etienne II en France et an plaid de Quierzy, que M. Hartmann 

me paraît avoir avec ruisou distingué do l'entrevue de Brtnaeum, 

René Pou va ru m. 



Franz X. BàRTU Hlldebert von Lavardin (1056-1133) nnd das 

kirchliche Stellenbesetzungsrecht. Stuttgart, F. Enke, 1906. 
In-S°, ix-490 pages [Kirchenrechtliche Abhandlungeii, publ. par 
U. Slulz, fasc. 34-36). 

Le volumineux ouvrage que M. Barih vient de consacrer a Hildebert 
de Lavardin, evèuue du Mans (1096-1125], puis archevêque de Tours 
|H25-1!33|, n'est ni une biographie ni une étude littéraire : but la vie 
d' Hlldebert, tout l'essentiel a déjà été dit 1 ; quanta son œuvre littéraire, 
M. Barth compte en faire plus lard l'objet d'un travail spécial. C'est par 
une élude sur Hildebert caooniste qu'il a cru devoir commenter. Les 
belles recherches de M. Paul Fourniersur Ive de Chartres ont été pour 
beaucoup dans cette détermination : sans avoir été on canoniale aussi 
illustre qu'Ive, Hildebert a joui de son temps, lui aussi, a cet égard d'un 
certain renom. Par malheur, — et M. Barth l'établit lui-même, — il ne 
nous reste plus de lui aucun traité où l'on puisse trouver l'exposé de sa 
doctrioc : on en est réduit à sa correspondance, et celle-ci ne contient, 
somme toute, sur ces matières, que quelques rares et vagues indications. 
Aussi le litre qu'a adopté M. Barlh restreint-il prudemment les 
recherches à la position prise par Hildebert dans la question des nomi- 
nations aux bénéfices ecclésiastiques. 

L'ouvrage se divise en trois longs chapitres : on premier chapitre 
iraile des empêchements canoniques entraînant la nullité d'une nomi- 
nation à un bénéfice ecclésiastique; un deuxième, des nominations aux 
bénéfices d'urdre inférieur et aux charges capitulaires; un troisième, 
des nominations épiscopales. Chacune de ces questions est examinée 
en grand délai! : lous les droits en jeu, droits des laïcs, droits du clergé, 
droits des é\èques, droits du pape, y sont passés eu rovuo. Uoii, comme 
il fallait s'y attendre, les écrits «'Hildebert n'ont pu fournir sur Ions 
ces points un corps de doctrine. Pour remplir, même très incomplèle- 
meut, ces cadres, qui sont ceux d'une élude générale, l'auteur a dû non 
seulement ramasser tout ce qui pouvait toucher de près ou de loin à la 
vie d'Hildebert, mais puiser duns une quantité d'écrits et d'événements 
sans rapport aucun avec le sujet. C'est ainsi que, dans cet ouvrage con- 
sacré à Hildebert, il est presque autant question du diocèse de Chartres, 
pour lequel la correspondance d'Ive fournit un précieux appoint, que 
des diocèses du Mans et de Tours. 

I. A. Dieu don né, Hildebert de Lavardin, évfqve du Haut, archevêque d» 
Tourt 11056-1133/; sa vie, ta lettres. Pari s-M a mers, I89S, iu-8*. 303 page». 






I-. X. BiBTH : 



FltLDEBKItT TOf UVARDM. 



I4T 



Cette méthode a conduit l'auteur à juxtapose 
<!■■ détails souvent intéressants, souvent auss 
eux-mêmes, à les répartir tant bien que mal en 
souvent même alors, dans l'impossibilité où il s 
geignements aussi fragmentaires, de se former u 



in assez grand nombre 
lien peu probants en 
; diverses rubriqueset 
trouvait, avec des ron- 
3 idée claire de la legis- 



i théories générales pour tirer 



l.-uion H de* usages, à se référer a 
quelque* conclusions. 

El, à vrai dire, avec le sujet qu'il avait choisi, il n'en pouvait guère 
être autrement : Hildobert n'a joué qu'un rôle assez effacé; il n'a été 
uiélé activement u aucun des grands do bats canoniques qui se sont pro- 
duits de son teinpa. Rien n'autorise donc à en faire le centre d'une 
étude sur les nominations aux bénéfices ecclésiastiques à la fin du 
ii* siècle et au débat du xn". 

Lr. livre do M. Ltartli conservera néanmoins un certain intérêt comme 
rMtWll de matériaux. En dépit d'une regrettable prolixité, il a su pré- 
tini points intéressants et rectifier, chemin faisant, plusieurs 
erreurs de détail. Il faut regretter cependant, puisqu'il désirait traiter 
d'événements purement français, qu'il ne se soit pas rois plus soigneu- 
sement en quête des éditions récentes parues dans notre pays : non seu- 
lement il déclare n'avoir pu utiliser l'édition des Actus ponti/lcum Cetw 
mannis in urbe degenlium de MM. Bus son et Ledro, mais il ignore 
presque ton* les cartulaires publiés tant dans le Maine qu'en Anjou : 
c'est, par exemple, uniquement d'après la Galtia chriittana et dom 
f'iolm qu'il cite et commente des actes importants publiés, — avec 
d'autres qu'il aurait eu intérêt A consulter, — daos te Cartuiaire de Saint- 
Aubin ef Angers de M. Bertrand de Broussillon ou dans le Cartuiaire 
du Honceray d'Angers de Marchegay'. On est en droit d'exiger qu'un 
auteur commence, avant de prendre la plume, par rechercher les docu- 
ments tant publies qu'ioedits qui touchent à son sujet. D'autant plus 
qa'tw ouvrant les dernières éditions des textes qu'il utilise, M. Barth 
aurait pu facilement éviter de citer sous leur forme latine, comme s'ils 
tbelUM a tante identification, des noms de localités aussi faciles 
à trouver sur une carte que ceux de La Flèche (ft'uul, Arlhozè \Artc- 
uaoïi), Malicorno [Ma lieorna ni), Preuilly (PfuiifaMtf), etc. 

Souhaitons que, pour le volume qu'il prépare sur Hiklebert écrivain, 
U. Barlli se décide u pousser un peu plue loin ses investigations. 
Louis Halphen. 

|. Voir notamment Barth. p. Iï9 (acte publié dans le Cariai, de Saint-Aubin 
SAigtn, L H, p. 3ÎS, i i » puMJé (M*., t, I, p. 369, o* JÎ5), 

p. 186-188 rat-té publié dans le Cartul. du Jtoneero-j d'Angeri, p. Ï61, n* IS9U 
Il fût IM utile «uni, pour les actes tl'Hilileberl, de fttrojer d'uno manié™ 
rfciulltre au catalogue dre»»* par M. Dleudonne co l#t« de tan litre, r>ut»ur 
ayant pria soin d'y discuter parfois le» date* de CM «r.le» et d'indiquer lu» pris- 
cipaux manuscrit* et les principale* édition* dani leaquelles on les trouve. 



Rudolf Kôtzscbke. StudienzurVerwaltungsgeBChicbte derGroas- 
grundherschart Werden an der Ruhr. Leipzig, Teilbner, (90). 
ln-8°, ïiii-IbO pages. 

Ce travail est une aorte de monographie assez propre à Taire com- 
prendre ce qu'était, dans la seconde moitié du moyen fige, l'organisa- 
tion an point de vue administratif et économique d'un grand couvent 
de Bénédictins. Le couvent de Werden, sur la Ruhr, est une des rare* 
fondations, à l'est du Rhin, qui remonte jusqu'à l'époque de Charle- 
magne. Elle est due à un Frison de naissance noble, Limlger, qui, après 
avoir cherche d'abord à convenir son pays, porta sim effort, à la fin du 
vin* siècle, sans doute par ordre de l'Empereur, pur la partie occiden- 
tale de la Saxe, et fut, en 804, le premier évéqne de Munster. 

C'est au ii» siècle que le couvent de Werden devint une abbaye, 
c'est-à-dire un organisme important dans le mécanisme gouvernemen- 
tal de l'Empire. Mais l'ancieone organisation du couvent ne fut pas 
changée pour cela; ses domaines continuèrent à former deux parts, 
l'une réservée à l'abbé pour qu'il pût s'occuper avec la liberté dési- 
rable des aU'aires rie l'Empire; l'autre exploitée collectivement pour 
les besoins généraux de la communauté. Cette division correspondît à 
deux modes d'exploitation différante; les terres de l'abbaye furent 
administrées par le couvent loi-même; celles de l'abbé, qui était obligé 
de s'absenter fréquemment, furent confiées a des tiers. Le régime féo- 
dal ayant envahi toute l'organisation sociale, les administrateurs se 
transformèrent en vassaux, vis-à-vis desquels l'abbé joua le râle de 
seigneur. Le principe d'hérédité s'appliqua également à eux et les 
quatre charges principales passèrent aux mains de quatre familles nobles 
des environs de Werden. (juant aux moines, ils se divisèrent en psrso- 
M6 onanripatac (m^arsf) et personne claustrales {minores). 

La plus grande partie des biens dont ils conservèrent la jouissance 
ne tarda pas à être exploitée d'après les idées féodales et constitua un 
ensemble de prébendes ;i côté desquelles il y avait aussi des carilatcs, 
c'est-à-dire des biens réservés provenant de fondations pieuses, •■! îles 
servitia, destinés à subvenir à l'entretien des frères. M. KoUschke nous 
donne sur les prébendes quelques renseignements nouveaux, d'où i! 
résulte que les prébendes travaillaient plutôt dans leur intérêt que dans 
celui de la communauté. Cependant, la décadence du cou vent de Werden, 
au xtv* siècle, fut hâtée beaucoup moins par les vices de son organisa- 
tion intérieure que par la transformation constitutionnelle do l'Empire, 
qui lit perdre à l'abbaye son caractère de rouage gouvernemental et 
l'exposa à toute une série d'envahissements. Elle fnt aussi la consé- 
quence de l'évolution économique de celte époque, du développement 
des villes, do la formation du capitalisme, de l'importance croissante (ta 
commerce; l'organisation archaïque du couvent ne tarda pas à être 
insuffisante ; sa décadence s'accentua jusqu'en 1474. C'est à celte date 



E. IVOTEI : I-BKRTtlO TON ClSlU. 



14! 



quVnt Heu une grande réforme des couvents de l'ordre de Saint-Benoit 
qui améliora effectivement la situation; elle donna au couvent une 
constitution mieux en harmonie avec les nécessités nouvelles et avec 
un régime économique ou l'argent jouait déjà un grand rôle. Une répar- 
tition uijiivetle des biens en Tut la conséquence; on organisa une caisse 
centrale et aux prestations en nature firent place de simples salaires. 
M. KOtïschke est parvenu, en somme, a nous donner, sur la vie inlé- 
rimradn content de Werden, bcaucoupdr renseignement!! précis. Pour 
la période qui se rapproche de sa fondation, les documents lui ont fait 
souvent défaut. Mais il serait peut-être parvenu à dissiper certaines 
obscurités et aurait surtout éclairé davantage son sujet, s'il avait niul. 
ttplié les rapprochements et présenté un tableau plus net du régime 
agricole général de cette époque. Son travail, pour être lu avec profit, 
exige une connaissance assez complète de la vie économique du moyen 
âge. La géographie n'y tient fias non plus la place que l'auteur eût dû 
lui accorder; on souhaiterait pur exemple d'être mieux renseigné sur 
la nature du sol, sur les cultures qui y étaient possibles, sur le climat, 
sur les conditions matérielles de toutes sortes qui, à Werden comme 
ailleurs, ont dû forcément réagir sur l'organisation même de tous les 
domaines dont il nous est parlé. 

Georges Blohuel. 



K. KnoTn. Ubertino von Casale. Eln Beltrag sur Geschlchte der 
Franzlskaner an der Weode des 13. und 14. Jahrhunderta. 

Marbourg, Klwert, 1903. tn-8°, rni-162 pages. 

L'excellente élude que M. Knoth a consacrée à Ubertino de Casale 
comprend, outre une courte esquisse biographique, deux parties essen- 
tielle». La première, la plus courte, traite des écrits d'Lbertino. De 
ce* écrits, M. Knoth a dégage la doctrine du moine italien sur la per- 
fection, ses théories sur la grâce et les sacrements coosidérés comme 
moyens d'édification et de progrès pour l'aine chrétienne dans son 
essor vers Dieu. Il a cherché enfin à faire ressortir ce qu'il y avait 
d'original dans ces théories, et il a démontré qu'Ubertino a été surtout 
un disciple répétant comme un écho les enseignements reçus de côtes 
divers, et riuu pas un maître qui parle en son nom personnel pour 
nous livrer des aperçus jusque-là insoupçonnés, i,e t.iijnum citas, te 
itn de Douaveuture ont inspire i'Arbor vitae crucifixae. Le 
livre lit irpieni tiatibui Erelniae est en rapport étroit avec la Postula in 
Apocalipsim de Pierre Olive. Sur ce point, les rapprochements opérés 
par M. Knoth ne sauraient laisser le plus faible il un le. 

La seconde partie du travail de M. Knoth, la plus étendue et la plus 
importante, a pour objet d'établir le rôle d'Ubsrtiao de U.isale comme 
polémiste dans le grand débat qui a partagé presque des l'origiue 




450 COMFTES-EBlfDUS CEI TIQUES. 

Tordre des Franciscains en deux camps irréconciliables, celai des Spi- 
rituels et celui des Conventuels. 

Le débat dont il s'agit, c'est la fameuse question de la pauvreté, de 
Vu sus pauper, auquel François d'Assise parait bien indubitablement 
avoir voulu astreindre ses religieux. Cest ici qu'Ubertino de Gasale, le 
contemplatif, le joachimite, se révèle avec un caractère nouveau, celui 
d'un polémiste infatigable et toujours prêt à la réplique. M. Knoth a 
étudié avec une précision pénétrante son rôle au temps du concile de 
Vienne. Il a fait l'exposé des consultations fournies par le moine ita- 
lien au parti dont il est le champion, celui des Spirituels. Il y a joint 
l'exposé de ses idées, de ses jugements sur la situation que se sont 
faite à eux-mêmes les disciples de François d'Assise en méconnaissant 
les intentions manifestement énoncées par le créateur de leur ordre. A 
l'analyse des constitutions qu'édicté de son temps Clément V pour 
trancher la question, il a ajouté une appréciation des plaintes d'Uber- 
tino et de la place qu'il faut lui attribuer parmi ses compagnons, ainsi 
que de ses rapports avec le souverain pontificat au cours de tant de 
péripéties diverses. C'est là une œuvre de critique excellente. 

Le rôle d'Ubertino au temps de Jean XXII est obscur et difficile à 
comprendre. M. Knoth a réussi cependant à expliquer fort bien com- 
ment Ubertino s'était trouvé amené à entrer en lutte contre l'ennemi 
nouveau de ses convictions mystiques, contre le pape en personne. Pour 
cela, Ubertino a pardonné à son contradicteur acharné du concile de 
Vienne, Buonagrazia. Il s'est uni à lui, à des politiques tels qu'Occam 
et Marsile de Padoue. Avec eux, contre Jean XXII, qui l'a proscrit 
d'ailleurs ainsi qu'il les a proscrits eux-mêmes, il rédige l'appel du 
22 mai 4324, ainsi que les deux condamnations du 48 avril et du 42 dé- 
cembre 4328. A ces actes, comme à un autre appel que lance Michel 
de Césène, l'ancien général de l'ordre franciscain, un conventuel lui 
encore comme Buonagrazia, il prête ses pensées sous la forme qu'elles 
ont revêtue dans les livres où autrefois il les a consignées. Une préoc- 
cupation supérieure, celle de l'idéal dont il poursuit la revendication 
incessante, semble avoir dissipé chez lui toutes les rancunes, même 
les plus légitimes, tous les dédains, jusqu'à ceux qu'il a le plus haute- 
ment professés, dont il a fait la règle inflexible de son existence. 

A quelle date disparait ce lutteur sans défaillances, au cœur ardent, 
en qui la vie contemplative n'a fait qu'exciter l'énergie au lieu de 
l'éteindre? M. Knoth se l'est demandé au terme de son travail, sans 
arriver d'ailleurs à l'établir, faute des indications nécessaires. Sur Uber- 
tino de Casale, on n'a plus de renseignements à partir de l'année 4328. 
Peut-être meurt-il environ dix ans plus tard. Cette conjecture a été 
exprimée, mais elle demeure jusqu'à présent une simple conjecture 
qu'aucun document n'est venu transformer en certitude. 

Charles Molimieb. 



. iV 



i IIIIT TiKDtBUSOSCHE VOLS. 



t'.-J Bloe. Geaobledenia van het Nederlandache Volk T. VI. 

Groningue, J.-B. Wollers, 11104. In-8", 593 pages avec 2 caries. 

La grande histoire du peuple néerlandais de M. Bluk, dont j'ai suo 
ceaalvemeul signalé les cinq premiers volumes dans celle Revue, 
approche rapidement de sa fin. Il est inutile d'en faire ressortir les 
mérites une fois de plus. Je me bornerai il dire que ce tome VI est égal 
en valeurà ceux qui l'ont précédé. Il imposait à l'auteur une lâche sin- 
gulièrement difficile, car ses compatriotes ne se sont guère occupés 
du dernier siècle de la République, et l'on De comprend que trop Lien 
qu'ils aient négligé cette époque de décadence pour se porter de préfé- 
rence vers les luttes héroïques du xvi" siècle ou l'efflorescence splen- 
dide 'lu ivn*. A part les beaux travaux de M. Colenbrander sur le 
l'atriotltntijd, on ne voit guère à mentionner en Hollande, dans agi der- 
niers temps, d'ouvrages de quelque importance auxquels M. Iilok ait 
pu recourir. Les documents imprimés sont, i! est vrai, assez nom- 
breux; ils ne le sont point assez cependant pour que l'auteur n'ait 
été obligé de recourir aux sources inédites*. Les archives de l'Étal 
i La Haye et surtout les archives de 8. M. la Reine des Pays-Bas 
lui ont fourni une quantité de renseignements. Sans doute bien des 
lacunes subsistent encore dans les tableaux qu'il a retracés, et il 
l'avoue franchement, dès les premières lignes de sa préface. Mais ce 
0>st pas un mince mérite qne d'avoir su raconter clairement la partie 
la plut obscure des annales de la République des Provinces-Unies et d'en 
avoir explique les péripéties. 

L'ouvrage se divise en deux parties. La première, qui commence à la 
mort Je Guillaume 111 |l"l)''|, expose l'histoire de la République sous 
, c'est-à-dire à l'époque où l'oligarchie patricienne gouverne 
sans < stadhouden. La seconde va du rétablissement du stadhoudc-rat, 
proclamé héréditaire en 1718, à l'invasion française de 1794. Si, au 
commencement de la première de ces deux périodes, le= Provinces-Unies 
font encore illusion et continuent à jouer, au moins en apparence, le 
rôle de grande puissance, elles sont pourtant atteintes aux sources 
mêmes de leur vitalité, M. Blok décrit leur déclin avec la même impar- 
ui.'mp il.'wchemenl qu'il avait apporté» précédemment à expo- 
ser leur magnifique essor au xvii* siècle. Lea chapitres qu'il a consa- 
crés à la situation économique et au mouvement intellectuel comptent 
parmi les plus instructifs de l'ouvrage et laissent une impression pro- 
fonde, car ils présentent, si l'on peut ainsi dire, le spectacle d'une 
décadence clapnu[Ui', j'entends d'un- 1 ih-cadencp qui s'accomplit à la fou 
cl avec une égale rapidité dans tous le' domaines. En même temps, 

■■H tflàl, que l'admiDiatrati lu payi tombe aui maJni d'ntw oUgar- 

chic vanit<-u»e et égollte de régents patriciens, l'esprit d'entreprise a'en- 

1. II. Blok, comme dans tri précèdent» volumes, a donné m ipprndke un 
tr«a utile aperçu .]«» loarcat tocamntatra Imprimées et nuuuncrilM. 



452 



COMFTES-ILEIDCS CMTKiUES. 



gourdit. la routine se substitue à U brillante initiative de jadis, le com- 
merce décline, le désordre s'empare de la flotte et de l'administration 
des colonies, tandis que les lettres, Im sciences et les arts paraissent 
frappes de stérilité. Arrivée trop rapidement an comble de la fortune, la 
République ne parvient pas à s'y maintenir. Gorgée de capitaux, elle 
s'amollit dans son abondance. Incapable de résister à la concurrence 
victorieuse de l'Angleterre, elle consacre ce qui lui reste d'énergie à 
empêcher le relèvement d'Anvers et celui de la Belgique. Elle s'associe 
à l'Angleterre et à la France pour ruiner la compagnie d'Ostendeet elle 
s'oppose obstinément, sous Josepb II, a la réouverture de l'Escaut. Au 
principe du mare iibtrum, dont elle avait été l'ardent protagoniste pen- 
dant son ■ âge d'or >, elle substitue maintenant celui du mare clautum. 
Ainsi se ferme le cercle de sa décadence; elle a passé par toutes les 
phases qui du progrès l'ont amenée enfin i la réaction. 

Eiclue du pouvoir par l'oligarchie des régents avec lesquels les 
pauvres stadbondera Guillaume IV et Guillaume V furent contrainte 
de s'entendre, la bourgeoisie était cependant en proie à un mécontente- 
ment très vif. Un parti de • patriotes » se forma dans son sein et lorsque 
d'Angleterre et surtout de France de nouvelles tendances politiques com- 
mencèrent à se répandre en Europe, elle trouvèrent aussitôt des adhé- 
rents enthousiastes dans les provinces. En 1787, le pays est à la veille 
d'une Révolution et le stadhouder, expulsé de La Baye, songe à se réfu- 
gier en Allemagne. Mais les patriotes n'ont point d'armée; le peuple 
se désintéresse de leur cause et, en quelques semaines, l'intervention du 
roi de Prusse les fait rentrer dans l'ordre. Les plus compromis d'entre 
eu* se réfugient en France d'où ils reviennent sept ans plus tard avec les 
soldats de Pichegru 1 . La facile conquête de la Hollande par ce dernier 
met fin à l'histoire des Provinces-Unies. ■ C'en était fait de la Répu- 
blique, car, après les événements qui venaient de se passer, il était 
impossible de croire qu'elle pourrait encore subsister dans les mêmes 
conditions d'existence ou elle se traînait depuis longtemps. Elle avait 
prouvé qu'elle ne po-sédait plus de vitalité; elle n'avait pas su se défendre 
et la volonté même de résister manquait à sa population. Elle s'était 
elTondrée, vermoulue et desséchée, incapable de se maintenir davan- 
tage. « 

C'est par ce jugement sévère que se termine le volume dont la lecture 
laisse une impression de tristesse, mais qui est pourtant singulièrement 
instructif. Car l'histoire d'une décadence n'est-elle point un objet d'étude 
aussi important que celle de la naissance et de la croissance d'un 
Etat? D'ailleurs, c'est l'État néerlandais, ce n'est point le peuple néer- 
landais qui, â la fin du ivui* siècle, était condamné à disparaître. La 
nation demeurait vigoureuse et saine : il reste â son historien à nous 



1. Je n'ai point tu que M. Rlok ait utilisé, pour la participation des Pro- 
vinces-Unies a [a guerre de la coalition contre la France, le Hondtchoote de 
11. Cbnquet, où il eut trouve un fort intéressant récit de la bataille de Menin. 



rncciouii : AMMuuTORf i r.iiDic.i df.li.i 



ffiiM.rsf. 153 



décrire son relèvement durant l'époque contemporaine et il faut espé- 
rer que nous n'aurons point longtemps a attendre cette dernière partie 

II . PlBKKNE. 



de mu beau travail. 



Alfredo Potr.lOi.lSl. Ammlratorl e gindlci délia Rivoluzione 
franceae : Thlers, Michelet, Blanc, Sybel, Taine, Tocque- 
ville. Sorel. Firenze, Iteruardo Seeher, 400!. ln-S», 215 pages. 
Après avoir dit quelques mots de l'ouvrage de Thiers, ■ point de 
départ de loua les travaux subséquents >, M. Poggiolini, parmi les 
nombreux historien» qui se sont occupés de la Révolution française, en 
choisit six, qu'il divise en trois groupes : Michelet et Louis Blanc 
représentent les apologistes de la Révolution; Sybel et Taine ses 
Adversaires; Tocqueville et A. Sorel l'histoire impartiale et sereine. Il 
expose successivement les vues fondamentales de ces six historiens sur 
le grand mouvement qui s'est produit eu France à la fin du xvni" siècle, 
et, dans un chapitre iinai, s'efforce de dégager de leurs ouvrages un 
certain nombre de résultats qu'il considère comme acquis. 

Le eboix d'historiens qu'il a fait est quelque peu arbitraire, et leur 
division en trois groupes trop systématique. Mignet n'est pas même 
mentionné. Sybel n'est pas seulement un < adversaire ■ de la Révolu- 
tion [H. Poggiolini le reconnaît lui-même, p. '2011, et son ouvrage 
est bien supérieur à tout ce qui avait paru avant lui. M. Aulard est 
expédie en quelques lignes dans la conclusion (p. 191 et p. 100), et 
c'est cependant avec lui que l'histoire politique de la Révolution est 
un une voie vraiment scientifique, par l'emploi de documents 
jusqu'alors inutilist-s. Qu'on classe M. Aulard parmi les ■ apologistes l, 
je !e veux bien; mais c'est un apologiste dont les conclusions méri- 
taient d'être examinées avec autant de soin qne celles de Louis Blanc. 
Pour la connaissance de la Révolution française, le travail de M. Pog- 
pai grande utilité. On y trouve un exposé consciencieux 
« exact de» idées générales d'bistorieus célèbres, mais il est dange- 
reux d'étudier ces idées en elles-mêmes, sans examiner sur quoi elles 
■DM fonde nt . Par contre, il est piquant de voir rapproches les juge- 
i si divers portés sur la même époque. Chaque résumé, pris iso- 
I, est fort bien fait; ou regrette seulement que le plan adopté par 
i m péché de suivre l'ordre chronologique dans l'examen 
rages qu'il étudie, ce qui aurait donné au lecteur une idée plus 
e l'évolution des idées et des progrés de la science historique. 
aque ouvrage est considéré en lui-même, sans qu'il soit rien dit de 
a auteur, sans que l'on trouve même l'indication précise de la date i 
laquelle il a paru. De la sorte, telle affirmation de Tocqueville, citée 
aprê* un jugement de Taine, paraît presque un lieu commun, tondis 
qui'lla (il l'effet d'un paradoxe lorsqu'elle fut émise. 



\r,i 



COMPTES- RE *1>C S CBITlrjl'ES. 



Après avoir exposé d'une façon objective les idées d'au t rut, M. Pog- 
giolini laisse voir les siennes dans son dernier chapitre. Eapril pon- 
déré, il cherche visiblement à être équitable, mais, en somme, il 
incline plutôt à la sévérité. Il reconnaît que le grand mouvement de la 
fin du ivm* siècle a eu, pour la France et pour l'Europe, plusieurs 
conséquences heureuses; mais il insiste sur le fait qu'il en a eu 
d'autres, déplorables : il a encouragé les tendances subversives, anar- 
chiques, et il a laissé l'Europe plus divisée qu'elle ne l'était auparavant, 
pliant sous le poids insupportable des armements militaires. M. Pog- 
giolini trouve injuste de dire, comme Bonfudini, que la Révolution fran- 
çaise • a été fatale à la cause de la liberté t; de l'appeler, comme Cesare 
Lombroso, « un grand délit politique qui permit de commettre une triste 
série de délits communs •; mais il termine son travail en citant, en 
guise de conclusion, ces lignes de Maziini : > Le progrés consiste, 
pour les divers peuples de l'Europe, à s'émanciper de la France. Le 
progrès, en France, consiste à s'émanciper du xviii* siècle et de la vieille 
Révolution. > Si M. Poggiolini partage, comme il semble, cette opinion, 
on peut lui faire observer qu'aujourd'hui la France ne prétend exercer de 
tutelle suraucun peuple de l'Europe; chacun d'eux est libre d'accepter 
ou de refuser l'influence de ces idées. Il est vrai que la France n'a pas 
toujours été si sage; la politique des hommes de la Révolution a fini 
par être conquérante et oppressive, mais cette politiq ne n'était pas con- 
forme à l'esprit de la Révolution. 

Disons, en terminant, que le livre de M. Poggiolini se lit avec un 
vif intérêt, L'auteur possède un réel talent d'exposition; il sait faire 
suivre six fois le même chemin à son lecteur sans l'ennuyer un instant, 
et il a raison de dire que si ses conclusions peuvent être discutées, 
leur sincérité et leur franchise ne sauraient être mises en doute. 

Ch. Sarre. 



L. TentRNOFF. Le parti républicain sous la monarchie de Juil- 
let. Formation et évolution de la doctrine républicaine, avec 
uue préface de M. Esjitti. Parts, Pedone, 1904. In-s°, iiii-t9S pages. 
La préface de M. Esmein, plus nettement peut-être que l'avant-pro- 
pos de M. Tcherooff lui-même, indique le dessein de l'auteur. M. Tcher- 
noff, en traitant de la doctrine républicaine, s'est proposé d'analyser 
non les systèmes philosophiques abstraits, mais les idées qui vout se 
traduire immédiatement en motions populaires ou en lois. L'histoire 
des doctrines politiques est pour lui une introduction à l'histoire du droit 
constitutionnel. 

De ce point de vue, M. TcbernolT a très bien montré le caractère 
original de ta doctrine républicaine sous la monarchie de Juillet. Il a 
montré que la doctrine républicaine n'était pas une vaine répétition 
des formules révolutionnaires, mais qu'elle était une doctrine nouvelle, 




Tcraiorr : le rira urr/uieuv socs u wkuiciie ne tnti.iT. ISS 

lentement élal-oree par le» discussions populaires el les réflexions de 
p«s«eurs, — sous l'influence de certains systèmes philosophique», — 
pour répondre 4 des besoins nouveaux et impérieux. Il a nettement 
ma/que te rôle de la société des Amis du Peuple et l'influence du saint- 
■imouisme. — le caractère social de la doctrine républicaine use la tin 
de 1632, — et il a bien dégage la conception du suffrage universel 
propre aux hummes d'avril ou de février : le suffrage universel comme 
dm représentation de tous les intérêts, et réalisant, à lui seul, une 
profonde réforme sociale. — Les courts portraits intellectuels que 
H. Tehernoff a tracés dans une manière précise et sobre, de Trélat 
(p. 347), de Baapail (p. 250), de Cabet (p. 39D), de Hul.er ip. 3MI et île 
Lamennais ip. 407), ne seront sans doute que peu modifies par des 
éludes approfondies. Les indications sur Lamartine (p. 191) et sur Louis 
Blanc ip. 321) laissent une impression moins nette. Dans son ensemble, 
le livre est intelligent, la documentation bien choisie, le- 
doctrines le plus souvent bien menés, le style agréable el précis. 

Mais, dans cette tentative nouvelle, et, somme toute, heureuse, la 
méthode de M. Tcheruotf n'a pas été et ne pouvait pas être tout 4 fait 
sûre. Laissons quelques erreurs de détail 1 ; une bibliographie h&tive, 
sans méthode, sans précision, où l'on trouve « Travail ■ de Zola et 
dont la • Revue encvclopédique • est absente... Surtout, M. Tehernoff, 
juriste plus qu'historien, essentiellement préoccupé de l'analyse des 
doctrines, n'a apporté am divers moments de cette histoire qu'une 
attention insuffisante. Son plan est mauvais; sous prétexte de mieux 
distinguer les expressions diverses des doctrines, il ne lient plus 
compte de l'ordre chronologique pour les mieux opposer, il rapproche 
en un même chapitre Garrel el Ledru-Rollin |cbap. ml ; il étudie, on ne 
■ait trop pourquoi, le iJictionnaire politique de Pagnerrfi (18-1'?) avant 
la Revue républicain* de Dupont (1834). Alors qu'il faudrait suivre, 
presque mois par mois, les transformations des doctrines, on ne dis- 
oae plus ainsi les grandes périodes du règne de Louis-Philippe - 
le nationalisme du début (1830-4838), les premières préoccupations 
sociales U 833-1 834), l'action communiste des sociétés secrètes (1831- 
1839), l'organisation du travail, etc.. On ne discerne plus les moments 
mmencent et finissent les influences; pour rapprocher 
idbon du iiinl-rimrmiiTBB, M, Tcbemofl l'etudie avant Pourier, 
I 1893,4 Paris et Lyon, par Jules Lechevalieret par Berhrugget, 
n ik-jii I? républicanisme de ses idées. 

M Tehuâoffa bien eomprie l'importance des formule* dans un tra- 
nll comme lésion, mais il semble que sa méthode do critiqua et d'iuter- 
preuiioti souvent encore échoue. Trop souvent, à notre avis, le désir 
(te mieux marquer une influence l'induit 4 des rapproche ments exlé- 



I, Je nlgnalc reproduit 1 dateur que k terom ilotisme (p. 165) n'est jui 
1840 : il est eoo roui ment emploie dans les brochures de 1833-1834. 




p souvent aussi il ne marque pus 
tanûattoQ et de diffusion des idées. 
...- - ; récsi du l'jnKnenca exercée par le saint-simonisme sur le 
aWran M sur Blaoqui noue révèle ses fautes de méthode. 
» est indéniable; des 1833, les brochures républicaines sont 
■ > funrtule* saim-simoniennes. Mais les rapprochements que 
! établit entre Blanqui et Saint-Simon ne me paraissent 
H rtn : je ne sais pas jusqu'à quel point la critique du constï- 
mImum par Blanqui (p. 349) procède de la critique de Pierre 
t.et non de la revendication populaire contre le régime censitaire, 
ition spontanée peut-être, comme en 1791, en 1795, et géné- 
p on tous cas en 183?. Je ne sais pas jusqu'à quel point Blanqui a 
snnté ses idées sur l'association au saint-simonisme (p. 350) . 1rs 
s par lesquelles débute l'article fameux inti- 
•i ' . Qui fait la soupe doit [a manger (cf. Critique sortait, t. II, p. IIS) 
mt wmblent bien plutôt se rattacher â la tradition bubouviste*. Je 
M demande jusqu'à quel point encore l'organisation du pouvoir revu- 

R inaire selon Blanqui (p. 358) est une réminiscence de la dictature 
-simonienne des savant-, surtout si je me rappelle quelques pas- 
de Buonarroti sur le lendemain de l'insurrection 1 . Et l'exégèse 
ait sortir la tactique révolutionnaire blauquiste d'un passage du 
techisme des Industriels • ip. 93| est au moins assez plaisante, 
Ka6n, pour terminer sur ce chapitre, que M. TchernofT semble consi- 
iftn-, non sana raison, comme un des plus importants de son étude, 
xms ferons remarquer que la courte mention de Leroux faite par Blati- 
a» dans sa notice auto- biographique fp. 316)*, et la présence signalée 
ju de Gorcelle de quelques satnl-simoniens à la Société des Amis du 
peuple ne suffisent pas à marquer chez Blanqui une influence prédomi- 
aaste du saint-simonisme. Nous croyons que Blanqui n'a pas été pénétré 
ià saint-simonisme plus que les autres hommes de son époque, et que s'il 
a, pour l'action, plus particulièrement étudié les théories babouvistes, il 
l'a hit en 1831 que formuler avec plus de précision que personne 
utre les revendications populaires générales. Les formules saiut- 
âDtmiennes qu'il emploie sont familières à toute son époque. 

En résumé, l'analyse des formules exige une très longue, très délicate 
titrés prudente élude que, dans son livre un peu hâtif, M. Tchernoû* 
»» pu toujours faire. Son travail comme celui de M. G. Weill 
éloignent surtout de l'intérêt actuel de l'histoire des partis républicain 
«t ncialiste sous Louis-Philippe. Mais ces deux ouvrages ne sont encore 
^detdèpouillements provisoires. Il faut qu'une société de travailleurs 
reprenne toute cette icuvre par le détail ; il nous faut des monographies 



|. Cf. buonarroti, Conspiration de Babœuf, t. Il, p. 130 et sniv. ' 
«/Wfl*., t. I, p. 132 et sul». 

J. ll*n j les manuscrits de liliintfui, je n ai rien trouvé de plus significatif. 



utTEOrrEL : p.iieii rBiEimir.H wtlhelx it. 



137 



individuelle», un RaspaJI, 1111 Canet. un Buonarroti, uu Blauqui; il 
nous faut de précises monographies d'idées. Dans celle collaboration 
féconde, H. TcbernofT lie sera pas seulement un ouvrier de la première 
lirure, mais un guide sûr. 

Albert Thomas. 



I. Dnter Friedrich Wilhslm IV. Denkwiiniiiikeiten des Minialer- 
prasidenlen Ollo vot HàifTtBTRL, herausgegelien von (I. v. Pos- 
EnNU. Berlin, B.-S. Millier, l'.>01. 3 vol. in-S». 

II. Preussens auswscrtige Politik, 1850-1858. UtlverÔlTeMlichle 
Ookumenle ans dem Niefaiasse (Isa MiiiisU-rprâsidcnlen Ollo t. 
Mi\ti;i rm, bentugagebeii von II. v. PosctinoEs. Berlin, E.-S. 
Minier, (902. 3 vol. in-8°- 

Parmi les acteurs du graud drame historique qui s'est déroulé on 
Allemagne de 1848 à 1871, il en est peu qui aient joue un rôle aussi 
Important que le baron Ollo de ManteulTel; peudanl dix ans il a tenu 
la première place dans les conseils de la Prusse, et si ces dix années 
MU eomaecoé douloureusement pour son pays, elles oui été ensuite 
une époque de transition et de préparation. L'idée était donc excel- 
lente de réunir en uoe seule masse loul ce qui concerne cet homme 
il'Ktai et île composer de «es papiers une biographie qu'on peut truiler 
de * Mémoires >; la féconde activité de M. H. de Poschingor nous 
donne une œuvre désormais iudispeusable à consulter ; l'émioent his- 
torien a eu eu mains, outre les écrits publiés du vivant de ManteulTel. 
1rs papiers conservés par sa famille et il a compose du tout trois 
volumes très nourris. Puis, dans une seconde publication, qui com- 
Bmeuttroisvolumes.il reprend le* ikimnii'ms médus lais- 
i mteulTi'l, relatifs a sou ministère des affaires étrangères, et 
Litaent une vériiable histoire des relations extérieures de la 
Prusse de IBM à 1858. 

Otto de ManteulTel était né eo 1805 et avait poursuivi, avant d'entrer 
dam la politique, une carrière administrative; à pou près tous les hommes 
leettBt août sortis de l'armée ou de l'administration, — Bis- 
marck avait débuté comme autcultator avant de vivre en gentilhomme 
MOtpagMrd. — Conseiller .le gouvernement, landrath dans différents 
postes, Manleuffe! iteil directeur au ministère de l'Intérieur lorsqu'éclate 
la Révolution ■ ."- journée* de mars, les cabinets se suc- 

cèdent; ils sont loin de répondre aux idée» politiques du directeur, 
mais il ooneette néanmoins sa place, « ou peut petuer nec quelle trie» 
il a itaicrt i|ui;lli-B treceaaeriee personnelles, malgré quelles 
indicibles diOealtée >. Cepeadeai le* eteèt de l'AnembUe nationale 
de Prusse ta conduisaient à «a perte; à la lin de l'été, le roi Frédéric- 
[V, après mille tergiversations, se décidait à agir; il con- 



458 COMPTES-RENDUS CEITIQUBS. 

fiait à 8011 oncle, le comte de Brandenburg, le soin de rétablir l'ordre 
avec quelque vigueur ; mais il fallait un ministre de l'Intérieur plutôt 
ferme. Manteuffel était l'homme de la situation et la formule lui est 
justement applicable : c Une main de fer sous un gant de velours. » 

Pendant deux mois, la lutte est entre l'Assemblée nationale et le 
gouvernement; le premier ouvrage de M. de Poschinger donne d'inté- 
ressantes publications sur cette époque décisive; la chambre est pro- 
rogée, transférée à Brandebourg, enfin dissoute, et la couronne pro- 
mulgue une constitution assez semblable à celle proposée par le comité 
de l'Assemblée. Les élections envoient des députés plus tranquilles. 
Le gouvernement a gagné la bataille. 

Deux années se traînent sur les tentatives de Frédéric-Guillaume 
pour réorganiser l'Allemagne; la situation de Brandenburg et de Man- 
teuffel était difficile; ils ne manquaient pas d'action, mais ils étaient 
en présence d'un prince hésitant, à scrupules et retours ondoyants ; 
la plus grande partie du tome I des Denkwùrdigkeiten est consacrée à 
cette époque de projets et d'hésitations ; à Vienne, Schwarzenberg réta- 
blissait, non sans brutalité, les destinées de l'Autriche ; le monarque, 
par jeunesse et par caractère, lui laissait les mains libres. Le conflit 
devait éclater entre les deux grands états allemands; la différence des 
gouvernements devait lui donner solution en faveur de l'Autriche; à 
Berlin, le ministère est divisé; Radowitz veut la résistance, il est 
vaincu par le parti de la cour ; la mort subite du comte de Branden- 
burg jette à Manteuffel toute la responsabilité du pouvoir ; une guerre 
est sur le point d'éclater; dans la situation de la Prusse, c'eût été un 
désastre. Manteuffel court à Olmutz, — comme l'écrivait Abeken, ce 
fut un étrange voyage, — et il obtient les « concessions de l'Autriche ». 
Elles n'étaient guère étendues, mais les apparences étaient sauvées, ou 
à peu près; le ministre à main de fer de 1848 n'en avait gardé que le 
gant de velours. 

Pendant les années qui suivent, la Prusse joue un rôle quelque peu 
effacé; la Diète de Francfort a repris son existence somnolente. M. de 
Poschinger en a déjà retracé l'histoire dans ses quatre volumes : Preus- 
sen im Bundestage '; il apporte, sur cette époque encore mai connue, 
beaucoup de renseignements et de documents nouveaux, notamment 
sur les rapports de la France et de la Prusse au moment de la procla- 
mation du second Empire; il faut lire surtout le long entretien du 
D r Quelh avec M. de Persigny (II, p. 343), les rapports du conseiller 
de légation Kûpfer sur l'état de la France au printemps de 1853 (II, 
p. 352 et suiv.), et, dans le second ouvrage, les nombreux rapports de 
l'ambassadeur à Paris, M. de Hatzfeld, sur la politique extérieure et 



l. Abrégé et traduit, sous la direction de M. Funck-Brentano, sous ce titre : 
Correspondance diplomatique de M. de Bismarck, 1851-1859. Paris, 1883, 
2 vol. 



KIH0S1TA : T8E ai*1E«ï COMXEHCE. 



459 



. Son frère prend 
t de façon heureuse 
g&lité avec les autres 
nonde, et, par tera- 
ne situation nouvelle 



Intérieure de la Prime. Ces six volumes constituent une véritable 
mine de documents. 

Cependant, l'esprit, brillant mais troublé, du ni Frédéric-Guillaume 
donne de* «ignés toujours plus certains de decadei 
la régence; la situation d'ailleurs s'est modiSée e 
pour la Crusse; le congrès de Paris l'a remise ené 
puissances; elle va reprendre son rang dans le i 
pêl*ï et orages, occuper la première place. Util a a 
il faut des hommes nouveaux ; après dix ans de gouvernement, Man- 
teuffel quitte le pouvoir, comble de litres el de décurations, et pouvant 
regarder avec quelque satisfaction le résultat de ses efforts. 

Il vil dès lors, suivant l'expression de M. de Poscbinger, ■ en état 
de repos • ; relire dans ses terres de Drahnsdorf et de Crossen, quelque 
temps député, puis éloigne de tout mandat public, il se consacre en 
sage à la lecture des classiques. Il meurt à Crossen en 1882. 

A côté de la ligure de haut relief du chancelier Bismarck, il importe 
de retracer l'image de ceux qui. venus avant lui ou vivant à ses cotes, 
ont été un peu effaces par son existence brillante. Le double ouvrage 
de M. de Poscbinger vient tout ensemble exhumer le souvenir de 
Mauteuftel el par des documents inédits éclairer bien des détails restés 
obscurs. 

Paul Mattbr. 



Yelaro Kivosm. The past and présent of Japanese commerce. 

New York, 1W02. In-ff, IN pageà. t.Studics in htstory,... of 

Cotvmbia OtUvmitf, XVI, 1.1 

Le jour est arrivé où une ttwtte historique ne peut plus fermer sa 
porte à des études sur l'histoire moderne des peuples d'Extrême- 
Orient', L'un au moins de ces peuples, le Japon, est entré si complète- 
ment dans ce qu'on appelle encore, par habitude, le < concert euro- 
péen »,que l'histoire diie universelle doit nécessaire me ut lui faire une 
place. Il eu reu sèment que les historiens japonais n'ont pas encore pris 
l'habitude d'écrire en japonais, — ou même en espéranto. 

M. Kinosita a-l-il, comme je le crois, écrit le Pané el le préxtnt du 
commerce japonais pour les lecteurs * occidentaux *i En ce cas, il était 
au moins inutile d'ouvrir le livre par des considérations aussi superfi- 
cielles que générales sur l'histoire du commerce, de consacrer lout un 
dcmi-cliapiin* iHI, "1 à la situation économique dl l'Europe du xvr" 
au xvin* siècle et d'y exposer la théorie du mercantilisme. S'adressail-il, 
au contraire, à ses compatriotes? Il rai fallu ejan évitât de irai Sott- 
ner des notions comme celles-ci : qu'il y avait, en 1609, un < roi de 

I. Nous croyons devoir itertlr le licteur que ce tomple-ruadu ■ été écrit 11 
y a quatre ans. 



l'If) 



OOMms-lUMn GimoBm 




Hollande • (p. flfij, ou que Rome s'est élevée put les ruines de 

et de • Cartliage • (p. loi *. Mais ce que nous cherchons dans le livre 

de M. Kinosita, c'est ce qu'il contient d'essentiel le meut japonais. 

Il commence par attirer notre attention sur la position exceptionnel- 
lement favorable occupée par l'empire du Sole il- Levant, position que 
le percement des isthmes rendra plus favorable encore, sur ses res- 
sources en houille (déjà près de 7,000.000 de tonnes par an), sur la 
variété de ses climats (Î5 d'extension en latitude!, sur les qualités de 
son peuple : ■ Pendant des siècles, il a vécu à part. Mais son exclusi- 
dnt est aujourd'hui du passé... L'histoire de ce qu'il a été, de ce qu'il 
est, de ce qu'il veut être est devenue aujourd'hui d'un intérêt général. • 

Le passé japonais* est obscur. Cependant, dès le i*' siècle avant 
notre ère, apparaissent les premiers rapports avec la Corée. L'influence 
coréenne se manifeste surtout au vi* siècle par l'introduction du boud- 
dhisme, doctrine peu Favorable au développement économique. En 
somme, il faut attendre la fin du ivi« siècle et l'arrivée des Européens 
pour assister à l'éveil du commerce japonais. Ce phénomène se produit 
surtout sous le règne centralisateur de lyeyasou, qui parait avoir com- 
pris l'avantage qu'il avait â ouvrir ses ports aux navires hollandais et 
anglais et qui eut l'intuition (p. 72) dn rôle futur de l'océan Pacifique. 
A cette date (vers le temps où mourait Henri IV), les vaisseaux japo- 
nais allaient au Mexique, fréquentaient Java, Manille, l'Annam, le 
Siam, Malacca, le sud de la Chine, la Corée, même l'Inde. Le Siam a 
lui tout seul contenait des colonies japonaises montant à 8,000 âmes. 
Les imprudences religieuses des Portugais et des Espagnols eurent 
pour résultat, sous le successeur d'Iyeyasou, des persécutions et une 
restriction du commerce extérieur. Seuls les Hollandais conservèrent 
le droit de débarquer dans une lie voisine de Nagasaki. De 1641 à 
1864, c'ait par leurs mains et par celles des Chinois que passe tout le 
trafic de l'Archipel. 

Avant la Restauration de 1868 fut de nouveau ouvert au monde 
l'empire du Mikado. Le traité de commerce de 1853-54 avec les Etats- 
Unis inaugure cette ère nouvelle. Il est suivi d'un traité avec l'Angle- 
terre, puis avec la Russie, la Hollande, la France (1858), le Portugal, 
le Zollverein et toutes les autres puissances lie dernier avec le Mexique, 
1888*1. La Restauration, contrairement à ce que l'on pouvait prévoir, 

I, Même page, la bataille de Plassey est orthographiée Plessy. Il semble qae 
la Faculté de science politique île Columbia, éditrice île la collection, eût pu 
taire disparaître ces lacbei. 

î. Est-il même probable (p. 23) que i la civilisation sémitique de l'an 2000 
av. J.-C , non seulement atteignit l'Inde pur les Phéniciens i, mais, • initia IVM 
la civilisation aryenne des races ii.uni tiques, atteignit les Philippines et le 
Japon? » J'ai peur que l;> aussi l'éluuYini pponai*, i'bloui par le premier contact 
avec les idées occidentales, n'ait un peu brouillé lei choses. 

3. I. auteur n'examine pu les rëetottt BOdiBcttlDni Ip partiel à ces traités. 
Elles sont pourtant d'une importance capitale. 






KI7I0S1T» : THE JlPiXESE COMMERCE, ll'.l 

(aire pénétrer au Japon la civilisation occidentale. L'amé- 
lioration des voies de communication, la création des postM, dd télé- 
graphe;, des chemin* de fer (la première ligne Tokio-Yokohania, com- 
mencée en 1869, achevée en 1872; aujourd'hui plus île 3,000 kilomètres) 
ont donné aux relations commerciales intérieures et extérieures uue 
activité toute nouvelle. La création d'une marine marchande de modèle 
iiijiiiii'l liai près de 300,000 tonnes pour la Qulte à vapeur, 
plu* de l ITjUilU pour la flotte à voiles, tonnage net| permet au pavillon 
japonais de venir concurrencer les noires en Australie, en Inde, en 
Californie, en Colombie britannique, voire en Europe. 

La Japon est entré en même temps dans l'ère de la grande produc- 
tion industrielle. MaiB la révolution industrielle ne s'y est pas produite 
par gradations comme en Europe. « Ce fut une transition rapide, sou- 
daine, impétueuse, affectant tout l'ensemble de la consommation, i 

Les relations commerciales du Japon ont aussi changé de caractère. 
Immédiatement après l'ouverture de l'Empire, l'Angleterre était le 
principal exportateur, les États-Unis le principal acheteur. Depuis dis 
ans, le commerce avec les Étals-Unis reste prospère, lo commerce avec 
l'ensemble de l'Europe croit lentement, le commerce avec l'Asie croit 
par bonds énormes (en dix ans passe de 45 a 190 millions de yen). C'est 
surtout la Chine, l'Inde anglaise, la Corée qui jouent ce rôle de mar- 
chés pour les produits japonais et de vendeurs de matières premières 
ou même de denrées alimentaires pour l'industrie et la population 
ouvrière japonaises. En Chine, tandis que la pan du commerce amé- 
ricain, entre 1985 et 1899, montait de 12 à 44 millions de «tels, celle 
du Japon sautait de moins de 1 à plus de 03, dépassant de plus de 
8 millions le total du commerce avec l'Europe continentale, balançant 
presque le cliiiïre du trafic direct avec la Grande-Bretagne. M. Kiuusita, 
comme tous ses compatriotes, estime que l'immense empire est dans 
la «me d'influence économique de son pays; que, seul, le Japon est 
en eut d'y introduire l'essentiel de la civilisation occidentale. € Une 
lUttBH mdosiru'lle et commerciale entre Japon et Chine (p. 158] est à 
peine plus avantageuse pour ces nations elles-mêmes que pruhiableau 
progrés et & la civilisation du monde >. Mais la Chine ne lui sufut pas. 
• Sur les marchés orientaux, le Japon peut soutenir avec lUMés [«con- 
currence étrangère, i Car, ajoute l'auteur, la • Coréfl, le 8taa, li>s 
Philippines ont des relations historiques avec le Japon et qu'il serait 
facile de développer s. 

Avis aux nations européennes ou américaines domiciliées en 
Eltréme- Orient. A coté des États-Unis, le Japon est candidat a la 
tlvttastocratk du Pwiflqoo 1 

IL Halsek. 



I. P. 140 : confusion puérile entre le • droit naturel ■ >i« stoïciens lna(ura( 
(aï') el les « lui* naturelle» ■ de l'économie potUIqu. L» France et le» \\*ji de 
l'Uni™ lutine rangés a tort lj>. 1:13) dans les pays i étalon d'or; an moins fal- 
lait-il distinguer entre le ftfttl itundard el le liai tlandard. 

Kiev. Hunm. XC1V. 1" casc. Il 



462 COMfTES-aESDUS CIITIQUIS. 

Moritz LaBarus' Lebenserinnerangen , bearbeilet von Nahida 
Lazarus u. A. Lbicbt. Berlin, 6. Reimer, 4906. ln-8% 630 pages 

A. Leicht. Lasarus der Beffrûnder der Vœlkerpsychologie. 
Leipzig, Diirr, 4904. Pelil in-8% 406 pages. 

J. Woolgbmutb. Morits Lasarus, eîo Nachruf. Berlin, Jtzkowski, 
4903. ln-8°, 22 pages (aus des Jiidùchen Presse). 

J'ai eu le privilège, lorsque j'ai séjourné à Berlin et à Gœttingen en 
4867-1868, de suivre les leçons de Steintbal et de Lotze et d'être reçu 
dans leur intimité ainsi que dans celle de Lazarus, le beau-frère de 
8teinthal, qui fut avec lui le fondateur et le principal collaborateur de 
la Zeitschrifl fur Vôlkerpsychologie und Sprachwissenschaft. Bien que le 
but de mon séjour en Allemagne fût l'étude de l'histoire et des méthodes 
historiques et que j'aie consacré aux leçons de Kœpke et de Jafifé à 
Berlin, de Waitz à Gœttingen la plus grande partie de mon temps, je 
jugeais utile de me rendre compte de ce qu'était l'enseignement de 
la philosophie dans une université allemande, ou celui de la linguistique 
envisagée dans ses rapports avec la psychologie et l'histoire. L'au- 
teur du Mikrokosmos, de même que Lazarus et Steinthal, était un dis- 
ciple d'Herbart, et cherchait, comme son maître, dans une psychologie 
scientifique les fondements d'une conception générale de l'univers et 
du développement de l'humanité. Mais comme eux, il était un disciple 
très libre et très original. Plus encore que la philosophie de Lotze, dont 
j'admirais les détails ingénieux et profonds, mais dont je n'arrivais pas 
à saisir le système, m'intéressait la tentative de Lazarus et de Steinthal 
pour donner à la psychologie une base scientifique en l'étudiant, non 
dans l'âme individuelle, mais dans les manifestations de l'esprit collec- 
tif et de la vie collective des peuples et de l'humanité. Sans tomber 
dans les exagérations mystiques d'Éd. de Hartmann, qui croit ou 
semble croire à l'existence réelle d'une âme collective des peuples, 
Lazarus avait remarqué avec justesse et fortement établi que la psy- 
chologie collective des peuples et des hommes est autre chose encore 
que la psychologie particulière des individus qui composent les nations 
et l'humanité, que le langage, le droit, les mœurs, les institutions poli- 
tiques, la religion, l'art sont des phénomènes qui ne peuvent se conce- 
voir ni s'étudier si Ton ne les conçoit comme un résultat de la collec- 
tivité, comme des phénomènes sociologiques, comme le résultat de 
l'action de l'individu sur l'ensemble et de l'ensemble sur l'individu. 
— Et en cherchant ainsi une psychologie nouvelle dans l'étude du 
langage, du droit, des mœurs, etc., en un mot de toutes les mani- 
festations de l'activité humaine, Lazarus et Steinthal posaient les 
fondements d'une éthique nouvelle. C'est Lazarus, comme l'a montré 
M. Leicht dans son excellent petit livre sur la Vôlkerpsychologie, 
qui a été le premier fondateur de cette science, ou plutôt de cette 



H. LAZiBOS ; LEBF.SSKHmERrmit-.V.. 



* 63 



méthode, dès 1851. Huit ans pin lard, il créait avec Steimhal la 
i-. publièrent par fragments presque tous leurs travaux, où 
Lazarus en particulier donna quelques- unes des études qui formèrent 
•on beau livre Dai Ubrn dtr Serti, une des œuvres les plus remarquables 
de la philosophie allemande dans la seconde moitié du xix* siècle. Laza- 
rus était un esprit eueyelupédique : il avait reçu de son éducation juive, 
sur laquelle M. Wolgemulh nous donne les plus intéressants et les plus 
louchants détails dans l'article cité ci-dessus, uno connaissance appm- 
. hébreu; il était linguiste, théologien, philosophe, histo- 
rien, juriste et versé eu même temps dans les sciences naturelles, en 
particulier la médecine. I! était donc admirable meut préparé à tenter 
la synthèse hardie de sa Vôtktrpstjchologic qui est, à vrai dire, à la fois 

le sociologie et ud essai de philosophie de l'histoire; car il 
W propose d'étudier et les phénomènes sociaux qui sont communs il 
l'humanité en général et l'évolution des phénomènes psychologiques et 
moraux à travers les Iges. 

Un esprit aussi riche, aussi varia que celui de Lazarus, uni à un 
caractère du plus noble idéalisme et de la grâce la plus séduisante, fit 
de lui non un savant enfermé dans son cabinet, mais un homme d'ac- 
tion et un humme du monde au meilleur sens du mot; son influence à 
ta tète du parti libéral et réformateur dans le judaïsme fui considérable; 
il oe cessa pas de se mêler aui affaires politiques de l'Allemagne; comme 
professeur à l'Université de Berue, à la Kriegsakaderaie et à l'Univer* 
site de Berlin, comme conférencier écoulé et applaudi dans les sociétés 
savantes et littéraires, dans les congrès, dans les salons même, il exer- 
çait un irrésistible ascendant. 8a maison était un centre littéraire et 
artistique dont j'ai pu apprécier le charme et l'animation en !6fiï, au 
tuunienloù Lazarus venait de rentrera Berlin après ses années de IJerne, 

iù Lazarus était eu séjour, en Suisse, en France, en Autriche, 
tl était un hôte recherché et aimé. Il était aussi goûté des artistes que 
de» savants, et il inspirait la sympathie, l'estime et l'admiration aux 
hommes de Unis les partis comme de toutes les religions. 

ira se faire une très'jusle idée de ce que fut Lazarus comme 
hieinne, de l'élévation île sou esprit et de la richesse de sa nature, dans 
les souvenirs autobiographiques que vient de publier sa seconde femme 
avec la collaboration du 1> Leicht. Lazarus, plusieurs années après 

m sa première femme, qui était une personne d'une intelli- 
gence supérieure, eut le bonheur de trouver en Nahida Ilemy, femme 
de lettres d" talent et d'un grand eamr, une compagne qui lui Ht une 

illuminée de poésie et de tendresse, et à laquelle il dut 
de pouvoir, sinon achever, du moins pousser très loin MM 
M" Lazarus avait, pendant les années passées auprès du maure qui 

u époux, recueilli pieusement les souvenirs qui jaillissaient 
avec une inépuisable abondance de sa conversation. Elle 
aux noua autobiographiques, aux lettres laissées par Lazarus et elle 
vu a formé un volume de soutenir* qui déconcerte un peu, par l'ab- 



\u 



COMPTES- EEXIH'S CBITIQTES. 



sence de chronologie précise, le lecteur mal familiarisé avec la 
biographie du philosophe, mais qui abonde en documents d'un 1res 
grand prix pour l'histoire littéraire et scientifique du six* siècle. Je 
signalerai avant tout les premiers chapitres sur Ftûckert, Gottfried 
Keller, B. Auerbach et Paul Heyse, le chapitre sur Paris, que Lazarus 
visita plusieurs fois et où il connut Taine, Renan, G. Paris, J. Dar- 
mesleler, Michel Dri'al, et enfin les derniers chapitres qui, avec le cha- 
pitre zii, fournissent sur la vie littéraire, universitaire, politique et 
sociale de Berlin de précieux renseignements. 

Comme le dit Auerbach cité par M. Leiclit, • le souvenir des hommes 
qui ont manifesté d'une manière vivante ce qu'il y a de plus noble 
dans l'humanité est le meilleur héritage que nous transmettent le passé 
et l'histoire. ■ 

Gabriel Monob. 



TadeSjnciKUS. Nacrt zivota 1 diela Blskupa J - J. Strossmayera. 

[La vie et l'œuvre île l'éveque Stroasmayer] \gram, 1906. 

4 vol. ïn-8 u , 450 payes [publication de l'Académie sud-slave). 

L'auteur de ce livre, M. Sraiciklas, professeur» l'Université d'Agram 
et membre de l'Académie de celte ville, est un butorim distingué 
auquel on doit notamment une bonne histoire de la Croatie el de nom- 
breuses recherches sur les annales des Slaves méridionaux. L'Acadé- 



mie, fondée en 18G7 grài 
lui payer une dette de . 
sa biographie est racon 
unes de ses œuvres. L' 
fessionnel; 



: libertés i 



: Mgr Slrossmayer, a tenu A 
i un ouvrage ou 
■t où sont reproduits des extraits de quelques- 
|ue ne se piquait pas «l'être un écrivain pro- 
e des plus hautes qualités de l'homme d'ac- 
I éloquence ebaude et généreuse qui, soit dans sa langue 
maternelle, suit dans ta langue de l'Eglise, le latin, lui assurait la maî- 
trise des âmes. Il avait le don d'exciter et d'éveiller au plus haut point 
la sympathie; des écrivains protestants comme M. Georges Perrot, 
comme M. de Laveleye, lui ont rendu à ce sujet de précieux témoi- 
gnages. Son reuvre fut considérable : c 
maintenir l'autonomie du peuple croate 
Il consacra la plus grande partie de sa IV 
ii |ties, non seulement cher, les Croate: 

leurs voisins les Slovènes, les Serbes, les Bulgares. Sa bienfaisance 
s'étendait à la fois sur les catholiques et sur les orthodoxes. Il rêvait 
d'une église universelle où toutes les confessions se rencontreraient. Il 
aimait passionnément la France et, en 1870, il iotervititen notre faveur 
auprès de l'empereur de Russie. L'ouvrage où M. Smiciklas a mis en 
relief celle noble figure est d'un haut intérêt. 

Louis Leoeb. 



: patriote, il s'efforça de 
lie contre les Magyars, 
i des fondations scienti- 
mpatriotes, mais chez 






BBCDKIL9 PKHIOMQrES. 



RECUEILS PÉRIODIQUES ET SOCIETES SAVANTES. 



1. — Revue des Questions historiques. 19117, janvier. — 
P. Allard. Une grande fortune romaine au v* siècle |très intér oeo aate 
analyse des renseignements que noua fournissent lesdocamonls réunis 
par le cardinal Rampolla dans un livre Santa Mctania junior* , et, en 
Bartinolier, la Vie de sainte Mélanie, sur l'immense fortone de Melauie, 
qu'elle liquida pour subvenir à des œuvres pies. M. Allard évalue ses 
revenus à 116,640,000 tr. (î), et elle libéra dei milliers d'esclaves dont 
chacun valait environ 2,000 fr. Ses palais, ses mubiliers représentaient 
des sommes immenses. Cette élude a un intérêt économique considé- 
rable). — Barante. Le siège d'Orléans et Jeanne d'Arc (fin; du .'9 avril 
au 5 mai liC9). — Ssiolka. Iledwige d'Anjou, reine de Pologne (1371- 
1399; la lille de Louis I" d'Anjou, roi de Hongrie et de Pologne, êpOBH 
Jagellon, grand-duc de Lithuanie, qu'elle convertit avec son peuple. 
~ cil romanesque de ses fiançailles avec Guillaume d'Autriche qu'elle 

nfia pour épouser et convertir Jagellon. Elle avait quatorze ans et 
se demande ce qu'il y a d'historique dans ce roman). — M. Dudruel. 
:em XI et l'extension de la régale (d'après la correspondance con- 
fidentielle du cardinal Pio avec Léopold I", 1673-1681. C'est le cardinal 
Favori ti qui décida le pape à résister jusqu'au bout). — M. ok FkÊ- 
viw.b. Lally et Bussy an» Indes, avril UM-mars 1761 (d'après de nom- 
breux documents inédits. Récit de la série de fautes et d'échecs qui 
conduisirent a la ruine de notre empire des Indes depuis l'ivhee i)ev,iiu 
Madras jusqu'à la perte de Pundichery. L'incapacité et la présomption 
de Lally, qui commença par rappeler Bussy du Dcfckan où il avait for- 
tement établi le protectorat français, furent cause do noa désastres). — 
J Pnracs, Un prêtre français en exil. L'abbé Uabriel Auny, cure 
d'Iéna (1795-16151, et ses relations avec Napoléim 1" H'abbé Aunv ren- 
dit de grands services a ses ouailles après la bataille d'iena. Il fut dépos- 
sédé de sa cure en 1S15 Comme suspect de connivence avec les Fran- 
çais). — V. Eauow Les commencements du culte des saints dans 
i'Kgbse chrétienne (critique dn livre si remarquable d'K. Ludus, ana- 
lysé ci-dessus, p. 130). — Pixauao. Dmiiri dit le Pmai (à propos du 
\ .lis/ewski, If! Originel d» ta Russie modem*. Le P. Pier- 
ling mainiu'iii la thèse d'aprea laquelle la Pam Dènétriaa leraii bien 
Grlchka Otreplevi). — Hravoix de Lanooslb. Une lettre Inédite de aalni 
le Paul â Maadeleioa de Lauioignon, I55Î. — Pierre EU». La 
France et le* armée» d'occupation, 181 S- 181 8 [qnelqnea raaaelgBamaau 
curieux »ur les excès cummia par le» alliés). 

2. — Revne de Syntnèae historique, 1906, février. — XEnoi-ol. 



J66 EECUE1LS PÉRIODIQUES. 

La notion de • valeur • en histoire (la notion de la valeur est étran- 
gère à la science historique!. — H. Berb. Les progrès de la sociologie 
religieuse (analyse des travaux de MM. Durkheim, Hubert et M ans s 
sur la magie, le sacrifice, etc. M. Berr craint qu'on réduise trop aux 
éléments sociologiques collectifs ce qui ressort aussi de la psychologie 
individuelle). — L. Gahex. L'idée de lutte des classes au xvm* siècle 
(on la trouve chez Bolingbroke, d'Holbach, Quesnay, Turgot, pour être 
précisée chez A. Smith. L'idée est très répandue en 1789). — Jankélé- 
vrrcH. Des rapports entre le droit positif et la philosophie du droit 
(d'après Del Vecchio, / présupposai fllosofici délie nosione del diritto ; 
A. Levi, Per un programma di fllosofla del diritto; J. Stern, Rechts- 
wissenschaft u. Rechtsphilosophie). — Boissorhade. M. Guiraud et l'his- 
toire économique de l'antiquité. — L. Febvre. La France à la veille de 
la Réforme d'après M. Imbart de la Tour (généralisations trop ambi- 
tieuses sur une documentation trop restreinte). =: Avril. A. Wibth. De 
la race (article très confus où l'auteur proteste contre l'abus de l'idée de 
race et où il confond la race et la nation). — Saqhac L'agriculture et 
les classes rurales en France au xviii* siècle (essai de synthèse provi- 
soire. Le premier article étudie la répartition de la propriété et la divi- 
sion progressive du sol). — P. Hermaht. Le sentiment amoureux dans 
la littérature médiévale. — Xénopol. Sociologie et histoire (soutient 
contre M. Rivera, et son Determinismo sociologico, qu'il peut y avoir 
une science de l'histoire). — H. Berr. Les rapports de la société et de 
l'individu (à propos du livre de M. Draghicesco, Du rôle de l'individu 
dans le déterminisme social, où, tout en cherchant à revendiquer pour 
l'individu sa part, il la subordonne encore trop à la société dont il sort). 
— A. Fortibr. Les planteurs sucriers de l'ancien régime en Louisiane 
(raconte la création de cette culture par J. Etienne de Bore et les pro- 
grès dus à M. Valcour Aime). =: Juin. L. Febvre. Histoire et dialecto- 
logie (s'appuie sur le livre de M. Jean Passy, VOrigine des Ossalois, sur 
V Atlas linguistique de M. Gilliéron et sur le travail de MM. Gilliéron et 
Mongin sur le mot scier, pour montrer l'action des faits sociaux sur le 
langage. La Géographie linguistique sera un précieux auxiliaire de l'his- 
toire). — A. Fribocrq. La psychologie du témoignage en histoire (les 
recherches des juristes sur la valeur des témoignages, de M. Binet sur 
la suggestibilité, de M. Stern dans les Beitrsge zur Psychologie der Aus- 
sage prouvent la part énorme d'erreur qui existe dans tout témoignage. 
Toutefois, l'erreur même est un témoignage qui a son intérêt). — 
P. Lacombe. L'appropriation privée du sol dans l'antiquité (I. Sparte ; 
suite en août : Athènes. Soutient contre Guiraud et Schœmann que 
les Ectemores, paysans, ne versaient qu'un sixième de la récolte aux 
eupatrides). — Parisot. Sieyès et Spinoza (curieuse démonstration de 
l'influence des idées de Spinoza sur les théories constitutionnelles de 
Sieyès). — A. Levi. La légende de saint François d'Assise (M. Nino 
Tamassia, dans son livre sur saint François, démontre que toute la 
légende remonte à Thomas de Gelano et que Thomas l'a fabriquée en 



88C0E1LS PKliMMijl'F?. 



107 

int aux hagiogra plies antérieurs pour mettre François d'accord 
c Home). — P. HmuBT. La théorie de l'histoire dans les Uoiver- 
m hollandaises |à propos de» cours de MM. Ilui/.inga et Bussemaker. 
Ni l'un m l'autre ne croient à la possibilité d'établir des généralisations 
historiques offrent m: caractère de certitude scieiitiliqur'l. — H. Bëbr. 
M. Millard et sa loi historique (pure rêverie]. = Compte-rendu : 
//. Hickert. Geschichtsphilosopbie «article critique important de M. XEno- 
pot; M. Rickert fait tout reposer sur la notion de ■ valeur » que M. X. 
croit inapplicable en histoire!. = Août. G. Richard. Unité de l'histoire 
Uns sciences et de l'histoire économique. — G. Ascoli. Les idées fémi- 
nistes on France du ivi« siècle à la Révolution (étude très intéressante 
où, après avoir montré les progrès accomplie au xvi* siècle dans la situa- 
tion des femmes, il rapports M OWMUUtiMIU la naissance du féminisme 
rationnel. Au ivnr* siècle, Marivaui est un féministe convaincu : très 
précieuse bibliographie du sujet), — Kobïul. Le bill sur l'éducation, 
VMM',. K,i place dan* l'histoire religieuse et politique du peuple ■ffj**r* 
— JaNxéléVitch. Lamarckismeet Darwinisme (â pfOpMBe I'hoyili^' de. 
A Pauly, qui essuie de substituer une théorie vitahsle au mécanisme 
darwinien]. — Paiiès. Pourquoi l'on enseigne l'histoire (pour apprendre 
à voir et juger les réalités humnines|. = Compte-rendu ; E. llatcvy. Le 
radicalisme philosophique (art. important de P. Mantoux|. = Octobre. 
\. Thierry et le mouvement historique sous la Restauration 
(d'abord historien politique, puis historien littérateur et narrateur, 
Thierry a fini par comprendre les vraies conditions do l.i recherche 
biitoriqnc. M. Jullian a tort de dire que les excès du romantisme his- 
Mriiiue éclatent au t. III de l'Histoire de France de Michelcl. Ces excès 
Dl au t. II. Michelet.au t. III, s'est assagit. — A. liai. Pascal 
nonce du Puy-de-Domo (M. Rcy défend les conclusions de 
M Kithien •' pense que Pascal a cherché, en fabriquant après coup sa 
lettre a Périor du là novembre lfilT, à s'attribuer le mérite d'une décou- 
vert* qui appartient à Descartes, à Mersenne et à Au/.uut. l,o génie 
e de Pascal a été inventé par une coterie de famille et de 
parti et l'orgueil de Pascal s'est prêté a cette supercherie). — Pktit- 
Dt-r»iLi,i9, L'histoire politique d'Angleterre publiée KHM la direction de 
.MM. W. llriui et II. Poule. — G. liuiiiu». U philosophie ancienne 
léraie des travaux parus de 1880 à 1904|. — P. He*iia;it. La 
. histoire en Hollande. M. G, Ueymans (à propos doseatroî* 
ouvrages, Esquisse d'une histoire critique de principe de causalité; le» 
Loi» *t les Eléments de la pensée icienlifiiitit . Intrwluctiûn à la mèlaphy- 
tiqut et fondement de i Ej r i une. M SeyaUMM doute il l'Induire |iourra 
synthétiser en lois les phénomènes que jusqu'ici elle se contente d'ex- 
pliquer es Im ramenant à due eanett pejehiqnet). 

3 — Revue de» Études ancienne» T. VIII. 1906, OCt.-déc. — 

.. d'interprétation de la stèle d'Ouchak. — Cohdo- 

Ltos. inscription de Daulis. — Fostkieb. Inscription de Cordèlio. — 

G, Block. Observations sur le procès des Scipions (fin. Les décret» tri- 



IfiS 



KrcPEiLS pkhiomqpes. 



buniejens : lu question des cognomina; la question des auspices et des 
tribuns, la question du butin; ta question des précédents). — C. Jul- 
liak. Notes gallo-romaines. Les fleuves de la Gaule chez Polybe 
{lltiberii est bien le nom de la Tille d'Elue, et non du fleuve du 
Tech sur lequel elle est située). — Lucien Villam. Quelques observa- 
tions sur les chants chrétiens d'Ausone. — Chronique gallo-romaine. 
= T. IX, 1907, janv.-mars. G. G loti. Têtes mises à prix dans les cités 
grecques |n'ont jamais été que celles d'ennemis publics). — G. FUdet. 
L'histoire des Lagides fd'après le livre de Bouché- Leclercq). — 0. Jdl- 
liak. Notes gallo-romaines. Silius et la route d'Hannibal (la lecture de 
Silius Italiens apporte de nouveaux arguments en Faveur de Tarascon 
et du Cenisj. — Questions hannibaliques. 1 : J. Frkixe. Le» bois du 
Pertus. 2 : Armand. Le Rh6ne à Tarascon. 3 : J. Fournis». Le passage 
du Rhône entre Tarascon et Beaucaire au moyen âge el jusqu'en 1760 
(s'effectuait seulement par barques, à la merci du courant). 4 : S. Cha- 
iiBBT. La vue des Alpes, A propos de Tite-Live, XX île texte est inter- 
pok'l. h : De Ma.nteïer. Le nom du Drac.6 : H. Ferrand. L'hypothèse 
du Clapier. 7 : G. Fougères, 'fui rif» ûpaîm (= entre avril et aoù(|. — 
H. ns L* Ville »b Mibmont. L'astrologie chez les Gallo-Bomains (suite). 
= Compte-rendu : E. Slijper. De Formularum Andecavensium lalini- 
tate disputatîo (utile). 

4. — Bibliothèque de l'École des chartes. T. LX VU, 1906, sepl.- 
déc. — L. Delfble. Mémoire sur la chronologie des chartes de Henri II. 
roi d'Angleterre el duc de Normandie (jusqu'en 1173, le roi s'intitule 
ffenricus, rex Anglomm, el, depuis lors, ffenrieus, Dti gratta rex Ânglo- 
rum). — P. Gdilhiebmoz. Note sur les poids du moyen âge (fin de cette 
longue note de plus de 120 pages). — A. d'Hsbbomez. A propos des 
baillis d'Arras sous le règne de sainl Louis (Tournai était de leur res- 
sorti. — E. Laurain. Renaud de Béronne, bailli de Senlis (1223-1234; 
s'appelait ainsi et non Renaud de Baron ou de Beron). — M. Jcsseliïi. 
Lettres de Philippe le Bel relatives à la convocation de l'assemblée de 
1302 |non publiées par G. Picot). — L. Levillatn. Le baptême de Clo- 
vis (a eu lieu à Reims el nou à Tours). — J. Viakd. Henri Le Moine 
de Bâte à la bataille de Crécy (celui que Froissart appelle i Le Monne 
de Basele • était de la maison des Mûnch de Baie et non de Bazeilles). 
= Comptes-rendus : E. Guillemot. Les forêts de Sentis. — M. Prévost. 
Élude sur la forêt de Houmare. — P. Vidal et J. Calmette. Bibliographie 
roussi lion nuise (quelque indécision de méthode). — J. Cuvelier, Cartu- 
taire du Val-Benoit (négligé). 

5. — Revue d'histoire moderne et contemporaine. T. VUI. 

n° 4, janvier 1907. — A. Mathiez. Taine historien (« malgré ses pré- 
tentions scientifiques, Tain»? n'est pas un historien digne de ce nom, 
mais seulement un littérateur et un philosophe égaré dans l'histoire •). 
= Comptes- rendus : Driault. Napoléon en Italie (quelque incertitude de 
plan ; la thèse principale « que Napoléon fut un empereur romain, • est 






secpeils pfaioDtores. Jf.9 

insuffisamment démontrée), — Madelin. La Rome de Napoléon (docu- 
mentation insuffisante!. — Tehernoff. I* parti républicain au coup 
d'Étai el sous le second Empire (t superficiel, terne et confus *). — 
Fr. Maison. Napoléon el su famille; t. VII (P. Caron proteste contre la 
r. = Février. Ph. Saonac. Les cahiers do 1789 et 
bot valeur (les cahiers oui été écrit? avec sincérité et indépendance; 
régies générale» pour la publication de ces textes! . — Ph. GaamM. Les 
impressions du comte de Las Cases sur l'Empire français en I81S 
|d'«prè8 des notes conservées par la famille et prises lors d'une tournée 
d'inspection) . = Comptes-rendus : H. Sic. Les classes rurales en Bre- 
tagne du xvi« siècle à la Révolution (excellent). — E. b. Adams. The 
influence of Grenville on Pitl's foreign policy, 1787-1798 (rectifie Sorel 
pouf la politique anglaise}. — R. Viviani. La Restauration (sans cri- 
n.|iio et plein d'erreurs). — Vicomte de Reiset. Mario-Caroline, duchesse 
df H'ii;, 1«IG-I8:((I (puéril). — Résumé de la soutenance de lliéses de 
Ph. Guiinard ((** Origines de la légende napoléonienne; Lettres du comte 
et de la comtesse de Montholon). — Réponse de 8. Charléty aui cri- 
tiques adressées à son recueil de boeuments relatifs à la vente des biens 
nationaux: réplique de M. Marion. — Réponse de C. Maréchal aux cri- 
tiques adressées a son Lamennais el V, Hugo; réplique de J, Marsan. 

6. — La Révolution française. 19(17, 14 «Trier. — A. Matoibz. 
La France et Rome sous la Constituante, d'après la correspondance du 
cardinal Demis. I. L'alTaire des annates (recherche qui fut responsable 
de la rupture entre la Constituante el la Cour de Rome en grande partie 
I l 'nni.. de document! mal examinés par M. Fr, Masson). — A. Liébv. 
Là date de la composition du i Chant du départ > (entre le début de 

la début île messidor). — H. Poulbt. L'administration cen- 
trale du département de la Meurthe, de l'établissement des départe- 
ments à la création des préfectures (tin : février 1798-mai 1800). — 
E. DoMar. Les laïques dans l'Église; la tradition et les encycliques 
de Pie X. — H. Prentout. L'assistance publique dans l'Orne, 
1789-1795. — Lettre inédile d'un volontaire de l'armée du Rhin et 
vignettes militaires. = Il mars. A. CbI:jiieiï. Le particularisme muni- 
cipal a Marseille en 1789. — E. Le Gallo. Saiut-Micbel-de-Maurîenne 
BU [793 et 1794 d'après le registre des délibérations delà municipalité. 
— J. Gi.im.aume. Un dernier mut à propos du ■ Chant du départ > 
(maintient qu'il a été composé uu début de floréal(. — H. Labboub. Le 
droit de cuissngc en 1714 (publie un texte établissant l'existence de ce 
droit dans la généralité d'Amiens). — R. Bonnet. Le conventionnel 
J -F. Delacrotl (texte inédit). — Documents inédits : Les élections 
dans l'Hérault et à Montpellier en 1852. = Compte-rendu ; Btiard. Le 
conventionnel Prieur de II Marne (L. Levy. Schneider proteste contre 
ce livre, qu'il juge pleiu d'erreurs, de parti pris et mal documenté). 

7. — Nouvelle revue historique de droit français et étran- 
ger, 1907, n« 1. — J.-B. Mispoolbt. L'inscription d'Ain el Djemala 



470 1ICUBILS PERIODIQUES. 

(commentaire détaillé de l'inscription publiée par J. Carcopino dans les 
Mélanges de l'École de Rome, 1906). — F. Thibault. L'impôt direct et 
la propriété foncière dans les royaumes francs (les Francs ne forent 
pas soumis à l'impôt foncier; parmi les Romains, les clarissimes seuls 
continuèrent à en être exempts). — E. Champeaux. Le cou tumier bour- 
guignon de Montpellier (fin du texte et table). — Id. Un nouveau 
manuscrit des • Coutumes et styles du duché de Bourgogne ». — 
Ch. Appleton. L'obligation de transférer la propriété dans la vente 
romaine (addition à l'article du précédent Case.). — J. Acheb. Glanures 
(m 88. juridiques). = Compte-rendu : W. Otto. Priester u. Tempel im 
hellenistischen ^Egypten (important article critique de G. Platon). 

8. — Le Correspondant. 1906, 10 décembre. — Duc d'Acdiffrbt- 
Pasqcibb. Le duc de Richelieu (IL Les premières armes. En 1790, le duc 
de Fronsac prend part avec le prince de Ligne et le comte de Lange ron, 
en amateur, à la campagne de Potemkin contre les Turcs et à la prise 
d'Ismaïl. Il sort de France, en 1791, avec un passeport régulier de l'As- 
semblée. Suite et fin le 25 déc. et le 10 janv. : Richelieu sert dans 
Tannée russe. Il fait une visite à Paris en janvier 1802 et rentre en juin 
au service de la Russie). — H. de Lacombb. Science et christianisme. 
— E. Rod. Le matérialisme historique et M. G. Ferrera (la meilleure 
étude parue jusqu'ici en France sur le matérialisme historique et sur ce 
qu'il y a à la fois de solide et de conjectural dans la méthode de Fer- 
rera). = 25 déc. Vicomte de Meaux. L'Église de France au terme du 
xix* siècle (à propos du livre de l'abbé Lecanuet sur l'Église de France 
sous la troisième République). — Laazac de Laborie. Lyon en 1793 (à 
propos du livre de M. Bittard des Portes sur l'insurrection lyonnaise de 
1793). = 1907, 10 février. J. Oelafosse. M. Waldeck- Rousseau et son 
œuvre. — H. Bordeaux. La comtesse de Boigne (biographie de l'ai- 
mable femme dont les spirituels Mémoires sont en cours de publica- 
tion). — Lanzac de Laborie. Épiscopat constitutionnel, 1791-1802. 
Épiscopat concordataire, 1802-1905 (étudie la transformation de l'épia- 
copat d'après les deux livres de l'abbé Pisani, Répertoire biographique 
de l'Épiscopat constitutionnel et V Épiscopat français depuis le Concordat 
jusqu'à la Séparation). — Comtesse de Reinach-Foussemaqne. Madame de 
Polastron (fin le 25 févr. M m « de R. a retrouvé dans les archives de sa 
famille une correspondance de la femme faible et charmante qui, mariée 
elle-même, fit oublier au comte d'Artois, non seulement ses devoirs con- 
jugaux, mais aussi ses devoirs de prince, et qui, mourante, fit, comme il 
convient, jurer à son amant de se consacrer à Dieu seul). — E. Lamy. Le 
Journal d'un député à l'Assemblée nationale (tin le 25 mars. Analyse des 
importants Souvenirs de Ch. de Lacombe, document capital, parce qu'il 
émane d'un homme honnête et intelligent, sur l'incapacité politique du 
parti conservateur et catholique. Rien de plus curieux que les conver- 
sations du comte de Chambord. Il se croyait en 1815. Ces souve- 
nirs ne grandissent pas Thiers; ils font ressortir le caractère mesquin et 
personnel de sa politique). = 10 mars. Les élections et l'esprit public 



RECUEIL» et? Il 10 MO TE S. 



171 



en Allemagne — Marquis de U Toi» ne Pin. Au temps de la Révolu- 
■ d« famille fn récit, émanant du mar- 
quis de ta Tout ilu l'iu-Muntaunan, coibihi'iicb à l'Assemblée des 
notables et s'étend jusqu'à 1799 {curieux par quelques détails sur les 

du duc d'Orléans, sur les complota royalistes dans le Midi n 
I T '. + 1 H 1793 et sur la frivolité" des émigrés. D'ailleurs, l'ami 
Mémoire* présente lui-même un esprit pou équilibré). — Marius-Ary 
].rnLOM>. Les Berbères. = 25 mars. Comte lit.": unes. Souvenirs du siège 
de Paris (très curieux |. — 0. Havaiio. Les premiers troubles de la 

si dans nos ports de mer (I. Roclicfurl. Curieux documents 
irn'dii?!. — H. Joly. Fénelon et M»* Uuyun. Saint François de Sales 
et saint Chantai (d'après les livres de M. Masson et la correspondance 
de saint François de Baies, publ. p. les PP. Macltey et Navatel). 

9. — Revue des De a x -M ondes. 1900, I" nov. — Cb. Benoist. 
César Borgia |I. La préparation du cbef-d 'œuvre. Suite le 15 déc. : 
II. L'original du Prince; le 15 février : les risques du métier de prince. 
Les conjurations, l'humanisme et l'imitation de l'antiquité. Ces éludes 
mr la renaissance italienne, inspirées de Burckhardt, sont vivantes et 
solides]. — R. Picno». Le monde des racoles dans la Gaule romaine 
(indique très finement comment les hommes les plus cultivés, païens et 
chrétiens, se trouvèrent unis dans les écoles sur le terrain d'une philo- 
sophie spiritualité). = 15 aov. Burd-d'Aunst. La constitution austra- 
lienne et son fonctionnement. — E. Seilljêhe. L'impérialisme germa- 
niste dans l'œuvre de Renan. II. Après la guerre franco-allemande (si 
l'aristocraiisme des Dialogues philosophiques se ressent encore des 

germanique*, lout le mouvement de la pensée de Renan, 
après 1375, a été une réaction contre ses idées antérieures. Il a en par- 
ticulier abandonné la théorie de la race). — P. de Sèqur. M™* du Def- 
fand et sa famille (d'après des lettres inédites du plus vif intérêt tirées 
de» archives de la Drôme et de Roanne et des Archives nationa!es|. — 
Domuc. Un nouvel historien de Home iForrero). — Wyzbwa. Le prince 

iliihenluue-Svhillingsfurst (d'après ses Mémoires). = 1" dec. 
Lapehbstbe. La crise de la beauté à Florence au xv* siècle (note les 
rapport* étroits des œuvres d'art avec les idées des lettrés sur la bramé. 
A la conception toute païenne du début du xv itècll lUOcède unei'nu- 
CepUon beaucoup plus spiritualisto à partir du mouvement de Savona- 
rnle|, — D Mélnieb. La comtesse de Mirabeau (mit! et lin le 15 dec. 
et le 15 févr. Tableau piquant de la vie de province a la Qn du 
uni* tiède d'après des documents inédit*]. — BaualTllH. lM pluln- 
■opbes el la société française (vigoureuse étude où M. B. attribue aux 
philosophe* la portée universelle da la It évolution et la valeur durable 
Ipes de M'.'), — A. BEaTTur». Michi'l L<' Tellier et son admi- 
niilralion militaire (d'après le livre de M. André). — 15 He, •'• Bon- 
su*. Comment les Romains ont connu l'Humanité (lin le 1" jauv. Étude 

■ir U p'irtda du mot hutnanitas et ce que son histoire révèle 
sur in progn' ■ des idées dans lu monde romain), — J. Smoum L'ai- 



(72 



RECUEILS PÉBIODIQCES. 

s crises commerciales et des périodes de prospérité. = 1907, 
!»• janvier. Le cahier rouge de Benjamin Constant, 1781-1787 (amu- 
santes notes autobiographiques), — Vicomte d'Ayuol. Les riches depuis 
700 ans. Médecins et chirurgiens. — Marlus-Ary Leblond, Madagascar 
(suite le 1S mars et le 1" avrilj. = 15 janvier. Lettres écrites pendant 
la guerre d'Italie et la campagne de Cocbinchine (suite le I" mars : la 
guerre de France de 1870, documents psychologiques d'un haut intérêt). 

— G. Govau. M. Godefroid Kurth (analyse très sympathique de la vie 
et de l'œuvre de l'éminent professeur de Liège). := 1" février. A. Van- 
oal. Les raisons du Concordat. Le régime de la séparation sous le Con- 
sulat et l'anarchie religieuse (Napoléon craignait dans le clergé libre 
une force d'opposition politique entre les mains du pape|. — A. Mé- 
zibres. Un coin de la société parisienne sous le second Empire (les 
salons et la presse de l'opposition). — "Vicomte u'Avenel. Les riches 
depuis 700 ans. Honoraires des artistes peintres et sculpteurs. — 
E. Daudet. Lettres inédites de Joseph de Maistre (I. Joseph do M.iisire 
et Louis XVTII. Suiia le 1" mars. Autour de la campagne de 1812. Fin 
le I" avril. Les dernières années. Ces admirables lettres nous montrent 
en J. de Maistre un politique aui vues d'une merveilleuse lucidité). 

— R. Pikon. Le conflit austro-serbe. = 1" mars. F. BacNETiÈKE. Trois 
artisans de l'idéal classique au xvr» siècle, Henri Estieune, Jacques 
Amyot, Jean Bodin (jamais l'esprit du grand critique n'a eu autant de 
force et de sérènïte que dans ces dernières pages]. — A. Taboieu. A 
Algésiras. La crise décisive (récit minutieui, fait d'après les documents 
diplomatiques origmaui|. =r 15 mars. L. Maoeun. Un essai d'église 
séparée en France au iv 1 siècle. La Pragmatique Sanction (cet inté- 
ressant article, qui analyse très bien le caractère de la Pragmatique et 
les difficultés qu'elle rencontra dans son application, comment elle 
rendit nécessaire le Concordat de 1515, a un titre inexact. La Pragma- 
tique créait une église séparée en partie de Home, mais toujours unie 
à l'Étal en partie). — J. Bkdieh. La légende de Girard de Roussillon 
(I. Girard de Roussillon dans la poésie-, dans l'histoire et l'hagiogra- 
phie; suite le 1" avril : Girard de Roussillon et les abbayes de Pothiere 
et de Vézelai. M. B. prouve, avec un ensemble de preuves précises, que 
le poème de Girard de Roussillon n'est pas sorti de sources populaires, 
mais du travail qui se fit à t'abbaye de Vézelai, fondée par Girard et 
Berthe, pour expliquer ta provenance des reliques de sainte Marie-Made- 
leine acquises en 10*0 par l'abbé Geoflroi, et à Poihière, fondée aussi 
par Girard et Berthe, et qui avait leurs tombeaux, pour attirer et char- 
mer les pèlerins par des chansons épiques dont Girard fut le héros). 

10. — La Revue de Paria. 1906, I" octobre. — Art Rqe. L'armée 
sous le Directoire (de l'esprit qui a présidé à l'organisation de plus en 
plus despotique et révolutionnaire de l'armée). zz 15 octobre. Charles 
Vbllaï. Saint-Just. Premières luttes politiques, 1760-179! («s loties 
n'ont encore d'autre théâtre que le petit village de Blérancourt, patrie 
de Saint-Jost), = 1« novembre. Philippe Gonnadd. Trois diplomates à 






«KCCSIIS PKHlonlQGES. 478 

inte-Helè.ne (le baron île Stùrmer, commissaire d'Autriche, le mar- 
quis :)•■ Hootchenu, commissaire de France, le comte de llalmain, com- 
missaire russe, qui arrivèrent à Jameslown le 17 juin 181(1, avec mis- 
sion de renseigner leurs gouvernements sur les faits, gestes et paroles 
bob, el qui ne surent ou ne purent recueillir que des récits 
indirects el mesquins). = 15 nov. Abbé Baron. A la cour de Bruos- 
'-1790 (notes manuscrites d'un voyage que l'abbé fiiavecson 
^■[ietdeCuûteaugiroi],demai 1780 à mars I79;î. Amusant). — 
Gustave Simon. Victor Hugo, le duc et la duebesse d'Orléans, I8$4- 
MS3, = lô décembre. Léon Oumu, Lettres, IB73-18S2 (un le 
I" janvier). — Frédéric Masson. L'affaire Maubreuil. I. Les vivres- 
viande (de l'action exercée dans les derniers jours de l'Empire, en 1814, 
par les fermiers chargés de l'administration des vivres de l'armée, Van- 
teaux, Geslin et consorts)- suite le 1 er janvier 1907 : A Maire des dia- 
mants de la couronne (Maubreuil n'y joua qu'un rôle de comparse 
avide et cynique). = lô janvier. Commandant Ernest Picard. De Cha- 
înas vers Sedan (expose les raisons pour lesquelles, au lieu de ramener 
Mac-Mahon vers Paris, comme il avait été décide le 17 août, on l'en- 
voya au contraire, après des tergiversations sans fin, vers Sedan, le 
32 août. • Il semble acquis que des influences se sont exercées au quar- 
tier impérial pour dissimuler à Mac-Mabon les nouvelles de Baïame 
qui auraient pu le décider à rétrograder sur Paris a). 

11. — Journal des Savants. 1907, février. — G, Buge. L'Aveu- 
Un dans l'antiquité id'aprés A. Merlin). — J. Guiffbkv. Acte* Mttrièi 
parisiens du in" s. (d'après les publications d'E. Coyecque, E. Campar- 
don et A. Tuetey dans ta coll. de l'JJtfJ. générale île Parit). — Ch. ue 
La Ronciers. Les premières explorations françaises aux pôles n\r- s ), 
= Mars. G. Julliam. U bataille d'Ali (d'après M. Clercl. — H. DehiS- 
■adi. Épi graphie hollandaise du \vic s. à Malacca (d'après Bland. Bit- 
torital tamàitones of Malacca; inscriptions funéraires des Hollandais 
inurt* à Malacca, 1641-1796; précieux pour l'histoire de la colonisation). 

12. — Revue critique d'histoire et de littérature. 1907. 28 jan- 
vier. — Krantr et Hoffmann. G. Julii Caesaris Cotnmenturii de balla 
civili. 11 1 edit. revue par //. Metuel (excellent). — H. PtUr. EBetoriaD- 

rura romanorum reliquine; vol. II fienvre très méritoire, mais mal 
écrite et privée d'indexl — Uctlefitn. Ursprung, Einrichlung und 
Bedeutung der Erdkarte Agippas (clair, précis et neuf). — Alf. A'tofi. 
Quaesiiunes Pliniauae gi-ograpbicae (beaucoup de textes, d'observations 
latin détestable). = 1 lévrier. IL Cagnat. Les biblio- 
thèques municipale! dans l'empire romain (bon). — P. lloyi. Los 
abeilles, la cire et le miel en Lorraine jusqu'à la lin du iviii* niècle 
iboni. — Paul béroulèdt. IH70. Feuilles de roule. Dos bois de Verrières 
à la forteresse de Brealau i intéressants souvenirs). = 1 1 février G. liour- 
gin. Les archives pontificales et l'histoire moderne de la France [travail 
très mémoire et des plus utiles). — fd. Inventaire analytique et extraits 



474 1ECUEILS rélIODIQUES. 

des manuscrits da Fonda Gesuitico de la Bibl. nationale Vittorio Emma- 
nuel* de Rome, concernant l'histoire de France, xvr»-xrx* siècles. = 
18 février. P. Gornelii Taciti opéra quae sapersnnt ; rec. Joh. M ù lier. 
Vol. II : Historias et opéra minora continens (bon ; c'est 1 édition clas- 
sique en Allemagne). — H. Rudor/f. Zur Erklaerung des Wormser Kon- 
kordats (consciencieux et bien déduit). — E. Bernheim. Lebrbuch der 
historischen Méthode nnd der Geschichtsphilosophie (bon; Seignobos 
explique qu'entre Bernheim et lui le désaccord ne porte guère que sur 
des malentendus; ils sont an fond de même avis). — Agnes Hunt. The 
provincial committees of safety of the american révolution (bon). — 
R. Bittard des Portes. Contre la Terreur. L'insurrection de Lyon en 1793, 
le siège, l'expédition du Forez (remarquable ; documentation très abon- 
dante, mais non tout à fait complète). — A. Biovès. Un grand aventu- 
rier du xix* siècle : Gordon Pacha (c'est la meilleure biographie qu'il 
y ait de Gordon). — G. P. Gooch. Annals of politics and culture, 
1492-1899 (bon). = 25 février. A. Michaelis. Die archaeologischen Ent- 
deckungen des xix**" Jahrh. (excellent). = 4 mars. Jean Guiraud. 
Les registres d'Urbain IV, 1261-1264. Les registres de Grégoire X, 
1272-1276 (à noter en particulier les appendices où sont publiées beau- 
coup de bulles inédites qui n'ont pas été transcrites sur les registres 
du Vatican). — H. de Tourville. Histoire de la formation particulariste. 
L'origine des grands peuples actuels (ouvrage d'une candide ignorance). 
= 11 mars. 0. Nachod. Geschicbte von Japan, I, 1 : die Urzeit (bon). 
— B. d'Arbois de Jubainville. Les Druides et les dieux celtiques à forme 
d'animaux (intéressant; les textes les plus instructifs sont cités en 
note; mais pas d'index). — V. Tourneur. Esquisse d'une histoire des 
études celtiques (ouvrage incomplet, mais tout de même très utile). — 
Louis Jacob. Le royaume de Bourgogne sous les empereurs franconiens, 
1038-1125 (beaucoup de négligences de détail, mais bon travail de 
déblaiement). — A. Coulon. Lettres secrètes et curiales du pape 
Jean XXII; 4 e fasc. — G. Mollat. Jean XXII. Lettres communes; 6* 
et !• fasc. — Cl. Diehl. Figures byzantines (agréable et instructif). — 
Ch. II. Lincoln. The revolutionary movement in Pennsylvania, 1760- 
1776 (bon). — Ed. Mackinley. The suffrage franchise in the 13 english 
colonies in America (excellent). = 18 mars. H. Hirt. Die Indogerma- 
nen; ihre Verbreitung, ihre Urheimat und ihre Kultur; t. II (remar- 
quable). — R. Poupardin. Monuments de l'histoire des abbayes de 
Saint-Philibert (excellent). — Lecacheux. Lettres secrètes et curiales du 
pape Urbain V, 1362-1370; fasc. 1 et 2. — Mgr Douais. L'inquisition, 
ses origines, sa procédure (exposé consciencieux des faits, mais que de 
sophismes dans les arguments!). — A. Ch. Lea. A history of the Inqui- 
sition of Spain; t. II (très remarquable). — L. Stouff. Le lieutenant 
général Delort, d'après ses archives et les archives du ministère de la 
Guerre, 1792-1815 (intéressant; fait à l'aide de nombreux documents 
inédits). =25 mars. Ch. Dejob. La foi religieuse en Italie au xiv* siècle 
(beaucoup de faits bien mis en lumière; il est vrai que la foi religieuse 



•i 



KECUKILS PKWOlUOtES. 



m 



ii oocore «va en Italie au nv* siècle, mais il est certain aussi qu'il 
y a de notable» exceptions. Le scepticisme, le paganisme du *.»• siècle 
ont déjà leurs racines an siècle précédent). — lardé. La capitallc-O 
dan* les pays de taille personnelle (bon|. — A. Wahl. Vorgeschichle 
der fratufisisclieu Révolution; I (remarquable). — Tbe Cambridge 
modem hittory; vol. I\ : Napoléon. — E. Waver. Entstehung und 
Amonhune. des Klarlsaenordea*, beaondera In den deuUcben Mînori- 
teuproviruseti (bon).= 1" avril. L Mardin. Jacquet; Foi Met, imprimeur, 
libraire et papetier, 1554-1619 (intèrenant). — Sir Frederick Maurice. 
Die war in South Africa, 1899-1902 (récit ofliciel, qui suit 
■railleurs servilement le récit publié par le Tinta, sans y ajouter beau- 
coup). 

13. — Bulletin critique. 1906, 5 nov. — H. Helehaye. Versions 
grecques des actes des martyrs persans aous Sapor II. — F. Ifau, His- 
toire* d'Ahoudemmeh et de Maruula. — L. Detiite. Notice sur les 
manuscrits du ■ Liber Horiilus « de Lambert, chanoine de Saiui-dmer. 
= 15 nov. -5 déc. Brochet. Saint Jérôme et ses ennemis. zz 1007, 
IT. if, Thibault. La jeunesse de Louis XL — E. Rakosi. Le 
compromis entre la Hongrie et l'Autriche. — A. Lafontaine. Jehan 
Gerson (bonne vulgarisation), ss 10 ftWr. Turmel. Histoire de la théo- 
logie positive du concile de Trente au concile du Vatican. — P. Ùtla- 
rv*. Le clergé et le culte catholique eu Bretagne pendant la Revolu- 
Iriel de Ool. — B. Lasierrc. Les Cent Jours en Vendée. Le 
gênerai Lamarque et l'insurrection royaliste. 

14 — Polybihllon 1900, décembre. — Çhamlon de BriaiUcs et 
S. Btrtal. Sources de l'histoire d'tëpeniay; 1 : Archives municipales, 
jm*s. — Correspondance entre M"* de Lespinasse ci le comte de Guibert, 
piilil, p, VilUn,i,v,--G\ubcrt. = 19(17, janvier. Hwand-Auiias. L'époque 
■ ur à Roquemaure (Gard». — Hrrje.r. Ktude» sur l'histoire du 
cloitre de Vadstcua et de l'ordre des brigittines jusqu'au milieu du 
xv* s. = Kévr. Livres relatifs à l'histoire coloniale; à l'histoire mili- 
taire. = Mars. Publication! récente*, «or l'Écriture «aune et la littera- 
,ule. — A. Brou. Les Jésuites de la légende; I lea origines 
jusqu'à Pascal. — .V. Rioufltl. La révolution de l'&J dans le Velay. — 
A. d» Boytton. Le clergé périgourdin pendant la persécution révolu tion- 
oaire. — Bunj/ilay, Hapaict et KarAcsonui. Souvenirs de l'histoire de 
l'Eglise à l'époque de la Reforme eu Hongrie; t. U et III (en tchèque; 
nombreux documents en latin). — A. Ciubcrka. Armes de l'époque des 
Kourouez |en tchèque). — Lettrée de Turquie de G. Mikes, de Zagon 
(en magyar: excellente éditionl. 

16. — Annales du Midi. T. XIX, 1907, janvier. — J. BJMK. 
lu cycle de Guillaume d'Oran^ 
1 
accueillies par les moines de Gellone parée que c'était un moyen d'at- 
tirer chez eux les pèlerins qui se rendaient a CotnpMMUtJ. — S, Stionbij, 



m 

Recherches liis toriques mr qaetqoes protecteur* des troubadours : 
dôme preui nomme* dan* le « Cavalier Soi— enbnt i d'Elia* de Banobt 
Huile). — S. Ciuam Les lettres d« Charles VII «t de Louis XI iui 
areb. mun. de Barcelone. — G. Mjlusdet. L'a contrat de mariage 
gascon do n» siècle. 

18 — Annale» de la Société historique et archéologique du 
G&ttnads T. XXIV, 19%. — E. Richemosd. L"b diplôme inédit de 
Philippe Auguste; acte de partage des biens do chambellan Gantier, 
fondateur de Nemours (avec fac-aimïle et long commentaire). — 
M. Lecoxtc. Note far l'imprimerie et le colportage à Étampee an 
XTtn* t — E. Thoisos. Documente inéditi pour servir à l'histoire des 
paraisses du Giiioai- (suite ; 1590-1785). — A. de Mamcoutt. Essai sur 
l'histoire du duché de Nemours de 140* à 1660 (lin : pièces juslif.j. — 
P. "r !■!■» Une enquête fur la léproserie Saint-Lazare d'Étampes 
(1617). — A. Dupoitt. Note sur Louis- lien ri de Lumèuie, comle de 
Brienne |i630-1698i; sa mort & l'abbaye de Sain t-Sé vérin de Cbateau- 
Landoa. — E. Thoisob. La recette des tailles dans l'élection de Nemours 
en 1631 (fragmenta provenant de reliures). — H. Steih. Olivier le Dain 
était- il marié? | publie ion contrat de mariage t. — A. Caisson. Essai 
historique sur Treilles (Loiret; depuis le un' siéclei. 

17. — Bulletin de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile- 
de-France. T. XXXIH, 1906. 2- livr. — L. Lazard. Inveut, alphah. 
des documents relatifs aux artistes parisiens conservés aux Archives de 
tt Heine. = 3" livr. H. OaosT. Une relation nouvelle des obsèques de 
François I" a Paris et à Saint-Deuys en 1547 (relation très circonstan- 
ciée qui diffère en plusieurs points de ta relation officielle publiée, au 
lendemain des funérailles, par Robert Estienne). — Visites princiêres 
à la manufacture des Gobnlins en 1773 et en 1790 (par la Dauphine, 
38 sept. 1773, par le roi et la reine, 21 avril 1790, par le pape, H nivôse 
an XIII ou 12 janvier I805|.=:5*ei 6» livr. P.-L. Bruel. La conversion 
l'André l'izon de Betoulal, sieur de La Petitière; contribution à l'his- 
toire de l'abbaye de Port-Royal-des-Gbamps. — H. Stein. Deux épaves 
de» archives de Sainte- Opportune islgnale un inventaire des titres du 
chapitre de » Madame Sainte-Opportune à Paris o, 1538, conservé à la 
bibliothèque municipale d'Ajaccio, et un Cartalaire du xiv s., actuel- 
lement au Collège des PP. Jésuites à Vienne). — B. de Mandhot. L'ne 
affaire de «liasse sous Louis XI (en 1477, on y voit figurer Olivier te 
Dain et ses genB). — H. Stem. Le collège de' Tonnerre à Paris (fonde 
le 17 juin 1107 par Richard Poupin, abbé de Saint-Jean). — L. Lazahd. 
Les affiches dw jurés-crieurs de Paris. — H. Omost. Liste des suppôt? 
de l'Université de Paris à la fin du xvr siècle. 

18. — Revue de l'Anjou. T. LIV, 1907, janv.-févr. — Ch. Umuud. 
La chapelle du chAleau de la Suriniè-re (peintures du xvt' s. de l'école 
flamande). — X. oe Pétiony, Un bataillon de volontaires; 3* bataillon 
d| lUioë-dt-Loire, 1792-1796 (1™ partie en déc. 1906; d'après les 






B1LS PRBtODIQtTBS. 



177 






archives départementales et îles archive* privées], — P. Cousu. Jeu 
Bodin de Montguichct (distinct de Jean Boilin, !e publiciste], 

i9. — Revue bourguignonne. T. XVI, 1906, u" 3. — J. Caluette. 
Les cléments communs et les éléments spéciaux dans l'architecture 
romane de Bourgogne. — P. Pakisot. Liste alphabétique des procu- 
reurs au Parlement de Bourgogne. = Comptes-rendus : llugwney. Les 
clubs dijonnais pendant la Révolution. — S. Colette. Les foires et mar- 
ches |à Dijon). — Marlio. Le commerce du bois de Bourgogne (d'une 
généralisation un peu bilnve|. — Guiijon. La succession des bâtards 
dans l'ancienne Bourgogne. — Gatly. Essai sur le bail à cens en Bour- 
gogne (utile). — P. Parisol. Essai sur les procureurs au Parlement de 
Bourgogne (très vivant et très documenté). 

20 — Revue de Gascogne. 1906, septembre- octobre. — A. Lau- 
BB-is. Coutumes d'Artiguo (en Comminges; texte en février 1907). — 
C. Cêxérac. Lettre* de Daignan (suiie : avril-mai 1664). — A. Drokht. 
L'ancien diocèse d'Aire (suite dans ce fasc. et dans les suivants : xvi'- 
ïtin* s.). = Novembre. E. Lauamb. Les débuts d'un imprimeur en 
Béant; Abraham Rouyer, libraire bordelais, imprimeur a Orthez en 
ICIO (Go). — S. lUunt. Deux nouvelles • proclamations ■ de Welling- 
ton (mars-avril 1614). — J. Annat. Les « visa i d'Esprit Dumarché 
(visa nécessaire à la prise de possession d'un bénéfice, ecclésiastique, 
xvi* s,|. = Décembre. A. Clbbgeac. Les abbayes de Gascogne du 
xn* siècle au Grand Schisme d'Occident (lin au Fasc. suivant). — 
J. BAtafl- Le séminaire d'Auch {fondé au début du xvir s.; suite dans 
tous les fasc. suiv.j. = 1907 , février. C. Touanier. L'élargissement des 
neurs de Ctiariié d'Auch après la Terreur. = Mars. L. Ricaud. Le cierge 
de* Hautes- Pyrénées de 1789 à 1906, cinq régimes 6nanciers (suite en 
avril). — Gababra. La première proclamation de Wellington. 

81. — Revue a* voi sienne. 1906, c D 1. — M. Bruchet. Notes sur 
l'emploi du français dans les actes publics en Savoie. — EUm**. tëpi- 
•odet de la Révolution à Alhy (1792-9:0. = N- t. Ch. Martial*. Noie 
sur la vie du prieur Enguizu, 1130-1160; un cas de télépathie au moyen 
âge. = N» 3. D. Mubatohe. Aimon III, comte de Genevois: sa partici- 
pation à l'expédition du Comte Vert en Orient- son testament, sa mort 
(On au n° 4). — Gostbier, Un procès pour dîme en 1543. = N° 4. 
Ch. Bonne, Les flèches d'éprouvé et les armures de hotte cassée (sur 
la fabrication des armes au moyen agel. — F. Miqust. Mouct et De 
Monet (l'un diplomate, l'autre général au xvui* s.; actes im-ditsi. — 
M. Bhdcuet. Le contrat d'albergement (d'après F. Richard, Essai sur 
le rouirai d'aLbtr<jevient, particvtiàremtnl dam ta provint* du Oauphiné). 

22 — Historlaches Jahrbuch T. XXVIII, IJ07, fasc. 1. — 
S Paou». Les indulgences accordées aux visiteurs Au ■ 
romaines avant Innocent III (U plupart sont fausses!, — G. tfcmrfJaisa. 
étude* sur le* sources de l'histoire de saint François d'As- 
lUv. Himm. XC1V. |«* fa*c. fj 



J78 1ECUEILS PERIODIQUES- 

sise. — A. Nàolb. L'empereur Maximilien I er a-t-il, en 1507, voalu 
devenir pape? (oui; a retrouvé et publie l'original des instructions du 
10 juin 1507). — B. Ddhb. Contribution à l'histoire de l'ordre des 
Jésuites; documents des archives de Munich et Dresde (suite; xvir*- 
xvm # s.). — J. v. Ppluok-Hartdno. Napoléon pendant la bataille de 
Belle-Alliance (d'après les relations connues et une autre, inédite, retrou- 
vée par l'auteur à Berlin). — H. Koch. Tertullien était-il prêtre? (non). 
— F. Laucheht. Qui était le • Gremonese », auteur de la < Revocatio 
Martini Lutheri ad sanctam sedem • (1519)? (le dominicain Isodoro 
Isolani). — K. LUbeck. L'introduction de la fête de Noël à Constanti- 
nople. = Compte-rendu : Wallmenich. Der Oberlànder-Aufstand 1705 
u. die Sendlinger Schlacht. 

23. — Historische Vierteljabrschrift. T. IX, 1906, fasc. 4. — 
K. Krbtschmer. Observations sur la nature et l'objet de la géographie 
historique (réponse à l'article publié par Beschorner au fasc. 1). — 
R. Scholz. Boniface VIII : sa moralité et sa religion (à propos du livre 
de Finke et des articles de Wenck; on juge trop Boniface VIII d'après 
les dires de ses accusateurs; n'ayant su se faire aucun ami, Boniface 
n'eut pas de défenseurs. En appendice, indication des documents des 
archives du Vatican relatifs au procès de Boniface VIII). — H. Kbabbo. 
La province ecclésiastique de Brème d'après les listes d'évêchés dres- 
sées à Rome au xn a et au xm* s. (Albinus, Cencius, etc.). = Comptes- 
rendus : R. Knopf. Das nachapostolische Zeitalter (de 70 à 140). — 
F. Boden. Die islàndische Regierungsgewalt in der freistaatlichen Zeit 
(superficiel; critiques nombreuses par K. v. A mira). — K. Hcldmann. 
Rolandsspielfiguren, Richterbilder oder Kônigsbilder (important article 
de Rietschel). — H. Wopfner. Das Almendregal des Tiroler Landes- 
fûrsten. — J. Reu. Quellen z. Geschichte des kircblichen Un terrien ts 
in der evangelischen Kirche Deutschlands zwischen 1530 u. 1600 
(important). = G. Seeliqer. Bénéfice, seigneurie et immunité (réponse 
à l'article publié par S. Rietschel dans les Mitteil. des lnst. f. cesterr. 
Geschichtsforschung, XXVII, 3). = A. Feyler. Die Beziehungen des 
Hauses Wûrttemberg zur schweizerischen Eidgenossenschaft in der ers- 
ten Hàlfte des xvi Jahrh.zzT. X, 1907, fasc. 1. B. Hilligbr. Le denier 
de la loi salique (de considérations très minutieuses tirées de la numis- 
matique, l'auteur conclut que ni le système monétaire ni le système 
d'amendes de la loi salique n'appartiennent à l'époque de Clovis). — 
F. Meusel. Les rapports des trois rédactions de 1' « Histoire de mon 
temps » de Frédéric le Grand (repousse les conclusions de l'article 
publié par Dove dans VHist. Zeitschr.). = Comptes-rendus : Helssig. 
Katalog der Handschriften der Universitàtsbibliothek zu Leipzig; VI, 
3 : Die juristischen Hss. (nombreuses corrections). — S. Waszyhski. 
Die Bodenpacht. Agrargeschichtliche Papyrusstudien ; I : Die Privat- 
pacht (excellent). — E. Schwalbe. Vorlesungen ûber Gesch. der Medi- 
zin. — Th. Sommer lad. Die wirtschaftliche Tàtigkeit der Kirche in 
Deutschland; II (W. Ohr critique très vivement cet ouvrage, « manqué 



&KCOKILS rfUOBIQDH. 



f7!> 



comme synthèse el plein d'erreurs de deuil i). — &rtltsehmar. Die 
Knutehung toq Sud t. u. Stadlreclit in den Gebieten zwischen der rnitt- 
lereu Saale u, der Laueilzer Neisse ieicellent|. — W. Gotts. Die Quel- 
le!] z. Geschichte des b. Franz v. Assisi. — //. Ptidtr. Gesch. der wis- 
wiuchaftlicben Studion ïm Franzîskanerorden bis L Mitte dea 13 Jahrh. 
|la I" partie eet manqueel. — G. i>. Schuiltust-RtchbtTg. Ho in ne h Bul- 
I loger, der Nachlblger Zwinglis, — F Wtntttrlin, Gesch der BebOr- 
denorgaaitaUon in Wurttomberg. — Réponse de 8. Rigtsgubi. à l'article 
de G. Beeliger paru au fasc. précédent el réplique de Skkmobk. 

84 — Hiatoriache Zeitschrift. T. XCVII1, fasc. S, — L. Eamam. 
Les débats el les conditions essentielle! de l'histoire (limites de l'his- 
toire et de la préhistoire). — II. Niese. L'organisation dei armées et le 
•etrvioe militaire en Grèce (à l'origine, très peu de citoyens prenaient les 
armes; dans les cas graves, on avait recours à des mercenaires; pais, 
peu à peu, a Sparte, à Athènes et ailleurs, le service militaire s'établit 
à l'intérieur de lu cité), — l Mu lies. Ambassade envoyée par Nùra- 
herg en Espagne à l'empereur Charles-Quint, en 1519; épisode de la 
lutte de Nurnberg avec les margraves de Brandebourg pour le main- 
tins des franchises des villes impériales. — Fr.-C. WirrroKm. Trois 
lettres de Gentï à Ranke (1953-30). = Comptes-rendus ; limnncr, 
Frtudtnlhal, etc. Zum altesten Slrafrecht der KnltUi-fotker, — I. Luotl. 
Koistehutig a Itlùte der onentaliscben Kulturwelt; Gyrus (excellent 
«Ha daus ! 'ancienne histoire d'Orient] — H. Boom. Die Schlaehl but 
Salamis; Wright. The campaign of Plttlaea (important art. de Kro- 
mayer). — F. Schaub. Der Kampf gegen deti Ziuswucher, ungerechlen 
Preis u, unlaulern Handel im Mittelaller von Karl dem Groesen bis 
Paptt Ali-xander 111. — Kônigtr. Burchard I voa Worms u. die 
dsMtaone Kirclie Miner Zeii, 1000-1085 Id'après te Décrell. — E. Hôhne. 
Kaiser Heinrich IV, — Akten u. Briefe zur Kircheupolitik Her/.og 
Georga von Sacbseo, puhl. p. F, Gut. — A. G3tie. Die bochdeulschen 
Drucher der RefcrmitioiiiEeiL — W. van Gutik. Jobannes Gropper, 

(critique* de détail par Hasencleverj. — Trait tat ûber dem 

Reichslag im 1G Jahrb, publ, p. K. Hauch. — Roth. Rerormationsgesch. 

von Angàbarg. — Deutsche Hofordnungen des 16 o. 17 Jahrh., publ. 

P- A. Rtrn (édition incorrecte et insufusante|. — Kortuchpeiich. Der 

uberelsassische Winterfeldiug, IS7I-75. — A. RostnUhncr. Kurfurst 

PbtlJpp von der Pfali u. die jûliscne Frage, 1725-1729 (mile). — Aus 

Theodor v. flernuardis;IX : le Spauieo u. Portugal, 1668- 

1871. — IV. Gundlarh. Gesch. der Stadt Gharlottenburg. — 0. MchUr. 

les Jahren 1811-190!. — M. Wetirmann. 

m Pomtnarn; t. 11 — Repensa de II. Km ssl.au am mmiurs 

lier au >uj-'i da la bataille de Lechfeld. 

85 - Byrantlnlache ZelUchrift T. X V, IBM, htO- 1-2 — P.MaâR. 
La chronologie des hymnes de Itomano* (coi hymnes sont d'un con- 
Irinporaiu de Juttinicn, de caistance juive, qui dut occuper on poste 



480 KBCOEILS FflIODIQUfS. 

important à la cour impériale). — Vàbi. Le texte des traités de tactique 
du moyeu âge hellénique. — Bûttser-Wobst. La disposition de l'en- 
cyclopédie historique de Constantin Porphyrogénèle. — Papadopoulos- 
Kebaheds. A propos de Constantin Psellos (poésie, iambique inédite 
sur la mort de Scléréne). — Askus. L'i élhopée » de Nicéphore Chry- 
gobergés sur l'édit de Julien contre les études classiques. — Djuseke. 
Les éléments néoplatoniciens dans la doctrine de Grégoire de Nazianie 
sur la Trinité. — BkéBieb. L'origine des titres impériaux à Byzance. 
BaoïUix et iwnitijî. — Jobga. Latins et Grecs d'Orient et rétablissement 
de ■ Tares en Europe, 1342-136! (insiste sur la responsabilité de Canta- 
cu/.êne dont la politique favorisa les progrès des Turcs). — Gabdtbad- 
sen. Ecritures nationales et provinciales (il n'existe pas d'écoles pro- 
vinciales d'écriture grecque qui correspondent à celles de l'Occident, 
mais il s'est formé dans les provinces orientales de l'empire des écritures 
nationale, copte, arménienne, etc., entièrement différentes de l'écri- 
ture hellénique). — DobsgbCtz. Une compilation manuscrite du ivc s. 
(Dresde, A 187. Textes theologiques et hagiographiques, extraits bis- 
toriques, etc.], — Clbbuokt-Ganneal". Observations sur les inscrip- 
tions de Syrie (cf. Bys. Zcit., XIV, 18-68). = Comptes-rendu b : l'on 
Scaia. L'hellénisme depuis Alexandre (tableau succinct, mais très bien 
étudié de la civilisation byzantine). — Sauerbrei. Le roi Jazdegerd, 
tuteur de Théodose II. — Ginetti. L'Italie gothique d'après Procope. — 
Gerland. Les archives du duché vénitien de Candie. — Bobriuskjj. La 
Cliersonèse taurique. — Sckwartz. Contribution à l'histoire de saint 
Atbanaee. — Papadopoulos-Kerameus. L'époque de la maturité de Roma- 
nes {donne de nouveaux arguments pour le vi* siècle). = Fasc. 3-4. 
Bubï. Le traité • de Administrando lmperio » (les titres actuels des 
chapitres ne sont que des notes marginales mises au hasard; l'ouvrage 
a été composé en plusieurs fois entre 948 et 952; le caractère un peu 
flottant du plan et des omissions importantes semblent montrer que ce 
traité n'est qu'une esquisse dont la rédaction définitive n'a jamais été 
composée; les passages qui ont le plus île valeur, consacrés aux Russes, 
aux Hongrois, aux Poichénègues, aux Dalm.ites, dérivent presque entiè- 
rement des sources orales). — Brooks. Les sources de Tbéopbanes et 
les chroniqueurs syriens (Théopbanes et Miche! le Syrien se sont ins- 
pirés à l'aide d'intermédiaires différents d'une chronique syriaque écrite 
vers 146). — Kubtz. Michel Psellos (étude de texte). — In. Le synode 
tenu en 1 1 57 à Gonslanlinople contre Sotericbos. — In. Georges Bar- 
danes, métropolite de Corcyre (les onze lettres de ce personnage datent 
du xiu c et non du xn° siècle; il ne s'agit pas de Frédéric Barberousse 
ou de Manuel Comnène, mais de Frédéric II et de Manuel, despote 
d'Ëpire), — Schuidt. La question du nombre des Vandales (voy. Ilaury, 
%:. Zr.it., XIV, 527). = Comptes- rend us : Giduljanov. Les métropo- 
lites dans les trois premiers siècles du christianisme. — Lie.tsmann. 
Apollinaire de Laodicée et de son école. — Kugener. Vie de Bévfira, — 
KurU. Poésies de Christophoros de Mytîlèue (a renouvelé le texte). ■ 






recueils priaioniQCES. I s i 

- H- !-■ ij i-i.u 1 1 f - lll'Oi IMIP-Iï eu droit byiantin 
(droit iic préemption de certains fonds de terre établi en 922). 

86. — Noues Arcbiv der GeselUchaft fUr altère deuteche 
Geachictnakunde. T. XXXII, 1907, fasc. 2. — H. Jaeksl. Sur le 
texte de la « Lex Frisionum ■ dans l'édition Herold (à défaut de manus- 
crit, cette édition de 1557 sert de base à la critique de la loi). — A. Hes- 
Btt et fl, Wibel. Un falsificateur de chartes a Turia au xi' siècle 
(étude critique de quatre diplùmes faux des empereurs Conrad 11 et 
Henri III, 1038, 1041, 1011; ces actes, dont un seul intéresse l'église de 
Turin, ont cependant tous été fabriqués dans celle ville par un même 
fauwairel. — W, Levison. Munuscrits de bibliothèques d'Angleterre 
(lettres de saint Boniface; chronique de Levold de Norihof; formulaire 
de Nurnberg, ïiv* siècle]. — R.-G. Salomoh. Une publication russe sur 
la diplomatique pontificale (nv'-xvi» siècles, par N. Licliatscbev; fac- 
similés). — Fedor Schneider. Une lettre interpolée du pape Nicolas I" 
et le primat de Bourges |le leile de 804 qu'on invoque d'ordinaire 

premier témoignage de ta primatie de Bourges est un texte 
interpolé sans doute à la fin du xf siècle). — G. Beckmann. L'avène- 
ment du pape Boniface VIII et le roi Adolphe de Nassau (le pape, 
quoi qu'on eu ail dit, a annoncé au roi son avènementl. — G. Kentk- 
wch. Les o camerani > de Trêves. — W. Kisky. Additions à ta liste des 
chanoines de Cologne. 

87. — PrenssUche Jahrbucher- T. CXXIV, 1906, fasc. t. — 
H », S.HintnT. Hypalia d'Alexandrie dans l'histoire et la légende (son 
««usinât par la populace chrétienne et le roman de Kingsley). — 
M. GbL'Nbauh. Trois testaments d'Hubenzollern (I' * exhortation pater- 
nelle * du grand électeur, 1667; 1' « instruction de Frédéric-Guil- 
laume I" à ses successeurs », 1172; te « testament politique de Fré- 
déric le Grand >, 1758).— E. Daniels. Porfirio Diaz, président du 
Mexique, el son rouvre (d'après A. Tweedie^or^rio Diai, London, 1906). 
= Fasc, 2. P. Goldschbidt. La constitution prussienne |du 5 déc 1818, 
d'après les derniers mémoires parusl. — P.-G. Hoffmann. Le dévelop- 
pement agricole et les droit! gur les céréales en France lia France est 
devenue au xn» siècle un état avant tout agricole). - E. Simons. Les 
communautés sous ta croix (rivalité entre les communautés calvinistes 
et le catholicisme dans l'ancien duché de Juliers-Clèves-Berg et l 'élec- 
toral de Cologne jusqu'à aujourd'hui). = T. CXXV, 1906, fasc. 1. — 
F. FuessnoN-F. Un écrit de Frédéric le Grand sur la littérature alle- 
mande el sur l'histoire et le droit allemands. — E. Daniels. Souvenirs 

■■■ l'un Hongrois-Allemand (les mémoires de Mollmary). 

88. — Zeitachrlft fur katholiache Théologie. T. \X\, 1906, 
fa*c. 4. — Jus. Kern, Sur ti controverse îles théologiens outu 
gti-cs-orthudoiea au sujet de la sainte onction. — Joli. En* st. La 

igmatiqne des décisions du deuxième concile d'Orange 1529). 
: ii. La vérité de l'histoire biblique dans les idées de l'an- 



492 IECUEILS rflIODIQUES. 

tienne Église chrétienne (suite dans ce fasc. et au suivant). — F. Maiei. 
L'authenticité de le pitre de saint Jude et de la seconde épitre de saint 
Pierre i réfute les théories en coure et spécialement celle de Holtzmann). 
= T. XXXI, 1907, fasc 1. H. Grisai. Denis I'Aréopagite dans l'an- 
cienne chapelle du palais pontifical et les falsifications de Regensbnrg 
au xi* siècle (il s'agit des falsifications relatives aux reliques de saint 
Denis I'Aréopagite et d'une authentique de reliques de ce saint retrou- 
vée dans le trésor du Sancta Sanctorum du Latran. Le P. Grisar ignore 
ou feint d'ignorer les articles publiés par M. Lauer sur ce trésor et 
notamment celui du Moyen âge de juillet 1906). — F. Lauchert. La 
polémique d'Ambrosius Catharinus contre Bernardino Ochino (rectifie 
et complète les indications très inexactes données jusqu'à présent sur 
cette matière, notamment celles de Quétif et Ëchard). — G.-U. K.hel- 
lba. La convocation des conciles (fin; le droit de convocation appar- 
tint au pape seul, du iv« siècle à la fin du vm«, et non à l'empereur). 
— E. Michael. Éclaircissement au sujet de mon Histoire du peuple 
allemand (répond aux critiques qui ont été adressées aux L III et IV 
de son ouvrage par M. Schônbach). = Comptes-rendus : Kassowitz. Die 
Reformvorschlàge Kaiser Ferdinand I auf dem Konzil von Trient (a 
trop exclusivement suivi les documents impérialistes). — Ph. Hergen- 
rOi/urr. Lehrbuch des katholischen Kirchenrechts; 2" éd., par/. Holl- 
wtck (édition complètement refondue). — Schuster et Holzammer. 
tUudbuch zur Biblischen Geschichte; 6 e éd., par Selbst et Schàfer 
(excellent). = Analectes : Baier. Trois lettres d'indulgences du cou- 
vent de Dominicains de Wûrzburg aux premiers temps de la 
Heforme (1502-1518; fin au fasc. 2). 

89. — Zeitschrift fur Kirchengeschichte. T. XXVII, 1906, 
fasc. 3. — Schlussmann. Tertullien à la lumière de la jurisprudence 
i tertullien le théologien est différent de Tertullien le juriste cité par 
Justinien; il n'était pas juriste lui-même; fin au fasc. 4). — J. v. 
IVu'gk-Harttunq. Les élections pontificales et l'Empire de 1046 à 1328 
\\™ partie : jusqu'à Léon IX inclusivement). — J. Dietterle. Les 
Summae confessorum depuis leurs débuts jusqu'à Silvester Prierias; 
Ul : les Summae confessorum de la seconde moitié du xv a s. et du xvr» s. 
jusqu'à Sylvestrina (suite au fasc. 4). — P. Kalkoff. Luther devant le 
chapitre général d'Heidelberg. — Id. La correspondance échangée 
entre le prince électeur Frédéric et Gaétan. — Th. Brieoer. Les nou- 
velles études sur la confession d'Âugsbourg (à propos de la publication 
de Kolde, Die atteste Redaktion des Augsbufger Konfession). — P. Leh- 
mann. Deux lettres inédites adressées à Melanchton (par Joachimus 
Gamerarius en 1522; en grec). — Th. Brieoer. Observations sur la con- 
férence de Troeltsch : • Le rôle du protestantisme dans la formation 
du monde moderne. » = Comptes-rendus : Stosch. Der innere Gang der 
Misiionsgeschichte. — Barge. Andréas Bodenstein v. Karlstadt; 2 Teil 
(important). — llunzingcr. Lutherstudien; Ueft 1. — /. Friedrich. Die 
KnUtehung der Reformatio ecclcsiarum Hassiae von 1526. — H. Nebel- 



BECIJBILS l-ERHWIQCKS. 



18 









: TjnalionsReschicbte der Sudl Mùhlhausen in Thûringen 
(importante contribution à l'histoire de la Réforme en Allemagne!- — 
ktnn. Geschichte der Katbuhkeoverfolgung in iùigland, 1535- 
1681; 3 u. * Teile. — Lang. John Knox and the Reformation. — 
J. BlOtser. Die Kalholikeneroanzipaiion in Grossbrilaumen u. lrlanii 
(de 1788 à 1829}.— Sorti. Kirchenrechlliche u. kulturgeschichtlicbe 
Denkmâler Altrusslands nebst Gesch. des russichen Kirchen reclus. — 
Rekhtt. AuguBt Gottlieb Spangenberg, Bischof der Brùderkirche (inté- 
ressant). — Kotde. Die Anfànge der katholischen Gemeinde in Erlan- 
gen. — R. Brandi: t. Die Vorfaswing der Konfôderation reformierter 
Kirchen in Niedersachsen. = Fasc. 4. G. Fickeb. Une collection de for- 
mules d'abjuration (dans un ms. grec de rEscurial). — Fiwk. Un cata- 
logue de reliques de la eathédrtk d'Usnabrûek en l'an 1343. — 
R. Doebueb. Deux chartes concernant le rétablissement de la discipline 
dans le cloître de Uuxtehude (1475-76). — P. Weunle. Pour la corres- 
pondance de Calvin (liste de lettres qui se doublent). 

30. — Zeitscbrirt des Vereins fur tnuringlsche Gescbichte 
und AJtertamakunde. T. XVI, fasc. 2, 1900. — C. Elle. L'an- 
cienne seigneurie, plus lard comté de Berka sur l'Uni (suite dans ce 
fasc. et au suivant; 1272-1608). — P. Homosasm. Les . limes Sora- 
blcus > (n'est pas, comme In croit Meitzen, une ligne de for titi cation s 
dans le genre du ■ limes Itomanus i, établie fous les Carolingiens 
BOntn If- Slaves; après avoir vaincu les Slaves et les Avares, Charle- 
magne t'est contenté de confier à quelque chefs éprouves la surveil- 
lance de certains points de la frontière). — R. Jordan. Pappenbeim à 
Mûlhausen, en Thuringe, 10-19 oct. 1032 (d'après les archives de 
Mûlhausen) = T. XVII, fasc. 1, 191)0. P. Uofeb. Lo légende 
saxonne sur la guerre entre Francs et Thuringîens en 531 ap. J.-C. (les 
détails donnés par Rudolf de Fulda, Widukind et les autres textes 
■axons au sujet de la part prise par les Saxons a la victoire remportée 
sur les Thuringîens sont légendaires). — Bebsio. Vingt-neuf lettres de 
l'Electeur Jean-Frédéric le Généreux (futur Electeur de Saxe) écrite* 
de aa prison, 1517-1552 (presque toutes datées de Bruxelles et adrei- 
•éoi a son 61a aine, Jean- Frédéric; plus huit lettres de son secrétaire, 
lliin» Rudolf). — E. Devbient. Les contributions militaires de la ville 
d'Iéna en 1M06 et 1807. — Juiwan. L'envoi du président de Chambre 
ri d l> -ii m et d'uni 1 députât ion des États au quartier général de l'empe- 
reur à Wanobia en janvier-février 18(17 (pour demander une dimi- 
nution de la contribution de guerre exigée par Napoléon). 



31. — Revue d'Alsace- 1906, juillet-août. — Mgr Chêvbe. Les 
mfTnmnntii de Bftla au x vin- siècle (fin; Gobel. évoque de Lfddk, IÎ7J> 
Ch. Bomum. Lu Hectiona aux Buts généraux. Colmar- 
Belfort (lin). — J. Sciiwabtz, Correspondance de Nalouet Imite; fin au 
fa*c. suivant). — Dom de Dmbtbin. L'évangeliairo d'Erkanbold (suite; 
lin an fasc. suivant). — A. ii'Ochuesi'blu. L'Alsace au xvm* tiède (à 



ISJ 



BECCEII.S PÉRIODIQUES. 



propos de Hoffmann, l'Alsace au XVHf siècle}. = SppL.-nct. Henri 
Babdv. Marc-Antoine Lavie, député de Delforl-Huningue aux États 
généraux, 1737-1793. := Novembre-décembre. A. IIanauer. Les faïen- 
ciers de Hagueuau (depuis 1695, d'après les archives locales; Un en 
janvier et mars). — Rbd. Reuss. Uu voyage d'affaires en Espagne en 
17)8. Extrait des mémoires inédits du S iras bourgeois Jean-Everard 
Zelzner (commis- négociant de Strasbourg). — H. Leur. Soldats alsa- 
ciens (extrait d'un volume sous presse sur les Protestants d'autrefois). — 
A. Gaseer. Les maisons religieuses de Soûl La : la chapelle du Lieu- 
Croissant et des Trois-Rois. — R. Gutot. Les cahiers du Tiers-Étal de 
la Haute-Alsace en 1789 (on ne sait ce qu'ils sont devenus pour la plu- 
pari]. =: 1907, janv.-févr. Ch. HomUHM. Les troubles de 1789 dans la 
Haute-Alsace [suite en mars). — E. W. Souvenirs d'un médecin stras- 
bourgeois du xviii- siècle (1717-1789). — Ingold. A propos defl lettres 
de Schœpllin (quelques lettres non comprises dans te recueil de Festerl. 
= Mars-avril. G. Oberreiner. Les combats de Cernay pendant la 
guerre de Trente ans. — Correspondance entre le duc d'Aiguillon et le 
prince-coadjuleur Louis de Rohan, analysée par L. Ebrhard. 



32. — Jahreshefte des est erre ichischen archœologiscben 
Institutes in Wlen. T. IX, 1906, faBc. 1. — H. Sckenkel. Pour 
1' « edictum Diocletiani > (fragment de Messénie). — 0. Cpwtz. Le 
* collegium fabrum » à Aquilée (nouvelle lecture de Pais, Corp. inscr. 
lai., Suppl. ital., 181). — Edgàb.. Ptolémée Pbilopator ou Hermès? 
(sur un moule conservé au Caire : représente Hermès). — A. Sghulten. 
Deux décrets de l'empereur Valens sur la province d'Asie (1° de 370 
ou 371, adressé à Eutrope, intéressant pour l'état des îles Ioniennes; 
2 a de 372, sur les jeux provinciaux; éclaircit le rôle de r'Amipxin). — 
W. Kobitbchek. Le roi Eritusirus (sur une monnaie celtique; peut-4tn 
identique au roi celte Kpndsipo; de Strabon). — Fr. IIauser. Tettiï |sur 
une ancienne manière de se coiffer). — E. Maass. Les Grecs dans la 
Gaule méridionale (les Cretois y ont précédé les Phocéens; les Doriens 
semblent y être venusl. = Supplément : A. BbOcknbr. Sur l'Athenaios 
d'un Psephisma de Nation (en Ionie; il s'agit du frère d'Eumènès II 
de Pergame). = Fasc. 2. R. Heberdeg. Sur le décret de l'empereur 
Valens adressé â Eutrope (complément à l'article de Schulten au 
fasc. 1). — P. Wolters. 'Apx«»Tpoi (dans les inscriptions médicales 
d'Éphèse publiées au t. VIIIl. — E. Rormanns. Inscriptions sur bronze 
de Lauriacum (droit municipal sous Caracalla). = Supplément : 
R, Eooeb. La carrière publique de M. Nonius Macrinus Iproconsul 
d'Asie en 170-171].— Petebsen. L'ancienne coiffure attique « Tettiï a. 

33. — Mitteihmgen des Instituts fur usterreicliische Ge- 
schlchtsrorschung. T. XXVII. 1900, fasc. 4. — Oswald Redljcb. 
Problèmes liistorjco-géographiques. — V. Samanek. La situation cons- 
tiiuin.rirn.-lle à Gènes de 1311 à 1313 (tin). — A, -H. Loebl. Contribu- 
tion à l'histoire de l'administration centrale de l'Empire au déclin du 






RECUEILS f KItMMQHES. 



1N.1 






•i. (le conseil aulique, le conseil prive, la chancellerie, les chambres 
des finances, le personnel administratif). — W. Ebstbui. La dernière 
maladie de l'empereur Sigismond (Sigismond mourut d'une gangrène 
sénile, conséquence d'une artériosclérose). — F. -G. Wittichen. Addi- 
tions à la bibliographie de Oenu (donnée par Kircbeiscn au fasc. 1 du 
même vol.). = Comptes- rend as : Scholt. Die Publiiisiik zur Zeit Phi- 
lipps des Schonen u. Buiiifaz' VIII. — ■ Programmes » des écoles 
moyennes autrichiennes pour 1905. — Publications failes en Hante et 
Basse- Au triche de 1902 ft 1904. — Lettre de M. Leni en réponse aux 
BttiqnM laites à son • Napoléon i par M. Sehlitier, qui réplique. = 
T. XXVIII, 1907, fasc. 1. Ph. Heck. U « Hantgemal . d'après le 
manuscrit de Falkenslein et d'autres documents d'interprétation de 
Homeyer repose sur une faute de lecture; le mol i Hantgemal ■ cor- 
rr-pinul au mot allemand moderne € Ileimat »)• — R. Eiblir. La 
légende de saint Domitien, duc de Carintliie (d'après un ms. du x«'«.; 
étude critique de U légende qui a commence à prendre corps à la fin 
do mi* s.). — A. Schulte el L. Wbngkh. Une donation de l'empereur 
Frédéric I" a l'hospice de Septîmerpass (1186; étude juridique). — 
V. S*manbk. Les fragments d'actes génois de la collection de Bernard 
de Morcato, notaire caméral de l'empereur Henri VII. — G. Sovuer- 
rELD-r. Sur l'écrit du roi Frédéric II relatif à l'organisation militaire en 
Prusse. = Comptes- rendu s : C. Georg. Heitrage sur àlteren deutschen 
Wirtschafts- u. Veriassungsgeschichto (important). — J. Schali. Die 
Gedichle Oswalds v. Wolkenstein. — Starser. Die Konslituirung der 
Ortsgeraeinden Nietlerôstcrreichs. — Analyse des périodiques de 
l!nh.'-me, Moravie et Austro-Silésie, 1902-1904. = E. Maybb. Les 
charte^ Dragonî (réponse à L.-M. Hartmann : voir t. XXVII, fasc. 2; 
maintient l'authenticité de ces documents). 

34. — Sz&zadok ttti Siècle). 190G, juin. — A. Ebdblyi. Le prince 
Akos Barcsay (prince de Transylvanie, 1657-1661 ; retrace, d'après les 
• Monumentacomitialia rogniTransylvaniae ■, la lutte de Ilarcsay contre 
Georges II Hàkoczy, son arrivée au trône avec l'appui des Turcs, la 
•édition de Kemeny et le meurtre de Barcsay. C'était un prince patriote 
qui combattit plutôt avec les armes de l'esprit qu'avec l'epée. Protec- 
teur des lettres et des arts, il tomba victime d'une publique qui vou- 
lait sauver l'indépendance de la Transylvanie contre la Turquie et 
contre l'Autriche. On pourrait le comparer à Martin uni). — L. Kbopf. 
Contributions a l'histoire de l'ancienne musique hongroise (roelitie sur 
plusieurs points une étude de Jean Gsiky sur le même sujet), sa 
Comptes -rend us : J. Kfnyôkt. Les châteaux forts du moyen âge. — 
.1, Eitrmiinn. Laxaius von Schwendi (a guerroyé en Hongrie de 1504 à 
15'j7; l'auteur ne connaît pas bien ces campagnes). — Nécrologie : 
Joseph Thury, 1801-1906 <a étudié surtout les relations entre les Turcs 
et les Hongrois; philologue et historien distingue, il venait d'être 
désigné comme successeur de M. Vàmbéry a l'Université de Budapest, 
lorsque la mort est venue le frapper). — Répertoire historique slave. = 



la 



IMOIU rôniomotiBS. 



Septembre. I. Bsm»énaY. Critique île l'objectivité dans les sciences 
historiques. — D. Si*b6. Deux chartes de l'époque arpadienne (texte 
et commentaire de ces deux chartes qui contiennent de» donations. La 
première, datée de 1232. a été tuai éditée par Pejér, Codex diplomaticus, 
III, 2, 402; la seconde, de l'année 1269, était inédite). = Comptes- 
rendus ; //. Slarciali. Enchiridion fontium historiae Hungarorum 
(nombreuses critiques de détail]. S Octobre. D. Cbânki. La ferme 
du juge Kii su;/, à Bude (étude topographique des environs de Bude 
d'après des documents inédits. Kuncz est le premier juge de Bude 
que l'histoire mentionne en 1 300) . — L. Thallôczy et T. Gyôhy. La 
maladie d'Eméric Thôkbly {le chef des Mécontents a souffert de la 
goutte: les différentes phases de la maladie d'après ses journaux. 
L'étude est due a la collaboration d'un historien et d'un médecin). = 
Comptes-rendus ; S. Beissel. Die Aacbenfahrl (important pour 
l'histoire des pèlerinages hongrois; critiques de détail). — M. Lendvai. 
Les familles nobles du comîtat de Ternes; t. III (travail aerieuxl. 
— A. Çmberka. Les armes à i'époque des Kouroucz |rien de nou- 
veau). — D. Scarpetto. Giovanna I di Napoli (faible; pas au cou- 
rant). — Varia. T. Gvo'av. L'origine d'Ignace Semmelweis, 1818-1865 
(donne l'arbre généalogique du célèbre médecin hungrois qui a été le 
précurseur de la méthode antiseptique. On vient de lui élever un monu- 
ment à Budapest). = Novembre. M. Siffla y. Le statut de Baguse 
(d'après la publication de Bogisié et Jirecek, Liber statularum cnilatu 
Ragusii composilui anno 1272; édition princeps et excellente sous 
tous rapports]. = Comptes-rendus : Morawski-Rongier. Histoire de 
l'Université de Cracovie. Moyen âge et renaissance ; t. I-II1 (bon ; relève 
les passages concernant les étudiants hongrois fort nombreux au 
xv' siècle à l'Université polonaise). — Monographie du comital Alsô- 
iehér |ce grand ouvrage, dû à la collaboration de plusieurs savants, fera 
bien connaître l'histoire et l'ethnographie de ce coraitat habité par des 
Hongrois, des Saxons et des Boumaius ; il faudra consulter surtout la 
partie qui traite de la Bévolution de 1848-1849). — £. Jurkovich. Le 
passé de Beraerczebinya |intéressaul). — 1. Itallô. La catastrophe de 
Madefalu (7 janvier 1764; rien de nouveau). — Varia. B, Babanyai. 
L'ouvrage de Mathias Bel, » De re rpslica Bungariae » (deux manus- 
crits de cet ouvrage que l'on croyait perdu se trouvent à la bibliothèque 
du Musée national de Budapest). zz Décembre. M. Bkthei-I'bikkkl. Le 
Dieu des Hongrois; la foudre de Dieu (ces deux locutions, qu'on faisait 
remonter à la plus ancienne époque païenne des Magyars, sont de date 
plus récente. Elles doivent leur origine aux chroniqueurs qui, en qua- 
lité de prêtres, les ont forgées d'après la Bible. Elles n'ont rien a voir 
avec la mythologie magyare). — A. (j*rdonïi. Paul Gyulay de Abafâja 
(trois nouveaux documents sur le conseiller de Sigismond Balhory. 
prince de Transylvanie, datant de 1590 et de 1592). — B. Kuo-BEXtr. 
Contribution a l'histoire des colonies allemandes dans le sud de la 
Hongrie (publie quelques documents inédits sur le rôle j<M 






BïCtEtLs r-éftiniuoiiP". 



187 






i Kempelen, 1734-180-1, dans cette colon Union). — A, Pô», Contri- 
bution à la vie Je Paul JcgerndorC (supplénent i\ l'article du même 
auteur, publié en 191)5, d'après les Monutnenti Valicana édité» en Hon- 
grie et en fiohème). = Comptes-rendus i Appunyï et Kammertr. Chartes 
do la Famille des comtes Apponyi ; t. I : IUMS86 (important; surtout 
pour l'ancienne topographie magyare). — A- Jorga. Geschichte des 
runiiinischen Volkrs [n'est pas digne de la collection de ÏAtlgtmeitu 
Staattngtschichtt , c'est la haine et la suilisanca qui ont guidé l'auteur|. 

— .S'. Wtber. Nou\elles contributions à l'histuire du comilat de Siopes 
(études intéressantes sur l'art et la civilisation!. — J. Betsktl. Les che- 
vaux des ancien? Magyars (étude intéressante de craniomélrie). 

35. — Budapestl Szemle 1906, juiu. — P. Vav. Mauila (fragment 
d'un Journal do voyage qui vient de paraître en allemand et en hon- 
grois!. = Corn ptru- rend us : S. (icrgr.li/. Correspondance de Michel 
nportkDt). — PauUen.ZurElbilt und Politik (analyse détaillèel. 

— Comte lie lllibner. Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Au- 
triche à Paris sous le second Empire, 1851-1859; t. II (aualyse|. = 
Juillet. H. Marc/au. La première œuvre de Sîêchenyi (c'est un sup- 
plément inédit à son Journal, datant de 1H19 ; il est ici traduit en hon- 
grois. Contient des renseignements précieux sur l'éducation du grand 
homme d'État; ses rapports avec ses parents; sa carrière militaire et 
ses idées touchant l'amouri. — J. Vaczv. Les lettres de Transylvanie 
de Kazinczy (ces lettres datent de 1817, mais elles n'ont paru qu'après 
la mort de Kazinczy ; histoire de la composition et valeur de l'œuvre), 
=: Compte-rendu : E. Horn. François RtkMEj II, prince de Transyl- 
vanie {pour le grand public). = Septembre. M. Kamiàn. L'organisation 
de l'enseignement primaire en Hongrie et les lois récentes (suite en ocl., 
□ov. et déc. Étude de toutes les questions se rattachant à l'enseignement 
primaire depuis la première loi organique de 1868 jusqu'au projet pré- 
senté en lfrO-i par Rerieviczy). — Comptes-rendus : L. Siâdeciky. Le 
Journal et les œuvres d'Etienne Halmàgyi [intéressant pour l'histoire de 
la Transylvanie sous le règne de Marie-Thérèse et de Joseph II). — 
J. Ssekfù. Contributions à la critique dus ouvrages de l'historien 
É. Szamoskoxy (utile). = Novembre. J. Kautz. Nouveaux courants 
dans le droit constitutionnel de l'Europe (analyse et critique des tra- 
vaux de Seignohos, Jellioek, Feeman, Dicey et du savant hongrois 
Conchai. — J. Fekete. La dépopulation (suite en décembre. D'après les 
statistiques hongroises des dix dernières années ; détails intéressants sur 
l'émigration ea Amérique!. = Compte-rendu : H. Bràiik. Grand atlas 

na répond pas à toutes les exigences). =: Décembre. P. G vu lai. 
do baron Slgistnond Kerneny Ipréfaced'unenoiivellr rdiiion 
augmentée de ces éludes parues en 1870). — H. Huauri. Comment 
on lal-ihi' l'histoire (contre l'assertion saugrenue du bourgm.^ire de 
Vlenue <jui, au congrès des historiens, a prétendu que la Hongrie n'a 
Jamais servi de n-mpart à l'Occident contre l'invasion des Turcs. Touto 
l'histoire de la Hongrie doc xv», xvr» et xvn* siècles, les témoignage» 



BICtTHILS rÉKIODIQOKS. 

i de l'Europt sont là pour prouver que le fameux bourg- 
■Mtn n'est qu'un calomiiateur). 

3« — The Atheonnm. 1906, 20 oc t. — Sir G. S. King. Tbe auto- 
biofjraphv and corresponience of William King, archbishop or Dublin 
(inUroininl pour l'histoire île l'Eglise anglicane en Irlande, de Jacques II 
à Georges II). — flerber. M. Vaughan. The last of tbe BtaarU (biogra- 
phie superficie Ho du cardinal duc d'York, Henry IX). — Âbbi Gasquet. 
Lord Aeton and bis circle (intéressant recueil de lettres). == il oct. 
Tnnt+ridgt. Court beau lies of Old Whiiehall (intéressant). = 3 nov. 
St**rl J. Heitt. Life and le tiers of the firsl earl of Durham (l'éditeur a 
hit bon usage de précieux documents; mais il est singulièrement pro- 
lixel. = 10 nov. Fitson ïoung. Christopber Columbus, and ihe New 
World of his discoveries (bon récit, qui s'adresse non aux érudîts, mais 
au grand public). = 17 nov. Fr. Paulstn. The germao universités and 
univeraiiy study, irad. p. F. Thitly et W. Etwang (très instructif)- — 
Cunttance, eountess De La Warr. A iwice crowned queen : Aune of 
Brittany (consciencieux). — W. M. Hamsay. Studies in the history and 
■ri of the easlern provinces of the roman empire (excellent; beaucoup 
il» faits nouveaux ei d'idées). = 24 nov. Le quatrième centenaire de 
Bmp lluchanan à Glasgow (nov. 1906). = 8 déc. The Cambridge 
hiitory. Vol. IV : the Thirty yoars war (fort intéressant; il y 
a d'assw grandes disproportions entre les différentes parties de celte 
a-livre collective). — A queen of indiscrétions : the tragedy of Caro- 
■ mswick, Iranslaled by Frédéric Çhapman from the italian of 
Oratiano Paolo Clenci (ouvrage intéressant, neuf pour certaines par- 
lies, contestable sur beaucoup de points qui méritent d'ailleurs une 
tdtfqu approfondie; le traducteur ajoute une introduction où il refait 
la vie excentrique et encore assez mystérieuse de la reine Caroline). SE 
15 déc. W. Page. Victoria county historiés : Somerset, Dovon, Cora- 
wall (beaux et bons volumes). — 22 déc. Ch. G- Harper. The old inus 
of Old Eugland (intéressant). — F. G. Burkitt. The Gospel history and 
ils transmission (étude critique, ferme, compétente et respectueuse). = 
•„".i déc. Oliver Etton. Frederick York Powell; a life and a sélection 
from bis letters and occasional wrilings (1res intéressant). — Robert P. 
Skinner. Abyssinia of to day; an acconnt of the firsl mission sent by 
ihe american Government to tbe court of the Kingof Kings, 1903-1904 
(en somme, peu de nouveau). — /. H. Jeayts. Descriptive catalogue of 
Derbyshire charters (utile, mais incomplet). = 1907, 5 janv. Corolla 
numismatica; oumismatic essaya in honour of Barclay V. Head (très 
intéressant volume de Mélanges composé en l'honneur de B. V. Head, 
au moment où il prit sa retraite du département des médailles au Urit. 
Mus,). = 12 janv. Herbert Paul. Queen Anne (bonne biographie pour 
U grande collection Goupil). — A. Long. Homer and bit âge (fort inté- 
ressant). = 19 janv. Ch. Oman. The hislory of England, 1377-1185 
(récit très attachant; mais l'auteur B'est renlermé trop étroitement dans 



HECTBILS miH.ii.in-. 



48! 



le cadre d'une histoire o politique »; betucoup d'erreurs de détail), — 
J S- C. de Montmorency. Thomas à Kenpis; bis âge and book (excel- 
lent). — //. N. Williams. Queen Marpn, wife of Henry of Navarre 
(intéressant; suit de trop prés Merki trop d'erreurs de détail). = 
26 janv. I. H. Ittrens. Tbe Digger moviment io tbe days of the Com- 
mouweallh (étude très intéressante wr le mouvement communiste 
inaugure, au printemps de 11149, par ierrard Winstanley et ses par- 
tisans. Réprimé par les soldats de Faifiax, le mouvement avorta; mais 
il est fort curieux à étudier). — S. etfl. Webb. Euglish local govern- 
ment frum the Révolution tu tbe municipal corporations act : the 
puitll ftod the county (remarquable. — Sdw. Ilutton. Sigismondo 
l'anoullu Mulatesta, Lord of Rimini roman historique, ingénieux et 
■avant, mais d'uo caractère incertab et plutôt fàcheuxj. = 9 févr. 
Sir Waltcr Besant. IfodJnnl Londft. Vol. IL Ecclesiastical Ic'est 
l'œuvre d'un amateur intelligent et tabile, mais qui ne connaissait pas 
les sources). — //. Butler Ctarke. Nodern Spain, 1815-1898 (bon). = 
16 févr. Letlers and journal s of &muel Gridlcy Howe during the 
greck Révolution. Edited by bis daighter, Laura E. Richards (intéres- 
sant). — J. Mac Crabe. Talleyrand (açréable à lire, mais superficiel). — 
23 févr. E. II. Moorhouse. iNelson's jidy Hamilton (très bonne élude, 
qui diminue avec raison l'influenc; exercée, selon la légende, par la 
belle Emma sur l'amiral). — F. A. Gasquet. Parisb life m media?val 
England (intéressant et fait direcement sur les sources originales; 
c'est d'ailleurs surtout la vie religieuse qu'on nous décrit). — Sir Clé- 
ments H. Markkam. Richard IU (pkidoyer ingénieux, inléressanl, mais 
inconsistant, eu faveur de ce roi. = 3 mars. Sir (hem T. Burne. 
Memories (l'auteur a été pendant de longues années le véritable chef 
du ministère de l'Inde; ses ménoires, bien que fort discrets, nous 
apprennent beaucoup sur l'Inde d' 1857 à 1880 environ). — J. Donald- 
son. Womao ; ber position and infuence in Ancient Greece and Rome, 
and among the early ebristians bon). — Victoria county historiés ; 
Lincoln, t. II; Norfolk, t. II; torthampton, t. II. — N. W. Thomas. 
Kinsbip organisations and group marriage in Australia (excellent), as 
16 mars. Sir Th. Smith. De Etipuhlica Anglorum, éd. AUton (très 
bonne édition). — H. G. D. Liveng. Records of Romsey abbey (très 
bonne histoire d'une abbaye bênéiictine de femmes qui fut fondée en 
907 et sécularisée en 1539). = 33 nars, llanotaux. Histoire de la France 
contemporaine; vol. III (la présiienc du maréchal de MacMahon aat 
racontée d'une manière imèressajte, à l'aide de documents parfois nou- 
veaux; la partie la plus faible es celle qui concerne les affair..- .-it.'- 
tfamw. Lie nombreuses négligmces qui sentent par trop le journa- 
lisme!. 

37. — The euglish hUto-teal Revlew. 1906, OCt. — F. M. 

!, 'itdiniuixiraLiou de !» Nurm:indiu pnr les prince angevins; 

I" art. — Maurice WiLkiseiw. Les guerres de religion dans le Péri 

gord lulilise des pièces tirées «es archives municipales de Bergerac, la 



490 EECUULS PÉRIODIQUES. 

correspondance de la famille Vivans, de Gageac, qui va de 1578 à 
1592, date de la mort de Gecffroi de Vivans, tué devant Villandraut. 
Les Vivans étaient protestants. — E. J. Carlylr. Comités du Conseil 
privé sous les premiers StuarU (tandis que, sous Elisabeth, l'adminis- 
tration générale était concentrée entre les mains du Conseil privé com- 
posé de douze membres au plis, il fallut, sous les premiers Stuarts, 
établir des sections ou comités Ceux-ci cessèrent d'exister en 1640). 
— C. Bbinkmann. Charles II e l'évéque de Munster dans la guerre 
anglo-hollandaise de 1665-1664. — A. Ballabd. Les bourgeois du 
Domesday. — Mary Bateson. Las bourgeois du Domesday et les rem- 
parts de Malmesbury. — J. H. Vylib. La ville d'Orwell (il s'agit d'une 
ville disparue dans le comté de taffblk). — À. M. Allen. La date dea 
statuts donnés à Vérone par Abertino (maintient que ces statuts ont 
été promulgués de 1260 à 1270; le ms. qui nous les a conservés a été 
copié en 1276 ou 1277; plus tard, on remplaça certains feuillets brûlés 
par d'autres, où se glissèrent des nterpolations). — James F. Villard. 
Négociations d'Edouard I er pour ibtenir de l'argent en 1337 (publie un 
texte où sont énumérées les taxis consenties par certaines villes du 
comté de Stafford). — Cora L. Scjfibld. Les mouvements du comte de 
Warwick dans Tété de 1464 (d'après un compte de l'Échiquier publié 
à la suite). — William Miller. Le duc fou de Naxos (Francesco III 
Crispo n'a pas, comme le dit Hopf gouverné paisiblement son île jus- 
qu'en 1518; les Diarii de Sanuto prouvent qu'il fut un fou homicide, 
qu'il tua sa femme en 1510 et mm rut l'année suivante). — J. A. J. 
Housden. La poste des marchands itrangers au xvi e 6iècle (il y eut dis- 
pute en 1568 pour la nomination le maître général des postes entre 
Van den Putte, Belge protestant, e Godfrey Marshall, Anglais catho- 
lique; le protestant finit par l'emp«rter, après une active intervention 
de la part de Thomas Handoiph, naître des postes de la reine). — 
C. H. Firth. Les instructions de Cnmwell au colonel Lockart en 1656 
(lorsque le colonel fut envoyé en Irance pour négocier une alliance. 
Ces instructions, inédites et sans cite, doivent être du mois d'avril). 
= Comptes-rendus : G. Salvioli. Le capitalisme dans le monde 
antique; étude sur l'économie romane, trad. p. A. Bonnet (trois cha- 
pitres fort intéressants sur la produftion des biens, la production agri- 
cole et le capitalisme; mais l'auteir ne connaît pas toujours exacte- 
ment ses sources). — Hodgkin. The hstory of England from the earliest 
times to the Norman Conquest (boi). -— F. Haverfield. The romanisa- 
tion of roman Britain (excellent). — W. Stubbs. Lectures on early 
english history (recueil intéressant, mais mal publié par M. Hassall, 
qui n'a pas toujours bien lu les maïuscrits et qui ne donne aucune 
indication sur l'époque où chacune deces leçons a été faite). — Yino- 
gradoff. The growth of the manor (Ivre admirable de science et de 
pénétration). — M. J. Bonn. Die ençlische Kolonisation in Ireland 
(intéressant et important; mais l'idè de colonisation, prise surtout 
dans le sens moderne, prédomine tropdans ce livre. Notables observa- 



•c .■ 



beccrils PÉaioDiems. 



l'.H 






i de détail par R. Duulop). — Parow. OompotUl vicecoraitie (excel- 
lente dissertation l. — Gatqwl. Henry III aud Oie clturch louvrage 
consciencieux, trop terre à terre, et où les menues erreurs de fait sont 
nombreuses). — T. &. Tout et tlilda Johnitone. State trials of the reign 
of Edward I, 1369-1393 |P. W. Maitland suggère plusieurs corrections 
4 ce texte difficile et par ailleurs bien publie). — C. Pijnacker Hordijk. 
VVlllelmi, capellani m tirederode, postca monachi et procuratohs 
K^mondeimis. ehronieon [bonne édition; la chronique de Guillaume 
d'Egmont comprend deux parties : la première, de 1206 û 1321, a été 
composée en 1322; elle est Tuile en partie de seconde main, surtout à 
l'aide de Martin de Troppau; la seconde partie, 1333-1S33, est une 
source capitale pour l'histoire de la Flnndrel. — Edward, stcond duke 
o( York. The master of game, publ. p. F. Ilaiilie-Grohman (livre sur la 
chasse par le second duc d'York, qui fut maître des chasses royales 
soua Henri IV, 111)6; il a été compilé entre 1406 et 1413, mais n'est 
guère en somme qu'une traduction du Livre dt citasse de liastou Plia— 
loi-. L'éditeur a fait de ce texte le centre d'une histoire complète de la 

. Angleterre au moyen âge). — G. Unwin. Industriel organi- 
sation in the xvi u. xvn centuries (fort intéressant). — Martin À. S- 
Hume. Calendar of letters, despatches and slate papers relating to the 

on! between England and Spain.Vol. VIII, 1545-1546 (il faut 
se délier de l'annotation, souvent défectueuse!. — William Fotter. The 

il John Jourdain, 1608-1617, describing bis expériences in 
Arabia, Imita, and the Malay arcbipelago. — W. I. JfotÛatM BfiDt- 
l»ud and the Union, 16tf.i-l"47 (intéressant). — Calendar of patent 
rollt of Edward IH, 1348-1350. — Ualendar ol close rollsol' Edward 111, 

■ - Calendar of p;ttenl rolls or Richard II, I3>JI-I396. = 

V. J Wehb. Lit prétendue circuninuvigatiou de l'Afrique 

par les Phéniciens, considérée par rapport à la théorie de l'Ophir sud- 

aJncai» (le récit d'Hérodote, IV, i2, est inadmissible; si on le tenait 

, ce serait un argument contre l'hypothèse d'après laquelle 

ït les anciens princes sémites liraient l'or de l'Afrique méri- 
le|. — F. M. Powicke. La Normandie gouvernée par les princes 
■vins (suite et fin; important). — W. Moir Dnvca. Le voyage de 
Marie Sluarl en France en I54N (fait pour lu première fois le récit exact 
et circonstancié de ce voyage à l'aide des lettres adressées à la reine, 

Marie Smart, pnr M, de Breié, que Heuri II avait chargé 
d'accompagner lu jeune reine. Ces lettres étaient inédites; elles sont à 
in binllotbtqng dis avocats à Édimbourgl. — Miss Louise P. BaQWX. 
Le» facteurs religieux dans le Parlement qui rappela Charles II (prouve 

■ -Intérims n'eurent jamais une majorité bien évidente dans 
ce ■ Parlement-Conveatioo ■). — H. L. l'ootE. Mary Uateson (article 
nécrologique]. — P. H. Oabino. La i Maltosse ■ a la bataille de Has- 
tlnga. — W. H, BtwntBOM. Description du ■ Uomesday Look > par un 
contemporain (elle se trouve dans une dissertation sur la théorie chro- 
nologique de Marianus Scotus par Robert Losinga, évoque de Uere- 



192 



rÉRIOMQUES. 



ford. L'auteur atteste que le D. B. a Lien élé composé en 1086. Ce 
[«lit traita de Robert a élé connu de Guillaume de Malmesbury, qui, 
pftl CM Intermédiaire, apprit à connaître In chronique de Marianus 
Hcolus. Publie des notes annatisliques tirées de l'un îles deux manuscrits 
do Hobert de Losinga). — H. \\". G. Davis. Une vie inédite d'Edmond 
rtfol] [eolUlïOBxte la vie il'E. Rich par le moine de Pontigny avec une 
.i'ii:v ! ilai'tion que contient un ms. de Balliol Collège, à Oxford; 
publie les passages qui se trouvent seulement dans celle-ci. Du rapport 
des deux rédactions entre elles). — E. C. Louqe. La baronnie de Cas- 
tolntii en Médoc pendant le moyen âge (d'après deux anciens inven- 
taire» des litres de celte baronnie; élude sur la condition des terres et 
de» personnes dans cette baronnie, surtout au xv' el au xvr siècle). — 
[1. C. Fowlbb. De la valeur des déclarations faites en justice sur l'âge 
d'un plaideur (ce» déclarations ne peuvent pas être considérées comme 
vi nilii|ues; on voit dans des enquêtes relatives à des personnes très 
différentes des témoins rappelant des faits identiques pour attester la 
sincérité de leur témoignage ; il y avait des formules courantes que l'on 
utilisait pour ce genre de déclarations). — C. L. Falkiner. William 
iïanier et ses Cbroniqucs d'Irlande de 1594 à 1613 (de ces chroniques, 
ou ue connaissait encore que des fragments pour tes années 1612-16(5. 
L'auteur était un ami, un confident de Sir Arthur Chichesier, • Im-d 
député » d'Irlande en 1613-16141. — G. F. Wàbnbr. Une brochure 
politique inédite de Daniel De Foe (d'après un manuscrit non signé, 
mais qui est de la propre main de De Foe; il est adressé à Robert 
Harley peu après que celui-ci eut été nommé secrétaire d'État, 18 mai 
1704; De Foe y expose les maximes de gouvernement qui devaient ser- 
vir à guider le nouveau ministre). = Comptes-rendus : M. Croitet. 
Aristophane et les partis à Athènes (1res intéressant). — fr. Smith. 
Die rOmische Tiraokralie (peu convaincant). — J. Brocha. Eteint 
Jérôme et ses ennemis (important; l'auteur prend généralement avec 
conviction le parti de saint Jérôme). — F. G. Davenpurt. The économie 
development of aNorfolk manor, 1086-1565 lires bonne inouographiel. 
— J. Mills. Calendar of the justiciary rolls of proceedings in Ihe Court of 
ihe Jusiiciar of Ireland, 23-31 years of Edward L — Ch. Oman. The 
great revolt of 1381 (les chiffres sur lesquels l'auteur raisonne ne sont 
pas sûrs et laissent douter de l'exactitude de sa méthode. Article 
important de J. Tail). — Briefe an Desiderius Erasmus von Rotter- 
dam, herausgegeben von L S. En.ttiove.ri (publie une centaine de lettres 
retrouvées à la bibliothèque municipale de Breslau). — H. K. Giay. A 
history of english philantbropy (boni. — Ch, S. Terry. The scottish 
parliaraent; ils constitution and procédure, 1603-1707 (clair et intéres- 
sant résumé). — J. H. ûverton et Fred. Relton. The english ■ ■nnnU 
from the accession of George I to ihe end of the xviuth ceotury (excel- 
lent). — E. Schaumkcti. Geschichle derdeutschea Geschiehtschreibung 
von der Mille des irai Jahrn. bis zur Romanlik. (bon chapitre de 
l'histoire de 1* « Aufkuerung »). 






UODOU rÉHioniQCES. 
38. — The Nineteeoth century 1906, sept. 



Yves Gci 



. Le 



pangermanisme. La Hollande et la Belgique. — RéT, C. V. Dubell. 
Ijq renouveau religieux au tempe de la Renaissance {quelques pages 
sur Savonarole). = Octobre. A. Vambbbï. Le panislamisme. — 
Mrs. Charles Roundell. Extraits d'un journal tenu au château de 
Dublin pendant le procès de Phœtin Park (notes prises par Mrs. Houti- 
ded et par son mari qui, eo janvier et en février 1883, furent les hùles 
de M. et M"" Trevelyaa au château de Dublin. Récit très minutieux 
do ! 'assassinat de M. Th. Burke et de Lord Frederick Cavendish par 
un groupe de conjurés affiliés à la société secrète dite les Invincibles, le 
G mai 1882). — L. A. Atbehley Jombs. L'histoire du • Parti du tra- 
vail t. = Novembre. W. Frewen Lohd. Des institutions qui, au Canada, 
confèrent des grades universitaires. I, les provinces maritimes. — Slade 
HuïLEii. Les mystères grecs et les évangiles (l'influence, de ces mys- 
tères sur les écrits les plus anciens du christianisme a été plus grande 
et plus profonde qu'on ne l'admet d'ordinaire. = Dec. Mn. Tbjbe. 
\,n faîte de la duchesse d'Angouiéme pendant les Cent jours (extraits 
d'un journal tenu par le père de Mrs. Tribo, pendant un séjour qu'il 
fit a Bordeaux en avril 4615; l'auteur raconte comment il s'y prit pour 
que la princesse pût quitter Bordeaux et s'embarquer à Pauillac sur un 
bateau anglais et comment il l'accompagna ensuite jusqu'en Espagne). 
— Ethelred Tacnton. Henri VIII et le procès intenté à la mémoire de 
Thomas Becket (ce procès n'a jamais eu lieu. Une proclamation déclara 
Itecket traître, plusieurs de ses reliques furent brûlées, mais il n'y eut 
pas d'instance judiciaire ouverte, comme Lingard et Lord Campbell 
l'ont cru). = 1907, janv. George Mac Cbae. L'évolution de l'Income-tax. 
= J-'cvr. M. MultïïUff Barbie. La Chambre des lords défendue par un 
démocrate. = Mars. Marcelle Azra Hihckë. La dame et les arts plas- 
tiques en Grèce dans l'antiquité. 

39. — The Scottlsh historlcal Rerlew. 1906. octobre. — His- 
toire du roi d'Irlande et de ses deui fil* (légende populaire, en langue 
gaélique, recueillie, puis traduite en anglais par feu le Rév. J. Gregorsou 
OtlBpbâtl, de Tirée). — E. Maxtone Gbaiiam. Margaret Nairne; un 
paquet de lettres jacobile» (publie quelques lettres allant de 1710 à 
1740t. — Sir Herbert Maxwell. La Scalacronica de Sir Thomas Grsy ; 
mite de cette traduction. — R. Menxîes Feuccssos. Les sorcières d'Aï- 
loa (résume le procès qui leur fut intenté en mai I6Ô8. à la requéie du 
Rév. Maihias Symson, ardent dénicheur de sorcières). — Win Im 
Matbiesom. Le Parlement d'Ecosse, 1560-1707 imonire les bn 
tiques et ecclésiastiques qui ont contribué à modeler ce Parlement, de 
la Reforme à l'Union). — Edward Pwmngi-ox. Coups d'œil sur l'an- 
. île paroisse en Ecosse. — A. II. Millau. Le registre des 
baptêmes de l'èvèque Norie à Dundee, 1722-1726. = Comptes-rendus : 
Sir James Batfour Paul. Account* of the Lord Higli Treasurer of Scot- 
lind; vol. VI, 15:il-ir..lH. — P. ffunu llrown. The regisier of tbe l'rivy 
Council of Hcotliiml ; vol. VI, 1035-1637. — llluitratod Catalogue of a 
Rbv. Uistob. XCIV. 1» rue. 13 



494 RECUEILS PERIODIQUES. 

loan collection of portraits of english historical personnages who died 
between 1714 and 1837, exhibited at the Exami nation schools, Oxford, 
april-may 1906. — James Mackinnon. A history of modem liberty; 
vol. II (excellent). — Sir Robert Anderson. Sidelights on the Home-rule 
movement (intéressant). = Vol. IV, n° 14, janvier 1907. Hume Baoww. 
L'union des parlements d'Angleterre et d'Ecosse en 1707 (des conditions 
inéluctables qui poussèrent à l'union; des bienfaits de cette union, sur- 
tout pour l'Ecosse). — L. Dimier. Les portraits de la reine Marie Stuart 
(article auquel A. Lang a mis quelques notes. La question de l'authen- 
ticité et de l'âge véritable des portraits de cette reine a peut-être fait 
des progrès; mais que peut-on en conclure de certain sur sa ressem- 
blance? Il importerait aussi de savoir quelle était la physionomie de la 
reine et si on y pourrait trouver des indications sur son caractère). — 
A. Francis Stuart. L'Ecosse et la Papauté durant le grand schisme. 
— J. H. Stevenson. Un contrat de mutuelle amitié en 1745 (lettre de 
réconciliation entre deux seigneurs loyalistes, le comte de Sutherland 
et lord Reay). — Sir Herbert Maxwell. Le règne d'Edouard III raconté 
dans la Scalacronica de sir Thomas Gray. = Comptes-rendus : AL Bugge. 
Vikingerne. Billeder fra vore forfaedres liv; vol. I-II (important recueil 
de faits et de documents). — Herbert M. Vaughan. The last of the royal 
Stuarts : Henry Stuart, cardinal duke of York (consciencieux, mais 
peu intéressant; c'est d'ailleurs plus la faute du cardinal que du bio- 
graphe). — Ch. S. King. A great archbishop of Dublin, William King, 
1650-1729 (bon). 

40. — Transactions of the royal historical Society: Vol. XX, 
1906. — H. F. Pelham. Un chapitre de l'histoire des frontières de l'em- 
pire romain (de l'occupation militaire de la rive gauche du Rhin par 
les Romains pendant les trois premiers siècles de notre ère. Avec une 
carte montrant le < Limes romanus » dans ses divers déplacements et 
les voies romaines). — Sir Harry Poland. La « dépêche rimée » de 
Ganning à Sir Charles Bagot (donne le texte authentique de la dépèche 
que Ganning, pour intriguer son ami Sir Charles, alors ambassadeur à 
La Haye, rédigea en vers et expédia sous un chiffre dont Bagot n'avait 
pas la clé. Canning y annonçait que le gouvernement anglais, après 
avoir essayé vainement de conclure avec les Pays-Bas un traité de 
commerce aux mêmes conditions qu'avec la France, augmentait de 
20 pour 100 les droits sur les marchandises et les navires hollandais, 
31 janvier 1826). — J. Holland Rose. Canning et l'avis secret du traité 
de Tilsitt (en somme, on ignore toujours par quelle voie les Anglais 
apprirent si vite les conditions secrètes du traité de Tilsitt. Canning 
en était arrivé à croire que les Français voulaient mettre la main sur 
la flotte danoise pour renforcer le blocus continental et, à la première 
nouvelle d'une entente entre les deux empereurs, il voulut prévenir un 
coup de main peut-être imaginaire, mais possible, par un coup de main 
certain. Point n'est besoin, pour expliquer sa résolution, de supposer 
qu'il eut des informations mystérieuses). — J. F. Chance. La politique 



MtcDEïL* rutavwBB. 



tu 



Scandinave de George I" jusqu'en 1718. — Miss Violet BauuwfOH. 

Le» origines de l'alliance anglo-portugaise (du tuf siècle â la lin du xv*|. 

— Percy Athley. L'étude t!e l'histoire do xix» attela (regretti- l'indif- 
férence du public anglais à L'égard de cette histoire, indique les sources 
auxquelles il faut puiser H les piAcutiOBi afK lesquelles il convient 
de les aborder |. — John Willcock. Sharp et la politique de la Res- 
tauration en L'eusse; étude sur les rapports de l'Église et de l'Étal 
(expose les influences qui amenèrent Charles II à décréter le rétablis- 

début même de la Restaura- 
tfiH R. n Eta». La révolta du eomlês en 1$69 (étudie d'après 
les documents du P. Record OlUce ce soulèvement, au point de vue de 
l'histoire locale). 

41 . — Review of hlstorical publications relatlng to Canada. 
1905.— I. Histoire générale : Biggar.'Tbt voyages oftbe Cabots (accorde 
aux documents plus d'autorité qu'ils n'en méritent). — Bourne. Spaîn 
iu America. — Utnnelt Mutin. Canada and Rritish North America 
i ii le régime seigneurial au Canada, d'après les sources). — 
Htuberi ThwaiUs. France in America (insu [lisant, étant données la répu- 
tation et la valeur de l'auteur; néglige trop les questions d'administra- 
tion coloniale pour s'attacher aux aventures des coureurs des bob; 
ern-urs nombreuses), — Uuwson. The Saint- Lawrence Basin (inégal, 
mais a fait justice de nombreuses erreurs). — Itrou-nt. The Baint- 
Lawrence River (vulgarisation). — Dion ne. Charaplaiti {mal composé). 

— Abbt Boudin. Jean Nicole» et le Canada de son temps, 1618*1642. 

— Thwaitts. New voyagea to North America, by La Hoatau (excellente 

-In texte anglais, préférable dans une certaine mesure au 
texte français). — Société historique de Montréal. Campagne de 1755 
(papiers et correspondance de Diaékan; utiles, mais publies saus notes 
ai introduction). — Caigratn. Woll'e et Montcalm (ouvrage posthume, 
très arriéré, do l'aveu mâme dos éditeurs). — humne. Les ecclésiastiques 
et les royalistes français réfugiés au Canada, 1791-1802; Mm Texlor. 
A Colony of émigrés iu Canada, 1798-1816 (ces deui ouvrages qui ao 

! donnent l'histoire détaillée de l'émigration française au 
Canada i. — Nina et Francù Ti/fany. Ilarm Jan Iluidekoper Ipapiera et 
correspondance don Hollandais, émigré aux États-Unis en 1790, mort 
en 1854. Curieux pour les mœurs el la politique du temps). — Çapt. 
Mahnn. Sea Power In ils Relation to [lie warof 1812 (excellent; appuyé 
sur lea documenta inédits; remarquablement Impartial). — Hunnay. 
■ Lhe warof 18IÎ (réédition Beaucoup de ptaaionM d'ioeiae- 
rai iirock ( relatif à la guerre du 1812). — 
lAinlop. Reçu llect ions of lhe American War, 1312-IKU inurapresaion 
i devenus très rares, presque Inconnus; détail* mr les 
milices franco-canadiennes). — lyman. Commodore Pnrrj (très insuffi- 
sant). — Col. ïoung. The Bat lie of lhe [a rAlo des 
Kentuckien* dans la guerre de IMS). — Orrin Tiffany. The i 
of tue United Suies to lhe Cauadiau Rébellion. — Lyalt. I '. 



J96 ftBCUEILS PËBI0D1Q0BS. 

the marquis of Dufferîn (attache trop d'importance au râle du gouver- 
nement anglais dans les affaires canadiennes). — David. Laurier et son 
temps (systématiquement élogieus). — Bulletin des recherches histo- 
riques. = II. Histoire locale et provinciale : GrenftU. The Deep-Sea 
FLsliermea; The Harvest of the Sea. — McGreath, Lumtitn, Prvwsc.Tra- 
vaui divers (sur Terre-Neuve et le Labrador. Terre-Neuve a été visitée 
et occupée par les Anglais beaucoup plus tôt qu'on ne croit générale- 
ment, mais ils cachaient leurs entreprises pour esquiver les impots 
dont on les eût accablés dans la métropole| , — Dagnaud. Le P. Sigogne. 

— Raymond. Hisiory of the River Saim- John (bon). — Douglas. Québec 
in the Seventeenlh Century (vulgarisation). — Cmgrain. La maison de 
Borgia, le monument de Wolfe, le moulin de Dumont, la maison du 
chien d'or. — Wurlele. Blockade of Québec in 1775-1776 (documents). 

— Boy. Histoire de la seigneurie de Lauzon (t. IV et V; utile, mais 
trop volumineux). — Suit:. Le haut Canada avant (015. — tiiggar. Sir 
Oliver Mowat (biographie d'un premier ministre de l'Ontario, écrite 
par son gendre). — liryce. Mackenzie, Selkirk, Simpson (terne). — 
Dugai. Histoire véridique des faits qui ont préparé le mouvement dea 
Métis à la Riviére-Rouge en 1869 (très utile; d'un témoin oculaire), — 
Dum Benoit. Vie de Mgr Taché. = Rapport sur les archives du Canada, 
!90i. — Dionnt. Inventaire chronologique des livres, brochures, jour- 
naux publiés depuis l'établissement de l'imprimerie au Canada. 



42. — The american historical Review. 1906, ociobre. —James 
P. Baldwin. Le Conseil privé au temps de Richard II (article bien 
informé). — W. B. Mosao. Les pouvoirs de l'intendant dans la Nou- 
velle-France : étude sur la politique coloniale des Français (intéressant, 
précis, bien informé). — J. Holland Rose. Canning et les patriotes 
espagnols en I a 08 (les desseins de Canning ne furent pas inspirés par 
des sentiments égoïstes; il favorisa les juntes provinciales parce qu'en 
elles se concentra d'abord la résistance contre l'envahisseur, mais il 
s'efforça d'en former une assemblée nationale}. — Frédéric L. Paxoh. 
Le territoire de Colorado (constitué le 28 février 1861). — Wafter 
F. Maccaleb. L'organisation du service postal dans les États confédérés. 
:= Documents : Lettres de Jellerson à Marbois, 1781, 1783. — Journal 
de John Mair, 1791. — Un projet de confédération latino-américaine en 
1856 (documents provenant des Archives nationales de Cuba, où ils ont 
été découverts par M. Luis M. Perez). — Lettre du général tirant à son 
père, sur la prise de Vicksburg (6 juillet 1863). = Comptes -rend us : 
Fr.A. Woodt. Mental and moral heredity in royalty; a statisiical study 
in hisiory and paychology (intéressant). — Jean Guiraud. Questions 
d'histoire et d'archéologie chrétienne (titre trompeur : il est peu ques- 
tion d'archéologie; quant à l'histoire, i'auteur parait s'être proposé un 
but d'édification plutôt que de critique). — (iotdtvin Smith. Irish hisiory 
and the irish question (brillant résumé). — Hudson et Tingey. The 
records of the cily of Norwich; vol. I (remarquable). — Magellan's 



l'ÉBIOIltQOES. 



m 






tnd the world, by Antonio Pigufttta; original lext witb 
translation, uotos and liiblio^rapby, by J. A. Robr.rUon (le texte repro- 
duit pour la première foi* le ms. original conservé a Milan, avec toutes 
ses particularités de graphie, d'abréviations, île ponctuations, etc. Les 
notes sont utiles et pleines d'intérêt], — L. T. HobhouuelJ, L Hammnnd. 
Lord ilobliouse (bonne étude sur un libéral de la vieille école). — Km tua 
H. Hlair et J. A. Robertson. The Philippine Islands; vol. XXVIII- 
WWIll (très importante compilation!. — Clydr. A. Dtmiway. Tlie 
devclopment of l'reedom of the Press in Massachusetts (excellent!. — 
Tbe présent state of the european seulement* on the Mltftlmlfrf, by 
Captain Philip Pittman. wich introduction, notes and index by Fr. H. 
Iloddcr (otile description de ces postes par un ingénieur qui tes visita 
entre 1763 et 1770). — Eliot Pym Fordham. Personal narrative of tra- 
vels in Virginia, Marylaud, Pennsylvania, Ohio, Iodiana, Keniurky, 
and of a résidence in the Illinois terrilory, 1817-1818 ; edlted hy Fr. A . 
Ogg. — Audubon's Western Journal, 18VJ-1850; with biographical 
memoir hy his daughler Maria A. Audubon, introduction, notes and 
index by Fr. //. Hodder. — De Al vu Stanianod Alexander. A political 
history of the Btale of New York (ouvrage pour le grand public, d'ail- 
leurs intéressant et instructif). — J. II. Dou'jtterUj. Tbe électoral Sys- 
tem of the United States (l'auteur se propose de montrer les imperfec- 
tions de ce système, surtout en ce qui concerne l'élection du président 
et du vice- président. Remarquable!. — A. B. Hart, The american 
cation; a hislory; vol. II : The federalist System, 1789-1801, byJ. Spen- 
cer Bastttt (bon; rien de bien nouveau |. — td. Vol. XII : Tbe JcITer- 
tonian System, 1801-1811, bv Edward Ghannifj (excellent). — Id. 
Vol. XIII : The rise of american nationality, 1811-1819, hy K. Ch. 
Babcock (remarquable). — Id. Vol. XIV : Rise'of tbe New West, 1819- 
Prti. J. Turntr (bon). — Id. Jacksooian democracy, 1829- 
1837, by William Mae Donald (c'est le meilleur résumé que l'on ait de 
l'administration de Jackson). — Atonso Rothschild. Lincoln, master of 
men (intéressant). — Colecciôn de libros y documentus referenteB a la 
histiiria de America; vol. V-VI : ftelaciôn de los naofragios ycomen- 
tarins de Alvar Nufiez Cabeza de Vaca, editeil by M. Strrano y Sam 
(textes intéressants, avec un certain nombre de documents nouveaux). 
— Suian M. Kingsbury. An introduction to the records of the Virginia 
Company of Ixindon, 1619-1621 (fait avec beaucoup de soin). — Eccle- 
siastical records if the State of New- York; vol. V-VI |se rapportent 
aux années 1701-1810). — Archives of the State of New Jersey; 
vol. XXV. — W. Ch. Pari, Journals of the Continental Congress, !774- 
• B. BowtBnA. Tbt Hinîwipi territorial archives, vol. 1, 1898- 
tS03. = Vol. XII, n» 2, janvier 1907. — 8. E. Baldwih. La religion 
I même la clé do l'histoire (conférence). — P. Mantoux. Las 
débat* du Parlement britannique résumés par des Français au ma* a, 
(cet article est un remaniement, par l'auteur, de M .Volts sur les 
Comptes-rendus des séances du Parltment anglais au JVlll* tiéele], — 



498 EBCUBILS PfalODIQUBS. 

Henry Vionaud. Preuve que Colomb naquit en 1451 ; un document 
nouveau (découvert dans les archives notariales de Gênes et publié 
par M. Assereto en 1904; il est du 25 août 1479 et atteste qu'à 
cette date Colomb « est aetatis an nom m viginti septem vel circa •. 
Rapproché d'un autre acte du 31 oct. 1470 où il est dit c major annis 
decem novem », cet acte prouve que Colomb naquit en septembre ou 
en octobre 1451. Du premier de ces actes enfin, il ressort manifeste- 
ment que Colomb était à Lisbonne en juillet 1478). — Henry L. Jaabs. 
L'affaire du Black Warrior (histoire d'un incident diplomatique qui se 
produisit à la Havane en 1854). — De quelques ouvrages relatifs à la 
guerre du Sud- Afrique, 1899-1902 (essai de bibliographie critique). = 
Documents : 1° Lettres de Thomas Newe, de la Caroline du Sud, 
1682; 2° Récit d'un voyage en Maryland, 1705-1706 (anonyme); 
3° Lettres interceptées de Tories virginiens, 1775; 4° Lettre de John 
Marshall à James Wilkinson, 1787 ; 5° Un procès en New Hampshire, 
1791 (où l'on voit l'ingérence du pouvoir législatif de l'État dans une 
affaire judiciaire). = Comptes-rendus : W. T. Arnold. Studies of roman 
imperialism (intéressant). — J. Fr. Bahmer. Urkundenbuch der Reichs- 
stadt Frankfurt. Nouv. édit. par Fried. Lau; tomes I-II, 794-1340. — 
Colonel G. J. Hay. An epitomized history of the Militia (utile analyse 
des statuts promulgués en Angleterre pour lever et organiser la < Force 
constitutionnelle », de 1122 à 1902). — Al. Cartellieri. Philip II August, 
Kônig von Frankreich; II, 1187-1191 (excellent). — H. Ch. Lea. A his- 
tory of the Inquisition of Spain ; vol. II. — F. Pijper. Primitiae ponti- 
ficiae. Theologorum Neerlandicorum disputationes contra Lutherum 
inde ab anno 1519 usque ad a. 1526 promulgatae. — H. C. Wedder. 
Balthazar Hûbmaier, the leader of the Anabaptists (très consciencieuse 
étude). — W, Walker. John Calvin, the organiser of Reformed protes- 
tantism, 1509-1564 (bonne compilation). — W. Jreland. The life of Sir 
Henry Vane the Younger (insuffisant; l'auteur a négligé de trop nom- 
breuses sources d'information). — A. von Ruville. William Pitt, Graf 
von Chatham ; 3 vol. (excellent). — Fred. NieUen. The history of papacy 
in the xixth Century, trad. p. A. J. Mason (exposé judicieux, mais 
borné). — J. Foreman. The Philippine Islands (écrit par un homme qui 
connaît fort bien le pays, mais qui en connaît mal l'histoire). — 
G. Friederici. Skalpieren und œhnliche Kriegsgebneuche in Araerika 
(excellent, avec une très bonne bibliographie). — Ch. Z. Lincoln. The 
constitutional history of New York to the year 1905 (bon). — Fred. 
S. Oliver. Alexander Hamilton; an essay on american Union (insuf- 
fisant; l'auteur n'a su ni écrire une biographie ni approfondir un 
moment de l'histoire constitutionnelle). — G. H. Hay nés. The élection 
of senators (excellent). — Fr. G. Franklin. The législative history of 
naturalization in the United States from the revolutionary warto 1861 
(utile, mais incomplet). — H. Br. Fuller. The purchase of Florida; its 
history and diplomacy (insuffisant). — - P. L. lîaworth. The Hayes- 
Tilden disputed presidential élection of 1876 (l'auteur a puisé à toutes 



riKiXEii.s rfoioDioncs. 



f.v.< 






i sources d'information possibles; il suit résumer les documenté avec 
clarté; mais il est trop homme de parti : pour lui tu réj.uLilicaius ont 
toujours raison ei les démocrates toujours tort|. — The vi'v; 
BtphrnttiftW of Samuel de Champlain, 1604-1616, narraied bj blmaBlf, 
trad. eu anglais p&rAnnUX. Ilaurnc— Tlie records of the Virginia Com- 
pany of London. The court book, publ. p. S. llijra Kingfbury. — Jour- 
nal* or tlie Bouse or Burgesses uf Virginia, 1770-1772, publ. p. J. P. 
Kennedy, 

43. — The Nation. 1906. 30 sept. — Coulton. From Saint Francis 
lo Dante [excellent; l'auteur a traduit en anglais les passages^dc la Chro- 
uinui- d'' Siilimbenc relatifs a saint François et. en général, à la vie 
■ i monle de -mi lomps; il a illustré ces extraits en les rap- 
prochant d'antres documents contemporains). = 57 sept. Daventiort. 
The économie development of a Norfolk manor, 1086-156'» lires bonne 
monographie). — The Wilderness eampaign, may-june 1864, Papors 
of tlie military historien! Society of Massachusetts; vol. IX. = 1 oci. 
i! recollections ofGeorge Washington , heing letters loTobias 
Lear and others, between 1790 and 17'J9|Leur fut pendant seize ans secré- 
taire de Washington. Avec ses lettres est publié aussi son Journal sur 
les dernières années de Washington!. — Letters of George Washington 
lo George and James Clinton {intéressant, en particulier pour la cam- 
pagne de 1770). = 15 oct. Lucas. The Canadien war of IMS (remar- 
quable). =25 oc t. Th. M. Lindsatj. A hislory of the Reformation: vol. I: 
The Reformation in Gennany lexcellcnt), — Dt Aira Slanmuod AUxan- 
itr. A political hisiory of the Slate of New-York (récit intéressant, 
pu toujours assez critique). = l'i nov. Ch. E. Thuring. A hislory of 
nicher éducation in America (plein de faits intéressants i. =z .'i pot. 
Le 105" anniversaire de la Société d'histoire de New- York. — Les 
archivée de l'histoire du Canada (analyse le rapport sur le* archives 
canadiennes pour l'année 1905 i|ue vient de publie! !• nuuvel .irclii- 
Donghty; ce rapport ne comprend pas moins de 3 volumes 
a»ec des fac-similês|. — W. II. Scha/leld. Kngiish lilerature from the 

1 ioturneet to Chaucer (excellent). ^ il dec. Mae Mcuttr. A his- 
tory of ihe peopleoflhe United Statex; vol. VI, I«:)0-t815 ides défauts, 
mail on n'a encore rien écrit de mieux sur l'histoire de B 
années}. = ÎU déc. II. Bruce Fulier. The purchase of Florida, iu hislory 
and diplomacy. 1776-1619 [Qicellent, bien écrit et impartial; la base 
d'informations est trop étroite et l'auteur ne se meut pas loujonn avec 
s dans les fils embrouillas de ta diplomatie européenne). — £. Sta- 
1 '.(.I- ot Florence iidein d'erreurs et d'omi»sUms). = 57 dec. 

■ iv uf Egypl fr.im the 'Mrliesl tim-« tOtbl IVr-iaii 

. Aui:i'iii records of E^ypt (travail etiiiiidt-r.ïbli' ; . 

toir* de l'ancienne Egypte qai ait et*, écrite en aagltk). — Eriw. 

HtUton. Bigiimondo PandoUb Maiateua, lord ol Unniiii U'xcelleQt). — 

If. F. Jolituan. Four centuries of the Panama canal (Irèa intéressant). 

janv. F. W. MaiHanJ. The lila aud taten of Lotte SU- 




200 



BECtlBILS PEMODIQtiKS. 



pben. — J. f. Rhodes. History of the United States; vol. VI- VIT (fin 
rie cette histoire des Étals- Unis pendant le quart de siècle où elle fui 
dominée par la question de l'esclavage et de sa suppression, 1850-1877). 

— II. Th. Peck. Twenty years of the Republic, 1885-1905 (intéressant). 

— W. Walker. John Calvin, the organiser of reformed proteslantism 
(bonne compilation!. = 24 janv. G. P. Garriion. Westward exten- 
sion, 1841-1850 (bon; l'auteur montre qu'il y a d'autres questions inté- 
ressantes que celle de l'esclavage). — S. M. Kingsbury. The Records of 
the Virginia Company of London; vol. I. 1619-1622 idocument véné- 
rable, intéressant, bien publié, avec une fort utile bibliographie). =: 
14 fèvr. Th. C. Smith. Parties and slavery, 1850-1859 (bon). =21 févr. 
E. Samlersan. Great Brilain in Modem Africa (bon). — W. J. Ltyds. 
The first annexation of the Transvaal (intéressant, mais l'auteur voit 
trop en noir la politique anglaise à l'égard des Bocrs). = 7 mari- 
M. Noffat. Queen Louisa of l'russia (bon). = 14 mars. G. S. Kimbalt. 
Correspondes ce of William Pitt, wbeu secrelary of state, with colo- 
nial governors in America (correspondance très intéressante; la pré- 
face est maigre et les notes trop souvent insignifiantes). — Original 
narratives o!' early american history (début d'un recueil qui compren- 
dra 20 volumes; excellent). 



44. — Nésç TÂ).ï)vc[Avr ( [j.ti)V (publié par Spyr. P. Lambros). T. Il, 1905, 
n M 1-2. — Extraits d'Hérodote daus un manuscrit du monastère de 
Saint-Denis du mont Alhos (ms. du un" siècle qui parait être la repro- 
duction d'une collection d'extraits composée par ordre de Constantin 
Porphyrogénètc). — Notes sur les inscriptions grecques antiques dans 
les manuscrits du moyen ftgÊ et les collections manuscrites des savants 
occidentaux (cf. t. I, n« 3-4). — Contributions à l'histoire du monas- 
tère des Météores en Thessalie (publie la paraphrase en grec moderne, 
composée en 1700, de la Vie, aujourd'hui perdue, de saint Alhanase, 
fondateur de ce monastère au xiv» siècle; on y trouve des extraits du 
Typicon des Météores écrit par saint Alhanase, voy. p. 77; documents 
divers du xvi" siècle sur le monastère). — Description byzantine de sta- 
tues (Vatic, Reg. Suec. 184, xvt* siècle. Neuf descriptions de statues 
antiques). — Les poèmes de Christophoros de Mytilène et l'édition 
d'Ed. Kurtz (extraits du cod. PMI. Gr. 216 de Vienne, volontairement 
négligé par Kurtz ; défend l'attribution à Christophoros de la pièce sur 
Georges Maniakès). — La coutume du machialisme chez les JIaiuoi.es 
du moyen âge (barbarie dans laquelle étaient tombés les Maïnotes au 
début du xv a siècle; on voit reparaître chez eux les usages anciens de 
la vendetta et du machialisme qui consiste à boire une coupe de vin 
dans laquelle on a plongé les doigts d'un ennemi tué récemment), — 
Chrysobulle inédit d'Alexis III Comnène, empereur de Trébtzonde 
(1371; détails intéressants sur l'histoire de Trébizonde et de son aris- 
tocratie très remuante). — Contrat de fondation d'une imprimerie 
grecque à Florence en 1551. — Additions à la bibliographie néo-bellé- 






■ ECfEILS PtiKIOMQCES. 



201 



ique. — Catalogue des manuscrits de la bibliothèque do la Chambre 
à Athènes (suite dans tous les fosc. suivants!. = N° 3. Los fouilles au 
Stade Panathénaîque et la stèle d'un orthographe (représente le scribe 
Timocrate tenant à la main un codex de parchemin analogue à nos 
livres actuels). — Deux inscriptions latines de la vallée de Tempe (l'un? 
en l'honneur d'un empereur Jubianus = Jovien}. — Les noms de 
Famille d'après la mère. — La Panagia de Vella près Voulgareli (église 
d'Ëpin-, fondée, en IÏ81). — La prise de Tréhùomie et Venise (lettre 
d'oc t. 1 161 au secrétaire vénitien de Hongrie. Le sénat y annonce que 
des démarches sont tentées par lui auprès dti pape et du roi de France 
pour l'organisation d'une croisade contre les Turcs). — Lee tachy- 
graphes de Bessarion (d'après deui de ses lettres inédiles). — Les 
accusations de Césarios Dapontes et de Pachome Rhoussanos contre 
le? imprimeurs de Venise (dans les vers de Dapontes se trouve un 
récit curieux où sont rassemblées Ips traditions populaires relatives a 
Rneandifl do la bibliothèque de Constantinople par ordre de Léon l'Isau- 
riea en 786). — Un codex purpureus de liturgies du monastère des 
Taxiarques près d\l£gion (Arcadie, écrit en 1635; seul manuscrit connu 
de papier teint en pourpre). = N» 4. Hymnes des dèmes en ftonnmi 
de l'empereur Jean Conmèoc (témoignage précieux sur les idées poli- 
tiques des Byzantins du xn* siècle). — L'émigration des Mainotes eu 
Toscane au xvti* siècle (d'après les archives de Florence et de Venise). 
— Les foriifications de l'isthme de Corinthe au moyen âge (élude inté- 
ressante sur l'histoire de l'Hexamilion des Paléolognes d'après des 
sources inédites et notamment la correspondance de Manuel avec 
Venise). — Mélanges : Le chrysobulle d'Isaac Coiunèue au sujet des 
élections ecclésiastiques. = T. III, 1906, n> I. Mémoire du cardinal 
Bessarion adressé à Constantin Paleologue (écrit vers 1411), s'est ins- 
piré de mémoires de Gémisle Plèthon adressés au despote Théodore et 
a l'empereur Manuel, 13S8-I407, et qui renferment le même programme 
politique et économique). — Prière à Dieu de Georges Amiroulm de 
Trchizimde. — Acte d'excommunication du patriarche Pachome II 
notre Arsène. Apostulis (créé evèque de Monembasia par Léon X). — 
Meletios, archevêque d'Athènes, archéologue et épi graphiste. — Tradi- 
tions populaires de Djouraerca. =i N* i. La Vie de saint Nicon le 
Nnlanoile (intéressante pour l'histoire du Péloponéie au x a siècle ; connue 
seulement jusqu'ici par une traduction latine publiée dans Martène et 
Durand, AmpKit. Coll., VIj. — Les images de Constantin (XI1| Paleo- 
logue (aux bulles d'or déjà connues, Larabro» ajoute une miniature 
d'un manuscrit de Modène qui parait être uu portrait et deux dessins 
curieux, de la fin du xvi* siècle, dus au Cretois Klonlzas). = Mélanges : 
Description inedile de Constantinople (écrite peu avant 1453). 



45 — VlB&utlJald Vremennik iByiantln» Chronicm T. XI, 
1964, u"* 1-8, — M. fûuBgciKiKOF. Sur les manuscrits des « Extraits 



202 RECUEILS PERIODIQUES. 

des Ambassades • de Constantin Porphyrogénète. — G. Ilihski. A pro- 
pos de l'histoire de l'alphabet slave. — Koulakowski. Recherches sur 
le nom et l'histoire du thème d'Opsikion (doit son origine au cantonne* 
ment en Asie Mineure d'une partie des troupes de la garde, domestid 
et protectores qui formaient la suite impériale, obsequium. Cette affecta- 
tion d'une partie de l'Asie Mineure aux gardes du corps est probable 
dès la fin du iv e siècle, certaine depuis Justin ien. L'origine du thème 
explique aussi le titre spécial de comte que porte son chef). — Véis. 
Inscriptions byzantines de Gortyne. — Papadembtriou. Le mariage de 
la princesse russe Dovrodea, fille de Mathislav, avec le prince impérial 
Alexis Comnène (fils de Jean Comnène). — Sacharov. Recherches sur 
le texte de Spanéas. = Comptes-rendus : Heisenberg. Analecta (manus- 
crits italiens de chronographes byzantins). — Jireéek. Les Romains 
dans les villes de Dalmatie au moyen âge. — Kaluzniacki. Œuvres du 
patriarche bulgare Euthymius (1375-1393). — Cluguet. Bibliothèque 
hagiographique orientale. — Staerck. Le rite baptismal dans l'église 
gréco-russe. = Mélanges : Palmieri. L'abbaye de Grottaferrata et son 
neuvième centenaire. ■= Supplément : Louis Petit. Typicon de Gré- 
goire Pacourianos pour le monastère de Pétritzos (Backovo) en Bulga- 
rie (publication d'une copie du texte original d après un manuscrit du 
séminaire de l'État roumain à Bucarest. Introduction historique sur 
Grégoire Pacourianos, prince géorgien devenu domestique des scholes 
d'Occident sous Alexis Comnène). = N" 3 et 4. L. Petit. Documents 
inédits sur le concile de 1166 et ses derniers adversaires (épisode 
curieux des luttes théologiques en Orient au xn* siècle). — M. Kras- 
8ENNIKOP. Sur les manuscrits des c Extraits des ambassades • de Cons- 
tantin Porphyrogénète (suite). — Redin. La croix du Golgotha dans les 
manuscrits illustrés de Cosmas Indicopleustes. — Vasileiev. Agapios, 
historien arabe du x* siècle. = Comptes-rendus : Pantchenko. La pro- 
priété foncière dans l'empire byzantin (enlève le v6jio; yiwpyixk: aux 
empereurs iconoclastes pour le faire remonter au vn e siècle). — Krum- 
bâcher. Romanos et Kyriakos. — Kurtz. Les poésies de Christophores de 
Mitylène. — Heisenberg. Études sur Georges Akropolités. = Mélanges : 
Staerk. La xeipofeffitt comme matière de l'onction dans l'ancienne église 
orientale. = Supplément : Benesevitz. Notices sur les manuscrits 
canoniques trouvés à Vatopédi dans la laure de saint Athanase l'Atho- 
nite. = T. XII, 1905, n°* 1-4. Marr. Arkaoun, nom mongol des chré- 
tiens, contribution à l'histoire des Arméniens chai cédoni tes. — Kurtz. 
Deux œuvres inédites de Constantin Mariasses (un morceau sur la 
chasse et un discours à Manuel Comnène). — Io. Trois écrits synodaux 
de Nicolas Mesaritis, métropolitain d'Éphèse. — Redin. Le portrait de 
Cosmas Indicopleustes dans les manuscrits russes. — Papadopoulos- 
Kerameus. Contribution à l'histoire de Trébizonde (Théodore Gabras, 
duc de Trébizonde, à la fin du xi e siècle, et martyre ; synaxaire d' Atha- 
nase, archevêque de Trébizonde au xir 9 siècle; Basile, métropolite de 
Trébizonde sous Constantin VII; catalogue des métropolites de Trébi- 



.$, 



becceils rs'nioniQCES. 203 

tonde). — V*sileiev. L'origine de l'empereur Basile la Macédonien 
(descendait d'une famille arménienne établie en Macedoiuo). — Loim- 
»bv. Discours de Dorothée, métropolite de Mitvlène |sur l'attaque <li-s 
Turcs contre Constantinoi'le en juin 1-151). — Ciiavaiiu. H&Ungee ni 
l'ile dp avilie (forteresse des chevaliers de Rhodes). = Corn pies-rendus : 
laoïtrski el Chaehanov. Nomocunon de Jean le Jeûueur. — Gerland. 
Nouvelles sources pour l'histoire de l'archevêché latin de Palras. — 
Sokotov. h 'église de Constantinople au m' siècle. — Butter et Strsy 
gouitki. Une chronique universelle d'Alexandrin avec miniatures sur 
papyrus. = Mélanges : Chabiaras. La mort de Oignis (chant popu- 
laire de Syme). — Pauidmi, La Société archéologique d'Athènes. — 
BmBTSEViTcn. Décrets du patriarche Alexis, 1027, et du patriarche 
Michel Cérulaire. — Vailhï. Chronique byzantine de Palestine. — P**- 
WRU. Le centenaire et l'exposition de G rot ta (errata. ss Supplément : 
Prit el Reosl Actes de l'Albos. III. Actes d'Ësphigménou. 






46. — Riviata storlca italiana > série, t. V, fasc. 3, 1906, juill.- 
sept. — A. D'Ancona. La poc-sia popolare italiana; studi ; 2* éd. — 
L. Capelelti. Principcsse c grandi dame (brillants « essais ■). — B. Catvi. 
BQtilogfafia générale di Roma; I : Bibliografia di Roma medietaje 
(déiestablei. — t. Fischctti. Pompei prima dell' eruzione e dopo gli 
eenvi (guide|. — Fr. Schaub. Der Kampf gegen den Zinswucher, unge- 
rechtfn Preis u. unlautern Handel im Mittelalter von Karl den t'.rou- 
sen bis Papst Alexander III (exposé très clair). — B. Gutschow. 
lnnucenz und England (consciencieux, mais on peu monotone). — 
G. Fornartie. Staluta vêlera civitatis Aquis ; ediz. critica (excellent!. — 
■ni. I Carainosi e la loro signoria in Trevîso dal 1283 al 1312 
[tOMMlleat). — fi. Piranesi, Le case degli Alighieri (la maison où 
naquit Dante n'est pas celle sur laquelle lord Vernou fit apposer une 
plaque), — y.-A. Hilio. Francesco Petrarca alla corle angioina (rien de 
- même au courant!. — G. Degli A:si. Il lumulto del 1488 in 
Perugia e la politica di Lorenzo il Magnilico (explique les causes du 
tumulte). — //. Vignaud. Élude critique sur la vie de Colomb avant ses 
découvertes (très approfondi, mais plein de parti pris contre Chris lo plie 
Colomb et d'idées préconçues). — A. Stgre. La qtteslioue Sabauda e 
gli awenimeiiii politlci e militari cbe prepararono la Lregua di Vau- 
celles. — S. Hrambitla. Ludovico Conzaga di Nevers (d'après les 
le Man(oufl). — A. Ûiatnnt. Il forte di Poèmes [important 
pour l'hisluire de In Valteline aux xm'-ivii* t.). — fi. Imberl. I.a vlia 
florentins nel eeiceuto seconde memurie sincrone, 1644-1 670. — G. Sal- 
rtmim. La rivoluïWtM francese, lïHtf-PI'J:! (discutable, mais fortement 
pensé). — V. Uaii Nell' Ottoceoio. Edee e figure del secolo m [si-ne 
d'essais à propos d'ouvrages récents). — N. TrwaneUi. Ia battaglia del 
Monte, 30 gcniiaio 183Ï. — C. Pariêtt. L'entrata dell' esorcito pieniou- 
prêt l"s mémuires inédits de Fabio). 



r.[||[iiMi.;l I-. ET RI 



CHRONIQUE ET BIBLIOGRAPHIE. 



France. — Paul Gviiaud 4 est mort à Paris le 25 février dernier. 
De tous les élèves de Fusiel de Coulanges, aucun ne s'est plus que lut 
rapproché du inaitre*. Dans le choix des sujets d'étude, dans la manière 
» I ■ ■ les traiter, jusque dans le style, tout rappelait chez Guiraud les 
leçons et l'ciemple deFustel. — C'est à des travau* d'histoire ancienne 
qu'il a surtout consacré sa vie, et, comme l'auteur de ta CM antique, 
il n'a point voulu séparer la connaissance de Rome de celle de la Grèce; 
et, comme lui, ce qu'il préférait du passé, c'étaient les recherches sur 
les institutions, sur le droit, la religion, la propriété et le gouverne- 
ment. — Deux pensées surtout le préoccupaient, et ce furent, il y a 
trente ans, les pensées souveraines des œuvres de Fusiel de Coulanges : 
l'une, que les lois ou les usages politiques sont intimement mêlés & la 
vie religieuse des peuples anciens, qu'elle les détermine ou les encadre : 
et cela n'est nulle part plus visible, chez Guiraud, que dans son 
livre sur les assemblées provinciales de l'empire romain 3 ; l'autre, que 
l'organisation sociale des nations dépend du régime delà propriété : et 
cela apparaît surtout dans son histoire de la propriété en Grèce', le 
plus gros de ses ouvrages et, à tout prendre, son chef-d'œuvre *. — 8a 
manière de travailler était très simple et très droite : il lisait les textes, 
les classait, cherchait à les comprendre, les rapprochait et écrivait 
là-dessus. Il concluait clairement et fermement, n'ajoutait rien aux 
prémisses que lui fournissaient les auteurs. Avant tout, il fut un phi- 
lologue, d'esprit critique, d'humeur patiente et sage, — Le style rap- 
pelle sa façon de chercher : un grand souci de la composition, point 
d'èpilhètes inutiles, nulle redondance, jamais d'intervention person- 
nelle, des phrases courtes, des tours très simples, une netteté surpre- 
nante, mais aucune monotonie. Et, dès sa thèse de doctorat», il avait 



I. Il était oé le 15 janvier 1850. 

1. Il a écrit sur Fusiel de Coulanges un beiiQ livre, simple, complet et ému, 
Paris, in-12, 1897; sa dernière ooottnoM publique (a l'École des Hautes- 
Études sociales, en décembre 1906) a été sur Fusiel. 

3. Les AssemMvex prneinritilif* ilnns l'empire romain. Paris, 1887, in-8". 

4. La Propriété foncière en Grèce jusqu'à la conquête romain», Paris, 1900, 
in-v; .i i-(im|>l'''ti'r |mr lu ilinu-il'n-nrii- itnhislrn-lli ■■■ 

Paris, 1900, in-8'. 

5, On revoit cette préoccupation dans le dernier volume qui nil paru de son 
vivant, Ltudes économiques sur ïiiatii/uité. Paris, 1905, in- 13; cf. Ilev. kist., 
mars 1907, p. 325. 

6, te Différend entre César et le Sénat. Paris, 1379, in-8-. 



CBBOlîQflB ET Hl 



205 



déjà acquis celle maîtrise d'esprit et de langue qui se rattachait à un 
tempérament de volonté ferme et d'équilibre réfléchi. Tool cela El de 
tous ses volumes des modèles d'exposition objective, calme, mesurée, 
limpide et sagace. Et je ne croîs pas que, depuis la Cité antique et la 
Gaule romaine, nul ne suit allé plus loin que Guiraud dans l'intelli- 
gence du monde classique. 

Dans les dernières années de sa trop courte vie, une évolution se 
marquait en lui, où se complétait sa noble intelligence. Les découvertes 
et les collections archéologiques l'intéressaient chaque jour davantage, 
et il se rendait compte qu'un bas-relief, par exemple, peut valoir autant 
qu'un texte. Il s'occupait de plus en plus des faits eux-mêmes, guerres 
inuB, et on en verra la preuve dans la dernière édilion de son 
excellent manuel d'Histoire romaine'. Entin, il suivait avec passion 
(et ses conversations de chaque jour le montraient à ses amis) les 
études de sociologie comparée, il rendait hommage aux résultais nou- 
veaux qu'elles apportent, et quelques-uns des derniers comptes-rendus 
qu'il donna à la Revue critique attestent l'éveil continu de sa curiosité 
vers tes questions de race, de toi, de milieu, d'organisme social, de 
tempérament natiunal. El l'on eût retrouvé l'indice de ses mille 
recherches dans le livre qu'il préparait sur l'histoire de la propriété 
romaine 1 . — Il est mort bien avant d'avoir achevé ce livre. Cette mort 
a été pour la science une perte infiniment plus grande que la presse 
ordinaire ne l'a senti, Guiraud disparu, c'est une glorieuse page de l'éru- 
dition française qui se ferme, et c'est une force de notre Université qui 
t'en va. Car il était bien une force pour le haut enseignement du pays, 
non pas seulement par les leçons que recevaient ses élèves et l'exemple 
qu'jl leur donnait, mais encore par la probité de son travail, la fran- 
chise de sa pensée et de sa parole, ses colères contre tout ce qui était 
flatterie, réclame, bassesse et complaisance. Camille Jullum. 

— M™* la marquise Abconati Visconti a donné à l'Université de 
Paris, en mémoire de son père, Alphonse Peyrat, uoe rente annuelle 
de 1 ,000 francs pour la fondation d'un prix triennal en faveur du meil- 
leur ouvrage en français qui aura été publié dans les trois dernières 
années sur l'histoire de la France moderne et contemporaine. Ce prix 
sera décerné par un jury composé de quatre professeurs de l'Univer- 
*([>• de l'arts, d'un délégué de l'École des hautes études et de délé- 
gués des Sociétés d'histoire moderne, de l'Histoire de la Révolution et 
ri.- l'Histoire de la Révolution de iri. Il sera décerné pour la première 
fois eu janvier 1908. 

— L'Académie des inscriptions et liell es-lettre» a attribué la plus 
grosse part du prix bordin (études grecques et latines) a M. Paul Mon- 

t. Pari», Alcan, 1903, in-13 (édition coi» pi M* me ut remaniée), 
3. Un très court chapitre en « paru dans 1s Revue îles Études I 
1904, p. 131 et ni*, [ta Propriété , 



206 CHRONIQUE ET BIBLIOGRAPHIE. 

ceaui pour son ouvrage V Afrique romaine. Elle a partagé lé prix Sain- 
tour entre MM. Homo, Bssai sur le règne de l'empereur Aurélien; Mer- 
lin, VAventin dans V antiquité; Audollbnt, De/lxionum tabellae, et 
Bourguet, l'Administration financière du sanctuaire pythique au IV 9 s. 
av. J.-C. — Elle a attribué le prix Estrade-Delcros à M. Joseph Halbvy 
pour l'ensemble de ses travaux. 

— Le 45 e Congrès des Sociétés savantes de Paris et des départements 
s'est tenu à Montpellier du mardi 2 au vendredi 5 avril. On trouvera 
dans le Journal officiel des 5, 6 et 7 avril un résumé des communica- 
tions qui y ont été présentées. Les plus importantes, parmi celles qui 
intéressent les études historiques, sont les suivantes : Section d'histoire : 
Morbl. Les calendriers perpétuels en usage dans les diocèses de Beau- 
vais, Noyon, Senlis aux xui e -xvi e s. — Requin. L'emprisonnement de 
Laugier-Sapor, évéque de Gap, d'après des pièces de procédure iné- 
dites (1426). — H. Hauser. La Cronique du roy François /«*, 1515-1542 
(œuvre d'un habitant de Sens, qui écrivait après 1535; sans intérêt 
pour l'histoire générale). — Sabarthès. Les origines de l'abbaye de 
Saint-Chinian (Hérault). — Arnaud d'àonel. Étude sur les possessions de 
l'abbaye de Saint- Victor de Marseille dans le bas Languedoc. — Labande. 
Chartes de fondation du prieuré de l'abbaye de Montmajour à Estou- 
blon (utiles pour l'histoire de Montmajour). — L. André. Les mss. de 
la reine Christine à la bibliothèque de la Faculté de médecine de Mont- 
pellier (papiers et lettres de Christine). — Chaillan. Le commerce des 
draps en Languedoc. — R. Faoe. H. de La Tour d'Auvergne, vicomte 
de Turenne (bibliophile, père de Turenne). — Ph. Queyron. La gava- 
cherie de Monségur. — E. Clouzot. Utilité des recherches de mété- 
réologie rétrospective; méthode à suivre. — L. Guiraud. Le procès de 
Guillaume Pellicier, évéque de Montpellier. — Goquelle. Relation 
inédite de la sédition de Montpellier (29 juin-3 juillet 1645) par l'inten- 
dant de Languedoc. — P. Gachon. Note sur les modes de représenta- 
tion et de députation aux États de Languedoc du xvi e s. à la fin du 
xvii e s. (origine féodale et coutumière du droit de représentation). — 
P. Coquellb. La mission d'Alquier en Suède (1810-1811; rupture de 
Napoléon avec la Suède). — J.-B. Lavialle. L'épuration de l'armée 
sous la Restauration, d'après une correspondance inédite. — L. Tho- 
mas. Note sur la population du bas Languedoc à la fin du xm e s. et au 
commencement du xiv« (d'après les enquêtes et estimations faites en 
vue d' « asseoir » sur les terres du domaine roval les rentes concédées 
par le roi). — Bazeille. Les billets de confiance dans le département 
de l'Orne (1791-93). — J. Béranqer. La société patriotique de Rouen 
(1791-93) et les billets de confiance. — Granier. La société populaire 
de Marsiilargues. — G. Fleury. Les administrations municipales de 
canton dans l'ancien district de Mamers (jusqu'au 18 brumaire). — 
Vialles. Cambacérès (biographie complète). — P. d'Arbois de Jubain- 
ville. Les registres des bureaux de contrôle de l'ancien régime, aux 
Archives de la Meuse. — A. Vast. Le voyage de Louis XVI à 



CBHOIflQCE BT MltLIilf.ll.tr II1K. 



207 



Varennos (dépenses occasionnées par ce voyage). — De l'Bbtoilb et 
E. Dsssat. Les origines des armées révoluiiuiuiaires et impériales dans 

- Section de gfograyhit historique et descriptive : A. l'iw- 
uiwski. Lee transformation» du littoral français : le XUuotKttîi WH- 

rnncbe iai Beilee-d'Otoom». — J. Fouamen. Les dlSAnndi 
entre le Languedoc ei la Provence au sujet île la propriété du cours du 
Itlioue (ducuuieuis des xic-xvur a. importants pour la géographie his- 
tonqop}. — II. UonuiKii, Le consulat de France à Canton au xviii» s. 

— Mu.ni'.i.i i . L'Ile Oùnchia de la carte d'Andréa Bianco et la pré- 

riqiM par les Portugais avant Christophe 
Oolonlfa [l'Ile Ulincliiii est une lie fanl.iijtiqne). — Milavuli.i 8 iurr.es 
de la mappemonde hydrographique de Wahlsecmûllcr |I5I6) eu ce qui 
1 \.rn|iii:. — A, Cutmoni. Géographie hietorique et des- 
criptive tle la Sologne. — Stction des sciences économique! et tuciales ; 
Bueer-Bosw » a il Lee cahJara do la sénéchaussée de Nimes en 1789. 

— P. MuuM!t. La vente des biens nationaux à Aubagne |Bouehes-du- 

«I Luens n'unt guère été moreeiés|. — J. Bmuflak. BoquMa 
sur la Banque royale de Law dans l'élection de Bordeanx. — P. Boyb. 
Les eaui et forêts en Lorraine un ivin' siècle. — Ë. Dt ville. La crise 
iiiouéuire au xvin* s. (projets soumis à l'Assemblée nationale en 1 78 e .*- 
!7ir2pour remédier à l'insuilisauce de la monnaie de bîllou). — - J, Cua- 
vtsON. Une grève d'avocats sous Henri IV |1602). — J. Adheh. His- 
é> "Ih centrale de TouloUM de 1796 ■ l'an XII. — F. Fbandou. 
l5W-iW3(. — !.. Blaiï. Notes sur les collège? de 
a archidiocéso d'Arles il la veille de la dévolution. 

— Par kfrflti en date du H février, M. A. Arum a clé nommé 
président de la Commission supérieure des Archives nationales, commu- 
nales et hospitalière*, en remplacement de M. Albert SorH, décède. 

— :Sur l'initiative 'le M. Piéton, mmisire des Affain-s étrangères, 
une commission vient d'Ûlre institué* pour préparer Ih publication d'un 
recueil de documents dfnioffiitiqiiM relatifs à ht guerre de 1870. Celle 
commission, présidé' 1 par M. Deluaa-Moaiftud, chef île la division 
des archives du ministère des Affaires étrangères, est composée de 
MM. Joseph Retnaeb, A. Aulnrd, Emile Bourgeois, L. Farges et 
G. Mande! 

— Au cours de l'année dernière, il a été institué au ministère de U 

' Comité technique des archives, présidé par M, le général 
Zinimer, sous-chef de l'Etat- major général de l'armée, qui comprend, 
outre les représentants des Ml la chef de la section 

' , M. lu commandant L)e*briêre, et un délégué du ministre 
"jition publique, M. Camille Ifloch, inspecteur généra! des 
archives. Ce comité vient de proposer au ministre de la Guerre, qui 
les a approuvées, d'excellentes mesures qui favoriseront le travail des 
historien- ' d'après la France militaire du 

1907 : • Beiei des desiderata de la Commission exirapa rie me maire det 



208 CMMOUQCl ET lIlUOClAPni. 

archives instituée au ministère de l'Instruction pubbque, le ministre 
de la Guerre Tient de compléter par de nouvelle* disposiboas tes règles 
concernant la commonication aux chercheurs et aux historiens des 
documents antérieurs à 1848 intéressant l'histoire et déposés dans les 
diverses archiTes militaires, soit à Paris, soit en proTince. A l'admi- 
nistration centrale, un grand nombre de documents du plus haut inté- 
rêt, qui étaient jusqu'alors dispersés dans les diTers services, Tont être 
versés à la section historique de l'ÉUt-major de l'année, où ils pour- 
ront être consultés dans les formes ordinaires. De plus, il a été établi 
un inventaire des archiTes des sections techniques de l'artillerie et 
du génie; les personnes désireuses d'en prendre connaissance et de 
consulter les archiTes dont il s'agit y seront admises en faisant passer 
leur demande d'autorisation par l'intermédiaire du général sous-chef 
d'État-major de l'armée. La section historique de l'ÉUt-major de l'ar- 
mée mettra également à la disposition des mêmes personnes les inven- 
taires des archiTes des corps d'armée et gouvernements militaires qui 
contiennent de nombreux documents de la plus haute valeur. Copie 
de ces inventaires sera d'ailleurs déposée aux archives départemen- 
tales, et la communication des pièces sera autorisée par les généraux 
commandant les corps d'armée. On pourra enfin consulter à la sec- 
tion historique de l'ÉUt-major de l'armée les catalogues des affaires 
de la justice militaire terminées, antérieures à 1814. Certaines de ces 
affaires présentent un réel intérêt historique, et les généraux comman- 
dant les corps d'armée pourront en autoriser la communication, sous 
réserve des précautions nécessaires pour sauvegarder les intérêts des 
familles. » 

— La Direction des Archives a entrepris un État sommaire des papiers 
de la période révolutionnaire conservés dans les archives départementales. 
D'après le cadre de classement de 1874, ces papiers sont distribués 
dans la série L (administrations du département, des districts et des 
cantons) et dans la série Q (domaines nationaux). C'est de la série L 
seulement que s'occupe le présent État. On y trouvera deux choses : 
d'abord les registres dans lesquels ont été consignés les procès-ver- 
baux des diverses assemblées administratives qui se succédèrent à la 
tête des départements, des districts et des cantons de la France; ensuite, 
une masse plus ou moins considérable de dossiers contenant, par 
exemple, les arrêtés des représentants du peuple en mission, les papiers 
relatifs aux élections, aux émigrés, aux subsistances, aux levées de 
troupes, à l'exercice du culte, etc.; d'un côté ce qu'on a dit, de l'autre 
ce qu'on a fait. Ce ne fut pas un mince travail que de coordonner les 
informations fournies par l'archiviste de chacun de nos quatre-vingt- 
six départements; si résumé qu'il soit, cet État sera un précieux guide 
pour les historiens de la Révolution en province. Il sera complet en 
deux volumes. Le tome I contient l'état des départements de Ain à 
Loire-Inférieure ; une table générale se trouvera à la fin du tome II. 






<-ilr,n\li.il i: ET 

— M. fleuri Ohont a fait tirer à part son article sur les flbwwtlN 

UfHMHotU du rfr : fNtf(p>nrn( <fc* ittanuicrilt [à la Bibliothèque nationale], 
pendant Us années 19Ô5-1906 (I^ruui, 1907, 80 pages), cet inventaire 
sommaire est élirait de la Bibliothèque tic l'École des chartes, année 1907, 
p. 3-71; mail l'auteur y a joint une liste des catalogues du département 
des manuscrits a la Bibliothèque nationale. 

— M. Charles Skiûnobos. qui a pris une part des plus actives à la 
réforme récente des programmes historiques de notre enseignement 
secondaire, expose m> idées à cet égard dans une très intéressante 
brochure intitulée : l'Histoire dans l'enseignent ni secondaire, qui sert 
d'introductioo à son Cours d'histoire [Paris, A. Colin, l!)t)fl, in-16, 55 p., 
non mis dans le cummerce>. Il insiste avec raison sur l'utilité de l'his- 
toire pour la formation intellectuelle de l'enfant : l'histoire peut et doit 
devenir un des meilleurs moyens de développer chez, l'eu Tant les facul- 
tés d'analyse et de comparaison, en même temps qu'elle éveillera en 
lui les idées d'enchaînement et d'êvulution. M. 8. donne d'excellentes 
indications sur le choix des devoirs d'histoire. I, II. 

— L'edilmn que M. Ph. Lauer a donnée des Annales de Ftodoard dans 
la Collection de testes pour servir à l'étude et à l'enseignement de l'histoire 
|fasc. 30. Paris, A. Picard et Sis, 1906, in-8°, T.rvin-307 p.| mérite 
mieux que la simple mention qui en a été faite dans le dernier bulletin 
des publications relatives au moyen âge français (l. XC1I1. p. 94). Un 
ce possédait jusqu'ici de ce texte essentiel que des éditions vieillies et 
pour lesquelles une partie seulement des manuscrits avait été utilisée : 
la dernière en date, celle de Pertz, était depuis longtemps reconnue 
insuffisante. Celle de M. Lauer, qui repose sur un classement judicieux 
de* sept manuscrits connus, accompagnée de notes historiques abon- 
dantes el d'un index tris développe, comble donc une lacune impor- 
tante. Elle est précédée d'une introduction où la biographie de Flo- 
doard est retracée avec précision. On y trouvera, en outre, d'intéressantes 
considérations sur les manuscrits des Annales, transportés successive- 
ment de Reims a Dijon, puis en Normandie. M. Lauer, qui a repris, il 
; a quelques années, à son compte l'hypothèse suivant laquelle les 
Annula u.ius seraient parvenues incomplètes du début et auraient pri- 
niliwxtent débuté en 893, maintient ici sa théorie, tout on reconnais- 
sant par ailleurs, non sans se contredire quelque peu, que la numéro- 
tation grecque, qui était le seul argument nouveau qu'il eût versé au 
débat, ne pouvait rien prouver. Nous craignons aussi qu'il n'ait mal 
saisi |p. lu) la portée d'une note de notre Recueil d'annales angevines 
et xend>'>moit«t où nous disions que les Annales dites dt Renaxul et les 
Annales de VendAme, qui indiquent NUI l'année 917, d'après une source 
commune perdue, le début de l'œuvre de Flodoard, ne pouv 
invoquées a l'appui d'une théorie qui suppose des Annules débutant en 
893. Les courtes annales rédigées dans les églises et les monastères de 
l'Anjou et du Yeodijmois étant d'ordinaire datées seulement au moyen 

Rbv. Histos. XCIV. 1" r*sc. H 



210 



CHKO.IIQDE ET BIBLIOGKIPHII. 



de. signes de renvoi qui les rattachent à dé* années cotées d'avance sur 
les calendriers en marge desquels elle* août écrites, une erreur de deux 
ans n'a rien de surprenant; une erreur de vingt-six ans est inexpli- 
cable. L'archidiacre Renaud, auteur présume des annales perdues de 
Saint- Maurice d'Angers, avait donc, croyons-nous, sous les yeux 
un manuscrit [mutilé ou non) de Plodoard débutant, comme les manus- 
crits actuels, à l'an 919. Mais ce sont là des points secondaires qui 
monlreul seulement combien sont délicates et complexes toutes lei 
questions qui se rattachent à la critique des sources. L. H. 

— Vous ne saviez sans doute pas, même après les études de 
H. Lefranc, pourquoi Rabelais, moine défroqué, avait ■ goûté à l'Évan- 
gile * et s'était ensuite dégoûté du calvinisme? M. le D' Biset- Sa mo lé, 
qui ne lit point la /férue des Études rabelaisiennes, mais qui a t établi 
l'observation p h y s io- psychologique » de maître Alcofriba». vous l'ap- 
prendra doctorale m eut, et vous révélera les horrifiques mystères de la 
suggestion religieuse [Us Lois psychophysiologiques du développement des 
religions. L'évolution religieuse chei Rabelais, Pascal et Racine. I vol. de 
la Bibliothèque de l'École de psychologie. Maioine, 1907, in-18, 400 p.). 
Vous verrez chez lui (et c'est un plaisir que je craindrais de déflorer 
en l'analysant) ce que sont les triangles, doubles triangles, trapèzes et 
rectangles de suggestion religieuse {il y a des figures), sans parler des 
< hiéropyncrotèmes ». Il ne vous laissera pas ignorer qu'en 1620 
■ l'Église catholique était... beaucoup plus puissante qu'elle ne l'est 
aujourd'hui », que Pascal était lié avec « un nommé Auzoult », — 
dont il me semble qu'il est assez question dans les articles de 
M. Mathieu, — ni que Pascal eut des hallucinations. Vous regretterez 
que t les idées religieuses, semées » chez Pascal, » véritables agents 
morbides >, l'aient empêché de « déployer l'incomparable talent d'écri- 
vain que révèlent... leB Provinciales », Et, si d'aventure vous avez la 
faiblesse de croire que les = néfastes » idées religieuses ne furent pas 
étrangères à la composition des Provinciales, c'est que vous n'entendez 
rien à la psycho- physiologie. Si l'ancien élève de Port-Royal est, après 
Phèdre, devenu dévot, sachez que c'est là t un bel exemple de l'action 
à longue échéance des suggestions religieuses ». Apitoyez-vons avec 
M. Binet sur le sort infortuné de M»" Racine : ■ Gomme beaucoup de 
dégénérés, elle mourut subitement, le 15 novembre 1732 • ..., à quatre- 
vingts ans! Me direz-vous que vous accepteriez, à ce prix, la dégéné- 
rescence? C'est que vous ne savez pas, comme M. Binet-Sanglé, 
parler savamment de Christoforo Colombo, de Plinius, de Gatenus, de 
lienedîctus de Nursia, de Gérard Praet fils, que les Barbares nomment 
Érasme, et de Ieschou bèn-Iossef, que les bonnes femmes appellent 
Jésus. Car, apprenez-le, hommes de peu de foi, t la traduction des 
noms propres est irrationnelle. Elle a l'inconvénient de jeter le doute 
sur la nationalité des hommes et la situation des lieux >. Et voilà 
pourquoi M. Binet-Sanglé, dans l'espoir que • son exemple sera suivi », 
nous emmène à « Venezia ■ et même , ce qui est original , à 



CHIOVIQLTE !.T UIBI.IOlilUPf 



211 



■ Tttrloo ». Irei-vou» encore, après avoir appris que la suggestion 
religieuse a pour causes la surémotivite, la suramativite, la surcraiti- 
tivilé et autreB surperlicoquentieuses fariboles, irez-vous indiscrèle- 
meiit demander pourquoi ces dégénérés Curent parfois de grands 
hommes? Voici comme l'on vous répondra : « Si Biaise Pascal, mathé- 
maticien et physicien de premier ordre, si Arnauld l'avocat et Jean 
Domat, juristes avertis, si Pierre Nicole, érudit émisent, si Etienne 
Pascal , administrateur habile , si Jean Racine et Louis Racine, 
poètes de valeur (.tic pour Jean Racine!), purent être des dévots, c'est 
qu'Us demeurèrent fermas aux phénomènes psychologiques et sociolo- 
giques qui fournissent l'eiplication rationnelle de la genèse et du 
développement des religions. ■ Les pauvres! ils n'ont pas connu les 
trapèzes et les doubles triangles ! 

— M. FnriuiKit Srnowsti ne les connaît pas davantage. Il se con- 

lofil du sentiment religieux en France au XVII* siècle. Pascal ri 
txm temps. I» partie : De Montaigne à Pascal. Pion, 1907, iu-18, S8G p.) 
d'analyser avec finesse le réveil du stoïcisme chez Montaigne et les 
pmnian traducteurs d'ftpictète, chez du Vair et Juste I.ipse. En face 
du courant stoïcien, il voit couler le courant libertin, si véhémente- 
ment dénonce par le P. Garasse, et il nous conte les aventures peu 
ralliantes de ce pauvre diable, — mauvais diable, — de Vanini. Il 
montre comment du libertinage de mœurs sort le libertinage d'esprit, 
c'est-à-dire ces idées hardies, laïques et libératrices, qui trouveront 
dans la Sagesse de Charron quelques-unes de leurs plus parfaites 
expressions. Contre ces ■ débordements > philosophiques en dessinent 
le» multiples réactions religieuses, celle de Vincent de Paul, celle des 
Jésuites, celle de Port-Royal. De cette crise capitale dans l'histoire de 
la conscleuce française, le témoin essentiel sera Pascal, en qui nous 
retrouverons du Oeacartes (M. Mathieu dirait : trop de Descartes) et 
du Gassendi, de l'Èpictète et du Montaigne II. I1R. 

— Avec la meilleure volonté du monde, il est impossible de prendre 
pour un livre d'histoire un ouvrage revêtu du iVihil obstat, de 1' • impri- 
matur > et d'une 4 protestation ■ dans laquelle l'auteur accepte 
d'avance > le jugement de l'Église a l'autorité de laquelle il est pleine- 
ment soumis ». Le Vtnêrable Père Eudes \i601-iG8O), de M. Henri Joli 
(coll. tes Saints. V. Lecoffre, 1907, in-206 p.l.est une hagiographie qui 
échappe à la critique. Contentons-nous de dire que » les spoliations et 
l'exil des prolestants > y sont considères comme une conséquence do 
• la dissolution de la Compagnie du Saint-Sacrement »; sans doute 
qne les [deux conTrères se seraient opposés a la révocation. — M. Joly 
dit que, parmi les <euvree de la Compagnie, M. Allier aurait dû eiWr 
i 1m nyudicala jaunes » ; mais c'est ce que M. Allier n'a pas manqué 
de faire. H. Illt 

Et. Jlïtîss a publié de nouveaux extraits des Ménmn 
du Strasbourg' 'oîk Jean Éverard Zetaner. I^ec deux précédentes bro- 




înnOSIQCE ET BIBLIOGRAPDIE. 
chures extraites du même manuscrit èlaienl intitulées : Idylle norvé- 
gienne d'un jeune négociant ttrasbourgeois et Londres el V Angleterre en 
1700. Celle-ci noue conduit à Lyon et en Espagne et est intitulée : Un 
voyage d'affaires en Espagne en 17Î8 (Strasbourg, Noiriel, 67 p.|. Elle 
offre un intérêt pittoresque, peut-être supérieur aux précédentes, tant 
par les renseignements fournis par Zetzner sur la vie privée, les mœurs 
et l'Inquisition espagnoles que par le très curieux récit des difficul- 
tés et des périls avec lesquels il fut aux prises sur la Méditerranée, 
infestée par les pirates barbaresques. Mais, ce qui est peut-être plus 
intéressant encore, c'est le détail de? affaires commerciales qui ame- 
nèrent Zetzner à Lyon et en Espagne pour tacher de rentrer dans une 
partie des créances qu'il avait sur un banquier h.inquerouiier : le Lyon- 
nais Rotmund, Un économiste qui dépuuillerait complètement les 
Mémoires de Zetzner y trouverait certainement de précieux renseigne- 
ments sur la banque, les affaires de change et en général sur le com- 
merce. Il y constaterait qu'au xviii" siècle la contrebande n'avait aux 
yeux des hommes les plus scrupuleux que le caractère d'une opération 
commerciale comportant de plus grands risques que les autres. Ces 
Mémoires montrent au vif l'état d'effroyable insécurité du commerce 
et des routes de terre et de mer. En France môme, on ne voyageait pas 
sans la quasi -certitude d'attaques de brigands. G. M. 

— M. Amédée de Caix db Saint-Atmoub vient de publier sur Julien 
Girard de ftialU |1906, in-8 1 *, non mis dans le commerce) une notice 
qui est un modèle de simplicité élégante et de précision émue. On sait 
tous les services que Girard de Rialle a rendus à l'histoire et aux histo- 
riens comme chef de la division de» archives du ministère des Affaires 
étrangères; ce qu'on savait moins bien, et ce que M. de Caix nous rap- 
pelle, c'est la part très importante prise par Girard de Rialle aux 
études d'histoire religieuse, de linguistique et de littérature populaire. 
Si l'administration ne l'avait enlevé trop lot à la science, — à laquelle, 
du reste, elle l'a ramené ensuite, — Girard de Rialle aurait marqué sa 
place au tout premier rang dans ce genre de travaux. Cela valait les 
pages charmantes et bien informées que lui a consacrées M. de Caix. 
Ceux qui ont connu, — c'est-à-dire apprécie el aime Girard de Rialle, 
— ne seront pas moins heureux d'y retrouver l'homme à côté du 
savant, car chez lui la bienveillance et la délicatesse égalaient l'intelli- 
gence et le savoir. L. Fasses. 

Publications nohvbi.lbs. — Inventaires. — belunsnes el Final. Inventaire 
sommaire des iiri'Ji. dip. du .Nord; ivrit II : Cliambrr tirs comptes de Lille, 
t. 1, ï' partie. Lille, impr. Danel, in-4\ v-561 p. — Guigne, lnveot. soiuin. 
des arch. départ. Rfaiinr: série K, su|iplriuml, t. II. Lyon, Georg, in-i", Wl p. 

Documents. — Archives historiques do départ, de la r.îrondi-. 1. XLI. Pub, 
Picard, in-V, xixi-409 p. — S. de Boislislr. Mémoriaux du Conseil de 1661, 
t. IL Paris, Laurens, in-8*, 401 p. (Soc. hist. de France). — S. Casaku. 
Mémoires du général Bennigaen (1806-1807). Paris, Laviuietle, ï vol. in-8-, 
i/xxxvu-333 ol x-368p. — P. Champion. Cronique Marliniane. édition rrili.rue 



i:iihomoi:e kt Kttiï.ioc.K.PiiiE. 



2)3 



iTooe Interpolation originale pour le règne du Charles VII restituée i Jean Le 
Clerc. Paris, Champion, in-8", i.xm-133 p. — L. de Contrition. Mémoire* 'tu 
cnmle de Souvignj, I. I (1G13-1G3S). Paris, Henouard, in -S-, 37,1 p. (Soc. Liai. 
- II. C'nn-lfiiult. Le Litre des syndics dea États de Itéarn ; 2' |iar- 
i Lampion. in-8", vm-234 p. (Arcb. hi»t. île la Gascogne). — F. et 
J Halp!ii-n. Journal Inédil il'AmsuM il Audilly (1627). Pari», Champion, in-8', 
88 p. — G. Luvrrnt. Cihieri il'- ètAtMOM |»>iir Im Etals généraux de ITS'.'t; 

t. i bailliage de ChtiooMnr-lIuM. ftpemaj, Impr. VUlan, in-8-, ixxu- 
Doe. sur l'hltt, éron. de la Uévol.). — !.. l'in>/nud. Correspondance M 
Leeoi et de Grégoire (1801-181"!). Besançon, impr. Doditers, in-8", 125 p. 

Bmortl i.knkiuli;. — J. Boulrriifrr. Sous Loti is-Plii lippe ; le* Dam [y». 

Paris, Ollendorf, in-8*. ii-43f>p. — A. Bourgvcl. Études sur la politique éiran- 

',;■■;■■ <ln ilt: île i.'lioiscul. Pari*, PloB, in-8'. iV-242 p. — E. Daudet. Histoire 

lu l'i'mi.iiit l.i Révolution française, L III. l'iris, Poussielgue, in-8", 

SU p. — /'A. Gannnrd. Le* origines de In légende napoléonienne. Paria, Cal- 

mann-Léty, in-8*. — 0. Wnnofnu-r. Histoire de la France contemporaine (187!- 

lenee de Mac-Mahon ; la constitution de 1875. Paris, Soc. 

i U Goalemp., in-8*, 737 p. — /. Ilanscn. Aïolussadc a Paria du baron de 

■foli-mlirim (1884-1898). Pari», Flammarion, in-16, xn-203 p. — M. tlrrbetU. 

l'or ambassade |>ersane sous Louis XIV. Paris, Perrin, in-8', 401 p. — 0. Mur- 

■•■■ ■|ire extérieure et coloniale de la France de Loiii* XIV A Napoléon 

■ .piences jusqu'à nos juurs. Levai lois-Perret, l'auteur, in-lo. tXBr 
i ttrijnitutt. La F ruine mua ie second Empire. Paris, Messein, în-18, 

Ï18 p. — J. d ih sri. Éludes sur l'année 1813; la défection de la Prusse. Paris. 
Pion, in-S*, x-444 p. — HiSTOina égosobjucb. //, Folk. LM privili hgt 
rie aous l'ancien régime. Paris, rtousse.au, in-8". ui-191 |i. — A. Picnrd. Le 
bilan d'an siècle (180I-I90OJ, t. V. Paris, Le Soudier. in-8-, 474 p. — Hhtoirie 
■iLlQlEimx. Du Bourg. Monseigneur Du bourg, évéque de Limoges (1751-1822). 
Paris, Prrrin, in-8'. 475 p. — L'Eglise de France prnitunt ht IL-mliitinti ifr 
1793. Limoges, impr. Rippe, in-8". 2% p. — l.'Fpiscopat françui» Mf*dl h 
Concordat Jttiqn'i la Séparation (1802-1905). Paria, libr. des Saint- i' 
xii-720 p. — E. Mrtwjenoî. Dictionnaire de théologie catholique, fase. 21. 

Paria, Lelouzej. in-H-, col. -JG1 a 1280. — Histcuhe hil.i k\m-.. I r. il. Le» 

nnraJjites contre l'armée (1815-182(1). Paris, Chapelol, 2 toI. in-8*, x-406 et 
«--397 p. — U. Coutonreau et c. dr tji Jonquiére. La campagne de 1794 a 
l'armée du nord; 2- partie : opérations, t. I. Paris, Cbapelot. in-8", xttt-819 p. 
— routiot, Mario* et MarUtr. Souvenirs de la campagne de 1870-1871. DU- 
Ions-sur- Marne, impr. de 1' ■ l'nion républicaine ■>, in-8", 117 p. — La guerre 

i umé« de Cbilons, 11 : Nouart-tteaumont. Paris, Chapelet, 'J vol. 

In-8*, 253 et 349 p. — A. Mony. Nolea d'ambulance (aoùl ISTO-février 1871). 

Pari». Pion, in-ir,, n-496 p. - ï. lUcard. 1870; la parte de l'Alsace. Pari», 

. ■.-380 p. — Id. La campagne de 1800 en Allemagne, t. I. Paria, 

Chaiieiul, in-8% xv-513 p. — Id. et t. Jouait. L artillerie française au 

Paria, Bsrger-Lcnuilt, in-8", ISS p. — BtoounaM. H. Bntsv 

Le duc dr Nriimurs, Paris, Émile-Paul, ln-8". — (7. LenMrt. Les (ils de Pbi- 
lipl-e-Egalité pendant la Terreur, l'aris, l'errin, in-lt;, Jim p, 

I paOVINOULI «T LOUI.I. — P. B'irr LM initilutiou» municipal'» 
de Moulin- sous l'ancien régime. Paris, Larose, in-H", 51 1 p. — /' A 
La* origines de lAuim [éwÉnili Ai t.\on , l'Aumonc la-aponlH île |fi)l ci 

■ .le l' Aumône permanente, 'i'rcioui, impr Jeiiinin, in-8% 40 p. — 
Denmu. Uialoire de la guerre de Vendée, t. 11. Angers, Sirandcau, in-8'. 



2U 



CBIOSK-CÎ ET (flLlOClifBII. 



- C- lntt>lantlty. UoBOgrapriie luttoriqw do rillage de Génirouri-Mir- 
Hr-nr Bar-le-Doc, rapr. Co-at-u-t-Lagorrrr, in-8-, 178 p. — J. Palk. >oles 
cfanerioa-kpj-at m les délibérai ion» ranmeipale* (1739-1906) de la ville de 
Vienne fUérrj VltWM, Ogerrl. in-*", T7 p. — P. «V Ftmtoinr de Htsbtcq. 
Ciuase. (H*«Ic-Vmmm^ t'ne («âge d biiloirr. Roch«houajl, impr, Dta-iantcT, 
in-M\ 103 p. — O. François. Elude bUloriiror et •rcbroloeiquf' sur le Mont- 
Aiiné. CUIons-Mr- Marne, impr. de 1* • Union républicaine », in-8-, rv-!!9 p. 
— H. Ceorçe. H'utoire dn village de Linijr en MVocmais. Paris, Dumoulin, 
In-8-, vt-W5 p. — C. Hoffmann L'Alsace «a mn- siècle, t. 1U. In-8-, 544 p. 
i HiW de U Renie de l'Ai**», XI.) — S. Ïïurault. La cathédrale de Chalons 
el ion clergé à la fin do nu* aiècle. ChAlons-tur-Marne, impr. Martin, in-S - . 
Tui-IOG p. — E. Lmarrhanil. Le château royal de Viocenoes de son origine à 
noa jour*. Pari», Daragon, in-S*. 350 p. — À. Leroux. Le aac de la cilé de 
Limoges et ton relèvement (1370-1164). Limoges, Docourtieui, in-8*, B3 p. — 
F . IH'ivgu. Essai sur le recrutement et les attributions des principaux oftices du 
aiege du bailliage d'Amien* dé 1300a 1600.Parii,Picard, in-8*. m-90 p. — Méreste. 
Histoire du Cateau. Cambrai, Deligne, in-8", xvi-î69 p. — /. Muret, Histoire 
de Saint- afenoui. Moulins, Crépi o-Leblond, in-S*. x-534 p. — Chr. P/Uler. 
Tableau de Nancy et de la Lorraine pendant le règne de Léopold (1 097-1729). 
Sa ml- Dit, impr. Cunj. in-8'. 110 p. ~ A. de Trurhù de Tarennei, Généalo- 
gie de la maison de Tnidiis. Dijon, impr. Jobard, in-4", xiv-536 p. 

Allemagne. — M. Franz-Xaver vom Fumk, professeur d'histoire 
ecclésiastique il la Faculté catholique de Tùbingen, en mort en cette 
ville, le U février dernier, à l'âge de soixante-sept ans. Ses travaux 
sur l'histoire ancienne du christianisme et uotam ment sur les premières 
collections canoniques en langue grecque, son Lebrbuch der Kirehen- 
geschictile, dont la 4* édition parut en 1901, ses Kircliengttctiiclitltchen 
Abhandlungen urut Cntertvchungen (3 vol., 1897-1899), ses articles du 
Tlieologisehe Quartattchrifî dénotent une science et une indépendance 
d'esprit que l'école protestante elle-même se plaisait à reconnaître. 

— Jusqu'à présent, les catholiques allemands n'ont guère paru que 
dans l'opposition au mouvement d'études et d'idées qui se rattache en 
France à la question biblique. M. T. Enqbbt, dans sa dernière publica- 
tion, sur les temps primitifs d'après la Bible (Die Drseit der llibel; 
I. Die WeltscMpfung. Munchen, I.entner, 1907, gr. in-8", 53 p.), prend 
une attitude résolument scientifique. On ne peut que louer ses consi- 
dérations générales sur le caractère de l'ancienne littérature biblique, 
et l'impossibilité de constituer une exégèse sérieuse en partant du con- 
cept traditionnel de l'inspiration scripturaire. Son commentaire du 
premier chapitre de la Genèse, avec comparaison des mythes babylo- 
niens, est très érudit et judicieux. Alfred Loisv. 

— Les publications du Séminaire d'histoire ecclésiastique dirigé par 
le professeur KnOpfler, à l'Université de Munich, méritent aussi d'at- 
tirer l'attention. Nous en avons reçu trois fascicules : Die Dauer der 
OfftntUehm Wirksamkeit Jesu, par M. L. Fënut; Vie Beichl nach Casa- 
riuj von llcisterbach, par M. A. -M. Kcekiobb; Ncnia und Confessai, 
I. Der Attar der vorkonstanlinischcn E<rche, par M. F. Wielahd (Mûn- 







cnanvion: fr ntBi.inr.Bir-niE. 



213 






vm, Lentner, 1906, in-8", vnt-148, x-107, iyi-167 p.). Bien qu'il main- 
tienne l'historicité du quatrième Évangile, M. Fendt eu écarte le 
témoignage en supposant, fort gratuitement, que l'ordre des récit» 
n'est point chronologique; et. comme il a commencé par montrer com- 
bien les données des Synoptiques et celles de lu tradition «uni incer- 
taines, on ne voit pas trop pourquoi il affirme, pour conclure, que le 
ministère de Jésus a duré un peu plus d'un an. Sn dissertation est 
tri* érudite, mais elle manque de pénétration et de clarté. Celle de 
.M. Kiciiiger est beaucoup mieux conduite : importante contribution à 
l'j sacrement ecclésiastique de la pénitence, par l'analyse des 
("■crus d'un moine cistercien qui a vécu dans la première moitii' du 
un' siècle. Le travail de M. Wieland présente aussi un véritable inté- 
rêt pour l'histoire de l'ancienne liturgie chrétienne et fait désirer la 
continuation annoncée. La conclusion de cette première partie est 
négative : pas d'autel dans les basiliques chrétiennes avant la paix de 
l'Église; mais l'auteur montre fort bien comment, par l'évolution de la 
croyance et du rite, la table qui servait à la cène eucharistique tendait 
a devenir l'autel qu'elle fut bientôt. A. L. 

— M. A, Dor.vbb, professeur à l'Université de Kônigsberg, a voulu 
représenter en une puissanlo synthèse l'évolution des croyances chré- 
tiennes depuis les origines jusqu'à nos jours (Die EntiUhung der christ- 
lichen Olattbtntlehrtn. Munchen, Lehmann, 1906, gr. in-8», vi-315 p.(. 
Il s'agit moins de l'histoire des croyances que de la philosophie géné- 
rale de cette histoire. Partant de son idée générale de la religion, la 
vie de Dieu dans l'humanité, l'auteur montre comment le christia- 
nisme, sous ses diverses transformations, a été la réalisation, de plus en 
plus parfaite et consciente, de ce principe, que le dogme grec de la 
Chrbtologie a essayé de définir par rapport à l'intelligence croyante; 
que le dogme occidental de la grâce a voulu préciser à l'égard de la 
volonté; que la réforme protestante a mis en sa vraie place dans la 
conscience individuelle. Les recherches actuelles sur l'essence du chris- 
tianisme marquent le dernier point de l'évolution, et l'on ne noue dit 
pas qu'il y ait rien à prévoir au dell. Système trop absolu peut-être 
pour encadrer naturellement toute l'histoire du christianisme et en 
même temps trop étroit dans son application. L'Évangile de Jésus ne 
proclame pas l'incarnation de Dieu dans l'humanité; et, d'autre part, 
l'on pourrait entrevoir comme dernière conséquence logique de l'idée 
fondamentale reconnue par M. Dorner une conception religieuse que 
[r christianisme aura contribué à produire, mais qui n'aura plus rien 

l'.i.'ineni chrétien, A. L. 

— I,a septième édition de D*HLW4NK-\V.im, Quttienkundt der devt- 

ehiehU, publiée il y a quelques mois par M. Erich Iïhamden- 
m»o, avec la collaboration de MM. lierre. Hilliger, Meyer et ricuolï 

l iieterich'sche Verlagsbuchhaudlung, 191X1, in-8", m-1020 p.), 
marque un progris considérable sur les éditions antérieures. La hitdio- 



21 B 



CltOSlQTjl ET lIlLlOCKirfltR. 



graphie a été soigneusement revue et complétée et quelques améliora- 
tions de détail ont été apportées dans la division de l'ouvrage. Le 
regret qu'on serait tenté d'exprimer, c'est que, par suite des longs 
délais qu'a exigé l'impression, la bibliographie s'arrête, pour une 
grande partie du volume, au début de l'année 1901. Mais ce regret 
même serait vain, les auteurs promettant dans leur préface un supplé- 
ment qui doit paraître incessamment. Si consciencieux cependant qu'ils 
aient été, ils ont laissé échapper un certain nombre de publications 
qu'on s'attendrait à voir citées dans l'ouvrage : parmi les omissions les 
plus regrettables, en ce qui touche le moyen âge, nous relèverons 
(livre II, chap. 1*1 celle de l'Euai' sur l'origine de la noble ttt en France 
de M, Guilhiermoi (1900), qui ne semble pas suffisamment connu de 
la plupart des érudits allemands, celle du volume consacré a la corres- 
pondance de Gerbert (n° 3511] par M. Jules Lair, dans ses Éludes cri' 
tique s mr divers textes des X* et XI* siècles (1899), celle enfin des Études sur 
le règne de Hugues Capet et la /In du X' siècle de M. Ferdinand Lot 1 1903), 
qu'il eût fallu rapprocher de ses Derniers Carolingiens (n° 3551 1 et <]u'i! 
eût fallu également indiquer leo raison de l'Appendice IX), ainsi que 
plusieurs travaux sur les Fausses Décrétâtes, — notamment ceux 
d'Hinschîus et de M. Simson, — à propos des Capitulaires de Benoit 
le Lévite ln° 3219). Un s'étonne aussi, dans le chapitre consacré aux 
instruments bibliographiques, de ne pas trouver mention pour la 
France, à coté de la bibliographie de l'histoire de France de M. Monod 
In" 941), du Ripertoire méthodique de l'histoire moderne et contemporaine 
publié annuellement par MM. Brière et Caron depuis 1898. Enfin, dans 
l'énumération des revues d'bistoire générale (n°* 1019-1046), il nous 
paraît étrange de ne faire figurer que des revues allemandes, puisque, 
dans les autres subdivisions de l'ouvrage, on indique les principaux 
livres ou recueils étrangers, intéressant même indirectement l'histoire 
de l'Allemagne. h. H. 

— Dans une brochure intitulée lier frànkische Vicecomitat (s. 1., 
1907, in-4°, 87 p., hors commerce), M. W. Bickel, professeur à la 
Faculté de droit de Strasbourg, a tenlé de dégager les caractères géné- 
raux de l'institution des vicomtes a l'époque franque. Son travail, qui 
repose sur des dépouillements considérables, pour lesquels un grand 
nombre de publications, même locales, ont été mises à profil, consti- 
tue une importante contribution à l'histoire de l'administration caro- 
lingienne. Dans une première partie, l'auteur cherche à déterminer 
l'époque et les régions où l'on rencontre des vicomtes en France et 
donne la liste des noms qu'il a relevés. 11 étudie ensuite le mode de 
nomination de ces fonctionnaires, qui sont, en principe, choisis uni- 
quement par les comtes, dont ils sont les substituts. Dans une troi- 
sième partie, il étudie leur compétence, fort variable, suivant que le 
vicomte se borne à assister le comte ou à le représenter dans un dis- 
trict déterminé ou encore à le remplacer en permanence dans un 
comté, si le comte réside ailleurs. Dan;-- une quatrième partie, M. Bickel 



>liora- 
e seul 






CBBOYIQUE ET BIBUOCRIPIHK. 

étudie plu» spécialement le ressort du vicomte. Enfir. 

travail par un chapitre sur les vicumtes d'Italie. L. H. 

— La seconde partie du t. H des Inventare des Grnsshcriogtich Badi- 
schtn General- Landcsarchivs |Karlsruhe, Mùller'scuen llofbuchhondlung, 
1907, in-8», p. i-vm et 195-394) vient de paraître. Elle est consacrée 
aux Baden-Durlach et se termine par un index général. 

— Le t. XV du Ittyers grosses K'onrtrsatians-Lexikon vient de 
paraître |Leipziç-\Vîon. Bibliograiihisches Institut. 1006). Il va de 
Ôhmichen à Ptakatschrifltn. Signalons-y l'article Osicrreich. qui est 
accompagné de cartes liisioriijues, les articles Patîistma, Persim, etc. 

Autriche- Hongrie. — Le premier fascicule des Studicn zum àttt- 
rtn ùsterreichischen Vrkundenwestn, que publie M. Oskar v. Mrns 
(Wien, Verlag des Vereioes fur Landeskunde. von Niederosterreicb, 
in-8», 77 p.|, contient un résumé très clair de l'histoire de l'acte priva 
et plus spécialement de la charte- notice en Basse- Au triche dans les 
premiers temps du moyen âge. Pour l'analyse des caractères intrin- 
sèques de ces actes, l'auteur s'inspire beaucoup des travaux de 
M. Oswald Redlich; mais il y ajoute des considérations intéressantes 
sur l'abandon progressif de la cbarie-notice, que tendent de plus en 
plus à remplacer, à partir du xu* siècle, des actes en forme, authenti- 
qués par des sceaux. Ce n'est là toutefois, semble-t-il, qu'une intro- 
duction à un travail plus étendu que M. O. von Mitis ne saurait larder 
à nous donner. Nous nous réservons d'y revenir avec plus de détails 
quand l'ouvrage sera complet. L. il. 

Belgique. — Les Archives générales du royaume ont acquis récem- 
ment à Rome des correspondances très intéressantes pour l'histoire du 
ivui" -.L.'clf belge; nom citerons comme particulièrement importantes 
les lettres du prince de Méan, évéqne de Liège, et du cardinal de Fran- 
keuberg au nonce Brancadoro. 

— L'administration des Archives générales du royaume de Belgique, 
à Bruxelles, vient de faire paraître le 1. 1 de ses Inventaires sommaires. 
Il est consacre aux Inventaires sommairts de archiva des anciens gou- 
vernements des Pays-Bas (Bruxelles, impr. E. Guyot, 1996, in-8*). Il se 
compose de ta réunion de H fascicules pagines à part et d'étendue 
fort inégale. Et» télé de chacun d'eux, une introduction, courte d'ordi- 
naire, mais substantielle, donne quelques renseignements sur l'origine 
at la constitution du fonds inventorié. Ou remarquera sped aliment 
celle que M. A. Gaiu-ami a mise eu tfite de l'inventaire des archives d« 
la lecréiairerie d'État et de la Guerre : c'est, en 35 pages, un excellent 
historique do cette institution. L. 11. 

— Le t. VI du Vntatngue des manuscrits de ta Bibliothèque royale de Bel- 
gique, par le 1*. van des Gheyn, se rapparie 4 l'histoire des ordres reli- 
gieux et des églises particulières (Bruxelles, Lamertin, 1906. xi-778 p.). 



2*8 CHIOUIQUE ET BI1LIOG1APHIE. 

— Le volume contenant les Actes du Congrès international pour la 
reproduction des manuscrits, des monnaies et des sceau*;, tenu à Liège en 
août 4905, a paru à Bruxelles (Misch et Thron, 1906, in-8°, xxvm- 
338 p.). Voici la liste des rapports qui y ont été insérés : X. Da Cdnha. 
La législation portugaise sur la reproduction des manuscrits. — 
A. Gaillard. Les procédés de reproduction des sceaux. — G. Sury. 
Organisation d'un bureau international d'échange des reproductions. — 
M. Lhobst. Étude des différents papiers à employer comme support des 
photocollographies, photogravures et phototypogravures. — P. Bbrg- 
m ans. Les tentatives antérieures d'entente internationale pour la repro- 
duction des manuscrits. — M. Prou. L'état actuel des publications de 
fac-similé de chartes et autres documents d'archives. — L. Stainibr. 
Étude sur les procédés techniques les meilleurs et les plus économiques 
à recommander pour la reproduction des manuscrits, des monnaies et 
des sceaux. — D. van de Gasteblb. L'utilité des reproductions photo- 
graphiques au point de vue des expéditions officielles de documents 
d'archives. — F. Al vin. Les procédés de reproduction des médailles et 
des monnaies. — P. Francotte. Description d'une méthode photogra- 
phique permettant de reproduire des manuscrits et autres documents 
dans le but d'obtenir des positifs par projections lumineuses et des 
agrandissements destinés à l'enseignement. — P. van den Vbh. L'orga- 
nisation de systèmes pratiques de reproduction des manuscrits dans les 
grandes bibliothèques publiques. — A. Bavot. L'état actuel des publi- 
cations de fac-similé de manuscrits. 

— M. D.-D. Brouwbrs a publié le t. II des Mémoires de Jean, sire 
de Haynin et de Louvignies, 1465-1477 (Liège, Cormaux, 1907, 267 p.). 

— MM. Gh. De Lannoy et H. Van dbr Lindbn ont fait paraître le 1. 1 
de leur Histoire de V expansion coloniale des peuples européens (Bruxelles, 
Lamertin, 454 p.), qui a obtenu le prix de 25,000 francs fondé par le 
roi des Belges. Le premier volume est consacré au Portugal (Gh. De 
Lannoy) et à l'Espagne (H. Van der Linden) ; on y étudie les grandes 
phases de l'expansion, l'administration des colonies, le régime écono- 
mique, la civilisation portugaise et espagnole dans les colonies, les 
résultats de la colonisation pour la mère patrie. 

— Les amis et les admirateurs de Léon Van der Kindere ont entre- 
pris de réunir en volumes les petits travaux du maître dispersés dans 
les revues et les recueils académiques. 

— Les collègues et amis de M. G. Kurth, professeur émérite à l'Uni- 
versité de Liège et directeur de l'Institut historique belge à Rome, ont 
décidé de lui offrir un volume de Mélanges, 

Grande-Bretagne. — Feu le prof. F. Y. Powell, mort le 8 mai 1904 
à l'âge de cinquante-quatre ans, a laissé de fidèles amis. L'un d'eux, Oli- 
vier ëlton, s'est proposé d'en raconter la vie à l'aide de ses souvenirs 
personnels et surtout de nombreuses lettres écrites par Powell ou le con- 



Gnomon bt niRLiOGRirniB. 



2)9 






cernant La Via et la Correspond .in ce mm plissent tout un volume; un 
second est formé d'articles historiques et d'ieuvres littéraires que Powell 
avait semés un peu partout {Frederick York Powell. A tif» and a «fer- 
Won from hit lettm and occasional writingi. Oxford, al the Clarendon 
Press, 2 vol., xvi-KVÏ et xvi-164 p., 1906). La partie biographique, trai- 
tée avec beaucoup de tact, est d'un grand charme; elle nous fait con- 
naître et aimer l'homme lui-même, avec son intelligence si souple, sa 
culture si étendue, son cœur ai chaud et toujours resté fi jeune. Che- 
min faisant, on y rencontre des noms connus, dont plusieurs illustres : 
Freeman, Grées, Creighton, pour ne parler que des morts; mais 
aucune de ces figures disparues n'apparaît dans ce livre avec un relief 
aussi vivant et une grâce aussi touchante que l'ami le plus intime, le 
principal inspirateur de Powell : Gudbrand Vigfusson, l'auteur célèbre 
des Origines iilandicae. Curieuse collaboration que celle de ces deux 
hommes si différents : le Scandinave un peu fruste, comme si sou com- 
merce littéraire avec les plus anciennes sagas islandaises avait fait 
revivre en lui l'Ami? de ses plus lointains ancêtres, l'Anglais si raffiné, 
d'une culture littéraire si moderne, séduit par tout ce qui était vie, 
mouvement, lumière. Powell a consacré te meilleur temps de sa vie à 
induire l'œuvre de son ami, mais de si originale façon que les deux noms 
ne sauraient plus être séparés. Traducteur, Powell l'était d'ailleurs avec 
délices : il s'est diverti plus d'une fois à Taire passer dans sa langue les 
œuvres de poètes français tels que Verlaine, Mallarmé, auxquels il avait 
voué une admiration enthousiaste. Le tome II présente un moindre inté- 
rêt; il se compose surtout d'écrits de circonstance qui perdent une part 
nottble de leur valeur quand on les relit après un long intervalle; peut- 
être cependant ceux qui se rapportent aux légendes de la Germanie 
païenne garderont-ils plus longtemps leur fraicheur et comme leur 
nouveauté. Cb. B. 

— La librairie Giard et Brière a mil eu vente le tome I de {'Histoire 
constitutionnelle de l'Angleterre par William Stubiis, traduite par 
M. G. Lefebvde. avec une introduction et des notes par M. Cli. Petit- 
UiTAiLLih (Bibliothèque internationale de droit public, 1907, xii-9Ï0 p. 
Prix : lfi !>.(. Cette traduction met un livre encore excellent, bien qu'il 
commence a vieillir, a la portée de nos étudiants d'histoire, trop sou- 
vvnt ignorants de la laugue anglaise. M. Petil-Ou taillis a d'ailleurs mis 
l'ouvrage au courant de la science, soit en renvoyant, dans les noies 
mises au bas des pages, aux éditions plus récentes ou plus autorisées 
des documents allégués par Btubbs, soit en traitant Im-méme de cer- 
taines questions qui, dans ces dernières années, ont été l'objet de vives 
controverses. Les notes additionnelle», qui remplissent les 130 dernières 
pages du volume, sont consacrées aux sujets suivants : I* l'évolution 
des classes rurales en Angleterre et les origines du ■ manuir ■ ; '2? le 
Folkland. Existait-il une • terre publique ■ chei les Anglo -Saxons î 
3» • T»elfb)'nilm:in i et i Twyhynd-niau ■ ; une théorie nouvelle (celle 
do P. Beeiiolim) lur la solidarité familiale chez les Anglo-8axous; 



220 



CHBOTIQHÏ ET niBLIOCSlPHIE. 



le i burb-gcat seil *; 5 e l'adoubement do chevalier; les influences réci- 
proques de la civilisation anglo-saxonne et de la civilisation franque 
(d'après l'hypothèse de Guilhiermox}; 6* les origines de l'Échiquier; 
7" la société anglaise à l'époque féodale. Le système îles tenures et 
les origines de fa lenure en service militaire; S' l'origine des villes 
en Angleterre; 9° Londres xii» siècle ; 10° les deux procès de Jean sans 
Terre <fragilité des conclusions présentée* par M. Guilhiermoz et 
M 11 " Norgale|; il* une • charte inconnue des libertés •; 12° la Grande 
charte. — Les gens de métier auront profit à lire ces notes qui témoignent 
d'un sens aiguisé des institutions anglaisée. Ch. B. 

— Le Gaspard deColigny, Admirai of France, de M. A. W. Whjtbhead 
(Londres, Metbuen, 1904, in-8\ 387 p., Ï7 fig. lodei) est remarquable 
à plus d'un titre. D'abord, à la différence des érudits français, l'auteur 
□e s'est pas contente d'utiliser les analyses incomplètes et souvent fau- 
tives et les traductions parfois erronées des Gale ndars ; il s'est reporté 
aux originaux. Cela lui a permis de jeter quelque lumière sur l'histoire 
si controversée du traité de Hampioncourl. De la discussion très serrée 
et, en partie au moins, convaincante a laquelle il se livre, il ressort 
bien que Coudé et Coligny avaient donné au vidante de Chartres un 
blanc-seing : ils étaient donc fondés à dire que celui-ci avait dépassé 
leurs instructions, ce qui semble d'ailleurs conforme à la vérité, et 
même à prétendre qu'ils avaient ratifié le traité sans en connaître exac- 
tement le contenu. Ils seraient surtout coupables d'imprudence. — 
D'autre part, M. Whitehead a étendu ses recherches d'archivé» non 
seulement à la France, mais à l'Italie : il nous présente un Coligny 
inconnu, le Coligny des jeunes années, à propos de son voyage en Italie 
|1546-47) et de son amitié avec Strozzi. On peut dire de toute la pre- 
mière partie (avant 1559| qu'elle est très neuve. — M. Whitehead 
expose des vnes intéressantes sur l'histoire de la réforme française. — 
Au sujet des entrevues des premiers jours d'août 1472, il aurait dû uti- 
liser les textes du fonds Simancas que j'ai signalés dans mon François 
de ta Noue. — Puisqu'il nous donnait une agréable élude sur le château 
de Chàtillon-sur-Loiug, je regrette qu'il n'ait pas touché à la question du 
château de Tanlay, lequel passe pour avoir appartenu a Coligny : il y a 
là, notamment, une fresque italienne représentant des personnages de la 
cour en divinités de l'Olympe, peinture dont la liberté et la crudité 
toutes païennes trancheraient vivement sur l'austérité huguenote. Mais 
est-elle antérieure à 1572, et Coligny a-l-il quelque chose â y voirf — 
M. Whitehead fait état, avec raison.du Voyage de l'Admirai dtvtrt l'Em- 
pereur, fragment des souvenirs sur la cour de Henri II publiés en 1831 
dans la Revue rétrospective et ensuite dans les Archives curieuses, 1™ par- 
tie, t, III, celte fois sous le nom de Claude de l'Aubnspine. M. Whi- 
tehead dit simplement : i wrilten by de l'Aubesptne. ■ Il aurait du 
ajouter que l'attribution â Claude est radicalement impossible. J'avais 
songé d'abord à Sébastien de l'Aubespine, quoique celui-ci se soit trouvé 
en 1554 non pas, comme l'auteur de la relation, l Cotre, mais 4 Solenre ; 






IIIIKI.Morr ET llieLIOGHAl'HIf.. 



221 



déplus, l'auteur esl favorable à Coligny, ce qui semble exclure tous 
les l'Aubespine. Après avoir consulte M. Rott, si au courant des moindres 
déplacements de nos agents auprès des ligues, je crois pouvoir aflirmcr 
qu'il s'agit de Jean des Monsliers, sieur du Fraisse. .l'ajoute que ces 
souvenirs eont en réalite des uotes écrites par du Fraisse pour rectifier 
et compléter une histoire imprimée de Henri IL H. I1R. 

— Le Michel de l'Hospitai and his policy de M. A. E. Shaw (Londres, 
H. Frowde, 1905, in-8°, 154 p.), est un bon travail d'étudiant, où sont 
utilisées les recherches de M. Dupré-Lasalle. 

— Pour faire suite à l'inventaire des Reports de la Royal Commission 
on historicat manuscripts donne dans la Revue historique, t. LX.XV, 
p. KH et suiv. — Repart on «M», in the u?elsh tanguage, t. II, 1™ partie 
[1908]. — Calcndar of Ihe mit, oflhe most han. the marquis of Salisbury. 
prtstrved al Hatfield Houtt, t. IX, X et XI (1902, 1904, 1906). Ces 
volumes se rapportent aux années 1509, 1600 et 1601; ils intéressant 
au pins haut point l'histoire des relations extérieures de l'Angleterre; 
les affaires du comte d'Essex y occupent aussi une grande place. — 
Report on the mis. a[ Mrs, Franktand-Russel-Astley, of Çhequers Court, 
Rucks (1900); ces papiers forment trois groupes : I» correspondance des 
familles Dusse!! et Franklaud. la première étroitement apparentée à 
celle des Cromwell (1667-1697}; 2° papiers des familles Cuits et Revoit 
[1687-1706), la plupart relatives aux opérations militaires dans les 
Pays-Bas; 3* lettres du colonel Charles Russe!) (1712-1754); plusieurs 

rient à la guerre de la succession d'Autriche. Noter, en outre, le 
L » de Sir John Croke, « speaker > de la Chambre des com- 
munes; on y trouvera la substance de plusieurs discours que ses fonc- 
tions l'uppellèreut à prononcer devant la reine Elisabeth et devant 
Jacques I", 1^95-1007. — Report on mis. in varions collections, t. I 
(1901) : mas. de la Corporation de Bcrwick-upon-Tweed (depuis le 
xvi* siècle) : mss. de la ci-devant Corporation de Barford, au comté 
iJ'Oif.ml (cette corporation a été dissoute en 1861 J les archives sont 
devenues la propriété d'un M. Cheatle, fila du dernier alderman); 
archives judiciaires du comté de Wilts {qtiutor sessions, 1577-1665); 
archives épiseopales et capitulaires de Cliichester. archives capitulaires 
de Cantorbèry (suite aux rapports V, VUI et IX de la R. Commission! ; 

du comte" de Worcester (mt* siècle) ; archives de la Corpora- 
tion municipale de Lostwithiel (presque toutes modernes); archives 
capitulaires de Baliabury, t. II (190;i) : mss. de Sir George Wombwell 
«papiers de la famille Belasyse, vicomtes Fauconberg, alliée uux Fuir- 
fax; quelques ebartes provenant des abbayes île Byland et de Rievauix. 
Lettres des vicomtes et comtes Fauconberg, ïvu'-iviii* siècles, parmi 
lesquelles plusieurs de Laurence Sterne; description de l'Angleterre en 
10L7); mss. de Mis» Iliixloti, à Slvadwell Court, Norfolk tintèressani 
pour l'histoire des Anindrl-Norfolk au xvi* et au xvu* siècle); mss. de 
Lord Edmond Talbot (outre plusieurs chartes anciennes, on y trouve 



222 cHBoiiors st bibliogbipuie. 

les papiers personnels et officiels de Sir Gilbert Talbot, qui fut gouver- 
neur de Calais sous Henri VII et Henri VIlll ; mss. du duc de Norfolk 
(iii«-ïyh« siècles»; mss. de Mrs. Harford, de Holme Hall, au comté 
d'York (ïtii" siècle); mss. de Mrs. Wenlworlh, de Woolley Park, au 
comté' d'York (xvu'-xvnr> siècles!. T. III (1904) : mss. de T. B. Clarke- 
Tbornhill (intèressanU pour l'histoire de Sir Thomas Tresham et du 
parti catholique sous Éhsabethl; mss. additionnels de Bir Thomas Dar- 
relt-Lennard (suite au Rapport XI, app. 4.; documents relatifs au pro- 
cès de Loftus en Irlande); mss. de Pelbaui R. Papillon (lettres de 
Chartes I«, de Crorawell, du prince d'Orange; M. Papillon compte 
parmi ses ancêtres 8ir Henry el Sir Walter Vane); mss. de W. Cle- 
verly Alexander (lettre de John Noies à, sa femme, pour lui raconter 
les cérémonies et rejouissances qui eurent lieu iors de la création du 
prince Henri comme prince de Galles, juin 1010). — Report on tli* mss. 
of Colonel David Milnt Rome ofWedderburn Castte |1902) (concerne sur- 
tout l'histoire de la famille écossaise des Home de Wedderburn, qui 
remonte au temps des rois Guillaume de Lion; quelques documents 
concernent le prieuré de Coldingham). — Calendar of the mss. of Ihe 
marquess of Ormonde, preserved al Eilkenmj Caille. Nouvelle série, 
t. MI (1903-1306). Collection fort importante pour l'histoire de l'Irlande 
sous les Sluarts au xvn* siècle. — Calendar oflhe Sluart papers belon- 
ging to His Uajesty the king, preserved at Win'hor Castle, t. I et II 
11902-1901). Ces papiers, provenant du roi Jacques III, dit le Vieux- 
Prétendant, de son hls Charles- Edouard el de Henri, cardinal d'York, 
ont été achetés par le prince Régent en 1801 el en 1819. — Calendar 
of the mu, of Ihe marquis of Bath, preserved at Langteat, Wiltshire, 
l. I (1904). Collection d'un intérêt très varié pour l'histoire intérieure 
de l'Angleterre au xvti* el au xviii" siècle. — Report on the mu. of 
Mrs. Stopford-Sackvilte a/ Draylon House, Norlhamptonshire, l. I (1904). 
Ce sont des lettres, rapports et autres documents ofGciels proveuaot 
de Lord George Sackville, 1755-1784. — Report on the mss. oflhe cari o/ 
Mar and Heltie, preserved at Alloa House (1904). Les archives de celte 
puissante famille écossaise commencent vers le milieu du xiv" siècle; 
mais elles ne prennent une importance générale qu'à partir de John, 
cinquième lord Erskine, premier comte de Mar, qui fui régent 
d'Ecosse. Les documents analysés ou publiés forment trois groupes 
principaux relatifs, l'un à Jacques VI (I" d'Angleterre) et à Charles I", 
l'autre à Jacques II, le dernier à La reine Anne et à l'Union des 
deux royaumes d'Ecosse et d'Angleterre. — Report on american mss. 
in the Royal Institution of Great Britain, l. I et II (1904-1906). Ces 
papiers proviennent du quartier général des généraux anglais qui ont 
commandé en chef pendant la guerre de l'Indépendance; ils forment 
actuellement une collection de 62 volumes. — Report on the mss. of 
J. B. Fortescue, preserved ai Dropmore, t. IV (1905) et V 11906). Très 
Important recueil de pièces relatives aux négociations secrètes qui abou- 
tiront à la formation de la 3 e coalition, à la campagne de 1799 el aussi 



DSftOnOQI ET nlBUOGHAPIHK. 



22.1 



à la guerre civile en Irlande do 1798. — Thimu.o/ thniuktofRuttand, 
pruervtit at Bttvoir Castle, t. IV (1905). Ce volume comprend trois «eu- 
lions : I" Charles anciennes et cartulaîres, avec des noies, par 
J. H. Round (celles du un* siècle publiées à peu près in-exlenso); 
2* correspondance relative a l'expédition des Anglais contre l'Ecosse en 
1519; 11° livre» de comptes de la ami son de* comtes de Hutlaud; ces 
derniers appartiennent au xvi" et au xvn* siècle. — The mtt. of the 
Houu of Lords, t. UI (1905), relatif aux années 1697-1(19'.). — Report on 
m», in the wtiih Utnguaçe, t. I, 3" partie (1905), Peniarlh; t. II, 
:)• partie (l'J0. r .), l'antuu, Cwrunawr. — Report on the mst. oflhetarlof 
Vtrvtam, présenta at Gorhambury (190(1). Il n'y a presque rien dans 
ces archives qui se rapporte à la famille du fameux chancelier de 
J.ici[iips I"; ce sont surtout des papiers de la famille ilnm.-ton. dont 
un, Sir Edward, était, au moment de la prise de Calais par les Fran- 
çais contrôleur de la ville et de ses dépendances. La plupart se rap- 
portent aux affaires intérieures du xvn* et du iviil* siècle. — Report 
un the mis. of the marques» of Lothian. preserved at Hliekting liait, /for- 
folk (19(15). Outre quelques documents anciens des xu'-xv* siècles 
(entre autres le rôle de l'aide levée dans le comité de Norfulk pour la 
chevalerie du Prince Noir), ou trouve dans cette collection les papier» 
de la famille Hobart, en particulier ceux de John Hobarl, second comte 
de Bucltarghamshire, Ces derniers, qui présentent un intérêt gantai, 
M 1 1] ; iti'iil i l'ambassade du comte à Saint- Pélershourg, 1762-1765 
q-ulil. M) ptrtta déjà pour la Camden Soc., 1900, 190*2), aux colonies 
M et aux affaires d'Irlande, 177! ITflg. — Report on the nus. 
of Lady Du Cane (cf. litv. hut., LXXXVUI, 4M), — Rrport on the 
mss. of the tari of Egmont. vol. I, 1" et 2* parties (19051 Corres- 
pondance de la famille Perce val sous les deux premiers Stuurts et jus- 
rjU'l l;i lies tau ration. — Report ait franehean nus. prestrved at theCon- 
tont, Uerehant'i Quay, Dublin (190(1). Documenta appartenant au collège 
Irludail de Saint- UdftN, fonde à Rume en 1625 et transféré à Dublin 
en 1872. Le premier gardien du collège fut Luc Wudding, le célèbre 
historien des Frères Mineurs. On trouvera ici une bonne partie de sa 
correspondance, fort intéressante pour l'histoire n-lun'ii-r |,eu,!:iii* |.< 
second quart du xvn* siècle. — Galendar of the mss. of the dean and 
Cftai'ttr of Wells, -foL I (1907). Cet inventaire, uû a été en partie refondu 
celui le J. à. Beunelt (11485), porte seulement sur trois Pflgl 
sont transcrits des documents du juit» et du xrv* siècle. — Le i(> rap- 
port de la Commission (1904) donne une sorte de résumé de toute la 
aoUeetioB up toaatt. 

Russie — La science russe a Tait une 
sonne de M. Vasili Ivanovitch Mooestiiv. Il était né en 1839 dans le 
jDBTOrBMMOI At Novgorod. Il est mort a Rome dans le courant du 
moia de février. Il acheva ses études <i l'Uni verni tè de Saint-Péters- 
bourg et se consacra surtout à la littérature latine et a l'histoire 
romaine. En Hr',1, il présenta pour le grade de magùter (licencié) une 




224 CHRONIQUE ET bibliographie. 

dissertation sur la Vie et l'enivre de Tacite, et, en 1869, il obtint le titre 
de docteur avec un travail sur l'Écriture à Rome à V époque des rois, 
travail qui a été traduit en allemand. Il enseigna tour à tour la littéra- 
ture romaine aux Universités de Kazan, Kiev, Odessa, Saint-Péters- 
bourg. Tout ensemble philologue érudit et publiciste ingénieux, il col- 
labora à un certain nombre de journaux, notamment au Golos (la Voix) 
et à la Gazette russe de Saint-Pétersbourg et publia un grand nombre 
d'articles dans la Revue de l'Instruction publique de Saint-Pétersbourg. 
Plusieurs séries d'essais ont été réunis en volumes : V Allemagne 
(1888), la France (1889), l'Italie contemporaine (1893). Depuis une 
dizaine d'années, il avait pris sa retraite, il s'était établi à Rome. Il 
étudiait particulièrement la question des origines italiotes. Il a résumé 
ses recherches dans un grand ouvrage qui a été traduit en français : 
Introduction à l'Histoire romaine (traduction Michel Delines, in-4°, libr. 
Alcan) et qui est précédé d'une préface de M. Salomon Reinach.Tout en 
faisant quelques réserves sur les idées de l'auteur, notre savant confrère 
se plaît à louer c l'immense utilité du travail de M. Modestov dont la 
place est, dit-il, marquée désormais et pour longtemps dans toutes les 
bibliothèques historiques et ethnographiques. La science sans épithète 
et la science italienne en particulier lui doivent une vive reconnais- 
sance, l'une pour l'avoir enfin dotée d'un instrument de travail com- 
mode et digne de confiance, l'autre pour avoir mis en œuvre et en 
pleine lumière ses belles découvertes, pour l'avoir tirée de la demi-obs- 
curité où elle semblait condamnée à se mouvoir ». Au moment même 
où M. Modestov était subitement frappé, M. Gagnât lui donnait dans le 
Journal des Savants (cahier de février 1907) un témoignage de sympathie 
auquel il eût certainement été très sensible. Il avait toujours rêvé d'en- 
trer en rapport avec les savants français et de s'imposer à leur estime. 
Il meurt en vue de la terre promise. L. Léger. 



Erratum. 
P. 80, n. 4, supprimer les mots : c Balan, au reste, indique la date exacte, t 



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Etudes sur la condition de la classe agricole et 
l'état de l'agriculture en Normandie au Moyen- 
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Réimpression textuelle du très rare et savant 
ouvrage de M. Léopold Dclisle. Les biblio- 
thèques et les erndits pourront maintenant se 
procurer ce travail incomparable qu'il convient 
de mettre aujourd'hui parmi les usuels, à côté 
de Ducangc, pour tous les renseignements sur 
les mesures agraires, le prix des choses, les pro- 
cédés de culture au Moyen-âge. Ajoutons que 
cette réimpiession a été laite elle-même a petit 
nombre. 



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chaussées et les institutions monarchiques locales 
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Les cadres géographiques des institutions 
bailliagères. — La division de la France en 
bailliages et sénéchaussées. — Le groupement 
et les subdivisons des bailliages et sénéchaussées. 

Le personnel des bailliages et sénéchaussées 
du roi. — Les gouverneuis; le personnel des 
baillis et des sénéchaux du roi: autour des 
baillis et sénéchaux; au-dessous des baillis et 
sénéchaux. 

Les institutions monarchiques dans les bail' 
liages et sénéchaussées du roi. sauf en Pro- 
vence et en Dauphiné. — La Piovcnce et le 
Dauphiué et le progrès vers l'unité des institu- 
tions. — Esprit général et poitee politique des 
institutions monarchiques dans les bailliages et 
sénécluus>ees du i«»i. — Aires géographiques. 



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aire Set rare. — Serare et Serrare. — Sectare 
dans le sens de faucher et beier. — Sector, Sec- 
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L.\|v»é entièrement nouveau d'une distribu- 
tion géographique des mots : Les auteurs ont 
pris pour base de leurs recherches les cartes de 



VA t las Linguistique. On pourra se rendre 
compte par l'étude du mot Scier combien de 
travaux similaires originaux et neufs peuvent 
être tirés des planches de V Atlas de Gilliéron 
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Origine de l'institution des Intendants des pro- 
vinces, d'après les documents inédits. In-8. 

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Ce travail a pour objet d'éclairer les ori- 
gines d'une institution qui a joué un rôle si 
important dans l'histoire de l'ancien régime. Les 
limites extrêmes de cette étude sont les dates 
de l.~>50 à l(St), M. Hanotaux prouve donc qu'il 
existait des intendants avant la fameuse date 
de liïi"». 11 voit leur origine dans les commis- 
saires royaux, les intendants d'armée et de jus- 
tice, police et finances, étudie leurs fonctions 
pendant la seconde moitié du xvr siècle. Liste 
des intendants et des commissaires envoyés 
dans les provinces jusqu'à l'année HïJTî. 

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ces diplomatiques et administratives du Cler- 
montois, sont au nombre de lin, la plupart 
inédites. Elles vont de 1(mki à ]:&•>, et nombre 
d'entre elles, écrites en langue vulgaire, •pré- 
sentent au point de vue philologique un intérêt 
tout particulier. L'ouvrage est accompagné d'une 
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la France, pu > 



rLea Origines, In Gnule Inde 
pendante et lu Gaule rotnuine. 

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1 L« Christianisme, les Barbares, 
— Mfrovinalen* et Carollu- 






II Les premier» Capétiens (987- 
1137i, 

„ Louis VII. Philippe- Auguste et 
Louis VIII (1137*1836), pur 

. I rai. 

Salut Louis, Philippe le Bel, 
les derniers Capétiens directs 
(1SM-1338), 



de Cent ans (1328-1422), par 

Il Charles VII, Louis XI et les 
première*» années de Char- 
les VIII (1422-1493), pu M. Cil. 

t vol. 

I, Les guerres d'Italie. — La 
France sous Charles VIII, 
Louis XII et François I" (1492- 
15471, :■ 

II, La lutte contre la maison 
d'Autriche — La France sous 

D 11547-165»), pu M 11, 



• premiers Valois et la guerre 



I La Heforme et la Ligue. — 
L'Êriu de Nantes (15G9-169B), 

■ 

II Henri IV rt Louis XIII (15B8- 
1643), , 

. \ Il 
1 Louis XIV. La Fronde. Le Roi. 
Colbert (1843-1685) |1" 









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L'évolution créatrice, 
Qu'est-ce que la sociologie? ' 



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L'ÉCLISE ET LA SOCIÉTÉ CATHARES 



Si l'on met de côté les dogmes qui lui sont propres et qui, par 
leur complexité en même temps que leur nature étrange, offrent 
la matière d'un examen du plus haut intérêt, le catharisine. peut 
être étudié avant tout, il semble, à deux points de vue spéciaux. 
("est comme association religieuse et aussi comme église. Son 
aspect, au premier de ces points de vue, est celui d'un ensemble 
de caractère multiple et varié. Il présente, au second, l'image de 
l'unité la plus absolue; on pourrait dire la plus rigide et la plus 
•'■truite. 

Comme société religieuse, en effet, le catbarisme comprend la 
totalité des individus ayant adhéré a ses principes et à son culte. 
Mais il y a là, de toute évidence, un groupement plein de diversité. 
L'adhésion dont U s'agit peut avoir été plus ou moins profonde, 
et cela non seulement en raison de la ferveur inégale qu'y ont 
apportée ceux qui s'y sont résolus, mais encore par suite des obli- 
gations et des sacrifices d'étendue différente qu'elle entraîne pour 
ceux qui l'ont donnée. En fait, ou le sait, parmi les sectateurs 
des doctrines cathares, deux catégories au moins doivent être dis- 
tinguées. Il y a tout d'abord ceux de ces sectateurs qui, tout en 
admettant les croyances du dualisme et ses pratiques particu- 
lières, H&l demeurés dans le monde et y continuent une vie assez 
éloignée de l'idéal de pureté, de renoncement aux biens terrestres 
qu'il prescrit comme la condition obligatoire du salut. Viennent 
ensuite ceux qui, pour atteindre à cette fin suprême, ont accepté 
«ans réserves le même idéal, ont modelé leur existence sur 
les règles qu'il comporte et par là se sont assuré la béatitude 
Itarotlls, 

Un nom est attribué, daus tous les documenta du xu et du 

Xltl" siècle, à la première de ces deux sorte* d'adhérents aux 

enseignements dualiste*. C'est celui de '-royiinis. .[.■ oredenttt. 

ie. Pour ces représentants spéciaux 

i" distinct et essen- 

Rsv. Hwos. XCIV. »■ paH. 15 



226 CHARLES M0L1XIBR. 

tiel, unique en même temps par rapport au catharisme, ce qui les 
y rattache, ce qui les en fait membres certains, quoique à un 
degré inférieur, c'est la foi, sans les œuvres il est vrai, ou du 
moins toutes les œuvres qu'il commande pour parvenir au salut 
définitif. Liés ainsi au monde religieux où ils sont décidés à 
entrer, ils le sont du reste encore généralement d'une autre façon, 
par un engagement particulier et péremptoire. Il s'agit delà pro- 
messe d'embrasser, ne fût-ce que pour un instant, fût-ce seule- 
ment à l'heure de la mort, la vie religieuse et morale supérieure, 
dont les ont écartés les nécessités de la vie de chaque jour et la 
dissipation qu'elle entraîne. Un terme à part désigne ce pacte, 
cette convention. C'est le terme provençal de convenenza*. 

Mais, au-dessus de ces croyants, la communauté cathare ren- 
ferme une autre classe de fidèles. Ce sont ceux qui ne se sont pas 
arrêtés à mi-chemin, en quelque sorte, comme les premiers. Ce 
sont ceux qui, avec la foi, dont se sont contentées, en y joignant 
quelques-unes des œuvres les moins gênantes que prescrit le 
catharisme, les âmes tièdes des croyants, sont allés jusqu'au bout 
de ses enseignements ascétiques. Ce sont ceux enfin qui ont fait 
l'immolation de leurs appétits terrestres au renoncement radical 
qu'il enseigne, qui n'ont pas cru, dans leur désir d'arriver plus 
sûrement au bonheur éternel, devoir différer l'acceptation de 
l'existence qui leur était proposée comme le seul moyen d'y 
atteindre. Ceux-là, à causé de l'idéal de perfection qu'ils ont 
adopté et qu'ils s'efforcent de réaliser dans la pratique quotidienne, 
ont reçu le nom significatif de parfaits. 

Ainsi donc, au sein du catharisme, si on le considère dans le 
sens le plus large, en tant qu'association religieuse opposée à 
l'association de même nature que forme le catholicisme, nous 
devons reconnaître deux catégories distinctes d'adhérents : les 
croyants, qu'on a essayé de définir d'abord, les parfaits, dont 
il vient d'être question. Mais si, après cela, on envisage ce même 
catharisme comme une église proprement dite, en entendant au 
moins cette appellation comme il l'entend lui-même, il n'y a 
qu'une espèce d'individus qui paraisse réellement apte à la cons- 
tituer. Ce sont les parfaits. Seule, en effet, leur réunion offre 

1. c Item fccit eis pactum quod vocant la convenensa quod reciperetur ab 
eis in fine, secunduin pessimam consuetudinem eorumdem. » Limborch, 
Liber sententiarum Inquisitionis tholosanae, fol. 10 b. 



l'it.Lisf. et u société cithares. 227 

les caractères essentiels et nécessaires auxquels se reconnaît la 
société éJue de Dieu, c'est-à-dire l'absence de tout membre 
impur ou à demi puriâé, la réalisation d'un idéal de détachement 
sans réservas. Qu'au surplus cette église demeure aussi large- 
ment ouverte qu'on peut l'imaginer, qu'elle ne demande pas mieux 
r !<- plus grand nombre possible d'adhérents 
futurs ou immédiats, à peine est-il besoin d'en faire la remarque. 
Mais elle s'est délimitée spontanément avec uue précision et une 
rigueur telles qu'eu vain chercherait-on rien de sembla li h' i/luv. 
toute autre société religieuse. Qu 'est-elle d'ailleurs au juste, 
d'après les dualistes eux-mêmes? Sur quels principes a-t-elle été 
fondée? Quelle idée faut-il avoir d'elle, par rapport aux autres 
communautés qui l'entourent, et spécialement par rapport a sa 
rivale, à sa persécutrice, l'église catholique? Quels sont eun'n sa 
raison d'être, son rôle dans le monde chrétien? Après les indica- 
tions préliminaires qui viennent d'être présentées, c'est ce que 
nous allons essayer d'exposer maintenant, et ce sera le prenkr 
point de cette étude, 



I/ÉOLISE CATHARE. 

Pas plus qu'à l'église romaine, qui se dit universelle, qui se 
proclame la seule traditionnelle et la seule véritable, la seule qui 
ouvre aux hommes la voie du salut, on ne peut reprocher à 
l'église cathare de ne pas avoir eu d'elle-même la plus haute idée 
el d'avoir péché par excès de investie. Aux prétentions de l'église 
officielle, qui lui semble abominable, elle oppose des prétentions 
toutes pareilles, à ses a Da thème-, d«s anaMiemes non moins expli- 
cites. C'est elle, et non l'église de Rome, qui est la seule authen- 
tique, la seule en qui se soit perpétuée la tradition du Christ et 
de «es apôtres, la seule qui soit en possession de la vérité et con- 
duise infailliblement au salut. 

Aussi, dans leur conviction de la légitimité exclusive de leur 
église, est-ce avec une véhémeuce extraordinaire que les Cathares 
repoussent l'accusation d'hérésie qu'on lauce contre eux. Los 
hérétiques, ce sont leurs accusateurs et non eux-mêmes. En tout 
cas, une imputation de ce genre no peut venir que des méchants, 
résolus a méconnaître leur 1 .ni' : 1 u i 




228 CHARLES MOLIIfIBR. 

de vrais fils du Sauveur, d'héritiers incontestables et directs de 
sa parole et de ses exemples. « Ce qu'ils disent avant tout et 
couramment d'eux-mêmes, rapporte Bernard Gui, c'est qu'ils sont 
de bons chrétiens, qui ne jurent, ni ne mentent, ni ne médisent 
de personne, qui ne tuent ni homme ni bête ni aucun être vivant. 
Ce qu'ils disent encore, c'est qu'ils observent la foi de Jésus-Christ 
et son Évangile, tels qu'ils les a enseignés lui-même et les ont 
enseignés ses apôtres, dont ils tiennent la place. Voilà pourquoi 
les membres de l'église romaine, c'est-à-dire les prélats, les 
clercs, les religieux et surtout les inquisiteurs, de même que les 
Pharisiens persécutaient le Christ et ses apôtres, leur infligent 
des persécutions et les qualifient d'hérétiques, bien qu'ils soient 
d'honnêtes gens et de bons chrétiens 1 . » 

Plus important peut-être que la revendication par les héré- 
tiques de leur honnêteté ou de leur caractère de vrais représen- 
tants du christianisme, il y a dans le texte qui vient d'être cité un 
point qu'il faut retenir comme essentiel. C'est l'affirmation par 
eux du lien intime qui les rattache au Christ et à ses disciples 
immédiats, de l'apostolicité de leur église. Et cette apostolicité, à 
leur avis, on doit l'entendre dans le sens le plus étendu, avec 
toutes les conséquences, tous les privilèges qu'elle comporte. 
Parmi ces privilèges, quelques-uns d'entre eux sont allés même 
jusqu'à compter le don des miracles, suivant la promesse faite 
par le Rédempteur à ceux qui croiraient en lui et qu'il ne pouvait 
manquer de tenir. Toutefois, fidèles à leur dédain fondamental de 
la matière, c'est dans un sens purement spirituel et allégorique 
que la plupart ont interprété les paroles du Christ. Celui-ci 
même, pensent-ils, n'a pas accompli réellement sur terre ces pro- 
diges matériels où l'on a prétendu voir les signes les plus déci- 
sifs de sa mission. C'est au point de vue spirituel qu'il faut les 

1. « In primis communiter dicunt de se ipsis quod ipsi surit boni christiani 
qui non jurant, nec menciuntur, nec maledicunt alicui; nec occidont nec 
hominem nec animal, nec aliquid quod habeat vitam respirantem, et quod 
ipsi tenent fidem Domini Jhesu Christi et Evangelium ejus, sicut docuit Chris- 
tus et apostoli ejus; et quod ipsi tenent locum apostolorum, et qnod propter 
predicta illi de Ecclesia Romana, videlicet prelati, clerici et religiosi, persecun- 
tur eos, et precipue inquisitores hereticorum, et vocant eos hereticos, cum 
tamen ipsi sint boni bomines et boni christiani, sicut pharisei persequebantur 
Chrislum et apostolos ejus. i Practica inquisitionis heretice pravitalis, 
V a pars, éd. Douais, p. 241. Voy. également une protestation du même genre 
reproduite par Schraidt, Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou Albi- 
geois, t. II, p. 104, n. 2. 



■tarai i 



l SOCIIÎTÉ ClTHlMS. 



m 



BBTÎngBr et les comprendre'. Comment, après cela, les Cathares, 
vrais chrétiens, oseraient-ils briguer l'honneur il 'accomplir des 
actes auxquels s'est refuse Jésus lui-même? Leurs miracles à eux, 
Se h midi l'a dit avec raison, « étaient la flOOTCntOD fa km i 
Hitti. leur délivrance de la servitude du démon, leur union nou- 
velle avec le Saint-Esprit »'. 

Quoi qu'il en soit de cet aperçu particulier, ce sont donc, ainsi 
qu'ils le proclament hautement eux-mêmes, les Cathares seuls 
qui représentent la vraie église, avec tous les caractères d'au- 
lea traditions, les maximes qui doivent la faire recon- 
naître. Mais cette église, auprès de laquelle toutes les autres ne 
nit qu'imposture, comment la définir à leur gré? « Suivant leur 
trine, dit encore Schmidt, l'Eglise consiste dans la réunion de 
îux qui, eu croyant a la révélation du Dieu bon par Jésus-Christ 
(t en accomplissant parfaitement ses préceptes, se sont affranchis 
des liens de la matière et de la puissance du démon ; en un mot, 
•i la réunion des parfaits de la secte; ceux-ci sont seuls 
les bons chrétiens, les brebis du Seigneur, les successeurs des 
apôtres, le peuple de Dieu sur la terre 1 . * Une telle définition 
était à prévoir. Les dualistes n'en pouvaient donner d'autre. Elle 
concorde absolument avec tous leurs principes dogmatiques et 
inoraux. Tout aussi naturelles sont les conséquences qu'ils eu 
I ntir-le-chaïup, et qui se résument dans une double 
nécessité pour l'Église ainsi entendue : nécessité d'être pure et 
sainte dans ses mœurs, nécessité d'avoir l'intelligence exacte du 
christianisme, de sa vraie nature et de son but. 

L'Église, affirment les sectateurs du catharisme, doit être pure 
et sainte. C'est là, dans leur bouche, une parole qu'il faut prendre 
à la lettre, et l'exagération, qui leur est familière, s'y montre 



t. A tel égard, an a le ti-mnignage de Mimela, qui wul prouver MMtN le 
dire du ler.latre* U réalité de* mirarles du fhrîit, de rem de ses apùlrei ei 
det Minn de D|Um pttboUqn*. • ... Dir.unl, , |UIH | OtrMu et .-, -. 
nuii<|i).tm fer il Wllllhlll |pi,H Splrllunliler erRi). dleunl ipsl, debemu» Intel- 
llgere tin»" ObHlU. • Mandat aâneriut l'a f Aurai tt Vafduntri librt qmnq-ur, 
tib. il, «p. ». éd. RlaÛal, i> tu 

'.'. Op. Cil., t. II. |r. 105. Voj. tbttt-, même i>a(!e, n (, un 
rile par l'auteur, et qui ennQrme t« parolei a lui-même. Ce telle, etl emprunle. 
a U Uupuliitlo inler Catholtewn tl Pattrintm heretteum du I 
tirégoire de Florence, eieijiie de Kann. Vcrj, 77ie»nuruj an'cdotorum kqvMI, 

S, Op al., I. II. p. 104. 



230 CB1BLES MOLIKIER. 

une fois de plus. Non seulement les membres de l'église cathare, 
qui est la seule véritable, sont tenus de tendre à la pureté, mais 
il faut qu'ils y aient atteint. Non seulement les impies, les incré- 
dules, les pervers de toute sorte en sont exclus, mais cette église 
exemplaire et immaculée ne peut se composer que d'adhérents 
arrivés à la perfection. Là-dessus, la pensée des hérétiques n'ad- 
met pas de moyen terme. « Dans l'Eglise de Dieu, dit un texte 
du xm e siècle, il n'y a pas tout ensemble des bons et des 
méchants 1 . » Et ce jugement est celui de toutes les sectes dua- 
listes sans distinction. 

Ainsi qu'on doit s'y attendre, ce principe de la perfection 
nécessaire de la véritable église, les Cathares en font l'application 
rigoureuse à cette ennemie qu'ils ne perdent pas un instant de 
vue, l'église romaine. Comment, s'écrient-ils, cette église pour- 
rait-elle soutenir qu'elle est l'héritière authentique du Christ et de 
ses apôtres? Comment lui serait-il seulement permis de prétendre 
à la pureté et à la sainteté? En vertu de l'inamissibilitédu carac- 
tère sacerdotal, elle garde dans son sein, malgré tous leurs 
crimes, des représentants imparfaits. Elle a chez elle des hommes 
adonnés à tous les vices, des hommes contre lesquels elle-même 
est obligée parfois de sévir. Surtout, elle méconnaît les saints, les 
fils légitimes de Dieu; elle ne craint pas de les persécuter*. 

Mais ce ne sont pas là les seuls reproches que les sectaires se 
jugent en droit d'adresser à cette église de Rome, selon eux si 
condamnable. « Dans l'église romaine, disent-ils, il y a nombre 
de misérables qui meurent presque de faim, de soif et de froid. 
Et les riches de cette église demeurent sans pitié pour eux ; ils les 
laissent se lamenter en vain et succomber sous le poids de leurs 
souffrances. Comment pourrait-on soutenir qu'en eux réside la 
charité divine 3 ? » Ce n'est pas tout encore. « On ne voit point, 

1. c In Ecclesia Dei non sunt boni et mali. » Bibl. nat., ms. lat. 13151, 
fol. 348 D, et Muratori, Antiquitates italicae medii aevi, t. V, c. 95, sous le 
nom de l'écrivain ferrarais du xv* siècle, Pellegrino Prisciani. Ce texte a été 
allégué également par Schmidt, op. cit., t. II, p. 105, n. 3. 

2. c Item, ut plurimura locuntur laycis de mala vita clericorum et prelato- 
rum Ecclesie Romane, et specificant, et exponunt de soperbia, de cupiditate, 
de avaritia et de immundicia vite et quecumque mala alia sciunl; et ad hoc 
adducunt auctoritates, secundum suam expositionera et suum intellectum, 
Ëvangelii et Epistolarum contra statum prelatorum et clericorum et religioso- 
rum, quos vocant phariseos et falsos propbetas qui dicunt et non faciunt. » 
Practica, V» pars, p. 241. 

3. « ... In Ecclesia Romana multi sunt egenles, qui famé, siti et frigore 



l'kclisi rr 1.1 société ctrninEs. 231 

pou nui vent-Us, que ni le Christ ni ses disciples aient jamais 
I >r*rsecatioris à qui que ce soit, mais plutôt qu'ils on ont 
enduré. On It- s chassait, ils ur chassaient personne; on les flagel- 
lait, ils ne flagellaient qui que ce fût. On \m incarcérait, ils M 
mettaient personne en prison. C'est île façon toute opposée que se 
OOndoil l'église de Home : elle expulse les malheureux; ce n'est 
pas elle qui subît l'expulsion ', • Celte église coupable ne montre 
donc, en fin de compte, que dureté et insensibilité. Elle a fait 
l'abandon absolu de la mansuétude qu'avait prèchée le Christ. 

Ainsi voilà les chefs de la société catholique accusés, convain- 
cus auprès du peuple chrétien des pires défauts, l'avarice, la 
dureté, l'oppression sanguinaire. C'est aux fruits, concluent tes 
auteurs de ce réquisitoire, qu'il faut juger l'arbre. L'arbre est 
donc mauvais. Avec ses vices, avec ses tares, l'église romaiue ue 
saurait prétendre à être cette association irrépréhensible que tout 
fidèle peut légitimement concevoir. On se tromperait, du reste, 
si l'on supposait qu'à ces seules indications s'arrête réellement 
la pensée des sectaires sur un point qui paraît leur tenir si fort 
au cœur. Suivant eux, deux églises, eu réalité, se partagent ou 
plutôt se disputent le monde : l'une, bonne, vraie, sainte, c'est la 
leur, l'église légitime, authentique du Christ; l'autre, mauvaise, 
et c'est l'église romaine elle-même. Cette église funeste et exé- 
crable, c'est, dans leur croyance, « la mère de fornication, la 
grande liabylone, la courtisane, la basilique du diable et la syna- 
SfttU ». Sm partisans M BODt que 6a hérétiques. Le 
salut est impossible dans son sein'. On ne saurait trop prendre 
en considération l'importance qu'offre pour les Cathares la dua- 
â qui vient d'être établie. Cette dualité, comme un lieu cora- 



quiai mo ri u ni tir, qulbui dltltfl* F.r.ilpsljc Roman je non r.oio|>aliunlor, *nt 
■Alnre, ici) »m'w uricdlrti» [Misionibin Minuit: quomodo rrgo i:biriU» Lin 
manet la cl»/ > MonrU. lib. V, rap. i, p. 394. 

1. i ... Nm Cnrltlils iii-r rjin disr.ijiuli iiircniunlur MlH |>rr»«iitioiiem, 
«il polim IMtlMlm; fugabanlur, non fiiaabanl . flauellabantur, non lUgelta- 
bant: lnr.»r<-.iiran«nlnr, non tpirilUlml. I mnlrario siulem Krrlcitia Itomatu... 
M ii«b«L, qni» rifWltiL, cl non «pellilur... ■ lM.. iU supra, lib. V, cap. US, 
. 

!. i llfrti, il 1141 runlinctinl ette errlesias, unam bnnlKnatn quun ilicunl un* 

letlam -11,110, (Minqur r-v nvirrunl ecrlciïom Jlinu lliri-li : iltum *#ru eccle- 

.' iunlijjium, qtum iliriml MM Rumsnain Y," -le»!»»!, Mm'|iO' mn>"- 

cltnUv ippvllanl iiiitmn furnicaliunii. Ilabilotiem inatiitm, tneroIrU'rm M 

■ ' y[ue «railut ri ocilini > l ac «ntlila- 

< 1 italuU deiplcinnl t\ llafflll. ri uiiinct qui lidïl» rju& Irtient 



232 CHARLES M0LI1UER. 

mun cher à la secte, apparaît dans tous les documents du xm 6 
et du xiv* siècle. A peine est-il besoin de remarquer d'ailleurs 
qu'elle cadre absolument avec les conceptions ditbéistes, faites de 
l'opposition perpétuelle du bien et du mal, dans la divinité, dans 
la création, dans la nature humaine et jusque dans l'Ecriture 
sainte. 

Cependant, non moins importante et, sans aucun doute, de 
conséquence supérieure est la réprobation définitive de l'église 
romaine, dont les dualistes appuient l'exposé de théories particu- 
lières. L'écho doit en retentir à travers tout le moyen âge chez 
toutes les sectes insurgées contre l'unité catholique. Dans les mêmes 
termes, elle se répétera du catharisme à la Réforme, depuis le 
xif siècle jusqu'au xvi 6 , proclamée successivement par les Vau- 
dois, par les disciples fanatiques de Gérard Segarelli et de Dol- 
cino, par leurs contemporains, les dissidents de l'ordre de saint 
François d'Assise. 

« Le pape, diront les premiers, et, avec le pape, les évêques, 
les prélats, les clercs, parce qu'ils détiennent les richesses de ce 
monde et se refusent à imiter la sainteté des apôtres, ne sont pas les 
pasteurs et les chefs véritables de l'Église de Dieu. Ce sont des loups 
rapaces et dévorants. Le Christ ne peut vouloir confier à de tels 
hommes l'Église, son épouse. Il ne faut pas leur obéir 1 . » Vien- 
dront ensuite les hérétiques, que les inquisiteurs ont qualifiés de 
Faux- Apôtres. « Toute l'autorité, diront-ils à leur tour, que Jésus- 
Christ avait conférée jadis à l'église romaine s'est trouvée anni- 
hilée et a pris fin par suite de la méchanceté de ses chefs. Cette 
église, qu'ont entre leurs mains le pape, les cardinaux, les pré- 
lats, les clercs, les religieux, n'est pas l'Église de Dieu. C'est une 
église condamnée et stérile 1 . » Enfin, parleront les mystiques, 
Spirituels et Béguins, nourris des rêves apocalyptiques de Joa- 

appellant hereticos et errantes; nec aliquem posse saWari in fide Romane 
Ecclesie dogmatizant. » Practica, V* pars, p. 237-238. Voy. également Lib. 
sentent. Inquis. tholos., fol. 40a (sentence de Pierre Autier, d'Aï, condamné 
au bûcher, à Toulouse, le jeudi 9 avril 1311). 

1. c ... Papa et episcopi, et prelati, et clerici, qui habent divitias hujus 
raundi et sanctitatem apostolorum non imitantur, non sunt Ecclesie Dei reri 
pastores et gubernatores, set lupi rapaces et devoratores, nec talibus Chris tu s 
dignatur committere Ecclesiam sponsara suam, et ideo eis non est obedien- 
dum. i Practica, V« pars, p. 251. 

2. «... Tola auctoritas a Domino Jhesu Christo col la ta dudum Ecclesie 
Romane est omnino evacuata et jam cessa vit propter maliciam prelatorum... 
Ecclesia Rom an a, quam tenent papa et cardinales et prelati et clerici et reli- 



l/feLIBI CI U SOCIÉTÉ CATHARES. 233 

diim da Flora, de taa de Panne et <le Pierre Olive. « L'Eglise, 
dèolinront ces derniers, a soûle du vin de sa fornication tous les 
souverains de la terre, c'esL-à-dire les rois et les j.rinces de la 
chrétienté, et avec eux les hauts prélats qui se sont attachés aux 
pompes de ce monde. 1^ pape n'est que le sanglier de la forêt, le 
sanglier sauvage qui renverse et détruit les murs de l'Église de 
Dieu, l'enceinte qui la protège, afin que puissent y pénétrer les 
chiens et les pores, c' est-a-dire les hommes qui blasphémant ci 
foulent aux pieds la perfection évangélique 1 . » Ainsi, d'un siècle 
à L'aQtn se propagera cette malédiction effrayanle. Elle s'im- 
plantera dans l'oreille et dans le cœur des peuples. Justifiée par 
l'entêtement des pontifes à ne pas s'amender, à ne rien sacrifier 
do leurs visées et de leurs ambitions mondaines, elle préparera le 
déchirement final, dont Luther, ZwiDgle et Calvin seront les pro- 
moteurs triomphants. 

Cette déchéance de l'église officielle, à cause de ses vices et de 
ceux de ses ministres, à cause de son infidélité au mandat dont 
elle avait été investie primitivement, elle ne date pas d'ailleurs 
d'hier. Les débuts en remontent jusqu'aux jours lointains où cette 
église, contrairement à la loi du Christ, à ses exemples ainsi qu'a 
ceux de ses apôtres, a voulu entrer en partage avec les puissances 
d'ici-bas de tout ce que le monde renferme de richesses, de jouis- 
sances matérielles. 11 y a plus : selon lis Cathares, un moment 
précis peut être assigné, dans l'histoire du christianisme, à cette 
chute honteuse. C'est celui où le pape Sylvestre reçut des mains 
de Constantin la donation de biens et de territoires considérables. 
De ce fait est sortie la perversion morale de la papauté et de 
l'Eglise représentée par- elle. Le Saint-Siège, prétendent les sec- 
taires, s'est souillé par l'acceptation d'un pouvoir essentiel h' meut 
temporel et terrestre. Le pontife qui n'eut pas le courage de 
repousser ce pouvoir n'est que l'Antéchrist. 

Et cette explication donnée par les dualistes de la décadence, 



(foil, nmi rut Kcdtrti DH, tri rpprobatii ecctesla tln« fructii i Ibid,, ut 
rupra, p. ÏW. 

1. t ... I|i«4 Erclesla dr tIoo fornication! t MM poUiil «m ne* reges lerre, il) 
Ml ri-ni-» •'( |irind|>«* elirlilianilatia «I i nanti"* |>relalo« qui l'Uinpam muodi 
Mcontur... Item lp»om [papan>| dicunl ciw apruru de ailva el tuiKularem 
lutnanUim «I dMlrnenlem maceriam teu clauauraiu EcrlMie Dei, 
lu nt Mm |Hiktint lng>«dt cane» «l porei, id «at homlnet qui ptr- 
ferllnnnm t(I« o tapUw dlUreranl et conculcant, • l'racttea, V pan, 
p. 274, 276. 



234 CHARLES MOLINIKR. 

évidente suivant eux, de l'église romaine obtient, auprès des 
autres hétérodoxes, leurs contemporains ou leurs successeurs, la 
même faveur qu'a trouvée la réprobation sortie de leur bouche 
sous une forme si terrible. Ici encore, il faut voir en eux les pré- 
curseurs d'une opposition irréconciliable, dont ils ne se contentent 
pas de donner le signal, mais à laquelle ils fournissent aussi des 
arguments qui seront reproduits à satiété. L'empereur Constan- 
tin, racontent en effet les Vaudois, a été atteint de la lèpre. Sur 
la foi d'un songe, il appelle Sylvestre, se fait baptiser par lui 
et guérit du mal qui le tourmente. Dans sa reconnaissance, il 
confère au pape la dignité et la couronne impériales et lui aban- 
donne la ville de Rome, tandis que lui-même se retire à Byzance. 
Mais, à partir de ce jour où un pontife hérétique s'est élevé aux 
honneurs de ce monde, les maux se multiplient sur la surface 
de la terre 1 . C'est à cette pensée que se sont arrêtés également 
les sectateurs de Segarelli et de Dolcino. « Tous les prélats de 
l'église romaine, affirment-ils, les plus grands comme les moindres, 
depuis les temps du pape Sylvestre et depuis qu'ils eurent renoncé 
à l'existence qu'avaient menée les saints des premiers jours, sont 
des prévaricateurs et des ministres de séduction. Un seul doit être 
excepté : c'est frère Pierre de Morrone, qui occupa le Saint-Siège 
sous le nom de Célestin 2 . » 

Comme cela devait être, la décadence, la corruption, dénon- 
cées par les sectaires, sont allées augmentant sans cesse à partir 
du jour où elles ont commencé. L'Eglise, de déformations en 
déformations, a fini par devenir exactement l'opposé de ce qu'elle 
fut d'abord, de ce que l'avait faite son fondateur. Ce n'est plus 
qu'une maison où se débitent des mensonges et des impostures. 
Tout en elle est trompeur, les miracles dont elle se vante comme 
les ministres qui prétendent les accomplir. Ces derniers ne sont 
que les faux prophètes prédits par le Christ et par ses apôtres. 
Ses sacrements n'ont été institués que pour jeter les hommes dans 
l'erreur et les livrer à la domination de Satan. Ses coutumes sont 
mauvaises et aussi étrangères aux préceptes de l'Evangile qu'aux 

1. Voy. Ign. von Dollinger, Beitrûge zur Seklengeschichte des Mittelalters, 
zweiter Theil : Dokumenie vornehmlich zur Geschichte der Valdesier und 
Katharer, p. 352. Voy. également p. 356. 

2. « ... Omnes prelaii Romane Ecrlesie, tam majores quam minores, a tem- 
pore sancti Silvestri, postquam declinavernni a modo vivendi priorum sancto- 
rum, sunt prevaricatores et sedactores, excepto fratre Petro de Morrone, qui 
fuit papa Celestinus appellatus. > Practica, V* pars, p. 259. 



I.'bY.LISI1 El Li SOCI 

■ i. 1 h première sodéte* ohréti«me. De cmuiivenceavec 

l'esprit du mal. elle travaille à égarer les âmes, à rainer l'œuvre 
que Dwu avait voulue et dont il avait décidé l'exécution par l'in- 
termédiaire du Rédempteur. 

C'est la-dessus que concluent les Cathares, DU pbltM çn'ttl 
reviennent aux nn'iiiiiww posées tout d'abord par eux. Que l'on 
compare leurs principes, leur vie, leurs actes, à ceux de cette 
igtlM qu'ils répudient. La qualification d'hérétiques qu'on leur 
i qui s'applique-t-elle légitimement? N'est-ce pas a 
ceux-là mêmes qui tentent de les en flétrir? Les hérétiques, ce ne 
sont pas eux, fidèles aux enseignements du Christ et surtout à son 
nn'pri- du monde Bl ÔM joies de ce monde. Ce SODl les Cl I 
membre* il 'une tMOOiatîot) raligfeUM qui a rompu avec ses tradi- 
tions originelles comm «W les lois de la charité et de la justice. 
Ce sont ses adhérents obstinés, ceux qui s'attachent opiniàtré- 
ment ;i elle quand tout se réunit pour leur ouvrir les yeux, pour 
leOT fiure reconnaître dans celle société 'letestalile I église, du dieu 
mauvais, la synagogue du démon, celle que l'apôtre a désignée 
et maudite dans son Apocalypse. 

, après cela, un ehretiefl BwotN dûîl dé-i>-pé['er de trou- 
ver le salut dans cette égliv rimas de son man- 
dat primitif, où pourra-t-U le chercher et le découvrir? Ici -se 
place pour !e catharisine un nouveau triomphe. Ses fidèles, l'église 
qu'ils conslituenl ropiVJanntiMll seuls la véritable église. Seule, 
celte église particulière possède le secret du bonheur éternel. Pour 
l'obtenir ce bien suprême, objet -les aspirations de I i 
Broyante, le moyen est bien simple. 11 suffit de sortir de l'église 
catholique et d'entrer dans l'église cathare. Que l'homme adopte 
la secte. Qu'A u régénère par la baptême de rEepril al renonce fa 
la terre pour mener l'existence de» parfaits. Devenu BHObra de 
l'Agita qui ait la seule autiieiiiique, il obtiendra le pardon de Mo 

fautes. Il aura rempli toutes les conditions nécessaires pour sau- 
ver son âme. 11 aura reçu le dieu consolateur et, avec la pléni- 
tude de ses dons, l'assurance de la \ i< 



LA SOCiAtÉ CATHAEB. 



Nous :l i. finir l'église cathare, d'en marquer 

Lee caractères essentiels. 11 nous faut passer maintenant à l'étude 



236 CHARLES SfOLINIKR. 

de la société qui se groupe autour d'elle et dont elle incarne l'idéal 
religieux. Cette société, comme il a été dit, comprend deux espèces 
distinctes et bien différentes d'individus, les parfaits, seuls 
membres en réalité d'une église étonnamment fermée et exclusive, 
les croyants* gens du siècle, Cathares de cœur et par la foi, 
mais forcément éloignés, par suite de leurs occupations quoti- 
diennes, d'un ascétisme dont la secte fait à ses élus une obliga- 
tion péremptoire. De ces deux catégories d'adhérents, c'est la 
première dont nous nous occuperons tout d'abord. 

1. Les parfaits. — A propos des parfaits, une question doit 
être examinée avant toute autre. C'est celle que soulève la diver- 
sité des appellations dont usent pour les désigner les écrivains 
catholiques du xn e et du xiu* siècle. De toutes ces appellations, 
la plus ordinairement employée sans doute, en même temps que 
la plus exacte, est celle dont nous nous sommes servi nous-même 
jusqu'ici. Mais il en est un certain nombre d'autres au sujet des- 
quelles il est indispensable de présenter quelques observations. 

Le nom de parfaits mis à part, l'un des plus anciennement 
usités pour désigner les sectaires dualistes c'est celui de Katha- 
ristae. On le rencontre, au XII e siècle, chez le bénédictin alle- 
mand Eckbert 1 , au xin°, chez le dominicain et inquisiteur fran- 
çais Etienne de Bourbon 2 . Mais l'emploi du terme indiqué par 
ces deux écrivains constitue en réalité un abus inacceptable. 
C'est une des conséquences de la confusion commune, surtout 
au xn 6 siècle, à nombre de controversistes orthodoxes, et en vertu 
de laquelle les Cathares ont été absolument identifiés aux Mani- 
chéens antiques décrits par leur adversaire saint Augustin, en 
même temps que tout ce qu'avait dit ce dernier des dualistes de 
son époque était appliqué sans réserves à ceux du moyen âge. Si 
la dénomination de Katharistae a pu convenir à des hérétiques 
du rv e siècle, la seule forme de cette dénomination spéciale dont 
on doive légitimement se servir, quand il s'agit, sept ou huit cents 
ans plus tard, des parfaits, c'est celle de Cathari. Suivant 
Etienne de Bourbon, elle aurait été usitée en particulier par les 

1. Le traité d Eckbert figure dans la Bibliotheca maxima Patrum, t. XXXIII, 
p. 600-631. 

2. c Item electi eorum Kathariste dicuntur, id est purgatores, quia dum 
comedunt aut bibunt, bonam illara naturam Dei admixtam cibo se purgare 
dicunt, ut sursum redeat, et roala natura per secessum emittatur. » A. Lecoy 
de la Marche, Anecdotes historiques } légendes et apologues tirés du recueil 
inédit d'Etienne de Bourbon (Soc. de l'Hist. de France), p. 301. 



t'ÉSUM ET Li siHJKTlt CATHlBi;) 



237 



Allemands 1 , Mais elle figure Bnsei dâiu Aa textei ûYortgiM ita- 
lienne et contemporains du son ouvrage à lui-même, dans les 
traité* de Mouèta, de Raînier Sacchonî, et, à uue date proba- 
blement antérieure, dans l'œuvre il peu près inédite d'un auteur 
quelque peu émgmatique, G. de Bei-game*. On peut ajouter 
quelle a donné naissance a la forme de Gazari*. d'où est venu 
le mot allemand kelzer (hérétique). 

Pour indiquer les dualistes modernes, d'autres appellations 
sont d'ailleurs aussi courantes et aussi authentiques, plus 
- même, il semble, que celle de Cathares. Ce sont les 
limn de boni hommes*, de boni Christian**. Pour ceux-ci, 
la raison s'en découvre sans difficulté dans tout ce qui a été dit 
de la conception qu'ont les sectaires d'eux-mêmes et de l'église 
iJuvlM'iiui' et dans la pensée qu'ils sont seuls à représenter légi- 
timement cette dernière. D'autres dénoinitutliiios paraissent moins 
ordinaires, celles, par exemple, de consolés et, s'il faut en croire 
quelques historiens, de consolateurs. Ce n'est pas qu'elles ne 
s'expliquent assez aisément comme les précédentes. La première 
viendrait de ce que la grâce qui tire les hérétiques de la foule 
font», qui les élève au rang des parfaits, leur est trans- 
mise par le plus considérable de tous les sacrements que possède 
le catharisme, c'est-à-dire le consolatnentum. La seconde déri- 
verait de ce fait, qu'investis d'un véritable caractère sacerdotal, 
Us ont effectivement le pouvoir de communiquer la grâce qu'ils 
ont reÇM, en accomplissant le même rite qui la leur a donnée 1 . 



1, Voy. Lecoy de la Manne, op. cil., p. BOOU 

2. Celle fltUTre ligure â I* lttblintiiè<|ue Ambrosiennc, dans un recueil factice, 
marqué Je la cote Q 3:', *up. Elle a Clé signalée a deui reprises différente* par 
Muriltiri, uni* fuis dans mi Hrrum italtcarum icriptorti, t. XI, p. 4(5, une 
autre foi» dans ses Antù/utialti ttaUcat inerfil aevi. L'érudlt italien au a 
même donné, dam re dernier ouvrage, le début el <iuel<|uc) courts extraits. 
Vtf. t. V, c. IV.I-Ij.1. 

1. Au dit* d'filirnne de Hourlwin. r.a-art ht* il une appellation italienne, 
ou. ptua etKtemenl, lombarde. ■ Dicunlur eliam a Lumbardii tïaxarl Tel 
l'ilban. t l.eco) de l.i «ari-bf, of>, ci/,, p. 300. 

4. (iinrile de Lombrri de 1165; Pierre de Vaux-de-Tcrnay, lititorta Alhtgtn- 
jiutn, nb. u ; t.tb. tmtmL Inçiii Iholoi., fol. 10b et pautm. 
■ 

li. Alain. <|ui eut peut-élre le même qu'Alain de Lille. ■ prétendu distinguer 
lr> tonioic ÉH /icir/inh S'Iiiniill \/ÊQl Mtl UëUmBOm mal fondée (»ny. op. 
cit , l. II. p. K, n. 4). A noire ni», 11 ■ raison. NI l'esprit dui croyance* 
Cathare», auiqucllet il te réfère, ni Itl IflTsfl n> BHÉfMOl l.i pennée eijiri- 
mee j-ar l'anleur du *u" siècle. 



238 CHARLES MOLINIKR. 

Enfin, comme, pour l'église orthodoxe, le catharisme représente 
à un certain moment l'hérésie suprême, en tout cas celle qu'elle 
juge la plus redoutable, non seulement les simples fidèles, mais 
les controversistes catholiques et avec eux les inquisiteurs, tous 
donnent aux sectaires le nom général d'hérétiques* et à leurs 
croyances celui d'hérésie. C'est sous cette appellation que, dès 
la fin du xii e siècle et surtout au xiu 6 , les doctrines dualistes se 
trouvent perpétuellement accouplées à d autres que les souve- 
rains pontifes poursuivent avec un égal acharnement, sinon avec 
un même succès, celles qu'a prêchées Pierre Valdez. Alain écrit 
son traité « contre les hérétiques et les Vaudois ». Guillem de 
Tudèle, l'auteur de la première partie de la Chanson de la croi- 
sade contre les Albigeois, parle des eretges e sabatatz. Les 
interrogatoires d'Inquisition relatent les réponses des prévenus 
super crimine ou super facto heresis et valdesie, « sur l'ac- 
cusation » ou « sur le fait d'hérésie et de vaudoisie 1 ». 

Quoi qu'il en soit de ces noms divers donnés aux représentants 
en titre de l'église cathare, aux parfaits, c'est par l'imposition 
des mains, par le consolamentum , sacrement principal de la 
secte, le baptême spirituel qu'elle oppose au baptême matériel de 
l'eau, qu'ils atteignent à cette condition souveraine. Ils font par- 
tie dès lors d'une classe d'élus, en qui se retrouvent tous les 
caractères supérieurs, tous les privilèges, qu'attribuent aux 
croyants d'une telle catégorie les textes du Nouveau Testament. 
Ils deviennent les fils légitimes du Christ, les successeurs authen- 
tiques de ses apôtres. 

C'est tout autre chose, du reste, qu'un vain orgueil qu'il faut 
voir dans cette prétention des parfaits de se réclamer du Sau- 
veur et de ses disciples immédiats, de se donner comme leurs con- 
tinuateurs. Dans leur pensée, la sainteté, dont ils croient avoir 
repris possession par le retour en eux de l'Esprit-Saint, ne les 
autorise pas au repos. Elle leur impose au contraire une vie de 
labeurs pareille à celle des premières générations qui fondèrent la 
foi chrétienne 2 . Le monde, en réalité, n'existe plus pour eux. Ils 

1. Voy., pour ces dernières indications, Schmidt, op. cit., t. H, p. 92, n. 7. 
En ce qui a trait à certaines appellations propres aux fractions orientales de la 
secte cathare, celle, par exemple, de ôtotoxoi, pères de Dieu, dont les Bogo- 
miles, suivant l'historien grec Euthyme Zigabène, auraient désigné ceux de 
leurs coreligionnaires comparables aux parfaits, voy. également le même 
auteur, op. cit., t. II, p. 92 et n. 5 de la même page. 

2. Voy. chez Schmidt, op. cit., t. II, p. 94, le témoignage curieux de ce 






CUtm kt 1.* eeciM c.ta.bk''. 239 

cassent d'y appartenir, au moins dans le sens spirituel donné pu 
l'Kvangile a ce renoncement suprême. Du monde, ils abdiquent 
les passions LaB ilisii's. Da ne s'appartiennent même plus à eux- 
mêmes. Ils font à l'église qui les a accueillis, à la propagation de 
<;<!.■:. -r. m m seulement le sacrifiai de leur vie 
ei de leur sang, — cela va si bien de soi, que d'un sacrifice de ce 
genre on ne parle même point, — mais ils lui immolent encore 
MDi délai lout ce qui fait te charme de l'existence humaine, ce 
qui la constitue réellement, les affections, les richesses, jusqu'à 
la satisfaction des besoins les mieux justifies. 

Pour le cathare, en effet, du jour où le consolante ntum lui a 
été accordé, il n'y a plus ni liens ni joios de famille. S'il est 
DUtt, il n sépare de M G BUH <'t 'li 1 ses enfants; il se condamne 
i bm rie rigoureusement solitaire et chaste. 11 fait an B)Sdh 
temps vœu de pauvreté absolue. Ses biens, s'il en a, il lej akm- 
donne a l'église où il est entré. Il les verse au trésor commun, 
qui, formé d'apports de toutes sortes, donations ou legs, sert à 
défrayer les besoins de l'association et de ses ministres. Sa vie 
quotidienne prend le caractère le plus humble, pour ne pas dire 
le plus grossier. Les privations de tout genre eu deviennent la 
règle. Il se contente pour ses vêtements d'étoffes aussi simples 
que possible, de couleur sombre, ordinairement noire. Kn fait de 
nourriture, il se restreint au strict nécessaire, à ce qu'il lui faui 
exactement pour soutenir son corps qu'il méprise. Conformé- 
ment aux croyances de la secte, il répudie tout aliment charnel. 
[fit aliments auxquels il se réduit en est-il redevable le 
plus souvent a la charité de ses coreligionnaires. « Les hérétiques, 
dit un texte des débuts du xiv" siècle, quand ils ne se livrent qu'a 
un travail modéré, doivent observer le jaune, Bt en particulier 

ji'iiiH ■[■ anrant tans carenue, le premier de la fête de saint Mar- 

(c>li> Nu,'], |i M'rund a l'époque qui est celle du carême 

'. ùeme de la PentecMe environ à la CStfl de sainl 

Jean. Durant ces carêmes et à d'autres moments aussi, ils doivent 
■il-. peBTenl le supporter, n'absorber pendant (rois 



nenl k la 'juiélmle rt a toai 1» bien* île ce inomlr qur se rendent à 
eut-memn let parfutlt, et que nnui ■ Iraiiiriii* un ri'riiain callioliqun du 
Xll* nierle. In (irétnuritre. nSi-rwin, |ir**iVt île Slein'clil. Datit le« pMdla '■■]>■ 
(Hirlén |>ar lui, il j a ct>inm« W |>r>gr*innie <l* l.i vie * laquelle as ••tnl 
réwiluii ta Cathare* elitir* A une ÛplU MpMtan par le plut pulMtnt lies 

rlie« la Ion 



240 CHARLES MOL! If I EH. 

jours que du pain et de l'eau, en y ajoutant une noix au plus. Les 
autres jours, il leur est permis de se nourrir de pain, de mets 
cuits, de vin et de poisson; mais il faut que le vin soit si forte- 
ment mélangé d'eau qu'à peine il en reste quelque peu dans la 
boisson ainsi préparée. Cette prescription a pour but de les aider 
à dompter leur chair 1 . » 

A côté des parfaits existe tout un groupe de femmes, désignées 
du même nom qu'eux. Comme les hommes, ces femmes se dis- 
tinguent par un vêtement spécial, également de teinte sombre. 
Au reste, leur vie de chaque jour n'offre aucune différence avec 
celle dont les parfaits eux-mêmes ont accepté les lois rigou- 
reuses. C'est une existence toute semblable à celle de ces derniers, 
de renoncement et de privations. Ainsi qu'eux, les parfaites 
ont quitté leur maison, abandonné le foyer conjugal, délaissé 
leurs enfants, renoncé à leurs biens pour se soumettre au régime 
le plus austère et le plus frugal. La seule concession qui leur soit 
faite, c'est de ne pas voyager sans cesse, alors que les hommes 
y sont obligés. C'est aux hommes, en effet, et non à elles qu'a 
été dévolu essentiellement le rôle particulier d'apôtres de la 
bonne nouvelle, de propagateurs des doctrines du salut. Elles 
habitent seules, dans des cabanes isolées au fond des bois, dans 
des lieux retirés. Parfois encore, réunies dans des maisons com- 
munes, elles s'occupent ensemble de travaux manuels, de tissage, 
de couture, ou bien font l'éducation de jeunes filles qu'elles ins- 
truisent dans la foi qui leur a imposé tous ces sacrifices. Elles 
ne sortent de ces asiles que pour soigner les indigents et les 
malades. Leur vie, sous cette dernière forme, fait songer à celle 
que mènent comme elles d'autres femmes dans les béguinages fla- 
mands du xiii 6 et du xiv e siècle, toujours si suspects à l'église 
officielle 8 . 



t. Dtillinger, Dokumente, p. 246. Voy. également Ibid., p. 19, 22. Voy. encore, 
Archives des Missions scientifiques et littéraires, t. XIII, p. 288, 289, un texte 
publié par nous et emprunté à un manuscrit de la Bibliothèque du Vatican, 
fonds du Vatican, n* 4030, fol. 59 C. Le texte en question dépeint la vie de 
l'hérétique Guillem Autieret la présente comme le type de l'existence des par- 
faits cathares. 

2. Voy. sur ces points Schmidt, op. cit., t. I, p. 200 et 289, et t. II, p. 95. — 
A travers l'obscurité et la malveillance intentionnelles des termes, peut-être 
faut-il voir l'indication d'un de ces refuges de femmes parfaites dans le Débat 
d'Izarn et de Sicart de Figueiras, publié par M. Paul Meyer. Voy. vers 57-64. 
Voici, en tout cas, un texte qui confirme de la façon la plus explicite une par- 



l.'lXMSE ET U SOCÏRTÉ CalHanES. 241 

Mais ce u'est pas toujours dans des limites aussi étroites que 
s'enferme le rôle de ces adhérentes du catharisme. Il s'agraadit, 
eu certaines circonstances, et s'élève a la hauteur de celui qui 
revient forcément aux hommes, leurs corelig ion na ires. Afin de 
maintenir entre les membres de la secte les rapports qui doivent 
assurer la ferveur de leur foi, elles aussi entreprennent ces 
courses, où, comme les parfaits, elles doivent s'attendre à toutes 
les fatigues et a tous les péril». Les croyants ne mettent pas 
d'ailleurs un moindre empressement a soulager leurs peines, ni 
ne montrent moins de sollicitude pour garantir leur sécurité 
qu'ils le font plus couramment pour les parfaits eux-mêmes en 
pareilles conjonctures 1 . Ce n'est pas tout encore. Les fooctions 
sacerdotales, qu'on pourrait croire réservées uniquement à 
ceux-ci, ces femmes arrivent à les exercer également, au moins 
daus une certaine mesure. Schmidt voudrait qu'on leur eût 
accordé jusqu'au pouvoir d'administrer le consolamentum en 
des cas extrêmes'. Nous ne le pensons pas; même pour les cas 
dont il s'agit, nous n'en avons pas, quant à nous, rencontré l'in- 
dication. Mais, là où le même écrivain se trouve certainement 
dans l'erreur, c'est lorsqu'il ajoute : * Il n'y a pas un seul 
exemple qu'elles aient aussi eu le droit de prêcher au peuple; les 

lie des renseignement! donnas, par Schmidl el que nous-méroc a»on» rejiro- 
Mk II esl emprunt* i on manuscrit des Archites de la Uaule-Garonnu 
(fonds des Dominicain») , ■ Ilem Uixit se tidi&se Isibardam el sociam ejus 
herelicatn in quadatn cabana in memore de Treboncio. i Interrogatoire de 
Guillfin Carrère, S juin ïlbi. — t Post hoc venerunl ibi dicli Raimundua 
de Ccriiano et Rainiundus Ulehael boretici et eduierunt inde Ipsam testent el 
Arsendim et Guilletmam Record&m, social tpsius lestis beretkas, et duie- 
runl eas in nemora de Alione prope Pradas. El fuerunt ibi in quadam cabana 
per quatuor menie». • M£me manuscrit, fragment do l'interrogatoire d'une 
femme iloot le nom n'est pas indiqué. 

1. • Dliit etiain quud cum ijisa leatîs el socie ejus heretice stelissenl ibi, 
ilcut dictum «l superius, Raimundus Bernardi et Galharda, uiorejus, eduie- 
runt Ipsam lettem et soclas ejua herelicas inde, el duxerunt eas ettra lillani 
de Hrom. » Manuscrit des Archives de la Haute-Garonne cite plus baut, frag- 
ment de l'interrogatoire d'une certaine lligau.de Saurine. — « Item diiit quod 
quindo ipaa le» lis et «oela eju» hereliea riiterunl a domo Riiimundi Rernanli, 
aieut dklum est auperius, Ilernirdus Kossi de Hrom cum ait il. duobus aune- 
riut nouiiiiatîl aasociaverunl ipsam leatrni et social ejus tierelkas. > Même 
manuscrit, mPme déposition, — i El cum stetlssenl Ibi per dictum lempus, 
Ralmundui Gullaberli hcrelkus et Bernardus Garlni macellariu» «du «root 
ipsam testera et sociam ejus hr relient inde, et intfuiniserunl eu In do m uni 
Quillclmi de Valle. ■ lliiil., u( tupra. 

î. Voj. op. eU-, t. Il, p. 95. 

:v. Hiaro». XOIV. 2' rue. 16 




242 CHARLES MOLIUIBR. 

Cathares, différents sous ce rapport des anciens Vaudois, lais- 
saient bien plus les femmes dans leur sphère naturelle 1 . » Des 
textes, en assez grand nombre, nous représentent des parfaites 
se livrant à la prédication, c'est-à-dire exhortant les fidèles de 
la secte et exerçant auprès d'eux le ministère de la parole, en 
même temps qu'elles accomplissent, il semble, certains rites du 
culte cathare, les moins solennels, ceux qui reviennent le plus 
fréquemment, au moins la bénédiction du pain et des mets qui 
figurent aux repas dont elles prennent leur part. Elles reçoivent 
aussi des croyants, dans les mêmes circonstances où cela s'exécute 
pour les parfaits et avec la même régularité, le témoignage obli- 
gatoire de respect, que les inquisiteurs désignent dans leurs 
registres par le terme abusif $ adoration 2 . 

Des rapports d'affection profonde rattachent les parfaits aux 
parfaites. D'après un renseignement qui nous vient de la jus- 
tice inquisitoriale, ils se donnent entre eux les noms de frères et 
de sœurs 3 . Toutefois, quelle valeur faut-il attribuer à l'assertion 
d'un écrivain catholique du milieu du xii* siècle, le moine de 
l'ordre des Prémontrés, Everwin d'Helfenstein, prévôt de Stein- 

1. Voy. op. cit., t. II, Ibid. f ut supra. 

2. Nous citerons quelques-uns de ces textes décisifs. Nous les empruntons à 
ce même manuscrit des Archives de la Haute-Garonne dont nous nous sommes 
déjà servi à plusieurs reprises. « Adjecit etiam ipsa testis quod vénérant Arsen- 
dis Borella et Fabressa et Ermengarda de Vestiaco heretice que stabant ibi. 
Et ibi ipsa testis et predicta Maencia steterunt continue cum predictis hereti- 
cabus, comedentes ibi cum predictis hereticabus continue ad eamdem mensam 
et de comestionibus earum ; et in quolibet génère cibi et potus noviter sumpto 
dicebant ipsa testis et predicta Maencia : Benedicite, et ipse heretice responde- 
bant : Deus vos benedicat. Et vidit ibi ipsa testis pluries cum predictis here- 
ticis et hereticabus predictos Petruro de la Cauna, dominum domus, et Guil- 
lelmum et Brunam, uiorem predicti Pétri de la Cauna; qui omnes, ipsa teste 
vidente, et ipsa testis et predicta Maencia, adoraverunt pluries predictas here- 
ticas, et pluries audierunt predicationera et monitiones dictorum hereticorom 
et hereticarum. » — « Qui omnes adoraverunt pluries ipsam testem et sociam 
ejus hereticas... et pluries audierunt verba et monitiones earum. Dixit etiam 
quod venerunt ibi semel ad audiendum ipsam testera et sociam ejus hereticas 
non simul... Petrus Rairaundus de Ravato, filius predicte Ave major, et Rai- 
mundus de Lordenaco; qui ambo sicut venerunt adoraverunt ipsam testem et 
sociam ejus hereticas, et audierunt verba et monitiones earum. » — c Item 
dixit quod venit ibi semel ad videndum ipsam testem et sociam ejus hereticas 
quedam fi lia conjugata predicte... cujus nomen ipsa testis ignorât; que adoravit 
ibi ipsam testem et sociam ejus hereticas, et audivit verba et monitiones 
earum. » Fragment de l'interrogatoire d'une femme dont le nom n'est pas men- 
tionné. 

3. Voy. Schmidt, op. cit., t. II, p. 96, et n. 2 de la même page. 



l'iîclisk i.t l» aoc.iéti unum 243 

feid, en vertu de laquelle Imparfaits auraient eu l'habitude de 
se faire accompagner dans leurs courses par des parfaites, et 
cela a l'imitation des apôtres, qui parfois emmenaient avec eux des 
femmes dans leurs voyages? Schmidt a cité ce document curieux, 
mais n'a pas cru devoir considérer comme exacte l'indication 
qui y est contenue. « Nous n'avons pas trouvé un seul fait, dît-il, 
qui couflrmàt l'assertion d'un auteur, que les parfaits avaient ia 
coutume de voyager avec des parfaites; celles-ci n'avaient 
même pas le droit de manger a. une même table avec les hommes, 
et les parfaits évitaient, suivant le témoignage même des adver- 
saires, comme un des péchés les plus graves, de toucher à une 
femme 1 . » 

L'historien a raison en principe, et nous sommes de son avis. 
Les faits allégués par lui sont hors de doute. En ce qui concerne 
surtout l'éloignement des Cathares pour la société des femmes, 
par crainte d'une chute qui aurait été pour eux la plus funeste, 
les renseignements sont multipliés et formels. Guillem Autier ne 
touche jamais une femme, et, avec d'autres prohibitions auxquelles 
il s'est astreint, c'est une des raisons de la sainteté de sa vie*. Il 
y a là un sentiment de réserve et de pudeur extrêmes, que les 
croyants connaissent de reste, et auquel ils conforment soigneu- 
sement leur conduite, par peur d'y porter atteinte. Dans les sen- 
tences publiées par Lîmborcb, une condamnée a évité de toucher 
un disciple de Pierre Autier. un certain Pierre Sa ns, parce qu'elle 
avait découvert en lui un de ces hérétiques qui font profession 
de ne pas toucher les femmes et ne se laissent pas toucher par 
-II,.-, . 



1. Vojr. Snhmi.lt, op. cit., I. Il, p. 96, «I n. 3, 4, S de U même page. 

2. i ... IpM non comcdil urnes, sagimen, ora, caseum. 1m, cl in anno facit 
Un quadrigtiimas, ■! qiialibcl septiinana jejunit tribus diebus lit pane cl 
•qui, et ni non est* «Ile quia non langit mu lièrent, nec mcniilur, nec aliquid 
llftH inlerûdl... • Bibl. du Vatican, fonds du Vatican, m». 4M0, fol. HO. 
Le t*ilc d'où tt* [jgn» «ml extraites a été déjà indiqué plut baul, 

3. • InterrogaU, ii lune sciebat dietuin Petrum Sancii eue brrelicom, rei- 
pondlt et in judirlo confeaaa fuit quod et prcrjicls Guillclma dillt slbi illa tice 
qua tidit Petrum Sancil quod non tangerel Ipsum, tt dedil siui inlelligere, et 
Ipsa que loqullur iuleileiil quod «rat de secla Pétri Autcrii el aliorum bereli- 
roruiii, de quibna ipsa allai aclrerat et audierat quando Tenietiant ad domum 
suant tt tifi au), quod dlcunl quod non langunl mulierem nec permillunt se 
langt a muliere, el ideo ipsa non leliglt lune diclum Pelrum Sancli quia repu- 
Ubat ipioni esae berelicum et de itcU berelicoruiu. i llli. ttntenl. taqvit. 

»., fol. 68b, 63». 




244 OUELES HOUim. 

II De faut rien exagérer cependant, ni voir en tout cela ue 
pratique qui ne souffrit pas d'exception. Sans doute, on ne sau- 
rait (aire de cette réunion d'un parfait et d'une parfaite vqjra- 
géant ensemble une habitude en quelque sorte constante, comme 
le voudrait Éverwin, et le résultat d'une règle presque obliga- 
toire. C'est plutôt séparément que, dans leur existence quoti- 
dienne, vivent les hérétiques des deux sexes. Nous le savons fort 
bien, ils ont leurs demeures à part. Lorsque, pour se mettre en 
sûreté, ils jugeaient devoir se retirer dans quelque solitude, les 
hommes élevaient une cabane pour eux et les femmes s établis- 
saient à l'écart dans une autre 1 . Parfaits et parfaites ne s'en 
réunissaient pas moins dans certaines circonstances. C'était quand 
il s'agissait de déjouer à tout prix les soupçons d'ennemis achar- 
nés à leur perte. Rien ne pouvait mieux les servir en pareil cas 
que l'association de leur existence, puisque leur aversion bien 
connue pour un rapprochement de ce genre était, ainsi qu'on 
vient de le voir, dans la pensée de leurs contemporains un des 
signes auxquels on les reconnaissait le plus sûrement. Des textes 
d'Inquisition nous ont transmis le témoignage de semblables 
expédients imposés k ces proscrits par la nécessité. Ils nous 
donnent également le détail des précautions pleines d'ingéniosité 
et de délicatesse, par lesquelles Us essayaient d'en établir la 
vraisemblance, ou d'y atténuer tout ce qu'ils pouvaient y redouter 
de péril pour l'observation de leurs engagements les plus chers*. 

1. c Et vénérant {tic) ibi qoadara die Bernard us Bossel de Pradis ; non tamen 
adoravil eas, sed crédit quod adoraverat hereticos, scilicet Ademariuro de Bes- 
aaco et qaosdam alios socios ejus hereticos, qui morabantur ibidem in alia 
cabana prope cabanam ipsius testis et sociaruro ipsius testis predictaram. » 
Manuscrit des Archives de la Haute-Garonne, fragment de l'interrogatoire d'une 
femme dont le nom est inconnu. 

2. Voy. Dôllinger, Dohumente, p. 148, 149. — Le passage, très curieux, est 
emprunté à ce manuscrit de la Bibliothèque du Vatican, d'où nous avons déjà 
tiré plusieurs indications, et à la déposition d'un certain Arnaud Cicre, d'Ax 
(fol. 119C-133A). Nous en transcrivons ici les dernières lignes, comme plus 
particulièrement intéressantes : c Dixit etiam ei, quod, quando in aliquo loco 
dictus haereticus trahit moram, in duobus lectis jacent et separatim multum 
dictus haereticus et dicta mulier; sed quando erant in itinere, dicebant de se 
invicem quod erant con juges, et ponebant se in uno lecto, tamen induti, ita 
quod unus alium in nuda carne non tangebat. » Quelle sincérité y avait-il au 
fond de ces expédients, et quelles suites pouvaient-ils entraîner pour la conti- 
nence des parfaits cathares qui s'y décidaient en vue de garantir leur sécurité? 
Voy. à ce propos un article de M. J.-M. Vidal, Revue des Quettions huto- 
rtyues, 1ivr. du 1" janv. 1906, p. 95. A vrai dire, l'auteur se montre plus que 



I.'ÉGI.ISE ET U SOCIÉTÉ CATHaRES. ÎM5 

Voilà donc, avec ses traits généraux, et, pensons-nous aussi, 
les plus significatifs, cette vie des parfaits cathares, vie pure, 
toute de renoncement au monde et à ses joies, conforme à un 
ascétisme qui dépasse dans son âpreté les préceptes les plus 
rigoureux du Christ- et qui rappelle celui des solitaires de la pre- 
mière époque chrétienne. Et cependant, aux sectaires qui mènent 
une pareille existence, les accusations infamantes n'ont pas man- 
qué : accusation surtout d'avarice, malgré leur pauvreté et leur 
frugalité certaines, accusation aussi d'impureté, en dépit de leur 
continence, sur laquelle personne n'éleva jamais de doutes 
sérieux. Ce n'est pas, du reste, que, sur ces points divers, leurs 
ennemis se soient souciés de se mettre d'accord et de DOM livrer 
autre chose que des indications contradictoires. Réfuter les impu- 
tations dont il s'agit, ce n'est donc pas une œuvre irréalisable ni 
■fllM peut-être bien difficile. 11 n'en faut pas moins l'essayer, 
avant de passer à l'élude des rapports qu'entretiennent les héré- 
tiques avec les croyants de la secte, soit pour les instruire dans 
leurs doctrines, soit pour leur distribuer les sacrements particu- 
liers du catharisme. Au surplus, ces imputations, qu'a values 
par-dessus tout aux sectaires leur existence nécessairement mys- 
térieuse et cachée, si problématique qu'en soit ta solidité, ne 
sauraient demeurer sans réponse. La gravité en est assez consi- 
dérable pour que, même a l'état de simple soupçon, elles altèrent 
notablement les caractères que nous avons pris la peine d'établir 
a propos des parfaits, et ne donnent à voir que vanterie et 
imposture dans cette prétention à la sainteté qu'on a pu croire 
légitime sur les raisons qui en étaient fournies. Ce n'est pas tout 
encore. Reprises de nos jours et soutenues de nouveau par des 
historiens d'une certaine école, il semble qu'on ait voulu les faire 



sceptique, au moins en ce qui concerne le cas du parfait, un crrUin Caillera 
Helibasta, au sujet duquel sont rappariées justement les indicaliona qui 
Tiennent d'élre reproduite». Selon lui. les précautions prises publiquement par 
et personnage n'auraient été qu'un déguisement grossier de sait libertinage et 
de «on luconduile. Mais peut-être est-ce prétendre \ beaucoup de perspicacité 
qut de toulnir décider a pareille distance d'un cas d'ordre aussi intime. Ce 
qu'il j a de sur, c'e>l que l'cuil talion eitraordinaire de la foi rbei les héré- 
tiques détail en général le* présérter des chutes ou même des tentations que 
comportait le rapprochement auquel le* forçait r acharnement de leur* persécu- 
teurs. Au reste, que dirait I* même auteur si, appliquant ton scepticisme aui 
inlolitres du culte romain, Iles, eui aussi, par le tant de chasteté, on ne 
voyait, dan» la présence auprès d'rui de femme» rbargèn* du »oln matériel de 
tour «ii»Unce, qu'un concubinage, dans tout les cas, stère cl Indubitable ' 




246 CH AILES MOLIKIEE. 

figurer au nombre des arguments destinés à entraîner la condam- 
nation du catharisme et de ses dogmes 1 . 

En ce qui concerne la première des deux accusations lancées 
contre les sectaires dualistes, celle de l'amour des richesses et de 
l'avarice, deux défauts qui s'accorderaient mal avec leur mépris 
hautement affiché pour les biens de ce monde comme avec les 
reproches qu'ils adressent à cet égard aux membres de l'église 
romaine, le fondement en est aisé à découvrir. U se trouve dans 
ce fait indéniable que les hérétiques reçoivent des donations de 
toutes sortes, tant en nature qu'en argent, qu'on les voit porter 
avec eux dans leurs courses des sommes assez grosses, qu'ils 
s'occupent enfin à l'occasion de faire rentrer dans le trésor com- 
mun de la secte des legs non acquittés encore ou des prêts faits à 
des croyants sur ce trésor. Ils ont même des livres de compte 
(memoralia) y où se trouvent inscrits tous les renseignements qui 
peuvent intéresser leur association à ce point de vue spécial. 

« Ledit Baimond, lisons-nous dans un document d'Inquisition 
de la fin du xiii* siècle, tira de sa bourse une certaine somme 
d'argent, — le prévenu ne sait pas laquelle, — et la donna de sa 
main à l'hérétique Raimond Didier. Le prévenu apprit plus tard 
de ce dernier que l'argent reçu par lui avait été remis jadis en 
dépôt au père dudit Raimond Duval 3 . » — € Alors ledit héré- 
tique, rapporte encore le même texte, ajouta que la mère dudit 
Arnaud et sa sœur, mère de maître Garnier de Talapio, avaient 
reçu d'eux en dépôt une certaine somme d'argent, quinze livres, 
comme cela se trouvait marqué sur son livre de comptes. Et 
ledit hérétique pria un jeune palefrenier qui était là d'aller trou- 
ver Arnaud et de lui demander de restituer l'argent que sa mère 
avait reçu autrefois en dépôt des mains de certaines personnes 
qu'il connaissait bien 3 . » Le même document aussi nous fait con- 



1. Voy., par exemple, à ce propos le livre du D r Balthasar Kaltner, Konrad 
von Marburg und die Inquisition in Deutschland (1882), et, dans ce livre, 
en particulier les chapitres u, g 3, et m, g 12. 

2. c Dictas Raymundus abstraxit de bursa soa aliquam summara pecunie, 
nescit tamen quantam, et ministrarit eam et tradidit de manu sua R. Deside- 
rii heretlco predicto. A quo Rayraundo Desiderii heretico audi?it postea îpse 
testis quod illa pecunia fuerat in commenda Iradita patri dicti R. de la Val. > 
Bibl. nat., ras. lat. 11847, fol. 2 B, interrogatoire de Goillem de Mauriano, 
de Réalmont, décembre 1299. 

3. c Tnnc dictas hereticus subjunxit quod mater dicti Arnaudi et soror ejus, 
mater magistri Garnerii de Talapio, habaerant pecuniam in commenda ab eis, 



I.'(îi;i,i$i; KT l.i SOGIKTll CAT111KE*. 



ai 



naître le» regrets exprimés par un hérétique au sujet d'une somme 
qui c'est pas revenue a la secte par suite de la mort inopinée d'un 
■ Le prévenu ayant répoudu que ledit B. de Gaillac 
était mort, l'un desdits hérétiques observa que, par suite de ce 
décès, ils avaient perdu une bonne somme d'argent. Mais l'autre 
hérétique répondit qu'il n'y avait pas à craindre que la somme 
an question fût définitivement perdue, parce qu'elle était passée 
ontre les mains de Durand de Gaillac, frère du défunt, et de Sicard 
Viguier, son beau-frère 1 . » 

C'est sur des indications du genre de celles qui viennent d'être 
reproduites qu'a été fondée, il semble, l'accusation d'avarice et 
d'amour du gain mise en avant contre les parfaits. Ils ont fait 
abnégation des biens de ce monde, disent leurs ennemis. Véri- 
tables communistes comme les apôtres, sur la conduite desquels 
se règle leur conduite à eux-mêmes, ils prétendent ne rien possé- 
der en propre. Et cependant ils portent de l'argent avec eux. 
Bien plus : ils en prêtent, en mettent en dépôt, reçoivent des legs, 
font rentrer des sommes engagées, s'inquiètent d'un testament 
plus ou moins profitable à eux ou à leur secte. Mais au fond 
toutes ces remarques n'ont pas grande portée. Rien n'indique 
d'abord que les ressources, dont les parfaits apparaissent munis 
dans leurs voyages, ne soient pas tirées du trésor commun de 
l'association et leur. appartiennent réellement. Leur situation, 
dans ces circonstances, est identique sans doute à celle des reli- 
gieux des ordres mendiants, quand ils sortent de leurs maisons 
conventuelles. Puis, comme l'observation en a été faite, au cours 
des déplacements dont il s'agit, il faut en nombre de cas qu'ils 
pourvoient eux-mêmes à leurs besoins. Ils ne rencontrent paB 
toujours des croyants qui leur offrent une hospitalité gratuite. 

En somme, l'imputation d'avarice et de cupidité adressée à 



Tldeliut iv librai, ilcut InfCntebatur in llbrit «eu mémorial! but luit, cl diiîl 
Ipw brreliciu ipii )u»enl juinenlario qu«d irel ad eum et dleeret «I iiuod red- 
ilrrrt ri» [.rriiniim qujm babueral malrr gub in commenda * quiuutdam per- 
ioiiU quu ipae iriebat. « Ibid. ut lu/iru. Toi. 3 B, * A, même inteiro* 
ptoirt 

I. ( El ilum ipae leilii reipoucli&ael r|nod diclui II. erat Inorluul, adjecit 
il ii liiriiiii uerelieorutn i|uur! bon a m pecuniam arnivnnl in murla dicli B. 
Tune aller herelieut respondit quod nun «npurlrbal tinicre quod ««Ml amiiaa 
ditlt peeunl», qui* tiuranliii de Gtlliico, fralcr dlrll B.. et Slwdu* Viguerii, 
dicli B., lubuerant dictam pecuntam. > Ibid., ul tvpra, fol. 5 A, 
fine tolcrrog*lolr«. 




248 CHABLB8 MOLINIEE. — L^GLISE ET LA SOClfaf CATHABE8. 

leurs ennemis par les catholiques demeure assez vaine, pour ne 
pas dire presque puérile. Ce n'est pas là d'ailleurs le seul défaut 
qu'on doive vraisemblablement y trouver. La bonne foi pourrait 
bien aussi n'en être pas entière. On accuse les hérétiques de pos- 
séder malgré tout des ressources personnelles, quand ils se 
vantent d'avoir renoncé à toute propriété et de ne vivre que sur 
le fonds commun de la secte, dans lequel ils ont versé tous leurs 
biens, le jour où ils ont abandonné le monde. Après cela, prenant 
prétexte de ce trésor, qui n'appartient à aucun des sectaires en 
particulier, et sur lequel tous ont pourtant des droits, on les 
accuse de fouler aux pieds le principe de la propriété, d'être dans 
ces temps lointains des socialistes, des communistes anticipés 1 . 
Il faudrait bien pourtant choisir à la fin entre des imputations 
quelque peu contradictoires. On ne saurait guère douter d'ailleurs 
de l'inanité absolue que présente la seconde, celle qui tendrait à 
faire des Cathares des adversaires de la propriété. Aucun texte 
n'existe qui indique qu'ils l'aient jamais attaquée ni interdite à 
leurs croyants. A ce point de vue, il y aurait erreur à croire 
qu'ils eussent rompu, si peu que ce soit, avec les conceptions 
générales de leur temps. Leurs idées, sur ce sujet délicat, se 
réduisaient à celles qu'ils pouvaient tirer de l'Évangile. Elles 
n'étaient pas plus antisociales que toutes les données que fourni- 
rait ce livre pour régler une pareille question. Elles pouvaient 
légitimement s'autoriser de la parole du Christ comme de l'exemple 
et de la pratique de ses disciples immédiats. 

Charles Molinier. 
(Sera continué. ) 

1. Voy. a ce propos, dans le livre de Kaltner, p. 13, les paroles de Dtflliager 
extraites de son Une Kirche uni Kirchen. 



LE CONVENTIONNEL GOUJON 



CHAPITRE XIII. 



Formation de la Commission militaire. Ses premiers actes. 
Procédure expéditive. La Commission et les Comités. — 
Le procès des représentants . Les juges. Capitain. L'ac- 
cusation. — Interrogatoires. Les réponses de Goujon, 
Soubrany et Vernier. — Les témoins à charge : Martain- 
ril/e,Jourdan, Eck. Fitte, Lecourt - Villierre. — Témoins 
à décharge. La citation et les défaillants. — Dernière 
rutrevue de Goujon et des siens. « L'arme libératrice ». 
Les adieux. — Nicole Goujon et Lanjuinais. — Les 
confrontations. Goujon, Duquesnoy et les mensonges du 
« Moniteur ». — La délibération. Les dossiers de 
Rouhière. — Dernier effort de Sophie et de Lise. — Le 
jugement. — Mort des six. La fin de Bourbotte. 

Les trois comités chargés par le décret du 4 prairial d'organi- 
ser la Commission militaire se réunirent, sous la présidence de 
Cambacérès, aussitôt après le vote, pendant la séance même de la 
Convention. Douze membres étaient présents : Fréron, Guyomar, 
Merlin (de Douai), Rovère, Doulcet, Monmayou, Pémartin, 
Treilhard, Aubry, Gillet, Calés et Perrin (des Vosges). II leur 
parut que les Conseils de guerre ne pouvaient pas servir de 
modèle pour le nouveau tribunal à créer. On venait en effet de 
les réorganiser et d'en faire des tribunaux criminels ordinaires, 



I. Voir Rtvue htooriqn, t. LXXXVI1I, p. 1 ; 
p. 41, 2M; t. XCIlt, p. 340. 



t. XCI, p. 11. «3; L XCI1. 



250 R. GUTOT ET F. TH&CARD. 

dirigés par des magistrats civils, les jurés devant seuls appartenir 
à l'armée 1 . Une juridiction de cette espèce n'assurerait pas à la 
répression le caractère expéditif et redoutable qu'on voulait lui 
donner. On décida de prendre exemple sur les commissions 
militaires qui fonctionnaient près des armées pour le jugement des 
espions et des émigrés pris les armes à la main'. Elles étaient 
composées de cinq officiers, qui jugeaient seuls et n'entendaient 
ni plaidoiries, ni rapport, ni réquisitoire. La Commission du 
4 prairial fut constituée de même 3 ; toutefois, par un souvenir de 
l'ancienne législation sur les cours martiales 4 , on y fit entrer un 
homme de troupe, à côté de quatre officiers. C'est Rovère qui 
dressa la liste : un général de brigade, ud adjudant général chef 
de brigade, un chef d'escadrons, un capitaine et un soldat 5 . Les 
cinq juges reçurent l'ordre de se réunir et de commencer leurs 
fonctions le soir même. On les installa tout de suite, sous la 
main du gouvernement, dans les bureaux mêmes du Comité de 
Salut Public 6 . Après quelques jours, les audiences se tinrent au 
Comité militaire, hôtel de Noailles, rue Saint-Honoré. Plus tard 
seulement, on s'aperçut de l'inconvenance de ce rapprochement et 
des soupçons qu'il pouvait faire naître ; le siège du tribunal fut 
alors transféré rue des Capucines, à l'ancienne mairie qui était, 
avant 1790, le petit hôtel du lieutenant de police 7 . Aux cinq juges 

1. Loi du 1S pluviôse an II, titre VII, art 4. 

2. Lois du 9 oct. 1792 (art. 1 et 4) et du 25 brumaire an III, titre V, sec- 
tion i, art. 7. 

3. Non sans hésitation. La première liste établie comprenait huit noms de 
juges; trois furent rayés ensuite (Arch. nat., W 548). 

4. Loi du 22 septembre 1790, art. 13 et suiv. 

5. Romanet, général de brigade ; Capitain (Rovère a écrit Capiton), chef de 
brigade de dragons; Talmet, chef d'escadrons de hussards; Gaudest (Rovère 
écrit Gandet), capitaine d'artillerie; Leclercq, volontaire de la garde nationale 
de Paris (arrêté des trois Comités de Salut Public, de Sûreté générale et mili- 
taire, 4 prairial. Arch. nat., W 548, de la main de Rovère). M. Claretie (les 
Derniers Montagnards, p. 213 et suiv.) a mal lu cet arrêté. Il fait de Roma- 
net un volontaire, donne à Capitain le grade, alors supprimé, de colonel, et il 
appelle Gauder le capitaine Gaudest. Plusieurs arrêtés successifs modifièrent 
la composition primitive de la Commission : le général de brigade Chaumont, 
qui ne siégea pas, l'adjudant général Verger et le chasseur Canivet, qui négli- 
gea de venir. Le 9 prairial, on nomma encore le chef de bataillon Roques et, 
le 13, le capitaine Beaugrand (arrêtés des trois Comités, aux dates. Arch. nat., 
W548). 

6. Arch. nat., F 7 4411b. Lettre du 4 prairial à la Commission militaire, 
c séante à l'une des salles du Comité de Salut Public, pavillon de Flore t. 

7. Arrêté du Comité de Salut Public, 11 prairial (Arch. nat., AF 11 50, pla- 



Lï COSTETTIONSKl UWUH. 2">l 

«ignés, on adjoignit un secrétaire général, le commissaire 
ordonnateur Rouhière, qui ne fut nommé régulièrement que six 
jours plus lard 1 . Romanet, Capitain, Talmet. Gaudest, Leclercq. 
membresde la Commission, et Rouhière, secrétaire, s'assemblèrent 
donc au pavillon de FJore le 4 prairial au soir. Tout de suite, ils 
donnèrent la mesure de leurs scrupules. Avant d'avoir jugé per- 
sonne, ni même commencé d'examiner aucune affaire, ils fixèrent 
le lieu d'exécution de leur jugement à venir place de la Révolu- 
tion et firent avertir Sanson de se tenir prêt*. A une heure du 
matin, le 5, ils prononçaient la peine de mort contre Guillaume 
Delorme, capitaine des canonuiers de la section Popincourt, qui 
fut guillotiné à huit heures 3 . En peu de temps, la Commission 
fournit des marques incontestables de ce zèle empressé dont elle 
avait promis de faire preuve'. Elle siégeait quinze heures par 
jour et l'échafaud ne chômait pas. Dans la seule journée du 
6 prairial, il y eut dix-neuf exécutions. On voulait aller vite en 
besogne et, pour simplifier les formalités, le Comité de Sûreté 
générale ne prit même pas d'arrêtés de renvoi individuels pour 
les accusés. « Cela exigerait, disait-il, une instruction prélimi- 
naire qui, nécessairement répétée, formerait des délais incompa- 
tibles avec le caractère redoutable et juste que doit présenter une 
Commission militaire en temps de révolte'. » Si l'on manquait 
de preuves contre certains prévenus, la Commission devait sur- 
seoir et les renvoyer en prison, à la Conciergerie. • Le choix 
de cette maison, ajoutait la lettre du Comité, n'est déterminé que 
parce que les autres sont remplies. > Aucune règle de procédure 
n'avait été prescrite pour les jugements de la Commission. Il ne 
fut pas un moment question de donner des défenseurs aux accuses, 
ni même de leur communiquer avant les débats les pièces produites 
k leur charge. On les amenait dans l'ordre où ils avaient été 



cjucli* 384). if 11 ilirrmldor, I» CuminiMioo deeail encore elrc déplacée et 
trinifèrée * U maison de Moat.lrii.on, rue J'Aniin (Arch. nal , W 548). 

I. Arrête du Comité de Salut Public il» in prairial (AP" 67, plaquette 416). 
Voj. roi eppenillcei le» eut* de tertice de Rouhière. H. CUretle (op. cit., 
p. 213) le qualité de * commi»aire onlonatteur dei guerre-» >. 

?. Arch. nal., W MA, Regitlre de* srrélét de la Commliaion militaire, 
4 prairial. 

3. IbtH.. re.(t»lr* de> jugements S prairial. 

4. Lettre de U CommiMlon militaire i la Comenllou nationale, 5 prairial 
[Moniteur, reiropf., t. XXIII, p. MO). 

5. Le Comité de Sûreté générale a 11 Commis»™ militaire. 4 prairial. Arch. 
Mt., W548 (original de II main de Mathieu). 



252 B. GUYOT ET F. THÉURD. 

arrêtés, et le Comité de Sûreté générale transmettait en même 
temps le dossier et la liste des témoignages. L'instruction se con- 
fondait avec le débat public, et le jugement suivait sans transi- 
tion. Quelquefois, on amenait à la Commission des accusés contre 
lesquels aucun grief n'était formulé, et il fallait attendre que le 
Comité de Sûreté générale envoyât le dossier, quand il y en avait 
un 1 . Le 16 messidor, un mois et demi après leur installation, 
les juges ignoraient encore le texte même des décrets qui avaient 
fixé leur compétence, et ils durent en réclamer communication 2 . 
Au début, ils croyaient aussi ne pouvoir prononcer que l'acquit- 
tement ou la peine de mort, et la Convention dut rendre-un décret 
spécial pour les autoriser à condamner à la déportation, aux fers 
« et même à l'emprisonnement » 3 . 

Chaque jour, les membres de la Commission venaient prendre 
les instructions des Comités. Quand le siège du tribunal fut trans- 
féré rue des Capucines, hors des bâtiments de la Convention, ils 
se firent délivrer des cartes spéciales, car les sentinelles les empê- 
chaient de passer, « entravant ainsi les opérations et communica- 
tions continuelles de la Commission avec les Comités » 4 . Le 
21 prairial, ils furent avisés que les députés incarcérés au château 
du Taureau venaient d'arriver à Paris et que les Comités dési- 
raient voir commencer leur procès le plus tôt possible. Ils répon- 
dirent en demandant communication immédiate des pièces à con- 
viction et en priant le Comité de Sûreté générale d'y joindre 

1. Le 12 prairial, la Commission écrit au Comité de Sûreté générale qu'elle 
n'a en sa possession contre le nommé Font en y, tablettier, c que son portefeuille, 
contenant 61 liv. 11 sols, sa carte de sûreté, un couteau et trois clefs, dont 
une cassée •. Elle demande les pièces à charge. Le Comité ne répondant pas, 
nouvelle lettre le 16 prairial, c La Commission, sur le point d'instruire l'affaire 
du nommé Fonteny, n'a aucune pièce qui puisse donner lieu à accusation contre 
lui. t Pas de réponse encore. Après une troisième demande, restée sans effet, 
Fonteny est relaxé le 19 prairial. Il en sera de même pour l'adjudant Girault, 
de la 31* division de gendarmerie, et pour un charretier nommé Lécutte, accusé 
d'avoir voulu tuer Boissy, et qu'aucun témoin ne reconnaissait (Arch. nat., 
W 548, reg. de correspondance). 

2. Le 16 messidor, la Commission arrête que c le citoyen Talmet, l'un de ses 
membres, se retirera près le Comité de Salut Public pour lui demander des 
renseignements sur la loi qui a été rendue contre ceux qui provoqueraient à 
l'anéantissement du gouvernement actuel et à l'établissement de la royauté, et 
le prier de vouloir bien faire remettre an citoyen Talmet la loi rendue à cet 
effet si elle existe t (Arch. nat., F 7 4429, de la main de Talmet). 

3. Loi du 6 prairial an III. 

4. La Commission au Comité des inspecteurs, 16 prairial (Arch. nat., W 548, 
reg. de correspondance). 



LB COJTEÏFIOSÎtBI. CODJ05. 



253 



■ ses instructions particulières »'. On leur transmit pour tout 
dossier la copie du décret d'accusation, une liste de témoins à 
charge et les numéros du Moniteur qui rendaient compte de la 
séance du 1"' prairial. Le 23 au soir, ils ordonnèrent pour le len- 
demain, a trois heures du matin, le transfert des députés prison- 
niers de la maison d'arrêt au local de la Commission. Des pré- 
cautions militaires spéciales avaient été prises. Cent hommes de 
cavalerie formaient l'escorte. Le poste de la Commission, qui 
était de dix-huit gendarmes, fut augmenté d'une demi-compa- 
gnie de grenadiers : quinze pour la garde des députés et cinquante 
pour le service extérieur'. Tous les accès furent barrés, et des 
patrouilles de garde nationale durent circuler jour et nuit dans 
les rues voisines pendant toute la durée du procès'. 

Dès le matin, une foule 1res nombreuse s'était portée rue des 
Capucines'. Malgré les bruits d'insurrection qui avaient couru 
depuis quelques jours, et que la police exagérait volontiers, il n'y 
eut de cris ni d'incidents d'aucune sorte. Le peuple était silencieux 
et morne. On s'entretenait seulement de la mort du « petit Ca pet», 
qui devait être enterré le même soir, et de la disette toujours crois- 
sante qui * forçait l'indigent à chercher sa nourrituredansles tas 
d'ordures, au coin des bornes* ». 

A neuf heures, on ouvrit la séance et, après une première 
affaire, expédiée en quelques minutes, les députés furent intro- 
duits. La Commission était présidée par le chef de brigade Capital n, 
vice-président. 11 avait les cheveux tout blancs, quoique n'attei- 
gnant pas encore la cinquantaine, une voix douce et ferme à la 
fois, un certain air de patience et de bonté qui prévenait en sa 
faveur*. S'il était républicain, c'était de fraîche date, et à la sur- 
face. Fils d'un fonctionnaire de l'ancien régime, il avait été pen- 
dant six ans gendarme de la garde de Louis XVI, et sa fille 

1. l.i CnramliMon *<■ Comité de Sûreté générale, îî prairial (Arch. nit., 
W 548, reg. de correspondance). 

t, l'i-urèvri-rbal de* séances de la Commission militaire. Ordre* de réquisi- 
tion au commandant ea chef de li forte armée, ï.l prairial (Areh. nal. , W 518). 

3. Le commandant temporaire de la Seine, ItaQél, au président de la Com- 
mission. 24 prairial (Areh. nal , (Mal), 

4. le fjimHI de .Sûreté générale au Comité militaire, 14 prairial [Arch. 
nat., F'4411-; 

">. Rapport) de pulice, Il et 75 prairial (Autan), l'arlt tout ta réaction, ele,, 
L 11, p. 7 et B> 

6. I.etlre du eilujen Gilbert au président de la Commission militaire, 
lï prairial [Arch. nal , W 547. n* 66. Voy. celte lettre eut appendice;. 



254 fi. GDTOT ET F. THfaiRD. 

cadette avait pour parrain et marraine le comte de Provence et 
M"* Adélaïde. Il commandait le 3 e régiment de dragons et en 
portait l'uniforme, habit vert et culotte de peau jaune. Autour de 
lui siégeait les quatre autres juges : l'adjudant général Verger, 
chef de bataillon de grenadiers, vêtu de l'habit bleu à parements 
écarlate, le chef d'escadrons Talmet et le capitaine Fabré, des 
chasseurs à cheval, en dolman vert à tresses blanches, enfin le 
soldat De ville *, portant l'habit et le pantalon bleu foncé des 
gardes nationales. A la table du greffier trônait le secrétaire 
général Bouhière, dans son costume éclatant de commissaire 
ordonnateur, habit rouge à brandebourgs d'or, veste et culotte 
blanches, bottes à l'écuyère, chapeau à panache blanc. Un garde 
national de Paris, Follebarbe, lui servait d'adjoint 2 . 

L'attitude des membres de la Commission était parfaitement 
correcte. Dans les premiers jours, un des juges suppléants, le chef 
de bataillon Roques, arrivait aux séances complètement ivre et 
ne cessait d'injurier les accusés. Ses collègues l'avaient obligé à 
donner sa démission 3 . Par contre, le public n'observait pas tou- 
jours la même réserve. Des murmures violents et des cris de 
mort saluèrent l'entrée des députés dans la salle d'audience, et 
des scènes de ce genre se reproduisirent plusieurs fois dans le 
cours des débats, sans que les juges aient, semble- t-il, rien tenté 
pour y mettre obstacle 4 . 

Le président fit lecture aux députés de leur acte d'accusation, 
rédigé par le Comité de Sûreté générale et présenté en son nom 
à la Convention, dans la séance de la veille, par le représentant 
Sevestre. Cet acte d'accusation reproduisait le rapport de Clauzel, 
qui avait motivé le décret d'accusation du 8 prairial contre les 
députés déjà prisonniers. Ce rapport, Clauzel l'avait composé 
d'après le récit du Moniteur. Et c'est le texte donné du même 
rapport par le même Moniteur, dans son numéro du 12 prairial, 
que Sevestre avait repris, amplifié et présenté à l'Assemblée 
comme « un extrait du procès-verbal de la Convention nationale, 

t. Il avait remplacé Leclercq à une date que nous n'avons pu préciser. 

2. Ordonnance du 31 mai 1776. Lois des 20 et 29 septembre 1791, 8 mai 
1792. Procès-verbal de la Commission, 24 prairial (Arch. nat., W548). Voy. 
aux appendices les états de service des juges et du secrétaire général. 

3. La Commission militaire au citoyen Roques, 20 prairial (Arch. nat., W548, 
reg. de correspondance). 

4. Lettre citée du citoyen Gilbert au président de la Commission (Arch. nat., 
W 647, n» 66). 



l.E GOXVEJTinXXM. ' 



233 



du Séjour de prairial »'. Toutes les imputations inexactes ou non 
de Jourdan et de Martainvtlle k la charge des Montagnards y 
étaient intégralement reproduites. Romme «tait accusé d'avoir 
réclame le silence, demandé la parole comme représentant, 
réclamé la liberté des patriotes, une seule espèce de pain pour tous 
et la permanence des sections. Duquesuoy se voyait attribuer, 
comme dans le Moniteur, la proposition qu'il n'avait pas laite*, 
de renouveler le Comité de Sûreté générale et d'arrêter ses 
membres en cas de résistance. On lui reprochait en outre d'avoir 
accepté sa nomination à la Commission des quatre et d'avoir 
exhorté ses trois collègues à sortir avec lui pour s'emparer aussitôt 
du gouvernement. Du Roy, selon Clauzel, avait rédigé les propo- 
sitions de Romme, puis réclamé l'appel nominal pour l'élection 
de la Commission extraordinaire, avait accepté d'en faire partie, 
et s'était enfin, à minuit, mis en marche avec les trois autres au 
devant de la colonne conduite par Legendre. Le même chef d'accu- 
sation était relevé contre Uourbotte, inculpé en outre, ainsi que 
Peyssard, d'avoir crié victoire! au moment où les troupes du 
gouvernement cédaient devant le retour offensif des insurgés. Le 
fait était relevé aussi contre Prieur (de la Marne), à qui Clauzel, 
sur la foi du Moniteur, attribuait l'appel : < A moi, sans- 
culoites! » A Forestier, on n'avait pu reprocher qu'une phrase : 
il avait demandé le maintien des comités de gouvernement, en 
ajoutant « qu'ils ne pouvaient être contraires aux décrets qu'on 
venait de rendre >. Goujon, enfin, était accusé d'avoir dit « qu'il 
ne fallait pas que le réveil du peuple fût inutile », et après les 
|ir-. j nii-Ts décrets rendus en présence du peuple, « que c'étaient là 
de bonnes mesures*. Il avait ensuite réclamé le rappel des repré- 
sentants en mission dans l'intérieur, une proclamation aux 
patriotes, la suspension des Comités et, en dernier lieu, la forma- 
lion d'une commission executive extraordinaire. Pour tous ces 
motifs, le décret concluait que les huit accusés étaient « les 
auteurs, fauteurs et complices de l'insurrection du i" prairial et 

I. Comparer le toile du Moniteur (ftimpr., I. XXIV, p. Ml) a»ec If fexlr 
manuacrll ilo I "acte il V.cutallon (Arch. rut., W 547, u- 2). C'eil de ce sui-diwnl 
pTocev» fini, M.ibli anrc» coup d'apre» les Journaui, que le secrétaire Saint- 
Martin »e «erilra encore pour établir In procea-Tcrbal du t" prairial, redlgri 
en iljle de painplilil, ci que la CunTeolton adoptera aculemrnl le li ntMtMor 
(Projet imprime, annule ri contresigne par Stint-IUrtin, atec la date du 
Groeuldor. Arcb. »*(., WM8). 

S. Voj. cl-deitus, ih- fii 



256 a. GCTOT ET F. THtflfllD. 

des jours suivants ». Des relations qu'ils auraient eues précédem- 
ment avec les chefs des insurgés, du rôle qu'ils auraient joué dans 
la préparation et la conduite de l'émeute, des raisons pour 
lesquelles les révoltés du faubourg Saint-Antoine, un moment en 
posture de faire leurs conditions, n'avaient pas réclamé ceux que 
Ton disait ètreJeurs chefs, — de tout cela, qui était l'essentiel, 
pas un mot n'était prononcé. 

Les députés écoutèrent cette lecture en silence. Il leur parut 
qu'on mettait dans leur jugement un peu plus de formes qu'ils ne 
l'avaient cru; quelques-uns se reprirent peut-être à espérer. 
D'autres ne virent là qu'une hypocrisie. Duquesnoy semblait 
assuré du résultat et pressé d'en finir. Quand le président en vint 
au passage de l'acte d'accusation qui le concernait, il l'arrêta du 
geste : € Je vous épargne cette peine », dit-il. Capitain répondit 
avec calme et acheva sa lecture 1 . Les interrogatoires commen- 
cèrent ensuite. Le président fit retirer tous les accusés, excepté 
Romme, qui fut interrogé le premier. Du Roy, Duquesnoy, puis 
Bourbotte lui succédèrent. On les faisait asseoir, à tour de rôle, 
sur une chaise en face du tribunal, entre deux grenadiers le 
sabre au clair 1 . L'interrogatoire dura très longtemps. La Com- 
mission, qui pourtant jusque-là n'avait pas raffiné sur les formes, 
tenait à suivre la procédure ordinaire d'instruction. Le greffier 
écrivait les demandes et les réponses, il fallait ensuite relire, cor- 
riger, parapher à chaque page. Cela ne pouvait aller vite. En 
outre, les accusés, sachant qu'on ne leur donnerait pas d'avocats, 
craignant même de ne pouvoir, après l'audition des témoins, pré- 
senter eux-mêmes leur défense, profitèrent tous de l'interroga- 
toire pour parler longuement et dire tout ce qu'ils croyaient utile 
à leur cause. A dix heures et demie du soir, Goujon, Soubrany, 
Forestier et Peyssard n'avaient pas encore été interrogés. On 
renvoya l'audience au lendemain quintidi, à huit heures. Il était 
tard, la foule restait nombreuse dans les rues mal éclairées; la 
Commission décida de ne pas faire reconduire les accusés aux 
Quatre-Nations et de les garder dans le bâtiment même, au rez- 
de-chaussée, sous la salle d'audience. On fit venir du garde- 
meuble huit lits de sangle, avec fourniture complète, et les pri- 

1. Sa réponse fut c noble et touchante » an témoignage d'an assistant très 
favorable aux accusés (lettre citée du citoyen Gilbert au président de la Com- 
mission. Cf. aux appendices). 

2. Récit de Joardan, Moniteur du 4 messidor (réimpr., t. XXV, p. 26). 






tK COÎITENTIOKNEL GOtJON. 257 

sonuiers durent s'installer ainsi, tant bien que mal, dans de 
grandes pièces vides 1 . Par crainte du poison qu'on pourrait jeter 
dans leurs aliments, les repas furent apportés de chez un traiteur 
du Palais Royal, Mèot, qui était connu de la police'. 

La séance permanente reprit le 25 prairial à neuf heures, après 
quelques affaires de moindre importance, rapidement expédiées 
dans la première heure. Goujon fut interrogé tout d'abord. Comme 
aux autres, on lui demanda son nom, son âge et son lieu de nais- 
sance, puis s'il était venu à la Convention le 1" prairial, et, suc- 
cessivement, à chaque chef d'accusation, s'il le reconnaissait pour 
être exact. Il répondit en faisant le récit complet de la séance, 
depuis le moment où Vernier avait pris le fauteuil, jusqu'à l'ins- 
tant de l'entrée des troupes. Il rappela que tous ses collègues, en 
prenant la parole eu présence du peuple, le président en recueil- 
lant les voix, et lui-même en faisant les motions qu'on lui repro- 
chait comme < incendiaires », n'avaient songé qu'à gagner du 
temps, qu'à obtenir la retraite des insurgés, quitte à rapporter 
un moment plus tard les mesures qu'on aurait prises pour les 
calmer. Il en donna pour preuve les propos échangés par lui avec 
Lanjutnais, puis avec Sallengros, son silence même à la fin de la 
séance. Quant aux motions qu'il avait faites, il en indiqua le 
sens, sans vouloir garantir le texte même qu'il en donnait, puis- 
qu'il n'avait pas pris le temps de les écrire. « Je défie à qui que 
ce soit qui ait une àme, s'écria-t-il, d'avoir un souvenir aussi 
exact au milieu d'une pareille scène. Ce qu'il y a de bien certain, 
c'est que les récits donnés par les journaux sont infidèles, c'est 
que le procès-verbal même de la Convention contient un faux 
certain, car il imputa à Duquesuoy une proposition que tout le 
monde sait avoir été faite par Soubrany, celle de nommer une 
commission de quatre membres 1 ... > Enfin, il rappela que les opi- 
nions étaient libres dans rassemblée et qu'il n'était pas interdit 
de parler en présence de l'insurrection au moment où il l'avait 

1. Deui lettre* de la Commission militaire et du Comité Ji' Sûreté générale 
a la Commiasion dei retenti» nationaux (elle liégeait dan* Id radrae bôlel qu* 
le IriliuDjI,. Il prairial {Atcli. nal,. W 548 et F' 4*11'}. 

1. La Corn million militaire * la Commiiiion de police, 3 meaiidor (Arcb. 
nat., W MS, reg. de euf répondante). 

3 Interrogatoire de Goujon (Arcb. nal,, V 547, o* 53). Nom muni cru, >u 
le caractère d'uiactitudc naturel a et* procéa-rerbaui, re*u< et paraphé! par 
l'accusé, poutolr rétablir la première personne el le il) lu direct, <|ui du reste 
m truure par endroit» du* ta document lui-même. 

Rjtv. HiiTOB. XCIV. 2*f*M, 17 




258 B. fiBTOT KT F. THÉSARD. 

fait, puisque la Convention avait cru devoir, depuis lors, vote 
une loi pour le défendre. < Au reste, ajoutait-il, bien d'autres ont 
parlé, ont pris part à la délibération, ont fait les fonctions de 
secrétaires. Le président ordinaire a présidé, a mis aux voix, a 
prononcé des décrets, et ils sont libres, et ils m'accusent! Si 
j'eusse été faux, adroit, dissimulé, je me serais tu aussi et j'accu- 
serais les autres aujourd'hui! Au surplus, ces observations sont 
pour mes juges : je suis dans une position où l'on ne m'a pas 
même laissé la loi a réclamer; j'aime mieux être la victime d'un 
pareil excès que d'en avoir été l'auteur. » 

Du Roy, Romme, Duquesnoy, Bourbotte avaient à peu près 
parlé de même, en relevant tous les propos imaginaires, toutes 
les propositions inexactes que leur prêtait l'acte d'accusation. 
Duquesnoy, sans dénoncer personne, se défendit énergiquenient 
d'avoir parlé le premier de nommer une commission executive. 
Soubrany déclara tout de suite que c'était lui qui l'avait pro- 
posé. Il en avait le droit comme tout autre, ajouta-t-il, même en 
présence des insurgés, puisqu'une délibération régulière avait 
lieu et qu'aucune loi ne l'interdisait. El pour achever sa réponse, 
il retrouva toute son ironie hautaine de ci-devant : « Je dois 
observer aussi, conclut-il, sans prétendre inculper en rieu mon 
collègue Vernier, aux intentions duquel je me plais à rendre jus- 
tice, que si, dés la première motion qui fut faite, il eût refusé de 
la mettre aux voix, s'il eût averti quelques-uns de ses collègues 
qu'il ne pouvait laisser délibérer l'assemblée, j'aurais attendu 
dans le silence l'issue d'une journée dont je n'ai jamais redouté 
les suites que pour la République 1 . » 

Peyssard et Forestier furent interrogés les derniers. L'un et 
l'autre nièrent énergiquement avoir poussé le cri de victoire 2 .' 
Peyssard, non sans surprise, s'entendit lire un nouveau chef 
d'accusation qui venait d'être établi contre lui par la Conven- 
tion, sur la motion d'un député obscur, Desvars, et cela le matin 
même, alors que le procès était déjà commencé. On l'accusait, 
maintenant, d'avoir proposé le renouvellement des autorités cons- 
tituées réorganisées depuis le 9 thermidor. 11 nia le fait, mais ne 
protesta pas contre cette nouvelle violation des formes légales. 
On n'en était plus à compter les irrégularités de procédure 3 . 



1. Interrogatoire de Soutirait} (Àrcti. nal., W 517, n 

î. Arcli. Ut, W 517, n" 113 el 1!3. 

3. Ibfd., n* IIS (interrogatoire de Peyssard). 



105). 



u coimitTumi 



259 



L'après-midi fut employée à l'audition des premiers témoins à 
charge. Ils avaient été cités d'après la liste du Comité de Sûreté 
générale et comparurent isolément devant la Commission mili- 
taire, hors de la présence des accusés. Aucune question ne 
leur fut posée. On se contenta de leur lire l'acte d'accusation et 
de leur demander ce qu'ils savaient. L'un d'eux n'avait même 
pas paru à la Convention le 1" prairial 1 . Un autre n'était pas 
entré daus la salle, mais il avait entendu les motions du salon de 
la Liberté où il se trouvait et prétendait avoir reconnu les ora- 
teurs au son de leur voix*. Le chef de brigade Thùring, le géné- 
ral Doraizon, le représentant Perrin (des Vosges), cités également, 
n'avaient rieu vu ni rien entendu*. Un spectateur des tribunes, 
Barthélémy Gallois, trente-six ans et demi, liquidateur de rentes, 
rue Chabanais, u° 6, avait assisté à toute la séance. Il ne con- 
naissait aucun député. Parmi ceux qui parlaient, il en remarqua 
deux comme * plus animés que les autres* : l'un qui était chauve 
et gros, l'autre, d'une taille assez grande et mince, les cheveux 
plats et assez longs, et qui avait l'air jeune. C'étaient Roanne et 
Goujon'. 

Les deux meilleurs soutiens de l'accusation étaient les deux 
rédacteurs du Moniteur, Mariai n ville et Jourdan. Martainville 
(journaliste, âgé de dix-neuf ans, demeurant à Paris, Galerie 
neuve du théâtre de la République, u" 36) lit une déposition 
très étendue*. Il raconta minutieusement tous les détails de la 
séance, tels qu'ils étaient rapportés dans son journal, et déclara 
< qu'il certifiait tous les faits mentionnés au procès-verbal du 
8 prairial »*. Jourdan (Airaé-Joseph-Gabriel, vingt-quatre ans, 
Î6, avenue de Neuilly, section des Champs-Elysées) se contenta 
de remettre sur le bureau les exemplaires du Moniteur et 
déclara a qu'ils faisaient partie de sa déposition et qu'il en 



t. Dtpotllion de Pierre Salnl-Jullen, Tingl-ncuf u\i, employé, ÎO, rue Siint- 

ML, WS«, n- II). 
I. Dépoiition de Xatier Fil!», «inxt-ileu» ana, huilier de la iccUuq Lepel- 
lelier, bouittanl de* Italien*. tT3 (Ibhi., u- 3). 

3. Ib«t., a- 18, Il M 10, 

4. tbtd., u- 7. 

5. Areb. ML, W 547, n- 10. 

& M. CUr.ll* rappelle, laM ralwin, que l'ail le même Marliinïille qui, an 
1820, lors de l'euautiul du duc de Berry par Lourd, délignera le duc 
Dccaxei connue ton plu r. du inrurliler H prelendra les aroir oui causer 
aotcmblc [lu Otrmtrt Montagnard; p. 31»). 



260 R. GUTOT ET F. THAfARD. 

garantissait l'exactitude » f . Puis vinrent les témoins maladroits 
et sincères, qui dirent ce qu'on ne leur demandait pas : Ignace 
Eck, le messager d'Auguis et de Legendre, qui raconta la mis- 
sion d'espionnage dont il avait été chargé dans la Convention ' ; 
Lecourt-V illierre, le commandant du bataillon Lepelletier, qui 
s'étonnait naïvement qu'on ne l'eût pas fait intervenir plus tôt, 
et dépeignit la colère de ses grenadiers devant la consigne d'inac- 
tion qu'ils avaient reçue 8 ; Baffet, enfin, ignorant et borné, mais 
honnête, qui déclara ne rien savoir des faits énoncés dans l'acte 
d'accusation, sauf en ce qui concernait Prieur (de la Marne), 
inculpé d'avoir crié : A moi, sans-culottes! « disant que le 
propos qu'on lui impute avoir tenu, à lui déposant, est faux » 4 . 
Ces dépositions se prolongèrent pendant toute l'après-midi du 
25 et la matinée du 26. Restaient les témoins à décharge. Dès le 
second jour du procès, les accusés furent invités à donner la liste 
de ceux qu'ils désiraient faire entendre. Romme en nomma trois, 
Duquesnoy neuf, Bourbotte trois, Soubrany et Forestier deux, 
Du Roy huit, Goujon, enfin, deux seulement : Sallengros et Lan- 
juinais. La liste ne comprenait que des noms de représentants du 
peuple. Le chef de brigade Capitain la fit passer à la Convention 
pour être notifiée aux intéressés 5 , et le président en donna lec- 
ture à la tribune. Génissieux proposa alors et fit voter que la 
Commission serait autorisée à convoquer personnellement chacun 
des députés dont le témoignage était requis. Cela parut inquiéter 
quelques membres de l'assemblée. Vernier, Charles Delacroix, 
Florent Guiot étaient cités et comptaient bien ne pas comparaître 
pour éviter des confrontations embarrassantes. Le vote qu'on 
venait de rendre semblait donner aux citations force de loi. Des- 
vars, l'accusateur tardif de Peyssard, obtint le rapport du décret, 
motivé sur ce que la Commission militaire avait le droit de citer 
directement, sans autorisation spéciale. Chacun demeurait dès lors 
libre de ne pas répondre à l'appel du tribunal, et les thermidoriens 
usèrent largement de cette faculté. Ni Vernier, ni Delacroix, ni 



1. Arch. nat., W547, n* 15. 

2. Ibid., n- 6. 

3. Ibid., n* 17. C'est sans doute ce Lecoort-Villierre qui avait été secrétaire 
de Grimm et devint, sons l'Empire, colonel et aide de camp do maréchal Kel- 
lermann. 

4. Arch. nat., W 547, n # 16. 

5. Moniteur, réimpr., t. XXIV, p. 692 et 704. 



LE COJTBTr'OffKEL GOEJOX. 261 

Florent Guiot ne se présentèrent. Rovère, Bourdon {de l'Oise), 
Merlin (de Douai), Garran Coulon, Dubreuil, Enlard, Charpentier, 
Bonguyot, Monnet, Bellegarde firent de même 1 . Beaucoup vinrent 
a la Commission pour déclarer qu'ils n'avaient rien à dire. On avait 
cependant tout fait pour les rassurer. La Commission lesautorisa 
à envoyer leurs dépositions par écrit'. Ceux qui se présentèrent 
en personne furent entendus en l'absence des accusés et décla- 
rèrent ce qui leur convenait sans qu'une seule question leur fût 
posée. Sallengros seul, sur sa demande, fut confronté avec Gou- 
jon, qui avait réclamé son témoignage, et tous deux tombèrent 
d'accord sur le sens des paroles qu'ils avaient échangées dans la 
séance du 1 er prairial *. Ces dépositions occupèrent la journée du 
26, et, pendant tout le temps que dura l'audience, les députés 
demeurèrent en prison. Le matin, de bonne heure, ils avaient été 
avertis qu'ils pourraient recevoir une dernière fois leurs parents 
jusqu'à midi. Goujon transmit en hâte cet avis à sa mère. Elle 
vint au siège de la Commission, accompagnée de ses deux plus 
jeunes enfants, Alexandre et Antoine. Ce furent les adieux 
suprêmes. Tissot, n'espérant plus, avait pris soin de s'acquitter 
des dernières recommandations de son ami et de tenir la pro- 
messe que dès longtemps ils s'étaient faite : le petit Antoine, qui 
s'avait pas onze ans, et que les gendarmes ne pensèrent pas â 
fouiller, portait sur lui « l'arme libératrice », un long couteau à 
manche noir, à lame aiguë et soigneusement affilée. Lui-même 
le remit à Goujon, qui le cacha sous ses vêtements'. Les deux 
enfants ne pleuraient pas. Alexandre, l'aîné, dit même qu'il espé- 
rait avoir bientôt la force de venger son frère s'il devait mourir. 
« Non, enfant, répondit Goujon ; je ne veux point de votre ven- 
geance. Demeure innocent, bon et juste; plus tard, ta vertu fera 
ma gloire et tu défendras mon souvenir*. > 11 avait passé la nuit 
précédente à écrire une lettre d'adieux adressée a sa mère. En la 



1. Bordereau de» depoiitioni (Arch. mt , W547). 

2. Lettre su président de la Convention nationale, V prairial (Moniteur, 
réimpr., t. XXIV. p. 70*). 

3. Arth. ML, WS47, n- 13 et 56. 

t. Ce* detalli noua ont été Iranamii par la tille d'Antoine Goujon, qui lei 
tenait de ton père. 

5. Tbaol, Souvenir! de prairial, p. 161, note. Le leite de rei parole* cet 
approiiimljf: Tiitot en donne nnr version rimer qu'il avait inaérée dam 1c 
rhant funèbre eompoaé plu» tard par lot en mémoire de Goujon. 



262 B. GCTOT ET F. THEIABD. 

quittant, il déposa entre ses mains ces quelques pages, suprême 
protestation d'innocence et dernier témoignage de tendresse 1 : 

J'ai vécu pour la liberté. J'ai toujours lait ce que j'ai cru bon, 
juste et utile à ma patrie. Ce que j'ai fait et dit a toujours été dicté 
par l'élan de la probité. Je ne m'en repens donc point. Je ne m'en 
repentirai point, dùl la mort être le prix de mon intégrité. Si je me 
trouvais encore dans les mêmes circonstances, je ferais et dirais 
encore les mêmes choses, car j'ai toujours pensé que pour agir il ne 
faut pas consulter ce qui peut nous être avantageux, mais seulement 
ce que le devoir nous commande. Ma vie est entre les mains des 
hommes, elle est le jouet de leurs passions. Ma mémoire ue leur 
appartient pas, elle est à la postérité. Elle est le patrimoine des 
hommes justes de tous les temps, des cœurs sensibles et généreux, 
des amis ardents et vrais de la patrie, de la liberté et do l'égalité. 

Ma mémoire demeure environnée de mes mœurs pures et sans 
tache, de ma pauvreté toujours la même, après tant et de si impor- 
tantes fonctions que j'ai remplies, sans qu'il soit survenu contre mot 
une seule dénonciation. L'amitié à laquelle je fus toujours fidèle, et 
dont je ne fus jamais indigne, une famille à laquelle je donnais 
l'exemple constant du bien, tant de malheureux que j'ai secourus, 
soutenus, défendus, aidés veillent autour de moi; ils ne déserteront 
point ma cause et transmettront mon souvenir à la postérité, envi- 
ronné de l'estime et de la gloire dont je ne fus jamais indigne, et 
surtout ils tixeronl sur moi les regards du malheureux, de l'opprimé, 
des hommes sensibles, justes, amis de l'égalité. J'aurai leurs larmes, 
c'est la seule ambition qui ait jamais fait palpiter mon cœur. 

Je ne porte dans mon âme, approchant du terme, aucun des sen- 
timents haineux qui appartiennent a la violence des passions, et si je 
fais un vœu ardent et sincère, c'est que ceux qui brûlent de ra'as- 
sassiner ne justifient pas devant la postérité, par une longue suite de 
crimes, qu'ils ne furent si ardents à me frapper que parce qu'ils 
m'avaient reconnu que pour un homme de bien, ami du peuple, et 
qu'il ne dépendait pas d'eux de corrompre. Puisse la pairie être heu- 
reuse après moi et ne pas demeurer affaissée sous la tyrannie dont 
j'aurai été l'innocente victime ! Mais je crains que ce jour d'injustice 
ne soit suivi de beaucoup d'autres qui lui ressemblent! Que je crains 
que le sang innocent n'obtienne une trop longue vengeance! 
Patrie, seras-tu donc baignée dans le sang et dans les larmes? Cette 
pensée compose ma plus grande peine. Fasse le ciel qu'elle soit 



1. TiMol, i 



., p. 149. 






le «mBSTioimi godjos. 263 

dénuée de rondement! Que le peuple français conserve la constitu- 
tion de l'égalité qu'il a acceptée dans ses assemblées primaires. 
J'avais juré de la défendre elde périr pour elle. Je meurs content de 
n'avoir point Irai» mon serment. Je mourrais plus content si j'étais 
certain qu'après moi elle ne sera pas détruite et remplacée par une 
autre constitution où l'égalité sera méconnue, les droits de l'homme 
violés et par laquelle la masse du peuple se verra totalement 
asservie à une caste plus riche, seule maîtresse du gouvernement et 
de l'Eut. Je suis plus heureux que ceux qui baisseront sous ce joug 
infâme leur front humilié. Je mourrai sans avoir manqué à mon 
devoir, assassine illégalement, arrêté, accusé et presque condamné 
sans avoir été aucunement entendu, jugé sans jurés, sans formes, 
sans lois. C'est à mes juges de gémir, non pas à moi, a moi fidèle 
ami de la liberté, qui ne fis aucun acte contraire à la justice. Les 
hommes m'ont instruit par leurs actes à ne point regretter la vie. Les 
gens puissants sont trop injustes, trop cruellement méchants. Pour 
aimer la vie, il faudrait pouvoir la passer loin d'eux, au milieu des 
forêts et dans l'asile inconnu de la médiocrité. 

Ce que je laisse de cher à mou cœur, c'est toute une famille de 
gens de bien : ma mère, et quelle mère! une femme, un enfant, tous 
deux hien ehers, une sœur, un frère, un ami, et ces deux jeunes 
frères, et ces bonnes, au milieu desquels je vivais dans la simplicité 
de la justice. Mère, veille sur tous! Femme, ne m'oublie pas cl 
ramène mou souvenir dans la mémoire de notre enfant! Enfants, 
soyez bons et compatissants! Ami, je n'ai rien à te dire. Tu me 
remplaces : Adieu. Nous nous retrouverons; nous nous reverrons 
toujours; la vie ne peut finir ainsi, et la justice éternelle a encore 
quelque chose à accomplir alors qu'elle me laisse sous le coup de 
l'ignominie. Le triomphe insolent des méchants ne peut être la fin 
d'un si bel ouvrage. La nature, si belle, si bien ordonnée, ne peut 
manquer en ce seul point. Le bonheur n'est point la vile proie du 
méchant, du traître et de l'imposteur, de l'assassin. Non, non, mes 
amis, nous nous reverrons heureux et satisfaits comme nous méritons 
d'être. 

Je serai bien aise que vous ne vous quittiez point. Vivez en paix 
dans l'obscurité, ne gémisse;, point sur moi; il vaul mieux que je 
meure que d'avoir trahi la patrie. Tant d'hommes justes sont dans 
les larmes! Ne vous plaignez point si j'ai partage leur sort. Pour 
l'éviter, il aurait fallu que je ne leur eusse pas ressemblé , il aurait 
fallu que j'eusse été injuste. Il vaut mieux mourir. Adieu. 

Femme, j'ai écrit à ton père. 



264 R. 6UT0T ET F. THJN1ED. 

En quittant la prison, Nicole Goujon voulait espérer encore. 
Tous les témoins n'avaient pas été entendus. Lanjuinais n'avait 
pas répondu à la lettre touchante que Tissot lui avait fait 
remettre de la part du prisonnier, il n'avait pas encore déposé 
devant le tribunal. Elle courut chez lui, lui rappela les propos 
que Goujon lui avait tenus pendant l'insurrection avant de monter 
à la tribune et qui prouvaient clairement son innocence. « Oui, 
répondit Lanjuinais, ce sont bien là les paroles qui m'ont été 
dites; j'ignorais quel était celui qui les avait proférées, mais je 
n'ai communiqué cette circonstance à personne : vous le savez; il 
est donc certain que c'est votre fils qui m'a parlé et qui m'a 
engagé à user de sagesse et de modération 1 . » 

Lanjuinais jouissait alors de la plus grande autorité dans l'opi- 
nion publique. Il était président de la Convention. S'il était venu 
répéter à la Commission militaire les paroles que Goujon lui avait 
dites le l w prairial, il pouvait ébranler l'esprit des juges, y jeter 
tout au moins le doute et sauver la tête de son collègue, à défaut 
de sa liberté. Il promit à Nicole Goujon d'aller à l'audience. Le 
lendemain 27, il s'y rendit. Mais il ne demanda pas à être mis en 
présence des accusés, et craignant sans doute, s'il déposait ver- 
balement, de se laisser entraîner peut-être à des paroles déci- 
sives, il rédigea lui-même sa déposition. Elle vaut d'être repro- 
duite en ses termes exacts qui peignent l'homme* : 

Paris, 27 prairial an III. 

Est comparu Jean-Denys Lanjuinais, représentant du peuple, pré- 
sident de la Convention nationale, lequel a déclaré qu'il ne se rappelle 
aucun fait à la décharge de Du Roy accusé, si ce n'est que cet 
accusé pourrait être un des représentants qui, le 4" prairial, pen- 
dant la scène scandaleuse qui se passait dans la Convention, lui 
parurent par diverses paroles déplorer les malheureux événements 
du jour. Le déposant affirme ni ne conteste que ce soit Du Roy qui 
ait proféré ces paroles; il ne s'en ressouvient pas suffisamment pour 
désigner par leur nom ceux qui les ont prononcées. 

2° Qu'il n'a connu l'accusé Goujon qu'au moment où celui-ci a pris 
la parole à la tribune de la Convention assez avant dans la nuit; 

1. Tissot, Réponse à Lanjuinais, dans le Journal des hommes libres du 
22 nivôse an IV. 

2. Àrcn. nat., W 547, n # 22. 



LE r.o-vTE>Tm\m fiorniT. 265 

qu'il se pourrait que Goujon fût le collègue par lequel lui, déposant, 
fui invité à ne pas exprimer tout haut les sentiments d'horreur qu'il 
éprouvait, de peur de s'attirer quelque violence personnelle; qu'il 
est d'autant plus porté à le croire ainsi, que Goujon a cité cet 
avis, dont l'auteur est probablement le seul qui ait eu connaissance. 
C'est tout ce qu'il a dit savoir, n'y vouloir rien ajouter ni diminuer. 

LllJUIKlIS. 

La Commission n'avait pas tenu a confronter les témoins à 
décharge avec les accusés. Mais elle eut soin, après avoir 
entendu leurs dépositions, de faire revenir les principaux accu- 
sateurs. Xavier Fitte, Ignace Eck, Gallois, Jourdan et Maria in- 
ville furent rappelés et mis cette fois en présence des accusés, à 
qui l'on donna lecture de leurs déclarations antérieures. Cefutle 
seul moment où il y eut quelque apparence de justice dans les 
débats. Goujon écarta d'un mot les dires des témoins apostés 
d'avance par le Comité de Sûreté générale. « Je laisse aux juges, 
dit-U, le soin d'apprécier ce que valent des dépositions de ce 
genre. Il est si fort contraire à mes idées qu'elles puissent motiver 
une accusation contre un représentant du peuple que je ne crois 
pas nécessaire d'y répondre. Elles formeront aux yeux de la pos- 
térité la preuve complète de mon innocence et de la pénurie où 
l'on se trouve pour établir l'accusation. Il s'élève d'autres preuves 
contre un conspirateur! Puisse la patrie n'avoir pas de plus 
grauds crimes à punir 1 ! » 

Jourdan et Martain ville parurent ensuite. Du Roy, puis Gou- 
jon prirent très vivement à partie les deux journalistes, qu'ih 
savaient acharnés à les perdre et a réclamer leur supplice comme 
une réparation que l'on devait à la presse outragée*. Ils n'eurent 
pas de peine à montrer les inexactitudes et les fausses attributions 
dont fourmillait le compte-rendu du Moniteur, alors que Jour- 

1 Arcb rut.. V. f>47, n" H, Confrontation de l.loujo» avec E-'itte. 

S. Trou té, dans un article du Moniteur le <i prairial, regrettait qu'on n'eût 
|»i CI terminé le noir même de l'insurrection i les traîtres pria en révolte 
ouverte ». Il ajoutait : • La mort aui rebellent Donnez nu habitants de cette 
cité qui voua ont fait un rempart de leur corps et aui aoldats qui «ont accou- 
ru* 4 votre défense relie preuve d'énergie... Elle sera la récompense de leur 
courage et de leur fidélité... Vous serez justes uni doute en accordant aui 
écrirai»* qui >e détonent à la Têrilé. aux principea de l'humanité, de I» Jus- 
tice, d« la liberté, let égards que mérile la magistrature utile et honorable qu'il» 
exercent sur l'opinion publique. Plu» de ménagements arec le crime 1 1 (réimpr., 
I XXIV, p. 1Ï0). 



266 



H. CCTOT ET F. TBÉ1A8D. 



dan n'hésitait pas a en affirmer de nouveau, sur son honneur, 
l'exactitude littérale. Duquesnoy, a qui le journal avait attribué 
les propositions de Soubrany, somma les rédacteurs de s'expliquer 
sur cette méprise : « Je n'étais pas dans ma loge à ce moment, 
répondit Jourdan, j'étais à la porte d'entrée de la salle de la Con- 
vention, à droite du président. J'ai vu un député, placé vers la 
troisième banquette inférieure, à gauche, faire la motion qui est 
rapportée dans le journal. La faiblesse de ma vue ne m'a pas per- 
mis de reconnaître les traits de Duquesnoy, mais j'avais cru 
reconnaître sa voix, et aussi sa personne, à la taille et à la gros- 
seur de l'homme que je voyais 1 . » Jourdan dut reconnaître aussi 
qu'il n'avait pas vu DuquesDoy sortir de la salle avec la Com- 
mission des Quatre, comme il l'avait écrit dans le Moniteur : 
€ Je n'ai pas vu, dit-il, sortir le citoyen Duquesnoy, mais foi 
entendu dire dans le vestibule que la tète delà colonne dans 
laquelle j'étais mêlé venait de rencontrer à la porte de la salle et 
d'y faire reDtrer les quatre membres de la Commission. » Duques- 
noy n'insista pas, mais Goujon releva ces erreurs singulières : 
* C'est une chose constamment reconnue, s'écria-t-il, que les 
journalistes sont dans l'usage de faire des extraits abrégés de ce 
qu'ils entendent. Personne n'ignore que ces extraits se res- 
sentent toujours de l'opinion de celui qui les rédige. Il est impos- 
sible à qui que ce soit d'avoir retenu précisément, au milieu du 
tumulte de la séance, ce qui s'y est fait, ce qui s'y est dit. Le 
Moniteur de ce jour-là, d'après lequel paraît avoir été rédigé, à 
peu près mot pour mot, le procès-verbal de la Convention, con- 
tient un faux matériel, reconnu.,. Le récit de mes opinions, à 
moi, même, n'est pas plus exact que le reste, et par la similitude 
qui se rencontre entre le procès-verbal et le Moniteur, j'ai main- 
tenant ce journal pour accusateur et pour témoin ! J'en fais l'ob- 
servation à mes juges*. » 

Le 28 prairial, à trois heures de l'après-midi, les confronta- 
tions étaient terminées. On suspendit l'audience jusqu'au lende- 
main'. Les juges se retirèrent en chambre du Conseil et la 
délibération commença. Elle dura jusqu'au milieu de la nuit. 
L'ordonnateur Rouhière y assistait et l'influença de son mieux. 

1. Confrontation de Jourdan avec Duijueanoy (Arch. njt., W 517, d* 73J. 

2. Confronta lion de Jourdan avec Goujon (Arcb. nal., W 547. n* 59}. 

3. Procès-verbal de la Commission militaire (Arch. nat., W548). Récit de 
Jourdnn. dans le Moniteur du 1 messidor (rèïmpr., t. XXV, p. S6). 






le coimnTiovm goojok. 267 

C'était un protégé des Girondins, créature de Dumouriez, qui 
l'avait connu garde-magasin à Cherbourg et en fit son secrétaire 
général au ministère des Affaires étrangères. Une fois là, il était 
devenu, en trois mois, commissaire des guerres, puis commis- 
saire ordonnateur. Le thermidorien Blad l'avait emmené ensuite 
comme secrétaire k l'armée de l'ouest : c'est lui qui le fit mettre 
en activité comme ordonnateur et nommer secrétaire général de 
la Commission militaire. Le général Pille, commissaire au mou- 
vement et à l'organisation de l'armée, s'y était d'abord refusé. 11 
trouvait l'avancement de Rouhïère scandaleux et voulait l'en- 
voyer à l'armée d'Italie comme simple commissaire des guerres'. 
Mais sa présence rendait trop de services au Comité de Sûreté 
générale. Par deux an-étés successifs, Hlad le fit maintenir dans 
son grade et dans ses fonctions 3 . En qualité de secrétaire, 
Roubîère fut chargé de classer les pièces pour la délibération 3 . 
Il mit à part les « dépositions générales » et fit pour chaque 
accusé un dossier spécial contenant quelques témoignages et le 
procès-verbal des confrontations. Parmi les dépositions générales, 
qui devaient être évidemment consultées de moins près par les 
juges, il classa tous les témoignages favorables aux accusés, ceux 
par exemple de Kaflet. de Sallengros, même de tanjuinais. Il fit 
mieux : sur les marges ou en tête des procès-verbaux, il inscrivit. ii« 
sa propre main, ou fit inscrire par le soldat qui lui servait d'adjoint, 
des résumés la plupart du temps mensongers. Ainsi, sur la 
déposition de Raffet qui, en un point très important, contredisait 
formellement l'accusation : « Déposition qui ne dît rien, ni pour 
ni contre. > Sur celle du représentant Massîeu, complètement en 
faveur de Romme : • Ne contient aucun fait. • Sur celle enfin de 
Lanjuinais : « N'est point à la décharge de Du Roy et encore 
moins de Goujon, qu'elle tendrait à inculper d'une manière très 
directe. » C'est d'après ces commentaires singuliers que les con- 
victions s'établirent et que le vote eut lieu. A deux heures du 
matin, le 29 prairial, la Commission envoyait l'ordre à l'exécu- 
teur de monter la guillotine et de se tenir prêt pour onze heures 
et demie, avec une charrette pouvant contenir six personnes. Le 
jagMMDl 'lovait être prononcé à midi*. 

t. Arrh. admlnUiraiire» de la Guerre. Voj, Jet HUU de service de Rouhltre 
i l'eppendicc. 
î. Arcb. ut., AF" 57, plaquette 116, 10 prairial: P' tii'j. 2 meeildor. 
3. Vu», le bordereau placé en lele du douter du procès (Arcb. net., W 5*7). 
■I. Arcb. liai., W 518, 29 prairial (r*|. de corre»|Kiod»uce). 



268 R. GOTOT BT F. THÉSARD. 

Le bruit se répandit en un moment que six accusés allaient 
être condamnés à mort. Les parents de Goujon l'apprirent très 
vite. Sa mère courut aussitôt à la Commission, voulant essayer 
d'embrasser son fils une fois encore. Elle fit passer au président 
ce court billet, d'une écriture toute tremblée 1 : 

Citoyens juges, 

Pleine de confiance dans votre justice et convaincue comme je le 
suis de l'innocence de mon fils, j'ose cependant vous supplier de 
m'accorder la permission de le voir ce matin un instant avant l'au- 
dience, voulant éviter la foule qui se trouve à ces heures-là et aussi 
la trop vive émotion que pourrait me causer votre prononcé, quel qu'il 
soit, ainsi que toute mon espérance dans votre justice. 

Salut et fraternité. 

Ricard, veuve Goujon. 
J'attends votre réponse. 

Le capitaine de service rapporta le billet quelques moments 
plus tard avec cette note : Vous ne pouvez entrer dans 
ce moment-cy. 

Pendant ce temps, Lise et Sophie s'étaient rendues à la Con- 
vention. Elles voulaient se présenter à la barre et réclamer justice. 
Elles pensaient émouvoir la majorité, obtenir un décret de sur- 
sis à l'exécution ; elles étaient dans cet état d'émotion suprême où 
l'on est près d'attendre et de réclamer un miracle. Les sentinelles 
leur refusèrent l'entrée de la salle. Elles allèrent au Comité des 
Onze et demandèrent à voir Lanjuinais. Il sortit de son bureau 
et les conduisit à la salle des pétitionnaires. En chemin, Sophie 
parla de l'innocence de son frère, supplia Lanjuinais de faire 
effort pour le sauver, de prendre un moment la présidence pour 
que du moins elles pussent être introduites et faire entendre leur 
prière. Lanjuinais refusa : « Je n'ai pas présidé une fois pendant 
cette quinzaine, dit-il; je ne veux pas avoir l'air de présider 
exprès pour cette affaire... Je veux bien croire que votre frère est 
innocent, je ne dis pas qu'il ne le soit pas, mais en le sauvant il 
faudrait sauver les autres, et que diraient de nous les puissances 
étrangères! » Et sur ces mots il s'éloigna 2 . En vain Sophie et 
Lise firent demander par l'huissier la permission de paraître à la 



1. Arch. nat, W547, n # 72. 

2. Tissot, Réponte à Lanjuinais, dans le Journal des hommes libres du 
19 niTÔM an IV. 






LE COltTETTHmEL CODJOT. 269 

barre. Au seul nom de Goujon, la Convention leur refusa l'entrée, 
et les renvoya, pour la forme, au Comité de Sûreté générale 1 . 
Elles s'en furent à la maison, désespérées. 

Les huit accusés passèrent la matinée à écrire. Goujon acheva 
de rédiger sa défense, dont il avait fait remettre un abrégé au tri- 
bunal, et qu'il voulait laisser complète après lui*. Duquesnoy 
rédigea la sienne, en y joignant une lettre pour sa femme'. A 
midi, la garde vint les prendre, et ils parurent pour la dernière 
fois devant leurs juges. Ils se tenaient debout en face du tribunal, 
entourés par douze grenadiers*. Goujon les dépassait tous de la 
tête 5 ; ses cheveux blonds flottaient sur ses épaules, et il avait 
soigné sa toilette pour aller a la mort. Sous son habit de repré- 
sentant du peuple, en drap bleu à boutons jaunes d'uniforme, il 
portait un gilet de basin blanc moucheté, et, sur la tète, un cha- 
peau à trois cornes, à la mode de l'ancien régime*. 

Rouhière, imposant dans son habit rouge, se leva et donna 
lecture, au milieu d'un profond silence, du jugement de la Com- 
mission'. Romme, Duquesnoy, Du Roy, Bourbotte, Soubrany et 
Goujon, ■ attendu qu'ils se sont montrés les auteurs, fauteurs et 
complices des désastreux événements qui ont eu lieu dans la jour- 
née du 1" prairial, qu'ils ont conspiré contre la République, pro- 
voqué la dissolution de la Convention nationale et l'assassinat de 
ses membres, entrepris, par tous les moyens, d'organiser la 
révolte et la guerre civile et ressusciter tous les excès, toutes les 
horreurs de la tyrannie qui ont (sic 1 ) précédé le 9 thermidor », 
étaient condamnés à la peine de mort; Peyssard a la déportation, 
« attendu qu'il n'a pas déployé le même caractère de rébellion ». 
Forestier, faute de preuves positives « qu'il eut pris une part 
active aux événements du 1" prairial », n'était pas condamné, 
mais resterait néanmoins eu prison, il la disposition du Comité de 
Sûreté générale, « comme prévenu de faits antérieurs au 12 ger- 
minal et au 1"' prairial » . 11 n'y eut ni applaudissements ni mur- 
mures. Goujon s'approcha du bureau, y déposa son portefeuille, 

t. Moniteur, rtlrapr., I. XXV, p. II. 

2. Voj. tui appendice» la Un de celle Utftnu, 

3. Voj. celle lettre tm appendice*. 

*. Jonrdao, relation Inaerèe au Moniteur, relmpr,, I. XXV, p. 26. 

5. Il «lait de Ire» haute taille, ait pied* un pouce fTlamt, But. de la Révo- 
lution, t. V, p. 507). 

6. Procea-verbal du cotntnlsaalre de police de la leelioo de la place Vendôme, 
29 prairial {Attù. nal., W 5*7, n- 133]. 

7. Voj. le Iule dan* la rtlmpr. du Moniteur, I. XXV, p. 27. 




270 B. GCIOT ET F. TaÉJWlD. 

le portrait de Lise et le manuscrit de sa Défense. * Pour ma 
femme >, dit-il simplement. Il déposa encore une petite montre 
en argent que Bourbotte venait de lui faire passer. Puis il rega- 
gna sa place au milieu des soldats. Soubrany déposa sou porte- 
feuille et 1,013 livres en assignats pour son domestique 1 . 
Duquesnoy remit une enveloppe au président et dit : « Je vous 
charge de cette lettre. Elle contient mes adieux à ma femme et à 
mes amis. Je désire que mon sang soit le dernier sang innocent 
qui coule. Puisse-t-il consolider la République! Vive la Répu- 
blique'! » Sur un ordre du tribunal, les condamnés sortirent de 
la salle. Ils descendaient l'escalier qui conduit au rez-de-chaus- 
sée, lorsqu'on entendit la voix de Bourbotte : « Vous allez voir 
comme un homme de cœur sait mourir ! » A l'instant même, Gou- 
jon, sortant le couteau qu'il tenait caché, s'en frappait au cœur 
et tombait, la bouche crispée, sans une plainte. Romme, arrachant 
l'arme de la plaie, s'en frappait à son tour de plusieurs coups à 
la poitrine, s'en labourait le cou et le visage; il tombait aussi, 
couvert de sang, méconnaissable. Duquesnoy n'avait qu'une lame 
de ciseaux- 1 ; il se l'enfonça tout entière dans le cœur. Bourbotte 
cachait un autre couteau; il s'en porta un coup, puis le tendit à 
Soubrany, qui fit de même. Du Roy n'eut pas le temps de se frap- 
per à mort; il n'était que blessé quand on lui arracha l'arme, 
qu'il avait prise des mains de Soubrany. On les emporta dans la 
salle basse. Un officier de gendarmerie, affolé, courut avertir le 
président : il tenait à la main le couteau de Bourbotte. Uu autre 
entra l'instant d'après, portant le second couteau, celui de Gou- 
jon, et les ciseaux dont s'était frappé Duquesnoy'. Capitaîn 
donna sur-le-champ l'ordre d'arrêter le commandant du corps de 
garde, qui avait négligé de fouiller les condamnés; ensuite, il fit 
chercher uu officier de santé. On n'en découvrit un qu'à grand' - 
peine. Il s'appelait Marmouget et demeurait rue neuve du Luxem- 
bourg. En arrivant, il trouva Romme, Goujon et Duquesnoy déjà 

1. La Commission militaire au Comité de Sûreté générale, 1" messidor (Arcli. 
liai, WS4S, reg. de correspondance). Les détails ilonnés sur cette scène par les 
journaux ne paraissent pas tous oxacls. Mous ne donnons que ceux sur lesquels 
les journaux «'accordent entre eux et atec les pièces originales. 

2. Moniteur, récit de Jourdan, déjà cité. Journal lie Paris, n- 379 du 
30 prairial. 

3. Les fossoyeurs retrouvèrent l'autre cachée dans la semelle de son soulier. 
Procès-verbal du commissaire de police do la section de la place Vendôme, 
30 prairial (Areh. nat., W517, a* 140). 

i- Journal de Paru cl Moniteur, toc. cit. 



LE COOTEftTIOlfNBL GOUJON. 274 

morts, étendus sur le carreau et baignant dans leur sang. Du Roy 
était très vivant. Bourbotte respirait encore. Soubrany agonisait 
presque, en disant : « Laissez-moi mourir. » Comme leurs bles- 
sures ne saignaient plus, on ne prit pas la peine de les panser 1 , et 
l'aide de l'exécuteur leur fit la dernière toilette. Pendant qu'on 
lui liait les mains, Du Roy s'emporta violemment, injuriant les 
curieux et les journalistes qui l'entouraient : « Les assassins con- 
templent leur ouvrage! criait-il. Ab! pourquoi me suis-je man- 
qué? Ces mains-là étaient-elles donc faites pour être liées par le 
bourreau? Jouissez, messieurs les aristocrates 1 ! » On les chargea 
tous trois sur la charrette. Du Roy faisait bonne contenance, Sou- 
brany ne bougeait plus, Bourbotte parut revenir à la vie. Il s'as- 
sit au fond de la voiture et regarda tranquillement autour de lui. 
A trois heures, escortés par un escadron de cavalerie, ils arri- 
vèrent sur le lieu du supplice. La place de la Révolution était 
presque vide. On porta Soubrany sur l'échafaud; il était mort 
déjà, et Sanson n'exécuta qu'un cadavre. Du Roy mourut ensuite 
avec fermeté et sans rien dire. Bourbotte cependant parlait au 
peuple et aux soldats : « Je meurs innocent, criait-il, vive à 
jamais la République 1 ! » On emporta les cadavres au cimetière 
de Monceaux. Les trois autres corps y furent aussi portés le soir. 
Les valets du bourreau les dépouillèrent, suivant l'usage, et 
vendirent au fripier leurs pauvres hardes. 

R. Guyot et F. Thknard. 



1. Procès- verbal de l'officier de santé (Arch. nat., W 547, n* 138). 

2. Moniteur el Journal de Paris, loe. cit. 

3. Jourdan, qui voulut assister au supplice, ajoute un détail atroce : c A 
l'instant où Bourbotte était baissé pour recevoir le coup fatal, on s'aperçut que 
le couteau n'avait pas été remonté. On le redressa pour relever l'instrument. 
Il employa ce temps à parler encore à ceux qui l'entouraient » (Moniteur, 
1** messidor, réimpr., t. XXV, p. 28). 



MÉLANGES ET DOCUMENTS 



LE CODE DE HAMMOURABI 



r r 



ET LA CONSTITUTION ORIGINAIRE DE LA PROPRIETE 

DANS L'ANCIENNE GHALDEE. 



Fustel de Coulanges s'est voué à l'histoire des institutions avec 
une connaissance très imparfaite du droit : la critique lui en a fait 
grief et elle a pu le faire sans trop d'injustice. Jules Oppert regret- 
tait une lacune analogue cbez les assyriologues, ses confrères : 
« Pour l'intelligence des textes juridiques, disait-il, des études de 
droit sont d'une nécessité inéluctable; sans elles, toutes les interpré- 
tations sont boiteuses. Ces études ne permettent pas seulement de 
reconnaître les particularités de certaines lois, elles façonnent l'es- 
prit à discerner ce qui est possible et ce qui ne l'est pas, ce qui est 
adéquat et ce qui est un non-sens 1 . » 

La découverte du Gode de Hammourabi a mis en claire évidence la 
justesse de ces paroles. Malgré la science linguistique des interprètes, 
ni la traduction princeps de Scheil ni les traductions nombreuses, en 
toutes langues, qui l'ont suivie n'ont échappé au double écueil qu'Op- 
pert signalait. La collaboration même d'un jurisconsulte et d'un 
assyriologue de profession n'a pas suffi pour en préserver. Voyez le 
résultat de l'association de MM. Peiser et Kohler', voyez le biais 
auquel ils ont dû se résigner : une traduction mot à mot, — souvent 
inintelligible, impossible, aurait dit Oppert, — et en regard une para- 
phrase où le sens devient plausible, mais où la version littérale est 
sacrifiée sans merci. 

C'est que toute traduction d'un document de cette nature exige un 
corps à corps, un contact intime avec le texte. Faute de quoi, on 
pourra bien s'en approcher, le contourner, on ne l'enlacera pas. 



1. ZeUschrifl fQr Assyriologie, t. XIII, p. 248. 

2. Hammurabi's Gesett. Leipzig, 1904. 






LE CODIC HE mUNOUlUM. 273 

L'historien du droit, s'il ne veut pas bâtir sur une base fragile et 
chancelante, n'a donc d'autre ressource que de maitriser lui-même 
la langue des documents. Kl comment hésiterait-il devant des décou- 
vertes qui reculent de milliers d'annéeB les bornes de l'histoire juri- 
dique de l'humanité? Pour ma put, je n'ai pas craint de tenter raifort, 
>'t la traduction de Hammourahi, que je publierai très prochainement, 
permettra déjuger de son fruit. 

Mais le Code de llammourabî n'est pas un monument qui puisse se 
suffire à lui-même. Il veut être étudié dans ses sources, son milieu 
et ses prolongements. Il a derrière lui toute une antiquité juridique 
dont il est l'aboutissant. Nous en avons la preuve directe dans l'exïs- 
lenœ de fragments de lois beaucoup plus anciennes et qui paraissent 
même visées par ce Code, les fameuses lois dites sumériennes, dont 
sept articles nous ont été conservés dans des exercices de grammaire. 
Nous en avons d'autres preuves dans les contrats antérieurs à Ham- 
im.nir.-iln, qui se réfèrent 1res visiblement à des lois écrites et, sans 
doute, à une sorte de code ou de compilation dont ils reproduisent 
des formules, puis dans la circonstance que Hammourabi lui-même se 
sert de formules identiques, identiques donc non seulement à d'an- 
cien-, contrats, mais à des lois plus anciennes encore. 

Qu'était cette législation antécédente? A quelle date pouvait-elle 
remonter? Gomment était-elle née? Si a toutes ces questions nous 
n'avons pas encore de réponse satisfaisante, nous pouvons du moins 
entrevoir des lignes directrices et tenter des travaux d'approche. 

Tout d'abord, la religion et la magie chaldéennes ne laissent 
aucun doute sur la grande part qui revient dans la formation des 
coutumes ou des lois, d'une part aux rituels, d'autre part aux 
oracles-, les premiers donnant naissance â des prescriptions à la fois 
religieuses et civiles, les seconds constituant des jugements qui 
avaient force de loi pour l'avenir. Mais nous voudrions davantage, 
nous voudrions savoir pour muta DOBOIH, dtns quelles cités ces lois 
embryonnaires virent le jour. Est-ce au nord, au centre ou au sud 
de la Chaldée que se place leur lieu d'origine? 

1. 

Jusqu'il y a trente ans, tous les regards se dirigeaient m 
Babjlone ou vers Ninive. On espérait trouver autour de ces deux 
grandes métropoles, autour de la première surtout, la clef de l'anti- 
quité clialdéenne. On se trompait. On se trompait en principe en 
cherchant dan» le nord et dans l'intérieur des terres les débuta 
d'une civilisation qui devait être née beaucoup plus au midi et 
fUv. Hiroi. XCIV. t* fasc 13 



274 irfLANGBS BT DOCUMENTS. 

à proximité de la mer, de la mer qui, indépendamment du trafic 
qu'elle sollicite, fournit un aliment indispensable à l'homme, le sel. 
On se trompait encore, parce que les terribles dévastations dont les 
capitales chaldéennes avaient été la proie et la durée relativement 
récente de leur existence étaient autant de causes d'échec, autant de 
sources de déception. Ce qu'il fallait trouver, c'était une cité importante 
remontant à la plus haute antiquité et enfouie, disparue depuis une 
époque extrêmement reculée, quelque chose comme une Pompéi chal- 
déenne. Et c'est là ce que trouva notre admirable explorateur, mort à 
la peine après onze campagnes de magnifiques fouilles (4877 à 4900), 
H. de Sarzec. 

La cité de Lagaâ, dont M. de Sarzec a exploré les ruines à Tello, 
a été, avant l'époque où le nom de Babylone apparaît pour la pre- 
mière fois dans l'histoire, dès le V e millénaire avant J.-C, tantôt 
dominatrice, tantôt dominée par les rois d'autres cités chaldéennes, 
si bien que temples, inscriptions, monuments de toute nature dus à 
des conquérants étrangers nous renseignent sur eux, leurs villes, 
leurs mœurs ou leurs lois, et, par une réciprocité heureuse, les monu- 
ments des rois indigènes de Lagaâ ne concernent pas seulement la cité 
elle-même, mais les autres cités qu'ils dominèrent. De plus, par une 
rare fortune, les dévastations ont été ici moins profondes : dès le 
temps de Hammourabi, par son avènement même, l'hégémonie passa 
définitivement au nord de la Ghaldée, Lagaâ rentra dans l'ombre, des 
alluvions, en guise de lave, recouvrirent ses ruines. 

Après Lagaâ, Suse a livré ses trésors aux pionniers de la science 
française. Capitale de l'Élam qui, par la civilisation et les armes, 
rivalisa avec la Ghaldée, ses alternatives incessantes de victoire et de 
défaite l'ont transformée en musée triomphal de la Ghaldée vaincue 
et ont amoncelé en couches profondes sur son sol les témoins de son 
propre passé. 

Il est aisé de voir comment les origines du Gode de Hammourabi 
s'éclairent par les découvertes de Lagaâ et de Suse, pour ne parler 
que de celles-là. Grâce aux premières, nous pouvons étudier les élé- 
ments nombreux et divers qui sont entrés dans la composition des 
coutumes antécédentes : mœurs, actes royaux, rites magiques, etc. 
Nous pouvons nous représenter leur naissance, comme celle des 
nôtres, en des lieux distants, leur contingence, le droit commun qui 
s'élabora en elles par le passage de l'hégémonie d'une cité à une autre. 
C'est ce fonds commun, tout ensemble local et généralisé, tradition- 
nel et pratique, qui a été compilé, coordonné, codifié, placé sous la 
protection des dieux, comme de ses inspirateurs, par le puissant 
conquérant, le Napoléon chaldéen qui porte nom Hammourabi. Et 



LE C0DB DE IHMXfil flilil. 275 

c'est à Suse que fut découverte sou œuvre, comme si un exemplaire 
officiel de noire Code civil, perdu pour la postérité, devait être 
exhumé après quatre mille ans à Berlin ou a Saint-Pétersbourg, oii 
les envahisseurs de tS\i l'eussent emporté. 

La période coutumière, dont je viens de parler, s'éclaire par les 
contrats, mais elle s'éclaire surtout aussi par les inscriptions 
antiques, dont les plus précieuses ont été publiées ou interprétées 
par deux assyriologues de premier ordre, MM. Scbeil el Thureau- 
Dangin'. C'est de ces inscriptions que je veux m'occuper d'abord, 
en tenant compte de l'aspect extérieur des monuments qui les portent 
el en leur demandant plus spécialement ce qu'elles peuvent nous 
apprendre sur la constitution originaire de la propriété eu Chatdée. 



II. 



L'étude approfondie el prolongée a laquelle je me suis livré au Col- 
lège de France sur les institutions primitives m'a convaincu que, chez 
tous les peuples, la naissance de la propriété est en étroite connexilé 
avec les croyances animistes, avec le tabou qui en est une mani- 
festation essentielle. L'objet taboue devient intangible, et il est 
taboue parce qu'il est le siège d'un esprit, bon ou mauvais, le bon 
devenant mauvais si ou le mécontente, le dérange ou le trouble; le 
mauvais défendant plus énergiquemenl encore que le bon l'objet 
qu'il occupe ou qu'il garde. Qu'un arbre soit taboue, il n'est plus 
permis, sans s'exposer aux pires conséquences, d'en cueillir les fruits. 
Une bulle ou une récolte sera proLégéc contre toute atteinte si, pour 
j pénétrer, il faut rompre un fil dans lequel un esprit réside. 

L'action de l'esprit invisible ne se limile pas plus à l'objet dont il 
a lait son siège que l'action de l'homme ne se réduit a ce qui touche 
directement son corps. Il y a pour l'un el pour l'autre une sphère 
d'énergie ou d'influence qui s'étend aux enlours. Être sous le 
regard d'un homme, à portée de sa main ou de son arme peut être 
aussi dangereux que d'entrer en contact matériel avec lui. De même 
des esprits- Ils rayonnent autour du siège qu'ils occupent. Quand ils 
sont placés a l'entrée d'une demeure, ils la dérendent mieux qu'une 
sentinelle ou une garde; quand ils sont placés à l'entrée d'un champ, 
ils eu interdisent l'accès à l'intrus ou à l'envahisseur. C'est touto 
une fonction qu'ils exercent, c'esl un office dont ils sont investis. 

Cet office, chez les anciens Chaldéens, est dévolu a deux grandes 



1. M. Sdiell. a»n» les Mfmotrti de In DMgntto* de Ptrte ; M. THurMu- 
D-ip-in, J J »> ton Ijmu livre : irt lucripltont dr Sumtr et Atkad (H-rl», 1905). 



276 MELANGES ET DOCUMENTS. 

catégories d'êtres surnaturels : les esprits prolecteurs, anges gardiens 
individuels ou familiaux, et les grands dieux, dont la présence 
réelle profite au grand nombre. 

L'homme, dès les premiers âges, éprouvait le besoin de s'assurer 
un protecteur spécial, personnel. Si le protecteur était le même pour 
tous, quelle sécurité suffisante pouvait-il offrir à chacun dans ses 
rapports avec ses semblables? Et, en effet, dans l'ancienne Chaldéc, 
nous voyons que chaque individu a sa déesse ou son dieu particulier, 
son bon démon, son démon familier, sédu ou lamassu, comme on 
voit l'Indien ou l'Océanien avoir son totem. 

L'esprit protecteur, pour veiller sur la personne, veille sur la 
maison. Les rituels magiques l'appellent, l'invoquent dans ce but. 
11 menace de sa colère tous ceux qui franchiront ou violeront, 
démons ou hommes, la borne, la barrière qu'il défend, l'enceinte 
que sa présence rend sacrée et inviolable. Cette présence est mani- 
festée par les statues de taureaux ailés qui se dressent à la porte des 
palais, et, dans les demeures plus humbles, par les statuettes qu'on 
suspend aux linteaux. Elle est assurée d'une façon mystérieuse et 
durable par les figurines enfouies dans les fondements des maisons 
et des temples et par les rites magiques et religieux dont la fondation 
était entourée. 

Nous ne savons pas, il est vrai, si les Chaldéens ont jamais eu la 
coutume, observée chez maints peuples primitifs, d'enterrer sous la 
demeure une victime humaine, pour la tabouer, pour satisfaire et 
retenir la divinité protectrice, mais deux dispositions du Gode de Ham- 
roourabi pourraient bien être la survivance d'une telle coutume. 
L'homme qui a perforé le mur d'une maison est mis à mort et enterré 
à l'endroit même où il a pratiqué la brèche (§ 24) et une peine ana- 
logue frappe celui qui a fait imprimer une fausse marque 4 à l'es- 
clave d'autrui : il est enterré, semble-t-il, près de la porte de la mai- 
son 3 au maître de laquelle il a voulu nuire (§ 227). Ne serait-ce pas 
pour livrer le coupable en proie aux démons familiers et peut-être 
même pour augmenter la sécurité de la demeure? 

Les latnassu peuvent du reste être multiples, comme le furent les 

1. Non pat d'esclave inaliénable, comme tout le monde a traduit, mais d'es- 
clave marron, comme je le prouverai. 

2. M. Scheil a traduit : c On l'enterrera dan» sa maison •, ce qui ne me 
paraît pas rigoureusement exact. Il y a dans le texte : ina bdbi, près de la porte 
(baba) et non pas : ina btti, et le pronom suffixe su a ici un sens très indé- 
terminé, puisqu'il est question dans l'article de trois personnes : l'instigateur, 
le marqueur, l'esclave marqué. L'analogie du § 21 rend donc vraisemblable 
qu'il s'agit de la maison de l'esclave marqué. 



le code be ntaunniudi. 



277 



dieux Lires des Romains {comme lu sont ceux des Japonais), et de 
grands dieux leur sont souvent adjoints. La variété même des objets 
retrouvés dans les fondations l'atteste. Ils vont depuis le clou 
magique destiné â éloigner les mauvais esprits jusqu'à la statuette 
du dieu ou de la déesse, dont la tiare ou les cornes prouvent la divi- 
nité. El, à mesure que l'art se perfectionne, la signification juridique 
se précise. Comme l'a remarqué M. Heuney, une Ngurïnc de fondation 
du temps d'Ur-Bau, représentant un dieu agenouillé qui enfonce 
dans le sol un gros pieu taillé en pointe', a toutes las apparences 
d'un dieu-terme. 

Il est vrai que les figurines les plus nombreuses se sont rencon- 
trées dans les subslruclions des temples, et l'on peut se demander si 
leur office n'y perdait point toute raison d'être puisque la divinité 
puissante â qui le temple était voué _v résidait en personne. En réa- 
lité, les abondantes trouvailles faites dans les temples sont des mani- 
festations 1res distinctes de la foi ou de la superstition cbaldéenne. 
L'objet des unes était de témoigner au dieu d'une dévotion, dune 
soumission absolue, afin de se concilier sa bienveillance et s'assurer 
sa présence. L'objet des autres était d'offrir au dieu des serviteurs, 
des auxiliaires dont, si grand qu'il fût, il pouvait avoir besoin contre 
les rivaux, les démons, les hommes eux-mêmes. 

C'est dans la première catégorie que rentrent les images du roi, 
de ses fils, de sa famille, de ses serviteurs ou sujets portant sur la 
lèle le dupxikku, la couffe, la corheille de travail, pour témoigner au 
dieu un dévouement de corvéable el d'esclave 1 . Ce rite, qui s'est 
conservé jusqu'à l'époque ninivite, a, de même que les autres rites 
de fondation (libations d'huile, d'aromates, de lait ou de miel sur les 
premières briques, etc.), un grand intérêt pour l'historien des institu- 
tions, car la présence du dieu qu'ils visent à réaliser devient pour le 
peuple tout entier une protection de sa personne et de son bien, une 
sauvegarde des faibles contre les usurpations el les abus de pouvoir 
des forts, d'un mot, la source même, du droit 3 . 



|. ptawla m (Yrl-ffr, pi. vuiMa, flg. t. 

2. Le terme dupilkk* a pria le sens de cor*™. 

3. Lea grandes inscriptions îles rais de Lagai, Urukagiua et (iudra, mérite- 
raient, il ce i'(,inl de tue, une élude spéciale. Je' m ru tiendrai ici a quelque» 
traita. — Crukagina doit mn pouvoir au itieu RhgllWj il est le restaurateur 
de la llhrrlé et de l'ordre (Thureau-DariRln, Inter., p. 77. B7). le de«lrucleur 
île la iervilvda [p. 81}. parce qu'il « a rétabli le* décret» et hit demeurer dans 
le pava la parolt que ion roi, Kingirsu, aval! prononcée • (p. 81], r'rtl-a-dtre 
la parole da JwUm Bu tuntequence, 1rs abus cessent : «torsions dea fonc- 
tionnaire* el de» prêtre» (p. 85, 89), parmi lesquelles je relé»e lea droits qu il» 
prélevaient en caa de répudiation (p. 83) et no droit de prù» sur lea animaux 



278 lrfLANGBS ET DOCUMNTS. 



ni. 



Ce qui se pratiquait pour les maisons pouvait, à certains égards 
au moins, se pratiquer pour les champs. On y pouvait enterrer en 
certains points choisis des amulettes, des fétiches protecteurs, usage 
antique qui nous est attesté ailleurs, par exemple dans l'Inde, où de 
tels objets servirent plus tard de témoins, comme nos pierres-bornes. 
On les pouvait suspendre aussi à un arbre, à un rocher, à une clôture. 
Mais rien ne valait, comme efficacité durable, la pierre, la pierre qui, 
à régal de l'arbre, était animée, habitée par un démon ou un dieu, 
protégée par lui 1 et qu'on pouvait instituer à demeure en tout lieu 
choisi. 

C'est dans le culte des pierres que je vois l'origine première des 
kudurru, des stèles-limites, dont je parlerai plus loin. Aussi peu 
que l'universalité de ce culte est douteuse 9 , aussi certain est-il 
qu'une de ses manifestations principales était la pierre levée, repré- 
sentant un phallus 3 . Cette forme parait se survivre jusque dans les 
koudourrous de l'époque kassite et elle se décèle, quoique tronquée, 
dans l'ancêtre lointain de ces monuments, l'obélisque de Manislu-su, 
roi de Kiâ, aux environs de Tan 4000 av. J.-G. 

La filiation remonte certainement bien plus haut, et nous avons la 
possibilité, je crois, d'entrevoir les rites primitifs qui accompagnaient 

(p. 85) ; coutumes vicieuses, telles que la polyandrie, puisqu'il est dit : t Les 
femmes d'auparavant par deux hommes étaient possédées, les femmes d'à pré- 
sent (dans ce cas) au {lacune) sont jetées » (p. 89). — Pour décider le dieu 
Ningirsu à venir habiter le superbe temple qu'il lui a construit, Gudéa procède 
a une double purification : il purifie la ville de ses souillures, il purifie le 
peuple des injustices (p. 151-153. Cf. p. 107). 11 réalise, en d'autres termes, 
un tabou à la fois matériel et social ou juridique. Après quoi, et une fois que 
le dieu aura ûiè son siège dans le temple, y sera présent en personne, ce sera 
a lui-même et à ses serviteurs fidèles a veiller au maintien de l'ordre public 
et au règne du droit. Lui et son épouse, Bau, fixent les sorts, jugent la ville, 
leur temple est le lieu des jugements, leur sceptre le sceptre d'équité, leur 
parole la parole d'équité (p. 121 et suiv.). 

1. Cf. Maspero, Histoire ancienne de l Orient, t. I, p. 642, et Sayce, The 
Religion of the andent Babylonians, cité par lui. 

2. Le culte est bien connu chez les Phéniciens et les Israélites; chez les 
Arabes, il a été récemment signalé à nouveau par Curtiss, Vrsemitische Reli- 
gion (Leipzig, 1903), p. 92 et suiv. 

3. Belser admet que l'idéogramme de kudurru correspond à aufgeslelltes 
[Babylon. Kudurru Inschriften, Beitrage far Assyriologie, t. II, p. 111) et 
Jeremias croit que la forme typique était le phallus, forme qu'il retrouve 
dans le bloc de diorite de Hammourabi (Dos aile Testament im Lichte des 
Orients, Leipzig, 1904, p. 262). 






LE CODÏ DR EUMIIOFIItRI. 279 

ta pose de la pierre sacrée et la protection magique dont elle était le 
siège. 

Nous le pouvons grâce au vieux roi de Lagas. Eannalum, à qui 
nous devons la célèbre slele des vautours, un des joyaux de noire 
musée chaldéen du Louvre. 

Eannalum nous apprend ' que le roi de Kis, Mesilim (un des plus 
anciens prédécesseurs de Maniâlu-su), avait, comme souverain de 
Laças, fait une délimitation 1 , érigé une stèle-limite. Cellestèle, les voi- 
sins de Lagaà, les hommes de Già-hti la renversèrent pour s'emparer 
deschamps qu'ellcahornait. Eannalum la rétablit' après une éclatante 
victoire sur les usurpateurs. Une des faces de la slele des vautours 
Bgure le combat et l'ci termina lion des vaincus, l'autre représente 
l'intervention magique de la divinité. Nous y voyons apparaître un 
personnage mythique, un dieu qui Trappe de sa masse d'armes des 
hommes enlacés dans un vasle filet. Kl qu'est cela? L'inscription nous 
le prouve, la mise en action des forces vengeresses que recelait en 
elle la stèle renversée, el qui, par de nouveaux rites, sonl incorpo- 
rées à la stèle rétablie. Ces rites, le texte les décrit en un langage 
hiératique plein d'une sauvage énergie'. 

Le roi de Lagas commence par prêter un serment, plus exacte- 
ment par faire une conjuration. Il appelle son dieu, il le nomme. Le 
dieu se présente, et à ce moment les hommes de Giiï-hu le nomment 
à leur tour. Ils l'invoquent, ils se lient à lui par un serment. Uu 
fossé est creusé, qui a peut-être une signification rituelle 3 , en même 
temps qu'il sert de limite, une slele est dressée. El c'est alors qu'une 
deuxième invocation est adressée au dieu. Des paroles sacramen- 
telles, magiques, sonl prononcées, des victimes sont sacrifiées, des 

t. Ualet E, roi. I (Thureau-Dangin, Inicriptions de Su mer el d'ikkod. 
p. M-45). 

5. Sur un enne d'Kntemena. il cit dit expressément que relie délimitation ■ 
Mé faite par la parole d'Enlil, de Ningirtu ni duo autre dieu (Tbnreau-Dangin, 
/nirrj/idoni dt sumer et d'Akkad, p. OMS), l.'inurriplion dllatinatum parlait 
atuai d'un orar.lo, Mil «llr ett interrompue par une lacune. 

3, Noua pouvons mppleer sur ce point le* tacunei (p. 78-10) de la alèle de* 
•autour* (srice à l'inscription d'Entemena, qui porte : t Kannalum... remil en 
plai-r la alMe df M ri III. n » (p. GS). 

4. Tliureau-Dangin, toc. ni., p. 29 et auiv. 

6. Dans te* usage* primitif* de beaucoup de peuple*, la terre eit ouverte 
pour boire le aanx de* «ictiinei ou celui même de* cojureur*. Votet, par 
«temple, ta .tojjo irandluate que j'ai cilér dan» met Origine* de l'ancienne 
France, l. Il, p. 139. el lea vieux rites dei Romain* pour l'aboroament de» 
champ* : i Cum enim terminoa di*ponerenI Ipso* quldem lapide* in lolldam 
terrain tullocabint, prutlme h loca qulliu* losil* tactil drluurl nu, erant, 
unguento Telaniiaibutq.ua et coronl* eos cnronabanl : In foui* aulem... 
taenficto facto, etc. > fSJcalm rïactu», lit tondit, aoror.). 




280 MÉLANGES ET DOCUMENTS. 

imprécations sont lancées, dont l'effet sera fatal, inéluctable, par 
lesquelles le dieu lui-même sera lié. Son grand fllet, son arme de jet 
s'abattra magiquement sur les violateurs ou les parjures, comme 
répervier sur le poisson 4 . 

Ces rites sont renouvelés à plusieurs reprises à l'adresse de toute 
une série de dieux, groupés, associés pour la protection des limites, 
comme on les figurera plus tard sur les koudourrous, mais, au lieu 
d'armes très diverses, nous n'en trouvons ici qu'une seule : c'est 
toujours le grand filet vengeur s . 

Dans une inscription un peu postérieure, celle du cône d'Entemena, 
l'effet suit la menace. Les gens de Giâ-hu ont violé la parole, encouru 
Tanathème, ils ont renversé la stèle consacrée, franchi la limite des 
champs, et aussitôt s'abat sur eux le grand filet et les anéantit 3 , 
puis les rites sont accomplis à nouveau et de nouvelles malédictions 
proférées 4 . 

Ainsi s'est associée étroitement dans l'imagination chaldéenne la 
vertu magique de la parole avec l'idée d'un filet que manie celui qui 
la prononce et où se prend celui qui la viole 5 . L'image frappa les 
esprits et, par une terreur salutaire, inculqua le respect du serment, 
protecteur de la borne 6 , protecteur des champs. Elle s'implanta tant 



1. c Sor les hommes de Giâ-hu, moi Eannatum, le grand filet d'Enlil, j'ai 
jeté; j'ai prononcé nn serment; les hommes de Giâ-hu à Eannatum ont pro- 
noncé on serment; an nom d'Enlil, du roi du ciel et de la terre, dans le champ 
de Ningirsu... et un fossé jusqu'aux eaux souterraines fut creusé (lacune). Qui 
parmi les hommes de Giâ-hu reviendra sur cette parole et dans un jour à 
venir contestera, si un jour cette parole ils altèrent, que le grand filet d'Enlil 
par qui ils ont prononcé un serment Giâ-hu abatte! » (Thureau-Dangin, Inscr., 
p. 29-31). 

2. Thureau-Dangin, Inscr., p. 35 et suiv. 

3. « A la parole droite de Ningirsu, guerrier d'Enlil, le grand filet (divin) 
abattit ; des tells (funéraires) dans la plaine furent établis » (p. 65). 

4. « Qo'Enlil les anéantisse, que de Ningirsu le grand filet les abatte » 
(p. 69). 

5. L'image est extrêmement fréquente. On en trouvera un exemple dans un 
fragment d'hymne à Marduk, cité par Maspero au t. I de sa belle Histoire 
ancienne de VOrient (p. 644) : c Quand ta puissance se manifeste qui s'y sous- 
trait. — Ta parole est un filet souverain que tu déploies au ciel et sur la terre ; 
— il s'abat sur la mer et la mer se retire; — il s'abat sur la plaine et les 
champs mènent grand deuil. » — Ce qui me frappe le plus, c'est que, dans les 
plus antiques mythes de Babylone, dont les fameuses tablettes de la création 
nous ont conservé une rédaction qui paratt contemporaine de Hammourabi, 
l'arme principale avec laquelle Marduk triomphe de Tiamat n'est autre que le 
filet (sapant = êétu). (Voyez Tabl. IV, 41, 95, î 12, etc.; Winckler, Keilin- 
schriflt. Textuch, Leipzig, 1903, p. 119-120.) 

6. La borne même est appelée c filet » [sa paru), « filet dont on ne sort pas, 



M CODK DE B1MHOC1AB1. 



2S) 



el si bien que nous la retrouvons chez les Juifs 1 et peut-être mémo 
chez les Grecs. 

Chacun sait que le dieu qui, chez, eux, présidait au serment était 
Horcos, lils d'Ëris, fils de h discorde, qui, à certains jours, 
niellait It-s furies en mouvement contre les parjures. Sou nom a 
servi, dès lors, à désigner le serment. Mais s'est-on enquis suffisam- 
ment de sa vérilablc origine? Les Grecs la rapportaient à la racine 
Ep/., enfermer, d'où lp«î, barrière, clôture, enceinte, el l'épithèlc 
d'Jpwto;. donnée à Zeus, prolecteur de l'enclos domestique. Et 
récemment M. Glotz en concluait que le serment (ïpxo;) était, dans 
son sens originaire, une « barrière > morale opposée à la liberté des 
paroles el des actions humaines 1 . Cslce bien sur? "Rpx a dû signi- 
fier enfermer, envelopper avant de signilier enclore*, et ëpw; veul 
précisément dire filet, filet pour prendre les bêles fauves ou les 
oiseaux, filet pour prendre les poissons. *Opxs,- ne serait-il donc pas 
i i origine \v filet magique ou le dieu enlaçait le parjure; arme de jet 
primitive, propre a saisir simultanément lous ceux qui étaient liés 
par la serment collectif ou la solidarité familiale. M. Glolz lui-même 
a parfaitement montré dans sa remarquable étude que le serment 
constituait une opération magique accomplie sur des pierres sacrées', 
et il n'est pas douteux que le filet lient une place extrêmement 
importante dans ta mythologie grecque. Comme chez les Chaldéens, 
il est en connexité avec la protection religieuse de la propriété, avec 
le caractère sacré, des pierres, avec la religion du serment*. 

Les Chaldéens quand la terreur religieuse du serment et la véné- 
ration de la pierre et de l'écriture sacrées se furent affaiblies, y sup- 
pléèrent par des représentations figurées et des imprécations magiques 
propres à animer ces figures et à mettre en branle les armes dont 



ilre»»* rouir? le mal I, dan» le» Telles magique* (telle dan* Foasey, la Magi* 
aiMfrirnat, p. Ï78-379). 

I. lUhirur, ch«i>, i, rer*. 13-17. 

1, Êttuttt totiatet el juridiq un tur t'antiquttf grtcyue, Pari», 1006, p. 100. 

3. Nou» Iroiiiona de même en a-nyrirn tv/iùru. enceinte île tille, i côté de 
tapant (ou tap/tm), lllel. 

t. (itudtt citée», |>, 103 et mit, 

■. N>*t-c-e pat un lait ainRuliérement frappent que l'objet xaero-iaint de 
Deljiliet. le alêne même de l'oncle était une pierre truite de Tonne ovoïde, 
rerouverte d'un fiUt ? (ri. Dict. de$ flnliouUei, ■» Omphatoi. p. 198). — 
• i l<nur le» pierre* >ur le*quelle« le prononçaient le» aennentt le* 
plu* redoutable», IVtlrle de Fr. LenornaDl (r* Battflla), el, pour ta vertu 
magique du rili-t dam la m tl h.. lotie grecque, la belle monojfrapble de M, tilolx 
Wl \Urdatl« {Paria, 1304), p. il et aulr. i Par aoa emploi juridique, dit-il, le 
filet a été iacr* inMrumenl de miracle. • 



282 MÉLAJGB8 ET DOCUVXJTS. 

elles étaient munies 4 . Mais l'époque de Maniâtu-su n'en était pas 
encore là, et l'on peut logiquement admettre que son obélisque fut 
dressé et consacré par des rites analogues à ceux de la stèle des 
vautours. 

A quel moment les imprécations ont-elles été inscrites et la pré- 
sence des dieux manifestée sur la pierre même? Nous l'ignorons. 
En tout cas, de ce que nous n'avons pas de kudurru contem- 
porain de Hammourabi, ni placé entre lui et les inscriptions de 
Lagaâ, il est clair qu'on ne saurait conclure à une solution de conti- 
nuité. Le développement naturel devait conduire, au contraire, de 
la stèle de Mesilim, attestant la délimitation faite par les dieux en 
personne, aux kudurru kassites, de même que ceux-ci, à leur 
tour, donnèrent naissance au simple duppu (contrat) et à la pierre- 
borne ordinaire. La protection divine ou magique n'est-elle pas par- 
tout visible ou sous-entendue? Pas plus que ses prédécesseurs, l'État 
du temps de Hammourabi n'a songé à s'en passer, et du prologue à 
l'épilogue, à travers le Gode entier, elle se laisse suivre à la trace. La 
conception du droit est restée toute religieuse. C'est du dieu que 
toute justice émane, c'est devant le dieu, tnahar t/tm, que toute action 
judiciaire doit être portée. 

IV. 

Les kudurru, dont je voudrais maintenant mettre en relief le 
caractère sacré, apparaissent donc comme le point d'arrivée d'une 
longue évolution où la protection religieuse de la propriété domine, 
en même temps que cette propriété, — ce sera un second point à 
étudier, — est familiale ou tribale. 

Dans aucun de ces monuments, le rôle protecteur des bornes sacrées 
n'est, à mon sens, mis avec plus de force et de précision en lumière 
que dans le koudourrou du roi Melisihu (4 \ 44-4 \ 29) a ; nulle part 
non plus ne se fait jour plus clairement l'analogie singulière entre 
la propriété ainsi protégée et sauvegardée et la sauveté de notre 
moyen âge 3 . 

1. Voyez sur ces figures les deux études de M. de Morgan dans Mémoires de 
la Délégation en Perse, 1. 1 (1900), p. 165 et suiv.; t. VII (1905), p. 137 et suiv. 
— Je parlerai, dans une seconde étude, des réserves que j'ai à faire sur l'article 
qu'a publié récemment M. Cuq, sous le titre : la Propriété foncière en Chai- 
dée d'après les koudourrous du musée du Louvre (Nouv. rev. hist. de droit, 
nov.-déc. 1906). 

2. Publié par M. Scheil, Mémoires de la Délégation en Perse, t. II, p. 99 et suiv. 

3. Voyez, sur la sauveté, mes Origines de l'ancienne France, t. Il, p. 171 
et suiv. 



LE CODE DE HlHÏOClUei. 283 

La sauvclé chez nous emportait immunité; do même emporte 
immunité, chez les Chaldéens, la propriété garantie par leurs dieux. 
La concordance des termes mêmes est frappante. L'expression 
znkùtv, zuH correspond exactement à la libtrtas de nos chartes 
de franchise et d'immunile. 

L'usurpation' contre laquelle le dieu doit protéger n'est pas seule- 
ment la prise de possession totale ou partielle du sol par déplacement 
de bornes [i*n, fossés, miira, limites, kudurra, bornes). On prévoit 
surtout aussi l'intrusion soit des officiers royaux, soit des fonction- 
naires du clan ou de la tribu, dont le domaine jusque-là dépen- 
dait. Contre les uns et les autres, le territoire doit être immutie. 
Il leur est interdit d'y pénétrer [erebu] pour y exercer leur autorité 
iptAittv*), d*y prélever des redevances ou lever des contributions 
im.siW«, kistata*), d'exiger des hommes qui l'habitent presta- 
tions, corvées, services d'aucune sorte'. 

Nos sauvetés du moyen âge devaient défendre la liberté des terres 
contre rétablissement de coutumes injustes, de malat conaveludines,. 
Les koudourrous défendent de même de convertir les terres franches 
en terres Lributiiras*, d'établir des services coutumiers nouveaux ou 
d'en faire revivre qui fussent tombés en désuétude 6 . 

Les hommes du domaine ne peuvent être contraints de sortir du 
territoire ni en vertu d'un ordre royal, ni par ordre du clan ou de la 



t. Elle est désignée pnr le verbe topélu, tab'ilu, qui veut dire saisir. enlever. 

t Vojei I 'l(ipnâilnfl III H. ih. n* 2) au kudurra de Marduk-nidin-ahé, publie 
par Belsef (Beifrfloe, I. Il, p. 135). 

3. La formule habiluellc est nixtrta, k usa la ina eklt k/lnu. Belser l'a tra- 
duite, avec l'a ppro ballon d» Orlitiseh, < faire des amoindrissements ou des mot- 
rellemcnli dans le champ i>, re qui ne «eut pas dire grand 'chose, M. Scheil 
me parait bien plus près de ta vérilé en traduisant : ■ Imposer une dlme, un 
prélèvement sur le ebamp > (Kudurru de Piaiimarultaâ, Mémoire* t. il 
p. «S; de MellMlhu, Ibtd., p. IUI|. rVli'ofu venant de çasOiu, couper, .'t nUlKU 
de naidru, qui h un sens analogue, noua avons presque l'équivalent de noire 
mol Inillr du moyen âge. 

t. Les «pressions générales sont ilullu el dupilkhu. dont la première me 
parait désigner surtout le service des hommes libres ou semi-libres, et l'sulre, 
précédé* d'ordinaire it'ultu (r haine?, corbeille T), la travail des esclave*. Dana 
le détail, nous trouvons : la sarde {inûkku), — probablement la défense des 
ville» fortifiée*, en vur dr Uipn-lle dri contingenta (Jitaifii.i étaient levés, — 
le charroi, la construction ou réfection des ponla et des r.betniu*, les travaux 
d'irrigation et d'end ipiemrnt, rlr. 

5. La formule est : Zak.itm tfteu ans ilki tribu (Kad. de Uelliihu* 
p. 1W-105) , liltéralement ■ faire rentrer dana le* tribots les franchise* 
octroyée* i (U*u), 

li. Kud. du Meliiihu, p. 103. 



284 MÉLANGES ET DOCUMENTS. 

Iribu 1 , et cela quelle que soit leur qualité, simple cultivateur ou 
ouvrier (kâttinu), ancien (asib) ou conseiller du village 3 . 

L'immunité englobait donc la juridiction, donnait naissance à une 
justice privée, puisque les fonctionnaires étrangers ne pouvaient 
pénétrer sur le domaine, et qu'en fiait, comme je le prouverai ailleurs, 
c'était dans les temples, par les prêtres du dieu local et avec le 
concours des anciens de la localité, que la justice était rendue. 

Gomme dans nos chartes d'immunité, le souverain qui établit la 
franchise la garantit contre lui-même et contre ses successeurs, 
contre ses propres agents ou officiers aussi bien que contre les fonc- 
tionnaires seigneuriaux, la seigneurie ici étant représentée par le 
clan ou la tribu. 

Nos sauvetés du moyen âge étaient gardées par des croix ou par 
des bornes qui portaient le nom du saint ou son image, son mono- 
gramme ou son emblème (crosse, etc.). Les sauvetés chaldéennes le 
sont par les koudourrous, où sont inscrits les noms, sculptés les 
emblèmes et les armes des dieux protecteurs, parfois aussi la figure 
sous laquelle on se représentait la divinité elle-même. Et dans les 
croyances populaires il n'est pas douteux que la similitude allât plus 
loin. Chez nous, c'est la statue du saint qui opère directement des 
miracles, c'est elle que le solliciteur prend à partie, jusqu'à l'acca- 
bler d'injures et la rouer de coups quand son vœu n'est pas exaucé 1 . 
Chez les Ghaldéens, où la magie et la religion sont inséparables, il 
en est ainsi à plus forte raison 4 . 

La présence de toutes les divinités qu'on redoute le plus est 
attestée, réalisée par leurs images sculptées. Il suffira alors de les 
conjurer une fois pour toutes parles formules imprécatoires inscrites 
sur la pierre même, — faisant corps avec elle, bien plus, faisant corps 

1. Kod. de Meliâihu, p. 102. 

2. M. Scheil traduit kâttinu par hôte, hotpes, par contraste avec asib, où 
il voit l'habitant fixé à demeure. Mais asib peut très bien être une forme de 
sitm (voyei Delitzsch, H. W., p. 652) et désigner l'ancien du village, que nous 
trouvons mentionné fréquemment dans les textes, et déjà dans l'obélisque de 
Maniâtu-su. Pour le kâttinu, on songe tout naturellement à kâtu (main). — 
Les conseillers [ameluii sa terni su) paraissent une espèce de judiees privati, 
car la même qualification sert à désigner ailleurs les fonctionnaires du clan ou 
ceux du roi. 

3. Voyex l'exemple que j'ai cité dans les Origines de C ancienne France, 
t. I, p. 442. 

4. Imprécations terribles et répétées contre celui qui fait c enlever la pierre, la 
fait jeter à l'eau ou au feu, cacher en terre, maçonner dans les briques, empri- 
sonner dans un mur, mutiler, endommager, ruiner, anéantir », et emploie à 
cette besogne, pour se soustraire à la vindicte divine, un inconscient ou un fou. 






LE CODE DE fllVXOCKlRI. 285 

: l'image des dieux, — pour que tout violateur de la propriété, con- 
sacrée par cette présence, porte la peine instantanée de son forfait, 
pour que toutes les calamités s'abattent fatalement sur lui, en vertu 
de la conjuration magique qui les énumère et qui lie les dieux. De II 
ces expressions si énergiques, si réalittet par lesquelles les kou- 
tlourrous menacent des regards irrités des dieux*, de l'emploi des 
armes dont la pierre porte la ligure 1 , des malédictions irrémissibles 3 
qu'elle émmèn M qui ne manquent jamais le coupable'. 

La présence réelle des dieux est aussi évidente dans les kou- 
dourrous que dans leurs temples ou dans les statues animées de 
l'Egypte. C'est en présence de isamas, de Marduk, d'Anunit que 
Miilisilni écrit ses volontés sur la stèle et la dresse sur le champ 
qu'elles concernent 1 . C'est dans des termes dontleseus littéral, trop 
■flUbll par les traducteurs, ne laisse aucun doute sur leur réalisme 
que les dieux sont conjurés : * Que tous les grands dieux qui existent 
dans celte pierre*, dont les armes s'y révèlent 7 , dont la demeure y 
est visible ou fixée*, dont les figures j sont incrustées', frappent de 
calamités inéluctables, etc. ■ 



1. Littéralement : i leurs races irritées s, Mil iitvti. 

î. Elle* figurent parfois dans tes imprécations en même temps que la sculpture 
Im représente. Cf. Kul île Naiiinar.. Mémoire*, t. Il, p. 90-01. 

3. Arrat la napititi l'Knd-, publie par Relser, Beilragt, 1. 11. p. 126; Kud. 
d« Uetisihu, p. lui), etc.). 

I. Mémoires de la Délégation en Perte, t. II, p. 110-tll. 

5. fbid., p. 104. 106. 107. 

6, La formule eut : • Dont Iw nom* sont nommé» (jium-sunti tflkru) lian» 
celle pierre (tM eli narie annt) » (Mémoires, L II, p. 89, 110; Beiirflge, I. Il, 

Or, le mus rigoureux de Mina sakdru e*l cziitcr (DellUscb, 11. W , 
1 i u>te quand un est nommé. La formule relient donc i dire que 
lei dieui sont présent s dans la pierre parre qu'ils simt nommés. Le mltne 
phénomène se produit par l'invocation ou la conjuration, car Huma navii 
(appeler le nom) = éditer (DelilMrb, 11. W., p. 141}. ,Vani est la stèle de 
pierre, par opposition à tt m-' m. tn[n\u, la brique. J« noie comme voisins Ifs 
termes ntrrdru, protéger, nararu, protecteur. 

T. nu/iumu ligniiie • faire voir, et Liber, faire montre de, faire apparaître >. 

S. 11. Scbeil a traduit i dont les siégea sont représentés s. En réalité, ivblu 
veut dire t demeure, domicile • (par exemple dans le Code de llammourahi, 
demeura, domicile du mari, I 171) | d'aulre part, ai ndd-i est, comme l'a admis 
très Justement M. Scbeil, une forme courante du verbe ittii, voir, faire voir, 
nous avons une expression parfaitement synonyme de celle qui est employer, 
pour le* arme*. Je me demanda seulement si l'on ne pourrait pas donner kl 
la préférence au verbe aitù. qui signifie < nier, établir légalement » (DellLuch, 
II. W., p, 33Î), 

9. Littérale ment : ■ formées ■ {lafuru). — Est-ce par rencontre forluile que 
t'borooavma Auixrtu, image (Delituch, II. W.. p. 309), signiûe ban, tien fatal, 
et soit désigné par le mémo idéogramme? [DeliUatb, II. W., p. ni) 



286 WÉLASGIS ET DOCUMIHK. 

Et la pierre elle-même est appelée à l'existence, devient une per- 
sonne animée, puisqu'elle reçoit un nom y signe de vie que ni les 
constructeurs de temple, ni les consécrateurs de statues ne manquent 
jamais d'imprimer à leur œuvre. 

Un de ces noms surtout est remarquable, c'est celui du koudour- 
rou de Nazimaruttaà : « Cette pierre est nommée : Nabû, garde 
(nasir), la borne (kudurru) des champs 4 . » 

Nabû est, en effet, soit sous son nom ordinaire, soit sous celui de 
Ninib, le protecteur par excellence des koudourrous, le seigneur des 
limites et des bornes, bel tnisri u kudurri, titre que les rois de Baby- 
lone lui ont emprunté en s'appelant Nebukadnezar (Nabuchodono- 
sor*). El pourquoi l'est-il? Parce qu'il est à la fois le messager des 
dieux et le dieu des scribes, le dieu de l'écriture, celui qu'Assurbani- 
pal regardera comme l'auteur de toute la production livresque qu'il 
fera recopier (Sagesse de Nebo), parce qu'il est aussi l'auteur de tout 
lien rikis kalama 1 , ce qui peut se rapporter à la fois au lien magique, 
base du contrat, et au lien familial (kimu), base de la propriété col- 
lective. Sa vindicte, dès lors, pour protéger les koudourrous, dont la 
garde lui est confiée, s'attaque aux bornes et aux limites personnelles 
de l'usurpateur : « Qu'il les renverse, qu'il les détruise, qu'il les 
foule aux pieds 4 . » 

V. 

Le rapprochement avec les institutions du moyen âge n'est pas le 
seul qu'éveillent dans l'esprit les koudourrous chaldéens II en est 
un autre qui, à la différence du précédent, pourrait impliquer même 
une certaine filiation, je veux dire le rôle juridique des pierres sacrées, 
leur emploi comme bornes chez les Grecs. 

L'animisme appliqué aux pierres apparaît partout dans la Grèce 
primitive. Ici c'est Zeus, là Apollon, ici Eros, là Artherais, fréquem- 
ment Hermès, qui sont non seulement représentés par la pierre, 
mais identifiés avec elle. La pierre fruste est ointe d'huile, envelop- 
pée de bandelettes, ceinte de couronnes ou de guirlandes, adorée 
comme si elle était le corps de la divinité elle-même. Les Grecs ont 
conservé dans leur langue un mot dont ils avaient oublié l'origine et 
qui exprime l'idée chaldéenne du koudourrou, siège de la divinité. 

1. Mémoires de la Délégation en Perte, t. II, p. 91. 

2. Nebukadnezar = Nabu kudurru ti$tir {nature Nabu qui maintient ou 
protège les kudurru, dès lors les frontières et les pays. 

3. Delitzscb, H. W., v riksu, 621. 

4. Kud., publié par Belser, p. 126 et note, 142. 



LE COIII lit H.tMHOCËAII. 



287 



C'est le mol [JairA;;, simple transcription du mot sémitique Beith-El 
iBIt-i/i, demeure de Dieu, nom habituel du leraple chaldéen), qu'il- 
lustre si narrai temeut l'histoire du songe de Jacob'. 

Voici maintenant Hermès. Les interprétations les plus contradic- 
toires sont nées à son sujet. Pour les uns, il est la personnification 
des révolutions du ciel, pour d'autres, le dieu de la génération, pour 
une école plus récente, le dieu du vent, etc. La clef de son origine ne 
se trouverait-elle pas tout simplement dans sa ressemblance avec 
Nabù? f.elui-ci est le (Ils de Uel-Marduk, du grand dieu du ciel, 
comme Hermès le fils de Zeus. H est personnifie par la pianote la 
plus rapprochée du soleil, précisément Hermès-Mercure, celle dont la 
révolution est la plus rapide. Nabù est le dieu qui appelle, qui 
nomme (mM), le maître de la parole; Hermès lest aussi, c'est lui 
qui donne à la première femme Pandore et son nom et sa voix*. 
Nabû est le messager des dieux, porteur do leurs ordres, des tablettes 
t sont inscrits les destins et ou il les inscrit lui-même. Il est des 

i le maître de l'écriture, le patron des scribes. Hermès est le 

raut, le porte-parole *r,p; des dieux 1 , il est le Aé^ioî, il incarne la 
parole magique a laquelle nul n'échappe. 

Nabù est le dieu de la germination, de la végétation. Hermès a eu 
pour emblème le phallus et la gerbe d'epis. Nabù rend des oracles, 
comme porteur de la parole divine. Hermès préside à la divination 
bjifq par les emlOnix (Optai), parce qu'Apollon lui a soumis les trois 
vierges, maîtresses des sorts rustiques (Msïpat 1 ). Et le ravisseur des 
troupeaux eu devient ainsi le protecteur. Il est le gardien nocturne', 
Il veille aux portes*. Comme Nabù est le seigneur des koudourrous, 
Hermès est le seigneur des àp-fc aîOoi et des fcf juu. Il est le dieu des 
champs, STyps-rrip 7 , le dieu des termes, fannputtc*. Il est par excel- 
lence l'apfii'favTr,;, le dieu qui se manifeste par Vargoi*. N'est-ce pas 

t. > Kl, lorsque Jacob m- réveilla tic son sommeil, il dit ; Certes, l'ËIrrnel 
est ea c* lieu-ci, Mn» que Je l'aie su! ... Il prit la pierre dont il s'était sent 
coronio de cheirl, et l'érigé* en un uniment , et rersa de l'huile dessus, ri 
appela ce lieu HClli-KI .. Et celte pierre que )'*i érigée en mou uni eut sera une 
demeure de Dieu * (6ml»* l XXVlll, p 11-18; trad. Items, t. I, p. 389}. 

■>, Hésiode, tl.ucret et jourt, i IMDi 

3. Hésiode, Ibtd. 

4. Hymne bnmrriqu* 1 Hernie», V. il'J et tul». 

b. Njiii; inwinvtripa (drapai, une de* tonnes d'ipé») (/Met., t. 15). 

5. LMisWmi iit-<i(wi, m charger Uej \l'nd.). 

7. Euripide Kleclre, », 4M. 

■■■■ leiM* cités, Dictionnaire de» «ntifuMi, t" /fermai, p. 131. 
II. L'cpllbils apru'favrr,,-, fréquente dans Homère, a eir traduite 4 tort par 
■ r.ifurlri. r .l'Arniiî >. Elle me parait, de mémo que le mjlbe d'Ardus, en 
il ITM Vtiryot lilhai. Ujq» le principe, Argus n'a pai mille jeux, 



288 M^LAÎfCRS BT DOCUMENTS. 

lui que personnifie Yargos lilhos quand il affecte la forme conique 
ou ovoïde du phallus? De nombreux témoignages nous le montrent 
sous cette forme 4 . Pausanias Ta vu de son temps encore adoré ainsi à 
Cyllène en Elide* et représenté par une pierre grossière dans son 
propre temple d'Hyette en Béolie 3 . 

A leur forme, leur couleur (d'ordinaire noire), leur provenance 
(souvent des aérolithes), ces argoi empruntaient leur caractère sacré. 
Ils étaient des demeures du dieu, des béthyles. Et j'estime que 
l'opoç primitif ne fût pas autre chose. C'est à peine s'il diffère par le 
nom d'un argos panoptès* . 

Dans le combat des dieux que décrit Homère au XXI e chant de 
Y Iliade, Minerve lance à la tète de Mars un 5poç (oupoç) qui le ren- 
verse tout du long sur le sol. Et voici ce qu'est cette arme de jet 
improvisée : « Une pierre noire, fruste, énorme, que les premiers 
hommes avaient placée pour borne (oopoç) d'un champ 5 . » 

Au chant XXII, le mot oupoç reparaît dans le verbe dhcoupiu, et, 
fait notable, non pas seulement avec l'acception d'aborner, mais au 
sens même d'acquérir la propriété 6 . 

Exactement comme les koudourrous, pierres sculptées et ornemen- 
tées {asûmêtu), avaient succédé chez les Ghaldéens aux simples obé- 
lisques ou aux pierres phalliques, de même chez les Grecs les Hermai 
succédèrent aux argoi et aux oroi primitifs. C'est certainement à cette 
substitution que fait allusion Pausanias quand il remarque que les 
argoi lithoi étaient pour les Grecs des premiers temps l'objet de la 
même vénération dont jouirent plus tard les monuments figurés 
(àxaXjjuzTa 7 ). Et rien prouve-t-il mieux que la multiplication infinie, la 

mais trois ou quatre, et, s'il a été tué par Hermès ao moyen d'une pierre, 
c'est que V kermès s'est substitué à Yargos. 

1. Cf. Dictionnaire des antiquités, r Mercurius, p. 1803, note 21. 

2. Pausanias, VI, 26,5. 

3. Pausanias, IX, 24,3. 

4. "Opoç dérive, selon moi, d'6paa>, d'où opopuxi, veiller, et sous la forme 
ionienne o&poç, qui, dans Homère, est employé tour à tour au sens de pierre- 
borne et de gardien ou protecteur. 

5. Iliade, XXI, v. 403 et suiv. — On serait même tenté de croire que, si le 
formidable Mars (son corps recouvrait sept arpents) fut jeté à bas si preste- 
ment par la main d'une déesse, c'est que la pierre elle-même était douée 
d'une vertu vengeresse. Pallas ne triomphe-t-elle pas en s 'exclamant : c Insensé, 
les Erinnies ont réalisé contre toi les imprécations que ta mère a proférées 
quand tu as trahi ta foi. » 

6. Iliade, XXII, v. 489. 

7. Pausanias, VII, 22,4 : c Ta Si ht naXatorcpa xal toÎç naaiv "EXXrjai Tijjiaç 
Ô£û>v àvr\ àyaXjxdcTa>v elxov àpyol Xfôoi » (Dictionnaire des antiquités, v* Argoi 
lithoi, p. 413, note 4}. 



LB CODE DE BAMM0URAII. 289 

vogue immense des Hermai, la profondeur et retendue des racines 
qu'avait poussées dans l'antique Hellade le culte du dieu protecteur 
des bornes, dont j'ai cru entrevoir le prototype dans le Nabû chal- 
déen? 

Les développements qui précèdent et les conclusions qu'on en 
peut tirer ne sauraient infirmer en rien, tout au contraire, la thèse 
exposée avec tant d'éclat par Fuslel de Coulanges, que c trois choses 
ont eu entre elles, à l'origine, un rapport manifeste et paraissent 
avoir été inséparables : la religion domestique, la famille, le droit de 
propriété » 4 . Cette proposition, sauf la réserve que je vais foire, je 
la crois la vérité même. Elle se vérifie et pour la protection de 
la demeure par des divinités domestiques, et pour les champs eux- 
mêmes où certains koudourrous conjurent, à côté des grands dieux, 
le lamassu du propriétaire. Seulement, le caractère sacré de la pro- 
priété familiale n'est qu'une manifestation du culte plus général de 
l'animisme magique. Ce culte a pu servir aussi bien, et il a servi, en 
réalité, à constituer la propriété individuelle aux dépens de la pro- 
priété familiale. C'est la fin principale qu'ont en vue les kudurru 
kassites et que devait viser déjà l'érection rituelle de l'obélisque 
de Manistu-su. Elle fut longue à atteindre, car il ressort de ces monu- 
ments, séparés par un si long intervalle, qu'au v* millénaire 
av. J.-C. la propriété du sol était, avant tout, familiale et tribale 
en Chaldée et qu'elle l'était encore deux à trois mille ans plus tard. 
Tel est le point d'histoire que je voudrais considérer de plus près 
dans l'étude qui fera suite à celle-ci. 

Jacques Flach. 

1. La Cité antique, Imre H, ehap. vi, p. 69 (éd. 1866). 



Hsv. Hiitob. XCIV. 2< fasc. 19 



290 WÉLAUGIS IT DOCUMENTS. 



LA QUESTION DES FAUSSES DÉCRÉTALES, 



A vingt ans de dislance, H. Paul Fourrier < a éprouvé le besoin de 
mettre au point le mémoire sur les Fausses Décrétâtes qu'il avait 
publié dans la Nouvelle Revue historique de droit. Aussi bien la polé- 
mique au sujet de la provenance et de la date de composition n'avait 
point cessé d'être active depuis 4 887, et il était bon qu'un travail d'en- 
semble épargnât au public la lecture de trop nombreux articles en 
lui exposant clairement les arguments en présence. Il est superflu 
d'ajouter que Fauteur s'est on ne peut mieux acquitté de celte tâche. 

En ce qui concerne la patrie des Fausses Décrétâtes, voici quelles 
sont ses conclusions (p. 83) : « 4° Les Fausses Décrétâtes conviennent 
à la situation de la province de Tours, entre 846 et 852, mieux 
qu'à la situation d'aucune autre province; 2° à l'époque de la rédac- 
tion des Fausses Décrétâtes, Isidore ou un de ses associés rédige 
dans la région mancelle des apocryphes destinés à servir les inté- 
rêts de l'église du Mans ; ces apocryphes portent la marque de l'ate- 
lier isidorien. — Donc, c'est dans la province de Tours, au Mans 
ou aux environs du Mans, qu'il faut placer l'auteur ou les auteurs 
des Fausses Décrétâtes, puisque c'est là seulement qu'à la même 
époque nous retrouvons des traces de leur activité. » 

Je persiste à croire que la thèse mancelle est erronée. Je consi- 
dère comme particulièrement insoutenable l'opinion d'après laquelle 
l'auteur des Fausses Décrétâtes aurait entrepris son œuvre pour 
remédier aux maux que le schisme de Nominoé causait à l'église 
franque en général et spécialement à la province de Tours (p. 72). 
Un faux, surtout un ensemble de faux comme le recueil du pseudo- 
Isidore, ne se fabrique pas sans but. Il y a quelqu'un qu'on veut 
convaincre. En l'espèce, qui visait-on? Nominoé avait brutalement 
dépossédé en 848-849 les évêques de Dol, Vannes, Quimper, Léon, 
après un simulacre de jugement. Il prétextait qu'ils étaient coupables 
de simonie, mais le prétexte ne trompa personne : les prélats con- 
damnés, puis expulsés, n'étaient pas, en réalité, assez dociles et ne 
se prêtaient pas aux visées du duc des Bretons qui voulait se séparer 
de la Gaule aussi bien religieusement que politiquement, briser les 

1. Paul Fou mie r, Étude sur les Fausses Décrétâtes. Louvain, 1907, in- 8% 
121 p. (Extrait de la Revue d'histoire ecclésiastique, t. VII et VIII.) 






U BnmM l>IS riCSSIS DMiaXTUES. 291 

liens qui Attachaient à Tours les diocèses armoricains el foire de Dol 
la métropole de son État. Blait-il besoin de fabriquer une masse de 
Cuisses décrelale* pour démontrer ijue les procèdes de Nominoé étaient 
intolérables? Persuaderqui? Le roi des Francs? Son clergé ? La papauté? 
Mais tous étaient profondément indignés de l'audace du breton. Tous 
la condamnèrent solennellement, et, pour ce faire, nul besoin d'avoir 
recoursa des textes apocryphes. Reste l'usurpateur lui-même. C'est 
vraiment a lui seul qu'il fallait s'adresser si l'on voulait réussir. 
Hais croit-on que le recueil du pseudo-Isidore, fût-il dix fois plus 
gros encore, eût pu toucher l'homme intraitable qu'était Nominoé? 
Il agissait illégalement, et il le savait, ou plutôt il créait le droit par 
la force, ce qui faillit réussir, puisque Tours n'eut gain de cause que 
trois siècles et demi plus lard, eu Ht*. I^n vérité, parmi les hypo- 
thèses que l'imagination des érudils peut enfanter, celle-ci est des 
plus invraisemblables'. 

Très supérieure est l'aLLique dirigée [p. 42-58) contre l'hypothèse 
rémoise, dont je suis partisan. M Fournier s'efforce de démontrer que 
les Fausses Décrétâtes ont été utilisées à une époque d'accalmie, pen- 
dant laquelle Hincmar tolérait de fait les clercs urJonrics par lîbbon. 
Ceux-ci n'auraient eu intérêt à les composer qu'après 853; or, les 
Fausses Uécrélalcs sont connues dés 852, Ilîncmar les cite en effet ou 
le» invoque: 4° dans les statuts donnes au clergé de Heims le I" no- 
vembre 852; 2° dans des capitula adresses aux doyens chargés de 
l'observation de ces mêmes statuts. M. Fournier montre très bien 
(p. 34-35), ainsi ÇjM M. l'ablie Li-snr', que ce dernier texte suppose 
le recours constant a la seconde décretale du pseudo-Calixle. Il recon- 
naît d'ailleurs (p. 30) « qu'il n'est pas péremptoirement prouvé que 
le- instructions données aux doyens dalenl de. x.,j. l-:i|.-s semblent le 
complément des statuts diocésain» promulgués à la date du (" no- 
vembre 852; mais elles ne portent pas explicitement celte date, à 
laquelle ou ne les rattache que par une hypothèse; je dots direque 
celle hypothèse est, à mon avis, extrêmement vraisemblable. • 
M. l'abbé Lesne (p. 300-:tol) donne un argument intéressant, à l'ap- 
pui : il fait remarquer que tous les ca/nlula d'Ilincmar adresses 
aux archidiacres, doyens, prêtres soûl datés. Seules les instructions 
aux doyens ne le seraient pas, sans qu'on voie la raison de cette 
anomalie. Elle cesse d'exister si ces instructions ne sont qu'un eora- 

t, Rlln l «l* tmli* en premier Uni par UnK'n, ilani Itulûriiche ZrtUchrlft, 

i \u, ian, p. \r.i-vn, rf. drj» iiinu-iuii', oétnt, p. cas, oan. " «i » 

niurqnr qun ce» »*»»riU hoI taJarlstM fit nnn ,1c* liklorlcn». 

mnhu tpiicopnln en <!a»U «t Crrnwmic i7«-8«J. r»m-Li!lr, 
1905, p. 300. 




292 rfLANGIS ET DOCUMBTTS. 

plément des statuts diocésains du \ " novembre 852. Or, dans ceux-ci, 
on trouve, au § xi, un renvoi au pseudo-Etienne : c Idem Stephanus 
sanctus papa et martyr ad sanctum Hilarium in suis decretalibus 
docuit. » J'ai supposé 1 que cette phrase pouvait être une addition; 
M. l'abbé Lesne objecte justement (p. 303-304) que c'est l'ensemble 
du § xi qui sent le pseudo-Isidore 3 . Resterait à savoir si la date du 
4" novembre 852, qui ne nous est connue que par l'édition de Sir- 
mond 3 , est exacte. Peut-être les deux derniers jambages de la date 
étaient-ils formés par un V oncial (écrit U) et ont-ils été lus GCG LU, 
au lieu de D GCG LV, comme il arrive fréquemment. En tous cas, le 
texte est antérieur au 10 juin 856 4 , puisque, à cette date, Hincmar 
complète ses capitula par de nouvelles instructions. 

Quoi qu'il en soit, il apparaît que ma tentative d'abaisser, — je ne 
veux pas dire la composition 5 , mais la mise en circulation des Fausses 
Décrétales, — jusque vers 858 • et même 859 était hasardeuse. Pos- 
térieure à 847 (tout le monde est, je crois, d'accord sur ce point), sa 
publication peut se placer vers 854-855, si ma correction hypothétique 
proposée plus haut se justifiait, ou encore vers 852, selon l'opinion 
reçue aujourd'hui. 

Laissons de côté, du moins provisoirement, la province de Reims. 
— M. Fournier revient (p. 24-33) sur les coïncidences de vocabulaire, 
signalées en premier lieu par Weiszâcker et Simson, entre pseudo- 
Isidore et un certain nombre de textes manceaux. U est certain que 
l'auteur des Actus pontificum Cenomannis in urbe degentium, lequel 
a écrit entre 850 et mars 857 7 , a connu pseudo-Isidore. Les critiques 
adressées par celui-ci à l'institution des chorévêques l'ont touché au vif, 

1. Éludes sur le règne de Hugues Capet (Paris, 1903, in-8*), p. 373. 

2. L'objection de M. Fournier (p. 36) est moins forte : vers 900, Réginon 
connaît ce chapitre avec son renvoi à pseudo-Etienne; donc, c jusqu'à preuve 
du contraire, le texte tel qu'il se présente à nous jouit de la possession ». 
C'est l'argument juridique dans toute son horreur. 

3. Appendice au tome III de ses Concilia Galliae, Dans son édition des 
Opéra Hincmari, il se borne à reproduire l'édition précédente. 

4. Et non 857, comme le dit M. Lesne (p. 301) ; la douzième année de l'épis- 
copat d'Hincmar, sacré le 3 mai 845, commence en effet ie 3 mai 856 pour se 
terminer le 2 mai 857. Ces Capitula étant du 10 juin sont de 856. 

5. P. 373, 1. 22 des Études sur le règne de Hugues Capet, remplacer rédaction 
par publication, comme l'exige la phrase qui suit. 

6. La lettre 130 de Loup de Ferrières adressée au pape contient un renvoi 
à pseudo-Melchiade. Sa date se place en 858, entre le 24 avril et le mois de 
juillet. Elle est rédigée au conventus apud Baiernam. Voy. Levillain, Loup de 
Ferrières, p. 176-177. 

7. Avant la mort d'AIdric, laquelle doit se placer non le 7 janvier, mais le 
24 mars 857. Voy. Duchesne, Fastes épiscopaux, t. II, p. 339. 



i odsstiox ves ratissa ncuTii 



293 



et lui, qui ailleurs suhil docilement l'influence des Fausses Uécrétales, 
plaide ici les circonstances atténuantes. Il s'efforce de montrer que, 
du moins dans lo diocèse du Mans, les chorévèques oui toujours 
répondu a une nécessité réelle. Il est visible que l'auleur plaide pro 
domo, et l'attribution des Actmau dernier chorévéque du Mans David, 
proposée par Julien Havet 1 , me semble toujours séduisante. Même si 
ron rejetie celle attribution, il est clair que l'auteur des Arlut, quel 
qu'ait été son nom, croil à l'authenticité des Fausses Decrétales. Il 
n'est doue pas pseu do- Isidore'. 

Non BMfU intéressants sonl la fausse bulle de Grégoire IV, datée 
du 8 janvier 833, et le Mtmoriate inséré dans la seconde partie des 
G&tê Atdrtci. Dans le premier de ces textes, « le pape est censé 
déclarer que si un adversaire d'AIdric, évèque du Mans, s'avise de 
former une accusation contre ce prélat, Aldric aura toujours le droit 
de porter sa cause dcvanl le Saint-Siège, par voie d'appel ou directe- 
ment, ■. Le second est le récit du procès à la suite duquel Aldric 
aurait soi-disant obtenu en N3N la restitution de l'abbaye de Sainl- 
Calais. Postérieurs à la morl de Louis le Pieux (*t0), ces deux textes 
sonL certainement antérieurs,! la morl d'AIdric [8H) fl . IJcqui fait leur 
grand intérêt, c'est qu'ils sonl rails d'une • mosaïque de Fragments 
lires des decrétales el des canons authentiqvrs qui ont précisément 
fourni des matériaux au faux Isidore. Il y a plus : on a pu constater 
que bon nombre des fragments employés par l'auteur de la bulle ont 
été insérés dans le tissu des apocryphes pseudo-isidoriens; les tableaux 
dressés par MM. Hinschius cl Simson en fournissent la démonstration 



1. Bibt. de l'École dei chartes, t. LIT, p. 66S. 

î. On ne comprend vraiment pas que D. Simson ail pu mil l'idée de lldea- 
tiier aiec loi. 

3. H Fnornirr T«ut préciser et propose [f, 80-81) de placer la fabrication 
de la fouste bulle, eu 850, *iH«|ue • laquelle Nomloué occupa le Mon* « On 
comprend l'angoisait où se trouva l'évéque, parlison dévoué lu roi franc, 
membre, considérable dr l'église franque et snffrag.inl imporlaiil du mélropo- 
liiain de Tour*. Il dut l'imaginer que le conquérant se proposait de le traiter 
comme le* évéques de Bretagne qui lui avaient déplu, c'est-à-dire de l'accuser 
et de le déposer. Or, on savail alors au liant, par liruvrc ronuur sous le non) 
de Ceita Aldrki, qo'Aldrie avait clé lu ri apprécie du pape Grégoire IV. L'Idée 
M présenta uns doute iialuretlciui'nl a un pwltlia fAldrfC lfh*H|lllt la fausse 
bulle el de ta placer mus le nom de Grégoire IV. i Ici encore. J'ai le regret 
dr conitjler que l'auteur se montre plus juriste qu'historien. Rien de plus 
invraisemblable que de supposer qM tfoaUoè, '(ni litùUit sans pitié enlises et 
monastères, se serait laissé arrêter par un morceau de parchemin. Les préoccu- 
pations prêtées a Aldric n'ont, d'ailleurs, aucune probabilité. Nominoé ni une 
nxtia dans le Haine, rien de pins. Lui-même savait Tort bien qu'il ne pourrait 
tlendrc si loin ses conquêtes et garder le Mans. 



294 irfUJGES ET DOCUMENTS. 

péremptoire » (p. 72). M. Foumier conclut judicieusement (p. 74-75 
et p. 77) que l'auteur de la fausse bulle (et aussi celui du Memoriale) 
« travaillait dans l'atelier où se préparait la grande falsification d'Isi- 
dore; il s'est servi pour sa construction des pierres qu'on y taillait 
aussi bien que des procédés qui y étaient usités ». Je serai même 
plus catégorique et je dirai sans hésitation que la busse bulle et le 
MemoriaU sont à coup sûr de pseudo-Isidore. Us révèlent un pre- 
mier stade de son entreprise : il ne fabrique pas encore de Fausses 
Décrétâtes ' , mais il se fait la main. C'est peut-être même le succès de 
ces textes qui lui a donné l'audace de forger de toutes pièces des 
décrétales au lieu de se borner à composer des centons. 

Ces faux n'émanent pas d'Aldric lui-même. Son style, que nous 
connaissons par son autobiographie, Gesta Aldrici*, diffère profon- 
dément de celui de pseudo-Isidore. Ils n'émanent pas davantage de 
son entourage. Gomment admettre qu'un clerc maoceau, écrivant du 
vivant de l'évêque, puisse composer une bulle où l'on reconnaît que 
tous les torts n'étaient pas du côté des adversaires d'Aldric 3 . Gom- 
ment l'auteur des Actus, partisan du prélat et son contemporain, 
pourrait-il insérer cet acte dans son œuvre si elle avait été composée 
au Mans? Gomment pourrait-il surtout utiliser le pseudo- Isidore en 
croyant à son authenticité s'il s'agit d'une composition forgée au 
Mans? Impossible qu'il ne fût pas au courant s'il y avait eu dans la 
ville ou près de la ville un atelier de faux de cette importance. Gela 
est d'autant moins admissible que l'auteur des Actus a utilisé, et 
sans doute composé lui-même, quantité de diplômes faux des rois 
francs en faveur de l'église du Mans. Il y aurait eu nécessairement 
deux ateliers de faussaires au Mans, et l'un d'eux, celui des faux 
diplômes, aurait ignoré l'autre, celui des Fausses Décrétales. Se peut-il 
rien concevoir de plus invraisemblable! 

Ce n'est pas tout. Le but principal de pseudo-Isidore c'est d'établir 
ou de restaurer l'autorité de l'évêque. Au milieu du ix e siècle, l'évêque 
a deux ennemis : le laïque, roi ou comte, qui s'ingère dans les élec- 
tions, s'empare des biens de l'Église et prétend déposer le prélat à 
tort et à travers; le métropolitain qui, depuis les réformes de Cbarle- 
magne, a pris une importance considérable et veut faire de ses suf- 
fragants de simples subordonnés. M. Foumier passe rapidement 
(p. 48) sur ce dernier adversaire. Tout le monde a été frappé cepen- 

1. On en trouve une cependant dans le Memoriale. 

2. J'étends une remarque que Waitz {Mon. Germ. Script., t. XV, p. 304) et 
Julien Haret (BibL de C École des chartes, t. LIV, p. 603) ont faite au sujet 
des rapports des Actus et des Gesta Aldrici. 

3. Cf. P. Foumier, /oc. cit., p. 81. 






U UDUIHM M.S F4CS3E5 DBCBJTll.es. 293 

d.int, en dernier lieu M. l'abbé Le s ne, du fait que la pointe de l'arme 
forgée par pseudo-Isidore est dirigée contre lus métropolitains. Pseudo- 
Isidore n'exalte la suprématie de Rome que parce que la papauté est 
le seul pouvoir capable de mettre fin à la tyrannie de cet ennemi 
détesté, l'archevêque'. 

Le malheur de l'hypothèse mancelle, c'est que rien absolument ne 
dénote la moindre hostilité au tx* siècle entre le Mans et la métropole 
de Tours. Les rapports des deui églises sont excellents. Le but de 
pseudo-Isidore, s'il est manceau, échappe totalement. 

Mais est-il manceau? Cette conséquence n'est nullement nécessaire, 
l'seudo- Isidore a fourni des pièces à Aldrie, évoque du Mans 3 . Il s'est 
arrangé pour que sa collection fût connue de bonne heure par le 
clergé de celte ville, mais rien ne force a admettre qu'il habitât ce 
diocèse. On vient même de montrer a quelle invraisemblance se heur- 
terait l'existence d'un atelier pseudo-isidorien. En réalité, pseudo- 
Isidore est un ami d'AIdric, mais il ne demeure pas près de lui et il 
n'agit pas que pour lui 1 . Son dessein dépasse les étroites limites 
d'un diocèse. Son œuvre a une portée bien plus étendue. Elle ne vise 

I. Pteudo- Isidore * pensé, «ai si que ta reilau ration de l'autorité des antique* 
primait pourrai! être utile 4 «m deteein. liait il n'avait i leur tojet, rumine 
l'a établi, entre autrea, tort, {Vrhrr dit Iteirnol Pteudo- ht/Ion, Miinchen, 
1898. p. M-17), que de» idée» vague». 

.' Aldrie écrivait trop mal (rf, plus baut) pour oser forger lui-même des 
pitre* donl l'incorrection l'eût trahi. Quant 4 dire avec 1 Ravel (p. 857) qu'il 
était trop honnête homme pour Mre de» faux ou permettre même qu'où en fil 
autour de lui, r'e»t l'i I lotion ne r complètement. La défense entreprise par llavel 
du Jugement du 7 septembre SUR donnant Saint-Calaii » Aldrie. Jugement qui 
est dan» le» Gftia Aldrirt, « été Jugée vaine par Muhlberher (Bôhmer-Mohl- 
btrher, Die Hegattn dut Kaiitrrticki unlrr den Karolingcrn, 2' M., n* D8?) 
et aire raison. Aldrie était un faussaire. Havet a magistralement démontre que 
la nui ter t ion do fouine* légende* sur le* premier* évéque* du Mans, de chartes 
apocryphes, d'un catalogue episcnpal fantaisiste, remontaient, au muins en parlie, 
Jusqu'à 836. ersl-à dire jusqu'au début dr l'épinropat d'AIdric (nommé en 832). 
Comme ta maladie ne commença qu'en S.'tf. imposable d'admettre qu'il n'ait 
pas connu ce long travail de falsiûration. La vérité, c'ett qu'il l'enrouragea, le 
provoqua et demanda au besoin l'aide de set ami*. 

3, L'auteur des Actut, en Insérant la fausse bulle de Grégoire IV, fait obser- 
ver lui-même que cette pièce pourra servir également à proléger d'autre* 
évéqaci : • Qua* elism In eiemplum aliis eplscopis prodette poterit. s 
H. Fooreier, tous preleile que le bal principal que se proposait l'auteur était 
de défendre Aldrie, se refuse (p, 77) 4 admettre qu'on puisse lui attribuer une 
autre patrie que le Mans. Je ne «attrait accepter nette opinion. I, Ilavet (/«. 
rii.. p, tUH a remarqué que le tlvle de cette bulle e*l bien éloigné de «loi 
de* Aclut et de» pitres fausses fabriqué** par leur auteur iir, celui -n, U 
« est sûre, était manceau, L'auteur de la bulle ne l'était pas, toujours pour 
» raison Indiquée plu» haut. 




296 irfLAKGBS ET DOCUMENTS. 

à rien moins que la réforme totale de l'Église de son temps. Tout ce 
qui peut affaiblir la dignité, disons mieux, l'omnipotence de l'évoque, 
— le laïque, le chorévêque \ — il le condamne. Pseudo-Isidore est 
peu préoccupé de théologie ; c'est un réformateur de la discipline ecclé- 
siastique et de la société laïque de son temps 3 . Il n'est point indispen- 
sable a priori qu'il soit de tel diocèse plutôt que de tel autre. Néan- 
moins, il est reconnu par tout le monde qu'il a vécu en Gaule, dans 
la région comprise entre la Loire, le Rhin et le Rhône. Dans cette 
région, une province avait été profondément troublée, celle de Reims. 
La déposition de l'archevêque Ebbon avait semblé à beaucoup illé- 
gale : les biens de l'Église avaient été mis au pillage, enOn et surtout 
c'était, de toutes, celle où le métropolitain, Hincmar, faisait sentir le 
plus durement le poids de son autorité sur les simples évêquescbers 
à pseudo-Isidore. Ne doit-on pas en conclure que celui-ci, s'il n'ap- 
partient pas de toute nécessité à cette province, a été du moins atteint 
dans ses convictions, ses rêves, peut-être aussi ses intérêts, par le 
spectacle de ce qui s'y était passé, de ce qui s'y passait encore? Le 
violent amour qu'il porte aux évêques donnerait tout lieu de croire 
qu'il était lui-même un évêque 3 . Pseudo-Isidore n'est pas nécessaire- 
ment de Reims même ou de la province. Soit, mais il ne doit pas en 
être fort éloigné. S'il n'est pas évêque, au moins a-t-il des raisons 

1. M. Foornier (p. 69 et soi?.) remarque à ce propos que la Bretagne est 
peut-être à celte époque la région de la Gaule où il était le plus utile de rap- 
peler le principe que, pour la consécration épiscopale, il faut trois évêques, ce 
qui entraînait la condamnation des cborévéques et des évêque» celtes. Mais en 
Bretagne justement, il n'y a pas de ces chorévêques exécrés de pseudo- Isidore. 
Les abbés-évéques sont tout différents et ne sont nullement condamnés en 
termes exprès par celui-ci. Ils diffèrent également des évêques de vici. Enfin 
les évêques errants qui inquiètent le clergé franc sous Charlemagne sont des 
Scotti; ils n'ont aucun rapport avec les prélats armoricains. 

2. M. Foornier a bien saisi, il me semble (p. 5-21), le but de l'auteur, et il 
a raison (p. 59) de dire qu'entre l'affaire des clercs ordonnés par Ebbon, con- 
damnés par Hincmar, et les grands desseins des Fausses Décrétâtes il y a dis- 
proportion. 

3. Le nom de Rothadus de Soissons, mal vu d'Hincmar, puis persécuté par 
lui, se présente aussitôt à l'esprit, d'autant que l'évêque de Soissons est le pre- 
mier de la province après l'archevêque, d'autant que c'est par lui que Nico- 
las I" (lequel fait le plus grand éloge du personnage) a appris l'existence des 
Fausses Décrétai es. Biais la négligence de l'administration de Rothadus qui 
engageait des objets du trésor de son église à des aubergistes et des juifs (il 
est vrai que l'accusateur est Hincmar) va directement à rencontre des préceptes 
cbers à pseudo-Isidore. En outre, persécuté par Hincmar, eùt-il attendu jusqu'en 
864 pour présenter au pape les décrétâtes apocryphes qui lui furent si utiles? 
Enfin, Rothadus, qui a pris part à la déposition d'Ebbon en 835, à l'installation 
d'Hincmar en 845, n'est pas un chaud partisan du premier, à coup sûr. Or, 



La QliCTTIOI D!S nrSSRS fitCltTal.KS. 



237 



d'espérer le devenir un jour. Un clerc instruit Je la cour de Charles 
le Chauve, qui séjournait habituellement dans la province de Ueims, 
où étaient presque tous ses palatin, pourrait être par (ai te ment l'au- 
teur des Fausses Décrétales. 

Sans attacher à une simple hypothèse plus d'importance qu'elle ne 
raut. Je persiste à croire que Vulfadus, le plus éminent des clercs 
déposés par Hincmar, chanoine de l'église de Iteinis, minùteriali» du 
roi, qui l'apprécie extrêmement, précepteur de ses enfants, clerc très 
savant et très habile, fort redouté d'ilincmar', mérite mieux que 
tout autre V honneur d'être désigné comme auteur des Fausses 
Décrétâtes. M. Fournier (p. 59) reconnaît que ■ l'opinion qui fait de 
Vuiftdas et de ses partisans les uuleurs dtt Fausses Décrétâtes est 
la seule opinion compatible avec l'hypothèse qui place à Reims le 
berceau de celle compilation ». Elle est compatible également avec 
l'hypothèse que pseudo-Isidore était un clerc du palais. En tout cas, 
je crois plus fermement que jamais qu'il n'a jamais vécu dans le 
diocèse du Mans. Je dirai mieux : la seule chose sûre, c'est qu'il 
n'éuiil pas du Mans. Je persiste également a trouver intéressant que 
l'archevêque de Reims ail eu des premiers ou le premier connais- 
sance des Fausses Uécrétales. M. Fournier (p. SU, n. 1) objecte que 
Hincmar éprouve des doutes sur l'authenticité de certains textes 
pseudo-Uidoriens : « Si le faux Isidore lui avail été présenté par ses 
adversaires', de tels doutes seraient de venus une certitude; il se serait 
insurgé contre toute la collection. Il demeura sur la réserve parce 
qu'il ne se sentait point visé, et si parfois il combattit les doctrines 
pmiJo MttorianBM, parfois aussi il essaya d'en tirer parti. » Gtttt 
objection perd de sa force précisément parce que les Fausses Décré- 
laies ont une portée géfléfltt. lit comme sur certains points, telle la 
condamnation des usurpations laïques 3 , elles se rencontrent avec les 
Im intérêts d'Hincmar, celui-ci no peut les condamner en 
bloc et cherche même à les utiliser. Il ne peut non plus, pour celle 



piFudo-UMora, en admettant même qu'il ne dit pas foncièrement un partisan 

il'Ktibnn, n' | • jiI || i|h>iiriiil.T iju'il fixirnirtail des innn aux amis de ce 

dentier. Kolhsdua me garait donc a écarter, quoique Seurôra HUnkinar, 
p. 236) penche an ai raseur, al l'on put «'exprimer ainal, En dehur» de Rnllia- 
ilu> rt <| Hinrmar de l.aon, qui est hnra de eeuw], aucun MIT! *véque de la 
province de Hein» n'a oie tenir lAle à lllnr.inar. 

1. Sur Vulfadnt, cf. Étudia >ur U ripai de H'igva Çapri, p. .166-36?, et 
m. .i Schrura, lltnimar. Enbixkof non Htimt, p. Ï73-275. 

2. De» ailreruim bien iniladrulU. Vulfadna riait Inul If contraire d'un 
in a I ail roi L 

3. Le» prescription* dlaciplinalre* de paeudo-taidora inamereea par II. Four- 
nier (p. il, o. î) tout conformes «gaiement aux précepte» d'ilincmar. 



298 MÉLANGES ET DOCUMENTS. 

même raison, se sentir uniquement visé. Néanmoins, il est bien cer- 
tain qu'il l'était implicitement comme métropolitain. Aussi le voyons- 
nous se débattre contre le filet tressé par plus habile que lui. On peut 
même se demander s'il n'a pas soupçonné d'où venait le coup. Le 
procès inopiné intenté par lui en 853 après des années d'accalmie à 
Vulfadus et aux clercs ordonnés par Ebbon, leur condamnation, l'ani- 
mosilé si peu explicable de l'archevêque à regard de Rothadus suivent 
de bien près la mise en circulation des Fausses Dec relaies, si l'on 
accepte la date de 852 proposée pour les Capitula presbyteris data, 
où des textes pseudo-feidoriens sont signalés pour la première fois. 
Je crois que sa haine contre Vulfadus et Rothadus ne Ta point égaré. 
N'est-il pas curieux aussi que la période de réconciliation d'Hincraar 
avec Vulfadus et sa bande 1 , période que H. Fournier (p. 47-50) a 
montré s'étendre de 847 à 852, corresponde exactement à l'intervalle 
de temps qu'on assigne à la confection des Fausses Décrétâtes? On 
sait en effet que, antérieures à 858, et même (selon M. Fournier et 
l'ensemble des érudits qui se sont occupés de la question) à 852, les 
décrétâtes apocryphes ont été écrites après les Faux Capitulaires 
du soi-disant Benoit le Lévite. Or, ceux-ci n'ont pas été publiés 
avant 847. 

A ce propos, je veux encore rompre une lance en faveur de l'ori- 
gine mayençaise de ce dernier texte. La provenance mayençaise du 
pseudo-Benoit « ne saurait être admise », dit M. Fournier (p. 40). 
C'est possible, mais il faudrait, pour démolir cette thèse, d'autres 
objections que les siennes. J'avais invoqué 3 plusieurs arguments : 
4° le faussaire attribue l'idée première de son recueil à Autcarius II, 
archevêque de Mayence (mort en 847), et prétend en avoir puisé les 
éléments dans les archives mayençaises constituées par les arche- 
vêques Riculf et Autcarius I er . M. Fournier objecte que les titres et 
les préfaces des faussaires méritent peu de créance. Cela va de soi, 
mais là n'est pas la question. Un faussaire qui essaye de mettre son 
recueil en quelque sorte sous le patronage des archevêques de 
Mayence veut influencer un public pour qui ces prélats sont en véné- 
ration. J'ai dit 1 et je maintiens que cette tactique du pseudo-Benoit 
montre qu'il n'écrivait pas entre la Meuse et la Seine, à plus forte 
raison en Neustrie, où l'on se souciait fort peu des métropolitains de 
Germanie. 2° Dans sa préface en vers, pseudo-Benoît, rappelant les 
partages qui ont fait suite au traité de Verdun, nomme en premier 



1. Hincmar appelle les clercs consacrés par Ebbon collegium Vulfadi. 

2. Études sur le règne de Hugues Capet, p. 367-370. 

3. Ibid., p. 368. 



Lk QOKSTtOI f>ES HIIU OK-IKKTILES. 



290 



lieu Louis le Germaniqu". Or, on «lit que Mnyence fut détachée de 
la portion réservée a Lotliaire et attribuée « Louis le Germanique. 
N'cst-il pas évident que Louis est le souverain du pseudo- Benoit? 
M Rmrâfsr ne voit là qu'un accident : Louis est nommé en tète 
« parce que 'cela a frappé l'*ltt«ir] il portail le même nom que son 
père ». L'explication me parait tant soit peu insu'Ûsante'. 3" Entre 
autres sources, pseudo- lien oit utilise des lettres de saint lion i face, 
Mcfaflfêqiie lie Mijnnon. cl ta loi des Bavarois, deux textes peu inté- 
ressants pour les gens de la France occidentale. — Mais la plupart 
des textes attribués à saint Boni face par pseudo-Benoit ne sont pas 
de lui* ; en outre, celui-ci utilise non seulement des lois germaniques, 
mais aussi des textes du royaume occidental, tels la lex roma/ia 
W'HiijoUtorum, la Capitula de Teodulf d'Orléans. Cette dernière 
obscrvalion est juste; mais il n'importe à l'affaire que les (exLesallri- 
hués à saint Uoniface soient ou ne soient pas à lui. Il suffît que 
pseudo-Benoit ait cru ou feint de croire que ces textes étaient d'un 
saint dont la mémoire était en vénération à Mayence. Croit-on que, 
au Mans, a Tours, à Reims même, Bonifacc lut une si grande auto- 
rité morale? 

Le dernier chapitre, le plus neuf et te plus étendu de l'ouvrage, 
est consacré (p. 84-421 ) a déterminer la place qu'ont tenue les Fausses 
Décrctales dans les préoccupations des papes depuis l'année 864, qui 
vil Bothadus apporter à Nicolas 1" soit le recueil, soit des extraits 
de ces textes (M. Fournier penche pour cette dernière alternative, 
p. I H i, jusqu'à la tin du x* siècle. Le parli auquel se range M. Four- 
nier est intermédiaire entre la Ihèsed'A.-V. Millier et celle de Schrîîrs, 
un peu plus proche de cetle dernière. Tandis que le premier soutient 
que la connaissance de l'œuvre du pseudo- Isidore a modifié les con- 
ceptions canoniques de Nicolas 1", Schrors pense que le pape n'a guère 
connu des Fausses Décrctales que leur existence et qu'elles n'ont 
exercé aucune influence sérieuse sur lui. Enlln, les dernières pages 
établissent que la diffusion des FinWM Dec relaies, si rapide en France, 
fut lenle en Julie. Les successeurs de Nicolas 1" se tinrent sur la 
réserve et ce ne fut que sous Grégoire Vil que l'œuvre du pseudo- 
Isidore rencontrai Borne un plein succès. 

Ferdinand Lot. 

1, Il eut miiHii valu remarquer que dam la manuirrit dr Itmiira», c'est 
I.otlulre qui a»t nommé en télé. Mai* Ici «nore Charte» ne itenl qu'en (roi- 
*itu>e lieu. 

2. Voj. Stthel, Sludirn :v Bnediklui Irrita, <Uni ,V«n« Archtt, t. XXIX, 
liftl, p. IMtt 



300 MÉLANGES ET DOCUMENTS. 



DOCUMENTS ITALIENS 
SUR CAGLIOSTRO ET LA FRANC-MAÇONNERIE. 



Toute une école historique attribue aux sociétés secrètes du 
xvm e siècle et en particulier à la maçonnerie un rôle éminent de pré- 
paration et d'action à propos de la période révolutionnaire. Depuis 
le célèbre abbé Barruel 4 jusqu'au chanoine Touzery', beaucoup de 
prêtres ont étudié cette période avec l'idée préconçue qu'il y a un 
lien direct entre ces sociétés et les principaux événements révolution- 
naires et, condamnant ces sociétés que réprouvait la papauté, ils con- 
damnent par là même la Révolution. L'histoire objective ne se sou- 
cie que médiocrement de verdicts de cette espèce et doit rechercher 
dans quelle mesure est vraie l'affirmation d'un rapport quelconque 
entre les sociétés du xyiii« siècle et la Révolution 3 . Or, non seule- 

1. Voir plus bas, n. 2. — La thèse en question est soutenue dans ses 
Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, Hambourg, 1798; Lyon, 
1803, 5 vol. in-8\ Ayant Barruel, l'abbé F. Lefranc avait, en 1791 et 1792, 
exprimé une opinion semblable. 

2. Dans ce sens, cf. le P. I. Rinieri, Délia rovina d'una monarchia (Turin, 
1902, in-8°), qui voit dans le développement de la maçonnerie dans le royaume 
de Naples la cause principale de la décadence. De même, entre autres, abbé 
F. Page, Meximieux. Une commune pendant la Révolution, Belley, 1903, 
in-8° (voir le compte-rendu d'A. Mathiez, dans la Revue d'histoire moderne 
et contemporaine, 1904, t. V, p. 278); abbé Th. Latil, Hist. civile et religieuse 
de Grasse, Grasse, 1905, in-8% et Mgr A. Giobbio (professeur à l'Académie des 
nobles ecclésiastiques), La Chiesa e lo stato in Francia durante la Rivoluzione 
1789-1799, Rome, 1905, in-8°; parmi les laïques qui ont récemment écrit 
sur la question : M. Talmeyr, la Franc-maçonnerie et la Révolution fran- 
çaise, Paris, 1904, in-18; A. Cochin et Ch. Charpentier, la Campagne électo- 
rale de 1789 en Bourgogne, Paris, 1905, in-18; G. Bord, la Conspiration 
maçonnique de 1789, dans le Correspondant, 10 et 25 mai 1906; un article 
anonyme enfin de YEdinburg Review, janv. -avril 1906, p. 203. 

3. Mounier (l'Influence attribuée aux philosophes, francs-maçons et illu- 
minés, Paris, 1801, in -8*) la nie absolument. H. d' Aimeras {Cagliostro, 
Paris, 1904, in-18) pense que la maçonnerie catholique et royaliste ne pré- 
para pas, mais bien au contraire subit la Révolution. Les sociétés secrètes du 
xviii* siècle sortent en partie du snobisme et de l'ennui profond qui sont deux 
des caractères du c monde » à cette époque, où trop de nouveautés attendues 
et inattendues amènent un bouleversement général de la mentalité (cf. dans ce 
sens M. de Vogué, l'Histoire à Versailles, dans la Revue des Deux-Mondes, 
1901, t. VI, p. 673; Pontet, dans Y Acacia, janv. 1905, p. 26). 



UGLfOST&O ET La flUNt-VH.ONBKRlK. 30* 

L celte besogne n'est pas faite 1 , mais avant de pouvoir enregis- 
trer un certain nombre de faits établis, l'historien a â rejeter toute 
une masse d'on dit, du documents apocryphes qui, provenant d'ini- 
tiés rebutés ou chassés ou de profanes imaginalifs, mit créé autour 
des sociétés secrètes un voile épais et imposant de fausses légendes. 
A mesure que les sociétés secrètes, que la maçonnerie s'éloignaient 
de leur lieu d'origine, l'Angleterre 1 , que, dans leurs réunions, les 
initiés s'entouraient d'un certain nombre de précautions, inventaient 
une certaine quantité de rites qui leur donnaient une auréole de 
mystère ei d'élrançeté, a mesure enfin qu'elles pénétraient dans des 
pays comme l'Espagne, ou l'Italie 3 , davantage hosLiles ou moins pré- 
parés aux idées, en bloc égitlilaircs et laïques, qu'elles professaient, 
les légendes se tirent plus multiples, plus énormes, cl ceux-là mêmes 
qui les créaient, dans l'inconscience du la peur ou dans les nécessités 
de la lutte, y trouvèrent autant d'armes souples et meurtrières. Dans 
l'entourage mal Informé des papes du tvtn* siècle, on crut plus ou 
M légeodea, et c'est d'elles que sortirent finalement ces 
excommunications qui, sur la base fragile d'accusations souvent ima- 
ginaires, allaient atteindre, à partir de 1738, les sociétés secrètes et 
la maçonnerie' : la papauté y crut voir, en effet, non seulement des 
foyers d'incrédulité ou les tenants du diaholbme* pouvaient jeter de 
nouveaux aliments, mais encore des groupements contraires aux 
pri&dpu InéocraUco-mooarchiques de l'ancien régime. La politique 
de la papauté à l'égard du royaume de Naplcs au xïiii* siècle peut 

1. A la «crile-, il n'j ■ pa» Je livre scicnliliqur à citer. Voir le rudiment de 
bibliographie * ukli V*f "■ d'Atmern», on. M . [>• 18. Cf. également la Btbtio- 
rjraplitr ilr la frane-maçonnrric ri ilei IHfMMl ireriirs, de I'. r'escti ri 
H. Lit, Paria, 1906, in-S-. L'Entai tur Ici illuminé*, du uinrquis de Lurhel. 
<|ui clôt le Iviii' siècle. (PulS, 1749. in S"), rit plein d'erreurs. On ICMttH 

dan»fat" I vvn. |. i iso et tu)*,, une revue, m partie 

critique, de* ouvrage» < historiques » consacrés t la question. 

2. C'est a U fondation de la t'-randc l'*** de Londres, le 'H juin 1717, qu'on 
doit rattacher le» débuts il.» la maçonnerie moderne, 

S, En I7I.1, le dur de Miildtewi fonde la loge de Florence. C'est ta tÀVM fc 

la in.n.nm.-ne rn Italie. KM.- *■ .l^r-!,,,,,.,!., - ll( i ,1,,,,, |,.. V.l.,1, fj l-i. -, 

de Lorraine el dans le royaume île Pi'aples. Dans les KUta du Salnt-Siéfie, 
Il Su ni -Milice ùt une enquête qui aboutit i la bulle de Clément XII de 1738. 

4. On Mm uni- ! rmi, i,i i,< I, i.i.ll,. de Clément XII qui condamnait la 

maronnrrie a l'Apj.rndice I]l du Cagtunlri, d'il, d' Aimerai, p. .101-308. 

5. Les questions de diibnlisme inlTcui-nt toute une partie du ninude Intel - 
lettuel Italien m ivin- laldt CI DIm l'invenaal, t'titi polrnni : 

firt trcolo XI III, llocca San Casrlano, 1901, io-IC. Comme mani feula tion de 
la persistance de» théories diahnlistr* au xu* siècle, cf. la brochure de Les, 
Uo ïanl ef lttn*a Vaughon, l'arit, IU01, In-JS". 



302 MELANGES ET DOCUMBHTS. 

se résumer en un long effort pour le prévenir contre le danger insoup- 
çonné de la maçonnerie ténébreuse 4 . 

Je voudrais, en publiant quelques textes, montrer par l'exemple de 
quelle façon, en partant de documents apocryphes, ont pu se cons- 
tituer ces légendes dont les effets pratiques ne peuvent être niés 2 . 
Ces textes sont tirés du Fondo Gesuitico de la Biblioteca nationale 
Vittorio-Rmanuele de Rome. Qu'ils soient apocryphes, cela ne fait 
aucun doute 3 . La terminologie même des sociétés secrètes, constituée 
dès le xvm e siècle et connue aujourd'hui même parles profanes 4 , 
n'y est point employée, sauf pour deux, et cette absence ne souligne- 
t-elle pas la grossièreté du faux, qui aurait pu recevoir de son emploi 
une couleur de vraisemblance, un air d'authenticité ? Quant au 

1. Voir le livre déjà cité du P. I. Rinieri et la monographie sur l'abbé A.-J. 
de Pargalia, par G. Capasso, dans ses Ricerche biografiche, Parma, 1887, in-8°. 

2. Le P. Rinieri, op. cit., a publié quelques-uns de ces textes. En voici un 
autre, publié dans la Gazetta ecclesiastica de Florence, n° 16, du 8 avri l 1776 v 
p. 114; c'est la traduction italienne d'une lettre trouvée dans les papiers d'un 
certain M. de la Floride, mort inopinément à Genève en 1774 : 

c Carissimo amico. Il nostro piano si avanza ogni di più. Già ci è riuscito di 
mettere in conUnui contrasti le due podesta delT impero e del sacerdozio. É 
stato per noi un colpo maestro la rovina de' Gesuiti sempre troppo attaccati 
per loro consuetudine a sostenere i diritti de l'una, e dell' altra podesta, e pre- 
murosi perciô di contenerle ne' propri limiti, e sempre troppo contrarj aile 
nostre idée. Non abbiamo più di che temere, anzi pensiamo tirar vantaggi per 
il nostro sistema dalla stessa loro rovina; perché essendo eglino per una parte 
stati tanto mal trattati da queste due podesta, non avranno certamente per 
l'awenire impegno alcuno per difenderle, ed essendo tuttavia per l'altra parte 
tanto compatiti del popolo per le sofferte disgrazie, non potrà il popolo fare a 
meno di non approvare il nostro sistema, di remettere ognuno nello stato d'una 
perf cita .Libéria * indipejtdenza. Proseguiamo pure a fare che sieno sempre 
più perseguitati gli altri religioni e i preti ancora. In questo modo si empira 
sempre più il mondo di malcontenti, e noi saremo in maggiore speranza di 
stabilire il nostro sistema. Con questa occasione vi fo sapere, che presto si 
cambieranno alcuni segni per quelli délia nostra classe, perche siamo in péri- 
colo di restar scoperti ai segni antichi. Voi fra tanto travagliate ad accrcscere 
il numéro di quelle persone, che a suo tempo ci potranno giovare. E sono di 
cuore vostro amico. 
c 3 Febbr. 1774. M. G. » 

La copie de ce document se trouve dans la Rivoluzione religionaria e civile 
de* Francesi incominciata l'anno 1789, opéra del sig. Vaudero Pahour..., 
ouvrage imprimé à Foligno en 1795, et dont j'ai trouvé un exemplaire manus- 
crit à la bibliothèque Victor-Emmanuel de Rome {Fondo Gesuitico, n* 381) 
pour le tome II, qui contient les pièces justificatives du tome I. 

3. Je n'ai eu affaire qu'à des copies, qui n'ont aucune prétention à simuler 
les extérieurs de l'authenticité. 

4. Goyau, la Franc-maçonnerie en France, Paris, 1899, in-18; Prache, la 
Pétition contre la franc-maçonnerie, Paris, 1902, in-18. 



CiULIOSTIIO ET U nUJIC-lliÇOS *ERÎE. 



303 



fond lui-même, on peut dire qu'il suc le mensonge, car, parmi les 
membres de ces soeiélés secrélea où, à première vue, le premier et 
peut-être le seul défaut qui saute aux jeux, c'est comme une sorte 
de « cabotinage de la sensibilité ■ ', doit-on croire qu'il ait pu y en 
avoir de si audacieusement cynique pour oser parler de soi-même 
comme ils le font, pour se dire, même entre soi, capables de toutes 
les bassesses et de tous les crimes? C'est si peu présumable qu'on a 
de la peine, par ailleurs, â admettre que des faussaires aient été ou 
assez sols ou assez, criminels pour fabriquer des monuments de cette 
taille, cl qu'on ne le pourrait certainemenl pas, si l'on ignorait le 
caractère du clergé italien au iviii' siècle, sa bassesse cl son igno- 
rance, et si l'on oubliait que c'est de ces accusations forgées que Boni 
sorties les condamnations officielles. Ouanl a dire quels sont les 
auteurs du faux, c'esl iirqiossihle. Le fait même que les copies 
d'après lesquelles je publie ces documents ont fait parlie de la biblio- 
thèque des Jésuites' ne permet pas, absolument parlant, de croire 
que c'est de leur compagnie que sonl sortis ces faux, où leurs enne- 
mis, considérés comme naturels par le populaire, étaient confondus, 
et l'on ne peut même bien discerner si nous avons affaire â des faux 
conscients ou à l'enregistrement presque involontaire d'une simple 
tradition courante. 

Les deux premiers documents, un serment de la « secle » cl son 
commentaire par un adversaire, sonl de la même inspiration : c'est 
la philosophie de la régénération humaine qui sert de couvert â la 
société pour la réalisation de ses desseins égoïstes; le moyen de 
réaliser ces desseins, c'est l'obéissance absolue aux supérieurs, seuls 
capables de voir clairement le bul; •— ironie de ces faussaires qui 
montraient la vilenie d'une systématisation imaginaire de la passi- 
vité cl pouvaient considérer autour d'eux les effets certains d'une 
passivité réelle ! 



(ÏILHAMI.NTO DE' Lliltmi MURATUAI. 

lo. N. N. cunfesM» qui présente a Voî tlognissiino Plenipoteniiirio 
del Chiamsimo ordÎM, nel quuln Jt-suiero ili ener ricevuto, cbe woo 
conte ici a me steiao délia uni murale débutez» et imporunza (il, cbe 



l. H I v '■--. If tU I w, 

■- ■(■ Il li.l.lml.i.i Villurio-Ktiuiiiitlr ilp 
Rouir, dont j'ai rximlnr un «un Ir* UMOUtcrlU Cûnc*Hi»ii1 I biiloire de Fntica 

(JtoMH du MMl aCMgwn, Jjin.-f.'»r. I9QC). 
3. Fonte 0*w4fao, m., llw. U1..,i, n- il, i ftullki. 



304 MéLAÎfGES BT DOCUMBNTS. 

per quanti titoli, onori e dignità che io possa pretendere nella société 
civile, nel fondo altro non sono che uomo (n) ; che tutto il rimanente, 
siccome io l'hô acquistato per mezzo di altri uomini, cosi mi possa simil- 
mente esser ritolto da essi (m) ; che conoscendo qnivi che le approva- 
zioni e la stima degli altri uomini mi sia assolutamente necessaria, 
procurerô in ogni maniera, perquanto mi sarà mai possibile, diconser- 
varla (iv). Non farô servir giammai il mio potere, la mia autorité pré- 
sente ne futura in pregiudizio del comun vantaggio, e che air incon- 
tro mi opporrô con tutlo il mio potere a' nemici del génère umano 
e délia società civile (v). 

(vi.) Confesso, e prometto inoltre di voler profittare di tutte le occa- 
sioni ove potrô servire ail' umana società, e migliorare la mia volonté 
e le mie cognizioni, e cornu nicare le mie utili scoperte per il comun 
vantaggio, per quanto lo richiederà da mè il buon essere, ed i statuti 
délia società présente. 

(vu.) Mi obbligo ad osservare un silenzio perpetuo, ed a prestare una 
fedeltàed ubbidienza inalterabile a tutti i superiori, ed agli statuti dell' 
ordine. Rinunzio ancora fedelmente ad ogni mia opinione o parère par- 
ticolare, alla mia copartia, ail' uso limitato délie mie forze e capacité. 

(vin.) Mi obbligo di riguardare il benessere dell' ordine, corne il mio 
proprio, essendo pronto di servirlo in tutto il tempo, che io sarô mem- 
bre di esso, co' miei béni, col mio onore, e col mio sangue. 

(ix.) 8e accadesse mai, che io per inconsiderazione, per passione, o 
per malizia ancora attentassi qualche cosa contro i statuti, o il ben- 
essere delP illustre Società, mi sottometto a tutte le riprensioni, e a 
tutte le pêne, che mi saranno aggiudicate da* superiori. 

Prometto inoltre di assistere ail' ordine, e co' miei consigli, e co' 
fatti in tutte le sue emergenze, corne meglio saprô, e secondo la mia 
coscienza, sagrificando perciù i miei pregiudizi privati, e che riguar- 
derô per amici o per nemici tutti quelli che io sono délia società, ne 
mi posterô verso di questi in altra maniera, che a norma délie istru- 
zioni, che riceverô délia medesima società. 

Nella medesima maniera sono disposto e pronto di attendere con 
tutti i mezzi leciti ail* ingrandimento e dilatazione délia società, e di 
adoperare a questo fine tutte le mie forze per quanto mi sarà possibile. 
E tutto ciô io lo prometto, e mi obbligo, senz' alcuna restrizione men- 
tale, intieramente secondo l'intenzione délia società, la quale esige da 
me questa promessa da uomo onesto, quai mi protesto di essere ora 
e di voler esser per sempre. 

b. 

V. 

Ha fatto un gran passo per perfezionare se stesso chiunque ha acquistato 
la cognizione délia sua naturale debolezza... Machi è che non la conosca, 

1. Fondo Gesuitico, ma. 1354, 4 feuillets. 



cigliostio et t.i rmic-irti;.i)MK«rf. 305 

o che non debba conoscrrln,.. Quesia cognixione è mai un dovere parti- 
colare dell' ordine, o noa à clla piullosto un dovere di tulta l'umauita? 
Ma notata bene, cbe quivi non si esige già quesia cognizione, perché 
ognuau dalla propria debolezza ed impotenxa impari a compatire quelle 
■Ici suo prussiuio, e jierchè stia sempre in guardia di se stesso per non 
cadere. ma unicamente perché l'iuiziato fratello dalla cognizione délia 
propria debo lez z a ed impoleaza prendaargomentode ubbidireallacieca 
ad ogni volt) n là ai superiori dell' online, ed acconsenlire eenz' altro 
esame a lutte le interpreiazîooi faite, e ila farsi, ed aftiuchè si sotio- 
punga coq nna pazienza da bue ad giogo di tutto il sistema dell' 
urdiiic 



ii-ni- 



Si potrà dunque acquislare e perdere ogni cosa per mezzo degh 
uumini... ancora la virtù... ancora l'essere... cousciu a se steuo di 
aver operaio liane. .. ' 

Un uomo il quale sosiiene, che possa otteoere e perdere tutto per 
mezzo degli uomioi, certo è, che cornu nemenie non conâda nelle pro- 
prie forze, ma si fonda unicameate sopra le aitiaenze, che ha sopra 
l'impegoo, che ha cootrattatu, e sopra la speranza, che i suoi fratelli 
lo pobblicaranno da per lutto, e basta che soppia l'arte di accomodaraîa 
tutti, di dar gusto a molli, e rendersegli obbligati, evoebe (?) la sua for- 
tuna è fatla... E quanto è facile questo a' tempi noslri, ne' quali tutti si 
pascoDO di chimère, e dove per aver informazione di qualche soggetto 
non si chiede mai : Hu egU la capacilà necessaria per questo impiego? 
8a egli cio, che deve saperer" E' egli galootuomo, uom proho, fedele, 
uomo di paroi*?... Ma sollanto : E' egli uomo ben fatto?... Corne va 
vesiiio?,.. Sa bnllare, cavallare? Sa di scherma, corne suona il cem- 
balo? S'inlende egli del disegno? Corne si diletta egli di far ail' amure, 
quante femme? lia avulo mal niun' malo di galanterie? Coq cbi traita, 
e dove va alla conversazione? 

Ma cosa potrà aspeltarsi da un uomo, dirô meglio, da una iutera 
societa di uomioi, ira quali non v' è alcuno, chi cnnsulli la ragione e 
< dalla virtù, ma tutti si appoggiuo unicamente sopra gli 
uomiui,» sopra le rclazioni, cbe banoo con quesii?... Chi s' incoglierà 
dell' aoquislo délia scienza? Chi si curera di acquivlarsi de' meriii 
perenoi a foru di sadori, e di «tenti, napeudo che potrà ottenere lutto 
per mezzo degli uomtni a molto miglior prezzo?... E che consolazione 
potrà avère un dl costoro.che puôeasera spoglialodl luttoda^ll uomini, 
«H or che gli succéda io falti di trovarsi spoglialo da lutto cîô, che uella 
sua opinion»» lo polrebbe render' felice? Hisognerebbe cbe coslui rinvc* 
nisso m te su-sso dl cbe contolarti ; ma, avendo egli traseurato l'ac- 
quiatu dalle virtii. non ha tara proprie, e ciù per la sua supposia debo- 
loiza ed impoirnzB ; ecco di' rgli rimant! nudo, e spogliato di inienio 
non aapeudo ove voilant, s' appiglia Baalmente a quel!' 



FUv. Uistoa. XCIV. 2* r**C. 



!0 



306 MBLAIfGRS ET DOCUMENTS. 

unico remedio tanto decantato da' suoi fratelli, il soicidio per liberarsi 
una volta per sempre da tutti i suoi malori. 

La conseguenze per tanto di questo principio, cioè che si possa 
acquis tare, e perd ère tutto per mezzo degli uomini sono. 1. che i fratelli 
nulla si curano di acquis tarsi de' meriti reali, e proprî, e che s' indus- 
triano di avanzarsi unicamente col deprimere i meriti altrui a forza di 
calunnie, di detrazioni, e di maldicenze. 2. il soicidio sera prêché non 
veggono altra via da scappare. 

IV. 

Ogni uom da bene desidera di acquitarsi la stima e l'approvazione 
degli uomini, ma questa non gli è necessaria, di modo che non possa 
passarsela senza di lei assolutamente. Egli ritrova in se stesso una 
certa dignité, una certa convinzione délia rettitudine délie sue azioni, 
la fede dell' immortalité, e la speranza di una vita felice, che tocca ai 
virtuoso dopo la morte... Vedendosi adunque abbandonato, sconosciuto, 
e negletto da tutti, egli si rintana nella sua virtù, la quale résiste invul- 
nerabilmente a tutti i dardi délia malizia e dell' invidia. Egli adunque 
fà di meno délia stima, e dell' approvazione degli uomini, e non gli è 
necessaria assolutamente benchè gli sarebbe stata vantaggiosa as gai, e 
perô anche desiderabile... Maqualora questa sia assolutamente necessa- 
ria, corne accade agli fratelli dell* ordine, quali sono i mezzi che hanno 
da servire per conservarsela : quante vol te non saranno essi costretti 
di dover annegare se stessi : quante voite non dovranno dare la loro 
approvazione aile cose ingiuste : e per quante altre vie non avranno da 
passare, e tutte sono ignote ad un uomo da bene. 

Aggiungasi, che corne si disse poc' anzi, ottenendo e perdendo i fra- 
telli tutte le cose per mezzo degli uomini, sarà dunque a loro precisa- 
mente necessario la stima e l'approvazione di quelli, dai quali o spe- 
rano di ottenere, o temono di perdere, non curandosi degli altri, 
da' quali non hanno nulla da te m ère o da sperare; non avranno nep- 
pur motivo di rendersegli grati con*... Il risultato di questo principio 
si è primo Ipocrisia e simulazione as tu ta con tutti quelli da' quali 
hanno da temere e da sperare, secondo arroganza e dispregio con tutti 
quelli che loro sono indifferenti, 3° calunniare quelli, che attraversano 
la strada. 

V. 

Chi siano questi nemici lo hanno da desidare solo i superiori miste- 
riosi dell' ordine per chè tanto il sistema dell' ordine, quanto l'obbliga- 
zione formale e contratta richiedono che tutto si abbia da fare, e da 
intendere secondo l'intenzione dell' ordine, rinunziando ad ogni senti- 
mento privato. 

1. Changement de main. Lacune. — Tous les points (...) précédents ou sui- 
vants se trouvent dans le manuscrit. 



cir.uosTBn et 1.1 ■UBOHUÇtttïElIE. 



sot 



Ha ae veniase in capo a' superiori di dicbiarare i paJri délia Patria, 
ovvero altri uomini prohi. bisugnarebbe dunque resistere aucbe a 
qmsti... E clii sarchbe salvu da questo nostroserpeggianie? Cûsi è; sue- 
eederebbe ne piii né mena quello cbe di fatli succède. 






VI. 

Il buon essere délia società viens dunque preferito al buon eaaere 
dell' omanità, ed alla propria perfealone, e ae m prêché non placera agli 
■uperiori non sarà lecilo ad un fraiellu di servire l'ujnaniu't, di MBM> 
nic&re le sue scoperle vamaggiose, ne di proaeguirc Topera di sua per- 
fciione... E puslo il caso, clin il buon essere. ed i statut) dell' ordine 
richiedanu l'opposto, il fralello dell' ordine sarà adunque obbligalo 
ancora df servire contro l'umauilà. di «opprimera le sue scoperle van- 
laggiote, e di tagrificaro la sua propria perfezione, e di starsi a guiaa 
di un corpo mort» in una HUule inaziune; in somma pcr esser sog- 
gciio utile per il Bue délia società, conviene cbe si faccia guidare ad 
occhi ctaiusi corne una beslia irragiunevole da suoi condottieri. 

Un' aperta sollevazione sarehbe assai meno permciosa quanto lo è 
questo staio nello stalo, e questo veleno iuvisihile. Quella si puô paci- 
ficare con dei canoni, e con alcuni reggimenti di milizia, questo veleno 
invisible è Bglia délia peste, e se voî voles te circondar la cilla col 
fuoco, cume si fa in tempo di peste, neppur ri riuscirebbe di consu- 
marlo. 

8e voi, qualunquc siate, a vendu avutu l'infelice sorte di conirariare 
il buon essere, ovvero î statuti dell' ordine, rilrovaw inviluppato in 
qualche litn, vi toccberà di aver per giudici de' fralelli dell' ordine : cos' 
altra avete da sperare, se non cbe vi si avventeranno contro, corne 
tante vipère istigate, e cbe non ne poirebbe sort ire con la pelle saoa...? 
Per tanto laie co«i prima di uscir' di casa, date uno sguardo aile 
vestre case, e giardini, abbracciaie i vostri figli, e date loro l'ul- 
timu addio. 

VII. 

Cosa orrendal quai al sovrauo, quai alla patria! Per voi non ri m a ne 
altro, L'ordine poaaiede ed h.'i al ma servizio tutto i'uomo. 

Per che mai ai obbligano i frntclli ad un perpetuo silenaio? S'a 
bnona l'intenzione, se il Qne è convenevolo e per la sua perfexione 
propria, e per quella an cor dello Stalo,... percha un perpetuo silenzio? 
Quanti Istiluti non vi sono, i quali hanno pretiati alla patria più »ar- 
viii cbe non potrebbero renderlo luggie di Framassoni : nppure. non 
vi si tralto mai di silenzio perpsluo : essi palesavano francameute e 
(lacerameote a lut» lo scopo e le régule dell' Intitula, us mai s'intese 
lagnanza alcuna, Percbè duaque parpeluo silenzio? Cbiunque opéra 
con burjua finie avanli a Oio, sd agi' uomini, non terne la lue*; e clii 
st oaaconde, non puo avère a maie, »e II pubblico demanda : perche vi 



308 MJLAlfGKS ET DOCUMENTS. 

Il far voto a' suoi superiori di ubbidienza cieca, di rinuncia a tutte le 
sue cognizioni particolari, ed a tutti i suoi talenti, questo supera di 
gran lunga l'obbligo annesso al voto, che fanno i monaci nelle mani 
de' loro superiori. Eppure questi signori non cessan mai di gridare 
contro il mooachismo, e pare, che essi non capiscano, che si potrebbe 
ritorcer contro di loro con miglior equità il medesimo argomento, 
col quale essi combattono i monaci, e che essi per noter fare ogni maie 
si abusono di que' stessi mezzi, di cui si servono i monaci. 



vm. 

Lo stato, o qualsivoglia senato, che si occupa nel bene délia patria non 
potrebbe pretendere da' suoi candidati una obbligazione più stretta 
e maggiore di questa, quando dà l'incolato ad un nuoval cittadino..., a 
chi offerisce i suoi béni, e il suo sangue, non resta altro da dare : 
non mi posso perô far espace corne uno possa impegnare ancora il suo 
onore, la cosa più sagrosanta che l'uomo possieda, e da prezzare assai 
più che i tesori di Salomone*. 

10 servo col mio onore vuol dire : io sacrificherô il mio onore ogni 
qualvolta lo richiederà il bene délia società. 

11 framassone, volendosi diffare di qualche persona, adoperà il veleno, 
ed ha il segreto, questa società abbia il segreto di fare che uno si dia 
la morte da se medesimo. 

Les deux documents suivants ont une certaine prétention à l'authen- 
ticité. Ce sont des pastiches de lettres d'Illuminés. Les auteurs supposés 
de ces lettres connaissent le tablier, l'étoile, ils emploient la clé topo- 
nymique des initiés de Weishaupt*, ils rattachent la composition de 
leurs écrits à une occasion réelle, l'expulsion de Bavière de YVeis- 
haupt et de ses disciples en J784 3 ; enfin la pensée est plus sérieuse, 
les moyens proposés pour réaliser les intentions de la secte plus ingé- 
nieux et moins bas, puisqu'ils semblent se réduire à l'entrée en masse 
des Illuminés dans les universités. Néanmoins, le faux est certain : 



1. A la suite, au recto du dernier feuillet. 

2. Weishaupt, professeur de droit canonique à l'Université d'Ingolstadt, orga- 
nisa, avec ses élèves, en 1776, la secte des Illuminés. Pour correspondre entre 
eux, les Illuminés avaient organisé tout un vocabulaire de noms propres 
anciens, dont ils désignaient les mois, les villes d'Europe, et qu'ils employaient 
même pour se désigner individuellement. Cf. L. Engel, Gesch. des Illumina- 
ten-Ordens... nach auihent Dokum., Berlin, 1906, in-8\ 

3. A la suite de son bannissement de Bavière en 1784, dont il a raconté 
l'histoire, Weishaupt se réfugia auprès du duc de Gotha, qui avait adopté ses 
idées. Sur la politique religieuse de l'électeur de Bavière, voy. Scheglmann, 
Gesch. der SakularisoMon im rechtsrhein-Bayern, t. I, Ratisbonne, 1903, 
in-8% 



C4GU0STBO CT 1.1 FfUSC-lUÇOVSERIi:. 309 

l'abus des éloges le souligne assez, et, daos la seconde lettre, les 
menaces trop crues de vengeances trop dures. Voici ces lettres : 



'MUA Dt C3 LIBERO KCBATOIS. 






• Ûbstupui, steleruntqtie comç., et voi faucibus hçeît. * 
Non potrei esprimervi meglio, che con questo verso il siti^o, che ha 
destato in me Jawenimenio del 22 giugno il quale quanto innsp^twio 
altreltanio lerribîle per il Saoto ed innocente orrlint de' Ltbtri Muratori. 
Corne mai lia potulo nuire in un punio di tutti i nostrl fratelli il 
ttmggfO lulto, e tulle le subliini idpe a segno taie, che in una Loggia 
co»i numérota ed illustre non abbiasi potulo rinvenire. ItDtodJ rirtfl 
per declinare questo colpo fatale? Corne manderemo noi a elTello i nos- 
trl bellmimi progetti per feliciiare luito l'umao génère, se non d but! 
l'animo di conservare noi stessi.' Amico! i colpi del fanatisino lino a 
tauto cbe è sono siati lirati palesamente. ed alla balorda hanno fatto 
pocu danno al nusiro online, ma orchè la persecuzione ni MMOUla, ■ 
si ricuopre col manlo iti una lina pulilica, ci sar.'i diltkile a ripararci. 
Non posso capire, corne mai iConfratelli primari délia nostra Loggia 
con la loro assidua vigilanza per tuito ciii cbe spetta a noi, ovvero allô 
stato, non abbiano potuto preveoire questo Editto. Forse non dp avratino 
penelrato cos' alcuna? ab che non é poxsibile ' Noi abbiamo de' Fratolti 
in lutte le aduoanze ancora le più segrele, i qualt finora hanno iidem- 
pito fedelmeote i luro doveri, tomminîstraadoci tulle le noiizie, cbe 
potevano eatere di quaiebe vanlaggio alla nostra Loggia. Tulle le *ale 
de' con»iK.li non suno furse pieno di soggelli del nostro online? Non era 
quindi la nostra Loggia per cotai mémo il più alto o il più attivo gabi- 
nrllo dello stator Non lia rlia Torse per la fedele uuanimitâ de' suoi 
membri, anîmati tutti da un mednsirm) tpfrttt •■ da un medesimo prin- 
cipe, occupato le cariche le più riguardwvoli, terminali i procesBÎ i più 
important:, e provveduto a lotio ancor che potesae aweniref Onde 
mai potp derlvare tutto insieme, una sincope di qucsla sorte in tempo 
ch' cravanio ormai guiuli a poier mareggiare, e go ver n are a nostra pos- 
miui, e facilmente ogni cosa, e che la non ira autorité era soMenuta 
dagli amici i ptà podATHll Ab ' Hrtumatt, qualclie maligno spiriiu 
*'h qui agguatalo; e Dio aa fin da quando ad ordire e bramur la nosira 
nia cabala ai e tiaia que* ta la più t'ma del mondo, che ha 
indovinaia la via di diffare i fatti nuatri; uoa cabala as*ai più eegreta, 
n diriita, cbe noQ abbiamo avuto uoi. Came mal e stato potsibile che 
ira tanti e lanto tint poliùei n slatisti non se d4 aia rilrnv;i! 
uno cbe avc*se Unto di naso da »uh™forar que*ta l'rode! Ma se badate 

1. Fond» GtKlitieo, nu. IlS'i, ! feuilleta. Moine main que le premier trUe. 




340 M&LA.fGBS ET DOCUMENTS. 

bene, alla fine si scuoprirà, che noi stessi avremo aperto la sorgente 
délia nostra rovina, o almeno troppo incautamente. L'avremo dispre- 
giata tenendola per cosa di poco momento. Ghiunque vuol riuscire in 
affari di gran conseguenza bisogna che adoperi nascoste, ed a quel, che 
Don puô occnltare, dia un colore di poca, o niuna importanza, e cosi 
procéda corne acqua cheta, che sia profondissima, e non lo mostri. Or 
appunto contro questa massima fondamentale nella politica noi abbiamo 
sconciamente operato. 

Si sono ritrovati tra noi de' fratelli, i qnali quando avevano trangu- 
giate tre o quattro bottiglie giuravano morte e rovina ad ogoi profano, 
che loro era sospetto. Vol sapete che io da gran tempo ho profetizato 
délie conseguenze funeste per queste minaccie indiscrète, e per l'ariosa 
baldanza d'alcune nostre teste bizzarre, e non m'è riuscito mai di 
potermi quietare con la sicurezza, che voi mi davate, cioè, che in tutta 
la Baviera non v' era mai più uno, che fosse riputato buon pensatore, 
e non fosse in tutto nostro, e da potersene perô fidare, e corne suol 
dirsi, dormire tanto noi con gli occhj suoi, quanto egli co' nostri. Ho 
osservato di più, che molti de' nostri allievi non avevano ancora pêne- 
trato bene, e quanto bastava, lo spirito délia nostra Loggia, al cingersi 
il grembiale, al ricevere la Stella, al vedersi ascrivere fra gli altri, e al 
sentirsi dare il titolo di fratello, ne mostravano particolar piacere e 
diletto; ma quando si trattava di rivelare in servizio délia Loggia 
alcnna notizia intéressante, venivan assaliti, e combattuti da loro pre- 
giudizi anlichi, tremavano essi di dover destramente cavar di bocca al 
Padre un segreto, o di far copia di qualche scrittura gelosa, per darla 
alla Loggia; e chi lo avea fatto, poco dopo se ne pentiva, e si palesava 
da se con timor fanciullesco. Il zelo, che costoro ci mostrano, spesso ci 
ha recato più danno, che utile. 

Io sono stato sempre contrario ad arruolare quei giovani, che cres- 
cono più nel corpo, che nel senno e nel giudizio, onde non possono 
avère ancora il discorso saldo. L'ammettere costoro è un passo molto 
inconsiderato, essendo essi troppo manchevoli di quella riûessione, che 
séria e lunga vuol essere per bene iniziarsi a nostri misterj. Prima di 
giungere a potere e spiccare il volo d'uno spirito forte, e prima di aver 
l'aie bene impennate con le massime ben possedute délia vera sapienza, 
fuor délia quale non vi è salute, bisogna pure estirpare que 1 tenacissimi, 
per cosi dirgli originali peccati del patriottissimo, delP ossequio, e 
amore al Sovrano, ed altri sifatti pregiudizi, che fermamente la buo- 
na gente tiene per dovere; e per far ciô, quanto mai s' ha da stentare? 
Quanto tempo, e quanta riflessione vi vuole ! Un giovine che si senta 
proporre le massime di un Cireneo, o di un Teodoro non inorridira? e 
non darà subito indietro? e voi crederete di faglierle in brevo tempo 
apprend ère, e con entusiasmo abbracciare? 

A me è piacuto sempre, e lo preferirei ancora ad ogn' altro, il mio 
progetto antico, d'istituire una classe preparatoria, nella quale i gio- 
vani s'instruissero bene di un presto pirronismo per rendergli per cosi 
dire atti e disposti a' nostri disegni. Questa dottrina in quanto non eccede 



CiCLlOSTBO LT LA MASC-HiÇOSÏEIltl-;, 



311 



la capaci ta di an giovine ci avrebbe somminisirati di sopgel lî lUU par 
quaiiivoglia forma. Mi opponevate voi allora, che ta fîlnooKa che s'in- 
segna nelle woole è as»ai più giovevole per questo intente, poichè non 
fa aie une impression! nella monte, e rieropie la lesta di niori lerminl, a 
quali nel pas-ar -Ul gênerais al particolare, e dalla «peculazione alla 
pratica si potra poi dar» quel atgnilicaio, clip più piaco*se. Mi dicevaie 
ancora, che vhi govtrna io tlalo. il era prtia la rura d'i'tituirr queita 
elatit prtparaloria col mttiodtUe univtriità « tUtdi gtnerali di ciascuna 
scienza, i quali per divenire allaitante cUvsi preparatorie in confor- 
< die io progetlavo, bas la va elle per noi si procurasse di famé 
conferir* le catiedre a que' doiluri, che sono del 110*1™ online. Ma la 
pin forte opposiiione fù sempre quello del deuaro a ciù rechiesto, e 
voi avevaie buon fonda menu» di credere che da governi non v' era da 
■pnrar allro che la paga eemplico delto stallo. alla quale obitsloDj "on 
avendu che replie*!*, mt eouvenne ammutire; ttttiHlo pur trnppo 
vr-rn, rhr non caminanu !.• rooie, non girancrlecarrtie-oU', uon pougunsi 
la tnani ail' opéra, né ve la durau gran fallo, ne a voila a voila non si 
ungono, ed ail* inconlru a forxa di danaro ogni forsa si vince, e lutin 
*i DUtfOlL Metiosi «duui[ue d* banda il mio progatto corne impossilnle 
a praiicar>i, non pitre n voi, clie si nnrebbe dovuto avère almeno quesu 
iTMrtMUa di non dare a queati aignorini, loato che erano ammessi, 
l'accesso a' noctri mister), ma appoco nppoco, e a' più capaci, dando 
frallanlo ad essi da traslullarei con le fancie dell' online, cioe nus tri 8im- 
bc-lt «d altre simili coserelle- 

9o liene esaer»! cio praticato serapre in riguardo al nosiro regola- 
meotu [Kiliticu non pariecipandulo, salvo che con gran riserva a un 
imm MiaJ rl*lretto di giovani «celit, servandosi intanlo degli allri 
corne di rneri istrumeoti, che sen/.a napenieil perché operaaMro. Ma io 
dico anche in qml, 00* -1 tftptrdsHM a' nnsln principi acieiitilichi s'avea 
■l'a ver la medesimaeautela. Si riducuno «enipre ad udo scarto numéro 
quelle teste, che sono capaci di penetrare la nostra doitrina. Questa 
esîge una luughissinia preparaziooe, e che uno aappia penaare da *e, 
per rendersi agevole neile lunnnime, che a prima f ruine ci nescono aeaal 
ilifficili, per tant troffM al di lungi dello comtuuni benchè lafattl 
poi sieno qualcb» civuglia évidente veriià rimotivslme dall' orrore. 

Talutii de' nostri signorotti s'accigliavanu 10 «en lirai dire délie propo- 
siaioni che il luro iniellellu aolinuico ed omhrom non ai sarebbe arris- 
chiato neppurr ul imm*gi*iar*cle : altri aU'inconiro non poievano nia- 

( ItftJ il loti) itobUo, trovamlo, du- il luro modo di vivere già da gran 

tempo da Mt* iiruuto, lacciandusi portare dalla mclma/.iono nalurale. e 
secondando il lor paniculam leiiipi-raiiiento, veuiva sfl approvato da 
1 1 «utematica. Or vedeie, chu Lai lervuio né nlihiam litratlo 
da oiïloro : quelli MMfl |ien»iprosi, e inalmcoiiici . il padre oi-er\audo 
la muUïiono del liglto, la moglie tiol auo nianio, e vedemlo, che l'epoca 
di Ul caugiamento eri »un> l'eanervi aggregali a nui, ci maledlrano. 
OU altri liil "i che mai, non conlenti di pralicare le 

itnMrc mannime, le predicavano exiandio aile lor fatui in cuciaa; e 




342 MELANGES ET D0CUMEHT8. 

Tolendo pur fare i misteriosi, tradivan i nostri misteri, scoprendoli bas- 
tevolmente; e con questi lor modi venivano essi pare a tirare sopra di 
noi le maledizioni délie loro famiglie. 

V erano ancora degli altri i quaji dovunque si ritrovassero, con entu- 
siasmo aguzzavano le loro orecchie per ca(r)pire ogni parolina, e senza 
nessan garto, ne gragra (sic), nô disinvoltura, ma con si impronta insis- 
tenza, e con maniera ai aperta investigavano i segrati altrui, e con tal 
cera, che tosto ognun si accorgeva ch' erano spie. Frà questi puo darsi il 
vanto d'essero il primo quel tal signore, il quale non sô a chi fore ci 
sia venuto, da Alagonza o da Ratisbona : ed ha un muso appunto di 
bracco, da farsi il segno di croce chi se lo vedesse comparir avanti di 
notte, credendolo an fantasma, se mai per qualche servizio di nostra 
Loggia potesse credere di aver bisogno di lui ; vi consiglierei a tenervelo 
sempre appresso con un buon goinzaglio, altrimenti io vi prometto, 
che (corne per lo più bà fatto finora col suo bel modo di fare) anzichè 
scuoprirvi, e fermarsi le starne, ve le farà fuggire. 

Ma quo diversus obis? parmi che mi ripigliate, ed avete ragione : 
scasatemi perô, perché con questo ordine sovrano sotto degli occhi non 
finirai mai di scrivere. 

Io ci penso, e ripenso, e ritrovo, che veramente questo editto non ci 
darebbe gran pena, se non fosse per rispetto délia sua causa, ed aile 
sue conseguenze. I timidi i quali per la sola speranza di essere pro- 
mossi, erano attaccati a noi, retrocederanno ; l'entusiasmo degli altri si 
smorserà per mancanza di nutriraento; i legarai sono disciolti, le risse, 
le contenzioni interne ci debiliteranno, e cosi disuniti soccomberemo al 
primo assalto dô nostri persecutori. Oh se ci fosse lecito il predicare, e 
sentira le confessioni, allora si che si potrebbe avanzare con sicurezza. 
Portç inferni non prevalebunt; ma non abbiamo moglie, e figli, e faccende, 
e speranze, e contratti, ed altri doveri, che ci costringono di fare le 
parti di marito, di padre, di cittadino, di ministro, e di altri uffici ? 

Ladduvè si ha ordinato questo disturbo délia nostra Loggia, ivi si ter- 
ranno gli occhj aperti per ispiare la nostra condotta, e per osnervare il 
tempo da avventarci il colpo fatale. « 8e è vero che alcuni de* nostri 
disegni e progetti sieno caduti in mano de' profani, e se questo fù 
Toccasione dell 9 editto, io vi trovo troppa moderazione per poter- 
cene fidare, e per assicurarci che non sia per avvenirci di peggîo. » 
Finora non si è fatto altro, che alzara sopra di noi il braccio ; ci vuole 
dell' accortezza per iscansare il colpo, che è per colare a ferirci. Il mio 
consiglio sarebbe d'interdire preventivamente tutte le adunanze, e che 
si pensasse ad un altro mezzo per conservare i vincoli dell' unione trai 
fratelli fino a tempo più felice. Bramerai ancora, che ci disfacessimo 
con buona maniera délia nostra cosa in Alêne*; questa dà troppo sull' 
occhio, e il denaro ci gioverebbe più. 

Procurate d'impedire per quanto potete l'incaate contriccole, e il par- 
lar si ail' orecchio de' fratelli ne' luoghi pubblici, con le (?) quali cose 

1. c Monaco i (note da manascrit), c'est-à-dire Munich. 



r.lGLIOSTHO ET 1.1 nu^OHJÇOXlfBaiE. .113 

troppo si danno a conoscere a' profani, e desianu l'attenzione dcl pub' 
blico. V erano laluai, i qnali sapevano indicare il giorno preciao, nel 
quale queeii o quegli ebbe l'ingresso nel noslro ordine, perché avevano 
osservato, che quel taie lutio iosieme aveva ricevulo quanlità di baci 
di fratcllanza da quoi stessi, che il giorno innanzi non s' eran degnati 
neppur mirarlo in faccîu. 

Il par lare ardimentoso, e tumiilluantc coniro il Decreto poco potrà 
giovare alla uosira causa. Mala euncta ministrat impttui : sarobbe ataio 
meglio assai, che i nosui giovani eoiusiasti avessero laciuto. Mi si 
dice che le loro déclamait oui sono xtato rïferite ad verbum al eovrano. 
l)eh! perché non darsi anzi un aria d'indifl'eren/a quasi che quesU 
proibizione non appaneuesse a noi per niun verso ' 

loconûdotulto nella voslra perspicacia : le vestreconfederaiionieslese 
coi liberi Huralori dello stalo vi Romminislreranno mille manière per 
riordinare la nos ira macebina, aconcertata dal sofferto scuotimeoto. 

[q atteniione di una ris posta che mi contoli, sono, ecc. 

Kfcso*, il i* Chirmecb*. 



I,KTTEB.* II, 

Rtt ut, qui mchil meluit. Mi sono strappaio a for/.a dalle mie faccende 
per dirvi due parole da liberarvi dal voslra affanno. Quando non è per- 
duto il luti.i, non è perduto nulla. Saressimo privi di molle uiili s. o- 
perie, se non fosse succesao quel chè sa pelé. Ora conosco i nostri nemici. 
fîuai a chi bà fatlo fesla in quesia occasiono; egli si hà trailo col riso 
la sua ravina sul capo. 

lo ho fait» buon uso de' giorni délia noslra desolazione, facendo un 
gïoroale aile nostre vendetle. Più di 5o. oomi ai sono registrali a loro 
esterminio : t u ri aventa una mina, daro fuoeo ad un altra. Noi abbiamo 
degli amici grandi, chi per inciinaxione, chi per timoré, perché lengo 
chiusa la loro infamia net min acritlojo. Quelle slimolo ha più forza 
usai di quelle ilell* amure. Do vr an no essi combattere cou noi e per 
nui, conculcare i nostri avveraarj, e dar la morte ancora quando io 
voglia. Sara conculcato ed oppresso chiunque s' oppone a nostri avan- 
MiBiptf, e se dovessero ancora cadive mille vîttime délia buona causa, 
ne rcsLeranno più migliaja e millioni a goderne di poi il frullo. to vn 
I» giuro, non tara mai, che il mîo proprîo interesse giunga a premerml 
tanto, quanto la ravina de' nostri nemici : amen cosi ha da easere; 
nihil inttrut quo modo. Il vinculo non è ancora disfatlo quanlo vol v" ima- 
ginât*, noi godiamo ancora délia società caniatevole chi ardirà aasalirci 
dietro a questo santo aeudo? Ciô che è seguito nou hà fallu allro che 
pargard dal gioglio; il noatro «interna non hà sofferto il minime danno. 

Cio che in qualchè maniera mt potrebbe daredel fastidio, ti è il timoré. 



■ Ingolttarit « (note ilu manuscrit), 

■ Luglio t (noie du manuscrit). 




au 



MELilGES KT DOCUMENTS. 



che ahbiano a mnncare le collette. Si va couru m an do la noslra provi- 
sion del denaro; e con chè daremo lu stipendio al noatro Diomede.' 
Voi sapete già quanto egli ci sia stato utile, e lo Bia aucora. Ecco a cbe 
cosa dobbiamo ora pensare mollo di proposito. 

Se voi inianto aveste scoperto un qualche profano sospetio, arricchite 
pure il min registre nero cul buo Qome. Del resto seguilate ad ope rare 
francaroenle, concordia rcs part* erweunt; conservais la concordia 
de' Fratelli di Efeso, ed arruolate pure cbiunque troverete alto ad etser 
ricevulo. Sopratutlo non vi diœeaticate mai quod Rts est qui nMI 
metuit. 

Mené, agli 8 Chirmech. 

Le troisième groupe de textes provient 1 de l'abbé Barruel '. Ce der- 
nier prétend nous renseigner sur les conditions exactes où îl lui fut 
donné de prendre connaissance de la profession de foi des francs- 
maçons vénitiens du ivm' siècle. Nais, quoiqu'il soit possible d'uti- 
liser, en généra], les publications de Barruel, il ne faut pas, je crois, 
sur ce point particulier, se faire illusion sur des précisions externes 
qui peuvent être tout à fait indépendantes de la réalité foncière de la 
profession de foi. Le nombre des inlermèdiaires par lesquels est 
passée cette profession de foi permettrait d'élever â son sujet des 
doutes que l'examen interne du fonds ne fera qu'augmenter ; car, en 
somme, il n'y a rien de proprement maçonnique dans ses douze 
articles, et on n'y trouve que ce que la croyance populaire attribuait 
comme doctrine aui maçons : nécessité de la régénération humaine, 
vices du régime absolutiste et Ihèocralique, athéisme et indifférence 
religieuse, mystère el silence. 



• Note son c 



DES FKANCS-ÏIAÇONB 3 . 



Yen l'année 1781 , le feu ayant pris à l'arsenal de Venise, le Sénat 
ordonna des recherches pour découvrir, s'il éioit possible, les auteurs 
de cet incendie. Les hommes occupés de cet objet ayant apperçu, au 
milieu de la nuit, un grand nombre de gondoles réunies auprès d'une 
maison que l'on ne savoit pas consacrée aux travaux maçonniques, mi 
firent leur rapport. Sur Tordra du Conseil. la maison fui investie. Tout 
ce qui se trouva dans les Loges des diffèrens grades, tout absolument 
fol saisi. Peu de tems après, par l'ordre du Sénat, tout fut exposé pen- 

t, Noos n'avons toujours affaire qn'a une copie. 

3. L'abbé Barruel. ne le 1 octobre 114 1, mort le 5 octobre 1SÎ0. a laissé de 
nombreuws ceuirrs qui intéressent l'histoire religieuse de la Révolution, où il 
a joué un rôle obscur, mais certain. Ces autres el ce rôle meri tendent d'être 
étudiés d'une façon critique. 

3. Fonda Gtsuitira, ms. 1356, évita 6, n' 18. 2 feuillets. J'ai renversé l'ordre 
de la copie pour mieux faire comprendre 1rs deui textes. 






UCLIOSTKO ET M FUXOXlÇQinEHIE. 313 

daut six heures sur la place Saint-Marc, à l'cxcepLiuii îles papiers les 
m*. ta liste même îles frères maçons fui comprise dans celte 
nporfUon publique; au bout de six heures, et après la lecture d'un 
décret du Sénat prescrivant les Sociétés secrètes, tout l'ut livre aux 
flammes par la main du buurreau. Le teais des élections arrivé, ou 
observa ijuc ceux dont les noms s'etoieut trouvés sur la liste, ou 
n'etoient plus nommés aux charges de la République, ou n'étoient plus 
continués dans celles qu'ils avoient auparavant. On observa aussi Isa 
murmures de bien des frères qui laissoient échapper ces paroles : Verra 
il giorno délia vtndttta. Voilà ce que le public put savoir de cet atto da 
ff Mai» ce qu'il ignora, et ce que je n'ai pu savoir que lors de la Révo- 
lution française, c'est que le Sénat, concevant toute l'importance des 
papiers qu'il avoil découverts, envoya aux ambassadeurs de diverses 
puissances une copie du Symbole maçonnique trouvé dans les Loges. 
H. I-'emand Nonnes, ambassadeur d*B*ptgoa à Paris au commencement 
■'l'itii.ii, en comparant 1* doctrine A* M Symbole avec ce qui 
se pusse il, ouvrît son porte-feuille el, devant plusieurs personnes qui se 
trouvnirni alors chez lui, il se mit i faire le rapprochement des opinions 
6t des événemens du jour avec ce Symbole. Il permit même à plusieurs 
personnes d'en tirer des copies. Celle qu'on vient de lire est une d'après 
celle- même qui avoit été envoyée à Son Excellence et que je suis venu 
à bout de me procurer. 

L'abbé Burbum.. 
Paris, «30 juillet 1811. 

2° AsTtCOLI PROFESSAT! DM FR»!sr,lll B 

I. Dio avendo creato gli uomini in una piemssima naturat tiberlu, 
comune ed egusle a tutti, qui ml i non potersî rfa alcuno coartare questa 
libcrià, limilare, o nstringere sema una summa inlollerabile iogiuria 
di Dîo non mono, che di nui stessi, cui per grau privilegio fit data. 

î. Per u/ieala pienissima libr-rta s uoi couipanita, il signor Iddio in 
oroinagio a se doviuo, essere contenu dsi soli atti interni dell' uomo, 
ed essere percln indifférente, « quasi non curante di iiualuuquo atto 
esterno, in cui possa esirinseearti mai l'uomo, per rendnru il tuo 
omuiagio a Dio m lutto il tempo délia sua viu. 

8. Geloiissitno pero essere lo stesso Dio oel tempo medesimo del suo 
assoluto Dnminio su quesu terni, in cui ha collocato l'uomo con una 
ereaxiono taulo privilégiai», e riconoscera per cio corne euoi emoli e 
contrari a se tutti coloro, i nunli a parte di un lai Dominio con esio 
enirar presumitio, e in onia di enso suo Dominio volessero eserciUra 
qualuuqua particolar giurisdinkine, sopra degli altri con gravissima 
aSntu e delta sua murera» maeslà corne Creawre. e délia naiural bl.ertà 
délia Creutura. 

4. Coll' andar degli anui non pertanto, queila suprema potest» del 
Creatore, e quesu aai u rai liberlu délia Créature essore rimaste pergran 



346 MÉLANGES KT DOCUMENTS. 

maniera lèse e quasi distrutte, dalla malvagità specialmente di certi 
ambiziosi assiri, che furono i primi ad inventare li belli nomi di princi- 
paio^sacaidûziû^. 

5. E non solo detti ambiziosi assiri devono riconoscersi corne fonte ed 
origine delT ingiusta violenza di pochi nsurpatori, ma anche la vitupe- 
reyole ignoranza délia maggior parte degli uomini, che hanno permesso 
simili usurpazioni a tanto loro danno, e ad ingiuria e disprezzo di quel 
Dio, a cui tanto devono. 

6. Ecco dunque la grande impresa grataaDio e degna degli uomini, 
che hanno cuore in petto e onore in fronte, a rifabricare, cioè, questo 
tempio da tanto distrutto, intieramente abbattuto, e quasi sepolto, con 
uscire finalmente dalle dense ténèbre d'ignoranza, in cui i nostri mag- 
giori sono vissuti per tanti secoli, ad armarsi ed insorgere contra gli 
indegni usurpatori, sino a doverli accidere, se sia d'uopo, corne veri 
Tiranni in terra per l'uso di una potestà, che tutta è dovuta a Dio sola- 
mente, e per l'abuso délia potestà, che è eguale e comune a ciaschedun 
uomo. 

7. Ad impresa si nobile si fa a tutti l'invito, corne per tutti corre l'in- 
téresse, e a cui puô benissime aver luogo il Pagano, l'Ebreo, il Turco, 
il Protestante ed il Gattolico, ed anche il Deista e l'Ateista, mentre 
altro non sono le tante e diverse religioni introduite nel mondo, che 
invenzioni superstisioze di coloro, che hanno voluto toglier la liberté 
ail' uomo, e a Dio il Dominio. E quindi a verra, che se negli andati 
tempi la diversité délie religioni ha partoriti tanti disturbi per noi 
Liberi muratori stringerà nodo, e farà pace e lega perfetta. 



8. Anzi l'esperienza ha dimostrato, che chi si aggrega a questa Società 
tanto è lungi dal recare o ricevere disturbo alcuno, per ragione délia 
sua fede e credenza diversa, che anzi alla nostra di Liberi Muratori 
insensibilmente si affeziona e si attacca di tal maniera, che dell' antica 
sua naturale a poco a poco non cura, e in poco tempo affatto se ne 
dimentica e l'abbandona. Per mera sciochezza adunque è avvenuto, 
che questa nuova società venga chiamata una magia del Demonio, 
mentre non è che un effetto naturale, ossia il peso del retto corso délie 
cose, le quali si fermano e riposano quiète nelio stato loro naturale, 
quando escono délia violenza. 

9. L'impresa più difficile, che mai vi sia stata, o possa esservi, è 
questa : si tratta di nu lia meno, che di dover contrastare coi Princi- 
pato e Sacerdozio, che sono ora in pieno pacifico possesso con aperta 
tirannia sopra la liberté dell' uomo, e con prescritta usurpazione sopra 
il Dominio di Dio in terra. Quindi esiggersi nella Società la scelta di 
genti non communali, lo spirito bensi degli uomini il più forte ed eru- 
dito, e sopra tutto la protezione di personaggi in tutti gli stati più res- 
pettabili e poderosi. 

10. Ma sopra tutto un grande, sacro e inviolabile segreto deve essere il 
fondamento di questa difficile impresa. Le altre stesse si sono fondate 



CICLIOSTBO ET U Fl-lXC-MiÇOHIIBIK. 317 

con «cioglier dotlamente la lingua; quitta de' franchi muratori deve 
foodarsi, crescere e propagarsi coq ri go rose mente frenarla. Quindi per 
OtUoan i|uesto, aino dal primo iogresso fi propone la rinnovazione di 
piii giurameuti, la mînaccia di più castighi, la facolta ad ognuno di 
prendere vendetta, auclie del ferro, dei mancalori. 

H. Segrelo si inviolabile, che noppure possa avervi dirltto su di etso 
i|u.!liMir;n<.' intorili Hia di principatoo di sacerdozio, quali avemlo tulto 
it m en lu di eisere distrutli od annichilati, in conseguenza uuu poEtoao 
avère alcuna ragiune, cm* li suffraghi li difeada. A miglior cautela 
pero di si aodo e sano consigtio sari bena il inarciar sempre col nihil 
contra Ugem. nihil contra Rttigiontm, nihil contra bonoi morti. 

It, E perché questo gran segrelo è di summa rilevanza, risieda per- 
cirt nella quiuta Loggia, che è de' soli arctiiletti destinai! a dirigere la 
fabrica, osiia il diroccato tempio di Salomone, a tutti gli allri ai faccia 
sapere suluiiio, mie in (*1 questa Cuinpagnia or é Bcamhievole partico- 
lore cariià, ed eoti viceadevole noccorso per qualunque bisogno posas, 
«vvcfiirr in rjualuaiiue ceio. E quealo Rare da principioîl ïolo unici) fine 
di chiunque volesse aggregarsi a questa nuova, insigne, e non mai 
abbaslanza ammirabile e comme mlalii la Società. 

Les allégations contenues dans les textes précédents, el dont, vrai- 
inmhllWtimilH, il serait possible de multiplier les spécimens, ser- 
virent à former le jugemenL d'adversaires dont l'hostilité préconçue se 
contentait de semblants de preuves. Cette incapacité critique des 
membres du clergé apparaît éclatante à propos d'un homme qui 
pénétra dans les société: secrètes du xvur* siècle, en fonda d'autres, 
Introduisant dans toutes les inventions hétéroclites d'un esprit ingé- 
nieux elindelical, j'ai nommé Joseph Balsamo, comte de Cagliostro, 
sur qui les livres récents de MM. P. Fuiick-ltrenlano' cl 11. d' Aimeras* 
ont rappelé l'attention. Si la vie même de tîaglioslro offre encore beau- 
coup d'obscurité, qu'on ne parviendra jamais, sans doute, à dissiper, 
les dernière* années sont encore plus mal connues, en particulier a 
procès que lui intenta l'Inquisition romaine pendant son 
dernier séjour dans la Ville éternelle. 

U.iiià la loge du rile égvplieii 1 que Cagliostro fonda dans la Villa 
Malla, a la l'orla l'iueiana, il su livrait, devant un public choisi où 
l'on voyait le cardinal de (ternis, les princesses rle/Aonico et SanlA- 
croce, la eomU-SM' Soilerini, à des prestidigitations dans lesquelles il 

t. I. Affaire du Collier, Parii, 1901, in-lS. 

t CagtUalro, Pari*. I90t, in-18 Joindre A. CbrUlian, Début* ttt limpn- 
mmr ttt France, i Imprimerie nttUunale, Purii, IU05, gr. in-(i-, ji. W5 ft tuW. 
H A].;.. [Ttt T. 

3. un trouver» dan* d'Almrru, op. cil., jurlkulirirmi'nt f. IM ri suit., 
lin retueignemenU aiiffluuiln >ur ci- rite • nurf.nni.nii- >, dont 1a faolatmago- 
ri« ai* pDutall guirt attirrr ijuc do uiaii. 



348 IfrfLAJGES ET DOCUMENTS. 

est difQcile devoir des pratiques sataniques ou révolutionnaires 1 . 
Néanmoins, oe fut assez aux yeux prévenus de la papauté pour lui 
intenter un procès, d'où, une nouvelle fois, sortirait la condamnation 
de la maçonnerie. C'est si vrai que, postérieurement à l'arrestation 
de Cagliostro (27 décembre 4 789) ', la Chambre apostolique fit paraître 
une Vie de Joseph Balsamo (4794) 3 , qui était surtout, grâce à une 
interprétation forcée de la vie de l'intrigant, l'acte d'accusation des 
Illuminés. L'affaire prit si bien l'allure d'un duel entre la maçonnerie 
et la papauté que les loges lombardes se sentirent visées par la publi- 
cation pontificale et publièrent, le 47 août 4794, une réponse qui eut 
quatre éditions et se répandit, malgré les efforts du gouvernement 
romain, dans toute l'Italie 4 . Le procès de Cagliostro commença le 
42 avril 4790 et dura jusqu'au 24 mars 4794 ; les lettres de Lorenzo 
Prospero Boltini, chargé d'affaires de Lucques auprès du pape, nous 
renseignent sur les phases d'un procès qui intéressait de très près 
Pie VI 5 . Le 7 avril, la condamnation fut prononcée : Cagliostro devait 
être conduit : 

c AU' ultimo supplizio corne reo di più gravi delitti e in specie 
dicapo settariQ dei Liberi Muratori e degli Illuminati, con aver fatto 
uso di superstizione e sortilegi, non solo a disprezzo délia sa nia 
Religione, ma a danno ancora délia società 6 . » 

Est-ce par crainte de représailles possibles ou par conscience de 
l'inanité des preuves admises, que Pie VI commua la peine de mort 
prononcée contre Cagliostro en prison perpétuelle? Il est difficile de 
le dire 7 . Cagliostro fut emprisonné dans la forteresse de San Léo, 
où, d'après la correspondance du gouverneur Semproni et de son 
lieutenant Gandini, conservée aux archives de Pesaro, il fut traité 
avec beaucoup d'humanité 8 . 

1. Cf. la description d'une séance par l'abbé Benedetti, dans une lettre du 
15 septembre 1789, publiée par Silvagni, La Corle e la Società romana nei 
secoli XVI11 e XIX, Firenze, 1881, in-16, t. I, p. 311-315. 

2. D' Aimeras, op. cit., p. 325. 

3. Compendio delta vita e délie gesti di Giuseppe Balsamo che si è eslratto 
dal processo conlro di lui formato in Borna l'anno 1790 e che si puà servir e 
di scortaper conoscere l'indole délia sella dei liberi muratori, Roma, 1791, 
in-8». — Traduction française : Vie de Joseph Balsamo..., enrichie de notes 
curieuses, Paris-Strasbourg, 1791, in-8\ 

4. D' Aimeras, op. cit., p. 332, n. 1. 

5. Le carteggio de ce personnage a été utilisé par G. Sforza, la Fine di 
Cagliostro studiata nei documenti lucchesi, dans ÏArchivio storico italiano, 
série V, 1891, t. VII, p. 144-151. 

6. G. Sforza, loc. cit., p. 148. 

7. D'Ahnéras, op. cit., p. 343-344. 

8. G. Sommi, Ricordi di Cagliostro a San Léo, dans Rivista di Scienze 
storiche, juin 1905. 



acuosrao et l* rixu-HiçoxNKiiiE. 349 

En tout cas, l'.'ifïiiire Cagliostro no cessa pas de préoccuper le gou- 
WMBMOt pontifical, qui avait prévu dans l'acte de jugement la 
publication d'un décret contre les partisans du rite égyptien et contre 
les Illuminés*; le secrétaire d'tfLat eut l'œil ouvert ^ur la) agisse- 
ments de Joseph Balsamo : les treize lettres' que je publie, d'après 
les registres de la correspondance du secrétaire d'Étal aux èvéquesel 
prélats (série Vêtent), conservés aux archives du Vatican, et que 
j'ai dépouilles pour les années 1787-179'.», montrent dans quelle 
masure on s'intéressait encore, dans l'entourage de Pie VI, aux 
faits et gestes de Joseph Balsamo. Elles complètent les documents 
publiés par G. Somml sur ce personnage pendant les années 17'JI- 
1793. 



I. 0. Snmmi, Mr.orrli dl Cagliostro 

ifonrkc, juin 1905, p. 345. 

L J'y joins 1rs deui suivantes, dr lu n 
au procéi même de ftigliO*lrO : 



fin Léo, dan» Hiriila di Seienze 
* provenance, eA qui ae rapportent 



1 A Mull VRMIOVO Dl VtLBN/.A, 

. ÎO Febro 1790. 
• Fr» le c*rt« rlnvenul) 1 pnm MlHppt BalMino denuminato Coml' 
CagllMlro ritlrello In <]ue»l* Forlezia *i €. 8. A. si i> trovato il bigliello del 
■ Ki"j« fallo in cod' monte di Vitenza ili ijunldie "alofe. La tii»u- 
r«iiM délia per»oiia. cbe *bbi* UilantM «11* riMMBI del iiiedîûo, |iolr-bn- 
jl>utu produrre, ibe «wr*o un dato tempo iriiUw « de*olier»i «I Munir 
I* e ftnw in connegutnza dlslMtto non senz* pmhdtlta M li'Rittuiin 
■. l'er lil motlvo dunqun d'ordine rflnu di Noalro SIr" mi rivolgn * 
'. 8. illiîi*, iflacM ni dM ta I nturie, - eoaptaoi !■ 

dl prrndrr le coiivrnii'nli ml. un', oudr rc-iti IMBUa i|ualuni|ui' iunotaiionr »!•- 1 
dl*iaaU> |wriio. del dl eui biglirUo Ir actluiki * ta! rfirtlu un* copia. Se pM 
aiunlur* dnreitr su di cio uurii un* ipulilic diligeni», ail* iiiiale EU* non 
polcitr m r ri (pondère, '■ pregu ■ fomirmene li lirai necessnri... » [Veieovi, 
1. HB, fol. BB-99.) 



> 8 ruait* 1790. 

> Ringrailar drldw paitic.ilam" V S. Illiiï* amie f«guf»co con r|ue»lo fi>«lio 

lUIla pronlrtia ooll* '|ii*le »l * nnnpiartul* di lit riwimlrr* d* roi" monte di 

MaMMrtA glocllo, lirll* rlcu|ier* drl ijuilr fteno sUli' iMptêfti*. llM 

7Î13.I7, corne -ede*l nrll* m>U. rh KIU h* coin pi ruai* alla tu* g-ntlli*.'" trl- 

It.i de '."J Mta lonrin Ifrita. Non aoddi-falla «bbaïUnl* la au* airlrsl». lia 

\ V III m .i inliilu ri-inl. i Kiini'ilii il favori-, |«>rlaudoii Kll.i medûï» * l'idnv* 

pw conatgnar pcrtonalcm*' *l P. ab" Mirrlli la gioj*. * Ir rrxiduali Un •-'•-■• 

.m., r drllo altro. Lincotuodo, ch« 

"1 Ella h* «vulo obbliRi > mai^ior ricuaut* fini ; *d ullerior molivo di 

le Kralo, v antbe il riavontro, eb> V. S. Illina ml \«'rw drl pr-Rio, in tui 

B -isrr- limita la gloja tlnw, t p*r le piètre elle ne [brinano I insinue, e 

per I elrmii/a délia l-g-tara. Al riceitr la rlpetula aioj* dal P. ab" Hirelli, ne 

recuero a V. S lllîTia laf-iw... . (re»eOT(, l. 368, fol. tï9 <--130,j 



A Moa Vnooro 01 Mown Pano. 

20 aprile 1791. 

Deve essere a que*? ora gionto nella fortezza di 8. Léo Giuseppe 
Balsamo denominato il Conta Cagtioatro per esserri riteaato sua Tiu 
natorale durante sotto stretta custodia, e senza tperanxa di grazia. 
Baaendo già ttati ayanzati gli ordini opportoni a qnel Castellano, per- 
ché in tali termini abbia effetto la ritenxione di questo rilegato, ragion 
▼noie, che non si ommetta di apprestargli tutti gli ajuti spirituali in 
benefieio delT anima sua, specialmente nella eombinazione, che avendo 
richiesta qui la sagramentale confessione non Phi potuta terminare 
prima del suo trasporto alla fortezza suddetta. Mi ha comandato pertanto 
la Santita sua di commettere alla di Lei Tigilanza la scella di on probo 
e prudente Ecclesiastico, il quale adempia collo stesso rilegato a qnesta 
parte spirituaJe, autorizzandola per tal effetto a communicargli tutte le 
facollà necessarie ed opportune délia sagra Penitenzieria per l'assolu- 
zione dei casi risenrati colF intelligenza, che ne' casi più speciali 
gl' ingiunga l'obbligo di ricorrere nel termine di tre mesi alla stessa 
8. Penitenzieria, e di obbedire a ciô che gli verra dalla med« ingiunto. 
Il Castellano délia delta Fortezza ne resta prevenuto, affinchè permetta 
raccesso délia persona ecclesiastica, che da Lei sarà destinata... 

H*. 

Au MÊME. 

il gug<» 1791. 

Di somma consolazione mi è stata la pregiatissima sua di 28 dello 
spirato per il ragguaglio, che mi hà recato de' segni di ravvedimento, e 
di compunzione dati da Giuseppe Balsamo, détenu to nella Fortezza di 
S. Léo. 8e, corn* Ella mi signifies, appariscono questi sinceri per quanto 
puô air esterno conoscersi, è anche sperabile nella misericordia di Dio, 
che vogliano esser persévérante, a questo effetto è necessario di prose- 
guire ad apprestar gli con assiduité tutti li possibili ajuti spirituali. Su 
di ciô interamente mi afûdo alla vigilanza, alla pietâ, ed allô zelo 
di V. 8... 

m». 

AU MBMB. 

20 lug<> 1791. 
Essendo stato interpellato il Castellano délia Fortezza di S. Léo a 

1. Vescovi, t. 369, fol. 91 V-92. 

2. Vescovi, t. 369, fol. 312 et y*. 

3. Vescovi, t. 369, fol. 120 yM21. 



, -M', fl. > _ 



CAGLIOSTRO ET LA FlAÎIC-MÀÇOJJERfE. 321 

giustificarsi nella libertà data ad alcune persone di avère accesso, e con- 
fabulare coi détenu to Giuseppe Balsamo, ha egli risposto che ciô è 
accaduto relativemente soltanto a V. S. ed a mons 1 * arcivv d'Urbino, 
per cui Ella stessa lo assicurô, che la persona di questi gli era oppor- 
tuna per discorrere col Balsamo di affari di coscienza. Potendosi opi- 
nare, che questo sia un ritrovato di detto Gastellano per ricuoprire la 
propria raancanza, desidero, en' Ella colla conosciuta sua ingenuità me 
ne dia gli opportuni schia ri menti... 

IV. 

AU MÊME. 

19 ott" 1791. 
Approvo ciô, che da V. S. si è operato per rimuovere il Rilegato 
Balsamo dall' ostinazione di quel digiuno che sembra sià da Lui diretto 
al pravo fine o di una simulazione, o di un suicidio. Riposo nella di Lei 
vigilanza e saviezza, che non lascerà intentato ogni altro mezzo a taie 
oggetto, corne pur feci già sentire al Gastellano di S. Léo per organo 
del sig" Gard* Legato d'Urbino, che mi ragguagliô restando sempre le 
cautele necessarie per l'esatta e rigorosa custodia del Detenuto. Atten- 
derô dalla bontà di V. 3. ulteriori riscontri su questo proposito... 

V*. 

Au MÊME. 

9 nov" 1791. 

È veramente deplorabile la protervia del Rilegato Balsamo, e quanto 
Ella mi ha pariecipato colla sua di 31 dello scorso ottobre inviandomi 
unitamen** la Lettera del P. Lettor Bussi dimostrô a fondo la depra- 
vazione del suo cuore. Per la nostra parte non si deve cessare dall* 
apprestargli tutti quegli ajuti spirituali per ottenerne se sia possibile 
un sincero ravvodim to . A V. S. pertanto è riserbata questa cura nella 
maniera, che il suo zeio, e la sua prudenza c rodera più conveniente. 
Nulla perô dovrà alterarsi di quanto si è disposto per la di Lui esatta, 
e rigorosa custodia; anzi non sarà inopportuno, en' Ella gli faccia inten- 
de re, che continuando ne' suoi abominevoli trasporti o di parole, o di 
fatti, anderà incontro alli più se ri corporali gastighi e passo... 

VI». 

A Mors™ Vescovo di Mostefbltro. 

Acqualagna, per Garpegna, 22 feb° 1792. 
Ho veduto la lettera deir Arciprete di S. Léo, che V. S. si è compia- 

1. Vescovi, t. 369, fol. 162 ▼•. 

2. Vescovi, t. 369, fol. 335 V-33G. 

3. Vescovi, t. 370, foL 52 r-53. 

Rev. HisToa. XGIV. 2* pasc. 21 



322 WÉLAMGES R MC0MI9IS. 

ciuta dlnTimimi compiegata nella tua del 9 deHo seaduto. Voglio 
rare, che la diûna graaia toechi il cuore del Rilegato Balsamo, e cbe 
gli faccia provare an îero pentimeoto délia nta paaaala; ma per otte- 
ner qnesto, altro Egii non dee fare, che raccomaiidara a Dio, ed impto- 
rare eoll v oraxione il tao ajuto, e depooga aflatto il pensiere di tcriTere 
opère moralL, e di fare ritrattasioai, giacchè il più aicoro saggio, ch'egli 
poirà dare délia sua conversione, sari quello di tenere on contegno 
docile, e sommesso, e di vivere rassegnato alla pena che soffre. 8ieno 
daoque quali si voghano le di Lui proteste, io non intendo, che gli si 
diaoo né Iibri, né comodo da scrhrere; oode si compiacerà Ella di 
significare qaesto istesso al mentovato arciprete, affînchè si asteoga 
dal secondare in ciù le richieste del Rilegato. Gradirô di sentire quai 
eiletto abbia prodotto la gita del suo caoonico penitenaiere in 8. Léo, 
quantevolte la stagione gli abbia permesso di postarsi cola... 



vn«. 

Au 



21 mz« 1792. 

Ricevo colla sua del 22 dello spîrato il riscontro dell' esito, che ha 
avuto l'accesso di cod° Penitenziere alla Fortezza di S. Léo per 
conferire col Rilegato Balsamo. Non posso che lodare in questa 
parte le di Lei paterne cure, quali son sicuro, che proseguirà colla 
stessa efficacia. Faccia Iddio, che abbiano il bramato effétto del sincero 
ravvedimento di costui. 

Scrivo contemporaneamente air Emo Legato di Urbino, che la faccia 
rimborsare di scudi due e ss. 14, per le spese occorse ail' occasione 
dell' indicato accès so. Se altre ve ne sono state, o ve ne saranno, me 
ne dia un cenno per farne seguire prontamente il rimborso. 

Neppure io trovo per ora necessario di moltiplicare persone per avère 
altri spirituali abboccamenti col detto Rilegato, ed in caeo che l'arci- 
prete di S. Léo non possa supplire al bisogno, potrà Ella deiegare chi 
colla sua prudenza riputerà idoneo a tal' uopo... 

VHP. 

Au MÊME. 

12 mag<> 1792. 

Non posso darle una congrua risposta sulla interpellazione che mi fà 
del nuovo accesso, quai Ella crederebbe opportuno di cod° Gan co Peni- 
tenziere alla Fortezza di S. Léo per abboccarsi col Rilegato Balsamo. 



1. Vescovi, t. 370, foL 89 r-90. 

2. Vescovi, t. 370, foi. 135. 



CAGLIOSTHO ET Li PIAKOMAÇOHJERIE. 323 

Ella su tal oggetto si riferisce ad una Lettera, che mi acclude scrïtta 
allô stesso Penitenziere dal Teoente Gandini, ma questa, corne vedra 
col ritorno, che Le ne faccio, traita di altra matiera. Attendent dunque 
li correlaiivi schiarimenti per poterie comunicare le convenienti deter- 
minazioni... 

IX*. 

Au MÊME. 

30 mag* 1792. 

Dalla lettera da V. S. inviatami del Tenente Gandini di S. Léo 
scritta a cod° Gan co Penitenziere, due cose rilevo. La prima ch' il 
Rilegato Balsamo sia rimasto privo da qualche tempo di ajuti spirituali, 
giacchè quel!' Arciprete non l'aveva più risultato sin da primi giorni 
délia settimana santa. La seconda, che esso Tenente troverebbe oppor- 
tuna qualche ulteriore conferenza dello stesso can co Penitenziere col 
detto Balsamo. Credo dunque necessario primieramente, che V. S. si 
compiaccia di far sentire ail' Arciprete di S. Léo di esser in avvenire più 
assidu o, per quanto le sue cure pastorali lo permetteranno, nel vi si tare 
ed abboccarsi col Rilegato per ii di Lui spirituali vantaggj. Nel rimanente 
lascio al di Lei pieno arbitrio di disporre circa li nuovi accessi cola del 
can co Penitenziere, corne megiio stimerà, mentre per la spesa a tel 
effetto occorrente basterà un di Lei accenno per farla immediatamen 1 * 
rimborsare... 

X*. 

Au MÊME. 

23 giugno 1792. 

Sono consolanti le notizie da V. S. datemi degli attuali sentimenii 
del Rilegato Balsamo. Faccia Iddio, che li segni, quaii ha dimostrati di 
ravvedimento, sieno veraci e permancnti. Coq questo modmo corso di 
posta commetto al sig" Gard* Leg 10 di Urbino di reintegrarla délia 
spesa occorsa per il nuovo accesso di cod° Gan co Penitenziere a S. Léo, 
ed in altre consimili occasioni di rimborso potrà V. 8. dirigerai imme- 
diatam ta a Lai, corne contemporaneamente lo prevengo. 

XP. 

AU MEME. 

15 agosto 1792. 
Consolanti sono le notizie, che mi reca l'ultima sua del 6 del corrente 

1. Vescovi, 1. 370, fol. 167 et ▼•. 

2. Vescovi, t. 370, fol. 205 ▼•. 

3. Vescovi, t. 370, fol. 275 t^ô. 



324 MBXAÏfGBS ET DOCUMKffTS. 

sullo stato attaale del Rilegato Balsamo. Conviens pregare e sperare 
nella Divina Misericordia, che sia sincero e stabile il rawedimento, che 
dimostra. Riposo nella di Lei vigilanza nella continuazione di quelli 
ajuti 8pirituali che gli possono essere necessarj. Per l'erogazione del 
denaro, che sopravanza al di Lui mantenimento, lascio al prudente 
arbitrio di Y. S. il dUporne corne meglio crederà... 



xh«. 

Au MÊME. 

1 sett" 1792. 

Ricevo riscontro da S. Léo, che il detenuto Balsamo è nelle smanie, 
perché gli si assegni un Padre spirituale, che assidu am** abbia cura délia 
di Lui anima, spécial mente perché il Can eo Penitenziere délia Penna da 
Lei già destinatogli per tal effetto trovasi ora cagionevole di salute. 
Non dubito che la vigilanza, e lo zelo di V. 8. abbia già dato su di ciô 
l'opportuno prowedim*. Tutta volta a scanzo di ogni equivoco ho cre- 
duto conveniente di farlene questo accenno, affinchè per la nostra parte 
nulla manchi di ciô, che possa contribuire alla salute spirituale di 
quello sciaurato... 

xm». 

Au MBMB. 

15 sett" 1792. 

La cura délia salute spirituale del Rilegato Balsamo resta a V. 3. 
interamente affidata, onde al suo zelo, ed alla sua vigilanza rimane di 
prendere su di ciô tutte quelle provvidenze, che crederà oppor- 
tune su taie oggetto. Va benissimo, quanto Ella dispose sull' ero- 
gazione del di Lui danaro nel solennizare la Festività di Maria Yer- 
gine,e nella distribuzione di elemosiue, anzi espressamente Le inculco 
di far in guisa, che anche per l'avvenire resti nella prima parte esclusa 
qualunque pubblicità, ed ostentazione, e che quanto alla seconda il 
danaro si distribuisca interamente ad arbitrio di V. S., la quale ben 
comprenderà quanto poco convenga, che si eroghi a benefizio di 
quelli, che sono addetti al servizio délia Fortezza ed alla Gustodia del 
Rilegato... 

Ces dépêches s'arrêtent malheureusement trop tôt, car la On même 
de Caglioslro est obscurcie de traditions d'allure un peu étrange où il 
est assez difficile de démêler la vérité. 11 mourut le 23, le 26 ou le 



1. Vescovi, t. 370, fol. 293 v\ 

2. Vescovi, t. 370, fol. 307. 



OUUORM B1 I.» F»1^0-a»ÇOJUS*IB. 



BU 



,, malgré les lionnes dispositions demi il semble avoir 
s les précédentes lettres, il finit dans l' impénitente 
iule fou 1 , et fui inhumé hors de la lerre chrétienne. 
s même ne jouirent |ias du la paix définitive du tombeau 
et participèrent, on peut le dire, à l'ètrangeté romanesque de la vie 
entière de l'audacieux inlriganl. Si l'on en croit les souvenirs de 
Gandini, Gis du châtelain du château de Saint-Léon, dont il esl plus 
haut question * : 

■ Quando lu Iruppe del Primo Console presero per lame il caslello 
di San Léo, dopo duo anni di assedio, non privo di gloria per le armi 
i Liliane, molli offlciali francesi, affigliali alla Massoneria, disscpelle- 
ririn gl] avanzi del conte Cagliostro e li onorarono cou riti masaonici. 
Un vecchio di novanl'anni si ricordava, dieci anni or sono.di quei 
tempi e di quegli avvenimenti, e fra l'altro, d'un' agape fraterna, 
durante laquale gli uflieiali massoni hevvero, dopo varie cerimouie, 
uno dopo l'allro, uel teschio del famoso maestro*. » 

Dans Rome même, quinze ans plus lard, la maçonnerie installée, 
reniant en partie les idées égal i lai ma dea sociales secrètes 
iviii' siècle, allail servir d'auxiliaire au gouvernement napoléonien et 

dooMT h MOthlul de nlmui prirBnlIflni ■tnlurni' fin nronm 

municatious pontificales*. L'apothéose maçonnique de Cagliostro 
était le signe frappant de l'inutilité des faux imaginés; a la légende 
des sociétés secrètes s'opposait la légende de Cagliostro : la maçon- 
nerie subversive devenait uu procède d'autorité. 

Georges liomtcm. 



I, Sur l* pttnkM d»te, voir G. Sonimi, (or. cit.. Ht I» «100110, une lettre 
de l.uigi AnRlollnl, mlnlilre de Tosfjinf ■ Ronir, du t «rplctulire 1 7'.J5 (publ. 
par C. Mon», la fine..., p. 149); sur I» seconde, (HlUpl. *> nif , I. I, p. 319, 
(|ui utilise le litiro parroehutie dr% morti iltlln rtln di S. Léo. 

3. G. Sorami, lac, cil. 

3. Silugni, foc cit., t. I,)i. 320. 

«. V IX. 

5. G. SforM, la fine di Caglioiîro, 2- article, Arch, tint, ital , série V, 
1891, I. VII, p 151 (publie une latin M K. G. de Lue», du 10 «vril 1883, OÙ 
les touventn du flli de Gsodiui uni en renia 1res). 

6. Je me |*rmeli du renvoyer ici a I article i|ue jai publié dsWI U R/pn/u- 
/»» françaùt sur l'action de U maçonnerie a Home en 1810. Cf. P. I. Rinieri. 
fat) tenula di ttauonwi, Rome, 1901. 



BULLETIN HISTORIQUE 



FRANCE. 

Les Comte iiSTOWQCis. — Le premier Congrès international d'his- 
loire a été tenu à Paris en 4900. Tenu au milieu du brouhaha de 
l'Exposition universelle, ee Congrès n'avait pas répondu aux espé- 
rances de ses promoteurs, bien que des communications et des dis- 
eussions très intéressantes eussent eu lieu dans les sections d'histoire 
diplomatique, d'histoire des lettres et des sciences et surtout dans 
celle d'histoire des arts et de la musique. Le Congrès de Rome 
d'avril 4903 fût admirablement organisé par un comité que présidait 
l'illustre et vénérable historien P. Villari, qui avait pour secrétaire 
général M. Gorrioi et pour membres MM. Ascoli, Comparettî, D'An- 
cona, Balzani, Bercbel, Boselli, Cocchia, Mazzoni, Novati, Salvioli et 
Tommasini, dont les trois premiers étaient les délégués du ministre 
de F Instruction publique et les autres ceux des Académies des Lincei, de 
Venise, de Turin, de Naples, de Florence, de Milan, de Païenne et 
de l'Institut historique de Rome. Nous avons rendu compte dans la 
Renne (t. LXXX1I, p. 357 et suiv.) de ce Congrès où tout ce que l'Ita- 
lie compte d'historiens et de philologues était présent et où toutes 
les nations étaient représentées avec éclat, où la France en particulier 
avait quarante-quatre délégués. Chose extraordinaire, les vœux for- 
mulés par le Congrès n'ont pas été purement platoniques. Us ont 
même eu une telle efficacité qu'on peut se demander si, au lieu de 
se livrer à la lecture d'une foule de dissertations savantes sans 
aucun lien organique entre elles, les futurs congrès historiques ne 
devraient pas se borner, d'une part à centraliser des renseignements 
sur le développement des éludes et de renseignement historiques 
dans les divers pays, d'autre part à discuter les vœux qui leur 
seraient envoyés par les comités nationaux ou les savants isolés, en 
y ajoutant peut-être la discussion de quelques questions particuliè- 
rement intéressantes et controversables qui auraient été mises à 
Tordre du jour du congrès par le congrès précédent. Le vœu de la 
section d'histoire ancienne pour la création dans les Universités de 
cours d'épigraphie a été spontanément réalisé par plusieurs profes- 






rttttr.. SST 

Mur» italiens. Le» vœux de la section de philologie classique ont 
déjà provoqué diverses publications importantes. L'Institut supérieur 
do Florcnco a commencé pour la Toscane le Curpus imtriptionum 
latiaarum mrdii wvi demande par un vœu du professeur Novati. 
Le Corpus cfinrtarum tlatint, demandé par la section d'histoire médié- 
vale et moderne, est déjà en voie d'exécution par suite d'un accord 
entre l'Inslilut historique italien cl l'Institut historique prussien. 
La France devrait s'associer à cette entreprise pour la Savoie, le Pié- 
mont, et la Ligurie. Le vœu relatif à la communication aux travail- 
leurs des documents diplomatiques jusqu'à I H47 a été réalisé à 
\ ii'iim' M a liudapest. En Italie, on a maintenu la limite de <8<3, 
mais en admettant des exceptions toutes les Cois qu'elles seraient 
justifiées par la qualité des travailleurs ; en France, malgré nos efforts, 
on a jusqu'ici décidé de s'en tenir a (830. La Ravière a étendu les 
i-mmiiiuiicalions jusqu'à 1825. Le Musée archéologique de Reggio 
Calabria, reclamé par le Congres, a été inauguré le t5 août 1906, et 
les fonds pour les fouilles ont été accrus de 6,000 francs. Sur la 
demande de la section de numismatique, la Société numismatique 
italienne a élu une commission pour le classement des collections 
numismaliques médiévales et modernes. Iles cours nombreux d'his- 
toire de l'art onl été créés en Italie à la suite des vœux exprimés 
par le Congrès. Le gouvernement a également déréré au vœu du Con- 
gres en créant une commission pour la publication des manuscrits 
de Vinci. Les vœux relatifs à l'histoire du droit ont aussi M iMMlél 
par le gouvernement italien. La Société géographique italienne a 
commencé le Gtossario rfï nomi territorial! itatiani demandé par le 
Congrès. C'est également a la suite des vœux du Congrès que le pro- 
fesseur Vailali a été chargé par l'Académie des Lincci d'examiner en 
vue d'une édition les papiers de Torrieelli, que le ministère de l'ins- 
trueiiini publique a décidé de publier des index et catalogues des 
manuscrits scientifiques, que l'Istituto dei Lincei et l'istiluto Lom- 
hardo ont entrepris la publication des œuvres de Voila et mi'mfin 
six chaires d'histoire des sciences ont été créées à Rome > I] , Maplcs 1 21, 
Padoue et Turin. Comme on le voit, il n'est plus permis de dire que 
les Congres ne servent qu'a fournir des billets de chemin de fer à 
prix réduits et .i permettre aux savants de divers pays de faire con- 
naissance intrr poculn. A ces avantages, qui d'ailleurs ne sont pas 
négligeables, le Congrès de Rome a prouve, grâce à la manière vrai- 
ment remarquable dont il a été conduit, qu'on pouvait joindre des 
résultats scientifiques appréciables. La publication des Attidel Con- 
artuointernasionale di iciense ttoriche, qui est aujourd'hui complète 
<>lumes etquiest en vente à la librairie Loescber, a Rome, au 



m frunu 

pria vraiment minime de 1 23 fr. bit le pins grasd bomiearâM.Gorrini, 
qui l 'a dirigée avec oo aie et m toin vraiment admirables. Celle for- 
midable eoHeetioo de travaux sor ktsojels kt plus variés mérile par 
la faleor de ces tnifanx de figver dams traies ks bibliothèques et 
donne l'idée la plus intéressante de l'activité qui est déployée aujour- 
d'hui par le monde civilisé dams tontes les branches de la sàeoœ his- 
torique. Le compte-rendu financier des tr ésor i er s du Congrès n'est 
pas la partie la moins remarquable des AttL Après une réunion 
qui a duré neuf jours et où ks hôtes de Rome ont reçu une hospita- 
lité magnifique, après la publication de ces douze beaux volumes, la 
Commission a un excédent de 3,221 fr. qui doivent être employés à 
des entreprises scientifiques internationales. Les Italiens ont donné 
là un modèle (Tordre, d'économie et de savoir-faire qui mérile (Tètre 
loué et imité. 

Le Congrès de Rome avait fixé au mois de septembre 4906 à Ber- 
lin la réunion du prochain Congrès, bien que divers membres pen- 
sassent, peut-être avec raison, qull vaudrait mieux choisir pour lieu 
de réunion de petits pays de situation plus centrale et d'un caractère 
quasi international, comme la Suisse ou la Belgique. La date de 4906 
s'est trouvée trop rapprochée. Le Comité d'organisation allemand vient 
de lancer les invitations pour le mois d'août 4908, du 6 au 42. On 
peut dès aujourd'hui envoyer son adhésion à un des membres du 
bureau du Comité : MM. IL Koser, directeur des Archives de Prusse, 
Edouard Meyer et Ulrich von Wilamowilz-Mœllendorff, professeurs à 
l'Université de Berlin, César Caspar, privat-docent à Berlin, et 
L. Koppel, Geheimer Kommerzienratb. Les huit sections sont distri- 
buées un peu différemment de celles de Rome : 4 . Histoire de l'Orient. 
— 2. Histoire de la Grèce et de Rome. — 3. Histoire politique, 
médiévale et moderne. — 4. Histoire de la civilisation médiévale 
et moderne — 5. Histoire du droit et Histoire économique. — 
6. Histoire religieuse. — 7. Histoire de l'art. — 8. Sciences auxi- 
liaires de l'Histoire. — Les communications pourront être faites en 
allemand, anglais, français, italien ou latin. Chaque membre du 
Congrès doit verser un droit d'inscription de 20 francs. Un pro- 
gramme détaillé sera distribué en janvier 4908. Nous espérons que 
la France prendra au Congrès de Berlin une part aussi active qu'au 
Congrès de Rome. 

Prix Alphonse Pbyrat. — Nous avons annoncé la généreuse dona- 
tion par laquelle M"" la marquise Arconati Yisconti, née Alphonse 
Peyral, a fondé en mémoire de son père un prix triennal de 3,000 fr. 
qui devra être décerné au meilleur ouvrage en français publié sur 
l'histoire de France de 4774 à nos jours. Ce prix devra être décerné 



rUR. 329 

far le conseil de l'Université de Caris, sur le jugement d'un jury 
composé du quatre professeurs d'histoire de l'Université de Paris el de 
quatre délègues désignés par l'École des Hautes- Eludes, la Société 
d'histoire moderne, la Société d'histoire de la Révolution el la Société 
il'ln-i'Kie de la Révolution de (8. Bien qu'un avis publié dans les 
journaux ait invité les concurrents à déposer huit exemplaires des 
■ ju'ils voudraient présenter au jugement du jury, cet impôt 
vraiment excessif n'est nullement obligatoire, car le jury choisira 
l'ouvrage qu'il considérera comme le meilleur, sans se préoccuper si 
Min auteur l'a présenté ou non pour ce concours. Le prix sera décerné 
pour la première fois en janvier l!>08. Naturellement, les ouvrages 
déjà récompenses dans des concours similaires ne pourront être 
admis a concourir. 

Gabriel Mgxod. 






BPOQCB CONTEMPORAIN!- 

Ainsi que les Américains, 1rs socialistes se sentent le besoin d'an- 
si 1res légitimement que, remontant bien au delà de Marx 
el du collectivisme allemand, ils rattachent au ivin* siècle nombre 
des doctrines qui constituent leur programme. Babeuf leur parait 
avec raiwn un des leurs : t C'est , déclare M. Albert Thomas', 
par la tentative babouvisle que le socialisme est entré dans notre 
histoire; c'est aux Égaux que, par Buonarrotli el lllanqui, les socia- 
listes d'aujourd'hui peuvent faire remonter leurs origines. » Les 
ouvrages relatifs a Babeuf sonl difficiles à trouver et les biographies 
dont 11 3 élé l'objet sonl volumineuses. Ou comprend donc que les 
directeurs de h • Bibliothèque socialiste * aient jugé utile de réunir 
en un pelil volume la somme do sa doctrine. Les lecteurs pourront 
désormais en prendre facilement une connaissance tré3 suffisante. 

Les éludes d'histoire économique sur la Révolution se multiplient 
grâce aux comités d'histoire économique de la Révolution créés depuis 
(903 dans chaque département. Le volume consacré par M. V«- 
HiLK 1 à la répartition des biens ecclésiastiques nationalises dans le 
département du Rhône tiendra dans cet ordre de travaux une place 
honorable. M. LoulchiUky, ayant entrepris d'explorer les archives 
départementale* pour y étudier les documents relatifs à la venus des 



t. Babeuf, la Ilottrtnt ittt Égaux [ttlnUl <le> Œuvres complètes publiera 
pu Albert Th.iinni; Parti, Corotlj, 1008, 1 vol. In-te, ■ |> 

î. FrançoU Vitroalt, F.'iai tur ta rtpartttion toctale de$ bien* ecctàUu- 
twjua national tift ■ ^parlement du Rhône,. P»riv Alun, 1900, | toi. bj-a\ 

m p. 




330 BOLLBTIJ HISTORIQUE. 

biens nationaux, exprimait en 4895, dans cette revue même 1 , son 
regret de n'avoir pu consulter utilement les actes de vente du 
département du Rhône parce qu'ils n'avaient pas encore été classés. 
Depuis, cette besogne a été accomplie par H. Guigue, archiviste 
départemental, de la manière la plus satisfaisante. Elle a permis à 
M. Yermale de nous donner une enquête documentaire complète et 
intéressante. Ses conclusions sont des plus nettes. Les biens ecclé- 
siastiques' nationalisés furent vendus rapidement à un prix élevé et 
ce furent les gens du pays qui les acquirent. A Lyon et dans le 
Lyonnais, les acquéreurs furent surtout des gens de classe moyenne; 
dans le Beaujolais, ce furent surtout les paysans, et la classe des 
petits propriétaires ruraux vivant indépendants sur leur terre parait 
dans cette région dater exclusivement de la Révolution. 

La collection des Annales des Facultés de droit et des lettres 
d'Aix a été agréablement inaugurée par une élude de M. Paul Gaf- 
faeel * sur la Première Restauration à Marseille. Rédigée en grande 
partie d'après les journaux, rapports officiels, collections d'affiches 
et autres documents conservés aux archives de Marseille, elle donne 
un tableau pittoresque de l'enthousiasme avec lequel la ville se tourna 
du côté des Bourbons avant qu'elle s'en dégoûtât avec une rapidité 
presque égale. Un grand nombre d'anecdotes ne manquent pas de 
saveur. Le zèle des francs-maçons portant en triomphe le buste de 
Louis XVIII pour l'inaugurer dans leur loge n'eut d'égal que celui 
du grand rabbin Mardochée Roquemartine offrant de décrocher « le 
grand lustre du temple » pour les illuminations préparées en l'hon- 
neur du comte d'Artois. Un buste de Louis XVIII en savon fui érigé 
par un négociant d'esprit ingénieux avec cette inscription : // efface 
les taches. Et le maire de Saint-Rémy donnait à ses administrés ces 
instructions admirables : « Parlez peu et ne discutez jamais sur les 
actes du gouvernement. Si vous en parlez, que ce soit pour y applau- 
dir, pour en assurer l'exécution, et jamais dans un esprit de critique 
et moins encore de contradiction. » Comment Monseigneur le comte 
d'Artois, devant qui la cuisine à l'huile même abdiquait ses droits de 
crainte de contrister son estomac, eût-il pu résister à promettre à une 
telle cité la « franchise » de port qu'elle réclamait et qu'il distinguait 
insuffisamment de la vertu morale désignée par le même substantif ? 
La déception fut grande quand on vit les droits maintenus. La façon 
draconienne dont fut appliquée la loi sur le repos hebdomadaire ou 

1. Revue historique, t. LIX, p. 80, note 1. 

2. Paul Gaffarel, la Première Restauration à Marseille (1" fascicule des 
Annalei des Facultés de droit et des lettres d'Aix). Paris, Fontemoing; Mar- 
seille, Barlatier, 1905, 1 vol. in-8% 81 p. 






ruîici. &3i 

plutôt dominical du comte Ueugnol accrut le mècoiitcn lement, Il 
était général quand .Napoléon débarqua de l'Ile d'Elbe, 

On doil déjà à M. le vicomte de Reiset', outre les agréables sou- 
venirs du lieutenant général de Reiset, son aïeul, une étude recueillie 
et érudite sur les enfants naturels du duc de Berry. C'est aujour- 
d'hui de la duchesse légitime qu'il entreprend de nous tracer l'his- 
toire ou plus exactement une sorte do portrait historique attendri cl 
pleut, minutieux quelquefois jusqu'à la puérilité, mais d'une docu- 
mentation si complète, si sincère et si intime, qu'il s'en dégage une 
impression intense de vie et de vérité. M. de Reiset a eu communi- 
cation d'une foule de papiers de famille, entre autres du journal iné- 
dit où tous les jours la jeune Marie-Caroline traçait quelque- UgMÊ, 
Il a consulté les rares survivant qui l'ont approché, vécu dans les 
lieux où s'écoula sa vie, manie les objets qui lui appartinrent ou qui 
se rattachent a son souvenir. Il s'est fait l'âme dévote et déférente 
d'un de ces vieux serviteurs de la monarchie d'autrefois, desquels la 
sincérité du sentiment et de la foi traditionnelle écarte tout soupçon 
de courlisanehe ou de ridicule. Et nous lui devons lu plus joli récit, 
le plus complet et le plus attachant qui ail été écrit sur la jeune 
duchesse de Berry depuis ses fiançailles jusqu'à la chule de la Res- 
tauration. Mais ce récit constitue d'ailleurs plus qu'une biographie 
princière. Sur l'existence intime et familiale des Bourbons, sur la vie 
de cour, sur Louis A VIII et Charles X eux-mêmes, il fourmille en 
détails inédits et typique*. Ces! a Isall l'histoire du la Restauration 
que M. de Reiset apporte une contribution précieuse qui lui vaudra 
la reconnaissance et le respect des historiens. 

Avec les volumes consacrés par M. Vltun 1 â la Restauration et 
par M. FooRfliÈte 3 au Règne tU Louis- Philippe, VUittoirti socialiste, 
dirigée par M. Jean Jaurès, entame la période contemporaine. 

On 8 déjà signalé la valeur réelle de cette entreprise. Les noms 
seuls de ses collaborateurs attiraient d'avance l'attention sur elle- 
l.i-- Mbunes déjà parus sont du- ;'i MM. Jaurès. Hcville, Ur.m.-.si! et 
Turot; ceux a paraître auront pour auteurs MM. Millerand, Georges 
Renard, Andler, llerr, Jaurès, Oubreuilb, Lahusquicre, Géraull- 
Richard. On peut dire, au point ou en est celte publication, qu'elle 
repond en somme au bul poursuivi par ses promoteurs tout en 
encourant un certain nombre de critiques, auxquelles d'avance il lui 
était difficile d'échapper. 

:i Je Rtitel, Marte-Caroline, dutheut de Btrry, 1816-1830. Paris, 
OttMM-LéfJj 1 vol. Iii-B-, |35 p. 

I. Vliliol, la Rttlauralt.m Il8ti-1830>. Part*, Rouff, 1 vol. lo-f, 268 p. 

3. r'otnuttt*, le Hègnê de Loaif Philippe. ISSO-tHiH. Pirl», Rouff, 1 vol. 
b-t\ 183 p. 



332 BULLETIN HISTOIIQUE. 

L'Histoire socialiste, — et en écrivant ceci c'est surtout aux deux 
derniers volumes, les seuls qui relèvent ici de notre critique, que 
nous songeons, — Y Histoire socialiste répond bien en somme à ce 
qu'elle veut être tout d'abord : une histoire de France populaire, 
mais en même temps rédigée avec un sérieux souci scientifique; 
d'autre part, une histoire qui envisage d'une manière particulière- 
ment détaillée le développement des questions ouvrières, sociales et 
démocratiques et les envisage dans le sens socialiste. 

Elle n'échappe pas par ailleurs à certains inconvénients. La diver- 
sité des auteurs est cause que de volume à volume on relève de 
grandes différences de plan, voire de conception, et qu'il y a dans 
le récit des disproportions qui sont choquantes : le travail de 
H. Viviani, par exemple, eût dû être considérablement développé 
pour se présenter sur le même pied que la plupart des autres. 
D'autre part, l'absence totale de références n'est pas sans contrarier 
le lecteur, d'autant plus vivement que, dans une série de volumes 
où souvent la discussion et la critique tiennent autant de place que 
le récit des faits, il éprouve le besoin d'avoir sous les yeux les pièces 
du procès. D'autre part, par définition même, l'histoire socialiste est 
tendancieuse; e